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151
p. 2220-2222
SUR le rétablissement de la santé du ROI.
Début :
OU suis-je ? Quels accords ! Quel éclatant hommage ! [...]
Mots clefs :
Roi, Trône, Seigneur
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texteReconnaissance textuelle : SUR le rétablissement de la santé du ROI.
SUR le rétabliſſement de la ſanté du Roi ,
Ufuis-je ?Quels accords ! Quel éclatanthom
mage !
De ton amour , Seigneur , o , cent fois l'heureun
gage!
La France , jour & nuit t'imploroit pour ſon Roi ;
Ses ſoupirs , ſes ſanglots , font montés juſqu'à Toi.
Ta clémence a calmé ſa profonde triſteſſe ;
Sespleurs ſont convertis en des chants d'allegreſſe:
Tu nous rends notre Roi. Que la Terre & les Cieux
Exhalent pour ta gloire un Parfum précieux :
Eh ! pourrons nous jamais ,benifiant ta Puiſſance
Egaler au bienfait notre reconnoiſſance ?
Qu'est-ce , hélas ! que le Monde ? Un phantom
trompeur.
La Fortune ? La Vie ? Un fonge , une vapeur ,
Source de vanité , d'erreur & de preſtiges ,
Dont tu ne nous guéris,que quand tu nous affliges
Mais , lorſque ſur les Rois ton bras s'appéſantit ,
Le coup eſt plus bruyant , & tout en rétentit ;
Leur front humilié courbe toutes les têtes ;
Nos cris , nos voeux preſſans , détournent ces tem
pêtes :
La crainte allume en nous une efficace ardeur ;
Le remords prit naiſſance au ſein de la douleur.
Tune rejettes pointune eſpérance ferme ;
OCTOBRE. 1744. 2221
Tamain ouvre la Tombe , & ta main la referme.
Quand d'un ſaint répentir notre coeur eſt brifé ,
Lecourroux,qui t'enflame, eſt bientôt appaiſé.
De mon ame , Grand Dieu , je ne ſuis plus le
maître.
Quel tranſport la ravit ? Que lui fais-tu connoître ?
Comme ces Chérubins , de leurs aîles voilés ,
Elle écoute en tremblant tes Décrets révelés.
Des plus brillans Deſtins naiſſez , Divine Aurore.
France , que de Vertus vont t'illuſtrer encore !
Compagnesde Louis , fi cheres à ſon coeur ,
Elles vont de ſon Trône augmenter la fplendeur :
A leur fublime effor que ce Trône eſt propice !
Elles y trouveront la Bonté , la Juſtice ,
L'inébranlable Foi , la conſtante Amitié ,
La Valeur généreuſe ,& la tendre Pitié,
Qui , pleines d'un beau feu , d'un zéle légitime ,
Couronnent à l'envi ce Héros magnanime ;
Ce Roi , qui pour ſon Peuple affrontant les hazards,
Moiſſonna ſon amour aux pieds de cent Remparts.
Seigneur , ne permets plus que nos Cieux s'obf
curciffent.
Quel effroi nous ſaiſit quand nos Aſtres pâliſſent !
Dure, dure à jamais ce Jour clair & ferein ,
Que fait luire ſur nous ton Pouvoir ſouverain !
Qu'Iſrael ſoittoujours ton plus cherHéritage !
Diij Contre
2222 MERCURE DE FRANCE.
Contre ſes Ennemis fignale ſon courage !
Des cruels Philiſtins rends- le victorieux ,
Et que toujours ſon Roi trouve grace àtes yeux !
M. Tanevot .
Ufuis-je ?Quels accords ! Quel éclatanthom
mage !
De ton amour , Seigneur , o , cent fois l'heureun
gage!
La France , jour & nuit t'imploroit pour ſon Roi ;
Ses ſoupirs , ſes ſanglots , font montés juſqu'à Toi.
Ta clémence a calmé ſa profonde triſteſſe ;
Sespleurs ſont convertis en des chants d'allegreſſe:
Tu nous rends notre Roi. Que la Terre & les Cieux
Exhalent pour ta gloire un Parfum précieux :
Eh ! pourrons nous jamais ,benifiant ta Puiſſance
Egaler au bienfait notre reconnoiſſance ?
Qu'est-ce , hélas ! que le Monde ? Un phantom
trompeur.
La Fortune ? La Vie ? Un fonge , une vapeur ,
Source de vanité , d'erreur & de preſtiges ,
Dont tu ne nous guéris,que quand tu nous affliges
Mais , lorſque ſur les Rois ton bras s'appéſantit ,
Le coup eſt plus bruyant , & tout en rétentit ;
Leur front humilié courbe toutes les têtes ;
Nos cris , nos voeux preſſans , détournent ces tem
pêtes :
La crainte allume en nous une efficace ardeur ;
Le remords prit naiſſance au ſein de la douleur.
Tune rejettes pointune eſpérance ferme ;
OCTOBRE. 1744. 2221
Tamain ouvre la Tombe , & ta main la referme.
Quand d'un ſaint répentir notre coeur eſt brifé ,
Lecourroux,qui t'enflame, eſt bientôt appaiſé.
De mon ame , Grand Dieu , je ne ſuis plus le
maître.
Quel tranſport la ravit ? Que lui fais-tu connoître ?
Comme ces Chérubins , de leurs aîles voilés ,
Elle écoute en tremblant tes Décrets révelés.
Des plus brillans Deſtins naiſſez , Divine Aurore.
France , que de Vertus vont t'illuſtrer encore !
Compagnesde Louis , fi cheres à ſon coeur ,
Elles vont de ſon Trône augmenter la fplendeur :
A leur fublime effor que ce Trône eſt propice !
Elles y trouveront la Bonté , la Juſtice ,
L'inébranlable Foi , la conſtante Amitié ,
La Valeur généreuſe ,& la tendre Pitié,
Qui , pleines d'un beau feu , d'un zéle légitime ,
Couronnent à l'envi ce Héros magnanime ;
Ce Roi , qui pour ſon Peuple affrontant les hazards,
Moiſſonna ſon amour aux pieds de cent Remparts.
Seigneur , ne permets plus que nos Cieux s'obf
curciffent.
Quel effroi nous ſaiſit quand nos Aſtres pâliſſent !
Dure, dure à jamais ce Jour clair & ferein ,
Que fait luire ſur nous ton Pouvoir ſouverain !
Qu'Iſrael ſoittoujours ton plus cherHéritage !
Diij Contre
2222 MERCURE DE FRANCE.
Contre ſes Ennemis fignale ſon courage !
Des cruels Philiſtins rends- le victorieux ,
Et que toujours ſon Roi trouve grace àtes yeux !
M. Tanevot .
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Résumé : SUR le rétablissement de la santé du ROI.
Le texte célèbre la guérison du roi de France et exprime la gratitude envers Dieu pour cette faveur. La nation française, par ses prières et ses larmes, a supplié Dieu pour la santé du roi. La miséricorde divine a transformé la tristesse en joie, permettant au roi de revenir parmi son peuple. Le texte souligne l'inconstance et la vanité du monde, opposées à la constance de Dieu. Il met en lumière l'humilité des rois face à la volonté divine et la reconnaissance du peuple lors des épreuves. Enfin, il formule des vœux pour la prospérité et la protection de la France, invoquant la bénédiction divine sur le roi et son peuple, et priant pour la victoire contre les ennemis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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152
p. 2263-2265
PRIERE à S. Louis, à la fin de son Panégyrique, prononcé le jour de sa Fête dans l'Eglise de S. Cyr par M. Ballet Curé de Gif, près de Versailles.
Début :
Saint Monarque, qui avez changé l'immortalité de vos Lauriers en une vie [...]
Mots clefs :
Religion, Héros, Seigneur, Prières, Ennemis
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texteReconnaissance textuelle : PRIERE à S. Louis, à la fin de son Panégyrique, prononcé le jour de sa Fête dans l'Eglise de S. Cyr par M. Ballet Curé de Gif, près de Versailles.
PRIEREà S. Louis , à la fin de ſon Pa
négyrique , prononcé le jour de ſa Fête dans
l'Eglise de S. Cyr par M. Ballet Curé do
Gif, près de Versailles.
S
Aint Monarque , qui avez changé l'immortalité
de vos Lauriers en une vie
bienheureuſe : qui n'avez ceſſé d'être Roi
ſur la terre , que pour régner dans leCiel :
préſentez au Seigneur l'Encens de vos prieres
pour l'éternelle durée de nos Lys : que
leTrônedes François qui a brillé aux yeux
de toutes les Nations , par ſes conquêtes &
ſa magnificence , brille aux yeux du Seigneur
par ſes Vertus : qu'il repréſente ſa
Sainteté , comme il repréſente ſa Puiſſance ;
qu'il ſoit redoutable aux ennemis de la Religion
, comme aux ennemis de l'Etat ; que
les gémiſſemens de la Colombe , que les ferventes
prieres des François foient promptement
exaucées !
Une main toute-puiſſante vient de ſécher
nos
2264 MERCURE DEFRANCE.
nos pleurs , en rendant leMonarque à nos
prieres. Dieu vouloit nous inftruire , il ne
vouloit pas nous punir. Il l'avoit preparé à
la plus grande de toutes les Victoires , par
fes rapides conquêtes ſur nos Frontieres , &
ſi l'on a vû le Héros de la Guerre , à Menin ,
à Ypres , à Furnes , on a vû à Metz le Héros
de la Religion. Là les Villes ſoumiſes publient
ſa valeur , ici ſa ſoumiſſion au Très-
Haut publie ſa Religion .
Fermez , Seigneur , pour juſqu'au delà de
ce Siècle , le Tombeau qui s'ouvroit ſous les
yeux de notre Monarque , & qui ſembloit
le demander : qu'il vieilliſſe dans les Lys ,
pour être la terreur de ſes ennemis , le fléau
duvice , les délices de ſes Peuples , l'appui
&la conſolation de l'Eglife !
Accordez les mêmes ſecours à l'héritier de
ſon Trône : que la Sageſſe guide ſes pas , &
préſide à toutes ſes actions : que l'innocence
de ſes premieres années faſſe la gloire d'une
longue vieilleffe , & qu'il ſoit compté un
jour parmi les Héros de la Religion , comme
nous préſumons qu'il ſera compté parmi
les Héros de la Guerre ! que les ſublimes
Vertus , dont la plus ſage de toutes les Reinesdonne
le ſpectacle à toute l'Europe , apprennent
auxGrands du monde que le Salut
n'eſt pas impoffible à la Cour,quandle rang,
où le ſervice du Prince y appelle qu'ils apprennent
OCTOBRE. 1744. 2265
prennent aujourd'hui ces Maîtres du monde
, que c'eſt une choſe bien terrible de
mourir , de ceſſer d'être Grands & de ne pas
être Saints.
négyrique , prononcé le jour de ſa Fête dans
l'Eglise de S. Cyr par M. Ballet Curé do
Gif, près de Versailles.
S
Aint Monarque , qui avez changé l'immortalité
de vos Lauriers en une vie
bienheureuſe : qui n'avez ceſſé d'être Roi
ſur la terre , que pour régner dans leCiel :
préſentez au Seigneur l'Encens de vos prieres
pour l'éternelle durée de nos Lys : que
leTrônedes François qui a brillé aux yeux
de toutes les Nations , par ſes conquêtes &
ſa magnificence , brille aux yeux du Seigneur
par ſes Vertus : qu'il repréſente ſa
Sainteté , comme il repréſente ſa Puiſſance ;
qu'il ſoit redoutable aux ennemis de la Religion
, comme aux ennemis de l'Etat ; que
les gémiſſemens de la Colombe , que les ferventes
prieres des François foient promptement
exaucées !
Une main toute-puiſſante vient de ſécher
nos
2264 MERCURE DEFRANCE.
nos pleurs , en rendant leMonarque à nos
prieres. Dieu vouloit nous inftruire , il ne
vouloit pas nous punir. Il l'avoit preparé à
la plus grande de toutes les Victoires , par
fes rapides conquêtes ſur nos Frontieres , &
ſi l'on a vû le Héros de la Guerre , à Menin ,
à Ypres , à Furnes , on a vû à Metz le Héros
de la Religion. Là les Villes ſoumiſes publient
ſa valeur , ici ſa ſoumiſſion au Très-
Haut publie ſa Religion .
Fermez , Seigneur , pour juſqu'au delà de
ce Siècle , le Tombeau qui s'ouvroit ſous les
yeux de notre Monarque , & qui ſembloit
le demander : qu'il vieilliſſe dans les Lys ,
pour être la terreur de ſes ennemis , le fléau
duvice , les délices de ſes Peuples , l'appui
&la conſolation de l'Eglife !
Accordez les mêmes ſecours à l'héritier de
ſon Trône : que la Sageſſe guide ſes pas , &
préſide à toutes ſes actions : que l'innocence
de ſes premieres années faſſe la gloire d'une
longue vieilleffe , & qu'il ſoit compté un
jour parmi les Héros de la Religion , comme
nous préſumons qu'il ſera compté parmi
les Héros de la Guerre ! que les ſublimes
Vertus , dont la plus ſage de toutes les Reinesdonne
le ſpectacle à toute l'Europe , apprennent
auxGrands du monde que le Salut
n'eſt pas impoffible à la Cour,quandle rang,
où le ſervice du Prince y appelle qu'ils apprennent
OCTOBRE. 1744. 2265
prennent aujourd'hui ces Maîtres du monde
, que c'eſt une choſe bien terrible de
mourir , de ceſſer d'être Grands & de ne pas
être Saints.
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Résumé : PRIERE à S. Louis, à la fin de son Panégyrique, prononcé le jour de sa Fête dans l'Eglise de S. Cyr par M. Ballet Curé de Gif, près de Versailles.
Le texte est un panégyrique célébrant Saint Louis, un monarque ayant échangé l'immortalité terrestre contre une vie bienheureuse au ciel. Le discours prie pour la pérennité de la monarchie française et souhaite que le trône français brille par ses vertus autant que par ses conquêtes et sa magnificence. Il met en avant la sainteté et la puissance du monarque, capable d'inspirer la crainte chez les ennemis de la religion et de l'État. Une victoire récente a séché les pleurs des Français, et Dieu est remercié pour avoir préparé le monarque à cette victoire grâce à ses conquêtes rapides. Les exploits militaires du roi à Menin, Ypres et Furnes sont comparés à sa dévotion religieuse à Metz. Le discours implore Dieu de prolonger la vie du monarque pour qu'il continue de protéger son peuple et de soutenir l'Église. Il prie également pour l'héritier du trône, souhaitant qu'il soit guidé par la sagesse et l'innocence, et qu'il devienne un héros de la religion et de la guerre. La reine est louée pour ses vertus sublimes, et les grands du monde sont rappelés à l'importance de la sainteté et aux dangers de la mort sans salut.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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153
p. 23-29
ODE Tirée du Pseaume 67 Exurgat Deus, & dissipentur inimici ejus, & fugiant qui oderunt eum à facie ejus.
Début :
C'est de tous les Psaumes celui dont le sens littéral a le plus embarrassé les / Dieu se leve : tombez, Roi, Temple, Autel, Idole. [...]
Mots clefs :
Dieu, Seigneur, Roi, Rois, Gloire, Voix, Lieux, Terre
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texteReconnaissance textuelle : ODE Tirée du Pseaume 67 Exurgat Deus, & dissipentur inimici ejus, & fugiant qui oderunt eum à facie ejus.
ODE
Tirée du Pſeaume 67 Exurgat Deus ,
diſſipentur inimici ejus , & fugiant qui
oderunt eum à facie ejus.
جرم
'Eſt de tous les Pſeaumes celui dont le
le plus embarraflé les
Interprêtes, Pluſieurs ont cru qu'il fut compoſé
par David pour être chantéependant
la cérémonie de la tranſlation de l'Arche
dans la ville de Jérusalem. Leur ſentiment
eſt fondé ſur ce qu'il paroît par le dixiéme
Chapitre des Nombres, que lorſqu'on élevoit
l'Arche pour la transferer d'un lieu dans un
autre , on chantoit les premiers mots de ce
Pſeaume. Cumque elevaretur Arca , dicebat
Moyses,SurgeDomine , & diſſipentur inimici
tui , &fugiant qui oderunt te àfacie tuâ. Mais
le ſens ſpirituel de çe Cantique regarde inconteſtablement
la Réſurrection & l'Afcenfion
du Fils de Dieu , la deſtruction de l'idolâtrie
, & le triomphe de l'Eglife. Le Cardinal
Bellarmin trouvoit ce Preaume admirable
par les figures , les métaphores , &les
deſcriptions Poëtiques dont il eſt rempli.
On peut dire en effet après leP. Hardouin,
24 MERCURE DE FRANCE.
1
qui l'a traduit un peu fingulierement , que
c'eſt un chef-d'oeuvre de la PoëſieHébraïque,
&l'undesplus beaux Pſeaumes de David.
Dieu ſe leve : tombez , Roi , Temple , Autel
Idolę.
Au feude ſes regards , au ſon de ſa parole
Les Philiftins ont fui,
Tel le vent dans les airs chaſſe au loin la fumée
Telunbrafier ardent voit la cire enflamée
Bouillonner devant lui.
Chantez vos faintes conquêtes ,
Iſraël , dans vos feftins ,
Offrez d'innocentes fêtes
A l'Auteur de vos deſtins ,
Jonchez de fleurs ſon paſſage ,
Votre gloire eſt ſon ouvrage ,
Et le Seigneur eſt ſon nom.
Son bras venge vos allarmes
Dans le ſang & dans les larmes
Des familles d'Aſcalon .
Ils n'ont på ſoutenir ſa face étincelante.
Du timide orphelin , de la veuve tremblante
Il protege les droits.
Dufond du Sanctuaire il nous parleà touteheure :
Il aime à raffembler dans la même demeure
Ceux qui ſuivent ſes loix.
1
وا
* 11
1
DECEMBRE. 1744.
Il brife , il met en pouſſiere
Lejoug terrible & les fers
Qu'il forgea dans ſa colere
Pour ſes enfans les plus chers.
Il délivre ces rebelles
Qui chez des Rois infidéles
Mouroient noyés dans les pleurs a
Ou traînoient leur vie affreuſe
Dans la priſon tenebreuſe
De leurs barbares vainqueurs.
お楽
Souverain d'Iſraël , Dieu vengeur , Dieu ſuprême
Loin des rives du Nil tu conduiſois toi- même
Nos ayeux effrayés :
Parmi les eaux du Ciel , les éclairs & la foudre ,
Le Mont de Sinaï prêt à tomber en poudre
Chancela ſous tes pieds.
De l'humide ſein des nuës
Le painque tu fis pleuvoir
Anos tribus éperduës
Rendit la vie & l'eſpoir ;
Tu veilles ſur ma Patrie
Comme ſur ſa bergerie
Veille un Pasteur diligent ,
Et ta Divine Puiſſance
Répand avec abondance
Ses bienfaits ſur l'indigent,
B
26 MERCURE DE FRANCE,
Sur l'abîme desflots , ſur l'aîle des tempêtes
Le Seigneur fait voler la voix de ſes Prophetes
Aux lieux les plus lointains ;
Son peuple bien-aimé vaincra toute la terre ,
Et les Sceptres conquis par le droit de la guerre
Pafferont dans ſes mains,
Ses moindres efforts terraſffent
Ses ennemis furieux ;
Des périls qui le menacent
Il fort toujours glorieux.
Roi de la terre & de l'onde
Il éblouira le monde
De ſa nouvelle ſplendeur.
Ainſi du haut des montagnes
La neige dans les campagnes
Répand fa vive blancheur.
O monts délicieux ! ô fertile heritage !
Lieux cheris du Seigneur , vous êtes l'heureux gage
De ſon fidéle amour.
Demeure des faux Dieux , montagnes étrangeres ,
Vous n'êtes point l'azile où le Dieu de nos Peres
A fixé ſon ſéjour.
Sion , quelle auguſte fête !
Quels tranſports vont éclater !
Juiqu'à ton fuperte faite
:
1
1
DECEMBRE. 1744. 27
Le char de Dieu va monter.
Pour célébrer ſes louanges
Je vois accourir les Anges ,
Pénétrés d'un faint effroi.hdt
Sa gloire fut moins brillante
Sur la montagne brulante
Où ſa main grava ſa loi
Seigneur , tu vas régner au ſeinde nos Provinces:
Tu reviens entouré de Peuples&de Princes,
Chargés de fers peſans .
L'Idolâtre a fremi quand il tavû paroître ,
Et quoiqu'il n'oſe encore t'avouer pour ſonMaître,
Il t'offre des préfens .
Ce Dieu , fi grand , fi terrible ,
Anos voixdaigne accourir ;
Sabonté toujours viſible
Se plaît à nous fecourir.
Prodigue de récompenſes ,
Malgré toutes nos offenfes
Il eſt lent dans ſa fureur , وک
Mais les carreaux qu'il apprête ,
Tôt ou tard briſent la tête
Del'impie&du pécheur".
Dieu m'a dit : De Bazan pourquoi crains-tu le
pieges?
Bij
28 MER CURE DE FRANCE.
La mer engloutira ces mortels facrileges
Dans fon horrible flanc:
Tu fouleras aux pieds leurs veines déchirées ,
Et les chiens tremperont leurs langues altérées
Dans les flots de leur fang.
Les ennemis de ſa gloire
Sont vaincus de toutes parts :
La pompe de ſa victoire
Frappe leurs derniers regards.
Nos Chefs enflamés de zèle
Chantent la force immortelle
Du Dieu qui ſauva leurs jours ,
Et nos filles triomphantes
Mêlent leurs voix éclatantes
Au fonbruyantdes tambours.
Béniſſez le Seigneur , béniſſez votre Maître.
Defcendans de Jacob , ruiſſeaux que firent naître
Les ſources d'Ifraël .
Vous , jeune Benjamin,& vous Tribus guerrieres,
Nepthali , Zabulon , Juda , Roi de vos freres ,
Adorez l'Eternel .
Rempli , Seigneur , lapromeſſe
Que tu fis à nos Ayeux ;
Que les Rois viennent ſans ceffe
Te rendre hommage en ces lieux ,
DECEMBRE 1744 29
Dompte l'animal ſauvage
Qui contre nous plein de rage
S'élance de ſes Marais.
Pour éviter ta pourſuite
Qu'il cherche envain dans ſa fuite
Les roſeaux les plus épais .
Diſſipe des méchans la fureur conjurée ;
Nous verrons accourir dans ta Ville facrée
Les Envoyés des Rois .
Chantez le Dieu vivant , Royaumes de la terre.
Vous entendez ces bruits , ces éclats de tonnerre ;
:
C'eſt le cri de ſa voix.
O Ciel !
慈溪
vaſte étendue !
Les attributs de ton Dieu
Sur les Aftres , dans la nuë
Sont écrits en traits de feu.
Les Saints que fon ordre employe
Sont les heros qu'il envoye
Pour conquérir l'Univers .
Sa clémence vons appelle ,
• Nations ; que votre zêle
Serve le Dieu que je fers.
Tirée du Pſeaume 67 Exurgat Deus ,
diſſipentur inimici ejus , & fugiant qui
oderunt eum à facie ejus.
جرم
'Eſt de tous les Pſeaumes celui dont le
le plus embarraflé les
Interprêtes, Pluſieurs ont cru qu'il fut compoſé
par David pour être chantéependant
la cérémonie de la tranſlation de l'Arche
dans la ville de Jérusalem. Leur ſentiment
eſt fondé ſur ce qu'il paroît par le dixiéme
Chapitre des Nombres, que lorſqu'on élevoit
l'Arche pour la transferer d'un lieu dans un
autre , on chantoit les premiers mots de ce
Pſeaume. Cumque elevaretur Arca , dicebat
Moyses,SurgeDomine , & diſſipentur inimici
tui , &fugiant qui oderunt te àfacie tuâ. Mais
le ſens ſpirituel de çe Cantique regarde inconteſtablement
la Réſurrection & l'Afcenfion
du Fils de Dieu , la deſtruction de l'idolâtrie
, & le triomphe de l'Eglife. Le Cardinal
Bellarmin trouvoit ce Preaume admirable
par les figures , les métaphores , &les
deſcriptions Poëtiques dont il eſt rempli.
On peut dire en effet après leP. Hardouin,
24 MERCURE DE FRANCE.
1
qui l'a traduit un peu fingulierement , que
c'eſt un chef-d'oeuvre de la PoëſieHébraïque,
&l'undesplus beaux Pſeaumes de David.
Dieu ſe leve : tombez , Roi , Temple , Autel
Idolę.
Au feude ſes regards , au ſon de ſa parole
Les Philiftins ont fui,
Tel le vent dans les airs chaſſe au loin la fumée
Telunbrafier ardent voit la cire enflamée
Bouillonner devant lui.
Chantez vos faintes conquêtes ,
Iſraël , dans vos feftins ,
Offrez d'innocentes fêtes
A l'Auteur de vos deſtins ,
Jonchez de fleurs ſon paſſage ,
Votre gloire eſt ſon ouvrage ,
Et le Seigneur eſt ſon nom.
Son bras venge vos allarmes
Dans le ſang & dans les larmes
Des familles d'Aſcalon .
Ils n'ont på ſoutenir ſa face étincelante.
Du timide orphelin , de la veuve tremblante
Il protege les droits.
Dufond du Sanctuaire il nous parleà touteheure :
Il aime à raffembler dans la même demeure
Ceux qui ſuivent ſes loix.
1
وا
* 11
1
DECEMBRE. 1744.
Il brife , il met en pouſſiere
Lejoug terrible & les fers
Qu'il forgea dans ſa colere
Pour ſes enfans les plus chers.
Il délivre ces rebelles
Qui chez des Rois infidéles
Mouroient noyés dans les pleurs a
Ou traînoient leur vie affreuſe
Dans la priſon tenebreuſe
De leurs barbares vainqueurs.
お楽
Souverain d'Iſraël , Dieu vengeur , Dieu ſuprême
Loin des rives du Nil tu conduiſois toi- même
Nos ayeux effrayés :
Parmi les eaux du Ciel , les éclairs & la foudre ,
Le Mont de Sinaï prêt à tomber en poudre
Chancela ſous tes pieds.
De l'humide ſein des nuës
Le painque tu fis pleuvoir
Anos tribus éperduës
Rendit la vie & l'eſpoir ;
Tu veilles ſur ma Patrie
Comme ſur ſa bergerie
Veille un Pasteur diligent ,
Et ta Divine Puiſſance
Répand avec abondance
Ses bienfaits ſur l'indigent,
B
26 MERCURE DE FRANCE,
Sur l'abîme desflots , ſur l'aîle des tempêtes
Le Seigneur fait voler la voix de ſes Prophetes
Aux lieux les plus lointains ;
Son peuple bien-aimé vaincra toute la terre ,
Et les Sceptres conquis par le droit de la guerre
Pafferont dans ſes mains,
Ses moindres efforts terraſffent
Ses ennemis furieux ;
Des périls qui le menacent
Il fort toujours glorieux.
Roi de la terre & de l'onde
Il éblouira le monde
De ſa nouvelle ſplendeur.
Ainſi du haut des montagnes
La neige dans les campagnes
Répand fa vive blancheur.
O monts délicieux ! ô fertile heritage !
Lieux cheris du Seigneur , vous êtes l'heureux gage
De ſon fidéle amour.
Demeure des faux Dieux , montagnes étrangeres ,
Vous n'êtes point l'azile où le Dieu de nos Peres
A fixé ſon ſéjour.
Sion , quelle auguſte fête !
Quels tranſports vont éclater !
Juiqu'à ton fuperte faite
:
1
1
DECEMBRE. 1744. 27
Le char de Dieu va monter.
Pour célébrer ſes louanges
Je vois accourir les Anges ,
Pénétrés d'un faint effroi.hdt
Sa gloire fut moins brillante
Sur la montagne brulante
Où ſa main grava ſa loi
Seigneur , tu vas régner au ſeinde nos Provinces:
Tu reviens entouré de Peuples&de Princes,
Chargés de fers peſans .
L'Idolâtre a fremi quand il tavû paroître ,
Et quoiqu'il n'oſe encore t'avouer pour ſonMaître,
Il t'offre des préfens .
Ce Dieu , fi grand , fi terrible ,
Anos voixdaigne accourir ;
Sabonté toujours viſible
Se plaît à nous fecourir.
Prodigue de récompenſes ,
Malgré toutes nos offenfes
Il eſt lent dans ſa fureur , وک
Mais les carreaux qu'il apprête ,
Tôt ou tard briſent la tête
Del'impie&du pécheur".
Dieu m'a dit : De Bazan pourquoi crains-tu le
pieges?
Bij
28 MER CURE DE FRANCE.
La mer engloutira ces mortels facrileges
Dans fon horrible flanc:
Tu fouleras aux pieds leurs veines déchirées ,
Et les chiens tremperont leurs langues altérées
Dans les flots de leur fang.
Les ennemis de ſa gloire
Sont vaincus de toutes parts :
La pompe de ſa victoire
Frappe leurs derniers regards.
Nos Chefs enflamés de zèle
Chantent la force immortelle
Du Dieu qui ſauva leurs jours ,
Et nos filles triomphantes
Mêlent leurs voix éclatantes
Au fonbruyantdes tambours.
Béniſſez le Seigneur , béniſſez votre Maître.
Defcendans de Jacob , ruiſſeaux que firent naître
Les ſources d'Ifraël .
Vous , jeune Benjamin,& vous Tribus guerrieres,
Nepthali , Zabulon , Juda , Roi de vos freres ,
Adorez l'Eternel .
Rempli , Seigneur , lapromeſſe
Que tu fis à nos Ayeux ;
Que les Rois viennent ſans ceffe
Te rendre hommage en ces lieux ,
DECEMBRE 1744 29
Dompte l'animal ſauvage
Qui contre nous plein de rage
S'élance de ſes Marais.
Pour éviter ta pourſuite
Qu'il cherche envain dans ſa fuite
Les roſeaux les plus épais .
Diſſipe des méchans la fureur conjurée ;
Nous verrons accourir dans ta Ville facrée
Les Envoyés des Rois .
Chantez le Dieu vivant , Royaumes de la terre.
Vous entendez ces bruits , ces éclats de tonnerre ;
:
C'eſt le cri de ſa voix.
O Ciel !
慈溪
vaſte étendue !
Les attributs de ton Dieu
Sur les Aftres , dans la nuë
Sont écrits en traits de feu.
Les Saints que fon ordre employe
Sont les heros qu'il envoye
Pour conquérir l'Univers .
Sa clémence vons appelle ,
• Nations ; que votre zêle
Serve le Dieu que je fers.
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Résumé : ODE Tirée du Pseaume 67 Exurgat Deus, & dissipentur inimici ejus, & fugiant qui oderunt eum à facie ejus.
Le Psaume 67, intitulé 'Exurgat Deus', est l'un des plus difficiles à interpréter. Il est attribué à David et célèbre la translation de l'Arche à Jérusalem, comme mentionné dans le livre des Nombres. Sur le plan spirituel, il traite de la Résurrection et de l'Ascension du Christ, de la destruction de l'idolâtrie et du triomphe de l'Église. Le Cardinal Bellarmin loue ce psaume pour ses figures, métaphores et descriptions poétiques, tandis que le Père Hardouin le considère comme un chef-d'œuvre de la poésie hébraïque. Le psaume décrit Dieu se levant contre ses ennemis, protégeant les faibles et délivrant les captifs. Il évoque les miracles accomplis pour Israël, tels que la traversée de la mer Rouge et la manne dans le désert. Il souligne la victoire du peuple de Dieu sur ses ennemis et l'établissement de son règne sur les nations. Le texte met en avant la puissance et la miséricorde de Dieu, qui punit les impies tout en étant lent à la colère et généreux en récompenses. Le psaume se conclut par un appel à bénir le Seigneur et à adorer l'Éternel, invitant toutes les nations à reconnaître sa souveraineté. Le poème décrit également une vision céleste où les étoiles sont représentées comme des traits de feu dans les nuages. Les saints, qualifiés d'héros, sont envoyés pour conquérir l'univers. La clémence divine est invoquée pour appeler les nations à servir Dieu. Le texte exhorte les nations à manifester leur zèle en servant cette divinité.
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154
p. 89-93
ODE Tirée du Pseaume 93.
Début :
Le Seigneur, le Dieu des vengeances [...]
Mots clefs :
Dieu, Lâche, Esprit, Raison, Seigneur
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texteReconnaissance textuelle : ODE Tirée du Pseaume 93.
ODE
Tirée du Pseaume 93.
Le Seigneur, le Dieu des vengeances
N'a d'autres Loi que l'Equité;
Notre sang lave ses offenses.
Lom de moi lâche impiété !
J'entens retentir son Tonnerre.
O Dieu !venez jugez la terre.
Montrez vous, en sier Conquérant.
aO
90 MERCURE DE FRANCE.
Plus de pitié pour le superbe
Consumez-le comme un brin d'herbe.
Quand vous lancez la foudre, on vous trouve plus
grand.
Jusqu'à quand verrai- je l'impie
Frauchir devant vous tout écuoil i
Est- ce en médisant qu'il expio
Son injustice & son orgueil:
Ce lache est épris de lui- mê me,
La fortune est le Dien qu'il aime:
Innemi de la vérité,,
L'étranger, l'orphelin, la veuve
Font par leur mort la triste epi euvo-
De son hypocrisie & de sa cruauté.
Sa main se louo à l'avarico
Son coeur avengle sa raison.
Son ame onfante l'injustice,
Et son esprit la trahison.,
Sa soi dépend de ses idoles
Son bonheur des songes frivoles;.
Il craint l'oeil qui le voit de p:ès:
C'est des monstres le plus énormo,
La vertu Iui paroit differme,
Et le vice odieux a pour lui mille auraits.
M3.
FANVIER,
1752.
Dans les accès de sa folie
»Il dit: Dien sçauroit- il me voir?
vA-t'il fait ce qu'on en publie?
»Ai-je à redouter son pouvoir:
» L'effroi réalize un phantôme.
Uu pur esprit n'est qu'un atôme.
Lacrainte lache a falt les Dieux-
Et le Dieu d'Israel lui-même
Est le vain fruit d'un beau système:
Doise eut le secret d'enchantar nos Ayeux.
naen
Antce, quel démon t'apimo-
Haux sage, mortel insensé?
Invain l'esclave est magnanime.
Et brave son mastra offensé.
Cent peodiges to sont contraires,
ka raison détruit tes chimeres,
L'esprit n'oseroit t'approuver.
La fureur t'offre un vain refuge,
Et veut anéantir le juge
Qui devra te proscrire en vonlant to sanver.
N
Le peuple t'érige en otacle,
Et l'on te surnomme esprit fort.
Tu te crois toi-même un miracle
Des nobles caprices du sort.
Ion solide intét et me touclae-
92
92 MERCURE DEFRANCE.
La raison parle par ma bouche,
» Quoi ! l'artisan ingénieux
„ Qui par une double merveille
„ Eclaitoit l'œil, ouvroit l'oreille,
»Est il lui-même aveugle, est il sourd à tes
seux?
Dieu voit de nos folles penséeo
La ridicule vanité.
La voix. de nos fureurs passées
Se plaint à lui de sa bonté.
Heureux les cours en qui Dieu regne !
Heureux ceux que ce maître enseigne.
Ils souftrent les maux dévorans
Saus verser une seule larme,
Jusqu'au jour où sa main les charme
En faisant à leur yeux expiter leurs Tirasa.
N
* *. *
Ce Pasteur visite ses ouaillos:
Loin de lui les loups triomphans
L'amour attendrit ses entrailles.
Tous les agneaux sont ses enfans,
Je le vois ce vainqueur terrible
L'oeil sanglant, le cour infléxible,
Poursuivre ces loups fastueux,
a
JANVIER. 1752.
At dans leurs geules enflammées
J'entens les soudtes t'allumées
Vanger, en éclattant, le Troupeau vertueux.
e.
Quel mortel rempli d'héroisme
Viendra combattre à mon côté
LLe hétos du lache Athéisme.
Monstre paitri de vanité?
Sur les lévres de l'imposture
Vangeons l'honneur de la Nature,
Le Seigneur a pris mon parti
Nous allons le réduire en cendre:
Justes, vous le voyez descendre
Dans le sein du néant dont-il étoit sorti.
Trobat de l'Anglade.
Tirée du Pseaume 93.
Le Seigneur, le Dieu des vengeances
N'a d'autres Loi que l'Equité;
Notre sang lave ses offenses.
Lom de moi lâche impiété !
J'entens retentir son Tonnerre.
O Dieu !venez jugez la terre.
Montrez vous, en sier Conquérant.
aO
90 MERCURE DE FRANCE.
Plus de pitié pour le superbe
Consumez-le comme un brin d'herbe.
Quand vous lancez la foudre, on vous trouve plus
grand.
Jusqu'à quand verrai- je l'impie
Frauchir devant vous tout écuoil i
Est- ce en médisant qu'il expio
Son injustice & son orgueil:
Ce lache est épris de lui- mê me,
La fortune est le Dien qu'il aime:
Innemi de la vérité,,
L'étranger, l'orphelin, la veuve
Font par leur mort la triste epi euvo-
De son hypocrisie & de sa cruauté.
Sa main se louo à l'avarico
Son coeur avengle sa raison.
Son ame onfante l'injustice,
Et son esprit la trahison.,
Sa soi dépend de ses idoles
Son bonheur des songes frivoles;.
Il craint l'oeil qui le voit de p:ès:
C'est des monstres le plus énormo,
La vertu Iui paroit differme,
Et le vice odieux a pour lui mille auraits.
M3.
FANVIER,
1752.
Dans les accès de sa folie
»Il dit: Dien sçauroit- il me voir?
vA-t'il fait ce qu'on en publie?
»Ai-je à redouter son pouvoir:
» L'effroi réalize un phantôme.
Uu pur esprit n'est qu'un atôme.
Lacrainte lache a falt les Dieux-
Et le Dieu d'Israel lui-même
Est le vain fruit d'un beau système:
Doise eut le secret d'enchantar nos Ayeux.
naen
Antce, quel démon t'apimo-
Haux sage, mortel insensé?
Invain l'esclave est magnanime.
Et brave son mastra offensé.
Cent peodiges to sont contraires,
ka raison détruit tes chimeres,
L'esprit n'oseroit t'approuver.
La fureur t'offre un vain refuge,
Et veut anéantir le juge
Qui devra te proscrire en vonlant to sanver.
N
Le peuple t'érige en otacle,
Et l'on te surnomme esprit fort.
Tu te crois toi-même un miracle
Des nobles caprices du sort.
Ion solide intét et me touclae-
92
92 MERCURE DEFRANCE.
La raison parle par ma bouche,
» Quoi ! l'artisan ingénieux
„ Qui par une double merveille
„ Eclaitoit l'œil, ouvroit l'oreille,
»Est il lui-même aveugle, est il sourd à tes
seux?
Dieu voit de nos folles penséeo
La ridicule vanité.
La voix. de nos fureurs passées
Se plaint à lui de sa bonté.
Heureux les cours en qui Dieu regne !
Heureux ceux que ce maître enseigne.
Ils souftrent les maux dévorans
Saus verser une seule larme,
Jusqu'au jour où sa main les charme
En faisant à leur yeux expiter leurs Tirasa.
N
* *. *
Ce Pasteur visite ses ouaillos:
Loin de lui les loups triomphans
L'amour attendrit ses entrailles.
Tous les agneaux sont ses enfans,
Je le vois ce vainqueur terrible
L'oeil sanglant, le cour infléxible,
Poursuivre ces loups fastueux,
a
JANVIER. 1752.
At dans leurs geules enflammées
J'entens les soudtes t'allumées
Vanger, en éclattant, le Troupeau vertueux.
e.
Quel mortel rempli d'héroisme
Viendra combattre à mon côté
LLe hétos du lache Athéisme.
Monstre paitri de vanité?
Sur les lévres de l'imposture
Vangeons l'honneur de la Nature,
Le Seigneur a pris mon parti
Nous allons le réduire en cendre:
Justes, vous le voyez descendre
Dans le sein du néant dont-il étoit sorti.
Trobat de l'Anglade.
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Résumé : ODE Tirée du Pseaume 93.
Le poème 'ODE', extrait du Psaume 93, publié dans le Mercure de France en janvier 1752, appelle à la justice divine contre les impies et les injustices. Le poète invoque Dieu pour juger la terre et punir les superbes et les impies, qui se vantent de leur pouvoir et méprisent la vérité et la vertu. Ces impies sont décrits comme hypocrites, cruels, avares et traîtres, adorant des idoles et vivant dans l'illusion. Ils doutent de l'existence de Dieu et de son pouvoir, croyant que la crainte est une faiblesse. Le poème oppose cette attitude à la foi et à la sagesse, affirmant que Dieu voit toutes les pensées humaines et que les justes souffrent sans se plaindre jusqu'à ce que Dieu les délivre. Le pasteur divin protège son troupeau contre les loups, symbolisant les impies. Le poète exprime son désir de combattre l'athéisme et de venger l'honneur de la nature, avec l'aide divine, pour réduire les impies au néant.
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155
p. 39-71
L'EDUCATION D'UN PRINCE.
Début :
Théophile. Voici un lieu fort champêtre, Prince ; [...]
Mots clefs :
Éducation, Éducation d'un prince, Prince, Hommes, Homme, Nature, Sang, Esprit, Seigneur, Raison, Vérité, Vertus, Gouverneur, Dialogue, Marivaux, Roi
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texteReconnaissance textuelle : L'EDUCATION D'UN PRINCE.
L'EDUCATION D'UN PRINCE.
Cfont tres anciens. Un Seigneur qui
Es dialogues qu'on donne au public ,
hérita , il y a quelque tems , d'un de fes
parens , les trouva dans le château où ce
parent étoit mort ; ils étoient confondus
avec d'autres papiers extrêmement anciens
auffi ; on n'en a changé que le langage gaulois
, par lequel il paroît , au jugement de
quelques fçavans , qu'il y a pour le moins
quatre fiécles qu'ils font écrits . On ne fçait
point non plus quel en eft l'auteur ; tout ce
qu'on en peut croire , c'eft qu'ils ont fervi
à l'éducation de quelqu'un de nos Rois ,
ou de quelques Princes deftinés à regner.
Quoiqu'il en foit , en voici le premier ,
dont les détails font affez fimples . C'eſt un
40 MERCURE DE FRANCE.
Gouverneur & un jeune Prince qui s'entretiennent
enfemble , tous deux apparemment
fous des noms fuppofés , puifque le
Prince a celui de Théodofe , & le Gouver
neur celui de Théophile.
PREMIER DIALOGUE.
Théophile.
Voici un lieu fort champêtre , Prince ;
voulez- vous que nous nous y arrêtions ?
Théodofe.
Comme il vous plaira.
Théophile.
Vous me paroiffez aujourd'hui bien férieux
; la promenade vous ennuie-t-elle ?
Auriez vous mieux aimé refter avec ces
jeunes gens que nous venons de quitter ?
Théodofe.
Mais je vous avoue qu'ils m'amufoient,
Théophile.
Vous me fçavez donc bien mauvais gré
de vous avoir amené ici : n'eft- il pas vrai
que vous me trouvez dans mille momens
un homme bien incommode ? je pense que
DECEMBRE . 1754. 41
vous ne m'aimerez gueres quand vous
ferez débarraffé de moi.
Théodofe.
Pourquoi me dites- vous cela vous vous
trompez.
Théophile.
Combien de fois me fuis- je apperçu que
je vous fatiguois , que je vous étois defagréable
?
Théodofe.
Ah ! defagréable , c'eft trop dire : vous
m'avez quelquefois gêné , contrarié , quelquefois
fait faire des chofes qui n'étoient
pas de mon goût ; mais votre intention
étoit bonne , & je ne fuis pas affez injuſte
pour en être fâché contre vous.
Théophile.
C'est-à - dire que mes foins & mes attentions
ne m'ont point encore brouillé
avec vous ; que vous me pardonnez tout
le zele & même toute la tendreffe avec laquelle
j'ai travaillé à votre éducation : voilà
précisément ce que vous voulez bien
oublier en ma faveur .
Théodofe.
Ce n'eft point là ma pensée , & vous
42 MERCURE DE FRANCE.
me faites une vraie chicanne ; je viens
d'avouer que vous m'avez quelquefois chagriné
, mais que je compte cela pour rien ,
que je n'y fonge plus , que je n'en ai point
de rancune ; que puis-je dire de plus ?
Théophile.
Jugez-en vous - même. Si quelqu'un vous
voyoit dans un grand péril , qu'il ne pût
vous en tirer , vous fauver la vie qu'en
vous faifant une légere douleur , feroit- il
jufte lorsque vous feriez hors de danger ,
de vous en tenir à lui dire , vous m'avez
fait un petit mal , vous m'avez un peu trop
preffé le bras , mais je n'en ai point de rancune
, & je vous le pardonne è
Théodofe.
Ah ! vous avez raiſon , il y auroit une
ingratitude effroyable à ce que vous me
dites là ; mais c'eft de quoi il n'eft pas queftion
ici : je ne fçache pas que vous m'ayez
jamais fauvé la vie.
Théophile.
Non , le fervice que j'ai tâché de vous
rendre eft encore plus grand ; j'ai voulu
vous fauver du malheur de vivre fans gloire.
Je vous ai vû expofé à des défauts qui
auroient fait périr les qualités de votre
DECEMBRE.
1754 43
ame , & c'eſt à la plus noble partie de vousmême
que j'ai , pour ainfi dire , tâché de
conferver la vie. Je n'ai pû y réuffir qu'en
vous contrariant , qu'en vous gênant quelquefois
: il vous en a coûté de petits chagrins
; c'est là cette légere douleur dont je
parlois tout -à- l'heure : vous contentezvous
encore de dire , je n'y fonge plus.
Théodofe.
Non , Théophile , je me trompois , & je
me dédis de tout mon coeur ; je vous ai en
effet les plus grandes obligations.
Théophile.
Point du tout , je n'ai fait que mon devoir
, mais il y a eu du courage à le faire :
vous m'aimeriez bien davantage fi je l'avois
voulu ; il n'a tenu qu'à moi de vous être
extrêmement agréable , & de gagner pour
jamais vos bonnes graces ; ce n'eût été qu'à
vos dépens , à la vérité.
Théodofe.
A mes dépens , dites-vous ?
Théophile.
Oui , je n'avois qu'à vous trahir pour
vous plaire, qu'à négliger votre inftruction
, qu'à laiffer votre coeur & votre ef44
MERCURE DE FRANCE .
prit devenir ce qu'ils auroient pû , qu'à
vous abandonner à vos humeurs ,à vos impatiences
, à vos volontés impétueufes , à
votre dégoût pour tout ce qui n'étoit pas
diffipation & plaifir . Convenez - en , la
moindre petite contradiction vous irritoit ,
vous étoit infupportable ; & ce qui eft encore
pis , j'ai vu le tems où ceux qui vous
entouroient , n'étoient précisément pour
vous que des figures qui amufoient vos
yeux ; vous ne fçaviez pas que c'étoit des
hommes qui penfoient , qui vous examinoient
, qui vous jugeoient , qui ne demandoient
qu'à vous aimer , qu'à pouvoir
vous regarder comme l'objet de leur amour
& de leur efpérance . On peut vous dire cela
aujourd'hui que vous n'êtes plus de même ,
& que vous vous montrez aimable ; auffi
vous aime- t-on , auſſi ne voyez- vous autour
de vous que des vifages contens &
charmés
, que des refpects mêlés d'applau
diffement & de joie ; mais je n'en fuis pas
mieux avec vous , moi , pour vous avoir
appris à être bien avec tout le monde.
Theodofe.
Laiffons là ce que je vous ai répondu
d'abord , je le defavoue ; mais quand vous
dites qu'il n'y avoit qu'à m'abandonner à
mes défauts pour me plaire , que fçavez-
7
9
DECEMBRE. 1754. 45
vous fi je ne vous les aurois pas reprochés
quelque jour ?
Théophile.
Non , Prince , non , il n'y avoit rien à
craindre , vous ne les auriez jamais fçus ; il
faut avoir des vertus pour s'appercevoir
qu'on en manque , ou du moins pour être
fâché de n'en point avoir ; & des vertus ,
vous n'en auriez point eu : la maniere dont
je vous aurois élevé y auroit mis bon ordre
; & ce lâche Gouverneur qui vous auroit
épargné la peine de devenir vertueux
& raifonnable , qui vous auroit laiffé la
miférable douceur de vous gâter tout à vo
tre aiſe , vous feroit toujours refté dans
l'efprit comme l'homme du monde le plus
accommodant & du meilleur commerce ,
& non pas comme un homme à qui vous
pardonnez tout au plus le bien qu'il vous a
fait.
Théodofe.
Vous en revenez toujours à un mot que
j'ai dit fans réflexion.
Théophile.
Oui , Prince , je foupçonne quelquefois
que vous ne m'aimez
gueres , mais en re
vanche, on vous aimera , & je fuis content
; voilà ce que je vous devois à vous
46 MERCURE DE FRANCE.
& ce que je devois à tout le monde . Vous
fouvenez-vous d'un trait de l'hiftoire romaine
que nous lifions ce matin ? Qu'il me
tue , pourvu qu'il regne , difoit Agrippine en
parlant de Neron : & moi , j'ai dit fans
comparaifon , qu'il me haïffe pourvû qu'on
l'aime , qu'il ait tort avec moi pourvû qu'il
ne manque jamais à fa gloire , & qu'il
n'ait tort ni avec la raifon ni avec les ver
tus qu'il doit avoir.
Théodofe.
Qu'il me haïffe , dites -vous ; vous n'y
fongez pas , Théophile ; en vérité , m'en
foupçonnez -vous capable ?
ble
Théophile.
Lamaniere dont vous vous récriez fem
promettre qu'il n'en fera rien.
Théodofe.
Je vous en convaincrai encore mieux
dans les fuites , foyez en perfuadé.
Théophile.
Je crois vous entendre , Prince , & je
fuis extrêmement touché de ce témoigna
ge de votre bon coeur ; mais de grace , ne
vous y trompez point ; je ne vous rappelle
pas mes foins pour les vanter. Si je tâche
DECEMBRE. 1754. 47
de vous y rendre fenfible , c'eft afin que
vous les récompenfiez de votre confiance
& non pas de vos bienfaits. Nous allons
bientôt nous quitter , & j'ai beſoin aujour
d'hui que vous m'aimiez un peu ; mais c'eft
pour vous que j'en ai befoin , & non pas
our moi ; c'eft que vous m'en écouterez
plus volontiers fur ce qui me refte à vous
dire pour achever votre éducation,
Théodofe.
Ah ! parlez , Théophile , me voici , je
vousaffure , dans la difpofition où vous me
fouhaitez ; je fçai d'ailleurs que le tems
preffe , & que nous n'avons pas long- tems
â demeurer enſemble.
Théophile.
Et vous attendez que je n'y fois plus ?
n'eft- il vrai ? vous n'aurez plus de Gouverneur
, vous ferez plus libre , & cela
vous réjouit , convenez - en.
Théodofe.
Franchement il pourroit bien y avoir
quelque chofe de ce que vous dites là , &
le tout fans que je m'impatiente d'être
avec vous ; mais on aime à être le maître
de fes actions.
48 MERCURE DE FRANCE.
Théophile.
Raifonnons. Si juſqu'ici vous aviez été
le maître abfolu des vôtres , vous n'en auriez
peut-être pas fait une qui vous eût fait
honneur ; vous auriez gardé tous vos défauts
, par exemple.
Théodofe.
J'en ferois bien fâché.
Théophile.
C'est donc un bonheur pour vous de n'avoir
pas été votre maître. N'y a-t-il pas
de danger que vous le foyez aujourd'hui ?
ne vous défiez- vous pas de l'extrême envie
que vous avez de l'être : Votre raiſon
a fait du progrès fans doute ; mais prenez
garde : quand on eft fi impatient d'être
défait de fon Gouverneur , ne feroit- ce pas
figne qu'on a encore befoin de lui , qu'on
n'eft pas encore auffi raifonnable qu'on devroit
l'être car fi on l'étoit , ce Gouver
neur ne feroit plus fi incommode , il ne
gêneroit plus ; on feroit toujours d'accord
avec lui , il ne feroit plus que tenir compagnie
: qu'en pensez-vous ?
Théodofe.
Je rêve à votre réflexion .
Théophile:
DECEMBRE . 1754. 49
.
Théophile.
Il n'en eft pas de vous comme d'un particulier
de votre âge , votre liberté tire à
bien d'autres conféquences ; on fçaura bien
empêcher ce particulier d'abufer long- tems.
& à un certain point de la fienne ; mais
qui eft-ce qui vous empêchera d'abufer de
la vôtre qui eft- ce qui la réduira à de
juftes bornes ? quels fecours aura- t- on contre
vous que vos vertus , votre raiſon , vos
lumieres ? &
quoiqu'aujourd'hui vous ayez
de tout cela , êtes-vous für d'en avoir affez.
pour ne pas appréhender d'être parfaitement
libre ? Songez à ce que c'eft qu'une
liberté que votre âge & que l'impunité de
l'abus que vous en pouvez faire , rendront
fi dangereuſe. Si vous n'étiez pas naturellement
bon & généreux , fi vous n'aviez
pas le meilleur fond du monde , Prince ,
je ne vous tiendrois pas ce difcours - là
mais c'eft qu'avec vous il y a bien des reffources
, je vous connois , il n'y a que des
réflexions à vous faire faire.
Théodofe.
A la bonne heure , mais vous me faites
trembler ; je commence à craindre très-férieufement
de vous perdre.
11. Vol.
so MERCURE
DE FRANCE .
Théophile.
Voilà une crainte qui me charme , elle
part d'un fentiment qui vaut mieux que
tous les Gouverneurs du monde : ah ! que
je fuis content , & qu'elle nous annonce
une belle ame !
Il ne tiendra
Théodofe.
pas à moi que vous ne difiez
vrai ; courage , mettons à profit le tems
que nous avons à penfer enfemble
; nous
en refte-t-il beaucoup
?
Théophile.
Encore quelque mois .
Théodofe.
Cela eft bien court .
Théophile.
Je vous garantis que c'en fera plus qu'il
men faut pour un Prince capable de cette
réponſe là , fur-tout avec un homme qui
ne vous épargnera pas la vérité , d'autant
plus que vous n'avez que ce petit efpace
de tems-ci pour l'entendre , & qu'après
moi perfonne ne vous la dira peut-être ;
vous allez tomber entre les mains de gens
qui vous aimeront bien moins qu'ils n'auDECEMBRE.
1754.
ront envie que vous les aimiez , qui ne
voudront que vous plaire & non pas vous
inftruire , qui feront tout pour le plaifir
de votre amour propre , & rien le
pour
le profit de votre raifon .
Théodofe.
Mais n'y a-t-il pas
d'honnêtes gens qui
font d'un
caractere fûr , & d'un
honneur
à toute épreuve ?
Théophile.
Oui , il y en a par- tout , quoique tou
jours en petit nombre.
Théodofe.
Eh bien , j'aurai foin de me les attacher ;
de les
encourager à me parler ; je les préviendrai.
Théophile.
Vous le croyez que vous les préviendrez
; mais fi vous n'y prenez garde , je
vous avertis que ce feront ceux qui auront
le moins d'attrait pour vous , ceux pour
qui vous aurez le moins d'inclination &
que vous traiterez le plus froidement.
Théodofe.
Froidement moi qui me fens tant de
difpofition à les aimer , à les diftinguer ?
Cij
j2 MERCURE DE FRANCE.
Théophile.
Eh ! vous ne la garderez pas cette difpofition
là , leur caractere vous l'ôtera . Et
à propos de cela voulez- vous bien me dire
ce que vous penfez de Softene ? C'eſt un
des hommes de la Cour que vous voyez le
plus fouvent.
Theodofe.
Et un fort aimable homme , qui a tonjours
quelque chofe d'obligeant à vous dire
, & qui vous le dit avec grace , quoique
d'un air fimple & naturel . C'eſt un homme
que j'aime à voir , malgré la différence
de fon âge au mien , & je fuis perfuadé
qu'il m'aime un peu auffi . Je le fens à la
maniere dont il m'aborde , dont il me parle
, dont il écoute ce que je dis ; je n'ai
point encore trouvé d'efprit plus liant , plus
d'accord avec le mien.
Théophile.
Il eft vrai .
Théodofe.
Je ne penſe pas de même de Philante,
Je vous crois.
Théophile.
DECEMBRE . 1754 53
Théodofe.
Quelle différence ! celui- ci a un efprit
roide & férieux , je penfe qu'il n'eftime que
lui , car il n'approuve jamais rien ; ou s'il
approuve , c'est avec tant de réferve & d'un
air fi contraint , qu'on diroit qu'il a toujours
peur de vous donner trop de vanité ;
il est toujours de votre avis le moins qu'il
peut , & il vaudroit autant qu'il n'en fût
point du tout. Il y a quelques jours que
pendant que vous étiez fur la terraffe il
m'arriva de dire quelque chofe dont tout
le monde fe mit à rire , comme d'une fail
lie affez plaifante ; lui feul baiffa les yeux ,
en fouriant à la vérité , mais d'un fouris
qui fignifioit qu'on ne devoit pas rire.
Théophile.
Peut-être avoit-il raifon.
Théodofe.
Quoi ! raifon contre tout le monde ? eſtce
que jamais tout le monde a tort ? avoitil
plus d'efprit que trente perſonnes ?
Théophile.
Trente flateries font-elles une approbation
décident- elles de quelque chofe t
Ciij
34 MERCURE DE FRANCE.
Théodofe.
Comme vous voudrez ; mais Philante
n'eft pas mon homme.
Théophile.
Vous avez cependant tant de difpofition
à aimer les gens d'un caractere für &
d'un honneur à toute epreuve ?
Théodofe.
Affûrément , & je le dis encore.
Théophile.
Eh bien ! Philante eft un de ces hommes
que vous avez deffein de prévenir & de
vous attacher.
Théodofe.
Vous me furprenez , cet honnêteté- là
a donc bien mauvaife grace à l'être.
Théophile.
Tous les honnêtes gens lui reffemblent ,
les graces de l'adulation & de la faufferé
leur manquent à tous ; ils aiment mieux
quand il faut opter , être vertueux qu'agréables.
Vous l'avez vu par Philante : il
n'a pu dans l'occafion & avec fa probité
louer en vous que ce qu'il y a vû de louaDECEMBRE.
1754. 55
ble, & a pris le parti de garder le filence
fur ce qui ne l'étoit pas ; la vérité ne lui
a pas permis de donner à votre amour propre
toutes les douceurs qu'il demandoit ,
& que Softene lui a données fans fcrupule :
voilà ce qui vous a rebuté de Philante
ce qui vous l'a fait trouver fi froid , fi
peu affectueux , fi difficile à contenter ;
voilà ce caractere quí dans fes pareils vous
paroîtra fi fec , fi auftere , & fi critique en
comparaifon de la foupleffe des Softene ,
avec qui vous contracterez un fi grand befoin
d'être applaudi , d'être encenfé , je
dirois prefque d'être adoré.
Théodofe .
Oh ! vous en dites trop ; me prendraije
pour une divinité ? me feront - ils accroire
que j'en fuis une .
Théophile .
Non , on ne va pas fi loin , on ne fçauroit
, & je pense que l'exemple de l'Empereur
Caïus , dont nous lifions l'hiftoire
ces jours paffés , ne gâtera à préſent perfonne
.
Théodofe .
Vous me parlez d'un extravagant , d'une
tête naturellement folle.
Ciiij
36 MERCURE DE FRANCE.
Théophile.
11 eft vrai ; mais malgré la foibleffe de
fa tête , s'il n'avoit jamais été qu'un particulier
, il ne feroit point tombé dans la
folie qu'il eut , & ce fut la hauteur de fa
place qui lui donna ce vertige . Aujourd'hui
les conditions comme la fienne ne
peuvent plus être fi funeftes à la raiſon ,
elles ne fçauroient faire des effets fi terribles
; la religion , nos principes , nos lumieres
ont rendu un pareil oubli de foimême
impoffible , il n'y a plus moyen de
s'égarer jufques-là , mais tout le danger
n'eft pas ôté , & fi l'on n'y prend garde , il
y a encore des étourdiffemens où l'on
peut tomber , & qui empêchent qu'on ne
fe connoiffe : on ne fe croit pas une divinité
, mais on ne fçait pas trop ce qu'on
eft ni pour qui l'on fe prend , on ne fe
définit point. Ce qui eft certain , c'eſt
qu'on fe croit bien différent des autres
hommes : on ne fe dit pas , je fuis d'une
autre nature qu'eux ; mais de la maniere
dont on l'entend , on fe dit à peu près la
la valeur de cela.
Theodofe.
Attendez donc ; me tromperois-je quand
je me croirai plus que les autres hommes ?
DECEMBRE.
$7
1754.
Théophile.
Non dans un fens , vous êtes infiniment
plus qu'eux ; dans un autre vous êtes précifément
ce qu'ils font. '
Théodofe.
Précifement ce qu'ils font ! quoi ! le fang
'dont je fors....
Théophile.
Eft confacré à nos refpects , & devenu le
plus noble fang du monde ; les hommes fe
font fait & ont dû fe faire une loi inviolable
de le refpecter ; voilà ce qui vous
met au-deffus de nous. Mais dans la nature
, votre fang , le mien , celui de tous les
hommes , c'eft la même chofe ; nous le tirons
tous d'une fource commune ; voilà
par où vous êtes ce que nous fommes.
Théodofe.
A la rigueur , ce que vous dites là eſt
vrai ; mais il me femble qu'à préſent tout
cela n'eft plus de même , & qu'il faut raifonner
autrement ; car enfin penfez -vous
de bonne foi qu'un valet de pied , qu'un
homme du peuple eft un homme comme
moi , & que je ne fuis qu'un homme comme
lui ?
C v.
58 MERCURE DE FRANCE
Théophile.
Oui , dans la nature .
Théodofe.
Mais cette nature ; eft- il encore ici queftion
d'elle comment l'entendez- vous ?
Théophile.
Tout fimplement ; il ne s'agit pas d'une
penſée hardie , je ne hazarde rien , je ne
fais point le Philofophe , & vous ne me
foupçonnez pas de vouloir diminuer de
vos prérogatives ?
Théodofe.
Ce n'eft
pas là ce que j'imagine.
Théophile.
Elles me font cheres , parce que c'eft vous
qui les avez ; elles me font facrées , parce
que vous les tenez , non feulement des
hommes , mais de Dieu même ; fans compter
que de toutes les façons de penfer , la
plus ridicule , la plus impertinente & la.
plus injufte feroit de vouloir déprimer la
grandeur de certaines conditions abfolument
néceffaires. Mais à l'égard de ce que
nous difions tout - à - l'heure , je parle en
homme qui fuit les lumieres du bon feas
DECEMBRE. 1754.. 59
le plus ordinaire , & la peine que vous
avez à m'entendre , vient de ce que je vous
difois tout à -l'heure , qui eft que dans le
rang où vous êtes on ne fçait pas trop
pour qui l'on fe prend ; ce n'eft pas que
vous ayez eu encore à faire aux fateurs ,
j'ai tâché de vous en garantir , vous êtes
né d'ailleurs avec beaucoup d'efprit ; cependant
l'orgueil de ce rang vous a déja
gagné , vous ne vous connoillez déja plus ,
& cela à caufe de cet empreffement qu'on
a pour vous voir de ces refpects que vous
trouvez fur votre paffage ; il n'en a pas
fallu davantage pour vous jetter dans une
illufion , dont je fuis fûr que vous allez rire
vous-même.
Théodofe.
Oh ! je n'y manquerai pas , je vous promets
d'en rire bien franchement fi j'ai
autant de tort que vous le dites : voyons ,
comment vous tirerez- vous de la
comparaifon
du valet de pied ?
Théophile.
Au lieu de lui , mettons un eſclave.
Théodofe.
C'est encore pis.
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE:
Théophile.
C'eft que j'ai un fait amufant à vous
rapporter là - deffus. J'ai lû , je ne fçais plus
dans quel endroit , qu'un Roi de l'Afie encore
plus grand par fa fageffe que par ſa
puiffance , avoit un fils unique , que par un
article d'un traité de paix il avoit été obligé
de marier fort jeune. Ce fils avoit mille
vertus ; c'étoit le Prince de la plus grande
efpérance , mais il avoit un défaut qui
déparoit tout ; c'eſt qu'il ne daignoit s'humanifer
avec perfonne ; c'eft qu'il avoit
une fi fuperbe idée de fa condition , qu'il
auroit cru fe deshonorer par le commerce
des autres hommes , & qu'il les regardoit
comme de viles créatures , qu'il traitoit
doucement , parce qu'il étoit bon , mais
qui n'exiftoient que pour le fervir , que
pour lui obéir , & à qui il ne pouvoit décemment
parler que pour leur apprendre
fes volontés , fans y fouffrir de replique ;
car la moindre difcuffion lui paroiffoit familiere
& hardie , & il fçavoit l'arrêter par
un regard , ou par un mot qui faifoit rentrer
dans le néant dont on ofoit fortir devant
lui.
Théodofe.
Ah ! la trifte & ridicule façon de vivre ;
DECEMBRE . 1754. 61
je prévois la fin de l'hiftoire , ce Prince
là mourut d'ennui ?
Théophile.
Non , fon orgueil le foutenoit ; il lui
tenoit compagnie. Son pere qui gémiffoit
de le voir de cette humeur là , & qui en
fçavoit les conféquences , avoit beau lui
dire tout ce qu'il imaginoit de mieux pour
le rendre plus raifonnable là - deffus. Pour
le guérir de cette petiteffe d'efprit , il avoit
beau fe propofer pour exemple , lui qui
étoit Roi , lui qui regnoit & qui étoit cependant
fi acceffible , lui qui parloit à tout
le monde , qui donnoit à tout le monde le
droit de lui parler , & qui avoit autant
d'amis qu'il avoit de fujets qui l'entouroient
rien ne touchoit le fils. Il écoutoit
fon pere ; il le laiffoit dire , mais comme
un vieillard dont l'efprit avoit baiffé par
les années , & à l'âge duquel il falloit
donner le peu de dignité qu'il y avoit dans
fes remontrances.
Théodofe.
par-
Ce jeune Prince avoit donc été bien mal
élevé ?
Théophile.
Peut-être fon gouverneur l'avoit - il épar62
MERCURE DE FRANCE.
peur
gné de d'en être haï. Quoiqu'il
en foit , le Roi ne fçavoit
plus comment
s'y prendre
, & defefpéra
d'avoir
jamais
la
confolation
de le corriger
. Il le corrigea
pourtant
, fa tendreffe
ingénieufe
lui en fuggera
un moyen
qui lui réuffit. Je vous ai dit que le Prince
étoit marié ; ajoutez
à cela que la jeune Princeffe
touchoit
à l'inf tant de lui donner
un fils ; du moins fe
flattoit
-on que c'en feroit un. Oh ! vous remarquerez
qu'une
de ſes eſclaves
fe trou voit alors dans le même
cas qu'elle
, & n'attendoit
auffi que le moment
de mettre
un enfant au monde. Le Roi qui avoit fes vûes , s'arrangea
là- deffus , & prit des mefures
que
le hazard
favorifa
. Les deux
meres eurent
chacun
un fils ; & qui plus eft , l'enfant
royal & l'enfant
eſclave`na- quirent
dans le même quart d'heure
.
Théodofe.
A quoi cela aboutira-t-il ?
Théophile.
Le dernier ( je parle de l'efclave ) fut
auffi-tôt porté dans l'appartement de la
Princeffe , & mis fubtilement à côté du
petit Prince ; ils étoient tous deux accommodés
l'un comme l'autre ; on avoit feulement
eu la précaution de diftinguer le
DECEMBRE . 1754 .
63
petit Prince par une marque qui n'étoit
fçûe que du Roi & de fes confidens . Deux
enfans au lieu d'un , s'écria- t- on avec furprife
dans l'appartement , & qu'eft- ce que
cela fignifie qu'eft-ce qui a ofé apporter
l'autre comment fe trouve t-il là : & puis
à préfent comment démêler le Prince
jugez du bruit & de la rumeur.
Théodofe.
L'aventure étoit embarraffante.
Théophile.
Sur ces entrefaites , le Prince impatient
'de voir fon fils , arrive & demande qu'on
le lui montre. Hélas ! Seigneur , on ne
fçauroit , lui dit- on d'un air confterné ; il
ne vous est né qu'un Prince , & nous venons
de trouver deux enfans l'un auprès
de l'autre ; les voilà , & de vous dire lequel
des deux eft votre fils , c'est ce qui
nous eft abfolument impoffible. Le Prince,
en pâliffant , regarde ces deux enfans , &
Toupire de ne fçavoir à laquelle de ces
petites maffes de chair encore informes , il
doit ou fon amour ou fon mépris. Eh ! quel
eft donc l'infolent qui a ofé faire cet ou
trage au fang de fes maîtres , s'écria- t- il ?
A peine achevoit-il cette exclamation , que
tout-à- coup le Roi parut , fuivi de trois
64 MERCURE DE FRANCE.
ou quatre des plus vénérables Seigneurs
de l'Empire. Vous me paroiffez bien agi
té , mon fils , lui dit le Roi : il me femble
même avoir entendu que vous vous plaignez
d'un outrage ; de quoi eft- il queftion
? Ah ! Seigneur , lui répondit le Prince
, en lui montrant fes deux enfans , vous
me voyez au defefpoir : il n'y a point de
fupplice digne du crime dont il s'agit . J'ai
perdu mon fils , on l'a confondu avec je
ne fçais quelle vile créature qui m'empêche
de le reconnoître. Sauvez- moi de
l'affront de m'y tromper ; l'auteur de cet
attentat n'eft pas loin , qu'on le cherche ,
qu'on me venge , & que fon fupplice
effraye toute la terre.
Théodofe.
Ceci m'intéreſſe .
Théophile.
Il n'eft pas néceffaire de le chercher :
le voici , Prince ; c'eft moi , dit alors froidement
un de ces vénérables Seigneurs,
& dans cette action que vous appellez un
crime , je n'ai eu en vûe que votre gloire. Le
Roi fe plaint de ce que vous êtes trop fier ,
il gémit tous les jours de votre mépris
pour le refte des hommes ; & moi , pour
vous aider à le convaincre que vous avez
DECEMBRE. 1754.
65
raifon de les méprifer , & de les croire
d'une nature bien au-deffous de la vôtre ,
j'ai fait enlever un enfant qui vient de
naître , je l'ai fait mettre à côté de votre
fils , afin de vous donner une occaſion de
prouver que tout confondus qu'ils font ,
vous ne vous y tromperez pas , & que
vous n'en verrez pas moins les caracteres
de grandeur qui doivent diftinguer votre
augufte fang d'avec le vil fang des autres.
Au furplus , je n'ai pas rendu la diftinction
bien difficile à faire ; ce n'eſt pas même
un enfant noble , c'eft le fils d'un miférable
efclave que vous voyez à côté du
vôtre ; ainfi la différence eft fi énorme entr'eux
, que votre pénétration va fe jouer
de cette foible épreuve où je la mets.
Théodofe .
Ah le malin vieillard !
Théophile.
Au refte , Seigneur , ajouta-t-il , je me
Tuis menagé un moyen für de reconnoître
votre fils , il n'eft point confondu pour
moi ; mais s'il l'eft pour vous , je vous
: avertis que rien ne m'engagera à vous le
montrer , à moins que le Roi ne me l'ordonne.
Seigneur , dit alors le Prince à fon
pere , d'un air un peu confus , & preſque
66 MERCURE DE FRANCE.
la larme à l'oeil , ordonnez- lui donc qu'il
me le rende . Moi , Prince , lui répartit le
Roi faites- vous reflexion à ce que vous
me demandez ? eft- ce que la nature n'a
point marqué votre fils ? fi rien ne vous
l'indique ici , fi vous ne pouvez le retrouver
fans que je m'en mêle , eh ! que deviendra
l'opinion fuperbe que vous avez de
votre fang il faudra donc renoncer à croire
qu'il eft d'une autre forte que celui des autres
, & convenir que la nature à cet égard
n'a rien fait de particulier pour nous.
Théodofe.
Il avoit plus d'efprit que moi , s'il répondit
à cela.
Théophile.
L'hiftoire nous rapporte qu'il parut rêver
un inftant , & qu'enfuire il s'écria tout
d'un coup , je me rends , Seigneur , c'en
eft fait vous avez trouvé le fecret de m'éclairer
; la nature ne fait que des hommes
& point de Princes : je conçois maintenant
d'où mes droits tirent leur origine , je les
faifois venir de trop loin , & je rougis
de ma fierté paffée. Auffi -tôt le vieux Seigneur
alla prendre le petit Prince qu'il
préfenta à fon pere , après avoir tiré de
deffous les linges qui l'enveloppoient un
DECEMBRE. 1754. 67
billet que le Roi lui -même y avoit mis pour
le reconnoître. Le Prince , en pleurant de
joie , embraſſa fon fils , remercia mille fois
le vieux Seigneur qui avoit aidé le Roi
dans cet innocent artifice , & voulut tout
de fuite qu'on lui apportât l'enfant efclave
dont on s'étoit fervi pour l'inftruire , &
qu'il embraffa à fon tour , comme en reconnoiffance
du trait de lumiere qui venoit
de le frapper. Je t'affranchis , lui ditil
, en le preffant entre fes bras ; on t'élevera
avec mon fils , je lui apprendrai ce
que je te dois , tu lui ferviras de leçon
comme à moi , & tu me feras toujours.
cher , puifque c'eſt
venu raifonnable.
par toi que je fuis de-
Théodofe.
Votre Prince me fait pleurer.
Théophile.
pé-
Ah ! mon fils , s'écria alors le Roi ,
nétré d'attendriffement , que vous êtes bien
digne aujourd'hui d'être l'héritier d'un Empire
! que tant de raifon & que tant de
grandeur vous vengent bien de l'erreur où
vous étiez tombé !
Theodofe.
Ah ! que je fuis content de votre hif
68 MERCURE DE FRANCE.
toire ; me voilà bien raccommodé avec la
comparaison du valet- de - pied ; je lui ai
autant d'obligation que le Prince en avoit
au petit esclave. Mais dires moi , Théophile
, ce que vous venez de dire , & qui
eft fi vrai , tout le monde le fçait - il comme
il faut le fçavoir ? Je cherche un pes
à m'excufer. La plupart de nos jeunes gens
ne s'y trompent-ils pas auffi ? je vois bien
qu'ils me mettent au- deffus d'eux , mais il me
femble qu'ils ne croyent pas que tout homme
, dans la nature , eft leur femblable ;
ils s'imaginent qu'elle a auffi un fang à
part pour eux ; il n'eft ni fi beau ni fi
diftingué que le mien , mais il n'eſt pas de
l'efpéce de celui des autres ; qu'en ditesyous
?
Théophile.
Que non -feulement ces jeunes gens ne
fçavent pas que tout eft égal à cet égard ,
mais que des perfonnages très- graves &
très- fenfés l'oublient : je dis qu'ils l'oublient
, car il eft impoffible qu'ils l'ignorent
; & fi vous leur parlez de cette égalité
, ils ne la nieront pas , mais ils ne la
fçavent que pour en difcourir , & non pas
pour la croire ; ce n'eft pour eux qu'un
trait d'érudition , qu'une morale de converfation
, & non pas une vérité d'ufage.
DECEMBRE. 1754. 69
Théodofe .
J'ai encore une queſtion à vous faire :
ne dit-on pas fouvent , en parlant d'un
homme qu'on eftime , c'eft un homme qui
fe reffent de la nobleffe de fon fang.
"
Théophile.
Oui , il y a des
gens qui s'imaginent
qu'un fang tranfmis par un grand nombre
d'ayeux nobles , qui ont été élevés
dans la fierté de leur rang ; ils s'imaginent
, dis-je , que ce fang , tout venu qu'il
eft d'une fource commune , a acquis en
paffant , de certaines impreffions qui le diftinguent
d'un fang reçu de beaucoup d'ayeux
d'une petite condition ; & il fe pourroit
bien effectivement que cela fît des
différences : mais ces différences font- el
les avantageufes ? produifent- elles des vertus
? contribuent - elles à rendre l'ame plus
belle & plus raifonnable ? & la nature
là-deffus fuit-elle la vanité de notre opinion
il y auroit bien de la vifion a le
croire , d'autant plus qu'on a tant de preuves
du contraire : ne voit-on pas des hommes
du plus bas étage qui font des hommes
admirables ?
70 MERCURE DE FRANCE.
Théodofe.
Et l'hiſtoire ne nous montre- t- elle pas de
grands Seigneurs par la naiffance qui
avoient une ame indigne ? Allons , tout eft
dit fur cet article : la nature ne connoît
pas les nobles , elle ne les exempte de
rien , ils naiffent fouvent auffi infirmes de
corps , auffi courts d'efprit.
Théodofe .
Ils meurent de même , fans compter
que la fortune fe joue de leurs biens , de
leurs honneurs , que leur famille s'éteint
ou s'éclipfe ; n'y a- t- il pas une infinité de
races , & des plus illuftres , qu'on a perdu
de vûe , que la nature a continuées , mais
que la fortune a quittées , & dont les defcendans
méconnus rampent apparemment
dans la foule , labourent ou mendient
pendant que
de nouvelles races forties de
la pouffiere , font aujourd'hui les fieres &
les fuperbes , & s'éclipferont auffi , pour
faire à leur tour place à d'autres , un peu
plus tôt ou un peu plus tard ? c'eft un cercle
de viciffitudes qui enveloppe tout le
monde , c'eft par tout miferes communes.
Théodofe.
Changeons de matiere ; je me fens trop
DECEMBRE. 1754. 71
humilié de m'être trompé là - deffus , je
n'étois gueres Prince alors.
Théophile.
' En revanche vous l'êtes aujourd'hui beaucoup.
Mais il fe fait tard ; rentrons , Prince
, & demain , fi vous voulez , nous reprendrons
la même converfation.
Le Dialogue qu'on vient de lire eft de M.
de Marivaux. Il n'y a perfonne qui ne fente
que des développemens de cette naturefont trèspropres
à rendre plus raiſonnables & meilleurs
ceux que leur naiſſance appelle au trône.
Nous prévoyons avec joie que l'Amenr ne
pourra pas fe refufer au defir que le public lui
marquera de voir l'exécution entiere d'un des
plus beaux projets qu'on puiſſe former pour
bien de la fociété.
Cfont tres anciens. Un Seigneur qui
Es dialogues qu'on donne au public ,
hérita , il y a quelque tems , d'un de fes
parens , les trouva dans le château où ce
parent étoit mort ; ils étoient confondus
avec d'autres papiers extrêmement anciens
auffi ; on n'en a changé que le langage gaulois
, par lequel il paroît , au jugement de
quelques fçavans , qu'il y a pour le moins
quatre fiécles qu'ils font écrits . On ne fçait
point non plus quel en eft l'auteur ; tout ce
qu'on en peut croire , c'eft qu'ils ont fervi
à l'éducation de quelqu'un de nos Rois ,
ou de quelques Princes deftinés à regner.
Quoiqu'il en foit , en voici le premier ,
dont les détails font affez fimples . C'eſt un
40 MERCURE DE FRANCE.
Gouverneur & un jeune Prince qui s'entretiennent
enfemble , tous deux apparemment
fous des noms fuppofés , puifque le
Prince a celui de Théodofe , & le Gouver
neur celui de Théophile.
PREMIER DIALOGUE.
Théophile.
Voici un lieu fort champêtre , Prince ;
voulez- vous que nous nous y arrêtions ?
Théodofe.
Comme il vous plaira.
Théophile.
Vous me paroiffez aujourd'hui bien férieux
; la promenade vous ennuie-t-elle ?
Auriez vous mieux aimé refter avec ces
jeunes gens que nous venons de quitter ?
Théodofe.
Mais je vous avoue qu'ils m'amufoient,
Théophile.
Vous me fçavez donc bien mauvais gré
de vous avoir amené ici : n'eft- il pas vrai
que vous me trouvez dans mille momens
un homme bien incommode ? je pense que
DECEMBRE . 1754. 41
vous ne m'aimerez gueres quand vous
ferez débarraffé de moi.
Théodofe.
Pourquoi me dites- vous cela vous vous
trompez.
Théophile.
Combien de fois me fuis- je apperçu que
je vous fatiguois , que je vous étois defagréable
?
Théodofe.
Ah ! defagréable , c'eft trop dire : vous
m'avez quelquefois gêné , contrarié , quelquefois
fait faire des chofes qui n'étoient
pas de mon goût ; mais votre intention
étoit bonne , & je ne fuis pas affez injuſte
pour en être fâché contre vous.
Théophile.
C'est-à - dire que mes foins & mes attentions
ne m'ont point encore brouillé
avec vous ; que vous me pardonnez tout
le zele & même toute la tendreffe avec laquelle
j'ai travaillé à votre éducation : voilà
précisément ce que vous voulez bien
oublier en ma faveur .
Théodofe.
Ce n'eft point là ma pensée , & vous
42 MERCURE DE FRANCE.
me faites une vraie chicanne ; je viens
d'avouer que vous m'avez quelquefois chagriné
, mais que je compte cela pour rien ,
que je n'y fonge plus , que je n'en ai point
de rancune ; que puis-je dire de plus ?
Théophile.
Jugez-en vous - même. Si quelqu'un vous
voyoit dans un grand péril , qu'il ne pût
vous en tirer , vous fauver la vie qu'en
vous faifant une légere douleur , feroit- il
jufte lorsque vous feriez hors de danger ,
de vous en tenir à lui dire , vous m'avez
fait un petit mal , vous m'avez un peu trop
preffé le bras , mais je n'en ai point de rancune
, & je vous le pardonne è
Théodofe.
Ah ! vous avez raiſon , il y auroit une
ingratitude effroyable à ce que vous me
dites là ; mais c'eft de quoi il n'eft pas queftion
ici : je ne fçache pas que vous m'ayez
jamais fauvé la vie.
Théophile.
Non , le fervice que j'ai tâché de vous
rendre eft encore plus grand ; j'ai voulu
vous fauver du malheur de vivre fans gloire.
Je vous ai vû expofé à des défauts qui
auroient fait périr les qualités de votre
DECEMBRE.
1754 43
ame , & c'eſt à la plus noble partie de vousmême
que j'ai , pour ainfi dire , tâché de
conferver la vie. Je n'ai pû y réuffir qu'en
vous contrariant , qu'en vous gênant quelquefois
: il vous en a coûté de petits chagrins
; c'est là cette légere douleur dont je
parlois tout -à- l'heure : vous contentezvous
encore de dire , je n'y fonge plus.
Théodofe.
Non , Théophile , je me trompois , & je
me dédis de tout mon coeur ; je vous ai en
effet les plus grandes obligations.
Théophile.
Point du tout , je n'ai fait que mon devoir
, mais il y a eu du courage à le faire :
vous m'aimeriez bien davantage fi je l'avois
voulu ; il n'a tenu qu'à moi de vous être
extrêmement agréable , & de gagner pour
jamais vos bonnes graces ; ce n'eût été qu'à
vos dépens , à la vérité.
Théodofe.
A mes dépens , dites-vous ?
Théophile.
Oui , je n'avois qu'à vous trahir pour
vous plaire, qu'à négliger votre inftruction
, qu'à laiffer votre coeur & votre ef44
MERCURE DE FRANCE .
prit devenir ce qu'ils auroient pû , qu'à
vous abandonner à vos humeurs ,à vos impatiences
, à vos volontés impétueufes , à
votre dégoût pour tout ce qui n'étoit pas
diffipation & plaifir . Convenez - en , la
moindre petite contradiction vous irritoit ,
vous étoit infupportable ; & ce qui eft encore
pis , j'ai vu le tems où ceux qui vous
entouroient , n'étoient précisément pour
vous que des figures qui amufoient vos
yeux ; vous ne fçaviez pas que c'étoit des
hommes qui penfoient , qui vous examinoient
, qui vous jugeoient , qui ne demandoient
qu'à vous aimer , qu'à pouvoir
vous regarder comme l'objet de leur amour
& de leur efpérance . On peut vous dire cela
aujourd'hui que vous n'êtes plus de même ,
& que vous vous montrez aimable ; auffi
vous aime- t-on , auſſi ne voyez- vous autour
de vous que des vifages contens &
charmés
, que des refpects mêlés d'applau
diffement & de joie ; mais je n'en fuis pas
mieux avec vous , moi , pour vous avoir
appris à être bien avec tout le monde.
Theodofe.
Laiffons là ce que je vous ai répondu
d'abord , je le defavoue ; mais quand vous
dites qu'il n'y avoit qu'à m'abandonner à
mes défauts pour me plaire , que fçavez-
7
9
DECEMBRE. 1754. 45
vous fi je ne vous les aurois pas reprochés
quelque jour ?
Théophile.
Non , Prince , non , il n'y avoit rien à
craindre , vous ne les auriez jamais fçus ; il
faut avoir des vertus pour s'appercevoir
qu'on en manque , ou du moins pour être
fâché de n'en point avoir ; & des vertus ,
vous n'en auriez point eu : la maniere dont
je vous aurois élevé y auroit mis bon ordre
; & ce lâche Gouverneur qui vous auroit
épargné la peine de devenir vertueux
& raifonnable , qui vous auroit laiffé la
miférable douceur de vous gâter tout à vo
tre aiſe , vous feroit toujours refté dans
l'efprit comme l'homme du monde le plus
accommodant & du meilleur commerce ,
& non pas comme un homme à qui vous
pardonnez tout au plus le bien qu'il vous a
fait.
Théodofe.
Vous en revenez toujours à un mot que
j'ai dit fans réflexion.
Théophile.
Oui , Prince , je foupçonne quelquefois
que vous ne m'aimez
gueres , mais en re
vanche, on vous aimera , & je fuis content
; voilà ce que je vous devois à vous
46 MERCURE DE FRANCE.
& ce que je devois à tout le monde . Vous
fouvenez-vous d'un trait de l'hiftoire romaine
que nous lifions ce matin ? Qu'il me
tue , pourvu qu'il regne , difoit Agrippine en
parlant de Neron : & moi , j'ai dit fans
comparaifon , qu'il me haïffe pourvû qu'on
l'aime , qu'il ait tort avec moi pourvû qu'il
ne manque jamais à fa gloire , & qu'il
n'ait tort ni avec la raifon ni avec les ver
tus qu'il doit avoir.
Théodofe.
Qu'il me haïffe , dites -vous ; vous n'y
fongez pas , Théophile ; en vérité , m'en
foupçonnez -vous capable ?
ble
Théophile.
Lamaniere dont vous vous récriez fem
promettre qu'il n'en fera rien.
Théodofe.
Je vous en convaincrai encore mieux
dans les fuites , foyez en perfuadé.
Théophile.
Je crois vous entendre , Prince , & je
fuis extrêmement touché de ce témoigna
ge de votre bon coeur ; mais de grace , ne
vous y trompez point ; je ne vous rappelle
pas mes foins pour les vanter. Si je tâche
DECEMBRE. 1754. 47
de vous y rendre fenfible , c'eft afin que
vous les récompenfiez de votre confiance
& non pas de vos bienfaits. Nous allons
bientôt nous quitter , & j'ai beſoin aujour
d'hui que vous m'aimiez un peu ; mais c'eft
pour vous que j'en ai befoin , & non pas
our moi ; c'eft que vous m'en écouterez
plus volontiers fur ce qui me refte à vous
dire pour achever votre éducation,
Théodofe.
Ah ! parlez , Théophile , me voici , je
vousaffure , dans la difpofition où vous me
fouhaitez ; je fçai d'ailleurs que le tems
preffe , & que nous n'avons pas long- tems
â demeurer enſemble.
Théophile.
Et vous attendez que je n'y fois plus ?
n'eft- il vrai ? vous n'aurez plus de Gouverneur
, vous ferez plus libre , & cela
vous réjouit , convenez - en.
Théodofe.
Franchement il pourroit bien y avoir
quelque chofe de ce que vous dites là , &
le tout fans que je m'impatiente d'être
avec vous ; mais on aime à être le maître
de fes actions.
48 MERCURE DE FRANCE.
Théophile.
Raifonnons. Si juſqu'ici vous aviez été
le maître abfolu des vôtres , vous n'en auriez
peut-être pas fait une qui vous eût fait
honneur ; vous auriez gardé tous vos défauts
, par exemple.
Théodofe.
J'en ferois bien fâché.
Théophile.
C'est donc un bonheur pour vous de n'avoir
pas été votre maître. N'y a-t-il pas
de danger que vous le foyez aujourd'hui ?
ne vous défiez- vous pas de l'extrême envie
que vous avez de l'être : Votre raiſon
a fait du progrès fans doute ; mais prenez
garde : quand on eft fi impatient d'être
défait de fon Gouverneur , ne feroit- ce pas
figne qu'on a encore befoin de lui , qu'on
n'eft pas encore auffi raifonnable qu'on devroit
l'être car fi on l'étoit , ce Gouver
neur ne feroit plus fi incommode , il ne
gêneroit plus ; on feroit toujours d'accord
avec lui , il ne feroit plus que tenir compagnie
: qu'en pensez-vous ?
Théodofe.
Je rêve à votre réflexion .
Théophile:
DECEMBRE . 1754. 49
.
Théophile.
Il n'en eft pas de vous comme d'un particulier
de votre âge , votre liberté tire à
bien d'autres conféquences ; on fçaura bien
empêcher ce particulier d'abufer long- tems.
