Résultats : 1588 texte(s)
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Liste
551
p. 330-345
Suite des Nouvelles de Paris.
Début :
L'Edit du Roy qui appelle à la succession de la Couronne [...]
Mots clefs :
Duc du Maine, Comte de Toulouse, Roi, Parlement, Archevêque de Canterbury, Batterie, Armées, Cérémonie, Notre-Dame de la Merci, Messe
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texteReconnaissance textuelle : Suite des Nouvelles de Paris.
Suite des Nouvelles de Paris. 4. L'Edit du Roy qui appelle
-1 la succession de la Couronne
M. le Duc du Maine, &
M. le Comte de Toulouse Se
leurs descendans masses., au
deffaut de tous les Princes du
Sang Royal, & qui ordonne
qu'ils jouiront des mêmes
rangs, honneurs,& préféances
que lesdits Princes duSang,
après tous lesdits Princes) fut
presente le deux de ce mois au
Parlement
,
M. le Duc d'Enguien
,M.le Princede Conty,
M. le Duc du Maine,&M. le
Comte de Toulouse s'estams
rendus au Palais. Les Pairs qui
,sîy trouvèrent, furent L' Archevêque
Duc deReims, l'Evêque
Comte de Noyon, Ecclesiastiques
;le Duc d'I^zés,
ole Dnuc de Sully, le Duc de S. ie Duc dela Force, le
Duc de Rohanle Duc de Luxembourg
,te Ducd'Estrées,
le Duc deGrammont, le Duc
Mazarin ,le DucdeTresmes,
le Duc deNoailles, leDuc de
Charost,leDuc d'Albrer,le
Duc deChaulnes, le Ducde
Vittars le Duc Dantin.m
>• M. de Mesmes, Premier
Président ayant : expliqué les
intentions du Roy, M. Joly
de Fleury, Avocat General
presenta l'Editde Sa Majesté)
qui fut lû: les Chambresas-
-fcn^lpes, l'Arrest d'eregistremcnt
fut ensuite prononcé
suivant lesconclusions duProcureur
Général. u M.leMatéchal deVillars
partis le n- de sa Terre de
Veaux,alla coucherà Troyes,
& le 12.à Langres,d'oùil alla
continuersa route vers Baden.
Le Prince Eugène doit
arriverezmême temps,,&on
croit que dans huit ou dix
jours ils auront terminé tout
ce quiresteàregler-, "i-.
Les Lettres du Camp devant
Barcelonnc du7portent
que le 3. lesAssiegezenleverent
quatreMineursEspagnols
&en tuerentdeux par ia faute
de ceux qui les soutenoient »
& qui s'estoient posté trop
loin. Aprésmidy 400. hommes
sortirent pourenlever les
Mineurs François du Bastion
de la Porte Neuve.,,, & ils firent
marcher devant eux soixante&
dixhommes ;mais ils
furent toustuez par les Grenadiers
,
excepté un qu'ils firent
prifennier. Le 4. on avançaune
partie des Batteries.Le j.milnommesfirent une fol'.
tie du cofté des Capucins,
surprirent une Redoute où à
019liolunm >dom
dix- huit furent tuez;on y accourut
,on les repoussà,&on
entua un grand nombre, sans
autre perte que de deux Soldats
tuez. Le6. une Batterie
de dix Canonstira tout le jour
contre le Bastion de Sainte
Claire. Le 7. quatre autres
Batteries tirèrent de fort prés.
Monsieur Dupuys Vauban
reçut un coup de Mousquet
audessous de l'épaule qui sort
à costé de la mammelle, mais
sans danger parce quil n'y a
aucune fraction,&qu'iln'entre
pas dans la capacité. On
dévoie Ic 11. oule 12. faire
jouer les Mines, & donner
J'assaut pour fc loger sur la
brêchcoà l'on meneradu Canonafinde
ruiner les Retranchements.
Les Barcelonnois firent le
50, répandre un écrit dans la
Catalogne pourexhorter tous
les peuples à les secourir dans
le danger oùils sont, &daller
joindre Armangoll'un de
leurs;Chefs qui tientla Campagne
:plusieurs lieux ont envoyez
cet écrit & les ordres
d'Armangol ànos Généraux;
d'autres l'alloientjoindrevers
Ostalerie ,.' Les
Les Lettres de Londres du
vingt de ce mois portentque
tout y estoitfort tranquille,
ainsi que danstoute la Grande
Bretagne ,
où jusques alors il
n'y avait. pas eu le moindre
mouvementLaRégence continuoit
à donner les ordres, au
dedans & au dehors; elle est
composée des Regents nommezparle
Parlement
,
qui
sont, l'Archevêque de Cantorbery
,
le Duc de Bukinhan
Président duConseil, leGrand
Tresorier,le Chancelier .&
Garde des Sceaux, Pierre le
Lord
,
Chef de Justice particulipr,&
le Comte cieStraf-|
lf'oArtmpirreamuietré.Commissaire de
Le Duc de Hanower en
avoit ajouté dix neufautres
par des Listes écrites de sa
main qu'ilavoit envëez à l'Archevêque
de Cantorbery ,au
Chancelier,&
- au lieur
Creyemberg son Résident.Le
Duc Schresbury que la feuë
Reinedéclarale 10. Grand
Tresorier, prit le2.possession.
de cette Charge, & commença
à en faire lafonction;commelaLoterie
dequatorze cens
; mil livresSterlin nese rem-
,', 4
plissoit pas, les 26. Regents y
ont souscrit pour des grandes
sommes
,
& on croit que le
reste fera bientôt remply par
la Banque Royale
, & par les
Marchands. Le 16. leChancelierfit
au nom des Regents
un Discours aux deux Chambres
du Parlement pour leurs
recommander l'union & la si'.
dclité pour le nouveau Roy
Georges, & il exhorta les
Communes à suppléer aux
Subsides qui cessoient par le
decés de la Reine,ce qu'elles
accordèrent le même jour.
Il y a environ un mois que
quatre ou cinq deMessieurs les
Mousquetaires ayant elleà li
chasse, sur la Terre deChamp
qui appartient à.M. de Bourvallais,
son Concierge alla les
prierde se retirer,a, moins
qu'ils n'eussent permission de
luy de chasser.En ayant elle
averty ,il en porta sa,p1aintc
à M. le Marquis de Vains qui
commande la Compagnie ;
depuis, ayant appris que l'on
avoit, répandu dans le Public
qu'il avoit dit qu'illes avoit
fait dcfarmer ,il a cru devoir
aller à l'Hostel des Mou(quc-I.
taires,lorsque la Compagnie I
fèroit assemblée,certifier que
ces bruits estoient faux, ce
qu'il a fait en termes forthonneftes,#
dônt M.le Marquis de
Vains, Mssieurs les Officiers'
&U Compagnie ont essé tresfetisfaits.
Le premier Dimanche déf
cé moisla Fetic-dc Nostre.
DDaamtneed-edlc.aI Mercy fut solem- 48
c-rcy fol tn«i--
m(ee dans l'Eglisede son Ordre
au Maraisprés l'Hostel dc"
Soubjzc. La grande Messe y
fut chantée en plein-chant&
au goût Italien
,
& Madame
la Princesse de Rohan yrenditkPain-
Bcni qui fut presenté
pourelle par son Aumônier
14 y en eut quatre ornez de
Cierges &de Banderolles, pre-
Cedez desSuisses de sa Maisons
des Timballes, des Trompettes
des Gendarmes de la Garde,
& autres de la Maison du
Roy. Le Sermon fut prononcé
,avant lesVêpres,«par M
l'Abbé le Paige
,
Docteur de
Sorbonne. Il fit connoistre
d'une manière fort éloquente
la grandeur & la qualité de
l'Ordre de la Mercy dans fork
établissement, & sa charité
dans le quatrièmevoeu que ces
Religieux font de rester en
- 'k 1 i
otage pour laredemption des.
Captifs. Les Vespres furent
suivies d'une Procession dont
la magnificence, l'ordre & la
pieté firent une des plus belles
cer1emonbie que leur Eglise ait célébré.
Messire Loüis de Bouchez,
Chevalier
y
Seigneur, Comte
de Montsoreau
,
Marquis de
Souches,& du Belley
,
Baron
d'Abondant, Lieutenant General
des Armées du Roy,
prêtaferment de fidelité entre
les mains du Roy, de la
Charge de Grand Prevost, le
jour de la Feste du Roy, dont
ilest filleul. Ffiiij
Son pere Louis
-
François
de Bouchez exerçât cette.
Charge avec dignité pendant
48. ou 49. ans. Il avoitesté:
reçu en survivance. de cette.
Charge de Jean de Bouchez,.
ayeul de Loüis, qu'il avoit eu.
de Mle Maréchal d'Hoquincourt.
Monsieur le Marquis de.
Lignerac
,
Brigadier des Armées
du Roy, a esté pourveu.
de la Charge de Lieutenant.
General de la Province du..
Haut Auvergne, dont il a prêté
le ferment entre les mains,
de Sa Majesté. Le premier de.
ccmoiil à (Hé aussi pourveu.
de celle de Grand Bailly du
Haut Auvergne
,
doncil doit
p/êter serment auParlement.
-1 la succession de la Couronne
M. le Duc du Maine, &
M. le Comte de Toulouse Se
leurs descendans masses., au
deffaut de tous les Princes du
Sang Royal, & qui ordonne
qu'ils jouiront des mêmes
rangs, honneurs,& préféances
que lesdits Princes duSang,
après tous lesdits Princes) fut
presente le deux de ce mois au
Parlement
,
M. le Duc d'Enguien
,M.le Princede Conty,
M. le Duc du Maine,&M. le
Comte de Toulouse s'estams
rendus au Palais. Les Pairs qui
,sîy trouvèrent, furent L' Archevêque
Duc deReims, l'Evêque
Comte de Noyon, Ecclesiastiques
;le Duc d'I^zés,
ole Dnuc de Sully, le Duc de S. ie Duc dela Force, le
Duc de Rohanle Duc de Luxembourg
,te Ducd'Estrées,
le Duc deGrammont, le Duc
Mazarin ,le DucdeTresmes,
le Duc deNoailles, leDuc de
Charost,leDuc d'Albrer,le
Duc deChaulnes, le Ducde
Vittars le Duc Dantin.m
>• M. de Mesmes, Premier
Président ayant : expliqué les
intentions du Roy, M. Joly
de Fleury, Avocat General
presenta l'Editde Sa Majesté)
qui fut lû: les Chambresas-
-fcn^lpes, l'Arrest d'eregistremcnt
fut ensuite prononcé
suivant lesconclusions duProcureur
Général. u M.leMatéchal deVillars
partis le n- de sa Terre de
Veaux,alla coucherà Troyes,
& le 12.à Langres,d'oùil alla
continuersa route vers Baden.
Le Prince Eugène doit
arriverezmême temps,,&on
croit que dans huit ou dix
jours ils auront terminé tout
ce quiresteàregler-, "i-.
Les Lettres du Camp devant
Barcelonnc du7portent
que le 3. lesAssiegezenleverent
quatreMineursEspagnols
&en tuerentdeux par ia faute
de ceux qui les soutenoient »
& qui s'estoient posté trop
loin. Aprésmidy 400. hommes
sortirent pourenlever les
Mineurs François du Bastion
de la Porte Neuve.,,, & ils firent
marcher devant eux soixante&
dixhommes ;mais ils
furent toustuez par les Grenadiers
,
excepté un qu'ils firent
prifennier. Le 4. on avançaune
partie des Batteries.Le j.milnommesfirent une fol'.
tie du cofté des Capucins,
surprirent une Redoute où à
019liolunm >dom
dix- huit furent tuez;on y accourut
,on les repoussà,&on
entua un grand nombre, sans
autre perte que de deux Soldats
tuez. Le6. une Batterie
de dix Canonstira tout le jour
contre le Bastion de Sainte
Claire. Le 7. quatre autres
Batteries tirèrent de fort prés.
Monsieur Dupuys Vauban
reçut un coup de Mousquet
audessous de l'épaule qui sort
à costé de la mammelle, mais
sans danger parce quil n'y a
aucune fraction,&qu'iln'entre
pas dans la capacité. On
dévoie Ic 11. oule 12. faire
jouer les Mines, & donner
J'assaut pour fc loger sur la
brêchcoà l'on meneradu Canonafinde
ruiner les Retranchements.
Les Barcelonnois firent le
50, répandre un écrit dans la
Catalogne pourexhorter tous
les peuples à les secourir dans
le danger oùils sont, &daller
joindre Armangoll'un de
leurs;Chefs qui tientla Campagne
:plusieurs lieux ont envoyez
cet écrit & les ordres
d'Armangol ànos Généraux;
d'autres l'alloientjoindrevers
Ostalerie ,.' Les
Les Lettres de Londres du
vingt de ce mois portentque
tout y estoitfort tranquille,
ainsi que danstoute la Grande
Bretagne ,
où jusques alors il
n'y avait. pas eu le moindre
mouvementLaRégence continuoit
à donner les ordres, au
dedans & au dehors; elle est
composée des Regents nommezparle
Parlement
,
qui
sont, l'Archevêque de Cantorbery
,
le Duc de Bukinhan
Président duConseil, leGrand
Tresorier,le Chancelier .&
Garde des Sceaux, Pierre le
Lord
,
Chef de Justice particulipr,&
le Comte cieStraf-|
lf'oArtmpirreamuietré.Commissaire de
Le Duc de Hanower en
avoit ajouté dix neufautres
par des Listes écrites de sa
main qu'ilavoit envëez à l'Archevêque
de Cantorbery ,au
Chancelier,&
- au lieur
Creyemberg son Résident.Le
Duc Schresbury que la feuë
Reinedéclarale 10. Grand
Tresorier, prit le2.possession.
de cette Charge, & commença
à en faire lafonction;commelaLoterie
dequatorze cens
; mil livresSterlin nese rem-
,', 4
plissoit pas, les 26. Regents y
ont souscrit pour des grandes
sommes
,
& on croit que le
reste fera bientôt remply par
la Banque Royale
, & par les
Marchands. Le 16. leChancelierfit
au nom des Regents
un Discours aux deux Chambres
du Parlement pour leurs
recommander l'union & la si'.
dclité pour le nouveau Roy
Georges, & il exhorta les
Communes à suppléer aux
Subsides qui cessoient par le
decés de la Reine,ce qu'elles
accordèrent le même jour.
Il y a environ un mois que
quatre ou cinq deMessieurs les
Mousquetaires ayant elleà li
chasse, sur la Terre deChamp
qui appartient à.M. de Bourvallais,
son Concierge alla les
prierde se retirer,a, moins
qu'ils n'eussent permission de
luy de chasser.En ayant elle
averty ,il en porta sa,p1aintc
à M. le Marquis de Vains qui
commande la Compagnie ;
depuis, ayant appris que l'on
avoit, répandu dans le Public
qu'il avoit dit qu'illes avoit
fait dcfarmer ,il a cru devoir
aller à l'Hostel des Mou(quc-I.
taires,lorsque la Compagnie I
fèroit assemblée,certifier que
ces bruits estoient faux, ce
qu'il a fait en termes forthonneftes,#
dônt M.le Marquis de
Vains, Mssieurs les Officiers'
&U Compagnie ont essé tresfetisfaits.
Le premier Dimanche déf
cé moisla Fetic-dc Nostre.
DDaamtneed-edlc.aI Mercy fut solem- 48
c-rcy fol tn«i--
m(ee dans l'Eglisede son Ordre
au Maraisprés l'Hostel dc"
Soubjzc. La grande Messe y
fut chantée en plein-chant&
au goût Italien
,
& Madame
la Princesse de Rohan yrenditkPain-
Bcni qui fut presenté
pourelle par son Aumônier
14 y en eut quatre ornez de
Cierges &de Banderolles, pre-
Cedez desSuisses de sa Maisons
des Timballes, des Trompettes
des Gendarmes de la Garde,
& autres de la Maison du
Roy. Le Sermon fut prononcé
,avant lesVêpres,«par M
l'Abbé le Paige
,
Docteur de
Sorbonne. Il fit connoistre
d'une manière fort éloquente
la grandeur & la qualité de
l'Ordre de la Mercy dans fork
établissement, & sa charité
dans le quatrièmevoeu que ces
Religieux font de rester en
- 'k 1 i
otage pour laredemption des.
Captifs. Les Vespres furent
suivies d'une Procession dont
la magnificence, l'ordre & la
pieté firent une des plus belles
cer1emonbie que leur Eglise ait célébré.
Messire Loüis de Bouchez,
Chevalier
y
Seigneur, Comte
de Montsoreau
,
Marquis de
Souches,& du Belley
,
Baron
d'Abondant, Lieutenant General
des Armées du Roy,
prêtaferment de fidelité entre
les mains du Roy, de la
Charge de Grand Prevost, le
jour de la Feste du Roy, dont
ilest filleul. Ffiiij
Son pere Louis
-
François
de Bouchez exerçât cette.
Charge avec dignité pendant
48. ou 49. ans. Il avoitesté:
reçu en survivance. de cette.
Charge de Jean de Bouchez,.
ayeul de Loüis, qu'il avoit eu.
de Mle Maréchal d'Hoquincourt.
Monsieur le Marquis de.
Lignerac
,
Brigadier des Armées
du Roy, a esté pourveu.
de la Charge de Lieutenant.
General de la Province du..
Haut Auvergne, dont il a prêté
le ferment entre les mains,
de Sa Majesté. Le premier de.
ccmoiil à (Hé aussi pourveu.
de celle de Grand Bailly du
Haut Auvergne
,
doncil doit
p/êter serment auParlement.
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Résumé : Suite des Nouvelles de Paris.
Le texte décrit plusieurs événements politiques et militaires. Le 2 du mois, un édit royal a été présenté au Parlement, désignant le Duc du Maine et le Comte de Toulouse comme successeurs à la couronne, après tous les Princes du Sang. Les pairs présents incluaient l'Archevêque Duc de Reims, le Duc d'Izé, le Duc de Sully, et plusieurs autres. L'édit a été lu et enregistré après les conclusions du Procureur Général. Le Maréchal de Villars a quitté sa terre de Veaux pour se rendre à Baden afin de rencontrer le Prince Eugène et régler des affaires militaires. À Barcelone, les assiégés ont tenté des opérations contre les mineurs français, mais ont subi des pertes. Les Barcelonnois ont également appelé à l'aide dans la Catalogne. À Londres, la Régence continue de fonctionner tranquillement, composée de régents nommés par le Parlement, incluant l'Archevêque de Cantorbery et le Duc de Buckingham. Le Duc de Schresbury a pris possession de la charge de Grand Trésorier. Les régents ont souscrit à une loterie pour lever des fonds. En France, un incident impliquant des Mousquetaires et le Concierge de M. de Bourvallais a été résolu par le Marquis de Vains. Une fête solennelle de l'Ordre de la Mercy a été célébrée à l'église du Marais, avec une messe en plein-chant et un sermon prononcé par l'Abbé le Paige. Enfin, Louis de Bouchez a prêté serment pour la charge de Grand Prévost, succédant à son père. Le Marquis de Lignerac a été nommé Lieutenant Général de la Province du Haut Auvergne et Grand Bailly du Haut Auvergne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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552
p. 276-304
NOUVELLES de ce qui se passe dans Barcelone, & la disposition des Troupes.
Début :
Du 21. Aoust. Il y a dans cette place 2000. [...]
Mots clefs :
Barcelone, Hommes, Rebelles, Mines, Troupes, Régiment, Tranchée, Armes, Bataille, Maréchal de Berwick, Détachement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES de ce qui se passe dans Barcelone, & la disposition des Troupes.
NOUVELLES
** de ce qui ſe paſſe dans Barcelone
, & la difpofition des
Troupes.
Du 21. Aouft
Il ya dans cette Place 2000.
hommes de Troupes reglées
tant Infanterie que Cavalerie.
Les Chefs des Rebelles
font le premier Villaroüel ,
le ſecond c'eſtoit Poanton
Lieutenant General , il eſt
deferté ,& fon employ eft
encore vacant..
GALANT 277
Ilya un Major General de
Bataille qui s'appelle Jozepet.
Celuy qui commande la
Cavaleric est le Chevalier
Romana , le Commandant de
l'Artillerie eſt Balet qui eft
auſſi Ingenieur en chef Bru
no Torner eft Capitaine de
Bombardiers , & Pacheras eft
Capitaine des Mineurs .
Le Regiment de la Colonelle
est composé de fix Ba
taillons de soo. hommes,
Le nombre des Habitans
qui prennent les armes &qui
font actuellement le Service
va à 3000. hommes qui font
178 MERCURE
parmy les Troupes reglées ;
&le Regiment de la Colo-
7 Les Places d'Armes font
au nombre de trois , la pre
miere s'étend depuis Sainte
Catherine juſqu'à la Chapelle
de Marcos , la ſeconde au
Palais ,& la troifiéme à la
Mercediosla
- Ceux qui occupent la Demi-
Lune de la porte neuve ,
ont actuellement unRenfort
à faint Pierre & au Jardin de
ce Convent.
Le renfort de la breſche eſt
à laplacede ſaint Pierre.Ceux
GALANT 299
qui gardent la Denni Lune de
fainte Claire ont le leur à la
Celuy de la garde du Baf
tion du Levant eft à l'Aucata.
Dans l'écurie de l'Aucata ,
il y a toûjours cent chevaux
de Piguet quo
ס נ ו כ כ
obDans le Jardin de Gury , ily
aauffi cens chevaux de Piquet
hors laVille le long de laMer.
Le fignal pour l'allarme c'eſt
le toquefin , lors duquel ils
font tous obligez de prendre
les armes , & ceux qui refuſent
de marcher font pris &
mis en prifon.
280 MERCURE
1
La coupure qui eſt derriere
la bieſche prend depuis la
porte neuve juſqu'aux Poten
ces; l'ona abattu toutes les
Egliſes&maiſonsdepuis faint
Auguſtin juſqu'aux Bouche-
Cette coupure eſt dans ſa
perfection ; il y a une grande
place d'armes,avec un grand
foffé de douze pieds de profondeur
& dix de largeur. La
muraille eſt de pierre & de
terre d'argile ; l'on y a mis
cinq pieces de canon ſur les
deux coſtez chargées à
touche.
a car-
1
Il
GALANT. 281
Ilyadans la PlaceunConfeil
de guerre qu'on appelle
Junta magna , où aſſiſtent le
Gouverneur de laProvince appelléTorrellas
, qui eſtant fort
âgé a pour Lieutenans Don
Francifco Sayol ,DonJoſeph
de Pinot, le Comte de Po
nonos,leComte de Plazencia,
leMarquis de Sermanat , Don
Fiancilco Sivaller , & Don
Emmanuel Ferrer, coup inq
Ceux qui ont foin de faire
payer les Troupes, font Salvador
Felice , Juan Llinas , Ci
toven , Chattople Llado , le
Docteur Monnar,Medecin
Septembre 1714. Aa
281 MERCURE
/
4
Francifco Moſcaro , Marchand
auffi bien que Joſeph
Durand , Muriano Durand,
Comallas , Juan Albaret ,&
le nommé Fer. L'argent ſe
prend par tout où l'on ſçait
qu'il yen a de gré ou de for
co , & ceux qui refuſent dele
donner font pris & mis en
prifon.
Le nombre des bleſſez depuis
qu'on bat en brefehe
pour aller à 600 hommes.
Lc 14. Août le Comte
Don Jofeph Mata,DonCar
los Ribera ,Don Magin Ninot,
Don Francifco de laVoGALANY.
ga,& le fils du Juge Salvador
furent tuez; le fils aîné de Be
rardo avec deux fils de Llinas
farent bleſſeze 2ob ediểu
Ua sûr dans l'action du
même jour soo hommes tucz
A
A Gironne le 8, Septembre
D
Par lesLettres ddou quarre,
Monfieur , que je viens de
IsEcupiti du Campideyang
Barcelone,j'apppprreenndd que les
nouvelles batteries conti
nuoient àtiter vivement pour
ouvrir les nouvelles breches
Aaij
284 MERCURE
& qu'elles eltoient prelqueen
eftat auſſi bien que les Mines.
L'on me mande que M. le
Maréchal de Berwick avoit
fait fommet le 3. les Barcelonois
pour la premiere &
derniere fois ; ils répondirent
qu'ils alloient aff mbler leurs
Confeils que cela feroit un
peu long , mais qu'ils feroient
A
leurs réponſes Le 4 au foir
tirer de
elle n'eſtoir pas encore venue.
L'on continue cependant de
part & d'autre &l'on
croit qu'ils ne ſe prefferont
pas de la faire , parce que le
defordre que les caux ont
A
GALANT. 285
1
fait à la tranchée & dans les
Mines leur a donné de nou
velles efperances &relevé leur
courages il eſt certain que la
famine eſt dans cette Places
beaucoup de gens voudroient
en fortir , mais M. le Maréchal
de Berwick veurs que
Ponles'y faffe rentrer & cela
s'execute régulierement. Le 32
plus de 200 perſonnes entre
Jefquelles ily avoir beaucoup
defemmes ,parurent hors de
la Ville pour fortirsen implo
rant lamifericorde du Roy&
crane vive Philippes Vo mais
en les obligeaàrentrer
286 MERCURE
que
Il fait un temps fi affreux
depuis 10, ou 12. jours que
toutes les tranchées ont eſté
inondées , & qu'il eſt entré
beaucoup d'eau dans les Mines
,ce qui retardera encore
le Siege quelque tempsiolo
Paredes Lettres du
je viens de recevoir de Mataro
, l'on me mande qu'un
Enſeigne ayantdeferté de la
Place avec fix foldats , avoit
dit que le Confeil eſtoit encore
affemblé ,que l'on difoit
que trois perfonnes avoient
ſté nommées pour aller par
Jet àMonfieur deMaréchal de
GALANT. 287
Berwick, alçavoir leGeneral
de Bataille Joſeper , le Marquis
de Tamarit ,& le Comte
de Placentia. Que l'on ne ſçavoit
pas quel jour ce feroit;
mais que s'il y avoit quelque
retardement ce n'estoit qu'à
cauſe du déſordre que l'on
[çavoit que les eaux avoient
fait dans la tranchée & dane
les Mines, ce qui leur avoi
selevé le courage.201
Quant à ce qui ſe paſſedans
IePaysducoſtéde la Marine,le
Village de Saint Hiſcle a eſté
pillé Sentierement brulé
par le détachement deMon
188 MERCURE
fieur de Valloute queſtoir
à Tordera ; & deux autres
des Troupes d'Eſpagne qui
s'y estoient joint Les Rebelles
ſe ſont appro hez ' aprés
avoir abandonne Canet ; mais
lors qu'ils fçûrent que l'on
marchoit de ce colte là , ils
fitent la même manoeuvre ,
ainſi la chofe fut faite fans
refittance
C'eſt unVillage ſitué dans
un pays tres difficile prés de
la Mer qui ſervoit de retraite
& de magaſin aux Rebelles
dont ils farfoient continuellement
porter des vivres
Saint
GALANT. 289
Saint Paul & Canet pour
Barcelone.
Monfieur de Vallouſe a
auſſi fait bruler à ſon retour
ſept Barques de Barcelone
avec leurs agrés qu'il trouva
àCanet & à Saint Paul.
Pour ce qui eſt de la Montagne,
Monfieur de Rauchop
eſt toûjours avec un détachement
du coſté de Ripoüille ,
& Meragas ,s'eſt retiré un
peu plus loin du côté de la
Puebla qui eſt à quatre heures
de là.
Les Rebelles s'y eſtoient
aſſemblez pour faire de nou-
Septembre 17 14 . Bb
290 MERCURE
veau ſoulever le pays ; mais
comme l'on n'a ſçû depuis
qu'ils avoient marché du côté
de Manresa , Monfieur de
Bracamonté profite de ce
temps là pour aller bruler de
nouveau Arbucia où il y a un
autre corps de Rebelles. Monfieur
le Comte de Frenne a
envoyé un détachement dans
la Plaine de Vich , pour le
favoriſer dans ſon expedition :
c'eſt un endroitdans le Mouſigny
qui eſt continuellement
ſous les armes & qui fert de
retraite & de magaſin aux
Rebelles.
GALANT. 297
Le deux de ce mois au matin
trois Officiers de Cavaleric
de la Ville vinrent au Camp
commedeferteurs. M. le Marêchal
de Berwick les interrogea
, les fit garder à veuë , &
enſuite embarquer pour Pcniſcola.
Le meſme jour deux unCapitaine
de Volontaires du
Marquis Delpoal deferta , &
eût une longue conference
avec M. le Mareſchal qui le fit
refter chez luy; l'on croit qu'il
doit aller joindre quelqu'un
des Camps volans detachez de
l'Armée contre cesRebelles.
Bb ij
292 MERCURE
Les nouvelles breches &
les mines vont parfaitement
bien , mais une grande pluye
qu'il fit hier pendant dix à
douze heures a inondé la
plus grande partie de la tranchée
,& fur tout mis beaucoup
d'eau dans les mines ,
dont quelque partie s'eſt
éboulée : on travailie à reparer
les dommages , cependant
ces orages réïterez cauſent du
retardement. Les Affiegez
pretendent avoir eventé la
mine des Eſpagnols qui eſt
ſous la courtine prés l'angle
rentrant du Baſtion de la porGALANT.
293
re neuve.. Mais on dit qu'elle
n'eſt point endommagée
d'autant plus que l'on a poufſé
un rameau d'un autre côté;
d'ailleurs on aſſeure que les
breches dont le nombre augmente
tous les jours , & qui
quand cette mine n'y ſeroit
pas feront encore 6. attaques,
Leront encore plus que ſuffifantes
,&tout ſe diſpoſe pour
leſdites attaques. Les Dragons
en auront une. Mole Marefchal
fait faire des échelles ,&
l'on en a déja porté beaucoup
avec un grand nombre de
grenades aux dépoſts que l'on
Bb iij
294 MERCURE
a formez prés les débouchez
marquez pour l'attaque des
breches.
M. le Maréchal voulut bien
les faire ſommer hier 3 à 10 .
heures du matin avant de les
expoſer à un affaut general ,
ils répondirent qu'ils affembleroient
leur conſeil : une
heure aprés ils demanderent fi
l'on ſouhaitoit pour ôrages
des hommes de guerre ou de
Magiftrature , ajoûtant qu'ils
ne pouvoient ceffer de tirer ,
de maniere que le feu a toûjours
continué de part &
d'autre;&quoyqu'il y ait prés
GALANT . 295
de 36. heures , il ne paroît pas
qu'ils ayent encore fait de réponſe.
L'on aſſeure neanmoins
qu'il eſt venu cette nuit deux
Exprés avec des Lettres dú
ſieur Villaroël qui ont fait
éveiller Monfieur le Maref
chal ; mais comme il a dit à
tout le monde que ce n'eſtoit
que des deferteurs , on a jugé
qu'il vouloit qu'on ignoraft
le reſte.
Le pain eft tres - rare & fort
cher dans Barcelone , d'où
les femmes viennent en grand
nombre fur le bordde nos lignes
pour tâcher d'en fortir ,
B b iiij
J
296 MERCURE
A
mais M. le Maréchal a donné
ordre par toutde les faire rentrer
par forcedans la Ville.
2. M. de Sardini Montriel
Lieutenant Colonel du Regiment
de la Marine , homme
tres eſtimé de toutes les manieres
a eu ce matin une jambe
emportée d'un coup de canon
, & l'autre tres endommagée
en deſcendant la tranchéc.
Enfin aprés trois jours entiers
pendant leſquels les Barcelonois
ont fait pluſieurs
aſſemblées generales leſquelles
auroient dû naturellement
GALANT. 297
finir pour envoyer les trois
Deputez qu'ils avoient nommez
dés le premier jour : le
réſultat du tout a eſté que le
nommé Jozepet General de
Bataille dans cette Ville ayant
demandé hier à parler àMonfieur
le Chevalier d'Hasfeld
qui eſtoit de tranchée , luy
rendit pour réponſe que la
Ville ne vouloit écouter aucunes
propefkions & luy demanda
enfuite s'il vouloit
quelque choſe de plus ; cela
fini il luy conſeilla de ſe retirer
promptement , &l'on recommença
à tirer de part & d'au298
MERCURE
tres ; l'extravagance de cette
réponſe étant encore mieux
marquée en Efpagnol comme
elle a eſté faite , on en joint
une copie à la preſente.
:
La nuit du quatre au cinq
les Affiegez firent une fortic
par deux endroits du chemin
couvert qui eſt prés de la
Redoute de la Mer , ils tomberent
fur les deux Compagnies
des Grensers du Regiment
d'Auvergne qui les
chafferent & leur tuerent
treize hommes ; mais des
Officiers de ces deux Compagnies
, ily en eutdeux deblef.
GALANT. 299
ſez , deux morts & vingtun
Grenadiers tuez oubleffez.
La nuit du cinq au fix il fit
une ſi grande pluye que ces
inondations réïterées obligerent
d'abandonner la Mine
des Eſpagnols , celle du ſieur
de Lorme pouvant eſtre plus
facilement réparée,on compte
qu'elle ſera en état au plus
tard le neuf..
Il entra encore avant hier
•aprés midy dans Barcelone
deux groffes Barques chargées
de proviſions à la veuë
de toute l'Armée ; on parle
d'en armer vingt- cinq ou tren300
MERCURE
te pour s'oppoſer à tous les
petits Baſtimens qu'ils font
entrer de cette maniere dans
laPlace.
Les Rebelles de la Montagne
s'eſtant raſſemblez devant
Manreze au nombre de plus
de 4000. l'ont attaqué &même
bleſſé à mort le Gouverneur
; mais les détachemens
qui ſont toûjours en campagne
s'eſtant réünis les en ont
chaffez.
Monfieur de Sardiny Lieutenant
Colonel du Regiment
de la Marine eſt mort des
bleſſures dont on a parlé. 3
GALANT 301
Respuesta bichaporla ciudadde
Barcelona dopalabra altenienté
General detrinxera Cavallero
d'Hasfeld el dia 6. Setiembre
1714. Segun que el general detrinxera
hauia propuesto dias.
Laciudad ha hecho tresjuntas
a refuelto lo figuiente.
La ciudad noquiere admittir
propofition alguna quiere V. E.
algoMas?
Le 7. de ce mois les Barcelonois
firent la réponſe ſuivante
à la ſommation qui leur
avoit été faite deux jours
avant.
Un Officier vint ſur labre302
MERCURE
che , & demanda à parler à
l'Officier General commendant
la tranchée , qui étoit M.
leChevalier d'Hasfeld , il luy
lut la réponſe , contenant que
la Députation de Barcelone
faiſoit ſçavoir à M. le Maréchal
de Berwick qu'elle n'avoit
aucune propoſitionàfaire
ni à recevoir.
Le 11. on a donné l'aſſaut
general fans avoir pu ſe
ſervir des Mines qui ſe trouvoient
toutes noyées , & on
s'eſt empaté de tous les trois
Baſtions attaquez , &des retranchemens
; les Barcelonois
GALANT. 303
eſtoient retranchez dans les
maiſons , & dans les ruës , &
avoient demandé à capituler ,
fur quoyMonfieur le Maref
chal de Berwick leur fit répondre
qu'ils ne pouvoient
demander autre choſe que
d'eſtre pris à diſcretion.
On en étoit là lors que M.
le Ducde Mortemart eft party.
On attend la fin de cette
affaire par M. le Marquis de
Broglio.
e M. de la Villemenu , Colonel
d'Orleans a un coup de
fufil au travers du corps .
M. de Tailleran la cuiſſe
coupéc.
304 MERCURE
M. dHoudetot un coup
de fuſil dans l'aîne.
** de ce qui ſe paſſe dans Barcelone
, & la difpofition des
Troupes.
Du 21. Aouft
Il ya dans cette Place 2000.
hommes de Troupes reglées
tant Infanterie que Cavalerie.
Les Chefs des Rebelles
font le premier Villaroüel ,
le ſecond c'eſtoit Poanton
Lieutenant General , il eſt
deferté ,& fon employ eft
encore vacant..
GALANT 277
Ilya un Major General de
Bataille qui s'appelle Jozepet.
Celuy qui commande la
Cavaleric est le Chevalier
Romana , le Commandant de
l'Artillerie eſt Balet qui eft
auſſi Ingenieur en chef Bru
no Torner eft Capitaine de
Bombardiers , & Pacheras eft
Capitaine des Mineurs .
Le Regiment de la Colonelle
est composé de fix Ba
taillons de soo. hommes,
Le nombre des Habitans
qui prennent les armes &qui
font actuellement le Service
va à 3000. hommes qui font
178 MERCURE
parmy les Troupes reglées ;
&le Regiment de la Colo-
7 Les Places d'Armes font
au nombre de trois , la pre
miere s'étend depuis Sainte
Catherine juſqu'à la Chapelle
de Marcos , la ſeconde au
Palais ,& la troifiéme à la
Mercediosla
- Ceux qui occupent la Demi-
Lune de la porte neuve ,
ont actuellement unRenfort
à faint Pierre & au Jardin de
ce Convent.
Le renfort de la breſche eſt
à laplacede ſaint Pierre.Ceux
GALANT 299
qui gardent la Denni Lune de
fainte Claire ont le leur à la
Celuy de la garde du Baf
tion du Levant eft à l'Aucata.
Dans l'écurie de l'Aucata ,
il y a toûjours cent chevaux
de Piguet quo
ס נ ו כ כ
obDans le Jardin de Gury , ily
aauffi cens chevaux de Piquet
hors laVille le long de laMer.
Le fignal pour l'allarme c'eſt
le toquefin , lors duquel ils
font tous obligez de prendre
les armes , & ceux qui refuſent
de marcher font pris &
mis en prifon.
280 MERCURE
1
La coupure qui eſt derriere
la bieſche prend depuis la
porte neuve juſqu'aux Poten
ces; l'ona abattu toutes les
Egliſes&maiſonsdepuis faint
Auguſtin juſqu'aux Bouche-
Cette coupure eſt dans ſa
perfection ; il y a une grande
place d'armes,avec un grand
foffé de douze pieds de profondeur
& dix de largeur. La
muraille eſt de pierre & de
terre d'argile ; l'on y a mis
cinq pieces de canon ſur les
deux coſtez chargées à
touche.
a car-
1
Il
GALANT. 281
Ilyadans la PlaceunConfeil
de guerre qu'on appelle
Junta magna , où aſſiſtent le
Gouverneur de laProvince appelléTorrellas
, qui eſtant fort
âgé a pour Lieutenans Don
Francifco Sayol ,DonJoſeph
de Pinot, le Comte de Po
nonos,leComte de Plazencia,
leMarquis de Sermanat , Don
Fiancilco Sivaller , & Don
Emmanuel Ferrer, coup inq
Ceux qui ont foin de faire
payer les Troupes, font Salvador
Felice , Juan Llinas , Ci
toven , Chattople Llado , le
Docteur Monnar,Medecin
Septembre 1714. Aa
281 MERCURE
/
4
Francifco Moſcaro , Marchand
auffi bien que Joſeph
Durand , Muriano Durand,
Comallas , Juan Albaret ,&
le nommé Fer. L'argent ſe
prend par tout où l'on ſçait
qu'il yen a de gré ou de for
co , & ceux qui refuſent dele
donner font pris & mis en
prifon.
Le nombre des bleſſez depuis
qu'on bat en brefehe
pour aller à 600 hommes.
Lc 14. Août le Comte
Don Jofeph Mata,DonCar
los Ribera ,Don Magin Ninot,
Don Francifco de laVoGALANY.
ga,& le fils du Juge Salvador
furent tuez; le fils aîné de Be
rardo avec deux fils de Llinas
farent bleſſeze 2ob ediểu
Ua sûr dans l'action du
même jour soo hommes tucz
A
A Gironne le 8, Septembre
D
Par lesLettres ddou quarre,
Monfieur , que je viens de
IsEcupiti du Campideyang
Barcelone,j'apppprreenndd que les
nouvelles batteries conti
nuoient àtiter vivement pour
ouvrir les nouvelles breches
Aaij
284 MERCURE
& qu'elles eltoient prelqueen
eftat auſſi bien que les Mines.
L'on me mande que M. le
Maréchal de Berwick avoit
fait fommet le 3. les Barcelonois
pour la premiere &
derniere fois ; ils répondirent
qu'ils alloient aff mbler leurs
Confeils que cela feroit un
peu long , mais qu'ils feroient
A
leurs réponſes Le 4 au foir
tirer de
elle n'eſtoir pas encore venue.
L'on continue cependant de
part & d'autre &l'on
croit qu'ils ne ſe prefferont
pas de la faire , parce que le
defordre que les caux ont
A
GALANT. 285
1
fait à la tranchée & dans les
Mines leur a donné de nou
velles efperances &relevé leur
courages il eſt certain que la
famine eſt dans cette Places
beaucoup de gens voudroient
en fortir , mais M. le Maréchal
de Berwick veurs que
Ponles'y faffe rentrer & cela
s'execute régulierement. Le 32
plus de 200 perſonnes entre
Jefquelles ily avoir beaucoup
defemmes ,parurent hors de
la Ville pour fortirsen implo
rant lamifericorde du Roy&
crane vive Philippes Vo mais
en les obligeaàrentrer
286 MERCURE
que
Il fait un temps fi affreux
depuis 10, ou 12. jours que
toutes les tranchées ont eſté
inondées , & qu'il eſt entré
beaucoup d'eau dans les Mines
,ce qui retardera encore
le Siege quelque tempsiolo
Paredes Lettres du
je viens de recevoir de Mataro
, l'on me mande qu'un
Enſeigne ayantdeferté de la
Place avec fix foldats , avoit
dit que le Confeil eſtoit encore
affemblé ,que l'on difoit
que trois perfonnes avoient
ſté nommées pour aller par
Jet àMonfieur deMaréchal de
GALANT. 287
Berwick, alçavoir leGeneral
de Bataille Joſeper , le Marquis
de Tamarit ,& le Comte
de Placentia. Que l'on ne ſçavoit
pas quel jour ce feroit;
mais que s'il y avoit quelque
retardement ce n'estoit qu'à
cauſe du déſordre que l'on
[çavoit que les eaux avoient
fait dans la tranchée & dane
les Mines, ce qui leur avoi
selevé le courage.201
Quant à ce qui ſe paſſedans
IePaysducoſtéde la Marine,le
Village de Saint Hiſcle a eſté
pillé Sentierement brulé
par le détachement deMon
188 MERCURE
fieur de Valloute queſtoir
à Tordera ; & deux autres
des Troupes d'Eſpagne qui
s'y estoient joint Les Rebelles
ſe ſont appro hez ' aprés
avoir abandonne Canet ; mais
lors qu'ils fçûrent que l'on
marchoit de ce colte là , ils
fitent la même manoeuvre ,
ainſi la chofe fut faite fans
refittance
C'eſt unVillage ſitué dans
un pays tres difficile prés de
la Mer qui ſervoit de retraite
& de magaſin aux Rebelles
dont ils farfoient continuellement
porter des vivres
Saint
GALANT. 289
Saint Paul & Canet pour
Barcelone.
Monfieur de Vallouſe a
auſſi fait bruler à ſon retour
ſept Barques de Barcelone
avec leurs agrés qu'il trouva
àCanet & à Saint Paul.
Pour ce qui eſt de la Montagne,
Monfieur de Rauchop
eſt toûjours avec un détachement
du coſté de Ripoüille ,
& Meragas ,s'eſt retiré un
peu plus loin du côté de la
Puebla qui eſt à quatre heures
de là.
Les Rebelles s'y eſtoient
aſſemblez pour faire de nou-
Septembre 17 14 . Bb
290 MERCURE
veau ſoulever le pays ; mais
comme l'on n'a ſçû depuis
qu'ils avoient marché du côté
de Manresa , Monfieur de
Bracamonté profite de ce
temps là pour aller bruler de
nouveau Arbucia où il y a un
autre corps de Rebelles. Monfieur
le Comte de Frenne a
envoyé un détachement dans
la Plaine de Vich , pour le
favoriſer dans ſon expedition :
c'eſt un endroitdans le Mouſigny
qui eſt continuellement
ſous les armes & qui fert de
retraite & de magaſin aux
Rebelles.
GALANT. 297
Le deux de ce mois au matin
trois Officiers de Cavaleric
de la Ville vinrent au Camp
commedeferteurs. M. le Marêchal
de Berwick les interrogea
, les fit garder à veuë , &
enſuite embarquer pour Pcniſcola.
Le meſme jour deux unCapitaine
de Volontaires du
Marquis Delpoal deferta , &
eût une longue conference
avec M. le Mareſchal qui le fit
refter chez luy; l'on croit qu'il
doit aller joindre quelqu'un
des Camps volans detachez de
l'Armée contre cesRebelles.
Bb ij
292 MERCURE
Les nouvelles breches &
les mines vont parfaitement
bien , mais une grande pluye
qu'il fit hier pendant dix à
douze heures a inondé la
plus grande partie de la tranchée
,& fur tout mis beaucoup
d'eau dans les mines ,
dont quelque partie s'eſt
éboulée : on travailie à reparer
les dommages , cependant
ces orages réïterez cauſent du
retardement. Les Affiegez
pretendent avoir eventé la
mine des Eſpagnols qui eſt
ſous la courtine prés l'angle
rentrant du Baſtion de la porGALANT.
293
re neuve.. Mais on dit qu'elle
n'eſt point endommagée
d'autant plus que l'on a poufſé
un rameau d'un autre côté;
d'ailleurs on aſſeure que les
breches dont le nombre augmente
tous les jours , & qui
quand cette mine n'y ſeroit
pas feront encore 6. attaques,
Leront encore plus que ſuffifantes
,&tout ſe diſpoſe pour
leſdites attaques. Les Dragons
en auront une. Mole Marefchal
fait faire des échelles ,&
l'on en a déja porté beaucoup
avec un grand nombre de
grenades aux dépoſts que l'on
Bb iij
294 MERCURE
a formez prés les débouchez
marquez pour l'attaque des
breches.
M. le Maréchal voulut bien
les faire ſommer hier 3 à 10 .
heures du matin avant de les
expoſer à un affaut general ,
ils répondirent qu'ils affembleroient
leur conſeil : une
heure aprés ils demanderent fi
l'on ſouhaitoit pour ôrages
des hommes de guerre ou de
Magiftrature , ajoûtant qu'ils
ne pouvoient ceffer de tirer ,
de maniere que le feu a toûjours
continué de part &
d'autre;&quoyqu'il y ait prés
GALANT . 295
de 36. heures , il ne paroît pas
qu'ils ayent encore fait de réponſe.
L'on aſſeure neanmoins
qu'il eſt venu cette nuit deux
Exprés avec des Lettres dú
ſieur Villaroël qui ont fait
éveiller Monfieur le Maref
chal ; mais comme il a dit à
tout le monde que ce n'eſtoit
que des deferteurs , on a jugé
qu'il vouloit qu'on ignoraft
le reſte.
Le pain eft tres - rare & fort
cher dans Barcelone , d'où
les femmes viennent en grand
nombre fur le bordde nos lignes
pour tâcher d'en fortir ,
B b iiij
J
296 MERCURE
A
mais M. le Maréchal a donné
ordre par toutde les faire rentrer
par forcedans la Ville.
2. M. de Sardini Montriel
Lieutenant Colonel du Regiment
de la Marine , homme
tres eſtimé de toutes les manieres
a eu ce matin une jambe
emportée d'un coup de canon
, & l'autre tres endommagée
en deſcendant la tranchéc.
Enfin aprés trois jours entiers
pendant leſquels les Barcelonois
ont fait pluſieurs
aſſemblées generales leſquelles
auroient dû naturellement
GALANT. 297
finir pour envoyer les trois
Deputez qu'ils avoient nommez
dés le premier jour : le
réſultat du tout a eſté que le
nommé Jozepet General de
Bataille dans cette Ville ayant
demandé hier à parler àMonfieur
le Chevalier d'Hasfeld
qui eſtoit de tranchée , luy
rendit pour réponſe que la
Ville ne vouloit écouter aucunes
propefkions & luy demanda
enfuite s'il vouloit
quelque choſe de plus ; cela
fini il luy conſeilla de ſe retirer
promptement , &l'on recommença
à tirer de part & d'au298
MERCURE
tres ; l'extravagance de cette
réponſe étant encore mieux
marquée en Efpagnol comme
elle a eſté faite , on en joint
une copie à la preſente.
:
La nuit du quatre au cinq
les Affiegez firent une fortic
par deux endroits du chemin
couvert qui eſt prés de la
Redoute de la Mer , ils tomberent
fur les deux Compagnies
des Grensers du Regiment
d'Auvergne qui les
chafferent & leur tuerent
treize hommes ; mais des
Officiers de ces deux Compagnies
, ily en eutdeux deblef.
GALANT. 299
ſez , deux morts & vingtun
Grenadiers tuez oubleffez.
La nuit du cinq au fix il fit
une ſi grande pluye que ces
inondations réïterées obligerent
d'abandonner la Mine
des Eſpagnols , celle du ſieur
de Lorme pouvant eſtre plus
facilement réparée,on compte
qu'elle ſera en état au plus
tard le neuf..
Il entra encore avant hier
•aprés midy dans Barcelone
deux groffes Barques chargées
de proviſions à la veuë
de toute l'Armée ; on parle
d'en armer vingt- cinq ou tren300
MERCURE
te pour s'oppoſer à tous les
petits Baſtimens qu'ils font
entrer de cette maniere dans
laPlace.
Les Rebelles de la Montagne
s'eſtant raſſemblez devant
Manreze au nombre de plus
de 4000. l'ont attaqué &même
bleſſé à mort le Gouverneur
; mais les détachemens
qui ſont toûjours en campagne
s'eſtant réünis les en ont
chaffez.
Monfieur de Sardiny Lieutenant
Colonel du Regiment
de la Marine eſt mort des
bleſſures dont on a parlé. 3
GALANT 301
Respuesta bichaporla ciudadde
Barcelona dopalabra altenienté
General detrinxera Cavallero
d'Hasfeld el dia 6. Setiembre
1714. Segun que el general detrinxera
hauia propuesto dias.
Laciudad ha hecho tresjuntas
a refuelto lo figuiente.
La ciudad noquiere admittir
propofition alguna quiere V. E.
algoMas?
Le 7. de ce mois les Barcelonois
firent la réponſe ſuivante
à la ſommation qui leur
avoit été faite deux jours
avant.
Un Officier vint ſur labre302
MERCURE
che , & demanda à parler à
l'Officier General commendant
la tranchée , qui étoit M.
leChevalier d'Hasfeld , il luy
lut la réponſe , contenant que
la Députation de Barcelone
faiſoit ſçavoir à M. le Maréchal
de Berwick qu'elle n'avoit
aucune propoſitionàfaire
ni à recevoir.
Le 11. on a donné l'aſſaut
general fans avoir pu ſe
ſervir des Mines qui ſe trouvoient
toutes noyées , & on
s'eſt empaté de tous les trois
Baſtions attaquez , &des retranchemens
; les Barcelonois
GALANT. 303
eſtoient retranchez dans les
maiſons , & dans les ruës , &
avoient demandé à capituler ,
fur quoyMonfieur le Maref
chal de Berwick leur fit répondre
qu'ils ne pouvoient
demander autre choſe que
d'eſtre pris à diſcretion.
On en étoit là lors que M.
le Ducde Mortemart eft party.
On attend la fin de cette
affaire par M. le Marquis de
Broglio.
e M. de la Villemenu , Colonel
d'Orleans a un coup de
fufil au travers du corps .
M. de Tailleran la cuiſſe
coupéc.
304 MERCURE
M. dHoudetot un coup
de fuſil dans l'aîne.
Fermer
Résumé : NOUVELLES de ce qui se passe dans Barcelone, & la disposition des Troupes.
En août 1714, Barcelone est sous contrôle rebelle avec environ 2 000 hommes de troupes régulières, incluant l'infanterie et la cavalerie. Les chefs rebelles principaux sont Villarroël et Poanton, ce dernier ayant été destitué. Les officiers clés comprennent Jozepet, major général de bataille, le Chevalier Romana, commandant de la cavalerie, Balet, directeur de l'artillerie et de l'ingénierie, Bruno Torner, capitaine des bombardiers, et Pacheras, capitaine des mineurs. Le régiment de la colonelle compte six bataillons de 500 hommes chacun, et environ 3 000 habitants prennent les armes, portant le total des forces à 5 000 hommes. Les positions défensives sont établies près de Sainte Catherine, du Palais, et de la Merced, avec des renforts à la Demi-Lune de la porte neuve et à la brèche de saint Pierre. La Junta magna, dirigée par le gouverneur Torrellas et ses lieutenants, dont le Comte de Pononos et le Marquis de Sermanat, gère les opérations. Les finances sont collectées par la force si nécessaire. Depuis le début des combats, environ 600 hommes ont été blessés et plusieurs tués, dont le Comte Don José Mata et Don Carlos Ribera. Les batteries continuent de tirer pour ouvrir de nouvelles brèches, et les mines sont presque prêtes. Le maréchal de Berwick a sommé les Barcelonais de se rendre, mais ceux-ci demandent du temps pour consulter leurs conseils. Les rebelles utilisent un village près de la mer comme retraite et magasin de vivres. Plusieurs actions militaires sont menées par les forces françaises et espagnoles, incluant des attaques et des destructions de bastions rebelles. À Barcelone, des désertions vers les forces françaises sont signalées. Les travaux de siège avancent malgré des intempéries. Les assiégés prétendent avoir détecté une mine espagnole, mais les brèches créées par les bombardements sont suffisantes pour lancer des attaques. Le pain est rare et cher à Barcelone. Le 6 septembre 1714, Barcelone refuse toute proposition de négociation. Le 7 septembre, la réponse de la députation de Barcelone au maréchal de Berwick indique qu'elle n'a aucune proposition à faire ni à recevoir. Le 11 septembre, un assaut général permet la prise de trois bastions et des retranchements. Les Barcelonais demandent à capituler, mais le maréchal de Berwick exige une reddition sans condition. Parmi les blessés figurent M. de la Villemenu, M. de Tailleran et M. d'Houdetot. La fin des hostilités est attendue avec l'arrivée du marquis de Broglio.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
553
p. 123-138
Nouvelles. [titre d'après la table]
Début :
Passons maintenant aux nouvelles. Le Prince Royal Electoral de Saxe [...]
Mots clefs :
Roi, Prince, Sa Majesté, Duc, Lettres, Hongrie, Pologne, Troupes, Comte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles. [titre d'après la table]
Le Prince Royal Electoral
de Saxe , fils unique du
Roy Auguſte , arriva au
commencement du mois
dernier à Paris , aprés avoir
voyagé en Italie & en Allemagne.
Vers la fin du même
mois ce Prince fut à
Fontainebleau , où il fut
2
preſenté au Roy par Madame
, accompagné du Palatin
de Livonie &de pluſieurs
autres Seigneurs. Ce
Prince fut charmé de l'accüeil
qu'il reçut du Roy ,
Lij
124 MERCURE
auſſi bien que tous les Seigneurs
qui l'accompa
gnoient.
La Reine Doüairiere de
Pologne arriva à Lyon le
18. du mois d'Août , aprés
avoir traverſé une partie de
la Provence & tout le Dauphiné
dans un coche d'eau ,
qu'on lui avoit preparé
pour lui épargner les fatigues
du voyage par terre.
Elle deſcendit à l'Archevêché.
A fon débarquement
M. le Maréchal de Villeroy
fut la complimenter. Il lui
donna la main juſqu'à fa
1
GALANT.
125
chaiſe à porteurs. Il fut accompagné
de M. l'Intendant
, & de M. le Prevôt
des Marchands , ſuivi de
tout le Corps des Echevins
de Lyon , qui harangua
auſſi Sa Majesté Polonoiſe
avant qu'elle débarquât.
Elle avoit avec elle la jeune
Princeſſe de Sobieski ſa petite-
fille.Elle partit de Lyon
en litiere le 29. & la Princeffe
Sobieski dans une autre
avec ſa Gouvernante. Sa
Majefté Polonoiſe s'embarqua
à Roüanne ſur la Loire
, & fut accompagnée de
Liij
126 MERCURE
M. leMaréchal de Villeroy,
& de plus de trente carofſes
, qui la ſuivirent plus
d'une lieuë hors des portes
de la ville. Le 11. Septembre
elle arriva à Nevers ,
où elle fut reçûë au bruit
du canon par le Corps de
Ville en robe rouge , les habitans
étant ſous les armes,
&elle en partit le 12. pour
aller à Blois .
Il y a certains articles de
nouvelles où le precieux
langage du Journal de Verdun
ſe preſente malgrémoy
à mon imagination. En-
1
1
1
GALANT. 127
tr'autres fur celles qu'il debite
de Vienne : * On ajoute
, dit - il , qu'ily étoit arrivé
des Commiſſaires pour y recevoir
des remiſes que les Banquiers
de Hambourg & de
Hollande y ont faitfaire pour
le fervice du Roy de Suede.
M. Hyſteen , qui refide depuis
quelque temps à Petri-Vvaradin
par ordre de Sa Majesté
Suedoiſe , doit faire la deftination
2 de cet argent : mais jufqu'à
ce qu'on ait avis de l'arrivée
de ce Prince fur les Etats
des Princes Chrétiens , on ap-
*Page 278.
L'iiij
128 MERCURE
prehendera toûjours que que
nouvel acroc de l'inconstante 3
varieté dts Infideles.
Que veut- il dire par ces
mots de ſervices, de faire
la deſtination 2 , & d'acroc
de l'inconftante 3 varieté,
&c. Parle-t- il François ou
Allobroge ? & pourquoy
tient - il le même langage
par tout ?
Il eſt neanmoins conſtant
que le départ du Roy de
Suede de Demir-Tcoa eft
mandé de tant d'endroits
differens , qu'on n'oſe prefqueplus
en douter. Les der-
:
GALANT.
129
nieres lettres de Vienne le
confirment, & ajoûtent que
ce Prince traverſera inco
gnitò les Pays Hereditaires
de l'Empereur , qui a donné
ordre qu'on regalât par
tout Sa Majesté Suedoile ,
& qu'on lui donnât dans
tous les lieux de ſon paffage
des marques réelles d'une
amitié & d'une intelligence
parfaite. Le Comte de Villlek
étoit à la veille de partir
pour la Hongrie , afin d'y
recevoir ce Monarque de
la part de l'Empereur, dont
une partie des équipages a
130 MERCURE
pris depuis quelques jours
la route de Presbourg. Le
départ de Sa Majesté Imperiale
pour Presbourg eft
fixé au 10. cependant elle
aordonnéà la Chancellerie
de la Cour de Hongrie de
difpofer toute choſe pour la
conclufion de la Diere , &
d'affifter au couronnement
de l'Imperatrice en qualité
de Reine de Hongrie.
On écrit de Varſovie ,
que le z. de ce mois le Roy
de Pologne fit la revûë de
ſes Gardes à pied , que le
General Cyan marchera
GALANT. 131
vers le Palatinat de Sandomir
avec les Gardes à cheval
, & qu'il ſe joindra aux
troupes Saxonnes qui y
font,plus de huit mille hommes
de la Nobleſſe de Pologne
étant déja montez à
cheval. Le Roy fait affembler
toutes ſes troupes &
fon artillerie; & nonobſtant
la diſette, qui eft grande en
ce pays , & dans les Provinces
les plus fertiles du
Royaume , il fait faire de
grands amas de fourrages ,
d'avoines , de blez , pour la
ſubſiſtance de fon armée.
132 MERCURE
On dit qu'il a deffein des'avancer
à Coſmice , au deçà
de Steczica , afin d'y être à
portée d'obſerver les defſeins
de la Nobleſſe. Les
Dietes des Palatinats de
Maſovie & de Kaliſch ſe
ſont ſeparées fans avoir pris
aucunes refolutions. Ainfi
on voit encore peu de difpoſition
au rétabliſſement
d'une pafaite tranquilité
dans ce Royaume.
On mande de Madrid ,
que le 27. du mois dernier
le Roy alla du Pardo à l'Egliſe
de Notre-Dame d'A
GALANT.
133
tocha , où le Te Deum fur:
chanté en preſence des
Grands, qui s'y étoient rendus
pour rendre graces à
Dieu de la priſe de Barce
lone ,& des heureux ſuccés
de la guerre de Catalogne,
dont on trouvera le détail
dans la ſuite de ce Journal.
Les dernieres lettres de
Rome portent qu'entr'au.
tres audiences confidera
bles que le Pape avoit données
, malgré ſes infirmitez
qui continuent toûjours ,
l'Ambaſſadeur de Malthe
en avoit cu une de Sa Sain-
:
134 MERCURE
:
teté , dans laquelle il lui
avoit donné à connoître
que les Chevaliers de cet
Ordre prenoient ombrage
de l'armement naval des
Turcs , qui intrigue aufli
beaucoup les Venitiens. On
écrit de Veniſe , que l'équipage
du vaiſſeau l'Union ,
arrivé de Smirne , a rapporté
que trois Bachas de
la petite Aſie s'étant revól
tez , avoient mis so. ou 60.
mille hommes en campagne,
& qu'ils demandoient
la tête du Grand Vifir. Si
cette revolte ſe confirme,
GALANT.
135
elle donnera de l'occupation
au Divan , qui paroif->
foit diſpoſé à rompre avec
quelque puiſſance voiſine ;
joint à cela qu'elle empêchera
l'arrivée des cara.
vanes de Perſe à Smirne.
On écrit de Londres , que
le Roy continue à faire de
grands changemens dans
lesCharges. Celle de Capitaine
general des troupes
d'Ecoſſe a été donnée aus
Duc d'Argyle, avec leGouvernement
du château d'E
dimbourg , & celui de Port
Mahon. Le Duc de Mont136
MERCURE
roſſe a été fait Secretaire
d'Etat pour l'Ecoſſe , à la
place du Comte de Maar.
Le Duc de Roxborough a
été fair Garde du Sceau Privé
du même pays, à la place
du Duc d'Athol. Le Marquis
d'Annandale a eu la
Charge de Chancelier que
poſſedoit le Comtede Finlater
& de Seafiel. Le Duc
Schrevvsbury a deman
à ſe demettre de la Charge
de Grand Treſorier , & on
croit que la Treſorerie ſera
adminiſtrée par cinq Commiſſaires
. Le Duc de Som
de
merſet
:
GALANT.
137
merſetpretendoità laCharge
de premier Gentilhomme
de la Chambre : mais il
a accepté la Charge de
grand Ecuyer qu'on lui offroit.
Milord Marlboroug ,
outre la Charge de Capi
taine general des forces
d'Angleterre , a encore obtenu
celle de Colonel du
premier regiment des Gardes
, & celle de grand Maî
tre de l'artillerie. Le Comte
de Sunderland ſon gendre,
qui a été fait Viceroy d'Irlande
, a ordre de partir au
plûtôt , pour aller prendre
Octob. 1714. M
138 MERCURE
poſſeſſion de fon Gouvernement.
Les lettres de Lisbonne
du 14. du mois dernier portent
qu'on y attendoit avec
impatience la flote du Brefil
, au devant de laquelle
on avoit envoyé quatre
vaiſſeaux de guerre , pour
lamettreà couvert des Corfaires
d'Alger & de Salé qui
font en mer.
de Saxe , fils unique du
Roy Auguſte , arriva au
commencement du mois
dernier à Paris , aprés avoir
voyagé en Italie & en Allemagne.
Vers la fin du même
mois ce Prince fut à
Fontainebleau , où il fut
2
preſenté au Roy par Madame
, accompagné du Palatin
de Livonie &de pluſieurs
autres Seigneurs. Ce
Prince fut charmé de l'accüeil
qu'il reçut du Roy ,
Lij
124 MERCURE
auſſi bien que tous les Seigneurs
qui l'accompa
gnoient.
La Reine Doüairiere de
Pologne arriva à Lyon le
18. du mois d'Août , aprés
avoir traverſé une partie de
la Provence & tout le Dauphiné
dans un coche d'eau ,
qu'on lui avoit preparé
pour lui épargner les fatigues
du voyage par terre.
Elle deſcendit à l'Archevêché.
A fon débarquement
M. le Maréchal de Villeroy
fut la complimenter. Il lui
donna la main juſqu'à fa
1
GALANT.
125
chaiſe à porteurs. Il fut accompagné
de M. l'Intendant
, & de M. le Prevôt
des Marchands , ſuivi de
tout le Corps des Echevins
de Lyon , qui harangua
auſſi Sa Majesté Polonoiſe
avant qu'elle débarquât.
Elle avoit avec elle la jeune
Princeſſe de Sobieski ſa petite-
fille.Elle partit de Lyon
en litiere le 29. & la Princeffe
Sobieski dans une autre
avec ſa Gouvernante. Sa
Majefté Polonoiſe s'embarqua
à Roüanne ſur la Loire
, & fut accompagnée de
Liij
126 MERCURE
M. leMaréchal de Villeroy,
& de plus de trente carofſes
, qui la ſuivirent plus
d'une lieuë hors des portes
de la ville. Le 11. Septembre
elle arriva à Nevers ,
où elle fut reçûë au bruit
du canon par le Corps de
Ville en robe rouge , les habitans
étant ſous les armes,
&elle en partit le 12. pour
aller à Blois .
Il y a certains articles de
nouvelles où le precieux
langage du Journal de Verdun
ſe preſente malgrémoy
à mon imagination. En-
1
1
1
GALANT. 127
tr'autres fur celles qu'il debite
de Vienne : * On ajoute
, dit - il , qu'ily étoit arrivé
des Commiſſaires pour y recevoir
des remiſes que les Banquiers
de Hambourg & de
Hollande y ont faitfaire pour
le fervice du Roy de Suede.
M. Hyſteen , qui refide depuis
quelque temps à Petri-Vvaradin
par ordre de Sa Majesté
Suedoiſe , doit faire la deftination
2 de cet argent : mais jufqu'à
ce qu'on ait avis de l'arrivée
de ce Prince fur les Etats
des Princes Chrétiens , on ap-
*Page 278.
L'iiij
128 MERCURE
prehendera toûjours que que
nouvel acroc de l'inconstante 3
varieté dts Infideles.
Que veut- il dire par ces
mots de ſervices, de faire
la deſtination 2 , & d'acroc
de l'inconftante 3 varieté,
&c. Parle-t- il François ou
Allobroge ? & pourquoy
tient - il le même langage
par tout ?
Il eſt neanmoins conſtant
que le départ du Roy de
Suede de Demir-Tcoa eft
mandé de tant d'endroits
differens , qu'on n'oſe prefqueplus
en douter. Les der-
:
GALANT.
129
nieres lettres de Vienne le
confirment, & ajoûtent que
ce Prince traverſera inco
gnitò les Pays Hereditaires
de l'Empereur , qui a donné
ordre qu'on regalât par
tout Sa Majesté Suedoile ,
& qu'on lui donnât dans
tous les lieux de ſon paffage
des marques réelles d'une
amitié & d'une intelligence
parfaite. Le Comte de Villlek
étoit à la veille de partir
pour la Hongrie , afin d'y
recevoir ce Monarque de
la part de l'Empereur, dont
une partie des équipages a
130 MERCURE
pris depuis quelques jours
la route de Presbourg. Le
départ de Sa Majesté Imperiale
pour Presbourg eft
fixé au 10. cependant elle
aordonnéà la Chancellerie
de la Cour de Hongrie de
difpofer toute choſe pour la
conclufion de la Diere , &
d'affifter au couronnement
de l'Imperatrice en qualité
de Reine de Hongrie.
On écrit de Varſovie ,
que le z. de ce mois le Roy
de Pologne fit la revûë de
ſes Gardes à pied , que le
General Cyan marchera
GALANT. 131
vers le Palatinat de Sandomir
avec les Gardes à cheval
, & qu'il ſe joindra aux
troupes Saxonnes qui y
font,plus de huit mille hommes
de la Nobleſſe de Pologne
étant déja montez à
cheval. Le Roy fait affembler
toutes ſes troupes &
fon artillerie; & nonobſtant
la diſette, qui eft grande en
ce pays , & dans les Provinces
les plus fertiles du
Royaume , il fait faire de
grands amas de fourrages ,
d'avoines , de blez , pour la
ſubſiſtance de fon armée.
132 MERCURE
On dit qu'il a deffein des'avancer
à Coſmice , au deçà
de Steczica , afin d'y être à
portée d'obſerver les defſeins
de la Nobleſſe. Les
Dietes des Palatinats de
Maſovie & de Kaliſch ſe
ſont ſeparées fans avoir pris
aucunes refolutions. Ainfi
on voit encore peu de difpoſition
au rétabliſſement
d'une pafaite tranquilité
dans ce Royaume.
On mande de Madrid ,
que le 27. du mois dernier
le Roy alla du Pardo à l'Egliſe
de Notre-Dame d'A
GALANT.
133
tocha , où le Te Deum fur:
chanté en preſence des
Grands, qui s'y étoient rendus
pour rendre graces à
Dieu de la priſe de Barce
lone ,& des heureux ſuccés
de la guerre de Catalogne,
dont on trouvera le détail
dans la ſuite de ce Journal.
Les dernieres lettres de
Rome portent qu'entr'au.
tres audiences confidera
bles que le Pape avoit données
, malgré ſes infirmitez
qui continuent toûjours ,
l'Ambaſſadeur de Malthe
en avoit cu une de Sa Sain-
:
134 MERCURE
:
teté , dans laquelle il lui
avoit donné à connoître
que les Chevaliers de cet
Ordre prenoient ombrage
de l'armement naval des
Turcs , qui intrigue aufli
beaucoup les Venitiens. On
écrit de Veniſe , que l'équipage
du vaiſſeau l'Union ,
arrivé de Smirne , a rapporté
que trois Bachas de
la petite Aſie s'étant revól
tez , avoient mis so. ou 60.
mille hommes en campagne,
& qu'ils demandoient
la tête du Grand Vifir. Si
cette revolte ſe confirme,
GALANT.
135
elle donnera de l'occupation
au Divan , qui paroif->
foit diſpoſé à rompre avec
quelque puiſſance voiſine ;
joint à cela qu'elle empêchera
l'arrivée des cara.
vanes de Perſe à Smirne.
On écrit de Londres , que
le Roy continue à faire de
grands changemens dans
lesCharges. Celle de Capitaine
general des troupes
d'Ecoſſe a été donnée aus
Duc d'Argyle, avec leGouvernement
du château d'E
dimbourg , & celui de Port
Mahon. Le Duc de Mont136
MERCURE
roſſe a été fait Secretaire
d'Etat pour l'Ecoſſe , à la
place du Comte de Maar.
Le Duc de Roxborough a
été fair Garde du Sceau Privé
du même pays, à la place
du Duc d'Athol. Le Marquis
d'Annandale a eu la
Charge de Chancelier que
poſſedoit le Comtede Finlater
& de Seafiel. Le Duc
Schrevvsbury a deman
à ſe demettre de la Charge
de Grand Treſorier , & on
croit que la Treſorerie ſera
adminiſtrée par cinq Commiſſaires
. Le Duc de Som
de
merſet
:
GALANT.
137
merſetpretendoità laCharge
de premier Gentilhomme
de la Chambre : mais il
a accepté la Charge de
grand Ecuyer qu'on lui offroit.
Milord Marlboroug ,
outre la Charge de Capi
taine general des forces
d'Angleterre , a encore obtenu
celle de Colonel du
premier regiment des Gardes
, & celle de grand Maî
tre de l'artillerie. Le Comte
de Sunderland ſon gendre,
qui a été fait Viceroy d'Irlande
, a ordre de partir au
plûtôt , pour aller prendre
Octob. 1714. M
138 MERCURE
poſſeſſion de fon Gouvernement.
Les lettres de Lisbonne
du 14. du mois dernier portent
qu'on y attendoit avec
impatience la flote du Brefil
, au devant de laquelle
on avoit envoyé quatre
vaiſſeaux de guerre , pour
lamettreà couvert des Corfaires
d'Alger & de Salé qui
font en mer.
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Résumé : Nouvelles. [titre d'après la table]
Le Prince Électeur de Saxe, fils du roi Auguste, est arrivé à Paris au début du mois précédent après un voyage en Italie et en Allemagne. Il a été présenté au roi à Fontainebleau par Madame, en compagnie du Palatin de Livonie et d'autres seigneurs. La reine douairière de Pologne et la princesse de Sobieski, sa petite-fille, sont arrivées à Lyon le 18 août et ont quitté la ville le 29 août. La reine s'est embarquée à Roanne sur la Loire, escortée par le maréchal de Villeroy. Des nouvelles de Vienne rapportent l'arrivée de commissaires pour recevoir des fonds des banquiers de Hambourg et de Hollande destinés au roi de Suède. Le départ du roi de Suède de Demir-Tcoa est confirmé, et il traversera incognito les Pays Héréditaires de l'Empereur, qui a ordonné un accueil amical. À Varsovie, le roi de Pologne a passé en revue ses gardes à pied. Le général Cyan se dirige vers le Palatinat de Sandomir avec les gardes à cheval pour rejoindre les troupes saxonnes. Malgré une disette, le roi rassemble des troupes et des provisions pour surveiller les intentions de la noblesse. En Grande-Bretagne et en Écosse, plusieurs changements politiques et militaires ont eu lieu en octobre 1714. Le Duc d'Argyle a été nommé Capitaine général des troupes d'Écosse et gouverneur du château d'Édimbourg ainsi que de Port Mahon. Le Duc de Montrose est devenu Secrétaire d'État pour l'Écosse, remplaçant le Comte de Mar. Le Duc de Roxborough a succédé au Duc d'Atholl comme Garde du Sceau Privé d'Écosse. Le Marquis d'Annandale a obtenu la charge de Chancelier. Le Duc de Shrewsbury a démissionné de sa charge de Grand Trésorier, et la trésorerie sera probablement administrée par cinq commissaires. Le Duc de Somerset a refusé la charge de premier Gentilhomme de la Chambre mais a accepté celle de grand Écuyer. Milord Marlborough a obtenu les charges de Colonel du premier régiment des Gardes et de grand Maître de l'artillerie. Le Comte de Sunderland, gendre de Marlborough, a été nommé Vice-roi d'Irlande et doit partir rapidement pour prendre possession de son gouvernement. À Lisbonne, on attendait la flotte du Brésil, escortée par quatre vaisseaux de guerre pour la protéger des corsaires d'Alger et de Salé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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554
p. 10-16
AUX MUSES, SUR LA PAIX. Par Mademoiselle Deshoulieres.
Début :
Par exemple, je vais donner indiffereemment au / [...]
Mots clefs :
Paix, Muses, Louis XIV, Héros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUX MUSES, SUR LA PAIX. Par Mademoiselle Deshoulieres.
Par exemple , je vais don- ..
ner indifferemment au
GALANT. I
monde les vers que Mademoiſelle
Deshoulieres vous
adreſſe ſur la Paix, quoique
je ſente à merveille le merite
du genie qui les a enfantez
:mais je ſuis homme
de parole , & l'on fe moqueroit
de moy , fi , à fon
occafion , apres les injures
que je viens de vous dire ,
je me raccommodois ſi aifément
avec vous.
12 MERCURE
ン
*******
AUX MUSES ,
SUR LA ΡΑΙΧ.
Par Mademoiselle Deshoulieres.
DEs facrez bords que le
Permeſſe arrofe,
Muſes , tranſportez -moy
dans ces lieux enchantez
,
Où Louis , au milieu de .
cent Divinitez ,
A l'ombre des lauriers repofe.
Secondez mes defirs , ve
GALANT . 13
nez, ſçavantes Soeurs ,
Venez d'un air riant &
pretendre
Enrichir mon eſprit d'une
moiſſon de fleurs ;
Venez , hâtez vous de répandre
Sur mes foibles chanſons
vos divines faveurs .
Sans vous oſerois - je pretendre
A l'honneur de chanter la
paix ,
Que Louis dans le cours
de ſes vaſtes projets .
Al'univers a voulu rendre ,
Et que ſes glorieux travaux
(
14 MERCURE
Du celeſte ſejour ont forcé
de deſcendre, 22
Malgré les vains efforts de
ſes fameux rivaux ?
Jaloux du Heros dont l'hiſtoire
Adéja conſacré la rapide
valeur,
Ils avoient confpiré d'abaiſſer
ſa grandeur ;
Ils avoient feduit la victoire,
Qui tant&tantde fois couronna
ce vainqueur.
Pour remplir des deſtins
l'arrêt irrevocable,
Elle revient à lui , vole , &
GALANT. 15
Slance fes traits
Sur cette ligue formidable,
Qui de l'Europe entiere avoit
banni la paix.
Accoûtuméeàmarcher devant
elle
SouslesordresdeceHeros,
Ellereprend ſa place , & la
fiere Immortelle ,
Jalouſe de ſes droits , ansho
tui nonce le repos ,
Que Lours triomphant
rappelle.
De nos malheurs les four-
20oces vont tarir ,
De mille biens la paix fera
ſuivie,
16 MERCURE
Les plaiſirs , les beaux arts
vont revivre & fleurir ,
De nouveaux dons la terre
eſt prête à le couvrir :
Maispour nous ſatisfaire au
gré de nôtre envie ,
Sous les yeux de monRoy
puiſſe croître & meûrir
L'auguſte rejetton d'une ſi
belle tige.
201
Dans l'ardeur que pour lui
nôtre tendreſſe exige ,
Puiſſent les Immortels accorder
à nos voeux
De longs jours à Louis ,&
de longs jours heureux.
ner indifferemment au
GALANT. I
monde les vers que Mademoiſelle
Deshoulieres vous
adreſſe ſur la Paix, quoique
je ſente à merveille le merite
du genie qui les a enfantez
:mais je ſuis homme
de parole , & l'on fe moqueroit
de moy , fi , à fon
occafion , apres les injures
que je viens de vous dire ,
je me raccommodois ſi aifément
avec vous.
12 MERCURE
ン
*******
AUX MUSES ,
SUR LA ΡΑΙΧ.
Par Mademoiselle Deshoulieres.
DEs facrez bords que le
Permeſſe arrofe,
Muſes , tranſportez -moy
dans ces lieux enchantez
,
Où Louis , au milieu de .
cent Divinitez ,
A l'ombre des lauriers repofe.
Secondez mes defirs , ve
GALANT . 13
nez, ſçavantes Soeurs ,
Venez d'un air riant &
pretendre
Enrichir mon eſprit d'une
moiſſon de fleurs ;
Venez , hâtez vous de répandre
Sur mes foibles chanſons
vos divines faveurs .
Sans vous oſerois - je pretendre
A l'honneur de chanter la
paix ,
Que Louis dans le cours
de ſes vaſtes projets .
Al'univers a voulu rendre ,
Et que ſes glorieux travaux
(
14 MERCURE
Du celeſte ſejour ont forcé
de deſcendre, 22
Malgré les vains efforts de
ſes fameux rivaux ?
Jaloux du Heros dont l'hiſtoire
Adéja conſacré la rapide
valeur,
Ils avoient confpiré d'abaiſſer
ſa grandeur ;
Ils avoient feduit la victoire,
Qui tant&tantde fois couronna
ce vainqueur.
Pour remplir des deſtins
l'arrêt irrevocable,
Elle revient à lui , vole , &
GALANT. 15
Slance fes traits
Sur cette ligue formidable,
Qui de l'Europe entiere avoit
banni la paix.
Accoûtuméeàmarcher devant
elle
SouslesordresdeceHeros,
Ellereprend ſa place , & la
fiere Immortelle ,
Jalouſe de ſes droits , ansho
tui nonce le repos ,
Que Lours triomphant
rappelle.
De nos malheurs les four-
20oces vont tarir ,
De mille biens la paix fera
ſuivie,
16 MERCURE
Les plaiſirs , les beaux arts
vont revivre & fleurir ,
De nouveaux dons la terre
eſt prête à le couvrir :
Maispour nous ſatisfaire au
gré de nôtre envie ,
Sous les yeux de monRoy
puiſſe croître & meûrir
L'auguſte rejetton d'une ſi
belle tige.
201
Dans l'ardeur que pour lui
nôtre tendreſſe exige ,
Puiſſent les Immortels accorder
à nos voeux
De longs jours à Louis ,&
de longs jours heureux.
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Résumé : AUX MUSES, SUR LA PAIX. Par Mademoiselle Deshoulieres.
Un homme écrit à une correspondante pour expliquer qu'il ne publiera pas les vers de Mademoiselle Deshoulières sur la paix, bien qu'ils soient méritants, afin d'éviter l'incohérence après avoir récemment critiqué cette dernière. Il souligne qu'il est homme de parole et ne veut pas prêter à rire. Le poème de Mademoiselle Deshoulières, 'Aux Muses, Sur la Paix', invite les Muses à la transporter dans un lieu enchanté où Louis XIV repose sous les lauriers, entouré de divinités. Elle demande leur aide pour enrichir son esprit et chanter la paix instaurée par Louis XIV grâce à ses actions glorieuses. Le poème décrit la Victoire revenant à Louis malgré les rivaux jaloux, rétablissant ainsi la paix en Europe. Cette paix mettra fin aux malheurs, fera renaître les plaisirs et les arts, et permettra à la terre de produire de nouvelles richesses. Enfin, elle souhaite longévité et bonheur à Louis XIV et à son héritier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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555
p. 118-124
De Barcelone. Liste des Generaux & Officiers des Barcelonois arrestez & embarquez le 22. Septembre par ordre de M. le Maréchal de Berwic, en vertu du plein pouvoir qu'il avoit receu de sa M C. & conduits en differentes prisons d'Espagne, & ailleurs. [titre d'après la table]
Début :
Les avis de Catalogne portent que les nouveaux Gouverneurs pour [...]
Mots clefs :
Infanterie, Catalogne, Généraux, Officiers, Maréchal de Berwick
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Barcelone. Liste des Generaux & Officiers des Barcelonois arrestez & embarquez le 22. Septembre par ordre de M. le Maréchal de Berwic, en vertu du plein pouvoir qu'il avoit receu de sa M C. & conduits en differentes prisons d'Espagne, & ailleurs. [titre d'après la table]
Les avis de Catalogne
portent que les nouveaux.
GALANT. 119
Gouverneurs pour
& le Militaire commencent
le Civil
à exercer leurs fonctions
avec une entiere fatisfactiondes
peuples.
Voici une liste exacte
des Generaux & Officiers
des Barcelonnois , arrêtez
& embarquez le 22. Sep
tembre 1714. par ordre de
M. le Maréchal de Beryvik
, en vertu du pleinpouvoir
qu'il avoit reçû de
Sa Majesté Catholique , &
conduits en differentes priſons
d'Eſpagne.
Le General Baffet , qui
120 MERCURE
commandoit l'artillerie.
Don Sebastien Dalmanau,
Colonel du regiment
de la cavaleric.
Don Simon Sanchez,premier
Capitaine de ce regiment.
Don Gaëtan Antillon ,
Major du même regiment.
Don 'Joſeph Belvez &
Balaguer ( dit Joſepet)General
de bataille , Colonel
du regiment du Roſaire infanterie.
fils.
Don Felix de Belvez , fon
Don François Vilaz,Major
GALANTA 121
\
jor du même regiment.
Don Franciſco Sanz, Coloneldu
regiment de laDeputation
, infanterie.
DonRaymond Sanz, fon
fils , Capitaine des grenadiers
du même regiment.
Don Nicolas Axendri ,
Lieutenant-Colonel de ce
regiment.
Don Jean Vinas , Colonel
du regiment de ſaint
Narciffe , infanterie.
Don Joſeph de Torres ,
Colonel du regiment de
Valence , infanterie.
Don François Maijans ,
Νου. 1714.
L
}
7
122 MERCURE
fon Lieutenant-Colonel.
Bordes , Capitaine de la
compagnie des aſſaſſins .
Ily en avoit trois autres
ſur la liſte : mais ils s'étoient
évadez dés le matin ,& ils
ont vuidé le pays.
Le Marquis de Villaroël
, leur Generaliſſime ,
étant bleſſe dangereusement
& allité , on ſe contenta
de lui donner ſa maifon
pour prifon, prenant
ſa parole qu'il n'en fortiroit
pas ſans un nouvel ordre.
L'Evêque d'Albarrazzin
C
GALANT.
123
en 'Arragon , de la nomination
de Philippe V. &
qui étoit Religieux de la
Mercy , nommé Jean Navarro
, ayant été trouvé
dans Barcelonne , où il s'étoit
jetté depuis la bataille
de Sarragoffſe , a été embarqué
ſur une galere , &
conduit en Italie. D'autres
diſent qu'on l'a laiſſé prifonnier
aux les de ſainte
Marguerite.
Le Pere Torrento Dominiquain
, fameux predicateur
d'obſtination , fut
mis d'abord en priſon dans
1
Lij
124 MERCURE
fon Convent , avec charge
aux trois principaux d'en
répondre. Ilfut enſuite embarqué
avec trois autres
Religieux de ſon Ordre ,
& conduit pour être enfermé
dans des priſons d'Ef.
pagne.
Le Marquis de Pinos auroit
eu le même ſort : mais
il étoit trés - malade, & depuis
il eſt mort.
portent que les nouveaux.
GALANT. 119
Gouverneurs pour
& le Militaire commencent
le Civil
à exercer leurs fonctions
avec une entiere fatisfactiondes
peuples.
Voici une liste exacte
des Generaux & Officiers
des Barcelonnois , arrêtez
& embarquez le 22. Sep
tembre 1714. par ordre de
M. le Maréchal de Beryvik
, en vertu du pleinpouvoir
qu'il avoit reçû de
Sa Majesté Catholique , &
conduits en differentes priſons
d'Eſpagne.
Le General Baffet , qui
120 MERCURE
commandoit l'artillerie.
Don Sebastien Dalmanau,
Colonel du regiment
de la cavaleric.
Don Simon Sanchez,premier
Capitaine de ce regiment.
Don Gaëtan Antillon ,
Major du même regiment.
Don 'Joſeph Belvez &
Balaguer ( dit Joſepet)General
de bataille , Colonel
du regiment du Roſaire infanterie.
fils.
Don Felix de Belvez , fon
Don François Vilaz,Major
GALANTA 121
\
jor du même regiment.
Don Franciſco Sanz, Coloneldu
regiment de laDeputation
, infanterie.
DonRaymond Sanz, fon
fils , Capitaine des grenadiers
du même regiment.
Don Nicolas Axendri ,
Lieutenant-Colonel de ce
regiment.
Don Jean Vinas , Colonel
du regiment de ſaint
Narciffe , infanterie.
Don Joſeph de Torres ,
Colonel du regiment de
Valence , infanterie.
Don François Maijans ,
Νου. 1714.
L
}
7
122 MERCURE
fon Lieutenant-Colonel.
Bordes , Capitaine de la
compagnie des aſſaſſins .
Ily en avoit trois autres
ſur la liſte : mais ils s'étoient
évadez dés le matin ,& ils
ont vuidé le pays.
Le Marquis de Villaroël
, leur Generaliſſime ,
étant bleſſe dangereusement
& allité , on ſe contenta
de lui donner ſa maifon
pour prifon, prenant
ſa parole qu'il n'en fortiroit
pas ſans un nouvel ordre.
L'Evêque d'Albarrazzin
C
GALANT.
123
en 'Arragon , de la nomination
de Philippe V. &
qui étoit Religieux de la
Mercy , nommé Jean Navarro
, ayant été trouvé
dans Barcelonne , où il s'étoit
jetté depuis la bataille
de Sarragoffſe , a été embarqué
ſur une galere , &
conduit en Italie. D'autres
diſent qu'on l'a laiſſé prifonnier
aux les de ſainte
Marguerite.
Le Pere Torrento Dominiquain
, fameux predicateur
d'obſtination , fut
mis d'abord en priſon dans
1
Lij
124 MERCURE
fon Convent , avec charge
aux trois principaux d'en
répondre. Ilfut enſuite embarqué
avec trois autres
Religieux de ſon Ordre ,
& conduit pour être enfermé
dans des priſons d'Ef.
pagne.
Le Marquis de Pinos auroit
eu le même ſort : mais
il étoit trés - malade, & depuis
il eſt mort.
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Résumé : De Barcelone. Liste des Generaux & Officiers des Barcelonois arrestez & embarquez le 22. Septembre par ordre de M. le Maréchal de Berwic, en vertu du plein pouvoir qu'il avoit receu de sa M C. & conduits en differentes prisons d'Espagne, & ailleurs. [titre d'après la table]
Après la bataille de Sarragosse en 1714, les nouveaux gouverneurs civils et militaires en Catalogne exercent leurs fonctions avec la satisfaction des populations. Le maréchal de Berwick, représentant Philippe V, a ordonné l'arrestation de plusieurs généraux et officiers barcelonais le 22 septembre 1714. Parmi les arrêtés figurent le général Baffet, commandant l'artillerie, et Don Sébastien Dalmanau, colonel du régiment de cavalerie. Divers autres officiers de régiments d'infanterie et de cavalerie ont également été incarcérés. Le marquis de Villaroël, blessé, a été assigné à résidence. L'évêque d'Albarracín, Jean Navarro, nommé par Philippe V, a été arrêté et conduit soit en Italie, soit aux îles de Sainte-Marguerite. Le père Torrento, prédicateur dominicain, a été emprisonné puis transféré en Espagne. Le marquis de Pinos, gravement malade, est décédé peu après. Trois autres officiers mentionnés sur la liste ont réussi à s'évader avant leur arrestation.
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556
p. 140-143
De Venise. [titre d'après la table]
Début :
Les lettres de Venise du 29. Octobre portent que quelques [...]
Mots clefs :
Troupes, Capitaines, Munitions
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texteReconnaissance textuelle : De Venise. [titre d'après la table]
Les lettres de Veniſe du
29. Octobre portent que
quelques bâtimens qui entrerent
dans le port le 21.
de ce mois , ont rapporté
qu'un vaiſſeau Marchand
Venitien,nommé le Triomphe
, avoit été pris par un
Corfaire de Tunis , reve
nant de Trapani chargé de
fel:mais que tout l'équipage
s'étoit ſauvé , à l'exception
du Capitaine , qui n'ayant
pas voulu abandonner fon
あき
GALANTM 14
vaiſſcau , avoit été pris &
fait eſclave. Il y a pluſieurs
bâtimens prêts à faire voile
au premier bon vent , pour
aller au Levant ; entr'autres
trois pinques , & quelques
Marfilianes chargées
de biſcuit , de munitions ,
d'armes , & d'autres chofes
neceſſairespour la flote. On
y envoye en même temps
quelques Officiers , & des
recruës pour les troupes
qui ſont dans la Moréc.
Une partie des munitions
& des provifions doit être
débarquée à Corfou pour
142 MERCURE
-les magaſinsde la fortereſſe
& de quelques autres. Les
avis de Dalmatie portent
que le Sieur Emo , General
de Dalmatic , étoit parde
Spalatro , avec les galeres
de fon commandement,
& qu'il s'étoit avancé
aux bouches de Cattaro,
doù il avoit été joint par le
Capitaine du Golfe , avec
deux autres , & par deux
vaiſſeaux de guerre commandez
par l'Amiral , pour
obſerver les mouvemens
des Turcs contre les peuples
de Montenegro. Les
IGALANT . 143
Bachas avoient avoient partagé
leurs troupes en deux
3corps de vingt mille hommes
chacun , avec dix pieces
de canon , pour atraquer
les Montenegrins par
deux endroits , ou pour
les bloquer. Le bruit s'eſt
- répandu , mais fans aucune
certitude , que ces peuples
épouvantez par des troupes
ſi nombreuſes , avoient
offert de ſe ſoûmettre à
1certaines conditions : mais
cet avis paroît encore dou-
C
teux.
29. Octobre portent que
quelques bâtimens qui entrerent
dans le port le 21.
de ce mois , ont rapporté
qu'un vaiſſeau Marchand
Venitien,nommé le Triomphe
, avoit été pris par un
Corfaire de Tunis , reve
nant de Trapani chargé de
fel:mais que tout l'équipage
s'étoit ſauvé , à l'exception
du Capitaine , qui n'ayant
pas voulu abandonner fon
あき
GALANTM 14
vaiſſcau , avoit été pris &
fait eſclave. Il y a pluſieurs
bâtimens prêts à faire voile
au premier bon vent , pour
aller au Levant ; entr'autres
trois pinques , & quelques
Marfilianes chargées
de biſcuit , de munitions ,
d'armes , & d'autres chofes
neceſſairespour la flote. On
y envoye en même temps
quelques Officiers , & des
recruës pour les troupes
qui ſont dans la Moréc.
Une partie des munitions
& des provifions doit être
débarquée à Corfou pour
142 MERCURE
-les magaſinsde la fortereſſe
& de quelques autres. Les
avis de Dalmatie portent
que le Sieur Emo , General
de Dalmatic , étoit parde
Spalatro , avec les galeres
de fon commandement,
& qu'il s'étoit avancé
aux bouches de Cattaro,
doù il avoit été joint par le
Capitaine du Golfe , avec
deux autres , & par deux
vaiſſeaux de guerre commandez
par l'Amiral , pour
obſerver les mouvemens
des Turcs contre les peuples
de Montenegro. Les
IGALANT . 143
Bachas avoient avoient partagé
leurs troupes en deux
3corps de vingt mille hommes
chacun , avec dix pieces
de canon , pour atraquer
les Montenegrins par
deux endroits , ou pour
les bloquer. Le bruit s'eſt
- répandu , mais fans aucune
certitude , que ces peuples
épouvantez par des troupes
ſi nombreuſes , avoient
offert de ſe ſoûmettre à
1certaines conditions : mais
cet avis paroît encore dou-
C
teux.
