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1
p. 66-76
LETTRE DE MADAME de Saliez, à Mrs l'Academie des Ricovrati de Padouë.
Début :
Je croy vous avoir mandé que l'Academie des Ricovrati / Messieurs, Les Lettres Patentes que vous avez fait expedier en ma [...]
Mots clefs :
Académie des Ricovrati de Padoue, Monde, Langue, Sexe, Écrits, Dames, Académie française, Siècle, Académie royale d'Arles
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE MADAME de Saliez, à Mrs l'Academie des Ricovrati de Padouë.
Jecroy vous avoir mandé-
-;
que l'Academie des Ricovrati
de Padoüe
,
ayant donné des
Lettres d'association à beaucou p
de Dames d'un fore
grand merite, ceux qui composent cet illustre Corps, en
avoient aussi envoyé à Madame de Saliez,Viguiere
d'Albi. Il y a
long-temps
que ses Ouvrages vous l'ont
fait connoistre. La réponse
qu'elle a
faite à cette gavante Compagnie) est tres-digned'elle, & ellevous doit plaire
d'autant plus, qu'outre qu'elle y
soûtient noblement
les avantages de son Sexe,
elle a
trouvé moyen d'y
meslerl'éloge denostre Auguste Monarque. En voicyles termes.
LETTRE -1
DE MADAM,E3
de Saliez, à Mrs de PAca*- -i
demie des Ricovrati de al
Padouë. M
ESSIEVRS,
Les Lettres Patentes quenjour in
ave;~ fait expr
dier en. ma fà- ave% -3 fait expedier en. ma fiieveur.,,pour medonnerune place ~;
dans voflre celelre Academie"
«_
!
efiant en Langue Italienne, il U
semble que les très-humbles r.t- -y
merciemens que je vous jaisr
devraientejlre auJji en Italien
>
mais outre que Jenen connais
pas aetez toutes les delicateffis
y
CJT1 qu'il efl indiffèrent en quelle
Langue l'on parle a des personnes qui les pojJedcllttOUks.) quel
moyen, quand on a
le bonheur
d'êtreSujette de LOVIS LE
GRANDt de preferer un
Autre Langage à celuy qui régne dans ses Etats> C4 duquel
ilJefertpour nous donner desi
juste-s & de si douces Loixî
Tandis que toutes les Nations
du monde qui aimentses vertus,
ofi qui craignent sa ptfijjknce
>
apprennent à parler comme nous,
<
je ne puis m'attacher qu'à une'
Langue qui va devenir universelle
p
& que nojlresçavants
AcademieFrançoift a
mise en
un si haut point de perfection>
quelle eflplussevere
,
plusmoaejie
,
*
presque aussiferrée &
aujft fécondé que la Latine.
f*avouéyMoeurs, quemts
Ecrits ne peuvent pas vous prouruer cette vérité.Née dans la
Province, & n'ayant pointejlé
à Paris corriger les défauts de
mon Langage, comme Yonalloit
autrefoisL) corriger <->àAt-henes ceux
de la LangueAsiatique> je rit
q
puis ecrireavec la mesme jufa
l
teJJè que Mesdames de Scudery
,
)
des Houlieres, Dacier) &
i
de Ville-Dieu9qui font si diJ
» gnes du rang que vous leur ave^
donnéparmy vous. La hauteur
de leur e/prit a
eslé fecondéc
d'une jïtuation heureuse
au milieu de n?aris> & animée par la
'Ueué. er par lufage du grand
& du beau monde. taujfi ces
'Dames font-dles devenues un
des miracles de ce
SiecleJ& leurs
Ecrits étonneront bien plus la
pofleritéyque ceux des Femmes
dessieclespa/fez
ne nous étonnent.Je
croy quïlm'eji permis
de vous dire
,
^Hcffieurs
>
afin
que vous ne vous repentIez pas
de l'honneur
que vous m'ave%
faity que bien que mes écrits
joient infiniment au dejjous des
leursy ils ont fouveHt d'heureux
succés. Von y voit la nature
toutepure>&ce caraflere aisé ne
déplaift point. Enfin puis que
mes Ouvrages mont attirévofirf
estime,personnen'efl plus en
droit de les condamner. Vous tenez dans le monde la place de
ces fameux Grecs qui décidoient
du merite des Auteurs, aujJibien que de celuy des Heros.
Fous les furpajfie^mesme pas
une
Une droiture de cœur qui vous
fait rendrejuflice à mon Sexe,
en me recevant dans vojlre illttstre Academie
3
& naffefiant
point une diftinElion que le Ciel
e la Nature nont jamais ett
dejjein de mettre entre les hommcs & nous. Leur jalousie la
fitnaijlre> nostre modeflie l'a
souffertey & sans que nous
ayons troublé le monde par nos
plaintes, les hommes commencent
àse repentir de leur usurpation
3 & lever empire tirannique va
tomber de luy-mesme. Déjàl*Academie Royale d'Arles afuinjy
njoftre exemple à noflre érard,
Cm- de nos meilleurs Scrivainé
ont traité à fond de l'égalité
des Sexes
,
qui ne si contesse
plus en France depuis que
nojlre jufle Monarqueeflirne c5r
récompense le mente de l'un &
de l'attire Sexe. NtoublicZ pas
MejJieurs, cette marque deÇon
équité dans les Eloges que vous
luy 7 donnez. J JeT Jçay que cet
auguste fujct remplit jouvent
'Vos gavantes veilles. Quelle
occupation -" pourrie^-vous ,trouver plus digne de vous; & quels
Homeres peut trouver ce
JÈJeros
plus dignes de luy? Mais quelques idées que la Renommée vous
donne de fis vertus> vous rien
comprendrez jamais quunepartie; le bonheur de lesconnoiflre
toutes en reservé à [es heureux
Sujetssurlesquels il regne par
amourplusœbfolument que tous
les autres Rois ne regnentsur les
leurs par la terreur & par la
crainte. Il gouverne avec tant
t
de douceur un Peuple naturelle
t ment fournis a ses Monarques,
>
& dont il fait les delices
y
que
j
chacun sacrifieroit avec plaifr
\pour luyses biens £7*sa vie. Il
h
Aime ses Sujets autant qu'il en
est aimé7 & cejl sans doute en
à
cela que confîfle la plus veritable st) la plus feure félicité da
Rois. Vous voyez, Messieurss
que je confirme mon caraéhrc
doux eJimple, en ne vous parlant que de la honte de [on toeur. Je laisse au flde sublime à le representer telqu'il cft à la resse
de Jes yérméesiportant la frayeur
che% ses EnnemÚ. Cependant»
MessieursJ toute la France vous
eftobligée del'ïnterst que mous
prenez. à sa gloire) C' cette raison nesspasmoins puyfante que
la f!lrace que vous mame%faite>
pour mengagera ejlre pour m'engagerA, toute ma eprc toute ma
'Vie, Moeurs
>
voflre»&c
A Albi lezs. Sept. 1689
-;
que l'Academie des Ricovrati
de Padoüe
,
ayant donné des
Lettres d'association à beaucou p
de Dames d'un fore
grand merite, ceux qui composent cet illustre Corps, en
avoient aussi envoyé à Madame de Saliez,Viguiere
d'Albi. Il y a
long-temps
que ses Ouvrages vous l'ont
fait connoistre. La réponse
qu'elle a
faite à cette gavante Compagnie) est tres-digned'elle, & ellevous doit plaire
d'autant plus, qu'outre qu'elle y
soûtient noblement
les avantages de son Sexe,
elle a
trouvé moyen d'y
meslerl'éloge denostre Auguste Monarque. En voicyles termes.
LETTRE -1
DE MADAM,E3
de Saliez, à Mrs de PAca*- -i
demie des Ricovrati de al
Padouë. M
ESSIEVRS,
Les Lettres Patentes quenjour in
ave;~ fait expr
dier en. ma fà- ave% -3 fait expedier en. ma fiieveur.,,pour medonnerune place ~;
dans voflre celelre Academie"
«_
!
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semble que les très-humbles r.t- -y
merciemens que je vous jaisr
devraientejlre auJji en Italien
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mais outre que Jenen connais
pas aetez toutes les delicateffis
y
CJT1 qu'il efl indiffèrent en quelle
Langue l'on parle a des personnes qui les pojJedcllttOUks.) quel
moyen, quand on a
le bonheur
d'êtreSujette de LOVIS LE
GRANDt de preferer un
Autre Langage à celuy qui régne dans ses Etats> C4 duquel
ilJefertpour nous donner desi
juste-s & de si douces Loixî
Tandis que toutes les Nations
du monde qui aimentses vertus,
ofi qui craignent sa ptfijjknce
>
apprennent à parler comme nous,
<
je ne puis m'attacher qu'à une'
Langue qui va devenir universelle
p
& que nojlresçavants
AcademieFrançoift a
mise en
un si haut point de perfection>
quelle eflplussevere
,
plusmoaejie
,
*
presque aussiferrée &
aujft fécondé que la Latine.
f*avouéyMoeurs, quemts
Ecrits ne peuvent pas vous prouruer cette vérité.Née dans la
Province, & n'ayant pointejlé
à Paris corriger les défauts de
mon Langage, comme Yonalloit
autrefoisL) corriger <->àAt-henes ceux
de la LangueAsiatique> je rit
q
puis ecrireavec la mesme jufa
l
teJJè que Mesdames de Scudery
,
)
des Houlieres, Dacier) &
i
de Ville-Dieu9qui font si diJ
» gnes du rang que vous leur ave^
donnéparmy vous. La hauteur
de leur e/prit a
eslé fecondéc
d'une jïtuation heureuse
au milieu de n?aris> & animée par la
'Ueué. er par lufage du grand
& du beau monde. taujfi ces
'Dames font-dles devenues un
des miracles de ce
SiecleJ& leurs
Ecrits étonneront bien plus la
pofleritéyque ceux des Femmes
dessieclespa/fez
ne nous étonnent.Je
croy quïlm'eji permis
de vous dire
,
^Hcffieurs
>
afin
que vous ne vous repentIez pas
de l'honneur
que vous m'ave%
faity que bien que mes écrits
joient infiniment au dejjous des
leursy ils ont fouveHt d'heureux
succés. Von y voit la nature
toutepure>&ce caraflere aisé ne
déplaift point. Enfin puis que
mes Ouvrages mont attirévofirf
estime,personnen'efl plus en
droit de les condamner. Vous tenez dans le monde la place de
ces fameux Grecs qui décidoient
du merite des Auteurs, aujJibien que de celuy des Heros.
