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4201
p. 521-522
AUTRE.
Début :
Fils du Soleil & de la Terre, [...]
Mots clefs :
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Fils du Soleil & de la Terre ,
Au Tems j'ai fait donner un nom .
Ev Je
522 MERCURE DE FRANCE.
Je fis périr Agamemnon ,
Lorſqu'il revenoit de la guerre.
Envers ma mere fils rébelle ,
J'ofe lui déchirer le ſein ,
Mais c'eſt pour la rendre plus belle ,
Et plus utile au genre humain.
Mes freres , l'honneur des familles ,
Trouvent un bon gardien en moi ;
Parmi mille uſages je brille ;
Cher lecteur , penfe , cherche , voi.
Fils du Soleil & de la Terre ,
Au Tems j'ai fait donner un nom .
Ev Je
522 MERCURE DE FRANCE.
Je fis périr Agamemnon ,
Lorſqu'il revenoit de la guerre.
Envers ma mere fils rébelle ,
J'ofe lui déchirer le ſein ,
Mais c'eſt pour la rendre plus belle ,
Et plus utile au genre humain.
Mes freres , l'honneur des familles ,
Trouvent un bon gardien en moi ;
Parmi mille uſages je brille ;
Cher lecteur , penfe , cherche , voi.
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4202
p. 522-524
LOGOGRYPHE.
Début :
Sans mon secours, un Général, [...]
Mots clefs :
Géographie
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE..
S Ans mon fecours , un Général
Fut-il plus brave qu'Annibal ,
Ne feroit que peu de Conquêtes ;.
Les Hiftoriens , les Poëtes ,
Et prefque tous les Ecrivains ,
Seroient , fans moi ,, de petits Saints ; .
Les Marchands , les Jurifconfultes ,.
Recourent à moi tous les jours ;
Même les Sciences occultes
Empruntent fouvent mon fecours.
Dix membres compofent mon être ; .
Tranfpofe-les , lecteur benin ;
AuffiMARS.
1744.
323
Auffi-tôt tu verras paroître
Quelque chofe du corps humain.
Un Saint , qui fut grand Capitaine
Un efpiégle ; un méchant Lutin ;
Mal dangereux ; ce qu'un Pilote
Appréhende toujours en Mer ;
Un Volatile qui jabotte ;
Une Amante de Jupiter ;
Un nom en tous Lieux respectable
Droit émané du Souverain ;
Un fruit du genre féminin ;
Ville maintenant redoutable ;
Un des fept péchés Capitaux ;
Monftre qui nâquit dans la Fable ,
Et qui fit trembler un Héros ,
Autant pieux que miférable ;
Le contraire de la douceur ;
Certain Inftrument de Mufique ;
Le motif fouvent d'un malheur ;
Pacte qu'on fait lorsqu'on fe pique ; .
Nom des Etats d'un Souverain ,
Qui troubla l'Empire Romain ;
Evj Pays,
524 MERCURE DE FRANCE.
Pays , où les femmes très - belles ,
Sont moins , qu'en tout autre , cruelles ;
D'une mince tige le grain ,
Quelquefois , utile au malade ,
Et même quelquefois , au fain .
Tu trouveras encore un Grade ,
Dont un Sçavant ſe fait honneur ;
Un meuble aujourd'hui néceffaire ,
Aux Seigneurs ainfi qu'au vulgaire.
C'eft affés dit , cherche Lecteur..
E. Faure , à Metz.
S Ans mon fecours , un Général
Fut-il plus brave qu'Annibal ,
Ne feroit que peu de Conquêtes ;.
Les Hiftoriens , les Poëtes ,
Et prefque tous les Ecrivains ,
Seroient , fans moi ,, de petits Saints ; .
Les Marchands , les Jurifconfultes ,.
Recourent à moi tous les jours ;
Même les Sciences occultes
Empruntent fouvent mon fecours.
Dix membres compofent mon être ; .
Tranfpofe-les , lecteur benin ;
AuffiMARS.
1744.
323
Auffi-tôt tu verras paroître
Quelque chofe du corps humain.
Un Saint , qui fut grand Capitaine
Un efpiégle ; un méchant Lutin ;
Mal dangereux ; ce qu'un Pilote
Appréhende toujours en Mer ;
Un Volatile qui jabotte ;
Une Amante de Jupiter ;
Un nom en tous Lieux respectable
Droit émané du Souverain ;
Un fruit du genre féminin ;
Ville maintenant redoutable ;
Un des fept péchés Capitaux ;
Monftre qui nâquit dans la Fable ,
Et qui fit trembler un Héros ,
Autant pieux que miférable ;
Le contraire de la douceur ;
Certain Inftrument de Mufique ;
Le motif fouvent d'un malheur ;
Pacte qu'on fait lorsqu'on fe pique ; .
Nom des Etats d'un Souverain ,
Qui troubla l'Empire Romain ;
Evj Pays,
524 MERCURE DE FRANCE.
Pays , où les femmes très - belles ,
Sont moins , qu'en tout autre , cruelles ;
D'une mince tige le grain ,
Quelquefois , utile au malade ,
Et même quelquefois , au fain .
Tu trouveras encore un Grade ,
Dont un Sçavant ſe fait honneur ;
Un meuble aujourd'hui néceffaire ,
Aux Seigneurs ainfi qu'au vulgaire.
C'eft affés dit , cherche Lecteur..
E. Faure , à Metz.
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4203
p. 747-748
ENIGME.
Début :
Un Pays, que le Nil arrose, [...]
Mots clefs :
Oignon
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
UN Pays , que le Nil arrofe,
A vû ſes habitans trop fuperftitieux ,
Quoique je fois bien peu de chofe ,
Me placer au rang de leurs Dieux .
Ce tems n'eft plus ; depuis la mauvaife maxime
D'im
748 MERCURE DE FRANCE.
D'immoler tout à l'appétit.
On m'écorche , on me coupe , on me grille , on
me frit ,
Et la Divinité n'eft plus qu'une victime .
Mais d'abord que je fens le tranchant des couteaux,
Mes efprits envolés frappent l'Auteur du crime
Et de les yeux alors font couler deux ruiffeaux.
UN Pays , que le Nil arrofe,
A vû ſes habitans trop fuperftitieux ,
Quoique je fois bien peu de chofe ,
Me placer au rang de leurs Dieux .
Ce tems n'eft plus ; depuis la mauvaife maxime
D'im
748 MERCURE DE FRANCE.
D'immoler tout à l'appétit.
On m'écorche , on me coupe , on me grille , on
me frit ,
Et la Divinité n'eft plus qu'une victime .
Mais d'abord que je fens le tranchant des couteaux,
Mes efprits envolés frappent l'Auteur du crime
Et de les yeux alors font couler deux ruiffeaux.
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4204
p. 748
AUTRE.
Début :
Je suis un animal mordant ; [...]
Mots clefs :
Critique
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Je fuis un animal mordant ;
Mon fexe eft féminin ; pour dilater ma rate ,
J'épluche fouvent , en grondant ,
Tout ce qui tombe ſous ma pate.
Si quelquefois ( rarement cependant )
Je fuis fage & judicieuſe ,
Alors je fuis officieuſe ,
Je découvre la vérité ;
Je purge l'impofteur de fa fauffe monnoye ,
Le trop hardi conteur de fa témérité ;
Je fçais réprimander celui qui fe fourvoye ;
Je rends fervice à la poſterité .
Quelqu'un me dit , fans doute , eh ! quel est donc
ton être ?
Un corps animé ? point ; un corps fans ame ? non ;
Jufques aux ignorans fe parent de mon nom .
En voilà bien affés , pour me faire connoître.
D. B. C. G. d'Entrevaux.
Je fuis un animal mordant ;
Mon fexe eft féminin ; pour dilater ma rate ,
J'épluche fouvent , en grondant ,
Tout ce qui tombe ſous ma pate.
Si quelquefois ( rarement cependant )
Je fuis fage & judicieuſe ,
Alors je fuis officieuſe ,
Je découvre la vérité ;
Je purge l'impofteur de fa fauffe monnoye ,
Le trop hardi conteur de fa témérité ;
Je fçais réprimander celui qui fe fourvoye ;
Je rends fervice à la poſterité .
Quelqu'un me dit , fans doute , eh ! quel est donc
ton être ?
Un corps animé ? point ; un corps fans ame ? non ;
Jufques aux ignorans fe parent de mon nom .
En voilà bien affés , pour me faire connoître.
D. B. C. G. d'Entrevaux.
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4205
p. 749-750
LOGOGRYPHE.
Début :
Sous mes pas naissent mille fleurs, [...]
Mots clefs :
Printemps
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
Sous mes pas naiffent mille fleurs ,
Et la verdure me couronne ;
De l'Aurore , qui m'environne ,
C'est moi qui fais couler les pleurs ,
En deux fyllabes fe partage
Mon nom , pere des doux plaifirs ;
Les plus parfaits Amans me doivent leurs foupirs ,
Et les Oifeaux leur plus tendre ramage ;
Mais , fi je leur infpire un chant flateur & doux ,
( Chant que Rameau n'imite qu'avec peine )
Par un malheur , que mon devoir enchaîne ,
J'ouvre auffi le bec aux Coucous.
Ma tête offre un Acteur , chéri dans les Provinces
Qu'au Théatre François on vit faire les Princes ;
S'il revient jamais à Paris ,
Il me plaira comme jadis.
Ma derniere fyllabe épouvante les yeux ;
Elle fçait peindre un tyran furieux ;
Ah ! fi par fon fecours on touche une inhumaine ,
On brife auffi par fois la plus aimable chaîne ;
Il voit tout périr fous les Cieux.
Rien dans mon fein ſe voit encore.
Sem s'y trouve fort aifément ;
La
750 MERCURE DE FRANCE.
La Rime y brille affûrément ,
Et Tein , qui la beauté décore .
Sans doute que , fi je cherchois ,
Mes huit lettres feroient autre métamorphofe
Mais , cher lecteur , je me repoſe ;
Car , peut- être , je t'ennuirois .
Laffichard.
Sous mes pas naiffent mille fleurs ,
Et la verdure me couronne ;
De l'Aurore , qui m'environne ,
C'est moi qui fais couler les pleurs ,
En deux fyllabes fe partage
Mon nom , pere des doux plaifirs ;
Les plus parfaits Amans me doivent leurs foupirs ,
Et les Oifeaux leur plus tendre ramage ;
Mais , fi je leur infpire un chant flateur & doux ,
( Chant que Rameau n'imite qu'avec peine )
Par un malheur , que mon devoir enchaîne ,
J'ouvre auffi le bec aux Coucous.
Ma tête offre un Acteur , chéri dans les Provinces
Qu'au Théatre François on vit faire les Princes ;
S'il revient jamais à Paris ,
Il me plaira comme jadis.
Ma derniere fyllabe épouvante les yeux ;
Elle fçait peindre un tyran furieux ;
Ah ! fi par fon fecours on touche une inhumaine ,
On brife auffi par fois la plus aimable chaîne ;
Il voit tout périr fous les Cieux.
Rien dans mon fein ſe voit encore.
Sem s'y trouve fort aifément ;
La
750 MERCURE DE FRANCE.
La Rime y brille affûrément ,
Et Tein , qui la beauté décore .
Sans doute que , fi je cherchois ,
Mes huit lettres feroient autre métamorphofe
Mais , cher lecteur , je me repoſe ;
Car , peut- être , je t'ennuirois .
Laffichard.
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4206
p. 948
ENIGME.
Début :
Pour de mon pere annoncer la naissance, [...]
Mots clefs :
Éclair
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Pour de mon pere annoncer la naiſſance ;
Je naîs & meurs au même inſtant ;
Lecteur , redoute ſa puiſſance ,
Quoiqu'il ne régne qu'en paſſant,
Laffichard,
Pour de mon pere annoncer la naiſſance ;
Je naîs & meurs au même inſtant ;
Lecteur , redoute ſa puiſſance ,
Quoiqu'il ne régne qu'en paſſant,
Laffichard,
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4207
p. 948-949
AUTRE.
Début :
Par tout où la brillante Flore [...]
Mots clefs :
Amarante
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE,
Par tour où la brillante Flore
Etale fes dons précieux ,
Sans ceffe l'on me voit éclore ,
Et faire le plaifir des yeux.
Dans le Jardin le plus aimable ,
Où brillent les plus belles fleurs ,
Il faut pour le rendre agréable
Que l'on y mêle mes couleurs .
Dans fes dons la Nature fage
Ne m'a pas donné pour partage
La faculté de l'odorat ;
Mais j'ai quelques vertus ; je jette de l'éclat ;
Je fuis charmante , je fuis belle.
Si-tôt que je parois ,
C'est pour ne mourir jamais ,
Et pour te l'expliquer mieux , je fuis immortelle.
De
MA Y. 1744. 949
De l'Eté les vives ardeurs
N'ont rien du tout qui me furprenne ,
Et d'ailleurs je foutiens fans peine
De l'Hyver les triftes froideurs.
Quoique je fois belle & brillante ,
S'il s'agit de faire un bouquet ,
La plus fimple Anemone, & le plus vil Muguet,
Mieux que moi,s'affortit à la Rofe charmante :
Bien differente de la fleur
Dont l'éclat paffager n'a qu'un inftant flateur ,
Differente de cette Belle
Qui ne peut foutenir les regards du Soleil ,
La nuit à fon retour , l'aurore à ſon réveil ,
Me retrouvent toujours nouvelle.
Ami Lecteur , tu peux t'imaginer
Par le portrait que je viens de te faire ,
Que je ne fuis pas un mystere
Bien difficile à deviner.
S *** De V *** .
Par tour où la brillante Flore
Etale fes dons précieux ,
Sans ceffe l'on me voit éclore ,
Et faire le plaifir des yeux.
Dans le Jardin le plus aimable ,
Où brillent les plus belles fleurs ,
Il faut pour le rendre agréable
Que l'on y mêle mes couleurs .
Dans fes dons la Nature fage
Ne m'a pas donné pour partage
La faculté de l'odorat ;
Mais j'ai quelques vertus ; je jette de l'éclat ;
Je fuis charmante , je fuis belle.
Si-tôt que je parois ,
C'est pour ne mourir jamais ,
Et pour te l'expliquer mieux , je fuis immortelle.
De
MA Y. 1744. 949
De l'Eté les vives ardeurs
N'ont rien du tout qui me furprenne ,
Et d'ailleurs je foutiens fans peine
De l'Hyver les triftes froideurs.
Quoique je fois belle & brillante ,
S'il s'agit de faire un bouquet ,
La plus fimple Anemone, & le plus vil Muguet,
Mieux que moi,s'affortit à la Rofe charmante :
Bien differente de la fleur
Dont l'éclat paffager n'a qu'un inftant flateur ,
Differente de cette Belle
Qui ne peut foutenir les regards du Soleil ,
La nuit à fon retour , l'aurore à ſon réveil ,
Me retrouvent toujours nouvelle.
Ami Lecteur , tu peux t'imaginer
Par le portrait que je viens de te faire ,
Que je ne fuis pas un mystere
Bien difficile à deviner.
S *** De V *** .
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4208
p. 950
LOGOGRYPHE.
Début :
Mon éclat, ma couleur, frappent d'abord les yeux, [...]
Mots clefs :
Oripeau
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
On éclat , ma couleur , frappent d'abord les
yeux ,
Irritent les defirs d'un Harpagon avide ,
Mais , pour
fatisfaire fes voeux ,
Je n'offre rien d'affés folide .
Que de Mortels , juſqu'à préfent ,
N'ont montré, comme moi, qu'un dehors impofant !
Pour te dévoiler ma nature
>
Sept lettres , cher Lecteur , compofent ma ftructure.
Par un prodige fans égal ,
Ma tête feule forme un bien , dont mon total
Ne préfente que la figure.
J'offre auffi le brillant féjour
De la légere Terpficore :
Là , du Dieu que le Pinde adore ,
Eclate la pompeuſe Cour .
Chés moi ce que la laide embellit,pour nous plaire,
Er que la belle entretient avec art ,
A découvert fe voit fans nul mystére .
Ma Mufe ,d'une aîle légere ;
Fuyez ; laiffez le refte à quelque babillard.
Par M. Borjon de Cillery , Ecolier d'Humanité,
Penfionnaire an College de Villefranche
, en Beaujolois.
On éclat , ma couleur , frappent d'abord les
yeux ,
Irritent les defirs d'un Harpagon avide ,
Mais , pour
fatisfaire fes voeux ,
Je n'offre rien d'affés folide .
Que de Mortels , juſqu'à préfent ,
N'ont montré, comme moi, qu'un dehors impofant !
Pour te dévoiler ma nature
>
Sept lettres , cher Lecteur , compofent ma ftructure.
Par un prodige fans égal ,
Ma tête feule forme un bien , dont mon total
Ne préfente que la figure.
J'offre auffi le brillant féjour
De la légere Terpficore :
Là , du Dieu que le Pinde adore ,
Eclate la pompeuſe Cour .
Chés moi ce que la laide embellit,pour nous plaire,
Er que la belle entretient avec art ,
A découvert fe voit fans nul mystére .
Ma Mufe ,d'une aîle légere ;
Fuyez ; laiffez le refte à quelque babillard.
Par M. Borjon de Cillery , Ecolier d'Humanité,
Penfionnaire an College de Villefranche
, en Beaujolois.
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4209
p. 951-952
AUTRE.
Début :
Je trompe & le sage & le sot, [...]
Mots clefs :
Espérance
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
E trompe & le fage & le fot,
En leur faisant toujours voir de loin l'allegreffe ,
Et les honneurs & la richeffe.
Je fuis fouvent le feul bien d'une dot.
J'accompagne partout l'amour & la jeuneffe:
C'eft moi qui rends les coeurs ambitieux ,
Et qui de vils Mortels par fois ai fait des Dieux.
Si tu peux, à ces traits, Lecteur , me méconnoître,
Combine ; peu de mots vont me faire connoître.
De mes neuf pieds l'ordre étant varié ,
Je produis ce qu'attend un nouveau marié ;
Ce qui colore la parole ;
Ce qui tient en arrêt un Vaiffeau ſur les eaux ,
Et le fait réſiſter à la troupe d'Eole ;
Ce qu'a foin de remplir de plufieurs bons morceaux
Le glouton , qui rencontre une table choifie ;
L'Etre qui t'a donné le nom , le rang , la vie ;
Ce qui peut renfermer de l'or & du froment ;
Un Poiffon , Monftre de riviere ;
Ce que fait un coureur pour remplir ſa carriere ;
Un Dieu champêtre ; un vêtement ;
Un membre de ferrure ; une bête de fomme ,
Qui par l'efprit reffemble à plus d'un homme;
Ce qui fert à couper les raifins précieux ,
Dont Bacchus enrichit une vigne fertile ,
Ce que tient un cocher habile ,
E iiij
Pour
952 MERCURE DE FRANCE.
Pour conduire , à fon gré , fes courfiers furieux ;
Et , là deffus , Lecteur , je te fais mes adieux.
Gurbert.
E trompe & le fage & le fot,
En leur faisant toujours voir de loin l'allegreffe ,
Et les honneurs & la richeffe.
Je fuis fouvent le feul bien d'une dot.
J'accompagne partout l'amour & la jeuneffe:
C'eft moi qui rends les coeurs ambitieux ,
Et qui de vils Mortels par fois ai fait des Dieux.
Si tu peux, à ces traits, Lecteur , me méconnoître,
Combine ; peu de mots vont me faire connoître.
De mes neuf pieds l'ordre étant varié ,
Je produis ce qu'attend un nouveau marié ;
Ce qui colore la parole ;
Ce qui tient en arrêt un Vaiffeau ſur les eaux ,
Et le fait réſiſter à la troupe d'Eole ;
Ce qu'a foin de remplir de plufieurs bons morceaux
Le glouton , qui rencontre une table choifie ;
L'Etre qui t'a donné le nom , le rang , la vie ;
Ce qui peut renfermer de l'or & du froment ;
Un Poiffon , Monftre de riviere ;
Ce que fait un coureur pour remplir ſa carriere ;
Un Dieu champêtre ; un vêtement ;
Un membre de ferrure ; une bête de fomme ,
Qui par l'efprit reffemble à plus d'un homme;
Ce qui fert à couper les raifins précieux ,
Dont Bacchus enrichit une vigne fertile ,
Ce que tient un cocher habile ,
E iiij
Pour
952 MERCURE DE FRANCE.
Pour conduire , à fon gré , fes courfiers furieux ;
Et , là deffus , Lecteur , je te fais mes adieux.
Gurbert.
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4210
p. 1161
ENIGME.
Début :
Je suis un petit Mont au-dessus d'un abîme, [...]
Mots clefs :
Nez
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
E fuis un petit Mont au - deffus d'un abîme ,
Où l'on voit un Moulin que tout le monde eftime ,
Entre deux beaux Jumeaux j'ai fixé mon féjour ;
J'y repofe la nuit , j'y repofe le jour..
On ne sçauroit compter le nombre de mes freres ;
On en trouve beaucoup fur les deux Hémispheres;
Pour un fobre,à coup fûr , cent donnent dans l'excès ,
En dévorant fans fin ce qui n'eft pas un inets,
Cequiplaît à quelqu'un , le plus fouvent me choque ;
On dit que j'ai cent pieds , mais c'eft quand on fe
moque ;
Je change quelquefois jufqu'à te faire peur ;
Trois lettres font mon nom , c'en affés, Lecteur.
E fuis un petit Mont au - deffus d'un abîme ,
Où l'on voit un Moulin que tout le monde eftime ,
Entre deux beaux Jumeaux j'ai fixé mon féjour ;
J'y repofe la nuit , j'y repofe le jour..
On ne sçauroit compter le nombre de mes freres ;
On en trouve beaucoup fur les deux Hémispheres;
Pour un fobre,à coup fûr , cent donnent dans l'excès ,
En dévorant fans fin ce qui n'eft pas un inets,
Cequiplaît à quelqu'un , le plus fouvent me choque ;
On dit que j'ai cent pieds , mais c'eft quand on fe
moque ;
Je change quelquefois jufqu'à te faire peur ;
Trois lettres font mon nom , c'en affés, Lecteur.
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4211
p. 1161-1162
AUTRE.
Début :
Sans être enfant de l'Air, j'habite bien souvent [...]
Mots clefs :
Plume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Ans être enfant de l'Air, j'habite bien fouvent
Le haut des Régions de la Céleſte Sphére.
Agile au dernier point , je paffe en un moment,
Quafi comme la foudre , en une autre Hémiſphere;
Sans rien fçavoir du tout , j'enſeigne l'Univers ;
On ne fe tait jamais que quand je veux me taire ;
C'eft auffi par mes foins ou par mon miniftere
Que vous lifez Chanfons, Hiftoires, Profe ou Vers;
I. Vol.
E Je
1162 MERCURE DE FRANCE.
1
Je me laiffe trancher pour prendre de quoi boire ,
Et je fers à plufieurs bien fouvent de mémoire.
Par Mile Eyme ***** ¸ à Valreas ,
Le Comtat d'Avignon.
Ans être enfant de l'Air, j'habite bien fouvent
Le haut des Régions de la Céleſte Sphére.
Agile au dernier point , je paffe en un moment,
Quafi comme la foudre , en une autre Hémiſphere;
Sans rien fçavoir du tout , j'enſeigne l'Univers ;
On ne fe tait jamais que quand je veux me taire ;
C'eft auffi par mes foins ou par mon miniftere
Que vous lifez Chanfons, Hiftoires, Profe ou Vers;
I. Vol.
E Je
1162 MERCURE DE FRANCE.
1
Je me laiffe trancher pour prendre de quoi boire ,
Et je fers à plufieurs bien fouvent de mémoire.
Par Mile Eyme ***** ¸ à Valreas ,
Le Comtat d'Avignon.
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4212
p. 1162
LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis un drôle de Langage. [...]
Mots clefs :
Ut, ré, mi, fa, sol, la, si, ut
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
J E fuis un drôle de Langage .
dans
Je ne fuis Grec , Hébreu , ni François , ni Latin
Jadis un certain Perfonnage
Me compofa pour une bonne fin ,
Et de moi fit un beau Ramage.
Mon tout eft fait de dix -fept pieds ,
Qui , lorfqu'ils font bien arrangés ,
Font un agréable tapage
Qu'aimeroient les plus dégoûtés,
Sans moi , Tircis à fa Bergere
Par fon chalumeau ne peut plaire ;
Sans moi , l'Echo d'une touchante voix
Ne peut fortit des Rochers , ni des Bois .
Huit fyllabes font ma ſtructure ,
Et de d'Art d'Amphion démontrent la Naturę.
On trouve en moi Maur & Remi ;
Solle ; Faute ; Saul ; Ami ;
Seul ; Soleil ; Rameau ; Folie ;
Lecteur , trouve- moi , je te prie .
Duchemin , Muficien à Angers.
J E fuis un drôle de Langage .
dans
Je ne fuis Grec , Hébreu , ni François , ni Latin
Jadis un certain Perfonnage
Me compofa pour une bonne fin ,
Et de moi fit un beau Ramage.
Mon tout eft fait de dix -fept pieds ,
Qui , lorfqu'ils font bien arrangés ,
Font un agréable tapage
Qu'aimeroient les plus dégoûtés,
Sans moi , Tircis à fa Bergere
Par fon chalumeau ne peut plaire ;
Sans moi , l'Echo d'une touchante voix
Ne peut fortit des Rochers , ni des Bois .
Huit fyllabes font ma ſtructure ,
Et de d'Art d'Amphion démontrent la Naturę.
On trouve en moi Maur & Remi ;
Solle ; Faute ; Saul ; Ami ;
Seul ; Soleil ; Rameau ; Folie ;
Lecteur , trouve- moi , je te prie .
Duchemin , Muficien à Angers.
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4213
p. 1163
AUTRE.
Début :
Je suis l'effroi des Membres de Justice ; [...]
Mots clefs :
Arbitre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
E fuis l'effroi des Membres de Juſtice ;
Je n'exige jamais d'Epice.
Sept Lettres brillent dans mon nom
Dont voici la combinaïfon. 24
Un mot équivalent à celui de filence ;
Ce qui n'eft pas commun ailleurs non plus qu'en
France ;
Ce qu'à tous pas on voit dans les Forêts ,
L'arme d'un gentil Pantomiine
Dont habilement il s'efcrime ;
L'Ouvrage de la Tour , quand il fait des Portraits;
Le Copiſte de la Nature ;
Le chant harmonieux de Meffieurs les Baudets
Le plus grand Fleuve d'Italie ;
Ce qu'un Muficien débite en compagnie ;
Le vrai plaifir d'un homme bien content;
Ce qu'on doit faire au Fiacre impertinent.
Cher Lecteur , un femblable Ouvrage
Ne fut jamais dicté par Apollon ;
Du Caprice il eft l'avorton ;
Adreffe-lui donc ton hommage.
Peut-on fe plaire à t'égarer
Dans un Dédale impenetrable ?
Non, & tu me ferois beaucoup plus redevable ,
Si je t'aidois à t'en tirer.
Laffichard
E fuis l'effroi des Membres de Juſtice ;
Je n'exige jamais d'Epice.
Sept Lettres brillent dans mon nom
Dont voici la combinaïfon. 24
Un mot équivalent à celui de filence ;
Ce qui n'eft pas commun ailleurs non plus qu'en
France ;
Ce qu'à tous pas on voit dans les Forêts ,
L'arme d'un gentil Pantomiine
Dont habilement il s'efcrime ;
L'Ouvrage de la Tour , quand il fait des Portraits;
Le Copiſte de la Nature ;
Le chant harmonieux de Meffieurs les Baudets
Le plus grand Fleuve d'Italie ;
Ce qu'un Muficien débite en compagnie ;
Le vrai plaifir d'un homme bien content;
Ce qu'on doit faire au Fiacre impertinent.
Cher Lecteur , un femblable Ouvrage
Ne fut jamais dicté par Apollon ;
Du Caprice il eft l'avorton ;
Adreffe-lui donc ton hommage.
Peut-on fe plaire à t'égarer
Dans un Dédale impenetrable ?
Non, & tu me ferois beaucoup plus redevable ,
Si je t'aidois à t'en tirer.
Laffichard
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4214
p. 1377
A. M. F. sur ACAJOU, Opera Comique.
Début :
D'Acajou l'Auteur plein de charmes [...]
Mots clefs :
Auteur, Vers, Effets
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texteReconnaissance textuelle : A. M. F. sur ACAJOU, Opera Comique.
AM. F. fur ACAJOU , Opera Comique.
D'Acaj
'Acajou l'Auteur plein de charmes
Recevra- t'il mon
compliment ?
De plaifir je verfe des larmes
Quand tu t'exprimes tendrement.
Deux Amans , qui peignent leur flâme ;
Par ton Pinceau vont de mon ame
Remuer les refforts fecrets ;
J'éprouve les plus doux effets ;
De mes tranſports tu deviens maître ;
Dans tes Vers , que l'on rend fi bien ,
L'Amour me paroît le vrai bien ,
Et je jonis d'un nouvel Etre.
Génie heureux , Auteur charmant ,
Prête-moi ta divine Lyre ,
Ou bien fais , que dès ce moment ,
Le Dieu , qui t'embraſe , m'inſpire.
Vain fouhait ! frivole defir !
T'admirer , voila mon ouvrage ;
Chercher à plaire , y réüffir ,
Cher ami , voila ton partage.
Laffichard,
D'Acaj
'Acajou l'Auteur plein de charmes
Recevra- t'il mon
compliment ?
De plaifir je verfe des larmes
Quand tu t'exprimes tendrement.
Deux Amans , qui peignent leur flâme ;
Par ton Pinceau vont de mon ame
Remuer les refforts fecrets ;
J'éprouve les plus doux effets ;
De mes tranſports tu deviens maître ;
Dans tes Vers , que l'on rend fi bien ,
L'Amour me paroît le vrai bien ,
Et je jonis d'un nouvel Etre.
Génie heureux , Auteur charmant ,
Prête-moi ta divine Lyre ,
Ou bien fais , que dès ce moment ,
Le Dieu , qui t'embraſe , m'inſpire.
Vain fouhait ! frivole defir !
T'admirer , voila mon ouvrage ;
Chercher à plaire , y réüffir ,
Cher ami , voila ton partage.
Laffichard,
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Résumé : A. M. F. sur ACAJOU, Opera Comique.
Lettre adressée à l'auteur de 'ACAJOU', représentée à l'Opéra-Comique. L'auteur exprime son admiration pour l'œuvre et les émotions suscitées par les personnages amoureux. Il admire la représentation de l'amour dans les vers. Il souhaite l'inspiration divine mais se contente d'admirer et de chercher à plaire. Signée 'Laffichard'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4215
p. 1384-1385
ENIGME.
Début :
Je suis fille d'un pere, aussi vieux que le Tems ; [...]
