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51
p. 1936-1948
LA SUPERIORITÉ des Dames sur les Hommes. Extrait d'un Discours de M. La Coste, le Cadet.
Début :
Si les Hommes paroissent quelquefois injustes dans leurs décisions, c'est, surtout, [...]
Mots clefs :
Dames, Hommes, Esprit, Homme, Sexe, Femme, Femmes, Nature, Raison, Supériorité, Monde, Tous les jours, Éducation, Art, Conversation, Défendre
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texteReconnaissance textuelle : LA SUPERIORITÉ des Dames sur les Hommes. Extrait d'un Discours de M. La Coste, le Cadet.
LA SUPERIORITE' des Dames fur
les Hommes. Extrait d'un Difcours de
M. La Cofte , le Cadet.
Hommes paroiffent quelquefois
Sinjuftes dans leurs décifions , c'eft , furtout
, à l'égard des Dames. La Nature ayant
donné aux premiers un corps plus robufte ,
ils ont crû que la raifon du plus fort étoit
la meilleure : convaincus de la Superiorité
d'un Sexe qu'ils eftimoiert hier , qu'ils mépriſent
aujourd'hui , & qu'ils adorent tous
les jours , ils ont voulu , pour autorifer
leurs caprices , obtenir de la force , ce que
le mérite leur refufoit. Fiers du Defpotifme
qu'ils ont ufurpé , ils s'imaginent que les
Dames doivent foufcrire à des Loix , où jamais
elles n'ont eu de
•
part.
,
Quoique le préjugé & la mode me foyent
favorables , la vérité m'excite à prendre la
défenſe d'un Sexe , qui fe feroit déja juſtifié
, fi nous n'avions eû foin d'écarter de fon
éducation l'Art d'écrire. Il falloit en venir
là. En effet , il auroit bien - tôt recouvré la
place qui lui avoit été marquée par la Sageffe
, mais dont nous l'avons chaffé , fi on
lui avoit enfeigné l'Art de fe défendre
com-
1
SEPTEMBRE . 1744 . 1937
comme on nous a inftruit dans la maniere
de l'attaquer.
Nous ne pouvons afpirer à la Superiorité
fur les Dames , que par l'Efprit & par le
Coeur. La force eft étrangere au mérite ,
parce qu'elle ne dépend pas de nous . D'ailleurs
, la Beauté étant le partage des Dames ,
& l'écueil où vient échouer tous les jours
l'orgueil de l'Homme , nous n'avons jufqu'ici
aucun reproche à leur faire. Au contraire
, fi moins robuftes que nous , elles ont
pris un afcendant fur notre fexe , cela caracteriſe
allés notre foibleffe .
Je vais donc tâcher d'établir que les Da
mes ont beaucoup plus d'Efprit , & les fentimens
plus nobles que les Hommes. Ces
deux Propofitions feront l'economie de ce
Difcours. Je ne me fervirai que du Raiſonnement
, laiffant la pitié à l'écart ; le coupable
l'employe comme le jufte , & ce feroit
deshonorer l'innocent que de le juftifier
par des moyens qui lui feroient communs
avec le criminel . D'ailleurs , l'Homme eſt
trop endurci fur ce point , pour ſe laiffer
fléchir ; heureux fi la Raifon peut encore ſe
faire entendre , & fi on ne l'étouffe pas ,
avant qu'elle prenne la parole !
- PREMIERE PARTIE.
Une Perfonne qui a l'imagination vive ,
A v les
1938 MERCURE DE FRANCE.
les penfées fines , les expreffions naturelles ,
polies & délicates , peut paffer pour avoir
de l'Efprit. La Science , l'Erudition , la Litterature
s'acquierent avec le tems . Il ne faut
pas beaucoup de génie , pour être Jurifconfulte
, encore moins , pour fçavoir l'Hiſtoire
, & peut- être point du tout , pour devenir
grand Géométre . L'Etude eft la Mere
des Connoiffances. On pourroit même penfer
de quelques Sçavans, ce que difoit Scarron
des Sots , qu'ils mourront fans rendre
l'efprit .
Qu'est- ce qu'Efprit ? Raiſon aſſaiſonnée.
Efprit fans fel eft fade nourriture ;
Sel fans Raifon eft folide pâture ;
De tous les deux fe forme Eſprit parfait ,
De l'un fans l'autre un Monftre contrefait.
Or , 1. il n'eft pas douteux que les Dames
n'ayent beaucoup plus de fel & de prudence
que les Hommes. Ayant les fibres plus
déliées , elles doivent avoir les faillies plus
agréables que nous . Auffi voit- on tous les
jours que les Hommes ne fçavent ce qu'on
appelle bien vivre , que lorfque les Dames
s'en font mêlées. Le Monde eft une Ecole
où l'on apprend à faire ufage de ce que l'on
a vû dans les Livres ; cependant , fans les
Dames,où en feroient la plupart de nos Sçavans
,
SEPTEMBRE. 1744. 1939
" vans , renfermés dans leur mifantropie
n'ayant pour régle que leurs caprices ? On
les verroit comme les anciens Humains
Errants au gré de la Nature ,
Avec les Ours difputer la pâture .
Leur génie qui , felon S. Evremond , eſt
ennuyeux & péfant , connoîtroit-il ce que
c'eft que l'Amitié , la Douceur , la Politeffe ?
L'Homme , né pour la Société , l'éviteroit
comme fa perte , fi fes bizarreries n'étoient
temperées par les manieres gracieufes d'un
objet qu'il croit inférieur à lui . 11 ne frequenteroit
point fes pareils , ou bien - tôt le
flambeau de la Difcorde romproit une union ,
qui ne peut être bien cimentée que par le
Commerce des Dames..
A peine un jeune Homme a-t'il du monde
, qu'il s'imagine s'acquerir l'eftime du
Public , en déchirant un Sexe qui l'a formé.
D'autres accufent les Dames d'être comme
imbecilles , parce qu'elles ne font ni impies
, ni dépourvûës de fens commun ; ces
traits partent des prétendus efprits forts.
Les Dames , accoûtumées à parler d'un air
poli , ingénieufes à relever leurs penfées par
des expreffions vives , s'abftiennent avec
foin de ces termes équivoques , de ces paroles
groffieres , dont fe fervent nos jeunes
Libertins. La modeftie des Dames , loin de
A vj
les
1940 MERCURE DE FRANCE.
les juftifier , paroît un crime. Elles font açcufées
de n'avoir point d'efprit par ceux ,
qui n'en ayant pas
affés pour
voir qu'ils en
manquent , ne font pas Juges compétens en
pareille matiere.
Si l'Esprit doit briller quelque part , c'eſt
fans doute dans la converfation . Les entretiens
familiers , quoiqu'ils ne doivent pas
occuper toute notre vie , fervent beaucoup
à maintenir la Société. En effet , la converfation
, comme le remarque Balzac , a du
rapport au Gouvernement Populaire ; chacun
y a droit de fuffrages ; tous y jouiffent
de la liberté. On peut dire avec S. Evremont
, que fi l'Etude augmente les talens de
la Nature , c'eſt la converfation qui les met
en oeuvre & qui les perfectionne.
Combien d'avantages les Dames n'ontelles
pas fur nous dans ce lien de la Société ?
Avec quelle énergie leurs Efprits fe communiquent-
ils leurs penfées ? Avec quelles graces
leurs coeurs expriment- ils leurs mouvemens
? Les Doctes n'avancent rien qui ne
foit étudié ; les Ignorans difent tout au hazard
; l'Efprit & la Nature parlent avec les
Dames .
C'eſt peu d'être agréable & charmant dans un Livre;
Il faut fçavoir encor & converfer & vivre.
Auffi , pour fuivre le Précepte de Boileau,
Legifte ,
SEPTEMBRE. 1744. 1941
Legifte , Cadet , Moufquetaire , Robin , tout
vient à l'Ecole des Dames. Ciceron avouë
que , quoiqu'il eût étudié l'Eloquence fous
Molon , la Poëfie fous Archias , la Jurifprudence
fous Scævola , que quoiqu'il eut
eû pour Maîtres de Philofophie Phédre ,
Philon & Diodore le Stoicien , il eft en partie
redevable de fon fuccès dans l'Art oratoire
au Commerce qu'il a eû avec la Mere
de Gracchus , la fille de Caïus , l'Epoufe de
Craffus , & les deux Licinies.
N'est- ce pas manquer de prudence , que
de faire profeffion de ne point eftimer les
Dames , quand on fent qu'on peut les aimer?
Auffi arrive-t'il fouvent qu'on eft puni de
fon imprudence. Les Dames font ignorantes
pour la plûpart ; je l'avouë ; mais , injuftes
que nous fommes , n'avons- nous pas
eû foin d'éloigner de leur éducation les
Maîtres , qui auroient pû leur donner les
lumieres que nous avons acquifes ? Nous
avons borné leur Science à être belles ; l'Etude
nous les rendroit infupportables .
>
Il s'eft cependant trouvé des Dames , qui
ont percé l'obscurité des ténébres dont
nous avions eû foin de les envelopper.
Quelle Erudition dans une Chriftine ! Quelle
délicateffe dans les Poëfies d'une Deshoulieres
& d'une Villedieu ! Quelle legereté dans
la plume d'une la Suze , d'une Scudery !
1
20%
1942 MERCURE DE FRANCE.
2º. Une des preuves les plus convaincantes
de l'Eſprit des Dames ,
c'est que dépourvûës
de la force & de la Science , avec
ces Braffelets , ces Coëffures , ces Coliers ,
ces foibles armes que nous méprifons , elles
enchaînent les plus redoutables Guerriers ,
ces Hommes dont le bras étoit invaincu
& dont le coeur eut été invincible , s'il n'y
eut point eû de femmes. Le Philofophe s'at
tendrit ; la Raifon s'égare , elle autorife fouvent
une Paffion qu'elle condamnoit , avant
que de la connoître .
Si nous aimons les Femmes avec leurs dé
fauts , fi la Coquetterie même n'eſt pas un
antitode fouverain contre nos foibleffes
ou il y a dans le Sexe quelque chofe de fupérieur
, qui nous attire , ou les plus honteufes
Paffions nous dominent . De quelque
côté que l'Homme fe tourne , il trouvera
dans ce Dilemme une preuve de fon infériorité.
D'ailleurs , il eft sûr que les Dames ont
naturellement plus de retenuë que les Hommes
; fi donc nous rampons devant celles
qui ont perdu ce caractere pour mener une
vie licentieufe , à plus forte raiſon devonsnous
fléchir le genou devant celles , qui joignent
aux dons de la Nature une Vertu à
toute épreuve. Le contraire , dit- on , arrive
jourSEPTEMBRE.
1744. 1943
journellement ; je l'avoue , & c'eft en cela
que nous faifons paroître moins d'Efprit &
de Raifon que le beau Sexe . Les Hommes
préférent les Concubines à des femmes reſpectables
; les Dames préférent les Hommes
vertueux aux débauchés , quelle difference
de goût !
Une troifiéme preuve de l'Efprit des Dames
, c'eft que , plus foibles que nous , elles
viennent plûtôt à bout de leurs entrepriſes.
Sçais- tu bien ce que peut une femme en fureur è
S'écrie l'expérience avec Corneille ; auffi
lorfque la Confidente de Medée lui dit :
Votre Pays vous hait ; votre Epoux eft fans foi
Dans ce revers fatal que vous refte- t'il ?
Medée répond :
Moi.
Quel reffort , quelle adreffe dans une
Femme qui aime !
Thefée eut été immolé aux Manes d'Andragée,
fans le fecours d'Ariane , & s'il fortit
du Labyrinthe , c'eft que cette Princeſſe
lui confeilla d'attacher un fil dès l'entrée ,
qui le conduifit dans tous les détours & le
reconduifit ,
Un
1944 MERCURE DE FRANCE .
Un jeune Homme , magnifique au dehors,
petit en lui-même , extravagant par tout ,
refufera dans fes fottes décifions la Superiorité
aux Dames pour l'Efprit , mais s'il eft
encore capable de refléxions , il embraffera
le fentiment contraire ; ce n'eft pas à dire
qu'il n'en eft point qui n'en foient dépourvues
, mais en général les Dames ont plus
de faillies , & en même-tems plus de retenuë
, plus de prudence que les Hommes.
Parce que dans une Ville il fe trouvera peutêtre
vingt Femmes , qui n'auront jamais
penfé délicatement , il ne faut pas que l'affront
rejailliffe fur tout le Sexe.
SECONDE PARTIE.
Doit- on refufer le Courage aux Dames ?
Non fans doute. Sémiramis ajoûta aux Conquêtes
de Ninus la Lybie , la Perfe , l'Egypte
; elle recula les Frontieres de fon Empire
jufqu'à l'Inde. Babylone lui dût fes Jardins
admirables & en quelque façon fufpendus ,
la triple enceinte de fes Murs , ces fameufes
Tours , qui l'emportoient fur celle de Ninive
, & les so Portes d'Airain maffif. La fier-
50
témodefte de Syfigambis rendit refpectueux
le redoutable vainqueur de Darius. Avec
quel courage Polixéne brava- t'elle la fureur
du
SEPTEMBRE. 1744. 1945
du fils d'Achille , qui l'immola aux Mânes
de fon Pere ! L'intrépide Judith , en abattant
la tête coupable d'Holopherne , délivra
Béthulie , que le Général Affyrien , envoyé
par Nabuchodonofor , tenoit affiégée . Le
corps enfanglanté de Lucrece chaffa les Tarquins
de Rome , & cette Dame violée , en
fe donnant la mort , affranchit fa Patrie de
l'esclavage où l'avoient tenu ſept Rois confécutifs
. Coriolan , ayant battu plufieurs fois
les Romains , alloit réduire leur Capitale
en cendres , fi fa Mere n'eût parlé. Elle
adoucit l'humeur de fon fils ; le vainqueur
admire fon courage ; Rome eft délivrée , &
les Volfques fe retirent. Paroiffez Illuftre
Matrone , qui dans une pareille conjoncture,
fauvâtes votre Patrie, en parlant en Mere
courroucée à votre fils rebelle . Dans peu
fe feroit emparé de Babylone , fi Balthazar
eût hérité de la grandeur d'Ame de Nitocris
?
il
J'avoue que les Dames n'étant pas dans
l'ufage d'aller à la guerre , leurs exploits
font plus rares , mais fi les Hommes font
chargés du foin de défendre les Etats , ce
font eux qui les ont troublés. L'ambition
de vaincre fes pareils , eft le partage des Héros.
Les femmes s'attachent à donner de l'éducation
à leurs enfans , à entretenir la paix
dans
1946 MERCURE DE FRANCE.
dans leur famille , voilà où fe borne leur
ambition. Le tumulte des affaires , l'horreur
que les armes entraînent après elles , ne troublent
point leur vie paifible, mais auffi lorfqu'elles
font forcées à fe défendre , quelle
intrépidité ! Sans aller chercher dans l'Hiftoire
ces Illuftres Héroïnes , qui de leurs
cheveux firent des cordes pour les Machines
de guerre , confultons l'expérience . Repréfentons-
nous ces Meres furieufes , arrachant
leurs filles tremblantes des mains effrenées
d'un Soldat qui s'eft emparé d'une
Ville , & c.
La véritable grandeur d'Ame confifte à
vaincre fes Paflions , à triompher du vice ,
à remplir les devoirs de l'Amitié , à pratiquer
les Vertus Morales ; on accorde auffi
aux Dames , avec l'Eglife , la Dévotion .
Rien n'eft d'ailleurs plus héroïque que la
fidélité dont fe pique une Dame de 15 à
20 ans , envers un Mari plus que fexagenaire.
La choſe arrive cependant tous les jours.
L'intérêt eft ordinairement l'origine & la
baze de la fidélité dans les Hommes. Maffiniffa
, vaincu par les charmes de l'Epouſe
de Syphax , auroit peut-être toujours aimé
Sophoniſbe , fi l'intérêt n'eût agi fur lui .
Allié des Romains , il leur immola le foir
de fes nôces cette Princeffe Africaine.
Les
SEPTEMBRE. 1744. 1947
Les femmes ont naturellement le coeur
plus tendre que nous. Nul objet férieux ne
les attache , auffi rempliffent- elles , mieux que
les hommes , les devoirs de l'Amitié . Ce
fuperbe Monument , qu'érigea Artemife en
l'honneur de fon cher Maufole , ne fubfifte
plus , quoiqu'il fût une des fept Merveilles
du Monde , mais la tendreffe de cette Reine
de Carie a bravé les injures du tems , & nous
a mieux fait connoître le Roi , fon Epoux
que l'Eloquence d'Ifocrate & de Théopompe.
Toutes les Dames font bien aifes de plaire,
mais c'eſt un effet de l'amour propre, auquel
les hommes font moins fujets , parce
qu'ils ont plus d'occupations.
On n'a peut-être jamais vû de femme qui
fe foit glorifiée du titre d'Athée ou de Déifte
, tandis qu'on voit de jeunes Gens , encore
couverts de la pouffiere des Bancs , qui
donnent dans ces abominables Principes.
་
Les Dames ont ordinairement plus de
foin de l'honneur de leurs Maris , que les
Hommes n'en ont de celui de leurs Epouſes.
Elles s'efforcent de fe cacher à elles- mêmes
leurs défauts , qu'elles dérobent aux yeux
du Public. Un Jaloux inftruit tout le monde
de fes foupçons mal fondés ; il s'expofe
par- là à la rifée publique; fa femme , dit- on,
en eft la caufe ; fuppofons un inftant qu'elle
1948 MERCURE DE FRANCE.
sûr ,
le fût coquette ; l'Homme , à coup
manque plus fouvent à fes engagemens que
la Femme , Quelle Loi lui accorde ce Privilége
?
Enfin il s'écoula fept cent ans , fans qu'au
cune Femme de l'Ile de Chio eût donné le
moindre foupçon fur fa vertu . Les Matrônes
Grecques poufferent fi loin la fageffe & la
chafteté , que Pétrone , n'en trouvant aucune
à qui il pût reprocher quelque incontinence
, fut forcé d'inventer l'Hiftoire de
la Matrône d'Ephéfe . Je ferois infini , fi
j'entreprenois de rapporter ici tout ce qui
peut entrer dans la défenſe des Dames , que
je crois , en général , fupérieures aux Hommes.
A Dijon le 6 Juin 1744.
les Hommes. Extrait d'un Difcours de
M. La Cofte , le Cadet.
Hommes paroiffent quelquefois
Sinjuftes dans leurs décifions , c'eft , furtout
, à l'égard des Dames. La Nature ayant
donné aux premiers un corps plus robufte ,
ils ont crû que la raifon du plus fort étoit
la meilleure : convaincus de la Superiorité
d'un Sexe qu'ils eftimoiert hier , qu'ils mépriſent
aujourd'hui , & qu'ils adorent tous
les jours , ils ont voulu , pour autorifer
leurs caprices , obtenir de la force , ce que
le mérite leur refufoit. Fiers du Defpotifme
qu'ils ont ufurpé , ils s'imaginent que les
Dames doivent foufcrire à des Loix , où jamais
elles n'ont eu de
•
part.
,
Quoique le préjugé & la mode me foyent
favorables , la vérité m'excite à prendre la
défenſe d'un Sexe , qui fe feroit déja juſtifié
, fi nous n'avions eû foin d'écarter de fon
éducation l'Art d'écrire. Il falloit en venir
là. En effet , il auroit bien - tôt recouvré la
place qui lui avoit été marquée par la Sageffe
, mais dont nous l'avons chaffé , fi on
lui avoit enfeigné l'Art de fe défendre
com-
1
SEPTEMBRE . 1744 . 1937
comme on nous a inftruit dans la maniere
de l'attaquer.
Nous ne pouvons afpirer à la Superiorité
fur les Dames , que par l'Efprit & par le
Coeur. La force eft étrangere au mérite ,
parce qu'elle ne dépend pas de nous . D'ailleurs
, la Beauté étant le partage des Dames ,
& l'écueil où vient échouer tous les jours
l'orgueil de l'Homme , nous n'avons jufqu'ici
aucun reproche à leur faire. Au contraire
, fi moins robuftes que nous , elles ont
pris un afcendant fur notre fexe , cela caracteriſe
allés notre foibleffe .
Je vais donc tâcher d'établir que les Da
mes ont beaucoup plus d'Efprit , & les fentimens
plus nobles que les Hommes. Ces
deux Propofitions feront l'economie de ce
Difcours. Je ne me fervirai que du Raiſonnement
, laiffant la pitié à l'écart ; le coupable
l'employe comme le jufte , & ce feroit
deshonorer l'innocent que de le juftifier
par des moyens qui lui feroient communs
avec le criminel . D'ailleurs , l'Homme eſt
trop endurci fur ce point , pour ſe laiffer
fléchir ; heureux fi la Raifon peut encore ſe
faire entendre , & fi on ne l'étouffe pas ,
avant qu'elle prenne la parole !
- PREMIERE PARTIE.
Une Perfonne qui a l'imagination vive ,
A v les
1938 MERCURE DE FRANCE.
les penfées fines , les expreffions naturelles ,
polies & délicates , peut paffer pour avoir
de l'Efprit. La Science , l'Erudition , la Litterature
s'acquierent avec le tems . Il ne faut
pas beaucoup de génie , pour être Jurifconfulte
, encore moins , pour fçavoir l'Hiſtoire
, & peut- être point du tout , pour devenir
grand Géométre . L'Etude eft la Mere
des Connoiffances. On pourroit même penfer
de quelques Sçavans, ce que difoit Scarron
des Sots , qu'ils mourront fans rendre
l'efprit .
Qu'est- ce qu'Efprit ? Raiſon aſſaiſonnée.