Fous les furpajfie^mesme pas
une
Une droiture de cœur qui vous
fait rendrejuflice à mon Sexe,
en me recevant dans vojlre illttstre Academie
3
& naffefiant
point une diftinElion que le Ciel
e la Nature nont jamais ett
dejjein de mettre entre les hommcs & nous. Leur jalousie la
fitnaijlre> nostre modeflie l'a
souffertey & sans que nous
ayons troublé le monde par nos
plaintes, les hommes commencent
àse repentir de leur usurpation
3 & lever empire tirannique va
tomber de luy-mesme. Déjàl*Academie Royale d'Arles afuinjy
njoftre exemple à noflre érard,
Cm- de nos meilleurs Scrivainé
ont traité à fond de l'égalité
des Sexes
,
qui ne si contesse
plus en France depuis que
nojlre jufle Monarqueeflirne c5r
récompense le mente de l'un &
de l'attire Sexe. NtoublicZ pas
MejJieurs, cette marque deÇon
équité dans les Eloges que vous
luy 7 donnez. J JeT Jçay que cet
auguste fujct remplit jouvent
'Vos gavantes veilles. Quelle
occupation -" pourrie^-vous ,trouver plus digne de vous; & quels
Homeres peut trouver ce
JÈJeros
plus dignes de luy? Mais quelques idées que la Renommée vous
donne de fis vertus> vous rien
comprendrez jamais quunepartie; le bonheur de lesconnoiflre
toutes en reservé à [es heureux
Sujetssurlesquels il regne par
amourplusœbfolument que tous
les autres Rois ne regnentsur les
leurs par la terreur & par la
crainte. Il gouverne avec tant
t
de douceur un Peuple naturelle
t ment fournis a ses Monarques,
>
& dont il fait les delices
y
que
j
chacun sacrifieroit avec plaifr
\pour luyses biens £7*sa vie. Il
h
Aime ses Sujets autant qu'il en
est aimé7 & cejl sans doute en
à
cela que confîfle la plus veritable st) la plus feure félicité da
Rois. Vous voyez, Messieurss
que je confirme mon caraéhrc
doux eJimple, en ne vous parlant que de la honte de [on toeur. Je laisse au flde sublime à le representer telqu'il cft à la resse
de Jes yérméesiportant la frayeur
che% ses EnnemÚ. Cependant»
MessieursJ toute la France vous
eftobligée del'ïnterst que mous
prenez. à sa gloire) C' cette raison nesspasmoins puyfante que
la f!lrace que vous mame%faite>
pour mengagera ejlre pour m'engagerA, toute ma eprc toute ma
'Vie, Moeurs
>
voflre»&c
A Albi lezs. Sept. 1689
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Résumé : LETTRE DE MADAME de Saliez, à Mrs l'Academie des Ricovrati de Padouë.
L'Académie des Ricovrati de Padoue a adressé des lettres d'association à Madame de Saliez, vicomtesse d'Albi, en reconnaissance de ses œuvres. Madame de Saliez a répondu à cette distinction en mettant en avant les mérites de son sexe et en louant Louis le Grand. Elle exprime sa gratitude en français, langue qu'elle préfère en tant que sujette du roi de France et qu'elle considère comme universelle grâce à l'Académie française. Elle cite également des femmes écrivaines françaises telles que Madame de Scudéry et Madame Dacier, dont les œuvres sont dignes d'admiration. Madame de Saliez affirme que ses propres écrits, bien que modestes, ont été bien accueillis et qu'elle mérite sa place au sein de l'Académie des Ricovrati. Elle souligne la droiture de cœur de l'Académie, qui reconnaît les mérites des femmes sans discrimination. Elle conclut en louant les vertus du roi Louis XIV, dont la justice et la douceur sont exemplaires, et en exprimant sa gratitude pour l'honneur qui lui a été fait.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 1936-1948
LA SUPERIORITÉ des Dames sur les Hommes. Extrait d'un Discours de M. La Coste, le Cadet.
Début :
Si les Hommes paroissent quelquefois injustes dans leurs décisions, c'est, surtout, [...]
Mots clefs :
Dames, Hommes, Esprit, Homme, Sexe, Femme, Femmes, Nature, Raison, Supériorité, Monde, Tous les jours, Éducation, Art, Conversation, Défendre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA SUPERIORITÉ des Dames sur les Hommes. Extrait d'un Discours de M. La Coste, le Cadet.
LA SUPERIORITE' des Dames fur
les Hommes. Extrait d'un Difcours de
M. La Cofte , le Cadet.
Hommes paroiffent quelquefois
Sinjuftes dans leurs décifions , c'eft , furtout
, à l'égard des Dames. La Nature ayant
donné aux premiers un corps plus robufte ,
ils ont crû que la raifon du plus fort étoit
la meilleure : convaincus de la Superiorité
d'un Sexe qu'ils eftimoiert hier , qu'ils mépriſent
aujourd'hui , & qu'ils adorent tous
les jours , ils ont voulu , pour autorifer
leurs caprices , obtenir de la force , ce que
le mérite leur refufoit. Fiers du Defpotifme
qu'ils ont ufurpé , ils s'imaginent que les
Dames doivent foufcrire à des Loix , où jamais
elles n'ont eu de
•
part.
,
Quoique le préjugé & la mode me foyent
favorables , la vérité m'excite à prendre la
défenſe d'un Sexe , qui fe feroit déja juſtifié
, fi nous n'avions eû foin d'écarter de fon
éducation l'Art d'écrire. Il falloit en venir
là. En effet , il auroit bien - tôt recouvré la
place qui lui avoit été marquée par la Sageffe
, mais dont nous l'avons chaffé , fi on
lui avoit enfeigné l'Art de fe défendre
com-
1
SEPTEMBRE . 1744 . 1937
comme on nous a inftruit dans la maniere
de l'attaquer.
Nous ne pouvons afpirer à la Superiorité
fur les Dames , que par l'Efprit & par le
Coeur. La force eft étrangere au mérite ,
parce qu'elle ne dépend pas de nous . D'ailleurs
, la Beauté étant le partage des Dames ,
& l'écueil où vient échouer tous les jours
l'orgueil de l'Homme , nous n'avons jufqu'ici
aucun reproche à leur faire. Au contraire
, fi moins robuftes que nous , elles ont
pris un afcendant fur notre fexe , cela caracteriſe
allés notre foibleffe .
Je vais donc tâcher d'établir que les Da
mes ont beaucoup plus d'Efprit , & les fentimens
plus nobles que les Hommes. Ces
deux Propofitions feront l'economie de ce
Difcours. Je ne me fervirai que du Raiſonnement
, laiffant la pitié à l'écart ; le coupable
l'employe comme le jufte , & ce feroit
deshonorer l'innocent que de le juftifier
par des moyens qui lui feroient communs
avec le criminel . D'ailleurs , l'Homme eſt
trop endurci fur ce point , pour ſe laiffer
fléchir ; heureux fi la Raifon peut encore ſe
faire entendre , & fi on ne l'étouffe pas ,
avant qu'elle prenne la parole !
- PREMIERE PARTIE.
Une Perfonne qui a l'imagination vive ,
A v les
1938 MERCURE DE FRANCE.
les penfées fines , les expreffions naturelles ,
polies & délicates , peut paffer pour avoir
de l'Efprit. La Science , l'Erudition , la Litterature
s'acquierent avec le tems . Il ne faut
pas beaucoup de génie , pour être Jurifconfulte
, encore moins , pour fçavoir l'Hiſtoire
, & peut- être point du tout , pour devenir
grand Géométre . L'Etude eft la Mere
des Connoiffances. On pourroit même penfer
de quelques Sçavans, ce que difoit Scarron
des Sots , qu'ils mourront fans rendre
l'efprit .
Qu'est- ce qu'Efprit ? Raiſon aſſaiſonnée.
Efprit fans fel eft fade nourriture ;
Sel fans Raifon eft folide pâture ;
De tous les deux fe forme Eſprit parfait ,
De l'un fans l'autre un Monftre contrefait.
Or , 1. il n'eft pas douteux que les Dames
n'ayent beaucoup plus de fel & de prudence
que les Hommes. Ayant les fibres plus
déliées , elles doivent avoir les faillies plus
agréables que nous . Auffi voit- on tous les
jours que les Hommes ne fçavent ce qu'on
appelle bien vivre , que lorfque les Dames
s'en font mêlées. Le Monde eft une Ecole
où l'on apprend à faire ufage de ce que l'on
a vû dans les Livres ; cependant , fans les
Dames,où en feroient la plupart de nos Sçavans
,
SEPTEMBRE. 1744. 1939
" vans , renfermés dans leur mifantropie
n'ayant pour régle que leurs caprices ? On
les verroit comme les anciens Humains
Errants au gré de la Nature ,
Avec les Ours difputer la pâture .
Leur génie qui , felon S. Evremond , eſt
ennuyeux & péfant , connoîtroit-il ce que
c'eft que l'Amitié , la Douceur , la Politeffe ?
L'Homme , né pour la Société , l'éviteroit
comme fa perte , fi fes bizarreries n'étoient
temperées par les manieres gracieufes d'un
objet qu'il croit inférieur à lui . 11 ne frequenteroit
point fes pareils , ou bien - tôt le
flambeau de la Difcorde romproit une union ,
qui ne peut être bien cimentée que par le
Commerce des Dames..
A peine un jeune Homme a-t'il du monde
, qu'il s'imagine s'acquerir l'eftime du
Public , en déchirant un Sexe qui l'a formé.
D'autres accufent les Dames d'être comme
imbecilles , parce qu'elles ne font ni impies
, ni dépourvûës de fens commun ; ces
traits partent des prétendus efprits forts.
Les Dames , accoûtumées à parler d'un air
poli , ingénieufes à relever leurs penfées par
des expreffions vives , s'abftiennent avec
foin de ces termes équivoques , de ces paroles
groffieres , dont fe fervent nos jeunes
Libertins. La modeftie des Dames , loin de
A vj
les
1940 MERCURE DE FRANCE.
les juftifier , paroît un crime. Elles font açcufées
de n'avoir point d'efprit par ceux ,
qui n'en ayant pas
affés pour
voir qu'ils en
manquent , ne font pas Juges compétens en
pareille matiere.
Si l'Esprit doit briller quelque part , c'eſt
fans doute dans la converfation . Les entretiens
familiers , quoiqu'ils ne doivent pas
occuper toute notre vie , fervent beaucoup
à maintenir la Société. En effet , la converfation
, comme le remarque Balzac , a du
rapport au Gouvernement Populaire ; chacun
y a droit de fuffrages ; tous y jouiffent
de la liberté. On peut dire avec S. Evremont
, que fi l'Etude augmente les talens de
la Nature , c'eſt la converfation qui les met
en oeuvre & qui les perfectionne.
Combien d'avantages les Dames n'ontelles
pas fur nous dans ce lien de la Société ?
Avec quelle énergie leurs Efprits fe communiquent-
ils leurs penfées ? Avec quelles graces
leurs coeurs expriment- ils leurs mouvemens
? Les Doctes n'avancent rien qui ne
foit étudié ; les Ignorans difent tout au hazard
; l'Efprit & la Nature parlent avec les
Dames .
C'eſt peu d'être agréable & charmant dans un Livre;
Il faut fçavoir encor & converfer & vivre.
Auffi , pour fuivre le Précepte de Boileau,
Legifte ,
SEPTEMBRE. 1744. 1941
Legifte , Cadet , Moufquetaire , Robin , tout
vient à l'Ecole des Dames. Ciceron avouë
que , quoiqu'il eût étudié l'Eloquence fous
Molon , la Poëfie fous Archias , la Jurifprudence
fous Scævola , que quoiqu'il eut
eû pour Maîtres de Philofophie Phédre ,
Philon & Diodore le Stoicien , il eft en partie
redevable de fon fuccès dans l'Art oratoire
au Commerce qu'il a eû avec la Mere
de Gracchus , la fille de Caïus , l'Epoufe de
Craffus , & les deux Licinies.
N'est- ce pas manquer de prudence , que
de faire profeffion de ne point eftimer les
Dames , quand on fent qu'on peut les aimer?