Mots clefs :
Lettre A
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
E fuis fille d'un pere , auffi vieux que le Temis;
D'un grand nombre de foecurs ici tu vois l'aînée ;
Je ne puis pas mourir , mais je fuis condamnée
A recommencer tous les ans ,
Sans ufer d'aucun fortilege ,
J'aide à former trois péchés capitaux ,
Et quoique je ne fois point du Sacré Collège ;
J'ai cependant le rare privilége ,
Que l'on ne peut fans moi faire des Cardinaux.
'Avec eux je fuis au Conclave ,
Mais pour donner ma voix dans une Election ,
Le
JUIN.
1744. 1385
Le fais- je , cher Lecteur ? Voilà la queftion.
Le Corfaire fans moi ne peut faire d'Esclave ;
On ne peut point me voir dans la nuit ni le jour ;
De tous les Saints je fais l'Octave ,
Et tu ne peux , fans moi , faire l'amour.
J
Par C. Suicer , de Chaalons-fur - Marne,
E fuis fille d'un pere , auffi vieux que le Temis;
D'un grand nombre de foecurs ici tu vois l'aînée ;
Je ne puis pas mourir , mais je fuis condamnée
A recommencer tous les ans ,
Sans ufer d'aucun fortilege ,
J'aide à former trois péchés capitaux ,
Et quoique je ne fois point du Sacré Collège ;
J'ai cependant le rare privilége ,
Que l'on ne peut fans moi faire des Cardinaux.
'Avec eux je fuis au Conclave ,
Mais pour donner ma voix dans une Election ,
Le
JUIN.
1744. 1385
Le fais- je , cher Lecteur ? Voilà la queftion.
Le Corfaire fans moi ne peut faire d'Esclave ;
On ne peut point me voir dans la nuit ni le jour ;
De tous les Saints je fais l'Octave ,
Et tu ne peux , fans moi , faire l'amour.
J
Par C. Suicer , de Chaalons-fur - Marne,
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4216
p. 1385-1386
AUTRE.
Début :
Je suis un des premiers dans chaque Parlement ; [...]
Mots clefs :
Lettre A
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
E fuis un des premiers dans chaque Parlement ;
J'ai double place en toute Académie ;
Le Médecin le plus fçavant
Ne peut , fans moi , faire d'Anatomie
Je fuis & ne fuis pas dans un double Elément
Je fuis au milieu du Royaume ;
Je fuis dans ton Jardin , je fuis dans ta maifon ;
Par moi commence un Axiôme ,
Et partout je fuis la Raiſon.
Sans être Saint, je fais miracle ,
Et Saintefoy fans moi n'a pu faire l'Oracle.
Je ne fuis point un corps , encor moins un eſprit z
Tantôt plus grand & tantôt plus petit
Je fuis en Angleterre, en France, en Allemagne ,
Dannemark , Italie , à Madrid , en Espagne ;
E v Dans
1386 MERCURE DE FRANCE,
Dans la Sardaigne , en Portugal ,
Et pendant la guerre derniere ,
Je parus toujours en Baviere.
Adieu. Tu peux encor me voir à Port- Royal
Par le même.
E fuis un des premiers dans chaque Parlement ;
J'ai double place en toute Académie ;
Le Médecin le plus fçavant
Ne peut , fans moi , faire d'Anatomie
Je fuis & ne fuis pas dans un double Elément
Je fuis au milieu du Royaume ;
Je fuis dans ton Jardin , je fuis dans ta maifon ;
Par moi commence un Axiôme ,
Et partout je fuis la Raiſon.
Sans être Saint, je fais miracle ,
Et Saintefoy fans moi n'a pu faire l'Oracle.
Je ne fuis point un corps , encor moins un eſprit z
Tantôt plus grand & tantôt plus petit
Je fuis en Angleterre, en France, en Allemagne ,
Dannemark , Italie , à Madrid , en Espagne ;
E v Dans
1386 MERCURE DE FRANCE,
Dans la Sardaigne , en Portugal ,
Et pendant la guerre derniere ,
Je parus toujours en Baviere.
Adieu. Tu peux encor me voir à Port- Royal
Par le même.
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4217
p. 1386-1387
AUTRE.
Début :
Je ne fus jamais Prêtre, & je sers à l'Autel ; [...]
Mots clefs :
Lettre A
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
E ne fus jamais Prêtre , & je fers à l'Autel
J'habite au milieu des Montagnes ,
Et plus fouvent encor dans les vaſtes Campa
gnes.
Quoique je ne fois point cruel ,
Je fais toujours quelque mafficre ;
Des Monarques François je fuis utile au Sacre
Examine- moi bien ; je fuis toujours en l'air
Et fans jamais aller fur Mer ,
Je fuis fûr de faire nauffrage.
Je vis dans l'Océan , & je me plais dans l'Eau ;
A peine fuis- je né , qu'on me met au tombeau ;
Nul héritier , fans moi , ne peut faire partage.
Tu penfe que je fuis quelque chofe de beau ;
Tu te trompes , Lecteur , car pour tout héritage ,
Je n'ai que le foible avantage
D'avoir
JUIN. 1744. 4387
D'avoir décoré ton Berceau.
Adieu. Je ne veux pas t'en dire davantage .
Par le même.
E ne fus jamais Prêtre , & je fers à l'Autel
J'habite au milieu des Montagnes ,
Et plus fouvent encor dans les vaſtes Campa
gnes.
Quoique je ne fois point cruel ,
Je fais toujours quelque mafficre ;
Des Monarques François je fuis utile au Sacre
Examine- moi bien ; je fuis toujours en l'air
Et fans jamais aller fur Mer ,
Je fuis fûr de faire nauffrage.
Je vis dans l'Océan , & je me plais dans l'Eau ;
A peine fuis- je né , qu'on me met au tombeau ;
Nul héritier , fans moi , ne peut faire partage.
Tu penfe que je fuis quelque chofe de beau ;
Tu te trompes , Lecteur , car pour tout héritage ,
Je n'ai que le foible avantage
D'avoir
JUIN. 1744. 4387
D'avoir décoré ton Berceau.
Adieu. Je ne veux pas t'en dire davantage .
Par le même.
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4218
p. 1387
LOGOGRYPHE.
Début :
Depuis long-tems je brille en France, [...]
Mots clefs :
Rohan
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
Depuis long-tems je brille en France ,
Sur cinq membres bien appuyé ;
Cherche , Lecteur ; dans cette Stance
Gît toute la difficulté
Je produis ce qu'aime un Avare ,
Ce qui conduit vers le Ténare ,
Et refroidit les Paffions ;
Un mot Latin , qui fignific
Ce qui fert à regler la vie ;
Enfin deux interjections.
Par M. de Lanevert , à Dax,
Depuis long-tems je brille en France ,
Sur cinq membres bien appuyé ;
Cherche , Lecteur ; dans cette Stance
Gît toute la difficulté
Je produis ce qu'aime un Avare ,
Ce qui conduit vers le Ténare ,
Et refroidit les Paffions ;
Un mot Latin , qui fignific
Ce qui fert à regler la vie ;
Enfin deux interjections.
Par M. de Lanevert , à Dax,
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4219
p. 1564
ENIGME.
Début :
Je regle la Terre & l'Onde ; [...]
Mots clefs :
Air
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
E regle la Terre & l'Onde ;
Je régne fur tout le Monde
J'en habite tous les bords.
Sans ma joüiffance utile ,
De l'homme le corps fragile
Sent écrouler les refforts.
Aux yeux toûjours invifible ,
Je pénetre , imperceptible ,
Jufqu'aux Lieux les plus fecrets ;
A cette vive peinture ,
Tu crois entrevoir les traits
Du Maître de la Nature ,
Lecteur ; ne t'y m'éprens pas;
Mon inconftance ordinaire
Ne fait point le caractére
D'un Dieu parfait , plein d'appas
De l'Eternelle Sageſſe
Je tiens , j'obferve la Loi ;
Lecteur , tu me fends fans ceffe ,
Même fans penfer à moi.
î
Gaudet.
E regle la Terre & l'Onde ;
Je régne fur tout le Monde
J'en habite tous les bords.
Sans ma joüiffance utile ,
De l'homme le corps fragile
Sent écrouler les refforts.
Aux yeux toûjours invifible ,
Je pénetre , imperceptible ,
Jufqu'aux Lieux les plus fecrets ;
A cette vive peinture ,
Tu crois entrevoir les traits
Du Maître de la Nature ,
Lecteur ; ne t'y m'éprens pas;
Mon inconftance ordinaire
Ne fait point le caractére
D'un Dieu parfait , plein d'appas
De l'Eternelle Sageſſe
Je tiens , j'obferve la Loi ;
Lecteur , tu me fends fans ceffe ,
Même fans penfer à moi.
î
Gaudet.
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4220
p. 1565
LOGOGRYPHE.
Début :
D'Heauton-timorumenos, [...]
Mots clefs :
Parafaragaramus
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
DHeautontimorumenos
,
( Un des plus comiques mots
Que jamais notre Mercure
Pour Logogryphe (a ) ait propofé , 》
Je retrace à tesyeux la fertile ftructure ;
Juges en , cher Lecteur , par le feul expofé:
En tout j'ai quinze pieds;& n'ai que deux
voyelles!
Si c'eſt ainfi , dis- tu , comment former des mots ?
Eh bien ! ces fertiles fémelles
En donnent à tous propos .
Vingt & cinq en Latin , en Hébren jufqu'à deux ✯
Lecteur , calcule- les ; devine ſi tu peux.
D'abord Arbre fameux , vanté par nos Poëtes ,
Et fur lequel Tircis grava fes amourettes ;
Lieu que jamais le Loup dans les champs n'habitaš
Un des deux Animaux qu'Homere en Vers chanta
D'un Serviteur de Dieu la femme & la fervante ,
Nom qui flata toujours une fille fçavante ;
Ce qu'on compte pour rien ; ce qui déplaît au goûtà
Ce qui de fa nature aide à former un tout ;
( a ) Mercure de Juillet 1743-
Des
#566 MERCURE DE FRANCE.
Des Mortels la nourriture ;
Lieu chéri de la Nature ;
Monftre qui toujours veille ; à l'homme un ornement
;
Un fruit délicieux , qu'on voit dans le Printems ;
D'un poltron le falut ; des pecheurs le réfuge ;
Le gage non fufpect de la fin du Déluge ;
Le nom d'un clair- voyant ; des Voyageurs l'effroi ;
Ce que la Vierge fut ; ce qu'approuve la Loi ;
La confolation de l'homme miférable ;
( Prends courage, Lecteur , le confident du Diable;
Signe du Pole Actique ; un Adverbe , dit- on ,
Qui de l'ambitieux nourrit la paffion ;
De nos Cadets Gafcons le plus clair héritage ;
Ce qu'une femme craint fur le retour de l'âge.
C'en est affés , Lecteur ; fuis -je Grec ou Latin ?
Dans un Livre , connu de tout le Genre humain ,
Tu trouveras mon origine ,
Que me donna l'humeur badine
De maintes gens peu férieux ;
N'eft pas trifte , qui vit comme eux.
J. B. B. P. S. P.V-g. de Bordeaux.
DHeautontimorumenos
,
( Un des plus comiques mots
Que jamais notre Mercure
Pour Logogryphe (a ) ait propofé , 》
Je retrace à tesyeux la fertile ftructure ;
Juges en , cher Lecteur , par le feul expofé:
En tout j'ai quinze pieds;& n'ai que deux
voyelles!
Si c'eſt ainfi , dis- tu , comment former des mots ?
Eh bien ! ces fertiles fémelles
En donnent à tous propos .
Vingt & cinq en Latin , en Hébren jufqu'à deux ✯
Lecteur , calcule- les ; devine ſi tu peux.
D'abord Arbre fameux , vanté par nos Poëtes ,
Et fur lequel Tircis grava fes amourettes ;
Lieu que jamais le Loup dans les champs n'habitaš
Un des deux Animaux qu'Homere en Vers chanta
D'un Serviteur de Dieu la femme & la fervante ,
Nom qui flata toujours une fille fçavante ;
Ce qu'on compte pour rien ; ce qui déplaît au goûtà
Ce qui de fa nature aide à former un tout ;
( a ) Mercure de Juillet 1743-
Des
#566 MERCURE DE FRANCE.
Des Mortels la nourriture ;
Lieu chéri de la Nature ;
Monftre qui toujours veille ; à l'homme un ornement
;
Un fruit délicieux , qu'on voit dans le Printems ;
D'un poltron le falut ; des pecheurs le réfuge ;
Le gage non fufpect de la fin du Déluge ;
Le nom d'un clair- voyant ; des Voyageurs l'effroi ;
Ce que la Vierge fut ; ce qu'approuve la Loi ;
La confolation de l'homme miférable ;
( Prends courage, Lecteur , le confident du Diable;
Signe du Pole Actique ; un Adverbe , dit- on ,
Qui de l'ambitieux nourrit la paffion ;
De nos Cadets Gafcons le plus clair héritage ;
Ce qu'une femme craint fur le retour de l'âge.
C'en est affés , Lecteur ; fuis -je Grec ou Latin ?
Dans un Livre , connu de tout le Genre humain ,
Tu trouveras mon origine ,
Que me donna l'humeur badine
De maintes gens peu férieux ;
N'eft pas trifte , qui vit comme eux.
J. B. B. P. S. P.V-g. de Bordeaux.
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4221
p. [1715]-1720
ODE, Sur la Police perfectionnée sous le Regne de LOUIS LE GRAND.
Début :
C'est à toi, Muse, que j'adresse [...]
Mots clefs :
Police, Louis, Thémis, Justice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE, Sur la Police perfectionnée sous le Regne de LOUIS LE GRAND.
ODE ,
Sur la Police perfectionnée fous le Regne
C
de LOUIS LE GRAND.
4
'Eft à toi , Mufe , que j'adreſſe
Aujourd'hui mes nobles tranſports.
Mon Sujet ici t'intéreffe ;
Infpire-moi d'heureux accords ,
Et toi , Police , dont les charmes
Ont cent fois calmé nos allarmes ,
Dis moi quel Prince , aimé des Cieux ,
Tu fis le témoin de tes veilles ,
A ij Et
1716 MERCURE DEFRANCE
Et raconte-moi des merveilles
Qui brillent encore à nos yeux.
+3x+
Ceffez , fameux Aréopage ,
Ceffez de nous vanter vos Loix.
A LOUIS venez rendre hommage ;
Soyez attentif à ſa voix ;
Venez admirer fa prudence ;
De Thémis il tient la balance ;
Admirez fon integrité.
Voyez comme il rend la juftice ,
Et comme il tend un bras propice
A l'indigent perfecuté.
Quel eft ce Héros plein de gloire ?
Quel eft cet Hercule nouveau
Accompagné de la Victoire ,
Qui Pa fuivi dès le berceau ?
?
Ce Vainqueur eft armé de ( a) foudre ,
Pour frapper & réduire en poudre
D'aveugles & cruels Sujets ,
Qui ,fur des riens toûjours en guerre ,
De leur fang arrefent la terre ,
Souvent pour les plus vils objets .
*3**
Fuyez, induftrieux Dédales ;
(a) Edit contre les Duels.
Sortez
A O UST. 1744.
1717
Sortez du Temple de Thémis ;
Bien-tôt vos trames infernales
Sentiront les coups de L O U I S.
Je le vois ; il parle ; il s'avance ;
Il va déployer ſa (b) puiſſance
Sur l'avarice des I'laideurs ;
Et le Démon de la chicane ,
Qui de l'injuftice eft l'organe ,
N'aura plus aucuns défenſeurs,
炒菜
Venez , lumieres éclatantes ;
Venez , célebres Magiftrats ;
Prenez vos armes foudroyantes ,
Pour réprimer les attentats.
C'eft votre éloquence divine ,
C'est elle qui feule ruine
Ea plus noire malignité.
Docte Sénat , (c) c'eft ta prudence
Qui prend fans cele la défenfe
De l'honneur & de l'équité.
O vous , dont l'intérêt renvcrfe
Arts & talens & probité;
Vous , qui du précieux Commerce
Banniffez la fidélité ,
(b) Abus de la Juftice réformés.
(c) Le Parlement de Paris.
!
A iij No
1718 MERCURE DE FRANCE.
Ne craignez -vous point la colere
D'un Roi , qui fut toujours le Pere
Et le vengeur des opprimés ?
Mais fur vous fon ( d) Tonnerre éclate,
Et vous n'avez plus rien qui flate
Les vains projets que vous formez.
L'ordre, par tout fi néceffaire ,
Vient de rentrer dans tous les droits ,
Et la licence Militaire
Se foumet enfin à fes Loix .
Par des Reglemens (e ) très- folides
On retient les mains trop avides
De nos redoutables Soldats.
On leur apprend que les Provinces.
Ne font pas moins cheres aux Princes ,
Que la valeur dans les combats.
Si de plus d'un Roi, dans l'Hiftoire ,
Nous admirons la pieté ;
Dans LOUIS admirons la gloire
De venger la Divinité.
Tantôt , comme un autre Moïle ,
Il foûtient fortement l'Eglife
Contre des Dogmes ( f) odieux ;
(d) Reglemens faits fur le Commerce.
(e) Cole Militaire de Louis XIV.
(f ) L'Hérefic.
Tanta
A O
UST. 1744.
1719
Tantôt il chaffe l'Héréfie ,
Qui tombe avec ignominie
Sous fes efforts victorieux .
**
Que vois- je ? Sont -ce les Etoiles (g)
Qui nous fuivent de toutes parts ?
La nuit , avec les fombres voiles ,
N'ofe approcher de nos remparts.
Il n'eft plus de Monftres perfides ,
Armés de poignards homicides
Pour attaquer tous les paffans.
Une attentive (h) ſentinelle ,
A nous garder toujours fidelle ,
Les défend contre ces Brigans.
炒茶
Triomphe , admirable Police ;
Que chacun fente ton pouvoir ,
Et fais toujours la guerre au vice ,
Pour le ranger à fon devoir.
C'eft par toi , Police charmante ,
Qu'un de tes Favoris ( i ) invente
Mille moyens de nous fervir.
(g) Les Lanternes dans les ruës de Paris .
(h) Le Guet à pied à cheval.
1
i ) M. d'Argenfon , qui fous Louis XIV . exerça
la Charge de Lieutenant Genéral de Police , avec une
intégrité & une application dignes des plus grands
éloges.
A iiij
1720 MERCURE DE FRANCE
11 fçait par un art fecourable ,
Et par un zéle infatigable ,
De tout péril nous garantir.
Sur la Police perfectionnée fous le Regne
C
de LOUIS LE GRAND.
4
'Eft à toi , Mufe , que j'adreſſe
Aujourd'hui mes nobles tranſports.
Mon Sujet ici t'intéreffe ;
Infpire-moi d'heureux accords ,
Et toi , Police , dont les charmes
Ont cent fois calmé nos allarmes ,
Dis moi quel Prince , aimé des Cieux ,
Tu fis le témoin de tes veilles ,
A ij Et
1716 MERCURE DEFRANCE
Et raconte-moi des merveilles
Qui brillent encore à nos yeux.
+3x+
Ceffez , fameux Aréopage ,
Ceffez de nous vanter vos Loix.
A LOUIS venez rendre hommage ;
Soyez attentif à ſa voix ;
Venez admirer fa prudence ;
De Thémis il tient la balance ;
Admirez fon integrité.
Voyez comme il rend la juftice ,
Et comme il tend un bras propice
A l'indigent perfecuté.
Quel eft ce Héros plein de gloire ?
Quel eft cet Hercule nouveau
Accompagné de la Victoire ,
Qui Pa fuivi dès le berceau ?
?
Ce Vainqueur eft armé de ( a) foudre ,
Pour frapper & réduire en poudre
D'aveugles & cruels Sujets ,
Qui ,fur des riens toûjours en guerre ,
De leur fang arrefent la terre ,
Souvent pour les plus vils objets .
*3**
Fuyez, induftrieux Dédales ;
(a) Edit contre les Duels.
Sortez
A O UST. 1744.
1717
Sortez du Temple de Thémis ;
Bien-tôt vos trames infernales
Sentiront les coups de L O U I S.
Je le vois ; il parle ; il s'avance ;
Il va déployer ſa (b) puiſſance
Sur l'avarice des I'laideurs ;
Et le Démon de la chicane ,
Qui de l'injuftice eft l'organe ,
N'aura plus aucuns défenſeurs,
炒菜
Venez , lumieres éclatantes ;
Venez , célebres Magiftrats ;
Prenez vos armes foudroyantes ,
Pour réprimer les attentats.
C'eft votre éloquence divine ,
C'est elle qui feule ruine
Ea plus noire malignité.
Docte Sénat , (c) c'eft ta prudence
Qui prend fans cele la défenfe
De l'honneur & de l'équité.
O vous , dont l'intérêt renvcrfe
Arts & talens & probité;
Vous , qui du précieux Commerce
Banniffez la fidélité ,
(b) Abus de la Juftice réformés.
(c) Le Parlement de Paris.
!
A iij No
1718 MERCURE DE FRANCE.
Ne craignez -vous point la colere
D'un Roi , qui fut toujours le Pere
Et le vengeur des opprimés ?
Mais fur vous fon ( d) Tonnerre éclate,
Et vous n'avez plus rien qui flate
Les vains projets que vous formez.
L'ordre, par tout fi néceffaire ,
Vient de rentrer dans tous les droits ,
Et la licence Militaire
Se foumet enfin à fes Loix .
Par des Reglemens (e ) très- folides
On retient les mains trop avides
De nos redoutables Soldats.
On leur apprend que les Provinces.
Ne font pas moins cheres aux Princes ,
Que la valeur dans les combats.
Si de plus d'un Roi, dans l'Hiftoire ,
Nous admirons la pieté ;
Dans LOUIS admirons la gloire
De venger la Divinité.
Tantôt , comme un autre Moïle ,
Il foûtient fortement l'Eglife
Contre des Dogmes ( f) odieux ;
(d) Reglemens faits fur le Commerce.
(e) Cole Militaire de Louis XIV.
(f ) L'Hérefic.
Tanta
A O
UST. 1744.
1719
Tantôt il chaffe l'Héréfie ,
Qui tombe avec ignominie
Sous fes efforts victorieux .
**
Que vois- je ? Sont -ce les Etoiles (g)
Qui nous fuivent de toutes parts ?
La nuit , avec les fombres voiles ,
N'ofe approcher de nos remparts.
Il n'eft plus de Monftres perfides ,
Armés de poignards homicides
Pour attaquer tous les paffans.
Une attentive (h) ſentinelle ,
A nous garder toujours fidelle ,
Les défend contre ces Brigans.
炒茶
Triomphe , admirable Police ;
Que chacun fente ton pouvoir ,
Et fais toujours la guerre au vice ,
Pour le ranger à fon devoir.
C'eft par toi , Police charmante ,
Qu'un de tes Favoris ( i ) invente
Mille moyens de nous fervir.
(g) Les Lanternes dans les ruës de Paris .
(h) Le Guet à pied à cheval.
1
i ) M. d'Argenfon , qui fous Louis XIV . exerça
la Charge de Lieutenant Genéral de Police , avec une
intégrité & une application dignes des plus grands
éloges.
A iiij
1720 MERCURE DE FRANCE
11 fçait par un art fecourable ,
Et par un zéle infatigable ,
De tout péril nous garantir.
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Résumé : ODE, Sur la Police perfectionnée sous le Regne de LOUIS LE GRAND.
Le poème 'ODE, Sur la Police perfectionnée sous le Regne de LOUIS LE GRAND', publié entre 1716 et 1720 dans le Mercure de France, célèbre les réformes de Louis XIV en matière de police et de justice. Il met en lumière la sagesse et l'intégrité du roi, qui a promu la justice et protégé les opprimés. Le texte mentionne plusieurs mesures prises par Louis XIV, notamment un édit contre les duels, la réforme des abus de la justice, ainsi que des règlements sur le commerce et la discipline militaire. Il souligne également des innovations comme l'éclairage public et la surveillance par le guet. Le poème rend hommage à M. d'Argenfon, lieutenant général de police sous Louis XIV, pour son intégrité et son dévouement.
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4222
p. 1736-1738
LETTRE de M. Desforges Maillard, à M. le Président Bouhier, de l'Académie Françoise.
Début :
LES Ouvrages des Anciens, Monsieur, deviennent le patrimoine des Modernes, [...]
Mots clefs :
Poésies, Lettre, Ode
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Desforges Maillard, à M. le Président Bouhier, de l'Académie Françoise.
LETTRE de M. Desforges Maillard,
à M.le Préfident Bouhier , de l'Académie
Françoife.
L
Es Ouvrages des Anciens , Monfieur ,
deviennent le patrimoine des Modernes
, qui fçavent imiter. Pourquoi donc ,
quoique mon coeur ne foit pas copiſte de
fes fentimens pour vous , n'en pourrois-je
point emprunter la tournure dans l'Ode
d'Horace , Donarem pateras , & pour vous
donner vos étrennes en ce commencement
d'année ? Rouffeau s'en eft bien fervi par
original dans une Lettre à M. Duffé , que
j'ai lûe dans quelque Edition de fes Poëfies.
Je vous donnerois , cher Bouhier ,
De belle Porcelaine fine ,
Gobelets , Taffes de la Chine ,
Avec un joli Sucrier ;
Item , en guiſe de Médailles ,
Quelques boiffeaux de gros écus ,
Préfens qui ne font de refus ,
L'Auteur difant que ces clincailles
Sont agréables aux amis ,
Don
AOUST. 1744.
1737
Dont par l'efprit Philofophique
Les noeuds font les mieux affermis.
Mais comme à ce fameux Lyrique ,
Dont la fortune étoit modique ,
Ce ne fut oncques le vouloir
Qui me manqua , mais bien l'avoir.
Par ce Morceau de notre Horace ,
On voit que Rome eut ſes Gaſcons ,
Et qu'éparſe en tous les Cantons ,
C'eft une très- antique Race.
Les Critiques , qui veulent que les Odes
de M. de la Motte ne foient que de la bonne
Profe , pourroient en affirmer autant de
l'Exorde de celle Donarem pateras , mais
l'Aigle Latin ſe dreſſe enſuite fur fes
>
ergots,
& s'envole dans les nuës. J'avois deffein
M. de vous propofer quelques difficultés
Littéraires. Mes embarras , que vous fçavez,
m'en empêchent . Je connois parfaitement
la Mufe Moufquetaire de Saint Gilles , Poëte
François. C'eft de Saint Geniez , Poëte Latin ,
natif d'Avignon , que je vous ai parlé . Il eſt
extraordinaire que je vous aye adreffé une
Lettre qui eft imprimée il y a un tems infini
dans l'onziéme Volume des Amuſemens du
Coeur & de l'Efprit , & que vous n'en ayez
rien vŷ. Je voulois vous en épargner le
B port
1738 MERCURE DE FRANCE.
port, parce qu'elle eft longue , fur la promeffe
que l'Auteur du Recueil m'avoit faite
de vous en envoyer la feüille. Il n'eft pas
poffible qu'à la fin ce Volume ne parvienne
jufqu'à Dijon, Je vous remercie , M. du nouveau
Recueil de vos Poëfies. Vos Traductions
font des Originaux , & les Originaux
vous traduiroient aujourd'hui de la même
maniere , fi le deftin avoit tranfpofé vos
naiffances & vos âges.
Puiffiez-vous , reſpecté , chéri ſur l'Hélicon
Et confervant la même flâme ,
Jouir de la fanté du tendre Anacréon ,
Comme vous en poffedez l'ame !
J'ai l'honneur d'être , M. &c.
A .... ce ... Janvier 1744.
à M.le Préfident Bouhier , de l'Académie
Françoife.
L
Es Ouvrages des Anciens , Monfieur ,
deviennent le patrimoine des Modernes
, qui fçavent imiter. Pourquoi donc ,
quoique mon coeur ne foit pas copiſte de
fes fentimens pour vous , n'en pourrois-je
point emprunter la tournure dans l'Ode
d'Horace , Donarem pateras , & pour vous
donner vos étrennes en ce commencement
d'année ? Rouffeau s'en eft bien fervi par
original dans une Lettre à M. Duffé , que
j'ai lûe dans quelque Edition de fes Poëfies.
Je vous donnerois , cher Bouhier ,
De belle Porcelaine fine ,
Gobelets , Taffes de la Chine ,
Avec un joli Sucrier ;
Item , en guiſe de Médailles ,
Quelques boiffeaux de gros écus ,
Préfens qui ne font de refus ,
L'Auteur difant que ces clincailles
Sont agréables aux amis ,
Don
AOUST. 1744.
1737
Dont par l'efprit Philofophique
Les noeuds font les mieux affermis.
Mais comme à ce fameux Lyrique ,
Dont la fortune étoit modique ,
Ce ne fut oncques le vouloir
Qui me manqua , mais bien l'avoir.
Par ce Morceau de notre Horace ,
On voit que Rome eut ſes Gaſcons ,
Et qu'éparſe en tous les Cantons ,
C'eft une très- antique Race.
Les Critiques , qui veulent que les Odes
de M. de la Motte ne foient que de la bonne
Profe , pourroient en affirmer autant de
l'Exorde de celle Donarem pateras , mais
l'Aigle Latin ſe dreſſe enſuite fur fes
>
ergots,
& s'envole dans les nuës. J'avois deffein
M. de vous propofer quelques difficultés
Littéraires. Mes embarras , que vous fçavez,
m'en empêchent . Je connois parfaitement
la Mufe Moufquetaire de Saint Gilles , Poëte
François. C'eft de Saint Geniez , Poëte Latin ,
natif d'Avignon , que je vous ai parlé . Il eſt
extraordinaire que je vous aye adreffé une
Lettre qui eft imprimée il y a un tems infini
dans l'onziéme Volume des Amuſemens du
Coeur & de l'Efprit , & que vous n'en ayez
rien vŷ. Je voulois vous en épargner le
B port
1738 MERCURE DE FRANCE.
port, parce qu'elle eft longue , fur la promeffe
que l'Auteur du Recueil m'avoit faite
de vous en envoyer la feüille. Il n'eft pas
poffible qu'à la fin ce Volume ne parvienne
jufqu'à Dijon, Je vous remercie , M. du nouveau
Recueil de vos Poëfies. Vos Traductions
font des Originaux , & les Originaux
vous traduiroient aujourd'hui de la même
maniere , fi le deftin avoit tranfpofé vos
naiffances & vos âges.
Puiffiez-vous , reſpecté , chéri ſur l'Hélicon
Et confervant la même flâme ,
Jouir de la fanté du tendre Anacréon ,
Comme vous en poffedez l'ame !
J'ai l'honneur d'être , M. &c.
A .... ce ... Janvier 1744.
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Résumé : LETTRE de M. Desforges Maillard, à M. le Président Bouhier, de l'Académie Françoise.