& à un certain point de la fienne ; mais
qui eft-ce qui vous empêchera d'abufer de
la vôtre qui eft- ce qui la réduira à de
juftes bornes ? quels fecours aura- t- on contre
vous que vos vertus , votre raiſon , vos
lumieres ? &
quoiqu'aujourd'hui vous ayez
de tout cela , êtes-vous für d'en avoir affez.
pour ne pas appréhender d'être parfaitement
libre ? Songez à ce que c'eft qu'une
liberté que votre âge & que l'impunité de
l'abus que vous en pouvez faire , rendront
fi dangereuſe. Si vous n'étiez pas naturellement
bon & généreux , fi vous n'aviez
pas le meilleur fond du monde , Prince ,
je ne vous tiendrois pas ce difcours - là
mais c'eft qu'avec vous il y a bien des reffources
, je vous connois , il n'y a que des
réflexions à vous faire faire.
Théodofe.
A la bonne heure , mais vous me faites
trembler ; je commence à craindre très-férieufement
de vous perdre.
11. Vol.
so MERCURE
DE FRANCE .
Théophile.
Voilà une crainte qui me charme , elle
part d'un fentiment qui vaut mieux que
tous les Gouverneurs du monde : ah ! que
je fuis content , & qu'elle nous annonce
une belle ame !
Il ne tiendra
Théodofe.
pas à moi que vous ne difiez
vrai ; courage , mettons à profit le tems
que nous avons à penfer enfemble
; nous
en refte-t-il beaucoup
?
Théophile.
Encore quelque mois .
Théodofe.
Cela eft bien court .
Théophile.
Je vous garantis que c'en fera plus qu'il
men faut pour un Prince capable de cette
réponſe là , fur-tout avec un homme qui
ne vous épargnera pas la vérité , d'autant
plus que vous n'avez que ce petit efpace
de tems-ci pour l'entendre , & qu'après
moi perfonne ne vous la dira peut-être ;
vous allez tomber entre les mains de gens
qui vous aimeront bien moins qu'ils n'auDECEMBRE.
1754.
ront envie que vous les aimiez , qui ne
voudront que vous plaire & non pas vous
inftruire , qui feront tout pour le plaifir
de votre amour propre , & rien le
pour
le profit de votre raifon .
Théodofe.
Mais n'y a-t-il pas
d'honnêtes gens qui
font d'un
caractere fûr , & d'un
honneur
à toute épreuve ?
Théophile.
Oui , il y en a par- tout , quoique tou
jours en petit nombre.
Théodofe.
Eh bien , j'aurai foin de me les attacher ;
de les
encourager à me parler ; je les préviendrai.
Théophile.
Vous le croyez que vous les préviendrez
; mais fi vous n'y prenez garde , je
vous avertis que ce feront ceux qui auront
le moins d'attrait pour vous , ceux pour
qui vous aurez le moins d'inclination &
que vous traiterez le plus froidement.
Théodofe.
Froidement moi qui me fens tant de
difpofition à les aimer , à les diftinguer ?
Cij
j2 MERCURE DE FRANCE.
Théophile.
Eh ! vous ne la garderez pas cette difpofition
là , leur caractere vous l'ôtera . Et
à propos de cela voulez- vous bien me dire
ce que vous penfez de Softene ? C'eſt un
des hommes de la Cour que vous voyez le
plus fouvent.
Theodofe.
Et un fort aimable homme , qui a tonjours
quelque chofe d'obligeant à vous dire
, & qui vous le dit avec grace , quoique
d'un air fimple & naturel . C'eſt un homme
que j'aime à voir , malgré la différence
de fon âge au mien , & je fuis perfuadé
qu'il m'aime un peu auffi . Je le fens à la
maniere dont il m'aborde , dont il me parle
, dont il écoute ce que je dis ; je n'ai
point encore trouvé d'efprit plus liant , plus
d'accord avec le mien.
Théophile.
Il eft vrai .
Théodofe.
Je ne penſe pas de même de Philante,
Je vous crois.
Théophile.
DECEMBRE . 1754 53
Théodofe.
Quelle différence ! celui- ci a un efprit
roide & férieux , je penfe qu'il n'eftime que
lui , car il n'approuve jamais rien ; ou s'il
approuve , c'est avec tant de réferve & d'un
air fi contraint , qu'on diroit qu'il a toujours
peur de vous donner trop de vanité ;
il est toujours de votre avis le moins qu'il
peut , & il vaudroit autant qu'il n'en fût
point du tout. Il y a quelques jours que
pendant que vous étiez fur la terraffe il
m'arriva de dire quelque chofe dont tout
le monde fe mit à rire , comme d'une fail
lie affez plaifante ; lui feul baiffa les yeux ,
en fouriant à la vérité , mais d'un fouris
qui fignifioit qu'on ne devoit pas rire.
Théophile.
Peut-être avoit-il raifon.
Théodofe.
Quoi ! raifon contre tout le monde ? eſtce
que jamais tout le monde a tort ? avoitil
plus d'efprit que trente perſonnes ?
Théophile.
Trente flateries font-elles une approbation
décident- elles de quelque chofe t
Ciij
34 MERCURE DE FRANCE.
Théodofe.
Comme vous voudrez ; mais Philante
n'eft pas mon homme.
Théophile.
Vous avez cependant tant de difpofition
à aimer les gens d'un caractere für &
d'un honneur à toute epreuve ?
Théodofe.
Affûrément , & je le dis encore.
Théophile.
Eh bien ! Philante eft un de ces hommes
que vous avez deffein de prévenir & de
vous attacher.
Théodofe.
Vous me furprenez , cet honnêteté- là
a donc bien mauvaife grace à l'être.
Théophile.
Tous les honnêtes gens lui reffemblent ,
les graces de l'adulation & de la faufferé
leur manquent à tous ; ils aiment mieux
quand il faut opter , être vertueux qu'agréables.
Vous l'avez vu par Philante : il
n'a pu dans l'occafion & avec fa probité
louer en vous que ce qu'il y a vû de louaDECEMBRE.
1754. 55
ble, & a pris le parti de garder le filence
fur ce qui ne l'étoit pas ; la vérité ne lui
a pas permis de donner à votre amour propre
toutes les douceurs qu'il demandoit ,
& que Softene lui a données fans fcrupule :
voilà ce qui vous a rebuté de Philante
ce qui vous l'a fait trouver fi froid , fi
peu affectueux , fi difficile à contenter ;
voilà ce caractere quí dans fes pareils vous
paroîtra fi fec , fi auftere , & fi critique en
comparaifon de la foupleffe des Softene ,
avec qui vous contracterez un fi grand befoin
d'être applaudi , d'être encenfé , je
dirois prefque d'être adoré.
Théodofe .
Oh ! vous en dites trop ; me prendraije
pour une divinité ? me feront - ils accroire
que j'en fuis une .
Théophile .
Non , on ne va pas fi loin , on ne fçauroit
, & je pense que l'exemple de l'Empereur
Caïus , dont nous lifions l'hiftoire
ces jours paffés , ne gâtera à préſent perfonne
.
Théodofe .
Vous me parlez d'un extravagant , d'une
tête naturellement folle.
Ciiij
36 MERCURE DE FRANCE.
Théophile.
11 eft vrai ; mais malgré la foibleffe de
fa tête , s'il n'avoit jamais été qu'un particulier
, il ne feroit point tombé dans la
folie qu'il eut , & ce fut la hauteur de fa
place qui lui donna ce vertige . Aujourd'hui
les conditions comme la fienne ne
peuvent plus être fi funeftes à la raiſon ,
elles ne fçauroient faire des effets fi terribles
; la religion , nos principes , nos lumieres
ont rendu un pareil oubli de foimême
impoffible , il n'y a plus moyen de
s'égarer jufques-là , mais tout le danger
n'eft pas ôté , & fi l'on n'y prend garde , il
y a encore des étourdiffemens où l'on
peut tomber , & qui empêchent qu'on ne
fe connoiffe : on ne fe croit pas une divinité
, mais on ne fçait pas trop ce qu'on
eft ni pour qui l'on fe prend , on ne fe
définit point. Ce qui eft certain , c'eſt
qu'on fe croit bien différent des autres
hommes : on ne fe dit pas , je fuis d'une
autre nature qu'eux ; mais de la maniere
dont on l'entend , on fe dit à peu près la
la valeur de cela.
Theodofe.
Attendez donc ; me tromperois-je quand
je me croirai plus que les autres hommes ?
DECEMBRE.
$7
1754.
Théophile.
Non dans un fens , vous êtes infiniment
plus qu'eux ; dans un autre vous êtes précifément
ce qu'ils font. '
Théodofe.
Précifement ce qu'ils font ! quoi ! le fang
'dont je fors....
Théophile.
Eft confacré à nos refpects , & devenu le
plus noble fang du monde ; les hommes fe
font fait & ont dû fe faire une loi inviolable
de le refpecter ; voilà ce qui vous
met au-deffus de nous. Mais dans la nature
, votre fang , le mien , celui de tous les
hommes , c'eft la même chofe ; nous le tirons
tous d'une fource commune ; voilà
par où vous êtes ce que nous fommes.
Théodofe.
A la rigueur , ce que vous dites là eſt
vrai ; mais il me femble qu'à préſent tout
cela n'eft plus de même , & qu'il faut raifonner
autrement ; car enfin penfez -vous
de bonne foi qu'un valet de pied , qu'un
homme du peuple eft un homme comme
moi , & que je ne fuis qu'un homme comme
lui ?
C v.
58 MERCURE DE FRANCE
Théophile.
Oui , dans la nature .
Théodofe.
Mais cette nature ; eft- il encore ici queftion
d'elle comment l'entendez- vous ?
Théophile.
Tout fimplement ; il ne s'agit pas d'une
penſée hardie , je ne hazarde rien , je ne
fais point le Philofophe , & vous ne me
foupçonnez pas de vouloir diminuer de
vos prérogatives ?
Théodofe.
Ce n'eft
pas là ce que j'imagine.
Théophile.
Elles me font cheres , parce que c'eft vous
qui les avez ; elles me font facrées , parce
que vous les tenez , non feulement des
hommes , mais de Dieu même ; fans compter
que de toutes les façons de penfer , la
plus ridicule , la plus impertinente & la.
plus injufte feroit de vouloir déprimer la
grandeur de certaines conditions abfolument
néceffaires. Mais à l'égard de ce que
nous difions tout - à - l'heure , je parle en
homme qui fuit les lumieres du bon feas
DECEMBRE. 1754.. 59
le plus ordinaire , & la peine que vous
avez à m'entendre , vient de ce que je vous
difois tout à -l'heure , qui eft que dans le
rang où vous êtes on ne fçait pas trop
pour qui l'on fe prend ; ce n'eft pas que
vous ayez eu encore à faire aux fateurs ,
j'ai tâché de vous en garantir , vous êtes
né d'ailleurs avec beaucoup d'efprit ; cependant
l'orgueil de ce rang vous a déja
gagné , vous ne vous connoillez déja plus ,
& cela à caufe de cet empreffement qu'on
a pour vous voir de ces refpects que vous
trouvez fur votre paffage ; il n'en a pas
fallu davantage pour vous jetter dans une
illufion , dont je fuis fûr que vous allez rire
vous-même.
Théodofe.
Oh ! je n'y manquerai pas , je vous promets
d'en rire bien franchement fi j'ai
autant de tort que vous le dites : voyons ,
comment vous tirerez- vous de la
comparaifon
du valet de pied ?
Théophile.
Au lieu de lui , mettons un eſclave.
Théodofe.
C'est encore pis.
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE:
Théophile.
C'eft que j'ai un fait amufant à vous
rapporter là - deffus. J'ai lû , je ne fçais plus
dans quel endroit , qu'un Roi de l'Afie encore
plus grand par fa fageffe que par ſa
puiffance , avoit un fils unique , que par un
article d'un traité de paix il avoit été obligé
de marier fort jeune. Ce fils avoit mille
vertus ; c'étoit le Prince de la plus grande
efpérance , mais il avoit un défaut qui
déparoit tout ; c'eſt qu'il ne daignoit s'humanifer
avec perfonne ; c'eft qu'il avoit
une fi fuperbe idée de fa condition , qu'il
auroit cru fe deshonorer par le commerce
des autres hommes , & qu'il les regardoit
comme de viles créatures , qu'il traitoit
doucement , parce qu'il étoit bon , mais
qui n'exiftoient que pour le fervir , que
pour lui obéir , & à qui il ne pouvoit décemment
parler que pour leur apprendre
fes volontés , fans y fouffrir de replique ;
car la moindre difcuffion lui paroiffoit familiere
& hardie , & il fçavoit l'arrêter par
un regard , ou par un mot qui faifoit rentrer
dans le néant dont on ofoit fortir devant
lui.
Théodofe.
Ah ! la trifte & ridicule façon de vivre ;
DECEMBRE . 1754. 61
je prévois la fin de l'hiftoire , ce Prince
là mourut d'ennui ?
Théophile.
Non , fon orgueil le foutenoit ; il lui
tenoit compagnie. Son pere qui gémiffoit
de le voir de cette humeur là , & qui en
fçavoit les conféquences , avoit beau lui
dire tout ce qu'il imaginoit de mieux pour
le rendre plus raifonnable là - deffus. Pour
le guérir de cette petiteffe d'efprit , il avoit
beau fe propofer pour exemple , lui qui
étoit Roi , lui qui regnoit & qui étoit cependant
fi acceffible , lui qui parloit à tout
le monde , qui donnoit à tout le monde le
droit de lui parler , & qui avoit autant
d'amis qu'il avoit de fujets qui l'entouroient
rien ne touchoit le fils. Il écoutoit
fon pere ; il le laiffoit dire , mais comme
un vieillard dont l'efprit avoit baiffé par
les années , & à l'âge duquel il falloit
donner le peu de dignité qu'il y avoit dans
fes remontrances.
Théodofe.
par-
Ce jeune Prince avoit donc été bien mal
élevé ?
Théophile.
Peut-être fon gouverneur l'avoit - il épar62
MERCURE DE FRANCE.
peur
gné de d'en être haï. Quoiqu'il
en foit , le Roi ne fçavoit
plus comment
s'y prendre
, & defefpéra
d'avoir
jamais
la
confolation
de le corriger
. Il le corrigea
pourtant
, fa tendreffe
ingénieufe
lui en fuggera
un moyen
qui lui réuffit. Je vous ai dit que le Prince
étoit marié ; ajoutez
à cela que la jeune Princeffe
touchoit
à l'inf tant de lui donner
un fils ; du moins fe
flattoit
-on que c'en feroit un. Oh ! vous remarquerez
qu'une
de ſes eſclaves
fe trou voit alors dans le même
cas qu'elle
, & n'attendoit
auffi que le moment
de mettre
un enfant au monde. Le Roi qui avoit fes vûes , s'arrangea
là- deffus , & prit des mefures
que
le hazard
favorifa
. Les deux
meres eurent
chacun
un fils ; & qui plus eft , l'enfant
royal & l'enfant
eſclave`na- quirent
dans le même quart d'heure
.
Théodofe.
A quoi cela aboutira-t-il ?
Théophile.
Le dernier ( je parle de l'efclave ) fut
auffi-tôt porté dans l'appartement de la
Princeffe , & mis fubtilement à côté du
petit Prince ; ils étoient tous deux accommodés
l'un comme l'autre ; on avoit feulement
eu la précaution de diftinguer le
DECEMBRE . 1754 .
63
petit Prince par une marque qui n'étoit
fçûe que du Roi & de fes confidens . Deux
enfans au lieu d'un , s'écria- t- on avec furprife
dans l'appartement , & qu'eft- ce que
cela fignifie qu'eft-ce qui a ofé apporter
l'autre comment fe trouve t-il là : & puis
à préfent comment démêler le Prince
jugez du bruit & de la rumeur.
Théodofe.
L'aventure étoit embarraffante.
Théophile.
Sur ces entrefaites , le Prince impatient
'de voir fon fils , arrive & demande qu'on
le lui montre. Hélas ! Seigneur , on ne
fçauroit , lui dit- on d'un air confterné ; il
ne vous est né qu'un Prince , & nous venons
de trouver deux enfans l'un auprès
de l'autre ; les voilà , & de vous dire lequel
des deux eft votre fils , c'est ce qui
nous eft abfolument impoffible. Le Prince,
en pâliffant , regarde ces deux enfans , &
Toupire de ne fçavoir à laquelle de ces
petites maffes de chair encore informes , il
doit ou fon amour ou fon mépris. Eh ! quel
eft donc l'infolent qui a ofé faire cet ou
trage au fang de fes maîtres , s'écria- t- il ?
A peine achevoit-il cette exclamation , que
tout-à- coup le Roi parut , fuivi de trois
64 MERCURE DE FRANCE.
ou quatre des plus vénérables Seigneurs
de l'Empire. Vous me paroiffez bien agi
té , mon fils , lui dit le Roi : il me femble
même avoir entendu que vous vous plaignez
d'un outrage ; de quoi eft- il queftion
? Ah ! Seigneur , lui répondit le Prince
, en lui montrant fes deux enfans , vous
me voyez au defefpoir : il n'y a point de
fupplice digne du crime dont il s'agit . J'ai
perdu mon fils , on l'a confondu avec je
ne fçais quelle vile créature qui m'empêche
de le reconnoître. Sauvez- moi de
l'affront de m'y tromper ; l'auteur de cet
attentat n'eft pas loin , qu'on le cherche ,
qu'on me venge , & que fon fupplice
effraye toute la terre.
Théodofe.
Ceci m'intéreſſe .
Théophile.
Il n'eft pas néceffaire de le chercher :
le voici , Prince ; c'eft moi , dit alors froidement
un de ces vénérables Seigneurs,
& dans cette action que vous appellez un
crime , je n'ai eu en vûe que votre gloire. Le
Roi fe plaint de ce que vous êtes trop fier ,
il gémit tous les jours de votre mépris
pour le refte des hommes ; & moi , pour
vous aider à le convaincre que vous avez
DECEMBRE. 1754.
65
raifon de les méprifer , & de les croire
d'une nature bien au-deffous de la vôtre ,
j'ai fait enlever un enfant qui vient de
naître , je l'ai fait mettre à côté de votre
fils , afin de vous donner une occaſion de
prouver que tout confondus qu'ils font ,
vous ne vous y tromperez pas , & que
vous n'en verrez pas moins les caracteres
de grandeur qui doivent diftinguer votre
augufte fang d'avec le vil fang des autres.
Au furplus , je n'ai pas rendu la diftinction
bien difficile à faire ; ce n'eſt pas même
un enfant noble , c'eft le fils d'un miférable
efclave que vous voyez à côté du
vôtre ; ainfi la différence eft fi énorme entr'eux
, que votre pénétration va fe jouer
de cette foible épreuve où je la mets.
Théodofe .
Ah le malin vieillard !
Théophile.
Au refte , Seigneur , ajouta-t-il , je me
Tuis menagé un moyen für de reconnoître
votre fils , il n'eft point confondu pour
moi ; mais s'il l'eft pour vous , je vous
: avertis que rien ne m'engagera à vous le
montrer , à moins que le Roi ne me l'ordonne.
Seigneur , dit alors le Prince à fon
pere , d'un air un peu confus , & preſque
66 MERCURE DE FRANCE.
la larme à l'oeil , ordonnez- lui donc qu'il
me le rende . Moi , Prince , lui répartit le
Roi faites- vous reflexion à ce que vous
me demandez ? eft- ce que la nature n'a
point marqué votre fils ? fi rien ne vous
l'indique ici , fi vous ne pouvez le retrouver
fans que je m'en mêle , eh ! que deviendra
l'opinion fuperbe que vous avez de
votre fang il faudra donc renoncer à croire
qu'il eft d'une autre forte que celui des autres
, & convenir que la nature à cet égard
n'a rien fait de particulier pour nous.
Théodofe.
Il avoit plus d'efprit que moi , s'il répondit
à cela.
Théophile.
L'hiftoire nous rapporte qu'il parut rêver
un inftant , & qu'enfuire il s'écria tout
d'un coup , je me rends , Seigneur , c'en
eft fait vous avez trouvé le fecret de m'éclairer
; la nature ne fait que des hommes
& point de Princes : je conçois maintenant
d'où mes droits tirent leur origine , je les
faifois venir de trop loin , & je rougis
de ma fierté paffée. Auffi -tôt le vieux Seigneur
alla prendre le petit Prince qu'il
préfenta à fon pere , après avoir tiré de
deffous les linges qui l'enveloppoient un
DECEMBRE. 1754. 67
billet que le Roi lui -même y avoit mis pour
le reconnoître. Le Prince , en pleurant de
joie , embraſſa fon fils , remercia mille fois
le vieux Seigneur qui avoit aidé le Roi
dans cet innocent artifice , & voulut tout
de fuite qu'on lui apportât l'enfant efclave
dont on s'étoit fervi pour l'inftruire , &
qu'il embraffa à fon tour , comme en reconnoiffance
du trait de lumiere qui venoit
de le frapper. Je t'affranchis , lui ditil
, en le preffant entre fes bras ; on t'élevera
avec mon fils , je lui apprendrai ce
que je te dois , tu lui ferviras de leçon
comme à moi , & tu me feras toujours.
cher , puifque c'eſt
venu raifonnable.
par toi que je fuis de-
Théodofe.
Votre Prince me fait pleurer.
Théophile.
pé-
Ah ! mon fils , s'écria alors le Roi ,
nétré d'attendriffement , que vous êtes bien
digne aujourd'hui d'être l'héritier d'un Empire
! que tant de raifon & que tant de
grandeur vous vengent bien de l'erreur où
vous étiez tombé !
Theodofe.
Ah ! que je fuis content de votre hif
68 MERCURE DE FRANCE.
toire ; me voilà bien raccommodé avec la
comparaison du valet- de - pied ; je lui ai
autant d'obligation que le Prince en avoit
au petit esclave. Mais dires moi , Théophile
, ce que vous venez de dire , & qui
eft fi vrai , tout le monde le fçait - il comme
il faut le fçavoir ? Je cherche un pes
à m'excufer. La plupart de nos jeunes gens
ne s'y trompent-ils pas auffi ? je vois bien
qu'ils me mettent au- deffus d'eux , mais il me
femble qu'ils ne croyent pas que tout homme
, dans la nature , eft leur femblable ;
ils s'imaginent qu'elle a auffi un fang à
part pour eux ; il n'eft ni fi beau ni fi
diftingué que le mien , mais il n'eſt pas de
l'efpéce de celui des autres ; qu'en ditesyous
?
Théophile.
Que non -feulement ces jeunes gens ne
fçavent pas que tout eft égal à cet égard ,
mais que des perfonnages très- graves &
très- fenfés l'oublient : je dis qu'ils l'oublient
, car il eft impoffible qu'ils l'ignorent
; & fi vous leur parlez de cette égalité
, ils ne la nieront pas , mais ils ne la
fçavent que pour en difcourir , & non pas
pour la croire ; ce n'eft pour eux qu'un
trait d'érudition , qu'une morale de converfation
, & non pas une vérité d'ufage.
DECEMBRE. 1754. 69
Théodofe .
J'ai encore une queſtion à vous faire :
ne dit-on pas fouvent , en parlant d'un
homme qu'on eftime , c'eft un homme qui
fe reffent de la nobleffe de fon fang.
"
Théophile.
Oui , il y a des
gens qui s'imaginent
qu'un fang tranfmis par un grand nombre
d'ayeux nobles , qui ont été élevés
dans la fierté de leur rang ; ils s'imaginent
, dis-je , que ce fang , tout venu qu'il
eft d'une fource commune , a acquis en
paffant , de certaines impreffions qui le diftinguent
d'un fang reçu de beaucoup d'ayeux
d'une petite condition ; & il fe pourroit
bien effectivement que cela fît des
différences : mais ces différences font- el
les avantageufes ? produifent- elles des vertus
? contribuent - elles à rendre l'ame plus
belle & plus raifonnable ? & la nature
là-deffus fuit-elle la vanité de notre opinion
il y auroit bien de la vifion a le
croire , d'autant plus qu'on a tant de preuves
du contraire : ne voit-on pas des hommes
du plus bas étage qui font des hommes
admirables ?
70 MERCURE DE FRANCE.
Théodofe.
Et l'hiſtoire ne nous montre- t- elle pas de
grands Seigneurs par la naiffance qui
avoient une ame indigne ? Allons , tout eft
dit fur cet article : la nature ne connoît
pas les nobles , elle ne les exempte de
rien , ils naiffent fouvent auffi infirmes de
corps , auffi courts d'efprit.
Théodofe .
Ils meurent de même , fans compter
que la fortune fe joue de leurs biens , de
leurs honneurs , que leur famille s'éteint
ou s'éclipfe ; n'y a- t- il pas une infinité de
races , & des plus illuftres , qu'on a perdu
de vûe , que la nature a continuées , mais
que la fortune a quittées , & dont les defcendans
méconnus rampent apparemment
dans la foule , labourent ou mendient
pendant que
de nouvelles races forties de
la pouffiere , font aujourd'hui les fieres &
les fuperbes , & s'éclipferont auffi , pour
faire à leur tour place à d'autres , un peu
plus tôt ou un peu plus tard ? c'eft un cercle
de viciffitudes qui enveloppe tout le
monde , c'eft par tout miferes communes.
Théodofe.
Changeons de matiere ; je me fens trop
DECEMBRE. 1754. 71
humilié de m'être trompé là - deffus , je
n'étois gueres Prince alors.
Théophile.
' En revanche vous l'êtes aujourd'hui beaucoup.
Mais il fe fait tard ; rentrons , Prince
, & demain , fi vous voulez , nous reprendrons
la même converfation.
Le Dialogue qu'on vient de lire eft de M.
de Marivaux. Il n'y a perfonne qui ne fente
que des développemens de cette naturefont trèspropres
à rendre plus raiſonnables & meilleurs
ceux que leur naiſſance appelle au trône.
Nous prévoyons avec joie que l'Amenr ne
pourra pas fe refufer au defir que le public lui
marquera de voir l'exécution entiere d'un des
plus beaux projets qu'on puiſſe former pour
bien de la fociété.
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Résumé : L'EDUCATION D'UN PRINCE.
Le texte présente un dialogue intitulé 'L'éducation d'un Prince', découvert dans un château et datant d'au moins quatre siècles. Les personnages principaux sont Théodose, un jeune prince, et Théophile, son gouverneur. Leur conversation révèle les efforts de Théophile pour éduquer et guider Théodose, malgré les résistances initiales du prince. Théophile explique que ses actions, parfois perçues comme désagréables, visaient à protéger Théodose des défauts et à le préparer à une vie glorieuse. Théodose finit par reconnaître les bienfaits de l'éducation stricte de Théophile. Théophile met en garde le prince contre les dangers de la liberté sans contrôle et l'importance de continuer à écouter des conseils honnêtes et bienveillants. Ils discutent également des personnes qui entoureront Théodose, notamment Softène, apprécié pour son caractère aimable, et Philante, perçu comme trop sérieux. Théophile exprime son souhait que Théodose continue à valoriser les conseils sincères et à se méfier des flatteurs. Théophile critique Philante, un homme honnête mais peu flatteur, que Théodose trouve froid et difficile à contenter. Théophile explique que Philante préfère la vérité à la flatterie, contrairement à Softène qui flatte excessivement. Théodose se compare à une divinité, mais Théophile le ramène à la réalité en évoquant l'exemple de l'empereur Caïus, dont l'orgueil fut exacerbé par sa position élevée. Théophile met en garde contre les dangers de l'orgueil et de l'illusion de supériorité, même si la religion et les lumières modernes rendent un tel oubli de soi impossible. Théophile raconte ensuite l'histoire d'un prince asiatique orgueilleux qui méprise les autres hommes. Le roi, son père, utilise une ruse pour lui faire comprendre son erreur : il place un enfant esclave à côté de son fils nouveau-né et demande au prince de les distinguer. Le prince, incapable de les différencier, réalise enfin la vanité de son orgueil. Le texte relate une conversation entre un Prince et Théophile, au cours de laquelle le Prince prend conscience de l'égalité naturelle entre les hommes. Le Roi, pour éclairer son fils, organise un stratagème impliquant un enfant esclave. Le Prince, après réflexion, reconnaît que la nature ne crée pas de princes, mais des hommes, et embrasse son fils ainsi que l'esclave, qu'il affranchit. Théophile et Théodofe discutent ensuite de la perception erronée des jeunes gens et des personnes influentes concernant la noblesse et l'égalité naturelle. Ils soulignent que la noblesse de sang n'apporte pas nécessairement des vertus ou des avantages moraux. Théodofe conclut en affirmant que la nature et la fortune traitent tous les hommes de manière égale, indépendamment de leur rang social. Le dialogue, écrit par Marivaux, vise à rendre plus raisonnables et meilleurs ceux appelés au trône.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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156
p. 210-215
MORTS.
Début :
Le 29 Août mourut en Forès dans la quatre-vingt-uniéme année de son âge, Claude de [...]
Mots clefs :
Seigneur, Marquis, Comte, Maison de Bourbon, Châteaugay
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texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORT S.
E 29 Août mourut en Forès dans la quatre-
Ling >
la Queille , Comte de Ronchevol- Pramenou , Seigneur
de la Mure , Fougeres , Ornal , la Gardette ,
le Poyet , &c. Il étoit fils puîné de Claude de la
Queille , Marquis de Châteaugai , Baron de Vendat
, Seigneur de Sabazat , Florac , &c ; & d'Anne
de Ronchevol , Dame de Pramenou , héritiere de
fa Maiſon , l'une des plus anciennes du pays de
Forès , d'où elle paffa en Beaujolais vers l'an
1310. Le Comte de Ronchevol-Pramenou avoit
éré appellé à la fubftitution de tous les biens de
fa mere , à la charge d'en porter le nom & les
armes. De fon mariage fait en 1707 avec Anne-
Jofephe de Chabannes , fille de Gilbert de Chabannes
, Comte de Pionzac , & d'Anne-Françoife
de Lutzelbourg , il laifle pour-fille unique Gilberte
de la Queille , dite de Ronchevol -Pramenou ,
mariée en 1733 à Gilbert - Allire , Comte de Lan.
gheac , Brigadier des armées du Roi , Meftre de
camp du Regiment de Conti , Cavalerie , dont
trois garçons. Voyez la page 317 , cinquiéme partie
des Tablettes historiques.
La Maiſon de la Queille , la Queuille , ou la
Cueille , a toujours tenu rang parmi les plus
grandes de la province d'Auvergne , par fon ancienneté
, fes grands biens & fes alliances . Elle
tire fon origine de celle de Rochefort au Montd'or
, dont elle a ceffé de joindre le nom à celui
de la Queille vers l'an 1350. La terre de Rochefort
a paflé depuis aux Comtes d'Auvergne & à la
FEVRIER. 1755
2FF
maifon de Bourbon , & eft actuellement poffédée
par M. le Marquis de Chabannes- Curton .
Aymon, Seigneur de Rochefort & de la Queille,
vivoit en 1220. On lui donne pour femme Marie
de la Tour , fille de Bertrand , Seigneur de la Tour.
Il fut pere de Bertrand de Rochefort , Seigneur
de la Queille , marié en 1250 à Alix de Plaignes
Dame de Ronchely & de Monceaux . Leur fils Ber
nard , qui vivoit encore en 1299, fut pere de Jean
de Rochefort , Seigneur de la Queille, qui époufa
une Dame nommée Jeanne , que l'on croit de
la maiſon de Comborn. De ce mariage nâquit Antoine
de Rochefort , Seigneur de la Queille , allié
en 1310 avec Anne de Pierre- Buffiere - Châteauneuf.
Elle fut mere de Girard , Seigneur de la
Queille , Gouverneur du Dauphiné d'Auvergne ,
& Chambellan de Pierre I du nom , Duc de Bour
bon. Girard de la Queille fut allié avec Jeanne de
Murol , fille de Jean de Murol & d'Alix de la Rochebriant.
De cette alliance fortit Guillaume ,
gneur de la Queille, Capitaine de Gendarmes , mari
de Jeanne-Habeau d'Apchon , & pere de Bertrand
Seigneur de la Queille , Capitaine de Gendarmes, &
Chambellan du Duc de Berry, Celui- ci époufa Alix
Drap , fille de Guillaume Drap , Seigneur de Châ
teauneuf. Elle fe remaria à Girard de Rochefort
Seigneur de Saint-Marc , & vivoit en 1377, ayant
eu de fon premier mari , Pierre , Seigneur de la
Queille & de Châteauneuf , allié avec Marguerite
de Montmorin , décédée le & Octobre 1415. Elle:
étoit fille de Geofroi de Montmorin & de Daufine
de Thenieres. Leur fils Jacques , Seigneur de.
Ja Quelle & de Châteauneuf, Capitaine de Gendarmes
, Chambellan du Duc de Bourbon , épouſa
Louife de Giac , fille de Pierre de Giac & de Jeanac
de Naillac , & arriere- petite-fille de Pierre de
Sei212
MERCURE DE FRANCE.
Giac , Chancelier de France. Elle apporta à fon
mari les terres de Giac & de Châteaugai , & fur
mere de Charles , Seigneur de la Queille , de Chateauneuf
, de Châteaugai , de Giac , & c. qui n'eut
point d'enfans de fa feconde femme Marie de Levi
, & en laiffa deux de fa premiere , Anne de Bellenave
; fçavoir , François & Guillaume de la
Queille : l'aîné eut en partage la terre de la Queille
& les deux tiers des biens de fa maiſon . Il fut marié
deux fois : 1 ° . avec Marguerite de Castelnau
de Bretenoux . 2 °. Avec Anne de Rohan , fille de
Henri de Rohan , Seigneur d'Efpinai en Bretagne.
Il n'eut de ces deux mariages que trois filles ; deux
du premier , & une du fecond ; fçavoir , 1º . Jacqueline
de la Queille , Dame de Châteaubrun ;
alliée à Robert Stuart , Comte de Lenox , Seigneur
d'Aubigni , Maréchal de France . 2º Françoife
de la Queille , mariée à Jacques Ricard de
Genouillac , dit Galiot , Seigneur d'Acier , grand
Ecuyer & grand Maître de l'Artillerie de France.
3°. Catherine de la Queille , Dame de la Queille
& de Châteauneuf , époufa le 3 Decembre 1535
Marc de Beaufort - Montboiffier , Comte d'Alais
Marquis de Canillac.
Guillaume de la Queille eut en partage Florac
des biens paternels , & Giac & Châteaugai avec
les autres terres portées par fa grande mere Louiſe
de Giac. Il continua la pofterité maſculine de ſa
maifon par fon alliance avec Marie de Damas ,
fille de Jean de Damas , Seigneur de Marcilly , &
d'Anne de Digoine. Il fut pere de Jean de la
Queille I du nom Baron de Florac & de Châ →
teaugai , &c. Celui- ci époufa Ifabelle de Bourbon-
Buffet , de laquelle nâquit Jean de la Queille II
du nom , Baron de Florac , de Châteaugai , &c ,
Capitaine de cinquante hommes d'armes , Gou
>
ปี
FEVRIER . 1755. 213
verneur & Lieutenant général pour le Roi & la
Reine Marguerite , des Comtés d'Auvergne & de
Clermont , & Séné, hal d'Auvergne . Il époufa en
1553 Anne d'Efcars - Lavauguyon , fecorde fille
de François d'Efcirs , Seigneur de Lavauguyon , &
d'Iſabeau de Bourbon - Carenci . Elle fut mere de
Jean de la Queille III du nom , Baron de Florac ,
de Chateaugai , & c , qui étant devenu veuf fans
enfans de Claude de la Tour- Murat , fe remaria le
24 Nov. 1608 à Simone de Saix , fille de Claude de
Saix , Seigneur de Rivoire , & de Diane de Seneret.
De ce mariage nâquirent un fils & deux filles ; fçavoir
, Helene & Jeanne . La premiere fut mar ée en
Août 1639 à Jean - Louis ,Comte de Bourbon - Buffet;
l'autre époula Antoine- Claude d'Eberard de Saint-
Sulpice. Leur frere Guillaume de la Queille , Seigneur
de Florac , de Châteaugai , de Vendat , &c. ,
Capitaine de Chevaux - Legers , époufa Anne de
Gadagne , fille de Claude de Gadagne , Maréchal
de camp
& d'Eleonore de Coligni. Il en eut
Claude de la Queille , Seigneur de Florac , de Châteaugai
, &c , allié avec Marie de Ronchevol , héritiere
de Pramenou , fille aînée de François de Ron ..
chevol , Seigneur de Pramenou , & de Benigne de
Damas - la - Biftie . De ce mariage nâquirent deux
garçons , dont le dernier a donné lieu à cet article
.
L'aîné Anne-Gilbert de la Queille , Marquis
de Châteaugai , Lieutenant général au Duché de
Bourgogne , Gouverneur de Bourbon - Lanci ,
épouſa Marie - Jofephe , Dame d'Amanzé , fille
aînée de Louis , Vicomte d'Amanzé , & de Marie-
Louife Falconis , Le Marquis de Châteaugai eft
par ce mariage fſubſtitué au nom & armes d'Amanzé.
Son fils Louis - Gilbert - Gafpard de la
Queille de Châteaugai , Comte d'Amanzé , Bri214
MERCURE DE FRANCE.
gadier des armées du Roi , Colonel du Régiment
de Nice , a époufé en Août 1741 Louife- Jacqueline
de Laftic- Saint- Jal , fille de Jean -Claude de
Laftic- Saint -Jal , & de Marie - Marguerite Bazin
de Bezons. Il en a deux enfans.
Il a pour foeurs ,
1. N.
de la Queille
de Châteaugai
, mariée à Jacques - Philippe - Sebaftien
le Prêtre , Comte de Vauban , Maréchal
de camp , Lieutenant général en Franche-Comté.
2º. Anne- Louiſe de la Queille , mariée le 15
Avril 1741 , à Jofeph-Louis-Dominique de Cambis
, Marquis de Velleron.
Les armes de la Queille font de fable à la croix
d'or engrêlée , que le Comte d'Amanzé écartelle
avec celles d'Amanzé. Le Comte de Pramenou
chargeoit la croix en coeur d'un aigle éployé de
gueules , membré & becqué d'azur.
Demoiſelle Henriette - Mechtilde Van-Holt ,
née à s'Heerenberg dans les Pays-Bas le 28 Août
1664 , mourut à Paris le 28 Septembre 1754 , âgée
de quatre-vingt-dix ans. Elle étoit tante de Barthelemi
de Vanolles , ci -devant Intendant d'Alface
, & aujourd'hui Confeiller d'Etat , dont le pere
Jacques- Hartger Van-Holt , Grand - Audiencier
de France , & Tréforier Général ancien de la
Marine , obtint au mois d'Octobre 1696 des lettres
de mutation de fon nom de Van- Holt en celui
de Vanolles ; & au mois d'Août 1704 des lettres
de naturalité. Guillaume Van-Holt ( pere de
ce Jacques Hartger , & d'Henriette-Mechtilde qui
donne lieu à cet article ) Gentilhomme originaire
de-Dotekum fur les confins de la Gueldre Hollandoife
, Seigneur de Bleck & de Biltien , Co-feigneur
de Liefferinck , étoit d'une famille patricienne
, connue dès l'an 1448 en la perfonne de
FEVRIER. 1755. 215
Jean Van-Holt , Maître d'Hôtel , ou Majordome
d'Arnoul , Duc de Gueldre , qui le fit le 10 Novembre
de cette année là , grand Tréforier de fon
Duché de Gueldre , du Comté de Zutphen & de la
Seigneurie de Cuyck. L'article de cette famille
dreffé fur les titres originaux & d'après les Hiſtoriens
de Gueldre les plus eftimés , eft traité avec
étendue dans le quatrieme registre de la Nobleſſe
de France , où l'on renvoye le Lecteur. Ses armes
font d'argent , à fept annelets defable , pofés trois ,
trois un.
E 29 Août mourut en Forès dans la quatre-
Ling >
la Queille , Comte de Ronchevol- Pramenou , Seigneur
de la Mure , Fougeres , Ornal , la Gardette ,
le Poyet , &c. Il étoit fils puîné de Claude de la
Queille , Marquis de Châteaugai , Baron de Vendat
, Seigneur de Sabazat , Florac , &c ; & d'Anne
de Ronchevol , Dame de Pramenou , héritiere de
fa Maiſon , l'une des plus anciennes du pays de
Forès , d'où elle paffa en Beaujolais vers l'an
1310. Le Comte de Ronchevol-Pramenou avoit
éré appellé à la fubftitution de tous les biens de
fa mere , à la charge d'en porter le nom & les
armes. De fon mariage fait en 1707 avec Anne-
Jofephe de Chabannes , fille de Gilbert de Chabannes
, Comte de Pionzac , & d'Anne-Françoife
de Lutzelbourg , il laifle pour-fille unique Gilberte
de la Queille , dite de Ronchevol -Pramenou ,
mariée en 1733 à Gilbert - Allire , Comte de Lan.
gheac , Brigadier des armées du Roi , Meftre de
camp du Regiment de Conti , Cavalerie , dont
trois garçons. Voyez la page 317 , cinquiéme partie
des Tablettes historiques.
La Maiſon de la Queille , la Queuille , ou la
Cueille , a toujours tenu rang parmi les plus
grandes de la province d'Auvergne , par fon ancienneté
, fes grands biens & fes alliances . Elle
tire fon origine de celle de Rochefort au Montd'or
, dont elle a ceffé de joindre le nom à celui
de la Queille vers l'an 1350. La terre de Rochefort
a paflé depuis aux Comtes d'Auvergne & à la
FEVRIER. 1755
2FF
maifon de Bourbon , & eft actuellement poffédée
par M. le Marquis de Chabannes- Curton .
Aymon, Seigneur de Rochefort & de la Queille,
vivoit en 1220. On lui donne pour femme Marie
de la Tour , fille de Bertrand , Seigneur de la Tour.
Il fut pere de Bertrand de Rochefort , Seigneur
de la Queille , marié en 1250 à Alix de Plaignes
Dame de Ronchely & de Monceaux . Leur fils Ber
nard , qui vivoit encore en 1299, fut pere de Jean
de Rochefort , Seigneur de la Queille, qui époufa
une Dame nommée Jeanne , que l'on croit de
la maiſon de Comborn. De ce mariage nâquit Antoine
de Rochefort , Seigneur de la Queille , allié
en 1310 avec Anne de Pierre- Buffiere - Châteauneuf.
Elle fut mere de Girard , Seigneur de la
Queille , Gouverneur du Dauphiné d'Auvergne ,
& Chambellan de Pierre I du nom , Duc de Bour
bon. Girard de la Queille fut allié avec Jeanne de
Murol , fille de Jean de Murol & d'Alix de la Rochebriant.
De cette alliance fortit Guillaume ,
gneur de la Queille, Capitaine de Gendarmes , mari
de Jeanne-Habeau d'Apchon , & pere de Bertrand
Seigneur de la Queille , Capitaine de Gendarmes, &
Chambellan du Duc de Berry, Celui- ci époufa Alix
Drap , fille de Guillaume Drap , Seigneur de Châ
teauneuf. Elle fe remaria à Girard de Rochefort
Seigneur de Saint-Marc , & vivoit en 1377, ayant
eu de fon premier mari , Pierre , Seigneur de la
Queille & de Châteauneuf , allié avec Marguerite
de Montmorin , décédée le & Octobre 1415. Elle:
étoit fille de Geofroi de Montmorin & de Daufine
de Thenieres. Leur fils Jacques , Seigneur de.
Ja Quelle & de Châteauneuf, Capitaine de Gendarmes
, Chambellan du Duc de Bourbon , épouſa
Louife de Giac , fille de Pierre de Giac & de Jeanac
de Naillac , & arriere- petite-fille de Pierre de
Sei212
MERCURE DE FRANCE.
Giac , Chancelier de France. Elle apporta à fon
mari les terres de Giac & de Châteaugai , & fur
mere de Charles , Seigneur de la Queille , de Chateauneuf
, de Châteaugai , de Giac , & c. qui n'eut
point d'enfans de fa feconde femme Marie de Levi
, & en laiffa deux de fa premiere , Anne de Bellenave
; fçavoir , François & Guillaume de la
Queille : l'aîné eut en partage la terre de la Queille
& les deux tiers des biens de fa maiſon . Il fut marié
deux fois : 1 ° . avec Marguerite de Castelnau
de Bretenoux . 2 °. Avec Anne de Rohan , fille de
Henri de Rohan , Seigneur d'Efpinai en Bretagne.
Il n'eut de ces deux mariages que trois filles ; deux
du premier , & une du fecond ; fçavoir , 1º . Jacqueline
de la Queille , Dame de Châteaubrun ;
alliée à Robert Stuart , Comte de Lenox , Seigneur
d'Aubigni , Maréchal de France . 2º Françoife
de la Queille , mariée à Jacques Ricard de
Genouillac , dit Galiot , Seigneur d'Acier , grand
Ecuyer & grand Maître de l'Artillerie de France.
3°. Catherine de la Queille , Dame de la Queille
& de Châteauneuf , époufa le 3 Decembre 1535
Marc de Beaufort - Montboiffier , Comte d'Alais
Marquis de Canillac.
Guillaume de la Queille eut en partage Florac
des biens paternels , & Giac & Châteaugai avec
les autres terres portées par fa grande mere Louiſe
de Giac. Il continua la pofterité maſculine de ſa
maifon par fon alliance avec Marie de Damas ,
fille de Jean de Damas , Seigneur de Marcilly , &
d'Anne de Digoine. Il fut pere de Jean de la
Queille I du nom Baron de Florac & de Châ →
teaugai , &c. Celui- ci époufa Ifabelle de Bourbon-
Buffet , de laquelle nâquit Jean de la Queille II
du nom , Baron de Florac , de Châteaugai , &c ,
Capitaine de cinquante hommes d'armes , Gou
>
ปี
FEVRIER . 1755. 213
verneur & Lieutenant général pour le Roi & la
Reine Marguerite , des Comtés d'Auvergne & de
Clermont , & Séné, hal d'Auvergne . Il époufa en
1553 Anne d'Efcars - Lavauguyon , fecorde fille
de François d'Efcirs , Seigneur de Lavauguyon , &
d'Iſabeau de Bourbon - Carenci . Elle fut mere de
Jean de la Queille III du nom , Baron de Florac ,
de Chateaugai , & c , qui étant devenu veuf fans
enfans de Claude de la Tour- Murat , fe remaria le
24 Nov. 1608 à Simone de Saix , fille de Claude de
Saix , Seigneur de Rivoire , & de Diane de Seneret.
De ce mariage nâquirent un fils & deux filles ; fçavoir
, Helene & Jeanne . La premiere fut mar ée en
Août 1639 à Jean - Louis ,Comte de Bourbon - Buffet;
l'autre époula Antoine- Claude d'Eberard de Saint-
Sulpice. Leur frere Guillaume de la Queille , Seigneur
de Florac , de Châteaugai , de Vendat , &c. ,
Capitaine de Chevaux - Legers , époufa Anne de
Gadagne , fille de Claude de Gadagne , Maréchal
de camp
& d'Eleonore de Coligni. Il en eut
Claude de la Queille , Seigneur de Florac , de Châteaugai
, &c , allié avec Marie de Ronchevol , héritiere
de Pramenou , fille aînée de François de Ron ..
chevol , Seigneur de Pramenou , & de Benigne de
Damas - la - Biftie . De ce mariage nâquirent deux
garçons , dont le dernier a donné lieu à cet article
.
L'aîné Anne-Gilbert de la Queille , Marquis
de Châteaugai , Lieutenant général au Duché de
Bourgogne , Gouverneur de Bourbon - Lanci ,
épouſa Marie - Jofephe , Dame d'Amanzé , fille
aînée de Louis , Vicomte d'Amanzé , & de Marie-
Louife Falconis , Le Marquis de Châteaugai eft
par ce mariage fſubſtitué au nom & armes d'Amanzé.
Son fils Louis - Gilbert - Gafpard de la
Queille de Châteaugai , Comte d'Amanzé , Bri214
MERCURE DE FRANCE.
gadier des armées du Roi , Colonel du Régiment
de Nice , a époufé en Août 1741 Louife- Jacqueline
de Laftic- Saint- Jal , fille de Jean -Claude de
Laftic- Saint -Jal , & de Marie - Marguerite Bazin
de Bezons. Il en a deux enfans.
Il a pour foeurs ,
1. N.
de la Queille
de Châteaugai
, mariée à Jacques - Philippe - Sebaftien
le Prêtre , Comte de Vauban , Maréchal
de camp , Lieutenant général en Franche-Comté.
2º. Anne- Louiſe de la Queille , mariée le 15
Avril 1741 , à Jofeph-Louis-Dominique de Cambis
, Marquis de Velleron.
Les armes de la Queille font de fable à la croix
d'or engrêlée , que le Comte d'Amanzé écartelle
avec celles d'Amanzé. Le Comte de Pramenou
chargeoit la croix en coeur d'un aigle éployé de
gueules , membré & becqué d'azur.
Demoiſelle Henriette - Mechtilde Van-Holt ,
née à s'Heerenberg dans les Pays-Bas le 28 Août
1664 , mourut à Paris le 28 Septembre 1754 , âgée
de quatre-vingt-dix ans. Elle étoit tante de Barthelemi
de Vanolles , ci -devant Intendant d'Alface
, & aujourd'hui Confeiller d'Etat , dont le pere
Jacques- Hartger Van-Holt , Grand - Audiencier
de France , & Tréforier Général ancien de la
Marine , obtint au mois d'Octobre 1696 des lettres
de mutation de fon nom de Van- Holt en celui
de Vanolles ; & au mois d'Août 1704 des lettres
de naturalité. Guillaume Van-Holt ( pere de
ce Jacques Hartger , & d'Henriette-Mechtilde qui
donne lieu à cet article ) Gentilhomme originaire
de-Dotekum fur les confins de la Gueldre Hollandoife
, Seigneur de Bleck & de Biltien , Co-feigneur
de Liefferinck , étoit d'une famille patricienne
, connue dès l'an 1448 en la perfonne de
FEVRIER. 1755. 215
Jean Van-Holt , Maître d'Hôtel , ou Majordome
d'Arnoul , Duc de Gueldre , qui le fit le 10 Novembre
de cette année là , grand Tréforier de fon
Duché de Gueldre , du Comté de Zutphen & de la
Seigneurie de Cuyck. L'article de cette famille
dreffé fur les titres originaux & d'après les Hiſtoriens
de Gueldre les plus eftimés , eft traité avec
étendue dans le quatrieme registre de la Nobleſſe
de France , où l'on renvoye le Lecteur. Ses armes
font d'argent , à fept annelets defable , pofés trois ,
trois un.
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Résumé : MORTS.
Le 29 août, le Comte de Ronchevol-Pramenou, Seigneur de plusieurs domaines, décéda à Forès dans la Quéille. Il était le fils puîné de Claude de la Quéille, Marquis de Châteaugai, et d'Anne de Ronchevol, Dame de Pramenou. Cette dernière appartenait à une des plus anciennes maisons du pays de Forès, installée en Beaujolais vers 1310. Le Comte avait hérité de tous les biens de sa mère, à condition de porter son nom et ses armes. En 1707, il épousa Anne-Josèphe de Chabannes, fille de Gilbert de Chabannes, Comte de Pionzac. De cette union naquit une fille unique, Gilberte de la Quéille, mariée en 1733 à Gilbert-Alire, Comte de Langheac. La Maison de la Quéille, connue aussi sous les noms de la Queuille ou la Cueille, est l'une des plus grandes familles de la province d'Auvergne en raison de son ancienneté, de ses vastes biens et de ses alliances. Elle tire son origine de la Maison de Rochefort au Montd'or, dont elle a cessé de joindre le nom vers 1350. La terre de Rochefort passa ensuite aux Comtes d'Auvergne et à la Maison de Bourbon, et est actuellement possédée par le Marquis de Chabannes-Curton. Aymon, Seigneur de Rochefort et de la Quéille, vivait en 1220. Il épousa Marie de la Tour. Leur fils Bertrand de Rochefort épousa Alix de Plaignes. Leur fils Bernard eut un fils nommé Jean de Rochefort, qui épousa Jeanne de Comborn. De cette union naquit Antoine de Rochefort, allié en 1310 avec Anne de Pierre-Buffiere-Châteauneuf. Leur fils Girard, Seigneur de la Quéille, fut Gouverneur du Dauphiné d'Auvergne et Chambellan de Pierre I, Duc de Bourbon. Girard épousa Jeanne de Murol. Leur fils Guillaume, Seigneur de la Quéille, fut Capitaine de Gendarmes et épousa Jeanne-Habeau d'Apchon. Leur fils Bertrand, Seigneur de la Quéille, fut également Capitaine de Gendarmes et Chambellan du Duc de Berry. Il épousa Alix Drap. Leur fils Pierre, Seigneur de la Quéille et de Châteauneuf, épousa Marguerite de Montmorin. Leur fils Jacques, Seigneur de la Quéille et de Châteauneuf, épousa Louise de Giac. Elle apporta à son mari les terres de Giac et de Châteaugai et fut mère de Charles, Seigneur de la Quéille, de Châteauneuf, de Châteaugai, de Giac. Charles eut deux fils de sa première femme Anne de Bellenave : François et Guillaume de la Quéille. François hérita de la terre de la Quéille et des deux tiers des biens de la maison. Il épousa Marguerite de Castelnau de Bretenoux et Anne de Rohan. Ils eurent trois filles : Jacqueline, Françoise et Catherine de la Quéille. Guillaume de la Quéille hérita de Florac et des terres apportées par sa grand-mère Louise de Giac. Il épousa Marie de Damas. Leur fils Jean de la Quéille, Baron de Florac et de Châteaugai, épousa Isabelle de Bourbon.
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157
p. 165-166
DU LEVANT.
Début :
Le 22 Décembre, jour fixé pour l'inauguration d'Osman III, ce Prince, accompagné [...]
Mots clefs :
Seigneur, Sultan, Constantinople
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texteReconnaissance textuelle : DU LEVANT.
DU LEVANT.
DE CONSTANTINOPLE , le 4 Janvier.
L
E 22 Décembre , jour fixé pour l'inauguration
d'Ofman III , ce Prince , accompagné
de toute fa Cour , fe rendit à la Mofquée d'Ejoub.
Après que le Grand Seigneur eut fait fa priere ,
le Mufti s'avança vers la Hauteffe , & lui dit :
Puiffant Empereur , glorieux monarque , Dieu l'a
établi Sultan pour regnerfur les véritables croyans ;
fois fidele à la loi , & ton regne fera heureux. Il
ajouta enfuite en fe tournant vers le peuple
voilà celui que Dieu , dans l'éternité de fes decrets ,
a destinépour vous gouverner ; il obfervera la loi ;
foyez lui foumis. Puis il ceignit le cimeterre de
Mahomet au Sultan , qu'il exhorta de ne le tirer
que pour la défense de la religion & de la justice.
Lorfque cette cérémonie fut finie , la mufique
des Janiffaires fe fit entendre , & l'air retentit
d'acclamations . Le Grand Seigneur étant retourné
àu Sérail , on diftribua quinze cens bourſes aux
troupes. Au milieu des réjouiflances , quelques
Leventi , ou gens de mer , infulterent un Janiffaire
. Celui -ci n'en eut pas plutot informé les foldats
de fa compagnie , qu'ils fe répandirent dans
les rues voifines du port , & fondirent le fabre à la
main fur les Leventi. Heureufement l'Aga des
1
166 MERCURE DE FRANCE.
•
Janiffaires & le Capitan Pacha impoferent par leur
préfence aux uns & aux autres , & en peu de tems
le defordre fut appaifé . On empala fur le champ
fans autre forme de procès , les Leventi qui y
avoient donné lieu.
1
Sa Hauteffe étant inftruite que la plupart des
Mufulmans regardent la défenfe de boire du via
comme un réglement fait pour le fimple vulgaire ,
a ftatué de rigoureufes peines contre ceux qui ,
fans refpect pour l'Alcoran , feront ufage de cette
liqueur,
DE CONSTANTINOPLE , le 4 Janvier.
L
E 22 Décembre , jour fixé pour l'inauguration
d'Ofman III , ce Prince , accompagné
de toute fa Cour , fe rendit à la Mofquée d'Ejoub.
Après que le Grand Seigneur eut fait fa priere ,
le Mufti s'avança vers la Hauteffe , & lui dit :
Puiffant Empereur , glorieux monarque , Dieu l'a
établi Sultan pour regnerfur les véritables croyans ;
fois fidele à la loi , & ton regne fera heureux. Il
ajouta enfuite en fe tournant vers le peuple
voilà celui que Dieu , dans l'éternité de fes decrets ,
a destinépour vous gouverner ; il obfervera la loi ;
foyez lui foumis. Puis il ceignit le cimeterre de
Mahomet au Sultan , qu'il exhorta de ne le tirer
que pour la défense de la religion & de la justice.
Lorfque cette cérémonie fut finie , la mufique
des Janiffaires fe fit entendre , & l'air retentit
d'acclamations . Le Grand Seigneur étant retourné
àu Sérail , on diftribua quinze cens bourſes aux
troupes. Au milieu des réjouiflances , quelques
Leventi , ou gens de mer , infulterent un Janiffaire
. Celui -ci n'en eut pas plutot informé les foldats
de fa compagnie , qu'ils fe répandirent dans
les rues voifines du port , & fondirent le fabre à la
main fur les Leventi. Heureufement l'Aga des
1
166 MERCURE DE FRANCE.
•
Janiffaires & le Capitan Pacha impoferent par leur
préfence aux uns & aux autres , & en peu de tems
le defordre fut appaifé . On empala fur le champ
fans autre forme de procès , les Leventi qui y
avoient donné lieu.
1
Sa Hauteffe étant inftruite que la plupart des
Mufulmans regardent la défenfe de boire du via
comme un réglement fait pour le fimple vulgaire ,
a ftatué de rigoureufes peines contre ceux qui ,
fans refpect pour l'Alcoran , feront ufage de cette
liqueur,
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Résumé : DU LEVANT.
Le 22 décembre, le sultan Ofman III a été inauguré à Constantinople. Accompagné de sa cour, il s'est rendu à la mosquée d'Ejoub où, après la prière, le Mufti l'a proclamé sultan et a exhorté le peuple à lui obéir et à respecter la loi. Le Mufti a ceint le cimeterre de Mahomet au sultan, l'encourageant à défendre la religion et la justice. Après la cérémonie, la musique des Janissaires a retenti, et des acclamations ont résonné. De retour au Sérail, 1500 bourses ont été distribuées aux troupes. Des troubles ont éclaté lorsque des Leventi ont insulté un Janissaire, provoquant une bagarre. L'Aga des Janissaires et le Capitan Pacha ont rapidement restauré l'ordre, et les Leventi responsables ont été empalés sans procès. Par ailleurs, le sultan a décrété des peines sévères contre ceux qui consomment du vin, malgré l'opinion de certains musulmans qui voient cette interdiction comme destinée au vulgaire.
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158
p. 185-200
NAISSANCE, MARIAGES ET MORTS.
Début :
Le 31 Janvier, Dame Marie-Jeanne Moreau, épouse de Messire Jean-Pierre-Louis de [...]
Mots clefs :
Chevalier, Seigneur, Marquis, Comte, Lieutenant, Général, Armées du roi, Capitaine, Gouverneur, Brigadier
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texteReconnaissance textuelle : NAISSANCE, MARIAGES ET MORTS.
NAISSANCE ,
MARIAGES ET MORTS.
E31 Janvier , Dame Marie - Jeanne Moreau
- -
Puech , Seigneur de Laloubiere , eſt accouchée
d'un fils qui a été baptifé le même jour en l'Eglife
de S. Euſtache de Paris , & nommé Marie - André-
Louis.
Voyez fur la famille del Puech le Mercure de
Janvier au fujet du mariage du fils aîné de François
del Puech de Comeiras , Brigadier des armées
du Roi , coufin germain paternel de Jean- Pierre-
Louis del Puech de Laloubiere,, pere de Marie-
André - Louis del Puech , qui a donné lieu à cet
article .
1
Meffire Marie-Henri de Salvert , fils de Meffire
Gilbert- François , Comte de Salvert , a époufé le s
Novembre dernier à Sceaux Dlle Charlotte -Henriette
de Sabrevois , fille de Meffire- Henri de Sabrevois
, Maréchal des camps & armées du Roi ,
Lieutenant général de l'artillerie , & Commandant
en chef le département d'Alface.
Meffire François de Boyffeulh , Capitaine de
Cavalerie au Régiment de Lufignan , fils de Meſſire
Charles , Comte de Boyffeulh , Lieutenant- Colonel
du Régiment de Marcieux ; & de Dame Mar.
the d'Abzac , époufa le 27 Novembre Dlle Marie-
Marguerite-Catherine Damblard de Lafmaftres ,
fille de Meffire Jean- Marie Damblard de Lafmaftres
, Commandant de la Venerie du Roi ; & de Da
186 MERCURE DE FRANCE.
me Catherine de Bauny. La bénédiction nuptiale
leur fut donnée par l'Evêque d'Arras dans l'Eglife
de la Paroiffe du Château à Verſailles , & la Comteffe
de Toulouſe affifta à cette cérémonie. Leur
contrat de mariage avoit été figné le 24 par leurs
Majeftés , & par la Famille royale.
Le 28 de Novembre fut faite dans la Chapelle
de l'Hôtel de Soubife la célébration du mariage de
Louis , Comte de Prie , Gouverneur de Bourbon-
Lancy , Moufquetaire de la Garde ordinaire du
Roi dans la premiere Compagnie , fils de François-
Leonor de Prie , Chevalier , Marquis-de Pla
nes & Courbepine , Seigneur haut jufticier de
Chauffée en Normandie , & de Thefmillon en
Bourgogne , Seigneur & Patron des Paroiffes de
Coquainvilliers , du Chefne , de Leffart en Normandie
, &c. Commandeur des Ordres réunis de
Notre Dame de Mont- Carmel & de S. Lazare ,
& ancien Capitaine de Cavalerie au Régiment
qui portoit le nom de fon frere aîné Louis II de
Prie , Marquis de Planes , dit le Marquis de Pries
& de Marie-Magdeleine- Genevieve Loquet , Dame
de Tolleville en Normandie , &c. avec Loui
fc - Camille -Victoire de Villette , fille de Pierres
Charles de Villette , Ecuyer , Seigneur du Pleffis-
Longueau, de Baficourt , d'Houdancourt , de Saron,
du Portail , &c . Confeiller du Roi en fes Con
feils , Commandeur , Tréforier de l'Ordre royal
& militaire de S. Louis , Tréforier général de
l'extraordinaire des guerres ; & de Thérèſe- Charlotte
Cordier de Launay , fille de Jacques Cordier
de Launay , Ecuyer , Seigneur de Valery , de
Dinant , de la Verriere , &c , ancien Thréforier
général de l'extraordinaire des guerres. Leur contrat
de mariage avoit été honoré le 24 de la fignature
du Roi , de la Reine , & de la Famille royale.
MARS 1755 . 187
Tous les avantages qui conftituent la grandeur
des Maifons , nobleffe dont l'origine fe perd dans
l'obfcurité des fiécles , poffeffion de grandes terres
, alliances illuftres , fervices importans rene
dus à l'Etat , dignités & honneurs qui en font la
jufte récompenfe , tous fe trouvent réunis dans la
Maifon de Prie , de laquelle il eft forti un Cardinal
, un Grand Pannetier , deux Grands- Queux, un
Grand Maître des Arbalêtriers de France , un
Chevalier des Ordres du Roi , des Capitaines de
Compagnies d'Ordonnance , & autres Officiers
de diftinction . Elle tire fon nom de la terre de
Prie en Nivernois , où elle a poffedé plufieurs
autres terres confidérables , auffi bien que dans le
Berry , entr'autres celle de Bufançois.
*
Elle eft connue depuis Geoffroi , Sire de Prie
qui fut préfent en 1178 à la donation faite par la
Comteffe de Nevers aux Religieux de Notre- Da
me de la Ferté -fur -l'Ifeure.
Un de fes defcendans , Philippe de Prie , Sei
gneur de Moulins en Berry , qualifié Chevalier
Banneret , étoit en 1338 Sénéchal de Beaucaire
& de Nîmes , dignité qui n'étoit alors donnée
qu'aux perfonnes de la plus haute naiffance. Ce
Seigneur qui fervit le Roi Philippe de Valois dans
différentes expéditions , laiffa de fa femme Ifabeau
de Sainte-Maure , Philippe de Prie , dit le Borgne,
Seigneur de Moulins. Celui - ci étoit en 1342 Maître
d'Hôtel du Duc de Normandie, qui fut depuis le Roi
Jean , & qui en récompenfe de fes fervices le fit
Capitaine fouverain & général au Bailliage de
Les poffeffeurs modernes de cette terre induits
apparemment en erreur par quelques Topographes
mal inftruits , en écrivent le nom Prix, il eſt écriz
Prie dans tous les anciens titres.
188 MERCURE DE FRANCE.
Bourges , & de cinquante hommes d'armes de fa
Compagnie.
Son fils Jean VII du nom , qualifié Sire de Prie
& de Bufançois, Seigneur de Châteauclos , de Gargilefle
& de Thefmillon , Chevalier Banneret , fur
appellé , fuivant des mémoires manuferits , Paon
de Prie , à caufe de fa magnificence. Il fe diftingua
principalement par fa fidélité envers le Roi
Jean , fait prifonnier à la bataille de Poitiers , &
le Dauphin Régent du Royaume , depuis Roi
Charles V. Il fut un des principaux Barons du
Berry , qui prirent les armes pour défendre cette
province contre l'invafion des troupes du Prince
de Galles . Il eut entr'autres enfans de fa femme ,
Philippe Courault.
Jean VIII , Chevalier , Sire de Prie & de Bufançois
, Confeiller & Chambellan du Roi , allié
avec llabeau de Chanac , de laquelle il laiffa Jean
& Antoine de Prie. L'aîné mérita par fes fervices
d'être élevé à la dignité de Grand Pannetier de
France , & s'attira par fa fidélité la haine du Roi
d'Angleterre , qui confifqua la terre de Prie , que
Charles VII rendit depuis à fes héritiers légitimes.
Il fut tué en 1427 d'un coup de vireton , en défendant
contre les Anglois la groffe tour de Bourges
, dont il étoit Capitaine.
Antoine , frere puîné de Jean VIII , qui l'avoit
forcé dans fa jeuneffe à fe faire Religieux dans
l'Abbaye de Déols , avoit paffé depuis dans l'Ordre
de Saint Jean de Jerufalem . Après la mort
fans enfans de ce frere aîné , il obtint difpenfe
de fes voeux ; il s'allia avec Magdeleine d'Amboife
, & continua la lignée , étant devenu Sire de
Prie & de Bufançois , Seigneur de Montpoupon
de Moulins & de Thefinillon. Il fut Chevalier,
MARS. 1755. 189
Confeiller & Chambellan du Roi Charles VII
& du Dauphin , & en 1431 Grand Queux de
France. Il prenoit la qualité de premier Baron de
Touraine ; il affifta, au lit de Juftice à Vendome
pour la décifion du procès du Duc d'Alençon , &
yfut affis à droite fur la même ligne que le haut
banc des Ducs & Comtes- Pairs de France . Il vendit
la Seigneurie de Prie à Imbert de la Plattiere ,
Seigneur de Bourdillon , Gentilhomme Nivernois,
qui devenu Maréchal de France, fut appellé le Maréchal
de Bourdillon . Par fon teftament il ordonna
que douze pucelles , vêtues de robes blanches de
fin lin , porteroient chacune à fon enterrement
un flambeau de cire blanche , du poids de deux
livres. Il laiffa , entr'autres enfans , trois fils , qui
furent élevés aux premieres dignités.
Louis I de Prie ( fils aîné d'Antoine ) , Chevalier
, Baron de Bufançois , Seigneur de Montpoupon
& de Thefmillon , Confeiller & Chambellan
du Roi , fut auffi Grand Queux de France. Cette
charge fut fupprimée après la mort , & l'exercice
en fut uni à celle de Grand Maître de l'Hôtel du
Roi. Il voulut que fes funerailles fe fiffent comme
celles de fon pere , en doublant le nombre des
pucelles. Il portoit, ainfi que fon pere, l'écu écartelé
au premier & au quatre de gueules, à trois tiercesfeuilles
d'or , qui eft Prie ; au fecond & au troisieme
d'or , à une aigle à deux têtes de fable , couronnée
de gueules , qui eft Bufançois * . Louis , Sire de
Prie , avoit été allié à Jeanne de Salazart , fille
de Jean de Salazart , Seigneur de Saint-Juſt & de
Marcilly , & de Marie de la Tremouille , Dame
de Saint - Fargeau. Leurs petits- fils Gabriel &
* La terre de Bufançois , l'une des plus confidé
rables du Berry , appartient aujourd'hui au Duc de
Saint-Aignan
190 MERCURE DE FRANCE.
René de Prie , moururent fans pofterité .
René de Prie , fils puîné d'Antoine , & coufingermain
, par la mere , du Cardinal d'Amboiſe
fut grand Archidiacre de Bourges , Proto-Notaire
apoftolique , Doyen de S. Hilaire de Poitiers ,
Abbé Commendataire de Sainte - Marie de Levroux,
de
de Notre Dame du Landais , du Bourg-Dieu ,
la Prée-fur-Arnon , & de Lire ; Evêque fucceffivement
de Leitoure , de Limoges & de Bayeux ;
enfin Cardinal en Janvier 1506 , & nommé le
Cardinal de Bayeux . Il fut un des membres du facré
Collége , qui tinrent le Concile de Piſe contre
le Pape Jules If. Il mourut le 9 de Septembre 1516 ,
& fut enterré dans fon Abbaye de la Prée.
Aimard I de Prie , ( troiſieme fils d'Antoine ) ;
Chevalier, Seigneur de Montpoupon , de la Motte ,
de Lezillé, de Thefmillon , & c. Confeiller & Chambellan
du Roi , Capitaine de cinquante Lances de
fes ordonnances , & Gouverneur du Pont Saint-
Efprit, fut Grand Maître des Arbalêtriers de France
, charge qui fut fupprimée après la mort arrivée
avant 1527. C'eſt la postérité qui fubfifte .
Il avoit été marié deux fois . De fa premiere
femme Claude de Choiſeul de Traves , il n'eut
que deux filles. La feconde , Claude de la Baume-
Chevalier , Montrevel , le fit pere d'Efme de Prie ,
Seigneur de Montpoupon , de Lezillé , de Toucy ,
de Thefmillon , de la Grange- Foffegiler , & c. Celui-
ci fut Capitaine de cinquante hommes d'armes
des ordonnances du Roi , Gouverneur & Lieutenant
pour le Roi en la ville d'Auxerre & pays
Auxerrois , Lieutenant général au Gouvernement
de Touraine , Blaifois & Vendomois , & Chevalier
de l'Ordre du Roi . De fon mariage avec Charlotte
de Rochefort de Pleuvaut , nâquit entr'autres eRfans
MAR S. 1755. 191
René de Prie , Chevalier , Baron de Toucy ,
Seigneur de Montpoupon , de Lezillé , de Thefmillon
, & c. Ecuyer d'Ecurie du Roi Charles IX ,
Gouverneur de Touraine . Celui - ci qui fut auffi
Chevalier de l'Ordre du Roi , époufa , par contrat
du 19 Novembre 1559 , Joffine de Selles, fille unique
d'Antoine de Selles , Seigneur de Beuzeville
& de Magdeleine de Ravenel . Leur fils aîné
Aimard II de Prie , Chevalier , Marquis de Tou
cy , Baron de Montpoupon , Seigneur de Thef--
millon , &c. Capitaine de cent hommes d'armes
des ordonnances du Roi , & Chevalier de fon Ordre
, fut député par la nobleffe du Bailliage d'Auxerre
aux Etats Généraux de 1614 : c'eft en conféquence
de fon mariage avec Louiſe , fille & hériere
pour moitié de Guillaume de Hautemer ,
Chevalier , Comte de Grancey , Seigneur de Fervaques
, de Planes , &c , Maréchal de France , &
Chevalier des Ordres du Roi , dit le Maréchal de
Fervaques , que la maifon de Prie fe trouve tranfplantée
en Normandie.
François de Prie , troifieme fils d'Aimard II , &
le feul qui ait continué la lignée , eut , du chef
de fa mere , la baronie de Planes en Normandie
& fut pere d'Aimard-Antoine de Prie , Chevalier ,
Baron de Planes , Seigneur de Coquainvilliers ,
du Chêne , de Marigny , &c . & Maréchal de bataille
des camps & armées du Roi. Celui - ci eut
pour fils Louis II & François- Leonor de Prię ,
pere de celui qui donne lieu à cet article .
Louis II de Prie , Baron , puis Marquis de Planes
, dit le Marquis de Prie , fut Colonel d'un Régiment
de Cavalerie de fon nom , Brigadier
des
armées du Roi , Chevalier de fes Ordres ; fon Ambaffadeur
auprès du Roi de Sardaigne , l'un des
Seigneurs attachés à l'éducation de Sa Majefté ,
192 MERCURE DE FRANCE:
Gouverneur de Bourbon -Lancy , & Lieutenant
général au Gouvernement du Bas- Languedoc ;
c'eft en fa faveur que les terres réunies de Planes
& de Courbepine furent érigées en Marquifat ,
fous le nom commun de Planes, par lettres du mois
de Février 1724. Il avoit eu conjointement avec
la Ducheffe de la Ferté fa coufine , l'honneur de
tenir fur les fonts de bapteme le Roi Louis XV.
glorieufement regnant.
La Maiſon de Prie tient par des alliances , la
plupart réiterées , aux anciennes Maifons de Bertrand-
Briquebec , de Chauvigny , de Sully , de
Craon , de Parthenay- l'Archevêque , de Boulogne,
de Châlon , d'Amboise - Chaumont , de Grailly-
Feix, d'Albret-Navarre; aux Maiſons exiftantes de
la Tour-d'Auvergne , de Rohan - Guemené , de Røhan-
Soubife , de Montmorenci-Laval , de Montmorenci-
Luxembourg , de la Tremouille , d'Uzès , de
Beauvilliers , d'Aumont , de Gévres , de Mailly ,
de Chabannes , de Bethune , de Rochefort - d'Aloigny
, de Choiseul , de Beauvau , ď’Alegre , de
Sennectere , de Sainte- Maure , de la Baune-Montrevel
, de Rouxel-Medavy , & à plufieurs autres des
premieres Maifons du Royaunie.
La Maiſon de Prie porte pour armes , de gueules
, à trois tierces-feuilles d'or , deux & une. Son
ancien cri de guerre eft cant d'oiſeaux ; & fa déwife
, non degener ortu.
Voyez l'Hiftoire généalogique des grands Officiers
de la Couronne ; l'Hiftoire de Berry, par la
Thaumafiere ; l'Hiftoire généalogique de la Maifon
de Chateigner , par André Duchêne. Les mémoires
de Michel de Maroles , Abbé de Villeloing,
&c. Voyez les Tablettes hiftoriques , tom. iv. p.
214.
Meffire Jofeph - François de Paule de Preaulx ,
de
MARS. 1755. 193
fils de Meffire Jofeph de Preaulx , Marquis de
Preaulx , a époufé le 2 Novembre dans la ville de
Château -Gontier en Anjou , Dlle Renée-Catheri
ne - Jeanne du Tertre de Sancé.
Meffire Jean-Baptifte-François- Gabriel - Louis
de Coutaud , Marquis de Coulanges , Capitaine de
Cavalerie au Régiment de Bourbon-Buffet , fils de
feu Meffire Jean de Coutaud , Baron de Coulanges
, & de Dame Marguerite de Polaftron , fut
marié le 7 Janvier à Dile Marie- Louife - Jofeph
de Calonne de Courtebonne , fille de feu Meffire
Louis-Jacques de Calonne , Marquis de Courtebonne
, Maréchal des camps & armées de Sa Majefté
, Lieutenant de Roi de la province d'Artois
& de Dame Ifabelle - Claire -Jofeph Guillain de la
Tour- Saint- Quentin.
Meffire Jean- Baptifte du Sauzay , Marquis du
Sauzay, Rebé , Amplepuis, Saint -Jean la Buxiere ,
Rono , Jarnoffe , & autres dépendances , Colonel
d'Infanterie , Lieutenant aux Gardes Françoiſes ,
fils de Meffire Dominique du Sauzay , Chevalier
Seigneur de Jarnoffe , & autres lieux , époufa le 8
de Janvier Dile Marguerite de Blotefiere - de Vauchelle
, fille de Meffire Nicolas de Blotefiere , Marquis
de Vauchelle , Lieutenant de Roi dans la
Province de Picardie , Meftre de camp de Cavalerie.
La bénédiction nuptiale leur a été donnée dans
la Chapelle de la Bibliothèque du Roi.
Le 10 Février Meffire Jean- Baptifte du Champ
d'Affant , Chevalier , Seigneur de la Motte , &
d'autres lieux , ancien Capitaine d'Infanterie
reftant feul de fa famille , une des plus anciennes
de nom & d'armes & des mieux alliées du Comté
de Bourgogne , fut marié dans la Chapelle du
Château de Montramé en Brie , avec Dlle Rofafie-
Louife du Tillet , fille de Meffire Charles- Clau
194 MERCURE DE FRANCE.
de du Tillet , Chevalier , Seigneur du Boui-Montramé
, Chalmaiſon , Chalantre la petite , Vicomte
de la Malmaiſon , Brigadier des armées du Roi ,
ancien Aide - Major & Enfeigne des Gardes du
Corps ; & de Dame Marie- Marguerite de Cueuret
de Nefle fes pere & mere. Ces deux Familles
font connues par leur ancienneté , leurs charges
& leurs alliances.
Dame Anne - Elizabeth - Marie - Rofe Briffart ,
épouse de Meffire Henri-Charles de Thiard de
Billy , Comte de Thiard , Brigadier de cavalerie ,
& Capitaine - Lieutenant de la compagnie des
Chevau-légers Dauphins , mourut à Paris , le 4
Octobre , âgée de vingt ans.
Marie- Louife- Charlotte , légitimée de Bourbon
, épouse de Meffire Nicolas de Chaugy .
Comte de Rouffillon , Maréchal des camps & armées
du Roi , eft morte les , en la même ville
dans la cinquante- cinquième année de fon âge.
>
Le même jour eft décedée au vieux Louvre ,
Dame Marie - Roſe Teffier , épouſe de Meffire
Jean-Louis Quentin de Richebourg , Marquis
de Champcenetz.
Honoré le. Tellier , Comte de Souvré , fils de
François- Louis le Tellier , Comte de Rebenac ,
Marquis del Souvré , eft mort le 7.
Le fieur Pierre Dedelay de la Garde , l'un des
quarante Fermiers généraux de Sa Majeſté , eſt
mort le 10.
Charles-Pierre de la Chaftre , fils de Meffire
Charles-Louis de la Chaftre , Comte de Nançai ,
Brigadier des armées du Roi , eft mort le 16.
Meffire Charles- Antoine-Armand- Odet d'Aydie
, Comte de Riberac , ancien Colonel d'un
régiment d'infanterie , eft mort le 1 Novembre
MARS. 1755. 195
à fa terre de la Ville-aux-Clercs , dans la foixante
& dixième année de fon âge.
Frere Jean-François Fraguier , Chevalier de
l'Ordre de Saint Jean de Jerufalem , Comman
deur de la Commenderie de Beauvais en Gâtinois
& Titulaire du Membre de Dieu- Lamant , dépendant
du grand Prieuré de France , mourut à
Paris le 2 , âgé de foixante & treize ans.
Dame Gabrielle de Murviel , épouse de Meffire
Henri de Carion , Marquis de Nizas , Lieutenant
général des armées de Sa Majeſté , eft morte le
Novembre dans fes terres en Languedoc , âgée
de foixante & dix ans .
Meffire Michel Larcher, Maître des Requêtes,
eft mort le 10.
Meffire Jofeph Darbaud , Brigadier de cavale
rie , mourut à Paris le 14 , âgé de cinquanteneuf
ans.
Dame Marie-Anne d'Azemar, veuve de Meffire
Jerôme du Faur , Comte de Pibrac , eft morte le
14 à Toulouſe , dans fa foixante & quinziéme
année.
Meffire Henri de Carion , Marquis de Nizas ,
Lieutenant général des armées du Roi , eft mort
le is dans fes terres en Languedoc , âgé de
quatre-vingt-quatorze ans.
Jacques de Lomagne-Tarride , Vicomte titu
laire de Tarride , Seigneur de Baringue , Vicomte
d'Efcures , Baron du Mont & de Couhain , mou◄
rut dans fa quatre- vingtiéme année , le 16 Novembre
1754 , dans fon château de Simacourbe
en Bearn. Il étoit l'aîné de la Maifon des derniers
Vicomtes de Lomagne , iflus, des Comtes d'Armagnac
. Il a laiffé de Marguerite de Foix-Candale
, fa veuve , deux garçons , dont l'un eft
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Capitaine au régiment du Roi, & l'autre eft au Séminaire
de faint Sulpice,
Melfire Pierre- Gabriel-Louis le Neuf de Sourdeval
, Brigadier d'infanterie , eft mort le même
jour , dans fa cinquante -quatriéme année .
Dame Anne-Marie Rouillé , veuve de Meffire
Louis de Bernage , Confeiller d'Etat ordinaire
mourut à Paris le 21 , âgée de près de quatrevingt
& onze ans.
Rolland Puchot- Defalleurs , Comte Defalleurs,
Ambaffadeur de France à la Porte , eft mort à
Conftantinople le 23 Novembre dernier.
Meffire N ....... du Chambon , Lieutenant
général des armées du Roi , & ci-devant Major de
la compagnie des Gendarmes de la garde ordinaire
de Sa Majesté , eft mort le 1 Décembre en
fon château de Pierrefitte , près de Moulins , âgé
de quatre-vingt- quatre ans.
Meffire Jofeph Brunet de Raney , Brigadier
d'infanterie , ci-devant Commandant d'un bataillon
du régiment des Gardes- Françoifes , eft
mort le 3 , dans la foixante - huitième année de
fon âge,
Conftance - Françoife Duffon de Bonnac ,
époufe de Charles - Antoine - François - Marie ,
Marquis de Wignacourt , mourut à Paris le 7 ,
âgée de trente ans. Elle étoit petite fille de
Charles-Armand de Gontaut , Duc de Biron , Pair
& Doyen des Maréchaux de France , & foeur du
Marquis de Bonnac , Ambafladeur en Hollande .
Elle avoit été mariée le 9 Mai 1749 , dans la
chapelle de l'Evêché de Pamiers, par Henri Gaſton
de Levis , Evêque de cette ville , au Marquis de
Vignacourt , fils de Robert - Antoine , Comte
de Wignacourt , chef de toutes les branches de
Fancienne Maifon de Wignacourt , établies en
MARS. 1755. 197
Picardie , Champagne , &c. De cette Maiſon font
fortis Alof & Adrien de Wignacourt , élus Grands-
Maîtres de Malthe en 1601 & 1690. La Marquife
de Wignacourt laifle de fon mariage une fille
unique , Charlotte- Antoinette-Conftance- Louife-
Françoife de Wignacourt , née le 30 Octobre
1750.
M. Antoine Ralet de Chalet , ancien Secrétaire
du Roi , près le Parlement de Bretagne , eft mort
le 9 à Paris , âgé de cent & trois ans.
Meffire Louis le Maire , Maréchal des camps
& armées du Roi , Directeur des fortifications
d'une partie des places de Flandre & du Hainault ,
eft mort à Abbeville le 10 , âgé de quatre - vingtdix
ans. Il étoit le plus ancien Ingénieur du
royaume , & il avoit commencé à fervir en
1680 .
Dame Marie-Therefe de Mizon , épouse du
Comte de Muy , Confeiller d'Etat d'épée , Directeur
général des Oeconomats & ci-devant
fous- Gouverneur de Monfeigneur le Dauphin ,
mourut le 13 à Verſailles , dans fa foixante &
treizième année .
༈
Meffire Charles Foucault , Brigadier de cavalerie
, eftmort le 14 , âgé de foixante & dix-sept ans.
Nicolas-Jofeph- Balthazar de Langlade , Vicomte
du Chayla , Chevalier des Ordres du Roi ,
Lieutenant général des armées de Sa Majeſté ,
Directeur général de la cavalerie , Gouverneur de.
Villefranche en Rouffillon , Gouverneur , Sénéchal
& Grand Bailli du Duché de Mercoeur' , mourut
à Paris le 16 , âgé d'environ ſoixante & douze
ans.
Meffire Pierre-Maximilien Pajot de Villeperrot ,
Maréchal des camps & armées de Sa Majefté , eft
mort le 19 , en ſa ſoixante & onzième année.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Guillaume-Anne , Comte d'Albemarle , Vicomte
Bury, Baron d'Ashford , Pair de la Grande-
Bretagne , Chevalier de l'Ordre de la Jarretiere ,
premier Gentilhomme de la chambre de Sa Majefté
Britannique , & fon Ambaffadeur extraordimaire
& plénipotentiaire auprès du Roi , mourut
à Paris le 22 , âgé de cinquante-deux ans. Il
étoit Lieutenant général des armées de la Grande-
Bretagne , Colonel du ſecond régiment des Gardes
Angloifes , Gouverneur & Capitaine général
de la Virginie.
Antoine François , Comte de Chabannes , Lieutenant
général des armées du Roi , Grand- Croix
de l'Ordre royal & militaire de Saint Louis ,
Gouverneur de Verdun & du Verdunois , ci-devant
Lieutenant-Colonel du régiment des Gardes-
Françoifes , eft mort en cette Ville le 23 , dans fa
foixante-huitième année.
Dame Marie-Julie de la Jaille , épouſe d'André-
Antoine , Vicomte de Sabran , des Comtes de
Forcalquier , Mestre de camp de cavalerie , Aide-
Major de la Gendarmerie , mourut à Paris le
même jour , dans fa quarante- cinquiéme année.
Meffire Aymard- Charles de Nicolaï , fils de
Meffire Aymard-Jean de Nicolaï , premier Pré
fident de la Chambre des Comptes , & de Magdeleine-
Charlotte -Guillelmine- Léontine de Vintimille
du Luc , eft mort à Paris le 29 , âgé de
vingt ans.
René-François , Marquis du Châtelet , & de
Grandfeille , Baron de Cirey , Lieutenant général
des troupes de l'Empereur , & ci-devant Commandant
en chef dans le grand Duché de Tof.
cane , eft mort le 2 Janvier , à Blamont en Lorraine
, âgé de foixante - fept ans.
Dame Marie-Thereſe de Meſmes , veuve de
M.AR S. 1755. 199
Meffire François de la Roche , Marquis de Fontenilles
mourut à Paris le 6 Janvier âgée de
quatre-vingt-fept ans.
Dame Marie-Jeanne Frefeau de la Frefeliere
épouse de Mefire Nicolas Doublet de Perfan
Maître des Requêtes , & Intendant du commerce,
eft morte à Paris le 16 , dans fa quarante-neuviéme
année.
I.e 19 eft décedé Meffire Alexandre de Bauffan,
Maître des Requêtes , dans la vingt- huitiéme année
de fon âge.
Huguette- Gabrielle de Lufignan de Lezay ;
épouse de M. Lancelot , Comte de Turpin de Crif
fe , Brigadier de cavalerie , mourut le 25 , âgée
de vingt-cinq ans.
Thomas Caraccioli , Napolitain , le plus ancien
Lieutenant général des armées du Roi , eft
mort le 26 , dans fa cent & troifiéme année. Le
Marquis de Caraccioli étoit de l'illuftre Maifon
de ce nom. Il avoit été Gouverneur de Briançon ,
& Commandant des villes de Mezieres , de Charleville
, & de Sedan
Anne le Roux veuve en fecondes nôces de
Jean Druart , eft morte le 16 Octobre , à Paris ,
fur la paroiffe de faint Severin , âgée de près de
cent-vingt ans. Elle étoit née à Dormont , dans
le Diocèle d'Evreux , & elle avoit douze ans lorfqu'en
1646 ce hameau fut confumé par un incendie.
La nommée Marie Blanchard , veuve de ' Jean
Manfeau , eft morte le 30 Octobre dernier , au
château de Champs - Cremainville , paroiffe de
Melleray , Diocèfè de Chartres , âgée de [centtrois
ans neuf mois , n'ayant aucune des infirmités
de la vieilleffe ; elle voyoit & entendoit trèsbien
, & elle marchoit fans bâton. Dans le mois
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
d'Octobre de l'année derniere elle alla à une
petite ville du Perche , diftante de trois lieues de
Champs , & elle en revint le même jour fur une
charrette chargée de meubles , où elle étoit d'autant
moins à fon aife , que le tems étoit très-froid
& très- pluvieux.
MARIAGES ET MORTS.
E31 Janvier , Dame Marie - Jeanne Moreau
- -
Puech , Seigneur de Laloubiere , eſt accouchée
d'un fils qui a été baptifé le même jour en l'Eglife
de S. Euſtache de Paris , & nommé Marie - André-
Louis.
Voyez fur la famille del Puech le Mercure de
Janvier au fujet du mariage du fils aîné de François
del Puech de Comeiras , Brigadier des armées
du Roi , coufin germain paternel de Jean- Pierre-
Louis del Puech de Laloubiere,, pere de Marie-
André - Louis del Puech , qui a donné lieu à cet
article .
1
Meffire Marie-Henri de Salvert , fils de Meffire
Gilbert- François , Comte de Salvert , a époufé le s
Novembre dernier à Sceaux Dlle Charlotte -Henriette
de Sabrevois , fille de Meffire- Henri de Sabrevois
, Maréchal des camps & armées du Roi ,
Lieutenant général de l'artillerie , & Commandant
en chef le département d'Alface.
Meffire François de Boyffeulh , Capitaine de
Cavalerie au Régiment de Lufignan , fils de Meſſire
Charles , Comte de Boyffeulh , Lieutenant- Colonel
du Régiment de Marcieux ; & de Dame Mar.
the d'Abzac , époufa le 27 Novembre Dlle Marie-
Marguerite-Catherine Damblard de Lafmaftres ,
fille de Meffire Jean- Marie Damblard de Lafmaftres
, Commandant de la Venerie du Roi ; & de Da
186 MERCURE DE FRANCE.
me Catherine de Bauny. La bénédiction nuptiale
leur fut donnée par l'Evêque d'Arras dans l'Eglife
de la Paroiffe du Château à Verſailles , & la Comteffe
de Toulouſe affifta à cette cérémonie. Leur
contrat de mariage avoit été figné le 24 par leurs
Majeftés , & par la Famille royale.
