On les mena le lendemain
au Diner du Roy, où ils curent
toûjours les mains jointes
& élevées. Comme il leur
fut permis de le voir pendant
tour leRepas, ce qu'ils tinrent
à grande faveur , ils le regarderent
avec une attention
curicufe,mais toûjours rem
plie du plus profond reſpect.
Les mapieres deace. Monar
que ueles les charmerenttellement,
qu'un des Mandarins nomdes
Amb. de siam .
259
mé Racan , ſe ſentant tout
@remply de ce grand Prince ,
& tout penetré d'amour &
d'admiration , dit à Me l'Abbé
de Lionne : Si je sçavois
parler François, je luy parlerois ;
carsa bonté me paroist fi grande ,
que je croy qu'elle le feroit encore
plus que ma bardieffe. Le
grand nombre des Inſtru
mens qui joüoient pendant
ce repas , obligeal le Roy à leur
faire dire que ce bruit eſtoit
ecauſe qu'il ne leur parleroit
qu'aprés le Dîner : ce que Sa
Majefté fit auffi-tôt qu'Elle
fut fortie de table. L'Ambaſſadeur
ſe ſervit de cette
10
260 Suite du Voyage
occaſion pour donner au Roy
une Lettre de Me Conſtance.
Il dit : Que ce Ministre avoit
eu la bardieffe de faire de petits
Preſens à Sa Majesté , mais qu'il
efperoit que sa bonté seroit affez
grande pour la luy pardonner.
Le Roy reçût ce Compliment
d'une maniere ſi agreable ,
& l'air dont il leur parla les
charma fi fort , qu'auffi- tôt
qu'ils farent hors de la prefence
de ce Prince , l'Ambaffadeur
dit , Que c'estoit à pre-
Sent qu'ils connoiſſoient qu'ils
avoient beaucoup plus de force
4
qu'ils n'avoient crû , puisqu'ils
avoient efté capables de foûtenir
les
7
des Amb. de Siam. 261
M
les grandes bontez du Roy.