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1751
p. 80-124
A Quebec le 12e. Novembre 1709.
Début :
Il y a déja plusieurs années que je vous envoye une Relation / MONSIEUR, La Description étonnante que vous me faites de l'Hyver [...]
Mots clefs :
Québec, Relation, Hiver, Froid, Nouvelle France, Colonie, Capitaine, Pierriers, New York, Manhate, Espions, Canada, Troupes
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texteReconnaissance textuelle : A Quebec le 12e. Novembre 1709.
Il y a déja plufieurs années
que je vous envoye une Relation de ce qui s'eft paffé en
Canada pendant le cours de
chaque année ; mais quelques
incidens font caufe que je vous
envoye celle que vous allez lire , quelques mois plus tard
quevous n'avez accoûtumé de
la recevoir tous les ans. Elled
vient d'un Officier François quis
eft dans l'Armée Canadienne.
"
GALANTNY 81
$ srpos ench notede af M
A Quebec le 12°. Novembre
299NING 27731709. riba vit
MONSIEUR,
La Defcription étonnante que
vous mefaites de l'Hyver qui a
ravagé l'Europe cette année , m’a
fait faire les reflexions ordinaires
fur le froid que l'on fent en ce
pays - cy. Et effectivement j'ay
admiré plus d'une fois.comment
les racines des Plantes , les Bois,
లో les Animaux, fans parler des
Habitans , refiftoient non-feulement a de tels froids , mais encore
82 MERCURE
à celuy que nous avons éprouvé
icy , vers la fin de l'année 1708 .
peu prés vers le temps que je
finiffois les dernieres Lettres queje
vous ay adreffées ; car il a eftéfi
pénetrant & fi vif, que s'il avoit
continué de la mêmeforce , je crois
quenous aurions tous peri & que
nous ferions tous morts dans les
commencemens d'un Hyverfi affreux. Mais le Seigneur n'a point
permis que nous avons fouffert au
deffus de nos forces.
Ainfi quelque rude qu'ait éfté
Hyver dans vos climats temperez d'ailleurs , il l'a efté incompa
rablement davantage en Canada,
GALANT 83
où la gelée commença vers la fin
de Novembre & perfevera fi
fortement, que dans les derniers
jours de Decembre ( 1708. ) le
Fleuve de S. Laurent , fe trouvaglacéjusqu'à laprofondeur de
dix pieds , & qu'il y avoit déja
quatre pieds de nége fur terre. Je
le repete encore , Monfieur , jepenfe que la Colonie auroit peryſi la
gelée avoit continué de cette violence. Et certes les Anglois fiirritez contre nous auroient eu alors
bon marché du Canada.
Ce froid exceffif nous quitta
fans doute pour vous aller rendre
vifte, puifque vous me marquez
84. MERCURE
que le premierjour de la grande
gelée commença le 6. ou 7. deFanvier de l'année fuivante ( 1709)
ce que je puis vous dire , c'est que
toutes ces horreurs de la nature ,
n'ontpoint efté un obftacle à la terre dela Nouvelle France , de nous
donnerd'affez bonsfruits, &aux
hommes de vivre ; au contraire
nous remarquons que ce froid
tribue à la fanté, & que la nége
qui regnefi longtemps dans l'AmeriqueSeptentrionale , l'engraifmerveilleufement , la moiffon
ayant efté abondante cette année-ci
en bled & enfruits; quoy qu'on
ne féme qu'à lafin d'Avril , le
fe
con-
GALANT 85
blé eft preft à couper au mois
( Je ne commenceray points
Monfieur, les Nouvelles que j'ay
à vous mander de ce pays-cy, par
ce qui s'eft paffé en l'Ile de Terre
Neuve au Fort S. Jean que nous
avons pris aux Anglois , parce
queje connois par vos Lettres que
vous en avez eftéinftruit en France , même d'aſſez bonne heure ;
à quoy je vous prie de faire
attention icy , eft que cette entreprife qui a estéexecutée avecbeaucoupde vigueur où entr'autres,
le fieur de la Ronde , d'une ancien="
ciennefamille de Canada s'eft dif-
86 MERCURE
tingué parfa bravoure intrigue
fort, non - feulement les Anglois
nos voiſins , mais encore ceux que
nous appellons icy les Anglois de
la Vieille- Angleterre, qui au
retour de ce qu'ils poffedent aux
Ifles - Antilles & ailleurs dans
l'Amerique, venoientfe relâcher,
ou radouber en ce Port , qui par
confequent leur eftoit fort commode.
Plufieurs des noftres difent icy
que la prife de ce Pofle & le ravage qu'on afait aux environs ,
va àfix millions. On dit que
Pefche que l'on faifoit proche la
Rade de S.Jean & aux Bancs
la
GALANT 87
voifins , valloit quatre millions de
rente à la Reine Anne. Nous
avons icy le Commandant ( le
Colonel Lloyd ) de ce Fort , prifonnieravecplufieurs Officiers, &
Soldats on Habitans de fon Gouvernement. Ila , àce qu'onpublie
dans Quebec , cent mille livres de
bien, & il veut fe marier icy &
époufer la veuve de Mr de Maricourt mort en 1704. Il eftoit
Capitaine dans cette Colonie &
freredu fameux Mr d'Yberville
qui s'eft fi fort diftingué fur mer
par fa valeur. Un Ecclefiaftique
tres-zelé, du Seminaire de Saint
Sulpice de Ville - Marie en l'Ifle
88 MERCURE
de Montreal, qui fait parfaite
ment l'Anglois , eft defcendu icy
pour travailler à la converfion de
ce Gouverneur Anglois , car
prétend, & il a témoigné librementfon deffein là-deffus , renoncer à la Religion Proteftante &
fe faire Catholique.
L'affaire de l'habitation de S.
Jean en Terre-Neuve futfuivie
d'une autre entrepriſe dans laBaye
d'Hudson , au lieu appellé le petit
Nord.
Mr Capitai- de Mantet
ne dans la Colonie enfut le Chef;
ce fut au mois d'Avril de cette
année 1709. Le Partife trouva
compofé de centhommes tous Ha.
GALANT 89
bitans & mariez pour la pluspart , mais alertes & entrepre P
nans ; Mr de la Nouě Lieutenant commandoit en ſecond ; à ces
deux Officiers s'en joignirent quel.
ques autres Subalternes ; la marche dura un peu plus de deux
mois , au bout duquel temps , nos
gens arrivez au but , déterminerent lejour de l'attaque au fixiémejour de Juillet. On choifit la
nuitpourcela: les Enfans perdus ,
je veux dire ceux qui marcherent
les premiers , donnerent brufquement & tefte baiffée fur un des
Fortsflanqué de quatre Baſtions ,
Février 1710. H
90 MERCURE
munisfelon le rapport de quelquesuns de ceux qui enfont revenus
de foixantepieces de Canon & de
plufieurs Pierriers. Des Boucaniers a qui le gardoient firent une
decharge terrible & du canon &
de leurs longs fufils qui cependant n'empêcha point ces premiers
des noftres , de pouffer leur pointe
avec une ardeur étonnante , de
rompre la paliẞade faite de gros ·
a Gens déterminez, Chaffeurs , propres
à la découverte , foit dans les terres
foit en mer; on pourroit les appeller
Flibuftiers de terre , auffi bien quede
mer. Les Boucaniers vivent fans façon de chair rôtic plus à la fumé
qu'au feu..
GALANT 91
un
pieux de traverſer un foffe
plein d'eau , large de quinzepieds,
qui estoit au de- là ; comme le feu
de l'Ennemy eftoit violent & continuel , & que le canonfaifoit
fracas horrible , & qu'avec cela
le nombre des Soldats oppofez aux
moftres eftoit tout-à-faitfuperieur,
il fallut fe retirer.
Mrde Mantet qui s'eft particulierement fignalé dans cette action , une des plus vives qui fe
foit faite en Amerique , y a efté
tues MrdeMartigny & douze
on quinze Canadiens ont eu le
mêmefort.
Hij
92 MERCURE
Les Anglois de la Vieille er de
la Nouvelle Angleterre ont efté
cette année dans de grands mouvemens pour s'emparer , fuivant
leur deffein , des trois Gouvernemens de la Colonie ; il neferoit
pas facile de vous expliquer combien ilsfe font remuez pour celae
voicy à peu prés la manœuvre
qu'ils ontfaite pourl'execution
ce projet.
uer.comDés que les Anglois de la Nouvelle Angleterre , & furtout ceux
de Bafton qui en eft la Capitale ,
eurentfçu certainement laprife de
leur Habitation du Port S.Jean ,
une des plus confiderables , ſans
GALANT 93
contredit , qu'ils euffent en TerreNeavepour la Pefche & lafureté de leurs Vaiffeaux qui paſſent
ouquireviennent d'Amerique , its
en donnerent avis à la Reine Anne par de petits Baftimens qu'ils
firent partir en diligence ; de forte
que vers la fin de May, un de
nos PartisSauvages ayantpris un
Officier Anglois du cofté de Bafton,
nous apprimes de luy qu'il leur
eftoit arriué des ordres de leur
Reine , par le Capitaine V'éché ,
dont voicy le contenu , autant que
jay pû m'en reſſouvenir: Que
tous les paysde fa domination
voifins de la Nouvelle - Angle-
$
94 MERCURE
terre ; fçavoir b la NouvelleYorck , le New-Jersey , bla
Penſylvanie , Mariland ( qui
veut dire terre de Marie ) la Vir
ginie & la Caroline ( quifemble
eftre une partie de la Floride ) feroient inceffamment proviſion
de vivres & de munitions de
guerre ; Qu'il feroit levé mille
hommes bien équipez & armez , qui fe joindroient à huit
mille Ecoffois prefts à s'embarquer au premier vent favora
ble & former une Efcadre de
dix Vaiffeaux de ligne , fans
Tous ces Pays font entre les 45. & 30.
degrez de Latitude Nord.
GALANT 95
compter les Baftimens de char
ge pour les munitions & les
vivres dont on pouvoit avoir
befoin , & cela pour venir
moüiller devant Bafton à la fin
du mois de Juin. Ces Ecoffois
aidez des Anglois de la Nouvelle
Angleterre devoient , felon leur
intention , affieger Quebec &fe
rendre maiftres detoutes les Coftes
d'en bas , jufqu'à la mer;
pays devoit , dans la pensée de la
Reine, leur demeurer , pour récom
penfe de la dépense & des avan
ces faites par ces Ecoffois les
mêmes ordres de la Reine Anne
marquoient : Que les Habitans
o
7
ce
96 MERCURE
du Gouvernement d'Orange
dans New-Yorck avecceux de
Manhate & les Sauvages leurs
Alliez ou Amis , s'uniroient
enfemble pour faire un Corps
d'Armée de trois mille hommes , qui iroit tomber fur le
Montreal , & feroit ainfi diverfion des forces des François.
d'arMrle Marquis de Vaudreüil,
Gouverneur general de la Nonvelle-France ne faifoit que
river à Ville-Marie , la feule
Ville quifoitdans l'Ile de Montreal éloignée foixante lieues de
Quebec ,lors qu'il apprit les deffeins
GALANT 97
feins des Anglois nos voisins, il
affembla le Confeil de Guerre
pour déliberer fur les mesures
qu'onavoit à prendre , &on fut
d'avis d'aller au devant des Ennemis & de les prévenir. Mr de
Ramezay Gouverneur de Mont
real fut destiné pour né pour commander
les Troupes ou Milices defon Gouvernement , &l'on convint d'y
joindre les Sauvages Iroquois
Algonkins , Abnakis , les autres qui font dans le voisinage.
Tout eftant preft ne vous attendez point icy , Monfieur , à des
Arméesdecent mille hommes comme en Europe , mais à des Partis
Février 1710. I
98 MERCURE.
pluteft qu'à des Armées , proportionnez aux Habitans de ces Regions froides ) la petite Armée , ou
le Partifi vous l'aimez mieux ,
commença à fe mettre en marche
vers le 15. deFuillet, & elle fe
* trouva cftre de treize àquatorze
cens hommes ; compofée des Habitans du Gouvernement de lIfle
de Montreal & de Sauvages de
plufieurs Nations. Onfut juf
qu'au c Lac Champlain , ainfi
eCe Lac s'etend depuis le 44. environ,
jufqu'au 45. degré de latitude Septentrionale. On en diftingue deux à
fes extremitez ; c'eft-à dire au Nord
& au Sud, le Lac de S. François au
Nord, & le Lac, dit du S. Sacrement,
au Sud.
QUA
LYON
GALANT 99
DE
appellé d'un ancien Gour
de Canada de ce nom ; Mrle
Marquis de Vaudreuil qui eft
fage & tres vigilantfaifoit pendantce temps- la fortifier de nouveau Quebec & Ville Marie ,
vulgairement dite Montreal ,
l'Habitation la plus importante
de l'Ifle de ce nom. Les Forts des
environs de l'Ile de Montrealfurent vifitez &reparez où ilfalloit on s'attacha beaucoup à d
celuy de Mrle Baron de Longüeil
Major de Montreal qui eft de
d Le Fort de Longueil eft à peu prés au
Sud de l'Ile de Montreal, fur le bord
du Fleuve S. Laurent.
I ij
100 MERCURE
pierre & un desplus confiderables
dela Colonie; celuy de la Prairie,
dité de la Madeleine , au Sudde
de l'Ifle de Montrealfut auffifortifié de nouveau en même temps
que celuy de e Chambly qui eftoit
Le plus expofe aux infultes de
l'Ennemi ; on en conftruifit un de
pierres à Lorette , Miffionfauvage au Nord de Ville -Marie ,
gouvernée par Mrsde S. Sulpice.
Les Découvreurs marchant devant noftre Arméejufques à trois
ou quatre licuës , rencontrerent un
eCe Fott cft au Nord du Lac Champlain , & à environ dix lieues de la
Rivierb de S. Laurent.
GALANT 101
Parti ennemi au lieu dit la Poinre , fà la chevelure de cent vingt
hommes ou environ ; Mr de Ra
mezay le Commandantfut auſſitoft averti , ilfit rangerfes gens en
ordrede Bataille le fignal donné,
on marcha droit aux Anglois , les
noftres donnerent avec vigueurfur
l'Ennemi en tuerent on firent
Prifonniers une bonne partie
mirent le refte en fuite ; quatre
de nos Sauvages qui s'eftoient un
f Ce lieu est éloigné de Quebec d'environ 6o. lieuës , & il n'eft aing nommé qu'à l'occafion de quelques chevelares levées par des Sauvages; mes
Lettres vous ont déja dit comment
cela fe faifoit.
I iij
102 MERCURE
25.
peu trop avancez ,yfurent tuez.
Les Prifonniers nous apprirent que
les Anglois s'eftoient retranchez à
lieues en deça d'Orange , le
long d'une petite riviere , appellée
la Riviere au Chicot , g qu'ils
faifoient conftruire en cet endroit
de grands Batteaux & des Pirogues &un bon nombre de Canots pour venir ravager le Canada, à lafaveur de la Riviere de
Saint Laurent , dans laquelle ils
feroient entrez par le moyen du
Lac Champlain les Anglois
g
s
Du cofté du Lac du S. Sacrement &
vers l'entrie du Lac Champlain, dans
le voisinage de la Nouvelle- Angleterre & de New-Yorck.
GALANT 103.
avoient en effet élevé trois Forts
avec de gros & grands pieux de
bois de cedre blanc qui eft commun
dans l'Amerique Septentrionale,
dans l'un defquels on diſoit qu'ily
avoit fix ou buitpieces de canon ,
des bombes , quantitédegrenades ,
environ quinze ou dix - huit
cens hommespour les garder.
Sur le rapport de ces Prifonniers Anglois , Mr de Ramezay
affembla tous les Officiers de fa
petite Armée, le Confeil trouvantque ceferoit , cefemble , une
temerité quede s'expofer en avançant contre des Ennemis & plus
nombreux, avec cela tres - bien
I iiij)
104 MERCURE
retranchez , on prit le parti de les
attendre de pied ferme , s'ils en
vouloient venir aux mains ; cer
pendant les Efpions des Anglois
ayant rapporté àleur Camp que
noftre Armée eftoitformidable
que le Lac Champlain eftoit tout
couvert de canots , l'allarme fe mit
parmi eux , & aucun des- leurs
neparoiffant , aprésplufieursjours
d'attente , le Chefdu Parti Canadien confiderant que la recolte
dans l'Ile de Montreal & aux
contrées adjacentespreffait, &mêmé qu'elle eftoit déja commencées
renvoya la Milice & les Habitans de Montreal & des Coftes
+
GALANT 105
cela n'empêchapoint qu'on ne laiffaft des Découvreurs aux environs du Pofte que l'on quittoit ,
c'eft à dire vers les Lacs S. François , de Champlain & du S. Sacrement , celuy - cy cftant le plus.
proche des Ennemis , pour avertir
de tout en cas de befoin. La moiffonfefit pendant ce temps- là &a
efté abondante , non-feulement en
blé , mais encore en legumes & en
fruits tels qu'on les peut conferver
en Canada.
On ramaffoittranquilement les
biens que le Ciel nous avoit don
nez de fa main toute liberale , lors
que vers le 15.du mois de Septem-
106 MERCURE
bre tout à coup un Sauvage qui
avoitdefertédu Camp des ennemis».
vintdire au Montreal queles En
nemis eftoient enmarche du cofté du
LacChamplain. MrdeRamezay
envoya en diligence ce Sauvage à
Mr le Marquis de Vaudreuil
qui eftoit defcendu à Quebecpour .
j bien recevoir les Ennemis , qui
felon le bruit qui couroit, prétendoient l'affieger avec des forces
nombreuſes &par mer &parterre. Les Officiers s'eftant affemblez
chez Mrle Gouverneur general ,
onconclutque le Montrealfe trouvant endanger, ilfalloit lefecou
courir, les Découvreurs que Mr
GALANY 107.
deVaudreuilavoit envoyez àplus
de foixante lieuës au - deffous de
Quebec , ne voyant rien fur le
Fleuve nyfur les Coftes ; l'ordre
ayant donc efté donnépour monter
le Fleuve de S. Laurent , il fe
trouva mille hommes du Gouver
ment de Quebec , preſts à marchers
Mr le Marquis deVaudreuil General de toute la Colonie , fe mit
à la tefte & fut droit au Fort
Chambly, vers l'entrée du Lac
Champlain tous les Sauvages
d'enbas premierement ceux des
environs de Quebec & des trois
Rivieres , fejoignirent à la Milice de la Cpitaledu Canada. Ace
108 MERCURE
Corps de Troupes fe joignit celuy
du Gouverneur de Montreal Mr
de Ramezay , ce qui forma une
Armée d'environ trois mille hom
mes. Le lieu du Campfut affigné
auLac & Fort de Chambly affez
prés du LacS. François quife communique à celuy de Champlain
mais comme aprés trois semaines
ou environ , l'Ennemi ne faifoir
aucun mouvement , on commença
à fe défier du Sauvage deferteur
de fon rapport: ce futen cette
fituation que Mr le Gouverneur
general reçut avis de Quebec , au
commencement d'Octobre , que la
Bellone Fregatte Françoise venois
GALANT 109
"de mouiller devant cette Ville , &
que l'Efcadre Ecoffoife deftinée
pourfaire le Siege de la Capitale
du Canada & favorifer l'attaque
des Anglois par en haut , c'est- àdire du cofté de Montreal , avoit
eu ordre de la Reine Anne de faire
voile vers le Portugal , à caufe
que MrleMarquis de Bay Commandant en Eftramadoure pour
PhilippeV. Roy d'Espagne, avoit
battue défait les Portugais &
les Anglois leurs Alliez. Mr le
General les Officiers de l'Armée Canadiennejugeantdoncqu'il
n'y avoit plus rien à craindre , la
faifon d'ailleurs eftant fort avan
براج
110 MERCURE
cée , on congedia la plupart des
Troupes. Neanmoins MrdeVaudreüil permit à Mr de Montigny
Capitaine tres-brave defaperfonne , que vous avez pu voir à la
Courily a quelques années , accompagné d'un ChefdesSauvages de la nation des Abnakis , de
fe mettre à la tefte d'un petit Parti, compofé de Canadiens experimentez &de Sauvages aguèrris,
pour tacher defaire quelques Prifonniers. Quelques- uns de ce petit
Parti , s'avancerent fi prés des
Forts des Anglois , qu'ils en fçûrent aisément & le nombre
forme. Fuſques à prefent , nous
la
*
GALANT III
n'avons perdu aucun des noftres ,
fice n'eft quatre Sauvages qui s'étoient engagez trop avant , dans
-le combat fous Mrde Ramezay.
Les Ennemis, fi on en croit un
Anglois amené depuis peu par un
Sauvage Abnaki , appellé Carnaret , efperent executer l'année
prochaine ce qu'ils n'ont pas fait
・
celle-cy.
La conclufion de toute la manœuvre des Anglois nos voisins &
de tout ce qu'avoit projetté leur
Reine , eft qu'il leur en coûte environfix millionspour le tout. On
compte cinq millions cinq ou fix
recent mille livres pour la Flotte
112 MERCURE
d'Ecoffe , fur lefquels cinq mil
lions , la Reine avoit fourni la
fomme de cinq ou fix cens mille
Livres , pour encourager les Ecoffois à fe rendre maiftres de toute
la Nouvelle- France , &environ
un million , tant au Baftonnois
qu'à ceuxde la Ménade on Manhate e d'Orange à qui la Reine
Anne donnoit en recompenfe tout
le Pays de Canada qui eft depuis
l'Ile de Montreal jufqu'à Quebec.
Lefuccés n'ayant point répondu à l'atente des Peuples de la
Nouvelle- Angleterre , de NewYork , & autres Pays fujets àla
CALANT 113
Reine Anne en Amerique , fur
lefquels on avoit levé de rudes
impôts & tiré d'exceffives contributions , ils commencent déja à
temoigner hautement leur mécontentementfur tout contre Pitref
culle , Major d'Orange , le principalboute-feu de la Guerre alumée contre nous qui jufqu'à .
prefent les à leurré de vaines
promeffes , leur faifant entendre
qu'il attireroit dans le parti de
l'Angleterre toutes les Nations
Iroquoifes par de magnifiques &
de riches prefens ; fur de fi belles
paroles les Habitans d'Orange,
d'Efope , & de Corlard , abanFévrier 1710.
K
114 MERCURE
#
donent leurs habitations &leurs
biens , courent aux armes.
Ceux de Manhate qui eft da
principale Place de la NouvelleYork , avec leur Gouverneur fe
·laiffent auffi éblouir par les difcours qu'on a foinde femer parmy.
eux , les Habitans de Bafton les
entrainent comme , malgré eux
dans cet expedition ; ils fe mettent
en marche , charient quantité
de provifions de bouche , bâtiffent
des Forts , pour leur fervir de
refuge en cas de défavantage , ils
fontde grandes dépenfes pour des
Convoys & des Munitons prodigieufes en Bombes , Canons ,
GALANT
Grenades , Pierriers . Toutes
ces démarches fembloient devoir
porter la terrear non feulement à
ta nouvelle France ; mais encore à
toute l'Amerique Septentrionalle ,
attirer tous les Sauvages dans
leur parti , neanmoins les Iroquois les plus aguerris d'entr'eux
nebranlentpoint , & les Sonontboüans demeurent neutres. Les
François loin de craindre les Anglois , vont au - devant d'eux ,
battent un de leur parti , font des
Prifonniers & les provoquent
de nouveau au Combat fans que
ces mêmes François ayant perdu
ancun des leurs. Tout nouvelleKij
116 MERCURE
ment nous venons de leur prendre
un Lieutenant qu'on a amené icy
Prifonnier. Une Flutte GardeCôtede Baftonavoit eſtépriſe par
nos gens avec buit Barques chargées de munitions qui alloient audevant de la Flote d'Ecoffe , qui
avoit ordre de la Reine Anne de
Se rendre maistre du Canada.
Ajoutez à cela tous nos petits
partis , difperfez çà , & là, qui
nous ont aporté plufieurs cheve
lures d'Anglois , ce qui a furieufement inquieté nos Ennemis
comptant laplupartdes Sauvages
dans leur parti,
pran
Nous avons vu icy au mois
GALANT 117
de Juillet un Phénomene qui a
fait parler diferemment bien des
fortes de ge
moyenne région de l'Air & avoit
à peu prés le difque apparent de
la Lune. Il yen eut à qui ilne
Sembla eftre qu'à la hauteur des
Arbres àdeuxcents pas d'eux,
tout Montreal l'a vu auffi- bien
que Quebec. Comme tout eft extrême en ce Pays- cy, & quepar
opofition au grandfroid , ilyfait
une chaleur exceffive en Esté
cette exhalaifon s'eft aparamment
formée d'une matiere déja toute
prefte:mais laiffons à Meffieurs
les Philofophes deviner ces effets
gens. Il parut dans la
118 MERCURE
de la nature , racontons quel
que chose qui vous touchera
peut- êtredavantage.
Les Iroquois quoyque battus
deux ou troisfois parles Outaouacs
depuis la Paix , n'ont pas encore remué , quoyque dans l'ame ,
ils ayent , à ce que quelques gens
croyent , bien envie defe vanger.
Les Aniés une des cinq Nations ,
la bonne amie des Anglois la
plus voifine de New York
incitez par nos Ennemis ,fe font
hazardez de venir , par une
lâchefurprife , lever la chevelure
à trois on quatre de nos Iroquois,
du Sant Saint Louis , à une lieuë
GALANT 119
&demie du Montreal,
Nous ménageons les Sauvages & ce n'eft pas peu de les
conferver dans la neutralité
contre lesfollicitations importunes
tres artificieufes de PeterSchuyler , vulgairement appellé
Pitre-Schulle , Major d'Elbanie où Orange en New York, fin
Renard , quipar des prefens réïterez e des difcours adroits
tâche de les metre ( au moins quelques Nations ) dans le parti des
Anglois. Mr de Jonquiere
réuffi merveilleufement auprés des
Sononthouans des Goyogouens
durant plufieurs années qu'il
120 MERCURE
efté auprés d'eux , pour les tenir
affectionnez à la Colonie , ce qui
luy a fait effuyer bien des fatigues. Mr le Baron de Longüeil
Major de Montreal , cheri de
pere en fils de ces Nations , eft allé
chez eux en Ambaffade pour Ne
gotier au moins une neutralité qui
foit ferme & pour les tenir en
refpect. La Nation des Sononthoüans femble être toute entiere.
pournous , & celle des Goyogoüins
enpartie ; ceux - cy quoyque gouvernezpar les premiers , je veux
dire par les Sononthoüans , une
des cinq Nations laplus nombreuSe,font partagez ce qu'ily a
de
GALANT 121
les
de remarquable c'est que les Iro
quois appellent les François ( en
la perfonne de leur Gouverneur
General ) leur Pere , & que
Anglois ne font confiderez chez
eux (fi peut-être on n'en excepte
les Aniez qui depuis du temps
paroiffent leurs grands amis ) que
comme leur Frere.
Voicy les morts les plus confiderables dans la Colonie , de cette
année. Mrle Marquis de Chryfaphi Gouverneur de la Ville des
Trois Rivieres , je ne vous apren
dray point icy , comme une chofe
nouvelle que cette Place eft égale
ment éloignée de Quebec , & de
Février 1710. L
122 MERCURE
Montreal , c'est ce que vous avez
pú connoître par mes precedentes
auffi-bien que beaucoup d'autres
éclairciffemens ou explications
que je ne repeteray pas dans cette
Lettre- ci, depeurde vous ennuyer.
Nous avons auffiperdu Mr de
Linetot MajordesTrois Rivieres.
Mrde Lorimier Capitaine. Mr
de Lor Biniere Doyen des Confeillers du Confeil Souverain de
Quebec un Chanoine de la
Cathedrale , ( Mr Petit ) jou
bliois le Pere ChauffetierJefuite ,
ce bon Pere-ci prétendoit il y a
quelques années avoir trouvé
le fecret de faire du pain avec
د
*
GALANT 123
certaine racine , qui auroit pû
fupléer au pain ordinaire dans un
befoin.
Je finis ma Lettre , que vous
recevez par la Bellone , petite
Fregate defeize Canons , en vous
marquant les perfonnes les plus
confiderables quipaffent en France dans ce Vaiffeau. Me la
Marquife de Vaudreuil femme
de Mrle Gouverneur General ,
s'y embarqua avec Me du Mefnil femme du Major des Troupes
de la Colonie. Mrle Vallet Chanoine de cette Ville & Secretaire
de Monfeigneurde Saint Vallier
noftre Evêque , Mr le Vaſſeur
Lij
124 MERCURE
Ingenieur envoyépar le Roy , c.
C'est avec les mêmes fentimens d'eftime & de wespect que
j'auray toujours pour vous , que
je fuis tres-parfaitement.
·
MONSIEUR,
Voftre tres- humble tresobéiffant ferviteur,
N.D.D
que je vous envoye une Relation de ce qui s'eft paffé en
Canada pendant le cours de
chaque année ; mais quelques
incidens font caufe que je vous
envoye celle que vous allez lire , quelques mois plus tard
quevous n'avez accoûtumé de
la recevoir tous les ans. Elled
vient d'un Officier François quis
eft dans l'Armée Canadienne.
"
GALANTNY 81
$ srpos ench notede af M
A Quebec le 12°. Novembre
299NING 27731709. riba vit
MONSIEUR,
La Defcription étonnante que
vous mefaites de l'Hyver qui a
ravagé l'Europe cette année , m’a
fait faire les reflexions ordinaires
fur le froid que l'on fent en ce
pays - cy. Et effectivement j'ay
admiré plus d'une fois.comment
les racines des Plantes , les Bois,
లో les Animaux, fans parler des
Habitans , refiftoient non-feulement a de tels froids , mais encore
82 MERCURE
à celuy que nous avons éprouvé
icy , vers la fin de l'année 1708 .
peu prés vers le temps que je
finiffois les dernieres Lettres queje
vous ay adreffées ; car il a eftéfi
pénetrant & fi vif, que s'il avoit
continué de la mêmeforce , je crois
quenous aurions tous peri & que
nous ferions tous morts dans les
commencemens d'un Hyverfi affreux. Mais le Seigneur n'a point
permis que nous avons fouffert au
deffus de nos forces.
Ainfi quelque rude qu'ait éfté
Hyver dans vos climats temperez d'ailleurs , il l'a efté incompa
rablement davantage en Canada,
GALANT 83
où la gelée commença vers la fin
de Novembre & perfevera fi
fortement, que dans les derniers
jours de Decembre ( 1708. ) le
Fleuve de S. Laurent , fe trouvaglacéjusqu'à laprofondeur de
dix pieds , & qu'il y avoit déja
quatre pieds de nége fur terre. Je
le repete encore , Monfieur , jepenfe que la Colonie auroit peryſi la
gelée avoit continué de cette violence. Et certes les Anglois fiirritez contre nous auroient eu alors
bon marché du Canada.
Ce froid exceffif nous quitta
fans doute pour vous aller rendre
vifte, puifque vous me marquez
84. MERCURE
que le premierjour de la grande
gelée commença le 6. ou 7. deFanvier de l'année fuivante ( 1709)
ce que je puis vous dire , c'est que
toutes ces horreurs de la nature ,
n'ontpoint efté un obftacle à la terre dela Nouvelle France , de nous
donnerd'affez bonsfruits, &aux
hommes de vivre ; au contraire
nous remarquons que ce froid
tribue à la fanté, & que la nége
qui regnefi longtemps dans l'AmeriqueSeptentrionale , l'engraifmerveilleufement , la moiffon
ayant efté abondante cette année-ci
en bled & enfruits; quoy qu'on
ne féme qu'à lafin d'Avril , le
fe
con-
GALANT 85
blé eft preft à couper au mois
( Je ne commenceray points
Monfieur, les Nouvelles que j'ay
à vous mander de ce pays-cy, par
ce qui s'eft paffé en l'Ile de Terre
Neuve au Fort S. Jean que nous
avons pris aux Anglois , parce
queje connois par vos Lettres que
vous en avez eftéinftruit en France , même d'aſſez bonne heure ;
à quoy je vous prie de faire
attention icy , eft que cette entreprife qui a estéexecutée avecbeaucoupde vigueur où entr'autres,
le fieur de la Ronde , d'une ancien="
ciennefamille de Canada s'eft dif-
86 MERCURE
tingué parfa bravoure intrigue
fort, non - feulement les Anglois
nos voiſins , mais encore ceux que
nous appellons icy les Anglois de
la Vieille- Angleterre, qui au
retour de ce qu'ils poffedent aux
Ifles - Antilles & ailleurs dans
l'Amerique, venoientfe relâcher,
ou radouber en ce Port , qui par
confequent leur eftoit fort commode.
Plufieurs des noftres difent icy
que la prife de ce Pofle & le ravage qu'on afait aux environs ,
va àfix millions. On dit que
Pefche que l'on faifoit proche la
Rade de S.Jean & aux Bancs
la
GALANT 87
voifins , valloit quatre millions de
rente à la Reine Anne. Nous
avons icy le Commandant ( le
Colonel Lloyd ) de ce Fort , prifonnieravecplufieurs Officiers, &
Soldats on Habitans de fon Gouvernement. Ila , àce qu'onpublie
dans Quebec , cent mille livres de
bien, & il veut fe marier icy &
époufer la veuve de Mr de Maricourt mort en 1704. Il eftoit
Capitaine dans cette Colonie &
freredu fameux Mr d'Yberville
qui s'eft fi fort diftingué fur mer
par fa valeur. Un Ecclefiaftique
tres-zelé, du Seminaire de Saint
Sulpice de Ville - Marie en l'Ifle
88 MERCURE
de Montreal, qui fait parfaite
ment l'Anglois , eft defcendu icy
pour travailler à la converfion de
ce Gouverneur Anglois , car
prétend, & il a témoigné librementfon deffein là-deffus , renoncer à la Religion Proteftante &
fe faire Catholique.
L'affaire de l'habitation de S.
Jean en Terre-Neuve futfuivie
d'une autre entrepriſe dans laBaye
d'Hudson , au lieu appellé le petit
Nord.
Mr Capitai- de Mantet
ne dans la Colonie enfut le Chef;
ce fut au mois d'Avril de cette
année 1709. Le Partife trouva
compofé de centhommes tous Ha.
GALANT 89
bitans & mariez pour la pluspart , mais alertes & entrepre P
nans ; Mr de la Nouě Lieutenant commandoit en ſecond ; à ces
deux Officiers s'en joignirent quel.
ques autres Subalternes ; la marche dura un peu plus de deux
mois , au bout duquel temps , nos
gens arrivez au but , déterminerent lejour de l'attaque au fixiémejour de Juillet. On choifit la
nuitpourcela: les Enfans perdus ,
je veux dire ceux qui marcherent
les premiers , donnerent brufquement & tefte baiffée fur un des
Fortsflanqué de quatre Baſtions ,
Février 1710. H
90 MERCURE
munisfelon le rapport de quelquesuns de ceux qui enfont revenus
de foixantepieces de Canon & de
plufieurs Pierriers. Des Boucaniers a qui le gardoient firent une
decharge terrible & du canon &
de leurs longs fufils qui cependant n'empêcha point ces premiers
des noftres , de pouffer leur pointe
avec une ardeur étonnante , de
rompre la paliẞade faite de gros ·
a Gens déterminez, Chaffeurs , propres
à la découverte , foit dans les terres
foit en mer; on pourroit les appeller
Flibuftiers de terre , auffi bien quede
mer. Les Boucaniers vivent fans façon de chair rôtic plus à la fumé
qu'au feu..
GALANT 91
un
pieux de traverſer un foffe
plein d'eau , large de quinzepieds,
qui estoit au de- là ; comme le feu
de l'Ennemy eftoit violent & continuel , & que le canonfaifoit
fracas horrible , & qu'avec cela
le nombre des Soldats oppofez aux
moftres eftoit tout-à-faitfuperieur,
il fallut fe retirer.
Mrde Mantet qui s'eft particulierement fignalé dans cette action , une des plus vives qui fe
foit faite en Amerique , y a efté
tues MrdeMartigny & douze
on quinze Canadiens ont eu le
mêmefort.
Hij
92 MERCURE
Les Anglois de la Vieille er de
la Nouvelle Angleterre ont efté
cette année dans de grands mouvemens pour s'emparer , fuivant
leur deffein , des trois Gouvernemens de la Colonie ; il neferoit
pas facile de vous expliquer combien ilsfe font remuez pour celae
voicy à peu prés la manœuvre
qu'ils ontfaite pourl'execution
ce projet.
uer.comDés que les Anglois de la Nouvelle Angleterre , & furtout ceux
de Bafton qui en eft la Capitale ,
eurentfçu certainement laprife de
leur Habitation du Port S.Jean ,
une des plus confiderables , ſans
GALANT 93
contredit , qu'ils euffent en TerreNeavepour la Pefche & lafureté de leurs Vaiffeaux qui paſſent
ouquireviennent d'Amerique , its
en donnerent avis à la Reine Anne par de petits Baftimens qu'ils
firent partir en diligence ; de forte
que vers la fin de May, un de
nos PartisSauvages ayantpris un
Officier Anglois du cofté de Bafton,
nous apprimes de luy qu'il leur
eftoit arriué des ordres de leur
Reine , par le Capitaine V'éché ,
dont voicy le contenu , autant que
jay pû m'en reſſouvenir: Que
tous les paysde fa domination
voifins de la Nouvelle - Angle-
$
94 MERCURE
terre ; fçavoir b la NouvelleYorck , le New-Jersey , bla
Penſylvanie , Mariland ( qui
veut dire terre de Marie ) la Vir
ginie & la Caroline ( quifemble
eftre une partie de la Floride ) feroient inceffamment proviſion
de vivres & de munitions de
guerre ; Qu'il feroit levé mille
hommes bien équipez & armez , qui fe joindroient à huit
mille Ecoffois prefts à s'embarquer au premier vent favora
ble & former une Efcadre de
dix Vaiffeaux de ligne , fans
Tous ces Pays font entre les 45. & 30.
degrez de Latitude Nord.
GALANT 95
compter les Baftimens de char
ge pour les munitions & les
vivres dont on pouvoit avoir
befoin , & cela pour venir
moüiller devant Bafton à la fin
du mois de Juin. Ces Ecoffois
aidez des Anglois de la Nouvelle
Angleterre devoient , felon leur
intention , affieger Quebec &fe
rendre maiftres detoutes les Coftes
d'en bas , jufqu'à la mer;
pays devoit , dans la pensée de la
Reine, leur demeurer , pour récom
penfe de la dépense & des avan
ces faites par ces Ecoffois les
mêmes ordres de la Reine Anne
marquoient : Que les Habitans
o
7
ce
96 MERCURE
du Gouvernement d'Orange
dans New-Yorck avecceux de
Manhate & les Sauvages leurs
Alliez ou Amis , s'uniroient
enfemble pour faire un Corps
d'Armée de trois mille hommes , qui iroit tomber fur le
Montreal , & feroit ainfi diverfion des forces des François.
d'arMrle Marquis de Vaudreüil,
Gouverneur general de la Nonvelle-France ne faifoit que
river à Ville-Marie , la feule
Ville quifoitdans l'Ile de Montreal éloignée foixante lieues de
Quebec ,lors qu'il apprit les deffeins
GALANT 97
feins des Anglois nos voisins, il
affembla le Confeil de Guerre
pour déliberer fur les mesures
qu'onavoit à prendre , &on fut
d'avis d'aller au devant des Ennemis & de les prévenir. Mr de
Ramezay Gouverneur de Mont
real fut destiné pour né pour commander
les Troupes ou Milices defon Gouvernement , &l'on convint d'y
joindre les Sauvages Iroquois
Algonkins , Abnakis , les autres qui font dans le voisinage.
Tout eftant preft ne vous attendez point icy , Monfieur , à des
Arméesdecent mille hommes comme en Europe , mais à des Partis
Février 1710. I
98 MERCURE.
pluteft qu'à des Armées , proportionnez aux Habitans de ces Regions froides ) la petite Armée , ou
le Partifi vous l'aimez mieux ,
commença à fe mettre en marche
vers le 15. deFuillet, & elle fe
* trouva cftre de treize àquatorze
cens hommes ; compofée des Habitans du Gouvernement de lIfle
de Montreal & de Sauvages de
plufieurs Nations. Onfut juf
qu'au c Lac Champlain , ainfi
eCe Lac s'etend depuis le 44. environ,
jufqu'au 45. degré de latitude Septentrionale. On en diftingue deux à
fes extremitez ; c'eft-à dire au Nord
& au Sud, le Lac de S. François au
Nord, & le Lac, dit du S. Sacrement,
au Sud.
QUA
LYON
GALANT 99
DE
appellé d'un ancien Gour
de Canada de ce nom ; Mrle
Marquis de Vaudreuil qui eft
fage & tres vigilantfaifoit pendantce temps- la fortifier de nouveau Quebec & Ville Marie ,
vulgairement dite Montreal ,
l'Habitation la plus importante
de l'Ifle de ce nom. Les Forts des
environs de l'Ile de Montrealfurent vifitez &reparez où ilfalloit on s'attacha beaucoup à d
celuy de Mrle Baron de Longüeil
Major de Montreal qui eft de
d Le Fort de Longueil eft à peu prés au
Sud de l'Ile de Montreal, fur le bord
du Fleuve S. Laurent.
I ij
100 MERCURE
pierre & un desplus confiderables
dela Colonie; celuy de la Prairie,
dité de la Madeleine , au Sudde
de l'Ifle de Montrealfut auffifortifié de nouveau en même temps
que celuy de e Chambly qui eftoit
Le plus expofe aux infultes de
l'Ennemi ; on en conftruifit un de
pierres à Lorette , Miffionfauvage au Nord de Ville -Marie ,
gouvernée par Mrsde S. Sulpice.
Les Découvreurs marchant devant noftre Arméejufques à trois
ou quatre licuës , rencontrerent un
eCe Fott cft au Nord du Lac Champlain , & à environ dix lieues de la
Rivierb de S. Laurent.
GALANT 101
Parti ennemi au lieu dit la Poinre , fà la chevelure de cent vingt
hommes ou environ ; Mr de Ra
mezay le Commandantfut auſſitoft averti , ilfit rangerfes gens en
ordrede Bataille le fignal donné,
on marcha droit aux Anglois , les
noftres donnerent avec vigueurfur
l'Ennemi en tuerent on firent
Prifonniers une bonne partie
mirent le refte en fuite ; quatre
de nos Sauvages qui s'eftoient un
f Ce lieu est éloigné de Quebec d'environ 6o. lieuës , & il n'eft aing nommé qu'à l'occafion de quelques chevelares levées par des Sauvages; mes
Lettres vous ont déja dit comment
cela fe faifoit.
I iij
102 MERCURE
25.
peu trop avancez ,yfurent tuez.
Les Prifonniers nous apprirent que
les Anglois s'eftoient retranchez à
lieues en deça d'Orange , le
long d'une petite riviere , appellée
la Riviere au Chicot , g qu'ils
faifoient conftruire en cet endroit
de grands Batteaux & des Pirogues &un bon nombre de Canots pour venir ravager le Canada, à lafaveur de la Riviere de
Saint Laurent , dans laquelle ils
feroient entrez par le moyen du
Lac Champlain les Anglois
g
s
Du cofté du Lac du S. Sacrement &
vers l'entrie du Lac Champlain, dans
le voisinage de la Nouvelle- Angleterre & de New-Yorck.
GALANT 103.
avoient en effet élevé trois Forts
avec de gros & grands pieux de
bois de cedre blanc qui eft commun
dans l'Amerique Septentrionale,
dans l'un defquels on diſoit qu'ily
avoit fix ou buitpieces de canon ,
des bombes , quantitédegrenades ,
environ quinze ou dix - huit
cens hommespour les garder.
Sur le rapport de ces Prifonniers Anglois , Mr de Ramezay
affembla tous les Officiers de fa
petite Armée, le Confeil trouvantque ceferoit , cefemble , une
temerité quede s'expofer en avançant contre des Ennemis & plus
nombreux, avec cela tres - bien
I iiij)
104 MERCURE
retranchez , on prit le parti de les
attendre de pied ferme , s'ils en
vouloient venir aux mains ; cer
pendant les Efpions des Anglois
ayant rapporté àleur Camp que
noftre Armée eftoitformidable
que le Lac Champlain eftoit tout
couvert de canots , l'allarme fe mit
parmi eux , & aucun des- leurs
neparoiffant , aprésplufieursjours
d'attente , le Chefdu Parti Canadien confiderant que la recolte
dans l'Ile de Montreal & aux
contrées adjacentespreffait, &mêmé qu'elle eftoit déja commencées
renvoya la Milice & les Habitans de Montreal & des Coftes
+
GALANT 105
cela n'empêchapoint qu'on ne laiffaft des Découvreurs aux environs du Pofte que l'on quittoit ,
c'eft à dire vers les Lacs S. François , de Champlain & du S. Sacrement , celuy - cy cftant le plus.
proche des Ennemis , pour avertir
de tout en cas de befoin. La moiffonfefit pendant ce temps- là &a
efté abondante , non-feulement en
blé , mais encore en legumes & en
fruits tels qu'on les peut conferver
en Canada.
On ramaffoittranquilement les
biens que le Ciel nous avoit don
nez de fa main toute liberale , lors
que vers le 15.du mois de Septem-
106 MERCURE
bre tout à coup un Sauvage qui
avoitdefertédu Camp des ennemis».
vintdire au Montreal queles En
nemis eftoient enmarche du cofté du
LacChamplain. MrdeRamezay
envoya en diligence ce Sauvage à
Mr le Marquis de Vaudreuil
qui eftoit defcendu à Quebecpour .
j bien recevoir les Ennemis , qui
felon le bruit qui couroit, prétendoient l'affieger avec des forces
nombreuſes &par mer &parterre. Les Officiers s'eftant affemblez
chez Mrle Gouverneur general ,
onconclutque le Montrealfe trouvant endanger, ilfalloit lefecou
courir, les Découvreurs que Mr
GALANY 107.
deVaudreuilavoit envoyez àplus
de foixante lieuës au - deffous de
Quebec , ne voyant rien fur le
Fleuve nyfur les Coftes ; l'ordre
ayant donc efté donnépour monter
le Fleuve de S. Laurent , il fe
trouva mille hommes du Gouver
ment de Quebec , preſts à marchers
Mr le Marquis deVaudreuil General de toute la Colonie , fe mit
à la tefte & fut droit au Fort
Chambly, vers l'entrée du Lac
Champlain tous les Sauvages
d'enbas premierement ceux des
environs de Quebec & des trois
Rivieres , fejoignirent à la Milice de la Cpitaledu Canada. Ace
108 MERCURE
Corps de Troupes fe joignit celuy
du Gouverneur de Montreal Mr
de Ramezay , ce qui forma une
Armée d'environ trois mille hom
mes. Le lieu du Campfut affigné
auLac & Fort de Chambly affez
prés du LacS. François quife communique à celuy de Champlain
mais comme aprés trois semaines
ou environ , l'Ennemi ne faifoir
aucun mouvement , on commença
à fe défier du Sauvage deferteur
de fon rapport: ce futen cette
fituation que Mr le Gouverneur
general reçut avis de Quebec , au
commencement d'Octobre , que la
Bellone Fregatte Françoise venois
GALANT 109
"de mouiller devant cette Ville , &
que l'Efcadre Ecoffoife deftinée
pourfaire le Siege de la Capitale
du Canada & favorifer l'attaque
des Anglois par en haut , c'est- àdire du cofté de Montreal , avoit
eu ordre de la Reine Anne de faire
voile vers le Portugal , à caufe
que MrleMarquis de Bay Commandant en Eftramadoure pour
PhilippeV. Roy d'Espagne, avoit
battue défait les Portugais &
les Anglois leurs Alliez. Mr le
General les Officiers de l'Armée Canadiennejugeantdoncqu'il
n'y avoit plus rien à craindre , la
faifon d'ailleurs eftant fort avan
براج
110 MERCURE
cée , on congedia la plupart des
Troupes. Neanmoins MrdeVaudreüil permit à Mr de Montigny
Capitaine tres-brave defaperfonne , que vous avez pu voir à la
Courily a quelques années , accompagné d'un ChefdesSauvages de la nation des Abnakis , de
fe mettre à la tefte d'un petit Parti, compofé de Canadiens experimentez &de Sauvages aguèrris,
pour tacher defaire quelques Prifonniers. Quelques- uns de ce petit
Parti , s'avancerent fi prés des
Forts des Anglois , qu'ils en fçûrent aisément & le nombre
forme. Fuſques à prefent , nous
la
*
GALANT III
n'avons perdu aucun des noftres ,
fice n'eft quatre Sauvages qui s'étoient engagez trop avant , dans
-le combat fous Mrde Ramezay.
Les Ennemis, fi on en croit un
Anglois amené depuis peu par un
Sauvage Abnaki , appellé Carnaret , efperent executer l'année
prochaine ce qu'ils n'ont pas fait
・
celle-cy.
La conclufion de toute la manœuvre des Anglois nos voisins &
de tout ce qu'avoit projetté leur
Reine , eft qu'il leur en coûte environfix millionspour le tout. On
compte cinq millions cinq ou fix
recent mille livres pour la Flotte
112 MERCURE
d'Ecoffe , fur lefquels cinq mil
lions , la Reine avoit fourni la
fomme de cinq ou fix cens mille
Livres , pour encourager les Ecoffois à fe rendre maiftres de toute
la Nouvelle- France , &environ
un million , tant au Baftonnois
qu'à ceuxde la Ménade on Manhate e d'Orange à qui la Reine
Anne donnoit en recompenfe tout
le Pays de Canada qui eft depuis
l'Ile de Montreal jufqu'à Quebec.
Lefuccés n'ayant point répondu à l'atente des Peuples de la
Nouvelle- Angleterre , de NewYork , & autres Pays fujets àla
CALANT 113
Reine Anne en Amerique , fur
lefquels on avoit levé de rudes
impôts & tiré d'exceffives contributions , ils commencent déja à
temoigner hautement leur mécontentementfur tout contre Pitref
culle , Major d'Orange , le principalboute-feu de la Guerre alumée contre nous qui jufqu'à .
prefent les à leurré de vaines
promeffes , leur faifant entendre
qu'il attireroit dans le parti de
l'Angleterre toutes les Nations
Iroquoifes par de magnifiques &
de riches prefens ; fur de fi belles
paroles les Habitans d'Orange,
d'Efope , & de Corlard , abanFévrier 1710.
K
114 MERCURE
#
donent leurs habitations &leurs
biens , courent aux armes.
Ceux de Manhate qui eft da
principale Place de la NouvelleYork , avec leur Gouverneur fe
·laiffent auffi éblouir par les difcours qu'on a foinde femer parmy.
eux , les Habitans de Bafton les
entrainent comme , malgré eux
dans cet expedition ; ils fe mettent
en marche , charient quantité
de provifions de bouche , bâtiffent
des Forts , pour leur fervir de
refuge en cas de défavantage , ils
fontde grandes dépenfes pour des
Convoys & des Munitons prodigieufes en Bombes , Canons ,
GALANT
Grenades , Pierriers . Toutes
ces démarches fembloient devoir
porter la terrear non feulement à
ta nouvelle France ; mais encore à
toute l'Amerique Septentrionalle ,
attirer tous les Sauvages dans
leur parti , neanmoins les Iroquois les plus aguerris d'entr'eux
nebranlentpoint , & les Sonontboüans demeurent neutres. Les
François loin de craindre les Anglois , vont au - devant d'eux ,
battent un de leur parti , font des
Prifonniers & les provoquent
de nouveau au Combat fans que
ces mêmes François ayant perdu
ancun des leurs. Tout nouvelleKij
116 MERCURE
ment nous venons de leur prendre
un Lieutenant qu'on a amené icy
Prifonnier. Une Flutte GardeCôtede Baftonavoit eſtépriſe par
nos gens avec buit Barques chargées de munitions qui alloient audevant de la Flote d'Ecoffe , qui
avoit ordre de la Reine Anne de
Se rendre maistre du Canada.
Ajoutez à cela tous nos petits
partis , difperfez çà , & là, qui
nous ont aporté plufieurs cheve
lures d'Anglois , ce qui a furieufement inquieté nos Ennemis
comptant laplupartdes Sauvages
dans leur parti,
pran
Nous avons vu icy au mois
GALANT 117
de Juillet un Phénomene qui a
fait parler diferemment bien des
fortes de ge
moyenne région de l'Air & avoit
à peu prés le difque apparent de
la Lune. Il yen eut à qui ilne
Sembla eftre qu'à la hauteur des
Arbres àdeuxcents pas d'eux,
tout Montreal l'a vu auffi- bien
que Quebec. Comme tout eft extrême en ce Pays- cy, & quepar
opofition au grandfroid , ilyfait
une chaleur exceffive en Esté
cette exhalaifon s'eft aparamment
formée d'une matiere déja toute
prefte:mais laiffons à Meffieurs
les Philofophes deviner ces effets
gens. Il parut dans la
118 MERCURE
de la nature , racontons quel
que chose qui vous touchera
peut- êtredavantage.
Les Iroquois quoyque battus
deux ou troisfois parles Outaouacs
depuis la Paix , n'ont pas encore remué , quoyque dans l'ame ,
ils ayent , à ce que quelques gens
croyent , bien envie defe vanger.
Les Aniés une des cinq Nations ,
la bonne amie des Anglois la
plus voifine de New York
incitez par nos Ennemis ,fe font
hazardez de venir , par une
lâchefurprife , lever la chevelure
à trois on quatre de nos Iroquois,
du Sant Saint Louis , à une lieuë
GALANT 119
&demie du Montreal,
Nous ménageons les Sauvages & ce n'eft pas peu de les
conferver dans la neutralité
contre lesfollicitations importunes
tres artificieufes de PeterSchuyler , vulgairement appellé
Pitre-Schulle , Major d'Elbanie où Orange en New York, fin
Renard , quipar des prefens réïterez e des difcours adroits
tâche de les metre ( au moins quelques Nations ) dans le parti des
Anglois. Mr de Jonquiere
réuffi merveilleufement auprés des
Sononthouans des Goyogouens
durant plufieurs années qu'il
120 MERCURE
efté auprés d'eux , pour les tenir
affectionnez à la Colonie , ce qui
luy a fait effuyer bien des fatigues. Mr le Baron de Longüeil
Major de Montreal , cheri de
pere en fils de ces Nations , eft allé
chez eux en Ambaffade pour Ne
gotier au moins une neutralité qui
foit ferme & pour les tenir en
refpect. La Nation des Sononthoüans femble être toute entiere.
pournous , & celle des Goyogoüins
enpartie ; ceux - cy quoyque gouvernezpar les premiers , je veux
dire par les Sononthoüans , une
des cinq Nations laplus nombreuSe,font partagez ce qu'ily a
de
GALANT 121
les
de remarquable c'est que les Iro
quois appellent les François ( en
la perfonne de leur Gouverneur
General ) leur Pere , & que
Anglois ne font confiderez chez
eux (fi peut-être on n'en excepte
les Aniez qui depuis du temps
paroiffent leurs grands amis ) que
comme leur Frere.
Voicy les morts les plus confiderables dans la Colonie , de cette
année. Mrle Marquis de Chryfaphi Gouverneur de la Ville des
Trois Rivieres , je ne vous apren
dray point icy , comme une chofe
nouvelle que cette Place eft égale
ment éloignée de Quebec , & de
Février 1710. L
122 MERCURE
Montreal , c'est ce que vous avez
pú connoître par mes precedentes
auffi-bien que beaucoup d'autres
éclairciffemens ou explications
que je ne repeteray pas dans cette
Lettre- ci, depeurde vous ennuyer.
Nous avons auffiperdu Mr de
Linetot MajordesTrois Rivieres.
Mrde Lorimier Capitaine. Mr
de Lor Biniere Doyen des Confeillers du Confeil Souverain de
Quebec un Chanoine de la
Cathedrale , ( Mr Petit ) jou
bliois le Pere ChauffetierJefuite ,
ce bon Pere-ci prétendoit il y a
quelques années avoir trouvé
le fecret de faire du pain avec
د
*
GALANT 123
certaine racine , qui auroit pû
fupléer au pain ordinaire dans un
befoin.
Je finis ma Lettre , que vous
recevez par la Bellone , petite
Fregate defeize Canons , en vous
marquant les perfonnes les plus
confiderables quipaffent en France dans ce Vaiffeau. Me la
Marquife de Vaudreuil femme
de Mrle Gouverneur General ,
s'y embarqua avec Me du Mefnil femme du Major des Troupes
de la Colonie. Mrle Vallet Chanoine de cette Ville & Secretaire
de Monfeigneurde Saint Vallier
noftre Evêque , Mr le Vaſſeur
Lij
124 MERCURE
Ingenieur envoyépar le Roy , c.
C'est avec les mêmes fentimens d'eftime & de wespect que
j'auray toujours pour vous , que
je fuis tres-parfaitement.
·
MONSIEUR,
Voftre tres- humble tresobéiffant ferviteur,
N.D.D
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Résumé : A Quebec le 12e. Novembre 1709.
La lettre datée du 12 novembre 1709, rédigée à Québec, relate les événements récents au Canada. Un hiver rigoureux a frappé l'Europe et le Canada, avec des températures extrêmement basses et une épaisse couverture de neige. Cependant, les récoltes ont été abondantes grâce à la neige et à la pluie. Sur le front militaire, les forces françaises ont pris le Fort Saint-Jean à Terre-Neuve, sous le commandement du sieur de la Ronde, infligeant des pertes de six millions de livres aux Anglais. Le colonel Lloyd, commandant anglais, a été capturé. Par ailleurs, une expédition française dirigée par le capitaine de Mantet a conquis un fort dans la baie d'Hudson, s'emparant de soixante pièces de canon et de plusieurs pierriers. Les Anglais de la Vieille et de la Nouvelle-Angleterre se préparent à lancer une offensive contre les trois gouvernements de la colonie française. En réponse, le Marquis de Vaudreuil, gouverneur général de la Nouvelle-France, a renforcé les fortifications de Québec, Montréal et des forts environnants. Une victoire française a été obtenue près de la Pointe-à-la-Chevelure, avec la capture de plusieurs prisonniers. En septembre 1709, une armée de trois mille hommes a été rassemblée au fort Chambly, mais elle a été démobilisée après trois semaines sans signe de mouvement ennemi. Les Français ont réussi à maintenir la neutralité des Iroquois et des Sonontouans grâce à des efforts diplomatiques. En février 1710, plusieurs décès notables ont été signalés, incluant ceux de Monsieur de Linetot, Monsieur de Lorimier, Monsieur de Lor Biniere, Monsieur Petit et le Père Chauffetier. De plus, plusieurs personnalités, parmi lesquelles Madame la Marquise de Vaudreuil, ont quitté la colonie à bord de la frégate 'Bellone'.
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1752
p. 124-129
Changement fait dans la Marine, de laquelle l'Intendance generale est donnée à Mr de Beauharnois, [titre d'après la table]
Début :
Je devois vous avoir envoyé dés le mois dernier l'Article que [...]
Mots clefs :
Intendance Générale, Intendant des Galères, Marine, Navigation
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texteReconnaissance textuelle : Changement fait dans la Marine, de laquelle l'Intendance generale est donnée à Mr de Beauharnois, [titre d'après la table]
Jedevois vous avoir envoyé
dés le mois dernier l'Article que
vous allezlire ; mais je n'eftois
pas encore affez bien informé
de tout ce qui le regarde.
GALANT 125
LeRoya donné l'Intendance Generale de la Marine à Mr
de Beauharnois , qui avoit celle
des Armées Navalles , dont
Sa Majefté a pourveu Mr de
Montmor Maiſtre des Requef
tes & Intendant des Galeres à
Marſeille ; le choix de S. M.
en faveur de ces deux Mrs qui
vous font connus par leurs
fervices , a efté generalement
applaudy dans la Marine, dont
Mr de Beauharnois remplit
aujourd'huy la premiere Intendance & qui l'a toujours
efté par des perfonnes de diftinction , quand la Charge
Liij
126 MERCURE
d'Amiral fut fuprimée par
Louis XIII. & celle de Grand
Maiftre Chef & Surintendant'
de la Navigation & Commerce de France crée en faveur du
Cardinal de Richelieu , qui
le premier commença à former
unCorps confiderable de Marine pour faire connoiſtre fur,
la Mer l'autorité du Royfon
Maiftre ; le Commandeur de
la Porte oncle de ce Cardinal
cut fous ce Miniftre l'Intendance Generale de la Navigation & Commerce de France
avec une Infpection fur les
affaires de la Marine. Le Roy
GALANT 127
ayant en 1681. ordonné que
tous les Matelots du Royaume
fuffent enrôllez & diftribuez.
par claffes , S. M. attribua à
cette Intendance dont fût
pourveu Mr de Bonrepos , qui
depuis a efté Ambaffadeur Extraordinaire en Dannemarck ,
& en Hollande & Plenipotentiaire auprés des Princes d'Allemagne, uneautorité fur tous
les Officiers Mariniers & Matelots des Provinces maritimes.
du Royaume avec pouvoir de
juger en dernier reffort avec le
plus prochain Prefidial , où le
nombre de Graduez porté par
Liiij
128 MERCURE
l'Ordonnance de toutes les
contraventions aux Ordonnances &
Reglemens du Roy
fur l'enrôllement des Matelots
& le fait des Claffes; d'en ordon
ner des fonds , d'en faire rendrecompte aux Commiffaires
de la Marine & aux Claffes &
de tout ce qui regarde leurs
fonctions &
d'avoir entrée
&
fceance dans, les Confeils
qui fe tiennent pour les entreprifes dela Guerre &
pour tout
ce qui concerne l'action des
forces maritimes.
Lorfque Mr
de Beauharnois remercia le
Royde l'avoir nommé à cette
GALANT 129
Intendance , Sa Majesté luy
dit avec l'air de bonté dont
elle accompagne toujours les
graces qu'elle fait qu'Elle eftoit
perfuadée qu'il la rempliroit auffi
dignement qu'il avoit fait les
autres emplois qu'Elle luy avoit
jufqu'à prefent confiez pourfon
Service.
dés le mois dernier l'Article que
vous allezlire ; mais je n'eftois
pas encore affez bien informé
de tout ce qui le regarde.