Efprit fans fel eft fade nourriture ;
Sel fans Raifon eft folide pâture ;
De tous les deux fe forme Eſprit parfait ,
De l'un fans l'autre un Monftre contrefait.
Or , 1. il n'eft pas douteux que les Dames
n'ayent beaucoup plus de fel & de prudence
que les Hommes. Ayant les fibres plus
déliées , elles doivent avoir les faillies plus
agréables que nous . Auffi voit- on tous les
jours que les Hommes ne fçavent ce qu'on
appelle bien vivre , que lorfque les Dames
s'en font mêlées. Le Monde eft une Ecole
où l'on apprend à faire ufage de ce que l'on
a vû dans les Livres ; cependant , fans les
Dames,où en feroient la plupart de nos Sçavans
,
SEPTEMBRE. 1744. 1939
" vans , renfermés dans leur mifantropie
n'ayant pour régle que leurs caprices ? On
les verroit comme les anciens Humains
Errants au gré de la Nature ,
Avec les Ours difputer la pâture .
Leur génie qui , felon S. Evremond , eſt
ennuyeux & péfant , connoîtroit-il ce que
c'eft que l'Amitié , la Douceur , la Politeffe ?
L'Homme , né pour la Société , l'éviteroit
comme fa perte , fi fes bizarreries n'étoient
temperées par les manieres gracieufes d'un
objet qu'il croit inférieur à lui . 11 ne frequenteroit
point fes pareils , ou bien - tôt le
flambeau de la Difcorde romproit une union ,
qui ne peut être bien cimentée que par le
Commerce des Dames..
A peine un jeune Homme a-t'il du monde
, qu'il s'imagine s'acquerir l'eftime du
Public , en déchirant un Sexe qui l'a formé.
D'autres accufent les Dames d'être comme
imbecilles , parce qu'elles ne font ni impies
, ni dépourvûës de fens commun ; ces
traits partent des prétendus efprits forts.
Les Dames , accoûtumées à parler d'un air
poli , ingénieufes à relever leurs penfées par
des expreffions vives , s'abftiennent avec
foin de ces termes équivoques , de ces paroles
groffieres , dont fe fervent nos jeunes
Libertins. La modeftie des Dames , loin de
A vj
les
1940 MERCURE DE FRANCE.
les juftifier , paroît un crime. Elles font açcufées
de n'avoir point d'efprit par ceux ,
qui n'en ayant pas
affés pour
voir qu'ils en
manquent , ne font pas Juges compétens en
pareille matiere.
Si l'Esprit doit briller quelque part , c'eſt
fans doute dans la converfation . Les entretiens
familiers , quoiqu'ils ne doivent pas
occuper toute notre vie , fervent beaucoup
à maintenir la Société. En effet , la converfation
, comme le remarque Balzac , a du
rapport au Gouvernement Populaire ; chacun
y a droit de fuffrages ; tous y jouiffent
de la liberté. On peut dire avec S. Evremont
, que fi l'Etude augmente les talens de
la Nature , c'eſt la converfation qui les met
en oeuvre & qui les perfectionne.
Combien d'avantages les Dames n'ontelles
pas fur nous dans ce lien de la Société ?
Avec quelle énergie leurs Efprits fe communiquent-
ils leurs penfées ? Avec quelles graces
leurs coeurs expriment- ils leurs mouvemens
? Les Doctes n'avancent rien qui ne
foit étudié ; les Ignorans difent tout au hazard
; l'Efprit & la Nature parlent avec les
Dames .
C'eſt peu d'être agréable & charmant dans un Livre;
Il faut fçavoir encor & converfer & vivre.
Auffi , pour fuivre le Précepte de Boileau,
Legifte ,
SEPTEMBRE. 1744. 1941
Legifte , Cadet , Moufquetaire , Robin , tout
vient à l'Ecole des Dames. Ciceron avouë
que , quoiqu'il eût étudié l'Eloquence fous
Molon , la Poëfie fous Archias , la Jurifprudence
fous Scævola , que quoiqu'il eut
eû pour Maîtres de Philofophie Phédre ,
Philon & Diodore le Stoicien , il eft en partie
redevable de fon fuccès dans l'Art oratoire
au Commerce qu'il a eû avec la Mere
de Gracchus , la fille de Caïus , l'Epoufe de
Craffus , & les deux Licinies.
N'est- ce pas manquer de prudence , que
de faire profeffion de ne point eftimer les
Dames , quand on fent qu'on peut les aimer?
Auffi arrive-t'il fouvent qu'on eft puni de
fon imprudence. Les Dames font ignorantes
pour la plûpart ; je l'avouë ; mais , injuftes
que nous fommes , n'avons- nous pas
eû foin d'éloigner de leur éducation les
Maîtres , qui auroient pû leur donner les
lumieres que nous avons acquifes ? Nous
avons borné leur Science à être belles ; l'Etude
nous les rendroit infupportables .
>
Il s'eft cependant trouvé des Dames , qui
ont percé l'obscurité des ténébres dont
nous avions eû foin de les envelopper.
Quelle Erudition dans une Chriftine ! Quelle
délicateffe dans les Poëfies d'une Deshoulieres
& d'une Villedieu ! Quelle legereté dans
la plume d'une la Suze , d'une Scudery !
1
20%
1942 MERCURE DE FRANCE.
2º. Une des preuves les plus convaincantes
de l'Eſprit des Dames ,
c'est que dépourvûës
de la force & de la Science , avec
ces Braffelets , ces Coëffures , ces Coliers ,
ces foibles armes que nous méprifons , elles
enchaînent les plus redoutables Guerriers ,
ces Hommes dont le bras étoit invaincu
& dont le coeur eut été invincible , s'il n'y
eut point eû de femmes. Le Philofophe s'at
tendrit ; la Raifon s'égare , elle autorife fouvent
une Paffion qu'elle condamnoit , avant
que de la connoître .
Si nous aimons les Femmes avec leurs dé
fauts , fi la Coquetterie même n'eſt pas un
antitode fouverain contre nos foibleffes
ou il y a dans le Sexe quelque chofe de fupérieur
, qui nous attire , ou les plus honteufes
Paffions nous dominent . De quelque
côté que l'Homme fe tourne , il trouvera
dans ce Dilemme une preuve de fon infériorité.
D'ailleurs , il eft sûr que les Dames ont
naturellement plus de retenuë que les Hommes
; fi donc nous rampons devant celles
qui ont perdu ce caractere pour mener une
vie licentieufe , à plus forte raiſon devonsnous
fléchir le genou devant celles , qui joignent
aux dons de la Nature une Vertu à
toute épreuve. Le contraire , dit- on , arrive
jourSEPTEMBRE.
1744. 1943
journellement ; je l'avoue , & c'eft en cela
que nous faifons paroître moins d'Efprit &
de Raifon que le beau Sexe . Les Hommes
préférent les Concubines à des femmes reſpectables
; les Dames préférent les Hommes
vertueux aux débauchés , quelle difference
de goût !
Une troifiéme preuve de l'Efprit des Dames
, c'eft que , plus foibles que nous , elles
viennent plûtôt à bout de leurs entrepriſes.
Sçais- tu bien ce que peut une femme en fureur è
S'écrie l'expérience avec Corneille ; auffi
lorfque la Confidente de Medée lui dit :
Votre Pays vous hait ; votre Epoux eft fans foi
Dans ce revers fatal que vous refte- t'il ?
Medée répond :
Moi.
Quel reffort , quelle adreffe dans une
Femme qui aime !
Thefée eut été immolé aux Manes d'Andragée,
fans le fecours d'Ariane , & s'il fortit
du Labyrinthe , c'eft que cette Princeſſe
lui confeilla d'attacher un fil dès l'entrée ,
qui le conduifit dans tous les détours & le
reconduifit ,
Un
1944 MERCURE DE FRANCE .
Un jeune Homme , magnifique au dehors,
petit en lui-même , extravagant par tout ,
refufera dans fes fottes décifions la Superiorité
aux Dames pour l'Efprit , mais s'il eft
encore capable de refléxions , il embraffera
le fentiment contraire ; ce n'eft pas à dire
qu'il n'en eft point qui n'en foient dépourvues
, mais en général les Dames ont plus
de faillies , & en même-tems plus de retenuë
, plus de prudence que les Hommes.
Parce que dans une Ville il fe trouvera peutêtre
vingt Femmes , qui n'auront jamais
penfé délicatement , il ne faut pas que l'affront
rejailliffe fur tout le Sexe.
SECONDE PARTIE.
Doit- on refufer le Courage aux Dames ?
Non fans doute. Sémiramis ajoûta aux Conquêtes
de Ninus la Lybie , la Perfe , l'Egypte
; elle recula les Frontieres de fon Empire
jufqu'à l'Inde. Babylone lui dût fes Jardins
admirables & en quelque façon fufpendus ,
la triple enceinte de fes Murs , ces fameufes
Tours , qui l'emportoient fur celle de Ninive
, & les so Portes d'Airain maffif. La fier-
50
témodefte de Syfigambis rendit refpectueux
le redoutable vainqueur de Darius. Avec
quel courage Polixéne brava- t'elle la fureur
du
SEPTEMBRE. 1744. 1945
du fils d'Achille , qui l'immola aux Mânes
de fon Pere ! L'intrépide Judith , en abattant
la tête coupable d'Holopherne , délivra
Béthulie , que le Général Affyrien , envoyé
par Nabuchodonofor , tenoit affiégée . Le
corps enfanglanté de Lucrece chaffa les Tarquins
de Rome , & cette Dame violée , en
fe donnant la mort , affranchit fa Patrie de
l'esclavage où l'avoient tenu ſept Rois confécutifs
. Coriolan , ayant battu plufieurs fois
les Romains , alloit réduire leur Capitale
en cendres , fi fa Mere n'eût parlé. Elle
adoucit l'humeur de fon fils ; le vainqueur
admire fon courage ; Rome eft délivrée , &
les Volfques fe retirent. Paroiffez Illuftre
Matrone , qui dans une pareille conjoncture,
fauvâtes votre Patrie, en parlant en Mere
courroucée à votre fils rebelle . Dans peu
fe feroit emparé de Babylone , fi Balthazar
eût hérité de la grandeur d'Ame de Nitocris
?
il
J'avoue que les Dames n'étant pas dans
l'ufage d'aller à la guerre , leurs exploits
font plus rares , mais fi les Hommes font
chargés du foin de défendre les Etats , ce
font eux qui les ont troublés. L'ambition
de vaincre fes pareils , eft le partage des Héros.
Les femmes s'attachent à donner de l'éducation
à leurs enfans , à entretenir la paix
dans
1946 MERCURE DE FRANCE.
dans leur famille , voilà où fe borne leur
ambition. Le tumulte des affaires , l'horreur
que les armes entraînent après elles , ne troublent
point leur vie paifible, mais auffi lorfqu'elles
font forcées à fe défendre , quelle
intrépidité ! Sans aller chercher dans l'Hiftoire
ces Illuftres Héroïnes , qui de leurs
cheveux firent des cordes pour les Machines
de guerre , confultons l'expérience . Repréfentons-
nous ces Meres furieufes , arrachant
leurs filles tremblantes des mains effrenées
d'un Soldat qui s'eft emparé d'une
Ville , & c.
La véritable grandeur d'Ame confifte à
vaincre fes Paflions , à triompher du vice ,
à remplir les devoirs de l'Amitié , à pratiquer
les Vertus Morales ; on accorde auffi
aux Dames , avec l'Eglife , la Dévotion .
Rien n'eft d'ailleurs plus héroïque que la
fidélité dont fe pique une Dame de 15 à
20 ans , envers un Mari plus que fexagenaire.
La choſe arrive cependant tous les jours.
L'intérêt eft ordinairement l'origine & la
baze de la fidélité dans les Hommes. Maffiniffa
, vaincu par les charmes de l'Epouſe
de Syphax , auroit peut-être toujours aimé
Sophoniſbe , fi l'intérêt n'eût agi fur lui .
Allié des Romains , il leur immola le foir
de fes nôces cette Princeffe Africaine.
Les
SEPTEMBRE. 1744. 1947
Les femmes ont naturellement le coeur
plus tendre que nous. Nul objet férieux ne
les attache , auffi rempliffent- elles , mieux que
les hommes , les devoirs de l'Amitié . Ce
fuperbe Monument , qu'érigea Artemife en
l'honneur de fon cher Maufole , ne fubfifte
plus , quoiqu'il fût une des fept Merveilles
du Monde , mais la tendreffe de cette Reine
de Carie a bravé les injures du tems , & nous
a mieux fait connoître le Roi , fon Epoux
que l'Eloquence d'Ifocrate & de Théopompe.
Toutes les Dames font bien aifes de plaire,
mais c'eſt un effet de l'amour propre, auquel
les hommes font moins fujets , parce
qu'ils ont plus d'occupations.
On n'a peut-être jamais vû de femme qui
fe foit glorifiée du titre d'Athée ou de Déifte
, tandis qu'on voit de jeunes Gens , encore
couverts de la pouffiere des Bancs , qui
donnent dans ces abominables Principes.
་
Les Dames ont ordinairement plus de
foin de l'honneur de leurs Maris , que les
Hommes n'en ont de celui de leurs Epouſes.
Elles s'efforcent de fe cacher à elles- mêmes
leurs défauts , qu'elles dérobent aux yeux
du Public. Un Jaloux inftruit tout le monde
de fes foupçons mal fondés ; il s'expofe
par- là à la rifée publique; fa femme , dit- on,
en eft la caufe ; fuppofons un inftant qu'elle
1948 MERCURE DE FRANCE.
sûr ,
le fût coquette ; l'Homme , à coup
manque plus fouvent à fes engagemens que
la Femme , Quelle Loi lui accorde ce Privilége
?
Enfin il s'écoula fept cent ans , fans qu'au
cune Femme de l'Ile de Chio eût donné le
moindre foupçon fur fa vertu . Les Matrônes
Grecques poufferent fi loin la fageffe & la
chafteté , que Pétrone , n'en trouvant aucune
à qui il pût reprocher quelque incontinence
, fut forcé d'inventer l'Hiftoire de
la Matrône d'Ephéfe . Je ferois infini , fi
j'entreprenois de rapporter ici tout ce qui
peut entrer dans la défenſe des Dames , que
je crois , en général , fupérieures aux Hommes.
A Dijon le 6 Juin 1744.
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Résumé : LA SUPERIORITÉ des Dames sur les Hommes. Extrait d'un Discours de M. La Coste, le Cadet.
Dans son discours 'La Supériorité des Dames sur les Hommes' de septembre 1744, M. La Cofte critique les hommes pour leur injustice envers les femmes, affirmant que ces dernières possèdent plus d'esprit et de sentiments nobles. Le texte se structure autour de deux propositions principales : la supériorité intellectuelle et émotionnelle des femmes. L'auteur définit l'esprit comme une raison assaisonnée et souligne que les femmes, grâce à leur imagination vive et leurs expressions naturelles, possèdent davantage de sel et de prudence. Il critique les hommes pour leur manque de savoir-vivre et leur incapacité à apprécier la société sans l'influence des femmes. Les femmes sont décrites comme modérées et polies, évitant les termes équivoques et grossiers utilisés par certains hommes. Dans la conversation, elles brillent par leur capacité à communiquer leurs pensées avec énergie et grâce. Le texte discute de la valeur et de l'esprit des femmes à travers divers exemples historiques et littéraires. Il souligne que les interactions avec les femmes sont essentielles pour le succès, comme le montre Cicéron, qui attribue une part de son talent oratoire à ses relations avec des femmes influentes. Le texte critique la société pour avoir limité l'éducation des femmes, les rendant ainsi ignorantes, mais reconnaît que certaines femmes ont acquis une grande érudition et délicatesse, comme Christine de Suède, Madame Deshoulières, et Madame Villedieu. Les femmes, bien que dépourvues de force physique et de science, parviennent à charmer et à dominer les hommes grâce à leur esprit et leur coquetterie. Elles montrent souvent plus de retenue et de vertu que les hommes, qui préfèrent souvent les concubines aux femmes respectables. Le texte cite des exemples littéraires et historiques, comme Médée et Ariane, pour illustrer la détermination et l'adresse des femmes. Il aborde également le courage des femmes, citant des figures historiques telles que Sémiramis, Syphax, Polixène, Judith, Lucrèce, et la mère de Coriolan. Les femmes sont perçues comme ayant un cœur plus tendre et remplissant mieux les devoirs de l'amitié. Leur amour-propre les pousse à vouloir plaire, bien que cela soit moins marqué chez les hommes en raison de leurs nombreuses occupations. En conclusion, le texte défend l'idée que les femmes sont généralement supérieures aux hommes en termes de vertus et de comportements moraux.
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52
p. 134-136
Le Roi & la Reine, &c. rendent visite à Mad. la Duchesse d'Orleans, [titre d'après la table]
Début :
Le soir, le Roi, la Reine, Monseigneur le Dauphin & Mesdames firent l'honneur [...]
Mots clefs :
Roi, Reine, Monseigneur le Dauphin, Visite, Chambre, Dames, Palais royal, Illuminations, Duchesse d'Orléans
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Roi & la Reine, &c. rendent visite à Mad. la Duchesse d'Orleans, [titre d'après la table]
Le foir , le Roi , la Reine, MonſeigneurT
le Dauphin & Mesdames firent l'honneur
à S. A. R. de lui rendre au Palais Royal la
viſite qu'elle étoit allée leur faire au Château
des Tuilleries trois jours auparavant.
La façade du Palais Royal étoit illuminée
comme les jours précédens , par des
Terrines & des Lampions qui marquoient
toute l'Architecture du Bâtiment.Al'égard
des cours , on y avoit ſeulement mis un
grand nombre de Terrines , plûtôt pour les
Eclairer , que pour les décorer. Sur les fix
heures du foir , le Roi arriva, accompagné
deManſeigneur le Dauphin. S. A. R. étoit
dans ſon lit : il n'y avoit dans la chambre
qu'un ſeul fauteuil ,& quantité de plians
deſtinés aux Dames qui ont droit de s'affeoir
devant le Roi & la Reine. Le Roi ne
s'affir point , & par conséquent tout le
monde ſe tint de bout ; la viſite du Roi
dura environ un quart d'heure , & elle ſe
paſſa en difcours polis & flateurs que le
Roi tint à S. A. R.
Mefdames arriverent immédiatement
après le Roi . On remit un fecond fauteuil
dans la chambre . Meſdames s'affirent dans
les deux fauteuils ; les Dames titrées ſe
mirent fur des plians , & les autres Dames
ſe tinrent debout. La viſite dura près
NOVEMBRE. 1744. 135
d'une demi-heure. S. A. R. qui a beaucoup
d'eſprit & fur-tout l'efprit de la
converſation , entretint Mesdames d'une
maniere qui les fatisfit extrêmement.
La Reine vint la derniere. On ôta un
des deux fauteuils , afin qu'il n'en reſtât
qu'un ſeul dans la chambre. La Reine s'y
affit , & elle y fut un quart d'heure , pendant
lequel Sa Majesté donna à S. A. R.
les mêmes marques d'amitié & d'eſtime
qu'elle lui a déja données pluſieurs fois.
M. le Duc de Chartres , Madame la Ducheffe
de Chartres & Madame la Ducheſſe
deModene , qui faisoient les honneurs de
l'appartement de S. A. R. allerent recevoir
le Roi , la Reine , Monſeigneur le Dauphin&
Meſdames à la defcente du carrofſe
,& les reconduiſirent de même.
Toutes les piéces de l'appartement de
S. A. R. étoient remplies de monde , &
très-bien éclairées.
Les illuminations furent auſſi renouvellées
dans toutes les rues , & la ſoirée ayant
éré plus favorable que celle du 15 , l'illu
mination du Château des Tuilleries produiſit
tout l'effet qu'elle devoit produire ,
c'est-à-dire , un des plus étonnans qu'on
puiſſe imaginer. On admira auſſi beaucoup
Ja maniere dont l'Hôtel des Invalides fut
Gij
136 MERCURE DE FRANCE.
illuminé le même ſoir ; les lumieres deffinoient
l'Architecture de ce vaſte Edifice ;
ce ſpectacle excita la curioſité de tout Paris.
Monfeigneur le Dauphin alla voir cetre illumination
& quelques-unes des autres les
plus remarquables.
le Dauphin & Mesdames firent l'honneur
à S. A. R. de lui rendre au Palais Royal la
viſite qu'elle étoit allée leur faire au Château
des Tuilleries trois jours auparavant.
La façade du Palais Royal étoit illuminée
comme les jours précédens , par des
Terrines & des Lampions qui marquoient
toute l'Architecture du Bâtiment.Al'égard
des cours , on y avoit ſeulement mis un
grand nombre de Terrines , plûtôt pour les
Eclairer , que pour les décorer. Sur les fix
heures du foir , le Roi arriva, accompagné
deManſeigneur le Dauphin. S. A. R. étoit
dans ſon lit : il n'y avoit dans la chambre
qu'un ſeul fauteuil ,& quantité de plians
deſtinés aux Dames qui ont droit de s'affeoir
devant le Roi & la Reine. Le Roi ne
s'affir point , & par conséquent tout le
monde ſe tint de bout ; la viſite du Roi
dura environ un quart d'heure , & elle ſe
paſſa en difcours polis & flateurs que le
Roi tint à S. A. R.
Mefdames arriverent immédiatement
après le Roi . On remit un fecond fauteuil
dans la chambre . Meſdames s'affirent dans
les deux fauteuils ; les Dames titrées ſe
mirent fur des plians , & les autres Dames
ſe tinrent debout. La viſite dura près
NOVEMBRE. 1744. 135
d'une demi-heure. S. A. R. qui a beaucoup
d'eſprit & fur-tout l'efprit de la
converſation , entretint Mesdames d'une
maniere qui les fatisfit extrêmement.