Auffi arrive-t'il fouvent qu'on eft puni de
fon imprudence. Les Dames font ignorantes
pour la plûpart ; je l'avouë ; mais , injuftes
que nous fommes , n'avons- nous pas
eû foin d'éloigner de leur éducation les
Maîtres , qui auroient pû leur donner les
lumieres que nous avons acquifes ? Nous
avons borné leur Science à être belles ; l'Etude
nous les rendroit infupportables .
>
Il s'eft cependant trouvé des Dames , qui
ont percé l'obscurité des ténébres dont
nous avions eû foin de les envelopper.
Quelle Erudition dans une Chriftine ! Quelle
délicateffe dans les Poëfies d'une Deshoulieres
& d'une Villedieu ! Quelle legereté dans
la plume d'une la Suze , d'une Scudery !
1
20%
1942 MERCURE DE FRANCE.
2º. Une des preuves les plus convaincantes
de l'Eſprit des Dames ,
c'est que dépourvûës
de la force & de la Science , avec
ces Braffelets , ces Coëffures , ces Coliers ,
ces foibles armes que nous méprifons , elles
enchaînent les plus redoutables Guerriers ,
ces Hommes dont le bras étoit invaincu
& dont le coeur eut été invincible , s'il n'y
eut point eû de femmes. Le Philofophe s'at
tendrit ; la Raifon s'égare , elle autorife fouvent
une Paffion qu'elle condamnoit , avant
que de la connoître .
Si nous aimons les Femmes avec leurs dé
fauts , fi la Coquetterie même n'eſt pas un
antitode fouverain contre nos foibleffes
ou il y a dans le Sexe quelque chofe de fupérieur
, qui nous attire , ou les plus honteufes
Paffions nous dominent . De quelque
côté que l'Homme fe tourne , il trouvera
dans ce Dilemme une preuve de fon infériorité.
D'ailleurs , il eft sûr que les Dames ont
naturellement plus de retenuë que les Hommes
; fi donc nous rampons devant celles
qui ont perdu ce caractere pour mener une
vie licentieufe , à plus forte raiſon devonsnous
fléchir le genou devant celles , qui joignent
aux dons de la Nature une Vertu à
toute épreuve. Le contraire , dit- on , arrive
jourSEPTEMBRE.
1744. 1943
journellement ; je l'avoue , & c'eft en cela
que nous faifons paroître moins d'Efprit &
de Raifon que le beau Sexe . Les Hommes
préférent les Concubines à des femmes reſpectables
; les Dames préférent les Hommes
vertueux aux débauchés , quelle difference
de goût !
Une troifiéme preuve de l'Efprit des Dames
, c'eft que , plus foibles que nous , elles
viennent plûtôt à bout de leurs entrepriſes.
Sçais- tu bien ce que peut une femme en fureur è
S'écrie l'expérience avec Corneille ; auffi
lorfque la Confidente de Medée lui dit :
Votre Pays vous hait ; votre Epoux eft fans foi
Dans ce revers fatal que vous refte- t'il ?
Medée répond :
Moi.
Quel reffort , quelle adreffe dans une
Femme qui aime !
Thefée eut été immolé aux Manes d'Andragée,
fans le fecours d'Ariane , & s'il fortit
du Labyrinthe , c'eft que cette Princeſſe
lui confeilla d'attacher un fil dès l'entrée ,
qui le conduifit dans tous les détours & le
reconduifit ,
Un
1944 MERCURE DE FRANCE .
Un jeune Homme , magnifique au dehors,
petit en lui-même , extravagant par tout ,
refufera dans fes fottes décifions la Superiorité
aux Dames pour l'Efprit , mais s'il eft
encore capable de refléxions , il embraffera
le fentiment contraire ; ce n'eft pas à dire
qu'il n'en eft point qui n'en foient dépourvues
, mais en général les Dames ont plus
de faillies , & en même-tems plus de retenuë
, plus de prudence que les Hommes.
Parce que dans une Ville il fe trouvera peutêtre
vingt Femmes , qui n'auront jamais
penfé délicatement , il ne faut pas que l'affront
rejailliffe fur tout le Sexe.
SECONDE PARTIE.
Doit- on refufer le Courage aux Dames ?
Non fans doute. Sémiramis ajoûta aux Conquêtes
de Ninus la Lybie , la Perfe , l'Egypte
; elle recula les Frontieres de fon Empire
jufqu'à l'Inde. Babylone lui dût fes Jardins
admirables & en quelque façon fufpendus ,
la triple enceinte de fes Murs , ces fameufes
Tours , qui l'emportoient fur celle de Ninive
, & les so Portes d'Airain maffif. La fier-
50
témodefte de Syfigambis rendit refpectueux
le redoutable vainqueur de Darius. Avec
quel courage Polixéne brava- t'elle la fureur
du
SEPTEMBRE. 1744. 1945
du fils d'Achille , qui l'immola aux Mânes
de fon Pere ! L'intrépide Judith , en abattant
la tête coupable d'Holopherne , délivra
Béthulie , que le Général Affyrien , envoyé
par Nabuchodonofor , tenoit affiégée . Le
corps enfanglanté de Lucrece chaffa les Tarquins
de Rome , & cette Dame violée , en
fe donnant la mort , affranchit fa Patrie de
l'esclavage où l'avoient tenu ſept Rois confécutifs
. Coriolan , ayant battu plufieurs fois
les Romains , alloit réduire leur Capitale
en cendres , fi fa Mere n'eût parlé. Elle
adoucit l'humeur de fon fils ; le vainqueur
admire fon courage ; Rome eft délivrée , &
les Volfques fe retirent. Paroiffez Illuftre
Matrone , qui dans une pareille conjoncture,
fauvâtes votre Patrie, en parlant en Mere
courroucée à votre fils rebelle . Dans peu
fe feroit emparé de Babylone , fi Balthazar
eût hérité de la grandeur d'Ame de Nitocris
?
il
J'avoue que les Dames n'étant pas dans
l'ufage d'aller à la guerre , leurs exploits
font plus rares , mais fi les Hommes font
chargés du foin de défendre les Etats , ce
font eux qui les ont troublés. L'ambition
de vaincre fes pareils , eft le partage des Héros.
Les femmes s'attachent à donner de l'éducation
à leurs enfans , à entretenir la paix
dans
1946 MERCURE DE FRANCE.
dans leur famille , voilà où fe borne leur
ambition. Le tumulte des affaires , l'horreur
que les armes entraînent après elles , ne troublent
point leur vie paifible, mais auffi lorfqu'elles
font forcées à fe défendre , quelle
intrépidité ! Sans aller chercher dans l'Hiftoire
ces Illuftres Héroïnes , qui de leurs
cheveux firent des cordes pour les Machines
de guerre , confultons l'expérience . Repréfentons-
nous ces Meres furieufes , arrachant
leurs filles tremblantes des mains effrenées
d'un Soldat qui s'eft emparé d'une
Ville , & c.
La véritable grandeur d'Ame confifte à
vaincre fes Paflions , à triompher du vice ,
à remplir les devoirs de l'Amitié , à pratiquer
les Vertus Morales ; on accorde auffi
aux Dames , avec l'Eglife , la Dévotion .
Rien n'eft d'ailleurs plus héroïque que la
fidélité dont fe pique une Dame de 15 à
20 ans , envers un Mari plus que fexagenaire.
La choſe arrive cependant tous les jours.
L'intérêt eft ordinairement l'origine & la
baze de la fidélité dans les Hommes. Maffiniffa
, vaincu par les charmes de l'Epouſe
de Syphax , auroit peut-être toujours aimé
Sophoniſbe , fi l'intérêt n'eût agi fur lui .
Allié des Romains , il leur immola le foir
de fes nôces cette Princeffe Africaine.
Les
SEPTEMBRE. 1744. 1947
Les femmes ont naturellement le coeur
plus tendre que nous. Nul objet férieux ne
les attache , auffi rempliffent- elles , mieux que
les hommes , les devoirs de l'Amitié . Ce
fuperbe Monument , qu'érigea Artemife en
l'honneur de fon cher Maufole , ne fubfifte
plus , quoiqu'il fût une des fept Merveilles
du Monde , mais la tendreffe de cette Reine
de Carie a bravé les injures du tems , & nous
a mieux fait connoître le Roi , fon Epoux
que l'Eloquence d'Ifocrate & de Théopompe.
Toutes les Dames font bien aifes de plaire,
mais c'eſt un effet de l'amour propre, auquel
les hommes font moins fujets , parce
qu'ils ont plus d'occupations.
On n'a peut-être jamais vû de femme qui
fe foit glorifiée du titre d'Athée ou de Déifte
, tandis qu'on voit de jeunes Gens , encore
couverts de la pouffiere des Bancs , qui
donnent dans ces abominables Principes.
་
Les Dames ont ordinairement plus de
foin de l'honneur de leurs Maris , que les
Hommes n'en ont de celui de leurs Epouſes.
Elles s'efforcent de fe cacher à elles- mêmes
leurs défauts , qu'elles dérobent aux yeux
du Public. Un Jaloux inftruit tout le monde
de fes foupçons mal fondés ; il s'expofe
par- là à la rifée publique; fa femme , dit- on,
en eft la caufe ; fuppofons un inftant qu'elle
1948 MERCURE DE FRANCE.
sûr ,
le fût coquette ; l'Homme , à coup
manque plus fouvent à fes engagemens que
la Femme , Quelle Loi lui accorde ce Privilége
?
Enfin il s'écoula fept cent ans , fans qu'au
cune Femme de l'Ile de Chio eût donné le
moindre foupçon fur fa vertu . Les Matrônes
Grecques poufferent fi loin la fageffe & la
chafteté , que Pétrone , n'en trouvant aucune
à qui il pût reprocher quelque incontinence
, fut forcé d'inventer l'Hiftoire de
la Matrône d'Ephéfe . Je ferois infini , fi
j'entreprenois de rapporter ici tout ce qui
peut entrer dans la défenſe des Dames , que
je crois , en général , fupérieures aux Hommes.
A Dijon le 6 Juin 1744.
les Hommes. Extrait d'un Difcours de
M. La Cofte , le Cadet.
Hommes paroiffent quelquefois
Sinjuftes dans leurs décifions , c'eft , furtout
, à l'égard des Dames. La Nature ayant
donné aux premiers un corps plus robufte ,
ils ont crû que la raifon du plus fort étoit
la meilleure : convaincus de la Superiorité
d'un Sexe qu'ils eftimoiert hier , qu'ils mépriſent
aujourd'hui , & qu'ils adorent tous
les jours , ils ont voulu , pour autorifer
leurs caprices , obtenir de la force , ce que
le mérite leur refufoit. Fiers du Defpotifme
qu'ils ont ufurpé , ils s'imaginent que les
Dames doivent foufcrire à des Loix , où jamais
elles n'ont eu de
•
part.
,
Quoique le préjugé & la mode me foyent
favorables , la vérité m'excite à prendre la
défenſe d'un Sexe , qui fe feroit déja juſtifié
, fi nous n'avions eû foin d'écarter de fon
éducation l'Art d'écrire. Il falloit en venir
là. En effet , il auroit bien - tôt recouvré la
place qui lui avoit été marquée par la Sageffe
, mais dont nous l'avons chaffé , fi on
lui avoit enfeigné l'Art de fe défendre
com-
1
SEPTEMBRE . 1744 . 1937
comme on nous a inftruit dans la maniere
de l'attaquer.