GALANT 125
LeRoya donné l'Intendance Generale de la Marine à Mr
de Beauharnois , qui avoit celle
des Armées Navalles , dont
Sa Majefté a pourveu Mr de
Montmor Maiſtre des Requef
tes & Intendant des Galeres à
Marſeille ; le choix de S. M.
en faveur de ces deux Mrs qui
vous font connus par leurs
fervices , a efté generalement
applaudy dans la Marine, dont
Mr de Beauharnois remplit
aujourd'huy la premiere Intendance & qui l'a toujours
efté par des perfonnes de diftinction , quand la Charge
Liij
126 MERCURE
d'Amiral fut fuprimée par
Louis XIII. & celle de Grand
Maiftre Chef & Surintendant'
de la Navigation & Commerce de France crée en faveur du
Cardinal de Richelieu , qui
le premier commença à former
unCorps confiderable de Marine pour faire connoiſtre fur,
la Mer l'autorité du Royfon
Maiftre ; le Commandeur de
la Porte oncle de ce Cardinal
cut fous ce Miniftre l'Intendance Generale de la Navigation & Commerce de France
avec une Infpection fur les
affaires de la Marine. Le Roy
GALANT 127
ayant en 1681. ordonné que
tous les Matelots du Royaume
fuffent enrôllez & diftribuez.
par claffes , S. M. attribua à
cette Intendance dont fût
pourveu Mr de Bonrepos , qui
depuis a efté Ambaffadeur Extraordinaire en Dannemarck ,
& en Hollande & Plenipotentiaire auprés des Princes d'Allemagne, uneautorité fur tous
les Officiers Mariniers & Matelots des Provinces maritimes.
du Royaume avec pouvoir de
juger en dernier reffort avec le
plus prochain Prefidial , où le
nombre de Graduez porté par
Liiij
128 MERCURE
l'Ordonnance de toutes les
contraventions aux Ordonnances &
Reglemens du Roy
fur l'enrôllement des Matelots
& le fait des Claffes; d'en ordon
ner des fonds , d'en faire rendrecompte aux Commiffaires
de la Marine & aux Claffes &
de tout ce qui regarde leurs
fonctions &
d'avoir entrée
&
fceance dans, les Confeils
qui fe tiennent pour les entreprifes dela Guerre &
pour tout
ce qui concerne l'action des
forces maritimes.
Lorfque Mr
de Beauharnois remercia le
Royde l'avoir nommé à cette
GALANT 129
Intendance , Sa Majesté luy
dit avec l'air de bonté dont
elle accompagne toujours les
graces qu'elle fait qu'Elle eftoit
perfuadée qu'il la rempliroit auffi
dignement qu'il avoit fait les
autres emplois qu'Elle luy avoit
jufqu'à prefent confiez pourfon
Service.
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Résumé : Changement fait dans la Marine, de laquelle l'Intendance generale est donnée à Mr de Beauharnois, [titre d'après la table]
Le texte évoque les récentes nominations au sein de la Marine française. Monsieur de Beauharnais a été nommé Intendant Général de la Marine, succédant à son rôle précédent aux Armées Navales. Monsieur de Montmor a été désigné Maître des Requêtes et Intendant des Galères à Marseille. Ces nominations ont été favorablement accueillies en raison de la reconnaissance des services de ces individus. Le texte retrace également l'histoire des hautes fonctions de la Marine. Sous Louis XIII, la charge d'Amiral fut abolie et remplacée par celle de Grand Maître et Surintendant de la Navigation et du Commerce de France, attribuée au Cardinal de Richelieu. Ce dernier constitua une marine importante pour renforcer l'autorité royale en mer. Le Commandeur de la Porte, oncle du Cardinal, supervisa l'Intendance Générale de la Navigation et du Commerce, ainsi que les affaires maritimes. En 1681, le Roi institua l'enrôlement et la distribution des matelots par classes. Monsieur de Bonrepos, Intendant, obtint une autorité sur tous les officiers mariniers et matelots des provinces maritimes. Il pouvait juger les infractions aux ordonnances royales, gérer les fonds, et participer aux conseils concernant les opérations militaires et les actions navales. Lors de sa nomination, Monsieur de Beauharnais a exprimé sa gratitude au Roi, qui lui a renouvelé sa confiance.
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1753
p. 129-136
Prises d'Habits, par Mlles de Druy, [titre d'après la table]
Début :
Je vous envoye un Article que je n'ay pû vous envoyer [...]
Mots clefs :
Habit, Chanoinesse, Mlles de Druy
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texteReconnaissance textuelle : Prises d'Habits, par Mlles de Druy, [titre d'après la table]
Je vous envoye un Article
que je n'ay pû vous envoyer
plutoft , parce que je ne viens
que d'eftre informé de ce qui le
regarde.
Le 13. Decembre Miles de
Druy ,prirent l'Habit de Chanoineffes dans l'Abbaye de
130 MERCURE
Poulangy en Champagne ,
Diocefe de Langres. Elles font
filles de feu Mr le Marquis de
Druy, & de Dame Henriette
de Saulx de Tavanes. It eftoit
Major de la Gendarmerie
Charge qu'il avoit plû au Roy
de créer en fa faveur. Il fut tué
à la Bataille de la Marſaille en
Piémont. C'eftoit un homme
d'un merite au- deffus du comfoit pour ce qui regarde mun ,
la Profeffion des Armes , l'ufage du monde & les Sciences.
Le Roy même le traitoit avec
diftinction , & le confideroit
beaucoup. Il eftoit frere de Mr
1
GALANT 131
le Comte de Druy, Leutenant
de la premiere Compagnie des
Gardes du Corps , Lieutenant
general des Armées de Sa Majefté , &Commandant aujour
d'huy les Troupes qui font à
Luxembourg & dans le Pays
de Treves. Je ne vous diray'
rien de la Maifon de ces deux
Chanoineffes qui eft affez connue. LaCeremonic fut faitepar
Mrl'Evêque Duc de Langres ,
&par Me l'Abbeffe , fœur de
Mr le Maréchal de Choifeul.
L'Affemblée fut tres nombreufe & tres illuftre , plufieurs
perfonnes de la Nobleffe de
-
132 MERCURE
IS
Lorraine , de Bourgogne &
de Champagne , s'eftant trouvées à cette Ceremonie , du
nombre defquelles étoient M'S
&Mes de Vaudemont , de Levy , de Pezeux , de Chaſtellux ,
de Rennepont , de Salles , de
Briaille , & de Montendre. Les
perfonnes de la famille de ces
deux jeunes Dames qui y affiffterent , furent M° la Marquife
de Druy leur mere , Mr l'Abbé de Druy Elû des Etats de
Bourgogne , leur oncle , M'le
Comte du Montal frere deleur
mere , Mlle du Montal auffi
fœur uterine , & Mlle de Druy
GALANT 133.
de Courcelle autre fœur. Il y
avoit foixante couverts dans la
grande Salle de l'Abbaye , tant
pour les Dames Chanoineffes ,
que pour toutes les perfonnes
de qualité qui fe trouverent
cette Ceremonie. Toute cette
Illuftre Affemblée alla dans
l'Eglife par ordre. Mr le Comte du Montal donnoit la main
à Mlle de Druy l'aînée , fa
foeur Mr l'Abbé de Druy
leur oncle , la donnoit à la cadette , nominée Mlle de Vitry,
pour la diftinguer de fon aînée.
LeR. P. Gonin Preftre de l'Oratoire & Superieur du Semi-
134 MERCURE
›
naire de Dijon , fit un fort
beau Sermon. Cette Ceremonie fe fait felon l'ancien uſage
de la Maiſon. Les Chanoineffes qui fe font recevoir , quittent les habits du fiecle , &
tefte nuë avec un cierge à la
main, elles viennent demander
de l'eau à M' l'Evêque & àM°
l'Abbeffe , qui eft à coté de ce
Prelat. Onleur couppe unpeu
de cheveux, & enfuite on les
coëffe comme les autres Dames , à la referve que le petit
voile nommé le Mari , eft
blanc. Mr de Langres leur fit
une Exhortation des plus élo-
*
GALANT 135
quentes. Ces jeunes Demoifelfelles fe firent admirer par leur
modeftie & par leur bonne grace. Elles font belles & ont beaucoup d'efprit. Elles ont eſté
bien élevées foit chez M° leur
mere , foir dans la celebre Abbaye de Farmoutier.
On nereçoit dans l'Abbaye
de Poulangy que des Filles de
qualité ; elles font des vœux
commé les autres Religieufes ;
elles font habillées de nair , &
elles ont chacune leur Prebende , & leurs appartemens feparez dans l'enceinte de la Maifon qui eft affez connuë par la
136 MERCURE
quantité de Filles de diſtinction
qu'elle renferme & par ſon antiquité , & plus encore par la
fageffe.
que je n'ay pû vous envoyer
plutoft , parce que je ne viens
que d'eftre informé de ce qui le
regarde.
Le 13. Decembre Miles de
Druy ,prirent l'Habit de Chanoineffes dans l'Abbaye de
130 MERCURE
Poulangy en Champagne ,
Diocefe de Langres. Elles font
filles de feu Mr le Marquis de
Druy, & de Dame Henriette
de Saulx de Tavanes. It eftoit
Major de la Gendarmerie
Charge qu'il avoit plû au Roy
de créer en fa faveur. Il fut tué
à la Bataille de la Marſaille en
Piémont. C'eftoit un homme
d'un merite au- deffus du comfoit pour ce qui regarde mun ,
la Profeffion des Armes , l'ufage du monde & les Sciences.
Le Roy même le traitoit avec
diftinction , & le confideroit
beaucoup. Il eftoit frere de Mr
1
GALANT 131
le Comte de Druy, Leutenant
de la premiere Compagnie des
Gardes du Corps , Lieutenant
general des Armées de Sa Majefté , &Commandant aujour
d'huy les Troupes qui font à
Luxembourg & dans le Pays
de Treves. Je ne vous diray'
rien de la Maifon de ces deux
Chanoineffes qui eft affez connue. LaCeremonic fut faitepar
Mrl'Evêque Duc de Langres ,
&par Me l'Abbeffe , fœur de
Mr le Maréchal de Choifeul.
L'Affemblée fut tres nombreufe & tres illuftre , plufieurs
perfonnes de la Nobleffe de
-
132 MERCURE
IS
Lorraine , de Bourgogne &
de Champagne , s'eftant trouvées à cette Ceremonie , du
nombre defquelles étoient M'S
&Mes de Vaudemont , de Levy , de Pezeux , de Chaſtellux ,
de Rennepont , de Salles , de
Briaille , & de Montendre. Les
perfonnes de la famille de ces
deux jeunes Dames qui y affiffterent , furent M° la Marquife
de Druy leur mere , Mr l'Abbé de Druy Elû des Etats de
Bourgogne , leur oncle , M'le
Comte du Montal frere deleur
mere , Mlle du Montal auffi
fœur uterine , & Mlle de Druy
GALANT 133.
de Courcelle autre fœur. Il y
avoit foixante couverts dans la
grande Salle de l'Abbaye , tant
pour les Dames Chanoineffes ,
que pour toutes les perfonnes
de qualité qui fe trouverent
cette Ceremonie. Toute cette
Illuftre Affemblée alla dans
l'Eglife par ordre. Mr le Comte du Montal donnoit la main
à Mlle de Druy l'aînée , fa
foeur Mr l'Abbé de Druy
leur oncle , la donnoit à la cadette , nominée Mlle de Vitry,
pour la diftinguer de fon aînée.
LeR. P. Gonin Preftre de l'Oratoire & Superieur du Semi-
134 MERCURE
›
naire de Dijon , fit un fort
beau Sermon. Cette Ceremonie fe fait felon l'ancien uſage
de la Maiſon. Les Chanoineffes qui fe font recevoir , quittent les habits du fiecle , &
tefte nuë avec un cierge à la
main, elles viennent demander
de l'eau à M' l'Evêque & àM°
l'Abbeffe , qui eft à coté de ce
Prelat. Onleur couppe unpeu
de cheveux, & enfuite on les
coëffe comme les autres Dames , à la referve que le petit
voile nommé le Mari , eft
blanc. Mr de Langres leur fit
une Exhortation des plus élo-
*
GALANT 135
quentes. Ces jeunes Demoifelfelles fe firent admirer par leur
modeftie & par leur bonne grace. Elles font belles & ont beaucoup d'efprit. Elles ont eſté
bien élevées foit chez M° leur
mere , foir dans la celebre Abbaye de Farmoutier.
On nereçoit dans l'Abbaye
de Poulangy que des Filles de
qualité ; elles font des vœux
commé les autres Religieufes ;
elles font habillées de nair , &
elles ont chacune leur Prebende , & leurs appartemens feparez dans l'enceinte de la Maifon qui eft affez connuë par la
136 MERCURE
quantité de Filles de diſtinction
qu'elle renferme & par ſon antiquité , & plus encore par la
fageffe.
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Résumé : Prises d'Habits, par Mlles de Druy, [titre d'après la table]
Le 13 décembre, deux sœurs, filles du défunt Marquis de Druy et de Dame Henriette de Saulx de Tavanes, entrèrent dans l'abbaye de Poulangy en Champagne, diocèse de Langres. Leur père, Miles de Druy, Major de la Gendarmerie, fut tué à la bataille de la Marsaille en Piémont. Reconnu pour son mérite, il était consulté par le roi et était frère du Comte de Druy, Lieutenant général des Armées du Roi. La cérémonie, présidée par l'Évêque Duc de Langres et l'Abbesse, sœur du Maréchal de Choiseul, rassembla de nombreux nobles de Lorraine, Bourgogne et Champagne. Les familles présentes incluaient les Vaudemont, de Lévy, de Péseux, et autres. La famille des jeunes femmes comprenait la Marquise de Druy, l'Abbé de Druy, le Comte du Montal, Mlle du Montal et Mlle de Druy de Courcelle. La cérémonie suivit l'ancien usage de la maison, où les nouvelles chanoinesses quittent les habits du siècle et demandent de l'eau à l'Évêque et à l'Abbesse. Elles furent ensuite coiffées d'un petit voile blanc. L'Évêque de Langres leur adressa une exhortation. Les jeunes femmes, admirées pour leur modestie et leur grâce, reçurent une éducation soignée auprès de leur mère et à l'abbaye de Faremoutiers. L'abbaye de Poulangy accepte uniquement des filles de qualité, qui prononcent des vœux et portent des habits noirs avec des prébendes et des appartements séparés.
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1754
p. 136-141
EXTRAIT Des Registres de l'Academie Royale des Sciences.
Début :
Tout ce qui regarde les choses necessaires à la vie & à la / Le Pere Sebastien, Mrs Homberg, Varignon, & des Billetes [...]
Mots clefs :
Surdité, Machines, Académie royale des sciences, Son
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT Des Registres de l'Academie Royale des Sciences.
Tout ce qui regarde les chofes neceffaires à la vie & à la
fanté , ne pouvant eftre trop
connuës ; je dois vous entretenir encore de deux Articles
dont je vous ay déja parlé , afin
de vous faire voir le progrés
des chofes dont ces Articles
traitent ; le premier regarde la
furdité.
GALANT 137
EXTRAIT
Des Regiſtres de l'Academic
Royale des Sciences.
Le PereSebaftien , Mrs Homberg, Varignon , &des Billetes
qui avoient efté nomméz pour
examiner des Machines de Mr
du Guet qui augmente le fon qui
s'apliquent fous la Perruque des
Hommes , fous la Coiffure
des Femmes , à des Sieges , &
dont l'effet augmente à proportion de leur volume en ayant
fait leur raport , la Compagnie à
jugé qu'elles eftoient nouvelles
Février 1710. M
138 MERCURE
ingenieufes & utiles à ceux qui
entendent difficilement ou pour
entendrede plusloin. Fait à Paris
ce 6 ° May 1709.fignéFontenelle
Secretaire perpetuel de l'Academie Royale des Sciences.
Le Roy , eh confideration
de l'invention particuliere de
ces Machines qui fervent tresutilement à ceux qui ont l'ouye
dure , & intereffent ceux qui
font obligez de leur parler , le
Roy a accordé un Privilege
exclufifà Mr du Guet , &pour
vous marquer le progrés de
fes Machines , je vous envoye
GALANT 139
une Lettre qui a cfté adreffée
audit Sieur du Guet.
COPIE DE LA LETTRE
du Pere Damien , Capucin ,
Confeffeur des Capucines ,
écrite à M' du Guet,
Novembre 1709.
Le 10.
Il eft jufte Monfieur , que
pour vostre fatisfaction & pour
procurer au Public l'utilité du
Secret que vous avez pour foulager aux perfonnes fourdes la
difficulté qu'elles ont d'entendre ,
je vous rende compte du fuccés
que vous avez eu dans le MoMij
140 MERCURE
naftere de nos Meres Capucines
enlaperfonne de Sœur Marie de
Saint Louis de Boulainvilliers
qui fe trouve parfaitementfoulagée de fa Surdité par l'ufage de voftre Machine. Toute
la Communauté qui s'aperçoit
bien de ce fuccés fe loüe fort de ce
fecret & Madame de Boulainvilliers mere de cette Religieufe , fut furprife de ce que fa
fille entendoit beaucoup mieux
depuis quelques mois qu'elle ne
l'avoit veuë , elle approuva fort
cette Machine dont fa fille fe
trouvoitfibien; fi ce temoignage
que je rends à la verité vous
GALANT 141
peut eftre utile , fervez vous- en
j'en auray autant de plaifir
que vous à quije voudrois de tout
moncœurrendre d'autresfervices
eftant , Monfieur, voftre , & c
fanté , ne pouvant eftre trop
connuës ; je dois vous entretenir encore de deux Articles
dont je vous ay déja parlé , afin
de vous faire voir le progrés
des chofes dont ces Articles
traitent ; le premier regarde la
furdité.
GALANT 137
EXTRAIT
Des Regiſtres de l'Academic
Royale des Sciences.
Le PereSebaftien , Mrs Homberg, Varignon , &des Billetes
qui avoient efté nomméz pour
examiner des Machines de Mr
du Guet qui augmente le fon qui
s'apliquent fous la Perruque des
Hommes , fous la Coiffure
des Femmes , à des Sieges , &
dont l'effet augmente à proportion de leur volume en ayant
fait leur raport , la Compagnie à
jugé qu'elles eftoient nouvelles
Février 1710. M
138 MERCURE
ingenieufes & utiles à ceux qui
entendent difficilement ou pour
entendrede plusloin. Fait à Paris
ce 6 ° May 1709.fignéFontenelle
Secretaire perpetuel de l'Academie Royale des Sciences.
Le Roy , eh confideration
de l'invention particuliere de
ces Machines qui fervent tresutilement à ceux qui ont l'ouye
dure , & intereffent ceux qui
font obligez de leur parler , le
Roy a accordé un Privilege
exclufifà Mr du Guet , &pour
vous marquer le progrés de
fes Machines , je vous envoye
GALANT 139
une Lettre qui a cfté adreffée
audit Sieur du Guet.
COPIE DE LA LETTRE
du Pere Damien , Capucin ,
Confeffeur des Capucines ,
écrite à M' du Guet,
Novembre 1709.
Le 10.
Il eft jufte Monfieur , que
pour vostre fatisfaction & pour
procurer au Public l'utilité du
Secret que vous avez pour foulager aux perfonnes fourdes la
difficulté qu'elles ont d'entendre ,
je vous rende compte du fuccés
que vous avez eu dans le MoMij
140 MERCURE
naftere de nos Meres Capucines
enlaperfonne de Sœur Marie de
Saint Louis de Boulainvilliers
qui fe trouve parfaitementfoulagée de fa Surdité par l'ufage de voftre Machine. Toute
la Communauté qui s'aperçoit
bien de ce fuccés fe loüe fort de ce
fecret & Madame de Boulainvilliers mere de cette Religieufe , fut furprife de ce que fa
fille entendoit beaucoup mieux
depuis quelques mois qu'elle ne
l'avoit veuë , elle approuva fort
cette Machine dont fa fille fe
trouvoitfibien; fi ce temoignage
que je rends à la verité vous
GALANT 141
peut eftre utile , fervez vous- en
j'en auray autant de plaifir
que vous à quije voudrois de tout
moncœurrendre d'autresfervices
eftant , Monfieur, voftre , & c
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Résumé : EXTRAIT Des Registres de l'Academie Royale des Sciences.
En février 1710, l'Académie Royale des Sciences a examiné des inventions de Monsieur du Guet visant à améliorer l'audition. Ces machines étaient conçues pour amplifier le son sous les perruques masculines et les coiffures féminines, ainsi que sur les sièges. Elles ont été jugées nouvelles, ingénieuses et utiles pour les personnes ayant des difficultés auditives. Le roi a accordé à Monsieur du Guet un privilège exclusif pour ces inventions. Une lettre du Père Damien, datée de novembre 1709, atteste du succès de ces machines, notamment auprès de la sœur Marie de Saint Louis de Boulainvilliers, dont la surdité a été soulagée. La communauté des Capucines et la mère de la religieuse ont également approuvé cette invention.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1755
p. 141-143
Article touchant les Gouttes Aromatiques d'Angleterre, [titre d'après la table]
Début :
Je passe à l'Article qui regarde la santé. Je [...]
Mots clefs :
Santé, Gouttes aromatiques, Angleterre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Article touchant les Gouttes Aromatiques d'Angleterre, [titre d'après la table]
e paffe à l'Article qui regarde la fanté.
•
Je vous ay parlé dans ma
Lettre du mois de Juillet , des
Gouttes Aromatiques d'Angleterre, & je vous ay même
envoyé une Traduction de
l'Anglois qui vous a fait connoiftre toutes les vertus & toutes les qualitez de ce remede ,
&à quelles maladies il eft pro-
142 MERCURE
dir que ces
pre. Et comme l'Apoplexie eft
plus en regne qu'elle n'a efté
depuis longtemps , l'ufage en
eft prefentement plus neceffaire qu'il n'a jamais efté. J'ay ou
blié , lorfque je vous en ay par
lé , & que je vous ay
Gouttes fe vendoient au Palais
Royal chez M Dumont Chirurgien orninaire de S. A. R.
Monfieur le Duc d'Orleans ;
de vous dire que ce Prince.
dont l'efprit eft penetrant &
univerfel , & qui fçait à fond
tout ce qui regarde les beaux
Arts & la Medecine , n'a donné
à Mr Dumont la permiſſion
>
GALANT 143
d'afficher qu'il vend ces Gouttes Aromatiques d'Angleterre.
au Palais Royal , qu'après avoir
efté convaincu par des Experiences bien avérées , & avoir
mêine fçu par ce qui s'eft paffé
fous fes yeux , l'excellence de
ce Remede , & les bons effets
qu'il produit. Ainfi vous ne
fçauriez trop faire voir à vos
Amis tout ce que je vous ay
envoyé là- deffus.
•
Je vous ay parlé dans ma
Lettre du mois de Juillet , des
Gouttes Aromatiques d'Angleterre, & je vous ay même
envoyé une Traduction de
l'Anglois qui vous a fait connoiftre toutes les vertus & toutes les qualitez de ce remede ,
&à quelles maladies il eft pro-
142 MERCURE
dir que ces
pre. Et comme l'Apoplexie eft
plus en regne qu'elle n'a efté
depuis longtemps , l'ufage en
eft prefentement plus neceffaire qu'il n'a jamais efté. J'ay ou
blié , lorfque je vous en ay par
lé , & que je vous ay
Gouttes fe vendoient au Palais
Royal chez M Dumont Chirurgien orninaire de S. A. R.
Monfieur le Duc d'Orleans ;
de vous dire que ce Prince.
dont l'efprit eft penetrant &
univerfel , & qui fçait à fond
tout ce qui regarde les beaux
Arts & la Medecine , n'a donné
à Mr Dumont la permiſſion
>
GALANT 143
d'afficher qu'il vend ces Gouttes Aromatiques d'Angleterre.
au Palais Royal , qu'après avoir
efté convaincu par des Experiences bien avérées , & avoir
mêine fçu par ce qui s'eft paffé
fous fes yeux , l'excellence de
ce Remede , & les bons effets
qu'il produit. Ainfi vous ne
fçauriez trop faire voir à vos
Amis tout ce que je vous ay
envoyé là- deffus.
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Résumé : Article touchant les Gouttes Aromatiques d'Angleterre, [titre d'après la table]
Le texte présente les Gouttes Aromatiques d'Angleterre, un remède dont les bienfaits ont été décrits dans une lettre de juillet. L'auteur souligne leur importance croissante face à la prévalence accrue de l'apoplexie. Ces gouttes sont disponibles au Palais Royal, vendues par M. Dumont, chirurgien du Duc d'Orléans. Le Duc, reconnu pour son esprit pénétrant et ses connaissances en beaux-arts et en médecine, a autorisé leur vente après avoir été convaincu de leur efficacité par des expériences et des observations personnelles. L'auteur invite à diffuser ces informations parmi les amis.
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1756
p. 143-147
Ceremonie faite par la Compagnie des Penitens Bleus de Toulouse, [titre d'après la table]
Début :
La Compagnie des Penitens Bleus de Touluse a jusqu'icy [...]
Mots clefs :
Compagnie des Pénitents bleus de Toulouse, Confrérie, Maréchal de Noailles
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texteReconnaissance textuelle : Ceremonie faite par la Compagnie des Penitens Bleus de Toulouse, [titre d'après la table]
La Compagnie des Penitens
Bleus ue Toulouſe a jufqu'icy
fait trop de bruit pour n'eftre
pas generalement connuë , &
elle a cu un figrand nombre
144 MERCURE
d'illuftres Confreres, que l'on
peut dire qu'il n'y en a point
de plus illuftre en Europe.
Vous fçavez que le Roy eft
de cette Confrairie , & que
lorfque Meffeigneurs les Princes pafferent par Touloufe
ils s'y firent recevoir à l'exemple de S. M. Ce fut dans ce
même temps que Mr le Maréchal de Noailles qui les accompagnoit , s'yfit recevoir. Cette Confrairie a tous les ans un
Prieur nouveau , & Mr le Maréchal de Noailles eftant mort
dans l'année qu'il en eftoit
Prieur , les Confreres ordonnerent
GALANY 145
nerent qu'on luy feroit un
Service folemnel , & qu'on
feroit une Oraifon funebre à
la gloire de ce Maréchal; elle
fut prononcée par Mr de Malauberc Archipreftre de Grenade. Cet Eloge funebre fut
trouvé fi beauque l'on fouhaita de le voir imprimé , mais la
modeftie de l'Orateur l'empêcha de le donner au Public.
Cependant s'eftant laiſſé vaincredepuis ce temps-là aux preffantes follicitations de fes
Confreres , & des principales
perfonnes de Toulouſe , il
confentit de le faire imprimer.
Février 1710. N
146 MERCURE
Il fe vend à Toulouſe chez la
veuve Boude , Claude Gilles le
Camus , & Jacques Loyau.
Pour vous marquer combien la Compagnie des Penitens bleus eft illuftre , je dois
vous dire feulement les noms
des Confreres qui ont eu foin
de la Pompe funebre dont je
viens de vous parler. Ce font
Mrs les Comtes de Fimarcon
& d'Efclignac , Maîtres de
Chapelle ; le Comte de Pibrac;
Mauriac ; Nolet ; l'Abbé de
Chalvel de Caulet - Grandmond ; de Lopes ; le Chevalier de Clary ; Pujols , Con-
GALANT 147
feiller au Parlement ; Epigat
Sindic , de la Compagnie , &
de Nupces, Prefident à Mortier , à quifeu Mr le Maréchal
deNoailles avoit confié la direction de la Compagnie dans
l'année de fa Charge de Prieur.
Bleus ue Toulouſe a jufqu'icy
fait trop de bruit pour n'eftre
pas generalement connuë , &
elle a cu un figrand nombre
144 MERCURE
d'illuftres Confreres, que l'on
peut dire qu'il n'y en a point
de plus illuftre en Europe.
Vous fçavez que le Roy eft
de cette Confrairie , & que
lorfque Meffeigneurs les Princes pafferent par Touloufe
ils s'y firent recevoir à l'exemple de S. M. Ce fut dans ce
même temps que Mr le Maréchal de Noailles qui les accompagnoit , s'yfit recevoir. Cette Confrairie a tous les ans un
Prieur nouveau , & Mr le Maréchal de Noailles eftant mort
dans l'année qu'il en eftoit
Prieur , les Confreres ordonnerent
GALANY 145
nerent qu'on luy feroit un
Service folemnel , & qu'on
feroit une Oraifon funebre à
la gloire de ce Maréchal; elle
fut prononcée par Mr de Malauberc Archipreftre de Grenade. Cet Eloge funebre fut
trouvé fi beauque l'on fouhaita de le voir imprimé , mais la
modeftie de l'Orateur l'empêcha de le donner au Public.
Cependant s'eftant laiſſé vaincredepuis ce temps-là aux preffantes follicitations de fes
Confreres , & des principales
perfonnes de Toulouſe , il
confentit de le faire imprimer.
Février 1710. N
146 MERCURE
Il fe vend à Toulouſe chez la
veuve Boude , Claude Gilles le
Camus , & Jacques Loyau.
Pour vous marquer combien la Compagnie des Penitens bleus eft illuftre , je dois
vous dire feulement les noms
des Confreres qui ont eu foin
de la Pompe funebre dont je
viens de vous parler. Ce font
Mrs les Comtes de Fimarcon
& d'Efclignac , Maîtres de
Chapelle ; le Comte de Pibrac;
Mauriac ; Nolet ; l'Abbé de
Chalvel de Caulet - Grandmond ; de Lopes ; le Chevalier de Clary ; Pujols , Con-
GALANT 147
feiller au Parlement ; Epigat
Sindic , de la Compagnie , &
de Nupces, Prefident à Mortier , à quifeu Mr le Maréchal
deNoailles avoit confié la direction de la Compagnie dans
l'année de fa Charge de Prieur.
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Résumé : Ceremonie faite par la Compagnie des Penitens Bleus de Toulouse, [titre d'après la table]
Le texte évoque la Compagnie des Pénitents Bleus de Toulouse, une confrérie prestigieuse en Europe. Des personnalités telles que le roi, les princes et le maréchal de Noailles y étaient reçues. Chaque année, la confrérie élisait un nouveau prieur. En 1710, le maréchal de Noailles, alors prieur, décéda. Les confrères organisèrent un service solennel et une oraison funèbre, prononcée par M. de Maulaber, archiprêtre de Grenade. Bien que modeste, M. de Maulaber accepta finalement de publier l'oraison après des sollicitations. L'oraison fut vendue à Toulouse chez plusieurs libraires. La renommée de la confrérie est illustrée par la participation de notables, incluant des comtes, des maîtres de chapelle, des conseillers au Parlement et des présidents à mortier.
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1757
p. 147-150
Gouvernement de Gravelines donné par le Roy, [titre d'après la table]
Début :
Il y a déja quelques, mois que le Roy a donné le Gouvernement [...]
Mots clefs :
Gouvernement de Gravelines, Maréchal de Villars, Maison de Villars
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Gouvernement de Gravelines donné par le Roy, [titre d'après la table]
Il y a déja quelques , mois
que le Roya donnéle Gouver
nement de Gravelines à Mr le
ComtedeVillars Maréchal de
Camp & frere de Mr le Maréchalde Villars. Ce Comte eft
d'une Maifon où la valeur
eft hereditaire.. Il eft fils de
feu Mr le Marquis de Villars
Chevalier des Ordres du Roy,
Nij
148 MERCURE
Lieutenant General de fes Armées & qui avoit cfté Ambaſ
fadeur en Espagne , & neveu
de feu Mr de Villars Archevêt
que de Vienne & qui avoit
fuccedé à quatre de fes oncles
qui avoient occupé fucceffivement le même Siege. La Maifan de Villars eft alliée aux
plus illuftres de Dauphiné , &
des Provinces voifines , à celle
de Seve & de Montmartin
Alleman par le Mariage d'Helene de Villars avec Pierre de
Seve , d'où vint Marguerite de
Sevealliée avec Claude Alleman forti des Souverains de
GALANT 149
Foucigni , felon que le remarque Me le Laboureur ; la Maifonde Villars eft auffi alliée à
lavnoble & ancienne Maiſon
de Chapponney , par le Mariage de Françoife de Villars
avec Philibert de Chapponney , vers le milieu du quinziémefiecle. Cette alliance fe
fortifia encore long- temps
aprés par le mariage de Dame
Claire de Villars , avecArthus
de Loras du Pré Seigneur de
Chamaignieu d'une des plus
grandes Maifons de ces Payslà , & d'oùfortit Loüife de Loras épouse de Haut &Puiflang
Niij
150 MERCURE
1
Seigneur Octavien de Chapponney , Seigneur d'Eybeins.
Loüife de Villars , fille de
Haut & Puiffant Seigneur
Philibert de Villars , & petite
fille de Pierre de Villars , que
la Ville de Lyon mit huit fois
confecutives à fa tefte , épousa
Jean Henry Seigneur de Troi
feul & de Mionney , dans le
feiziéme fiecle.
que le Roya donnéle Gouver
nement de Gravelines à Mr le
ComtedeVillars Maréchal de
Camp & frere de Mr le Maréchalde Villars. Ce Comte eft
d'une Maifon où la valeur
eft hereditaire.. Il eft fils de
feu Mr le Marquis de Villars
Chevalier des Ordres du Roy,
Nij
148 MERCURE
Lieutenant General de fes Armées & qui avoit cfté Ambaſ
fadeur en Espagne , & neveu
de feu Mr de Villars Archevêt
que de Vienne & qui avoit
fuccedé à quatre de fes oncles
qui avoient occupé fucceffivement le même Siege. La Maifan de Villars eft alliée aux
plus illuftres de Dauphiné , &
des Provinces voifines , à celle
de Seve & de Montmartin
Alleman par le Mariage d'Helene de Villars avec Pierre de
Seve , d'où vint Marguerite de
Sevealliée avec Claude Alleman forti des Souverains de
GALANT 149
Foucigni , felon que le remarque Me le Laboureur ; la Maifonde Villars eft auffi alliée à
lavnoble & ancienne Maiſon
de Chapponney , par le Mariage de Françoife de Villars
avec Philibert de Chapponney , vers le milieu du quinziémefiecle. Cette alliance fe
fortifia encore long- temps
aprés par le mariage de Dame
Claire de Villars , avecArthus
de Loras du Pré Seigneur de
Chamaignieu d'une des plus
grandes Maifons de ces Payslà , & d'oùfortit Loüife de Loras épouse de Haut &Puiflang
Niij
150 MERCURE
1
Seigneur Octavien de Chapponney , Seigneur d'Eybeins.
Loüife de Villars , fille de
Haut & Puiffant Seigneur
Philibert de Villars , & petite
fille de Pierre de Villars , que
la Ville de Lyon mit huit fois
confecutives à fa tefte , épousa
Jean Henry Seigneur de Troi
feul & de Mionney , dans le
feiziéme fiecle.
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Résumé : Gouvernement de Gravelines donné par le Roy, [titre d'après la table]
Le roi a récemment confié le gouvernement de Gravelines à Monsieur le Comte de Villars, Maréchal de camp et frère du Maréchal de Villars. Ce comte appartient à une famille où la valeur est héréditaire. Il est le fils du défunt Monsieur le Marquis de Villars, Chevalier des Ordres du Roi, Lieutenant Général des Armées et ancien Ambassadeur en Espagne. Il est également le neveu de l'ancien Archevêque de Vienne, Monsieur de Villars, qui avait succédé à quatre de ses oncles dans cette fonction. La maison de Villars est alliée à plusieurs familles illustres du Dauphiné et des provinces voisines, notamment les Seve et les Montmartin Alleman. Cette alliance est renforcée par le mariage d'Hélène de Villars avec Pierre de Seve, dont la fille Marguerite de Seve épousa Claude Alleman, seigneur de Foucigni. La maison de Villars est également alliée à la noble et ancienne maison de Chapponney par le mariage de Françoise de Villars avec Philibert de Chapponney au milieu du quinzième siècle. Cette alliance fut renforcée par les mariages de Claire de Villars avec Arthus de Loras du Pré, seigneur de Chamaignieu, et de Louise de Loras avec Octavien de Chapponney, seigneur d'Eybeins. Louise de Villars, fille de Philibert de Villars, seigneur de Haut et Puissant, et petite-fille de Pierre de Villars, qui fut huit fois consécutivement à la tête de la ville de Lyon, épousa Jean Henry, seigneur de Troisfeul et de Mionney, au seizième siècle.
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1758
p. 150-157
Article curieux, touchant l'élection de Mr le Comte de Schonborn, à la Coadjuterie de l'Evêché de Bamberg, [titre d'après la table]
Début :
Il y a quelques mois que j'aurois dû vous envoyer l'Article [...]
Mots clefs :
Comte de Schomborn, Evêché de Bamberg, Bavière, Élection
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Article curieux, touchant l'élection de Mr le Comte de Schonborn, à la Coadjuterie de l'Evêché de Bamberg, [titre d'après la table]
Il y a quelques mois quej'aurois dû vous envoyer l'Article
fuivant , & fi je vous en fais
part aujourd'huy ce n'eft pas
à caufe de l Election dont il y
cft parlé ; mais pour vous faire
GALANT 151
voir que les intereſts particuliers font fouvent trahir ceux
que le repos
infpirer.
de la Patric doit
-
M' le Comte de Schomborn , Vice Chancelier de
l'Empire , & neveu de M' l'Electeur de Mayence , a efté élû
Coadjuteur de l'Evêché de
Bamberg , afin de fucceder à
fon oncle , & peut- eftre enfuite à l'Electorat de Mayence.
Cette élection eft le fruit de
l'attachement que cet Electeur
a toûjours marqué pour les inrerefts de la Maifon d'Autriche, & fouvent même au préNiiij
152 MERCURE
judice de l'Empire ; ce fut en
effet cet Electeur qui rompitiles
mefures que plufieurs Princes
d'Allemagne prenoient pour
conferver l'Empire dans la
Neutralité au commencement
de la guerre qui occupe aujourd huy toute l'Europe , &
que la fucceffion d'Espagne où
le Corps Germanique n'avoit
aucune part , alluma entre les
Maifons de France & d'Autriche. Si tous les Princes d'Allemagne n'avoient point manqué de parole à Monfieur l'Electeur de Baviere , & ne s'étoient point mêlez de foûtenir
>
GALANT 153
des interefts qui ne les regardoient en aucune maniere , ils
ne feroient pas plongez dans
une guerre qui les a prefque
tous entierement ruinez , commel'on peut voir par les Me
moires qu'ils prefentent tous
les jours , des millions que cette guerre leur a coûté à chacun en particulier , & dont ils
ne feront jamais dédommagez.
Auffi l'Empereur n'eft irrité
contre Monfieur l'Electeur de
Baviere qu'à caufe que ce Prince a travaillé pour le bien de
l'Empire , dont les Membres
ne feroient pas prefentement
154 MERCURE
dans l'état où ils fe trouvent ,
& jouiroient d'une pleine tranquilité fi les interefts particu
liers de quelques-uns , & l'alliance des autres à la Maiſon
d'Autriche, ne les avoient obligez de facrifier le repos de
Empire à ce qu'ils croyoient
les toucher de plus prés.
Je paffe à ce qui regarde la
Maifon de Schomborn. Elle
eft originaire du Cercle de
Weftphalic , & elle poffede
des Charges confiderables de
l'Empire depuis prés de trois
fiecles. Elle eft alliée à toutes les plus grandes Maiſons
GALANT 155
d'Allemagne la Ville de
Bambergeft du Cercle de Franconic. Elle ne fut bâtie que
dans le dixiéme fiecle , & l'Empereur Henry II. dit le Saint
& le Boiteux , y fonda un Evêché du confentement du Pape
Jean XIX. & dans le fiecle fuivant le Pape Clement II. qui
avoit efté Evêque de Bamberg,
foûmit cette Eglife immediatement au Saint Siege. Elle
eftoit auparavant dans la dépendance de celle de Mayence.
1 Evêque de Bamberg eft le premier Evêque Souverain aprés
les Electeurs: il precede même
156 MERCURE
celuy de Wirtzbourg , & dans
l'étendue de fes Etats , fe trou
vent enfermez quelques portions de ceux des quatre premiers Electeurs , qui par confequent relevent de luy. Il ya
quelques ficcles qu'on tint un
Concile de quarante fix Evêques à Bamberg , où Theodoric Evêque de Mets , de la Maifon de Luxembourg , & frere
de l'Imperatrice Cunegonde ,
femme d'Henry II. fut obligé
de fe juftifier de plufieurs crimes atroces qu'on luy impu
toir. Cet évenement arriva au
milicu du onzième fiecle ; en
GALANT 157
1653.on y fonda une Univerfité.
* J
fuivant , & fi je vous en fais
part aujourd'huy ce n'eft pas
à caufe de l Election dont il y
cft parlé ; mais pour vous faire
GALANT 151
voir que les intereſts particuliers font fouvent trahir ceux
que le repos
infpirer.
de la Patric doit
-
M' le Comte de Schomborn , Vice Chancelier de
l'Empire , & neveu de M' l'Electeur de Mayence , a efté élû
Coadjuteur de l'Evêché de
Bamberg , afin de fucceder à
fon oncle , & peut- eftre enfuite à l'Electorat de Mayence.
Cette élection eft le fruit de
l'attachement que cet Electeur
a toûjours marqué pour les inrerefts de la Maifon d'Autriche, & fouvent même au préNiiij
152 MERCURE
judice de l'Empire ; ce fut en
effet cet Electeur qui rompitiles
mefures que plufieurs Princes
d'Allemagne prenoient pour
conferver l'Empire dans la
Neutralité au commencement
de la guerre qui occupe aujourd huy toute l'Europe , &
que la fucceffion d'Espagne où
le Corps Germanique n'avoit
aucune part , alluma entre les
Maifons de France & d'Autriche. Si tous les Princes d'Allemagne n'avoient point manqué de parole à Monfieur l'Electeur de Baviere , & ne s'étoient point mêlez de foûtenir
>
GALANT 153
des interefts qui ne les regardoient en aucune maniere , ils
ne feroient pas plongez dans
une guerre qui les a prefque
tous entierement ruinez , commel'on peut voir par les Me
moires qu'ils prefentent tous
les jours , des millions que cette guerre leur a coûté à chacun en particulier , & dont ils
ne feront jamais dédommagez.
Auffi l'Empereur n'eft irrité
contre Monfieur l'Electeur de
Baviere qu'à caufe que ce Prince a travaillé pour le bien de
l'Empire , dont les Membres
ne feroient pas prefentement
154 MERCURE
dans l'état où ils fe trouvent ,
& jouiroient d'une pleine tranquilité fi les interefts particu
liers de quelques-uns , & l'alliance des autres à la Maiſon
d'Autriche, ne les avoient obligez de facrifier le repos de
Empire à ce qu'ils croyoient
les toucher de plus prés.
Je paffe à ce qui regarde la
Maifon de Schomborn. Elle
eft originaire du Cercle de
Weftphalic , & elle poffede
des Charges confiderables de
l'Empire depuis prés de trois
fiecles. Elle eft alliée à toutes les plus grandes Maiſons
GALANT 155
d'Allemagne la Ville de
Bambergeft du Cercle de Franconic. Elle ne fut bâtie que
dans le dixiéme fiecle , & l'Empereur Henry II. dit le Saint
& le Boiteux , y fonda un Evêché du confentement du Pape
Jean XIX. & dans le fiecle fuivant le Pape Clement II. qui
avoit efté Evêque de Bamberg,
foûmit cette Eglife immediatement au Saint Siege. Elle
eftoit auparavant dans la dépendance de celle de Mayence.
1 Evêque de Bamberg eft le premier Evêque Souverain aprés
les Electeurs: il precede même
156 MERCURE
celuy de Wirtzbourg , & dans
l'étendue de fes Etats , fe trou
vent enfermez quelques portions de ceux des quatre premiers Electeurs , qui par confequent relevent de luy. Il ya
quelques ficcles qu'on tint un
Concile de quarante fix Evêques à Bamberg , où Theodoric Evêque de Mets , de la Maifon de Luxembourg , & frere
de l'Imperatrice Cunegonde ,
femme d'Henry II. fut obligé
de fe juftifier de plufieurs crimes atroces qu'on luy impu
toir. Cet évenement arriva au
milicu du onzième fiecle ; en
GALANT 157
1653.on y fonda une Univerfité.
* J
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Résumé : Article curieux, touchant l'élection de Mr le Comte de Schonborn, à la Coadjuterie de l'Evêché de Bamberg, [titre d'après la table]
Le texte évoque l'élection du Comte de Schomborn comme Coadjuteur de l'Évêché de Bamberg, influencée par les intérêts de la Maison d'Autriche. Cette décision est vue comme un acte de loyauté envers l'Autriche, au détriment de l'Empire. L'Électeur de Mayence, oncle de Schomborn, a rompu la neutralité observée par plusieurs princes allemands au début de la guerre en Europe, en s'alignant avec l'Autriche. Cette action a entraîné une guerre ruineuse pour les princes allemands, qui avaient promis leur soutien à l'Électeur de Bavière. L'Empereur est mécontent de l'Électeur de Bavière, dont les efforts pour l'Empire ont été sabotés par les intérêts particuliers et les alliances avec l'Autriche. La Maison de Schomborn, originaire de Westphalie, occupe des charges importantes dans l'Empire depuis trois siècles et est alliée aux grandes maisons d'Allemagne. La ville de Bamberg, fondée au dixième siècle en Franconie, possède un évêché créé par l'Empereur Henry II et soumis au Saint-Siège. L'Évêque de Bamberg est un souverain influent, précédant même l'Évêque de Wurtzbourg. En 1653, une université a été fondée à Bamberg.
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1759
p. 157-197
Article des Morts, parmi lesquelles il s'en trouve de tres-edifiantes. [titre d'après la table]
Début :
Je passe à quelques Articles de Morts, parmi lesquels vous [...]
Mots clefs :
Morts, Baron de Mean, Soeur Thérèse des Anges Carmélites, Jugements de Dieu, Louis de Bats, Louis Pujet
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texteReconnaissance textuelle : Article des Morts, parmi lesquelles il s'en trouve de tres-edifiantes. [titre d'après la table]
Je paffe à quelques Articles
de Morts , parmi lesquels vous
en trouverez de fort curieux
& de tres - édifians , & je ne
doute point que la lecture de
ces Articles ne vous faffent
plaifir.
M' le Baron de Mean , grand
Doyen du Chapitre de la Cathedrale de Liege eft mort dans
une de fes Terres , & Mr le
Baron de Selis a efté élû à fa
place ; ce Baron eftoit auparavant Prevoft de Saint Paul. II
eft d'une des meilleures Mai
158 MERCURE
fons duPays de Liege ; elle eft
originaire d'Alface , & elle y
a tenu un rang tres diftingué
dés le temps que cette Province avoit fes Souverains particuliers. Ce nouveau Grand
Doyen eft proche parent de
M'le Comtede Poitiers Chancelier de la même Eglife , & il
même l'honneur d'avoir du
cofté maternel une alliance
avec la Maiſon Electorale de
Baviere. Mr le Baron de Mean
avoit eſté échangé depuis peu
avec Mr deSaint Vallier Evê
que de Quebec, qui avoit eſté
pris par un Armateur Anglois
GALANT 159
г
dans fon trajet de France en
Amerique , & qui a efté plus de
deux ans prifonnier en Angleterre. M le Baron de Mean
qui avoit auffi efté arrefté par
ordre du Roy lors que nous
eftions encore maiſtres de Liege à caufe de l'intelligence qu'il
avoit avec les ennemis de l'Etát , a marqué peu de temps
avant fa mort un vif repentir
des troubles où il avoit jetté
fa Patrie , &il faifoit inceffamment des fouhaits pour le retour de Mr l'Electeur de Cologne, Evêque de Liege fon Souverain. Ce Baron eftoit d'une
160 MERCURE
grande naiffance & allié au feu
Evêque de Munſter Bernard
de Galen. Sa Maiſon eftoit originaire de l'Etat de Mayence.
L'élection de l'Evêque caufa.
de grands defordres dans la
Ville de Liege au quinziéme
fiecle. Jean de Baviere gouver
noit alors cette Eglife. Les Liegeois luy firent la guerre. L'E
vêché eftoit à Tongres anciennement; il fut enfuite à Maf
trick , & enfin transferé à Liege.
La Soeur Therefe des Anges
Carmelite du Monaftere de la
Sainte Mere de Dieu de Riom
GALANT 161
en Auvergne , y mourut le 2
jour de cette année d'une maladie qui commença le jour
de Saint Etienne à cinq heures du foir , mais qui n'eftoit
qu'une fuite des infirmitez qu'-
elle avoit foufferte depuis 15.
ans avec une patience édifiante. Elle eftoit âgée de 69. ans ;
elle en avoit 46. de Religion ,
& elle eft morte dans unegrande opinion de fainteté. Elle
avoit quitté fes parens dans un
âgefort tendre , & qui estoient
fort éloignez de Riom pour
s'y aller renfermer dans le Convent des Carmelites , & depuis.
Février 1710.
162 MERCURE
pour है
ce temps - là on peut affurer
qu'elle y a mené une vie toutà fait angelique. Son ardeur
le Saint Sacrement de
I'Autel l'avoit obligée de paffer tous les Jeudis de fa vie en
retraite , ce qu'elle a toujours
obfervé avecbeaucoup d'exactitude , & elle a eu la confolationde mourirun Jeudy. Dans:
· les douleurs d'une longue &
cruelle maladie qui l'a fait fouffrir durant quinze années entieres , elle ne s'eft jamais voulu relâcher des pratiques de fa
Regle , & on luy entendoit
dire fouvent queplus la mort eft
GALANT 163
proche , plus ilfaut travaillerpour
sy difpofer; & qu'il faut oublier
Le corps & penser à affurer du bien
àfon ame. L'avant - veille de
Noël elle demanda à fa Superieure de jeûner au pain & à
l'eau , comme fi elle cût îçû que
ce feroit le dernier exercice de
fa penitence; & comme la Superieure s'y oppofoit , elle luy
repliqua : Au nom de Dieu , ma
Mere , ne vous opposezpas à mon
defir ; vous devezaimermonames
je fuis peut - eftre bien prés de la
mort,je la veux attendre comme
un bon Soldat , les armes à la
main. Enfin les bas fentimens
Oij
164 MERCURE
quecette fainteFille avoit d'elle- même , donne le prix à fa
penitence. On enjugera parun
billet écrit de fa main & trouvé
aprés fa mort : il eftoit conçu
en ces termes : Je vousſupplie ,
ma Mere , de me procurer toutes
les Prieres que vous pourrez , j'en
auray ungrand befoin eftant veritablement une tres-grande Pechereffe :ce n'est pas par humilité ,
mais tres-fincerement queje ·ledis ,
vous ayant toutes trompées par
quelques foibles defirs exterieurs
defairepenitence, quoy que jamais
n'enfois venue aux effets comme il faut : c'est pourquoys, ma
je
GALANT 165
chere Mere , je vous fupplie de
mettre dans ma Lettre circulaire
que je demande un Miferere ,
pour reparer mon impenitence des
vant Dieu , & s'il me fait mifericorde , je vous promets d'en eftre
bien reconnoiffante ; mais aidezmoy àfortir du Purgatoire pour
l'amour de Dieu , s'il me fait la
grace d'y aller ; s'il mm'eftoitpermis
de dire lespechez quej'ay commis
&qui medonnent cette crainte , je
le ferois tres- volontiers. Ce Billet contient le triomphe de
l'humilité chreftienne ; on n'en
peut voir une plus profonde
avecunevertu plus épurée. On
166 MERCURE
écrit de Riom que Mr l'Abbé
Faydit l'eftant allé voir quelquesmois avant qu'il mourut,
elle luy prédit fa mort ; & qu'el
le a donné d'autres marques
de la connoiffance qu'elle avoit
de l'avenir.
Si des perfonnes qui ont
mené une vie auffi reguliere ,
ou pour mieux dire auffi fainte
craignent fi fort les Jugemens
de Dieu , que ne doivent point
aprehender ceux qui vivent
dans le monde. Tentens ceux
qui y menent la vie la plus
reguliere , puifqu'ils ne laiffent
pas d'eftre expofez tous les
GALANT 167
jours à une infinité de chofes
qui les font infenfiblement ,
& fans qu'ils ayent le temps
d'y refléchir , tomber dans le
peché , & par confequent
ceux qui font dans le tumulte
des affaires ; & qui ne refuſent
rien à leurs paffions. Enfin les
hommes ne peuvent eftre
tropattentifs à ce qui regarde
leur falut puifque l'Ecriture
die leplusfagepêche fept fois par
jour.
L'Article qui fuit doit auffi faire voir qu'il ya beaucoup
de plaifir à mourir de la mort
des Juftes , & doit faire trem1
768 MERCURE
bler en mêmetemps tous ceux
qui font répandus dans le
monde , qui font bien éloignez d'atteindre à cette per
fection , & qui au lieu de fonger pendant leur vie à acquerir les Trefors neceffaires
pour bien mourir , ne fongent à en amaffer que pour
vivre ,comme s'ils ne devoient
jamais quitter ce monde.
Il court dans le monde.
une Lettre de Dom Alexis
Mauroy Celerier de l'Abbaye
de Sept- fonds adreffée à Mr
Bouillet ami de cette Maifon
fur la mort du dernier Abbés
n'ayant
GALANT 169
n'ayant pu l'avoir entiere , je
vousen envoye un extrait fidéle. Il commence fa Lettre en
difant que commela mort eft
l'echo de la vie , on a vû àla
mort de Mr l'Abbé de Septfonds le même efprit de charité, de recueillement & de penitence , qui a caracterifé toutes.
fes actions. Il eftoit infirme depuis plufieurs années. Mais
ayant eſté faifi tout d'un
coup le 17. du mois de Sep.
tembre au matin d'une fiévre
ardente & d'une inflammation
de poitrine , le Medecin jugea
que la maladie feroit mortelle.
Février 1710. Р
170 MERCURE
Mr l'Abbéayant donc demandé les Sacremens , il fe confeffa
& dés qu'il cut reçû ce premier
Sacrement il tomba dans une
lethargie accompagnée de convulfions qui fit craindre qu'il
ne pût recevoir les autres Sacremens. Il reſta long- temps
dans cet eftat & même fans
mouvement ; mais en eſtant
revenu & ayant demandé avec
de vives inſtances ' Euchariftie,
on laluyapporta & il la reçût
avec les fentimens les plus vifs
& les plus ardens de l'amour
de Dieu ; toujours penetré du
fentiment de l'infuffifance de
GALANT. 171
遭
fa penitence, quoyqu'il en ait
fait une des plus longues &
des plus éclatantes , il fit divers
Actes de Charité mêlez du
fentiment de la plus parfaite
abjection de foy- même. Il
demanda pardon plufieurs
fois à toutela Communauté
qui fondoit en larmes , des
mauvais exemples qu'il avoit
donné & fe recommandant
humblement à fes Prieres ; &
fur ce que le Prieur luy dit
qu'aprés la vie penitente qu'il
avoit menée & aprés avoir
confommé le grand ouvrage
de la Reforme de cette Maifon,
Pij
172 MERCURE
il avoit lieu de tout efperer
de la Mifericorde de Dieu ; il
répondit qu'il n'avoit rienfait,
que tout venoit de Dieu , &
qu'il n'eftoit qu'un ouvrier indigne. Le Prieur au nom de la
Communauté le pria de demander à Dieu , quand il
feroit devant luy unSucceffeur
qui maintint fon ouvrage ;
il répondit qu'il leur en fouhaitoit unqui reparát tous ſes manquemens & toutes lesfautes aufquelles il avoit donné lieu ou par
luy même oupar fa condefcendance ( il faut remarquer , que
c'eft le même Prieur que le
*
GALANT 173
Roy avoit nommé depuis
Abbé de Sept - fonds , & qui
eft fils de Mr d'Oppede premier Prefident du Parlement
de Provence ) enfin le Prieur
luy demanda fa benediction
paternelle au nom de la Communauté. Cefaint & humble
Abbé fe fit long- temps preffer
avant que de la vouloir donner ; mais ne pouvant plus
refifter aux inftances de fes
Religieux qui fondoient tous
en larmes , il fe fit mettre à
fon feant , & aprés avoir fait
le figne de la Croix fur luymême , dit à haute voix ces
*
Piij
174 MERCURE
paroles enfaifant fur luy ſeul
un fecond figne de Croix , &
ne voulant pas benir les autres
par humilité benedicat nos
Deus ( ce qu'il repeta trois fois )
Ømetuent cumomnes fines terra.
Enfin il mourut le zo du
mois , jour de faint Euſtache
fon Patron , aprés une douce
agonie & fans la moindre
grimace.
Louis de Bats de Caftelmore , cy- devant Lieutenant au
Regiment des Gardes Françoifes , connu dans le monde fous
le nom de Mr le Comte d'Artaignan , fils aîné de Charles de
GALANT 175
Bats de Caftelmore , connu
auffi fous le nom de Mr le
Comte d'Artaignan , Capitaine Lieutenant de la premiere
Compagnie des Moufquetaires , tué au Siege de Maftrick
en 1673. mourut fur la fin
de l'année derniere dans fon
Chafteau de Caftelmore en Armagnaç ; nom que le Roy
Louis XIII. avoit ordonné à
fon pere de prendre n'eftant
encore que Mousquetaire
aprés la mort d'un des fes oncles du cofté maternel , tué au
Siege de la Rochelle : Bats de
Caftelmore fon pere ayant
,
éPiiij
176 MERCURE
poufé Françoife de Montef
quiou d'Arraignan en 1608.
lequel a porté toute fa vie le
nom d'Arraignan avec beaucoup de gloire; le deffunt ayant
cu l'honneur de meriter l'eftimede Sa Majesté par fon zele ,
fa fidelité & fon attachement
pour fonfervice.
Mlle de Fortia , fille de feu
Mr de Fortia , Doyendes Maî
tres des Requeftes & Confeiller d'Etat , eft morte il y a déja
quelque temps. La famille de
Mrs de Fortia eft tres-ancienne. Mr le Marquis de Fortia
Durban eft l'aîné de cette Mai-
•
GALANT 177
fon. Mr de Fortia , connu fous
le nom de Forville eft Licutenant de Roy en Provence
Capitaine de Galere , & Gouverneur de la Ville de Marfeille. Mr le Marquis de Monreal ,
qui fait fon fejour ordinaire à
Avignon , &qui a époufé Mlle
de Saffenage , fœur de Mr le
Comtede Saffenage , ci- devant
Premier Gentilhomme de la
Chambre de S. A. R. Mr le
Duc d'Orleans , eft auffi de
cette Mailon. En 1100. Sybille de Fortia époufa Pierre
d'Arragon. Ainfi vous pouvez
juger de la grandeur & de l'il-
178 MERCURE
luftration de cette Maiſon.
Mre N.... Duc d'Aquaviva
eft mort à Lyon , où il paſſoir
en revenant de la Cour pour
fe retirer en Italie. Il n'eftoit
âgé que de 25. ans. Mr le Maréchal de Villeroy qui fçavoit
qu'il devoit paffer dans fon
Gouvernement , avoit eu ſoin
de le recommander' , mais malgré tous les foins qu'on en a
pris une fiévre pourprée l'a em
porté aprés quelques jours de
maladie , & qu'il a reçû les Sacremens avec beaucoup d'édification des Vicaires de la Paroiffe de Saint Paul. Son corps
GALANT 179
par fon ordre a efté embaumé
& déposé dans l'Eglife du
grand Convent des Capucins ,
jufqu'à ce qu'on le tranſportaft
dans le Duché d'Aquaviva au
tombeau de ſes Anceftres, dans
la Province de Barri , une des
principales du Royaume de
Naples; ce jeune Seigneur étoit
frere du Cardinal Aquaviva, &
neveu d'un autre Cardinal du
côrématernel. Il a fait quantité
de legs , & il a donné 10000. écus à une Dame de fon Pays. Je
vous ay parlé de fa Maiſon en
vous apprenant le mariage de
M la Comteffe d'Angeville ,
1180 MERCURE
fa niece. Sa mere eft de la MaiMaifon de Sevignon. LeBourg
d'Aquaviva a donné le nom à
cette illuftre famille, qui donna
un Cardinal au Sacré College
dans le feiziéme fiecle. Octavio
Aquaviva fut un dés ornemens
du Clergé de Rome. Il eftoit .
fils de Jean- Jerôme Aquaviva
( ou Aqua- via ) Duc d'Atri ,
dont le Duc de qui je vous apprens la mort, defcendoit auffi.
Il fut dans une grande confideration à la Cour de Romefous quatre ou cinq Papes:
Sixte V. fur tout , luy donna
divers grands Emplois , & il
GALANT 181
l'honora de la Pourpre Romaine. LePape Leon X I. luy avoit
deftiné l'Archevêché de Naples , mais la mort l'ayant prévenu le Pape Paul V. executa
fes intentions. Claude Aquaviva , de la Compagnie de Jefus , eftoit fils du Duc d'Atri ;
il avoit déja cu des Emplois
importans àla Cour de Rome,
& il pouvoit tout efperer de
fon merite & de fa naiffance ,
lorfqu'il embraffa l'Inftitut des
Jefuites. Il fucceda au P. Everard Mercurieu , troifiéme General de la Compagnie , qu'il
gouverna durant 34. ans avec
182 MERCURE
beaucoup de douceur. Il mourut au commencement du 17°
ficcle.
M' l'Abbé de Laubefpin ,
Comte de S. Jean de Lyon , eft
auffi decedé à la fleur de fon
âge. Il eftoit frere de Mr le
Chevalier de Laubefpin Capitaine de Fregate legere , dont
fouvent parlé pen- je vous ay
dant la derniere guerre d'Italie.
Quoy que l'Article qui fuit
ne regarde qu'une mort, vous
e trouverez fort curieux.