Le 28 de Novembre fut faite dans la Chapelle
de l'Hôtel de Soubife la célébration du mariage de
Louis , Comte de Prie , Gouverneur de Bourbon-
Lancy , Moufquetaire de la Garde ordinaire du
Roi dans la premiere Compagnie , fils de François-
Leonor de Prie , Chevalier , Marquis-de Pla
nes & Courbepine , Seigneur haut jufticier de
Chauffée en Normandie , & de Thefmillon en
Bourgogne , Seigneur & Patron des Paroiffes de
Coquainvilliers , du Chefne , de Leffart en Normandie
, &c. Commandeur des Ordres réunis de
Notre Dame de Mont- Carmel & de S. Lazare ,
& ancien Capitaine de Cavalerie au Régiment
qui portoit le nom de fon frere aîné Louis II de
Prie , Marquis de Planes , dit le Marquis de Pries
& de Marie-Magdeleine- Genevieve Loquet , Dame
de Tolleville en Normandie , &c. avec Loui
fc - Camille -Victoire de Villette , fille de Pierres
Charles de Villette , Ecuyer , Seigneur du Pleffis-
Longueau, de Baficourt , d'Houdancourt , de Saron,
du Portail , &c . Confeiller du Roi en fes Con
feils , Commandeur , Tréforier de l'Ordre royal
& militaire de S. Louis , Tréforier général de
l'extraordinaire des guerres ; & de Thérèſe- Charlotte
Cordier de Launay , fille de Jacques Cordier
de Launay , Ecuyer , Seigneur de Valery , de
Dinant , de la Verriere , &c , ancien Thréforier
général de l'extraordinaire des guerres. Leur contrat
de mariage avoit été honoré le 24 de la fignature
du Roi , de la Reine , & de la Famille royale.
MARS 1755 . 187
Tous les avantages qui conftituent la grandeur
des Maifons , nobleffe dont l'origine fe perd dans
l'obfcurité des fiécles , poffeffion de grandes terres
, alliances illuftres , fervices importans rene
dus à l'Etat , dignités & honneurs qui en font la
jufte récompenfe , tous fe trouvent réunis dans la
Maifon de Prie , de laquelle il eft forti un Cardinal
, un Grand Pannetier , deux Grands- Queux, un
Grand Maître des Arbalêtriers de France , un
Chevalier des Ordres du Roi , des Capitaines de
Compagnies d'Ordonnance , & autres Officiers
de diftinction . Elle tire fon nom de la terre de
Prie en Nivernois , où elle a poffedé plufieurs
autres terres confidérables , auffi bien que dans le
Berry , entr'autres celle de Bufançois.
*
Elle eft connue depuis Geoffroi , Sire de Prie
qui fut préfent en 1178 à la donation faite par la
Comteffe de Nevers aux Religieux de Notre- Da
me de la Ferté -fur -l'Ifeure.
Un de fes defcendans , Philippe de Prie , Sei
gneur de Moulins en Berry , qualifié Chevalier
Banneret , étoit en 1338 Sénéchal de Beaucaire
& de Nîmes , dignité qui n'étoit alors donnée
qu'aux perfonnes de la plus haute naiffance. Ce
Seigneur qui fervit le Roi Philippe de Valois dans
différentes expéditions , laiffa de fa femme Ifabeau
de Sainte-Maure , Philippe de Prie , dit le Borgne,
Seigneur de Moulins. Celui - ci étoit en 1342 Maître
d'Hôtel du Duc de Normandie, qui fut depuis le Roi
Jean , & qui en récompenfe de fes fervices le fit
Capitaine fouverain & général au Bailliage de
Les poffeffeurs modernes de cette terre induits
apparemment en erreur par quelques Topographes
mal inftruits , en écrivent le nom Prix, il eſt écriz
Prie dans tous les anciens titres.
188 MERCURE DE FRANCE.
Bourges , & de cinquante hommes d'armes de fa
Compagnie.
Son fils Jean VII du nom , qualifié Sire de Prie
& de Bufançois, Seigneur de Châteauclos , de Gargilefle
& de Thefmillon , Chevalier Banneret , fur
appellé , fuivant des mémoires manuferits , Paon
de Prie , à caufe de fa magnificence. Il fe diftingua
principalement par fa fidélité envers le Roi
Jean , fait prifonnier à la bataille de Poitiers , &
le Dauphin Régent du Royaume , depuis Roi
Charles V. Il fut un des principaux Barons du
Berry , qui prirent les armes pour défendre cette
province contre l'invafion des troupes du Prince
de Galles . Il eut entr'autres enfans de fa femme ,
Philippe Courault.
Jean VIII , Chevalier , Sire de Prie & de Bufançois
, Confeiller & Chambellan du Roi , allié
avec llabeau de Chanac , de laquelle il laiffa Jean
& Antoine de Prie. L'aîné mérita par fes fervices
d'être élevé à la dignité de Grand Pannetier de
France , & s'attira par fa fidélité la haine du Roi
d'Angleterre , qui confifqua la terre de Prie , que
Charles VII rendit depuis à fes héritiers légitimes.
Il fut tué en 1427 d'un coup de vireton , en défendant
contre les Anglois la groffe tour de Bourges
, dont il étoit Capitaine.
Antoine , frere puîné de Jean VIII , qui l'avoit
forcé dans fa jeuneffe à fe faire Religieux dans
l'Abbaye de Déols , avoit paffé depuis dans l'Ordre
de Saint Jean de Jerufalem . Après la mort
fans enfans de ce frere aîné , il obtint difpenfe
de fes voeux ; il s'allia avec Magdeleine d'Amboife
, & continua la lignée , étant devenu Sire de
Prie & de Bufançois , Seigneur de Montpoupon
de Moulins & de Thefinillon. Il fut Chevalier,
MARS. 1755. 189
Confeiller & Chambellan du Roi Charles VII
& du Dauphin , & en 1431 Grand Queux de
France. Il prenoit la qualité de premier Baron de
Touraine ; il affifta, au lit de Juftice à Vendome
pour la décifion du procès du Duc d'Alençon , &
yfut affis à droite fur la même ligne que le haut
banc des Ducs & Comtes- Pairs de France . Il vendit
la Seigneurie de Prie à Imbert de la Plattiere ,
Seigneur de Bourdillon , Gentilhomme Nivernois,
qui devenu Maréchal de France, fut appellé le Maréchal
de Bourdillon . Par fon teftament il ordonna
que douze pucelles , vêtues de robes blanches de
fin lin , porteroient chacune à fon enterrement
un flambeau de cire blanche , du poids de deux
livres. Il laiffa , entr'autres enfans , trois fils , qui
furent élevés aux premieres dignités.
Louis I de Prie ( fils aîné d'Antoine ) , Chevalier
, Baron de Bufançois , Seigneur de Montpoupon
& de Thefmillon , Confeiller & Chambellan
du Roi , fut auffi Grand Queux de France. Cette
charge fut fupprimée après la mort , & l'exercice
en fut uni à celle de Grand Maître de l'Hôtel du
Roi. Il voulut que fes funerailles fe fiffent comme
celles de fon pere , en doublant le nombre des
pucelles. Il portoit, ainfi que fon pere, l'écu écartelé
au premier & au quatre de gueules, à trois tiercesfeuilles
d'or , qui eft Prie ; au fecond & au troisieme
d'or , à une aigle à deux têtes de fable , couronnée
de gueules , qui eft Bufançois * . Louis , Sire de
Prie , avoit été allié à Jeanne de Salazart , fille
de Jean de Salazart , Seigneur de Saint-Juſt & de
Marcilly , & de Marie de la Tremouille , Dame
de Saint - Fargeau. Leurs petits- fils Gabriel &
* La terre de Bufançois , l'une des plus confidé
rables du Berry , appartient aujourd'hui au Duc de
Saint-Aignan
190 MERCURE DE FRANCE.
René de Prie , moururent fans pofterité .
René de Prie , fils puîné d'Antoine , & coufingermain
, par la mere , du Cardinal d'Amboiſe
fut grand Archidiacre de Bourges , Proto-Notaire
apoftolique , Doyen de S. Hilaire de Poitiers ,
Abbé Commendataire de Sainte - Marie de Levroux,
de
de Notre Dame du Landais , du Bourg-Dieu ,
la Prée-fur-Arnon , & de Lire ; Evêque fucceffivement
de Leitoure , de Limoges & de Bayeux ;
enfin Cardinal en Janvier 1506 , & nommé le
Cardinal de Bayeux . Il fut un des membres du facré
Collége , qui tinrent le Concile de Piſe contre
le Pape Jules If. Il mourut le 9 de Septembre 1516 ,
& fut enterré dans fon Abbaye de la Prée.
Aimard I de Prie , ( troiſieme fils d'Antoine ) ;
Chevalier, Seigneur de Montpoupon , de la Motte ,
de Lezillé, de Thefmillon , & c. Confeiller & Chambellan
du Roi , Capitaine de cinquante Lances de
fes ordonnances , & Gouverneur du Pont Saint-
Efprit, fut Grand Maître des Arbalêtriers de France
, charge qui fut fupprimée après la mort arrivée
avant 1527. C'eſt la postérité qui fubfifte .
Il avoit été marié deux fois . De fa premiere
femme Claude de Choiſeul de Traves , il n'eut
que deux filles. La feconde , Claude de la Baume-
Chevalier , Montrevel , le fit pere d'Efme de Prie ,
Seigneur de Montpoupon , de Lezillé , de Toucy ,
de Thefmillon , de la Grange- Foffegiler , & c. Celui-
ci fut Capitaine de cinquante hommes d'armes
des ordonnances du Roi , Gouverneur & Lieutenant
pour le Roi en la ville d'Auxerre & pays
Auxerrois , Lieutenant général au Gouvernement
de Touraine , Blaifois & Vendomois , & Chevalier
de l'Ordre du Roi . De fon mariage avec Charlotte
de Rochefort de Pleuvaut , nâquit entr'autres eRfans
MAR S. 1755. 191
René de Prie , Chevalier , Baron de Toucy ,
Seigneur de Montpoupon , de Lezillé , de Thefmillon
, & c. Ecuyer d'Ecurie du Roi Charles IX ,
Gouverneur de Touraine . Celui - ci qui fut auffi
Chevalier de l'Ordre du Roi , époufa , par contrat
du 19 Novembre 1559 , Joffine de Selles, fille unique
d'Antoine de Selles , Seigneur de Beuzeville
& de Magdeleine de Ravenel . Leur fils aîné
Aimard II de Prie , Chevalier , Marquis de Tou
cy , Baron de Montpoupon , Seigneur de Thef--
millon , &c. Capitaine de cent hommes d'armes
des ordonnances du Roi , & Chevalier de fon Ordre
, fut député par la nobleffe du Bailliage d'Auxerre
aux Etats Généraux de 1614 : c'eft en conféquence
de fon mariage avec Louiſe , fille & hériere
pour moitié de Guillaume de Hautemer ,
Chevalier , Comte de Grancey , Seigneur de Fervaques
, de Planes , &c , Maréchal de France , &
Chevalier des Ordres du Roi , dit le Maréchal de
Fervaques , que la maifon de Prie fe trouve tranfplantée
en Normandie.
François de Prie , troifieme fils d'Aimard II , &
le feul qui ait continué la lignée , eut , du chef
de fa mere , la baronie de Planes en Normandie
& fut pere d'Aimard-Antoine de Prie , Chevalier ,
Baron de Planes , Seigneur de Coquainvilliers ,
du Chêne , de Marigny , &c . & Maréchal de bataille
des camps & armées du Roi. Celui - ci eut
pour fils Louis II & François- Leonor de Prię ,
pere de celui qui donne lieu à cet article .
Louis II de Prie , Baron , puis Marquis de Planes
, dit le Marquis de Prie , fut Colonel d'un Régiment
de Cavalerie de fon nom , Brigadier
des
armées du Roi , Chevalier de fes Ordres ; fon Ambaffadeur
auprès du Roi de Sardaigne , l'un des
Seigneurs attachés à l'éducation de Sa Majefté ,
192 MERCURE DE FRANCE:
Gouverneur de Bourbon -Lancy , & Lieutenant
général au Gouvernement du Bas- Languedoc ;
c'eft en fa faveur que les terres réunies de Planes
& de Courbepine furent érigées en Marquifat ,
fous le nom commun de Planes, par lettres du mois
de Février 1724. Il avoit eu conjointement avec
la Ducheffe de la Ferté fa coufine , l'honneur de
tenir fur les fonts de bapteme le Roi Louis XV.
glorieufement regnant.
La Maiſon de Prie tient par des alliances , la
plupart réiterées , aux anciennes Maifons de Bertrand-
Briquebec , de Chauvigny , de Sully , de
Craon , de Parthenay- l'Archevêque , de Boulogne,
de Châlon , d'Amboise - Chaumont , de Grailly-
Feix, d'Albret-Navarre; aux Maiſons exiftantes de
la Tour-d'Auvergne , de Rohan - Guemené , de Røhan-
Soubife , de Montmorenci-Laval , de Montmorenci-
Luxembourg , de la Tremouille , d'Uzès , de
Beauvilliers , d'Aumont , de Gévres , de Mailly ,
de Chabannes , de Bethune , de Rochefort - d'Aloigny
, de Choiseul , de Beauvau , ď’Alegre , de
Sennectere , de Sainte- Maure , de la Baune-Montrevel
, de Rouxel-Medavy , & à plufieurs autres des
premieres Maifons du Royaunie.
La Maiſon de Prie porte pour armes , de gueules
, à trois tierces-feuilles d'or , deux & une. Son
ancien cri de guerre eft cant d'oiſeaux ; & fa déwife
, non degener ortu.
Voyez l'Hiftoire généalogique des grands Officiers
de la Couronne ; l'Hiftoire de Berry, par la
Thaumafiere ; l'Hiftoire généalogique de la Maifon
de Chateigner , par André Duchêne. Les mémoires
de Michel de Maroles , Abbé de Villeloing,
&c. Voyez les Tablettes hiftoriques , tom. iv. p.
214.
Meffire Jofeph - François de Paule de Preaulx ,
de
MARS. 1755. 193
fils de Meffire Jofeph de Preaulx , Marquis de
Preaulx , a époufé le 2 Novembre dans la ville de
Château -Gontier en Anjou , Dlle Renée-Catheri
ne - Jeanne du Tertre de Sancé.
Meffire Jean-Baptifte-François- Gabriel - Louis
de Coutaud , Marquis de Coulanges , Capitaine de
Cavalerie au Régiment de Bourbon-Buffet , fils de
feu Meffire Jean de Coutaud , Baron de Coulanges
, & de Dame Marguerite de Polaftron , fut
marié le 7 Janvier à Dile Marie- Louife - Jofeph
de Calonne de Courtebonne , fille de feu Meffire
Louis-Jacques de Calonne , Marquis de Courtebonne
, Maréchal des camps & armées de Sa Majefté
, Lieutenant de Roi de la province d'Artois
& de Dame Ifabelle - Claire -Jofeph Guillain de la
Tour- Saint- Quentin.
Meffire Jean- Baptifte du Sauzay , Marquis du
Sauzay, Rebé , Amplepuis, Saint -Jean la Buxiere ,
Rono , Jarnoffe , & autres dépendances , Colonel
d'Infanterie , Lieutenant aux Gardes Françoiſes ,
fils de Meffire Dominique du Sauzay , Chevalier
Seigneur de Jarnoffe , & autres lieux , époufa le 8
de Janvier Dile Marguerite de Blotefiere - de Vauchelle
, fille de Meffire Nicolas de Blotefiere , Marquis
de Vauchelle , Lieutenant de Roi dans la
Province de Picardie , Meftre de camp de Cavalerie.
La bénédiction nuptiale leur a été donnée dans
la Chapelle de la Bibliothèque du Roi.
Le 10 Février Meffire Jean- Baptifte du Champ
d'Affant , Chevalier , Seigneur de la Motte , &
d'autres lieux , ancien Capitaine d'Infanterie
reftant feul de fa famille , une des plus anciennes
de nom & d'armes & des mieux alliées du Comté
de Bourgogne , fut marié dans la Chapelle du
Château de Montramé en Brie , avec Dlle Rofafie-
Louife du Tillet , fille de Meffire Charles- Clau
194 MERCURE DE FRANCE.
de du Tillet , Chevalier , Seigneur du Boui-Montramé
, Chalmaiſon , Chalantre la petite , Vicomte
de la Malmaiſon , Brigadier des armées du Roi ,
ancien Aide - Major & Enfeigne des Gardes du
Corps ; & de Dame Marie- Marguerite de Cueuret
de Nefle fes pere & mere. Ces deux Familles
font connues par leur ancienneté , leurs charges
& leurs alliances.
Dame Anne - Elizabeth - Marie - Rofe Briffart ,
épouse de Meffire Henri-Charles de Thiard de
Billy , Comte de Thiard , Brigadier de cavalerie ,
& Capitaine - Lieutenant de la compagnie des
Chevau-légers Dauphins , mourut à Paris , le 4
Octobre , âgée de vingt ans.
Marie- Louife- Charlotte , légitimée de Bourbon
, épouse de Meffire Nicolas de Chaugy .
Comte de Rouffillon , Maréchal des camps & armées
du Roi , eft morte les , en la même ville
dans la cinquante- cinquième année de fon âge.
>
Le même jour eft décedée au vieux Louvre ,
Dame Marie - Roſe Teffier , épouſe de Meffire
Jean-Louis Quentin de Richebourg , Marquis
de Champcenetz.
Honoré le. Tellier , Comte de Souvré , fils de
François- Louis le Tellier , Comte de Rebenac ,
Marquis del Souvré , eft mort le 7.
Le fieur Pierre Dedelay de la Garde , l'un des
quarante Fermiers généraux de Sa Majeſté , eſt
mort le 10.
Charles-Pierre de la Chaftre , fils de Meffire
Charles-Louis de la Chaftre , Comte de Nançai ,
Brigadier des armées du Roi , eft mort le 16.
Meffire Charles- Antoine-Armand- Odet d'Aydie
, Comte de Riberac , ancien Colonel d'un
régiment d'infanterie , eft mort le 1 Novembre
MARS. 1755. 195
à fa terre de la Ville-aux-Clercs , dans la foixante
& dixième année de fon âge.
Frere Jean-François Fraguier , Chevalier de
l'Ordre de Saint Jean de Jerufalem , Comman
deur de la Commenderie de Beauvais en Gâtinois
& Titulaire du Membre de Dieu- Lamant , dépendant
du grand Prieuré de France , mourut à
Paris le 2 , âgé de foixante & treize ans.
Dame Gabrielle de Murviel , épouse de Meffire
Henri de Carion , Marquis de Nizas , Lieutenant
général des armées de Sa Majeſté , eft morte le
Novembre dans fes terres en Languedoc , âgée
de foixante & dix ans .
Meffire Michel Larcher, Maître des Requêtes,
eft mort le 10.
Meffire Jofeph Darbaud , Brigadier de cavale
rie , mourut à Paris le 14 , âgé de cinquanteneuf
ans.
Dame Marie-Anne d'Azemar, veuve de Meffire
Jerôme du Faur , Comte de Pibrac , eft morte le
14 à Toulouſe , dans fa foixante & quinziéme
année.
Meffire Henri de Carion , Marquis de Nizas ,
Lieutenant général des armées du Roi , eft mort
le is dans fes terres en Languedoc , âgé de
quatre-vingt-quatorze ans.
Jacques de Lomagne-Tarride , Vicomte titu
laire de Tarride , Seigneur de Baringue , Vicomte
d'Efcures , Baron du Mont & de Couhain , mou◄
rut dans fa quatre- vingtiéme année , le 16 Novembre
1754 , dans fon château de Simacourbe
en Bearn. Il étoit l'aîné de la Maifon des derniers
Vicomtes de Lomagne , iflus, des Comtes d'Armagnac
. Il a laiffé de Marguerite de Foix-Candale
, fa veuve , deux garçons , dont l'un eft
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Capitaine au régiment du Roi, & l'autre eft au Séminaire
de faint Sulpice,
Melfire Pierre- Gabriel-Louis le Neuf de Sourdeval
, Brigadier d'infanterie , eft mort le même
jour , dans fa cinquante -quatriéme année .
Dame Anne-Marie Rouillé , veuve de Meffire
Louis de Bernage , Confeiller d'Etat ordinaire
mourut à Paris le 21 , âgée de près de quatrevingt
& onze ans.
Rolland Puchot- Defalleurs , Comte Defalleurs,
Ambaffadeur de France à la Porte , eft mort à
Conftantinople le 23 Novembre dernier.
Meffire N ....... du Chambon , Lieutenant
général des armées du Roi , & ci-devant Major de
la compagnie des Gendarmes de la garde ordinaire
de Sa Majesté , eft mort le 1 Décembre en
fon château de Pierrefitte , près de Moulins , âgé
de quatre-vingt- quatre ans.
Meffire Jofeph Brunet de Raney , Brigadier
d'infanterie , ci-devant Commandant d'un bataillon
du régiment des Gardes- Françoifes , eft
mort le 3 , dans la foixante - huitième année de
fon âge,
Conftance - Françoife Duffon de Bonnac ,
époufe de Charles - Antoine - François - Marie ,
Marquis de Wignacourt , mourut à Paris le 7 ,
âgée de trente ans. Elle étoit petite fille de
Charles-Armand de Gontaut , Duc de Biron , Pair
& Doyen des Maréchaux de France , & foeur du
Marquis de Bonnac , Ambafladeur en Hollande .
Elle avoit été mariée le 9 Mai 1749 , dans la
chapelle de l'Evêché de Pamiers, par Henri Gaſton
de Levis , Evêque de cette ville , au Marquis de
Vignacourt , fils de Robert - Antoine , Comte
de Wignacourt , chef de toutes les branches de
Fancienne Maifon de Wignacourt , établies en
MARS. 1755. 197
Picardie , Champagne , &c. De cette Maiſon font
fortis Alof & Adrien de Wignacourt , élus Grands-
Maîtres de Malthe en 1601 & 1690. La Marquife
de Wignacourt laifle de fon mariage une fille
unique , Charlotte- Antoinette-Conftance- Louife-
Françoife de Wignacourt , née le 30 Octobre
1750.
M. Antoine Ralet de Chalet , ancien Secrétaire
du Roi , près le Parlement de Bretagne , eft mort
le 9 à Paris , âgé de cent & trois ans.
Meffire Louis le Maire , Maréchal des camps
& armées du Roi , Directeur des fortifications
d'une partie des places de Flandre & du Hainault ,
eft mort à Abbeville le 10 , âgé de quatre - vingtdix
ans. Il étoit le plus ancien Ingénieur du
royaume , & il avoit commencé à fervir en
1680 .
Dame Marie-Therefe de Mizon , épouse du
Comte de Muy , Confeiller d'Etat d'épée , Directeur
général des Oeconomats & ci-devant
fous- Gouverneur de Monfeigneur le Dauphin ,
mourut le 13 à Verſailles , dans fa foixante &
treizième année .
༈
Meffire Charles Foucault , Brigadier de cavalerie
, eftmort le 14 , âgé de foixante & dix-sept ans.
Nicolas-Jofeph- Balthazar de Langlade , Vicomte
du Chayla , Chevalier des Ordres du Roi ,
Lieutenant général des armées de Sa Majeſté ,
Directeur général de la cavalerie , Gouverneur de.
Villefranche en Rouffillon , Gouverneur , Sénéchal
& Grand Bailli du Duché de Mercoeur' , mourut
à Paris le 16 , âgé d'environ ſoixante & douze
ans.
Meffire Pierre-Maximilien Pajot de Villeperrot ,
Maréchal des camps & armées de Sa Majefté , eft
mort le 19 , en ſa ſoixante & onzième année.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Guillaume-Anne , Comte d'Albemarle , Vicomte
Bury, Baron d'Ashford , Pair de la Grande-
Bretagne , Chevalier de l'Ordre de la Jarretiere ,
premier Gentilhomme de la chambre de Sa Majefté
Britannique , & fon Ambaffadeur extraordimaire
& plénipotentiaire auprès du Roi , mourut
à Paris le 22 , âgé de cinquante-deux ans. Il
étoit Lieutenant général des armées de la Grande-
Bretagne , Colonel du ſecond régiment des Gardes
Angloifes , Gouverneur & Capitaine général
de la Virginie.
Antoine François , Comte de Chabannes , Lieutenant
général des armées du Roi , Grand- Croix
de l'Ordre royal & militaire de Saint Louis ,
Gouverneur de Verdun & du Verdunois , ci-devant
Lieutenant-Colonel du régiment des Gardes-
Françoifes , eft mort en cette Ville le 23 , dans fa
foixante-huitième année.
Dame Marie-Julie de la Jaille , épouſe d'André-
Antoine , Vicomte de Sabran , des Comtes de
Forcalquier , Mestre de camp de cavalerie , Aide-
Major de la Gendarmerie , mourut à Paris le
même jour , dans fa quarante- cinquiéme année.
Meffire Aymard- Charles de Nicolaï , fils de
Meffire Aymard-Jean de Nicolaï , premier Pré
fident de la Chambre des Comptes , & de Magdeleine-
Charlotte -Guillelmine- Léontine de Vintimille
du Luc , eft mort à Paris le 29 , âgé de
vingt ans.
René-François , Marquis du Châtelet , & de
Grandfeille , Baron de Cirey , Lieutenant général
des troupes de l'Empereur , & ci-devant Commandant
en chef dans le grand Duché de Tof.
cane , eft mort le 2 Janvier , à Blamont en Lorraine
, âgé de foixante - fept ans.
Dame Marie-Thereſe de Meſmes , veuve de
M.AR S. 1755. 199
Meffire François de la Roche , Marquis de Fontenilles
mourut à Paris le 6 Janvier âgée de
quatre-vingt-fept ans.
Dame Marie-Jeanne Frefeau de la Frefeliere
épouse de Mefire Nicolas Doublet de Perfan
Maître des Requêtes , & Intendant du commerce,
eft morte à Paris le 16 , dans fa quarante-neuviéme
année.
I.e 19 eft décedé Meffire Alexandre de Bauffan,
Maître des Requêtes , dans la vingt- huitiéme année
de fon âge.
Huguette- Gabrielle de Lufignan de Lezay ;
épouse de M. Lancelot , Comte de Turpin de Crif
fe , Brigadier de cavalerie , mourut le 25 , âgée
de vingt-cinq ans.
Thomas Caraccioli , Napolitain , le plus ancien
Lieutenant général des armées du Roi , eft
mort le 26 , dans fa cent & troifiéme année. Le
Marquis de Caraccioli étoit de l'illuftre Maifon
de ce nom. Il avoit été Gouverneur de Briançon ,
& Commandant des villes de Mezieres , de Charleville
, & de Sedan
Anne le Roux veuve en fecondes nôces de
Jean Druart , eft morte le 16 Octobre , à Paris ,
fur la paroiffe de faint Severin , âgée de près de
cent-vingt ans. Elle étoit née à Dormont , dans
le Diocèle d'Evreux , & elle avoit douze ans lorfqu'en
1646 ce hameau fut confumé par un incendie.
La nommée Marie Blanchard , veuve de ' Jean
Manfeau , eft morte le 30 Octobre dernier , au
château de Champs - Cremainville , paroiffe de
Melleray , Diocèfè de Chartres , âgée de [centtrois
ans neuf mois , n'ayant aucune des infirmités
de la vieilleffe ; elle voyoit & entendoit trèsbien
, & elle marchoit fans bâton. Dans le mois
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
d'Octobre de l'année derniere elle alla à une
petite ville du Perche , diftante de trois lieues de
Champs , & elle en revint le même jour fur une
charrette chargée de meubles , où elle étoit d'autant
moins à fon aife , que le tems étoit très-froid
& très- pluvieux.
Fermer
Résumé : NAISSANCE, MARIAGES ET MORTS.
Le texte relate plusieurs événements familiaux et historiques concernant des familles nobles françaises. Le 31 janvier, Dame Marie, épouse de Puech, Seigneur de Laloubiere, a donné naissance à un fils baptisé Marie-André-Louis. Le texte mentionne également le mariage du fils aîné de François del Puech de Comeiras, Brigadier des armées du Roi, cousin germain paternel de Jean-Pierre-Louis del Puech de Laloubiere. Le 5 novembre, Meffire Marie-Henri de Salvert a épousé Dlle Charlotte-Henriette de Sabrevois, fille de Meffire Henri de Sabrevois, Maréchal des camps et armées du Roi. Le 27 novembre, Meffire François de Boyffeulh, Capitaine de Cavalerie, a épousé Dlle Marie-Marguerite-Catherine Damblard de Lafmaftres. Leur mariage a été bénit par l'Évêque d'Arras dans l'église de la Paroisse du Château à Versailles, en présence de la Comtesse de Toulouse. Le 28 novembre, Louis, Comte de Prie, a épousé Louise-Camille-Victoire de Villette. Leur contrat de mariage a été signé par le Roi, la Reine et la Famille royale. Le texte décrit ensuite la Maison de Prie, soulignant ses origines nobles, ses possessions territoriales et ses alliances illustres. La famille de Prie est connue depuis Geoffroi, Sire de Prie, présent en 1178. Plusieurs membres de cette famille ont occupé des postes importants, tels que Sénéchal de Beaucaire et de Nîmes, Maître d'Hôtel du Duc de Normandie, et Capitaines de compagnies d'ordonnance. La Maison de Prie est alliée à de nombreuses autres grandes familles nobles françaises. En mars 1755, plusieurs mariages ont été célébrés : Meffire Jofeph de Preaulx a épousé Dlle Renée-Catherine-Joanne du Tertre de Sancé à Château-Gontier ; Meffire Jean-Baptiste-François-Gabriel-Louis de Coutaud a épousé Dlle Marie-Louise-Joseph de Calonne de Courtebonne ; Meffire Jean-Baptiste du Sauzay a épousé Dlle Marguerite de Blotefiere de Vauchelle ; Meffire Jean-Baptiste du Champ d'Affant a épousé Dlle Rosalie-Louise du Tillet. Plusieurs décès notables sont également mentionnés, notamment ceux de Dame Anne-Elisabeth-Marie-Rose Briffart, épouse de Meffire Henri-Charles de Thiard de Billy, et de Marie-Louise-Charlotte, légitimée de Bourbon, épouse de Meffire Nicolas de Chaugy. D'autres décès incluent ceux de Meffire Honoré le Tellier, Comte de Souvré, Meffire Pierre Dedelay de la Garde, et Meffire Charles-Pierre de la Chastre. Le document détaille également les décès de plusieurs personnalités militaires et nobles, comme Meffire Charles-Antoine-Armand-Odet d'Aydie, Comte de Riberac, et Frere Jean-François Fraguier, Chevalier de l'Ordre de Saint Jean de Jérusalem. Parmi les autres décès notables figurent ceux de Dame Gabrielle de Murviel, épouse de Meffire Henri de Carion, Marquis de Nizas, et de Meffire Michel Larcher, Maître des Requêtes. Le document se termine par la mention de plusieurs autres décès, incluant ceux de Meffire Antoine Ralet de Chalet, Meffire Louis le Maire, et Dame Marie-Thérèse de Mizon, épouse du Comte de Muy.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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159
p. 118-129
REPONSE DE M. L'ABBÉ V. A M. LE P. H.
Début :
Le suffrage d'un homme comme vous, Monsieur, a quelque chose de si séduisant [...]
Mots clefs :
Droit de Régale, Abbé, Églises, Fiefs, Bénéfices, Seigneur, Maître, Terres, Rois
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE DE M. L'ABBÉ V. A M. LE P. H.
REPONSE DE M. L'ABBÉ V.
A M. LE P. H.
e
E fuffrage d'un homme comme vous ,
Monfieur , & quelque chofe de fi féduifant
, qu'à da lecture de la lettre dont
vous m'honorez , j'ai prefque été tenté de
me croire un perfonnage . Mais je me connois
, & cette connoiffance ne m'a laiffé
appercevoir dans vos politeffes qu'un excès
de bonté qui veut encourager un novice
, plus recommendable par fa bonne
volonté que par fes talens. Vous me permettez
de vous faire quelques nouvelles
obfervations fur le point qui nous divife :
j'ufe de la permiffion , moins cependant
pour difputer que pour chercher le vrai ,
qui feul doit être notre guide . C'eſt unt
écolier qui confulte fon maître ; & quel
maître ? Un nouveau Sallufte , mais plus
clair dans fa briéveté fententieufe , un au- -
tre Velleius Paterculus plus inftructif &
auffi délicat dans fes portraits , le digne
éleve enfin du goût , & le favori des graces.
L'Abbé Velly ne fait point remonter
l'origine des fiefs , ftrictement dit , jufqu'aux
premiers fiécles de la monarchie :
il convient avec l'illuftre auteur du nouvel
AVRIL. 1755. 119
abrégé chronologique de notre hiftoire
que ce n'eft que fous le foible regne de
Charles le Simple qu'on les voit tels qu'ils
font aujourd'hui. Charles le Chauve les
avoit , pour ainfi dire , préparés par le fameux
capitulaire (a ) qui ordonne que
fi après la mort quelqu'un de fes fideles
veut renoncerau monde , il pourra
laiffer tous fes emplois à fon fils , ou à ce
lui de fes parens qu'il voudra choisir pour
fon fucceffeurs ce qui étoit établir une.
efpece d'hérédité dans les offices , & les
rendre en quelque forte propres & patri
moniaux. sidst 201 160 2000
Mais en même tems qu'il abandonne ce
point , qui demanderoit pour être éclairci
plus de tems & plus de connoiffances , il fe
croit sautorifé à foutenir qu'il y avoit fous
la premiere race des efpeces de poffeffions
qui tenoient beaucoup de la nature féodale
, quelque nom qu'on veuille leur don
ner , terres , feigneuries , bénéfices ou fiefs.
Pafquier ( b) les appelle Bénéfices , & cite
pour exemple Clovis , qui inveftit le Com
te Auréliens de la feigneurie de Melun.
Loifeau ( a ) ne craint point de les nommer
( a ) Capitul . 10. apud Duch . tom. 2. p. 463 .
( b ) Recherch. de la France , tom. 1. c. liv. 2
16. p. 130.
(c) Loyf. des Offices feod. ch. z . p. 99.
120 MERCURE DE FRANCE:
»
fiefs , & les fait auffi anciens que la monarchie
: voici fes propres termes. » Ce
peuple victorieux ( les Francs ) partagea
& diftribua les terres de fa conquête ; il
» les attribua à titre & condition de fief à
» fes Capitaines , tant pour récompenfe de
leur mérite , que pour tenir deformais
» lieu de gages à leur office , attendu que
» ces Capitaines étoient leurs uniques Ma-
» giftrats. Ceux- ci , ajoute- t-il , baillerent
»à leurs foldats certaines terres à même
»titre de fief , c'est- à- dire , à la charge de
» les affifter toujours en guerre ; & ces fe-
"conds fiefs finiffoient du commencement,
» ainfi que les premiers , par la mort du
» vaffal . Mais comme toutes chofes ten-
» dent & s'établiſſent enfin à la propriété
» à fucceffion de tems on vint à confidé-
» rer que c'étoit une cruauté d'ôter le fief
» aux enfans d'un pauvre foldat bien méri
» té , qui ne leur avoit laiffé aucun autre
»bien , & partant on s'accoutuma à les re
و د
bailler par pitié à l'un defdits enfans ,
» tel qu'il plaifoit au feigneur d'en grati-
» fier . Puis ce fut un droit commun que
les enfans mâles fuccéderoient tous en-
» femble au fief du pere. Mais les filles &
» les collatéraux n'y fuccédoient point ...
» Nous avons à la fin admis indiftincte-
» ment les fucceffions collatérales des fiefs,
même
AVRIL. 1755. 121
>
même au profit des filles en défaut
» toutefois de mâle en pareil dégré il
» nous eft cependant refté quelque chofe
» de notre ancienne rigueur , à fçavoir
qu'à toutes mutations de fiefs , il eft dit
» ouvert & fans homme , c'est - à- dire va-
» cant au refpect du Seigneur , lequel ſe
»peut remettre dans icelui & en jouir com-
» me réuni à fon domaine , jufqu'à ce qu'il
» ſe préſente un fucceffeur qui vienne le
» couvrir & relever , & fe déclarer hom-
» me & vaffal du Seigneur ; & quand il
» tombe en fucceffion collatérale , ou en
❤aliénation , quelle qu'elle foit , il le faut
racheter du Seigneur par certains droits
» qu'on lui paye.
Ce paffage un peu long , mais effentiel.
à la juftification du fyftême attaqué , n'eſt
rien autre chofe qu'une paraphrafe du premier
titre des fiefs : Antiquiffimo tempore poterat
Dominus auferre rem infeudum datam :
deinde obfervatum eft , ut ad vitam fidelis
produceretur produceretur. Il en réfulte deux chofes ,
la premiere qu'il n'eft point de l'effence du
fief d'être héréditaire & patrimonial , mais
d'être tenu fous certaine redevance ; la feconde
, que l'Abbé Velly en tirant l'origine
de la Régale de la nature du droit
féodal , lui donne la même antiquité qu'à
la Monarchie : antiquiffimo tempore. Nous
F
122 MERCURE DE FRANCE.
avons d'ailleurs plufieurs monumens qui
prouvent que même avant le regne de
Charles le Simple , les Evêques ( fans dou
te ceux qui étoient foumis à la Régale )
fe reconnoiffoient hommes , tenanciers ,
feudataires , ou bénéficiers du Prince. On
lit dans un poëme manufcrit de Philippe
Mouskes , intitulé : Hiftoire des François ,
& cité par Ducange ( d )',
Et caskuns Veſques premerains ( e ) ,
Dou Roi de France , joint ſes mains
Prent fon Régale por droiture ,
Et fes hom eft de teneure,
On remarquera
que l'historien
poete
parle de la coutume obfervée fous Chilpéric.
Nous voyons encore quelque choſe de
plus marqué dans une formule de ferment
prêté fous Charles le Chauve
(f) » Moi
" Hincmar
, Evêque de Laon , promets
d'être à jamais fidele & obéillant
, felon
le devoir de mon miniftere
, à Charles ,
» mon maître & mon Seigneur
, comme
» un homme doit l'être à fon Seigneur , &
( d ) Au mot Regalia.
(e ) C'est -à-dire premiers , principaux , fans
doute par
les fiefs qu'ils tenoient de la Couronne. On difoit autrefois Prematie au lieu de Primatię,
(ƒ) Continúat. Aimoin . 1. 5 : c. 21 .
AVRIL 1755. 123
un Evêque à fon Roi » . Ici l'homme &
l'Evêque font diftingués , de même que
le fuzerain & le Souverain : Sicut homo fue
feniori , & Epifcopus fuo Regi.
On objecte que les fiefs font de tous les
pays , & que les feuls Rois de France ont
droit de Régale ; mais l'objection tombe
d'elle-même , s'il eft vrai que les autres
Souverains en ont joui anciennement. On
lit dans Orderic Vital ( g ) , » qu'à la mort
» des Prélats & des Archimandrites , les
» Satellites du Roi d'Angleterre s'empa-
>> roient des terres de leur Eglife , qu'ils
» réuniffoient au domaine pour trois ans ,
quelquefois plus d'où il arrivoit que
» le troupeau , deftitué de Paſteur , étoit
expofé à la morfure des loups » . Qu'on
life l'hiftoire des divifions du facerdoce
& de l'Empire ( b ) , on y verra ces juftes
plaintes mille fois répétées. Les Empereurs
& les Rois d'Angleterre avoient donc anciennement
droit de mettre en leur main
le temporel des Prélatures vacantes par
mort : ce qui n'eft autre chofe que le droit
de Régale. Pourquoi ne l'ont-ils plus ? &
comment ont- ils laiffé perdre une fi glorieufe
prérogative ? c'eft ce qui n'eft point
de notre fujer. La gloire de nos Rois eft
( g ) Liv. 10. p. 763.
(h) Arnold. Lubec. 1. 3. c. 16..!
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
d'avoir eu en même tems , & affez de fermeté
pour fe maintenir dans la poffeffion
d'un privilege né & établi avec la Monarchie
, & affez de religion pour n'en point
abufer.
Mais , dira t- on , M. Audoul , célébré
Avocat , dans fon traité de la Régale , tire
l'origine de cette noble prérogative , du
canon VII du premier concile d'Orléans
& M. Ifali , autre oracle du barreau ,
dans l'approbation qu'il a donnée à cet
ouvrage , affure que ce fyftême eft prouvé
par des faits fi certains , qu'il n'eft pas
poffible d'y refifter. L'Abbé Velly honore
affurément ces deux grandes lumieres :
mais il les admire encore plus , & confeſſe
ingénument qu'il n'a pas d'affez bons
yeux pour voir ce qu'ils ont vû. Il tient
actuellement en main le Concile d'Or
léans , il lit le feptiéme canon ( b ) , & n'y
apperçoit qu'une défenfe aux Abbés , aux
Prêtres , aux Clercs , & aux Religieux
d'aller en Cour , fans la permiffion & la
recommendation de l'Evêque , pour obrenir
des bénéfices. Abbatibus , Prefbiteris ,
omnique Clero , vel in religionis profeffione
viventibus , fine difcuffione vel commendatione
Epifcoporum , pro pretendis Beneficiis ¿
(h ) Concil. tom. 4. p. 1406,
AVRIL. · 17.55. 125
ad domnos venire non liceat. Quodfi quifquam
prafumpferit , tam diu fui honore &
communione privetur , donec per pænitentiam
plenam ejus fatisfactionem facerdos accipiat.
Il recommence donc une lecture
déja refléchie de tout le Concile , & trouve
enfin dans de cinquième canon ces mots
qu'on prétend facramentaux , quidquid in
fructibus. Voici comme ce decret eft conçu :
( i ) De oblationibus vel agris quos domnus
Rex Ecclefiis fuo munere conferre dignatus
eft , vel adhuc , non habentibus , Deo infpirante
, contulerit , ipforum agrorum vel Ecclefiarum
immunitate conceffa , id effe juftif
fimum definimus , ut in reparationibus Ecclefiarum
alimoniis facerdotum & pauperum
, vel redemptionibus captivorum , quidquid
Deus in fructibus dare dignatusfuerit ,
expendatur , & Clerici in adjutorium Ecclefiaftici
operis conftringantur. Quod fi aliquis
facerdotum ad hanc curam minus follicius
ac devotus extiterit , publicè à comprovincialibus
Epifcopis confundatur. Quod fi nec tali
confufione correxerit , donec emendet errorem,
communione fratrum habeatur indignus . Il
faut avouer que c'eft
peu communes
que avoir des lumieres
de trouver les vrais
principes de la Régale dans ce ftatut plus
( i ) Ibid. Can. V. p. 1405 , 1406.
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
}
religieux qué politique. M. Fleury & tous
les hiftoriens eccléfiaftiques n'y découvrent
qu'une fage attention de l'Eglife à prévemir
fes miniftres , que les biens qu'ils tiennent
de la libéralité de nos Rois ne leur
ont point été donnés pour en faire l'ufage
qu'il leur plairoit ; mais qu'ils doivent employer
tout ce que Dieu leur donne audelà
du néceffaire , à la reparation des
Eglifes , à l'entretien des Prêtres & des
pauvres , ou enfin au rachat des captifs.
L'Abbé Velly pourroit même en tirer une
induction favorable à fon fyftême . Les
conceffions de nos Rois en faveur du Clergé
étoient donc , ou conditionnelles , ou
pures & fimples , c'eft- à - dire , ou affujet
ties à certaines redevances , ou affranchies
de toure fervitude : de là cette diftinction
des Eglifes qui vaquoient ou ne vaquoient
point en Régale.
On répond que les Gens du Roi , M.
Molé & M. Bignon , dans leur avis donné
en 1633 & en 1638 , difent qu'il doit être
tenu pour conftant , que la Régale eft univerfelle
, & a lieu dans toutes les Eglifes
du Royaume , comme étant un droit non
feulement inhérent à la perfonne facrée
de nos Rois , mais auffi uni & incorporé
à la Couronne , né & établi avec elle.
L'Abbé Velly fent toute l'importance de
AVRIL 1755 127
cette objection , & combien il eft délicat
d'avoir à fe défendre contre des autorités
toujours refpectables , & quelquefois terribles.
Auffi n'entreprendra- t- il pas d'y répondre
: c'eft Pafquier ( k ) qui plaidera fa
caufe , & parlera pour lui. Tous les
Archevêchés & Evêchés de France , dit
» ce célébre Jurifconfulte , ne font eftimés
" tomber en Régale , vacation d'iceux avenant
: ores que quelques- uns eftiment le
» contraire, Opinion de prime face plaufible
pour favorifer les droits du Roi ;
mais erronée , bien qu'elle ne foit deſtituée
de bons parrains. Car Maitre Jean
» le Bouteiller en fa fomme rurale , l'efti-
»ma ainfi & de notre tems , M. de Pibrac
, Avocat du Roi au Parlement , la
voulut faire paffer par Edict , mais il en
fur dedict . Il ne faut rien ôter à l'Eglife
pour le donner par une nouveauté à nos
» Rois , ni leur ôter pour le donner à l'Eglife.
Or que toutes les Eglifes Cathédrales
ne tombent en Régale , nous avons
plufieurs Ordonnances qui le nous enfeignent.
Celle de Philippe le Bel , en
" 1302 , porte entr'autres articles ( 4 ).
» Item , quantum ad Regalias quas nos 5
(k ) Recherch. de la France , tom . 1. 1. 3. chap.
37. p. 303 .
(1 ) Apud de Lauriere , tom. 1. Ordinat. p. 359.
Fiv
18 MERCURE DE FRANCE.
» prædeceffores noftri , confuervimus percipere
in aliquibus Ecclefiis Regni noftri ,
quando eas vacare contigit : & Louis XII
dit expreffément dans fon édit de l'an
» 1499 , nous défendons à tous nos Officiers
»qu'ès Archevêchés , Abbayes , & autres bénéfices
de notre Royaume , efquels n'avons
droit de Régale , ils ne fe mettent dedans ni
» ès fortes places , finon ès bénéfices & fortes
» places qui feroient affifes ès pays
limitrophes
de notre Royaume. Bref, qui foutient
le contraire eft plutôt un flateur de Cour ,
qu'un Jurifconfulte François. sy b
+
P
On peut encore confulter les actes du
fecond Concile général de Lyon , qui autorife
la Régale dans les Eglifes où elle
étoit établie par la fondation ou par quelque
coutume ancienne ( m ) , mais qui dé,
fend de l'introduire dans celles où elle n'étoit
pas reçue. Quant aux Eglifes qui vaquoient,
ou ne vaquoient point en Régale ,
on en trouvera la lifte dans le Traité de
l'ufage des fiefs ( n ) , par M. Bruffel. Au
refte , le fentiment de M. le Préfident Hénaut
fur l'univerfalité de cette prérogative
unique de nos Rois , eft appuyée far de
grandes autorités , & pour me fervir des
termes de Pafquier , a de très bons parreins.
( m ) Tom. XI. Concil. Confid. 13. de Elect.
( a ) Tom. I. pag. 292 & 293.·
AVRIL. 1755 129
,
Le celebre auteur du nouvel abrégé chronologique
de notre hiftoire , mérite affurément
une place diftinguée parmi les plus
illuftres , tels que les Pibracs , les Molés :
les Bignons , noms confacrés à l'immortalité.
Voilà , Monfieur , fur quels fondemens
fai bâti mon fyftême de l'origine de la
Régale , & en même tems une partie des
faifons qui peuvent fervir à ma juſtification
. J'ai cru devoir vous les expofer , pour
répondre à la bienveillance dont vous
m'honorez je les foumers à vos lumieres ,
toujours prêt à rendre au plus judicieux &
au plus élégant de nos hiftoriens , l'hom
mage qu'un difciple doit à fon maître. Ik
ne me refte qu'à vous faire d'humbles re
mercimens de m'avoir procuré l'occafion
de faire paroître les fentimens , & c.
*
Medspaſt nad ubqkeretek VELLY.
A M. LE P. H.
e
E fuffrage d'un homme comme vous ,
Monfieur , & quelque chofe de fi féduifant
, qu'à da lecture de la lettre dont
vous m'honorez , j'ai prefque été tenté de
me croire un perfonnage . Mais je me connois
, & cette connoiffance ne m'a laiffé
appercevoir dans vos politeffes qu'un excès
de bonté qui veut encourager un novice
, plus recommendable par fa bonne
volonté que par fes talens. Vous me permettez
de vous faire quelques nouvelles
obfervations fur le point qui nous divife :
j'ufe de la permiffion , moins cependant
pour difputer que pour chercher le vrai ,
qui feul doit être notre guide . C'eſt unt
écolier qui confulte fon maître ; & quel
maître ? Un nouveau Sallufte , mais plus
clair dans fa briéveté fententieufe , un au- -
tre Velleius Paterculus plus inftructif &
auffi délicat dans fes portraits , le digne
éleve enfin du goût , & le favori des graces.
L'Abbé Velly ne fait point remonter
l'origine des fiefs , ftrictement dit , jufqu'aux
premiers fiécles de la monarchie :
il convient avec l'illuftre auteur du nouvel
AVRIL. 1755. 119
abrégé chronologique de notre hiftoire
que ce n'eft que fous le foible regne de
Charles le Simple qu'on les voit tels qu'ils
font aujourd'hui. Charles le Chauve les
avoit , pour ainfi dire , préparés par le fameux
capitulaire (a ) qui ordonne que
fi après la mort quelqu'un de fes fideles
veut renoncerau monde , il pourra
laiffer tous fes emplois à fon fils , ou à ce
lui de fes parens qu'il voudra choisir pour
fon fucceffeurs ce qui étoit établir une.
efpece d'hérédité dans les offices , & les
rendre en quelque forte propres & patri
moniaux. sidst 201 160 2000
Mais en même tems qu'il abandonne ce
point , qui demanderoit pour être éclairci
plus de tems & plus de connoiffances , il fe
croit sautorifé à foutenir qu'il y avoit fous
la premiere race des efpeces de poffeffions
qui tenoient beaucoup de la nature féodale
, quelque nom qu'on veuille leur don
ner , terres , feigneuries , bénéfices ou fiefs.
Pafquier ( b) les appelle Bénéfices , & cite
pour exemple Clovis , qui inveftit le Com
te Auréliens de la feigneurie de Melun.
Loifeau ( a ) ne craint point de les nommer
( a ) Capitul . 10. apud Duch . tom. 2. p. 463 .
( b ) Recherch. de la France , tom. 1. c. liv. 2
16. p. 130.
(c) Loyf. des Offices feod. ch. z . p. 99.
120 MERCURE DE FRANCE:
»
fiefs , & les fait auffi anciens que la monarchie
: voici fes propres termes. » Ce
peuple victorieux ( les Francs ) partagea
& diftribua les terres de fa conquête ; il
» les attribua à titre & condition de fief à
» fes Capitaines , tant pour récompenfe de
leur mérite , que pour tenir deformais
» lieu de gages à leur office , attendu que
» ces Capitaines étoient leurs uniques Ma-
» giftrats. Ceux- ci , ajoute- t-il , baillerent
»à leurs foldats certaines terres à même
»titre de fief , c'est- à- dire , à la charge de
» les affifter toujours en guerre ; & ces fe-
"conds fiefs finiffoient du commencement,
» ainfi que les premiers , par la mort du
» vaffal . Mais comme toutes chofes ten-
» dent & s'établiſſent enfin à la propriété
» à fucceffion de tems on vint à confidé-
» rer que c'étoit une cruauté d'ôter le fief
» aux enfans d'un pauvre foldat bien méri
» té , qui ne leur avoit laiffé aucun autre
»bien , & partant on s'accoutuma à les re
و د
bailler par pitié à l'un defdits enfans ,
» tel qu'il plaifoit au feigneur d'en grati-
» fier . Puis ce fut un droit commun que
les enfans mâles fuccéderoient tous en-
» femble au fief du pere. Mais les filles &
» les collatéraux n'y fuccédoient point ...
» Nous avons à la fin admis indiftincte-
» ment les fucceffions collatérales des fiefs,
même
AVRIL. 1755. 121
>
même au profit des filles en défaut
» toutefois de mâle en pareil dégré il
» nous eft cependant refté quelque chofe
» de notre ancienne rigueur , à fçavoir
qu'à toutes mutations de fiefs , il eft dit
» ouvert & fans homme , c'est - à- dire va-
» cant au refpect du Seigneur , lequel ſe
»peut remettre dans icelui & en jouir com-
» me réuni à fon domaine , jufqu'à ce qu'il
» ſe préſente un fucceffeur qui vienne le
» couvrir & relever , & fe déclarer hom-
» me & vaffal du Seigneur ; & quand il
» tombe en fucceffion collatérale , ou en
❤aliénation , quelle qu'elle foit , il le faut
racheter du Seigneur par certains droits
» qu'on lui paye.
Ce paffage un peu long , mais effentiel.
à la juftification du fyftême attaqué , n'eſt
rien autre chofe qu'une paraphrafe du premier
titre des fiefs : Antiquiffimo tempore poterat
Dominus auferre rem infeudum datam :
deinde obfervatum eft , ut ad vitam fidelis
produceretur produceretur. Il en réfulte deux chofes ,
la premiere qu'il n'eft point de l'effence du
fief d'être héréditaire & patrimonial , mais
d'être tenu fous certaine redevance ; la feconde
, que l'Abbé Velly en tirant l'origine
de la Régale de la nature du droit
féodal , lui donne la même antiquité qu'à
la Monarchie : antiquiffimo tempore. Nous
F
122 MERCURE DE FRANCE.
avons d'ailleurs plufieurs monumens qui
prouvent que même avant le regne de
Charles le Simple , les Evêques ( fans dou
te ceux qui étoient foumis à la Régale )
fe reconnoiffoient hommes , tenanciers ,
feudataires , ou bénéficiers du Prince. On
lit dans un poëme manufcrit de Philippe
Mouskes , intitulé : Hiftoire des François ,
& cité par Ducange ( d )',
Et caskuns Veſques premerains ( e ) ,
Dou Roi de France , joint ſes mains
Prent fon Régale por droiture ,
Et fes hom eft de teneure,
On remarquera
que l'historien
poete
parle de la coutume obfervée fous Chilpéric.
Nous voyons encore quelque choſe de
plus marqué dans une formule de ferment
prêté fous Charles le Chauve
(f) » Moi
" Hincmar
, Evêque de Laon , promets
d'être à jamais fidele & obéillant
, felon
le devoir de mon miniftere
, à Charles ,
» mon maître & mon Seigneur
, comme
» un homme doit l'être à fon Seigneur , &
( d ) Au mot Regalia.
(e ) C'est -à-dire premiers , principaux , fans
doute par
les fiefs qu'ils tenoient de la Couronne. On difoit autrefois Prematie au lieu de Primatię,
(ƒ) Continúat. Aimoin . 1. 5 : c. 21 .
AVRIL 1755. 123
un Evêque à fon Roi » . Ici l'homme &
l'Evêque font diftingués , de même que
le fuzerain & le Souverain : Sicut homo fue
feniori , & Epifcopus fuo Regi.
On objecte que les fiefs font de tous les
pays , & que les feuls Rois de France ont
droit de Régale ; mais l'objection tombe
d'elle-même , s'il eft vrai que les autres
Souverains en ont joui anciennement. On
lit dans Orderic Vital ( g ) , » qu'à la mort
» des Prélats & des Archimandrites , les
» Satellites du Roi d'Angleterre s'empa-
>> roient des terres de leur Eglife , qu'ils
» réuniffoient au domaine pour trois ans ,
quelquefois plus d'où il arrivoit que
» le troupeau , deftitué de Paſteur , étoit
expofé à la morfure des loups » . Qu'on
life l'hiftoire des divifions du facerdoce
& de l'Empire ( b ) , on y verra ces juftes
plaintes mille fois répétées. Les Empereurs
& les Rois d'Angleterre avoient donc anciennement
droit de mettre en leur main
le temporel des Prélatures vacantes par
mort : ce qui n'eft autre chofe que le droit
de Régale. Pourquoi ne l'ont-ils plus ? &
comment ont- ils laiffé perdre une fi glorieufe
prérogative ? c'eft ce qui n'eft point
de notre fujer. La gloire de nos Rois eft
( g ) Liv. 10. p. 763.
(h) Arnold. Lubec. 1. 3. c. 16..!
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
d'avoir eu en même tems , & affez de fermeté
pour fe maintenir dans la poffeffion
d'un privilege né & établi avec la Monarchie
, & affez de religion pour n'en point
abufer.
Mais , dira t- on , M. Audoul , célébré
Avocat , dans fon traité de la Régale , tire
l'origine de cette noble prérogative , du
canon VII du premier concile d'Orléans
& M. Ifali , autre oracle du barreau ,
dans l'approbation qu'il a donnée à cet
ouvrage , affure que ce fyftême eft prouvé
par des faits fi certains , qu'il n'eft pas
poffible d'y refifter. L'Abbé Velly honore
affurément ces deux grandes lumieres :
mais il les admire encore plus , & confeſſe
ingénument qu'il n'a pas d'affez bons
yeux pour voir ce qu'ils ont vû. Il tient
actuellement en main le Concile d'Or
léans , il lit le feptiéme canon ( b ) , & n'y
apperçoit qu'une défenfe aux Abbés , aux
Prêtres , aux Clercs , & aux Religieux
d'aller en Cour , fans la permiffion & la
recommendation de l'Evêque , pour obrenir
des bénéfices. Abbatibus , Prefbiteris ,
omnique Clero , vel in religionis profeffione
viventibus , fine difcuffione vel commendatione
Epifcoporum , pro pretendis Beneficiis ¿
(h ) Concil. tom. 4. p. 1406,
AVRIL. · 17.55. 125
ad domnos venire non liceat. Quodfi quifquam
prafumpferit , tam diu fui honore &
communione privetur , donec per pænitentiam
plenam ejus fatisfactionem facerdos accipiat.
Il recommence donc une lecture
déja refléchie de tout le Concile , & trouve
enfin dans de cinquième canon ces mots
qu'on prétend facramentaux , quidquid in
fructibus. Voici comme ce decret eft conçu :
( i ) De oblationibus vel agris quos domnus
Rex Ecclefiis fuo munere conferre dignatus
eft , vel adhuc , non habentibus , Deo infpirante
, contulerit , ipforum agrorum vel Ecclefiarum
immunitate conceffa , id effe juftif
fimum definimus , ut in reparationibus Ecclefiarum
alimoniis facerdotum & pauperum
, vel redemptionibus captivorum , quidquid
Deus in fructibus dare dignatusfuerit ,
expendatur , & Clerici in adjutorium Ecclefiaftici
operis conftringantur. Quod fi aliquis
facerdotum ad hanc curam minus follicius
ac devotus extiterit , publicè à comprovincialibus
Epifcopis confundatur. Quod fi nec tali
confufione correxerit , donec emendet errorem,
communione fratrum habeatur indignus . Il
faut avouer que c'eft
peu communes
que avoir des lumieres
de trouver les vrais
principes de la Régale dans ce ftatut plus
( i ) Ibid. Can. V. p. 1405 , 1406.
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
}
religieux qué politique. M. Fleury & tous
les hiftoriens eccléfiaftiques n'y découvrent
qu'une fage attention de l'Eglife à prévemir
fes miniftres , que les biens qu'ils tiennent
de la libéralité de nos Rois ne leur
ont point été donnés pour en faire l'ufage
qu'il leur plairoit ; mais qu'ils doivent employer
tout ce que Dieu leur donne audelà
du néceffaire , à la reparation des
Eglifes , à l'entretien des Prêtres & des
pauvres , ou enfin au rachat des captifs.
L'Abbé Velly pourroit même en tirer une
induction favorable à fon fyftême . Les
conceffions de nos Rois en faveur du Clergé
étoient donc , ou conditionnelles , ou
pures & fimples , c'eft- à - dire , ou affujet
ties à certaines redevances , ou affranchies
de toure fervitude : de là cette diftinction
des Eglifes qui vaquoient ou ne vaquoient
point en Régale.
On répond que les Gens du Roi , M.
Molé & M. Bignon , dans leur avis donné
en 1633 & en 1638 , difent qu'il doit être
tenu pour conftant , que la Régale eft univerfelle
, & a lieu dans toutes les Eglifes
du Royaume , comme étant un droit non
feulement inhérent à la perfonne facrée
de nos Rois , mais auffi uni & incorporé
à la Couronne , né & établi avec elle.
L'Abbé Velly fent toute l'importance de
AVRIL 1755 127
cette objection , & combien il eft délicat
d'avoir à fe défendre contre des autorités
toujours refpectables , & quelquefois terribles.
Auffi n'entreprendra- t- il pas d'y répondre
: c'eft Pafquier ( k ) qui plaidera fa
caufe , & parlera pour lui. Tous les
Archevêchés & Evêchés de France , dit
» ce célébre Jurifconfulte , ne font eftimés
" tomber en Régale , vacation d'iceux avenant
: ores que quelques- uns eftiment le
» contraire, Opinion de prime face plaufible
pour favorifer les droits du Roi ;
mais erronée , bien qu'elle ne foit deſtituée
de bons parrains. Car Maitre Jean
» le Bouteiller en fa fomme rurale , l'efti-
»ma ainfi & de notre tems , M. de Pibrac
, Avocat du Roi au Parlement , la
voulut faire paffer par Edict , mais il en
fur dedict . Il ne faut rien ôter à l'Eglife
pour le donner par une nouveauté à nos
» Rois , ni leur ôter pour le donner à l'Eglife.
Or que toutes les Eglifes Cathédrales
ne tombent en Régale , nous avons
plufieurs Ordonnances qui le nous enfeignent.
Celle de Philippe le Bel , en
" 1302 , porte entr'autres articles ( 4 ).
» Item , quantum ad Regalias quas nos 5
(k ) Recherch. de la France , tom . 1. 1. 3. chap.
37. p. 303 .
(1 ) Apud de Lauriere , tom. 1. Ordinat. p. 359.
Fiv
18 MERCURE DE FRANCE.
» prædeceffores noftri , confuervimus percipere
in aliquibus Ecclefiis Regni noftri ,
quando eas vacare contigit : & Louis XII
dit expreffément dans fon édit de l'an
» 1499 , nous défendons à tous nos Officiers
»qu'ès Archevêchés , Abbayes , & autres bénéfices
de notre Royaume , efquels n'avons
droit de Régale , ils ne fe mettent dedans ni
» ès fortes places , finon ès bénéfices & fortes
» places qui feroient affifes ès pays
limitrophes
de notre Royaume. Bref, qui foutient
le contraire eft plutôt un flateur de Cour ,
qu'un Jurifconfulte François. sy b
+
P
On peut encore confulter les actes du
fecond Concile général de Lyon , qui autorife
la Régale dans les Eglifes où elle
étoit établie par la fondation ou par quelque
coutume ancienne ( m ) , mais qui dé,
fend de l'introduire dans celles où elle n'étoit
pas reçue. Quant aux Eglifes qui vaquoient,
ou ne vaquoient point en Régale ,
on en trouvera la lifte dans le Traité de
l'ufage des fiefs ( n ) , par M. Bruffel. Au
refte , le fentiment de M. le Préfident Hénaut
fur l'univerfalité de cette prérogative
unique de nos Rois , eft appuyée far de
grandes autorités , & pour me fervir des
termes de Pafquier , a de très bons parreins.
( m ) Tom. XI. Concil. Confid. 13. de Elect.
( a ) Tom. I. pag. 292 & 293.·
AVRIL. 1755 129
,
Le celebre auteur du nouvel abrégé chronologique
de notre hiftoire , mérite affurément
une place diftinguée parmi les plus
illuftres , tels que les Pibracs , les Molés :
les Bignons , noms confacrés à l'immortalité.
Voilà , Monfieur , fur quels fondemens
fai bâti mon fyftême de l'origine de la
Régale , & en même tems une partie des
faifons qui peuvent fervir à ma juſtification
. J'ai cru devoir vous les expofer , pour
répondre à la bienveillance dont vous
m'honorez je les foumers à vos lumieres ,
toujours prêt à rendre au plus judicieux &
au plus élégant de nos hiftoriens , l'hom
mage qu'un difciple doit à fon maître. Ik
ne me refte qu'à vous faire d'humbles re
mercimens de m'avoir procuré l'occafion
de faire paroître les fentimens , & c.
*
Medspaſt nad ubqkeretek VELLY.
Fermer
Résumé : REPONSE DE M. L'ABBÉ V. A M. LE P. H.
L'abbé V. répond à une lettre de M. le P. H., reconnaissant sa bonté mais affirmant être un novice. Il accepte de discuter du point qui les divise pour chercher la vérité et loue M. le P. H. en le comparant à des historiens célèbres comme Salluste et Velleius Paterculus. L'abbé V. aborde l'origine des fiefs, affirmant qu'ils n'apparaissent pas aux premiers siècles de la monarchie mais sous le règne de Charles le Simple. Charles le Chauve avait préparé leur établissement par un capitulaire permettant l'hérédité des offices. Cependant, il reconnaît l'existence de possessions féodales sous la première race, appelées bénéfices par Pasquier et fiefs par Loiseleur. Les Francs distribuaient les terres à titre de fief à leurs capitaines et soldats, avec la charge de les assister en guerre. Ces fiefs finissaient à la mort du vassal, mais sont devenus héréditaires par pitié pour les enfants des soldats méritants. Les successions collatérales et les filles ont été admises plus tard, mais certaines rigueurs anciennes subsistent, comme le droit du seigneur de récupérer le fief en l'absence d'héritier. L'abbé V. conclut que le fief n'est pas héréditaire par essence mais tenu sous redevance. Il cite des exemples historiques et des textes pour appuyer ses arguments, notamment des poèmes et des formules de serment d'évêques sous les rois francs. Le texte traite également de la coutume de la régale, une pratique ancienne qui ne doit pas être introduite dans les régions où elle n'était pas déjà établie. La liste des églises concernées par cette coutume peut être trouvée dans le traité de l'usage des fiefs par M. Bruffel. Le sentiment du Président Hénaut sur l'universalité de cette prérogative royale est soutenu par de grandes autorités, et les termes de Pasquier confirment cette opinion. En avril 1755, l'auteur rend hommage à un célèbre historien, auteur d'un abrégé chronologique de l'histoire de France, le plaçant parmi les illustres noms comme Pibrac, Molé et Bignon. L'auteur expose les fondements de son système sur l'origine de la régale et les raisons qui peuvent justifier sa position, exprimant sa gratitude pour la bienveillance et les lumières de son interlocuteur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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160
p. 201-213
NAISSANCE, MARIAGES, & Morts.
Début :
Le 21 Mars, Angélique-Louise de la Rochefoucauld, épouse de Jean-Alexandre-Romée [...]
Mots clefs :
Comte, Seigneur, Mariages, Général, Capitaine, Duc, Marquis, Alliances, Mort, Naissance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NAISSANCE, MARIAGES, & Morts.
NAISSANCE , MARIAGES
& Morts.
E 21 Mars , Angélique- Louife de la Rochefoncauld
, époufe de Jean- Alexandre- Romée de
Villeneuve , Vicomte de Vence , Colonel en fecond
& commandant le Régiment Royal- Corfe ,
eft accouchée à Aix d'un fils qui a été nommé
Jules-Alexandre Romée.
202 MERCURE DE FRANCE..
Le 11 de Janvier fut célebré le mariage de
Louis-Léon-Félicité , Comte de Lauraguais , fils
de Louis de Brancas , Duc de Lauraguais , & d'Elifabeth-
Pauline d'Itanguien.
La cérémonie fut faite dans la Chapelle de
l'Hôtel de Biron , par M. le Cardinal de la Rochefoucauld.
La maifon de Brancas eft affez connue par fon
ancienneté , fon illuftration & fes grandes alliances
,fans qu'il foit néceffaire ici d'en faire l'éloge.
Son hiſtoire a été imprimée par beaucoup d'Auteurs
, elle fe trouve dans celle des grands Officiers
de la Couronne , article du Duché- Pairie de
Villars , t . V. p. 277. On y voit que cette Maiſon
eft originaire de Naples , où elle a poffedé les
premieres Charges de cette Couronne , & que le
premier qui s'établit en Provence y vint avec deux
Cardinaux c'étoit Bufille de Brancas , Comte
d'Agnano , au Royaume de Naples , & Seigneur
d'Oife & de Vilofe , aux Diocèfes de Digne , & de
Sifteron , Maréchal de la Cour Romaine , vers la
fin du quatorzieme fiecle .
Le 1 Février , Louis d'Etampes , Marquis
d'Etampes , fils de Louis Roger , Marquis d'Etampes
, & de Marguerite Lidie de Becdelievres de
Cany, époufa Adélaïde- Godefroi-Julie de Fouilleufe
de Flavacourt , fille de François - Marie de
Fouilleufe , Marquis de Flavacourt , Maréchal des
Camps & armées du Roi , & Lieutenant de Roi de
Normandie , & de Hortenfe-Félicité de Mailly de
Nefle.
La maifon d'Etampes , illuftre par les premieres
dignités de l'Eglife & de l'Etat , à eu des alliances
avec les maifons de Montmorenci , de Beauvilliers
, de Gouffier , de Regnier , de Guerchy , de
la Châtre , de Brulart de Sillery , de Choifeul , de
, י
MAI. 1755- 203
Becdelievres , de Béthune , d'Ailly , de Fiennes ,
de Monchy, de Chavagnac , de Rochechouart , &
autres.
Cette maifon a formé quatre branches : la
branche de la Ferté- Imbault , celle de la Mottelez-
Ennordre , de Valençay , & celle d'Autry.
La branche de la Motte- lez-Ennordre defcend
de Jean d'Etampes , Seigneur de la Ferté- Imbault ,
lequel de fon mariage avec Blanche d'Ailly , fille
de Waleran d'Ailly , de la branche de Sains , Seigneur
de Marigny , Bailli de Senlis , & de Jacqueline
de Rouvroy-Saint- Simon, eut plufieurs enfans,
entr'autres Louis d'Etampes , Seigneur de la Ferté-
Imbault , qui a continué la branche aînée , & qui
eft le fixieme ayeul du Marquis d'Etampes qui
donne lieu à cet article , & François d'Etampes
auteur de la branche de la Motte- lez- Ennordre.
La branche de Valençay & celle d'Autry
defcendent de Robert III . d'Etampes , Seigneur
de Sallebris , d'Ardreloup & de Tillay , Maréchal
& Sénéchal du Bourbonnois , lequel eut trois garçons
de fon mariage avec Louife Levraud , fçavoir
Jean d'Etampes , Seigneur de la Ferté-Imbault
dont on a parlé plus haut ; Louis d'Etampes , Seigneur
de Valençay , & Robert d'Etampes , Seigneur
d'Autry. Voyez les Tablettes hiftoriques ,
généalogiques & chronologiques , quat. Partie ,
P. 395. & Gr. Off. tome 7. p . 543 .
La maifon de Fouilleufe de Flavacourt , une des
plus anciennes du Vexin François , a pris alliance
dans le 13 fiecle avec la maiſon de Crevecoeur ,
& depuis avec celle de Gaucourt , de Boves , du
Bec- Crefpin , de Dampont , de Suzanne de Cerny,
de Gaudechart , de Ligny , de Rouffé d'Alembon ,
de Rouxel de Médavy , de Mailly , & autres. Voyez
Tab. Généal. 4. part. p. 77.´.
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
Le 10 Mars , Milord Clare , Comte de Tho
mond , Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant
général de fes armées , & Infpecteur général ,
époufa Marie- Genevieve- Louife de Chiffreville ,
fille unique du Marquis de Chiffreville , Lieutenant
général des armées de Sa Majeſté , & premier
Sous-Lieutenant de la feconde Compagnie des
Moufquetaires , & de Dame Marie- Genevieve le
Tonnellier de Charmeaux .
Ce mariage a été fait dans la Chapelle de
l'Hôtel de Machault , par l'Abbé de Breteuil , ancien
Agent général du Clergé.
Le 14 Février 1755 mourut à Paris Marie-
'Anne de Gouffier de Thois , âgée de foixante-huit,
ans fept jours , veuve depuis le 14 Avril 1724 , de
Louis de Bourbon , fecond du nom , Comte de
Buffet & de Châlus , Baron de Piégut , de Vezigneux
, & de Saint - Martin du Puis , &c . qu'elle
avoit épousé par contrat du 31 Décembre 1719.
Elle étoit fille de Thimoléon de Gouffier , Marquis
de Thois , & autres lieux , Gouverneur de
Blois , & d'Henriette de Penancoët de Keroualle ,
veuve de Philippe Herbert , Comte de Pembrock
en Angleterre ; & foeur cadette de Louife-Renée
de Penancoët de Keroualle , Ducheffe de Portsmouth.
Madame la Comteffe de Bourbon- Buffet
laiffe de fon mariage trois enfans , fçavoir ,
2
1. François-Louis Antoine de Bourbon , Comte
de Buffet , dont on va parler.
2. Louife -Claude de Bourbon- Buffet , Religieufe
Bénédictine au Monaftere du Cherche -midi , Fauxbourg
faint Germain , à Paris , où elle a fait profeffion
le 17 Septembre 1740 .
3. Et Henriette- Antoinette de Bourbon-Buffet ,
yeuve fans enfans depuis le 2 Novembre 1752 , de
MA I. 1755. 205
Paul de Grivel de Groffove , Comte d'Auroy , Seigneur
de Groffove , &c. ancien Meftre de camp
du Régiment d'Anjou , Cavalerie , avec lequel
elle avoit été mariée par contrat du 22 Août 1747.
François-Louis-Antoine de Bourbon , Comte
de Buffet & de Châlus , Baron de Vezigneux & de
Saint-Martin du Puis , Seigneur des Creuziers
&c. Meftre de camp du Régiment de Bourbon-
Buffet , Cavalerie , & Chevalier de l'Ordre militaire
de faint Louis , époufa le 23 Avril 1743 ,
Magdeleine- Louife-Jeanne de Clermont - Tonnerre
, fille de Gafpard de Clermont - Tonnerre ,
Maréchal de France , Chevalier des Ordres du Roi,
Gouverneur de Béfort , Marquis de Vauvillars ,
Comte d'Efpinac & de Thoury , & de feue Antoinette
Potier de Novion . De cette alliance font
fortis les enfans qui fuivent .
1. Gafpard- Louis de Bourbon - Buffet , Comte
de Châlus , mort à Paris le 8 Décembre 1751 , âgé
de fix ans & demi.
2.
Louis-François-Jofeph de Bourbon- Buffer ,
aujourd'hui Comte de Châlus , né au Château, de
Buffet en Auvergne , le 1 Juin 1749.
I
3. Artus Charles - Thimoléon de Bourbon-
Buffet , né à Paris le 21 Septembre 1752 .
4. N.... de Bourbon- Buffet , né au Château de
Buffet , le 11 Novembre 1753 , non encore nom
mé..
S. N...de Bourbon-Buffet , née à Buffet , lé 20
Juillet 1746 , auffi non nommée.
6. Marie-Anne-Julie -Louife de Bourbon- Buf
fet , Demoifelle de Châfus , née au Château de Buffet
le 16 Septembre 1747.
7. Et N. de Bourbon- Buffet , morte au Château
de Buffet , le 23 Mars 1751 , fans avoir été nommée,
âgée de deux jours ..
206 MERCURE DE FRANCE.
Voyez ce qui eft dit de la maiſon de Gouffier ;
dans le volume V. p. 605. & fuiv . de l'Hiſtoire des
Grands Officiers de la Couronne ; & le Mercure
du mois de Juin 1754. premiere Partie , à l'occa
fion de la mort de M. le Marquis de Thois , frere
aîné de Madame la Comteffe de Bourbon - Buffet ;
& la quatrieme Partie des Tablettes hiftoriques ,
pages 114 & 115 .
François de Mailly , Comte de Mailly , mourut
le 21 de Février au château de Saint - Leger
près d'Abbeville , âgé de foixante- treize ans ;
il étoit oncle du Comte de Mailly , Lieutenant
général des armées du Roi , & de la province de
Rouffillon , Infpecteur de la Cavalerie , à qui il
a laiffé les terres de fa branche.
La Maiſon de Mailly eft trop connue pour
qu'il foit néceffaire d'entrer ici dans aucun détail
fur l'ancienneté de fon origine , & fur la
grandeur de fes alliances. Il fuffira de rappeller
qu'en 1070 Anfelme de Mailly
doit l'armée de la Comteffe de Flandre , &
gouvernoit fes Etats comme tuteur & le plus
proche parent du Comte fon fils .
* comman-
Colard de Mailly ** fut appellé au gouvernement
du Royaume fous Charles VF , & cette
illuftration a tranfmis dans cette Maifon une
Couronne perfonnelle entremêlée de fleurs de
lys , qu'elle porte depuis ce tems . L'on fçait
auffi que cette Maifon a été revêtue dans tous
* Chronique de Flandre , par Dom de Gherit , 13
91. Hiftoire des Châtelains de Lille , par Floris
Vander- Vaher. Malbrancq. dans ce qu'il a écrit
fur la Flandre.
** Monftrelet , tom. 1. p.77 130. Hift . de Charles
VI. par Le Laboureur , liv . 30. p. 755..
MA I. 1755. 207
*
les tems des Ordres & des plus grandes Charges de
la Couronne .
Le Comte de Mailly , Seigneur de Saint-
Leger , qui donne lieu à cet article , étoit de
la branche des Comtes de Mailly , Seigneurs
d'Haucourt , féparée en 1503 par le mariage
qu'Adrien de Mailly , fecond fils de Jean , Sire
de Mailly , Chambellan de Charles VIII & de
Louis XII , & d'Ifabeau d'Ailly , fille de Jean ,
Vidame d'Amiens , & d'Iolande de Bourgogne ,
fit avec Françoife de Bailleul , fille d'Adrien de
Bailleul & de Jeanne d'Haucourt , par contrat
du 18 Octobre 1503 : c'est par cette alliance
que la terre d'Haucourt eft entrée dans cette
branche de la Maifon de Mailly. L'on voit à
ce fujet un acte paffé devant le Roi François I ,
qui donne à Adrien de Mailly le titre de coufin
, & qui lui remet en faveur dudit mariage
tous les droits qui lui étoient dûs fur la Maifon
de Bailleul ; il ratifia le 3 Mai 1513
tranfaction paffée entre lui & le Comte de Vendôme
, fur les droits réciproques qu'ils avoient
fur la terre de Ravenfberg , à caufe de la Maifon
de Bailleul , dont étoit iffu par fa mere le
Comte de Vendôme.
la
Adrien de Mailly eut entr'autres enfans Edme
de Mailly , qui continua la postérité , &
Jean de Mailly , Seigneur de Belleville , Chevalier
de l'Ordre du Roi , qui n'eut d'Antoinette
de Baudeuil , Dame d'Abancourt , qu'une fille
mariée à Robert de Roncherolles , Baron de
Pont- Saint- Pierre , Chevalier de l'Ordre du Roi ,
Gentilhomme ordinaire de fa Chambre , & premier
Baron de Normandie.
Edine de Mailly , Seigneur d'Haucourt & de
Saint-Leger , étoit Gouverneur d'Ivoy , & Ca208
MERCURE DE FRANCE.
pitaine de mille hommes de pied fous les re
gnes de François I & de Henri II . Il fut l'un
des ôtages de la capitulation de Thionville en
1558. Il époufa en premieres nôces , par con
trat du 16 Avril 1536 , Marie de Boulan , dont
il laiffa François de Mailly qui fuit ; & en fecondes
nôces , par contrat du 24 Avril 1550 ,
Gabrielle d'Ougnies , Dame du Quefnoy en Flandre
elle fur mere de Louis de Mailly , auteur
de la branche du Qefnoy qui , par fes alliances ,
a l'honneur d'appartenir à plufieurs Maifons fouveraines
de l'Europe , & tient à celles de Montmorenci
, de Melun , d'Ifenghien , de Crequi ,
de Berg , d'Aremberg , de Croy , de Longueval ,
de Leide , & c. & c .
:
François de Mailly , premier du nom , Seigneur
d'Haucourt & de Saint -Leger , fut un des Seigneurs
qui fe diftinguerent le plus par leur fidélité
envers le Roi Henri III , durant les guerres
de la ligue. Il fe fignala au fiege de la Rochelle
en 1573 , au combat de Dormans , à la
prife d'Iffoire en 1577 , & fut tué d'un coup
de canon au fiege de la Fere en 1579. Le Roi
Henri III écrivit à cette occafion à la Dame
de Mailly fa veuve , que fi elle avoit perdu un
mari il avoit perdu un bon ferviteur & ami ,
& lui promit qu'il auroit foin de fes enfans.
Il avoit épousé par contrat du 6 Août 1573 ,
Marie d'Hallencourt , fille de N. d'Hallencourt ,
Marquis de Drofmefnil , Seigneur de Canteville .
Il eut de ce mariage :
François de Mailly , II du nom , Seigneur
d'Haucourt & de Saint-Leger , fait Capitaine de
cinquante hommes d'armes , des ordonnances
du Roi. Il fe . diftingua au fiege d'Amiens en
1597 , & mourut à Paris le 30 Mars 1621
.. MA I. 1755. 209
avoit époufé par contrat du 22 Janvier 1607 ,
Marie Turpin , fille de Guillaume Turpin , Seigneur
d'Aligny , & de Françoile de Pellevé ,
laquelle étoit fille de Genevieve de Montmorency
, & niece du Cardinal de Pellevé . Il naquit
de ce mariage , 10 Philippe de Mailly qui
fuit. 20 Antoine de Mailly , Chevalier de Malthe
mort en 1670. 3 ° Nicolas de Mailly , tué
au fiege de Dixnude en 1677
>
Philippe de Mailly , Seigneur d'Haucourt &
'de Saint - Leger , Capitaine d'une compagnie de
cent hommes, dits de Chevaux - Legers , qu'il com-
'mandoit à la bataille d'Avein en 1635, fe trouva à la
fanglante journée de la Marfée en 1641 , & au ſiege
de Nanci en 1633 , invité par deux lettres du Cardinal
de la Valette , commandant l'armée du fiége
, qui lui marquoit que le Roi lui fçauroit gré
d'y venir avec fa compagnie . Il avoit épousé par
contrat da 8 Janvier 1631 , Guillaine Dubié
petite fille du Maréchal de France de ce nom. I
laiffa
Antoine de Mailly , Seigneur d'Haucourt & de
Saint- Leger , marié par contrat du 6 Février 1678
à Françoife de Canutfon de Berlifontaine , dont
vinrent le Comte de Mailly , Seigneur de Saint-
Leger , qui donne lieu à cet article , & le Marquis
de Mailly, Seigneur d'Haucourt , Page du Roi
en 1694 , pere du Comte de Mailly , dont la fille
a époufé le Marquis de Voyer , & dont le fils ,
Louis-Marie de Mailly, eft Capitaine- Lieutenant,
en furvivance de fon pere , de la Compagnie des
Gendarmes Ecoffois , fixième de fon nom revêtu
de cette charge.
Cette branche appartient par fes alliances aux
Maifons de Lorraine, de Moy, de Montmorenci, de
Chaulnes, de S.Simon, d'Harcourt, d'Eſpinai- Saint210
MERCURE DE FRANCE.
Luc , de Mornai Monchevreuil , de Gouffier , d'E
trade , d'Aumont , de Boufflers , d'Auxi , de Roncherolles
, de Brulart , de Vieux- pont , de Moflé ,
de Marcatel , des Effarts , d'Hangeft , de Montmorenci-
Laval , de la Force , de Milli , Le Tellier-
Louvois , d'Ecquevilli , de Colbert , d'Efclainvilliers
, de Voyer d'Argenfon & autres.
La Maiſon de Mailly a produit un grand nombre
de branches , & elle fe trouve réduite aujourd'hui
aux cinq feules fuivantes , qualifiées felon les
titres qui leur ont été affectés.
Celle de Louis , Sire & Marquis de Mailly ' ,
chef du nom , Brigadier des armées du Roi , &
Colonel du régiment d'infanterie de fon nom .
Celle du Marquis de Nefle , Chevalier des Ordres
du Roi , féparée en 1648 , en faveur de laquelle
le Marquifat de Mailly-Moncavrel a été
érigé , & qui a produit
Celle de Louis de Mailly , auffi Chevalier des
Ordres du Roi , Lieutenant- Général de fes armées ,
& premier Ecuyer de Madame la Dauphine' , féparée
de celle de Nefle en 1687.
Celle d'Alexandre - Louis de Mailly , Seigneur
de Fecamp , né en 1744 , fils de feu Louis - Alexandre
de Mailly , & de Louife de Saint - Chamans
, féparée en 1600 .
Et celle du Comte de Mailly , Lieutenant -Général
des armées du Roi & du Rouffillon , Infpecteur
de la cavalerie , en faveur de laquelle le
Comté de Mailly a été érigé , féparée en 1503 ,
d'où eft forti celle des Marquis du Quefnoi en
Flandre , féparée de celle - ci en 1596.
Voyez fur cette maifon les grands Officiers de
la Couronne , tome VIII. & les Tablettes hiftoriques
, tom . IV & tom . V.
L'on travaille actuellement à donner une hifMAI.
1755 .
211
toire de cette grande Maiſon dans toute fon
étendue.
1
Claude-Marie , Comte de Bellegarde & d'An
tremont , Envoyé extraordinaire du Roi de Pologne
, Electeur de Saxe à la Cour de France , eft
mort à Paris le 26 Février , laiffant deux enfans de
Dame Anne Rutouska , ſon épouſe , foeur de Maurice
, Comte de Saxe , Maréchal de France . Ce
grand homme avoit par fon teftament nommé le
feu Comte de Bellegarde fon héritier univerfel.
La Maiſon de Bellegarde originaire de Flan
dres , eft depuis long-tems établie en Savoye , où
elle eft fort diftinguée par fon ancienneté & par
fes illuftrations. Jean Noël , Seigneur de Bellegarde
, Maître d'Hôtel de Charles III , Duc de
Savoye en 1304 , eut de Claudine de Saint- Trivier,
Dame de Monts , fa femine :
-
François Noël de Bellegarde , Seigneur de
Monts & des Marches , Gouverneur de Nice ,
Ambaffadeur du Duc de Savoye , près de l'Empereur
Charles-Quint , marié le 4 Octobre 1546 à
Gafparde de Menthon , dont
Jean- François de Bellegarde , Marquis d'Antre
mont & des Marches , Colonel des Gardes de
Charles- Emanuel , Duc de Savoye , marié à Florentine
de Perrache. Par fon teſtament du 3 Août
1597 , il inftitua pour héritier fon fils
Claude-André de Bellegarde , Marquis d'Antremont
& des Marches , marié à Gafparde de Doncieux
, dont il eut Jean- François , qui fuit :
Pierre de Bellegarde , Abbé de S. Sixte ; Guillaume
de Bellegarde , Comte d'Antremont , marié
à Anne-Françoife de Loche ; Claire de Bellegarde ,
mariée le 27 Août 1646 à Charles de Broffes , Baron
de Montfalcon , Seigneur de Tournay , Grand
Bailli de Gex , dont postérité.
212 MERCURE DE FRANCE.
Jean-François de Bellegarde , Marquis d'Antre
mont & des Marches , Capitaine de Cavalerie ,
marié le 13 Avril 1632 , à Magdeleine Portier de
Micudry , dont
>
Janus de Bellegarde Comte d'Antremont
>
Marquis des Marches , Chancelier de Savoye &
Miniftre d'Etat , marié les Mai 1659 , à Anne du
Prayet , Dame de Veynes , dont
Jean- François de Bellegarde , Marquis d'Antremont
& des Marches , Ambaffadeur du Roi de
Sicile , Duc de Savoye, à la Cour de France , marié
le 23 Avril 1687 à Catherine- Françoiſe de Regard
de Vars , dont Jofeph - François qui fuit
Claude-Marie qui a donné lieu à cet article , &
deux autres fils , Pun Chambellan du Roi de Pologne
, marié à Drefde , l'autre établi & marié à
Prague.
Jofeph-François de Bellegarde , Marquis des
Marches & de Curfinge , Comte d'Antremont ,
Commandeur de l'Ordre de Saint Maurice , Gentilhomme
de la Chambre du Roi de Sardaigne
marié à Françoife Charlotte Ogletorpe , dont il
a un fils Colonel au fervice d'Angleterre , & deux
filles , l'une mariée au Seigneur de Maffingy, Marquis
de la Pierre ; l'autre , Charlotte-Eléonore ,
Chanoineffe en Lorraine.
Dame Marguerite Defcreux de Sainte- Croix
époufe du Comte de Duglas , Capitaine au Régiment
royal Ecoffois , eft morte au Château de
Montréal en Bugey , le 27 de Février , âgée d'environ
30 ans ; elle étoit l'unique héritiere de la
famille Defcreux de Sainte- Croix , une des meilleures
maifons de la Breffe. Le Comte de Duglas
eft d'une branche de l'ancienne maifon de Duglas
en Ecoffe , établie en ce pays là depuis près d'un .
fiecle. Il a trois freres , l'un Capitaine dans le
MA I. 1755. 213
même Régiment que lui , l'autre Capitaine dans
celui de Languedoc infanterie , & le troifieme
Eccléfiaftique , qui eft au Séminaire de S. Sulpice.
& Morts.
E 21 Mars , Angélique- Louife de la Rochefoncauld
, époufe de Jean- Alexandre- Romée de
Villeneuve , Vicomte de Vence , Colonel en fecond
& commandant le Régiment Royal- Corfe ,
eft accouchée à Aix d'un fils qui a été nommé
Jules-Alexandre Romée.