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Résumé : De Venise. [titre d'après la table]
Le 29 octobre, des navires à Venise ont rapporté la capture du vaisseau vénitien 'le Triomphe' par un corsaire tunisien près de Trapani. L'équipage s'est enfui, sauf le capitaine, capturé. Plusieurs navires, incluant trois pinques et des marfilanes, chargés de vivres, munitions et armes, se préparent à partir pour le Levant. Des renforts sont envoyés en Morée. Une partie des munitions sera débarquée à Corfou. En Dalmatie, le général Emo surveille les mouvements turcs avec ses galères. Les Turcs ont divisé leurs troupes en deux corps de vingt mille hommes chacun, armés de dix canons, pour attaquer ou bloquer les Monténégrins. Des rumeurs évoquent une possible soumission des Monténégrins, mais cela reste incertain.
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557
p. 209-277
AVERTISSEMENT. / DESCRIPTION de la Feste que M. Arnoul, Intendant des Galeres & du Commerce à Marseille, donna à la Reine d'Espagne le Lundy 29. Octobre 1714 à l'occasion de la Salle d'Armes de l'Arcenal des Galeres, que sa Majesté voulut bien aller voir, & d'une espece de Triomphe qui avoit esté preparé pour Elle.
Début :
M. Arnoul auroit plutost envoyé cette description, si / SA MAJESTÉ ayant pris la résolution de venir à [...]
Mots clefs :
Pierre Arnoul, Fête, Intendant des Galères et du commerce à Marseille, Reine d'Espagne, Arsenal des galères, Marseille, Reine, Bouclier, Sa Majesté, Minerve, Triomphe, Amour, Salle d'armes, Salle d'armes de l'Arsenal des galères, Chevalier, Ouvrage, Coeur, Princesse, Dames, Inscription, Armes, Espagne, Tapis, Fauteuil, Marchepied, Princesse, Appartement, Marquis, Oracle, Roi d'Espagne, Pièces, Conseiller du roi
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texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT. / DESCRIPTION de la Feste que M. Arnoul, Intendant des Galeres & du Commerce à Marseille, donna à la Reine d'Espagne le Lundy 29. Octobre 1714 à l'occasion de la Salle d'Armes de l'Arcenal des Galeres, que sa Majesté voulut bien aller voir, & d'une espece de Triomphe qui avoit esté preparé pour Elle.
AVERTISSE MENT.
cet
M. Arnoul auroit pluroſt
envoyé cette deſcription , fi
quand il a voulu mettre par
écrit ce qui regarde la Salle
d'Armes , il ri'eut trouvé que
ouvrage avoit beſoin
d'une liaiſon un peu plusreguliere
en quelques endroits ;
ce qui l'a mis dans l'obligation
d'y faire quelques additions
qui luyont paru neceſſaires
, & auſquelles il en auroit
joint peut-eſtre encore d'autres
, fi on neluy. Fait que
la Reine vouloit avoir cette
Novembre 1714%. S
210 MERCURE
deſcription avant qu'Elle cut
quitté la Provence : au lieu
que cela paroiſſoit beaucoup
moins neceſſaire lorſque l'ouvrage
eſtoit répandu ſur toute
l'étenduë de quatre grandes
falles ougalleries, en plufieurs
pieces détachées ; mais il eſpere
que Sa Majesté aura la bonté
d'agréer ce travail en l'état
qu'il eſt , comme venant du
coeur plutoſt que de l'eſprit
par l'extrême envie qu'il avoit
deluy marquer ſeulement par-
'àfon zele & fon profond
refpecie fe fire auffi
qu'Elle voudra bien confiderer
, qu'il n'a eu que fix jours
د
GALANT 211
de temps pour le compoſer
& l'executer.
DESCRIPTION
de la Feste que M. Arnoul ,
Intendant des Galeres & du
Commerce àMarseille, donna
àla Reine d'Eſpagne leLundy
2.9. Octobre 1714 à l'occaſion
de la Salle d' Armes de l'Arcenal
des Galeres , que Sa Ma-
1 jefté voulut bien aller voir ,
& d'une eſpece de Triomphe
quiy avoit eſté preparé pour
Elle.
SAMAJESTE ayant
pris la réſolution de venir à
Sij
212 MERCURE
Marſeille le 21. d Octobre:
& M. Arnoul l'ayant ſçeu
le 23. jugea bien qu'Elle pourroit
voir la Salle d'Armes des
Galeres , comme eſtant ce
qu'il y a de plus curieux &
qui marque le mieux la puifſance
du Roy ; il ſe mitauffitoſt
en état de la préparer , de
maniere qu'elle pût plaire à la
Reine , & faire partie des
honneurs qu'on devoit luy
rendre. Il chercha là - deſſus
un ſujet qui pût ſervir à fon,
deflein , & s'agiſſant d'une
Salle d'Armes il crût qu'il devoit
le tirer desArmes mêmes,
GALANT. 213
:
Il trouva que le mot Latin
Parma , qui ſignifie Targue ,
Bouclier , ou Ecu , en François
,faiſoit une heureufe allu.
fion au nom de la Reine , il
le choifit & tira de- là occaſion
de faire à Sa Majesté une
eſpece de triomphe , en élevant
le Bouclier , ou Parma
au - deſſus de toutes les autres
armes , non - ſeulement par
les places diftinguées qu'on
pouvoit luy donner partout ,
mais de plus par beaucoup
d'allegories , qui pouvoient
avoir rapport à la Reine ;
c'eſt ce qu'il a eſté queſtion
214 MERCURE
de mettre en execution , &
c'eſt auſſi ce qui s'est fait par
Beaucoup d'Inſcriptions , de
Deviles , ou d'Emblemes répanduës
fur toute l'étenduë
de la premiere Salle , & de
celle qui vers le bout la traverſe
en forme de Croix.
Pour donner d'abord une
idée de fon deſſein , il y avoit
au deſſus de la principale porte
, par où la Reine devoit entrer
, & d'où l'on découvre
toute l'étenduë de la premiere
Salle , un trophée d'armes ,
dont l'Ecu des Armes de Parme
tenoit le defſfas , &le mis
GALANT . 21
licu , avec ces deux mots :
Parma triumphans..
Pour fuivre ce deffein il y
avoit fur toute l'étenduë de
ces deux faltes au plus haut du
plancher ſur le milieu de chaque
poutre , une targue ou
écu des armes de Parme , accompagné
d'une autre targue
de chaque coſté où ſont des
Solcils avec la deviſe du Roy
tels que font ordinairement
tou es les targues des Galeres.
Entre toutes ces targues ou
écus de diſtance en distance
216 MERCURE
on en avoit mis d'autres plus
ornez ayant de même les armes
de Parme , & qui estoient
pareillement attachezau plancher
dans le milieu des poutres
, faiſant autant de deviſes
ou d'emblêmes differentes,
& la premiere qui ſe prefentoit
aprés qu'on eſtoit entré
dans la ſalle exprimée par ce
vers.
Parmarum , Regina , tibi labor
iſte dicatur.
Ce qui faiſoit proprement
en peu de mots l'Epître Dédicatoire
GALANT . 217
こ
dicatoire de tout l'ouvrage.
A quelques diſtancesenfuite
eſtoitun autre écu ou Parma ,
avec les mêmes armes ayant
au-deſſus ce vers .
Arma triumphanti cedant bie
catera Parma
ال
Comme un commande
ment qu'on faiſoit d'abord
aux autres armes de céder au
Boucher ou Parma qui devoit
triompher à l'occation de la
Reine .
L'inſcription ſuivante établiſſfoit
la raiſon pour laquelle
Novembre 1714. T
218 MERCURE
lebouclier devoit en effet être
au-deſſus des autres armes ,
par cet autre verse по лоэ
Illa agitant furie , Parmam
prudentia ducit.
Enſuite comme le bouclier
n'eſt fait que pour parer fans
offenſer , on a pretendu que
pour attirer plus d'honneur
au bouclier , il falloit ôter
de celuy de Minerve qui eft
regardécomme le plus ancien
&le premier de tous , la tête
de Meduſe pour y mettre à la
place les armes de la Reine ,
GALANT. 219
comme devant eſtre beaucoup
plus agreables à cette
Déeffe , qui toute belliqueuſe
qu'elle eſt , ne devoit rien
avoir qui pût empêcher qu'on
s'approchad'Elle , par rapport
aux Sciences & aux Arts dont
Elle eſtoit auſſi la Déeſſe, ce
qui ſe trouve marqué par ce
vers.
Dura medusa fugat , grata es ,
tu Parma Minerva.
On faifoit voir auffitoft
aprés les avantages , & les
merveilleux effets dece chan-
Tij
220 MERCURE
gement , en ce qu'au lieu que
cette tête de Meduſe eſtoit
fi affreuſe qu'Elle changeoit
en pierre ceux qui la regardoient
,,ce nouvel écu qui eſt
proprement le ſceau de la
douceur& de la bonté de la
Reine , marquée par le celefte
azur de ſes Lys , devoit faire
tomber les armes des mains ,
& gagner les coeurs fans violence
, en adouciflant & en attendriſſant
ceux - même que
l'autre auroit pû rendre auſſi
durs que des rochers , ce, qui
étoit expliqué par cet autre
vers:
1
(
GALANT. 221
1
Altera quos fecit lapides , emol
liet ista.
Onfeint enſuite que de pareilles
diſpoſitions ont d'abord
engagél'Amour,qui n'a
voit jamais oſé rien pretendre
fut Minerve , à qui l'on verra
dans la ſuite que la Reine eſt
comparée , & qui eſt auſſi par
tout reprefentée par le bouelier
ou Parma , non- ſeulement
à s'en approcher , mais
que de plus il a joint à la Parma
tous ſes traits , comme autant
de charmes qu'il a don
Tiij
222 MERCURE
nez à la Reine , pour faire la
conqueſte d'un coeur qui luy
convint , au lieu du ſeul bouclier
dont Elle ſe ſervoit contre
luy même , le tout repreſenté
par un Ecu , ou Parma ,
orné des traits , & de toutes
les armes de l'Amour, en forme
de trophée , avec un cartouche
audeſſus qui porte ce
vers :
1.
Huic amor antefugax ,fua tela
21.adjungit arcum,
On feint encore enſuite que
l'Amour continuant de s'inteGALANT
. 2230
reffer pour le bouclier ou Par
ma , qui eſt toûjours icy le
ſymbole , auſſi bien,que lo
ſceau de la Reine, chaſſe luy
même d'auprés d'elle la Hiss
bou de Minerve , qui eſt, toujours
un oiſeau de mauvais augure
, en quelqu'endroit qu'il
foit ,& qui pourroit éloigners
celuy dont Elle doit faire la
conquête avec ſes nouvelles
armes ; & pour marquer en
core plus fon empreſſement
pour Elle , on luy fait derober
à ſa mere un des oiſeaux
qui luy ſont conſacrez , pour
l'aſſocier au bouclier , ce qui
G
ว
Tiiij
224 MERCURE
peut ſe rapporter à tous les
coeurs de quelque caractere
qu'ils ſe trouvent , attachez au
char de la mere d'amour ; le
ンtout repreſenté par le bouclier
ou Parma , ayant toujours
toutes les armes de l'Amour
, comme en trophée
avec un pigeon à coſté , & ce
vers au-deffus :
Subreptam &matri ,Volucrem,
21:00 bubone fugato.
C'eſt ainſi qu'on pretend
que la Reine d'Eſpagne ayant
joint les armes de l'amour , à
GALANT. 225
la bonne odeur de les Lys ,
qui dénote parfaitement , ce
que la Renommée avoit déja
publié de fes vertus ,& de les
grandes qualitez , a fait la conquête
d'un coeur , qui ſeul
eftoit digne de la poffeder ; le
tout reprefenté par une targue
, ou Parma , répandant
une odeur agréable , ornée&
&environnée , comme deflus,
de toutes les armes de Fa
mour , placée dans un grand
coeur , comme dans un Trône,
porté ſur le dos de deux lions,
& appuyé contre deux tours ,
avec la colombe , ou pigeon
2
3
226 MERCURE
donné par l'amourvolti
geant au-deffus , & portant
en ſon bec une couronne de
laurier ,avec ceversad
1..1 1
Sic & odore ſuo , fic Parma
triumphat amore.
1
i
:
11 1001
On prétend enſuite qu'A-2
pollon aprés avoir chantéluymême
juſqu'icy les loüanges
de la targue , ou Parma , va
dans ce qui fuit declarer fest
heureux deſtins , par les ora.)
cles qu'il va rendre , & qui
doivent faire la plus glorieuſe
partie de ſon Triomphe , ce
A
GALANT. 227
i
qu'exprime le vers ſuivant
écrit en groffes Lettres ſur un
cartouche attaché à une poutre
du plancher comme tout
ce qui a precedé , pour preparer
les ſpectateurs à cette
feconde partie du Triomphe.
Cantavit Parmam , jam vatici
netur Apollo.
Ce qui fuit eſt en effetune
Prophette , s'agiſſant en partic
de l'avenir , & un Oracle en
ce qu'ony peut trouver plufieurs
ſens differens , comme
il arrivoit toûjours à ceux qui
228 MERCURE
1
confultoient les Oracles , ce
qui fe voit par le vers fuivant
fur une targue , ou Ecu de
Parme.
Hacse conjungunt Florentia li
lia Parma.
Ce qui veut dire que des
Lys floriffans fe joignent enſemble
par le moyen de la
targue , ou Parma, ou qu'elle
va ſe joindre elle même aux
Eys , ou que par elle, les Lys ,
Parme& Florence ſe joignent
enſemble , ce qui est fondé
fur ce qu'on prétend que la
GALANT. 229
Maiſon de Parme , c'eſt à-dire
la Reine , doit probablement
heriter duDuché deFlorence.
Outre cet avantage qu'Apollon
promet par l'Oracle
precedent qui paroiſt deſigner
le mariage du Roy d'Elpagne,
& de la Reine ; l'Oracle qui
fuit en promet trois autres ,
par une eſpece d'Enigme repreſentée
par unbouclier myparti
des Armes de Parme &
de GrandGonfalonier de l'Eglife
, couvrant en partietrois
tiges de Lys , avec ce versaudeffus
.
230 MERCURE
His erit Umbra , novum Tutamen
, Incrementum.
Parce que l'Umbrella ſignifie
que la Reine aura tousjours
fous fon ombre le Prince des
Afturies & les deux Infants ;
que de plus le bouclier par
luy même eſtant le ſymbole
de la précaution &de la ſeureté
, marque le ſoin qu'Elle
prendra de leur conſervation ,
&qu'Elle donnera de plus au
Roy d'autres enfans dénotez
par les fix Lys de fon écu ,
joints aux trois de celuy du
Roy.
:
GALANT. 231
-1. Cequi fuit elt encore une
Prophetie , un Oracle , & une
Enigme toute enſemble,repreſentée
par l'écu de Parme
Pou Parma , accolé avec celuy
de France ,& ce versaudeffus
.
Radici quàm pulchra dabunt tua
lilia juncta .
1.
-Par'où l'on doit entendre ,
que les Lys de la Maiſon de
France eſtant les premiers qui
ayent jamais parû , on doit les
regarder comme l'origine, le
tronc ou la racine de tous les
1
232 MERCURE
autres ;&que les Lys de Parme
eſtant ainſi rejoints , &
comme entez ſur leur premiere
louche ,ou racine, ne peuvent
manquer de produire
les plus beaux rejettons du
monde.
Er enfin cette premiere falle
eſtoit terminée dans le bout
par une armure dorée& damaſquinée
repreſentant le
Roy Philippes V. ſur un Picdeſtal
, accompagné de ſes
Gardes , avec un Manteau
Royal de velours cramoiſi
doublé d'hermines ayant un
Bâton de commandement
dans
GALANT. 233
dans la main droite , & un
Bouclier auxArmes de Parme,
paſſé dans le bras gauche ,
avec ces mots Eſpagnols :
En braços del Rey valera
Varones.
Ce qui eſt encore unOraele
, en ce que cela ſe peur
entendre en deux manieres ,
lapremiere fur ce qu'un Roy
auſſibrave qu'eſt le Roy d'Elpagne
, fe peut battre contre
pluſieurs , en ſe ſervant du
bouclier pour parer ; & l'autre
fait affez voir que la Reine
Novembre 1714. V
234 MERCURE
en doit avoir des Princes diftinguez
par leur merite &
par leur valeur.
Il faut icy faire remarquer
qu'avant que d'aller juſqu'à
cette figure qui repreſentoit
le Roy d'Eſpagne , il falloit
traverſer la ſeconde Salle qui
ſe croiſe avec la premiere,&
que dans le milicu on y avoit
preparé un marchepied couvert
d'un tapis de Perſe , aved
un fautcüil de damas cramoifi
, garni de grands galons
d'or , pour que la Reine s'y
puſt aſſeoir , en cas qu'elle fuſt
fatiguée ; qu'au deſſus de co
GALANT 235
fauteüil étoit un Soleil quire- :
preſentoit le Roy d'Eſpagne ,
dont les rayons eſtoient figu
rez par des Armes blanches ,
& qu'entre ce Soleil & le fauteüal
, il y avoit une Couronne
d'or fufpendue par des fi
lets inviſibles avec cette legen-
1
Veni de Eridano
Dion Koni coronaberistą ob wait
อา โว ก and softe iup &
Comme ſi le Roy du haut
de ſa gloire l'eût invitée luymême
à venir ſorepoler dans 2
cofauteil pour y eſtre cour
Vij
236 MERCURE
ronnéc , & la reponſe de la
Reine au Roy étoit marquée
par une autre legende au bas
du marchepied qui contenoit
ces mots :
Etàte quid voluifuper terram.
Aprés cet Epiſode que l'attention
qu'on devoit avoir
pour la Reine , avoit donné
licu de placer en cet endroit ,
& qui eſtoit même neceſſaire
par rapport àl'ouvrage pour
ne pas ennuyer , ou fatiguer
Sa Majesté,&ceux qui avoient
l'honneur de la ſuivre , parun
GALANT. 237
trop grand nombre de penſées
de la même eſpece , &
tousjours fur un même ſujet ;
Elle paffa dans la premiereallée
du bras de la Salle qui traverſe
à droite , ou du haut de
l'arcade qui formoit l'entrée
de cette alléependoit cette legende
:
Parma Fata dabit ,jam facta
reclufit Apollo.
En effet , les deux allées
qui partagent ce bras , contenoient
tout ce que les deſtinées
promettoient de glorieux
:
238 MERCURE
& d'avantageux à la targue
ou Parma ; repreſentant la
Reine par pluſieurs autresprédictions
, dont la premiere
étoit :
77
Herculeas ultra tu, Parmaferere
columnassis داد
obreg
Pour marquer que fa renommée
doit aller plus loin
que les travaux d'Hercule en
paſſant au- delà des colomnes
qui les ont borteza: Nana
Et d'autant que l'Amerique
doit eſtre ſous la domination
de la Reine , un autre Bouclier
C
GALANT. 239
aux Armes de Parme ſuivoit,
avec ces mots:
Mundus te nofcet & alter.
On voyoit enſuite dans le
fonds de cette allée , fous un
Soleil , dont les rayons font
formez par des épées , un aur
tre Ecu aux Armes de Parme ,
qui estoit entre deux lions ,
dont l'un fuit tout épouvanté
; & l'autre s'en approche en
ſe baiſſant comme pour en
lêcher le bord ;avec ces deux
vers François au deffus
240 MERCURE
Le Lion de la Flandre en fur
épouvanté,
Le Lion de l'Espagne en doit
eftre enchanté.
Cequi faiſoir alluſion d'un
coſté aux exploits d'Alexan
dre Farneze en Flandre , & de
L'autre aux empreſſements des
Eſpagnols que laReine va gagner
par ſes charmes & par
fes grandes qualitez .
En paſſant dans l'autrepartie
du premier bras de cette
Salle qui forme une ſeconde
allée , on voyoit auffi contre
1 la
:
GALANT. 241
la muraille , fous un autre Soleil
, un autre Ecu aux Armes
deParme poſe ſur deuxTours
ou Chafteaux , avec ce vers
au deſſus.
Castrum pro Castro tibi reddit
Iberia , duplex.
:
Ce qui fait alluſion au Duché
de Castro ,que la Maiſon
de Parme a tousjours touhaité
paſſionnement de r'avoir ,
& aux deux Tours ou Châ
teaux qu'elle retrouve en devenant
Reine d'Eſpagne.
Enſuite la gloire de la Rei-
Novembre 1714. X
242 MERCURE
ne ſembloit patler au delà de
l'étendue du monde entier ,&
monter juſques dans lesCieux,
par les idées qu'ont fourny
l'Ambaſſadeur de Perſe , & le
Chaoux de la Porte , qui font
venusà Marseille précilement
dans le temps que Sa Majeſté
y eſt arrivée , & dont le dernier
doit inceſſamment s'en
retourner à Conftantinople.
Par rapport à celuy cy on
a joint au Bouclier de Parme,,
ou Parma , repreſentant la
Reine , le vers ſuivant :
Jamque volat , Luna, de te
repleat orbem.
qui
GALANT. 243
)
Ce qui fait alluſion au
Croiffant des Ottomans , par
lequel ils ont pretendu mar.
quer qu'ils ne le prenoient
pour armes & pour deviſe
qu'en attendant , qu'eſtant
maiſtres du monde entier leur
Lune fût plaine : &par le vers
cy deſſus on fait voir , qu'elle
valêtre en effet bientôt, mais
que ce ſera de la grande idée
que cet Empire aura de la Reine
, par le recit que ceChaoux
en doit faire à ſon retour.
Quant à ce qui regarde
1
l'Ambaſſadeur de Perſe , ſon
entrée à Marseille a donné
Xij
244 MERCURE
lieu à la Deviſe ſuivante qui
fait la derniere des predictions
d'Apollon ſur les deſtinées du
Bouclier , ou Ecu de Parme ,
&qui eft repreſentée par l'Aurore
, ou Soleil levant , dont
unrayon venant reflechir fur
les Armes de Parme , dont le
champ eſt dor , en reçoit un
nouvel éclat , comme l'Ambaffadeur
en faliant la Reine
lorſqu'il paſſa ſous ſes fenêtres
, ce qui eſt exprimé par le
vers ſuivant :
Ex te luce nova Radius ſplendefcit
Eous .
GALANT. 245
La Reine paſſa enſuite dans
l'autre bras de la gallerie qui
traverſe la premiere , & qui
fait une feule Salle tres-belle
& tres large , où les alluſions
& les myſteres fe decouvroient
, & où devoit s'accomplir
le triomphe de laTargue,
ou Parma , dans toute fa
pompe.
Pour cet effet toutes les
Nations dont la Reine entend
les Langues , s'eſtoient empreſlées
de s'y trouver pour
huy ériger une ſtatuë ſous la
figure de Minerve , &luy don
ner chacune un éloge particu,
Xiij
246 MERCURE
lier ; & le Monde entier y
eſtoit , en ce qu'on y voyoit
les 4. Parties qui le compoſent
, placées chacune dans
fon rang,&qui s'exprimoient quis
par des ſentiments& des mouvements
tous differents , qui
tous augmentoient également
la gloire du triomphe ; & le
Soleil luy même y paroffoit
dans tout fon éclat pour autorifer
& donner lieu aux élo
ges des fix Langues ou Na
tions connues de la Reine.
On trouvoit d'abord dans
cette Salle en ſe tournant unc
grande pyramide entre deux
GALANT. 247
arcades , toute compoſee de
pointes d'épées qui faisoit un
eeffffeett furprenant,, parla beauté
de ſa ſtructure & par fon
éclat , & au deffus eſtoit l'Ecu
de Parme au champ d'or , qui
brilloit encore d'avantage ,
ayant des pointes de bayonnettes
qui luy formoient com
me autant de rayons ; avec
ces deux vers François :
Elle brille au plus baut ,&les
traits de l'envie ,
Ne font icy que blanchir
l'orner.
5
1
Xinj
248 MERCURE
Ce qu'on devoit regarder ,
comme une difpofition pro
chaine à fon triomphe.
!
t
On voyoit enſuite dans le
milieu de cette grande falle ,
un grand Piedeſtal à fix côtez
avec une grande figure audeſſus
repreſentant la Reine
comme une Minerve richement
veſtuë & de la maniere
qu'on la dépeint , ayant une
demy pique à la main droite ,
&au bras gauche un bouclier,
ou Parma , aux armes de Parme
, au lieu de celuy de Me
duſe avec un voile ſur la tête
qui luy couvroit tout le viſaGALANT.
249
ge : au- deſſus de cette figure
eſtoit un ſoleil magnifique
dont les rayons eſtoient formez
de pointes d'épées & de
hallebardes ,d'une grandeur
extraordinaire repreſentant
le Roy , & le tout enſemble
formoit un ſujet qui donnoit
lieu à fix differentes infcriptions
pour autant de differens
rapports , que cette diſpoſition
priſe tout enſemble ,
ou par parties pouvoit avoir
avec la Reine , & qui s'expliquoit
par les fix differentes
langues qu'Elle ſçait.
Celle qui ſe preſentoit
250 MERCURE
d'abord en face eftort Latine
& eſtoit exprimée par ces
mots:
Electa ut fol , terribilis ut caftrorum
acies ordinata .
Ce qui s'explique affez par
luy même , cette figure eftant
environnée d'armes placées
dans un grand ordre tous un
foleil repreſentant le Roy.
Pour en faire enfuite plus
particulierement l'allufion
avecla Reine , la ſeconde infcription
qui estoit en François
faiſoit voir que le titre d'Electa
GALANT. 251
ut fot , luy convenoit parfai
tement Par Ces deux vers :
Comme luy nous l'avons choiſie,
Pour estre icy l'objet de nos refpects.
Er pour faire voir que lá
comparaifon qu'on en faifoit
avec la crainte qu'infpire l'é
clat des armes d'une Armée
rangée en bataille luy convenoit
pareillement , ſuivant
l'idée qu'on doit avoir d'une
jeune Princeſſe qui dés ſes plus
tendres années fait ſon plus
grand plaiſir de la chaffe &
31
252 MERCURE
d'ettre à cheval , faute d'avoir
d'autres occaſions de ſignaler
fon courage , & de marquer
ſon inclination pour les armes,
l'Eſpagnol l'expliquoit pas
cette inſcription :
No Nacio
En el tiempo
De las Amazonas
Porque
Afu coraçon Varonil
Le era devido
Reinar fobre los hombres.
Ytales.
La quatrième infcription ,
& qui estoit en idiome Par
GALANT. 253
mezan , ou Plaiſantin farfoit
voir que les Etats de Parme
eſtant fituez ſur le Pô , autrefois
l'Eridan , où Phaëton fut
precipité ,on pouvoit dire que
ce Fleuve rendoit au Soleil ?
une fille ſage & prudente au
lieu d'un fils préſomptueux ,
temeraire ; la Reine devenant
la petite fille du Roy repreſenté
par le ſoleil, ce qui estoit
exprimé par ces mots:
In cambi
D'unfiol temerer
Al Po
Ghe rend
Una Fiola prudenta.
,
254 MERCURE
:
La cinquieme failoin voir
en Italien , que de cette maniere
on pouvoit dire auffi ,
que le Soleil avoit produit ,
de même que Jupiter une
Minerve ſortie de ſa tête ,
attendu que l'on ſçait que
c'eſt le Roy luy même qui
aprés avoir parcouru dans
fon idée toutes les Cours de
l'Europe pour examiner &
peſer qu'elle pouvoit eſtre la
Princefle qui conviendroit le
mieux au Roy ſon petit fils
avoit chouſi la Princeſſe de
Parme ; ce qui ſe voit par ces
د
mots:
GALANT. 255
Ecoſi ſi vede
Una nueva Minerva
Uscita
Dal capo del fole.
Et la fixieme inſcription
faifoit voir que fi Elle n'eſt
pas veritablement la Déeffe
Minerve que les Payens ont
adorée ,Elle en poſlede ſi parfaitement
les grandes qualitez
& les rares talens , qu'Elle
eſt la veritable & la plus parfaite
reſſemblance , tel qu'estoit
autrefois le Palladium venu
du Ciel , que les Troyens
gardoient foigneuſementdans
en
256 MERCURE
leur Tample ,parce que leurs
deſtins en dépendoient, & que
tant qu'ils l'auroient ils devoient
eſtre victorieux de
leurs ennemis & leur Ville
,
devoit toujours eître imprenable
; ce qui faisoit dire à
l'Allemand qui ſouhaitoit
paffionnement de l'avoir , &
qui ſçaitcequ'il perd.
Glugfelig ist
Spanien
Van ſe ſich
Erhalen Ran
in Seinem
Palladium.
Cc
GALANT. 265
qu'autre illumination qu'on
auron pû luy faire dans cette
falle.
M. Arnoul avoit eû ſoin
de prier M. le Chevalier de
Rancé , premier Chef d'Eſcadre
des Galeres,&quiles commande
à Marseille , de faire
faireun détachement d'autant
de ſoldats qu'il en falloit, pour
border les deux hayes , entre
leſquelles elle auroit à paffer ,
depuis le grand pavillon de
Thorloge de l'Arcenal juſques
à l'entrée de la cour , que la
Reine avoit à traverſer pour
aller à la ſalle d'armes ,& dans
Novembre 1714.. Z
1
266 MERCURE
cette cour ſe trouverent les
Gardes de l'Erendart , ayant
à leur tête M le Chevalier de
Rouffet qui les commande.Sa
Majesté ſçachant que cette
Compagnie eſt toute compoſéede
Gentilshommes , la
pluſpart Chevaliers de Malte
&tous en bon ordre , Elle fit
arrêter ſa chaiſe pour les confiderer
, & M. le Chevalier de
Rouffet la falua de l'Eſponton,
de même que les Officiers
de la Compagnie , comme
avoient fait auparavant , ceux
qui commandoient les Détachemens
des Troupes desGaGALANT.
267
t
Jeres; & M. le Chevalier de
Rouſſet ettost prêt à faire faire
l'exercice à la Compagnie ,
lorſqu'elle le fit appeller pour
luy dire qu'il eſtoit trop tard.
Elle vint mettre enſuite
pied àterre pour monter a la
Salle d'Armes , au bas de l'efcalier
où estoient M. le Chevalier
de Rancé à la tête de
Meffieurs les Officiers Generaux
, les Capitaines , & autres
Officiers desGaleres , qui n'avoient
pas eſté detachez , &
M. Arnoul y estoit pareille-
* ment , de même queMadame
Arnoul habillée & coiffée de
Zij
168 MERCURE
la maniere qui convenoit en
pareille occafion , avec une
grande partie des Dames les
plus-qualifiées du corps desGaléres
, & de la Ville pour recevoir
Sa Majeſté , la ſuivre ,
&luy faire leur cour.ini
Lorſque la Reine entra dans
la Salle d'Armes& lorſqu'elle
en ſortit,on luy tira deux cent
boëtes de l'Arcenal , & pendant
tout le temps qu'elle y
fût, les trompettes & les violons
qui avoient eſté poſtez
dans des lieux où ils pouvoient
eſtre entendus ſans incommoder
ne cefferent point de
joüer
GALANT. 269
31 Quand Sa Majefté eut veu
laSalled'Armes Elle paffa dans
la Maiſon du Roy par une
porte quiy communique , &
fe trouva d'abord dans un
grand appartement compoſé
de cinq pieces , toutes preparées
pour Elle , dans la plus
grande deſquelles , il y avoit
un magnifique canapée ſous
undais , pour qu'Elle pût s'y
repofer en cas qu'Elle ſe trouva
fatiguée avant que d'entrer
dans une grande ſalle qui eſt
jointe à cet appartement où
eſtoit de plus un grandTheâ
tre ,& un Orqueſte , le tout
蓄
Z iij
270 MERCURE
preparé pour luy donner le
divertinfoment de trois differentes
Pieces , ſçavoir lePrologue
de Phaëton , le Medecin
malgré luy de M. deMoliere
, & la Chaffe d'Enée &
Didon de M. Campra , qui
eſtoit chargé en partie da.
l'execution de cette fête.
Elle entra d'abord dans
cette falle fans s'arreſter dans
l'appartement , & Elle y trouva
dans le milieu ſur un marchepied
couvert d'un grand
tapis de Perſe , un fauteüil de
damas cramoiſi garny de
galons d'or , ſous un dais de
GALANT. 271
-
femblable damas & garni de
même de galons d'or & de
grandes crepines. Ce fauteüil
eſtoit couvert d'une grande
toilette de velours cramoiſi ,
garni de mêmes franges & de
galons d'or.
Sa Majefté eſtoit menée
par M. le Marquis de Los
Balbazés chargé par le Roy
d'Elpagne de laconduire dans
tout le voyage ,& Elle estoit
accompagnée de Madame la
Princeffe de Piombino , de
Madame la Princeffe Pio , de
Madame la Comteſſe de Somaglio
,& des autres Dames
Zij
272 MERCURE
?
de ſa Cour.
Quand Sa Majesté voulut
s'affeoir , on découvrit le fauteüil&
la toilette fut miſe devant
Elle ſur le tapis , au bas
d'un grand carreau de velours
cramoiſi garni de galons d'or
qui devoit eſtre ſous fes pieds.
Elle avoit à ſa droite Madame
la Princeſſe de Piombino ,&
Madame la Princeſſe Pio à ſa
gauche fur des tabourets poſez
ſur le tapis du marchepied;
&derriere ſur de pareils tabourets
pofez auffi fur le tapis
Madame la Comteffe de So-..
maglio , & M. le Marquis, de
GALANT 273
:
Los Balbazés , tout le reſtede
la falle eſtoit garni de petits
placets où Elle voulut bien
permettre queles Damesfuffent
aſſiſes pour le ſpectacle :
ecs placets eſtoient derriere
fon dais avec quelques uns
par les côtez ; mais éloignez.
On avoit preparé proche de
cette falle la collation de la
Reine , croyantqu'Elle fe feroit
ſervir dans le temps du
ſpectacle ; mais Elle voulut
attendre qu'il fut fini..
Sa Majesté repaffa enfuite
dans l'appartement qui luy
avoit eſté preparé ; & Elles'ar274
MERCURE
reſta dans la chambre où eſtoit
le dais avec le grand canapée
ou Elle s'afſfit pour faire collation.
• Cette collation estoit com.
poſée de 28.grandes corbeilles
de patiflerie ,de confitures
Léches,de fruits cruds ſans mê.
lange & de ſecs ,le tout en
piramide ; elle fur apportéc
par les Commiſſaires desGaleres
, qui de main en main less
remettoient à M. Arnoul , de
qui les Officiersde la Reine les.
recevoient, pour les preſenter
à Sa Majesté , & toutes les
corbeilles pafferent ainſi deGALANT.
275
-
vant Elle , enfuite aux Dames
de ſa Cour ,& ſucceſſivement
aux autres Dames , aux Gentilhommes
de ſa ſuite , &aux
Officiers & autresGentilhommes
de la Ville , dont toute la
chambre estoit remplie , &
peu de temps aprés SaMajefté
ſe retira.
de
Elle devoit aller en fortant
l'Intendance , à la Maiſon
de Ville , pour y voir l'illumination
desGaleres qu'elle avoit
agrée pour ce même foir ,&
elle en auroit vû tout l'effet
de la maniere que M. de Rancé
avoit fait ranger les Gale276
MERCURE
:
res ; mais comme il étoit tard
Elle aima mieux retourner
chez elle , & quant au Salut -
Royal qu'on luy devoir , M.
deRancé le luy avoit fait faire
le jour precedent. :
Pendant le temps que Sa
Majesté a reſté à Marseille ,
M. le Marquis de Los Balbazés
, M. le Duc de Caſte ſon
fils , Mle Marquis de Grille ,
&les autres Seigneurs les plus
qualifiz de fa Cour firent
Phonneur à M. Arnoul de dîner
chez luy le premier jour ,
le jour ſuivant ils dînerent
chezM. leChevalierdeRancé,
GALANT. 277
& le trofiéme chez M. le
Bailly de la Pailletric , & en
general chacun a fait tout ce
qu'il a pû pour marquer fon
reſpect & fon attachement
pour la Reine , de même que
la corſi ieration qui estoin ûë
à ces Seigneurs,avec beaucoup
d'empreſſement pour tâ her
d'être de quelqu'agrement
de quelque utilité à toutes les
perſonnes de ſa Maiſon.
cet
M. Arnoul auroit pluroſt
envoyé cette deſcription , fi
quand il a voulu mettre par
écrit ce qui regarde la Salle
d'Armes , il ri'eut trouvé que
ouvrage avoit beſoin
d'une liaiſon un peu plusreguliere
en quelques endroits ;
ce qui l'a mis dans l'obligation
d'y faire quelques additions
qui luyont paru neceſſaires
, & auſquelles il en auroit
joint peut-eſtre encore d'autres
, fi on neluy. Fait que
la Reine vouloit avoir cette
Novembre 1714%. S
210 MERCURE
deſcription avant qu'Elle cut
quitté la Provence : au lieu
que cela paroiſſoit beaucoup
moins neceſſaire lorſque l'ouvrage
eſtoit répandu ſur toute
l'étenduë de quatre grandes
falles ougalleries, en plufieurs
pieces détachées ; mais il eſpere
que Sa Majesté aura la bonté
d'agréer ce travail en l'état
qu'il eſt , comme venant du
coeur plutoſt que de l'eſprit
par l'extrême envie qu'il avoit
deluy marquer ſeulement par-
'àfon zele & fon profond
refpecie fe fire auffi
qu'Elle voudra bien confiderer
, qu'il n'a eu que fix jours
د
GALANT 211
de temps pour le compoſer
& l'executer.
DESCRIPTION
de la Feste que M. Arnoul ,
Intendant des Galeres & du
Commerce àMarseille, donna
àla Reine d'Eſpagne leLundy
2.9. Octobre 1714 à l'occaſion
de la Salle d' Armes de l'Arcenal
des Galeres , que Sa Ma-
1 jefté voulut bien aller voir ,
& d'une eſpece de Triomphe
quiy avoit eſté preparé pour
Elle.
SAMAJESTE ayant
pris la réſolution de venir à
Sij
212 MERCURE
Marſeille le 21. d Octobre:
& M. Arnoul l'ayant ſçeu
le 23. jugea bien qu'Elle pourroit
voir la Salle d'Armes des
Galeres , comme eſtant ce
qu'il y a de plus curieux &
qui marque le mieux la puifſance
du Roy ; il ſe mitauffitoſt
en état de la préparer , de
maniere qu'elle pût plaire à la
Reine , & faire partie des
honneurs qu'on devoit luy
rendre. Il chercha là - deſſus
un ſujet qui pût ſervir à fon,
deflein , & s'agiſſant d'une
Salle d'Armes il crût qu'il devoit
le tirer desArmes mêmes,
GALANT. 213
:
Il trouva que le mot Latin
Parma , qui ſignifie Targue ,
Bouclier , ou Ecu , en François
,faiſoit une heureufe allu.
fion au nom de la Reine , il
le choifit & tira de- là occaſion
de faire à Sa Majesté une
eſpece de triomphe , en élevant
le Bouclier , ou Parma
au - deſſus de toutes les autres
armes , non - ſeulement par
les places diftinguées qu'on
pouvoit luy donner partout ,
mais de plus par beaucoup
d'allegories , qui pouvoient
avoir rapport à la Reine ;
c'eſt ce qu'il a eſté queſtion
214 MERCURE
de mettre en execution , &
c'eſt auſſi ce qui s'est fait par
Beaucoup d'Inſcriptions , de
Deviles , ou d'Emblemes répanduës
fur toute l'étenduë
de la premiere Salle , & de
celle qui vers le bout la traverſe
en forme de Croix.
Pour donner d'abord une
idée de fon deſſein , il y avoit
au deſſus de la principale porte
, par où la Reine devoit entrer
, & d'où l'on découvre
toute l'étenduë de la premiere
Salle , un trophée d'armes ,
dont l'Ecu des Armes de Parme
tenoit le defſfas , &le mis
GALANT . 21
licu , avec ces deux mots :
Parma triumphans..
Pour fuivre ce deffein il y
avoit fur toute l'étenduë de
ces deux faltes au plus haut du
plancher ſur le milieu de chaque
poutre , une targue ou
écu des armes de Parme , accompagné
d'une autre targue
de chaque coſté où ſont des
Solcils avec la deviſe du Roy
tels que font ordinairement
tou es les targues des Galeres.
Entre toutes ces targues ou
écus de diſtance en distance
216 MERCURE
on en avoit mis d'autres plus
ornez ayant de même les armes
de Parme , & qui estoient
pareillement attachezau plancher
dans le milieu des poutres
, faiſant autant de deviſes
ou d'emblêmes differentes,
& la premiere qui ſe prefentoit
aprés qu'on eſtoit entré
dans la ſalle exprimée par ce
vers.
Parmarum , Regina , tibi labor
iſte dicatur.
Ce qui faiſoit proprement
en peu de mots l'Epître Dédicatoire
GALANT . 217
こ
dicatoire de tout l'ouvrage.
A quelques diſtancesenfuite
eſtoitun autre écu ou Parma ,
avec les mêmes armes ayant
au-deſſus ce vers .
Arma triumphanti cedant bie
catera Parma
ال
Comme un commande
ment qu'on faiſoit d'abord
aux autres armes de céder au
Boucher ou Parma qui devoit
triompher à l'occation de la
Reine .
L'inſcription ſuivante établiſſfoit
la raiſon pour laquelle
Novembre 1714. T
218 MERCURE
lebouclier devoit en effet être
au-deſſus des autres armes ,
par cet autre verse по лоэ
Illa agitant furie , Parmam
prudentia ducit.
Enſuite comme le bouclier
n'eſt fait que pour parer fans
offenſer , on a pretendu que
pour attirer plus d'honneur
au bouclier , il falloit ôter
de celuy de Minerve qui eft
regardécomme le plus ancien
&le premier de tous , la tête
de Meduſe pour y mettre à la
place les armes de la Reine ,
GALANT. 219
comme devant eſtre beaucoup
plus agreables à cette
Déeffe , qui toute belliqueuſe
qu'elle eſt , ne devoit rien
avoir qui pût empêcher qu'on
s'approchad'Elle , par rapport
aux Sciences & aux Arts dont
Elle eſtoit auſſi la Déeſſe, ce
qui ſe trouve marqué par ce
vers.
Dura medusa fugat , grata es ,
tu Parma Minerva.
On faifoit voir auffitoft
aprés les avantages , & les
merveilleux effets dece chan-
Tij
220 MERCURE
gement , en ce qu'au lieu que
cette tête de Meduſe eſtoit
fi affreuſe qu'Elle changeoit
en pierre ceux qui la regardoient
,,ce nouvel écu qui eſt
proprement le ſceau de la
douceur& de la bonté de la
Reine , marquée par le celefte
azur de ſes Lys , devoit faire
tomber les armes des mains ,
& gagner les coeurs fans violence
, en adouciflant & en attendriſſant
ceux - même que
l'autre auroit pû rendre auſſi
durs que des rochers , ce, qui
étoit expliqué par cet autre
vers:
1
(
GALANT. 221
1
Altera quos fecit lapides , emol
liet ista.
Onfeint enſuite que de pareilles
diſpoſitions ont d'abord
engagél'Amour,qui n'a
voit jamais oſé rien pretendre
fut Minerve , à qui l'on verra
dans la ſuite que la Reine eſt
comparée , & qui eſt auſſi par
tout reprefentée par le bouelier
ou Parma , non- ſeulement
à s'en approcher , mais
que de plus il a joint à la Parma
tous ſes traits , comme autant
de charmes qu'il a don
Tiij
222 MERCURE
nez à la Reine , pour faire la
conqueſte d'un coeur qui luy
convint , au lieu du ſeul bouclier
dont Elle ſe ſervoit contre
luy même , le tout repreſenté
par un Ecu , ou Parma ,
orné des traits , & de toutes
les armes de l'Amour, en forme
de trophée , avec un cartouche
audeſſus qui porte ce
vers :
1.
Huic amor antefugax ,fua tela
21.adjungit arcum,
On feint encore enſuite que
l'Amour continuant de s'inteGALANT
. 2230
reffer pour le bouclier ou Par
ma , qui eſt toûjours icy le
ſymbole , auſſi bien,que lo
ſceau de la Reine, chaſſe luy
même d'auprés d'elle la Hiss
bou de Minerve , qui eſt, toujours
un oiſeau de mauvais augure
, en quelqu'endroit qu'il
foit ,& qui pourroit éloigners
celuy dont Elle doit faire la
conquête avec ſes nouvelles
armes ; & pour marquer en
core plus fon empreſſement
pour Elle , on luy fait derober
à ſa mere un des oiſeaux
qui luy ſont conſacrez , pour
l'aſſocier au bouclier , ce qui
G
ว
Tiiij
224 MERCURE
peut ſe rapporter à tous les
coeurs de quelque caractere
qu'ils ſe trouvent , attachez au
char de la mere d'amour ; le
ンtout repreſenté par le bouclier
ou Parma , ayant toujours
toutes les armes de l'Amour
, comme en trophée
avec un pigeon à coſté , & ce
vers au-deffus :
Subreptam &matri ,Volucrem,
21:00 bubone fugato.
C'eſt ainſi qu'on pretend
que la Reine d'Eſpagne ayant
joint les armes de l'amour , à
GALANT. 225
la bonne odeur de les Lys ,
qui dénote parfaitement , ce
que la Renommée avoit déja
publié de fes vertus ,& de les
grandes qualitez , a fait la conquête
d'un coeur , qui ſeul
eftoit digne de la poffeder ; le
tout reprefenté par une targue
, ou Parma , répandant
une odeur agréable , ornée&
&environnée , comme deflus,
de toutes les armes de Fa
mour , placée dans un grand
coeur , comme dans un Trône,
porté ſur le dos de deux lions,
& appuyé contre deux tours ,
avec la colombe , ou pigeon
2
3
226 MERCURE
donné par l'amourvolti
geant au-deffus , & portant
en ſon bec une couronne de
laurier ,avec ceversad
1..1 1
Sic & odore ſuo , fic Parma
triumphat amore.
1
i
:
11 1001
On prétend enſuite qu'A-2
pollon aprés avoir chantéluymême
juſqu'icy les loüanges
de la targue , ou Parma , va
dans ce qui fuit declarer fest
heureux deſtins , par les ora.)
cles qu'il va rendre , & qui
doivent faire la plus glorieuſe
partie de ſon Triomphe , ce
A
GALANT. 227
i
qu'exprime le vers ſuivant
écrit en groffes Lettres ſur un
cartouche attaché à une poutre
du plancher comme tout
ce qui a precedé , pour preparer
les ſpectateurs à cette
feconde partie du Triomphe.
Cantavit Parmam , jam vatici
netur Apollo.
Ce qui fuit eſt en effetune
Prophette , s'agiſſant en partic
de l'avenir , & un Oracle en
ce qu'ony peut trouver plufieurs
ſens differens , comme
il arrivoit toûjours à ceux qui
228 MERCURE
1
confultoient les Oracles , ce
qui fe voit par le vers fuivant
fur une targue , ou Ecu de
Parme.
Hacse conjungunt Florentia li
lia Parma.
Ce qui veut dire que des
Lys floriffans fe joignent enſemble
par le moyen de la
targue , ou Parma, ou qu'elle
va ſe joindre elle même aux
Eys , ou que par elle, les Lys ,
Parme& Florence ſe joignent
enſemble , ce qui est fondé
fur ce qu'on prétend que la
GALANT. 229
Maiſon de Parme , c'eſt à-dire
la Reine , doit probablement
heriter duDuché deFlorence.
Outre cet avantage qu'Apollon
promet par l'Oracle
precedent qui paroiſt deſigner
le mariage du Roy d'Elpagne,
& de la Reine ; l'Oracle qui
fuit en promet trois autres ,
par une eſpece d'Enigme repreſentée
par unbouclier myparti
des Armes de Parme &
de GrandGonfalonier de l'Eglife
, couvrant en partietrois
tiges de Lys , avec ce versaudeffus
.
230 MERCURE
His erit Umbra , novum Tutamen
, Incrementum.
Parce que l'Umbrella ſignifie
que la Reine aura tousjours
fous fon ombre le Prince des
Afturies & les deux Infants ;
que de plus le bouclier par
luy même eſtant le ſymbole
de la précaution &de la ſeureté
, marque le ſoin qu'Elle
prendra de leur conſervation ,
&qu'Elle donnera de plus au
Roy d'autres enfans dénotez
par les fix Lys de fon écu ,
joints aux trois de celuy du
Roy.
:
GALANT. 231
-1. Cequi fuit elt encore une
Prophetie , un Oracle , & une
Enigme toute enſemble,repreſentée
par l'écu de Parme
Pou Parma , accolé avec celuy
de France ,& ce versaudeffus
.
Radici quàm pulchra dabunt tua
lilia juncta .
1.
-Par'où l'on doit entendre ,
que les Lys de la Maiſon de
France eſtant les premiers qui
ayent jamais parû , on doit les
regarder comme l'origine, le
tronc ou la racine de tous les
1
232 MERCURE
autres ;&que les Lys de Parme
eſtant ainſi rejoints , &
comme entez ſur leur premiere
louche ,ou racine, ne peuvent
manquer de produire
les plus beaux rejettons du
monde.
Er enfin cette premiere falle
eſtoit terminée dans le bout
par une armure dorée& damaſquinée
repreſentant le
Roy Philippes V. ſur un Picdeſtal
, accompagné de ſes
Gardes , avec un Manteau
Royal de velours cramoiſi
doublé d'hermines ayant un
Bâton de commandement
dans
GALANT. 233
dans la main droite , & un
Bouclier auxArmes de Parme,
paſſé dans le bras gauche ,
avec ces mots Eſpagnols :
En braços del Rey valera
Varones.
Ce qui eſt encore unOraele
, en ce que cela ſe peur
entendre en deux manieres ,
lapremiere fur ce qu'un Roy
auſſibrave qu'eſt le Roy d'Elpagne
, fe peut battre contre
pluſieurs , en ſe ſervant du
bouclier pour parer ; & l'autre
fait affez voir que la Reine
Novembre 1714. V
234 MERCURE
en doit avoir des Princes diftinguez
par leur merite &
par leur valeur.
Il faut icy faire remarquer
qu'avant que d'aller juſqu'à
cette figure qui repreſentoit
le Roy d'Eſpagne , il falloit
traverſer la ſeconde Salle qui
ſe croiſe avec la premiere,&
que dans le milicu on y avoit
preparé un marchepied couvert
d'un tapis de Perſe , aved
un fautcüil de damas cramoifi
, garni de grands galons
d'or , pour que la Reine s'y
puſt aſſeoir , en cas qu'elle fuſt
fatiguée ; qu'au deſſus de co
GALANT 235
fauteüil étoit un Soleil quire- :
preſentoit le Roy d'Eſpagne ,
dont les rayons eſtoient figu
rez par des Armes blanches ,
& qu'entre ce Soleil & le fauteüal
, il y avoit une Couronne
d'or fufpendue par des fi
lets inviſibles avec cette legen-
1
Veni de Eridano
Dion Koni coronaberistą ob wait
อา โว ก and softe iup &
Comme ſi le Roy du haut
de ſa gloire l'eût invitée luymême
à venir ſorepoler dans 2
cofauteil pour y eſtre cour
Vij
236 MERCURE
ronnéc , & la reponſe de la
Reine au Roy étoit marquée
par une autre legende au bas
du marchepied qui contenoit
ces mots :
Etàte quid voluifuper terram.
Aprés cet Epiſode que l'attention
qu'on devoit avoir
pour la Reine , avoit donné
licu de placer en cet endroit ,
& qui eſtoit même neceſſaire
par rapport àl'ouvrage pour
ne pas ennuyer , ou fatiguer
Sa Majesté,&ceux qui avoient
l'honneur de la ſuivre , parun
GALANT. 237
trop grand nombre de penſées
de la même eſpece , &
tousjours fur un même ſujet ;
Elle paffa dans la premiereallée
du bras de la Salle qui traverſe
à droite , ou du haut de
l'arcade qui formoit l'entrée
de cette alléependoit cette legende
:
Parma Fata dabit ,jam facta
reclufit Apollo.
En effet , les deux allées
qui partagent ce bras , contenoient
tout ce que les deſtinées
promettoient de glorieux
:
238 MERCURE
& d'avantageux à la targue
ou Parma ; repreſentant la
Reine par pluſieurs autresprédictions
, dont la premiere
étoit :
77
Herculeas ultra tu, Parmaferere
columnassis داد
obreg
Pour marquer que fa renommée
doit aller plus loin
que les travaux d'Hercule en
paſſant au- delà des colomnes
qui les ont borteza: Nana
Et d'autant que l'Amerique
doit eſtre ſous la domination
de la Reine , un autre Bouclier
C
GALANT. 239
aux Armes de Parme ſuivoit,
avec ces mots:
Mundus te nofcet & alter.
On voyoit enſuite dans le
fonds de cette allée , fous un
Soleil , dont les rayons font
formez par des épées , un aur
tre Ecu aux Armes de Parme ,
qui estoit entre deux lions ,
dont l'un fuit tout épouvanté
; & l'autre s'en approche en
ſe baiſſant comme pour en
lêcher le bord ;avec ces deux
vers François au deffus
240 MERCURE
Le Lion de la Flandre en fur
épouvanté,
Le Lion de l'Espagne en doit
eftre enchanté.
Cequi faiſoir alluſion d'un
coſté aux exploits d'Alexan
dre Farneze en Flandre , & de
L'autre aux empreſſements des
Eſpagnols que laReine va gagner
par ſes charmes & par
fes grandes qualitez .
En paſſant dans l'autrepartie
du premier bras de cette
Salle qui forme une ſeconde
allée , on voyoit auffi contre
1 la
:
GALANT. 241
la muraille , fous un autre Soleil
, un autre Ecu aux Armes
deParme poſe ſur deuxTours
ou Chafteaux , avec ce vers
au deſſus.
Castrum pro Castro tibi reddit
Iberia , duplex.
:
Ce qui fait alluſion au Duché
de Castro ,que la Maiſon
de Parme a tousjours touhaité
paſſionnement de r'avoir ,
& aux deux Tours ou Châ
teaux qu'elle retrouve en devenant
Reine d'Eſpagne.
Enſuite la gloire de la Rei-
Novembre 1714. X
242 MERCURE
ne ſembloit patler au delà de
l'étendue du monde entier ,&
monter juſques dans lesCieux,
par les idées qu'ont fourny
l'Ambaſſadeur de Perſe , & le
Chaoux de la Porte , qui font
venusà Marseille précilement
dans le temps que Sa Majeſté
y eſt arrivée , & dont le dernier
doit inceſſamment s'en
retourner à Conftantinople.
Par rapport à celuy cy on
a joint au Bouclier de Parme,,
ou Parma , repreſentant la
Reine , le vers ſuivant :
Jamque volat , Luna, de te
repleat orbem.
qui
GALANT. 243
)
Ce qui fait alluſion au
Croiffant des Ottomans , par
lequel ils ont pretendu mar.
quer qu'ils ne le prenoient
pour armes & pour deviſe
qu'en attendant , qu'eſtant
maiſtres du monde entier leur
Lune fût plaine : &par le vers
cy deſſus on fait voir , qu'elle
valêtre en effet bientôt, mais
que ce ſera de la grande idée
que cet Empire aura de la Reine
, par le recit que ceChaoux
en doit faire à ſon retour.
Quant à ce qui regarde
1
l'Ambaſſadeur de Perſe , ſon
entrée à Marseille a donné
Xij
244 MERCURE
lieu à la Deviſe ſuivante qui
fait la derniere des predictions
d'Apollon ſur les deſtinées du
Bouclier , ou Ecu de Parme ,
&qui eft repreſentée par l'Aurore
, ou Soleil levant , dont
unrayon venant reflechir fur
les Armes de Parme , dont le
champ eſt dor , en reçoit un
nouvel éclat , comme l'Ambaffadeur
en faliant la Reine
lorſqu'il paſſa ſous ſes fenêtres
, ce qui eſt exprimé par le
vers ſuivant :
Ex te luce nova Radius ſplendefcit
Eous .
GALANT. 245
La Reine paſſa enſuite dans
l'autre bras de la gallerie qui
traverſe la premiere , & qui
fait une feule Salle tres-belle
& tres large , où les alluſions
& les myſteres fe decouvroient
, & où devoit s'accomplir
le triomphe de laTargue,
ou Parma , dans toute fa
pompe.
Pour cet effet toutes les
Nations dont la Reine entend
les Langues , s'eſtoient empreſlées
de s'y trouver pour
huy ériger une ſtatuë ſous la
figure de Minerve , &luy don
ner chacune un éloge particu,
Xiij
246 MERCURE
lier ; & le Monde entier y
eſtoit , en ce qu'on y voyoit
les 4. Parties qui le compoſent
, placées chacune dans
fon rang,&qui s'exprimoient quis
par des ſentiments& des mouvements
tous differents , qui
tous augmentoient également
la gloire du triomphe ; & le
Soleil luy même y paroffoit
dans tout fon éclat pour autorifer
& donner lieu aux élo
ges des fix Langues ou Na
tions connues de la Reine.
On trouvoit d'abord dans
cette Salle en ſe tournant unc
grande pyramide entre deux
GALANT. 247
arcades , toute compoſee de
pointes d'épées qui faisoit un
eeffffeett furprenant,, parla beauté
de ſa ſtructure & par fon
éclat , & au deffus eſtoit l'Ecu
de Parme au champ d'or , qui
brilloit encore d'avantage ,
ayant des pointes de bayonnettes
qui luy formoient com
me autant de rayons ; avec
ces deux vers François :
Elle brille au plus baut ,&les
traits de l'envie ,
Ne font icy que blanchir
l'orner.
5
1
Xinj
248 MERCURE
Ce qu'on devoit regarder ,
comme une difpofition pro
chaine à fon triomphe.
!
t
On voyoit enſuite dans le
milieu de cette grande falle ,
un grand Piedeſtal à fix côtez
avec une grande figure audeſſus
repreſentant la Reine
comme une Minerve richement
veſtuë & de la maniere
qu'on la dépeint , ayant une
demy pique à la main droite ,
&au bras gauche un bouclier,
ou Parma , aux armes de Parme
, au lieu de celuy de Me
duſe avec un voile ſur la tête
qui luy couvroit tout le viſaGALANT.
249
ge : au- deſſus de cette figure
eſtoit un ſoleil magnifique
dont les rayons eſtoient formez
de pointes d'épées & de
hallebardes ,d'une grandeur
extraordinaire repreſentant
le Roy , & le tout enſemble
formoit un ſujet qui donnoit
lieu à fix differentes infcriptions
pour autant de differens
rapports , que cette diſpoſition
priſe tout enſemble ,
ou par parties pouvoit avoir
avec la Reine , & qui s'expliquoit
par les fix differentes
langues qu'Elle ſçait.
Celle qui ſe preſentoit
250 MERCURE
d'abord en face eftort Latine
& eſtoit exprimée par ces
mots:
Electa ut fol , terribilis ut caftrorum
acies ordinata .
Ce qui s'explique affez par
luy même , cette figure eftant
environnée d'armes placées
dans un grand ordre tous un
foleil repreſentant le Roy.
Pour en faire enfuite plus
particulierement l'allufion
avecla Reine , la ſeconde infcription
qui estoit en François
faiſoit voir que le titre d'Electa
GALANT. 251
ut fot , luy convenoit parfai
tement Par Ces deux vers :
Comme luy nous l'avons choiſie,
Pour estre icy l'objet de nos refpects.
Er pour faire voir que lá
comparaifon qu'on en faifoit
avec la crainte qu'infpire l'é
clat des armes d'une Armée
rangée en bataille luy convenoit
pareillement , ſuivant
l'idée qu'on doit avoir d'une
jeune Princeſſe qui dés ſes plus
tendres années fait ſon plus
grand plaiſir de la chaffe &
31
252 MERCURE
d'ettre à cheval , faute d'avoir
d'autres occaſions de ſignaler
fon courage , & de marquer
ſon inclination pour les armes,
l'Eſpagnol l'expliquoit pas
cette inſcription :
No Nacio
En el tiempo
De las Amazonas
Porque
Afu coraçon Varonil
Le era devido
Reinar fobre los hombres.
Ytales.
La quatrième infcription ,
& qui estoit en idiome Par
GALANT. 253
mezan , ou Plaiſantin farfoit
voir que les Etats de Parme
eſtant fituez ſur le Pô , autrefois
l'Eridan , où Phaëton fut
precipité ,on pouvoit dire que
ce Fleuve rendoit au Soleil ?
une fille ſage & prudente au
lieu d'un fils préſomptueux ,
temeraire ; la Reine devenant
la petite fille du Roy repreſenté
par le ſoleil, ce qui estoit
exprimé par ces mots:
In cambi
D'unfiol temerer
Al Po
Ghe rend
Una Fiola prudenta.
,
254 MERCURE
:
La cinquieme failoin voir
en Italien , que de cette maniere
on pouvoit dire auffi ,
que le Soleil avoit produit ,
de même que Jupiter une
Minerve ſortie de ſa tête ,
attendu que l'on ſçait que
c'eſt le Roy luy même qui
aprés avoir parcouru dans
fon idée toutes les Cours de
l'Europe pour examiner &
peſer qu'elle pouvoit eſtre la
Princefle qui conviendroit le
mieux au Roy ſon petit fils
avoit chouſi la Princeſſe de
Parme ; ce qui ſe voit par ces
د
mots:
GALANT. 255
Ecoſi ſi vede
Una nueva Minerva
Uscita
Dal capo del fole.
Et la fixieme inſcription
faifoit voir que fi Elle n'eſt
pas veritablement la Déeffe
Minerve que les Payens ont
adorée ,Elle en poſlede ſi parfaitement
les grandes qualitez
& les rares talens , qu'Elle
eſt la veritable & la plus parfaite
reſſemblance , tel qu'estoit
autrefois le Palladium venu
du Ciel , que les Troyens
gardoient foigneuſementdans
en
256 MERCURE
leur Tample ,parce que leurs
deſtins en dépendoient, & que
tant qu'ils l'auroient ils devoient
eſtre victorieux de
leurs ennemis & leur Ville
,
devoit toujours eître imprenable
; ce qui faisoit dire à
l'Allemand qui ſouhaitoit
paffionnement de l'avoir , &
qui ſçaitcequ'il perd.
Glugfelig ist
Spanien
Van ſe ſich
Erhalen Ran
in Seinem
Palladium.
Cc
GALANT. 265
qu'autre illumination qu'on
auron pû luy faire dans cette
falle.
M. Arnoul avoit eû ſoin
de prier M. le Chevalier de
Rancé , premier Chef d'Eſcadre
des Galeres,&quiles commande
à Marseille , de faire
faireun détachement d'autant
de ſoldats qu'il en falloit, pour
border les deux hayes , entre
leſquelles elle auroit à paffer ,
depuis le grand pavillon de
Thorloge de l'Arcenal juſques
à l'entrée de la cour , que la
Reine avoit à traverſer pour
aller à la ſalle d'armes ,& dans
Novembre 1714.. Z
1
266 MERCURE
cette cour ſe trouverent les
Gardes de l'Erendart , ayant
à leur tête M le Chevalier de
Rouffet qui les commande.Sa
Majesté ſçachant que cette
Compagnie eſt toute compoſéede
Gentilshommes , la
pluſpart Chevaliers de Malte
&tous en bon ordre , Elle fit
arrêter ſa chaiſe pour les confiderer
, & M. le Chevalier de
Rouffet la falua de l'Eſponton,
de même que les Officiers
de la Compagnie , comme
avoient fait auparavant , ceux
qui commandoient les Détachemens
des Troupes desGaGALANT.
267
t
Jeres; & M. le Chevalier de
Rouſſet ettost prêt à faire faire
l'exercice à la Compagnie ,
lorſqu'elle le fit appeller pour
luy dire qu'il eſtoit trop tard.
Elle vint mettre enſuite
pied àterre pour monter a la
Salle d'Armes , au bas de l'efcalier
où estoient M. le Chevalier
de Rancé à la tête de
Meffieurs les Officiers Generaux
, les Capitaines , & autres
Officiers desGaleres , qui n'avoient
pas eſté detachez , &
M. Arnoul y estoit pareille-
* ment , de même queMadame
Arnoul habillée & coiffée de
Zij
168 MERCURE
la maniere qui convenoit en
pareille occafion , avec une
grande partie des Dames les
plus-qualifiées du corps desGaléres
, & de la Ville pour recevoir
Sa Majeſté , la ſuivre ,
&luy faire leur cour.ini
Lorſque la Reine entra dans
la Salle d'Armes& lorſqu'elle
en ſortit,on luy tira deux cent
boëtes de l'Arcenal , & pendant
tout le temps qu'elle y
fût, les trompettes & les violons
qui avoient eſté poſtez
dans des lieux où ils pouvoient
eſtre entendus ſans incommoder
ne cefferent point de
joüer
GALANT. 269
31 Quand Sa Majefté eut veu
laSalled'Armes Elle paffa dans
la Maiſon du Roy par une
porte quiy communique , &
fe trouva d'abord dans un
grand appartement compoſé
de cinq pieces , toutes preparées
pour Elle , dans la plus
grande deſquelles , il y avoit
un magnifique canapée ſous
undais , pour qu'Elle pût s'y
repofer en cas qu'Elle ſe trouva
fatiguée avant que d'entrer
dans une grande ſalle qui eſt
jointe à cet appartement où
eſtoit de plus un grandTheâ
tre ,& un Orqueſte , le tout
蓄
Z iij
270 MERCURE
preparé pour luy donner le
divertinfoment de trois differentes
Pieces , ſçavoir lePrologue
de Phaëton , le Medecin
malgré luy de M. deMoliere
, & la Chaffe d'Enée &
Didon de M. Campra , qui
eſtoit chargé en partie da.
l'execution de cette fête.
Elle entra d'abord dans
cette falle fans s'arreſter dans
l'appartement , & Elle y trouva
dans le milieu ſur un marchepied
couvert d'un grand
tapis de Perſe , un fauteüil de
damas cramoiſi garny de
galons d'or , ſous un dais de
GALANT. 271
-
femblable damas & garni de
même de galons d'or & de
grandes crepines. Ce fauteüil
eſtoit couvert d'une grande
toilette de velours cramoiſi ,
garni de mêmes franges & de
galons d'or.
Sa Majefté eſtoit menée
par M. le Marquis de Los
Balbazés chargé par le Roy
d'Elpagne de laconduire dans
tout le voyage ,& Elle estoit
accompagnée de Madame la
Princeffe de Piombino , de
Madame la Princeffe Pio , de
Madame la Comteſſe de Somaglio
,& des autres Dames
Zij
272 MERCURE
?
de ſa Cour.
Quand Sa Majesté voulut
s'affeoir , on découvrit le fauteüil&
la toilette fut miſe devant
Elle ſur le tapis , au bas
d'un grand carreau de velours
cramoiſi garni de galons d'or
qui devoit eſtre ſous fes pieds.
Elle avoit à ſa droite Madame
la Princeſſe de Piombino ,&
Madame la Princeſſe Pio à ſa
gauche fur des tabourets poſez
ſur le tapis du marchepied;
&derriere ſur de pareils tabourets
pofez auffi fur le tapis
Madame la Comteffe de So-..
maglio , & M. le Marquis, de
GALANT 273
:
Los Balbazés , tout le reſtede
la falle eſtoit garni de petits
placets où Elle voulut bien
permettre queles Damesfuffent
aſſiſes pour le ſpectacle :
ecs placets eſtoient derriere
fon dais avec quelques uns
par les côtez ; mais éloignez.
On avoit preparé proche de
cette falle la collation de la
Reine , croyantqu'Elle fe feroit
ſervir dans le temps du
ſpectacle ; mais Elle voulut
attendre qu'il fut fini..
Sa Majesté repaffa enfuite
dans l'appartement qui luy
avoit eſté preparé ; & Elles'ar274
MERCURE
reſta dans la chambre où eſtoit
le dais avec le grand canapée
ou Elle s'afſfit pour faire collation.
• Cette collation estoit com.
poſée de 28.grandes corbeilles
de patiflerie ,de confitures
Léches,de fruits cruds ſans mê.
lange & de ſecs ,le tout en
piramide ; elle fur apportéc
par les Commiſſaires desGaleres
, qui de main en main less
remettoient à M. Arnoul , de
qui les Officiersde la Reine les.
recevoient, pour les preſenter
à Sa Majesté , & toutes les
corbeilles pafferent ainſi deGALANT.
275
-
vant Elle , enfuite aux Dames
de ſa Cour ,& ſucceſſivement
aux autres Dames , aux Gentilhommes
de ſa ſuite , &aux
Officiers & autresGentilhommes
de la Ville , dont toute la
chambre estoit remplie , &
peu de temps aprés SaMajefté
ſe retira.
de
Elle devoit aller en fortant
l'Intendance , à la Maiſon
de Ville , pour y voir l'illumination
desGaleres qu'elle avoit
agrée pour ce même foir ,&
elle en auroit vû tout l'effet
de la maniere que M. de Rancé
avoit fait ranger les Gale276
MERCURE
:
res ; mais comme il étoit tard
Elle aima mieux retourner
chez elle , & quant au Salut -
Royal qu'on luy devoir , M.
deRancé le luy avoit fait faire
le jour precedent. :
Pendant le temps que Sa
Majesté a reſté à Marseille ,
M. le Marquis de Los Balbazés
, M. le Duc de Caſte ſon
fils , Mle Marquis de Grille ,
&les autres Seigneurs les plus
qualifiz de fa Cour firent
Phonneur à M. Arnoul de dîner
chez luy le premier jour ,
le jour ſuivant ils dînerent
chezM. leChevalierdeRancé,
GALANT. 277
& le trofiéme chez M. le
Bailly de la Pailletric , & en
general chacun a fait tout ce
qu'il a pû pour marquer fon
reſpect & fon attachement
pour la Reine , de même que
la corſi ieration qui estoin ûë
à ces Seigneurs,avec beaucoup
d'empreſſement pour tâ her
d'être de quelqu'agrement
de quelque utilité à toutes les
perſonnes de ſa Maiſon.
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Résumé : AVERTISSEMENT. / DESCRIPTION de la Feste que M. Arnoul, Intendant des Galeres & du Commerce à Marseille, donna à la Reine d'Espagne le Lundy 29. Octobre 1714 à l'occasion de la Salle d'Armes de l'Arcenal des Galeres, que sa Majesté voulut bien aller voir, & d'une espece de Triomphe qui avoit esté preparé pour Elle.
Le 29 octobre 1714, M. Arnoul, Intendant des Galères et du Commerce à Marseille, organisa une fête en l'honneur de la Reine d'Espagne lors de sa visite à la Salle d'Armes de l'Arsenal des Galères. Informé de cette visite le 21 octobre, M. Arnoul choisit le mot latin 'Parma' pour la décoration, en référence au nom de la Reine de Parme. La Salle d'Armes fut ornée de trophées d'armes, d'écus et d'inscriptions latines célébrant la Reine. Un trophée d'armes avec l'écu des armes de Parme était placé au-dessus de la porte principale, accompagné de l'inscription 'Parma triumphans'. Divers écus des armes de Parme étaient dispersés dans la salle, accompagnés de devises et d'emblèmes. Une inscription latine soulignait que le bouclier de la Reine devait triompher sur les autres armes. La tête de Méduse sur le bouclier de Minerve fut remplacée par les armes de la Reine, symbolisant sa douceur et sa bonté. Des représentations symboliques et allégoriques liées à la Reine d'Espagne et à la Maison de Parme furent également présentées. L'Amour, représenté par Cupidon, utilisait divers symboles pour conquérir le cœur de la Reine. Il remplaça le bouclier de Minerve par ses propres armes, symbolisant la victoire de l'amour sur la raison. L'Amour chassa le hibou de Minerve et vola un oiseau sacré à sa mère Vénus pour l'associer à son bouclier, symbolisant la conquête des cœurs. Ces éléments étaient représentés par un bouclier avec un pigeon et un vers latin. La Reine d'Espagne, en combinant les armes de l'amour avec la pureté des lys, conquit un cœur digne d'elle. Cette scène était illustrée par une targe de Parme, répandant une odeur agréable et ornée des armes de l'Amour, placée dans un grand cœur porté par deux lions et appuyée contre deux tours, avec une colombe tenant une couronne de laurier. Apollon annonça des destins heureux par des oracles, prédisant l'union des lys florissants par la targe de Parme, symbolisant l'héritage probable du Duché de Florence par la Maison de Parme. Un second oracle promit que la Reine aurait sous son ombre le Prince des Asturies et les deux Infants, et qu'elle donnerait au Roi d'autres enfants. Un troisième oracle prédit que les lys de Parme, joints à ceux de France, produiraient. Lors de sa visite à Marseille, la Reine d'Espagne fut accueillie dans la Salle d'Armes par plusieurs dignitaires, dont M. le Chevalier de Rancé et M.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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557
AVERTISSEMENT. / DESCRIPTION de la Feste que M. Arnoul, Intendant des Galeres & du Commerce à Marseille, donna à la Reine d'Espagne le Lundy 29. Octobre 1714 à l'occasion de la Salle d'Armes de l'Arcenal des Galeres, que sa Majesté voulut bien aller voir, & d'une espece de Triomphe qui avoit esté preparé pour Elle.
558
p. 349-350
ENIGME.
Début :
en attendant passons aux nouvelles Enigmes. Voicy d'abord / Je marche avec grand bruit, & comme à pas comptez, [...]
Mots clefs :
Armée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
en
attendant
paſſons
aux nou-
velles
Enigmes
.
Voicy
d'abord
celle
que
je
n'ay
pas
faite
.
ENIGME .
Je marche avec grand bruit , &
comme à pas comptez ,
Ma tête va devant , & toûjours
lapremiere ,
Mes ailes fontà mes costez ,
Et ma queüe en marchandſuit mon
corps par derriere,
Je vis, je manze& bois , comme
les animaux
Et ma tête , &mon corps ,
queüe,& mes ailes
&ma
Répandent des douleurs mortelles ,
350 MERCURE
1
[
Et cauſentſouventdegrandsmaux.
Cependant je ne fuis , ny bête à
quatre pates ,
Volatil , ny reptile , insecte , ny
poisson,
Je nesuis pas non plus au rang
des automates ,
Aprés cela je laiſſe à deviner mon
nom.
attendant
paſſons
aux nou-
velles
Enigmes
.
Voicy
d'abord
celle
que
je
n'ay
pas
faite
.
ENIGME .
Je marche avec grand bruit , &
comme à pas comptez ,
Ma tête va devant , & toûjours
lapremiere ,
Mes ailes fontà mes costez ,
Et ma queüe en marchandſuit mon
corps par derriere,
Je vis, je manze& bois , comme
les animaux
Et ma tête , &mon corps ,
queüe,& mes ailes
&ma
Répandent des douleurs mortelles ,
350 MERCURE
1
[
Et cauſentſouventdegrandsmaux.
Cependant je ne fuis , ny bête à
quatre pates ,
Volatil , ny reptile , insecte , ny
poisson,
Je nesuis pas non plus au rang
des automates ,
Aprés cela je laiſſe à deviner mon
nom.
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559
p. 117-124
Nouvelles de Catalogne. [titre d'après la table]
Début :
Les dernieres lettres de Catalogne portent qu'on [...]
Mots clefs :
Catalogne, Barcelone, Troupes de France, Troupes espagnoles, Bataillons, Régiments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Catalogne. [titre d'après la table]
Les dernieres lettres de
Catalogne portent qu'on
commençoit à preparer
toutes chofes pour le ſiege
de Mayorque , & qu'on
croyoit que ce ſcroit pour
la fin deFévrier,ou au commencement
de Mars. On
118 MERCURE
écrit de Barcelone du 14.
que de huit bataillons François
qui y étoient , quatre
en partirent le 13. pour retourner
en France; les 4. autres
les ſuivront la ſemaine
prochaine , & feront remplacez
par un pareil nombre
de troupes Eſpagnoles .
Les autres regimens François
qui ont ſervi en Eſpagne
doivent inceſſamment
en fortir ; & voici un état
exact des troupes Eſpagno
les.
GALANT. 119
Estat des troupes Eſpagnoles
qui viennent en Lampourdan
pour relever les troupes
Françoiſes qui ont fervi
devant Barcelone.
Noms des regimens.
Infanterie.
Caftilla.
Medina Sidonia.
Bataillons.
GQieunravroitnrin&óeesr..
2.
1.
Fixo. 1.
Guadalaxara . 2.
Navarra. 2.
Vilche. 1.
Bafilicata. 1.
Saboya. 2.
Valladolid. I.
Mahony, drag. àpied. 1.
120 MERCURE
Infanterie. Bataillons .
Sexto , dragons àpied.2
Caſtellar.
Cavalerie.
ACE
Escadrons.
Rozellon Viejo.net
Ouribe. 1922
Ordenes Neubes:
Vallejo.
Jaën .
Armendariz 22
Sentiago.
Eftrella .
Granada Viejo.
24
3.
3.
Vendôme. 3.
Ordenes Viejo. 3.
Ardouino.
Granada ſecond.
Marimon.
Quar
GALANT. 121
Qua tiers.
Blanes.
Belver.
Caſtillon &Empourias.
S. Pierre Peſcador.
Figuieres & Perelade.
Torroella .
Palafurgell & Pals.
Verges& Baillie.
Campredon&Villalonga.
Caldas& Vidreras .
Gironne.
St Felui , Caſſa , & Llagostera.
S Eſteve & Ruidarenas .
Labisbal & Perettaillada .
Puycerda.
AOlot.
Dec. 1714. L
:
122 MERCURE
Liste des troupes de France qui
fervent aux environnss de
Barcelonne aux ordres de
,
M. d'Asfeld.
Regimens.
1
La Marine.
Auvergne.
Anjou.
Sanſay.
Bataillons.
La Couronneme
2
2.
2
2
Bombardiers,ſecondbat . 1.
Royal artillerie , sebat..
Beauvoify.ch
Quercy.
Ponthieu .
GALANT. 123
Caſtellas , Suiſſe. 3
Courten , Suiffe. 3.
Oudetot,à preſent Cailus. I.
Danois . 1.
Tallerand , à preſentMau-
Nevrier. 1.
Le commerce de Barcelonne
eſt maintenant fi
bien rétabli , qu'il y a plus
de cent bâtimens de diffe
rentes nations à preſent
dans le port de cette ville.
Les Barcelonois ont fait
une deputation au Roy
pour lui témoigner qu'ils
font reſolus d'expoſer leurs
vies & leurs biens pour le
!
Lij
124 MERCURE
ſervice de Sa Majesté Catholique
; ils offrent même
de contribuer aux frais neceſſaires
pour reduire les
Mayorquains qui refuſent
de ſe ſoûmettre aux conditions
qu'on leur a offertes
.
Catalogne portent qu'on
commençoit à preparer
toutes chofes pour le ſiege
de Mayorque , & qu'on
croyoit que ce ſcroit pour
la fin deFévrier,ou au commencement
de Mars. On
118 MERCURE
écrit de Barcelone du 14.
que de huit bataillons François
qui y étoient , quatre
en partirent le 13. pour retourner
en France; les 4. autres
les ſuivront la ſemaine
prochaine , & feront remplacez
par un pareil nombre
de troupes Eſpagnoles .
Les autres regimens François
qui ont ſervi en Eſpagne
doivent inceſſamment
en fortir ; & voici un état
exact des troupes Eſpagno
les.
GALANT. 119
Estat des troupes Eſpagnoles
qui viennent en Lampourdan
pour relever les troupes
Françoiſes qui ont fervi
devant Barcelone.
Noms des regimens.
Infanterie.
Caftilla.
Medina Sidonia.
Bataillons.
GQieunravroitnrin&óeesr..
2.
1.
Fixo. 1.
Guadalaxara . 2.
Navarra. 2.
Vilche. 1.
Bafilicata. 1.
Saboya. 2.
Valladolid. I.
Mahony, drag. àpied. 1.
120 MERCURE
Infanterie. Bataillons .
Sexto , dragons àpied.2
Caſtellar.
Cavalerie.
ACE
Escadrons.
Rozellon Viejo.net
Ouribe. 1922
Ordenes Neubes:
Vallejo.
Jaën .
Armendariz 22
Sentiago.
Eftrella .
Granada Viejo.
24
3.
3.
Vendôme. 3.
Ordenes Viejo. 3.
Ardouino.
Granada ſecond.
Marimon.
Quar
GALANT. 121
Qua tiers.
Blanes.
Belver.
Caſtillon &Empourias.
S. Pierre Peſcador.
Figuieres & Perelade.
Torroella .
Palafurgell & Pals.
Verges& Baillie.
Campredon&Villalonga.
Caldas& Vidreras .
Gironne.
St Felui , Caſſa , & Llagostera.
S Eſteve & Ruidarenas .
Labisbal & Perettaillada .
Puycerda.
AOlot.
Dec. 1714. L
:
122 MERCURE
Liste des troupes de France qui
fervent aux environnss de
Barcelonne aux ordres de
,
M. d'Asfeld.
Regimens.
1
La Marine.
Auvergne.
Anjou.
Sanſay.
Bataillons.
La Couronneme
2
2.
2
2
Bombardiers,ſecondbat . 1.
Royal artillerie , sebat..
Beauvoify.ch
Quercy.
Ponthieu .
GALANT. 123
Caſtellas , Suiſſe. 3
Courten , Suiffe. 3.
Oudetot,à preſent Cailus. I.
Danois . 1.
Tallerand , à preſentMau-
Nevrier. 1.
Le commerce de Barcelonne
eſt maintenant fi
bien rétabli , qu'il y a plus
de cent bâtimens de diffe
rentes nations à preſent
dans le port de cette ville.
Les Barcelonois ont fait
une deputation au Roy
pour lui témoigner qu'ils
font reſolus d'expoſer leurs
vies & leurs biens pour le
!
Lij
124 MERCURE
ſervice de Sa Majesté Catholique
; ils offrent même
de contribuer aux frais neceſſaires
pour reduire les
Mayorquains qui refuſent
de ſe ſoûmettre aux conditions
qu'on leur a offertes
.
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Résumé : Nouvelles de Catalogne. [titre d'après la table]
Le texte décrit les préparatifs pour le siège de Majorque prévu pour la fin février ou le début mars. À Barcelone, quatre bataillons français sur huit ont quitté la ville le 13 février pour la France, et les quatre autres doivent suivre la semaine suivante, remplacés par des troupes espagnoles. Les autres régiments français en Espagne doivent également partir prochainement. Le texte détaille les régiments espagnols prenant le relais des troupes françaises devant Barcelone, incluant des unités d'infanterie et de cavalerie avec leurs noms et effectifs. Des troupes françaises restent présentes autour de Barcelone sous les ordres de M. d'Asfeld. Le commerce à Barcelone est rétabli, avec plus de cent navires de différentes nations dans le port. Les Barcelonais ont envoyé une députation au roi pour affirmer leur loyauté et offrir leur soutien pour soumettre les habitants de Majorque qui refusent les conditions proposées.
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560
p. 314-329
NOUVELLES.
Début :
En attendant, si vous aimez les Nouvelles, en voici / On mande de Strasbourg que les Troupes Bavaroises [...]
Mots clefs :
Troupes, Guerre, Prince, Vaisseaux, Roi, Roi de Suède, Munitions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES.
En attendant, si vous
aimez les Nouvelles, en voici
une reprise :
sinonbâillez en
les lisant, ou plutost, croyezmoy
,passez les, & chantez au
coin de vôtre feu, la Chanson
qui les suit, ou devinez mes
Enigmes; mais à boncompte,
puisque je l'ay dit,
NOUVELLES.
On mande de Strasbourg
que les Troupes Bavaroises
avoient achevé de passer le
Rhin ,une partie par cette
•Ville
,
& l'autre partie par le
Fort-Louis. On les croit à present
à portée de la Baviere,
elles tiennent un bon ordre
sur la route par ou elles pafsent,
payant comptant tout
ce qu'on leur fournit,&l'évacuation
de Fribourg, de Brifak,
& de Kell, doit estre faite
incessamment, & les Troupes
Allemandes qui en doivent
prendre possession sont à portée
d y entrer: on continue
de remplir les Magasins de
toutes sortes de munitions ;
on en fait autant à Landau.
Tous les avis qu'on reçoit
de Dantzich marquent que la
misere augmentoit tous les
jours en Pologne, par la disette
des grains; & qu'outre
cela, il y a un grand nombre
de Souris, qui ruinent les semailles,
particulierement dans
le Palatinat de Cracovie.
On mande de Hambourg
que le Prince de Hesse-Cassel
étoit allé àStralzund suivi de
cinq personnes. On y avoit
appris que le Roy de Suede
tenoit toujours de frequents
Conseils avec ses Generaux;
mais que ce Conseil estoit si
étroitement gardé que l'on
n'y pouvoir rien pénetrer de
ce qui s'y traittoit; on connolC
cependant aux préparatifs
qu'il fait faire,qu'il a dessein
de faire quelqu'entre prise
dans le Holstein, ou du côté
de Saxe.
Le Roy de Dannemarck
dont les Etats sont les plus
exposez
,
n'oublie rien pour
se mettre en dess:nÍc:lIl fait
fortifier tous les passages
gayables de la Treme
,
& tes
troupes ont ordre de marcher
au premier mouvement que
feront les Suédois; il faitaussi
tlneure en état une grosse Escadre
de Vaisseaux de guerre
pour veiller sur celles des
Suédois.
On mande de Venise que
le Sénat est occupé à chercher
de l'argent, & des troupes
pour survenir aux frais de la
guerre contre les Turcs, qui
se font déclarez ouvertement
contre la République;puisque
suivant des avis particu-
1Krs que l'on a eu de Constannnople,
le Grand Seigneur:
a fait mettre en arrest son Envoyé,&
a donné ord re à tous
les sujets de la République de
sortir des Etats de l'Empire
Orhoman;& pour trouver les
fonds necessaires dans cette
occasion, le Senat a resolu de
, créer de nouvelles Charges
& d'agregerà la Noblesseceux
qui le presenteront moyennant
le don ordinaire de trois
cens mille livres. On cherche
à soudoyer des Troupes des
Princes de l'Empire,& on eU
déja en traité avec quelquesuns.
On fait battrela caisse
dans tout l'Etat Venitien,&on
presse l'armement des Galeres
& des Vaisseaux qui font dans
l'Arsenal.
On a reçu des Lettres de
Roses qui portent, qu'onavoit
appris par un Bastiment arrivé
depuis deux jours de Barcelonne,
qu'on travailloit danscette
Capitale avec une extrême
diligence aux preparatifs pour
l'expedition de Majorque
qu'il y estoit arrivé beaucoup
de Bastimens tant des Ports
de France que de ceux d'Espagne,
qui estoient chargez de
toutes fortes de munitions de
guerre & de bouche, & qu'on
alloit commencer à faire la re-
"ûë des Troupes qui sont dans
cette Principauté, pour care,
en estat de marcher où elles3
feront commandées ;&quon
continuoit de dire que ce sera
pour letl. de Fevrier qu'on
entreprendra cette expedition,
êc qu'il y avoit dans cette Ca-
- pitale un amas prodigieux de
toutes sortes de munitions de
guerre & de bouche, & que
tout y estoit tranquille, ainsi
que dans tout le reste de la
Catalogne, comme s'il n'y
avoit point eu de guerre, depuis
que les Miquelets & les
Volontaires s'estoient retirez.
-
Les lettresde Londresportent
que l'armement des 3£.
Vaisseaux de guerre dont on a
parlé, destiné, disoit on, pour
la mer Baltique, ou pour secourirles
Maroquins, se réduità
12 Vaisseaux sur lesquels
le Vice AmiralWager, ira relever
le Vice- Amiral W¡,barc
qui luy laissera huit Vaisseaux,
&ramenera le reste ; le Roy
George voyant que les divisionsaugmentoient
entre les
deux partis,arésolu de lesfavori
ser tous deux, il aconfirmé
l'EvêqlJe deSnHal dans la
Charge de Grand Aumônier,
&le Comte Orvier dans celle
de sous Aumônier, les Comtesd'Anglelcy,&
de Rochester
dans les Charges deTrésoriers
d'Irlande, & quelques
autres, quoique déclarez pour
l'EgliseAnglicanne, & pour
le party des Torris; on le flattoit
que le General Stanhope
régleroit à Vienne routes les
affaires, particulièrement celles
dela BarriereaugrédesAnglois,
SeJes.Hollandais, ôc
mêmequ'il a porteroit le trai-
XZ sur.Se il arriva ces
jours passez,&quoiqu'il ait
demeuré quelques jnurs à la
Haye,on n'y a rien publié,ny
à Londres,ce qui fait soupçonner
qu'il n'a pas reüssy.
Onmandeaussi que la Comtesse
de Roye, Françoise refugiée,
yest morte âgée de 80.
ans, & qu'elle avoir été enterrée
dans l'Eglise saint Junes;
elle croit soeur du Duc de Duras,&
du feu Comte de Feversham,
Savoieepouse le
Comre de Royede la Maison
de la Rochefoucault, qui avoïc
fcrvi avec beaucoup de distinction
le Roy de France en.
qualité deLieutenant General
de ses Armées.
Les moyens de M. Daille
pour trouver les longitudes
étant fort naturels, & paroissant
également commodes,
ont été secrettement examinez
afin de luy procurer quelqu'avantage
chez les Nations interressées
àcette découverte;
mais les Juges ne les trouvent
pas assez précisement praticables
sur mer,quoique la Théorie
en soit demonstrative,&
l'Académie ayant examiné sa
machine, qu'il dit capable de
mouvement perpetuel
,
& de
plusieurs autres effets extraordinaires
, on en a remis la delibération
à une autre fceance.
On écrit de Nancy que le
Marquis de Lambercy y étoit
de rtour de son voyaye de
Londres) &avoir rendu compte
à S. A. R. de sa négociauon,
que le Chevalier de faine
George avoir été quinze jours à la Cour de Lorraine avec
leurs A. R. l'Electeur de
Treves, & le Prince François
de Lorraine; la Cour avoir été
nombreuse, & fort brillance,
& rien n'avoit éréoublié pour
les plaisirs, les divertissements,
& la bonne chere d'une
siillustre assemblée.
"••S Les Cantons Suisses Catholiques
parroissenttout-à-fait
disposez àrenouveller leurallianceavec
le Roycettenegotiation
dote être incessammentterminée.
On vient de recevoir des
avis de Cadis qui portent que
les Algériens ont pris prés du
Détroit un VaisseauAnglais,
où il y avoit 100000. livres
Sterlinen guinées) qui étoient
destinées pour payer la garnison
de Gibraltard.
Les Lettres d'Alsace portent
qu'on y batactuellement
lacaisse pour faire des levées
aunomdu Roy de Suede, &
que ce Prince pienoit à son
service beaucoup d'Officiers
François, parmy lesquels il y
a quelques Ingénieurs.
M. le Grand Prieur doit
partir pour Malthe, & l'on
tient qu'il y entretiendra un
bataillon à ses dépens.
M. le Marquis de Broglioa
étéfait Lieutenant General de
Provence à la place de feu M.
leComte de Grignan.
On mande d'Anvers que le
Comte de Kongseck y étoit
retourné pour reprendre les
Conférences de la Barriere, &
en conclure le Traitté suivant
le plan que le General Stanhope
hopeen a rapporté de Vienne
-
qui sont les dernieres résolutions
de l'Empereur.
- M. le Maréchald'Uxelles
a eû le gouvernement de
Strasbourgqu'avoir feu Monsieur
le Maréchal de Chamilly.
Le 18. de ce mois MonsieurleMaréchal
d'Estrées sut
esleu par les Messieurs de l'Académic
pourremplir la place
de feu Monseigneur le Cardinal
d'Estrées son Oncle,
aimez les Nouvelles, en voici
une reprise :
sinonbâillez en
les lisant, ou plutost, croyezmoy
,passez les, & chantez au
coin de vôtre feu, la Chanson
qui les suit, ou devinez mes
Enigmes; mais à boncompte,
puisque je l'ay dit,
NOUVELLES.
On mande de Strasbourg
que les Troupes Bavaroises
avoient achevé de passer le
Rhin ,une partie par cette
•Ville
,
& l'autre partie par le
Fort-Louis. On les croit à present
à portée de la Baviere,
elles tiennent un bon ordre
sur la route par ou elles pafsent,
payant comptant tout
ce qu'on leur fournit,&l'évacuation
de Fribourg, de Brifak,
& de Kell, doit estre faite
incessamment, & les Troupes
Allemandes qui en doivent
prendre possession sont à portée
d y entrer: on continue
de remplir les Magasins de
toutes sortes de munitions ;
on en fait autant à Landau.
Tous les avis qu'on reçoit
de Dantzich marquent que la
misere augmentoit tous les
jours en Pologne, par la disette
des grains; & qu'outre
cela, il y a un grand nombre
de Souris, qui ruinent les semailles,
particulierement dans
le Palatinat de Cracovie.