La Republique des Lettres ,
vient de faire une perte confi-
GALANT 183
derable par la mort de M
Louis Pujet , d'une des plus
anciennes familles de Lyon ;
mais beaucoup plus recommandable par fon merite
fes lumieres , & fa vertu. Il
eftoit fils defeu M' Pujet Procureur du Roy au Siege Prefidial de Lyon , qui eſt une
Charge des plus importantes ,
& de Dame N.... d'Avefnesaux-petits neveux , de laquelle
ila laiffé tous les biens , ce Gentilhomme ayant voulu paffer
fa vie dans le celibat , comme
un eftar plus parfait & plus
propre pour s'attacher aux
184 MERCURÉ
Sciences , & pour faire des progrés plus fenfibles dans la vertu ; perfuadé d'ailleurs que le
chemin qu'une ame fait dans
de Dieu eft plus rapide
*
la
la voye
lorfqu'elle a moins d'occafions
de s'entretenir avec le monde,
& de ne juger par les fens de
ce qui ne le goûte que par
foy. Mr Pujer eftant encore
tour jeune s'attacha à la nouvelle Philofophie , & il s'y perfectionna fi fort qu'il a paffé durant tout le cours de la vie pour
un tres-bon & tres-folide Philofophe. Il s'eftoit fort attaché
à la Phyfique , fur tout à l'Ex-
GALANT 185
perimentale ; & il avoit fait de
grandes découvertes fur les
Matieres Magnetiques. Son
Cabinet eftoit pour les Pierres d'Ayman , ce qu'il y avoit
de plus curieux dans toutes les
Provinces voisines , & il ne paffoit point d'Etranger à Lyon
qui n'allaft voir toutes les beautez qu'il y avoit raſſemblées
& les Experiences qu'il faifoit
fur l'Ayman. Il avoit eu fur
cette matiere une diſpute avec
Mr Jobelot de l'Academie des
Sciences ; ce qui avoit produit
de part & d'autre quelques
Lettres pleines d'érudition . Mr
Février 1710. е
186 MERCURE
Pujet avoit perfectionné l'ufage du Microſcope , & il avoit
fait avec cet Inftrument des découvertes fur le corps des plus
petits Infectes, & il publia deux
Lettres il y a quelques années
adreffées au P.LamyBenedictin
fon amy particulier , où il rendoit compte à ce Sçavant Religieux de toutes les Obferva
tions qu'il avoit faites fur le
corps de certaines Mouches
d'uneespece particuliere & fur
leur cornée ; ce qu'il dit fur la
trompe des Papillons , & ce
qu'il en faifoit voir à l'aide de
ces Microſcopes eftoit en
GALANT 187
1
effect fingulier : & il difoit
ordinairement & d'une manie→
re fort ingenieufe , que nous
avions obligation au Microf
cope , de la découverte d'un
petit monde auparavant rout
à fait inconnu. Tous les Journaux ont parlé de ces deux
Lettres avec beaucoup d'éloges : & la premiere avoit mêma paru toute entiere dans un
Journal des Sçavans il y a déja
quelques années. Ce que Me
Pujet a écrit fur l'Ayman n'a
pas moins efté recherché des
Sçavans ; nous avons cafin de
luyune Differtation qu'il
Qij
188 MERCURE
翳
publia lors que la Baguette
dont on a tant parlé faifoit le
plus grand bruit ; & dans cet
Ouvrage ainfi que dans les
autres , il parle en grand Philofophe & en Maître de fa
matiere. Il n'ignoroit aucun
des anciens & nouveaux fiftemes de Philofophie , & il parloit de tous en homme qui les
poffedoit parfaitement
joignoit à ces talens la connoiffance des belles Lettres. Jamais
perfonne n'a mieux fçu les
Poëtes que luy. Tant de talens ne luy donnoient point
de vaine gloire , l'humilité fuc
3
il
GALANT 189
軍
toujours fa vertu la plus cherie,
& il feroit difficile de trouver
dans un même homme un
cette vertu
$
fçavoir fi profond & fi étendu
avecune fi grande humilité ;
il joignoit à cette
Chreftienne le principe de
toutes les autres , un amour
pour les pauvres qui a principalement caracterifé toutes
fes actions. Dans l'année 1694
où ils fouffrirent beaucoup il
vendit toute fa vaiffelle d'argent & la plus grande partic
de fon linge pour les foulager ,
& il s'eft auffi furpaffé l'année
derniere dans l'exercice de fa
}
190 MERCURE
charité. Il a donné fa Bibliotheque à la Maifon des Jeſuites de S. Jofeph de Lyon , &
toutes fes Pierres d'Ayman &
autres curiofitez à Mr de la
Vallette Treforier de France ,
fonancien ami, & celuy de tous
les gens de Lettres . Il eft mort
âgé de prés de 80. ans.
Il y a peu de temps que je
vous ay parlé de la nomination de Mr l'Abbé d'Heudicourt, dont jevous apprens au
jourd'huy la mort , àl'Evêché
d'Evreux. Havoit travaillé pendant toute fa vie à fe rendre
digne du Siege Epifcopal , &
GALANT 191
il y eftoit arrivé par tous les
degrez qui peuvent y faire
monter. Il ne doit point rendre
de compte à Dieu de fes momens perdus , puifqu'il n'eftoit
encore âgé que de trente- deux
ans , lorfque la mort l'a furpris , & il avoit fi utilement
employé ce peude temps pour
le bien de l'Eglife , qu'il y alieu
de croire que s'il eftoit demeuré longtemps fur le Siege Epifcopal , l'Eglife en auroit tiré
de grands fecours. Je ne vous
endis rien davantage , vous en
ayant déja parlé dans le temps
qu'il a efté nomméà l'Evêché
d'Evreux.
192 MERCURE
La mort a auffi enlevé Mr
le Chevalier de Chaumont ,
Major general de l'Armée Navale du Levant. Il eftoit âgé de
79. ans , & il avoit eſté Ambaffadeur à Siam. J'aurois dû
ajoûter cette qualité à celles
que je viens de marquer , dans
lefquelles j'ay peut eftre oublié
quelque chofe ; mais fes Billets
d'Enterrément n'ont pû l'apprendre , puifqu'il n'a point
voulu que l'on en filt , & qu'il
、 a cfté enterré à Saint Severin
fans aucun éclat , n'ayant pref
que eu que des Pauvres pour
affiftans àfon Convoy, & qui
luy
GALANT 193
luy ont donné mille benedic
tions. Rien n'a efté plus éclatant que fon Ambaffade au
prés du Roy de Siam. Ilamena en France trois Ambaffadeurs de ce Monarque , & il
leur fit rendre depuis Breft jufqu'à Paris , tous les honneurs
dûs à leur caractere. Il eftoit
coufin germain de Mr le
Marquis de Guitry , GrandMaistre de la Garderobbe ,
qui fut tué près du Fort de
Tolwis avec Mr le Duc de
Longueville. La Maiſon de
Guitry eft fort ancienne , &
fous Charles VII. N. Sire
Février 1710.
*.
· R
194 MERCURE
-
de Guitry , Gouverneur de
Montereau faut - Yonne ,
fecourut Harfleur contre les
Anglois , & il perdit la vie à
la Journée de Verneuil. Cette
Maiſon avoit auffi brillébeaucoup pendant le regne de
Charles VI.
Je dois vous apprendre la
mortde Mr de Maupeou, premier Prefident de la premiere
Chambre des Enqueftes ; mais
comme je vous ay parlé plufieurs fois de la Maifon de
Maupeou, de fa Nobleffe , &
de fes Alliances ; du rare merite & des Emplois éclatans de
GALANT 195
plufieurs grands Hommes de
ce nom qui fe font diftinguez
dans les trois Ordres de l'Etat ,
& en dernier lieu à l'occafion
de Mr l'Archevêque d'Auch ,
auparavant Evêque de Caftres ,
je mecontenteray de vous dire
aujourd'huy que Mr fon frere
qui vient de mourir avoit eſté
reçu fort jeune Chevalier de
Malthe ; que preft d'y faire fes
vœux,il fut engagé par fes parens à revenir en France pour
foûtenir fon nom , à cauſe de
la mort de fon frere qui eftoit
Avocat general du grand Confeil ; qu'il eft mort dans fa cinRij
196 MERCURE
quante-quatrième année , premier Prefident de la premiere
Chambre des Enqueftes , où
il s'eftoit acquis la réputation
d'un Juge tres- integre , & que
de fon mariage avec Mlle le
Noir fille unique de Me la Prefidente le Bailleul , il n'a laiffé
qu'un fils âgé de 21. an , qui
cft Avocat du Royau Chaftelet ; jeune Magiftrat qui eft
tres gracieux & tres bien fait
qui a beaucoup d'efprit , &fur
lequel il y a d'autant plus de
fujet de fonder de hautes efperances , que la nature &la
fortune agiffant pour luy com
DE
LYON
TILLE
الاشياء
i
GALANT 197
me de concert , ont pris foin
de joindre en fa perfonne de
grands biens à de grands talens.
de Morts , parmi lesquels vous
en trouverez de fort curieux
& de tres - édifians , & je ne
doute point que la lecture de
ces Articles ne vous faffent
plaifir.
M' le Baron de Mean , grand
Doyen du Chapitre de la Cathedrale de Liege eft mort dans
une de fes Terres , & Mr le
Baron de Selis a efté élû à fa
place ; ce Baron eftoit auparavant Prevoft de Saint Paul. II
eft d'une des meilleures Mai
158 MERCURE
fons duPays de Liege ; elle eft
originaire d'Alface , & elle y
a tenu un rang tres diftingué
dés le temps que cette Province avoit fes Souverains particuliers. Ce nouveau Grand
Doyen eft proche parent de
M'le Comtede Poitiers Chancelier de la même Eglife , & il
même l'honneur d'avoir du
cofté maternel une alliance
avec la Maiſon Electorale de
Baviere. Mr le Baron de Mean
avoit eſté échangé depuis peu
avec Mr deSaint Vallier Evê
que de Quebec, qui avoit eſté
pris par un Armateur Anglois
GALANT 159
г
dans fon trajet de France en
Amerique , & qui a efté plus de
deux ans prifonnier en Angleterre. M le Baron de Mean
qui avoit auffi efté arrefté par
ordre du Roy lors que nous
eftions encore maiſtres de Liege à caufe de l'intelligence qu'il
avoit avec les ennemis de l'Etát , a marqué peu de temps
avant fa mort un vif repentir
des troubles où il avoit jetté
fa Patrie , &il faifoit inceffamment des fouhaits pour le retour de Mr l'Electeur de Cologne, Evêque de Liege fon Souverain. Ce Baron eftoit d'une
160 MERCURE
grande naiffance & allié au feu
Evêque de Munſter Bernard
de Galen. Sa Maiſon eftoit originaire de l'Etat de Mayence.
L'élection de l'Evêque caufa.
de grands defordres dans la
Ville de Liege au quinziéme
fiecle. Jean de Baviere gouver
noit alors cette Eglife. Les Liegeois luy firent la guerre. L'E
vêché eftoit à Tongres anciennement; il fut enfuite à Maf
trick , & enfin transferé à Liege.
La Soeur Therefe des Anges
Carmelite du Monaftere de la
Sainte Mere de Dieu de Riom
GALANT 161
en Auvergne , y mourut le 2
jour de cette année d'une maladie qui commença le jour
de Saint Etienne à cinq heures du foir , mais qui n'eftoit
qu'une fuite des infirmitez qu'-
elle avoit foufferte depuis 15.
ans avec une patience édifiante. Elle eftoit âgée de 69. ans ;
elle en avoit 46. de Religion ,
& elle eft morte dans unegrande opinion de fainteté. Elle
avoit quitté fes parens dans un
âgefort tendre , & qui estoient
fort éloignez de Riom pour
s'y aller renfermer dans le Convent des Carmelites , & depuis.
Février 1710.
162 MERCURE
pour है
ce temps - là on peut affurer
qu'elle y a mené une vie toutà fait angelique. Son ardeur
le Saint Sacrement de
I'Autel l'avoit obligée de paffer tous les Jeudis de fa vie en
retraite , ce qu'elle a toujours
obfervé avecbeaucoup d'exactitude , & elle a eu la confolationde mourirun Jeudy. Dans:
· les douleurs d'une longue &
cruelle maladie qui l'a fait fouffrir durant quinze années entieres , elle ne s'eft jamais voulu relâcher des pratiques de fa
Regle , & on luy entendoit
dire fouvent queplus la mort eft
GALANT 163
proche , plus ilfaut travaillerpour
sy difpofer; & qu'il faut oublier
Le corps & penser à affurer du bien
àfon ame. L'avant - veille de
Noël elle demanda à fa Superieure de jeûner au pain & à
l'eau , comme fi elle cût îçû que
ce feroit le dernier exercice de
fa penitence; & comme la Superieure s'y oppofoit , elle luy
repliqua : Au nom de Dieu , ma
Mere , ne vous opposezpas à mon
defir ; vous devezaimermonames
je fuis peut - eftre bien prés de la
mort,je la veux attendre comme
un bon Soldat , les armes à la
main. Enfin les bas fentimens
Oij
164 MERCURE
quecette fainteFille avoit d'elle- même , donne le prix à fa
penitence. On enjugera parun
billet écrit de fa main & trouvé
aprés fa mort : il eftoit conçu
en ces termes : Je vousſupplie ,
ma Mere , de me procurer toutes
les Prieres que vous pourrez , j'en
auray ungrand befoin eftant veritablement une tres-grande Pechereffe :ce n'est pas par humilité ,
mais tres-fincerement queje ·ledis ,
vous ayant toutes trompées par
quelques foibles defirs exterieurs
defairepenitence, quoy que jamais
n'enfois venue aux effets comme il faut : c'est pourquoys, ma
je
GALANT 165
chere Mere , je vous fupplie de
mettre dans ma Lettre circulaire
que je demande un Miferere ,
pour reparer mon impenitence des
vant Dieu , & s'il me fait mifericorde , je vous promets d'en eftre
bien reconnoiffante ; mais aidezmoy àfortir du Purgatoire pour
l'amour de Dieu , s'il me fait la
grace d'y aller ; s'il mm'eftoitpermis
de dire lespechez quej'ay commis
&qui medonnent cette crainte , je
le ferois tres- volontiers. Ce Billet contient le triomphe de
l'humilité chreftienne ; on n'en
peut voir une plus profonde
avecunevertu plus épurée. On
166 MERCURE
écrit de Riom que Mr l'Abbé
Faydit l'eftant allé voir quelquesmois avant qu'il mourut,
elle luy prédit fa mort ; & qu'el
le a donné d'autres marques
de la connoiffance qu'elle avoit
de l'avenir.
Si des perfonnes qui ont
mené une vie auffi reguliere ,
ou pour mieux dire auffi fainte
craignent fi fort les Jugemens
de Dieu , que ne doivent point
aprehender ceux qui vivent
dans le monde. Tentens ceux
qui y menent la vie la plus
reguliere , puifqu'ils ne laiffent
pas d'eftre expofez tous les
GALANT 167
jours à une infinité de chofes
qui les font infenfiblement ,
& fans qu'ils ayent le temps
d'y refléchir , tomber dans le
peché , & par confequent
ceux qui font dans le tumulte
des affaires ; & qui ne refuſent
rien à leurs paffions. Enfin les
hommes ne peuvent eftre
tropattentifs à ce qui regarde
leur falut puifque l'Ecriture
die leplusfagepêche fept fois par
jour.
L'Article qui fuit doit auffi faire voir qu'il ya beaucoup
de plaifir à mourir de la mort
des Juftes , & doit faire trem1
768 MERCURE
bler en mêmetemps tous ceux
qui font répandus dans le
monde , qui font bien éloignez d'atteindre à cette per
fection , & qui au lieu de fonger pendant leur vie à acquerir les Trefors neceffaires
pour bien mourir , ne fongent à en amaffer que pour
vivre ,comme s'ils ne devoient
jamais quitter ce monde.
Il court dans le monde.
une Lettre de Dom Alexis
Mauroy Celerier de l'Abbaye
de Sept- fonds adreffée à Mr
Bouillet ami de cette Maifon
fur la mort du dernier Abbés
n'ayant
GALANT 169
n'ayant pu l'avoir entiere , je
vousen envoye un extrait fidéle. Il commence fa Lettre en
difant que commela mort eft
l'echo de la vie , on a vû àla
mort de Mr l'Abbé de Septfonds le même efprit de charité, de recueillement & de penitence , qui a caracterifé toutes.
fes actions. Il eftoit infirme depuis plufieurs années. Mais
ayant eſté faifi tout d'un
coup le 17. du mois de Sep.
tembre au matin d'une fiévre
ardente & d'une inflammation
de poitrine , le Medecin jugea
que la maladie feroit mortelle.
Février 1710. Р
170 MERCURE
Mr l'Abbéayant donc demandé les Sacremens , il fe confeffa
& dés qu'il cut reçû ce premier
Sacrement il tomba dans une
lethargie accompagnée de convulfions qui fit craindre qu'il
ne pût recevoir les autres Sacremens. Il reſta long- temps
dans cet eftat & même fans
mouvement ; mais en eſtant
revenu & ayant demandé avec
de vives inſtances ' Euchariftie,
on laluyapporta & il la reçût
avec les fentimens les plus vifs
& les plus ardens de l'amour
de Dieu ; toujours penetré du
fentiment de l'infuffifance de
GALANT. 171
遭
fa penitence, quoyqu'il en ait
fait une des plus longues &
des plus éclatantes , il fit divers
Actes de Charité mêlez du
fentiment de la plus parfaite
abjection de foy- même. Il
demanda pardon plufieurs
fois à toutela Communauté
qui fondoit en larmes , des
mauvais exemples qu'il avoit
donné & fe recommandant
humblement à fes Prieres ; &
fur ce que le Prieur luy dit
qu'aprés la vie penitente qu'il
avoit menée & aprés avoir
confommé le grand ouvrage
de la Reforme de cette Maifon,
Pij
172 MERCURE
il avoit lieu de tout efperer
de la Mifericorde de Dieu ; il
répondit qu'il n'avoit rienfait,
que tout venoit de Dieu , &
qu'il n'eftoit qu'un ouvrier indigne. Le Prieur au nom de la
Communauté le pria de demander à Dieu , quand il
feroit devant luy unSucceffeur
qui maintint fon ouvrage ;
il répondit qu'il leur en fouhaitoit unqui reparát tous ſes manquemens & toutes lesfautes aufquelles il avoit donné lieu ou par
luy même oupar fa condefcendance ( il faut remarquer , que
c'eft le même Prieur que le
*
GALANT 173
Roy avoit nommé depuis
Abbé de Sept - fonds , & qui
eft fils de Mr d'Oppede premier Prefident du Parlement
de Provence ) enfin le Prieur
luy demanda fa benediction
paternelle au nom de la Communauté. Cefaint & humble
Abbé fe fit long- temps preffer
avant que de la vouloir donner ; mais ne pouvant plus
refifter aux inftances de fes
Religieux qui fondoient tous
en larmes , il fe fit mettre à
fon feant , & aprés avoir fait
le figne de la Croix fur luymême , dit à haute voix ces
*
Piij
174 MERCURE
paroles enfaifant fur luy ſeul
un fecond figne de Croix , &
ne voulant pas benir les autres
par humilité benedicat nos
Deus ( ce qu'il repeta trois fois )
Ømetuent cumomnes fines terra.
Enfin il mourut le zo du
mois , jour de faint Euſtache
fon Patron , aprés une douce
agonie & fans la moindre
grimace.
Louis de Bats de Caftelmore , cy- devant Lieutenant au
Regiment des Gardes Françoifes , connu dans le monde fous
le nom de Mr le Comte d'Artaignan , fils aîné de Charles de
GALANT 175
Bats de Caftelmore , connu
auffi fous le nom de Mr le
Comte d'Artaignan , Capitaine Lieutenant de la premiere
Compagnie des Moufquetaires , tué au Siege de Maftrick
en 1673. mourut fur la fin
de l'année derniere dans fon
Chafteau de Caftelmore en Armagnaç ; nom que le Roy
Louis XIII. avoit ordonné à
fon pere de prendre n'eftant
encore que Mousquetaire
aprés la mort d'un des fes oncles du cofté maternel , tué au
Siege de la Rochelle : Bats de
Caftelmore fon pere ayant
,
éPiiij
176 MERCURE
poufé Françoife de Montef
quiou d'Arraignan en 1608.
lequel a porté toute fa vie le
nom d'Arraignan avec beaucoup de gloire; le deffunt ayant
cu l'honneur de meriter l'eftimede Sa Majesté par fon zele ,
fa fidelité & fon attachement
pour fonfervice.
Mlle de Fortia , fille de feu
Mr de Fortia , Doyendes Maî
tres des Requeftes & Confeiller d'Etat , eft morte il y a déja
quelque temps. La famille de
Mrs de Fortia eft tres-ancienne. Mr le Marquis de Fortia
Durban eft l'aîné de cette Mai-
•
GALANT 177
fon. Mr de Fortia , connu fous
le nom de Forville eft Licutenant de Roy en Provence
Capitaine de Galere , & Gouverneur de la Ville de Marfeille. Mr le Marquis de Monreal ,
qui fait fon fejour ordinaire à
Avignon , &qui a époufé Mlle
de Saffenage , fœur de Mr le
Comtede Saffenage , ci- devant
Premier Gentilhomme de la
Chambre de S. A. R. Mr le
Duc d'Orleans , eft auffi de
cette Mailon. En 1100. Sybille de Fortia époufa Pierre
d'Arragon. Ainfi vous pouvez
juger de la grandeur & de l'il-
178 MERCURE
luftration de cette Maiſon.
Mre N.... Duc d'Aquaviva
eft mort à Lyon , où il paſſoir
en revenant de la Cour pour
fe retirer en Italie. Il n'eftoit
âgé que de 25. ans. Mr le Maréchal de Villeroy qui fçavoit
qu'il devoit paffer dans fon
Gouvernement , avoit eu ſoin
de le recommander' , mais malgré tous les foins qu'on en a
pris une fiévre pourprée l'a em
porté aprés quelques jours de
maladie , & qu'il a reçû les Sacremens avec beaucoup d'édification des Vicaires de la Paroiffe de Saint Paul. Son corps
GALANT 179
par fon ordre a efté embaumé
& déposé dans l'Eglife du
grand Convent des Capucins ,
jufqu'à ce qu'on le tranſportaft
dans le Duché d'Aquaviva au
tombeau de ſes Anceftres, dans
la Province de Barri , une des
principales du Royaume de
Naples; ce jeune Seigneur étoit
frere du Cardinal Aquaviva, &
neveu d'un autre Cardinal du
côrématernel. Il a fait quantité
de legs , & il a donné 10000. écus à une Dame de fon Pays. Je
vous ay parlé de fa Maiſon en
vous apprenant le mariage de
M la Comteffe d'Angeville ,
1180 MERCURE
fa niece. Sa mere eft de la MaiMaifon de Sevignon. LeBourg
d'Aquaviva a donné le nom à
cette illuftre famille, qui donna
un Cardinal au Sacré College
dans le feiziéme fiecle. Octavio
Aquaviva fut un dés ornemens
du Clergé de Rome. Il eftoit .
fils de Jean- Jerôme Aquaviva
( ou Aqua- via ) Duc d'Atri ,
dont le Duc de qui je vous apprens la mort, defcendoit auffi.
Il fut dans une grande confideration à la Cour de Romefous quatre ou cinq Papes:
Sixte V. fur tout , luy donna
divers grands Emplois , & il
GALANT 181
l'honora de la Pourpre Romaine. LePape Leon X I. luy avoit
deftiné l'Archevêché de Naples , mais la mort l'ayant prévenu le Pape Paul V. executa
fes intentions. Claude Aquaviva , de la Compagnie de Jefus , eftoit fils du Duc d'Atri ;
il avoit déja cu des Emplois
importans àla Cour de Rome,
& il pouvoit tout efperer de
fon merite & de fa naiffance ,
lorfqu'il embraffa l'Inftitut des
Jefuites. Il fucceda au P. Everard Mercurieu , troifiéme General de la Compagnie , qu'il
gouverna durant 34. ans avec
182 MERCURE
beaucoup de douceur. Il mourut au commencement du 17°
ficcle.
M' l'Abbé de Laubefpin ,
Comte de S. Jean de Lyon , eft
auffi decedé à la fleur de fon
âge. Il eftoit frere de Mr le
Chevalier de Laubefpin Capitaine de Fregate legere , dont
fouvent parlé pen- je vous ay
dant la derniere guerre d'Italie.
Quoy que l'Article qui fuit
ne regarde qu'une mort, vous
e trouverez fort curieux.
La Republique des Lettres ,
vient de faire une perte confi-
GALANT 183
derable par la mort de M
Louis Pujet , d'une des plus
anciennes familles de Lyon ;
mais beaucoup plus recommandable par fon merite
fes lumieres , & fa vertu. Il
eftoit fils defeu M' Pujet Procureur du Roy au Siege Prefidial de Lyon , qui eſt une
Charge des plus importantes ,
& de Dame N.... d'Avefnesaux-petits neveux , de laquelle
ila laiffé tous les biens , ce Gentilhomme ayant voulu paffer
fa vie dans le celibat , comme
un eftar plus parfait & plus
propre pour s'attacher aux
184 MERCURÉ
Sciences , & pour faire des progrés plus fenfibles dans la vertu ; perfuadé d'ailleurs que le
chemin qu'une ame fait dans
de Dieu eft plus rapide
*
la
la voye
lorfqu'elle a moins d'occafions
de s'entretenir avec le monde,
& de ne juger par les fens de
ce qui ne le goûte que par
foy. Mr Pujer eftant encore
tour jeune s'attacha à la nouvelle Philofophie , & il s'y perfectionna fi fort qu'il a paffé durant tout le cours de la vie pour
un tres-bon & tres-folide Philofophe. Il s'eftoit fort attaché
à la Phyfique , fur tout à l'Ex-
GALANT 185
perimentale ; & il avoit fait de
grandes découvertes fur les
Matieres Magnetiques. Son
Cabinet eftoit pour les Pierres d'Ayman , ce qu'il y avoit
de plus curieux dans toutes les
Provinces voisines , & il ne paffoit point d'Etranger à Lyon
qui n'allaft voir toutes les beautez qu'il y avoit raſſemblées
& les Experiences qu'il faifoit
fur l'Ayman. Il avoit eu fur
cette matiere une diſpute avec
Mr Jobelot de l'Academie des
Sciences ; ce qui avoit produit
de part & d'autre quelques
Lettres pleines d'érudition . Mr
Février 1710. е
186 MERCURE
Pujet avoit perfectionné l'ufage du Microſcope , & il avoit
fait avec cet Inftrument des découvertes fur le corps des plus
petits Infectes, & il publia deux
Lettres il y a quelques années
adreffées au P.LamyBenedictin
fon amy particulier , où il rendoit compte à ce Sçavant Religieux de toutes les Obferva
tions qu'il avoit faites fur le
corps de certaines Mouches
d'uneespece particuliere & fur
leur cornée ; ce qu'il dit fur la
trompe des Papillons , & ce
qu'il en faifoit voir à l'aide de
ces Microſcopes eftoit en
GALANT 187
1
effect fingulier : & il difoit
ordinairement & d'une manie→
re fort ingenieufe , que nous
avions obligation au Microf
cope , de la découverte d'un
petit monde auparavant rout
à fait inconnu. Tous les Journaux ont parlé de ces deux
Lettres avec beaucoup d'éloges : & la premiere avoit mêma paru toute entiere dans un
Journal des Sçavans il y a déja
quelques années. Ce que Me
Pujet a écrit fur l'Ayman n'a
pas moins efté recherché des
Sçavans ; nous avons cafin de
luyune Differtation qu'il
Qij
188 MERCURE
翳
publia lors que la Baguette
dont on a tant parlé faifoit le
plus grand bruit ; & dans cet
Ouvrage ainfi que dans les
autres , il parle en grand Philofophe & en Maître de fa
matiere. Il n'ignoroit aucun
des anciens & nouveaux fiftemes de Philofophie , & il parloit de tous en homme qui les
poffedoit parfaitement
joignoit à ces talens la connoiffance des belles Lettres. Jamais
perfonne n'a mieux fçu les
Poëtes que luy. Tant de talens ne luy donnoient point
de vaine gloire , l'humilité fuc
3
il
GALANT 189
軍
toujours fa vertu la plus cherie,
& il feroit difficile de trouver
dans un même homme un
cette vertu
$
fçavoir fi profond & fi étendu
avecune fi grande humilité ;
il joignoit à cette
Chreftienne le principe de
toutes les autres , un amour
pour les pauvres qui a principalement caracterifé toutes
fes actions. Dans l'année 1694
où ils fouffrirent beaucoup il
vendit toute fa vaiffelle d'argent & la plus grande partic
de fon linge pour les foulager ,
& il s'eft auffi furpaffé l'année
derniere dans l'exercice de fa
}
190 MERCURE
charité. Il a donné fa Bibliotheque à la Maifon des Jeſuites de S. Jofeph de Lyon , &
toutes fes Pierres d'Ayman &
autres curiofitez à Mr de la
Vallette Treforier de France ,
fonancien ami, & celuy de tous
les gens de Lettres . Il eft mort
âgé de prés de 80. ans.
Il y a peu de temps que je
vous ay parlé de la nomination de Mr l'Abbé d'Heudicourt, dont jevous apprens au
jourd'huy la mort , àl'Evêché
d'Evreux. Havoit travaillé pendant toute fa vie à fe rendre
digne du Siege Epifcopal , &
GALANT 191
il y eftoit arrivé par tous les
degrez qui peuvent y faire
monter. Il ne doit point rendre
de compte à Dieu de fes momens perdus , puifqu'il n'eftoit
encore âgé que de trente- deux
ans , lorfque la mort l'a furpris , & il avoit fi utilement
employé ce peude temps pour
le bien de l'Eglife , qu'il y alieu
de croire que s'il eftoit demeuré longtemps fur le Siege Epifcopal , l'Eglife en auroit tiré
de grands fecours. Je ne vous
endis rien davantage , vous en
ayant déja parlé dans le temps
qu'il a efté nomméà l'Evêché
d'Evreux.
192 MERCURE
La mort a auffi enlevé Mr
le Chevalier de Chaumont ,
Major general de l'Armée Navale du Levant. Il eftoit âgé de
79. ans , & il avoit eſté Ambaffadeur à Siam. J'aurois dû
ajoûter cette qualité à celles
que je viens de marquer , dans
lefquelles j'ay peut eftre oublié
quelque chofe ; mais fes Billets
d'Enterrément n'ont pû l'apprendre , puifqu'il n'a point
voulu que l'on en filt , & qu'il
、 a cfté enterré à Saint Severin
fans aucun éclat , n'ayant pref
que eu que des Pauvres pour
affiftans àfon Convoy, & qui
luy
GALANT 193
luy ont donné mille benedic
tions. Rien n'a efté plus éclatant que fon Ambaffade au
prés du Roy de Siam. Ilamena en France trois Ambaffadeurs de ce Monarque , & il
leur fit rendre depuis Breft jufqu'à Paris , tous les honneurs
dûs à leur caractere. Il eftoit
coufin germain de Mr le
Marquis de Guitry , GrandMaistre de la Garderobbe ,
qui fut tué près du Fort de
Tolwis avec Mr le Duc de
Longueville. La Maiſon de
Guitry eft fort ancienne , &
fous Charles VII. N. Sire
Février 1710.
*.
· R
194 MERCURE
-
de Guitry , Gouverneur de
Montereau faut - Yonne ,
fecourut Harfleur contre les
Anglois , & il perdit la vie à
la Journée de Verneuil. Cette
Maiſon avoit auffi brillébeaucoup pendant le regne de
Charles VI.
Je dois vous apprendre la
mortde Mr de Maupeou, premier Prefident de la premiere
Chambre des Enqueftes ; mais
comme je vous ay parlé plufieurs fois de la Maifon de
Maupeou, de fa Nobleffe , &
de fes Alliances ; du rare merite & des Emplois éclatans de
GALANT 195
plufieurs grands Hommes de
ce nom qui fe font diftinguez
dans les trois Ordres de l'Etat ,
& en dernier lieu à l'occafion
de Mr l'Archevêque d'Auch ,
auparavant Evêque de Caftres ,
je mecontenteray de vous dire
aujourd'huy que Mr fon frere
qui vient de mourir avoit eſté
reçu fort jeune Chevalier de
Malthe ; que preft d'y faire fes
vœux,il fut engagé par fes parens à revenir en France pour
foûtenir fon nom , à cauſe de
la mort de fon frere qui eftoit
Avocat general du grand Confeil ; qu'il eft mort dans fa cinRij
196 MERCURE
quante-quatrième année , premier Prefident de la premiere
Chambre des Enqueftes , où
il s'eftoit acquis la réputation
d'un Juge tres- integre , & que
de fon mariage avec Mlle le
Noir fille unique de Me la Prefidente le Bailleul , il n'a laiffé
qu'un fils âgé de 21. an , qui
cft Avocat du Royau Chaftelet ; jeune Magiftrat qui eft
tres gracieux & tres bien fait
qui a beaucoup d'efprit , &fur
lequel il y a d'autant plus de
fujet de fonder de hautes efperances , que la nature &la
fortune agiffant pour luy com
DE
LYON
TILLE
الاشياء
i
GALANT 197
me de concert , ont pris foin
de joindre en fa perfonne de
grands biens à de grands talens.
Fermer
Résumé : Article des Morts, parmi lesquelles il s'en trouve de tres-edifiantes. [titre d'après la table]
Le texte relate plusieurs décès notables et les circonstances qui les entourent. Le Baron de Mean, grand doyen du Chapitre de la Cathédrale de Liège, est décédé. Il avait été échangé avec l'évêque de Québec, Saint Vallier, capturé par des Anglais. Le Baron de Mean avait exprimé des regrets pour les troubles causés à sa patrie et souhaitait le retour de l'Électeur de Cologne, souverain de Liège. Le Baron de Selis, ancien prévôt de Saint Paul, a été élu pour lui succéder. Issu d'une famille distinguée du Pays de Liège, originaire d'Alsace, il est proche parent du Comte de Poitiers, chancelier de la même église. La sœur Thérèse des Anges, carmélite du monastère de la Sainte Mère de Dieu à Riom en Auvergne, est décédée à l'âge de 69 ans après une longue maladie. Elle avait mené une vie exemplaire, marquée par une grande dévotion et une humilité profonde, quittant sa famille jeune pour entrer au couvent et observant rigoureusement les pratiques de sa règle. L'abbé de Sept-Fonds est également décédé, montrant un esprit de charité et de pénitence jusqu'à la fin. Il avait demandé pardon pour les mauvais exemples donnés et exprimé son humilité en se considérant comme un ouvrier indigne. Louis de Bats de Castelmore, connu sous le nom de Comte d'Artagnan, est décédé dans son château de Castelmore en Armagnac. Lieutenant au régiment des Gardes Françaises, il avait été tué au siège de Maastricht en 1673. Son père, également Comte d'Artagnan, avait été mousquetaire et avait épousé Françoise de Montèsquiou d'Artagnan en 1608. Mlle de Fortia, fille de feu Monsieur de Fortia, doyen des Maîtres des Requêtes et conseiller d'État, est décédée. La famille de Fortia est très ancienne et distinguée, avec plusieurs membres occupant des postes importants. Le Duc d'Aquaviva est mort à Lyon à l'âge de 25 ans. Frère du Cardinal Aquaviva et neveu d'un autre cardinal, il avait fait plusieurs legs et donné 10 000 écus à une dame de son pays. Sa famille, originaire du bourg d'Aquaviva, a produit plusieurs personnages illustres, dont des cardinaux et des membres éminents du clergé romain. Un gouverneur anonyme a régné avec douceur durant 34 ans et est décédé au début du 17ème siècle. L'Abbé de Laubespin, Comte de Saint-Jean-de-Lyon, est également décédé jeune. Il était le frère du Chevalier de Laubespin, capitaine de frégate légère, connu pour ses actions durant la dernière guerre d'Italie. La République des Lettres a subi une perte significative avec la mort de Louis Pujet, issu d'une ancienne famille lyonnaise. Pujet, fils du procureur du roi au siège présidial de Lyon, a choisi de vivre célibataire pour se consacrer aux sciences et à la vertu. Il s'est distingué en philosophie, particulièrement en physique expérimentale, et a fait des découvertes sur les matières magnétiques. Son cabinet de pierres d'aimant était renommé. Pujet a perfectionné l'usage du microscope et a publié des lettres sur ses observations. Il a également écrit sur la baguette divinatoire et maîtrisait les anciens et nouveaux systèmes de philosophie. Humble et charitable, il a vendu ses biens pour aider les pauvres et a légué sa bibliothèque aux Jésuites de Lyon. Il est mort à près de 80 ans. L'Abbé d'Heudicourt, évêque d'Évreux, est décédé à l'âge de 32 ans après avoir travaillé toute sa vie pour se rendre digne de son siège épiscopal. Le Chevalier de Chaumont, major général de l'armée navale du Levant et ancien ambassadeur à Siam, est mort à 79 ans. Il a préféré une cérémonie funéraire discrète, assisté uniquement par des pauvres. Monsieur de Maupeou, premier président de la première Chambre des Enquêtes, est décédé à 54 ans, laissant un fils avocat au Châtelet, promis à un grand avenir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1760
p. 197-200
« Je vous envoye l'Estampe des Jettons de cette année que [...] »
Début :
Je vous envoye l'Estampe des Jettons de cette année que [...]
Mots clefs :
Jetons, Académie royale des médailles et inscriptions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je vous envoye l'Estampe des Jettons de cette année que [...] »
Je vous envoye l'Eftampe
des Jettons de cette année
vous auriez trouvée dans ma
Lettre du mois de Janvier fi
la maladie de mon Graveur ne
m'euft point empêché de vous
l'envoyer. Les Devilés font
prefque toutes de Meffieurs de
Academic Royale des Medailles & Infcriptions , & meritent l'attention de ceux qui
les verront. Ces Jettons ont
efté frappez à l'ordinaire à la
Riij
198 MERCURE
Monnoye des Medailles. Vous
aurez dû remarquer que touse
les Corps qui ont accoûtumé
d'en donner tous les ans , n'ontpas ceffé d'en faire frapper cette année , malgré la calamité
publique caufée par la forte &
longue gelée de l'année derniere , que la France feule a éprouvée , parce que dans les climats
plus froids la nége n'ayant
point fondu , en avoit confervé les bleds , au lieu que le froid
ayant repris en France avant
que l'eau de cette nége cuft
penetré dans la terre , la glace
avoit coupé tous les grains.
GALANT
LIOTHE
C'eſt un avantage que no
nemis ont eu , & que l'on ne
doit attribuer ny à leurs forces
ny à leur valeur ; qu'ils n'auront pas toûjours , & dont ils
doivent fe tenir heureux fans
s'en glorifier ; c'eſt un avantahe felon toutes les appa- ge , que
rences , ils n'auront pas cette
année.
Vous aurez peut - eftre remarqué que la Ville n'a point
fait frapper de Jettons cette
année ; mais comme elle s'eft
fort appliquée au foulagement
des Pauvres , le Roy a trouvé
bon qu'elle employaſt à cer
Riiij
200 MERCURE
ufage le fond qu'elle auroit
employé à faire frapper des
Jettons.
des Jettons de cette année
vous auriez trouvée dans ma
Lettre du mois de Janvier fi
la maladie de mon Graveur ne
m'euft point empêché de vous
l'envoyer. Les Devilés font
prefque toutes de Meffieurs de
Academic Royale des Medailles & Infcriptions , & meritent l'attention de ceux qui
les verront. Ces Jettons ont
efté frappez à l'ordinaire à la
Riij
198 MERCURE
Monnoye des Medailles. Vous
aurez dû remarquer que touse
les Corps qui ont accoûtumé
d'en donner tous les ans , n'ontpas ceffé d'en faire frapper cette année , malgré la calamité
publique caufée par la forte &
longue gelée de l'année derniere , que la France feule a éprouvée , parce que dans les climats
plus froids la nége n'ayant
point fondu , en avoit confervé les bleds , au lieu que le froid
ayant repris en France avant
que l'eau de cette nége cuft
penetré dans la terre , la glace
avoit coupé tous les grains.
GALANT
LIOTHE
C'eſt un avantage que no
nemis ont eu , & que l'on ne
doit attribuer ny à leurs forces
ny à leur valeur ; qu'ils n'auront pas toûjours , & dont ils
doivent fe tenir heureux fans
s'en glorifier ; c'eſt un avantahe felon toutes les appa- ge , que
rences , ils n'auront pas cette
année.
Vous aurez peut - eftre remarqué que la Ville n'a point
fait frapper de Jettons cette
année ; mais comme elle s'eft
fort appliquée au foulagement
des Pauvres , le Roy a trouvé
bon qu'elle employaſt à cer
Riiij
200 MERCURE
ufage le fond qu'elle auroit
employé à faire frapper des
Jettons.
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Résumé : « Je vous envoye l'Estampe des Jettons de cette année que [...] »
Le texte annonce l'envoi de jetons commémoratifs pour l'année en cours, malgré la maladie du graveur. Ces jetons sont destinés principalement aux membres de l'Académie Royale des Médailles et Inscriptions et ont été frappés à la Monnoye des Médailles. L'année précédente, une forte et longue gelée a causé des calamités publiques en France, détruisant les récoltes. Contrairement à la France, les climats plus froids ont bénéficié de la neige pour préserver les blés. Cette situation avantageuse pour les ennemis de la France est considérée comme temporaire. De plus, la ville n'a pas fait frapper de jetons cette année, préférant utiliser ses fonds pour aider les pauvres, une décision approuvée par le roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1761
p. 200-216
Naissance de Monseigneur le Duc d'Anjou, [titre d'après la table]
Début :
Quoy qu'il me reste à vous parler d'une infinité de choses [...]
Mots clefs :
Couches, Accouchement, Duchesse de Bourgogne, Naissance du duc d'Anjou
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Naissance de Monseigneur le Duc d'Anjou, [titre d'après la table]
Quoy qu'il me reste à vous
parler d'une infinité de chofes
qui felon l'ordre d'ancienneté,
devroient preceder l'Article
qui fuit , il eft ncanmoins de
ceux dont on doit parler fans
attendrel'ordre des dattes que
je n'obferve pas mefme en
beaucoup de chofes , vous envoyant fouvent plufieurs Articles plutoft dans le temps que
je fuis informé à fond de ce.
qui les regarde , que dans le
temps qu'ils ſe ſont paffez , &
GALANT 201
il meferoit impoffible de vous
écrire fi j'en ufois autrement.
Il fuffit commeje vous ay marqué fouvent, que dans les Articles que je vous envoye ,
quelque temps qu'il y ait que
ce qu'ils contiennent foit paffe ;
il y ait toûjours quelque chofe qui vous foit nouveau dans
ce que je vous mande , & même que je vous envoye fouvent des chofes que vous ne
fçavez pas encore , quoy qu'il
y ait déja longtemps qu'elles fe
foient paffées.
Quant à ce que vous allez
lire , ce font des chofes que la
202 MERCURE
Renommée rend également
publiques en même temps
dans les lieux où elles fe pafu
fent , & qu'elle ne tarde pas a
faire fçavoir dans les lieux les
plus éloignez. Mais comme il
s'agit de faits hiftoriques du
premier rang , il eft à propos
de les donner par ordre , &
d'en faire un Corps qui en
puiffe donner uneidée parfaite
dans les lieux les plus éloignez ;
l'apprendre enfuite aux Etrangers , & laiffer à la Pofterité.
dequoy s'en inſtruire & d'ap
prendre des particularitez qu'l
Tuy eft quelquesfois important
CALANT 203
de fçavoir. Vous jugez bien
que je vais vous parler d'un
morceau d'Histoire qui doit
tenir place dans l'Hiftoire genevale du monde , & je m'imagine qu'en lifant ce Prelude,
vous devinerez d'abord que je
vous vais parler des Couches
de Madame la Ducheffe de:
Bourgogne , & vous ne vous
tromperez pas.
On eftoit attentif fur le
temps que cette Princeffe
accoucheroit, tant parce qu'on
eftoit perfuadé qu'elle eftoit
à terme , qu'à caufe qu'il y
avoit déja du temps qu'elle
204 MERCURE .
avoit fenty quelques douleurs
qui avoient donné lieu de
croire qu'elle accoucheroit
plutoft que l'on n'avoit cru, &
qu'elle avoitfenty ces douleurs
à diverfes reprifes , ce qui cftoit
caufe qu'on attendoit inceffamment le moment de fon
acouchement, que les Princes ,
qui pour leurs interefts particuliers doivent eftre prefens à
de pareils accouchemens ou
du moins dans des lieux d'où ils
puiffent fçavoir ce qui fe paffe
-fans pouvoir eftre trompez,
ne quittoient point Verfailles,
&les habits du Roy demeu
GALANT 205
C
roient toutes les nuits dans la
Chambre de Sa Majefté , afin
de gagner le temps qu'il auroit
fallu perdre pour aller chercher fa Garderobbe.
Enfin le Samedy 15 de ce
mois , fur les fept heures du
matin , cette Princeffe commença à fentir les premieres
douleurs de l'accouchement ,
& comme l'enfant fe trouva
mal tourné , on crut d'abord
quele travail pouroit eſtre rude, & que cette Princeffe n'accoucheroit qu'avec beaucoup
de peine ; mais M' Clement
qui a déja accouché plufieurs
>
206 MERCURE
fois cette Princeffe , qui eft
depuis peu de retour d'Efpagne où il a accouché la Reine ,
& dont le fçavoir eft grand
auffi - bien que l'experience ,
remit auffi toft l'enfant dans
la fituation qu'il devoit eftre :
de maniere que cette Princeffe
accoucha fur les huit heures
demi-quart ; ce que les faifeurs
d'horofcopes feront bien- aife
d'aprendre. Je vous diray
cependant , fans me vouloir
meler d'en faire , qu'il a de
tout temps paffé pour conftant
que les enfans qui naiffoient
le jour eftoient plus heureux
है
GALANT 207
que ceux qui venoient au
monde pendant la nuit. Comme ce Prince eft arriere petit
fils du Roy , rien ne marque
mieux que le Ciel benit la
pofterité de ce Monarque ; &
d'ailleurs il eft tresavantageux
à un Etat d'ayoir beaucoup
de Princes d'une même race
d'autant que lors qu'il paffe
d'une race à unautre , il arrive
fouventdes demeflez qui caufent de grands defordres.
Le bruit de l'accouchement
de Madame la Ducheffe de
Bourgogne , s'eftant auffi-toft
répandu dans toute la Cour
208 MERCURE
T
ycaufa lajoye qu'il eft aifé de
s'imaginer. Le Roy donna au
Prince nouveau né , le nom
de Duc d'Anjou , & il fut ondoyé par M le Cardinal de
Janfon , Grand-Aumônier de
France.
La Renommée , avec la
precipitation qui luy eft ordinaire , lorfqu'il s'agit d'auffi
grandes nouvelles , porta auffitoft à Paris , celle de cette heureufe naiffance , qui prefqu'en
même temps fut fçue de tout
Paris , & annoncée au Public
par la Cloche du Palais qui fe
fait toûjours entendre en de
GALANT 209.
&
par
pareilles occafions ,
le
carillon de la Samaritaine , qui
ne manque jamais de fe faire
entendre auffi ; & dés le jour
même onvit paroiftre les Vers
fuivans, faits par Mr d'Aubicourt.
Sur l'Heureufe Naiffance
de Monſeigneur
LE DUC D'ANJOU.
Le Duc d'Anjou qui regne eft fi
bien établi
SurleTrône où le Cielpermetqu'il
fe maintienne ,
Qu'un Angeſousfon nom nous anFévrier 1710. S
210 MERCURED
4
nonce aujourd'huy,
Qu'il vient tenir un rang que ce
Prince a remply y bonin
Afin qu'on n'ait pas lieu de crain
dre qu'il revienne.
Onvit auffi paroiſtre la Devife fuivante , fur cet accouchement , faite par Mr le Chevalier de Vertron.
Le Corps eft la fleur de Gre
nade, avec ces paroles:
SERVATQUE MIHI NATURA
CORONAM.
Le 16. le Royfit chanter le
GALANT 211
Te Deum dans la Chapelle de
Verfailles , & ayant refolu de
faire chanter dans la Metropolitaine de Paris un Te Deum folemnel , auquel devoient affilter le Parlement & tous , les
Corps qui ont accoûtumé de
l'accompagner dans de parcilles Ceremonies , il écrivit à Mr
le Cardinal de Noailles , Archevêque de Paris , qu'il regar
doit comme une nouvelle & trop
confiderable benediction du Ciel,
la naiſſance de fonfecond Arrierepetit- Fils le Duc d'Anjou , dont
fa Petite - Fille la Ducheffe de
Bourgogne eftoit accouchée ; pour
Sij
212 MERCURE
ne pasfatisfaire à la jufte obligation où il eftoit d'en rendre àDieu
les Actions de graces qui luy
eftoient dûës; & il luy marquoit
de faire chanter le Te Deum
dans l'Eglife Metropolitaine
de fa bonne Ville de Paris , au
jour & à l'heure que le grandMaitre ou Maiftre des Ceremonies luy diroit de fa part.
Commeon chante toûjours.
unTe Deum folemnel pour de
parcilles Naiffances , &que les
jours que ce Te Deum fe chante , on tire un Feu d'artifice
devant l'Hoſtel de Ville , on
n'avoit pas attendu d'ordre
GALANT 213
preparer , & dés que pour le
M's les Prevoft des Marchands
& Echevins curent appris la
Naiffance de Monfeigneur le
Duc d'Anjou , ils y firent travailler.
Le deffein du Feu , dont
je ne vous fais point de Difcription , marquoit par des
figures fimbolifées , que le
Prince que le Ciel vient de
donner à la France , eftant un
prefage certain de fa benediction fur tout le Royaume ,
& de la continuation de cette
fenfible protection dont il a
fouvent reçu de pareilles mar-
214 MERCURB
ques , les Peuples ne pouvoient
en faire voir leur reconnoif
fance avec trop d'éclat , &
marquer auffi les vœux que
ces mêmes Peuples font pour
demander au Tout- puiffant
la confervation d'un fi precieux gage de fa bonté , en
fouhaitant au nouveau Prince
les vertus qui font fi naturelles au fang illuftre d'où il eft
forty. On voyoit dans les
Emblêmes de ce Feu , les fouhaits que les Peuples faifoient
de voir un jour en ce jeune
Prince les vertus & qui font
hereditaires à fonte augufte
GALANT 215
C
fang. lley avoit auffi trois
Emblèmes par lesquelles on
pretendoit faire voir trois des
principales Vertus neceffaires
à un Prince, fçavoir , la Sageffe,
la Grandeur d'ame , & la
Science. Je ne vous dis point
que la Renommée eftoit au
milieu de la Machine , qui
reprefentoit ce Feu , avec fes
deux Trompettes , & dans une
attitude quifaifoit voir qu'elle
eftoit prefte d'aller par toute
la terre annoncer l'heureufer
naiffance qui caufoit tant de
joye à toute la France.
Il y eut le même foir un
216 MERCURE
grandfoupé à l'Hôtel de Ville ,
auquel fe trouverent Monfieur
le Gouverneur de Paris , &
plufieurs perfonnes d'une
qualité diftinguée , & plufieurs
décharges du Canon qu'on
avoit placé le long du Port
de la Grève , & des feux furent
allumez dans toutes les rues
de Paris
parler d'une infinité de chofes
qui felon l'ordre d'ancienneté,
devroient preceder l'Article
qui fuit , il eft ncanmoins de
ceux dont on doit parler fans
attendrel'ordre des dattes que
je n'obferve pas mefme en
beaucoup de chofes , vous envoyant fouvent plufieurs Articles plutoft dans le temps que
je fuis informé à fond de ce.
qui les regarde , que dans le
temps qu'ils ſe ſont paffez , &
GALANT 201
il meferoit impoffible de vous
écrire fi j'en ufois autrement.
Il fuffit commeje vous ay marqué fouvent, que dans les Articles que je vous envoye ,
quelque temps qu'il y ait que
ce qu'ils contiennent foit paffe ;
il y ait toûjours quelque chofe qui vous foit nouveau dans
ce que je vous mande , & même que je vous envoye fouvent des chofes que vous ne
fçavez pas encore , quoy qu'il
y ait déja longtemps qu'elles fe
foient paffées.
Quant à ce que vous allez
lire , ce font des chofes que la
202 MERCURE
Renommée rend également
publiques en même temps
dans les lieux où elles fe pafu
fent , & qu'elle ne tarde pas a
faire fçavoir dans les lieux les
plus éloignez. Mais comme il
s'agit de faits hiftoriques du
premier rang , il eft à propos
de les donner par ordre , &
d'en faire un Corps qui en
puiffe donner uneidée parfaite
dans les lieux les plus éloignez ;
l'apprendre enfuite aux Etrangers , & laiffer à la Pofterité.
dequoy s'en inſtruire & d'ap
prendre des particularitez qu'l
Tuy eft quelquesfois important
CALANT 203
de fçavoir. Vous jugez bien
que je vais vous parler d'un
morceau d'Histoire qui doit
tenir place dans l'Hiftoire genevale du monde , & je m'imagine qu'en lifant ce Prelude,
vous devinerez d'abord que je
vous vais parler des Couches
de Madame la Ducheffe de:
Bourgogne , & vous ne vous
tromperez pas.
On eftoit attentif fur le
temps que cette Princeffe
accoucheroit, tant parce qu'on
eftoit perfuadé qu'elle eftoit
à terme , qu'à caufe qu'il y
avoit déja du temps qu'elle
204 MERCURE .
avoit fenty quelques douleurs
qui avoient donné lieu de
croire qu'elle accoucheroit
plutoft que l'on n'avoit cru, &
qu'elle avoitfenty ces douleurs
à diverfes reprifes , ce qui cftoit
caufe qu'on attendoit inceffamment le moment de fon
acouchement, que les Princes ,
qui pour leurs interefts particuliers doivent eftre prefens à
de pareils accouchemens ou
du moins dans des lieux d'où ils
puiffent fçavoir ce qui fe paffe
-fans pouvoir eftre trompez,
ne quittoient point Verfailles,
&les habits du Roy demeu
GALANT 205
C
roient toutes les nuits dans la
Chambre de Sa Majefté , afin
de gagner le temps qu'il auroit
fallu perdre pour aller chercher fa Garderobbe.
Enfin le Samedy 15 de ce
mois , fur les fept heures du
matin , cette Princeffe commença à fentir les premieres
douleurs de l'accouchement ,
& comme l'enfant fe trouva
mal tourné , on crut d'abord
quele travail pouroit eſtre rude, & que cette Princeffe n'accoucheroit qu'avec beaucoup
de peine ; mais M' Clement
qui a déja accouché plufieurs
>
206 MERCURE
fois cette Princeffe , qui eft
depuis peu de retour d'Efpagne où il a accouché la Reine ,
& dont le fçavoir eft grand
auffi - bien que l'experience ,
remit auffi toft l'enfant dans
la fituation qu'il devoit eftre :
de maniere que cette Princeffe
accoucha fur les huit heures
demi-quart ; ce que les faifeurs
d'horofcopes feront bien- aife
d'aprendre. Je vous diray
cependant , fans me vouloir
meler d'en faire , qu'il a de
tout temps paffé pour conftant
que les enfans qui naiffoient
le jour eftoient plus heureux
है
GALANT 207
que ceux qui venoient au
monde pendant la nuit. Comme ce Prince eft arriere petit
fils du Roy , rien ne marque
mieux que le Ciel benit la
pofterité de ce Monarque ; &
d'ailleurs il eft tresavantageux
à un Etat d'ayoir beaucoup
de Princes d'une même race
d'autant que lors qu'il paffe
d'une race à unautre , il arrive
fouventdes demeflez qui caufent de grands defordres.
Le bruit de l'accouchement
de Madame la Ducheffe de
Bourgogne , s'eftant auffi-toft
répandu dans toute la Cour
208 MERCURE
T
ycaufa lajoye qu'il eft aifé de
s'imaginer. Le Roy donna au
Prince nouveau né , le nom
de Duc d'Anjou , & il fut ondoyé par M le Cardinal de
Janfon , Grand-Aumônier de
France.
La Renommée , avec la
precipitation qui luy eft ordinaire , lorfqu'il s'agit d'auffi
grandes nouvelles , porta auffitoft à Paris , celle de cette heureufe naiffance , qui prefqu'en
même temps fut fçue de tout
Paris , & annoncée au Public
par la Cloche du Palais qui fe
fait toûjours entendre en de
GALANT 209.
&
par
pareilles occafions ,
le
carillon de la Samaritaine , qui
ne manque jamais de fe faire
entendre auffi ; & dés le jour
même onvit paroiftre les Vers
fuivans, faits par Mr d'Aubicourt.
Sur l'Heureufe Naiffance
de Monſeigneur
LE DUC D'ANJOU.
Le Duc d'Anjou qui regne eft fi
bien établi
SurleTrône où le Cielpermetqu'il
fe maintienne ,
Qu'un Angeſousfon nom nous anFévrier 1710. S
210 MERCURED
4
nonce aujourd'huy,
Qu'il vient tenir un rang que ce
Prince a remply y bonin
Afin qu'on n'ait pas lieu de crain
dre qu'il revienne.
Onvit auffi paroiſtre la Devife fuivante , fur cet accouchement , faite par Mr le Chevalier de Vertron.
Le Corps eft la fleur de Gre
nade, avec ces paroles:
SERVATQUE MIHI NATURA
CORONAM.
Le 16. le Royfit chanter le
GALANT 211
Te Deum dans la Chapelle de
Verfailles , & ayant refolu de
faire chanter dans la Metropolitaine de Paris un Te Deum folemnel , auquel devoient affilter le Parlement & tous , les
Corps qui ont accoûtumé de
l'accompagner dans de parcilles Ceremonies , il écrivit à Mr
le Cardinal de Noailles , Archevêque de Paris , qu'il regar
doit comme une nouvelle & trop
confiderable benediction du Ciel,
la naiſſance de fonfecond Arrierepetit- Fils le Duc d'Anjou , dont
fa Petite - Fille la Ducheffe de
Bourgogne eftoit accouchée ; pour
Sij
212 MERCURE
ne pasfatisfaire à la jufte obligation où il eftoit d'en rendre àDieu
les Actions de graces qui luy
eftoient dûës; & il luy marquoit
de faire chanter le Te Deum
dans l'Eglife Metropolitaine
de fa bonne Ville de Paris , au
jour & à l'heure que le grandMaitre ou Maiftre des Ceremonies luy diroit de fa part.
Commeon chante toûjours.
unTe Deum folemnel pour de
parcilles Naiffances , &que les
jours que ce Te Deum fe chante , on tire un Feu d'artifice
devant l'Hoſtel de Ville , on
n'avoit pas attendu d'ordre
GALANT 213
preparer , & dés que pour le
M's les Prevoft des Marchands
& Echevins curent appris la
Naiffance de Monfeigneur le
Duc d'Anjou , ils y firent travailler.
Le deffein du Feu , dont
je ne vous fais point de Difcription , marquoit par des
figures fimbolifées , que le
Prince que le Ciel vient de
donner à la France , eftant un
prefage certain de fa benediction fur tout le Royaume ,
& de la continuation de cette
fenfible protection dont il a
fouvent reçu de pareilles mar-
214 MERCURB
ques , les Peuples ne pouvoient
en faire voir leur reconnoif
fance avec trop d'éclat , &
marquer auffi les vœux que
ces mêmes Peuples font pour
demander au Tout- puiffant
la confervation d'un fi precieux gage de fa bonté , en
fouhaitant au nouveau Prince
les vertus qui font fi naturelles au fang illuftre d'où il eft
forty. On voyoit dans les
Emblêmes de ce Feu , les fouhaits que les Peuples faifoient
de voir un jour en ce jeune
Prince les vertus & qui font
hereditaires à fonte augufte
GALANT 215
C
fang. lley avoit auffi trois
Emblèmes par lesquelles on
pretendoit faire voir trois des
principales Vertus neceffaires
à un Prince, fçavoir , la Sageffe,
la Grandeur d'ame , & la
Science. Je ne vous dis point
que la Renommée eftoit au
milieu de la Machine , qui
reprefentoit ce Feu , avec fes
deux Trompettes , & dans une
attitude quifaifoit voir qu'elle
eftoit prefte d'aller par toute
la terre annoncer l'heureufer
naiffance qui caufoit tant de
joye à toute la France.
Il y eut le même foir un
216 MERCURE
grandfoupé à l'Hôtel de Ville ,
auquel fe trouverent Monfieur
le Gouverneur de Paris , &
plufieurs perfonnes d'une
qualité diftinguée , & plufieurs
décharges du Canon qu'on
avoit placé le long du Port
de la Grève , & des feux furent
allumez dans toutes les rues
de Paris
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Résumé : Naissance de Monseigneur le Duc d'Anjou, [titre d'après la table]
Le texte traite de la naissance du Duc d'Anjou, fils de la Duchesse de Bourgogne, un événement d'une importance historique majeure. L'auteur précise qu'il ne suit pas toujours un ordre chronologique strict pour relater les faits, préférant parfois envoyer des articles dès qu'il en a connaissance, même s'ils concernent des événements passés. Il souligne que les informations qu'il fournit sont souvent nouvelles pour les destinataires, même si les événements sont anciens. L'auteur mentionne que les faits relatés sont déjà connus par la rumeur publique, mais il est important de les organiser et de les transmettre pour en donner une idée précise, notamment aux étrangers et aux générations futures. Il annonce ensuite la naissance du Duc d'Anjou, soulignant l'attente et l'importance de cet événement. La Duchesse de Bourgogne a accouché le 15 janvier à 8 heures et demie du matin, après des douleurs ressenties depuis plusieurs jours. L'accouchement a été facilité par M. Clément, un médecin expérimenté. La nouvelle de la naissance s'est rapidement répandue à la cour et à Paris, où des célébrations ont eu lieu, y compris des Te Deum et des feux d'artifice. Le Roi a nommé le nouveau-né Duc d'Anjou et a ordonné des cérémonies de remerciement. La population a exprimé sa joie et ses vœux pour l'avenir du prince, symbolisés par des emblèmes et des figures allégoriques lors des festivités.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1762
p. 216-252
Reception de Mr Houdart de la Motte à l'Academie Françoise, [titre d'après la table]
Début :
Vous attendez sans doute que je vous parle de la reception [...]
Mots clefs :
Antoine Houdard de la Motte, Abbé Tallement, Discours, Ouvrages, Réception, Académie française, Éloge, Messieurs, Esprit, Directeur de l'Académie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Reception de Mr Houdart de la Motte à l'Academie Françoise, [titre d'après la table]
ous attendez fans doute
que je vous parle de la reception de Mr Houdart de la
Motte à l'Academie Françoiſe,
à la place de feu Mr. de Corneille , mort le 8. de Decem
bre de l'année derniere , &
voftre
GALANT 117
voftre impatience redouble
lorfque vous croyez qu'un
homme qui n'a point diſputé
de Prix qu'il n'ait emportez ,
qui a fouvent travaillé pour
meriter cette gloire , & qui
s'eft diftingué par un grand
nombred'Ouvrages de toutes
fortes de caracteres , & qui
ont attiré l'attention & les applaudiffemens de tout le Public, doit s'eftre furpaffé dans
le remerciement qu'il a fait à
l'Academic , en le nommant
pour remplir la place de Mr
de Corneille. Vous ne vous
trompez pas ; mais quoy qu'il
Février 1710. T
218 MERCURE
foit fort connupar tous les ou
vrages qu'il a donnez au Public , l'admiration que vous
avéz pour luy s'augmenteroit
encore fi vous fçaviez le fond
de la galanterie de fon efprit ,
& vous avouëriez que Voiture
n'a jamais badiné plus agreablement & plus noblement
dans une infinité de pieces que
nousavons de cet homme tout
fingulier , &qui a fait l'un des
principaux ornemens de fon
fiecle , ce que perfonne ne luy
difpute. Mrde la Motte a fait
quantité d'ouvrages de certe
nature, fous les noms de plu-
GALANT 219
fieurs perfonnes de fes Amis ,
tant hommes que femmes , &
qui ont efté admirez , fans
qu'on fçut dans le monde qu'ils
venoient de luy , & peut- eftre
en avez-vous vû beaucoup que
vous avez fort applaudis fans
enfçavoir le veritable Auteur.