Dans sa lettre à Monsieur Bouhier, M. Desforges Maillard exprime son souhait de suivre la tradition antique de faire des présents symboliques au début de l'année, s'inspirant d'une ode d'Horace et d'une idée de Rousseau. Les cadeaux imaginaires incluent de la porcelaine fine, des gobelets, des tasses à thé de Chine, un sucrier, des médailles et des écus. Il regrette de ne pas avoir les moyens de concrétiser ces présents. Maillard aborde également la race des Gascons et compare les critiques des odes de M. de La Motte à celles d'Horace. Il clarifie une confusion concernant un poète latin, Saint Geniez, natif d'Avignon. Il mentionne une lettre publiée dans les 'Amusements du Coeur et de l'Esprit' qu'il croyait avoir envoyée à Bouhier sans succès. Maillard remercie Bouhier pour son recueil de poésies, appréciant particulièrement ses traductions. Il lui souhaite une santé et une inspiration poétique comparables à celles d'Anacréon, concluant par des salutations respectueuses.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4223
p. 1749-1750
DÉCLARATION D'AMOUR, A Mlle Ponchard.
Début :
Plein du desir ambitieux [...]
Mots clefs :
Amour, Coeur, Thémire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DÉCLARATION D'AMOUR, A Mlle Ponchard.
DECLARATION D'AMOUR ,
A Mlle Ponchard.
Plein du defir ambitieux
De me fouftraire aux loix de Famoureux Empire ,..
J'avois juré , chere Thémire ,
De repouffer les traits que lancent vos beaux
yeux ;
Déjà , fans vous rendre les armes ,
Contre mon foible coeur m'irritant chaque jour ,
Trois fois mon oeil furpris avoit vû tant de chats
mes ;
Trois fois j'avois bravé ces foudres de l'Amour ;
Déjà , couvert d'une apparente gloire ,
A l'exemple de ces Guerriers ,
Qui femblent à leur gré maîtriſer la Victoire
Je ceignois mon front de Lauriers :
Mais que vous fçavez bien , cruelle ,
Réparer les affronts que vous avez reçûs ,
Et qu'un coeur à vos coups rebelle
Paye ,
1750 MERCURE DE FRANCE
Paye, hélas ! cherement fes injuftes refus !
Vains & triftes efforts de ma Philoſophie ;
Foibles projets , détruits auffi tôt que conçûs ,
Vous , de qui j'attendois le bonheur de ma vie ,
Vous ceffez de régner fur mes fens éperdus :
L'auftere Raiſon vous fit naître ;
Vous fûtes parl'orgueil nourris & foutenus :
L'Amour dans un inftant vous a fait difparoître.
Foibles projets, hélas ! qu'êtes-vous devenus !
Et toi , fombre Dieu d'Hymenée ,
Dont un deftin cruel me fit fubir la loi ,
Tu prétendrois en vain régler ma deſtinées
Un Dieu , plus aimable que toi ,
En préfentant Thémire à ma vue étonnée
Te ravit en cette journée
Mon coeur ,
mesfermens & ma foi.
Par M. Petitjean de S. Martin , le jeune.
d'Ifoudun ,.en Berry ..
A Mlle Ponchard.
Plein du defir ambitieux
De me fouftraire aux loix de Famoureux Empire ,..
J'avois juré , chere Thémire ,
De repouffer les traits que lancent vos beaux
yeux ;
Déjà , fans vous rendre les armes ,
Contre mon foible coeur m'irritant chaque jour ,
Trois fois mon oeil furpris avoit vû tant de chats
mes ;
Trois fois j'avois bravé ces foudres de l'Amour ;
Déjà , couvert d'une apparente gloire ,
A l'exemple de ces Guerriers ,
Qui femblent à leur gré maîtriſer la Victoire
Je ceignois mon front de Lauriers :
Mais que vous fçavez bien , cruelle ,
Réparer les affronts que vous avez reçûs ,
Et qu'un coeur à vos coups rebelle
Paye ,
1750 MERCURE DE FRANCE
Paye, hélas ! cherement fes injuftes refus !
Vains & triftes efforts de ma Philoſophie ;
Foibles projets , détruits auffi tôt que conçûs ,
Vous , de qui j'attendois le bonheur de ma vie ,
Vous ceffez de régner fur mes fens éperdus :
L'auftere Raiſon vous fit naître ;
Vous fûtes parl'orgueil nourris & foutenus :
L'Amour dans un inftant vous a fait difparoître.
Foibles projets, hélas ! qu'êtes-vous devenus !
Et toi , fombre Dieu d'Hymenée ,
Dont un deftin cruel me fit fubir la loi ,
Tu prétendrois en vain régler ma deſtinées
Un Dieu , plus aimable que toi ,
En préfentant Thémire à ma vue étonnée
Te ravit en cette journée
Mon coeur ,
mesfermens & ma foi.
Par M. Petitjean de S. Martin , le jeune.
d'Ifoudun ,.en Berry ..
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Résumé : DÉCLARATION D'AMOUR, A Mlle Ponchard.
Dans cette déclaration d'amour, M. Petitjean de Saint-Martin adresse ses sentiments à Mlle Ponchard, surnommée Thémire. Il avoue son échec à résister à ses charmes malgré ses tentatives pour se soustraire aux lois de l'amour. Comparant ses efforts à ceux d'un guerrier cherchant à maîtriser la victoire, il reconnaît la défaite face à Thémire. L'auteur déplore l'inutilité de sa philosophie et la faiblesse de ses projets devant l'amour. Il mentionne l'influence de la raison et de l'orgueil dans sa vie, mais admet que l'amour les a surmontés. Il évoque également le dieu Hyménée, symbole du mariage, dont le destin cruel lui a été imposé, mais qui a été éclipsé par Thémire. Cette dernière a conquis son cœur, ses serments et sa fidélité. L'auteur est originaire d'Issoudun en Berry.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4224
p. 1751-1760
ESSAI d'une Traduction libre des Pastorales de Virgile, à l'usage des Personnes du Monde, par M. le Tort.
Début :
PREMIERE EGLOGUE. Tityre, Melibée. Melibée. Heureux Tityre ! assis à l'ombre [...]
Mots clefs :
Tityre, Mélibée, Dieu, Heureux, Dieux, Berger, Maux, Mers, Chalumeaux, Campagnes, Patrie, Troupeaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESSAI d'une Traduction libre des Pastorales de Virgile, à l'usage des Personnes du Monde, par M. le Tort.
ESSAI d'une Traduction libre des Paftorales
de Virgile , à l'usage des Perfonnes
du Monde , par M. le Tort.
H
PREMIERE EGLOGUE.
Tityre , Melibée.
Melibée
Eureux Tityre ! affis à l'ombre de ce
feuillage , vous effayez un Air champêtre
fur vos tendres Chalumeaux . Pour
nous , malheureux ! nous quittons notre féjour
natal ; nous abandonnons nos cheres
Campagnes nous fuyons notre Patrie ,
& vous , à l'abri de nos malheurs , feul
au frais délicieux de ce Hêtre , vous apprenez
aux Echos d'alentour a répeter le
doux nom de votre chere Amaryllis ..
Tityre.
Un Dieu , Melibée , dont la tendreffe
vient de s'étendre jufqu'à moi , un Dieu
a bien voulu accorder ce précieux loifir
aux jours de ma vieilleffe. Oui , j'honorerai
toujours ce Héros comme un Dieu ,
&
# 752 MERCURE DE FRANCE.
& fur l'Autel que mon coeur & ma main
lui ont dreffé; pour qu'il me foit à jamais
propice , j'ai fait vou de lui immoler fouvent
le plus tendre de mes Agneaux. Si mes
Troupeaux , commme vous voyez , paiffent
librement dans ces Pâturages, fi moi-même,
fimple Berger que je fuis , j'exécute encore
les Airs qui me plaiſent , c'eft un bienfait
de ce Dieu , c'eft à lui feul que je dois un
deltin fi favorable.
Melibée.
Certes, mon cher Tityre , je ne fuis point
jaloux de votre bonheur , mais que je fuis
étonné de trouver un heureux au milieu des
malheurs & des troubles , qui rempliffent
aujourd'hui nos Campagnes ! Se peut- il que
vous foyez le feul que la Fortune épargne ,
lorfqu'elle ravage tout dans notre malheu
reufe Patrie ! Pour moi , trifte & déplorable
victime des caprices du fort , je n'ai pûr fauver
du pillage & de la fureur d'un barbare
Soldat , que quelques Chévres languifſantes
; encore ai - je bien de la peine à les conduire
avec moi. Pour comble de maux , en
voici une qu'il faut que je porte.Elle vient de
mettre bas deux petits , qu'elle a laiffés fans
vie fur un Rocher efcarpé , dans une touffe
de Coudriers. Hélas ! avec ces deux Jumeaux
A O UST. 1744 1753
meaux je perds l'unique eſpoir qui me reftoit
, de voir un jour renaître mon Troupeau.
Déjà dans les tranfports de ma dou
feur j'ai brifé mes Chalumeaux . Pourquoi
te tiens-je encore en main, inutile Houlette?
Hélas ! je m'en fouviens à préfent. Le Ciel ....
infenfé que j'étois , à quoi penfai-je pour
fors ? Le Ciel , irrité contre nous , m'avoit
donné plus d'un préfage de ce malheur.
Tantôt la foudre étoit tombée à mes yeux
fur des Chênes , & les avoit réduits en cendres.
Tantôt une finiftre Corneille m'avoit
fait entendre fes cris funeftes du creux d'un
vieux Arbre. D'autres fignes auffi frappans,
m'auroient inftruit , fi je n'avois pas eu l'efprit
frappé d'aveuglement. Mais puifque
nos maux font fans remede , pourquoi en
rappeller les douloureux préfages ? Tityre, de
grace , apprenez-moi , quel eft le Dieu propice
pour qui vous fignalez votre reconnoiffance.
Tityre.
Simple Berger que j'étois ! il faut que j'a
voue mon ignorance ; il n'y a pas encore
long-tems que je me repréfentois Rome
comme une Ville , femblable à notre Mantouë,
où nous autres Bergers avons coûtume
de mener vendre les tendres Petits de nos
Trou1754
MERCURE DE FRANCE.
Troupeaux
. C'eft ainfi que confondant
les
petites chofes avec les grandes , je comparois
les pétits Chiens à leurs Peres & lesChevreaux
à leurs Meres . Mais quelle étoit mon
erreur ! Rome l'emporte autant fur les autres
Villes de l'Univers , que le plus fuperbe
Cyprès fur le plus humble Arbriſſeau de ces
Contrées .
Melibée.
Mais , qui vous infpira le défir d'aller
voir cette grande Ville ?
Tityre.
Celui d'y recouvrer la Liberté. Après un
long Efclavage, * au tems d'une languiffante
vieilleffe ,lorfque le Rafoir dans ma main
tremblante ne me faifoit plus tomber du
menton que de la barbe blanche , cette Divinité,
fenfible à mes maux , a daigné jetter
fur moi des regards propices. C'eft bien
tard , à la vérité , mais enfin j'ai éprouvé fes
faveurs , après que j'ai eu quitté l'ingrate
Galatée , pour me donner tout entier à la
belle Amaryllis. J'ofe le dire à ma confufion
, tant que j'ai été l'Amant de Galatée ,
* J'ai copié cet endroit du P. Catrou ; fije n'en
avertiffois pas de bonne foi , je ferois trahi par la beauté
& l'elegance du fiyle.
affervi
A OUST. 1744. 1753
affervi fans nul efpoir dans fes honteux liens,
je n'ai pris aucun foin de mes affaires ; cependant
pour
fournir des victimes aux Sacrifices
de l'ingrate , je dépeuplois mon Bercail
d'Agneaux , qui auroient pû être offerts
aux Dieux. Je lui portois affidûment des
fromages délicats, & pour prix de mon hommage
& de mes foins , je ne retournois jamais
plus riche en nos Hameaux.
Mélibée.
Voilà donc , trifte Galatée , voilà le ſujet
de vos douleurs & de votre abattement. Tityre
, votre Amante , au défefpoir de votre
départ , pouffoit vers le Ciel de continuels
foupirs ; négligente , elle laiffoit périr fes
fruits fur les Arbres. Je ne pénétrois point
la caufe de fes chagrins ; c'étoit , je le vois
bien, que vous n'étiez plus auprès d'elle, &
qu'elle n'avoit plus d'efpérance de vous revoir
, ni d'entendre vos tendres Chanſons.
Cependant ces Eaux , dont le crifſtal rece--
voit fi fouvent votre image , dont les bords
enchantés préfentoient le fommeil à vos
fens, ces Echos tant de fois ravis de vos Airs
tendres , ces Prés , ces Pins , ces Vergers, qui
partageoient fes mortels ennuis , vous rappelloient
auprès d'elle .
Tityre
$ 796 MERCURE DE FRANCE.
Tityre.
Qu'aurois - pû faire de mieux ? Comment
fortir autrement d'Efclavage ? Où
trouver ailleurs des Dieux auffi puiffans ?
Rome feule étoit mon unique recours , &
fes Dieux pouvoient feuls rompre mes fers ,
me rendre à moi- même , & me faire d'heureux
jours. Là j'ai vû , comme je vous vois,
ce jeune Dieu qu'adore mon coeur , & que
chante ma tendreffe , Oui , j'ai fait vou
d'offrir toutes les années , à douze jours differens
, des Victimes fur fes Autels ; là ce
Dieu , fi digne de nos fleurs & de notre
Encens , prévenant mon humble demande
par un foûrire gracieux , m'a fait entendre
cette réponſe favorable : » Berger , joiſſez
» en paix de l'héritage de vos Peres ; faites
> paître vos Troupeaux ; chantez , & culti-
» vez vos terres , comme auparavant .
Melibée
Heureux Vieillard ! vous voilà donc pour
toujours paifible poffeffeur de vos Champs ;
il font fuffifans pour votre ufage & celui
de votre chere famille , quoique environnés
d'un côté par des Rochers ftériles ; & de
l'autre par des Marais hériffés de Joncs ; vos
Brebis
A O UST. 1744. 1757
pas
Brebis qui feront pleines , ne fe fentiront
point du changement de pâturages , & le
voifinage d'un Troupeau mal fain ne mettra
pas la maladie parmi celles qui auront mis
bas . Encore une fois , heureux Vieillard
vous prendrez le frais fous ces Arbres qui
ombragent ces Rivieres , & le long de ces
Fontaines facrées. La haye qui fépare votre
Champ de celui de votre voifin , cette
haye , où des Abeilles , animées au travail
viennent au retour du matin fucer la fleur
de vos Saules , par leur murmure égal au
gazouillement d'un petit Ruiffeau , qui fe
joue à travers nos Prairies , vous invitera
fouvent à vous livrer aux douceurs du fommeil.
Vous continuerez auffi d'être agréablement
réjoui par la voix des Bucherons , qui quí
en émondant les Arbres de la Colline
prochaine
, feront retentir les Airs de leurs
naïves Chanfons , & les Ramiers , vos délices
, mêleront leurs tendres gémiſſemens
à ceux de la plaintive Tourterelle,
Tityre.
Puifque vous fentez le prix de mon bon
heur , jugez , mon cher Melibée , de la vivacité
de ma reconnoiffance. Oiii , l'on yerxa
les Cerfs paître dans les Mers , & les
Mers
1758 MERCURE DE FRANCE.
Mers deffechées , laiffer les Poiffons à fec
fur le fable ; on verra encore les Fleuves
abandonner leurs anciens rivages, & fertilifer
de nouveaux Climats ; la Saone dormante
éteindre la foif des Parthes , & le Tygre
rapide défaltérer les Germains , avant que
mon coeur , ingrat de tant de bienfaits, efface
de ma mémoire les moindres traits de ce
jeune Dieu , qui en eft l'Auteur.
Melibée.
Hélas ! Tityre , que notre fort eft different
du vôtre !Infortunés Citoyens que nous
fommes , toûjours livrés à des deftins contraires
, nous abandonnons notre chere Patrie
, & nous fuyons difperfés. Les uns vont
périr de langueur dans les fables brulans de
l'Afrique , les autres dans les glaces de la
Scythie, ou en Créte fur les bords de l'Oaxe,
ou dans ces Iſles féparées par les Mers du
refte du Monde. Hélas ! faut-il perdre l'efperance
de voir un jour finir nos maux
N'aurai-je point , après quelques années
paffées dans le plus rude efclavage,n'aurai-je
point l'heureux plaifir de revoir le féjour
de mes Ayeux? Ne pourrai-je point recréer
ma vûë
par le fpectacle agréable de mon petit
Patrimoine , où exempt d'ambition , je
>
vivois
A O UST. 1744
17595
ne ,
vivois fi content ? Quoi ! Dieux Puiffans
dont j'éprouve la colere , ma petite Cabancouverte
par mes mains de chaume &
de mouffe , mes Champs fi bien cultivés , &
couverts des plus belles gerbes , vont deve
nir la proye d'un Soldat inhumain ! Avide,
il recueillera ces belles moiffons , mon efpoir
& ma joye ! O cruelle Difcorde , voilà
à quelles fatales extrémités tu as réduit nos
malheureux Citoyens ! voilà ceux pour qui
nous avons enfemencé nos Terres ! Ah !
malheureufes Campagnes , que l'habitude
nous avoit rendu fi précieufes ; ah ! infortuné
Berger , prends plaifir , après tous ces défaftres
, à enter les Poiriers , à planter tes
Vignes , & les façonner avec foin ; mais
que dis-je ? pourquoi me confumer en d'inutiles
regrets ? Pourquoi faire des voeux fuperflus
? Partez , mes Chévres , partez , éloignez-
vous de ces Lieux ; vous fûtes autrefois
un Troupeau heureux , aujourd'hui votre
bonheur n'eft plus. Non , du fond de
ces Vallons , couchés fur l'herbe tendre , au
frais délicieux d'une Grotte tapiffée de verdure
, vous n'entendrez plus le doux fon
de mes Chalumeaux , je ne vous verrai plus,
comme fufpenduës fur ces Collines, tantôt
bondir dans la Prairie , tantôt broûter la
feuille du Cythife , ni la feüille du Saule.
Tityre
760 MERCURE DE FRANCE.
Tityre.
Cependant , Melibée , rien ne vous oblige
de tant précipiter votre départ. On ne
vous défend pas , du moins pour cette nuit,
de goûter avec moi les faveurs dont me
comblent les Dieux , ni d'attendre entre les
bras du repos le retour de la nouvelle Aurore.
Si vous penfez trouver auprès de moi
ces momens heureux , qui coulent ſi douce,
ment entre deux amis , regagnons le Ha- :
meau. Un tendre feüillage vous fervira de
lit dans mon humble Chaumiere . Vous
prendrez auparavant un repas frugal & fans
apprêts. Je vous fervirai du lait frais , des
Raifins vermeils , des Pommes douces , &
du Miel délicieux , que mes Abeilles ont
cueilli fur les fleurs de mon Verger . Il eft
trop tard pour aller plus loin. Déja la fumée
qui fort des toîts de nos Cabannes ,
déja l'ombre des Côteaux , qui s'étend dans
les Plaines , nous avertiffent que Phébus, au
bout de fa carriere , va fe repofer dans
l'Onde , & qu'il eft tems que nous rega
gnions la maiſon.
de Virgile , à l'usage des Perfonnes
du Monde , par M. le Tort.
H
PREMIERE EGLOGUE.
Tityre , Melibée.
Melibée
Eureux Tityre ! affis à l'ombre de ce
feuillage , vous effayez un Air champêtre
fur vos tendres Chalumeaux . Pour
nous , malheureux ! nous quittons notre féjour
natal ; nous abandonnons nos cheres
Campagnes nous fuyons notre Patrie ,
& vous , à l'abri de nos malheurs , feul
au frais délicieux de ce Hêtre , vous apprenez
aux Echos d'alentour a répeter le
doux nom de votre chere Amaryllis ..
Tityre.
Un Dieu , Melibée , dont la tendreffe
vient de s'étendre jufqu'à moi , un Dieu
a bien voulu accorder ce précieux loifir
aux jours de ma vieilleffe. Oui , j'honorerai
toujours ce Héros comme un Dieu ,
&
# 752 MERCURE DE FRANCE.
& fur l'Autel que mon coeur & ma main
lui ont dreffé; pour qu'il me foit à jamais
propice , j'ai fait vou de lui immoler fouvent
le plus tendre de mes Agneaux. Si mes
Troupeaux , commme vous voyez , paiffent
librement dans ces Pâturages, fi moi-même,
fimple Berger que je fuis , j'exécute encore
les Airs qui me plaiſent , c'eft un bienfait
de ce Dieu , c'eft à lui feul que je dois un
deltin fi favorable.
Melibée.
Certes, mon cher Tityre , je ne fuis point
jaloux de votre bonheur , mais que je fuis
étonné de trouver un heureux au milieu des
malheurs & des troubles , qui rempliffent
aujourd'hui nos Campagnes ! Se peut- il que
vous foyez le feul que la Fortune épargne ,
lorfqu'elle ravage tout dans notre malheu
reufe Patrie ! Pour moi , trifte & déplorable
victime des caprices du fort , je n'ai pûr fauver
du pillage & de la fureur d'un barbare
Soldat , que quelques Chévres languifſantes
; encore ai - je bien de la peine à les conduire
avec moi. Pour comble de maux , en
voici une qu'il faut que je porte.Elle vient de
mettre bas deux petits , qu'elle a laiffés fans
vie fur un Rocher efcarpé , dans une touffe
de Coudriers. Hélas ! avec ces deux Jumeaux
A O UST. 1744 1753
meaux je perds l'unique eſpoir qui me reftoit
, de voir un jour renaître mon Troupeau.
Déjà dans les tranfports de ma dou
feur j'ai brifé mes Chalumeaux . Pourquoi
te tiens-je encore en main, inutile Houlette?
Hélas ! je m'en fouviens à préfent. Le Ciel ....
infenfé que j'étois , à quoi penfai-je pour
fors ? Le Ciel , irrité contre nous , m'avoit
donné plus d'un préfage de ce malheur.
Tantôt la foudre étoit tombée à mes yeux
fur des Chênes , & les avoit réduits en cendres.
Tantôt une finiftre Corneille m'avoit
fait entendre fes cris funeftes du creux d'un
vieux Arbre. D'autres fignes auffi frappans,
m'auroient inftruit , fi je n'avois pas eu l'efprit
frappé d'aveuglement. Mais puifque
nos maux font fans remede , pourquoi en
rappeller les douloureux préfages ? Tityre, de
grace , apprenez-moi , quel eft le Dieu propice
pour qui vous fignalez votre reconnoiffance.
Tityre.
Simple Berger que j'étois ! il faut que j'a
voue mon ignorance ; il n'y a pas encore
long-tems que je me repréfentois Rome
comme une Ville , femblable à notre Mantouë,
où nous autres Bergers avons coûtume
de mener vendre les tendres Petits de nos
Trou1754
MERCURE DE FRANCE.
Troupeaux
. C'eft ainfi que confondant
les
petites chofes avec les grandes , je comparois
les pétits Chiens à leurs Peres & lesChevreaux
à leurs Meres . Mais quelle étoit mon
erreur ! Rome l'emporte autant fur les autres
Villes de l'Univers , que le plus fuperbe
Cyprès fur le plus humble Arbriſſeau de ces
Contrées .
Melibée.
Mais , qui vous infpira le défir d'aller
voir cette grande Ville ?
Tityre.
Celui d'y recouvrer la Liberté. Après un
long Efclavage, * au tems d'une languiffante
vieilleffe ,lorfque le Rafoir dans ma main
tremblante ne me faifoit plus tomber du
menton que de la barbe blanche , cette Divinité,
fenfible à mes maux , a daigné jetter
fur moi des regards propices. C'eft bien
tard , à la vérité , mais enfin j'ai éprouvé fes
faveurs , après que j'ai eu quitté l'ingrate
Galatée , pour me donner tout entier à la
belle Amaryllis. J'ofe le dire à ma confufion
, tant que j'ai été l'Amant de Galatée ,
* J'ai copié cet endroit du P. Catrou ; fije n'en
avertiffois pas de bonne foi , je ferois trahi par la beauté
& l'elegance du fiyle.
affervi
A OUST. 1744. 1753
affervi fans nul efpoir dans fes honteux liens,
je n'ai pris aucun foin de mes affaires ; cependant
pour
fournir des victimes aux Sacrifices
de l'ingrate , je dépeuplois mon Bercail
d'Agneaux , qui auroient pû être offerts
aux Dieux. Je lui portois affidûment des
fromages délicats, & pour prix de mon hommage
& de mes foins , je ne retournois jamais
plus riche en nos Hameaux.
Mélibée.
Voilà donc , trifte Galatée , voilà le ſujet
de vos douleurs & de votre abattement. Tityre
, votre Amante , au défefpoir de votre
départ , pouffoit vers le Ciel de continuels
foupirs ; négligente , elle laiffoit périr fes
fruits fur les Arbres. Je ne pénétrois point
la caufe de fes chagrins ; c'étoit , je le vois
bien, que vous n'étiez plus auprès d'elle, &
qu'elle n'avoit plus d'efpérance de vous revoir
, ni d'entendre vos tendres Chanſons.
Cependant ces Eaux , dont le crifſtal rece--
voit fi fouvent votre image , dont les bords
enchantés préfentoient le fommeil à vos
fens, ces Echos tant de fois ravis de vos Airs
tendres , ces Prés , ces Pins , ces Vergers, qui
partageoient fes mortels ennuis , vous rappelloient
auprès d'elle .
Tityre
$ 796 MERCURE DE FRANCE.
Tityre.
Qu'aurois - pû faire de mieux ? Comment
fortir autrement d'Efclavage ? Où
trouver ailleurs des Dieux auffi puiffans ?
Rome feule étoit mon unique recours , &
fes Dieux pouvoient feuls rompre mes fers ,
me rendre à moi- même , & me faire d'heureux
jours. Là j'ai vû , comme je vous vois,
ce jeune Dieu qu'adore mon coeur , & que
chante ma tendreffe , Oui , j'ai fait vou
d'offrir toutes les années , à douze jours differens
, des Victimes fur fes Autels ; là ce
Dieu , fi digne de nos fleurs & de notre
Encens , prévenant mon humble demande
par un foûrire gracieux , m'a fait entendre
cette réponſe favorable : » Berger , joiſſez
» en paix de l'héritage de vos Peres ; faites
> paître vos Troupeaux ; chantez , & culti-
» vez vos terres , comme auparavant .
Melibée
Heureux Vieillard ! vous voilà donc pour
toujours paifible poffeffeur de vos Champs ;
il font fuffifans pour votre ufage & celui
de votre chere famille , quoique environnés
d'un côté par des Rochers ftériles ; & de
l'autre par des Marais hériffés de Joncs ; vos
Brebis
A O UST. 1744. 1757
pas
Brebis qui feront pleines , ne fe fentiront
point du changement de pâturages , & le
voifinage d'un Troupeau mal fain ne mettra
pas la maladie parmi celles qui auront mis
bas . Encore une fois , heureux Vieillard
vous prendrez le frais fous ces Arbres qui
ombragent ces Rivieres , & le long de ces
Fontaines facrées. La haye qui fépare votre
Champ de celui de votre voifin , cette
haye , où des Abeilles , animées au travail
viennent au retour du matin fucer la fleur
de vos Saules , par leur murmure égal au
gazouillement d'un petit Ruiffeau , qui fe
joue à travers nos Prairies , vous invitera
fouvent à vous livrer aux douceurs du fommeil.
Vous continuerez auffi d'être agréablement
réjoui par la voix des Bucherons , qui quí
en émondant les Arbres de la Colline
prochaine
, feront retentir les Airs de leurs
naïves Chanfons , & les Ramiers , vos délices
, mêleront leurs tendres gémiſſemens
à ceux de la plaintive Tourterelle,
Tityre.
Puifque vous fentez le prix de mon bon
heur , jugez , mon cher Melibée , de la vivacité
de ma reconnoiffance. Oiii , l'on yerxa
les Cerfs paître dans les Mers , & les
Mers
1758 MERCURE DE FRANCE.
Mers deffechées , laiffer les Poiffons à fec
fur le fable ; on verra encore les Fleuves
abandonner leurs anciens rivages, & fertilifer
de nouveaux Climats ; la Saone dormante
éteindre la foif des Parthes , & le Tygre
rapide défaltérer les Germains , avant que
mon coeur , ingrat de tant de bienfaits, efface
de ma mémoire les moindres traits de ce
jeune Dieu , qui en eft l'Auteur.
Melibée.
Hélas ! Tityre , que notre fort eft different
du vôtre !Infortunés Citoyens que nous
fommes , toûjours livrés à des deftins contraires
, nous abandonnons notre chere Patrie
, & nous fuyons difperfés. Les uns vont
périr de langueur dans les fables brulans de
l'Afrique , les autres dans les glaces de la
Scythie, ou en Créte fur les bords de l'Oaxe,
ou dans ces Iſles féparées par les Mers du
refte du Monde. Hélas ! faut-il perdre l'efperance
de voir un jour finir nos maux
N'aurai-je point , après quelques années
paffées dans le plus rude efclavage,n'aurai-je
point l'heureux plaifir de revoir le féjour
de mes Ayeux? Ne pourrai-je point recréer
ma vûë
par le fpectacle agréable de mon petit
Patrimoine , où exempt d'ambition , je
>
vivois
A O UST. 1744
17595
ne ,
vivois fi content ? Quoi ! Dieux Puiffans
dont j'éprouve la colere , ma petite Cabancouverte
par mes mains de chaume &
de mouffe , mes Champs fi bien cultivés , &
couverts des plus belles gerbes , vont deve
nir la proye d'un Soldat inhumain ! Avide,
il recueillera ces belles moiffons , mon efpoir
& ma joye ! O cruelle Difcorde , voilà
à quelles fatales extrémités tu as réduit nos
malheureux Citoyens ! voilà ceux pour qui
nous avons enfemencé nos Terres ! Ah !
malheureufes Campagnes , que l'habitude
nous avoit rendu fi précieufes ; ah ! infortuné
Berger , prends plaifir , après tous ces défaftres
, à enter les Poiriers , à planter tes
Vignes , & les façonner avec foin ; mais
que dis-je ? pourquoi me confumer en d'inutiles
regrets ? Pourquoi faire des voeux fuperflus
? Partez , mes Chévres , partez , éloignez-
vous de ces Lieux ; vous fûtes autrefois
un Troupeau heureux , aujourd'hui votre
bonheur n'eft plus. Non , du fond de
ces Vallons , couchés fur l'herbe tendre , au
frais délicieux d'une Grotte tapiffée de verdure
, vous n'entendrez plus le doux fon
de mes Chalumeaux , je ne vous verrai plus,
comme fufpenduës fur ces Collines, tantôt
bondir dans la Prairie , tantôt broûter la
feuille du Cythife , ni la feüille du Saule.
Tityre
760 MERCURE DE FRANCE.
Tityre.
Cependant , Melibée , rien ne vous oblige
de tant précipiter votre départ. On ne
vous défend pas , du moins pour cette nuit,
de goûter avec moi les faveurs dont me
comblent les Dieux , ni d'attendre entre les
bras du repos le retour de la nouvelle Aurore.