Nous ne pouvons afpirer à la Superiorité
fur les Dames , que par l'Efprit & par le
Coeur. La force eft étrangere au mérite ,
parce qu'elle ne dépend pas de nous . D'ailleurs
, la Beauté étant le partage des Dames ,
& l'écueil où vient échouer tous les jours
l'orgueil de l'Homme , nous n'avons jufqu'ici
aucun reproche à leur faire. Au contraire
, fi moins robuftes que nous , elles ont
pris un afcendant fur notre fexe , cela caracteriſe
allés notre foibleffe .
Je vais donc tâcher d'établir que les Da
mes ont beaucoup plus d'Efprit , & les fentimens
plus nobles que les Hommes. Ces
deux Propofitions feront l'economie de ce
Difcours. Je ne me fervirai que du Raiſonnement
, laiffant la pitié à l'écart ; le coupable
l'employe comme le jufte , & ce feroit
deshonorer l'innocent que de le juftifier
par des moyens qui lui feroient communs
avec le criminel . D'ailleurs , l'Homme eſt
trop endurci fur ce point , pour ſe laiffer
fléchir ; heureux fi la Raifon peut encore ſe
faire entendre , & fi on ne l'étouffe pas ,
avant qu'elle prenne la parole !
- PREMIERE PARTIE.
Une Perfonne qui a l'imagination vive ,
A v les
1938 MERCURE DE FRANCE.
les penfées fines , les expreffions naturelles ,
polies & délicates , peut paffer pour avoir
de l'Efprit. La Science , l'Erudition , la Litterature
s'acquierent avec le tems . Il ne faut
pas beaucoup de génie , pour être Jurifconfulte
, encore moins , pour fçavoir l'Hiſtoire
, & peut- être point du tout , pour devenir
grand Géométre . L'Etude eft la Mere
des Connoiffances. On pourroit même penfer
de quelques Sçavans, ce que difoit Scarron
des Sots , qu'ils mourront fans rendre
l'efprit .
Qu'est- ce qu'Efprit ? Raiſon aſſaiſonnée.
Efprit fans fel eft fade nourriture ;
Sel fans Raifon eft folide pâture ;
De tous les deux fe forme Eſprit parfait ,
De l'un fans l'autre un Monftre contrefait.
Or , 1. il n'eft pas douteux que les Dames
n'ayent beaucoup plus de fel & de prudence
que les Hommes. Ayant les fibres plus
déliées , elles doivent avoir les faillies plus
agréables que nous . Auffi voit- on tous les
jours que les Hommes ne fçavent ce qu'on
appelle bien vivre , que lorfque les Dames
s'en font mêlées. Le Monde eft une Ecole
où l'on apprend à faire ufage de ce que l'on
a vû dans les Livres ; cependant , fans les
Dames,où en feroient la plupart de nos Sçavans
,
SEPTEMBRE. 1744. 1939
" vans , renfermés dans leur mifantropie
n'ayant pour régle que leurs caprices ? On
les verroit comme les anciens Humains
Errants au gré de la Nature ,
Avec les Ours difputer la pâture .
Leur génie qui , felon S. Evremond , eſt
ennuyeux & péfant , connoîtroit-il ce que
c'eft que l'Amitié , la Douceur , la Politeffe ?
L'Homme , né pour la Société , l'éviteroit
comme fa perte , fi fes bizarreries n'étoient
temperées par les manieres gracieufes d'un
objet qu'il croit inférieur à lui . 11 ne frequenteroit
point fes pareils , ou bien - tôt le
flambeau de la Difcorde romproit une union ,
qui ne peut être bien cimentée que par le
Commerce des Dames..
A peine un jeune Homme a-t'il du monde
, qu'il s'imagine s'acquerir l'eftime du
Public , en déchirant un Sexe qui l'a formé.
D'autres accufent les Dames d'être comme
imbecilles , parce qu'elles ne font ni impies
, ni dépourvûës de fens commun ; ces
traits partent des prétendus efprits forts.
Les Dames , accoûtumées à parler d'un air
poli , ingénieufes à relever leurs penfées par
des expreffions vives , s'abftiennent avec
foin de ces termes équivoques , de ces paroles
groffieres , dont fe fervent nos jeunes
Libertins. La modeftie des Dames , loin de
A vj
les
1940 MERCURE DE FRANCE.
les juftifier , paroît un crime. Elles font açcufées
de n'avoir point d'efprit par ceux ,
qui n'en ayant pas
affés pour
voir qu'ils en
manquent , ne font pas Juges compétens en
pareille matiere.
Si l'Esprit doit briller quelque part , c'eſt
fans doute dans la converfation . Les entretiens
familiers , quoiqu'ils ne doivent pas
occuper toute notre vie , fervent beaucoup
à maintenir la Société. En effet , la converfation
, comme le remarque Balzac , a du
rapport au Gouvernement Populaire ; chacun
y a droit de fuffrages ; tous y jouiffent
de la liberté. On peut dire avec S. Evremont
, que fi l'Etude augmente les talens de
la Nature , c'eſt la converfation qui les met
en oeuvre & qui les perfectionne.
Combien d'avantages les Dames n'ontelles
pas fur nous dans ce lien de la Société ?
Avec quelle énergie leurs Efprits fe communiquent-
ils leurs penfées ? Avec quelles graces
leurs coeurs expriment- ils leurs mouvemens
? Les Doctes n'avancent rien qui ne
foit étudié ; les Ignorans difent tout au hazard
; l'Efprit & la Nature parlent avec les
Dames .
C'eſt peu d'être agréable & charmant dans un Livre;
Il faut fçavoir encor & converfer & vivre.
Auffi , pour fuivre le Précepte de Boileau,
Legifte ,
SEPTEMBRE. 1744. 1941
Legifte , Cadet , Moufquetaire , Robin , tout
vient à l'Ecole des Dames. Ciceron avouë
que , quoiqu'il eût étudié l'Eloquence fous
Molon , la Poëfie fous Archias , la Jurifprudence
fous Scævola , que quoiqu'il eut
eû pour Maîtres de Philofophie Phédre ,
Philon & Diodore le Stoicien , il eft en partie
redevable de fon fuccès dans l'Art oratoire
au Commerce qu'il a eû avec la Mere
de Gracchus , la fille de Caïus , l'Epoufe de
Craffus , & les deux Licinies.
N'est- ce pas manquer de prudence , que
de faire profeffion de ne point eftimer les
Dames , quand on fent qu'on peut les aimer?
Auffi arrive-t'il fouvent qu'on eft puni de
fon imprudence. Les Dames font ignorantes
pour la plûpart ; je l'avouë ; mais , injuftes
que nous fommes , n'avons- nous pas
eû foin d'éloigner de leur éducation les
Maîtres , qui auroient pû leur donner les
lumieres que nous avons acquifes ? Nous
avons borné leur Science à être belles ; l'Etude
nous les rendroit infupportables .
>
Il s'eft cependant trouvé des Dames , qui
ont percé l'obscurité des ténébres dont
nous avions eû foin de les envelopper.
Quelle Erudition dans une Chriftine ! Quelle
délicateffe dans les Poëfies d'une Deshoulieres
& d'une Villedieu ! Quelle legereté dans
la plume d'une la Suze , d'une Scudery !
1
20%
1942 MERCURE DE FRANCE.
2º. Une des preuves les plus convaincantes
de l'Eſprit des Dames ,
c'est que dépourvûës
de la force & de la Science , avec
ces Braffelets , ces Coëffures , ces Coliers ,
ces foibles armes que nous méprifons , elles
enchaînent les plus redoutables Guerriers ,
ces Hommes dont le bras étoit invaincu
& dont le coeur eut été invincible , s'il n'y
eut point eû de femmes. Le Philofophe s'at
tendrit ; la Raifon s'égare , elle autorife fouvent
une Paffion qu'elle condamnoit , avant
que de la connoître .
Si nous aimons les Femmes avec leurs dé
fauts , fi la Coquetterie même n'eſt pas un
antitode fouverain contre nos foibleffes
ou il y a dans le Sexe quelque chofe de fupérieur
, qui nous attire , ou les plus honteufes
Paffions nous dominent . De quelque
côté que l'Homme fe tourne , il trouvera
dans ce Dilemme une preuve de fon infériorité.
D'ailleurs , il eft sûr que les Dames ont
naturellement plus de retenuë que les Hommes
; fi donc nous rampons devant celles
qui ont perdu ce caractere pour mener une
vie licentieufe , à plus forte raiſon devonsnous
fléchir le genou devant celles , qui joignent
aux dons de la Nature une Vertu à
toute épreuve. Le contraire , dit- on , arrive
jourSEPTEMBRE.
1744. 1943
journellement ; je l'avoue , & c'eft en cela
que nous faifons paroître moins d'Efprit &
de Raifon que le beau Sexe . Les Hommes
préférent les Concubines à des femmes reſpectables
; les Dames préférent les Hommes
vertueux aux débauchés , quelle difference
de goût !
Une troifiéme preuve de l'Efprit des Dames
, c'eft que , plus foibles que nous , elles
viennent plûtôt à bout de leurs entrepriſes.
Sçais- tu bien ce que peut une femme en fureur è
S'écrie l'expérience avec Corneille ; auffi
lorfque la Confidente de Medée lui dit :
Votre Pays vous hait ; votre Epoux eft fans foi
Dans ce revers fatal que vous refte- t'il ?
Medée répond :
Moi.
Quel reffort , quelle adreffe dans une
Femme qui aime !
Thefée eut été immolé aux Manes d'Andragée,
fans le fecours d'Ariane , & s'il fortit
du Labyrinthe , c'eft que cette Princeſſe
lui confeilla d'attacher un fil dès l'entrée ,
qui le conduifit dans tous les détours & le
reconduifit ,
Un
1944 MERCURE DE FRANCE .
Un jeune Homme , magnifique au dehors,
petit en lui-même , extravagant par tout ,
refufera dans fes fottes décifions la Superiorité
aux Dames pour l'Efprit , mais s'il eft
encore capable de refléxions , il embraffera
le fentiment contraire ; ce n'eft pas à dire
qu'il n'en eft point qui n'en foient dépourvues
, mais en général les Dames ont plus
de faillies , & en même-tems plus de retenuë
, plus de prudence que les Hommes.
Parce que dans une Ville il fe trouvera peutêtre
vingt Femmes , qui n'auront jamais
penfé délicatement , il ne faut pas que l'affront
rejailliffe fur tout le Sexe.
SECONDE PARTIE.
Doit- on refufer le Courage aux Dames ?