Je n'avance rien contre la verité , ayant vû moy - même.
beaucoup de ces ouvrages que
ceux qui les produifoient fous
leur nom , m'ont avoüé eſtre
de luy. Enfin c'eſt un genie
univerfel , & quiferoit capable
de remporter toûjours les Prix
fur tous les fujets quel'on proTij
220 MERCURE
poferoit , de quelque nature
qu'ils puffent eftre. La grande
-idée que le Public a de luy fut
caufe que le jour de fa reception , l'Affemblée fut des plus
nombreuſes ; ce fut le 8. de
Fevrier , & tous ceux qui s'y
trouverent curent lieu d'eftre
contens de tout ce qu'il dit . Il
faut neceffairement que tous
ceux qui font reçus faffent l'éloge du Roy ; celuy de Mr le
Cardinal de Richelieu , & ceux
de Mr le Chancelier Seguier &
de l'Academicien decedé, dont
ils rempliffent la place , ce qui
eft d'autant plus difficile , que
GALANT 221
depuis un fort grand nombre
d'années tous ceux qui font reçus à l'Academie yfont indif
penfablement obligez : de maniere qu'il faut avoir beaucoup
de genie pour donner differens
tours à leurs difcours , & faire
paroiftre nouveaux des fujets
épuifez depuis long- temps , &
cependant ce font par ces endroits que doivent briller le
plus tous les Academiciens qui
fontreçus , & c'eft en quoy Mr
de la Motte fe fit admirer le
jour de fa reception.
Il eft temps de vous parler
duDifcours qu'il prononça &
Tiij
222 MERCURE
qui luy attira tant d'applaudif
femens , & c'eft ce qui m'embaraffe extrêmement. Je ne
dois vous enenvoyer qu'un extrait , & vous devez deviner les
raifons qui m'empêchent de
vous l'envoyer entier. Si ce
Difcours eftoit mediocre je
pourrois faire une peinture des
moindres endroits que je ne
rapporterois pas entiers, & en
donner fans parler contre la
verité , une idée qui les feroit
croire plus beaux qu'ils ne feroient ; mais lors qu'un Dif
cours eft parfait en toutes fes
parties , de quels termes puis- je
GALANT 223
me fervir pour parler des endroits que je ne rapporteray
pas entiers , & en pourray - je
donner une idée qui en puiffe
faire affez bien concevoir la
beauté : & quel choix feray je
de ceux que je vous rapporteray entiers ? puis que ce Difcours a paru également beau
à tous ceux qui l'ont entendu.
Ainfi ne comptez pas que je
vous en puifle faire concevoir
les beautez dans tout ce que
vous allez lire. Vous connoiffez l'efprit de Mr de la Motte,
&fon genie : vous fçavez dequoy il eft capable , & cela doir
Tiiij
224 'MERCURE
vous donner lieu de fuppléer
à tout ce queje vous rappor
teray de ce Difcours. huomis .
Il commença par une peinture qu'il fit de l'embarras où
il fe trouvoit d'eftre obligé de
trouver untour nouveau pour
parler fur une matiere rebatuë par tous ceux qui avoient
efté reçus à l'Academie avant
luy, &fit voir la difficulté qu'il
y avoit de s'en bien acquitters
il demanda pourquoy il falloit
des expreffions differentes pour
des fentimens femblables , & il
dir beaucoup de chofes ingenieufes là deffus. Ce qu'il dit
GALANT 225
enfuite fit paroître fa modeftie,
&aprés avoir dit que cet uſage
auroit dû eftre changé , il dit en
s'adreffant à fes Confreres ; Je
metrompe, Meffieurs, mon infuffifance merend injufte , maintenez
un usage qui n'humiliera que
moy ; fadmireray avec plaisir
dans ceux qui me fuivront , les
reffources qui m'ont manqué. Il
parla enfuite de la haute idée
qu'il avoit de la place où il
eftoit élevé , & fit connoiftre
que le defir qu'il avoit eu de fe
voir reçu parmi eux avoit eſté
fi vif en naiffant , que tout chimerique qu'il l'avoit cru , il luy
?
226 MERCURE
avoit tenu licu de genie , & il
ajoûta que ce defir luy avoit
dicté ces EffaisLyriques dontils
avoient agreé l'hommage , &
qui fous leurs aufpices avoient
trouvé grace devant le Public ;
que ce defir qui induſtrieux à
fe fervir luy même, l'avoit fait
tantoft Orateur , & tantoft
Poëte , pour meriter tous leurs
Lauriers ; qu'il l'avoit même
enhardi plus d'une fois à les
remercier d'un fuffrage unanime qu'il ofoir regarder alors
comme un préfage de celuy
dont il leur rendoit graces en
ce moment ; ce defir enfin ,
GALANT 227
qui du moindre de leurs Eleves , le faifoit devenir un de
leurs Confreres. Il ajoûta qu'il
prononçoit ce mot avec tranfport, & qu'il oublioit un moment ce qu'il eftoit pour ne
voir que le merite de ceux à
qui ils daignoient l'affocier.
Il fit voir enfuite que la
naiſſance &les dignitez qui dif
tinguoient la plupart des Academiciens , ne l'ébloüiffoient
pas, & qu'on ne regardoit parmi cux qu'un éclat plus réel &
plus indépendant ; qu'on n'honoroit à l'Academie que les
talens & la vertu , & qu'on n'y
228 MERCURE
rendoit que ces refpects finceres , d'autant plus flateurs pour
ceux qui les recevoient , qu'ils
faifoientle plaifir mêmedeceux
qui les rendoient , & il pourfuivit par ces paroles. Je fens ce
plaifir , Meffieurs , dans toute fon
étendue: iln'y en apas un de vous,
carj'ay brigué l'honneur de vous
approcher de vous étudier
avant le temps ; il n'y en apas un
de vous en qui je n'ayefenti cette
fuperiorité d'efpritfifüre dansfon
Empire ; mais dont la politeffe
fçait rendrela domination fidouce.
Ouy,j'ofe le dire , les Titres font
icy de trop ; le meriteperfonnel ar
Aliasun
GALANT 229
de
tire àluy toute l'attention. On remarque àpeine que vous réuniffez
dans voftre Corps ce qu'il y a
plus refpectable dans les differens
Ordres de l'Etat ; on fonge feulement , & c'est - là voftre Eloge,
que vous y raffemblez le fçavoir ,
la delicateffe , les talens , le genie
fur tout lafaine critique , plus
rare encore que les talens , auffi
neceffaire à l'avancement des Lettres que le Genie même. Mais à
ne regarder que vos ouvrages ,
Meffieurs , quelle fource d'admiration ! Peut- eftre enfommes- nous
encore trop prés pour en jugerfainement ; on n'estjamais affez tou-
230 MERCURE
ché de ce qu'on voit naifire & de
ce qu'on poffede ; onfe familiarife avec le merite defes contemporains ; l'Antiquitéfeuley met le
fceau de la veneration & de l'eftime publique. Plaçons donc l'Academie dansfon veritable point de
vûë, &voyons- la , s'il.fe peut ,
avec lesyeux de la Pofterité. Il
pourfuivit la peinture de Meffeurs de l'Academic , & parla
des divers talens de ceux qui la
compofent , &finit en diſant : -
Voila l'Academie, Meffieurs, telle
qu'elleparoiflra aujugement de l'avenir. Il parla enfuite des deffauts de tous ceux qui bril-
GALANT 231
loient le plus par leurs ouvragres avant l'établiſſement de
l'Academie , & il fit remarquer
en quoy avoient confifté ces
deffauts , & il finit ce qu'il en
rapporta en difant : Il falloit
une Compagnie , qui par le concours des lumieres , établift des
principes certains , rendift le gouft
plus fixe , difciplinaft le genie même, & en affujettit les fougues à
la raifon
Il parla enfuite de ce que
le Cardinal de Richelieu , &
le Chancelier Seguier , avoient
fait pour l'Academie , & en
finiffant de parler du Chance-
232 MERCURE
lier Seguier , il dit ens'adreſſant
à Meffieurs de l'Academie ;
ce qui fait voftre gloire & la
fienne , Louis , luy- même n'a pas
dédaigné de luyfucceder. Ceft
de ce jour, Mrs, que voftre fortune eut toutfonéclat ; les Mufes
vinrent s'affeoir aupied du Trône,
& le Palais des Rois devint
l'azile des Sçavans. Vous ne
fongeates alors qu'à immortalifer
vostre reconnoiffance
tribut que vous exigeâtes de
vos nouveaux Confreres , fut
l'Eloge du Prince dont ils alloient
partager la protection. Ainfi par
autant de plumes immortelles fuو
Ele
GALANT 233
rent écrites les Annales de fon
regne Monument precieux
d'équité , de valeur , de moderation , & de conftance , modelle
dans les divers évenements de
cet Heroïfme éclairé où le fage
feulpeut ateindre. Mais quelque grand que Loüis paroiſſe àla
pofterité parfes actions , & par
Les vertus ne craignons point
de le dire. Il luy fera encore plus
cher par la protection qu'il vous
a donnée. Tout ce qu'il a fait
d'ailleurs n'alloit qu'à procurer
fes Peuples ,à fes Voifins , & à
fes Ennemis même, un bonheur
fajet aux viciffitudes humaines ;
V
,
Février 1710.
à
you 234 MERCURE
par la protection des Lettres , il
s'eft rendu à jamais le Bienfaicteur du Monde. Il a preparé
des plaifirs utiles à l'avenir le plus
reculé , & les Ouvrages de noftre
fiecle , qui feront alors l'éducation du genre humain , feront
mis au rang de fes plus folides
bien faits. Multipliez- donc vos
Ouvrages , Mrs , par reconnoiffance pour vostre augufte Protecteur ; quelque fujet que vous
traitiez vous travaillerez toujourspourſa gloire , & l'on ne
poura lire nos Philofophes , nos
Hiftoriens , nos Orateurs
mos Poëtes ,fans benir le nom
GALANT 235
*
de l'Augufte qui les a fait naître.
Fe brule déja de contribuerfelon
mes forces aux obligations que
luy aura l'Univers ; heureuxfi
mon genie pouvoit croître jusqu'à
·égaler mon zele.
Avant que d'entrer enfuite
dans l'Elogede feu Mr de Corneille dont il rempliffoit la
place , il parla de quelques uns
des Academiciens qui l'avoient
precedé ; aprés quoy il en fic
un portrait qui reffembloit
parfaitement à l'Original. Il
fit voir qu'il connoiffoit les
beautez de l'une & de l'autre
Scene, & que la France le com-
*
a
*
V ij
236 MERCURE
pteroit toujours entre fes Sophocles & fes Menandres. Il
s'étendit enfuite fur les merveilleux effets que produifoient
encoretousles jours ces fortes
d'Ouvrages , aprés quoy il
parla des autres Ouvrages que
l'on devoit à fon heureufe
fecondité ; de fes Traductions; ·
de fes remarques fur la Langue;
de fes Dictionnaires , travaux
immenfes , qui demandoient
d'autant plus de courage dans
ceux qui les entreprenoient ,
qu'ils ne pouvoient s'en promettre unfuccés bien éclatant
& quele Public qui prodigue
GALANY 237
toujours fes aclamations à l'agreable jouiffoit d'ordinaire
zavec indiference de ce qui n'étoit qu'utile. Et aprés avoir
parlé de fes talents , il fit une
peinture de fes vertus , & dit.
qu'elles eftoient l'objet indifpenfable de fon émulation. Le
portrait qu'il fit des vertus de
cegrand homme fut tres- beau
& tres- reffemblant. Il ajoûta
enparlant de la perte de la
vue de Mr de Corneille , que
ce que l'âge avoit ravi à fon
Predeceffeur , il l'avoit perdu
dés fa jeuneffe , que cette malheureufe conformité qu'il
238 MERCURE
avoit avec luy , leur en rapelleroit fouvent le fouvenir , &
qu'il ne ferviroit d'ailleurs qu'à
leur faire fentir fa perte. Il dit
enfuite. Il faut l'avouer cependant , cette privation dont je
plains , ne fera plus deformais
pour moy un pretexte d'ignorance. Vous m'avez rendu la vuë,
vous m'avez ouvert tous les
Livres en m'affociant à voftre
Compagnie. Aurai - je beſoin de
faits ? je trouveray icy des Scavans à quiil n'en eft point écha
pé. Mefaudra-t -ildes preceptes ?
je m'adrefferay aux Maiftres de
l'Art. Chercheray- je des exem-
GALANT 239
ples ? j'apprendray les beautezdes
Anciensde la bouche même de leurs
Rivaux. Faydroit enfin à toutce
que vous fçavez ; puifque jepuis
vous entendre , je n'envie plus le
bonheur de ceux qui peuvent lire.
Jugez, Meffieurs , de ma reconnoiffance par l'idée juſte & vive
que je me forme de vos bienfaits.
Mr Houdart de la Motte ,
ayant ceffé de parler , Mr de
Callieres prit la parole , en qualité de Directeur de l'Academie , & dit que fi l'uſage de
faire l'Eloge de chaque Academicien que l'on perdoit , n'és
240 MERCURE
fa toit déja introduit dans
Compagnie , Mr de Corneille
auroit merité qu'on eut commencé par luy à faire un
loüable établiſſement , & que
le nom qu'il portoit s'eftoit
rendu fi celebre qu'il avoit fait
honneur non- feulement àl'Academie Françoife; mais même
à toute la Nation : & aprés
avoir fait un Eloge de feu Mr
de Corneille , frere du dernier
mort , & du paralelle qu'on en
pouvoit faire , il parla des Pieces de Theatre de ce dernier
dont il fit en general une pein- 3
ture fort avantageufe. Il paffa
de là
~
GALANT 241
delà à fon Dictionaire des Arts,
&à fon Dictionnaire Geographique & Hiftorique, & dit que
Fon pourroit regarder ces deux
grands ouvrages comme des
trefors toûjours ouverts à la
Nation Françoife, & à tous les
Etrangers qui fçavent noftre
langue, oùils pouvoient puifer
une infinité de connoiffances
utiles & agreables , fans avoir
la peine de les chercher dans
les diverfes fources d'où il les
avoit tirées. Il parla enfuite de
toutes les qualitez de l'honnefte. homme qui avoient fait
admirer Mr de Corneille pen.
Février 1710.
X
242 MERCURE
1
dant fa vie , puis adreffant la
parole à Mrdela Motte, il dit :
Vous avez merité , Monfieur ,
par la beauté de vos ouvrages de
remplir la place d'un ſi excellent
homme , ce fontces heureufes productions de vostre efprit qui vous
ontfaitjour au travers delafoule des Auteurs mediocres , & qui
ont brillé aux yeux - mêmes de
vas Juges. Ils ont couronné plu
feurs de vos excellentes Pieces de
Poefie , endernier lieu celle de
Profe où vous avez égalé les
grands Maiftres de l'Eloquence:
dans l'Art de traiter les matieres
les plus faintes les plus rele-
GALANT 243
vées. Ceftfur ces titres incontestables que vos mêmesJuges vous
ont trouvé digne de leur eftre Af
focié pour partager avec eux
l'honneur des fonctions & des
exercices Academiques. Loind'étre obligez dejuftifier leur choix ,
vous leur avez donné une ample
matiere de le faireciterpour exem
ple de leur équité , de leur bon
gouft , de la jufteffe de leur dif
cernement. Voftre élection faite
le concours unanime de tous par
les fuffrages , fervira de preuve
convaincante que l'Academie ne
peut errer dans fes jugemens ,
lorfqu'elle fe conduit par fes proXij
244 MERCURE
pres lumieres ,fanségard à la brigue & auxfollicitations ,fuivant
l'ordre exprés qu'elle en a defon
augufte Protecteur. Nousfommes
perfuadez , Monfieur , que vous
allez redoubler vos efforts pour
celebrer avec nous cette longue
fuite d'actions glorieufes dont la
vie eft un tiffu continuel , &
pour le reprefenter à la pofterité
auffi grand qu'il l'eft ànosyeux ;
Clement & modere dans les
profperitez les plus brillantes
intrepide dans les plus grands
dangers ; toujours égal dans l'une
dans l'autre fortune , d'une
fermeté inébranlable & d'une
GALANT 245
tranquillité qui nepeut eftre troubice blé par aucun évenement.
N'ayant
point de plus chers interefts que ceux dela raye Reli
gion , dont il est l'infatigable
appuy , preferant toujours à
la gloire de fes juftes conquêtes
celle d'eftre l'auteur du bonheur
public ,fifouventtroublé par les
jaloufes terreurs de fes voifins
ftfouvent rétably par les grands
facrifices qu'il leur a faits , &
qu'il eft encorepreft de leur faire
pour affurerlerepos defes Peuples
celuy même de fes ennemis s
dignes objets des foins, paternels
d'un Roy , grand ,fage , jufte
X iij
246MERCURE
bien faifant , & veritablement
tres- Chreftien. Voilà, Monfieur,
unepartie des riches & preticufes
matieres que vous avez à mettre
en œuvre ; c'eſt le tribut que nous
impofons à votre reconnoiffance
pour l'honneur que vousrecevez
aujourd'huy. Honneur brillant
parluy-même, plus brillant encore
par les temoignages unanimes que
nous rendons au Public , que
vous en eftes veritablement digne.
Mr l'Abbé Tallemant , prit
enfuite la parole , & en s'adreffant à Mr de la Morte
recita Epigramme qui fuit.
GALANT 247
qu'il avoit faite à la gloire de
ce nouvel Academicien , &
qui reçut beaucoup d'applaudiffements.
La Motte par l'effort de ton vafte
genie
Tu répares du fort l'injuſte tirannie
»
Ce n'est point par les yeux que
l'efprit vient àbout,
De bienconnoiftre la nature,
Argus avec centyeux ne connut
point Mercure,
Homere fans yeux voyoit
tout..
Xiij
248 MERCURE
pas
Comme le temps auquel
doivent finir les Affemblées
de l'Academie , chaque jour
qu'elles tiennent , n'eftoir
encore remply ; & que cing!
heures n'eftoient pas fonnées ,
on lut , felon l'ufage , l'Ouvrage d'un Academicien , &
l'on avoit choisi pour ce jourlà , en cas qu'il reftaft du
temps , un Ouvrage de Mr
de Callieres qui fut lû par Mr
l'Abbé Tallemant. Il confiftoit en des Eloges fort courts
&en Vers , de quatorze Homi
mes Illuftres , & de fept Fem- &
mes Sçavantes. Les Hommes.
GALANT 249
dont on lut les Eloges font
MCorneille l'aîné ; Racine
Moliere; la Fontaine ; Voitu
re ; Sarrafin ; la Chapelle
Defpreaux; Pavillon ; Peliffon;
Benferade ; Quinault ; Segrais ; le Duc de Nevers. Et
les Dames qui furent loüées
enfuite , font Mlle de Scudery , fous le nom de Sapho ; la
Fayette ; la Suze ; la Sabliere ;
Deshoulieres ; Villedieu ; Dacier.
Toute l'Affemblée donna
les louanges qui eftoient duës
à ces Portraits , & ils en regurent beaucoup.
250 MERCURE
Je crois devoir ajoûter icy
les noms des Opera qui ont efté
Laits par Mr de la Motte ; ce
font ,
L'Europe galante ,
Iffé ,.
Oinphale ,
Amadis de Grece
Ceyx & Alcione ,
Canente,3
Les Arts , Ballet.
Jupiter & Semelé.
Les fuccés que ces Opera ont
eu dans leur temps vous font
connus , & fur tout celuy de
l'Europe galante quia efté fou
vent remis au Theatre , & que
GALANT 250
le Public ne s'eft jamais laffe
de voir, bab
Le même Auteur a fait auffi
quelques Pieces de Theatre
& plufieurs ouvrages auffi ingenieux que galans qui n'ont
pas paru fous fon nom .
Je ne vous dis rien du grand
nombre de Prix qu'il a remportez par tout où on luy a
permis d'en difputer , en forte
que pour laiffer lieu aux autres.
de meriter à leur tour de ces
Couronnes de Lauriers , il ne
loy a plus efté permis d'entrer
dans la Carriere pour en cücillir de nouveaux.
252 MERCURE
ig
Vous avez vû le Recueil de
fes Odes. Cet Ouvrage eft ge
neralement applaudi , & l'on
vient d'en donner une nouvelle Edition. Tant d'ouvrages
differens luy ont fait meriter la
place que tout le Public , & les
Academiciens même luy fouhaitoient depuis long temps.
Il y alieu de croire qu'eftanc
encore jeune il pourra la remplir auffi dignement que fon
Predeceffeur , & faire autant
d'honneur à cet illuftre Corps.
que je vous parle de la reception de Mr Houdart de la
Motte à l'Academie Françoiſe,
à la place de feu Mr. de Corneille , mort le 8. de Decem
bre de l'année derniere , &
voftre
GALANT 117
voftre impatience redouble
lorfque vous croyez qu'un
homme qui n'a point diſputé
de Prix qu'il n'ait emportez ,
qui a fouvent travaillé pour
meriter cette gloire , & qui
s'eft diftingué par un grand
nombred'Ouvrages de toutes
fortes de caracteres , & qui
ont attiré l'attention & les applaudiffemens de tout le Public, doit s'eftre furpaffé dans
le remerciement qu'il a fait à
l'Academic , en le nommant
pour remplir la place de Mr
de Corneille. Vous ne vous
trompez pas ; mais quoy qu'il
Février 1710. T
218 MERCURE
foit fort connupar tous les ou
vrages qu'il a donnez au Public , l'admiration que vous
avéz pour luy s'augmenteroit
encore fi vous fçaviez le fond
de la galanterie de fon efprit ,
& vous avouëriez que Voiture
n'a jamais badiné plus agreablement & plus noblement
dans une infinité de pieces que
nousavons de cet homme tout
fingulier , &qui a fait l'un des
principaux ornemens de fon
fiecle , ce que perfonne ne luy
difpute. Mrde la Motte a fait
quantité d'ouvrages de certe
nature, fous les noms de plu-
GALANT 219
fieurs perfonnes de fes Amis ,
tant hommes que femmes , &
qui ont efté admirez , fans
qu'on fçut dans le monde qu'ils
venoient de luy , & peut- eftre
en avez-vous vû beaucoup que
vous avez fort applaudis fans
enfçavoir le veritable Auteur.
Je n'avance rien contre la verité , ayant vû moy - même.
beaucoup de ces ouvrages que
ceux qui les produifoient fous
leur nom , m'ont avoüé eſtre
de luy. Enfin c'eſt un genie
univerfel , & quiferoit capable
de remporter toûjours les Prix
fur tous les fujets quel'on proTij
220 MERCURE
poferoit , de quelque nature
qu'ils puffent eftre. La grande
-idée que le Public a de luy fut
caufe que le jour de fa reception , l'Affemblée fut des plus
nombreuſes ; ce fut le 8. de
Fevrier , & tous ceux qui s'y
trouverent curent lieu d'eftre
contens de tout ce qu'il dit . Il
faut neceffairement que tous
ceux qui font reçus faffent l'éloge du Roy ; celuy de Mr le
Cardinal de Richelieu , & ceux
de Mr le Chancelier Seguier &
de l'Academicien decedé, dont
ils rempliffent la place , ce qui
eft d'autant plus difficile , que
GALANT 221
depuis un fort grand nombre
d'années tous ceux qui font reçus à l'Academie yfont indif
penfablement obligez : de maniere qu'il faut avoir beaucoup
de genie pour donner differens
tours à leurs difcours , & faire
paroiftre nouveaux des fujets
épuifez depuis long- temps , &
cependant ce font par ces endroits que doivent briller le
plus tous les Academiciens qui
fontreçus , & c'eft en quoy Mr
de la Motte fe fit admirer le
jour de fa reception.
Il eft temps de vous parler
duDifcours qu'il prononça &
Tiij
222 MERCURE
qui luy attira tant d'applaudif
femens , & c'eft ce qui m'embaraffe extrêmement. Je ne
dois vous enenvoyer qu'un extrait , & vous devez deviner les
raifons qui m'empêchent de
vous l'envoyer entier. Si ce
Difcours eftoit mediocre je
pourrois faire une peinture des
moindres endroits que je ne
rapporterois pas entiers, & en
donner fans parler contre la
verité , une idée qui les feroit
croire plus beaux qu'ils ne feroient ; mais lors qu'un Dif
cours eft parfait en toutes fes
parties , de quels termes puis- je
GALANT 223
me fervir pour parler des endroits que je ne rapporteray
pas entiers , & en pourray - je
donner une idée qui en puiffe
faire affez bien concevoir la
beauté : & quel choix feray je
de ceux que je vous rapporteray entiers ? puis que ce Difcours a paru également beau
à tous ceux qui l'ont entendu.
Ainfi ne comptez pas que je
vous en puifle faire concevoir
les beautez dans tout ce que
vous allez lire. Vous connoiffez l'efprit de Mr de la Motte,
&fon genie : vous fçavez dequoy il eft capable , & cela doir
Tiiij
224 'MERCURE
vous donner lieu de fuppléer
à tout ce queje vous rappor
teray de ce Difcours. huomis .
Il commença par une peinture qu'il fit de l'embarras où
il fe trouvoit d'eftre obligé de
trouver untour nouveau pour
parler fur une matiere rebatuë par tous ceux qui avoient
efté reçus à l'Academie avant
luy, &fit voir la difficulté qu'il
y avoit de s'en bien acquitters
il demanda pourquoy il falloit
des expreffions differentes pour
des fentimens femblables , & il
dir beaucoup de chofes ingenieufes là deffus. Ce qu'il dit
GALANT 225
enfuite fit paroître fa modeftie,
&aprés avoir dit que cet uſage
auroit dû eftre changé , il dit en
s'adreffant à fes Confreres ; Je
metrompe, Meffieurs, mon infuffifance merend injufte , maintenez
un usage qui n'humiliera que
moy ; fadmireray avec plaisir
dans ceux qui me fuivront , les
reffources qui m'ont manqué. Il
parla enfuite de la haute idée
qu'il avoit de la place où il
eftoit élevé , & fit connoiftre
que le defir qu'il avoit eu de fe
voir reçu parmi eux avoit eſté
fi vif en naiffant , que tout chimerique qu'il l'avoit cru , il luy
?
226 MERCURE
avoit tenu licu de genie , & il
ajoûta que ce defir luy avoit
dicté ces EffaisLyriques dontils
avoient agreé l'hommage , &
qui fous leurs aufpices avoient
trouvé grace devant le Public ;
que ce defir qui induſtrieux à
fe fervir luy même, l'avoit fait
tantoft Orateur , & tantoft
Poëte , pour meriter tous leurs
Lauriers ; qu'il l'avoit même
enhardi plus d'une fois à les
remercier d'un fuffrage unanime qu'il ofoir regarder alors
comme un préfage de celuy
dont il leur rendoit graces en
ce moment ; ce defir enfin ,
GALANT 227
qui du moindre de leurs Eleves , le faifoit devenir un de
leurs Confreres. Il ajoûta qu'il
prononçoit ce mot avec tranfport, & qu'il oublioit un moment ce qu'il eftoit pour ne
voir que le merite de ceux à
qui ils daignoient l'affocier.
Il fit voir enfuite que la
naiſſance &les dignitez qui dif
tinguoient la plupart des Academiciens , ne l'ébloüiffoient
pas, & qu'on ne regardoit parmi cux qu'un éclat plus réel &
plus indépendant ; qu'on n'honoroit à l'Academie que les
talens & la vertu , & qu'on n'y
228 MERCURE
rendoit que ces refpects finceres , d'autant plus flateurs pour
ceux qui les recevoient , qu'ils
faifoientle plaifir mêmedeceux
qui les rendoient , & il pourfuivit par ces paroles. Je fens ce
plaifir , Meffieurs , dans toute fon
étendue: iln'y en apas un de vous,
carj'ay brigué l'honneur de vous
approcher de vous étudier
avant le temps ; il n'y en apas un
de vous en qui je n'ayefenti cette
fuperiorité d'efpritfifüre dansfon
Empire ; mais dont la politeffe
fçait rendrela domination fidouce.
Ouy,j'ofe le dire , les Titres font
icy de trop ; le meriteperfonnel ar
Aliasun
GALANT 229
de
tire àluy toute l'attention. On remarque àpeine que vous réuniffez
dans voftre Corps ce qu'il y a
plus refpectable dans les differens
Ordres de l'Etat ; on fonge feulement , & c'est - là voftre Eloge,
que vous y raffemblez le fçavoir ,
la delicateffe , les talens , le genie
fur tout lafaine critique , plus
rare encore que les talens , auffi
neceffaire à l'avancement des Lettres que le Genie même. Mais à
ne regarder que vos ouvrages ,
Meffieurs , quelle fource d'admiration ! Peut- eftre enfommes- nous
encore trop prés pour en jugerfainement ; on n'estjamais affez tou-
230 MERCURE
ché de ce qu'on voit naifire & de
ce qu'on poffede ; onfe familiarife avec le merite defes contemporains ; l'Antiquitéfeuley met le
fceau de la veneration & de l'eftime publique. Plaçons donc l'Academie dansfon veritable point de
vûë, &voyons- la , s'il.fe peut ,
avec lesyeux de la Pofterité. Il
pourfuivit la peinture de Meffeurs de l'Academic , & parla
des divers talens de ceux qui la
compofent , &finit en diſant : -
Voila l'Academie, Meffieurs, telle
qu'elleparoiflra aujugement de l'avenir. Il parla enfuite des deffauts de tous ceux qui bril-
GALANT 231
loient le plus par leurs ouvragres avant l'établiſſement de
l'Academie , & il fit remarquer
en quoy avoient confifté ces
deffauts , & il finit ce qu'il en
rapporta en difant : Il falloit
une Compagnie , qui par le concours des lumieres , établift des
principes certains , rendift le gouft
plus fixe , difciplinaft le genie même, & en affujettit les fougues à
la raifon
Il parla enfuite de ce que
le Cardinal de Richelieu , &
le Chancelier Seguier , avoient
fait pour l'Academie , & en
finiffant de parler du Chance-
232 MERCURE
lier Seguier , il dit ens'adreſſant
à Meffieurs de l'Academie ;
ce qui fait voftre gloire & la
fienne , Louis , luy- même n'a pas
dédaigné de luyfucceder. Ceft
de ce jour, Mrs, que voftre fortune eut toutfonéclat ; les Mufes
vinrent s'affeoir aupied du Trône,
& le Palais des Rois devint
l'azile des Sçavans. Vous ne
fongeates alors qu'à immortalifer
vostre reconnoiffance
tribut que vous exigeâtes de
vos nouveaux Confreres , fut
l'Eloge du Prince dont ils alloient
partager la protection. Ainfi par
autant de plumes immortelles fuو
Ele
GALANT 233
rent écrites les Annales de fon
regne Monument precieux
d'équité , de valeur , de moderation , & de conftance , modelle
dans les divers évenements de
cet Heroïfme éclairé où le fage
feulpeut ateindre. Mais quelque grand que Loüis paroiſſe àla
pofterité parfes actions , & par
Les vertus ne craignons point
de le dire. Il luy fera encore plus
cher par la protection qu'il vous
a donnée. Tout ce qu'il a fait
d'ailleurs n'alloit qu'à procurer
fes Peuples ,à fes Voifins , & à
fes Ennemis même, un bonheur
fajet aux viciffitudes humaines ;
V
,
Février 1710.
à
you 234 MERCURE
par la protection des Lettres , il
s'eft rendu à jamais le Bienfaicteur du Monde. Il a preparé
des plaifirs utiles à l'avenir le plus
reculé , & les Ouvrages de noftre
fiecle , qui feront alors l'éducation du genre humain , feront
mis au rang de fes plus folides
bien faits. Multipliez- donc vos
Ouvrages , Mrs , par reconnoiffance pour vostre augufte Protecteur ; quelque fujet que vous
traitiez vous travaillerez toujourspourſa gloire , & l'on ne
poura lire nos Philofophes , nos
Hiftoriens , nos Orateurs
mos Poëtes ,fans benir le nom
GALANT 235
*
de l'Augufte qui les a fait naître.
Fe brule déja de contribuerfelon
mes forces aux obligations que
luy aura l'Univers ; heureuxfi
mon genie pouvoit croître jusqu'à
·égaler mon zele.
Avant que d'entrer enfuite
dans l'Elogede feu Mr de Corneille dont il rempliffoit la
place , il parla de quelques uns
des Academiciens qui l'avoient
precedé ; aprés quoy il en fic
un portrait qui reffembloit
parfaitement à l'Original. Il
fit voir qu'il connoiffoit les
beautez de l'une & de l'autre
Scene, & que la France le com-
*
a
*
V ij
236 MERCURE
pteroit toujours entre fes Sophocles & fes Menandres. Il
s'étendit enfuite fur les merveilleux effets que produifoient
encoretousles jours ces fortes
d'Ouvrages , aprés quoy il
parla des autres Ouvrages que
l'on devoit à fon heureufe
fecondité ; de fes Traductions; ·
de fes remarques fur la Langue;
de fes Dictionnaires , travaux
immenfes , qui demandoient
d'autant plus de courage dans
ceux qui les entreprenoient ,
qu'ils ne pouvoient s'en promettre unfuccés bien éclatant
& quele Public qui prodigue
GALANY 237
toujours fes aclamations à l'agreable jouiffoit d'ordinaire
zavec indiference de ce qui n'étoit qu'utile. Et aprés avoir
parlé de fes talents , il fit une
peinture de fes vertus , & dit.
qu'elles eftoient l'objet indifpenfable de fon émulation. Le
portrait qu'il fit des vertus de
cegrand homme fut tres- beau
& tres- reffemblant. Il ajoûta
enparlant de la perte de la
vue de Mr de Corneille , que
ce que l'âge avoit ravi à fon
Predeceffeur , il l'avoit perdu
dés fa jeuneffe , que cette malheureufe conformité qu'il
238 MERCURE
avoit avec luy , leur en rapelleroit fouvent le fouvenir , &
qu'il ne ferviroit d'ailleurs qu'à
leur faire fentir fa perte. Il dit
enfuite. Il faut l'avouer cependant , cette privation dont je
plains , ne fera plus deformais
pour moy un pretexte d'ignorance. Vous m'avez rendu la vuë,
vous m'avez ouvert tous les
Livres en m'affociant à voftre
Compagnie. Aurai - je beſoin de
faits ? je trouveray icy des Scavans à quiil n'en eft point écha
pé. Mefaudra-t -ildes preceptes ?
je m'adrefferay aux Maiftres de
l'Art. Chercheray- je des exem-
GALANT 239
ples ? j'apprendray les beautezdes
Anciensde la bouche même de leurs
Rivaux. Faydroit enfin à toutce
que vous fçavez ; puifque jepuis
vous entendre , je n'envie plus le
bonheur de ceux qui peuvent lire.
Jugez, Meffieurs , de ma reconnoiffance par l'idée juſte & vive
que je me forme de vos bienfaits.
Mr Houdart de la Motte ,
ayant ceffé de parler , Mr de
Callieres prit la parole , en qualité de Directeur de l'Academie , & dit que fi l'uſage de
faire l'Eloge de chaque Academicien que l'on perdoit , n'és
240 MERCURE
fa toit déja introduit dans
Compagnie , Mr de Corneille
auroit merité qu'on eut commencé par luy à faire un
loüable établiſſement , & que
le nom qu'il portoit s'eftoit
rendu fi celebre qu'il avoit fait
honneur non- feulement àl'Academie Françoife; mais même
à toute la Nation : & aprés
avoir fait un Eloge de feu Mr
de Corneille , frere du dernier
mort , & du paralelle qu'on en
pouvoit faire , il parla des Pieces de Theatre de ce dernier
dont il fit en general une pein- 3
ture fort avantageufe. Il paffa
de là
~
GALANT 241
delà à fon Dictionaire des Arts,
&à fon Dictionnaire Geographique & Hiftorique, & dit que
Fon pourroit regarder ces deux
grands ouvrages comme des
trefors toûjours ouverts à la
Nation Françoife, & à tous les
Etrangers qui fçavent noftre
langue, oùils pouvoient puifer
une infinité de connoiffances
utiles & agreables , fans avoir
la peine de les chercher dans
les diverfes fources d'où il les
avoit tirées. Il parla enfuite de
toutes les qualitez de l'honnefte. homme qui avoient fait
admirer Mr de Corneille pen.
Février 1710.
X
242 MERCURE
1
dant fa vie , puis adreffant la
parole à Mrdela Motte, il dit :
Vous avez merité , Monfieur ,
par la beauté de vos ouvrages de
remplir la place d'un ſi excellent
homme , ce fontces heureufes productions de vostre efprit qui vous
ontfaitjour au travers delafoule des Auteurs mediocres , & qui
ont brillé aux yeux - mêmes de
vas Juges. Ils ont couronné plu
feurs de vos excellentes Pieces de
Poefie , endernier lieu celle de
Profe où vous avez égalé les
grands Maiftres de l'Eloquence:
dans l'Art de traiter les matieres
les plus faintes les plus rele-
GALANT 243
vées. Ceftfur ces titres incontestables que vos mêmesJuges vous
ont trouvé digne de leur eftre Af
focié pour partager avec eux
l'honneur des fonctions & des
exercices Academiques. Loind'étre obligez dejuftifier leur choix ,
vous leur avez donné une ample
matiere de le faireciterpour exem
ple de leur équité , de leur bon
gouft , de la jufteffe de leur dif
cernement. Voftre élection faite
le concours unanime de tous par
les fuffrages , fervira de preuve
convaincante que l'Academie ne
peut errer dans fes jugemens ,
lorfqu'elle fe conduit par fes proXij
244 MERCURE
pres lumieres ,fanségard à la brigue & auxfollicitations ,fuivant
l'ordre exprés qu'elle en a defon
augufte Protecteur. Nousfommes
perfuadez , Monfieur , que vous
allez redoubler vos efforts pour
celebrer avec nous cette longue
fuite d'actions glorieufes dont la
vie eft un tiffu continuel , &
pour le reprefenter à la pofterité
auffi grand qu'il l'eft ànosyeux ;
Clement & modere dans les
profperitez les plus brillantes
intrepide dans les plus grands
dangers ; toujours égal dans l'une
dans l'autre fortune , d'une
fermeté inébranlable & d'une
GALANT 245
tranquillité qui nepeut eftre troubice blé par aucun évenement.
N'ayant
point de plus chers interefts que ceux dela raye Reli
gion , dont il est l'infatigable
appuy , preferant toujours à
la gloire de fes juftes conquêtes
celle d'eftre l'auteur du bonheur
public ,fifouventtroublé par les
jaloufes terreurs de fes voifins
ftfouvent rétably par les grands
facrifices qu'il leur a faits , &
qu'il eft encorepreft de leur faire
pour affurerlerepos defes Peuples
celuy même de fes ennemis s
dignes objets des foins, paternels
d'un Roy , grand ,fage , jufte
X iij
246MERCURE
bien faifant , & veritablement
tres- Chreftien. Voilà, Monfieur,
unepartie des riches & preticufes
matieres que vous avez à mettre
en œuvre ; c'eſt le tribut que nous
impofons à votre reconnoiffance
pour l'honneur que vousrecevez
aujourd'huy. Honneur brillant
parluy-même, plus brillant encore
par les temoignages unanimes que
nous rendons au Public , que
vous en eftes veritablement digne.
Mr l'Abbé Tallemant , prit
enfuite la parole , & en s'adreffant à Mr de la Morte
recita Epigramme qui fuit.
GALANT 247
qu'il avoit faite à la gloire de
ce nouvel Academicien , &
qui reçut beaucoup d'applaudiffements.
La Motte par l'effort de ton vafte
genie
Tu répares du fort l'injuſte tirannie
»
Ce n'est point par les yeux que
l'efprit vient àbout,
De bienconnoiftre la nature,
Argus avec centyeux ne connut
point Mercure,
Homere fans yeux voyoit
tout..
Xiij
248 MERCURE
pas
Comme le temps auquel
doivent finir les Affemblées
de l'Academie , chaque jour
qu'elles tiennent , n'eftoir
encore remply ; & que cing!
heures n'eftoient pas fonnées ,
on lut , felon l'ufage , l'Ouvrage d'un Academicien , &
l'on avoit choisi pour ce jourlà , en cas qu'il reftaft du
temps , un Ouvrage de Mr
de Callieres qui fut lû par Mr
l'Abbé Tallemant. Il confiftoit en des Eloges fort courts
&en Vers , de quatorze Homi
mes Illuftres , & de fept Fem- &
mes Sçavantes. Les Hommes.
GALANT 249
dont on lut les Eloges font
MCorneille l'aîné ; Racine
Moliere; la Fontaine ; Voitu
re ; Sarrafin ; la Chapelle
Defpreaux; Pavillon ; Peliffon;
Benferade ; Quinault ; Segrais ; le Duc de Nevers. Et
les Dames qui furent loüées
enfuite , font Mlle de Scudery , fous le nom de Sapho ; la
Fayette ; la Suze ; la Sabliere ;
Deshoulieres ; Villedieu ; Dacier.
Toute l'Affemblée donna
les louanges qui eftoient duës
à ces Portraits , & ils en regurent beaucoup.
250 MERCURE
Je crois devoir ajoûter icy
les noms des Opera qui ont efté
Laits par Mr de la Motte ; ce
font ,
L'Europe galante ,
Iffé ,.
Oinphale ,
Amadis de Grece
Ceyx & Alcione ,
Canente,3
Les Arts , Ballet.
Jupiter & Semelé.
Les fuccés que ces Opera ont
eu dans leur temps vous font
connus , & fur tout celuy de
l'Europe galante quia efté fou
vent remis au Theatre , & que
GALANT 250
le Public ne s'eft jamais laffe
de voir, bab
Le même Auteur a fait auffi
quelques Pieces de Theatre
& plufieurs ouvrages auffi ingenieux que galans qui n'ont
pas paru fous fon nom .
Je ne vous dis rien du grand
nombre de Prix qu'il a remportez par tout où on luy a
permis d'en difputer , en forte
que pour laiffer lieu aux autres.
de meriter à leur tour de ces
Couronnes de Lauriers , il ne
loy a plus efté permis d'entrer
dans la Carriere pour en cücillir de nouveaux.
252 MERCURE
ig
Vous avez vû le Recueil de
fes Odes. Cet Ouvrage eft ge
neralement applaudi , & l'on
vient d'en donner une nouvelle Edition. Tant d'ouvrages
differens luy ont fait meriter la
place que tout le Public , & les
Academiciens même luy fouhaitoient depuis long temps.
Il y alieu de croire qu'eftanc
encore jeune il pourra la remplir auffi dignement que fon
Predeceffeur , & faire autant
d'honneur à cet illuftre Corps.
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Résumé : Reception de Mr Houdart de la Motte à l'Academie Françoise, [titre d'après la table]
Le 8 février 1710, Houdart de la Motte est reçu à l'Académie Française pour succéder à Pierre Corneille, décédé le 8 décembre précédent. La Motte est reconnu pour ses nombreux ouvrages et son esprit galant, souvent admirés sans que leur véritable auteur soit connu. Son discours de réception est très apprécié, malgré la difficulté de traiter des sujets déjà abordés par ses prédécesseurs. Il exprime sa modestie et son admiration pour l'Académie, soulignant que seul le mérite personnel compte parmi les académiciens. La Motte rend également hommage au roi Louis XIV pour sa protection des lettres et des savants. Avant de prononcer l'éloge de Corneille, La Motte parle des talents et des vertus de plusieurs académiciens, incluant Corneille, et exprime sa reconnaissance pour l'honneur de faire partie de l'Académie. Le texte mentionne également une séance de l'Académie française où un éloge est rendu à Pierre Corneille, frère du célèbre dramaturge. L'orateur vante les pièces de théâtre de Corneille et ses dictionnaires des Arts et Géographique et Historique, qualifiés de trésors pour la Nation française et les étrangers connaissant la langue française. Il loue ensuite les qualités de Corneille, soulignant sa fermeté, sa tranquillité et son dévouement à la religion et au bonheur public. L'orateur s'adresse ensuite à Antoine de La Motte, nouvellement élu à l'Académie, en reconnaissant la beauté de ses œuvres qui l'ont distingué parmi les auteurs médiocres. Il mentionne notamment son succès dans la poésie et l'éloquence, et salue son élection unanime. La Motte est encouragé à continuer ses efforts pour célébrer les actions glorieuses et à représenter dignement la postérité. L'Abbé Tallemant récite une épigramme en l'honneur de La Motte, qui est applaudie. La séance se poursuit avec la lecture d'un ouvrage de Callières, contenant des éloges de quatorze hommes illustres et sept femmes savantes, parmi lesquels Corneille l'aîné, Racine, Molière, et La Fontaine. Le texte mentionne également les succès des opéras de La Motte, tels que 'L'Europe galante' et 'Iphigénie', ainsi que ses pièces de théâtre et autres ouvrages ingénieux. Il conclut en soulignant les nombreux prix remportés par La Motte et l'attente du public et des académiciens pour qu'il remplisse dignement sa nouvelle fonction.
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1763
p. 252-253
Mr le Duc de Beauvilier ,obtient la survivance de sa Charge de premier Gentilhomme de la Chambre, pour Mr le Duc de Mortemart, [titre d'après la table]
Début :
Mr le Duc de Beauvilier, ayant le malheur de n'avoir [...]
Mots clefs :
Duc de Beauvillier, Charge, Premier gentilhomme de la Chambre, Duc de Mortemart
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mr le Duc de Beauvilier ,obtient la survivance de sa Charge de premier Gentilhomme de la Chambre, pour Mr le Duc de Mortemart, [titre d'après la table]
Mr le Duc de Beauvillier ,
ayant le malheur de n'avoir
point d'enfans pour remplic
GALANT 253
aprés luy fa Chargede premier
Gentilhomme de la Chambre ,
a fupplié le Roy de luy en accorder la furvivance pour Mr
le Duc de Mortemart , fon
gendre , ce qui luy a attiré de
grands applaudiffemens de route la Cour, & Sa Majesté pour
marquer combien elle a efté
contente de ce choix, ya ajoûté un Brevet de retenue de cinq
cens mille livres. Mais on ne
doit pas s'en étonner , Sa Majefté ne faifant point degraces
à demi , & charmant autant
par les manieres que par les
graces prévenantes qu'elle fair
ayant le malheur de n'avoir
point d'enfans pour remplic
GALANT 253
aprés luy fa Chargede premier
Gentilhomme de la Chambre ,
a fupplié le Roy de luy en accorder la furvivance pour Mr
le Duc de Mortemart , fon
gendre , ce qui luy a attiré de
grands applaudiffemens de route la Cour, & Sa Majesté pour
marquer combien elle a efté
contente de ce choix, ya ajoûté un Brevet de retenue de cinq
cens mille livres. Mais on ne
doit pas s'en étonner , Sa Majefté ne faifant point degraces
à demi , & charmant autant
par les manieres que par les
graces prévenantes qu'elle fair
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Résumé : Mr le Duc de Beauvilier ,obtient la survivance de sa Charge de premier Gentilhomme de la Chambre, pour Mr le Duc de Mortemart, [titre d'après la table]
Le Duc de Beauvillier, sans héritier, a demandé au roi la survivance de sa charge de premier Gentilhomme de la Chambre pour son gendre, le Duc de Mortemart. La Cour a acclamé cette décision. Le roi a ajouté un brevet de retenue de cinq cents mille livres, montrant sa générosité et ses manières charmantes.
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1764
p. 254-255
Mariage avec Mr le Dux de Luynes, avec Me la Princesse de Neufchastel, [titre d'après la table]
Début :
Mc la Princesse de Neufchastel, fille de Louis-Henry de [...]
Mots clefs :
Mariage, Cérémonie
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texteReconnaissance textuelle : Mariage avec Mr le Dux de Luynes, avec Me la Princesse de Neufchastel, [titre d'après la table]
54 MERCURE
M la Princeffe de Neufchaftel , fille de Louis - Henry
de Soiffons , ci - devant Abbé
de la Couture , fils naturel de
Louis Comte de Soiffons , qui
fut tué à la Marfée prés de Sedan l'an 1641. lequel Henry
Louis fut legitimé par Lettres
du Roy en 1643. Il eftoit neveu de Madame la Ducheffe de
Nemours , & Prince de Neufchaftel, & il avoit époufé Cunegonde de Luxembourg , fœur
de Mr le Duc de Luxembourg
aujourd'huy Gouverneur de
Normandie. Il eft forti de ce
mariage une fille qui porte le
GALANT 255
A
nom de Princeffe de Neuf.
chaftel , qui vient d'époufer
Mrle Duc de Luynes fils de
Mrle Ducde Montfort , & petit fils de Mr le Duc de Chcvreuſe. S'il eſt vraycommel'on
affure que Mr le Duc de Luynes n'ait que quinze ans , &
Me la Princefle de Neuf- chaf
tel treize , ils ont lieu d'efperer
une longue Pofterité . Le Roy
avoit figné leur Contrat de
Mariage prés de trois ſemaines
avant la Ceremonie de leurs
époufailles.
M la Princeffe de Neufchaftel , fille de Louis - Henry
de Soiffons , ci - devant Abbé
de la Couture , fils naturel de
Louis Comte de Soiffons , qui
fut tué à la Marfée prés de Sedan l'an 1641. lequel Henry
Louis fut legitimé par Lettres
du Roy en 1643. Il eftoit neveu de Madame la Ducheffe de
Nemours , & Prince de Neufchaftel, & il avoit époufé Cunegonde de Luxembourg , fœur
de Mr le Duc de Luxembourg
aujourd'huy Gouverneur de
Normandie. Il eft forti de ce
mariage une fille qui porte le
GALANT 255
A
nom de Princeffe de Neuf.
chaftel , qui vient d'époufer
Mrle Duc de Luynes fils de
Mrle Ducde Montfort , & petit fils de Mr le Duc de Chcvreuſe. S'il eſt vraycommel'on
affure que Mr le Duc de Luynes n'ait que quinze ans , &
Me la Princefle de Neuf- chaf
tel treize , ils ont lieu d'efperer
une longue Pofterité . Le Roy
avoit figné leur Contrat de
Mariage prés de trois ſemaines
avant la Ceremonie de leurs
époufailles.
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Résumé : Mariage avec Mr le Dux de Luynes, avec Me la Princesse de Neufchastel, [titre d'après la table]
La Princesse de Neufchâtel est la fille de Louis-Henry de Soiffons, légitimé en 1643, et de Cunégonde de Luxembourg. Louis-Henry était neveu de la Duchesse de Nemours et Prince de Neufchâtel. La princesse a épousé le Duc de Luynes, âgé de 15 ans, trois semaines après la signature du contrat de mariage par le Roi. La princesse avait 13 ans.
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1765
p. 255-259
Theses soutenuës en Sorbonne, [titre d'après la table]
Début :
On vient de soûtenir en Sorbonne deux Theses appellées Tentatives, [...]
Mots clefs :
Sorbonne, Soutenance de thèse, Éclat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Theses soutenuës en Sorbonne, [titre d'après la table]
On vient de foûtenir en Sorbonne deux Thefes appellées
2 56MERCURE
Tentatives , ce qui s'est fait avec
beaucoup des Allemblées d'éclat , & devant
avant
que nombreuſes.
illuftres
La premiere a efté foutenue
parMr deCotte, Chanoine de
N. Dame, &fils de M' de Corte
premier Architecte du Roy ;
& cet Abbé , quoy que fort
jeune encore , a autant brillé
dans cette action que s'il avoit
efté dans un âge plus avancé.
Mr Dreux, Preftre, Sous-Chan
tre & Chanoine de la même
Eglife ; Docteur de Sorbonne
& Confeiller au grand Confeil,
prefidoit à certe Thefe , qui
A
GALANT 257
2 S
fut honorée de la prefence de
S. E. Monfieur le Cardinal de
Noailles.
Mr Molé, frerede Mr Molé
de Champlaftreux, Prefident à
Mortier, & Abbéde S. Riquier
en Picardie , a auffi foûtenu
une Tentative, à laquelle a prefidé Mr le Prince de Rohan ,
Evêque & Prince de Strafbourg ; Landgrave d'Alface ;
Prince du S. Empire ; Docteur
en Theologie de la Faculté de
Paris , & de la Societé de Sorbonne. La grandeur de la naiffance & du merite du Prefident , & les qualitez ; le merite
Février 1710. Y
158 MERCURE
& la naiffance du Soutenant
furent caufeque l'Affemblée fe
trouva fi nombreuſe , qu'il fut
prefque impoffible d'approcher du lieu où elle fe tenoit
& de bien remarquer tout ce
qui s'y paffa. Comme l'Affemblée qui eftoit auffi illuſtre que
nombreuſe dura encore longtemps aprés la nuit fermée
on avoit allumé beaucoup de
Luftres qui donnerent un nouvel éclat à cette Affemblée
compofée des premieres perfonnes de la Cour & de la Ville , & deprefque tout le Parlement. Son Eminence Mon-
GALANT 259
fieur le Cardinal de Noailles ,
Archevêquede Paris , & quantité d'autres Archevêques &
Evêques s'y trouverent auffi
de maniere qu'il eftoit impoffible que l'on putvoir une Affemblée plus illuftre , & mieux
templie. Le Soutenant feffit
admirer dans cette action publique , qui fut regardée com
me une des plus complettes &
des plus éclatantes qui fe foient
faites depuis long- temps.
2 56MERCURE
Tentatives , ce qui s'est fait avec
beaucoup des Allemblées d'éclat , & devant
avant
que nombreuſes.
illuftres
La premiere a efté foutenue
parMr deCotte, Chanoine de
N. Dame, &fils de M' de Corte
premier Architecte du Roy ;
& cet Abbé , quoy que fort
jeune encore , a autant brillé
dans cette action que s'il avoit
efté dans un âge plus avancé.
Mr Dreux, Preftre, Sous-Chan
tre & Chanoine de la même
Eglife ; Docteur de Sorbonne
& Confeiller au grand Confeil,
prefidoit à certe Thefe , qui
A
GALANT 257
2 S
fut honorée de la prefence de
S. E. Monfieur le Cardinal de
Noailles.
Mr Molé, frerede Mr Molé
de Champlaftreux, Prefident à
Mortier, & Abbéde S. Riquier
en Picardie , a auffi foûtenu
une Tentative, à laquelle a prefidé Mr le Prince de Rohan ,
Evêque & Prince de Strafbourg ; Landgrave d'Alface ;
Prince du S. Empire ; Docteur
en Theologie de la Faculté de
Paris , & de la Societé de Sorbonne. La grandeur de la naiffance & du merite du Prefident , & les qualitez ; le merite
Février 1710. Y
158 MERCURE
& la naiffance du Soutenant
furent caufeque l'Affemblée fe
trouva fi nombreuſe , qu'il fut
prefque impoffible d'approcher du lieu où elle fe tenoit
& de bien remarquer tout ce
qui s'y paffa. Comme l'Affemblée qui eftoit auffi illuſtre que
nombreuſe dura encore longtemps aprés la nuit fermée
on avoit allumé beaucoup de
Luftres qui donnerent un nouvel éclat à cette Affemblée
compofée des premieres perfonnes de la Cour & de la Ville , & deprefque tout le Parlement. Son Eminence Mon-
GALANT 259
fieur le Cardinal de Noailles ,
Archevêquede Paris , & quantité d'autres Archevêques &
Evêques s'y trouverent auffi
de maniere qu'il eftoit impoffible que l'on putvoir une Affemblée plus illuftre , & mieux
templie. Le Soutenant feffit
admirer dans cette action publique , qui fut regardée com
me une des plus complettes &
des plus éclatantes qui fe foient
faites depuis long- temps.
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Résumé : Theses soutenuës en Sorbonne, [titre d'après la table]
En février 1710, deux thèses ont été soutenues à la Sorbonne avec un grand éclat et en présence de nombreuses personnalités. La première thèse a été présentée par Monsieur de Cotte, chanoine de Notre-Dame et fils de l'architecte du roi, sous la présidence de Monsieur Dreux, prêtre, sous-chantre et chanoine de la même église, docteur de Sorbonne et conseiller au grand conseil, en présence du Cardinal de Noailles. La seconde thèse a été soutenue par Monsieur Molé, frère de Monsieur Molé de Champlâtreux et abbé de Saint-Riquier, sous la présidence de Monsieur le Prince de Rohan, évêque et prince de Strasbourg, landgrave d'Alsace, prince du Saint-Empire et docteur en théologie. La grandeur des présidents et les qualités des soutenants ont attiré une assemblée nombreuse et illustre, incluant des membres de la cour, de la ville et du parlement. La soutenance a duré longtemps après la tombée de la nuit, éclairée par de nombreux lustres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1766
p. 259-269
Mort de Mr l'Archevêque de Reims, [titre d'après la table]
Début :
Il me reste à vous parler de tant de personnes decedées [...]
Mots clefs :
Mort, Archevêque de Reims, Charles Maurice le Tellier, Apoplexie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de Mr l'Archevêque de Reims, [titre d'après la table]
Il me reste à vous parler de
tant de perfonnes decedées
dont je ne vous ay encore rien.
dics que je n'aurois pas dû
Y ij
260 MERCURE
vous entretenir encore cen
mois - cy de la mort de Mrb
l'Archevêque de Reims. Auffi
ne vous en parleray- je pas
àfond ; mais il eft des morts
fi éclatantes tant par les circonftances qui les accompa
gnent que par la qualité des
défunts , qu'il eft impoffible.
de n'enrien dire dans le temps
que tout le monde en parle.
Perfonne n'ignore que cer
Archevêque eft mort d'apo
plexie , & cette maladie eft fi
ordinaire depuis quelque 55
temps , que je pourois encore
vous parler de plufieus per - w
GALANT 261
fonnes qui en font mortes
dés qu'elles en ont efté attaquées. Mr l'Archevêque de
Reims n'avoit cu jufqu'à fa
mort aucun indice qui marquaft qu'il en duft eftre attaqué ,fi ce n'eft qu'il eftoit du
nombre de ceux que le Public
condamne toujours à mourir
d'apoplexie , à caufe de leur
repletion. Cependant ce mal
n'attaque pas moins les perfonnes maigres que les autre
& nous en avons tous les jours
de nouvelles preuves.
Mr l'Archevêque de Reims,
venoit de travailler avec Mr
262 MERCURE
9
Pilon , ce fameux Procureur
fi generalement eftimérisa
une Tranfaction pour un de
fes amis qu'il eftimoit beaucoup , & qu'il honoroit de
fon amitié , & ce Prelat, avoit
ápoftillé de fa main , tous les
Articles de cette Tranfaction ,.
à laquelle il avoit efté longtemps fort appliqué. Il dit
enfuite qu'il avoit mal à la tête,
&peu de temps aprés que fon
mal augmentoit beaucoup.
On luy dit de fe mettre fur
fon lit pour fe repoſer , &à
peine y cut il efté un moment
qu'on luy tafta le pouls . &
CALANT 263.
* T
que l'on connut que le poulx
remontoit , & que ce Prelat
commençoit à perdre connoiffance. On courut à Saint
Gervais , & le Vicaire de cette
Paroiffe accourut auffi- toft:
avec les Saintes Huiles ; mais à
peine eut il fait la premiere
Onction , qu'on remarqua
qu'il n'avoit plus du tour de
connoiffance & il mourut
auffi toft aprés.
t
Comme on fçavoir qu'il
avoit fait un Teftament on le
chercha , & il fut bien- toft
trouvé , ce qui marque qu'il
avoit penfé à la mort pen-
>
264 MERCURE
dant fa vie , puifqu'il avoit
fongé à difpofer de fes biens.
On trouva qu'il avoit laiffé à
Mr l'Abbé de Louvois , tous
fes Ornemens d'Eglife , l'Argenterie de fa Chapelle , fa
Maifon de Versailles qui eft
tres- belle, & quelques tentures
de Tapifferies. Il auroit pûlaiffer auffi à Mr l'Abbé de Louvois fa Biblioteque qui eft une
des plus curieufes de Paris
& qui luy revenoit à plus de
quarante mille écus ; mais il
marquoit que Mr l'Abbé de
Louvois n'en avoit pas befoin,
parce qu'il eftoit Maître de la
Biblio-
GALANT 265
Biblioteque du Roy , & qu'ainfi il laiffoit la fienne à Mrs de
Sainte Geneviève.
Tous fes Domeftiques
depuis le premier jufqu'au
dernier , font récompenfez
dans ce Teftament , chacun
felon les Emplois qu'ils avoient
& ces récompenfes font , diton , fort confiderables.
Ce Teftament eft auffi
remply d'un grand nombre
de legs pieux , & de beaucoup
de Prieres que ce Prelat a ordonnées pour le repos de fon
ame.
Je ne parle point de la perFévrier 1710. Z..
266 MERCURE
fonne qu'il a nommée fa Legatrice univerfelle ; c'eft un
Article qui fait raisonner tout
le monde tant ceux qui yfont
intereffez que ceux qui ne le
font pas. Onpouroit, dire que
tous ceux qui font leurs Teftamens ne font rien qu'ils ne
croyent juſte , puis qu'ils contiennent leurs dernieres volon
tez , dont ils doivent rendre
compte à Dieu , & que tout
ce qu'ils font eft autorifé par
des raifons que perfonne ne
peut penetrer ; mais comme
tous les hommes ont leurs
enteftemens qu'ils croyent
GALANT 267
de
juftes , quoyqu'ils ne le foient
fouvent pas , ils ne font pas
toujours bien en croyant bien
faire. Ainfi il eft difficile
condamner ou d'aprouver les
Teftamens les Teftateurs
ayant toujours fait à bonne
intention ce qu'ils n'auroient
pas dû faire , & quoy qu'ils
ayent fait mal devant les hom
mes , ils n'ont point fait mal
devant Dieu , qui ne juge que
felon les intentions. Ce qu'il
y a de furprenant , eft que
prefque dans tous les Teftamens , on trouve des chofes fi
extraordinaires que les homZij
268 MERCURE
mes n'auroient jamais crû les y
devoirtrouver.'
re
Le défunt qui cft mort
âgé de 69. ans fe nommoit
Mr Charles Maurice le Tellier.