La Reine vint la derniere. On ôta un
des deux fauteuils , afin qu'il n'en reſtât
qu'un ſeul dans la chambre. La Reine s'y
affit , & elle y fut un quart d'heure , pendant
lequel Sa Majesté donna à S. A. R.
les mêmes marques d'amitié & d'eſtime
qu'elle lui a déja données pluſieurs fois.
M. le Duc de Chartres , Madame la Ducheffe
de Chartres & Madame la Ducheſſe
deModene , qui faisoient les honneurs de
l'appartement de S. A. R. allerent recevoir
le Roi , la Reine , Monſeigneur le Dauphin&
Meſdames à la defcente du carrofſe
,& les reconduiſirent de même.
Toutes les piéces de l'appartement de
S. A. R. étoient remplies de monde , &
très-bien éclairées.
Les illuminations furent auſſi renouvellées
dans toutes les rues , & la ſoirée ayant
éré plus favorable que celle du 15 , l'illu
mination du Château des Tuilleries produiſit
tout l'effet qu'elle devoit produire ,
c'est-à-dire , un des plus étonnans qu'on
puiſſe imaginer. On admira auſſi beaucoup
Ja maniere dont l'Hôtel des Invalides fut
Gij
136 MERCURE DE FRANCE.
illuminé le même ſoir ; les lumieres deffinoient
l'Architecture de ce vaſte Edifice ;
ce ſpectacle excita la curioſité de tout Paris.
Monfeigneur le Dauphin alla voir cetre illumination
& quelques-unes des autres les
plus remarquables.
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Résumé : Le Roi & la Reine, &c. rendent visite à Mad. la Duchesse d'Orleans, [titre d'après la table]
Le roi, la reine, le dauphin et Mesdames rendirent visite à Son Altesse Royale au Palais Royal, trois jours après une précédente visite aux Tuileries. La façade et les cours du Palais Royal étaient illuminées. À six heures, le roi et le dauphin arrivèrent alors que Son Altesse Royale était alitée. La visite royale dura un quart d'heure, marquée par des discours polis. Ensuite, Mesdames arrivèrent et s'assirent, tandis que les dames titrées utilisèrent des plians et les autres restèrent debout. Cette visite dura près d'une demi-heure, durant laquelle Son Altesse Royale impressionna par son esprit et sa conversation. La reine arriva en dernier, montrant son amitié et son estime durant un quart d'heure. Le duc de Chartres, la duchesse de Chartres et la duchesse de Modène accueillirent et raccompagnèrent les visiteurs. Toutes les pièces de l'appartement de Son Altesse Royale étaient remplies de monde et bien éclairées. Les illuminations furent renouvelées dans toutes les rues, notamment aux Tuileries et à l'Hôtel des Invalides, admirées par le dauphin.
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53
p. 126-131
PEINTURE. Avis aux Dames.
Début :
C'est bien injustement qu'on accuse les Dames d'oisiveté, & qu'on leur [...]
Mots clefs :
Peinture, Dames, Cire, Secret
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PEINTURE. Avis aux Dames.
PEINTURE.
Avis aux Dames.
C'ler Dames d'oifiveté , & qu'on leur
reproche le tems qu'elles paffent à leur
toilette. Si l'on y réfléchit , on trouvera
qu'elles y donnent le moins de momens
qu'il leur eft poffible , & qu'elles faiſiſſent
avec avidité tous les moyens qu'on leur
préfente de les abréger. Une preuve convaincante
de cette vérité eft la mode des
' Eft bien injuftement qu'on accufe
MAI. 1755. 127
perruques qu'elles ont adoptées , quoiqu'elles
fçachent bien qu'elles en font défigurées
, & que tout le monde s'apperçoit
qu'elles portent de faux cheveux : on
a vû même plufieurs d'entr'elles facrifier
la plus belle chevelure , & par conféquent
une partie confidérable de leurs graces naturelles
, à cette commodité.
Cette expérience fait croire que toutes
les inventions qui pourront tendre au bur
de leur épargner du tems , feront également
bien reçues d'elles . Une des chofes
qui les occupe le plus , c'eft l'art de fe mettre
le rouge , qui eft devenu une chofe fi
importante dans l'état , quelque laid qu'il
paroiffe en foi , qu'il eft la marque diftinctive
du rang ou de la richeffe , ou du défaut
de l'un & de l'autre , réparé par des
fervices rendus à la fociété . On a donc
çru faire fa cour aux Dames , en leur donnant
des moyens de fe rendre auffi de fe rendre auffi rouges
qu'elles peuvent le defirer , en peu d'inftans
& d'une maniere permanente , qui
leur épargnera la peine de recommencer
tous les jours.
Le Sr P.... qui depuis long- tems eft
confommé dans l'art de maroufler , c'est- àdire
de coller les toiles peintes ou à peindre
, avertit qu'il a trouvé un fecret admirable
pour maroufler fur le vifage des Da-
Fiiij
128 MERCURE DE FRANCE.
mes , de petites pieces de la plus belle écarlate
, taillées dans la meilleure forme de
couper le rouge , & du dernier goût. Il ofe
affurer qu'ainfi collées , elles pourront
refter attachées pendant environ une an
née pour les perfonnes qui voudront économifer
, & au moins fix mois dans toute
leur fraîcheur
pour les perfonnes plus opulentes
.
On doit remarquer en bon citoyen ,
que ce feroit un encouragement pour les
manufactures d'écarlate établies dans le
royaume , & que cela leur procureroit une
grande confommation , fans fouler perfonne
.
Second avis . Le fieur Loriot a trouvé le
fecret de fixer les paſtels fans altérer la
beauté des couleurs . Il feroit donc facile
de fe faire une fois bien peindre les joues,
foit dans la maniere noble , c'eſt - à - dire
tranchée , foit dans la maniere bourgeoife ,
c'eſt-à- dire imitant le naturel. On pourroit
s'adreffer à quelqu'un des Peintres en paftel
, dont Paris fourmille , & enfuite fixer
cette couleur , de telle maniere que rien
ne puiffe l'altérer.
Troifieme avis. Celui- ci eft le plus important.
Le Sr B .... Peintre du Roi , a
trouvé un nouveau fecret de peindre en
cire , qui n'a ni mauvaiſe odeur ni aucun
MAI. 1755. 129
defagrément ; il délaye la cire dans de l'eau,
& la broye avec les couleurs dont elle femble
diminuer un peu la vivacité ; enfuite il
paffe auprès un fer chaud , qui fond la cire ,
la lie parfaitement avec les couleurs , leur
rend toute leur beauté , & leur procure un
dégré de folidité immuable . On n'oſe cependant
confeiller l'ufage de ce merveilfeux
fecret à toute Dame qui craindroit de
hazarder l'épreuve du fer chaud : peut- être
cette difficulté pourroit - elle reftreindre
l'emploi de cette cire colorée à fi peu de
perfonnes , que celles qui feroient les plus
fûres de s'en fervir fans danger , auroient
lieu de craindre qu'on ne les accusât de
vouloir fe diftinguer dans la fociété .
Ce feroit dommage cependant qu'une
fi belle découverte demeurât inutile , car
elle a un avantage que n'ont pas les deux
autres : c'eft que l'on peut fe laver le vifage
avec de l'eau fans rien ôter à la beauté
de ce rouge. De plus , avec une petite
vergette on y peut donner un luifant qui
égale les plus beaux vernis .
Au refte , comme on donne ici trois
moyens tendans au même but, chacun peut
choifir celui qui lui eft convenable . On efpere
que le beau fexe voudra bien fçavoir
quelque gré à ceux qui s'occupent ainfi
de ce qui peut lui être commode .
Ev
130 MERCURE DE FRANCE.
Réflexion.
On fçait affez que le rouge n'eft que la
marque du rang ou de l'opulence ; car on:
ne peut pas fuppofer que perfonne ait cru
s'embellir avec cette effroyable tache cramoiſie
. Il eſt étonnant qu'on ait attaché cette
diſtinction à une couleur qui eft fi commune
& à fi bon marché , que les plus petites
grifettes pourroient faire cette dépense
auffi abondamment qu'une perfonne de la
plus haute naiffance ; il fembleroit bien plus.
raifonnable qu'on eût adopté l'ufage du
bleu d'outre- mer. *. Cette couleur qui eft
plus chere que la poudre d'or , & dont une
Dame pourroit confommer dans une année
pour la valeur de plus de deux mille écus ,
feroit une preuve de richeffe bien moins
équivoque .
C'eft un Lord qui donne ces importans
avis â nos Dames . Elles trouveront peutêtre
la plaifanterie un peu trop angloife ,
& diront avec dédain qu'elle eft de mauvais
goût ; mais elles doivent la pardonner
à un étranger qui eft plus au fait des
,
* Cet ufage n'eft pas fans exemple. Il y a des
beautés indiennes qui mettent du bleu comme
les nôtres mettent du rouge ; il eft vrai qu'elles
le diftribuent avec plus d'économie , & par petites
veines.
MA I 1755 : 131
beaux arts que du bon ton . D'ailleurs , l'attachement
au rouge eft un mal invétéré ;
on ne peut le guérir que par un cauftique .
Avis aux Dames.
C'ler Dames d'oifiveté , & qu'on leur
reproche le tems qu'elles paffent à leur
toilette. Si l'on y réfléchit , on trouvera
qu'elles y donnent le moins de momens
qu'il leur eft poffible , & qu'elles faiſiſſent
avec avidité tous les moyens qu'on leur
préfente de les abréger. Une preuve convaincante
de cette vérité eft la mode des
' Eft bien injuftement qu'on accufe
MAI. 1755. 127
perruques qu'elles ont adoptées , quoiqu'elles
fçachent bien qu'elles en font défigurées
, & que tout le monde s'apperçoit
qu'elles portent de faux cheveux : on
a vû même plufieurs d'entr'elles facrifier
la plus belle chevelure , & par conféquent
une partie confidérable de leurs graces naturelles
, à cette commodité.
Cette expérience fait croire que toutes
les inventions qui pourront tendre au bur
de leur épargner du tems , feront également
bien reçues d'elles . Une des chofes
qui les occupe le plus , c'eft l'art de fe mettre
le rouge , qui eft devenu une chofe fi
importante dans l'état , quelque laid qu'il
paroiffe en foi , qu'il eft la marque diftinctive
du rang ou de la richeffe , ou du défaut
de l'un & de l'autre , réparé par des
fervices rendus à la fociété . On a donc
çru faire fa cour aux Dames , en leur donnant
des moyens de fe rendre auffi de fe rendre auffi rouges
qu'elles peuvent le defirer , en peu d'inftans
& d'une maniere permanente , qui
leur épargnera la peine de recommencer
tous les jours.
Le Sr P.... qui depuis long- tems eft
confommé dans l'art de maroufler , c'est- àdire
de coller les toiles peintes ou à peindre
, avertit qu'il a trouvé un fecret admirable
pour maroufler fur le vifage des Da-
Fiiij
128 MERCURE DE FRANCE.
mes , de petites pieces de la plus belle écarlate
, taillées dans la meilleure forme de
couper le rouge , & du dernier goût. Il ofe
affurer qu'ainfi collées , elles pourront
refter attachées pendant environ une an
née pour les perfonnes qui voudront économifer
, & au moins fix mois dans toute
leur fraîcheur
pour les perfonnes plus opulentes
.
On doit remarquer en bon citoyen ,
que ce feroit un encouragement pour les
manufactures d'écarlate établies dans le
royaume , & que cela leur procureroit une
grande confommation , fans fouler perfonne
.
Second avis . Le fieur Loriot a trouvé le
fecret de fixer les paſtels fans altérer la
beauté des couleurs . Il feroit donc facile
de fe faire une fois bien peindre les joues,
foit dans la maniere noble , c'eſt - à - dire
tranchée , foit dans la maniere bourgeoife ,
c'eſt-à- dire imitant le naturel. On pourroit
s'adreffer à quelqu'un des Peintres en paftel
, dont Paris fourmille , & enfuite fixer
cette couleur , de telle maniere que rien
ne puiffe l'altérer.
Troifieme avis. Celui- ci eft le plus important.
Le Sr B .... Peintre du Roi , a
trouvé un nouveau fecret de peindre en
cire , qui n'a ni mauvaiſe odeur ni aucun
MAI. 1755. 129
defagrément ; il délaye la cire dans de l'eau,
& la broye avec les couleurs dont elle femble
diminuer un peu la vivacité ; enfuite il
paffe auprès un fer chaud , qui fond la cire ,
la lie parfaitement avec les couleurs , leur
rend toute leur beauté , & leur procure un
dégré de folidité immuable . On n'oſe cependant
confeiller l'ufage de ce merveilfeux
fecret à toute Dame qui craindroit de
hazarder l'épreuve du fer chaud : peut- être
cette difficulté pourroit - elle reftreindre
l'emploi de cette cire colorée à fi peu de
perfonnes , que celles qui feroient les plus
fûres de s'en fervir fans danger , auroient
lieu de craindre qu'on ne les accusât de
vouloir fe diftinguer dans la fociété .
Ce feroit dommage cependant qu'une
fi belle découverte demeurât inutile , car
elle a un avantage que n'ont pas les deux
autres : c'eft que l'on peut fe laver le vifage
avec de l'eau fans rien ôter à la beauté
de ce rouge. De plus , avec une petite
vergette on y peut donner un luifant qui
égale les plus beaux vernis .
Au refte , comme on donne ici trois
moyens tendans au même but, chacun peut
choifir celui qui lui eft convenable . On efpere
que le beau fexe voudra bien fçavoir
quelque gré à ceux qui s'occupent ainfi
de ce qui peut lui être commode .
Ev
130 MERCURE DE FRANCE.
Réflexion.
On fçait affez que le rouge n'eft que la
marque du rang ou de l'opulence ; car on:
ne peut pas fuppofer que perfonne ait cru
s'embellir avec cette effroyable tache cramoiſie
. Il eſt étonnant qu'on ait attaché cette
diſtinction à une couleur qui eft fi commune
& à fi bon marché , que les plus petites
grifettes pourroient faire cette dépense
auffi abondamment qu'une perfonne de la
plus haute naiffance ; il fembleroit bien plus.
raifonnable qu'on eût adopté l'ufage du
bleu d'outre- mer. *. Cette couleur qui eft
plus chere que la poudre d'or , & dont une
Dame pourroit confommer dans une année
pour la valeur de plus de deux mille écus ,
feroit une preuve de richeffe bien moins
équivoque .
C'eft un Lord qui donne ces importans
avis â nos Dames . Elles trouveront peutêtre
la plaifanterie un peu trop angloife ,
& diront avec dédain qu'elle eft de mauvais
goût ; mais elles doivent la pardonner
à un étranger qui eft plus au fait des
,
* Cet ufage n'eft pas fans exemple. Il y a des
beautés indiennes qui mettent du bleu comme
les nôtres mettent du rouge ; il eft vrai qu'elles
le diftribuent avec plus d'économie , & par petites
veines.
MA I 1755 : 131
beaux arts que du bon ton . D'ailleurs , l'attachement
au rouge eft un mal invétéré ;
on ne peut le guérir que par un cauftique .
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Résumé : PEINTURE. Avis aux Dames.
En mai 1755, un texte traite des pratiques de maquillage des femmes et des innovations visant à simplifier leur toilette. Les femmes cherchent à réduire le temps passé à leur maquillage et adoptent des perruques malgré leurs inconvénients esthétiques. Plusieurs inventions sont présentées pour faciliter l'application du rouge, un marqueur de rang ou de richesse. Le Sr P.... propose des pièces d'écarlate à coller sur le visage pour un effet durable. Le sieur Loriot offre un secret pour fixer les pastels, permettant une application permanente du rouge. Le Sr B...., peintre du Roi, présente une technique de peinture en cire sans odeur désagréable, offrant une solidité et une durabilité supérieures. Cependant, son usage pourrait être limité par la peur du fer chaud. Le texte se termine par une réflexion sur l'usage du rouge comme marque de statut, suggérant que le bleu d'outre-mer serait un meilleur indicateur de richesse. Un lord anglais propose ces idées, reconnaissant que les femmes pourraient trouver ses suggestions trop anglo-saxonnes.
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54
p. 228-234
NAISSANCES, MARIAGES ET MORTS.
Début :
Dame de Rivié, l'une des Dames nommées pour accompagner Madame, épouse [...]
Mots clefs :
Naissances, Mariages, Morts, Marquis, Dames, Maison de Canonville, Maison Cailhou-Désignac, Comte de Sourches
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NAISSANCES, MARIAGES ET MORTS.
NAISSANCES, MARIAGES
ET MORTS.
DAme Ame de Rivié , l'une des Dames nommées
pour accompagner Madame , épouſe du Marquis
de Gouy-d'Arey , Brigadier d'Infanterie , & Colonel-
Lieutenant du Régiment dela Reine , eft accouchée
d'un fils qui a été tenu fur les fonts le 17
Juillet , dans la Chapelle du Château de Compiegne
, par Monfeigneur le Dauphin & Madame ,
& nommée François . L'Abbé de Sainte- Aldegonde
, Aumônier du Roi , fuppléa les cérémonies du
Baptême à cet enfant.
Marie-Jeanne Olimpe de Bonnevie , époufe de
Marie- rançois - Henri de Franquetot , Comte de
Coigny , Meftre de Camp- Général de Dragons ,
OCTOBRE. 1756. 229
& Gouverneur du Château de Choifi , eft accou
chée le 2 Septembre , d'un fils qui a été baptifé le
même jour à S. Euftache , & a eu pour parrain le
Maréchal Duc de Coigny, fon bifayeul paternel
& pour marraine la Préfidente de Naffigny fa
bifayeule maternelle.
Le ... 1756 , N. Trudaine de Montigni , Maître
des Requêtes & Intendant des Finances , en ſurvivance
de Daniel- Charles- Trudaine fon pere , depuis
le mois d'Août 1754 , époula N. Gagne de
Perigni , fille d'Antoine-Jean Gagne de Perigni
Maître des Requêtes. Leur contrat avoit été figné
-par Leurs Majeftés le 21 Mars.
Charles-Louis-Jofeph- Alexandre de Canonville,
Marquis de Raffetot , Meftre de Camp de Cavalerie
, Sous- Lieutenant de la Compagnie des Chevaux-
légers de Monfeigneur le Dauphin , fils de
Louis- Auguftin , Marquis de Canonville , & de
Conftance-Geneviève- Catherine- Louife de Par
dieu-d'Avremenil , époufa le 18 Mai , Dame Ma
rie Magdeleine- Louife de Barberie- de S. Contest,
veuve de Louis - Henri - Felix du Pleffis- Chatillon
Marquis du Pleflis - Châtillon , de S. Gelais & de
Nonant , Comte de Château- Meillien , & fille de
feu Mefire François - Dominique de Barberie
Marquis de S. Conteft , Miniftre & Secretaire
d'Etat , ayant le Département des Affaires Etran-
-geres , & de Jeanne-Monique des Vieux. La Bénédiction
Nuptiale leur fut donnée par l'Evêque
de Metz. Leur contrat de mariage avoit été
figné le 16 du même mois par Leurs Majeftés.
& la Famille Royale.
9
La maifon de Canonville eft comptée à jufte
titre parmi les plus diftinguées de la Province de
Normandie , où elle eft connue depuis l'an 1066'
qu'un Seigneur de ce nom accompagna Guillau
230 MERCURE DE FRANCE .
me le Conquérant. Duchêne , Hift . de Normandie,
pag. 1116 , Chron . de Brompton , pag. 964 du Recueil
des Hiftoriens Anglois. Raoul , feigneur de
Canonville , Manneville & Veneſville , un de fes
defcendans , vivant en 1157 , eft le quinzieme
ayeul du Marquis de Raffetot duquel nous annonçons
le mariage.
Richard de Canonville eft nommé avec les plus
grands feigneurs de Normandie , dans deux chartes
de Henri II , Roi d'Angleterre & Duc de Normandie
, l'une qui accorde des privileges aux
Habitans de Rouen , donnée vers l'an 1175 , &
l'autre accordée environ le même temps à l'Abbaye
de Jumieges.
Cette maifon qui eft alliée à celles de Blainville
, Fefcamps , Villequier , Cailletot , Gueures ,
Rouvroi-S.-Simon , Hautemer-Fervaques , Choifeul,
Gramont , Perthuis , Pardieu , &c. poffede
la terre de Raffetot depuis l'an 1355 qu'elle lui
eft venue par le mariage de Pierre III , feigneur de
Canonville , avec Laurence de Cailletot , Dame
de Raffetor.
Canonville de Raffetot porte pour armes , de
gueules , à 3 molettes d'éperon d'or , 2 & 1.
-
Meffire Louis - Gabriel des Acres , Comte de
Laigle , Lieutenant - Général des Armées du Roi ,
veuf de Dame Françoife Gillette Loquet - de
Grandville , époufa le 19 Mai , Demoiſelle Anne-
Salomé Jofephine de Waës , fille de feu Meffire
Jean Guillaume- Anne Baron de Waes , & de
Dame Catherine de Limingue.
Demoiselle Catherine- Virginie Cailhou -Desgnac
eft décédé le 28 Février , âgée de 66 ans , &
a été inhumée à S. Sulpice . Elle étoit fille de Meffire
Charles Cailhou- Défignac , premier Ecuyer
de fon Alteffe Séréniffime Henri de Bourbon ,
OCTOBRE . 1756. 231
Duc de Verneuil , mort le 8 Mars 1736 ( 1 ) , âgé
de 94 ans , & de Dame Jeanne Gallois -de Vaudricourt
, morte le 6 Janvier de la même année 1736,
( 2 ) âgée de 88 ans , fceur de feu M. de Vaudricourt
, mort Chef d'Eſcadre .