Non fans doute. Sémiramis ajoûta aux Conquêtes
de Ninus la Lybie , la Perfe , l'Egypte
; elle recula les Frontieres de fon Empire
jufqu'à l'Inde. Babylone lui dût fes Jardins
admirables & en quelque façon fufpendus ,
la triple enceinte de fes Murs , ces fameufes
Tours , qui l'emportoient fur celle de Ninive
, & les so Portes d'Airain maffif. La fier-
50
témodefte de Syfigambis rendit refpectueux
le redoutable vainqueur de Darius. Avec
quel courage Polixéne brava- t'elle la fureur
du
SEPTEMBRE. 1744. 1945
du fils d'Achille , qui l'immola aux Mânes
de fon Pere ! L'intrépide Judith , en abattant
la tête coupable d'Holopherne , délivra
Béthulie , que le Général Affyrien , envoyé
par Nabuchodonofor , tenoit affiégée . Le
corps enfanglanté de Lucrece chaffa les Tarquins
de Rome , & cette Dame violée , en
fe donnant la mort , affranchit fa Patrie de
l'esclavage où l'avoient tenu ſept Rois confécutifs
. Coriolan , ayant battu plufieurs fois
les Romains , alloit réduire leur Capitale
en cendres , fi fa Mere n'eût parlé. Elle
adoucit l'humeur de fon fils ; le vainqueur
admire fon courage ; Rome eft délivrée , &
les Volfques fe retirent. Paroiffez Illuftre
Matrone , qui dans une pareille conjoncture,
fauvâtes votre Patrie, en parlant en Mere
courroucée à votre fils rebelle . Dans peu
fe feroit emparé de Babylone , fi Balthazar
eût hérité de la grandeur d'Ame de Nitocris
?
il
J'avoue que les Dames n'étant pas dans
l'ufage d'aller à la guerre , leurs exploits
font plus rares , mais fi les Hommes font
chargés du foin de défendre les Etats , ce
font eux qui les ont troublés. L'ambition
de vaincre fes pareils , eft le partage des Héros.
Les femmes s'attachent à donner de l'éducation
à leurs enfans , à entretenir la paix
dans
1946 MERCURE DE FRANCE.
dans leur famille , voilà où fe borne leur
ambition. Le tumulte des affaires , l'horreur
que les armes entraînent après elles , ne troublent
point leur vie paifible, mais auffi lorfqu'elles
font forcées à fe défendre , quelle
intrépidité ! Sans aller chercher dans l'Hiftoire
ces Illuftres Héroïnes , qui de leurs
cheveux firent des cordes pour les Machines
de guerre , confultons l'expérience . Repréfentons-
nous ces Meres furieufes , arrachant
leurs filles tremblantes des mains effrenées
d'un Soldat qui s'eft emparé d'une
Ville , & c.
La véritable grandeur d'Ame confifte à
vaincre fes Paflions , à triompher du vice ,
à remplir les devoirs de l'Amitié , à pratiquer
les Vertus Morales ; on accorde auffi
aux Dames , avec l'Eglife , la Dévotion .
Rien n'eft d'ailleurs plus héroïque que la
fidélité dont fe pique une Dame de 15 à
20 ans , envers un Mari plus que fexagenaire.
La choſe arrive cependant tous les jours.
L'intérêt eft ordinairement l'origine & la
baze de la fidélité dans les Hommes. Maffiniffa
, vaincu par les charmes de l'Epouſe
de Syphax , auroit peut-être toujours aimé
Sophoniſbe , fi l'intérêt n'eût agi fur lui .
Allié des Romains , il leur immola le foir
de fes nôces cette Princeffe Africaine.
Les
SEPTEMBRE. 1744. 1947
Les femmes ont naturellement le coeur
plus tendre que nous. Nul objet férieux ne
les attache , auffi rempliffent- elles , mieux que
les hommes , les devoirs de l'Amitié . Ce
fuperbe Monument , qu'érigea Artemife en
l'honneur de fon cher Maufole , ne fubfifte
plus , quoiqu'il fût une des fept Merveilles
du Monde , mais la tendreffe de cette Reine
de Carie a bravé les injures du tems , & nous
a mieux fait connoître le Roi , fon Epoux
que l'Eloquence d'Ifocrate & de Théopompe.
Toutes les Dames font bien aifes de plaire,
mais c'eſt un effet de l'amour propre, auquel
les hommes font moins fujets , parce
qu'ils ont plus d'occupations.
On n'a peut-être jamais vû de femme qui
fe foit glorifiée du titre d'Athée ou de Déifte
, tandis qu'on voit de jeunes Gens , encore
couverts de la pouffiere des Bancs , qui
donnent dans ces abominables Principes.
་
Les Dames ont ordinairement plus de
foin de l'honneur de leurs Maris , que les
Hommes n'en ont de celui de leurs Epouſes.
Elles s'efforcent de fe cacher à elles- mêmes
leurs défauts , qu'elles dérobent aux yeux
du Public. Un Jaloux inftruit tout le monde
de fes foupçons mal fondés ; il s'expofe
par- là à la rifée publique; fa femme , dit- on,
en eft la caufe ; fuppofons un inftant qu'elle
1948 MERCURE DE FRANCE.
sûr ,
le fût coquette ; l'Homme , à coup
manque plus fouvent à fes engagemens que
la Femme , Quelle Loi lui accorde ce Privilége
?
Enfin il s'écoula fept cent ans , fans qu'au
cune Femme de l'Ile de Chio eût donné le
moindre foupçon fur fa vertu . Les Matrônes
Grecques poufferent fi loin la fageffe & la
chafteté , que Pétrone , n'en trouvant aucune
à qui il pût reprocher quelque incontinence
, fut forcé d'inventer l'Hiftoire de
la Matrône d'Ephéfe . Je ferois infini , fi
j'entreprenois de rapporter ici tout ce qui
peut entrer dans la défenſe des Dames , que
je crois , en général , fupérieures aux Hommes.
A Dijon le 6 Juin 1744.
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3
p. 2047
CHANSON. Dont les Paroles sont tirées du Pastor-Fido.
Début :
Que notre sort est r[i]goureux, [...]
Mots clefs :
Triste, Amour, Pudeur, Sexe, Plaisirs, Pastor fido
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON. Dont les Paroles sont tirées du Pastor-Fido.
CHANSON.
Dont les Paroles font tirées du Paftor- Fido .
Q Ue notre fort eft rigoureux ,
Et que notre Sexe eft à plaindre !
La Nature , elle-même , allume en nous des feux
Qu'une trifte pudeur nous commande d'éteindre.
Pourquoi ce trifte Amour , fi cher à nos défirs ,
N'eft-il pas lévitime
Hélas ! pourquoi faut il que la Loi faſſe un crime
De ce qui fait pour nous le plus grand des pla firs ?
Quels que foient les appas qui viennent nous furprendre
,
On nous condamne à réſiſter ,
Quoique faciles à tenter ,
Et
trop foibles pour nous deffendre.
Dont les Paroles font tirées du Paftor- Fido .
Q Ue notre fort eft rigoureux ,
Et que notre Sexe eft à plaindre !
La Nature , elle-même , allume en nous des feux
Qu'une trifte pudeur nous commande d'éteindre.
Pourquoi ce trifte Amour , fi cher à nos défirs ,
N'eft-il pas lévitime
Hélas ! pourquoi faut il que la Loi faſſe un crime
De ce qui fait pour nous le plus grand des pla firs ?
Quels que foient les appas qui viennent nous furprendre
,
On nous condamne à réſiſter ,
Quoique faciles à tenter ,
Et
trop foibles pour nous deffendre.
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4
p. 148-153
« DISCOURS sur la facilité & l'utilité des Mathématiques, prononcé par M. [...] »
Début :
DISCOURS sur la facilité & l'utilité des Mathématiques, prononcé par M. [...]
Mots clefs :
Deux sexes, Femmes, Sexe, Esprit, Mathématiques, Étude, Secours, Sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DISCOURS sur la facilité & l'utilité des Mathématiques, prononcé par M. [...] »
DISCOURS sur la facilité & l'utilité
des Mathématiques, prononcé par M.
Digard à l'ouverture de ses Conférences
publiques, le 12 Decembre 1751. A
Paris chez Ballard, rue S. Jean de Beau-
vais 1751.
M. Digard ne porte pas seulement jus-
qu'à la démonstration, la vérité des deux
propositions qu'il avance, il réfute encore
très-solidement les objections quon est
dans l'usage de faire contr'elles. Voici la fin
de son discours dans lequel il a jetté plus
d'agrément qu'on n'étoit en droit d'en
attendre.
Ce seroit sans doute un nouvel hidre
à combattre que le sentiment de ceux qui
en reconnoissant l'utilité des Mathémati-
ques, réservent pour notre sexe une étude
qu'ils supposent inutileà l'autre. Cette con-
duite a-t elle sa source dans un intérêt per-
sonnel? Est-elle une preuve de notre esti-
me ou une suite de nos ménagemens pour
les Dames? Prétendroit-on que leur es-
prit aussi juste que délicat, parvient sans
aucun secours, où le notre n'arrive qu'a
près beaucoup de travail? Quoique cette
opinion ne manque pas de sectateurs, je
crois pouyoir la rejetter sans manquer au
FEVRIER.
1752.
149
respect que je dois aux Dames; plus elles
auront de dispositions, moins elles s'ima-
gineront posséder les Sciences infuses; la
Nature prépare les matieres, l'Art seul
peut les mettre en œeuvre.
Supposera-t. on que par égard pour leur
foiblesse, on doit leur épargner des tra-
vaux au dessus de leurs forces? N'avons-
nous pas des femmes Illustes dans tous-
les genres? Les exemples connus qu'il
seroit aisé de citer & les épreuves particu-
lieres que j'ai faites en plusieurs occasions,
m ont convaincu que les dispositions sont
aumoins égales. Rien n'est moins fondé que
ce reproche de foiblesse. Je m'étonne qu un
préjugé si contraire à nos moeurs, ait pu
trouver créance auprès d'une Nation aussi
judicieuse que la nôtre. Qui sommes nous
donc, nous François, qui nous glori-
fions de suivre les impressions de ce sexe
prétendu foible & de lui devoir certe poli-
tesse qui nous distingue des autres Peuples,
& qn ide toutes nos prétentions est la moius
contestée. Eh, Messieurs, par vanité mé-
nagons nos vainqueurs; ne fût-ce que
pour diminuer la honte de notre défaite,
si toutefois ont doit rougir de céder à
la douceur qui fait le principal méri-
te de ce sexe & le charme de la So-
ciété.
Giij
zed by Goc
170 MERCURE DE FRANCE.
Ce n est donc pas pat amour propte
ou par jalousie quon a exclu les femmes
de l'étude des Mathématiques. Serons- nous
toujours en opposition avec nous mêmes?
Quoi! nous prétendons assés gratuitement
que l'esprit des femmes, en genétal, man-
que de justesse, & nous leur refuserions les
secours capables de le fixer. Quelle' injusti-
celje dis plus, notre intérêt personnel exige
que l'étude soit commune aux deux sexes,
cette proposi.ion se trouve dans plus d'un
Auteur; mais fût-elle entiérement nou-
velle, ce n'est pas chez les François que
la nouveauté d'une opinion doit sembler
un motif pour la rejetter. Cette nonveau-
té même, si Pon en croit nos voisins, est
un titre suffisant pour nous la faire adop-
ter. Quoi qu'il en soit, quelques réfle-
xions assez simples nous mettront en état
de juger de son mérite.
Les deux sexes sont destinés à vivre
ensemble, mais leur liaison ne peut sub-
sister qu'autant qu elle est fondée sur l'esti-
me & qu elle suppose entre eux une sorte
d'égalité. Que la beauté de l'un compense
la force de l'autre, à la bonne heure;
mais il n'est personne assez aveugle pour
penser que l'Auteur ait borné le mérite
de l'un des deux sexes, aux qualités ex-
térieures. La certitude que nous avons de
FEVRIER. 1752.