Il eftoit Archevêque Duc de
Reims , premier Pair de France , Legat né du S. Siege Apoftolique , Commandeur de
l'Ordre du S. Efprit , Doyen
du. Confeil d'Etat , Provifeur
de Sorbonne , Maître de la
Chapelle du Roy , Abbé de
S. Eftienne de Caen , de S.
Benigne de Dijon , de Bretcüil , &c. Il a efté inhumé le
24. de ce mois à S. Gervais ,
GALANT 269
dans la Cave de feu M' le
Chancelier le Tellier , fon pere
tant de perfonnes decedées
dont je ne vous ay encore rien.
dics que je n'aurois pas dû
Y ij
260 MERCURE
vous entretenir encore cen
mois - cy de la mort de Mrb
l'Archevêque de Reims. Auffi
ne vous en parleray- je pas
àfond ; mais il eft des morts
fi éclatantes tant par les circonftances qui les accompa
gnent que par la qualité des
défunts , qu'il eft impoffible.
de n'enrien dire dans le temps
que tout le monde en parle.
Perfonne n'ignore que cer
Archevêque eft mort d'apo
plexie , & cette maladie eft fi
ordinaire depuis quelque 55
temps , que je pourois encore
vous parler de plufieus per - w
GALANT 261
fonnes qui en font mortes
dés qu'elles en ont efté attaquées. Mr l'Archevêque de
Reims n'avoit cu jufqu'à fa
mort aucun indice qui marquaft qu'il en duft eftre attaqué ,fi ce n'eft qu'il eftoit du
nombre de ceux que le Public
condamne toujours à mourir
d'apoplexie , à caufe de leur
repletion. Cependant ce mal
n'attaque pas moins les perfonnes maigres que les autre
& nous en avons tous les jours
de nouvelles preuves.
Mr l'Archevêque de Reims,
venoit de travailler avec Mr
262 MERCURE
9
Pilon , ce fameux Procureur
fi generalement eftimérisa
une Tranfaction pour un de
fes amis qu'il eftimoit beaucoup , & qu'il honoroit de
fon amitié , & ce Prelat, avoit
ápoftillé de fa main , tous les
Articles de cette Tranfaction ,.
à laquelle il avoit efté longtemps fort appliqué. Il dit
enfuite qu'il avoit mal à la tête,
&peu de temps aprés que fon
mal augmentoit beaucoup.
On luy dit de fe mettre fur
fon lit pour fe repoſer , &à
peine y cut il efté un moment
qu'on luy tafta le pouls . &
CALANT 263.
* T
que l'on connut que le poulx
remontoit , & que ce Prelat
commençoit à perdre connoiffance. On courut à Saint
Gervais , & le Vicaire de cette
Paroiffe accourut auffi- toft:
avec les Saintes Huiles ; mais à
peine eut il fait la premiere
Onction , qu'on remarqua
qu'il n'avoit plus du tour de
connoiffance & il mourut
auffi toft aprés.
t
Comme on fçavoir qu'il
avoit fait un Teftament on le
chercha , & il fut bien- toft
trouvé , ce qui marque qu'il
avoit penfé à la mort pen-
>
264 MERCURE
dant fa vie , puifqu'il avoit
fongé à difpofer de fes biens.
On trouva qu'il avoit laiffé à
Mr l'Abbé de Louvois , tous
fes Ornemens d'Eglife , l'Argenterie de fa Chapelle , fa
Maifon de Versailles qui eft
tres- belle, & quelques tentures
de Tapifferies. Il auroit pûlaiffer auffi à Mr l'Abbé de Louvois fa Biblioteque qui eft une
des plus curieufes de Paris
& qui luy revenoit à plus de
quarante mille écus ; mais il
marquoit que Mr l'Abbé de
Louvois n'en avoit pas befoin,
parce qu'il eftoit Maître de la
Biblio-
GALANT 265
Biblioteque du Roy , & qu'ainfi il laiffoit la fienne à Mrs de
Sainte Geneviève.
Tous fes Domeftiques
depuis le premier jufqu'au
dernier , font récompenfez
dans ce Teftament , chacun
felon les Emplois qu'ils avoient
& ces récompenfes font , diton , fort confiderables.
Ce Teftament eft auffi
remply d'un grand nombre
de legs pieux , & de beaucoup
de Prieres que ce Prelat a ordonnées pour le repos de fon
ame.
Je ne parle point de la perFévrier 1710. Z..
266 MERCURE
fonne qu'il a nommée fa Legatrice univerfelle ; c'eft un
Article qui fait raisonner tout
le monde tant ceux qui yfont
intereffez que ceux qui ne le
font pas. Onpouroit, dire que
tous ceux qui font leurs Teftamens ne font rien qu'ils ne
croyent juſte , puis qu'ils contiennent leurs dernieres volon
tez , dont ils doivent rendre
compte à Dieu , & que tout
ce qu'ils font eft autorifé par
des raifons que perfonne ne
peut penetrer ; mais comme
tous les hommes ont leurs
enteftemens qu'ils croyent
GALANT 267
de
juftes , quoyqu'ils ne le foient
fouvent pas , ils ne font pas
toujours bien en croyant bien
faire. Ainfi il eft difficile
condamner ou d'aprouver les
Teftamens les Teftateurs
ayant toujours fait à bonne
intention ce qu'ils n'auroient
pas dû faire , & quoy qu'ils
ayent fait mal devant les hom
mes , ils n'ont point fait mal
devant Dieu , qui ne juge que
felon les intentions. Ce qu'il
y a de furprenant , eft que
prefque dans tous les Teftamens , on trouve des chofes fi
extraordinaires que les homZij
268 MERCURE
mes n'auroient jamais crû les y
devoirtrouver.'
re
Le défunt qui cft mort
âgé de 69. ans fe nommoit
Mr Charles Maurice le Tellier.
Il eftoit Archevêque Duc de
Reims , premier Pair de France , Legat né du S. Siege Apoftolique , Commandeur de
l'Ordre du S. Efprit , Doyen
du. Confeil d'Etat , Provifeur
de Sorbonne , Maître de la
Chapelle du Roy , Abbé de
S. Eftienne de Caen , de S.
Benigne de Dijon , de Bretcüil , &c. Il a efté inhumé le
24. de ce mois à S. Gervais ,
GALANT 269
dans la Cave de feu M' le
Chancelier le Tellier , fon pere
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Résumé : Mort de Mr l'Archevêque de Reims, [titre d'après la table]
En février 1710, Charles Maurice Le Tellier, Archevêque de Reims, est décédé subitement d'une apoplexie. Il n'avait montré aucun signe avant-coureur de la maladie. Au moment de son décès, il travaillait sur une transaction juridique avec le Procureur Général Pilon. Il a rapidement perdu connaissance et est décédé peu après avoir reçu les derniers sacrements. Son testament, retrouvé promptement, révèle plusieurs legs. Il a légué ses ornements d'église, son argenterie, sa maison de Versailles et des tapisseries à l'Abbé de Louvois. Sa bibliothèque, l'une des plus prestigieuses de Paris, a été laissée à l'abbaye de Sainte-Geneviève. Tous ses domestiques ont été récompensés en fonction de leurs rôles. Le testament comprend également de nombreux legs pieux et prières pour le repos de son âme. Le texte mentionne une légataire universelle dont la nomination a suscité des discussions. Charles Maurice Le Tellier, âgé de 69 ans, occupait plusieurs fonctions prestigieuses, notamment celles de Duc de Reims, premier Pair de France, et Commandeur de l'Ordre du Saint-Esprit. Il a été inhumé le 24 février à Saint-Gervais, dans la cave de son père, le feu Chancelier Le Tellier.
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1767
p. 269-275
De Calais.
Début :
Je vous envoye la suite des Affaires de Mer qui se sont [...]
Mots clefs :
Affaires de Mer, Vaisseaux, Corsaire, Equipage, Calais, Dunkerque, Toulon, Saint-Malo
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Calais.
Je vous envoye la fuite des
Affaires de Mer qui fe font
paffées depuis ma derniere
Lettre.
DeCalais
François Bachelier comman
dant le Corfaire le Prompt, a
pris un Baftiment Hollandois
chargé de chanvres & de toilles.
François Polet comman
dant la Triomphante , a enlevé
un Brigantin Anglois de huit
Z iij .
250 MERCURE
canons , fur lequel il avoit fait
paffer neuf hommes de fon
équipage ; mais les Anglois
ayant mis le feu aux poudres ,
la pluſpart ont efté brûlez , &
l'on a fauvé feulement huit
François.
Les Capitaines Gouvel &
Duchoncommandans les Barques en courfe la Pucelle & la
Pauline , ont auffi amené à Calais un Baſtiment Anglois de
cent trente tonneaux , chargé
d'oranges & de citrons , allant
à Londres.
Trois autres Corfaires ont
pris unVaiffeau Irlandois char-
GALANT 271
gé de beurre , de fuif&de cuirs
verts.
Mrs Saus & Battement commandans les Vaiffeaux du Roy
l'Augufte & le Blackwal , ont
pris & conduit à Dunkerque
un Vaiffeau Anglois fortant
des Dunes pour aller à la Jamaïque.
Les Fregattes du Roy l'Amazone & l'Argonaute , commandées par Mrs de la Jaille
& du Bois de la Morte , font
entrées à Breft avec 4. prifes
qui alloient à Madere & à la
Virginie.
དྷུ་
Un Armateur de Calais a
Z iiij
272 MERCURE
•
auffi amené à Breft un Bâtiment chargé de poudres , de
cordages & d'autres marchan
difes venant d'Hollande.
DeDunkerquele 18. Février.
Mrs de Saus & Battement
commandans les Vaiffeaux du
Roy l'Augufle & le Blakwal ,
ont amené à Dunkerque deux
prifes Angloifes , l'une venant
de Ligourne , chargée de vin
Florence , de fouffre & de marbre ; & l'autre allant d'Yarmouth dans le Détroit , chargée d harengs fors & de fardines.
GALANT 273
Mr Combrug commandant la Fregate la Fidelle, a con
duità Cherbourgune prifeAngloiſe allant à la Nouvelle Angleterre, chargée de balors de
draps eftimée cent mille livres.
De S. Malo le 12. Février.
La Couronne Corfaire de S.
Malo y a conduit une rançon
Angloife de 650. livres fterlin.
Le Marquis de Roye , autre
Corfaire , y a amené une prife
Angloife de cent tonneaux
allant de Dublin à Liſbonne,
274 MERCURE
avec une cargaison de bœuf,
debeurre & de farine.
LeVictorieux ,autre Corfaire, a auffi amené une prife Angloife venant de Barcelone
chargée de vin du cru du Pays
& de raifins.
DeToulon
Mr Laigle eft rentré avec
fon Vaiffeau armé en courfe
dans les Rades de Toulon
d'où il eftoit forti depuis quinze jours , & il y a amené deux
prifes ;l'une d'un Corfaire Fleffinguois de trente - fix canons
GALANT 275
& de deuxcent cinquante hommes d'équipage , ayant pour
fon left deux cent cinquante
faumons de plomb ; & l'autre
d'un Vaiffeau MarchandHollandois chargé de 1400. charges de bled. Mr Laigle n'a
perduperfonne de fon équipage , le Vaiffeau Fleffinguois luy
tira une bordée de canon , Mr
Laigle luy tira enfuite la fienne ; l'Equipage Fleffinguois
ayant reconnu à qui il avoit à
faire fe mità crier c'eft Laigle ,
il nous abîmera , & ils mirent les
armes bas
Affaires de Mer qui fe font
paffées depuis ma derniere
Lettre.
DeCalais
François Bachelier comman
dant le Corfaire le Prompt, a
pris un Baftiment Hollandois
chargé de chanvres & de toilles.
François Polet comman
dant la Triomphante , a enlevé
un Brigantin Anglois de huit
Z iij .
250 MERCURE
canons , fur lequel il avoit fait
paffer neuf hommes de fon
équipage ; mais les Anglois
ayant mis le feu aux poudres ,
la pluſpart ont efté brûlez , &
l'on a fauvé feulement huit
François.
Les Capitaines Gouvel &
Duchoncommandans les Barques en courfe la Pucelle & la
Pauline , ont auffi amené à Calais un Baſtiment Anglois de
cent trente tonneaux , chargé
d'oranges & de citrons , allant
à Londres.
Trois autres Corfaires ont
pris unVaiffeau Irlandois char-
GALANT 271
gé de beurre , de fuif&de cuirs
verts.
Mrs Saus & Battement commandans les Vaiffeaux du Roy
l'Augufte & le Blackwal , ont
pris & conduit à Dunkerque
un Vaiffeau Anglois fortant
des Dunes pour aller à la Jamaïque.
Les Fregattes du Roy l'Amazone & l'Argonaute , commandées par Mrs de la Jaille
& du Bois de la Morte , font
entrées à Breft avec 4. prifes
qui alloient à Madere & à la
Virginie.
དྷུ་
Un Armateur de Calais a
Z iiij
272 MERCURE
•
auffi amené à Breft un Bâtiment chargé de poudres , de
cordages & d'autres marchan
difes venant d'Hollande.
DeDunkerquele 18. Février.
Mrs de Saus & Battement
commandans les Vaiffeaux du
Roy l'Augufle & le Blakwal ,
ont amené à Dunkerque deux
prifes Angloifes , l'une venant
de Ligourne , chargée de vin
Florence , de fouffre & de marbre ; & l'autre allant d'Yarmouth dans le Détroit , chargée d harengs fors & de fardines.
GALANT 273
Mr Combrug commandant la Fregate la Fidelle, a con
duità Cherbourgune prifeAngloiſe allant à la Nouvelle Angleterre, chargée de balors de
draps eftimée cent mille livres.
De S. Malo le 12. Février.
La Couronne Corfaire de S.
Malo y a conduit une rançon
Angloife de 650. livres fterlin.
Le Marquis de Roye , autre
Corfaire , y a amené une prife
Angloife de cent tonneaux
allant de Dublin à Liſbonne,
274 MERCURE
avec une cargaison de bœuf,
debeurre & de farine.
LeVictorieux ,autre Corfaire, a auffi amené une prife Angloife venant de Barcelone
chargée de vin du cru du Pays
& de raifins.
DeToulon
Mr Laigle eft rentré avec
fon Vaiffeau armé en courfe
dans les Rades de Toulon
d'où il eftoit forti depuis quinze jours , & il y a amené deux
prifes ;l'une d'un Corfaire Fleffinguois de trente - fix canons
GALANT 275
& de deuxcent cinquante hommes d'équipage , ayant pour
fon left deux cent cinquante
faumons de plomb ; & l'autre
d'un Vaiffeau MarchandHollandois chargé de 1400. charges de bled. Mr Laigle n'a
perduperfonne de fon équipage , le Vaiffeau Fleffinguois luy
tira une bordée de canon , Mr
Laigle luy tira enfuite la fienne ; l'Equipage Fleffinguois
ayant reconnu à qui il avoit à
faire fe mità crier c'eft Laigle ,
il nous abîmera , & ils mirent les
armes bas
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Résumé : De Calais.
Le document décrit plusieurs actions navales françaises contre des navires étrangers. À Calais, François Bachelier a capturé un bâtiment hollandais chargé de chanvre et de toiles. François Polet a pris un brigantin anglais de huit canons, mais une explosion a blessé la plupart de son équipage. Les capitaines Gouvel et Duchon ont ramené un bâtiment anglais chargé de fruits. Trois corvettes ont capturé un vaisseau irlandais transportant du beurre, du suif et des cuirs verts. À Dunkerque, les capitaines de Saus et Battement ont conduit un vaisseau anglais destiné à la Jamaïque. Les frégates royales l'Amazone et l'Argonaute ont ramené à Brest quatre prises destinées à Madère et à la Virginie. Un armateur de Calais a également amené à Brest un bâtiment chargé de poudres, de cordages et d'autres marchandises venant de Hollande. À Dunkerque, les mêmes capitaines ont ramené deux prises anglaises, l'une chargée de vin, de soufre et de marbre, l'autre de harengs et de farines. Le commandant Combrug a conduit à Cherbourg une prise anglaise chargée de draps. À Saint-Malo, une corvette a ramené une rançon anglaise de 650 livres sterling. Le Marquis de Roye a amené une prise anglaise de cent tonneaux chargée de bœuf, de beurre et de farine. Le Victorieux a capturé une prise anglaise venant de Barcelone chargée de vin et de raisins. À Toulon, Monsieur Laigle est rentré avec deux prises : un corsaire flessinguois de trente-six canons et un vaisseau marchand hollandais chargé de blé.
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1768
p. 275-278
Dons faits par le Roy, [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay déja dit que feu Mr l'Archevêque de Reims a [...]
Mots clefs :
Charge, Testament, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dons faits par le Roy, [titre d'après la table]
Je vous ay déja dit quefeu
276 MERCURE
Mr l'Archevêque de Reims a
donné par fon Teftament Choute
fa
Maifon de Verſailles
meublée à Mr l'Abbé de Louvois ; mais vous ignorez peuteftre que l'Appartement qu'il
avoit dans le Chasteau , a efté
donné par Sa Majesté à S. A,
S. Monfieur le Duc du Maine
pour Les Enfans.
Le Roy a auffi donné à Mt
de Chanlay , dont vous fçavez
les long & affidus fervices , un
Brevet de retenuë fort confiderable fur fa Charge de Maréchal general des Camps &
Armées de Sa Majesté.
GALANT 277
Mr Bourdelin , ci - devant
Secretaire de l'Ambaffade , lors
que Mr de Bonrepos alla Ambaffadeur en Dannemarck , a
a efté reçu Ordinaire du Roy.
Il a efté Confeiller au Chaftelet. Il fçait parfaitement les
Langues étrangeres , & Mr le
Comte de Pontchartrain le
mit auprés de luy pour traduire
les Lettres particulieres qui luy
venoient de divers Pays étrangers , & qui demandoient un
homme de confiance. Il a l'efprit univerfel , & quoy que
fort jeune encore , il eft Veterant de l'Academic Royale des
278 MERCURE
Medailles & Infcriptions. Il a
beaucoup d'efprit ; l'air fort
gracieux , & toutes les qualitez neceſſaires pour bien s'acquitter de la Charge dont Sa
Majefté luy a donné l'agréement avec plaifir , & il est déja
entré en exercice.
276 MERCURE
Mr l'Archevêque de Reims a
donné par fon Teftament Choute
fa
Maifon de Verſailles
meublée à Mr l'Abbé de Louvois ; mais vous ignorez peuteftre que l'Appartement qu'il
avoit dans le Chasteau , a efté
donné par Sa Majesté à S. A,
S. Monfieur le Duc du Maine
pour Les Enfans.
Le Roy a auffi donné à Mt
de Chanlay , dont vous fçavez
les long & affidus fervices , un
Brevet de retenuë fort confiderable fur fa Charge de Maréchal general des Camps &
Armées de Sa Majesté.
GALANT 277
Mr Bourdelin , ci - devant
Secretaire de l'Ambaffade , lors
que Mr de Bonrepos alla Ambaffadeur en Dannemarck , a
a efté reçu Ordinaire du Roy.
Il a efté Confeiller au Chaftelet. Il fçait parfaitement les
Langues étrangeres , & Mr le
Comte de Pontchartrain le
mit auprés de luy pour traduire
les Lettres particulieres qui luy
venoient de divers Pays étrangers , & qui demandoient un
homme de confiance. Il a l'efprit univerfel , & quoy que
fort jeune encore , il eft Veterant de l'Academic Royale des
278 MERCURE
Medailles & Infcriptions. Il a
beaucoup d'efprit ; l'air fort
gracieux , & toutes les qualitez neceſſaires pour bien s'acquitter de la Charge dont Sa
Majefté luy a donné l'agréement avec plaifir , & il est déja
entré en exercice.
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Résumé : Dons faits par le Roy, [titre d'après la table]
Le texte mentionne plusieurs événements et nominations. L'Archevêque de Reims a légué sa maison de Versailles, meublée, à l'Abbé de Louvois par testament. Le roi a attribué l'appartement de l'archevêque au Duc du Maine pour ses enfants. Monsieur de Chanlay a reçu un brevet de retenue substantiel en reconnaissance de ses loyaux et assidus services en tant que Maréchal général des camps et armées du roi. Monsieur Bourdelin, ancien secrétaire de l'ambassade en Danemark, a été nommé Ordinaire du roi et conseiller au Châtelet. Il maîtrise les langues étrangères et a été chargé par le Comte de Pontchartrain de traduire des lettres provenant de divers pays étrangers. Bourdelin, jeune mais expérimenté, est membre de l'Académie Royale des Médailles et Inscriptions. Il possède un esprit universel et les qualités nécessaires pour bien exercer sa charge, pour laquelle il a reçu l'agrément du roi avec plaisir et a déjà commencé à exercer ses fonctions.
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1769
p. 278-285
Rapel de Mr le Comte de Cornbury, de son Gouvernement de la nouvelle Yorck, [titre d'après la table]
Début :
Mr le Comte de Cornbury, cousin germain de la Reine [...]
Mots clefs :
Comte de Cornbury, Rappel, Nouvelle-Yorck, Angleterre, Maison des Hides
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Rapel de Mr le Comte de Cornbury, de son Gouvernement de la nouvelle Yorck, [titre d'après la table]
Mr le Comte de Cornbury,
coufin germain de la Reine
Anne ,
ayant l'honneur
d'eftre neveu de la Ducheffe
d'Yorck , premiere femme du
Roy d'Angleterre dernier
mort vient d'eftre rappellé
de fon Gouvernement de la
Nouvelle-Yorck , dans l'Ame-
GALANT 279
tique , quoy qu'il ait remply
certe fonction au gré & à la
fatisfaction des peuples qu'il
gouvernoit ; & l'on écrit d'Angleterre que les liaifons de fang
qu'il y a entre la Reine & ce
Seigneur , & l'ancienne amitié
dont il eft uni avec Milord
Marlborough , n'ont pûlegarentir de la chute qu'il vient
de faire , ny le mettre à couvert de quelques foupçons que
la Reine a cuë de fa conduite.
Ce Comte eft petit- fils du fameux Chancelier Hyde dont
on a tant parlé fous le regne
des deux Rois d'Angleterre
280 MERCURE
Charles II & Jacques II. Ce
dernier époufa en premieres
nôces la fille de ce Chancelier ,
& il en eut la feuë Princeffe
d'Orange & la Reine Anne.
Mylord Hyde , outre Me la
Ducheffe d'Yorck laiffa Mylord Clarendon fon fils aîné ,
qu'il rendit par fes foins un des
plus grands Politiques que
l'Angleterre ait eus . C'eſt ce
Comte de Clarendon qui a
laiffé un Recueil de Memoires
des guerres civiles d'Angleterre , qui finirent par la mort funefte du RoyCharles I. ouvrage digne des plus grands Mat-
GALANT 281
tres de l'Art , & qui peut eftre
comparé aux Annales de Titelive , & à l'Histoire de la Tacite & les Reflexions qu'il
fait fur chaque évenement
prouve affez qu'il connoiſt tous
les principes & toutes les maximes de cette Science difficile.
Il y infinuë que le celebre Jacques Duc d'Hamilton , grand
Commiffaire du Roy Charles
1. en Ecoffe fut foupçonné du
deffein de monter fur le Trône de cette Monarchie , pendant les troubles qui l'agitoient. On prétend qu'il fondoit fes droits fur une de fes
Février 1710.
Aa
282 MERCURE
aycules, fœur du Roy d'Ecoffe
Jacques III. Mr le Comte
de Cornbury fils de cet habile
Hiftorien , a porté le nom de
Comte de Clarendon fous le
regne du Roy Jacques II. dont
il avoit l'honneur d'eftre neveu
à caufe de la feue Ducheffe
d'Yorck ; il eftoit fort attaché
au parti de ce Prince , &il avoit
unRegiment ainfi que Mylord
Churchill , connu à prefent
fous le nom de Duc de Marlborough , mais ces deux Colonels abandonnerent leur Roi
& menerent leurs Regimens au
Prince d'Orange , lorſqu'il eut
GALANT 283
débarqué à Torbay dans le
temps de fon invaſion en Angleterre. Ce Prince les reçut
d'abord affez bien ; mais lors
qu'il fut monté fur le Trône,
il parut peu empreffé à récompenfer ces deux Colonels , &
on fçait qu'il n'approuva pas
leur conduite , & qu'il parla d'eux avec Mylord Portland dans des termes qui marquoient le mépris qu'il en faifoit. Ainfi on peut dire qu'ils
n'ont rien perdu à la mort de
ce Prince , puifque la Princeffe
qui luy a fuccedé les a comblez
de bienfaits , & fur tout le
Aaij
284 MERCURE
Mylord Churchill ; à l'égard
du Comte de Cornbury , on
parle à Londres affez diverfement des raifons que la Reine a
euës de le rappeller; ce que l'on
affure eft que cette Princeffe en
paroift tres mécontente. La
Maifon des Hides eft fort an-
·
cienne en Angleterre. Une tra
dition domestique la fait venir de l'Hide , partie d'une
region dans l'Eptarchie des
Saxons. L'Eptarchie contenoit,
fept Royaumes , & chaque
Royaume eftoit divifé en regions. On trouve de beaux
traits du Chancelier Hide dans
GALANT 285
la vie du Comte de Schaffs-"
bury.
coufin germain de la Reine
Anne ,
ayant l'honneur
d'eftre neveu de la Ducheffe
d'Yorck , premiere femme du
Roy d'Angleterre dernier
mort vient d'eftre rappellé
de fon Gouvernement de la
Nouvelle-Yorck , dans l'Ame-
GALANT 279
tique , quoy qu'il ait remply
certe fonction au gré & à la
fatisfaction des peuples qu'il
gouvernoit ; & l'on écrit d'Angleterre que les liaifons de fang
qu'il y a entre la Reine & ce
Seigneur , & l'ancienne amitié
dont il eft uni avec Milord
Marlborough , n'ont pûlegarentir de la chute qu'il vient
de faire , ny le mettre à couvert de quelques foupçons que
la Reine a cuë de fa conduite.
Ce Comte eft petit- fils du fameux Chancelier Hyde dont
on a tant parlé fous le regne
des deux Rois d'Angleterre
280 MERCURE
Charles II & Jacques II. Ce
dernier époufa en premieres
nôces la fille de ce Chancelier ,
& il en eut la feuë Princeffe
d'Orange & la Reine Anne.
Mylord Hyde , outre Me la
Ducheffe d'Yorck laiffa Mylord Clarendon fon fils aîné ,
qu'il rendit par fes foins un des
plus grands Politiques que
l'Angleterre ait eus . C'eſt ce
Comte de Clarendon qui a
laiffé un Recueil de Memoires
des guerres civiles d'Angleterre , qui finirent par la mort funefte du RoyCharles I. ouvrage digne des plus grands Mat-
GALANT 281
tres de l'Art , & qui peut eftre
comparé aux Annales de Titelive , & à l'Histoire de la Tacite & les Reflexions qu'il
fait fur chaque évenement
prouve affez qu'il connoiſt tous
les principes & toutes les maximes de cette Science difficile.
Il y infinuë que le celebre Jacques Duc d'Hamilton , grand
Commiffaire du Roy Charles
1. en Ecoffe fut foupçonné du
deffein de monter fur le Trône de cette Monarchie , pendant les troubles qui l'agitoient. On prétend qu'il fondoit fes droits fur une de fes
Février 1710.
Aa
282 MERCURE
aycules, fœur du Roy d'Ecoffe
Jacques III. Mr le Comte
de Cornbury fils de cet habile
Hiftorien , a porté le nom de
Comte de Clarendon fous le
regne du Roy Jacques II. dont
il avoit l'honneur d'eftre neveu
à caufe de la feue Ducheffe
d'Yorck ; il eftoit fort attaché
au parti de ce Prince , &il avoit
unRegiment ainfi que Mylord
Churchill , connu à prefent
fous le nom de Duc de Marlborough , mais ces deux Colonels abandonnerent leur Roi
& menerent leurs Regimens au
Prince d'Orange , lorſqu'il eut
GALANT 283
débarqué à Torbay dans le
temps de fon invaſion en Angleterre. Ce Prince les reçut
d'abord affez bien ; mais lors
qu'il fut monté fur le Trône,
il parut peu empreffé à récompenfer ces deux Colonels , &
on fçait qu'il n'approuva pas
leur conduite , & qu'il parla d'eux avec Mylord Portland dans des termes qui marquoient le mépris qu'il en faifoit. Ainfi on peut dire qu'ils
n'ont rien perdu à la mort de
ce Prince , puifque la Princeffe
qui luy a fuccedé les a comblez
de bienfaits , & fur tout le
Aaij
284 MERCURE
Mylord Churchill ; à l'égard
du Comte de Cornbury , on
parle à Londres affez diverfement des raifons que la Reine a
euës de le rappeller; ce que l'on
affure eft que cette Princeffe en
paroift tres mécontente. La
Maifon des Hides eft fort an-
·
cienne en Angleterre. Une tra
dition domestique la fait venir de l'Hide , partie d'une
region dans l'Eptarchie des
Saxons. L'Eptarchie contenoit,
fept Royaumes , & chaque
Royaume eftoit divifé en regions. On trouve de beaux
traits du Chancelier Hide dans
GALANT 285
la vie du Comte de Schaffs-"
bury.
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Résumé : Rapel de Mr le Comte de Cornbury, de son Gouvernement de la nouvelle Yorck, [titre d'après la table]
Le texte traite de la situation du Comte de Cornbury, cousin germain de la Reine Anne et neveu de la Duchesse d'York. Récemment démis de son poste de gouverneur de la Nouvelle-York, il est suspecté par la Reine en raison de sa conduite, bien que sa gestion ait été appréciée localement. Le Comte est le petit-fils du célèbre Chancelier Hyde, qui servit sous Charles II et Jacques II. Le père du Comte, le Comte de Clarendon, est connu pour ses mémoires sur les guerres civiles anglaises. Le Comte de Cornbury, initialement loyal à Jacques II, changea d'allégeance pour le Prince d'Orange lors de son invasion. La Reine Anne, contrairement au Prince d'Orange, combla la famille de bienfaits. Les raisons du rappel du Comte restent floues, mais la Reine semble mécontente de sa conduite. La famille Hyde est une ancienne lignée anglaise, remontant à l'Éptarchie saxonne.
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1770
p. 285-287
Morts Etrangeres, [titre d'après la table]
Début :
Je crois devoir vous apprendre la mort du Comte de Clarendon [...]
Mots clefs :
Comte Clarendon, Mort, Colonel Seymour, Colonie de Maryland
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morts Etrangeres, [titre d'après la table]
Je crois devoir vous apprendre la mort du Comte de Clarendon dont je vous viens de
parler ; c'est pourquoy je n'ajouteray rien à ce que je viens
de vous en dire , finon que fes
ouvrages confiftent enfix Tomes que l'on vient d'imprimer
à la Haye, & qu'ils ont pour
titre L'Hiftoire des Rebellions
&des Guerres Civiles d'Angletérre.
Mr le Colonel Seymour ,
Gouverneur de la Colonie de
Mariland en Amerique eftauffi
286 MERCURE
decedé. Il eftoit d'une ancienne famille d'Angleterre , qui a
eu l'honneur de donner une
Reine à cette Couronne. Jeanne Seymour troifiéme femme
d'Henry VIII. Royd'Angleterre , & mere d'Edouard V I.
qui regna aprés Henry , & qui
établit le Calvinifme en Angleterre. La Reine Jeanne Seymour qui avoit fuccedé à la fameufe Anne de Boulen , eftoit
foeur d'Edouard Seymour ,
Duc de Sommerfet , & tuteur
du jeune Roy fon neveu , &
Protecteur du Royaume , &
de Thomas Seymour Amiral
GALANT 287.
d'Angleterre. Ces deux freres
perirent miferablement. L'Amiralfuccomba fous la violence de la haine duProtecteur fon
frere contre luy ; il avoit époufé la Reine Catherine Parre fin
xiémefemme d'Henry VIII.&
le Protecteur luy-même perit
en 1549. Jean Dudley Comte de Warwick ayant accufé le
Protecteur d'ufer de fon autorité au préjudice de l'Etat ,
& formé un gros parti contre
luy , le fit arrefter & luy fit
trancher la tefte. Le Colonel
Seymour eftoit iffu de ces Sei
gneursinfortunez
parler ; c'est pourquoy je n'ajouteray rien à ce que je viens
de vous en dire , finon que fes
ouvrages confiftent enfix Tomes que l'on vient d'imprimer
à la Haye, & qu'ils ont pour
titre L'Hiftoire des Rebellions
&des Guerres Civiles d'Angletérre.
Mr le Colonel Seymour ,
Gouverneur de la Colonie de
Mariland en Amerique eftauffi
286 MERCURE
decedé. Il eftoit d'une ancienne famille d'Angleterre , qui a
eu l'honneur de donner une
Reine à cette Couronne. Jeanne Seymour troifiéme femme
d'Henry VIII. Royd'Angleterre , & mere d'Edouard V I.
qui regna aprés Henry , & qui
établit le Calvinifme en Angleterre. La Reine Jeanne Seymour qui avoit fuccedé à la fameufe Anne de Boulen , eftoit
foeur d'Edouard Seymour ,
Duc de Sommerfet , & tuteur
du jeune Roy fon neveu , &
Protecteur du Royaume , &
de Thomas Seymour Amiral
GALANT 287.
d'Angleterre. Ces deux freres
perirent miferablement. L'Amiralfuccomba fous la violence de la haine duProtecteur fon
frere contre luy ; il avoit époufé la Reine Catherine Parre fin
xiémefemme d'Henry VIII.&
le Protecteur luy-même perit
en 1549. Jean Dudley Comte de Warwick ayant accufé le
Protecteur d'ufer de fon autorité au préjudice de l'Etat ,
& formé un gros parti contre
luy , le fit arrefter & luy fit
trancher la tefte. Le Colonel
Seymour eftoit iffu de ces Sei
gneursinfortunez
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Résumé : Morts Etrangeres, [titre d'après la table]
Le texte annonce la mort du Comte de Clarendon et la publication de ses œuvres, 'L'Histoire des Rébellions et des Guerres Civiles d'Angleterre', à La Haye. Il mentionne également le décès du Colonel Seymour, gouverneur de la colonie de Mariland en Amérique. Seymour appartenait à une ancienne famille anglaise illustre, ayant donné une reine à la Couronne : Jeanne Seymour, troisième épouse d'Henry VIII et mère d'Édouard VI. Jeanne Seymour était la sœur d'Édouard Seymour, Duc de Somerset, et de Thomas Seymour, Amiral d'Angleterre. Les deux frères connurent des fins tragiques : Thomas Seymour fut victime de la haine de son frère le Protecteur, et Édouard Seymour fut exécuté en 1549 après avoir été accusé par Jean Dudley, Comte de Warwick, d'abuser de son autorité au détriment de l'État. Le Colonel Seymour était issu de cette lignée malheureuse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1771
p. 288
Mort de Mr l'Evêque de Nismes, [titre d'après la table]
Début :
A peine les personnes d'une aussi grande distinction & aussi [...]
Mots clefs :
Mort, Evêque de Nîmes
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texteReconnaissance textuelle : Mort de Mr l'Evêque de Nismes, [titre d'après la table]
88 MERCURE
A peine les perfonnes d'une
auffi grande diftinction & auffi
utiles à la Religion que Mr Fléchier , Evêque de Nifmes
font-elles decedées , que la Renommée apprend par tout leur
mort ; mais il n'eft pas aifé
d'en rapporter dans le même
moment toutes les grandes
chofes qui leur ont fait meriter une approbation generale.
Je ne puis donc aujourd'huy
vous apprendre que fa mort ,
& je me trouve obligé de remettre au mois prochain à
vous en parler
A peine les perfonnes d'une
auffi grande diftinction & auffi
utiles à la Religion que Mr Fléchier , Evêque de Nifmes
font-elles decedées , que la Renommée apprend par tout leur
mort ; mais il n'eft pas aifé
d'en rapporter dans le même
moment toutes les grandes
chofes qui leur ont fait meriter une approbation generale.
Je ne puis donc aujourd'huy
vous apprendre que fa mort ,
& je me trouve obligé de remettre au mois prochain à
vous en parler
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1772
p. 2883-292
Funerailles faites à Mr le Prince Pamphile, [titre d'après la table]
Début :
On a fait à Rome des funerailles magnifiques à Mr le [...]
Mots clefs :
Cardinal, Prince Pamphile, Funérailles, Rome
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Funerailles faites à Mr le Prince Pamphile, [titre d'après la table]
On a fait à Romé des funerailles
GALANT 289
railles magnifiques à Mr le
Prince Pamphile , dans l'Eglife
de fainte Agnés de la Place
Navone , fondée & bâtie par
les Princes de fa Maiſon , & à
laquelle il avoit fait lui - même
de grands biens. Ce Prince
dont la pieté eftoit connuë
dans toute l'Italie a laiffe 8o.
mille écus en legs pieux & autres œuvres de picté qu'il a ordonnées , &la plus grande partie de ce fond eft deftiné au foulagement des pauvres qui l'ont
generalement regretté à cauſe
des grands biens qu'il leur faifoit , & qui alloient ordinaireFévrier 1710. Bb
290 MERCURE
ment à vingt mille écus cha
que année , & qui augmen
toient lorfque les neceffitez pu
bliques devenoient plus grandes , puis qu'on a remarqué que
dans l'année du grand Jubilé
elles monterent à plus de cin
quante mille écus. Quelques
jours aprés la mort de ce Prince
Mr le Cardinal Pamphile fon
frere prefenta au Pape le Prince de Valmontone fon neveu ,
& fils du deffunt , & petit - fils
du Prince Pamphile neveu du
Pape Innocent X. qui quitta
le Chapeau de Cardinal pour
époufer la Princeffe de Roffa-
GALANT 291
no , grand' - mere de ce jeune
Prince & mere de celuy qui
vient de mourir. Le Prince
Pamphile eftoit Cardinal Patron & premier Miniftre du
Pape fon oncle , & ce Pontife
n'ayant plus de neveu ſur qui
répandre fes graces , adopta le
Cardinal Aftalli qui tomba enfuite dans la difgrace de Sa
Sainteté , & alla mourir de chagrin dans fon Evêché de Catagne en Sicile. Le Cardinal
Azolin qui a eu tant de part
1
à
la confiance de la Reine de
Suede , s'éleva fur les ruines
de fa fortune. Le Prince de
Bb ij
292 MERCURE
Valmontone eft à prefent Chef
de la Maiſon Pamphile. C'eft
un jeune Seigneur de la Cour
de Rome, qui a porté les armes
en Hongrie il y a quelques années avec beaucoup de répu
tation.
GALANT 289
railles magnifiques à Mr le
Prince Pamphile , dans l'Eglife
de fainte Agnés de la Place
Navone , fondée & bâtie par
les Princes de fa Maiſon , & à
laquelle il avoit fait lui - même
de grands biens. Ce Prince
dont la pieté eftoit connuë
dans toute l'Italie a laiffe 8o.
mille écus en legs pieux & autres œuvres de picté qu'il a ordonnées , &la plus grande partie de ce fond eft deftiné au foulagement des pauvres qui l'ont
generalement regretté à cauſe
des grands biens qu'il leur faifoit , & qui alloient ordinaireFévrier 1710. Bb
290 MERCURE
ment à vingt mille écus cha
que année , & qui augmen
toient lorfque les neceffitez pu
bliques devenoient plus grandes , puis qu'on a remarqué que
dans l'année du grand Jubilé
elles monterent à plus de cin
quante mille écus. Quelques
jours aprés la mort de ce Prince
Mr le Cardinal Pamphile fon
frere prefenta au Pape le Prince de Valmontone fon neveu ,
& fils du deffunt , & petit - fils
du Prince Pamphile neveu du
Pape Innocent X. qui quitta
le Chapeau de Cardinal pour
époufer la Princeffe de Roffa-
GALANT 291
no , grand' - mere de ce jeune
Prince & mere de celuy qui
vient de mourir. Le Prince
Pamphile eftoit Cardinal Patron & premier Miniftre du
Pape fon oncle , & ce Pontife
n'ayant plus de neveu ſur qui
répandre fes graces , adopta le
Cardinal Aftalli qui tomba enfuite dans la difgrace de Sa
Sainteté , & alla mourir de chagrin dans fon Evêché de Catagne en Sicile. Le Cardinal
Azolin qui a eu tant de part
1
à
la confiance de la Reine de
Suede , s'éleva fur les ruines
de fa fortune. Le Prince de
Bb ij
292 MERCURE
Valmontone eft à prefent Chef
de la Maiſon Pamphile. C'eft
un jeune Seigneur de la Cour
de Rome, qui a porté les armes
en Hongrie il y a quelques années avec beaucoup de répu
tation.
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Résumé : Funerailles faites à Mr le Prince Pamphile, [titre d'après la table]
Le texte décrit les funérailles du Prince Pamphile à Rome, célébrées dans l'église Sainte-Agnès de la Place Navone, fondée par sa famille. Connu pour sa piété, le Prince a laissé un legs de 80 000 écus pour des œuvres de charité, principalement destiné à aider les pauvres, qui recevaient annuellement environ 20 000 écus, montant à 50 000 écus lors du grand Jubilé. Après sa mort, son frère, le Cardinal Pamphile, a présenté au Pape son neveu, le Prince de Valmontone, fils du défunt et petit-fils du Prince Pamphile, neveu du Pape Innocent X. Le Prince Pamphile était Cardinal Patron et premier ministre du Pape, qui, n'ayant plus de neveu, adopta le Cardinal Astalli, tombé en disgrâce et mort de chagrin. Le Cardinal Azolin, ayant gagné la confiance de la Reine de Suède, a pris sa place. Actuellement, le Prince de Valmontone, un jeune seigneur de la cour romaine, dirige la Maison Pamphile et a servi en Hongrie avec distinction.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1773
p. 292-332
Paradoxes aux moins intelligens; mais veritez tres-certaines aux plus clairs-voyans.
Début :
Comme vous recevrez cette Lettre dans le commencement [...]
Mots clefs :
Paradoxes, Savants, Temps, Années, Jugement, Éternité, Soleil, Dieu, Proposition, Maux
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texteReconnaissance textuelle : Paradoxes aux moins intelligens; mais veritez tres-certaines aux plus clairs-voyans.
Comme vous recevrez cette
Lettre dans le commencement
du Carefine , vous ferez peutcftre ravie d'y trouver des Articles capables d'entretenir vôtre devotion , & je crois même
que ceux que vous y avez déja
Jûs eftant tres- curieux & tresattachans vous auront fait >
plus de plaifir que ceux qui re-
GALANT 293
gardent les affaires du monde;
& en effet , ils font fi beaux ,
& d'une nouveauté fi fingulicre , qu'il eft difficile de les lire
fans verfer des larmes de joye ,
ou pour mieux dire de ces fortes de larmes qui font trouver
du plaifir à pleurer. L'Article
qui fuit n'eft pas tout à fait de
cette nature. Il frappera les
cœurs d'une autre maniere , &
il faudra le lire plus d'une fois
pourle bien concevoir. Ce n'eft
pas que les Sçavans ne le puiffent comprendre d'abord
eltant fait dans toutes les regles ; mais de quelque caractere
2
Bb iij
294 MERCURE
qu'on foit , & de quelque nature que foit l'efprit de ceux
qui le liront , ils ne le verront
pasfans uneespece d'effroy qui
leur fera faire une ferme refolution de fe corriger , & de tâ
cher de meriter d'eftre un jour
dans le Ciel , & de fe tenir tellement en garde contre euxmêmes qu'ils puiffent éviter de
fe voir un jour au nombre des
damnez. Enfin jamais Article
nevous auradonnélieu de faire
plus de refléxions &de plus férieufes , & fi la diverfité plaiſt
beaucoup dans mes Lettres &
eft caufe que les plus medio-
GALANT 295
cres n'ennuyent pas à cauſe de
la diverfité des matieres qui attachent tour à tour , je puis
dire que cette Lettre vous fera
beaucoup de plaifir, eftant remplie d'une infinité de chofes
differentes. Je dois vous avertir de vous mettre bien dans
l'efprit que ce n'eft pas moy
qui parle dans ce que vous allez lire. C'eſt un difcours fait
dans les formes par un Maiftre
de l'Art , & dans lequel d'au
tres perfonnes parlent auffi.
Vous devez faire attention à
toutes ces chofes en le lifant ,
& vous fouvenir fouvent penBb iiij
295 MERCURE
dant cette lecture , que ce n'eft
pas moy qui parle , ainfi que je
viens de vous le marquer. C'eft
un hommetout rempli de zele
pour le falut des ames , & qui
a bien approfondi fa matière
avant que de la traiter.
Paradoxes aux moins intelligens; mais veritez tres- certaines aux plus clairs- voyans.
Premiere verité fous l'apparence
deparadoxe.
Le temps qui doit couler
d'icy jufqu'au jour du Juge
GALANT 297
ment paroît tres- court à ceux
qui font à prefent dans les Enfers , & paroîtra tel à tous ceux
qui auront le malheur d'y entrer avant la fin du monde.
Deuxième verité fous la mefme
apparence deparadoxe.
Par un principe bien different , aprés le jour du Jugement , les centaines de millions
d'années , & tel autre temps
qu'il nous plaira, fi long qu'on
fe le puiffe imaginer , pourvû
que ce foit un veritable temps,
ne paroîtra pas long aux damnez.
298: MERCURE
"
Troifiéme veritéfous l'apparence
deparadoxe.
Par un autre principe different des premiers , aprés le
jour du Jugement , les mefmes
centaines de millions d'années,
dans les joyes ineffables du Paradis , ne paroîtront aux Bienheureux , ny plus courtes , ny
plus longues qu'elles font en
elles mefmes ; c'est- à- dire, qu'il
ne leur femblera pas qu'elles
s'écoulent avec trop de vitelle,
ny qu'elles paffent trop lentement.
GALANT 299
DELA
La crainte du mal &
titude ou l'affeurance du b
l'efperance d'eftre delivré de
fes maux, & le defeſpoir d'en
eftre jamais delivré , ou la certitude d'en eftre éternellement
accablé ; la difference infinie &
effentielle qui eft entre le temps
& l'éternité, font tout le dénouëment & la preuve de ces
propofitions , comme on le va
voir en peu de mots.
Celuy qui les a avancées dans
une nombreuſe Compagniede
gens doctes & fpirituels , ne
s'étonna pas que d'abord , &
fans autre explication elles fu-
300 MERCURE
rent prifes pour dés paradoxes ;
mais comme il avoit lû autrefois le principe & le folide fondement des deux premieres ,
dans l'Auteur inconnu fur les
Pfeaumes , il les foûtint fortement en leur prefence ; & commeil les croit tres dignes d'être
meurement pefées pour nous
entretenir dans la crainte des.
jugemens de Dieu , il s'eft cncore appliqué à les prouveren
trois autres Affemblées confiderables.
Or comme le fujet paroît
curieux , & d'une affez grande.
importance pour trouver pla-
GALANT 301
ce dans cette Lettre, j'ay crû
que vous ne feriez pas fâchée
d'y voir les preuves de l'Auteur , que je vais raporter en
abregé.
la
Lesdeux premierespropofitions,
dit-il , qui à les confidererfuperficiellementfemblent revolter l'ef
pritdes Fideles , l'affermiffent dans
croyance de l'Eglife , touchant
le déplorable état des damnez
quand on les approfondit ; car loin
d'adoucir les peines effroyables de
l'Enfer, elles en font connoître.
davantage la grieveté, en donnent plus d'horreur que celle qu'on
en croyoit ordinairement, & eftant
302 MERCURE
attentivement confiderées dans
leurs caufes , elles font capables de
ramener les plus égarez dans la
voye dufalut.
Quoy qu'onfoit accablé de
tres grands maux , fi l'on en
craint encore de plus grands
qu'on ne fçauroit éviter , le
temps qui doit couler juſqu'à
ce que ces derniers viennent
fondre fur ceux qui les craignent leur paroît tres court :
or ceux qui font à preſent dans
les Enfers , & tous ceux qui auront le malheur d'y entrer avant la fin du monde , font à
la verité accablez de tres-
GALANT 303
grands maux, & tels qu'il n'eft
pas au pouvoir de l'éloquence
humaine de les exprimer ; mais
ils en craignent encore de plus
grands au jour du Jugement:
tirez-en la confequence.
La premiere propoſition eſt
tres- certaine , & peut eftre
prouvée par mille exemples. Je
n'en raporte qu'un feul qui me
vient dans l'efprit , &qui fuffira : ce n'eft pas celuy du commun proverbe , qui dit : Ayez
une dette à payer à Paſques &
vous trouverez le Carefme
court , ny l'exemple de ceux
qui cftant fort pauvres ont des
304 MERCURE
W
termes de loyer à payer à la
faint Jean ou à la faint Remy,
aufquels le temps femble paffer avec grande viteffe ; mais
c'eſt celuy d'un homme qui
feroit jetté dans un obfcur cachot , lié & garotté de groffes
chaînes , rongé des Rats & des
Souris , accablé de miferes ;
mais quifçauroit certainement
dans un an il doit fortit que
de ce cachot pour eltre brûlé
tout vif à petit feu devant une
grande foule de monde , auquel cette année qu'il a à refter
dans ce cachot en un fi pitoyable état , loin de luy paroître
GALANT 305
longue , luy paroît au contraire tres courte , par l'apprehenfion terrible qu'il a d'eſtre brûlé tout vif à petit feu devant
un grand monde, quand il for
tira de fa prifon.
La mineure de l'argument ,
à fçavoir que ceux qui font à
prefent dans les Enfers craignent de bien plus grands
maux au jour du Jugement que
ceux qu'ils endurent avant qu'il
arrive , eft inconteftable par
plufieurs raifons , du nombre
defquelles je choifis feulement
deuxprincipales, qu'on ne fçauroit nier. Lapremiere, qu'aprés
Fevrier 1710.
Cc
306 MERCURE
le jour du Jugement ils fouffriront en corps & en ame, au
lieu qu'à prefent ils ne fouffrent que dans leur ame , &
que les demons mefmes feront
plus tourmentez, paifqu'ils feront enchaînez dans les Enfers
à n'en jamais fortir. Mais une
feconde raifon tres effentielle
qui fait paroître aux damnez
que le temps qu'ils ont à eſtre
dans les Enfers jufqu'au jour du
Jugement paffe avec une extrême vîteffe , eft qu'ils fçavent
tres certainement qu'à ce jour
fi terrible pour eux, ils verront malgré qu'ils en ayent .
GALANT 307
1
celuy qui les doit juger , terriblement irrité contr'eux , & en
une fi grande colere , qu'ils ne
pourront en fupporter la vûë,
& que la confufion qu'ils auront de paroître en fa preſence , & en celle de tout l'Univers , où toutes leurs actions
feront manifeftées , les mettra
dans des tranſes effroyables ,
que la fureur & l'indignation
de cet Homme Dieu , fa Sentence foudroyante fur leurs
têtes leur paroît un poids qui
les accablera ; d'où vient que
pour l'éviter ils voudroient
pouvoir fe tenir cachez au plus
Cc ij
308 MERCURE
profond des Enfers ; & c'eft
cette terreur épouvantable qui
Leur fera prononcer à ce grand
jour ce que nous lifons dans.
faint Luc, qu'ils diront aux
montagnes de tomber ſur eux
pour les écrafer , & aux collines de les couvrir par leur chûte , pour les fouftraire à la vûë
de ce Juge irrité ; & quandmêmecette confufion & cette terreur ne devroit durer qu'autant de temps que Noftre Seigneur en mettra pour exercer
fon Jugement fur tous les
hommes , la crainte que les
damnez en ont eft fi terrible ,
1
GALANT 309
qu'il n'y a nul fujet de s'étonner que le temps qui doit couler jufqu'à ce qu'il arrive leur
paroiffe fi court. Mais il y a
tour lieu de croire que cette
confuſion fera éternelle ; que
par un effet admirable de la
toute- puiffance & de la juftice
de Dieu , tous les crimes de
chaque damné , non feulement
au dernier jour , mais durant
toute l'éternité , feront imprimez dans l'efprit des Bienheureux & des Hommes damnez,
des Anges & des Demons , &
qu'il fera au pouvoir des uns
& des autres de voir quand ils
310 MERCURE
le voudront le fujet de la damnation de chaque homme en
particulier , & de dire celuy cy
eft damné pour tels & tels cri
més , celuy là par d'autres ; de
forte que la confufion qu'ils
recevront au jour du Juge
ment , fera pour eux une confufion éternelle.
Preuves de la feconde propofition.
Si ceux qui font à preſent
dans l'Enfer ne trouvent pas
long le temps qu'ils ont à Y
eftre jufqu'au jour du Jugement, aprés ce mefmejour ces
GALANT 311
miferables ne trouveront pas
. non plus les jours , les mois
& les années longues ; mais à
leur plus grande damnation ,
par un principe bien different,
& qui loin de diminuer leurs
maux les accroîtra comme à
l'infiny.
Il n'y aura plus de temps
aprés ce jour terrible , ce qui
nous doit porter à bien employer celuy qui nous reſte à
faire penitence de nos pechez,
& à ne les plus commettre.
L'Ange que faint Jean vid en
fon Apocalypfe , qui eftoit debout fur la mer & fur la terre,
312 MERCURE
jura par celuy qui vit dans tous
les fiecles qu'il n'y auroit plus
de temps : Et juravit per viventem fæcula fæculorum......
Quia non erit tempus. ( Apoc.
chap. 10. La raiſon eſt que
ny le premier mobile, qui eft
la regle de tous les temps par
fon mouvement le plus égal
& le plus regulier de tous , ny
le Soleil ne feront plus leur
courſe , & n'auront plus de
mouvement , qui ne fera plus
neceffaire pour la generation
des Elûs , dont le nombrefera
accompli ; & ce que nous appellons Temps , n'elt autre chofe
GALANT 3T3
fe que la mefure & la durée du
mouvement du premier Mobile ou du Soleil ; fi ce n'eft que
nous difions que le temps eftant
auffi la mesure ou la durée des actions & despaffions , en un certain
fens ily auraun temps dans le Paradis dans l'Enfer , parce que
dans le Paradis les Bienheureux
pafferontfucceffivement d'unejoye
à une autre , & les damnez dans
l'Enfer d'un tourment à un autre
tourment ; comme il eft dit dans
Job, que d'un tres grandfroid ils
pafferont à une chaleur exc ffive :
AD NIMIUM CALOREM
TRANSIBUNT AB AQUIS
Février 1710. Dd
314 MERCURE
NIMIUM ; ( cap. 24. ) ce qui a
fait dire au Prophete Royal ,
qu'ils auront leur temps dans
tous les ficcles : Et erit tempus
eorum infæcula. ( PL. 80. ) Ce
temps neanmoins n'eft pas fi
proprement dit que celuy que
nous comptons par le mouvement du premier Mobile ou
du Soleil mais fi aprés le Jugement univerfel il n'y a plus
de temps en ce dernier fens par
le mouvement du premier Mobile , il pourroit y en avoir , fi
Dieu le vouloit ; ce qui feroit
fort indifferent à ceux qui auront paffé du Temps à l'Eter
GALANT 315
>
nité ; car que le Soleil ou le
premier Mobile tourne ου
qu'il ne tourne pas , ceux du
Ciel n'en feront ny moins heureux , ny ceux de l'Enfer moins
malheureux; & aprés que nous
ferons dans l'Eternité il arrivera enfuite , non une feule fois ,
mais un grand nombre de fois,
il arrivera que nous aurons eſté
les premiers dans les plaiſirs, les
autres dans les peines , autant
que le premier mobile auroit
pû faire de circulations pour
faire un auffi long temps que
le feroit d'enlever autant de
fables qu'il en pourroit conteDdij
316 MERCURE
nir dans tout l'Univers , quand
feulement on n'en enleveroit
qu'un feul grain à chaque centaine de millions d'années.
Or cette grandeur fi demefurée qu'elle nous femble
paroiftre , ne paroiftra pas
longue aux damnez , & fuppofé qu'aprés le Jugement
univerfel le Soleil ou le premier Mobile dût encore fe
mouvoir, & qu'il y eut confequemmentdesjours, des mois ,
& des années , comme nous les
comptons à prefent ; ces jours ,
ces mois & ces années , ne leur
paroiftroient pas longues non
1
GALANT 317-
plus. Mais vous remarquerez,
s'il vous plaift, que je parle d'un
temps fini & limité , qui eft la
mefure des chofes qui ont leur
commencement & leur fin, qui
eft la propre notion du temps ,
& qui en ce fens eft diftingué ,
ou plutòft oppofé à l'Eternité ,
& que je ne parle point d'un
tems infini qui correfpondroit
àl'Erernité;car ce ne feroit plus
untemps , mais ce feroitla même chofe que l'Eternité. Ainfi
je dis qu'un temps fini & limité
d'un an , de deux ans , de mille
ans , decent millions d'années ,
ne paroiftront pas long à ces
Dd iij
318 MERCURE
miferables. Une raifon à la portée des moins intelligens , eft
qu'une chofe à laquelle on ne
penſe point du tout ne paroiſt
ne courte ny longue : les damnez ne penfent point du tout
à ce temps fini , comme vous
le verrez mais une autre raifon auffi évidente que la premiere , &encore plus fpirituel
le , eft que quand on n'a aucune efperance d'eftre jamais délivré d'un mal dont on eft op
primé , & qu'on fçait tres certainement que ce mal n'aura
jamais de fin , un an ,
deux
ans mille ans de fouffran- >
GALANT 319
ces , quoy que tres-es- penibles ,
ne paroiffent pas longues.
Qu'est ce donc qui eft long
aux damnez? Et pourquoy demander cela ? Ce feroit des
millions d'années qui leur feroient tres - longs , fi leurs
maux devoient finir , mais ces
millions d'années ne leur font
rien , parce que leurs maux ne
doivent pas finir !
C'est l'Eternité qui leur
paroift infiniment longue , &
qui eft telle en effet ; c'est
ce qui fait le comble & le
plus grand de tous leurs maux,
ce qui les accable épouvanDd iiij
320 MERCURE
tablement >
, & de telle maniere qu'ils ne fçauroient penfer à autre chofe ; & c'eft
ce qui les jette dans une horrible defefpoir, dans une rage
& une furcur forcenée au- def
fusde tout ce que nous en pouvons penfer. D'où vient que
les damnez ne s'amufent point.
à nombrer ce temps fini & limité , qui s'eft déja écoulé depuis qu'ils font dans les feux ,
& celuy qui s'écoulera dans la
fuite, parce que cela leur feroit
tout à fait inutile , puis qu'aprés y avoir efté cent millions
d'années , ils ne feront pas
GALANT 321
plus avancez qu'au commencement , & qu'ils auront auffi
long temps à fouffrir que s'ils
ne faifoient que d'y entrer.
Et voicy qu'elle eft l'horrible penfée d'un damné , il luy
eft prefque impoffible d'en avoir aucune autre , ou s'il en a,
celle cy eft la dominante : donnons- y toute l'attention poffible pour nous empêcher de
tomber dans une damnation
pareille à la fienne.
Un damné ne penſe à autre
chofe qu'à fe dire à luy même:
Me voilà au comble de tous
les maux, & ces maux ne fini
322 MERCURE
ront jamais : autant que Dieu
fera Dieu , je feray l'objet de
de fes vengeances : tout auffi
long temps je feray dans les
feux, & dans des feux dont
ceux de la terre ne font que la
fumée: j'auray toûjours les demons pour bourreaux : tous les
autres damnez me donneront
mille maledictions : cette horrible & épouvantable Sentence: Allez maudits au feu éternel, fera éternellement imprimée dans mon efprit , dans ma
memoire , dans mon imagination , & dans tous mes fens , &
me fera fouffrir prefque tout à
GALANT 323
la fois , & en un feul inftant ,
ce que j'auray à fouffrir continuellement durant toute l'éternité. Un damné, dis je , ne
penfe à autre chofe , & non à
nombrer les jours & les moisqu'il a déja paffé dans les feux;
& cette penfée le confterne ,
l'abat , le jette dans le defefpoir , la rage &la furie que j'ay
dit , & luy fait proferer de fi
énormes blafphêmes contreDieu principalement, & contre
les Saints , & tant d'imprecations contre fes bourreaux:
& contre luy-mefme , qu'on
mourroit de frayeur à les en-
224 MARCURE
tertendre fortir de fa bouche.
Ceuxqui font à prefent dans
l'Enfer ne trouvent pas long
le temps qu'ils ontà y eftre juf
qu'au jour du Jugement , par
la crainte & l'apprehenfion
rible qu'ils ont de ce jour ; &
aprés ce jour paffé , ils ne trouveront pas long un temps finy & limité de cent ans , de
mille ans , de cent millions
d'années , par un autre principe, par unhorrible defefpoir,
le plus grand de tous leurs
maux, le comble de tous ceux
dont ils font accablez , par la
durée immenfe & infinie de
GALANT 325
l'éternité , durant toute laquelle ils fçavent tres certainement qu'ils feront les victimes des feux , & les efclaves
des demons.
Mais d'une chofe fi veritable , ne tirez pas cette fauffe
confequence , untemps limité
de cent millions d'années ne
paroit pas long aux damnez ,
donc ils ne s'ennuyent point
dans l'Enfer.
Ce feroit tres mal raiſonner
de puifer les tenebres dans la
plus éclatante lumiere , parce
que l'éternité qui abforbe tous
les temps , leur caufe un en-
326 MERCURE
nuy qui ne fe peut exprimer,
qui eft au deffus de toute conception angelique & humaine;
&fi un temps finy ne leur
roît pas long , c'eſt le defefpoir qui en eft caufe , & qui
rend leur condition bien plus
miferable.
paCar en effet , fi ces malheureux avoient l'efperance de for
tir de ces feux aprés cent millions d'années , pour lors ce
temps finy &limité feroit l'unique occupation de leur efprit ; & tout au contraire de
ceux , remarquez bien s'il vous
plaift , & tout au contraire de
GALANT 327
ceux aufquels le defeſpoir ne
fait pas trouver longun cemps
limité , cette efperance feroit
qu'une feule heure dans ces
tourmens leur paroiftroit des
millions d'années , comme un
malade qui fouffre de grands
maux, dont il a efperance d'être délivré , trouve qu'une
nuit dans les fouffrances eft
auffi longue queplufieurs nuits
le paroiftroient à un homme
fain & difpos. On nous trompe (diroient ceux qui auroient
efperance de fortir de l'Enfer aprés des millions de fiecles , fi le defefpoir n'eftoit
328 MERCURE
le pas partage de tous ceux
qui entrent dans ce lieu d'horreur) on nous trompe de vouloir nous perfuader qu'il n'y
a qu'une heure que nous fommes dans les tourmens , pendant qu'ils nous femble qu'il
y a des millions d'années que
nous brûlons dans ces horribles feux.
Cependant celuy quiauroit
efperance de fortir des enfers
feroit fans doute de meilleure
condition que celuy qui deſeſpere d'en fortir , quoy qu'au
premier une heure dans les
feux paruft des millions d'an-
GALANT 329
nées , & que le fecond qui defd'en fortir ne penfe ny pere
B
à
la longueur ny à la brieveté de
cette même heure , voyant
bien , & il le voit malgré qu'il
en ait à fa tres grande damnation , qu'il luy est tout- à fait
inutile d'y penfer , puiſqu'aprés cette penfée il ne fera pas
plus avancé qu'au commencement , & qu'il reftera encore
une éternité toute entiere à
fouffrir.