La demoiſelle dont nous annonçons la mort
eft la derniere de fa famille , une des plus anciennes
du Poitou , alliée aux Maifons de Coué , de
Chaftaigner , de Mauléon , &c. & par elles à celle
de Voyer d'Argenfon . Elle avoit une foeur aînée
qui eft morte le 8 Novembre 1738 , ( 3 ) du mariage
de laquelle avec N. de Launay , il refte
1º. Meffire Charles- Pierre de Launay , Prêtre ,
Prieur Commendataire du Prieuré Royal d'Argenteuil.
2 °. Meffire Ambroife Henri de
Launay , appellé le Chevalier de Vaudricourt
Chevalier de Saint - Louis , qui a fervi dans la
Marine. 3 ° . Meflire Jofeph - François de Launay
, Capitaine de Grenadiers dans le Régiment
de Champagne , auffi Chevalier de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis . 4° . Demoiſelle
Henriette-Virginie de Launay , fille.
·
"
Dame Marie- Marguerite Chaillon , épouse de
Mefire André-Jean Lalouette-de Vernicourt, Maréchal
des Camps & Armées du Roi , mourut le
12 Mars , à Paris .
Dame Etiennette-Louife d'Hallencourt , veuve
de Melfire Etienne , Comte de Graffe , eft morte
en cette ville le 13 , âgée de 65 ans .
Meffire Henri-François- de- Paule le Fevre-d'Ormeffon
, Confeiller d'Etat ordinaire & au Confeil
Royal , Intendant des Finances , eft mort le 20
(1 ) Voyez le Mercure de Mars 1736 .
(2) Voyez le Mercure de Janvier 1736.
(3) Voyez le Mercure de Novembre 1738.
232 MERCURE DE FRANCE:
Mars , en cette Ville , dans la foixante-feizieme
année de fon âge.
Dame Barbe-Magdeleine Maynon , veuve de
Meffire Nicolas- Etienne Roujaukt , Maître des Requêtes
Honoraire , & Confeiller au Confeil du
dedans du Royaume & de commerce, eft morte le
même jour , âgée de 88 ans .
Meffire Pierre de Malezieu , Lieutenant -Général
des Armées du Roi , & Commandeur de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis , mourut la
nuit du 21 au 22.
Meffire Etienne Croufet , Abbé de l'Abbaye de
Pleine-Selve , Ordre de Prémontré , Dioceſe de
Bordeaux , & Docteur en Théologie de la Faculté
de Paris , eft mort le 26 Mars , âgé de 88 ans , & a
été inhumé le lendemain en l'Eglife de l'Abbaye
de S. Victor.
Louis-François de Boufchet , d'abord Chevalier
de Malte , dit le Chevalier , puis le Comte de
Sourches , feigneur de la Ronce , & c. Lieutenant-
Général des Armées du Roi , Chevalier de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis , & de celui de s.
Lazare , eft mort en cette ville , le 29 Mars 1756,
dans la quatre- vingt- cinquieme année de fon âge ,
étant né le 9 Juillet 1671. Il étoit troisieme fils
de Louis- François de Boufchet , Marquis de Sourches
, Confeiller d'Etat , Prevôt de l'Hôtel du Roi,
& Grand Prevôt de France , Gouverneur des Provinces
& Comtés du Maine , de Laval & du Perche
, & de Marie- Géneviève de Chambes , Comteffe
de Montforeau.
Le Comte de Sourches avoit fervi avec diſtinetion
dans les guerres d'Italie , enfuite dans celles
d'Espagne , & avoit été fucceffivement Moufquetaire
du Roi dans la premiere Compagnie en 1690 ;
Enfeigne au Régiment des Gardes Françoifes en
OCTOBRE. 1756. 233
1691 ; Colonel d'un Régiment d'Infanterie de fon
nom en 1695 , lequel étant réformé en 1701 ,
obtint fa réforme à la fuite de la garniſon d'Amiens.
Le 3 Mars de la même année , le Roi le
nomma Colonel à la faite du Régiment de Sourches
, dont le Comte de Montforeau fon frere
aîné , étoit Colonel. Il fut fait Brigadier des Armées
du Roi le 26 Octobre 1704 , & Colonel du
Régiment ci- devant Sourches , le 5 Septembre
1706 , après la mort du Marquis de Vaudreuil.
En 1715 , le Grand- Maî re de Malte , lui accorda
la permiffion de porter la Croix de l'Ordre , quoique
marié : il la quitta cette même année pour
celles des Ordres de S. Louis & de S. Lazare ; fut
fait Maréchal de Camp le 8 Mars 1718 , & Lieu
tenant Général le 20 Février 1734. Il avoit époufé
le 23 Octobre 1715 , Hilaire- Urfule de Thier
fault ; de ce mariage eft né Louis-Hilaire de Boufchet
, dit le Comte de Sourches , ci- devant Capitaine
de Dragons au Régiment de Languedoc ,
Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis , marié
le 18 Janvier 1747 , à Louiſe- Françoife le Vayer,
Voyez pour cette Maiſon , l'Hift. des Grands Officiers
de la Couronne , vol. 9 , pag. 197 ; le qua
trieme & fixieme vol. des Tablettes Généalogiques
, pag. 116 & 10 ; les Mercures de France de
Juin 1746 ; le deuxieme vol. de Décembre 1747 ;
Juin 1748 le deuxieme vol. de 1750 ; Février &
Octobre 1753.
Marie-Emmanuelle d'Alegre , fille de feu Yves
d'Alegre , Marquis d'Alegre , Baron de Tourze ,
Maréchal de France , &c. & époufe de Jean- Baprifte-
François Defmaretz , Marquis de Maillebois,
Maréchal de France , Capitaine- Général des Armées
de Sa Majesté Catholique , Grand d'Espagne ,
Chevalier des Ordres du Roi , & Maître de la Gar234
MERCURE DE FRANCE.
de- Robe de Sa Majefté , eft morte le premier Avril,
à Versailles , dans la foixante- fixieme année de
fon âge , & a été inhumée le 6 , dans l'ancienne
Eglife de la Paroiffe du Château de Verſailles . Elle
étoit une des Dames nommées pour accompagner
Madame.
Dame Marie - Hélene - Elizabeth - Hyacinthe
de Narbonne-Pelet , épouse de Meffire Pons - Frédéric
de Pierre , feigneur des Ports en Languedoc
, Comte de Bernis , eft morte le 10 Avril.
Elle avoit été mariée le 16 Octobre dernier. Voyez
le mois de Novembre 1755 de ce Journal , page
235.
ET MORTS.
DAme Ame de Rivié , l'une des Dames nommées
pour accompagner Madame , épouſe du Marquis
de Gouy-d'Arey , Brigadier d'Infanterie , & Colonel-
Lieutenant du Régiment dela Reine , eft accouchée
d'un fils qui a été tenu fur les fonts le 17
Juillet , dans la Chapelle du Château de Compiegne
, par Monfeigneur le Dauphin & Madame ,
& nommée François . L'Abbé de Sainte- Aldegonde
, Aumônier du Roi , fuppléa les cérémonies du
Baptême à cet enfant.
Marie-Jeanne Olimpe de Bonnevie , époufe de
Marie- rançois - Henri de Franquetot , Comte de
Coigny , Meftre de Camp- Général de Dragons ,
OCTOBRE. 1756. 229
& Gouverneur du Château de Choifi , eft accou
chée le 2 Septembre , d'un fils qui a été baptifé le
même jour à S. Euftache , & a eu pour parrain le
Maréchal Duc de Coigny, fon bifayeul paternel
& pour marraine la Préfidente de Naffigny fa
bifayeule maternelle.
Le ... 1756 , N. Trudaine de Montigni , Maître
des Requêtes & Intendant des Finances , en ſurvivance
de Daniel- Charles- Trudaine fon pere , depuis
le mois d'Août 1754 , époula N. Gagne de
Perigni , fille d'Antoine-Jean Gagne de Perigni
Maître des Requêtes. Leur contrat avoit été figné
-par Leurs Majeftés le 21 Mars.
Charles-Louis-Jofeph- Alexandre de Canonville,
Marquis de Raffetot , Meftre de Camp de Cavalerie
, Sous- Lieutenant de la Compagnie des Chevaux-
légers de Monfeigneur le Dauphin , fils de
Louis- Auguftin , Marquis de Canonville , & de
Conftance-Geneviève- Catherine- Louife de Par
dieu-d'Avremenil , époufa le 18 Mai , Dame Ma
rie Magdeleine- Louife de Barberie- de S. Contest,
veuve de Louis - Henri - Felix du Pleffis- Chatillon
Marquis du Pleflis - Châtillon , de S. Gelais & de
Nonant , Comte de Château- Meillien , & fille de
feu Mefire François - Dominique de Barberie
Marquis de S. Conteft , Miniftre & Secretaire
d'Etat , ayant le Département des Affaires Etran-
-geres , & de Jeanne-Monique des Vieux. La Bénédiction
Nuptiale leur fut donnée par l'Evêque
de Metz. Leur contrat de mariage avoit été
figné le 16 du même mois par Leurs Majeftés.
& la Famille Royale.
9
La maifon de Canonville eft comptée à jufte
titre parmi les plus diftinguées de la Province de
Normandie , où elle eft connue depuis l'an 1066'
qu'un Seigneur de ce nom accompagna Guillau
230 MERCURE DE FRANCE .
me le Conquérant. Duchêne , Hift . de Normandie,
pag. 1116 , Chron . de Brompton , pag. 964 du Recueil
des Hiftoriens Anglois. Raoul , feigneur de
Canonville , Manneville & Veneſville , un de fes
defcendans , vivant en 1157 , eft le quinzieme
ayeul du Marquis de Raffetot duquel nous annonçons
le mariage.
Richard de Canonville eft nommé avec les plus
grands feigneurs de Normandie , dans deux chartes
de Henri II , Roi d'Angleterre & Duc de Normandie
, l'une qui accorde des privileges aux
Habitans de Rouen , donnée vers l'an 1175 , &
l'autre accordée environ le même temps à l'Abbaye
de Jumieges.
Cette maifon qui eft alliée à celles de Blainville
, Fefcamps , Villequier , Cailletot , Gueures ,
Rouvroi-S.-Simon , Hautemer-Fervaques , Choifeul,
Gramont , Perthuis , Pardieu , &c. poffede
la terre de Raffetot depuis l'an 1355 qu'elle lui
eft venue par le mariage de Pierre III , feigneur de
Canonville , avec Laurence de Cailletot , Dame
de Raffetor.
Canonville de Raffetot porte pour armes , de
gueules , à 3 molettes d'éperon d'or , 2 & 1.
-
Meffire Louis - Gabriel des Acres , Comte de
Laigle , Lieutenant - Général des Armées du Roi ,
veuf de Dame Françoife Gillette Loquet - de
Grandville , époufa le 19 Mai , Demoiſelle Anne-
Salomé Jofephine de Waës , fille de feu Meffire
Jean Guillaume- Anne Baron de Waes , & de
Dame Catherine de Limingue.
Demoiselle Catherine- Virginie Cailhou -Desgnac
eft décédé le 28 Février , âgée de 66 ans , &
a été inhumée à S. Sulpice . Elle étoit fille de Meffire
Charles Cailhou- Défignac , premier Ecuyer
de fon Alteffe Séréniffime Henri de Bourbon ,
OCTOBRE . 1756. 231
Duc de Verneuil , mort le 8 Mars 1736 ( 1 ) , âgé
de 94 ans , & de Dame Jeanne Gallois -de Vaudricourt
, morte le 6 Janvier de la même année 1736,
( 2 ) âgée de 88 ans , fceur de feu M. de Vaudricourt
, mort Chef d'Eſcadre .
La demoiſelle dont nous annonçons la mort
eft la derniere de fa famille , une des plus anciennes
du Poitou , alliée aux Maifons de Coué , de
Chaftaigner , de Mauléon , &c. & par elles à celle
de Voyer d'Argenfon . Elle avoit une foeur aînée
qui eft morte le 8 Novembre 1738 , ( 3 ) du mariage
de laquelle avec N. de Launay , il refte
1º. Meffire Charles- Pierre de Launay , Prêtre ,
Prieur Commendataire du Prieuré Royal d'Argenteuil.
2 °. Meffire Ambroife Henri de
Launay , appellé le Chevalier de Vaudricourt
Chevalier de Saint - Louis , qui a fervi dans la
Marine. 3 ° . Meflire Jofeph - François de Launay
, Capitaine de Grenadiers dans le Régiment
de Champagne , auffi Chevalier de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis . 4° . Demoiſelle
Henriette-Virginie de Launay , fille.
·
"
Dame Marie- Marguerite Chaillon , épouse de
Mefire André-Jean Lalouette-de Vernicourt, Maréchal
des Camps & Armées du Roi , mourut le
12 Mars , à Paris .
Dame Etiennette-Louife d'Hallencourt , veuve
de Melfire Etienne , Comte de Graffe , eft morte
en cette ville le 13 , âgée de 65 ans .
Meffire Henri-François- de- Paule le Fevre-d'Ormeffon
, Confeiller d'Etat ordinaire & au Confeil
Royal , Intendant des Finances , eft mort le 20
(1 ) Voyez le Mercure de Mars 1736 .
(2) Voyez le Mercure de Janvier 1736.
(3) Voyez le Mercure de Novembre 1738.
232 MERCURE DE FRANCE:
Mars , en cette Ville , dans la foixante-feizieme
année de fon âge.
Dame Barbe-Magdeleine Maynon , veuve de
Meffire Nicolas- Etienne Roujaukt , Maître des Requêtes
Honoraire , & Confeiller au Confeil du
dedans du Royaume & de commerce, eft morte le
même jour , âgée de 88 ans .
Meffire Pierre de Malezieu , Lieutenant -Général
des Armées du Roi , & Commandeur de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis , mourut la
nuit du 21 au 22.
Meffire Etienne Croufet , Abbé de l'Abbaye de
Pleine-Selve , Ordre de Prémontré , Dioceſe de
Bordeaux , & Docteur en Théologie de la Faculté
de Paris , eft mort le 26 Mars , âgé de 88 ans , & a
été inhumé le lendemain en l'Eglife de l'Abbaye
de S. Victor.
Louis-François de Boufchet , d'abord Chevalier
de Malte , dit le Chevalier , puis le Comte de
Sourches , feigneur de la Ronce , & c. Lieutenant-
Général des Armées du Roi , Chevalier de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis , & de celui de s.
Lazare , eft mort en cette ville , le 29 Mars 1756,
dans la quatre- vingt- cinquieme année de fon âge ,
étant né le 9 Juillet 1671. Il étoit troisieme fils
de Louis- François de Boufchet , Marquis de Sourches
, Confeiller d'Etat , Prevôt de l'Hôtel du Roi,
& Grand Prevôt de France , Gouverneur des Provinces
& Comtés du Maine , de Laval & du Perche
, & de Marie- Géneviève de Chambes , Comteffe
de Montforeau.
Le Comte de Sourches avoit fervi avec diſtinetion
dans les guerres d'Italie , enfuite dans celles
d'Espagne , & avoit été fucceffivement Moufquetaire
du Roi dans la premiere Compagnie en 1690 ;
Enfeigne au Régiment des Gardes Françoifes en
OCTOBRE. 1756. 233
1691 ; Colonel d'un Régiment d'Infanterie de fon
nom en 1695 , lequel étant réformé en 1701 ,
obtint fa réforme à la fuite de la garniſon d'Amiens.
Le 3 Mars de la même année , le Roi le
nomma Colonel à la faite du Régiment de Sourches
, dont le Comte de Montforeau fon frere
aîné , étoit Colonel. Il fut fait Brigadier des Armées
du Roi le 26 Octobre 1704 , & Colonel du
Régiment ci- devant Sourches , le 5 Septembre
1706 , après la mort du Marquis de Vaudreuil.
En 1715 , le Grand- Maî re de Malte , lui accorda
la permiffion de porter la Croix de l'Ordre , quoique
marié : il la quitta cette même année pour
celles des Ordres de S. Louis & de S. Lazare ; fut
fait Maréchal de Camp le 8 Mars 1718 , & Lieu
tenant Général le 20 Février 1734. Il avoit époufé
le 23 Octobre 1715 , Hilaire- Urfule de Thier
fault ; de ce mariage eft né Louis-Hilaire de Boufchet
, dit le Comte de Sourches , ci- devant Capitaine
de Dragons au Régiment de Languedoc ,
Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis , marié
le 18 Janvier 1747 , à Louiſe- Françoife le Vayer,
Voyez pour cette Maiſon , l'Hift. des Grands Officiers
de la Couronne , vol. 9 , pag. 197 ; le qua
trieme & fixieme vol. des Tablettes Généalogiques
, pag. 116 & 10 ; les Mercures de France de
Juin 1746 ; le deuxieme vol. de Décembre 1747 ;
Juin 1748 le deuxieme vol. de 1750 ; Février &
Octobre 1753.
Marie-Emmanuelle d'Alegre , fille de feu Yves
d'Alegre , Marquis d'Alegre , Baron de Tourze ,
Maréchal de France , &c. & époufe de Jean- Baprifte-
François Defmaretz , Marquis de Maillebois,
Maréchal de France , Capitaine- Général des Armées
de Sa Majesté Catholique , Grand d'Espagne ,
Chevalier des Ordres du Roi , & Maître de la Gar234
MERCURE DE FRANCE.
de- Robe de Sa Majefté , eft morte le premier Avril,
à Versailles , dans la foixante- fixieme année de
fon âge , & a été inhumée le 6 , dans l'ancienne
Eglife de la Paroiffe du Château de Verſailles . Elle
étoit une des Dames nommées pour accompagner
Madame.
Dame Marie - Hélene - Elizabeth - Hyacinthe
de Narbonne-Pelet , épouse de Meffire Pons - Frédéric
de Pierre , feigneur des Ports en Languedoc
, Comte de Bernis , eft morte le 10 Avril.
Elle avoit été mariée le 16 Octobre dernier. Voyez
le mois de Novembre 1755 de ce Journal , page
235.
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Résumé : NAISSANCES, MARIAGES ET MORTS.
En octobre 1756, plusieurs événements significatifs ont marqué la noblesse française. Madame Ame de Rivié, dame d'honneur de Madame, a donné naissance à un fils prénommé François le 17 juillet au Château de Compiègne. Le Dauphin et Madame ont été les parrains, accompagnés par l'Abbé de Sainte-Aldegonde. Marie-Jeanne Olimpe de Bonnevie, épouse du Comte de Coigny, a accouché d'un fils le 2 septembre, baptisé à Saint-Eustache. Le Maréchal Duc de Coigny et la Présidente de Nassigny ont été les parrain et marraine. N. Trudaine de Montigny, Maître des Requêtes et Intendant des Finances, a épousé N. Gagne de Perigni le 21 mars, après la signature de leur contrat par Leurs Majestés. Charles-Louis-Joseph-Alexandre de Canonville, Marquis de Raffetot, a épousé Dame Marie Magdeleine Louise de Barberie de Saint-Contest le 18 mai, avec la bénédiction de l'Évêque de Metz et la signature de leur contrat par Leurs Majestés et la Famille Royale. Plusieurs décès notables ont également été enregistrés, incluant Demoiselle Catherine-Virginie Cailhou-Desgnac, Dame Marie-Marguerite Chaillon, Meffire Pierre de Malezieu, Meffire Etienne Croufet, Louis-François de Boufchet, Marie-Emmanuelle d'Alegre et Dame Marie-Hélène-Elisabeth-Hyacinthe de Narbonne-Pelet.
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55
p. 254-256
Eau de Perle, trouvée par le sieur Dubois.
Début :
Les Dames se plaignant à Londres du peu de soin que les Artistes [...]
Mots clefs :
Eau de perle, Dames, Teint, Peau, Soins, Crème, Rougeurs de la peau, Boutons, Vente, Europe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Eau de Perle, trouvée par le sieur Dubois.
Eau de Perle , trouvée par le fieur Dubois.
Les Dames fe plaignant à Londres du peu de
foin que les Artiftes avoient de faire la recherche
d'une Eau propre à conferver le tein , & à
maintenir la fraîcheur de la peau ; le fieur Dubois ,
connu par des expériences chymiques & phyfiques,
s'eft mis à travailler à cette opération . Il a recherché
avec foin , ce qui pouvoit être le plus convenable
, & en ayant fait l'analyfe propre à ce fujet
, il a trouvé cette Eau admirable , préparée fans
feu, & fimplement travaillée à la faveur d'une chafeur
tempérée. Les expériences que ledit neur DuFEVRIER.
1760. 255
bois a faites de cette Eau de Perle , ( c'eft ainfi qu'il
l'appelle ) puifqu'elle tire fon origine de la plus pure
rofée , tirée par attraction dans le mois de Mai ,
& purifiée par l'Art avec des ingrédiens doux &
benins , qui l'a tranfment en crême & en lait ,
comme on le verra dans la manière de s'en fervir :
Les expériences , dis - je , qu'il en a faites fur différentes
perfonnes , lui ont fait connoître les propriétés
qu'elle renferme : les voici en peu de mots ,
telles qu'elles font approuvées des Médecins , &
connues du Public : Cette Eau , fans être du fard ,
ôte toutes les taches , auxquelles les peaux fines
font fujettes , & que le nitre de l'air leur procure ;
elle clarifie le tein de celles qui l'ont brouillé , blanchit
la peau des brunes , & ouvre les pores , & leur
procure un tein admirable. Elle ôte les rougeurs
du vilage , féche & guérit les boutons en peu de
jours , leur tient la peau fraîche & faine , la rafermit
en la nourriffant , & la conferve fans rites,
Les hommes s'en fervent , après que la barbe eſt
faite ; elle ôte le feu du rafoir , rafraîchit , & conferve
la peau.
