Ó D E.
Par M. N...... L. C. D. B.
Uelle sainte fureur s'empare
De ma taison et de mes sens !
Sur le Lut du divin Pindare ,
Vais je former quelques accents ,
A mes yeux tout change de face ,
Ce terrible Dieu de la Thrace ,
N'occupera plus mes esprits ;
Ce sera le vainqueur de l'Inde ,
11.Vol. Qui A ij
2756 MERCURE DE FRANCE
Qui forcera le Dieu du Pinde ,
A s'énoncer dans mes Ecrits.
M
Parmi ces Campagnes riantes ,
Chantons le plus charmant des Dieux ,
Bannissez , joyeuses Bacchantes ,
La triste raison de ces lieux ;
A cette farouche ennemic ,
Des plus beaux jours de notre vie
Ne remettons jamais le sort ;
Enchantez -nous par vos prestiges ,
Et que dans nos fougueux vertiges ,
La joye éclate avec transport.
C Vents , échappez de votre chaîne ,
Déracinez les plus hauts Pins ;
Et renversez de votre haleine 2
Tours , Maisons , Forêts et Jardins ,
L'éclair brille , la Foudre gronde ,
Non , jamais la machine ronde ,
Ne sembla mieux être à sa fin ;
Qu'importe
quand je suis à table ,
Je ne vois rien d'épouvantable
,
Si ce n'est de manquer de vin.
Cresus , par d'utiles souplesses ,
Grossis chaque jour tes trésors ;
II. Vole-
Et
DECEMBRE 1733. 2757
Et pour augmenter tes richesses
Ne bois , ne mange , ni ne dors ;
Dans tes désirs insatiable ,
Parcours sur Mer les Bancs de Sable ,
Et les Ecueils les plus fameux ,
Et suivant toujours ta manie ,
Au dernier instant de ta vie ,
Travaille encor pour être heureux.
Foibles Mortels , pour vous conduire
Vers la gloire et les honneurs vains ,
Employez , pour vous mieux détruire ,
Le feu de cent bouches d'airains ;
Que par un préjugé barbare ,
Cette cruelle vous prépare
Un Triomphe toujours nouveau ;
Je le jure icy par mon Verre ;
Si je déclare un jour la guerre ,
Ce ne sera qu'aux Buveurs d'eaux .
Vous pensez que l'on vous révere ,
Petits Philosophies bourrus ,
Parce que du simple vulgaire ,
Vous êtes admirez , courus ;
Pour un Phantôme de
Sacrifiant la politesse ,
sagesse ,
II. Vol.
Et
A i
2758 MERCURE DE FRANCE
19
Et tous les plaisirs au sçavoir ,
Dans vos humeurs insupportables ,
Vous ne futes jamais capables ,
D'en faire , ' ni d'en recevoir.
Vos maximes sont détestables ,
Vils Avares , vains Conquerants ;
Vos Systêmes sont pitoyables ,
Esprits manquez , quarts de Sçavants &
Notre unique Philosophie ,
N'est que de vivre sans envie ,
Sans soucis , sans maux , sans chagrin ¿
Au sein des plaisirs Epicure
Mieux que vous , connut la nature ,
Et se fit un heureux destin .
L'Auteur de l'Ode précédente venoit
de la lire à ses amis avec qui il étoit à
- Table , lorsqu'on vint l'inviter d'aller
voir M *** , qui étoit arrivée ; ses amis
voulurent le retenir , mais il répondit à
leur empressement par ce Rondeau :
Le Dieu du Vin dans ce séjour
Venoit de rétablir sa Cour ;
Tous les Bergers dans leur Ivresse ,
Avoient oublié la tendresse ,
Et le nom même de l'Amour.
II. Vol. déja
DECEMBR E. 1733. 2719
Déja les Echos d'alentour
Ne retentissoient nuit et jour ,
Que des cris qui chantoient sans cesse »
Le Dieu du Vin.
Cupidon triomphe à son tour , ?
L'aimable Iris est de retour :
Entre ces Dieux le combat cesse ,
Lorsqu'à la servir tout s'empresse ,
On quitte pour grossir sa Cour ,
Le Dieu du Vin.