Preuves de la troifiémepropofition.
Qu'il ne doive pas paroistre
Février 1
1710.
Ec
330 MERCURE
aux Bien- heureux que les centaines de millions d'années
dans les joyes du Paradis s'écoulent avec trop de vîteffe ,
cela eſt tout évident ; parceque
l'unique chofe qui pourroit
leur faire paroître qu'elles vont
à pas degeant, ce feroit la crainte qu'aprés que ce grand nom
bre d'années feroit écoulé ils fe--
roient privezde ces plaifirs inéfables ;car dans la fuppofition
que cela duft arriver , pour lors
des milliers d'années dans ces
delices ne leur paroîtroient pas
avoir duré plus d'un jour ; mais
comme ils fçavent tres- certai-
GALANT 331
nement qu'ils n'en feront jamais privez , qu'aprés qu'un
fi grand nombre de fiecles
fera pafle ils ne feront encore qu'au commencement de
leur bonheur , ils ne peuvent
avoir aucun fujet de fe perfuader que ces fiecles paffent
avec trop de précipitation.
Qu'il ne leur doive pas paroiltre non plus que ces centaines de milliers d'années s'écoulent trop lentement ,
eft encore tout évident ; car ce
qui fait qu'une choſe ſemble
longue à paffer ou à parcourir ;
cela
Ee ij
332 MERCURE
c'eft le dégouft , la peine , ou la
difficulté qui s'y trouve les
Bien heureux n'ont nul dégouft , nulle peine , & nulle difficulté à parcourir ce grand
nombre d'années , mais au contraire en les parcourant ils font
dans l'affluence de toutes fortes de plaifirs & de delices , &
par confequent il ne femblera
pas aux Bienheureux que cette
longueur , fi demefuréé qu'elle
nous paroiffe , fe paffe trop lentement.
Lettre dans le commencement
du Carefine , vous ferez peutcftre ravie d'y trouver des Articles capables d'entretenir vôtre devotion , & je crois même
que ceux que vous y avez déja
Jûs eftant tres- curieux & tresattachans vous auront fait >
plus de plaifir que ceux qui re-
GALANT 293
gardent les affaires du monde;
& en effet , ils font fi beaux ,
& d'une nouveauté fi fingulicre , qu'il eft difficile de les lire
fans verfer des larmes de joye ,
ou pour mieux dire de ces fortes de larmes qui font trouver
du plaifir à pleurer. L'Article
qui fuit n'eft pas tout à fait de
cette nature. Il frappera les
cœurs d'une autre maniere , &
il faudra le lire plus d'une fois
pourle bien concevoir. Ce n'eft
pas que les Sçavans ne le puiffent comprendre d'abord
eltant fait dans toutes les regles ; mais de quelque caractere
2
Bb iij
294 MERCURE
qu'on foit , & de quelque nature que foit l'efprit de ceux
qui le liront , ils ne le verront
pasfans uneespece d'effroy qui
leur fera faire une ferme refolution de fe corriger , & de tâ
cher de meriter d'eftre un jour
dans le Ciel , & de fe tenir tellement en garde contre euxmêmes qu'ils puiffent éviter de
fe voir un jour au nombre des
damnez. Enfin jamais Article
nevous auradonnélieu de faire
plus de refléxions &de plus férieufes , & fi la diverfité plaiſt
beaucoup dans mes Lettres &
eft caufe que les plus medio-
GALANT 295
cres n'ennuyent pas à cauſe de
la diverfité des matieres qui attachent tour à tour , je puis
dire que cette Lettre vous fera
beaucoup de plaifir, eftant remplie d'une infinité de chofes
differentes. Je dois vous avertir de vous mettre bien dans
l'efprit que ce n'eft pas moy
qui parle dans ce que vous allez lire. C'eſt un difcours fait
dans les formes par un Maiftre
de l'Art , & dans lequel d'au
tres perfonnes parlent auffi.
Vous devez faire attention à
toutes ces chofes en le lifant ,
& vous fouvenir fouvent penBb iiij
295 MERCURE
dant cette lecture , que ce n'eft
pas moy qui parle , ainfi que je
viens de vous le marquer. C'eft
un hommetout rempli de zele
pour le falut des ames , & qui
a bien approfondi fa matière
avant que de la traiter.
Paradoxes aux moins intelligens; mais veritez tres- certaines aux plus clairs- voyans.
Premiere verité fous l'apparence
deparadoxe.
Le temps qui doit couler
d'icy jufqu'au jour du Juge
GALANT 297
ment paroît tres- court à ceux
qui font à prefent dans les Enfers , & paroîtra tel à tous ceux
qui auront le malheur d'y entrer avant la fin du monde.
Deuxième verité fous la mefme
apparence deparadoxe.
Par un principe bien different , aprés le jour du Jugement , les centaines de millions
d'années , & tel autre temps
qu'il nous plaira, fi long qu'on
fe le puiffe imaginer , pourvû
que ce foit un veritable temps,
ne paroîtra pas long aux damnez.
298: MERCURE
"
Troifiéme veritéfous l'apparence
deparadoxe.
Par un autre principe different des premiers , aprés le
jour du Jugement , les mefmes
centaines de millions d'années,
dans les joyes ineffables du Paradis , ne paroîtront aux Bienheureux , ny plus courtes , ny
plus longues qu'elles font en
elles mefmes ; c'est- à- dire, qu'il
ne leur femblera pas qu'elles
s'écoulent avec trop de vitelle,
ny qu'elles paffent trop lentement.
GALANT 299
DELA
La crainte du mal &
titude ou l'affeurance du b
l'efperance d'eftre delivré de
fes maux, & le defeſpoir d'en
eftre jamais delivré , ou la certitude d'en eftre éternellement
accablé ; la difference infinie &
effentielle qui eft entre le temps
& l'éternité, font tout le dénouëment & la preuve de ces
propofitions , comme on le va
voir en peu de mots.
Celuy qui les a avancées dans
une nombreuſe Compagniede
gens doctes & fpirituels , ne
s'étonna pas que d'abord , &
fans autre explication elles fu-
300 MERCURE
rent prifes pour dés paradoxes ;
mais comme il avoit lû autrefois le principe & le folide fondement des deux premieres ,
dans l'Auteur inconnu fur les
Pfeaumes , il les foûtint fortement en leur prefence ; & commeil les croit tres dignes d'être
meurement pefées pour nous
entretenir dans la crainte des.
jugemens de Dieu , il s'eft cncore appliqué à les prouveren
trois autres Affemblées confiderables.
Or comme le fujet paroît
curieux , & d'une affez grande.
importance pour trouver pla-
GALANT 301
ce dans cette Lettre, j'ay crû
que vous ne feriez pas fâchée
d'y voir les preuves de l'Auteur , que je vais raporter en
abregé.
la
Lesdeux premierespropofitions,
dit-il , qui à les confidererfuperficiellementfemblent revolter l'ef
pritdes Fideles , l'affermiffent dans
croyance de l'Eglife , touchant
le déplorable état des damnez
quand on les approfondit ; car loin
d'adoucir les peines effroyables de
l'Enfer, elles en font connoître.
davantage la grieveté, en donnent plus d'horreur que celle qu'on
en croyoit ordinairement, & eftant
302 MERCURE
attentivement confiderées dans
leurs caufes , elles font capables de
ramener les plus égarez dans la
voye dufalut.
Quoy qu'onfoit accablé de
tres grands maux , fi l'on en
craint encore de plus grands
qu'on ne fçauroit éviter , le
temps qui doit couler juſqu'à
ce que ces derniers viennent
fondre fur ceux qui les craignent leur paroît tres court :
or ceux qui font à preſent dans
les Enfers , & tous ceux qui auront le malheur d'y entrer avant la fin du monde , font à
la verité accablez de tres-
GALANT 303
grands maux, & tels qu'il n'eft
pas au pouvoir de l'éloquence
humaine de les exprimer ; mais
ils en craignent encore de plus
grands au jour du Jugement:
tirez-en la confequence.
La premiere propoſition eſt
tres- certaine , & peut eftre
prouvée par mille exemples. Je
n'en raporte qu'un feul qui me
vient dans l'efprit , &qui fuffira : ce n'eft pas celuy du commun proverbe , qui dit : Ayez
une dette à payer à Paſques &
vous trouverez le Carefme
court , ny l'exemple de ceux
qui cftant fort pauvres ont des
304 MERCURE
W
termes de loyer à payer à la
faint Jean ou à la faint Remy,
aufquels le temps femble paffer avec grande viteffe ; mais
c'eſt celuy d'un homme qui
feroit jetté dans un obfcur cachot , lié & garotté de groffes
chaînes , rongé des Rats & des
Souris , accablé de miferes ;
mais quifçauroit certainement
dans un an il doit fortit que
de ce cachot pour eltre brûlé
tout vif à petit feu devant une
grande foule de monde , auquel cette année qu'il a à refter
dans ce cachot en un fi pitoyable état , loin de luy paroître
GALANT 305
longue , luy paroît au contraire tres courte , par l'apprehenfion terrible qu'il a d'eſtre brûlé tout vif à petit feu devant
un grand monde, quand il for
tira de fa prifon.
La mineure de l'argument ,
à fçavoir que ceux qui font à
prefent dans les Enfers craignent de bien plus grands
maux au jour du Jugement que
ceux qu'ils endurent avant qu'il
arrive , eft inconteftable par
plufieurs raifons , du nombre
defquelles je choifis feulement
deuxprincipales, qu'on ne fçauroit nier. Lapremiere, qu'aprés
Fevrier 1710.
Cc
306 MERCURE
le jour du Jugement ils fouffriront en corps & en ame, au
lieu qu'à prefent ils ne fouffrent que dans leur ame , &
que les demons mefmes feront
plus tourmentez, paifqu'ils feront enchaînez dans les Enfers
à n'en jamais fortir. Mais une
feconde raifon tres effentielle
qui fait paroître aux damnez
que le temps qu'ils ont à eſtre
dans les Enfers jufqu'au jour du
Jugement paffe avec une extrême vîteffe , eft qu'ils fçavent
tres certainement qu'à ce jour
fi terrible pour eux, ils verront malgré qu'ils en ayent .
GALANT 307
1
celuy qui les doit juger , terriblement irrité contr'eux , & en
une fi grande colere , qu'ils ne
pourront en fupporter la vûë,
& que la confufion qu'ils auront de paroître en fa preſence , & en celle de tout l'Univers , où toutes leurs actions
feront manifeftées , les mettra
dans des tranſes effroyables ,
que la fureur & l'indignation
de cet Homme Dieu , fa Sentence foudroyante fur leurs
têtes leur paroît un poids qui
les accablera ; d'où vient que
pour l'éviter ils voudroient
pouvoir fe tenir cachez au plus
Cc ij
308 MERCURE
profond des Enfers ; & c'eft
cette terreur épouvantable qui
Leur fera prononcer à ce grand
jour ce que nous lifons dans.
faint Luc, qu'ils diront aux
montagnes de tomber ſur eux
pour les écrafer , & aux collines de les couvrir par leur chûte , pour les fouftraire à la vûë
de ce Juge irrité ; & quandmêmecette confufion & cette terreur ne devroit durer qu'autant de temps que Noftre Seigneur en mettra pour exercer
fon Jugement fur tous les
hommes , la crainte que les
damnez en ont eft fi terrible ,
1
GALANT 309
qu'il n'y a nul fujet de s'étonner que le temps qui doit couler jufqu'à ce qu'il arrive leur
paroiffe fi court. Mais il y a
tour lieu de croire que cette
confuſion fera éternelle ; que
par un effet admirable de la
toute- puiffance & de la juftice
de Dieu , tous les crimes de
chaque damné , non feulement
au dernier jour , mais durant
toute l'éternité , feront imprimez dans l'efprit des Bienheureux & des Hommes damnez,
des Anges & des Demons , &
qu'il fera au pouvoir des uns
& des autres de voir quand ils
310 MERCURE
le voudront le fujet de la damnation de chaque homme en
particulier , & de dire celuy cy
eft damné pour tels & tels cri
més , celuy là par d'autres ; de
forte que la confufion qu'ils
recevront au jour du Juge
ment , fera pour eux une confufion éternelle.
Preuves de la feconde propofition.
Si ceux qui font à preſent
dans l'Enfer ne trouvent pas
long le temps qu'ils ont à Y
eftre jufqu'au jour du Jugement, aprés ce mefmejour ces
GALANT 311
miferables ne trouveront pas
. non plus les jours , les mois
& les années longues ; mais à
leur plus grande damnation ,
par un principe bien different,
& qui loin de diminuer leurs
maux les accroîtra comme à
l'infiny.
Il n'y aura plus de temps
aprés ce jour terrible , ce qui
nous doit porter à bien employer celuy qui nous reſte à
faire penitence de nos pechez,
& à ne les plus commettre.
L'Ange que faint Jean vid en
fon Apocalypfe , qui eftoit debout fur la mer & fur la terre,
312 MERCURE
jura par celuy qui vit dans tous
les fiecles qu'il n'y auroit plus
de temps : Et juravit per viventem fæcula fæculorum......
Quia non erit tempus. ( Apoc.
chap. 10. La raiſon eſt que
ny le premier mobile, qui eft
la regle de tous les temps par
fon mouvement le plus égal
& le plus regulier de tous , ny
le Soleil ne feront plus leur
courſe , & n'auront plus de
mouvement , qui ne fera plus
neceffaire pour la generation
des Elûs , dont le nombrefera
accompli ; & ce que nous appellons Temps , n'elt autre chofe
GALANT 3T3
fe que la mefure & la durée du
mouvement du premier Mobile ou du Soleil ; fi ce n'eft que
nous difions que le temps eftant
auffi la mesure ou la durée des actions & despaffions , en un certain
fens ily auraun temps dans le Paradis dans l'Enfer , parce que
dans le Paradis les Bienheureux
pafferontfucceffivement d'unejoye
à une autre , & les damnez dans
l'Enfer d'un tourment à un autre
tourment ; comme il eft dit dans
Job, que d'un tres grandfroid ils
pafferont à une chaleur exc ffive :
AD NIMIUM CALOREM
TRANSIBUNT AB AQUIS
Février 1710. Dd
314 MERCURE
NIMIUM ; ( cap. 24. ) ce qui a
fait dire au Prophete Royal ,
qu'ils auront leur temps dans
tous les ficcles : Et erit tempus
eorum infæcula. ( PL. 80. ) Ce
temps neanmoins n'eft pas fi
proprement dit que celuy que
nous comptons par le mouvement du premier Mobile ou
du Soleil mais fi aprés le Jugement univerfel il n'y a plus
de temps en ce dernier fens par
le mouvement du premier Mobile , il pourroit y en avoir , fi
Dieu le vouloit ; ce qui feroit
fort indifferent à ceux qui auront paffé du Temps à l'Eter
GALANT 315
>
nité ; car que le Soleil ou le
premier Mobile tourne ου
qu'il ne tourne pas , ceux du
Ciel n'en feront ny moins heureux , ny ceux de l'Enfer moins
malheureux; & aprés que nous
ferons dans l'Eternité il arrivera enfuite , non une feule fois ,
mais un grand nombre de fois,
il arrivera que nous aurons eſté
les premiers dans les plaiſirs, les
autres dans les peines , autant
que le premier mobile auroit
pû faire de circulations pour
faire un auffi long temps que
le feroit d'enlever autant de
fables qu'il en pourroit conteDdij
316 MERCURE
nir dans tout l'Univers , quand
feulement on n'en enleveroit
qu'un feul grain à chaque centaine de millions d'années.
Or cette grandeur fi demefurée qu'elle nous femble
paroiftre , ne paroiftra pas
longue aux damnez , & fuppofé qu'aprés le Jugement
univerfel le Soleil ou le premier Mobile dût encore fe
mouvoir, & qu'il y eut confequemmentdesjours, des mois ,
& des années , comme nous les
comptons à prefent ; ces jours ,
ces mois & ces années , ne leur
paroiftroient pas longues non
1
GALANT 317-
plus. Mais vous remarquerez,
s'il vous plaift, que je parle d'un
temps fini & limité , qui eft la
mefure des chofes qui ont leur
commencement & leur fin, qui
eft la propre notion du temps ,
& qui en ce fens eft diftingué ,
ou plutòft oppofé à l'Eternité ,
& que je ne parle point d'un
tems infini qui correfpondroit
àl'Erernité;car ce ne feroit plus
untemps , mais ce feroitla même chofe que l'Eternité. Ainfi
je dis qu'un temps fini & limité
d'un an , de deux ans , de mille
ans , decent millions d'années ,
ne paroiftront pas long à ces
Dd iij
318 MERCURE
miferables. Une raifon à la portée des moins intelligens , eft
qu'une chofe à laquelle on ne
penſe point du tout ne paroiſt
ne courte ny longue : les damnez ne penfent point du tout
à ce temps fini , comme vous
le verrez mais une autre raifon auffi évidente que la premiere , &encore plus fpirituel
le , eft que quand on n'a aucune efperance d'eftre jamais délivré d'un mal dont on eft op
primé , & qu'on fçait tres certainement que ce mal n'aura
jamais de fin , un an ,
deux
ans mille ans de fouffran- >
GALANT 319
ces , quoy que tres-es- penibles ,
ne paroiffent pas longues.
Qu'est ce donc qui eft long
aux damnez? Et pourquoy demander cela ? Ce feroit des
millions d'années qui leur feroient tres - longs , fi leurs
maux devoient finir , mais ces
millions d'années ne leur font
rien , parce que leurs maux ne
doivent pas finir !
C'est l'Eternité qui leur
paroift infiniment longue , &
qui eft telle en effet ; c'est
ce qui fait le comble & le
plus grand de tous leurs maux,
ce qui les accable épouvanDd iiij
320 MERCURE
tablement >
, & de telle maniere qu'ils ne fçauroient penfer à autre chofe ; & c'eft
ce qui les jette dans une horrible defefpoir, dans une rage
& une furcur forcenée au- def
fusde tout ce que nous en pouvons penfer. D'où vient que
les damnez ne s'amufent point.
à nombrer ce temps fini & limité , qui s'eft déja écoulé depuis qu'ils font dans les feux ,
& celuy qui s'écoulera dans la
fuite, parce que cela leur feroit
tout à fait inutile , puis qu'aprés y avoir efté cent millions
d'années , ils ne feront pas
GALANT 321
plus avancez qu'au commencement , & qu'ils auront auffi
long temps à fouffrir que s'ils
ne faifoient que d'y entrer.
Et voicy qu'elle eft l'horrible penfée d'un damné , il luy
eft prefque impoffible d'en avoir aucune autre , ou s'il en a,
celle cy eft la dominante : donnons- y toute l'attention poffible pour nous empêcher de
tomber dans une damnation
pareille à la fienne.
Un damné ne penſe à autre
chofe qu'à fe dire à luy même:
Me voilà au comble de tous
les maux, & ces maux ne fini
322 MERCURE
ront jamais : autant que Dieu
fera Dieu , je feray l'objet de
de fes vengeances : tout auffi
long temps je feray dans les
feux, & dans des feux dont
ceux de la terre ne font que la
fumée: j'auray toûjours les demons pour bourreaux : tous les
autres damnez me donneront
mille maledictions : cette horrible & épouvantable Sentence: Allez maudits au feu éternel, fera éternellement imprimée dans mon efprit , dans ma
memoire , dans mon imagination , & dans tous mes fens , &
me fera fouffrir prefque tout à
GALANT 323
la fois , & en un feul inftant ,
ce que j'auray à fouffrir continuellement durant toute l'éternité. Un damné, dis je , ne
penfe à autre chofe , & non à
nombrer les jours & les moisqu'il a déja paffé dans les feux;
& cette penfée le confterne ,
l'abat , le jette dans le defefpoir , la rage &la furie que j'ay
dit , & luy fait proferer de fi
énormes blafphêmes contreDieu principalement, & contre
les Saints , & tant d'imprecations contre fes bourreaux:
& contre luy-mefme , qu'on
mourroit de frayeur à les en-
224 MARCURE
tertendre fortir de fa bouche.
Ceuxqui font à prefent dans
l'Enfer ne trouvent pas long
le temps qu'ils ontà y eftre juf
qu'au jour du Jugement , par
la crainte & l'apprehenfion
rible qu'ils ont de ce jour ; &
aprés ce jour paffé , ils ne trouveront pas long un temps finy & limité de cent ans , de
mille ans , de cent millions
d'années , par un autre principe, par unhorrible defefpoir,
le plus grand de tous leurs
maux, le comble de tous ceux
dont ils font accablez , par la
durée immenfe & infinie de
GALANT 325
l'éternité , durant toute laquelle ils fçavent tres certainement qu'ils feront les victimes des feux , & les efclaves
des demons.
Mais d'une chofe fi veritable , ne tirez pas cette fauffe
confequence , untemps limité
de cent millions d'années ne
paroit pas long aux damnez ,
donc ils ne s'ennuyent point
dans l'Enfer.
Ce feroit tres mal raiſonner
de puifer les tenebres dans la
plus éclatante lumiere , parce
que l'éternité qui abforbe tous
les temps , leur caufe un en-
326 MERCURE
nuy qui ne fe peut exprimer,
qui eft au deffus de toute conception angelique & humaine;
&fi un temps finy ne leur
roît pas long , c'eſt le defefpoir qui en eft caufe , & qui
rend leur condition bien plus
miferable.
paCar en effet , fi ces malheureux avoient l'efperance de for
tir de ces feux aprés cent millions d'années , pour lors ce
temps finy &limité feroit l'unique occupation de leur efprit ; & tout au contraire de
ceux , remarquez bien s'il vous
plaift , & tout au contraire de
GALANT 327
ceux aufquels le defeſpoir ne
fait pas trouver longun cemps
limité , cette efperance feroit
qu'une feule heure dans ces
tourmens leur paroiftroit des
millions d'années , comme un
malade qui fouffre de grands
maux, dont il a efperance d'être délivré , trouve qu'une
nuit dans les fouffrances eft
auffi longue queplufieurs nuits
le paroiftroient à un homme
fain & difpos. On nous trompe (diroient ceux qui auroient
efperance de fortir de l'Enfer aprés des millions de fiecles , fi le defefpoir n'eftoit
328 MERCURE
le pas partage de tous ceux
qui entrent dans ce lieu d'horreur) on nous trompe de vouloir nous perfuader qu'il n'y
a qu'une heure que nous fommes dans les tourmens , pendant qu'ils nous femble qu'il
y a des millions d'années que
nous brûlons dans ces horribles feux.
Cependant celuy quiauroit
efperance de fortir des enfers
feroit fans doute de meilleure
condition que celuy qui deſeſpere d'en fortir , quoy qu'au
premier une heure dans les
feux paruft des millions d'an-
GALANT 329
nées , & que le fecond qui defd'en fortir ne penfe ny pere
B
à
la longueur ny à la brieveté de
cette même heure , voyant
bien , & il le voit malgré qu'il
en ait à fa tres grande damnation , qu'il luy est tout- à fait
inutile d'y penfer , puiſqu'aprés cette penfée il ne fera pas
plus avancé qu'au commencement , & qu'il reftera encore
une éternité toute entiere à
fouffrir.
Preuves de la troifiémepropofition.
Qu'il ne doive pas paroistre
Février 1
1710.
Ec
330 MERCURE
aux Bien- heureux que les centaines de millions d'années
dans les joyes du Paradis s'écoulent avec trop de vîteffe ,
cela eſt tout évident ; parceque
l'unique chofe qui pourroit
leur faire paroître qu'elles vont
à pas degeant, ce feroit la crainte qu'aprés que ce grand nom
bre d'années feroit écoulé ils fe--
roient privezde ces plaifirs inéfables ;car dans la fuppofition
que cela duft arriver , pour lors
des milliers d'années dans ces
delices ne leur paroîtroient pas
avoir duré plus d'un jour ; mais
comme ils fçavent tres- certai-
GALANT 331
nement qu'ils n'en feront jamais privez , qu'aprés qu'un
fi grand nombre de fiecles
fera pafle ils ne feront encore qu'au commencement de
leur bonheur , ils ne peuvent
avoir aucun fujet de fe perfuader que ces fiecles paffent
avec trop de précipitation.
Qu'il ne leur doive pas paroiltre non plus que ces centaines de milliers d'années s'écoulent trop lentement ,
eft encore tout évident ; car ce
qui fait qu'une choſe ſemble
longue à paffer ou à parcourir ;
cela
Ee ij
332 MERCURE
c'eft le dégouft , la peine , ou la
difficulté qui s'y trouve les
Bien heureux n'ont nul dégouft , nulle peine , & nulle difficulté à parcourir ce grand
nombre d'années , mais au contraire en les parcourant ils font
dans l'affluence de toutes fortes de plaifirs & de delices , &
par confequent il ne femblera
pas aux Bienheureux que cette
longueur , fi demefuréé qu'elle
nous paroiffe , fe paffe trop lentement.
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Résumé : Paradoxes aux moins intelligens; mais veritez tres-certaines aux plus clairs-voyans.
La lettre traite de la dévotion et des articles spirituels, soulignant que les articles précédents étaient émouvants et capables de susciter des larmes de joie. L'article actuel, en revanche, vise à provoquer une réflexion sérieuse et à inciter les lecteurs à se corriger pour mériter le Ciel. L'auteur présente trois vérités sous forme de paradoxes, mais qui sont des certitudes pour les esprits éclairés. Premièrement, le temps jusqu'au Jugement dernier semble court aux damnés actuels et à ceux qui le seront avant la fin du monde. Deuxièmement, après le Jugement, les damnés ne trouveront pas le temps long, malgré sa durée. Troisièmement, dans le Paradis, les Bienheureux ne percevront pas le temps comme long ou court. L'auteur explique que ces propositions, bien que paradoxales en apparence, renforcent la croyance en l'état déplorable des damnés et leur font connaître l'horreur de l'Enfer. Il illustre cela par l'exemple d'un homme dans un cachot, accablé de maux et craignant des souffrances futures, pour montrer comment le temps peut sembler court face à une peur intense. Pour les damnés, un temps fini, même de plusieurs millions d'années, ne semble pas long car ils sont accablés par le désespoir de souffrances éternelles. L'éternité leur apparaît infiniment longue et est la source de leur plus grand malheur. Ils ne s'amusent pas à compter le temps écoulé ou à venir, car cela leur semble inutile. Leur pensée dominante est la souffrance éternelle et la rage contre Dieu et leurs bourreaux. En revanche, les bienheureux au paradis ne trouvent pas que les siècles passent trop vite ou trop lentement. Ils savent qu'ils ne seront jamais privés de leurs plaisirs ineffables, ce qui rend leur bonheur constant et sans crainte. Ils ne ressentent ni peine ni difficulté dans leur état de béatitude, ce qui fait que le temps leur semble passer de manière appropriée. La lettre se conclut par une réflexion sur l'importance de bien employer le temps présent pour faire pénitence et éviter les péchés, car après le Jugement, il n'y aura plus de temps tel que nous le connaissons.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1774
p. 332-335
Article des Enigmes, [titre d'après la table]
Début :
Je passe d'un Article qui a dû vous attacher bien serieusement [...]
Mots clefs :
Énigme, Explication, Orthographe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Article des Enigmes, [titre d'après la table]
Je paffe d'un Article qui a
dû vous attacher bien ferieu-
GALANT 333
fement , & vous faire penfer à
l'éternité , à un autre qui ne
vous a attaché que pour vous
divertir. Je parle de l'Article
des Enigmes ; celle du mois
dernier eftoit l'Ortographe , de
la maniere dont plufieurs perfonnes tâchent aujourd'huy
d'introduire l'ufage , ce qui
a embaraffé particulierement
ceux qui ne fe font pas attachez avec affez de foin à remarquer commentcette Enigme eftoit écrite , ce qui fait
que plufieurs fe font trompez
dans l'explication qu'ils luy
ont donnée. Ainfi dans le
334 MERCURE
grand nombre d'explications
que j'ay reçues , peu de perfonnes ont frapé droit au but.
Ceux qui en ont trouvé le
veritable fens font le Pere
Agatange, des grands Auguftins ; Mrs de la Giraudiere ;
d'Argeny d'Algrande ; du
Frefne D. B: le petit Brunet ,
de la rue Saint Honoré : Tamirifte le folitaire des Angloux & fon amy Darius.
Mlles de Rezé , prés la Come
die , à qui le Public eft fi redevable de fes beaux Secrers ;
Marie Annedu Cloiftre Saint
Nicolas du Louvre : la jeune
GALANT 335
Mufe renaiffante la groffe
Gouvernante de M' le Prince de Tarente : la Blanche &
BruneYvoire de la rue des Bernardins : la Solitaire de la rue
aux Féves : la Brillante Brune
& fon. ....
Je vous envoye une Enigme
nouvelle , faite par M' Regnault , du Diocefe de Reim
dû vous attacher bien ferieu-
GALANT 333
fement , & vous faire penfer à
l'éternité , à un autre qui ne
vous a attaché que pour vous
divertir. Je parle de l'Article
des Enigmes ; celle du mois
dernier eftoit l'Ortographe , de
la maniere dont plufieurs perfonnes tâchent aujourd'huy
d'introduire l'ufage , ce qui
a embaraffé particulierement
ceux qui ne fe font pas attachez avec affez de foin à remarquer commentcette Enigme eftoit écrite , ce qui fait
que plufieurs fe font trompez
dans l'explication qu'ils luy
ont donnée. Ainfi dans le
334 MERCURE
grand nombre d'explications
que j'ay reçues , peu de perfonnes ont frapé droit au but.
Ceux qui en ont trouvé le
veritable fens font le Pere
Agatange, des grands Auguftins ; Mrs de la Giraudiere ;
d'Argeny d'Algrande ; du
Frefne D. B: le petit Brunet ,
de la rue Saint Honoré : Tamirifte le folitaire des Angloux & fon amy Darius.
Mlles de Rezé , prés la Come
die , à qui le Public eft fi redevable de fes beaux Secrers ;
Marie Annedu Cloiftre Saint
Nicolas du Louvre : la jeune
GALANT 335
Mufe renaiffante la groffe
Gouvernante de M' le Prince de Tarente : la Blanche &
BruneYvoire de la rue des Bernardins : la Solitaire de la rue
aux Féves : la Brillante Brune
& fon. ....
Je vous envoye une Enigme
nouvelle , faite par M' Regnault , du Diocefe de Reim
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Résumé : Article des Enigmes, [titre d'après la table]
Le texte discute d'une énigme du mois précédent portant sur l'orthographe, qui a semé la confusion parmi les participants en raison de son écriture. Cela a conduit à de nombreuses explications incorrectes. Sur les nombreuses réponses reçues, seules quelques-unes ont correctement résolu l'énigme. Les personnes ayant trouvé la solution incluent le Père Agatange des Grands Augustins, Mme de la Giraudière, d'Argeny d'Algrande, le Frère D. B., le petit Brunet de la rue Saint Honoré, Tamiriste le solitaire des Anglais et son ami Darius, Mlles de Rezé près la Comédie, Marie Anne du Cloître Saint Nicolas du Louvre, la jeune Muse renaissante, la grosse gouvernante de M. le Prince de Tarente, la Blanche et Brune Yvoire de la rue des Bernardins, la Solitaire de la rue aux Fèves, et la Brillante Brune. Le texte mentionne également l'envoi d'une nouvelle énigme créée par M. Regnault du Diocèse de Reims.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1775
p. 336-355
Situation generale des Affaires de l'Europe, [titre d'après la table]
Début :
Il seroit difficile de vous parler juste de la veritable [...]
Mots clefs :
Affaires de l'Europe, Campagne, Suède, Haut-Rhin, Pologne, Armée, Milan, France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Situation generale des Affaires de l'Europe, [titre d'après la table]
Il feroit difficile de vous
parler jufte de la veritable
fituation generale des Affaires
GALANT 1337
res del'Europe dans le moment
que je vous écris , car avant
qu'elles puiffent cftre fixées
pour la Campagne prochaine,
& quechacun puiffe voir quel
party il prendra , il faut que
les Parties intereffées fçachent
comment finiront certaines
chofes qui ont des faces differentes , &qui font en mouve
ment.
Il faut que le Roy de Suede,
dont on nous parle tous les
jours differemment , ait commencé d'entrer en action
car s'il entre en Pologne avec
une Armée formidable pour
Février 1710. Ff
>
338 MERCURE
rétablir le Roy Staniflas , le
Roy Auguſte avec toutes les
forces aura de la peine à fe
maintenir fur le Trône , & il
fera obligé de retirer toutes les
Troupes qu'il a en Flandre
ce qui apportera un grand
changement aux Affaires de
ce colté-là , & fera changer
toutes les mesures que les
Alliez peuvent avoir prifes
pour la Campagne.
Ils feront encore obligez de les
changer, fi l'Electeur de Brandebourg tient fa parole , &retire fes Troupes de Flandre , en
cas que l'on neluy rende pas la
GALANT 339
juftice qu'il pretend touchant
la fucceffion du feu Prince
d'Orange , ce qui eſt abſolument impoffible , les chofes
qu'il demande eftant trop fortes & regardant un Prince
dont les Hollandois font
charmez.
·
A l'égard des Affaires du
Haut Rhinqui paroiffent nonfeulement ; mais qui font en
effet tres avangeufes pour
nous il eft impoffible de
pouvoir dire quel party on
prendra de part & d'autre de
ce cofté- là , jufqu'à ce que
l'on ait fçu fi le Duc d'HaFfij
340 MERCURE
novre y commandera l'Armée , & fi elle fera nombreufe ou non , & il n'y a pas d'apparence qu'elle doive eftre
forte , puifque plus le temps
de l'ouverture de la Campagne avance , plus ceux qui
doivent fournir des Troupes pour cette Armée , déclarent qu'ils font dans l'impoffi
bilité de le faire , & quand
même ils en fourniroient , il
n'y a nulle apparence que
Armée puiffe eftrefuperieure à
la noſtre qui ne manque de
rien , & qui a fait payer en
bleds une partie des Contribu
leur
GALANT 341
tions qu'elle auroit pu tirere n
argent , dont elle ne manque
point , enayant tiré de l'un &
de l'autre, & de quelque manicre que ce foit , les Affaires ne
peuvent que nous eftre avantageufes de ce cofté - là , car
s'ils n'y ont pas de grandes
forces , nous penetrerons dans
leur Pays , & s'ils en ont affez,
non pas pour avoir des avantages fur nous car cela paroift impoffible , mais feulement pour nous empêcher
d'en avoirfur eux , ils ne pour
ront envoyer que tres peu
de Troupes en Flandre , ou
Ffiij
342 MERCURE
?
s'il arrive , felon que je vous
viens de marquer , que les
Troupes Saxonnes , les Pruffiennes , & les Allemandes
manquent aux Alliez , auffi
bien que l'argent qui manque
abfolument aux Hollandois
& dont les Anglois manquent
auffi beaucoup , les fubfides
accordez par le Parlement
n'ayant pû eſtre remplis à beaucoup prés , les Alliez feront
en Flandre hors d'eftat de faire
aucune Conquefte , & pendant
qu'ils y manquent d'argent
on fait tous les jours des fonds
nouveaux en France pour en
ALANT 343
avoir fuffifamment pour faire
la Campagne, Ainfi l'on ne
peut dire encore comment les
chofes tourneront. Il vient en
France du bled de toutes parts ,
& il y en aura bien- toft abondamment à Paris même , ce
qui fuffira juſqu'au temps de
la recolte , qui fera des plus
abondantes , & le vin même
diminuë de prix tous les jours
dans toute la France. Enfin
nous fommes dans le temps
des grandes revolutions , &
nous voyons des chofes dans
trop violent pour y
un eftat
pouvoir
demeurer
long- temps
,
344 MERCURE
gent
La France, comme je vous ay
fait voir le mois paffé ade l'arabondamment , & la circulation y manque feulement ,
au lieu que l'efpece manque
tout-à - fait en Angleterre , par
les raifons dont je vous ay envoyé le détail le mois paffé.
Al'égard des Affaires d'Italie , elles font dans un eſtat
trop violent pour y pouvoir
demeurer long- temps , & particulierement le Royaume de
Naples. Les peuples yfont dans
le dernier accablement , & fur
tour à Naples , où le Viceroy
fe fert tour à tour de divers
GALANT 345
pretextes pour ne point paroître en public , craignant d'eftre
infulté. Enfinles Peuples y font
dans le dernier defeſpoir , &
l'on doit tout craindre du defeſpoir d'un Peuple qu'on a
pouffé à bout, qui n'a plus rien
a menager, & qui eftoit florif
fant fous le de fon pre- regne
cedent Monarque , qu'il n'a
point ceffé d'aimer , la revolu
tion n'eftant arrivée que par
des traîtres , qui ont plongé
leur Patrie dans l'état où elle fe
trouve.
L'Etat de Milan n'eft pas
mieux. Onen tire jufqu'au der
346 MERCURE
nier fol, comme l'on a fait du
Royaume de Naples , & quand
la Maifon d'Autriche a mis
une fois le pied dans un Païs ,
elle n'en traite pas les Peuples
en fujets , mais en efclaves.
Les autres Puiffances d'Italic
ne font pas moins outrées de
la maniere dont on les traite,
& les cent mille piftoles de
contribution qu'on tire d'eux
tous les ans en font une preu
ve parlante, & qui crient vengeance ; & il n'eft enfin pas
poffible que les chofes demeurent toûjours en cet état , &
ce qu'une revolution a fait naî
GALANT 347
tre en peu de temps , finira par
une autre revolution.
Il n'en eft pas de mefme en
Espagne, où l'amour que le
Peuple a pour fon Roy cft cauLe que tout ce qui s'y fait pour
ce Monarque , eft auffi volon
taire qu'il eft forcé en Italie.
On n'a jamais vû dans aucun
fiecle , & dans aucun Etat , ce
qui fe paffe aujourd'huy en Efpagne. Les hommes s'offrent
en foule , les Troupes y paroiffent fortir de terre , auffi-bien
que les chevaux , que les Provinces qui en abondent offrent
au Roy, à qui l'on offre de 2.
348 MERCURE
l'argent de toutes parts. Enfin
il paroift par la formidable &
nombreufe Armée que S. M.
C. met fur pied, que l'Europe
entiere n'en pourroit faire davantage, & comme tout s'y
fait avec zele & de plein gré,
il y a d'autant plus lieu de croire qu'une pareille Armée fera
des prodiges , & fur tout eſtant
compofée d'Espagnols qui ne
reculent jamais , fuivant les
grands exemples que je vous
ay fouvent raportez là- deſſus,
&l'on peut dire que dans cette
occafion l'Armée d'Espagne a
pris pour Devife , Vaincre on
mourir.
Voilà
GALANT 349
Voilà la fituation oùfe trouvent aujourd'huy toutes les
affaires de l'Europe ; nous ver
rons à la fin du mois prochain
en quoy elle aura changé.
La maniere dont le Carnaval s'eft paffé à Paris , doit paroître bien differente aux Alliez, de la fituation où ils pretendent que nous nous trouvons, & dont ils font tous les
jours des peintures dans leurs
Ecrits publics bien contraires
à la verité. L'état où la France
s'eft trouvée eft venu de la
cherté du bled, qui commença
au mois de Fevrier de l'année
Février 1710. Gg
350 MERCUR F
derniere; ce quifut caufé, comme vous fçavez , par la force
de la gelée qu'il fit cette annéelà , & vous fçavez comment
les chofes fe pafferent à cette
occafion. Le Roy fe facrifia
alors pourle bien de fes Sujets;
il fit ceffer le payement des
Tailles , & de divers autres
Droits, & dans le Prelude d'une de mes Lettres , je vous fis
voir alors jufqu'à neuf Articles par lefquels Sa Majesté
abandonnoit fes Droits , & je
ne vous impofois pas , puifque
je vous raportay autant d'Arrefts , d'Edits ou de Declara
GALANT 351
tions qui regardoient le facri
fice qu'Elle faifoit à fes Peuples , outre la dépense qu'Elle
fit de plufieurs Bâtimens armez à fes dépens pour aller en
courfe , fans vouloir rien pren
dre pour les frais de l'armement , ni partager des bleds
que tous ces Bâtimens raporteroient; Sa Majeſté n'a rétably les Tailles , & commencé à recevoir plufieurs autres
Droits qu'Elle avoit abandonnez que depuis quelques mois.
Ainfi l'on ne doit pas s'étonner fi l'argent luy manquoit ;
mais l'on peut dire prefenteGg ij
352 MERCURE
ment que les chofes vont leur
train ordinaire ; mais comme
S. M. eftoit fort arrierée, il faut
encore quelque temps pour
que tous ceux à qui Elle doit ,
puiffent eftre contens , & l'on
pourroit mefme dire qu'ils le
font déja par avance, puifqu'il
eft feur que leurs efperances
ne feront pas vaines, & que la
verité de ce que j'avance eſt de
notorieté publique. Ainfi l'on
ne doit pas s'étonner fi.le Carnaval s'eft paffé à Paris de la
mefme maniere qu'il s'y eft
paffé dans tous les temps. Il eft
vray que les chofes ne s'y font
1
GALANT 353
pas faites avec les emporte
mens de joye immoderez qui
ont paru en de certains temps ;
mais pendant tout le Carnaval
il y a eu des Bals à l'ordinaire ;
on s'eft regalé , tous les fpectacles ont cfté remplis ; la foule
des Caroffes a efté auffi grande
au Fauxbourg Saint Antoine
dans les derniers jours du Carnaval , qu'elle l'a toûjours efté,
& rien n'a marqué la miferable
fituation dont tous les écrits
publics des Alliez font remplis,
dans le deffein d'éblouir leurs
Sujets en publiant des chofes
entierement contraires à la veGg iij rité.
354 MERCURE
Outre tous les bleds dont je
vous ay déja parlé qui font entrez de plufieurs endroits dans
le Royaume , je ne vous repeteray point ce que nos nouvelles publiques vous ont dit des
fix à fept mille charges de
bled , arrivées du Levant à
Toulon, & dont les Commandans des Vaiffeaux qui les ont
amenées ont rapporté qu'il en
viendroit encore beaucoup ;
de manière que tous ces bleds ,
joints à ceux des Provinces
dont la recolte a efté bonne
l'année derniere , & à l'eſpoir
de celle de cette année qui pa-
GALANY 355
roift devoir eftre des plus abondantes dans toute la France ,
& l'eſpoir du bon effet que
produira le rétabliffement des
revenus du Roy, n'ont pas peu.
contribué aux divertiffemens
du Carnaval qui ont étégrands
& continuels ; mais fans avoir
efté outrez.-
parler jufte de la veritable
fituation generale des Affaires
GALANT 1337
res del'Europe dans le moment
que je vous écris , car avant
qu'elles puiffent cftre fixées
pour la Campagne prochaine,
& quechacun puiffe voir quel
party il prendra , il faut que
les Parties intereffées fçachent
comment finiront certaines
chofes qui ont des faces differentes , &qui font en mouve
ment.
Il faut que le Roy de Suede,
dont on nous parle tous les
jours differemment , ait commencé d'entrer en action
car s'il entre en Pologne avec
une Armée formidable pour
Février 1710. Ff
>
338 MERCURE
rétablir le Roy Staniflas , le
Roy Auguſte avec toutes les
forces aura de la peine à fe
maintenir fur le Trône , & il
fera obligé de retirer toutes les
Troupes qu'il a en Flandre
ce qui apportera un grand
changement aux Affaires de
ce colté-là , & fera changer
toutes les mesures que les
Alliez peuvent avoir prifes
pour la Campagne.
Ils feront encore obligez de les
changer, fi l'Electeur de Brandebourg tient fa parole , &retire fes Troupes de Flandre , en
cas que l'on neluy rende pas la
GALANT 339
juftice qu'il pretend touchant
la fucceffion du feu Prince
d'Orange , ce qui eſt abſolument impoffible , les chofes
qu'il demande eftant trop fortes & regardant un Prince
dont les Hollandois font
charmez.
·
A l'égard des Affaires du
Haut Rhinqui paroiffent nonfeulement ; mais qui font en
effet tres avangeufes pour
nous il eft impoffible de
pouvoir dire quel party on
prendra de part & d'autre de
ce cofté- là , jufqu'à ce que
l'on ait fçu fi le Duc d'HaFfij
340 MERCURE
novre y commandera l'Armée , & fi elle fera nombreufe ou non , & il n'y a pas d'apparence qu'elle doive eftre
forte , puifque plus le temps
de l'ouverture de la Campagne avance , plus ceux qui
doivent fournir des Troupes pour cette Armée , déclarent qu'ils font dans l'impoffi
bilité de le faire , & quand
même ils en fourniroient , il
n'y a nulle apparence que
Armée puiffe eftrefuperieure à
la noſtre qui ne manque de
rien , & qui a fait payer en
bleds une partie des Contribu
leur
GALANT 341
tions qu'elle auroit pu tirere n
argent , dont elle ne manque
point , enayant tiré de l'un &
de l'autre, & de quelque manicre que ce foit , les Affaires ne
peuvent que nous eftre avantageufes de ce cofté - là , car
s'ils n'y ont pas de grandes
forces , nous penetrerons dans
leur Pays , & s'ils en ont affez,
non pas pour avoir des avantages fur nous car cela paroift impoffible , mais feulement pour nous empêcher
d'en avoirfur eux , ils ne pour
ront envoyer que tres peu
de Troupes en Flandre , ou
Ffiij
342 MERCURE
?
s'il arrive , felon que je vous
viens de marquer , que les
Troupes Saxonnes , les Pruffiennes , & les Allemandes
manquent aux Alliez , auffi
bien que l'argent qui manque
abfolument aux Hollandois
& dont les Anglois manquent
auffi beaucoup , les fubfides
accordez par le Parlement
n'ayant pû eſtre remplis à beaucoup prés , les Alliez feront
en Flandre hors d'eftat de faire
aucune Conquefte , & pendant
qu'ils y manquent d'argent
on fait tous les jours des fonds
nouveaux en France pour en
ALANT 343
avoir fuffifamment pour faire
la Campagne, Ainfi l'on ne
peut dire encore comment les
chofes tourneront. Il vient en
France du bled de toutes parts ,
& il y en aura bien- toft abondamment à Paris même , ce
qui fuffira juſqu'au temps de
la recolte , qui fera des plus
abondantes , & le vin même
diminuë de prix tous les jours
dans toute la France. Enfin
nous fommes dans le temps
des grandes revolutions , &
nous voyons des chofes dans
trop violent pour y
un eftat
pouvoir
demeurer
long- temps
,
344 MERCURE
gent
La France, comme je vous ay
fait voir le mois paffé ade l'arabondamment , & la circulation y manque feulement ,
au lieu que l'efpece manque
tout-à - fait en Angleterre , par
les raifons dont je vous ay envoyé le détail le mois paffé.
Al'égard des Affaires d'Italie , elles font dans un eſtat
trop violent pour y pouvoir
demeurer long- temps , & particulierement le Royaume de
Naples. Les peuples yfont dans
le dernier accablement , & fur
tour à Naples , où le Viceroy
fe fert tour à tour de divers
GALANT 345
pretextes pour ne point paroître en public , craignant d'eftre
infulté. Enfinles Peuples y font
dans le dernier defeſpoir , &
l'on doit tout craindre du defeſpoir d'un Peuple qu'on a
pouffé à bout, qui n'a plus rien
a menager, & qui eftoit florif
fant fous le de fon pre- regne
cedent Monarque , qu'il n'a
point ceffé d'aimer , la revolu
tion n'eftant arrivée que par
des traîtres , qui ont plongé
leur Patrie dans l'état où elle fe
trouve.
L'Etat de Milan n'eft pas
mieux. Onen tire jufqu'au der
346 MERCURE
nier fol, comme l'on a fait du
Royaume de Naples , & quand
la Maifon d'Autriche a mis
une fois le pied dans un Païs ,
elle n'en traite pas les Peuples
en fujets , mais en efclaves.
Les autres Puiffances d'Italic
ne font pas moins outrées de
la maniere dont on les traite,
& les cent mille piftoles de
contribution qu'on tire d'eux
tous les ans en font une preu
ve parlante, & qui crient vengeance ; & il n'eft enfin pas
poffible que les chofes demeurent toûjours en cet état , &
ce qu'une revolution a fait naî
GALANT 347
tre en peu de temps , finira par
une autre revolution.
Il n'en eft pas de mefme en
Espagne, où l'amour que le
Peuple a pour fon Roy cft cauLe que tout ce qui s'y fait pour
ce Monarque , eft auffi volon
taire qu'il eft forcé en Italie.
On n'a jamais vû dans aucun
fiecle , & dans aucun Etat , ce
qui fe paffe aujourd'huy en Efpagne. Les hommes s'offrent
en foule , les Troupes y paroiffent fortir de terre , auffi-bien
que les chevaux , que les Provinces qui en abondent offrent
au Roy, à qui l'on offre de 2.
348 MERCURE
l'argent de toutes parts. Enfin
il paroift par la formidable &
nombreufe Armée que S. M.
C. met fur pied, que l'Europe
entiere n'en pourroit faire davantage, & comme tout s'y
fait avec zele & de plein gré,
il y a d'autant plus lieu de croire qu'une pareille Armée fera
des prodiges , & fur tout eſtant
compofée d'Espagnols qui ne
reculent jamais , fuivant les
grands exemples que je vous
ay fouvent raportez là- deſſus,
&l'on peut dire que dans cette
occafion l'Armée d'Espagne a
pris pour Devife , Vaincre on
mourir.
Voilà
GALANT 349
Voilà la fituation oùfe trouvent aujourd'huy toutes les
affaires de l'Europe ; nous ver
rons à la fin du mois prochain
en quoy elle aura changé.
La maniere dont le Carnaval s'eft paffé à Paris , doit paroître bien differente aux Alliez, de la fituation où ils pretendent que nous nous trouvons, & dont ils font tous les
jours des peintures dans leurs
Ecrits publics bien contraires
à la verité. L'état où la France
s'eft trouvée eft venu de la
cherté du bled, qui commença
au mois de Fevrier de l'année
Février 1710. Gg
350 MERCUR F
derniere; ce quifut caufé, comme vous fçavez , par la force
de la gelée qu'il fit cette annéelà , & vous fçavez comment
les chofes fe pafferent à cette
occafion. Le Roy fe facrifia
alors pourle bien de fes Sujets;
il fit ceffer le payement des
Tailles , & de divers autres
Droits, & dans le Prelude d'une de mes Lettres , je vous fis
voir alors jufqu'à neuf Articles par lefquels Sa Majesté
abandonnoit fes Droits , & je
ne vous impofois pas , puifque
je vous raportay autant d'Arrefts , d'Edits ou de Declara
GALANT 351
tions qui regardoient le facri
fice qu'Elle faifoit à fes Peuples , outre la dépense qu'Elle
fit de plufieurs Bâtimens armez à fes dépens pour aller en
courfe , fans vouloir rien pren
dre pour les frais de l'armement , ni partager des bleds
que tous ces Bâtimens raporteroient; Sa Majeſté n'a rétably les Tailles , & commencé à recevoir plufieurs autres
Droits qu'Elle avoit abandonnez que depuis quelques mois.
Ainfi l'on ne doit pas s'étonner fi l'argent luy manquoit ;
mais l'on peut dire prefenteGg ij
352 MERCURE
ment que les chofes vont leur
train ordinaire ; mais comme
S. M. eftoit fort arrierée, il faut
encore quelque temps pour
que tous ceux à qui Elle doit ,
puiffent eftre contens , & l'on
pourroit mefme dire qu'ils le
font déja par avance, puifqu'il
eft feur que leurs efperances
ne feront pas vaines, & que la
verité de ce que j'avance eſt de
notorieté publique. Ainfi l'on
ne doit pas s'étonner fi.le Carnaval s'eft paffé à Paris de la
mefme maniere qu'il s'y eft
paffé dans tous les temps. Il eft
vray que les chofes ne s'y font
1
GALANT 353
pas faites avec les emporte
mens de joye immoderez qui
ont paru en de certains temps ;
mais pendant tout le Carnaval
il y a eu des Bals à l'ordinaire ;
on s'eft regalé , tous les fpectacles ont cfté remplis ; la foule
des Caroffes a efté auffi grande
au Fauxbourg Saint Antoine
dans les derniers jours du Carnaval , qu'elle l'a toûjours efté,
& rien n'a marqué la miferable
fituation dont tous les écrits
publics des Alliez font remplis,
dans le deffein d'éblouir leurs
Sujets en publiant des chofes
entierement contraires à la veGg iij rité.
354 MERCURE
Outre tous les bleds dont je
vous ay déja parlé qui font entrez de plufieurs endroits dans
le Royaume , je ne vous repeteray point ce que nos nouvelles publiques vous ont dit des
fix à fept mille charges de
bled , arrivées du Levant à
Toulon, & dont les Commandans des Vaiffeaux qui les ont
amenées ont rapporté qu'il en
viendroit encore beaucoup ;
de manière que tous ces bleds ,
joints à ceux des Provinces
dont la recolte a efté bonne
l'année derniere , & à l'eſpoir
de celle de cette année qui pa-
GALANY 355
roift devoir eftre des plus abondantes dans toute la France ,
& l'eſpoir du bon effet que
produira le rétabliffement des
revenus du Roy, n'ont pas peu.
contribué aux divertiffemens
du Carnaval qui ont étégrands
& continuels ; mais fans avoir
efté outrez.-
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Résumé : Situation generale des Affaires de l'Europe, [titre d'après la table]
En février 1710, l'Europe est marquée par une grande incertitude politique et économique. En Pologne, la situation est critique car le roi de Suède pourrait intervenir pour rétablir Stanislas sur le trône, ce qui obligerait le roi Auguste à retirer ses troupes de Flandre, perturbant ainsi les plans des alliés pour la prochaine campagne. De plus, l'électeur de Brandebourg menace de retirer ses troupes de Flandre si ses revendications successorales ne sont pas satisfaites. Dans le Haut-Rhin, l'incertitude règne également, dépendant de la composition et de la force de l'armée du duc de Savoie. Sur le plan économique, la France est bien approvisionnée en blé et en vin, ce qui lui permet de se préparer pour la prochaine campagne malgré des difficultés financières passées. En Italie, les populations sont dans un état de désespoir, notamment à Naples et en Espagne, où l'armée royale se prépare à combattre avec zèle. À Paris, le carnaval s'est déroulé normalement, contrairement aux descriptions alarmistes des alliés. La France a récemment rétabli certains droits et taxes qu'elle avait suspendus en raison de la cherté du blé causée par un hiver rigoureux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1776
p. 355-356
Mort de S. A. S. Monsieur le Duc, [titre d'après la table]
Début :
S. A. S. Monsieur le Duc, estant morte à Paris, la nuit [...]
Mots clefs :
Mort, Goutte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de S. A. S. Monsieur le Duc, [titre d'après la table]
S. A. S. Monfieur le Duc ,
eftant morte à Paris , la nuit
du Lundy au Mardy 4. de ce
mois , d'une goute remontée ,
le Roy en ayant appris la nouvelle , donna à Monfieur le
Duc d'Enghien fon fils , tout
cc que le défunt tenoit de fa
356 MERCURE
bonté.. Vous jugez bien qu'il
me faut plus de temps pour
parler comme je dois , d'un fi
grand Prince. Je ſuis , Madamé, vôtre , &c.
AParis ce 5 Mars 17 10.
eftant morte à Paris , la nuit
du Lundy au Mardy 4. de ce
mois , d'une goute remontée ,
le Roy en ayant appris la nouvelle , donna à Monfieur le
Duc d'Enghien fon fils , tout
cc que le défunt tenoit de fa
356 MERCURE
bonté.. Vous jugez bien qu'il
me faut plus de temps pour
parler comme je dois , d'un fi
grand Prince. Je ſuis , Madamé, vôtre , &c.
AParis ce 5 Mars 17 10.
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1778
s. p.
TABLE.
Début :
Article dont on ne peut donner dans cette Table une idée qui [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE.
5
17
ARticle dont on ne peut donner
danscette Table une idée qui
puiffe répondre àfon fujet , & qui
renferme un Eloge du Roy , &de
Monfeigneur le Dauphin d'une
maniere toute finguliere ,
Autre Article qui renferme auffi un
Eloge de Sa Majesté ,
Mort de la Saur Anne de fainte
Cecile , Religieufe de l'Abbaye de
Port Royal des Champs , decedée
dans le Monaftere de Saint Julien d'Amiens. Cet Article eft
dès plus touchants , & doitfaire
un extreme plaifir à ceux qui
aiment la puretéde la Foy , 61
Relation exacte de tout ce qui s'eft
pafféen Canadapendant l'année
derniere,
Changementfait dans la Marine,
80%
TABLE.
de laquelle l'Intendancegenerale·
eft donnée à Mrde Beauharnois ,
124
Prifes d'Habit , par Mlles de
Dray,
129
141
Article touchant la Surdité ; 136
Article touchant les Gouttes Aromatiques d'Angleterre,
Ceremoniefaite par la Compagnie
des Penitens Bleus de Toulouse ,
14}
147
Gouvernement de Gravelines donné
par le Roy
Article curieux , touchant l'élection
de Mr le Comte de Schonborn,
àla Coadjutorerie de l'Evêché de
Bamberg
Article de Morts , parmi lesquelles
il s'en trouve de tres- édifiantes.
151
157
Naiffance de Monfeigneur le Duc
d'Anjou ,
200
1
TABLE.
Reception de Mr. Houdart de la
Motte à l'Academie Françoife ,
216
Mr le Ducde Beauvillier , obtient
la furvivance de fa Charge de
premierGentilhomme de la Chambre , pour Mrle Duc de Mortemait 252
Mariage de Mrle Duc de Laynes ,
avec Me la Princeffe de Neufchafel,
2.A 254
Thefesfoutenues en Sorbonne , 255
Mort de Mr l'Archevêque de
Reims
Suite des Affaires de Mer
Dons faits par le Roy,
259
269
Rapel de Mr le Comte de cr
bury , de fon Gouvernement de
la nouvelle Yorck,
Morts Etrangeres ,
278
285
TABLE.
Mort de Mr l'Evêque de Nifmes
288
Fanerailles faites à Mr le Prince
idem Pamphile,
Paradoxes aux uns & veritez
aux autres , avec un Prelude
important ,
Article des Enigmes
1.292
332
Situation generale des Affaires de
l'Europe ,
336
Mort de S. A. S. Monfieur le Duc,
ALTE
355
5
17
ARticle dont on ne peut donner
danscette Table une idée qui
puiffe répondre àfon fujet , & qui
renferme un Eloge du Roy , &de
Monfeigneur le Dauphin d'une
maniere toute finguliere ,
Autre Article qui renferme auffi un
Eloge de Sa Majesté ,
Mort de la Saur Anne de fainte
Cecile , Religieufe de l'Abbaye de
Port Royal des Champs , decedée
dans le Monaftere de Saint Julien d'Amiens. Cet Article eft
dès plus touchants , & doitfaire
un extreme plaifir à ceux qui
aiment la puretéde la Foy , 61
Relation exacte de tout ce qui s'eft
pafféen Canadapendant l'année
derniere,
Changementfait dans la Marine,
80%
TABLE.
de laquelle l'Intendancegenerale·
eft donnée à Mrde Beauharnois ,
124
Prifes d'Habit , par Mlles de
Dray,
129
141
Article touchant la Surdité ; 136
Article touchant les Gouttes Aromatiques d'Angleterre,
Ceremoniefaite par la Compagnie
des Penitens Bleus de Toulouse ,
14}
147
Gouvernement de Gravelines donné
par le Roy
Article curieux , touchant l'élection
de Mr le Comte de Schonborn,
àla Coadjutorerie de l'Evêché de
Bamberg
Article de Morts , parmi lesquelles
il s'en trouve de tres- édifiantes.
151
157
Naiffance de Monfeigneur le Duc
d'Anjou ,
200
1
TABLE.
Reception de Mr. Houdart de la
Motte à l'Academie Françoife ,
216
Mr le Ducde Beauvillier , obtient
la furvivance de fa Charge de
premierGentilhomme de la Chambre , pour Mrle Duc de Mortemait 252
Mariage de Mrle Duc de Laynes ,
avec Me la Princeffe de Neufchafel,
2.A 254
Thefesfoutenues en Sorbonne , 255
Mort de Mr l'Archevêque de
Reims
Suite des Affaires de Mer
Dons faits par le Roy,
259
269
Rapel de Mr le Comte de cr
bury , de fon Gouvernement de
la nouvelle Yorck,
Morts Etrangeres ,
278
285
TABLE.
Mort de Mr l'Evêque de Nifmes
288
Fanerailles faites à Mr le Prince
idem Pamphile,
Paradoxes aux uns & veritez
aux autres , avec un Prelude
important ,
Article des Enigmes
1.292
332
Situation generale des Affaires de
l'Europe ,
336
Mort de S. A. S. Monfieur le Duc,
ALTE
355
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Résumé : TABLE.
Le document présente une table des matières d'une publication structurée en plusieurs sections. Les points essentiels incluent divers articles et événements notables. Plusieurs articles contiennent des éloges du Roi et du Dauphin. Un article relate la mort de la Sœur Anne de Sainte Cécile, religieuse de l'Abbaye de Port-Royal des Champs, décédée au monastère de Saint-Julien d'Amiens. D'autres articles couvrent des sujets variés tels qu'une relation exacte des événements au Canada, des changements dans la Marine avec l'intendance générale donnée à Monsieur de Beauharnois, et des prises d'habit par les demoiselles de Dray. Des événements politiques et religieux sont également mentionnés, comme la cérémonie des Pénitents Bleus de Toulouse, le gouvernement de Gravelines donné par le Roi, et l'élection de Monsieur le Comte de Schönborn à la coadjutorerie de l'évêché de Bamberg. Le document inclut aussi des naissances, comme celle de Monseigneur le Duc d'Anjou, et des décès, parmi lesquels celui de Monsieur l'Archevêque de Reims. Des événements académiques et diplomatiques sont rapportés, tels que la réception de Monsieur Houdart de la Motte à l'Académie Française, le mariage du Duc de Lianes, et le rappel du Comte de Carbury de son gouvernement de la Nouvelle-York. Enfin, le document mentionne la situation générale des affaires de l'Europe et la mort de Son Altesse Sérénissime Monseigneur le Duc.
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1779
s. p.
« Les Jettons, page 197. [...] »
Début :
Les Jettons, page 197. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Les Jettons, page 197. [...] »
Les Jettons, page 197.
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1780
s. p.