151
sa justice, doit au contraire nous assuret
que ce Pere équitable a pa tagé ses bien-
faits également entre eux: or comment
cette égalité se soutiendra-t'elle si l'un des
deux abusant du pouvoir qui ne lui a été
confié que pour faire le bonheut de l'au-
tre, cesse d'être son protecteur & devient
son tiran ? s'il se réserve le droit exclusif
aux qualités essentielles à toutes les con-
noissances capables de perfectionner les
dons de la Nature, & charge l'autre de
ridicules & de frivolités ? Oui, Mes-
sieurs, c'est à nous mêmes, c'est à la
mauvaise éducation qu on donne aux fem-
mes, que nous devons imputer le peu
de capacité, que nous leur supposons
pout les Sciences. L'esprit n'a point de
sexe.
On feroit un raisonnement faux en di-
sant que les femmes ne sont destinées ni
à l'exercice des Arts, ni aux emplois qui
exigent des connoissances supérieures.
Nont-elles pas comme vous une ame, un
cœur, un esprit? Vous convenez qu'il
est nécessaire d'éclairer leur ame par le
flambeau de la religion; pourquoi leur
refuser le secours de la morale pour diriger
les mouvemens de leur cœeur & celui
des Mathématiques, pour donner la justes-
Giiij
ized by Goc
—
152 MERCURE DEFRANCE.
se à leur esprit? C'est le seul moyen de
rétablir l'égalité.
Cet équilibre conforme aux vœux de
de la Nature est nécessaire au bonheur des
deux sexes. On ne peut l'assuret sans aug-
menter l'émulation, & contribuer aux
progrès des Sciences, sans répandre un
agrément de plus dans le commerce de la
vie, sans se ménager une ressource nou-
velle contre l'ennui qui nous assiège.
C'est multiplier ses plaisirs, que d'étendre
l'empire de la raison.
Vainement m'objecteroit- on que le
Térence du dernier siécle a répandu sur
les femmes) instruites, un vernis de ridicu-
le qui ne s'effacera jamais. Cet Auteur étoit
lui-même trop éclairé pour jouer les fem-
me quise distinguent par leurs talens. Quel-
le est la fable de son Poëme. Il veut prou-
ver, comme il le fait dire par son Clitan-
dre, que de deux sott, le plus sçavant est le
plus sot. Qu'on y prenne garde. Les Vadius &
les Trissotins de son tems qui éblouissent par
de grands mots, des femmes vraiment igno-
rantes; l'abus que foni ces mêmes femmes
de ces mots dont elles ne connoissent pas la
valeut; l'affectation, & la fatire de ces
pédans des deux sexes, forment la base &
le jeu de sa Comédie. Il devoit donc l'inti-
gines
FEVRIER. 1752.
153
tuler les Pédans, puisque le titre de femmes
scavantes ne convient en aucune maniere
aux Philam intes & aux Belises qu'il y in-
troduit; mais ce titre n'auroit pas in-
téressé la multitude. Le point capital étoit
de lui plaire; le succès de sa Piéce en dé-
pendoit; & dans cette occasion comme
dans quelques autres, Moliere s'est vû
contraint de sacrifier à la raison, à l'intérent.
Quand on supposeroit, pour un mo-
ment, qu'entramé par le préjugé, Mo-
liere a réellement prétendu ridiculiser
les femmes qui fortant de la létargie où
notre injustice les a plongées, se rendent
célebres par leurs lumieres; qu'en résul-
teroit. il? Je n'y vois pour elles, aucun
sujet de honte. Pourrions-nous en dire
autant de l'Ecrivain? Socrate étoit un
grand-homme; le fut-il moins après
qu'Aristophane l'ent joué ? Réfléchissez-y,
Messieurs, & prononcez.
des Mathématiques, prononcé par M.
Digard à l'ouverture de ses Conférences
publiques, le 12 Decembre 1751. A
Paris chez Ballard, rue S. Jean de Beau-
vais 1751.
M. Digard ne porte pas seulement jus-
qu'à la démonstration, la vérité des deux
propositions qu'il avance, il réfute encore
très-solidement les objections quon est
dans l'usage de faire contr'elles. Voici la fin
de son discours dans lequel il a jetté plus
d'agrément qu'on n'étoit en droit d'en
attendre.
Ce seroit sans doute un nouvel hidre
à combattre que le sentiment de ceux qui
en reconnoissant l'utilité des Mathémati-
ques, réservent pour notre sexe une étude
qu'ils supposent inutileà l'autre. Cette con-
duite a-t elle sa source dans un intérêt per-
sonnel? Est-elle une preuve de notre esti-
me ou une suite de nos ménagemens pour
les Dames? Prétendroit-on que leur es-
prit aussi juste que délicat, parvient sans
aucun secours, où le notre n'arrive qu'a
près beaucoup de travail? Quoique cette
opinion ne manque pas de sectateurs, je
crois pouyoir la rejetter sans manquer au
FEVRIER.
1752.
149
respect que je dois aux Dames; plus elles
auront de dispositions, moins elles s'ima-
gineront posséder les Sciences infuses; la
Nature prépare les matieres, l'Art seul
peut les mettre en œeuvre.
Supposera-t. on que par égard pour leur
foiblesse, on doit leur épargner des tra-
vaux au dessus de leurs forces? N'avons-
nous pas des femmes Illustes dans tous-
les genres? Les exemples connus qu'il
seroit aisé de citer & les épreuves particu-
lieres que j'ai faites en plusieurs occasions,
m ont convaincu que les dispositions sont
aumoins égales. Rien n'est moins fondé que
ce reproche de foiblesse. Je m'étonne qu un
préjugé si contraire à nos moeurs, ait pu
trouver créance auprès d'une Nation aussi
judicieuse que la nôtre. Qui sommes nous
donc, nous François, qui nous glori-
fions de suivre les impressions de ce sexe
prétendu foible & de lui devoir certe poli-
tesse qui nous distingue des autres Peuples,
& qn ide toutes nos prétentions est la moius
contestée. Eh, Messieurs, par vanité mé-
nagons nos vainqueurs; ne fût-ce que
pour diminuer la honte de notre défaite,
si toutefois ont doit rougir de céder à
la douceur qui fait le principal méri-
te de ce sexe & le charme de la So-
ciété.
Giij
zed by Goc
170 MERCURE DE FRANCE.
Ce n est donc pas pat amour propte
ou par jalousie quon a exclu les femmes
de l'étude des Mathématiques. Serons- nous
toujours en opposition avec nous mêmes?
Quoi! nous prétendons assés gratuitement
que l'esprit des femmes, en genétal, man-
que de justesse, & nous leur refuserions les
secours capables de le fixer. Quelle' injusti-
celje dis plus, notre intérêt personnel exige
que l'étude soit commune aux deux sexes,
cette proposi.ion se trouve dans plus d'un
Auteur; mais fût-elle entiérement nou-
velle, ce n'est pas chez les François que
la nouveauté d'une opinion doit sembler
un motif pour la rejetter. Cette nonveau-
té même, si Pon en croit nos voisins, est
un titre suffisant pour nous la faire adop-
ter. Quoi qu'il en soit, quelques réfle-
xions assez simples nous mettront en état
de juger de son mérite.
Les deux sexes sont destinés à vivre
ensemble, mais leur liaison ne peut sub-
sister qu'autant qu elle est fondée sur l'esti-
me & qu elle suppose entre eux une sorte
d'égalité. Que la beauté de l'un compense
la force de l'autre, à la bonne heure;
mais il n'est personne assez aveugle pour
penser que l'Auteur ait borné le mérite
de l'un des deux sexes, aux qualités ex-
térieures. La certitude que nous avons de
FEVRIER. 1752.
151
sa justice, doit au contraire nous assuret
que ce Pere équitable a pa tagé ses bien-
faits également entre eux: or comment
cette égalité se soutiendra-t'elle si l'un des
deux abusant du pouvoir qui ne lui a été
confié que pour faire le bonheut de l'au-
tre, cesse d'être son protecteur & devient
son tiran ? s'il se réserve le droit exclusif
aux qualités essentielles à toutes les con-
noissances capables de perfectionner les
dons de la Nature, & charge l'autre de
ridicules & de frivolités ? Oui, Mes-
sieurs, c'est à nous mêmes, c'est à la
mauvaise éducation qu on donne aux fem-
mes, que nous devons imputer le peu
de capacité, que nous leur supposons
pout les Sciences. L'esprit n'a point de
sexe.
On feroit un raisonnement faux en di-
sant que les femmes ne sont destinées ni
à l'exercice des Arts, ni aux emplois qui
exigent des connoissances supérieures.
Nont-elles pas comme vous une ame, un
cœur, un esprit? Vous convenez qu'il
est nécessaire d'éclairer leur ame par le
flambeau de la religion; pourquoi leur
refuser le secours de la morale pour diriger
les mouvemens de leur cœeur & celui
des Mathématiques, pour donner la justes-
Giiij
ized by Goc
—
152 MERCURE DEFRANCE.
se à leur esprit? C'est le seul moyen de
rétablir l'égalité.
Cet équilibre conforme aux vœux de
de la Nature est nécessaire au bonheur des
deux sexes. On ne peut l'assuret sans aug-
menter l'émulation, & contribuer aux
progrès des Sciences, sans répandre un
agrément de plus dans le commerce de la
vie, sans se ménager une ressource nou-
velle contre l'ennui qui nous assiège.
C'est multiplier ses plaisirs, que d'étendre
l'empire de la raison.
Vainement m'objecteroit- on que le
Térence du dernier siécle a répandu sur
les femmes) instruites, un vernis de ridicu-
le qui ne s'effacera jamais. Cet Auteur étoit
lui-même trop éclairé pour jouer les fem-
me quise distinguent par leurs talens. Quel-
le est la fable de son Poëme. Il veut prou-
ver, comme il le fait dire par son Clitan-
dre, que de deux sott, le plus sçavant est le
plus sot. Qu'on y prenne garde. Les Vadius &
les Trissotins de son tems qui éblouissent par
de grands mots, des femmes vraiment igno-
rantes; l'abus que foni ces mêmes femmes
de ces mots dont elles ne connoissent pas la
valeut; l'affectation, & la fatire de ces
pédans des deux sexes, forment la base &
le jeu de sa Comédie. Il devoit donc l'inti-
gines
FEVRIER. 1752.
153
tuler les Pédans, puisque le titre de femmes
scavantes ne convient en aucune maniere
aux Philam intes & aux Belises qu'il y in-
troduit; mais ce titre n'auroit pas in-
téressé la multitude. Le point capital étoit
de lui plaire; le succès de sa Piéce en dé-
pendoit; & dans cette occasion comme
dans quelques autres, Moliere s'est vû
contraint de sacrifier à la raison, à l'intérent.
Quand on supposeroit, pour un mo-
ment, qu'entramé par le préjugé, Mo-
liere a réellement prétendu ridiculiser
les femmes qui fortant de la létargie où
notre injustice les a plongées, se rendent
célebres par leurs lumieres; qu'en résul-
teroit. il? Je n'y vois pour elles, aucun
sujet de honte. Pourrions-nous en dire
autant de l'Ecrivain? Socrate étoit un
grand-homme; le fut-il moins après
qu'Aristophane l'ent joué ? Réfléchissez-y,
Messieurs, & prononcez.