Si vous penfez trouver auprès de moi
ces momens heureux , qui coulent ſi douce,
ment entre deux amis , regagnons le Ha- :
meau. Un tendre feüillage vous fervira de
lit dans mon humble Chaumiere . Vous
prendrez auparavant un repas frugal & fans
apprêts. Je vous fervirai du lait frais , des
Raifins vermeils , des Pommes douces , &
du Miel délicieux , que mes Abeilles ont
cueilli fur les fleurs de mon Verger . Il eft
trop tard pour aller plus loin. Déja la fumée
qui fort des toîts de nos Cabannes ,
déja l'ombre des Côteaux , qui s'étend dans
les Plaines , nous avertiffent que Phébus, au
bout de fa carriere , va fe repofer dans
l'Onde , & qu'il eft tems que nous rega
gnions la maiſon.
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Résumé : ESSAI d'une Traduction libre des Pastorales de Virgile, à l'usage des Personnes du Monde, par M. le Tort.
Dans cette adaptation moderne de la première églogue des 'Bucoliques' de Virgile, les bergers Tityre et Mélibée discutent de leurs situations respectives. Tityre exprime sa gratitude envers un dieu qui lui a permis de conserver ses terres et sa liberté, contrairement à Mélibée, contraint de fuir sa patrie en raison des troubles et des pillages. Mélibée, désespéré, a perdu une partie de son troupeau et s'interroge sur la manière dont Tityre a échappé à ces malheurs. Tityre explique que sa liberté lui a été accordée par un dieu après qu'il a quitté Galatée pour Amaryllis et s'est rendu à Rome pour recouvrer sa liberté. Il décrit Rome comme une ville supérieure et raconte comment il a été libéré de son esclavage grâce à une intervention divine. Mélibée comprend alors que les souffrances de Galatée étaient dues à l'absence de Tityre. Tityre décrit la beauté et la tranquillité de son domaine, où il peut faire paître ses troupeaux et profiter de la nature. En contraste, Mélibée se plaint de son sort malheureux, évoquant la dispersion des citoyens contraints de quitter leur patrie pour survivre dans des conditions extrêmes, comme les déserts d'Afrique ou les glaces de Scythie. Il exprime son désespoir face à la perte de son patrimoine, menacé par un soldat avide, et regrette les moments passés dans ses champs cultivés. La discorde a ruiné ses compatriotes, et il déplore cette cruauté. Tityre invite Mélibée à partager un repas frugal et à passer la nuit dans sa chaumière, profitant des faveurs des dieux jusqu'au lever du jour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4225
p. 1761-1763
EPITRE, A M. H..... Chanoine de ..... sur son Sermon du Dimanche de la Passion.
Début :
Lorsque je vois H.... en Chaire, [...]
Mots clefs :
Ardeur, Discours, Voix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE, A M. H..... Chanoine de ..... sur son Sermon du Dimanche de la Passion.
EPITRE ,
A M. H..... Chanoine de ..... fur foo
Sermon du
Dimanche de la Paffion.
L Orfque je vois H .... en Chaire ,
'Animé d'une fainte ardeur ,
S'élever contre le Pécheur ,
Il me femble voir , fous Tibere ;
De Jefus le Saint Précurseur ,
Dans le Défert , avec douceur ,
Nous remontrer notre miſere.
Hélas ! quand je le confidere ,
Quelle jufteffe en fes difcours !
Quelle pureté de Doctrine !
La Grace vient à fon fecours ;
Ah ! c'eſt en vain que je m'obſtine ;
C'eſt un vrai
mouvement du Ciel ,
Qui , pour que je te pûffe entendre
M'a fait entrer à Saint Michel:
Oui , c'eſt - là que je te vis prendre
La défenfe de l'Eternel ,
Et commeun autre Samuel ,
J
Pa
1762 MERCURE DE FRANCE
Par tes difcours faire répandre
Des larmes à tout Ifraël.
Ce n'eft pas la voix d'un Mortel ;
C'eft Dieu qui me force à me rendre.
Pourfuis , digne Prédicateur ;
Déclare hardiment la guerre
Aux crimes , au vice , à l'erreur ,
Qui , plus que jamais , fur la terre
Exerce à préſent ſa fureur ;
Pénetre jufqu'au fond du coeur
Du libertin , de ce faux frere ,
Qui , malgré le jour qui l'éclaire ,
Recherche encore avec ardeur ,
Comment il pourra faire taire
Cette voix , ce remords vengeur ,
Qui combat dans fon intérieur
Une femence falutaire ;
Exerce ta fainte ferveur ;
C'eft à la Vigne du Seigneur
Que tu dois travailler fans ceffe ,
Exhorte , parle , preffe ;
N'appréhende point les Cenfeurs ;
Imite tes Prédéceffeurs
Dans
A OUST. 1744.
1765
Dans cette carriere éclatante ;
La moiffon devient abondante ,
Et l'on a beſoin d'Ouvriers ;
Vole fur les pas des premiers ,
Qui , lors de l'Egliſe naiſſante ,
Kemporterent tant de Lauriers .
Par leur conduite édifiante.
Accepte ce petit Bouquet ,
Que de ma part on te préſente ;
Si ton ame eft reconnoiffante ,
Tu me garderas le fecret.
?
Ne cherche point à me connoître
Car ce feroit un tems perdu ;
Si mon nom ne t'eſt pas connu ,
Le tems te l'apprendra peut-être.
A M. H..... Chanoine de ..... fur foo
Sermon du
Dimanche de la Paffion.
L Orfque je vois H .... en Chaire ,
'Animé d'une fainte ardeur ,
S'élever contre le Pécheur ,
Il me femble voir , fous Tibere ;
De Jefus le Saint Précurseur ,
Dans le Défert , avec douceur ,
Nous remontrer notre miſere.
Hélas ! quand je le confidere ,
Quelle jufteffe en fes difcours !
Quelle pureté de Doctrine !
La Grace vient à fon fecours ;
Ah ! c'eſt en vain que je m'obſtine ;
C'eſt un vrai
mouvement du Ciel ,
Qui , pour que je te pûffe entendre
M'a fait entrer à Saint Michel:
Oui , c'eſt - là que je te vis prendre
La défenfe de l'Eternel ,
Et commeun autre Samuel ,
J
Pa
1762 MERCURE DE FRANCE
Par tes difcours faire répandre
Des larmes à tout Ifraël.
Ce n'eft pas la voix d'un Mortel ;
C'eft Dieu qui me force à me rendre.
Pourfuis , digne Prédicateur ;
Déclare hardiment la guerre
Aux crimes , au vice , à l'erreur ,
Qui , plus que jamais , fur la terre
Exerce à préſent ſa fureur ;
Pénetre jufqu'au fond du coeur
Du libertin , de ce faux frere ,
Qui , malgré le jour qui l'éclaire ,
Recherche encore avec ardeur ,
Comment il pourra faire taire
Cette voix , ce remords vengeur ,
Qui combat dans fon intérieur
Une femence falutaire ;
Exerce ta fainte ferveur ;
C'eft à la Vigne du Seigneur
Que tu dois travailler fans ceffe ,
Exhorte , parle , preffe ;
N'appréhende point les Cenfeurs ;
Imite tes Prédéceffeurs
Dans
A OUST. 1744.
1765
Dans cette carriere éclatante ;
La moiffon devient abondante ,
Et l'on a beſoin d'Ouvriers ;
Vole fur les pas des premiers ,
Qui , lors de l'Egliſe naiſſante ,
Kemporterent tant de Lauriers .
Par leur conduite édifiante.
Accepte ce petit Bouquet ,
Que de ma part on te préſente ;
Si ton ame eft reconnoiffante ,
Tu me garderas le fecret.
?
Ne cherche point à me connoître
Car ce feroit un tems perdu ;
Si mon nom ne t'eſt pas connu ,
Le tems te l'apprendra peut-être.
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Résumé : EPITRE, A M. H..... Chanoine de ..... sur son Sermon du Dimanche de la Passion.
L'épître est adressée à un chanoine nommé H., prêcheur à l'église Saint-Michel. L'auteur admire ses sermons, les comparant à ceux de Jean-Baptiste et de Samuel, et loue la justesse et la pureté de sa doctrine. Cette éloquence est attribuée à une grâce divine. L'auteur encourage le chanoine à poursuivre sa mission de dénonciation des crimes, du vice et de l'erreur avec la même ardeur. Il l'incite à imiter ses prédécesseurs et à œuvrer sans relâche pour la 'Vigne du Seigneur', malgré les éventuelles critiques. En conclusion, l'auteur offre un 'petit Bouquet' en signe de reconnaissance et demande au chanoine de garder secrète son identité, suggérant que le temps pourrait révéler son nom.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4226
p. 1778-1779
LE VAUTOUR, FABLE.
Début :
Après avoir croqué Poulardes & Pigeons, [...]
Mots clefs :
Vie, Vautour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE VAUTOUR, FABLE.
LE VAUTOUR ,
FABLE .
APrès avoir croqué Poulardes & Pigeons ,
Détruit Canards & Canetons ,
Meffer Vautour , l'effroi d'une lieuë à la ronde ,
Fût malade ; il penſa partir pour l'autre mondes
Incertain de fon trifte fort ,
Il attendoit le moment de la mort ,
Et cependant il n'avoit nulle envie
D'abandonner les douceurs de la vie :
Il eut voulu trouver quelque remede heureux ,
Qui pût guerir fa maladie ;
Il chercha , mais en vain , il eût recours aux
Dieux :
O,Jupiter , dit-il , j'implore ta clémence ;
Rends-moi la vie ; elle eft en ta puiffance ;
Si j'ai croqué Pigeons , fi j'ai détruit Poulets ,
Avec eux je jure la paix ;
Mais n'écoute pas ta Juftice ;
Je fais que pour tous mes forfaits
A
AOUST. 1744.
1779
Il n'eft point fous les Cieux d'affés cruel fupplice :
Oui, je jure par toi , Pere des Immortels ,
Par tes redoutables Autels ,
De vivre déformais plus fage.
Jupiter à fes cris lui rendit la fanté ,
Mais mon gaillard fût-il en liberté
Il fit dans tout fon voisinage
Plus de dégât , plus de dommage.
Par le fujet que j'ai traité ,
J'ai voulu faire voir que des gens dans la vie ,
Aux approches cruels de la mort ennemie ,
Redoutant une Eternité ,
*
Promettent tout à Dieu ; mais la bonté propice
Les tire- t'elle du danger ,
On fuit les paffions , on brave fa Juftice ;
Enfin on ne veut pas changes.
FABLE .
APrès avoir croqué Poulardes & Pigeons ,
Détruit Canards & Canetons ,
Meffer Vautour , l'effroi d'une lieuë à la ronde ,
Fût malade ; il penſa partir pour l'autre mondes
Incertain de fon trifte fort ,
Il attendoit le moment de la mort ,
Et cependant il n'avoit nulle envie
D'abandonner les douceurs de la vie :
Il eut voulu trouver quelque remede heureux ,
Qui pût guerir fa maladie ;
Il chercha , mais en vain , il eût recours aux
Dieux :
O,Jupiter , dit-il , j'implore ta clémence ;
Rends-moi la vie ; elle eft en ta puiffance ;
Si j'ai croqué Pigeons , fi j'ai détruit Poulets ,
Avec eux je jure la paix ;
Mais n'écoute pas ta Juftice ;
Je fais que pour tous mes forfaits
A
AOUST. 1744.
1779
Il n'eft point fous les Cieux d'affés cruel fupplice :
Oui, je jure par toi , Pere des Immortels ,
Par tes redoutables Autels ,
De vivre déformais plus fage.
Jupiter à fes cris lui rendit la fanté ,
Mais mon gaillard fût-il en liberté
Il fit dans tout fon voisinage
Plus de dégât , plus de dommage.
Par le fujet que j'ai traité ,
J'ai voulu faire voir que des gens dans la vie ,
Aux approches cruels de la mort ennemie ,
Redoutant une Eternité ,
*
Promettent tout à Dieu ; mais la bonté propice
Les tire- t'elle du danger ,
On fuit les paffions , on brave fa Juftice ;
Enfin on ne veut pas changes.
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Résumé : LE VAUTOUR, FABLE.
La fable 'Le Vautour' relate l'histoire d'un vautour qui, après avoir causé de nombreux ravages en mangeant des poulardes, des pigeons, des canards et des canetons, tombe malade et craint la mort. Il supplie Jupiter de lui rendre la santé, promettant de changer ses habitudes destructrices. Jupiter accède à sa demande et guérit le vautour. Cependant, une fois rétabli, le vautour retourne à ses comportements nuisibles, causant encore plus de dégâts dans son voisinage. La morale de cette fable est que certaines personnes, face à la mort, font des promesses qu'elles ne tiennent pas une fois sauvées, continuant à suivre leurs passions et à braver la justice.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4227
p. 1784-1786
EPITRE, A Monsieur Darnaud.
Début :
Pour répondre, Darnaud, à ta galante Epitre, [...]
Mots clefs :
Apollon, Vers, Plaisirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE, A Monsieur Darnaud.
EPITRE ,
A Monfieur Darnaud,
Pour répondre , Darnaud , à ta galante Epitre ,
Si , comme à toi , Venus me dreffoit mon Pupître ,
Apollon , comme à toi , me dicteroit des Vers,
Qu'admireroit tout l'Univers.
Mais , vrai difciple d'Epicure,
Contente de pourvoir à mes autres befoins ,
Venus pour moi ne prend tels foins .
Je fuis donc la fimple Nature ,
( Non celle- là , qui fait les Sçavans confommés ,
Çes Auteurs , fi fort renommés ;
Non celle qui fait un Poëte ,
Comme toi , digne des leçons
Qu'Apoflon
A OU´S T. 1744. 1785
Qu'Apollon fait aux heureux nourriffons ,
Dont il prétend orner la tête
Du Laurier immortel , qui couronne fon front ,
Et qu'on moiffonne au double Mont , )
Mais celle qui nous fait connoître
Pour quelle fin elle nous a fait naître ,
Qui nous apprend qu'il faut jouir ,
Que l'inftant , qui fuit , & qui paffe
Eft en effet paffé , pour ne plus revenir ,
Et ne laiffe après lui d'autre fruit , d'autre trace ;
Qu'un incommode fouvenir.
Voilà inon Maître . Arnaud , dis - moi de grace ,
Eft-ce celui- là que tu fers?
Oui , mais ce n'eft celui qui t'inſpire ces Vers ,
Qui te procurent notre hommage ,
Ces Vers qu'un jeune homme à ton âge
Sçait lire à peine , & que tu fais ,
Ce font morceaux finis que tes premiers Effais,
Que ne puis-je du moins louer ce que j'admire
Mais la Nature , qui m'inſpire ,
Ne m'a doué de ce talent.
La louange eft un Don d'Apollon , qui te guide ,'
Qui t'apprend à chanter & les travaux d'Alcide
Et la gloire d'un Conquérant ;
A peindre les plaifirs où l'Amour nous invite ,
A mettre fur la Scéne un Héros , un Amant ,
A louer un ami charmé de ton mérite ,
Et qui t'eftime infiniment.
Mais
1786 MERCURE DE FRANCE.
Mais ce n'eft fur ce point qu'il faut que je réponde
A l'Epitre que je reçois.
Soumis & docile à ta voix
Qu'on m'applaud fſe , ou qu'on me fronde ,
Je me rendrai demain à l'endroit indiqué ,
A l'heure que tu m'as marqué .
Mais comment y mener tout le charmant Cortége
Qu'as demandé ? Las ! les plaifirs ,
Les ris , les jeux font- ils gens de Collége ?
Je n'y connois que des défirs.
Engeance incommode & maudite ,
Qui du foir au matin fans ceffe nous agite.
Avec moi je les menerai ,
Et, point ne me feront à charge ;
€
En te voyant je les fatisferai :
Mais lorsque je te quitterai ,
Ils reviendront , les cruels , à la charge ,
Et plus ne m'abandonneront
Ains toujours me tourmenteront ,
Jufqu'à ce que dans ma Cellule
Tu revienne appaifer leur indifcrete ardeur ;
Viens donc , Darnaud , fans façon , fans ſcrupule ¿
Chés ton ami , chés ton admirateur .
A Monfieur Darnaud,
Pour répondre , Darnaud , à ta galante Epitre ,
Si , comme à toi , Venus me dreffoit mon Pupître ,
Apollon , comme à toi , me dicteroit des Vers,
Qu'admireroit tout l'Univers.
Mais , vrai difciple d'Epicure,
Contente de pourvoir à mes autres befoins ,
Venus pour moi ne prend tels foins .
Je fuis donc la fimple Nature ,
( Non celle- là , qui fait les Sçavans confommés ,
Çes Auteurs , fi fort renommés ;
Non celle qui fait un Poëte ,
Comme toi , digne des leçons
Qu'Apoflon
A OU´S T. 1744. 1785
Qu'Apollon fait aux heureux nourriffons ,
Dont il prétend orner la tête
Du Laurier immortel , qui couronne fon front ,
Et qu'on moiffonne au double Mont , )
Mais celle qui nous fait connoître
Pour quelle fin elle nous a fait naître ,
Qui nous apprend qu'il faut jouir ,
Que l'inftant , qui fuit , & qui paffe
Eft en effet paffé , pour ne plus revenir ,
Et ne laiffe après lui d'autre fruit , d'autre trace ;
Qu'un incommode fouvenir.
Voilà inon Maître . Arnaud , dis - moi de grace ,
Eft-ce celui- là que tu fers?
Oui , mais ce n'eft celui qui t'inſpire ces Vers ,
Qui te procurent notre hommage ,
Ces Vers qu'un jeune homme à ton âge
Sçait lire à peine , & que tu fais ,
Ce font morceaux finis que tes premiers Effais,
Que ne puis-je du moins louer ce que j'admire
Mais la Nature , qui m'inſpire ,
Ne m'a doué de ce talent.
La louange eft un Don d'Apollon , qui te guide ,'
Qui t'apprend à chanter & les travaux d'Alcide
Et la gloire d'un Conquérant ;
A peindre les plaifirs où l'Amour nous invite ,
A mettre fur la Scéne un Héros , un Amant ,
A louer un ami charmé de ton mérite ,
Et qui t'eftime infiniment.
Mais
1786 MERCURE DE FRANCE.
Mais ce n'eft fur ce point qu'il faut que je réponde
A l'Epitre que je reçois.
Soumis & docile à ta voix
Qu'on m'applaud fſe , ou qu'on me fronde ,
Je me rendrai demain à l'endroit indiqué ,
A l'heure que tu m'as marqué .
Mais comment y mener tout le charmant Cortége
Qu'as demandé ? Las ! les plaifirs ,
Les ris , les jeux font- ils gens de Collége ?
Je n'y connois que des défirs.
Engeance incommode & maudite ,
Qui du foir au matin fans ceffe nous agite.
Avec moi je les menerai ,
Et, point ne me feront à charge ;
€
En te voyant je les fatisferai :
Mais lorsque je te quitterai ,
Ils reviendront , les cruels , à la charge ,
Et plus ne m'abandonneront
Ains toujours me tourmenteront ,
Jufqu'à ce que dans ma Cellule
Tu revienne appaifer leur indifcrete ardeur ;
Viens donc , Darnaud , fans façon , fans ſcrupule ¿
Chés ton ami , chés ton admirateur .
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Résumé : EPITRE, A Monsieur Darnaud.
L'auteur répond à une lettre de Monsieur Darnaud en précisant qu'il n'est pas inspiré par Vénus ou Apollon pour écrire des vers. Il se présente comme un disciple d'Épicure, satisfait de subvenir à ses besoins essentiels sans chercher les plaisirs amoureux. Il préfère une nature qui enseigne à jouir du moment présent plutôt que celle qui forme les savants et les poètes renommés. L'auteur admire les vers de Darnaud, qu'il juge parfaits, mais reconnaît ne pas avoir le talent pour les louer. Il note que Darnaud est inspiré par Apollon pour chanter les travaux d'Hercule, la gloire des conquérants et les plaisirs de l'amour. L'auteur accepte de se rendre à l'endroit indiqué par Darnaud à l'heure convenue, malgré ses désirs intérieurs. Il exprime sa crainte que ces désirs le tourmentent jusqu'au retour de Darnaud et l'invite à venir chez lui sans formalité.
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4228
p. 1804-1806
L'AURORE, IDYLLE.
Début :
CET Oiseau, dont le chant prévient toujours l'Aurore, [...]
Mots clefs :
Aurore, Ismène, Temps, Nature, Nuit
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texteReconnaissance textuelle : L'AURORE, IDYLLE.
L'AURORE ,
IDYLLE.
Et Oifeau , dont le chant prévient toujours
l'Aurore ,
M'annonce que bien- tôt nous la verrons éclore.
Viens , Ifmene ; montons fur ce Côteau voifin ,
Sois témoin avec moi d'un Spectacle divin .
De Rofes parfemant fa brillante carriere ,
Elle ouvre du matin l'immortelle barriere ;
Emule en même - tems & fille du Soleil ,
Elle offre à nos regards un viſage vermeil.
Tout s'émeut ; fon aſpect ranime la Nature.
C'eſt en vain que Tithon, en la quittant , murmure
Divinité , propice aux Humains malheureux ,
Elle aime ; elle fe plait à leur porter fes feux ;
Par tout ces feux vainqueurs fe forment des iffuës ;
La nuit leur cede ; au loin ils vont dorer les nuës ;
Tithon n'eft pas le feul épris de fes appas.
Quel Mortel, chere Ifmene , & quel Dieu ne l'eft
pas ?
De fes cheveux flottans l'Or remplit les efpaces.
Son vêtement fuperbe eft l'ouvrage des Graces ;
La joye eft fur fon front , & dans les yeux le jour.
Ses Pages font les Ris , précédés par l'Amour.
La Campagne reprend fes couleurs , fa parure ;
Le Ciel répand fur elle une Eau fubtile & pure ,
Qui
AOUST. 1744.
1805
Qui penetrant bien -tôt l aride fein des fleurs ,
Releve leur éclat , augmente leurs odeurs,
Zéphire fait fentir fes aimables haleines ;
Je l'entends badiner fur le bord des Fontaines,
Je vois de toutes parts les Jeux & les Plaifirs
Se préfenter en foûle & combler les Defirs.
Château Jardin , Verger , Bois, Prairie & Riviere
Que d'objets differens produits par fa Lumiere !
Vois-tu ce Laboureur , actif , impatient ,
Qui preffe de fes Boeufs le pas tardif & lent ?
Envoyant aux Echos fa Chanſon ingénuë ,
Au Lieu de fon travail il conduit fa charruë ;
Vois plus loin Palémon avec Amarillis ,
De la Danfe déja ſe diſputer le Prix ;
Et plus près des Chaffeurs , dont la meute rapide
Avec ardeur pourfuit un Animal timide ;
Mais il la fuit en vain ; on le force ; il fe rend ,
Et tombe fous les coups d'une mortelle dent .
L'Agneau quitte l'Etable ; il court aux pâturages
Le Pipeau des Bergers attendrit les Rivages.
Regarde un Voyageur que l'allegreffe fuir ,
Qui répare le tems dérobé par la nuit .
Des Echos attentifs entends la voix légere ,
Répeter les amours d'une jeune Bergere.
Dans cette Eau vois Progné reprendre ſa vigueur
Son aîle fur fon corps en répand la fraîcheur.
Au bord de ce Bofquet obferve Philomele ,
Confacrant fon ramage à l'Aurore nouvelle ;
S'élançant d'un vol fûr vers la Plaine des Airs ,
Mille
1306 MERCURE DE FRANCE.
Mille Oifeaux à ſon chant uniffent leurs Concerts;
Sur mainte fleur , au gré du badin fils d'Eole ,
De jeunes Papillons la troupe active vole.
L'induftrieufe Abeille à l'illet , au Jafmin ,
Diligente , va faire un innocent larcin .
Ifmene , ces objets ; cet éclat me rappelle
Ces tems fi regrettés , où l'homme étoit fidelle.
Repos , Ans fans Hyvers, Plaifirs purs, Jours fereins,
Mille douceurs failoient le bonheur des Humains.
Cérès abondamment prodiguoit fes richeffes ;
Sans peine de Bacchus on cueilloit les largeffes.
La fageffe , les moeurs des Mortels innocens ,
Faifoient regner fur eux un éternel Printems .
Revenez , Siécle heureux d'Aftrée & de Cibelle ;
Le brûlant Syrius , la froidure cruelle ,
Nous viennent aujourdhui tourmenter tour à tour.
Vain eſpoir , vains défirs , vous fuyez ſans retour ;
De vos jours fortunés il ne nous reste encore
Que les inftans légers d'une riante Aurore.
Le crime répandu , le crime audacieux
A fait ceffer ces biens dont nous combloient les
Dieux ,
Et rendant la Nature en miféres fertile ,
Il ne nous a laiffé qu'un regret inutile.
Par Mad. de R.....
A Lyon , ce premier Août 1744.
IDYLLE.
Et Oifeau , dont le chant prévient toujours
l'Aurore ,
M'annonce que bien- tôt nous la verrons éclore.
Viens , Ifmene ; montons fur ce Côteau voifin ,
Sois témoin avec moi d'un Spectacle divin .
De Rofes parfemant fa brillante carriere ,
Elle ouvre du matin l'immortelle barriere ;
Emule en même - tems & fille du Soleil ,
Elle offre à nos regards un viſage vermeil.
Tout s'émeut ; fon aſpect ranime la Nature.
C'eſt en vain que Tithon, en la quittant , murmure
Divinité , propice aux Humains malheureux ,
Elle aime ; elle fe plait à leur porter fes feux ;
Par tout ces feux vainqueurs fe forment des iffuës ;
La nuit leur cede ; au loin ils vont dorer les nuës ;
Tithon n'eft pas le feul épris de fes appas.
Quel Mortel, chere Ifmene , & quel Dieu ne l'eft
pas ?
De fes cheveux flottans l'Or remplit les efpaces.
Son vêtement fuperbe eft l'ouvrage des Graces ;
La joye eft fur fon front , & dans les yeux le jour.
Ses Pages font les Ris , précédés par l'Amour.
La Campagne reprend fes couleurs , fa parure ;
Le Ciel répand fur elle une Eau fubtile & pure ,
Qui
AOUST. 1744.
1805
Qui penetrant bien -tôt l aride fein des fleurs ,
Releve leur éclat , augmente leurs odeurs,
Zéphire fait fentir fes aimables haleines ;
Je l'entends badiner fur le bord des Fontaines,
Je vois de toutes parts les Jeux & les Plaifirs
Se préfenter en foûle & combler les Defirs.
Château Jardin , Verger , Bois, Prairie & Riviere
Que d'objets differens produits par fa Lumiere !
Vois-tu ce Laboureur , actif , impatient ,
Qui preffe de fes Boeufs le pas tardif & lent ?
Envoyant aux Echos fa Chanſon ingénuë ,
Au Lieu de fon travail il conduit fa charruë ;
Vois plus loin Palémon avec Amarillis ,
De la Danfe déja ſe diſputer le Prix ;
Et plus près des Chaffeurs , dont la meute rapide
Avec ardeur pourfuit un Animal timide ;
Mais il la fuit en vain ; on le force ; il fe rend ,
Et tombe fous les coups d'une mortelle dent .
L'Agneau quitte l'Etable ; il court aux pâturages
Le Pipeau des Bergers attendrit les Rivages.
Regarde un Voyageur que l'allegreffe fuir ,
Qui répare le tems dérobé par la nuit .
Des Echos attentifs entends la voix légere ,
Répeter les amours d'une jeune Bergere.
Dans cette Eau vois Progné reprendre ſa vigueur
Son aîle fur fon corps en répand la fraîcheur.
Au bord de ce Bofquet obferve Philomele ,
Confacrant fon ramage à l'Aurore nouvelle ;
S'élançant d'un vol fûr vers la Plaine des Airs ,
Mille
1306 MERCURE DE FRANCE.
Mille Oifeaux à ſon chant uniffent leurs Concerts;
Sur mainte fleur , au gré du badin fils d'Eole ,
De jeunes Papillons la troupe active vole.
L'induftrieufe Abeille à l'illet , au Jafmin ,
Diligente , va faire un innocent larcin .
Ifmene , ces objets ; cet éclat me rappelle
Ces tems fi regrettés , où l'homme étoit fidelle.
Repos , Ans fans Hyvers, Plaifirs purs, Jours fereins,
Mille douceurs failoient le bonheur des Humains.
Cérès abondamment prodiguoit fes richeffes ;
Sans peine de Bacchus on cueilloit les largeffes.
La fageffe , les moeurs des Mortels innocens ,
Faifoient regner fur eux un éternel Printems .
Revenez , Siécle heureux d'Aftrée & de Cibelle ;
Le brûlant Syrius , la froidure cruelle ,
Nous viennent aujourdhui tourmenter tour à tour.
Vain eſpoir , vains défirs , vous fuyez ſans retour ;
De vos jours fortunés il ne nous reste encore
Que les inftans légers d'une riante Aurore.
Le crime répandu , le crime audacieux
A fait ceffer ces biens dont nous combloient les
Dieux ,
Et rendant la Nature en miféres fertile ,
Il ne nous a laiffé qu'un regret inutile.
Par Mad. de R.....
A Lyon , ce premier Août 1744.
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Résumé : L'AURORE, IDYLLE.
Le poème 'L'Aurore' décrit l'arrivée du matin, marquée par le chant d'un oiseau. Le narrateur invite Ifmène à contempler ce spectacle depuis une colline. L'Aurore, comparée au Soleil, éclaire et revitalise la nature. Elle surmonte les murmures de Tithon pour répandre sa lumière, vainquant la nuit et inspirant amour et désir. La nature se réveille : les fleurs s'ouvrent, Zéphire souffle doucement, et des personnages mythologiques comme Palémon et Amarillis apparaissent, dansant et jouant de la flûte. Le narrateur observe aussi un laboureur, des chasseurs, des animaux et des voyageurs. Il évoque une époque passée où les hommes vivaient en harmonie avec la nature, bénéficiant d'abondance et de paix. Il regrette la perte de cette ère heureuse, corrompue par le crime et la méchanceté humaine, ne laissant que des souvenirs fugaces de l'aurore. Le poème se conclut par une adresse à Ifmène, rappelant les temps anciens de fidélité et de bonheur.
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4229
p. 1823
EXPLICATION des deux Logogryphes du Mercure de Juin, premier volume. Par M. l'Abbé D. S. J.
Début :
QUI peut sçavoir quel est ton but, [...]
Mots clefs :
Ut, ré, mi, fa, sol, la, si, ut, Arbitre
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texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION des deux Logogryphes du Mercure de Juin, premier volume. Par M. l'Abbé D. S. J.
EXPLICATION des deux Logogry
phes du Mercure de Juin , premier volume .
Par M. l'Abbé D. S. 7.