Lifte des Bureaux établis en Europe , où l'on vend
cette Eau de Perle .
Amfterdam , chez le fieur Joly , Libraire.
Augsbourg , chez le fieur Manichenbauer ,
braire.
Li-
Bruxelles , chez le fieur Delille , fur la Canterfteen
.
Conftantinople , chez le fieur Broffard , Marchand
François .
Francfort fur le Mein , chez le fieur Pierre
Faffel .
Hambourg , chez les fieurs Petit & Dumoutier,
Libraires .
1
256 MERCURE DE FRANCE.
Leipzic , chez le fieur Bloeherberger , Libraire.
Liége , chez le fieur Mandoux , près l'Eglife S.
Lambert.
Londres , chez le fieur Kippax , vis - à- vis la
Bourie Royale.
A Paris , chez le fieur Leduc , Marchand Droguifte
, rue Dauphine , au Magazin de Provence.
Le Prix eft de trois livres la bouteille . C'eft où
fe vend le véritable Elixir de Garrus. On prie
d'affranchir les lettres.
Les Dames fe plaignant à Londres du peu de
foin que les Artiftes avoient de faire la recherche
d'une Eau propre à conferver le tein , & à
maintenir la fraîcheur de la peau ; le fieur Dubois ,
connu par des expériences chymiques & phyfiques,
s'eft mis à travailler à cette opération . Il a recherché
avec foin , ce qui pouvoit être le plus convenable
, & en ayant fait l'analyfe propre à ce fujet
, il a trouvé cette Eau admirable , préparée fans
feu, & fimplement travaillée à la faveur d'une chafeur
tempérée. Les expériences que ledit neur DuFEVRIER.
1760. 255
bois a faites de cette Eau de Perle , ( c'eft ainfi qu'il
l'appelle ) puifqu'elle tire fon origine de la plus pure
rofée , tirée par attraction dans le mois de Mai ,
& purifiée par l'Art avec des ingrédiens doux &
benins , qui l'a tranfment en crême & en lait ,
comme on le verra dans la manière de s'en fervir :
Les expériences , dis - je , qu'il en a faites fur différentes
perfonnes , lui ont fait connoître les propriétés
qu'elle renferme : les voici en peu de mots ,
telles qu'elles font approuvées des Médecins , &
connues du Public : Cette Eau , fans être du fard ,
ôte toutes les taches , auxquelles les peaux fines
font fujettes , & que le nitre de l'air leur procure ;
elle clarifie le tein de celles qui l'ont brouillé , blanchit
la peau des brunes , & ouvre les pores , & leur
procure un tein admirable. Elle ôte les rougeurs
du vilage , féche & guérit les boutons en peu de
jours , leur tient la peau fraîche & faine , la rafermit
en la nourriffant , & la conferve fans rites,
Les hommes s'en fervent , après que la barbe eſt
faite ; elle ôte le feu du rafoir , rafraîchit , & conferve
la peau.
Lifte des Bureaux établis en Europe , où l'on vend
cette Eau de Perle .
Amfterdam , chez le fieur Joly , Libraire.
Augsbourg , chez le fieur Manichenbauer ,
braire.
Li-
Bruxelles , chez le fieur Delille , fur la Canterfteen
.
Conftantinople , chez le fieur Broffard , Marchand
François .
Francfort fur le Mein , chez le fieur Pierre
Faffel .
Hambourg , chez les fieurs Petit & Dumoutier,
Libraires .
1
256 MERCURE DE FRANCE.
Leipzic , chez le fieur Bloeherberger , Libraire.
Liége , chez le fieur Mandoux , près l'Eglife S.
Lambert.
Londres , chez le fieur Kippax , vis - à- vis la
Bourie Royale.
A Paris , chez le fieur Leduc , Marchand Droguifte
, rue Dauphine , au Magazin de Provence.
Le Prix eft de trois livres la bouteille . C'eft où
fe vend le véritable Elixir de Garrus. On prie
d'affranchir les lettres.
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Résumé : Eau de Perle, trouvée par le sieur Dubois.
Le texte relate la découverte de l'Eau de Perle par le sieur Dubois, un expert en expériences chimiques et physiques. Cette eau a été conçue pour conserver le teint et maintenir la fraîcheur de la peau, en réponse aux préoccupations des dames à Londres. Dubois a utilisé une rosée pure, collectée en mai, et purifiée avec des ingrédients doux et bénins, transformant l'eau en crème et en lait. L'Eau de Perle élimine les taches, clarifie le teint, blanchit la peau, ouvre les pores et guérit les rougeurs et les boutons. Elle est également utilisée par les hommes pour apaiser la peau après le rasage. L'Eau de Perle est commercialisée dans plusieurs bureaux en Europe, notamment à Amsterdam, Augsbourg, Bruxelles, Constantinople, Francfort, Hambourg, Leipzig, Liège, Londres et Paris. Le prix est de trois livres la bouteille.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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56
p. 180-186
DÉTAIL de tout ce qui s'est passé depuis l'arrivée de M. le Prince de LICHTENSTEIN jusqu'au 4.
Début :
M. le Prince de Lichtenstein arriva à Parme le 1 Septembre ; [...]
Mots clefs :
Prince du Lichtenstein, Infant, Audience, Palais, Prince Ferdinand , Ministres, Officiers, Audience publique, Comte, Marquis, Valets, Honneurs, Carosse, Bataillons, Armes, Pages, Dames, Noblesse, Empereur, Gentilshommes, Opéra, Infante
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texteReconnaissance textuelle : DÉTAIL de tout ce qui s'est passé depuis l'arrivée de M. le Prince de LICHTENSTEIN jusqu'au 4.
DETAIL de tout ce qui s'eft paffé depuis l'arrivée
de M. le Prince de LICHTENSTEIN jufqu'au 4 .
M. le Prince de Lichtenſtein arriva à Parme le
1 Septembre ; auflitôt après , il fit informer M.
Dutillot , par un de fes Gentilshommes.
M. Dutillot fe tranfporta chez lui , & lui donna
l'heure que l'Infant avoit fixé pour fon audience
particuliere.
Cette audience fut le lendemain à midi & demi;
M.Dutillot alla prendre M. le Prince de Lichtenftein
au Palais Palavicini où il eſt logé , & l'amena
chez l'Infant , il le conduifit enfuite chez le Prince
Ferdinand , de là à l'appartement de Madame
Infante Ifabelle , où le trouva auffi Madame Louiſe ..
M.le Prince de Lichtenſtein, fut au fortir du Palais
, rendre la vifire à M. Dutillot ; fortit de chez
Ge Miniftre , & y revint dîner avec les Miniftres de
France , d'Espagne , de Turin , de Gènes & de
Malte ; M. le Comte de Neuilly , M le Bailli de
Breteuil , M. l'Abbé de Canillac & M. le Comte
de Mercy . Il amena avec lui les huit Chambellans
qui l'ont accompagné , & deux Officiers Majors..
OCTOBRE. 1760. 185
M. Dutillot avoit invité le Capitaine & le Major
des Gardes du Corps , le grand Ecuyer & le premier
Ecuyer de l'Infant , le Gouverneur du Frince
Ferdinand , des Gentilshommes de la Chambre ,
des Majordomes , des Dames du Palais , M. l'Evêque
de Plaifance , frere du feu Chancelier Criftiani
chargé par l'Infant , à caufe de la mort de
l'Evêque de Parme , de la cérémonie du mariage )
& quelques Perfonnes de la premiere Nobleffe du
Pays.
Après le dîner , M. de Lichtenftein retourna à
fon Hôtel , où il reçut des vifites .
Le troifiéme jour fixé pour l'Audience publique,
M. le Comte Peroli , Introducteur, partit du
Palais à onze heures & demie , dans un caroffe
de l'Infant attelé à huit chevaux ; ce caroffe étoit
précédé par un autre à fix chevaux ( vuide ) , &
fuivi par trois autres attelés à huit chevaux ; dans
chacun de ces caroffes , étoit un Majordome.
Un Officier de l'Ecurie étoit à cheval à la tête
de ce Cortége ; douze Valets de pied étoient fur
deux files aux deux côtés de la voiture de l'Infant
, où étoit M. l'Introducteur , trois derriere ce
carofie , & deux derriere chacun des autres .
Deux Palfreniers à cheval ſuivoient l'Officier
de l'Ecurie
M. le Comte Peroli fut dans cet ordre prendre
chez lui M. le Marquis Palavicini , premier Gentilhomme
de la Chambre , que l'Infant avoir
chargé de faire les honneurs à M. le Prince de
Lichtenſtein .
M. de Palavicini monta dans le même caroffe ,
dans lequel étoit venu M. le Comte Peroli ; ce
dernier lui donna la droite.
Ils furent dans le même ordre chez M. le Prin
ce de Lichtenſtein.
Ils monterent l'efcalier , fuivis des trois Majordomes
qui les avoient accompagnés : les
182 MERCURE DE FRANCE. 1
douze valets de pieds fuivoient fur deux files.
M. le Prince de Lichtenſtein étoit venu au-devant
d'eux, & avoit defcendu deux marches; il les conduifitjufques
à la chambre. MM . les Majordomest
refterent à la piéce la plus voisine de cette chambre
, où ils entrerent un moment après M. de
Palavicini & M. Peroli , à qui M. le Prince de
Lichtenſtein avoit fait partout les honneurs des
Portes.
On defcendit de chez M. le Prince , qui fit
toujours les honneurs à M. de Palavicini jufques
au bas de fon efcalier ; où étant arrivé , M. de
Palavicini lui fit les honneurs du caroffe , il y
monta , fe plaça feul dans le fond , M. de Pałavicini
fur le devant à droite , M. Peroli à gauche.
MM. les Majordomes firent également les
bonneurs des caroffes de l'Infant dans lesquels
ils étoient venus , aux huit Chambellans .
On fe mit en marche dans l'ordre fuivant :
Un Officier de l'Ecurie de l'Infant , & deur
Palfreniers à cheval.
Le caroffe de M. l'Introducteur , à fix chevaux ,
vuide.
Deux Suiffes , de M. le Prince de Lichtenſtein ,
à cheval.
24 Valets de pied.
6 Coureurs.
6 Heyducs.
12 Palfreniers , tenant chacun un cheval par la
bride.
9 Officiers , de la Maifon de M. le Prince , à
cheval.
Son Ecuyer.
& Pages, dont deux Hongrois, & fix Allemands
Quatre Gentilshommes.
Le caroffe de l'Infant , où étoit M. le Prince de
Lichtenſtein , M. de Palavicini & M. Peroli , 1 %
Valets de pied de l'Infant aux deux côtés.
OCTOBRE . 1760 . 184
Un grand caroffe d'entrée , à M. le Prince,
attelé à 8 chevaux.
Les trois caroffes de l'Infant , dont les Majordomes
faifoient les honneurs.
A une diſtance de 30 ou 40 pas , trois autres
carolles , à M. le Prince de Lichtenſtein , attelés à
huit chevaux .
Les rues étoient bordées , depuis l'Hôtel Palavicini
jufques au Palais , par les deux Bataillons du
Régiment de Parme habillés de neuf, à-peu-près
comme le Corps des Grenadiers de France
douze Compagnies de Grenadiers.
> &
Les Troupes préfentoient les armes , les tambours
rappelloient , & les Officiers ont falué du
chapeau .
La Garde du Palais étoit formée devant la
porte; elle préfentoit les armes ; les tambours rappelloient
, & les Officiers ont falué du chapeau.
12 Suifles des Portes étoient fous la voute de
l'entrée du Palais.
80 Hallebardiers de la Garde de S. A. R. bordoient
l'escalier fur deux files, depuis la premiere
marche juſques au pallier d'en- haut ; & les deux
portes qui donnent de ce pallier à l'appartement
de l'Infant & à celui de Madame Ifabelle , étoient
gardées par quatre de ces mêmes Hallebardiers ,
la hallebarde fur l'épaule.
M. Le Comte Rimbaldefi, Maître des Cérémonies,
vint recevoir M. le Prince au bas de l'efcalier
& marcha devant lui.
La Livrée de l'Infant précédoit fur deux files ;
celle de M. le Prince fuivoit ce Seigneur , qui mar
choit entre M. le Marquis Palavicini & l'Introducteur.
La Livrée de M. le Prince s'arrêta dans deur
anti-falles avec celle de l'Infant ; deux Suiffes de la
porte empêchoient celle des particuliers d'y entrer,
184 MERCURE DE FRANCE.
M. le Prince de Lichtenstein , toujours précédé
par le Maître des Cérémonies , & ayant M. de Pala
vicini à fa droite & l'Introducteur à ſa gauche, traverfa
la Salle des Gardes : les Gardes du Corps
étoient fous les armes. Le Capitaine des Gardes le
reçut à la porte de la Salle en dedans, prit la place
de M. l'Introducteur à côté de lui , & marcha
ainfi à toutes les Audiences. L'Introducteur s'étoit
avancé d'un pas , & marchoit à côté du Maître
des Cérémonies . M. le Prince étoit précédé par
les Officiers de fa Maiſon qui s'arrêterent dans la
prémiere antichambre après la Salle des Gardes ,
par les Pages qui s'arrêterent dans l'antichambre
après celle où étoient reftés les Officiers de fa
Maifon , & avant celle où étoient les Pages de
S. A. R. par fes quatre Gentilshommes qui entrerentjufques
dans la piéce du Sallon de l'Audience
de l'Infant ; & par les huit Chambellans de l'Empereur
qui les précédérent jufques aux pieds , da
Throne .
Toutes les Dames de la Nobleffe du Pays &
Etrangeres , s'étoient rendues le matin chez Madame
Ifabelle .
La Nobleffe de l'Etat , les Seigneurs les plus
diftingués d'Italie , & l'Infant , étoient placés autour
de fon thrône , & rempliffoient douze Piéces
que traverfa M. le Prince de Lichtenftein , depuis
celle où s'étoient arrêtés fes Pages juſques à la
porte de la Salle de l'Audience.
Certe Salle eft , très-vaffe , & avoit été richement
& galamment ornée ; le dais de l'Infant étoit au
fond , vis-à-vis de la porte , par où entra M. le
Prince de Lichtenftein .
Au moment où ce Seigneur parut dans la Salle,
S. A. R. fe leva du fauteuil , ou il étoit affis , falua
M. le Prince de Lichtenftein & remit fon chapeau.
M.le Prince fe couvrit , & expola l'objet de fa
million..
OCTOBRE. 1760. r&'s
M. le Comte de S. Vital fut envoyé , avec deux
Gentilshommes de la Chambre , & deux Majordomes
prendre Madame Infante Ifabelle dans fon
appartement. Elle entra dans la Salle d'audience
par une porte pratiquée à côté du dais, précédée des
perfonnes qui avoient été envoyées pour la chercher
, & fuivie par Madame de Gonzales , Madame
la Comteffe de Siffa , & cing Dames du Palais.
M. le Prince de Lichtenſtein s'adreſſant à Madame
Infante Ifabelle , lui répéta la demande qu'il
avoit faite à S. A. R. Madame fe tourna du côté de
l'Infant , comme pour lui demander fon approbation
; après quoi elle répondit à M. le Prince de
Lichtenſtein , & reçut de lui une Lettre de la main
de l'Archiduc , & le portrait de ce Prince ; enfuite
elle fe retira dans fon appartement.
L'Infant & M. le Prince de Lichtenstein resterent
découverts , tout le tems que Madame Infante
Ifabelle refta dans la Salle .
M. le Prince de Lichtenftein préfenta à l'Infant
Les huit Chambellans de l'Empereur.
M. le Prince de Lichtenſtein forrit de l'audience
de l'Infant dans le même ordre qu'il yétoit entré ,
& marcha dans ce même ordre à celle du Prince
Ferdinand ; le cérémonial y fut obfervé comme à
celle de l'Infant.
M. le Prince de Lichtenstein paffa de cette audience
à celle de Madame Infante Ifabelle. Tour y
fut obfervé comme aux précédentes, excepté que M.
le Prince ne fe couvrit qu'un moment , ôta fon chapeau
, & refta découvert julques à ce qu'il fortît.
Il paffa à l'Audience de Madame Louife où tout
fut exactement obfervé comme à celle de Madame
Infante Iíabelle.
Il fut conduit enfuite dans l'appartement qui
lui avoit été préparé à la Cour , par M. de Palavicini,
M. l'Introducteur & le Maître des Cérémo186
MERCURE DE FRANCE.
nies.Il y fut fuivi par quantité de Nobleſſe .
M. de Lichtenſtein arrivé dans cet appartement
, y fut vifité par un Gentilhomme de la
Chambre de la part dé l'Infant.
Un moment après , M. le Comte de S. Vital ,
fur auffi lui annoncer que S. A. R. le faifoit
traiter. Il lui préſenta en même- tems le Majordome
, le Comte de S. Vital , le Capitaine des
Gardes , le Gouverneur du Prince Ferdinand ,
des Gentilshommes de la Chambre , le Maître
des Cérémonies , l'Introducteur , quatre Chambellans
de l'Empereur , M. le Marquis Canoffa , &
quelques autres perfonnes de la Nobleſſe du Pays ,
& Allemande.
M. Le Prince fut fervi par les Officiers de l'Infant
, propofés pour fervir S. A. R. à table :
toutes les autres perfonnes furent fervies par la
livrée de S. A. R.
On ne s'étoit mis à table qu'après que l'Infant
eut dîné.
Après le repas , M. de Lichtenſtein paſſa chez
l'Infant lui faire une vifite , & en fortit un moment
après pour retourner dans ſon appartement,
où il reçut des vifites.
Afept heures & demie , on paffa au Théâtre
pour voir l'Opéra. L'Infant & Madame Ifabelle
furent , avec leur Cour , dans la grande loge du
milieu , appellée la loge de la Couronne. M. le
Prince de Lichtenſtein étoit , avec quelques Scigneurs
de fa fuite , dans celle qui eft la plus près
du Théâtre à droite.
Trois Majordomes avoient été chargés par
l'Infant , de faire les honneurs du Théâtre où
tout fe paffa dans le plus grand ordre.
Le parterre & les loges étoient remplis de
toute la Nobleffe du Pays , & Etrangeres , qui
avoient pu y contenir.
de M. le Prince de LICHTENSTEIN jufqu'au 4 .
M. le Prince de Lichtenſtein arriva à Parme le
1 Septembre ; auflitôt après , il fit informer M.
Dutillot , par un de fes Gentilshommes.
M. Dutillot fe tranfporta chez lui , & lui donna
l'heure que l'Infant avoit fixé pour fon audience
particuliere.
Cette audience fut le lendemain à midi & demi;
M.Dutillot alla prendre M. le Prince de Lichtenftein
au Palais Palavicini où il eſt logé , & l'amena
chez l'Infant , il le conduifit enfuite chez le Prince
Ferdinand , de là à l'appartement de Madame
Infante Ifabelle , où le trouva auffi Madame Louiſe ..
M.le Prince de Lichtenſtein, fut au fortir du Palais
, rendre la vifire à M. Dutillot ; fortit de chez
Ge Miniftre , & y revint dîner avec les Miniftres de
France , d'Espagne , de Turin , de Gènes & de
Malte ; M. le Comte de Neuilly , M le Bailli de
Breteuil , M. l'Abbé de Canillac & M. le Comte
de Mercy . Il amena avec lui les huit Chambellans
qui l'ont accompagné , & deux Officiers Majors..
OCTOBRE. 1760. 185
M. Dutillot avoit invité le Capitaine & le Major
des Gardes du Corps , le grand Ecuyer & le premier
Ecuyer de l'Infant , le Gouverneur du Frince
Ferdinand , des Gentilshommes de la Chambre ,
des Majordomes , des Dames du Palais , M. l'Evêque
de Plaifance , frere du feu Chancelier Criftiani
chargé par l'Infant , à caufe de la mort de
l'Evêque de Parme , de la cérémonie du mariage )
& quelques Perfonnes de la premiere Nobleffe du
Pays.
Après le dîner , M. de Lichtenftein retourna à
fon Hôtel , où il reçut des vifites .
Le troifiéme jour fixé pour l'Audience publique,
M. le Comte Peroli , Introducteur, partit du
Palais à onze heures & demie , dans un caroffe
de l'Infant attelé à huit chevaux ; ce caroffe étoit
précédé par un autre à fix chevaux ( vuide ) , &
fuivi par trois autres attelés à huit chevaux ; dans
chacun de ces caroffes , étoit un Majordome.
Un Officier de l'Ecurie étoit à cheval à la tête
de ce Cortége ; douze Valets de pied étoient fur
deux files aux deux côtés de la voiture de l'Infant
, où étoit M. l'Introducteur , trois derriere ce
carofie , & deux derriere chacun des autres .
Deux Palfreniers à cheval ſuivoient l'Officier
de l'Ecurie
M. le Comte Peroli fut dans cet ordre prendre
chez lui M. le Marquis Palavicini , premier Gentilhomme
de la Chambre , que l'Infant avoir
chargé de faire les honneurs à M. le Prince de
Lichtenſtein .
M. de Palavicini monta dans le même caroffe ,
dans lequel étoit venu M. le Comte Peroli ; ce
dernier lui donna la droite.
Ils furent dans le même ordre chez M. le Prin
ce de Lichtenſtein.