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5
p. 84-87
LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
Début :
Deux choses que j'ai lues, Monsieur, dans votre dernier Mercure d'Août, m'ont [...]
Mots clefs :
Mlle de Car...., Logogriphes, Mercure, Sexe, Grâces
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
LETTRE
A L'AUTEUR DU MERCURE
Deux chofes que j'ai lues , Monfieur
dans votre dernier Mercure d'Août , m'ont
affez piquée pour ne pouvoir me refuſer
à l'envie de vous le dire. Peut-être la
gloire d'occuper un inſtant votre attention
OCTOBRE. 1756. & >
peuty
a-t'elle plus de part que le dépit. La premiere
eft la tromperie de Mlle de Car....
de Toulouſe , pour laquelle je me fentois
une espece de fympathie , qui étoit
être une preuve tacite qu'elle n'étoit pas
fi fille que moi , qui la fuis , Monfieur ,
je vous affure , & la ferai , je crois dans
Tous les fiecles des fiecles ; je fupprime
ainfi foit- il , qui pourroit me faire
foupçonner de ne l'être pas plus que M. le
Riche , à qui je ne pardonne point d'avoir
mafqué fon efprit des graces de mon fexe
& de m'avoir fait prendre peut- être un
grand vifage dans une perruque quarrée
pour un joli minois féminin. Comme
homme vous devez fentir mieux que moi, -
Monfieur , le piquant de la méprife , &
l'inconvénient de ne pouvoir plus même
en Province fe connoître en fille . Celle
qui les taxe , dans ce même Mercure , de
mal adreffe à rimer , ma paru vouloir donner
à fa poéfie un mérite dont elle n'avoit
pas befoin , & en ôter un à mon fexe que
je crois très-capable d'avoir . Si nous en
faifons moins d'ufage , c'eft qu'on nous
donne trop à croire que nous en avons
mille autres . Nous trouvons plus aifé de
plaire par les agrémens de la figure qu'un
pompon augmente , que par ceux de l'ef
prit qui demandent une étude qui vole
S6 MERCURE DE FRANCE.
roit les momens précieux d'une jolie femme.
Je penſe donc que la rareté des rimeufes
procede plutôt de pareffe que de
manque de talens . Ce n'eft point , Monfieur
, pour joindre la force des preuves à
mon raiſonnement que je vous envoie mes
deux Logogryphes , peut-être feroient- ils
celle du contraire ; c'eft pour faire un paſſeport
à ma Lettre. Je n'imagine pas non plus
que mon courroux foit exprimé d'une
façon à mériter le jour. J'avoue que je
ferois trop flattée qu'il valût un mot de
votre critique vous l'habillez ordinairement
d'une jufteffe & d'une légèreté de
ftyle qui peut apprendre à penfer , & qui
fait plus eftimer la louange ou fon contraire
, que ce qui en fait le fujet . Excufez
, Monfieur , la longueur d'un babil
qui peut faire demi- preuve de mon fexe ;
fi mon nom en étoit une de l'eftime que
j'ai pour les gens d'efprit comme vous ,
Monfieur , je ne le fupprimerois pas.
Nous fommes fi fenfibles aux politeffes
des femmes , quelque exagerées qu'elles
foient , que pour y répondre nous inférons
ici un de ces Logogryphes . Nous ne
fçaurions trop les encourager à parer notre
Recueil de leurs productions. Leur
profe a furtout des graces qui nous font
oublier les négligences de leur poéfie , &
OCTOBRE. 17566 8.7
nous engagent même à corriger celles qui
trop fenfiblement les regles .
A L'AUTEUR DU MERCURE
Deux chofes que j'ai lues , Monfieur
dans votre dernier Mercure d'Août , m'ont
affez piquée pour ne pouvoir me refuſer
à l'envie de vous le dire. Peut-être la
gloire d'occuper un inſtant votre attention
OCTOBRE. 1756. & >
peuty
a-t'elle plus de part que le dépit. La premiere
eft la tromperie de Mlle de Car....
de Toulouſe , pour laquelle je me fentois
une espece de fympathie , qui étoit
être une preuve tacite qu'elle n'étoit pas
fi fille que moi , qui la fuis , Monfieur ,
je vous affure , & la ferai , je crois dans
Tous les fiecles des fiecles ; je fupprime
ainfi foit- il , qui pourroit me faire
foupçonner de ne l'être pas plus que M. le
Riche , à qui je ne pardonne point d'avoir
mafqué fon efprit des graces de mon fexe
& de m'avoir fait prendre peut- être un
grand vifage dans une perruque quarrée
pour un joli minois féminin. Comme
homme vous devez fentir mieux que moi, -
Monfieur , le piquant de la méprife , &
l'inconvénient de ne pouvoir plus même
en Province fe connoître en fille . Celle
qui les taxe , dans ce même Mercure , de
mal adreffe à rimer , ma paru vouloir donner
à fa poéfie un mérite dont elle n'avoit
pas befoin , & en ôter un à mon fexe que
je crois très-capable d'avoir . Si nous en
faifons moins d'ufage , c'eft qu'on nous
donne trop à croire que nous en avons
mille autres . Nous trouvons plus aifé de
plaire par les agrémens de la figure qu'un
pompon augmente , que par ceux de l'ef
prit qui demandent une étude qui vole
S6 MERCURE DE FRANCE.
roit les momens précieux d'une jolie femme.
Je penſe donc que la rareté des rimeufes
procede plutôt de pareffe que de
manque de talens . Ce n'eft point , Monfieur
, pour joindre la force des preuves à
mon raiſonnement que je vous envoie mes
deux Logogryphes , peut-être feroient- ils
celle du contraire ; c'eft pour faire un paſſeport
à ma Lettre. Je n'imagine pas non plus
que mon courroux foit exprimé d'une
façon à mériter le jour. J'avoue que je
ferois trop flattée qu'il valût un mot de
votre critique vous l'habillez ordinairement
d'une jufteffe & d'une légèreté de
ftyle qui peut apprendre à penfer , & qui
fait plus eftimer la louange ou fon contraire
, que ce qui en fait le fujet . Excufez
, Monfieur , la longueur d'un babil
qui peut faire demi- preuve de mon fexe ;
fi mon nom en étoit une de l'eftime que
j'ai pour les gens d'efprit comme vous ,
Monfieur , je ne le fupprimerois pas.
Nous fommes fi fenfibles aux politeffes
des femmes , quelque exagerées qu'elles
foient , que pour y répondre nous inférons
ici un de ces Logogryphes . Nous ne
fçaurions trop les encourager à parer notre
Recueil de leurs productions. Leur
profe a furtout des graces qui nous font
oublier les négligences de leur poéfie , &
OCTOBRE. 17566 8.7
nous engagent même à corriger celles qui
trop fenfiblement les regles .
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Résumé : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
Dans une lettre, l'auteur exprime son mécontentement après avoir lu deux informations dans le dernier numéro du Mercure d'août 1756. La première concerne la tromperie de Mlle de Car... de Toulouse, envers qui l'auteur ressentait de la sympathie. Cette sympathie est remise en question, et l'auteur affirme que Mlle de Car... n'est pas la fille de M. le Riche, qu'il accuse de manquer d'esprit et de grâce envers les femmes. L'auteur déplore que les femmes soient souvent jugées sur leur apparence plutôt que sur leur esprit, rendant rares les femmes capables de rimer. L'auteur envoie deux logogryphes pour justifier l'envoi de sa lettre, mais doute que son courroux mérite une critique. Elle admire la justice et la légèreté du style de la critique du Mercure, qui valorise la réflexion. Elle s'excuse pour la longueur de sa lettre et encourage les femmes à contribuer au recueil avec leurs productions, malgré les négligences possibles dans leur poésie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 10-11
A Mlle B ... qui disoit à l'Auteur qu'il ne falloit qu'un RIEN pour lui plaire ou pour la fâcher.
Début :
Αu beau Séxe souvent un rien peut faire offense ; [...]
Mots clefs :
Rien, Plaire, Sexe, Timide, Volage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Mlle B ... qui disoit à l'Auteur qu'il ne falloit qu'un RIEN pour lui plaire ou pour la fâcher.
A Mlle B ... qui difoit à l'Auteur qu'il
nefalloit qu'un RIEN pour lui plaire
ou pour la fâcher.
ΑAνu beau Séxe ſouvent un rien peut faire offenſe
;
Le foupçonneux honneur qui fuit partout fesipas ,
Effarouche d'un mot la timide décence ,
Qui fur un ton d'indifférence
Doit compoſer tous les appas,
Un rien trouble fon âme ,
Un rien la fait rougir ,
Un innocent foupir
Remplit font coeur de flâme.
Un rien altére fa beauté, k
Un rien donne un luftre à fes charmesy
Un rien excite fa fierté ,
Un rien lui fait verfer des larmes ,
Un rien peut expoſer au plus rigoureux fort ,
Un rien fait excufer un aveu téméraires
Un rien enfeigne l'art de plaire ,
Un rien nous éloigne du Port.
AOUST. 1763. 1 I
Par fes riens quels qu'ils foient , fouvent un Petit-
Maître ,
Obtient fans la fentir , la plus douce faveur ;
Tandis qu'un tendre amant n'oſe faire paroître
De fon timide feu la plus fimple lueur.
Séxe enchanteur ! un rien vous fait ombrage ,
Un rien trouble votre bonheur.
Tircis eft-il abfent , vous le croyez volage ;
S'il eſt auprès de vous , vous doutez de fon coeur;
TH. Bon. de la Rochelle .
nefalloit qu'un RIEN pour lui plaire
ou pour la fâcher.
ΑAνu beau Séxe ſouvent un rien peut faire offenſe
;
Le foupçonneux honneur qui fuit partout fesipas ,
Effarouche d'un mot la timide décence ,
Qui fur un ton d'indifférence
Doit compoſer tous les appas,
Un rien trouble fon âme ,
Un rien la fait rougir ,
Un innocent foupir
Remplit font coeur de flâme.
Un rien altére fa beauté, k
Un rien donne un luftre à fes charmesy
Un rien excite fa fierté ,
Un rien lui fait verfer des larmes ,
Un rien peut expoſer au plus rigoureux fort ,
Un rien fait excufer un aveu téméraires
Un rien enfeigne l'art de plaire ,
Un rien nous éloigne du Port.
AOUST. 1763. 1 I
Par fes riens quels qu'ils foient , fouvent un Petit-
Maître ,
Obtient fans la fentir , la plus douce faveur ;
Tandis qu'un tendre amant n'oſe faire paroître
De fon timide feu la plus fimple lueur.
Séxe enchanteur ! un rien vous fait ombrage ,
Un rien trouble votre bonheur.
Tircis eft-il abfent , vous le croyez volage ;
S'il eſt auprès de vous , vous doutez de fon coeur;
TH. Bon. de la Rochelle .
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7
p. 42-46
EPITRE à Mde la Marquise d'A** sur les causes qui empêchent les femmes de réussir dans le genre élevé, & sur tout dans la tragédie.
Début :
Ce n'est donc point assez pour vous [...]