Q
Ui peur fçavoir quel eft ton but,
Ou des Vers ou de l'harmonie
Car fçais- tu moins la Poëfie ,
Qu'ut , re , mi ,fa ,fol „ la , fi , ut ?
Quiconque , à jufte titre ,
Veut paffer pour fçavant ,
Doit du goût & du ſentiment
Etre cenfé l'Arbitre.
phes du Mercure de Juin , premier volume .
Par M. l'Abbé D. S. 7.
Q
Ui peur fçavoir quel eft ton but,
Ou des Vers ou de l'harmonie
Car fçais- tu moins la Poëfie ,
Qu'ut , re , mi ,fa ,fol „ la , fi , ut ?
Quiconque , à jufte titre ,
Veut paffer pour fçavant ,
Doit du goût & du ſentiment
Etre cenfé l'Arbitre.
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4230
p. 1823
EXPLICATIONS des trois Enigmes du second volume. Par M. Du**.
Début :
Trois Enigmes dans un seul trait ! [...]
Mots clefs :
Lettre A
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texteReconnaissance textuelle : EXPLICATIONS des trois Enigmes du second volume. Par M. Du**.
EXPLICATIONS des trois Enigmes
du fecond volume .. Par M. Du **
Trois Enigmes dans un ſeul trait !.
S'il faut qu'ici je les devine ,
Parbleu je n'aurai jamais fait.
Qu'en dis - tu , ma belle Couſine ≥
Tâchons d'abreger tout cela ;
Pour les trois il ne faut qu'un A….
du fecond volume .. Par M. Du **
Trois Enigmes dans un ſeul trait !.
S'il faut qu'ici je les devine ,
Parbleu je n'aurai jamais fait.
Qu'en dis - tu , ma belle Couſine ≥
Tâchons d'abreger tout cela ;
Pour les trois il ne faut qu'un A….
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4231
p. 1824-1825
ENIGME.
Début :
Mon être n'est formé que de sang & de chair, [...]
Mots clefs :
Langue
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
On être n'eſt formé que de fang & de chair .
Et j'habite toujours fous un Palais humide :
Quand je fers la fureur de celui qui me guide ,
Freres , parens , amis , voifins , rien ne m'eft cher.
Je noircis les Vertus , j'attaque l'innocence ,
Qui fuccombent fouvent fous l'effort de mes coups ;
Je fouffle les foupçons dans le coeur d'un Epoux ,
Qui , par les traits malins que lâche ma licence ,
De fa moitié devient un ennemi jaloux ;
Je fuis l'organe impur des baffes calomnies ,
Qui couvrent la Vertu de mille ignominies.
A des vices fi noirs , mais , trop peu déteſtés ,
Je joins de belles qualités ;
Et fi fouvent je caufe un mal irréparable ,
Je fais auffi beaucoup de bien .
Tel ne me fait fervir , généreux , équitable ,
Qu'à repouffer les traits dont l'impoſture accable
Le mérite opprimé , dont il eft le foûtien ;
Tel autre , à terraffer les vices & le crime ,
Et payer aux Vertus leur tribut légitime.
Les Apôtres jadis eûrent befoin de moi ,
Pour
AOUST. 1744. 1829
Pour prêcher aux mortels les différens Myfteres ,
Aufquels Dieu ,fans fonder , veut qu'on ajoûte foi
Aujourd'hui même dans les Chaires
Les plus grands Orateurs ne fçauroient diſcourir ,
L'Avocat au Barreau garderoit le filence ,
Si je n'aidois leur Eloquence.
Je finis par un trait , qui va me découvrir ;
Beau fexe , daignez le fouffrir :
N'eft-il pas vrai ( ceci foit dit fans nulle offenfe >
Que vous feriez au défeſpoir ,
Si l'on vous empêchoit de me faire valoir.
Par M. Boran de S. Domingue.
On être n'eſt formé que de fang & de chair .
Et j'habite toujours fous un Palais humide :
Quand je fers la fureur de celui qui me guide ,
Freres , parens , amis , voifins , rien ne m'eft cher.
Je noircis les Vertus , j'attaque l'innocence ,
Qui fuccombent fouvent fous l'effort de mes coups ;
Je fouffle les foupçons dans le coeur d'un Epoux ,
Qui , par les traits malins que lâche ma licence ,
De fa moitié devient un ennemi jaloux ;
Je fuis l'organe impur des baffes calomnies ,
Qui couvrent la Vertu de mille ignominies.
A des vices fi noirs , mais , trop peu déteſtés ,
Je joins de belles qualités ;
Et fi fouvent je caufe un mal irréparable ,
Je fais auffi beaucoup de bien .
Tel ne me fait fervir , généreux , équitable ,
Qu'à repouffer les traits dont l'impoſture accable
Le mérite opprimé , dont il eft le foûtien ;
Tel autre , à terraffer les vices & le crime ,
Et payer aux Vertus leur tribut légitime.
Les Apôtres jadis eûrent befoin de moi ,
Pour
AOUST. 1744. 1829
Pour prêcher aux mortels les différens Myfteres ,
Aufquels Dieu ,fans fonder , veut qu'on ajoûte foi
Aujourd'hui même dans les Chaires
Les plus grands Orateurs ne fçauroient diſcourir ,
L'Avocat au Barreau garderoit le filence ,
Si je n'aidois leur Eloquence.
Je finis par un trait , qui va me découvrir ;
Beau fexe , daignez le fouffrir :
N'eft-il pas vrai ( ceci foit dit fans nulle offenfe >
Que vous feriez au défeſpoir ,
Si l'on vous empêchoit de me faire valoir.
Par M. Boran de S. Domingue.
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4232
p. 1825-1826
LOGOGRYPHE.
Début :
Quoique d'origine assés vile, [...]
Mots clefs :
Papier
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
Quoique d'origine affés vile ,
Aux Champs , à la Cour , à la Ville ,
Et jufqu'au Cabinet des Rois ,
Je fers à différens emplois.
Mes membres combinés font quantité de choſes ;
Qu'ici tu vas trouver écloſes .
Le tout fait un Dieu des Payens.
Deux tiers , un Pape des Chrétiens ,
Un apprêt de Raifin , un Poiffon , double Ville ,
La folde d'un foldat , Grand Seigneur , uftencile ,
Un nid , une mefure , ou bien un inftrument ,
Dans
1826 MERCURE DE FRANCE.
Dans les siècles paffés inconnu sûrement.
Moitié donne une Plante , un Oifeau peu paisible ;
Mois des Hébreux , corps invifible.
Vingt autres mots ici pourroient être placés ,
Mais pour qu'on me devine , en voilà bien affés.
L. D. C.
Quoique d'origine affés vile ,
Aux Champs , à la Cour , à la Ville ,
Et jufqu'au Cabinet des Rois ,
Je fers à différens emplois.
Mes membres combinés font quantité de choſes ;
Qu'ici tu vas trouver écloſes .
Le tout fait un Dieu des Payens.
Deux tiers , un Pape des Chrétiens ,
Un apprêt de Raifin , un Poiffon , double Ville ,
La folde d'un foldat , Grand Seigneur , uftencile ,
Un nid , une mefure , ou bien un inftrument ,
Dans
1826 MERCURE DE FRANCE.
Dans les siècles paffés inconnu sûrement.
Moitié donne une Plante , un Oifeau peu paisible ;
Mois des Hébreux , corps invifible.
Vingt autres mots ici pourroient être placés ,
Mais pour qu'on me devine , en voilà bien affés.
L. D. C.
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4233
p. 1826
AUTRE.
Début :
Accord entier, sans chef, Plante & nom d'une femme, [...]
Mots clefs :
Bail
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Accord entier , fans chef , Plante & nom d'une
femme ,
Qu'un lecteur attentif verra par anagramme.
Un quart ôté du tout , j'ai fouvent avec moi
Au milieu des plaifirs une Reine & ſon Roi ,
Et fans craindre la colere
D'un critique trop ſévere ,
Toujours contre fon fentiment ,
Je permets le déguiſement.
Par Luc Duhamel de Rochefort de Lingevres .
près de Bayeux.
Accord entier , fans chef , Plante & nom d'une
femme ,
Qu'un lecteur attentif verra par anagramme.
Un quart ôté du tout , j'ai fouvent avec moi
Au milieu des plaifirs une Reine & ſon Roi ,
Et fans craindre la colere
D'un critique trop ſévere ,
Toujours contre fon fentiment ,
Je permets le déguiſement.
Par Luc Duhamel de Rochefort de Lingevres .
près de Bayeux.
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4234
p. 1855
CHANSON.
Début :
Tendres Amans, dans l'ardeur qui vous presse, [...]
Mots clefs :
Amants, Objet, Voeux, Plaisirs
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texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON.
T Endres Amans , dans l'ardeur qui vous preffe,
Flatez l'objet qui caufe vos foupirs ;
Quand fes faveurs comblent votre tendreffe ,
N'y bornez pas vos voeux & vos défirs ;
Tous les plaifirs qu'on peut goûter fans ceffe
Ceffent bien-tôt d'être plaifirs.
Pourquoi languir dans la perfévérance ?
Amans , preffez la fin de vos tourmens
Mais fi l'amour remplit votre espérance ,
- Quittez l'objet qui rend vos voeux contens,
Vous accorder le prix de la conftance ,
C'est vous dire d'être inconftans.
T Endres Amans , dans l'ardeur qui vous preffe,
Flatez l'objet qui caufe vos foupirs ;
Quand fes faveurs comblent votre tendreffe ,
N'y bornez pas vos voeux & vos défirs ;
Tous les plaifirs qu'on peut goûter fans ceffe
Ceffent bien-tôt d'être plaifirs.
Pourquoi languir dans la perfévérance ?
Amans , preffez la fin de vos tourmens
Mais fi l'amour remplit votre espérance ,
- Quittez l'objet qui rend vos voeux contens,
Vous accorder le prix de la conftance ,
C'est vous dire d'être inconftans.
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Résumé : CHANSON.
La chanson incite un amant à ne pas se satisfaire des faveurs de sa bien-aimée et à ne pas restreindre ses désirs. Les plaisirs ressentis sont éphémères. L'auteur conseille de mettre fin aux tourments amoureux, mais avertit que quitter l'être aimé mène à l'inconstance. L'amant doit choisir entre insatisfaction et inconstance.
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4235
p. 1912
VERS de M. Bauvin, Avocat, & Membre de la Société Littéraire d'Arras, sur l'arrivée du Roi en cette Ville.
Début :
DE la splendeur qui l'environne [...]
Mots clefs :
Roi, Ennemis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS de M. Bauvin, Avocat, & Membre de la Société Littéraire d'Arras, sur l'arrivée du Roi en cette Ville.
VERS de M. Bauvin , Avocat , & Membre
de la Societé Littéraire d'Arras
l'arrivée du Roi en cette Ville.
DE la fplendeur qui l'environne
Sur
LOUIS daigne nous honorer ;
Profitons des inftans que ce Héros nous donne ,
Pour le voir & pour l'admirer.
Où font donc ces regards menaçans & terribles
Dont il frappoit nos ennemis ?
Ils ofoient fe croire invincibles ;
Son ſeul aſpect les a ſoumis.
De fa préfence formidable
1
Nous ne fentons pas les effets ;
Contre fes ennemis c'eft un Roi redoutable ;
C'eft un Pere pour les Sujers.
de la Societé Littéraire d'Arras
l'arrivée du Roi en cette Ville.
DE la fplendeur qui l'environne
Sur
LOUIS daigne nous honorer ;
Profitons des inftans que ce Héros nous donne ,
Pour le voir & pour l'admirer.
Où font donc ces regards menaçans & terribles
Dont il frappoit nos ennemis ?
Ils ofoient fe croire invincibles ;
Son ſeul aſpect les a ſoumis.
De fa préfence formidable
1
Nous ne fentons pas les effets ;
Contre fes ennemis c'eft un Roi redoutable ;
C'eft un Pere pour les Sujers.
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Résumé : VERS de M. Bauvin, Avocat, & Membre de la Société Littéraire d'Arras, sur l'arrivée du Roi en cette Ville.
Le poème de M. Bauvin, avocat et membre de la Société Littéraire d'Arras, célèbre la visite du roi Louis dans cette ville. Il souligne l'honneur de cette visite et invite les habitants à admirer le roi. Le roi est décrit comme redoutable envers ses ennemis et bienveillant envers ses sujets, qu'il protège comme un père. Sa splendeur, sa puissance et son rôle protecteur sont mis en avant.
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4236
p. 1931-1935
LES Progrès de la Comédie, sous le Regne de LOUIS LE GRAND. ODE.
Début :
LAISSE tomber ce masque, ô divine THALIE ; [...]
Mots clefs :
Louis, Gloire, Yeux, Molière, Grèce, Heureux, Avare, Comédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES Progrès de la Comédie, sous le Regne de LOUIS LE GRAND. ODE.
LES Progrès de la Comédie , fous le Regne
de LOUIS LE GRAN D.
L
OD E.
AISSE tomber ce mafque , ô divine
THALIS ;
Ton front pour le triomphe eft déja
couronné ,
Et derriere ton char , par P'humaine folic
Je vois l'Univers enchaîné .
Par tes rians attraits des Mortels adorée ,
Par de fages leçons à jamais révérée ,
1
A ij
Parois ,
1932 MERCURE DE FRANCE.
Parois ; tout fléchit fous tes Loix ;
Si le plus grand des Dieux te donna la naiffance ,
Tes rapides progrès , ta gloire , & ta puiſſance
Sont les dons du plus grand des Rois.
+34
Quels Cyniques appas t'avoit prêté la Gréce !
Tu les vis , & ton front rougit de tant d'excès.
La pudeur diffipa cette honteufe yvreffey
Mais le tems borna tes fuccès .
Au mépris de ton nom , l'Ignorance groffiere
Sur les vils brodequins rampa dans la pouffiere ,
Du peuple amulant les regards :
Louis te fait renaître , & fçait venger ta gloire ;
Louis , qui remporta les fruits de la victoire ,
La Paix , l'Abondance , & les Arts,
**
Ton éclat a banni l'aveugle barbarie ;
L'Ordre , le Vrai , le Goût , rétabliffent tes droits
La décence , les moeurs , la fine raillerie ,
Donnent des charmes à ta voix.
Mais quels nobles accords ont frappé mon oreille ?
MELPOMENE eft jalouſe , & t'enleve Corneille ;
Par toi Moliere eft infpiré.
Dignes du premier rang , où l'un & l'autre aſpire ;
A l'envi , du Théatre ils partagent l'empire ,
De nos Ancêtres ignoré .
Dans
SEPTEMBRE. 1744. 1933
Dans un étroit efpace , & dans un champ fterile ,
Le Comique jadis épuifa fes travaux.
Quels modéles heureux & la Cour & la Ville
Offrent à fes riches tableaux !
C'eft ainfi que la Terre , ouvrant fon fein avare
Prodigua des tréfors , ignorés du Barbare ,
A nos talens induftrieux .
Prends ton Pinceau , Moliere , & d'une main fçavante
Exprime de nos moeurs la Peinture vivante ;
Rends nous rifibles à nos yeux.
*3 *X
Trace dans l'Etourdi la fougueufe imprudence ;
La Jeuneffe indifcrette , & le fourbe intérêt ;
Surmonte par degrés l'Envie & l'Ignorance ;
Qu'elles t'admirent à regret !
Diffame pour toujours la fade Précieuſe ,
La Sçavante au ton fier , la Prude impérieufe ,
La Coquette aux yeux féduifans :
Peins du fombre jaloux les foupçons , les fupplices ,
D'un fexe déguisé les fubtils artifices ,
Et les faux airs des Courtifans.
炒菜
C'eft peu ; donne à ta Mufe un effor digne d'elle ;
Rends dans un feul tableau mille tableaux divers ;
Fais de ton Misantrope un fi parfait modéle ,
Qu'il foit l'amour de l'Univers .
A iij Par
1934 MERCURE DE FRANCE.
Par quel heureux contrafte , enfant de ton génie,
As-tu fait de ce tout adorer l'harmonie ,
En tendant les ris férieux ?
Ces objets oppofés , dont tå bile s'enflâme ,'
Enchantent la Raifon , & ne portent dans l'Ame
Que des plaifirs dignes des Dieux .
32
Riche de ces tréfors , que la France idolâtre ,
Et qui feront envie à la Pofterité ,
Ira- t'il dépouiller le fterile Théatre
De la fuperbe Antiquité ?
Tout eft neuffous fa main , tout renaît de ſes veilles.
Les déferts à ſa voix font féconds en merveilles ; '
La Beauté germe , & reproduit :
L'Avare qu'il retrace , eft il le même Avare ?
De quels divins attraits , belle Alcmene , il te pare
Jupiter même en eſt ſéduit ..
Rival de Rofcius , de Plaute , & de Menandre,
Seul tu fçais encherir fur leur Art fi vanté ;
Dans cette aimable Ecole , où tu te fais entendre ,
Que de grace , & de nouveauté !
Quel Comique , avant toi , joüa fans retenuë
L'Art douteux , dont l'abus impunément nous tuë ,
Nous égorgeant avec froideur ?
Le Citoyen d'Athéne apprit-il de THALIE ,
A
SEPTEMBRE. 1744. 1935
A fur le fol excès du Bourgeois qui s'oublie ,
Singe & duppe de la Grandeur ?
Qu'on eût acquis de gloire & ravi le Parterre ,
Si de traits enjoüés armant la Vérité ,
Aux Dandins de la Gréce on avoit fait la Guerre ,
Et ri d'un fot de qualité !
Quel Mime eût mieux atteint l'Art fortuné de plaire,
Qu'un Malade expirant d'un mal imaginaire ,
Aux yeux des Romains expofé ?
Eh ! Rome auroit peut - être applaudi fans fcrupule
Au bizarre Scapin , dont le fac ridicule
Sur notre Scéne eft mépriſé .
Xxxx
Quoi ! ta gloire effaça la Gréce & l'Italie ;
Siécle heureux de Louis , &, déja tu n'es plus !
Ramene tes beaux jours , immortelle THALIE ;
Calme nos regrets fuperAus..
Nos voeux font exaucés ; ton flambeau ſe rallume ;
Tes fucceffeurs , Moliere , héritent de ta plume ;
Tu fembles revivre à nos yeux :
Brueis, de l'Ifle & Renard t'ont choisi pour modéle
Marivaux , la Chauffée , épris du même zéle ,
Eternifent encor nos jeux.
de LOUIS LE GRAN D.
L
OD E.
AISSE tomber ce mafque , ô divine
THALIS ;
Ton front pour le triomphe eft déja
couronné ,
Et derriere ton char , par P'humaine folic
Je vois l'Univers enchaîné .
Par tes rians attraits des Mortels adorée ,
Par de fages leçons à jamais révérée ,
1
A ij
Parois ,
1932 MERCURE DE FRANCE.
Parois ; tout fléchit fous tes Loix ;
Si le plus grand des Dieux te donna la naiffance ,
Tes rapides progrès , ta gloire , & ta puiſſance
Sont les dons du plus grand des Rois.
+34
Quels Cyniques appas t'avoit prêté la Gréce !
Tu les vis , & ton front rougit de tant d'excès.
La pudeur diffipa cette honteufe yvreffey
Mais le tems borna tes fuccès .
Au mépris de ton nom , l'Ignorance groffiere
Sur les vils brodequins rampa dans la pouffiere ,
Du peuple amulant les regards :
Louis te fait renaître , & fçait venger ta gloire ;
Louis , qui remporta les fruits de la victoire ,
La Paix , l'Abondance , & les Arts,
**
Ton éclat a banni l'aveugle barbarie ;
L'Ordre , le Vrai , le Goût , rétabliffent tes droits
La décence , les moeurs , la fine raillerie ,
Donnent des charmes à ta voix.
Mais quels nobles accords ont frappé mon oreille ?
MELPOMENE eft jalouſe , & t'enleve Corneille ;
Par toi Moliere eft infpiré.
Dignes du premier rang , où l'un & l'autre aſpire ;
A l'envi , du Théatre ils partagent l'empire ,
De nos Ancêtres ignoré .
Dans
SEPTEMBRE. 1744. 1933
Dans un étroit efpace , & dans un champ fterile ,
Le Comique jadis épuifa fes travaux.
Quels modéles heureux & la Cour & la Ville
Offrent à fes riches tableaux !
C'eft ainfi que la Terre , ouvrant fon fein avare
Prodigua des tréfors , ignorés du Barbare ,
A nos talens induftrieux .
Prends ton Pinceau , Moliere , & d'une main fçavante
Exprime de nos moeurs la Peinture vivante ;
Rends nous rifibles à nos yeux.
*3 *X
Trace dans l'Etourdi la fougueufe imprudence ;
La Jeuneffe indifcrette , & le fourbe intérêt ;
Surmonte par degrés l'Envie & l'Ignorance ;
Qu'elles t'admirent à regret !
Diffame pour toujours la fade Précieuſe ,
La Sçavante au ton fier , la Prude impérieufe ,
La Coquette aux yeux féduifans :
Peins du fombre jaloux les foupçons , les fupplices ,
D'un fexe déguisé les fubtils artifices ,
Et les faux airs des Courtifans.
炒菜
C'eft peu ; donne à ta Mufe un effor digne d'elle ;
Rends dans un feul tableau mille tableaux divers ;
Fais de ton Misantrope un fi parfait modéle ,
Qu'il foit l'amour de l'Univers .
A iij Par
1934 MERCURE DE FRANCE.
Par quel heureux contrafte , enfant de ton génie,
As-tu fait de ce tout adorer l'harmonie ,
En tendant les ris férieux ?
Ces objets oppofés , dont tå bile s'enflâme ,'
Enchantent la Raifon , & ne portent dans l'Ame
Que des plaifirs dignes des Dieux .
32
Riche de ces tréfors , que la France idolâtre ,
Et qui feront envie à la Pofterité ,
Ira- t'il dépouiller le fterile Théatre
De la fuperbe Antiquité ?
Tout eft neuffous fa main , tout renaît de ſes veilles.
Les déferts à ſa voix font féconds en merveilles ; '
La Beauté germe , & reproduit :
L'Avare qu'il retrace , eft il le même Avare ?
De quels divins attraits , belle Alcmene , il te pare
Jupiter même en eſt ſéduit ..
Rival de Rofcius , de Plaute , & de Menandre,
Seul tu fçais encherir fur leur Art fi vanté ;
Dans cette aimable Ecole , où tu te fais entendre ,
Que de grace , & de nouveauté !
Quel Comique , avant toi , joüa fans retenuë
L'Art douteux , dont l'abus impunément nous tuë ,
Nous égorgeant avec froideur ?
Le Citoyen d'Athéne apprit-il de THALIE ,
A
SEPTEMBRE. 1744. 1935
A fur le fol excès du Bourgeois qui s'oublie ,
Singe & duppe de la Grandeur ?
Qu'on eût acquis de gloire & ravi le Parterre ,
Si de traits enjoüés armant la Vérité ,
Aux Dandins de la Gréce on avoit fait la Guerre ,
Et ri d'un fot de qualité !
Quel Mime eût mieux atteint l'Art fortuné de plaire,
Qu'un Malade expirant d'un mal imaginaire ,
Aux yeux des Romains expofé ?
Eh ! Rome auroit peut - être applaudi fans fcrupule
Au bizarre Scapin , dont le fac ridicule
Sur notre Scéne eft mépriſé .
Xxxx
Quoi ! ta gloire effaça la Gréce & l'Italie ;
Siécle heureux de Louis , &, déja tu n'es plus !
Ramene tes beaux jours , immortelle THALIE ;
Calme nos regrets fuperAus..
Nos voeux font exaucés ; ton flambeau ſe rallume ;
Tes fucceffeurs , Moliere , héritent de ta plume ;
Tu fembles revivre à nos yeux :
Brueis, de l'Ifle & Renard t'ont choisi pour modéle
Marivaux , la Chauffée , épris du même zéle ,
Eternifent encor nos jeux.
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Résumé : LES Progrès de la Comédie, sous le Regne de LOUIS LE GRAND. ODE.
Le texte célèbre les avancées de la comédie sous le règne de Louis XIV, en commençant par une invocation à Thalie, la muse de la comédie, dont la renommée est rehaussée par les bienfaits du roi. Initialement, la comédie grecque était marquée par des aspects cyniques et excessifs, mais la pudeur et le passage du temps ont atténué ces excès. Sous Louis XIV, la comédie connaît une renaissance, éliminant la barbarie et rétablissant l'ordre, le goût et la décence. La comédie française, représentée par Molière et Corneille, dépasse désormais les modèles grecs et latins. Le texte détaille ensuite les thèmes et les personnages explorés par Molière dans ses œuvres, tels que la jeunesse imprudente, la précieuse, la coquette et le jaloux. Molière est acclamé pour son génie créatif, capable de concevoir des personnages parfaits et des situations variées, rivalisant ainsi avec les grands auteurs antiques comme Roscio, Plaute et Ménandre. Le texte se conclut par un appel à restaurer les beaux jours de la comédie, soulignant que les successeurs de Molière, tels que Brueys, de L'Isle, Renard, Marivaux et La Chaussée, continuent de perpétuer son héritage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4237
p. 1949-1956
EPITRE, De M. Nericault Destouches, à M. Frigot.
Début :
Qu'exiges-tu de ma veine assoupie ? [...]
Mots clefs :
Esprit, Zèle, Impie, Dieu, Chrétien, Orgueil, Vérité, Pierre Bayle, Ridicule, Incrédule
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE, De M. Nericault Destouches, à M. Frigot.
EPITRE ,
De M. Nericault Deftouches , à M. Frigot.
Qu'exiges-tu de ma veine afſoupie ?
Que je l'excite à combattre l'Impie
Veux-tu toujours que ma Profe & mes Vers ,
Pour l'attaquer , parcourent l'Univers ?
N'eft-il pas tems de finir cette guerre ?
Si l'Incrédule affronte le Tonnerre
Si du fophifme il ofe fe munir,
Pour braver Dieu, toûjours lent à punir ,
Quelle recette affés bien préparée
Pourra guérir la raiſon égarée ,
Et
Y
Ouvrir les yeux bleffés par le grand jour ,
que l'erreur a fermés fans retour ?
A de tels maux il n'eft point de remede ,
Que d'implorer la Grace à qui tout cede
Pour obtenir qu'elle daigne frapper
Un coeur ingrat , qui lui veut échapper.
Qu'opéreront nos argumens fans elle ?
Sans ce fecours l'ardeur du plus beau zéle
Eft ridicule aux yeux d'un vain Docteur ,
Fier partifan d'un orgueil impofteur
Qui le fafcine , & qui lui perfuade
Que tout Chrétien eft un efprit malade ,
- Un vil eſclave au ſcrupule enchaîné ,
Pat
1950 MERCURE DE FRANCE
Par les frayeurs follement entraîné .
Oui , plus l'Impie au Ciel eft redevable ,
Plus il s'efforce à fe rendre coupable ;
Efprit , talens , fçavoir , fagacité ,
Tout s'arme en lui contre la Vérité ;
Pour l'obfcurcir fans ceffe il les déploye ;
La décrier eft fa plus douce joye,
Son vrai triomphe , & fon parfait bonheur.
Il fait le faire un malheureux honneur
De s'illuftrer par de fameux blafphêmes:
Charmé d'un nom , fruit de cent anathêmes ,
Il s'applaudit de ſe voir révéré
Par mille fous dont il eft entouré.
Comment matter cet efprit frénétique ?
Contre les Faits il n'eft point de répliques`
Tout doit s'y rendre avec foumiffion ,
Mais rien n'impoſe à la préfomption,
Qui ne connoît aucune Loi fuptême ,
Que les decrets qu'elle dicte elle- même.
Tu vois , ami , qu'à cet aveuglement
En vain j'oppofe un zele véhément ;
D'un fol orgueil l'Incrédule s'enyvre ;
La Providence à lui - même le livre ,
Terrible prix de fa témérité ,
Qui loin de lui fait fair la Vérité.
Déplore donc fon aveugle manie ,
Sans exiger que mon foible génie ,
Quifit contre elle un aflés vain effort ,
Pour
SEPTEMBRE. 1744. 1951
Pour la dompter prenne un nouvel effor .
Que m'ont produit mon ardeur & mon zéle
Mille ennemis : Querelle fur querelle.
Mes amis même entre eux ont murmuré ,
Quand ils m'ont vû d'un viſage aſſûré
Livrer bataille à la Raifon perverfe ,
Qui contre Dieu dans ce fiéclé s'exerce ,
Et fur la foi de Bayle , fon Docteur ,
Ofe douter de fon divin Auteur ;
Car le Démon , pour vaincre mon courage ,
Toujours fur moi fait tomber quelque orage ,
Et pour venger fes fideles fuppôts ,
Uſe ſes traits à troubler mon repos.
Tantôt d'un Poëte , impudent Anonyme ,
Et froid railleur , il exerce la rime
Pour m'infulter , & veut faire d'un fot ,
D'un ignorant , un Singe de Marot.
Tantôt il pouffe un rêveur lunatique
A m'excéder de ſa Métaphysique ,
Dont il oppofe à mes raiſonnemens
La profondeur & les fins argumens ,
Amas confus de chimeres fubtiles ,
Contre les Faits reffources inutiles.
Une autrefois il me fait
envoyer
Un vil monceau du plus fale papier ,
Affaifonné d'un billet , qui me marque
Que ce papier , digne d'un Ariſtarque ,
Et d'un Prêcheur auffi profond que moi ,
Mérite bien que j'en faffe l'emploi,
Pour
1952 MERCURE DE FRANCE.
Pour fignaler mon efprit fec & trifte ,
Contre l'Impie & contre le Déifte .
Ce n'eft pas tout. Il fufcite un pié plat ,
Efprit Normand , qui pourtant n'eſt qu'un fat ,
( Si par le ftyle on connoît la perfonne )
Pour m'attefter que chacun me foupçonne
De n'être au fond qu'un hypocrite altier ;
Que contre Bayle en vain j'oſe crier ,
Que je ne fuis qu'un Nain pufillanime ,
Près d'un Géant , qu'une éternelle eftime
Fera paffer pour le plus bel efprit ,
→
Et le plus grand , qui jamais ait écrit ;
Que s'il vivoit , fa plume , comme un foudre,
Dupremier coup me réduiroit en poudre ,
Prompt châtiment par moi trop mérité
Par mon audace & par ma vanité ;
Qu'en mes Ecrits mon orgueil fe décelle ,
Quoique caché fous le mafque du zéle ;
so Et taifez-vous , plat Théologien ,
» Laiffez en paix vivre l'anti - Chrétien
Ajoûte-t'il ; & d'un ftyle folâtre ,
» Allez plûtôt prêcher fur le Théâtre ,
>> Où quelquefois on vous a fupporté.
Fixez-vous-là . Votre zéle emporté
» Contre l'Impie & contre l'Incrédule ,
>> Paroît en vous un tic fort ridicule ,
» Loin d'impoſer , vous nous faites pitié.