On mande de Hambourg
que le Prince de Hesse-Cassel
étoit allé àStralzund suivi de
cinq personnes. On y avoit
appris que le Roy de Suede
tenoit toujours de frequents
Conseils avec ses Generaux;
mais que ce Conseil estoit si
étroitement gardé que l'on
n'y pouvoir rien pénetrer de
ce qui s'y traittoit; on connolC
cependant aux préparatifs
qu'il fait faire,qu'il a dessein
de faire quelqu'entre prise
dans le Holstein, ou du côté
de Saxe.
Le Roy de Dannemarck
dont les Etats sont les plus
exposez
,
n'oublie rien pour
se mettre en dess:nÍc:lIl fait
fortifier tous les passages
gayables de la Treme
,
& tes
troupes ont ordre de marcher
au premier mouvement que
feront les Suédois; il faitaussi
tlneure en état une grosse Escadre
de Vaisseaux de guerre
pour veiller sur celles des
Suédois.
On mande de Venise que
le Sénat est occupé à chercher
de l'argent, & des troupes
pour survenir aux frais de la
guerre contre les Turcs, qui
se font déclarez ouvertement
contre la République;puisque
suivant des avis particu-
1Krs que l'on a eu de Constannnople,
le Grand Seigneur:
a fait mettre en arrest son Envoyé,&
a donné ord re à tous
les sujets de la République de
sortir des Etats de l'Empire
Orhoman;& pour trouver les
fonds necessaires dans cette
occasion, le Senat a resolu de
, créer de nouvelles Charges
& d'agregerà la Noblesseceux
qui le presenteront moyennant
le don ordinaire de trois
cens mille livres. On cherche
à soudoyer des Troupes des
Princes de l'Empire,& on eU
déja en traité avec quelquesuns.
On fait battrela caisse
dans tout l'Etat Venitien,&on
presse l'armement des Galeres
& des Vaisseaux qui font dans
l'Arsenal.
On a reçu des Lettres de
Roses qui portent, qu'onavoit
appris par un Bastiment arrivé
depuis deux jours de Barcelonne,
qu'on travailloit danscette
Capitale avec une extrême
diligence aux preparatifs pour
l'expedition de Majorque
qu'il y estoit arrivé beaucoup
de Bastimens tant des Ports
de France que de ceux d'Espagne,
qui estoient chargez de
toutes fortes de munitions de
guerre & de bouche, & qu'on
alloit commencer à faire la re-
"ûë des Troupes qui sont dans
cette Principauté, pour care,
en estat de marcher où elles3
feront commandées ;&quon
continuoit de dire que ce sera
pour letl. de Fevrier qu'on
entreprendra cette expedition,
êc qu'il y avoit dans cette Ca-
- pitale un amas prodigieux de
toutes sortes de munitions de
guerre & de bouche, & que
tout y estoit tranquille, ainsi
que dans tout le reste de la
Catalogne, comme s'il n'y
avoit point eu de guerre, depuis
que les Miquelets & les
Volontaires s'estoient retirez.
-
Les lettresde Londresportent
que l'armement des 3£.
Vaisseaux de guerre dont on a
parlé, destiné, disoit on, pour
la mer Baltique, ou pour secourirles
Maroquins, se réduità
12 Vaisseaux sur lesquels
le Vice AmiralWager, ira relever
le Vice- Amiral W¡,barc
qui luy laissera huit Vaisseaux,
&ramenera le reste ; le Roy
George voyant que les divisionsaugmentoient
entre les
deux partis,arésolu de lesfavori
ser tous deux, il aconfirmé
l'EvêqlJe deSnHal dans la
Charge de Grand Aumônier,
&le Comte Orvier dans celle
de sous Aumônier, les Comtesd'Anglelcy,&
de Rochester
dans les Charges deTrésoriers
d'Irlande, & quelques
autres, quoique déclarez pour
l'EgliseAnglicanne, & pour
le party des Torris; on le flattoit
que le General Stanhope
régleroit à Vienne routes les
affaires, particulièrement celles
dela BarriereaugrédesAnglois,
SeJes.Hollandais, ôc
mêmequ'il a porteroit le trai-
XZ sur.Se il arriva ces
jours passez,&quoiqu'il ait
demeuré quelques jnurs à la
Haye,on n'y a rien publié,ny
à Londres,ce qui fait soupçonner
qu'il n'a pas reüssy.
Onmandeaussi que la Comtesse
de Roye, Françoise refugiée,
yest morte âgée de 80.
ans, & qu'elle avoir été enterrée
dans l'Eglise saint Junes;
elle croit soeur du Duc de Duras,&
du feu Comte de Feversham,
Savoieepouse le
Comre de Royede la Maison
de la Rochefoucault, qui avoïc
fcrvi avec beaucoup de distinction
le Roy de France en.
qualité deLieutenant General
de ses Armées.
Les moyens de M. Daille
pour trouver les longitudes
étant fort naturels, & paroissant
également commodes,
ont été secrettement examinez
afin de luy procurer quelqu'avantage
chez les Nations interressées
àcette découverte;
mais les Juges ne les trouvent
pas assez précisement praticables
sur mer,quoique la Théorie
en soit demonstrative,&
l'Académie ayant examiné sa
machine, qu'il dit capable de
mouvement perpetuel
,
& de
plusieurs autres effets extraordinaires
, on en a remis la delibération
à une autre fceance.
On écrit de Nancy que le
Marquis de Lambercy y étoit
de rtour de son voyaye de
Londres) &avoir rendu compte
à S. A. R. de sa négociauon,
que le Chevalier de faine
George avoir été quinze jours à la Cour de Lorraine avec
leurs A. R. l'Electeur de
Treves, & le Prince François
de Lorraine; la Cour avoir été
nombreuse, & fort brillance,
& rien n'avoit éréoublié pour
les plaisirs, les divertissements,
& la bonne chere d'une
siillustre assemblée.
"••S Les Cantons Suisses Catholiques
parroissenttout-à-fait
disposez àrenouveller leurallianceavec
le Roycettenegotiation
dote être incessammentterminée.
On vient de recevoir des
avis de Cadis qui portent que
les Algériens ont pris prés du
Détroit un VaisseauAnglais,
où il y avoit 100000. livres
Sterlinen guinées) qui étoient
destinées pour payer la garnison
de Gibraltard.
Les Lettres d'Alsace portent
qu'on y batactuellement
lacaisse pour faire des levées
aunomdu Roy de Suede, &
que ce Prince pienoit à son
service beaucoup d'Officiers
François, parmy lesquels il y
a quelques Ingénieurs.
M. le Grand Prieur doit
partir pour Malthe, & l'on
tient qu'il y entretiendra un
bataillon à ses dépens.
M. le Marquis de Broglioa
étéfait Lieutenant General de
Provence à la place de feu M.
leComte de Grignan.
On mande d'Anvers que le
Comte de Kongseck y étoit
retourné pour reprendre les
Conférences de la Barriere, &
en conclure le Traitté suivant
le plan que le General Stanhope
hopeen a rapporté de Vienne
-
qui sont les dernieres résolutions
de l'Empereur.
- M. le Maréchald'Uxelles
a eû le gouvernement de
Strasbourgqu'avoir feu Monsieur
le Maréchal de Chamilly.
Le 18. de ce mois MonsieurleMaréchal
d'Estrées sut
esleu par les Messieurs de l'Académic
pourremplir la place
de feu Monseigneur le Cardinal
d'Estrées son Oncle,
Fermer
Résumé : NOUVELLES.
Le texte relate divers événements politiques et militaires en Europe. À Strasbourg, les troupes bavaroises traversent le Rhin et se préparent à occuper plusieurs villes après avoir payé comptant pour les provisions. En Pologne, la situation se dégrade en raison de la pénurie de grains et de l'infestation de souris. À Hambourg, le prince de Hesse-Cassel se rend à Stralsund, tandis que le roi de Suède prépare des actions militaires dans le Holstein ou la Saxe. Le Danemark renforce ses défenses et sa flotte face à une possible attaque suédoise. À Venise, le Sénat mobilise des fonds et des troupes contre les Turcs, créant de nouvelles charges et soudoyant des soldats. En Espagne, des préparatifs sont en cours pour une expédition à Majorque. À Londres, l'armement naval est réduit et le roi George soutient les deux principaux partis politiques. La comtesse de Roye, réfugiée française, est décédée à Londres. Les inventions de M. Daille pour déterminer les longitudes et créer un mouvement perpétuel sont jugées impraticables en mer par l'Académie. Le marquis de Lambercy revient à Nancy après une mission à Londres. Le chevalier de Faine séjourne à la cour de Lorraine avec des personnalités importantes. Les cantons suisses catholiques envisagent de renouveler leur alliance avec le roi. À Cadix, des Algériens capturent un vaisseau anglais transportant 100 000 livres sterling destinées à Gibraltar. En Alsace, des troupes sont levées au nom du roi de Suède, qui recrute également des officiers français. Le grand prieur part pour Malte. Le marquis de Broglie est nommé lieutenant général de Provence, succédant au comte de Grignan. À Anvers, le comte de Kongseck reprend les conférences de la Barrière. Le maréchal d'Uxelles obtient le gouvernement de Strasbourg, précédemment détenu par le maréchal de Chamilly. Enfin, le maréchal d'Estrées est élu à l'Académie pour remplacer son oncle, le cardinal d'Estrées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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561
p. 3-169
JOURNAL HISTORIQUE DU VOYAGE DE L'AMBASSADEUR DE PERSE EN FRANCE.
Début :
Je vous entends, Messieurs, raisonner tous les jours les jours [...]
Mots clefs :
Journal historique, Roi, Ambassadeur de Perse, Enfant, Arméniens, Évêque, Seigneurs, Femmes, Logis, Roi de Perse, Fille, Mains, Corps, Hommes, Honneur, Cheval, Religion, Ambassadeur, Mort, Femme, Époux, Europe, Peuple, Qualité, Officiers, Cérémonie, Audience, Ville, Lettres, Empereur, Enfants, Baptême, Garçon, Constantinople, Marchands, Voyage, Yeux, Sultan, Commerce, Palais, Mahométans, Mosquée, Prince, Marbre, Vin, Discours, Chevaux, Arménie, Bruit, Ennemis
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texteReconnaissance textuelle : JOURNAL HISTORIQUE DU VOYAGE DE L'AMBASSADEUR DE PERSE EN FRANCE.
JOURNAL
Ceyl
Godel HISTORIQUE 10.14 55
88594
DU VOYAGE
DE L'AMBASSADEUR
DE PERSE
EN FRANCE.
E vous entends,Mef.
fieurs , raifonner tous
les jours fur lesmotifs
qui peuvent avoir porté le
Roy de Perſe à envoyer un
Ambaſſadeur au ROY. C'eſt
A ij
7 JOURNAL
une choſe ſi rare qu'on n'en
trouve preſque point d'exemples
dans l'Histoire de cette
Monarchic. Enfin toutes vos
converſations roulent ſur les
honneurs qu'on luyfait ,& fur
les preſens qu'il apporte
Quoyque toutes ces cire
conſtances , dont nous n'avons
parlé juſqu'à preſent
que par conjectures , ſemblent
nous occuper d'une façon extraordinaire
, & quoy que
nous en tirions de grandes
conſequences de Commerce
&d'Union entre les Perſes &
nous ;permettez -moy de vous
HISTORIQUE.
fade.
dire que je n'y vois rienderare
que la nouveauté de l'Ambafob
onchlil ans alq
Unpareil évenement pourra
paroître plus merveilleux ,
lorſqu'il y aura quelque pa
ralelle à faire entre les autres
Rois de la terre & le noftre ;
mais le prodige ceſſe, puiſque
dans le fond cet hommage eft
tine eſpece de dette dont il
ſemble que les Maiſtres du
monde s'aquittent avec le
plus grand des Rois . 22
Jeme garderois bien ,Mef.
fieurs , d'approcher une main
profane de ce Modele fouve
A ij .
JOURNAL
rain de Grandeur & de Majeſté
, s'il n'eſtoit pas naturel
d'entendre les loüanges des
Dieux dans la bouche des
hommes : &j'entreprendrois
peut eltre, aprés tout le genre
humain, de le peindre tel
qu'il eſt ànos yeux , fi mes expreſſions
, quelques fortes qu'-
elles puiffent eſtre , l'eſtoient
affez pour vous retracer l'idée
que vous avez de ſes vertus.
En un mor , quelque veneration
, & quelque amour que
confervent pour luy les ſiecles
les plus reculez, ſon regne eſt
fibrillant,& fi neceflaire , que
HISTORIQUE.
le plus grand malheur de fes
Pouples , eft , qu'il ne puiffe
eftre immortel , que dans la
menoire des hommes. 國
. Mais il me ſemble vous
voir, Meffieurs , me reprocher
l'audace avec laquelle je vous
étale l'image de ces veritez.
Qu'avois -je de moins à dire ?
Mercure , dites-vous , doit
garder plus de meſures ; cet
auguſte tableau ne doit
point avoir de place dans ſes
ouvrages , & ce n'eſt que par
un excés d'indulgence , qu'on
luy permet d'en parler quelquefois
, fimplement enHif
torien. Aiiij
JOURNAUH
22 Je vous crois ,& je me tais
avechumilité ; mais jepenſeen
même temps que la pluſpart
de ceuxqui ſe mêlent dechanter
ces louanges , devroient ſe
taire avec la même humilité
quemoy
L'Ambaſſadeur de Perſe a
voit donné lieu au diſcours
que vous venez d'interrompre
; mais je n'ay pas de rancune
: & je vous demande ſeulement
en grace ( ſi vousvoulez
entendre le recit de ſes
avantures ) de me laiſſer réprendre
l'article qui le concerne,
aprés néanmoins vous
HISTORIQUE.
avoir entretenu en peu de
mots de l'Etat preſent de la
Perfolg it cop aquos 50
Le Royde Perſe , fils du
Sultan Soliman ,petit- fils du
Grand Sephi , s'appelle Sultan
Uſſain : Il eſt Souverain de
plus de douze Royaumes fort
vaſtes & tres - celebres dans
l'antiquité. Il ne prend que le
nom de Châ, qui veut dire
Roy, mais Roy par excellence.
Ses Sujets le croyent le plus
magnifique , le plus puiſſant ,
&leplus abſolu Prince de toute
l'Afic.
Ils l'appellent auſli Alum
10 JOURNAL
Pena , qui veut dire l'Ombre
duMonde , ou l'azile affuré de
toutes les Nations . Il a environ
trente huit ans, ſa taille eft
noble& belle, ſa phyfionomie
grande & majestueuse , & fon
air le diftingue de tous les
grands Seigneurs de la Perfe.
Il eſt doux , affable , il aime les
Errangers , & leur fait du
bien, & il eſt tellement ennemi
de la cruauté , qu'il n'a fait
encore mourir perfonne depuis
qu'il regne. Il y a prés de
vingt cinq ans qu'il eſt fur le
Trône.
Sa Cour eſt à peu prés dans
HISTORIQUE. IT
lemême état qu'elle étoit fous
le Regne de fon pere: mais
comme malgré les relations
des gens qui ont voyagé
dans ce Royaume , il ſe peut
faire , qu'au deffaut d'un évenement
auſſi extraordinaire
que celuy cy , peu de perfon
nes ayent été curieuſes de les
lire , j'ay crû , faifant naturellement
, & par la qualité
de mon employ , profeffion
d'etre plagiaire , que vous ne
me blameriez pas de piller
pour l'amour de vous quel
ques unes des principales re
principales
marques de ces Voyageurs,&
12 JOURNALH
de vous les donner comme
des chofes nouvelles , fur la
foy des témoins que vous
avez à préſent des veritez que
vous allez lire.
Le premier Pontife de Per
fe ,qui est la premiere perfonne
aprés le Roy , s'appelle
Sadré Caffa , c'est-à-dire , le
Pontifeprincipal : il eſt leChef
Spirituel de tout l'Empire ;
mais il ne s'occupe qu'à Gou
verner la confcience du Roy,
&à regler la Cour & la Ville
d'Hispahan ſelon les regles de
Alcoran.
La ſeconde perſonne dans
HISTORIQUE. 13
le ſpirituel s'appelle , Sadré
Elnan Alek ,il fait dans tout
le Royaume ceque le premier
Pontife ne fait quedans laMaiſonduRoy
,&dans le diſtrict
d'Hifpahan.
LetroifiémePontife de Per
ſe ſe nomme Akond , c'elt- àdire
, le Sçavent par excellence
, le Vieillard , ou le Venerable
de la Loy Mahometan
ne; il connoiſt des cauſes des
Pupilles, desVeuves, desContrats
, & des autres matieres
Civiles.. さい
Il y a fix Miniſtres d'Etat
dans la Perfe , que l'on appel-
1
14 JOURNALI
le Rohna Dolvet , c'eſt à dire,
les Colonnes qui ſoutiennent
l'Empire : fi vous eſtes curieux
d'apprendre quels font leurs
rangs & leur autorité , voyez
Chardin , & un autre Livre
qui a pour titre l'Etat preſent
de la Perſe. Mais il y a auprés
du Roy de Perſe des gens revêtus
de Charges , dont les
emplois ſont ſi extraordinaires
que jevous prie de mepermettre
de vous en dire quelque
chole ; par exemple.
Le Monadgen- Bachi , c'eſtà-
dire , le Grand Aftrologue
eſt toûjours placé fort prés du
HISTORIQUE. 15
Roy pour luy dire à chaque
inſtant ſa bonne ou ſa mauvaife
avanture; ſes predictions
font reſpectées comme des
Oracles ; le Roy n'entreprend
rien ſans l'avoir conſulté.
Le Hakim-Bachi , ou premierMedecin
eſt toujoursaflis
àcoſtédu Roy quand il mange
pour luy indiquer les viandes
qui luy font neceſſaires ,
il eſt celuy de tous les Officiers
de la Couronne qui a le plus
de credit , d'honneur ,& de
profit ; mais ſa Charge n'a
pas lieude faire envie ,car on
Ie rend reſponſabledela mort
16 JOURNAL
du Roy ,& fa vie paye toujours
pour celle du Prince.
C'eſt une Matrone du fond
du Haram * qui applique le
ſceau du Roy fur toutes les
Requeftes. Il y a dans la Perſe
un Ordre de gens qu'on appelle
l'Ordre des Sephi , ils
eſtoient autrefois en grande
veneration ; mais ils ſont
maintenant dans le dernier
mépris , parce qu'on les accuſe
de tenir des affemblées
nocturnes dont la pudeur
ne permet pas de parler.
L'appartement des Femmes.
Lcs
HISTORIQUE. 17
LesReligieux de cetOrdre ne
fervent plus que de portiers
& d'executeurs de Justice ;
cependant tous les Grands
Seigneurs en font ; le Roy en
eſtGrandMaitre; & c'eſt pour
cela que les Etrangers l'appel.
lent le Grand Sephi , je dis les
Etrangers , car cenom ferois
fort mal reçû en Perſe.
Quoyque les bâtiments de
Perſe n'ayent pas tant de jufteſſe
dans leur ſtructure que
ceux d'Europe , ils ont neanmoins
un certain agrément
qui donne de l'admiration aux
Européens même ,& il n'y en
Février 1715. B
18 JOURNAL
a pas un qui ait veu le Palais
du Roy de Perſe , fans avoir
été frappé de fabeauté. Il eſt
bâti à l'Occident d'une grande
place appellée Meidan ,
c'eſt à dire , Marché. Cette
place eſt la piece la plus curieufedu
Levant. Elle est fort vaſte
& plus longue que large ; fa
longueur eft tirée par des Angles
paralelles de fept cent
pas ordinaires de long ſurtrois
cent de largeur ; les quatre
coſtez ſont bâtis en Portiques
dela même ſtructure que les
aîles de l'entrée du Palais
comme on le peut voir dans
১
fo
HISTORIQUE. 19
le deſſeinqu'on en a tiré. Les
jeunes Seigneurs de Perſe s'e
xercent dans cette place à
joüer au Mail à cheval , à
jetter la lance , & la ramaffer
fans quitter l'un des étriers ,
&àtirer la fleche par deriere
en fuyant à toute bride felon
l'ancienne coûtume des Parthes.
Ils tirent au blanc de
cette maniere dans une affiere
d'or quel'on met au boutd'une
grande perche qui eftdref
fée au milieu de la place. Le
Royquivoit cet exercice de fa
Salle d'Audiance , donne un
Prix avec l'afficte d'or , à ce-
Bij
20 JOURNAUH
luyqui la met bas. Il luy ens
voye auffi quatre cent écus
pourune collation que leRoy
luy faitl'honneur d'aller prendre
chez luy ,& tous les Scigneursle
vont feliciter fur fon
adrefle , & fur l'honneur que
leRoy luy a fair. 1 zor
A l'Orient de cette place
vis à vis le Palais du Roy ,
paroiſt uneMoſquée dont le
Dôme eſt une piece tres hardie
à cauſe de ſa grande largeur
; les dehors de ce Dôme
font peints en Porcelaines ; il
eft entouré d'une ceinture
blanche , large de plus de
HISTORIQUE.
deux pieds; fur laquelle paroif
fent de gros caracteres Per
fans. La Pomme ,& le Croiſ
fant qui font au bout , font
dorez ; fon Portique eft de
Marbre, il eſt enrichi de plu
fieurs beaux ouvrages .
Dans l'un des bouts de
cette place du côté du Midy
eſt la grandeMoſquée du Roy
dediée par Cha- Abbas , le
GrandAmethi , le dernier des
douze Imams , ou Saints de
Perfe. Ils l'appellent Sahab
Zarman ,c'eſt à- dire , le Maî
tre du temps. Ils diſent qu'il
a été enlevé vivant comme
22 JOURNAL
Enoch , &qu'il doit venir à la
fin du monde , juger toutes
les Nations , aprés les avoir
parcouruës ,monté ſur le cheval
Duldul , qui étoit la monture
ordinaire de Mortus Ali.
Le Portail de cette Moſquée
eſt une piece qui pourroit donner
de l'admiration aux plus
habiles Architectes del Euro
pe. Il eſt d'une hauteur extraordinaire;
le bas a juſques à
trois toiſes de haut. Il eſtd'un
Marbre de pluſieurs couleurs;
& cette ceinture de marbre
continue dans les Portiques ,
&dans le corps de la Mof-
1
HISTORIQUE. 23 :
quée. Toute la façade eſt pein
re d'azur verniffé , elle est mêlangée
de pluſieurs feüillages ,
&feftons dorezen demi relief.
Le couronnement du frontif
pice eſt d'un plâtre relevé en
boſſes rondes marquetéesd'or,
travaillées d'une maniere ſidélicate
qu'ileſt difficile de mieux
employer le plâtre en aucun
autre lieu. La porte eſt couverte
de groſſes lames de vermeil
doré.On entre dans cette cour
fort vaſte , entourée de galeries
, dont les colomnes font
demarbre granite. Les chapiteaux,
la corniche , & la frife
L
*4 JOURNAL
de ces galeries ſont azurées ,
&dorées. Les Perſes font leurs.
prieres deflous , aprés avoir
fait leurs purifications dansde
grands baſſins de marbre , qui
font au milieu de cette Cour ;
la Moſquée eſt à droite; ony
entre par une arcade fort exhauffee,
embellie , peinte , &
dorée de la même maniere que
les galeries. Le corps de la
Moſquée est fort vaſte ; elle a
un double Dôme de lamême
ſtructure que celuy de laMofquée
precedente.
Il y a devant ces Dômes
deux Minarés couverts d'ouvrages
HISTORIQUE. is
vrages de marqueteric ; ce
font des eſpeces de petits clochers
bâtis de brique , qui
font fi hauts &fi menus ,
qu'on a de la peine à concevoir
comme un ſi petit bâtiment
peut foutenir une fi
grande hauteur. Ils ne contiennent
qu'un Eſcalier à vis,
qui tourne en ligne ſpirale ;
les degrez en ſont ſi étroits
qu'à peine un hommey peut
monter ,&le reſte fait l'épaiffeur
de la muraille qui ne paroît
pas plus large au piedqu'à
lapointe .LesOttomans font
crier leurs Mollas , qui font
Février 1715. C
26 JOURNAL
comme leurs Preſtres , ſur ces
Minarés,pour appeller le peuple
à la priere ; mais les Perſes
les font crier en bas , de peur
qu'ils ne voyent leurs femmes
dans leurs Jardins. Il faudroit
qu'elles fuſſent d'une grofleur
prodigieuſe , ou que ces
Crieurs euffent de bonnes lunettes
d'approche pour les regarder
de ſi haut, car ces Minarés
ne ſont pas moins élevez
que les plus hauts clochers de
France.
A
Je ne puis m'empêcher de
faire une digreſſion à l'occafion
de ces Crieurs deMofHISTORIQUE.
27
quée.Un d'entr'eux avoit mal,
traité un Chrêtien , & aprés
luy avoir fait ſouffrir de rudes
baſtonnades , il luy fit
faire une groſſe avanic par le
Gouverneur. Le Chrétien
pour ſe vanger de luy, attendit
qu'il fut monté au haut
du Minarés la nuit. Il y mon,
ta aprés luy , & il embarraſſa
le chemin deverres,&debouteilles
,&d'autres choſes propres
à faire une bonne collation.
Le Molla en defcendant
caſſa les bouteilles ,& répandit
le vin,& fit une gliſſade
qui luy fracaſſa le corps. Les
Cij
18 JOURNALH
cris qu'il fit obligerent les
Mahometans d'aller voir co
qui luy étoit arrivé als le
trouverent étendu dans le vin,
ils l'emporterent au Bacha qui
le condamna commeun pro
fanateur de Moſquée , & on
interdit leMinarés, de maniére
qu'on n'y monte plus pour
appeller le peuple à la priero.
- Au Nord de la place dont
on a parlé cy- deſſus , eſt une
galerie magnifique , dans la
quelle les Joücurs d'inftruments
du Roy joüent tous
les jours au Soleil couchant ,
deux heures aprés minuit &
:
HISTORIQUE
àmidy. Mais les jours deFeſtes
ils continuent leurs tintamarres
, car ils font plus de foixante
qui joüent pêle - mêle ,
les uns battent de gros tambours
, les autres des timbales,
d'autres joüent du hautbois,&
d'autres crient à pleine
gorgedans lestrompettes parlantes
, qui font des marques
dePrincipauté.
Le Palaisdu Roy eſt àl'Occident
delaplace. On y entre
par deux portes qui font auffi
magnifiques que l'entrée de la
Moſquée dont on vient de
parler.On a rangé entre ces
Cij
30 JOURNAALL
deux portes un grand nombre
de canons , que Cha-Abbas fit
apporter de la Ville d'Ormus ,
lorſqu'il l'eût priſe ſur les Portugais
; mais ils font fi mal
montez qu'on ne pourroit
pas s'en ſervir.
Laporte principale par
où on entre chez le Roy, s'appelle
Alla- Kapi, c'eſt à dire la
Porte de Dieu , parce qu'elle
eſt un lieu de refuge , d'où on
ne peut tirer aucun criminel
fans un ordre exprés de Sa
Majefté. Il y a deffus cette
porte un bâtiment de pluficurs
étages qui forment
HISTORIQUE . 31
beaucoup de chambres , de
forte qu'en la voyant de loin ,
on la prendroit pour unegrofſe
Tour environnée de galeries
dorées qui regnent autour
de tous les étages.
Le dernier étageforme une
tres-belle , & tres -grande Salle
qui commande toute la place.
Le Roy y tient toûjours Alſemblée
le premier jour du
Printemps , pour y recevoir
les Etrenes des Seigneurs , &
pour prendre le divertiſſement
des jeux , & des courſes des
chevaux , que les enfans de
qualité font en ſa prefence.
\
Cij
32. JOURNAL
Cette Salle eft affez ſpaticuſe
pour contenir cent Conviez ,
fans y comprendre les Gentilshommes
ſervans , & les Officiers
de guerrequi ſetiennent
debout derriere ceux qui ſont
affis. Elle eſt ouverte de trois
côtez , le plat- fond eſt d'un
bois bien travaillé , & bien
doré ; le lambris qui eſt dans
l'enfoncement , eſt d'un ouvrage
tres-delicat. Il y a beaucoupde
peintures ſur la muraille
; mais elles auroient beſoin
d'un bon peintrepour les
rendre regulieres. Leplat- fond
eſt ſouſtenu par douze colom
HISTORIQUE. 35
nesdorées enrelief, ce qui lui
donne un grand éclat du côté
de la place. La Salle eſt preſque
quarréc , & n'a pas moins de
ſoixante pieds de longueur. Il
ya au milicu un grand baſſin
de marbre; &quelque grande
que foit ſon élevation , elle
n'empêche pas qu'on ne faſſe
joüer des jets d'eau dans ce
baſſin par le moyen des pompes.
Il ya trois autres Sallesd'Audiances
dans l'interieur du
Palais , qui ſont beaucoup
plus vaſtes ,& plus magnifi
ques que celles-cy ; mais par34
JOURNAL
ce que je ne me ſuis propoſé
que de donner une idée legere
de la magnificenceduPalais du
Roy de Perſe , je ne m'engage
pas à en faire la deſcription ,
non plus que de fes maiſons
deplaiſance, qui font des lieux
enchantez , & fimagnifiques
qu'on ne voit rien d'approchant
dans l'Afie.
L'uſage des feſtins publics
eſtbien ancien en Perſe ; puifque
le Livre d'Esther fait mention
de la ſomptuoſité du
banquetd'Afluerus; mais ceux
qu'ony fait maintenant ſont
plutôt des feſtins d'Audiances,
HISTORIQUE. 35
quedesbanquets de réjoüiflances;
car c'eſt ences feſtins que
le Roy traite des affaires d'Esat
, qu'il donne Audiance
aux Miniſtres des Princes des
Etrangers ; ily en ad'ordinaire
qu'on fait les jours de grandes
fêtes , & des extraordinaires ,
qui ſont comme une convocation
des Etats pour quelques
affaires preffantes ; mais
dans quelque temps qu'on les
faffe , ils font toujours tres.
fuperbes ,&tres magnifiques,
parce qu'on y étale tout ce
qu'il ya de plus precieux dans
la maiſon du Roy ; tout y
1
36 JOURNALI
brille , les tapis ſur lesquels on
s'affeoit ſont de grand prix ,
les nappes qu'on étend deſſus
font de brocard . On fert le
Roy dansun vaſe d'or pur de
plus de trois piedsdediametre;
le couvercle ,& le cadenat
ſous lequel la portion du Roy
eft renfermée, font de la même
matiere , & on porte ce vaſe
en ceremonie ſur une eſpece
de civiere ornée de lames d'or .
L'Ecuyer tranchant ouvre le
cadenat devant Sa Majefté ,
il ſe met à genoux aprés en
avoir fait l'épreuve , & il fert
les mets dans pluſieurs plats
HISTORIQUE . 37
d'or qu'il remplit avec une
cücilliere ,&une longue fourchetic
d'or , qu'il porte à fon
côté , comme les marques qui
diftinguent faCharge.On fert
au Roy le vin dans des bouteilles
ſcellées; le Grand Maître
les ouvre devant luy , il en
fait l'épreuve avec les mêmes
ceremonies que l'Ecuyer tranchant
luy ſert ſon plat
Aprés qu'on a ſervi leRoy ,
on fert aux conviez le ris , le
boüilli ,& le rôti dans plus de
cent cinquante platsd'or avec
leurs couvercles qui peſent
deux fois autant; chaque plat
38 JOURNALLH
n'apas moins d'un pied& demy
de diametre. Les plats
d'entremets ſont d'or , & auparavant
qu'on ait fervi en
or, on adéja ſervi les confitures
en vaiſſelled'argent , & de
porcelaines. Le ſervice des
confitures&fucreries precede
toujours le repas. On les fert
aux conviez pendant que le
Roy donne les Audiances ; &
c'eſt auſſi dans ce temps que
leRoy fait donner duvin aux
Seigneurs de ſa Cour. Les
bouteilles & les taſſes dans
leſquelles onle ſert , ſont d'or
émaillé garnide pierrerics.On
HISTORIQUE. 39
lesrange ſur les bords du baffin
de marbre , qui eſt au milieu
de la Salle ; & on place
aux coins de ce baſſin quatre
petits tonneaux d'or & quatre
d'argent , qui peſent chacun
la charge d'un homme. On
les met en ordre avec les bouteilles
, les taſſes , les caſſolettes
,&les pots de fleurs qui
ſont tous d'or , ce qui faitune
agreable ſymmetrie.
On met en parade devant
la Salle quantité d'Elephans ,
de Lions , de Tigres , de Leopards
,& toutes les bêtes rares
de la Ménagèric. Les chat40
JOURNALS
nes ,& les cloux avec lesquels
on les attache ſont d'or , &
chacun de ces animaux a de
vant foy deux cuvettes d'or ,
dans l'une deſquelles eſt ſa
boiſſon , & dans l'autre fa
nourriture. Mais il n'y a rien
qui approche de la magnificence
de dix huit chevaux de
main , qu'on expoſe devant
cette Salle ; chaque cheval
vautun tréſor , les étriers ſont
d'or , les brides , les poitraux ,
les devants ,&les derrieres des
felles font d'or émaillé garni
de pierres precieuſes , auffibien
que les houffes qui font
fort
HISTORIQUE. 41
fort amples. Leharnois de l'un
eſt garni de diamans , de l'autre
d'émeraudes , de rubis , de
faphirs, detres groſſes perles ,
&de toutes fortes de joyaux
d'une groffeur ,& d'unebeauté
enchantée. Chaque cheval
a auſſi devant ſoy deux cuvertes
d'or , comme les autres
animaux dont je viens de parler.
On range quelquefoisparmi
tes chevaux des aſnes ſauvages.
Un Miſſionnaire Eſpagnol
ſe trouvant en cetteCour
poury preſenter au Roy unc
Lettre du Roy de Pologne
Fevrier 1715. D
42 JOURNAL
furpris de voir des ânes ſi bien
ornez , & fi richement couverts
, perdit ſa gravité ,& ne
pût s'empêcher de rire. Un
Officier de la Cour s'approcha
de luy , & luy demanda
fort civilement ce qui luy donnoit
occaſion de rire. Il répondit
, qu'il rioit de voir traiter
avec tant de distinction
des animaux qu'on traitoit
avec le dernier mépris en Efpagne.
L'Officier luy repliqua
avec efprit , c'est que les afnes
font communs en voſtre Pays,
nous en faiſons grand cas dans le
noſtre ; parce qu'ilsyfont rares,
HISTORIQUE. 43
Le Roy eſt dans l'enfoncement
de la Salle , affis fur une
Eſtrade , environnéed'un Corridor
doré. Il eſt aſſis les jambes
pliées ſur une efpece de
lit qu'on couvre d'un brocard
précieux. Il s'appuye fur un
carreau fort riche. Il n'y aque
luy qui en ait ,&qui foit affis
les jambes pliées ; les autres
Seigneurs font affis fur leurs
talons , qui eſt la maniere de
s'affeoir la plus reſpectueuſe.
Les Enfans du Serrail font debout
dans l'enfoncement de
P'Alcove Il y en a toûjours
deux qui rafraîchiffent l'ais
Dij
44 JOURNAL
autour, avec de longs éventails
faits de queuës de Paons. Ils
ont tous quelque Office auprés
de Sa Majeſté. L'un luy
fert le Goblet , l'autre le Tabac,
leCaffé, & le Baffin pour
laver aprés le repas. Les principaux
Eunuques ſont debout
aux coſtez du Roy , & les
Officiers d'armes forment une
ligne oblique depuis le basde
l'Eſtrade ou du Trônejuſques
aux deux premieres colomnes.
de la Salle.
* L'Ermadaulet eſt aſſis à la
premiere colomne du coſté
*Premier Ministre.
HISTORIQUE . 45
gauche qui eſt le colté d'honneur
dans la Perſe. Le Generaliſſime
des Troupes eſt à
droite ; & aprés luy les Miniſtres
d'Etat , les Valis , les
Kans, les Ambaſſadeurs ,&les
Hoſtes du Roy ſont affis en
ligne paralelle juſques au bas
de la Salle..
Les Muſiciens forment une
autre ligne , & rempliffent le
côté de la Salle qui eſt vis-à vis
le Trône du Roy.
Leur muſique & leur fymphonie
continuë durant l'Audiance
qui precede le repas :
On le fait cxprés afin que les
46 JOURNAL
)
conviez n'entendent pas ce qui
ſe dit auprés du Roy. Les
quarante Maiſtres d'Hoſtel
d'honneur appuyez fur leurs
baſtons , font un cercle devant
luy , qui empêche auſſi les
conviez de voir distinctement
ce qui ſe paſſe dans les Audiances
Il n'y a rien de plus beau
que de voir une ſi belle , & fi
nombreuſe aſſemblée de Scigneurs
dans leurs habits de
ceremonie ; car leur maniere
d'habillement eſt leſte , & approche
fort de celle des Ancicas
Romains. Leur coëffure
HISTORIQUE . 47
leur donne un fi grand air
que le Turban des Ottomans
paroift ridicule en comparaifon
de celuy qu'ils portent.
Deux aigrettes d'or s'élevent
pardeſſus , & c'eſt à cauſe de
cela qu'on les appelle Kzel -
Baches ; c'est-à-dire teſtes d'or
ou teſtes rouges. Leurs veſtes
de deſſous brillent merveilleuſement.
Elles ſont d'un brocard
à fond d'or ou à fond
d'argent , auffi bien que leurs
écharpes. Leurs cafaques font
garnies de peaux de zibelines,
& les deſſus ſont d'un drap
écarlate chamarré de paffe
48 JOURNAL
ments d'or , ou bien ils font
des plus précieux brocards de
Perle ,& un Kzel Bache ſe
contentera de pain , & de lait
aigre pour ſa nourriture , afin
de menager de quoy ſe bien
vêtir ,& entretenir , & orner
fon cheval .
Il ſemble que le Roy pour
mieux faire paroître l'éclat , &&
lebrillant des habits de ſesOfficiers
, veüille faire parmi cux
ce que font les ombres dans
un Tableau. Il affecte de le
vêtur d'une maniere ſimple ; il
n'y a que l'aigrette qu'il porte
fur lecôté gauche de ſonTurban
2
HISTORIQUE. 4
ban , qui le diftingue par les
pierreries dont elle eſt ornée ,
qui font de grand prix...
Sous le Regne du feuRoy,
les Perſes imitoient affez la
magnificence d'Aſſuerus dans
leurs feſtins ; mais ils n'imitoient
pas la temperance , &
la moderation que ce Prince
vouloit qu'on gardât dans les
fiens . Car on y forçoit les
Grands de boire juſques à un
excés qui avoit ſouvent des
fuites defagreables; cependant
le Roy l'ordonnoit par politi
que ; car le vin tiroit de leur
bouche bien des veritez qu'ils
qu'ils
Février 1715. E
So JOURNALE
luy auroient cáché étant fobres.
Il le faifoit auſſi pour ſe
divertir ; car fon plus grand
divertiſſement étoit de les voir
emporter hors du feſtin, comme
des corps morts. Il les réduiſoit
bientôt dans l'état où
il les vouloit mettre , pour ſe
divertir; car il les faifoit boire
dans une eſpece de gobelet à
manche , fait en forme d'une
cuilliere à pot , qui tenoit au
moins une bonne pinte de Paris.
Ils appellent ce genre de
gobelet Hazar Pecha , c'està-
dire , mille meſtiers , parce
qu'ils diſent que ceux qui le
HISTORIQUE. SI
vuident deux ou trois fois ,
peuvent parler à l'avanture do
mille fortes d'arts , & de profeffions
. On ne leur fert rien
qui corrige le vin , car ils le
boivent durant les Audiances,
lorſqu'on n'a encore ſervy que
< des ſuccreries , & des fruits .
Les Européens qui ont
l'honneur d'être appellez à
ces feſtins, y trouvent dequoy
fatisfaire leur appetit ; parce
que ce qu'on y ſert eſt bien
exquis , & bien apprêté ; mais
ils font fortembarraffez quand
il faut manger le ris à pleing
main , &déchirer le boüilli ,
E ij
52 JOURNAL
1-
& le rôti avec les doigts ; car
onn'y fert ny couteaux , ny
fourchettes ,& pas même des
ferviettes . On fert des cuillieres
de buis ; mais c'eſt pour
boire une certaine liqueur
compoſée d'eau roſe , de vin
cuit , & de verjus , qu'on boit
en mangeant leris. On ne peut
s'en ſervir pour manger , parce
qu'elles font fort larges , &
fort creuſes , de maniere qu'on
n'y peut prendre avec les levres
que la ſuperficie de ce qui
n'eſt pas liquide , le reſte demeurant
au fond.
La modeſtie , le refpect ,&
HISTORIQUE . SS
la retenue des Officiers eft
merveilleuſe ,& on n'obſerva
jamais mieux le Silence dans
les Communautez les
gulieres de l'Europe ,qu'on les
garde aux feſtins du Roy de
Perſe ; mais on ne s'y contraint
pas long temps ; car
mangeant toutes chofesàplei
nes mains , leur repas eft fi
court qu'à peine a ton achevé
de fervir àceux qui font en
bas , qu'on commence de
lever de devant ceux qui font
enhaut.
La magnificence du Roy
de Perſe paroiſt encore dans
Eij
54 JOURNAL
le grand nombre de Princes
Etrangers qu'il entretient à ſa
Cour. Le Prince de Georgie
&pluſieurs Princes Yuzbegues
avecleur Cour y vivent maintenant
à ſes dépens. Les Ambaffadeurs
, les Envoyez ,& les
Porteurs de Lettres des Princes
de l'Europe , & de l'Afic
qu'ony confond tous ſous le
nom d'Hôtes , ſont logez ,
meublez , & entretenus par la
liberalité du Roy , qui ne les
congedie jamais fans leur faire
un preſent d'argent , de brocard
, & d'étoffe de foye travaillées
dans ſes manufactures.
HISTORIQUE. 55
Il n'y arien de plus obligeant
que la maniere avec laquelle il
les reçoit Dés qu'ils font ar
rivez fur les confins , & qu'ils
ont fait ſçavoir au premier
Gouverneur qu'ils portent des
Dépêches au Roy de la part
des Princesquiles envoyent ,
leGouverneur leur donne des
chevauxpourmonter leur fuite
; & il leur fournit autant
de mulets , & de chameaux
qu'ilen faut pour porter leurs
bagages. Il envoye des Offi
ciers de fa maiſon pour les
conduire , avec un ordre de
leur faire donner une maiſon ,
Eiiij
36 JOURNALH
&leur dépenſe de bauche de
journée en journée , juſques à
cequ'ils arrivent à la Capita
let,&quand ils y font arrivez ,
ces Conducteurs les placent
dans une maiſon dans le Fauxbourg
,& ils vont donner avis
au Roy de leur arrivée. Le
Roy les reçoit au nombre de
ſes Hoſtes , il ordonne à l'Introducteur
des Ambaſſadeurs
de leur en porter la nouvelle
de ſa part , de leur preparer
une maiſon ,& des meubles,
&de les y introduire avechon
neur. L'Introducteur les va
complimenter dans le Faux
HISTORIQUE. ST
bourg,ilcompte ceux deleur
fuite,il en vient faire fon rapport
au Roy, qui leur affigne
des appointemens à propor
tion des gens qu'ils ont à leur
ſervice. Aprés cela l'Introduc
teur les vatrouver ,& les me
ne dans l'appartement qui leur
a eſté preparé. Il leur donne
un certain nombre de Gardes
du Roy qui ſe tiennent àla
porte pour empêcher qu'on
n'interrompe les Hoſtes de Sa
Majesté , & qu'on ne faſſe pas
d'inſulte à leurs Domeſtiques.
Il leur donne leurs appointemens
pour un mois , &il con
58 JOURNAL
tinuë de les leur apporter au
commencement de chaque
Lune. Illes viſite ſouvent pour
s'informer deleur ſanté,&de
leurs beſoins ,afin d'en informer
le Roy. Il les conduit à
toutes les audiances ,&à tous audiances
les feſtins publics , où ils ont
leur place avecdiſtinction ; ils
font honorez , & refpectez
par tout ; & ce ſeroit toucher
le Roy à la prunelle de ſes
yeux que de donner la moindre
occaſion de chagrin à fes
Hoſtes. Il a beaucoup d'égard
pour eux, il les défraye par le
chemin quand il les a congeHISTORIQUE.
رو
diez de la même maniere qu'il
les-a reçus.
Pour ce qui regarde les affai
res duConſeil du Roy , tout y
eft reglé. Ses Conſeillers de
Religion , d'Epée & de Robe
y font en nombre égal , tous
gens choiſis , d'eſprit & d'experience.
Ils ont de la pené
tration , & beaucoup de vivacité;
ils conçoivent aisément ,
ils donnent aux affaires toute
l'attention qu'elles meritent ,
&ne forment leurs déciſions .
que ſur des reflexions exactes .
Ils deliberent meurement ,&
ne ſe hâtent pas de decider.
60 JOURNAL
Ils ont cette maxime que le
temps fait plus qu'une année ,
&que ſçavoir temporifer
c'eſt ſçavoir vaincre fans peril.
Le ſecret eſt ſi grand dans
le Conſeil , qu'on a remarqué
qu'un pere ne revele pas à fon
fils les meſures qu'il fçait qu'on
ya priſes contre la vie.
Le Conſeil Privé eſt compofé
des principaux Eunuques
, & c'eſt dans ce Conſeil
que font decidées les affaires
les plus importantes del Erat.
Le premier Miniſtre ,& Isautres
Seigneurs ne ſçavent rien
de ce qui s'y paffe. Ces EunuHISTORIQUE.
GI
ques poſſedent les premieres
Charges , ils font gens de tête ,
& le Roy ſe repoſe ſur leur
fidelité.
Le Royaume des Perſans eſt
ſi vaſte & fi puiſſant , que tous
leurs voiſins qui ſont d'une
Secte Mahometane, differente
de la leur , conçoivent tant d'averſion
pour eux , que le Roy
eſt obligé d'entretenir des
Troupes nombreuſes pour
couvrir ſes Frontieres. Il a toûjours
au moins 12000. hommes
dans la Province de Kandahar
, qui confine au Grand
Mogol : 20000. dans le Ko62
JOURNAL
tasan , qui confine auxTartares
de Balk, Bokara, & Samarkand
: 15000.dans le Mazandran
, & le Guilan , qui confine
aux Moscovites , & aux Coſaques
par la Mer Caſpienne :
12000. dans le Derband , & le
Chiwan,qui confinent auxmêmes
Peuples , auffi bien qu'à la
Circaffie , à la Georgie , & à la
Colchide : 20000. dans laMedie
, dont la partie ſupericure
confine à la Turcomanie , &
l'inferieur auCurdiſtan: 12000.
à Erivan qui confine aux Etats
du Grand Seigneur , vers l'Armenie
Mineure : 12000. dans
HISTORIQUE. 63
le Laureſtan qui confine à Babylone
: 15000. dans la Su
ziene qui confine à l'Arabie ,
& 12000. dans l'anciennePerſe
, & la Caramanie qui s'étendent
depuis le Sein Perfique,
juſqu'au Fleuve del Inde.
Ces Troupes avec la Maiſon
du Roy ne font guere
moins de cent cinquante mil
hommes , fans y comprendre
les Garniſons des Villes qui
font dans le coeur du Royaume.
:
Le Roy de Perſe n'a pas
d'Infanterie ; parce qu'elle ne
pourroit pas ſouſtenir les fati64
JOURNAL
gues des Deferts & des Montagnes
dont la Perſe eſt remplie.
Ils ne ſe ſervent pas d'artillerie
pour la même raiſon.
Ils n'en ont pas beſoin pour
deffendre leursVilles, qui n'ont
ni murailles , ni fortifications.
Il n'a point de force fur
Mer , quoyqu'il ne tienne qu'à
luy d'entretenir de belles Flottes
, de ſe rendre le maître du
Golphe d'Ormus , de la Mer
d'Arabie , & de la Mer Cafpienne
: mais les Perſans n'aiment
point la navigation , ils
en ont même tant d'horreur
qu'ils appellent , Nacoda, c'està-
dire
HISTORIQUE . 65
à dire Athées , ceux qui expoſent
leur vie ſur un élement fi
peu fûr. Cela fait plaifir aux
Armeniens qui font tout le
commerce du Royaume.
Jecroy , Meffieurs , que ce
que vous venez de lire de la
Perſe ſuffit pour vous donner
une idée generale de ceRoyau.
me : finon la fidele Relation
que je vais vous faire du voyage
de ſon Ambaſſadeur , va
achever de remplir ce qui peut
manquer à votre curiofité ;
mais je penſe qu'il eſt à propos
de remonter , s'il eſt poſſible ,
à l'origine des chofes , pour
pour
Février 1715.
66 JOURNAL
vous mettre mieux au fait de =
cette Ambaſſade.
M. de Feriol étant Ambaffadeur
du Roy à la Porte , la
Cour envoya M. Fabre en
Perſe. M. Fabre dont l'hiſtoire
& le nom offrent à ma
memoire une des plus fingulie.
res& des plus galantes épiſodes
du monde & dont je
pourray vous entretenir ail-
Ieurs , alla juſtement mourir à
Erivan , en Armenie , Ville
Capitale de la Province de ce
nom ,& qui eſt le plus grand
Gouvernement de la Perſe.
Aprés ſa mort , M. Michel
HISTORIQUE. 67
aujourd'huy Conſul d'Alep ,
& qui étoit alors à Conſtantinople
, fut choiſi par la Cour
pour luy fuccéder dans ſa
Miſſion : il ſe rendit auſſitôt à
Erivan, & de là à Hifpahan ,
où il fit un Traité de Commerce
, par lequel Traité la
Courde Perſe confirmoit tous
les Privileges qui avoient éré
accordez juſqu'alorsen faveur
desMarchands & des Miffion
naires à la confideration de
l'Empereur de France.
Peu de temps aprés qu'il ſe
fût acquitté de la Commiffion
avec honneur , & qu'il fur
Fij
68 JOURNAL
parti de la Perſe , les Armeniens
firent tous leurs efforts.
pour rompre les meſures qu'il
avoit priſes pour l'affermiſſement
deſdits Privileges. Ils
maltraiterent les Marchands
François , ils accuſerent les
Miffionnaires , de toutes fortes
de crimes , & ils joignirent
àleurs impoſtures une Requête
dans laquelle ils repreſenterent
au Roy , que , non contents
d'enlever leurs femmes ,
& leurs enfants , ils pretendoient
encore les contraindre
à changer de Religion. Cette
Requête fut foutenuë par des
HISTORIQUE 69
Grands de la Cour qu'ils mi
rent dans leurs intereſts à force
depreſents ,& qui par furpriſe
, obtintent du Roy un
Commandement contradictoire
aux principaux articles
du Traité. En vertu dece
Commandement , les Marchands
& les Miſſionnaires répandus
dans les Provinces de
ce grand Royaume ,, curent
beaucoup àſouffrir ſur tout à
Amadan, l'ancienne Suſe, autrefoisla
Capitalede la Perfe ,&
leséjour de fes Roys , où l'on
affeure encore que deuxTombeaux
Superbes que les Juifsy confer70
JOURNAL
vent de tout temps, avec beau
coup deſoin & de veneration ,
font ceux d'Esther &de Mardochée.
Ils efſuyerent de pareils
traitements à Tauris , ( l'ancienne
Ecbatanne , où la vraye
Croixfut 14 ans entre les mains
de Cofroës , e jusqu'à ce que
Empereur Heraclius l'eûtobligé
de la luy rendre aprés une grande
Victoire qu'il gagna fur luy ; il
la porta ensuite en triomphe à
Ferufalem Ils n'curent pas
moins à fouffrir à Chamakée ,
Ville confiderable au Nord de la
Perfevers la Mer Cafpienne ,
où le Pere ChampionJefuite &
HISTORIQUE. 71
Son Compagnon furent misfous
lebâton,,&&eennsuite exilez. Ec
enfin àGandga autre Ville entre
Chamakée Tiflis Capitale
de la Georgie , où le Superieurdes
Capucins recent à differentes repriſes
,plus de deux mille coups
de bâtons ,&auroit eſté martyrifé
,fi on ne l'avoit délivré à
force d'argent. Tout cela cependant
s'étoit paflé contre
les intentions du Royde Perſe.
Voilà l'état où étoient les
affaires des Marchands & des
MiſſionnairesFrançois dans ce
Royaume,
Royaume , lorſque M. de
GaliſſonEvêque d'Agathople &
72 JOURNAL
Coadjuteur de M. Pidou de
S. Olon Evêque de Babylone ,
arriva en Armenie . D'abord
pour arrêter cette perfecution
, il déclara au Can * d'Erivan
, qu'il étoit chargé
d'une Lettre du Roy de France
pour l'Empereur de Perſe :
le Can en donna autfitoft avis
à la Cour , & aprés trois mois
de ſejour à Erivan , il le fic
conduire avec honneur à Hafpahan
, où on luy affigna foixante
écus par jour , quoyqu'on
ſcoûr qu'il n'avoit
* Ce Can s'appelle Beglerbay , on
Seigneur des Seigneurs
aucun
HISTORIQUE. 73
aucun Caractere. Mais ces
bienfaits , quelques confiderables
quils ſoient , font en uſa
ge chez les Rois de Perſe , &
ils ont tant de confideration
pour les Princes Etrangers ,
& fur tout pour les Rois de
France , qu'il ſuffit d'eſtre porteur
d'une Lettre de leur part ,
pour eſtre receu au nombre
delours Hoftes .
M. l'Evêque d'Agathople
eſtant arrivé àHifpahan , s'appliqua
uniquement à détromper
la Cour ſur les calomnies
qu'on avoit repanduës contre
les Miffionnaires & les Mar-
Février 1715 . G
74 JOURNAL
chands François qui estoient
alors en Perſe . Il chercha les
cauſes &les motifs de leurs impoſtures
dans leur commerce
&dans leur Religion.
Dans le commerce il découvrit
la haine & la jaloufie
des Armeniens liguez avec les
Anglois & les Hollandois
contre les Marchands de nôtre
Nation.
La guerre eſtoit alors allumée
dans toute l'Europe , ou
pour mieux dire les plus grandes
Puiſſances de l'Europe
avoient juré la ruine de la
France ; & le fuccés ne ré-
:
ま
A
HISTORIQUE. 75
pondant pas toûjours àl'équité
de nôtre cauſe, nos Ennemis
avoient ſoin de porter jufqu'aux
extremitez du monde
l'apparence de leur triomphe
avec le bruit de leurs menaces.
LesLettres&les diſcours qu'ils
ſemoient en tous lieux , produiſoient
alors des effets dont
nous nous reſſentions par
tout. Du coſté de la Religion,
il reconnut que les Armeniens
&fur tout leur Patriarche ef
toient les ennemis déclarez
des Miſſionnaires . Permettezmoy
icy , Meſſieurs, deux lignes
de digreſſion ſur la Reli
Gij
76 JOURNAL
gion des Armeniens. Vous
Içavez , ou vous ne ſçavez pas
ſans doute , qu'ils rejettent le
Concile de Calcedoine , qu'ils
excommunient tous les ans
S. Leon , & qu'ils ſuivent les
Dogmes d'Utuches qui ne reconnoiſſoit
qu'une nature en
J C. fans compter les autres
erreurs dont ils ſont infectez .
Mais ce n'eſtoit pas tout à fait
de cela qu'il eſtoit queſtion ,
& le Patriarche qui animoit
les Armeniens contre nos Mif
ſionnaires ne ſe ſeroit peutêtre
guere mis en peine du
changement qu'ils vouloient
HISTORIQUE. 77
leur inſpirer , s'il y avoit également
trouvé ſon compte du
côté de l'intereſt.
Ces découvertes faites , M.
l'Evêque d'Agathople travailla
au fuccés des deſſeins qu'il
avoit formez pour le ſervice
de tant de gens qui avoient
beſoin de ſon ſecours ; mais
malheureuſement la mort ne
luy laiſſa pas le loiſit d'y travailler
long- temps ,& il eût à
peine les yeux fermez que les
choſes retomberent dans la
confufion oùil les avoit trouvées.
M. Richard Miffionnaire
Gij
78 JOURNAL
des Millions Etrangeres
homme ſage & éclairé , ſe
trouva alors à Erivan , où l'Evêque
de Babylone luy écrivit
pluſieurs Lettres qui le
déterminerent enfin à ſe rendre
à Hifpahan , où quelque
temps aprés ſon arrivée, il fût
affez heureux pour pouvoir
faire preſenter une Requête
au Sultan Usſſain ,qui fut fi
touché du détail des choſes
qu'elle contenoit qu'il luy fic
donner deux mille cinq cens
écus , pour en payer huit cens
que devoit l'Evêque d'Agathople
en mourant ,&le refte
HISTORIQUE. 9
:
pour ſa ſubſiſtance Il luy fic
affigner_enſuite dix écus par
jour , le fit loger , & le receut
au nombre de ſes Hôtes .
Sur ces entrefaites M. Defalleures
Ambaſſadeur du Roy
à Conſtantinople envoya à
Hifpahan , les nouvelles imprimées
de la défaite entiere
des Ennemis à Marchiennes
&à Deſnain , & celle de la
levée du Siege de Landrecy ,
avec tout le détail des grandes
circonstances de cette memorable
Journée. Le Courier
chargé de ces Lettres , les remit
entre les mains de M. Ri-
Giiij
80 JOURNAL
chard qui les fit auffitôt traduire
en Perfien & preſenter
le lendemain à la Porte , où
l'Etmadaulet * accompagné
des plus grands Seigneurs de
la Perſe donnoit alors à ſon
ordinaire une Audiance publique.
Il n'eût pas plutôt
apperceu le Porteur de ce
paquet , qu'il demanda de
quoy il étoit queſtion. Seigneur
, luy dit il , ce ſont des
nouvelles d'une grande Victoire
que l'Empereur des Fran
çois a remporté de puis peu
fur ſes ennemis . Hâtez-vous ,
* C'est le nom du premier Ministre.
HISTORIQUE. 81
luy répondit ce Miniſtre ,
tranſporté de zele & de joye ,
hâtez vous , d'en faire la lecture.
Ce qu'on n'eût pas le
temps d'achever , parce que le
Sultan averti que l'Aúdiance
venoit d'eſtre rompuë par un
évenement fingulier , en envoya
demander la cauſe. L'Etmadaulet
fit donner auſſitôt à
P'Eunuque que le Sultan avoit
dépêche vers luy , le paquet
queM. Richard luy avoit envoyé.
Le Roy de Perfe non
moins impatient que ſon Miniſtre
, s'en fit ſur le champ
82 JOURNAL
faire la lecture, en preſence de
toutes lesFemmes &de ſes Eunuques
, & en reconnoiffance
du plaiſir qu'il avoit ſenti au
recit d'une ſigrande nouvelle,
il fit donner àM. Richard un
preſent de la valeur de plus de
deux cens écus.
Les affaires des François
changerent alors entierement
de face en Perſe , & il ne s'y
tint preſque plus de Conſeil
où il ne fut agité de quelle maniere
on s'y prendroit pour
envoyer inceſſammentunAmbaffadeur
en France, Enfin
malgré la longueur du voya
HISTORIQUE. 83
ge ,& les difficultez des paſſages
par la Turquie , ou par la
Moſcovie; en un mot malgré
tous les obſtacles preſque invincibles
qui parurent oppoſez
à ce deſſein , il fut cependant
executé de la maniereque
vous l'allez lire.
Il étoit important de ne
point donner d'ombrage à la
Porte Othomane ; &le ſecret
de cette Negociation étoit -
d'une ſigrande conſequence ,
qu'il y alloit de la viede l'Ambaffadeur
à être ſoupçonné
d'une Ambaſſade de cette nature
, juſqu'à ce qu'il fut hors
84 JOURNAL
des Etats du Grand Seigneur.
Les motifs de cette crainte
fondée ſur des principes tresraiſonnables
( que le Journal
de Verdun vous développera
de reſte , le mois qui vient )
determinerent le Premier Mi
niſtre de Perſe , à confier au
nom du Roy , à M. Richard ,
les Lettres& le treforde cette
Ambaffade, pour les remettre
au Can d Erivan. Ce qui fut
executé en la forme fuivante.
M.Richard reçût des Miniſtres
de Perſe , ſes inſtructions
pour ſon voyage vers
Lamy Carême 1713. Il fut
1
HISTORIQUE. 85
chargé des Lettres & des Preſents
du Roy le premier May
de la même année ; & le jour
de l'Afcenfion , avec une ef
corte de quarante hommes ,
il prit la route de l'Armenie.
Il courut pluſieurs grands perils
en chemin ,& il fut efcarmouché
par des gens des montagnes
qui ne ſubſiſtent que
des dépoüilles des gens qu'ils
pillent ; mais heureuſement
un petit defilé dont il s'empata
avant qu'ils puſſent y être ,
ou pour mieux dire ,un quart
d'heure de diligence , le ſauva
de leurs mains. Enfin aprés
86 JOURNAL
cinquante jours de marche , il
arriva à Erivan , où il alla d'abord
viſiter le Can , avec la
Lettre du Roy de Perſe dont
il étoit chargé pour luy , & en
même temps avec les Lettres
&les Prefents que ce Monarque
envoye au Roy.
Dés que le Can d'Erivan
eût receu ſur cette affaire les
ordres de ſon Maître , il laiſſa
à M. Richard la liberté de
paffer en Europe par où il le
jugeroit à propos , ce qu'il fit
par la Georgie , la Mingrelie ,
& la Mer Noire , pendant que
ceGouverneur prenoitde ſon
HISTORIQUE. 87
coſté, toutes les meſures qu'il
croyoit les plus juſtes pour
s'acquitter avec honneur dela
Commiſſion dont on ſe repoſoit
fur luy.
La Lettre que M. Richard
luy avoit renduë portoit en
ſubſtance, qu'il convenoit aux
intereſts de ſon Maiſtre qu'il
jettât les yeux ſur un des plus
éclairez & des premiers Seigneurs
de ſon Gouvernement,
pour l'envoyer , d'une maniere
convenable , à l'Empereur de
France , avec la qualité d'Ambaffadeur
de l'Empereur des
Perfes.
88 JOURNAL
Ce Can trouva alors dans
MehemetRıza Beg, Intendant
de la Province d'Erivan , Perfan
de Nation , & aprés luy la
premiere perſonne de fon
Gouvernement , un ſujet capable
de répondre par ſon
merite , & par l'éclat de ſon
Ambaſſade , à la haute idée
que les Peuples de l'Europe
ont des Souverains de l'Afie ,
&particulierement duRoyde
Perſe. En effet , dés qu'il l'eût
chargé de la part de ſon Maître
, de cette importanteCommiſſion
, il ſe diſpoſa à partir
avec un grand nombre de
chameaux ,
HISTORIQUE. 89
chameaux , de tantes ,debagages
, en un mot avec un
équipage auſſi ſuperbe qu'en
puiſſe avoir aucun des plus
grands Seigneurs de l'Afie.
Pendant que Mehemet RizaBegpreparoit
tout l'appareil
de ſon voyage , le Can
d'Erivan prenoit de ſon côté
toutes ſes précautions , pour
aſſurer le tranſport des preſens
du Roy de Perſe auRoy
de France.
Acob Jean , Armenien de
Nation , & le plus riche Marchand
de cette Contrée fuc
choiſi pour cette effet , & fon
Février 1715 . H
१० JOURNAL
bien , ſa femme, &les enfants
ſervirent d'ôrages pour la ſeu
reté de ce Treſor , dont on
luy confia particulierement &
la garde& les clefs.Enfin il partit
d'Erivan le 15. Mars 17 14 .
avec l'Ambaſſadeur , & ils prirent
enſemble la route de l'Eu .
rope , par la Natolie ; mais
pendant qu'ils traverſent ces
grands Deſerts qui font entre
la Turquie & la Perſe , où il
ne leur arrive rien qui ſoit
dignes de remarque , fouffrez ,
Meſſicurs , que pour vous donner
une juſte idée , ou plutôt
pour vous rafraîchir la me-
C
ま
HISTORIQUE.
moire de la maniere dont les
Armeniens vivent en Perſe ,
je vous preſente à leur ſujet
un extrait de quelques Chapitres
tirez des meilleurs Memoires
qui traitent des Etats
du Sephi.
Je vous ay dit dans un autre
endroit de ce Journal
quelle eſt en peu de mots , la
Religion qu'ils profeſſent.
Maintenant je croy que vous
ne me blâmerez pas de vous
dire quelque choſe des Ceremonies
de leurs Baptêmes , de
leurs Mariages , de leurs Enserrements
,& de la conſtan-
Hijy
92 JOURNAL
ce avec laquelle ils s'expoſent
aux plus affreux fupplices ,
plûtôt que de renier leur Religion.
C'eſt la coûtume des Armeniens
de baptifer les enfans
le Dimanche , & s'ils en
bapriſent quelques-uns dans
la ſemaine , c'eſt qu'ils ſe trouvent
en danger de mort. La
ceremonie ſe fait de cette maniere.
La Sage- femme prend
l'enfant qu'elle porte dans l'Eglife
, & le tient ſur ſes bras ,
juſqu'à ce que l'Archevêque ,
l'Evêque , ou le Prêtre qui lo
doit baptifer , ait die une par
HISTORIQUE. 9
tie de la Liturgie du Baptême.
Alors celuy qui baptife prend
l'enfant qui eſt nud , le plonge
dans l'eau , & l'en ayant retiré
le met ſur lesbras du Parrain ,
& lit encore quelques prieres.
Pendant qu'il les lit , il tient
ducoton dans ſes mains , qu'il
tord , & dont il fait un filet
de demie - aune de long. Il en
fait un autre de même longueur
d'une foye rouge qui
eſt plate , &de ces deux filets
qu'il tortille enſemble , il fait
un petit cordon qu'il met au
col de l'enfant. Ils diſent que
ce cordon fait de deux fils dif
94 JOURNAL
* ferens , l'un de coton blanc
l'autre de ſoye rouge , ſignifie
le ſang , & l'eau qui fortit du
Corps de JESUS CHRIST ,
lorſqu'il fut percé d'un coup
de lance à la Croix. Aprés ce
cordon noüé au col de l'enfant
, il prend de la Sainte
Huile pour l'en oindre en plufieurs
endroits du corps , en
faiſant le Signede laCroix fur
chaque endroit où il met de
l'huile , & prononçant à chaque
fois ces paroles :Je te baptiſe
au nom du Pere,du Fils,
du S. Efprit Il commence
l'onction par le front , de-là
HISTORIQUE.
au menton , puis il vient à l'eftomac,
aux aiffelles,aux mains,
& aux pieds.
La ceremonie du Baptême
étant achevée , le Parrain fort
de l'Eglife , ayant l'enfant fur
ſes bras ,& dans chaque main
un cierge de cire blanche allumé
, felon la qualité du pere
de l'enfant. On fort de l'Egliſe
au fon des tambours
des trompettes , des hautbois
, & d'autres fortes d'inſtrumens
du Pays qui vont
devant l'enfant qu'ils accom
pagnent juſques au logis , où
eſtant arrivez , le Parrain
JOURNAL
les remet entre les mains
de la mere. Elle ſe proſterne
enmême temps devant le Par
rain luy baiſant les pieds , &
pendant qu'elle eſt en cette
poſture , le Parrain luy baiſe
le deſſus de la tête. Le Pere ,
ni le Parrain ne donnent jamais
le nom à l'enfant ; mais
celuy qui le baptiſe luy donne
le nom du Saint dont la Fête
ſe rencontre le Dimanche du
Baptême. Si par hazard il n'y
a point de Saint dans leurCalendrier
ce jour de Dimanche ,
il prend le nom du premier
Saint qui vient dans la ſemai
ne
HISTORIQUE. 97
ne ,&de la forte, il n'y a point
parmy eux de nom affecté.
L'Enfant étant de retour au
logis , il s'y fait aſſemblée de
bien des gens , & le feſtin eſt
preparé pour les parents &
amis , & pour celuy quia baptiſé
l'Enfant , & qui eſt ſuivi
d'ordinaire de la plus grande
partie des Preſtres & Moines
du Convent , ou de la Paroifſe
où le Baptême s'eſt fait. Le
petit peuple s'engage tellement
pour ces fortes de feftins
, non ſeulement auxBaptêmes
, mais auſſi aux mariages
, & aux enterremens , que
Février 1715 . I
JOURNAL
le plus ſouvent dés le lendemain,
il n'ont plus de quoy
vivre, & qu'ils ne peuvent
payer ce qu'ils ont emprunté
pour cette inutile dépenſe.
C'eſt la coûtume en Perſe de
fairedonner aux coins des ruës
des coups de bâton à ceux qui
doivent , & qui ne peuvent
payer ; & ils font quelquefois
fi maltraitez ( car cela ſe fait
deux ou trois fois la ſemaine,)
que les ongles leur tombent
des pieds , & qu'ils ne peuvent
plus ſe ſoûtenir. Les creanciers
en uſent de la forte
,
afin que les parents & amis du
HISTORIQUE.
debiteur enayent compaſſion,
&luy donnent de quoypayet
ſes dettes ; mais ils trouvent
le moyen de ſe dérober à ce
fupplice , & quand ils voyent
qu'ils fontinſolvables,ils ſe retirent
dans le Alicapi,c'eſt àdire,
la porte de leur Prophete , qui
eſtun lieude retraite pour tous
ceux dont les affaires vont
mal , & qui ne peuvent ſatiſ
faire leurs creanciers. Ces lieux
là ſont ſi privilegiez , que le
Roymême ne peut les en tirer
& ils font nourris des rentes
anciennes qui ſont affectées
aux mêmes licux , & des au-
I ij
100 JOURNALI
mônes que l'on y fait tous les
jours. LesArmeniens qui ſont
pauvres ,& qui ne veulent pas
s'endetter pour les feſtins d'un
Baptême,ont introduit depuis
peu une coûtume , pour ſe
mettre à couvert de la honte
qu'ils croyent qu'il y a, de ne
pas faire grande chere à fes
amis dans cette rencontre. Ils
font baptifer l'enfant dans la
ſemaine, ce qui fait croire que
l'enfant eſt fort malade , d'au
tant plus qu'ils vont en hâte à
l'Egliſe ſans nulle cerémonie ,
&qu'ils ne ceffent de dire en
pleurant que l'enfant s'en va
mourir.
-
HISTORIQUE. FOT
Si une femme eft accouchée
quinze, ou vingt jours , &même
deux mois avant Noël , ils
different leBaptêmedel'enfant
juſqu'à cette Feſte , pourvû
toutefois que l'enfant ne de.
vienne pas malade. Voicy
qu'elle eſt la cérémonie que
l'on fait d'ordinaire à ce Baptême.
Dans toutes les Villes ,
ou Villages , où il y a des Armeniens
, & où il paſſe une
riviere, ou qu'ils'y trouvequelque
érang , ils ont deux ou
trois bâteaux plats couverts de
tapis fur quoy on marche , &
onydreſſe le jour de Noël unc
I ij
102 JOURNAL
maniere d'Autel. Le matindés
queSoleil ſe leve, tout leCler
gé Armenien, tant du licu ,
que des lieux circonvoiſins ,
ſe rend fur ces mêmes bâ
teaux vêtus defes orne
mens, avec les Croix , & les
Bannieres. Ils trempent la
Croix par trois fois dans l'eau,
&àchaque fois ils y jettent de
de la Sainte Huile. Aprés ils
liſent la Liturgie ordinaire du
Baptême , & l'Evêque , ou le
Preſtre prenant l'enfant il le
plonge dans l'étang , ou dans
la riviere juſqu'à trois fois , en
diſant les paroles ordinaires
HISTORIQUE. 103 .
Je tebaptise aunom du Pete,&c.
en l'oignant d'huile , comme
j'ay dit cy-deſſus. C'eſt une
merveille que la pluſpart de
ces enfants ne meurent de
froid , quand la ſaiſon eſtun
peu rude. Le Roy de Perfe
ſe trouve d'ordinaire à cette
cérémonie quand il eſt à Hifpahan
,&il ſe rend à cheval
au bord de la riviere avec les
Grands de ſa Cour. Laceremonie
achevée , il va àZulpha
au logis du Kalenter, qui eſt le
Gouverneur ou Juge des Armeniens
, chez lequel le diné
eſt preparé. Il n'y a point de
I iiij
104 JOURNAL
lieu au monde où l'on puiſſe
traiter un Roy avec moins de
peine que dans la Perſe;car ſi
un particulier prie le Roy à
manger chez luy ,& fi Sa Majeſté
veut luy faire cet honneur
, il n'a qu'à aller trouver
le Chef des Officiers , & luy
porter vingt tomans , qui font
environ trois cent écus, en luy
diſant que Sa Majesté vient
prendre un repas dans la maiſon
de ſon Eſclave ; alors
moyennant cette ſomme de
vingt tomans , leChefdes Officiers
eſt tenu d'envoyer au
logis de celuy qui traite leRoy ,
HISTORIQUE. 105
tout cequi eft neceſſaire pour
le repas ; fans cela c'eſt une
choſe qu'on ne pourroit entre
prendre, le Roy ne mangeant
jamais que dans de la vaifſelle
d'or , ce qu'un particulier
ne pourroit fournir. A l'iffuë
du repas on apporte au Roy
le preſent qu'on luy fait toûjours
dans ces rencontres , &
qui d'ordinaire eſt quelquegalanterie
qui vient d'Europe ,
& qui ne vaut gueres moins
de quatre ou cinq mille écus.
Quandils n'ont rien de galant
à luy preſenter , ils mettent
pareille valeur dans un baffin
106 1 JOURNAL
en Ducats d'or de Veniſe , &
l'offrent à Sa Majesté avec de
grandes foumiffions ; ils font
auſſi des prefens à quelques
Seigneurs , & aux principaux
Eunuques qui font à ſa ſuite,
fans compter ce qu'ils envoyent
à la mere du Roy s'il
en aune , aux Sultanes ſes femmes
,& à ſes foeurs. Ainfi ce
feſtin ſe faiſant ſans embarras
du coſté du traitement , ne ſe
fait pas du coſté de la bourſe
fans grande dépenſe ; mais les
Armeniens deZulpha peuvent
aisément la ſupporter.
Les Armeniens marient
HISTORIQUE. 107
d'ordinaire leurs enfants ſans
que les deux parties ſe foient
vûës ; & même ſans que les
peres ny les freres en ſçachent
rien. Il faut que ceux qu'on
veut marier ſe rapporte à ce
que les peres , ou les parens
leur endiſent. Aprés que les
meres ont conclu entr'elles le
mariage , elles en parlent à
leurs maris qui approuvent ce
qu'elles ont fait. Sur cette approbation
la mere du garçon
avec deux vieilles femmes ,&
un Prêtre vient au logis
de la mere de la fille ,& luy
preſente unebague de la part
108 JOURNAL
de celuy avec qui on veut la
fiancer. Le garçon paroît enfuite
, le Prêtre lit quelque
choſe de l'Evangile pour be
nir les deux parties , aprés
quoy on luy donne quelque
argent ſelon le bien qu'a le
pere de lafille. Puis on prefente
à boire à la compagnie ; &
cela s'appelle les fiançailles,
Quelquefois ils accordent les
enfants quand ils n'ont que
deux ou trois ans ; & même
lorſque deux femmes qui font
amics ſe trouvent enceintes
enmême temps,elles ſe promettent
de faire un malige
*1
HISTORIQUE. 109
,
des deux enfants qu'elle portent
, s'il arrive que l'une ait
un garçon & l'autre une fille.
Cela étant on les accorde dés
qu'ils font nez ; & depuis que
le garçon a donné la bague
quandil ſeroit vingt ans fans
ſe marier ,il eſt obligé d'envoyer
tous les ans le jour de
Pâques unhabit à ſa Maîtreſſe
avec tout l'afſſortiment ſelon
la qualité de la fille. Trois
jours avant que de celebrer le
mariage le pere & la mere du
garçon font préparer un feftin
qu'ils font porter chez le pere
&la mere de la fille , où fo
rro JOURNAL
trouvent les deux familles des
deux parties. Les hommes
font dans un licu àpart , & les
femmes dans un autre ; car ils
ne mangent jamais enſemble
dans des réjoüiſſances publi+
ques. La veille des nôces l'époux
envoye des habits à fon
épouſe , & quelque temps
aprés il vient prendre ce que
la mere de l'épouſe luy donne
de ſon côté. Que ſi l'époufe
n'a plus de mere , c'eſt quelque
vieille de ces plus proches
parentes qui habille l'époux.
Enſuite l'époux monte ſur un
cheval , & l'épouſe ſur un
:
HISTORIQUE. MI
autre , qui ont de magnifiques
harnois avec des brides d'or
&d'argent ſi ce ſont gens riches
;&ceux qui font pauvres,
&qui n'ont point de chevaux
àeux , ont recours auxGrands
qui leur en prêtent volontiers
pour cette Ceremonic. En
fortant du logis de la fille l'époux
va devant ; & a fur fa
tête un voile de gaze incarnate
, ou d'un retz d'or & d'argent
, dont les mailles font
fort preffées ; &qui le couvre
juſqu'àl'eſtomac. Il tient à ſa
main le bout d'une ceinture
qui a trois ou quatre aunes de
112 JOURNAL
long ; & l'épouſe qui vient
derriereà cheval tient l'autre
bout. Elle eſt auſſi couverte
d'un grand voile blanc depuis
la têtejuſqu'aux pieds , & le
cheval en eſt auſſi à moitié
couvert ; elle eſt ſi cachée ſous
ce voile , qui reſſemble plûtôt
àun grand linceul , qu'on ne
luy voit que les yeux. Deux
hommes marchent à côté de
chaque cheval pour tenir les
rênes ; & quand ce ſont des
enfants de trois ou quatre ans
(car on les marie quelquefois
dans ce bas âge ) il y a trois
ou quatre hommes pour les
tenir
:
HISTORIQUE. 113
tenir ſur la felle , ſelon la qualité
de leurs parents. Quantité
de jeunes hommes , tant des
parens , que desamis des deux
coſtez viennent à la ſuite , les
uns à cheval, les autres à pied,
avec un cierge à la main
comme s'ils alloient en proceffion
; & d'ailleurs les tambours,
les trompettes , les
haut bois , & autres inftrumens
à la mode du Pays , fuivent
toute la compagnie jufques
àl'Eglife. Quand ils ont
mis pied à terre , chacun fait
place à l'époux & à l'épouse ,
qui ſe vont rendre au pied de
Février 1715 K
114 JOURNAL
l'Autel tenant toûjours laceinture
; & il faut remarquer en
paſſant que dans chaque Egliſe
les Armeniens n'ont qu'un
Autel. Les époux ſe joignent
alors , & s'appuyent le front
l'un contre l'autre , puis le
Prêtre vient& tourne le dos à
l'Autel , aprés quoy prenant
laBible il la met ſur leurs têtes
qui luy ſervent de pupitre ;
&qui enfont affez chargées ,
parce que c'eſt d'ordinaire un
gros in folio affez peſant. Il y
demeure pendant qu'on lit le
formulaire du mariage , &
c'eſt le plus ſouvent un Eve
:
11.5 HISTORIQUE
que ou unArchevêque qui en
fait l'office. Ce formulaire eſt
fort approchant du noſtre.
L'Evêque demande à l'époux
Ne prenez - vous pas une telle
pour vostre Epouse ? & àl'époule:
Ne prenez- vous pas un tel
pour vostre mary ? & ils répondent
tous deux d'un ſigne de
teſte. La benediction matri
moniale étant faite , ils enten
dent la Meſſe , aprés quoy ils
retournent tous enſemble au
logis de la fille dans le même
ordre qu'ils en ſont partis . Les
nôces durent trois jours ,& il
ya , comme j'ay dit , depau
Kij
116 JOURNAL
vres gens qui ſe ruinent ences
occaſions ,& qui ne ſe peuvent
jamais remettre de la dépenſe
qu'ils y ont faite. Il ſe
boit plus de vin aux feſtins des
femmes qu'à ceux des hommes.
Lemary ſecouche lepremier,
la femme luy tire ſes bas,
& n'ôte ſon voile qu'aprés
avoir éteint ſa chandele. En
quelque temps que ce ſoit les
femmes ſe levent avant le jour.
Il y a tel Armenien qui depuis
dix ans qu'il eſt marié n'a jamais
vu le viſage de ſa femme
, & ne l'a jamais oüi parler
, car quoyque le mary luy
HISTORIQUE. 117
puiffe dire ,& tous les patens ,
elle ne répond que de la tête.
Elles ne mangent point avec
leurs maris, & file mariregale
ſes amis aujourd'huy , la femme
traite ſes amies le lendemain.
Dés qu'une perſonne eſt
decedée , un homme deſtiné
aux ſervices mortuaires va
promptementà l'Egliſe queris
un pot d'eau benite ,&l'ayant
apporté au logis du deffunt ,
il la jette dans un grand vaifſeau
plein d'eau , dans lequel
ils mettent le corps mort.Cer
homme s'appelle Mordichou ,
118 JOURNAL
c'eſtà dire celuy qui lave les
morts,& ces Mordichous ſont
en telle horreur parmi le peuple
, quec'eſt un infamie d'avoir
mange avec ces fortes de
gens. Tout ce qui ſe trouve
fur le mort lors de ſon decés
luy appartient,fur ce quelque
belle bague ,&c'eſtla couſtume
dans le Levant de coucher
avec le caleçon , la chemiſe ,
& la camiſole , parce qu'on
ne ſe ſert point dedraps.Aprés
que le morta eſté lavé , on le
revêt d'une chemiſe blanche ,
d'un caleçon , d'une camiſole,
&d'une toque ,& il faut que
HISTORIQUE. 119
letout ſoit neuf, ſans avoirjamais
ſervi à aucun autre. Puis
on le met dans un grand fac
de toile neuve ,& ils coufent
enfuite la bouche du ſac. Cela
étant fait , les Preſtres viennent
prendre le corps pour le
porter à l'Eglife ,& il eſt accompagnéde
tous les parents,
&amis du deffunt qui tiennent
tous un cierge à lamain.
Quand ils font à l'Egliſe ils
poſentle corps devant l'Autel
où le Preſtre dit quelques prieres
, puis on allume des cierges
autour du corps,&on le
laiffe en cet état toute lanuit.
εδωμέναι
120 JOURNALI
Le lendemain matin un Eveque
, ou un ſimple Preſtre dis
la Meſſe , à l'iſſuë de laquelle
on porte le corps devant la
porte de l'Archevêque , ou de
l'Evêque du lieu , où il eſt accompagné
de ſes parens , &
amis , & de tout le peuple qui
s'eſt trouvé à l'Eglife , la plû
partayantun cierge à la main,
Etant arrivez devantcetteporte
, l'Evêque fort de fon logis,
&vient direun Paterpour
Pame du deffunt. Cet acte fi
ni , la plupart de ceux qui ont
accompagné le corps depuis
l'Eglife juſques à la porte de
l'Evêque,
HISTORIQUE, 12t
l'Evêque, ſe retirent chez eux,
&il ne reſte que les parens ,&
quelques amis. Alors l'Evêque
,& les Preſtres font prendre
le corps par huit ou dix
pauvres qui ſe trouventlà ,&
qui le portent au Cimetiere.
Le long du chemin on chante
quelques Oraiſons , que les
Preſtres continuënt en dévalant
le corps dans la foſſe.Puis
l'Evêque prend de la terre par
trois fois , en diſant ces mots :
Tu es venu de terre ,& turetourneras
en terre,&demeures-y
jusqu'à ce que nostre Seigneur
vienne. Ces paroles dites on
Février 1715 . L
122 JOURNAL
remplit la foſſe. Ceux des parents
& amis qui veulent retourner
au logis du deffunt , y
trouvent le dîné prêt ; & même
s'il ſe preſente quelques
autres gens ,ils ne ſont pas refuſez.
Ils ont auſſi accoûtumé
de donner à dîner , & à ſouper
pendant ſept jours à quelques
Preſtres , & à quantité de pauvres
quand ils en ont le moïen.
Ils ne croyent pas que- l'ame
du deffunt ſoit ſauvée , s'ils ne
font cette dépenſe quand ils
le peuvent , & c'eſt d'où procede
que la pluſpart de ceux
dumenu peuple ſont toûjours
HISTORIQUE. 123
miferables,&comme eſclaves
des Mahometans , à cauſe de
l'argent qu'ils empruntent ,&
qu'ils ne peuvent payer.
1 Quand un Archevêque ou
un Evêque meurt ,ils fontcecy
de plus qu'à un Seculier.
Quand la Meſſe eſt dite , un
Archevêque , ou un Evêque
qui ſe trouve là écrit un billet
,& coupant le ſac où eſt le
mort , luy met dans la main le
billet où ſont écrits ces mots :
Souviens- toy que tu es venu de
terre , &que tu retourneras en
terre.
Si l'un de leurs Eſclaves
Lij
124 JOURNAL
meurt avant que ſon Maiſtre
luy ait donné ſa hberté,quand
le corps eft dans l'Eglife , le
Maiſtre écrit un billet fur lequel
il met ces mots : Qu'il
n'ait point de regret , je le tiens
franc ,&luy donne la liberté.
Car ils croyent qu'en l'autre .
monde on luy reprocheroit
qu'il feroit Eſclave , & que
fon ame en pourroit fouffrir
quelque douleur. Que fi l Ef
clave n'a point de Maiſtre , la
Maiſtreſſe , ou à ſon deffaut ,
les enfans font le billet.Quand
il arrive qu'un Armenien ſe
défait lay-même , on ne fait
HISTORIQUE. 125
point fortir le corps par la
porte du logis , mais on fait
un trou dans quelque endroit
du mur qu'on trouve le plus
commode pour mettre le
corps dehors , & delà il eſt
porté en terre fans nulle ce-
Temonie .
En general les Armeniens
font fort attachez à leurs coû
tumes , &à leurs ceremonies ,
&bien qu'il y en ait parmy
eux qui embraſſent le Mahometiſme
pour les interêts du
monde ces exemples font fort
Tares,& il s'en trouve au contraire
d'affez fermes & conf
L iij
126 JOURNAL
tans quand il faut ſoûtenir leur
Religion contre les perfecutions
des Mahometans. Le
Chapitre ſuivant en donnera
des exemples.
S'il y a des Armeniens qui
ont la foibleſſe de quitter
quelquefois leur Religion , ou
par quelque dépit , ou par
quelque honteux intereſt qui
les y pouſſe , la pluſpart y reviennent
par une ſerieuſe repentance
, & il s'en voit peu
qui ſe rangent pour jamais du
parti Mahometan. Quand un
Armenien qui eſt tombéde la
forte ,veut revenir à l'Eglife
HISTORIQUE. 127
pour reconnoiſtre la faute , il
n'en peut avoir l'abfolution
quedans le même lieu où fon
abjuration a été faite ,& on la
luy refuſeroit en toute autre
Ville ou Village où il la voudroit
demander. Ce qui les
porte le plus ſouvent à ce
changement , eft lorſqu'il y a
de jeunes gens qui ontdepensé
leur bien , & que le pere ne
leur en veut plus donner pour
leconfumer dans ladébauche,
Alors quelques uns ſe vont
faire Mahometans pour joür
du benefice de la Loy d'Ali ,
qui porte que quand unChe
Lij
128 JOURNAL
tien s'eſt rendu Mahometan ,
tout le bien de fon pere luy
doit appartenir , fans que fes
freres y puiffent avoir part.
Quand même il ne feroit que
coufin il prend alors le bien
de fon oncle , & il faut remarquer
que cette regle ne s'obſerve
que pour les Chrétiens
Sujets du Roy de Perſe. Mais
depuis quelques années les Armeniens
ont pourvû en quel
que maniere à empêcher ce
defordre. Car quand ils voyent
dans la Famille quelque debauché
, le pere , ou l'oncle
fait de bonne heure une feinte
HISTORIQUE. 129
vendition de ſes biens à quelqu'un
de ſes fideles amis. Il
faut que le contrat ſoit paffé
pardevant le Moufti ouleCadi
qui voyent bien que ce n'eſt
qu'une feinte ; mais qui toutefois
n'en difent mot ; & cela
eſt cauſe que peu de ces jeunes
Armeniens changent aujourd'huy.
Il y en eût un qui étoit venu
à Smyrne avec quantité de
marchandises, & pour en fruftrer
ſon pere , & fes freres ,
ſe rendit Mahometan. Aprés
avoir dépenſé en débauches
une partie de fon bien, il re130
JOURNAL
vint aux trois Eglifes où le
Grand Patriarche fait fa refidence
, pour avoir abſolution
de ſa faute ; mais il ne la
pût obtenir , &le Patriarche
luy dit qu'il falloit neceffairement
qu'il rétournât au
lieu où il avoit fait l'abjuration,
& qu'il reconnut fa faute
devant l'Evêque de Smyrne,
étant touché d'une veritable
repentance , il fit ce que le
Patriarche luy ordonnoit , &
quelques jours aprés avoir fait
la penitence qui luy fût en
jointe , & donné aux pauvres
la plus grande partie de ce qui
HISTORIQUE. 13t
luy reſtoitde bien , il futtrouver
le Cadi , à qui il tint ce
diſcours avec une reſolution
admirable , σου πω
Tu ſçais , luy dit-il , qu'ily a
quelques années que je me suis
fait Mahometan , je viens de
déclarerque je m'ensuis répenty ,
quejem'en repens, comme d'une
mauvaiſe Loy que j'avois embraßée
en reniant le Sauveur du
monde , e qu'ainſi je n'ay que
trop merité laMort. D'abord le
Cadi erut que c'eſtoit quel
que trait de folie dont il le
pouvoit guerir , & tachat de
le ramener doucement par de
132 JOURNALI
belles eſperances, mais voyant
que l'Armenien perfiſtoit
dans fa declaration , & s'emportoit
en des blafphemes
contreMahomet, il le fit mener
à la place, où il fut incontinent
mis en pieces à coups
de fabres ,&de fleches qui luy
percerentde corps. On peut
dire à la loüange des Armeniens
, que bien qu'ils foient
affez ignorans & malinſtruies
dans leur Religion , toutefois
quand il leur arrive quelque
disgrace , & qu'il faut qu'ils
meurent pour leur Foy, ils
vont au fupplice courageuſeHISTORIQUE.
133
ment& avec joie.
L'an 1651 dans Diarbekir
Ville de la Mesopotamie , il
ſe fit un mariage d'un jeune
Turc avec une fille de ſa Nation.
La mere de l'Epoux étoit
grande amie d'une Armenienne
des premieres de la Ville,&
cette femme n'avoit qu'un fils
de dix à douze ans . Elle fut
priée aux nôces du Turc
& elle ne pût refuſer de s'y
trouver , aprés lesgrandes follicitations
de fon amie. L'enfant
de l'Armenienne qui
avoit été preſent lorſque la
mere de l'Epoux vint inviter
$34 JOURNAL
la ſienne, ſouhaitta d'eſtre auffi
à cette feſte ,& demanda à ſa
mere ſi elle ne l'y meneroit
pas. Cette femme qui n'ignoroit
pas les coûtumes du Païs ,
dit à fon fils que cela ne ſe
pouvoit faire , & qu'au deſſus
de l'âge de cinq ou fix ans it
n'étoit pas permis à aucun
garçon de ſe meſler parmy les
femmes,& fillesTurqueſques,
L'Enfant ne ceſſa pas pour cela
de prier encore ſa mere de
lemener avec elle ,&une tante
qui ſe trouva là pour complaire
à ſon neveu , dit qu'elle
l'habilleroit en fille , & qu'on
HISTORIQUE. 135
n'y prendroit pas garde. En
un mot la mere ſe laiſſa perfuader
par la tante ,& par l'enfant,&
le jour venu , elle le
mena avec elle traveſti en fille.
Les noces en Turquie durent
au moins ordinairement trois
jours , & il ſe trouva en celles-
là une vieille femme qui
avoit tousjours l'oeil ſur l'enfant
de l'Armenienne , qu'elle
trouvoit trop adroit , &
trop agile pour une fille , particulierement
quand il danfoit.
Le ſoir les conviez s'étant
retirez , cette vieille pric
àpart la mere du marié ,&luy
136 JOURNAL
dit qu'elle ne croyoit pas que
l'Armenienne ſon amie eût
amené une fille ;& qu'à toutes
ſes actions elle jugeoit que
c'étoit un garçon que l'on
avoit deguiſé : le lendemain
toute la compagnie s'étant
raſſemblée , la vieille Turque
vint faire le même diſcours à
la mere ,& à la tante du jeune
Armenien , & ces deux femmes
témoignant d'en être fort
offenfees ; & affirmant que
c'étoit une fille , la Turque
pour n'en avoir pas le démenti
trouva moyen de prendre l'enfant
, & l'ayant mené dans la
chambre
HISTORIQUE. 137
chambre des Eſclaves de la
mariée;elles luy abatirent ſon
caleçon(car les filles en portent
dansle Levant de même que
les garçons )& elles trouverent
que la vicille ne s'étoit pas
trompée dans ſon jugement.
Le bruit s'en répandit auffitôt
dans le logis ,& ce bruit fut
ſuivi d'un grand tumulte.
Tous les gens de la noce crierent
que les chambres étoient
foüillées , & que l'Armenienne
avoit fait cela pour ſe mocquer
d'eux, & en dériſion de
leur Loy. Sur ces entrefaites
pluſieurs des principaux Ma-
Février 1715.