Ils monterent l'efcalier , fuivis des trois Majordomes
qui les avoient accompagnés : les
182 MERCURE DE FRANCE. 1
douze valets de pieds fuivoient fur deux files.
M. le Prince de Lichtenſtein étoit venu au-devant
d'eux, & avoit defcendu deux marches; il les conduifitjufques
à la chambre. MM . les Majordomest
refterent à la piéce la plus voisine de cette chambre
, où ils entrerent un moment après M. de
Palavicini & M. Peroli , à qui M. le Prince de
Lichtenſtein avoit fait partout les honneurs des
Portes.
On defcendit de chez M. le Prince , qui fit
toujours les honneurs à M. de Palavicini jufques
au bas de fon efcalier ; où étant arrivé , M. de
Palavicini lui fit les honneurs du caroffe , il y
monta , fe plaça feul dans le fond , M. de Pałavicini
fur le devant à droite , M. Peroli à gauche.
MM. les Majordomes firent également les
bonneurs des caroffes de l'Infant dans lesquels
ils étoient venus , aux huit Chambellans .
On fe mit en marche dans l'ordre fuivant :
Un Officier de l'Ecurie de l'Infant , & deur
Palfreniers à cheval.
Le caroffe de M. l'Introducteur , à fix chevaux ,
vuide.
Deux Suiffes , de M. le Prince de Lichtenſtein ,
à cheval.
24 Valets de pied.
6 Coureurs.
6 Heyducs.
12 Palfreniers , tenant chacun un cheval par la
bride.
9 Officiers , de la Maifon de M. le Prince , à
cheval.
Son Ecuyer.
& Pages, dont deux Hongrois, & fix Allemands
Quatre Gentilshommes.
Le caroffe de l'Infant , où étoit M. le Prince de
Lichtenſtein , M. de Palavicini & M. Peroli , 1 %
Valets de pied de l'Infant aux deux côtés.
OCTOBRE . 1760 . 184
Un grand caroffe d'entrée , à M. le Prince,
attelé à 8 chevaux.
Les trois caroffes de l'Infant , dont les Majordomes
faifoient les honneurs.
A une diſtance de 30 ou 40 pas , trois autres
carolles , à M. le Prince de Lichtenſtein , attelés à
huit chevaux .
Les rues étoient bordées , depuis l'Hôtel Palavicini
jufques au Palais , par les deux Bataillons du
Régiment de Parme habillés de neuf, à-peu-près
comme le Corps des Grenadiers de France
douze Compagnies de Grenadiers.
> &
Les Troupes préfentoient les armes , les tambours
rappelloient , & les Officiers ont falué du
chapeau .
La Garde du Palais étoit formée devant la
porte; elle préfentoit les armes ; les tambours rappelloient
, & les Officiers ont falué du chapeau.
12 Suifles des Portes étoient fous la voute de
l'entrée du Palais.
80 Hallebardiers de la Garde de S. A. R. bordoient
l'escalier fur deux files, depuis la premiere
marche juſques au pallier d'en- haut ; & les deux
portes qui donnent de ce pallier à l'appartement
de l'Infant & à celui de Madame Ifabelle , étoient
gardées par quatre de ces mêmes Hallebardiers ,
la hallebarde fur l'épaule.
M. Le Comte Rimbaldefi, Maître des Cérémonies,
vint recevoir M. le Prince au bas de l'efcalier
& marcha devant lui.
La Livrée de l'Infant précédoit fur deux files ;
celle de M. le Prince fuivoit ce Seigneur , qui mar
choit entre M. le Marquis Palavicini & l'Introducteur.
La Livrée de M. le Prince s'arrêta dans deur
anti-falles avec celle de l'Infant ; deux Suiffes de la
porte empêchoient celle des particuliers d'y entrer,
184 MERCURE DE FRANCE.
M. le Prince de Lichtenstein , toujours précédé
par le Maître des Cérémonies , & ayant M. de Pala
vicini à fa droite & l'Introducteur à ſa gauche, traverfa
la Salle des Gardes : les Gardes du Corps
étoient fous les armes. Le Capitaine des Gardes le
reçut à la porte de la Salle en dedans, prit la place
de M. l'Introducteur à côté de lui , & marcha
ainfi à toutes les Audiences. L'Introducteur s'étoit
avancé d'un pas , & marchoit à côté du Maître
des Cérémonies . M. le Prince étoit précédé par
les Officiers de fa Maiſon qui s'arrêterent dans la
prémiere antichambre après la Salle des Gardes ,
par les Pages qui s'arrêterent dans l'antichambre
après celle où étoient reftés les Officiers de fa
Maifon , & avant celle où étoient les Pages de
S. A. R. par fes quatre Gentilshommes qui entrerentjufques
dans la piéce du Sallon de l'Audience
de l'Infant ; & par les huit Chambellans de l'Empereur
qui les précédérent jufques aux pieds , da
Throne .
Toutes les Dames de la Nobleffe du Pays &
Etrangeres , s'étoient rendues le matin chez Madame
Ifabelle .
La Nobleffe de l'Etat , les Seigneurs les plus
diftingués d'Italie , & l'Infant , étoient placés autour
de fon thrône , & rempliffoient douze Piéces
que traverfa M. le Prince de Lichtenftein , depuis
celle où s'étoient arrêtés fes Pages juſques à la
porte de la Salle de l'Audience.
Certe Salle eft , très-vaffe , & avoit été richement
& galamment ornée ; le dais de l'Infant étoit au
fond , vis-à-vis de la porte , par où entra M. le
Prince de Lichtenftein .
Au moment où ce Seigneur parut dans la Salle,
S. A. R. fe leva du fauteuil , ou il étoit affis , falua
M. le Prince de Lichtenftein & remit fon chapeau.
M.le Prince fe couvrit , & expola l'objet de fa
million..
OCTOBRE. 1760. r&'s
M. le Comte de S. Vital fut envoyé , avec deux
Gentilshommes de la Chambre , & deux Majordomes
prendre Madame Infante Ifabelle dans fon
appartement. Elle entra dans la Salle d'audience
par une porte pratiquée à côté du dais, précédée des
perfonnes qui avoient été envoyées pour la chercher
, & fuivie par Madame de Gonzales , Madame
la Comteffe de Siffa , & cing Dames du Palais.
M. le Prince de Lichtenſtein s'adreſſant à Madame
Infante Ifabelle , lui répéta la demande qu'il
avoit faite à S. A. R. Madame fe tourna du côté de
l'Infant , comme pour lui demander fon approbation
; après quoi elle répondit à M. le Prince de
Lichtenſtein , & reçut de lui une Lettre de la main
de l'Archiduc , & le portrait de ce Prince ; enfuite
elle fe retira dans fon appartement.
L'Infant & M. le Prince de Lichtenstein resterent
découverts , tout le tems que Madame Infante
Ifabelle refta dans la Salle .
M. le Prince de Lichtenftein préfenta à l'Infant
Les huit Chambellans de l'Empereur.
M. le Prince de Lichtenſtein forrit de l'audience
de l'Infant dans le même ordre qu'il yétoit entré ,
& marcha dans ce même ordre à celle du Prince
Ferdinand ; le cérémonial y fut obfervé comme à
celle de l'Infant.
M. le Prince de Lichtenstein paffa de cette audience
à celle de Madame Infante Ifabelle. Tour y
fut obfervé comme aux précédentes, excepté que M.
le Prince ne fe couvrit qu'un moment , ôta fon chapeau
, & refta découvert julques à ce qu'il fortît.
Il paffa à l'Audience de Madame Louife où tout
fut exactement obfervé comme à celle de Madame
Infante Iíabelle.
Il fut conduit enfuite dans l'appartement qui
lui avoit été préparé à la Cour , par M. de Palavicini,
M. l'Introducteur & le Maître des Cérémo186
MERCURE DE FRANCE.
nies.Il y fut fuivi par quantité de Nobleſſe .
M. de Lichtenſtein arrivé dans cet appartement
, y fut vifité par un Gentilhomme de la
Chambre de la part dé l'Infant.
Un moment après , M. le Comte de S. Vital ,
fur auffi lui annoncer que S. A. R. le faifoit
traiter. Il lui préſenta en même- tems le Majordome
, le Comte de S. Vital , le Capitaine des
Gardes , le Gouverneur du Prince Ferdinand ,
des Gentilshommes de la Chambre , le Maître
des Cérémonies , l'Introducteur , quatre Chambellans
de l'Empereur , M. le Marquis Canoffa , &
quelques autres perfonnes de la Nobleſſe du Pays ,
& Allemande.
M. Le Prince fut fervi par les Officiers de l'Infant
, propofés pour fervir S. A. R. à table :
toutes les autres perfonnes furent fervies par la
livrée de S. A. R.
On ne s'étoit mis à table qu'après que l'Infant
eut dîné.
Après le repas , M. de Lichtenſtein paſſa chez
l'Infant lui faire une vifite , & en fortit un moment
après pour retourner dans ſon appartement,
où il reçut des vifites.
Afept heures & demie , on paffa au Théâtre
pour voir l'Opéra. L'Infant & Madame Ifabelle
furent , avec leur Cour , dans la grande loge du
milieu , appellée la loge de la Couronne. M. le
Prince de Lichtenſtein étoit , avec quelques Scigneurs
de fa fuite , dans celle qui eft la plus près
du Théâtre à droite.
Trois Majordomes avoient été chargés par
l'Infant , de faire les honneurs du Théâtre où
tout fe paffa dans le plus grand ordre.
Le parterre & les loges étoient remplis de
toute la Nobleffe du Pays , & Etrangeres , qui
avoient pu y contenir.
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Résumé : DÉTAIL de tout ce qui s'est passé depuis l'arrivée de M. le Prince de LICHTENSTEIN jusqu'au 4.
Le 1er septembre 1760, le Prince de Lichtenstein arriva à Parme et fut informé par M. Dutillot de l'heure de son audience privée avec l'Infant, fixée au lendemain à midi et demi. L'audience débuta au Palais Palavicini, où M. Dutillot accompagna le Prince de Lichtenstein chez l'Infant, puis chez le Prince Ferdinand, et enfin chez l'Infante Isabelle, en présence de Madame Louise. Après l'audience, le Prince de Lichtenstein rendit visite à M. Dutillot et dîna avec divers ministres, dont ceux de France, d'Espagne, de Turin, de Gênes et de Malte. Le troisième jour, pour l'audience publique, un cortège composé de plusieurs carrosses et de nombreux valets se rendit chez le Marquis Palavicini, premier Gentilhomme de la Chambre, qui fut chargé de faire les honneurs au Prince de Lichtenstein. Le cortège se dirigea ensuite vers l'hôtel du Prince de Lichtenstein, où il fut accueilli et conduit à l'intérieur. Le cortège, incluant le Prince de Lichtenstein, le Marquis Palavicini et l'Introducteur, se rendit au Palais de l'Infant. Les rues étaient bordées par des troupes en uniforme, et la garde du Palais était formée. À l'intérieur, le Prince de Lichtenstein traversa plusieurs salles ornées, où étaient présents la noblesse du pays et des étrangers. L'Infant se leva et salua le Prince, qui exposa l'objet de sa mission. Madame Infante Isabelle fut ensuite amenée dans la salle d'audience et reçut une lettre et un portrait de l'Archiduc. Le Prince de Lichtenstein présenta les Chambellans de l'Empereur à l'Infant et passa aux audiences du Prince Ferdinand et de Madame Infante Isabelle, suivant le même cérémonial. Il fut ensuite conduit dans son appartement à la Cour, où il reçut diverses visites de la noblesse. Après le dîner, le Prince de Lichtenstein rendit visite à l'Infant et retourna dans son appartement. En soirée, il se rendit au théâtre pour assister à l'opéra, où l'Infant et Madame Isabelle occupaient la loge royale, tandis que le Prince de Lichtenstein était dans une loge voisine.
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57
p. 51-53
RÉPONSE honnête d'un homme très honnête, aux procédés malhonnêtes d'une Dame plus malhonnête encore.
Début :
JE ne suis point étonné, Madame, du peu d'intérêt que vous prenez à votre [...]
Mots clefs :
Dames, Honnête, Procédés, Vertueux
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE honnête d'un homme très honnête, aux procédés malhonnêtes d'une Dame plus malhonnête encore.
RÉPONSE honnête d'un homme trèshonnête
, aux procédés malhonnêtes
d'une Dame plus malhonnête encore.
E ne fuis point étonné , Madame , du
peu d'intérêt que vous prenez à votre
parente il y a des coeurs qui ne font
point faits pour fentir la nature . Mais je
trouve bien fingulier que Mlle Javotte
manque à un homme que fes pareils
font accoutumés à reſpecter. Les bienféances
les plus communes ne permettent
pas qu'on ouvré la Lettre d'un
honnête homme , & qu'on la lui renvoye
avec cet air de mépris qui n'eſt
fait que pour ceux qui l'affectent. Je connois
une fille qui ne fait que laver les
plats à barbe de M. fon pere. Cette
fille ignore le ton du monde ; on le lui
pardonne : mais vous , Madame , mais
vous , qui avez de l'ufage , qui raffemblez
chez vous une cotterie brillante
, où l'on joue au tri au liard la
fiche ; vous qui avez vécu avec des
femmes de qualité auffi intimement
que votre femme de chambre vit avec
vous vous qui donnez en hyver des
,
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
bals bourgeois & très - bourgeois ; comment
avez-vous pû oublier les égards
que vous me devez ? Ah ! Madame
Mlle Jeannote , votre four connoît bien
mieux les règles de la civilité ! Si vous
aviez pû voir avec quelle grace elle me
faifoit la révérence ; comme elle étoit
attentive à prévenir mon coup de chapeau
: vous me diriez que c'eſt une fille
qui n'eft jamais fortie de fon village .
Eh ! Madame , tant mieux , elle en eft
plus honnête , & cela eft bien plus
éffentiel que d'être élégante. Ninette ſe
gâte à la Cour.
J'eftime mieux cette pauvre Jeannote ,
De fa famille honorable foutien ,
Qui va traînant les patins dans la crote ,
Simple en fes moeurs, modefte en fon maintien;
Qui n'a point d'art , & dont la main légère
Pétrit le pain qui nourrit fon vieux père ,
Conduit aux champs le veau qu'elle a févré ,
Tond les moutons , & coule dans l'argile
Ce lait fi doux qu'elle- même a tiré
Des pis preffés d'une vache fertile ;
Négligemment , le fein paré de fleurs ,
En tablier , en corfet , en cornette ,
De la nature emprunte fes couleurs .
Jeannote n'est qu'une fimple grifette ,
FEVRIER . 1763 . 53
Que votre orgueil regarde avec mépris ;
Des diamans ne chargent point fa tête ,
Et du carmin elle ignore le prix :
Mais j'aime mieux , quand fon ame' eft honnête
Grifette aux champs que bégueulle à Paris.
Il y a bien long-temps , Madame
que j'ai à me plaindre de vos mauvais
procédés , & je vous en aurois déja
marqué ma fenfibilité : mais je connois
les égards que l'on doit aux Dames.
Mon filence vous a prouvé combien
je fuis honnête je voudrois que cette
Lettre vous apprît la néceffité de le devenir.
Que Madame B... vous ferve
d'exemple ; & pour Dieu ne gâtez pas
Mademoiſelle votre four : elle eft trèsheureufement
née. Mais
Si l'exemple empoisonne un naturel heureux ,
A quoi fert le bonheur d'être né vertueux ? `
J'ai l'honneur d'être , & c.
, aux procédés malhonnêtes
d'une Dame plus malhonnête encore.
E ne fuis point étonné , Madame , du
peu d'intérêt que vous prenez à votre
parente il y a des coeurs qui ne font
point faits pour fentir la nature . Mais je
trouve bien fingulier que Mlle Javotte
manque à un homme que fes pareils
font accoutumés à reſpecter. Les bienféances
les plus communes ne permettent
pas qu'on ouvré la Lettre d'un
honnête homme , & qu'on la lui renvoye
avec cet air de mépris qui n'eſt
fait que pour ceux qui l'affectent. Je connois
une fille qui ne fait que laver les
plats à barbe de M. fon pere. Cette
fille ignore le ton du monde ; on le lui
pardonne : mais vous , Madame , mais
vous , qui avez de l'ufage , qui raffemblez
chez vous une cotterie brillante
, où l'on joue au tri au liard la
fiche ; vous qui avez vécu avec des
femmes de qualité auffi intimement
que votre femme de chambre vit avec
vous vous qui donnez en hyver des
,
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
bals bourgeois & très - bourgeois ; comment
avez-vous pû oublier les égards
que vous me devez ? Ah ! Madame
Mlle Jeannote , votre four connoît bien
mieux les règles de la civilité ! Si vous
aviez pû voir avec quelle grace elle me
faifoit la révérence ; comme elle étoit
attentive à prévenir mon coup de chapeau
: vous me diriez que c'eſt une fille
qui n'eft jamais fortie de fon village .
Eh ! Madame , tant mieux , elle en eft
plus honnête , & cela eft bien plus
éffentiel que d'être élégante. Ninette ſe
gâte à la Cour.
J'eftime mieux cette pauvre Jeannote ,
De fa famille honorable foutien ,
Qui va traînant les patins dans la crote ,
Simple en fes moeurs, modefte en fon maintien;
Qui n'a point d'art , & dont la main légère
Pétrit le pain qui nourrit fon vieux père ,
Conduit aux champs le veau qu'elle a févré ,
Tond les moutons , & coule dans l'argile
Ce lait fi doux qu'elle- même a tiré
Des pis preffés d'une vache fertile ;
Négligemment , le fein paré de fleurs ,
En tablier , en corfet , en cornette ,
De la nature emprunte fes couleurs .
Jeannote n'est qu'une fimple grifette ,
FEVRIER . 1763 . 53
Que votre orgueil regarde avec mépris ;
Des diamans ne chargent point fa tête ,
Et du carmin elle ignore le prix :
Mais j'aime mieux , quand fon ame' eft honnête
Grifette aux champs que bégueulle à Paris.
Il y a bien long-temps , Madame
que j'ai à me plaindre de vos mauvais
procédés , & je vous en aurois déja
marqué ma fenfibilité : mais je connois
les égards que l'on doit aux Dames.
Mon filence vous a prouvé combien
je fuis honnête je voudrois que cette
Lettre vous apprît la néceffité de le devenir.
Que Madame B... vous ferve
d'exemple ; & pour Dieu ne gâtez pas
Mademoiſelle votre four : elle eft trèsheureufement
née. Mais
Si l'exemple empoisonne un naturel heureux ,
A quoi fert le bonheur d'être né vertueux ? `
J'ai l'honneur d'être , & c.
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Résumé : RÉPONSE honnête d'un homme très honnête, aux procédés malhonnêtes d'une Dame plus malhonnête encore.
L'auteur d'une lettre reproche à une dame son indifférence envers une parente et son comportement malhonnête envers Mlle Javotte, une jeune fille respectueuse. Il compare Mlle Javotte à Jeannote, qui incarne l'honnêteté et la simplicité, qualités que la dame semble manquer malgré son éducation et ses fréquentations. Jeannote, menant une vie modeste et laborieuse, contraste avec l'hypocrisie de la cour. L'auteur encourage la dame à adopter une conduite plus honnête, en prenant pour exemple Madame B..., et l'avertit de ne pas corrompre sa servante, Mademoiselle, qui est naturellement vertueuse.
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58
p. 62
VERS faits pour une Estampe du Médaillon de Mgr le Prince DE CONDÉ, envoyée chez plusieurs Dames.
Début :
SOIT qu'il combatte ou qu'il soupire, [...]
Mots clefs :
Médaillon, Estampe, Dames, Sort, Plaisir, Gloire, Amour
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texteReconnaissance textuelle : VERS faits pour une Estampe du Médaillon de Mgr le Prince DE CONDÉ, envoyée chez plusieurs Dames.
VERS faits pour une Eftampe du
Médaillon de Mgr le Prince DE
CONDÉ , envoyée chez plufieurs
Dames.
Soir qu'il combatte on qu'il ſoupire ,
Il eſt également heureux :
Le Sort s'empreffe à lui fourire ,
Le Plaifir à combler fes voeux.
1
Sa voix foumet les plus cruelles ,
La Gloire fuit fes étendarts :
Il est l'Amour auprès des Belles ,
Dans fon camp il eft le Dieu Mars.
Par l'Auteur des Versprécédens.
Médaillon de Mgr le Prince DE
CONDÉ , envoyée chez plufieurs
Dames.
Soir qu'il combatte on qu'il ſoupire ,
Il eſt également heureux :
Le Sort s'empreffe à lui fourire ,
Le Plaifir à combler fes voeux.
1
Sa voix foumet les plus cruelles ,
La Gloire fuit fes étendarts :
Il est l'Amour auprès des Belles ,
Dans fon camp il eft le Dieu Mars.
Par l'Auteur des Versprécédens.
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59
p. 175-183
A la ROCHELLE, le 7 Juillet 1763.
Début :
J'ESPÉRE, Monsieur, que notre éloignement de la Capitale ne vous préviendra [...]
Mots clefs :
Dames, Pieds, Loges, Salle, Intendant, Amour, Peuple, Fêtes publiques, Citoyens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A la ROCHELLE, le 7 Juillet 1763.
A la ROCHELLE le Juillet 1763.
J'ESPÉRE , Monfieur , que notre
éloignement de la Capitale ne vous préviendra
pas contre la vérité du récit que
j'ai l'honneur de vous adreffer. Vous
reconnoîtrez à mon ftyle que je n'ai pas
cherché à en orner les traits ; mais fi je
réuffis à en rendre le tableau parlant ,
vous conviendrez que tous les exemples
de magnificence & de bon goût , font
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
effacés par les Fêtes que viennent de
donner M. P'Intendant & Mde l'Intendan
te de cette Province. Les perfonnes de
qualité qui y ont affifté , ont partagé l'étonnement
& l'admiration des Citoyens.