202 MERCURE DE FRANCE..
Le 11 de Janvier fut célebré le mariage de
Louis-Léon-Félicité , Comte de Lauraguais , fils
de Louis de Brancas , Duc de Lauraguais , & d'Elifabeth-
Pauline d'Itanguien.
La cérémonie fut faite dans la Chapelle de
l'Hôtel de Biron , par M. le Cardinal de la Rochefoucauld.
La maifon de Brancas eft affez connue par fon
ancienneté , fon illuftration & fes grandes alliances
,fans qu'il foit néceffaire ici d'en faire l'éloge.
Son hiſtoire a été imprimée par beaucoup d'Auteurs
, elle fe trouve dans celle des grands Officiers
de la Couronne , article du Duché- Pairie de
Villars , t . V. p. 277. On y voit que cette Maiſon
eft originaire de Naples , où elle a poffedé les
premieres Charges de cette Couronne , & que le
premier qui s'établit en Provence y vint avec deux
Cardinaux c'étoit Bufille de Brancas , Comte
d'Agnano , au Royaume de Naples , & Seigneur
d'Oife & de Vilofe , aux Diocèfes de Digne , & de
Sifteron , Maréchal de la Cour Romaine , vers la
fin du quatorzieme fiecle .
Le 1 Février , Louis d'Etampes , Marquis
d'Etampes , fils de Louis Roger , Marquis d'Etampes
, & de Marguerite Lidie de Becdelievres de
Cany, époufa Adélaïde- Godefroi-Julie de Fouilleufe
de Flavacourt , fille de François - Marie de
Fouilleufe , Marquis de Flavacourt , Maréchal des
Camps & armées du Roi , & Lieutenant de Roi de
Normandie , & de Hortenfe-Félicité de Mailly de
Nefle.
La maifon d'Etampes , illuftre par les premieres
dignités de l'Eglife & de l'Etat , à eu des alliances
avec les maifons de Montmorenci , de Beauvilliers
, de Gouffier , de Regnier , de Guerchy , de
la Châtre , de Brulart de Sillery , de Choifeul , de
, י
MAI. 1755- 203
Becdelievres , de Béthune , d'Ailly , de Fiennes ,
de Monchy, de Chavagnac , de Rochechouart , &
autres.
Cette maifon a formé quatre branches : la
branche de la Ferté- Imbault , celle de la Mottelez-
Ennordre , de Valençay , & celle d'Autry.
La branche de la Motte- lez-Ennordre defcend
de Jean d'Etampes , Seigneur de la Ferté- Imbault ,
lequel de fon mariage avec Blanche d'Ailly , fille
de Waleran d'Ailly , de la branche de Sains , Seigneur
de Marigny , Bailli de Senlis , & de Jacqueline
de Rouvroy-Saint- Simon, eut plufieurs enfans,
entr'autres Louis d'Etampes , Seigneur de la Ferté-
Imbault , qui a continué la branche aînée , & qui
eft le fixieme ayeul du Marquis d'Etampes qui
donne lieu à cet article , & François d'Etampes
auteur de la branche de la Motte- lez- Ennordre.
La branche de Valençay & celle d'Autry
defcendent de Robert III . d'Etampes , Seigneur
de Sallebris , d'Ardreloup & de Tillay , Maréchal
& Sénéchal du Bourbonnois , lequel eut trois garçons
de fon mariage avec Louife Levraud , fçavoir
Jean d'Etampes , Seigneur de la Ferté-Imbault
dont on a parlé plus haut ; Louis d'Etampes , Seigneur
de Valençay , & Robert d'Etampes , Seigneur
d'Autry. Voyez les Tablettes hiftoriques ,
généalogiques & chronologiques , quat. Partie ,
P. 395. & Gr. Off. tome 7. p . 543 .
La maifon de Fouilleufe de Flavacourt , une des
plus anciennes du Vexin François , a pris alliance
dans le 13 fiecle avec la maiſon de Crevecoeur ,
& depuis avec celle de Gaucourt , de Boves , du
Bec- Crefpin , de Dampont , de Suzanne de Cerny,
de Gaudechart , de Ligny , de Rouffé d'Alembon ,
de Rouxel de Médavy , de Mailly , & autres. Voyez
Tab. Généal. 4. part. p. 77.´.
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
Le 10 Mars , Milord Clare , Comte de Tho
mond , Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant
général de fes armées , & Infpecteur général ,
époufa Marie- Genevieve- Louife de Chiffreville ,
fille unique du Marquis de Chiffreville , Lieutenant
général des armées de Sa Majeſté , & premier
Sous-Lieutenant de la feconde Compagnie des
Moufquetaires , & de Dame Marie- Genevieve le
Tonnellier de Charmeaux .
Ce mariage a été fait dans la Chapelle de
l'Hôtel de Machault , par l'Abbé de Breteuil , ancien
Agent général du Clergé.
Le 14 Février 1755 mourut à Paris Marie-
'Anne de Gouffier de Thois , âgée de foixante-huit,
ans fept jours , veuve depuis le 14 Avril 1724 , de
Louis de Bourbon , fecond du nom , Comte de
Buffet & de Châlus , Baron de Piégut , de Vezigneux
, & de Saint - Martin du Puis , &c . qu'elle
avoit épousé par contrat du 31 Décembre 1719.
Elle étoit fille de Thimoléon de Gouffier , Marquis
de Thois , & autres lieux , Gouverneur de
Blois , & d'Henriette de Penancoët de Keroualle ,
veuve de Philippe Herbert , Comte de Pembrock
en Angleterre ; & foeur cadette de Louife-Renée
de Penancoët de Keroualle , Ducheffe de Portsmouth.
Madame la Comteffe de Bourbon- Buffet
laiffe de fon mariage trois enfans , fçavoir ,
2
1. François-Louis Antoine de Bourbon , Comte
de Buffet , dont on va parler.
2. Louife -Claude de Bourbon- Buffet , Religieufe
Bénédictine au Monaftere du Cherche -midi , Fauxbourg
faint Germain , à Paris , où elle a fait profeffion
le 17 Septembre 1740 .
3. Et Henriette- Antoinette de Bourbon-Buffet ,
yeuve fans enfans depuis le 2 Novembre 1752 , de
MA I. 1755. 205
Paul de Grivel de Groffove , Comte d'Auroy , Seigneur
de Groffove , &c. ancien Meftre de camp
du Régiment d'Anjou , Cavalerie , avec lequel
elle avoit été mariée par contrat du 22 Août 1747.
François-Louis-Antoine de Bourbon , Comte
de Buffet & de Châlus , Baron de Vezigneux & de
Saint-Martin du Puis , Seigneur des Creuziers
&c. Meftre de camp du Régiment de Bourbon-
Buffet , Cavalerie , & Chevalier de l'Ordre militaire
de faint Louis , époufa le 23 Avril 1743 ,
Magdeleine- Louife-Jeanne de Clermont - Tonnerre
, fille de Gafpard de Clermont - Tonnerre ,
Maréchal de France , Chevalier des Ordres du Roi,
Gouverneur de Béfort , Marquis de Vauvillars ,
Comte d'Efpinac & de Thoury , & de feue Antoinette
Potier de Novion . De cette alliance font
fortis les enfans qui fuivent .
1. Gafpard- Louis de Bourbon - Buffet , Comte
de Châlus , mort à Paris le 8 Décembre 1751 , âgé
de fix ans & demi.
2.
Louis-François-Jofeph de Bourbon- Buffer ,
aujourd'hui Comte de Châlus , né au Château, de
Buffet en Auvergne , le 1 Juin 1749.
I
3. Artus Charles - Thimoléon de Bourbon-
Buffet , né à Paris le 21 Septembre 1752 .
4. N.... de Bourbon- Buffet , né au Château de
Buffet , le 11 Novembre 1753 , non encore nom
mé..
S. N...de Bourbon-Buffet , née à Buffet , lé 20
Juillet 1746 , auffi non nommée.
6. Marie-Anne-Julie -Louife de Bourbon- Buf
fet , Demoifelle de Châfus , née au Château de Buffet
le 16 Septembre 1747.
7. Et N. de Bourbon- Buffet , morte au Château
de Buffet , le 23 Mars 1751 , fans avoir été nommée,
âgée de deux jours ..
206 MERCURE DE FRANCE.
Voyez ce qui eft dit de la maiſon de Gouffier ;
dans le volume V. p. 605. & fuiv . de l'Hiſtoire des
Grands Officiers de la Couronne ; & le Mercure
du mois de Juin 1754. premiere Partie , à l'occa
fion de la mort de M. le Marquis de Thois , frere
aîné de Madame la Comteffe de Bourbon - Buffet ;
& la quatrieme Partie des Tablettes hiftoriques ,
pages 114 & 115 .
François de Mailly , Comte de Mailly , mourut
le 21 de Février au château de Saint - Leger
près d'Abbeville , âgé de foixante- treize ans ;
il étoit oncle du Comte de Mailly , Lieutenant
général des armées du Roi , & de la province de
Rouffillon , Infpecteur de la Cavalerie , à qui il
a laiffé les terres de fa branche.
La Maiſon de Mailly eft trop connue pour
qu'il foit néceffaire d'entrer ici dans aucun détail
fur l'ancienneté de fon origine , & fur la
grandeur de fes alliances. Il fuffira de rappeller
qu'en 1070 Anfelme de Mailly
doit l'armée de la Comteffe de Flandre , &
gouvernoit fes Etats comme tuteur & le plus
proche parent du Comte fon fils .
* comman-
Colard de Mailly ** fut appellé au gouvernement
du Royaume fous Charles VF , & cette
illuftration a tranfmis dans cette Maifon une
Couronne perfonnelle entremêlée de fleurs de
lys , qu'elle porte depuis ce tems . L'on fçait
auffi que cette Maifon a été revêtue dans tous
* Chronique de Flandre , par Dom de Gherit , 13
91. Hiftoire des Châtelains de Lille , par Floris
Vander- Vaher. Malbrancq. dans ce qu'il a écrit
fur la Flandre.
** Monftrelet , tom. 1. p.77 130. Hift . de Charles
VI. par Le Laboureur , liv . 30. p. 755..
MA I. 1755. 207
*
les tems des Ordres & des plus grandes Charges de
la Couronne .
Le Comte de Mailly , Seigneur de Saint-
Leger , qui donne lieu à cet article , étoit de
la branche des Comtes de Mailly , Seigneurs
d'Haucourt , féparée en 1503 par le mariage
qu'Adrien de Mailly , fecond fils de Jean , Sire
de Mailly , Chambellan de Charles VIII & de
Louis XII , & d'Ifabeau d'Ailly , fille de Jean ,
Vidame d'Amiens , & d'Iolande de Bourgogne ,
fit avec Françoife de Bailleul , fille d'Adrien de
Bailleul & de Jeanne d'Haucourt , par contrat
du 18 Octobre 1503 : c'est par cette alliance
que la terre d'Haucourt eft entrée dans cette
branche de la Maifon de Mailly. L'on voit à
ce fujet un acte paffé devant le Roi François I ,
qui donne à Adrien de Mailly le titre de coufin
, & qui lui remet en faveur dudit mariage
tous les droits qui lui étoient dûs fur la Maifon
de Bailleul ; il ratifia le 3 Mai 1513
tranfaction paffée entre lui & le Comte de Vendôme
, fur les droits réciproques qu'ils avoient
fur la terre de Ravenfberg , à caufe de la Maifon
de Bailleul , dont étoit iffu par fa mere le
Comte de Vendôme.
la
Adrien de Mailly eut entr'autres enfans Edme
de Mailly , qui continua la postérité , &
Jean de Mailly , Seigneur de Belleville , Chevalier
de l'Ordre du Roi , qui n'eut d'Antoinette
de Baudeuil , Dame d'Abancourt , qu'une fille
mariée à Robert de Roncherolles , Baron de
Pont- Saint- Pierre , Chevalier de l'Ordre du Roi ,
Gentilhomme ordinaire de fa Chambre , & premier
Baron de Normandie.
Edine de Mailly , Seigneur d'Haucourt & de
Saint-Leger , étoit Gouverneur d'Ivoy , & Ca208
MERCURE DE FRANCE.
pitaine de mille hommes de pied fous les re
gnes de François I & de Henri II . Il fut l'un
des ôtages de la capitulation de Thionville en
1558. Il époufa en premieres nôces , par con
trat du 16 Avril 1536 , Marie de Boulan , dont
il laiffa François de Mailly qui fuit ; & en fecondes
nôces , par contrat du 24 Avril 1550 ,
Gabrielle d'Ougnies , Dame du Quefnoy en Flandre
elle fur mere de Louis de Mailly , auteur
de la branche du Qefnoy qui , par fes alliances ,
a l'honneur d'appartenir à plufieurs Maifons fouveraines
de l'Europe , & tient à celles de Montmorenci
, de Melun , d'Ifenghien , de Crequi ,
de Berg , d'Aremberg , de Croy , de Longueval ,
de Leide , & c. & c .
:
François de Mailly , premier du nom , Seigneur
d'Haucourt & de Saint -Leger , fut un des Seigneurs
qui fe diftinguerent le plus par leur fidélité
envers le Roi Henri III , durant les guerres
de la ligue. Il fe fignala au fiege de la Rochelle
en 1573 , au combat de Dormans , à la
prife d'Iffoire en 1577 , & fut tué d'un coup
de canon au fiege de la Fere en 1579. Le Roi
Henri III écrivit à cette occafion à la Dame
de Mailly fa veuve , que fi elle avoit perdu un
mari il avoit perdu un bon ferviteur & ami ,
& lui promit qu'il auroit foin de fes enfans.
Il avoit épousé par contrat du 6 Août 1573 ,
Marie d'Hallencourt , fille de N. d'Hallencourt ,
Marquis de Drofmefnil , Seigneur de Canteville .
Il eut de ce mariage :
François de Mailly , II du nom , Seigneur
d'Haucourt & de Saint-Leger , fait Capitaine de
cinquante hommes d'armes , des ordonnances
du Roi. Il fe . diftingua au fiege d'Amiens en
1597 , & mourut à Paris le 30 Mars 1621
.. MA I. 1755. 209
avoit époufé par contrat du 22 Janvier 1607 ,
Marie Turpin , fille de Guillaume Turpin , Seigneur
d'Aligny , & de Françoile de Pellevé ,
laquelle étoit fille de Genevieve de Montmorency
, & niece du Cardinal de Pellevé . Il naquit
de ce mariage , 10 Philippe de Mailly qui
fuit. 20 Antoine de Mailly , Chevalier de Malthe
mort en 1670. 3 ° Nicolas de Mailly , tué
au fiege de Dixnude en 1677
>
Philippe de Mailly , Seigneur d'Haucourt &
'de Saint - Leger , Capitaine d'une compagnie de
cent hommes, dits de Chevaux - Legers , qu'il com-
'mandoit à la bataille d'Avein en 1635, fe trouva à la
fanglante journée de la Marfée en 1641 , & au ſiege
de Nanci en 1633 , invité par deux lettres du Cardinal
de la Valette , commandant l'armée du fiége
, qui lui marquoit que le Roi lui fçauroit gré
d'y venir avec fa compagnie . Il avoit épousé par
contrat da 8 Janvier 1631 , Guillaine Dubié
petite fille du Maréchal de France de ce nom. I
laiffa
Antoine de Mailly , Seigneur d'Haucourt & de
Saint- Leger , marié par contrat du 6 Février 1678
à Françoife de Canutfon de Berlifontaine , dont
vinrent le Comte de Mailly , Seigneur de Saint-
Leger , qui donne lieu à cet article , & le Marquis
de Mailly, Seigneur d'Haucourt , Page du Roi
en 1694 , pere du Comte de Mailly , dont la fille
a époufé le Marquis de Voyer , & dont le fils ,
Louis-Marie de Mailly, eft Capitaine- Lieutenant,
en furvivance de fon pere , de la Compagnie des
Gendarmes Ecoffois , fixième de fon nom revêtu
de cette charge.
Cette branche appartient par fes alliances aux
Maifons de Lorraine, de Moy, de Montmorenci, de
Chaulnes, de S.Simon, d'Harcourt, d'Eſpinai- Saint210
MERCURE DE FRANCE.
Luc , de Mornai Monchevreuil , de Gouffier , d'E
trade , d'Aumont , de Boufflers , d'Auxi , de Roncherolles
, de Brulart , de Vieux- pont , de Moflé ,
de Marcatel , des Effarts , d'Hangeft , de Montmorenci-
Laval , de la Force , de Milli , Le Tellier-
Louvois , d'Ecquevilli , de Colbert , d'Efclainvilliers
, de Voyer d'Argenfon & autres.
La Maiſon de Mailly a produit un grand nombre
de branches , & elle fe trouve réduite aujourd'hui
aux cinq feules fuivantes , qualifiées felon les
titres qui leur ont été affectés.
Celle de Louis , Sire & Marquis de Mailly ' ,
chef du nom , Brigadier des armées du Roi , &
Colonel du régiment d'infanterie de fon nom .
Celle du Marquis de Nefle , Chevalier des Ordres
du Roi , féparée en 1648 , en faveur de laquelle
le Marquifat de Mailly-Moncavrel a été
érigé , & qui a produit
Celle de Louis de Mailly , auffi Chevalier des
Ordres du Roi , Lieutenant- Général de fes armées ,
& premier Ecuyer de Madame la Dauphine' , féparée
de celle de Nefle en 1687.
Celle d'Alexandre - Louis de Mailly , Seigneur
de Fecamp , né en 1744 , fils de feu Louis - Alexandre
de Mailly , & de Louife de Saint - Chamans
, féparée en 1600 .
Et celle du Comte de Mailly , Lieutenant -Général
des armées du Roi & du Rouffillon , Infpecteur
de la cavalerie , en faveur de laquelle le
Comté de Mailly a été érigé , féparée en 1503 ,
d'où eft forti celle des Marquis du Quefnoi en
Flandre , féparée de celle - ci en 1596.
Voyez fur cette maifon les grands Officiers de
la Couronne , tome VIII. & les Tablettes hiftoriques
, tom . IV & tom . V.
L'on travaille actuellement à donner une hifMAI.
1755 .
211
toire de cette grande Maiſon dans toute fon
étendue.
1
Claude-Marie , Comte de Bellegarde & d'An
tremont , Envoyé extraordinaire du Roi de Pologne
, Electeur de Saxe à la Cour de France , eft
mort à Paris le 26 Février , laiffant deux enfans de
Dame Anne Rutouska , ſon épouſe , foeur de Maurice
, Comte de Saxe , Maréchal de France . Ce
grand homme avoit par fon teftament nommé le
feu Comte de Bellegarde fon héritier univerfel.
La Maiſon de Bellegarde originaire de Flan
dres , eft depuis long-tems établie en Savoye , où
elle eft fort diftinguée par fon ancienneté & par
fes illuftrations. Jean Noël , Seigneur de Bellegarde
, Maître d'Hôtel de Charles III , Duc de
Savoye en 1304 , eut de Claudine de Saint- Trivier,
Dame de Monts , fa femine :
-
François Noël de Bellegarde , Seigneur de
Monts & des Marches , Gouverneur de Nice ,
Ambaffadeur du Duc de Savoye , près de l'Empereur
Charles-Quint , marié le 4 Octobre 1546 à
Gafparde de Menthon , dont
Jean- François de Bellegarde , Marquis d'Antre
mont & des Marches , Colonel des Gardes de
Charles- Emanuel , Duc de Savoye , marié à Florentine
de Perrache. Par fon teſtament du 3 Août
1597 , il inftitua pour héritier fon fils
Claude-André de Bellegarde , Marquis d'Antremont
& des Marches , marié à Gafparde de Doncieux
, dont il eut Jean- François , qui fuit :
Pierre de Bellegarde , Abbé de S. Sixte ; Guillaume
de Bellegarde , Comte d'Antremont , marié
à Anne-Françoife de Loche ; Claire de Bellegarde ,
mariée le 27 Août 1646 à Charles de Broffes , Baron
de Montfalcon , Seigneur de Tournay , Grand
Bailli de Gex , dont postérité.
212 MERCURE DE FRANCE.
Jean-François de Bellegarde , Marquis d'Antre
mont & des Marches , Capitaine de Cavalerie ,
marié le 13 Avril 1632 , à Magdeleine Portier de
Micudry , dont
>
Janus de Bellegarde Comte d'Antremont
>
Marquis des Marches , Chancelier de Savoye &
Miniftre d'Etat , marié les Mai 1659 , à Anne du
Prayet , Dame de Veynes , dont
Jean- François de Bellegarde , Marquis d'Antremont
& des Marches , Ambaffadeur du Roi de
Sicile , Duc de Savoye, à la Cour de France , marié
le 23 Avril 1687 à Catherine- Françoiſe de Regard
de Vars , dont Jofeph - François qui fuit
Claude-Marie qui a donné lieu à cet article , &
deux autres fils , Pun Chambellan du Roi de Pologne
, marié à Drefde , l'autre établi & marié à
Prague.
Jofeph-François de Bellegarde , Marquis des
Marches & de Curfinge , Comte d'Antremont ,
Commandeur de l'Ordre de Saint Maurice , Gentilhomme
de la Chambre du Roi de Sardaigne
marié à Françoife Charlotte Ogletorpe , dont il
a un fils Colonel au fervice d'Angleterre , & deux
filles , l'une mariée au Seigneur de Maffingy, Marquis
de la Pierre ; l'autre , Charlotte-Eléonore ,
Chanoineffe en Lorraine.
Dame Marguerite Defcreux de Sainte- Croix
époufe du Comte de Duglas , Capitaine au Régiment
royal Ecoffois , eft morte au Château de
Montréal en Bugey , le 27 de Février , âgée d'environ
30 ans ; elle étoit l'unique héritiere de la
famille Defcreux de Sainte- Croix , une des meilleures
maifons de la Breffe. Le Comte de Duglas
eft d'une branche de l'ancienne maifon de Duglas
en Ecoffe , établie en ce pays là depuis près d'un .
fiecle. Il a trois freres , l'un Capitaine dans le
MA I. 1755. 213
même Régiment que lui , l'autre Capitaine dans
celui de Languedoc infanterie , & le troifieme
Eccléfiaftique , qui eft au Séminaire de S. Sulpice.
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Résumé : NAISSANCE, MARIAGES, & Morts.
En 1755, plusieurs événements familiaux et décès ont marqué l'année. Le 21 mars, Angélique-Louise de La Rochefoucauld a donné naissance à Jules-Alexandre Romée, fils de Jean-Alexandre-Romée de Villeneuve. Le 11 janvier, Louis-Léon-Félicité de Lauraguais a épousé une femme bénie par le Cardinal de La Rochefoucauld. La famille Brancas, originaire de Naples et établie en Provence, est connue pour ses alliances prestigieuses. Le 1er février, Louis d'Etampes a épousé Adélaïde-Godefroi-Julie de Fouilleuse de Flavacourt. La maison d'Etampes est réputée pour ses dignités ecclésiastiques et étatiques, avec des alliances notables comme les maisons de Montmorency et de Beauvilliers. Le 10 mars, Milord Clare a épousé Marie-Geneviève-Louise de Chiffreville. Le 14 février, Marie-Anne de Gouffier de Thois est décédée à Paris à l'âge de soixante-huit ans. Le texte mentionne également les familles Bourbon-Buffet et Mailly. Pour les Bourbon-Buffet, plusieurs membres sont cités, dont Gaspard-Louis, décédé en 1751, et Louis-François-Joseph, né en 1749. La famille Mailly est connue pour ses contributions militaires et ses liens avec la royauté française. François de Mailly est décédé le 21 février à l'âge de soixante-treize ans. La famille Bellegarde, originaire de Flandres et établie en Savoie, inclut des figures notables comme Jean-François de Bellegarde, Marquis d'Antremont. Enfin, le texte évoque un entilhomme de la Chambre du Roi de Sardaigne et Dame Marguerite Descreux de Sainte-Croix, décédée au Château de Montréal en Bugey le 27 février à l'âge d'environ 30 ans. Elle était l'unique héritière de la famille Descreux de Sainte-Croix, une des meilleures maisons de Bretagne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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161
p. 180-196
EXTRAIT DE PHILOCTETE.
Début :
Ulysse & Pyrrhus accompagnés de Démas, ouvrent la scene, qui est dans l'isle [...]
Mots clefs :
M. de Chateaubrun, Dieux, Amour, Grecs, Guerrier, Gloire, Héros, Seigneur, Comédie-Française
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT DE PHILOCTETE.
EXTRAIT DE PHILOCTETE.
Ulyffe & Pyrrhus accompagnés de Démas
, ouvrent la fcene , qui eft dans l'ifle
de Lemnos , à vue de la caverne qui fert
de retraite à Philoctete . Le premier dit au
fils d'Achille , que Philoctete refpire dans
ce defert affreux , & que les Grecs ne peuvent
triompher de Troye fans le bras de ce
guerrier , uni à la valeur de Pyrrhus. Les
Dieux l'ont déclaré par la bouche de Calchas'
; cet Oracle eft un arrêt dont on ne
peut appeller. Si Philoctete n'eft ramené
JUIN. 1755. 181
dans l'armée , elle va périr dans l'opprobre
& dans la mifere. Pyrrhus impatient veut
courir vers Philoctete , mais Ulyffe le retient
, & l'inftruit du jufte courroux de ce
Prince contre les Grecs . Il lui apprend que
dès les premiers jours du fiége d'Ilion ,
Un Troyen le bleffa d'un dard envenimé
Par d'horribles douleurs le poiſon ſe déclare :
Mais fon ardeur s'éteint dans un profond fommeil,
Et jamais la douleur ne fuccéde au réveil.
A peine ce guerrier revoit-il la lumière ,
Qu'il retrouve fa voix &. fa force premiere ;
Jufqu'à d'autres accès fans ceffe renaiſſans ,
L'art épuifa fur lui fes fecours impuiffans.
Ce mal cruel rendit Philoctete fi farouche
qu'il devint infupportable à tous les
chefs , & particulierement aux Atrides
qu'il accabloit de reproches amers. Le Roi
d'Itaque , pour les en délivrer , joua le mécontent,
engagea Philoctete à le fuivre dans
l'ifle de Lemnos où il feignit de fe retirer ,
& l'abandonna feul dans ce defert pendant
fon fommeil. Ulyffe , après ce récit
recommande à Pyrrhus de ne pas le nommer
il lui confeille , pour arracher ce héros
de fa retraite , de feindre que la tempête
l'a pouflé fur ce rivage , qu'il à quitté
182 MERCURE DE FRANCE.
le camp des Grecs , & qu'il retourne à Scyros
, révolté contre un fiége fi lent , & indigné
de l'avarice fordide des chefs qui
ont fruftré fa valeur de fes droits . Pyrrhus
réfifte d'abord à ce confeil , la feinte répugne
à fon grand coeur ; mais Ulyffe lui
en fait fentir la néceffité & s'éloigne
pour le laiffer agir .
›
Pyrrhus refte avec Démas , & s'écrie en
jettant les regards fur l'entrée de la caverne
,
Mon oeil foutient à peine
Cet horrible tableau de la miſere humaine ;
Quelques vafes groffiers que le befoin conftruit ,
Des feuilles , des lambeaux qui lui fervent de lit.
Il voit fortir du fond de cet antre fauvage
une jeune beauté ; il eft frappé de
fes charmes , il l'aborde , & apprend d'elle
que fon nom eft Sophie , & qu'elle eft la
fille de Philoctete. Så tendreffe l'a conduite
dans cette ifle déferte pour y partager
le malheur de fon pere ; elle y aborda par
un naufrage. Nous allions périr , dit- elle ,
Hercule nous fecourut .
Il retint dans nos coeurs notre ame fugitive ,
Et fon bras bienfaiſant nous pouffa fur la rive.
Nous appellons mon pere , il s'avance vers nous.
Que n'éprouvai -je point dans un moment fi doux !
Avec quelle tendreffe il efluya mes larmes ↓
JUIN.
183 1755.
Combien für mon état témoigna-t- il d'allarmes !
Quels mouvemens confus de joie & de pitié ,
De fanglots mutuels qu'exhaloit l'amitié !
Les périls de la mer , mes craintes , ma mifere ,
J'oubliai tout , Seigneur , en embraffant mon pere
;
Voilà le langage naïf de la nature. Les
vers les plus pompeux valent - ils ceux
qu'elle infpire ? Cette fimplicité charmante
qui rend fi bien le fentiment , n'eſtelle
pas la vraie éloquence ? Pyrrhus témoigne
le defir qu'il a de voir Philoctete
Sophie répond, qu'armé d'un arc qui pourvoit
à leur fubfiftance , il erre dans les
bois , & qu'elle va le chercher. Pyrrhus
devant Démas fait éclater pour Sophie une
pitié qui laiffe entrevoir le premier trait
de l'amour. Démas lui repréfente qu'il ne
doit s'occuper que du foin de rendre Philoctete
aux Grecs prêts à périr.
Philoctete paroît avec Sophie , & marque
fa furprife à Pyrrhus , qu'il n'a jamais
vu , de le voir dans des lieux fi fauvages.
11 exprime en même tems fon reffentiment
contre les chefs de la Grece , & leur ingratitude
, par ces deux vers juftement applaudis
,
Les bienfaits n'avoient pu m'attacher les Atrides
:
Je fous apprivoifer jufqu'aux monftres avides.
184 MERCURE DE FRANCE.
Pyrrhus fe nomme ; Philoctere montre
une joie très- vive de voir en lui le fils
d'Achille dont il a toujours été l'ami ; mais
apprenant la mort de ce héros par la bouche
de fon fils , il s'écrie avec douleur
2
Achille eft mort , grands Dieux , & les Atrides
vivent
! Y
7 25377
Pyrrhus s'offre à conduire Philoctete &
fa fille dans leur patrie. Ce guerrier y
confent ; mais dans le moment qu'il veut
partir , il eft arrêté par un accès de fon
mal , qui l'oblige à rentrer dans fon antre
, & qui termine le premier acte. Y
101-20
Pyrrhus ouvre le fecond acte par ce beau
monologue , qui peint avec des couleurs
fi touchantes l'état de mifere & de douleur
où il vient de voir Philoctete dans la
caverne , ayant près de lui fa fille qui arrofoit
fes mains de larmes. Quel contraſte ,
dit- il , avec l'éducation qu'on nous donne !
p , cody courqu
"P
On écarte de nous juſqu'à l'ombre des maux
On n'offre à nos regards que de fiants tableaux
Pour ne point nous déplaire , on nous cache à
nous - mêmes ; ovo zng , ol mbase C
On ne nous entretient que de grandeurs fupre
-kot mes.unim un saciera'n aistroid as S11
On ajoûte à nos noms des noms ambitieux :
Autant que l'on le peut on fait de nous des Dieur.
JUIN.
185
1755 .
Victimes des flateurs , malheureux que nous fom
mes ,
Que ne nous apprend-t-on que les Rois font des
hommes !
·Démas furvient ; il exhorte Pyrrhus à
diffimuler encore pour engager Philoctete
à partir. La générofité de Pyrrhus attendri
s'en offenfe , & marque un vrai remords
d'avoir employé la feinte . Philoctete paroît
avec Sophie , & veut fe rendre au rivage.
Pyrrhus l'arrête. Philoctete furpris , lui en
demande la raifon . Le fatal fecret échappe
de la bouche du fils d'Achille, qui rougit de
commettre une perfidie , & lui déclare
qu'il le méne aux Atrides . A cet aveu le Roi
d'Eubée devient furieux. Pyrrhus l'inftruit
de la pofition des Grecs , & du befoin
qu'ils ont de fon bras pour renverfer
Troye , & s'arracher à une mort honteuſe ;
il le preffe en même tems d'immoler fon
reffentiment au falut de l'Etat. Philoctete
refufe de fe rendre , & fait des imprécations
contre Ulyffe & les autres chefs. Pyrrhus
lui répond , qu'il ne peut fe venger plus
noblement d'eux qu'en faifant triompher
fa patrie , & qu'en voyant Agamemnon
lui-même ramper à fes pieds. Philoctete
perfifte à ne point prêter fon fecours au
Roi d'Argos ; mais il propofe à Pyrrhus
186 MERCURE DE FRANCE.
d'aller combattre avec leurs foldats , & d'a
voir feuls la gloire de vaincre les Troyens.
Pyrrhus approuve ce parti ; mais comme il
entend du bruit , il s'éloigne avec Philoctete.
Démas qui les écoutoit , veut inftruire
Ulyffe du projet que ces deux guerriers
viennent de former ; mais le Roi d'Itaque
lui dit que les Grecs cachés avec lui fous
un rocher l'ont entendu , qu'ils ont réſolu
de les en punir ; & que s'il n'eût retenu
leur fureur , ils alloient fondre fur eux &
les immoler. Démas ajoûte qu'il craint encore
plus la fille que le pere . Ulyffe lui en
demande la raifon ; l'autre lui répond
que Pyrrhus adore Sophie."
›
Ulyffe en paroit allarmé , & quitte la
fcene en difant qu'il va voir avec les
Grecs ce qu'on doit oppofer à ce fatal
amour qui peut tout détruire.
I
Ulyffe ouvre le troifieme acte avec Démas.
Il tient un papier à la main , & dit à
Démas que les Grecs veulent entraîner
au camp Philoctete mort ou vivant , que
tel eft l'arrêt qu'ils viennent de figner ; &
que fi ce Prince refifte , ils veulent exterminer
fa famille , & faire fubir à fa fille
le fort d'Iphigénie . Ulyffe craint que Pyrrhus
ne prenne leur défenſe ; mais Démas
lui répond que fa résistance fera vaine , &
JUIN 1755. 187
que les Grecs viennent d'envelopper Philoctete
de toutes parts:
Pyrrhus paroît ; Ulyffe le preffe de partir
fans Philoctete , en difant qu'il ne veut
pas lui-même qu'on emmene ce guerrier au
camp . Pyrrhus s'excufe fur la pitié. Ulyffe
lui dit que la pitié dont il eft ému , n'eft
qu'un amour déguifé. Le premier répond
que l'amour n'eft pas un crime. Non , réplique
le Roi d'Itaque ,
Quand élevant le coeur , loin de l'humilier ,
Aux régles du devoir l'amour fçait le plier ,
Et ne l'enyvre point de fon poifon funefte :
Il eft fublime alors , la fource en eft céleste ,
Et c'eſt de cet amour que les Dieux font heureux.
Mais , Seigneur , quand l'amour , le bandeau fur
les yeux ,
Enchaîne le devoir aux pieds d'une maîtreffe ,
A des coeurs généreux n'infpire que foibleffe ,
Tient fous un joug d'airain leur courage foumis ,
Leur fait facrifier gloire , patrie , amis ,
Et des droits les plus faints rompt le noeud légitime
;
Alors , Seigneur , alors cet amour eft an crime.
Pyrrhus veut fe juftifier en difant qu'Achille
aima comme lui . Ulyffe lui repart
qu'il n'aima point aux dépens de fa gloire ,
& qu'il quitta tout pour elle. Il lui fait en
188 MERCURE DE FRANCE.
même tems une peinture pathétique de
l'état affreux où l'armée des Grecs fe trouve
réduite , ajoûtant qu'il va la joindre ,
& mourir fur le tombeau d'Achille , tandis
que fon fils refte tranquille à Lemnos
par l'amour. Ce trait réveille le
courage de Pyrrhus , & l'adroit Ulyffe pour
achever de le déterminer à le fuivre , lui
rapporte ainfi les dernieres paroles d'Achille
expirant , après qu'il l'eut arraché
lui-même des mains des Troyens .
enchaîné
Cher ami , me dit-il , cache-moi tes alarmes ;
Et laiffe- moi mourir parmi le bruit des armes. T
Par tes foins je fuis libre , & je refpire encor
Tu m'épargnes l'affront dont je flétris Hector.:
Que mon fils à jamais en garde la mémoire ,
Et te rende les foins que tu prens de ma gloire.
Sers-lui de pere , amis qu'il te ferve de fils . ' ; i
Voilà fes derniers voeux ; les avez-vous remplis
:
Pyrrhus eft prêt à partir , quand la préfence
de Sophie le retient il fe trouve
alors entre la gloire & l'amour, La premiere
foutenue par l'art d'Ulyffe , femble
d'abord l'emporter ; mais l'amour mieux
déféndu par les larmes de Sophie ', triomphe
enfin de Pyrrhus , & l'entraîne de fon
côté. Ce jeune héros en tournant les yeux
vers elle , s'écrie :
JUIN.
183 1755.
Quoi vous pleurez , courons à votre pere.
Il vole fur les pas de Sophie. Ulyffe fo
retire avec Démas , en difant que Pyrrhus
va fe perdre & combler le malheur de
Philoctete & de fa fille . Ce troifiéme Acte
eft d'une grande beauté .
Z Sophie commence le quatriéme Acte avec
Palmire fa gouvernante , & lui dit que fans
Pyrrhus les Grecs auroient furpris & enlevé
fon pere. Elle avoue avec cette ingé
nuité qui accompagne l'innocence , que
ce jeune héros lui a déclaré qu'il l'adoroit
, & qu'elle y a été fenfible par reconnoiffance
pour
le fervice qu'il a rendu à
fon pere. Palmire l'avertit de redouter les
effets de fa beauté . Je n'ai pas oublié , lui
répond Sophie , vos fages leçons.
Hélas ! cette beauté , ce charme fouverain ;
Dont le fexe s'honore , & qui le rend fi vain
Si la vertu n'en fait un ornement célefte ,
Eft , des Dieux irrités , le don le plus funefte.
" Philoctete arrive , & dit à fa fille qu'il
faut fauver l'honneur d'un pere infortuné ,
& lui remet un poignard. Sophie lui demande
quel ufage elle en doit faire : il répond
qu'il a vécu comme Hercule , &
qu'il veut mourir de même , ajoutant que
Le poifon peut encore lui porter une at
190 MERCURE DE FRANCE.
teinte , que les Grecs pourroient faifir, ce
moment pour le charger de fers , & qu'elle
doit le fouftraire à leur fureur , en faisant
ce qu'Hercule exigea de fon fils. Elle frémit
de commettre un parricide . Philoctete
defeſpéré de ce refus , s'écrie
s'écrie que dans
cette extrêmité il va lancer ces flèches redoutables
qui portent d'inévitables coups ,
& qu'il va commencer par Pyrrhus . Sophie
allarmée l'arrête , & lui apprend que
c'eft le fecours de Pyrrhus qui l'a dérobé à
l'audace des Grecs , & qu'elle en eft aimée.
Philoctete raffuré par l'amour de Pyrrhus
pour fa fille , la preffe de lui déclarer que
La flamme eft connue de fon pere , qui l'approuve
; mais que fi ce jeune guerrier ne
fe joint à lui pour les venger ,
elle rejette
avec dédain les offres de fa foi. Sophie le
lui jure , en lui difant tendrement qu'après
avoir partagé fa gloire , il eft jufte qu'elle
partage fon affront. Philoctete qui voit
venir Pyrrhus, rentre dans fon afyle , & recommande
à Sophie d'éprouver le coeur de
fon amant.
Pyrrhus dit à Sophie qu'il a fait retirer
les foldats , mais qu'elle engage fon pere
à remplir leurs voeux ; que le falut public
doit être un de fes bienfaits,, & qu'il ofe à
çe motif preffant joindre l'intérêt de fon
amour. Elle lui répond que Philoctete eft
JUI N. 1755. 191*
·
inftruit de fes feux , qu'il confent que
l'hymen les couronne , mais qu'il veut que
ces noeuds foient formés dans fes états .
Pyrrhus lui réplique en foupirant , que la
Grece l'implore , & qu'il ne peut l'abandonner,
Elle l'interrompt en lui difant que
puifque l'intérêt de fon pere & le fien lui
font moins chers que celui des Atrides ,
elle rend à fon amour les fermens qui le
lient. Seigneur , ajoute- t -elle ':
Plus grands dans nos deferts que vous ,
trône ,
fur votre
L'honneur nous tiendra lieu de fceptre & de cou
ronne.
Partez , laiffez -nous feuls dans ces fauvages lieux
La vertų pour témoin n'a befoin que des Dieux..
Pyrrhus lui fait entendre que Philoctete
a tout à craindre de la rage des Grecs. Sophie
répond que fa main va mettre un
frein à leurs droits prétendus , que fon
pere vient de l'armer d'un poignard , &
que fi les Grecs s'avançoient pour le pren
are , elle a juré de le plonger dans le coeur
de Philoctete
,› pour prévenir fa honte.
Pourriez-vous , lui dit Pyrrhus , verfer le
fang d'un pere ? elle s'écrie :
Que fçais-je leurs fureurs me ferviront de guid
des ? >
191 MERCURE DE FRANCE.
Un mortel fans honneur n'eſt plus qu'un monſtrë
affreux ,
Que tout autre homme abhorre , & qui craint
tous les yeux ;
Chaque regard l'infulte , & réveillant fa honte ;
De fon honneur perdu , lui redemande compte
Lui fait baiffer la vûe , & femble l'avertir
De fuir dans le tombeau qui devroit l'engloutir.
Pyrrhus frappé de ce tableau promet à
Sophie de périr plutôt mille fois que de
fouffrir que leurs foldats en viennent à
cette violence . Elle le quitte en lui re-.
commandant ainſi les jours de fon pere :
Etes-vous à l'abri du deſtin qui l'accable ›
Si les hommes , hélas ! réfléchiffoient fur eux ;
Ils répandroient des pleurs fur tous les malheu
reux.
Ulyffe vient apprendre à Pyrrhus que
les Troyens inftruits de l'oracle , ont profité
du tems de fon abſence pour attaquer
le camp , qu'ils font près de forcer fi luimême
ne vole au fecours des Grecs ; qu'ils
ont déja bleffé plufieurs chefs de l'armée
& qu'ils ont fouillé dans le tombeau d'Achille
, & difperfé les reftes de fon corps ,
qui font devenus la proie des chiens & des
vautours.
JUIN. 1755. 193
yautours. Pyrrhus devient furieux à cette
nouvelle , & veut voler au camp . Ulyffe
infifte alors pour enlever Philoctete , &
montre les foldats qui l'ont fuivi pour
cette exécution. Mais Pyrrhus s'écrie qu'ils
n'avancent point , que Philoctete eft armé
des traits du defefpoir , & que fa mort va
tromper leur eſpérance. Il termine le quatriéme
acte , en difant qu'il va tenter un
dernier effort auprès du pere de Sophie ,
& qu'après il s'abandonne tout entier aux
confeils d'Ulyffe.
Pyrrhus paroît d'abord feul au cinquiéme
acte , & dit à Ulyffe qui furvient , qu'il
n'a pu fléchir Philoctete. Le Roi d'Itaque
lui montre l'arrêt que la Grece a dicté contre
ce guerrier indomptable. Pyrrhus lui
repréfente qu'en livrant Philoctete à la
mort on venge la patrie , mais qu'on ne
la fauve pas. Ulyffe répond qu'avant
d'exécuter l'arrêt , il veut tout effayer , &
qu'il veut voir Philoctete , qui arrive dans
ce moment avec Sophie. C'eft ici cette admirable
fcene qui forme non feulement
un dénouement des plus heureux , mais
qui fait encore elle feule un des plus beaux
cinquiémes actes qui foient au théâtre :
il faudroit la tranfcrire toute entiere pour
en faire fentir toutes les beautés . Philoctete
à l'afpect d'Ulyffe s'écrie dans fa fu-
II.Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
reur qu'on lui rende fes armes. Ce der
nier lui donne les fiennes. Philoctete veut
l'en percer , mais Pyrrhus l'arrête . Ce
guerrier les brave par ces deux vers , dont
le dernier eft digne de Corneille :
Un oracle accablant vous à glacés d'effroi.
Vous vous trouvez preffés entre les Dieux & moi.
Ulyffe lui dit de ne punir que lai , &
d'avoir pitié de fa patrie :
Graces à mon exil , cruel je n'en ai plus ,
Lui répond Philoctete :
•
Je voue à vos fureurs les Grecs que je détefte ;
Dieux ! épargnez Pyrrhus & foudroyez le refte .
Le fils d'Achille eſt révolté de cette imprécation
; mais Ulyffe combat alors Philoctete
avec tous les traits de fon éloquen-.
ce. Il l'attaque par fon foible , c'eſt - à- dire
par l'endroit le plus fenfible à fa gloire.p
Vous ofez (lui dit- il ) confpirer contre votre pays...
Quand un homme a formé ce projet parricide ,
On dévoue aux tourmens ce citoyen perfide :
Son opprobre s'attache aux flancs qui l'ont posté ,
Et fa honte le fuit dans fa poftérité .
A fes concitoyens fon nom eft exécrable ;
On recherche avec foin les traces dy coupable.
JUIN. 1755. 195
Rebut de l'univers , à foi- même odieux :
Il vit errant , fans loix , fans amis & fans Dieux.
Son fupplice aux mortels offre un exemple horri
ble ;
Le tombeau lui refuſe un afyle paifible ,
Et la terre abandonne aux monftres dévorans ,
De fon corps déchiré , les reftes expirans.
Ses manes agités d'une éternelle rage ,
En vain parmi les morts fe cherchent un paffage ;
L'enfer même l'enfer fe rend fourd à fes cris.
Si vous l'ofez , cruel , vengez - vous à ce prix.
Philoctete eft effrayé de cette image.
Ulyffe pour achever de le defarmer , &
pour frapper le dernier coup , preffe Pyrrhus
de partir. Renvoyez , dit - il , des
vaiffeaux qui puiffent tranfporter ce héros
par-tout où il voudra aller :
Maître du fort des Grecs , qu'il le foit de lui- mê
me.
Emmenez tous nos Grecs ; je refte près de lui.
Philoctete à ces mots s'écrie :
Ulyffe près de moi ! retire-toi barbare .
Ulyffe lui fait cette réplique admirable ,
qui le met pour ainfi dire au pied du mur .
Si votre coeur pour moi ne peut être adouci ,
Suivez les Grecs , Seigneur , & me laiffez ici.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Philoctete à ce trait demeure interdit.
Sa fille fe joint à Ulyffe , & embraſſe ſes
genoux pour le fléchir . Ce guerrier attendri
par les larmes de fa fille , céde à cette
derniere inftance . Il lui facrifie fon reffentiment
, conſent de l'unir à Pyrrhus , &
termine la piece en difant :
Le Ciel m'ouvre les yeux fur la vertu d'Ulyffe ,
Et femble m'annoncer la fin de mon fupplice :
En marchant fur les pas au rivage Troyen ,
Nous fuivrons le grand homme & le vrai citoyen.
On ne peut pas conduire ni dénouer
une piece avec plus d'art. Que M. de Châteaubrun
a tiré fur tout un heureux parti
de l'épifode de Sophie ! 'que fon Ulyffe eft
beau ! & que M. de la Noue l'a bien
rendu !
Ulyffe & Pyrrhus accompagnés de Démas
, ouvrent la fcene , qui eft dans l'ifle
de Lemnos , à vue de la caverne qui fert
de retraite à Philoctete . Le premier dit au
fils d'Achille , que Philoctete refpire dans
ce defert affreux , & que les Grecs ne peuvent
triompher de Troye fans le bras de ce
guerrier , uni à la valeur de Pyrrhus. Les
Dieux l'ont déclaré par la bouche de Calchas'
; cet Oracle eft un arrêt dont on ne
peut appeller. Si Philoctete n'eft ramené
JUIN. 1755. 181
dans l'armée , elle va périr dans l'opprobre
& dans la mifere. Pyrrhus impatient veut
courir vers Philoctete , mais Ulyffe le retient
, & l'inftruit du jufte courroux de ce
Prince contre les Grecs . Il lui apprend que
dès les premiers jours du fiége d'Ilion ,
Un Troyen le bleffa d'un dard envenimé
Par d'horribles douleurs le poiſon ſe déclare :
Mais fon ardeur s'éteint dans un profond fommeil,
Et jamais la douleur ne fuccéde au réveil.
A peine ce guerrier revoit-il la lumière ,
Qu'il retrouve fa voix &. fa force premiere ;
Jufqu'à d'autres accès fans ceffe renaiſſans ,
L'art épuifa fur lui fes fecours impuiffans.
Ce mal cruel rendit Philoctete fi farouche
qu'il devint infupportable à tous les
chefs , & particulierement aux Atrides
qu'il accabloit de reproches amers. Le Roi
d'Itaque , pour les en délivrer , joua le mécontent,
engagea Philoctete à le fuivre dans
l'ifle de Lemnos où il feignit de fe retirer ,
& l'abandonna feul dans ce defert pendant
fon fommeil. Ulyffe , après ce récit
recommande à Pyrrhus de ne pas le nommer
il lui confeille , pour arracher ce héros
de fa retraite , de feindre que la tempête
l'a pouflé fur ce rivage , qu'il à quitté
182 MERCURE DE FRANCE.
le camp des Grecs , & qu'il retourne à Scyros
, révolté contre un fiége fi lent , & indigné
de l'avarice fordide des chefs qui
ont fruftré fa valeur de fes droits . Pyrrhus
réfifte d'abord à ce confeil , la feinte répugne
à fon grand coeur ; mais Ulyffe lui
en fait fentir la néceffité & s'éloigne
pour le laiffer agir .
›
Pyrrhus refte avec Démas , & s'écrie en
jettant les regards fur l'entrée de la caverne
,
Mon oeil foutient à peine
Cet horrible tableau de la miſere humaine ;
Quelques vafes groffiers que le befoin conftruit ,
Des feuilles , des lambeaux qui lui fervent de lit.
Il voit fortir du fond de cet antre fauvage
une jeune beauté ; il eft frappé de
fes charmes , il l'aborde , & apprend d'elle
que fon nom eft Sophie , & qu'elle eft la
fille de Philoctete. Så tendreffe l'a conduite
dans cette ifle déferte pour y partager
le malheur de fon pere ; elle y aborda par
un naufrage. Nous allions périr , dit- elle ,
Hercule nous fecourut .
Il retint dans nos coeurs notre ame fugitive ,
Et fon bras bienfaiſant nous pouffa fur la rive.
Nous appellons mon pere , il s'avance vers nous.
Que n'éprouvai -je point dans un moment fi doux !
Avec quelle tendreffe il efluya mes larmes ↓
JUIN.
183 1755.
Combien für mon état témoigna-t- il d'allarmes !
Quels mouvemens confus de joie & de pitié ,
De fanglots mutuels qu'exhaloit l'amitié !
Les périls de la mer , mes craintes , ma mifere ,
J'oubliai tout , Seigneur , en embraffant mon pere
;
Voilà le langage naïf de la nature. Les
vers les plus pompeux valent - ils ceux
qu'elle infpire ? Cette fimplicité charmante
qui rend fi bien le fentiment , n'eſtelle
pas la vraie éloquence ? Pyrrhus témoigne
le defir qu'il a de voir Philoctete
Sophie répond, qu'armé d'un arc qui pourvoit
à leur fubfiftance , il erre dans les
bois , & qu'elle va le chercher. Pyrrhus
devant Démas fait éclater pour Sophie une
pitié qui laiffe entrevoir le premier trait
de l'amour. Démas lui repréfente qu'il ne
doit s'occuper que du foin de rendre Philoctete
aux Grecs prêts à périr.
Philoctete paroît avec Sophie , & marque
fa furprife à Pyrrhus , qu'il n'a jamais
vu , de le voir dans des lieux fi fauvages.
11 exprime en même tems fon reffentiment
contre les chefs de la Grece , & leur ingratitude
, par ces deux vers juftement applaudis
,
Les bienfaits n'avoient pu m'attacher les Atrides
:
Je fous apprivoifer jufqu'aux monftres avides.
184 MERCURE DE FRANCE.
Pyrrhus fe nomme ; Philoctere montre
une joie très- vive de voir en lui le fils
d'Achille dont il a toujours été l'ami ; mais
apprenant la mort de ce héros par la bouche
de fon fils , il s'écrie avec douleur
2
Achille eft mort , grands Dieux , & les Atrides
vivent
! Y
7 25377
Pyrrhus s'offre à conduire Philoctete &
fa fille dans leur patrie. Ce guerrier y
confent ; mais dans le moment qu'il veut
partir , il eft arrêté par un accès de fon
mal , qui l'oblige à rentrer dans fon antre
, & qui termine le premier acte. Y
101-20
Pyrrhus ouvre le fecond acte par ce beau
monologue , qui peint avec des couleurs
fi touchantes l'état de mifere & de douleur
où il vient de voir Philoctete dans la
caverne , ayant près de lui fa fille qui arrofoit
fes mains de larmes. Quel contraſte ,
dit- il , avec l'éducation qu'on nous donne !
p , cody courqu
"P
On écarte de nous juſqu'à l'ombre des maux
On n'offre à nos regards que de fiants tableaux
Pour ne point nous déplaire , on nous cache à
nous - mêmes ; ovo zng , ol mbase C
On ne nous entretient que de grandeurs fupre
-kot mes.unim un saciera'n aistroid as S11
On ajoûte à nos noms des noms ambitieux :
Autant que l'on le peut on fait de nous des Dieur.
JUIN.
185
1755 .
Victimes des flateurs , malheureux que nous fom
mes ,
Que ne nous apprend-t-on que les Rois font des
hommes !
·Démas furvient ; il exhorte Pyrrhus à
diffimuler encore pour engager Philoctete
à partir. La générofité de Pyrrhus attendri
s'en offenfe , & marque un vrai remords
d'avoir employé la feinte . Philoctete paroît
avec Sophie , & veut fe rendre au rivage.
Pyrrhus l'arrête. Philoctete furpris , lui en
demande la raifon . Le fatal fecret échappe
de la bouche du fils d'Achille, qui rougit de
commettre une perfidie , & lui déclare
qu'il le méne aux Atrides . A cet aveu le Roi
d'Eubée devient furieux. Pyrrhus l'inftruit
de la pofition des Grecs , & du befoin
qu'ils ont de fon bras pour renverfer
Troye , & s'arracher à une mort honteuſe ;
il le preffe en même tems d'immoler fon
reffentiment au falut de l'Etat. Philoctete
refufe de fe rendre , & fait des imprécations
contre Ulyffe & les autres chefs. Pyrrhus
lui répond , qu'il ne peut fe venger plus
noblement d'eux qu'en faifant triompher
fa patrie , & qu'en voyant Agamemnon
lui-même ramper à fes pieds. Philoctete
perfifte à ne point prêter fon fecours au
Roi d'Argos ; mais il propofe à Pyrrhus
186 MERCURE DE FRANCE.
d'aller combattre avec leurs foldats , & d'a
voir feuls la gloire de vaincre les Troyens.
Pyrrhus approuve ce parti ; mais comme il
entend du bruit , il s'éloigne avec Philoctete.
Démas qui les écoutoit , veut inftruire
Ulyffe du projet que ces deux guerriers
viennent de former ; mais le Roi d'Itaque
lui dit que les Grecs cachés avec lui fous
un rocher l'ont entendu , qu'ils ont réſolu
de les en punir ; & que s'il n'eût retenu
leur fureur , ils alloient fondre fur eux &
les immoler. Démas ajoûte qu'il craint encore
plus la fille que le pere . Ulyffe lui en
demande la raifon ; l'autre lui répond
que Pyrrhus adore Sophie."
›
Ulyffe en paroit allarmé , & quitte la
fcene en difant qu'il va voir avec les
Grecs ce qu'on doit oppofer à ce fatal
amour qui peut tout détruire.
I
Ulyffe ouvre le troifieme acte avec Démas.
Il tient un papier à la main , & dit à
Démas que les Grecs veulent entraîner
au camp Philoctete mort ou vivant , que
tel eft l'arrêt qu'ils viennent de figner ; &
que fi ce Prince refifte , ils veulent exterminer
fa famille , & faire fubir à fa fille
le fort d'Iphigénie . Ulyffe craint que Pyrrhus
ne prenne leur défenſe ; mais Démas
lui répond que fa résistance fera vaine , &
JUIN 1755. 187
que les Grecs viennent d'envelopper Philoctete
de toutes parts:
Pyrrhus paroît ; Ulyffe le preffe de partir
fans Philoctete , en difant qu'il ne veut
pas lui-même qu'on emmene ce guerrier au
camp . Pyrrhus s'excufe fur la pitié. Ulyffe
lui dit que la pitié dont il eft ému , n'eft
qu'un amour déguifé. Le premier répond
que l'amour n'eft pas un crime. Non , réplique
le Roi d'Itaque ,
Quand élevant le coeur , loin de l'humilier ,
Aux régles du devoir l'amour fçait le plier ,
Et ne l'enyvre point de fon poifon funefte :
Il eft fublime alors , la fource en eft céleste ,
Et c'eſt de cet amour que les Dieux font heureux.
Mais , Seigneur , quand l'amour , le bandeau fur
les yeux ,
Enchaîne le devoir aux pieds d'une maîtreffe ,
A des coeurs généreux n'infpire que foibleffe ,
Tient fous un joug d'airain leur courage foumis ,
Leur fait facrifier gloire , patrie , amis ,
Et des droits les plus faints rompt le noeud légitime
;
Alors , Seigneur , alors cet amour eft an crime.
Pyrrhus veut fe juftifier en difant qu'Achille
aima comme lui . Ulyffe lui repart
qu'il n'aima point aux dépens de fa gloire ,
& qu'il quitta tout pour elle. Il lui fait en
188 MERCURE DE FRANCE.
même tems une peinture pathétique de
l'état affreux où l'armée des Grecs fe trouve
réduite , ajoûtant qu'il va la joindre ,
& mourir fur le tombeau d'Achille , tandis
que fon fils refte tranquille à Lemnos
par l'amour. Ce trait réveille le
courage de Pyrrhus , & l'adroit Ulyffe pour
achever de le déterminer à le fuivre , lui
rapporte ainfi les dernieres paroles d'Achille
expirant , après qu'il l'eut arraché
lui-même des mains des Troyens .
enchaîné
Cher ami , me dit-il , cache-moi tes alarmes ;
Et laiffe- moi mourir parmi le bruit des armes. T
Par tes foins je fuis libre , & je refpire encor
Tu m'épargnes l'affront dont je flétris Hector.:
Que mon fils à jamais en garde la mémoire ,
Et te rende les foins que tu prens de ma gloire.
Sers-lui de pere , amis qu'il te ferve de fils . ' ; i
Voilà fes derniers voeux ; les avez-vous remplis
:
Pyrrhus eft prêt à partir , quand la préfence
de Sophie le retient il fe trouve
alors entre la gloire & l'amour, La premiere
foutenue par l'art d'Ulyffe , femble
d'abord l'emporter ; mais l'amour mieux
déféndu par les larmes de Sophie ', triomphe
enfin de Pyrrhus , & l'entraîne de fon
côté. Ce jeune héros en tournant les yeux
vers elle , s'écrie :
JUIN.
183 1755.
Quoi vous pleurez , courons à votre pere.
Il vole fur les pas de Sophie. Ulyffe fo
retire avec Démas , en difant que Pyrrhus
va fe perdre & combler le malheur de
Philoctete & de fa fille . Ce troifiéme Acte
eft d'une grande beauté .
Z Sophie commence le quatriéme Acte avec
Palmire fa gouvernante , & lui dit que fans
Pyrrhus les Grecs auroient furpris & enlevé
fon pere. Elle avoue avec cette ingé
nuité qui accompagne l'innocence , que
ce jeune héros lui a déclaré qu'il l'adoroit
, & qu'elle y a été fenfible par reconnoiffance
pour
le fervice qu'il a rendu à
fon pere. Palmire l'avertit de redouter les
effets de fa beauté . Je n'ai pas oublié , lui
répond Sophie , vos fages leçons.
Hélas ! cette beauté , ce charme fouverain ;
Dont le fexe s'honore , & qui le rend fi vain
Si la vertu n'en fait un ornement célefte ,
Eft , des Dieux irrités , le don le plus funefte.
" Philoctete arrive , & dit à fa fille qu'il
faut fauver l'honneur d'un pere infortuné ,
& lui remet un poignard. Sophie lui demande
quel ufage elle en doit faire : il répond
qu'il a vécu comme Hercule , &
qu'il veut mourir de même , ajoutant que
Le poifon peut encore lui porter une at
190 MERCURE DE FRANCE.
teinte , que les Grecs pourroient faifir, ce
moment pour le charger de fers , & qu'elle
doit le fouftraire à leur fureur , en faisant
ce qu'Hercule exigea de fon fils. Elle frémit
de commettre un parricide . Philoctete
defeſpéré de ce refus , s'écrie
s'écrie que dans
cette extrêmité il va lancer ces flèches redoutables
qui portent d'inévitables coups ,
& qu'il va commencer par Pyrrhus . Sophie
allarmée l'arrête , & lui apprend que
c'eft le fecours de Pyrrhus qui l'a dérobé à
l'audace des Grecs , & qu'elle en eft aimée.
Philoctete raffuré par l'amour de Pyrrhus
pour fa fille , la preffe de lui déclarer que
La flamme eft connue de fon pere , qui l'approuve
; mais que fi ce jeune guerrier ne
fe joint à lui pour les venger ,
elle rejette
avec dédain les offres de fa foi. Sophie le
lui jure , en lui difant tendrement qu'après
avoir partagé fa gloire , il eft jufte qu'elle
partage fon affront. Philoctete qui voit
venir Pyrrhus, rentre dans fon afyle , & recommande
à Sophie d'éprouver le coeur de
fon amant.
Pyrrhus dit à Sophie qu'il a fait retirer
les foldats , mais qu'elle engage fon pere
à remplir leurs voeux ; que le falut public
doit être un de fes bienfaits,, & qu'il ofe à
çe motif preffant joindre l'intérêt de fon
amour. Elle lui répond que Philoctete eft
JUI N. 1755. 191*
·
inftruit de fes feux , qu'il confent que
l'hymen les couronne , mais qu'il veut que
ces noeuds foient formés dans fes états .
Pyrrhus lui réplique en foupirant , que la
Grece l'implore , & qu'il ne peut l'abandonner,
Elle l'interrompt en lui difant que
puifque l'intérêt de fon pere & le fien lui
font moins chers que celui des Atrides ,
elle rend à fon amour les fermens qui le
lient. Seigneur , ajoute- t -elle ':
Plus grands dans nos deferts que vous ,
trône ,
fur votre
L'honneur nous tiendra lieu de fceptre & de cou
ronne.
Partez , laiffez -nous feuls dans ces fauvages lieux
La vertų pour témoin n'a befoin que des Dieux..
Pyrrhus lui fait entendre que Philoctete
a tout à craindre de la rage des Grecs. Sophie
répond que fa main va mettre un
frein à leurs droits prétendus , que fon
pere vient de l'armer d'un poignard , &
que fi les Grecs s'avançoient pour le pren
are , elle a juré de le plonger dans le coeur
de Philoctete
,› pour prévenir fa honte.
Pourriez-vous , lui dit Pyrrhus , verfer le
fang d'un pere ? elle s'écrie :
Que fçais-je leurs fureurs me ferviront de guid
des ? >
191 MERCURE DE FRANCE.
Un mortel fans honneur n'eſt plus qu'un monſtrë
affreux ,
Que tout autre homme abhorre , & qui craint
tous les yeux ;
Chaque regard l'infulte , & réveillant fa honte ;
De fon honneur perdu , lui redemande compte
Lui fait baiffer la vûe , & femble l'avertir
De fuir dans le tombeau qui devroit l'engloutir.
Pyrrhus frappé de ce tableau promet à
Sophie de périr plutôt mille fois que de
fouffrir que leurs foldats en viennent à
cette violence . Elle le quitte en lui re-.
commandant ainſi les jours de fon pere :
Etes-vous à l'abri du deſtin qui l'accable ›
Si les hommes , hélas ! réfléchiffoient fur eux ;
Ils répandroient des pleurs fur tous les malheu
reux.
Ulyffe vient apprendre à Pyrrhus que
les Troyens inftruits de l'oracle , ont profité
du tems de fon abſence pour attaquer
le camp , qu'ils font près de forcer fi luimême
ne vole au fecours des Grecs ; qu'ils
ont déja bleffé plufieurs chefs de l'armée
& qu'ils ont fouillé dans le tombeau d'Achille
, & difperfé les reftes de fon corps ,
qui font devenus la proie des chiens & des
vautours.
JUIN. 1755. 193
yautours. Pyrrhus devient furieux à cette
nouvelle , & veut voler au camp . Ulyffe
infifte alors pour enlever Philoctete , &
montre les foldats qui l'ont fuivi pour
cette exécution. Mais Pyrrhus s'écrie qu'ils
n'avancent point , que Philoctete eft armé
des traits du defefpoir , & que fa mort va
tromper leur eſpérance. Il termine le quatriéme
acte , en difant qu'il va tenter un
dernier effort auprès du pere de Sophie ,
& qu'après il s'abandonne tout entier aux
confeils d'Ulyffe.
Pyrrhus paroît d'abord feul au cinquiéme
acte , & dit à Ulyffe qui furvient , qu'il
n'a pu fléchir Philoctete. Le Roi d'Itaque
lui montre l'arrêt que la Grece a dicté contre
ce guerrier indomptable. Pyrrhus lui
repréfente qu'en livrant Philoctete à la
mort on venge la patrie , mais qu'on ne
la fauve pas. Ulyffe répond qu'avant
d'exécuter l'arrêt , il veut tout effayer , &
qu'il veut voir Philoctete , qui arrive dans
ce moment avec Sophie. C'eft ici cette admirable
fcene qui forme non feulement
un dénouement des plus heureux , mais
qui fait encore elle feule un des plus beaux
cinquiémes actes qui foient au théâtre :
il faudroit la tranfcrire toute entiere pour
en faire fentir toutes les beautés . Philoctete
à l'afpect d'Ulyffe s'écrie dans fa fu-
II.Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
reur qu'on lui rende fes armes. Ce der
nier lui donne les fiennes. Philoctete veut
l'en percer , mais Pyrrhus l'arrête . Ce
guerrier les brave par ces deux vers , dont
le dernier eft digne de Corneille :
Un oracle accablant vous à glacés d'effroi.
Vous vous trouvez preffés entre les Dieux & moi.
Ulyffe lui dit de ne punir que lai , &
d'avoir pitié de fa patrie :
Graces à mon exil , cruel je n'en ai plus ,
Lui répond Philoctete :
•
Je voue à vos fureurs les Grecs que je détefte ;
Dieux ! épargnez Pyrrhus & foudroyez le refte .
Le fils d'Achille eſt révolté de cette imprécation
; mais Ulyffe combat alors Philoctete
avec tous les traits de fon éloquen-.
ce. Il l'attaque par fon foible , c'eſt - à- dire
par l'endroit le plus fenfible à fa gloire.p
Vous ofez (lui dit- il ) confpirer contre votre pays...
Quand un homme a formé ce projet parricide ,
On dévoue aux tourmens ce citoyen perfide :
Son opprobre s'attache aux flancs qui l'ont posté ,
Et fa honte le fuit dans fa poftérité .
A fes concitoyens fon nom eft exécrable ;
On recherche avec foin les traces dy coupable.
JUIN. 1755. 195
Rebut de l'univers , à foi- même odieux :
Il vit errant , fans loix , fans amis & fans Dieux.
Son fupplice aux mortels offre un exemple horri
ble ;
Le tombeau lui refuſe un afyle paifible ,
Et la terre abandonne aux monftres dévorans ,
De fon corps déchiré , les reftes expirans.
Ses manes agités d'une éternelle rage ,
En vain parmi les morts fe cherchent un paffage ;
L'enfer même l'enfer fe rend fourd à fes cris.
Si vous l'ofez , cruel , vengez - vous à ce prix.
Philoctete eft effrayé de cette image.
Ulyffe pour achever de le defarmer , &
pour frapper le dernier coup , preffe Pyrrhus
de partir. Renvoyez , dit - il , des
vaiffeaux qui puiffent tranfporter ce héros
par-tout où il voudra aller :
Maître du fort des Grecs , qu'il le foit de lui- mê
me.
Emmenez tous nos Grecs ; je refte près de lui.
Philoctete à ces mots s'écrie :
Ulyffe près de moi ! retire-toi barbare .
Ulyffe lui fait cette réplique admirable ,
qui le met pour ainfi dire au pied du mur .
Si votre coeur pour moi ne peut être adouci ,
Suivez les Grecs , Seigneur , & me laiffez ici.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Philoctete à ce trait demeure interdit.
Sa fille fe joint à Ulyffe , & embraſſe ſes
genoux pour le fléchir . Ce guerrier attendri
par les larmes de fa fille , céde à cette
derniere inftance . Il lui facrifie fon reffentiment
, conſent de l'unir à Pyrrhus , &
termine la piece en difant :
Le Ciel m'ouvre les yeux fur la vertu d'Ulyffe ,
Et femble m'annoncer la fin de mon fupplice :
En marchant fur les pas au rivage Troyen ,
Nous fuivrons le grand homme & le vrai citoyen.
On ne peut pas conduire ni dénouer
une piece avec plus d'art. Que M. de Châteaubrun
a tiré fur tout un heureux parti
de l'épifode de Sophie ! 'que fon Ulyffe eft
beau ! & que M. de la Noue l'a bien
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Résumé : EXTRAIT DE PHILOCTETE.
L'extrait de 'Philoctète' se déroule sur l'île de Lemnos, où Ulysse et Pyrrhus discutent de la nécessité de ramener Philoctète, un guerrier essentiel à la victoire contre Troie. Philoctète, abandonné sur l'île en raison d'une blessure empoisonnée incurable, est décrit comme farouche et insupportable. Ulysse conseille à Pyrrhus de feindre un naufrage pour approcher Philoctète sans éveiller sa méfiance. Pyrrhus rencontre Sophie, la fille de Philoctète, et apprend son histoire. Philoctète apparaît ensuite, exprimant son ressentiment contre les Grecs. Pyrrhus se propose de les conduire, lui et Sophie, dans leur patrie, mais un accès de douleur oblige Philoctète à rentrer dans sa caverne. Dans le second acte, Pyrrhus exprime sa pitié pour la misère de Philoctète. Ulysse révèle à Pyrrhus que les Grecs sont prêts à tout pour ramener Philoctète. Philoctète, furieux, refuse de se rendre aux Grecs. Pyrrhus propose alors de combattre avec lui contre les Troyens, sans les autres Grecs. Dans le troisième acte, Ulysse et Démas discutent de la manière de capturer Philoctète. Pyrrhus, partagé entre son amour pour Sophie et son devoir, finit par choisir l'amour. Sophie avoue à sa gouvernante qu'elle aime Pyrrhus. Dans le quatrième acte, Sophie révèle à Philoctète l'amour de Pyrrhus et son aide contre les Grecs. Philoctète accepte leur union à condition que Pyrrhus les aide à se venger. Pyrrhus, pressé par Sophie, accepte de rejoindre Philoctète pour combattre les Troyens, malgré les appels de la Grèce. Dans le cinquième acte, Ulysse montre à Philoctète un arrêt de mort dicté par la Grèce. Philoctète, face à Ulysse, exige ses armes mais est arrêté par Pyrrhus. Ulysse utilise son éloquence pour convaincre Philoctète de renoncer à sa vengeance, en lui décrivant les horreurs réservées aux traîtres. Touché par les larmes de sa fille Sophie, Philoctète cède et accepte de se réconcilier. La pièce se termine par l'union de Sophie et Pyrrhus, et Philoctète reconnaît la vertu d'Ulysse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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162
p. 216-228
MARIAGES ET MORTS.
Début :
Le 1 Février, François-Philibert de Bonvoust; Marquis de Prulay, fils de [...]
Mots clefs :
Mariage, Mort, Marquis, Comte, Fils, Fille, Lieutenant, Gouverneur, Capitaine, Seigneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES ET MORTS.
MARIAGES ET MORTS.
E 1 Février , François- Philibert de Bonvouft ;
>
Philibert de Bonvouft , Marquis de Prulay , Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes Dauphins , &
de Dame Marie de la Grange , fut marié le premier
Février à Damoifelle Marie, Louife-Françoife
Durey de Noinville , fille de Meffire Jacques-
Bernard Durey de Noinville , Maître des Requê
tes , & Préfident honoraire au Grand- Conſeil™, &
de Dame Marie-Françoife- Pauline de Simiane.
La cérémonie fut faite dans la Chapelle de l'hôtel
de Pons , par l'Evêque de Gap.
Jean-Paul -François de Noailles, Comte d'Ayen;
Gouverneur & Capitaine des Chaffes de S. Germain-
en-Laye en furvivance , époufa le 4 Février
Damoifelle Henriette- Anne- Louiſe Dagueffeau ,
fille de Meffire Jean-Baptiste-Paulin Dagueffeau
de Frefnes , Confeiller d'Etat ordinaire , & de
feue Dame Anne- Louife-Françoife Dupré . La
Bénédiction nuptiale leur fut donnée par l'Archevêque
de Rouen , dans la Chapelle de l'hôtel de
Machault. Le Comte d'Ayen eft fils de Louis de
Noailles , Duc d'Ayen , Chevalier des Ordres du
Roi , Lieutenant général des Armées de Sa Majefté
, Capitaine de la Compagnie Ecoffoife des
Gardes du Corps , Gouverneur de la Province de
Rouillon , en furvivance , Gouverneur & Capitaine
des Chaffes de S. Germain-en- Laye , & de
Catherine - Françoife - Charlotte de Coffé de
Briffac .
Meffire Simon-Claude Graſſin , Maréchal des
Camps & Armées du Roi , Lieutenant pour Sa
Majesté
JUILLET: 1755 : 217
Majefté , & Commandant des Ville & Citadelle de
Saint-Tropez , fut marié le 6 Mars en fecondes
nôces , à Damoiselle Marguerite- Françoiſe- Genevieve
de Vion de Teffancourt de Maiſoncelle ,
fille de feu Meffire René de Vion , Seigneur de
Teffancourt - Maifoncelle , & de Dame Marie-
Marguerite de la Salle .
Meffire Jofeph- Augufte le Camus , fils de Meffire
Barthélemi le Camus , Gouverneur de Mevoillon
, & de Dame Jeanne de Cauſans , fut marié
le 18 à Damoiſelle Antoinette-Nicole le Camus
, fille de Meffire Nicolas le Camus , Commandeur
des Ordres du Roi , & ci-devant Premier
Préfident de la Cour des Aydes .
Le 8 Avril , Meffire Jean- Baptifte- Calixte de
Montmorin , Marquis de Saint - Herem , Colonel
d'un Régiment d'Infanterie de fon nom , fut
marié à Damoiſelle Amable-Emilie- Gabrielle le
Tellier de Souvré , fille de Meffire François- Louis
le Tellier , Comte de Rebenac , Marquis de Souvré
, Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant
général des Armées de Sa Majesté , & Lieutenant
général pour le Roi dans les Provinces de haute
& balle- Navarre & de Bearn , Maître de la Garderobe
de Sa Majefté , & de feue Dame Jeanne-
Françoife Dauver des Marefts. La Bénédiction
nuptiale leur fut donnée dans la Chapelle de la
Congrégation de S. Sulpice , par l'Evêque d'Agen.
Leur contrat de mariage avoit été figné le 6 par
Leurs Majeftés & par la Famille royale . Le Marquis
de Saint-Herem eft fils de Mellire Jean-
Baptifte-François , Marquis de Montmorin , Lieutenant
général des Armées du Roi , & Gouverneur
de Fontainebleau , & de Dame Conſtance-Lucie
de Valois de Villette.
La Maiſon de Montmorin qui tire fon nom
K
218 MERCURE DE FRANCE.
d'une terre en Auvergne , doit être comptée par
mi les premieres de cette Province & les plus anciennes
du Royaume . Elle n'eft pas moins illuftre
par fes alliances que par fon ancienneté. Calixte I ,
Seigneur de Montmorin , qui vivoit fous le regne
du Roi Lothaire , & qui eft mentionné dans une
charte du Prieuré de Saucillange , avec Hugues
fon fils , eft le 9e ayeul de Geoffroi , Seigneur de
Montmorin , qui vivoit en 1417 , & qui de fa
femme Dauphine de Thinieres , eut pour fecond
fils Jacques de Montmorin , Seigneur de Saint-
Herem , du chef de fa femme Jeanne Gouge , dite
de Charpaigne , mere de Gilbert de Montmorin
qui d'Alix de Chalancon eut Jean de Montmorin ,
Seigneur de Saint-Herem , allié en 1490 à Marie
de Chazeron. Leur fils François de Montmorin ,
Gouverneur de la haute & baffe- Auvergne , eut de
Jeanne de Joyeufe , Gafpard de Montmorin
Gouverneur d'Auvergne après fon pere , & Jean ,
qui époufa Gabrielle de Murol , Dame du Broc
de Gignac , & de Saint-Bonnet. Leur fils Gafpard
de Montmorin , Seigneur de Saint- Herem , fut
allié à Claude de Chazeron , mere de Gilbert-
Gafpard de Montmorin , décedé le 27 Février
1660 , laiffant de Catherine de Caftille , François-
Gafpard & Edouard de Montmorin , qui ont formé
les deux branches qui fubfiftent aujourd'hui.
François-Gafpard , l'aîné fut grand Louvetier de
France en 1655 , Gouverneur & Capitaine des
Chaffes de Fontainebleau. Son fils Charles-Louis
de Montmorin , qui eut la furvivance de cette
derniere Charge , eft ayeul par fa femme Marie-
Genevieve Rioult de Douilly , du Marquis de
Montmorin qui donne lieu à cet article.
Voyez l'Hiftoire des Grands Officiers de la
Couronne , t, 8. p. 813 , & les Tablettes hiftori
ques , t. 4. P. 419.
JUILLET. 1753. 219
Meffire Charles- Adrien , Comte de Ligny , Vicomte
de Damballe , Meftre de Camp de Cavalerie
, époufa le 17 Avril Demoifeile Elifabeth-
Jeanne de la Roche de Rambures , fille de Meffire
Louis-Antoine de la Roche , Marquis de Rambures
, Maréchal des Camps & Armées du Roi , &
de Dame Elifabeth-Marguerite de Saint - Georges
de Verac. La Bénédiction nuptiale leur fut donnée
par l'Evêque de Meaux , dans la Chapelle
particuliere de l'hôtel de Rothelin . Le Comte de
Ligny eft veuf de Dame Reine -Magdeleine de
Hunolfthein.
Marie-François- Henri de Francquetot , Marquis
de Coigny , Meftre de Camp général des
Dragons de France , & Gouverneur de Choify- le-
Roi , fils de feu Jean- Antoine- François de Francquetot
, Comte de Coigny & de Dame Théreſe-
Jofephe-Corentine de Nevet , & petit- fils du Maréchal
de France de ce nom , fut marié le 21 à
Dame Marie-Jeanne-Olimpe de Bonnevie , Dame
des Ville & Marquifat de Vervins , veuve de
Louis- Augufte , Vicomte de Chabot.
Voyez les Tablettes hiftoriques , 3 part. p. 60, ´ .
& 4 part. p. 310.
>
Atmand , Marquis de Bethune Meftre de
Camp général de la Cavalerie , veuf de Dame
Marie-Edmée de Boullongne, a épousé le 22 Avril
Damoiselle Louife- Thérefe Crozat de Thiers , fille
de Meffire Antoine -Louis Crozat de Thiers , Brigadier
des Armées du Roi & Lecteur du cabinet
de Sa Majefté , & de Marie- Louife Auguftine de
Laval-Montmorenci . L'Evêque de Blois leur donna
la Bénédiction nuptiale dans la Chapelle du château
de Brunoy.
Meffire Jean- Fréderic de la Tour- Dupin de
Gouvernet , Comte de Paulin , Marquis de la
Kij
220 MERCURE DE FRANCE .
Roche- Chalais , Colonel dans le Corps des Gre
nadiers de France , a été márié le 24 à Demoiſelle
Cecile- Marguerite - Séraphine Guignot de Monconfeil,
fille de Meffire Etienne Guignot , Marquis
de Monconfeil , Lieutenant général des Armées
du Roi & Inspecteur général de l'Infanterie , &
de Dame Cécile Thérele Rioult de Curfay. Leur
contrat de mariage avoit été figné le 22 par leurs
Majeftés & par la Famille royale.
Meffire François de Laftic , Comte de Laſtic ;
Capitaine de Cavalerie dans le Régiment de Saint-
Jal , fut marié le 30 à Demoiſelle Anne Charron
de Menars , fille de feu Meffire Michel-Jean-
Baptifte Charron , Marquis de Menars , Brigadier
d'Infanterie , Capitaine des Chaffes de la Capitai
nerie de Blois & Gouverneur du Château de ladite
Ville , & de Dame Anne de Caftres de la
Rivierre. La Bénédiction nuptiale leur fut donnée
dans l'Eglife de Saint Sulpice , par l'Evêque de
Comminges. Le Comte de Laftic eft fils de Meffire
François , Marquis de Laftic , Maréchal des Camps
& Armées du Roi , & Lieutenant des Gardes du
Corps , & de Dame. Magdeleine- Héleine Camus
de Pontcarré. 1
Le a Mars eft mort à Paris Louis de Rouvroi §
Duc de Saint-Simon , Pair de France , Grand d'Eſpagne
de la premiere claffe , Chevalier des Ordres
du Roi, Vidame de Chartres, Gouverneur des Ville,
Château & Citadelle de Blaye , ainſi que du Fort
de Medoc , Grand Bailli & Gouverneur de Senlis
& du Pont Saint-Maxence. Ce Seigneur étoit âgé
de 30 ans. Il avoit été du Confeil de Régence &
Ambaffadeur extraordinaire du Roi en Eſpagne.
Par cette mort fe trouve éteinte la Duché-
Pairie de Saint-Simon , & la derniere branche de
l'illuftre Maifon de Rouvroi- Saint-Simon , n
JUILLET. 1733 : 221
reftant de cette branche Ducale que Marie-Chrif
tine -Chrétienne de Saint-Simon , fille unique de
Jacques-Louis de Rouvroi S.S mon , Duc de Ruffec ,
mort en 1746 , & de Catherine- Charlotte Thérefe
de Gramont , fille d'Antoine , Duc de Gramont.
Elle eft petite-fille du Duc dont nous annonçons
la mort & a époulé le 10 Décembre 1749 ,
Charles Maurice Grimaldi , appellé Comte de
Valentinois.
Il y a encore trois autres branches de la Maifon
de Saint-Simon , aînées de la Ducale. La premiere
fubfifte dans la perfonne de Claude , Bailli de
Saint-Simon , qui a été Général des Galeres de
Malthe en 1735 & 1736 , & de Claude de Saint-
Simon , Evêque de Metz , fon frere. La feconde
a pour chef Louis- Gabriel de Saint-Simon , Marquis
de Montbleru , veuf depuis le mois de Décembre
1753 , de Catherine-Marguerite Pineau
de Lucé , de laquelle il a quatre garçons & quatre
filles. La troifieme branche fubfifte dans cinq
garçons & une fille , enfans de Louis François de
Saint-Simon , Marquis de Sandricourt , Lieute
nant général des Armées du Roi , mort en 1749 .
& de Marie-Louife -Gabrielle de Gourgues , morte
en 1753:
Marie- Thérefe-Emmanuelle Cafimire- Genevie.
ve de Béthune , épouſe de Louis- Augufte Fouquer
de Belle- Ifle , Duc de Gifors , Pair & Maréchal de
France , Prince du S. Empire Romain , Chevalier
des Ordres du Roi & de l'Ordre de la Toifon d'or,
Gouverneur des Ville & Citadelle de Metz & du
pays Meflin , Commandant en chef dans les trois
Evêchés , frontiere de Champagne & pays de Luxembourg
, & Lieutenant général des Duchés de
Lorraine & de Bar , oft morte le 3 dans la 46€
année de fon âge.
"
Kiij
222 MERCURF DE FRANCE.
Dame Françci'e - Marie - Elifabeth Couvay ,
époufe de Louis Balb - Bertons Marquis de Crillon
, Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
mourut à Paris le 6 Mars âgée de 30.
Le Comte de Rohan , Chambellan , Grand
Ecuyer & Grand Veneur de l'Infant Duc de Parme
, eft mort à Parme le 77.Mars.
Diane- Henriette de Bafchi d'Aubaïs , épouse
de Jofeph de Montainard , Marquis de Montfrin ,
Comte de Souternon , eft morte le 18 au château
de Montfrin en Languedoc , dans fa 44° année.
Voyez Bafchi, 4. part. des Tablettes hiftoriques
, pag. 170 , 212 , 217 & 325. & Montainard ,
ibid. pag. 110 & 158 .
9
Meffire Matthieu-Henri Molé de Champlaftreux
fils de Meffire Matthieu-François Molé
fecond Préfident du Parlement , eft mort le 20 dans
La 7e année.
Catherine Charlotte - Thérefe de Gramont ,
venve de Jacques- Louis de Saint- Simon , Duc de
Ruffec , Pair de France, Vidame de Chartres, Chevalier
de la Toifon d'or , mourut en cette ville le 21
âgée de 48 ans. Elle avoit été mariée en premieres
nôces à Philippe- Alexandre , Prince de Bournonville
, mort en 1727. Elle étoit fille d'Antoine de
Gramont , Pair & Maréchal de France , Lieutenant
général de Navarre & de Bearn , Colonel du Régiment
des Gardes- Françoiſes , & de Marie- Chriftine
de Noailles.
Le fieur Jacques Molin , Médecin de la Faculté
de Montpellier , & l'un des Médecins confultans
da Roi , eft mort le 21 Mars âgé de 92 ans. Ses
lumieres , fon expérience & fes fuccès , l'ont fait
compter , avec juftice , au nombre des plus grands
Médecins de ce fiecle.
Meffire Nicolas -Alexandre de Ségur , Préfident
JUILLET. 1755. 223
honoraire du Parlement de Bordeaux , eft mort le
24 dans la cinquante-huitieme année de fon âge.
Meffire Pierre de Forges , Marquis de Châteaubrun
, eft mort le 28 en fon château de Château
vieux , âgé de 75 ans. Il laiffe deux fils & trois
filles de fon fecond mariage avec Dame Gabrielle
de la Marche , fille de Meffire François de la Marche
, Baron de Fins , & de feu Gabrielle de Montmorenci.
Augufte-Henri , Comte de Friefe , Maréchal
des Camps & Armées du Roi , Mestre de Camp
d'un Régiment de Cavalerie légere de fon nom ,
& Colonel - Lieutenant du Régiment de Madame
la Dauphine , mourut à Paris le 29 Mars âgé de 27 ans.
隔Meffire Guillaume Raffin d'Hauterive , Abbé
de l'Abbaye de Belleville , Ordre de Saint Auguftin
, Diocèfe de Lyon , eft mort le 31 dans la
78e année .
Le 2 Avril , Meffire Jofeph- Philibert d'Apchies ,
Comte de Vabres, des Deux Chiens & de la Baume,
Grand Sénéchal d'Arles , eft mort en cette ville
dans la 69 année de fon âge.
Dame Marie -Jofephe le Duc , veuve de Meffire
Jules , Marquis de Grave , eft morte le 6 Avril
âgée de 70 ans.
Dame Catherine -Félicité- Arnauld de Pompon
ne , veuve de Meffire Jean-Baptifte Colbert , Mar
quis de Torcy , Commandeur des Ordres du Roi ,
Miniftre & Secrétaire d'Etat , ayant le département
des Affaires étrangeres , & Surintendant des
Poſtes , mourut à Paris le 7 âgée de 77 ans.
Dame Marie-Magdeleine Camus de Pontcarré ,
veuve de Méffire Louis- Balthazard de Ricouart ,
Comte d'Herouville, mourut le 12 du même mois.
Meffire Jochim PEfpinette-le-Mairat , Seigneur
Kiiij
224 MERCURE DE FRANCE.
de Nogent , Préfident de la Chambre des Comp
ies , eft mort le 15 âgé de 74 ans.
Meffire Gabriel Tachereau de Baudry , Confeiller
d'Etat ordinaire & Intendant des Finances ,
mourut en cette ville le 22 âgé de 82 ans .
Meffire Jean-Baptifte de Francheville , Préfident
du Parlement de Bretagne , mourut le 29 âgé de
67 ans.
Meffire Jean Bart , Vice-Amiral , Grand- Croix
de l'Ordre royal & militaire de Saint Louis , eſt
mort à Dunkerque fur la fin d'Avril .
Le 4 Mai , Meffire Nicolas Malezieu , Major
de Carabiniers , fils de Meffire Pierre de Malezieu,
Commandeur de l'Ordre royal & militaire de
S. Louis & Lieutenant général des Armées du
Roi , & de Dame Marthe Stoppa , mourut à Paris
dans la 34 année de fon âge.
Don Manuel Gallevon , Comte de la Cerda
Commandeur de l'Ordre de Chrift , & Envoyé
extraordinaire du Roi de Portugal auprès de Sa
Majefté , mourut le 9 en cette ville âgé de ao
ans.
Meffire Charles -Louis de Biaudos , Comte de
Cafteja , Maréchal des Camps & Armées du Roi
Gouverneur de Toul & de Saint-Dizier , ci devant
'Ambaffadeur de Sa Majeſté en Suede , eft mort le
10 dans la 72 ° année de fon âge.
Dame Marie-Françoiſe - Victoire de Verthamon,
veuve de Meffire Louis de Perruffe , Comte
d'Efcars , Lieutenant général pour le Roi au Gouvernement
du haut & bas Limoufin , mourut le
12 au château d'Eſcars , dans la 72º année de fon
âge.
Jean-Marie de Bourbon , Duc de Châteauvi
Jain , fils de Louis-Jean- Marie de Bourbon , Duc
de Penthievre , & de feue Marie- Thétefe- Félicité
JUILLET. 1753. 223
'Eft , Princeffe de Modene , mourut le 19 à Paris,
âge de fix ans , fix mois & deux jours.