1
M
138 JOURNAL
hometans de la Ville accou
rurent au logis du marié;&fe
faiſifiant de la mere , de la
tante , & de l'enfant , les me
nerent au Bacha , afin qu'il en
fit juſtice. Le Bacha renvoya
les deux femmes &garda l'enfant
ſept ou huit jours croyant
que le peuple ſe pourroit appaiſer.
Mais il eût beau flacter
cette populace , & luy
remontrer que ce n'étoit
qu'un enfant, le pere
vaindedonner la moitié de ce
offit en
qu'il peſoit en or ; tout ce que
l'on put faire ,&dire ne fervit
de Fien , & le Bacha qui fe
HISTORIQUE. 139
vit preffe du peuple , ne voulant
pas donner Sentence de
mort contre l'enfant , le remit
entre les mains des parens
du marié , qui exercerent fur
luy des cruautez inoüies : ils
menerent ce pauvre enfant au
milieu de la grande place de
la Ville ; & l'ayant dépoüillé
nudàla reſervede fon caleçon
ils commencerent à l'écorcher
vif depuis le col juſques à la
ceinture , ne luy oſtant pour
ce jour- là que la peau du dos.
L'ayant laiſſe là toute lanuit
avec bonne garde, ils revinrent
le lendemain pour luy
Mij
140 JOURNAL
écorcher l'eſtomac, &les bras
Le Cadi , &le Moullah , &
pluſieurs des principaux Mahometans
de la Ville exhor
toient l'enfant à embraſſer
leur Loy ,& à ne fouffrir pas
qu'on luy fit plus de mal. Sa
mere y vint auffi ,& l'embrafſant
tendrement le conjura
d'avoir pitié d'elle & de luymême
,&de ſe rendre Maho
metan pour ſauver ſa vie ;
mais ni ſes Jarmes , ni toutes
les paroles les plus touchantes
que la douleur luy mit à la
bouche ne furent pas capables
d'ébranler la conſtance de
HISTORIQUE. 141
د
l'enfant. Ilrépondit à ſa mere
d'une voix ferme qu'il avoit
fouffert patiemment , & qu'il
fouffriroit encore , que les
tourmens ne luy faifoient
point de peur ; mais que fa
plus grande douleur étoit que
ſa propre mere le ſollicitoit à
renier fon Sauveur , ce qu'il
ne feroit pas. Les Turcs im
pitoyables au lieu d'être tou
chez de la conſtance de cet enfant
continuerent de luy
écorcher les bras, &l'eſtomac,
& aprés cette cruelle action le
laifferent encore là ſous bonne
garde juſques au lende
142 JOURNAL
main ; car ils avoient deſſein
de luy écorcher tous les jours
quelque partiede ſon corps ,
juſqu'à ce qu'il expirat. Enfin
le Bacha ayant horreur de ces
cruautez , vint le lendemain
de grand matin à la place avec
ſes Gardes ,&luy fit couper la
tête. On croit qu'il eût ſous
main quelque ſomme d'argent
pour ſauver l'enfant des
nouveaux fupplices qu'on luy
préparoit.
J'aurois abregé confiderablement
ce que j'ay tiré
d'Olearius , de Tavernier , de
Chardin & des autres Voya
HISTORIQUE. 143
geurs , fi aprés m'eſtre informé
exactement de la Religion
& des Moeurs des Perfans &
des Armeniens par ceux mêmes
qui font icy , ce que j'en
ay appris ne m'avoit pas parû
trop conforme à ce qu'on
nous en a laiſſé par écrit, pour
oferl'écrire moy-même,d'une
façon nouvelle ; fauf neanmoins
à ceux qui l'avoient lû
ailleurs , à s'épargner la peine
dele lire icy. Mais retournons
s'il vous plaiſt , Meffieurs , à
noſtre Ambaſſadeur.
Il partit d'Erivan comme
nous l'avons dit plus haut
744 JOURNALH
&
le . Mats pour fe
rendre à Smyrne , où aprés
quarante jours de marche,il
arriva le 28. Avril de la même
année , avec Ayoubehant
toute la fuite qui alors étoit
fort nombreuſe. Il fit auffi
toft avertir fecretement de
CatMfhoneMode Fontenu
Gonful François à Smyrne
Il loy recommanda la diligen
ce&lefecretpour fonembarquement:
illuy confiavecles
Lettres,les Preſents du Roy
fonMaſtre , qu'il fit embaler
dans desabales de foye , &
embarquer en même temps
fur
HISTORIQUE. 145
ſur un Navire François qui ſe
trouva dans le Port , preſt à
mettre à la voile ; & qui en
effet ſe hâta de prendre la
route de Marſeille , où il arri
va heureuſement.
Quatre ou cinq jours aprés
Agoubebant deguifé en matelot
, s'embarqua dans un autre
Navire , & ſuivit ſes Preſens.
Cependant legrand Doüa.
nier ſe méfiant du Perſan ,
&jugeant par le grand nombre
de Domestiques qu'il
avoit , qu'il n'étoit rien moins
qu'un Marchand, commed'abord
le bruit en avoit couru ,
Février 1715. N
4
746 JOURNALI
& encore moins un Pelerin
qui alloit à la Mecque ycom
me il le diſoitluy même, foupçonna
que tous les difcours
qui couroient fur ce ſujet,renfermoient
quelques myſteres,
il forma le defſſein de s'en éclaircir
, & pour cet effet , il mic
de tous les coſtez des Eſpions
en campagne pour examiner
les actions du faux Pelerin, &
pour empêcher qu'il ne pût
Juy échapper par Mer , ni par
Terre. En même temps il donna
avis de ſes ſoupçons à la
Porte.
Cependant Mehemet Riza
HISTORIQUE. 147
:
Beg aprés avoir refté vinge
ſept jours à Smyrne,& recon
nu l'impoſſibilité où il étoit
des'y embarquer pour laFran+
ce , ſe détermina à prendre la
routedeConſtantinople, dans
l'eſperance d'en pouvoir for.
tir plus facilement que de
Smyrne , & d'y demeurer du
moins inconnu juſqu'à ce que
M. Defalleurs pût luy facili
ter les moyens de ſe tirer des
mains des Turcs.
Il mit onze jours à ſe rens
dre de Smyrne à Brufſe , où il
séjourna fix jours , pour at
tendre la réponſe d'un Exprés
Nij
148 JOURNALH ,
qu'il avoit ſecretement dépêché
vers M. Defalleurs , afin
de luy donner avis de ſon ar
rivée dans cetteVillegg hop
Le Sieur Padery Secretaire
Interprete du Roy , Athenien
de Nation , fut choifi par M.
Deſalleurs pour aller luy rendre
la réponſe qu'il attendoit
à Bruſſe , pour luy dire qu'il
jugeoit à propos qu'il ne vint
pas avec tout fon monde , à
Conſtantinople , & qu'il fe
contentat ſeulement d'y
amener un ou deux de fes
Domeſtiques. Le Perfan ne
fut pas de cet avis , parce qu'il
HISTORIQUE. 149
croyoit avoir lieu de ſe méfier
de pluſieurs de ſes gens , craignant,
s'il les quittoit , que ce
qu'ils pourroient dire de luy
aprés ſon départ , ne luy fût
plus nuiſible , que cette marche
derobée , ne luy pourroit
être utile. Ainſi au licu
d'accepter cette propofition ,
il envoya à l'Ambaſſadeur
de France , Paderi, &fon Lieutenant
nommé Kadinchain
Perfan deNation , homme ex
pert dans les affaires , pour luy
remontrer que les difficultez
qu'il luy objectait eſtoient infurmontables
, qu'il falloit au
Niij
SO JOURNALH
contraire qu'ilarrivaravectout
fonmondeà Conſtantinople ,
&qu'on ne s'attachât uniquement
qu'à luy trouver une
maiſon écartée , où il pur ſe
diſpoſer on ſeureté à profi
ter du premier embarquementqui
ſe preſenteroit; que
c'étoit là en un mot la ſeule
choſe qu'il demandoit. Neanmoins
avant de ſuivre co
deſſein, Monfieur Defalleurs
luy fit propoſer encore
par le meſme Kadinchain de
venir à Conſtantinople de
guiſé ſous la figure d'un Marchand
&de ſe rendre dans
HISTORIQUE. ISI
un Camp comme le font ordinairement
les Marchands
Perfans. Que là il feroit plus
facile de trouver des expedients
pour ſon évaſion.Cette
propoſtion fut encore moins
goûtée que la premiere ,& en
confequence des inconveniens
dontelle parut environnée ,le
Kadinchain remontra à l'Ambaffadeur
deFrance, qu'il étoit
impoſſible de riſquer de s'expoſer
dans un Camp deMarchands
, fans courir le danger
d'eſtre reconnu à chaque inf
Lieu d'Assemblée pour les Marchands
Armeniens& Perfans.
Ninj
SA JOURIN A LIH
tant parades Armeniens ou
Perſans qui arrivent tous les
jours à Conftantinoplejoice
qui feroit trés préjudiciable à
l'Ambaffadeur de Perfe , veu
les avis qu'on avoitreceus à la
Portedetoutes parts ,& prin
cipalement du Grand Doüa
nier de Smyrne , qui le croyoin
plutôt ce qu'il étoit veritablement
, oudu moinsun Eſpion
dépêché pour enlever le frere
du Roy de Perſo , ou celuy
qui prend cette qualité , qui
eſt entre les mains des Turcs à
Lemnos ,que pourunJoü allier
ou un Pelerin comme on le
1
HISTORIQUE. S
publioit.Toutes ces objec
tions bien examinées ,M. Dofalleurs
duy fit offrit un afyle
dans ſon Palais ; mais Kadinchain
s'oppoſa à cet avis , en-
• core plus fortement qu'iln'avoit
fait aux autres. Il remon
tra que cette demarche ſuffis
roit pour attirer des affaires
trés-fâcheuſes à ſon Maiſtre ,
non ſeulement par rapport à
fa fuite nombreuſe , mais en
core parce qu'il ſçavoit que le
Doüanier de Smyrne avoit de
taché aprés luy deux Efpions
qui l'avoient ſuivy juſqu'à
Bruffe,&qui ne manqueroient
254 JOURNALHI
pas de le ſuivre juſqu'à Conf
rantinople. Enfin il fut arrêté
qu'il defcendroitdansunemai
fon , fur le Canal de la Mer
Noire,dans le quartier nommé
Kourouchechemée aufh-tô la
Veuve LoürfeBerot,Françoife,
Maiſtreſſe de la maiſon qu'on
luy choifit, eût ordred'en met
tre en poffeffion le St Paderi ,
qui endonnales clefs auKadına
chain pour y introduire ſon
Maistre incognito.op 21 ףילכ
Le ſecond jourde fon arri
vée M. Defalleurs députa
Paderi pour aller le comp
plimenter de la part , & luy
HISTORIQUE. ISS
dire que tout étoit prêt pour
fon embarquement , qu'il ſe
difpofât à partir le lendemain
au matin pour ſe rendre fecretement
au Port de Troye;
( c'est maintenant un Portdefert,
au lieu même où l'on dit que fût
l'ancienne &fameuse Ville de
Troye , qui a fait ,&quifait
encore àpreſent tant de bruitdans
lemonde. ) qu'il y trouveroit
laBarque nommée la Vierge
de Grace commandée par le
Capitaine Eſtiennede Cuges ,
& que Paderi l'y attendroit ,
qu'au reſte il ne luy recom
mandoit de gagner cette rade
15G JOURNALIH
en diligence , que pour préve
nir les dangers qu'il trouvoit
àle faire embarquer à Conf
tantinople.co
Mehemet Riza Beg , dit à
Paderi ,après avoir receu le
compliment del'Ambaffadeur
de France , qu'il enverroit
avantde partir , fon Lieutenant
, le remercier des foins
qu'il ſe donnoit pour luy.
Mais malheureuſement il fut
arrêté le même ſoir dans ſa
maifon par un ordre du
Grand Seigneur qui fut executé
par les gens du * Chaoux
*Grand Prevost 3
HISTORIQUE.
Bachi , du a Bostangi Bachi ,
& du grand Doüanier , chez
qui il fut mené d'abord avec
fon Secretaire Akond & lon
Kadinchain , où il fut interrogé
, & de la transferé chez le
Chaoux Bachi , de chez le
Chaoux Bachi, chez les b Reys
Effendi, où il fut encore interrogé
en prefence du grand
Tefterdar , dudKiaia duVifir,
&de pluſieurs autres grands
Officiers de la Porte , qui luy
foutinrent qu'ils avoient des
Grand fardinieregise bari
b ChefdeFruftice.nepal.
c Grand Treforier.
d Lieutenant du grand Vifir
4
5S JOURNALIH
avis certains qu'il étoit Am
baſſadeur du Roy de Perfo
& qu'il alloit en Franceplib
écouta tranquillement tout ce
qu'ils depoſerent contre luy ,
&leur répondit d'un air fimple
& ingenu , qu'il n'étoit
rien moins que ce qu'ils
croyoient , que le Roy de
Perſe avoit trop de ſujets
illuſtres par leur naiſſance &
par leur dignité ,& dignes de
porter les grands titres qu'ils
luy fuppofoient , pour l'honorer,
luy chetive creature,de
la qualité de ſon Ambaſſadeur
auprés de l'Empereur de FranHISTORIQUE.
159
un
cerCependant ſe ſentantvive.
ment preffé il leur fiton
difcours plein de feu & d'éloquence
,qu'il finit par un ferment
qu'il n'étoit ni Marchandini
Ambaſſadeur ; mais
un Pelerin , un fidele Mahometan
, un Muſſulman zelé ,
& qu'il alloit à la Mecque ,
pour accomplir , s'il pouvoit ,
Je voeuqu'il avoit fait de voir
le Tombeau du Prophete
avant de mourir. En un mot
il répondit à toutes les queftions
qu'ils luy firent avec tant
de force , de juſtefle , & de
preſenec d'esprit qu'il leur.
TOURNTUH
ferma la Bouche. W fut neang
moins remis entre les mains
du Chioux Bacchhii qui eur ors
dre de le garder avec fon
Akond , fon Kadinchain &
deux autres domeſtiques qui
le fervoient.
Le lendemain on fut viſiter
ſa maiſon , ton équipage .
fes hardes , ſes papiers ,& on
arreſta tous ſes gens qui furent
mis dans les prifons de la
Doüane ; mais il avoit fi bien
pris ſes meſures à Smyrne ,
qu'on ne trouva rien qui pût
dépoſer contre luy. Cependant
quoyque toutes ces ap
parences
HISTORIQUE. 161
parences luy fuffent favorablleess
,, on l'amena le même ſoir
avec fon Secretaire dans une
grande chambre , où on les
viſita encore juſques dans les
plis les plus fecrets de leurs vêremens.
Il avoit heureuſement
eu la précaution de donner le
Sceau de fes Armes , ou celuy
de fa Charge , à fon Secretaire
qui l'avoit enterré dans un
trou de la chambre où on
l'avoit enfermé la veille. Ce
qu'il y cût de plus fâcheux
pour luydans la rigueur de fes
perquiſicions , ce fut de ſe voir
obligé de déchirer & avaller
Février 1715.
162 JOURNALIHI
dix une Lettre de change de
mille piſtoles que le Kan d'Erivan
luy avoit donnée à prendre
, ſur le compte d'un gros
Marchand Armenien, nommé
Agabap , pour en recevoir la
valeur d'un de ſes neveux à
Conſtantinople.
à force
Paderi qui fut informé de
tout ce qui ſe paſſoit
de diligence & de ſoins , &
qu'on alloit refferrer encore
plus étroitement qu'on n'avoit
fait , Mehemet Riza Beg , fut
apprendre ces facheuſes nouvelles
àM. Defalleurs qui en
fut allarmé ,& qui luy donna
HISTORIQUE. 163
2010
la deffus ordre de redoubler
fes attentions , pour s'informer
directement , ou indirec
rement de ce qu'il deviendroit.
Il mit en effet tout en uſage,
pour s'mftruire du fort qu'on
luy deſtinoit , il přit toute for
re de figures , il te déguifa de
routes les manieres, tantoften
Juif, tantoſt en Armenien ,
tantoſt en Eſclave. A la fa
veur de ces déguiſemens , il
s'introduiſit chez les Grands ,
il ſe meſla avec leurs domeftiques
, en un mot il s'y prit fi
bien , que chaque jour , on
lay contoit , comme à un
Oij
264 JOURNALIH
homme fans conſequence st
toutes les circonstances d'une
affaire dont on ne le croyoit
pas fort curieux. Tantoſt on
luy diſoit que le Perfan qui
étoitdans la priſon duChaoux
Bachi , étoit reconnu pour
Eſpion , & que fon procés
étoit fait, tantoſt qu'on alloit
l'exiler , ou l'envoyer aux gale.
res , lorſqu'enfin on luyjura ,
qu'on étoit fûr qu'il étoit Ambaffadeurdu
Roy de Perſe en
France , qu'il étoit convaincu
d'avoir voulu traverſer les
Erats du Grand Seigneur
fans faire partde ſa Miſſion à
HISTORIQUE. 168
la Porte,qu'il alloit eſtre travé
comme un Elpion ; & qu'il
ne pouvoit plus en un mot
éviter la mort que fon attentat
meritoit. Il fut là-deſſus
rendre compte à M. Delalleurs
de tout ce qui le paſſoit.
Le peril étoit extrême , il y falloit
un prompt remede , ou le
Perfan alloit perir. Auffi ne
negligea til tien pour le tirer
d'un pas fi dangereux. Il cmploya
ſes ſoins , les preſents ,
For l'argent& ſes amis ,tout
enfin pour luy procurer fon
élargiſſement.
Sur ces entrefaites Paderi
166 JOURNALH
qui ne pouvoit nullement en
trer dans la maison duChaoux
Bachi , quoy qu'il fut de fes
amis , parce qu'il y étoit trop
connu , trouva le moyen de
s'aboucher avec un des Do
meſtiques de Mehemet Riza
Beg, qui (par grace fingulière )
alloit & venoir dans la Ville,
pourit acheter les provifions
neceſſaires à ſonMaiſtre. Il luy
donna plufieurs rendez vous ,
&receut de luy un détail de la
façon dont on traitoit l'Ambaffadeur.
En même temps
Paderi luy apprit tout ce que
M. Defafleurs faifoir pour fa
HISTORIQUE. 167
délivrance , & luy recommanda
de l'en informer pour l'encourager
: mais quelques jours
aprés luy avoir donné ces efperances
, les affaires de Mehemet
parurent encore plus
deſeſperées que jamais . Le même
Domestique vint dire à
Paderi qu'on devoit inceſſamment
faire mourir fon Maiftre;
que tous les jours ſes gens
étoient horriblement tourmentez
, qu'oonn les aſſommoit
de coups de bâton , qu'on les
menaçoit du feu , & qu'on les
appliquoit à la queſtion , pour
los obliger à déclarer ce qu'il
168 JOURNAL
étoit. Cependant nul d'entre
cux n'en voulut jamais rien
faire , ny par promelles , ny
par menaces.
(Un pareil exemple de conftance&
de fidelité , ſeroit , fr
je ne me trompe , bien rare
en France. )
Alors Paderi qui crût qu'il
n'y avoit plus rien à en efperer
, fut dire à M. Defalleurs
ce qu'il en penfoir. M. Defalleurs
auffi rôt le chargea d'un
double billet qu'il luy commanda
de donner au Domef
tique de l'Ambaſfadeur , afin
qu'il le remit entre les mains
de
1
HISTORIQQUUEE.. 169
de ſon Maiſtre , à qui l'un de
ces deux billets devoit apprendre
l'uſage qu'il pouvoit faire
de l'autre.
Ceyl
Godel HISTORIQUE 10.14 55
88594
DU VOYAGE
DE L'AMBASSADEUR
DE PERSE
EN FRANCE.
E vous entends,Mef.
fieurs , raifonner tous
les jours fur lesmotifs
qui peuvent avoir porté le
Roy de Perſe à envoyer un
Ambaſſadeur au ROY. C'eſt
A ij
7 JOURNAL
une choſe ſi rare qu'on n'en
trouve preſque point d'exemples
dans l'Histoire de cette
Monarchic. Enfin toutes vos
converſations roulent ſur les
honneurs qu'on luyfait ,& fur
les preſens qu'il apporte
Quoyque toutes ces cire
conſtances , dont nous n'avons
parlé juſqu'à preſent
que par conjectures , ſemblent
nous occuper d'une façon extraordinaire
, & quoy que
nous en tirions de grandes
conſequences de Commerce
&d'Union entre les Perſes &
nous ;permettez -moy de vous
HISTORIQUE.
fade.
dire que je n'y vois rienderare
que la nouveauté de l'Ambafob
onchlil ans alq
Unpareil évenement pourra
paroître plus merveilleux ,
lorſqu'il y aura quelque pa
ralelle à faire entre les autres
Rois de la terre & le noftre ;
mais le prodige ceſſe, puiſque
dans le fond cet hommage eft
tine eſpece de dette dont il
ſemble que les Maiſtres du
monde s'aquittent avec le
plus grand des Rois . 22
Jeme garderois bien ,Mef.
fieurs , d'approcher une main
profane de ce Modele fouve
A ij .
JOURNAL
rain de Grandeur & de Majeſté
, s'il n'eſtoit pas naturel
d'entendre les loüanges des
Dieux dans la bouche des
hommes : &j'entreprendrois
peut eltre, aprés tout le genre
humain, de le peindre tel
qu'il eſt ànos yeux , fi mes expreſſions
, quelques fortes qu'-
elles puiffent eſtre , l'eſtoient
affez pour vous retracer l'idée
que vous avez de ſes vertus.
En un mor , quelque veneration
, & quelque amour que
confervent pour luy les ſiecles
les plus reculez, ſon regne eſt
fibrillant,& fi neceflaire , que
HISTORIQUE.
le plus grand malheur de fes
Pouples , eft , qu'il ne puiffe
eftre immortel , que dans la
menoire des hommes. 國
. Mais il me ſemble vous
voir, Meffieurs , me reprocher
l'audace avec laquelle je vous
étale l'image de ces veritez.
Qu'avois -je de moins à dire ?
Mercure , dites-vous , doit
garder plus de meſures ; cet
auguſte tableau ne doit
point avoir de place dans ſes
ouvrages , & ce n'eſt que par
un excés d'indulgence , qu'on
luy permet d'en parler quelquefois
, fimplement enHif
torien. Aiiij
JOURNAUH
22 Je vous crois ,& je me tais
avechumilité ; mais jepenſeen
même temps que la pluſpart
de ceuxqui ſe mêlent dechanter
ces louanges , devroient ſe
taire avec la même humilité
quemoy
L'Ambaſſadeur de Perſe a
voit donné lieu au diſcours
que vous venez d'interrompre
; mais je n'ay pas de rancune
: & je vous demande ſeulement
en grace ( ſi vousvoulez
entendre le recit de ſes
avantures ) de me laiſſer réprendre
l'article qui le concerne,
aprés néanmoins vous
HISTORIQUE.
avoir entretenu en peu de
mots de l'Etat preſent de la
Perfolg it cop aquos 50
Le Royde Perſe , fils du
Sultan Soliman ,petit- fils du
Grand Sephi , s'appelle Sultan
Uſſain : Il eſt Souverain de
plus de douze Royaumes fort
vaſtes & tres - celebres dans
l'antiquité. Il ne prend que le
nom de Châ, qui veut dire
Roy, mais Roy par excellence.
Ses Sujets le croyent le plus
magnifique , le plus puiſſant ,
&leplus abſolu Prince de toute
l'Afic.
Ils l'appellent auſli Alum
10 JOURNAL
Pena , qui veut dire l'Ombre
duMonde , ou l'azile affuré de
toutes les Nations . Il a environ
trente huit ans, ſa taille eft
noble& belle, ſa phyfionomie
grande & majestueuse , & fon
air le diftingue de tous les
grands Seigneurs de la Perfe.
Il eſt doux , affable , il aime les
Errangers , & leur fait du
bien, & il eſt tellement ennemi
de la cruauté , qu'il n'a fait
encore mourir perfonne depuis
qu'il regne. Il y a prés de
vingt cinq ans qu'il eſt fur le
Trône.
Sa Cour eſt à peu prés dans
HISTORIQUE. IT
lemême état qu'elle étoit fous
le Regne de fon pere: mais
comme malgré les relations
des gens qui ont voyagé
dans ce Royaume , il ſe peut
faire , qu'au deffaut d'un évenement
auſſi extraordinaire
que celuy cy , peu de perfon
nes ayent été curieuſes de les
lire , j'ay crû , faifant naturellement
, & par la qualité
de mon employ , profeffion
d'etre plagiaire , que vous ne
me blameriez pas de piller
pour l'amour de vous quel
ques unes des principales re
principales
marques de ces Voyageurs,&
12 JOURNALH
de vous les donner comme
des chofes nouvelles , fur la
foy des témoins que vous
avez à préſent des veritez que
vous allez lire.
Le premier Pontife de Per
fe ,qui est la premiere perfonne
aprés le Roy , s'appelle
Sadré Caffa , c'est-à-dire , le
Pontifeprincipal : il eſt leChef
Spirituel de tout l'Empire ;
mais il ne s'occupe qu'à Gou
verner la confcience du Roy,
&à regler la Cour & la Ville
d'Hispahan ſelon les regles de
Alcoran.
La ſeconde perſonne dans
HISTORIQUE. 13
le ſpirituel s'appelle , Sadré
Elnan Alek ,il fait dans tout
le Royaume ceque le premier
Pontife ne fait quedans laMaiſonduRoy
,&dans le diſtrict
d'Hifpahan.
LetroifiémePontife de Per
ſe ſe nomme Akond , c'elt- àdire
, le Sçavent par excellence
, le Vieillard , ou le Venerable
de la Loy Mahometan
ne; il connoiſt des cauſes des
Pupilles, desVeuves, desContrats
, & des autres matieres
Civiles.. さい
Il y a fix Miniſtres d'Etat
dans la Perfe , que l'on appel-
1
14 JOURNALI
le Rohna Dolvet , c'eſt à dire,
les Colonnes qui ſoutiennent
l'Empire : fi vous eſtes curieux
d'apprendre quels font leurs
rangs & leur autorité , voyez
Chardin , & un autre Livre
qui a pour titre l'Etat preſent
de la Perſe. Mais il y a auprés
du Roy de Perſe des gens revêtus
de Charges , dont les
emplois ſont ſi extraordinaires
que jevous prie de mepermettre
de vous en dire quelque
chole ; par exemple.
Le Monadgen- Bachi , c'eſtà-
dire , le Grand Aftrologue
eſt toûjours placé fort prés du
HISTORIQUE. 15
Roy pour luy dire à chaque
inſtant ſa bonne ou ſa mauvaife
avanture; ſes predictions
font reſpectées comme des
Oracles ; le Roy n'entreprend
rien ſans l'avoir conſulté.
Le Hakim-Bachi , ou premierMedecin
eſt toujoursaflis
àcoſtédu Roy quand il mange
pour luy indiquer les viandes
qui luy font neceſſaires ,
il eſt celuy de tous les Officiers
de la Couronne qui a le plus
de credit , d'honneur ,& de
profit ; mais ſa Charge n'a
pas lieude faire envie ,car on
Ie rend reſponſabledela mort
16 JOURNAL
du Roy ,& fa vie paye toujours
pour celle du Prince.
C'eſt une Matrone du fond
du Haram * qui applique le
ſceau du Roy fur toutes les
Requeftes. Il y a dans la Perſe
un Ordre de gens qu'on appelle
l'Ordre des Sephi , ils
eſtoient autrefois en grande
veneration ; mais ils ſont
maintenant dans le dernier
mépris , parce qu'on les accuſe
de tenir des affemblées
nocturnes dont la pudeur
ne permet pas de parler.
L'appartement des Femmes.
Lcs
HISTORIQUE. 17
LesReligieux de cetOrdre ne
fervent plus que de portiers
& d'executeurs de Justice ;
cependant tous les Grands
Seigneurs en font ; le Roy en
eſtGrandMaitre; & c'eſt pour
cela que les Etrangers l'appel.
lent le Grand Sephi , je dis les
Etrangers , car cenom ferois
fort mal reçû en Perſe.
Quoyque les bâtiments de
Perſe n'ayent pas tant de jufteſſe
dans leur ſtructure que
ceux d'Europe , ils ont neanmoins
un certain agrément
qui donne de l'admiration aux
Européens même ,& il n'y en
Février 1715. B
18 JOURNAL
a pas un qui ait veu le Palais
du Roy de Perſe , fans avoir
été frappé de fabeauté. Il eſt
bâti à l'Occident d'une grande
place appellée Meidan ,
c'eſt à dire , Marché. Cette
place eſt la piece la plus curieufedu
Levant. Elle est fort vaſte
& plus longue que large ; fa
longueur eft tirée par des Angles
paralelles de fept cent
pas ordinaires de long ſurtrois
cent de largeur ; les quatre
coſtez ſont bâtis en Portiques
dela même ſtructure que les
aîles de l'entrée du Palais
comme on le peut voir dans
১
fo
HISTORIQUE. 19
le deſſeinqu'on en a tiré. Les
jeunes Seigneurs de Perſe s'e
xercent dans cette place à
joüer au Mail à cheval , à
jetter la lance , & la ramaffer
fans quitter l'un des étriers ,
&àtirer la fleche par deriere
en fuyant à toute bride felon
l'ancienne coûtume des Parthes.
Ils tirent au blanc de
cette maniere dans une affiere
d'or quel'on met au boutd'une
grande perche qui eftdref
fée au milieu de la place. Le
Royquivoit cet exercice de fa
Salle d'Audiance , donne un
Prix avec l'afficte d'or , à ce-
Bij
20 JOURNAUH
luyqui la met bas. Il luy ens
voye auffi quatre cent écus
pourune collation que leRoy
luy faitl'honneur d'aller prendre
chez luy ,& tous les Scigneursle
vont feliciter fur fon
adrefle , & fur l'honneur que
leRoy luy a fair. 1 zor
A l'Orient de cette place
vis à vis le Palais du Roy ,
paroiſt uneMoſquée dont le
Dôme eſt une piece tres hardie
à cauſe de ſa grande largeur
; les dehors de ce Dôme
font peints en Porcelaines ; il
eft entouré d'une ceinture
blanche , large de plus de
HISTORIQUE.
deux pieds; fur laquelle paroif
fent de gros caracteres Per
fans. La Pomme ,& le Croiſ
fant qui font au bout , font
dorez ; fon Portique eft de
Marbre, il eſt enrichi de plu
fieurs beaux ouvrages .
Dans l'un des bouts de
cette place du côté du Midy
eſt la grandeMoſquée du Roy
dediée par Cha- Abbas , le
GrandAmethi , le dernier des
douze Imams , ou Saints de
Perfe. Ils l'appellent Sahab
Zarman ,c'eſt à- dire , le Maî
tre du temps. Ils diſent qu'il
a été enlevé vivant comme
22 JOURNAL
Enoch , &qu'il doit venir à la
fin du monde , juger toutes
les Nations , aprés les avoir
parcouruës ,monté ſur le cheval
Duldul , qui étoit la monture
ordinaire de Mortus Ali.
Le Portail de cette Moſquée
eſt une piece qui pourroit donner
de l'admiration aux plus
habiles Architectes del Euro
pe. Il eſt d'une hauteur extraordinaire;
le bas a juſques à
trois toiſes de haut. Il eſtd'un
Marbre de pluſieurs couleurs;
& cette ceinture de marbre
continue dans les Portiques ,
&dans le corps de la Mof-
1
HISTORIQUE. 23 :
quée. Toute la façade eſt pein
re d'azur verniffé , elle est mêlangée
de pluſieurs feüillages ,
&feftons dorezen demi relief.
Le couronnement du frontif
pice eſt d'un plâtre relevé en
boſſes rondes marquetéesd'or,
travaillées d'une maniere ſidélicate
qu'ileſt difficile de mieux
employer le plâtre en aucun
autre lieu. La porte eſt couverte
de groſſes lames de vermeil
doré.On entre dans cette cour
fort vaſte , entourée de galeries
, dont les colomnes font
demarbre granite. Les chapiteaux,
la corniche , & la frife
L
*4 JOURNAL
de ces galeries ſont azurées ,
&dorées. Les Perſes font leurs.
prieres deflous , aprés avoir
fait leurs purifications dansde
grands baſſins de marbre , qui
font au milieu de cette Cour ;
la Moſquée eſt à droite; ony
entre par une arcade fort exhauffee,
embellie , peinte , &
dorée de la même maniere que
les galeries. Le corps de la
Moſquée est fort vaſte ; elle a
un double Dôme de lamême
ſtructure que celuy de laMofquée
precedente.
Il y a devant ces Dômes
deux Minarés couverts d'ouvrages
HISTORIQUE. is
vrages de marqueteric ; ce
font des eſpeces de petits clochers
bâtis de brique , qui
font fi hauts &fi menus ,
qu'on a de la peine à concevoir
comme un ſi petit bâtiment
peut foutenir une fi
grande hauteur. Ils ne contiennent
qu'un Eſcalier à vis,
qui tourne en ligne ſpirale ;
les degrez en ſont ſi étroits
qu'à peine un hommey peut
monter ,&le reſte fait l'épaiffeur
de la muraille qui ne paroît
pas plus large au piedqu'à
lapointe .LesOttomans font
crier leurs Mollas , qui font
Février 1715. C
26 JOURNAL
comme leurs Preſtres , ſur ces
Minarés,pour appeller le peuple
à la priere ; mais les Perſes
les font crier en bas , de peur
qu'ils ne voyent leurs femmes
dans leurs Jardins. Il faudroit
qu'elles fuſſent d'une grofleur
prodigieuſe , ou que ces
Crieurs euffent de bonnes lunettes
d'approche pour les regarder
de ſi haut, car ces Minarés
ne ſont pas moins élevez
que les plus hauts clochers de
France.
A
Je ne puis m'empêcher de
faire une digreſſion à l'occafion
de ces Crieurs deMofHISTORIQUE.
27
quée.Un d'entr'eux avoit mal,
traité un Chrêtien , & aprés
luy avoir fait ſouffrir de rudes
baſtonnades , il luy fit
faire une groſſe avanic par le
Gouverneur. Le Chrétien
pour ſe vanger de luy, attendit
qu'il fut monté au haut
du Minarés la nuit. Il y mon,
ta aprés luy , & il embarraſſa
le chemin deverres,&debouteilles
,&d'autres choſes propres
à faire une bonne collation.
Le Molla en defcendant
caſſa les bouteilles ,& répandit
le vin,& fit une gliſſade
qui luy fracaſſa le corps. Les
Cij
18 JOURNALH
cris qu'il fit obligerent les
Mahometans d'aller voir co
qui luy étoit arrivé als le
trouverent étendu dans le vin,
ils l'emporterent au Bacha qui
le condamna commeun pro
fanateur de Moſquée , & on
interdit leMinarés, de maniére
qu'on n'y monte plus pour
appeller le peuple à la priero.
- Au Nord de la place dont
on a parlé cy- deſſus , eſt une
galerie magnifique , dans la
quelle les Joücurs d'inftruments
du Roy joüent tous
les jours au Soleil couchant ,
deux heures aprés minuit &
:
HISTORIQUE
àmidy. Mais les jours deFeſtes
ils continuent leurs tintamarres
, car ils font plus de foixante
qui joüent pêle - mêle ,
les uns battent de gros tambours
, les autres des timbales,
d'autres joüent du hautbois,&
d'autres crient à pleine
gorgedans lestrompettes parlantes
, qui font des marques
dePrincipauté.
Le Palaisdu Roy eſt àl'Occident
delaplace. On y entre
par deux portes qui font auffi
magnifiques que l'entrée de la
Moſquée dont on vient de
parler.On a rangé entre ces
Cij
30 JOURNAALL
deux portes un grand nombre
de canons , que Cha-Abbas fit
apporter de la Ville d'Ormus ,
lorſqu'il l'eût priſe ſur les Portugais
; mais ils font fi mal
montez qu'on ne pourroit
pas s'en ſervir.
Laporte principale par
où on entre chez le Roy, s'appelle
Alla- Kapi, c'eſt à dire la
Porte de Dieu , parce qu'elle
eſt un lieu de refuge , d'où on
ne peut tirer aucun criminel
fans un ordre exprés de Sa
Majefté. Il y a deffus cette
porte un bâtiment de pluficurs
étages qui forment
HISTORIQUE . 31
beaucoup de chambres , de
forte qu'en la voyant de loin ,
on la prendroit pour unegrofſe
Tour environnée de galeries
dorées qui regnent autour
de tous les étages.
Le dernier étageforme une
tres-belle , & tres -grande Salle
qui commande toute la place.
Le Roy y tient toûjours Alſemblée
le premier jour du
Printemps , pour y recevoir
les Etrenes des Seigneurs , &
pour prendre le divertiſſement
des jeux , & des courſes des
chevaux , que les enfans de
qualité font en ſa prefence.
\
Cij
32. JOURNAL
Cette Salle eft affez ſpaticuſe
pour contenir cent Conviez ,
fans y comprendre les Gentilshommes
ſervans , & les Officiers
de guerrequi ſetiennent
debout derriere ceux qui ſont
affis. Elle eſt ouverte de trois
côtez , le plat- fond eſt d'un
bois bien travaillé , & bien
doré ; le lambris qui eſt dans
l'enfoncement , eſt d'un ouvrage
tres-delicat. Il y a beaucoupde
peintures ſur la muraille
; mais elles auroient beſoin
d'un bon peintrepour les
rendre regulieres. Leplat- fond
eſt ſouſtenu par douze colom
HISTORIQUE. 35
nesdorées enrelief, ce qui lui
donne un grand éclat du côté
de la place. La Salle eſt preſque
quarréc , & n'a pas moins de
ſoixante pieds de longueur. Il
ya au milicu un grand baſſin
de marbre; &quelque grande
que foit ſon élevation , elle
n'empêche pas qu'on ne faſſe
joüer des jets d'eau dans ce
baſſin par le moyen des pompes.
Il ya trois autres Sallesd'Audiances
dans l'interieur du
Palais , qui ſont beaucoup
plus vaſtes ,& plus magnifi
ques que celles-cy ; mais par34
JOURNAL
ce que je ne me ſuis propoſé
que de donner une idée legere
de la magnificenceduPalais du
Roy de Perſe , je ne m'engage
pas à en faire la deſcription ,
non plus que de fes maiſons
deplaiſance, qui font des lieux
enchantez , & fimagnifiques
qu'on ne voit rien d'approchant
dans l'Afie.
L'uſage des feſtins publics
eſtbien ancien en Perſe ; puifque
le Livre d'Esther fait mention
de la ſomptuoſité du
banquetd'Afluerus; mais ceux
qu'ony fait maintenant ſont
plutôt des feſtins d'Audiances,
HISTORIQUE. 35
quedesbanquets de réjoüiflances;
car c'eſt ences feſtins que
le Roy traite des affaires d'Esat
, qu'il donne Audiance
aux Miniſtres des Princes des
Etrangers ; ily en ad'ordinaire
qu'on fait les jours de grandes
fêtes , & des extraordinaires ,
qui ſont comme une convocation
des Etats pour quelques
affaires preffantes ; mais
dans quelque temps qu'on les
faffe , ils font toujours tres.
fuperbes ,&tres magnifiques,
parce qu'on y étale tout ce
qu'il ya de plus precieux dans
la maiſon du Roy ; tout y
1
36 JOURNALI
brille , les tapis ſur lesquels on
s'affeoit ſont de grand prix ,
les nappes qu'on étend deſſus
font de brocard . On fert le
Roy dansun vaſe d'or pur de
plus de trois piedsdediametre;
le couvercle ,& le cadenat
ſous lequel la portion du Roy
eft renfermée, font de la même
matiere , & on porte ce vaſe
en ceremonie ſur une eſpece
de civiere ornée de lames d'or .
L'Ecuyer tranchant ouvre le
cadenat devant Sa Majefté ,
il ſe met à genoux aprés en
avoir fait l'épreuve , & il fert
les mets dans pluſieurs plats
HISTORIQUE . 37
d'or qu'il remplit avec une
cücilliere ,&une longue fourchetic
d'or , qu'il porte à fon
côté , comme les marques qui
diftinguent faCharge.On fert
au Roy le vin dans des bouteilles
ſcellées; le Grand Maître
les ouvre devant luy , il en
fait l'épreuve avec les mêmes
ceremonies que l'Ecuyer tranchant
luy ſert ſon plat
Aprés qu'on a ſervi leRoy ,
on fert aux conviez le ris , le
boüilli ,& le rôti dans plus de
cent cinquante platsd'or avec
leurs couvercles qui peſent
deux fois autant; chaque plat
38 JOURNALLH
n'apas moins d'un pied& demy
de diametre. Les plats
d'entremets ſont d'or , & auparavant
qu'on ait fervi en
or, on adéja ſervi les confitures
en vaiſſelled'argent , & de
porcelaines. Le ſervice des
confitures&fucreries precede
toujours le repas. On les fert
aux conviez pendant que le
Roy donne les Audiances ; &
c'eſt auſſi dans ce temps que
leRoy fait donner duvin aux
Seigneurs de ſa Cour. Les
bouteilles & les taſſes dans
leſquelles onle ſert , ſont d'or
émaillé garnide pierrerics.On
HISTORIQUE. 39
lesrange ſur les bords du baffin
de marbre , qui eſt au milieu
de la Salle ; & on place
aux coins de ce baſſin quatre
petits tonneaux d'or & quatre
d'argent , qui peſent chacun
la charge d'un homme. On
les met en ordre avec les bouteilles
, les taſſes , les caſſolettes
,&les pots de fleurs qui
ſont tous d'or , ce qui faitune
agreable ſymmetrie.
On met en parade devant
la Salle quantité d'Elephans ,
de Lions , de Tigres , de Leopards
,& toutes les bêtes rares
de la Ménagèric. Les chat40
JOURNALS
nes ,& les cloux avec lesquels
on les attache ſont d'or , &
chacun de ces animaux a de
vant foy deux cuvettes d'or ,
dans l'une deſquelles eſt ſa
boiſſon , & dans l'autre fa
nourriture. Mais il n'y a rien
qui approche de la magnificence
de dix huit chevaux de
main , qu'on expoſe devant
cette Salle ; chaque cheval
vautun tréſor , les étriers ſont
d'or , les brides , les poitraux ,
les devants ,&les derrieres des
felles font d'or émaillé garni
de pierres precieuſes , auffibien
que les houffes qui font
fort
HISTORIQUE. 41
fort amples. Leharnois de l'un
eſt garni de diamans , de l'autre
d'émeraudes , de rubis , de
faphirs, detres groſſes perles ,
&de toutes fortes de joyaux
d'une groffeur ,& d'unebeauté
enchantée. Chaque cheval
a auſſi devant ſoy deux cuvertes
d'or , comme les autres
animaux dont je viens de parler.
On range quelquefoisparmi
tes chevaux des aſnes ſauvages.
Un Miſſionnaire Eſpagnol
ſe trouvant en cetteCour
poury preſenter au Roy unc
Lettre du Roy de Pologne
Fevrier 1715. D
42 JOURNAL
furpris de voir des ânes ſi bien
ornez , & fi richement couverts
, perdit ſa gravité ,& ne
pût s'empêcher de rire. Un
Officier de la Cour s'approcha
de luy , & luy demanda
fort civilement ce qui luy donnoit
occaſion de rire. Il répondit
, qu'il rioit de voir traiter
avec tant de distinction
des animaux qu'on traitoit
avec le dernier mépris en Efpagne.
L'Officier luy repliqua
avec efprit , c'est que les afnes
font communs en voſtre Pays,
nous en faiſons grand cas dans le
noſtre ; parce qu'ilsyfont rares,
HISTORIQUE. 43
Le Roy eſt dans l'enfoncement
de la Salle , affis fur une
Eſtrade , environnéed'un Corridor
doré. Il eſt aſſis les jambes
pliées ſur une efpece de
lit qu'on couvre d'un brocard
précieux. Il s'appuye fur un
carreau fort riche. Il n'y aque
luy qui en ait ,&qui foit affis
les jambes pliées ; les autres
Seigneurs font affis fur leurs
talons , qui eſt la maniere de
s'affeoir la plus reſpectueuſe.
Les Enfans du Serrail font debout
dans l'enfoncement de
P'Alcove Il y en a toûjours
deux qui rafraîchiffent l'ais
Dij
44 JOURNAL
autour, avec de longs éventails
faits de queuës de Paons. Ils
ont tous quelque Office auprés
de Sa Majeſté. L'un luy
fert le Goblet , l'autre le Tabac,
leCaffé, & le Baffin pour
laver aprés le repas. Les principaux
Eunuques ſont debout
aux coſtez du Roy , & les
Officiers d'armes forment une
ligne oblique depuis le basde
l'Eſtrade ou du Trônejuſques
aux deux premieres colomnes.
de la Salle.
* L'Ermadaulet eſt aſſis à la
premiere colomne du coſté
*Premier Ministre.
HISTORIQUE . 45
gauche qui eſt le colté d'honneur
dans la Perſe. Le Generaliſſime
des Troupes eſt à
droite ; & aprés luy les Miniſtres
d'Etat , les Valis , les
Kans, les Ambaſſadeurs ,&les
Hoſtes du Roy ſont affis en
ligne paralelle juſques au bas
de la Salle..
Les Muſiciens forment une
autre ligne , & rempliffent le
côté de la Salle qui eſt vis-à vis
le Trône du Roy.
Leur muſique & leur fymphonie
continuë durant l'Audiance
qui precede le repas :
On le fait cxprés afin que les
46 JOURNAL
)
conviez n'entendent pas ce qui
ſe dit auprés du Roy. Les
quarante Maiſtres d'Hoſtel
d'honneur appuyez fur leurs
baſtons , font un cercle devant
luy , qui empêche auſſi les
conviez de voir distinctement
ce qui ſe paſſe dans les Audiances
Il n'y a rien de plus beau
que de voir une ſi belle , & fi
nombreuſe aſſemblée de Scigneurs
dans leurs habits de
ceremonie ; car leur maniere
d'habillement eſt leſte , & approche
fort de celle des Ancicas
Romains. Leur coëffure
HISTORIQUE . 47
leur donne un fi grand air
que le Turban des Ottomans
paroift ridicule en comparaifon
de celuy qu'ils portent.
Deux aigrettes d'or s'élevent
pardeſſus , & c'eſt à cauſe de
cela qu'on les appelle Kzel -
Baches ; c'est-à-dire teſtes d'or
ou teſtes rouges. Leurs veſtes
de deſſous brillent merveilleuſement.
Elles ſont d'un brocard
à fond d'or ou à fond
d'argent , auffi bien que leurs
écharpes. Leurs cafaques font
garnies de peaux de zibelines,
& les deſſus ſont d'un drap
écarlate chamarré de paffe
48 JOURNAL
ments d'or , ou bien ils font
des plus précieux brocards de
Perle ,& un Kzel Bache ſe
contentera de pain , & de lait
aigre pour ſa nourriture , afin
de menager de quoy ſe bien
vêtir ,& entretenir , & orner
fon cheval .
Il ſemble que le Roy pour
mieux faire paroître l'éclat , &&
lebrillant des habits de ſesOfficiers
, veüille faire parmi cux
ce que font les ombres dans
un Tableau. Il affecte de le
vêtur d'une maniere ſimple ; il
n'y a que l'aigrette qu'il porte
fur lecôté gauche de ſonTurban
2
HISTORIQUE. 4
ban , qui le diftingue par les
pierreries dont elle eſt ornée ,
qui font de grand prix...
Sous le Regne du feuRoy,
les Perſes imitoient affez la
magnificence d'Aſſuerus dans
leurs feſtins ; mais ils n'imitoient
pas la temperance , &
la moderation que ce Prince
vouloit qu'on gardât dans les
fiens . Car on y forçoit les
Grands de boire juſques à un
excés qui avoit ſouvent des
fuites defagreables; cependant
le Roy l'ordonnoit par politi
que ; car le vin tiroit de leur
bouche bien des veritez qu'ils
qu'ils
Février 1715. E
So JOURNALE
luy auroient cáché étant fobres.
Il le faifoit auſſi pour ſe
divertir ; car fon plus grand
divertiſſement étoit de les voir
emporter hors du feſtin, comme
des corps morts. Il les réduiſoit
bientôt dans l'état où
il les vouloit mettre , pour ſe
divertir; car il les faifoit boire
dans une eſpece de gobelet à
manche , fait en forme d'une
cuilliere à pot , qui tenoit au
moins une bonne pinte de Paris.
Ils appellent ce genre de
gobelet Hazar Pecha , c'està-
dire , mille meſtiers , parce
qu'ils diſent que ceux qui le
HISTORIQUE. SI
vuident deux ou trois fois ,
peuvent parler à l'avanture do
mille fortes d'arts , & de profeffions
. On ne leur fert rien
qui corrige le vin , car ils le
boivent durant les Audiances,
lorſqu'on n'a encore ſervy que
< des ſuccreries , & des fruits .
Les Européens qui ont
l'honneur d'être appellez à
ces feſtins, y trouvent dequoy
fatisfaire leur appetit ; parce
que ce qu'on y ſert eſt bien
exquis , & bien apprêté ; mais
ils font fortembarraffez quand
il faut manger le ris à pleing
main , &déchirer le boüilli ,
E ij
52 JOURNAL
1-
& le rôti avec les doigts ; car
onn'y fert ny couteaux , ny
fourchettes ,& pas même des
ferviettes . On fert des cuillieres
de buis ; mais c'eſt pour
boire une certaine liqueur
compoſée d'eau roſe , de vin
cuit , & de verjus , qu'on boit
en mangeant leris. On ne peut
s'en ſervir pour manger , parce
qu'elles font fort larges , &
fort creuſes , de maniere qu'on
n'y peut prendre avec les levres
que la ſuperficie de ce qui
n'eſt pas liquide , le reſte demeurant
au fond.
La modeſtie , le refpect ,&
HISTORIQUE . SS
la retenue des Officiers eft
merveilleuſe ,& on n'obſerva
jamais mieux le Silence dans
les Communautez les
gulieres de l'Europe ,qu'on les
garde aux feſtins du Roy de
Perſe ; mais on ne s'y contraint
pas long temps ; car
mangeant toutes chofesàplei
nes mains , leur repas eft fi
court qu'à peine a ton achevé
de fervir àceux qui font en
bas , qu'on commence de
lever de devant ceux qui font
enhaut.
La magnificence du Roy
de Perſe paroiſt encore dans
Eij
54 JOURNAL
le grand nombre de Princes
Etrangers qu'il entretient à ſa
Cour. Le Prince de Georgie
&pluſieurs Princes Yuzbegues
avecleur Cour y vivent maintenant
à ſes dépens. Les Ambaffadeurs
, les Envoyez ,& les
Porteurs de Lettres des Princes
de l'Europe , & de l'Afic
qu'ony confond tous ſous le
nom d'Hôtes , ſont logez ,
meublez , & entretenus par la
liberalité du Roy , qui ne les
congedie jamais fans leur faire
un preſent d'argent , de brocard
, & d'étoffe de foye travaillées
dans ſes manufactures.
HISTORIQUE. 55
Il n'y arien de plus obligeant
que la maniere avec laquelle il
les reçoit Dés qu'ils font ar
rivez fur les confins , & qu'ils
ont fait ſçavoir au premier
Gouverneur qu'ils portent des
Dépêches au Roy de la part
des Princesquiles envoyent ,
leGouverneur leur donne des
chevauxpourmonter leur fuite
; & il leur fournit autant
de mulets , & de chameaux
qu'ilen faut pour porter leurs
bagages. Il envoye des Offi
ciers de fa maiſon pour les
conduire , avec un ordre de
leur faire donner une maiſon ,
Eiiij
36 JOURNALH
&leur dépenſe de bauche de
journée en journée , juſques à
cequ'ils arrivent à la Capita
let,&quand ils y font arrivez ,
ces Conducteurs les placent
dans une maiſon dans le Fauxbourg
,& ils vont donner avis
au Roy de leur arrivée. Le
Roy les reçoit au nombre de
ſes Hoſtes , il ordonne à l'Introducteur
des Ambaſſadeurs
de leur en porter la nouvelle
de ſa part , de leur preparer
une maiſon ,& des meubles,
&de les y introduire avechon
neur. L'Introducteur les va
complimenter dans le Faux
HISTORIQUE. ST
bourg,ilcompte ceux deleur
fuite,il en vient faire fon rapport
au Roy, qui leur affigne
des appointemens à propor
tion des gens qu'ils ont à leur
ſervice. Aprés cela l'Introduc
teur les vatrouver ,& les me
ne dans l'appartement qui leur
a eſté preparé. Il leur donne
un certain nombre de Gardes
du Roy qui ſe tiennent àla
porte pour empêcher qu'on
n'interrompe les Hoſtes de Sa
Majesté , & qu'on ne faſſe pas
d'inſulte à leurs Domeſtiques.
Il leur donne leurs appointemens
pour un mois , &il con
58 JOURNAL
tinuë de les leur apporter au
commencement de chaque
Lune. Illes viſite ſouvent pour
s'informer deleur ſanté,&de
leurs beſoins ,afin d'en informer
le Roy. Il les conduit à
toutes les audiances ,&à tous audiances
les feſtins publics , où ils ont
leur place avecdiſtinction ; ils
font honorez , & refpectez
par tout ; & ce ſeroit toucher
le Roy à la prunelle de ſes
yeux que de donner la moindre
occaſion de chagrin à fes
Hoſtes. Il a beaucoup d'égard
pour eux, il les défraye par le
chemin quand il les a congeHISTORIQUE.
رو
diez de la même maniere qu'il
les-a reçus.
Pour ce qui regarde les affai
res duConſeil du Roy , tout y
eft reglé. Ses Conſeillers de
Religion , d'Epée & de Robe
y font en nombre égal , tous
gens choiſis , d'eſprit & d'experience.
Ils ont de la pené
tration , & beaucoup de vivacité;
ils conçoivent aisément ,
ils donnent aux affaires toute
l'attention qu'elles meritent ,
&ne forment leurs déciſions .
que ſur des reflexions exactes .
Ils deliberent meurement ,&
ne ſe hâtent pas de decider.
60 JOURNAL
Ils ont cette maxime que le
temps fait plus qu'une année ,
&que ſçavoir temporifer
c'eſt ſçavoir vaincre fans peril.
Le ſecret eſt ſi grand dans
le Conſeil , qu'on a remarqué
qu'un pere ne revele pas à fon
fils les meſures qu'il fçait qu'on
ya priſes contre la vie.
Le Conſeil Privé eſt compofé
des principaux Eunuques
, & c'eſt dans ce Conſeil
que font decidées les affaires
les plus importantes del Erat.
Le premier Miniſtre ,& Isautres
Seigneurs ne ſçavent rien
de ce qui s'y paffe. Ces EunuHISTORIQUE.
GI
ques poſſedent les premieres
Charges , ils font gens de tête ,
& le Roy ſe repoſe ſur leur
fidelité.
Le Royaume des Perſans eſt
ſi vaſte & fi puiſſant , que tous
leurs voiſins qui ſont d'une
Secte Mahometane, differente
de la leur , conçoivent tant d'averſion
pour eux , que le Roy
eſt obligé d'entretenir des
Troupes nombreuſes pour
couvrir ſes Frontieres. Il a toûjours
au moins 12000. hommes
dans la Province de Kandahar
, qui confine au Grand
Mogol : 20000. dans le Ko62
JOURNAL
tasan , qui confine auxTartares
de Balk, Bokara, & Samarkand
: 15000.dans le Mazandran
, & le Guilan , qui confine
aux Moscovites , & aux Coſaques
par la Mer Caſpienne :
12000. dans le Derband , & le
Chiwan,qui confinent auxmêmes
Peuples , auffi bien qu'à la
Circaffie , à la Georgie , & à la
Colchide : 20000. dans laMedie
, dont la partie ſupericure
confine à la Turcomanie , &
l'inferieur auCurdiſtan: 12000.
à Erivan qui confine aux Etats
du Grand Seigneur , vers l'Armenie
Mineure : 12000. dans
HISTORIQUE. 63
le Laureſtan qui confine à Babylone
: 15000. dans la Su
ziene qui confine à l'Arabie ,
& 12000. dans l'anciennePerſe
, & la Caramanie qui s'étendent
depuis le Sein Perfique,
juſqu'au Fleuve del Inde.
Ces Troupes avec la Maiſon
du Roy ne font guere
moins de cent cinquante mil
hommes , fans y comprendre
les Garniſons des Villes qui
font dans le coeur du Royaume.
:
Le Roy de Perſe n'a pas
d'Infanterie ; parce qu'elle ne
pourroit pas ſouſtenir les fati64
JOURNAL
gues des Deferts & des Montagnes
dont la Perſe eſt remplie.
Ils ne ſe ſervent pas d'artillerie
pour la même raiſon.
Ils n'en ont pas beſoin pour
deffendre leursVilles, qui n'ont
ni murailles , ni fortifications.
Il n'a point de force fur
Mer , quoyqu'il ne tienne qu'à
luy d'entretenir de belles Flottes
, de ſe rendre le maître du
Golphe d'Ormus , de la Mer
d'Arabie , & de la Mer Cafpienne
: mais les Perſans n'aiment
point la navigation , ils
en ont même tant d'horreur
qu'ils appellent , Nacoda, c'està-
dire
HISTORIQUE . 65
à dire Athées , ceux qui expoſent
leur vie ſur un élement fi
peu fûr. Cela fait plaifir aux
Armeniens qui font tout le
commerce du Royaume.
Jecroy , Meffieurs , que ce
que vous venez de lire de la
Perſe ſuffit pour vous donner
une idée generale de ceRoyau.
me : finon la fidele Relation
que je vais vous faire du voyage
de ſon Ambaſſadeur , va
achever de remplir ce qui peut
manquer à votre curiofité ;
mais je penſe qu'il eſt à propos
de remonter , s'il eſt poſſible ,
à l'origine des chofes , pour
pour
Février 1715.
66 JOURNAL
vous mettre mieux au fait de =
cette Ambaſſade.
M. de Feriol étant Ambaffadeur
du Roy à la Porte , la
Cour envoya M. Fabre en
Perſe. M. Fabre dont l'hiſtoire
& le nom offrent à ma
memoire une des plus fingulie.
res& des plus galantes épiſodes
du monde & dont je
pourray vous entretenir ail-
Ieurs , alla juſtement mourir à
Erivan , en Armenie , Ville
Capitale de la Province de ce
nom ,& qui eſt le plus grand
Gouvernement de la Perſe.
Aprés ſa mort , M. Michel
HISTORIQUE. 67
aujourd'huy Conſul d'Alep ,
& qui étoit alors à Conſtantinople
, fut choiſi par la Cour
pour luy fuccéder dans ſa
Miſſion : il ſe rendit auſſitôt à
Erivan, & de là à Hifpahan ,
où il fit un Traité de Commerce
, par lequel Traité la
Courde Perſe confirmoit tous
les Privileges qui avoient éré
accordez juſqu'alorsen faveur
desMarchands & des Miffion
naires à la confideration de
l'Empereur de France.
Peu de temps aprés qu'il ſe
fût acquitté de la Commiffion
avec honneur , & qu'il fur
Fij
68 JOURNAL
parti de la Perſe , les Armeniens
firent tous leurs efforts.
pour rompre les meſures qu'il
avoit priſes pour l'affermiſſement
deſdits Privileges. Ils
maltraiterent les Marchands
François , ils accuſerent les
Miffionnaires , de toutes fortes
de crimes , & ils joignirent
àleurs impoſtures une Requête
dans laquelle ils repreſenterent
au Roy , que , non contents
d'enlever leurs femmes ,
& leurs enfants , ils pretendoient
encore les contraindre
à changer de Religion. Cette
Requête fut foutenuë par des
HISTORIQUE 69
Grands de la Cour qu'ils mi
rent dans leurs intereſts à force
depreſents ,& qui par furpriſe
, obtintent du Roy un
Commandement contradictoire
aux principaux articles
du Traité. En vertu dece
Commandement , les Marchands
& les Miſſionnaires répandus
dans les Provinces de
ce grand Royaume ,, curent
beaucoup àſouffrir ſur tout à
Amadan, l'ancienne Suſe, autrefoisla
Capitalede la Perfe ,&
leséjour de fes Roys , où l'on
affeure encore que deuxTombeaux
Superbes que les Juifsy confer70
JOURNAL
vent de tout temps, avec beau
coup deſoin & de veneration ,
font ceux d'Esther &de Mardochée.
Ils efſuyerent de pareils
traitements à Tauris , ( l'ancienne
Ecbatanne , où la vraye
Croixfut 14 ans entre les mains
de Cofroës , e jusqu'à ce que
Empereur Heraclius l'eûtobligé
de la luy rendre aprés une grande
Victoire qu'il gagna fur luy ; il
la porta ensuite en triomphe à
Ferufalem Ils n'curent pas
moins à fouffrir à Chamakée ,
Ville confiderable au Nord de la
Perfevers la Mer Cafpienne ,
où le Pere ChampionJefuite &
HISTORIQUE. 71
Son Compagnon furent misfous
lebâton,,&&eennsuite exilez. Ec
enfin àGandga autre Ville entre
Chamakée Tiflis Capitale
de la Georgie , où le Superieurdes
Capucins recent à differentes repriſes
,plus de deux mille coups
de bâtons ,&auroit eſté martyrifé
,fi on ne l'avoit délivré à
force d'argent. Tout cela cependant
s'étoit paflé contre
les intentions du Royde Perſe.
Voilà l'état où étoient les
affaires des Marchands & des
MiſſionnairesFrançois dans ce
Royaume,
Royaume , lorſque M. de
GaliſſonEvêque d'Agathople &
72 JOURNAL
Coadjuteur de M. Pidou de
S. Olon Evêque de Babylone ,
arriva en Armenie . D'abord
pour arrêter cette perfecution
, il déclara au Can * d'Erivan
, qu'il étoit chargé
d'une Lettre du Roy de France
pour l'Empereur de Perſe :
le Can en donna autfitoft avis
à la Cour , & aprés trois mois
de ſejour à Erivan , il le fic
conduire avec honneur à Hafpahan
, où on luy affigna foixante
écus par jour , quoyqu'on
ſcoûr qu'il n'avoit
* Ce Can s'appelle Beglerbay , on
Seigneur des Seigneurs
aucun
HISTORIQUE. 73
aucun Caractere. Mais ces
bienfaits , quelques confiderables
quils ſoient , font en uſa
ge chez les Rois de Perſe , &
ils ont tant de confideration
pour les Princes Etrangers ,
& fur tout pour les Rois de
France , qu'il ſuffit d'eſtre porteur
d'une Lettre de leur part ,
pour eſtre receu au nombre
delours Hoftes .
M. l'Evêque d'Agathople
eſtant arrivé àHifpahan , s'appliqua
uniquement à détromper
la Cour ſur les calomnies
qu'on avoit repanduës contre
les Miffionnaires & les Mar-
Février 1715 . G
74 JOURNAL
chands François qui estoient
alors en Perſe . Il chercha les
cauſes &les motifs de leurs impoſtures
dans leur commerce
&dans leur Religion.
Dans le commerce il découvrit
la haine & la jaloufie
des Armeniens liguez avec les
Anglois & les Hollandois
contre les Marchands de nôtre
Nation.
La guerre eſtoit alors allumée
dans toute l'Europe , ou
pour mieux dire les plus grandes
Puiſſances de l'Europe
avoient juré la ruine de la
France ; & le fuccés ne ré-
:
ま
A
HISTORIQUE. 75
pondant pas toûjours àl'équité
de nôtre cauſe, nos Ennemis
avoient ſoin de porter jufqu'aux
extremitez du monde
l'apparence de leur triomphe
avec le bruit de leurs menaces.
LesLettres&les diſcours qu'ils
ſemoient en tous lieux , produiſoient
alors des effets dont
nous nous reſſentions par
tout. Du coſté de la Religion,
il reconnut que les Armeniens
&fur tout leur Patriarche ef
toient les ennemis déclarez
des Miſſionnaires . Permettezmoy
icy , Meſſieurs, deux lignes
de digreſſion ſur la Reli
Gij
76 JOURNAL
gion des Armeniens. Vous
Içavez , ou vous ne ſçavez pas
ſans doute , qu'ils rejettent le
Concile de Calcedoine , qu'ils
excommunient tous les ans
S. Leon , & qu'ils ſuivent les
Dogmes d'Utuches qui ne reconnoiſſoit
qu'une nature en
J C. fans compter les autres
erreurs dont ils ſont infectez .
Mais ce n'eſtoit pas tout à fait
de cela qu'il eſtoit queſtion ,
& le Patriarche qui animoit
les Armeniens contre nos Mif
ſionnaires ne ſe ſeroit peutêtre
guere mis en peine du
changement qu'ils vouloient
HISTORIQUE. 77
leur inſpirer , s'il y avoit également
trouvé ſon compte du
côté de l'intereſt.
Ces découvertes faites , M.
l'Evêque d'Agathople travailla
au fuccés des deſſeins qu'il
avoit formez pour le ſervice
de tant de gens qui avoient
beſoin de ſon ſecours ; mais
malheureuſement la mort ne
luy laiſſa pas le loiſit d'y travailler
long- temps ,& il eût à
peine les yeux fermez que les
choſes retomberent dans la
confufion oùil les avoit trouvées.
M. Richard Miffionnaire
Gij
78 JOURNAL
des Millions Etrangeres
homme ſage & éclairé , ſe
trouva alors à Erivan , où l'Evêque
de Babylone luy écrivit
pluſieurs Lettres qui le
déterminerent enfin à ſe rendre
à Hifpahan , où quelque
temps aprés ſon arrivée, il fût
affez heureux pour pouvoir
faire preſenter une Requête
au Sultan Usſſain ,qui fut fi
touché du détail des choſes
qu'elle contenoit qu'il luy fic
donner deux mille cinq cens
écus , pour en payer huit cens
que devoit l'Evêque d'Agathople
en mourant ,&le refte
HISTORIQUE. 9
:
pour ſa ſubſiſtance Il luy fic
affigner_enſuite dix écus par
jour , le fit loger , & le receut
au nombre de ſes Hôtes .
Sur ces entrefaites M. Defalleures
Ambaſſadeur du Roy
à Conſtantinople envoya à
Hifpahan , les nouvelles imprimées
de la défaite entiere
des Ennemis à Marchiennes
&à Deſnain , & celle de la
levée du Siege de Landrecy ,
avec tout le détail des grandes
circonstances de cette memorable
Journée. Le Courier
chargé de ces Lettres , les remit
entre les mains de M. Ri-
Giiij
80 JOURNAL
chard qui les fit auffitôt traduire
en Perfien & preſenter
le lendemain à la Porte , où
l'Etmadaulet * accompagné
des plus grands Seigneurs de
la Perſe donnoit alors à ſon
ordinaire une Audiance publique.
Il n'eût pas plutôt
apperceu le Porteur de ce
paquet , qu'il demanda de
quoy il étoit queſtion. Seigneur
, luy dit il , ce ſont des
nouvelles d'une grande Victoire
que l'Empereur des Fran
çois a remporté de puis peu
fur ſes ennemis . Hâtez-vous ,
* C'est le nom du premier Ministre.
HISTORIQUE. 81
luy répondit ce Miniſtre ,
tranſporté de zele & de joye ,
hâtez vous , d'en faire la lecture.
Ce qu'on n'eût pas le
temps d'achever , parce que le
Sultan averti que l'Aúdiance
venoit d'eſtre rompuë par un
évenement fingulier , en envoya
demander la cauſe. L'Etmadaulet
fit donner auſſitôt à
P'Eunuque que le Sultan avoit
dépêche vers luy , le paquet
queM. Richard luy avoit envoyé.
Le Roy de Perfe non
moins impatient que ſon Miniſtre
, s'en fit ſur le champ
82 JOURNAL
faire la lecture, en preſence de
toutes lesFemmes &de ſes Eunuques
, & en reconnoiffance
du plaiſir qu'il avoit ſenti au
recit d'une ſigrande nouvelle,
il fit donner àM. Richard un
preſent de la valeur de plus de
deux cens écus.
Les affaires des François
changerent alors entierement
de face en Perſe , & il ne s'y
tint preſque plus de Conſeil
où il ne fut agité de quelle maniere
on s'y prendroit pour
envoyer inceſſammentunAmbaffadeur
en France, Enfin
malgré la longueur du voya
HISTORIQUE. 83
ge ,& les difficultez des paſſages
par la Turquie , ou par la
Moſcovie; en un mot malgré
tous les obſtacles preſque invincibles
qui parurent oppoſez
à ce deſſein , il fut cependant
executé de la maniereque
vous l'allez lire.
Il étoit important de ne
point donner d'ombrage à la
Porte Othomane ; &le ſecret
de cette Negociation étoit -
d'une ſigrande conſequence ,
qu'il y alloit de la viede l'Ambaffadeur
à être ſoupçonné
d'une Ambaſſade de cette nature
, juſqu'à ce qu'il fut hors
84 JOURNAL
des Etats du Grand Seigneur.
Les motifs de cette crainte
fondée ſur des principes tresraiſonnables
( que le Journal
de Verdun vous développera
de reſte , le mois qui vient )
determinerent le Premier Mi
niſtre de Perſe , à confier au
nom du Roy , à M. Richard ,
les Lettres& le treforde cette
Ambaffade, pour les remettre
au Can d Erivan. Ce qui fut
executé en la forme fuivante.
M.Richard reçût des Miniſtres
de Perſe , ſes inſtructions
pour ſon voyage vers
Lamy Carême 1713. Il fut
1
HISTORIQUE. 85
chargé des Lettres & des Preſents
du Roy le premier May
de la même année ; & le jour
de l'Afcenfion , avec une ef
corte de quarante hommes ,
il prit la route de l'Armenie.
Il courut pluſieurs grands perils
en chemin ,& il fut efcarmouché
par des gens des montagnes
qui ne ſubſiſtent que
des dépoüilles des gens qu'ils
pillent ; mais heureuſement
un petit defilé dont il s'empata
avant qu'ils puſſent y être ,
ou pour mieux dire ,un quart
d'heure de diligence , le ſauva
de leurs mains. Enfin aprés
86 JOURNAL
cinquante jours de marche , il
arriva à Erivan , où il alla d'abord
viſiter le Can , avec la
Lettre du Roy de Perſe dont
il étoit chargé pour luy , & en
même temps avec les Lettres
&les Prefents que ce Monarque
envoye au Roy.
Dés que le Can d'Erivan
eût receu ſur cette affaire les
ordres de ſon Maître , il laiſſa
à M. Richard la liberté de
paffer en Europe par où il le
jugeroit à propos , ce qu'il fit
par la Georgie , la Mingrelie ,
& la Mer Noire , pendant que
ceGouverneur prenoitde ſon
HISTORIQUE. 87
coſté, toutes les meſures qu'il
croyoit les plus juſtes pour
s'acquitter avec honneur dela
Commiſſion dont on ſe repoſoit
fur luy.
La Lettre que M. Richard
luy avoit renduë portoit en
ſubſtance, qu'il convenoit aux
intereſts de ſon Maiſtre qu'il
jettât les yeux ſur un des plus
éclairez & des premiers Seigneurs
de ſon Gouvernement,
pour l'envoyer , d'une maniere
convenable , à l'Empereur de
France , avec la qualité d'Ambaffadeur
de l'Empereur des
Perfes.
88 JOURNAL
Ce Can trouva alors dans
MehemetRıza Beg, Intendant
de la Province d'Erivan , Perfan
de Nation , & aprés luy la
premiere perſonne de fon
Gouvernement , un ſujet capable
de répondre par ſon
merite , & par l'éclat de ſon
Ambaſſade , à la haute idée
que les Peuples de l'Europe
ont des Souverains de l'Afie ,
&particulierement duRoyde
Perſe. En effet , dés qu'il l'eût
chargé de la part de ſon Maître
, de cette importanteCommiſſion
, il ſe diſpoſa à partir
avec un grand nombre de
chameaux ,
HISTORIQUE. 89
chameaux , de tantes ,debagages
, en un mot avec un
équipage auſſi ſuperbe qu'en
puiſſe avoir aucun des plus
grands Seigneurs de l'Afie.
Pendant que Mehemet RizaBegpreparoit
tout l'appareil
de ſon voyage , le Can
d'Erivan prenoit de ſon côté
toutes ſes précautions , pour
aſſurer le tranſport des preſens
du Roy de Perſe auRoy
de France.
Acob Jean , Armenien de
Nation , & le plus riche Marchand
de cette Contrée fuc
choiſi pour cette effet , & fon
Février 1715 . H
१० JOURNAL
bien , ſa femme, &les enfants
ſervirent d'ôrages pour la ſeu
reté de ce Treſor , dont on
luy confia particulierement &
la garde& les clefs.Enfin il partit
d'Erivan le 15. Mars 17 14 .
avec l'Ambaſſadeur , & ils prirent
enſemble la route de l'Eu .
rope , par la Natolie ; mais
pendant qu'ils traverſent ces
grands Deſerts qui font entre
la Turquie & la Perſe , où il
ne leur arrive rien qui ſoit
dignes de remarque , fouffrez ,
Meſſicurs , que pour vous donner
une juſte idée , ou plutôt
pour vous rafraîchir la me-
C
ま
HISTORIQUE.
moire de la maniere dont les
Armeniens vivent en Perſe ,
je vous preſente à leur ſujet
un extrait de quelques Chapitres
tirez des meilleurs Memoires
qui traitent des Etats
du Sephi.
Je vous ay dit dans un autre
endroit de ce Journal
quelle eſt en peu de mots , la
Religion qu'ils profeſſent.
Maintenant je croy que vous
ne me blâmerez pas de vous
dire quelque choſe des Ceremonies
de leurs Baptêmes , de
leurs Mariages , de leurs Enserrements
,& de la conſtan-
Hijy
92 JOURNAL
ce avec laquelle ils s'expoſent
aux plus affreux fupplices ,
plûtôt que de renier leur Religion.
C'eſt la coûtume des Armeniens
de baptifer les enfans
le Dimanche , & s'ils en
bapriſent quelques-uns dans
la ſemaine , c'eſt qu'ils ſe trouvent
en danger de mort. La
ceremonie ſe fait de cette maniere.
La Sage- femme prend
l'enfant qu'elle porte dans l'Eglife
, & le tient ſur ſes bras ,
juſqu'à ce que l'Archevêque ,
l'Evêque , ou le Prêtre qui lo
doit baptifer , ait die une par
HISTORIQUE. 9
tie de la Liturgie du Baptême.
Alors celuy qui baptife prend
l'enfant qui eſt nud , le plonge
dans l'eau , & l'en ayant retiré
le met ſur lesbras du Parrain ,
& lit encore quelques prieres.
Pendant qu'il les lit , il tient
ducoton dans ſes mains , qu'il
tord , & dont il fait un filet
de demie - aune de long. Il en
fait un autre de même longueur
d'une foye rouge qui
eſt plate , &de ces deux filets
qu'il tortille enſemble , il fait
un petit cordon qu'il met au
col de l'enfant. Ils diſent que
ce cordon fait de deux fils dif
94 JOURNAL
* ferens , l'un de coton blanc
l'autre de ſoye rouge , ſignifie
le ſang , & l'eau qui fortit du
Corps de JESUS CHRIST ,
lorſqu'il fut percé d'un coup
de lance à la Croix. Aprés ce
cordon noüé au col de l'enfant
, il prend de la Sainte
Huile pour l'en oindre en plufieurs
endroits du corps , en
faiſant le Signede laCroix fur
chaque endroit où il met de
l'huile , & prononçant à chaque
fois ces paroles :Je te baptiſe
au nom du Pere,du Fils,
du S. Efprit Il commence
l'onction par le front , de-là
HISTORIQUE.
au menton , puis il vient à l'eftomac,
aux aiffelles,aux mains,
& aux pieds.
La ceremonie du Baptême
étant achevée , le Parrain fort
de l'Eglife , ayant l'enfant fur
ſes bras ,& dans chaque main
un cierge de cire blanche allumé
, felon la qualité du pere
de l'enfant. On fort de l'Egliſe
au fon des tambours
des trompettes , des hautbois
, & d'autres fortes d'inſtrumens
du Pays qui vont
devant l'enfant qu'ils accom
pagnent juſques au logis , où
eſtant arrivez , le Parrain
JOURNAL
les remet entre les mains
de la mere. Elle ſe proſterne
enmême temps devant le Par
rain luy baiſant les pieds , &
pendant qu'elle eſt en cette
poſture , le Parrain luy baiſe
le deſſus de la tête. Le Pere ,
ni le Parrain ne donnent jamais
le nom à l'enfant ; mais
celuy qui le baptiſe luy donne
le nom du Saint dont la Fête
ſe rencontre le Dimanche du
Baptême. Si par hazard il n'y
a point de Saint dans leurCalendrier
ce jour de Dimanche ,
il prend le nom du premier
Saint qui vient dans la ſemai
ne
HISTORIQUE. 97
ne ,&de la forte, il n'y a point
parmy eux de nom affecté.
L'Enfant étant de retour au
logis , il s'y fait aſſemblée de
bien des gens , & le feſtin eſt
preparé pour les parents &
amis , & pour celuy quia baptiſé
l'Enfant , & qui eſt ſuivi
d'ordinaire de la plus grande
partie des Preſtres & Moines
du Convent , ou de la Paroifſe
où le Baptême s'eſt fait. Le
petit peuple s'engage tellement
pour ces fortes de feftins
, non ſeulement auxBaptêmes
, mais auſſi aux mariages
, & aux enterremens , que
Février 1715 . I
JOURNAL
le plus ſouvent dés le lendemain,
il n'ont plus de quoy
vivre, & qu'ils ne peuvent
payer ce qu'ils ont emprunté
pour cette inutile dépenſe.
C'eſt la coûtume en Perſe de
fairedonner aux coins des ruës
des coups de bâton à ceux qui
doivent , & qui ne peuvent
payer ; & ils font quelquefois
fi maltraitez ( car cela ſe fait
deux ou trois fois la ſemaine,)
que les ongles leur tombent
des pieds , & qu'ils ne peuvent
plus ſe ſoûtenir. Les creanciers
en uſent de la forte
,
afin que les parents & amis du
HISTORIQUE.
debiteur enayent compaſſion,
&luy donnent de quoypayet
ſes dettes ; mais ils trouvent
le moyen de ſe dérober à ce
fupplice , & quand ils voyent
qu'ils fontinſolvables,ils ſe retirent
dans le Alicapi,c'eſt àdire,
la porte de leur Prophete , qui
eſtun lieude retraite pour tous
ceux dont les affaires vont
mal , & qui ne peuvent ſatiſ
faire leurs creanciers. Ces lieux
là ſont ſi privilegiez , que le
Roymême ne peut les en tirer
& ils font nourris des rentes
anciennes qui ſont affectées
aux mêmes licux , & des au-
I ij
100 JOURNALI
mônes que l'on y fait tous les
jours. LesArmeniens qui ſont
pauvres ,& qui ne veulent pas
s'endetter pour les feſtins d'un
Baptême,ont introduit depuis
peu une coûtume , pour ſe
mettre à couvert de la honte
qu'ils croyent qu'il y a, de ne
pas faire grande chere à fes
amis dans cette rencontre. Ils
font baptifer l'enfant dans la
ſemaine, ce qui fait croire que
l'enfant eſt fort malade , d'au
tant plus qu'ils vont en hâte à
l'Egliſe ſans nulle cerémonie ,
&qu'ils ne ceffent de dire en
pleurant que l'enfant s'en va
mourir.
-
HISTORIQUE. FOT
Si une femme eft accouchée
quinze, ou vingt jours , &même
deux mois avant Noël , ils
different leBaptêmedel'enfant
juſqu'à cette Feſte , pourvû
toutefois que l'enfant ne de.
vienne pas malade. Voicy
qu'elle eſt la cérémonie que
l'on fait d'ordinaire à ce Baptême.
Dans toutes les Villes ,
ou Villages , où il y a des Armeniens
, & où il paſſe une
riviere, ou qu'ils'y trouvequelque
érang , ils ont deux ou
trois bâteaux plats couverts de
tapis fur quoy on marche , &
onydreſſe le jour de Noël unc
I ij
102 JOURNAL
maniere d'Autel. Le matindés
queSoleil ſe leve, tout leCler
gé Armenien, tant du licu ,
que des lieux circonvoiſins ,
ſe rend fur ces mêmes bâ
teaux vêtus defes orne
mens, avec les Croix , & les
Bannieres. Ils trempent la
Croix par trois fois dans l'eau,
&àchaque fois ils y jettent de
de la Sainte Huile. Aprés ils
liſent la Liturgie ordinaire du
Baptême , & l'Evêque , ou le
Preſtre prenant l'enfant il le
plonge dans l'étang , ou dans
la riviere juſqu'à trois fois , en
diſant les paroles ordinaires
HISTORIQUE. 103 .
Je tebaptise aunom du Pete,&c.
en l'oignant d'huile , comme
j'ay dit cy-deſſus. C'eſt une
merveille que la pluſpart de
ces enfants ne meurent de
froid , quand la ſaiſon eſtun
peu rude. Le Roy de Perfe
ſe trouve d'ordinaire à cette
cérémonie quand il eſt à Hifpahan
,&il ſe rend à cheval
au bord de la riviere avec les
Grands de ſa Cour. Laceremonie
achevée , il va àZulpha
au logis du Kalenter, qui eſt le
Gouverneur ou Juge des Armeniens
, chez lequel le diné
eſt preparé. Il n'y a point de
I iiij
104 JOURNAL
lieu au monde où l'on puiſſe
traiter un Roy avec moins de
peine que dans la Perſe;car ſi
un particulier prie le Roy à
manger chez luy ,& fi Sa Majeſté
veut luy faire cet honneur
, il n'a qu'à aller trouver
le Chef des Officiers , & luy
porter vingt tomans , qui font
environ trois cent écus, en luy
diſant que Sa Majesté vient
prendre un repas dans la maiſon
de ſon Eſclave ; alors
moyennant cette ſomme de
vingt tomans , leChefdes Officiers
eſt tenu d'envoyer au
logis de celuy qui traite leRoy ,
HISTORIQUE. 105
tout cequi eft neceſſaire pour
le repas ; fans cela c'eſt une
choſe qu'on ne pourroit entre
prendre, le Roy ne mangeant
jamais que dans de la vaifſelle
d'or , ce qu'un particulier
ne pourroit fournir. A l'iffuë
du repas on apporte au Roy
le preſent qu'on luy fait toûjours
dans ces rencontres , &
qui d'ordinaire eſt quelquegalanterie
qui vient d'Europe ,
& qui ne vaut gueres moins
de quatre ou cinq mille écus.
Quandils n'ont rien de galant
à luy preſenter , ils mettent
pareille valeur dans un baffin
106 1 JOURNAL
en Ducats d'or de Veniſe , &
l'offrent à Sa Majesté avec de
grandes foumiffions ; ils font
auſſi des prefens à quelques
Seigneurs , & aux principaux
Eunuques qui font à ſa ſuite,
fans compter ce qu'ils envoyent
à la mere du Roy s'il
en aune , aux Sultanes ſes femmes
,& à ſes foeurs. Ainfi ce
feſtin ſe faiſant ſans embarras
du coſté du traitement , ne ſe
fait pas du coſté de la bourſe
fans grande dépenſe ; mais les
Armeniens deZulpha peuvent
aisément la ſupporter.
Les Armeniens marient
HISTORIQUE. 107
d'ordinaire leurs enfants ſans
que les deux parties ſe foient
vûës ; & même ſans que les
peres ny les freres en ſçachent
rien. Il faut que ceux qu'on
veut marier ſe rapporte à ce
que les peres , ou les parens
leur endiſent. Aprés que les
meres ont conclu entr'elles le
mariage , elles en parlent à
leurs maris qui approuvent ce
qu'elles ont fait. Sur cette approbation
la mere du garçon
avec deux vieilles femmes ,&
un Prêtre vient au logis
de la mere de la fille ,& luy
preſente unebague de la part
108 JOURNAL
de celuy avec qui on veut la
fiancer. Le garçon paroît enfuite
, le Prêtre lit quelque
choſe de l'Evangile pour be
nir les deux parties , aprés
quoy on luy donne quelque
argent ſelon le bien qu'a le
pere de lafille. Puis on prefente
à boire à la compagnie ; &
cela s'appelle les fiançailles,
Quelquefois ils accordent les
enfants quand ils n'ont que
deux ou trois ans ; & même
lorſque deux femmes qui font
amics ſe trouvent enceintes
enmême temps,elles ſe promettent
de faire un malige
*1
HISTORIQUE. 109
,
des deux enfants qu'elle portent
, s'il arrive que l'une ait
un garçon & l'autre une fille.
Cela étant on les accorde dés
qu'ils font nez ; & depuis que
le garçon a donné la bague
quandil ſeroit vingt ans fans
ſe marier ,il eſt obligé d'envoyer
tous les ans le jour de
Pâques unhabit à ſa Maîtreſſe
avec tout l'afſſortiment ſelon
la qualité de la fille. Trois
jours avant que de celebrer le
mariage le pere & la mere du
garçon font préparer un feftin
qu'ils font porter chez le pere
&la mere de la fille , où fo
rro JOURNAL
trouvent les deux familles des
deux parties. Les hommes
font dans un licu àpart , & les
femmes dans un autre ; car ils
ne mangent jamais enſemble
dans des réjoüiſſances publi+
ques. La veille des nôces l'époux
envoye des habits à fon
épouſe , & quelque temps
aprés il vient prendre ce que
la mere de l'épouſe luy donne
de ſon côté. Que ſi l'époufe
n'a plus de mere , c'eſt quelque
vieille de ces plus proches
parentes qui habille l'époux.
Enſuite l'époux monte ſur un
cheval , & l'épouſe ſur un
:
HISTORIQUE. MI
autre , qui ont de magnifiques
harnois avec des brides d'or
&d'argent ſi ce ſont gens riches
;&ceux qui font pauvres,
&qui n'ont point de chevaux
àeux , ont recours auxGrands
qui leur en prêtent volontiers
pour cette Ceremonic. En
fortant du logis de la fille l'époux
va devant ; & a fur fa
tête un voile de gaze incarnate
, ou d'un retz d'or & d'argent
, dont les mailles font
fort preffées ; &qui le couvre
juſqu'àl'eſtomac. Il tient à ſa
main le bout d'une ceinture
qui a trois ou quatre aunes de
112 JOURNAL
long ; & l'épouſe qui vient
derriereà cheval tient l'autre
bout. Elle eſt auſſi couverte
d'un grand voile blanc depuis
la têtejuſqu'aux pieds , & le
cheval en eſt auſſi à moitié
couvert ; elle eſt ſi cachée ſous
ce voile , qui reſſemble plûtôt
àun grand linceul , qu'on ne
luy voit que les yeux. Deux
hommes marchent à côté de
chaque cheval pour tenir les
rênes ; & quand ce ſont des
enfants de trois ou quatre ans
(car on les marie quelquefois
dans ce bas âge ) il y a trois
ou quatre hommes pour les
tenir
:
HISTORIQUE. 113
tenir ſur la felle , ſelon la qualité
de leurs parents. Quantité
de jeunes hommes , tant des
parens , que desamis des deux
coſtez viennent à la ſuite , les
uns à cheval, les autres à pied,
avec un cierge à la main
comme s'ils alloient en proceffion
; & d'ailleurs les tambours,
les trompettes , les
haut bois , & autres inftrumens
à la mode du Pays , fuivent
toute la compagnie jufques
àl'Eglife. Quand ils ont
mis pied à terre , chacun fait
place à l'époux & à l'épouse ,
qui ſe vont rendre au pied de
Février 1715 K
114 JOURNAL
l'Autel tenant toûjours laceinture
; & il faut remarquer en
paſſant que dans chaque Egliſe
les Armeniens n'ont qu'un
Autel. Les époux ſe joignent
alors , & s'appuyent le front
l'un contre l'autre , puis le
Prêtre vient& tourne le dos à
l'Autel , aprés quoy prenant
laBible il la met ſur leurs têtes
qui luy ſervent de pupitre ;
&qui enfont affez chargées ,
parce que c'eſt d'ordinaire un
gros in folio affez peſant. Il y
demeure pendant qu'on lit le
formulaire du mariage , &
c'eſt le plus ſouvent un Eve
:
11.5 HISTORIQUE
que ou unArchevêque qui en
fait l'office. Ce formulaire eſt
fort approchant du noſtre.
L'Evêque demande à l'époux
Ne prenez - vous pas une telle
pour vostre Epouse ? & àl'époule:
Ne prenez- vous pas un tel
pour vostre mary ? & ils répondent
tous deux d'un ſigne de
teſte. La benediction matri
moniale étant faite , ils enten
dent la Meſſe , aprés quoy ils
retournent tous enſemble au
logis de la fille dans le même
ordre qu'ils en ſont partis . Les
nôces durent trois jours ,& il
ya , comme j'ay dit , depau
Kij
116 JOURNAL
vres gens qui ſe ruinent ences
occaſions ,& qui ne ſe peuvent
jamais remettre de la dépenſe
qu'ils y ont faite. Il ſe
boit plus de vin aux feſtins des
femmes qu'à ceux des hommes.
Lemary ſecouche lepremier,
la femme luy tire ſes bas,
& n'ôte ſon voile qu'aprés
avoir éteint ſa chandele. En
quelque temps que ce ſoit les
femmes ſe levent avant le jour.
Il y a tel Armenien qui depuis
dix ans qu'il eſt marié n'a jamais
vu le viſage de ſa femme
, & ne l'a jamais oüi parler
, car quoyque le mary luy
HISTORIQUE. 117
puiffe dire ,& tous les patens ,
elle ne répond que de la tête.
Elles ne mangent point avec
leurs maris, & file mariregale
ſes amis aujourd'huy , la femme
traite ſes amies le lendemain.
Dés qu'une perſonne eſt
decedée , un homme deſtiné
aux ſervices mortuaires va
promptementà l'Egliſe queris
un pot d'eau benite ,&l'ayant
apporté au logis du deffunt ,
il la jette dans un grand vaifſeau
plein d'eau , dans lequel
ils mettent le corps mort.Cer
homme s'appelle Mordichou ,
118 JOURNAL
c'eſtà dire celuy qui lave les
morts,& ces Mordichous ſont
en telle horreur parmi le peuple
, quec'eſt un infamie d'avoir
mange avec ces fortes de
gens. Tout ce qui ſe trouve
fur le mort lors de ſon decés
luy appartient,fur ce quelque
belle bague ,&c'eſtla couſtume
dans le Levant de coucher
avec le caleçon , la chemiſe ,
& la camiſole , parce qu'on
ne ſe ſert point dedraps.Aprés
que le morta eſté lavé , on le
revêt d'une chemiſe blanche ,
d'un caleçon , d'une camiſole,
&d'une toque ,& il faut que
HISTORIQUE. 119
letout ſoit neuf, ſans avoirjamais
ſervi à aucun autre. Puis
on le met dans un grand fac
de toile neuve ,& ils coufent
enfuite la bouche du ſac. Cela
étant fait , les Preſtres viennent
prendre le corps pour le
porter à l'Eglife ,& il eſt accompagnéde
tous les parents,
&amis du deffunt qui tiennent
tous un cierge à lamain.
Quand ils font à l'Egliſe ils
poſentle corps devant l'Autel
où le Preſtre dit quelques prieres
, puis on allume des cierges
autour du corps,&on le
laiffe en cet état toute lanuit.
εδωμέναι
120 JOURNALI
Le lendemain matin un Eveque
, ou un ſimple Preſtre dis
la Meſſe , à l'iſſuë de laquelle
on porte le corps devant la
porte de l'Archevêque , ou de
l'Evêque du lieu , où il eſt accompagné
de ſes parens , &
amis , & de tout le peuple qui
s'eſt trouvé à l'Eglife , la plû
partayantun cierge à la main,
Etant arrivez devantcetteporte
, l'Evêque fort de fon logis,
&vient direun Paterpour
Pame du deffunt. Cet acte fi
ni , la plupart de ceux qui ont
accompagné le corps depuis
l'Eglife juſques à la porte de
l'Evêque,
HISTORIQUE, 12t
l'Evêque, ſe retirent chez eux,
&il ne reſte que les parens ,&
quelques amis. Alors l'Evêque
,& les Preſtres font prendre
le corps par huit ou dix
pauvres qui ſe trouventlà ,&
qui le portent au Cimetiere.
Le long du chemin on chante
quelques Oraiſons , que les
Preſtres continuënt en dévalant
le corps dans la foſſe.Puis
l'Evêque prend de la terre par
trois fois , en diſant ces mots :
Tu es venu de terre ,& turetourneras
en terre,&demeures-y
jusqu'à ce que nostre Seigneur
vienne. Ces paroles dites on
Février 1715 . L
122 JOURNAL
remplit la foſſe. Ceux des parents
& amis qui veulent retourner
au logis du deffunt , y
trouvent le dîné prêt ; & même
s'il ſe preſente quelques
autres gens ,ils ne ſont pas refuſez.
Ils ont auſſi accoûtumé
de donner à dîner , & à ſouper
pendant ſept jours à quelques
Preſtres , & à quantité de pauvres
quand ils en ont le moïen.
Ils ne croyent pas que- l'ame
du deffunt ſoit ſauvée , s'ils ne
font cette dépenſe quand ils
le peuvent , & c'eſt d'où procede
que la pluſpart de ceux
dumenu peuple ſont toûjours
HISTORIQUE. 123
miferables,&comme eſclaves
des Mahometans , à cauſe de
l'argent qu'ils empruntent ,&
qu'ils ne peuvent payer.