Mots clefs :
Genre élevé, Dieu, Sexe, Âme, Plaisir, Fleurs, Belles, Femmes, Tragédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE à Mde la Marquise d'A** sur les causes qui empêchent les femmes de réussir dans le genre élevé, & sur tout dans la tragédie.
EPITRE à Mde la Marquife d'A ** fur
les caufes qui empêchent les femmes de
réuffir dans le genre élevé , & fur tout
dans la tragédie.
Ce n'eft donc point affez pour vous
De chanter le plaifir qui monte votre lyre ,
Jufqu'aux brillans fuccès de l'auteur de Zaïre
Vous portez vos voeux les plus doux ;
Nos beaux efprits feront jaloux
Si , dédaignant les jeux , votre génie aſpire
Aux palmes qui croiffent pour nous.
La reine du printems , contente de fourire
Aux fleurs qui naiflent fous les pas ,
Les cueille & ne les change pas
Pour les lauriers dont la victoire
Couronne le dieu des combats .
L'enjoûment n'aime point l'appareil de la gloire s
Il cherche le plaifir & vole dans les bras .
Ce fexe à qui l'amour donna des ailes
Nefut propre jamais qu'aux écrits délicats ,
MA I. 1770 . 43
Et les ouvrages de nos belles
Sont femblables à leurs appas.
Quelques légeres étincelles
N'embrafent point un mur qui tombe avec fracas.
Jufques aux voûtes éternelles
L'aigle s'élance , & l'oiſeau de Cypris
Voltige fur les bords fleuris
Ou folâtrent les hirondelles
Parmi les rofes & les lis.
Le vol de l'hirondelle eft l'image parfaite
Des ouvrages que peut enfanter la beauté.
Belles , prenez une mufette ;
Mais que de Milton la trompette
N'enfle point une bouche où rit la volupté.
Avec le crêpe affreux de la tragique (cène
On allie encor moins pompons & falbalas ,
Et le poignard de Melpomene
Avec l'éguille de Pallas .
L'ingénieufe Deshoulieres
Qui , dans fes idilles légeres ,
Sait enchanter tous les lecteurs ,
Languit quand , du ftyle énergique ,
Elle veut faifir les couleurs :
En vain elle monta fur la scène tragique ,
Elle n'y put jamais faire verfer des pleurs ,
Malgré fa beauté defpotique .
Et cette mufe d'Orléans ,
Cette Barbier fi langoureuſe
44 MERCURE DE FRANCE.
Qui , d'abord , s'illuftra par des couplets charmans
,
Quoique de Pellegrin l'adrefle officieuſe
L'aidât dans fes vers languiffans ,
Melpomene froide , ennuyeuſe ,
Endormit tout Paris par fes drames glaçans.
Ce fexe , ami de la parure ,
Veut , de la tragédie , égaïer les couleurs ;
Il ne fait point tracer une fombre peinture ,
Allervi des l'enfance à des jeux féducteurs .
Mais comment exprimer les cruelles douleurs
Quandon ne peint qu'en mignature ?
C'eft offrir à nos yeux une vaine impofture ;
C'eft conftruire un joli roman ;
C'eft défigurer la nature
Et répandre des fleurs fur les bords d'un volcan...
Peut être le dur esclavage ,
Auquel par nous ce fexe eft condamné ,
Etouffe fon efprit ainfi que fon courage ,
Nous lui donnons les graces en partage
Pour tenir dans les fers fon génie enchaîné.
Peut-être un mafque politique ,
Dont il couvre toujours fon fentiment gêné ,
Peut le rendre moins énergique
En déguifant fon coeur vers l'amour entraîné.
Peut-être fa pudeur timide
L'arrête , parle & lui défend
De tracer , d'un crayon brûlant
Des paffions le feu rapide,
MA I. 1770.
45
La liberté fait l'ame , & l'ame le talent ;
Mais l'ame eft fans vigueur dans un corps foible
& lent.
Une voix par- tout refpectable ,
Oracle de ce monde & toujours écouté ,
Dit à la femme : fois aimable ,
A tes dehors brillans ton pouvoir eft femblable ;
On t'accorde l'adreffe & la fubtilité ;
Mais l'homme aura la force & la folidité.
Notre fexe à chacun affigne notre place.
Nos partages font différens ,
Oui belles , le dieu du Parnaffe
Imitant le dieu des amans ,
Vous fait des dons pareils à vos atours charmans.
Mais pour faire couler nos larmes
Vos yeux ont de plus fûres armes
Que nos écrits les plus touchans .
L'art de plaire vous intéreſle ;
Vous infpirez mieux la tendreffe
Que vous ne favez l'exprimer.
Cette fureur de tout charmer
Occupant vos loisirs , rend votre ame légere ,
Et chez vous le defir de plaire
Affoiblit le beſoin d'aimer.
Pour vous , jeune Sapho , qui ne favez que rire ;
Au dieu charmant qui vous infpire ,
Confacrez tous vos vers enfans de vos beaux
jours.
9
Oui , fans doute ils vivront toujours :
46
1
MERCURE
DE FRANCE
.
Le Plaifir faura les infcrire
Dans les archives des Amours.
Du fameux temple de mémoire
Les fublimes talens n'ont pas tous les honneurs ,
On peut arriver à la gloire
Par des fentiers femés de fleurs.
Par M. Sabatier , profeffeur d'éloquence
au collège de Tournon .
les caufes qui empêchent les femmes de
réuffir dans le genre élevé , & fur tout
dans la tragédie.
Ce n'eft donc point affez pour vous
De chanter le plaifir qui monte votre lyre ,
Jufqu'aux brillans fuccès de l'auteur de Zaïre
Vous portez vos voeux les plus doux ;
Nos beaux efprits feront jaloux
Si , dédaignant les jeux , votre génie aſpire
Aux palmes qui croiffent pour nous.
La reine du printems , contente de fourire
Aux fleurs qui naiflent fous les pas ,
Les cueille & ne les change pas
Pour les lauriers dont la victoire
Couronne le dieu des combats .
L'enjoûment n'aime point l'appareil de la gloire s
Il cherche le plaifir & vole dans les bras .
Ce fexe à qui l'amour donna des ailes
Nefut propre jamais qu'aux écrits délicats ,
MA I. 1770 . 43
Et les ouvrages de nos belles
Sont femblables à leurs appas.
Quelques légeres étincelles
N'embrafent point un mur qui tombe avec fracas.
Jufques aux voûtes éternelles
L'aigle s'élance , & l'oiſeau de Cypris
Voltige fur les bords fleuris
Ou folâtrent les hirondelles
Parmi les rofes & les lis.
Le vol de l'hirondelle eft l'image parfaite
Des ouvrages que peut enfanter la beauté.
Belles , prenez une mufette ;
Mais que de Milton la trompette
N'enfle point une bouche où rit la volupté.
Avec le crêpe affreux de la tragique (cène
On allie encor moins pompons & falbalas ,
Et le poignard de Melpomene
Avec l'éguille de Pallas .
L'ingénieufe Deshoulieres
Qui , dans fes idilles légeres ,
Sait enchanter tous les lecteurs ,
Languit quand , du ftyle énergique ,
Elle veut faifir les couleurs :
En vain elle monta fur la scène tragique ,
Elle n'y put jamais faire verfer des pleurs ,
Malgré fa beauté defpotique .
Et cette mufe d'Orléans ,
Cette Barbier fi langoureuſe
44 MERCURE DE FRANCE.
Qui , d'abord , s'illuftra par des couplets charmans
,
Quoique de Pellegrin l'adrefle officieuſe
L'aidât dans fes vers languiffans ,
Melpomene froide , ennuyeuſe ,
Endormit tout Paris par fes drames glaçans.
Ce fexe , ami de la parure ,
Veut , de la tragédie , égaïer les couleurs ;
Il ne fait point tracer une fombre peinture ,
Allervi des l'enfance à des jeux féducteurs .
Mais comment exprimer les cruelles douleurs
Quandon ne peint qu'en mignature ?
C'eft offrir à nos yeux une vaine impofture ;
C'eft conftruire un joli roman ;
C'eft défigurer la nature
Et répandre des fleurs fur les bords d'un volcan...
Peut être le dur esclavage ,
Auquel par nous ce fexe eft condamné ,
Etouffe fon efprit ainfi que fon courage ,
Nous lui donnons les graces en partage
Pour tenir dans les fers fon génie enchaîné.
Peut-être un mafque politique ,
Dont il couvre toujours fon fentiment gêné ,
Peut le rendre moins énergique
En déguifant fon coeur vers l'amour entraîné.
Peut-être fa pudeur timide
L'arrête , parle & lui défend
De tracer , d'un crayon brûlant
Des paffions le feu rapide,
MA I. 1770.
45
La liberté fait l'ame , & l'ame le talent ;
Mais l'ame eft fans vigueur dans un corps foible
& lent.
Une voix par- tout refpectable ,
Oracle de ce monde & toujours écouté ,
Dit à la femme : fois aimable ,
A tes dehors brillans ton pouvoir eft femblable ;
On t'accorde l'adreffe & la fubtilité ;
Mais l'homme aura la force & la folidité.
Notre fexe à chacun affigne notre place.
Nos partages font différens ,
Oui belles , le dieu du Parnaffe
Imitant le dieu des amans ,
Vous fait des dons pareils à vos atours charmans.
Mais pour faire couler nos larmes
Vos yeux ont de plus fûres armes
Que nos écrits les plus touchans .
L'art de plaire vous intéreſle ;
Vous infpirez mieux la tendreffe
Que vous ne favez l'exprimer.
Cette fureur de tout charmer
Occupant vos loisirs , rend votre ame légere ,
Et chez vous le defir de plaire
Affoiblit le beſoin d'aimer.
Pour vous , jeune Sapho , qui ne favez que rire ;
Au dieu charmant qui vous infpire ,
Confacrez tous vos vers enfans de vos beaux
jours.
9
Oui , fans doute ils vivront toujours :
46
1
MERCURE
DE FRANCE
.
Le Plaifir faura les infcrire
Dans les archives des Amours.
Du fameux temple de mémoire
Les fublimes talens n'ont pas tous les honneurs ,
On peut arriver à la gloire
Par des fentiers femés de fleurs.
Par M. Sabatier , profeffeur d'éloquence
au collège de Tournon .
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Résumé : EPITRE à Mde la Marquise d'A** sur les causes qui empêchent les femmes de réussir dans le genre élevé, & sur tout dans la tragédie.
L'épître adressée à Madame la Marquise d'A** examine les obstacles rencontrés par les femmes dans la création de tragédies. L'auteur reconnaît les succès littéraires de la marquise mais estime que les femmes sont plus adaptées aux écrits délicats et légers, contrairement aux œuvres majestueuses des hommes. Pour illustrer cette distinction, il utilise la métaphore de l'aigle, représentant les grandes œuvres masculines, et de l'hirondelle, symbolisant les œuvres légères et charmantes des femmes. L'épître cite des exemples tels que Madame Deshoulières et Madame de Orléans, qui, malgré leurs talents poétiques, n'ont pas réussi à se distinguer dans le genre tragique. L'auteur attribue ces échecs aux contraintes sociales et aux attentes de féminité qui limitent les femmes dans l'expression de leur génie littéraire. Il conclut que les femmes sont naturellement douées pour inspirer la tendresse plutôt que pour l'exprimer par écrit, et que leur désir de plaire affaiblit leur capacité à aimer profondément.
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