« Comme il est impossible dans la conjoncture presente de ne pas grossir [...] »
Début :
Comme il est impossible dans la conjoncture presente de ne pas grossir [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Comme il est impossible dans la conjoncture presente de ne pas grossir [...] »
mmeil eft impoffible dans la conCjoncture ne pas prefente de ne pas groffir
Je Mercure, ce qui en augmente confiderablement les frais , on ne peut fe difpenfer d'en augmenter auffi le prix. Ainfi les
volumes quiferont reliez en veauſe vendront dorefnavant 8. fols. Quant 3
aux volumes qui feront reliez, en parche
min , on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercurés.
grande Chez MICHEL BRUNET,
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCCX.
Avec Privilege du Roy.
Je Mercure, ce qui en augmente confiderablement les frais , on ne peut fe difpenfer d'en augmenter auffi le prix. Ainfi les
volumes quiferont reliez en veauſe vendront dorefnavant 8. fols. Quant 3
aux volumes qui feront reliez, en parche
min , on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercurés.
grande Chez MICHEL BRUNET,
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCCX.
Avec Privilege du Roy.
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Résumé : « Comme il est impossible dans la conjoncture presente de ne pas grossir [...] »
Le document de 1709, signé par Michel Brunet, annonce une hausse des prix des publications due à l'augmentation des coûts du papier Mercure. Les volumes reliés en veau seront huit fois plus chers, ceux en parchemin coûteront trente-cinq unités monétaires. Les 'Relations' auront le même prix que les 'Mercurés'. L'ouvrage bénéficie d'un privilège royal.
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1781
s. p.
AU LECTEUR.
Début :
Il y a lieu de croire qu'on ne lit plus l'Avis qui a [...]
Mots clefs :
Lecteur, Caractères lisibles, Port
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU LECTEUR.
AULECTEUR.
ILya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
aucommencement dechaque
Volume duMercure , puif
que malgréles prieres réiterées qu'onafaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on néglige de le faire , ce qui eft
cauſe qu'il y en a quantité
A ij
AU LECTEUR
dedéfigurez étant impoffible
dedeviner le nom d'une Terre , ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertitencore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires, & quel'on employera
tousles bons Ouvrages àleur
tour , pourvû qu'ils ne def
obligent perfonne, &que
ceux qui les envoyeront en
affranchiffent le port.
ILya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
aucommencement dechaque
Volume duMercure , puif
que malgréles prieres réiterées qu'onafaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on néglige de le faire , ce qui eft
cauſe qu'il y en a quantité
A ij
AU LECTEUR
dedéfigurez étant impoffible
dedeviner le nom d'une Terre , ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertitencore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires, & quel'on employera
tousles bons Ouvrages àleur
tour , pourvû qu'ils ne def
obligent perfonne, &que
ceux qui les envoyeront en
affranchiffent le port.
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Résumé : AU LECTEUR.
L'éditeur du Mercure déplore la mauvaise lisibilité des noms propres dans les mémoires soumis, rendant difficile l'identification des lieux et familles. Il demande une orthographe correcte et précise que la publication est gratuite et accepte tous les ouvrages, à condition qu'ils soient affranchis et respectueux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1782
p. 5-11
Prelude, dans lequel on voit la bonté du Roy, qui remet le Don gratuit aux Etats d'Artois, [titre d'après la table]
Début :
Vous sçavez que les Députez des Etats d'Artois ont esté [...]
Mots clefs :
Don, Abbé de Valbelle, Roi, États d'Artois
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prelude, dans lequel on voit la bonté du Roy, qui remet le Don gratuit aux Etats d'Artois, [titre d'après la table]
Vous
US que les Dé,
fçavez que
putez des Etats d'Artois
ont efté prefentez à Sa Majeſté
en la maniere accoûtumée , &
les Nouvelles publiques qui
s'impriment chaque femaine
A iij
6 MERCURE
vous ont apris tout ce qui a
regardé le Ceremonial de cette
Audiance ; ainfi il ne me refte
qu'à vous dire que M' l'Abbé
de Valbelle , Maistre de l'Oratoire du Roy ; nommé à l'Evêché de Saint Omer , & Député
du Clergé , porta la parole &
fit un Difcours qui plut beaucoup à Sa Majefté , & qui attira de grands applaudiffemens
de tous ceux qui furent prefens à cette Audiance , & qui
eurent le bonheur de l'entendre. Il dit qu'il venoit aux pieds
de Sa Majesté pour l'aßeurer de
lafidelité inviolable defes Sujets
GALANT 7
le de
que Sa Made la Province d'Artois ; qu'Elle
n'en avoit point de plus dévouez
àfon fervice , & qu'ils eftoient
penetrez de la bonté
jeſté avoit euë de leur remettre le
Don gratuit.
Il parla enfuite de la BatailMalplaquet ; de la fermeté des Troupes de Sa Majeſté ,
& de la grande perte des Ennemis en cette occafion , qui leur
avoit fait connoiftre qu'elles
pouvoient encore vaincre
parce que bien qu'elles fe fuffent retirées , elles avoient fait
cette retraite avec un fi grand
ordre , &une fi grande intreA iiij.
8 MERCURE
pidité, que leur marche avoit
paru aux ennemis même , plutoft une victoire qu'une retraite.
la
On ne peut faire trop de
reflexion fur les grandes bontez dont Sa Majesté donne
tous les jours d'éclatantes & de
fenfibles marques à fes Sujets.
Quoyque les Saifons luy ayent
déclaré la guerre , & que
France ait prefque efté la feule
qui ait fouffert des malheurs
caufez l'année derniere par leur
dureté , & que je vous aye fait
le détail de ce qui a caufé le
malheur dont la France n'eft ·
"
GALANT 9
B
pas encore remife, Sa Majefté
qui depuis une année a remis
à fes Sujets la plufpart de fes
droits , & leur a fait à plufieurs
fois de groffes remifes fur les
Tailles , vient encore par une
bonté toutefinguliere , & dont
l'Histoire fournit peu d'exemples , de remettre le Don gracuit aux Etats d'Artois. Cen'eſt
point moy qui donne des
loüanges à Sa Majesté. Je ne
rapporte jamais que des faits
lors que je vous en parle , &
ces faits font fi dignes d'admiration qu'ils loüent affez ce
Monarque fans qu'il foit be-
10 MERCURE
foin de le loüer.
Al'égard de l'intrepidité des
Troupes du Roy dont M² de
Valbelle a parlé dans fon Difcours , il n'y a point d'exemples d'une intrepidité pareille
à celle qu'elles ont fait voir
dans cette Bataille , & plus on
approfondira les chofes , plus
on connoiftra qu'elles ont gagné dix Batailles contre une
depuis le commencement de
la guerre , qu'elles n'ont jamais
fuy; mais que par des fatalitez
que le Ciel a permis , trois ou
quatre Affaires importantes
leur ont efté defavantageufes
GALANT II
ay
fans leur eftre honteufes , &fi
on les examinoit avec attention comme j'ay fait quelquesfois , & que je vous fait re
marquer, celles dont les fuitesont eſté deſavantageuſes n'ont
pas efté celles qui leur ont eſté
les moins glorieufes.
US que les Dé,
fçavez que
putez des Etats d'Artois
ont efté prefentez à Sa Majeſté
en la maniere accoûtumée , &
les Nouvelles publiques qui
s'impriment chaque femaine
A iij
6 MERCURE
vous ont apris tout ce qui a
regardé le Ceremonial de cette
Audiance ; ainfi il ne me refte
qu'à vous dire que M' l'Abbé
de Valbelle , Maistre de l'Oratoire du Roy ; nommé à l'Evêché de Saint Omer , & Député
du Clergé , porta la parole &
fit un Difcours qui plut beaucoup à Sa Majefté , & qui attira de grands applaudiffemens
de tous ceux qui furent prefens à cette Audiance , & qui
eurent le bonheur de l'entendre. Il dit qu'il venoit aux pieds
de Sa Majesté pour l'aßeurer de
lafidelité inviolable defes Sujets
GALANT 7
le de
que Sa Made la Province d'Artois ; qu'Elle
n'en avoit point de plus dévouez
àfon fervice , & qu'ils eftoient
penetrez de la bonté
jeſté avoit euë de leur remettre le
Don gratuit.
Il parla enfuite de la BatailMalplaquet ; de la fermeté des Troupes de Sa Majeſté ,
& de la grande perte des Ennemis en cette occafion , qui leur
avoit fait connoiftre qu'elles
pouvoient encore vaincre
parce que bien qu'elles fe fuffent retirées , elles avoient fait
cette retraite avec un fi grand
ordre , &une fi grande intreA iiij.
8 MERCURE
pidité, que leur marche avoit
paru aux ennemis même , plutoft une victoire qu'une retraite.
la
On ne peut faire trop de
reflexion fur les grandes bontez dont Sa Majesté donne
tous les jours d'éclatantes & de
fenfibles marques à fes Sujets.
Quoyque les Saifons luy ayent
déclaré la guerre , & que
France ait prefque efté la feule
qui ait fouffert des malheurs
caufez l'année derniere par leur
dureté , & que je vous aye fait
le détail de ce qui a caufé le
malheur dont la France n'eft ·
"
GALANT 9
B
pas encore remife, Sa Majefté
qui depuis une année a remis
à fes Sujets la plufpart de fes
droits , & leur a fait à plufieurs
fois de groffes remifes fur les
Tailles , vient encore par une
bonté toutefinguliere , & dont
l'Histoire fournit peu d'exemples , de remettre le Don gracuit aux Etats d'Artois. Cen'eſt
point moy qui donne des
loüanges à Sa Majesté. Je ne
rapporte jamais que des faits
lors que je vous en parle , &
ces faits font fi dignes d'admiration qu'ils loüent affez ce
Monarque fans qu'il foit be-
10 MERCURE
foin de le loüer.
Al'égard de l'intrepidité des
Troupes du Roy dont M² de
Valbelle a parlé dans fon Difcours , il n'y a point d'exemples d'une intrepidité pareille
à celle qu'elles ont fait voir
dans cette Bataille , & plus on
approfondira les chofes , plus
on connoiftra qu'elles ont gagné dix Batailles contre une
depuis le commencement de
la guerre , qu'elles n'ont jamais
fuy; mais que par des fatalitez
que le Ciel a permis , trois ou
quatre Affaires importantes
leur ont efté defavantageufes
GALANT II
ay
fans leur eftre honteufes , &fi
on les examinoit avec attention comme j'ay fait quelquesfois , & que je vous fait re
marquer, celles dont les fuitesont eſté deſavantageuſes n'ont
pas efté celles qui leur ont eſté
les moins glorieufes.
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Résumé : Prelude, dans lequel on voit la bonté du Roy, qui remet le Don gratuit aux Etats d'Artois, [titre d'après la table]
Lors d'une audience, les États d'Artois ont rendu hommage au roi. L'abbé de Valbelle, maître de l'oratoire du roi et député du clergé, a prononcé un discours apprécié. Il a exprimé la fidélité et la dévotion des sujets de la province d'Artois envers le roi, soulignant leur gratitude pour la remise du don gratuit. Valbelle a également évoqué la bataille de Malplaquet, mettant en avant la fermeté des troupes royales et les lourdes pertes ennemies, malgré une retraite ordonnée et rapide. Le texte insiste sur les bienfaits du roi envers ses sujets, notamment la remise des droits et des tailles, malgré les ravages causés par les Saifons. Il conclut en louant l'intrepidité des troupes royales, qui ont remporté de nombreuses victoires malgré quelques défaites non honteuses.
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1783
p. 11-57
Premier Article des morts, [titre d'après la table]
Début :
La pluspart des mes Lettres estant remplies de plusieurs Articles [...]
Mots clefs :
Général, Fils, Parlement, Saint, Dame
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Premier Article des morts, [titre d'après la table]
La plupart de mes Lettres
eftant remplies de plufieurs.
Articles de morts , rien n'étant plus ordinaire aux hommes , je me trouve obligé de
vous en parler prefque dés le
commencement de chaque
Lettre ; je commence par
quelques morts étrangeres
12 MERCURE
dans les Articles defquelles
vous trouverez des faits Hiftoriques affez curieux.
Le Pere Pierre Alemanni ,
Jefuite, eft mort en Toscane ,
à la fleur de fon âge ; mais
dans une grande opinion de
fainteté Les merveiles qui
ont éclaté à fa mort , & ce
qui s'eft fait à fon tombeau ,
ont même donné occafion de
compofer fa vie , qu'on
vient d'Imprimer en Italie . Il
avoit efté élevé dans la Maifon
du Grand Duc , & il avoit efté
Page d'honneur de ce Prince; il
ydonnoit déja, quoyqu'encore
GALANT 13
•
dans l'enfance , des efperances
du progrés qu'il feroit un jour
dans la vertu la plus fublime.
Retiré dans fa Chambre , &
fuyant le commerce fouvent
contagieux , de fes camarades ,
ont le furprenoit ſouvent dans
la pratique des exercices les
plus rigoureux de la Penitence
& dans la Meditation la plus.
profonde. Il connut bientoft la Cour eft un pays que
trop orageux& qu'il luy feroit
difficile d'y conferver longtemps fon innocence. Plein
de cette crainte falutaire , il
chercha un port plus affuré
14 MERCURE
dans le party qu'il prit ; il
devint en peu de temps l'exemple non-feulement de fes
jeunes Confreres , mais auffi
des plus anciens. Sa ferveur
augmentoit chaque jour ; il
netrouvoit rien dans les Obfervances de fa Regle, d'affez
penible & d'affez humiliant ;
ily ajoutoit de fecretes aufteritez , & une Meditation fi
continuelle qu'on avoit peine
à le tirer de fon Oratoire. Une
vertu fi rare a efté enviée àla
terre ; le Pere Alemanni avoit
à peine 30. ans que Dieu a
couronné fcs vertus . Il eftoit
GALANT 15
d'une illuftre famille de Tofcane qui s'eft fignalée par fa
fidelité pour la Maifon de
- Medicis. La Vie du Pere Alemanni , eft imprimée à Florence ; c'eft un vray chefd'œuvre de fpiritualité , & il
en eft peu de cette nature où
l'on parle avec tant d'onction
des voyes de Dieu. Les peintures y font vives & touchantes mais peu chargées ; les
Eloges fans eftre exceffifs donnent l'idée la plus avantageufe
du faint homme qui fait le
fujet de l'Ouvrage ; tout y
porte à la pieté & il eſt impoſ-
16 MERCURE
fible de le lire fans eftre touché. Onécrit de Florence que
cette Hiftoire a fait durant
plufieurs jours les délices du
Palais ; que Mr le Grand Duc
Mr & Mela Grande Princeffe ,
&generalement toute la Cour,
l'ont lû plufieurs fois , tant ils
trouvoient de gout à cette
pieufe lecture. L'édition de
cet Ouvrage eft déja épuiſée,
& on va en donner inceflament une feconde les merveilles qu'on dit qui ſe font au
tombeau de ce jeune Jefuite ,
faiſant ſouhaiter avec empreffement que ce Livre devienne
GALANT 17
encore plus commun qu'il
n'eft.
La Princeffe Frederique de
Saxe- Gotha , épouſe du Prince
d'Anhalt Zerbit, eft morteaux
eaux de Carelfbade en Boheme,
âgée de 34. ans ; c'eftoit une
tres belle perfonne , & qu'on
afortregrettée en Allemagne.
La branche de Saxe Gotha a
efté formée par Erneſt de Gotha frere cadet de Guillaume
de Weymar tous deux fils de
Jean de Weymar ſecond du
nom mort en 1605. Jean
fecond eftoit fils de Jean Guillaume un des defcendans d'ErMars 1710.
B
16 MERCURE
fible de le lire fans eftre touché. Onécrit de Florence que
cette Hiftoire a fait durant
plufieurs jours les délices du
Palais ; que Mr le Grand Duc
Mr & Mela Grande Princeffe ,
&generalement toute la Cour,
l'ont lû plufieurs fois , tant ils
trouvoient de gout à cette
pieufe lecture. L'édition de
cet Ouvrage eft déja épuiſée,
& on va en donner inceffament une feconde les merveilles qu'on dit qui fe font au
tombeau de ce jeune Jefuite ,
faifant fouhaiter avec empreffement que ce Livre devienne
GALANT 17.
encore plus commun qu'il
n'eft.
La Princeffe Frederique de
Saxe Gotha , époufe du Prince
d'Anhalt Zerbſt, eft morte aux
caux de Carelfbade enBoheme,
âgée de 34. ans ; c'eſtoit une
tres belle perfonne , & qu'on
fort regrettée en Allemagne.
La branche de Saxe Gotha a
efté formée par Erneft de Gotha frere cadet de Guillaume
de Weymar tous deux fils de
Jean de Weymar ſecond du
nom mort en 1605. Jean
fecond cftoit fils de Jean Guillaume un des defcendans d'ErMars 1710.
B
18 MERCURE
neft; & Frederic Guillaume fon
frere aîné fit la branche d'Altemberg , qui finit il y a 37.
ans. Erneft dont defcendoit
Jean Guillaume , eftoit fils de
Frederic dit le Pacifique , qui
mourut en 1464. les autres
branches de la Maiſon de Saxe,.
font celles de Hall , Merfbourg , Naumbourg , Weymar , Eyfenach. Des Succeffeurs de Rodolfe , neveu du
fameux Witikind , le Duché
de Saxe paffa à la Maiſon de
Billingen , enfuite à celle de
Supplinberg enla perfonne de
Lothaire, qui fut depuis Em-
GALANT 19
pereur , & qui donna fa fille
avec la Saxe à Henry le Superbe Duc de Baviere ; & de celui - cy defcendent tous les
Princes de Saxc.
M' Wafferbach , Confeiller
de M' le Comte de Lippe , eft
mort depuis quelque temps.
Il eftoit un des plus fçavans
hommes de toute l'Allemagne , & fa mort fera pleurée
de plufieurs Sçavans , qui trouvoient ordinairement chez luy
des fonds inépuifables de fcience & d'érudition. Il avoit commencé à faire imprimer une
nouvelle édition des œuvres
Bij
20 MERCURE
de feu M'Herman Hamelmann
où il devoit inferer plufieurs
pieces de cet Auteur qui n'avoient pas encore eſté imprimées. Oncraint, & avec raiſon,
quecette mort n'apporte quelque retardement à cette nouvelle édition que tous les Sçavans attendent avec de vifs
empreffemens. Les principaux
ouvrages de M' Hamelmann
font , les Annales d'Oldembourg , quelques Genealogies.
& des Memoires fervant à
l'Hiftoire de la Reformation
de la Weftphalie , où eft fitué
la Ville & Comté de Lippe ,
GALANT 21
9
qui eftoit la Patrie de M' Waf
ferbach. Ce fçavant homme
avoit auffi deffein quand il eſt
mort de travailler à l'Hiftoire
du Concile que Charlemagne
fit celebrer à Lippe dans le
fiecle pour yfaire confacrer les
Evêques Saxons qu'il deftinoit
à l'inſtruction des Peuples de
Saxe qu'il avoir foûmis un fi
grand nombre de fois , & qui
aprés plufieurs revoltes furent
enfin obligez enfe foumettant
à la loy duvainqueur d'embraffer fa Religion. Je veux dire
de recevoir le Baptême. Mr
Wafferbah auroit relevé dans
22 MERCURE
cet ouvrage , l'erreur de quelques Auteurs qui ont attribué
ce Concile à la Ville de Lippe ,
qui eft en Tranffylvanie , trom
pez fans doute par la conformitédes noms.
M' Oginski petit General
de Lithuanie , & Starofte de
Samogitie , eft mort à Lublin.
Il eftoit d'une Maifon ancienne de Lithuanie , mais qui fous.
le regne de Jean III. du nom ,
s'eftoit fort élevée. Les circon..
ftances en font trop intereffantes pour n'eftre pas détaillées avec foin. La Maifon de
Sapia au commencement du
GALANT 23
regne de Jean III. eſtoit fort
rampante , & celle de Patz
tres-floriffante. Deux freres en
eftoient les Chefs , dont l'un
cftoit grand Chancelier & l'autre grand General. Ils ne confentirent qu'avec peine à l'élec
tion du grand Maréchal So
bieski au Trône de Pologne:
aprés la mort du Roy Michel.
Ce Prince monté fur le Trône
jugea que leur puiffance eftoit
trop grande & qu'elle avoit befoin de bornes. Il leur oppofa
les Sapia , qu'on difoit venir de
race Tartare. En peu de temps
le Roy les combla de biens &
24 MERCURE
de dignitez. L'aîné fut fait pe
tit General & Caftelan de Wilna; &le fecond grand Treforier , &un troifiéme qui reftoit
à pourvoir , grand Ecuyer , &
il eut le Palatinat de Polotzko ,
&quelque temps aprés le cadet
nommé le Onrioué, fut grandMaistre de l'Artillerie & Treforier de la Cour. Enfin pour
furcroift de bonne fortune
pour les Sapia , le grand General Patz mourut , & l'aîné Sapia fon ennemi declaré fut fait
grand General & eut le Palatinat de Wilna , vacant par la
mort du grand General Patz.
Le
GALANT 25
Le Grand Chancelier Patz
mourut auffi; &ainfi cette maifon étant entierement abbatuë
que le Roy devoit avoir lieu
de regretter , fur tout le Grand
General , qui foutint au fameuxCombat de Jurafno tout
l'effort des Turcs , les Sapia
s'enorgueillirent de leur exceffive puiffance , & commencerent à prendre des fentimens peu favorables à la Cour.
Alors le Roy de Pologne ,
réfolut de les abbaiffer ou du
moins de leur oppoſer quelque
Maiſon qui balançât l'autorité & la puiffance de la leur.
Mars 1710.
C
26 MERCURE
Ce Prince jetta les yeux fur
les Oginski ou Oguinski. Il
eftoient freres de noble &
ancienne famille à la verité ;
mais peu illuftrée par les dignitez. Il fit l'aîné Palatin de
Trok , qui eft le troifiéme
Senateur du Grand Duché , &
enfuite Grand Chancelier ;
l'autre eut le Bâton de petic
General avec le Caftelenat de
Wilna. Ce dernier mourut
deux ans aprés , & l'autre en
1690. n'ayant marqué ni
l'un ni l'autre la fermeté que
le Roy attendoit d'eux contre
la puiffance des Seigneurs
GALANT 27
Lithuanois oppofez à la
Maifon Sobieski. C'eft des
>.
,
deux Oginski , que defcendoit
le petit General de Lithuanie ,
dont je vous apprens la mort
& dont les démêlez avec les
Sapia ont fait tant d'éclat
depuis quelques années , que
toutes les nouvelles publiques.
en ont parlé. Les Oginski
furem plus reconnoiſſans pour
leur bienfaiteur que les Sapia ,
ou Sapieha , ( car on écrit de
ces deux manieres ) & leur
pofterité a toujours etté fidelle
non-feulement à la Maiſon
Royale Sobieski ; mais auffi
Cij
28 MERCURE
aux veritables interefts de la
Republique. Celuy dont je
vous apprens la mort en a
donné des preuves qui luy
font beaucoup d'honneur
dans les differentes irruptions
que les Mofcovites ont faites
en Pologne. Ce General a
efté fort regretté en Lithuanie
oùil eftoit fort aimé, fur tout
de la haute Nobleffe.
La Sœur de Sainte Madelaine de Sylvecane , Religieufe
de l'Ordre de Saint Benoift
dans l'Abbaye de Chazaut de
Lyon , y eft morte dans de
grands fentimens de pieté &
CALANT 29
dans la réputation d'une vertu
bien épurée. Cette Dame
avoit fait de grands progrés
dans la vie Miftique , & le
détachement parfait où elle
avoit toujours paru depuis
fon entrée dans la Religion ,
de toutes les chofes dumonde,
luy avoit fait un grand nom
parmy les Devots du premier
ordre , je veux dire , parmy
ceux qui s'attachent à là contemplation. Elle eftoit la
feconde des trois fœurs du
nom de Sylvecane qui font
dans l'Abbaye de Chazaut ,
toutes trois diftinguées par
Cij
30 MERCUR
leur vertu & par leur merite.
Mede Saint Conftant fur tout
qui eft l'aînée a l'efprit tresbrillant & tres cultivé. Ces
Dames font foeurs de Mr de
Sylvecane Prefident de la
Cour des Monnoyes de Paris ,
& de Me de Chaponey mere
de Me la Senechale de Lyon;
elles font auffi fœurs de Mc
Bultaut , qui demeure à Paris ;
toutes ces Dames enfin font
filles de feu Mr le Prefident
de Sylvecane Intendant &
Directeur General de la Monnoye de Lyon , un des plus
grands hommes de fon temps
GALANT 31
de quelque côté qu'on l'envifage. Il a donné au Public
une Traduction de Juvenal ,
qui eft tres- eftimée. La délicateffe de fa verfification prouve la facilité de fon genie. C'eſt
un homme rare que tous les
Sçavans de fon temps ont
celebré à l'envy. Il avoit eſté
Prevôt des Marchands de
Lyon. La Sœur de Sainte Madelaine eft morte à la fleur de
fon âge fort regrettée de fa
munauté.
re
C
Dame Anne le Gras , veuve
de M François - Gafpard de
Montmorin, Marquis de Saint
C
iiij
32 MERCURE
Heran, Gouverneur de Fontainebleau , eft morte âgée de 85.
ans. Elle eftoit d'une ancienne
famille de la Robe , connuë
dans le Parlement depuis prés
de trois ficcles , & au commencement qu'il fut rendu ſedentaire. Mla Marquife de SaintHerana paffé fa vie dans l'exercice des verrus chreftiennes , &
Dieu a recompenſé une conduite pure & reguliere qui a
caracterifé toutes les actions ,
par une famille dont elle a cu
de grands fujets d'eftre fatisfaite. M' le Marquis de SaintHeran fon fils eft aujourd'huy
GALANT 33
Gouverneur de Fontainebleau,
& il foutient cet employ avec
beaucoup de dignité & des manieres fort nobles. La Maiſon
dont il eft le chefeft tres - ancienne &fort illuftrée. Anne de
Montmorin , fille de Charles ,
Chevalier , Seigneur de Montmorinépoufa en 1475. Henry
d'Albon Seigneur de Saint Forgeux . Les Memoires de la Maifon d'Albon parlent avantageufement de cette Dame qui
fur grand- mere du celebre Antoine d'Albon Archevêque de
Lyon & Lieutenant de Roy au
Gouvernement du Lyonnois &
34 MERCURE
quabifayeule de Pierre d'Efpinac ,
le plus grand Ligueur de fon
temps , auffi Archevêque de
la même Ville. Françoiſe de
Montmorin , fille de noble &
puiffant Seigneur ( c'eſt la
Lité qu'il prenoit ) Claude de
Montmorin , Chevalier , Seigneur de Luppiat, Baron de la
Tarriere , S. Bonnet & de Pertus, & de Catherine de Joyeufe , époufa dans les dernieres
années du 16° fiecle Louis de
la Barge grand pere de Me la
Comteffe doüairiere de Mongon , & d'une illuftre Maiſon
d'Auvergne qui a donné cinq
GALANT 35
Comtes à l'Eglife de Lyon.
Feu Mr le Comte de la Barge
qui avoit époufé Catherine
d'Albon , fille aînée de GilbertAntoine d'Albon , Chevalier
d'Honneur de Madame la Ducheffe d'Orleans , Comte de
Chazeul , & de Dame Charlotte Bouteiller , eftoit petitfils de Françoiſe de Montmorin. Jean - Baptifte de la Barge
fon fils qui époufa Jeanne de
Canillac fut Chevalier de
l'Ordre du Roy , Gentilhomme ordinaire de fa Chambte ,
& fon Lieutenant general au
Gouvernement d'Auvergne.
36 MERCURE
La Maifon de Montmorin
porte pour Armoiries de Gueules femé de mollettes d'éperon
d'argent au Lyon de même ,
brochant fur le tout. M' l'Archevêque de Vienne , ci - devant Evêque de Die , & auparavant de l'Ordre des Feüillans , cft de cette Maifon. Il
eft frere de Me la Comteffe de
Gamaches ; & il joint à une
naiſſance illuſtre une pieté , un
zele dans les fonctions de fon
Miniftere, & un amour propre
pour les Pauvres qui le rendent
encore plus recommandable.
Mre N... Amable Faydit ,
GALANT 37
Preftre , connu dans la Republique des Lettres par quantité
d'ouvrages fortis de fa plume,
eft mort à Riom âgé de prés
de 70. ans. Il avoit paffé une
partie de fa jeuneffe dans la
Congregation de l'Oratoire ,
où les talens particuliers, joints
àune profonde érudition , luy
avoient attiré beaucoup d'admirateurs. Il y avoit profeffé
les Humanitez & même la Philofophie avecbeaucoup de fuccés & d'applaudiffement , & il
cut au nombre de fes diſciples
d'illuftres perfonnes qui font
aujourd'huy Patrons des Gens
"
38 MERCURE
de Lettres. Cet Abbé eftoit
forti de cette Congregation à
laquelle , comme on fçait , on
n'eft jamais attaché par aucun
engagement ; il compoſa plufieurs ouvrages aprés s'eftre retiré auprés de M' Lizot ancien
Curé de Saint Severin fonami
particulier. Il donna d'abord
quelques reflexions fur le premier volume des Memoires de
Mr de Tillemont , & il intitula
cet ouvrage , Memoire des Memoires , &c. Ce Livre fit beaucoup de bruit ; le Traité qu'il
donna enfuite fur la Trinité ,
n'en fit pas moins ; le P. Hugo
>
GALANT 39
Chanoine Regulier de l'Ordre
de Saint Auguſtin de la Congregation de Prémontré , attaqua cet ouvrage , & cette critique produifit quelques réponſes où Mr l'Abbé Faydit
expliquoit ce qu'il avoit voulu dire en excluant de l'Effence de Dieu une unité numerique , & en n'y admettant
qu'une unité fpecifique. La
Preſbyteromachie eſt auſſi un petit ouvrage de ce fçavant Abbé fur le Quietisme , dont il
a cfté un rude Adverfaire. Il
adreffa enfuire une Lettre à un
Prieur des Carmes déchauffez
40 MERCURE
contre la Tradition qu'onimpute aux Religieux de cet Ordre , d'avoir foutenu que Pythagore a efté de leur Ordre.
Cette Lettre eft inferée dans
un des Supplémens des Effais de
Litterature. Il fe chargea peu
aprés de continuer ce même
Supplément, & il en donna quelques volumes remplis d'une
grande érudition & d'une fine
critique. Il a fait auffi plufieurs
autres ouvrages , & il eft mort
la plume à la main. Il eftoit
preft de donner une Critique
generale des ouvrages de Mr le
Clerc, lorſqu'il cft allé luy-mê-
GALANT 41
me rendre compte de fes fentimens & de fa doctrine à celuy qui juge tous les hommes.
Il ne bornoit pas fes talens à
faire des Livres ; il eftoit Predicateur & excellent Predicateur;
dans le temps des affaires de
l'Affemblée du Clergé de France de 1682. il fit un Sermon
dans l'Eglife de Sainte Opportune , qui luy fit beaucoup
d'honneur. Il y a long temps
qu'on attend fes Difcours Polemiques qu'il promettoit depuis plufieurs années. Il eftoit
d'une tres- ancienne famille de
Riom qui a donné à certe VilMars 1710.
D
42 MERCURE
le-là pendant plus de trois cens
ans de pere en fils des Avocats
celebres , y en ayant encore actuellement de ce nom qui exercent avec éclat cette noble Profeffion. Cet Abbé eftoit proche parent de Mr Faydit de
Graville Confeiller au Prefidial de Riom , mort âgé de 8 3.
ans en 1694. Ce Magiftrat
avoit beaucoup contribué à la
compofition des doctes écrits
du P. Sirmond, Confeffeur de
Louis XIII. dont Mr l'Abbé
Faydit avoit l'honneur d'eftre
petit -neveu. Tous les Faydit
defcendent de Faydit Damoi
GALANT 43
feau de Jurgals dans le Vicomté de Turenne , & frere du fameux Jurifconfulte Faydit . Ils
vivoient au commencement
du 14. fiecle. Il y a eu un Cardinal Faydit qu'on croit de cette famille.
M Jean Doujat Doyen
du Parlement , eft mort âgé
de 89. ans & demy, regretté
univerfellement de tous fes
Confreres. Il avoit efté reçû
Confeiller au Parlement le 30.
Aouft 1647. & il a exercé
cette Charge un peu plus de
63. ans puifqu'il eft mort le 18.
Janvier de cette année ( 1710. )
Dij
44 MERCURE
Il eftoit d'une ancienne famille
connue dans le Parlement depuis deux ou trois ficcles . Elle
produifit dans le commencement du dernier fiecle un
celebre Profeffeur de Jurifpru.
dence, dont le nom eft aujourd'huy devenu celebre parmy
tous les Jurifconfultes. Il ya
aujourd'huy deux branches
de la famille des Doujats. Celuy qui vient de mourir eſtoit
Chef de la premiere. Il laiffe
un fils Maiftre des Requeſtes ,
depuis l'année 1701 .
c'eft
Mre Jean Charles Doujat
cy- devant Intendant de Bor-
GALANT 45
deaux & aujourd'huy de Poitiers. Le Chef de la feconde
branche eft Mre Jofeph- Joachim - François Doujat , reçû
Confeiller au Chaftelet en
1697. & frere de Dame N...
Doujat épouse de Jean François le Boindre , fixiéme Confeiller de la premiere Chambre
des Enqueftes , & reçû dans
le Parlement en 1689. Mr
Doujat leur pere , eftoit Contrôlleur General de la Maiſon
du Roy. La famille de Mrs
Doujat , eft fortie par les femmes de celles des Longüeil ,
de Maiſons , & de Nicolaï.
›
46 MERCURE
Celle de Fieubet Launac
tient auffi par une alliance à
celle de Doujat.
Mre Jean le Nain , SousDoyen du Parlement , eft devenu par cette mort Doyen
du même Corps ; il eſt beaufrere de Mre Paul Portail,
feptiéme Confeiller de la
Grand Chambre , & pere de
feu Mr le Nain , premier Avocat General du Parlement
mort depuis quelques mois.
Mr le Nain fut reçû dans le
Parlement le deuxième deJuin
l'an 1655. il eft frere de feu
Mr de Tillemont Auteur
GALANT 47
de l'Hiftoire Ecclefiaftique des
fix premiers ficcles de l'Eglife ,
écrite avec tant de methode
& de netteté , &frere du Pere
le Nain Sous-prieur de l'Abbaye de la Trape. La famille
de Mrs le Nain , eft dans une
grande confideration dans le
Parlement depuis plus de trois
fiecles. Elle a toûjours eu pour
Chefs d'illuftres Magiftrats ,
qui fe font diftinguez par leur
zele pour la Patrie , & parune
probité & une droiture dignes
des premiers temps dans l'adminiſtration de la Juftice.
Mre Gafpard Brayer , Sous-
48 MERCURE
4.
Doyen de la troifiéme Cham
bre des Enqueftes , eſt monté
à la grande -Chambre par le
mouvement qu'a fait la mort
du Doyen. Il y a un peu plus
detrente cinqans qu'il eft Confeiller , y ayant efté reçu le
Janvier de l'année 1675. Mr
Brayer eft tres - eftimé dans le
Parlement ; le fuccés qu'il a eu
dans la conduite de plufieurs
affaires d'une difficile difcuffion , luy a attiré une grande
réputation dans cet illuftre
Corps. Il a environ foixante
ans.
Dame Elifabeth de Hantecourt ,
GALANT 49
court , veuve de Mr Eftienne
le Tonnellier , Confeiller du
Roy & Maiftre ordinaire en
fa Chambre des Comptes , eft
morte âgée de 78. ans , dans de
grands fentimens de pieté , &
dans l'exercice des vertus qu'elle a pratiquées durant le cours
d'une longue vie. Sa charité &
fon amour pour les Pauvres
font les vertus qui l'ont le plus
diftinguée. On luy connoiffoit
un fi grand zele pour leur foulagement , & un fi grandfond
delumieres fur tout ce qui pouvoit contribuer à adoucir leurs
maux , qu'on l'a continuée
Mars 1710.
.
E
50 MERCURE
prefque pendant toute fa vie
Dame de la Charité de fa Paroiffe , parce qu'on eftoit perfuadé que les interefts des Pauvres ne pouvoient eftre en de
meilleures mains. L'inclination
qu'elle a marquée toute ſa vie
pour eux , l'avoit liée depuis
plufieurs années avec M° Trudaine mere de M° Voifin &de
M' l'Intendante de Lyon , &
ces deux illuftres Amies picquées d'une fainte émulation
s'excitoient continuellement
aux emplois de charité. Enfin le
foulagement des Pauvres & la
pratiquedes vertus propres aux
GALANT 51
Veuves chreftiennes , eftoit le
fondement de leur liaiſon. M
le Tonnellier eftoit proche parente de M' de Hantecourt ,
Chancelier de l'Univerfité de
Paris & Curé de Saint Etienne
du Mont , l'un des plus dignes
fujets de la Congregation de
Sainte Geneviève. La famille de
Mrs de Hantecourt eft fort ancienne dans le Parlement. M
le Tonnellier laiffe trois fils.
L'aîné eft Pierre Eftienne leTonnellier , Seigneur de Charmaux Confeiller au grand
Confeil , où il fut reçu en l'année 1691. Il eſt du Semestre
E ij
$2 MERCURE
d'Eté. Il a beaucoup de merite & il a acquis une folide
réputation dans l'exercice de
fa Charge. Il fit autrefois le
voyage d'Italie avec Mr Trudaine Intendant de Lyon , M
Trudaine & M° le Tonnellier
ayant voulu que leurs enfans
qui avoient toûjours efté fort
unis , ne fe féparaffent point
dans ce voyage. Ces deux Magiftrats reçurent de grands
honneurs de plufieurs perfonnes de diſtinction des princi- ·
pales Villes d'Italie. Le fecond
fils de Mele Tonnellier eft M
le Tonnellier Docteur de Sor-
GALANT 53
bonne, Chanoine Regulier de
l'Ordre de Saint Auguftin &
Prieur de l'Abbaye de S. Victor pour la troifiéme fois. C'eſt
un homme d'un grand merite ,
& qui eft eftimé dans fa Congregation;le troifiéme eſt Dom
Paſcal le Tonnellier Chartreux de Paris , Religieux connu par fes talens , & fur tour.
par la connoiffance des LanM's le Tonnelier font de
la même Maifon que M's de
Breteüil. Ily a eu un Controlleur general des Finances de
leur maison. Ils font parens
de M's Charpentier dont je
gues.
E iij
54 MERCURE
vous ay fouvent parlé.
MN..... d'Agoult , Seigneur de Chanoufle , cft mort
dans fes terres en Dauphiné.
Il eftoit iffu de François d'Agoult , Seigneur de Montiay
& de Chanouffe , & de Françoife de Virieu , d'une Maiſon
qui a donné des Ambaffadeurs
à la France. Cette Dame eftoir
fille de François de Virieu , Seigneur de Puppetieres , & de
Gafparde Prunier Saint André,
famille dont eftoit feu M' de
Saint André Ambaffadeur à
Venife & premier Prefident au
Parlement de Grenoble. Bar-
GALANT 55
thelemy d'Agoult , fecond fils
de François d'Agoult , & de
Jamonne de Revilafe , a formé
cette branche de l'illustre Maifon d'Agoule dans le penultiéme fiecle. Il époufa Françoiſe
de Remufac de qui vint François d'Agoult époux d'Anne
d'Autanne pere d'Antoine
qui de Claire de Morges a cu
le pere de feu Mr le Comte de Chanouffe. On prétend'
que le chefde l'illuftre Maiſon
d'Agoult fut un Agoult du
Loup, provenu des amours du
Prince de Goulnaud & de la
Princeffe de Pomeranie , &
E iiij
56 MERURE
qu'ayant efté expofé , il fut
nourripar une Louve, & qu'enfuiteHenryII . Empereur fit ce
SeigneurMaréchal de l'Empire
&luy infeoda la Terre de Sault,
qui eft entrée dans la Maiſon
de Crequy par Chreftienne
d'Aguerre , qui aprés avoir
perdu Antoine Duc de Crequy
fon mary , épousa FrançoisLouis d'Agoult , Comte de
Sault , Chevalier des Ordres du
Roy, dont elle eut cette Terre
• pour les droits , qu'elle laiſſa à
M' le Maréchal de Lefdiguieres fon fils du premier lit. La
Maiſon de Simianes d'aujour-
GALANT 57
d'huy eft une branche de celle
d'Agoult , une des plus illuf
tres & des plus anciennes du
Royaume.
eftant remplies de plufieurs.
Articles de morts , rien n'étant plus ordinaire aux hommes , je me trouve obligé de
vous en parler prefque dés le
commencement de chaque
Lettre ; je commence par
quelques morts étrangeres
12 MERCURE
dans les Articles defquelles
vous trouverez des faits Hiftoriques affez curieux.
Le Pere Pierre Alemanni ,
Jefuite, eft mort en Toscane ,
à la fleur de fon âge ; mais
dans une grande opinion de
fainteté Les merveiles qui
ont éclaté à fa mort , & ce
qui s'eft fait à fon tombeau ,
ont même donné occafion de
compofer fa vie , qu'on
vient d'Imprimer en Italie . Il
avoit efté élevé dans la Maifon
du Grand Duc , & il avoit efté
Page d'honneur de ce Prince; il
ydonnoit déja, quoyqu'encore
GALANT 13
•
dans l'enfance , des efperances
du progrés qu'il feroit un jour
dans la vertu la plus fublime.
Retiré dans fa Chambre , &
fuyant le commerce fouvent
contagieux , de fes camarades ,
ont le furprenoit ſouvent dans
la pratique des exercices les
plus rigoureux de la Penitence
& dans la Meditation la plus.
profonde. Il connut bientoft la Cour eft un pays que
trop orageux& qu'il luy feroit
difficile d'y conferver longtemps fon innocence. Plein
de cette crainte falutaire , il
chercha un port plus affuré
14 MERCURE
dans le party qu'il prit ; il
devint en peu de temps l'exemple non-feulement de fes
jeunes Confreres , mais auffi
des plus anciens. Sa ferveur
augmentoit chaque jour ; il
netrouvoit rien dans les Obfervances de fa Regle, d'affez
penible & d'affez humiliant ;
ily ajoutoit de fecretes aufteritez , & une Meditation fi
continuelle qu'on avoit peine
à le tirer de fon Oratoire. Une
vertu fi rare a efté enviée àla
terre ; le Pere Alemanni avoit
à peine 30. ans que Dieu a
couronné fcs vertus . Il eftoit
GALANT 15
d'une illuftre famille de Tofcane qui s'eft fignalée par fa
fidelité pour la Maifon de
- Medicis. La Vie du Pere Alemanni , eft imprimée à Florence ; c'eft un vray chefd'œuvre de fpiritualité , & il
en eft peu de cette nature où
l'on parle avec tant d'onction
des voyes de Dieu. Les peintures y font vives & touchantes mais peu chargées ; les
Eloges fans eftre exceffifs donnent l'idée la plus avantageufe
du faint homme qui fait le
fujet de l'Ouvrage ; tout y
porte à la pieté & il eſt impoſ-
16 MERCURE
fible de le lire fans eftre touché. Onécrit de Florence que
cette Hiftoire a fait durant
plufieurs jours les délices du
Palais ; que Mr le Grand Duc
Mr & Mela Grande Princeffe ,
&generalement toute la Cour,
l'ont lû plufieurs fois , tant ils
trouvoient de gout à cette
pieufe lecture. L'édition de
cet Ouvrage eft déja épuiſée,
& on va en donner inceflament une feconde les merveilles qu'on dit qui ſe font au
tombeau de ce jeune Jefuite ,
faiſant ſouhaiter avec empreffement que ce Livre devienne
GALANT 17
encore plus commun qu'il
n'eft.
La Princeffe Frederique de
Saxe- Gotha , épouſe du Prince
d'Anhalt Zerbit, eft morteaux
eaux de Carelfbade en Boheme,
âgée de 34. ans ; c'eftoit une
tres belle perfonne , & qu'on
afortregrettée en Allemagne.
La branche de Saxe Gotha a
efté formée par Erneſt de Gotha frere cadet de Guillaume
de Weymar tous deux fils de
Jean de Weymar ſecond du
nom mort en 1605. Jean
fecond eftoit fils de Jean Guillaume un des defcendans d'ErMars 1710.
B
16 MERCURE
fible de le lire fans eftre touché. Onécrit de Florence que
cette Hiftoire a fait durant
plufieurs jours les délices du
Palais ; que Mr le Grand Duc
Mr & Mela Grande Princeffe ,
&generalement toute la Cour,
l'ont lû plufieurs fois , tant ils
trouvoient de gout à cette
pieufe lecture. L'édition de
cet Ouvrage eft déja épuiſée,
& on va en donner inceffament une feconde les merveilles qu'on dit qui fe font au
tombeau de ce jeune Jefuite ,
faifant fouhaiter avec empreffement que ce Livre devienne
GALANT 17.
encore plus commun qu'il
n'eft.
La Princeffe Frederique de
Saxe Gotha , époufe du Prince
d'Anhalt Zerbſt, eft morte aux
caux de Carelfbade enBoheme,
âgée de 34. ans ; c'eſtoit une
tres belle perfonne , & qu'on
fort regrettée en Allemagne.
La branche de Saxe Gotha a
efté formée par Erneft de Gotha frere cadet de Guillaume
de Weymar tous deux fils de
Jean de Weymar ſecond du
nom mort en 1605. Jean
fecond cftoit fils de Jean Guillaume un des defcendans d'ErMars 1710.
B
18 MERCURE
neft; & Frederic Guillaume fon
frere aîné fit la branche d'Altemberg , qui finit il y a 37.
ans. Erneft dont defcendoit
Jean Guillaume , eftoit fils de
Frederic dit le Pacifique , qui
mourut en 1464. les autres
branches de la Maiſon de Saxe,.
font celles de Hall , Merfbourg , Naumbourg , Weymar , Eyfenach. Des Succeffeurs de Rodolfe , neveu du
fameux Witikind , le Duché
de Saxe paffa à la Maiſon de
Billingen , enfuite à celle de
Supplinberg enla perfonne de
Lothaire, qui fut depuis Em-
GALANT 19
pereur , & qui donna fa fille
avec la Saxe à Henry le Superbe Duc de Baviere ; & de celui - cy defcendent tous les
Princes de Saxc.
M' Wafferbach , Confeiller
de M' le Comte de Lippe , eft
mort depuis quelque temps.
Il eftoit un des plus fçavans
hommes de toute l'Allemagne , & fa mort fera pleurée
de plufieurs Sçavans , qui trouvoient ordinairement chez luy
des fonds inépuifables de fcience & d'érudition. Il avoit commencé à faire imprimer une
nouvelle édition des œuvres
Bij
20 MERCURE
de feu M'Herman Hamelmann
où il devoit inferer plufieurs
pieces de cet Auteur qui n'avoient pas encore eſté imprimées. Oncraint, & avec raiſon,
quecette mort n'apporte quelque retardement à cette nouvelle édition que tous les Sçavans attendent avec de vifs
empreffemens. Les principaux
ouvrages de M' Hamelmann
font , les Annales d'Oldembourg , quelques Genealogies.
& des Memoires fervant à
l'Hiftoire de la Reformation
de la Weftphalie , où eft fitué
la Ville & Comté de Lippe ,
GALANT 21
9
qui eftoit la Patrie de M' Waf
ferbach. Ce fçavant homme
avoit auffi deffein quand il eſt
mort de travailler à l'Hiftoire
du Concile que Charlemagne
fit celebrer à Lippe dans le
fiecle pour yfaire confacrer les
Evêques Saxons qu'il deftinoit
à l'inſtruction des Peuples de
Saxe qu'il avoir foûmis un fi
grand nombre de fois , & qui
aprés plufieurs revoltes furent
enfin obligez enfe foumettant
à la loy duvainqueur d'embraffer fa Religion. Je veux dire
de recevoir le Baptême. Mr
Wafferbah auroit relevé dans
22 MERCURE
cet ouvrage , l'erreur de quelques Auteurs qui ont attribué
ce Concile à la Ville de Lippe ,
qui eft en Tranffylvanie , trom
pez fans doute par la conformitédes noms.
M' Oginski petit General
de Lithuanie , & Starofte de
Samogitie , eft mort à Lublin.
Il eftoit d'une Maifon ancienne de Lithuanie , mais qui fous.
le regne de Jean III. du nom ,
s'eftoit fort élevée. Les circon..
ftances en font trop intereffantes pour n'eftre pas détaillées avec foin. La Maifon de
Sapia au commencement du
GALANT 23
regne de Jean III. eſtoit fort
rampante , & celle de Patz
tres-floriffante. Deux freres en
eftoient les Chefs , dont l'un
cftoit grand Chancelier & l'autre grand General. Ils ne confentirent qu'avec peine à l'élec
tion du grand Maréchal So
bieski au Trône de Pologne:
aprés la mort du Roy Michel.
Ce Prince monté fur le Trône
jugea que leur puiffance eftoit
trop grande & qu'elle avoit befoin de bornes. Il leur oppofa
les Sapia , qu'on difoit venir de
race Tartare. En peu de temps
le Roy les combla de biens &
24 MERCURE
de dignitez. L'aîné fut fait pe
tit General & Caftelan de Wilna; &le fecond grand Treforier , &un troifiéme qui reftoit
à pourvoir , grand Ecuyer , &
il eut le Palatinat de Polotzko ,
&quelque temps aprés le cadet
nommé le Onrioué, fut grandMaistre de l'Artillerie & Treforier de la Cour. Enfin pour
furcroift de bonne fortune
pour les Sapia , le grand General Patz mourut , & l'aîné Sapia fon ennemi declaré fut fait
grand General & eut le Palatinat de Wilna , vacant par la
mort du grand General Patz.
Le
GALANT 25
Le Grand Chancelier Patz
mourut auffi; &ainfi cette maifon étant entierement abbatuë
que le Roy devoit avoir lieu
de regretter , fur tout le Grand
General , qui foutint au fameuxCombat de Jurafno tout
l'effort des Turcs , les Sapia
s'enorgueillirent de leur exceffive puiffance , & commencerent à prendre des fentimens peu favorables à la Cour.
Alors le Roy de Pologne ,
réfolut de les abbaiffer ou du
moins de leur oppoſer quelque
Maiſon qui balançât l'autorité & la puiffance de la leur.
Mars 1710.
C
26 MERCURE
Ce Prince jetta les yeux fur
les Oginski ou Oguinski. Il
eftoient freres de noble &
ancienne famille à la verité ;
mais peu illuftrée par les dignitez. Il fit l'aîné Palatin de
Trok , qui eft le troifiéme
Senateur du Grand Duché , &
enfuite Grand Chancelier ;
l'autre eut le Bâton de petic
General avec le Caftelenat de
Wilna. Ce dernier mourut
deux ans aprés , & l'autre en
1690. n'ayant marqué ni
l'un ni l'autre la fermeté que
le Roy attendoit d'eux contre
la puiffance des Seigneurs
GALANT 27
Lithuanois oppofez à la
Maifon Sobieski. C'eft des
>.
,
deux Oginski , que defcendoit
le petit General de Lithuanie ,
dont je vous apprens la mort
& dont les démêlez avec les
Sapia ont fait tant d'éclat
depuis quelques années , que
toutes les nouvelles publiques.
en ont parlé. Les Oginski
furem plus reconnoiſſans pour
leur bienfaiteur que les Sapia ,
ou Sapieha , ( car on écrit de
ces deux manieres ) & leur
pofterité a toujours etté fidelle
non-feulement à la Maiſon
Royale Sobieski ; mais auffi
Cij
28 MERCURE
aux veritables interefts de la
Republique. Celuy dont je
vous apprens la mort en a
donné des preuves qui luy
font beaucoup d'honneur
dans les differentes irruptions
que les Mofcovites ont faites
en Pologne. Ce General a
efté fort regretté en Lithuanie
oùil eftoit fort aimé, fur tout
de la haute Nobleffe.
La Sœur de Sainte Madelaine de Sylvecane , Religieufe
de l'Ordre de Saint Benoift
dans l'Abbaye de Chazaut de
Lyon , y eft morte dans de
grands fentimens de pieté &
CALANT 29
dans la réputation d'une vertu
bien épurée. Cette Dame
avoit fait de grands progrés
dans la vie Miftique , & le
détachement parfait où elle
avoit toujours paru depuis
fon entrée dans la Religion ,
de toutes les chofes dumonde,
luy avoit fait un grand nom
parmy les Devots du premier
ordre , je veux dire , parmy
ceux qui s'attachent à là contemplation. Elle eftoit la
feconde des trois fœurs du
nom de Sylvecane qui font
dans l'Abbaye de Chazaut ,
toutes trois diftinguées par
Cij
30 MERCUR
leur vertu & par leur merite.
Mede Saint Conftant fur tout
qui eft l'aînée a l'efprit tresbrillant & tres cultivé. Ces
Dames font foeurs de Mr de
Sylvecane Prefident de la
Cour des Monnoyes de Paris ,
& de Me de Chaponey mere
de Me la Senechale de Lyon;
elles font auffi fœurs de Mc
Bultaut , qui demeure à Paris ;
toutes ces Dames enfin font
filles de feu Mr le Prefident
de Sylvecane Intendant &
Directeur General de la Monnoye de Lyon , un des plus
grands hommes de fon temps
GALANT 31
de quelque côté qu'on l'envifage. Il a donné au Public
une Traduction de Juvenal ,
qui eft tres- eftimée. La délicateffe de fa verfification prouve la facilité de fon genie. C'eſt
un homme rare que tous les
Sçavans de fon temps ont
celebré à l'envy. Il avoit eſté
Prevôt des Marchands de
Lyon. La Sœur de Sainte Madelaine eft morte à la fleur de
fon âge fort regrettée de fa
munauté.
re
C
Dame Anne le Gras , veuve
de M François - Gafpard de
Montmorin, Marquis de Saint
C
iiij
32 MERCURE
Heran, Gouverneur de Fontainebleau , eft morte âgée de 85.
ans. Elle eftoit d'une ancienne
famille de la Robe , connuë
dans le Parlement depuis prés
de trois ficcles , & au commencement qu'il fut rendu ſedentaire. Mla Marquife de SaintHerana paffé fa vie dans l'exercice des verrus chreftiennes , &
Dieu a recompenſé une conduite pure & reguliere qui a
caracterifé toutes les actions ,
par une famille dont elle a cu
de grands fujets d'eftre fatisfaite. M' le Marquis de SaintHeran fon fils eft aujourd'huy
GALANT 33
Gouverneur de Fontainebleau,
& il foutient cet employ avec
beaucoup de dignité & des manieres fort nobles. La Maiſon
dont il eft le chefeft tres - ancienne &fort illuftrée. Anne de
Montmorin , fille de Charles ,
Chevalier , Seigneur de Montmorinépoufa en 1475. Henry
d'Albon Seigneur de Saint Forgeux . Les Memoires de la Maifon d'Albon parlent avantageufement de cette Dame qui
fur grand- mere du celebre Antoine d'Albon Archevêque de
Lyon & Lieutenant de Roy au
Gouvernement du Lyonnois &
34 MERCURE
quabifayeule de Pierre d'Efpinac ,
le plus grand Ligueur de fon
temps , auffi Archevêque de
la même Ville. Françoiſe de
Montmorin , fille de noble &
puiffant Seigneur ( c'eſt la
Lité qu'il prenoit ) Claude de
Montmorin , Chevalier , Seigneur de Luppiat, Baron de la
Tarriere , S. Bonnet & de Pertus, & de Catherine de Joyeufe , époufa dans les dernieres
années du 16° fiecle Louis de
la Barge grand pere de Me la
Comteffe doüairiere de Mongon , & d'une illuftre Maiſon
d'Auvergne qui a donné cinq
GALANT 35
Comtes à l'Eglife de Lyon.
Feu Mr le Comte de la Barge
qui avoit époufé Catherine
d'Albon , fille aînée de GilbertAntoine d'Albon , Chevalier
d'Honneur de Madame la Ducheffe d'Orleans , Comte de
Chazeul , & de Dame Charlotte Bouteiller , eftoit petitfils de Françoiſe de Montmorin. Jean - Baptifte de la Barge
fon fils qui époufa Jeanne de
Canillac fut Chevalier de
l'Ordre du Roy , Gentilhomme ordinaire de fa Chambte ,
& fon Lieutenant general au
Gouvernement d'Auvergne.
36 MERCURE
La Maifon de Montmorin
porte pour Armoiries de Gueules femé de mollettes d'éperon
d'argent au Lyon de même ,
brochant fur le tout. M' l'Archevêque de Vienne , ci - devant Evêque de Die , & auparavant de l'Ordre des Feüillans , cft de cette Maifon. Il
eft frere de Me la Comteffe de
Gamaches ; & il joint à une
naiſſance illuſtre une pieté , un
zele dans les fonctions de fon
Miniftere, & un amour propre
pour les Pauvres qui le rendent
encore plus recommandable.
Mre N... Amable Faydit ,
GALANT 37
Preftre , connu dans la Republique des Lettres par quantité
d'ouvrages fortis de fa plume,
eft mort à Riom âgé de prés
de 70. ans. Il avoit paffé une
partie de fa jeuneffe dans la
Congregation de l'Oratoire ,
où les talens particuliers, joints
àune profonde érudition , luy
avoient attiré beaucoup d'admirateurs. Il y avoit profeffé
les Humanitez & même la Philofophie avecbeaucoup de fuccés & d'applaudiffement , & il
cut au nombre de fes diſciples
d'illuftres perfonnes qui font
aujourd'huy Patrons des Gens
"
38 MERCURE
de Lettres. Cet Abbé eftoit
forti de cette Congregation à
laquelle , comme on fçait , on
n'eft jamais attaché par aucun
engagement ; il compoſa plufieurs ouvrages aprés s'eftre retiré auprés de M' Lizot ancien
Curé de Saint Severin fonami
particulier. Il donna d'abord
quelques reflexions fur le premier volume des Memoires de
Mr de Tillemont , & il intitula
cet ouvrage , Memoire des Memoires , &c. Ce Livre fit beaucoup de bruit ; le Traité qu'il
donna enfuite fur la Trinité ,
n'en fit pas moins ; le P. Hugo
>
GALANT 39
Chanoine Regulier de l'Ordre
de Saint Auguſtin de la Congregation de Prémontré , attaqua cet ouvrage , & cette critique produifit quelques réponſes où Mr l'Abbé Faydit
expliquoit ce qu'il avoit voulu dire en excluant de l'Effence de Dieu une unité numerique , & en n'y admettant
qu'une unité fpecifique. La
Preſbyteromachie eſt auſſi un petit ouvrage de ce fçavant Abbé fur le Quietisme , dont il
a cfté un rude Adverfaire. Il
adreffa enfuire une Lettre à un
Prieur des Carmes déchauffez
40 MERCURE
contre la Tradition qu'onimpute aux Religieux de cet Ordre , d'avoir foutenu que Pythagore a efté de leur Ordre.
Cette Lettre eft inferée dans
un des Supplémens des Effais de
Litterature. Il fe chargea peu
aprés de continuer ce même
Supplément, & il en donna quelques volumes remplis d'une
grande érudition & d'une fine
critique. Il a fait auffi plufieurs
autres ouvrages , & il eft mort
la plume à la main. Il eftoit
preft de donner une Critique
generale des ouvrages de Mr le
Clerc, lorſqu'il cft allé luy-mê-
GALANT 41
me rendre compte de fes fentimens & de fa doctrine à celuy qui juge tous les hommes.
Il ne bornoit pas fes talens à
faire des Livres ; il eftoit Predicateur & excellent Predicateur;
dans le temps des affaires de
l'Affemblée du Clergé de France de 1682. il fit un Sermon
dans l'Eglife de Sainte Opportune , qui luy fit beaucoup
d'honneur. Il y a long temps
qu'on attend fes Difcours Polemiques qu'il promettoit depuis plufieurs années. Il eftoit
d'une tres- ancienne famille de
Riom qui a donné à certe VilMars 1710.
D
42 MERCURE
le-là pendant plus de trois cens
ans de pere en fils des Avocats
celebres , y en ayant encore actuellement de ce nom qui exercent avec éclat cette noble Profeffion. Cet Abbé eftoit proche parent de Mr Faydit de
Graville Confeiller au Prefidial de Riom , mort âgé de 8 3.
ans en 1694. Ce Magiftrat
avoit beaucoup contribué à la
compofition des doctes écrits
du P. Sirmond, Confeffeur de
Louis XIII. dont Mr l'Abbé
Faydit avoit l'honneur d'eftre
petit -neveu. Tous les Faydit
defcendent de Faydit Damoi
GALANT 43
feau de Jurgals dans le Vicomté de Turenne , & frere du fameux Jurifconfulte Faydit . Ils
vivoient au commencement
du 14. fiecle. Il y a eu un Cardinal Faydit qu'on croit de cette famille.
M Jean Doujat Doyen
du Parlement , eft mort âgé
de 89. ans & demy, regretté
univerfellement de tous fes
Confreres. Il avoit efté reçû
Confeiller au Parlement le 30.
Aouft 1647. & il a exercé
cette Charge un peu plus de
63. ans puifqu'il eft mort le 18.
Janvier de cette année ( 1710. )
Dij
44 MERCURE
Il eftoit d'une ancienne famille
connue dans le Parlement depuis deux ou trois ficcles . Elle
produifit dans le commencement du dernier fiecle un
celebre Profeffeur de Jurifpru.
dence, dont le nom eft aujourd'huy devenu celebre parmy
tous les Jurifconfultes. Il ya
aujourd'huy deux branches
de la famille des Doujats. Celuy qui vient de mourir eſtoit
Chef de la premiere. Il laiffe
un fils Maiftre des Requeſtes ,
depuis l'année 1701 .
c'eft
Mre Jean Charles Doujat
cy- devant Intendant de Bor-
GALANT 45
deaux & aujourd'huy de Poitiers. Le Chef de la feconde
branche eft Mre Jofeph- Joachim - François Doujat , reçû
Confeiller au Chaftelet en
1697. & frere de Dame N...
Doujat épouse de Jean François le Boindre , fixiéme Confeiller de la premiere Chambre
des Enqueftes , & reçû dans
le Parlement en 1689. Mr
Doujat leur pere , eftoit Contrôlleur General de la Maiſon
du Roy. La famille de Mrs
Doujat , eft fortie par les femmes de celles des Longüeil ,
de Maiſons , & de Nicolaï.
›
46 MERCURE
Celle de Fieubet Launac
tient auffi par une alliance à
celle de Doujat.
Mre Jean le Nain , SousDoyen du Parlement , eft devenu par cette mort Doyen
du même Corps ; il eſt beaufrere de Mre Paul Portail,
feptiéme Confeiller de la
Grand Chambre , & pere de
feu Mr le Nain , premier Avocat General du Parlement
mort depuis quelques mois.