L'amour de tous les Ordres de la Ville
pour un Magiftrat moins connu par fon
autorité que par fes bienfaits , afuppléé à
l'infuffifance de l'induftrie & à la rareté
des Artifans. Les préparatifs ont même
été précipités par l'arrivée de Meſdames
les Comteffe de Sene&terre & Marquife
de Villeroi que M. le Maréchal de Senecterre
notre Gouverneur avoit invitées
aux Réjouiffances publiques dont elles
ont fait le premier ornement.
La Paix fut publiée les 1 & 2 de
ce mois par tous les Corps , avec les
acclamations d'un Peuple paffionné
pour fon Roi & pour celui qui en repréfente
fi dignement la Bonté & la
Majefté. Le Te Deum fut chanté le 3 avec
toute la Pompe qui pouvoit rendre cette
Cérémonie plus augufte : M. le Gouverneur
, Mefdames de Sene&terre & de
Villeroi, M. l'Intendant & Mde l'Intendante,
l'Etat Militaire , les Compagnies & la
plupart des Citoyens y affifterent. Il y
eut le même jour fur la Place Royale un
AOUST. 1763: 177
feu de joie , une illumination en Amphithéâtre
, deux fontaines de vin qui
coulerent toute la nuit , féparées par une
eftrade garnie de Muficiens , & un concours
fi prodigieux de Peuple , que la
vafte étendue de la Place pouvoit à
peine le contenir. Les Dames placées
fur les balcons des Maifons qui l'entourent
ne quitterent ce Spectacle fingulier
que pour jouir des illuminations qui
éclairoient les rues. On admira furtout
celles du Gouvernement , de l'Intendance
& de l'Hôtel-de-Ville.
Le lendemain , M. le Maréchal , Mefdames
de Senecterre & de Villeroi ,
fuivies de plus de cent foixante Dames
parées , & de cinq cens Cavaliers , tant
Militaires que Citoyens & Etrangers , fe
rendirent à l'Intendance à cinq heures
du foir. M. & Madame Rouillé les reçurent
dans un fallon orné de glaces &
très - éclairé.
Ce fallon de Compagnie communique
par trois grandes croifées de plein pied
dans un Jardin de quatre - vingt pieds
de longueur & de cinquante pieds de
largeur , plus bas environ de quatre
pieds que le fallon & renfermé par les
Bâtimens de l'Hôtel , qu'on avoit deſti-
Hv
178 MERCURE DE FRANCE:
né à la conftruction d'une falle de Spectacle.
Ce terrein étoit couvert par de
fortes toiles à voiles , fufpendues par
une mâture auffi folide que hardie , &
difpofées de manière que l'air rafraîchît
la falle , fans que la pluye pût y pénétrer.
Le plafond du milieu à la hauteur
de vingt-quatre pieds étoit formé par
des pavillons de couleurs bleues & jaucelui
des loges étoit mêlangé de
blanc & de rouge.
On voyoit dans l'enfoncement une
toile décorée des chiffres de M. le Ma
réchal , de Madame de Seneterre & de
Madame de Villeroi , enlacés & déffinés
en Fleurs ; l'Orcheftre & le Parterre
bordés de dix grandes Loges paffantes
occupoient le terrein entre la toile
& la fortie du fallon : un treillage de
verdure naturelle en forme de tapis
à la hauteur d'appui , fervoit de parement
aux loges au pied & en dehors
de ce treillage étoit pratiqué un
Amphitéâtre à deux rangs de fiéges ,
qui partageoit la diftance du Parterre
au niveau des Loges. Dix colonnes
torfes , ornées de guirlandes de fleurs
naturelles fortoient du treillage &
marquoient la coupure des loges ceinAOUST.
1763. 179
, trées en haut en forme d'Archivolte
& du milieu des clefs defcendoient les
luftres fufpendus par des guirlandes en
draperie. Chaque colonne étoit éclairée
par un bras à trois bougies ; trois
grands luftres à diftance égale tomboient
du plafond du milieu. Les bras & les
luftres étoient travaillés en fleurs afforties.
Auffi - tôt que les Dames furent placées
on leva la toile & le Temple
de l'Amour fe préfenta avec tout le
brillant de la plus élégante décoration .
On commença par une Comédie en
Vers & un Acte Intitulée Amour fans
Amour : un Citoyen diftingue par fon
efprit & par fes talens , joua le premier
Rôle ; mais l'Acteur trahit l'Auteur
& fa modeftie ne put échaper
aux applaudiffements réunis. Cette Piéce
fut fuivie de l'Opéra des Graces en
un Аđe , dont les paroles & la Mufique
charmantes firent ailément reconnoftre
la même main qui avoit deffiné
leur Temple : deux ballets brillants où
la galanterie & l'éclat des habits répondolent
à l'élégance de réxécution foutenne
par plus de trente Muficiens
d'orchestre tous amateurs , ouvrirent&
fermierent ce fecond Spectacle.
Y
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
Les Dames fuivirent Meſdames: de
Seneterre & de Villeroi & montérent
dans les Piéces préparées pour le foupé :
tout le plein-pied de l'Hôtel étoit couvert
de tables garnies avec une profufion
qui fembloit devoir en exclure
la délicateffe , mais qui ne la rendit
que plus furprenante. M. le Maréchal
qui fait fi bien tempérer l'éclat de
fon rang par la gayeté & la galanterie,
refufa de fe placer à la première table ;
il en fit le tour & parut à toutes les
autres pour y répandre les traits de fa
bonté& de fa politeffe: les Cavaliers fervoient
les Dames & trouvoient pour
eux , fur des Buffets dreffés dans les
angles de chaque Salle , des mets fervis
avec autant d'ordre & d'abondance
que les tables mêmes.
On avoit continué la gallerie dans
tout le contour du Jardin & pratiqué dans
les côtés & le derrière du Théâtre , dix
Loges de la dimenfion & du goût de
celles qui bordoient l'Orcheſtre & le
Parterre ; de façon qu'en faifant difparoître
les décorations du Théâtre &
en élevant le Parterre le même terrein
ne devoit plus préfenter qu'une Salle
de Bal entourée de Berceaux de verdure
de fept pieds de profondeur & deAOUST.
1763.
181
treize pieds de largeur , ornés dans leurs
fonds , de glaces d'une coupe égale &
de la plus exacte correfpondance , &
foutenus & partagés par vingt Colonnes
torfes ornées de guirlandes de fleurs.
Il ne fallut pas une heure au Machinifte
pour l'éxécution de ce changement.
Les Dames rentrérent après foupé
dans cette Salle enchantée , par le même
fallon de Compagnie où elles avoient
été reçues, & qui en devenoit le veftibule.
Leur furprife paffa l'efpérance du
Machinifte ; la perſpective avoit été fi
adroitement ménagée , par les rapports
des glaces qui couvroient les fonds de
la gallerie avec celles du fallon , que l'oeil
ne trouvoit plus de bornes & fe perdoit
dans la répétition des objets : on avoit
ménagé dans l'enfoncement un Amphitéâtre
rempli de Muficiens en domino .
Les Dames qui ne vouloient pas danfer
bordoient la gallerie , les autres fe
rangerent autour de la banquette audeffous
des premières. Cette ordonnance
qui fembloit l'effet du hafard , cinq cens
Cavaliers répandus dans la falle , douze
cercles de contredanfes formés à la fois
préfentoient le plus riche tableau.
Mefdames de Seneterre & de Ville182
MERCURE DE FRANCE .
roi ouvrirent le Bal par deux menuéts
avec M. l'Intendant. On danfa jufqu'à
cinq heures du matin ; & il ne fallut pas
moins que l'inquiétude fur la fanté de
M. l'Intendant & Madame l'Intendante
pour arracher les Conviés de ce féjour
délicieux .
On crut que M. & Madame Rouillé
avoient épuifé pendant douze heures
que dura la Fête , la politeffe , l'aménité
& l'attention qui les rendent fi chers à
la Ville ; il manquoit à leur gloire un
trait d'affabilité & de bonté qui prolongeât
les plaifirs & les fit partager au
Peuple. Les Portes de l'Intendance s'ouvrirent
à neuf heures du matin , & on
laiffa entrer tout le monde fans diftinction
dans cette Salle merveilleufe. On
y trouva des violons , & Mefdames
Rouillé, de Sene &terre & de Villeroi nè
dédaignerent pas d'y paffer une partie
de l'après- midi & d'y danfer. L'affluence
du Peuple fut fi grande , qu'il paffa dans
La Salle , ce jour- là , plus de dix mille
perfonnes,
Le lendemain , la Troupe des Comédiens
joua gratis au Théâtre public , &
la Salle de l'Intendance n'en fut pas
moins livrée à la cutiofité du Public.
Je fuis trop bon Citoyen , Monfieur ,
AOUST. 1763: 183
pour ne pas defirer ardemment que cette
Defcription foit inférée dans le prochain
Mercure , fi vous croyez qu'elle réponde
à l'idée qu'on doit fe faire d'une Fête
auffi magnifique. Je fuis charmé que
cette occafion me procure l'avantage de
vous affurer des fentimens avec lefquels
j'ai l'honneur d'être , & c .
C. DENIS .
J'ESPÉRE , Monfieur , que notre
éloignement de la Capitale ne vous préviendra
pas contre la vérité du récit que
j'ai l'honneur de vous adreffer. Vous
reconnoîtrez à mon ftyle que je n'ai pas
cherché à en orner les traits ; mais fi je
réuffis à en rendre le tableau parlant ,
vous conviendrez que tous les exemples
de magnificence & de bon goût , font
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
effacés par les Fêtes que viennent de
donner M. P'Intendant & Mde l'Intendan
te de cette Province. Les perfonnes de
qualité qui y ont affifté , ont partagé l'étonnement
& l'admiration des Citoyens.
L'amour de tous les Ordres de la Ville
pour un Magiftrat moins connu par fon
autorité que par fes bienfaits , afuppléé à
l'infuffifance de l'induftrie & à la rareté
des Artifans. Les préparatifs ont même
été précipités par l'arrivée de Meſdames
les Comteffe de Sene&terre & Marquife
de Villeroi que M. le Maréchal de Senecterre
notre Gouverneur avoit invitées
aux Réjouiffances publiques dont elles
ont fait le premier ornement.
La Paix fut publiée les 1 & 2 de
ce mois par tous les Corps , avec les
acclamations d'un Peuple paffionné
pour fon Roi & pour celui qui en repréfente
fi dignement la Bonté & la
Majefté. Le Te Deum fut chanté le 3 avec
toute la Pompe qui pouvoit rendre cette
Cérémonie plus augufte : M. le Gouverneur
, Mefdames de Sene&terre & de
Villeroi, M. l'Intendant & Mde l'Intendante,
l'Etat Militaire , les Compagnies & la
plupart des Citoyens y affifterent. Il y
eut le même jour fur la Place Royale un
AOUST. 1763: 177
feu de joie , une illumination en Amphithéâtre
, deux fontaines de vin qui
coulerent toute la nuit , féparées par une
eftrade garnie de Muficiens , & un concours
fi prodigieux de Peuple , que la
vafte étendue de la Place pouvoit à
peine le contenir. Les Dames placées
fur les balcons des Maifons qui l'entourent
ne quitterent ce Spectacle fingulier
que pour jouir des illuminations qui
éclairoient les rues. On admira furtout
celles du Gouvernement , de l'Intendance
& de l'Hôtel-de-Ville.
Le lendemain , M. le Maréchal , Mefdames
de Senecterre & de Villeroi ,
fuivies de plus de cent foixante Dames
parées , & de cinq cens Cavaliers , tant
Militaires que Citoyens & Etrangers , fe
rendirent à l'Intendance à cinq heures
du foir. M. & Madame Rouillé les reçurent
dans un fallon orné de glaces &
très - éclairé.
Ce fallon de Compagnie communique
par trois grandes croifées de plein pied
dans un Jardin de quatre - vingt pieds
de longueur & de cinquante pieds de
largeur , plus bas environ de quatre
pieds que le fallon & renfermé par les
Bâtimens de l'Hôtel , qu'on avoit deſti-
Hv
178 MERCURE DE FRANCE:
né à la conftruction d'une falle de Spectacle.
Ce terrein étoit couvert par de
fortes toiles à voiles , fufpendues par
une mâture auffi folide que hardie , &
difpofées de manière que l'air rafraîchît
la falle , fans que la pluye pût y pénétrer.
Le plafond du milieu à la hauteur
de vingt-quatre pieds étoit formé par
des pavillons de couleurs bleues & jaucelui
des loges étoit mêlangé de
blanc & de rouge.
On voyoit dans l'enfoncement une
toile décorée des chiffres de M. le Ma
réchal , de Madame de Seneterre & de
Madame de Villeroi , enlacés & déffinés
en Fleurs ; l'Orcheftre & le Parterre
bordés de dix grandes Loges paffantes
occupoient le terrein entre la toile
& la fortie du fallon : un treillage de
verdure naturelle en forme de tapis
à la hauteur d'appui , fervoit de parement
aux loges au pied & en dehors
de ce treillage étoit pratiqué un
Amphitéâtre à deux rangs de fiéges ,
qui partageoit la diftance du Parterre
au niveau des Loges. Dix colonnes
torfes , ornées de guirlandes de fleurs
naturelles fortoient du treillage &
marquoient la coupure des loges ceinAOUST.
1763. 179
, trées en haut en forme d'Archivolte
& du milieu des clefs defcendoient les
luftres fufpendus par des guirlandes en
draperie. Chaque colonne étoit éclairée
par un bras à trois bougies ; trois
grands luftres à diftance égale tomboient
du plafond du milieu. Les bras & les
luftres étoient travaillés en fleurs afforties.
Auffi - tôt que les Dames furent placées
on leva la toile & le Temple
de l'Amour fe préfenta avec tout le
brillant de la plus élégante décoration .
On commença par une Comédie en
Vers & un Acte Intitulée Amour fans
Amour : un Citoyen diftingue par fon
efprit & par fes talens , joua le premier
Rôle ; mais l'Acteur trahit l'Auteur
& fa modeftie ne put échaper
aux applaudiffements réunis. Cette Piéce
fut fuivie de l'Opéra des Graces en
un Аđe , dont les paroles & la Mufique
charmantes firent ailément reconnoftre
la même main qui avoit deffiné
leur Temple : deux ballets brillants où
la galanterie & l'éclat des habits répondolent
à l'élégance de réxécution foutenne
par plus de trente Muficiens
d'orchestre tous amateurs , ouvrirent&
fermierent ce fecond Spectacle.
Y
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
Les Dames fuivirent Meſdames: de
Seneterre & de Villeroi & montérent
dans les Piéces préparées pour le foupé :
tout le plein-pied de l'Hôtel étoit couvert
de tables garnies avec une profufion
qui fembloit devoir en exclure
la délicateffe , mais qui ne la rendit
que plus furprenante. M. le Maréchal
qui fait fi bien tempérer l'éclat de
fon rang par la gayeté & la galanterie,
refufa de fe placer à la première table ;
il en fit le tour & parut à toutes les
autres pour y répandre les traits de fa
bonté& de fa politeffe: les Cavaliers fervoient
les Dames & trouvoient pour
eux , fur des Buffets dreffés dans les
angles de chaque Salle , des mets fervis
avec autant d'ordre & d'abondance
que les tables mêmes.
On avoit continué la gallerie dans
tout le contour du Jardin & pratiqué dans
les côtés & le derrière du Théâtre , dix
Loges de la dimenfion & du goût de
celles qui bordoient l'Orcheſtre & le
Parterre ; de façon qu'en faifant difparoître
les décorations du Théâtre &
en élevant le Parterre le même terrein
ne devoit plus préfenter qu'une Salle
de Bal entourée de Berceaux de verdure
de fept pieds de profondeur & deAOUST.
1763.
181
treize pieds de largeur , ornés dans leurs
fonds , de glaces d'une coupe égale &
de la plus exacte correfpondance , &
foutenus & partagés par vingt Colonnes
torfes ornées de guirlandes de fleurs.
Il ne fallut pas une heure au Machinifte
pour l'éxécution de ce changement.
Les Dames rentrérent après foupé
dans cette Salle enchantée , par le même
fallon de Compagnie où elles avoient
été reçues, & qui en devenoit le veftibule.
Leur furprife paffa l'efpérance du
Machinifte ; la perſpective avoit été fi
adroitement ménagée , par les rapports
des glaces qui couvroient les fonds de
la gallerie avec celles du fallon , que l'oeil
ne trouvoit plus de bornes & fe perdoit
dans la répétition des objets : on avoit
ménagé dans l'enfoncement un Amphitéâtre
rempli de Muficiens en domino .
Les Dames qui ne vouloient pas danfer
bordoient la gallerie , les autres fe
rangerent autour de la banquette audeffous
des premières. Cette ordonnance
qui fembloit l'effet du hafard , cinq cens
Cavaliers répandus dans la falle , douze
cercles de contredanfes formés à la fois
préfentoient le plus riche tableau.
Mefdames de Seneterre & de Ville182
MERCURE DE FRANCE .
roi ouvrirent le Bal par deux menuéts
avec M. l'Intendant. On danfa jufqu'à
cinq heures du matin ; & il ne fallut pas
moins que l'inquiétude fur la fanté de
M. l'Intendant & Madame l'Intendante
pour arracher les Conviés de ce féjour
délicieux .
On crut que M. & Madame Rouillé
avoient épuifé pendant douze heures
que dura la Fête , la politeffe , l'aménité
& l'attention qui les rendent fi chers à
la Ville ; il manquoit à leur gloire un
trait d'affabilité & de bonté qui prolongeât
les plaifirs & les fit partager au
Peuple. Les Portes de l'Intendance s'ouvrirent
à neuf heures du matin , & on
laiffa entrer tout le monde fans diftinction
dans cette Salle merveilleufe. On
y trouva des violons , & Mefdames
Rouillé, de Sene &terre & de Villeroi nè
dédaignerent pas d'y paffer une partie
de l'après- midi & d'y danfer. L'affluence
du Peuple fut fi grande , qu'il paffa dans
La Salle , ce jour- là , plus de dix mille
perfonnes,
Le lendemain , la Troupe des Comédiens
joua gratis au Théâtre public , &
la Salle de l'Intendance n'en fut pas
moins livrée à la cutiofité du Public.
Je fuis trop bon Citoyen , Monfieur ,
AOUST. 1763: 183
pour ne pas defirer ardemment que cette
Defcription foit inférée dans le prochain
Mercure , fi vous croyez qu'elle réponde
à l'idée qu'on doit fe faire d'une Fête
auffi magnifique. Je fuis charmé que
cette occafion me procure l'avantage de
vous affurer des fentimens avec lefquels
j'ai l'honneur d'être , & c .
C. DENIS .
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Résumé : A la ROCHELLE, le 7 Juillet 1763.
En juillet 1763, à La Rochelle, des festivités ont été organisées par Monsieur et Madame l'Intendant de la province, suscitant l'admiration des notables et des citoyens. L'affection des habitants pour le magistrat a compensé les limitations locales en matière d'industrie et de main-d'œuvre artisanale. Les préparatifs ont été accélérés par l'arrivée des comtesses de Sene&terre et de Villeroi, invitées par le maréchal de Senecterre, gouverneur de la ville. La proclamation de la paix a eu lieu les 1 et 2 juillet par divers corps, suivie d'acclamations en l'honneur du roi et de son représentant. Le 3 juillet, un Te Deum solennel a été célébré en présence du gouverneur, des comtesses, de l'intendant et de nombreux citoyens. Sur la place Royale, un feu de joie, une illumination en amphithéâtre et deux fontaines de vin ont attiré une grande foule. Les dames, installées sur les balcons, ont admiré les illuminations des bâtiments officiels. Le lendemain, le maréchal, les comtesses et leur suite se sont rendus à l'intendance, où ils ont été reçus dans un salon orné de glaces et éclairé, communiquant avec un jardin transformé en salle de spectacle. Ce jardin, couvert de toiles et éclairé par des lustres, présentait des pavillons bleus et jaunes et des loges ornées de verdure. Une pièce de théâtre et un opéra ont été joués, suivis de ballets. Un souper somptueux a suivi les spectacles. En août 1763, une autre fête somptueuse a été organisée. Le théâtre a été transformé en salle de bal avec des berceaux de verdure et des colonnes torses décorées de guirlandes de fleurs. Les dames ont été surprises par la métamorphose et accueillies par la même compagnie servant de vestibule. La soirée a commencé par des menuets exécutés par Mesdames de Seneterre et de Villeroi avec Monsieur l'Intendant. La fête a duré jusqu'à cinq heures du matin. Le lendemain, les portes de l'Intendance se sont ouvertes pour le peuple, permettant à plus de dix mille personnes de profiter de la salle et de la musique. La troupe des comédiens a également joué gratuitement au théâtre public.
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60
p. 12-19
LE TÉLÉMAQUE, POÉME.
Début :
CHANT PREMIER. I. JE chante les glorieuses avantures du fils [...]
Mots clefs :
Divin, Gloire, Aventures, Conseils, Génie, Ouvrage, Hardiesse, Dames, Renommée, Hardiesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE TÉLÉMAQUE, POÉME.
LE TÉLÉMAQUE , POÉME.
CHANT PREMIER.
1.