Mre Marc-René des Ruaux de Rouffiac , Abbé
de l'Abbaye de Notre-Dame de Sellieres , Ordre
de Citeaux , Diocèfe de Troyes & Vicaire Général
de l'Evêché de Sarlat , mourut à Versailles le
25 dans fa quarante- cinquième année.
Meffire Pierre-Emmanuel , Marquis de Roqué-
Jaure , eft mort dans le mois de Mai , dans fon
château en Auvergne , âgé de quatre - vingt - deux
ans.
Meffire Samuel de Meherenc , Comte de Varennes
, l'un des Lieutenans de Roi dans la Province
de Flandres , Lieutenant pour Sa Majesté &
Commandant au Gouvernement de Béthune , eſt
mort en Normandie dans fa foixante- dix- huitieme
année.
L'Eglife de France vient de perdre un Prélat digne
des premiers temps. Son nom manque à la
તે
lifte des Princes de l'Eglife , dont la pourpre eut
reçu un nouvel éclat , s'il en eut été décoré,
Henri-François -Xavier de Bel unce de Caftelmoron
, étoit né en Décembre 1671. Il entra dans
la Société des Jéfaites en Septembre 1691 , il en
fortit pour être grand-Vicaire de l'Evêque d'Agen ;
il fut nommé à l'évêché de Marfeille en 1709 , &
facré à Paris en1710pendant l'affemblée du Clergé
à laquelle il étoit député en qualité de fuffragant
de la province d'Arles, La pefte arrivée à Marfeille
en 1720 , & qui dura toute l'année 1721. fit éclater
fa charité , fon courage & fon zèle , & nous fit voir
un fecond Charles- Boromée. M. le Régent ne tarda
pas à récompenfer tant de vertus , en le nommant
le 16 Octobre 1723 à l'Evêché de Laon , feconde
pairie du royaume. Il en étoit d'autant plus
digne qu'il refufa ce nouvel honneur pour fe
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
conferver tout entier à fon troupeau pour lequel
'il avoit facrifié fes biens , & tant de fois expofé fa
vie. Il continua de vieillir dans les travaux apoftoliques
, parcourant fon diocèfe en fimple miffionnaire
, & verfant partout avec profuſion ſes inftructions
& fes aumônes. Clément XI . lui envoya
le pallium , & l'honora de plufieurs brefs : ce Pape
mourut au moment où il alloit le faire cardinal :
on ne doit pas omettre que ce Prélat a refufé depuis
l'archevêché de Bordeaux. Il eft mort le 4
Juin , au même jour où la ville de Marfeille renouvelle
tous les ans la confécration qu'il fit pendant
les horreurs de la pefte , de lui & de tout fon
peuple au facré coeur de Jefus. Les regrets de tous
les habitans de cette ville , & les honneurs rendus
à cet illuftre Prélat , éterniferont à jamais fa mémoire
& leur reconnoiffance .
Sa Maiſon eft trop connue pour entrer ici dans
un grand détail : originaire de Navarre , & portant
dans fes armes depuis un tems.immémorial
celles de Bearn , elle fe perd dans les tems les plus
reculés. La fuite non interrompue des ancêtres de
M. de Marſeille , remonte à un Guillaume de Bel
funce , Vicomte de Macaye qui tefta en 1209. Les
Seigneurs de Belfunce font en poffeffion du titre
de Vicomtes depuis le douzieme fiecle. Les chroniques
de Bayonne rapportent l'entrepriſe d'un
cadet de Belfunce qui combattit un monftre à trois.
têtes , & qui fut écrafé par ce monftre après l'avoir
tué. L'événement fabuleux ou véritable en eft
confervé par ce qui fe voit dans leurs armes : c'eſt
un dragon qu'ils ont ajouté à leur écu par la permiffion
du Roi de Navarre Charles III , dit le
Noble. Ils poffederent les premieres charges dans
la maifon des Rois de Navarre. Le titre de Ricombre
qui répond à celui de haut & puiſſant SeiJUILLET.
1755. 227
gneur , fut concédé à Guillaume-Arnaud de Bel-
Tunce par le Roi Charles II , dit le Mauvais , &
parmi les maifons de Navarre établies , en France
, on ne connoît que celles de Grammont de
Luxe & de Belfunce qui foient parvenues à cette
dignité. Les illuftres alliances que les feigneurs
de Belfunce ont contractées , foit par des filles,
données , foit par des filles reçues en mariage ,
répondent bien à la nobleffe de cette maifon. Elle
eft alliée aux maifons de Grammont , d'Efchau
d'Armindaris , d'Arambure , d'Urtubre de Luxe ,
de Montmorency - Luxembourg , Gontaud de
Saint -Geniès , de Foix , de Navailles , d'Elbeuf ,
Pompadour , Rothelin , de Leffe du Coudrai proche
parent de Georges Duc de Virtemberg , Caumont-
la-Force , Montalambert -Moubaux , Beaumont
des Junies , la Lane , Fumel de Monfegur
d'Albret , de Tallerant , de Montp fat , de Goth ,
maifon du Pape Clement V. de Bourdeille , Caf
telnau de Clermont - Lodeve , Pardaillant , de
Rye-Rouffy , de la Rochefoucault , Candale de
Foix , Gontaud-Biron , d'Aydie de Riberac , Théobon
, de Pons , Fumel , Beaupoil - Saint - Aulaire ,
Harcourt -Beuvron , de Chapt de Raftignac , Dur
fort de Duras , de Bearn de Braflac , &c.
"
Il ne refte de la branche de M. l'Evêque de
Marſeille que le Marquis de Belfunce de Caftelmoron
fon petit neveu , fils de feu Antonin Armand
, Comte de Belfunce , Grand Louvetier de
France , & d'Alexandrine- Charlotte Sublet d'Heudicourt
& petit-fils de Charles- Gabriel de Belfance
, Marquis de Caftelmoron , &c. Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes Bourguignons , Lieuten
ant général des armées du Roi , Gouverneur &
Sé échal des provinces d'Agenois & Condommois ,
& de Cécile- Genevieve de Fontanicu. 3
Kvi
228 MERCURE DE FRANCE.
Le chef de la branche aînée de cette maifon , eft
'Armand , Vicomte de Belfunce , Colonel du régiment
de ce nom.
Louis-François- Alexandre Savary , Seigneur &
Marquis de Lancofme , Chevalier de l'Ordre
royal & Militaire de Saint Louis , ci - devant
capitaine de Grenadiers Grenadiers au Régiment de
Richelieu , eft décédé le 12 Juin 1755 , dans
fon Château de Lancofme en Touraine , âgé de
foixante ans , il étoit chef du nom & armes de
Savary, & avoit épousé par contrat de mariage du
9 Janvier 1725 , damoiſelle Marie- Anne de Vaillant
, fille de Meffire François de Vaillant , Chevalier,
Seigneur d'Avignon , & de Dame Margue
rite de la Bouchardiere , dont font iffus trois fils
fçavoir ,
*
Louis-Jean-Baptifte Savary , Seigneur & Marquis
de Lancofne , Capitaine dans le régiment de
Bourgogne , cavalerie, marié à Damoiſelle Louiſe-
Renée de Roncée.
Louis-Alexandre Savary-Lancofme , chevalier
'de Malthe.
Louis-François Savary-Lancofme , Prêtre , Bathelier
de la Faculté de Théologie de Paris , à la
fin de fa Licence.
Ily a une autre branche de la maifon de Savary,
connue depuis 200 ans fous le nom de Bréves , de
laquelle est aîné Paul- Louis-Jean - Baptifte-Camille
de Savary-Breves , appellé le Marquis de Jarzé ,
parce qu'il a hérité du Marquifat de Jarzé en Anjou
dans la fucceffion collatéralle de Marie- Urbain-
René du Pleffis , Marquis de Jarzé , décédé
fans enfans .
Voyez à l'article des Morts & mariages du fe-
Bond volume de Juin , il y eft parlé très au long des
deux branches de cette maison,
E 1 Février , François- Philibert de Bonvouft ;
>
Philibert de Bonvouft , Marquis de Prulay , Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes Dauphins , &
de Dame Marie de la Grange , fut marié le premier
Février à Damoifelle Marie, Louife-Françoife
Durey de Noinville , fille de Meffire Jacques-
Bernard Durey de Noinville , Maître des Requê
tes , & Préfident honoraire au Grand- Conſeil™, &
de Dame Marie-Françoife- Pauline de Simiane.
La cérémonie fut faite dans la Chapelle de l'hôtel
de Pons , par l'Evêque de Gap.
Jean-Paul -François de Noailles, Comte d'Ayen;
Gouverneur & Capitaine des Chaffes de S. Germain-
en-Laye en furvivance , époufa le 4 Février
Damoifelle Henriette- Anne- Louiſe Dagueffeau ,
fille de Meffire Jean-Baptiste-Paulin Dagueffeau
de Frefnes , Confeiller d'Etat ordinaire , & de
feue Dame Anne- Louife-Françoife Dupré . La
Bénédiction nuptiale leur fut donnée par l'Archevêque
de Rouen , dans la Chapelle de l'hôtel de
Machault. Le Comte d'Ayen eft fils de Louis de
Noailles , Duc d'Ayen , Chevalier des Ordres du
Roi , Lieutenant général des Armées de Sa Majefté
, Capitaine de la Compagnie Ecoffoife des
Gardes du Corps , Gouverneur de la Province de
Rouillon , en furvivance , Gouverneur & Capitaine
des Chaffes de S. Germain-en- Laye , & de
Catherine - Françoife - Charlotte de Coffé de
Briffac .
Meffire Simon-Claude Graſſin , Maréchal des
Camps & Armées du Roi , Lieutenant pour Sa
Majesté
JUILLET: 1755 : 217
Majefté , & Commandant des Ville & Citadelle de
Saint-Tropez , fut marié le 6 Mars en fecondes
nôces , à Damoiselle Marguerite- Françoiſe- Genevieve
de Vion de Teffancourt de Maiſoncelle ,
fille de feu Meffire René de Vion , Seigneur de
Teffancourt - Maifoncelle , & de Dame Marie-
Marguerite de la Salle .
Meffire Jofeph- Augufte le Camus , fils de Meffire
Barthélemi le Camus , Gouverneur de Mevoillon
, & de Dame Jeanne de Cauſans , fut marié
le 18 à Damoiſelle Antoinette-Nicole le Camus
, fille de Meffire Nicolas le Camus , Commandeur
des Ordres du Roi , & ci-devant Premier
Préfident de la Cour des Aydes .
Le 8 Avril , Meffire Jean- Baptifte- Calixte de
Montmorin , Marquis de Saint - Herem , Colonel
d'un Régiment d'Infanterie de fon nom , fut
marié à Damoiſelle Amable-Emilie- Gabrielle le
Tellier de Souvré , fille de Meffire François- Louis
le Tellier , Comte de Rebenac , Marquis de Souvré
, Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant
général des Armées de Sa Majesté , & Lieutenant
général pour le Roi dans les Provinces de haute
& balle- Navarre & de Bearn , Maître de la Garderobe
de Sa Majefté , & de feue Dame Jeanne-
Françoife Dauver des Marefts. La Bénédiction
nuptiale leur fut donnée dans la Chapelle de la
Congrégation de S. Sulpice , par l'Evêque d'Agen.
Leur contrat de mariage avoit été figné le 6 par
Leurs Majeftés & par la Famille royale . Le Marquis
de Saint-Herem eft fils de Mellire Jean-
Baptifte-François , Marquis de Montmorin , Lieutenant
général des Armées du Roi , & Gouverneur
de Fontainebleau , & de Dame Conſtance-Lucie
de Valois de Villette.
La Maiſon de Montmorin qui tire fon nom
K
218 MERCURE DE FRANCE.
d'une terre en Auvergne , doit être comptée par
mi les premieres de cette Province & les plus anciennes
du Royaume . Elle n'eft pas moins illuftre
par fes alliances que par fon ancienneté. Calixte I ,
Seigneur de Montmorin , qui vivoit fous le regne
du Roi Lothaire , & qui eft mentionné dans une
charte du Prieuré de Saucillange , avec Hugues
fon fils , eft le 9e ayeul de Geoffroi , Seigneur de
Montmorin , qui vivoit en 1417 , & qui de fa
femme Dauphine de Thinieres , eut pour fecond
fils Jacques de Montmorin , Seigneur de Saint-
Herem , du chef de fa femme Jeanne Gouge , dite
de Charpaigne , mere de Gilbert de Montmorin
qui d'Alix de Chalancon eut Jean de Montmorin ,
Seigneur de Saint-Herem , allié en 1490 à Marie
de Chazeron. Leur fils François de Montmorin ,
Gouverneur de la haute & baffe- Auvergne , eut de
Jeanne de Joyeufe , Gafpard de Montmorin
Gouverneur d'Auvergne après fon pere , & Jean ,
qui époufa Gabrielle de Murol , Dame du Broc
de Gignac , & de Saint-Bonnet. Leur fils Gafpard
de Montmorin , Seigneur de Saint- Herem , fut
allié à Claude de Chazeron , mere de Gilbert-
Gafpard de Montmorin , décedé le 27 Février
1660 , laiffant de Catherine de Caftille , François-
Gafpard & Edouard de Montmorin , qui ont formé
les deux branches qui fubfiftent aujourd'hui.
François-Gafpard , l'aîné fut grand Louvetier de
France en 1655 , Gouverneur & Capitaine des
Chaffes de Fontainebleau. Son fils Charles-Louis
de Montmorin , qui eut la furvivance de cette
derniere Charge , eft ayeul par fa femme Marie-
Genevieve Rioult de Douilly , du Marquis de
Montmorin qui donne lieu à cet article.
Voyez l'Hiftoire des Grands Officiers de la
Couronne , t, 8. p. 813 , & les Tablettes hiftori
ques , t. 4. P. 419.
JUILLET. 1753. 219
Meffire Charles- Adrien , Comte de Ligny , Vicomte
de Damballe , Meftre de Camp de Cavalerie
, époufa le 17 Avril Demoifeile Elifabeth-
Jeanne de la Roche de Rambures , fille de Meffire
Louis-Antoine de la Roche , Marquis de Rambures
, Maréchal des Camps & Armées du Roi , &
de Dame Elifabeth-Marguerite de Saint - Georges
de Verac. La Bénédiction nuptiale leur fut donnée
par l'Evêque de Meaux , dans la Chapelle
particuliere de l'hôtel de Rothelin . Le Comte de
Ligny eft veuf de Dame Reine -Magdeleine de
Hunolfthein.
Marie-François- Henri de Francquetot , Marquis
de Coigny , Meftre de Camp général des
Dragons de France , & Gouverneur de Choify- le-
Roi , fils de feu Jean- Antoine- François de Francquetot
, Comte de Coigny & de Dame Théreſe-
Jofephe-Corentine de Nevet , & petit- fils du Maréchal
de France de ce nom , fut marié le 21 à
Dame Marie-Jeanne-Olimpe de Bonnevie , Dame
des Ville & Marquifat de Vervins , veuve de
Louis- Augufte , Vicomte de Chabot.
Voyez les Tablettes hiftoriques , 3 part. p. 60, ´ .
& 4 part. p. 310.
>
Atmand , Marquis de Bethune Meftre de
Camp général de la Cavalerie , veuf de Dame
Marie-Edmée de Boullongne, a épousé le 22 Avril
Damoiselle Louife- Thérefe Crozat de Thiers , fille
de Meffire Antoine -Louis Crozat de Thiers , Brigadier
des Armées du Roi & Lecteur du cabinet
de Sa Majefté , & de Marie- Louife Auguftine de
Laval-Montmorenci . L'Evêque de Blois leur donna
la Bénédiction nuptiale dans la Chapelle du château
de Brunoy.
Meffire Jean- Fréderic de la Tour- Dupin de
Gouvernet , Comte de Paulin , Marquis de la
Kij
220 MERCURE DE FRANCE .
Roche- Chalais , Colonel dans le Corps des Gre
nadiers de France , a été márié le 24 à Demoiſelle
Cecile- Marguerite - Séraphine Guignot de Monconfeil,
fille de Meffire Etienne Guignot , Marquis
de Monconfeil , Lieutenant général des Armées
du Roi & Inspecteur général de l'Infanterie , &
de Dame Cécile Thérele Rioult de Curfay. Leur
contrat de mariage avoit été figné le 22 par leurs
Majeftés & par la Famille royale.
Meffire François de Laftic , Comte de Laſtic ;
Capitaine de Cavalerie dans le Régiment de Saint-
Jal , fut marié le 30 à Demoiſelle Anne Charron
de Menars , fille de feu Meffire Michel-Jean-
Baptifte Charron , Marquis de Menars , Brigadier
d'Infanterie , Capitaine des Chaffes de la Capitai
nerie de Blois & Gouverneur du Château de ladite
Ville , & de Dame Anne de Caftres de la
Rivierre. La Bénédiction nuptiale leur fut donnée
dans l'Eglife de Saint Sulpice , par l'Evêque de
Comminges. Le Comte de Laftic eft fils de Meffire
François , Marquis de Laftic , Maréchal des Camps
& Armées du Roi , & Lieutenant des Gardes du
Corps , & de Dame. Magdeleine- Héleine Camus
de Pontcarré. 1
Le a Mars eft mort à Paris Louis de Rouvroi §
Duc de Saint-Simon , Pair de France , Grand d'Eſpagne
de la premiere claffe , Chevalier des Ordres
du Roi, Vidame de Chartres, Gouverneur des Ville,
Château & Citadelle de Blaye , ainſi que du Fort
de Medoc , Grand Bailli & Gouverneur de Senlis
& du Pont Saint-Maxence. Ce Seigneur étoit âgé
de 30 ans. Il avoit été du Confeil de Régence &
Ambaffadeur extraordinaire du Roi en Eſpagne.
Par cette mort fe trouve éteinte la Duché-
Pairie de Saint-Simon , & la derniere branche de
l'illuftre Maifon de Rouvroi- Saint-Simon , n
JUILLET. 1733 : 221
reftant de cette branche Ducale que Marie-Chrif
tine -Chrétienne de Saint-Simon , fille unique de
Jacques-Louis de Rouvroi S.S mon , Duc de Ruffec ,
mort en 1746 , & de Catherine- Charlotte Thérefe
de Gramont , fille d'Antoine , Duc de Gramont.
Elle eft petite-fille du Duc dont nous annonçons
la mort & a époulé le 10 Décembre 1749 ,
Charles Maurice Grimaldi , appellé Comte de
Valentinois.
Il y a encore trois autres branches de la Maifon
de Saint-Simon , aînées de la Ducale. La premiere
fubfifte dans la perfonne de Claude , Bailli de
Saint-Simon , qui a été Général des Galeres de
Malthe en 1735 & 1736 , & de Claude de Saint-
Simon , Evêque de Metz , fon frere. La feconde
a pour chef Louis- Gabriel de Saint-Simon , Marquis
de Montbleru , veuf depuis le mois de Décembre
1753 , de Catherine-Marguerite Pineau
de Lucé , de laquelle il a quatre garçons & quatre
filles. La troifieme branche fubfifte dans cinq
garçons & une fille , enfans de Louis François de
Saint-Simon , Marquis de Sandricourt , Lieute
nant général des Armées du Roi , mort en 1749 .
& de Marie-Louife -Gabrielle de Gourgues , morte
en 1753:
Marie- Thérefe-Emmanuelle Cafimire- Genevie.
ve de Béthune , épouſe de Louis- Augufte Fouquer
de Belle- Ifle , Duc de Gifors , Pair & Maréchal de
France , Prince du S. Empire Romain , Chevalier
des Ordres du Roi & de l'Ordre de la Toifon d'or,
Gouverneur des Ville & Citadelle de Metz & du
pays Meflin , Commandant en chef dans les trois
Evêchés , frontiere de Champagne & pays de Luxembourg
, & Lieutenant général des Duchés de
Lorraine & de Bar , oft morte le 3 dans la 46€
année de fon âge.
"
Kiij
222 MERCURF DE FRANCE.
Dame Françci'e - Marie - Elifabeth Couvay ,
époufe de Louis Balb - Bertons Marquis de Crillon
, Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
mourut à Paris le 6 Mars âgée de 30.
Le Comte de Rohan , Chambellan , Grand
Ecuyer & Grand Veneur de l'Infant Duc de Parme
, eft mort à Parme le 77.Mars.
Diane- Henriette de Bafchi d'Aubaïs , épouse
de Jofeph de Montainard , Marquis de Montfrin ,
Comte de Souternon , eft morte le 18 au château
de Montfrin en Languedoc , dans fa 44° année.
Voyez Bafchi, 4. part. des Tablettes hiftoriques
, pag. 170 , 212 , 217 & 325. & Montainard ,
ibid. pag. 110 & 158 .
9
Meffire Matthieu-Henri Molé de Champlaftreux
fils de Meffire Matthieu-François Molé
fecond Préfident du Parlement , eft mort le 20 dans
La 7e année.
Catherine Charlotte - Thérefe de Gramont ,
venve de Jacques- Louis de Saint- Simon , Duc de
Ruffec , Pair de France, Vidame de Chartres, Chevalier
de la Toifon d'or , mourut en cette ville le 21
âgée de 48 ans. Elle avoit été mariée en premieres
nôces à Philippe- Alexandre , Prince de Bournonville
, mort en 1727. Elle étoit fille d'Antoine de
Gramont , Pair & Maréchal de France , Lieutenant
général de Navarre & de Bearn , Colonel du Régiment
des Gardes- Françoiſes , & de Marie- Chriftine
de Noailles.
Le fieur Jacques Molin , Médecin de la Faculté
de Montpellier , & l'un des Médecins confultans
da Roi , eft mort le 21 Mars âgé de 92 ans. Ses
lumieres , fon expérience & fes fuccès , l'ont fait
compter , avec juftice , au nombre des plus grands
Médecins de ce fiecle.
Meffire Nicolas -Alexandre de Ségur , Préfident
JUILLET. 1755. 223
honoraire du Parlement de Bordeaux , eft mort le
24 dans la cinquante-huitieme année de fon âge.
Meffire Pierre de Forges , Marquis de Châteaubrun
, eft mort le 28 en fon château de Château
vieux , âgé de 75 ans. Il laiffe deux fils & trois
filles de fon fecond mariage avec Dame Gabrielle
de la Marche , fille de Meffire François de la Marche
, Baron de Fins , & de feu Gabrielle de Montmorenci.
Augufte-Henri , Comte de Friefe , Maréchal
des Camps & Armées du Roi , Mestre de Camp
d'un Régiment de Cavalerie légere de fon nom ,
& Colonel - Lieutenant du Régiment de Madame
la Dauphine , mourut à Paris le 29 Mars âgé de 27 ans.
隔Meffire Guillaume Raffin d'Hauterive , Abbé
de l'Abbaye de Belleville , Ordre de Saint Auguftin
, Diocèfe de Lyon , eft mort le 31 dans la
78e année .
Le 2 Avril , Meffire Jofeph- Philibert d'Apchies ,
Comte de Vabres, des Deux Chiens & de la Baume,
Grand Sénéchal d'Arles , eft mort en cette ville
dans la 69 année de fon âge.
Dame Marie -Jofephe le Duc , veuve de Meffire
Jules , Marquis de Grave , eft morte le 6 Avril
âgée de 70 ans.
Dame Catherine -Félicité- Arnauld de Pompon
ne , veuve de Meffire Jean-Baptifte Colbert , Mar
quis de Torcy , Commandeur des Ordres du Roi ,
Miniftre & Secrétaire d'Etat , ayant le département
des Affaires étrangeres , & Surintendant des
Poſtes , mourut à Paris le 7 âgée de 77 ans.
Dame Marie-Magdeleine Camus de Pontcarré ,
veuve de Méffire Louis- Balthazard de Ricouart ,
Comte d'Herouville, mourut le 12 du même mois.
Meffire Jochim PEfpinette-le-Mairat , Seigneur
Kiiij
224 MERCURE DE FRANCE.
de Nogent , Préfident de la Chambre des Comp
ies , eft mort le 15 âgé de 74 ans.
Meffire Gabriel Tachereau de Baudry , Confeiller
d'Etat ordinaire & Intendant des Finances ,
mourut en cette ville le 22 âgé de 82 ans .
Meffire Jean-Baptifte de Francheville , Préfident
du Parlement de Bretagne , mourut le 29 âgé de
67 ans.
Meffire Jean Bart , Vice-Amiral , Grand- Croix
de l'Ordre royal & militaire de Saint Louis , eſt
mort à Dunkerque fur la fin d'Avril .
Le 4 Mai , Meffire Nicolas Malezieu , Major
de Carabiniers , fils de Meffire Pierre de Malezieu,
Commandeur de l'Ordre royal & militaire de
S. Louis & Lieutenant général des Armées du
Roi , & de Dame Marthe Stoppa , mourut à Paris
dans la 34 année de fon âge.
Don Manuel Gallevon , Comte de la Cerda
Commandeur de l'Ordre de Chrift , & Envoyé
extraordinaire du Roi de Portugal auprès de Sa
Majefté , mourut le 9 en cette ville âgé de ao
ans.
Meffire Charles -Louis de Biaudos , Comte de
Cafteja , Maréchal des Camps & Armées du Roi
Gouverneur de Toul & de Saint-Dizier , ci devant
'Ambaffadeur de Sa Majeſté en Suede , eft mort le
10 dans la 72 ° année de fon âge.
Dame Marie-Françoiſe - Victoire de Verthamon,
veuve de Meffire Louis de Perruffe , Comte
d'Efcars , Lieutenant général pour le Roi au Gouvernement
du haut & bas Limoufin , mourut le
12 au château d'Eſcars , dans la 72º année de fon
âge.
Jean-Marie de Bourbon , Duc de Châteauvi
Jain , fils de Louis-Jean- Marie de Bourbon , Duc
de Penthievre , & de feue Marie- Thétefe- Félicité
JUILLET. 1753. 223
'Eft , Princeffe de Modene , mourut le 19 à Paris,
âge de fix ans , fix mois & deux jours.
Mre Marc-René des Ruaux de Rouffiac , Abbé
de l'Abbaye de Notre-Dame de Sellieres , Ordre
de Citeaux , Diocèfe de Troyes & Vicaire Général
de l'Evêché de Sarlat , mourut à Versailles le
25 dans fa quarante- cinquième année.
Meffire Pierre-Emmanuel , Marquis de Roqué-
Jaure , eft mort dans le mois de Mai , dans fon
château en Auvergne , âgé de quatre - vingt - deux
ans.
Meffire Samuel de Meherenc , Comte de Varennes
, l'un des Lieutenans de Roi dans la Province
de Flandres , Lieutenant pour Sa Majesté &
Commandant au Gouvernement de Béthune , eſt
mort en Normandie dans fa foixante- dix- huitieme
année.
L'Eglife de France vient de perdre un Prélat digne
des premiers temps. Son nom manque à la
તે
lifte des Princes de l'Eglife , dont la pourpre eut
reçu un nouvel éclat , s'il en eut été décoré,
Henri-François -Xavier de Bel unce de Caftelmoron
, étoit né en Décembre 1671. Il entra dans
la Société des Jéfaites en Septembre 1691 , il en
fortit pour être grand-Vicaire de l'Evêque d'Agen ;
il fut nommé à l'évêché de Marfeille en 1709 , &
facré à Paris en1710pendant l'affemblée du Clergé
à laquelle il étoit député en qualité de fuffragant
de la province d'Arles, La pefte arrivée à Marfeille
en 1720 , & qui dura toute l'année 1721. fit éclater
fa charité , fon courage & fon zèle , & nous fit voir
un fecond Charles- Boromée. M. le Régent ne tarda
pas à récompenfer tant de vertus , en le nommant
le 16 Octobre 1723 à l'Evêché de Laon , feconde
pairie du royaume. Il en étoit d'autant plus
digne qu'il refufa ce nouvel honneur pour fe
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
conferver tout entier à fon troupeau pour lequel
'il avoit facrifié fes biens , & tant de fois expofé fa
vie. Il continua de vieillir dans les travaux apoftoliques
, parcourant fon diocèfe en fimple miffionnaire
, & verfant partout avec profuſion ſes inftructions
& fes aumônes. Clément XI . lui envoya
le pallium , & l'honora de plufieurs brefs : ce Pape
mourut au moment où il alloit le faire cardinal :
on ne doit pas omettre que ce Prélat a refufé depuis
l'archevêché de Bordeaux. Il eft mort le 4
Juin , au même jour où la ville de Marfeille renouvelle
tous les ans la confécration qu'il fit pendant
les horreurs de la pefte , de lui & de tout fon
peuple au facré coeur de Jefus. Les regrets de tous
les habitans de cette ville , & les honneurs rendus
à cet illuftre Prélat , éterniferont à jamais fa mémoire
& leur reconnoiffance .
Sa Maiſon eft trop connue pour entrer ici dans
un grand détail : originaire de Navarre , & portant
dans fes armes depuis un tems.immémorial
celles de Bearn , elle fe perd dans les tems les plus
reculés. La fuite non interrompue des ancêtres de
M. de Marſeille , remonte à un Guillaume de Bel
funce , Vicomte de Macaye qui tefta en 1209. Les
Seigneurs de Belfunce font en poffeffion du titre
de Vicomtes depuis le douzieme fiecle. Les chroniques
de Bayonne rapportent l'entrepriſe d'un
cadet de Belfunce qui combattit un monftre à trois.
têtes , & qui fut écrafé par ce monftre après l'avoir
tué. L'événement fabuleux ou véritable en eft
confervé par ce qui fe voit dans leurs armes : c'eſt
un dragon qu'ils ont ajouté à leur écu par la permiffion
du Roi de Navarre Charles III , dit le
Noble. Ils poffederent les premieres charges dans
la maifon des Rois de Navarre. Le titre de Ricombre
qui répond à celui de haut & puiſſant SeiJUILLET.
1755. 227
gneur , fut concédé à Guillaume-Arnaud de Bel-
Tunce par le Roi Charles II , dit le Mauvais , &
parmi les maifons de Navarre établies , en France
, on ne connoît que celles de Grammont de
Luxe & de Belfunce qui foient parvenues à cette
dignité. Les illuftres alliances que les feigneurs
de Belfunce ont contractées , foit par des filles,
données , foit par des filles reçues en mariage ,
répondent bien à la nobleffe de cette maifon. Elle
eft alliée aux maifons de Grammont , d'Efchau
d'Armindaris , d'Arambure , d'Urtubre de Luxe ,
de Montmorency - Luxembourg , Gontaud de
Saint -Geniès , de Foix , de Navailles , d'Elbeuf ,
Pompadour , Rothelin , de Leffe du Coudrai proche
parent de Georges Duc de Virtemberg , Caumont-
la-Force , Montalambert -Moubaux , Beaumont
des Junies , la Lane , Fumel de Monfegur
d'Albret , de Tallerant , de Montp fat , de Goth ,
maifon du Pape Clement V. de Bourdeille , Caf
telnau de Clermont - Lodeve , Pardaillant , de
Rye-Rouffy , de la Rochefoucault , Candale de
Foix , Gontaud-Biron , d'Aydie de Riberac , Théobon
, de Pons , Fumel , Beaupoil - Saint - Aulaire ,
Harcourt -Beuvron , de Chapt de Raftignac , Dur
fort de Duras , de Bearn de Braflac , &c.
"
Il ne refte de la branche de M. l'Evêque de
Marſeille que le Marquis de Belfunce de Caftelmoron
fon petit neveu , fils de feu Antonin Armand
, Comte de Belfunce , Grand Louvetier de
France , & d'Alexandrine- Charlotte Sublet d'Heudicourt
& petit-fils de Charles- Gabriel de Belfance
, Marquis de Caftelmoron , &c. Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes Bourguignons , Lieuten
ant général des armées du Roi , Gouverneur &
Sé échal des provinces d'Agenois & Condommois ,
& de Cécile- Genevieve de Fontanicu. 3
Kvi
228 MERCURE DE FRANCE.
Le chef de la branche aînée de cette maifon , eft
'Armand , Vicomte de Belfunce , Colonel du régiment
de ce nom.
Louis-François- Alexandre Savary , Seigneur &
Marquis de Lancofme , Chevalier de l'Ordre
royal & Militaire de Saint Louis , ci - devant
capitaine de Grenadiers Grenadiers au Régiment de
Richelieu , eft décédé le 12 Juin 1755 , dans
fon Château de Lancofme en Touraine , âgé de
foixante ans , il étoit chef du nom & armes de
Savary, & avoit épousé par contrat de mariage du
9 Janvier 1725 , damoiſelle Marie- Anne de Vaillant
, fille de Meffire François de Vaillant , Chevalier,
Seigneur d'Avignon , & de Dame Margue
rite de la Bouchardiere , dont font iffus trois fils
fçavoir ,
*
Louis-Jean-Baptifte Savary , Seigneur & Marquis
de Lancofne , Capitaine dans le régiment de
Bourgogne , cavalerie, marié à Damoiſelle Louiſe-
Renée de Roncée.
Louis-Alexandre Savary-Lancofme , chevalier
'de Malthe.
Louis-François Savary-Lancofme , Prêtre , Bathelier
de la Faculté de Théologie de Paris , à la
fin de fa Licence.
Ily a une autre branche de la maifon de Savary,
connue depuis 200 ans fous le nom de Bréves , de
laquelle est aîné Paul- Louis-Jean - Baptifte-Camille
de Savary-Breves , appellé le Marquis de Jarzé ,
parce qu'il a hérité du Marquifat de Jarzé en Anjou
dans la fucceffion collatéralle de Marie- Urbain-
René du Pleffis , Marquis de Jarzé , décédé
fans enfans .
Voyez à l'article des Morts & mariages du fe-
Bond volume de Juin , il y eft parlé très au long des
deux branches de cette maison,
Fermer
Résumé : MARIAGES ET MORTS.
En février 1755, plusieurs mariages notables ont eu lieu en France. Le 1er février, François-Philibert de Bonvouloir, Marquis de Prulay, a épousé Marie Louise-Françoise Durey de Noinville. Le 4 février, Jean-Paul-François de Noailles, Comte d'Ayen, a épousé Henriette-Anne-Louise Dagueffau. Le 6 mars, Simon-Claude Grassin, Maréchal des Camps et Armées du Roi, a contracté un second mariage avec Marguerite-Françoise-Geneviève de Vion de Tessancourt de Maisoncelle. Le 18 mars, Joseph-Auguste Le Camus s'est marié avec Antoinette-Nicole Le Camus. Le 8 avril, Jean-Baptiste-Calixte de Montmorin, Marquis de Saint-Hérém, a épousé Amable-Émilie-Gabrielle Le Tellier de Souvré. Le 17 avril, Charles-Adrien, Comte de Ligny, a épousé Élisabeth-Jean de La Roche de Rambures. Le 21 avril, Marie-François-Henri de Francquetot, Marquis de Coigny, a épousé Marie-Jeanne-Olimpe de Bonnevie. Ces unions impliquaient des personnalités de haut rang, souvent issues de familles nobles et influentes. Le texte mentionne également plusieurs décès notables en France au XVIIIe siècle. En 1753, des personnalités telles que Pierre de Forges, Marquis de Châteaubrun, Auguste-Henri, Comte de Frise, Guillaume Raffin d'Hauterive, et Joseph-Philibert d'Apchier sont décédées. Parmi les autres décès notables figurent ceux de Marie-Josèphe le Duc, veuve du Marquis de Grave, Catherine-Félicité Arnauld de Pomponne, veuve de Jean-Baptiste Colbert, et Jean Bart, Vice-Amiral et Grand-Croix de l'Ordre de Saint-Louis. Le texte présente également l'histoire des familles nobles de Belfunce et Savary. La famille de Belfunce, originaire de Marseille, remonte à Guillaume de Belfunce, Vicomte de Macaye, décédé en 1209. Les Belfunce ont occupé des charges importantes à la cour des rois de Navarre et ont contracté des alliances prestigieuses avec des maisons nobles telles que Grammont, Montmorency, Foix, et Albret. La famille Savary inclut Louis-François-Alexandre Savary, Seigneur et Marquis de Lancosme, décédé en 1755, et Paul-Louis-Jean-Baptiste-Camille de Savary-Bréves, Marquis de Jarzé.
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163
p. 229-236
MARIAGES ET MORTS.
Début :
Louis-Hubert, Comte de Champagne & de la Roussiere, veuf de Dame [...]
Mots clefs :
Mariages, Morts, Comte de la Suze, Comte de Champagne, Louise Julie Sylvie de Maridort, Magdeleine Françoise de Champagne, Seigneur, Marquis, Louis de Champagne, Evêque de Dijon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES ET MORTS.
MARIAGES ET MORTS.
Louis-Hubert ,
Ouis- Hubert , Comte de Champagne & de la
Rouffiere, veufde Dame Bonne -Judith de Lopriac
de Donges , époufa le 24 Juin Dlle Louife- Julie-
Sylvie de Maridort, fille de Meffire Charles - Louis-
Augufte , Comte de Maridort , Baron du Bourgle-
Roi , Grand Sénéchal de la Province du Maine ;
& de Dame Julie -Hortenfe Colbert de Linieres ,
fille de Louis Comte de Linieres , & de Marie-
Louiſe du Bouchet de Sourches .
La Maiſon du Comte de Champagne eft contée
à jufte titre parmi les plus illuftres du Royaume
, tant par l'ancienneté de fon origine que par
le luftre de fes alliances & de fes dignités. Elle
eft fortie de la Maifon de Mathefelon , connue
dès le onzième fiécle , auquel vivoit Hubert , Seigneur
de Mathefelon & de Duretal . Il reçut cette
derniere Seigneurie l'an 1059 , de la libéralté de
Geoffroi Martel , Comte d'Anjou , qui dans l'Acte
de donation le qualifie fon coulin . Hugues
Seigneur de Mathefelon & de Duretal , fon fils
époufa Jeanne de Sablé , & fut pere de Thibaud
& de Brandelis de Mathefelon. Thibaud continua
la branche de Mathefelon , & Brandelis ayant
eu en partage la Seigneurie de Champagne de
Parcé au Maine , il prit ce dernier nom & le
ds
230 MERCURE DE FRANCE.
tranfmit à fa poftérité . De Brandelis qui vivoit
fous le regne de S. Louis , defcendoit au feptiéme
dégré , Baudouin de Champagne , Seigneur de la
Suze au Maine , Confeiller Chambellan des Rois
Louis XII & François I , pere de Nicolas de
Champagne , créé Comte de la Suze en 1566 ,
tué à la bataille de S. Denis l'année fuivante. Il
avoit épousé Françoife de Laval -Loué ; & de ce
mariage fortirent Louis de Champagne , Comte
de la Suze , & Brandelis , Marquis de Villaines ,
qui furent tous deux Chevaliers des ordres du Roi,
& formerent les deux branches de la Suze & de
Villaines.
Louis de Champagne , Comte de la Suze , fut
Confeiller d'Etat , Capitaine de cinquante hommes
d'armes , reçu Chevalier des ordres du Roi
dans la promotion de 1585 , & mourut à la ba→
taille de Coutras en 1 587. Il avoit époufé , par
contrat du 2 Mars 1572 , Magdeleine de Melun ,
fille de Charles , Seigneur de Normanville , de
laquelle il laila Louis de Champagne , 11 du
nom , Comte de la Suze , Maréchal de camp ès
armées du Roi , mort en 1636 , laiffant de fa
femme Charlotte de Roye de la Rochefoucauld ,
fille de Charles Comte de Rouci , entr'autres enfans
Gafpard de Champagne , Comte de la Suze .
allié à Henriette de Coligny , de laquelle il
fut féparé. 2 ° . A Louife de Clermont- Gallerande.
De ce cernier mariage nâquit Thibaut de
Champagne , Comte de la Suze , mort fans pofté
rité ; & trois filles dont la cadette Magdeleine-
Françoife de Champagne la Suze , étoit mere de
Louis- Hubert Comte de Champagne.
Brandelis de Champagne , Marquis de Villaines
, fecond fils de Nicolas Comte de la Suze
fut Confeiller d'Etat , & Capitaine de cinquante
NOVEMBRE. 1755. 231
hommes d'armes des Ordonnances du Roi , &
honoré en 1599 du collier des Ordres de Sa Majefté
. Il épousa Anne de Fefchal , Dame de Tucé ,
de laquelle il eut Hubert de Champagne , Marquis
de Villaines , marié 1. à Louiſe d'Arconna. 2°.
Par contrat du 29 Décembre 1644 à Catherine
Fouquet de la Varenne , fille de René , Marquis
de laVarenne , & de Jeanne de Girard de la Rouffiere.
Du premier lit vint Louife-Marie de Champagne
, femme de Claude de Talaru , Marquis
de Chalmazel , dont deſcend le Chevalier des Or
dres. Du fecond lit il laiffa deux garçons , René-
Brandelis , & Hubert - Jerôme de Champagne.
René-Brandelis de Champagne , Marquis deVillaines
& de la Varenne , mort le s Avril 1723 ,
n'ayant laiffé de fon mariage avec Catherine-
Thérefe le Royer que deux filles , dont la feconde
nommée Catherine de Champagne qui avoit été
mariée en 17394 Louis- Céfar ( le Tellier ) Comte
d'Eftrées , eft morte fans enfans le 19 Juillet 1742.
Sa foeur aînée , Marie de Champagne , a épousé
le 30 Avril 1732 , Céfar.Gabriel de Choifeul ,
Comte de Chevigni & de la Riviere , dont font
nés un fils & une fille.
Hubert - Jérôme de Champagne , Comte de
Villaines , frere cadet de René- Brandelis , avoit
épousé en 1700 , Magdeleine- Françoife de Champagne-
la-Suze , fille de Gafpard de Champagne ,
Comte de la Suze , & de Louife de Clermont- Gallerande.
Il eft pere de Louis-Hubert , Comte de
Champagne , qui donne lieu à cet article.
Quant à la famille du Comte de Maridort qui
porte pour armes d'azur , à 3 gerbes d'or , elle eft
connue dans le Maine parmi les plus nobles de
cette province depuis près de 400 ans. Jacques de
Maridor qui vivoit au commencement du quin-
{
232 MERCURE DE FRANCE.
zieme fiecle , fut feigneur des terres des Epinays
& de la Freflonniere , du chef de fa femme Françoile
Bocquet. Son fils Jacques de Maridort II . du
nom , feigneur de la Freflonniere , fut pere de
Jacques III. feigneur de la Freflonniere , allié avec
Laurette de Coainon , dame de S. Ouen , fille du ~
feigneur de la Roche-Coainon. De ce mariage
fortit Jean de Maridort , Seigneur de la Freflonniere
, de S. Ouen & de Château - Sénéchal , marié
en 15-10 à Marguerite de Maulay , dame de
Bretefin en Anjou, & de l'Artuzier, fille unique de
Foulques de Maulay & de Jeanne Lenfant de Varennes.
Il en eut Jacqueline de Maridort , alliée à
Guy d'Aflé , feigneur de Montfaucon & de l'Efpinay,
& deux fils qui eurent poftérité : fçavoir , Guillaume
& Hercules. L'aîné , feigneur châtelain de
Vaulx , époufa Renée de Mauny , dame de Verron,
de Vaulx , Courchardie dans le Maine & l'Anjou ,
fille de Pierre de Mauny, feigneur de S. Aiguan , &
de Françoile de Beaumanoir. Il eut de ce mariage
trois enfans : 1 °. Olivier, qui fuit ; 2 °. Radegonde,
mariée à Louis Frefneau , feigneur d'Aviré & de
Créance ; 3 °. Magdeleine de Maridort , alliée en
1561. à Joachim de Caradreux , Vicomte de Neuville,
fire de Chaftenay . Olivier de Maridort , feigneur
de la Freflonniere & de Vaulx , époufa en
1552 , Anne de Matignon , Dame d'honneur de
Jeanne d'Albret , Reine de Navarre , foeur du Maréchal
de Matignon , & fille de Jacques , Comte
de Matignon , & de Françoise de Silly. De cette
alliance il n'eut que trois filles : fçavoir , 1 ° . Françoiſe
de Maridort , Dame de la Freflonniere , mariée
en premieres nôces à Jean de Coefme , Baron
de Lucé- Bonneftable ; duquel elle n'eut point d'enfans
, & en fecondes nôces à Charles de Chambes ,
Comte de Montforcau , Marquis d'Avoir . 2°. AnNOVEMBRE.
1755. 233
I
he de Maridort , qui époufa Antoine de Longueval
, feigneur de Haraucourt . 3º. Philippe de Maridort
alliée à Yves de Lifcouet , feigneur de Lifcouet
& du Bois de la Roche.
Hercules de Maridort , par lequel la postérité
s'eft continuée jufqu'à préfent , fut feigneur de
S. Ouen , Bourg-le- Roi , Doucet , du Breuil , de
Mélangé & les Garnifons , du chef de fa femme ,
Guillelmine de Mauny , qu'il avoit épousée le dernier
Février 1532. Elle étoit niéce de Renée de
Mauny , femme de fon frere , & fille de François
de Mauny & d'Hélène de Villeblanche . Leur fils
Jean de Maridort , feigneur de S. Ouen , Bourgle-
Roi , Doucet , &c . fut marié par contrat du
19 Octobre 1566. à Claude de Tillon , Dame de
Groflé , fille d'Urbain de Tillon , feigneur de Sacé ,
& de Charlotte de Villeblanche . Il en eut David ,
qui fuit , & Jean de Maridort, feigneur du Bourgle-
Roi , Gentilhomme ordinaire de la chambre du
Roi , & Confeiller d'Etat , mort fans enfans de fes
deux femmes Hélene le Grand, & Barbe de S.Denis.
David de Maridort , feigneur de S. Ouen , &c.
décédé le 27 Septembre 1606. avoit épousé le s
Juin 1583 , Germaine de Riant , fille de Gilles de
Riant , Préfident du Parlement de Paris & de Magdeleine
Formel . Leur fils , Gilles de Maridor , feigneur
châtelain de S. Ouen , &c fut Centilhomme
ordinaire de la chambre du Roi , & marié le 13
Octobre 1613 , à Françoife de Vignolles , fille de
Pompée de Vignolles, Ecuyer, Seigneur de la Roche
& du Boudin, & de Louife de Lude. De ce mariage,
fortirent, 1 °. Louis, qui-fuit , 2º. Pompée qui a laiffé
postérité, & Marie de Maridort , femme de Charles
des Guets , feigneur de la Pinardiere.
Louis de Maridort, feigneur châtelain de Saint-
Quen , du Bourg- le-Roi , &c. fe maria en 1663 à
234 MERCURE DE FRANCE.
Sufanne de Crocelai , fille de Michel , feigneur de
Crocelai en Bretagne, & d'Anne Bitaud. De ce mariage
fortit , Louis - Charles de Maridor , feigneur
du Bourg- le- Roi , qui n'ayant point eu d'enfans
de fa femme N. de Riant , fe remaria en 1703. à
Elifabeth-Louife- Charlotte de Perochelle , fille
de Charles - François de Perochelle , feigneur de
Grandchamp , & de Marie- Françoife de Fontenay,
il eft pere de Charles- Louis - Augufte , Comte de
Maridort , & ayeul de Louife -Julie- Sylvie de Maridort
, Comteffe de Champagne.
René-Mans , Sire de Froullay , Comte de Teffé,
Marquis de Lavardin , Baron d'Ambriere , Comte
de Verny , de Froullay , &c , Grand d'Espagne, de
la premiere claffe , Lieutenant-Général pour le
Roi dans les provinces du Maine & du Perche ,
ainfi que dans le Comté de Laval , premier Ecuyer
de la Reine , & Colonel du régiment des Cravates
, fut marié le 26 Juin , dans l'Eglife paroiffiale
de S. Roch , à Adrienne - Catherine de
Noailles , fille de Louis de Noailles , Duc d'Ayen ,
Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant - Général
des armées de Sa Majefté , Capitaine de la
Compagnie Ecofloife des Gardes du Corps ;
Gouverneur de la province de Rouffillon en
furvivance du Maréchal Duc de Noailles , Gouverneur
& Capitaine des Chaffes de Saint Germain-
en- Laye; & de Catherine-Françoiſe - Charlotte
de Coffé - Briffac . La bénédiction nuptiale
leur a été donnée par le Curé de la paroiffe. Leur
contrat de mariage avoit été figné le 22 du même
mois par leurs Majeftés & par la Famille royale .
Le Comte de Teffé eft fils de feu René- Mans , Sire
de Froullay , Marquis de Teffé , Grand d'Efpagne
, de la premiere claffe , Brigadier , Colonel
NOVEMBRE. 1755
235
Lieutenant du Régiment de la Reine- Infanterie,
& fon premier Ecuyer ; & de Marie - Charlotte
de Bethune- Charoft .
·
Le 16 Octobre fut célébré par l'Evêque de
Lefcars , dans la Chapelle de l'hôtel de Rothelin ,
rue du Cherche - midi , le mariage entre Meffire
Pons Fréderic de Pierre Chevalier , Seigneur
des Ports en Languedoc , Comte de Bernis , aîné
de la Maifon de Pierre ( en latin Petri ) connue
dès le onzieme fiecle ; fils de feu Meffire André de
Pierre, Chevalier , Seigneur des Ports , & de Dame
Anne- Therefe de Nigry , iffue d'une ancienne &
illuftre race.
Et Damoifelle-Marie- Helene-Elizabeth- Hyacinthe
de Narbonne- Pelet , fille de Meffire Clau
de de Narbonne- Pelet , Chevalier , Seigneur de
Verbron , Salgas , Rouffes , la Carriere , Montaigu
, & autres places ; chef de la quatrieme branche
de la Maifon de Narbonne-Pelet , laquelle
rapporte fon origine aux anciens Vicomtes de
Narbonne ; & de Dame Françoife - Heléne de Pierre
de Bernis , foeur du Marquis de ce nom , & de
l'Abbé de Bernis , Comte de Lyon , Ambaſſadeur
extraordinaire , & Miniftre Plénipotentiaire du
Roi à la Cour d'Espagne .
En faveur de ce mariage , le Roi a accordé au
Comte de Bernis un bon pour avoir un Régiment.
à fon tour.
Meffire Céfar-Antoine de la Luzerne , Comte
de Beuzeville , Maréchal des camps & armées du
Roi , & ci-devant Meftre de camp - Lieutenant .
du Régiment des Cuiraffers , mourut à Paris le
17 Juin , âgé de foixante- quatre ans.
Meffire Louis-Antoine de la Roche- Fontenille ,
Marquis de Rambures , auffi Maréchal de camp ,
236 MERCURE DE FRANCE:
eft mort à Paris dans le même mois , dans fa
cinquante-neuvieme année
Meffire Claude Bouhier , Evêque de Dijon , Abbé
de l'Abbaye de Fontaine- Daniel , Ordre de Cîteaux
, Diocèle du Mans , & Prieur de Pontarlier ,
Ordre du Val des Ecoliers , Diocèſe de Langres ,
mourut à Dijon le 21 Juin , dans fa foixante- onzieme
année.
Louis-Hubert ,
Ouis- Hubert , Comte de Champagne & de la
Rouffiere, veufde Dame Bonne -Judith de Lopriac
de Donges , époufa le 24 Juin Dlle Louife- Julie-
Sylvie de Maridort, fille de Meffire Charles - Louis-
Augufte , Comte de Maridort , Baron du Bourgle-
Roi , Grand Sénéchal de la Province du Maine ;
& de Dame Julie -Hortenfe Colbert de Linieres ,
fille de Louis Comte de Linieres , & de Marie-
Louiſe du Bouchet de Sourches .
La Maiſon du Comte de Champagne eft contée
à jufte titre parmi les plus illuftres du Royaume
, tant par l'ancienneté de fon origine que par
le luftre de fes alliances & de fes dignités. Elle
eft fortie de la Maifon de Mathefelon , connue
dès le onzième fiécle , auquel vivoit Hubert , Seigneur
de Mathefelon & de Duretal . Il reçut cette
derniere Seigneurie l'an 1059 , de la libéralté de
Geoffroi Martel , Comte d'Anjou , qui dans l'Acte
de donation le qualifie fon coulin . Hugues
Seigneur de Mathefelon & de Duretal , fon fils
époufa Jeanne de Sablé , & fut pere de Thibaud
& de Brandelis de Mathefelon. Thibaud continua
la branche de Mathefelon , & Brandelis ayant
eu en partage la Seigneurie de Champagne de
Parcé au Maine , il prit ce dernier nom & le
ds
230 MERCURE DE FRANCE.
tranfmit à fa poftérité . De Brandelis qui vivoit
fous le regne de S. Louis , defcendoit au feptiéme
dégré , Baudouin de Champagne , Seigneur de la
Suze au Maine , Confeiller Chambellan des Rois
Louis XII & François I , pere de Nicolas de
Champagne , créé Comte de la Suze en 1566 ,
tué à la bataille de S. Denis l'année fuivante. Il
avoit épousé Françoife de Laval -Loué ; & de ce
mariage fortirent Louis de Champagne , Comte
de la Suze , & Brandelis , Marquis de Villaines ,
qui furent tous deux Chevaliers des ordres du Roi,
& formerent les deux branches de la Suze & de
Villaines.
Louis de Champagne , Comte de la Suze , fut
Confeiller d'Etat , Capitaine de cinquante hommes
d'armes , reçu Chevalier des ordres du Roi
dans la promotion de 1585 , & mourut à la ba→
taille de Coutras en 1 587. Il avoit époufé , par
contrat du 2 Mars 1572 , Magdeleine de Melun ,
fille de Charles , Seigneur de Normanville , de
laquelle il laila Louis de Champagne , 11 du
nom , Comte de la Suze , Maréchal de camp ès
armées du Roi , mort en 1636 , laiffant de fa
femme Charlotte de Roye de la Rochefoucauld ,
fille de Charles Comte de Rouci , entr'autres enfans
Gafpard de Champagne , Comte de la Suze .
allié à Henriette de Coligny , de laquelle il
fut féparé. 2 ° . A Louife de Clermont- Gallerande.
De ce cernier mariage nâquit Thibaut de
Champagne , Comte de la Suze , mort fans pofté
rité ; & trois filles dont la cadette Magdeleine-
Françoife de Champagne la Suze , étoit mere de
Louis- Hubert Comte de Champagne.
Brandelis de Champagne , Marquis de Villaines
, fecond fils de Nicolas Comte de la Suze
fut Confeiller d'Etat , & Capitaine de cinquante
NOVEMBRE. 1755. 231
hommes d'armes des Ordonnances du Roi , &
honoré en 1599 du collier des Ordres de Sa Majefté
. Il épousa Anne de Fefchal , Dame de Tucé ,
de laquelle il eut Hubert de Champagne , Marquis
de Villaines , marié 1. à Louiſe d'Arconna. 2°.
Par contrat du 29 Décembre 1644 à Catherine
Fouquet de la Varenne , fille de René , Marquis
de laVarenne , & de Jeanne de Girard de la Rouffiere.
Du premier lit vint Louife-Marie de Champagne
, femme de Claude de Talaru , Marquis
de Chalmazel , dont deſcend le Chevalier des Or
dres. Du fecond lit il laiffa deux garçons , René-
Brandelis , & Hubert - Jerôme de Champagne.
René-Brandelis de Champagne , Marquis deVillaines
& de la Varenne , mort le s Avril 1723 ,
n'ayant laiffé de fon mariage avec Catherine-
Thérefe le Royer que deux filles , dont la feconde
nommée Catherine de Champagne qui avoit été
mariée en 17394 Louis- Céfar ( le Tellier ) Comte
d'Eftrées , eft morte fans enfans le 19 Juillet 1742.
Sa foeur aînée , Marie de Champagne , a épousé
le 30 Avril 1732 , Céfar.Gabriel de Choifeul ,
Comte de Chevigni & de la Riviere , dont font
nés un fils & une fille.
Hubert - Jérôme de Champagne , Comte de
Villaines , frere cadet de René- Brandelis , avoit
épousé en 1700 , Magdeleine- Françoife de Champagne-
la-Suze , fille de Gafpard de Champagne ,
Comte de la Suze , & de Louife de Clermont- Gallerande.
Il eft pere de Louis-Hubert , Comte de
Champagne , qui donne lieu à cet article.
Quant à la famille du Comte de Maridort qui
porte pour armes d'azur , à 3 gerbes d'or , elle eft
connue dans le Maine parmi les plus nobles de
cette province depuis près de 400 ans. Jacques de
Maridor qui vivoit au commencement du quin-
{
232 MERCURE DE FRANCE.
zieme fiecle , fut feigneur des terres des Epinays
& de la Freflonniere , du chef de fa femme Françoile
Bocquet. Son fils Jacques de Maridort II . du
nom , feigneur de la Freflonniere , fut pere de
Jacques III. feigneur de la Freflonniere , allié avec
Laurette de Coainon , dame de S. Ouen , fille du ~
feigneur de la Roche-Coainon. De ce mariage
fortit Jean de Maridort , Seigneur de la Freflonniere
, de S. Ouen & de Château - Sénéchal , marié
en 15-10 à Marguerite de Maulay , dame de
Bretefin en Anjou, & de l'Artuzier, fille unique de
Foulques de Maulay & de Jeanne Lenfant de Varennes.
Il en eut Jacqueline de Maridort , alliée à
Guy d'Aflé , feigneur de Montfaucon & de l'Efpinay,
& deux fils qui eurent poftérité : fçavoir , Guillaume
& Hercules. L'aîné , feigneur châtelain de
Vaulx , époufa Renée de Mauny , dame de Verron,
de Vaulx , Courchardie dans le Maine & l'Anjou ,
fille de Pierre de Mauny, feigneur de S. Aiguan , &
de Françoile de Beaumanoir. Il eut de ce mariage
trois enfans : 1 °. Olivier, qui fuit ; 2 °. Radegonde,
mariée à Louis Frefneau , feigneur d'Aviré & de
Créance ; 3 °. Magdeleine de Maridort , alliée en
1561. à Joachim de Caradreux , Vicomte de Neuville,
fire de Chaftenay . Olivier de Maridort , feigneur
de la Freflonniere & de Vaulx , époufa en
1552 , Anne de Matignon , Dame d'honneur de
Jeanne d'Albret , Reine de Navarre , foeur du Maréchal
de Matignon , & fille de Jacques , Comte
de Matignon , & de Françoise de Silly. De cette
alliance il n'eut que trois filles : fçavoir , 1 ° . Françoiſe
de Maridort , Dame de la Freflonniere , mariée
en premieres nôces à Jean de Coefme , Baron
de Lucé- Bonneftable ; duquel elle n'eut point d'enfans
, & en fecondes nôces à Charles de Chambes ,
Comte de Montforcau , Marquis d'Avoir . 2°. AnNOVEMBRE.
1755. 233
I
he de Maridort , qui époufa Antoine de Longueval
, feigneur de Haraucourt . 3º. Philippe de Maridort
alliée à Yves de Lifcouet , feigneur de Lifcouet
& du Bois de la Roche.
Hercules de Maridort , par lequel la postérité
s'eft continuée jufqu'à préfent , fut feigneur de
S. Ouen , Bourg-le- Roi , Doucet , du Breuil , de
Mélangé & les Garnifons , du chef de fa femme ,
Guillelmine de Mauny , qu'il avoit épousée le dernier
Février 1532. Elle étoit niéce de Renée de
Mauny , femme de fon frere , & fille de François
de Mauny & d'Hélène de Villeblanche . Leur fils
Jean de Maridort , feigneur de S. Ouen , Bourgle-
Roi , Doucet , &c . fut marié par contrat du
19 Octobre 1566. à Claude de Tillon , Dame de
Groflé , fille d'Urbain de Tillon , feigneur de Sacé ,
& de Charlotte de Villeblanche . Il en eut David ,
qui fuit , & Jean de Maridort, feigneur du Bourgle-
Roi , Gentilhomme ordinaire de la chambre du
Roi , & Confeiller d'Etat , mort fans enfans de fes
deux femmes Hélene le Grand, & Barbe de S.Denis.
David de Maridort , feigneur de S. Ouen , &c.
décédé le 27 Septembre 1606. avoit épousé le s
Juin 1583 , Germaine de Riant , fille de Gilles de
Riant , Préfident du Parlement de Paris & de Magdeleine
Formel . Leur fils , Gilles de Maridor , feigneur
châtelain de S. Ouen , &c fut Centilhomme
ordinaire de la chambre du Roi , & marié le 13
Octobre 1613 , à Françoife de Vignolles , fille de
Pompée de Vignolles, Ecuyer, Seigneur de la Roche
& du Boudin, & de Louife de Lude. De ce mariage,
fortirent, 1 °. Louis, qui-fuit , 2º. Pompée qui a laiffé
postérité, & Marie de Maridort , femme de Charles
des Guets , feigneur de la Pinardiere.
Louis de Maridort, feigneur châtelain de Saint-
Quen , du Bourg- le-Roi , &c. fe maria en 1663 à
234 MERCURE DE FRANCE.
Sufanne de Crocelai , fille de Michel , feigneur de
Crocelai en Bretagne, & d'Anne Bitaud. De ce mariage
fortit , Louis - Charles de Maridor , feigneur
du Bourg- le- Roi , qui n'ayant point eu d'enfans
de fa femme N. de Riant , fe remaria en 1703. à
Elifabeth-Louife- Charlotte de Perochelle , fille
de Charles - François de Perochelle , feigneur de
Grandchamp , & de Marie- Françoife de Fontenay,
il eft pere de Charles- Louis - Augufte , Comte de
Maridort , & ayeul de Louife -Julie- Sylvie de Maridort
, Comteffe de Champagne.
René-Mans , Sire de Froullay , Comte de Teffé,
Marquis de Lavardin , Baron d'Ambriere , Comte
de Verny , de Froullay , &c , Grand d'Espagne, de
la premiere claffe , Lieutenant-Général pour le
Roi dans les provinces du Maine & du Perche ,
ainfi que dans le Comté de Laval , premier Ecuyer
de la Reine , & Colonel du régiment des Cravates
, fut marié le 26 Juin , dans l'Eglife paroiffiale
de S. Roch , à Adrienne - Catherine de
Noailles , fille de Louis de Noailles , Duc d'Ayen ,
Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant - Général
des armées de Sa Majefté , Capitaine de la
Compagnie Ecofloife des Gardes du Corps ;
Gouverneur de la province de Rouffillon en
furvivance du Maréchal Duc de Noailles , Gouverneur
& Capitaine des Chaffes de Saint Germain-
en- Laye; & de Catherine-Françoiſe - Charlotte
de Coffé - Briffac . La bénédiction nuptiale
leur a été donnée par le Curé de la paroiffe. Leur
contrat de mariage avoit été figné le 22 du même
mois par leurs Majeftés & par la Famille royale .
Le Comte de Teffé eft fils de feu René- Mans , Sire
de Froullay , Marquis de Teffé , Grand d'Efpagne
, de la premiere claffe , Brigadier , Colonel
NOVEMBRE. 1755
235
Lieutenant du Régiment de la Reine- Infanterie,
& fon premier Ecuyer ; & de Marie - Charlotte
de Bethune- Charoft .
·
Le 16 Octobre fut célébré par l'Evêque de
Lefcars , dans la Chapelle de l'hôtel de Rothelin ,
rue du Cherche - midi , le mariage entre Meffire
Pons Fréderic de Pierre Chevalier , Seigneur
des Ports en Languedoc , Comte de Bernis , aîné
de la Maifon de Pierre ( en latin Petri ) connue
dès le onzieme fiecle ; fils de feu Meffire André de
Pierre, Chevalier , Seigneur des Ports , & de Dame
Anne- Therefe de Nigry , iffue d'une ancienne &
illuftre race.
Et Damoifelle-Marie- Helene-Elizabeth- Hyacinthe
de Narbonne- Pelet , fille de Meffire Clau
de de Narbonne- Pelet , Chevalier , Seigneur de
Verbron , Salgas , Rouffes , la Carriere , Montaigu
, & autres places ; chef de la quatrieme branche
de la Maifon de Narbonne-Pelet , laquelle
rapporte fon origine aux anciens Vicomtes de
Narbonne ; & de Dame Françoife - Heléne de Pierre
de Bernis , foeur du Marquis de ce nom , & de
l'Abbé de Bernis , Comte de Lyon , Ambaſſadeur
extraordinaire , & Miniftre Plénipotentiaire du
Roi à la Cour d'Espagne .
En faveur de ce mariage , le Roi a accordé au
Comte de Bernis un bon pour avoir un Régiment.
à fon tour.
Meffire Céfar-Antoine de la Luzerne , Comte
de Beuzeville , Maréchal des camps & armées du
Roi , & ci-devant Meftre de camp - Lieutenant .
du Régiment des Cuiraffers , mourut à Paris le
17 Juin , âgé de foixante- quatre ans.
Meffire Louis-Antoine de la Roche- Fontenille ,
Marquis de Rambures , auffi Maréchal de camp ,
236 MERCURE DE FRANCE:
eft mort à Paris dans le même mois , dans fa
cinquante-neuvieme année
Meffire Claude Bouhier , Evêque de Dijon , Abbé
de l'Abbaye de Fontaine- Daniel , Ordre de Cîteaux
, Diocèle du Mans , & Prieur de Pontarlier ,
Ordre du Val des Ecoliers , Diocèſe de Langres ,
mourut à Dijon le 21 Juin , dans fa foixante- onzieme
année.
Fermer
Résumé : MARIAGES ET MORTS.
Le texte relate le mariage de Louis-Hubert, Comte de Champagne et de la Rouffière, veuf de Bonne-Judith de Lopriac de Donges, avec Louise-Julie-Sylvie de Maridort le 24 juin. Louise-Julie-Sylvie est la fille de Charles-Louis-Auguste, Comte de Maridort, Baron du Bourg-Roi, Grand Sénéchal de la Province du Maine, et de Julie-Hortense Colbert de Linieres. La Maison du Comte de Champagne est l'une des plus prestigieuses du Royaume, remontant au XIe siècle avec Hubert, Seigneur de Mathefelon et de Duretal. La lignée comprend Baudouin de Champagne, Conseiller Chambellan des Rois Louis XII et François Ier, et Louis de Champagne, Comte de la Suze, mort à la bataille de Saint-Denis en 1567. La famille se divise en deux branches : celle de la Suze et celle de Villaines. La famille de Maridort est établie dans le Maine depuis environ 400 ans et porte des armes d'azur à trois gerbes d'or. Jacques de Maridort, vivant au début du XVIe siècle, fut seigneur des terres des Épinays et de la Freslonnière. Parmi ses descendants, Jean de Maridort, Seigneur de la Freslonnière, de Saint-Ouen et de Château-Sénéchal, épousa Marguerite de Maulay. Leur fils Guillaume, seigneur châtelain de Vaux, épousa Renée de Mauny, et ils eurent trois enfants : Olivier, Radegonde et Magdeleine de Maridort. Olivier de Maridort, seigneur de la Freslonnière et de Vaux, épousa Anne de Matignon, Dame d'honneur de Jeanne d'Albret, Reine de Navarre. Le texte mentionne plusieurs alliances matrimoniales, notamment celle d'Olivier de Maridort avec Anne de Matignon en 1552. Ils eurent trois filles : Françoise, Hélène et Philippe. Hercules de Maridort épousa Guillelmine de Mauny en février 1532. Leur fils, Jean de Maridort, se maria avec Claude de Tillon en octobre 1566. Ils eurent deux fils, David et Jean, ce dernier étant gentilhomme de la chambre du Roi et conseiller d'État. David de Maridort, décédé en septembre 1606, avait épousé Germaine de Riant. Leur fils, Gilles de Maridort, se maria avec Françoise de Vignolles en octobre 1613, et ils eurent trois enfants : Louis, Pompée et Marie. Louis de Maridort, seigneur de Saint-Ouen et du Bourg-le-Roi, épousa Suzanne de Crocelai en 1663.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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164
p. 257-261
MORTS.
Début :
Joseph de Mailly, Marquis de Mailly-Hancourt, mourut le 7 Décembre dernier [...]
Mots clefs :
Morts, Marquis, Seigneur, Chevalier, Maison de Lostanges
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORT S.
Correction pour le premier volume de Janvier
1756.
L'articlefuivant ayant été donné peu exactement
dans le premier volume de Janvier, on le répétera ici
en entier.
Jofeph de Mailly , Marquis de Mailly-Haucourt
, mourut le 7 Décembre dernier au Château
de la Roche d'Evaux , dans le Maine , âgé de 75
ans . Il avoit été Page de la Petite Ecurie , enfuite
Moufquetaire Gris , d'où il paffa dans le Régiment
du Roi , qu'il ne quitta après plufieurs campagnes
que pour le marier en 1704 , à N.... de la Riviere
d'Evaux , de laquelle il a eu fix enfans , defquels
deux font morts en bas- âge,un étant Chevalier de
Malte , deux autres font morts plus âgés , l'un
Chevalier de Malte , & l'autre Eccléfiaftique . Lès
deux qui reftent font le Comte de Mailly , Lieutenant
Général des Armées du Roi , Infpecteur de
Cavalerie , & Demoiſelle Marie- Jofephe- Magdeleine
de Mailly domiciliée à Paris depuis plufieurs
années.
Correction pour le second volume de Janvier
1756.
p. 231 , lig. 21, aujourd'hui Préſident du Parlement,
effacez aujourd'hui , & lifez Préfident du Parlement
de Paris , mort à Soiffons le 29 Avril 1754
lequel avoit époufé le 25 Novembre 1729 , 1729 , &c.
2
Meffire Louis - Antoine- Charles de Saint
Simon , appellé le Chevalier de Courtomer
Chevalier de l'Ordre de Saint Jean de Jéruſalem,.
eft mort au Château de la Motte - Fouqué en
258 MERCURE DE FRANCE.
Normandie , âgé de vingt-un ans. Il étoit fils de
feu Meffire Gui- Antoine de Saint Simon , Marquis
de Courtomer, Meftre de Camp de Cavalerie,
& Capitaine des Gardes de feue Madame la Ducheffe
de Berri .
Meffire Jean-Louis de Loflanges , Marquis de
Beduer, Comte de Corn , Goudon, & c . Seigneur de
Sainte Neboule , Saint Laurens , Camboufie , Patron
de Liflac , eft mort le 27 Décembre dans fon
Château de Beduer en Querci , & a été inhumé le
lendemain dans l'Eglife du Monaftere des Religieufes
de Liffac. Il ne laiffe pas d'enfans de Marie
Pulcherie - Anaftafie de Foucaud - d'Alzon
Dame de Jonnac , Mandens , &c . fon épouse
qu'il a inftituée héritiere de tous fes biens , à la
charge de les rendre à fon choix à un Loftanges.
-
·
>
La Maiſon de Loftanges tire fon nom du Châ
teau de Loftanges , dans le Bas-Limofin , où elle
étoit confidérable dès le douzieme fiecle. La branche
des Marquis de Beduer eft fortie de celle de
Saint Alvaire , laquelle avoit été formée par
Jean-Aimar de Loftanges , Chevalier , qui époufa
le 27 Septembre 1446 , Antoinette de Vayrines ,
dite de Limeuil , Dame de Saint - Alvaire en Périgord
, de laquelle il eut entr'autres , Jean , dit
Janicor de Loftanges , Seigneur de Saint - Alvaire ,
allié par contrat , du 3 Janvier 1508 , à Marie
fille de Jean de Salagnac , Seigneur de la Motte-
Fenelon , Maître d'Hôtel ordinaire du Roi , & de
Catherine de Lauzieres-Themines. De ce mariage
fortirent, entr'autres , Bertrand , dont nous allons
parler ; & François , Auteur de la branche des Seigneurs
de Palliez en Saintonge.
Bertrand de Loftanges , Seigneur de Saint- Alvaire
, fut pere par Marie de Montberon de Hugues
, Seigneur de Saint - Alvaire , Chevalier de
ΜΑΙ . 1796. 259
l'ordre du Roi , Gentilhomme de la Chambre ,
Capitaine de cinquante hommes d'Armes de fes
Ordonnances , marié à Galiotte de Gourdon de
Genouillac , fille de Jean , Baron de Vaillac , Chevalier
de l'ordre du Roi , Gouverneur du Château-
Trompette , &c ; & de Jeanne le Brun , Dame
de Boiffet. Il eut de certe alliance , 1º . Jean-
Louis , qui a continué la branche de Saint- Alvaire.
2. Louis-François , qui a formé celle des
Marquis de Beduer , que nous rapporterons enfuite.
.
Jean-Louis de Loftanges , Baron de Saint - Alvaire
, fut allié à Elifabeth , fille de Jacques de
Cruffol , Duc d'Uzès , Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roi , & de Françoile de Clermont-
Tonnerre. Il eut de ce mariage , entr'autres , Emmanuel-
Galliot de Loftanges , Marquis de Saint-
Alvaire , Sénéchal , & Gouverneur de Querci ,
qui de fa femme Claude - Simonne Eberard de
Saint-Sulpice , Dame du Vigan , a eu, entr'autres,
Louis de Loftanges qui fuit : Emmanuel , dit le
Comte de Saint-Alvaire , Gouverneur & Sénéchal
de Querci ; Louis , Seigneur d'Uffel ; & François ,
dit le Chevalier de Saint- Alvaire .
Louis de Loftanges , Marquis de Saint- Alvaire
, Baron du Vigan , Sénéchal & Gouverneur de
Querci , Chevalier de Saint Louis , perdit un ceil
à la Bataille de Senef , & fut noyé dans la Dordogne
en Décembre 1705. Il avoit épousé Roſe ,
fille de Louis , Marquis de Cadrieu , & de Marie
de Saint- Nectaire de Veyrieres , de laquelle il a eu ,
entr'autres , Armand - Louis - Claude - Simon de
Loftanges , Marquis de Sainte Alvaire , Sénéchal
& Gouverneur de Querci , allié en 1719 à Marie
de Larmandie de Longua. Leurs enfans font ,
1º. Armand - Louis - Marie , Marquis de Lof
tanges , Meftre de Camp du Régiment des Cui
260 MERCURE DE FRANCE..
raffiers du Roi , premier Ecuyer de Madame Adelaïde
, marié le 8 Mai 1754 , à Marie -Elizabeth-
Charlotte-Pauline de Galucci de l'Hôpital. Voyez
le Mercure du mois de Juin 1754 , fecond volume
pag. 197.
2º. Alexandre- Rofe de Loftanges , Marquis de
Cadrieu , né le 18 Octobre 1723 , Capitaine de
Dragons.
A
3. N ... de Loftanges , dit le Vicomte de
Saint - Alvaire , né en 1733 .
4°. Marie-Julie de Loftanges.
5º , 6º & 7°. Trois autres filles.
Louis-François de Loftanges , fecond fils de
Flugues , Seigneur de Saint- Alvaire & de Galiotte
de Gourdon de Genouillac , fut Colonel d'un Régiment
d'Infanterie dans les Armées des Rois Henri
IV & Louis XIII . II forma la branche des
Marquis de Beduer. Il époufa , 19. Jeanne de Luzech
, veuve & donataire de Jean de Narbonnez
Baron de Puillaunez & de Beduer , de laquelle il
n'eut point d'enfans. 2 ° Jeanne de Marqueyssac,
yeuve de N.... de Saint Aftier , Seigneur de Borie
, dont vint , entr'autres , Jean- Louis de Loftanges
, Comte de Beduer , Capitaine Commandant
le Régiment de Candale Cavalerie , député
de la Nobleffe de Guyenne , puis de celle de
Périgord. Il fut marié à Françoiſe de Gourdon de
Genouillac , fille de Jean , Seigneur de Reillac ,
& en eut deux fils , Francois- Louis qui fuit , &
Jean - Marguerit de Loftanges , Auteur de la
Branche de Cuxac , qui fera rapportée.
François-Louis -de Loftanges , Comte de Beduer
, qui mourut en 1692 , eut de fa femme
Marie-Renée Menardeau , entr'autres Louis- Henri
& Laurent de Loftanges. Louis - Henri- de
Loftanges , Comte de Beduer , fut marié à Fran
soife du Mont de laquelle il eut
>
MA I. 1756.
261
1. Louis de Loftanges , Marquis de Beduer ,
mort en Septembre 1746 , fans enfans de N..
du Maine du Bourg , petite fille du Maréchal du
Bourg , actuellement vivante.
..
20. Jean Louis , qui donne lieu à cet article ,
3°. Renée de Loſtanges , aujourd'hui Prieure de
Liffac.
Laurent de Loftanges , frere de Louis- Henri ,
a laiffé un fils nommé Louis de Loftanges , Seigneur
de Jarmons , Cornette de Cavaleriiee ,, àà préfent
Chefde la Branche de Beduer.
-
Jean Marguerit de Loftanges , fecond fils de
Jean-Louis, Comte de Beduer ; & de Françoife de
Gourdon de Genouillac , fut Marquis de Felains ,
Seigneur de Cufac ou Cuxac , en Rouergue , &
mourut en 1691. Il avoit épousé Marguerite de
Corn-d'Ampare dont il eut , entr'autres enfans ,
Jean-François de Loftanges , Seigneur de Cuxac ,
marié le 10 Août 1711 , à Françoiſe de la Mothe.
La Maifon de Loftanges porte pour Armes
d'argent au Lion de gueules courronné , accompagné
de cinq étoiles de même en orle.
Meffire François- Edouard le Gras de Vauberfey,
Chevalier , Seigneur de Montgenot , Lieute
nant des Maréchaux de France au département de
Champagne & de Brie , eft mort le 7 Mars dans
fon Château de Montgenot en Champagne , âgé
de 54 ans. Il avoit époufé le 11 Septembre dernier
Demoiſelle Marie Claire de Relongue - de la
Louptiere.
Correction pour le premier volume de Janvier
1756.
L'articlefuivant ayant été donné peu exactement
dans le premier volume de Janvier, on le répétera ici
en entier.
Jofeph de Mailly , Marquis de Mailly-Haucourt
, mourut le 7 Décembre dernier au Château
de la Roche d'Evaux , dans le Maine , âgé de 75
ans . Il avoit été Page de la Petite Ecurie , enfuite
Moufquetaire Gris , d'où il paffa dans le Régiment
du Roi , qu'il ne quitta après plufieurs campagnes
que pour le marier en 1704 , à N.... de la Riviere
d'Evaux , de laquelle il a eu fix enfans , defquels
deux font morts en bas- âge,un étant Chevalier de
Malte , deux autres font morts plus âgés , l'un
Chevalier de Malte , & l'autre Eccléfiaftique . Lès
deux qui reftent font le Comte de Mailly , Lieutenant
Général des Armées du Roi , Infpecteur de
Cavalerie , & Demoiſelle Marie- Jofephe- Magdeleine
de Mailly domiciliée à Paris depuis plufieurs
années.
Correction pour le second volume de Janvier
1756.
p. 231 , lig. 21, aujourd'hui Préſident du Parlement,
effacez aujourd'hui , & lifez Préfident du Parlement
de Paris , mort à Soiffons le 29 Avril 1754
lequel avoit époufé le 25 Novembre 1729 , 1729 , &c.
2
Meffire Louis - Antoine- Charles de Saint
Simon , appellé le Chevalier de Courtomer
Chevalier de l'Ordre de Saint Jean de Jéruſalem,.
eft mort au Château de la Motte - Fouqué en
258 MERCURE DE FRANCE.
Normandie , âgé de vingt-un ans. Il étoit fils de
feu Meffire Gui- Antoine de Saint Simon , Marquis
de Courtomer, Meftre de Camp de Cavalerie,
& Capitaine des Gardes de feue Madame la Ducheffe
de Berri .
Meffire Jean-Louis de Loflanges , Marquis de
Beduer, Comte de Corn , Goudon, & c . Seigneur de
Sainte Neboule , Saint Laurens , Camboufie , Patron
de Liflac , eft mort le 27 Décembre dans fon
Château de Beduer en Querci , & a été inhumé le
lendemain dans l'Eglife du Monaftere des Religieufes
de Liffac. Il ne laiffe pas d'enfans de Marie
Pulcherie - Anaftafie de Foucaud - d'Alzon
Dame de Jonnac , Mandens , &c . fon épouse
qu'il a inftituée héritiere de tous fes biens , à la
charge de les rendre à fon choix à un Loftanges.
-
·
>
La Maiſon de Loftanges tire fon nom du Châ
teau de Loftanges , dans le Bas-Limofin , où elle
étoit confidérable dès le douzieme fiecle. La branche
des Marquis de Beduer eft fortie de celle de
Saint Alvaire , laquelle avoit été formée par
Jean-Aimar de Loftanges , Chevalier , qui époufa
le 27 Septembre 1446 , Antoinette de Vayrines ,
dite de Limeuil , Dame de Saint - Alvaire en Périgord
, de laquelle il eut entr'autres , Jean , dit
Janicor de Loftanges , Seigneur de Saint - Alvaire ,
allié par contrat , du 3 Janvier 1508 , à Marie
fille de Jean de Salagnac , Seigneur de la Motte-
Fenelon , Maître d'Hôtel ordinaire du Roi , & de
Catherine de Lauzieres-Themines. De ce mariage
fortirent, entr'autres , Bertrand , dont nous allons
parler ; & François , Auteur de la branche des Seigneurs
de Palliez en Saintonge.
Bertrand de Loftanges , Seigneur de Saint- Alvaire
, fut pere par Marie de Montberon de Hugues
, Seigneur de Saint - Alvaire , Chevalier de
ΜΑΙ . 1796. 259
l'ordre du Roi , Gentilhomme de la Chambre ,
Capitaine de cinquante hommes d'Armes de fes
Ordonnances , marié à Galiotte de Gourdon de
Genouillac , fille de Jean , Baron de Vaillac , Chevalier
de l'ordre du Roi , Gouverneur du Château-
Trompette , &c ; & de Jeanne le Brun , Dame
de Boiffet. Il eut de certe alliance , 1º . Jean-
Louis , qui a continué la branche de Saint- Alvaire.
2. Louis-François , qui a formé celle des
Marquis de Beduer , que nous rapporterons enfuite.
.
Jean-Louis de Loftanges , Baron de Saint - Alvaire
, fut allié à Elifabeth , fille de Jacques de
Cruffol , Duc d'Uzès , Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roi , & de Françoile de Clermont-
Tonnerre. Il eut de ce mariage , entr'autres , Emmanuel-
Galliot de Loftanges , Marquis de Saint-
Alvaire , Sénéchal , & Gouverneur de Querci ,
qui de fa femme Claude - Simonne Eberard de
Saint-Sulpice , Dame du Vigan , a eu, entr'autres,
Louis de Loftanges qui fuit : Emmanuel , dit le
Comte de Saint-Alvaire , Gouverneur & Sénéchal
de Querci ; Louis , Seigneur d'Uffel ; & François ,
dit le Chevalier de Saint- Alvaire .
Louis de Loftanges , Marquis de Saint- Alvaire
, Baron du Vigan , Sénéchal & Gouverneur de
Querci , Chevalier de Saint Louis , perdit un ceil
à la Bataille de Senef , & fut noyé dans la Dordogne
en Décembre 1705. Il avoit épousé Roſe ,
fille de Louis , Marquis de Cadrieu , & de Marie
de Saint- Nectaire de Veyrieres , de laquelle il a eu ,
entr'autres , Armand - Louis - Claude - Simon de
Loftanges , Marquis de Sainte Alvaire , Sénéchal
& Gouverneur de Querci , allié en 1719 à Marie
de Larmandie de Longua. Leurs enfans font ,
1º. Armand - Louis - Marie , Marquis de Lof
tanges , Meftre de Camp du Régiment des Cui
260 MERCURE DE FRANCE..
raffiers du Roi , premier Ecuyer de Madame Adelaïde
, marié le 8 Mai 1754 , à Marie -Elizabeth-
Charlotte-Pauline de Galucci de l'Hôpital. Voyez
le Mercure du mois de Juin 1754 , fecond volume
pag. 197.
2º. Alexandre- Rofe de Loftanges , Marquis de
Cadrieu , né le 18 Octobre 1723 , Capitaine de
Dragons.
A
3. N ... de Loftanges , dit le Vicomte de
Saint - Alvaire , né en 1733 .
4°. Marie-Julie de Loftanges.
5º , 6º & 7°. Trois autres filles.
Louis-François de Loftanges , fecond fils de
Flugues , Seigneur de Saint- Alvaire & de Galiotte
de Gourdon de Genouillac , fut Colonel d'un Régiment
d'Infanterie dans les Armées des Rois Henri
IV & Louis XIII . II forma la branche des
Marquis de Beduer. Il époufa , 19. Jeanne de Luzech
, veuve & donataire de Jean de Narbonnez
Baron de Puillaunez & de Beduer , de laquelle il
n'eut point d'enfans. 2 ° Jeanne de Marqueyssac,
yeuve de N.... de Saint Aftier , Seigneur de Borie
, dont vint , entr'autres , Jean- Louis de Loftanges
, Comte de Beduer , Capitaine Commandant
le Régiment de Candale Cavalerie , député
de la Nobleffe de Guyenne , puis de celle de
Périgord. Il fut marié à Françoiſe de Gourdon de
Genouillac , fille de Jean , Seigneur de Reillac ,
& en eut deux fils , Francois- Louis qui fuit , &
Jean - Marguerit de Loftanges , Auteur de la
Branche de Cuxac , qui fera rapportée.
François-Louis -de Loftanges , Comte de Beduer
, qui mourut en 1692 , eut de fa femme
Marie-Renée Menardeau , entr'autres Louis- Henri
& Laurent de Loftanges. Louis - Henri- de
Loftanges , Comte de Beduer , fut marié à Fran
soife du Mont de laquelle il eut
>
MA I. 1756.
261
1. Louis de Loftanges , Marquis de Beduer ,
mort en Septembre 1746 , fans enfans de N..
du Maine du Bourg , petite fille du Maréchal du
Bourg , actuellement vivante.
..
20. Jean Louis , qui donne lieu à cet article ,
3°. Renée de Loſtanges , aujourd'hui Prieure de
Liffac.
Laurent de Loftanges , frere de Louis- Henri ,
a laiffé un fils nommé Louis de Loftanges , Seigneur
de Jarmons , Cornette de Cavaleriiee ,, àà préfent
Chefde la Branche de Beduer.
-
Jean Marguerit de Loftanges , fecond fils de
Jean-Louis, Comte de Beduer ; & de Françoife de
Gourdon de Genouillac , fut Marquis de Felains ,
Seigneur de Cufac ou Cuxac , en Rouergue , &
mourut en 1691. Il avoit épousé Marguerite de
Corn-d'Ampare dont il eut , entr'autres enfans ,
Jean-François de Loftanges , Seigneur de Cuxac ,
marié le 10 Août 1711 , à Françoiſe de la Mothe.
La Maifon de Loftanges porte pour Armes
d'argent au Lion de gueules courronné , accompagné
de cinq étoiles de même en orle.
Meffire François- Edouard le Gras de Vauberfey,
Chevalier , Seigneur de Montgenot , Lieute
nant des Maréchaux de France au département de
Champagne & de Brie , eft mort le 7 Mars dans
fon Château de Montgenot en Champagne , âgé
de 54 ans. Il avoit époufé le 11 Septembre dernier
Demoiſelle Marie Claire de Relongue - de la
Louptiere.
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Résumé : MORTS.
Le texte relate plusieurs décès et corrections concernant des personnalités nobles françaises. Joseph de Mailly, Marquis de Mailly-Haucourt, est décédé le 7 décembre 1755 à l'âge de 75 ans au Château de la Roche d'Evaux. Il a servi comme Page de la Petite Écurie, Mousquetaire Gris, et dans le Régiment du Roi avant de se marier en 1704. Il laisse deux enfants survivants : le Comte de Mailly et Demoiselle Marie-Josèphe-Madeleine de Mailly. Une correction est mentionnée pour le second volume de janvier 1756 concernant un Président du Parlement de Paris décédé le 29 avril 1754. Louis-Antoine-Charles de Saint Simon, Chevalier de Courtomer et de l'Ordre de Saint Jean de Jérusalem, est décédé à 21 ans au Château de la Motte-Fouqué en Normandie. Il était le fils de Gui-Antoine de Saint Simon, Marquis de Courtomer. Jean-Louis de Loflanges, Marquis de Beduer, est décédé le 27 décembre 1755 et a été inhumé le lendemain. Il a désigné son épouse, Marie Pulchérie-Anastasie de Foucaud-d'Alzon, comme héritière de ses biens. Le texte évoque également l'histoire de la famille de Loflanges, notamment les branches de Beduer et de Cuxac. Jean-Louis de Loflanges, Comte de Beduer, fut capitaine et député de la Noblesse de Guyenne. Il eut deux fils, François-Louis et Jean-Marguerit. François-Louis de Loflanges décéda en 1692 et eut deux fils, Louis-Henri et Laurent. Jean-Marguerit de Loflanges fut Marquis de Felains et Seigneur de Cuxac. Enfin, le texte mentionne la mort de François-Édouard le Gras de Vauberfey, Chevalier et Lieutenant des Maréchaux de France, décédé à 54 ans.
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165
p. 209-211
MORTS.
Début :
Le 5 Octobre 1757, mourut à Nancy Messire Claude-François, Marquis [...]
Mots clefs :
Morts, Marquis de Toustain de Viray, Conseiller d'État, Maison de Lorraine, Comte de Wignacourt, Seigneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
LE 5 Octobre 1757 , mourut à Nancy Meffire
Claude- François , Marquis de Touftain de Viray,.
d'une ancienne & illuftre famille , originaire de
Normandie , Confeiller d'Etat du Roi de Pologne,
& fon Procureur Général de Lorraine & Barrois
qui emporta tous les regrets de la province . Jamais
Magiftrat ne renferma de qualités plus rares :
fa haute piété , jointe à fon érudition profonde ,
fut garant de fon intégrité ; fon mérite diftingué
lui avoit procuré toute la confiance de l'augufte
Maifon de Lorraine , & fut chargé de l'exécution
des dernieres volontés de S. A. R. Madame la Ducheffe
Douairiere. Monfieur fon pere , Meftre de
camp de Cavalerie , & Gouverneur d'Obernheim ,..
l'avoit deftiné au militaire ; il fut même fait capitaine
de Cavalerie , à l'âge de quatorze ans : la
mort enleva ce pere qui le chériffoit . Un grand
homme ayant reconnu en lui des difpofitions
prématurées , le deſtina à la Magiftrature , où il
a fait l'appui de l'Etat , & aujourd'hui fa douleur ,
qui paffera à la poſtérité .