1 Quand un Archevêque ou
un Evêque meurt ,ils fontcecy
de plus qu'à un Seculier.
Quand la Meſſe eſt dite , un
Archevêque , ou un Evêque
qui ſe trouve là écrit un billet
,& coupant le ſac où eſt le
mort , luy met dans la main le
billet où ſont écrits ces mots :
Souviens- toy que tu es venu de
terre , &que tu retourneras en
terre.
Si l'un de leurs Eſclaves
Lij
124 JOURNAL
meurt avant que ſon Maiſtre
luy ait donné ſa hberté,quand
le corps eft dans l'Eglife , le
Maiſtre écrit un billet fur lequel
il met ces mots : Qu'il
n'ait point de regret , je le tiens
franc ,&luy donne la liberté.
Car ils croyent qu'en l'autre .
monde on luy reprocheroit
qu'il feroit Eſclave , & que
fon ame en pourroit fouffrir
quelque douleur. Que fi l Ef
clave n'a point de Maiſtre , la
Maiſtreſſe , ou à ſon deffaut ,
les enfans font le billet.Quand
il arrive qu'un Armenien ſe
défait lay-même , on ne fait
HISTORIQUE. 125
point fortir le corps par la
porte du logis , mais on fait
un trou dans quelque endroit
du mur qu'on trouve le plus
commode pour mettre le
corps dehors , & delà il eſt
porté en terre fans nulle ce-
Temonie .
En general les Armeniens
font fort attachez à leurs coû
tumes , &à leurs ceremonies ,
&bien qu'il y en ait parmy
eux qui embraſſent le Mahometiſme
pour les interêts du
monde ces exemples font fort
Tares,& il s'en trouve au contraire
d'affez fermes & conf
L iij
126 JOURNAL
tans quand il faut ſoûtenir leur
Religion contre les perfecutions
des Mahometans. Le
Chapitre ſuivant en donnera
des exemples.
S'il y a des Armeniens qui
ont la foibleſſe de quitter
quelquefois leur Religion , ou
par quelque dépit , ou par
quelque honteux intereſt qui
les y pouſſe , la pluſpart y reviennent
par une ſerieuſe repentance
, & il s'en voit peu
qui ſe rangent pour jamais du
parti Mahometan. Quand un
Armenien qui eſt tombéde la
forte ,veut revenir à l'Eglife
HISTORIQUE. 127
pour reconnoiſtre la faute , il
n'en peut avoir l'abfolution
quedans le même lieu où fon
abjuration a été faite ,& on la
luy refuſeroit en toute autre
Ville ou Village où il la voudroit
demander. Ce qui les
porte le plus ſouvent à ce
changement , eft lorſqu'il y a
de jeunes gens qui ontdepensé
leur bien , & que le pere ne
leur en veut plus donner pour
leconfumer dans ladébauche,
Alors quelques uns ſe vont
faire Mahometans pour joür
du benefice de la Loy d'Ali ,
qui porte que quand unChe
Lij
128 JOURNAL
tien s'eſt rendu Mahometan ,
tout le bien de fon pere luy
doit appartenir , fans que fes
freres y puiffent avoir part.
Quand même il ne feroit que
coufin il prend alors le bien
de fon oncle , & il faut remarquer
que cette regle ne s'obſerve
que pour les Chrétiens
Sujets du Roy de Perſe. Mais
depuis quelques années les Armeniens
ont pourvû en quel
que maniere à empêcher ce
defordre. Car quand ils voyent
dans la Famille quelque debauché
, le pere , ou l'oncle
fait de bonne heure une feinte
HISTORIQUE. 129
vendition de ſes biens à quelqu'un
de ſes fideles amis. Il
faut que le contrat ſoit paffé
pardevant le Moufti ouleCadi
qui voyent bien que ce n'eſt
qu'une feinte ; mais qui toutefois
n'en difent mot ; & cela
eſt cauſe que peu de ces jeunes
Armeniens changent aujourd'huy.
Il y en eût un qui étoit venu
à Smyrne avec quantité de
marchandises, & pour en fruftrer
ſon pere , & fes freres ,
ſe rendit Mahometan. Aprés
avoir dépenſé en débauches
une partie de fon bien, il re130
JOURNAL
vint aux trois Eglifes où le
Grand Patriarche fait fa refidence
, pour avoir abſolution
de ſa faute ; mais il ne la
pût obtenir , &le Patriarche
luy dit qu'il falloit neceffairement
qu'il rétournât au
lieu où il avoit fait l'abjuration,
& qu'il reconnut fa faute
devant l'Evêque de Smyrne,
étant touché d'une veritable
repentance , il fit ce que le
Patriarche luy ordonnoit , &
quelques jours aprés avoir fait
la penitence qui luy fût en
jointe , & donné aux pauvres
la plus grande partie de ce qui
HISTORIQUE. 13t
luy reſtoitde bien , il futtrouver
le Cadi , à qui il tint ce
diſcours avec une reſolution
admirable , σου πω
Tu ſçais , luy dit-il , qu'ily a
quelques années que je me suis
fait Mahometan , je viens de
déclarerque je m'ensuis répenty ,
quejem'en repens, comme d'une
mauvaiſe Loy que j'avois embraßée
en reniant le Sauveur du
monde , e qu'ainſi je n'ay que
trop merité laMort. D'abord le
Cadi erut que c'eſtoit quel
que trait de folie dont il le
pouvoit guerir , & tachat de
le ramener doucement par de
132 JOURNALI
belles eſperances, mais voyant
que l'Armenien perfiſtoit
dans fa declaration , & s'emportoit
en des blafphemes
contreMahomet, il le fit mener
à la place, où il fut incontinent
mis en pieces à coups
de fabres ,&de fleches qui luy
percerentde corps. On peut
dire à la loüange des Armeniens
, que bien qu'ils foient
affez ignorans & malinſtruies
dans leur Religion , toutefois
quand il leur arrive quelque
disgrace , & qu'il faut qu'ils
meurent pour leur Foy, ils
vont au fupplice courageuſeHISTORIQUE.
133
ment& avec joie.
L'an 1651 dans Diarbekir
Ville de la Mesopotamie , il
ſe fit un mariage d'un jeune
Turc avec une fille de ſa Nation.
La mere de l'Epoux étoit
grande amie d'une Armenienne
des premieres de la Ville,&
cette femme n'avoit qu'un fils
de dix à douze ans . Elle fut
priée aux nôces du Turc
& elle ne pût refuſer de s'y
trouver , aprés lesgrandes follicitations
de fon amie. L'enfant
de l'Armenienne qui
avoit été preſent lorſque la
mere de l'Epoux vint inviter
$34 JOURNAL
la ſienne, ſouhaitta d'eſtre auffi
à cette feſte ,& demanda à ſa
mere ſi elle ne l'y meneroit
pas. Cette femme qui n'ignoroit
pas les coûtumes du Païs ,
dit à fon fils que cela ne ſe
pouvoit faire , & qu'au deſſus
de l'âge de cinq ou fix ans it
n'étoit pas permis à aucun
garçon de ſe meſler parmy les
femmes,& fillesTurqueſques,
L'Enfant ne ceſſa pas pour cela
de prier encore ſa mere de
lemener avec elle ,&une tante
qui ſe trouva là pour complaire
à ſon neveu , dit qu'elle
l'habilleroit en fille , & qu'on
HISTORIQUE. 135
n'y prendroit pas garde. En
un mot la mere ſe laiſſa perfuader
par la tante ,& par l'enfant,&
le jour venu , elle le
mena avec elle traveſti en fille.
Les noces en Turquie durent
au moins ordinairement trois
jours , & il ſe trouva en celles-
là une vieille femme qui
avoit tousjours l'oeil ſur l'enfant
de l'Armenienne , qu'elle
trouvoit trop adroit , &
trop agile pour une fille , particulierement
quand il danfoit.
Le ſoir les conviez s'étant
retirez , cette vieille pric
àpart la mere du marié ,&luy
136 JOURNAL
dit qu'elle ne croyoit pas que
l'Armenienne ſon amie eût
amené une fille ;& qu'à toutes
ſes actions elle jugeoit que
c'étoit un garçon que l'on
avoit deguiſé : le lendemain
toute la compagnie s'étant
raſſemblée , la vieille Turque
vint faire le même diſcours à
la mere ,& à la tante du jeune
Armenien , & ces deux femmes
témoignant d'en être fort
offenfees ; & affirmant que
c'étoit une fille , la Turque
pour n'en avoir pas le démenti
trouva moyen de prendre l'enfant
, & l'ayant mené dans la
chambre
HISTORIQUE. 137
chambre des Eſclaves de la
mariée;elles luy abatirent ſon
caleçon(car les filles en portent
dansle Levant de même que
les garçons )& elles trouverent
que la vicille ne s'étoit pas
trompée dans ſon jugement.
Le bruit s'en répandit auffitôt
dans le logis ,& ce bruit fut
ſuivi d'un grand tumulte.
Tous les gens de la noce crierent
que les chambres étoient
foüillées , & que l'Armenienne
avoit fait cela pour ſe mocquer
d'eux, & en dériſion de
leur Loy. Sur ces entrefaites
pluſieurs des principaux Ma-
Février 1715.
1
M
138 JOURNAL
hometans de la Ville accou
rurent au logis du marié;&fe
faiſifiant de la mere , de la
tante , & de l'enfant , les me
nerent au Bacha , afin qu'il en
fit juſtice. Le Bacha renvoya
les deux femmes &garda l'enfant
ſept ou huit jours croyant
que le peuple ſe pourroit appaiſer.
Mais il eût beau flacter
cette populace , & luy
remontrer que ce n'étoit
qu'un enfant, le pere
vaindedonner la moitié de ce
offit en
qu'il peſoit en or ; tout ce que
l'on put faire ,&dire ne fervit
de Fien , & le Bacha qui fe
HISTORIQUE. 139
vit preffe du peuple , ne voulant
pas donner Sentence de
mort contre l'enfant , le remit
entre les mains des parens
du marié , qui exercerent fur
luy des cruautez inoüies : ils
menerent ce pauvre enfant au
milieu de la grande place de
la Ville ; & l'ayant dépoüillé
nudàla reſervede fon caleçon
ils commencerent à l'écorcher
vif depuis le col juſques à la
ceinture , ne luy oſtant pour
ce jour- là que la peau du dos.
L'ayant laiſſe là toute lanuit
avec bonne garde, ils revinrent
le lendemain pour luy
Mij
140 JOURNAL
écorcher l'eſtomac, &les bras
Le Cadi , &le Moullah , &
pluſieurs des principaux Mahometans
de la Ville exhor
toient l'enfant à embraſſer
leur Loy ,& à ne fouffrir pas
qu'on luy fit plus de mal. Sa
mere y vint auffi ,& l'embrafſant
tendrement le conjura
d'avoir pitié d'elle & de luymême
,&de ſe rendre Maho
metan pour ſauver ſa vie ;
mais ni ſes Jarmes , ni toutes
les paroles les plus touchantes
que la douleur luy mit à la
bouche ne furent pas capables
d'ébranler la conſtance de
HISTORIQUE. 141
د
l'enfant. Ilrépondit à ſa mere
d'une voix ferme qu'il avoit
fouffert patiemment , & qu'il
fouffriroit encore , que les
tourmens ne luy faifoient
point de peur ; mais que fa
plus grande douleur étoit que
ſa propre mere le ſollicitoit à
renier fon Sauveur , ce qu'il
ne feroit pas. Les Turcs im
pitoyables au lieu d'être tou
chez de la conſtance de cet enfant
continuerent de luy
écorcher les bras, &l'eſtomac,
& aprés cette cruelle action le
laifferent encore là ſous bonne
garde juſques au lende
142 JOURNAL
main ; car ils avoient deſſein
de luy écorcher tous les jours
quelque partiede ſon corps ,
juſqu'à ce qu'il expirat. Enfin
le Bacha ayant horreur de ces
cruautez , vint le lendemain
de grand matin à la place avec
ſes Gardes ,&luy fit couper la
tête. On croit qu'il eût ſous
main quelque ſomme d'argent
pour ſauver l'enfant des
nouveaux fupplices qu'on luy
préparoit.
J'aurois abregé confiderablement
ce que j'ay tiré
d'Olearius , de Tavernier , de
Chardin & des autres Voya
HISTORIQUE. 143
geurs , fi aprés m'eſtre informé
exactement de la Religion
& des Moeurs des Perfans &
des Armeniens par ceux mêmes
qui font icy , ce que j'en
ay appris ne m'avoit pas parû
trop conforme à ce qu'on
nous en a laiſſé par écrit, pour
oferl'écrire moy-même,d'une
façon nouvelle ; fauf neanmoins
à ceux qui l'avoient lû
ailleurs , à s'épargner la peine
dele lire icy. Mais retournons
s'il vous plaiſt , Meffieurs , à
noſtre Ambaſſadeur.
Il partit d'Erivan comme
nous l'avons dit plus haut
744 JOURNALH
&
le . Mats pour fe
rendre à Smyrne , où aprés
quarante jours de marche,il
arriva le 28. Avril de la même
année , avec Ayoubehant
toute la fuite qui alors étoit
fort nombreuſe. Il fit auffi
toft avertir fecretement de
CatMfhoneMode Fontenu
Gonful François à Smyrne
Il loy recommanda la diligen
ce&lefecretpour fonembarquement:
illuy confiavecles
Lettres,les Preſents du Roy
fonMaſtre , qu'il fit embaler
dans desabales de foye , &
embarquer en même temps
fur
HISTORIQUE. 145
ſur un Navire François qui ſe
trouva dans le Port , preſt à
mettre à la voile ; & qui en
effet ſe hâta de prendre la
route de Marſeille , où il arri
va heureuſement.
Quatre ou cinq jours aprés
Agoubebant deguifé en matelot
, s'embarqua dans un autre
Navire , & ſuivit ſes Preſens.
Cependant legrand Doüa.
nier ſe méfiant du Perſan ,
&jugeant par le grand nombre
de Domestiques qu'il
avoit , qu'il n'étoit rien moins
qu'un Marchand, commed'abord
le bruit en avoit couru ,
Février 1715. N
4
746 JOURNALI
& encore moins un Pelerin
qui alloit à la Mecque ycom
me il le diſoitluy même, foupçonna
que tous les difcours
qui couroient fur ce ſujet,renfermoient
quelques myſteres,
il forma le defſſein de s'en éclaircir
, & pour cet effet , il mic
de tous les coſtez des Eſpions
en campagne pour examiner
les actions du faux Pelerin, &
pour empêcher qu'il ne pût
Juy échapper par Mer , ni par
Terre. En même temps il donna
avis de ſes ſoupçons à la
Porte.
Cependant Mehemet Riza
HISTORIQUE. 147
:
Beg aprés avoir refté vinge
ſept jours à Smyrne,& recon
nu l'impoſſibilité où il étoit
des'y embarquer pour laFran+
ce , ſe détermina à prendre la
routedeConſtantinople, dans
l'eſperance d'en pouvoir for.
tir plus facilement que de
Smyrne , & d'y demeurer du
moins inconnu juſqu'à ce que
M. Defalleurs pût luy facili
ter les moyens de ſe tirer des
mains des Turcs.
Il mit onze jours à ſe rens
dre de Smyrne à Brufſe , où il
séjourna fix jours , pour at
tendre la réponſe d'un Exprés
Nij
148 JOURNALH ,
qu'il avoit ſecretement dépêché
vers M. Defalleurs , afin
de luy donner avis de ſon ar
rivée dans cetteVillegg hop
Le Sieur Padery Secretaire
Interprete du Roy , Athenien
de Nation , fut choifi par M.
Deſalleurs pour aller luy rendre
la réponſe qu'il attendoit
à Bruſſe , pour luy dire qu'il
jugeoit à propos qu'il ne vint
pas avec tout fon monde , à
Conſtantinople , & qu'il fe
contentat ſeulement d'y
amener un ou deux de fes
Domeſtiques. Le Perfan ne
fut pas de cet avis , parce qu'il
HISTORIQUE. 149
croyoit avoir lieu de ſe méfier
de pluſieurs de ſes gens , craignant,
s'il les quittoit , que ce
qu'ils pourroient dire de luy
aprés ſon départ , ne luy fût
plus nuiſible , que cette marche
derobée , ne luy pourroit
être utile. Ainſi au licu
d'accepter cette propofition ,
il envoya à l'Ambaſſadeur
de France , Paderi, &fon Lieutenant
nommé Kadinchain
Perfan deNation , homme ex
pert dans les affaires , pour luy
remontrer que les difficultez
qu'il luy objectait eſtoient infurmontables
, qu'il falloit au
Niij
SO JOURNALH
contraire qu'ilarrivaravectout
fonmondeà Conſtantinople ,
&qu'on ne s'attachât uniquement
qu'à luy trouver une
maiſon écartée , où il pur ſe
diſpoſer on ſeureté à profi
ter du premier embarquementqui
ſe preſenteroit; que
c'étoit là en un mot la ſeule
choſe qu'il demandoit. Neanmoins
avant de ſuivre co
deſſein, Monfieur Defalleurs
luy fit propoſer encore
par le meſme Kadinchain de
venir à Conſtantinople de
guiſé ſous la figure d'un Marchand
&de ſe rendre dans
HISTORIQUE. ISI
un Camp comme le font ordinairement
les Marchands
Perfans. Que là il feroit plus
facile de trouver des expedients
pour ſon évaſion.Cette
propoſtion fut encore moins
goûtée que la premiere ,& en
confequence des inconveniens
dontelle parut environnée ,le
Kadinchain remontra à l'Ambaffadeur
deFrance, qu'il étoit
impoſſible de riſquer de s'expoſer
dans un Camp deMarchands
, fans courir le danger
d'eſtre reconnu à chaque inf
Lieu d'Assemblée pour les Marchands
Armeniens& Perfans.
Ninj
SA JOURIN A LIH
tant parades Armeniens ou
Perſans qui arrivent tous les
jours à Conftantinoplejoice
qui feroit trés préjudiciable à
l'Ambaffadeur de Perfe , veu
les avis qu'on avoitreceus à la
Portedetoutes parts ,& prin
cipalement du Grand Doüa
nier de Smyrne , qui le croyoin
plutôt ce qu'il étoit veritablement
, oudu moinsun Eſpion
dépêché pour enlever le frere
du Roy de Perſo , ou celuy
qui prend cette qualité , qui
eſt entre les mains des Turcs à
Lemnos ,que pourunJoü allier
ou un Pelerin comme on le
1
HISTORIQUE. S
publioit.Toutes ces objec
tions bien examinées ,M. Dofalleurs
duy fit offrit un afyle
dans ſon Palais ; mais Kadinchain
s'oppoſa à cet avis , en-
• core plus fortement qu'iln'avoit
fait aux autres. Il remon
tra que cette demarche ſuffis
roit pour attirer des affaires
trés-fâcheuſes à ſon Maiſtre ,
non ſeulement par rapport à
fa fuite nombreuſe , mais en
core parce qu'il ſçavoit que le
Doüanier de Smyrne avoit de
taché aprés luy deux Efpions
qui l'avoient ſuivy juſqu'à
Bruffe,&qui ne manqueroient
254 JOURNALHI
pas de le ſuivre juſqu'à Conf
rantinople. Enfin il fut arrêté
qu'il defcendroitdansunemai
fon , fur le Canal de la Mer
Noire,dans le quartier nommé
Kourouchechemée aufh-tô la
Veuve LoürfeBerot,Françoife,
Maiſtreſſe de la maiſon qu'on
luy choifit, eût ordred'en met
tre en poffeffion le St Paderi ,
qui endonnales clefs auKadına
chain pour y introduire ſon
Maistre incognito.op 21 ףילכ
Le ſecond jourde fon arri
vée M. Defalleurs députa
Paderi pour aller le comp
plimenter de la part , & luy
HISTORIQUE. ISS
dire que tout étoit prêt pour
fon embarquement , qu'il ſe
difpofât à partir le lendemain
au matin pour ſe rendre fecretement
au Port de Troye;
( c'est maintenant un Portdefert,
au lieu même où l'on dit que fût
l'ancienne &fameuse Ville de
Troye , qui a fait ,&quifait
encore àpreſent tant de bruitdans
lemonde. ) qu'il y trouveroit
laBarque nommée la Vierge
de Grace commandée par le
Capitaine Eſtiennede Cuges ,
& que Paderi l'y attendroit ,
qu'au reſte il ne luy recom
mandoit de gagner cette rade
15G JOURNALIH
en diligence , que pour préve
nir les dangers qu'il trouvoit
àle faire embarquer à Conf
tantinople.co
Mehemet Riza Beg , dit à
Paderi ,après avoir receu le
compliment del'Ambaffadeur
de France , qu'il enverroit
avantde partir , fon Lieutenant
, le remercier des foins
qu'il ſe donnoit pour luy.
Mais malheureuſement il fut
arrêté le même ſoir dans ſa
maifon par un ordre du
Grand Seigneur qui fut executé
par les gens du * Chaoux
*Grand Prevost 3
HISTORIQUE.
Bachi , du a Bostangi Bachi ,
& du grand Doüanier , chez
qui il fut mené d'abord avec
fon Secretaire Akond & lon
Kadinchain , où il fut interrogé
, & de la transferé chez le
Chaoux Bachi , de chez le
Chaoux Bachi, chez les b Reys
Effendi, où il fut encore interrogé
en prefence du grand
Tefterdar , dudKiaia duVifir,
&de pluſieurs autres grands
Officiers de la Porte , qui luy
foutinrent qu'ils avoient des
Grand fardinieregise bari
b ChefdeFruftice.nepal.
c Grand Treforier.
d Lieutenant du grand Vifir
4
5S JOURNALIH
avis certains qu'il étoit Am
baſſadeur du Roy de Perfo
& qu'il alloit en Franceplib
écouta tranquillement tout ce
qu'ils depoſerent contre luy ,
&leur répondit d'un air fimple
& ingenu , qu'il n'étoit
rien moins que ce qu'ils
croyoient , que le Roy de
Perſe avoit trop de ſujets
illuſtres par leur naiſſance &
par leur dignité ,& dignes de
porter les grands titres qu'ils
luy fuppofoient , pour l'honorer,
luy chetive creature,de
la qualité de ſon Ambaſſadeur
auprés de l'Empereur de FranHISTORIQUE.
159
un
cerCependant ſe ſentantvive.
ment preffé il leur fiton
difcours plein de feu & d'éloquence
,qu'il finit par un ferment
qu'il n'étoit ni Marchandini
Ambaſſadeur ; mais
un Pelerin , un fidele Mahometan
, un Muſſulman zelé ,
& qu'il alloit à la Mecque ,
pour accomplir , s'il pouvoit ,
Je voeuqu'il avoit fait de voir
le Tombeau du Prophete
avant de mourir. En un mot
il répondit à toutes les queftions
qu'ils luy firent avec tant
de force , de juſtefle , & de
preſenec d'esprit qu'il leur.
TOURNTUH
ferma la Bouche. W fut neang
moins remis entre les mains
du Chioux Bacchhii qui eur ors
dre de le garder avec fon
Akond , fon Kadinchain &
deux autres domeſtiques qui
le fervoient.
Le lendemain on fut viſiter
ſa maiſon , ton équipage .
fes hardes , ſes papiers ,& on
arreſta tous ſes gens qui furent
mis dans les prifons de la
Doüane ; mais il avoit fi bien
pris ſes meſures à Smyrne ,
qu'on ne trouva rien qui pût
dépoſer contre luy. Cependant
quoyque toutes ces ap
parences
HISTORIQUE. 161
parences luy fuffent favorablleess
,, on l'amena le même ſoir
avec fon Secretaire dans une
grande chambre , où on les
viſita encore juſques dans les
plis les plus fecrets de leurs vêremens.
Il avoit heureuſement
eu la précaution de donner le
Sceau de fes Armes , ou celuy
de fa Charge , à fon Secretaire
qui l'avoit enterré dans un
trou de la chambre où on
l'avoit enfermé la veille. Ce
qu'il y cût de plus fâcheux
pour luydans la rigueur de fes
perquiſicions , ce fut de ſe voir
obligé de déchirer & avaller
Février 1715.
162 JOURNALIHI
dix une Lettre de change de
mille piſtoles que le Kan d'Erivan
luy avoit donnée à prendre
, ſur le compte d'un gros
Marchand Armenien, nommé
Agabap , pour en recevoir la
valeur d'un de ſes neveux à
Conſtantinople.
à force
Paderi qui fut informé de
tout ce qui ſe paſſoit
de diligence & de ſoins , &
qu'on alloit refferrer encore
plus étroitement qu'on n'avoit
fait , Mehemet Riza Beg , fut
apprendre ces facheuſes nouvelles
àM. Defalleurs qui en
fut allarmé ,& qui luy donna
HISTORIQUE. 163
2010
la deffus ordre de redoubler
fes attentions , pour s'informer
directement , ou indirec
rement de ce qu'il deviendroit.
Il mit en effet tout en uſage,
pour s'mftruire du fort qu'on
luy deſtinoit , il přit toute for
re de figures , il te déguifa de
routes les manieres, tantoften
Juif, tantoſt en Armenien ,
tantoſt en Eſclave. A la fa
veur de ces déguiſemens , il
s'introduiſit chez les Grands ,
il ſe meſla avec leurs domeftiques
, en un mot il s'y prit fi
bien , que chaque jour , on
lay contoit , comme à un
Oij
264 JOURNALIH
homme fans conſequence st
toutes les circonstances d'une
affaire dont on ne le croyoit
pas fort curieux. Tantoſt on
luy diſoit que le Perfan qui
étoitdans la priſon duChaoux
Bachi , étoit reconnu pour
Eſpion , & que fon procés
étoit fait, tantoſt qu'on alloit
l'exiler , ou l'envoyer aux gale.
res , lorſqu'enfin on luyjura ,
qu'on étoit fûr qu'il étoit Ambaffadeurdu
Roy de Perſe en
France , qu'il étoit convaincu
d'avoir voulu traverſer les
Erats du Grand Seigneur
fans faire partde ſa Miſſion à
HISTORIQUE. 168
la Porte,qu'il alloit eſtre travé
comme un Elpion ; & qu'il
ne pouvoit plus en un mot
éviter la mort que fon attentat
meritoit. Il fut là-deſſus
rendre compte à M. Delalleurs
de tout ce qui le paſſoit.
Le peril étoit extrême , il y falloit
un prompt remede , ou le
Perfan alloit perir. Auffi ne
negligea til tien pour le tirer
d'un pas fi dangereux. Il cmploya
ſes ſoins , les preſents ,
For l'argent& ſes amis ,tout
enfin pour luy procurer fon
élargiſſement.
Sur ces entrefaites Paderi
166 JOURNALH
qui ne pouvoit nullement en
trer dans la maison duChaoux
Bachi , quoy qu'il fut de fes
amis , parce qu'il y étoit trop
connu , trouva le moyen de
s'aboucher avec un des Do
meſtiques de Mehemet Riza
Beg, qui (par grace fingulière )
alloit & venoir dans la Ville,
pourit acheter les provifions
neceſſaires à ſonMaiſtre. Il luy
donna plufieurs rendez vous ,
&receut de luy un détail de la
façon dont on traitoit l'Ambaffadeur.
En même temps
Paderi luy apprit tout ce que
M. Defafleurs faifoir pour fa
HISTORIQUE. 167
délivrance , & luy recommanda
de l'en informer pour l'encourager
: mais quelques jours
aprés luy avoir donné ces efperances
, les affaires de Mehemet
parurent encore plus
deſeſperées que jamais . Le même
Domestique vint dire à
Paderi qu'on devoit inceſſamment
faire mourir fon Maiftre;
que tous les jours ſes gens
étoient horriblement tourmentez
, qu'oonn les aſſommoit
de coups de bâton , qu'on les
menaçoit du feu , & qu'on les
appliquoit à la queſtion , pour
los obliger à déclarer ce qu'il
168 JOURNAL
étoit. Cependant nul d'entre
cux n'en voulut jamais rien
faire , ny par promelles , ny
par menaces.
(Un pareil exemple de conftance&
de fidelité , ſeroit , fr
je ne me trompe , bien rare
en France. )
Alors Paderi qui crût qu'il
n'y avoit plus rien à en efperer
, fut dire à M. Defalleurs
ce qu'il en penfoir. M. Defalleurs
auffi rôt le chargea d'un
double billet qu'il luy commanda
de donner au Domef
tique de l'Ambaſfadeur , afin
qu'il le remit entre les mains
de
1
HISTORIQQUUEE.. 169
de ſon Maiſtre , à qui l'un de
ces deux billets devoit apprendre
l'uſage qu'il pouvoit faire
de l'autre.
Fermer
562
p. 59-66
Nouvelles. [titre d'après la table]
Début :
Les lettres de Barcelonne portent que sur l'avis qu'on [...]
Mots clefs :
Guerre, Munitions, Majorque, Barcelone
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles. [titre d'après la table]
Les lettres deBarcelonne
portent quesur l'avis qu'on
avoit eu de l'arrivée de la
Reine à Madrid, les peuples
en avoient fait de grandes
réjoüiances pendant
trois jours. & même ils ont
nomme des deputez pour
aller la complimenter ;
qu'on continuoit les preparatifs
pour l'expedition de
Majorque,qu'on devoit
entreprendre vers la fin de
ce mois; & qu'il étoit arrivé
d'A licante en ce port un
gros convoy de toutes sorres
de munitions, & même
des habits & des armes
pour les troupes; qu'on y
conftruifoit douze galeres,
& beaucoup de bâtimens
plats pour le transport des
troupes; & qu'on avoit arrêté
divers particuliers, que
l'on a soupçonnez d'avoir
porté les armes pendant la
rebellion. Ces lettresajoûtent
qu'on avoit appris par
des transfuges venus de
Majorque sur un petit bâtiment,
que les peuples de
cette islen'étaient aucunement
resolus de se défendre
; qu'il n'y avoit que le
Viccroy & les principaux
OSciers qui persistoient à
le vouloir, se flatant d'avoir
de secours
; qu'ils continu
ientà se fortifier, & à
remplir leurs magasins de
vivres & de munitions de
< guerre, qu'ils font venir de
Cagliary & de Naples. On
n'avoit pas encore commencé
à reparer les fortifications
de la ville qui ont
été ruïnées pendant le siesdere,;
& on attendoit des orde
la Cour: mais les
Ca:>ucins& lesCordeliers
rétbliflent leursConvents.
On mande de Perpignan,
qu'on yavoit eu avis de Gironne
, qu'il étoit arrivé
beaucoup de chevaux à
Barcelonne & aux environs,
& qu'il étoit entré
dans le port de cette ville
plusieurs bâtimens venant
d'Alicante, dont les uns
Soient chargez de muni,
tions de guerre & de bou
£he, & les autres de selles,
de pistolets, de mousquetons,
de Cabres, de buffles,
& autres équipages pour U
cavalerie; que l'on travailloit
à Barcelonne avec une
diligence extraordinaire à
mettre en état toutes choses
pour l'attaque de Majorque.
Ces lettresajoutent
qu'il etoit arrivé dans cette
cap rale un grand nombre
de canonniers de marine,
& des charpentiers pour
faire des affuts de canons
marins d'une nouvelle invention.
On a même appris de
Toulon, qu'on pressoit l'armement
des vaisseauxciui
doivent être employez à
l'expedition de Majorque; qu',on .avoit commence, à,
charger des munitions de
guerre
guerre pour l'artillerie, ôc
tout devoit être prêt pour
le
1 5. de ce mois. Nous,ai.
vons déja plusieurs bâtimens
qui croisent devant
le port pour empêcher que
rien n'entre dans l'Isle. Ces
lettres ajoûtent qu'il étoit
péri le 16. sur nos côtes un
bâtiment Genois qui aété
jette par un coup de vent;
& de tout l'équipage
,
il
nhe os'enmestmsauvéeqsue.dix
< Le Grand Maître de Malthe
a fait freterdans ceport
des vaisse aux pour servir au
transport des Chevaliers de
Ma'the qui doivent passer
par Toulon pour y aller, &
où ils doivent se rendre le
15 de Mars. Un vaisseau de
Livourne arrivé dans ce
port a rapporte que deux
Corsaires d'Alger ont attaqué
un vaisseau Hollandois,
qui s'est si bien déf,
ndu, qu'il en a coulé un
à fond, & a donnéla chasse
à l'autre pendant plus de
quarre heures.
Suivons, Me/ïîeurs, l'ar
ticle des nouvelles, pendant
que nous y sommes.
portent quesur l'avis qu'on
avoit eu de l'arrivée de la
Reine à Madrid, les peuples
en avoient fait de grandes
réjoüiances pendant
trois jours. & même ils ont
nomme des deputez pour
aller la complimenter ;
qu'on continuoit les preparatifs
pour l'expedition de
Majorque,qu'on devoit
entreprendre vers la fin de
ce mois; & qu'il étoit arrivé
d'A licante en ce port un
gros convoy de toutes sorres
de munitions, & même
des habits & des armes
pour les troupes; qu'on y
conftruifoit douze galeres,
& beaucoup de bâtimens
plats pour le transport des
troupes; & qu'on avoit arrêté
divers particuliers, que
l'on a soupçonnez d'avoir
porté les armes pendant la
rebellion. Ces lettresajoûtent
qu'on avoit appris par
des transfuges venus de
Majorque sur un petit bâtiment,
que les peuples de
cette islen'étaient aucunement
resolus de se défendre
; qu'il n'y avoit que le
Viccroy & les principaux
OSciers qui persistoient à
le vouloir, se flatant d'avoir
de secours
; qu'ils continu
ientà se fortifier, & à
remplir leurs magasins de
vivres & de munitions de
< guerre, qu'ils font venir de
Cagliary & de Naples. On
n'avoit pas encore commencé
à reparer les fortifications
de la ville qui ont
été ruïnées pendant le siesdere,;
& on attendoit des orde
la Cour: mais les
Ca:>ucins& lesCordeliers
rétbliflent leursConvents.
On mande de Perpignan,
qu'on yavoit eu avis de Gironne
, qu'il étoit arrivé
beaucoup de chevaux à
Barcelonne & aux environs,
& qu'il étoit entré
dans le port de cette ville
plusieurs bâtimens venant
d'Alicante, dont les uns
Soient chargez de muni,
tions de guerre & de bou
£he, & les autres de selles,
de pistolets, de mousquetons,
de Cabres, de buffles,
& autres équipages pour U
cavalerie; que l'on travailloit
à Barcelonne avec une
diligence extraordinaire à
mettre en état toutes choses
pour l'attaque de Majorque.
Ces lettresajoutent
qu'il etoit arrivé dans cette
cap rale un grand nombre
de canonniers de marine,
& des charpentiers pour
faire des affuts de canons
marins d'une nouvelle invention.
On a même appris de
Toulon, qu'on pressoit l'armement
des vaisseauxciui
doivent être employez à
l'expedition de Majorque; qu',on .avoit commence, à,
charger des munitions de
guerre
guerre pour l'artillerie, ôc
tout devoit être prêt pour
le
1 5. de ce mois. Nous,ai.
vons déja plusieurs bâtimens
qui croisent devant
le port pour empêcher que
rien n'entre dans l'Isle. Ces
lettres ajoûtent qu'il étoit
péri le 16. sur nos côtes un
bâtiment Genois qui aété
jette par un coup de vent;
& de tout l'équipage
,
il
nhe os'enmestmsauvéeqsue.dix
< Le Grand Maître de Malthe
a fait freterdans ceport
des vaisse aux pour servir au
transport des Chevaliers de
Ma'the qui doivent passer
par Toulon pour y aller, &
où ils doivent se rendre le
15 de Mars. Un vaisseau de
Livourne arrivé dans ce
port a rapporte que deux
Corsaires d'Alger ont attaqué
un vaisseau Hollandois,
qui s'est si bien déf,
ndu, qu'il en a coulé un
à fond, & a donnéla chasse
à l'autre pendant plus de
quarre heures.
Suivons, Me/ïîeurs, l'ar
ticle des nouvelles, pendant
que nous y sommes.
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Résumé : Nouvelles. [titre d'après la table]
Le texte décrit les préparatifs de l'expédition de Majorque. À Madrid, l'arrivée de la Reine a été célébrée par des festivités populaires et des députés ont été désignés pour la féliciter. À Barcelone, des munitions, habits et armes sont acheminés, et douze galères ainsi que plusieurs bâtiments plats pour le transport des troupes sont en construction. Des individus suspects de rébellion ont été arrêtés. Des transfuges de Majorque signalent une population locale peu disposée à se défendre, bien que le vice-roi et les officiers principaux espèrent des renforts. Les fortifications de la ville, endommagées lors du siège, restent non réparées, mais les couvents des Capucins et des Cordeliers sont rétablis. À Perpignan, des nouvelles de Gérone mentionnent l'arrivée de nombreux chevaux et de bâtiments chargés de munitions à Barcelone. Des canonniers et charpentiers préparent l'attaque de Majorque. À Toulon, l'armement des vaisseaux est en cours, avec des bâtiments surveillant le port pour empêcher toute entrée sur l'île. Un vaisseau génois a fait naufrage sur les côtes, et le Grand Maître de Malte a affrété des vaisseaux pour transporter les Chevaliers de Malte à Toulon. Un vaisseau de Livourne a rapporté une attaque de corsaires algériens contre un vaisseau hollandais, qui a coulé un des corsaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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563
p. 165-184
De Madrid ce 26 Février 1715.
Début :
Sa Majesté a nommé M. le Cardinal del Judice pour Ministre [...]
Mots clefs :
Madrid, Marquis, Roi, Gouvernement, Brigadier, Gouverneur, Province, Barcelone, Maréchaux, Lieutenant, Castille, Grenade, Andalousie, Valence, Murcie, Aragon, Catalogne, Galice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Madrid ce 26 Février 1715.
DeMadridce 26 Février 1715.
Sa Majesté a nommé M. le
Cardinal del Judice pourMiniſtre
d'Etat avec ordre des af
fairesEtrangeres: pour laGuer
re,le Marquis de Bedmar: pour
les Indes , le Comte de Frigiliana
: pour la Marine , & le
Commerce , le Duc de Veraguas
: & pour fon Ambaffadeur
à la Cour de France , le
Prince de Chelamar , Grand
Ecuyer de la Reine noſtre
Maîtreffe .
Sa Majesté tres -Chrétien166
MERCURE
1
ne a auſſi nommé pour fon
Ambaffadeur en cette Cour
le Duc de S. Aignan .
LeRoynôtre Sire a accordé
aux Lieutenans Generaux ,
Marêchaux de Camp , & autres
Chefs , les emplois fuivans.
1
EnCatalogne.
LeGouvernement de Tarragone
au Lieutenant GeneralDom
Joſeph Armendarix:
la Lieutenance de Roy de la
même Province , au Brigadier
& Colonci Dom Martin
Bonco: la Lieutenance deRoy
de Barcelone au Brigadier
GALANT. 167
Dom Pedro Rubio , leGouvernement
de Montjoü , au
Colonel Dom Juan de Leon ,
leGouvernement de Gironne
au Lieutenant General le Baron
de Capres : la Lieutenance
de Roy de Gironne au Brigadier
Dom Antonio Manſo :
le Gouvernement de Laleu de
Urgel&CaſtelCiudad auLieutenant
General Dom Profper
Borboom : celuy de Puycerda
au Maréchal de Camp Dom
Melchior Mendieta : celuy de
Cardonne au Brigadier Dom
Fernando Pinacho : celuy de
Oſtalric au Brigadier Dom
168 MERCURE
Manuel Maldonado .
C En Arragon .
Le Gouvernement de Jaca
au Maréchal de Camp Marquis
de Villa Fuerte : la Licutenance
de Roy de Xaca au
Colonel Dom Francifco Ruix
de la Torre : celuy de Venafque
au Sergent Major Dom
Juan Prieto : celuy de Muella
au Lieutenant Colonel Dom
Sebastien Ninpho de Nuix
deUribé : 1 Employ de Sergent
Major de Sarragoſſe au
LieutenantColonel Dom Guilen
Clou de Gufman,
En
GALANT. 169
1
En Valence.
Le Gouvernement d'Ali.
cante au Maréchal de Camp
Dom Joſeph de Chaves : la
Lieutenance de Roy de Denia
au Meſtre de Camp Dom
Francifco Antonio Morales.
Dans le Royaume de Murcie.
La Lieutenance de Roy de
Cartagene au Colonel Martin
Prompt de Madrid.
CoftedeGrenade.
Le Gouvernement de Malaga
au Lieutenant General
Dom Horaclo Copola.
Cofte d'Andaloufie.
LeGouvernement de Cadis
Mars 1715 . P
170 MERCURE
au Lieutenant General Marquis
deCeva Grimaldi.
Eftramadure Caſtille.
LeGouvernement de BadajozauLieutenantGeneralDom
Diego Iſturiz : le Gouvernement
d'Alcantara auMaréchal
de Camp Dom Thomas Vicentelo:
celuy de Ciudad Rodrigo
au Maréchal de Camp
Dom Blas Dragonet : celuy de
la Moralija au Capitaine de
Cavalerie Dom Ignacio Capacho.
Galice.
Le Gouvernement de la
Corogne au Meſtre de Camp
GALANT. 171.
Dom Joſeph Azuara : celuy
de Vigo au ColonelDom Joſeph
de los Herreros, & ils ont
ordre de commander en la
maniere ſuivante.
Catalogne.
Pour le commandementdes
Vigueries de Barcelone & de
Vich , le Lieutenant General
&Gouverneur de Barcelone
- Marquis de Lede :pour celuy
des Vigueries de Tarragone ,
Monblanc& Panades, le Lieutenant
General Dom Joſeph
de Armendariz , Gouverneur
de Tarragone : pour celuy de
la Viguerie de Tortoſe , le
Pij
172 MERCURE
Gouverneur de la Place , &
Lieutenant General Chevalier
de Croye , & en fon abfence
le Lieutenant General Dom
Tiberio Caraffa : pour celuy
des Vigueries de Gironne , &
Campredon , le Lieutenant
General Baron de Capres , &
en ſon abſence Dom Feliciano
Bracamonte : pour celuy
des Vigueries de Puicerda,Cervera&
Mantela, le Lieutenant
General & Gouverneur d'Urgel,
DomGeorge Profpera de
Borbofna : pour le comman-
•dement des Vigueries deBalaguer
, Lerida , Agramont , &
GALANT. 173
Tarraga,avec refidence enBa
laguer , au Lieutenant General
Dom DiegoAlarçon : pour
commander dans la Ville &
Viguerie de Vich , le Marechal
de Camp Dom Feliciano
Bracamonte : pour le commandement
de Balaguer , le
Maréchal de Camp Dom Pablo
Magno: pour commander
en Villa Franca , le Maréchal
de Camp Comte de Mongeorge
: pour commander
dans Igualada , le Maréchal de
Camp Dom Henrique Graffeton
: pour commander dans
Mataro, le Maréchal deCamp
1
Piij
174 MERCURE
Chevalier de Lede: pour commander
dans Campredon , le
Marechal deCamp Dom An
toniodel Caftillo : pour commander
dans Manresa , leMa
rechalde Camp Comtede Le
cheren:pour commander dans
laConcade Tremp , leBrigadier
Dom Loüis deAponte.
Arragon.
Pour commander dans le
territoire de Catalayud , Tarragone
Tervel , Alcanis , &
autres lieux , à la droite de l'Ebre
, avec reſidence dans Catalayud
, le Lieutenant Gene.
ral Dom Nicolas de Angulo :
GALANT. 175
pour commander dansTatra.
gone , le Maréchal de Camp
Dom Dominge du Luques :
pour commander dans Tervel,
le Maréchal deCampDom
Fernando Hipolito de laFaille:
pour commander dans Benavarre
y Ribargoça , le Marêchal
de Camp Dom Francifco
Fernandez de Ribadeo.
Valence.
Pour commander depuis el
Jucar , juſques à la Raya de
Murcie , le Lieutenant General
Dom Lucas Spinola.
: Murcie. 5
Pour commander dans le
Piiij
176 MERCURE
Royaume de Murcie , le Lieus
tenant General Marquis de
Mirabel.
Cofte de Grenade.
Pour commander ſur la côte
aux ordres duCapitaine Ge.
neral de Coſte , le Lieutenant
General Dom Gonçalo
Cegny , &le Maréchal de
CampComte de Louvigny..
Coſte d' Andaloufie.
Pour commander fur la côte
aux ordres du Capitaine General
Garde Côtes , le Licutenant
General Dom Domingo
Reco , & les Maréchaux de
Camp Dom Rafael Diars de
1
GALANT . 177
Mendivil , & Dom Gabriël
Cano.
Eftramadure.
Pour commander ſur la
Frontiere aux ordres du Capitaine
General de la Province ,
le Marquis de Kailus , Lieutenant
General,& Dom Miguel
Pontde Mendoza ,& les Marêchaux
de Camp Dom Loüis
de Cordoüa,&DomAntonio
Pignatelly.
Frontiere de Caſtille.
Pour commander ſur la
Frontiere aux ordres du Capiz
taine General de la Province
d'Eſtramadure , le Lieutenant
178 MERCURE
General Dom Alonzo de Ef
cobar,& le Maréchal deCamp
Marquis de San Vicente.
Galice.
Pour commander aux ordres
du Capitaine General du
Royaume , les LieutenansGeneraux
Dom Thomas de los
Cobos , & Dom Antoine de
Zuniga.
:
7.
De Madrid ce 12. Mars.
2. Le Duc de S. Aignan a
receu des Lettres de creance
du Roy tres - Chrétien pour
refider en cette Cour , en quaGALANT
179
lité de fon Ambaſſadeur ; l'on
a auſſi nommé il y a environ
huitjours le Prince de Chelamar
pour aller en celle de
France , avec le même caracte
re , fans cependant quitter fa
Charge de Grand Ecuyer de
• la Reine : il a ordre de partir
promptement , & les politi
ques affurent que l'on a fait
choix de ce Seigneur , comme
mieux informé qu'un autre
des cauſes de la diſgrace de la
Princeſſe des Urfins & de M.
Orry,& plus en érat par confequent
d'en rendre taiſon à
la Courde France.
180 MERCURE
Le Roy a declaré que le
pouvoir qu'il adonné au Duc
de Veraguas , regarde le
Commercedes Indes, comme
celuy d'Eſpagne , ce qui n'a
pas peu mortifié le Comte de
Frigiliana à qui cette declaration
ôte une bonnepartie de
l'autorité qu'il avoit comme
Preſident , bien loin de l'augmenter
, comme il avoit tou
jours penſé que cela dût
arriver.
Il ya trois jours que M.
Martinet Commandant de
trois Navires François , arriva
de Cadis : il avoit refuſé de
1
GALANT. 181
paſſer avec eux à l'expedition
de Mayorque , il s'y eſt enfin
reſolu , moyennant quelque
argent qu'on luy a donné ,
conformement à ce dont on
eſtoit convenu.
Le Comte de Las Torres
Commiſſaire general de l'Infanterie&
de laCavalerie d'Efpagne
, ayant vû que lanominationdu
Marquis de Bedmar
au miniſtere de la guerre , luy
ôtoit l'autorité que ſon employ
de Commiſſaire general
luy donnoir ; s'eſt reſolu à le
quitter , auſſi bien quele Confeil
de guerre , touché d'ail
182 MERCURE
leurs du peu de compte que
l'on a fait de ſes longs ſervices
, & de ce que dans le nombredes
Gouvernemens qui ſe
font donnez la ſemaineprecedente
, on ne s'eſt pas ſouvenu
du Marquis de Navalbalcuencas
fon fils , qui eſt Lieutenant
General.
L'on a donné l'Evêché de
Cadis à l'Evêque de Gironde ,
qui a actuellement le départe
ment desFinances ;& pour celuy
d'Ofma , on l'a donné à
Dom PhelippeTabuadaCommiſſaire
general de la Croiſade
; mais on n'a pas appris jufGALANT.
183
ques icy qu'il l'ast accepté.
Cet Eccleſiaſtique ayant repreſenté
au Roy qu'il étoit de
la derniere conſequence de défendre
les maſcarades & les
bals qui ſe font introduits depuis
quelques années , à cauſe
des defordres qui en refultoient
frequemment;l'on donna
ordre au Préſident de Caftille
d'expedier des proviſions,
ce qui ayant été rapporté au
Duc de S. Aignan qui avoit
donné un feſtin magnifique le
Jeudy precedent , il reprefenta
à Sa Majesté ,qu'ayant refolu
d'en donner un la nuit & le
184 MERCURE
lendemain, ceque l'on nepouvoit
l'empêcher de faire comme
Ambaſladeur , il demandoit
que l'on permit aux conviez
d'y aſſiſter comme cela
s'étoit juſques alors pratiqué ,
ce qui luy fût accordé , & que
quiconque voudroit donner
de pareilles Feſtes endemanderoft
auparavant permiffion .
Par le Courrier d'Utrecht
on a receu le Traité de Paix
ſigné par les Plenipotentiaires
des Couronnes d'Eſpagne &
de Portugal , & l'on travaille
actuellement à la ratification.
Sa Majesté a nommé M. le
Cardinal del Judice pourMiniſtre
d'Etat avec ordre des af
fairesEtrangeres: pour laGuer
re,le Marquis de Bedmar: pour
les Indes , le Comte de Frigiliana
: pour la Marine , & le
Commerce , le Duc de Veraguas
: & pour fon Ambaffadeur
à la Cour de France , le
Prince de Chelamar , Grand
Ecuyer de la Reine noſtre
Maîtreffe .
Sa Majesté tres -Chrétien166
MERCURE
1
ne a auſſi nommé pour fon
Ambaffadeur en cette Cour
le Duc de S. Aignan .
LeRoynôtre Sire a accordé
aux Lieutenans Generaux ,
Marêchaux de Camp , & autres
Chefs , les emplois fuivans.
1
EnCatalogne.
LeGouvernement de Tarragone
au Lieutenant GeneralDom
Joſeph Armendarix:
la Lieutenance de Roy de la
même Province , au Brigadier
& Colonci Dom Martin
Bonco: la Lieutenance deRoy
de Barcelone au Brigadier
GALANT. 167
Dom Pedro Rubio , leGouvernement
de Montjoü , au
Colonel Dom Juan de Leon ,
leGouvernement de Gironne
au Lieutenant General le Baron
de Capres : la Lieutenance
de Roy de Gironne au Brigadier
Dom Antonio Manſo :
le Gouvernement de Laleu de
Urgel&CaſtelCiudad auLieutenant
General Dom Profper
Borboom : celuy de Puycerda
au Maréchal de Camp Dom
Melchior Mendieta : celuy de
Cardonne au Brigadier Dom
Fernando Pinacho : celuy de
Oſtalric au Brigadier Dom
168 MERCURE
Manuel Maldonado .
C En Arragon .
Le Gouvernement de Jaca
au Maréchal de Camp Marquis
de Villa Fuerte : la Licutenance
de Roy de Xaca au
Colonel Dom Francifco Ruix
de la Torre : celuy de Venafque
au Sergent Major Dom
Juan Prieto : celuy de Muella
au Lieutenant Colonel Dom
Sebastien Ninpho de Nuix
deUribé : 1 Employ de Sergent
Major de Sarragoſſe au
LieutenantColonel Dom Guilen
Clou de Gufman,
En
GALANT. 169
1
En Valence.
Le Gouvernement d'Ali.
cante au Maréchal de Camp
Dom Joſeph de Chaves : la
Lieutenance de Roy de Denia
au Meſtre de Camp Dom
Francifco Antonio Morales.
Dans le Royaume de Murcie.
La Lieutenance de Roy de
Cartagene au Colonel Martin
Prompt de Madrid.
CoftedeGrenade.
Le Gouvernement de Malaga
au Lieutenant General
Dom Horaclo Copola.
Cofte d'Andaloufie.
LeGouvernement de Cadis
Mars 1715 . P
170 MERCURE
au Lieutenant General Marquis
deCeva Grimaldi.
Eftramadure Caſtille.
LeGouvernement de BadajozauLieutenantGeneralDom
Diego Iſturiz : le Gouvernement
d'Alcantara auMaréchal
de Camp Dom Thomas Vicentelo:
celuy de Ciudad Rodrigo
au Maréchal de Camp
Dom Blas Dragonet : celuy de
la Moralija au Capitaine de
Cavalerie Dom Ignacio Capacho.
Galice.
Le Gouvernement de la
Corogne au Meſtre de Camp
GALANT. 171.
Dom Joſeph Azuara : celuy
de Vigo au ColonelDom Joſeph
de los Herreros, & ils ont
ordre de commander en la
maniere ſuivante.
Catalogne.
Pour le commandementdes
Vigueries de Barcelone & de
Vich , le Lieutenant General
&Gouverneur de Barcelone
- Marquis de Lede :pour celuy
des Vigueries de Tarragone ,
Monblanc& Panades, le Lieutenant
General Dom Joſeph
de Armendariz , Gouverneur
de Tarragone : pour celuy de
la Viguerie de Tortoſe , le
Pij
172 MERCURE
Gouverneur de la Place , &
Lieutenant General Chevalier
de Croye , & en fon abfence
le Lieutenant General Dom
Tiberio Caraffa : pour celuy
des Vigueries de Gironne , &
Campredon , le Lieutenant
General Baron de Capres , &
en ſon abſence Dom Feliciano
Bracamonte : pour celuy
des Vigueries de Puicerda,Cervera&
Mantela, le Lieutenant
General & Gouverneur d'Urgel,
DomGeorge Profpera de
Borbofna : pour le comman-
•dement des Vigueries deBalaguer
, Lerida , Agramont , &
GALANT. 173
Tarraga,avec refidence enBa
laguer , au Lieutenant General
Dom DiegoAlarçon : pour
commander dans la Ville &
Viguerie de Vich , le Marechal
de Camp Dom Feliciano
Bracamonte : pour le commandement
de Balaguer , le
Maréchal de Camp Dom Pablo
Magno: pour commander
en Villa Franca , le Maréchal
de Camp Comte de Mongeorge
: pour commander
dans Igualada , le Maréchal de
Camp Dom Henrique Graffeton
: pour commander dans
Mataro, le Maréchal deCamp
1
Piij
174 MERCURE
Chevalier de Lede: pour commander
dans Campredon , le
Marechal deCamp Dom An
toniodel Caftillo : pour commander
dans Manresa , leMa
rechalde Camp Comtede Le
cheren:pour commander dans
laConcade Tremp , leBrigadier
Dom Loüis deAponte.
Arragon.
Pour commander dans le
territoire de Catalayud , Tarragone
Tervel , Alcanis , &
autres lieux , à la droite de l'Ebre
, avec reſidence dans Catalayud
, le Lieutenant Gene.
ral Dom Nicolas de Angulo :
GALANT. 175
pour commander dansTatra.
gone , le Maréchal de Camp
Dom Dominge du Luques :
pour commander dans Tervel,
le Maréchal deCampDom
Fernando Hipolito de laFaille:
pour commander dans Benavarre
y Ribargoça , le Marêchal
de Camp Dom Francifco
Fernandez de Ribadeo.
Valence.
Pour commander depuis el
Jucar , juſques à la Raya de
Murcie , le Lieutenant General
Dom Lucas Spinola.
: Murcie. 5
Pour commander dans le
Piiij
176 MERCURE
Royaume de Murcie , le Lieus
tenant General Marquis de
Mirabel.
Cofte de Grenade.
Pour commander ſur la côte
aux ordres duCapitaine Ge.
neral de Coſte , le Lieutenant
General Dom Gonçalo
Cegny , &le Maréchal de
CampComte de Louvigny..
Coſte d' Andaloufie.
Pour commander fur la côte
aux ordres du Capitaine General
Garde Côtes , le Licutenant
General Dom Domingo
Reco , & les Maréchaux de
Camp Dom Rafael Diars de
1
GALANT . 177
Mendivil , & Dom Gabriël
Cano.
Eftramadure.
Pour commander ſur la
Frontiere aux ordres du Capitaine
General de la Province ,
le Marquis de Kailus , Lieutenant
General,& Dom Miguel
Pontde Mendoza ,& les Marêchaux
de Camp Dom Loüis
de Cordoüa,&DomAntonio
Pignatelly.
Frontiere de Caſtille.
Pour commander ſur la
Frontiere aux ordres du Capiz
taine General de la Province
d'Eſtramadure , le Lieutenant
178 MERCURE
General Dom Alonzo de Ef
cobar,& le Maréchal deCamp
Marquis de San Vicente.
Galice.
Pour commander aux ordres
du Capitaine General du
Royaume , les LieutenansGeneraux
Dom Thomas de los
Cobos , & Dom Antoine de
Zuniga.
:
7.
De Madrid ce 12. Mars.
2. Le Duc de S. Aignan a
receu des Lettres de creance
du Roy tres - Chrétien pour
refider en cette Cour , en quaGALANT
179
lité de fon Ambaſſadeur ; l'on
a auſſi nommé il y a environ
huitjours le Prince de Chelamar
pour aller en celle de
France , avec le même caracte
re , fans cependant quitter fa
Charge de Grand Ecuyer de
• la Reine : il a ordre de partir
promptement , & les politi
ques affurent que l'on a fait
choix de ce Seigneur , comme
mieux informé qu'un autre
des cauſes de la diſgrace de la
Princeſſe des Urfins & de M.
Orry,& plus en érat par confequent
d'en rendre taiſon à
la Courde France.
180 MERCURE
Le Roy a declaré que le
pouvoir qu'il adonné au Duc
de Veraguas , regarde le
Commercedes Indes, comme
celuy d'Eſpagne , ce qui n'a
pas peu mortifié le Comte de
Frigiliana à qui cette declaration
ôte une bonnepartie de
l'autorité qu'il avoit comme
Preſident , bien loin de l'augmenter
, comme il avoit tou
jours penſé que cela dût
arriver.
Il ya trois jours que M.
Martinet Commandant de
trois Navires François , arriva
de Cadis : il avoit refuſé de
1
GALANT. 181
paſſer avec eux à l'expedition
de Mayorque , il s'y eſt enfin
reſolu , moyennant quelque
argent qu'on luy a donné ,
conformement à ce dont on
eſtoit convenu.
Le Comte de Las Torres
Commiſſaire general de l'Infanterie&
de laCavalerie d'Efpagne
, ayant vû que lanominationdu
Marquis de Bedmar
au miniſtere de la guerre , luy
ôtoit l'autorité que ſon employ
de Commiſſaire general
luy donnoir ; s'eſt reſolu à le
quitter , auſſi bien quele Confeil
de guerre , touché d'ail
182 MERCURE
leurs du peu de compte que
l'on a fait de ſes longs ſervices
, & de ce que dans le nombredes
Gouvernemens qui ſe
font donnez la ſemaineprecedente
, on ne s'eſt pas ſouvenu
du Marquis de Navalbalcuencas
fon fils , qui eſt Lieutenant
General.
L'on a donné l'Evêché de
Cadis à l'Evêque de Gironde ,
qui a actuellement le départe
ment desFinances ;& pour celuy
d'Ofma , on l'a donné à
Dom PhelippeTabuadaCommiſſaire
general de la Croiſade
; mais on n'a pas appris jufGALANT.
183
ques icy qu'il l'ast accepté.
Cet Eccleſiaſtique ayant repreſenté
au Roy qu'il étoit de
la derniere conſequence de défendre
les maſcarades & les
bals qui ſe font introduits depuis
quelques années , à cauſe
des defordres qui en refultoient
frequemment;l'on donna
ordre au Préſident de Caftille
d'expedier des proviſions,
ce qui ayant été rapporté au
Duc de S. Aignan qui avoit
donné un feſtin magnifique le
Jeudy precedent , il reprefenta
à Sa Majesté ,qu'ayant refolu
d'en donner un la nuit & le
184 MERCURE
lendemain, ceque l'on nepouvoit
l'empêcher de faire comme
Ambaſladeur , il demandoit
que l'on permit aux conviez
d'y aſſiſter comme cela
s'étoit juſques alors pratiqué ,
ce qui luy fût accordé , & que
quiconque voudroit donner
de pareilles Feſtes endemanderoft
auparavant permiffion .
Par le Courrier d'Utrecht
on a receu le Traité de Paix
ſigné par les Plenipotentiaires
des Couronnes d'Eſpagne &
de Portugal , & l'on travaille
actuellement à la ratification.
Fermer
564
p. 185-193
Détail des Troupes destinées à la Conquéte de l'Isle de Mayorque. [titre d'après la table]
Début :
EMBARQUEMENT pour l'Isle de Maïorque. 1715. Escadres. Cavalerie. Noms [...]
Mots clefs :
Infanterie, Escadre, Artillerie, Embarquement, Île de Majorque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Détail des Troupes destinées à la Conquéte de l'Isle de Mayorque. [titre d'après la table]
EMBARQUEMENT
pour l'Ile de Maïorque.
1715 .
Efcadres.
Cavalerie.
Noms de Patrons. Nombre de Cavalerie.
ESCADRE ROUGE.
Patron Loüis Monginas. 29.
P. Paul. Regis . 22.
P. Antoine Lazaro ... 24.
P.Miquel Benza. 28.
P. Jean Balez. 29 .
P. Claude Noart. 22. •
P. Salvador Vina. 28,
Mars1715.
186 MERCURE
P. Eſtefano Caumel . 33.
P. Franciſque Aſtruit.
P. Loüis Blando .
26.
• 26 .
1
P. Antoine Cavaille. • 31 .
P. Jean Girard. • 34.
P. Salvador Chapus. 24. •
356.
ESCADRE BLEUE.
P. Lazaro Henry. 30.
P. Gabriël Gefly. 31.
P. Claudio Beaumont.. 31.
P. Antoine Arnaud. • 31.
P. Brillant. 23.
P. Honora Vina. : 31
P. Thomas Beringuer.. 31.
1 GALANT. 187
P. Jacques Ferret. 36.
P. Barthelemy Aubin. • 28.
P. Jean Pruna . 33 .
30.5.
豐ESCADRE VERTE.
P. Jean Lambardo. 26.
P. Gaffen . 124
P. Barthelemy Françon. 37.
P. Ifaac Originez. 31 .
P. Gabriël Viat . 37.
P. Botin. 34.
P. Germain Amirato. . 30.
P. Vincent Caumet. . 33 .
P. Guillaume Roux... 28.
P. André Cavalon. 30.
Qij
188 MERCURE
P.Antoine Frem .
1
ARTILLERIE.
30.
340.
P. Bartolomé Ferro . 21.
P. Jean Baptifte Serra. • IS.
P. Diego Malato. 16.
:
P. Auguſtin Pedemonte. 16.
P. Nicolas Salas. 10.
P. Jaime Caferro. 17.
P. Gregoire Caſſenauve. 14.
P. Geniflo Raffo . 19.
P. Eſtefano Aubin. .. IS.
P. PaulGond. II.
154.
GALANT. 18 ,
ESCADRE BLANCHE.
P. Antoine Meau. • 24.
P. Jean Berard... 61.
P. Jean Gin. 3.2.
P. JoſephCaufel ..
P. Antoine Pato.
32.
.. 31.
P. Joſeph Ruffa. 26.
206.
Total general 1361. Cava
liers ouChevaux.
... MERCURE
INFANTERIE .
Noms des Vaiſſeaux. Nombre d'Hommes.
Le Pembrok... 200. •
Campaneli. 200. •
Barlovento . 200.
Le Real. 200, •
LaVierge deGrace. 250.
L'Hermionne.
250.
Le Prince des Afturies .
.250.
La Junon. 250.
La Surpriſe... 250.
L'AigledeNantes. 250.
Le S. Philipe. 200.
La Reine. 200.
Le S. Fernand. 250
GALANT. 191
Le Tigre.
La Fleche. •
250.
100.
Six Galeres , cent hommes
chacune. • 600.
L'Hermitana. • 150.
La Serena. 150.
La Mariana. 350.
Le Pontchartrain . • 350.
La Galere S. Nicolas. 375.
La Providence. 150.
Le Violent. 400.
Le S. Jacques à pied. 200.
Le S. Jacques à choval. 200.
Le S. Jean.250.
Notre-DamedebonVoyage.
200.
Le Violon, 100%
1-92 MERCURE
Le S. Antoine. 100.
Elcarbodebifa.. 100.
La Polacre S. Antoine. 100.
Patron Chirombas . • 80.
P. Loüis Suart... 80.
P. Auxilio.
:
50.
P. Malueſia . 100.
P. Gabriël Daroca. So.
P. Bernardi Jorda. 80.
P. Nicolas Santo. 100.
P. Philipe Delmas. 100.
P. Nicolas Merle. 100.
P. Nicolas de Nant. 100.
P. Dominique Bayette, so.
P. Franciſque Ferro. 25.
P. Jean Jullien. so.
P. Claude Calamant. 100
P.
GALANT . 193
P. Camel Belandre . So.
Le Vaiſſeau de M. d'Eſtienni.
200.
P. Jean Sebau. 100.
Le S Jean. .. 300.
Le Contant. 300.
P. Banafco. 100.
P. Angelo. roo.
P. Roldorat deCanet. 160.
P. Alexandre Sicart. 150.
Le Porte-Epie. • 200.
Le Prince des Afturies Eſcadre
de M. de Mary. 200,
Total 10000. hommes.
pour l'Ile de Maïorque.
1715 .
Efcadres.
Cavalerie.
Noms de Patrons. Nombre de Cavalerie.
ESCADRE ROUGE.
Patron Loüis Monginas. 29.
P. Paul. Regis . 22.
P. Antoine Lazaro ... 24.
P.Miquel Benza. 28.
P. Jean Balez. 29 .
P. Claude Noart. 22. •
P. Salvador Vina. 28,
Mars1715.
186 MERCURE
P. Eſtefano Caumel . 33.
P. Franciſque Aſtruit.
P. Loüis Blando .
26.
• 26 .
1
P. Antoine Cavaille. • 31 .
P. Jean Girard. • 34.
P. Salvador Chapus. 24. •
356.
ESCADRE BLEUE.
P. Lazaro Henry. 30.
P. Gabriël Gefly. 31.
P. Claudio Beaumont.. 31.
P. Antoine Arnaud. • 31.
P. Brillant. 23.
P. Honora Vina. : 31
P. Thomas Beringuer.. 31.
1 GALANT. 187
P. Jacques Ferret. 36.
P. Barthelemy Aubin. • 28.
P. Jean Pruna . 33 .
30.5.
豐ESCADRE VERTE.
P. Jean Lambardo. 26.
P. Gaffen . 124
P. Barthelemy Françon. 37.
P. Ifaac Originez. 31 .
P. Gabriël Viat . 37.
P. Botin. 34.
P. Germain Amirato. . 30.
P. Vincent Caumet. . 33 .
P. Guillaume Roux... 28.
P. André Cavalon. 30.
Qij
188 MERCURE
P.Antoine Frem .
1
ARTILLERIE.
30.
340.
P. Bartolomé Ferro . 21.
P. Jean Baptifte Serra. • IS.
P. Diego Malato. 16.
:
P. Auguſtin Pedemonte. 16.
P. Nicolas Salas. 10.
P. Jaime Caferro. 17.
P. Gregoire Caſſenauve. 14.
P. Geniflo Raffo . 19.
P. Eſtefano Aubin. .. IS.
P. PaulGond. II.
154.
GALANT. 18 ,
ESCADRE BLANCHE.
P. Antoine Meau. • 24.
P. Jean Berard... 61.
P. Jean Gin. 3.2.
P. JoſephCaufel ..
P. Antoine Pato.
32.
.. 31.
P. Joſeph Ruffa. 26.
206.
Total general 1361. Cava
liers ouChevaux.
... MERCURE
INFANTERIE .
Noms des Vaiſſeaux. Nombre d'Hommes.
Le Pembrok... 200. •
Campaneli. 200. •
Barlovento . 200.
Le Real. 200, •
LaVierge deGrace. 250.
L'Hermionne.
250.
Le Prince des Afturies .
.250.
La Junon. 250.
La Surpriſe... 250.
L'AigledeNantes. 250.
Le S. Philipe. 200.
La Reine. 200.
Le S. Fernand. 250
GALANT. 191
Le Tigre.
La Fleche. •
250.
100.
Six Galeres , cent hommes
chacune. • 600.
L'Hermitana. • 150.
La Serena. 150.
La Mariana. 350.
Le Pontchartrain . • 350.
La Galere S. Nicolas. 375.
La Providence. 150.
Le Violent. 400.
Le S. Jacques à pied. 200.
Le S. Jacques à choval. 200.
Le S. Jean.250.
Notre-DamedebonVoyage.
200.
Le Violon, 100%
1-92 MERCURE
Le S. Antoine. 100.
Elcarbodebifa.. 100.
La Polacre S. Antoine. 100.
Patron Chirombas . • 80.
P. Loüis Suart... 80.
P. Auxilio.
:
50.
P. Malueſia . 100.
P. Gabriël Daroca. So.
P. Bernardi Jorda. 80.
P. Nicolas Santo. 100.
P. Philipe Delmas. 100.
P. Nicolas Merle. 100.
P. Nicolas de Nant. 100.
P. Dominique Bayette, so.
P. Franciſque Ferro. 25.
P. Jean Jullien. so.
P. Claude Calamant. 100
P.
GALANT . 193
P. Camel Belandre . So.
Le Vaiſſeau de M. d'Eſtienni.
200.
P. Jean Sebau. 100.
Le S Jean. .. 300.
Le Contant. 300.
P. Banafco. 100.
P. Angelo. roo.
P. Roldorat deCanet. 160.
P. Alexandre Sicart. 150.
Le Porte-Epie. • 200.
Le Prince des Afturies Eſcadre
de M. de Mary. 200,
Total 10000. hommes.
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565
p. 195-196
A Venise le 23. Mars 1715.
Début :
Toute l'Europe est trop attentive sur les mouvements des [...]
Mots clefs :
Turcs, Troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Venise le 23. Mars 1715.
A Venise le 2.3. Mars 1715.
Toute l'Europe est trop attentive
sur les mouvements
des Turcspour ne pas souhaiter.
d'apprendre au moins le
nombre des Troupes que les
Venitiens, qui sont le plus exposez
à leur puissance,leur opposent.
Toute l'Europe est trop attentive
sur les mouvements
des Turcspour ne pas souhaiter.
d'apprendre au moins le
nombre des Troupes que les
Venitiens, qui sont le plus exposez
à leur puissance,leur opposent.
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566
p. 196-201
DISTINCTION de l'Armée de la Republique de Venise, qui est en Mer.
Début :
Voicy un état de leur Armée Navale. / ARMÉE LEGERE. GALERES. 1. Bastarde pour le Capitaine General. 1. [...]
Mots clefs :
Armée de la République de Venise, Armée navale, Mer, Vaisseaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISTINCTION de l'Armée de la Republique de Venise, qui est en Mer.
Voicy un état de leur
Armée Navale.
DISTINCTION
de ïdrmée de la Republique
de Venise, qui est en Mer.
ARME'E LEGERE.
GALERES.
I. Bastarde pour le Capitaine
General.
I. Pour le Provediteur d'Armée.
I. La Capitaine du Golfe.
I. Gouverneur des Condamnez.
Nobles Sopra Comiti.
",
I. Benoist Ciurano.
I Philip. Antoine Boldu.
I. Jean Fofcarini.
I. Mathieu Soranzo.
I. Pierre Louis Bembo.
I. Louis Gritti.
I. Vincent Capello.
I. JeanBoldu.
I. Vincent Loredan.
I. Justin Dona.
<
I. P erre Minotto.
I. Jean Badoer.
I.Jean Querini,
I. AngePasqualigo.
I. Jean Paul Bragadin.
,
I. VictorBon.
I. Jerôme- Marie Balbi. jj
2. Galeres de Dalmatie.
4. des Isles duLevant.
Les Galeres sont ij
outre les auxiliaires.
I. GCaleassae. pAnteoinel-lMoari.e
1. Galeasse. Georges Grimani.
Il y a outre cela autant de
Galeottes renforcées.
GROSSE XPMEIE.
Vaisseaux du premier Rffîg.
La Couronne.
La Colombe d'or.
Le Grand'Alexandrc.
La Croix rouge.
La Valeur.
Le Neptune.
La Lignesacrée.
La Rose.
S. André.
S.Nicolas.
L'Iris.
LaVictoire.
L'Hercule.
La Constance..
L'Aquilete.
Le Fenix.
S. François.
La Salute.
S. Pierre.
Les susdits i<>. Vaisseaux
font déja en Levant.
Outre lesquels
4. du Pape.
4. De Malthe.
Quatre doivent partir aprés
Pâques:Sçavoir,
L'Aigle Vatiere.
LaFoy.
La Terreur.
La Reine de la Mer.
( Et plusieurs Vaisseaux de
transport armez en guerre qui
feront mis en cordon, en cas
de combat.
Plusieurs autresBastiments
de differentes qualitez pour
servir detransport.
Armée Navale.
DISTINCTION
de ïdrmée de la Republique
de Venise, qui est en Mer.
ARME'E LEGERE.
GALERES.
I. Bastarde pour le Capitaine
General.
I. Pour le Provediteur d'Armée.
I. La Capitaine du Golfe.
I. Gouverneur des Condamnez.
Nobles Sopra Comiti.
",
I. Benoist Ciurano.
I Philip. Antoine Boldu.
I. Jean Fofcarini.
I. Mathieu Soranzo.
I. Pierre Louis Bembo.
I. Louis Gritti.
I. Vincent Capello.
I. JeanBoldu.
I. Vincent Loredan.
I. Justin Dona.
<
I. P erre Minotto.
I. Jean Badoer.
I.Jean Querini,
I. AngePasqualigo.
I. Jean Paul Bragadin.
,
I. VictorBon.
I. Jerôme- Marie Balbi. jj
2. Galeres de Dalmatie.
4. des Isles duLevant.
Les Galeres sont ij
outre les auxiliaires.
I. GCaleassae. pAnteoinel-lMoari.e
1. Galeasse. Georges Grimani.
Il y a outre cela autant de
Galeottes renforcées.
GROSSE XPMEIE.
Vaisseaux du premier Rffîg.
La Couronne.
La Colombe d'or.
Le Grand'Alexandrc.
La Croix rouge.
La Valeur.
Le Neptune.
La Lignesacrée.
La Rose.
S. André.
S.Nicolas.
L'Iris.
LaVictoire.
L'Hercule.
La Constance..
L'Aquilete.
Le Fenix.
S. François.
La Salute.
S. Pierre.
Les susdits i<>. Vaisseaux
font déja en Levant.
Outre lesquels
4. du Pape.
4. De Malthe.
Quatre doivent partir aprés
Pâques:Sçavoir,
L'Aigle Vatiere.
LaFoy.
La Terreur.
La Reine de la Mer.
( Et plusieurs Vaisseaux de
transport armez en guerre qui
feront mis en cordon, en cas
de combat.
Plusieurs autresBastiments
de differentes qualitez pour
servir detransport.
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567
p. 235-240
Reception de M. Duchevron en la Charge de Prevost General des Camps & Armées du Roy, par Messieurs les Marêchaux de France, au Parlement. [titre d'après la table]
Début :
& le nouveau Ceremonial dont je vais les entretenir dont [...]
Mots clefs :
Armées du roi, Cérémonial, Charge
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Reception de M. Duchevron en la Charge de Prevost General des Camps & Armées du Roy, par Messieurs les Marêchaux de France, au Parlement. [titre d'après la table]
& le nouveau Ceremonial
dont je vais les entretenir
va me servir de vehi.
cule pour leur presenter d'autres
objets.
Le six de ce mois M.le Marêchal
de Villcroy
,
Doyen des
Maréchaux de France
,
Meffleurs
les Marêchaux de Villars,
d'Estrées, de Tessé
,
de
Matignon & de Montesquiou
serendirent au Parlement àla
Connestablie, pour y recevoir
M. Duchevron dans la Charge
de Prevost General de la
Connestablie, Gendarmerie,
Maréchaussee de France & des
Camps & Armées du Roy, vacante
par la mort de feu M.
de la Coste, & que le Roy
luya donnée en consideration
de ses longs services, & pour
le dédommager dela perte de
sa Charge de Lieutenant des
Gardes du Corps de feu Monseigneur
le Duc de Berry. Le
jour destinépour sareception,
la Compagniede laConnstablie
attendit au bas de TcC
calier de la Sainte Chapelle,
Messieurs les Marêchauxde
France qui arriverent
à onze heures du
matin. Dés qu'ils parurent
on leur presenta à chacun
un bouquet, les Gardes fç
mirent fous les armes, les
tambours battirent aux
champs,&les trompettes
&les hautbois sonnerent,
&lesaccompagnerent juf.,
qu'àlaConnêtablie,où1SI
prirent séance chacun félonleur
rang. On ylûtles
Provisions en commandement
accordées par SaMajesté
à M. Duchevron , aprés quoy on fût aux opinions
qui luy furent toutes
favorables. Il prêta ensuite
ferment entre les mains de
Messieurs les Maréchaux
de France. Le plus ancien
Lieutenant de la Compagnie
de la Connêtablie
presenta un Bâton de commandement
à M.le Maréchal
de Villeroy
,
qui le
remit dans les mains du
nouveau Prevost, qui prit
alors séance. Messieurs de
la Jonchere
,
de Sauroy èC
de Paparelle y prirent aussi
séance en qualité de Tre.
foriersGeneraux de l'Ordinaire6cExtraordinairedes
Guerres,. ayant voix déliberative
par la qualité de
leurs Charges.
Cette ceremonie finie
Meilleurs les Maréchaux
de France sortirent dans le
même ordre qu'ils étoient
entrez, & M. le Prevost
après les avoir remerciez,
fut joindre une douzaine
de ses amis, ( dont je fuis
du nombre ) au rendezvous
qu'il leur avoit donné
, & où le verre à la
main, nous le felicitâmes1
tous de grand coeur,sur sa.
nouvelledignité
dont je vais les entretenir
va me servir de vehi.
cule pour leur presenter d'autres
objets.
Le six de ce mois M.le Marêchal
de Villcroy
,
Doyen des
Maréchaux de France
,
Meffleurs
les Marêchaux de Villars,
d'Estrées, de Tessé
,
de
Matignon & de Montesquiou
serendirent au Parlement àla
Connestablie, pour y recevoir
M. Duchevron dans la Charge
de Prevost General de la
Connestablie, Gendarmerie,
Maréchaussee de France & des
Camps & Armées du Roy, vacante
par la mort de feu M.
de la Coste, & que le Roy
luya donnée en consideration
de ses longs services, & pour
le dédommager dela perte de
sa Charge de Lieutenant des
Gardes du Corps de feu Monseigneur
le Duc de Berry. Le
jour destinépour sareception,
la Compagniede laConnstablie
attendit au bas de TcC
calier de la Sainte Chapelle,
Messieurs les Marêchauxde
France qui arriverent
à onze heures du
matin. Dés qu'ils parurent
on leur presenta à chacun
un bouquet, les Gardes fç
mirent fous les armes, les
tambours battirent aux
champs,&les trompettes
&les hautbois sonnerent,
&lesaccompagnerent juf.,
qu'àlaConnêtablie,où1SI
prirent séance chacun félonleur
rang. On ylûtles
Provisions en commandement
accordées par SaMajesté
à M. Duchevron , aprés quoy on fût aux opinions
qui luy furent toutes
favorables. Il prêta ensuite
ferment entre les mains de
Messieurs les Maréchaux
de France. Le plus ancien
Lieutenant de la Compagnie
de la Connêtablie
presenta un Bâton de commandement
à M.le Maréchal
de Villeroy
,
qui le
remit dans les mains du
nouveau Prevost, qui prit
alors séance. Messieurs de
la Jonchere
,
de Sauroy èC
de Paparelle y prirent aussi
séance en qualité de Tre.
foriersGeneraux de l'Ordinaire6cExtraordinairedes
Guerres,. ayant voix déliberative
par la qualité de
leurs Charges.
Cette ceremonie finie
Meilleurs les Maréchaux
de France sortirent dans le
même ordre qu'ils étoient
entrez, & M. le Prevost
après les avoir remerciez,
fut joindre une douzaine
de ses amis, ( dont je fuis
du nombre ) au rendezvous
qu'il leur avoit donné
, & où le verre à la
main, nous le felicitâmes1
tous de grand coeur,sur sa.
nouvelledignité
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568
p. 100-104
A Palma, Capitale de Mayorque, ce 15. Avril. Situation des affaires de Mayorque.
Début :
Le Marquis de Rubis Commandant de Mayorque a caché tant [...]
Mots clefs :
Marquis, Roi, Majorque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Palma, Capitale de Mayorque, ce 15. Avril. Situation des affaires de Mayorque.
APalma,Capitale deMayorque,
ce 15. Avril vod
1
Situation des affaires deMayortant
que.
Le Marquis de Rubis CommandantdeMayorque
acaché
ant qu'il a pû au peuplele projet
que S. M. C. a fait pour réduire
cette Iſle à fon obéillance:
le peuple en ayant été informé
a fait des cabales pour
traverſer ce deſſein ; il a exilé
divers Mayorquins du party
du Roy d'Eſpagne. La No
GALANT. 101
bleſſe& tous les habitans des
Villages ſuivent le party du
Roy , il n'y a que la Ville de
Palmaoù ſont tous les principaux
Rebelles , & Refugiez
depuis la priſe de Barcelone ;
les bons ſujets du Roy , &
ceux qui craignent les malsheurs
de la guerre& la perte
de leurs biens , n'attendent
que la vue de l'Armée de M.
d'Asfelds , ou le débarque-
-ment des Troupes , pour con .
tribuer à la réduction de l'ifle .
La Garniſon de Palma
confifte en 700. chevaux du
pays ,montez par des Mique-
I inj
101 MERCURE
lets fugitifs de Catalogne
750. Allemands , & quelques
Religionnaires François ,un
Regiment de 400. hommes
Mayorquins,&un autreRegi
ment depluſieurs Nations qui
contient 750. hommes , &
So. hommes de la Colonelle,
faifant en tout deux mille
deux cent à deux mille trois
cent hommes.
On a apporté de Naples
vingt-deux pieces d'artillerie ,
de la poudre , des grenades ,
que les Mayorquins ont payez
deleur argent.
Le Marquis de Rubis a fait
GALANT. 103
i
faire des retranchemens avec
des fafcines par tous les endroits
où l'on peut débarquer ,
&il a fait mettre quatre pieces
de canon à chaque endroit.
On a fortifié la Ville de
Palma , & fait une Redoute
ou Fortereffe auCap blanc.02
On a tiré du Château d'Alcudia
, Don Joſeph Pons de
Leon ,& on a mis un Catalan
enfa place, ДНО
Le Marquis de Rubis aprés
avoir tiré des Negotians &
des Juifs Chrétiens qui font
dans la place , vingt- huit mille
piſtoles en diverſes occafions ,
I iiij
104 MERCURE
demande au commun de la
Ville ſoixante mille écus pour
le beſoin de la guerre, ce qui
cauſebiendumurmure parmy
le peuple , qui fait cependant
courir lebruit qu'il attendde
Naples un convoy tres - confiderable:
inq olalob
LeGouverneur d'Yvice Don
Domingo Canales a eſtéchangé,
&l'on a mis en ſa place le
nommé Vailly , frere du Marquis
d'Elpual , Chef des Volontaires
de Barcelone.
ce 15. Avril vod
1
Situation des affaires deMayortant
que.
Le Marquis de Rubis CommandantdeMayorque
acaché
ant qu'il a pû au peuplele projet
que S. M. C. a fait pour réduire
cette Iſle à fon obéillance:
le peuple en ayant été informé
a fait des cabales pour
traverſer ce deſſein ; il a exilé
divers Mayorquins du party
du Roy d'Eſpagne. La No
GALANT. 101
bleſſe& tous les habitans des
Villages ſuivent le party du
Roy , il n'y a que la Ville de
Palmaoù ſont tous les principaux
Rebelles , & Refugiez
depuis la priſe de Barcelone ;
les bons ſujets du Roy , &
ceux qui craignent les malsheurs
de la guerre& la perte
de leurs biens , n'attendent
que la vue de l'Armée de M.
d'Asfelds , ou le débarque-
-ment des Troupes , pour con .
tribuer à la réduction de l'ifle .
La Garniſon de Palma
confifte en 700. chevaux du
pays ,montez par des Mique-
I inj
101 MERCURE
lets fugitifs de Catalogne
750. Allemands , & quelques
Religionnaires François ,un
Regiment de 400. hommes
Mayorquins,&un autreRegi
ment depluſieurs Nations qui
contient 750. hommes , &
So. hommes de la Colonelle,
faifant en tout deux mille
deux cent à deux mille trois
cent hommes.
On a apporté de Naples
vingt-deux pieces d'artillerie ,
de la poudre , des grenades ,
que les Mayorquins ont payez
deleur argent.
Le Marquis de Rubis a fait
GALANT. 103
i
faire des retranchemens avec
des fafcines par tous les endroits
où l'on peut débarquer ,
&il a fait mettre quatre pieces
de canon à chaque endroit.
On a fortifié la Ville de
Palma , & fait une Redoute
ou Fortereffe auCap blanc.02
On a tiré du Château d'Alcudia
, Don Joſeph Pons de
Leon ,& on a mis un Catalan
enfa place, ДНО
Le Marquis de Rubis aprés
avoir tiré des Negotians &
des Juifs Chrétiens qui font
dans la place , vingt- huit mille
piſtoles en diverſes occafions ,
I iiij
104 MERCURE
demande au commun de la
Ville ſoixante mille écus pour
le beſoin de la guerre, ce qui
cauſebiendumurmure parmy
le peuple , qui fait cependant
courir lebruit qu'il attendde
Naples un convoy tres - confiderable:
inq olalob
LeGouverneur d'Yvice Don
Domingo Canales a eſtéchangé,
&l'on a mis en ſa place le
nommé Vailly , frere du Marquis
d'Elpual , Chef des Volontaires
de Barcelone.
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569
p. 105-108
De Madrid le 15. Avril.
Début :
On a appris par des Lettres de Catalogne de la semaine [...]
Mots clefs :
Barcelone, Madrid, Troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Madrid le 15. Avril.
100De Madrid le 1 Auril
ymon a appris par des Lettres
: de Catalogne de la ſemaine
paffée , qu'on avoit retardé
Rembarquement des Troupes
deſtinées pour l'expedition de
Mayorque , parce que letems
n'eſtoitpas favorable. Ce délay
cependant , dont on ne
penetre pas bien les motifs ,
fait préſumer qu'il y aura un
ajuſtement avec les Mayorquins.
::0
M. Martinet , Comman-.
dant des quatre Navires qui
106 MERCURE
font à Cadis , doit paffer le
Détroit inceſſamment pour
joindre l'Armée de Barcelone.
Le fieur Roza reſte à Cadis
avec fon Vaiſſeau , où il attend
lePrince de Santo Buono
qu'il doit mener à ſa Viceroyauté
du Perou
Le Prince de Cellamarre ſo
difpofe àpartir pour fon Am
baffade de France.
Ala faveurduchangement
du Gouvernement , le Duc
d'Albukerque eſt forti de Segovie
pour venir folliciter à la
Cour la levéé de l'Indulte des
charges que l'on a miles fur
GALANT. 107
les effets qu'il a rapportez du
Mexique.
On a pas encore pris de reſolution
fur le reglement des
Tribunaux , ce qui inquiete
fort les gens qui ont des procez,&
l'on croit qu'il n'y aura
point deDeclaration du Roy
là deſſus , qu'aprés que S. M.
ſera arrivée à Aranjuez. On
ne doute preſque point que
Don Francifco Ronquillo ne
ſoit rétably dans la Chargede
Préſident de Caſtille
On a execuré dans Barcelone
deux fameux ſcelerats ,
compagnons de Moragas , qui
108 MERCURE
ont eu part à ſon crime , &
l'on fait le procés aux autres.
ymon a appris par des Lettres
: de Catalogne de la ſemaine
paffée , qu'on avoit retardé
Rembarquement des Troupes
deſtinées pour l'expedition de
Mayorque , parce que letems
n'eſtoitpas favorable. Ce délay
cependant , dont on ne
penetre pas bien les motifs ,
fait préſumer qu'il y aura un
ajuſtement avec les Mayorquins.
::0
M. Martinet , Comman-.
dant des quatre Navires qui
106 MERCURE
font à Cadis , doit paffer le
Détroit inceſſamment pour
joindre l'Armée de Barcelone.
Le fieur Roza reſte à Cadis
avec fon Vaiſſeau , où il attend
lePrince de Santo Buono
qu'il doit mener à ſa Viceroyauté
du Perou
Le Prince de Cellamarre ſo
difpofe àpartir pour fon Am
baffade de France.
Ala faveurduchangement
du Gouvernement , le Duc
d'Albukerque eſt forti de Segovie
pour venir folliciter à la
Cour la levéé de l'Indulte des
charges que l'on a miles fur
GALANT. 107
les effets qu'il a rapportez du
Mexique.
On a pas encore pris de reſolution
fur le reglement des
Tribunaux , ce qui inquiete
fort les gens qui ont des procez,&
l'on croit qu'il n'y aura
point deDeclaration du Roy
là deſſus , qu'aprés que S. M.
ſera arrivée à Aranjuez. On
ne doute preſque point que
Don Francifco Ronquillo ne
ſoit rétably dans la Chargede
Préſident de Caſtille
On a execuré dans Barcelone
deux fameux ſcelerats ,
compagnons de Moragas , qui
108 MERCURE
ont eu part à ſon crime , &
l'on fait le procés aux autres.
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570
p. 111-118
Autre Nouvelle au moins aussi interessante que les precedentes. Lettre de M. de la Baume, qui fait auprès de Monseigneur le Grand Prieur de France à Malthe, la fonction de Secretaire de ses Commandemens, à M. P.... A Malthe, le 12. d'Avril 1715.
Début :
Puisque j'occupe ici vôtre place, Monsieur, il est bien juste [...]
Mots clefs :
Grand maître, Grand prieur de France, Malte, Élection
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre Nouvelle au moins aussi interessante que les precedentes. Lettre de M. de la Baume, qui fait auprès de Monseigneur le Grand Prieur de France à Malthe, la fonction de Secretaire de ses Commandemens, à M. P.... A Malthe, le 12. d'Avril 1715.
Autre Nouvelle au moins auffi
Pintereffante quelesprecedentes.
Lettre de M. de la Baume , qui
fait auprés de Monseigneur
le Grand Prieur de France à
+10 Malthe ,lafonction de Secretaire
deſes Commandemens ,
àM. P....
AMalthe , le 12. d'Avril 1715.
Puiſque j'occupe icy vôtre
place , Monfieur , il est bien
MERCURE
juſte que je vous rende com
pte de nôtre voyage. Nous
Lommes partis deToulon leta
d'Avril & arrivez à Malthe le
Dimanche 7. aprés avoir ef
ſuyé pendant deux jours un
vent contraire qui incommodatous
ceux qui n'eſtoient pas
accoûtumez à la Mer. Son Alreffe
s'eſt toûjours bien portéc.
Elle fut receuë de la mahiere
du monde la plus honorable.
Le Conſeil avoit deputé
deuxGrandsCroix pour luy aller
faire compliment ſur ſon
bord,&le GrandMaiſtre luy
envoya ſon premier Maiftre
d'Hostel
GALANT
-d'Hostel & son premier Ef
cuyer. Pendant les complis
ments , le Canon de la Ville ,
celuy des Forts,& de tous les
Baſtimens qui estoient dans le
Port, firentdes decharges réïterécs.
S. A. vint àbord dans
la Chaloupe du Grand Maiftro
, dont le Carroffe l'attendoit,&
il y entra avec les deux
Grands Croix. Tout le Port
&les remparts eſtoient pleins
de peuple qui le receut avec
des cris de joye qu'il redoubloit
à tout moment. S. A
alla d'abord à l Egliſe de ſaint
Jean entendre la Meffe ,& de-
May 1715. K
114 MERCURE
là au Palais duGrand Maiſtre,
qui vint le recevoir à l'entrée
de ſon Appartement ,& l'embrafla
, ne voulant pas fouffrir
qu'il luy bailât la main. Il le
mena dans ſa chambre , où ils
s'affirent ſous le même dais &
fur deux fauteüils égaux. Son
Eminence à la droite. Lacon
verſation fut tendre &affectucuſe
de chaque part , & ces
deuxPrinces furent biencontens
l'unde l'autre. S. A. alla
à l'Hoſtel qui luy eſtoit preparé
, où elle trouva tous les
GrandsCroix de l'Auberge de
France qui l'y attendoient
GALANT S
pour luyrendre leurs devoirs.