Suis je , Frigot ,
affés humilié
יכ
C.x
SEPTEMBRE. 1744.
1953
Car chaque jour, par cent routes obfcures ,
Il pleut fur moi des volumes d'injures ;
Tous les matins c'eft mon plus doux régal.
Mes ennemis n'endurciffent au mal .
De tant d'efforts tu vois la récompenfe ;
Voilà les traits que le Démon me lance ,
Pour le venger de mes vives clameurs ,
Contre l'effain de fes noirs Sectateurs ,
Que tour à tour en fecret il déchaîne ,
Pour amortir le zéle qui m'entraîne ,
Et me forcer à reprendre un métier ,
Que malgré lui , j'ai fait voeu d'oublier.
Eh ! plût à Dieu qu'un rayon de lumiere
M'eût fait moins tard fortir d'une carriere ,
Où , trop jaloux d'un frivole talent ,
Je n'ai jamais couru qu'en chancelant ,
Pour acquérir , avide de fumée ,
Le foible éclat d'un peu de renommée!
A ce trait-ci , mes ennemis fecrets
Vont s'écrier : D'hypocrites regrets
Notre Précheur veut faire en vain parade ¿
Son air pieux n'eft qu'une maſcarade,
Pour impoſer aux crédules Dévots ,
Sots Partifans de fes maigres travaux :
Son Orviétan n'eft fait que pour des gruësi
Qu'il le débite à tous les coins des ruës,
Où la canaille en fera fon profit; ·
Mais quant à nous,que la Naturefit ,
>
3
B Grace
1954 MERCURE DE FRANCE.
Grace au hazard , d'une plus fine étoffe
Nous voyons tout d'un oeil trop philoſophe ,
Pour nous laiffer éblouir aujargon
De ce Tartuffe. Il lui faut un Orgon ,
Pour favourer fes fades balivernes.
2. 71.
Gens , tels que nous, ne vont point fans lanternes.
Nous voyons clair dans la plus fombre nuit.
Un beau dehors jamais ne nous féduit ;
Le moindrefard nous frappe , nous irrite,
Et de cent pas nous flairons l'hypocrite.
Eh ! par quel art peut-on venir à bout
De nous tromper , nous qui doutons de tout?
Doute éclairé: fource du Pyrrhonisme ,
Tu fais regner tout au moins le Déiſme !
Doute charmant , par qui la Vérité ,
S'il en eft une eft dans l'obſcurité ,.
Pénétre nous jufqu'en nos moindres fibres ,
Et fais de nous des Etres toujours libres ,
Aux préjugés, aux vulgaires fraycurs ,
Par ton pouvoir toujoursfupérieurs ,
Et le que nom de Bayle notre Maître ,
Vive à jamais ,pour t'avoir fait renaître..
Un tel propos te furprend & t'aigrit ,
Cu tu le crois un jeu de mon efprit ;
Non , cher ami , c'eft le fuc d'une Lettre
Qu'on s'empreffa de me faire remettre ,
Huit jours après que je t'eus répondu
Par le Mercure, & qui m'eût confondu ,
S'il
SEPTEMBRE. 1744. 1955
S'il étoit vrai que mon orgueil fantafque
D'un vrai Chrétien m'eût fait prendre le mafque ,,:
Pour ajoûter au vain titre d'Auteur,
L'air d'un Sçavant , & d'un Prédicateur.
Heureufement, ma candeur eft connuë ,
Et mon humeur n'eft que trop ingénuë.
Mon coeur ouvert m'a fouvent compromis ,
Et m'a privé d'un grand nombre d'amis.
Si Bayle en moi trouve un vif Adverfaire ,
C'eft que j'ai crû cet effor néceffaire ,
Pour décrier un Philofophe adroit ,
Qui croit douteux tout ce qu'un Chrétien croit
Differtateur d'autant plus redoutable ,
Qu'il cache mieux fon venin déteftable ,
Et que le ton qu'il prend , quand il écrit,
Corrompt le coeur , en amulant l'efprit
J'en fis d'abord l'épreuve malheureuſe.
Duppe , autrefois de fa candeur trompeuſe ,
Je me jettai , le fuivant pas à pas ,
Dans un bourbier que je ne voyois pas ;
Heureux enfin d'avoir ſçû reconnoître
L'objet affreux d'un fi dangereux Maître ;
Mais non content de l'avoir déteſté ,
Je fis la guerre au Docteur empeſté ,
Dont les talens , féduifant l'innocence ,
Jettent partout le doute & la licence ,
Et d'un Chrétien, peu précautionné ,
Font un impie , au vice abandonné.
Bij Oui ,
1956 MERCURE DE FRANCE.
Oui ; je l'ai dit , & je le dis encore ,
Un faux fçavant le révére , l'adore ,
Mais un coeur pur , muni d'un vrai fçavoir ,
Ne voit en lui qu'un efprit fouple & noir ,
Qui toujours cache & vomit le blafphême ,
Et j'oferois l'en convaincre lui -même ,
En m'expofant à ſon foudre irrité.
Quand pour appui l'on a la Vérité ,
Qu'a-t'on à craindre ? un Nain très- ridicule,
Peut avec elle attaquer un Hercule.
Après m'avoir enfeigné mon chemin ,
Elle m'a mis les armes à la main ,
Pour la défendre , & rempli d'un vrai zéle ,
J'ai rifqué tout, en combattant pour elle.
Et plût au Ciel qu'un auffi long débat ,
Eût mis enfin l'impie hors de Combat !
Mais à Dieu feul appartient cette gloire ;
C'eft de Dieu feul que j'attends la victoire,
Pour me venger de mes Perfécuteurs ,
Je la demande à ce Maître des coeurs.
De M. Nericault Deftouches , à M. Frigot.
Qu'exiges-tu de ma veine afſoupie ?
Que je l'excite à combattre l'Impie
Veux-tu toujours que ma Profe & mes Vers ,
Pour l'attaquer , parcourent l'Univers ?
N'eft-il pas tems de finir cette guerre ?
Si l'Incrédule affronte le Tonnerre
Si du fophifme il ofe fe munir,
Pour braver Dieu, toûjours lent à punir ,
Quelle recette affés bien préparée
Pourra guérir la raiſon égarée ,
Et
Y
Ouvrir les yeux bleffés par le grand jour ,
que l'erreur a fermés fans retour ?
A de tels maux il n'eft point de remede ,
Que d'implorer la Grace à qui tout cede
Pour obtenir qu'elle daigne frapper
Un coeur ingrat , qui lui veut échapper.
Qu'opéreront nos argumens fans elle ?
Sans ce fecours l'ardeur du plus beau zéle
Eft ridicule aux yeux d'un vain Docteur ,
Fier partifan d'un orgueil impofteur
Qui le fafcine , & qui lui perfuade
Que tout Chrétien eft un efprit malade ,
- Un vil eſclave au ſcrupule enchaîné ,
Pat
1950 MERCURE DE FRANCE
Par les frayeurs follement entraîné .
Oui , plus l'Impie au Ciel eft redevable ,
Plus il s'efforce à fe rendre coupable ;
Efprit , talens , fçavoir , fagacité ,
Tout s'arme en lui contre la Vérité ;
Pour l'obfcurcir fans ceffe il les déploye ;
La décrier eft fa plus douce joye,
Son vrai triomphe , & fon parfait bonheur.
Il fait le faire un malheureux honneur
De s'illuftrer par de fameux blafphêmes:
Charmé d'un nom , fruit de cent anathêmes ,
Il s'applaudit de ſe voir révéré
Par mille fous dont il eft entouré.
Comment matter cet efprit frénétique ?
Contre les Faits il n'eft point de répliques`
Tout doit s'y rendre avec foumiffion ,
Mais rien n'impoſe à la préfomption,
Qui ne connoît aucune Loi fuptême ,
Que les decrets qu'elle dicte elle- même.
Tu vois , ami , qu'à cet aveuglement
En vain j'oppofe un zele véhément ;
D'un fol orgueil l'Incrédule s'enyvre ;
La Providence à lui - même le livre ,
Terrible prix de fa témérité ,
Qui loin de lui fait fair la Vérité.
Déplore donc fon aveugle manie ,
Sans exiger que mon foible génie ,
Quifit contre elle un aflés vain effort ,
Pour
SEPTEMBRE. 1744. 1951
Pour la dompter prenne un nouvel effor .
Que m'ont produit mon ardeur & mon zéle
Mille ennemis : Querelle fur querelle.
Mes amis même entre eux ont murmuré ,
Quand ils m'ont vû d'un viſage aſſûré
Livrer bataille à la Raifon perverfe ,
Qui contre Dieu dans ce fiéclé s'exerce ,
Et fur la foi de Bayle , fon Docteur ,
Ofe douter de fon divin Auteur ;
Car le Démon , pour vaincre mon courage ,
Toujours fur moi fait tomber quelque orage ,
Et pour venger fes fideles fuppôts ,
Uſe ſes traits à troubler mon repos.
Tantôt d'un Poëte , impudent Anonyme ,
Et froid railleur , il exerce la rime
Pour m'infulter , & veut faire d'un fot ,
D'un ignorant , un Singe de Marot.
Tantôt il pouffe un rêveur lunatique
A m'excéder de ſa Métaphysique ,
Dont il oppofe à mes raiſonnemens
La profondeur & les fins argumens ,
Amas confus de chimeres fubtiles ,
Contre les Faits reffources inutiles.
Une autrefois il me fait
envoyer
Un vil monceau du plus fale papier ,
Affaifonné d'un billet , qui me marque
Que ce papier , digne d'un Ariſtarque ,
Et d'un Prêcheur auffi profond que moi ,
Mérite bien que j'en faffe l'emploi,
Pour
1952 MERCURE DE FRANCE.
Pour fignaler mon efprit fec & trifte ,
Contre l'Impie & contre le Déifte .
Ce n'eft pas tout. Il fufcite un pié plat ,
Efprit Normand , qui pourtant n'eſt qu'un fat ,
( Si par le ftyle on connoît la perfonne )
Pour m'attefter que chacun me foupçonne
De n'être au fond qu'un hypocrite altier ;
Que contre Bayle en vain j'oſe crier ,
Que je ne fuis qu'un Nain pufillanime ,
Près d'un Géant , qu'une éternelle eftime
Fera paffer pour le plus bel efprit ,
→
Et le plus grand , qui jamais ait écrit ;
Que s'il vivoit , fa plume , comme un foudre,
Dupremier coup me réduiroit en poudre ,
Prompt châtiment par moi trop mérité
Par mon audace & par ma vanité ;
Qu'en mes Ecrits mon orgueil fe décelle ,
Quoique caché fous le mafque du zéle ;
so Et taifez-vous , plat Théologien ,
» Laiffez en paix vivre l'anti - Chrétien
Ajoûte-t'il ; & d'un ftyle folâtre ,
» Allez plûtôt prêcher fur le Théâtre ,
>> Où quelquefois on vous a fupporté.
Fixez-vous-là . Votre zéle emporté
» Contre l'Impie & contre l'Incrédule ,
>> Paroît en vous un tic fort ridicule ,
» Loin d'impoſer , vous nous faites pitié.
Suis je , Frigot ,
affés humilié
יכ
C.x
SEPTEMBRE. 1744.
1953
Car chaque jour, par cent routes obfcures ,
Il pleut fur moi des volumes d'injures ;
Tous les matins c'eft mon plus doux régal.
Mes ennemis n'endurciffent au mal .
De tant d'efforts tu vois la récompenfe ;
Voilà les traits que le Démon me lance ,
Pour le venger de mes vives clameurs ,
Contre l'effain de fes noirs Sectateurs ,
Que tour à tour en fecret il déchaîne ,
Pour amortir le zéle qui m'entraîne ,
Et me forcer à reprendre un métier ,
Que malgré lui , j'ai fait voeu d'oublier.
Eh ! plût à Dieu qu'un rayon de lumiere
M'eût fait moins tard fortir d'une carriere ,
Où , trop jaloux d'un frivole talent ,
Je n'ai jamais couru qu'en chancelant ,
Pour acquérir , avide de fumée ,
Le foible éclat d'un peu de renommée!
A ce trait-ci , mes ennemis fecrets
Vont s'écrier : D'hypocrites regrets
Notre Précheur veut faire en vain parade ¿
Son air pieux n'eft qu'une maſcarade,
Pour impoſer aux crédules Dévots ,
Sots Partifans de fes maigres travaux :
Son Orviétan n'eft fait que pour des gruësi
Qu'il le débite à tous les coins des ruës,
Où la canaille en fera fon profit; ·
Mais quant à nous,que la Naturefit ,
>
3
B Grace
1954 MERCURE DE FRANCE.
Grace au hazard , d'une plus fine étoffe
Nous voyons tout d'un oeil trop philoſophe ,
Pour nous laiffer éblouir aujargon
De ce Tartuffe. Il lui faut un Orgon ,
Pour favourer fes fades balivernes.
2. 71.
Gens , tels que nous, ne vont point fans lanternes.
Nous voyons clair dans la plus fombre nuit.
Un beau dehors jamais ne nous féduit ;
Le moindrefard nous frappe , nous irrite,
Et de cent pas nous flairons l'hypocrite.
Eh ! par quel art peut-on venir à bout
De nous tromper , nous qui doutons de tout?
Doute éclairé: fource du Pyrrhonisme ,
Tu fais regner tout au moins le Déiſme !
Doute charmant , par qui la Vérité ,
S'il en eft une eft dans l'obſcurité ,.
Pénétre nous jufqu'en nos moindres fibres ,
Et fais de nous des Etres toujours libres ,
Aux préjugés, aux vulgaires fraycurs ,
Par ton pouvoir toujoursfupérieurs ,
Et le que nom de Bayle notre Maître ,
Vive à jamais ,pour t'avoir fait renaître..
Un tel propos te furprend & t'aigrit ,
Cu tu le crois un jeu de mon efprit ;
Non , cher ami , c'eft le fuc d'une Lettre
Qu'on s'empreffa de me faire remettre ,
Huit jours après que je t'eus répondu
Par le Mercure, & qui m'eût confondu ,
S'il
SEPTEMBRE. 1744. 1955
S'il étoit vrai que mon orgueil fantafque
D'un vrai Chrétien m'eût fait prendre le mafque ,,:
Pour ajoûter au vain titre d'Auteur,
L'air d'un Sçavant , & d'un Prédicateur.
Heureufement, ma candeur eft connuë ,
Et mon humeur n'eft que trop ingénuë.
Mon coeur ouvert m'a fouvent compromis ,
Et m'a privé d'un grand nombre d'amis.
Si Bayle en moi trouve un vif Adverfaire ,
C'eft que j'ai crû cet effor néceffaire ,
Pour décrier un Philofophe adroit ,
Qui croit douteux tout ce qu'un Chrétien croit
Differtateur d'autant plus redoutable ,
Qu'il cache mieux fon venin déteftable ,
Et que le ton qu'il prend , quand il écrit,
Corrompt le coeur , en amulant l'efprit
J'en fis d'abord l'épreuve malheureuſe.
Duppe , autrefois de fa candeur trompeuſe ,
Je me jettai , le fuivant pas à pas ,
Dans un bourbier que je ne voyois pas ;
Heureux enfin d'avoir ſçû reconnoître
L'objet affreux d'un fi dangereux Maître ;
Mais non content de l'avoir déteſté ,
Je fis la guerre au Docteur empeſté ,
Dont les talens , féduifant l'innocence ,
Jettent partout le doute & la licence ,
Et d'un Chrétien, peu précautionné ,
Font un impie , au vice abandonné.
Bij Oui ,
1956 MERCURE DE FRANCE.
Oui ; je l'ai dit , & je le dis encore ,
Un faux fçavant le révére , l'adore ,
Mais un coeur pur , muni d'un vrai fçavoir ,
Ne voit en lui qu'un efprit fouple & noir ,
Qui toujours cache & vomit le blafphême ,
Et j'oferois l'en convaincre lui -même ,
En m'expofant à ſon foudre irrité.
Quand pour appui l'on a la Vérité ,
Qu'a-t'on à craindre ? un Nain très- ridicule,
Peut avec elle attaquer un Hercule.
Après m'avoir enfeigné mon chemin ,
Elle m'a mis les armes à la main ,
Pour la défendre , & rempli d'un vrai zéle ,
J'ai rifqué tout, en combattant pour elle.
Et plût au Ciel qu'un auffi long débat ,
Eût mis enfin l'impie hors de Combat !
Mais à Dieu feul appartient cette gloire ;
C'eft de Dieu feul que j'attends la victoire,
Pour me venger de mes Perfécuteurs ,
Je la demande à ce Maître des coeurs.
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Résumé : EPITRE, De M. Nericault Destouches, à M. Frigot.
Dans une lettre de septembre 1744, M. Nericault Destouches exprime son mécontentement face à l'incrédulité et à l'impieté ambiantes. Il doute de l'efficacité de ses tentatives pour convaincre les incrédules, estimant que les arguments rationnels et le zèle ne suffisent pas. Il déplore les attaques et les critiques dont il est l'objet, notamment des accusations d'hypocrisie et de vanité provenant de divers adversaires, tels que des poètes anonymes, des métaphysiciens et des esprits normands. Destouches regrette de ne pas avoir abandonné plus tôt une carrière littéraire frivole pour se consacrer à des œuvres spirituelles. Il affirme que le doute éclairé, associé au pyrrhonisme, permet de découvrir la vérité et de se libérer des préjugés. Il cite Pierre Bayle comme maître du doute, le qualifiant de philosophe dangereux qui corrompt les cœurs tout en amusant les esprits. Destouches reconnaît avoir été influencé par Bayle avant de percevoir le danger de ses enseignements. Il se déclare prêt à affronter Bayle, soutenu par la vérité, et espère une victoire divine contre les impies.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4238
p. 1973
A M. B**. C. D. V. à l'occasion du jour de sa Fête. RONDEAU.
Début :
Tout est dit, en Vers comme en Prose ; [...]
Mots clefs :
Bouquet, Voltaire, Fleur, Amitié
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texteReconnaissance textuelle : A M. B**. C. D. V. à l'occasion du jour de sa Fête. RONDEAU.
AM. B**. C. D, V. à l'occafion du jour
de fa Fête.
RONDE A U.
Tout eft dit , en Vers comme en Profe ;
Tout eft donné , Tulipe & Role ;
Tout gentil Bouquet eft écrit ;
Tout s'eft offert à quelque efprit ,
Et l'Art d'inventer fe repoſe.
On fe reffemble en quelque chofes
Jufquesfur Voltaire l'on gloſe ;
Soit en grand , ou foit en petit ,
Tout eft dit.
Même toute fleur eſt écloſe.
Tendre amitié , malgré fa dofe ,
Dans tout mortel enfin périt :
La mienne , que le coeur régit ,
Ne craint point de Métamorphofe
Tout eft dit.
Laffichard.
de fa Fête.
RONDE A U.
Tout eft dit , en Vers comme en Profe ;
Tout eft donné , Tulipe & Role ;
Tout gentil Bouquet eft écrit ;
Tout s'eft offert à quelque efprit ,
Et l'Art d'inventer fe repoſe.
On fe reffemble en quelque chofes
Jufquesfur Voltaire l'on gloſe ;
Soit en grand , ou foit en petit ,
Tout eft dit.
Même toute fleur eſt écloſe.
Tendre amitié , malgré fa dofe ,
Dans tout mortel enfin périt :
La mienne , que le coeur régit ,
Ne craint point de Métamorphofe
Tout eft dit.
Laffichard.
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Résumé : A M. B**. C. D. V. à l'occasion du jour de sa Fête. RONDEAU.
La poésie décrit l'épuisement des expressions et des idées dans la littérature et la société. Tout a déjà été dit, toutes les formes d'hommages ont été offertes, et les thèmes ainsi que les métaphores sont épuisés. Malgré cela, l'amitié persiste, régie par le cœur. La conclusion réaffirme la répétition et l'épuisement des nouvelles idées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4239
p. 1987-1992
L'HONNESTE-HOMME, ODE.
Début :
Je chante cet homme héroïque, [...]
Mots clefs :
Honnête homme, Sage, Vertu
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texteReconnaissance textuelle : L'HONNESTE-HOMME, ODE.
L'HONNESTE - HOMME ,
ODE ,
E chante cet homme héroïque ,
Qu'à la honte du genre humain ,
En plein je ur, un fameux Cynique
Cherchoit la lanterne à la main.
Si ce n'est point un vain phantôme ,
Sous des lambris ou ſous le chaume
En quel Lieu qu'il frappe mes fens ,
Pour lui feul je monte ma Lyre;
C'eft le feul mortel que j'admire ,
Le feul digne de mon encens.
+3x+
Que vois- je ? d'an mortel fi rare
Chacun veut ufurper le nom .
Mais c'eft vainement qu'on le pare
D'une adroite imitation.
Ainfi qu'aifément on démêle
D'avec la beauté naturelle
1516 -
La beauté qui provient du fard ,.
On reconnoît la difference
De l'honnête-homme par effence
D'avec l'honnête-homme par art.
....
C vj
1988 MERCURE DE FRANCE.
Que le Public fe préoccupe
Pour d'apparentes qualités ,
Je ne ferai jamais la dupe
De quelques dehors empruntés.
Dans le Sage que j'imagine
La Vertu doit prendre racine ,
Et germer au fond de fon coeur.
Il doit , toujours droit , équitable,
Sçavoir de l'honneur véritable
Bien diftinguer le faux honneur.
La paffion , qu'on s'eft permife ,
Croit fouvent que tout eft permis.
Afoi-même l'on le déguiſe
Les crimes que l'on a commis.
Jadis un Prince formidable
Crût être un Héros respectable
Par les excès de fa valeur ;
Il ne vit
N'étoit
pas que fon courage
que fureur & que rage
Et lui , qu'un infigne voleur.
+34
Qu'on foit au rang le plus fuprême ,
Qu'on foit affis au dernier rang ,
Tout mortel d'un autre lui -même
Doit craindre de verſer je fang.
Il doit à toute autre victoire
PréféSEPTEMBRE.
1744.
1989
Préférer la folide gloire
D'avoir vaincu fes paffions
Et déteftant toute avarice ,
Régler fur l'exacte juftice
Ses defirs & les actions.
*X3X+
Celui que la Vertu dirige ,
Ami de la tranquillité ,
Aucun intérêt ne l'oblige
A troubler la Societé .
Une ambition importune
De voir accroître fa fortune ,
Ne caufa jamais ſon ennui ;
Toujours content de fon partage ,
Tout Terme d'un autre héritage
Eft encore un vrai Dieu pour lui.
*
*3X+
Jaloux l'un de l'autre , on ne ceffe
De s'envier de vains honneurs .
L'honnête- homme aime la fageffe , 40
Plus que les biens & les grandeurs.
Dans un fort propice ou contraire ,
Son coeur , que jamais rien n'altere ,
Les Romains , pour marquer combien les bornes qui
Séparent les Domaines les Héritages devoient être faz
crées & refpectables , en avoient fait une Divinité ,
qu'on révéroit fous le nom du Dieu Terme.
Tou
1990 MERCURE DE FRANCE
Toujours grand , toujours généreux ,
Souffre des maux du miférable ,
Goûte une joye inexprimable
A la rencontre d'un heureux.
Porté de lui-même à bien faire ,
Il n'a befoin de nul attrait ,
Et ne prétend d'autre falaire
Que le plaifir d'avoir bien fait .
Puiffant , il n'aime fa puiffance
Que pour proteger l'innocence ,
La juftice , & la vérité ,
Et s'il fait cas de la richeffe ,
C'eft pour fournir avec largeffe
Aux befoins de la pauvreté.
4x3x+
Abhorrant toute politique
Contraire à l'auftere Vertu ,
Le Sage jamais ne s'explique
Par un difcours feint ou tortu
Né l'efclave de fa parole ,
Dans aucun cas il ne viole
Ses promefles & fes Serinens
Fidéle à la foi qu'il engage ,
Regulus retourne à Carthage
Sûr d'y fouffrir mille tourmens,
Exempt
SEPTEMBRE. 1744. 1991
Exempt des préjugés vulgaires ,
Mon Héros n'eft pas moins foumis
Au divin culte , que fes peres
Des uns aux autres ont tranſmis.
Exact à fuivre leurs exemples ,
A l'Eternel dans fes faints Temples
Il rend des refpects affidus ,
Mais il croit que de tout hommage ,
Celui qui lui plaît davantage
Eft la pratique des Vertus.
***
Les Jugemens irrévocables
Du Créateur de l'Univers ,
A des peines épouventables
Livrent les méchans , les pervers ;
Conftant dans la Vertu qu'il aime
Le vrai Sage contre lui même
N'irritera jamais les Cieux ,
Non par la crainte des fupplices ,
Mais par la feule horreur des vices
S'abftenant d'être vicieux. }
J'ai peint la Vertu l'a plus pure ,
Cher Maffiere , & tonfouvenir
Dans le cours de cette Peinture
N'a ceffé de me revenir .
Il convient que je te l'adreſſes
N'as
1991 MERCURE DE FRANCE.
N'as - tu pas droit fur une Piéce
Dont tu m'asfourni chaque trait ;
Quandje te préfente l'image
De l'honnête- homme , du vrai Sage ,
C'eft te préfenter ton Portrait.
ODE ,
E chante cet homme héroïque ,
Qu'à la honte du genre humain ,
En plein je ur, un fameux Cynique
Cherchoit la lanterne à la main.
Si ce n'est point un vain phantôme ,
Sous des lambris ou ſous le chaume
En quel Lieu qu'il frappe mes fens ,
Pour lui feul je monte ma Lyre;
C'eft le feul mortel que j'admire ,
Le feul digne de mon encens.
+3x+
Que vois- je ? d'an mortel fi rare
Chacun veut ufurper le nom .
Mais c'eft vainement qu'on le pare
D'une adroite imitation.
Ainfi qu'aifément on démêle
D'avec la beauté naturelle
1516 -
La beauté qui provient du fard ,.
On reconnoît la difference
De l'honnête-homme par effence
D'avec l'honnête-homme par art.
....
C vj
1988 MERCURE DE FRANCE.
Que le Public fe préoccupe
Pour d'apparentes qualités ,
Je ne ferai jamais la dupe
De quelques dehors empruntés.
Dans le Sage que j'imagine
La Vertu doit prendre racine ,
Et germer au fond de fon coeur.
Il doit , toujours droit , équitable,
Sçavoir de l'honneur véritable
Bien diftinguer le faux honneur.
La paffion , qu'on s'eft permife ,
Croit fouvent que tout eft permis.
Afoi-même l'on le déguiſe
Les crimes que l'on a commis.
Jadis un Prince formidable
Crût être un Héros respectable
Par les excès de fa valeur ;
Il ne vit
N'étoit
pas que fon courage
que fureur & que rage
Et lui , qu'un infigne voleur.
+34
Qu'on foit au rang le plus fuprême ,
Qu'on foit affis au dernier rang ,
Tout mortel d'un autre lui -même
Doit craindre de verſer je fang.
Il doit à toute autre victoire
PréféSEPTEMBRE.
1744.
1989
Préférer la folide gloire
D'avoir vaincu fes paffions
Et déteftant toute avarice ,
Régler fur l'exacte juftice
Ses defirs & les actions.
*X3X+
Celui que la Vertu dirige ,
Ami de la tranquillité ,
Aucun intérêt ne l'oblige
A troubler la Societé .
Une ambition importune
De voir accroître fa fortune ,
Ne caufa jamais ſon ennui ;
Toujours content de fon partage ,
Tout Terme d'un autre héritage
Eft encore un vrai Dieu pour lui.
*
*3X+
Jaloux l'un de l'autre , on ne ceffe
De s'envier de vains honneurs .
L'honnête- homme aime la fageffe , 40
Plus que les biens & les grandeurs.
Dans un fort propice ou contraire ,
Son coeur , que jamais rien n'altere ,
Les Romains , pour marquer combien les bornes qui
Séparent les Domaines les Héritages devoient être faz
crées & refpectables , en avoient fait une Divinité ,
qu'on révéroit fous le nom du Dieu Terme.
Tou
1990 MERCURE DE FRANCE
Toujours grand , toujours généreux ,
Souffre des maux du miférable ,
Goûte une joye inexprimable
A la rencontre d'un heureux.
Porté de lui-même à bien faire ,
Il n'a befoin de nul attrait ,
Et ne prétend d'autre falaire
Que le plaifir d'avoir bien fait .
Puiffant , il n'aime fa puiffance
Que pour proteger l'innocence ,
La juftice , & la vérité ,
Et s'il fait cas de la richeffe ,
C'eft pour fournir avec largeffe
Aux befoins de la pauvreté.
4x3x+
Abhorrant toute politique
Contraire à l'auftere Vertu ,
Le Sage jamais ne s'explique
Par un difcours feint ou tortu
Né l'efclave de fa parole ,
Dans aucun cas il ne viole
Ses promefles & fes Serinens
Fidéle à la foi qu'il engage ,
Regulus retourne à Carthage
Sûr d'y fouffrir mille tourmens,
Exempt
SEPTEMBRE. 1744. 1991
Exempt des préjugés vulgaires ,
Mon Héros n'eft pas moins foumis
Au divin culte , que fes peres
Des uns aux autres ont tranſmis.
Exact à fuivre leurs exemples ,
A l'Eternel dans fes faints Temples
Il rend des refpects affidus ,
Mais il croit que de tout hommage ,
Celui qui lui plaît davantage
Eft la pratique des Vertus.
***
Les Jugemens irrévocables
Du Créateur de l'Univers ,
A des peines épouventables
Livrent les méchans , les pervers ;
Conftant dans la Vertu qu'il aime
Le vrai Sage contre lui même
N'irritera jamais les Cieux ,
Non par la crainte des fupplices ,
Mais par la feule horreur des vices
S'abftenant d'être vicieux. }
J'ai peint la Vertu l'a plus pure ,
Cher Maffiere , & tonfouvenir
Dans le cours de cette Peinture
N'a ceffé de me revenir .
Il convient que je te l'adreſſes
N'as
1991 MERCURE DE FRANCE.
N'as - tu pas droit fur une Piéce
Dont tu m'asfourni chaque trait ;
Quandje te préfente l'image
De l'honnête- homme , du vrai Sage ,
C'eft te préfenter ton Portrait.
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Résumé : L'HONNESTE-HOMME, ODE.
Le texte est une ode dédiée à l'honnête homme, un individu vertueux et héroïque. L'auteur exprime son admiration pour cet homme rare qui incarne la véritable vertu et l'honneur. Il distingue l'honnête homme authentique de celui qui imite superficiellement ces qualités. La véritable vertu doit être authentique et profondément enracinée dans le cœur, et non simplement affichée pour tromper les autres. L'honnête homme est décrit comme quelqu'un qui préfère la gloire intérieure d'avoir vaincu ses passions à toute autre forme de victoire. Il est juste, équitable et généreux, aidant les malheureux et protégeant l'innocence. Il respecte ses promesses et ses serments, comme le montre l'exemple de Régulus retournant à Carthage malgré les souffrances qu'il y subira. L'honnête homme est également dévot, respectant les traditions religieuses de ses ancêtres, mais valorisant surtout la pratique des vertus. Il évite les vices par une véritable aversion pour eux, plutôt que par la peur des punitions divines. Le texte se conclut par une dédicace à Massière, dont les traits de caractère inspirent cette description de l'honnête homme.