Robert Antoine , Comte de Wignacourt , Baron
de Saint- Loup , Scigneur des terres & fiefs
nobles de Warnecourt , Charbogne , Chevenicy ,
Verrieres , Briquemaux , les Auches , les Crettes
maifonnettes , les grand & petit Vivier , Toulie ,
le Griffon , Bronville , la Hamel , Evignie , Modignie
, Senglis , Sufanne , Ecordard , Brunehamel
, &c. eft mort en fon château de Charbogne
en Champagne , le 30 Octobre 1756 , âgé de 58
•
210 MERCURE DE FRANCE.
ans , trois mois & quinze jours , étant né le i
Juillet 1698. Le lendemain 31 Octobre , à dix
heures du foir , fon convoi fe mit en marche , &
arriva le premier Novembre dans fa terre de
Warnecourt , où , fur le foir , fon corps fut inhumé
dans la chapelle fondée par les ancêtres , &
leur fépulture depuis plufieurs fiecles : il eft généralement
regretté. Il étoit chef de l'ancienne mai
fon de fon nom , qui tient rang entre les plus
grandes & les plus illuftres , & qui a donné dans
le dernier fiecle deux grands Maîtres à l'Ordre de
Malthe , ( Alof de Wignacourt , élu avec le concours
général & unanime de tout l'Ordre , & un
applandiffement univerfel , en 1601 , & Adrien
de Wignacourt en 1690 ) & fils d'Antoine , Marquis
de Wignacourt , Seigneur de Warnecourt ,
Evignie , Charbogne , &c. Gouverneur de la ville
de Donchery , & de Marie- Héleine- Magdeleine
de Villelongue , Dame de Brunehamel , morts
tous deux en 1736. Il avoit été marié à Marie-
Louiſe de Goujon Condé , morte le jour de Pâ.
ques 1729 , de laquelle il a laiffé pour fils unique
Charles -Antoine - François - Marie , Marquis de
Wignacourt , Baron de Saint - Loup , Seigneur de
Warnecourt , Brunehamel , Charbogne , Evignie,
Ecordal , &c. chef actuel de la maiſon de Wignacourt
, né le 30 Juillet 1727 , veuf du 7 Décembre
1754 , de Conftance - Françoife Duffon de
Bonnac , petite fille du feu Maréchal Duc de Biron
, Pair de France , dont il a une fille , Marie-
Charlotte-Antoinette- Conftance- Louife - Françoife
de Wignacourt , née le 30 Octobre 1750 .
Les janvier eft mort haut & puiffant Seigneur ,
Monfeigneur Pierre-Emanuel Marquis de Cruffol,
Maréchal des Camps & Armées du Roi , Cheva
lier de fes ordres , âgé de 40 ans.
JANVIER. 1758. 211
Il étoit de la branche aînée de Cruffol d'Uzés.
La généalogie de cette maifon eft trop connue ,
pour qu'il foit néceffaire de la rappeller.
LE 5 Octobre 1757 , mourut à Nancy Meffire
Claude- François , Marquis de Touftain de Viray,.
d'une ancienne & illuftre famille , originaire de
Normandie , Confeiller d'Etat du Roi de Pologne,
& fon Procureur Général de Lorraine & Barrois
qui emporta tous les regrets de la province . Jamais
Magiftrat ne renferma de qualités plus rares :
fa haute piété , jointe à fon érudition profonde ,
fut garant de fon intégrité ; fon mérite diftingué
lui avoit procuré toute la confiance de l'augufte
Maifon de Lorraine , & fut chargé de l'exécution
des dernieres volontés de S. A. R. Madame la Ducheffe
Douairiere. Monfieur fon pere , Meftre de
camp de Cavalerie , & Gouverneur d'Obernheim ,..
l'avoit deftiné au militaire ; il fut même fait capitaine
de Cavalerie , à l'âge de quatorze ans : la
mort enleva ce pere qui le chériffoit . Un grand
homme ayant reconnu en lui des difpofitions
prématurées , le deſtina à la Magiftrature , où il
a fait l'appui de l'Etat , & aujourd'hui fa douleur ,
qui paffera à la poſtérité .
Robert Antoine , Comte de Wignacourt , Baron
de Saint- Loup , Scigneur des terres & fiefs
nobles de Warnecourt , Charbogne , Chevenicy ,
Verrieres , Briquemaux , les Auches , les Crettes
maifonnettes , les grand & petit Vivier , Toulie ,
le Griffon , Bronville , la Hamel , Evignie , Modignie
, Senglis , Sufanne , Ecordard , Brunehamel
, &c. eft mort en fon château de Charbogne
en Champagne , le 30 Octobre 1756 , âgé de 58
•
210 MERCURE DE FRANCE.
ans , trois mois & quinze jours , étant né le i
Juillet 1698. Le lendemain 31 Octobre , à dix
heures du foir , fon convoi fe mit en marche , &
arriva le premier Novembre dans fa terre de
Warnecourt , où , fur le foir , fon corps fut inhumé
dans la chapelle fondée par les ancêtres , &
leur fépulture depuis plufieurs fiecles : il eft généralement
regretté. Il étoit chef de l'ancienne mai
fon de fon nom , qui tient rang entre les plus
grandes & les plus illuftres , & qui a donné dans
le dernier fiecle deux grands Maîtres à l'Ordre de
Malthe , ( Alof de Wignacourt , élu avec le concours
général & unanime de tout l'Ordre , & un
applandiffement univerfel , en 1601 , & Adrien
de Wignacourt en 1690 ) & fils d'Antoine , Marquis
de Wignacourt , Seigneur de Warnecourt ,
Evignie , Charbogne , &c. Gouverneur de la ville
de Donchery , & de Marie- Héleine- Magdeleine
de Villelongue , Dame de Brunehamel , morts
tous deux en 1736. Il avoit été marié à Marie-
Louiſe de Goujon Condé , morte le jour de Pâ.
ques 1729 , de laquelle il a laiffé pour fils unique
Charles -Antoine - François - Marie , Marquis de
Wignacourt , Baron de Saint - Loup , Seigneur de
Warnecourt , Brunehamel , Charbogne , Evignie,
Ecordal , &c. chef actuel de la maiſon de Wignacourt
, né le 30 Juillet 1727 , veuf du 7 Décembre
1754 , de Conftance - Françoife Duffon de
Bonnac , petite fille du feu Maréchal Duc de Biron
, Pair de France , dont il a une fille , Marie-
Charlotte-Antoinette- Conftance- Louife - Françoife
de Wignacourt , née le 30 Octobre 1750 .
Les janvier eft mort haut & puiffant Seigneur ,
Monfeigneur Pierre-Emanuel Marquis de Cruffol,
Maréchal des Camps & Armées du Roi , Cheva
lier de fes ordres , âgé de 40 ans.
JANVIER. 1758. 211
Il étoit de la branche aînée de Cruffol d'Uzés.
La généalogie de cette maifon eft trop connue ,
pour qu'il foit néceffaire de la rappeller.
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Résumé : MORTS.
Le 5 octobre 1757, Claude-François, Marquis de Touftain de Viray, conseiller d'État du Roi de Pologne et procureur général de Lorraine et Barrois, décéda à Nancy. Issu d'une famille normande illustre, il fut apprécié pour sa piété, son érudition et son intégrité, ce qui lui valut la confiance de la Maison de Lorraine. Initialement destiné à une carrière militaire, il se tourna vers la magistrature et devint un pilier de l'État. Robert Antoine, Comte de Wignacourt, Baron de Saint-Loup, décéda le 30 octobre 1756 à l'âge de 58 ans dans son château de Charbogne en Champagne. Fils d'Antoine, Marquis de Wignacourt, et de Marie-Hélène-Madeleine de Villelongue, il fut inhumé dans la chapelle familiale à Warnecourt. Marié à Marie-Louise de Goujon Condé, il laissa un fils, Charles-Antoine-François-Marie, Marquis de Wignacourt, et une fille, Marie-Charlotte-Antoinette-Constance-Louise-Françoise de Wignacourt. En janvier 1758, Pierre-Emanuel, Marquis de Cruffol, Maréchal des Camps et Armées du Roi et Chevalier des ordres, décéda à l'âge de 40 ans. Issu de la branche aînée de Cruffol d'Uzés, sa généalogie était bien connue.
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166
p. 195-207
MEMOIRE GENEALOGIQUE De la branche des Caumont de Picardie, connus sous le nom de Gauville, depuis leur transmigration de Guyenne, vers l'an 1400.
Début :
Les démarches qui ont été faites par Messieurs de Caumont de Gauville, transmigrés de Guienne [...]
Mots clefs :
Famille Caumont de Gauville, Picardie, Guyenne, Migration, Preuves, Armes, Ducs, Généalogie, Seigneur, Trésorier, Service du roi, Comte, Maison, Branche, Degrés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE GENEALOGIQUE De la branche des Caumont de Picardie, connus sous le nom de Gauville, depuis leur transmigration de Guyenne, vers l'an 1400.
MEMOIRE GENEALOGIQUE
De la branche des Caumont de Picardie ,
connus fous le nom de Gauville , depuis
leur tranfmigration de Guyenne , vers
l'an 1400.
Les démarches qui ont été faites par Meffieurs
de Caumont de Gauville , tranfmigrés de Guien
I ij
196 MERCURE DE FRANCE:
ne ès Frontieres de Picardie & Normandie vers
l'an 1400 , pour ſe réunir à leur vraie origine ,
font trop connues , & ont trop affecté les perfonnes
de la plus haute confidération , & furtout
celles qui ont la bonté de s'intéreffer à leur fort ,
pour ne pas juftifier dans la circonftance préfente,
la légitimité de leurs prétentions & des moyens
fur lefquels ils s'apuient , pour fe raffoucher à la
Maifon de Caumont de Guienne , depuis Ducs
de la Force.
La Généalogie de M. de Caumont de Beauvilla,
qui paroît annoncer qu'il eft le feul rejetton de
cette illuftre Souche , opére une espece d'exclufion
peu favorable pour ceux de ce nom & Armes
anciennes qui fe croient en droit d'y prétendre.
L'on va travailler à diffiper ces préjugés par les
preuves fuivantes.
La Branche des Caumont de Gauville n'eft animée
en cela que du feul amour de la vérité , & de
la gloire de fe remonter à la pureté de fa fource.
Loin d'ici tous foupçons d'antitation : pour pouvoir
en préfumer , il faudroit prêter à Jean & à
Guy ou Guyot de Caumont , leurs Auteurs , des
perfpectives auffi prématurées qu'étendues , en
ayant amaffé des matériaux , comme Nom & Armes
dès l'année 1386 , dans la vue que leurs Succeffeurs
en fiffent un ufage frauduleux pour fe
greffer en 1757 , fur une Maifon à laquelle ils
n'auroient eu aucun raport , furtout dans un
temps où ils ignoroient les illuftrations qui devoient
décorer cette branche ainée , telles que des
Duchés & Bâtons de Maréchaux de France. On
Jaiffe le Public & les perfonnes défintérefféès , juges
d'une pareille précaution . Elles feront plus
a même d'en décider , fi elles veulent jetter les
yeux fur ce Mémoire , que l'on fera le plus ferré
le plus précis qu'il fera poffible.
FEVRIER. 1758. 197
Toutes les citations feront marquées au coinde
la vérité la plus fcrupuleufe : l'on offre d'en donner
la preuve , foit par titres originaux , foit par
différentes époques ou anecdotes tirées de la
Chambre des Comptes.
PREUVE de l'Identité des anciennes armes.
Il eft conftant que les premieres Armes de la
Maiſon Ducale de Caumont n'étoient point les
Léopards. M. le Duc de la Force convient qu'il
les porte par conceffion des Rois d'Angleterre ; la
tradition de cette Maiſon annonce que c'étoient
des Faces ou Bandes. Cette tradition va être appuyée
de preuves inconteftables . MM. les Ducs
de Lauzun qui font féparés de cette branche aînée,
vers l'an 1250 , ont toujours porté tiercé en bandes
; ce qui eft la même chofe que les Faces , à la
pofition de différence : donc les anciennes Armes
de la Maiſon Ducale de la Force n'étoient pas les
Léopards.
Guillelme ou Guillaume III , du nom qui for
me le douzieme degré de la Généalogie de la
Maiſon Ducale de la Force , donna quittance en
qualité d'Ecuyer à Hardouin le Roi , Tréforier
des guerres à Leuze , le mercredi 24 Septembre
1315. Cet acte eft fcellé de fon Sceau en cire
rouge , où il eft repréſenté à cheval , tenant fon
bouclier de la main gauche , fur lequel il paroît 3
Faces & 3 Léopards , le cheval caparaçonné des
mêmes armes. Il eft le premier que l'on voit
écarteler les Léopards avec les Faces .
Guillefme Raymond , Seigneur de Caumont ,
qui fait le XIII degré de la même généalogie ,
donna quittance le 18 Avril 1347 , à Jean Chauyel
, tréforier des guerres de 300 liv. pour le de
I iij
TOS MERCURE DE FRANCE .
meurant de fes gages : fon fceau eft en cire rouge ,
partie de 3 Léopards & d'un Facé.
26 Septembre 1352. Autre quittance du même ,
& fous le même fcel de 752 liv , donnée à Jacques
l'Empereur , tréforier des guerres.
Jean Bâtard de Guillelme ou Guillaume , légitimé
au Monceau S. Mayence , le 25 Mars 1346,
donna quittance fur fes gages de 15 liv. à Paris le
13 Octobre 1356 ; fon iceau eft en cire rouge ,
une face accompagnée de 3 Etoiles à fix raies :
comme bâtard il garda une face , le tiers des armes
de fa Maiſon avec différentes Brifures .
Ce que l'on vient de rapporter démontre clairement
que les Auteurs de la Maiſon Ducale de
Caumont, jufqu'au 13 dégré inclufivement , ont
porté les Faces pour Armes.
Nompar , qui a fait le 14 degré , quitta totalement
les faces en 1366 , pour prendre les léopards ',
armes d'Angleterre , pendant que Guillefme ou
Guillaume Raimond fon pere & fon grand- pere ,
avoient porté les faces écartelées avec les léopards,
comme on a dit ci - deffus , & dont on pourroit
'donner d'autres exemples.
Guillelme Raimont , Seigneur de Caumont ,
eut pour femme Efclamor de Defpins , dont il eut
trois enfans mâles , Nompar , Jean & Gaiton . Il
fit fon teftament en 1365 , par lequel il ſubſtitua
& rappella au défaut de hoirs mâles de Nompar
fon aîné , Jean fon fecord fils , auteur de la branche
des Caumont de Picardie ; il rappella auffi
Gafton fon troifieme fils.
Nompar , Seigneur de Caumont , qui fait le
quatorzieme degré de la généalogie de la branche
Ducale , époufa Magne de Caftelnau , par contrat
du 26 novembre 1368. Il rappella par fon
teftament dus août 1400 , Jean & Gaſton fes
FEVRIER. 1758 .
199
›freres :: ce titre eft en original dans les archives
de M. le Duc de la Force , ce qui prouve qu'il
connoiffoit leur exiftence jufques dans le commencement
du quatorzieme fiécle , & fait en même
temps une liaiſon parfaite avec les différentes
époques des quittances que Jean de Caumont a
données aux Tréforiers des guerres , que l'on va
ordre & par dates.
·
rapporter par
Il paroît par le compte de Guillaume Denfernet
, Tréforier des guerres , que Jean de Caumont
, Ecuyer- Servant avec neufautres Ecuyers ,
donna quittance de 150 liv . fur fes gages & de fes
Ecuyers , le 16 février 1386 , fcélée en cire rouge
du fceau de fes armes , trois faces furmontées
en chef de deux tourteaux & une étoile.
L'on voit une autre quittance en 1388 , fcélée
du même fcel , avec cette différence , que les
-trois faces font furmontées d'une étoile & de deux
tourteaux , & une autre fois d'une étoile & d'un
tourteau .
Tout le monde fçait que les armes varioient
anciennement , & que le fçeau du Gentilhomme
tenoit lieu de fa fignature : ioriqu'il lui arrivoit
de le perdre , il en faifoit déclaration juridique ,
le révoquoit , & pour qu'il ne lui pût porter aucun
préjudice , il déclaroit celui qu'il avoit pris
de nouveau , auquel il avoit fait quelque changement
ou addition .
Le Comte de Macéhéron , Tréforier des guerres
de l'année 1405 , marque que Jean de Cau-
-mont Ecuyer , fut reçu , avec plufieurs autres
-Ecuyers à fa fuite , à Gravelines , dans les mois de
juin , juillet & août 1404 ; il toucha plufieurs
fommes fur les gages de fes fervices militaires &
de fes Ecuyers , de Jean de Précy , Tréforier des
guerres : plufieurs montres & quittances de Jean
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
de Caumont font fcélées de fon fcel en cire rou
ge , avec l'empreinte de fes armes , trois faces
furmontées de trois tourteaux , telles qu'il les a
tranfmis à Guy ou Guyot de Caumont fon fuccef.
feur & héritier , aux mêmes noms & armes que
fes defcendans ont portés, fans aucun changement
ni interruption jufqu'à ce jour.
Preuves présomptives de la Tranfmigration.
L'on a vu Jean & Gafton de Caumont freres ;
venir de Guienne pendant dix années confécutives
, fervir fur les frontieres de Normandie , Picardie
& Flandre , fous le commandement du Sire
d'Albret & des Ducs d'Aquitaine , avec à peu près
le même nombre d'Ecuyers à leur fuite , portant
le même nom & les mêmes armes avec cette
feule différence , que Gafton avoit changé quelque
chofe dans fes brifures ; c'eft pendant ces
guerres que la tranfmigration de Jean de Caumont
s'eft faite en Picardie ; l'on peut d'autant mieux
l'aflurer , que l'on ne voit pas qu'il ait fait aucun
établiffement de
ment dans la patrie ni rien qui annonce
qu'il fait mort fans postérité.
r
Jean étant admis frere de Gaſton , par une con
féquence néceffaire & abfolue , il eft auffi frere de
Nompar l'un fe prouve par l'autre , & établit
l'identité. L'on convient qu'il manque ici un contrat
qui dife que Guyot de Caumont eft fils de
Jean . Un titre de cette nature ſeroit trop fatis
faifant , puifque dans une généalogie de vingttrois
dégrés , il conftateroit la fucceffion & la filiation
d'une façon auffi précife & auffi claire que
celle d'un pere à fon fils . Malgré le défaut de ce
feul titre , il ne refte rien de louche ni d'équivoque
dans la jonction , parce qu'en rapprochant
C
FEVRIER. 1758. 201
ceux de M. le Duc de la Force , Pon y verra que
Nompar a rappellé Jean fon frere par fon teftament
du 5 août 1400. En remontant ceux de la
Branche de Caumont de Picardie , l'on y lira
que
Guyot de Caumont qui a fait fon teſtament le s
mai 1472 , s'étoit marié le 14 avril 1436 , en
fuppofant qu'il ait contracté mariage de 25 à 30
ans; tout eft rempli , de forte qu'il ne fe trouve
ni vuide , ni lacune , ni interruption dans la fucceffion
du nom & des armes dont Guyot de Caumont
& fes defcendans font les héritiers .
ont
Mais , dira- t-on fans doute , pourquoi Jean
dans fa tranfmigration n'a-t -il pas pris les léopards
que Nompar fon frere avoit adoptés , &
que Guillefime Raimond fon pere , avoit portés
avec les faces ? Il est tout fimple de répondre ,
qu'il ne le pouvoit , qu'il ne le devoit , parce que
la branche aînée qui tenoit pour lors le parti des
Rois d'Angleterre , n'a pu fe difpenfer de prendre
les léopards qu'elle avoit eus par conceffion
de ces mêmes Rois ; au lieu que Jean & Gaſton
qui étoient au fervice des Rois de France ,
confervé les faces , anciennes armes de leur maifon
, fans y mêler celles d'Angleterre contre qui
ils faifoient la guerre , ce qui indépendamment
de leurs différentes quittances rapportées ci - def
fus , eft prouvé par un titre latin , tiré fur l'onginal
de la Tour de Londres , par lequel Henri
V , Roi d'Angleterre , pour lors en poffeffion de
la Normandie , prononce la confifcation des biens
de Jean de Caumont , pour avoir porté les armes
contre lui : elle eft de Bayeux , datée de la fixieme
année de fon regne. Comme il feroit trop long
de rapporter ici tout ce qui peut militer en faveur
des Caumont de Picardie , l'on fe contentera de
dire , qu'après avoir ſuffiſamment détruit tous les
I v
202 MERCURE DE FRANCE .
foupçons d'antitation , établi l'identité & la fucceffion
du nom & des armes fans interruption ,
prouvé le même nombre de degrés , après avoir
fait voir par un manufcrit fort étendu , l'extinction
des bâtards de ce nom , & démontré l'alibi
des différentes maifons de Caumont avec leſquel-
1es ils n'ont & ne peuvent avoir aucun rapport ,
ni par la contemporanité , ni par les titres , ni
par les fucceffions des terres , & encore moins par
Îa conformité des armes , le tout bien conftaté ,
ils continueront à fe dire hautement comme ils
ont toujours fait , non pas de la maifon de la Force
, parce que le Duché de ce nom n'en étoit
point l'appanage lors de leur féparation ; mais
bien defcendans des Caumont de Guienne ou Agenois
, depuis Ducs de la Force , à moins qu'on
ne leur faffe voir que Jean de Caumont frere de
Nompar , n'ait fait fouche ailleurs , ou ne ſoit
mort fans poftérité. M. de Caumont de Fontaine ,
ancien Major du Régiment des Dragons de la Reine
, qui a entrepris l'ouvrage de cette jonction ,
& qui continue avec foin fes recherches pour le
conduire à fa perfection , fe flatte que non-feulement
M. le Duc de la Force ne défapprouvera pas
l'ardeur & le zele avec lefquels il travaille , pour
fe réunir à une des plus grandes maiſons , d'où il
attend tout fon luftre & fa gloire ; mais encore
qu'il voudra bien l'aider de la communication de
fes titres , & furtout des teftamens de Guilleſme
Raimond & de Nompar de Caumont . Il s'appuye
fur neuf ou dix dégrés foutenus de titres originaux
, fans une feule méfalliance , pour le remonter
& tendre la main à M. le Duc de la Force : s'il
veut avoir la bonté d'en defcendre un feul , la jonction
fera faite felon l'ordre généalogique le plus
ftrict & le plus févere.
FEVRIER . 1758. 203
Si contre tout espoir , & par le malheur des
temps , le feul titre de jonction qui eft écarté , ne
le recouvre pas , & que l'on ne veuille point admettre
ceux qui devroient y ſuppléer , les Caumont
de Picardie s'en tiendront à la preuve qu'ils
ont donnée , qu'ils font nobles d'extraction militaire
dès l'an 1400 & au- deffus , portant les anciennes
armes des Caumont de Guienne dont on
ne voit pas l'origine , & dont les premiers auteurs
ont paru avec dignité & diftinction , foit à la
guerre , foit à la Cour , puifque Jean de Caumont
eft qualifié de Capitaine de cent quarante
hommes d'armes ; qu'on le voit fervir avec plufieurs
Ecuyers à fa fuite , & que Guy ou Guyot
de Caumont fon héritier & fucceffeur aux nom &
armes , étoit Ecuyer d'honneur du Roi Charles
VI, felon l'ordonnance de fon Hôtel , du mois de
ſeptembre 1418.
Ils ont de plus l'honneur d'appartenir à ce qu'il
y a de plus grandes maifons dans la Picardie & le
Vexin ils font en état d'en juftifier par des actes
de partages & de tutelles avec les Princes de
Montmorenci Logny , les Comtes de Mailli- Haucourt
, les Ducs de Biron & Belloy-Morangle ,
& d'autres alliances directes ou mutuelles , avec
les maifons de Mouy , de Conflans , d'Etrées , de
Gaillard -Bois , de Paulmy , au troifieme degré
par les Lefévre de Caumartin , d'Eftrades , de
Manneville , de Guiry- Chaumont , de Saveuſe
de la Boifiere - Chambort , de Boulainvilliers , de
Crény , d'Alencourt , de Monfure , de la Ruë-
Bernapré & autres , ce qui les autorife à fe remonter
à ce qu'il y a de plus élevé.
Le pere Simplicien qui a traité l'hiftoire des
Grands Officiers de la Couronne , auroit bien dû
conduire Jean & Gafton de Caumont freres de
I vj
204 MERCURE DE FRANCE .
Nompar , jufqu'à quelques degrés de leur fépara
tion , furtout les voyant rappellés par deux teftamens
confécutifs. Cette attention de fa part auroit
mis les chofes dans une évidence parfaite. Mais
non , il s'eft contenté de les laiffer en blanc au
treizieme degré de la généalogie de la maifon
Ducale de la Force : fans doute qu'il ignoroit leur
tranfmigration . On peut lui paffer cette omiffion,
après la confufion & l'erreur manifefte qu'il a faite
au feizieme degré de la même généalogie , où il
donne Charles de Caumont pour auteur de la branche
des Caumont de la Force , pendant que c'eft
lui qui a formé celle des Caumont de Monbeton
& de Beauvilla ; il n'a pas moins fallu que toute
la précifion , la pureté & l'autenticité des titres de
M. le Marquis de Caumont de Beauvilla , pour
détruire cette erreur & diffiper le préjugé où le
public & M. le Duc de la Force étoit lui- même ,
qu'il reftoit le dernier de fa maiſon. Les Caumont
de Gauville n'étoient point frappés de cette illufion.
Le mariage que Cofme de Caumont , Lieu
tenant- Colonel de Cavalerie , connu fous le nom
de Foucaucourt , avoit fait avec Ifabeau de Roquefeuille
, l'ayant rétabli dans fon ancienne Patrie , il
avoit été à portée de lier connoiffance avec Monfieur
de Caumont de Bauvilla , dont il s'eft trouvé
voifin par fa terre de Sérignac : comme ils
étoient l'un & l'autre plus près de leur fource , il
leur étoit plus facile d'en connoître les points de
féparation , ce qui faifoit qu'ils le regardoient deſ
cendans de la même fouche .
La liaiſon mutuelle qui avoit régné entre ces
deux maifons , a fubfifté jufqu'au décès du fieur
de Caumont de Foucaucourt arrivé en 1733 .
N'ayant point laiffé d'enfans , le grand éloignement
qu'il y a de Quercy en Picardie , a fait que
FEVRIER. 1758. 203
fes neveux ont perdu de vue cette branche de
Caumont de Beauvilla : c'eft avec toute la fatisfaction
poffible qu'ils la voyent revivre avec fplendeur
, par la repréfentation & le rappel authenti .
que de M. le Marquis de Caumont.
Les Caumont de Picardie ne fe remonteront que
jufqu'au treizieme degré de la maiſon Ducale de
la Force , qui fait le point de leur féparation . Ils
fuivent pour tout ce qui eft au- deffus , les généalogies
fubfiftantes de Meffieurs les Ducs de la
Force & de Lauzun.
Additions à l'arbre généalogique de la Maiſon de
Caumont.
XIII. Degré. Guillefme-Rémond , Seigneur de
Caumont, portoit pour armes trois faces & trois léopards.
Il a épouse Efclamonde Defpins. Ils ont eu
pour enfans mâles Nompar , Jean & Gafton : ce
dernier eft mort fans poftérité. Nompar a formé les
deux branches qui fuivent.
XIV. Degré. Nompar de Caumont , qui a
adopté les léopards .
Magne de Caftelnau , pour femme .
XV. Degré. Brandelis de Caumont.
Marguerite de Bretagne.
Branche de la Maifon Ducale de la Force.
XVI. Degré . François de Caumont .
Claude de Cardaillac.
XVII. Degré . Charles de Caumont.
Jeanne de Perrufe d'Efcar.
XVIII. Degré. François de Caumont.
Philippe de Beaupoil de la Force.
XIX . Degré. Jacques Nompar de Caumont
206 MERCURE DE FRANCE:
Duc de la Force , Pair & Maréchal de France.
Catherine de Gontault .
XX. Degré . Henri Nompar de Caumont, Duc
de la Force.
Marguerite Defcodeca.
XXI. Degré. Jacques de Caumont , Marquis
de Boiffe. 1
Louife de Saint Georges.
XXII. Degré. Jacques Nompar de Caumont ,
Duc de la Force.
Sufanne de Beringhen.
XXIII. Degré. Armand Nompar de Caumont,
Duc de la Force .
Anne- Elifabeth de Gruel de la Frette.
Branche des Caumont de Beauvilla.
XVI. Charles de Caumont de Berbiguieres .
Jeanne de Baynac.
XVII . Degré. François I. de Caumont de Berbiguieres.
Jeanne de Saint -Etienne de Montbeton .
XVIII. Degré. François II. de Caumont de
Berbiguieres & de Montbeton.
Olimpe de Bitel du Buis.
XIX. Degré. Hercules de Caumont , Sieur de
Beauvilla.
Claude de Puis d'Orfille.
XX. Degré. François de Caumont de Beauvilla.
Jeanne de Langlade.
XXI. Degré. Bernard de Caumont de Beauvilla.
.Marie de Brois de S. André .
XXII. Degré. Jean-François de Caumont de
Beauvilla.
1
FEVRIER. 1758. 207
Jeanne de Maury.
XXIII. Degré. Bertrand de Caumont de Beanvilla.
Gallard de Braffac de Bearn.
XIII . Degré. Jean de Caumont a formé la
branche qui fuit.
Branche des Caumont de Gauville.
XIV. Degré. Jean de Caumont a pris les faces
pour armes. On lui donne Jeanne Danchot pour
femme.
XV. Degré. Gui ou Guyot de Caumont.
Marguerite de Fourdrinoy.
XVI. Degré. Jean de Caumont.
Marguerite de Boulainvilliers.
XVII. Degré. Antoine de Caumont aſſiſta au
mariage de Jean fon fils.
XVIII . Degré. Jean de Caumont.
I. Appolline de Montomer.
II. Antoinette de Manneville .
XIX. Degré. Antoine II. de Caumont.
Sufanne de Monfure.
II. Magdeleine du Bois.
XX . Degré. Antoine III. de Caumont .
Catherine le Fevre de Caumartin. ·
II. Marguerite d'Acheux .
XXI . Degré . Louis - Gabriel de Caumont.
Marie-Jeanne de Guerfan.
XXII. Degré. François - Marie de Caumont.
Eléonore Sabine le Meffier de Menillets.
XXIII. Degré. Augufte - Marie de Caumont,
Cornette au régiment des dragons de la Reine.
De la branche des Caumont de Picardie ,
connus fous le nom de Gauville , depuis
leur tranfmigration de Guyenne , vers
l'an 1400.
Les démarches qui ont été faites par Meffieurs
de Caumont de Gauville , tranfmigrés de Guien
I ij
196 MERCURE DE FRANCE:
ne ès Frontieres de Picardie & Normandie vers
l'an 1400 , pour ſe réunir à leur vraie origine ,
font trop connues , & ont trop affecté les perfonnes
de la plus haute confidération , & furtout
celles qui ont la bonté de s'intéreffer à leur fort ,
pour ne pas juftifier dans la circonftance préfente,
la légitimité de leurs prétentions & des moyens
fur lefquels ils s'apuient , pour fe raffoucher à la
Maifon de Caumont de Guienne , depuis Ducs
de la Force.
La Généalogie de M. de Caumont de Beauvilla,
qui paroît annoncer qu'il eft le feul rejetton de
cette illuftre Souche , opére une espece d'exclufion
peu favorable pour ceux de ce nom & Armes
anciennes qui fe croient en droit d'y prétendre.
L'on va travailler à diffiper ces préjugés par les
preuves fuivantes.
La Branche des Caumont de Gauville n'eft animée
en cela que du feul amour de la vérité , & de
la gloire de fe remonter à la pureté de fa fource.
Loin d'ici tous foupçons d'antitation : pour pouvoir
en préfumer , il faudroit prêter à Jean & à
Guy ou Guyot de Caumont , leurs Auteurs , des
perfpectives auffi prématurées qu'étendues , en
ayant amaffé des matériaux , comme Nom & Armes
dès l'année 1386 , dans la vue que leurs Succeffeurs
en fiffent un ufage frauduleux pour fe
greffer en 1757 , fur une Maifon à laquelle ils
n'auroient eu aucun raport , furtout dans un
temps où ils ignoroient les illuftrations qui devoient
décorer cette branche ainée , telles que des
Duchés & Bâtons de Maréchaux de France. On
Jaiffe le Public & les perfonnes défintérefféès , juges
d'une pareille précaution . Elles feront plus
a même d'en décider , fi elles veulent jetter les
yeux fur ce Mémoire , que l'on fera le plus ferré
le plus précis qu'il fera poffible.
FEVRIER. 1758. 197
Toutes les citations feront marquées au coinde
la vérité la plus fcrupuleufe : l'on offre d'en donner
la preuve , foit par titres originaux , foit par
différentes époques ou anecdotes tirées de la
Chambre des Comptes.
PREUVE de l'Identité des anciennes armes.
Il eft conftant que les premieres Armes de la
Maiſon Ducale de Caumont n'étoient point les
Léopards. M. le Duc de la Force convient qu'il
les porte par conceffion des Rois d'Angleterre ; la
tradition de cette Maiſon annonce que c'étoient
des Faces ou Bandes. Cette tradition va être appuyée
de preuves inconteftables . MM. les Ducs
de Lauzun qui font féparés de cette branche aînée,
vers l'an 1250 , ont toujours porté tiercé en bandes
; ce qui eft la même chofe que les Faces , à la
pofition de différence : donc les anciennes Armes
de la Maiſon Ducale de la Force n'étoient pas les
Léopards.
Guillelme ou Guillaume III , du nom qui for
me le douzieme degré de la Généalogie de la
Maiſon Ducale de la Force , donna quittance en
qualité d'Ecuyer à Hardouin le Roi , Tréforier
des guerres à Leuze , le mercredi 24 Septembre
1315. Cet acte eft fcellé de fon Sceau en cire
rouge , où il eft repréſenté à cheval , tenant fon
bouclier de la main gauche , fur lequel il paroît 3
Faces & 3 Léopards , le cheval caparaçonné des
mêmes armes. Il eft le premier que l'on voit
écarteler les Léopards avec les Faces .
Guillefme Raymond , Seigneur de Caumont ,
qui fait le XIII degré de la même généalogie ,
donna quittance le 18 Avril 1347 , à Jean Chauyel
, tréforier des guerres de 300 liv. pour le de
I iij
TOS MERCURE DE FRANCE .
meurant de fes gages : fon fceau eft en cire rouge ,
partie de 3 Léopards & d'un Facé.
26 Septembre 1352. Autre quittance du même ,
& fous le même fcel de 752 liv , donnée à Jacques
l'Empereur , tréforier des guerres.
Jean Bâtard de Guillelme ou Guillaume , légitimé
au Monceau S. Mayence , le 25 Mars 1346,
donna quittance fur fes gages de 15 liv. à Paris le
13 Octobre 1356 ; fon iceau eft en cire rouge ,
une face accompagnée de 3 Etoiles à fix raies :
comme bâtard il garda une face , le tiers des armes
de fa Maiſon avec différentes Brifures .
Ce que l'on vient de rapporter démontre clairement
que les Auteurs de la Maiſon Ducale de
Caumont, jufqu'au 13 dégré inclufivement , ont
porté les Faces pour Armes.
Nompar , qui a fait le 14 degré , quitta totalement
les faces en 1366 , pour prendre les léopards ',
armes d'Angleterre , pendant que Guillefme ou
Guillaume Raimond fon pere & fon grand- pere ,
avoient porté les faces écartelées avec les léopards,
comme on a dit ci - deffus , & dont on pourroit
'donner d'autres exemples.
Guillelme Raimont , Seigneur de Caumont ,
eut pour femme Efclamor de Defpins , dont il eut
trois enfans mâles , Nompar , Jean & Gaiton . Il
fit fon teftament en 1365 , par lequel il ſubſtitua
& rappella au défaut de hoirs mâles de Nompar
fon aîné , Jean fon fecord fils , auteur de la branche
des Caumont de Picardie ; il rappella auffi
Gafton fon troifieme fils.
Nompar , Seigneur de Caumont , qui fait le
quatorzieme degré de la généalogie de la branche
Ducale , époufa Magne de Caftelnau , par contrat
du 26 novembre 1368. Il rappella par fon
teftament dus août 1400 , Jean & Gaſton fes
FEVRIER. 1758 .
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›freres :: ce titre eft en original dans les archives
de M. le Duc de la Force , ce qui prouve qu'il
connoiffoit leur exiftence jufques dans le commencement
du quatorzieme fiécle , & fait en même
temps une liaiſon parfaite avec les différentes
époques des quittances que Jean de Caumont a
données aux Tréforiers des guerres , que l'on va
ordre & par dates.
·
rapporter par
Il paroît par le compte de Guillaume Denfernet
, Tréforier des guerres , que Jean de Caumont
, Ecuyer- Servant avec neufautres Ecuyers ,
donna quittance de 150 liv . fur fes gages & de fes
Ecuyers , le 16 février 1386 , fcélée en cire rouge
du fceau de fes armes , trois faces furmontées
en chef de deux tourteaux & une étoile.
L'on voit une autre quittance en 1388 , fcélée
du même fcel , avec cette différence , que les
-trois faces font furmontées d'une étoile & de deux
tourteaux , & une autre fois d'une étoile & d'un
tourteau .
Tout le monde fçait que les armes varioient
anciennement , & que le fçeau du Gentilhomme
tenoit lieu de fa fignature : ioriqu'il lui arrivoit
de le perdre , il en faifoit déclaration juridique ,
le révoquoit , & pour qu'il ne lui pût porter aucun
préjudice , il déclaroit celui qu'il avoit pris
de nouveau , auquel il avoit fait quelque changement
ou addition .
Le Comte de Macéhéron , Tréforier des guerres
de l'année 1405 , marque que Jean de Cau-
-mont Ecuyer , fut reçu , avec plufieurs autres
-Ecuyers à fa fuite , à Gravelines , dans les mois de
juin , juillet & août 1404 ; il toucha plufieurs
fommes fur les gages de fes fervices militaires &
de fes Ecuyers , de Jean de Précy , Tréforier des
guerres : plufieurs montres & quittances de Jean
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
de Caumont font fcélées de fon fcel en cire rou
ge , avec l'empreinte de fes armes , trois faces
furmontées de trois tourteaux , telles qu'il les a
tranfmis à Guy ou Guyot de Caumont fon fuccef.
feur & héritier , aux mêmes noms & armes que
fes defcendans ont portés, fans aucun changement
ni interruption jufqu'à ce jour.
Preuves présomptives de la Tranfmigration.
L'on a vu Jean & Gafton de Caumont freres ;
venir de Guienne pendant dix années confécutives
, fervir fur les frontieres de Normandie , Picardie
& Flandre , fous le commandement du Sire
d'Albret & des Ducs d'Aquitaine , avec à peu près
le même nombre d'Ecuyers à leur fuite , portant
le même nom & les mêmes armes avec cette
feule différence , que Gafton avoit changé quelque
chofe dans fes brifures ; c'eft pendant ces
guerres que la tranfmigration de Jean de Caumont
s'eft faite en Picardie ; l'on peut d'autant mieux
l'aflurer , que l'on ne voit pas qu'il ait fait aucun
établiffement de
ment dans la patrie ni rien qui annonce
qu'il fait mort fans postérité.
r
Jean étant admis frere de Gaſton , par une con
féquence néceffaire & abfolue , il eft auffi frere de
Nompar l'un fe prouve par l'autre , & établit
l'identité. L'on convient qu'il manque ici un contrat
qui dife que Guyot de Caumont eft fils de
Jean . Un titre de cette nature ſeroit trop fatis
faifant , puifque dans une généalogie de vingttrois
dégrés , il conftateroit la fucceffion & la filiation
d'une façon auffi précife & auffi claire que
celle d'un pere à fon fils . Malgré le défaut de ce
feul titre , il ne refte rien de louche ni d'équivoque
dans la jonction , parce qu'en rapprochant
C
FEVRIER. 1758. 201
ceux de M. le Duc de la Force , Pon y verra que
Nompar a rappellé Jean fon frere par fon teftament
du 5 août 1400. En remontant ceux de la
Branche de Caumont de Picardie , l'on y lira
que
Guyot de Caumont qui a fait fon teſtament le s
mai 1472 , s'étoit marié le 14 avril 1436 , en
fuppofant qu'il ait contracté mariage de 25 à 30
ans; tout eft rempli , de forte qu'il ne fe trouve
ni vuide , ni lacune , ni interruption dans la fucceffion
du nom & des armes dont Guyot de Caumont
& fes defcendans font les héritiers .
ont
Mais , dira- t-on fans doute , pourquoi Jean
dans fa tranfmigration n'a-t -il pas pris les léopards
que Nompar fon frere avoit adoptés , &
que Guillefime Raimond fon pere , avoit portés
avec les faces ? Il est tout fimple de répondre ,
qu'il ne le pouvoit , qu'il ne le devoit , parce que
la branche aînée qui tenoit pour lors le parti des
Rois d'Angleterre , n'a pu fe difpenfer de prendre
les léopards qu'elle avoit eus par conceffion
de ces mêmes Rois ; au lieu que Jean & Gaſton
qui étoient au fervice des Rois de France ,
confervé les faces , anciennes armes de leur maifon
, fans y mêler celles d'Angleterre contre qui
ils faifoient la guerre , ce qui indépendamment
de leurs différentes quittances rapportées ci - def
fus , eft prouvé par un titre latin , tiré fur l'onginal
de la Tour de Londres , par lequel Henri
V , Roi d'Angleterre , pour lors en poffeffion de
la Normandie , prononce la confifcation des biens
de Jean de Caumont , pour avoir porté les armes
contre lui : elle eft de Bayeux , datée de la fixieme
année de fon regne. Comme il feroit trop long
de rapporter ici tout ce qui peut militer en faveur
des Caumont de Picardie , l'on fe contentera de
dire , qu'après avoir ſuffiſamment détruit tous les
I v
202 MERCURE DE FRANCE .
foupçons d'antitation , établi l'identité & la fucceffion
du nom & des armes fans interruption ,
prouvé le même nombre de degrés , après avoir
fait voir par un manufcrit fort étendu , l'extinction
des bâtards de ce nom , & démontré l'alibi
des différentes maifons de Caumont avec leſquel-
1es ils n'ont & ne peuvent avoir aucun rapport ,
ni par la contemporanité , ni par les titres , ni
par les fucceffions des terres , & encore moins par
Îa conformité des armes , le tout bien conftaté ,
ils continueront à fe dire hautement comme ils
ont toujours fait , non pas de la maifon de la Force
, parce que le Duché de ce nom n'en étoit
point l'appanage lors de leur féparation ; mais
bien defcendans des Caumont de Guienne ou Agenois
, depuis Ducs de la Force , à moins qu'on
ne leur faffe voir que Jean de Caumont frere de
Nompar , n'ait fait fouche ailleurs , ou ne ſoit
mort fans poftérité. M. de Caumont de Fontaine ,
ancien Major du Régiment des Dragons de la Reine
, qui a entrepris l'ouvrage de cette jonction ,
& qui continue avec foin fes recherches pour le
conduire à fa perfection , fe flatte que non-feulement
M. le Duc de la Force ne défapprouvera pas
l'ardeur & le zele avec lefquels il travaille , pour
fe réunir à une des plus grandes maiſons , d'où il
attend tout fon luftre & fa gloire ; mais encore
qu'il voudra bien l'aider de la communication de
fes titres , & furtout des teftamens de Guilleſme
Raimond & de Nompar de Caumont . Il s'appuye
fur neuf ou dix dégrés foutenus de titres originaux
, fans une feule méfalliance , pour le remonter
& tendre la main à M. le Duc de la Force : s'il
veut avoir la bonté d'en defcendre un feul , la jonction
fera faite felon l'ordre généalogique le plus
ftrict & le plus févere.
FEVRIER . 1758. 203
Si contre tout espoir , & par le malheur des
temps , le feul titre de jonction qui eft écarté , ne
le recouvre pas , & que l'on ne veuille point admettre
ceux qui devroient y ſuppléer , les Caumont
de Picardie s'en tiendront à la preuve qu'ils
ont donnée , qu'ils font nobles d'extraction militaire
dès l'an 1400 & au- deffus , portant les anciennes
armes des Caumont de Guienne dont on
ne voit pas l'origine , & dont les premiers auteurs
ont paru avec dignité & diftinction , foit à la
guerre , foit à la Cour , puifque Jean de Caumont
eft qualifié de Capitaine de cent quarante
hommes d'armes ; qu'on le voit fervir avec plufieurs
Ecuyers à fa fuite , & que Guy ou Guyot
de Caumont fon héritier & fucceffeur aux nom &
armes , étoit Ecuyer d'honneur du Roi Charles
VI, felon l'ordonnance de fon Hôtel , du mois de
ſeptembre 1418.
Ils ont de plus l'honneur d'appartenir à ce qu'il
y a de plus grandes maifons dans la Picardie & le
Vexin ils font en état d'en juftifier par des actes
de partages & de tutelles avec les Princes de
Montmorenci Logny , les Comtes de Mailli- Haucourt
, les Ducs de Biron & Belloy-Morangle ,
& d'autres alliances directes ou mutuelles , avec
les maifons de Mouy , de Conflans , d'Etrées , de
Gaillard -Bois , de Paulmy , au troifieme degré
par les Lefévre de Caumartin , d'Eftrades , de
Manneville , de Guiry- Chaumont , de Saveuſe
de la Boifiere - Chambort , de Boulainvilliers , de
Crény , d'Alencourt , de Monfure , de la Ruë-
Bernapré & autres , ce qui les autorife à fe remonter
à ce qu'il y a de plus élevé.
Le pere Simplicien qui a traité l'hiftoire des
Grands Officiers de la Couronne , auroit bien dû
conduire Jean & Gafton de Caumont freres de
I vj
204 MERCURE DE FRANCE .
Nompar , jufqu'à quelques degrés de leur fépara
tion , furtout les voyant rappellés par deux teftamens
confécutifs. Cette attention de fa part auroit
mis les chofes dans une évidence parfaite. Mais
non , il s'eft contenté de les laiffer en blanc au
treizieme degré de la généalogie de la maifon
Ducale de la Force : fans doute qu'il ignoroit leur
tranfmigration . On peut lui paffer cette omiffion,
après la confufion & l'erreur manifefte qu'il a faite
au feizieme degré de la même généalogie , où il
donne Charles de Caumont pour auteur de la branche
des Caumont de la Force , pendant que c'eft
lui qui a formé celle des Caumont de Monbeton
& de Beauvilla ; il n'a pas moins fallu que toute
la précifion , la pureté & l'autenticité des titres de
M. le Marquis de Caumont de Beauvilla , pour
détruire cette erreur & diffiper le préjugé où le
public & M. le Duc de la Force étoit lui- même ,
qu'il reftoit le dernier de fa maiſon. Les Caumont
de Gauville n'étoient point frappés de cette illufion.
Le mariage que Cofme de Caumont , Lieu
tenant- Colonel de Cavalerie , connu fous le nom
de Foucaucourt , avoit fait avec Ifabeau de Roquefeuille
, l'ayant rétabli dans fon ancienne Patrie , il
avoit été à portée de lier connoiffance avec Monfieur
de Caumont de Bauvilla , dont il s'eft trouvé
voifin par fa terre de Sérignac : comme ils
étoient l'un & l'autre plus près de leur fource , il
leur étoit plus facile d'en connoître les points de
féparation , ce qui faifoit qu'ils le regardoient deſ
cendans de la même fouche .
La liaiſon mutuelle qui avoit régné entre ces
deux maifons , a fubfifté jufqu'au décès du fieur
de Caumont de Foucaucourt arrivé en 1733 .
N'ayant point laiffé d'enfans , le grand éloignement
qu'il y a de Quercy en Picardie , a fait que
FEVRIER. 1758. 203
fes neveux ont perdu de vue cette branche de
Caumont de Beauvilla : c'eft avec toute la fatisfaction
poffible qu'ils la voyent revivre avec fplendeur
, par la repréfentation & le rappel authenti .
que de M. le Marquis de Caumont.
Les Caumont de Picardie ne fe remonteront que
jufqu'au treizieme degré de la maiſon Ducale de
la Force , qui fait le point de leur féparation . Ils
fuivent pour tout ce qui eft au- deffus , les généalogies
fubfiftantes de Meffieurs les Ducs de la
Force & de Lauzun.
Additions à l'arbre généalogique de la Maiſon de
Caumont.
XIII. Degré. Guillefme-Rémond , Seigneur de
Caumont, portoit pour armes trois faces & trois léopards.
Il a épouse Efclamonde Defpins. Ils ont eu
pour enfans mâles Nompar , Jean & Gafton : ce
dernier eft mort fans poftérité. Nompar a formé les
deux branches qui fuivent.
XIV. Degré. Nompar de Caumont , qui a
adopté les léopards .
Magne de Caftelnau , pour femme .
XV. Degré. Brandelis de Caumont.
Marguerite de Bretagne.
Branche de la Maifon Ducale de la Force.
XVI. Degré . François de Caumont .
Claude de Cardaillac.
XVII. Degré . Charles de Caumont.
Jeanne de Perrufe d'Efcar.
XVIII. Degré. François de Caumont.
Philippe de Beaupoil de la Force.
XIX . Degré. Jacques Nompar de Caumont
206 MERCURE DE FRANCE:
Duc de la Force , Pair & Maréchal de France.
Catherine de Gontault .
XX. Degré . Henri Nompar de Caumont, Duc
de la Force.
Marguerite Defcodeca.
XXI. Degré. Jacques de Caumont , Marquis
de Boiffe. 1
Louife de Saint Georges.
XXII. Degré. Jacques Nompar de Caumont ,
Duc de la Force.
Sufanne de Beringhen.
XXIII. Degré. Armand Nompar de Caumont,
Duc de la Force .
Anne- Elifabeth de Gruel de la Frette.
Branche des Caumont de Beauvilla.
XVI. Charles de Caumont de Berbiguieres .
Jeanne de Baynac.
XVII . Degré. François I. de Caumont de Berbiguieres.
Jeanne de Saint -Etienne de Montbeton .
XVIII. Degré. François II. de Caumont de
Berbiguieres & de Montbeton.
Olimpe de Bitel du Buis.
XIX. Degré. Hercules de Caumont , Sieur de
Beauvilla.
Claude de Puis d'Orfille.
XX. Degré. François de Caumont de Beauvilla.
Jeanne de Langlade.
XXI. Degré. Bernard de Caumont de Beauvilla.
.Marie de Brois de S. André .
XXII. Degré. Jean-François de Caumont de
Beauvilla.
1
FEVRIER. 1758. 207
Jeanne de Maury.
XXIII. Degré. Bertrand de Caumont de Beanvilla.
Gallard de Braffac de Bearn.
XIII . Degré. Jean de Caumont a formé la
branche qui fuit.
Branche des Caumont de Gauville.
XIV. Degré. Jean de Caumont a pris les faces
pour armes. On lui donne Jeanne Danchot pour
femme.
XV. Degré. Gui ou Guyot de Caumont.
Marguerite de Fourdrinoy.
XVI. Degré. Jean de Caumont.
Marguerite de Boulainvilliers.
XVII. Degré. Antoine de Caumont aſſiſta au
mariage de Jean fon fils.
XVIII . Degré. Jean de Caumont.
I. Appolline de Montomer.
II. Antoinette de Manneville .
XIX. Degré. Antoine II. de Caumont.
Sufanne de Monfure.
II. Magdeleine du Bois.
XX . Degré. Antoine III. de Caumont .
Catherine le Fevre de Caumartin. ·
II. Marguerite d'Acheux .
XXI . Degré . Louis - Gabriel de Caumont.
Marie-Jeanne de Guerfan.
XXII. Degré. François - Marie de Caumont.
Eléonore Sabine le Meffier de Menillets.
XXIII. Degré. Augufte - Marie de Caumont,
Cornette au régiment des dragons de la Reine.
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Résumé : MEMOIRE GENEALOGIQUE De la branche des Caumont de Picardie, connus sous le nom de Gauville, depuis leur transmigration de Guyenne, vers l'an 1400.
Le document 'Mémoire généalogique' explore la branche des Caumont de Picardie, connue sous le nom de Gauville, qui a migré de Guyenne vers l'an 1400. Cette branche a entrepris des démarches pour se rattacher à la maison de Caumont de Guienne, devenue Ducs de la Force. La généalogie de M. de Caumont de Beauvilliers semble exclure les autres branches portant le même nom et les mêmes armes anciennes. Les Caumont de Gauville cherchent à dissiper les préjugés en fournissant des preuves de leur légitimité, affirmant être animés par l'amour de la vérité et la gloire de remonter à la pureté de leur source. Ils soutiennent que les premières armes de la maison ducale de Caumont n'étaient pas les léopards, mais des faces ou bandes, et apportent des preuves telles que des sceaux et des quittances datant du XIVe siècle. Le texte détaille les relations familiales et les successions au sein de la famille Caumont, mentionnant des figures comme Guillaume III, Nompar, et Jean de Caumont. Jean de Caumont a servi sous les Rois de France et a conservé les anciennes armes de sa maison, contrairement à la branche aînée qui avait adopté les léopards des Rois d'Angleterre. Les Caumont de Picardie se présentent comme nobles d'extraction militaire dès l'an 1400, portant les anciennes armes des Caumont de Guienne. Ils appartiennent à des maisons prestigieuses en Picardie et en Normandie. Le document se conclut par une demande de communication de titres et de testaments pour établir une jonction généalogique avec la maison de Caumont de la Force. Le père Simplicien, dans son ouvrage sur les Grands Officiers de la Couronne, a omis de tracer la généalogie complète des frères Jean et Gaston de Caumont, se limitant au treizième degré. Il a également commis une erreur en attribuant à Charles de Caumont la branche des Caumont de la Force, alors qu'il a fondé celle des Caumont de Monbeton et de Beauvilliers. Les titres authentiques du Marquis de Caumont de Beauvilliers ont permis de corriger cette erreur. Les Caumont de Gauville, grâce à un mariage et des liens de voisinage, ont pu mieux connaître les points de séparation de leur lignée. La liaison entre les Caumont de Gauville et de Beauvilliers a perduré jusqu'au décès de Cosme de Caumont en 1733. Les Caumont de Picardie se réfèrent au treizième degré de la maison Ducale de la Force pour leur généalogie, suivant les lignées des Ducs de la Force et de Lauzun pour les degrés antérieurs.
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167
p. 204-206
MARIAGE ET MORTS.
Début :
Le premier Février dernier M. Laurent Grimod de la Reyniere, Fermier [...]
Mots clefs :
Morts, Mariage, Abbé, Seigneur, Dame, Cardinal, Brigadier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGE ET MORTS.
MARIAGE ET MORTS.
Le premier Février dernier M. Laurent Grimod
E
de la Reyniere , Fermier général , & l'un des Adminiftrateurs
des Poftes & relais de France, époufas
Mademoiſelle Sufanne- Françoife- Elifabeth de Jarente
d'Orgeval , fille de Meffire Alexandre - Bal
thafar de Jarente - de Senas , Baron de Luce , Lacroixhaute
, Marquis d'Orgeval , & de Dame Elifabeth
de Rambault - de Saint- Maurice.
La Bénédiction nuptiale leur a été donnée par
M. l'Evêque d'Orléans dans l'Eglife de Panthe--
mont..
Meffire N. Donadieu , Grand- Vicaire d'Alais ,,
Prieur Commendataire des Prieurés de Renty ,.
Diocefe de Boulogne - fur - Mer , & de Tournac
Ordre de Cluny , Dioceſe d'Alais , mourut à Uſezz
le 30-Janvier dans fa foixante - troiſieme année .
Meffire N. de Vanolles , Abbé Commendatairede
l'Abbaye royale de Reffons , Ordre de Saint
Benoit , Diocefe de Rouen , eft mort à Rheims le
8 Février âgé de $ 8 ans.
Meffire Alexandre- Hector de Gouvernet , Sei
gneur de Vexclaufe , eft mort à Bagnols , Diocese
AVRIL. 1758. 20 $
PUfez , le 10 Février dernier , âgé de quatrevingt-
feize ans.
Dame Marie - Françoile de Gelas Leberon
époufe de Meffire Marc- Antoine de Levis- Cou
fan , Baron de Lugny , ancien Capitaine aux Gardes
, eft morte le 17 Février dans la cinquanteunieme
année de fon âge.
Meffire Pierre Guerin-de Tencin , Cardinal de
Ja Sainte Eglife Romaine , Archevêque de Lyon
& Proviſeur de Sorbonne , Miniftre d'Etat , Abbé
des Abbayes de Vezelay , Dioceſe d'Autun , de
Trois Fontaines , Ordre de Cîteaux , Diocefe de
Châlons-fur-Marne ; d'Aiſnay , Diocefe de Lyon,.
& d'Abondance en Savoye , eft mort en fon Palais
Archiepifcopal le 2 Mars , dans la quatre - vingt--
quatrieme année de fon âge. Le Cardinal de Tencin
avoit été nommé à l'Archevêché d'Embrun en
1724 , & à celui de Lyon en 1740 ( 1 ) .
Meffire Guy de Durfort , Duc de Lorge , Comte
& Baron de Quintin , Vicomte de Pommerit , eft
décédé à Chaillot le 3 Mars , âgé de foixantequinze
ans.
( 1 ) Il s'eft gliſſé une erreur aſſez conſidérable dans
la Gazette de France du 11 de ce mois , p . 128 , par
rapport à l'âge de M. le Cardinal de Tencin. Ily
eft dit qu'il avoit 84 ans. Cela eft fautif, puifque ce
Cardinal étoit né en 1679 , le 22 du mois d'Août .
Ainfi il étoit âgé de 77 ans , fix mois & plufieurs
jours . C'est ce que l'on a appris d'une perfonne qui a
approché de très-près M. le Cardinal , & qui nous a
affaré le tenir de lui - même. Il eft à propos de relever
auffi une faute moins importante de l'Almanach
Royal ( p. 46 ) , où l'on a fait ce Cardinal pluss
jenne d'un an qu'il n'étoit , en marquant la date de
La nailance au 23 Août de l'année 1680.
a
206 MERCURE DE FRANCE.
Meffire Louis-George , Comte de Clermont-
Gallerande , Maréchal des Camps & Armées du
Roi , premier Gentilhomme de la Chambre du
Duc d'Orléans , eft mort le même jour en cette
Ville , âgé de foixante-quatorze ans .
Meffire Bernard Drohin- de Valenceau , Brigadier
des Armées du Roi , ancien Lieutenant - Colonel
du Régiment de l'Artillerie & du Génie , &
Commandant d'un Bataillon de fon nom , eſt décédé
le 4 Mars à Avalon en Bourgogne , âgé de
quatre-vingt- treize ans & deux mois. Il avoit
cinquante-neuf ans de fervice , & il étoit retiré
depuis le premier Mars 1744-
Le premier Février dernier M. Laurent Grimod
E
de la Reyniere , Fermier général , & l'un des Adminiftrateurs
des Poftes & relais de France, époufas
Mademoiſelle Sufanne- Françoife- Elifabeth de Jarente
d'Orgeval , fille de Meffire Alexandre - Bal
thafar de Jarente - de Senas , Baron de Luce , Lacroixhaute
, Marquis d'Orgeval , & de Dame Elifabeth
de Rambault - de Saint- Maurice.
La Bénédiction nuptiale leur a été donnée par
M. l'Evêque d'Orléans dans l'Eglife de Panthe--
mont..
Meffire N. Donadieu , Grand- Vicaire d'Alais ,,
Prieur Commendataire des Prieurés de Renty ,.
Diocefe de Boulogne - fur - Mer , & de Tournac
Ordre de Cluny , Dioceſe d'Alais , mourut à Uſezz
le 30-Janvier dans fa foixante - troiſieme année .
Meffire N. de Vanolles , Abbé Commendatairede
l'Abbaye royale de Reffons , Ordre de Saint
Benoit , Diocefe de Rouen , eft mort à Rheims le
8 Février âgé de $ 8 ans.
Meffire Alexandre- Hector de Gouvernet , Sei
gneur de Vexclaufe , eft mort à Bagnols , Diocese
AVRIL. 1758. 20 $
PUfez , le 10 Février dernier , âgé de quatrevingt-
feize ans.
Dame Marie - Françoile de Gelas Leberon
époufe de Meffire Marc- Antoine de Levis- Cou
fan , Baron de Lugny , ancien Capitaine aux Gardes
, eft morte le 17 Février dans la cinquanteunieme
année de fon âge.
Meffire Pierre Guerin-de Tencin , Cardinal de
Ja Sainte Eglife Romaine , Archevêque de Lyon
& Proviſeur de Sorbonne , Miniftre d'Etat , Abbé
des Abbayes de Vezelay , Dioceſe d'Autun , de
Trois Fontaines , Ordre de Cîteaux , Diocefe de
Châlons-fur-Marne ; d'Aiſnay , Diocefe de Lyon,.
& d'Abondance en Savoye , eft mort en fon Palais
Archiepifcopal le 2 Mars , dans la quatre - vingt--
quatrieme année de fon âge. Le Cardinal de Tencin
avoit été nommé à l'Archevêché d'Embrun en
1724 , & à celui de Lyon en 1740 ( 1 ) .
Meffire Guy de Durfort , Duc de Lorge , Comte
& Baron de Quintin , Vicomte de Pommerit , eft
décédé à Chaillot le 3 Mars , âgé de foixantequinze
ans.
( 1 ) Il s'eft gliſſé une erreur aſſez conſidérable dans
la Gazette de France du 11 de ce mois , p . 128 , par
rapport à l'âge de M. le Cardinal de Tencin. Ily
eft dit qu'il avoit 84 ans. Cela eft fautif, puifque ce
Cardinal étoit né en 1679 , le 22 du mois d'Août .
Ainfi il étoit âgé de 77 ans , fix mois & plufieurs
jours . C'est ce que l'on a appris d'une perfonne qui a
approché de très-près M. le Cardinal , & qui nous a
affaré le tenir de lui - même. Il eft à propos de relever
auffi une faute moins importante de l'Almanach
Royal ( p. 46 ) , où l'on a fait ce Cardinal pluss
jenne d'un an qu'il n'étoit , en marquant la date de
La nailance au 23 Août de l'année 1680.
a
206 MERCURE DE FRANCE.
Meffire Louis-George , Comte de Clermont-
Gallerande , Maréchal des Camps & Armées du
Roi , premier Gentilhomme de la Chambre du
Duc d'Orléans , eft mort le même jour en cette
Ville , âgé de foixante-quatorze ans .
Meffire Bernard Drohin- de Valenceau , Brigadier
des Armées du Roi , ancien Lieutenant - Colonel
du Régiment de l'Artillerie & du Génie , &
Commandant d'un Bataillon de fon nom , eſt décédé
le 4 Mars à Avalon en Bourgogne , âgé de
quatre-vingt- treize ans & deux mois. Il avoit
cinquante-neuf ans de fervice , & il étoit retiré
depuis le premier Mars 1744-
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Résumé : MARIAGE ET MORTS.
Le 1er février, Laurent Grimod de la Reynière, Fermier général et administrateur des Postes et relais de France, a épousé Suzanne-Françoise-Élisabeth de Jarente d'Orgeval, fille du Baron de Luce et Marquis d'Orgeval. La cérémonie a eu lieu en l'église de Pantin, avec la bénédiction de l'Évêque d'Orléans. Plusieurs décès notables ont été enregistrés : N. Donadieu, Grand-Vicaire d'Alais, est mort à Usezz le 30 janvier à 63 ans. N. de Vanolles, Abbé Commendataire de l'Abbaye royale de Reffons, est décédé à Reims le 8 février à 88 ans. Alexandre-Hector de Gouvernet, Seigneur de Vexclaufe, est mort à Bagnols le 10 février à 84 ans. Marie-Françoise de Gelas Leberon, épouse du Baron de Lugny, est décédée le 17 février à 51 ans. Pierre Guerin de Tencin, Cardinal et Archevêque de Lyon, est mort le 2 mars à 77 ans. Guy de Durfort, Duc de Lorge, et Louis-George, Comte de Clermont-Gallerande, Maréchal des Camps et Armées du Roi, sont décédés le 3 mars respectivement à 75 et 74 ans. Bernard Drohin de Valenceau, Brigadier des Armées du Roi, est mort le 4 mars à Avalon en Bourgogne à 83 ans et 2 mois.
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168
p. 212-213
MORTS.
Début :
M. le Comte de Chabannes Curron, Capitaine dans le Régiment de Dragons [...]
Mots clefs :
Capitaine, Régiment des dragons, Lieutenant général, Seigneur, Comte, Morts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
M. le Comte de Chabannes Curton , Capitaine
dans le Régiment de Dragons d'Apchon , a été tué
d'un coup de canon dans le combat de Sanderhauſen
le 23 Juillet , âgé de vingt-cinq ans , & fans
avoir été marié ; il étoit fils aîné du Marquis de
Chabannes Curton , Seigneur de Paulagnac & de
Rochefort , ci- devant Major du Régiment des Cravates
, & de Mademoiselle de Roquefeuil ; neveu
de feu le Marquis de Chabannes Curton , Lieutenant-
Général des armées du Roi , mort il y a plufieurs
années à Pragues en Boheme , ſans avoir
laiflé de poſtérité ; & d'Antoine de Chabannes
Marquis de Curton , ancien Colonel d'Infanterie.
Il laiſſe un frere , Enſeigne de vaiſſeaux , actuellement
en mer , qui s'eſt trouvé à la priſe du Port
Mahon en 1756 , & une fooeur mariée au Marquis
de Bochart Champigni .
,
,
Ce Seigneur qui , l'an paſſé , avoit combattu à
Roſbac , eft le quatrieme de la même maiſon
tué au ſervice du Roi depuis 1743 , le Marquis
de Chabannes Mariol , Maréchal de Camp & Lieutenant
des Gardes du Corps , à la bataille d'Etinguen
, fans poſtérité. Le Comte de Chabannes ,
frere de M. l'Evêque d'Agen , à la bataille de
Coni , faiſant les fonctions d'Aide Maréchal des
Logis de l'armée , & le Chevalier de Chabannes
Duverger , ſur mer. Depuis des fiecles , cette maifon
eſt en poffeffion de fournir fous tous les re
SEPTEMBRE . 1758 . 213
gnes des ferviteurs & des victimes à l'Etat , dont
les noms font inférés dans nos Hiſtoires générales
& particulieres , ayant occupé les dignités
& emplois de Grands Maîtres de France , Maréchal
de France , Lieutenans-Généraux , &c .
Meſſire François - Ifaac de la Cropte , Comte de
Bourzac , ci -devant Premier Gentilhomme de la
Chambre du Prince de Conty , & ancien Meſtre
de Camp-Lieutenant du régiment de Conty , cavalerie,
eſt mort à Noyon le 31 du mois de Juillet,
dans la ſoixante-dix- ſeptieme année de ſon âge,
M. le Comte de Chabannes Curton , Capitaine
dans le Régiment de Dragons d'Apchon , a été tué
d'un coup de canon dans le combat de Sanderhauſen
le 23 Juillet , âgé de vingt-cinq ans , & fans
avoir été marié ; il étoit fils aîné du Marquis de
Chabannes Curton , Seigneur de Paulagnac & de
Rochefort , ci- devant Major du Régiment des Cravates
, & de Mademoiselle de Roquefeuil ; neveu
de feu le Marquis de Chabannes Curton , Lieutenant-
Général des armées du Roi , mort il y a plufieurs
années à Pragues en Boheme , ſans avoir
laiflé de poſtérité ; & d'Antoine de Chabannes
Marquis de Curton , ancien Colonel d'Infanterie.
Il laiſſe un frere , Enſeigne de vaiſſeaux , actuellement
en mer , qui s'eſt trouvé à la priſe du Port
Mahon en 1756 , & une fooeur mariée au Marquis
de Bochart Champigni .
,
,
Ce Seigneur qui , l'an paſſé , avoit combattu à
Roſbac , eft le quatrieme de la même maiſon
tué au ſervice du Roi depuis 1743 , le Marquis
de Chabannes Mariol , Maréchal de Camp & Lieutenant
des Gardes du Corps , à la bataille d'Etinguen
, fans poſtérité. Le Comte de Chabannes ,
frere de M. l'Evêque d'Agen , à la bataille de
Coni , faiſant les fonctions d'Aide Maréchal des
Logis de l'armée , & le Chevalier de Chabannes
Duverger , ſur mer. Depuis des fiecles , cette maifon
eſt en poffeffion de fournir fous tous les re
SEPTEMBRE . 1758 . 213
gnes des ferviteurs & des victimes à l'Etat , dont
les noms font inférés dans nos Hiſtoires générales
& particulieres , ayant occupé les dignités
& emplois de Grands Maîtres de France , Maréchal
de France , Lieutenans-Généraux , &c .
Meſſire François - Ifaac de la Cropte , Comte de
Bourzac , ci -devant Premier Gentilhomme de la
Chambre du Prince de Conty , & ancien Meſtre
de Camp-Lieutenant du régiment de Conty , cavalerie,
eſt mort à Noyon le 31 du mois de Juillet,
dans la ſoixante-dix- ſeptieme année de ſon âge,
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Résumé : MORTS.
Le texte évoque la mort de deux personnalités militaires françaises. Le Comte de Chabannes Curton, capitaine dans le Régiment de Dragons d'Apchon, a été tué par un coup de canon lors du combat de Sanderhausen le 23 juillet à l'âge de vingt-cinq ans. Il était le fils aîné du Marquis de Chabannes Curton et de Mademoiselle de Roquefeuil, et neveu du défunt Marquis de Chabannes Curton, Lieutenant-Général des armées du Roi. Il laisse un frère, Enseigne de vaisseaux, et une sœur mariée au Marquis de Bochart Champigny. Il est le quatrième membre de sa famille à mourir au service du Roi depuis 1743, après le Marquis de Chabannes Mariol, le Comte de Chabannes et le Chevalier de Chabannes Duverger. Messire François-Isaac de la Cropte, Comte de Bourzac, ancien Premier Gentilhomme de la Chambre du Prince de Conty et Mestre de Camp-Lieutenant du régiment de Conty cavalerie, est décédé à Noyon le 31 juillet à l'âge de soixante-dix-sept ans. La famille Chabannes est reconnue pour avoir fourni des serviteurs et des victimes à l'État depuis des siècles, occupant des dignités telles que Grands Maîtres de France, Maréchaux de France et Lieutenants-Généraux.
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169
p. 204-206
MORTS.
Début :
Messire Charles Chatelain, Chapelain du Roi, Chanoine de Soissons, Prieur [...]
Mots clefs :
Comte, Marquis, Chapelain du roi, Seigneur, Chevalier, Curé, Morts, Académie royale des sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
MESSIRE Charle Chatelain , Chapelain du Roi ,
Chanoine de Soiffons , Prieur Commandataire de
Friardel &de Lieru , mourut à Lieru le 29 Juillet ,
âgé de ſoixante- dix-neuf ans.
Meſſire François-Ifaac de la Cropte , Comte
de Bourzac , Marquis de la Jarrie , Seigneur dé
Chaſſagnes , Vandoire , Belleville , &c. ci-devant
premier Gentilhomme de la Chambre de S. A. S.
Monſeigneur le Prince de Conty , & ancien Mef
tre de Camp, Lieutenant du Régiment de Cavalerie
de Conty , mourut à Noyon le 31 Juiller
dernier , dans la ſoixante dix-septieme année de
ſon âge. Il étoit fils de François- Ifaac de la Cropte
, Comte de Bourzac , & de Suzanne Tiraqueaude
la Jarrie , & frere aîné de Jean-François de la
Gropte-de Bourzac , Evêque-Comte de Noyon ,
Pair de France , & avoit épousé Dame Marie-
Antoinette-Achars de Joumard- de Legé , fille de
feu Meſſire Louis-Achars de Joumard , Vicomte
de Legé , & Dame Elifabeth de la Faye , dont il
laiſſe 1. Suzanne de la Cropte ; 20. Jean- François
de la Cropte ; 3°. Françoiſe-Elifabeth-Suzanne de
la Cropte , & 4°. Louis-François-Joſeph de la
Cropre , Chevalier de Malthe.
Le 2Aoûr , mourut au village de Conche, dans
4
203 OCTOBRE. 1758 .
le Dioceſe de Mende, Florette Roux , âgée de
cent dix-huit ans & quatre mois. Són mari , Jac
ques Guin , mourut l'année derniere âgé de cent
quatorze ans. Ils ont vécu enſemble foixante-dixneuf
ans , & ont eu dix-huit enfans , douze garçons&
fix filles : quatorze de ces enfans vivent
encore. Leur mariage avoit été béni par un Miniſtre
quelque temps après la révocation de l'Edit
deNantes. Jacques Guin ſe diftingua parmi les
Rebelles , connus ſous le nom de Camiſards. Il
s'étoit d'abord attaché à Joannen , & combattit
fous ſes ordres à l'affaire de Chandomerge. Il
quitta Joannen pour ſuivre Roland, lequel ayant
bonne opinion de ſes talens , lui donna le commandement
d'une Troupe de cinquante hommes.
Il ſe trouva avec ce dernier à Fontmort , où le
Régiment de Champagne fut fi maltraité. Enfin
il Paccompagna auprès du Maréchal de Villars ,
& lui ſervit de conſeil pour conclure ſon traité
particulier.
Meſſire Bleixart-Louis-Edouard-Henri leGras,
Chevalier de Vauberſey , fils de feu Meſſire Fran--
çois-Edouard le Gras de Vauberſey , Seigneur de
Mongenôt , Lieutenant des Maréchaux de France
au département de Champagne & Brie , & de
DameMarie-Claire de Relongue de la Louptiere ,
eſt mort au château de la Louptiere en Champagne
, le 10 Août , âgé d'un an , onze mois 21
jours. Il étoit arriere-petit neveu de Meffire Simon
leGras-de Vauberſey , Evêque de Soiffons , qui a
eu l'honneur de ſacrer Louis XIV.
Meſſire Robion , ancien Curé de Dartas , dans
le Dioceſe de Vienne , y eſt mort le 11 Août âgé
de cent huit ans. 11 poſſédoit cette Cure depuis
près de quatre-vingt ans , & il avoit vu naître tous
ſes Paroiſſiens. La ſervante qui l'a toujours ſervi
vit encore , & a cent quatre ans.
206 MERCURE DE FRANCE.
M. Bouguer , l'un des Membres de l'Académie
Royale des Sciences , de la Société Royale de
Londres & de Berlin , Honoraire de l'Académie de
Marine , eſt mort en cette Ville le 13 Août , dans
Ja foixante- troiſieme année de ſon âge.
Meffire Charles-Louis de Monfaulnin , Comte
de Montal , Lieutenant-Général des Armées du
Roi , Chevalier des Ordres de Sa Majesté , Gouverneur
des Ville & Château de Guiſe , eſt décédé
dans ſes terres en Bourgogne le 22 Août , âgé de
foixante-dix- sept ans..
MESSIRE Charle Chatelain , Chapelain du Roi ,
Chanoine de Soiffons , Prieur Commandataire de
Friardel &de Lieru , mourut à Lieru le 29 Juillet ,
âgé de ſoixante- dix-neuf ans.
Meſſire François-Ifaac de la Cropte , Comte
de Bourzac , Marquis de la Jarrie , Seigneur dé
Chaſſagnes , Vandoire , Belleville , &c. ci-devant
premier Gentilhomme de la Chambre de S. A. S.
Monſeigneur le Prince de Conty , & ancien Mef
tre de Camp, Lieutenant du Régiment de Cavalerie
de Conty , mourut à Noyon le 31 Juiller
dernier , dans la ſoixante dix-septieme année de
ſon âge. Il étoit fils de François- Ifaac de la Cropte
, Comte de Bourzac , & de Suzanne Tiraqueaude
la Jarrie , & frere aîné de Jean-François de la
Gropte-de Bourzac , Evêque-Comte de Noyon ,
Pair de France , & avoit épousé Dame Marie-
Antoinette-Achars de Joumard- de Legé , fille de
feu Meſſire Louis-Achars de Joumard , Vicomte
de Legé , & Dame Elifabeth de la Faye , dont il
laiſſe 1. Suzanne de la Cropte ; 20. Jean- François
de la Cropte ; 3°. Françoiſe-Elifabeth-Suzanne de
la Cropte , & 4°. Louis-François-Joſeph de la
Cropre , Chevalier de Malthe.
Le 2Aoûr , mourut au village de Conche, dans
4
203 OCTOBRE. 1758 .
le Dioceſe de Mende, Florette Roux , âgée de
cent dix-huit ans & quatre mois. Són mari , Jac
ques Guin , mourut l'année derniere âgé de cent
quatorze ans. Ils ont vécu enſemble foixante-dixneuf
ans , & ont eu dix-huit enfans , douze garçons&
fix filles : quatorze de ces enfans vivent
encore. Leur mariage avoit été béni par un Miniſtre
quelque temps après la révocation de l'Edit
deNantes. Jacques Guin ſe diftingua parmi les
Rebelles , connus ſous le nom de Camiſards. Il
s'étoit d'abord attaché à Joannen , & combattit
fous ſes ordres à l'affaire de Chandomerge. Il
quitta Joannen pour ſuivre Roland, lequel ayant
bonne opinion de ſes talens , lui donna le commandement
d'une Troupe de cinquante hommes.
Il ſe trouva avec ce dernier à Fontmort , où le
Régiment de Champagne fut fi maltraité. Enfin
il Paccompagna auprès du Maréchal de Villars ,
& lui ſervit de conſeil pour conclure ſon traité
particulier.
Meſſire Bleixart-Louis-Edouard-Henri leGras,
Chevalier de Vauberſey , fils de feu Meſſire Fran--
çois-Edouard le Gras de Vauberſey , Seigneur de
Mongenôt , Lieutenant des Maréchaux de France
au département de Champagne & Brie , & de
DameMarie-Claire de Relongue de la Louptiere ,
eſt mort au château de la Louptiere en Champagne
, le 10 Août , âgé d'un an , onze mois 21
jours. Il étoit arriere-petit neveu de Meffire Simon
leGras-de Vauberſey , Evêque de Soiffons , qui a
eu l'honneur de ſacrer Louis XIV.
Meſſire Robion , ancien Curé de Dartas , dans
le Dioceſe de Vienne , y eſt mort le 11 Août âgé
de cent huit ans. 11 poſſédoit cette Cure depuis
près de quatre-vingt ans , & il avoit vu naître tous
ſes Paroiſſiens. La ſervante qui l'a toujours ſervi
vit encore , & a cent quatre ans.
206 MERCURE DE FRANCE.
M. Bouguer , l'un des Membres de l'Académie
Royale des Sciences , de la Société Royale de
Londres & de Berlin , Honoraire de l'Académie de
Marine , eſt mort en cette Ville le 13 Août , dans
Ja foixante- troiſieme année de ſon âge.
Meffire Charles-Louis de Monfaulnin , Comte
de Montal , Lieutenant-Général des Armées du
Roi , Chevalier des Ordres de Sa Majesté , Gouverneur
des Ville & Château de Guiſe , eſt décédé
dans ſes terres en Bourgogne le 22 Août , âgé de
foixante-dix- sept ans..
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Résumé : MORTS.
En 1758, plusieurs décès notables ont été enregistrés. Messire Charle Chatelain, Chapelain du Roi, Chanoine de Soiffons, Prieur Commandataire de Friardel et de Lieru, est décédé à Lieru le 29 juillet à l'âge de soixante-dix-neuf ans. Messire François-Ifaac de la Cropte, Comte de Bourzac, Marquis de la Jarrie, et ancien premier Gentilhomme de la Chambre de Monseigneur le Prince de Conty, est mort à Noyon le 31 juillet à soixante-dix-sept ans. Il était fils de François-Ifaac de la Cropte et de Suzanne Tiraqueau de la Jarrie, et frère aîné de Jean-François de la Cropte, Evêque-Comte de Noyon. Il a laissé quatre enfants : Suzanne, Jean-François, Françoise-Élisabeth-Suzanne et Louis-François-Joseph, Chevalier de Malthe. Florette Roux est décédée au village de Conche, dans le Diocèse de Mende, le 2 août à l'âge de cent dix-huit ans et quatre mois. Son mari, Jacques Guin, était décédé l'année précédente à cent quatorze ans. Ils ont eu dix-huit enfants, dont quatorze sont encore en vie. Leur mariage a été béni par un Ministre après la révocation de l'Édit de Nantes. Jacques Guin s'est distingué parmi les Camisards, combattant sous les ordres de Joannen et Roland. Messire Bleixart-Louis-Edouard-Henri le Gras, Chevalier de Vaubersey, est mort au château de la Louptiere en Champagne le 10 août à l'âge d'un an, onze mois et vingt-et-un jours. Messire Robion, ancien Curé de Dartas dans le Diocèse de Vienne, est décédé le 11 août à cent huit ans. Il a possédé cette Cure pendant près de quatre-vingt ans. M. Bouguer, membre de l'Académie Royale des Sciences, de la Société Royale de Londres et de Berlin, et honoraire de l'Académie de Marine, est mort à Paris le 13 août à soixante-trois ans. Messire Charles-Louis de Monfaulnin, Comte de Montal, Lieutenant-Général des Armées du Roi et Chevalier des Ordres de Sa Majesté, est décédé dans ses terres en Bourgogne le 22 août à soixante-dix-sept ans.
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170
p. 212-213
AVIS A l'Auteur de la Lettre anonyme sur l'Instruction de la Jeunesse, dans le second volume du Mercure du mois de Juillet dernier, fol. I 37.
Début :
Monsieur, sur l'avis que vous donnez au bas de votre Lettre, un Seigneur auroit [...]
Mots clefs :
Nouvelle méthode, Seigneur, Rencontre , Auteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS A l'Auteur de la Lettre anonyme sur l'Instruction de la Jeunesse, dans le second volume du Mercure du mois de Juillet dernier, fol. I 37.
AVIS
Al'Auteur de la Lettre anonyme ſur l'Inftruction
de la Jeuneſſe , dans le second
volume du Mercure du mois de Juillet
dernier , fol. 137 .
MONSIEUR',
ONSIEUR , fur l'avis que vous donnez
au bas de votre Lettre , un Seigneur auroit
envie de faire connoiſſance avec l'Auteur
de la nouvelle Méthode dont vous
parlez ; il m'a écrit à cet effet , & je me
preſſe de vous en faire part pour que vous
lui procuriez ce plaifir. Mon adreſſe eſt à
M. Gelein , Agent des RR. PP. Céleftins
, près l'Arſenal , demeurant en leur
maiſon. Je me flatte que vous voudrez '
bien me faire connoître cet habile home
OCTOBRE. 1758 . 213
me , à moins qu'il ne juge plus à propos
de ſe donner la peine de venir dans cette
maiſon . J'attendrai avec impatience que
vous me procuriez l'honneur de le connoître
par celui de ces deux moyens qu'il
trouvera bon .
J'ai l'honneur d'être , &c.
GELEIN.
Paris , ce 8 Septembre 17.58 .
Al'Auteur de la Lettre anonyme ſur l'Inftruction
de la Jeuneſſe , dans le second
volume du Mercure du mois de Juillet
dernier , fol. 137 .
MONSIEUR',
ONSIEUR , fur l'avis que vous donnez
au bas de votre Lettre , un Seigneur auroit
envie de faire connoiſſance avec l'Auteur
de la nouvelle Méthode dont vous
parlez ; il m'a écrit à cet effet , & je me
preſſe de vous en faire part pour que vous
lui procuriez ce plaifir. Mon adreſſe eſt à
M. Gelein , Agent des RR. PP. Céleftins
, près l'Arſenal , demeurant en leur
maiſon. Je me flatte que vous voudrez '
bien me faire connoître cet habile home
OCTOBRE. 1758 . 213
me , à moins qu'il ne juge plus à propos
de ſe donner la peine de venir dans cette
maiſon . J'attendrai avec impatience que
vous me procuriez l'honneur de le connoître
par celui de ces deux moyens qu'il
trouvera bon .
J'ai l'honneur d'être , &c.
GELEIN.
Paris , ce 8 Septembre 17.58 .
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Résumé : AVIS A l'Auteur de la Lettre anonyme sur l'Instruction de la Jeunesse, dans le second volume du Mercure du mois de Juillet dernier, fol. I 37.
Gelein, Agent des RR. PP. Célestins à Paris, répond à une lettre anonyme du Mercure de juillet 1758. Un seigneur souhaite rencontrer l'auteur d'une nouvelle méthode d'instruction mentionnée dans cette lettre. Gelein fournit son adresse et attend une réponse. La date de l'avis est le 8 septembre 1758.
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171
p. 208-211
MARIAGE ET MORTS.
Début :
Le premier Septembre 1758, le très-haut & très-puissant Seigneur [...]
Mots clefs :
Seigneur, Duc, Colonel d'infanterie, Mariage, Maison Galeano-Galieni, Maison Trémoletti-Montpezat, Chevalier, Armoiries, Abbé, Morts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGE ET MORTS.
MARIAGE ET MORTS..
cal flor the pisten allia plang aftur
LUIS
7 DEC
7s premier Septembre 1758 , le très- haut &
très -puiffant Seigneur Charles-Hyacinthe -Antoine
Galeano- Galieni , des Seigneurs de ce nom en
Lombardie , Duc de Galean , Prince du Saint-
Siege , Sire & Marquis de Salernes , Baron des
OCTOBRE . 1758. 200
Iffarts , Seigneur du Caftellet- Courtines , lez - Angles
& autres lieux , Colonel d'Infanterie dans le
Corps des Grenadiers de France , Chevalier d'honneur
de l'Ordre de S. Jean de Jérufalem , de la
Religion, de celui de Saints Maurice & Lazare , & c .
&c , &c , époufa à Lile , dans le Comtat d'Avignon,
Mademoiſelle Marie Françoife - Henriette de
Montpezat , fille de très haut & très puiffant Seigneur
Jean-Jofeph- Paul- Antoine de Trémoletty-
Montpezat , Duc & Marquis de Montpezat , Prince
du Saint- Siege , l'un des quatre premiers Ba
rons de la Province de Dauphine , Baron de
Montmaur , Piegon & Rochebrune , Seigneur
de Laval , Argilliers , &c. Lieutenant pour
Roi en Languedoc , & de très -haute & très- puiffante
Dame Madame Marie - Juftine - Efpérance
d'Agoult , Ducheffe de Montpezat . La bénédiction
nuptiale fut donnée par M. l'Evêque de Cavaillon.
le
La maifon de Galeano - Galieni eft affez connue
pour qu'on le contente d'en placer ici feulement
un extrait. Il fuffira donc de dire que depuis quatre
fiecles qu'elle s'eft féparée des branches aînées
demeurées en Italie , elle a toujours tenu un rang
confidérable dans l'état d'Avignon où elle a fixe
fa demeure. Elle exifte dans deux branches ; celle
du Duc de Guadagne , qui eft la premiere , a
donné le fameux Duc de Gadagne , Capitaine
Général des Armées en France , Gouverneur de la
Rochelle , Lieutenant Général de la Province du
Berry , mert Généraliffime des Armées de Rome
& de Venife, & celle du Duc de Galean des Iffarts,
dont il eft queftion . Ce dernier eft unique fils de
feu le Marquis des Iffarts , Chevalier de l'Ordre
de l'Aigle blanc en Pologne , Confeiller d'Etat ,
d'Epée , & Ambaffadeur extraordinaire & Pléni
Tro MERCURE DE FRANCE.
potentiaire de S. M. T. C. aux cours de Warfovie
& de Turin , mort à Avignon en 1754 , âgé de
37 ans, & de feu très-haute & très- puiffante Dame
Charlotte Yolande-de Forbin , dès Séignéurs de
la Barben & de Pont-à-Mouffon, décédée en 1742
âgée de vingt-fix ans .
Quant à la maifon de Trémoletti-Montpezat ,
elle eft comptée dès la fin du douzieme fiecle au
nombre des meilleures Maiſons & de la plus ancienne
Chevalerie du pays de Foix , d'où elle tire'
fon origine ; ce qui eft conftaté par des actes ori-'
ginaux de ce temps , ou les Seigneurs de cette
maifon prennent toujours les titres de Nobilis
miles ou Domicellus , qui fignifié Chevalier &
Damoifeau : ceux de cette race ont toujours tenu
dans les armées les premiers emplois. Nous '
remarquerons entr'autres féu le Marquis de'
Montpezat , grand- oncle paternel du Dúc de'
Montpezat d'aujourd'hui , qui mourut Lieutenant
Général des Armées du Roi & Gouverneur d'Arras
, à la veille d'être décoré du bâton de Maté
chal de France dont le feu Roi vouloit récompen
fer fa bravoure & fès importans fervices.
Les maifons de Galean & de Montpezat ont
fourni grand nombre de Chevaliers à l'Ordre de '
Saint Jean de Jérufalem , dont plufieurs ont eu
l'avantage de répandre leur fang au fervice de la
Religion.
La maifon de Galean porté d'argent à la bande
de fable remplie d'or , & aux deux'rofes de gueules
cimier , un lion iffant d'or avec ces mots , ab
obice favior ibit , cri de guerre , femper magis ; fup
ports , deux Anges cotemaillés de rofes.