Toutes lesLangues vinrent l'a
présmidy enCorps ,& même
icConfeil (honneur qui ne ſe
rend qulau Grand Maiſtre. )
L'Evêque , le grand Inquifi
teur , le Senechal , le General
des Galeres , ont rendu leurs
viſites particulieres. Le Conſeil
a nommé M. le Grand
Prieur Lieutenant du Grand
Maiſtre , ce qui luy donne la
premiere place aprés fonEminence,
dans toutes les ceremonies
,&même dans leCon
feil ; le droit d'être affis à table
ſous le même dais & de
Kij
116 MERCURE
manger des mêmes viandes
il prêta ferment Lundy & fut
receu Grand Croix. Il lut ledit
ferment àgenoux ſur un car
reau de velours , & le Grand
Maiſtre au lieu de luy donner
ſa main à baiſer , ſuivantace
qui ſe pratique , L'embraſfal
tendrement. Le lendemain le
GrandMaître envoyaleGrand
Prieur de Portugal à SA
pour luy demander, fi elle anl
gréeroit qu'il le nommât Generaliffime
des Troupes de
Malthe. Je vous laiffe à penfer
comment nôtre Prince receut
cette propofition . Ausp
+
CALANT. 214
25
jourd'huy ſon Eminence a envoyé
quatre Grands Croix
qui font les Miniſtres de la
Guerre ,pour annoncer às A.
que le Grand Maiftre l'avoit
nommé Generaliffime. Aprés
les complimens , M. le Grand
Prieur accompagné de ces
quatre Grands Croix , de fa
Maiſon , qui eſt , comme vous
Içavez ,compoſée de plus de
foixante perſonnes , & d'un
tres - nombreux cortege de
Chevaliers , eſt allée au Palais
pour remercier ſon Eminence;
enfuite il eſt allé rendre
quelques vifites aux princi
118 MERCURE
pauxMiniſtres de cette Cour
Inceffamment on tiendra un
Conſeil extraordinaire pour
confirmer fon Election & luy
faire prêter le ſerment. Voila
tout ce que je puis vous dire
juſqu'à aujourd'huy , & qu'il
y a apparence que nôtre Ge
neralitſime ne fera pastrop oc
cupé contre les Tures. Je
fuis,&c.
Pintereffante quelesprecedentes.
Lettre de M. de la Baume , qui
fait auprés de Monseigneur
le Grand Prieur de France à
+10 Malthe ,lafonction de Secretaire
deſes Commandemens ,
àM. P....
AMalthe , le 12. d'Avril 1715.
Puiſque j'occupe icy vôtre
place , Monfieur , il est bien
MERCURE
juſte que je vous rende com
pte de nôtre voyage. Nous
Lommes partis deToulon leta
d'Avril & arrivez à Malthe le
Dimanche 7. aprés avoir ef
ſuyé pendant deux jours un
vent contraire qui incommodatous
ceux qui n'eſtoient pas
accoûtumez à la Mer. Son Alreffe
s'eſt toûjours bien portéc.
Elle fut receuë de la mahiere
du monde la plus honorable.
Le Conſeil avoit deputé
deuxGrandsCroix pour luy aller
faire compliment ſur ſon
bord,&le GrandMaiſtre luy
envoya ſon premier Maiftre
d'Hostel
GALANT
-d'Hostel & son premier Ef
cuyer. Pendant les complis
ments , le Canon de la Ville ,
celuy des Forts,& de tous les
Baſtimens qui estoient dans le
Port, firentdes decharges réïterécs.
S. A. vint àbord dans
la Chaloupe du Grand Maiftro
, dont le Carroffe l'attendoit,&
il y entra avec les deux
Grands Croix. Tout le Port
&les remparts eſtoient pleins
de peuple qui le receut avec
des cris de joye qu'il redoubloit
à tout moment. S. A
alla d'abord à l Egliſe de ſaint
Jean entendre la Meffe ,& de-
May 1715. K
114 MERCURE
là au Palais duGrand Maiſtre,
qui vint le recevoir à l'entrée
de ſon Appartement ,& l'embrafla
, ne voulant pas fouffrir
qu'il luy bailât la main. Il le
mena dans ſa chambre , où ils
s'affirent ſous le même dais &
fur deux fauteüils égaux. Son
Eminence à la droite. Lacon
verſation fut tendre &affectucuſe
de chaque part , & ces
deuxPrinces furent biencontens
l'unde l'autre. S. A. alla
à l'Hoſtel qui luy eſtoit preparé
, où elle trouva tous les
GrandsCroix de l'Auberge de
France qui l'y attendoient
GALANT S
pour luyrendre leurs devoirs.
Toutes lesLangues vinrent l'a
présmidy enCorps ,& même
icConfeil (honneur qui ne ſe
rend qulau Grand Maiſtre. )
L'Evêque , le grand Inquifi
teur , le Senechal , le General
des Galeres , ont rendu leurs
viſites particulieres. Le Conſeil
a nommé M. le Grand
Prieur Lieutenant du Grand
Maiſtre , ce qui luy donne la
premiere place aprés fonEminence,
dans toutes les ceremonies
,&même dans leCon
feil ; le droit d'être affis à table
ſous le même dais & de
Kij
116 MERCURE
manger des mêmes viandes
il prêta ferment Lundy & fut
receu Grand Croix. Il lut ledit
ferment àgenoux ſur un car
reau de velours , & le Grand
Maiſtre au lieu de luy donner
ſa main à baiſer , ſuivantace
qui ſe pratique , L'embraſfal
tendrement. Le lendemain le
GrandMaître envoyaleGrand
Prieur de Portugal à SA
pour luy demander, fi elle anl
gréeroit qu'il le nommât Generaliffime
des Troupes de
Malthe. Je vous laiffe à penfer
comment nôtre Prince receut
cette propofition . Ausp
+
CALANT. 214
25
jourd'huy ſon Eminence a envoyé
quatre Grands Croix
qui font les Miniſtres de la
Guerre ,pour annoncer às A.
que le Grand Maiftre l'avoit
nommé Generaliffime. Aprés
les complimens , M. le Grand
Prieur accompagné de ces
quatre Grands Croix , de fa
Maiſon , qui eſt , comme vous
Içavez ,compoſée de plus de
foixante perſonnes , & d'un
tres - nombreux cortege de
Chevaliers , eſt allée au Palais
pour remercier ſon Eminence;
enfuite il eſt allé rendre
quelques vifites aux princi
118 MERCURE
pauxMiniſtres de cette Cour
Inceffamment on tiendra un
Conſeil extraordinaire pour
confirmer fon Election & luy
faire prêter le ſerment. Voila
tout ce que je puis vous dire
juſqu'à aujourd'huy , & qu'il
y a apparence que nôtre Ge
neralitſime ne fera pastrop oc
cupé contre les Tures. Je
fuis,&c.
Fermer
571
p. 37-62
Copie d'une Lettre écrite de Malte.
Début :
Enfin, Monsieur, nous voicy arrivez au Port si desiré, je [...]
Mots clefs :
Malte, Prieur, Chevaliers, Maître, Turcs, Cérémonies, Carosse, Son Éminence, Grand prieur, Grand maître, Port, Princes, Armée du roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Copie d'une Lettre écrite de Malte.
Copie d'une Lettre écrite
deMalte.
2
د
Enfin , Monfieur , nous voicy
arrivezau Port ſideſiré , je
veux dire à Malte ; nôtre navigation
a eſté des plus heureuſes
& des plus courtes
puiſque le Vaſſeau ſur lequel
j'étois embarqué a fait le trajet
deToulon icy en moins de
quatre jours. M. le Chevalier
d'Ambrolio n'a pas eſte fi heureux
que moy , car outre qu'il
a fouffert à fon ordinaire ,
craignant exceſſivement la
38 MERCURE
mer , où je n'ay point du tout
eſté malade , il n'eſt arrivé icy
que deux jours aprés nous , le
vent contraire ayant obligé
fon vaſſeau & cinq ou fix autres
chargez de Chevaliers , &
partis de Toulon en même
temps , de rendre des bords ,
& de tenir à la cappe dans le
canal de Malte , & pour ainſi
dire à nôtre vûë , pendant un
jour &une nuit , crainte de
paſſer l'Ifle ; c'eſt la choſe du
monde la plus trifte& la plus
incommode, particulierement
pour ceux qui craignent autant
la mer que luy ; mais l'en
GALANT. 39
voila quitte , & il n'y paroiſt
déja plus.
Ceux qui ſont venus ſur le
vaiſſeau qui a porté M. le
grand Prieur ont encore un
peu plus ſouffert ayant demeuré
un jour de plus que les autres
à la mer , avec un affez
mauvais temps ; ce fut le Dimanche
7. de ce mois entre
neuf & dix heures du matin
que ce Prince entra dans ce
Port au bruit des ſalves des
canons de beaucoup de vaifſeaux
François qui estoient
moüillez dans le Port , il fut
enfuite ſalué de 21. coups de
40
MERCURE
canon par la ville , & complimenté
ſur ſon Bord de la part
du Grand Maiſtre , par M. le
Commandeur d'Argini fon
Maiſtre d'Hoſtel , & le pre-'
mier Officier de la Maiſon de
Son Eminence : il le fut auſſi
au nom du grand Maiſtre du
ConfeilIpar deux grands Croix
députez du Conſeil , leſquels
ſe rendirent auffi à bord de la
Veſtale , d'oùils accompagnerent
M. le grand Prieur à l'Egliſe
de S. Jean où on l'attendoit
pour la Meffe , & enſuite
au Palais , où il rendit ſa premiere
viſite au Grand Maître ,
avec
GALANT .
41
avec les ceremonies & les circonſtances
ſuivantes.
Au débarquement ſur le
Môle , ou le Quay du Port ,
M. le grand Prieur trouva un
des caroſſes du grand Maître
attelé ſeulement de 4. Mulets,
au lieu qu'il eſt à fix chevaux ,
lorſque Son Eminence eſt dedans
ce caroſſe , dans lequel il
occupoit le fond de derriere ,
& les deux grands Croix celuy
de devant . Il fut d'abord à
l'Eglife , & aprés à la Meſſe au
Palais , où ſe trouverent plus
de ſept à huit cent Chevaliers ,
dont plus de la moitié Fran .
Juin 1715 . D
42 MERCURE
çois , avoient eſté le ſaluër ,
partie ſur ſon Bord , & partie
lorſqu'il fortit de ſa chaloupe ,
tous eurent le temps de ſe
trouver à ſa deſcente du carofſe
, lorſqu'il entra à S. Jean ,
&qu'il defcendit à la porte du
Palais, à cauſe des détours que
le caroſſe eſt obligé de prendre
& de la marche lente de
cette voiture.
M. le grand Prieur arrivant
auPalais , trouva les Gardes du
grand Maiſtre ſous les armes ,
rangez en haye , le tambour
battant aux champs , il monta
chez le grand Maiſtre , precedé
! GALANT. 43
de ce grand nombre de Chevaliers
;la fale , les anti-chambres
, & chambres de ſon Eminence
, quoique fort grandes
, contenoient à peine la
nombreuſe Chevalerie , à travers
de laquelle Elle paffa, precedée
de ſes grands & principauxOfficiers
, pour aller à la
rencontre de M. le grand
Prieur. Ce fut à peu prés aux
deux tiers de la fale , que le
grandMaiſtre le reçûr, de maniere
que ſon Eminence fit un
peu plus que la moitié du chemin
de ſa ſale. Là ils s'embraf
ferent l'un &l'autre , & fe fi-
Dij
44 MERCURE
rent reciproquement des proteſtations
d'amitié,&des complimens
qui ne furent guere
entendus ; enſuite le grand
Maiſtre ayant la droite ,&tenant
M. le grand Prieur par la
main , ils percerent à travers
de cette foule de Chevalerie ,
juſqu'à la chambre de fon
Eminence , & s'affirent fur
des fauteüils diftinguez l'un à
côté de l'autre. Ils ſe couvrirent
, & vis - à - vis d'eux , fur
d'autres fauteüils , les ſuſdits
grands Croix députez duConfeil
auffi couverts.
,
La converſation qui dura
GALANT. 45
environ une demi heure , roula
ſur les affaires preſentes , &
fur les fatigues du voyage ,
aprés quoy M. le grand Prieur
preſenta au grand Maiſtre
quelques - uns des Chevaliers
qui avoient eſté embarquez
fur fon bord , leſquels firent
leur reverence & curent l'honneur
de baifer la main de Son
Eminence; enſuite M. legrand
Prieur ſe leva & prit congé ,
&le grand Maiſtre l'accompagna
avec les mêmes ceremonies
, juſqu'auprés de l'eſcalier
, où ils ſe firent de nouvelles
proteſtations. Son Emi46
MERCURE
nence rentra dans ſa chambre
& ſe mit à table pour dîner
bien-toſt aprés .
M. le grand Prieur eftant
deſcendu de chez le grand
Maiſtre , monta en caroffe ,
avec les deux mêmes grands
Croix , & ſe rendit à la maifon
qui luy avoit eſté preparée
, il trouva à la porte un
grand nombre de Chevaliers
François&de peuple , les deux
grands Croix pour éviter le
ceremonial de l'accompagnement
, prirent congé deM. le
grand Prieur à ſa porte , qui
monta à ſa chambre , où il
۲
GALANT. 47
nous parut eſtre fort content
de cette éclatante reception ,
&des honneurs qui luy furent
faits ce jour là , tant de la part
du grand Maiſtre que de tous
les Chevaliers. A peine fut- il
entré chez luy qu'on vint
ſçavoir de la part du grand
Ecuyer , ou Cavaloriſſo Magiore
, & par ordre de Son
Eminence , fi M. le grand
Prieur avoit beſoin d'un caroſſe
, ou de quelqu'autre voiture.
Deux jours aprés ſon arrivée
, ſçavoir le 9. dece mois ,
on tint unConſeil dans lequel
M.legrandPrieur prit la féan48
MERCURE
ce dans un fauteüil de velours
rouge , galonné d'or ,& diftingué
de ceux des autres grand
Croix , placé à la teſte & à
la diſtance d'une chaiſe du
premier grand Croix qui s'affied
à la droite du Conſeil ;
c'eſt ordinairement l'Evêque ,
&aprés luy , le grand Commandeur
, chef de la Langue
Provence,à la teſtede la gauche,
c'eſt le Prieur de l'Eglife ,
&aprés luy , le Maréchal chef
de la Langue d'Auvergne.
de
Lorſque tous Meffieurs les
grands Croix eurent pris leurs
féances , chacun ſelon fon
rang ,
GALANT . 49
i
rang, le Vice Chancelier qui a
fon Bureau & fa place debour,
à la teſte de la féance du coſté
droit prés de M. le grand
Prieur , s'approcha de luy &
l'avertit de ſe lever , pour faire
ſa Profeſſion de Foy , & prêter
ſon ſerment , ce qu'il fit à
genoux ſur un careau de velours
, honneur que n'ont pas
les autres grandsCroix en pareil
cas , & aprés avoir remply
ce devoir aux pieds du grand
Maltre , & entre ſes mains
il reprit ſa place. EnſuiteMonſieur
le Bailly de la Pailleterie
en fit autant parce qu'il n'avoit
Juin 1715. E
So MERCURE
pas été à Malte depuis qu'il a
été fait grandCroix.
Cesceremonies étant achevées
, on fit fortir de la ſalle ,
ceux qui ne ſont pas du confeil
,&les portes fermées , on
delibera ſur des affaires d'Etat ,
&entre autres ſur la demande
faite par N. S. P. le Pape des
deux Eſcadres des Galeres &
des Vaiſſcaux de la Religion ,
pour aller avec celles de Sa
Sainteté au ſecours de la Republique
de Veniſe , ſurquoy il
fut fenfement reſolu de s'excuſer
d'envoyer nos deux Elcadres
, attendu nos propres beſoins
, qui dans la conjonctu
GALANT. SI
re preſente parlent d'eux même.
D'ailleurs celle de nos
Vaiſſeaux eſt partie depuis prés
d'un mois , augmentée d'un
cinquiéme Navire à cauſe de
pluſieurs tranſports de munitions
deguerrequ'elle doit faire
d'Italie , de France & d'Efpagne
, où elle doit en embarquer
quantité , & fur tout à
Barcelone , où deux de nos
Vaiſſcaux prendront celles
dont Sa Majefté Catholique a
fait un preſent à la Religion,&
ces deux Vaiſſcaux ſe rendront
àToulon , de même que celuy
qui eſt allé à Ligourne& à
E ij
52 MERCURE
Genes , car le rendez vous eſt
en Provence , pour venir de là
icy , versle 20. du mois prochain
au plus tard; & alors fi
lesTurcs avoient pris leur parti
du côté de la Morée ou ailleurs
, & qu'il n'y ait plus à
craindre pour nous , l'intention
du grand Maître & du
Conſeil étant de renvoyer
Meſſieurs les Chevaliers que la
citation a appellé ici , nos Vaifſeaux
feront employez à en
faire le tranſport , & par conſequent
on ne ſçauroit les envoyer
au ſecoursde laRepublique
qui voudroit pourtant
mploy
1
GALANT. 53
nous faire entendre que ſes
Etats menacez par les Turcs
étant plus proches de nos ennemis
, nous avons un double
interêt de l'aſſiſter de nos forces
, puiſque ſelon elle , nous
nousgarantiffons parlàdetoute
entrepriſe des Turcs ; mais
leurs repreſentations quoique
pathetiques , non plus que les
inftances & les exhortations de
Sa Sainteté , n'ont pû encore
nous perfuader ce que les uns
&les autres ont tâché de nous
infinuer par douceur.
Aprés cette longuedifgrefſion
, que j'ai cruë neceſſaire ,
ト
E iij
54 MERCURE
je reviens àMr legrand Prieur,
lequel au ſortir du Confeil
paſſa dans la Chambre du
grand Maître , qui ſuivant la
coûtume , lui attacha devant
la poitrine , le plaſtron de la
grandeCroix , auſſi bien qu'à
Mr le Bailly de la Pailleteric,
ceremonie neceſſaire , & qui
ſe pratique toûjours à l'égard
deceux qui ont été faits grand
Croix hors du Couvent , &
pendant laquelle ſon Eminence
leur dit fort poliment quelle
ſouhaitoit qu'ils la portafſent
auſſi long tems qu'il l'a
voit portée , yayant quarante
1
GALANT
trois années qu'elle étoit decorée
de cette honorable marque
dedignité.
Dans toutes ces ceremonies
on s'eſt conformé à ce qui
avoit érépratiqué autrefois ici,
à l'égard de feu Monfieur le
grand Prieur de Vendôme fon
Oncle , à cela prés que celui là
étant plus prés du ſang du Roy
Henry le Grand , on a fait
quelques choſesde moins pour
celuy-cy.
Depuis le jour de la ceremonie
du ferment , le grand
Maître , ayant reſolu de donner
àMonfieur le grand Prieur
E iiij
56 MERCURE
une nouvelle marque de diftinction
convenable à ſon
rang , & à celuy qu'il a tenu
dans les Armées du Roy , l'a
fait Capitaine General , ou Generaliſſime
des Armées , de la
maniere que Monfieur le Duc
Darpajon le fut à la precedente
citation. Son Eminence lui
en envoya donner part hier au
matin 12 de ce mois , par les
quatreGrands Croix des quatre
Nations de France , d'Italie
, d'Eſpagne , & d'Allemagne
, qui font Commiſſaires
Generaux des Guerres. Il accepta
agreablement la propoGALANT.
57
fition qu'ils luy en firent , &
d'abord aprés diné il ſe rendit
au Palais accompagné de ces
quatre grands Croix , & d'un
grand nombre de Chevaliers
François qui avoient déja été
chez lui , pour le complimenter
là deſſus , & qui furenttémoinsdes
remerciements qu'il
fit au grand Matere , dans une
Audiance de plus d'une demie
heure , durant laquelle ils s'entretinrent
apparemment de
tout ce qui pouvoit concerner
le nouveau Grade qui lui ſera
donnédans les formes accoûtumées
Lundy prochain 15. de
58 MERCURE
ce mois , dans un Conſeil qui
ſe tiendra exprés pour le nommer
avec les formalitez ordinaires..
CenouveauGrade vadon.
ner àMonfieur legrand Prieur
des mouvements &des détails
confiderables & neceffaires
pour la ſûreté& la deffenſe de
denos Ifles , & de nos Places.
Le choix qu'on a fait de faperfonne
a été generalement applaudi
de tous les François&
de la plupart des Chevaliers
des autres nations;mais il y en a
quelques-uns qui ſupportent
avec quelque forte d'impatien.
GALANT. رو
ce cette diſtinction; effet ordinaire
de la jalouſie dont le
plus grand merite , & la capacité
la plus reconnuë ne furent
jamais à couvert.
On travaille à preſent à
dreffer les Rôles , & les liſtes
de tous les Chevaliers , & plus
particulierement de ceux qui
60 MERCURE'
point encore vû , mais qui les
rendent , à ce qu'on dit inacceffibles
à nos ennemis , & à
l'heure que je vous parle , on y
tranſporte l'artillerie qu'on va
placerdans les batteries qu'on
a dreffées & preparées avec
beaucoup de ſoin , dans tous
les endroits où il convient de
mettredu canon .
Il ſeroit difficile de dire fi
cela ſera neceffaire , parce que
l'on ne voit point clair dans les
deſſeins des Turcs. En general
on ſçait ſeulement que
leur Armement de mer n'eſt
pas ſi conſiderable en Navi-
L
GALANT. 61
res de guerre , & en Galeres
qu'on le croyoit , ou qu'on
l'avoit ditd'abord : mais comme
il leur fuffiroit d'avoir un
grand nombre de Baſtimens
pour le tranſport de leurs
Troupes , Vivres , & Munitionsde
guerre de toute eſpece,&
qu'il leur feroit aiſe d'en
aſſembler promptement la
quantitéqu'il leur feroit neceffaire
, il eſt à propos de ſe tenir
de plus en plus ſur ſes gardes,
& c'eſt à quoi ontravaille ; on
le fera même dans les ſuites
avec plus de vivacité quoyque
le plus grand nombre croye
62 MERCURE
toûjours que les Turcs ne nous
en veulent pas , & qu'il ſoit
même perfuadé qu'ils font
dans l'impuiſſance de nous attaquer;
plufieurs penſent autrement&
ont raiſon , mais tout
bien compté , je ne croi pas
quenous les voyons du moins
cette année.
deMalte.
2
د
Enfin , Monfieur , nous voicy
arrivezau Port ſideſiré , je
veux dire à Malte ; nôtre navigation
a eſté des plus heureuſes
& des plus courtes
puiſque le Vaſſeau ſur lequel
j'étois embarqué a fait le trajet
deToulon icy en moins de
quatre jours. M. le Chevalier
d'Ambrolio n'a pas eſte fi heureux
que moy , car outre qu'il
a fouffert à fon ordinaire ,
craignant exceſſivement la
38 MERCURE
mer , où je n'ay point du tout
eſté malade , il n'eſt arrivé icy
que deux jours aprés nous , le
vent contraire ayant obligé
fon vaſſeau & cinq ou fix autres
chargez de Chevaliers , &
partis de Toulon en même
temps , de rendre des bords ,
& de tenir à la cappe dans le
canal de Malte , & pour ainſi
dire à nôtre vûë , pendant un
jour &une nuit , crainte de
paſſer l'Ifle ; c'eſt la choſe du
monde la plus trifte& la plus
incommode, particulierement
pour ceux qui craignent autant
la mer que luy ; mais l'en
GALANT. 39
voila quitte , & il n'y paroiſt
déja plus.
Ceux qui ſont venus ſur le
vaiſſeau qui a porté M. le
grand Prieur ont encore un
peu plus ſouffert ayant demeuré
un jour de plus que les autres
à la mer , avec un affez
mauvais temps ; ce fut le Dimanche
7. de ce mois entre
neuf & dix heures du matin
que ce Prince entra dans ce
Port au bruit des ſalves des
canons de beaucoup de vaifſeaux
François qui estoient
moüillez dans le Port , il fut
enfuite ſalué de 21. coups de
40
MERCURE
canon par la ville , & complimenté
ſur ſon Bord de la part
du Grand Maiſtre , par M. le
Commandeur d'Argini fon
Maiſtre d'Hoſtel , & le pre-'
mier Officier de la Maiſon de
Son Eminence : il le fut auſſi
au nom du grand Maiſtre du
ConfeilIpar deux grands Croix
députez du Conſeil , leſquels
ſe rendirent auffi à bord de la
Veſtale , d'oùils accompagnerent
M. le grand Prieur à l'Egliſe
de S. Jean où on l'attendoit
pour la Meffe , & enſuite
au Palais , où il rendit ſa premiere
viſite au Grand Maître ,
avec
GALANT .
41
avec les ceremonies & les circonſtances
ſuivantes.
Au débarquement ſur le
Môle , ou le Quay du Port ,
M. le grand Prieur trouva un
des caroſſes du grand Maître
attelé ſeulement de 4. Mulets,
au lieu qu'il eſt à fix chevaux ,
lorſque Son Eminence eſt dedans
ce caroſſe , dans lequel il
occupoit le fond de derriere ,
& les deux grands Croix celuy
de devant . Il fut d'abord à
l'Eglife , & aprés à la Meſſe au
Palais , où ſe trouverent plus
de ſept à huit cent Chevaliers ,
dont plus de la moitié Fran .
Juin 1715 . D
42 MERCURE
çois , avoient eſté le ſaluër ,
partie ſur ſon Bord , & partie
lorſqu'il fortit de ſa chaloupe ,
tous eurent le temps de ſe
trouver à ſa deſcente du carofſe
, lorſqu'il entra à S. Jean ,
&qu'il defcendit à la porte du
Palais, à cauſe des détours que
le caroſſe eſt obligé de prendre
& de la marche lente de
cette voiture.
M. le grand Prieur arrivant
auPalais , trouva les Gardes du
grand Maiſtre ſous les armes ,
rangez en haye , le tambour
battant aux champs , il monta
chez le grand Maiſtre , precedé
! GALANT. 43
de ce grand nombre de Chevaliers
;la fale , les anti-chambres
, & chambres de ſon Eminence
, quoique fort grandes
, contenoient à peine la
nombreuſe Chevalerie , à travers
de laquelle Elle paffa, precedée
de ſes grands & principauxOfficiers
, pour aller à la
rencontre de M. le grand
Prieur. Ce fut à peu prés aux
deux tiers de la fale , que le
grandMaiſtre le reçûr, de maniere
que ſon Eminence fit un
peu plus que la moitié du chemin
de ſa ſale. Là ils s'embraf
ferent l'un &l'autre , & fe fi-
Dij
44 MERCURE
rent reciproquement des proteſtations
d'amitié,&des complimens
qui ne furent guere
entendus ; enſuite le grand
Maiſtre ayant la droite ,&tenant
M. le grand Prieur par la
main , ils percerent à travers
de cette foule de Chevalerie ,
juſqu'à la chambre de fon
Eminence , & s'affirent fur
des fauteüils diftinguez l'un à
côté de l'autre. Ils ſe couvrirent
, & vis - à - vis d'eux , fur
d'autres fauteüils , les ſuſdits
grands Croix députez duConfeil
auffi couverts.
,
La converſation qui dura
GALANT. 45
environ une demi heure , roula
ſur les affaires preſentes , &
fur les fatigues du voyage ,
aprés quoy M. le grand Prieur
preſenta au grand Maiſtre
quelques - uns des Chevaliers
qui avoient eſté embarquez
fur fon bord , leſquels firent
leur reverence & curent l'honneur
de baifer la main de Son
Eminence; enſuite M. legrand
Prieur ſe leva & prit congé ,
&le grand Maiſtre l'accompagna
avec les mêmes ceremonies
, juſqu'auprés de l'eſcalier
, où ils ſe firent de nouvelles
proteſtations. Son Emi46
MERCURE
nence rentra dans ſa chambre
& ſe mit à table pour dîner
bien-toſt aprés .
M. le grand Prieur eftant
deſcendu de chez le grand
Maiſtre , monta en caroffe ,
avec les deux mêmes grands
Croix , & ſe rendit à la maifon
qui luy avoit eſté preparée
, il trouva à la porte un
grand nombre de Chevaliers
François&de peuple , les deux
grands Croix pour éviter le
ceremonial de l'accompagnement
, prirent congé deM. le
grand Prieur à ſa porte , qui
monta à ſa chambre , où il
۲
GALANT. 47
nous parut eſtre fort content
de cette éclatante reception ,
&des honneurs qui luy furent
faits ce jour là , tant de la part
du grand Maiſtre que de tous
les Chevaliers. A peine fut- il
entré chez luy qu'on vint
ſçavoir de la part du grand
Ecuyer , ou Cavaloriſſo Magiore
, & par ordre de Son
Eminence , fi M. le grand
Prieur avoit beſoin d'un caroſſe
, ou de quelqu'autre voiture.
Deux jours aprés ſon arrivée
, ſçavoir le 9. dece mois ,
on tint unConſeil dans lequel
M.legrandPrieur prit la féan48
MERCURE
ce dans un fauteüil de velours
rouge , galonné d'or ,& diftingué
de ceux des autres grand
Croix , placé à la teſte & à
la diſtance d'une chaiſe du
premier grand Croix qui s'affied
à la droite du Conſeil ;
c'eſt ordinairement l'Evêque ,
&aprés luy , le grand Commandeur
, chef de la Langue
Provence,à la teſtede la gauche,
c'eſt le Prieur de l'Eglife ,
&aprés luy , le Maréchal chef
de la Langue d'Auvergne.
de
Lorſque tous Meffieurs les
grands Croix eurent pris leurs
féances , chacun ſelon fon
rang ,
GALANT . 49
i
rang, le Vice Chancelier qui a
fon Bureau & fa place debour,
à la teſte de la féance du coſté
droit prés de M. le grand
Prieur , s'approcha de luy &
l'avertit de ſe lever , pour faire
ſa Profeſſion de Foy , & prêter
ſon ſerment , ce qu'il fit à
genoux ſur un careau de velours
, honneur que n'ont pas
les autres grandsCroix en pareil
cas , & aprés avoir remply
ce devoir aux pieds du grand
Maltre , & entre ſes mains
il reprit ſa place. EnſuiteMonſieur
le Bailly de la Pailleterie
en fit autant parce qu'il n'avoit
Juin 1715. E
So MERCURE
pas été à Malte depuis qu'il a
été fait grandCroix.
Cesceremonies étant achevées
, on fit fortir de la ſalle ,
ceux qui ne ſont pas du confeil
,&les portes fermées , on
delibera ſur des affaires d'Etat ,
&entre autres ſur la demande
faite par N. S. P. le Pape des
deux Eſcadres des Galeres &
des Vaiſſcaux de la Religion ,
pour aller avec celles de Sa
Sainteté au ſecours de la Republique
de Veniſe , ſurquoy il
fut fenfement reſolu de s'excuſer
d'envoyer nos deux Elcadres
, attendu nos propres beſoins
, qui dans la conjonctu
GALANT. SI
re preſente parlent d'eux même.
D'ailleurs celle de nos
Vaiſſeaux eſt partie depuis prés
d'un mois , augmentée d'un
cinquiéme Navire à cauſe de
pluſieurs tranſports de munitions
deguerrequ'elle doit faire
d'Italie , de France & d'Efpagne
, où elle doit en embarquer
quantité , & fur tout à
Barcelone , où deux de nos
Vaiſſcaux prendront celles
dont Sa Majefté Catholique a
fait un preſent à la Religion,&
ces deux Vaiſſcaux ſe rendront
àToulon , de même que celuy
qui eſt allé à Ligourne& à
E ij
52 MERCURE
Genes , car le rendez vous eſt
en Provence , pour venir de là
icy , versle 20. du mois prochain
au plus tard; & alors fi
lesTurcs avoient pris leur parti
du côté de la Morée ou ailleurs
, & qu'il n'y ait plus à
craindre pour nous , l'intention
du grand Maître & du
Conſeil étant de renvoyer
Meſſieurs les Chevaliers que la
citation a appellé ici , nos Vaifſeaux
feront employez à en
faire le tranſport , & par conſequent
on ne ſçauroit les envoyer
au ſecoursde laRepublique
qui voudroit pourtant
mploy
1
GALANT. 53
nous faire entendre que ſes
Etats menacez par les Turcs
étant plus proches de nos ennemis
, nous avons un double
interêt de l'aſſiſter de nos forces
, puiſque ſelon elle , nous
nousgarantiffons parlàdetoute
entrepriſe des Turcs ; mais
leurs repreſentations quoique
pathetiques , non plus que les
inftances & les exhortations de
Sa Sainteté , n'ont pû encore
nous perfuader ce que les uns
&les autres ont tâché de nous
infinuer par douceur.
Aprés cette longuedifgrefſion
, que j'ai cruë neceſſaire ,
ト
E iij
54 MERCURE
je reviens àMr legrand Prieur,
lequel au ſortir du Confeil
paſſa dans la Chambre du
grand Maître , qui ſuivant la
coûtume , lui attacha devant
la poitrine , le plaſtron de la
grandeCroix , auſſi bien qu'à
Mr le Bailly de la Pailleteric,
ceremonie neceſſaire , & qui
ſe pratique toûjours à l'égard
deceux qui ont été faits grand
Croix hors du Couvent , &
pendant laquelle ſon Eminence
leur dit fort poliment quelle
ſouhaitoit qu'ils la portafſent
auſſi long tems qu'il l'a
voit portée , yayant quarante
1
GALANT
trois années qu'elle étoit decorée
de cette honorable marque
dedignité.
Dans toutes ces ceremonies
on s'eſt conformé à ce qui
avoit érépratiqué autrefois ici,
à l'égard de feu Monfieur le
grand Prieur de Vendôme fon
Oncle , à cela prés que celui là
étant plus prés du ſang du Roy
Henry le Grand , on a fait
quelques choſesde moins pour
celuy-cy.
Depuis le jour de la ceremonie
du ferment , le grand
Maître , ayant reſolu de donner
àMonfieur le grand Prieur
E iiij
56 MERCURE
une nouvelle marque de diftinction
convenable à ſon
rang , & à celuy qu'il a tenu
dans les Armées du Roy , l'a
fait Capitaine General , ou Generaliſſime
des Armées , de la
maniere que Monfieur le Duc
Darpajon le fut à la precedente
citation. Son Eminence lui
en envoya donner part hier au
matin 12 de ce mois , par les
quatreGrands Croix des quatre
Nations de France , d'Italie
, d'Eſpagne , & d'Allemagne
, qui font Commiſſaires
Generaux des Guerres. Il accepta
agreablement la propoGALANT.
57
fition qu'ils luy en firent , &
d'abord aprés diné il ſe rendit
au Palais accompagné de ces
quatre grands Croix , & d'un
grand nombre de Chevaliers
François qui avoient déja été
chez lui , pour le complimenter
là deſſus , & qui furenttémoinsdes
remerciements qu'il
fit au grand Matere , dans une
Audiance de plus d'une demie
heure , durant laquelle ils s'entretinrent
apparemment de
tout ce qui pouvoit concerner
le nouveau Grade qui lui ſera
donnédans les formes accoûtumées
Lundy prochain 15. de
58 MERCURE
ce mois , dans un Conſeil qui
ſe tiendra exprés pour le nommer
avec les formalitez ordinaires..
CenouveauGrade vadon.
ner àMonfieur legrand Prieur
des mouvements &des détails
confiderables & neceffaires
pour la ſûreté& la deffenſe de
denos Ifles , & de nos Places.
Le choix qu'on a fait de faperfonne
a été generalement applaudi
de tous les François&
de la plupart des Chevaliers
des autres nations;mais il y en a
quelques-uns qui ſupportent
avec quelque forte d'impatien.
GALANT. رو
ce cette diſtinction; effet ordinaire
de la jalouſie dont le
plus grand merite , & la capacité
la plus reconnuë ne furent
jamais à couvert.
On travaille à preſent à
dreffer les Rôles , & les liſtes
de tous les Chevaliers , & plus
particulierement de ceux qui
60 MERCURE'
point encore vû , mais qui les
rendent , à ce qu'on dit inacceffibles
à nos ennemis , & à
l'heure que je vous parle , on y
tranſporte l'artillerie qu'on va
placerdans les batteries qu'on
a dreffées & preparées avec
beaucoup de ſoin , dans tous
les endroits où il convient de
mettredu canon .
Il ſeroit difficile de dire fi
cela ſera neceffaire , parce que
l'on ne voit point clair dans les
deſſeins des Turcs. En general
on ſçait ſeulement que
leur Armement de mer n'eſt
pas ſi conſiderable en Navi-
L
GALANT. 61
res de guerre , & en Galeres
qu'on le croyoit , ou qu'on
l'avoit ditd'abord : mais comme
il leur fuffiroit d'avoir un
grand nombre de Baſtimens
pour le tranſport de leurs
Troupes , Vivres , & Munitionsde
guerre de toute eſpece,&
qu'il leur feroit aiſe d'en
aſſembler promptement la
quantitéqu'il leur feroit neceffaire
, il eſt à propos de ſe tenir
de plus en plus ſur ſes gardes,
& c'eſt à quoi ontravaille ; on
le fera même dans les ſuites
avec plus de vivacité quoyque
le plus grand nombre croye
62 MERCURE
toûjours que les Turcs ne nous
en veulent pas , & qu'il ſoit
même perfuadé qu'ils font
dans l'impuiſſance de nous attaquer;
plufieurs penſent autrement&
ont raiſon , mais tout
bien compté , je ne croi pas
quenous les voyons du moins
cette année.
Fermer
572
p. 64-66
De Varsovie. [titre d'après la table]
Début :
Les Lettres de Warsovie portent que le bruit y avoit [...]
Mots clefs :
Varsovie, Camp des Tartares, Hommes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Varsovie. [titre d'après la table]
Les Lettres de Warſovie
portent
A GALANT. 65
portent que le bruit y avoit
couru pendant quelques jours
qu'on attendoit à Choczin
vingt mille Spahis avec trente
mille Janniſſaires ; & que
le Camp des Tartares avoit
ordre de s'avancer du même
coſté avec 40. ou so. mille
hommes ; mais on doute de
cette nouvelle ; ce qu'il y a de
certain , eſt qu'unnouveauBacha
eſtoit arrivé àChoczin avec
fix mille hommes pour en faireachever
les fortifications , &
que pour cet effet les peuples
de Moldavie eſtoient obligez
de fournir fixmille paliſſades ,
Juin 1715 . F
:
1 66 MERCURE
une ſomme confiderable , &
une grande quantité de provifions.
portent
A GALANT. 65
portent que le bruit y avoit
couru pendant quelques jours
qu'on attendoit à Choczin
vingt mille Spahis avec trente
mille Janniſſaires ; & que
le Camp des Tartares avoit
ordre de s'avancer du même
coſté avec 40. ou so. mille
hommes ; mais on doute de
cette nouvelle ; ce qu'il y a de
certain , eſt qu'unnouveauBacha
eſtoit arrivé àChoczin avec
fix mille hommes pour en faireachever
les fortifications , &
que pour cet effet les peuples
de Moldavie eſtoient obligez
de fournir fixmille paliſſades ,
Juin 1715 . F
:
1 66 MERCURE
une ſomme confiderable , &
une grande quantité de provifions.
Fermer
573
p. 68-69
De Vienne. [titre d'après la table]
Début :
On mande de Vienne que les Lettres de Hongrie du 5. [...]
Mots clefs :
Vienne, Régiments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Vienne. [titre d'après la table]
On mande de Vienne que
les Lettres de Hongrie du s..
du mois paſſe , portent qu'on
avoit fait un grand amas de
paliſlades auprés de Segedin ,
&qu'elles devoient eſtre employées
aux fortifications de
cette Place, vers laquelle pluſieurs
Regimens avoient ordre
de marcher , que les Turcs afſembloient
un corps de troupes
prés de Salenkeimen , &
un autre plus confiderable auprés
de Belgrade : le bruit avoit
couru que le premier eftoit de
quinze mille hommes , quoy
qu'il n'y en eût pas plus de dix
GALANT. 69
mille ; & depuis on a ſçû qu'ils
avoient tous deux reçû ordre
de marcher contre les Venitiens.
On a appris qu'en deux
rencontres ils avoient eu en
Dalmatie l'avantage ſur les
Turcs qui avoient eſté battus,
avec une perte affez confiderable.
L'Aga Ibrahim n'a pas
encore cu audiance du Prince
Eugene.
les Lettres de Hongrie du s..
du mois paſſe , portent qu'on
avoit fait un grand amas de
paliſlades auprés de Segedin ,
&qu'elles devoient eſtre employées
aux fortifications de
cette Place, vers laquelle pluſieurs
Regimens avoient ordre
de marcher , que les Turcs afſembloient
un corps de troupes
prés de Salenkeimen , &
un autre plus confiderable auprés
de Belgrade : le bruit avoit
couru que le premier eftoit de
quinze mille hommes , quoy
qu'il n'y en eût pas plus de dix
GALANT. 69
mille ; & depuis on a ſçû qu'ils
avoient tous deux reçû ordre
de marcher contre les Venitiens.
On a appris qu'en deux
rencontres ils avoient eu en
Dalmatie l'avantage ſur les
Turcs qui avoient eſté battus,
avec une perte affez confiderable.
L'Aga Ibrahim n'a pas
encore cu audiance du Prince
Eugene.
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574
p. 69-71
De Venise. [titre d'après la table]
Début :
On écrit de Venise que les Senat aprés les avis venus de toutes [...]
Mots clefs :
République, Venise, Guerre, Traité de paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Venise. [titre d'après la table]
Onécrit de Veniſeque le Senat
aprés les avis venus de toutes
parts de la declaration de
la guerre faite par les Turcs à
- la Republique , a reſolu de la
70 MERCURE
declarer pareillement. Lesmotifs
font que depuis le mois de
Decembre dernier , ils ont fait
pluſieurs infractions anTraité
de Paix de Carlowits ſous divers
pretextes ; qu'ils ont arreſté
le Baile Memo , Miniſtre
repreſentant,& l'ont mis en
prifon dans un des Chaſteaux
des Dardanelles , luy laſſant
ſeulement cinq Domestiques :
qade Secretaire de l'Ambaffade
avec trente fix autres Dom
ſiques de l'Ambaſſadeur
avo ent eſté conduits aux ſept
Tours . Ainsi les ordres ont
eſté envoyez à tous les Com-
د
GALANT. 71
1
mandans des forces dela Republique
, tant par terre que
par mer, de courir ſus à tous
les Sujetsde la Porte , &d'exercer
contre eux toutes les hoftilitez.
Afin d'obtenir de Dieu
le ſecours neceſſaire ,& la be.
nediction ſur les armes de la
Republique , le Senat a ordonné
des Prieres publiques ,
avec expoſition du S. Sacrement
, & des Proceſſions qui
ſe ſont faites avec un grand
concours.
aprés les avis venus de toutes
parts de la declaration de
la guerre faite par les Turcs à
- la Republique , a reſolu de la
70 MERCURE
declarer pareillement. Lesmotifs
font que depuis le mois de
Decembre dernier , ils ont fait
pluſieurs infractions anTraité
de Paix de Carlowits ſous divers
pretextes ; qu'ils ont arreſté
le Baile Memo , Miniſtre
repreſentant,& l'ont mis en
prifon dans un des Chaſteaux
des Dardanelles , luy laſſant
ſeulement cinq Domestiques :
qade Secretaire de l'Ambaffade
avec trente fix autres Dom
ſiques de l'Ambaſſadeur
avo ent eſté conduits aux ſept
Tours . Ainsi les ordres ont
eſté envoyez à tous les Com-
د
GALANT. 71
1
mandans des forces dela Republique
, tant par terre que
par mer, de courir ſus à tous
les Sujetsde la Porte , &d'exercer
contre eux toutes les hoftilitez.
Afin d'obtenir de Dieu
le ſecours neceſſaire ,& la be.
nediction ſur les armes de la
Republique , le Senat a ordonné
des Prieres publiques ,
avec expoſition du S. Sacrement
, & des Proceſſions qui
ſe ſont faites avec un grand
concours.
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575
p. 71-74
« On apprend par les Lettres de Dalmatie que les Troupes [...] »
Début :
On apprend par les Lettres de Dalmatie que les Troupes [...]
Mots clefs :
Troupes, Vaisseaux, Galères, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On apprend par les Lettres de Dalmatie que les Troupes [...] »
On apprend par les Lettres
de Dalmatic que les Troupes
72 MERCURE
Turques forties de leurs quartiers
, s'eſtoient cantonnées en
divers lieux de la Frontiere ,
attendant l'ordre de ſe mettre
en campagne , auſſi toſt que
les chevaux pourroient eſtre
mis au verd.
Un Vaiſſeau Anglois arrivé
de la Canée , a rapporté que
les Turcs y avoient fait tranfporter
, ainſi qu'àCandie , une
grande quantité de vivres &
d'agrêts , pour ſervir de Magafin
à leur Armée navale.
Trois Galeres , & deux Galhores
font parties cette ſemaine
GALANT. 73.
ne avec des Troupes deſtinées
pour la Dalmatie ,& une grande
quantité de provifions.
Selon les dernieres Lettres du
Levant , le Capitaine general
aprés la jonction de l'Eſcadre
commandéepar le Sieur Fabio
Buonvicini, s'étoit avancé avec
les Vaiſſeaux & les Galeres , à
Napoli de Malvoiſie, pour obſerver
la Flotte Ottomane. Il
n'y avoit aucun avis qu'elle fut
encore fortiedes Dardanelles ,
mais le Capitan Bacha avoit
ſeulement détaché quelques
Sultanes ou Vaiſſeaux de guerre
, pour aller lever des Mate-
Juin 1715 . G
1
74 MERCURE
lots dans l'Archipel , parce
qu'il ne s'en trouvoit pas affez
àConftantinople pour former
les équipages.
de Dalmatic que les Troupes
72 MERCURE
Turques forties de leurs quartiers
, s'eſtoient cantonnées en
divers lieux de la Frontiere ,
attendant l'ordre de ſe mettre
en campagne , auſſi toſt que
les chevaux pourroient eſtre
mis au verd.
Un Vaiſſeau Anglois arrivé
de la Canée , a rapporté que
les Turcs y avoient fait tranfporter
, ainſi qu'àCandie , une
grande quantité de vivres &
d'agrêts , pour ſervir de Magafin
à leur Armée navale.
Trois Galeres , & deux Galhores
font parties cette ſemaine
GALANT. 73.
ne avec des Troupes deſtinées
pour la Dalmatie ,& une grande
quantité de provifions.
Selon les dernieres Lettres du
Levant , le Capitaine general
aprés la jonction de l'Eſcadre
commandéepar le Sieur Fabio
Buonvicini, s'étoit avancé avec
les Vaiſſeaux & les Galeres , à
Napoli de Malvoiſie, pour obſerver
la Flotte Ottomane. Il
n'y avoit aucun avis qu'elle fut
encore fortiedes Dardanelles ,
mais le Capitan Bacha avoit
ſeulement détaché quelques
Sultanes ou Vaiſſeaux de guerre
, pour aller lever des Mate-
Juin 1715 . G
1
74 MERCURE
lots dans l'Archipel , parce
qu'il ne s'en trouvoit pas affez
àConftantinople pour former
les équipages.
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576
p. 240-246
LISTE DES OFFICIERS Generaux que le Grand Maître a fait à Malthe le 17. du mois passé.
Début :
Lieutenants Generaux. MESSIEURS, Le Bailly de la Pailleterie. Le Chevalier [...]
Mots clefs :
Castille, Italie, France, Auvergne, Chevalier, Lieutenants généraux, Maréchaux de camp, Brigadiers l'Auberge de Provence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LISTE DES OFFICIERS Generaux que le Grand Maître a fait à Malthe le 17. du mois passé.
LISTE DES OFFICIERS
Generaux que le GrandMaitre
afaitàMalthe le17. du
mois paßé.
Lieutenants Generaux.
MESSIEURS,
Le Bailly de la Pailleterie
Le Chevalier de Treſmane,
Le Chevalier du Palais.
Le Chevalier d'Ailly.
1
:
>
Lc
GALAN 24
Le Chevalier de Damas. T
Le Chevalier de Chasteaumo
rant. rup silse
Le Chevalier de Peſeux.
Le Chevalier de Saintiny.
Maréchaux de Camp,
Le Chevalier de Pouriere.
Le Chevalier de Velleron .
Le Chevalier de Janſon .
Le Chevalier de Mommain.
Le Chevalier de Sourches .
Le Chevalier de Livry
Juin 1715. X
242 MERCURE
Brigadiers de l'Auberge
de Provence.
Le Commandeur de la Reynarde.
Le Chevalier de Grimaldi.
Le Chevalier de Mons.
Le Chevalier de Valence.
LeChevalier de Montolicu.
Le Chevalier de Voifin .
Le Chevalier d'Ambre.
Le Chevalier de Brancas.
Le Chevalier de Rouffer .
Le Chevalier de S. André.
Le Chevalier de Trans .
GALANT. 243
Auvergne.
Le Chevalier de Colombiere.
Le Commandeur d'Arginy.
Le Chevalier de Mongon.
Le Chevalier de Marfillac.
Le Chevalier de Fontette.
Le Chevalier de Vatan.
Le Chevalier de Lagnes.
Le Chevalier de la Roche.
Le Chevalier de Langeron.
LeChevalier de Laubepin.
Le Chevalier de Laigue.
X ij
244 MERCURE
France.
LeCommandeur de Marce
Lange.
Le Chevalier Dampierre.
Le Commandeur de Courtebone.
Le Commandeur le Tellier.
LeChevalier de Broglio.
LeChevalier de Nangy.
Le Chevalier de Miromeſnil.
Le Commandeur d'Arbouville.
Le Chevalier de Montſoreau.
Le Chevalier deMailly la Tour
Landry.
7
GALANT. 245
M
Le Chevalier de la Vieuville .
Le Chevalier de Laigle.
Le Chevalier de Bonel .
Le Chevalier de la Periniere .
Le Chevalier de Teſſé.
Le Chevalier de Lanion .
Le Chevalier de Chamilly.
Le Chevalier de S. Germain .
Le Chevalier d'Antin .
Le Chevalier de Conflans .
い
Italie.
Le Chevalier de Marulli.
Le Chevalier Dandy.
4
Xiij
246 MERCURE
Caftille.
Le Chevalier de Baviere.
Major General avec les honneurs
de Brigadier.
003
LeCommandeur deMonfort.
Generaux que le GrandMaitre
afaitàMalthe le17. du
mois paßé.
Lieutenants Generaux.
MESSIEURS,
Le Bailly de la Pailleterie
Le Chevalier de Treſmane,
Le Chevalier du Palais.
Le Chevalier d'Ailly.
1
:
>
Lc
GALAN 24
Le Chevalier de Damas. T
Le Chevalier de Chasteaumo
rant. rup silse
Le Chevalier de Peſeux.
Le Chevalier de Saintiny.
Maréchaux de Camp,
Le Chevalier de Pouriere.
Le Chevalier de Velleron .
Le Chevalier de Janſon .
Le Chevalier de Mommain.
Le Chevalier de Sourches .
Le Chevalier de Livry
Juin 1715. X
242 MERCURE
Brigadiers de l'Auberge
de Provence.
Le Commandeur de la Reynarde.
Le Chevalier de Grimaldi.
Le Chevalier de Mons.
Le Chevalier de Valence.
LeChevalier de Montolicu.
Le Chevalier de Voifin .
Le Chevalier d'Ambre.
Le Chevalier de Brancas.
Le Chevalier de Rouffer .
Le Chevalier de S. André.
Le Chevalier de Trans .
GALANT. 243
Auvergne.
Le Chevalier de Colombiere.
Le Commandeur d'Arginy.
Le Chevalier de Mongon.
Le Chevalier de Marfillac.
Le Chevalier de Fontette.
Le Chevalier de Vatan.
Le Chevalier de Lagnes.
Le Chevalier de la Roche.
Le Chevalier de Langeron.
LeChevalier de Laubepin.
Le Chevalier de Laigue.
X ij
244 MERCURE
France.
LeCommandeur de Marce
Lange.
Le Chevalier Dampierre.
Le Commandeur de Courtebone.
Le Commandeur le Tellier.
LeChevalier de Broglio.
LeChevalier de Nangy.
Le Chevalier de Miromeſnil.
Le Commandeur d'Arbouville.
Le Chevalier de Montſoreau.
Le Chevalier deMailly la Tour
Landry.
7
GALANT. 245
M
Le Chevalier de la Vieuville .
Le Chevalier de Laigle.
Le Chevalier de Bonel .
Le Chevalier de la Periniere .
Le Chevalier de Teſſé.
Le Chevalier de Lanion .
Le Chevalier de Chamilly.
Le Chevalier de S. Germain .
Le Chevalier d'Antin .
Le Chevalier de Conflans .
い
Italie.
Le Chevalier de Marulli.
Le Chevalier Dandy.
4
Xiij
246 MERCURE
Caftille.
Le Chevalier de Baviere.
Major General avec les honneurs
de Brigadier.
003
LeCommandeur deMonfort.
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577
p. 134-156
Route de la Navigation faite par l'Armée Navale du Roy C. pour l'expedition de Maillorque, depuis qu'elle est partie de Barcelone, le 11 Juin 1715.
Début :
Le matin dudit jour 11. Juin on tira le coup de partance [...]
Mots clefs :
Majorque, Barcelone, Armée, Troupes, Chevalier, Guerre, Galères, Hommes, Marquis, Matin, Vaisseaux, Officiers, Débarquement, Transport, Grenadiers, Régiments, Cavalerie, Munitions, Empereur, Expédition, Roi d'Espagne, Navigation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Route de la Navigation faite par l'Armée Navale du Roy C. pour l'expedition de Maillorque, depuis qu'elle est partie de Barcelone, le 11 Juin 1715.
Route de la Navigation faite
par l'Armée Navale du Roy
C.pourl'expédition de Maillorque,
depuis qu'elle estpartie
de Barcelone, le Il Juin 171 5.
Le matin dudit jour JI.'
Juin on tira lecoup de partance
, &tous les Vaisseaux de
guerre se mirent à la voile restant
en panne & sur les bords
jusqu'au soir
,
auquel tems
tous les autres Bâtimens leverent
l'ancre, au nombre de
280. tant ceux de transport,
que de guerre ,avec les Galeres
; & l'on commença à faire
voyage vers le Sud avec un
vent Est Nord Està une lieuë
par heure, ce qui dura jusqu'à
minuit.
Le 12. nous nous trouvâmes
distans de 9. licuës de Barcelone,
que nous laissâmes au
Nord- Oiicttv , le vent
-
C'ii
trouvant Est Nord-Est tres-îj
favorable qui,) dura jusqu ?
midy. f;IN"
Sur le foir il yeût grande
variation de vents legers
, ce
quifutcause qu'on fit peu de^
chemin. La nuit du même
jour, nous trouvant 1av 14.
lieuës de Barcelone, le Ciel se
couvrit de nuages, & tôt aprés
il s'éleva une bourasque d'un
vent fort deNord-Oüest, avec
pluye,ce qui fit presqueperdre
toutes les Barquettes que,
l'on conduisoit pour facihtcl;
le débarquement. Cette nuitlà
làon fit peu de force devoiles,
>
pour donner le tems aux aures
Bâtimens de suivre,& se.
tenir autant qu'il étoit possi-
Weau Corps d'Armée.
Le 13. au matin à la diftatl*
ce de 17. lieuës de Barcelone,
lamer se maintenant grosse
d'un vent d'Est Nord Est, le
Giel toujours couvert, l'on
découvrit la Côte de Solaryen
Maillorque sur lemidy.
L'on navigea le reste ditjour
à force de voiles du côté
des Dragoneres,&l'on se détermina
àjetterl'ancre sur les
septheuresdu soir ,àlacalle
de saintePosee,&l'on se tint
en ce parage, jusques sur les
4. heures du foir du jour 14
Durant cetteintervallel'on
tintConseil de guerre,oùassistetent
les Officiers Généraux
seulement
, pour deliberer si
l'ony feroitle débarquement,
àJ'tff;;t de quoi l'on dépêcha
deux logenieurs dans uneChaloupe
, pour reconnoître la si.
tuation & le terrain:à l'approche
de la Chaloupe les Ennemis
tirerent quelques coups
de Canon de cinq Batteries;
on reconnut qu'ils étoient bien
retranchez avec bon nombre
dePaysans, ce quifit prendre
lâ resolutionde se mettre le
même jour à la voile, ce qui
né ffc pût faire que vers les 6.
heures du soir,& alors tous les
ni,:rments,:ilcverent l'ancre
avec unventSud Sud Est.Vers
lafitortÏOO. hommes du Regiment
de la Marine passerent
d'un petit Bâtiment François
qui faisoit beaucoup d'eau, sur
le Royal, & toute la nuit on fit
route au large pour éviter les
Côtes dont on a pAarlé. Le 15. nous nous trouvâmes
à deux lieuës de distance des
Dragoneres quinousrestoient
au Nord avec un vent fort de
SudSud Oüest,&grosseMer,
ce qui fit que les Galères&les
Vaisseaux de Meilleurs de la
Roche & de la Fayette , avec
quelques autres Bastiments de
transport arrivèrent sous le
vent des mêmesDragoneres,
&nous autres avec lereste de
l'Armée, navigâmes jusqu'a
cinq heures du fair, faisant
route par Sud-Est quart aiy
Sud, nous joignant pour donner
fond sur les CallesFerrera
& Longa
,
à une lieuë à 1Est
du Port Pedra, distant de terre
environ une portée de Canon;
-& d'abord on dépêcha une
Lance avec le ComtedeLecherene
pour reconnoître cc
Port.
Lequel ayant été trouvé fort
à propos, on commanda à
M. le Marquis de Cany,de
faire le débarquement , qu'il
commença avec huit Lances
& 150.Grenadiers des Regimens
de Gastille & de la Marine;
Ce qui se fitheureuse-
me'j[ & les autres troupes par
émulation se débarquèrent au
nombre de six mil Fantassins
& immédiatement on continua
de meure la Cavalerie à
Terre,des trois coltzdesdites
calles,où l'on pût entrer avec
tous les Bâtimens. Ce qui
acheva de s'execucer sur lesdix
heures du foir. M. le Marquis
de Cany executa ce commandementdonc
il étoitchargé
avec toute la valeur,
,
la prudence
& les précautionspossi-
bles;il merite des loüanges
infiniescar un vieux General
n'auroit pû mieux faire. Et le
16. du courant, on dépêcha
le Marquis de Mary,pour en
informer Sa Majesté,il arriva
à Aranjuez le 21 à neuf heures
du foir & eût encore 10i
temps de luy b.ure[ la maïa:
avant son coucher.
La Flote doit retourner
deux voyages,prendre lercHe;
des troupes ,
des équipages &
& munitions de Guerre & de
bouche,
Il y a pour cette entTprise
cent pieces de Canon. - - .,
Douze Mortiers.
Cinq mil Bombes.
QuarantequatreBataillons.
Trois Regimens de Cavalerie.
Trois Regimens de Dragons
démontez.
Pour cinq mois de munitions
, & tous les Officiers
payez.
L'Armée de S. M. C. efl;
composéede146.voiles ,tant
en Vaisseaux de guerre que de
transport, Fregates legeres,
Flottes, Barques, & Tartannes,
&sixGaleres. Elle efteonamandée
par Don Pedro de Los-
Rios, qui asous luy Don Jofeph
de Los Rios son frere
Commandant , des Galeres,les
Marquis de Gabaret&de Mary
Chefs d'Escadre.
Elle porte 24. Bataillons ;
sçavoir12 deFrançois,&12.
d'Espagnols,mil chevaux
,
avec
avecartillerie munitions de
guerre & de bouche pour faire
un siege.
Les Troupes de terre font
commandées par M. le Chevalier
d'Asfeld,qui a fous luy
M. leComtede Lecheraine,
M.le Marquis de Guerchois,
M.le Marquis de Caylus,&
M. Ribadeo
,
Espagnol, Maréchaux
de Camp.
o'
L'on a commencé le 8. Juin
à embarquer les Troupes
, & leonzeaumatin rout fut prêt
à marcher. Le même jour à
deux heures aprés midy, l'on
appareilla & tout fut sorti du
Port de Barcelone à sept heures
du foir : le douzeau matin
l'Armée (e trouvarassemblée,
les Galeres au vent ,
les Vais
seaux de guerre fous le vent,
& les Bastimens de transport
aumilieu.
,
La nuir du douze au treize
nous souffrîmes un grostems.
Le desseinétoit devenir mouiller
devant Alcudia, mais nous
ne pûmes pas doubler leCap
ce qui fit que nous continuâmes
nôtre route jusqu'à Santa
Ponfa
,
où M. de Los Ris
s'arrêta pour rassembler foç
Armée que le mauvais temps
avoit dispersée : nous nous
trouvâmes sur lestrois heures
après midy avec moins desoixante
Voiles& des Galeres qui
s'étoient mises à l'abri de Tlflç
deDragonnera;maisle lendemain
14. à midy tout joignit)
& il ne se trouva de plus qu'-
environ 50. Bateaux &une
- Tarranne.
- Santa Ponfa étoitunePlace
très propre à debarquer, mais
nous reconnûmes qu'elle étoit
coupée par un retranchement
au bout duquel, de chaque
côté, il y avoit une Tourayçç,
du canon , tous les Rebelles
noussaluërent aussitost qu'ils
nous virent mouiller. L'on découvrit
aussiquelque Cavalerie
avec de l'Infanterie,ce qui
sit juger que cet endroit étoit
trop bien gardé pour y pouvoir
descendreaussifacilement
que l'on pouvoit d'un autre
côté. Cela sir prendre le parti
a ncs Généraux de Mer & de
-
Terre de lever l'ancre & de
chercher du costé du Sud une
plage plus propre.
Le 14 à quatre heures du
soit toute l'Armée mit à la
Wlfc*, & sur les onze heures le
véht rafraîchit si fore) que le
quinze au matin nous nous
trouvâmes encore abandonné
desGaleres & de plus de quatre-
vingt voiles. Cependant
M.deLos Riosayant apperçû
sur les cinq heures du soir que
CM Ferrera & la Cala Loriot
prés le Porto Pedro étoient
commodes pour y jetter les
Troupes
,
d'autant plus qu'il
ne paroissoit personne pour
s'y opposer
,
il moüllaen cet
endroit, & M. le Chevalier
dAsfeld envoya M. le Comte
de Lecheraine avec 2 5. Grenadiers
du R giment de Castille
& de la Marine, qui se mirent
dans une Chaloupe, & furent
reconnoître le terrain; sur le
rapport que vint faire M. le
Comte de Lecheraine que l'on
pouvoit debarquer
,
& qu'il
n'y avoit point de tems à per.
dre
,
M. de Los Rios fit le signal
à toutes les Chaloupes,
Barques& Bateaux de venir à
son bord avec le plus de Soldats
qu'ils pourroient porter,
& de là furent envoyées incontinent
à CalaFerrera où
les Chaloupes & Canot del'A
miral avoient déja de fLendus
les Troupes qu'ils portoient
Le débarquement commença
à six heures dusoir,&fut fait
avec tant de diligence
,
qu'à
huit heures il y avoit à terre
deux mil hommes, & à rleu*
heures a prés minuit toute l'Infanterie
embarquée dans les
Bâtimens qui avoient suivi l'Affinai
se trouva à terre au nombre
de six mil hommes. :>u&
-
Le16. à la pointe du jour
l'on débarqua environ 500.
chevaux. '8
A mesure que les troupes
débarquoient, elles travaillerent
à se couvrir d'une ligne
de la hauteur de quatre pieds
faitede branches , d'ar bres &
de terre, seulement du costé
du Nord, car au Sud l'endroit
estoit couvert par la Mer, &
à l'Est ou Qücfi.) de deux
petits Golfes appellez Cala
Ferrera & Cala Longa.
Le 17 à quatre heures du
matin, M. leChevalier d'Asfeld
a fait marcher ses troupes
du coftéd'Alcudia ; &
nous autres avons mis à la
voile le mêmejour à dix heures
du matin.
- Le 20 au soir nous doublâmes
le Cap Farrax.
Le 21.nousennâmes dans
la BJYc d'Alcudia, où nous
moüillâmesàdemie portéede
Canon de Terre. r, - NousapprîmesqueM. d'Asfeld
étoit arrivé le 19. à une
lieue-d'Alcudia,qu'ilavoit fait
un détachement de Grenadiers
& de Cavalerie , pour
aller sommer la Place, &que
le lendemain 20 à huit heures
du matin, il y étoit entré,
ayant pris la Garnison au nombre
de 1300. hommes à discretion
dont la plus grande
parties'est engagée dans nos
troupes, & les Officiersdétenus
jusqu'à ce qu'ilsayent déclaré
le lieu où ilsveulent se
retirer, pourvcu que ce ne soit
point sur aucunes Terres dela
domination d'Espagne. Alcudia
est située à un quart de
lieuë de laMer
,
son terrain &
les environs sont des roches
,
ce qui auroitrendu la tranchée
difficile à faire au cas de
Siege) il a double murailles
quiontchacuneun fossede10.
à12 piedsdeprofondeur sur
8. de I.1rge
,
de la premiere
muraille torrent 8. Bastions
soutenus chacun de deux
petites tours saillantes de la
seconde muraille qui sont
àTrenaux.
L'on y a trouve 2. 2.. petites
pieces de Canon de fonte,&
30. de fer, pour 20. jours
de vivres &de poudre.
Le 11. M.le Chevalier d'Asfeld
fit marcher2000. hommes
à Palma qui est la Capitale
fous les ordres de M. le Marquisde
Guerchois ,il fut suivi
deM.leComte de Lecheraine
qui marcha avec un autre
détachement, pour le soutenir.
M. d'Asfeld ,après avoir
laissé un Bataillon Espagnol
dans AJcul.ia
,
marcha avec
le reste de son Armée;le 23.
tous le p.,ys jusqu'à àeux luuës
de Palma
,
rendit l'obéïssance
&tout yest fort tranquille.
Les six Galeres & plus de
60. voiles del'Armée Navale
,qtic le mauvais temps avoir séparée
du corps nous rejoignirent
le 11. & aussi tost l'on fit
débarquer 1liifanterle & la
Cavalerie qu'ils portoient:
l'Armée Navale leva l'ancre le
25. pouraller devant Palma.
par l'Armée Navale du Roy
C.pourl'expédition de Maillorque,
depuis qu'elle estpartie
de Barcelone, le Il Juin 171 5.
Le matin dudit jour JI.'
Juin on tira lecoup de partance
, &tous les Vaisseaux de
guerre se mirent à la voile restant
en panne & sur les bords
jusqu'au soir
,
auquel tems
tous les autres Bâtimens leverent
l'ancre, au nombre de
280. tant ceux de transport,
que de guerre ,avec les Galeres
; & l'on commença à faire
voyage vers le Sud avec un
vent Est Nord Està une lieuë
par heure, ce qui dura jusqu'à
minuit.
Le 12. nous nous trouvâmes
distans de 9. licuës de Barcelone,
que nous laissâmes au
Nord- Oiicttv , le vent
-
C'ii
trouvant Est Nord-Est tres-îj
favorable qui,) dura jusqu ?
midy. f;IN"
Sur le foir il yeût grande
variation de vents legers
, ce
quifutcause qu'on fit peu de^
chemin. La nuit du même
jour, nous trouvant 1av 14.
lieuës de Barcelone, le Ciel se
couvrit de nuages, & tôt aprés
il s'éleva une bourasque d'un
vent fort deNord-Oüest, avec
pluye,ce qui fit presqueperdre
toutes les Barquettes que,
l'on conduisoit pour facihtcl;
le débarquement. Cette nuitlà
làon fit peu de force devoiles,
>
pour donner le tems aux aures
Bâtimens de suivre,& se.
tenir autant qu'il étoit possi-
Weau Corps d'Armée.
Le 13. au matin à la diftatl*
ce de 17. lieuës de Barcelone,
lamer se maintenant grosse
d'un vent d'Est Nord Est, le
Giel toujours couvert, l'on
découvrit la Côte de Solaryen
Maillorque sur lemidy.
L'on navigea le reste ditjour
à force de voiles du côté
des Dragoneres,&l'on se détermina
àjetterl'ancre sur les
septheuresdu soir ,àlacalle
de saintePosee,&l'on se tint
en ce parage, jusques sur les
4. heures du foir du jour 14
Durant cetteintervallel'on
tintConseil de guerre,oùassistetent
les Officiers Généraux
seulement
, pour deliberer si
l'ony feroitle débarquement,
àJ'tff;;t de quoi l'on dépêcha
deux logenieurs dans uneChaloupe
, pour reconnoître la si.
tuation & le terrain:à l'approche
de la Chaloupe les Ennemis
tirerent quelques coups
de Canon de cinq Batteries;
on reconnut qu'ils étoient bien
retranchez avec bon nombre
dePaysans, ce quifit prendre
lâ resolutionde se mettre le
même jour à la voile, ce qui
né ffc pût faire que vers les 6.
heures du soir,& alors tous les
ni,:rments,:ilcverent l'ancre
avec unventSud Sud Est.Vers
lafitortÏOO. hommes du Regiment
de la Marine passerent
d'un petit Bâtiment François
qui faisoit beaucoup d'eau, sur
le Royal, & toute la nuit on fit
route au large pour éviter les
Côtes dont on a pAarlé. Le 15. nous nous trouvâmes
à deux lieuës de distance des
Dragoneres quinousrestoient
au Nord avec un vent fort de
SudSud Oüest,&grosseMer,
ce qui fit que les Galères&les
Vaisseaux de Meilleurs de la
Roche & de la Fayette , avec
quelques autres Bastiments de
transport arrivèrent sous le
vent des mêmesDragoneres,
&nous autres avec lereste de
l'Armée, navigâmes jusqu'a
cinq heures du fair, faisant
route par Sud-Est quart aiy
Sud, nous joignant pour donner
fond sur les CallesFerrera
& Longa
,
à une lieuë à 1Est
du Port Pedra, distant de terre
environ une portée de Canon;
-& d'abord on dépêcha une
Lance avec le ComtedeLecherene
pour reconnoître cc
Port.
Lequel ayant été trouvé fort
à propos, on commanda à
M. le Marquis de Cany,de
faire le débarquement , qu'il
commença avec huit Lances
& 150.Grenadiers des Regimens
de Gastille & de la Marine;
Ce qui se fitheureuse-
me'j[ & les autres troupes par
émulation se débarquèrent au
nombre de six mil Fantassins
& immédiatement on continua
de meure la Cavalerie à
Terre,des trois coltzdesdites
calles,où l'on pût entrer avec
tous les Bâtimens. Ce qui
acheva de s'execucer sur lesdix
heures du foir. M. le Marquis
de Cany executa ce commandementdonc
il étoitchargé
avec toute la valeur,
,
la prudence
& les précautionspossi-
bles;il merite des loüanges
infiniescar un vieux General
n'auroit pû mieux faire. Et le
16. du courant, on dépêcha
le Marquis de Mary,pour en
informer Sa Majesté,il arriva
à Aranjuez le 21 à neuf heures
du foir & eût encore 10i
temps de luy b.ure[ la maïa:
avant son coucher.
La Flote doit retourner
deux voyages,prendre lercHe;
des troupes ,
des équipages &
& munitions de Guerre & de
bouche,
Il y a pour cette entTprise
cent pieces de Canon. - - .,
Douze Mortiers.
Cinq mil Bombes.
QuarantequatreBataillons.
Trois Regimens de Cavalerie.
Trois Regimens de Dragons
démontez.
Pour cinq mois de munitions
, & tous les Officiers
payez.
L'Armée de S. M. C. efl;
composéede146.voiles ,tant
en Vaisseaux de guerre que de
transport, Fregates legeres,
Flottes, Barques, & Tartannes,
&sixGaleres. Elle efteonamandée
par Don Pedro de Los-
Rios, qui asous luy Don Jofeph
de Los Rios son frere
Commandant , des Galeres,les
Marquis de Gabaret&de Mary
Chefs d'Escadre.
Elle porte 24. Bataillons ;
sçavoir12 deFrançois,&12.
d'Espagnols,mil chevaux
,
avec
avecartillerie munitions de
guerre & de bouche pour faire
un siege.
Les Troupes de terre font
commandées par M. le Chevalier
d'Asfeld,qui a fous luy
M. leComtede Lecheraine,
M.le Marquis de Guerchois,
M.le Marquis de Caylus,&
M. Ribadeo
,
Espagnol, Maréchaux
de Camp.
o'
L'on a commencé le 8. Juin
à embarquer les Troupes
, & leonzeaumatin rout fut prêt
à marcher. Le même jour à
deux heures aprés midy, l'on
appareilla & tout fut sorti du
Port de Barcelone à sept heures
du foir : le douzeau matin
l'Armée (e trouvarassemblée,
les Galeres au vent ,
les Vais
seaux de guerre fous le vent,
& les Bastimens de transport
aumilieu.
,
La nuir du douze au treize
nous souffrîmes un grostems.
Le desseinétoit devenir mouiller
devant Alcudia, mais nous
ne pûmes pas doubler leCap
ce qui fit que nous continuâmes
nôtre route jusqu'à Santa
Ponfa
,
où M. de Los Ris
s'arrêta pour rassembler foç
Armée que le mauvais temps
avoit dispersée : nous nous
trouvâmes sur lestrois heures
après midy avec moins desoixante
Voiles& des Galeres qui
s'étoient mises à l'abri de Tlflç
deDragonnera;maisle lendemain
14. à midy tout joignit)
& il ne se trouva de plus qu'-
environ 50. Bateaux &une
- Tarranne.
- Santa Ponfa étoitunePlace
très propre à debarquer, mais
nous reconnûmes qu'elle étoit
coupée par un retranchement
au bout duquel, de chaque
côté, il y avoit une Tourayçç,
du canon , tous les Rebelles
noussaluërent aussitost qu'ils
nous virent mouiller. L'on découvrit
aussiquelque Cavalerie
avec de l'Infanterie,ce qui
sit juger que cet endroit étoit
trop bien gardé pour y pouvoir
descendreaussifacilement
que l'on pouvoit d'un autre
côté. Cela sir prendre le parti
a ncs Généraux de Mer & de
-
Terre de lever l'ancre & de
chercher du costé du Sud une
plage plus propre.
Le 14 à quatre heures du
soit toute l'Armée mit à la
Wlfc*, & sur les onze heures le
véht rafraîchit si fore) que le
quinze au matin nous nous
trouvâmes encore abandonné
desGaleres & de plus de quatre-
vingt voiles. Cependant
M.deLos Riosayant apperçû
sur les cinq heures du soir que
CM Ferrera & la Cala Loriot
prés le Porto Pedro étoient
commodes pour y jetter les
Troupes
,
d'autant plus qu'il
ne paroissoit personne pour
s'y opposer
,
il moüllaen cet
endroit, & M. le Chevalier
dAsfeld envoya M. le Comte
de Lecheraine avec 2 5. Grenadiers
du R giment de Castille
& de la Marine, qui se mirent
dans une Chaloupe, & furent
reconnoître le terrain; sur le
rapport que vint faire M. le
Comte de Lecheraine que l'on
pouvoit debarquer
,
& qu'il
n'y avoit point de tems à per.
dre
,
M. de Los Rios fit le signal
à toutes les Chaloupes,
Barques& Bateaux de venir à
son bord avec le plus de Soldats
qu'ils pourroient porter,
& de là furent envoyées incontinent
à CalaFerrera où
les Chaloupes & Canot del'A
miral avoient déja de fLendus
les Troupes qu'ils portoient
Le débarquement commença
à six heures dusoir,&fut fait
avec tant de diligence
,
qu'à
huit heures il y avoit à terre
deux mil hommes, & à rleu*
heures a prés minuit toute l'Infanterie
embarquée dans les
Bâtimens qui avoient suivi l'Affinai
se trouva à terre au nombre
de six mil hommes. :>u&
-
Le16. à la pointe du jour
l'on débarqua environ 500.
chevaux. '8
A mesure que les troupes
débarquoient, elles travaillerent
à se couvrir d'une ligne
de la hauteur de quatre pieds
faitede branches , d'ar bres &
de terre, seulement du costé
du Nord, car au Sud l'endroit
estoit couvert par la Mer, &
à l'Est ou Qücfi.) de deux
petits Golfes appellez Cala
Ferrera & Cala Longa.
Le 17 à quatre heures du
matin, M. leChevalier d'Asfeld
a fait marcher ses troupes
du coftéd'Alcudia ; &
nous autres avons mis à la
voile le mêmejour à dix heures
du matin.
- Le 20 au soir nous doublâmes
le Cap Farrax.
Le 21.nousennâmes dans
la BJYc d'Alcudia, où nous
moüillâmesàdemie portéede
Canon de Terre. r, - NousapprîmesqueM. d'Asfeld
étoit arrivé le 19. à une
lieue-d'Alcudia,qu'ilavoit fait
un détachement de Grenadiers
& de Cavalerie , pour
aller sommer la Place, &que
le lendemain 20 à huit heures
du matin, il y étoit entré,
ayant pris la Garnison au nombre
de 1300. hommes à discretion
dont la plus grande
parties'est engagée dans nos
troupes, & les Officiersdétenus
jusqu'à ce qu'ilsayent déclaré
le lieu où ilsveulent se
retirer, pourvcu que ce ne soit
point sur aucunes Terres dela
domination d'Espagne. Alcudia
est située à un quart de
lieuë de laMer
,
son terrain &
les environs sont des roches
,
ce qui auroitrendu la tranchée
difficile à faire au cas de
Siege) il a double murailles
quiontchacuneun fossede10.
à12 piedsdeprofondeur sur
8. de I.1rge
,
de la premiere
muraille torrent 8. Bastions
soutenus chacun de deux
petites tours saillantes de la
seconde muraille qui sont
àTrenaux.
L'on y a trouve 2. 2.. petites
pieces de Canon de fonte,&
30. de fer, pour 20. jours
de vivres &de poudre.
Le 11. M.le Chevalier d'Asfeld
fit marcher2000. hommes
à Palma qui est la Capitale
fous les ordres de M. le Marquisde
Guerchois ,il fut suivi
deM.leComte de Lecheraine
qui marcha avec un autre
détachement, pour le soutenir.
M. d'Asfeld ,après avoir
laissé un Bataillon Espagnol
dans AJcul.ia
,
marcha avec
le reste de son Armée;le 23.
tous le p.,ys jusqu'à àeux luuës
de Palma
,
rendit l'obéïssance
&tout yest fort tranquille.
Les six Galeres & plus de
60. voiles del'Armée Navale
,qtic le mauvais temps avoir séparée
du corps nous rejoignirent
le 11. & aussi tost l'on fit
débarquer 1liifanterle & la
Cavalerie qu'ils portoient:
l'Armée Navale leva l'ancre le
25. pouraller devant Palma.
Fermer
578
p. 156-161
Suite des Nouvelles de Mayorque.
Début :
Un Courrier extraordinaire arrivé d'Espagne en six jours, six [...]
Mots clefs :
Chevalier, Roi, Empereur, Majorque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des Nouvelles de Mayorque.
Suite des Nouvelles
de Mayorque.
• Un Courrier extraordinaire
arrivé d'Espagne en six jours,
flX heures
, vient d'apporter
le détail de l'expédition de
Mayorque ,tel que levoicy.
Le Chevalier d'Asfeld a été
toujours devant Palma
,
le
Marquis de Ruby Commandant
les Troup s de 1 Empereur,&
les Anglois dans la
Place luy a aussitost envoyé
unTrompette pour luy témoigner
l'étonnement où il étoit
de se voir faire la Guerre, veu
qu'on étoit en négociation de
Paix. Le Chevalierd'Asfeld
luy envoya dire, qu'ilvenoit
luyen apprendre la rupture
& qu'il falloit. se soumettre
dans vingt- quatre heures Le
Marquis de Ruby luy fit répondre
sur le champ qu'il ne
demandoit qu'une Suspension
d'Armes defix semaines, pour
avoir réponse des deux Courriers
qu'il alloit dépêcher, l'un
à Vienneàl'Empereur,&l'autre
au Roy Georges en Angleterre
, pour en recevoir les
ordres. Le Chevalier d'Asfeld
luy répondit qu'il feroitce
qu'il voudroit ;mais qu'il falloit
absolument qu'il se rendit
dans vingt quatre heures.
Surces pressantes réponses
le Clergé, la Noblesse
, & les
Magistrats obligèrent le Marquis
de Ruby à prendre son
parti & luy dirent qu'il pouvoir
se retirer où bon luy sembleroit
; maisque poureux ils
étoient résolus de se soumettre
au Roy leur Maître; en
forte que la chose fut réglée
ainsi. Dans l'instant les Députez
l'étant venu témoignée*
au Chevalier d'Asfeld ,il confcntit
que le Marquis de Ruby
se retira en Sardaigne,& luy
fit donner des Bâtiments pour
embarquer ses troupes qui
avoient des Patentes de 1 Empereur
, & quelques Officiers,
Anglois qu'on eût retenu
Prisonniers de guerre sans
leurs Patentes. Le Chevalier
d'Asfeld entra ensuite dans la
Place aux acclamations du
peuple qui crioit, Vive Philippescinq,
& vive la Reine.
Les IfLs d'Yvica& deFormantiere
se sont soumises en
même tems.
Leurs Majestez font toûjours
à Aranjutz , où le Pere
Djubenton
,
Confesseur du
Roy, arriva le 14. Il baisa la
main à leurs Majestez
,
& aux
Princes, dont il fut receu tres
favorablement.
M.
M. de Monteil
,
Maréchal
des Logis de laCavalerie,aapporté
au Roy la nouvelle de la
descente faite en l'H] de
Mayorque,& M. le Marquis
de Cany celle de la réduction
de cette Isle,surquoyS.M.l'a
fort gratieusé.
de Mayorque.
• Un Courrier extraordinaire
arrivé d'Espagne en six jours,
flX heures
, vient d'apporter
le détail de l'expédition de
Mayorque ,tel que levoicy.
Le Chevalier d'Asfeld a été
toujours devant Palma
,
le
Marquis de Ruby Commandant
les Troup s de 1 Empereur,&
les Anglois dans la
Place luy a aussitost envoyé
unTrompette pour luy témoigner
l'étonnement où il étoit
de se voir faire la Guerre, veu
qu'on étoit en négociation de
Paix. Le Chevalierd'Asfeld
luy envoya dire, qu'ilvenoit
luyen apprendre la rupture
& qu'il falloit. se soumettre
dans vingt- quatre heures Le
Marquis de Ruby luy fit répondre
sur le champ qu'il ne
demandoit qu'une Suspension
d'Armes defix semaines, pour
avoir réponse des deux Courriers
qu'il alloit dépêcher, l'un
à Vienneàl'Empereur,&l'autre
au Roy Georges en Angleterre
, pour en recevoir les
ordres. Le Chevalier d'Asfeld
luy répondit qu'il feroitce
qu'il voudroit ;mais qu'il falloit
absolument qu'il se rendit
dans vingt quatre heures.
Surces pressantes réponses
le Clergé, la Noblesse
, & les
Magistrats obligèrent le Marquis
de Ruby à prendre son
parti & luy dirent qu'il pouvoir
se retirer où bon luy sembleroit
; maisque poureux ils
étoient résolus de se soumettre
au Roy leur Maître; en
forte que la chose fut réglée
ainsi. Dans l'instant les Députez
l'étant venu témoignée*
au Chevalier d'Asfeld ,il confcntit
que le Marquis de Ruby
se retira en Sardaigne,& luy
fit donner des Bâtiments pour
embarquer ses troupes qui
avoient des Patentes de 1 Empereur
, & quelques Officiers,
Anglois qu'on eût retenu
Prisonniers de guerre sans
leurs Patentes. Le Chevalier
d'Asfeld entra ensuite dans la
Place aux acclamations du
peuple qui crioit, Vive Philippescinq,
& vive la Reine.
Les IfLs d'Yvica& deFormantiere
se sont soumises en
même tems.
Leurs Majestez font toûjours
à Aranjutz , où le Pere
Djubenton
,
Confesseur du
Roy, arriva le 14. Il baisa la
main à leurs Majestez
,
& aux
Princes, dont il fut receu tres
favorablement.
M.
M. de Monteil
,
Maréchal
des Logis de laCavalerie,aapporté
au Roy la nouvelle de la
descente faite en l'H] de
Mayorque,& M. le Marquis
de Cany celle de la réduction
de cette Isle,surquoyS.M.l'a
fort gratieusé.
Fermer
579
p. 167-176
A Malthe, ce 10. Juin.
Début :
Je vous dois compte, mon cher Monsieur, de tout ce qui [...]
Mots clefs :
Malte, Fortifications, Congrégation, Grand prieur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Malthe, ce 10. Juin.
A Maltb
, ce io. Juin.
Je vous dois compte, mon
cher Monsieur, de tout ce qui
se passe en ce païs cy. S. A. S.
Monseigneur le grand Prieur,
toujours attentif au bien de
l'Ordre de M-ilibeà la seureté
de l Isle,avoit envoyé des
Ingénieurs pour lever un plan
des Marines; cc Prince fut ensuite
visiter tous les endroits
qu'il falloit fortifierpourempêc
her qu'on ne fit des descentes
, & il drcflj un projet des
fortifications qu'il falloir faire,
& il communiqua le tout à la
Congrégation de guerre composéede
quatre Commissaires
quifont grands Croix, donc
deux furent d'un sentiment
conforme
conforme aux intentions de
S. A. qui étoit de faire travailler
incessamment aux fortifications
des Mannes, les deux
autres,quoiqu ils les jugeaffent
fort necessaires,renvoyerent
ce travail à l'année prochaine,
& insistoient à continuer
detravaillerauFortSainte
Marguerite.
Cette affaire fut portée le
lendemain au ConterdEfac
à la teste duquel se trouve le
le Grand Maître. Il est composé
, comme vous sçavez
de Monseigneur leGrand,
-
Prieur qui a la fécondé place,
comme Lieutenant de son
Eminence, de l'Evêque &
du Prieur de l'Egise ; & de
tous les grands Croix qui sont
assis par rang d'ancienneté ;
M Dalmeyda un des Commissaires
de la Congrégation
de guerre fit un rapport de ce
qui s'étoit passé le jour
auparavant à ladite Congregation
,
& il appuya fort son
sentiment qui étoit de continuer
àtravailleraufort Sainte
Marguerite. Le grand Maître
prit la parole avec beaucoup
de force& de dignité, il opina
en faveur des fortifications
de la Marine, il reprocha finement
à ces Meilleurs de la
Congregation que suivant l'esprit
de leur cabale
,
fait ils avoienc
dépenser bien de l'argent
mal-a-proposàl'Ordre,qu'ils
avoient suivi le projet d'un
Ingenieur ignorant, & qu'ils
s'opposoient toujours à ce qui
pouvoit estre avantageux au
public. Son Altesse parla enfuite
& entra dans des plus
grands détails. Ce Prince fit
,
voir que le fort Sainte Margueriteétoit
tres-inutile puisqu'il
ne couvroit pas entierementleBourg&
l'Isle ,&qu'il
étoit dominé par les haureurs
duCoradin & de~Bgny
,
qu'il
en coûteroit encore plus de
deux cens mille écus pour le
perfectionner
, au lieu que
pour quarante milleécus on
feroit fortifier toutes les Marines
; & que si le tresor n'avoit
pasdefonds,ils-obligeoit
d'en faire faire les avances ,
par des personnes qui ne demanderaient
le payement
qu'en trois années,faufintetêt.
Cette opinion fut applaudie
par tout le monde; & excira
le zele & la bonne volonté
de plusieurs
,
qui offrirent
genereusement de contribuée
aux frais qu'il falloit faire. Les
uns donnèrent mille écus>
les autres deux mille
,
son
Altesse quatre mille , si bien
que dans un moment de
tempsoneût des obligations
pour prés de la moitié de la
somme necessaire ,on a nommé
quatreCommissaires autres
que ceux de la Congrégation
,
pour recevoir les fonds, & faire
les payements ; ces Commissaires
rendront compte
en droiture à Son Altesse, &
&ce Prince à Son Eminence
3 onmettrala main à l'oeuvre,
pour le plus tard après la FeUc.
Dieu, de manière qu'on ne
craindra plus rien pour les
-
descentes; avec cette precautiononnefera
plus obligé,
à l'avenir,de faire des citations
générales
,
& les milices du
pays suffiront pour deffendre
tous les poRes) joint à cela
que le Roy de Sicile pour son
propre incerect, est toujours
disposé à leur donner du
secours.Quatreou cinq batail-
Ions suffiront avec les Milices,
pour mettre toute Tlfle en
seureté. Un Vaisseauarrivé
de Constantinople dans ce
Port depuis deux jours,arapporté
que l'Armée Navale
du Grand Seigneur, qui est de
30. Vaisseaux mal équipez &
mal armez,étoit à la Rade
devant cette grande Ville pr ête
à faire voile en Morée
que l'on a fait defiler les troupes
pour les transporter en ce
pays là. Les Galeres duPapc au
nombre de quatre arrivèrent
icy Vendredy dernier pour
prendre celles de la Religion,
& aller joindre l'Armée Navale
des Vénitiens. Voilà toutes
les nouve lles de Malthe les
plus essentielles; tous les Chevaliers
s'en retournent & ce
paysvaêtreunvraydefert.
, ce io. Juin.
Je vous dois compte, mon
cher Monsieur, de tout ce qui
se passe en ce païs cy. S. A. S.
Monseigneur le grand Prieur,
toujours attentif au bien de
l'Ordre de M-ilibeà la seureté
de l Isle,avoit envoyé des
Ingénieurs pour lever un plan
des Marines; cc Prince fut ensuite
visiter tous les endroits
qu'il falloit fortifierpourempêc
her qu'on ne fit des descentes
, & il drcflj un projet des
fortifications qu'il falloir faire,
& il communiqua le tout à la
Congrégation de guerre composéede
quatre Commissaires
quifont grands Croix, donc
deux furent d'un sentiment
conforme
conforme aux intentions de
S. A. qui étoit de faire travailler
incessamment aux fortifications
des Mannes, les deux
autres,quoiqu ils les jugeaffent
fort necessaires,renvoyerent
ce travail à l'année prochaine,
& insistoient à continuer
detravaillerauFortSainte
Marguerite.
Cette affaire fut portée le
lendemain au ConterdEfac
à la teste duquel se trouve le
le Grand Maître. Il est composé
, comme vous sçavez
de Monseigneur leGrand,
-
Prieur qui a la fécondé place,
comme Lieutenant de son
Eminence, de l'Evêque &
du Prieur de l'Egise ; & de
tous les grands Croix qui sont
assis par rang d'ancienneté ;
M Dalmeyda un des Commissaires
de la Congrégation
de guerre fit un rapport de ce
qui s'étoit passé le jour
auparavant à ladite Congregation
,
& il appuya fort son
sentiment qui étoit de continuer
àtravailleraufort Sainte
Marguerite. Le grand Maître
prit la parole avec beaucoup
de force& de dignité, il opina
en faveur des fortifications
de la Marine, il reprocha finement
à ces Meilleurs de la
Congregation que suivant l'esprit
de leur cabale
,
fait ils avoienc
dépenser bien de l'argent
mal-a-proposàl'Ordre,qu'ils
avoient suivi le projet d'un
Ingenieur ignorant, & qu'ils
s'opposoient toujours à ce qui
pouvoit estre avantageux au
public. Son Altesse parla enfuite
& entra dans des plus
grands détails. Ce Prince fit
,
voir que le fort Sainte Margueriteétoit
tres-inutile puisqu'il
ne couvroit pas entierementleBourg&
l'Isle ,&qu'il
étoit dominé par les haureurs
duCoradin & de~Bgny
,
qu'il
en coûteroit encore plus de
deux cens mille écus pour le
perfectionner
, au lieu que
pour quarante milleécus on
feroit fortifier toutes les Marines
; & que si le tresor n'avoit
pasdefonds,ils-obligeoit
d'en faire faire les avances ,
par des personnes qui ne demanderaient
le payement
qu'en trois années,faufintetêt.
Cette opinion fut applaudie
par tout le monde; & excira
le zele & la bonne volonté
de plusieurs
,
qui offrirent
genereusement de contribuée
aux frais qu'il falloit faire. Les
uns donnèrent mille écus>
les autres deux mille
,
son
Altesse quatre mille , si bien
que dans un moment de
tempsoneût des obligations
pour prés de la moitié de la
somme necessaire ,on a nommé
quatreCommissaires autres
que ceux de la Congrégation
,
pour recevoir les fonds, & faire
les payements ; ces Commissaires
rendront compte
en droiture à Son Altesse, &
&ce Prince à Son Eminence
3 onmettrala main à l'oeuvre,
pour le plus tard après la FeUc.
Dieu, de manière qu'on ne
craindra plus rien pour les
-
descentes; avec cette precautiononnefera
plus obligé,
à l'avenir,de faire des citations
générales
,
& les milices du
pays suffiront pour deffendre
tous les poRes) joint à cela
que le Roy de Sicile pour son
propre incerect, est toujours
disposé à leur donner du
secours.Quatreou cinq batail-
Ions suffiront avec les Milices,
pour mettre toute Tlfle en
seureté. Un Vaisseauarrivé
de Constantinople dans ce
Port depuis deux jours,arapporté
que l'Armée Navale
du Grand Seigneur, qui est de
30. Vaisseaux mal équipez &
mal armez,étoit à la Rade
devant cette grande Ville pr ête
à faire voile en Morée
que l'on a fait defiler les troupes
pour les transporter en ce
pays là. Les Galeres duPapc au
nombre de quatre arrivèrent
icy Vendredy dernier pour
prendre celles de la Religion,
& aller joindre l'Armée Navale
des Vénitiens. Voilà toutes
les nouve lles de Malthe les
plus essentielles; tous les Chevaliers
s'en retournent & ce
paysvaêtreunvraydefert.
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580
p. 13-35
Relation historique du Siege, [titre d'après la table]
Début :
Commençons, si vous voulez, par les affaires du monde, ce [...]