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4240
p. 2014
ENIGME.
Début :
Lecteur, je suis un excrement, [...]
Mots clefs :
Ongles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Lecteur
Ecteur , je fuis un excrement ,
A tout le monde fort utile ,
Et , quoique de nature vile ,
Je fers à l'Homme d'ornement.
9"
On exprime par moi ce qu'on fçait fûrement
J'embarraffe fort les Poëtes ;
Je change de nom chés les Bêtes ,.
A qui je fers également.
Pour peu de progrès que je faffe ,
D'abord on m'arrête fans bruit ,
Et je crois que pour toute grace ,
On dit que l'on me fait , lorsque l'on me détruit.
Auffi je détruis à mon tour ,
Et dans ma faiſon favorite ,
Quoique de taille bien petite ,.
J'en fais mourir plus de mille par jour.
Lecteur
Ecteur , je fuis un excrement ,
A tout le monde fort utile ,
Et , quoique de nature vile ,
Je fers à l'Homme d'ornement.
9"
On exprime par moi ce qu'on fçait fûrement
J'embarraffe fort les Poëtes ;
Je change de nom chés les Bêtes ,.
A qui je fers également.
Pour peu de progrès que je faffe ,
D'abord on m'arrête fans bruit ,
Et je crois que pour toute grace ,
On dit que l'on me fait , lorsque l'on me détruit.
Auffi je détruis à mon tour ,
Et dans ma faiſon favorite ,
Quoique de taille bien petite ,.
J'en fais mourir plus de mille par jour.
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4241
p. 2014-2015
AUTRE.
Début :
Quoique dépourvû d'existence, [...]
Mots clefs :
Mouvement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Quoique dépourvá d'exiſtence ,
J'ai bien des attributs divers ;
Quand Dieu conftruifit l'Univers ,
Entre les mains je pris naiffance ;
Ici bas , comme dans les Airs ,.
Je fuis en tous lieux néceſſaire ;
Je
SEPTEMBRE . 1744 2015
Je fais des maux dans les Enfers ;
Je fais des heureux fur la Terre ;
Je fais la paix , je fais la guerre ,
Et je fais gronder le Tonnerre ;
Sans moi , fur leurs Trônes les Rois
N'auroient ni bonheur ni puiffance ;;
Toute la Nature aux abois ,
Se fentiroit de mon abſence ;
L'Univers s'anéantiroit ,
Que dis-je ? Rien ne finiroit ,
Et quand Dieu même le voudroit ,,
A peine en feroit- il le maître ;
Vous me voyez partout paroître ,
Mais trouvez mon nom feulement ;,
Ce qui définit mon Effence ,
N'eft point à votre connoiffance ;
On la recherche vainement..
Quoique dépourvá d'exiſtence ,
J'ai bien des attributs divers ;
Quand Dieu conftruifit l'Univers ,
Entre les mains je pris naiffance ;
Ici bas , comme dans les Airs ,.
Je fuis en tous lieux néceſſaire ;
Je
SEPTEMBRE . 1744 2015
Je fais des maux dans les Enfers ;
Je fais des heureux fur la Terre ;
Je fais la paix , je fais la guerre ,
Et je fais gronder le Tonnerre ;
Sans moi , fur leurs Trônes les Rois
N'auroient ni bonheur ni puiffance ;;
Toute la Nature aux abois ,
Se fentiroit de mon abſence ;
L'Univers s'anéantiroit ,
Que dis-je ? Rien ne finiroit ,
Et quand Dieu même le voudroit ,,
A peine en feroit- il le maître ;
Vous me voyez partout paroître ,
Mais trouvez mon nom feulement ;,
Ce qui définit mon Effence ,
N'eft point à votre connoiffance ;
On la recherche vainement..
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4242
p. 2015-2016
LOGOGRYPHE.
Début :
Je marche sur neuf pieds, Lecteur ; c'est mon allure, [...]
Mots clefs :
Courlande
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
E marche für neuf pieds , Lecteur ; c'eſt mon
JE
marallure ,
Mais pour ne point d'abord te montrer ma figure ,.
Je partage mon tout en differens Portraits .
Un , quatre , trois , neuf , cinq , d'un Tyran font
les traits ;
Six ,fept, neuf, font un nom qu'un ignorant mérite,
Et dont , pour l'ordinaire , il s'offenſe & s'irrite.
Trois
2016 MERCURE DE FRANCE.
Trois, deux, cinq, neuf, je fais les defirs d'un Joueur;
Cinq , deux , trois , quatre & huit , font un mauvais
Sauteur ;
Ajufte à mon milieu la moitié de ma tête ,
Je fupporte dans l'Homme , ainfi que dans la Bête,
Ce qui le plus il importe à fon tout ,
Joins cinq , fix , quatre & hujt , je fais plaifir au goût ;
Et fans moi , quelque bien qu'un Rotiffeur travaille,
Dans fon métier fouvent, ne feroit rien qui vaille .
Cinq , trois, fept , joints à neuf , je fuis un corps
brillant
Servant également le Riche & le Manant ;
Affemblant quatre, fix , huit & neuf , un Pilote
Me defire ardemment , quand la mer le balotte.
Un , deux , quatre , fept , neuf, une fois réunis ,
Je deviens la terreur des malheureux Maris ;
Sept & fix, quatre & huit , font enfemble une Plante ,
Dont l'odeur eft toujours très-odoriferante ;
Pour ne plus t'ennuyer , en me décompofant ,
Mon tout dépend d'un Grand, devine maintenant.
L. C. D. M.
E marche für neuf pieds , Lecteur ; c'eſt mon
JE
marallure ,
Mais pour ne point d'abord te montrer ma figure ,.
Je partage mon tout en differens Portraits .
Un , quatre , trois , neuf , cinq , d'un Tyran font
les traits ;
Six ,fept, neuf, font un nom qu'un ignorant mérite,
Et dont , pour l'ordinaire , il s'offenſe & s'irrite.
Trois
2016 MERCURE DE FRANCE.
Trois, deux, cinq, neuf, je fais les defirs d'un Joueur;
Cinq , deux , trois , quatre & huit , font un mauvais
Sauteur ;
Ajufte à mon milieu la moitié de ma tête ,
Je fupporte dans l'Homme , ainfi que dans la Bête,
Ce qui le plus il importe à fon tout ,
Joins cinq , fix , quatre & hujt , je fais plaifir au goût ;
Et fans moi , quelque bien qu'un Rotiffeur travaille,
Dans fon métier fouvent, ne feroit rien qui vaille .
Cinq , trois, fept , joints à neuf , je fuis un corps
brillant
Servant également le Riche & le Manant ;
Affemblant quatre, fix , huit & neuf , un Pilote
Me defire ardemment , quand la mer le balotte.
Un , deux , quatre , fept , neuf, une fois réunis ,
Je deviens la terreur des malheureux Maris ;
Sept & fix, quatre & huit , font enfemble une Plante ,
Dont l'odeur eft toujours très-odoriferante ;
Pour ne plus t'ennuyer , en me décompofant ,
Mon tout dépend d'un Grand, devine maintenant.
L. C. D. M.
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4243
p. 2047
CHANSON. Dont les Paroles sont tirées du Pastor-Fido.
Début :
Que notre sort est r[i]goureux, [...]
Mots clefs :
Triste, Amour, Pudeur, Sexe, Plaisirs, Pastor fido
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON. Dont les Paroles sont tirées du Pastor-Fido.
CHANSON.
Dont les Paroles font tirées du Paftor- Fido .
Q Ue notre fort eft rigoureux ,
Et que notre Sexe eft à plaindre !
La Nature , elle-même , allume en nous des feux
Qu'une trifte pudeur nous commande d'éteindre.
Pourquoi ce trifte Amour , fi cher à nos défirs ,
N'eft-il pas lévitime
Hélas ! pourquoi faut il que la Loi faſſe un crime
De ce qui fait pour nous le plus grand des pla firs ?
Quels que foient les appas qui viennent nous furprendre
,
On nous condamne à réſiſter ,
Quoique faciles à tenter ,
Et
trop foibles pour nous deffendre.
Dont les Paroles font tirées du Paftor- Fido .
Q Ue notre fort eft rigoureux ,
Et que notre Sexe eft à plaindre !
La Nature , elle-même , allume en nous des feux
Qu'une trifte pudeur nous commande d'éteindre.
Pourquoi ce trifte Amour , fi cher à nos défirs ,
N'eft-il pas lévitime
Hélas ! pourquoi faut il que la Loi faſſe un crime
De ce qui fait pour nous le plus grand des pla firs ?
Quels que foient les appas qui viennent nous furprendre
,
On nous condamne à réſiſter ,
Quoique faciles à tenter ,
Et
trop foibles pour nous deffendre.
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Résumé : CHANSON. Dont les Paroles sont tirées du Pastor-Fido.
La chanson du 'Pastor-Fido' décrit la rigueur imposée aux femmes, contraintes de réprimer leurs désirs naturels. La nature éveille en elles des passions que la pudeur leur commande de maîtriser. L'amour, bien que désiré, est perçu comme un crime par la loi. Les femmes doivent résister à leurs tentations malgré leur faiblesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4244
p. 2048-2050
BRANLE, Dont la Musique est de M. Grandval.
Début :
Que chacun ici gambade ; [...]
Mots clefs :
Gai, Coeur, Commère, Souci, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BRANLE, Dont la Musique est de M. Grandval.
BRANLE ,
Dont la Mufique eft de M. Grandval.
QUe chacun ici gambade ;
Faut tous fe mettre en train ;
Le bon Roi n'eft plus malade ;
Je n'ons plus de chagrin ;
Gai , gai , gai ,
Et le coeur gai ;
Haut le pied , Camarade ;
Point d'fouci ,
Que tout ici
Crie avec moi ,
Vive le Roi.
**
Quand je craignions pour la vie ,
J'étions comme des foux ;
Le bon Vin & l'Eau de vie
Aviont perdu leur goût ;
Gai, gai , gai ,
Et le coeur gai ;
Bûvons ; faifons la vie ;
Point d'fouci , & c .
+34
On oublioit la Guinguette ;
On pleuroit tout le jour ;
La Grand' Dame & la Grifette
Ne
SEPTEMBRE . 1744 2049.
Ne faifoient plus l'amour ;
Gai , gai , gai ,
Et le coeur gai ;
Haut le pied , Guillemette ,
Point d'fouci , & c.
Le Marquis , l'Apoticaire ;
Mrs les Porteux d'Eau ;
La Fille & le Commiffaire ,
Aujourd'hui font égaux
Viens , Fanchon ;
Viens , Margoton ;
Viens auffi ma Comere ;
Point d'fouci , & c.
Je gagnons journée entiere ;
Pour rien on eft nourri ;
Comme l'Eau à la Riviere ,
Le Vin coule à Paris ; i
Gai , gai , gai ,
Et le coeur gai ;
Haut le pied , mon Compere ;
Point d'fouci , & c.
Je ferons tout des premieres
Affifes à l'Opera ;
J'en avons eu la priere ,
Et
2050 MERCURE DE FRANCE.
Et de par Ecrit d'a ;"
Gai , gai , gai ,
Et le coeur gai ;
Haut le pied , ma Comere ;
Point d'fouci , &c.
J'avons un Mariage à faire ,
Et nos voeux font remplis .
Nous allons le voir grand Pere
De par Monfieur fon Fils ;
Gai , gai , gai ,
Et le coeur gai ;
*
Haut le pied , ma Comere ;
Point d'fouci , & c..
Pour une fanté fi chere
Tout le monde joyeux ,
Vient de recouvrer fon Pere
Dans ce moment heureux ;'
Gai , gai , gai ,
Et le coeur gai ;
Gai , Mrs du Parterre ;
Point d'fouci ;
Que tout ici
Crie avec moi ;
Vive le Roi,
Dont la Mufique eft de M. Grandval.
QUe chacun ici gambade ;
Faut tous fe mettre en train ;
Le bon Roi n'eft plus malade ;
Je n'ons plus de chagrin ;
Gai , gai , gai ,
Et le coeur gai ;
Haut le pied , Camarade ;
Point d'fouci ,
Que tout ici
Crie avec moi ,
Vive le Roi.
**
Quand je craignions pour la vie ,
J'étions comme des foux ;
Le bon Vin & l'Eau de vie
Aviont perdu leur goût ;
Gai, gai , gai ,
Et le coeur gai ;
Bûvons ; faifons la vie ;
Point d'fouci , & c .
+34
On oublioit la Guinguette ;
On pleuroit tout le jour ;
La Grand' Dame & la Grifette
Ne
SEPTEMBRE . 1744 2049.
Ne faifoient plus l'amour ;
Gai , gai , gai ,
Et le coeur gai ;
Haut le pied , Guillemette ,
Point d'fouci , & c.
Le Marquis , l'Apoticaire ;
Mrs les Porteux d'Eau ;
La Fille & le Commiffaire ,
Aujourd'hui font égaux
Viens , Fanchon ;
Viens , Margoton ;
Viens auffi ma Comere ;
Point d'fouci , & c.
Je gagnons journée entiere ;
Pour rien on eft nourri ;
Comme l'Eau à la Riviere ,
Le Vin coule à Paris ; i
Gai , gai , gai ,
Et le coeur gai ;
Haut le pied , mon Compere ;
Point d'fouci , & c.
Je ferons tout des premieres
Affifes à l'Opera ;
J'en avons eu la priere ,
Et
2050 MERCURE DE FRANCE.
Et de par Ecrit d'a ;"
Gai , gai , gai ,
Et le coeur gai ;
Haut le pied , ma Comere ;
Point d'fouci , &c.
J'avons un Mariage à faire ,
Et nos voeux font remplis .
Nous allons le voir grand Pere
De par Monfieur fon Fils ;
Gai , gai , gai ,
Et le coeur gai ;
*
Haut le pied , ma Comere ;
Point d'fouci , & c..
Pour une fanté fi chere
Tout le monde joyeux ,
Vient de recouvrer fon Pere
Dans ce moment heureux ;'
Gai , gai , gai ,
Et le coeur gai ;
Gai , Mrs du Parterre ;
Point d'fouci ;
Que tout ici
Crie avec moi ;
Vive le Roi,
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Résumé : BRANLE, Dont la Musique est de M. Grandval.
La chanson 'Branle' composée par M. Grandval célèbre la guérison du roi et la joie collective qui en découle. Les paroles invitent à la fête et à la danse, soulignant la disparition de la tristesse et le bonheur général. Divers groupes sociaux, tels que les marquis, les apothicaires, les porteurs d'eau, les filles et les commis, participent à cette allégresse. La chanson mentionne des festivités comme des mariages et des retrouvailles familiales. À Paris, le vin coule à flots, et les gens sont encouragés à danser et à célébrer sans retenue. La chanson se conclut par un cri collectif en faveur du roi, symbolisant la joie et l'union du peuple.
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4245
p. 2130
EPIGRAMME sur la convalescence du Roi, envoyée à M. le Premier Président.
Début :
LA mort, aveugle en ses fureurs, [...]
Mots clefs :
Roi, Mort, René-Charles de Maupeou
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texteReconnaissance textuelle : EPIGRAMME sur la convalescence du Roi, envoyée à M. le Premier Président.
EPIGRAMME fur la convalescence dis
Roi , envoyée à M. le Premier Président.
LA mort , aveugle en fes fureurs ,
Sans refpecter le Diadême ,
Alloit fraper l'objet de notre amour extrême.
Son bras s'arrête , en entendant nos pleurs ;
Elle vit bien à nos frayeurs ,
Que malgré la mort même ,
LOUIS vivroit dans tous les coeurs,
ENVO I
En lifant le Bultin qu'apporte le courier ,
Mon coeur peint dans ces Vers toute fon allegreſſe.
DeMaupeon , pour fon Roi je connois la tendreffe ;
C'est à Maupeon de les voir le premier.
Roi , envoyée à M. le Premier Président.
LA mort , aveugle en fes fureurs ,
Sans refpecter le Diadême ,
Alloit fraper l'objet de notre amour extrême.
Son bras s'arrête , en entendant nos pleurs ;
Elle vit bien à nos frayeurs ,
Que malgré la mort même ,
LOUIS vivroit dans tous les coeurs,
ENVO I
En lifant le Bultin qu'apporte le courier ,
Mon coeur peint dans ces Vers toute fon allegreſſe.
DeMaupeon , pour fon Roi je connois la tendreffe ;
C'est à Maupeon de les voir le premier.
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Résumé : EPIGRAMME sur la convalescence du Roi, envoyée à M. le Premier Président.
L'épigramme célèbre la guérison du roi Louis XIV, épargné par la mort qui a reculé face aux pleurs de ses sujets. L'auteur exprime sa joie après avoir lu le bulletin de santé apporté par un courrier. Il souligne la tendresse de Maupeou envers le roi, qui doit être le premier à lire ces vers.
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4246
p. 2133-2135
LA Convalescence du ROI.
Début :
ILS sont passés ces jours de douleur & d'effroi, [...]
Mots clefs :
Temps, Dieu, Coeurs, France
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texteReconnaissance textuelle : LA Convalescence du ROI.
LA Convalescence du Ro1.
ILs font paffés ces jours de douleur & d'effroi ,
Et l'empire François renaît avec fon Roi.
Avions- nous mérité que le courroux Céleste
Fit fubir à nos coeurs cette épreuve funeſte ?
Nous perdions pour jamais ce tréfor précieux ,
Au moment qu'il étoit le plus cher à nos yeux.
Nos coeurs tournés vers lui dès fa plus tendre enfance
,
S'étoient liés encor par la reconnoiffance ;
Nos befoins en tout tems remplis , ou prevenus ;
Le Commerce affermi , nos voifins foutenus ;
Nos Champs fertilifés par une paix profonde ;
Tout immortalifoit le bienfaiteur du monde .
Mais enfin l'Univers s'eſt laffé d'être heureux ;
La Diſcorde s'éveille ; elle exhale fes feux ;
La grandeur du Héros bien- tôt fe développe ;
Le danger l'encourage , il fait trembler l'Europe :
Des rives de l'Escaut , il vole aux bords du Rhin.
A la fureur impie il va donner un frein......
Ciel ! Quelle affreuſe ſcéne à nos regards offerte !
Là , le Char de Triomphe , ici , la Tombe ouverte
De funébres clameurs s'élèvent jufqu'aux Cieux.
Ceffez bruyans Concerts d'an camp victorieux ;
La foudre va tomber ; l'inftant fatal s'avance ','
Et le coup retentit aux deux bouts de la France .
Lévi2134
MERCURE DE FRANCE.
Lévites , Magiftrats , Citoyens confternés ,
Et tout fexe , & tout âge aux Autels profternés ,
Attendent le ſecours que leur ferveur implore :
Le jour meurt , & renaît ; ils gémiffent encore.
La vieilleffe s'épuiſe en foûpirs languiffans ;
L'enfance étouffe & perd ſes timides accens.
Un peuple qu'adopta la Sageffe éternelle ,
Heureux , favorisé , tant qu'il reſta fidéle ,
Dans fes Temples profcrits reclame les bontés
D'un Dieu , qui dès long-tems les a deshérités :
Il femble qu'à Louis ils s'empreffent de rendre
L'hommage , qu'autrefois reçut d'eux Alexandre
Des Mortels féparés , & de culte & de loix ,
Un intérêt fi cher a réuni les voix.
Des Remparts de Paris & Vierge tutélaire ,
De tes concitoyens n'es- tu donc plus la Mere ?
Et ce Roi dans les Cieux couronné de nos Lys ,
Ne reconnoît- il plus fes fujets & fon Fils ?
Quelle nouvelle horreur nous frape , & nous ac
cable !
L'objet le plus augufte & le plus déplorable
Une Epouſe ... Elle part... Quel ſpectacle l'attend ?
Et toi , digne foutien de ce Trône flotant ,
Tu la fuis... Faudra t'il craindre auffi pour ta vie
Ton défeſpoir , tes pleurs te l'ont presque ravie.
Volez , volez tous deux à fes embraffemens ;
Recevez-les... Hélas ! Peut- être il n'eſt plus tems.
La
SEPTEMBRE . 1744: 2135
La Nature s'éteint ; l'Art n'a plus de reffource ;
Nouvel Ezéchias , au milieu de fa courſe ,
Il tombe ; courageux fans fafte & ſans effort ,
Il nous plaint , & ne craint , ni ne brave la mort.
Grand Dieu , qui nous êtois toute ombre d'eſpé
rance ,
Tu voulois au miracle affûrer l'évidence ;
Tu te voiles fouvent fous les fecours humains ;
Ici tu fais briller l'Ouvrage de tes mains.
LOUIS refpire enfin , objet de tant d'allarmes ,
Une feconde fois racheté pat nos larmes.
Que fes premiers périls nous en firent verſer ,
Quand cer Aftre naiffant fut près de s'éclipfer !
Les plus ardens tranfports, les Fêtes les plus belles;
Signalerent la fin de nos frayeurs mortelles .
Plus fortunés encor , & plus reconnoiſſans ,
Allons offrir au Ciel nos voeux & notre encens :
Le Sénat a donné le fignal d'allegreffe ;
L'organe de nos Loix , l'eft de notre tendreffe.
France , adore la main , qui rend en ce grand
jour ,
Un Héros à ta gloire , un Pere à ton amour.
Par M. Roy , Chevalier de l'Ordre de
Saint Michel.
ILs font paffés ces jours de douleur & d'effroi ,
Et l'empire François renaît avec fon Roi.
Avions- nous mérité que le courroux Céleste
Fit fubir à nos coeurs cette épreuve funeſte ?
Nous perdions pour jamais ce tréfor précieux ,
Au moment qu'il étoit le plus cher à nos yeux.
Nos coeurs tournés vers lui dès fa plus tendre enfance
,
S'étoient liés encor par la reconnoiffance ;
Nos befoins en tout tems remplis , ou prevenus ;
Le Commerce affermi , nos voifins foutenus ;
Nos Champs fertilifés par une paix profonde ;
Tout immortalifoit le bienfaiteur du monde .
Mais enfin l'Univers s'eſt laffé d'être heureux ;
La Diſcorde s'éveille ; elle exhale fes feux ;
La grandeur du Héros bien- tôt fe développe ;
Le danger l'encourage , il fait trembler l'Europe :
Des rives de l'Escaut , il vole aux bords du Rhin.
A la fureur impie il va donner un frein......
Ciel ! Quelle affreuſe ſcéne à nos regards offerte !
Là , le Char de Triomphe , ici , la Tombe ouverte
De funébres clameurs s'élèvent jufqu'aux Cieux.
Ceffez bruyans Concerts d'an camp victorieux ;
La foudre va tomber ; l'inftant fatal s'avance ','
Et le coup retentit aux deux bouts de la France .
Lévi2134
MERCURE DE FRANCE.
Lévites , Magiftrats , Citoyens confternés ,
Et tout fexe , & tout âge aux Autels profternés ,
Attendent le ſecours que leur ferveur implore :
Le jour meurt , & renaît ; ils gémiffent encore.
La vieilleffe s'épuiſe en foûpirs languiffans ;
L'enfance étouffe & perd ſes timides accens.
Un peuple qu'adopta la Sageffe éternelle ,
Heureux , favorisé , tant qu'il reſta fidéle ,
Dans fes Temples profcrits reclame les bontés
D'un Dieu , qui dès long-tems les a deshérités :
Il femble qu'à Louis ils s'empreffent de rendre
L'hommage , qu'autrefois reçut d'eux Alexandre
Des Mortels féparés , & de culte & de loix ,
Un intérêt fi cher a réuni les voix.
Des Remparts de Paris & Vierge tutélaire ,
De tes concitoyens n'es- tu donc plus la Mere ?
Et ce Roi dans les Cieux couronné de nos Lys ,
Ne reconnoît- il plus fes fujets & fon Fils ?
Quelle nouvelle horreur nous frape , & nous ac
cable !
L'objet le plus augufte & le plus déplorable
Une Epouſe ... Elle part... Quel ſpectacle l'attend ?
Et toi , digne foutien de ce Trône flotant ,
Tu la fuis... Faudra t'il craindre auffi pour ta vie
Ton défeſpoir , tes pleurs te l'ont presque ravie.
Volez , volez tous deux à fes embraffemens ;
Recevez-les... Hélas ! Peut- être il n'eſt plus tems.
La
SEPTEMBRE . 1744: 2135
La Nature s'éteint ; l'Art n'a plus de reffource ;
Nouvel Ezéchias , au milieu de fa courſe ,
Il tombe ; courageux fans fafte & ſans effort ,
Il nous plaint , & ne craint , ni ne brave la mort.
Grand Dieu , qui nous êtois toute ombre d'eſpé
rance ,
Tu voulois au miracle affûrer l'évidence ;
Tu te voiles fouvent fous les fecours humains ;
Ici tu fais briller l'Ouvrage de tes mains.
LOUIS refpire enfin , objet de tant d'allarmes ,
Une feconde fois racheté pat nos larmes.
Que fes premiers périls nous en firent verſer ,
Quand cer Aftre naiffant fut près de s'éclipfer !
Les plus ardens tranfports, les Fêtes les plus belles;
Signalerent la fin de nos frayeurs mortelles .
Plus fortunés encor , & plus reconnoiſſans ,
Allons offrir au Ciel nos voeux & notre encens :
Le Sénat a donné le fignal d'allegreffe ;
L'organe de nos Loix , l'eft de notre tendreffe.
France , adore la main , qui rend en ce grand
jour ,
Un Héros à ta gloire , un Pere à ton amour.
Par M. Roy , Chevalier de l'Ordre de
Saint Michel.
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Résumé : LA Convalescence du ROI.
Le roi de France, Louis XV, a récemment surmonté une grave maladie, suscitant un profond soulagement et une grande gratitude au sein de la nation. Pendant sa convalescence, la France entière avait été plongée dans l'angoisse, avec des scènes de désolation et des prières dans les temples. Tous les citoyens, indépendamment de leur âge ou de leur condition, imploraient la guérison du roi, considéré comme un bienfaiteur ayant apporté prospérité et paix au pays. La reine et le dauphin étaient particulièrement affectés par cette situation. Après son rétablissement, des célébrations ont eu lieu et des remerciements ont été adressés au ciel. Le Sénat a annoncé la bonne nouvelle, invitant la France à honorer Louis XV, qualifié de héros et de père de la nation.
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4247
p. 2147-2151
ODE, Sur la Maladie du Roi.
Début :
QUEL tumulte affreux me réveille ? [...]
Mots clefs :
Heures, Roi, Nuit, Mort, Maladie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE, Sur la Maladie du Roi.
ODE ,
Sur la Maladie du Roi.
Uel tumulte affieux me réveille ?
Qu'entens je ? quels éclats ? Quel bruit
En des heures où tout ſommeille ,
Trouble le repos de la nuit ?
Une nombreuſe populace
Fait retentir de Place en Place
Un lugubre gémiſſement.
D'oùpart ſatriſteſſe profonde ?
2
A ij Du
(
2148 MERCURE DE FRANCE.
Du bouleverſement du Monde
Voit - elle arriver le moment ?
Pour dévoiler ce myſtere ,
Courons au Palais de nos Rois.
Quoi ! la lumiere encor l'éclaire ?
Juſte Ciel ! qu'est- ce que j'y vois ?
Une Keine , Epouſe éplorée ,
Ade triſtes tranſports livrée ,
Succombe à ſes vives douleurs,
Du Trône le précieux gage
'Avec ſes deux Socoeurs les partage ,
Et tous ſe conſument enpleurs.
UnMeſſager brûlant de zéle , (a)
Accourû ſur l'aîle du vent ,
Sembloit apporter la nouvelle
D'un favorable évenement.
En moins de ſix heures , tout change !
O révolution étrange !
Qui glace le coeur des François ! (6)
Victime du courroux céleſte ,
Ils aprennent le coup funeſte ,
Qui réduit LOUIS aux abois.
(a) M. de S. Cloud , Ecuyer de la Reine , arrive
Versaillesle 4 Août , à deux heures après midi.
(b ) Par un courier arrivé le mêmejourà 11 heures
dufoir.
Dans
OCTOBRE. 1744. 2149
Dans les momens où la Victoire
Sur le Rhin conduiſoit ſes pas ,
La Mort , jalouſe de la gloire
Que s'étoit acquiſe ſon bras ,
Oſe aiguiſer ſa faulx tranchante ,
Ét d'une valeur triomphante
Entreprend d'arrêter le cours .
Elle en arme ſa main barbare ,
Et la cruelle ſe prépare
Amoiffonner les plus beaux jours
Le ſangdans ſes veines s'allume ,
Par un redoublement nouveau ;
Le feu brûlant qui le conſume ,
S'éleve juſqu'à ſon cerveau ;
Il y forme un fombre nuage ,
Qui ſoudain interdit l'uſage ,
De ſa raiſon& de ſes ſens ;
Contreune léthargique yvreſſe ,
Qui l'engourdit& qui l'oppreſſe ,
Tous les ſecours ſont impuiſſans.
Grand Dieu ! que ta Bonté deſcende
Sur un Roi , ton prédeſtiné !
C'eſt ton Epouſe , (a) qui demande
Ta pitié pour ſon Fils aîné,
(a) L'Eglife.
A ij 11
2150 MERCURE DE FRANCE.
Il t'adore ; il te craint ; il t'aime ;
Sa vigilance fut extrême
A inaintenirta pure Loi.
S'il fût tombé dans quelque offenſe ,
Le frein d'une ferme croyance
L'eût retenu toujours à toi .
Mais Ciel ! quel prodige ! Ta Grace
Sur lui fait de ſoudains efforts ;
Sa foi l'a renduë efficace
Sur fon eſprit & fur fon corps.
Dans ſon extrêmité mortelle
Sa raiſon renaît , étincelle ,
Et va te dévoiler ſon coeur.
Il te confeſſe ſa foibleſſe ,
Prêt à t'immoler ſa Jeuneſſe ,
Sa Gloire & toute fa Grandeur.
2
Du haut de l'Empire ſuprême ,
Tu daignes deſcendre en ſon ſein.
Et tu viens t'y rendre toi-même
Le gage d'un pardon certain ;
Il te reçoit , plein d'eſpérance ,
De repentir , de confiance ,
De joye , de reſpect & d'amour ,
Et ſemble exprimer par ſes larmes
Les tranſports , lajoye & les charmes
Qu'on goûte au céleſte ſéjour.
Cependant
OCTOBRE. 1744. 215萬
Cependant de fa belle vie
Le danger devient plus preſſant ;
Pour le noeud facré qui te lie ,
OReine ! quel coup menaçant !