Celles de Montpezat font d'azur , au Cigne'
d'argent pofé fur une riviere , de même furmonté
de trois molettes d'or , bordé d'azur & parfemé.de
OCTOBRE. 1758. 211
tys d'argent pour fupport , deux Anges cottes
maillés de lys d'argent , avec des Bannieres de
même ; pour cimier un Cigne furmonté d'une
molette d'or avec la devife en latin : Cignus aut
victoria ludit in undas
Meffire Antoine- François de Monlezun- de Bufca
, Abbé de l'Abbaye royale de Longvilliers , Ordre
de Câteaux, Diocefe de Boulogne, mourut dans
fon Abbaye le 11 Septembre , âgé de quatrevingt-
cinq ans.
Meffire Louis- François , Marquis de l'Aubef
pine , eft mort en Beauce dans fes terres le 22 ,
dans la quatre-vingt - treizieme année de fon âge .
Meffire Urbain Robinet , Chanoine de l'Eglife
de Paris , l'un des Vicaires Généraux de M. l'Arclievêque
, Abbé de l'Abbaye de Bellozane , Ordre
de Prémontré , Dioceſe de Rouen , eft mort en
cette Ville le 29 du mois dernier, dans fa foixantequinzieme
année.
cal flor the pisten allia plang aftur
LUIS
7 DEC
7s premier Septembre 1758 , le très- haut &
très -puiffant Seigneur Charles-Hyacinthe -Antoine
Galeano- Galieni , des Seigneurs de ce nom en
Lombardie , Duc de Galean , Prince du Saint-
Siege , Sire & Marquis de Salernes , Baron des
OCTOBRE . 1758. 200
Iffarts , Seigneur du Caftellet- Courtines , lez - Angles
& autres lieux , Colonel d'Infanterie dans le
Corps des Grenadiers de France , Chevalier d'honneur
de l'Ordre de S. Jean de Jérufalem , de la
Religion, de celui de Saints Maurice & Lazare , & c .
&c , &c , époufa à Lile , dans le Comtat d'Avignon,
Mademoiſelle Marie Françoife - Henriette de
Montpezat , fille de très haut & très puiffant Seigneur
Jean-Jofeph- Paul- Antoine de Trémoletty-
Montpezat , Duc & Marquis de Montpezat , Prince
du Saint- Siege , l'un des quatre premiers Ba
rons de la Province de Dauphine , Baron de
Montmaur , Piegon & Rochebrune , Seigneur
de Laval , Argilliers , &c. Lieutenant pour
Roi en Languedoc , & de très -haute & très- puiffante
Dame Madame Marie - Juftine - Efpérance
d'Agoult , Ducheffe de Montpezat . La bénédiction
nuptiale fut donnée par M. l'Evêque de Cavaillon.
le
La maifon de Galeano - Galieni eft affez connue
pour qu'on le contente d'en placer ici feulement
un extrait. Il fuffira donc de dire que depuis quatre
fiecles qu'elle s'eft féparée des branches aînées
demeurées en Italie , elle a toujours tenu un rang
confidérable dans l'état d'Avignon où elle a fixe
fa demeure. Elle exifte dans deux branches ; celle
du Duc de Guadagne , qui eft la premiere , a
donné le fameux Duc de Gadagne , Capitaine
Général des Armées en France , Gouverneur de la
Rochelle , Lieutenant Général de la Province du
Berry , mert Généraliffime des Armées de Rome
& de Venife, & celle du Duc de Galean des Iffarts,
dont il eft queftion . Ce dernier eft unique fils de
feu le Marquis des Iffarts , Chevalier de l'Ordre
de l'Aigle blanc en Pologne , Confeiller d'Etat ,
d'Epée , & Ambaffadeur extraordinaire & Pléni
Tro MERCURE DE FRANCE.
potentiaire de S. M. T. C. aux cours de Warfovie
& de Turin , mort à Avignon en 1754 , âgé de
37 ans, & de feu très-haute & très- puiffante Dame
Charlotte Yolande-de Forbin , dès Séignéurs de
la Barben & de Pont-à-Mouffon, décédée en 1742
âgée de vingt-fix ans .
Quant à la maifon de Trémoletti-Montpezat ,
elle eft comptée dès la fin du douzieme fiecle au
nombre des meilleures Maiſons & de la plus ancienne
Chevalerie du pays de Foix , d'où elle tire'
fon origine ; ce qui eft conftaté par des actes ori-'
ginaux de ce temps , ou les Seigneurs de cette
maifon prennent toujours les titres de Nobilis
miles ou Domicellus , qui fignifié Chevalier &
Damoifeau : ceux de cette race ont toujours tenu
dans les armées les premiers emplois. Nous '
remarquerons entr'autres féu le Marquis de'
Montpezat , grand- oncle paternel du Dúc de'
Montpezat d'aujourd'hui , qui mourut Lieutenant
Général des Armées du Roi & Gouverneur d'Arras
, à la veille d'être décoré du bâton de Maté
chal de France dont le feu Roi vouloit récompen
fer fa bravoure & fès importans fervices.
Les maifons de Galean & de Montpezat ont
fourni grand nombre de Chevaliers à l'Ordre de '
Saint Jean de Jérufalem , dont plufieurs ont eu
l'avantage de répandre leur fang au fervice de la
Religion.
La maifon de Galean porté d'argent à la bande
de fable remplie d'or , & aux deux'rofes de gueules
cimier , un lion iffant d'or avec ces mots , ab
obice favior ibit , cri de guerre , femper magis ; fup
ports , deux Anges cotemaillés de rofes.
Celles de Montpezat font d'azur , au Cigne'
d'argent pofé fur une riviere , de même furmonté
de trois molettes d'or , bordé d'azur & parfemé.de
OCTOBRE. 1758. 211
tys d'argent pour fupport , deux Anges cottes
maillés de lys d'argent , avec des Bannieres de
même ; pour cimier un Cigne furmonté d'une
molette d'or avec la devife en latin : Cignus aut
victoria ludit in undas
Meffire Antoine- François de Monlezun- de Bufca
, Abbé de l'Abbaye royale de Longvilliers , Ordre
de Câteaux, Diocefe de Boulogne, mourut dans
fon Abbaye le 11 Septembre , âgé de quatrevingt-
cinq ans.
Meffire Louis- François , Marquis de l'Aubef
pine , eft mort en Beauce dans fes terres le 22 ,
dans la quatre-vingt - treizieme année de fon âge .
Meffire Urbain Robinet , Chanoine de l'Eglife
de Paris , l'un des Vicaires Généraux de M. l'Arclievêque
, Abbé de l'Abbaye de Bellozane , Ordre
de Prémontré , Dioceſe de Rouen , eft mort en
cette Ville le 29 du mois dernier, dans fa foixantequinzieme
année.
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Résumé : MARIAGE ET MORTS.
Le texte décrit le mariage de Charles-Hyacinthe-Antoine Galeano-Galieni, Duc de Galean, et de Marie Françoise-Henriette de Montpezat, fille du Duc de Montpezat, célébré le 7 septembre 1758 à L'Isle dans le Comtat d'Avignon. La cérémonie a été bénie par l'évêque de Cavaillon. Les familles des mariés sont présentées en détail. La maison Galeano-Galieni est établie en Avignon depuis quatre siècles et se divise en deux branches : celle du Duc de Guadagne et celle du Duc de Galean des Issarts. Le père du marié, le Marquis des Issarts, était Chevalier de l'Ordre de l'Aigle blanc en Pologne et Ambassadeur extraordinaire. La maison de Montpezat, originaire du pays de Foix, est connue pour ses services militaires et ses titres de noblesse. Les deux familles ont fourni de nombreux Chevaliers à l'Ordre de Saint Jean de Jérusalem. Le texte mentionne également les armoiries et devises des deux maisons. Par ailleurs, il note le décès de plusieurs personnalités, dont l'Abbé de l'Abbaye royale de Longvilliers, le Marquis de l'Aubespine et le Chanoine Urbain Robinet.
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172
p. 204-205
MORTS.
Début :
Louise de Mailly de Buire, est morte le 26 à Lille en [...]
Mots clefs :
Maison de Mailly, Morts, Lieutenant général, Seigneur, Chevalier, Brigadier, Maréchal de camp, Artillerie, Réputation, Maison de Cramezel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
M O R T S.
Louiſe de Mailly de Buire, eſt morte le 26 à
Lille en Flandre. Elle étoit la derniere de la bran
che de Mailly du Quetnoy, ſortie de celle du
Mailly- Haucourt en 1 5 59. Le Prince de Croy lui
ſuccéde dans tous ſes biens.
Le ſieur Bailly , Iieutenant-Général des Armées
du Roi & de l'Artillerie , mourut a Paris le 2 2 ,
âgé de ſoixante-quatorze ans. -
Marie Marguerite Françoiſe de Melun d'Epinoy,
mou ut en cette ville le 4 Avril, âgée de quatre
vingt ſept ans.
Haut & Puiſſant Seigneur Meſſire Paul de la
Roche-Aymon, Chevalier Seigneur de Lavaud ,
Baron de la Farge, Marquis de Saint Maixent,
Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de Saint
Louis, Lieutenant Général des Armée s du Roi ,
Lieutenant-Général de l'Artillerie de France, &
Directeur en chef de ladite Artillerie au Départe
ment de la haute & bafle Normandie, eſt décédé
ruè du FauxbourgSaint Lazare le 22 Mars 1759,
enterré le 23 à Saint Laurent. Il étoit âgé de 7 f
ans 5 mois 2 , jours , étant né le .7 Septembre
1 683. Il eſt entré au Service dans l'Artillerie en
17o3 , a été fait Capitaine de Canoniers en 17o9.
Brigadier d'Infanterie en . .. .. .. 1721.
Maréchal de Camp en . . . . . . . .. 17 34.
Lieutenant-Général de l'Artillerie au Dé
partement de Normandie en . . . . . .. 1738.
Et Lieutenant Général des Armées du Roi
en - • • • • • • • • • • • • • • • • • • I743 •
Il a commandé en chef l'Artillerie à
l'Armée de la Moſelle Cil • • • • • • • 1744
- M A I. 1759. - 2o5
Aux Armées du bas Rhin en . ' 174 r & 1746.
Aux Armées de Flandres en .. 1747 & 1748.
Tous les Gens de Guerre ſçavent avec quelle
diſtinction & quelle réputation il a ſervi tant dans
les Batailles que dans les Siéges.
| On croit inutile de rappeller au Public la belle
& grande Généalogie de ce Seigneur , dont la
Maiſon eſt des plus connuë.
Le 12 Avril mourut à Paris noble Dame Fran
çoiſe Prieur, âgée de ſoixante-quinze ans. Elle
avoit épouſé le 2 Février 17 5 1, Meſſire Pierre
Auguſtin de Cramezel, Chevalier, ſieur de Ker
gerault, anc en O iicier de la Marine , de la
Maiſon duquel on a donné en Juin 17 5 1, une
courte généalogie. -
Un auteur de cette Maiſon ancienne, du nom
d'Armand de Cramezel, né le 4 Décembre 1 34o,
qui épouſa Anne de Martel fille unique, ſe ſignala
beaucoup à Toul, à Metz & à Verdun, ainſi
qu'a la bataille d'Auvray, qui ſe donna le 24 Sep-.
tembre 1 364, entre Jean Comte de Monfort
& Charles de Blois. Les Mémoires du Comte
de Goudon, allié des Comtes d'Anjou, ont laiſſé
une idée de ſa valeur & de la bravoure d'Armand
Cramezel ; il fut aimé & conſidéré par ſes ac
tions, il ne le fut pas moins par ſes talens ; il
avoit celui d'exprimer avec deux ou trois traits le
burin juſqu'a l'humeur & au caractére particulier
de chaque figure ; il avoit encore l'adreſſe ſin
guliere de ramaſſer en peu de place une infinité
de choſes, & ſi on peut le dire , le don de créer
de l'eſpace ; car, comme l'atteſtent les Mémoi
res de M. le Comte de Goulon, en un ſeul pouce
de terrain, il faiſoit voir diſtinctement cinq a ſix
lieues de pays, & une multitude inconcevable
de perſonnages.
Louiſe de Mailly de Buire, eſt morte le 26 à
Lille en Flandre. Elle étoit la derniere de la bran
che de Mailly du Quetnoy, ſortie de celle du
Mailly- Haucourt en 1 5 59. Le Prince de Croy lui
ſuccéde dans tous ſes biens.
Le ſieur Bailly , Iieutenant-Général des Armées
du Roi & de l'Artillerie , mourut a Paris le 2 2 ,
âgé de ſoixante-quatorze ans. -
Marie Marguerite Françoiſe de Melun d'Epinoy,
mou ut en cette ville le 4 Avril, âgée de quatre
vingt ſept ans.
Haut & Puiſſant Seigneur Meſſire Paul de la
Roche-Aymon, Chevalier Seigneur de Lavaud ,
Baron de la Farge, Marquis de Saint Maixent,
Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de Saint
Louis, Lieutenant Général des Armée s du Roi ,
Lieutenant-Général de l'Artillerie de France, &
Directeur en chef de ladite Artillerie au Départe
ment de la haute & bafle Normandie, eſt décédé
ruè du FauxbourgSaint Lazare le 22 Mars 1759,
enterré le 23 à Saint Laurent. Il étoit âgé de 7 f
ans 5 mois 2 , jours , étant né le .7 Septembre
1 683. Il eſt entré au Service dans l'Artillerie en
17o3 , a été fait Capitaine de Canoniers en 17o9.
Brigadier d'Infanterie en . .. .. .. 1721.
Maréchal de Camp en . . . . . . . .. 17 34.
Lieutenant-Général de l'Artillerie au Dé
partement de Normandie en . . . . . .. 1738.
Et Lieutenant Général des Armées du Roi
en - • • • • • • • • • • • • • • • • • • I743 •
Il a commandé en chef l'Artillerie à
l'Armée de la Moſelle Cil • • • • • • • 1744
- M A I. 1759. - 2o5
Aux Armées du bas Rhin en . ' 174 r & 1746.
Aux Armées de Flandres en .. 1747 & 1748.
Tous les Gens de Guerre ſçavent avec quelle
diſtinction & quelle réputation il a ſervi tant dans
les Batailles que dans les Siéges.
| On croit inutile de rappeller au Public la belle
& grande Généalogie de ce Seigneur , dont la
Maiſon eſt des plus connuë.
Le 12 Avril mourut à Paris noble Dame Fran
çoiſe Prieur, âgée de ſoixante-quinze ans. Elle
avoit épouſé le 2 Février 17 5 1, Meſſire Pierre
Auguſtin de Cramezel, Chevalier, ſieur de Ker
gerault, anc en O iicier de la Marine , de la
Maiſon duquel on a donné en Juin 17 5 1, une
courte généalogie. -
Un auteur de cette Maiſon ancienne, du nom
d'Armand de Cramezel, né le 4 Décembre 1 34o,
qui épouſa Anne de Martel fille unique, ſe ſignala
beaucoup à Toul, à Metz & à Verdun, ainſi
qu'a la bataille d'Auvray, qui ſe donna le 24 Sep-.
tembre 1 364, entre Jean Comte de Monfort
& Charles de Blois. Les Mémoires du Comte
de Goudon, allié des Comtes d'Anjou, ont laiſſé
une idée de ſa valeur & de la bravoure d'Armand
Cramezel ; il fut aimé & conſidéré par ſes ac
tions, il ne le fut pas moins par ſes talens ; il
avoit celui d'exprimer avec deux ou trois traits le
burin juſqu'a l'humeur & au caractére particulier
de chaque figure ; il avoit encore l'adreſſe ſin
guliere de ramaſſer en peu de place une infinité
de choſes, & ſi on peut le dire , le don de créer
de l'eſpace ; car, comme l'atteſtent les Mémoi
res de M. le Comte de Goulon, en un ſeul pouce
de terrain, il faiſoit voir diſtinctement cinq a ſix
lieues de pays, & une multitude inconcevable
de perſonnages.
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Résumé : MORTS.
En 1759, plusieurs décès notables ont été enregistrés. Louise de Mailly de Buire, dernière de la branche de Mailly du Quetnoy, est décédée le 26 avril à Lille en Flandre. Le Prince de Croy a hérité de tous ses biens. À Paris, le sieur Bailly, Lieutenant-Général des Armées du Roi et de l'Artillerie, est mort le 22 avril à l'âge de soixante-quatorze ans. Marie Marguerite Françoise de Melun d'Epinoy est décédée le 4 avril à l'âge de quatre-vingt-sept ans. Paul de la Roche-Aymon, Chevalier et Lieutenant Général des Armées du Roi, est décédé le 22 mars à l'âge de 75 ans. Il a servi dans l'artillerie depuis 1703 et a occupé divers postes prestigieux. Françoise Prieur, âgée de soixante-quinze ans, est morte le 12 avril à Paris. Elle avait épousé Pierre Augustin de Cramezel, officier de la Marine. La famille Cramezel est connue pour ses exploits militaires et artistiques, notamment Armand de Cramezel, né en 1340.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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173
p. 216-232
DE PARIS le 25 Août.
Début :
Un Courier arrivé de Vienne a apporté la nouvelle que le 12 de ce mois les Russes [...]
Mots clefs :
Baron de Laudon, Russes, Prince, Défaite, Colonel, Comte du Lau, Marquis, Seigneur, Lieutenant au régiment du roi, Généalogie, Maison de Lau, Gouverneur, Neveu, Cousine, Nominations, Famille, Origines
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE PARIS le 25 Août.
DE PARIS le 25 Août.
Un Courier arrivé de Vienne a apporté la
nouvelle que le 12 de ce mois les Rufles foutenus
du corps aux ordres du Baron de Laudon , ont
remporté près de Francfort une feconde victoire
contre les Pruffiens com mandés par le Roi de
Pruffe en perfonne. Ce Prince , après la défaite
entiere de fon armée , a été obligé de fe retirer
avec précipitation fous Cuftrin. On évalue ſa perte
à plus de quinze mille hommes. Son artillerie &
Les bagages ont éte pris.
LE
OCTOBRE
.
1759
.
217
fa
cou-
LE ROI a donné une place de Colonel dans les
Grenadiers de France à Jean Baptifte Comte du
Lau , Lieutenant au Régiment du Roi, Infanterie;
Sa Majesté lui en avoit accordé l'expectative en
1754 il eft fils d'ArmandII du nom , Comte du
Lau , Seigneur de la Côte , de Savignac & la
Routeille en Perigord ; & de Dame Françoife de
Salleton de Laborie , & petit-fils de Jean Armand
Marquis du Lau , Seigneur de la Côte & autres
Heux ; & de Marie - Sibille du Lau fa coufine , iffue
de Germaine maternelle , fille d'Armand du Lau,
Marquis d'Allemans , Baron de Chamniers , Sei-
gneur de Montardi , Couture & Braffac ; & de
Sufanne du Lau , Baronne de Chamniers ,
fine germaine maternelle, & fa parente pater-
nelle du 4º au se degré , fille d'Armand du Lau ,
Baron de Chamniers , Seigneur de Chambon ,
Celettes & autres lieux , Maréchal des Camps &
Armées du Roi , Commandant pour Sa Majesté
dans les Gouvernemens de Balaguier , Ager &
autres Places de la Concque , Colonel de deux
Régimens d'Infanterie, & Gouverneur de Xaintes;
& de Sibille Jaubert de S. Gelais , fille de Fran-
çois Jaubert de S. Gelais , Chevalier , Seigneur
de S. Severin & en partie d'Allemans , & de
Sufanne de Raimond , Dame de S. Severin & de
Bourlac , & niéce & héritiere de Sibille Jaubert ,
Dame d'Allemans , de Montardit , Feidit & Bra
fac , veuve fans enfans , de Clinet d'Aidie , Vi-
comte de Carlux , Chevalier de l'Ordre du Roi.
"
Le Comte du Lau eft neveu de Jean du Lau
d'Allemans , Docteur en Théologie , Curé de la
Paroille de S. Sulpice de Paris , frere de Jean-
Louis du Lau , Evêque de Digne , Abbé de Saint
Romain de Blaye , Prieur du Montaux- Malades ,
mort en l'année 1746 ; de Claude Louis du Lau ,
Chevalier de Malte , dit le Chevalier de la Cô :é ,
I. Val.
K
7
218 MERCURE DE FRANCE.
tué en 1732 fur les Vailleaux de la Religion en
combattant pour fon Ordre , dans lequel il s'étoit
fait confidérer par des actions de valeur ; de Phi-
lippe du Lau , aufli Chevalier, de Malthe , dit le
Chevalier de la Roche , mort en 1734 fur les
Vailleaux de la Religion ; & de Jean du Lau ,
Grand Vicaire de l'Evêché de Pamiers , qui a été
député en 1770 par la Métropole de Toulouſe
à l'Aflemblée Générale du Clergé de France ; &
il eft petit neveu de jean du Lau , Comte d'Al-
lemans , Brigadier des Armées du Roi , Com-
mandeur de l'Ordre de S. Louis , Gouverneur de
Doulens , ci devant Gouverneur de Cognac , &
Lieutenant-Colonel du Régiment du Roi Infan-
terie , qui a épousé par Contrat du mois d'Avril
1745 Jeanne- Louile de Cherifey , fille de Louis
Comte de Cherifey , Lieutenant- Général des Ar-
mées du Roi , Grand Croix de l'Ordre de S. Louis,
Gouverneur du Fort S. Jean de Marſeille , Com-
mandant de toute la Maifon du Roi , & d'Anne
de Paget, dont postérité le Comte d'Allemans
eft frere de Claude-Martin du Lau , Chevalier de
Malthe , Commandeur, de Nice en Provence ,
mort en 1746 , peu de tems après qu'il eut été
nommé à cette Commanderie ; de Jean Louis du
Lau, Baron de Chamniers , Capitaine au Régi-
ment d'Anjou Cavalerie ; & de Jean- Armand du
Lau Comte d'Allemans , Baron de Chamniers ,
Seigneur de Montardi , Couture , Brailac , &c.
Chevalier de l'Ordre de S. Louis , Capitaine au
Régiment du Roi infanterie , qui avoit épouſé
Antoinette-Julie de Beaupoil Saint-Aulaire , fille
de Louis de Beaupoil Saint-Aulaire , Marquis de
Lanmary , Baron d'Angerville , Seigneur des
Forges , Chabannes , &c . Grand & premier
Echanfon de France , Capitaine Commandant
les Gensdarmes de la Reine , & de Jeanne-Marie
OCTOBRE
.
1759
.
219
>
Perrault
,
Baronne
de
Milly
,
Rouvre
,
Angerville
&
la
Riviere
.
Jean
-
Armand
du
Lau
,
Comte
d'Al-
Hemans
,
a
laiffé
de
fon
mariage deux
fils
&
une
fille
fçavoir
1
°
.
Jean
-
Louis
-
Antoine
du Lau
,
Marquis
d'Allemans
,
Baron
de Chamniers
,
Sei-
gneur
de
la
Châtellenie
de Couture
,
&
des
Terres
&
Seigneurie
de Montardi
,
Celles
,
Bertric
&
au-
tres
lieux
qui
a
épousé
Marie Madeleine
le
Coigneux
fille
de
Jacques
Marquis de
Bellabre
,
&
de Marie
-
Anne
de
Neiret
de
la
Ravoye
,
Mar-
quife
de
Bellabre
,
dont
le
fils
aîné
Jean
Armand-
Marie
du Lau
eft
Enfeigne dans
le
Régiment
des
Gardes
Françoiſes
,
après avoir
fervi
dans
les
Chevaux
-
Légers de
la
Garde
.
2º
.
Henri du Lau
,
Chevalier
de
l'ordre
de
S.
Louis
,
Capitaine
au
Régiment de Conty
Cavalerie
,
&
Sufanne
du
Lau
,
mariée
à
Jean
de
Chapt
de
Raftinac
,
Comte
de
Puiguilhem
,
dont
postérité
.
La maifon du Comte du Lau qui donne lieu
à cet article , eft établie en Périgord dès l'an
1429 ; elle eft une branche cadette des Barons
du Lau en Béarn , que l'on a trouvé , après un
mur examen , être iffus des Souverains de Biſcaye,
Comtes d'Alaua & Seigneur de Lod en Biſcaye ;
on en a puiſé les preuves dans les Chartres , dans
les anciennes Chroniques , les Cartulaires & dans
les Hiftoires du temps. La Généalogie de la mai-
fon du Lau a été faite fur de femblables monu-
mens , & fur titres tous originaux , par le Che-
valier Blondeau de Charnage ; & elle fut com-
muniquée avec les titres à M. de Clairambault ,
Généalogifte des Ordres du Roi lorfque le Comte
du Lau obtint les honneurs de la Cour. Nous
défirerions pouvoir inférer ici cet Ouvrage , mais
il est d'une trop grande étendue à caufe des
branches que la maifon du Lau a produit : nous
dirons feulement deux mots fur le rang des an-
Kij
220 MERCURE DE FRANCE
•
"
:
ciens Seigneurs de cette maiſon & fur fon ori-
gine , & nous ne parlerons enfuite qué de la
Branche établie en Périgord.
La maifon du Lau , dit l'Auteur de la Généa-
logie , eft iffue des Souverains de Biſcaye , par
Inigo-Sanches , Seigneur de Lod en Biscaye',
neveu d'Inigo- Loppes Comte d'Alaua . Nous ne
fixerons pas ajoute-t-il l'origine de la maiſon
du Lau à Inigo- Sanches Seigneur de Lod : l'hif-
toire exige que nous la remontions à Dom Lop
ou Fort- Loup , furnommé Suria , * premier Sei-
gneur de Biscaye qui fut élu par la Nation ,
après une bataille qu'il avoit gagné étant à leur
tête , en l'année 870 , fur Ordogne , fils d'Al-
phonfe III , furnommé le Grand , Roi d'Oviedo
& de Léon en ce lieu , & dans tout le cours
de l'Ouvrage , l'Auteur rapporte plufieurs faits
hiftoriques , intérellans & relatifs à fon Ouvrage.
Fort- Loup épouſa 1 ° . Dalda , fille de Sanche-
Eftigues-Ortun , Seigneur de Tariba & de Du-
rango , de laquelle il eut Manfo - Lopes 2º Sei-
gaeur de Biscaye , & de Tariba , pere d'Inigo-
Lopes 3 Seigneur de Bilcaye , dont vint Lopes-
Dias 4 Seigneur de Bilcaye , qui époufa Elvire-
Bermundes , fille de Bermuy l'aînez , & dont il
eut deux fils & une fille , fçavoir , Sanche-
Lopes e Seigneur de Bifcaye , qui fuit , Inigo-
Lopes Comte d'Alaua 6 Seigneur de Biſcaye ,
& Urraca-Lopes mariée à Dom Fernand ,
Roi
de Léon. Sancho - Lopes fut tué à Cubijana de
Morillos en conduifant une armée au fecours
du Comte de Caftille ; il laiffa deux fils en bas
âge , Inigo Lopes , Seigneur de Lod en Biscaye ,
qui fuit , & fort-Sanches , Seigneur d'Orofco ,
tige de la maiſon de ce nom ,
Les Souverains de Biscaye n'ont jamais eu d'autre
sitre que celui de Şeigucup.
OCTOBRE
.
1759. 221
I
Inigo
-
Lopes
,
Seigneur
de
Lod
en
Biſcayé
,
fut
Gouverneur de
la
Ville
de
Navarre
,
&
grand
Ecuyer
des
Ecuries
de
Garcias
,
Roi de
Navarre
,
furnommé
le
Trembleur
:
il
n'étoit
qu'un enfant
à
la
mort
de
fon père
,
ce
qui
fit
que
les
Bifca-
yens engagés dans
des guerres
,
&
ayant
beſoin
d'un
Chef
expérimenté
,
élurent
en
la
place
pour
leur
Seigneur Inigo
Lopes
,
Comte
d'Alaua
for
oncle
paternel
,
*
qui
,
pour
le
dédommager
du
moinsen
quelque
forte
,
lui
donna
la
Seigneurie
de
Lod
en
Bifcaye
,
dent
fa poftérité
prit
lé
nom
on
a de
lui
des
titres
des
années
997
,
1014
&
1920
:
il
eut
deux
fils
,
fçavoir
,
Lopes-
Sanches
,
Seigneur
de
Lod
en
Bifcaye
,
tige
de
la
maifon de
ce
nom
&
de
celle
de
Merdoce
,
&
Guillaume
**
Sance
,
Seigneur
de
la
Terre
du
Lau
en Bearn
,
fituée
comme
dans
un
Fauxbourg
de
la
Ville
de
Lefcar
: il
époufa
une
Dame
nom-
mée
Sancia-
Vacca
;
ils
firent
donation
,
du
con-
fentement de
leurs
fils
,
au
Chapitre
de
Lefcar
,
d'une
partie
des
dixmes de
l'Eglife
du Lau
,
Calbet
du Lau
,
mort
avant
l'an
115
,
leur
petit-
fils
fur
Evêque de
Leſcard
:
Cajard
du Lau
fon
frere
eft
nommé
au rang
des
Barons
du
Béarn
,
après
les
Seigneurs de Gavaſton
&
de Navaille
,
&
avant ceux
de
Domii
,
de Miocens
,
&
autres
:
dans
l'acte
d'un
jugement
folemnel
en
faveur
de
l'Eglife
de
Lefcar
,
rendu par
Talefe
,
Vicomteſſe
de Béarn
,
en
l'abfence
de fon mari
,
vers l'an
1090.
la
maifon du Lau
,
toutesfois
ne
fut pas
comprife dans
le
Réglement de
l'an
1230
;
qui
reftraignoit les
Barons
du
Béarn à un
certain
nombre
;
mais
les
terres
du nom du Lau
,
fituées
***
* Les Hiftoriens s'accordent tous
en
ce
fait
.
**
On
diroit
Sanchés
,
fi
on
le fuivoit
en
Bifcave
.
***
Il
ne changea pas
le
nom
de
Calbet pour
celui
de
Guy
, fuivant qu'on
le
lit
dans
le
Gallia Chriftiana
.
K
iij
A
222 MERCURE DE FRANCE.
en
Chaloffe
&
en
Armagnac
,
ont
toujours
été
qualifiées
Baronnies
:
Arnaud
,
fils
de
Raymond
du Lau
,
étant
dans
le
deffein d'aller
à
la
Terre-
Sainte
,
fit
un
don
au
Chapitre
de
Dacqs
;
Sance
du Lau
fon
fils
,
s'empara
des
biens
que
fon pere
avoit
donné
,
&
les
rendit
en
l'année
1151
;
ces
biens furent
encore
repris
par
leur
poſtérité
,
qui
enfin
les
laiffa
entiérement
au
même
Chapitre
,
Arnaud du Lau
eft
nommé
au rang
des
Ba-
rons
des
terres
de Labour
&
d'Arberac
,
en
un
titre
de
l'an
1193
;
Ponce
,
Seigneur
du
Lau
,
épousa
en 1234
,
Jcanne
,
fille
d'Arivus
,
Vi-
comte
de
Corneillan
,
&
de Marie
de
Vernede
;
il
fut
témoin
avec
les
Seigneurs
de
l'Ifle
&
de
Comenge
,
de l'hommage
que Gerard
,
Comte
d'Armagnac
,
fit
en
1245 pour
fon Château
de
Mauvoifin
,
à
Raimond
,
Comte
de
Touloufe
:
Arnaud
Guillaume
&
Leberon
du
Lau
,
Chevaliers
,
furent
témoins
de l'hommage
que
le
même
Com-
te
d'Armagnac
rendit
en 1254
,
pour
les
Comtés
d'Armagnac
&
de
Fezenfac
,
à
Henri
III
,
Roi
d'Angleterre
,
&
Leberon
du Lau
s'en
rendit
cau
→
tion
Amanieu du Lau
,
Chevalier
de
l'Ordre
des Templiers
,
avoit été
député
en
1235
par
le
Clergé de Gafcogne
,
vers
le
même
Monarque
,
&
il
en
étoit très -
confidéré
;
Gerard
du
Lau
,
Chevalier
,
accompagna
Edouard
,
Roi
d'Angleterre
,
dans
fon
voyage de
la
Terre
Sainte
ce Prince l'envoya
à Ortés
l'an
1273
,
pour
ap
paifer
les
mouvemens
que Gaton
,
Vicomte de
Béarn
y
avoit excité
.
Arnaud Sequin , premier du nom du Lau ,
Chevalier Seigneur de la Baronnie du Lau &
des lieux de Laqui , Geles , Lobe , Heloda , Gau-
be , Pujo , Montijos , Carrera , Caftagnet , Sulaus ,
Perquier , Badigos , Lilauhet , Hontans , Caupet
Margaro , Coerbeoa , Halchet , de la Ville de
.
Un Courier arrivé de Vienne a apporté la
nouvelle que le 12 de ce mois les Rufles foutenus
du corps aux ordres du Baron de Laudon , ont
remporté près de Francfort une feconde victoire
contre les Pruffiens com mandés par le Roi de
Pruffe en perfonne. Ce Prince , après la défaite
entiere de fon armée , a été obligé de fe retirer
avec précipitation fous Cuftrin. On évalue ſa perte
à plus de quinze mille hommes. Son artillerie &
Les bagages ont éte pris.
LE
OCTOBRE
.
1759
.
217
fa
cou-
LE ROI a donné une place de Colonel dans les
Grenadiers de France à Jean Baptifte Comte du
Lau , Lieutenant au Régiment du Roi, Infanterie;
Sa Majesté lui en avoit accordé l'expectative en
1754 il eft fils d'ArmandII du nom , Comte du
Lau , Seigneur de la Côte , de Savignac & la
Routeille en Perigord ; & de Dame Françoife de
Salleton de Laborie , & petit-fils de Jean Armand
Marquis du Lau , Seigneur de la Côte & autres
Heux ; & de Marie - Sibille du Lau fa coufine , iffue
de Germaine maternelle , fille d'Armand du Lau,
Marquis d'Allemans , Baron de Chamniers , Sei-
gneur de Montardi , Couture & Braffac ; & de
Sufanne du Lau , Baronne de Chamniers ,
fine germaine maternelle, & fa parente pater-
nelle du 4º au se degré , fille d'Armand du Lau ,
Baron de Chamniers , Seigneur de Chambon ,
Celettes & autres lieux , Maréchal des Camps &
Armées du Roi , Commandant pour Sa Majesté
dans les Gouvernemens de Balaguier , Ager &
autres Places de la Concque , Colonel de deux
Régimens d'Infanterie, & Gouverneur de Xaintes;
& de Sibille Jaubert de S. Gelais , fille de Fran-
çois Jaubert de S. Gelais , Chevalier , Seigneur
de S. Severin & en partie d'Allemans , & de
Sufanne de Raimond , Dame de S. Severin & de
Bourlac , & niéce & héritiere de Sibille Jaubert ,
Dame d'Allemans , de Montardit , Feidit & Bra
fac , veuve fans enfans , de Clinet d'Aidie , Vi-
comte de Carlux , Chevalier de l'Ordre du Roi.
"
Le Comte du Lau eft neveu de Jean du Lau
d'Allemans , Docteur en Théologie , Curé de la
Paroille de S. Sulpice de Paris , frere de Jean-
Louis du Lau , Evêque de Digne , Abbé de Saint
Romain de Blaye , Prieur du Montaux- Malades ,
mort en l'année 1746 ; de Claude Louis du Lau ,
Chevalier de Malte , dit le Chevalier de la Cô :é ,
I. Val.
K
7
218 MERCURE DE FRANCE.
tué en 1732 fur les Vailleaux de la Religion en
combattant pour fon Ordre , dans lequel il s'étoit
fait confidérer par des actions de valeur ; de Phi-
lippe du Lau , aufli Chevalier, de Malthe , dit le
Chevalier de la Roche , mort en 1734 fur les
Vailleaux de la Religion ; & de Jean du Lau ,
Grand Vicaire de l'Evêché de Pamiers , qui a été
député en 1770 par la Métropole de Toulouſe
à l'Aflemblée Générale du Clergé de France ; &
il eft petit neveu de jean du Lau , Comte d'Al-
lemans , Brigadier des Armées du Roi , Com-
mandeur de l'Ordre de S. Louis , Gouverneur de
Doulens , ci devant Gouverneur de Cognac , &
Lieutenant-Colonel du Régiment du Roi Infan-
terie , qui a épousé par Contrat du mois d'Avril
1745 Jeanne- Louile de Cherifey , fille de Louis
Comte de Cherifey , Lieutenant- Général des Ar-
mées du Roi , Grand Croix de l'Ordre de S. Louis,
Gouverneur du Fort S. Jean de Marſeille , Com-
mandant de toute la Maifon du Roi , & d'Anne
de Paget, dont postérité le Comte d'Allemans
eft frere de Claude-Martin du Lau , Chevalier de
Malthe , Commandeur, de Nice en Provence ,
mort en 1746 , peu de tems après qu'il eut été
nommé à cette Commanderie ; de Jean Louis du
Lau, Baron de Chamniers , Capitaine au Régi-
ment d'Anjou Cavalerie ; & de Jean- Armand du
Lau Comte d'Allemans , Baron de Chamniers ,
Seigneur de Montardi , Couture , Brailac , &c.
Chevalier de l'Ordre de S. Louis , Capitaine au
Régiment du Roi infanterie , qui avoit épouſé
Antoinette-Julie de Beaupoil Saint-Aulaire , fille
de Louis de Beaupoil Saint-Aulaire , Marquis de
Lanmary , Baron d'Angerville , Seigneur des
Forges , Chabannes , &c . Grand & premier
Echanfon de France , Capitaine Commandant
les Gensdarmes de la Reine , & de Jeanne-Marie
OCTOBRE
.
1759
.
219
>
Perrault
,
Baronne
de
Milly
,
Rouvre
,
Angerville
&
la
Riviere
.
Jean
-
Armand
du
Lau
,
Comte
d'Al-
Hemans
,
a
laiffé
de
fon
mariage deux
fils
&
une
fille
fçavoir
1
°
.
Jean
-
Louis
-
Antoine
du Lau
,
Marquis
d'Allemans
,
Baron
de Chamniers
,
Sei-
gneur
de
la
Châtellenie
de Couture
,
&
des
Terres
&
Seigneurie
de Montardi
,
Celles
,
Bertric
&
au-
tres
lieux
qui
a
épousé
Marie Madeleine
le
Coigneux
fille
de
Jacques
Marquis de
Bellabre
,
&
de Marie
-
Anne
de
Neiret
de
la
Ravoye
,
Mar-
quife
de
Bellabre
,
dont
le
fils
aîné
Jean
Armand-
Marie
du Lau
eft
Enfeigne dans
le
Régiment
des
Gardes
Françoiſes
,
après avoir
fervi
dans
les
Chevaux
-
Légers de
la
Garde
.
2º
.
Henri du Lau
,
Chevalier
de
l'ordre
de
S.
Louis
,
Capitaine
au
Régiment de Conty
Cavalerie
,
&
Sufanne
du
Lau
,
mariée
à
Jean
de
Chapt
de
Raftinac
,
Comte
de
Puiguilhem
,
dont
postérité
.
La maifon du Comte du Lau qui donne lieu
à cet article , eft établie en Périgord dès l'an
1429 ; elle eft une branche cadette des Barons
du Lau en Béarn , que l'on a trouvé , après un
mur examen , être iffus des Souverains de Biſcaye,
Comtes d'Alaua & Seigneur de Lod en Biſcaye ;
on en a puiſé les preuves dans les Chartres , dans
les anciennes Chroniques , les Cartulaires & dans
les Hiftoires du temps. La Généalogie de la mai-
fon du Lau a été faite fur de femblables monu-
mens , & fur titres tous originaux , par le Che-
valier Blondeau de Charnage ; & elle fut com-
muniquée avec les titres à M. de Clairambault ,
Généalogifte des Ordres du Roi lorfque le Comte
du Lau obtint les honneurs de la Cour. Nous
défirerions pouvoir inférer ici cet Ouvrage , mais
il est d'une trop grande étendue à caufe des
branches que la maifon du Lau a produit : nous
dirons feulement deux mots fur le rang des an-
Kij
220 MERCURE DE FRANCE
•
"
:
ciens Seigneurs de cette maiſon & fur fon ori-
gine , & nous ne parlerons enfuite qué de la
Branche établie en Périgord.
La maifon du Lau , dit l'Auteur de la Généa-
logie , eft iffue des Souverains de Biſcaye , par
Inigo-Sanches , Seigneur de Lod en Biscaye',
neveu d'Inigo- Loppes Comte d'Alaua . Nous ne
fixerons pas ajoute-t-il l'origine de la maiſon
du Lau à Inigo- Sanches Seigneur de Lod : l'hif-
toire exige que nous la remontions à Dom Lop
ou Fort- Loup , furnommé Suria , * premier Sei-
gneur de Biscaye qui fut élu par la Nation ,
après une bataille qu'il avoit gagné étant à leur
tête , en l'année 870 , fur Ordogne , fils d'Al-
phonfe III , furnommé le Grand , Roi d'Oviedo
& de Léon en ce lieu , & dans tout le cours
de l'Ouvrage , l'Auteur rapporte plufieurs faits
hiftoriques , intérellans & relatifs à fon Ouvrage.
Fort- Loup épouſa 1 ° . Dalda , fille de Sanche-
Eftigues-Ortun , Seigneur de Tariba & de Du-
rango , de laquelle il eut Manfo - Lopes 2º Sei-
gaeur de Biscaye , & de Tariba , pere d'Inigo-
Lopes 3 Seigneur de Bilcaye , dont vint Lopes-
Dias 4 Seigneur de Bilcaye , qui époufa Elvire-
Bermundes , fille de Bermuy l'aînez , & dont il
eut deux fils & une fille , fçavoir , Sanche-
Lopes e Seigneur de Bifcaye , qui fuit , Inigo-
Lopes Comte d'Alaua 6 Seigneur de Biſcaye ,
& Urraca-Lopes mariée à Dom Fernand ,
Roi
de Léon. Sancho - Lopes fut tué à Cubijana de
Morillos en conduifant une armée au fecours
du Comte de Caftille ; il laiffa deux fils en bas
âge , Inigo Lopes , Seigneur de Lod en Biscaye ,
qui fuit , & fort-Sanches , Seigneur d'Orofco ,
tige de la maiſon de ce nom ,
Les Souverains de Biscaye n'ont jamais eu d'autre
sitre que celui de Şeigucup.
OCTOBRE
.
1759. 221
I
Inigo
-
Lopes
,
Seigneur
de
Lod
en
Biſcayé
,
fut
Gouverneur de
la
Ville
de
Navarre
,
&
grand
Ecuyer
des
Ecuries
de
Garcias
,
Roi de
Navarre
,
furnommé
le
Trembleur
:
il
n'étoit
qu'un enfant
à
la
mort
de
fon père
,
ce
qui
fit
que
les
Bifca-
yens engagés dans
des guerres
,
&
ayant
beſoin
d'un
Chef
expérimenté
,
élurent
en
la
place
pour
leur
Seigneur Inigo
Lopes
,
Comte
d'Alaua
for
oncle
paternel
,
*
qui
,
pour
le
dédommager
du
moinsen
quelque
forte
,
lui
donna
la
Seigneurie
de
Lod
en
Bifcaye
,
dent
fa poftérité
prit
lé
nom
on
a de
lui
des
titres
des
années
997
,
1014
&
1920
:
il
eut
deux
fils
,
fçavoir
,
Lopes-
Sanches
,
Seigneur
de
Lod
en
Bifcaye
,
tige
de
la
maifon de
ce
nom
&
de
celle
de
Merdoce
,
&
Guillaume
**
Sance
,
Seigneur
de
la
Terre
du
Lau
en Bearn
,
fituée
comme
dans
un
Fauxbourg
de
la
Ville
de
Lefcar
: il
époufa
une
Dame
nom-
mée
Sancia-
Vacca
;
ils
firent
donation
,
du
con-
fentement de
leurs
fils
,
au
Chapitre
de
Lefcar
,
d'une
partie
des
dixmes de
l'Eglife
du Lau
,
Calbet
du Lau
,
mort
avant
l'an
115
,
leur
petit-
fils
fur
Evêque de
Leſcard
:
Cajard
du Lau
fon
frere
eft
nommé
au rang
des
Barons
du
Béarn
,
après
les
Seigneurs de Gavaſton
&
de Navaille
,
&
avant ceux
de
Domii
,
de Miocens
,
&
autres
:
dans
l'acte
d'un
jugement
folemnel
en
faveur
de
l'Eglife
de
Lefcar
,
rendu par
Talefe
,
Vicomteſſe
de Béarn
,
en
l'abfence
de fon mari
,
vers l'an
1090.
la
maifon du Lau
,
toutesfois
ne
fut pas
comprife dans
le
Réglement de
l'an
1230
;
qui
reftraignoit les
Barons
du
Béarn à un
certain
nombre
;
mais
les
terres
du nom du Lau
,
fituées
***
* Les Hiftoriens s'accordent tous
en
ce
fait
.
**
On
diroit
Sanchés
,
fi
on
le fuivoit
en
Bifcave
.
***
Il
ne changea pas
le
nom
de
Calbet pour
celui
de
Guy
, fuivant qu'on
le
lit
dans
le
Gallia Chriftiana
.
K
iij
A
222 MERCURE DE FRANCE.
en
Chaloffe
&
en
Armagnac
,
ont
toujours
été
qualifiées
Baronnies
:
Arnaud
,
fils
de
Raymond
du Lau
,
étant
dans
le
deffein d'aller
à
la
Terre-
Sainte
,
fit
un
don
au
Chapitre
de
Dacqs
;
Sance
du Lau
fon
fils
,
s'empara
des
biens
que
fon pere
avoit
donné
,
&
les
rendit
en
l'année
1151
;
ces
biens furent
encore
repris
par
leur
poſtérité
,
qui
enfin
les
laiffa
entiérement
au
même
Chapitre
,
Arnaud du Lau
eft
nommé
au rang
des
Ba-
rons
des
terres
de Labour
&
d'Arberac
,
en
un
titre
de
l'an
1193
;
Ponce
,
Seigneur
du
Lau
,
épousa
en 1234
,
Jcanne
,
fille
d'Arivus
,
Vi-
comte
de
Corneillan
,
&
de Marie
de
Vernede
;
il
fut
témoin
avec
les
Seigneurs
de
l'Ifle
&
de
Comenge
,
de l'hommage
que Gerard
,
Comte
d'Armagnac
,
fit
en
1245 pour
fon Château
de
Mauvoifin
,
à
Raimond
,
Comte
de
Touloufe
:
Arnaud
Guillaume
&
Leberon
du
Lau
,
Chevaliers
,
furent
témoins
de l'hommage
que
le
même
Com-
te
d'Armagnac
rendit
en 1254
,
pour
les
Comtés
d'Armagnac
&
de
Fezenfac
,
à
Henri
III
,
Roi
d'Angleterre
,
&
Leberon
du Lau
s'en
rendit
cau
→
tion
Amanieu du Lau
,
Chevalier
de
l'Ordre
des Templiers
,
avoit été
député
en
1235
par
le
Clergé de Gafcogne
,
vers
le
même
Monarque
,
&
il
en
étoit très -
confidéré
;
Gerard
du
Lau
,
Chevalier
,
accompagna
Edouard
,
Roi
d'Angleterre
,
dans
fon
voyage de
la
Terre
Sainte
ce Prince l'envoya
à Ortés
l'an
1273
,
pour
ap
paifer
les
mouvemens
que Gaton
,
Vicomte de
Béarn
y
avoit excité
.
Arnaud Sequin , premier du nom du Lau ,
Chevalier Seigneur de la Baronnie du Lau &
des lieux de Laqui , Geles , Lobe , Heloda , Gau-
be , Pujo , Montijos , Carrera , Caftagnet , Sulaus ,
Perquier , Badigos , Lilauhet , Hontans , Caupet
Margaro , Coerbeoa , Halchet , de la Ville de
.
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Résumé : DE PARIS le 25 Août.
Le 25 août, un courrier de Vienne a rapporté que le 12 août, les troupes du Baron de Laudon avaient remporté une victoire près de Francfort contre les Prussiens, commandés par le Roi de Prusse en personne. Cette défaite a contraint le Roi de Prusse à se retirer précipitamment vers Custrin, abandonnant plus de quinze mille hommes, ainsi que son artillerie et ses bagages capturés. En octobre 1759, le Roi de France a accordé une place de Colonel dans les Grenadiers de France à Jean-Baptiste Comte du Lau, Lieutenant au Régiment du Roi. Le Comte du Lau est le fils d'Armand II du Lau et de Dame Françoise de Salleton de Laborie, et le petit-fils de Jean-Armand Marquis du Lau. Il est également neveu de plusieurs personnalités notables, dont Jean du Lau d'Allemans, Docteur en Théologie, et Jean-Armand du Lau, Brigadier des Armées du Roi. La maison du Comte du Lau est établie en Périgord depuis 1429 et est une branche cadette des Barons du Lau en Béarn. Selon les recherches généalogiques, cette maison est issue des Souverains de Biscaye, Comtes d'Alava et Seigneurs de Lod en Biscaye. La généalogie de la maison du Lau a été documentée par le Chevalier Blondeau de Charnage et communiquée à M. de Clairambault, Généalogiste des Ordres du Roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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174
p. 203
DE ROME, le 10 Décembre.
Début :
On mande de Naples, qu'il y a eu le 24 du mois dernier éruption du Vésuve [...]
Mots clefs :
Éruption du Vésuve, Lave, Nuages de cendres, Pape, Duc, Prince, Seigneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE ROME, le 10 Décembre.
De ROME , le 10 Décembre .
On mande de Naples , qu'il y a eu le 24 dù
mois dernier une éruption du Véfuve des plus
confidérables ; qu'il en eft forti , par cinq nouvelles
ouvertures , une quantité prodigieufe de
matière enflammée ; & que diverfes exploſions
ont pouffé le bitume & les cendres jufques vers
la Tour de la Nunziata : ce qui a rempli d'effroi
tous les habitans du canton .
Le 14 de ce mois le Pape a créé Prince le
Duc de Galean des Iffarts , Colonel d'Infanterie
au fervice de France , Chevalier des Ordres de
S. Hubert au Palatinat , & de Malthe. Sa Sainteté
a fait expédier à ce Seigneur le diplome conçu
dans les termes les plus honorables.
On mande de Naples , qu'il y a eu le 24 dù
mois dernier une éruption du Véfuve des plus
confidérables ; qu'il en eft forti , par cinq nouvelles
ouvertures , une quantité prodigieufe de
matière enflammée ; & que diverfes exploſions
ont pouffé le bitume & les cendres jufques vers
la Tour de la Nunziata : ce qui a rempli d'effroi
tous les habitans du canton .
Le 14 de ce mois le Pape a créé Prince le
Duc de Galean des Iffarts , Colonel d'Infanterie
au fervice de France , Chevalier des Ordres de
S. Hubert au Palatinat , & de Malthe. Sa Sainteté
a fait expédier à ce Seigneur le diplome conçu
dans les termes les plus honorables.
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Résumé : DE ROME, le 10 Décembre.
Le 24 novembre, le Vésuve a connu une éruption majeure avec cinq nouvelles fissures, projetant matière enflammée, bitume et cendres jusqu'à la Tour de la Nunziata, effrayant les habitants. Le 14 décembre, le Pape a promu le Duc de Galean des Ifsarts, Colonel d'Infanterie français et Chevalier des Ordres de Saint-Hubert et de Malte, au rang de Prince.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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175
p. 212-213
DE LONDRES, le 20 Mars.
Début :
Les troupes destinées pour l'Allemagne, s'embarquent actuellement en différens ports [...]
Mots clefs :
Troupes, Flotte, Escadre, Conseil de guerre, Mer baltique, Seigneur, Témoins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE LONDRES, le 20 Mars.
De LONDRES , le 20 Mars.
Les troupes deftinées pour l'Allemagne , s'em
barquent actuellement en différens ports du
Royaume. On les fait monter à vingt-un mille
cinq cens hommes. La grande flotte qu'on deftine
à agir contre les côtes de France , eft à la rade
de Spithead , prête à mettre à la voile . Elle attend
les troupes qui doivent s'y embarquer .
L'efcadre deftinée pour la mer Baltique , n'eft
pas encore formée. On affure , que les Puiffances
du Nord ont témoigné , qu'elles ne verroient pas
avec indifférence une efcadre Angloife dans cette
mer.
Le Confeil de guerre , chargé de l'affaire du
Lord Georges Sackeville , a été occupé , depuis
le 6 jufqu'au 12 , à entendre les témoins venus
d'Allemagne , pour dépofer contre lui . Les
fieurs de Vilingerode & de Derenthal , Adjudans
généraux du Prince Ferdinand , font les deuxpincipaux.
On dit qu'ils l'ont beaucoup chargé.
AVRIL. 1760. 215
Ce Seigneur a produit , le 15 & les jours fuivans
, les témoins qui lui font favorables. La
décifion de ce Procès ne fçauroit tarder.
Les troupes deftinées pour l'Allemagne , s'em
barquent actuellement en différens ports du
Royaume. On les fait monter à vingt-un mille
cinq cens hommes. La grande flotte qu'on deftine
à agir contre les côtes de France , eft à la rade
de Spithead , prête à mettre à la voile . Elle attend
les troupes qui doivent s'y embarquer .
L'efcadre deftinée pour la mer Baltique , n'eft
pas encore formée. On affure , que les Puiffances
du Nord ont témoigné , qu'elles ne verroient pas
avec indifférence une efcadre Angloife dans cette
mer.
Le Confeil de guerre , chargé de l'affaire du
Lord Georges Sackeville , a été occupé , depuis
le 6 jufqu'au 12 , à entendre les témoins venus
d'Allemagne , pour dépofer contre lui . Les
fieurs de Vilingerode & de Derenthal , Adjudans
généraux du Prince Ferdinand , font les deuxpincipaux.
On dit qu'ils l'ont beaucoup chargé.
AVRIL. 1760. 215
Ce Seigneur a produit , le 15 & les jours fuivans
, les témoins qui lui font favorables. La
décifion de ce Procès ne fçauroit tarder.
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Résumé : DE LONDRES, le 20 Mars.
Le 20 mars, environ 21 500 soldats britanniques se préparent à embarquer vers l'Allemagne depuis divers ports du Royaume-Uni. Une flotte importante, destinée à opérer contre les côtes françaises, est prête à appareiller depuis Spithead et attend l'embarquement des troupes. L'escadre prévue pour la mer Baltique n'est pas encore constituée, en raison de la désapprobation des puissances du Nord face à une éventuelle présence navale britannique dans cette région. Parallèlement, le Conseil de guerre a auditionné du 6 au 12 mars des témoins allemands contre Lord Georges Sackeville. Les principaux témoins à charge sont les adjudants généraux du Prince Ferdinand, Vilingerode et Derenthal. Lord Georges Sackeville a présenté ses propres témoins favorables le 15 avril et les jours suivants. La décision de ce procès est imminente.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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176
p. 208-213
MORTS.
Début :
Messire Jean de Pujol, Brigadier des Armées du Roi, est mort le 30 Mai dernier [...]
Mots clefs :
Messire, Brigadier, Héritier, Maison de Buissy, Seigneur, Décès, Chevalier, Dame, Marquis, Comte, Duc
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
Meffire Jean de Pujol , Brigadier des Armées
du Roi , eft mort le 30 Mai dernier au Château de
La Grave en Albigeois , dans la 83 ° année de fon
JUILLET. 17600. 200
age ; fans avoir pris d'alliance . Il'a fait ſon héritier
Meffire Pierre- Louis-Jacques de Pujol , Baron de
la Grave , Capitaine de Cavalerie au Régiment de
Royal-Piémont , fon arriere-petit- neveu Breton
M. de Pujol avoit mérité, par des fervites diftin
gués, des penfions confidérables,
-Le ſeize du mois de Mai dernier , mourut au
Château de Magreville,près Anvers , Marie Conftance
de Buiffy.
Elle étoit de l'ancienne Maifon de Builly , connue
en Arrois dès le commencement du douzième
frécle. On voit encore dans l'Abbaye de S. Aubert
en Flandres une chartre de l'an 1178, par laquelle
on prouve , que Hagues , fils de Thiebault de
Buifly fit plufieurs donations confidérables a cette
Abbaye. It s'y voit encore un autre Acte de donation
fait par un autre Thiebault de Buifly, en
Pan 1262. *
Les premiers qui foient connus,par une filiation
faivie , appuyée fur des actes authentiques , & done
les trois branches de ce nom actuellement exiftanres
en Picardie, prouvent leur defcendance , font :
• Premierement , Jean de Buiffy , premier du
nom , Ecuyer , Seigneur de Villers- Broulin , de
Villerelle , & de Noullette qui vivoit en 1380 ; il"
époufa Saincte de Gribauvalle. Il eut de ce ma
riage Jean fecond du nom , Seigneur defdites'
terres , qui prit pour femme Catherine de Mailly
en 1414.
Antoine, premier du nom, leur fils Ecuyer Seigheur
de Villers- Broulin & de Noulette , fur
marié en premieres noces à Catherine de Lieftre ,
dont il n'eut point d'enfans ; & en fecondes nôces,
à Marie du Lonvault, en 1459.
Hiftoire Généalogique des Pays- Bas , ou Hiftoire de
Cambrai & du Cambrefis. Par Jean Charpentier , pagy
178 & 38. Imprimé à Leyde , en 1664
I
218 MERCURE DE FRANCE.
Jean , troifiéme du nom , Ecuyer , Seigneur de
Villers Broulin & de Noulette,fils aîné d'Antoine
épo faJeanne de la Rivierre en 1479.Dont Jacques,
Philippe , François & Pierre , Auteurs de la branche
établie en l'icardie , rapportée après celle des
ainés.
Jacques ,de Bully , premier du nom, époufa
Francode d'Erces.
Thilippe ,fut allié avec Catherine de Poix.
*
Frans Builly , I'd non , époufa en premieres
noe Catherine de Boufflers , en fecondes,
Claire All Lis eurent pour enfans François de
Builly fecond du nom , Ecuyer Seigneur de
Noulette , mort fans alliance. En lui finit cette
bran , he,
Mariede Buifly,fa focur , Dame & héritiere de
Noulette, fur mariée avec laques de Brias , Chevalier
Seigneur de Brias, Gouverneur & Capitaine
de Marienbourg. Elle mourur, fans pofténté.
I
latelle de Bly , fa lceu & héritie e , époufa
Char es de Bonnieres , Chevalier Seigneur de
Souaftres , Comte de Guilnes , Gouverneur &,
Grand Bill de S. Omer . Par cetre alliance , les
te res de Villers Breulin & de Noulette fortirent
de la branche mafculine .
Pierre de Builly , premier du nom , Ecuyer ,
quatrieme fils de Jean de Buity , troifiéme du
nom , & de Janne de la Rivierre , eut pour femme
Agnette de Caullins.
De Cade de Buifly , fecond du nom , Chevalier
Seigneur Dumefnil Yvrench * , qui époufa
Marie- Marguerite l'Herminier , defcendante au
fixiéme degré dudit Pierre , premier du nom
& d'Aguette de Caullins , font fotti les trois
branches qui fubfiftent aujourd'hui .
Ces Terres font fituées dans le Comté de Ponthieu
en Picardie,
JUILLET. 1760 .
21
Pierre de Builly , fecond du nom , Chevalier
auffi Seigneur Dumefnil Yvrench , aîné par la
mort de fon frere , a formé la premiere bran
che. Il époufa , le 8 Juillet 1688 , Marie- Marguerite
Leblond d'Acqueft. De ce mariage font
nés Pierre- Paul de Builly , Prêtre Religieux de
Clugny , Prieur de Saint Gelais & de Saint Brilfon
, Vicaire général de l'Abbé de Clagny,
Trois autres fils morts fans pofterité , & trois
filles Religieufes .
François Jofeph de Buiffy , Chevalier Seigneur
Dumefnil Yvrench d'Acqueit &c. cinquiéme filsh
devenu aîné, fut marié le 27 Avril 1717 , à Ma
rie Marguerite Marthe le Bel d'Huchennevilleg
Dame de la Vicomté Dumefnil ; de laquelle il
eur 1 ° , un fils mort en bas âge , 1 °. Paul François
de Builly , Vicomte Dumefnil , Moufquetairer
Roi , né en 1731 , 3 ° . & 4º. Claude, Che
valier de Buiffy , Seigneur de Tacerville , Capi→
taine au Régiment de Lorraine , & Honoré Abbé
de Builly , Grand-Vicaire de Lombez , tous,
deux jumeaux nés en 1732.
Les tilles font , Marie- Marguerite- Marthe de
Builly , née en 1728 , & mariée en 1752 , à
Marc Antoine de Carpentier , Chevalier Seigneur
de Neuville Gapenne & autres lieux , Capitaine
au Régiment de Lorraine Infanterie , & Marie-
Thérele de Builly , dite Mademoifelle de Beal
court , morte fans avoir été mariée.
La feconde branche eut pour Chef Honoré de
Buifly , Chevalier Seigneur dudit Lieu , Châtelain
de Long , Seigneur , Fondateur & Patron de l'Eglife
Collégiale de Longprez aux Corps Saints,fe
cond fils de Claude de Buiffy , fecond du nom ,
Chevalier Seigneur Dumefnil Yvrench , & de
Marie- Marguerite l'Herminier. Il prit pour fem
me , l'an 1692 , Marie-Marguerite Fuzelier. De
112 MERCURE DE FRANCE
cè mariage, naquirent Honoré- Charles, qui faits
Jacques , Prêtre , Chanoine de la Cathédrale &
Grand-Vicaire de l'Evêque d'Arras, N *** de Buif
fy, Moufquetaire du Roi, & plufieurs filles mortes
fans être mariées.
: Honoré-Charles de Buiffy, Chevalier Châtelainde-
Long , Seigneur , fondateur & Patron de l'Eglife
Collégiale de Longprez , aux Corps Saints
&c. &c. &c. époufa , le 20 Février 1733 , The
refe - Genevieve Ravot-d'Ombreval. De ce mariage
font nés plufieurs garçons , morts en bas
age . Il ne refte que Pierre de Buiffy , troifiéme
du nom , Chevalier Seigneur de Longprez , né
en 1737 , reçu Chevaux - Léger de la Garde du
Roi en 1758 , & Officier au Régiment des Gar
des Françoiſes en 1759', & trois filles.
-L'Auteur de la troifiéme branche , eft Claude
Jofeph de Builly , Chevalier Seigneur de Moromainil,
Fontaine-lez-fec &c. troifiéme fils de
Claude de Builly. Il eut de fon mariage avec
Françoife de la. Caille , Pierre - Joſeph de Buiffy
qui fuit , & Françoife - Marguerite - Félicité de
Buiffy , Demoifelle de Ponthoille , morte fans être
mariée.
Pierre-Jofeph, épouſa Marie-Elizabeth Fuzelier.
Il eut de ce mariage quatre garçons & trois
Billes.
Les armes font d'argent , à la face de gueule ,
chargée de trois boucles d'or. Le cris d'armes , attente
nuit Buiffy. ・・
Dame Françoife Elizabeth de Rouxel de Gran
cey , veuve de Mellire Gabriel - Etienne - Louis
de Texier , Marquis d'Hautefeuille , Lieutenant
Général des Armées du Roi , & Meltre de Camp
Général des Dragons , mourut en cette Ville , le
Mai , dans la 88 année de fon âge.
JUILLET. 1760. 273
Therefe de Ligneville , fille de Jean-Jacques ,
Marquis de Ligneville , Comte du Saint Empire ,
& de Dame Soreau , eft morte à Marly , âgée
de 24 ans.
Claude-François de Narbonne- Peler , Evêque
de Leictour , eit mort dans fon Diocèfe , le 14
Mai , âgé de 68 ans.
Jeanne-Elizabeth , Douairiere de Chriſtian - Augufte
, Prince d'Anhalt - Zerbft , foeur du Roi de
Suéde , & mere de la grande Ducheſſe de Ruſ
fie , eft morte le 30 du mois dernier dans cette
Ville , où elle s'étoit retirée depuis deux ans , à
l'occafion des troubles qui regnent en Allemagne.
Cette Princeffe étoit dans fa 48º . année. Son
corps fera tranfporté en Allemagne , pour y
être inhumé dans le tombeau de la maifon d'Anhalt-
Zerbft.
Meffire Louis - Gabriel le Preftre , Marquis de
Vauban , Brigadier des Armées du Roi , mou
Fut le 22 du mois dernier , dans fon Châteam
de Vauban , âgé de 55 ans,
Meffire Jean de Pujol , Brigadier des Armées
du Roi , eft mort le 30 Mai dernier au Château de
La Grave en Albigeois , dans la 83 ° année de fon
JUILLET. 17600. 200
age ; fans avoir pris d'alliance . Il'a fait ſon héritier
Meffire Pierre- Louis-Jacques de Pujol , Baron de
la Grave , Capitaine de Cavalerie au Régiment de
Royal-Piémont , fon arriere-petit- neveu Breton
M. de Pujol avoit mérité, par des fervites diftin
gués, des penfions confidérables,
-Le ſeize du mois de Mai dernier , mourut au
Château de Magreville,près Anvers , Marie Conftance
de Buiffy.
Elle étoit de l'ancienne Maifon de Builly , connue
en Arrois dès le commencement du douzième
frécle. On voit encore dans l'Abbaye de S. Aubert
en Flandres une chartre de l'an 1178, par laquelle
on prouve , que Hagues , fils de Thiebault de
Buifly fit plufieurs donations confidérables a cette
Abbaye. It s'y voit encore un autre Acte de donation
fait par un autre Thiebault de Buifly, en
Pan 1262. *
Les premiers qui foient connus,par une filiation
faivie , appuyée fur des actes authentiques , & done
les trois branches de ce nom actuellement exiftanres
en Picardie, prouvent leur defcendance , font :
• Premierement , Jean de Buiffy , premier du
nom , Ecuyer , Seigneur de Villers- Broulin , de
Villerelle , & de Noullette qui vivoit en 1380 ; il"
époufa Saincte de Gribauvalle. Il eut de ce ma
riage Jean fecond du nom , Seigneur defdites'
terres , qui prit pour femme Catherine de Mailly
en 1414.
Antoine, premier du nom, leur fils Ecuyer Seigheur
de Villers- Broulin & de Noulette , fur
marié en premieres noces à Catherine de Lieftre ,
dont il n'eut point d'enfans ; & en fecondes nôces,
à Marie du Lonvault, en 1459.
Hiftoire Généalogique des Pays- Bas , ou Hiftoire de
Cambrai & du Cambrefis. Par Jean Charpentier , pagy
178 & 38. Imprimé à Leyde , en 1664
I
218 MERCURE DE FRANCE.
Jean , troifiéme du nom , Ecuyer , Seigneur de
Villers Broulin & de Noulette,fils aîné d'Antoine
épo faJeanne de la Rivierre en 1479.Dont Jacques,
Philippe , François & Pierre , Auteurs de la branche
établie en l'icardie , rapportée après celle des
ainés.
Jacques ,de Bully , premier du nom, époufa
Francode d'Erces.
Thilippe ,fut allié avec Catherine de Poix.
*
Frans Builly , I'd non , époufa en premieres
noe Catherine de Boufflers , en fecondes,
Claire All Lis eurent pour enfans François de
Builly fecond du nom , Ecuyer Seigneur de
Noulette , mort fans alliance. En lui finit cette
bran , he,
Mariede Buifly,fa focur , Dame & héritiere de
Noulette, fur mariée avec laques de Brias , Chevalier
Seigneur de Brias, Gouverneur & Capitaine
de Marienbourg. Elle mourur, fans pofténté.
I
latelle de Bly , fa lceu & héritie e , époufa
Char es de Bonnieres , Chevalier Seigneur de
Souaftres , Comte de Guilnes , Gouverneur &,
Grand Bill de S. Omer . Par cetre alliance , les
te res de Villers Breulin & de Noulette fortirent
de la branche mafculine .
Pierre de Builly , premier du nom , Ecuyer ,
quatrieme fils de Jean de Buity , troifiéme du
nom , & de Janne de la Rivierre , eut pour femme
Agnette de Caullins.
De Cade de Buifly , fecond du nom , Chevalier
Seigneur Dumefnil Yvrench * , qui époufa
Marie- Marguerite l'Herminier , defcendante au
fixiéme degré dudit Pierre , premier du nom
& d'Aguette de Caullins , font fotti les trois
branches qui fubfiftent aujourd'hui .
Ces Terres font fituées dans le Comté de Ponthieu
en Picardie,
JUILLET. 1760 .
21
Pierre de Builly , fecond du nom , Chevalier
auffi Seigneur Dumefnil Yvrench , aîné par la
mort de fon frere , a formé la premiere bran
che. Il époufa , le 8 Juillet 1688 , Marie- Marguerite
Leblond d'Acqueft. De ce mariage font
nés Pierre- Paul de Builly , Prêtre Religieux de
Clugny , Prieur de Saint Gelais & de Saint Brilfon
, Vicaire général de l'Abbé de Clagny,
Trois autres fils morts fans pofterité , & trois
filles Religieufes .
François Jofeph de Buiffy , Chevalier Seigneur
Dumefnil Yvrench d'Acqueit &c. cinquiéme filsh
devenu aîné, fut marié le 27 Avril 1717 , à Ma
rie Marguerite Marthe le Bel d'Huchennevilleg
Dame de la Vicomté Dumefnil ; de laquelle il
eur 1 ° , un fils mort en bas âge , 1 °. Paul François
de Builly , Vicomte Dumefnil , Moufquetairer
Roi , né en 1731 , 3 ° . & 4º. Claude, Che
valier de Buiffy , Seigneur de Tacerville , Capi→
taine au Régiment de Lorraine , & Honoré Abbé
de Builly , Grand-Vicaire de Lombez , tous,
deux jumeaux nés en 1732.
Les tilles font , Marie- Marguerite- Marthe de
Builly , née en 1728 , & mariée en 1752 , à
Marc Antoine de Carpentier , Chevalier Seigneur
de Neuville Gapenne & autres lieux , Capitaine
au Régiment de Lorraine Infanterie , & Marie-
Thérele de Builly , dite Mademoifelle de Beal
court , morte fans avoir été mariée.
La feconde branche eut pour Chef Honoré de
Buifly , Chevalier Seigneur dudit Lieu , Châtelain
de Long , Seigneur , Fondateur & Patron de l'Eglife
Collégiale de Longprez aux Corps Saints,fe
cond fils de Claude de Buiffy , fecond du nom ,
Chevalier Seigneur Dumefnil Yvrench , & de
Marie- Marguerite l'Herminier. Il prit pour fem
me , l'an 1692 , Marie-Marguerite Fuzelier. De
112 MERCURE DE FRANCE
cè mariage, naquirent Honoré- Charles, qui faits
Jacques , Prêtre , Chanoine de la Cathédrale &
Grand-Vicaire de l'Evêque d'Arras, N *** de Buif
fy, Moufquetaire du Roi, & plufieurs filles mortes
fans être mariées.
: Honoré-Charles de Buiffy, Chevalier Châtelainde-
Long , Seigneur , fondateur & Patron de l'Eglife
Collégiale de Longprez , aux Corps Saints
&c. &c. &c. époufa , le 20 Février 1733 , The
refe - Genevieve Ravot-d'Ombreval. De ce mariage
font nés plufieurs garçons , morts en bas
age . Il ne refte que Pierre de Buiffy , troifiéme
du nom , Chevalier Seigneur de Longprez , né
en 1737 , reçu Chevaux - Léger de la Garde du
Roi en 1758 , & Officier au Régiment des Gar
des Françoiſes en 1759', & trois filles.
-L'Auteur de la troifiéme branche , eft Claude
Jofeph de Builly , Chevalier Seigneur de Moromainil,
Fontaine-lez-fec &c. troifiéme fils de
Claude de Builly. Il eut de fon mariage avec
Françoife de la. Caille , Pierre - Joſeph de Buiffy
qui fuit , & Françoife - Marguerite - Félicité de
Buiffy , Demoifelle de Ponthoille , morte fans être
mariée.
Pierre-Jofeph, épouſa Marie-Elizabeth Fuzelier.
Il eut de ce mariage quatre garçons & trois
Billes.
Les armes font d'argent , à la face de gueule ,
chargée de trois boucles d'or. Le cris d'armes , attente
nuit Buiffy. ・・
Dame Françoife Elizabeth de Rouxel de Gran
cey , veuve de Mellire Gabriel - Etienne - Louis
de Texier , Marquis d'Hautefeuille , Lieutenant
Général des Armées du Roi , & Meltre de Camp
Général des Dragons , mourut en cette Ville , le
Mai , dans la 88 année de fon âge.
JUILLET. 1760. 273
Therefe de Ligneville , fille de Jean-Jacques ,
Marquis de Ligneville , Comte du Saint Empire ,
& de Dame Soreau , eft morte à Marly , âgée
de 24 ans.
Claude-François de Narbonne- Peler , Evêque
de Leictour , eit mort dans fon Diocèfe , le 14
Mai , âgé de 68 ans.
Jeanne-Elizabeth , Douairiere de Chriſtian - Augufte
, Prince d'Anhalt - Zerbft , foeur du Roi de
Suéde , & mere de la grande Ducheſſe de Ruſ
fie , eft morte le 30 du mois dernier dans cette
Ville , où elle s'étoit retirée depuis deux ans , à
l'occafion des troubles qui regnent en Allemagne.
Cette Princeffe étoit dans fa 48º . année. Son
corps fera tranfporté en Allemagne , pour y
être inhumé dans le tombeau de la maifon d'Anhalt-
Zerbft.
Meffire Louis - Gabriel le Preftre , Marquis de
Vauban , Brigadier des Armées du Roi , mou
Fut le 22 du mois dernier , dans fon Châteam
de Vauban , âgé de 55 ans,
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Résumé : MORTS.
En mai et juin 1760, plusieurs décès notables ont été enregistrés. Jean de Pujol, Brigadier des Armées du Roi, est décédé le 30 mai à l'âge de 83 ans au Château de La Grave en Albigeois. Il a désigné comme héritier Pierre-Louis-Jacques de Pujol, Baron de la Grave, Capitaine de Cavalerie au Régiment de Royal-Piémont. Marie Constance de Buissy est morte le 16 mai au Château de Magreville près d'Anvers. Elle appartenait à l'ancienne Maison de Builly, une famille connue en Artois dès le douzième siècle. Le texte mentionne également plusieurs autres décès, notamment ceux de Dame Françoise Élisabeth de Rouxel de Grancy, veuve du Marquis d'Hautefeuille, Thérèse de Ligneville, Claude-François de Narbonne-Péler, Évêque de Lecoustre, et Jeanne-Élisabeth, Douairière de Christian-Auguste, Prince d'Anhalt-Zerbst. Louis-Gabriel Le Prestre, Marquis de Vauban, Brigadier des Armées du Roi, est décédé le 22 mai dans son château. Sébastien Le Prestre de Vauban, né en 1633, était un ingénieur militaire et architecte français célèbre pour ses fortifications et ses contributions à l'art de la guerre. Il a servi sous Louis XIV et a joué un rôle crucial dans la modernisation des défenses françaises. Ses travaux incluent la construction de citadelles et de remparts, ainsi que des innovations en matière de siège et de défense. Vauban est également connu pour ses écrits sur les fortifications et la stratégie militaire, qui ont influencé les pratiques militaires en Europe.
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177
p. 201
MARIAGE.
Début :
Le 22 Septembre 1760, Très Haut & Très-Puissant Seigneur Timoleon [...]
Mots clefs :
Seigneur, Comte, Marquis, Dame, Demoiselle, Fille, Fils, Contrat de mariage, Bénédiction nuptiale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGE.
MARIAGE.
}
Le 22 Septembre 1760 , Très Haut & Trèse'
Puillant Seigneur Timoleon - Antoine - Jofeph-
François-Louis- Alexandre Comte d'Elpinay , de
Saint Luc , Marquis de Lignery , fils de défunt
Très Haut & Très - Puiffant Seigneur François
d'Efpinay de Saint- Luc , Marquis de Lignery ,
Meftre de Camp de Cavalerie , & de Très- Haute
& Très- Puillante Dame Marie Madeleine- Louife-
Catherine de Samfon , Dame de Lorcheres , fut
marié dans la Chapelle de l'Archevêché à Rouen
avec Très - Haute & Très Puillante Demoiſelle
Marie - Bernardine Cadot de Sebeville , fille du
défunt Très- Haut & Très- Puillant Seigneur Bernardin
- François Calot , Marquis de Sebeville ,
Colonel du Régiment du Vieux - Languedoc Dragons
, & de Très - Haute & Très Puiflante Dame
Barbe Anzeray de Courvaudon.
La Bénédiction Nuptiale leur fut donnée par
M. l'Archevêque de Rouen .
Leur Contrat de Mariage avoir été figné par le
Roi , la Reine & la Famille Royale , le 14 Sep
tembre.
}
Le 22 Septembre 1760 , Très Haut & Trèse'
Puillant Seigneur Timoleon - Antoine - Jofeph-
François-Louis- Alexandre Comte d'Elpinay , de
Saint Luc , Marquis de Lignery , fils de défunt
Très Haut & Très - Puiffant Seigneur François
d'Efpinay de Saint- Luc , Marquis de Lignery ,
Meftre de Camp de Cavalerie , & de Très- Haute
& Très- Puillante Dame Marie Madeleine- Louife-
Catherine de Samfon , Dame de Lorcheres , fut
marié dans la Chapelle de l'Archevêché à Rouen
avec Très - Haute & Très Puillante Demoiſelle
Marie - Bernardine Cadot de Sebeville , fille du
défunt Très- Haut & Très- Puillant Seigneur Bernardin
- François Calot , Marquis de Sebeville ,
Colonel du Régiment du Vieux - Languedoc Dragons
, & de Très - Haute & Très Puiflante Dame
Barbe Anzeray de Courvaudon.
La Bénédiction Nuptiale leur fut donnée par
M. l'Archevêque de Rouen .
Leur Contrat de Mariage avoir été figné par le
Roi , la Reine & la Famille Royale , le 14 Sep
tembre.
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Résumé : MARIAGE.
Le 22 septembre 1760, Timoléon-Antoine-Joseph-François-Louis-Alexandre Comte d'Elpinay, Marquis de Lignery, a épousé Marie Bernardine Cadot de Sebeville. La cérémonie s'est déroulée dans la Chapelle de l'Archevêché à Rouen. Le contrat de mariage avait été signé par le Roi, la Reine et la Famille Royale le 14 septembre.
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178
p. 202
MORTS.
Début :
Le 27 Septembre, Messire Louis de la Tour-du-Pin, Marquis de Montauban, [...]
Mots clefs :
Messire, Marquis, Seigneur, Prince du sang, Décès, Fils, Comte, Colonel, Dame, Veuve
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORT S
Le 27 Septembre ,Meffire Louis de la Tour- du-
Pin , Marquis de Montauban , Seigneur de Roquebeau
, premier Cornette des Chevaux- légers
d'Aquitaine , & Chambellan de Monfeigneur le
Duc d'Orleans , premier Prince du Sang , mourut
au Palais Royal , âgé de vingt ans , dix mois.
Il étoit fils aîné de Meffire Louis de la Tour- du-
Pin , Comte de Montauban , Brigadier des Armées
du Roi & premier Ecuyer de Monſeigneur le
Duc d'Orléans , décédé le s Avril dernier , & dont
la mort a été annoncée dans le Mercure du mois
de Mai de cette année.
Hugues -Jean - Baptifte - François le Bourfier .
chargé des affaires de S. A. S. Monfeigneur le
Duc de Modène , eft mort le Lundi 6 Octobre ,
âgé de 49 ans.:
Meffire Jean- François de Boyvin , Marquis de
Bacqueville , ancien Colonel d'Infanterie , eft
mort à Paris le 7 , âgé de foixante & douze ans.
Le feu ayant pris à une aîle de fa Maiſon , fife fur
Te Quai des Théatins , il a malheureuſement péri
dans cet incendie..
Dame Marie- Lambertine de la Marque, veuve
de Meffire Auguftin - Louis , Marquis de Xime-
Maréchal des Camps & Armées du Roi , eſt
morte le 10 de ce mois , âgée de cinquante- neuf
nez ,
ans.
Le 27 Septembre ,Meffire Louis de la Tour- du-
Pin , Marquis de Montauban , Seigneur de Roquebeau
, premier Cornette des Chevaux- légers
d'Aquitaine , & Chambellan de Monfeigneur le
Duc d'Orleans , premier Prince du Sang , mourut
au Palais Royal , âgé de vingt ans , dix mois.
Il étoit fils aîné de Meffire Louis de la Tour- du-
Pin , Comte de Montauban , Brigadier des Armées
du Roi & premier Ecuyer de Monſeigneur le
Duc d'Orléans , décédé le s Avril dernier , & dont
la mort a été annoncée dans le Mercure du mois
de Mai de cette année.
Hugues -Jean - Baptifte - François le Bourfier .
chargé des affaires de S. A. S. Monfeigneur le
Duc de Modène , eft mort le Lundi 6 Octobre ,
âgé de 49 ans.:
Meffire Jean- François de Boyvin , Marquis de
Bacqueville , ancien Colonel d'Infanterie , eft
mort à Paris le 7 , âgé de foixante & douze ans.
Le feu ayant pris à une aîle de fa Maiſon , fife fur
Te Quai des Théatins , il a malheureuſement péri
dans cet incendie..
Dame Marie- Lambertine de la Marque, veuve
de Meffire Auguftin - Louis , Marquis de Xime-
Maréchal des Camps & Armées du Roi , eſt
morte le 10 de ce mois , âgée de cinquante- neuf
nez ,
ans.
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Résumé : MORTS.
En septembre et octobre, plusieurs décès notables ont été enregistrés. Le 27 septembre, Louis de la Tour-du-Pin, Marquis de Montauban, premier Cornette des Chevaux-légers d'Aquitaine et Chambellan du Duc d'Orléans, est décédé au Palais Royal à l'âge de vingt ans et dix mois. Il était le fils aîné de Louis de la Tour-du-Pin, Comte de Montauban, décédé en avril précédent. Le 6 octobre, Hugues-Jean-Baptiste-François le Bourfier, chargé des affaires du Duc de Modène, est mort à l'âge de 49 ans. Le 7 octobre, Jean-François de Boyvin, Marquis de Bacqueville et ancien Colonel d'Infanterie, a péri dans un incendie à Paris à l'âge de 62 ans. Enfin, le 10 octobre, Marie-Lambertine de la Marque, veuve du Marquis de Ximenez et Maréchal des Camps et Armées du Roi, est décédée à l'âge de 59 ans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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179
p. 224-232
CINQUIÈME BAL, le 14 Février.
Début :
Le Mai Flamand fut le Sujet d'un nouveau Ballet, pour cette dernière [...]
Mots clefs :
Seigneur, Cœur, Ballet, Filles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CINQUIÈME BAL, le 14 Février.
CINQUIÈME BAL , le 14 Février.
Le Mai Flamand fut le Sujet d'un
nouveau Ballet , pour cette dernière
Nuit. Plus Pantomime , plus en action
& plus compofé qu'aucun des précédens
, nous allons éffayer de détailler
la compofition & les parties du tableau
qu'il repréfentoit. L'objet en étoit l'hom
mage rendu les habitans d'un canton
de Flandres à un ancien & très - grand
Seigneur de ce Pays. On fuppofe quel'action
de cet hommage étoit de planter un
Mai devant fon château , avec tout
l'appareil & toute la gaîé des fêtes qui
peuvent embellir cette forte de cérémonial
champêtre.
par
Ainfi cela formoit deux corps de ballet
diftingués. L'un compofé du Seigneur
avec fa famille , les Seigneurs & Dames
de fa Cour ou de fa compagnie , &
tout le cortége qui accompagnoit les
Seigneurs de ce pays. Dans l'autre corps
de Ballet étoient les Habitans avec un
Bourgmestre à leur tête.
ر
MARS. 1763. 225
La Salle du Bal repréfentoit la Scène
convenable à cette action : un château
antique dans le fond , du genre des anciens
édifices de Flandres , & la partie
où l'on danfoit ornée de verdure & de
fleurs.
Diftribution des Perfonnages danfans
dans le Ballet.
LE
SEIGNEUR ,
Un SEIGNEUR de
fa Compagnie ,
Le Fils du SEIgneur
,
La Fille du SEIGNEUR
,
Une Dame de la
Cour du SEIGNEUR
,
M. le Marquis de
SERAN.
M. leMarquis d'AVARAI.
MM.. llee Comte de
LAVAIR.
Mde la Comteffe
d'ESPARBÉS
.”
Mde la Marquife
de BRANCAS.
La Gouvernante , Mdela Ducheffe de
MAZARIN.
Le Bourgmestre , M. le Marquis de
GARÇONS duVillage,
ouPayfans
Flamans.
VAUDREUIL.
FILLES du Villa
ge ou Flamandes.
M. le Duc de Mde la Marquife
FRONSAC .
de BEZONS .
K v z
226 MERCURE DE FRANCE.
M. le Marquis de
DURAS : mo ha
M. le Comte de
RABODANGE.
M. le Vicomte de
CHABOT.
M. le Comte
COIGNY.
de
M. le Chevalier de
COIGNYAY
Mde la Baronne de
WASSEBERGH
.
Mde la Ducheffe
de CoSSÉ.
Mde la Marquife
d'AVARAI.
Mde la Vicomteffe
de BEAUNE.
Mde de ROCHAMBEAU
.
Six Pages vêtus à l'antique & à la
Flamande.
Symphonistes.
Deux Pages , portant chacun un faucon
fur le poing , ouvroient la marche.
Enfuite paroiffoit le Seigneur , fuivi de
deux autres Pages , dont l'un portoir fa
Rondache & l'autre fon Epée. Le jeune
Seigneur , fa Soeur , avec la Gouvernante
, entroient à la fuite avec deux
autres Pages , dont l'un portoit un Arc
& l'autre une Lance. La Dame & le Seigneur
de cette Cour les fuivoient.
Le Bourgmestre ( vêtu de noir & dans
l'exact habillement des portraits de Wandeik
& Reimbranz ) étoit fuivi des Payfannes
Flamandes & dé Symphoniſtes ,
dont les inftrumens étoient ornés de rubans
& d'oripeaux,
MARS. 1763. 227
Le Seigneur , avec fa Famille & fa
Cour , alloir prendre place au fond de
la Salle. Quelques Garçons du Village
faifoient groupe au milieu de la Salle ;
d'autres pofoient par derriere des gradins
de gazon. On apportoit enfuite le Mai ,
& les Payfans Flamands qui le portoient
avoient des maillets & des coins pour le
planter.
Le Bourgmestre faifoit ranger les Filles
du Village en demi-rond. Il ordonnoit
enfuite aux Symphonistes de commencer
une Sérénade en l'honneur du
Seigneur , pendant laquelle les Garçons
élevoient le Mai , qui étoit orné de cercles
de fleurs par étages. Sur la fin de
la Sérénade , les Symphoniftes alloient
fe placer fur les gradins de gazons , au
pied du Mai qu'ils environnoient.
Ces Joueurs d'inftrumens , vêtus à
la Flamande & de couleur forte , ainfi
groupés au centre , faifoient valoir &
reffortir les autres parties éclatantes du
tableau .
Les filles du Village conduifoient
en danfant le Bourguemeftre à un fiége
préparé auprès du Mai en face de la
Cour. Dès qu'il y étoit affis , les Garçons
Flamands & les Filles formoient
enfemble plufieurs danfes autour de ce
Mai. K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
Le Bourguemeftre fe levoit ; il alloit
inviter le Seigneur à danfer avec fa
Compagnie , & retournoit gravement
reprendre fa place. Le Seigneur fa
Famille & fa Compagnie , danfoient
des Entrées conformes à la dignité de
leurs caractères..
,
Tout le Village applaudiffoit par des
battemens de mains à la complaifance
du Seigneur & de fa Cour. Tous formoient
une Entrée de trois en trois, ce
qui faifoit quatre groupes aux quatre
coins de la Salle .
Les Pages s'approchoient du Mai , en
détachoient de très-longues guirlandes
de fleurs , dont il étoit entouré. Sur la
fin des précédentes entrées , ils alloient
occuper les quatre angles , & les deux
milieux de côté de la Salle , en tenant &
foulevant les extrémités des guirlandes ,
ce qui formoit un Baldaquin très- galant.
Sur des Allemandes que jouoit la
Symphonie , le Seigneur fe levoit avec
vivacité & alloit inviter les Dames du
Bal à danfer , en leur préfentant les
hommes de fa cour. Les Filles du Village
alloient prendre des hommes dans
le Bal , & tous enfemble danfoient
fous le Baldaquin de fleurs. Ce moment
MARS. 1763. 229
de mêlange des Flamands avec les autres
Perfonnes du Bal produifoit un
tumulte de gaîté très-piquant & trèsagréable.
Le Bourgmeftre interrompoit
ces Danfes ; & lorfque le Seigneur
avec fa cour avoit repris fa place au bas
des loges de SA MAJESTÉ , il raffembloit
tous fes habitans en demi cercle
& chantoit les couplets fuivans
fur
l'Air de la Ronde des Amours Grivois
ainfi qu'il eft notté ci- contre. Tous les
couplets étoient adreffés au Seigneur
& les Affiftans en répétoient le
refrain au Choeur,
Vla donc not' Mai qu'eſt planté !
Je viens compléter l'hommage.
Pour nous donner plus d'gaîté ,
Et couronner notre ouvrage,
Faut la chanson du Seigneur ;
C'est dans l'ordre & c'eft l'ufage ;
Le coeur doit donner au coeur ( refrain . )
Le vrai droit du Seigneur.
Son Domaine eft ben peuplé ;
Quoiqu'ça falle ben du monde ,
Tout ç'monde- là raſſemblé ,
F'roit chorus à notre ronde ,
Diroit comm'nous : »> notre bonheur
» Sur vos jours , fur vous fe fonde ;
230 MERCURE DE FRANCE.
> Tous nos coeurs ne font qu'un coeur ;
» C'eft l'vrai droit du Seigneur.