JE chante les glorieufes avantures du
fils d'Ulyffe . On verra dans mon Poëme
comme il erra longtemps fur la tèrre
& fur la mer ; comme il paffa le noir
Achéron pour aller chercher fon père
aux Enfers. Je raconterai les plaifirs &
les peines de fes jeunes amours , fes
guerres fameufes & fes éclatantes victoires
qui porterent la réputation de fa
fageffe & de fa valeur jufques dans les
climats les plus éloignés .
I I.
Je ferai connoître les fages confeils
& les tendres foins de Minerve qui defcendit
des Cieux pour accompagner
Télémaque fous la figure de Mentor. Je
dirai comme elle fut fon guide au milieu
des périls où l'expofoit la jeuneffe,
fon foutien dans les grandes chofes qu'il
entreprit ; & comme elle forma fon efprit
& fon coeur au grand art de régner.
III.
Sublime & beau génie * qui le premier
entras dans la carrière où j'ofe
marcher fur tes traces , & qui , fi j'en
* M. de Fenelon , Archevêque de Cambrai .
SEPTEMBRE. 1763. 13
IL TELEMACO.
CANTO PRIMO.
I.
CANTO l'alte vicende , ei lunghi errori
Del Figluolo d'Uliffe in terra , e in mare ,
Comefin d'Acheronte i trifti umori
Ardi , cercando il Genitor , varcare .
Dirò gli sdegni , e i giovanili amori ,
Le illuftri guerre , e le felici , e rare
Vittorie , ond' ei per ogni eſtranio lide
Portò di fenno , e di valore il grido.
II.
Eil bel configlio , e la pietoſa cura
De la fagace dea farò paleſe ,
Che di Mentore preſa la figura
Al fianco di Telemaco difcefe ;
Etra i perigli de l'età immatura
Gli fù guida , e foftegno à l'ardue impreſſe,
El' docil cuore, & il fecondo ingegno
Ne la grand arte ammaeſtrò del Regno,
III.
Spirto altero e gentil , che l'orme prime
Segnafti in terra del cammin che'i' prendo ,
Ed or fovra del Ciel doggi fublime ,
14 MERCURE DE FRANCE.
re- crois mon espérance & tes vertus
poſes maintenant au plus haut des cieux;
pendant que je mets en vers ton Ouvrage
, & que par là je te prouve & à ta
Nation mon admiration & mon amour,
pardonne ma hardieffe , accorde- moi ta
faveur , & obtiens- moi celle des autres .
IV.
Tu es mon guide , mon appui , & la
Mufe que j'invoque . Le travail eft immenfe;
mes forces font foibles , & mes
talens ne répondent pas à mon zéle.
Seconde donc mes voeux , conduis- moi ,
fortifie-moi. Que ton feu divin m'éclaire
& m'enflamme. Ta gloire y eft inréreffée
auffi bien que la mienne.
V.
Si quelqu'un me blâme de ne travailler
que d'après autrui , qu'il penfe
qu'on loue le fculpteur , foit qu'il imite
, foit qu'il invente . Mais comme ce
n'eft pas l'amour feul de la gloire qui
m'anime , la crainte du blâme ne m'arrêtera
pas non plus. Et au refte qui eft
le maître de ma volonté ? Ne fuis- je pas
né libre ? Je ferai affez content , fi j'ai
le bonheur de plaire au GRAND
LOUIS.
V I.
J'aime l'Italie , fes belles Dames , fes
SEPTEMBRE. 1763. IS
Se ben mia fpeme è tua virtude intendo .
Mentr'io ritraggo i tuoi diſegni in rime ,
Eà te qual pollo , e à la tua Gente rendo
Studio ed amor , ah tu l'ardir perdona !
L'altru m'impetra , e ' l tuo favor mi dona.
IV.
Tu'l duca mio , tu la fedel mia ſcorta ,
Tu la mia Mula , che pregando invoco.
Lunga fatica , & pazientia corta ,
Molta la voglia , ed il potere è poco,
Deh ſeconda i miei voti , e mi conforta
A l'uopo , ereggi e col divin tuo fuoco
L'intelletto riſchiara , infiamma il core
Siccome in opra di comune onore.
V.
Che s ' altri mi dileggia , o mi riprende
Perche lavor non mio ricompor tenti ,
Penti che lode a lo fcultor fi rende ,
Ofe le forme imiti o fe le inventi..
Ne amor i gloria , ne timor m'offende
Di biafmo altrui . Checerco altri argomenti ?
Chi può ful voler mio ? Libero nacqui.
Epiacqui affai fe al GRAN LUIGI piacqui.
$
Amo l'Italia , e ftimo i dotti amici
Le ornate done , i Cavalieri egregis
16 MERCURE DE FRANCE.
aimables Cavaliers , & les hommes de
mérite que j'y ai pour amis. Mais le
plus grand prix de mes foibles vers leur
viendra de l'augufte Nom de LOUIS .
Heureux habitans des bords de la Seine,
à qui il eft permis de voir de près
un , Roi dont la Renommée remplit l'Univers
!
VIL
Sage & invincible Monarque , mes
yeux ne peuvent foutenir l'éclat de ta
grandeur & de ta gloire. Tous ceux qui
admirent ton courage dans la guerre &
ta fageffe dans la Paix , diront que Pallas
t'a donné la valeur & la prudence
du fils d'Ulyſſe.
VIII.
Ils diront que tu as recueilli le fruit
de ce Livre divin ; que les femences de
toutes les vertus qui y font répandues ,
ont germé dans ton fein ; que fi un
deftin cruel & prématuré enleva ton
augufte père & couvrit la France de
deuil , toutes fes fublimes qualités ont
paffé en toi avec fon fang & fes droits,
& que tu réunis tout ce que fon illuftre
Précepteur voulut mettre dans fon âme
tout ce qui peut faire un Roi puiffant
& heureux,
SEPTEMBRE.
17
1763. 1763.
Mà vien dal facro nome agl' infelici
Carmi , il tefor più grato , ond'io mifregi
Ed oh di fenna Abitator felici !
Che fia mirar da preſſo i fommi pregi
Se in ogni parte lo fplendor ne giunge ,
Che l'ampia terra o l'ampio mar diſgiunge !
VIN
Certo il mio faguardo infermo il huro raggio
Softener non poria di tua grandezza ;
Che non fu mai , Monarca invitto e faggio ,
Debil pupilla à tanto lume avvezza .
Mà chi la fapienza & il coraggio
Ammira in pace , & ne la guerra apprezza ,
Dirà che Palla à te diede il configlio ,
E'l militar valor d'Uliſſe il Figlio.
VIII.
Eche de l'aureo feme , onde il divino
Libro fù fparfo , in te s'accoglie il frutto 3
Efe tolle immaturo , e fier deftino
L'auguſto Padre , e pofe Francia in lutto ,
La fua virtu col fangue e col domino
In te difcefe , e in te fi compien tutto
Quell' eccelfo penfier , che à far poſſente
E Lieto un Ré , volle il Maeſtro in mente.
18 MERCURE DE FRANCE.
IX.
Tels font les motifs , GRAND Ror
qui m'ont infpiré la hardieffe de te préfenter
mes vers , & qui me font eſpérer
qu'ils ne feront pas indignes de trouver
grace devant tes yeux. Je fçais d'ailleurs
que les Mufes Italiennes ne font pas
un objet défagréable pour les Efprits
François . L'Ouvrage immortel d'après
lequel je travaille , m'attirera peut - être
tes regards. Si la ftatue que j'ofe t'offrir
eft nouvelle , le marbre eft antique.
SEPTEMBRE. 1763. 19
IX .
Qaefta è la fpeme , che nel tuo cofpetto
Move i miei verfi , e d'apparir ſa degni,
Ed il faper , che non ingrate obietto
Son l'Italiche Mufe ai Franchi ingeg i .
Forfe in mercè dell' immortal foggetto
Verrà che di tua grazia anco le degni.
Antico è il marmo e novo il fimolacro , >
SIGNOR , che al Real trono offro e confacro.
* L'Auteur de cette traduction en a vu une manufcrite
en vers latins, des premiers livres du Télémaque
François , qui com mençoit ainfi .
Telemaci errores varios , variofque labores
Etfidam errantis comitem cantare Minervam.
Aggredior.
Ce début eft d'une heureufe fimplicité.
CHANT PREMIER.
1.
JE chante les glorieufes avantures du
fils d'Ulyffe . On verra dans mon Poëme
comme il erra longtemps fur la tèrre
& fur la mer ; comme il paffa le noir
Achéron pour aller chercher fon père
aux Enfers. Je raconterai les plaifirs &
les peines de fes jeunes amours , fes
guerres fameufes & fes éclatantes victoires
qui porterent la réputation de fa
fageffe & de fa valeur jufques dans les
climats les plus éloignés .
I I.
Je ferai connoître les fages confeils
& les tendres foins de Minerve qui defcendit
des Cieux pour accompagner
Télémaque fous la figure de Mentor. Je
dirai comme elle fut fon guide au milieu
des périls où l'expofoit la jeuneffe,
fon foutien dans les grandes chofes qu'il
entreprit ; & comme elle forma fon efprit
& fon coeur au grand art de régner.
III.
Sublime & beau génie * qui le premier
entras dans la carrière où j'ofe
marcher fur tes traces , & qui , fi j'en
* M. de Fenelon , Archevêque de Cambrai .
SEPTEMBRE. 1763. 13
IL TELEMACO.
CANTO PRIMO.
I.
CANTO l'alte vicende , ei lunghi errori
Del Figluolo d'Uliffe in terra , e in mare ,
Comefin d'Acheronte i trifti umori
Ardi , cercando il Genitor , varcare .
Dirò gli sdegni , e i giovanili amori ,
Le illuftri guerre , e le felici , e rare
Vittorie , ond' ei per ogni eſtranio lide
Portò di fenno , e di valore il grido.
II.
Eil bel configlio , e la pietoſa cura
De la fagace dea farò paleſe ,
Che di Mentore preſa la figura
Al fianco di Telemaco difcefe ;
Etra i perigli de l'età immatura
Gli fù guida , e foftegno à l'ardue impreſſe,
El' docil cuore, & il fecondo ingegno
Ne la grand arte ammaeſtrò del Regno,
III.
Spirto altero e gentil , che l'orme prime
Segnafti in terra del cammin che'i' prendo ,
Ed or fovra del Ciel doggi fublime ,
14 MERCURE DE FRANCE.
re- crois mon espérance & tes vertus
poſes maintenant au plus haut des cieux;
pendant que je mets en vers ton Ouvrage
, & que par là je te prouve & à ta
Nation mon admiration & mon amour,
pardonne ma hardieffe , accorde- moi ta
faveur , & obtiens- moi celle des autres .
IV.
Tu es mon guide , mon appui , & la
Mufe que j'invoque . Le travail eft immenfe;
mes forces font foibles , & mes
talens ne répondent pas à mon zéle.
Seconde donc mes voeux , conduis- moi ,
fortifie-moi. Que ton feu divin m'éclaire
& m'enflamme. Ta gloire y eft inréreffée
auffi bien que la mienne.
V.
Si quelqu'un me blâme de ne travailler
que d'après autrui , qu'il penfe
qu'on loue le fculpteur , foit qu'il imite
, foit qu'il invente . Mais comme ce
n'eft pas l'amour feul de la gloire qui
m'anime , la crainte du blâme ne m'arrêtera
pas non plus. Et au refte qui eft
le maître de ma volonté ? Ne fuis- je pas
né libre ? Je ferai affez content , fi j'ai
le bonheur de plaire au GRAND
LOUIS.
V I.
J'aime l'Italie , fes belles Dames , fes
SEPTEMBRE. 1763. IS
Se ben mia fpeme è tua virtude intendo .
Mentr'io ritraggo i tuoi diſegni in rime ,
Eà te qual pollo , e à la tua Gente rendo
Studio ed amor , ah tu l'ardir perdona !
L'altru m'impetra , e ' l tuo favor mi dona.
IV.
Tu'l duca mio , tu la fedel mia ſcorta ,
Tu la mia Mula , che pregando invoco.
Lunga fatica , & pazientia corta ,
Molta la voglia , ed il potere è poco,
Deh ſeconda i miei voti , e mi conforta
A l'uopo , ereggi e col divin tuo fuoco
L'intelletto riſchiara , infiamma il core
Siccome in opra di comune onore.
V.
Che s ' altri mi dileggia , o mi riprende
Perche lavor non mio ricompor tenti ,
Penti che lode a lo fcultor fi rende ,
Ofe le forme imiti o fe le inventi..
Ne amor i gloria , ne timor m'offende
Di biafmo altrui . Checerco altri argomenti ?
Chi può ful voler mio ? Libero nacqui.
Epiacqui affai fe al GRAN LUIGI piacqui.
$
Amo l'Italia , e ftimo i dotti amici
Le ornate done , i Cavalieri egregis
16 MERCURE DE FRANCE.
aimables Cavaliers , & les hommes de
mérite que j'y ai pour amis. Mais le
plus grand prix de mes foibles vers leur
viendra de l'augufte Nom de LOUIS .
Heureux habitans des bords de la Seine,
à qui il eft permis de voir de près
un , Roi dont la Renommée remplit l'Univers
!
VIL
Sage & invincible Monarque , mes
yeux ne peuvent foutenir l'éclat de ta
grandeur & de ta gloire. Tous ceux qui
admirent ton courage dans la guerre &
ta fageffe dans la Paix , diront que Pallas
t'a donné la valeur & la prudence
du fils d'Ulyſſe.
VIII.
Ils diront que tu as recueilli le fruit
de ce Livre divin ; que les femences de
toutes les vertus qui y font répandues ,
ont germé dans ton fein ; que fi un
deftin cruel & prématuré enleva ton
augufte père & couvrit la France de
deuil , toutes fes fublimes qualités ont
paffé en toi avec fon fang & fes droits,
& que tu réunis tout ce que fon illuftre
Précepteur voulut mettre dans fon âme
tout ce qui peut faire un Roi puiffant
& heureux,
SEPTEMBRE.
17
1763. 1763.
Mà vien dal facro nome agl' infelici
Carmi , il tefor più grato , ond'io mifregi
Ed oh di fenna Abitator felici !
Che fia mirar da preſſo i fommi pregi
Se in ogni parte lo fplendor ne giunge ,
Che l'ampia terra o l'ampio mar diſgiunge !
VIN
Certo il mio faguardo infermo il huro raggio
Softener non poria di tua grandezza ;
Che non fu mai , Monarca invitto e faggio ,
Debil pupilla à tanto lume avvezza .
Mà chi la fapienza & il coraggio
Ammira in pace , & ne la guerra apprezza ,
Dirà che Palla à te diede il configlio ,
E'l militar valor d'Uliſſe il Figlio.
VIII.
Eche de l'aureo feme , onde il divino
Libro fù fparfo , in te s'accoglie il frutto 3
Efe tolle immaturo , e fier deftino
L'auguſto Padre , e pofe Francia in lutto ,
La fua virtu col fangue e col domino
In te difcefe , e in te fi compien tutto
Quell' eccelfo penfier , che à far poſſente
E Lieto un Ré , volle il Maeſtro in mente.
18 MERCURE DE FRANCE.
IX.
Tels font les motifs , GRAND Ror
qui m'ont infpiré la hardieffe de te préfenter
mes vers , & qui me font eſpérer
qu'ils ne feront pas indignes de trouver
grace devant tes yeux. Je fçais d'ailleurs
que les Mufes Italiennes ne font pas
un objet défagréable pour les Efprits
François . L'Ouvrage immortel d'après
lequel je travaille , m'attirera peut - être
tes regards. Si la ftatue que j'ofe t'offrir
eft nouvelle , le marbre eft antique.
SEPTEMBRE. 1763. 19
IX .
Qaefta è la fpeme , che nel tuo cofpetto
Move i miei verfi , e d'apparir ſa degni,
Ed il faper , che non ingrate obietto
Son l'Italiche Mufe ai Franchi ingeg i .
Forfe in mercè dell' immortal foggetto
Verrà che di tua grazia anco le degni.
Antico è il marmo e novo il fimolacro , >
SIGNOR , che al Real trono offro e confacro.
* L'Auteur de cette traduction en a vu une manufcrite
en vers latins, des premiers livres du Télémaque
François , qui com mençoit ainfi .
Telemaci errores varios , variofque labores
Etfidam errantis comitem cantare Minervam.
Aggredior.
Ce début eft d'une heureufe fimplicité.
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Résumé : LE TÉLÉMAQUE, POÉME.
Le texte présente une œuvre poétique intitulée 'Le Télémaque', inspirée des aventures de Télémaque, fils d'Ulysse. Ce poème décrit les voyages de Télémaque, ses amours, ses guerres célèbres et ses victoires, qui ont rendu son nom célèbre dans les contrées les plus éloignées. La déesse Minerve, sous la forme de Mentor, guide Télémaque, lui offrant des conseils sages et formant son esprit et son cœur à l'art de régner. L'auteur exprime son admiration pour un 'sublime et beau génie', identifié comme M. de Fénelon, Archevêque de Cambrai, et sollicite sa faveur ainsi que celle des autres. Il reconnaît la difficulté de son entreprise et demande l'inspiration divine pour mener à bien son œuvre. L'auteur affirme également sa liberté de création et son désir de plaire au roi Louis. Le texte mentionne l'amour de l'auteur pour l'Italie, ses dames, ses cavaliers et les hommes de mérite. Il exalte la grandeur et la gloire du roi Louis, comparant ses qualités à celles de Télémaque. Le poème conclut en espérant que ses vers trouveront grâce aux yeux du roi, malgré les critiques possibles. Le texte inclut également une lettre ou un poème adressé à une personne de haut rang, probablement un souverain, pour lui présenter des vers inspirés par les Muses italiennes. L'auteur exprime l'espoir que ses œuvres seront bien accueillies et mentionne qu'il travaille sur un ouvrage immortel, suggérant une adaptation ou une traduction. Il compare son travail à une statue offrant un marbre antique mais une forme nouvelle. Le texte est daté de septembre 1763. Une note indique que l'auteur a vu une traduction manuscrite en vers latins des premiers livres du 'Télémaque' français, commençant par 'Telemaci errores varios, variofque labores', décrite comme simple et heureuse.
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61
p. 158
Journal des Dames, [titre d'après la table]
Début :
Journal des Dames, composé de douze volumes par an, chaque volume de [...]
Mots clefs :
Journal, Dames, Dame, Esprit
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texteReconnaissance textuelle : Journal des Dames, [titre d'après la table]
Journal des Dames , composé de douze
volumes par an , chaque volume de
cinq feuilles ; il eſt publié tous les
mois , & l'on ſouſcrit à volonté , à
compter des époques de Janvier ou de
Juillet ; prix port franc par la Poſte , à
Paris 12 liv. en Province 15 liv.
Ce Journal eſt dédié à la Reine , par
Madame de Montanclos , ci-devant Baronne
de Princen .
Cette Dame ſait réunir dans ſon Journal
tout ce qui peut faire connoître le mérite
des perſonnes de ſon ſexe , par les
agréinens de leur eſprit , par la ſenſibilité
de leur coeur , par le charme de leurs
grâces & de leur beauté. Les poéſies ,
fruits d'une imagination légère , les détails
des ouvrages relatifs aux Dames , l'analyſe
raiſonnée des Pièces de vers ou de
livres auxquels les Dames doiventprendre
intérêt ; des anecdotes intéreſſantes , enfin
tout ce qui peut remplir ce que le Lecteur
a lieu d'attendre d'un Journal des Dames ,
ſe trouvent dans cette collection périodique
, exécutée avec autant d'eſprit que
de goût .
On fouferit pour ce Journal chez la
Dame Auteur , rue des Bernardins ; &
chez Lacombe Libraire , rue Chriſtine.
volumes par an , chaque volume de
cinq feuilles ; il eſt publié tous les
mois , & l'on ſouſcrit à volonté , à
compter des époques de Janvier ou de
Juillet ; prix port franc par la Poſte , à
Paris 12 liv. en Province 15 liv.
Ce Journal eſt dédié à la Reine , par
Madame de Montanclos , ci-devant Baronne
de Princen .
Cette Dame ſait réunir dans ſon Journal
tout ce qui peut faire connoître le mérite
des perſonnes de ſon ſexe , par les
agréinens de leur eſprit , par la ſenſibilité
de leur coeur , par le charme de leurs
grâces & de leur beauté. Les poéſies ,
fruits d'une imagination légère , les détails
des ouvrages relatifs aux Dames , l'analyſe
raiſonnée des Pièces de vers ou de
livres auxquels les Dames doiventprendre
intérêt ; des anecdotes intéreſſantes , enfin
tout ce qui peut remplir ce que le Lecteur
a lieu d'attendre d'un Journal des Dames ,
ſe trouvent dans cette collection périodique
, exécutée avec autant d'eſprit que
de goût .
On fouferit pour ce Journal chez la
Dame Auteur , rue des Bernardins ; &
chez Lacombe Libraire , rue Chriſtine.
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Résumé : Journal des Dames, [titre d'après la table]
Le 'Journal des Dames' est une publication périodique annuelle composée de douze volumes, chacun contenant cinq feuilles. Elle est publiée mensuellement et les abonnements débutent en janvier ou en juillet. Le prix est de 12 livres à Paris et 15 livres en province, frais de port inclus. Cette revue est dédiée à la Reine par Madame de Montanclos, ancienne Baronne de Princen. Elle met en avant les qualités des femmes, telles que leur esprit, leur sensibilité, leurs grâces et leur beauté. Le journal inclut des poèmes, des descriptions d'ouvrages relatifs aux dames, des analyses de pièces de vers ou de livres susceptibles d'intéresser les femmes, ainsi que des anecdotes intéressantes. Le 'Journal des Dames' est disponible chez Madame de Montanclos, rue des Bernardins, et chez Lacombe Libraire, rue Christine.
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