Mots clefs :
Siège, Capitulation, Troupes, Armée, Débarquement, Hommes, Majorque, Général, Officiers, Roi d'Espagne, Marquis, Levant, Marquis de Rubi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation historique du Siege, [titre d'après la table]
Commençons , fi vousvoulez
, par les affaires du monde
, ce fera tant & plus de
gagné ſur le nombre des pages
que j'ay à vous écrire.
Je ne fis lemois paffé qu'un
extraitdes Nouvelles de Maillorque
parce que n'ayant pas
encore receu la Capitulation
dePalma , que j'attendois ,je
n'en pouvois faire qu'un Article
informe; & j'ay mieux aimé
differer juſqu'à preſent àvous
en parler d'une maniere plus
étenduë , pour vous en donner
unabregé Hiſtorique & complet.
14 MERCURE
Le ſuccés du débarquement
des Troupes des deux
Couronnes à l'Ile de Maillorque
,dans la côte du Levant
entre Puerto Petro , & Puerto
Colonb dans un petit Havre
'qu'on appelle Calla Longa ,
P
en fit bientoſt efperer la conquêre.
Quelque oppoſition qu'on
cût mis a l'execution de ce projetpar
la fufpenfion , que les
negotiations avoient donné
lieu de faire , & qui naturellement
par la furcharge des dépenfes
immenfes, le devoient
faire manquer dans ſon tout.
:
GALANT. 15
L'Intendant Patino qui a cydevant
fi bien maintenû l'Armée
devant Barcelone , pendantquatorze
mois , dans toute
l'abondance , ne s'eſt point
rebuté,&connoiffant l'importance
d'un ſi grand projet,&
pour fon maître l'avantagedu
fuccés&de l'execution ; il ena
foutenutous les contre temps
&les dépenfes ; & en un mot
mis l'Armée en état d'appareil
ler de Barcelone le onziéme
Juin au nombre de 2801
Voiles : la Flotte fit une navi
gation allez heureuſe, quoy
que d'un vent un peu forcé
16 MERCURE
&arriva le troiſième jour. Le
15. nous cûmes connoiffance
de la Dragonera , vis à vis
Dindrache , à la Côte du Ponant&
proche de Puerto Ponſé
, où l'Armée moüilla & pris
ancrage ; Puerto Ponſé forme
une eſpece de Baye en croifſant
, où la plage bordée de
ſable preſente un débarquement
affez favorable ; mais
comme iln'eſt qu'àdeux lieuës.
de Palma , il eſt couvert de retranchemens
& de batteries ;
le douze fur le rapport qui
fût fait àM. le Chevalier d'As
feld de l'état de ſa Cavalerie
qui
GALANT 17
qui manquoit d'cau , & que
toutes les cengles & apparcils
fabriquez dans les Tattannes
pour touſtenir les chevaux
étoient rompus & brifez , il
mit ſa confiance fur la valeur
des Troupes, &prit la refolution
de faire là ſon debarque
ment; les Chaloupes étoient
déja affemblées & armées
lorſque le Marquis de Gabaret
, ſous les ordres du GeneralRios
, reprefenta vivement
que l'Armée étoit perduë , le
projet détruit,& tous les avantages
qu'on en attendoit , ff
on perfeveroit dans le deſſein
Aoust 1715 .
B
18 MERCURE
de tenter là la defcente ; au
contraire , qu'il étoit certain
qu'à la Coſte deCampos dans
la partie du Levant , le débarquement
ſe feroit par furprife
, & fans perdre un homme
s'il étoit bien conduit , étant
impoſſible aux Ennemis de
border la Colte de leurs Malices
, ni de ſuivre les mouvemonts
rapides des Vaiſſeaux.
Le zele de ce General pour le
ſervice eſt ſi connu , la capacité
& ſon experience fi approuvées
particulierement àla
Mer , où il a fervi 25. ans ſous
les meilleurs Maîtres dans la
GALANT 19
Marine de France, &veu toutes
les occafions , que leChevalier
d'Asfeld ſe laiſſa aller à
ſes remontrances ; la Flotte fit
voile à l'heure même , on mit
la pointe au Levant , & le
lendemain matin l'Amiral
Rios prit fi bien ſon tems ,
que fur les quatre heures le
General d'Asteld détacha le
Comte de Lecheren , Maréchal
de Camp , avec 25.hommes
pour fonder le Pays, iln'y
trouva perfonne dont il donna
auſſicôt avis : M. de Rios fit
le ſignal du débarquement ,
auquel ſe porterent avec rapi-
Bij
20 MERCURE
dité les Marquis de Cany , de
Gabaret&Mary, qui dans une
heure & demie , à la prefence
du General Don Pedro deRios
qui avoit auſſi debarqué , mirent
trois mille hommes àterre
par l'ordre du General de la
Mer ,& par ſes foins la Cavalerie
ſe débarqua la même
nuit des trois coſtez des Calles
où l'on pût entrer avec tous
les Baſtimens. M le Marquis
deCany executa ( comme on
l'a dit le mois paffe ) ce commandement
avec toute la valeur
& la prudence imaginables.
Le 16. on dépêcha le
GALANT. 25
Marquis de Mary pour informer
S. M. C du ſuccés du
debarquement ; cet honneur
appartenoit à M.de Gabaret
par droit d'ancienneté ; mais
Les indiſpoſitions ne luy permettant
pas d'entreprendre
cette courſe , ils'eſt ſervyd'un
congé duRoy d Elpagne pour
aller rétablır ſa ſanté à Alicante
M. le Chevalier d'Asfeld ,
aprés avoir fait débarquer une
partie de ſes Troupes au nombre
de cinq mille hommes
d'Infanterie,&quatre censchevaux,
la tempête qui avoit dif
麻
22 MERCURE
perfé le reste de la Flotte
l'ayant empêché d'en mettre
d'avantage a Ferre , ſe mit
en marche dés le lendemain
à la pointe du jour ; & alla
droit à un Village dans lequel
eflorent fix mille Payfans
aff mblez , & foutenus
par deux cens chevaux du
Marquis de Ruby ; il fit dire à
fes Payfans de le retirer dans
leurs maisons , & de ne pas
attendre l'arrivée de ſesTroupes,
illeur fit entendre qu'on
les avoit trompez juſqu'à
preſent&qu'ils devoient enfin
reconnoiſtre le Roy PhiGALANT.
23
S
لا
lippes V pour leur veritable
Maître qui leur pardonnoit
tout ; mais que s'ils ne profitoient
pas de la clemence &de
l'amniſtie que S. M. C. leurs
accordoit , il n'y auroit point
de quartier pour eux. Ces
repreſentations curent tout
l'efft imaginable , & firent
prendre à cette Milice le parti
de ſe retirer. L'Armée marcha
enfuite fans aucun obitacle
juſqu'à des bois dans lef
quels l'avant garde défit une
nouvelle Troupe de Payſans
qui avoient tiré ſurelle ;& on
amena cent prifonniers àM.
i
24 MERCURE
le Chevalier d'Asfeld qui les
renvoya chacun chez eux ,
aprés leurs avoir bien repre
ſentéletort qu'ils avoient d'avoir
pris les armes contre leur
Roy. Son indulgence donna
lieuau Village de Falonich de
venir ſe loumettre àlay: L'Armée
y campa le 17. & les c
xemples que Male Chevalier
d'Asfeld y donna , en faiſant
caffer la tête à deux foldats qui
avoient contrevenu au ban en
allant en maraude, raffeurerent
tellement ce pays , que les
Habitans offrirent de prendre
les armes pour luy ; ce qu'il
n'accepta
T
GALANT. 25
n'accepta point ; il leur ordonna
ſeulement de demeurer
tranquilles chez eux , & ilenvoyade
Falonich dans tous les
BBoouurrggss, Villes ,& Villages de
l'Ifle des bans imprimez qui
produifirent un ſi bon effet ,
joint à la difcipline avec laquelle
il fit vivre ſes troupes ,
que dés le lendemain les peuples
vinrent de tous coſtez
ſe mettre à l'obéifſſance. La
bonté avec laquelle il les re
çût acheva entierement de les
gagner , & pour profiter de
Cetheureux commencement ,
il envoya dans Alcudia des
Aoust 1715. C
26 MERCURE
gens affidez qui répandirent le
bruit des bons traitemens
qu'ils avoient receus de luy.
L'Armée ne pouvant pas s'y
rendre àcauſe que la marche
étoit trop grande , il s'avança
avec un detachement de dix
Compagnies de Grenadiers ;
&deux centchevaux , & arriva
le 19. à 8. heures du matin
devant cette Place , où il fut
receu à grands coups de canons
; cependant ſur les avis
qu'il eût que les habitans de
ladite Ville , eſtoient portez
à ſe rendre , il fit ſommer la
Garniſonqui fit quelque diffi
GALANT. 27
culté ; mais voyant que les
habitans ne vouloient point
foutenir un Siege ,& ne trouvoient
pas en elle affez de reffource
, elle ſe rendit lemême
jour à diſcretion , elle étoit
compoſée de quatre cens
hommes d'Infanterie. On a
trouvé dans la place 52. pieces
de canon. Cette Ville a
marqué ſa joye par beaucoup
d'acclamations à l'entrée
des troupes ; une grande
partie de l'Ifle fut auffi-toft
prêter l'obéiſſance , & fc
foumettre à la clemence du
Roy , en vertu de l'amniſtic
Cij
28 MERCURE
que M. le Chevalier d'Asfeld
yavoit fait publier.
Trois jours aprés le départ
de M. de Mary , M. le Chevalier
d'Asfeld dépêcha M. de
Saint Pê , pour aller rendre
compte à la Cour de la priſe
d'Alcudia,qui avoit bien voulu
épargner aux troupes du Roi la
peine d'en faire le Siege;ce fut
unbonheur infini ; car la place
eſtoit des meilleures& auroit ,
fur le temoignage des Officiers
occupé l'Armée pendant plus
de fix ſemaines ; elle a depuis
ſervi de Port fort commode
pour débarquer toutes les pro--
(
GALANT. 29
vifions & les troupes dont la
Flotte étoit compoſée , qui
avoient eſté diſperſées par
deuxgrands orages qui étoient
furvenus avant la deſcente ; &
on avoit eſté fix jours fans
avoir pû apprendre ce qu'étoient
devenus ceux qui n'avoient
pas été du premier dé.
barquement ; enfin le 22. &le
23. le reſte des Vaiſſeaux de la
Flotte arriva dans la Baye d'Alcudia
dont ils virent la réduction
avec beaucoup de joye ;
car ils avoientde leur coſté la
mêmeinquiétude, ne ſçachant
pas ce qu'étoient devenus les
Ciij
30 MERCURE
Navires que le mauvais
temps avoit écarté ; enfin
aprés la priſe d'Alcudia , il ne
reſtoit plus que la Ville de Palmaà
foumettre ; & M. le Marquis
de Ruby qui en étoit le
Commandant , & qui avoit à
ſes ordres deux mille,Volon
taires , ſept à huit cent hommes
de troupes Allemandes ,
& environ quatre cent chevaux
, fit toutes les ceremonies
d'un homme qui veut fe
deffendre ; on travailla auflitôt
aux arrangemens neceſſaires
pour en faire l'attaque ,s'il
en étoit beſoin .
GALANT. 31
Dés que les Ennemis virent
les Troupes de M. d'Asfeld à
une lieuë & demie de Palma ,
travailler à des Poſtes & les
fortifier àmeſure qu'elles arrivoient,
ils parurent avoir grande
peur , &Milord Forbus en
fortit avec un Colonel Allemand
pour aller parlementer
avec M. le Chevalier d'Asfeld,
dont l'Armée étoit compoféc
de 100. pieces deCanon.
12. Mortiers.
:
sooo . Bombes .
44.Bataillons.
3. Regiments deCavalerie.
3. Regimens de Dragons
démontez. Cij
32 MERCURE
Pour cinq mois de munitions
& tous les Officiers
payez.
M. le Chevalier d'Asfeld
avoit ſous luy M. le Marquis
de Caylus , Lieutenant General
, homme d'une grande valeur
& d'un vrai merite , M. le
Comte de Lecheren , M. le
Marquis de Guerchois , & M.
Ribadeo , Eſpagnol, tous trois
Maréchaux de Camp.
Le Marquis de Ruby voyant
cette Arméedevant Palma,envoya
auſſitoſt un Trompette
à M. le Chevalier d'Asfeld
pour luy témoigner l'étonne
GALANT. 33
ment où il étoit de ſe voir faire
laguerre , veu qu'on étoit
ennegotiation dePaix LeChevalier
d'Asfeld luy envoya dire
qu'il venoit luy en apprendre
la rupture , & qu'il falloit ſe
foumettre dans vingt- quatre
heures. Le Marquis de Ruby
luy fit répondre fur le champ
qu'il ne demandoit qu'uneSufpenſiond'Armesde
fix ſemaines
, pour avoir réponſe des
deuxCourriers qu'il alloit dépêcher
, l'un à Vienne à l'Empereur,&
l'autre au RoyGeorges
enAngleterre , pour enre
cevoir les ordres . Le Cheva-
-
34 MERCURE
lier d'Asfeld luy répondit qu'il
feroit ce qu'il voudroit ; mais
qu'il falloit abſolument qu'il
ſe rendit dans vingt- quatre
heures. 59
Sur ces preffantes réponſes
JeClergé , la Noblefle , & les
Magistrats obligerent le Marquis
de Ruby à prendre ſon
parti ,& luy dirent qu'il pour.
roit ſe retirer où bon luy fembleroit
; mais que pour eux ils
étoient refolus de ſe ſoumertre
au Roy leur Maître , enforte
que la choſe fut reglée
ainſi. Dans l'inſtant les Depu
tez l'étant venu témoigner au
GALANT . 35
Chevalier d'Asfeld , il confentit
que lo Marquis de Ruby ſe
retirât en Sardaigne ,& luy fit
donner des Bâtiments pour
embarquer ſes Troupes qui
avoient des Patentes de l'Empereur
, & quelques Officiers
Anglois qu'on cût retenu Prifonniers
de guerre fans leurs
Patentes. Le Chevalier d'Asfeld
entra enfuite dans la Place
aux acclamations du peuple
qui crioit , Vive Philippes V.
&vive la Reine.
, par les affaires du monde
, ce fera tant & plus de
gagné ſur le nombre des pages
que j'ay à vous écrire.
Je ne fis lemois paffé qu'un
extraitdes Nouvelles de Maillorque
parce que n'ayant pas
encore receu la Capitulation
dePalma , que j'attendois ,je
n'en pouvois faire qu'un Article
informe; & j'ay mieux aimé
differer juſqu'à preſent àvous
en parler d'une maniere plus
étenduë , pour vous en donner
unabregé Hiſtorique & complet.
14 MERCURE
Le ſuccés du débarquement
des Troupes des deux
Couronnes à l'Ile de Maillorque
,dans la côte du Levant
entre Puerto Petro , & Puerto
Colonb dans un petit Havre
'qu'on appelle Calla Longa ,
P
en fit bientoſt efperer la conquêre.
Quelque oppoſition qu'on
cût mis a l'execution de ce projetpar
la fufpenfion , que les
negotiations avoient donné
lieu de faire , & qui naturellement
par la furcharge des dépenfes
immenfes, le devoient
faire manquer dans ſon tout.
:
GALANT. 15
L'Intendant Patino qui a cydevant
fi bien maintenû l'Armée
devant Barcelone , pendantquatorze
mois , dans toute
l'abondance , ne s'eſt point
rebuté,&connoiffant l'importance
d'un ſi grand projet,&
pour fon maître l'avantagedu
fuccés&de l'execution ; il ena
foutenutous les contre temps
&les dépenfes ; & en un mot
mis l'Armée en état d'appareil
ler de Barcelone le onziéme
Juin au nombre de 2801
Voiles : la Flotte fit une navi
gation allez heureuſe, quoy
que d'un vent un peu forcé
16 MERCURE
&arriva le troiſième jour. Le
15. nous cûmes connoiffance
de la Dragonera , vis à vis
Dindrache , à la Côte du Ponant&
proche de Puerto Ponſé
, où l'Armée moüilla & pris
ancrage ; Puerto Ponſé forme
une eſpece de Baye en croifſant
, où la plage bordée de
ſable preſente un débarquement
affez favorable ; mais
comme iln'eſt qu'àdeux lieuës.
de Palma , il eſt couvert de retranchemens
& de batteries ;
le douze fur le rapport qui
fût fait àM. le Chevalier d'As
feld de l'état de ſa Cavalerie
qui
GALANT 17
qui manquoit d'cau , & que
toutes les cengles & apparcils
fabriquez dans les Tattannes
pour touſtenir les chevaux
étoient rompus & brifez , il
mit ſa confiance fur la valeur
des Troupes, &prit la refolution
de faire là ſon debarque
ment; les Chaloupes étoient
déja affemblées & armées
lorſque le Marquis de Gabaret
, ſous les ordres du GeneralRios
, reprefenta vivement
que l'Armée étoit perduë , le
projet détruit,& tous les avantages
qu'on en attendoit , ff
on perfeveroit dans le deſſein
Aoust 1715 .
B
18 MERCURE
de tenter là la defcente ; au
contraire , qu'il étoit certain
qu'à la Coſte deCampos dans
la partie du Levant , le débarquement
ſe feroit par furprife
, & fans perdre un homme
s'il étoit bien conduit , étant
impoſſible aux Ennemis de
border la Colte de leurs Malices
, ni de ſuivre les mouvemonts
rapides des Vaiſſeaux.
Le zele de ce General pour le
ſervice eſt ſi connu , la capacité
& ſon experience fi approuvées
particulierement àla
Mer , où il a fervi 25. ans ſous
les meilleurs Maîtres dans la
GALANT 19
Marine de France, &veu toutes
les occafions , que leChevalier
d'Asfeld ſe laiſſa aller à
ſes remontrances ; la Flotte fit
voile à l'heure même , on mit
la pointe au Levant , & le
lendemain matin l'Amiral
Rios prit fi bien ſon tems ,
que fur les quatre heures le
General d'Asteld détacha le
Comte de Lecheren , Maréchal
de Camp , avec 25.hommes
pour fonder le Pays, iln'y
trouva perfonne dont il donna
auſſicôt avis : M. de Rios fit
le ſignal du débarquement ,
auquel ſe porterent avec rapi-
Bij
20 MERCURE
dité les Marquis de Cany , de
Gabaret&Mary, qui dans une
heure & demie , à la prefence
du General Don Pedro deRios
qui avoit auſſi debarqué , mirent
trois mille hommes àterre
par l'ordre du General de la
Mer ,& par ſes foins la Cavalerie
ſe débarqua la même
nuit des trois coſtez des Calles
où l'on pût entrer avec tous
les Baſtimens. M le Marquis
deCany executa ( comme on
l'a dit le mois paffe ) ce commandement
avec toute la valeur
& la prudence imaginables.
Le 16. on dépêcha le
GALANT. 25
Marquis de Mary pour informer
S. M. C du ſuccés du
debarquement ; cet honneur
appartenoit à M.de Gabaret
par droit d'ancienneté ; mais
Les indiſpoſitions ne luy permettant
pas d'entreprendre
cette courſe , ils'eſt ſervyd'un
congé duRoy d Elpagne pour
aller rétablır ſa ſanté à Alicante
M. le Chevalier d'Asfeld ,
aprés avoir fait débarquer une
partie de ſes Troupes au nombre
de cinq mille hommes
d'Infanterie,&quatre censchevaux,
la tempête qui avoit dif
麻
22 MERCURE
perfé le reste de la Flotte
l'ayant empêché d'en mettre
d'avantage a Ferre , ſe mit
en marche dés le lendemain
à la pointe du jour ; & alla
droit à un Village dans lequel
eflorent fix mille Payfans
aff mblez , & foutenus
par deux cens chevaux du
Marquis de Ruby ; il fit dire à
fes Payfans de le retirer dans
leurs maisons , & de ne pas
attendre l'arrivée de ſesTroupes,
illeur fit entendre qu'on
les avoit trompez juſqu'à
preſent&qu'ils devoient enfin
reconnoiſtre le Roy PhiGALANT.
23
S
لا
lippes V pour leur veritable
Maître qui leur pardonnoit
tout ; mais que s'ils ne profitoient
pas de la clemence &de
l'amniſtie que S. M. C. leurs
accordoit , il n'y auroit point
de quartier pour eux. Ces
repreſentations curent tout
l'efft imaginable , & firent
prendre à cette Milice le parti
de ſe retirer. L'Armée marcha
enfuite fans aucun obitacle
juſqu'à des bois dans lef
quels l'avant garde défit une
nouvelle Troupe de Payſans
qui avoient tiré ſurelle ;& on
amena cent prifonniers àM.
i
24 MERCURE
le Chevalier d'Asfeld qui les
renvoya chacun chez eux ,
aprés leurs avoir bien repre
ſentéletort qu'ils avoient d'avoir
pris les armes contre leur
Roy. Son indulgence donna
lieuau Village de Falonich de
venir ſe loumettre àlay: L'Armée
y campa le 17. & les c
xemples que Male Chevalier
d'Asfeld y donna , en faiſant
caffer la tête à deux foldats qui
avoient contrevenu au ban en
allant en maraude, raffeurerent
tellement ce pays , que les
Habitans offrirent de prendre
les armes pour luy ; ce qu'il
n'accepta
T
GALANT. 25
n'accepta point ; il leur ordonna
ſeulement de demeurer
tranquilles chez eux , & ilenvoyade
Falonich dans tous les
BBoouurrggss, Villes ,& Villages de
l'Ifle des bans imprimez qui
produifirent un ſi bon effet ,
joint à la difcipline avec laquelle
il fit vivre ſes troupes ,
que dés le lendemain les peuples
vinrent de tous coſtez
ſe mettre à l'obéifſſance. La
bonté avec laquelle il les re
çût acheva entierement de les
gagner , & pour profiter de
Cetheureux commencement ,
il envoya dans Alcudia des
Aoust 1715. C
26 MERCURE
gens affidez qui répandirent le
bruit des bons traitemens
qu'ils avoient receus de luy.
L'Armée ne pouvant pas s'y
rendre àcauſe que la marche
étoit trop grande , il s'avança
avec un detachement de dix
Compagnies de Grenadiers ;
&deux centchevaux , & arriva
le 19. à 8. heures du matin
devant cette Place , où il fut
receu à grands coups de canons
; cependant ſur les avis
qu'il eût que les habitans de
ladite Ville , eſtoient portez
à ſe rendre , il fit ſommer la
Garniſonqui fit quelque diffi
GALANT. 27
culté ; mais voyant que les
habitans ne vouloient point
foutenir un Siege ,& ne trouvoient
pas en elle affez de reffource
, elle ſe rendit lemême
jour à diſcretion , elle étoit
compoſée de quatre cens
hommes d'Infanterie. On a
trouvé dans la place 52. pieces
de canon. Cette Ville a
marqué ſa joye par beaucoup
d'acclamations à l'entrée
des troupes ; une grande
partie de l'Ifle fut auffi-toft
prêter l'obéiſſance , & fc
foumettre à la clemence du
Roy , en vertu de l'amniſtic
Cij
28 MERCURE
que M. le Chevalier d'Asfeld
yavoit fait publier.
Trois jours aprés le départ
de M. de Mary , M. le Chevalier
d'Asfeld dépêcha M. de
Saint Pê , pour aller rendre
compte à la Cour de la priſe
d'Alcudia,qui avoit bien voulu
épargner aux troupes du Roi la
peine d'en faire le Siege;ce fut
unbonheur infini ; car la place
eſtoit des meilleures& auroit ,
fur le temoignage des Officiers
occupé l'Armée pendant plus
de fix ſemaines ; elle a depuis
ſervi de Port fort commode
pour débarquer toutes les pro--
(
GALANT. 29
vifions & les troupes dont la
Flotte étoit compoſée , qui
avoient eſté diſperſées par
deuxgrands orages qui étoient
furvenus avant la deſcente ; &
on avoit eſté fix jours fans
avoir pû apprendre ce qu'étoient
devenus ceux qui n'avoient
pas été du premier dé.
barquement ; enfin le 22. &le
23. le reſte des Vaiſſeaux de la
Flotte arriva dans la Baye d'Alcudia
dont ils virent la réduction
avec beaucoup de joye ;
car ils avoientde leur coſté la
mêmeinquiétude, ne ſçachant
pas ce qu'étoient devenus les
Ciij
30 MERCURE
Navires que le mauvais
temps avoit écarté ; enfin
aprés la priſe d'Alcudia , il ne
reſtoit plus que la Ville de Palmaà
foumettre ; & M. le Marquis
de Ruby qui en étoit le
Commandant , & qui avoit à
ſes ordres deux mille,Volon
taires , ſept à huit cent hommes
de troupes Allemandes ,
& environ quatre cent chevaux
, fit toutes les ceremonies
d'un homme qui veut fe
deffendre ; on travailla auflitôt
aux arrangemens neceſſaires
pour en faire l'attaque ,s'il
en étoit beſoin .
GALANT. 31
Dés que les Ennemis virent
les Troupes de M. d'Asfeld à
une lieuë & demie de Palma ,
travailler à des Poſtes & les
fortifier àmeſure qu'elles arrivoient,
ils parurent avoir grande
peur , &Milord Forbus en
fortit avec un Colonel Allemand
pour aller parlementer
avec M. le Chevalier d'Asfeld,
dont l'Armée étoit compoféc
de 100. pieces deCanon.
12. Mortiers.
:
sooo . Bombes .
44.Bataillons.
3. Regiments deCavalerie.
3. Regimens de Dragons
démontez. Cij
32 MERCURE
Pour cinq mois de munitions
& tous les Officiers
payez.
M. le Chevalier d'Asfeld
avoit ſous luy M. le Marquis
de Caylus , Lieutenant General
, homme d'une grande valeur
& d'un vrai merite , M. le
Comte de Lecheren , M. le
Marquis de Guerchois , & M.
Ribadeo , Eſpagnol, tous trois
Maréchaux de Camp.
Le Marquis de Ruby voyant
cette Arméedevant Palma,envoya
auſſitoſt un Trompette
à M. le Chevalier d'Asfeld
pour luy témoigner l'étonne
GALANT. 33
ment où il étoit de ſe voir faire
laguerre , veu qu'on étoit
ennegotiation dePaix LeChevalier
d'Asfeld luy envoya dire
qu'il venoit luy en apprendre
la rupture , & qu'il falloit ſe
foumettre dans vingt- quatre
heures. Le Marquis de Ruby
luy fit répondre fur le champ
qu'il ne demandoit qu'uneSufpenſiond'Armesde
fix ſemaines
, pour avoir réponſe des
deuxCourriers qu'il alloit dépêcher
, l'un à Vienne à l'Empereur,&
l'autre au RoyGeorges
enAngleterre , pour enre
cevoir les ordres . Le Cheva-
-
34 MERCURE
lier d'Asfeld luy répondit qu'il
feroit ce qu'il voudroit ; mais
qu'il falloit abſolument qu'il
ſe rendit dans vingt- quatre
heures. 59
Sur ces preffantes réponſes
JeClergé , la Noblefle , & les
Magistrats obligerent le Marquis
de Ruby à prendre ſon
parti ,& luy dirent qu'il pour.
roit ſe retirer où bon luy fembleroit
; mais que pour eux ils
étoient refolus de ſe ſoumertre
au Roy leur Maître , enforte
que la choſe fut reglée
ainſi. Dans l'inſtant les Depu
tez l'étant venu témoigner au
GALANT . 35
Chevalier d'Asfeld , il confentit
que lo Marquis de Ruby ſe
retirât en Sardaigne ,& luy fit
donner des Bâtiments pour
embarquer ſes Troupes qui
avoient des Patentes de l'Empereur
, & quelques Officiers
Anglois qu'on cût retenu Prifonniers
de guerre fans leurs
Patentes. Le Chevalier d'Asfeld
entra enfuite dans la Place
aux acclamations du peuple
qui crioit , Vive Philippes V.
&vive la Reine.
Fermer
581
p. 35-49
ARTICLES pour l'évacuation des Isles de Mayorque & d'Ivice, convenus entre les Commandants de Troupes de deux Puissances.
Début :
Voici la copie de la Capitulation de Maillorque. / I. On accorde une amnistie & pardon general à toutes sortes [...]
Mots clefs :
Troupes, Officiers, Capitulation, Chevaux, Majorque, Évacuation, Palma, Marquis de Rubi, Chevalier, Soldats
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texteReconnaissance textuelle : ARTICLES pour l'évacuation des Isles de Mayorque & d'Ivice, convenus entre les Commandants de Troupes de deux Puissances.
Voici la copie de la Capitulation
de Maillorque.
36 MERCURE
ARTICLES
pour l'évacuation des Ifles de
Mayorque d'Ivice , conveinus
entre lesCommandants des
Troupes des deux Puissances.
I.
On accorde une amniſtie &
pardon general à toutes fortes
deperſonnes de quelque grade
& condition qu'elles fotent
-fans qu'on puifle d'aucune
maniere les inquieter pour
tout ce qui s'eſt paffé juſqu'à
aujourd'huy.
Accordé ,àla referve de ce
GALANT. 37
qui peut regarder les priſes ſurla
Nation Françoise depuis leTraité
d'Utrecht.
I I.
Quele General Marquisde
Ruby fortira à la tête des
Troupes tant deCavalerie que
d'Infanterie, Armes , Bagages,
Drapeaux déployez & Tambours
battants , avec tous les
honneurs Militaires, pour être
tranſportées en Sardaigne ou
àNaples.
Accordé , pour être tranſporté
au Port deCaller en Sardaigne.
On nous donnera la per
38 MERCURE
miſſion d'emporter lept Canons
de bronze avec leurs affuts
, & vingt coups à tirer par
piece,leſquels lesTroupes Allemandes
ont emmenez avec
cux deNaples.
Accordé.
IV.
Il nous ſera donné par l'Ennemy
les Bâtimens neceſſaires
pour tranſporter les Troupes,
Canons &Bagages en ſeureté
dans le Port de Caller & fi
par quelque contretemps de
Mer quelque Bâtiment ſeſeparoit
du Convoy , il ſera obligé
de ſe rendre audit PortdeCal
GALANT. 39
ler fans qu'il nous en coute
rien.
nons
On donnera les Bâtimens neceffaires
pour les Troupes ,lesCales
Bagages des Officiers
; n'ayant point de Barques
pourtransporter les Chevaux ,ils
en pourront lower pour leur argent
ou vendre leurs Chevaux.
V.
Que les Soldats& Officiers
dans le terme de 8. jours ayent
la permiſſion de vendre leurs
Equipages & Chevaux auffibien
que ceux des Troupes .
Accordé , à condition qu'on
rendra les Chevaux qui ont été
40 MERCURE
pris aux Particuliers de la Ville
de l'Isle.
VI .
Que tous les Eſpagnols refugiez
dans cette le puiffent
retourner librement chez eux,
ou aller où bon leur ſemblera,
auquel effet on leur donnera
des Paffe ports.
Accordé, excepté à ceux qui
font exilez, auſquels on donnera
des Paffe- ports pourſeretirer des
Domaines du Roy avec toute leur
famille.
VII.
Que toutes les impofitions
faites fur les revenus Royaux
en
GALANT. 41
en vertu des ordres accordez
avant le Traité d'Utrecht ,
foient valables & rectifiez .
Tous les impôts faits avec
permiffion devant le Traité d'Utrechtferont
paffez.
Que les Officiers & Soldats
de laGarniſon d'Alcudia viennent
s'incorporer avec nos
Troupes pour s'embarquer.
Les Officiers pourront s'embarquer
avec les Troupes de Palma.
IX.
Que les Miniftres Royaux
tant de l'Audience que desRevenus
du Royjayent la liberté
Aoust 1715 . D
4
42 MERCURE
'de s'en aller ou de retter , &
de diſpoſer & vendre à leur
gré leurs biens dans le tems
d'un mois.
Accordé.
Χ.
Pour ce qui regarde les
dettes particulieres qu'on
pourroit avoir contractées, on
verra à quoy elles montent,&
on les payera ſi l'on peut ,
avant de fortir , finon on donnera
caution valable pour
payer dans le terme de quatre
mois , ou l'on laiſſera quelques
Officiers en oftage.
Accordé , comme il est requis.
GALANT. 43
X I.
Aprés qu'on ſera convenu
&que la Capitulation ſera ſignée
& les oſtages donnez de
part & d'autre pour la ſeureté
, les oſtages qui nousferont
donnez feront mis ſur un des
deux Vaiſſeaux Anglois qui
font dans la Baye , comme un
lieu neutre ; on remettra un
des deux Châteaux , & une
porte de la Ville , & au bout
de huit jours on remettra la
Ville , pendant lequel tems aucunOfficier
ni Soldat n'entrera
dans la Ville fans la permiffion
de fon General .
Dij
44 MERCURE
Aprés qu'onfera convenu,&
la Capitulation fignée , on nous
remettra fur le champ le Fort
S. Charles er uneporte de laVille
; au bout de huit jours à
compter de cejourd'huy , la Ville
nous fera remife , bien entendu
que dans ce tems on aura donné
les Bastimens de tranſport ; les
oftagesferont rendus de part
d'autre.
XII.
Qu'auſſi - toft la Capitulation
convenue& fignée , on
enverra ordre au Gouverneur
d'Ivice pour qu'il forte avec
toute ſa Garniſon pour venir
i
GALANT. 45
s'incorporer avec celle de Palma
& s'embarquer.
On demande la même chose
pour l'Ifle de Cabrera ; quantaux
dettes de la Garnison d'Ivice on
obſervera la même chose qu'on eft
convenu pour celle dePalma,
XIII.
On accordera aux habitans
de l'Ile d Ivice les mêmes choſes
qu'on accorde à celle de
Mayorque.
Accordé , comme à ceux de
Mayorque.
XIV.
Les Soldats & Officiers qui
reſteront malades ou bleffez
)
46 MERCURE
dans l'ifle feront traitez fuivantle
ſtile de la Guerre ;& on
leur accordera des Paffe- ports
quand il feront en état de
marcher.
Accordé.
XV.
Les prifonniers faits de
part& d'autre feront rendus
de bonne foy , d'abord que la
Capitulation ſera ſignée.
Accordé.
XVI.
Pour éviter toute forte
d'ambiguité à l'occaſion des
priſes faites ſur les François
depuis le Traité d'Utrecht ,
GALANT. 47
on declarera qu'on ne doit pas
comprendre pour priſes faites
aux François, celles qui auront
eſté faites des Bâtiments François
chargez des effets de l'ennemi
, la police de leur chargements
l'ayant approuvé , le
Nolis ayant eſté payé aux Patrons
François.
Acordé , pourveu qu'on le
prouve au moyen des Polices.
XVII.
Tous les articles accordez
en faveur de cette Ville , au
Royaume , aufli bien qu'à
l'Evêque au Chapitre & à
l'Inquifition feront joints à
,
48 MERCURE
ceux-cy afin qu'ils toient fr
gnez de part& d'autre.
Accordé.
XVIII.
Tout ce qui est convenu
dans les articles cy deſſus ſera
executé de bonne foy , fans
qu'on y puiffe donner aucune
autre interpretation que celle
que le fens litteral dénore.
Signé, Le Marquis de Ruby,
des
APalmale 2 Fuillet 1715.
On enverra dés demain matin
Commiſſaires d' Artillerie
des Vivres à Palma , afin qu'ils
faffent la viſite des Mgafins ,
Gu'on leur donne un état des
uns
GALANT. 49
1
uns & des autres , afin que la
Garnison puiffe emporter ce qui
luy eft accordé.
Signé, Le Chevalier d'Asfeld.
de Maillorque.
36 MERCURE
ARTICLES
pour l'évacuation des Ifles de
Mayorque d'Ivice , conveinus
entre lesCommandants des
Troupes des deux Puissances.
I.
On accorde une amniſtie &
pardon general à toutes fortes
deperſonnes de quelque grade
& condition qu'elles fotent
-fans qu'on puifle d'aucune
maniere les inquieter pour
tout ce qui s'eſt paffé juſqu'à
aujourd'huy.
Accordé ,àla referve de ce
GALANT. 37
qui peut regarder les priſes ſurla
Nation Françoise depuis leTraité
d'Utrecht.
I I.
Quele General Marquisde
Ruby fortira à la tête des
Troupes tant deCavalerie que
d'Infanterie, Armes , Bagages,
Drapeaux déployez & Tambours
battants , avec tous les
honneurs Militaires, pour être
tranſportées en Sardaigne ou
àNaples.
Accordé , pour être tranſporté
au Port deCaller en Sardaigne.
On nous donnera la per
38 MERCURE
miſſion d'emporter lept Canons
de bronze avec leurs affuts
, & vingt coups à tirer par
piece,leſquels lesTroupes Allemandes
ont emmenez avec
cux deNaples.
Accordé.
IV.
Il nous ſera donné par l'Ennemy
les Bâtimens neceſſaires
pour tranſporter les Troupes,
Canons &Bagages en ſeureté
dans le Port de Caller & fi
par quelque contretemps de
Mer quelque Bâtiment ſeſeparoit
du Convoy , il ſera obligé
de ſe rendre audit PortdeCal
GALANT. 39
ler fans qu'il nous en coute
rien.
nons
On donnera les Bâtimens neceffaires
pour les Troupes ,lesCales
Bagages des Officiers
; n'ayant point de Barques
pourtransporter les Chevaux ,ils
en pourront lower pour leur argent
ou vendre leurs Chevaux.
V.
Que les Soldats& Officiers
dans le terme de 8. jours ayent
la permiſſion de vendre leurs
Equipages & Chevaux auffibien
que ceux des Troupes .
Accordé , à condition qu'on
rendra les Chevaux qui ont été
40 MERCURE
pris aux Particuliers de la Ville
de l'Isle.
VI .
Que tous les Eſpagnols refugiez
dans cette le puiffent
retourner librement chez eux,
ou aller où bon leur ſemblera,
auquel effet on leur donnera
des Paffe ports.
Accordé, excepté à ceux qui
font exilez, auſquels on donnera
des Paffe- ports pourſeretirer des
Domaines du Roy avec toute leur
famille.
VII.
Que toutes les impofitions
faites fur les revenus Royaux
en
GALANT. 41
en vertu des ordres accordez
avant le Traité d'Utrecht ,
foient valables & rectifiez .
Tous les impôts faits avec
permiffion devant le Traité d'Utrechtferont
paffez.
Que les Officiers & Soldats
de laGarniſon d'Alcudia viennent
s'incorporer avec nos
Troupes pour s'embarquer.
Les Officiers pourront s'embarquer
avec les Troupes de Palma.
IX.
Que les Miniftres Royaux
tant de l'Audience que desRevenus
du Royjayent la liberté
Aoust 1715 . D
4
42 MERCURE
'de s'en aller ou de retter , &
de diſpoſer & vendre à leur
gré leurs biens dans le tems
d'un mois.
Accordé.
Χ.
Pour ce qui regarde les
dettes particulieres qu'on
pourroit avoir contractées, on
verra à quoy elles montent,&
on les payera ſi l'on peut ,
avant de fortir , finon on donnera
caution valable pour
payer dans le terme de quatre
mois , ou l'on laiſſera quelques
Officiers en oftage.
Accordé , comme il est requis.
GALANT. 43
X I.
Aprés qu'on ſera convenu
&que la Capitulation ſera ſignée
& les oſtages donnez de
part & d'autre pour la ſeureté
, les oſtages qui nousferont
donnez feront mis ſur un des
deux Vaiſſeaux Anglois qui
font dans la Baye , comme un
lieu neutre ; on remettra un
des deux Châteaux , & une
porte de la Ville , & au bout
de huit jours on remettra la
Ville , pendant lequel tems aucunOfficier
ni Soldat n'entrera
dans la Ville fans la permiffion
de fon General .
Dij
44 MERCURE
Aprés qu'onfera convenu,&
la Capitulation fignée , on nous
remettra fur le champ le Fort
S. Charles er uneporte de laVille
; au bout de huit jours à
compter de cejourd'huy , la Ville
nous fera remife , bien entendu
que dans ce tems on aura donné
les Bastimens de tranſport ; les
oftagesferont rendus de part
d'autre.
XII.
Qu'auſſi - toft la Capitulation
convenue& fignée , on
enverra ordre au Gouverneur
d'Ivice pour qu'il forte avec
toute ſa Garniſon pour venir
i
GALANT. 45
s'incorporer avec celle de Palma
& s'embarquer.
On demande la même chose
pour l'Ifle de Cabrera ; quantaux
dettes de la Garnison d'Ivice on
obſervera la même chose qu'on eft
convenu pour celle dePalma,
XIII.
On accordera aux habitans
de l'Ile d Ivice les mêmes choſes
qu'on accorde à celle de
Mayorque.
Accordé , comme à ceux de
Mayorque.
XIV.
Les Soldats & Officiers qui
reſteront malades ou bleffez
)
46 MERCURE
dans l'ifle feront traitez fuivantle
ſtile de la Guerre ;& on
leur accordera des Paffe- ports
quand il feront en état de
marcher.
Accordé.
XV.
Les prifonniers faits de
part& d'autre feront rendus
de bonne foy , d'abord que la
Capitulation ſera ſignée.
Accordé.
XVI.
Pour éviter toute forte
d'ambiguité à l'occaſion des
priſes faites ſur les François
depuis le Traité d'Utrecht ,
GALANT. 47
on declarera qu'on ne doit pas
comprendre pour priſes faites
aux François, celles qui auront
eſté faites des Bâtiments François
chargez des effets de l'ennemi
, la police de leur chargements
l'ayant approuvé , le
Nolis ayant eſté payé aux Patrons
François.
Acordé , pourveu qu'on le
prouve au moyen des Polices.
XVII.
Tous les articles accordez
en faveur de cette Ville , au
Royaume , aufli bien qu'à
l'Evêque au Chapitre & à
l'Inquifition feront joints à
,
48 MERCURE
ceux-cy afin qu'ils toient fr
gnez de part& d'autre.
Accordé.
XVIII.
Tout ce qui est convenu
dans les articles cy deſſus ſera
executé de bonne foy , fans
qu'on y puiffe donner aucune
autre interpretation que celle
que le fens litteral dénore.
Signé, Le Marquis de Ruby,
des
APalmale 2 Fuillet 1715.
On enverra dés demain matin
Commiſſaires d' Artillerie
des Vivres à Palma , afin qu'ils
faffent la viſite des Mgafins ,
Gu'on leur donne un état des
uns
GALANT. 49
1
uns & des autres , afin que la
Garnison puiffe emporter ce qui
luy eft accordé.
Signé, Le Chevalier d'Asfeld.
Fermer
582
p. 59-61
De Hambourg. [titre d'après la table]
Début :
On écrit de Hambourg que l'Amiral Lillié avec un [...]
Mots clefs :
Flotte, Amiral
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Hambourg. [titre d'après la table]
On écrit de Hambourg
que l'Amiral Lillié avec un
détachement derobé de fa
Flotte , avoit entierement
défait la Flottedes Danois qui
faifoit fa defcente dans l'Ile
de Rugen, chargée de muni60
MERCURE
tions de guerre ,&de bouche,
de Soldats , de Pionniers , de
Canoniers , de Bombardiers ,
& de toute l'Artillerie qui a
eſté priſe , enſorte qu'on ne
croit pas que les Danois
foïent en état pendant cette
Campagne de ſe rendre Maîtres
de l'Ile de Rugen. Douze
Fregates , quatre batteaux
plats , ſoixante gros canons
quarante Vaiſſeaux de tranf.
port ,&cinq mille prifonniers
environ avec l'Amiral Oceftede,
ſont les fruits de cette victoire.
La Flotte Suedoiſe donne
à preſent la chaſſe à celle
,
GALANT . 6
des Danois qui luy eſt inferieure
en nombre de Vaifſeaux.
que l'Amiral Lillié avec un
détachement derobé de fa
Flotte , avoit entierement
défait la Flottedes Danois qui
faifoit fa defcente dans l'Ile
de Rugen, chargée de muni60
MERCURE
tions de guerre ,&de bouche,
de Soldats , de Pionniers , de
Canoniers , de Bombardiers ,
& de toute l'Artillerie qui a
eſté priſe , enſorte qu'on ne
croit pas que les Danois
foïent en état pendant cette
Campagne de ſe rendre Maîtres
de l'Ile de Rugen. Douze
Fregates , quatre batteaux
plats , ſoixante gros canons
quarante Vaiſſeaux de tranf.
port ,&cinq mille prifonniers
environ avec l'Amiral Oceftede,
ſont les fruits de cette victoire.
La Flotte Suedoiſe donne
à preſent la chaſſe à celle
,
GALANT . 6
des Danois qui luy eſt inferieure
en nombre de Vaifſeaux.
Fermer
583
p. 159-166
A Melilla, le 18. Octobre 1715.
Début :
Par ma Lettre du 10. de ce mois, je vous informay de [...]
Mots clefs :
Ennemis, Tranchées, Parapets, Melilla, Fortifications
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Melilla, le 18. Octobre 1715.
AMelilla,le18. Octobre 171.5.
Par ma Lettre duro. de ce
mois , je vous informay de
mon arrivée en cette Place.
Aprés avoir fouffert trois jours
&trois nuits dans le Brigantin
tout ce qu'on peut s'imagi160
MERCURE
ner : à mon arrivée j'examinay
les tranchées des ennemis qui
nous attaquent vigoureuſement
de toutes parts par une
paralelle qui paffle à 10. toifes
de noſtre chemin convert : Ils
paroiffent sen vouloir à une
redoute au pied de noſtreglacis
, qui s'appelle ſaint Michel,
dans laquelle on a mis cinquante
( * Defterados ) à qui
on promet la liberté s'ils ſe
deffendent , ainſi qu'ils font
parfaitement bien ; ils font
commandez par un brave
Officier. Les ennemis & nous
↑ * Bannis .
paGALANT.
161
i
pareillement tirons nuit &
jour , les uns ſur les autres
cependant ils n'ont point encore
de canons, & bien nous
en prend , car s'ils en avoient
ils nous defoleroient à cauſe
que tous nos parapets ne font
que d'une ſimple muraille ,
dont l'éclat des pierres bleſſer
roittout noſtre monde.
Je fais travailler continuellement
à faire des parapets de
terre , parce qu'on affeure que
les Maures , attendent du canon
&des mortiers , & quoy
que cet ouvrage ſoit de longue
haleine , je ne veux pas atten-
Octobre 171's .
162 MERCURE
dre à l'extremité , à le faire ,
c'eſt pourquoy je previens le
coup ,au moins on pourra ſe
tenir derriere ce qu'on ne
peut faire fans grand riſque ,
derriere ceux qui ſubſiſtent.
Jay examiné auſſi les Fortifications
de cette Place
,
, qui
n'eſt faite que de pieces & de
morceaux , les uns fur les autres
, parce qu'ils ont eſté bâtis
par differentes mains , cependant
il n'ya pas un ouvrage
qui n'ait un profond foſſé
raillé dans le roc ; plût à Dieu
que les parapets correfpondiffont
aux foſſez .
GALANT. 163
Tous les ouvrages ſont pareillement
contreminez , ainſi
que les chemins couverts , ce
quidevroit fairetrembler l'En.
nemy ; cependant il va toûjours
fon train ,& s'il s'amuſe
à vouloir prendre la redoute
de faintMichel , comme il y a
apparence ,onle fera ſauter en
l'air plus haut qu'il ne penſe.
Nous avons nos Mineurs
qui travaillent pardeſſous terre
en grande diligence , par le
plaiſir qu'ils ont de faire fauter
une Place d'armes de leurs
tranchées.
2
A
Il y a quatre jours que la
7
Oij
164 MERCURE
Garde de faint Michel firune
petite fortie la nuit , fur les
tranchées des Maures , & leur
prit deux fufils , & demantibula
un gabion du parapet de
la tranchée , & le portadans la
redoute, les Soldats l'ontplacé
ſur le ſommet d'une guerite la
plus haute de la redoute , afin
qu'il ſoit veu des Ennemis , ce
qui les deleſpere ; eat on dit
que quandl'Alcaïde commandant
leCamp , ſera de retour
d'un voyage qu'ileft allé faire,
qu'il les affommera de coups
de bâton ce qui n'eſt pas
épargné chez eux ,non plus
GALANT. 165
quede faire traîner les hommes
par des mulles , quand ils
manquent , c'eſt le déjeuné
de l'Alcaïde , commandant
chaque jour, non po
On prétend que le voyage
decet Alcaïde eſt pour preffer
P'arrivée du Canon , des Mortiers
,& pour faire preffer auffilegros
de fon Armée. Ainfi
il ne manquera pas deMorail
les, cequ'il yadeplus fâcheux
eſt qu'il n'y a point de vivres
en cette Place, que juſques à
la fin desce mois. Jugez du ſecours
qu'on aapporté, leGouverneur
qui eſt un fort brave
166 MERCURE
1
homme&bien entendu , écrit
fortement par le retour deces
baſtimens , mais la lenteur .
avec laquelle on va en toutes
chofes , nous peut caufer bien
de l'embarras.
Je n'ay point encore eu le
temps de faire le plande cette
Place , car le travail que je fais
journellement , eſt de beaucoup
plus de confequence,
ainfilaCourprendra patience.
Mais j'eſpere que Sa Majefté
Catholique ne deſapprouvera
pas ma conduite nioma manoeuvre
fincoeffaires pour fon
fervicero
Par ma Lettre duro. de ce
mois , je vous informay de
mon arrivée en cette Place.
Aprés avoir fouffert trois jours
&trois nuits dans le Brigantin
tout ce qu'on peut s'imagi160
MERCURE
ner : à mon arrivée j'examinay
les tranchées des ennemis qui
nous attaquent vigoureuſement
de toutes parts par une
paralelle qui paffle à 10. toifes
de noſtre chemin convert : Ils
paroiffent sen vouloir à une
redoute au pied de noſtreglacis
, qui s'appelle ſaint Michel,
dans laquelle on a mis cinquante
( * Defterados ) à qui
on promet la liberté s'ils ſe
deffendent , ainſi qu'ils font
parfaitement bien ; ils font
commandez par un brave
Officier. Les ennemis & nous
↑ * Bannis .
paGALANT.
161
i
pareillement tirons nuit &
jour , les uns ſur les autres
cependant ils n'ont point encore
de canons, & bien nous
en prend , car s'ils en avoient
ils nous defoleroient à cauſe
que tous nos parapets ne font
que d'une ſimple muraille ,
dont l'éclat des pierres bleſſer
roittout noſtre monde.
Je fais travailler continuellement
à faire des parapets de
terre , parce qu'on affeure que
les Maures , attendent du canon
&des mortiers , & quoy
que cet ouvrage ſoit de longue
haleine , je ne veux pas atten-
Octobre 171's .
162 MERCURE
dre à l'extremité , à le faire ,
c'eſt pourquoy je previens le
coup ,au moins on pourra ſe
tenir derriere ce qu'on ne
peut faire fans grand riſque ,
derriere ceux qui ſubſiſtent.
Jay examiné auſſi les Fortifications
de cette Place
,
, qui
n'eſt faite que de pieces & de
morceaux , les uns fur les autres
, parce qu'ils ont eſté bâtis
par differentes mains , cependant
il n'ya pas un ouvrage
qui n'ait un profond foſſé
raillé dans le roc ; plût à Dieu
que les parapets correfpondiffont
aux foſſez .
GALANT. 163
Tous les ouvrages ſont pareillement
contreminez , ainſi
que les chemins couverts , ce
quidevroit fairetrembler l'En.
nemy ; cependant il va toûjours
fon train ,& s'il s'amuſe
à vouloir prendre la redoute
de faintMichel , comme il y a
apparence ,onle fera ſauter en
l'air plus haut qu'il ne penſe.
Nous avons nos Mineurs
qui travaillent pardeſſous terre
en grande diligence , par le
plaiſir qu'ils ont de faire fauter
une Place d'armes de leurs
tranchées.
2
A
Il y a quatre jours que la
7
Oij
164 MERCURE
Garde de faint Michel firune
petite fortie la nuit , fur les
tranchées des Maures , & leur
prit deux fufils , & demantibula
un gabion du parapet de
la tranchée , & le portadans la
redoute, les Soldats l'ontplacé
ſur le ſommet d'une guerite la
plus haute de la redoute , afin
qu'il ſoit veu des Ennemis , ce
qui les deleſpere ; eat on dit
que quandl'Alcaïde commandant
leCamp , ſera de retour
d'un voyage qu'ileft allé faire,
qu'il les affommera de coups
de bâton ce qui n'eſt pas
épargné chez eux ,non plus
GALANT. 165
quede faire traîner les hommes
par des mulles , quand ils
manquent , c'eſt le déjeuné
de l'Alcaïde , commandant
chaque jour, non po
On prétend que le voyage
decet Alcaïde eſt pour preffer
P'arrivée du Canon , des Mortiers
,& pour faire preffer auffilegros
de fon Armée. Ainfi
il ne manquera pas deMorail
les, cequ'il yadeplus fâcheux
eſt qu'il n'y a point de vivres
en cette Place, que juſques à
la fin desce mois. Jugez du ſecours
qu'on aapporté, leGouverneur
qui eſt un fort brave
166 MERCURE
1
homme&bien entendu , écrit
fortement par le retour deces
baſtimens , mais la lenteur .
avec laquelle on va en toutes
chofes , nous peut caufer bien
de l'embarras.
Je n'ay point encore eu le
temps de faire le plande cette
Place , car le travail que je fais
journellement , eſt de beaucoup
plus de confequence,
ainfilaCourprendra patience.
Mais j'eſpere que Sa Majefté
Catholique ne deſapprouvera
pas ma conduite nioma manoeuvre
fincoeffaires pour fon
fervicero
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584
p. 167-170
Du 22. du même mois.
Début :
Je ne veux point laisser partir la Barque, sans vous dire [...]
Mots clefs :
Hommes, Maures
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Du 22. du même mois.
Du 22. du même mois .
Je ne veux point laiſſer par
tir la Barque , fans vous dire
quenous avons icy deux Maures
ouAfriquains,qui de temps
en temps fortent de cette Place
ſecretement , & vont dans
le Camp ennemi s'informer
adroitement de ce qui ſe paſſe,
ils font rentrez ce matin &
nous ont amené deux petites
vaches qui nous font grand
plaifir , parce qu'il y a plus
d'un mois que nous n'avions
point de boeuf,& il n'ya que 3 .
168 MERCURE
moutons dans la Place pour
l'Hoſpital , & rien pour nous
que du poiſſon , jugez en quel
état nous ſommes réduits ; les
deux Afriquains ont rapporté
que le Roy de Miquenez a
promis à l'Alcaïde de fon Armée
qui eſt comme leGeneral,
ayant quatre freres ſous luy,
qui luy ſervent de Lieutenans
Generaux , qu'il luy envoyera
du canon d'abord qu'il aura
pris la Redoute S. Michel ,que
l'Alcaïde a pris cela à coeur , &
qu'il eſt de ſon honneur de la
prendre au pluſtoſt ; de forte
qu'il fait travailler nuit & jour,
tant
GALANT. 169
tant par deſſus que par deſſous
terre, pour réüffir à fon deffein
,de maniereque fil'onne
nous donne d'autres troupes
que celles que nous avons icy,
tout ina mal. On compte en
cette Place 1000. hommes , il
eſtvray que ce ſont des hommes,
mais ce ne ſont pas des
foldats , ceux qui le croyent
autrement ſe trompent. Je
prevoy de grands malheurs
pour nous , fi on ne nous envoye
inceſſamment les ſecours
dont nous avons beſoin , le
plus honneſte homme y perdroit
ſon latin& fonhonneur;
i
Octobre 1715 . P
170 MERCURE
il eſt certainque leGouverneur
eſt bien plus à plaindre qu'on
ne penſe , c'eſt un tres brave
homme & fort entendu , on
ne peut rienajoûter à ſon zele,
mais il n'a pas de quoy ſe pous
voir deffendre; & fo Sa Ma
jeſté n'y remedie , il s'enfuivra
de fâcheuſes fuites,
Je ne veux point laiſſer par
tir la Barque , fans vous dire
quenous avons icy deux Maures
ouAfriquains,qui de temps
en temps fortent de cette Place
ſecretement , & vont dans
le Camp ennemi s'informer
adroitement de ce qui ſe paſſe,
ils font rentrez ce matin &
nous ont amené deux petites
vaches qui nous font grand
plaifir , parce qu'il y a plus
d'un mois que nous n'avions
point de boeuf,& il n'ya que 3 .
168 MERCURE
moutons dans la Place pour
l'Hoſpital , & rien pour nous
que du poiſſon , jugez en quel
état nous ſommes réduits ; les
deux Afriquains ont rapporté
que le Roy de Miquenez a
promis à l'Alcaïde de fon Armée
qui eſt comme leGeneral,
ayant quatre freres ſous luy,
qui luy ſervent de Lieutenans
Generaux , qu'il luy envoyera
du canon d'abord qu'il aura
pris la Redoute S. Michel ,que
l'Alcaïde a pris cela à coeur , &
qu'il eſt de ſon honneur de la
prendre au pluſtoſt ; de forte
qu'il fait travailler nuit & jour,
tant
GALANT. 169
tant par deſſus que par deſſous
terre, pour réüffir à fon deffein
,de maniereque fil'onne
nous donne d'autres troupes
que celles que nous avons icy,
tout ina mal. On compte en
cette Place 1000. hommes , il
eſtvray que ce ſont des hommes,
mais ce ne ſont pas des
foldats , ceux qui le croyent
autrement ſe trompent. Je
prevoy de grands malheurs
pour nous , fi on ne nous envoye
inceſſamment les ſecours
dont nous avons beſoin , le
plus honneſte homme y perdroit
ſon latin& fonhonneur;
i
Octobre 1715 . P
170 MERCURE
il eſt certainque leGouverneur
eſt bien plus à plaindre qu'on
ne penſe , c'eſt un tres brave
homme & fort entendu , on
ne peut rienajoûter à ſon zele,
mais il n'a pas de quoy ſe pous
voir deffendre; & fo Sa Ma
jeſté n'y remedie , il s'enfuivra
de fâcheuſes fuites,
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585
p. 172-173
De Londres le 20. Septembre.
Début :
Le Duc de Roxboroug partit hier pour l'Ecosse. Le [...]
Mots clefs :
Duc, Armée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Londres le 20. Septembre.
De Londres le 20. Septembre.
Le Duc de Roxboroug partit
hier pour l'Ecoffe.
Le Duc d'Argile eſt parti
ce matin à 4. heures de Lon
dres , pour ſe rendre à Hamptoncourt
, où la Cour eſt à
preſent. Il a reçû hier ſes inſtructions&
des remiſes pour
dix mil livres ſterlin , qu'il employera
où il jugera à propos .
On dit qu'il marchera contre
les Montagnars , avec une armée
de dix mil hommes , en
cas qu'ils refuſent de ſe ſou
GALANT. 173
:
mettre au Roy.
Milord Powits , Catholique
Romain ,qui a été arrêté ,
doit être transferé à la Tour.
Le Duc de Roxboroug partit
hier pour l'Ecoffe.
Le Duc d'Argile eſt parti
ce matin à 4. heures de Lon
dres , pour ſe rendre à Hamptoncourt
, où la Cour eſt à
preſent. Il a reçû hier ſes inſtructions&
des remiſes pour
dix mil livres ſterlin , qu'il employera
où il jugera à propos .
On dit qu'il marchera contre
les Montagnars , avec une armée
de dix mil hommes , en
cas qu'ils refuſent de ſe ſou
GALANT. 173
:
mettre au Roy.
Milord Powits , Catholique
Romain ,qui a été arrêté ,
doit être transferé à la Tour.
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586
p. 173
De Venise le 14 Septembre.
Début :
Les Turcs sont occupez à faire le siege de Modon, & ils [...]
Mots clefs :
Siège, Turcs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Venise le 14 Septembre.
DeVenise le 14 Septembre.
Les Turcs font occupez à
faire le ſiege de Modon , & ils
ont bloqué le Château de Morée.
Ils ont auffi fait avancer
un nouveau corps vers la Dalmatie
, pour attaquer cette
Province. Il ya trois jours que
fix Vaiſſeaux ſont partis d'ici
avec quatre cent hommes ,
pour renforcer nôtre armée
Les Turcs font occupez à
faire le ſiege de Modon , & ils
ont bloqué le Château de Morée.
Ils ont auffi fait avancer
un nouveau corps vers la Dalmatie
, pour attaquer cette
Province. Il ya trois jours que
fix Vaiſſeaux ſont partis d'ici
avec quatre cent hommes ,
pour renforcer nôtre armée
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587
p. 174-178
De Vienne le 28. Septembre.
Début :
L'Envoyé Turc Ibrahim Aga partit le 13. de ce mois [...]
Mots clefs :
Guerre, Empereur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Vienne le 28. Septembre.
DeVienne le 28. Septembre.
L'Envoyé Turc Ibrahim
Aga partit le 13. de ce mois
par eau pour fe rendre à Belgrade
, aprés avoir terminé les
commiffions dont il étoit
chargé par le Grand Viſir Aly
Bacha Le 18. l'Empereur donna
le Regiment de Dragons
vacant par la mort duGeneral
de Vaubonne , au Baron de
Tige CommandantdeCronſtad
en Tranfilvanie. Le 19. le
Comte Louis de Harrach prit
pofleffion de la Charge de
GALANT 175
Maréchal & de Colonel General
de la Province de la baffe
Autriche, dans la maiſon des
Etats qui y étoient aſſemblez
pour ce ſujet. Le 2 2. on publia
dans toutes les Eglifes un Jubílé
accordé par le Pape , pour
demander àDieu ſon aſſiſtanze
dans la guerre contre les
Turcs :il commencera Dimanche
29. par une Procefſion
generale , & il durera
quinze jours. Le Prince Maximilion
Charles de Leweſtein
Worsheim, Conſeiller d'Etat,
&principal Commiſſaire Imperial
à la Diete de l'Empire ,
Pij
176 MERCURE
partit d'ici le même jour pour
ſe rendre à Ratisbonne. Le
25. leComte de Wolkra par.
tit en poſte de cette Ville , al .
lant en Angleterre , en qualité
d'Envoyé Extraordinaire ,
pourcomplimenter le Roy fur
fon avenement à la Couron.
ne. On continue avec ſuccés
à travailler aux recruës & aux
nouvelles levées ordonnées
par l'Empereur ; & on em
ploye la même diligence à ré
parer & à perfectionner les
fortifications des Places,de
Hongrie & de Tranfilvanie ,
comme auſſi à remplir lesma
GALANT . 177
gafins de vivres , & de munitions
de guerre. On croit que
ces précautions ſe prennent ,
de peur que les Turcsaprés le
ſuccés qu'ils ont eu en Morée,
n'entreprennent quelque
choſe du côté de la Hongrie,
d'autant plus qu'ils font paffor
beaucoupde troupes, pour
prendre le quartier d'hiver ſur
Je Danube. Mais on croit
qu'en cas que la guerre s'allume,
ce ne pourra être qu'au
Printemps prochain , & que
juſqu'à ce tems-là , Ic Sicur
Flechmans Reſident de l'Empereur
demeurera en Turquie
178 MERCURE
:
pour continuer fes négotiations.
Ondit que S. M. Im.
periale a nommé l'Electeur de
Baviere Generaliſſime de ſes
Troupes !'
L'Envoyé Turc Ibrahim
Aga partit le 13. de ce mois
par eau pour fe rendre à Belgrade
, aprés avoir terminé les
commiffions dont il étoit
chargé par le Grand Viſir Aly
Bacha Le 18. l'Empereur donna
le Regiment de Dragons
vacant par la mort duGeneral
de Vaubonne , au Baron de
Tige CommandantdeCronſtad
en Tranfilvanie. Le 19. le
Comte Louis de Harrach prit
pofleffion de la Charge de
GALANT 175
Maréchal & de Colonel General
de la Province de la baffe
Autriche, dans la maiſon des
Etats qui y étoient aſſemblez
pour ce ſujet. Le 2 2. on publia
dans toutes les Eglifes un Jubílé
accordé par le Pape , pour
demander àDieu ſon aſſiſtanze
dans la guerre contre les
Turcs :il commencera Dimanche
29. par une Procefſion
generale , & il durera
quinze jours. Le Prince Maximilion
Charles de Leweſtein
Worsheim, Conſeiller d'Etat,
&principal Commiſſaire Imperial
à la Diete de l'Empire ,
Pij
176 MERCURE
partit d'ici le même jour pour
ſe rendre à Ratisbonne. Le
25. leComte de Wolkra par.
tit en poſte de cette Ville , al .
lant en Angleterre , en qualité
d'Envoyé Extraordinaire ,
pourcomplimenter le Roy fur
fon avenement à la Couron.
ne. On continue avec ſuccés
à travailler aux recruës & aux
nouvelles levées ordonnées
par l'Empereur ; & on em
ploye la même diligence à ré
parer & à perfectionner les
fortifications des Places,de
Hongrie & de Tranfilvanie ,
comme auſſi à remplir lesma
GALANT . 177
gafins de vivres , & de munitions
de guerre. On croit que
ces précautions ſe prennent ,
de peur que les Turcsaprés le
ſuccés qu'ils ont eu en Morée,
n'entreprennent quelque
choſe du côté de la Hongrie,
d'autant plus qu'ils font paffor
beaucoupde troupes, pour
prendre le quartier d'hiver ſur
Je Danube. Mais on croit
qu'en cas que la guerre s'allume,
ce ne pourra être qu'au
Printemps prochain , & que
juſqu'à ce tems-là , Ic Sicur
Flechmans Reſident de l'Empereur
demeurera en Turquie
178 MERCURE
:
pour continuer fes négotiations.
Ondit que S. M. Im.
periale a nommé l'Electeur de
Baviere Generaliſſime de ſes
Troupes !'
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588
p. 178-183
De Hambourg le 4. Octobre.
Début :
Les dernieres lettres de Dresde portent que le Roy de [...]
Mots clefs :
Troupes, Suède, Amiral
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Hambourg le 4. Octobre.
De Hambourg le4. Octobre.
Les dernieres lettres de
Dreſde portent que le Royde
Pologne y étoit arrivé le126.
du mois dernier , étant parti
le 10. de Warfovie : il doir
paſſer l'Hiver en Saxe , & faire
unvoyageenPomeranie,pour
être preſent à l'attaquedes rer
tranchemens des Suedois. La
GALANT. 179
-
Reine ſon épouſe qui étoit
revenuë des bains de Teplitz
àDreſde , en partit le 25. pour
aller à Torgau. Les dernieres
lettres du Campdes Alliez devant
Stralzund , qui font du
2. de ce mois , portent que le
Vice-Amiral Sceftede ayant
obligé les Armateurs Suedois
quideffendoient les approches
deRuden,à ſe retirer , aprés
un combat de dix heures , en
deux jours differens , dans lequel
les Danois n'avoient eu
qu'environ cinquante hom
mes tuez ou bleffez ,davoit
donné ſes ordres pour relever
130 MERCURE
les bâtimens que les Suedois
avojent coulé à fond , pour
tendre la deſcente plus difficile.
Il étoit enfuite venu au
Camp , pour faire le rapport
de ſon expedition au Roy de
Dannemarck , qui lui avoit
donné la Charge d'Amiral.
On croit que comme on a
appris que les troupes qui def.
fendent 1 Ifle de Ruden n'ont
pas beaucoup de vivres on
le contenterade la tenir blo
quée , & qu'on attaquera celle
de Rugen , à cauſe que l'approche
de l'hyver pourroit
rendre cette entrepriſe plus
GALANT. 181
difficile , & on en devoit tenter
l'execution le 12. ou le 15. de
cemois.Le Royde Suede avoit
mis la plupart de ſes meilleures
troupes dans les retranchemens
de cette Ifle , qu'il veut
deffondre juſqu'à la derniere
extrêmité On écrit deCoppenhague
que le Comte de
Guldenlow Amiral General ,
devoit monter la Flote Danoiſe
; à cauſe qu'il avoit cu
avis que l'Amiral Spar avoit
reçûdes ordres exprés du Roy
de Suede ſon Maître , de partirdeCarelſcroon
avec ſa Flote
& les Vaifſeaux qui étoient
182 MERCURE
venus le joindre de divers
Ports de Suede,pour s'approcher
de l'lfte de Rugen. On
aſſûre que huit Vaiſſeaux de
Guerre Anglois avoient joint
la Flote Danoiſe , ce qui n'eſt
pas encore certain. On ajoute
que quelque Cavalerie Suedoiſe
étoit arrivée à Stralzund
de la Province de Schonen ,
d'où on attendoit encored'autres
troupes: que le Vice Amiral
Lewenhaupt qui étoit forti
deGottembourg avecune Efcadre
pour quelque deffein ,y
étoit rentré ſans l'avoir executé
, &qu'un grand Corps de
GALANT. 183
Moſcovites commandé par le
General Szerometow devoit
arriver en Pomeranie dans
quinze jours ou trois ſemaines.
Les dernieres lettres de
Dreſde portent que le Royde
Pologne y étoit arrivé le126.
du mois dernier , étant parti
le 10. de Warfovie : il doir
paſſer l'Hiver en Saxe , & faire
unvoyageenPomeranie,pour
être preſent à l'attaquedes rer
tranchemens des Suedois. La
GALANT. 179
-
Reine ſon épouſe qui étoit
revenuë des bains de Teplitz
àDreſde , en partit le 25. pour
aller à Torgau. Les dernieres
lettres du Campdes Alliez devant
Stralzund , qui font du
2. de ce mois , portent que le
Vice-Amiral Sceftede ayant
obligé les Armateurs Suedois
quideffendoient les approches
deRuden,à ſe retirer , aprés
un combat de dix heures , en
deux jours differens , dans lequel
les Danois n'avoient eu
qu'environ cinquante hom
mes tuez ou bleffez ,davoit
donné ſes ordres pour relever
130 MERCURE
les bâtimens que les Suedois
avojent coulé à fond , pour
tendre la deſcente plus difficile.
Il étoit enfuite venu au
Camp , pour faire le rapport
de ſon expedition au Roy de
Dannemarck , qui lui avoit
donné la Charge d'Amiral.
On croit que comme on a
appris que les troupes qui def.
fendent 1 Ifle de Ruden n'ont
pas beaucoup de vivres on
le contenterade la tenir blo
quée , & qu'on attaquera celle
de Rugen , à cauſe que l'approche
de l'hyver pourroit
rendre cette entrepriſe plus
GALANT. 181
difficile , & on en devoit tenter
l'execution le 12. ou le 15. de
cemois.Le Royde Suede avoit
mis la plupart de ſes meilleures
troupes dans les retranchemens
de cette Ifle , qu'il veut
deffondre juſqu'à la derniere
extrêmité On écrit deCoppenhague
que le Comte de
Guldenlow Amiral General ,
devoit monter la Flote Danoiſe
; à cauſe qu'il avoit cu
avis que l'Amiral Spar avoit
reçûdes ordres exprés du Roy
de Suede ſon Maître , de partirdeCarelſcroon
avec ſa Flote
& les Vaifſeaux qui étoient
182 MERCURE
venus le joindre de divers
Ports de Suede,pour s'approcher
de l'lfte de Rugen. On
aſſûre que huit Vaiſſeaux de
Guerre Anglois avoient joint
la Flote Danoiſe , ce qui n'eſt
pas encore certain. On ajoute
que quelque Cavalerie Suedoiſe
étoit arrivée à Stralzund
de la Province de Schonen ,
d'où on attendoit encored'autres
troupes: que le Vice Amiral
Lewenhaupt qui étoit forti
deGottembourg avecune Efcadre
pour quelque deffein ,y
étoit rentré ſans l'avoir executé
, &qu'un grand Corps de
GALANT. 183
Moſcovites commandé par le
General Szerometow devoit
arriver en Pomeranie dans
quinze jours ou trois ſemaines.
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589
p. 183-193
D'Edimbourg le 3. Octobre.
Début :
Le Duc d'Argy le partit le 28 pour le Camp de Sterling, [...]
Mots clefs :
Armes, Déclaration, Patrie, Forces, Vassaux, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : D'Edimbourg le 3. Octobre.
'Edimbourg le a. Octobre.
Le Duc d'Argyle partir le
28 pour le Camp de Sterling ,
accompagné duDuc de Roxborough
,du Comte de Han
dengton , & du Colonel Middelton.
Le Comte de Rhotes
s'eſt auſſi rendu au Camp où
il arrive tous les jours des
Gentilshommes avec leur Vaffaux
armez . Le onze de ce
184 MERCURE
mois jour auquel expire le
terme accordé aux rebelles
pour retourner à l'obéiffance,
le Duc d'Argyle doit fe mettre
en marche contre eux avec
7000. hommes entre leſquels
il y a 1500. chevaux . On a
envoyé duCamp 30. chariots
chargez d'armes pour les volontaires
qui y font allez d'E
dimbourg , de Glasgow ,& de
quelques autres Places. On
écrit de Leith qu'il y eſt entré
d'Angleterre deux Compa
gnies deDragons duRegiment
de Kerr , qui vont au Camp
de Sterling. On apprend de
Dundée
۱
GALANT. 185
Dundée qu'un Gentilhomme
nommé Graham , qui ſe dit
heritierdu feu Comtede Dandée,
étant entré avec un grand
nombre de gens à cheval , y
avoit proclamé le Prétendant ,
ſous le nom de Roy Jacques
VIII. & fait lecture de la proclamation
du Comte de Marr.
On mande d'Inverneſſ que les
Lords Mackniſtosh &Beflam ,
deux Chefs des Montagnards
accompagnez auffi d'un grand
nombre de gens à cheval y
avoient fait la même choſe ;
aprés quoy ils étoient allez à la
Doüane , d'où ils avoient en.
Octobre 1715 . Q
186 MERCURE
levé tout l'argent & les effets
quiyétoientpour le ſervice du
Prétendant.LeComte deMarr a
fait piller & faccager les mais
fons &biens de fon Stuard, &
de quelqu'uns de ſes ſujets qui
ontrefusé dele venir joindre.
Voicy la Declaration de ce
Comte adreflé au Bailly , &
autres Gentilhommes de la
Seigneurie de Kildrummy.
Notre Roy legitime ,&naturel
Jacques VIII. par la grace
-de Dieu , qui vient preſentement
nous delivrer de nos oppreffions ,
ayant bien voulu nous confier la
direction de ſes affaires , le
GALANT.
GALANI
187
-
commandement de fes forces dans
fon ancienRoyaume d'Ecoffe ; &
quelques uns de ſes fidelesſujets
&ferviteurs afſſemblez à Boyne ,
fçavoir,le LordHuncley, leLord
Tullebardine , le Comte Marefchall
, le Comte de Southefan ,
Glingary; de la part des Clans ,
Glenderale ; de la part du Comte
de Broudalbine, &Gentilhomme
de la Province d'Argile , M.Patrich
Lion d'Auſcherhouse , le
Lord d' Auldlair , le Lieutenant
General Georges Hamilton , le
MajorGeneral Gordon , &moi ,
ayant pris en confideration les derniers
ordres de S. M. trouvons ,
Qij
188 MERCURE
que d'eft maintennant le temps
qu'il nous a ordonné de prendre
ouvertement les armes pour luy.
Ainfi il nous ſemble abfolument
neceſſfairepour leſervice de S.M.
& pour la delivrance de noftre
Patrie,que tousſesfideles &bons
Sujets , &ceux qui aiment leur
Patrie, prennent incefſſamment les
armes.
Ces Preſentes font donc ( au
nom , er en l'autorité de S.-M.
&en vertu du pouvoirſuſdit ,
&par l'ordre exprés que le Roy
m'a donné pour cet effet ) pour
vous requerir & autorifer de lever
inceſſamment vos gens mili
GALANT. 189
taires avec leurs meilleures armes,
pour
"
de les faire marcher d'abord
venir joindre , & me
quelques
autres forces du Roy prés de
Bracmart , Lundyprochain , afin
de poursuivre noſtre marche ,
nousrendreſous l'Etendart duRoi
avecſes autres forces.
LeRoy voulant queſesTroupesfoient
payées dés le temps de
leur départ ,il eſpere , ainsi qu'il
l'ordonne expreßement , qu'elles
ſe comporteront civilement ,
qu'elles ne commettront aucunpillage
, ni d'autres defordres,fous
les peines les plus feveres , &
d'encourirſa disgrace ; on s'attend
190 MMEERRCURE
que vousferez obſerver cet ordre.
4
C'estàpresent que les honnêtes
gens dorvent témoigner leur zele
pour leſervice de S. M. dont la
caufe est si intereſſante , afin de
deliurer noftre Patrie de l'oppref
fion d'un joug étranger , trop pefantpour
nous , &nostre posterité
pour le porter , &de tâcher
de rétablir, nonseulement noftre
Roy legitime , &naturel , mais
auffi noftre Patrie dansſon ancienne
, libre , & indépendante
conftitutionfous celuy dontlesAn.
cêtres ont regnéfur nous pendant
tant de generations.
Dans une cause fi bonorable,
GALANT. 191
fibonne ,ſijuste , nous ne pouvons
douter de l'aſſiſtance de la direction
, &de la benediction duDieu
Tout-puiſſant , qui aſiſouvent
Sauvé la Famille Royale de
Stuard ,&noftre Patrie,de fuecomberſous
l'oppreffion.
On s'attendque vous obferverez
ponctuellement ſes ordres ,
ces Prefentes vous doiventfuffire
pour cet effet , & àtous ceux que
vous employerez pour les executer.
DonnéàBracmart le 20. Septembre
1715 .
Signé, MARR.
Cette Declaration étoit accompagnée
d'une Lettre du
192 MERCURE
Comte de Marr au Bailly de
Kildrumeny, contenant en ſubſtance
: Que ce Bailly avoit bien
faitde n'être pas venu lejoindre
avec les cent hommes qu'il avoit
envoyez de nuit , puisqu'il en
avoit attendu quatrefois autant.
Qu'il était fort ſurprenant que
pendant que tous les Montagnars
d'Ecoffe prenoient les armes en
faveurde leurRoy ,&leurPatrie,
les Vaffaux dece Comtefuf-
Sent les feuls en arriere. Que le
moment tant defiré depuis 26.
ans étoitprefentement arrivé,&
qu'ainſi il étoit temps de prendre
les armes pour leRoy& pour la
**Patrie
GALANT. 193
Patriei que c'est dans cette vûë
qu'il luy adreffe fa Declaration ,
pour la communiquer à tous fes
Vaffaux , avec ordre de leurs declarer
que s'ils n'obéiffent pas in .
ceffamment , il fera brûler &
faccager leurs biens &terres pour
fervir d'exemple aux autres
Le Duc d'Argyle partir le
28 pour le Camp de Sterling ,
accompagné duDuc de Roxborough
,du Comte de Han
dengton , & du Colonel Middelton.
Le Comte de Rhotes
s'eſt auſſi rendu au Camp où
il arrive tous les jours des
Gentilshommes avec leur Vaffaux
armez . Le onze de ce
184 MERCURE
mois jour auquel expire le
terme accordé aux rebelles
pour retourner à l'obéiffance,
le Duc d'Argyle doit fe mettre
en marche contre eux avec
7000. hommes entre leſquels
il y a 1500. chevaux . On a
envoyé duCamp 30. chariots
chargez d'armes pour les volontaires
qui y font allez d'E
dimbourg , de Glasgow ,& de
quelques autres Places. On
écrit de Leith qu'il y eſt entré
d'Angleterre deux Compa
gnies deDragons duRegiment
de Kerr , qui vont au Camp
de Sterling. On apprend de
Dundée
۱
GALANT. 185
Dundée qu'un Gentilhomme
nommé Graham , qui ſe dit
heritierdu feu Comtede Dandée,
étant entré avec un grand
nombre de gens à cheval , y
avoit proclamé le Prétendant ,
ſous le nom de Roy Jacques
VIII. & fait lecture de la proclamation
du Comte de Marr.
On mande d'Inverneſſ que les
Lords Mackniſtosh &Beflam ,
deux Chefs des Montagnards
accompagnez auffi d'un grand
nombre de gens à cheval y
avoient fait la même choſe ;
aprés quoy ils étoient allez à la
Doüane , d'où ils avoient en.
Octobre 1715 . Q
186 MERCURE
levé tout l'argent & les effets
quiyétoientpour le ſervice du
Prétendant.LeComte deMarr a
fait piller & faccager les mais
fons &biens de fon Stuard, &
de quelqu'uns de ſes ſujets qui
ontrefusé dele venir joindre.
Voicy la Declaration de ce
Comte adreflé au Bailly , &
autres Gentilhommes de la
Seigneurie de Kildrummy.
Notre Roy legitime ,&naturel
Jacques VIII. par la grace
-de Dieu , qui vient preſentement
nous delivrer de nos oppreffions ,
ayant bien voulu nous confier la
direction de ſes affaires , le
GALANT.
GALANI
187
-
commandement de fes forces dans
fon ancienRoyaume d'Ecoffe ; &
quelques uns de ſes fidelesſujets
&ferviteurs afſſemblez à Boyne ,
fçavoir,le LordHuncley, leLord
Tullebardine , le Comte Marefchall
, le Comte de Southefan ,
Glingary; de la part des Clans ,
Glenderale ; de la part du Comte
de Broudalbine, &Gentilhomme
de la Province d'Argile , M.Patrich
Lion d'Auſcherhouse , le
Lord d' Auldlair , le Lieutenant
General Georges Hamilton , le
MajorGeneral Gordon , &moi ,
ayant pris en confideration les derniers
ordres de S. M. trouvons ,
Qij
188 MERCURE
que d'eft maintennant le temps
qu'il nous a ordonné de prendre
ouvertement les armes pour luy.
Ainfi il nous ſemble abfolument
neceſſfairepour leſervice de S.M.
& pour la delivrance de noftre
Patrie,que tousſesfideles &bons
Sujets , &ceux qui aiment leur
Patrie, prennent incefſſamment les
armes.
Ces Preſentes font donc ( au
nom , er en l'autorité de S.-M.
&en vertu du pouvoirſuſdit ,
&par l'ordre exprés que le Roy
m'a donné pour cet effet ) pour
vous requerir & autorifer de lever
inceſſamment vos gens mili
GALANT. 189
taires avec leurs meilleures armes,
pour
"
de les faire marcher d'abord
venir joindre , & me
quelques
autres forces du Roy prés de
Bracmart , Lundyprochain , afin
de poursuivre noſtre marche ,
nousrendreſous l'Etendart duRoi
avecſes autres forces.
LeRoy voulant queſesTroupesfoient
payées dés le temps de
leur départ ,il eſpere , ainsi qu'il
l'ordonne expreßement , qu'elles
ſe comporteront civilement ,
qu'elles ne commettront aucunpillage
, ni d'autres defordres,fous
les peines les plus feveres , &
d'encourirſa disgrace ; on s'attend
190 MMEERRCURE
que vousferez obſerver cet ordre.
4
C'estàpresent que les honnêtes
gens dorvent témoigner leur zele
pour leſervice de S. M. dont la
caufe est si intereſſante , afin de
deliurer noftre Patrie de l'oppref
fion d'un joug étranger , trop pefantpour
nous , &nostre posterité
pour le porter , &de tâcher
de rétablir, nonseulement noftre
Roy legitime , &naturel , mais
auffi noftre Patrie dansſon ancienne
, libre , & indépendante
conftitutionfous celuy dontlesAn.
cêtres ont regnéfur nous pendant
tant de generations.
Dans une cause fi bonorable,
GALANT. 191
fibonne ,ſijuste , nous ne pouvons
douter de l'aſſiſtance de la direction
, &de la benediction duDieu
Tout-puiſſant , qui aſiſouvent
Sauvé la Famille Royale de
Stuard ,&noftre Patrie,de fuecomberſous
l'oppreffion.
On s'attendque vous obferverez
ponctuellement ſes ordres ,
ces Prefentes vous doiventfuffire
pour cet effet , & àtous ceux que
vous employerez pour les executer.
DonnéàBracmart le 20. Septembre
1715 .
Signé, MARR.
Cette Declaration étoit accompagnée
d'une Lettre du
192 MERCURE
Comte de Marr au Bailly de
Kildrumeny, contenant en ſubſtance
: Que ce Bailly avoit bien
faitde n'être pas venu lejoindre
avec les cent hommes qu'il avoit
envoyez de nuit , puisqu'il en
avoit attendu quatrefois autant.
Qu'il était fort ſurprenant que
pendant que tous les Montagnars
d'Ecoffe prenoient les armes en
faveurde leurRoy ,&leurPatrie,
les Vaffaux dece Comtefuf-
Sent les feuls en arriere. Que le
moment tant defiré depuis 26.
ans étoitprefentement arrivé,&
qu'ainſi il étoit temps de prendre
les armes pour leRoy& pour la
**Patrie
GALANT. 193
Patriei que c'est dans cette vûë
qu'il luy adreffe fa Declaration ,
pour la communiquer à tous fes
Vaffaux , avec ordre de leurs declarer
que s'ils n'obéiffent pas in .
ceffamment , il fera brûler &
faccager leurs biens &terres pour
fervir d'exemple aux autres
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590
p. 126-130
A Venise le 12. Novembre.
Début :
L'on a receu icy cette semaine des Lettres de M. le [...]
Mots clefs :
Général, Turcs, Venise
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Venise le 12. Novembre.
AVenife le 12. Novembre.
L'on a receu icy cette femaine
des Lettres de M. le
General Delphini , par la voye
d'Ottrante, datées deGlimini le
19. Septembre , il mande que
fa fanté ferétabliſſant & ayant
cu avis que Napoli de Malvoifie
, fe défendoit encore
il fe difpofoit à porter du
fecours à cette Place , qu'il
mettroit inceffamment à la
GALANT. 127
voile avec les quatre Vaiſſeaux
& tous les fiens , à l'exception
de deux de ces Vaiffeaux qui
ne pouvoient plus fervir ; que
les Turcs avoient fait paſſer
25. à 30000. hommes dans
l'Ile de Sainte Maure , pour
en faire le Siege ; que quatre
galeres s'en étoient approchées
yavoient jetté du monde , en
forte que la Garnifon eftoit de
mille hommes environ ; que
les Turcs n'avoient point encore
leur canons , & qu'il lâcheroit
avant fon départ les
Galeres , tant pour jetter de
nouveaux fecours dans la Pla-
Liiij
128 MERCURE
ce,s'il eftoit poffible d'y réüffir ,
que pour incommoder les
affiegeans. Il y a de l'apparence
que ce General n'aura pas
voulu eftre fpectateur de la
prife de cette Place & qu'il
prend le prétexte d'aller fecourir
Napoli de Malvoific , car
je le crois trop fage pour rifquer
de combattre contre la
Aotte des Turcs beaucoup
fuperieure à la fienne .
L'ona auffi receu des Lettres
de Dalmatie du 16. Septembre
; elles portent que nonobftant
la chute des neiges ,
les Turcs fe raffembloient de
GALANT. 129
nouveau dans l'Albanic , & du
cofté de Narenta , qu'il paroiffoit
qu'ils avoient deffein de
faire quelque fiege , & le Grand
Vifir avoit fait étrangler le Pacha
qui avoit levé celuy de
Siga .
Un Courrier arrivé de Vienne
Mercredy , a apporté le
traité d'engagement de M. le
Comte de Schulembourg, auquella
République a enfin accordé
les 10000. fequins qu'il
demandoit pour entrer à fon
fervice. Comme ce n'eft pas
icy l'ufage de donner une fi
groffe fomme , on luy a donné.
plufieurs Charges pour avoir
130 MERCURE
un prétexte de le faire , & il
fera Maréchal General des Débarquements,
& General d'Artillerie.
Tout fon commandement
fe réduira à deffendrela
Villede Corfou , fi la guerre
continuë.
-
Le Senat a pris la réſolution
de rappeller les bannis
moyennant une certaine fomme
proportionnée à leurs facultez
, & l'on a éleu unMagif.
trat pour regler cette fomme.
On reprendra la fuite des
Nouvelles dans un autre en- .
droit de ce Volume.
L'on a receu icy cette femaine
des Lettres de M. le
General Delphini , par la voye
d'Ottrante, datées deGlimini le
19. Septembre , il mande que
fa fanté ferétabliſſant & ayant
cu avis que Napoli de Malvoifie
, fe défendoit encore
il fe difpofoit à porter du
fecours à cette Place , qu'il
mettroit inceffamment à la
GALANT. 127
voile avec les quatre Vaiſſeaux
& tous les fiens , à l'exception
de deux de ces Vaiffeaux qui
ne pouvoient plus fervir ; que
les Turcs avoient fait paſſer
25. à 30000. hommes dans
l'Ile de Sainte Maure , pour
en faire le Siege ; que quatre
galeres s'en étoient approchées
yavoient jetté du monde , en
forte que la Garnifon eftoit de
mille hommes environ ; que
les Turcs n'avoient point encore
leur canons , & qu'il lâcheroit
avant fon départ les
Galeres , tant pour jetter de
nouveaux fecours dans la Pla-
Liiij
128 MERCURE
ce,s'il eftoit poffible d'y réüffir ,
que pour incommoder les
affiegeans. Il y a de l'apparence
que ce General n'aura pas
voulu eftre fpectateur de la
prife de cette Place & qu'il
prend le prétexte d'aller fecourir
Napoli de Malvoific , car
je le crois trop fage pour rifquer
de combattre contre la
Aotte des Turcs beaucoup
fuperieure à la fienne .
L'ona auffi receu des Lettres
de Dalmatie du 16. Septembre
; elles portent que nonobftant
la chute des neiges ,
les Turcs fe raffembloient de
GALANT. 129
nouveau dans l'Albanic , & du
cofté de Narenta , qu'il paroiffoit
qu'ils avoient deffein de
faire quelque fiege , & le Grand
Vifir avoit fait étrangler le Pacha
qui avoit levé celuy de
Siga .
Un Courrier arrivé de Vienne
Mercredy , a apporté le
traité d'engagement de M. le
Comte de Schulembourg, auquella
République a enfin accordé
les 10000. fequins qu'il
demandoit pour entrer à fon
fervice. Comme ce n'eft pas
icy l'ufage de donner une fi
groffe fomme , on luy a donné.
plufieurs Charges pour avoir
130 MERCURE
un prétexte de le faire , & il
fera Maréchal General des Débarquements,
& General d'Artillerie.
Tout fon commandement
fe réduira à deffendrela
Villede Corfou , fi la guerre
continuë.
-
Le Senat a pris la réſolution
de rappeller les bannis
moyennant une certaine fomme
proportionnée à leurs facultez
, & l'on a éleu unMagif.
trat pour regler cette fomme.
On reprendra la fuite des
Nouvelles dans un autre en- .
droit de ce Volume.
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591
p. 177-183
NOUVELLES. A Venise le 23. Novembre 1715.
Début :
M. le Comte de Schulembourg doit estre arrivé hier [...]
Mots clefs :
Venise, République, Campagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES. A Venise le 23. Novembre 1715.
NOUVELLES
AVenisele 23.Novembre 171 5 .
.. M. le Comte de Schulembourg
doit eſtre arrivé hier
>
178 MERCURE
icy dans un Lazaret qui luy a
eſté préparé. Ilſera plus à
portéequ'à celuyde Verone ,
de conferer avec les Chefs de
ce Gouvernement ſur les operations
de la Campagne pro
chaine.
3.M. Grimani: qui abeſté élu
CapitaineGeneral en la place
de M. Delphin commenceà
fe laiffer perfuader d'accepter
cet employ ; mais il fait en
même-remps des demandes
pour eſtre misen état de le pou
voir foutenir mieux que ne
pouvoit faire fonpredeceffeur.
Il demande troupes , muniGALANT
179
tions & argent en beaucoup
plusgrandequantité.
L'on a appris que M. Delphin
étoit de retour à Zante,
de la courſe qu'il a faite dans
l'Archipel. Il s'eſt avancé julqu'auCap
Doro dans l'Iſle de
Negrepont , d'où il a eſté obli
gé par un vent contraire de
retourner ſur ſes pas. Sa pre
fonce acausé de l'allarme aux
habitants des Ifles de l'Archi
pel qui ſe ſont donnez avis les
uns aux autres de ſa proximité,
par de grands feux qu'ils ont
allumez dans ces Ifles. Huir
Galeres qui étoient à Mitilene
180 MERCURE
ſe ſont retirées promptement
dans leCanalde Conſtantinople.
04
Il est arrivé des Lettres du
General de Dalmatie , & du
Commandant de Caſtel- Nuovo.
Ils mandent que les Turcs
s'étoient enfin retirez dans
leurs quartiers d'hyver ; mais
qu'ils faiſoientdans l'Albanie ,
dans l'Epie& dans les Provinces
du voisinage,des amas immenſes
de proviſions , &munitions
de guerre. Ils rendent
compte de l'état où se trouvent
toutes les Places de Dal-s
matie& celles de Caſtel-Nuos
GALANT. 181
!
vo ,&de cequi feroit neceſſaire
pour les mettre en état de
deffenfe ,& ils ſupplient le
Senat de leurenvoyer ces fecours
le plus promptement
qu'il fera poffible.
On affeure que certainementla
Republique n'a encore
ſigné aucun traité avec l'Empereur
,& que queiquebeſoin
que l'on ait icy d'une diverſion
puiſſanteen Hongrie , on ne
peut ſe réfoudre à confentir à
de certaines conditions que ce
Prince voudroit exiger de la
Republique. A
Le Conſul de la Nationa
182 MERCURE
1
remis aujourd'huy au College
les Paffeports du Roy , pour
les Ambaffadeurs Extraordinaires
de la Republique.