On l'aim'roit quand i'n' feroit
Pas d'une auffi bonn'famille :
Pourquoi ? ç'eft qu'il brillercit
Partout où la bonté brille .
Et quand nous l'chantons , l'ardeur
Qui dans tous nos yeux petille ,
Rend ben moins au rang qu'au coeur
De notre bon Seigneur.
A par foi chacun penſoit
C'que jly dis , qu'eft ben , c'que j'penſe
A tous nos coeurs ça peloit ;
Pour eux l'mien rompt le filence :
Au furplus ça n'fait qu'un coeur
De plus dans la confidence.
Ouvrons donc nos coeurs en choeur
A notre bon Seigneur.
Sa Famill' qu'il couv' des yeux
En bonté comin'ça lui r'ſemble !
Tous ont leur part dans les voeux
Qu'un mêm' zéle ici raffemble :
Ils aimont tant not' bonheur
Que pour nous ils n'ont enſemble
Qu'un mêm' coeur qui tient du coeur
De notre bon Seigneur .
MARS. 231
Avant de v'nir , je m'difois :
Comment eft-c' que j'vais m'y prendre ?
J'voulois chanter ; puis j'nofois :
V'la pourtant qui'l vient d'mentendre !
Sa bonté guérit d'la peur ;
Si ça m'fait trop entreprendre ;
Le pardon eft dans fon coeur :
C'eſt d'vrai droit du Seigneur.
Cette Ronde fut chantée très- agréablement
, avec beaucoup de naturel &
d'enjouement. Chaque couplet en étoit
univerfellement applaudi.
Après la Ronde , les Garçons alloient
inviter le Bourgmestre à danfer : il s'en
défendoit beaucoup , il refufoit même
les Filles : mais il étoit entraîné par
toutes ces troupes réunies . Enfuite il
s'animoit ; enforte qu'il danfoit une entrée
feul ; puis il alloit prendre le Seigneur
& fa cour, qu'il engageoit à danfer
avec lui . Les Garçons & les Filles formoient
un Rond , qui environnoit le
Seigneur , fa Cour & le Bourgmeftre.
Un groupe général de tous les perfonnages
terminoit le Ballet d'une manière
très- brillante.
La compofition générale du Ballet &
de toutes les Entrées eft du fieur de
132 MERCURE DE FRANCE.
Heffe ; le fieur Lani avoit compofé les
premieres Entrées du Seigneur & de fa
Cour.
Nous ne donnerons point le détail
des Habillemens , il nous fuffira de dire
que l'effet général en parut brillant &
agréable. Ils étoient tous dans le genre
convenable , & l'Enfemble produifoit
deux Tableaux réunis fidélement
”
,
copiés mais avec choix choix , d'après
Vauwermans , pour les Flamands de
qualité , & d'après Tenieres pour les
Villageois.
Ce Ballet eût le fuccès qu'on
s'en étoit promis . Il fut exécuté avec la
plus grande précifion & les grâces propres
du genre , dans tous les caractères
différens dont il étoit compofé . Il fut
redemandé & danfé trois fois dans cette
même nuit , & toutes les fois applaudi
avec une nouvelle vivacité.
M. le DUC DE DURAS , Premier
Gentilhomme de la Chambre en exercice
, fecondé de MM. les autres Gentilshommes
de la Chambre , faifoit les
honneurs à tous ces Bals.
Il y avoit dans les Salles joignantes
celle du Bal , toutes les fortes de rafraîchiffemens
que l'on pouvoit defirer,
ainfi que les Bouillons , confommés & c.
Le Mai Flamand fut le Sujet d'un
nouveau Ballet , pour cette dernière
Nuit. Plus Pantomime , plus en action
& plus compofé qu'aucun des précédens
, nous allons éffayer de détailler
la compofition & les parties du tableau
qu'il repréfentoit. L'objet en étoit l'hom
mage rendu les habitans d'un canton
de Flandres à un ancien & très - grand
Seigneur de ce Pays. On fuppofe quel'action
de cet hommage étoit de planter un
Mai devant fon château , avec tout
l'appareil & toute la gaîé des fêtes qui
peuvent embellir cette forte de cérémonial
champêtre.
par
Ainfi cela formoit deux corps de ballet
diftingués. L'un compofé du Seigneur
avec fa famille , les Seigneurs & Dames
de fa Cour ou de fa compagnie , &
tout le cortége qui accompagnoit les
Seigneurs de ce pays. Dans l'autre corps
de Ballet étoient les Habitans avec un
Bourgmestre à leur tête.
ر
MARS. 1763. 225
La Salle du Bal repréfentoit la Scène
convenable à cette action : un château
antique dans le fond , du genre des anciens
édifices de Flandres , & la partie
où l'on danfoit ornée de verdure & de
fleurs.
Diftribution des Perfonnages danfans
dans le Ballet.
LE
SEIGNEUR ,
Un SEIGNEUR de
fa Compagnie ,
Le Fils du SEIgneur
,
La Fille du SEIGNEUR
,
Une Dame de la
Cour du SEIGNEUR
,
M. le Marquis de
SERAN.
M. leMarquis d'AVARAI.
MM.. llee Comte de
LAVAIR.
Mde la Comteffe
d'ESPARBÉS
.”
Mde la Marquife
de BRANCAS.
La Gouvernante , Mdela Ducheffe de
MAZARIN.
Le Bourgmestre , M. le Marquis de
GARÇONS duVillage,
ouPayfans
Flamans.
VAUDREUIL.
FILLES du Villa
ge ou Flamandes.
M. le Duc de Mde la Marquife
FRONSAC .
de BEZONS .
K v z
226 MERCURE DE FRANCE.
M. le Marquis de
DURAS : mo ha
M. le Comte de
RABODANGE.
M. le Vicomte de
CHABOT.
M. le Comte
COIGNY.
de
M. le Chevalier de
COIGNYAY
Mde la Baronne de
WASSEBERGH
.
Mde la Ducheffe
de CoSSÉ.
Mde la Marquife
d'AVARAI.
Mde la Vicomteffe
de BEAUNE.
Mde de ROCHAMBEAU
.
Six Pages vêtus à l'antique & à la
Flamande.
Symphonistes.
Deux Pages , portant chacun un faucon
fur le poing , ouvroient la marche.
Enfuite paroiffoit le Seigneur , fuivi de
deux autres Pages , dont l'un portoir fa
Rondache & l'autre fon Epée. Le jeune
Seigneur , fa Soeur , avec la Gouvernante
, entroient à la fuite avec deux
autres Pages , dont l'un portoit un Arc
& l'autre une Lance. La Dame & le Seigneur
de cette Cour les fuivoient.
Le Bourgmestre ( vêtu de noir & dans
l'exact habillement des portraits de Wandeik
& Reimbranz ) étoit fuivi des Payfannes
Flamandes & dé Symphoniſtes ,
dont les inftrumens étoient ornés de rubans
& d'oripeaux,
MARS. 1763. 227
Le Seigneur , avec fa Famille & fa
Cour , alloir prendre place au fond de
la Salle. Quelques Garçons du Village
faifoient groupe au milieu de la Salle ;
d'autres pofoient par derriere des gradins
de gazon. On apportoit enfuite le Mai ,
& les Payfans Flamands qui le portoient
avoient des maillets & des coins pour le
planter.
Le Bourgmestre faifoit ranger les Filles
du Village en demi-rond. Il ordonnoit
enfuite aux Symphonistes de commencer
une Sérénade en l'honneur du
Seigneur , pendant laquelle les Garçons
élevoient le Mai , qui étoit orné de cercles
de fleurs par étages. Sur la fin de
la Sérénade , les Symphoniftes alloient
fe placer fur les gradins de gazons , au
pied du Mai qu'ils environnoient.
Ces Joueurs d'inftrumens , vêtus à
la Flamande & de couleur forte , ainfi
groupés au centre , faifoient valoir &
reffortir les autres parties éclatantes du
tableau .
Les filles du Village conduifoient
en danfant le Bourguemeftre à un fiége
préparé auprès du Mai en face de la
Cour. Dès qu'il y étoit affis , les Garçons
Flamands & les Filles formoient
enfemble plufieurs danfes autour de ce
Mai. K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
Le Bourguemeftre fe levoit ; il alloit
inviter le Seigneur à danfer avec fa
Compagnie , & retournoit gravement
reprendre fa place. Le Seigneur fa
Famille & fa Compagnie , danfoient
des Entrées conformes à la dignité de
leurs caractères..
,
Tout le Village applaudiffoit par des
battemens de mains à la complaifance
du Seigneur & de fa Cour. Tous formoient
une Entrée de trois en trois, ce
qui faifoit quatre groupes aux quatre
coins de la Salle .
Les Pages s'approchoient du Mai , en
détachoient de très-longues guirlandes
de fleurs , dont il étoit entouré. Sur la
fin des précédentes entrées , ils alloient
occuper les quatre angles , & les deux
milieux de côté de la Salle , en tenant &
foulevant les extrémités des guirlandes ,
ce qui formoit un Baldaquin très- galant.
Sur des Allemandes que jouoit la
Symphonie , le Seigneur fe levoit avec
vivacité & alloit inviter les Dames du
Bal à danfer , en leur préfentant les
hommes de fa cour. Les Filles du Village
alloient prendre des hommes dans
le Bal , & tous enfemble danfoient
fous le Baldaquin de fleurs. Ce moment
MARS. 1763. 229
de mêlange des Flamands avec les autres
Perfonnes du Bal produifoit un
tumulte de gaîté très-piquant & trèsagréable.
Le Bourgmeftre interrompoit
ces Danfes ; & lorfque le Seigneur
avec fa cour avoit repris fa place au bas
des loges de SA MAJESTÉ , il raffembloit
tous fes habitans en demi cercle
& chantoit les couplets fuivans
fur
l'Air de la Ronde des Amours Grivois
ainfi qu'il eft notté ci- contre. Tous les
couplets étoient adreffés au Seigneur
& les Affiftans en répétoient le
refrain au Choeur,
Vla donc not' Mai qu'eſt planté !
Je viens compléter l'hommage.
Pour nous donner plus d'gaîté ,
Et couronner notre ouvrage,
Faut la chanson du Seigneur ;
C'est dans l'ordre & c'eft l'ufage ;
Le coeur doit donner au coeur ( refrain . )
Le vrai droit du Seigneur.
Son Domaine eft ben peuplé ;
Quoiqu'ça falle ben du monde ,
Tout ç'monde- là raſſemblé ,
F'roit chorus à notre ronde ,
Diroit comm'nous : »> notre bonheur
» Sur vos jours , fur vous fe fonde ;
230 MERCURE DE FRANCE.
> Tous nos coeurs ne font qu'un coeur ;
» C'eft l'vrai droit du Seigneur.
On l'aim'roit quand i'n' feroit
Pas d'une auffi bonn'famille :
Pourquoi ? ç'eft qu'il brillercit
Partout où la bonté brille .
Et quand nous l'chantons , l'ardeur
Qui dans tous nos yeux petille ,
Rend ben moins au rang qu'au coeur
De notre bon Seigneur.
A par foi chacun penſoit
C'que jly dis , qu'eft ben , c'que j'penſe
A tous nos coeurs ça peloit ;
Pour eux l'mien rompt le filence :
Au furplus ça n'fait qu'un coeur
De plus dans la confidence.
Ouvrons donc nos coeurs en choeur
A notre bon Seigneur.
Sa Famill' qu'il couv' des yeux
En bonté comin'ça lui r'ſemble !
Tous ont leur part dans les voeux
Qu'un mêm' zéle ici raffemble :
Ils aimont tant not' bonheur
Que pour nous ils n'ont enſemble
Qu'un mêm' coeur qui tient du coeur
De notre bon Seigneur .
MARS. 231
Avant de v'nir , je m'difois :
Comment eft-c' que j'vais m'y prendre ?
J'voulois chanter ; puis j'nofois :
V'la pourtant qui'l vient d'mentendre !
Sa bonté guérit d'la peur ;
Si ça m'fait trop entreprendre ;
Le pardon eft dans fon coeur :
C'eſt d'vrai droit du Seigneur.
Cette Ronde fut chantée très- agréablement
, avec beaucoup de naturel &
d'enjouement. Chaque couplet en étoit
univerfellement applaudi.
Après la Ronde , les Garçons alloient
inviter le Bourgmestre à danfer : il s'en
défendoit beaucoup , il refufoit même
les Filles : mais il étoit entraîné par
toutes ces troupes réunies . Enfuite il
s'animoit ; enforte qu'il danfoit une entrée
feul ; puis il alloit prendre le Seigneur
& fa cour, qu'il engageoit à danfer
avec lui . Les Garçons & les Filles formoient
un Rond , qui environnoit le
Seigneur , fa Cour & le Bourgmeftre.
Un groupe général de tous les perfonnages
terminoit le Ballet d'une manière
très- brillante.
La compofition générale du Ballet &
de toutes les Entrées eft du fieur de
132 MERCURE DE FRANCE.
Heffe ; le fieur Lani avoit compofé les
premieres Entrées du Seigneur & de fa
Cour.
Nous ne donnerons point le détail
des Habillemens , il nous fuffira de dire
que l'effet général en parut brillant &
agréable. Ils étoient tous dans le genre
convenable , & l'Enfemble produifoit
deux Tableaux réunis fidélement
”
,
copiés mais avec choix choix , d'après
Vauwermans , pour les Flamands de
qualité , & d'après Tenieres pour les
Villageois.
Ce Ballet eût le fuccès qu'on
s'en étoit promis . Il fut exécuté avec la
plus grande précifion & les grâces propres
du genre , dans tous les caractères
différens dont il étoit compofé . Il fut
redemandé & danfé trois fois dans cette
même nuit , & toutes les fois applaudi
avec une nouvelle vivacité.
M. le DUC DE DURAS , Premier
Gentilhomme de la Chambre en exercice
, fecondé de MM. les autres Gentilshommes
de la Chambre , faifoit les
honneurs à tous ces Bals.
Il y avoit dans les Salles joignantes
celle du Bal , toutes les fortes de rafraîchiffemens
que l'on pouvoit defirer,
ainfi que les Bouillons , confommés & c.
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Résumé : CINQUIÈME BAL, le 14 Février.
Le 14 février, un ballet intitulé 'Le Mai Flamand' a été présenté lors du cinquième bal. Ce ballet, plus pantomimique et en action que les précédents, mettait en scène l'hommage rendu par les habitants d'un canton de Flandres à un ancien et grand seigneur du pays. L'action principale consistait à planter un mai devant le château du seigneur, accompagné de festivités champêtres. La salle de bal était décorée pour ressembler à une scène flamande, avec un château antique en fond et des ornements de verdure et de fleurs là où l'on dansait. Le ballet se divisait en deux groupes distincts : l'un composé du seigneur, de sa famille, des seigneurs et dames de sa cour, et de leur cortège ; l'autre formé par les habitants, dirigés par un bourgmestre. Les personnages principaux incluaient le seigneur, sa famille, des membres de la cour, et divers nobles tels que le marquis de Seran, le marquis d'Avaray, et la comtesse d'Esparbès. Le bourgmestre, vêtu à la manière des portraits de Vandeyck et Rembrandt, était suivi par des paysans et des symphonistes. Le ballet débutait par l'entrée du seigneur, suivi de sa famille et de sa cour, puis par l'arrivée du bourgmestre et des habitants. Le mai, orné de fleurs, était planté au centre de la salle. Les symphonistes jouaient une sérénade pendant que le mai était élevé. Ensuite, le bourgmestre invitait le seigneur à danser, et tous les participants formaient des danses autour du mai. Le ballet se poursuivait avec des danses et des chants, notamment une ronde en l'honneur du seigneur. Après la ronde, les garçons invitaient le bourgmestre à danser, et tous les personnages se rejoignaient pour une entrée générale. La composition du ballet et des entrées était attribuée à M. Heffe, tandis que M. Lani avait composé les premières entrées du seigneur et de sa cour. Les costumes, inspirés des œuvres de Vauwermans et Teniers, étaient brillants et appropriés. Le ballet a rencontré un grand succès et a été redemandé trois fois au cours de la même nuit, chaque fois acclamé avec enthousiasme. M. le duc de Duras, Premier Gentilhomme de la Chambre, et les autres gentilshommes de la Chambre faisaient les honneurs de ces bals. Des rafraîchissements étaient disponibles dans les salles adjacentes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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180
p. *230-230
Extrait des Lettres Patentes accordées par S. M. au sieur de Villette, qui érigent sa Terre de Duplessis Longeant, en Marquisat, sous le nom de Villette ; du 20 Mars 1763.
Début :
Voulant donner au sieur de Villette, & à sa famille des marques particulières de distinction, [...]
Mots clefs :
Lettres patentes, Famille, Ancêtres, Seigneur, Gouverneur, Prince de Condé, Noblesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait des Lettres Patentes accordées par S. M. au sieur de Villette, qui érigent sa Terre de Duplessis Longeant, en Marquisat, sous le nom de Villette ; du 20 Mars 1763.
Extrait des Lettres Patentes accordées par S. М.
au fieur de Villette , qui érigent fa Terre de
DUPLESSIS LONGEANT , en Marquifat, ſous
le nom de VILLETTE ; du 20 Mars 1763 .
VOULANT donner au ſieur de Villette , &
à ſa famille des marques particulières de diftinction
, & reconnoître en ſa perſonne les fervices
de ſes Ancêtres , & notamment ceux que
le ſieur François de Villette rendit à Henri IV.
de glorieuſe Mémoire , enlui conſervant la Ville
d'Alençon , où il fut laillé par le Seigneur de
Hartray , qui en étoit le Gouverneur, le Bifayeul
de François en 1490 , porta au Duc d'Alençon
l'aveu des Domaines de Villette , qu'il tenoit de
lui à foi & hommage. Son petit-filsVillette de
la Palla , fut Maître d'Hôtel-d'Henri de Bourbon
, Prince de Condé. Depuis ce temps cette
Famille nous a donné des preuves de ſon zéle ,
&de fon attachement , &c.
Cette famille ajustifié ſa Nobleſſe depuis Jean
de Villette , Écuyer , que l'on trouve ainſi qualifié
dans un Acte du 17 Août 1385 , &c . &c. &c.
Voyez le Nobiliaire de Normandie , Article
Villette.
au fieur de Villette , qui érigent fa Terre de
DUPLESSIS LONGEANT , en Marquifat, ſous
le nom de VILLETTE ; du 20 Mars 1763 .
VOULANT donner au ſieur de Villette , &
à ſa famille des marques particulières de diftinction
, & reconnoître en ſa perſonne les fervices
de ſes Ancêtres , & notamment ceux que
le ſieur François de Villette rendit à Henri IV.
de glorieuſe Mémoire , enlui conſervant la Ville
d'Alençon , où il fut laillé par le Seigneur de
Hartray , qui en étoit le Gouverneur, le Bifayeul
de François en 1490 , porta au Duc d'Alençon
l'aveu des Domaines de Villette , qu'il tenoit de
lui à foi & hommage. Son petit-filsVillette de
la Palla , fut Maître d'Hôtel-d'Henri de Bourbon
, Prince de Condé. Depuis ce temps cette
Famille nous a donné des preuves de ſon zéle ,
&de fon attachement , &c.
Cette famille ajustifié ſa Nobleſſe depuis Jean
de Villette , Écuyer , que l'on trouve ainſi qualifié
dans un Acte du 17 Août 1385 , &c . &c. &c.
Voyez le Nobiliaire de Normandie , Article
Villette.
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Résumé : Extrait des Lettres Patentes accordées par S. M. au sieur de Villette, qui érigent sa Terre de Duplessis Longeant, en Marquisat, sous le nom de Villette ; du 20 Mars 1763.
Le document est un extrait des Lettres Patentes du 20 mars 1763, par lesquelles le roi érige la Terre de Duplessis-Longeant en marquisat, sous le nom de Villette, en reconnaissance des services rendus par le sieur de Villette et sa famille. François de Villette est particulièrement honoré pour avoir sauvé la ville d'Alençon en 1490 en la défendant contre le seigneur de Hartray. Son arrière-petit-fils, Villette de la Palla, a été Maître d'Hôtel du prince de Condé. La famille Villette a démontré son zèle et son attachement au fil des générations. La noblesse de cette famille est attestée depuis Jean de Villette, Écuyer, mentionné dans un acte du 17 août 1385. Pour plus d'informations, le texte renvoie au Nobiliaire de Normandie, article Villette.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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181
p. 39-57
GIAFFAR ET ABASSAH, TRAIT d'Histoire Arabe.
Début :
AARON al-radchid, Calife de Bagdat, étoit contemporain de Charlemagne [...]
Mots clefs :
Calife, Princesse, Seigneur, Vertus, Supplice, Crime, Arts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GIAFFAR ET ABASSAH, TRAIT d'Histoire Arabe.
GIAFFAR ET ABASSAH ,
TRAIT & Hiftoire Arabe.
AARON al- radchid , Calife de Bagdat
, étoit contemporain
de Charlema
gne , & régnoit affez paifiblement fur
l'Afie , tandis que ce dernier bouleverfoit
l'Europe. Ces deux Princes étoient
amis , & avoient beaucoup d'analogie
dans le caractère : tous deux braves ,
tous deux hommes de génie , tous deux
aimant les Arts , dans des temps & des
lieux où le nom même des Arts étoit
prèfque ignoré tous deux bons Aftro
nomes pour leur fiécle , & peut-être un
peu Aftrologues ; leurs penchans , ' leurs
vertus , leurs vices eurent un rapport
des plus frappans. L'Hiftoire cite néanmoins
un trait où leur conduite fut
bien oppofée. On dit que Charlemagne
fit époufer fa propre fille à Eginard fon
Secrétaire , par la raifon qu'ils avoient
empiété fur les droits de l'hymen . Cette
raifon pouvoit fuffire alors. Aaron au
contraire , donna fa foeur en mariage à
fon Vifir , fous la bifarre condition de
n'ufer jamais du privilége d'époux. Un
40 MERCURE DE FRANCE.
tel caprice eft inexcufable dans tous les
temps .
Ce Vifir avoit nom Giaffar , & étoit
de l'illuftre Famille des Barmecides . On
nommoit ainfi les defcendans d'un autre
Giaffar qui lui-même étoit iffu des
anciens Rois de Perfe . Obligé d'abandonner
fubitement fa patrie , il avoit,
trouvé un afyle à la Cour du Calife
Soliman: il s'y étoit même élevé au
plus haut point de faveur. Une chofeaffez
rare , c'eft que fa poftérité avoit
joui des mêmes avantages auprès des
fucceffeurs de ce Calife , quoique fa
dynaſtie eût été remplacée par une autre.
Une chofe plus rare encore , c'eſt
que tous ces Barmecides fe montrerent
dignes de leur haute fortune. Ils mife:
foient les talens aux vertus , & furent
peut-être les premiers que la faveur du
Prince conduifit à celle du Peuple . Revenons
au moderne Giaffar.
C'étoit l'homme de tout l'Orient le
plus propre aux affaires , & le moins enclin
à s'y livrer. Il avoit été fait Vifir
dans un âge où il n'eft pas même pa-,
turel d'ambitionner cette Place , & l'avoit
quittée lorsque l'ambition devoit
être en lui la plus forte. Son penchant
pour les lettres , le repos & les plaifirs
OCTOBRE. 1763 . 41
faifoient de lui un homme aimable ,
un homme de fociété , plutôt qu'un
homme d'état. Il foutint cependant
avec honneur le poids du Ministère
parce que l'homme fupérieur ne peut
fe réfoudre à être médiocre nulle- part.
Mais ayant réuffi à fe donner pourfuc
ceffeur au Vifiriat fon frère aîné , trèsdigne
de lui fuccéder , il put librement
fe livrer à fes goûts : il devint l'Ecrivain
le plus élégant qui fût alors ; il devint ,
qui plus eft , l'ami intime du Souverain
dont il n'avoit d'abord été que le premier
Miniftre.
,
Aaron avoit une égale tendreffe pour
Abaffah fa propre four , jeune Princeffe
qui vivoit avec les femmes de ce Calife
dans un lieu du Palais où lui feul pouvoit
entrer. Chaque jour il venoit paffer
quelques heures avec elle
& retournoit
enfuite auprès de fon favori ;
mais bientôt cette alternative lui parut
fatigante. Il regretta de ne pouvoir entretenir
à la fois deux perfonnes qui lui
étoient également chères. Il parloit
fouvent à Giaffar des charmes féduifans
d'Abaffah ; il vantoit à cette Princeffe
le mérite extrême de Giaffar.Tous deux
par ce moyen fe connurent avant que
de s'être vus, & tous deux defiroient de
42 MERCURE DE FRANCE.
fe voir. Le Calife , qui ne defiroit pas
moins de les raffembler , ne tarda pas a
leur procurer cette mutuelle fatisfaction
. Il voulut , en dépit des uſages de
tout l'Orient ., que fa foeur quittât la
compagnie des femmes pour manger
habituellement à fa table avec tous les
hommes qu'il daigneroit y admettre .
Giaffar profita bien affidûment de
cette faveur. Abaſſah lui parut infininiment
fupérieure au portrait que le
Calife en avoit tracé ; ce qui étoit vrai .
Aux charmes d'une beauté réguliere ,
elle joignoit tous ceux d'un efprit cultivé
: elle y joignoit , de plus , tout le
naturel de la candeur & toutes les graçes
de l'enjouement. Il eût fuffi de ne la
voir qu'une fois pour en être épris , &
Giaffar la voyoit tous les jours. Auffi
chaque jour fembloit - il ajouter un degré
de force à fa paffion .
Des mouvemens à-peu-près fembla
bles agitoient le coeur de la Princeffe .
Giaffar n'étoit pas toujours le feul à qui
le Calife procurât la faveur de fe trouver
avec elle mais il fut le feul qu'elle
diftingua d'abord ; & bientôt elle eût
voulu n'appercevoir que lui. Cette fympathie
réciproque étoit trop marquée
pour que le Calife n'en eût pas au moins,
OCTOBRE. 1763 . 43
quelque foupçon . Ses foupçons ne tarderent
même pas à être changés en
certitude : ce qui , toutefois , n'apporta
aucune différence dans fa conduite. Il
ne parut point furpris d'une chofe que ,
fans doute , il avoit dû prévoir. L'amoureux
couple eut toujours les mêmes:
occafions de s'entretenir : Aaron y con
tribua comme il avoit fait jufqu'alors ,
& fongea même à faire quelque chofe
de plus c'est-à-dire , que ce Calife
prit la réfolution d'élever Giaffar au
rang de fon Beau-frère , & de rendre .
Epoux ceux qu'il avoit pour ainfi dire
forcé de devenir Amans. Mais , par un
caprice des plus embaraffans à définir ,
ce Prince , d'ailleurs très -fenfé , mit à
cette faveur une condition auffi abfurde
qu'impraticable. On ne dit point quel
en fut le motif. Peut-être n'étoit- ce que
le réſultat de quelques vifions Aftrolo
giques peut être n'en doit - on chercher
la caufe que dans la bifarrerie de
Fefprit humain ; fource intariffable , &
dans laquelle l'homme le plus fage n'eft
pas toujours exempt de puifer.
·
Un jour qu'Abafah & Giaffar s'entretenoient
feuls avec le Calife , ce
Prince fit tomber la converfation fur
une matière intéreffante pour chacun
44 MERCURE DE FRANCE.
d'eux ; il s'agiffoit de l'amitié. Le Ciel,
difoit Aaron m'a rendu maître d'un
Empire des plus vaftes , j'unis la Cou--
ronne à la thiare , la dignité du Sacerdoce
à la Puiffance du Souverain ; mes
Armées font triomphantes , & j'en fuis
le Général ; je fais fleurir les Arts , &
je les cultive : tant d'avantages réunis
ne peuvent entiérement me fatisfaire ,
il en eft un qui me paroît infiniment
plus précieux , & que peut-être le Ciel
s'obtine à me refuſer.
Ce difcours jetta ceux qui l'écou
toient dans une extrême furpriſe . Tous
deux la témoignerent avec le même
empreffement . Souverain Commandant
des Fidéles , ajouta Giaffar , que vous
refte-t-il à defirer dans ce haut degré
de Puiffance & de Gloire où toute la
Terre vous contemple ? Une chofe , repliqua
le Monarque , une chofe que
P'Empire du monde même ne peut donner
& peut fouvent faire perdre en
un mot , un ami , le feul tréfor qui
pour l'ordinaire , manque à un Souverain
.
Ah , Seigneur ! s'écrierént Abafah
& Giaffar , également confternés , quels
voeux vous refte-t-il à former fur ce
point ? Doutez-vous de ma tendreffe ,
OCTOBRE. 1763. 45
,
difoit Abaffah ? Doutez-vous de mon
zéle refpectueux & défintéreffé , ajoutoir
Giaffar ? Ecoutez - moi , reprit à fon
tour , Aaron- Al- radchid. Vous m'aimez
dites-vous ; je fuis perfuadé que telle
eft , du moins votre intention : c'eft
moi qui vous ai réunis ; c'eſt mọi qui
fuis le premier moteur de votre attachement
réciproque, L'effet en eft trop
agréable pour que vous en haïffiez la
caufe. Je ne vous foupçonne donc pas
de me haïr mais il y a loin de cet
état à celui de l'amitié. Qui fçait même
fi je ne fuis pas devenu pour vous un
tiers incommode ?
A ces mots , les proteftations de la
Princeffe & du Favori rédoublerent .
Non, Seigneur , s'écrioit Abaffah , que
le difcours du Calife avoit rendu un
peu confufe ; non , il n'eft rien qui ne
céde à la reconnoiffance que je vous
dois elle fera toujours la premiere
paffion de mon coeur. Giaffar s'exprima
en termes plus mefurés : mais ce
qu'il dit auroit pû fatisfaire tout autre
que le Calife. Il le fupplia de mettre
à l'épreuve ce dévoûment dont il fembloit
douter. J'y confens , reprit Aa
ron ; mais cette épreuve fera délicate ;
elle eft cependant la feule qui puiffe
46 MERCURE DE FRANCE.
A
ime convaincre de votre attachement
pour moi. Je dirai plus ; ma tranquilfité
intérieure dépendra de votre exactitude
à me tenir parole. Eh bien , Seigneur
, ajouta Giaffar , daignez manifelter
vos intentions : je jure par l'Al
coran même de les remplir ! Abaffah
protefta la même chofe , perfuadée ,
ajouta-t-elle , que le Calife n'exigeroit
pas l'impoffible . Ce que j'exige , re
pliqua ce Prince , n'eft point au- deffus
des forces humaines ; il ne s'agit que
dé furmonter certaines foibleffes . Voici
donc ce que j'attens de vous l'un &
l'autre Il eft certain que vous vous
aimez ; dès lors vous devez craindre
qu'on ne vous fépare. Je veux bien
dès à préfent vous épargner cette crainte
; je fuis prêt à vous unir .... Ah
Seigneur interrompit Giaffar en tome
bant aux pieds du Calife , eft- ce par
des faveurs d'un fi haut prix que vous
voulez mettre à l'épreuve ma docilité?
Doutez -vous de ma prompte obéiffan-
-
ce ? Doutez-vous .... Je n'ai aucun
doute à cet égard , interrompit à fon
tour le Calife : mais levez - vous & écoutez
jufqu'à la fin . Je confens à vous
faire époufer ma Sour , fous l'expreffe
condition que vous vivrez avec elle
OCTOBRE. 1763.
comme un Frère , comme j'y vis moimême.
Vous ne lui parlerez qu'en ma
préfence ; vous ne lui propoferez aucun
tête -à- tête ; vous fuirez tous ceux
qu'elle-même pourroit vous propofer. A
cela près, vous vous aimerez tant & auffi
longtems qu'il vous plaira. Tel eſt le
facrifice que mon amitié éxige de la
vôtre. Une pareille Loi vous paroîtra
fans doute bifarre & tyrannique. Je
l'abandonne à votre cenfure ; mais refpectez-
la dans votre conduite. Vous
ne pourriez l'enfreindre fans perdre
pour jamais l'amitié qui m'attache à
vous , fans trouver en moi un ennemi
implacable .
Une telle propofition pétrifia pour
quelques inftans ceux à qui elle étoit
faite. Giaffar la trouvoit révoltante
& la Princeffe n'en jugeoit guères plus
favorablement. Tout confidéré , néanmoins
, le Vifir crut devoir l'accepter.
I efpéroit que cette fantaisie du
Calife n'auroit qu'un temps ; & à tout
prendre , il aimoit encore mieux ne
voir Abaffah que comme une Soeur, que
d'être entièrement privé de fa vue. Ainfi
du confentement de la Princeffe qui ,
fans doute , avoit les mêmes idées que
Giaffar , cet hymen fut conclu avec
48 MERCURE DE FRANCE.
toutes les reftrictions préfcrites par le
Calife.
Un affez long temps s'écoula fans
qu'elles reçuffent la moindre atteinte .
La Princeffe avoit un appartement ifolé
où Giaffar n'ofoit paroître. Elle ofoit
encore moins pénétrer dans le fien . Ils
ne fe voyoient que dans celui du Calife,
& en préſence de cet Argus d'un
nouveau genre. Tous deux fupportoient
avec une impatience égale cette
contrainte exceffive. Ils ne pouvoient
fe le témoigner que par des regards
dérobés. Mais enfin ce langage fatigua
la Princeffe. Elle eut recours à
Celui des vers. Ceux qu'elle envoya à
fon Epoux dans cette circonftance , annoncent
un coeur vivement épris & tiennent
pour ainfi dire de l'emportement.
Ils font cités par plufieurs Hiftoriens .
On fera furpris de voir une Princeffe
habiller en vers un aveu de cette nature
; mais il faut fe rappeller que la
poëfie étoit prèfque devenue le langage
ordinaire des Arabes. Giaffar
l'employa dans fa réponſe , & la repli- ,
que ne s'étant pas fait beaucoup atten-.
dre , il s'établit entre ces deux époux
une correfpondance auffi remarquable
que leur fituation même. Les vives
peintures
OCTOBRE. 1763. 49
peintures qu'ils traçoient & de cette fituation
& de leurs fentimens réciproques
, ne firent qu'accroître & leur
amour & leur ennui. Chaque jour aggravoit
l'un & fortifioit l'autre. Enfin ,
Le Calife perfévérant toujours dans fes
premières idées , l'amoureux couple en
fentit plus que jamais l'injuftice. Il prit
des mefures non pour fe fouftraire entiérement
au joug ; mais pour le rendre
plus fupportable.
Il y auroit eu le plus grand danger
pour les deux époux de fe trouver dans
l'appartement de l'un ou de l'autre. Heureufement
les ufages du Pays leur fourniffoient
les plus grandes facilités pour
fe voir ailleurs. La même Efclave dont
s'étoit fervie la Princeffe pour écrire à
fon époux lui fut encore utile dans
cette nouvelle occafion . C'est une erreur
de croire que dans tout l'Orient les
femmes ne jouiffent d'aucune forte de
liberté. Elles en peuvent même abufer
plus facilement qu'à Paris , & certainement
on pafferoit pour libre à moins.
En effet , à l'aide d'un triple voile inventé
par la jaloufie , & qui le plus
fouvent ne fert qu'à la tromper , une
femme d'Afie peut parcourir à fon aife
la plus grande Ville . Nul homme , pas
II. Vol. C
50 MERCURE DE FRANCE.
>
même fon époux , n'eft en droit de la
fuivre encore moins de foulever fes
voiles. En revanche , l'Amant qu'elle
veut favorifer la devance à certain lieu
convenu entre elle & lui . Ce fut en fuivant
cette méthode , & en jouant le
rôle d'amant plutôt que celui d'époux ,
que Giaffar le réunit à fa chère Abaffah.
Je ne détaillerai ni leurs difcours ,
ni leurs tranfports. C'eft ici une de ces
fituations quon indique , mais qu'on ne
décrit pas . Je dirai feulement que la défenfe
du Calife ceffa d'être refpectée
fans que pour cela aucun remords troublât
le plaifir des réfractaires.
Ces rendés -vous multipliés eurent des
fuites capables de les trahir . Toutefois
Abaffah prit des mefures fi juftes qu'elle
mit au monde un fils fans qu'on en
eût le moindre foupçon ni dans fon
Palais , ni à la Cour du Calife. Mais au
bout de fix mois ce Prince en fut inftruit
par certain Efclave qu'on avoit
été contraint de mettre dans la confidence.
Aaron apprit par la même voie
quelques autres détails qu'il jugea néceffaires
à fes vues , & fes vues n'étoient
que vindicatives , que fanguinaires
. Il jura la perte de ces malheureux
époux , & du fruit de leur intelligence.
OCTOBRE. 1763. 5 F
Dès la nuit fuivante , Aaron déguifé
fortit accompagné du feul Méfrou,
un de fes plus intimes confidens . C'eft
le même dont il eft fi fouvent parlé
dans plufieurs hiftoires Arabes très- véritables
& jufques dans nos Contes des
mille & une nuits . Méfrou , accoutumé
aux courfes nocturnes du Calife , ne
crut pas d'abord cette dernière plus
importante que tant d'autres. Mais le
trouble qu'il remarqua dans les difcours
& dans toute la perfonne du Prince
l'eut bientôt détrompé. Il le fut encore
davantage en apprenant qu'ils avoient
été devancés par une troupe de gardes
du Calife , déguifés comme eux , &
qui ne devoient fe réunir & les venir
joindre qu'à certain fignal. Aaron &
Méfrou s'arrêtérent dans une rue écartée
& non loin d'une maifon de peu
d'apparence. Au bout de quelque tems,
ils virent , autant qu'il étoit alors poffible
de voir , deux femmes fe gliffer
dans cette maiſon où elles paroiffoient
être attendues. Le Prince y accourut ,
fuivi de Méfrou , & entra fans nulle
difficulté. Il jugea qu'on le prenoit
pour un autre ; ce qui étoit vrai,
Il profite de la méprife & fe laiffe conduire
dans une falle beaucoup mieux
Cij
52 MERCURE DE FRANCE .
éclairée que tout le refte. Là il reconnoît
, il voit fa foeur occupée à careffer
un jeune enfant ; il la voit prendre ce
cher fardeau dans fes bras , & accourir
le dépofer dans les fiens , avec les expreffions
les plus tendres & pour ce fils
& pour celui qu'elle croit en être le
père. Aaron met à profit cette nouvelle
erreur. Il fe faifit du dépôt & lance fur
Abaffah un coup d'oeil qui la détrompe
à l'inftant. Elle pouffe un cri douloureux
; elle veut retirer fon fils des mains
de cet oncle qu'elle foupçonne devoir
en être le bourreau. Non perfide , lui
dit le Calife irrité , ce fruit de ta foibleffe
, ton parjure époux , & toi- même
deviendrez tous dès aujourd'hui les victimes
de ma fureur.
Abaffah que fes forces étoient fur le
point d'abandonner
, les ranime par un
effort de vertu . Elle fonge à fouftraire
Giaffar au peril certain qui menace fes
jours ; elle fe détermine à le juſtifier aux
dépens de fa propre gloire . Un tel facrifice
dans une âme pure & élevée eſt ,
à coup fùr , le plus grand de tous .
Seigneur , dit la Princeffe au Calife ,
j'ai fans doute mérité votre indignation
;
Mais Giaffar n'eft point complice
du
crime que vous devez punir en moi
OCTOBRE . 1763 . 53
Que dis- je ? hélas ! je fuis encore plus
coupable envers lui qu'envers vous !
Qu'entends-je ? repliqua le Calife indigné
, auriez-vous pû tomber dans une
fi honteufe foibleffe ? Quel eft le téméraire....
n'espérez pas que je le nomme
, reprit Abaffah , mon fang peut
fuffire pour tous les deux.
L'étonnement du Calife égaloit fa
colére . Un tel aveu lui paroiffo it incroyable.
Vous aimiez l'Epoux que je vous
ai donné , difoit-il à fa Soeur ; on ne
trahit pas ainfi ce que l'on aime . Il - eft
vrai , repliqua la Princeffe , que Giaffar
me fut cher. Mais vous fçavez les Loix
que vous nous impofàtes en nous unif
fant l'un à l'autre. Son entiere exactitude
à les remplir annonçoit autant de
reſpect pour vous que d'indifférence
pour moi. Je fuis femme , & dès - lors
foible. Ainfi , foit fragilité naturelle ,
foit dépit , foit amour -propre bleffé, foit
même que toutes ces caufes aient pu fe
réunir pour m'égarer , j'ai franchi les
bornes que me préfcrivoit la vertu : j'ai
mérité la mort & qui plus eft , le
mépris .
>
L'un & l'autre vous attend , reprit le
Calife en fureur. ... De grace , interrompit
Abaſſah , en fe jettant aux pieds
C iij
+
$4 MERCURE
DE
FRANCE
.
,
de fon frère , épargnez le trifte fruit
d'un crime que je vais expier. Comme
le Prince alloit répondre , Giaffar parut.
Il n'étoit prévenu de rien , & venoit
à l'ordinaire trouver dans ces lieux
écartés une Epoufe qu'il ne lui étoit pas
libre de recevoir chez lui. Sa furpriſe &
fa douleur furent extrêmes d'y rencontrer
le Calife. Il vit du premier coup
d'oeil , ce que fa femme , fon fils & luimême
avoient à redouter. Mais Abaffah
ne lui laiffa pas le loifir de témoigner
ce qu'il éprouvoit , encore moins
au Calife celui de l'embarraſſer par des
queſtions. Venez , lui dit - elle , venez
ajouter quelque circonftance à l'arrêt
de mon fupplice. Vous êtes outragé ;
vous l'êtes d'une manière irréparable :
en voilà les fruits & ´la preuve , ajouta-
t- elle , en montrant fon fils ; obtenez
que je fois feule punie , & la mort
me femblera douce.
Giaffar comprit dès le premier inf
tant ce que fignifioit ce langage. Il
avoit l'âme trop élevée pour ne pas
faifir d'abord ce qui partoit de la grandeur
d'âme ; il aimoit trop ardemment
pour ne pas fçavoir dequoi l'Amour eſt
capable , pour vouloir furvivre à celle
qui l'aimoit ainfi . Non , Seigneur, dit- il
OCTOBRE. 1763 . 55
au Calife , non , Abafah n'a point trahi
la foi qu'elle m'avoit jurée ; elle eſt incapable
de trahir. C'eft pour me fauver
qu'elle travaille à fe perdre. Son feul
crime eft d'avoir cédé à mes vives infrances.
L'enfant que vous voyez eſt
mon fils . J'ai donc enfreint les loix que
vous m'aviez préſcrites : mais quel homme
eût pu s'y conformer ? Ah ! quand
même j'échapperois à la punition qui
m'attend , puis- je me répondre à moimême
de ne pas chercher encore à devenir
coupable ?
Hé bien ! s'écria l'implacable Calife
prévenons les rechûtes , en nous vengeant
des crimes paffés . A ces mots furvint
fa Garde qui fur un fignal de Mefrou
s'étoit réunie. Elle s'empare des
deux Epoux & même du tendre fruit
de leur union : de là nouveau fupplice
pour la fenfible Abaffah. On
part , on arrive au Palais du Calife fans
que l'intervale du chemin ait changé
fes difpofitions fanguinaires . C'eft à regret
qu'on termine ce récit par une
catastrophe auffi barbare ; mais la vérité
l'éxige. Rien ne put fléchir Aaron
en faveur d'un Beau- Frère qui avoit
toujours été fon ami . Toutefois le courage
de ce dernier furpaffoit encore la
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
·
fureur duCalife. Il n'étoit occupé que d'Abaffah
, qui elle-même ne s'occupoit que
de lui. Les regrets & la douleur de cette
Princeffe attendriffoient jufqu'à fes Bourreaux
, & fon Frère y étoit infenfible .
Apparemment qu'il craignit de n'y pas
réfifter toujours . Il fit hâter le fupplice
du malheureux Giaffar , qui , comme
le difent tous les Hiftoriens du Temps ,
eut la tête tranchée. Le fupplice d'Abaffah
offroit quelque chofe de plus
cruel encore ; elle fut , dit- on , précipitée
au fond d'un puits . On ignore
la deftinée de cet enfant qui caufa la
mort de ceux à qui il devoit le jour.
Quelques Ecrivains Arabes prétendent,
il eft vrai , qu'Abaffah fut fimplement
exilée ; mais la mort feroit préférable à
la manière dont ils la font vivre dans
cet exil. Pour le Calife , il continua
d'enfanglanter la Scène. Honteux peutêtre
d'avoir immolé à fon caprice un
homme tel que Giaffar , il voulut que
ce crime pût être envisagé comme un
trait de fa politique , c'eft-à-dire comme
une précaution néceffaire . Cette réfléxion
, très dangereufe dans un Prince
qui avoit le malheur de pouvoir tout
ce qu'il vouloit , fut un arrêt de mort
contre toute la famille des Barmecides.
OCTOBRE. 1763. 57
·
Mais enfin l'Auteur de tant de défaftres
devint lui - même la proie des rcmords
, & qui plus eft , des vifions . Il
mourut à Thous , ville du Koraſſan
peut être parce qu'il avoit rêvé qu'il
devoit y mourir. Sa mémoire ' eft encore
célébre chez les Orientaux. Il
eut de ces qualités brillantes qu'on
préfére trop fouvent dans un Prince
aux vertus toutes fimples. Il eut même
auffi quelques vertus. Le reproche le
plus grave que lui faffe l'hiftoire eft la
cruelle deftruction des Barmecides. On
fçait qu'il voulut anéantir jufqu'au nom
de certe famille illuftre . Mais il lui
avoit été plus facile de l'accabler que
de la flétrir. Elle étoit pour jamais
éteinte & on la louoit encore . De tels
éloges ne peuvent être fufpects. Enfans
de Barmeki , difoit énergiquement
un Poëte Arabe , que vous faifiez de
bien au Monde , & que vous en euffiez
encore fait ! La Terre étoit votre épouse ,
elle eft aujourd'hui votre veuve.
TRAIT & Hiftoire Arabe.
AARON al- radchid , Calife de Bagdat
, étoit contemporain
de Charlema
gne , & régnoit affez paifiblement fur
l'Afie , tandis que ce dernier bouleverfoit
l'Europe. Ces deux Princes étoient
amis , & avoient beaucoup d'analogie
dans le caractère : tous deux braves ,
tous deux hommes de génie , tous deux
aimant les Arts , dans des temps & des
lieux où le nom même des Arts étoit
prèfque ignoré tous deux bons Aftro
nomes pour leur fiécle , & peut-être un
peu Aftrologues ; leurs penchans , ' leurs
vertus , leurs vices eurent un rapport
des plus frappans. L'Hiftoire cite néanmoins
un trait où leur conduite fut
bien oppofée. On dit que Charlemagne
fit époufer fa propre fille à Eginard fon
Secrétaire , par la raifon qu'ils avoient
empiété fur les droits de l'hymen . Cette
raifon pouvoit fuffire alors. Aaron au
contraire , donna fa foeur en mariage à
fon Vifir , fous la bifarre condition de
n'ufer jamais du privilége d'époux. Un
40 MERCURE DE FRANCE.
tel caprice eft inexcufable dans tous les
temps .
Ce Vifir avoit nom Giaffar , & étoit
de l'illuftre Famille des Barmecides . On
nommoit ainfi les defcendans d'un autre
Giaffar qui lui-même étoit iffu des
anciens Rois de Perfe . Obligé d'abandonner
fubitement fa patrie , il avoit,
trouvé un afyle à la Cour du Calife
Soliman: il s'y étoit même élevé au
plus haut point de faveur. Une chofeaffez
rare , c'eft que fa poftérité avoit
joui des mêmes avantages auprès des
fucceffeurs de ce Calife , quoique fa
dynaſtie eût été remplacée par une autre.
Une chofe plus rare encore , c'eſt
que tous ces Barmecides fe montrerent
dignes de leur haute fortune. Ils mife:
foient les talens aux vertus , & furent
peut-être les premiers que la faveur du
Prince conduifit à celle du Peuple . Revenons
au moderne Giaffar.
C'étoit l'homme de tout l'Orient le
plus propre aux affaires , & le moins enclin
à s'y livrer. Il avoit été fait Vifir
dans un âge où il n'eft pas même pa-,
turel d'ambitionner cette Place , & l'avoit
quittée lorsque l'ambition devoit
être en lui la plus forte. Son penchant
pour les lettres , le repos & les plaifirs
OCTOBRE. 1763 . 41
faifoient de lui un homme aimable ,
un homme de fociété , plutôt qu'un
homme d'état. Il foutint cependant
avec honneur le poids du Ministère
parce que l'homme fupérieur ne peut
fe réfoudre à être médiocre nulle- part.
Mais ayant réuffi à fe donner pourfuc
ceffeur au Vifiriat fon frère aîné , trèsdigne
de lui fuccéder , il put librement
fe livrer à fes goûts : il devint l'Ecrivain
le plus élégant qui fût alors ; il devint ,
qui plus eft , l'ami intime du Souverain
dont il n'avoit d'abord été que le premier
Miniftre.
,
Aaron avoit une égale tendreffe pour
Abaffah fa propre four , jeune Princeffe
qui vivoit avec les femmes de ce Calife
dans un lieu du Palais où lui feul pouvoit
entrer. Chaque jour il venoit paffer
quelques heures avec elle
& retournoit
enfuite auprès de fon favori ;
mais bientôt cette alternative lui parut
fatigante. Il regretta de ne pouvoir entretenir
à la fois deux perfonnes qui lui
étoient également chères. Il parloit
fouvent à Giaffar des charmes féduifans
d'Abaffah ; il vantoit à cette Princeffe
le mérite extrême de Giaffar.Tous deux
par ce moyen fe connurent avant que
de s'être vus, & tous deux defiroient de
42 MERCURE DE FRANCE.
fe voir. Le Calife , qui ne defiroit pas
moins de les raffembler , ne tarda pas a
leur procurer cette mutuelle fatisfaction
. Il voulut , en dépit des uſages de
tout l'Orient ., que fa foeur quittât la
compagnie des femmes pour manger
habituellement à fa table avec tous les
hommes qu'il daigneroit y admettre .
Giaffar profita bien affidûment de
cette faveur. Abaſſah lui parut infininiment
fupérieure au portrait que le
Calife en avoit tracé ; ce qui étoit vrai .
Aux charmes d'une beauté réguliere ,
elle joignoit tous ceux d'un efprit cultivé
: elle y joignoit , de plus , tout le
naturel de la candeur & toutes les graçes
de l'enjouement. Il eût fuffi de ne la
voir qu'une fois pour en être épris , &
Giaffar la voyoit tous les jours. Auffi
chaque jour fembloit - il ajouter un degré
de force à fa paffion .
Des mouvemens à-peu-près fembla
bles agitoient le coeur de la Princeffe .
Giaffar n'étoit pas toujours le feul à qui
le Calife procurât la faveur de fe trouver
avec elle mais il fut le feul qu'elle
diftingua d'abord ; & bientôt elle eût
voulu n'appercevoir que lui. Cette fympathie
réciproque étoit trop marquée
pour que le Calife n'en eût pas au moins,
OCTOBRE. 1763 . 43
quelque foupçon . Ses foupçons ne tarderent
même pas à être changés en
certitude : ce qui , toutefois , n'apporta
aucune différence dans fa conduite. Il
ne parut point furpris d'une chofe que ,
fans doute , il avoit dû prévoir. L'amoureux
couple eut toujours les mêmes:
occafions de s'entretenir : Aaron y con
tribua comme il avoit fait jufqu'alors ,
& fongea même à faire quelque chofe
de plus c'est-à-dire , que ce Calife
prit la réfolution d'élever Giaffar au
rang de fon Beau-frère , & de rendre .
Epoux ceux qu'il avoit pour ainfi dire
forcé de devenir Amans. Mais , par un
caprice des plus embaraffans à définir ,
ce Prince , d'ailleurs très -fenfé , mit à
cette faveur une condition auffi abfurde
qu'impraticable. On ne dit point quel
en fut le motif. Peut-être n'étoit- ce que
le réſultat de quelques vifions Aftrolo
giques peut être n'en doit - on chercher
la caufe que dans la bifarrerie de
Fefprit humain ; fource intariffable , &
dans laquelle l'homme le plus fage n'eft
pas toujours exempt de puifer.
·
Un jour qu'Abafah & Giaffar s'entretenoient
feuls avec le Calife , ce
Prince fit tomber la converfation fur
une matière intéreffante pour chacun
44 MERCURE DE FRANCE.
d'eux ; il s'agiffoit de l'amitié. Le Ciel,
difoit Aaron m'a rendu maître d'un
Empire des plus vaftes , j'unis la Cou--
ronne à la thiare , la dignité du Sacerdoce
à la Puiffance du Souverain ; mes
Armées font triomphantes , & j'en fuis
le Général ; je fais fleurir les Arts , &
je les cultive : tant d'avantages réunis
ne peuvent entiérement me fatisfaire ,
il en eft un qui me paroît infiniment
plus précieux , & que peut-être le Ciel
s'obtine à me refuſer.
Ce difcours jetta ceux qui l'écou
toient dans une extrême furpriſe . Tous
deux la témoignerent avec le même
empreffement . Souverain Commandant
des Fidéles , ajouta Giaffar , que vous
refte-t-il à defirer dans ce haut degré
de Puiffance & de Gloire où toute la
Terre vous contemple ? Une chofe , repliqua
le Monarque , une chofe que
P'Empire du monde même ne peut donner
& peut fouvent faire perdre en
un mot , un ami , le feul tréfor qui
pour l'ordinaire , manque à un Souverain
.
Ah , Seigneur ! s'écrierént Abafah
& Giaffar , également confternés , quels
voeux vous refte-t-il à former fur ce
point ? Doutez-vous de ma tendreffe ,
OCTOBRE. 1763. 45
,
difoit Abaffah ? Doutez-vous de mon
zéle refpectueux & défintéreffé , ajoutoir
Giaffar ? Ecoutez - moi , reprit à fon
tour , Aaron- Al- radchid. Vous m'aimez
dites-vous ; je fuis perfuadé que telle
eft , du moins votre intention : c'eft
moi qui vous ai réunis ; c'eſt mọi qui
fuis le premier moteur de votre attachement
réciproque, L'effet en eft trop
agréable pour que vous en haïffiez la
caufe. Je ne vous foupçonne donc pas
de me haïr mais il y a loin de cet
état à celui de l'amitié. Qui fçait même
fi je ne fuis pas devenu pour vous un
tiers incommode ?
A ces mots , les proteftations de la
Princeffe & du Favori rédoublerent .
Non, Seigneur , s'écrioit Abaffah , que
le difcours du Calife avoit rendu un
peu confufe ; non , il n'eft rien qui ne
céde à la reconnoiffance que je vous
dois elle fera toujours la premiere
paffion de mon coeur. Giaffar s'exprima
en termes plus mefurés : mais ce
qu'il dit auroit pû fatisfaire tout autre
que le Calife. Il le fupplia de mettre
à l'épreuve ce dévoûment dont il fembloit
douter. J'y confens , reprit Aa
ron ; mais cette épreuve fera délicate ;
elle eft cependant la feule qui puiffe
46 MERCURE DE FRANCE.
A
ime convaincre de votre attachement
pour moi. Je dirai plus ; ma tranquilfité
intérieure dépendra de votre exactitude
à me tenir parole. Eh bien , Seigneur
, ajouta Giaffar , daignez manifelter
vos intentions : je jure par l'Al
coran même de les remplir ! Abaffah
protefta la même chofe , perfuadée ,
ajouta-t-elle , que le Calife n'exigeroit
pas l'impoffible . Ce que j'exige , re
pliqua ce Prince , n'eft point au- deffus
des forces humaines ; il ne s'agit que
dé furmonter certaines foibleffes . Voici
donc ce que j'attens de vous l'un &
l'autre Il eft certain que vous vous
aimez ; dès lors vous devez craindre
qu'on ne vous fépare. Je veux bien
dès à préfent vous épargner cette crainte
; je fuis prêt à vous unir .... Ah
Seigneur interrompit Giaffar en tome
bant aux pieds du Calife , eft- ce par
des faveurs d'un fi haut prix que vous
voulez mettre à l'épreuve ma docilité?
Doutez -vous de ma prompte obéiffan-
-
ce ? Doutez-vous .... Je n'ai aucun
doute à cet égard , interrompit à fon
tour le Calife : mais levez - vous & écoutez
jufqu'à la fin . Je confens à vous
faire époufer ma Sour , fous l'expreffe
condition que vous vivrez avec elle
OCTOBRE. 1763.
comme un Frère , comme j'y vis moimême.
Vous ne lui parlerez qu'en ma
préfence ; vous ne lui propoferez aucun
tête -à- tête ; vous fuirez tous ceux
qu'elle-même pourroit vous propofer. A
cela près, vous vous aimerez tant & auffi
longtems qu'il vous plaira. Tel eſt le
facrifice que mon amitié éxige de la
vôtre. Une pareille Loi vous paroîtra
fans doute bifarre & tyrannique. Je
l'abandonne à votre cenfure ; mais refpectez-
la dans votre conduite. Vous
ne pourriez l'enfreindre fans perdre
pour jamais l'amitié qui m'attache à
vous , fans trouver en moi un ennemi
implacable .
Une telle propofition pétrifia pour
quelques inftans ceux à qui elle étoit
faite. Giaffar la trouvoit révoltante
& la Princeffe n'en jugeoit guères plus
favorablement. Tout confidéré , néanmoins
, le Vifir crut devoir l'accepter.
I efpéroit que cette fantaisie du
Calife n'auroit qu'un temps ; & à tout
prendre , il aimoit encore mieux ne
voir Abaffah que comme une Soeur, que
d'être entièrement privé de fa vue. Ainfi
du confentement de la Princeffe qui ,
fans doute , avoit les mêmes idées que
Giaffar , cet hymen fut conclu avec
48 MERCURE DE FRANCE.
toutes les reftrictions préfcrites par le
Calife.
Un affez long temps s'écoula fans
qu'elles reçuffent la moindre atteinte .
La Princeffe avoit un appartement ifolé
où Giaffar n'ofoit paroître. Elle ofoit
encore moins pénétrer dans le fien . Ils
ne fe voyoient que dans celui du Calife,
& en préſence de cet Argus d'un
nouveau genre. Tous deux fupportoient
avec une impatience égale cette
contrainte exceffive. Ils ne pouvoient
fe le témoigner que par des regards
dérobés. Mais enfin ce langage fatigua
la Princeffe. Elle eut recours à
Celui des vers. Ceux qu'elle envoya à
fon Epoux dans cette circonftance , annoncent
un coeur vivement épris & tiennent
pour ainfi dire de l'emportement.
Ils font cités par plufieurs Hiftoriens .
On fera furpris de voir une Princeffe
habiller en vers un aveu de cette nature
; mais il faut fe rappeller que la
poëfie étoit prèfque devenue le langage
ordinaire des Arabes. Giaffar
l'employa dans fa réponſe , & la repli- ,
que ne s'étant pas fait beaucoup atten-.
dre , il s'établit entre ces deux époux
une correfpondance auffi remarquable
que leur fituation même. Les vives
peintures
OCTOBRE. 1763. 49
peintures qu'ils traçoient & de cette fituation
& de leurs fentimens réciproques
, ne firent qu'accroître & leur
amour & leur ennui. Chaque jour aggravoit
l'un & fortifioit l'autre. Enfin ,
Le Calife perfévérant toujours dans fes
premières idées , l'amoureux couple en
fentit plus que jamais l'injuftice. Il prit
des mefures non pour fe fouftraire entiérement
au joug ; mais pour le rendre
plus fupportable.
Il y auroit eu le plus grand danger
pour les deux époux de fe trouver dans
l'appartement de l'un ou de l'autre. Heureufement
les ufages du Pays leur fourniffoient
les plus grandes facilités pour
fe voir ailleurs. La même Efclave dont
s'étoit fervie la Princeffe pour écrire à
fon époux lui fut encore utile dans
cette nouvelle occafion . C'est une erreur
de croire que dans tout l'Orient les
femmes ne jouiffent d'aucune forte de
liberté. Elles en peuvent même abufer
plus facilement qu'à Paris , & certainement
on pafferoit pour libre à moins.
En effet , à l'aide d'un triple voile inventé
par la jaloufie , & qui le plus
fouvent ne fert qu'à la tromper , une
femme d'Afie peut parcourir à fon aife
la plus grande Ville . Nul homme , pas
II. Vol. C
50 MERCURE DE FRANCE.
>
même fon époux , n'eft en droit de la
fuivre encore moins de foulever fes
voiles. En revanche , l'Amant qu'elle
veut favorifer la devance à certain lieu
convenu entre elle & lui . Ce fut en fuivant
cette méthode , & en jouant le
rôle d'amant plutôt que celui d'époux ,
que Giaffar le réunit à fa chère Abaffah.
Je ne détaillerai ni leurs difcours ,
ni leurs tranfports. C'eft ici une de ces
fituations quon indique , mais qu'on ne
décrit pas . Je dirai feulement que la défenfe
du Calife ceffa d'être refpectée
fans que pour cela aucun remords troublât
le plaifir des réfractaires.
Ces rendés -vous multipliés eurent des
fuites capables de les trahir . Toutefois
Abaffah prit des mefures fi juftes qu'elle
mit au monde un fils fans qu'on en
eût le moindre foupçon ni dans fon
Palais , ni à la Cour du Calife. Mais au
bout de fix mois ce Prince en fut inftruit
par certain Efclave qu'on avoit
été contraint de mettre dans la confidence.
Aaron apprit par la même voie
quelques autres détails qu'il jugea néceffaires
à fes vues , & fes vues n'étoient
que vindicatives , que fanguinaires
. Il jura la perte de ces malheureux
époux , & du fruit de leur intelligence.
OCTOBRE. 1763. 5 F
Dès la nuit fuivante , Aaron déguifé
fortit accompagné du feul Méfrou,
un de fes plus intimes confidens . C'eft
le même dont il eft fi fouvent parlé
dans plufieurs hiftoires Arabes très- véritables
& jufques dans nos Contes des
mille & une nuits . Méfrou , accoutumé
aux courfes nocturnes du Calife , ne
crut pas d'abord cette dernière plus
importante que tant d'autres. Mais le
trouble qu'il remarqua dans les difcours
& dans toute la perfonne du Prince
l'eut bientôt détrompé. Il le fut encore
davantage en apprenant qu'ils avoient
été devancés par une troupe de gardes
du Calife , déguifés comme eux , &
qui ne devoient fe réunir & les venir
joindre qu'à certain fignal. Aaron &
Méfrou s'arrêtérent dans une rue écartée
& non loin d'une maifon de peu
d'apparence. Au bout de quelque tems,
ils virent , autant qu'il étoit alors poffible
de voir , deux femmes fe gliffer
dans cette maiſon où elles paroiffoient
être attendues. Le Prince y accourut ,
fuivi de Méfrou , & entra fans nulle
difficulté. Il jugea qu'on le prenoit
pour un autre ; ce qui étoit vrai,
Il profite de la méprife & fe laiffe conduire
dans une falle beaucoup mieux
Cij
52 MERCURE DE FRANCE .
éclairée que tout le refte. Là il reconnoît
, il voit fa foeur occupée à careffer
un jeune enfant ; il la voit prendre ce
cher fardeau dans fes bras , & accourir
le dépofer dans les fiens , avec les expreffions
les plus tendres & pour ce fils
& pour celui qu'elle croit en être le
père. Aaron met à profit cette nouvelle
erreur. Il fe faifit du dépôt & lance fur
Abaffah un coup d'oeil qui la détrompe
à l'inftant. Elle pouffe un cri douloureux
; elle veut retirer fon fils des mains
de cet oncle qu'elle foupçonne devoir
en être le bourreau. Non perfide , lui
dit le Calife irrité , ce fruit de ta foibleffe
, ton parjure époux , & toi- même
deviendrez tous dès aujourd'hui les victimes
de ma fureur.
Abaffah que fes forces étoient fur le
point d'abandonner
, les ranime par un
effort de vertu . Elle fonge à fouftraire
Giaffar au peril certain qui menace fes
jours ; elle fe détermine à le juſtifier aux
dépens de fa propre gloire . Un tel facrifice
dans une âme pure & élevée eſt ,
à coup fùr , le plus grand de tous .
Seigneur , dit la Princeffe au Calife ,
j'ai fans doute mérité votre indignation
;
Mais Giaffar n'eft point complice
du
crime que vous devez punir en moi
OCTOBRE . 1763 . 53
Que dis- je ? hélas ! je fuis encore plus
coupable envers lui qu'envers vous !
Qu'entends-je ? repliqua le Calife indigné
, auriez-vous pû tomber dans une
fi honteufe foibleffe ? Quel eft le téméraire....
n'espérez pas que je le nomme
, reprit Abaffah , mon fang peut
fuffire pour tous les deux.
L'étonnement du Calife égaloit fa
colére . Un tel aveu lui paroiffo it incroyable.
Vous aimiez l'Epoux que je vous
ai donné , difoit-il à fa Soeur ; on ne
trahit pas ainfi ce que l'on aime . Il - eft
vrai , repliqua la Princeffe , que Giaffar
me fut cher. Mais vous fçavez les Loix
que vous nous impofàtes en nous unif
fant l'un à l'autre. Son entiere exactitude
à les remplir annonçoit autant de
reſpect pour vous que d'indifférence
pour moi. Je fuis femme , & dès - lors
foible. Ainfi , foit fragilité naturelle ,
foit dépit , foit amour -propre bleffé, foit
même que toutes ces caufes aient pu fe
réunir pour m'égarer , j'ai franchi les
bornes que me préfcrivoit la vertu : j'ai
mérité la mort & qui plus eft , le
mépris .
>
L'un & l'autre vous attend , reprit le
Calife en fureur. ... De grace , interrompit
Abaſſah , en fe jettant aux pieds
C iij
+
$4 MERCURE
DE
FRANCE
.
,
de fon frère , épargnez le trifte fruit
d'un crime que je vais expier. Comme
le Prince alloit répondre , Giaffar parut.
Il n'étoit prévenu de rien , & venoit
à l'ordinaire trouver dans ces lieux
écartés une Epoufe qu'il ne lui étoit pas
libre de recevoir chez lui. Sa furpriſe &
fa douleur furent extrêmes d'y rencontrer
le Calife. Il vit du premier coup
d'oeil , ce que fa femme , fon fils & luimême
avoient à redouter. Mais Abaffah
ne lui laiffa pas le loifir de témoigner
ce qu'il éprouvoit , encore moins
au Calife celui de l'embarraſſer par des
queſtions. Venez , lui dit - elle , venez
ajouter quelque circonftance à l'arrêt
de mon fupplice. Vous êtes outragé ;
vous l'êtes d'une manière irréparable :
en voilà les fruits & ´la preuve , ajouta-
t- elle , en montrant fon fils ; obtenez
que je fois feule punie , & la mort
me femblera douce.
Giaffar comprit dès le premier inf
tant ce que fignifioit ce langage. Il
avoit l'âme trop élevée pour ne pas
faifir d'abord ce qui partoit de la grandeur
d'âme ; il aimoit trop ardemment
pour ne pas fçavoir dequoi l'Amour eſt
capable , pour vouloir furvivre à celle
qui l'aimoit ainfi . Non , Seigneur, dit- il
OCTOBRE. 1763 . 55
au Calife , non , Abafah n'a point trahi
la foi qu'elle m'avoit jurée ; elle eſt incapable
de trahir. C'eft pour me fauver
qu'elle travaille à fe perdre. Son feul
crime eft d'avoir cédé à mes vives infrances.
L'enfant que vous voyez eſt
mon fils . J'ai donc enfreint les loix que
vous m'aviez préſcrites : mais quel homme
eût pu s'y conformer ? Ah ! quand
même j'échapperois à la punition qui
m'attend , puis- je me répondre à moimême
de ne pas chercher encore à devenir
coupable ?
Hé bien ! s'écria l'implacable Calife
prévenons les rechûtes , en nous vengeant
des crimes paffés . A ces mots furvint
fa Garde qui fur un fignal de Mefrou
s'étoit réunie. Elle s'empare des
deux Epoux & même du tendre fruit
de leur union : de là nouveau fupplice
pour la fenfible Abaffah. On
part , on arrive au Palais du Calife fans
que l'intervale du chemin ait changé
fes difpofitions fanguinaires . C'eft à regret
qu'on termine ce récit par une
catastrophe auffi barbare ; mais la vérité
l'éxige. Rien ne put fléchir Aaron
en faveur d'un Beau- Frère qui avoit
toujours été fon ami . Toutefois le courage
de ce dernier furpaffoit encore la
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
·
fureur duCalife. Il n'étoit occupé que d'Abaffah
, qui elle-même ne s'occupoit que
de lui. Les regrets & la douleur de cette
Princeffe attendriffoient jufqu'à fes Bourreaux
, & fon Frère y étoit infenfible .
Apparemment qu'il craignit de n'y pas
réfifter toujours . Il fit hâter le fupplice
du malheureux Giaffar , qui , comme
le difent tous les Hiftoriens du Temps ,
eut la tête tranchée. Le fupplice d'Abaffah
offroit quelque chofe de plus
cruel encore ; elle fut , dit- on , précipitée
au fond d'un puits . On ignore
la deftinée de cet enfant qui caufa la
mort de ceux à qui il devoit le jour.
Quelques Ecrivains Arabes prétendent,
il eft vrai , qu'Abaffah fut fimplement
exilée ; mais la mort feroit préférable à
la manière dont ils la font vivre dans
cet exil. Pour le Calife , il continua
d'enfanglanter la Scène. Honteux peutêtre
d'avoir immolé à fon caprice un
homme tel que Giaffar , il voulut que
ce crime pût être envisagé comme un
trait de fa politique , c'eft-à-dire comme
une précaution néceffaire . Cette réfléxion
, très dangereufe dans un Prince
qui avoit le malheur de pouvoir tout
ce qu'il vouloit , fut un arrêt de mort
contre toute la famille des Barmecides.
OCTOBRE. 1763. 57
·
Mais enfin l'Auteur de tant de défaftres
devint lui - même la proie des rcmords
, & qui plus eft , des vifions . Il
mourut à Thous , ville du Koraſſan
peut être parce qu'il avoit rêvé qu'il
devoit y mourir. Sa mémoire ' eft encore
célébre chez les Orientaux. Il
eut de ces qualités brillantes qu'on
préfére trop fouvent dans un Prince
aux vertus toutes fimples. Il eut même
auffi quelques vertus. Le reproche le
plus grave que lui faffe l'hiftoire eft la
cruelle deftruction des Barmecides. On
fçait qu'il voulut anéantir jufqu'au nom
de certe famille illuftre . Mais il lui
avoit été plus facile de l'accabler que
de la flétrir. Elle étoit pour jamais
éteinte & on la louoit encore . De tels
éloges ne peuvent être fufpects. Enfans
de Barmeki , difoit énergiquement
un Poëte Arabe , que vous faifiez de
bien au Monde , & que vous en euffiez
encore fait ! La Terre étoit votre épouse ,
elle eft aujourd'hui votre veuve.
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Résumé : GIAFFAR ET ABASSAH, TRAIT d'Histoire Arabe.
Le texte relate la vie d'Aaron al-Rachid, calife de Bagdad, et ses relations avec ses proches, notamment sa fille Abassah et Giaffar, membre de la famille des Barmecides. Giaffar, connu pour ses talents littéraires et sociaux, fut nommé vizir avant de se consacrer à ses passions. Aaron al-Rachid maria sa fille Abassah à Giaffar, mais imposa des conditions strictes interdisant toute relation conjugale entre eux. Malgré cette interdiction, Abassah et Giaffar développèrent une passion réciproque et eurent un fils en secret. Leur relation fut découverte par le calife après six mois, ce qui provoqua sa colère. Lors de la confrontation, Abassah prit toute la responsabilité pour protéger Giaffar, mais le calife ordonna l'exécution de Giaffar et jeta Abassah dans un puits. La mémoire d'Aaron al-Rachid est marquée par sa cruauté envers les Barmecides, une famille illustre malgré sa destruction. Le calife mourut à Thous, tourmenté par les remords et les visions.
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182
p. 192-193
MORTS.
Début :
Henri-Constance de Lort de Serignan de Valras, Évêque de Mâcon, [...]
Mots clefs :
Évêque de Mâcon, Marquis, Garde du corps du roi, Veuve, Décès, Seigneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORT S.
Henri-Conftance de Lort de Serignan de Valras
, Evêque de Mâcon , Abbé des Abbayes de Val-´
lemont , Ordre de S. Benoît , Diocèle de Rouen ,
& de S. Manfuy , même Ordre , Diocèle de Toul ,
eſt mort à Paris , le 8 Novembre , dans la foixantequatorziéme
année de fon âge.
Jean- Philippe- François de Vion , Marquis de
Gaillon ,
JANVIER . 1764. 193
Gaillon , ancien Exempt des Gardes du Corps du
Roi , Meſtre de Camp de Cavalerie , eft mort le
8 Novembre , au Château de Gaillon près Meulan ,
dans la foixante- dix - huitième année de fon âge .
Jeanne-Louiſe Allard , veuve du Sieur Etienne
Couleur, Seigneur en partie du Canal de Briare , eſt
morte à Paris , le 8 Novembre , âgée de cent ans.
Henri-Conftance de Lort de Serignan de Valras
, Evêque de Mâcon , Abbé des Abbayes de Val-´
lemont , Ordre de S. Benoît , Diocèle de Rouen ,
& de S. Manfuy , même Ordre , Diocèle de Toul ,
eſt mort à Paris , le 8 Novembre , dans la foixantequatorziéme
année de fon âge.
Jean- Philippe- François de Vion , Marquis de
Gaillon ,
JANVIER . 1764. 193
Gaillon , ancien Exempt des Gardes du Corps du
Roi , Meſtre de Camp de Cavalerie , eft mort le
8 Novembre , au Château de Gaillon près Meulan ,
dans la foixante- dix - huitième année de fon âge .
Jeanne-Louiſe Allard , veuve du Sieur Etienne
Couleur, Seigneur en partie du Canal de Briare , eſt
morte à Paris , le 8 Novembre , âgée de cent ans.
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Résumé : MORTS.
En novembre 1764, trois personnalités sont décédées. Henri-Constance de Lort de Serignan de Valras, évêque de Mâcon, est mort à Paris le 8 novembre à 74 ans. Le même jour, Jean-Philippe-François de Vion, marquis de Gaillon, est décédé à 78 ans. Jeanne-Louise Allard, veuve d'Étienne Couleur, est morte à Paris le 8 novembre à 100 ans.
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183
p. 232-233
MARIAGES.
Début :
Le 10 du mois de Janvier, Joseph Durey ; Marquis Duterrail, Maréchal des Camps [...]
Mots clefs :
Marquis, Maréchal, Chevalier, Fille, Seigneur, Bénédiction nuptiale, Maison de Châtillon, Conjoints
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES.
MARIAGES.
Le te du mois de Janvier , Joſeph Durey;
Marquis Duterrail , Maréchal des Camps& Armées
du Roi , ſon Lieutenant Général du Verdunois
, Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de
S. Louis , Seigneur du Duché-Pairie de Damville ,
Baron de S. André , de la Rambandière , Neuville,
Meliné , Mongon & autres lieux ; époula Marie
Charlotte de Cruffol de Montauſier ; elle eſt fille
du Marquis de Crufſol d'Uzès de Montaufier &
d'Elifabeth d'Aubuffon la Feuillade , & foeur du
Comte de Cruffol de Montauſier , Colonel du
Régiment d'Orléans.
LeMarquis Duterrail eſt fils de Joſeph Durey,
Seigneur de Sauroy , Duterrail , du Duché-Pairie
de Damville , de Martigni-le-Comte , de la Motte
S. Jean , Digoin S. Valier , Montigni , Monquel
, Beauvillier & autres lieux , Commandeur
FEVRIER. 1764. 293
honoraire de l'Ordre Royal & Militaire de S.
Louis ; & de Marie Claire d'Estaing , Dame Duterrail
Bayard.
La Bénédiction Nuptiale leur fut donnée par
l'Abbé de Crufſol S. Sulpice, Grand-Vicaire d'Angers
, également parent des deux conjoints , dans
la Paroiſſe de S. Sulpice .
Le Marquis Duterrail avoit épousé en premières
nôces , Marie Roſalie de Goeſbriand ,dont la
mere étoit héritiére de la ſeconde branche de la
maiſon de Châtillon , & niéce du feu Duc de
Châtillon , Gouverneur de Monſeigneur le Dauphin.
Il a eu de ſa première femme quatre enfans
qui font morts en bas âge.
Il avoit pour ſoeur , feue la Ducheſſe de Brif-.
fac, premiere Dame de Mesdames Henriette &
Adelaide de France.
Le te du mois de Janvier , Joſeph Durey;
Marquis Duterrail , Maréchal des Camps& Armées
du Roi , ſon Lieutenant Général du Verdunois
, Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de
S. Louis , Seigneur du Duché-Pairie de Damville ,
Baron de S. André , de la Rambandière , Neuville,
Meliné , Mongon & autres lieux ; époula Marie
Charlotte de Cruffol de Montauſier ; elle eſt fille
du Marquis de Crufſol d'Uzès de Montaufier &
d'Elifabeth d'Aubuffon la Feuillade , & foeur du
Comte de Cruffol de Montauſier , Colonel du
Régiment d'Orléans.
LeMarquis Duterrail eſt fils de Joſeph Durey,
Seigneur de Sauroy , Duterrail , du Duché-Pairie
de Damville , de Martigni-le-Comte , de la Motte
S. Jean , Digoin S. Valier , Montigni , Monquel
, Beauvillier & autres lieux , Commandeur
FEVRIER. 1764. 293
honoraire de l'Ordre Royal & Militaire de S.
Louis ; & de Marie Claire d'Estaing , Dame Duterrail
Bayard.
La Bénédiction Nuptiale leur fut donnée par
l'Abbé de Crufſol S. Sulpice, Grand-Vicaire d'Angers
, également parent des deux conjoints , dans
la Paroiſſe de S. Sulpice .
Le Marquis Duterrail avoit épousé en premières
nôces , Marie Roſalie de Goeſbriand ,dont la
mere étoit héritiére de la ſeconde branche de la
maiſon de Châtillon , & niéce du feu Duc de
Châtillon , Gouverneur de Monſeigneur le Dauphin.
Il a eu de ſa première femme quatre enfans
qui font morts en bas âge.
Il avoit pour ſoeur , feue la Ducheſſe de Brif-.
fac, premiere Dame de Mesdames Henriette &
Adelaide de France.
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Résumé : MARIAGES.
En janvier, Joseph Durey, Marquis Duterrail, Maréchal des Camps et Armées du Roi, Lieutenant Général du Verdunois, Chevalier de l'Ordre Royal et Militaire de Saint-Louis, Seigneur du Duché-Pairie de Damville, épousa Marie Charlotte de Cruffol de Montausier. Cette dernière est la fille du Marquis de Crufsol d'Uzès de Montaufier et d'Élisabeth d'Aubuffon la Feuillade, et la sœur du Comte de Cruffol de Montausier, Colonel du Régiment d'Orléans. Le Marquis Duterrail est le fils de Joseph Durey, Seigneur de Sauroy, Duterrail, du Duché-Pairie de Damville, et de Marie Claire d'Estaing, Dame Duterrail Bayard. La bénédiction nuptiale fut donnée par l'Abbé de Crufsol Saint-Sulpice, Grand-Vicaire d'Angers, parent des deux conjoints, dans la paroisse de Saint-Sulpice. Précédemment, le Marquis Duterrail avait épousé Marie Rosalie de Goesbriand, dont la mère était héritière de la seconde branche de la maison de Châtillon et nièce du feu Duc de Châtillon, Gouverneur de Monseigneur le Dauphin. De cette première union, il eut quatre enfants morts en bas âge. Il avait également pour sœur la défunte Duchesse de Brissac, première Dame de Mesdames Henriette et Adélaïde de France.
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184
p. 205-206
MORTS.
Début :
Messire Louis-Chardon, Seigneur de Parteville, Chevalier de l'Ordre [...]
Mots clefs :
Seigneur, Chevalier, Marquis, Colonel d'infanterie, Veuve, Décès, Dame
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
Meſſire Louis-Chardon, Seigneur de Parteville,
Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de Saint
Louis , & ancien Exempt des Gardes du Corps de
Sa Majefté , mort à Vernon en Normandie , le
25 Novembre 1763 , âgé d'environ ſoixante &
douze ans.
Bernard , Marquis de Verdelin , ancien Colonel
d'Infanterie , eſt mort à Paris le 27 Décembre
dernier dans la ſoixante-dix-ſeptiéme année de
fon âge
Antoinette-Henriette de Meſmes, veuve d'Hec
zor- Louis deGelas de Voiſins , Marquis d'Ambres,
206 MERCURE DE FRANCE.
Vicomte de Lautrec , Brigadier des Armées du
Roi & Lieutenant Général pour Sa Majesté en la
Province de Guyenne , eſt morte à Paris le 2 Janvier
, âgée de ſoixante- quatre ans.
Marie-Guyonne de Theobon- Rochefort , Marquiſe
de Pons , Dame d'Atour de feue Madame la
Ducheſſe de Berry , & depuis Dame d'Honneur
de feue Madame la Ducheſſe d'Orléans , épouſe
du Marquis de Pons , premier Maître de la Garderobe
de feu Monſeigneur le Duc de Berry , eſt
morte à Paris , le 6 , dans la quatre-vingt-troifiéme
année de fon âge.
Suivant les Regiſtres publics des Egliſes Paroiffiales
de cette Capitale , il y a eu, pendant le
cours de l'année derniere , 20171 Morts , 4479
Mariages , 17456 Baptêmes , & le nombre des
Enfans Trouvés ſe monte à 52530
Meſſire Louis-Chardon, Seigneur de Parteville,
Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de Saint
Louis , & ancien Exempt des Gardes du Corps de
Sa Majefté , mort à Vernon en Normandie , le
25 Novembre 1763 , âgé d'environ ſoixante &
douze ans.
Bernard , Marquis de Verdelin , ancien Colonel
d'Infanterie , eſt mort à Paris le 27 Décembre
dernier dans la ſoixante-dix-ſeptiéme année de
fon âge
Antoinette-Henriette de Meſmes, veuve d'Hec
zor- Louis deGelas de Voiſins , Marquis d'Ambres,
206 MERCURE DE FRANCE.
Vicomte de Lautrec , Brigadier des Armées du
Roi & Lieutenant Général pour Sa Majesté en la
Province de Guyenne , eſt morte à Paris le 2 Janvier
, âgée de ſoixante- quatre ans.
Marie-Guyonne de Theobon- Rochefort , Marquiſe
de Pons , Dame d'Atour de feue Madame la
Ducheſſe de Berry , & depuis Dame d'Honneur
de feue Madame la Ducheſſe d'Orléans , épouſe
du Marquis de Pons , premier Maître de la Garderobe
de feu Monſeigneur le Duc de Berry , eſt
morte à Paris , le 6 , dans la quatre-vingt-troifiéme
année de fon âge.
Suivant les Regiſtres publics des Egliſes Paroiffiales
de cette Capitale , il y a eu, pendant le
cours de l'année derniere , 20171 Morts , 4479
Mariages , 17456 Baptêmes , & le nombre des
Enfans Trouvés ſe monte à 52530
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Résumé : MORTS.
Le texte relate les décès de plusieurs personnalités notables et présente des statistiques démographiques pour l'année précédente. Messire Louis-Chardon, Seigneur de Parteville, Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de Saint Louis et ancien Exempt des Gardes du Corps du Roi, est décédé à Vernon en Normandie le 25 novembre 1763 à l'âge d'environ soixante-douze ans. Bernard, Marquis de Verdelin, ancien Colonel d'Infanterie, est mort à Paris le 27 décembre à l'âge de soixante-dix-sept ans. Antoinette-Henriette de Mesmes, veuve d'Hector-Louis de Gelas de Voisins, Marquis d'Ambres, Vicomte de Lautrec, Brigadier des Armées du Roi et Lieutenant Général en Guyenne, est décédée à Paris le 2 janvier à l'âge de soixante-quatre ans. Marie-Guyonne de Theobon-Rochefort, Marquise de Pons, Dame d'Atour de la défunte Duchesse de Berry et Dame d'Honneur de la défunte Duchesse d'Orléans, épouse du Marquis de Pons, premier Maître de la Garderobe du défunt Duc de Berry, est morte à Paris le 6 janvier à l'âge de quatre-vingt-trois ans. Les registres publics des églises paroissiales de Paris indiquent 20 171 décès, 4 479 mariages, 17 456 baptêmes et 52 530 enfants trouvés au cours de l'année précédente.
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185
p. 208-209
CERTIFICAT de la Ville de Poitiers, donné sur l'Extrait Baptistaire de la Marquise de Crillon, tiré des registres de la Paroisse de Notre-Dame de Chandelière de Poitiers, & sur la notoriété publique.
Début :
Nous Jacques Stainville, Ecuyer, Seigneur de Fagel, Maire & Capitaine de la [...]
Mots clefs :
Seigneur, Écuyer, Certificat, Comte, Échevin, Dame
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CERTIFICAT de la Ville de Poitiers, donné sur l'Extrait Baptistaire de la Marquise de Crillon, tiré des registres de la Paroisse de Notre-Dame de Chandelière de Poitiers, & sur la notoriété publique.
CERTIFICAT de la Ville de Poitiers , donné fur
l'Extrait Baptiftaire de la Marquise de Crillon ,
tiré des regifires de la Paroiffe de Notre - Dame
de Chandelière de Poitiers , & fur la notoriété
publique.
Nous Jacques Stainville , Ecuyer , Seigneur
* SonExtraitmortuaire qui nous a été remis eft daté ·
de Velleron , dent M. le Duc de Crillon eft
Co-Seigneur,
OCTOBRE . 1764 . 209
de Fagel , Maire & Capitaine de la Ville de
Poitiers & autres Pairs & Echevins de la même
Ville , foulignés , certifions à qui il appartiendra
, que Melfire Pierre Bruneau & Dame Florence
Marfault , font habitans de cette Ville fur
la Paroille de Notre - Dame de la Chandelière, vivans
de leurs revenus, bien famés & bons Citoyens;
qu'ils ont pour Enfans Meffire René - François
Bruneau , Prêtre -Chanoine de S. Hilaire le Grand
de cette Ville,& Demoifelle Florence- Radegonde,
Louife-Eleonor- Julie Bruneau , élevée à Paris
dès l'âge de quatre ans fous le nom de Lavault ,
chez le fieur Aléxis Marfault fon oncle maternel
, portant auffi le nom de Lavault. En foi
de quoi nous avons délivré le préfent certificat
pour valoir & fervir à qui il appartiendra , à
Poitiers , le 22 Mai 1764. Signés , Labroffe ,
Gaborit , Stainville , Maire , le Comte , Eche
vin , du Theil , Echevin Pallu du Pinier
Echevin , François Jouffan , Echevin , Bardeau ,
Echevin , Billozue , Echevin . Au- deffous eft écrit
par MM. le Maire & Echevins , figné Bourbeau.
Vu par nous Intendant de Poitiers , figné de la
Bourdonnaye de Bloffac .
l'Extrait Baptiftaire de la Marquise de Crillon ,
tiré des regifires de la Paroiffe de Notre - Dame
de Chandelière de Poitiers , & fur la notoriété
publique.
Nous Jacques Stainville , Ecuyer , Seigneur
* SonExtraitmortuaire qui nous a été remis eft daté ·
de Velleron , dent M. le Duc de Crillon eft
Co-Seigneur,
OCTOBRE . 1764 . 209
de Fagel , Maire & Capitaine de la Ville de
Poitiers & autres Pairs & Echevins de la même
Ville , foulignés , certifions à qui il appartiendra
, que Melfire Pierre Bruneau & Dame Florence
Marfault , font habitans de cette Ville fur
la Paroille de Notre - Dame de la Chandelière, vivans
de leurs revenus, bien famés & bons Citoyens;
qu'ils ont pour Enfans Meffire René - François
Bruneau , Prêtre -Chanoine de S. Hilaire le Grand
de cette Ville,& Demoifelle Florence- Radegonde,
Louife-Eleonor- Julie Bruneau , élevée à Paris
dès l'âge de quatre ans fous le nom de Lavault ,
chez le fieur Aléxis Marfault fon oncle maternel
, portant auffi le nom de Lavault. En foi
de quoi nous avons délivré le préfent certificat
pour valoir & fervir à qui il appartiendra , à
Poitiers , le 22 Mai 1764. Signés , Labroffe ,
Gaborit , Stainville , Maire , le Comte , Eche
vin , du Theil , Echevin Pallu du Pinier
Echevin , François Jouffan , Echevin , Bardeau ,
Echevin , Billozue , Echevin . Au- deffous eft écrit
par MM. le Maire & Echevins , figné Bourbeau.
Vu par nous Intendant de Poitiers , figné de la
Bourdonnaye de Bloffac .
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Résumé : CERTIFICAT de la Ville de Poitiers, donné sur l'Extrait Baptistaire de la Marquise de Crillon, tiré des registres de la Paroisse de Notre-Dame de Chandelière de Poitiers, & sur la notoriété publique.
En mai 1764, la Ville de Poitiers a émis un certificat attestant l'extrait baptistère de la Marquise de Crillon, basé sur les registres de la paroisse de Notre-Dame de la Chandelière à Poitiers. Ce document est signé par Jacques Stainville, Maire de Poitiers, ainsi que par d'autres échevins. Il précise que Meffire Pierre Bruneau et Dame Florence Marfault, résidents de Poitiers, ont deux enfants : Meffire René-François Bruneau, prêtre-chanoine de Saint-Hilaire le Grand, et Demoiselle Florence-Radegonde Louise-Éléonor-Julie Bruneau, élevée à Paris sous le nom de Lavault chez son oncle maternel, Alexis Marfault. Le certificat est destiné à être utilisé par toute personne concernée et est validé par l'Intendant de Poitiers.
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