Il faut partir .... rien ne t'arrête;
La nuit , la chaleur , la tempête ,
Non , non , ne te retiendront pas .
Ates maux tu ne peux ſurvivre ;
De tes Enfans , qui vont te ſuivre ,
Déja tu devances les pas.
Enfin , quandtu crains ſans reſſource
Le plus grand de tous les malheurs ,
LeCiel , au milieu de ſa courſe
Vient mettre un frein à tes douleurs.
Châlons , (a) à jamais mémorable ,
Tu nous inſtruis , que favorable
LaNature a fait un effort.
Préparons de brillantes Fêtes ;
LOUIS couronne ſes conquêtes
Par le triomphe de la Mort.
4
AVersailles le 25 Août 1744 .
(a ) C'est de Châlons qu'on reçûr la premiere bonne
nouvelle fur la santé du Roi.
Sur la Maladie du Roi.
Uel tumulte affieux me réveille ?
Qu'entens je ? quels éclats ? Quel bruit
En des heures où tout ſommeille ,
Trouble le repos de la nuit ?
Une nombreuſe populace
Fait retentir de Place en Place
Un lugubre gémiſſement.
D'oùpart ſatriſteſſe profonde ?
2
A ij Du
(
2148 MERCURE DE FRANCE.
Du bouleverſement du Monde
Voit - elle arriver le moment ?
Pour dévoiler ce myſtere ,
Courons au Palais de nos Rois.
Quoi ! la lumiere encor l'éclaire ?
Juſte Ciel ! qu'est- ce que j'y vois ?
Une Keine , Epouſe éplorée ,
Ade triſtes tranſports livrée ,
Succombe à ſes vives douleurs,
Du Trône le précieux gage
'Avec ſes deux Socoeurs les partage ,
Et tous ſe conſument enpleurs.
UnMeſſager brûlant de zéle , (a)
Accourû ſur l'aîle du vent ,
Sembloit apporter la nouvelle
D'un favorable évenement.
En moins de ſix heures , tout change !
O révolution étrange !
Qui glace le coeur des François ! (6)
Victime du courroux céleſte ,
Ils aprennent le coup funeſte ,
Qui réduit LOUIS aux abois.
(a) M. de S. Cloud , Ecuyer de la Reine , arrive
Versaillesle 4 Août , à deux heures après midi.
(b ) Par un courier arrivé le mêmejourà 11 heures
dufoir.
Dans
OCTOBRE. 1744. 2149
Dans les momens où la Victoire
Sur le Rhin conduiſoit ſes pas ,
La Mort , jalouſe de la gloire
Que s'étoit acquiſe ſon bras ,
Oſe aiguiſer ſa faulx tranchante ,
Ét d'une valeur triomphante
Entreprend d'arrêter le cours .
Elle en arme ſa main barbare ,
Et la cruelle ſe prépare
Amoiffonner les plus beaux jours
Le ſangdans ſes veines s'allume ,
Par un redoublement nouveau ;
Le feu brûlant qui le conſume ,
S'éleve juſqu'à ſon cerveau ;
Il y forme un fombre nuage ,
Qui ſoudain interdit l'uſage ,
De ſa raiſon& de ſes ſens ;
Contreune léthargique yvreſſe ,
Qui l'engourdit& qui l'oppreſſe ,
Tous les ſecours ſont impuiſſans.
Grand Dieu ! que ta Bonté deſcende
Sur un Roi , ton prédeſtiné !
C'eſt ton Epouſe , (a) qui demande
Ta pitié pour ſon Fils aîné,
(a) L'Eglife.
A ij 11
2150 MERCURE DE FRANCE.
Il t'adore ; il te craint ; il t'aime ;
Sa vigilance fut extrême
A inaintenirta pure Loi.
S'il fût tombé dans quelque offenſe ,
Le frein d'une ferme croyance
L'eût retenu toujours à toi .
Mais Ciel ! quel prodige ! Ta Grace
Sur lui fait de ſoudains efforts ;
Sa foi l'a renduë efficace
Sur fon eſprit & fur fon corps.
Dans ſon extrêmité mortelle
Sa raiſon renaît , étincelle ,
Et va te dévoiler ſon coeur.
Il te confeſſe ſa foibleſſe ,
Prêt à t'immoler ſa Jeuneſſe ,
Sa Gloire & toute fa Grandeur.
2
Du haut de l'Empire ſuprême ,
Tu daignes deſcendre en ſon ſein.
Et tu viens t'y rendre toi-même
Le gage d'un pardon certain ;
Il te reçoit , plein d'eſpérance ,
De repentir , de confiance ,
De joye , de reſpect & d'amour ,
Et ſemble exprimer par ſes larmes
Les tranſports , lajoye & les charmes
Qu'on goûte au céleſte ſéjour.
Cependant
OCTOBRE. 1744. 215萬
Cependant de fa belle vie
Le danger devient plus preſſant ;
Pour le noeud facré qui te lie ,
OReine ! quel coup menaçant !
Il faut partir .... rien ne t'arrête;
La nuit , la chaleur , la tempête ,
Non , non , ne te retiendront pas .
Ates maux tu ne peux ſurvivre ;
De tes Enfans , qui vont te ſuivre ,
Déja tu devances les pas.
Enfin , quandtu crains ſans reſſource
Le plus grand de tous les malheurs ,
LeCiel , au milieu de ſa courſe
Vient mettre un frein à tes douleurs.
Châlons , (a) à jamais mémorable ,
Tu nous inſtruis , que favorable
LaNature a fait un effort.
Préparons de brillantes Fêtes ;
LOUIS couronne ſes conquêtes
Par le triomphe de la Mort.
4
AVersailles le 25 Août 1744 .
(a ) C'est de Châlons qu'on reçûr la premiere bonne
nouvelle fur la santé du Roi.
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Résumé : ODE, Sur la Maladie du Roi.
En octobre 1744, un tumulte nocturne révèle au narrateur que le roi Louis est gravement malade. La nouvelle est confirmée par un messager, tandis que la reine et les princes pleurent. La maladie du roi s'aggrave, affectant sa raison et ses sens, malgré les victoires françaises sur le Rhin. La reine et l'Église prient pour sa guérison. Miraculeusement, le roi retrouve ses esprits et se repent. La reine, bravant les dangers, se rend à son chevet. Une amélioration de la santé du roi est ensuite annoncée à Châlons, permettant de préparer des fêtes pour célébrer sa guérison.
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4248
p. 2190-2193
EPITRE A URANIE, Pour le jour de sa Fête.
Début :
Transfuge des bords du Permesse, [...]
Mots clefs :
Loin, Coeur, Uranie, Offrir, Interprète, Bandeau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A URANIE, Pour le jour de sa Fête.
EPITRE A URANIE ,
* Pour le jour de ſa Fête,
T Ransfuge des bords du Permeffe ,
D'une douce & trompeuſe yvreſſe
Je croyois affranchir mes ſens ,
Et dans les bras de la pareſſe
Filer le reſte de mes ans ,
Quand , à ta voix enchantereſſe ,
Je ſens ranimer mes accents.
Tu veux , qu'oubliant ſa promeſſe ,
MaMuſe joigne encor ſes chants
Aux fleurs qu'à t'offrir je m'empreſſe ;
Qu'elle enfante des ſons touchants ,
Des Vers , où brillent la fineſſe ,
L'enjoûment , la délicateſſe
Et des Muſes tous les préfens ,
Et dont ton auſtere ſageſſe
M'ordonne de bannir l'encens.
De la Poëtique harmonie
J'ignore , Divine Uranie ,
Les tons divers , les agrémens ;
J'ignore l'Art , les traits charmans ,
Qu'enfante une aimable manie ,
Quand , fans effort , un beau génie
Sçait
OCTOBRE. 1744. 2191
Sçait être , en ſes amuſemens ,
L'interpréte des ſentimens.
Privé de ces dons , à me taire
Je me condamnois pour toujours ,
Quand d'un filence ſalutaire
Tes Loix interrompent le cours.
Mais quoi ! faudra- t'il que fidelle
A tout ce que tu voudras d'elle ,
Ma Lyre , en ce nouveau début ,
D'une louange méritée
Etpar mon coeur toute dictée ,
Ne puiſſe t'offrir le tribut ?
Que dis-je ? à quoi penſe ma Muſe
Ah ! loin qu'un vain orgueil l'abuſe ,
Qu'elle en arrache le bandeau ;
Ignore-t'elle ſa foibleſſe ,
Et que , pour peindre une Déeſſe ,
Un Mortel n'a point de pinceau ?
Doit-elle faire l'étalage
Des Vertus du plus digne objet ,
Si la beauté de ſon langage
N'égale celle du ſujet ?
Dans l'ardent tranſport , qui l'anime ,
Suivroit-t'elle l'eſpoir ſateur
De pouvoir adopter la rime
Pour l'interpréte de mon coeur ?
Dans l'Art heureux de me connoître ,
Parta ſageſſe retenu ,
De
2192 MERCURE DE FRANCE .
De la vaine ardeur de paroître •
Je ſuis , dès long-tems revenu.
Je me ris de ces Muſes folles
Qui , dans leurs fades hyperboles ,
Ne parlant qu'un même jargon ,
Sans connoître le ton des graces ,
De leur ennui ſément les glaces
Et tiranniſent la Raiſon .
Je les laiſſe dans leurs retraites,
Rimailler toutes leurs fornettes ;
S'applaudir de leur Apollon.
Loin de toute gent ennuieuſe
De très- infipides cauſeurs ,
D'importuns , de bruïands jaſeurs ,
Loin de toute troupe envieuſe
Qui , ſous un voile de douceur ,
Ne m'offre qu'un maſque impoſteur ,
Loin de ces Conciliabules
Où , dans des projets ridicules ,
La calomnie , à l'oeil malin ,
Exhale ſon cruel venin ;
Loin de ceux qui , n'aimant qu'eux-mêmes,
N'ont jamais eû le coeur lié
Par les plaifirs vrais & fuprêmes
Que goûte la tendre Amitié :
Loin , enfin , de ces ames viles ,
Qui , par mille crimes commis ,
S'épuiſent en ſoins inutiles.
Pour
OCTOBRE . 1744. 2193
Pour déſunir de vrais amis ,
Je vais, dans ton charmant azile ,
T'offrir les plus finceres voeux :
Ton Amitié , d'un ſort tranquile
M'y ſçait filer les jours heureux.
Là , de la Raiſon , qui m'éclaire ,
Ton coeur allume le lambeau :
Là, de toute erreur menfongere
Tu ſçais m'arracher le bandeau :
Là , de mon ame , qui t'implore ,
Tes vertus forment les liens ;
Là, dans l'inftant , qui vient d'éclore,
Je vois naître de nouveaux biens.
Régne ſur moi , Belle Uranie ;
Sois mon aftre ; guide ma vie ;
Tandis que mon ſincere coeur ,
Dont la vive & conſtante ardeur
Sera l'éternel appanage ,
A t'aimer , à te rendre hommage,
Mettra ſa gloire & ſon bonheur.
* Pour le jour de ſa Fête,
T Ransfuge des bords du Permeffe ,
D'une douce & trompeuſe yvreſſe
Je croyois affranchir mes ſens ,
Et dans les bras de la pareſſe
Filer le reſte de mes ans ,
Quand , à ta voix enchantereſſe ,
Je ſens ranimer mes accents.
Tu veux , qu'oubliant ſa promeſſe ,
MaMuſe joigne encor ſes chants
Aux fleurs qu'à t'offrir je m'empreſſe ;
Qu'elle enfante des ſons touchants ,
Des Vers , où brillent la fineſſe ,
L'enjoûment , la délicateſſe
Et des Muſes tous les préfens ,
Et dont ton auſtere ſageſſe
M'ordonne de bannir l'encens.
De la Poëtique harmonie
J'ignore , Divine Uranie ,
Les tons divers , les agrémens ;
J'ignore l'Art , les traits charmans ,
Qu'enfante une aimable manie ,
Quand , fans effort , un beau génie
Sçait
OCTOBRE. 1744. 2191
Sçait être , en ſes amuſemens ,
L'interpréte des ſentimens.
Privé de ces dons , à me taire
Je me condamnois pour toujours ,
Quand d'un filence ſalutaire
Tes Loix interrompent le cours.
Mais quoi ! faudra- t'il que fidelle
A tout ce que tu voudras d'elle ,
Ma Lyre , en ce nouveau début ,
D'une louange méritée
Etpar mon coeur toute dictée ,
Ne puiſſe t'offrir le tribut ?
Que dis-je ? à quoi penſe ma Muſe
Ah ! loin qu'un vain orgueil l'abuſe ,
Qu'elle en arrache le bandeau ;
Ignore-t'elle ſa foibleſſe ,
Et que , pour peindre une Déeſſe ,
Un Mortel n'a point de pinceau ?
Doit-elle faire l'étalage
Des Vertus du plus digne objet ,
Si la beauté de ſon langage
N'égale celle du ſujet ?
Dans l'ardent tranſport , qui l'anime ,
Suivroit-t'elle l'eſpoir ſateur
De pouvoir adopter la rime
Pour l'interpréte de mon coeur ?
Dans l'Art heureux de me connoître ,
Parta ſageſſe retenu ,
De
2192 MERCURE DE FRANCE .
De la vaine ardeur de paroître •
Je ſuis , dès long-tems revenu.
Je me ris de ces Muſes folles
Qui , dans leurs fades hyperboles ,
Ne parlant qu'un même jargon ,
Sans connoître le ton des graces ,
De leur ennui ſément les glaces
Et tiranniſent la Raiſon .
Je les laiſſe dans leurs retraites,
Rimailler toutes leurs fornettes ;
S'applaudir de leur Apollon.
Loin de toute gent ennuieuſe
De très- infipides cauſeurs ,
D'importuns , de bruïands jaſeurs ,
Loin de toute troupe envieuſe
Qui , ſous un voile de douceur ,
Ne m'offre qu'un maſque impoſteur ,
Loin de ces Conciliabules
Où , dans des projets ridicules ,
La calomnie , à l'oeil malin ,
Exhale ſon cruel venin ;
Loin de ceux qui , n'aimant qu'eux-mêmes,
N'ont jamais eû le coeur lié
Par les plaifirs vrais & fuprêmes
Que goûte la tendre Amitié :
Loin , enfin , de ces ames viles ,
Qui , par mille crimes commis ,
S'épuiſent en ſoins inutiles.
Pour
OCTOBRE . 1744. 2193
Pour déſunir de vrais amis ,
Je vais, dans ton charmant azile ,
T'offrir les plus finceres voeux :
Ton Amitié , d'un ſort tranquile
M'y ſçait filer les jours heureux.
Là , de la Raiſon , qui m'éclaire ,
Ton coeur allume le lambeau :
Là, de toute erreur menfongere
Tu ſçais m'arracher le bandeau :
Là , de mon ame , qui t'implore ,
Tes vertus forment les liens ;
Là, dans l'inftant , qui vient d'éclore,
Je vois naître de nouveaux biens.
Régne ſur moi , Belle Uranie ;
Sois mon aftre ; guide ma vie ;
Tandis que mon ſincere coeur ,
Dont la vive & conſtante ardeur
Sera l'éternel appanage ,
A t'aimer , à te rendre hommage,
Mettra ſa gloire & ſon bonheur.
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Résumé : EPITRE A URANIE, Pour le jour de sa Fête.
L'épître célèbre la fête d'Uranie. L'auteur, d'abord dans une douce ivresse et paresse, est revigoré par la voix d'Uranie. Il souhaite honorer sa promesse en joignant ses chants aux offrandes dédiées à Uranie, mais reconnaît son ignorance poétique et son manque de génie. Il se demande si sa muse, consciente de ses faiblesses, peut louer dignement Uranie. Critiquant les muses qui abusent des hyperboles et tyrannisent la raison, il se retire des personnes ennuyeuses, envieuses et calomniatrices. Il trouve refuge dans l'amitié sincère et tranquille offerte par Uranie. Il espère que cette amitié guide sa vie et que son cœur, ardent et constant, trouve gloire et bonheur dans l'amour et l'hommage à Uranie.
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4249
p. 2215-2217
LA PUISSANCE DE L'AMOUR, CANTATE.
Début :
Errant dans les Bois & la Plaine, [...]
Mots clefs :
Amour, Trait, Vertu, Raison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA PUISSANCE DE L'AMOUR, CANTATE.
LA PUISSANCE DE L'AMOUR ,
CANTATE.
Errant dans les Bois & laPlaine ,
L'infortuné Lycas , agité , furieux ,
Fuyoit la perfide Climene ,
Las de ſouffrir ſes mépris odieux .
De l'Enfant de Cythere , auteur de ſon ſupplice ,
Il déteftoit ainſi le funefte caprice.
>>>En vain , cruel Amour , la plus rare Beauté
>>Mettroit ſa gloire à me ſéduire ,
•Elle ne pourra plus ravir ma liberté .
>>C'en est fait , pour jamais je quitte ton Empire
>> Lance-moi trait ſur trait; je les braverai tous ;
»Mes yeux s'ouvrent enfin,je ne crains plus te
coups.
»De ta félicité la douceur paſſagere
>>N'eſt qu'une trompeuſe chimére.
Craignons que l'Amour,
Dans ſajuſte colere ,
Ne puniſſe un jour
Un orgueil téméraire.
Modérez , Amans ,
Vos murmures coupables ;
Vos foibles ſermene
?
1216 MERCURE DE FRANCE.
८
Sont- ils inviolables ?
Craignons que l'Amour , &c.
Le Dieu qui regne ſur les coeurs ,
Mépriſa de Lycas les frivoles clameurs ;
Il prend l'effor , & dans ſon vol rapide,
Armé d'une fleche homicide ,
Audacieux , dit-il , toi qui ſur nos Autels
Viens inſulter les Immortels ,
Ce trait lancé dans ma vengeance ,
Va te faire éprouver ma ſuprême puiſſance ;
Auſſi tôt dans ces Lieux
Un ſéduiſant objet ſe préſente à ſes yeux,
La brillante jeuneſſe
: Anime ſes appas ;
Les Amours , la tendreſſe
Accompagnent ſes pas ;
Les Jeux , les Ris , les Graces;
Folâtrent ſur ſes traces ;
Des volages Plaiſirs
La joyeuſe cohorte ,
Soumiſe à ſes déſirs ,
Compoſe ſon eſcorte.
Il s'arréte ... il admire ... & d'une foible main
Ses forces languiſſantes
Laiſſent tomber ſes arines impuiſſantes ;
D'un Dieu vainqueur il cede au pouvoir ſouverain;
Bien-tôt il ſent remaître une flame nouvelle ;
Déja
OCTOBRE.
1744 2217
Dja ſa bleſſure eſt mortelle
Pour triompher des attraits ſi puiſſans ,
Eſt il chés les Humains des efforts ſuffiſans
Peuvent-ils ſetirer du piége qui les bleſſe ?
Ils ne fout que foibleſſe.
Eſt- il dans leur Vertu , leur timide Raiſon ,
Un remede aſſuré pour ce fubtil poifon ?
Près des appas qui les raviſſent ,
Leurs vainsprojets , hélas ! bien-tôt s'évanoüiffent.
C'eſt en vain que nos coeurs
Veulent réſiſter aux douceurs
De tant de charmes ;
Rendons les armes
nos Vainqueurs.
De la Raiſon flambeau qui nous éclaire,
Ton obfcure lumiere
Ne fait qu'égarer ;
Vertu chancelante ,
Peux tu réparer
Sa lueur mourante ?
Invincibles Amours ,
Sous vos coups notre force expire ;
Triomphez , triomphez toujours ;
Soumettez-nous à votre Empire ;
Déja l'encens brûle ſur vos Autels;
Venez ; regnez fur les Mortels.
E. G. **
,
de Senlis.
CANTATE.
Errant dans les Bois & laPlaine ,
L'infortuné Lycas , agité , furieux ,
Fuyoit la perfide Climene ,
Las de ſouffrir ſes mépris odieux .
De l'Enfant de Cythere , auteur de ſon ſupplice ,
Il déteftoit ainſi le funefte caprice.
>>>En vain , cruel Amour , la plus rare Beauté
>>Mettroit ſa gloire à me ſéduire ,
•Elle ne pourra plus ravir ma liberté .
>>C'en est fait , pour jamais je quitte ton Empire
>> Lance-moi trait ſur trait; je les braverai tous ;
»Mes yeux s'ouvrent enfin,je ne crains plus te
coups.
»De ta félicité la douceur paſſagere
>>N'eſt qu'une trompeuſe chimére.
Craignons que l'Amour,
Dans ſajuſte colere ,
Ne puniſſe un jour
Un orgueil téméraire.
Modérez , Amans ,
Vos murmures coupables ;
Vos foibles ſermene
?
1216 MERCURE DE FRANCE.
८
Sont- ils inviolables ?
Craignons que l'Amour , &c.
Le Dieu qui regne ſur les coeurs ,
Mépriſa de Lycas les frivoles clameurs ;
Il prend l'effor , & dans ſon vol rapide,
Armé d'une fleche homicide ,
Audacieux , dit-il , toi qui ſur nos Autels
Viens inſulter les Immortels ,
Ce trait lancé dans ma vengeance ,
Va te faire éprouver ma ſuprême puiſſance ;
Auſſi tôt dans ces Lieux
Un ſéduiſant objet ſe préſente à ſes yeux,
La brillante jeuneſſe
: Anime ſes appas ;
Les Amours , la tendreſſe
Accompagnent ſes pas ;
Les Jeux , les Ris , les Graces;
Folâtrent ſur ſes traces ;
Des volages Plaiſirs
La joyeuſe cohorte ,
Soumiſe à ſes déſirs ,
Compoſe ſon eſcorte.
Il s'arréte ... il admire ... & d'une foible main
Ses forces languiſſantes
Laiſſent tomber ſes arines impuiſſantes ;
D'un Dieu vainqueur il cede au pouvoir ſouverain;
Bien-tôt il ſent remaître une flame nouvelle ;
Déja
OCTOBRE.
1744 2217
Dja ſa bleſſure eſt mortelle
Pour triompher des attraits ſi puiſſans ,
Eſt il chés les Humains des efforts ſuffiſans
Peuvent-ils ſetirer du piége qui les bleſſe ?
Ils ne fout que foibleſſe.
Eſt- il dans leur Vertu , leur timide Raiſon ,
Un remede aſſuré pour ce fubtil poifon ?
Près des appas qui les raviſſent ,
Leurs vainsprojets , hélas ! bien-tôt s'évanoüiffent.
C'eſt en vain que nos coeurs
Veulent réſiſter aux douceurs
De tant de charmes ;
Rendons les armes
nos Vainqueurs.
De la Raiſon flambeau qui nous éclaire,
Ton obfcure lumiere
Ne fait qu'égarer ;
Vertu chancelante ,
Peux tu réparer
Sa lueur mourante ?
Invincibles Amours ,
Sous vos coups notre force expire ;
Triomphez , triomphez toujours ;
Soumettez-nous à votre Empire ;
Déja l'encens brûle ſur vos Autels;
Venez ; regnez fur les Mortels.
E. G. **
,
de Senlis.
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Résumé : LA PUISSANCE DE L'AMOUR, CANTATE.
Le texte 'La Puissance de l'Amour' relate les tourments de Lycas, un homme cherchant à échapper à l'amour après avoir été blessé par les mépris de Climène. Lycas défie l'amour, jurant de ne plus être son esclave. Cependant, le dieu Amour le frappe d'une flèche, le rendant vulnérable. Malgré ses résistances, Lycas est rapidement attiré par une jeune personne charmante entourée de plaisirs et de grâces. Il finit par succomber à l'amour, reconnaissant sa puissance irrésistible. Le texte met en lumière la faiblesse humaine face à l'amour et souligne la vanité des efforts pour lui résister. Il se conclut par l'acceptation de la domination de l'amour, admettant sa victoire inévitable sur les cœurs humains.
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4250
p. 2220-2222
SUR le rétablissement de la santé du ROI.
Début :
OU suis-je ? Quels accords ! Quel éclatant hommage ! [...]
Mots clefs :
Roi, Trône, Seigneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR le rétablissement de la santé du ROI.
SUR le rétabliſſement de la ſanté du Roi ,
Ufuis-je ?Quels accords ! Quel éclatanthom
mage !
De ton amour , Seigneur , o , cent fois l'heureun
gage!
La France , jour & nuit t'imploroit pour ſon Roi ;
Ses ſoupirs , ſes ſanglots , font montés juſqu'à Toi.
Ta clémence a calmé ſa profonde triſteſſe ;
Sespleurs ſont convertis en des chants d'allegreſſe:
Tu nous rends notre Roi. Que la Terre & les Cieux
Exhalent pour ta gloire un Parfum précieux :
Eh ! pourrons nous jamais ,benifiant ta Puiſſance
Egaler au bienfait notre reconnoiſſance ?
Qu'est-ce , hélas ! que le Monde ? Un phantom
trompeur.
La Fortune ? La Vie ? Un fonge , une vapeur ,
Source de vanité , d'erreur & de preſtiges ,
Dont tu ne nous guéris,que quand tu nous affliges
Mais , lorſque ſur les Rois ton bras s'appéſantit ,
Le coup eſt plus bruyant , & tout en rétentit ;
Leur front humilié courbe toutes les têtes ;
Nos cris , nos voeux preſſans , détournent ces tem
pêtes :
La crainte allume en nous une efficace ardeur ;
Le remords prit naiſſance au ſein de la douleur.
Tune rejettes pointune eſpérance ferme ;
OCTOBRE. 1744. 2221
Tamain ouvre la Tombe , & ta main la referme.
Quand d'un ſaint répentir notre coeur eſt brifé ,
Lecourroux,qui t'enflame, eſt bientôt appaiſé.
De mon ame , Grand Dieu , je ne ſuis plus le
maître.
Quel tranſport la ravit ? Que lui fais-tu connoître ?
Comme ces Chérubins , de leurs aîles voilés ,
Elle écoute en tremblant tes Décrets révelés.
Des plus brillans Deſtins naiſſez , Divine Aurore.
France , que de Vertus vont t'illuſtrer encore !
Compagnesde Louis , fi cheres à ſon coeur ,
Elles vont de ſon Trône augmenter la fplendeur :
A leur fublime effor que ce Trône eſt propice !
Elles y trouveront la Bonté , la Juſtice ,
L'inébranlable Foi , la conſtante Amitié ,
La Valeur généreuſe ,& la tendre Pitié,
Qui , pleines d'un beau feu , d'un zéle légitime ,
Couronnent à l'envi ce Héros magnanime ;
Ce Roi , qui pour ſon Peuple affrontant les hazards,
Moiſſonna ſon amour aux pieds de cent Remparts.
Seigneur , ne permets plus que nos Cieux s'obf
curciffent.
Quel effroi nous ſaiſit quand nos Aſtres pâliſſent !
Dure, dure à jamais ce Jour clair & ferein ,
Que fait luire ſur nous ton Pouvoir ſouverain !
Qu'Iſrael ſoittoujours ton plus cherHéritage !
Diij Contre
2222 MERCURE DE FRANCE.
Contre ſes Ennemis fignale ſon courage !
Des cruels Philiſtins rends- le victorieux ,
Et que toujours ſon Roi trouve grace àtes yeux !
M. Tanevot .
Ufuis-je ?Quels accords ! Quel éclatanthom
mage !
De ton amour , Seigneur , o , cent fois l'heureun
gage!
La France , jour & nuit t'imploroit pour ſon Roi ;
Ses ſoupirs , ſes ſanglots , font montés juſqu'à Toi.
Ta clémence a calmé ſa profonde triſteſſe ;
Sespleurs ſont convertis en des chants d'allegreſſe:
Tu nous rends notre Roi. Que la Terre & les Cieux
Exhalent pour ta gloire un Parfum précieux :
Eh ! pourrons nous jamais ,benifiant ta Puiſſance
Egaler au bienfait notre reconnoiſſance ?
Qu'est-ce , hélas ! que le Monde ? Un phantom
trompeur.
La Fortune ? La Vie ? Un fonge , une vapeur ,
Source de vanité , d'erreur & de preſtiges ,
Dont tu ne nous guéris,que quand tu nous affliges
Mais , lorſque ſur les Rois ton bras s'appéſantit ,
Le coup eſt plus bruyant , & tout en rétentit ;
Leur front humilié courbe toutes les têtes ;
Nos cris , nos voeux preſſans , détournent ces tem
pêtes :
La crainte allume en nous une efficace ardeur ;
Le remords prit naiſſance au ſein de la douleur.
Tune rejettes pointune eſpérance ferme ;
OCTOBRE. 1744. 2221
Tamain ouvre la Tombe , & ta main la referme.
Quand d'un ſaint répentir notre coeur eſt brifé ,
Lecourroux,qui t'enflame, eſt bientôt appaiſé.
De mon ame , Grand Dieu , je ne ſuis plus le
maître.
Quel tranſport la ravit ? Que lui fais-tu connoître ?
Comme ces Chérubins , de leurs aîles voilés ,
Elle écoute en tremblant tes Décrets révelés.
Des plus brillans Deſtins naiſſez , Divine Aurore.
France , que de Vertus vont t'illuſtrer encore !
Compagnesde Louis , fi cheres à ſon coeur ,
Elles vont de ſon Trône augmenter la fplendeur :
A leur fublime effor que ce Trône eſt propice !
Elles y trouveront la Bonté , la Juſtice ,
L'inébranlable Foi , la conſtante Amitié ,
La Valeur généreuſe ,& la tendre Pitié,
Qui , pleines d'un beau feu , d'un zéle légitime ,
Couronnent à l'envi ce Héros magnanime ;
Ce Roi , qui pour ſon Peuple affrontant les hazards,
Moiſſonna ſon amour aux pieds de cent Remparts.
Seigneur , ne permets plus que nos Cieux s'obf
curciffent.
Quel effroi nous ſaiſit quand nos Aſtres pâliſſent !
Dure, dure à jamais ce Jour clair & ferein ,
Que fait luire ſur nous ton Pouvoir ſouverain !
Qu'Iſrael ſoittoujours ton plus cherHéritage !
Diij Contre
2222 MERCURE DE FRANCE.
Contre ſes Ennemis fignale ſon courage !
Des cruels Philiſtins rends- le victorieux ,
Et que toujours ſon Roi trouve grace àtes yeux !
M. Tanevot .
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Résumé : SUR le rétablissement de la santé du ROI.
Le texte célèbre la guérison du roi de France et exprime la gratitude envers Dieu pour cette faveur. La nation française, par ses prières et ses larmes, a supplié Dieu pour la santé du roi. La miséricorde divine a transformé la tristesse en joie, permettant au roi de revenir parmi son peuple. Le texte souligne l'inconstance et la vanité du monde, opposées à la constance de Dieu. Il met en lumière l'humilité des rois face à la volonté divine et la reconnaissance du peuple lors des épreuves. Enfin, il formule des vœux pour la prospérité et la protection de la France, invoquant la bénédiction divine sur le roi et son peuple, et priant pour la victoire contre les ennemis.
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