On eft informé icy de la
crainte où l'on eſt preſentement
à Vienne d'eftre attaqué
laCampagne prochaine par les
Tures dans la Hongrie,& on
croit que peut- eſtre l'on voudraprofiter
de cette occafion
favorable pour faire la paix
avec la Porte,qui vray ſemblablement
n'en ſerapas éloignée.
Le Prince Electoral de Baviere
doit venir inceſſamment
icy pour paſſer de-là à Rome,
GALANT. 183
on luy a déja retenu unPalais.
Il ſera accompagné de ſept
Seigneurs de ſa Cour & ſuivy
de ſoixante perſonnes.
AVenisele 23.Novembre 171 5 .
.. M. le Comte de Schulembourg
doit eſtre arrivé hier
>
178 MERCURE
icy dans un Lazaret qui luy a
eſté préparé. Ilſera plus à
portéequ'à celuyde Verone ,
de conferer avec les Chefs de
ce Gouvernement ſur les operations
de la Campagne pro
chaine.
3.M. Grimani: qui abeſté élu
CapitaineGeneral en la place
de M. Delphin commenceà
fe laiffer perfuader d'accepter
cet employ ; mais il fait en
même-remps des demandes
pour eſtre misen état de le pou
voir foutenir mieux que ne
pouvoit faire fonpredeceffeur.
Il demande troupes , muniGALANT
179
tions & argent en beaucoup
plusgrandequantité.
L'on a appris que M. Delphin
étoit de retour à Zante,
de la courſe qu'il a faite dans
l'Archipel. Il s'eſt avancé julqu'auCap
Doro dans l'Iſle de
Negrepont , d'où il a eſté obli
gé par un vent contraire de
retourner ſur ſes pas. Sa pre
fonce acausé de l'allarme aux
habitants des Ifles de l'Archi
pel qui ſe ſont donnez avis les
uns aux autres de ſa proximité,
par de grands feux qu'ils ont
allumez dans ces Ifles. Huir
Galeres qui étoient à Mitilene
180 MERCURE
ſe ſont retirées promptement
dans leCanalde Conſtantinople.
04
Il est arrivé des Lettres du
General de Dalmatie , & du
Commandant de Caſtel- Nuovo.
Ils mandent que les Turcs
s'étoient enfin retirez dans
leurs quartiers d'hyver ; mais
qu'ils faiſoientdans l'Albanie ,
dans l'Epie& dans les Provinces
du voisinage,des amas immenſes
de proviſions , &munitions
de guerre. Ils rendent
compte de l'état où se trouvent
toutes les Places de Dal-s
matie& celles de Caſtel-Nuos
GALANT. 181
!
vo ,&de cequi feroit neceſſaire
pour les mettre en état de
deffenfe ,& ils ſupplient le
Senat de leurenvoyer ces fecours
le plus promptement
qu'il fera poffible.
On affeure que certainementla
Republique n'a encore
ſigné aucun traité avec l'Empereur
,& que queiquebeſoin
que l'on ait icy d'une diverſion
puiſſanteen Hongrie , on ne
peut ſe réfoudre à confentir à
de certaines conditions que ce
Prince voudroit exiger de la
Republique. A
Le Conſul de la Nationa
182 MERCURE
1
remis aujourd'huy au College
les Paffeports du Roy , pour
les Ambaffadeurs Extraordinaires
de la Republique.
On eft informé icy de la
crainte où l'on eſt preſentement
à Vienne d'eftre attaqué
laCampagne prochaine par les
Tures dans la Hongrie,& on
croit que peut- eſtre l'on voudraprofiter
de cette occafion
favorable pour faire la paix
avec la Porte,qui vray ſemblablement
n'en ſerapas éloignée.
Le Prince Electoral de Baviere
doit venir inceſſamment
icy pour paſſer de-là à Rome,
GALANT. 183
on luy a déja retenu unPalais.
Il ſera accompagné de ſept
Seigneurs de ſa Cour & ſuivy
de ſoixante perſonnes.
Fermer
592
p. 191-196
De Hambourg. [titre d'après la table]
Début :
On écrit de Hambourg du 29. du mois passé, que les Lettres [...]
Mots clefs :
Roi de Suède, Stralsund, Hambourg, Camp, Ennemis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Hambourg. [titre d'après la table]
On écrit de Hambourg du
29. du mois paſſé , que lesLettres
du Camp des Alliez devant
Stralzund portent que le
Roy de Suede , dans l'attaque
qu'il fit des forces des Alliez ,
qui avoient fait deſcente dans
l'Ifle de Rugen , avoit donné
des marques d'une valeur extraordinaire
, menant diverſes
fois à la charge ſa Cavalerie &&
fon Infanterie , qui combattirent
à ſon exemple avec une
vigueur ſurprenante ; mais
192 MERCURE
qu'il avoit enfin été obligé de
ceder au nombre fuperieurde
ſes Ennemis. Ily fut bleffé legerement
au bras , & ayant
appris que ſes retranchements
devant Stralzund avoient eſté
forcez , il reſolut d'y retourner
avec deux mille hommes,
pour tâcher de les reprendre,
laiſfant les meilleurs ordres
qu'il put dans Rugen. Depuis
fon départ les Alliez ſe font
emparez de toute l'Ifle le 17.
& on mande que de fix mille
hommes qui y étoient , ſeulement
deux mille s'étoient res
cirez à Stralzund avec le Roy
de
1
GALANT 193
de Suede; que le reſte avoit été
tué ou pris. Parmi les prifonniers
, les Majors Generaux
Marſchall , Mellin , Stromfelde
,& Grothauſen ; ſeize
Colonels , Lieutenants-Colonels
, ou Majors vingt-huit
Capitaines , trente fix Lieutenants
, Cornettes , ou Enſeignes
; deux mille Soldats ; foixante
& dix Canons. Les prifonniers
ont eſté partagez entre
les deux Rois , ainſi que
P'Artillerie , dont le Roy de
Pruſſe a cu la plus grande partic.
Le Roy de Dannemark a
pris poſſeſſion de l'Iſle de Ru-
Decembre1715. R
194 MERCURE
gen , oùil a mis pour Commandant
le General Dewitz ,
avec quatre Bataillons , & dix
Eſcadrons . La Garniſon de la
petite IſledeRugen,manquant
de vivres , a trouvé moyen de
s'embarquer , & de ſe retirer
en Suede. La Flotte Danoiſe
qui a ſervi à ladeſcentedeRugen
, bloque preſentement
Stralzund du coſté de la Mer .
Le Roy de Suede qui y eſtavec
fixmillehommes, eſt toûjours
àcheval , donnant ſes ordres
pour la conſervation de la-
Ville, qu'il eſt reſolu de deffendre
juſqu'à la derniere extreGALANT.
195
mité. Les afliegeans fouffrent
beaucoup dans leCamp, leurs
tranchées ayant eſté remplies
d'eau par les pluïes preſque
continuelles . On a cu avis que
la Flotte Sucdoiſe compoféc
dedix huit Vaiſſeauxde ligne ,
& de pluſieurs Bâtimens de
tranſport , avoit trois fois mis
àla voile à Carelſcroon ; mais
qu'elle y avoit toûjours clé
repouffée par les vents contraires.
On écrit de Dreſde quele
Roy de Pologne ſe préparoit
à en partir pour retourner à
Varſovie , afin de travailler à
appaiſer les troubles qui au.
Rij
196 MERCURE
gmentent en ce Pis-là.
29. du mois paſſé , que lesLettres
du Camp des Alliez devant
Stralzund portent que le
Roy de Suede , dans l'attaque
qu'il fit des forces des Alliez ,
qui avoient fait deſcente dans
l'Ifle de Rugen , avoit donné
des marques d'une valeur extraordinaire
, menant diverſes
fois à la charge ſa Cavalerie &&
fon Infanterie , qui combattirent
à ſon exemple avec une
vigueur ſurprenante ; mais
192 MERCURE
qu'il avoit enfin été obligé de
ceder au nombre fuperieurde
ſes Ennemis. Ily fut bleffé legerement
au bras , & ayant
appris que ſes retranchements
devant Stralzund avoient eſté
forcez , il reſolut d'y retourner
avec deux mille hommes,
pour tâcher de les reprendre,
laiſfant les meilleurs ordres
qu'il put dans Rugen. Depuis
fon départ les Alliez ſe font
emparez de toute l'Ifle le 17.
& on mande que de fix mille
hommes qui y étoient , ſeulement
deux mille s'étoient res
cirez à Stralzund avec le Roy
de
1
GALANT 193
de Suede; que le reſte avoit été
tué ou pris. Parmi les prifonniers
, les Majors Generaux
Marſchall , Mellin , Stromfelde
,& Grothauſen ; ſeize
Colonels , Lieutenants-Colonels
, ou Majors vingt-huit
Capitaines , trente fix Lieutenants
, Cornettes , ou Enſeignes
; deux mille Soldats ; foixante
& dix Canons. Les prifonniers
ont eſté partagez entre
les deux Rois , ainſi que
P'Artillerie , dont le Roy de
Pruſſe a cu la plus grande partic.
Le Roy de Dannemark a
pris poſſeſſion de l'Iſle de Ru-
Decembre1715. R
194 MERCURE
gen , oùil a mis pour Commandant
le General Dewitz ,
avec quatre Bataillons , & dix
Eſcadrons . La Garniſon de la
petite IſledeRugen,manquant
de vivres , a trouvé moyen de
s'embarquer , & de ſe retirer
en Suede. La Flotte Danoiſe
qui a ſervi à ladeſcentedeRugen
, bloque preſentement
Stralzund du coſté de la Mer .
Le Roy de Suede qui y eſtavec
fixmillehommes, eſt toûjours
àcheval , donnant ſes ordres
pour la conſervation de la-
Ville, qu'il eſt reſolu de deffendre
juſqu'à la derniere extreGALANT.
195
mité. Les afliegeans fouffrent
beaucoup dans leCamp, leurs
tranchées ayant eſté remplies
d'eau par les pluïes preſque
continuelles . On a cu avis que
la Flotte Sucdoiſe compoféc
dedix huit Vaiſſeauxde ligne ,
& de pluſieurs Bâtimens de
tranſport , avoit trois fois mis
àla voile à Carelſcroon ; mais
qu'elle y avoit toûjours clé
repouffée par les vents contraires.
On écrit de Dreſde quele
Roy de Pologne ſe préparoit
à en partir pour retourner à
Varſovie , afin de travailler à
appaiſer les troubles qui au.
Rij
196 MERCURE
gmentent en ce Pis-là.
Fermer
593
p. 196-200
De Vienne. [titre d'après la table]
Début :
On mande de Vienne le 23. Novembre 1715. que le 17. [...]
Mots clefs :
Roi de Hongrie, Vienne, Armée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Vienne. [titre d'après la table]
Onmande de Vienne le 23 .
Novembre 1715 que le 17.
de ce mois au foir ,& le 18. au
matin , on celebra les obfeques
du Roy Tres - Chrêtien
Loüis XIV. dans l'Egliſe des
Religieux Auguftins Déchauf.
fez prés du Palais. Ony avoit
dreſſe , par ordre de l'Empereur,
un magnifique mauſolée,
élevé juſqu'à la voute de l'Eglife
, orné de douze ſtatuës!,
d'emblêmes , &d'infcriptions
à la loüange du feu Roy, avec
une quantitéextraordinaire de
Hambeaux ,la veille &le jour on
-
GALANT. 197
:
fonna toutes lds cloches de la +
Ville,&desFauxbourgs.Lapremiere
Meſſe fut celebrée par
l'Evêque de Neustadt ,&la ſeconde
par un autre Evêque.
L'Empereury afſiſta avec
les Imperatrices Doüairieres ,
les Archiducheflies , les Miniftres
, les Seigneurs , &
&Dames de la Cour , tous
engrand deül. L'Imperatrice
Regnante ne pût pas s'y trous
ver , àcauſe de ſa groffeffe qui
eft fort avancée. Le 19. Feſte
de Sainte Elifabeth , fille d'André
Roy de Hongrie , l'Imperatrice
, & l'Archiducheſſe
Riij
198 MERCURE
foeur aînée de l'Empereur ,qui
en portent le nom ,receurent
ſuivant la coûtume , les complimens
de toute laCour , en
habits de ceremonic. Le 18,
le Regiment d'Infanterie Imperial
duComteMaximilien de
Staremberg arriva icy deBrif
gau , par le Danube , & il doit
inceflamment continuer ſa
route vers la Hongrie. Suivant
les derniers avis de Turquie,
le Grand Vifir ,& le Capitan
Pacha étoient arrivez à Andrinople
auprés du Grand Sei
gneur,qui devoit dans quinze
jours retourner àConſtantinoRQUE
DELA
199
GALANT DE
Ils travaulent àà augmen
ter l'Armée Navale , &les
forces deterre ,afin de former
trois Armées , l'une en Dalmatie
,l'autre fur les Fronticres
de Pologne , & de Mofcovie
,& la troifiéme du côté de
la Hongrie. Onajoûte que le
12. d'Octobre , le Caïmakam,
Gouverneur de Conftantino
ple , avon envoyé prendre à
Pera,par trente Tures , le Re
fident de la République de
Genes , qu'ils amenerent en
robe de chambre fans perruque
& fans chapeau. Le Caïmakam
luy reprocha que fa
ple.
مل
Rij
200 MERCURE
République avoit fourni des
Vaiſſeaux , des Matelors , &
d'autres ſecours aux Venitiens
contrele Grand Seigneur , &
enfuiteil le fit conduire ſur une
Tartanne Genoiſe qui étoit
dans le Port avec ordre de
د
partir inceſſamment.
Novembre 1715 que le 17.
de ce mois au foir ,& le 18. au
matin , on celebra les obfeques
du Roy Tres - Chrêtien
Loüis XIV. dans l'Egliſe des
Religieux Auguftins Déchauf.
fez prés du Palais. Ony avoit
dreſſe , par ordre de l'Empereur,
un magnifique mauſolée,
élevé juſqu'à la voute de l'Eglife
, orné de douze ſtatuës!,
d'emblêmes , &d'infcriptions
à la loüange du feu Roy, avec
une quantitéextraordinaire de
Hambeaux ,la veille &le jour on
-
GALANT. 197
:
fonna toutes lds cloches de la +
Ville,&desFauxbourgs.Lapremiere
Meſſe fut celebrée par
l'Evêque de Neustadt ,&la ſeconde
par un autre Evêque.
L'Empereury afſiſta avec
les Imperatrices Doüairieres ,
les Archiducheflies , les Miniftres
, les Seigneurs , &
&Dames de la Cour , tous
engrand deül. L'Imperatrice
Regnante ne pût pas s'y trous
ver , àcauſe de ſa groffeffe qui
eft fort avancée. Le 19. Feſte
de Sainte Elifabeth , fille d'André
Roy de Hongrie , l'Imperatrice
, & l'Archiducheſſe
Riij
198 MERCURE
foeur aînée de l'Empereur ,qui
en portent le nom ,receurent
ſuivant la coûtume , les complimens
de toute laCour , en
habits de ceremonic. Le 18,
le Regiment d'Infanterie Imperial
duComteMaximilien de
Staremberg arriva icy deBrif
gau , par le Danube , & il doit
inceflamment continuer ſa
route vers la Hongrie. Suivant
les derniers avis de Turquie,
le Grand Vifir ,& le Capitan
Pacha étoient arrivez à Andrinople
auprés du Grand Sei
gneur,qui devoit dans quinze
jours retourner àConſtantinoRQUE
DELA
199
GALANT DE
Ils travaulent àà augmen
ter l'Armée Navale , &les
forces deterre ,afin de former
trois Armées , l'une en Dalmatie
,l'autre fur les Fronticres
de Pologne , & de Mofcovie
,& la troifiéme du côté de
la Hongrie. Onajoûte que le
12. d'Octobre , le Caïmakam,
Gouverneur de Conftantino
ple , avon envoyé prendre à
Pera,par trente Tures , le Re
fident de la République de
Genes , qu'ils amenerent en
robe de chambre fans perruque
& fans chapeau. Le Caïmakam
luy reprocha que fa
ple.
مل
Rij
200 MERCURE
République avoit fourni des
Vaiſſeaux , des Matelors , &
d'autres ſecours aux Venitiens
contrele Grand Seigneur , &
enfuiteil le fit conduire ſur une
Tartanne Genoiſe qui étoit
dans le Port avec ordre de
د
partir inceſſamment.
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594
p. 200-207
De Madrid. [titre d'après la table]
Début :
On écrit de Madrid le 25. Novembre 1715. que le [...]
Mots clefs :
Madrid, Roi, Vaisseaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Madrid. [titre d'après la table]
On écrit de Madrid le
25. Novembre 1715. que le
19. le jour de Sainte Elifabeth,
qui eſt la feſte de la Reine ,
les Seigneurs allerent le matin
luy baifer la main , & les Dames
l'apreſdinée. Le 24 on
celebra dans l'Eghſe du ColleGALANT
2018
ge Imperial des Jefuitestes
obfeques desOfficiers ,&Soldats
morts au ſerviceduRoy.
LesGrands, les Officiers Militaires
,& les principaux Miniftres
y affifterent. Le 21. le
Roy fit publier uncOrdonnance
, par laquelleal elt enjoint à
tous les Officiers réformez del
ſe preſenteravec leurs Patentes
devant les CommiffairesGeneraux
,pour eltreenregiſtrez,
& eſtre employez quand l'occafion
s'en preſentera , ſelon
leurs ſervices ,&leurs merites."
On aeſté confolé par les nouvelles
qu'on a receuës do ta
202 MERCURE
Flottede lanouvelle Eſpagne,
pas leſquelles on afeeu qu'il
ne s'en estoit perdu que deux
Bâtimens, que d'autresavoient
échoüez ſur les Coſtes de la
Floride ; mais qu'on en avoit
retirétoutl'or ,&tout l'argent
&la plupart des marchandifes.
Sur ces avis , le Roy a
envoyé ordre à Cadis d'équi
- peravectoute la diligence pol
fible , quatre Valleaux qui y
font , &il a ordonné au Mar
quis de Valero , nommé à la
Viceroyauté de la nouvelleEfpagne,
de partir incellamment
pour aller àCadis s'y embarGALANT.
203
$
quer, Ses mitructions portent
qu'il ſe rendra en droiture à
la Havane, où ces quatre Vaif
ſeaux débarqueront les marchandiſes
qu'ils portent & ils
feront chargez des effets de la
Flotte ,qui vont à douze millions
d'écus en or& en argent
ſeulement.Onvouloit donner
la conduite de ces Vaſſeaux à
l'Amiral Don Andrezde Pezs
mais comme il s'eft excuſe ſur
fon grand âge ,on croit qu'on
nommera en ſa place le ſicur
AreſtiquetaBiſcain , qui a fait
pluſieurs fois le voyage des In
des Occidentales . En même
204 MERCURE
temps le Roy a donné le
Gouvernement de BuenosYa
rés au Brigadier Don Bruno
deZabala , la Lieutenance de
Roy ,& du Païs quien dépend
au Colonel Don Dionifio
Martinez de laVéga ,le Gouvernement
de la Havane , au
Brigadier Don Vincente de
Rexa , & la Lieutenance de
Roy de Portobelo , à Don
Manuel Rodriguez Carbonel,
Colonel du Regiment de Santiago.
Les dernieres Lettres
de Cadis portent que les quatre
Vanfeaux qui doivent por-
1
ter à Carthagene le Prince de
م
GALANT. 205
Santo Buono , Viceroy du
Perou ,avoient fait voile le 14.
eſcortez juſqu'aux,Canaries ,
pat un. Vaiſſeau François ,&
par les trois du ſieur Martinet.
Comme on travaille àlaug
menter les forces de laMarine,
tant pour la garde des Coſtes,
que pour envoyer plus ſouvent
des Flottes en Amerique , on
a publié dans tout le Royau
me , que toutes les perſonnes
experimentées dans la Marine
ayent à le preſenter dans les
Ports , pour eftre employées.
On écrit de Lisbonne du 11.
decemois ,que le PrinceDon
206 MERCURE
:
Manuël , frere du Roy , étoit
fortile4. ſous prétexte d'aller
àla challe versBelem , qu'aprés
yavoir fait ſes dévotions , il
s'étoit mis dans uneChaloupe
qu'il avoit fait preparer ,&
qu'il éroit allé s'embarquer fur
un Vaiſſeau Anglois qui l'attendoit
,& qui partit auſſitoſt
avecun vent favorable. Il n'avoit
avec luyqueDon Manuel
Telles de Sylva , fils du Comte
de Tarouca ,&deux domeſtiques.
Oncroit que le deſſein
de ce Prince eſt de voyager ,
ou d'aller en Hongrie pour
ſo trouver à la guerre contre
CALANI. 207
les Tures . Le même jour14.
une partiende la Flone du
Brefil entta dans le Tage fuivie
des autres Vaiſſeaux. On
affûrequ'elle est tres riche ,&
qu'elle eft chargée entr'autres
devingt millions de livres en
or. On ajoûte que les Corfaires
de Salé avoient pris fur les
cottes deux Vaiſſeaux François
, trois Hollandois ,& dix
Anglois.
25. Novembre 1715. que le
19. le jour de Sainte Elifabeth,
qui eſt la feſte de la Reine ,
les Seigneurs allerent le matin
luy baifer la main , & les Dames
l'apreſdinée. Le 24 on
celebra dans l'Eghſe du ColleGALANT
2018
ge Imperial des Jefuitestes
obfeques desOfficiers ,&Soldats
morts au ſerviceduRoy.
LesGrands, les Officiers Militaires
,& les principaux Miniftres
y affifterent. Le 21. le
Roy fit publier uncOrdonnance
, par laquelleal elt enjoint à
tous les Officiers réformez del
ſe preſenteravec leurs Patentes
devant les CommiffairesGeneraux
,pour eltreenregiſtrez,
& eſtre employez quand l'occafion
s'en preſentera , ſelon
leurs ſervices ,&leurs merites."
On aeſté confolé par les nouvelles
qu'on a receuës do ta
202 MERCURE
Flottede lanouvelle Eſpagne,
pas leſquelles on afeeu qu'il
ne s'en estoit perdu que deux
Bâtimens, que d'autresavoient
échoüez ſur les Coſtes de la
Floride ; mais qu'on en avoit
retirétoutl'or ,&tout l'argent
&la plupart des marchandifes.
Sur ces avis , le Roy a
envoyé ordre à Cadis d'équi
- peravectoute la diligence pol
fible , quatre Valleaux qui y
font , &il a ordonné au Mar
quis de Valero , nommé à la
Viceroyauté de la nouvelleEfpagne,
de partir incellamment
pour aller àCadis s'y embarGALANT.
203
$
quer, Ses mitructions portent
qu'il ſe rendra en droiture à
la Havane, où ces quatre Vaif
ſeaux débarqueront les marchandiſes
qu'ils portent & ils
feront chargez des effets de la
Flotte ,qui vont à douze millions
d'écus en or& en argent
ſeulement.Onvouloit donner
la conduite de ces Vaſſeaux à
l'Amiral Don Andrezde Pezs
mais comme il s'eft excuſe ſur
fon grand âge ,on croit qu'on
nommera en ſa place le ſicur
AreſtiquetaBiſcain , qui a fait
pluſieurs fois le voyage des In
des Occidentales . En même
204 MERCURE
temps le Roy a donné le
Gouvernement de BuenosYa
rés au Brigadier Don Bruno
deZabala , la Lieutenance de
Roy ,& du Païs quien dépend
au Colonel Don Dionifio
Martinez de laVéga ,le Gouvernement
de la Havane , au
Brigadier Don Vincente de
Rexa , & la Lieutenance de
Roy de Portobelo , à Don
Manuel Rodriguez Carbonel,
Colonel du Regiment de Santiago.
Les dernieres Lettres
de Cadis portent que les quatre
Vanfeaux qui doivent por-
1
ter à Carthagene le Prince de
م
GALANT. 205
Santo Buono , Viceroy du
Perou ,avoient fait voile le 14.
eſcortez juſqu'aux,Canaries ,
pat un. Vaiſſeau François ,&
par les trois du ſieur Martinet.
Comme on travaille àlaug
menter les forces de laMarine,
tant pour la garde des Coſtes,
que pour envoyer plus ſouvent
des Flottes en Amerique , on
a publié dans tout le Royau
me , que toutes les perſonnes
experimentées dans la Marine
ayent à le preſenter dans les
Ports , pour eftre employées.
On écrit de Lisbonne du 11.
decemois ,que le PrinceDon
206 MERCURE
:
Manuël , frere du Roy , étoit
fortile4. ſous prétexte d'aller
àla challe versBelem , qu'aprés
yavoir fait ſes dévotions , il
s'étoit mis dans uneChaloupe
qu'il avoit fait preparer ,&
qu'il éroit allé s'embarquer fur
un Vaiſſeau Anglois qui l'attendoit
,& qui partit auſſitoſt
avecun vent favorable. Il n'avoit
avec luyqueDon Manuel
Telles de Sylva , fils du Comte
de Tarouca ,&deux domeſtiques.
Oncroit que le deſſein
de ce Prince eſt de voyager ,
ou d'aller en Hongrie pour
ſo trouver à la guerre contre
CALANI. 207
les Tures . Le même jour14.
une partiende la Flone du
Brefil entta dans le Tage fuivie
des autres Vaiſſeaux. On
affûrequ'elle est tres riche ,&
qu'elle eft chargée entr'autres
devingt millions de livres en
or. On ajoûte que les Corfaires
de Salé avoient pris fur les
cottes deux Vaiſſeaux François
, trois Hollandois ,& dix
Anglois.
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595
p. 207-213
De Londres. [titre d'après la table]
Début :
On écrit de Londres du 28. Novembre 1715. que le 25. [...]
Mots clefs :
Londres, Régiment, Dragons, Troupes, Général
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Londres. [titre d'après la table]
On écrit de Londres du 28 .
Novembre 1715. que le 25.
& le 26. de ce mois on reçût
divers avis que le Corps des
Mécontents d'Ecoffe , & de
208 MERCURE
Northumberland avoient été
défaits par le General Wills à
Preſton , dans le Comté de
Lancaftre:& on aa ſçûles parcicularirez
ſuivantes. Le 22 .
des Mécontents arriverent à
Preſton au nombrede prés de
cinq mille , avec quatre pieces
de canon de campagne , & ils
s'y barricaderent pour attendre
la jonction de ceuxde leur
parti LeGeneralWills qui étoit
arrivé à Wiggam , entre Warington
&Preſton , en ayant
eſté informé, marcha pour les
attaquer avec les Regimens de
Cavaleric ,&de Dragons.de
Pitt,
GALANT. 209
Pitt , de Wyrme de Honywood,
de Dorme , de Munden
, de Stanhope , & celuy
d'Infanterie de Preſton , ayant
laillé le Regiment de Dragons
deNewton à Mancheſter , où
il y avoit beaucoup de gens
mal affectionnez . Il arrivale
23. à une heure aprés midy
au Pont de Ribble , éloigné
d'un quart de lieuë de Preſton,
&gardé par cent chevaux &
cent Fantaſſins , quia l'approche
des Troupes du General
Walls, fe retirerent dansasla
Villezainfi il palla ke Pont fans
aucune oppofition , & il fit
Dicembre 1715 . S
210 MERCURE
avancer le Regimentde Prefton
, foutenu par des Dragons
pour attaquer les barricades.
Les Mécontents les deffendirent
d'abord avec beaucoup
de valeur , faiſant en même
temps un grand feu des maiſons
voiſines. Le Regiment de
Preſtony ſouffritbeaucoup,&
fut obligé d'y mettre le feu
ce qui les fic abandonner par
les Mécontens , & enſuite les
barrieres furent forcées. Le
Regiment de Preſton y cut
quatre Capitaines , & plus de
cent foldits tuez , outre les
bleflez. Le General Wills luy
GALANT. 211
ordonna de s'y retrancher ,&
il diſtribua ſa Cavalerie ,& fes
Dragons autour de la Ville ,
pour empêcher les Mécontens
des'échaper. ls firent une fortic;
mais aprés un rude combat,
ils furent repouſicz. Le
24. à neuf heures du matin ,
le General Carpenter qui s'avançoit
par leComté d'York,
arriva avec les Regimens de
Dragons de Cobham , de
Churchill & de Molefwooth.
Aune heure aprés midy les
Aſſiegez envoyerent demander
à capituler ; mais on leur
répondit qu'on ne pouvoit
Sij
212 MERCURE
1
leur accorder d'autres condi->
tions , que de mettre bas les
armes , de ſe rendre àdifcretion
,&de ſe remettre àla clemence
du Roy. Les Affiegez,
aprés pluſieurs difficultez , furent
obligez d'y confentir , ſe
voyant enfermez de tous côtez;
ſeulement cinq à fix Gentilshommes
bien montez, tenterent
de fortir , &donnerent
dans le Regiment de Cavalerie
de Pitt , où ils furent tous
tuez. Les Troupes du Roy
devoient le 25. entrer dans la
Ville, & en prendre poffeffion.
Les Mécontens avoient củ
GALANT 213
dans les attaques trois cons
hommes tuez ou bleffez , &
il en reſtoit dix fept cens bien
armez, les autres n'avoient que
des épées &des baſtons : on a
envoyé ordre de prendre fix
ou ſept Officiers à la demy
paye qui estoient parmi eux ,
& d'envoyer icy les principaux
Chefs.
Novembre 1715. que le 25.
& le 26. de ce mois on reçût
divers avis que le Corps des
Mécontents d'Ecoffe , & de
208 MERCURE
Northumberland avoient été
défaits par le General Wills à
Preſton , dans le Comté de
Lancaftre:& on aa ſçûles parcicularirez
ſuivantes. Le 22 .
des Mécontents arriverent à
Preſton au nombrede prés de
cinq mille , avec quatre pieces
de canon de campagne , & ils
s'y barricaderent pour attendre
la jonction de ceuxde leur
parti LeGeneralWills qui étoit
arrivé à Wiggam , entre Warington
&Preſton , en ayant
eſté informé, marcha pour les
attaquer avec les Regimens de
Cavaleric ,&de Dragons.de
Pitt,
GALANT. 209
Pitt , de Wyrme de Honywood,
de Dorme , de Munden
, de Stanhope , & celuy
d'Infanterie de Preſton , ayant
laillé le Regiment de Dragons
deNewton à Mancheſter , où
il y avoit beaucoup de gens
mal affectionnez . Il arrivale
23. à une heure aprés midy
au Pont de Ribble , éloigné
d'un quart de lieuë de Preſton,
&gardé par cent chevaux &
cent Fantaſſins , quia l'approche
des Troupes du General
Walls, fe retirerent dansasla
Villezainfi il palla ke Pont fans
aucune oppofition , & il fit
Dicembre 1715 . S
210 MERCURE
avancer le Regimentde Prefton
, foutenu par des Dragons
pour attaquer les barricades.
Les Mécontents les deffendirent
d'abord avec beaucoup
de valeur , faiſant en même
temps un grand feu des maiſons
voiſines. Le Regiment de
Preſtony ſouffritbeaucoup,&
fut obligé d'y mettre le feu
ce qui les fic abandonner par
les Mécontens , & enſuite les
barrieres furent forcées. Le
Regiment de Preſton y cut
quatre Capitaines , & plus de
cent foldits tuez , outre les
bleflez. Le General Wills luy
GALANT. 211
ordonna de s'y retrancher ,&
il diſtribua ſa Cavalerie ,& fes
Dragons autour de la Ville ,
pour empêcher les Mécontens
des'échaper. ls firent une fortic;
mais aprés un rude combat,
ils furent repouſicz. Le
24. à neuf heures du matin ,
le General Carpenter qui s'avançoit
par leComté d'York,
arriva avec les Regimens de
Dragons de Cobham , de
Churchill & de Molefwooth.
Aune heure aprés midy les
Aſſiegez envoyerent demander
à capituler ; mais on leur
répondit qu'on ne pouvoit
Sij
212 MERCURE
1
leur accorder d'autres condi->
tions , que de mettre bas les
armes , de ſe rendre àdifcretion
,&de ſe remettre àla clemence
du Roy. Les Affiegez,
aprés pluſieurs difficultez , furent
obligez d'y confentir , ſe
voyant enfermez de tous côtez;
ſeulement cinq à fix Gentilshommes
bien montez, tenterent
de fortir , &donnerent
dans le Regiment de Cavalerie
de Pitt , où ils furent tous
tuez. Les Troupes du Roy
devoient le 25. entrer dans la
Ville, & en prendre poffeffion.
Les Mécontens avoient củ
GALANT 213
dans les attaques trois cons
hommes tuez ou bleffez , &
il en reſtoit dix fept cens bien
armez, les autres n'avoient que
des épées &des baſtons : on a
envoyé ordre de prendre fix
ou ſept Officiers à la demy
paye qui estoient parmi eux ,
& d'envoyer icy les principaux
Chefs.
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596
p. 218-220
A S. Malo du 20. Novembre 1715.
Début :
Le Capitaine qui a passé le Prétendant, est de retour de [...]
Mots clefs :
Hommes, Combat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A S. Malo du 20. Novembre 1715.
AS. Malo du 20. Novembre
1715 .
Le Capitaine qui a paſſé le
Prétendant, eft de retour de
Vendredy au foir , il rapporte
avoir débarqué au Nordd'Ecoffe
, où il y avoit 8. ou 10.
mille hommes qui l'attendoient
, qui l'ont receu avec
de grandes acclamations de
joye , comme tout le peuple.
Il rapporte que quelques jours
avant leur arrivée , il y a cu un
combat entre le Comte de
Marre & le Duc d'Argile , que
11
9
GALANT. 219
le Comte de Marre a été bleſſé
au bras affez legerement , que
le combat a eſté ſanglant , &
opiniâtre , que les Ecoffois ont
eſté fort maltraitez , que cependant
ils font reſtez maîtres
du Champ de bataille , & que
le Duc d'Argile s'eſt retiré en
bon ordre , qu'il eſt reſté de
part & d'autre s . à 6. mille
hommes ſur la place ; mais
que ce combat ne décide rien,
on compte que la prefence du
Roy fera lever le maſque à
biendesgens qui n'ont encore
oſéremuer. M. le Duc d'Ormond
devoit débarquer en
Tij
220 MERCURE
Angleterre ; il a longtemps
raudé; mais comme il n'a point
vû les ſignaux qu'on devoit
luy faire ,il eſt revenu àMorlay
, où il eſt preſentement, en
attendant loccafion & le
temps favorable pour y retourner
.
1715 .
Le Capitaine qui a paſſé le
Prétendant, eft de retour de
Vendredy au foir , il rapporte
avoir débarqué au Nordd'Ecoffe
, où il y avoit 8. ou 10.
mille hommes qui l'attendoient
, qui l'ont receu avec
de grandes acclamations de
joye , comme tout le peuple.
Il rapporte que quelques jours
avant leur arrivée , il y a cu un
combat entre le Comte de
Marre & le Duc d'Argile , que
11
9
GALANT. 219
le Comte de Marre a été bleſſé
au bras affez legerement , que
le combat a eſté ſanglant , &
opiniâtre , que les Ecoffois ont
eſté fort maltraitez , que cependant
ils font reſtez maîtres
du Champ de bataille , & que
le Duc d'Argile s'eſt retiré en
bon ordre , qu'il eſt reſté de
part & d'autre s . à 6. mille
hommes ſur la place ; mais
que ce combat ne décide rien,
on compte que la prefence du
Roy fera lever le maſque à
biendesgens qui n'ont encore
oſéremuer. M. le Duc d'Ormond
devoit débarquer en
Tij
220 MERCURE
Angleterre ; il a longtemps
raudé; mais comme il n'a point
vû les ſignaux qu'on devoit
luy faire ,il eſt revenu àMorlay
, où il eſt preſentement, en
attendant loccafion & le
temps favorable pour y retourner
.
Fermer
597
p. 7-13
A Venise le 14. Décembre 1715.
Début :
M. Grimani continuë de refuser l'employ de Capitaine [...]
Mots clefs :
Capitaine général, République, Flotte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Venise le 14. Décembre 1715.
AVenise le 14. Decembre 1715.
M. Grimani continuë de
refuſer l'employ de Capitaine
General Il a preſenté un Memoire
fur ce ſujet qui doit être
porté dans trois Conſeils dif
ferens ,c'eſt à dire dans celuy
des Confeillers du Doge , &
A iiij
8 MERCURE
د
des troisChefs de la Quarantie
, dans celuy duCollege entier
, & enfin dans le Pregadi.
Ses excuſes ont déja été agrées
dans le premier de ces Conſeils.
Les ſentiments ont été
mi partis dans le deuxième
quoyque l'affaire yait étémiſe
deux fois en déliberation .
Quelque reſolution que l'ony
prenne , il paroît continuer
dans celle de ſe faire Ecclefiaftique
plûtôt que d'être forcéà
accepter cet employ , qu'il n'y
a point d'exemple que l'on ait
jamais refusé , mais c'eſt que
les affaires de la Republique
4
GALANT. و
étoientdans une ſituationbien
differente de celles où elle ſe
trouve preſentement . 1
M. Delphin n'a point écrit
à ſes Maîtres cette ſemaine ,
mais M. Piſani , General des
Iſſes , a mandé que ce Capitaine
General eſtoit parti le
dix- huit Octobre de Glimino
avec ſa Flotte pour aller vers
les Iſles de l'Archipel , dans la
vûë apparemment de tirer des
contributions de celles qui
ſont ſans deffenfe , & de tâ
cher de tirer quelque avantage
fur lesTures , s'il trouve leur
Flotte ſeparée , ainſi qu'il en
10 MERCURE
avoit receu quelques avis.
Quoyqu'il en ſoit , on luy reprochoitde
ce que lorſqu'elle
étoit unie , il n'entreprenoit
rien fur cette Flotte , & pre
ſentement qu'elle eſt ſeparée,
on craint qu'il ne luy arrive
quelque malheur.
Toutes les Garniſons qui
étoient dans les Places priſes
parCapitulation parles Turcs
font arrivées au Zante & à
Corfou , conſiſtant à 12. ou
15.00. hommes environ. Elles
y ont eſté tranſportées ſurdes
Bâtiments François .
Ondit àcette occaſion que
CALANT IF
les Turcs n'ont point pris
Parga; qu'ils avoient tenté de
le ſurprendre,mais que lesHabitants
s'eſtant deffendus vigoureuſement
, ils s'eſtoient
retirez de devant ce petit lieu.
Il arriva icy il y a quelques
jours deuxVaiſſeaux dela Florte
qui avoient eſté nolifez de
quelques Marchands &armez
enGuerre par la Republique
qui ne s'en ſervira plus . Il eſt
auſſi arrivé avant hier un autre
Vaiſſeau de Guerre nommé
la Ligue facrée ; il doit être
deſarmé , n'eſtant plus propre
pour naviger.
12 MERCURE
On attend icy inceffamment
M. le Comte de Schulembourg
qui eſt en contuma
ce au Lazaret de Verone. On
la luy fera achever dans une
Ifle des Langunes qui luy a été
preparée.
L'on a fait deux Traitez
pour la levée de isoo. hommes
,l'un avec le ComteNoftitz
, Lieutenant General , que
laRepublique prend àſon ſer.
vice , pour un Regiment de
1000. Polonnois ; & l'autre
avec M. de la Motte , au nom
duComte d'Enoff, pour soo.
de recruës du même Pays. On
GALANT. 13
ne fait pas cependant grand
fond fur l'arrivée de ces Trou
pes ,qu'il ſera difficile de conduire
icy.
M. Grimani continuë de
refuſer l'employ de Capitaine
General Il a preſenté un Memoire
fur ce ſujet qui doit être
porté dans trois Conſeils dif
ferens ,c'eſt à dire dans celuy
des Confeillers du Doge , &
A iiij
8 MERCURE
د
des troisChefs de la Quarantie
, dans celuy duCollege entier
, & enfin dans le Pregadi.
Ses excuſes ont déja été agrées
dans le premier de ces Conſeils.
Les ſentiments ont été
mi partis dans le deuxième
quoyque l'affaire yait étémiſe
deux fois en déliberation .
Quelque reſolution que l'ony
prenne , il paroît continuer
dans celle de ſe faire Ecclefiaftique
plûtôt que d'être forcéà
accepter cet employ , qu'il n'y
a point d'exemple que l'on ait
jamais refusé , mais c'eſt que
les affaires de la Republique
4
GALANT. و
étoientdans une ſituationbien
differente de celles où elle ſe
trouve preſentement . 1
M. Delphin n'a point écrit
à ſes Maîtres cette ſemaine ,
mais M. Piſani , General des
Iſſes , a mandé que ce Capitaine
General eſtoit parti le
dix- huit Octobre de Glimino
avec ſa Flotte pour aller vers
les Iſles de l'Archipel , dans la
vûë apparemment de tirer des
contributions de celles qui
ſont ſans deffenfe , & de tâ
cher de tirer quelque avantage
fur lesTures , s'il trouve leur
Flotte ſeparée , ainſi qu'il en
10 MERCURE
avoit receu quelques avis.
Quoyqu'il en ſoit , on luy reprochoitde
ce que lorſqu'elle
étoit unie , il n'entreprenoit
rien fur cette Flotte , & pre
ſentement qu'elle eſt ſeparée,
on craint qu'il ne luy arrive
quelque malheur.
Toutes les Garniſons qui
étoient dans les Places priſes
parCapitulation parles Turcs
font arrivées au Zante & à
Corfou , conſiſtant à 12. ou
15.00. hommes environ. Elles
y ont eſté tranſportées ſurdes
Bâtiments François .
Ondit àcette occaſion que
CALANT IF
les Turcs n'ont point pris
Parga; qu'ils avoient tenté de
le ſurprendre,mais que lesHabitants
s'eſtant deffendus vigoureuſement
, ils s'eſtoient
retirez de devant ce petit lieu.
Il arriva icy il y a quelques
jours deuxVaiſſeaux dela Florte
qui avoient eſté nolifez de
quelques Marchands &armez
enGuerre par la Republique
qui ne s'en ſervira plus . Il eſt
auſſi arrivé avant hier un autre
Vaiſſeau de Guerre nommé
la Ligue facrée ; il doit être
deſarmé , n'eſtant plus propre
pour naviger.
12 MERCURE
On attend icy inceffamment
M. le Comte de Schulembourg
qui eſt en contuma
ce au Lazaret de Verone. On
la luy fera achever dans une
Ifle des Langunes qui luy a été
preparée.
L'on a fait deux Traitez
pour la levée de isoo. hommes
,l'un avec le ComteNoftitz
, Lieutenant General , que
laRepublique prend àſon ſer.
vice , pour un Regiment de
1000. Polonnois ; & l'autre
avec M. de la Motte , au nom
duComte d'Enoff, pour soo.
de recruës du même Pays. On
GALANT. 13
ne fait pas cependant grand
fond fur l'arrivée de ces Trou
pes ,qu'il ſera difficile de conduire
icy.
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598
p. 40-54
Suite des Nouvelles de Venise.
Début :
Messieurs les Ambassadeurs Extraordinaires de Venise pour France ont demandé [...]
Mots clefs :
Guerre, Général, Hommes, Troupes, Ambassadeurs, Roi, Officiers, Sénat, Campagne, Turcs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des Nouvelles de Venise.
Suite des Nouvelles de Venise.
Meſſieurs les Ambaſſadeurs
ExtraordinairesdeVeniſe pour
France ont demandé des Pafſeports
du Roy , ſéparément
pour chacun d'eux, parce qu'ils
ne partiront point enſemble.
31 M. Lando qui fut nommé
Samedy dernier à l'Ambaſſade
ordinaire de France , paroift
peu diſpoſé à accepter cet employ.
Μ.
GALANT 41
M. le General Delphin a
écrit au Senat pour luy rendre
un compte general de tout ce
qui s'eſt paſſe dans la derniere
Campagne ; & aprés avoir fait
voir que les mauvais fuccés de
cette Campagne provenoient
dumanque où il a été de toutes
les chofes neceffaires pour faire
la guerre , il a conclud par la
permiſſion qu'il demande de ſe
retirer du ſervice.
M. le General Emo a auffi
écrit cette ſemaine au Senat
pour l'informer que les Turcs
continuoient à faire des préparatifs
immenfes pour le Prin-
Janvier 1716 .
D
42 MERCURE
temps prochain , & qu'il y
avoit lieu de juger que tout le
poids de la guerre tomberoit
fur la Dalmatic.
- M. de Schulembourg refuſe
de ſe renfermer dans une
Place,&demande les Troupes
que l'on dit luy eſtre deſtinées,
il afait preſenter un Memoire
fur ce ſujet au Senat.
LeTraité pour les trois mille
hommes de Wirtemberg eft
rompu ſur le refus que les
Officiers& les Soldats ont fait
de ſervir en Levant ; declarant
que pluſtoſt que d'y aller , ils
eſtoient réfolus de quitter le
GALANT. 43
1
ſervice. Le Senatdépêcha Jeudy
un Courrier à l'Ambaffadeur
deVeniſe à Vienne , pour
tâcher d'engager l'Empereur
à preffer le Duc de Wirtemberg
d'executer ſon Traité.
Le Tribunal des Inquifiteurs
d'armée a commencé d'exercer
ſes fonctions. Il a déja fait
appofer dans le Palais de S.
Marcune pierre en forme de
trone , avec une inſcription
pour avertir d'y jetter tous les
avis ou denonciations ſecretes
contre les Officiers & aurres
qui peuvent avoir manqué à
leur devoir pendant la Cam-
Dij
44 MERCURE
pagne de 1715. Il a auffi fair
afficher dans tous les endroits
des Placards pour exciter tous
ceux qui ſçauront quelque
choſe de le venir teveler , Icur
promettant de garder le ſecret.
3
L'on a ordonné la réparation
des Forts & Chaſteaux
fituez à l'embouchure des trois
parts de cette Ville& dans les
Langunes ; & M. Erizzo a eſté
élû pour avoir l'inſpection ſur
ces ouvrages.
On parle de vendre des
Dignitez de Procurateurs de
S. Mare , pour amaſſer de l'arGALANT
45
gent pour les dépenſes extraordinairesde
laguerre: Julques
à preſent on en a bien peu ,&
le nombredes Troupes eſt pareillement
bien foible pour
pouvoir s'oppoſer aux entrepriſes
des Turcs.
M. Grimani a enfin accepté
le commandement des
forces de la Republique en la
place de M. Delphin , qui mêmea
déja eſté rappellé ; mais il
perfiſte àdemander qu'on le
mette en état de s'oppoſer aux
entrepriſes des Turcs laCampagne
prochaine.
M. le Comte de Schulem46
MERCURE
bourg qui eft arrivé icy Di
manche dernier , fait les mêmes
inſtances , connoiffant
qu'un General ne peut l'eftre
ſans Troupes :ondonne àl'un
&à l'autre des eſperances ſur
ce ſujet , mais juſqu'à preſent
il eſt difficile de voir ſur quoy
elles font fondées ,&quelque
deſavantageuſeque puiffe être
laPaix avec lesTurcs , dans la
conjoncture preſente , elle le
ſera encore moins que la continuation
d'une guerre qu'il eſt
tout à fait impoffible de ſoû.
tenir.
M. Memo qui eft revenu
GALANT. 47
1
de Conſtantinople , a parlé à
peu prés dans ce fens dansun
des derniers Pregadis . Il a fait
voir la neceflité de conclure
cette Paix à quelque prix que
ce ſoit ,ou de terminer leTraité
de Ligue avec l'Empereur à
quelque condition que cePrince
veüille exiger de la Republique;
mais laderniere Ligue
qui amis cet Etat dans la foibleſſe
où il ſe trouve , quoyqu'aprés
de grandes conquêtes
, acheveroit preſentement
de le détruire , ſi on en faiſoit
une nouvelle. Il paroiſt en effet
que le ſentiment general
48 MERCURE
eſtde faire la Paix.
M Memo voulut , à cette
occafion , justifier la conduite
de M. Delphin. Les eſprits
eſtoient prévenus contre ce
General ,& l'apologie qu'ilen
fit ne fut point écoutée.
Les deux Ambaſſadeurs Ex.
traordinaires pour la France
ont cu ordre , par de certaines
raiſons , de ſe tenir preſts à
partir dans le mois de Février ;
on parle même d'élire aujourd'huy
un Ambaſſadeur ordinaire
pour refider auprés du
Roy. Je crois cependant que
cette élection ſera remife.
Les
GALANT. 49
à
Les Vaſſeaux de guerre la
Ligue ſacrée de 54. pieces de
canons ,& la Croix rouge de
80. pieces , ont eſté renvoyez
Veniſe, àcauſe que leur vieilleſſe
nepermettoit pas que l'on
pût s'en ſervir. Le premier eft
heureuſement entré dans ce
Port ,Dimanche. Le ſecond a
fait naufrage Mardy ſur la
coſteàdeux licuës d'icy , aïant
eſtébattud'une furicuſe tempeſte
pendant deux jours , ſans
que l'on aye pû pendant ce
tems là luydonner du ſecours,
les ondes empêchant les autres
Baſtiments d'en approcher.Le
Janvier 1716 .
E
so
MERCURE
1
Capitaine la fait échoüer fur
le fable, ce qui adonné moïen
de ſauver soo. perfonnes tant
Mariniers que Paffagers , 18.
autres ont eſté noyées dans le
Vaiſſeau ; elles eſtoient fi malades
qu'elles n'ont pû fortir de
leur lit pour monter ſur le
Pont. Le nouveau Receveur
de Malthe & le nouveau Refident
d'Angleterre font arrivez
icy.
On a fait trois Inquifiteurs
d'Armée qui tiendront leur
Tribunal en cette Ville , pour
examiner la conduite que tous
les Commandants & Officiers
GALANT. SE
÷
ont tenuë pendant cette Campagne.
Le Senat conclut Samedy
un traité avec M. le Comte de
Schulembourg , pour la levée
de 6000. hommes Saxons. La
ſituation preſente des affaires
du Roy Auguſte en Pologne
donne licu de juger que ce
Prince ne pourra fournir de
fes vieilles Troupes , & que
celles qu'il envoyera aux Venitiens
ne pourront eſtre que
nouvelles levées: elles feront
ainſi peu capables de ranimer
la valeur des Venitiens , qui
font dans une épouvante qui
E ij
52 MERCURE
*
ne ſe peut exprimer à l'occafion
des conqueſtes que les
Turesy ont faites.
Le Duc de Wirtembergs'eſt
excuſé de fournir les 3000.
hommes qu'il s'eſtoit engagé
de fournir au Senat ſur le refus
que les Officiers & Soldats
ont fait de ſervir dans le Levant
; on a expedié un Courrier
à Vienne pour porter l'Em- .
pereur àfaire changer cePrince
de fentiment , mais il y a peu
d'eſperance que l'on y puiſſe
réüdir .
Le General Delphin eſt retourné
de Zantes à Corfou
GALANT . 53
1
,
avec toute fa Flotte ; elle a
fouffert dans ce petit trajet une
tempête furicuſe qui a fort endommagé
les baſtimens.
Joubliois de vous dire
Monfieur , que le Senat conclut
encore Mercredy un autre
traité avec un Officier
François pour la levée de 1000.
hommes ; je doute qu'ily puiffe
fitoft réüffir : on a vendu icy
les Fours & Moulins bannaux
qui appartenoient à l'Etat;
mais l'on ne trouve pas fi
facilement des acheteurs pour
l'acquifition des Procuraties
vieilles , & de quelques autres
Elij
54 MERCURE
biens publics.
M. Lando paroiſt toûjours
peu difpofé d'accepter l'Ambaffade
ordinaire de France.
Les Ambaſſadeurs Extraordinaires
ne partiront que vers le
mois de Mars pour s'y rendre.
Meſſieurs les Ambaſſadeurs
ExtraordinairesdeVeniſe pour
France ont demandé des Pafſeports
du Roy , ſéparément
pour chacun d'eux, parce qu'ils
ne partiront point enſemble.
31 M. Lando qui fut nommé
Samedy dernier à l'Ambaſſade
ordinaire de France , paroift
peu diſpoſé à accepter cet employ.
Μ.
GALANT 41
M. le General Delphin a
écrit au Senat pour luy rendre
un compte general de tout ce
qui s'eſt paſſe dans la derniere
Campagne ; & aprés avoir fait
voir que les mauvais fuccés de
cette Campagne provenoient
dumanque où il a été de toutes
les chofes neceffaires pour faire
la guerre , il a conclud par la
permiſſion qu'il demande de ſe
retirer du ſervice.
M. le General Emo a auffi
écrit cette ſemaine au Senat
pour l'informer que les Turcs
continuoient à faire des préparatifs
immenfes pour le Prin-
Janvier 1716 .
D
42 MERCURE
temps prochain , & qu'il y
avoit lieu de juger que tout le
poids de la guerre tomberoit
fur la Dalmatic.
- M. de Schulembourg refuſe
de ſe renfermer dans une
Place,&demande les Troupes
que l'on dit luy eſtre deſtinées,
il afait preſenter un Memoire
fur ce ſujet au Senat.
LeTraité pour les trois mille
hommes de Wirtemberg eft
rompu ſur le refus que les
Officiers& les Soldats ont fait
de ſervir en Levant ; declarant
que pluſtoſt que d'y aller , ils
eſtoient réfolus de quitter le
GALANT. 43
1
ſervice. Le Senatdépêcha Jeudy
un Courrier à l'Ambaffadeur
deVeniſe à Vienne , pour
tâcher d'engager l'Empereur
à preffer le Duc de Wirtemberg
d'executer ſon Traité.
Le Tribunal des Inquifiteurs
d'armée a commencé d'exercer
ſes fonctions. Il a déja fait
appofer dans le Palais de S.
Marcune pierre en forme de
trone , avec une inſcription
pour avertir d'y jetter tous les
avis ou denonciations ſecretes
contre les Officiers & aurres
qui peuvent avoir manqué à
leur devoir pendant la Cam-
Dij
44 MERCURE
pagne de 1715. Il a auffi fair
afficher dans tous les endroits
des Placards pour exciter tous
ceux qui ſçauront quelque
choſe de le venir teveler , Icur
promettant de garder le ſecret.
3
L'on a ordonné la réparation
des Forts & Chaſteaux
fituez à l'embouchure des trois
parts de cette Ville& dans les
Langunes ; & M. Erizzo a eſté
élû pour avoir l'inſpection ſur
ces ouvrages.
On parle de vendre des
Dignitez de Procurateurs de
S. Mare , pour amaſſer de l'arGALANT
45
gent pour les dépenſes extraordinairesde
laguerre: Julques
à preſent on en a bien peu ,&
le nombredes Troupes eſt pareillement
bien foible pour
pouvoir s'oppoſer aux entrepriſes
des Turcs.
M. Grimani a enfin accepté
le commandement des
forces de la Republique en la
place de M. Delphin , qui mêmea
déja eſté rappellé ; mais il
perfiſte àdemander qu'on le
mette en état de s'oppoſer aux
entrepriſes des Turcs laCampagne
prochaine.
M. le Comte de Schulem46
MERCURE
bourg qui eft arrivé icy Di
manche dernier , fait les mêmes
inſtances , connoiffant
qu'un General ne peut l'eftre
ſans Troupes :ondonne àl'un
&à l'autre des eſperances ſur
ce ſujet , mais juſqu'à preſent
il eſt difficile de voir ſur quoy
elles font fondées ,&quelque
deſavantageuſeque puiffe être
laPaix avec lesTurcs , dans la
conjoncture preſente , elle le
ſera encore moins que la continuation
d'une guerre qu'il eſt
tout à fait impoffible de ſoû.
tenir.
M. Memo qui eft revenu
GALANT. 47
1
de Conſtantinople , a parlé à
peu prés dans ce fens dansun
des derniers Pregadis . Il a fait
voir la neceflité de conclure
cette Paix à quelque prix que
ce ſoit ,ou de terminer leTraité
de Ligue avec l'Empereur à
quelque condition que cePrince
veüille exiger de la Republique;
mais laderniere Ligue
qui amis cet Etat dans la foibleſſe
où il ſe trouve , quoyqu'aprés
de grandes conquêtes
, acheveroit preſentement
de le détruire , ſi on en faiſoit
une nouvelle. Il paroiſt en effet
que le ſentiment general
48 MERCURE
eſtde faire la Paix.
M Memo voulut , à cette
occafion , justifier la conduite
de M. Delphin. Les eſprits
eſtoient prévenus contre ce
General ,& l'apologie qu'ilen
fit ne fut point écoutée.
Les deux Ambaſſadeurs Ex.
traordinaires pour la France
ont cu ordre , par de certaines
raiſons , de ſe tenir preſts à
partir dans le mois de Février ;
on parle même d'élire aujourd'huy
un Ambaſſadeur ordinaire
pour refider auprés du
Roy. Je crois cependant que
cette élection ſera remife.
Les
GALANT. 49
à
Les Vaſſeaux de guerre la
Ligue ſacrée de 54. pieces de
canons ,& la Croix rouge de
80. pieces , ont eſté renvoyez
Veniſe, àcauſe que leur vieilleſſe
nepermettoit pas que l'on
pût s'en ſervir. Le premier eft
heureuſement entré dans ce
Port ,Dimanche. Le ſecond a
fait naufrage Mardy ſur la
coſteàdeux licuës d'icy , aïant
eſtébattud'une furicuſe tempeſte
pendant deux jours , ſans
que l'on aye pû pendant ce
tems là luydonner du ſecours,
les ondes empêchant les autres
Baſtiments d'en approcher.Le
Janvier 1716 .
E
so
MERCURE
1
Capitaine la fait échoüer fur
le fable, ce qui adonné moïen
de ſauver soo. perfonnes tant
Mariniers que Paffagers , 18.
autres ont eſté noyées dans le
Vaiſſeau ; elles eſtoient fi malades
qu'elles n'ont pû fortir de
leur lit pour monter ſur le
Pont. Le nouveau Receveur
de Malthe & le nouveau Refident
d'Angleterre font arrivez
icy.
On a fait trois Inquifiteurs
d'Armée qui tiendront leur
Tribunal en cette Ville , pour
examiner la conduite que tous
les Commandants & Officiers
GALANT. SE
÷
ont tenuë pendant cette Campagne.
Le Senat conclut Samedy
un traité avec M. le Comte de
Schulembourg , pour la levée
de 6000. hommes Saxons. La
ſituation preſente des affaires
du Roy Auguſte en Pologne
donne licu de juger que ce
Prince ne pourra fournir de
fes vieilles Troupes , & que
celles qu'il envoyera aux Venitiens
ne pourront eſtre que
nouvelles levées: elles feront
ainſi peu capables de ranimer
la valeur des Venitiens , qui
font dans une épouvante qui
E ij
52 MERCURE
*
ne ſe peut exprimer à l'occafion
des conqueſtes que les
Turesy ont faites.
Le Duc de Wirtembergs'eſt
excuſé de fournir les 3000.
hommes qu'il s'eſtoit engagé
de fournir au Senat ſur le refus
que les Officiers & Soldats
ont fait de ſervir dans le Levant
; on a expedié un Courrier
à Vienne pour porter l'Em- .
pereur àfaire changer cePrince
de fentiment , mais il y a peu
d'eſperance que l'on y puiſſe
réüdir .
Le General Delphin eſt retourné
de Zantes à Corfou
GALANT . 53
1
,
avec toute fa Flotte ; elle a
fouffert dans ce petit trajet une
tempête furicuſe qui a fort endommagé
les baſtimens.
Joubliois de vous dire
Monfieur , que le Senat conclut
encore Mercredy un autre
traité avec un Officier
François pour la levée de 1000.
hommes ; je doute qu'ily puiffe
fitoft réüffir : on a vendu icy
les Fours & Moulins bannaux
qui appartenoient à l'Etat;
mais l'on ne trouve pas fi
facilement des acheteurs pour
l'acquifition des Procuraties
vieilles , & de quelques autres
Elij
54 MERCURE
biens publics.
M. Lando paroiſt toûjours
peu difpofé d'accepter l'Ambaffade
ordinaire de France.
Les Ambaſſadeurs Extraordinaires
ne partiront que vers le
mois de Mars pour s'y rendre.
Fermer
599
p. 56-69
De Melilla, c'est une Ville d'Afrique, depuis long-temps (comme Ceuta) assiegée par les Mores.
Début :
Du 5. Decembre 1715. Le 9. du mois passé un [...]
Mots clefs :
Maures, Ennemis, Camp, Mines, Ennemi, Travail, Tranchée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Melilla, c'est une Ville d'Afrique, depuis long-temps (comme Ceuta) assiegée par les Mores.
DeMelilla, c'est une Ville d'Afrique
, depuis long-temps
( comme Ceuta ) affiegée
par les Mores.
Du 5. Decembre 1715 .
Le 9. du mois paffé un
chariot chargé de beaucoup
de malades de l'Hospital fortit
pour ſe rendre à Malaga ; fur
le ſoir on fit embarquer les
deux Mores de confiance pour
les mettre à terre , afin qu'ils
rapportaſſent des nouvelles du
Camp ennemi ; & en même-
:
GALANT. 57
1
temps on apprit qu'on entendoit
dans nos mines les ennemis
travailler ; cela fut cauſe
que le Sergent Major de la
Place reſta plus de trois heures
de la nuit à la tefte des mines ,
&aprés il fut changé par le
Gouverneur qui y mit l'Ingenieur
qui y demeura juſqu'à
dix heures du matin ; il enten
dit les Mores qui continuoient
le même travail ; ce qui fait
croire qu'ils veulent interdire
la communication du Fort S.
Michel ১
Le ro au matin on entendit
dans les mines que les
58 MERCURE
Mores travailloient en pluſieurs
endroits ; c'eſt ce qui fait
croirequ'ils veulent nous tromper
& nous faire prendre un
chemin pour un autre , mais
nous continuons toûjours
noſtre même travail , perſuadez
qu'il eſt le meilleur.
Le 11. aumatin un homme
de la tranchéequi avoit la voix
fort groſſe , demanda au Fort
de S. Michel à parler à quelqu'un
, & il dit qu'il vouloit
nous apprendre qu'on avoit
pris avant hier un Vaiſſeau
chargé de vin , de biscuits &
de fufils; ce Navire venoit à
1
GALANT. 59
cette Place avec 25. foldats
& deux femmes ; celuy qui
l'entendit luy répondit , pourquoy
ne prenez vous pas auffi
ce Fort , à quoy il luy répondit
qu'ils vouloient prendre le
Fort & la Place , & qu'à cet
effet le Frere de leur Alcalde
eſtoit allé à Meguinez .
Le 12. au matin les deux
Mores de confiance revinrent,
&ils confirmerent la priſe de
la Barque & le voyage du
Frere de l'Alcalde à Meguinez,
qu'ils avoient vû au milieu du
Camp ſept échelles fort longues
& fort larges , & capa60
MERCURE
bles de monter trois hommes
defront.
On n'a pas pû apporter icy
de Boeufs ny de Moutons , ce
qui eſt fort triſte pour les malades
de cette Place; la mine
que nous fimes ſauter le 23 .
d'Octobre n'a fait périr que fix
perſonnes& autant debleſſez.
Le 13. au matin on vit un
Ingenieur avec un inſtrument
à la main , à la teſte de la tranchée
la plus proche du Fort S,
Michel , qui regardoit du haut
en bas du parapet , meſurant
&jettant de temps en temps
avec la main des pierres pour
GALANT. 61
indiquer la distance du travail;
il étoit accompagné du General
de l'Armée &de pluſieurs
Negres. :
Le 14. voyant que l'ennemi
continuoit toûjours ſon
travail pour venir par - deſſous
terre couper la communication
que nous avons depuis la
Place S. Michel , on a chargé
la huitiéme mine avec quinze
barils de poudre.
Le 15. au matin on partagea
nos Troupes en pluſieurs
corps ; & comme ce mouvement
ne s'eſt pas pû faire fans
eſtre vû des ennemis qui do
62 MERCURE
minent fur toute la Place, les
Mores ont doublé leurs gardes
des tranchées , croyant que les
affiegez vouloient faire quelque
fortie ſur eux , & ils ont
retiré leurs travailleurs des mines;&
nous autres n'ayant rien
entendu , nous avons jugé à
propos d'attendre au lendemain
pour les faire fauter .
* Le 16 on entendit l'ennemi
qui travailloit ſousterre , auffitoſton
mit le feu au fourneau
dont la force creva la mine des
ennemis. Deux Mores fur le
foir eſtant venu reconnoiſtre
les chevaux de Friſfe qui deffenr
GALANT. 63
dent la Place, ils furent furpris ;
il y en eût un qui ſe ſauva, &
P'autre fut bleſſe ; il cria qu'on
ne le tuâ point , & qu'il diroit
cequiſe paſſoit dans le Camp ;
eequifit qu'on le porta à l'Hôpital,
où il fut penſé: Il declara
que la derniere mine
avoit beaucoup tuéde monde ,
&qu'elle cauſoit une grande
conſternationdans le camp, &
il mourut deux heures aprés .
Le 17. au matin les Ennemis
n'ayant point de nouvelle du
More bleffé amenerent un
Etendart de Paix , ce que nous
fimes de noſtre coſté ; ils dirent
64 MERCURE
que fi nous avions le More,
nous leur ferions beaucoup de
plaisir de le leur rendre mort
ou vif; on l'alla chercher à
'Hôpital , & on le leur envoïa
au camp : pendant ce tems les
Mores estoient fur leurs tran
chées &nous fur le parapetde
laPlace ,& on ſe parloit :ce qui
fut deplus extraordinaire, c'eſt
que les Soldats ennemis reffem.
bloient à des Religieux par
P'habillement. :
Le 18. 19. 20.desMores
deterepent leurs tuozipar la
mine : 910
Le 21.22.23. & 24. chacun
GALANT . 65
:
cun continua le même travail :
pendant ce tems une de nos
Barques fit une grande peſche
à la vûë des Ennemis , ce qui a
eſté d'un grand ſecours pour la
Garniſon. LesChevaux deFriſe
nous furent en cette occafion
tres-utiles , parce que les planches
fur lesquelles ils font
cloüez ſervirent de remparts
aux Matelots qui peſchoient.
Le 25. 26. & 27. les Ennemis
furent fort tranquilles dans
leur camp ; mais préſumant
que cela cachoit quelque deffein
nous apperçumes qu'ils
continuoient leurs mines de-
Janvier 1716.
F
66 MERCURE
vers faint Michel , & nous
nous avons continué noſtre paralelle
où nous les attendions .
Le 28. & le 29. on n'entendit
les Ennemis faire aucuns
mouvements ; on prétend qu'-
ils font rebutez de nos mines ,
ils font un autre travail au-delàde
la riviere deOro ducoſté
du Fort S. Laurent', où ils efperent
faire hyverner leur Armée.
Le 30. on vit entrer dans la
tranchée plus de 200. Mores
à pied , avec 400. à cheval ,
d'un air fort audacieux , avec
des drapeaux rouges , ce qui
GALANT 67
E
marque de la joye , veritablement
ils venoient pour folem-
Rifer la fin de leurCareſme qui
commença hier la nuit , & ils
vouloient feſter leur Pâques
qui commence aujourd'huy.
Lorſqu'ils virent la nouvelle
Lune ils firent ungrand bruit ,
ce qui nous obligea à tirer fur
cux.
Il pleut icy depuis huit
jours , quoyqu'il en ſoit , les
Mores ſe maintiennent dans
leurs tranchées , ils nous le
font voir par des bouffées de
coups de fufil de temps en
temps ,avec des cris ,& des
Fij
68 MERCURE
hurlemens horribles .
Nos deux Mores confidents
, fortirent il y a huit
jours , & nous rapporterent
qu'il étoit arrivé à ſept licües
d'icy du canon& des mortiers,
à l'endroit appellé Cazaza .
Depuis il eſt arrivé un More
de la tranchée dans la Place ,
pour nous dire que l'artillerie
qui étoit à Cazaza , eit prefentement
au Camp ,&qu'elle
doit tirer dans deux ou trois
jours , ce qui nous a eſté confirmé
par un More d'Oranqui
vient de Miguenez , qui doit
paffer en Eſpagne pour voir
GALANT. 69
ſon frere , nous travaillons à
nous mettre en deffenſe de
tous coſtez , c'eſt à dire autant
que nous pouvons.
Du 28. dudit mois.
Nous avons icy beaucoup
detravail , parce que le Siege
devient ſerieux , nous verrons
où les Mores placeront leur
Artillerie ,& leurs mortiers ,
commela Place eſt petite , ils
deſoleront tout avec les
pierres.
, depuis long-temps
( comme Ceuta ) affiegée
par les Mores.
Du 5. Decembre 1715 .
Le 9. du mois paffé un
chariot chargé de beaucoup
de malades de l'Hospital fortit
pour ſe rendre à Malaga ; fur
le ſoir on fit embarquer les
deux Mores de confiance pour
les mettre à terre , afin qu'ils
rapportaſſent des nouvelles du
Camp ennemi ; & en même-
:
GALANT. 57
1
temps on apprit qu'on entendoit
dans nos mines les ennemis
travailler ; cela fut cauſe
que le Sergent Major de la
Place reſta plus de trois heures
de la nuit à la tefte des mines ,
&aprés il fut changé par le
Gouverneur qui y mit l'Ingenieur
qui y demeura juſqu'à
dix heures du matin ; il enten
dit les Mores qui continuoient
le même travail ; ce qui fait
croire qu'ils veulent interdire
la communication du Fort S.
Michel ১
Le ro au matin on entendit
dans les mines que les
58 MERCURE
Mores travailloient en pluſieurs
endroits ; c'eſt ce qui fait
croirequ'ils veulent nous tromper
& nous faire prendre un
chemin pour un autre , mais
nous continuons toûjours
noſtre même travail , perſuadez
qu'il eſt le meilleur.
Le 11. aumatin un homme
de la tranchéequi avoit la voix
fort groſſe , demanda au Fort
de S. Michel à parler à quelqu'un
, & il dit qu'il vouloit
nous apprendre qu'on avoit
pris avant hier un Vaiſſeau
chargé de vin , de biscuits &
de fufils; ce Navire venoit à
1
GALANT. 59
cette Place avec 25. foldats
& deux femmes ; celuy qui
l'entendit luy répondit , pourquoy
ne prenez vous pas auffi
ce Fort , à quoy il luy répondit
qu'ils vouloient prendre le
Fort & la Place , & qu'à cet
effet le Frere de leur Alcalde
eſtoit allé à Meguinez .
Le 12. au matin les deux
Mores de confiance revinrent,
&ils confirmerent la priſe de
la Barque & le voyage du
Frere de l'Alcalde à Meguinez,
qu'ils avoient vû au milieu du
Camp ſept échelles fort longues
& fort larges , & capa60
MERCURE
bles de monter trois hommes
defront.
On n'a pas pû apporter icy
de Boeufs ny de Moutons , ce
qui eſt fort triſte pour les malades
de cette Place; la mine
que nous fimes ſauter le 23 .
d'Octobre n'a fait périr que fix
perſonnes& autant debleſſez.
Le 13. au matin on vit un
Ingenieur avec un inſtrument
à la main , à la teſte de la tranchée
la plus proche du Fort S,
Michel , qui regardoit du haut
en bas du parapet , meſurant
&jettant de temps en temps
avec la main des pierres pour
GALANT. 61
indiquer la distance du travail;
il étoit accompagné du General
de l'Armée &de pluſieurs
Negres. :
Le 14. voyant que l'ennemi
continuoit toûjours ſon
travail pour venir par - deſſous
terre couper la communication
que nous avons depuis la
Place S. Michel , on a chargé
la huitiéme mine avec quinze
barils de poudre.
Le 15. au matin on partagea
nos Troupes en pluſieurs
corps ; & comme ce mouvement
ne s'eſt pas pû faire fans
eſtre vû des ennemis qui do
62 MERCURE
minent fur toute la Place, les
Mores ont doublé leurs gardes
des tranchées , croyant que les
affiegez vouloient faire quelque
fortie ſur eux , & ils ont
retiré leurs travailleurs des mines;&
nous autres n'ayant rien
entendu , nous avons jugé à
propos d'attendre au lendemain
pour les faire fauter .
* Le 16 on entendit l'ennemi
qui travailloit ſousterre , auffitoſton
mit le feu au fourneau
dont la force creva la mine des
ennemis. Deux Mores fur le
foir eſtant venu reconnoiſtre
les chevaux de Friſfe qui deffenr
GALANT. 63
dent la Place, ils furent furpris ;
il y en eût un qui ſe ſauva, &
P'autre fut bleſſe ; il cria qu'on
ne le tuâ point , & qu'il diroit
cequiſe paſſoit dans le Camp ;
eequifit qu'on le porta à l'Hôpital,
où il fut penſé: Il declara
que la derniere mine
avoit beaucoup tuéde monde ,
&qu'elle cauſoit une grande
conſternationdans le camp, &
il mourut deux heures aprés .
Le 17. au matin les Ennemis
n'ayant point de nouvelle du
More bleffé amenerent un
Etendart de Paix , ce que nous
fimes de noſtre coſté ; ils dirent
64 MERCURE
que fi nous avions le More,
nous leur ferions beaucoup de
plaisir de le leur rendre mort
ou vif; on l'alla chercher à
'Hôpital , & on le leur envoïa
au camp : pendant ce tems les
Mores estoient fur leurs tran
chées &nous fur le parapetde
laPlace ,& on ſe parloit :ce qui
fut deplus extraordinaire, c'eſt
que les Soldats ennemis reffem.
bloient à des Religieux par
P'habillement. :
Le 18. 19. 20.desMores
deterepent leurs tuozipar la
mine : 910
Le 21.22.23. & 24. chacun
GALANT . 65
:
cun continua le même travail :
pendant ce tems une de nos
Barques fit une grande peſche
à la vûë des Ennemis , ce qui a
eſté d'un grand ſecours pour la
Garniſon. LesChevaux deFriſe
nous furent en cette occafion
tres-utiles , parce que les planches
fur lesquelles ils font
cloüez ſervirent de remparts
aux Matelots qui peſchoient.
Le 25. 26. & 27. les Ennemis
furent fort tranquilles dans
leur camp ; mais préſumant
que cela cachoit quelque deffein
nous apperçumes qu'ils
continuoient leurs mines de-
Janvier 1716.
F
66 MERCURE
vers faint Michel , & nous
nous avons continué noſtre paralelle
où nous les attendions .
Le 28. & le 29. on n'entendit
les Ennemis faire aucuns
mouvements ; on prétend qu'-
ils font rebutez de nos mines ,
ils font un autre travail au-delàde
la riviere deOro ducoſté
du Fort S. Laurent', où ils efperent
faire hyverner leur Armée.
Le 30. on vit entrer dans la
tranchée plus de 200. Mores
à pied , avec 400. à cheval ,
d'un air fort audacieux , avec
des drapeaux rouges , ce qui
GALANT 67
E
marque de la joye , veritablement
ils venoient pour folem-
Rifer la fin de leurCareſme qui
commença hier la nuit , & ils
vouloient feſter leur Pâques
qui commence aujourd'huy.
Lorſqu'ils virent la nouvelle
Lune ils firent ungrand bruit ,
ce qui nous obligea à tirer fur
cux.
Il pleut icy depuis huit
jours , quoyqu'il en ſoit , les
Mores ſe maintiennent dans
leurs tranchées , ils nous le
font voir par des bouffées de
coups de fufil de temps en
temps ,avec des cris ,& des
Fij
68 MERCURE
hurlemens horribles .
Nos deux Mores confidents
, fortirent il y a huit
jours , & nous rapporterent
qu'il étoit arrivé à ſept licües
d'icy du canon& des mortiers,
à l'endroit appellé Cazaza .
Depuis il eſt arrivé un More
de la tranchée dans la Place ,
pour nous dire que l'artillerie
qui étoit à Cazaza , eit prefentement
au Camp ,&qu'elle
doit tirer dans deux ou trois
jours , ce qui nous a eſté confirmé
par un More d'Oranqui
vient de Miguenez , qui doit
paffer en Eſpagne pour voir
GALANT. 69
ſon frere , nous travaillons à
nous mettre en deffenſe de
tous coſtez , c'eſt à dire autant
que nous pouvons.
Du 28. dudit mois.
Nous avons icy beaucoup
detravail , parce que le Siege
devient ſerieux , nous verrons
où les Mores placeront leur
Artillerie ,& leurs mortiers ,
commela Place eſt petite , ils
deſoleront tout avec les
pierres.
Fermer
600
p. 70-82
RELATION de ce qui s'est passé au Caire depuis le 17. Septembre 1715. jusqu'au 24. dudit mois.
Début :
Depuis la mort de Caïtas Beg grand Tefterdar, & Chef [...]
Mots clefs :
Hommes, Troupes, Abdi Pacha, Ibrahim Bey, Janissaires, Caire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION de ce qui s'est passé au Caire depuis le 17. Septembre 1715. jusqu'au 24. dudit mois.
RELATION
de ce qui s'est paffé au Caire
depuis le 17. Septembre1715.
jusqu'au 24. dudit mois.
Depuis la mort de Caïtas
Bog grand Tefterdar , & Chef
du party de Sade , qui avoit
pris la reſolution de détruire
celuy d'Aran qui eſtoit en faveur
d'Abdy Pacha , & d'Ibrahim
Bey . Le premier eſtant
informé de ſes mouvements
fecrets , luy oſtala Charge de
grand Tefterdar . Comme il
continuoit à lever des trouGALANT.
71
1
pes fecrettement pour fortifier
fon party , le Pacha prit
ledeſſein de le faire perir ,il le
fit poignarder en ſa prefence,
&le fit jetter par une fenêtre,
au * Carameydan , où il eſtoit:
Mehemet Bey , fa Creature ,
Kaa Abdullah , cy- devant
Bacha Chaous , Olman Bey,
Aflan Caya , Bekir Odabachi
& quelques autres Puiffances
de leur parti , refuferent d'obéïr
au commandement du
Pacha , qui vouloit les exiler.
pour s'en défaire plus facilement.
Ils ſe fortifierent dans
*Placepublique.
72
MERCURE
leurs maiſons ,dhommes ,de
munitions de guerre & de
bouche. Ils corrompirent à
force d'argent tout ce qu'ils
purent des Janiſſaires & d'autres
, & firent cinq ou fix cens
hommes chacun des meilleures
troupes du Caire. Le Pacha
ne jugea pas à propos de
les faire attaquer , il ſe fortifia
de ſon coſté de troupes ,
&gagna une partie des ſept
milices par l'entremiſe d'Ibrahim
Bey ; il vouloit les laiſſer
conſommer à petit feu dans
leurs maiſons : ces derniers s'en
eſtant apperçus formerentune
confpiration
GALANT. 73
conſpiration le 17. de ce mois
contre Ibrahim Bey , & contre
les principaux de ſon party
, ils refolurent de faire affaffiner
Ibrahim Bey en allant
auChaſteau , avec Ismaël Bey
qui eſt un des plus puiſſants
Seigneurs de l'Egypte , & de
depoſer le Pacha. Ibrahim
Bey ayant découvert cette
conſpiration , & ayant eſté
averti que quelques-uns des
plus hardis du party de Sade ,
s'eſtoient poſtez dans une ruë
pour l'affaffiner , en allant au
Chaſteau, pafla par un autre
endroit , pour avertir le Pacha
Janvier 1716.
G
74 MERCURE
de ce qui ſe paſſoit ; comme
l'affaire devenoit ſericuſe , il
fit aſſembler un Divan general
, & aprés avoir remontré
les deſordres auſquels on étoit
expoſé , il fut reſolu que l'on
fommeroit pour la derniere
fois , Mehemet Bey , Kiaa
Abdallah ,& les principaux de
leur party , de comparoiſtre
auDivan , qu'autrement ils ſeroient
declarez rebelles au
Grand Seigneur , ce qu'ils refuferent
de faire ,& prirent le
partide ſe preſenter à la porte
des Janiſſaires , ayant réſolu la
nuit du 18, de ſe ſaiſir de la
GALANT . 75
porte des Janiffaires , & de
faire affaffiner en mêmetemps
Cherif HuffeinCaya en charge
des Janiſlaires , & Belacha
Odaba
Odabachi en charge , qui
étoient les deux Chefs de cet
Odgeak, ce qui fut executé.
Ils ſe rendirent les maiſtres de
la porte , ayant fait entrer environ400.
de leurs meilleures
troupes ; le Pacha en ayant
eſté informé , fit avertir Ibrahim
Bey ,& tous ceux de ſon
party, qui font le Saboundgi,
Kedek Mehemet , Ismaël Bey,
qui firent prendredans lemoment
les armes à leurs trou-
Gij
76 MERCURE
ce
pes ,& ſe ſaiſirent de toutes
les avenuës , pour empêcher
le ſecours que Mahomet Bey
pourroit leur envoyer
dernier n'ayant pas voulu fortir
de ſa maiſon. Ibrahim Bey
donna ordre à un de ſes Agas
de ſe fortifier dans ſon Palais,
où il fit jetter 600. hommes,
avec ordre d'attaquer en même
temps Mehemet Bey dans
le fien ce qu'il fit le 20.
Mehemet Bey voyant qu'il ne
pouvoit ſecourir ceux qui
eſtoient dans le Chaſteau des
Janiſſaires qui estoient bloquez
de toutes parts , n'ayant
,
GALANT 7177
pris aucune précaution pour
y faire porter des vivres , ſe
trouva fort intrigué , & lors
qu'il apprit le 20. que la pluſpart
des Janiſſaires de ceux de
fon parti , ſe precipitoient des
murailles , qu'on les arreſtoit,
&que le Pacha les faifoit mettre
en pieces , comme rebelles
aux ordresdu Grand Seigneur,
il prit le parti de ſe ſauver le
21. une heure avant le jour ;
Kiaa Abdallah , & Bequir O
dabachi , ſe voyant abandonnez
de leurs plus fidelles troupes
, prirent auſſi le parti de
ſe faire deſcendre avec des
P
Giij
78 MERCURE
cordes , dans un endroit qui
eſtoit le moins obſervé;Kiaa
Abdallah trouva le moyende
ſe ſauver à la faveur de la nuit,
Bequir Odabachi tomba entre
les mains de ſes ennemis , la
Pacha luy fit couper la teſte ,
& ayant eſté informé qu'il ne
reſtoit dans le Chaſteau qu'environ
Iso. Janiffaires , avec
Naſſouf Caya , Kara Ilmaël ,
& Affan Caya , cy - devant
grand Doüanier , il prit le parti
de mettre ſon Caya à la tête
de huit cens hommes choifis
, pour les forcer dans le
Chafſteau , il fit ſapper la mu-
(
.
GALANT9
raille par trois endroits , ils y
entrerent le ſabre à la main,
&firent main baſſe ſur tout
ce qu'ils trouverent fans aucune
reſiſtance , il fit couper
la teſte à ſes trois principaux
Chefs ; le Pacha y entra
dans cette entrefaite , &
s'eſtant rendu maiſtre du
Chaftean , il fut victorieux ,
il crea en même temps Jedik
Mehemet Caya en Charge ,
&Moustafa Bochnac , creatured'Ibrahim
Bey ,pourBachodabachi
, & ordonna en même
temps de paſſer au fil de l'épée
tous ceux qu'ils trouveroient
G iiij
80 MERCURE
du parti contraire, ce qui a eſté
executé fort ponctuellement ,
juſqu'aujourd'huy 24. de ce
mois , on en a fait perir plus de
400.& on continuë les executions
, il a mis la teſte de Kiaa
Abdallah à prix , & a promis
1000. pieces à qui la luy apportera
, & la même choſe à
l'égard de Mehemet Bey , qui
s'embarqua à Boulac , fur une
cayaſſe à la pourfſuite de ſes
ennemis , & s'eſt ſauvé ſur le
Nil , dans le Village du Chek
Habib , qui eſt à huit petites
lieuës d'icy ce Chek Habib
eſt un fameux voleur que l'on
,
1
1
1
1
t
GALANT. 8s1
n'a jamais pû détruire , & qui
faifoitcontribuer tous les Ba
timentsqui alloient à Damiette
,&dans le Delta , étant ſoûtenu
par le party détruit. Le
Pacha étantavertyde ſa retraite
dans ce Village , & que ce
Chek avoit au moins 4000.
Arabes bien armez,il a envoyé
plus de deux mille Janniſfaires
aprés ,& environ mil ou douze
cens chevaux pour fe faifir de
toutes les avenues , ſes Arabes
ſe deffendent autant qu'il peuvent
; enſorte que le Pacha &
Ibrahim Bey ont réduit
l'Egypte à l'obéiffance du
82
1
MERCURE
Grand Seigneur fans avoirperdu
cinquante hommes de leur
party.
Le 28. dudit mois .
On vient d'amener Kiaa
Abdallah avec une chaîne au
col , le Pacha luy a fait couper
la teſte ; le Chekhabib s'eſt
ſauvé à la faveur de la nuit
avecMehemetBey. LesTroupes
du Caire ont ſaccagé fon
Village & fa maiſon qu'ils ont
raſée & renver ſée dans le Nil ;
voila la fin de la Tragedie.
de ce qui s'est paffé au Caire
depuis le 17. Septembre1715.
jusqu'au 24. dudit mois.
Depuis la mort de Caïtas
Bog grand Tefterdar , & Chef
du party de Sade , qui avoit
pris la reſolution de détruire
celuy d'Aran qui eſtoit en faveur
d'Abdy Pacha , & d'Ibrahim
Bey . Le premier eſtant
informé de ſes mouvements
fecrets , luy oſtala Charge de
grand Tefterdar . Comme il
continuoit à lever des trouGALANT.
71
1
pes fecrettement pour fortifier
fon party , le Pacha prit
ledeſſein de le faire perir ,il le
fit poignarder en ſa prefence,
&le fit jetter par une fenêtre,
au * Carameydan , où il eſtoit:
Mehemet Bey , fa Creature ,
Kaa Abdullah , cy- devant
Bacha Chaous , Olman Bey,
Aflan Caya , Bekir Odabachi
& quelques autres Puiffances
de leur parti , refuferent d'obéïr
au commandement du
Pacha , qui vouloit les exiler.
pour s'en défaire plus facilement.
Ils ſe fortifierent dans
*Placepublique.
72
MERCURE
leurs maiſons ,dhommes ,de
munitions de guerre & de
bouche. Ils corrompirent à
force d'argent tout ce qu'ils
purent des Janiſſaires & d'autres
, & firent cinq ou fix cens
hommes chacun des meilleures
troupes du Caire. Le Pacha
ne jugea pas à propos de
les faire attaquer , il ſe fortifia
de ſon coſté de troupes ,
&gagna une partie des ſept
milices par l'entremiſe d'Ibrahim
Bey ; il vouloit les laiſſer
conſommer à petit feu dans
leurs maiſons : ces derniers s'en
eſtant apperçus formerentune
confpiration
GALANT. 73
conſpiration le 17. de ce mois
contre Ibrahim Bey , & contre
les principaux de ſon party
, ils refolurent de faire affaffiner
Ibrahim Bey en allant
auChaſteau , avec Ismaël Bey
qui eſt un des plus puiſſants
Seigneurs de l'Egypte , & de
depoſer le Pacha. Ibrahim
Bey ayant découvert cette
conſpiration , & ayant eſté
averti que quelques-uns des
plus hardis du party de Sade ,
s'eſtoient poſtez dans une ruë
pour l'affaffiner , en allant au
Chaſteau, pafla par un autre
endroit , pour avertir le Pacha
Janvier 1716.
G
74 MERCURE
de ce qui ſe paſſoit ; comme
l'affaire devenoit ſericuſe , il
fit aſſembler un Divan general
, & aprés avoir remontré
les deſordres auſquels on étoit
expoſé , il fut reſolu que l'on
fommeroit pour la derniere
fois , Mehemet Bey , Kiaa
Abdallah ,& les principaux de
leur party , de comparoiſtre
auDivan , qu'autrement ils ſeroient
declarez rebelles au
Grand Seigneur , ce qu'ils refuferent
de faire ,& prirent le
partide ſe preſenter à la porte
des Janiſſaires , ayant réſolu la
nuit du 18, de ſe ſaiſir de la
GALANT . 75
porte des Janiffaires , & de
faire affaffiner en mêmetemps
Cherif HuffeinCaya en charge
des Janiſlaires , & Belacha
Odaba
Odabachi en charge , qui
étoient les deux Chefs de cet
Odgeak, ce qui fut executé.
Ils ſe rendirent les maiſtres de
la porte , ayant fait entrer environ400.
de leurs meilleures
troupes ; le Pacha en ayant
eſté informé , fit avertir Ibrahim
Bey ,& tous ceux de ſon
party, qui font le Saboundgi,
Kedek Mehemet , Ismaël Bey,
qui firent prendredans lemoment
les armes à leurs trou-
Gij
76 MERCURE
ce
pes ,& ſe ſaiſirent de toutes
les avenuës , pour empêcher
le ſecours que Mahomet Bey
pourroit leur envoyer
dernier n'ayant pas voulu fortir
de ſa maiſon. Ibrahim Bey
donna ordre à un de ſes Agas
de ſe fortifier dans ſon Palais,
où il fit jetter 600. hommes,
avec ordre d'attaquer en même
temps Mehemet Bey dans
le fien ce qu'il fit le 20.
Mehemet Bey voyant qu'il ne
pouvoit ſecourir ceux qui
eſtoient dans le Chaſteau des
Janiſſaires qui estoient bloquez
de toutes parts , n'ayant
,
GALANT 7177
pris aucune précaution pour
y faire porter des vivres , ſe
trouva fort intrigué , & lors
qu'il apprit le 20. que la pluſpart
des Janiſſaires de ceux de
fon parti , ſe precipitoient des
murailles , qu'on les arreſtoit,
&que le Pacha les faifoit mettre
en pieces , comme rebelles
aux ordresdu Grand Seigneur,
il prit le parti de ſe ſauver le
21. une heure avant le jour ;
Kiaa Abdallah , & Bequir O
dabachi , ſe voyant abandonnez
de leurs plus fidelles troupes
, prirent auſſi le parti de
ſe faire deſcendre avec des
P
Giij
78 MERCURE
cordes , dans un endroit qui
eſtoit le moins obſervé;Kiaa
Abdallah trouva le moyende
ſe ſauver à la faveur de la nuit,
Bequir Odabachi tomba entre
les mains de ſes ennemis , la
Pacha luy fit couper la teſte ,
& ayant eſté informé qu'il ne
reſtoit dans le Chaſteau qu'environ
Iso. Janiffaires , avec
Naſſouf Caya , Kara Ilmaël ,
& Affan Caya , cy - devant
grand Doüanier , il prit le parti
de mettre ſon Caya à la tête
de huit cens hommes choifis
, pour les forcer dans le
Chafſteau , il fit ſapper la mu-
(
.
GALANT9
raille par trois endroits , ils y
entrerent le ſabre à la main,
&firent main baſſe ſur tout
ce qu'ils trouverent fans aucune
reſiſtance , il fit couper
la teſte à ſes trois principaux
Chefs ; le Pacha y entra
dans cette entrefaite , &
s'eſtant rendu maiſtre du
Chaftean , il fut victorieux ,
il crea en même temps Jedik
Mehemet Caya en Charge ,
&Moustafa Bochnac , creatured'Ibrahim
Bey ,pourBachodabachi
, & ordonna en même
temps de paſſer au fil de l'épée
tous ceux qu'ils trouveroient
G iiij
80 MERCURE
du parti contraire, ce qui a eſté
executé fort ponctuellement ,
juſqu'aujourd'huy 24. de ce
mois , on en a fait perir plus de
400.& on continuë les executions
, il a mis la teſte de Kiaa
Abdallah à prix , & a promis
1000. pieces à qui la luy apportera
, & la même choſe à
l'égard de Mehemet Bey , qui
s'embarqua à Boulac , fur une
cayaſſe à la pourfſuite de ſes
ennemis , & s'eſt ſauvé ſur le
Nil , dans le Village du Chek
Habib , qui eſt à huit petites
lieuës d'icy ce Chek Habib
eſt un fameux voleur que l'on
,
1
1
1
1
t
GALANT. 8s1
n'a jamais pû détruire , & qui
faifoitcontribuer tous les Ba
timentsqui alloient à Damiette
,&dans le Delta , étant ſoûtenu
par le party détruit. Le
Pacha étantavertyde ſa retraite
dans ce Village , & que ce
Chek avoit au moins 4000.
Arabes bien armez,il a envoyé
plus de deux mille Janniſfaires
aprés ,& environ mil ou douze
cens chevaux pour fe faifir de
toutes les avenues , ſes Arabes
ſe deffendent autant qu'il peuvent
; enſorte que le Pacha &
Ibrahim Bey ont réduit
l'Egypte à l'obéiffance du
82
1
MERCURE
Grand Seigneur fans avoirperdu
cinquante hommes de leur
party.
Le 28. dudit mois .
On vient d'amener Kiaa
Abdallah avec une chaîne au
col , le Pacha luy a fait couper
la teſte ; le Chekhabib s'eſt
ſauvé à la faveur de la nuit
avecMehemetBey. LesTroupes
du Caire ont ſaccagé fon
Village & fa maiſon qu'ils ont
raſée & renver ſée dans le Nil ;
voila la fin de la Tragedie.
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