Mr le Nain fut reçû dans le
Parlement le deuxième deJuin
l'an 1655. il eft frere de feu
Mr de Tillemont Auteur
GALANT 47
de l'Hiftoire Ecclefiaftique des
fix premiers ficcles de l'Eglife ,
écrite avec tant de methode
& de netteté , &frere du Pere
le Nain Sous-prieur de l'Abbaye de la Trape. La famille
de Mrs le Nain , eft dans une
grande confideration dans le
Parlement depuis plus de trois
fiecles. Elle a toûjours eu pour
Chefs d'illuftres Magiftrats ,
qui fe font diftinguez par leur
zele pour la Patrie , & parune
probité & une droiture dignes
des premiers temps dans l'adminiſtration de la Juftice.
Mre Gafpard Brayer , Sous-
48 MERCURE
4.
Doyen de la troifiéme Cham
bre des Enqueftes , eſt monté
à la grande -Chambre par le
mouvement qu'a fait la mort
du Doyen. Il y a un peu plus
detrente cinqans qu'il eft Confeiller , y ayant efté reçu le
Janvier de l'année 1675. Mr
Brayer eft tres - eftimé dans le
Parlement ; le fuccés qu'il a eu
dans la conduite de plufieurs
affaires d'une difficile difcuffion , luy a attiré une grande
réputation dans cet illuftre
Corps. Il a environ foixante
ans.
Dame Elifabeth de Hantecourt ,
GALANT 49
court , veuve de Mr Eftienne
le Tonnellier , Confeiller du
Roy & Maiftre ordinaire en
fa Chambre des Comptes , eft
morte âgée de 78. ans , dans de
grands fentimens de pieté , &
dans l'exercice des vertus qu'elle a pratiquées durant le cours
d'une longue vie. Sa charité &
fon amour pour les Pauvres
font les vertus qui l'ont le plus
diftinguée. On luy connoiffoit
un fi grand zele pour leur foulagement , & un fi grandfond
delumieres fur tout ce qui pouvoit contribuer à adoucir leurs
maux , qu'on l'a continuée
Mars 1710.
.
E
50 MERCURE
prefque pendant toute fa vie
Dame de la Charité de fa Paroiffe , parce qu'on eftoit perfuadé que les interefts des Pauvres ne pouvoient eftre en de
meilleures mains. L'inclination
qu'elle a marquée toute ſa vie
pour eux , l'avoit liée depuis
plufieurs années avec M° Trudaine mere de M° Voifin &de
M' l'Intendante de Lyon , &
ces deux illuftres Amies picquées d'une fainte émulation
s'excitoient continuellement
aux emplois de charité. Enfin le
foulagement des Pauvres & la
pratiquedes vertus propres aux
GALANT 51
Veuves chreftiennes , eftoit le
fondement de leur liaiſon. M
le Tonnellier eftoit proche parente de M' de Hantecourt ,
Chancelier de l'Univerfité de
Paris & Curé de Saint Etienne
du Mont , l'un des plus dignes
fujets de la Congregation de
Sainte Geneviève. La famille de
Mrs de Hantecourt eft fort ancienne dans le Parlement. M
le Tonnellier laiffe trois fils.
L'aîné eft Pierre Eftienne leTonnellier , Seigneur de Charmaux Confeiller au grand
Confeil , où il fut reçu en l'année 1691. Il eſt du Semestre
E ij
$2 MERCURE
d'Eté. Il a beaucoup de merite & il a acquis une folide
réputation dans l'exercice de
fa Charge. Il fit autrefois le
voyage d'Italie avec Mr Trudaine Intendant de Lyon , M
Trudaine & M° le Tonnellier
ayant voulu que leurs enfans
qui avoient toûjours efté fort
unis , ne fe féparaffent point
dans ce voyage. Ces deux Magiftrats reçurent de grands
honneurs de plufieurs perfonnes de diſtinction des princi- ·
pales Villes d'Italie. Le fecond
fils de Mele Tonnellier eft M
le Tonnellier Docteur de Sor-
GALANT 53
bonne, Chanoine Regulier de
l'Ordre de Saint Auguftin &
Prieur de l'Abbaye de S. Victor pour la troifiéme fois. C'eſt
un homme d'un grand merite ,
& qui eft eftimé dans fa Congregation;le troifiéme eſt Dom
Paſcal le Tonnellier Chartreux de Paris , Religieux connu par fes talens , & fur tour.
par la connoiffance des LanM's le Tonnelier font de
la même Maifon que M's de
Breteüil. Ily a eu un Controlleur general des Finances de
leur maison. Ils font parens
de M's Charpentier dont je
gues.
E iij
54 MERCURE
vous ay fouvent parlé.
MN..... d'Agoult , Seigneur de Chanoufle , cft mort
dans fes terres en Dauphiné.
Il eftoit iffu de François d'Agoult , Seigneur de Montiay
& de Chanouffe , & de Françoife de Virieu , d'une Maiſon
qui a donné des Ambaffadeurs
à la France. Cette Dame eftoir
fille de François de Virieu , Seigneur de Puppetieres , & de
Gafparde Prunier Saint André,
famille dont eftoit feu M' de
Saint André Ambaffadeur à
Venife & premier Prefident au
Parlement de Grenoble. Bar-
GALANT 55
thelemy d'Agoult , fecond fils
de François d'Agoult , & de
Jamonne de Revilafe , a formé
cette branche de l'illustre Maifon d'Agoule dans le penultiéme fiecle. Il époufa Françoiſe
de Remufac de qui vint François d'Agoult époux d'Anne
d'Autanne pere d'Antoine
qui de Claire de Morges a cu
le pere de feu Mr le Comte de Chanouffe. On prétend'
que le chefde l'illuftre Maiſon
d'Agoult fut un Agoult du
Loup, provenu des amours du
Prince de Goulnaud & de la
Princeffe de Pomeranie , &
E iiij
56 MERURE
qu'ayant efté expofé , il fut
nourripar une Louve, & qu'enfuiteHenryII . Empereur fit ce
SeigneurMaréchal de l'Empire
&luy infeoda la Terre de Sault,
qui eft entrée dans la Maiſon
de Crequy par Chreftienne
d'Aguerre , qui aprés avoir
perdu Antoine Duc de Crequy
fon mary , épousa FrançoisLouis d'Agoult , Comte de
Sault , Chevalier des Ordres du
Roy, dont elle eut cette Terre
• pour les droits , qu'elle laiſſa à
M' le Maréchal de Lefdiguieres fon fils du premier lit. La
Maiſon de Simianes d'aujour-
GALANT 57
d'huy eft une branche de celle
d'Agoult , une des plus illuf
tres & des plus anciennes du
Royaume.
Fermer
Résumé : Premier Article des morts, [titre d'après la table]
Le texte relate plusieurs décès de personnalités notables et fournit des détails sur leurs vies et leurs familles. Le Père Pierre Alemanni, un jésuite toscan âgé d'environ 30 ans, est décédé. Sa vie, publiée à Florence, a été bien accueillie par la cour du Grand Duc. La princesse Frédéric de Saxe-Gotha, épouse du prince d'Anhalt-Zerbst, est morte à Carlsbad à l'âge de 34 ans et était très regrettée en Allemagne. Le texte détaille également la généalogie de la branche de Saxe-Gotha. M. Wafferbach, conseiller du comte de Lippe, est décédé récemment. Il était un savant reconnu travaillant sur une nouvelle édition des œuvres de M. Herman Hamelmann. La mort de M. Oginski, petit général de Lituanie, est également mentionnée, ainsi que des détails sur sa famille et ses exploits militaires. Le texte évoque la mort de la sœur Sainte Madeleine de Sylvecane, religieuse bénédictine à Lyon, et de Dame Anne le Gras, veuve du marquis de Saint-Héran, âgée de 85 ans, connue pour sa vie vertueuse et sa famille illustre. La comtesse douairière de Mongon, issue d'une illustre maison d'Auvergne, a donné cinq comtes à l'Église de Lyon. Le comte de la Barge, époux de Catherine d'Albon, était petit-fils de Françoise de Montmorin. Jean-Baptiste de la Barge, son fils, fut Chevalier de l'Ordre du Roy et Lieutenant général au Gouvernement d'Auvergne. M. Amable Faydit, un prêtre érudit mort à Riom à près de 70 ans, est connu pour ses ouvrages et son érudition. Il a écrit plusieurs travaux notables, dont 'Mémoire des Mémoires' et un traité sur la Trinité, et a critiqué le quietisme. M. Jean Doujat, doyen du Parlement, est décédé à 89 ans après avoir exercé sa charge pendant plus de 63 ans. Il appartenait à une famille ancienne et respectée dans le Parlement, divisée en deux branches influentes dans la magistrature. La famille Le Nain est connue pour ses magistrats zélés et probes. M. Gaspard Brayer, sous-doyen de la troisième chambre des Enquêtes, a été promu à la grande Chambre après la mort du doyen. Dame Élisabeth de Hantecourt, veuve de M. Étienne le Tonnellier, est décédée à 78 ans, reconnue pour sa charité et son amour pour les pauvres. Enfin, M. d'Agoult, seigneur de Chanoufle, est mort en Dauphiné. Sa famille, illustre et ancienne, a produit des ambassadeurs et des magistrats notables. La maison de Simianes est une branche de la maison d'Agoult.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1784
p. 95-97
Article curieux, touchant Mr Rigaud, fameux Peintre, [titre d'après la table]
Début :
L'Article suivant ne vous paroistra pas moins curieux [...]
Mots clefs :
Hyacinthe Rigaud, Peintre du roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Article curieux, touchant Mr Rigaud, fameux Peintre, [titre d'après la table]
'Article fuivant ne vous
paroiftra pas moins curieux
que celuy que vous venez de
lire.
Le merite de Mr Rigaud
Peintre du Roy eſt trop connu en France , pour ne pas
s'intereffer à fa gloire. Sa patrie vient de faire pour luy ce
que firent les Ephefiens pour
96 MERCURE
le fameux Apelles. Ceux- cy
charmez du merite de ce Prince
des Peintres , luy donnerent
droit de Bourgeoifie dans leur
Ville , dont Strabon & Lucien,
difent qu'il eftoit natif ; &
M's de Perpignan , ont admis
Mr Rigaud leur compatriote
dans le nombre de leurs Bourgeois Nobles. Apelles faifoit
honneur à ſa patric par fes
Ouvrages; mais ce qui éleva le
plus fa gloire , fut le choix que
le Grand Alexandre fu de luy ,
préferablement à tout autre
pour faire fon Portrait ? ch
quel honneur Mr Rigaud n'at-il
GALANT 97
t-il pas fait jufqu'à prefent à
fa patrie par tout ce qui eft
forti de fon Pinceau ? mais
fur tout par ce grand & excellent Portrait qu'il a fait du plus
Grand des Rois , & que l'on
voit tous les jours avec autant
d'admiration que de plaifir
dans les Appartements de
Verfailles ;fans parler de celuy
qu'il fit du Roy d'Espagne
avant que ce Prince fortit de
France , pour aller prendre
poffeffion de fes Etats , &
auquel tout le monde convint
qu'il ne manquoit quela parole.
Mars 1710.
I
paroiftra pas moins curieux
que celuy que vous venez de
lire.
Le merite de Mr Rigaud
Peintre du Roy eſt trop connu en France , pour ne pas
s'intereffer à fa gloire. Sa patrie vient de faire pour luy ce
que firent les Ephefiens pour
96 MERCURE
le fameux Apelles. Ceux- cy
charmez du merite de ce Prince
des Peintres , luy donnerent
droit de Bourgeoifie dans leur
Ville , dont Strabon & Lucien,
difent qu'il eftoit natif ; &
M's de Perpignan , ont admis
Mr Rigaud leur compatriote
dans le nombre de leurs Bourgeois Nobles. Apelles faifoit
honneur à ſa patric par fes
Ouvrages; mais ce qui éleva le
plus fa gloire , fut le choix que
le Grand Alexandre fu de luy ,
préferablement à tout autre
pour faire fon Portrait ? ch
quel honneur Mr Rigaud n'at-il
GALANT 97
t-il pas fait jufqu'à prefent à
fa patrie par tout ce qui eft
forti de fon Pinceau ? mais
fur tout par ce grand & excellent Portrait qu'il a fait du plus
Grand des Rois , & que l'on
voit tous les jours avec autant
d'admiration que de plaifir
dans les Appartements de
Verfailles ;fans parler de celuy
qu'il fit du Roy d'Espagne
avant que ce Prince fortit de
France , pour aller prendre
poffeffion de fes Etats , &
auquel tout le monde convint
qu'il ne manquoit quela parole.
Mars 1710.
I
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Résumé : Article curieux, touchant Mr Rigaud, fameux Peintre, [titre d'après la table]
L'article souligne le mérite de Monsieur Rigaud, peintre du Roi, largement reconnu en France. À l'instar des Éphésiens qui accordèrent la bourgeoisie à Apelles, un célèbre peintre, les habitants de Perpignan ont admis Monsieur Rigaud parmi leurs bourgeois nobles. Apelles honorait sa patrie par ses œuvres, tout comme Rigaud a honoré la France par ses peintures. Parmi ses réalisations notables figurent le portrait du Roi de France, admiré à Versailles, et celui du Roi d'Espagne, exécuté avant le départ de ce dernier pour ses États. Cet article est daté de mars 1710.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1785
p. 98-107
« Le droit qu'à la Ville de Perpignan de créer des Bourgeois [...] »
Début :
Le droit qu'à la Ville de Perpignan de créer des Bourgeois [...]
Mots clefs :
Perpignan, Bourgeois nobles, Consuls, Privilèges
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le droit qu'à la Ville de Perpignan de créer des Bourgeois [...] »
98 MERCURE
Le droit qu'à la Ville de
Perpignan de créer des Bourgeois Nobles , eft un des plus
beaux qu'une Ville puiſſe
avoir. Nous n'enavons aucun
exemple en France , & je ne
fçay que la Ville de Barcelonne
à qui ce Privilege foit commun.
Tous les ans le 16. Juin , les
cinq Confuls s'affemblent à
Perpignan , avec ceux des
Bourgeois Nobles qui font
alors dans la Ville , qui ong
efté premiers ou feconds Confuls , & ce Confeil qui doit,
eftre au moins de quatorze
THEQUE
LYON
1893-
BE
LA
GAD
THE
QUE
GALANT
perfonnes , a le pouvoir c
jour -là feulement d'annobit
99
quelques perfonnes en les
admettant dans le Corps des
Bourgeois Nobles de la Ville.
Cc Privilege eft tres- ancien.
On le trouve établi avant le
regne de Jacques I I. Roy
d'Arragon qui monta fur le
Trône en 1291. Ils en jouiffoient fous Pierre IV. dans
le 14. fiecle , fous Alfonfe V.
dont il y a deux Actes fort
avantageux pour les Bourgeois de Perpignan , l'un du
17. Janvier 1436. & l'autre
du 20. Mars 1448. le Roy
I ij
100 MERCURE
d'Arragon , & de Caſtille ›
Ferdinand V. confirma ce
privilege le 31. Aouſt 1510.
& le Roy Phippe II. en 1585.
& le 13. Juillet 1599. Dans
ce dernier Acte de confirmation ce Prince dit que les
Bourgeois de Perpignan qui
feront immatriculez fur les
Regiſtres de la Ville , & leurs
defcendans en ligne maſculine,
à perpetuité, joüiront de tous
les Privileges , libertez , franchifes , immunitez , faveurs &
Prerogatives des Nobles, comme s'ils avoient efté armez
Chevaliers par le Roy luy- mê.
GALANT TOI
me: qu'ils pourront porter le
titre de Cavallers , fans qu'ils
foient obligez pour cet effet à
fervir dans les Armées. Auffi
font-ils de la Jurifdiction du
Viguier de Rouffillon de même que les Gentilshommes : ils
peuvent timbrer l'écuffon de
leurs Armoiries , ils portent
toûjours l'épée de quelque profeffion qu'ils foient : ils eftoient.
reçus de même que les Gentilshommes aux Jouxtes & Tournois du temps que l'on en faifoit enfin ils font admis dans
les Ordres de Chevalerie , & en
particulier dans celuy de MalI iij 1
102 MERCURE
1
te , &leurs preuves y font requës. C'eſt dequoy il y a plu--
fieurs exemples : Un des plus
celebres eft du feiziéme fiecle ,
enla perfonne de François Caftelle Bourgeois de Perpignan ,
quifut Commandeur d'Efplugé de Francoli ; & Prieur de
Catalogne. Cependant quelque ancienneté que l'on ait de
Bourgeoife , fût - elle de deux
ou trois cens années , on reſte
toûjours dans le Corps des
Bourgeois Nobles fans entrer
dans celui des Gentilshommes ,
à moins que le Roy ne donne
des Lettres particulieres.
GALANT 103.
V
Ces Privileges ont eſté confirmez non- feulement par le
Roy Loy Louis XIII. lorsqu'il
fit la conquefte de Perpignan ,
mais encore par le Roy Louis
Grand, ainfi qu'il paroift par
plufieurs Arreſts du Confeil ,
qui ont exempté Mrs de Perpignan de toute recherche de
Nobleffe:Sa Majefté leur ayant
même donné le titre de Bourgeois Nobles , au lieu qu'on ne
les appelloit auparavant que
Bourgeois , ou Honorables Bourgeois , Burges Honrats.
Pour eftre admis dans ce
Corps , il faut avoir au moins
I iiij
104 MERCURE
les deux tiers des voix ; c'eſt-àdire dix , fi il n'y a que quatorze
Votans. Mr Rigaud les a euës
toutes & avec de grands applaudiffemens. Deux autres
l'un Avocat , l'autre Capitaine
d'Infanterie , ont efté reçus
aprés luy.
Autrefois il n'y avoit à Perpignan que trois Confuls , &
pour lors un Bourgeois eftoit
toûjours le premier. En 1601 .
les Gentilshommes furent admis dans le Confulat , ce qui
produifit un quatriéme Conful ; & pour lors il fut reglé
que les places de premier &fe-
GALANT 105.
cond Confulrouleroient entre
ces deux Corps ; en forte qu'-
une année un Gentilhomme
feroit premier Conful & un
Bourgeois feroit le fecond , &
que l'année fuivante un Bourgeois feroit le premier & un
Gentilhomme le fecond: On
change de Confuls tous les ans:
maisce qu'il y a de particulier
eft que dans l'année où un Gentilhomme eft àla tefte duCon203
fulat , le Corps des Bourgeois
Nobles a la droite dans les ALA
femblées de Ville fur le Corps
des Gentilshommes , & lorfqu'un Bourgeois Noble occu- ?
106 MERCURE
pe cette premiere place , le
Corps des Gentilshommes
prend la droite. Les trois &
quatre Confuls font toûjours
du Corps de ce que l'on nomme à Perpignan les Mercaders
& en 1622. on créa un cinquiéme Conful pour le Corps
des Artiftes.
Enfin ce qu'il y a de remarquable dans le privilege qu'à
la Ville de Perpignan de créer
des Nobles , eft que le Confulat n'y annoblit point , comme
il fait à Touloufe & à Lyon ;
ainfi les trois , quatre & cinq
Confuls qui ont voix à cet-
GALANT 107
**
te création , & qui ne ſont jamais du Corps des Nobles
donnent aux autres par leurs
fuffrages ce qu'ils n'ont pas
eux-mêmes.
Le droit qu'à la Ville de
Perpignan de créer des Bourgeois Nobles , eft un des plus
beaux qu'une Ville puiſſe
avoir. Nous n'enavons aucun
exemple en France , & je ne
fçay que la Ville de Barcelonne
à qui ce Privilege foit commun.
Tous les ans le 16. Juin , les
cinq Confuls s'affemblent à
Perpignan , avec ceux des
Bourgeois Nobles qui font
alors dans la Ville , qui ong
efté premiers ou feconds Confuls , & ce Confeil qui doit,
eftre au moins de quatorze
THEQUE
LYON
1893-
BE
LA
GAD
THE
QUE
GALANT
perfonnes , a le pouvoir c
jour -là feulement d'annobit
99
quelques perfonnes en les
admettant dans le Corps des
Bourgeois Nobles de la Ville.
Cc Privilege eft tres- ancien.
On le trouve établi avant le
regne de Jacques I I. Roy
d'Arragon qui monta fur le
Trône en 1291. Ils en jouiffoient fous Pierre IV. dans
le 14. fiecle , fous Alfonfe V.
dont il y a deux Actes fort
avantageux pour les Bourgeois de Perpignan , l'un du
17. Janvier 1436. & l'autre
du 20. Mars 1448. le Roy
I ij
100 MERCURE
d'Arragon , & de Caſtille ›
Ferdinand V. confirma ce
privilege le 31. Aouſt 1510.
& le Roy Phippe II. en 1585.
& le 13. Juillet 1599. Dans
ce dernier Acte de confirmation ce Prince dit que les
Bourgeois de Perpignan qui
feront immatriculez fur les
Regiſtres de la Ville , & leurs
defcendans en ligne maſculine,
à perpetuité, joüiront de tous
les Privileges , libertez , franchifes , immunitez , faveurs &
Prerogatives des Nobles, comme s'ils avoient efté armez
Chevaliers par le Roy luy- mê.
GALANT TOI
me: qu'ils pourront porter le
titre de Cavallers , fans qu'ils
foient obligez pour cet effet à
fervir dans les Armées. Auffi
font-ils de la Jurifdiction du
Viguier de Rouffillon de même que les Gentilshommes : ils
peuvent timbrer l'écuffon de
leurs Armoiries , ils portent
toûjours l'épée de quelque profeffion qu'ils foient : ils eftoient.
reçus de même que les Gentilshommes aux Jouxtes & Tournois du temps que l'on en faifoit enfin ils font admis dans
les Ordres de Chevalerie , & en
particulier dans celuy de MalI iij 1
102 MERCURE
1
te , &leurs preuves y font requës. C'eſt dequoy il y a plu--
fieurs exemples : Un des plus
celebres eft du feiziéme fiecle ,
enla perfonne de François Caftelle Bourgeois de Perpignan ,
quifut Commandeur d'Efplugé de Francoli ; & Prieur de
Catalogne. Cependant quelque ancienneté que l'on ait de
Bourgeoife , fût - elle de deux
ou trois cens années , on reſte
toûjours dans le Corps des
Bourgeois Nobles fans entrer
dans celui des Gentilshommes ,
à moins que le Roy ne donne
des Lettres particulieres.
GALANT 103.
V
Ces Privileges ont eſté confirmez non- feulement par le
Roy Loy Louis XIII. lorsqu'il
fit la conquefte de Perpignan ,
mais encore par le Roy Louis
Grand, ainfi qu'il paroift par
plufieurs Arreſts du Confeil ,
qui ont exempté Mrs de Perpignan de toute recherche de
Nobleffe:Sa Majefté leur ayant
même donné le titre de Bourgeois Nobles , au lieu qu'on ne
les appelloit auparavant que
Bourgeois , ou Honorables Bourgeois , Burges Honrats.
Pour eftre admis dans ce
Corps , il faut avoir au moins
I iiij
104 MERCURE
les deux tiers des voix ; c'eſt-àdire dix , fi il n'y a que quatorze
Votans. Mr Rigaud les a euës
toutes & avec de grands applaudiffemens. Deux autres
l'un Avocat , l'autre Capitaine
d'Infanterie , ont efté reçus
aprés luy.
Autrefois il n'y avoit à Perpignan que trois Confuls , &
pour lors un Bourgeois eftoit
toûjours le premier. En 1601 .
les Gentilshommes furent admis dans le Confulat , ce qui
produifit un quatriéme Conful ; & pour lors il fut reglé
que les places de premier &fe-
GALANT 105.
cond Confulrouleroient entre
ces deux Corps ; en forte qu'-
une année un Gentilhomme
feroit premier Conful & un
Bourgeois feroit le fecond , &
que l'année fuivante un Bourgeois feroit le premier & un
Gentilhomme le fecond: On
change de Confuls tous les ans:
maisce qu'il y a de particulier
eft que dans l'année où un Gentilhomme eft àla tefte duCon203
fulat , le Corps des Bourgeois
Nobles a la droite dans les ALA
femblées de Ville fur le Corps
des Gentilshommes , & lorfqu'un Bourgeois Noble occu- ?
106 MERCURE
pe cette premiere place , le
Corps des Gentilshommes
prend la droite. Les trois &
quatre Confuls font toûjours
du Corps de ce que l'on nomme à Perpignan les Mercaders
& en 1622. on créa un cinquiéme Conful pour le Corps
des Artiftes.
Enfin ce qu'il y a de remarquable dans le privilege qu'à
la Ville de Perpignan de créer
des Nobles , eft que le Confulat n'y annoblit point , comme
il fait à Touloufe & à Lyon ;
ainfi les trois , quatre & cinq
Confuls qui ont voix à cet-
GALANT 107
**
te création , & qui ne ſont jamais du Corps des Nobles
donnent aux autres par leurs
fuffrages ce qu'ils n'ont pas
eux-mêmes.
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Résumé : « Le droit qu'à la Ville de Perpignan de créer des Bourgeois [...] »
Le texte traite d'un privilège distinctif de la ville de Perpignan, celui de créer des bourgeois nobles. Ce droit, partagé uniquement avec Barcelone, permet à un conseil de quatorze membres, composé des cinq consuls et des bourgeois nobles en exercice, de conférer la noblesse à certaines personnes chaque 16 juin. Ce privilège est ancien, attesté avant le règne de Jacques II d'Aragon en 1291, et a été confirmé par plusieurs rois, dont Ferdinand V et Philippe II. Les bourgeois nobles de Perpignan jouissent de nombreux avantages, tels que le port du titre de cavalier, l'exemption de la juridiction du viguier de Rouffillon, et l'admission dans les ordres de chevalerie. Ces privilèges ont été confirmés par Louis XIII et Louis XIV. Pour être admis dans ce corps, il est nécessaire d'obtenir au moins les deux tiers des voix des votants. Historiquement, les consuls de Perpignan étaient initialement au nombre de trois, puis sont passés à quatre en 1601 avec l'admission des gentilshommes, et à cinq en 1622 avec l'ajout d'un consul pour les artisans. Les consuls, issus des corps des marchands et des artisans, votent pour anoblir d'autres personnes sans être eux-mêmes nobles.
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1786
p. 107-111
Dispute sur l'obligation d'assister à la Messe de Parroisse, [titre d'après la table]
Début :
Je passe à un Article qui doit vous paroître fort curieux. [...]
Mots clefs :
Dispute, Obligation, Messe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dispute sur l'obligation d'assister à la Messe de Parroisse, [titre d'après la table]
Je paffe à un Article qui
doit vous paroître fort curieux.
Je vous ay déja parlé plufieurs fois d'une difpute qu'il
y avoit entre M'Colin Paſteur
de Noftre- Dame dans la Ville
de Namur , & le P. Hevrart
Recollet de la même Ville , fur
l'obligation d'affifter à la Meffe de Paroifle. Cette difpute paroiffoit terminée ou pref
108 MERCURE
que affoupie , mais elle s'eft reréveillée depuis peu par des Thefes foûtenues fous le Pere Hevrat Lecteur en Theologie de
fon Ordre; il a foûtenu avec
beaucoup de vivacité , que les
Ordres Mendians font établis
pour fuppléer au défaut à lá
Predication & à la conduite
des ames ; & qu'ils font com.
me les Aides & les Provicaires
des Curez. Qu'ainfi ils peuvent
en remplir toutes les fonctions
& que les fidelles qui s'adreffent à eux foit pour la Confeffion , foit pour entendre la
Meffe, rempliffent fur celaleur
GALANT 109
obligation. M Colin obligé
de paroiftre fur les rangs encore une fois , vient de publier
unécrit pourfoûtenir les droits
des Curez. Il avouë d'abord
que les Religieux Mendians
font tres utiles à l'Eglife , lors
qu'ils demeurent dans les bornes de leur Inftitution. Nous
fommes , fait-il dire à S. Bonaventure comme ces pauvres qui
ramaßent les épics &les raiſins
les moiffonneurs laiffent échaper; c'est à dire les ames pour qui
les Paſteurs, àqui il appartient de
les conduire nefuffifent pas. Les
Ordres Mendians,luyfait-il dire
que
1TO
3
:0 MERCUR
encore,font établispourfuppléer
au défaut du Clergédans la Prédication & dans la conduite des
ames , fans diminuer en rien les
droits du Clergé. Enfin M' Colin appuye beaucoup un paſſage du Concile de Trente que
l'Evêque avertiffefoigneufement
le Peuple que chacun eft obligé
d'aller entendre la parole de Dien
dansfa Paroiffe , lorsque celafe
peutfaire commodement. La plus
grande partie de l'ouvrage de
M' Colin roule fur le fens
naturel de ce paffage. Cette
difpute quife fait dans tous les
termes de l'honnefteté donne
GALANT In
lieu à de fçavans écrits & à de
curieufes recherches.
doit vous paroître fort curieux.
Je vous ay déja parlé plufieurs fois d'une difpute qu'il
y avoit entre M'Colin Paſteur
de Noftre- Dame dans la Ville
de Namur , & le P. Hevrart
Recollet de la même Ville , fur
l'obligation d'affifter à la Meffe de Paroifle. Cette difpute paroiffoit terminée ou pref
108 MERCURE
que affoupie , mais elle s'eft reréveillée depuis peu par des Thefes foûtenues fous le Pere Hevrat Lecteur en Theologie de
fon Ordre; il a foûtenu avec
beaucoup de vivacité , que les
Ordres Mendians font établis
pour fuppléer au défaut à lá
Predication & à la conduite
des ames ; & qu'ils font com.
me les Aides & les Provicaires
des Curez. Qu'ainfi ils peuvent
en remplir toutes les fonctions
& que les fidelles qui s'adreffent à eux foit pour la Confeffion , foit pour entendre la
Meffe, rempliffent fur celaleur
GALANT 109
obligation. M Colin obligé
de paroiftre fur les rangs encore une fois , vient de publier
unécrit pourfoûtenir les droits
des Curez. Il avouë d'abord
que les Religieux Mendians
font tres utiles à l'Eglife , lors
qu'ils demeurent dans les bornes de leur Inftitution. Nous
fommes , fait-il dire à S. Bonaventure comme ces pauvres qui
ramaßent les épics &les raiſins
les moiffonneurs laiffent échaper; c'est à dire les ames pour qui
les Paſteurs, àqui il appartient de
les conduire nefuffifent pas. Les
Ordres Mendians,luyfait-il dire
que
1TO
3
:0 MERCUR
encore,font établispourfuppléer
au défaut du Clergédans la Prédication & dans la conduite des
ames , fans diminuer en rien les
droits du Clergé. Enfin M' Colin appuye beaucoup un paſſage du Concile de Trente que
l'Evêque avertiffefoigneufement
le Peuple que chacun eft obligé
d'aller entendre la parole de Dien
dansfa Paroiffe , lorsque celafe
peutfaire commodement. La plus
grande partie de l'ouvrage de
M' Colin roule fur le fens
naturel de ce paffage. Cette
difpute quife fait dans tous les
termes de l'honnefteté donne
GALANT In
lieu à de fçavans écrits & à de
curieufes recherches.
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Résumé : Dispute sur l'obligation d'assister à la Messe de Parroisse, [titre d'après la table]
Le texte décrit une dispute entre M. Colin Pasteur de Notre-Dame à Namur et le Père Hevrart, un Récollet de la même ville, concernant l'obligation d'assister à la messe paroissiale. La controverse, initialement résolue, a été relancée par les thèses du Père Hevrart. Ce dernier soutient que les ordres mendiants, comme les Récollets, peuvent suppléer aux pasteurs dans la prédication et la conduite des âmes, et remplir toutes les fonctions paroissiales, y compris la confession et la messe. En réponse, M. Colin a publié un écrit pour défendre les droits des curés. Il reconnaît l'utilité des ordres mendiants mais insiste sur le fait qu'ils doivent rester dans les limites de leur institution et ne pas diminuer les droits du clergé paroissial. M. Colin cite également un passage du Concile de Trente, stipulant que les fidèles doivent entendre la parole de Dieu dans leur paroisse lorsque cela est possible. La dispute se déroule de manière honnête et donne lieu à des écrits savants et des recherches curieuses.
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1787
p. 111-115
Dignité de Prevost de S. Paul de Liege, conferée à Mr le Comte de Berlo, Evêque de Namur, [titre d'après la table]
Début :
Le Chapitre de Lieges a conferé la dignité de Prevost de S. Paul [...]
Mots clefs :
Dignité, Prévôt de Saint Paul, Comte de Berlo, Evêque de Namur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dignité de Prevost de S. Paul de Liege, conferée à Mr le Comte de Berlo, Evêque de Namur, [titre d'après la table]
Le Chapitre de Liege a conferé la dignité de Prevoft de S.
Paul à M' le Comte de Berlo , Evêque de Namur. Elle
vacquoit par la promotion de
M' le Baron de Selis à la dignité
de grand Doyen de Liege. Ce
Comte eft d'une tres - grande
Maifon originaire des Paysbas , où elle eſtoit déja connuë
dans le temps que cette Prinsipauté avoit fes Souverains
particuliers. Ce Prelat eftoit
proche parent de Mr le Prince
de Wirtemberg Colonel d'un
112 MERCURE
Regiment Suedois , & couſin
du Roy de Suede ; & qui vient
de mourir à Dubno d'une fiévre chaude , âgé feulement de
vingt ans . La Maiſon de Berlo
eft auffi alliée à celles de Rupelmonde, de Spinola , de Horne,
de Waffanaert , & de Brandebourg Bergopzom . Elle a donné à l'Empire plufieurs Generaux d'Armée , de grands & fameux Capitaines , & d'habiles
Miniftres aux Empereurs d'Allemagne. Elle a auffi donné à
l'Eglife d'excellens fujets , des
Evêques & d'habiles & zelez
défenfeurs de la veritable Reli-
GALANT 113
gion. Ce fut par les vives follicitations de l'un d'eux que les
Peres Crombach &Papebroch
Jefuites , entreprirent la belle
Differtation fur le tranfport
qu'ils prétendent avoir efté fait
des corps de S. Gervais & de
S. Prothais, de Milan à Brifack.
C'eſt à Mr de Berlo , qui vient
d'eftre élu grand Doyen de
Liege , qu'on eft redevable de
plufieurs ouvrages qui n'auroient jamais vûle jour s'il n'avoit encouragé les Auteurs par
fes bienfaits. Il a engagé depuis peu Mr Nilant fçavant Hollandois , a publier
Mars 1710. K
114 MERCURE
fon Recueil de Fables en Profe,
qui a eu un fort grand fuccés ,
& il y a beaucoup d'autres ouvrages d'une grande utilité
pour les Sçavans , defquels
nous aurons l'unique obligation à ce Prelat zelé pour la
perfection des Sciences , lorfqu'ils paroîtront. Mr de Berlo
fut nommé à l'Evêché de Namur par le feu Roy d'Eſpagne
Charles II. qui avoit marqué
pour luy en differentes occafions une tres- grande confideration , la conduite de ce Prelat pendant fon fejour à la
Cour d'Efpagne & avant qu'il
GALANY 115
fut élevé à l'Epiſcopat luy
ayant toûjours attiré beaucoup
d'eftime. Il eft grand Theologien , & fur tout verfé dans la
connoiffance des Langues.
Paul à M' le Comte de Berlo , Evêque de Namur. Elle
vacquoit par la promotion de
M' le Baron de Selis à la dignité
de grand Doyen de Liege. Ce
Comte eft d'une tres - grande
Maifon originaire des Paysbas , où elle eſtoit déja connuë
dans le temps que cette Prinsipauté avoit fes Souverains
particuliers. Ce Prelat eftoit
proche parent de Mr le Prince
de Wirtemberg Colonel d'un
112 MERCURE
Regiment Suedois , & couſin
du Roy de Suede ; & qui vient
de mourir à Dubno d'une fiévre chaude , âgé feulement de
vingt ans . La Maiſon de Berlo
eft auffi alliée à celles de Rupelmonde, de Spinola , de Horne,
de Waffanaert , & de Brandebourg Bergopzom . Elle a donné à l'Empire plufieurs Generaux d'Armée , de grands & fameux Capitaines , & d'habiles
Miniftres aux Empereurs d'Allemagne. Elle a auffi donné à
l'Eglife d'excellens fujets , des
Evêques & d'habiles & zelez
défenfeurs de la veritable Reli-
GALANT 113
gion. Ce fut par les vives follicitations de l'un d'eux que les
Peres Crombach &Papebroch
Jefuites , entreprirent la belle
Differtation fur le tranfport
qu'ils prétendent avoir efté fait
des corps de S. Gervais & de
S. Prothais, de Milan à Brifack.
C'eſt à Mr de Berlo , qui vient
d'eftre élu grand Doyen de
Liege , qu'on eft redevable de
plufieurs ouvrages qui n'auroient jamais vûle jour s'il n'avoit encouragé les Auteurs par
fes bienfaits. Il a engagé depuis peu Mr Nilant fçavant Hollandois , a publier
Mars 1710. K
114 MERCURE
fon Recueil de Fables en Profe,
qui a eu un fort grand fuccés ,
& il y a beaucoup d'autres ouvrages d'une grande utilité
pour les Sçavans , defquels
nous aurons l'unique obligation à ce Prelat zelé pour la
perfection des Sciences , lorfqu'ils paroîtront. Mr de Berlo
fut nommé à l'Evêché de Namur par le feu Roy d'Eſpagne
Charles II. qui avoit marqué
pour luy en differentes occafions une tres- grande confideration , la conduite de ce Prelat pendant fon fejour à la
Cour d'Efpagne & avant qu'il
GALANY 115
fut élevé à l'Epiſcopat luy
ayant toûjours attiré beaucoup
d'eftime. Il eft grand Theologien , & fur tout verfé dans la
connoiffance des Langues.
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Résumé : Dignité de Prevost de S. Paul de Liege, conferée à Mr le Comte de Berlo, Evêque de Namur, [titre d'après la table]
Le Chapitre de Liège a nommé le Comte de Berlo, Évêque de Namur, à la dignité de Prévôt de Saint-Paul. Cette nomination a suivi celle du Baron de Selis au poste de grand Doyen de Liège. Le Comte de Berlo appartient à une famille illustre des Pays-Bas, connue pour ses souverains historiques. Il est proche parent du Prince de Wurtemberg et cousin du Roi de Suède, récemment décédé. La Maison de Berlo est alliée à plusieurs familles nobles et a fourni à l'Empire des généraux, capitaines et ministres. Elle a également offert à l'Église des évêques et défenseurs de la religion. Le Comte de Berlo a encouragé les Pères Crombach et Papenbroch à écrire sur le transport des corps de Saint Gervais et Saint Prothais. Il est responsable de la publication du recueil de fables en prose de Mr Nilant. Nommé à l'Évêché de Namur par le défunt Roi d'Espagne Charles II, il est reconnu pour ses compétences en théologie et en langues.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1788
p. 115-117
Fondation faite à Lyon pour des Prieres pendant les trois derniers jours du Carnaval, [titre d'après la table]
Début :
Vous sçavez, que suivant un usage tres-ancien, on expose [...]
Mots clefs :
Carnaval, Lyon, Fondation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Fondation faite à Lyon pour des Prieres pendant les trois derniers jours du Carnaval, [titre d'après la table]
Vous fçauez , que fuivant
un ufage tres ancien , on expofe tous les ans à Paris le S.
Sacrement pendant les trois
derniers jours du Carnaval ,
afin que pendant que les débau
ches de la faifon y regnent ,
faffe de continuelles Prieres
pour arrefter la colere de
Dieu ; c'est ce qui vient apparament de donner lieu à Me.
Pérrichon , un des plus confiKij
116 MERURE
>
derables Citoyens de Lyon ;
d'y faire une Fondation dans
l'Hôpital de la Charité , qui
fera beaucoup d'honneur à
fa Memoire. Il luy adonné un
fond pour faire chanter tous
les ans pendant les trois jours
du Carnaval une grande
Meffe avec Diacre , & SousDiacre , & qui doit cftre precédéc par une Priere en forme
de Sermon le matin. Il doit
y avoit l'aprés- dînée les Vefpres en Mufique ; il y aura
auffi Salut , & le Sermon qui
fera toujours fait par les plus
habiles Predicateurs. Les trois
GALANT 17
$
Prédicateurs qui ont ouvert
cette année la Fondation
font le Pere Epiphane de Lyon,
Provincial des Recolets , qui
fir l'Eloge en Chaire de Mr
Perrichon , qui fut fort
applaudi ; Mr Brunet , Chanoine Regulier de Saint Au
guftin de la Congregation de
Saint Ruf , qui prêche le Ca
refme à Sainte Croix , & le
Pere LombardJefuite.
un ufage tres ancien , on expofe tous les ans à Paris le S.
Sacrement pendant les trois
derniers jours du Carnaval ,
afin que pendant que les débau
ches de la faifon y regnent ,
faffe de continuelles Prieres
pour arrefter la colere de
Dieu ; c'est ce qui vient apparament de donner lieu à Me.
Pérrichon , un des plus confiKij
116 MERURE
>
derables Citoyens de Lyon ;
d'y faire une Fondation dans
l'Hôpital de la Charité , qui
fera beaucoup d'honneur à
fa Memoire. Il luy adonné un
fond pour faire chanter tous
les ans pendant les trois jours
du Carnaval une grande
Meffe avec Diacre , & SousDiacre , & qui doit cftre precédéc par une Priere en forme
de Sermon le matin. Il doit
y avoit l'aprés- dînée les Vefpres en Mufique ; il y aura
auffi Salut , & le Sermon qui
fera toujours fait par les plus
habiles Predicateurs. Les trois
GALANT 17
$
Prédicateurs qui ont ouvert
cette année la Fondation
font le Pere Epiphane de Lyon,
Provincial des Recolets , qui
fir l'Eloge en Chaire de Mr
Perrichon , qui fut fort
applaudi ; Mr Brunet , Chanoine Regulier de Saint Au
guftin de la Congregation de
Saint Ruf , qui prêche le Ca
refme à Sainte Croix , & le
Pere LombardJefuite.
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Résumé : Fondation faite à Lyon pour des Prieres pendant les trois derniers jours du Carnaval, [titre d'après la table]
À Paris, une ancienne tradition consiste à exposer le Saint-Sacrement les trois derniers jours du Carême pour prier et apaiser la colère divine après les excès du Carnaval. Inspiré par cette pratique, M. Pérrichon, un citoyen lyonnais respecté, a fondé une célébration annuelle à l'Hôpital de la Charité de Lyon. Cette célébration inclut une grande messe avec diacre et sous-diacre, précédée d'un sermon matinal. L'après-midi, des vêpres musicales, un salut et un autre sermon sont organisés, tous prononcés par des prédicateurs compétents. Cette année, les prédicateurs ayant ouvert la fondation sont le Père Épiphane de Lyon, provincial des Recolets, M. Brunet, chanoine régulier de Saint Augustin, et le Père Lombard, jésuite.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1789
p. 117-159
Second Article des morts, [titre d'après la table]
Début :
Je vous manday le mois passé la mort de Mr Fléchier Evêque [...]
Mots clefs :
Morts, Seigneur, Fille, Comte, Lyon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Second Article des morts, [titre d'après la table]
Je vous mandayle mois paffe
la mort de Mr Fléchier Evêque
de Nifmes ,
feulement pour
vous l'annoncer & vous mar
quer que je vous en parlerois
>
118 MERCURE
plus amplement. Je tiens ma
parole ; mais je ne vous en
apprendray rien qui ne fort
beaucoup au - deffous de ce
qu'on pourroit dire d'un Prelat fi generalement eftimé.
Vous fçavez que l'efprit de
Mr Fléchier a brillé de fi bonne heure par des ouvrages de
toutes les fortes de caracteres
qui font diftinguer l'esprit des
hommes , que Mrs de l'Academie Françoife curent à peine
connu l'étendue de fon vafte
genic , & remarqué la pureté
de la Langue qui fe trouvoit
dans tous les ouvragés ?, qu'il
GALANT 119
fut choisi pour eftre un des.
Membres de ce fçavant Corps;
il n'eftoit pas encore élevé à
l'Epifcopat. Quand il s'eſt agi
de parler en Orateur , jamais
perfonne n'a porté plus loin
que luy l'Art Oratoire , & lors
qu'il s'eft agi de Vers , ceux
qu'il a faits ont toûjours paru
juftes & de fi bon gouft qu'
ils ont efté generalement eftimez. Auffia- t- il toûjours paffé
pour un homme univerfel. On
a toûjours remarqué dans fa
Profe , unparfait caractere d'éloquence , & formé fur les
meilleurs modeles des anciens
120 MERCURE
Romains quand il a parlé leur
Langue , & la même choſe a
paru lorfqu'il a parlé la noſtre.
Il a fait des Odes , & des Poëmes qui ont fait beaucoup
d'honneur à la France , & en
cela , il a imité les grands Prelats des premiers ficcles de l'Eglife , qui fregardoient cette
maniere d'écrire en Vers ,
des fujets utiles ou chretiens ,
& entr'autres Saint Paulin
Saint Profper , & Saint Gregoire de Nazianze , non comme un vain amuſement ; mais
comme une fainte & loüable
occupation , &ces grands Evêfur
ques
GALANT 12T
laiffoient
ques des premiers temps ne
pas d'eftre fort bons
Orateurs , quoy qu'ils fuffent
fort bons Poëtes ; plufieurs de
ces Prelats, ont comme Mr l'Evêque de Nifmes, compofé des
Hiftoires , des Oraiſons funebres & des Sermons qu'ils ont
laiffez àla pofterité. Il a fait l'hiftoire du Cardinal Commendon , qui eft écrite avec une
grande pureté de langage; celle
de l'Empereur Theodofe qu'il
a faite par ordre du Roy pour
l'inftruction de Monfeigneur
le Dauphin, & la Vie du Cardinal Ximenés que les EfpaMars 1710. Ꮮ
122 MERCURE
gnols ont Traduite en leur
Langue. Tous ces Ouvrages
font des temoignages authen
tiques & éternels de fa grande
habileté dans l'Art de bien
écrire & de bien parler ; mais
fes Oraifons funebres l'ont
immortalifé en immortalifant
ceux pour qui elles ont efté
faites. La Morale de JefusChriſt , y regne par tout ; ainfi
au lieu que la plupart des
Oraifons funebres n'ont fou .
vent cfté que des Eloges de
ceux pour qui elles ont efté
compofées, les fiennes ont toujours confondu la vanité du
GALANT 123
fiecle & fait triompher en mêmetemps l'humilité chreſtienne, & elles ont toûjours eſté
des Chef d'œuvres d'une Eloquence qui a toujours tout rapporté à Dieu , & qui n'a rien
eu de profane. Comme on n'a
pû les entendre fans tranſport,
on ne peut les lire fans en eftre
touché. Ainfi elles n'édifient
pas moins qu'elles furprennent , & ceux qui aiment les
vertus chreftiennes ,font charmezde les voir triompher dans
des Difcours où l'on n'a fouvent vû regner que les vertus
civiles & morales , politiques
ou guerrieres.
124 MERCURE
Quant à fes Sermons , foit
qu'il y ait fait des Eloges des
Saints , foit qu'il y ait inſtruit
familierement les peuples , ou
qu'il y ait parlé d'une maniere
plus relevée aux Teftes couronnées , onen a toujours efté
également charmé. On les a
toûjours admirez quand même on les a vûs dépoüillez de
l'action qui les animoit fi noblement. Comme il eftoit extrêmement verfé dans l'Ecriture , &inftruit à fond dans la
connoiffance des Peres , on n'y
trouvoit point de ces idées
communes &vagues qui n'ont
GALANT 125.
rien que de general , qui ne
tombent fur perfonne en particulier , & que perfonne ne
s'applique , ny de ces détails
dangereux qui fervent plutoft
àapprendre les intrigues du peché qu'à convertir le pecheur.
Mais ony voit des Dogmes qui
n'inftruifent que pour éclairer
& pour confondre ; une Morale qui ne plaift que pour toucher , & par tout dequoy raffafier les ames d'une agreable &
folide nourriture. Ony voit une
Morale qui n'eft ny lâche ny
fevere; des portraits des mœurs
de ce fiecle peints au naturel, &
Liij
126 MERCURE
formez fur la parfaite connoif.
fance qu'il avoit du cœur humain , & fur l'ufage du grand
monde.
Tous fes travaux extraordinaires , & tout le temps qu'il a
donné à l'étude du Cabinet ,
ne luy ont jamais empêché un
moment de fe confacrer au
bien de fon Diocefe. Il écoutoit tout le monde avec bonté ; il foûtenoit les interefts des
Pauvres avec žele , & fon exactitude eftoit grande à remplir
toutes les fonctions de la Prelature. Les dernieres qu'il a
faites ont efté non-feulement
GALANT 127
le charme de tout fon Diocefe;
mais auffi de toute l'Europe.
Ce font les deux Lettres Pattorales qu'il a faites pendant le
fort de la calamité publique.
Elles furent trouvées li rem
plies d'onction , &fi confolantes que les plus malheureux
aprés les avoir vûës, fouffroient
avec patience , & ſe faifoient
un plaifir de leur malheur. Jamais ouvrage n'a plus touché
les cœurs , & quoy que l'Evê.
que parlaft , il fembloit que
F'on n'entendoit parler que l'Ecriture. Ces Lettres ont elté
imprimées dans toutes les ProLiiij
128 MERCURE
vinces du Royaume , & il et
peu de Peres de familles qui ne
les confervent.
La mort a auffi enlevé M de
Longueval , fœur de MⓇ de la
Ferté Senecterre. Elle fut nommée Prieure de Noftre Dame
de Bon- fecours , Ordre de S.
Benoit au mois de Janvier
1705. par Monfieur l'Archevêque de Paris. Sa douceur &
fon exactitude à obferver toutes les Regles de fon Ordre la
font extrêmement regretter
de ſes Religieufes , & elles font
penetrées de la douleur
mort leur a caufée.
que fa
GALANT 129
e
Dame N..... Alleman de
Montmartin , veuve de Mre
N.... de Cinfrans de Vauferre , eft morte dans les Terres.
Elle eftoit fœur de Mr l'Evêque de Grenoble , & fille de
Gafpard 4 du nom , Seigneur
de Montmartin, Gafpard Alleman-Montmartin fon grand
pere époufa Jeanne de Loras ,
fille d'Abel de Loras , Chevalier de l'Ordre du Roy, & de
Marguerite du Pré. Il eftoit
frere de Madeleine Alleman
mariée à Claude du Fenoil ,
d'une Maiſon tres ancienne du
"
Lyonnois. Mr de Champier ,
130 MERCUR E
( Claude Alleman ) oncle de la
Dame qui vient de mourir , a
laiffé des enfans , fçavoir , Mr
le Marquis de Champier, Mr
l'Abbé de Champier Chanoine & grand Vicaire de Grenoble & feuë MⓇ la Marquife de
Belmont. Gafpard Alleman ,
fecond fils de Falque Alleman
Seigneur de la Roche Chenard
& de Françoiſe de Saint Pricft
forma la branche de Montmartin en 1556. Antoine Alleman fut Evêque de Cahors
dans le quinziéme fiecle ; Antoine fon frere en fut Archidiacre , & Charles Chanoine
GALANT IZE
de Gap & non Evêque , commel'ont cru quelques Auteurs..
Boniface Alleman fut Comte
de Lyon dans le quinzième fieclc. Laurent Alleman fur Evê
que de Grenoble fur la fin du
même fiecle. Il eut une fœur
mariée dans la Maifon du Terrail ; d'où vint Pierre troifiéme:
du nom , Seigneur du Terrail ,
dit le Chevalier Bayard , & fils
d'Aymon du Terrail. La Maifon des Alleman a formé jufqu'à vingt branches differentes , & c'eft une de ces branches qui a donné un celebre
Evêque à l'Eglife de Cahors..
132 MERCURE
Guichenon la fait defcendre
d'un Raoul Alleman , Prince
de Foucigny , qui vivoit en
1125. d'autres la font defcendre d'un Allemandus de Vrifiaco. M de Vauferre laiffe des
enfans. Il y en a un Chanoine
de S. Mauris de Vienne , &un
beau-frere qui en eſt Chantre.
Ils ont fuccedé l'un & l'autre
à Mr l'Evêque de Grenoble.
La Maiſon de feu M' de Vauferre, beau-frere de M' l'Evêque de Grenoble , eft tres- ancienne. Sufanne de Beaumont
de la Maifon du fameux Baron
des Adrets, eftant veuve du Ba-
GALANT 133
ron de Tarnavas de Piémont ,
époufa Cefar de Vauferre
dont les enfans prirent la qualité de Barons des Adrets ; & le
diftinguerent longtemps dans
la Profeffion des Armes.
Mc la Comteffe de Vauferre
qui vient de mourir avoit eſté
une des plus belles perfonnes
de fon temps ; elle eftoit fœur
de M' le Comte de Montmartin Lieutenant de Royde Dauphiné au département de Vienne; qui a épousé une fille de
Mrle Marquis de Puyfieux , &
qui avoit épousé en premieres
nôces Mlle de Seve , niece de
134 MERCURE
M' l'Evêque d'Arras , & fille
de feu Mr de Seve premier
Prefident du Parlement de
Mets , & Intendant de la Generalité des trois Evêchez
Mets, Toul & Verdun.
La Soeur Marie Therefe du
Saint Efprit la plus ancienne
Religieufe du Convent des
Carmelites de Lyon , y cft
morte âgée de 68. ans , & de
53. ans de Religion. Elle a
efté pendant fix ans Sou Prieure de cette Maiſon & longtemps Maitreffe des Novices ;
elle avoit le don d'Oraiſon
d'une maniere tout à fait fin-
MERCURE 135
guliere ; & elle eftoit dans une
grande réputation dans tout
fon Ordre. Elle s'eftoit fait
une fi grande habitude de la
pratique de l'humilité qu'elle
eftoit devenue comme infenfible à tout ce qui fatte les fens ;
c'eft à dire qu'elle n'écoutoit
plusla nature : on a remarqué
qu'elle a demeuré 33 .
fans fe chauffer , & elle jeûnoit
quelques jours de chaque
femaine , au pain & à l'cau.
Elle avoit perdu la vûë depuis
plufieurs années , & elle foutenoit une pareille affliction avec
une vertu & une patience qui
ans
136 MERCURE
édifioient depuis long- temps
fa Communauté. Elle renouvella quelque temps avant que
demourir ,fa Profeffion , c'eftà- dire,au bout des so ans ; dés
qu'elle eut fait cette Ceremonie , elle dit à toute la Communauté qu'elle ne tenoit plus à la
terre , qu'elle s'y regardoit comme
n'y eftantplus, & elle ne penfoit
plus qu'à l'Eternité ou tendoient tous fes defirs. Il fembloit que Dieu luyavoit donné
quelque lumiere fur letemps de
fa mott, car plus il approchoit
plus fa ferveur redoubloit
& elle ne ceffoit point de dire
GALANT 137
qu'elle touchoit à ſon terme &
que fa carriere alloit finir. Cette
Sainte Religieufe , eftoit de
Lyon , & fille de feu M' de
Chapuis , ancien Echevin de la
même Ville. Ce nom-là eft
fort confiderable à Lyon , où
il y a plufieurs Maiſons qui le
portent.
La mort dont je vais vous
parler , a cauſé un fi grand
mouvement qu'elle me donne
lieu de vous entretenir d'un
grand nombre de familles de
la plus haute diftinction , &
vous ferezfurpriſe d'apprendre
que les Comtes de Saint Jean
Mars 1710. M
138 MERCURE
de Lyon, ont vû leur Chapttre compofé de foixante &
quatorze fils de Rois.
Mre N....de Chaſteauneuf,
Chanoine de l'Eglife & Comte
de Lyon , & Chamarrier de la
même Eglife , cft mort âgé
d'environ 65. ans. Il eftoit oncle de Mr l'Evêque de Noyon,
& frere de Mr le Marquis de
Rochebonne , Commandant
dans le Lyonnois , Foréz &
Baujollois , & ci- devant Meſtre
de Camp dans le Regiment de
la Reine. Ce Comte eftoit oncle de feu Mr le Marquis de
Rochebonne , Commandant.
GALANT 139
).
le Regiment de Villeroy , &
qui fut tué à la Bataille de Malplaquet l'année derniere , &de
Mr l'Abbé de Rochebonne ,
Comte de Lyon , ci - devant
Chantre de la même Eglife , &
à prefent Chamarrier à la place de fon oncle. La dignité de
Chantre qui eft la quatrième de
l'Eglife ( celle de Chamarrier
n'eftant que la cinquième, mais
d'un plus grand revenu ) a efté
donnée à Mrle Comte de Sarron, & la place que ce mouvement a fait vacquer a eſté don
née à Mr l'Abbé de Lugny
de l'illuftre Maifon de Levy , &
Mij
140 MERCURE
petit-neveu de Mr l'Archevêque de Lyon; Mcla Marquife
de Lugny, mere du nouveau
Comte , cftant fœur de Mr le
Comte de Saint- Georges Précenteur de cette Eglife , &niece de Mr l'Archevêque. La
Maifon de Chaſteauneuf eſt
tres ancienne & tres- illuftrée ;
en voicy quelques preuves.
Agnés de Chateauneuf , fille
de Bernard de Chafteauneuf,
& d'une fille de la Maifon de
Clermont , époufa fur la fin du
quatorziéme fiecle Guigues Alleman , Seigneur d'Uriage ; on
difoit autrefois que la Maiſon
GALANT 141
des Alleman venoit des Souverains de Foucigny. Pierre de
Chafteauneuf, ayeul de celuy
qui donne lieu à cet Article ,
eftoit Chevalier de l'Ordre du
Roy, Capitaine de cinquante
hommes d'Armes , Sénéchal
du Puy & Bailly de Velay. Il
époufa Huguette d'Oin de la
Maifon de Feugeres, heritiere
univerfelle de Claude de Feugeres fonpere , &de Jacqueline de Montdor , fille de Zacha-
> rie Seigneur de Chamboſt , &
de Louiſe de la Liegue. Mr de
Chafteauneufn'eut point d'enfans de cette Dame , mais il en
142 MERCURE
fut heritier , c'eft pourquoy le
pere de celuy qui vient de mourir portoit la qualité de Marquis d'Oin , & un de fes freres
Comte de Lyon & Chantre de
la même Eglife , Comte de
Chamboft ; celuy - cy fut un
de ceux de fon temps qui
curent le plus de part en la
confiance de Mr de Villeroy
Archevefque de Lyon. Mr
de Chasteauneuf fon pere fut
pendant toute fa vie , fore
attaché à Mr d'Alincourt pere
de ce Prelat. Ifabeau de Talaru petite- niece du Cardinal de
ce nom , Archevêque de Lyon,
GALANT 143
époufa dans le quinziéme fieele Antoine de Chafteauneuf,
Seigneur de Ligniec en Foréz.
Elle eftoit fœur de Guillaume
de Talaru , Chanoine &Chantre & enfuite Archidiacre de
Lyon , & fille d'Antoine de
Talaru & d'Alix d'Albon
de la Maifon du Maréchal
de Saint André , & elle eftoit
niece d'Amé de Talaru Chanoine & enfuite Archevêque
aprés fon oncle le Cardinal.
Dans le quinziéme fiecle les.
Maifons de Talaru , & de
Chateauneuf, renouvellerent
leurs alliances par le Mariage
THE LAD
144 MERCURE
ге
de M Antoine de Chateauneuf Chevalier Seigneur de
Rochebonne avec Ifabelle
de Talaru
fille de Jean de
Talaru
qui forma
la branche
de Chalmazel
, & de Catherine
de la Tour d'Auvergne
, fille
d'Annet
de la Tour Seigneur
d'Oliergues
& de Beatrix
de
Chalençon
, c'est par là que
M de Rochebonne
font
alliez à M de Bouillon
& de
Polignac
; en 1521.
Claude
de Chateauneuf
Seigneur
de
Rochebonne
, époufa
Cathe
rine de Talaru
fille de Gaſpard
Seigneur
de Chalmazel
& de
Marguerite
rs
GALANT 145
Marguerite Raulin veuve de
Philibert de Grolée Baron de
Senefcey. Cette Dame eftoit
niéce du Cardinal Raulin , &
fa mere eftoit de la Maiſon de
Levi-coufan. Enfin un peu
aprés le milieu du penultiéme
fiecle Dame Anne le Long ,
fille de Pierre Seigneur de
Chenillac , & d'Anne Barton
des Vicomtes de Montbas
& veuvede François de Talaru
Seigneur de Chalmazel , qui
fut tué au Siége de la Rochelle
en 1573. épousa en ſecondes
nôces Pierre de Chafteauneuf
Mars 1710. N
146 MERCURE
re
Chevalier Seigneur de Rochebonne Capitaine de 50. hom
mes d'armes , alors veuf d'Huguette d'Oin dont j'ay parlé
& elle en cutle Marquis d'Oin ,
pere de celuy qui vient de
mourir & pere de M Jean de
Rochebonne Chevalier de
Saint Lazare en 1668. A toutes ces illuftres alliances Mude
$ Chafteauneuf , joignoit celles de Cruffol , d'Uzés , & de
Grignan , Malla Marquife de
Rochebonne d'aujourd'huy
mere de M'Evêque de
Noyon , eftant foeur de M
de Comte de Grignan Cheva-
GALANT 147
lier des Ordres du Roy , &
-fond Lieutenant General en
Provence, 210 , amma DePa
bhu M'de Comte de Sarron
3 qui aeu la dignité de Chantre
vacantepar le mouvement qu'a
caufé la mort de M de Chaf
⚫teauneufe, eft d'une naiffance
rres Aqualifiée comme vous
allez voir. André de Sarron,
Seigneur des Forges , époufa
5 dans l'année 1535. Charlotte
d'Amanzé fille den François
d'Amanzé , & de Catherine
de Semur , d'une illuftre Maifon deBourgogne. Philippine
der Sarron , fille d'Antoine
Nij
148 MERCURE
or d'Efpinay
2 & Ide
Catherine
de Sivricu époufa
Euftache
Arod , un des ayeux
de M.l'Abbé
de Saint Rob
main Ambaſſadeur
à Munſter
lots duTraité de Paix. Jean de
Sarron
Chevalier
Seigneur
des
Forges
en Beaujollois , Lieute
nant de la Compagnie
d'Or
donnance
de M le Marquis
d'Halincourt
grand
pere de
Mle Maréchal
de Villeroy
,
époufa
labeau
de Rebé fille
d'Eftienne
de Rebésin
& Ade
Françoile
de Chabeu
; &
veuve de M le Baron de Vaux.
Cette Dame
elloit niéce de
GALANT 149
fou Mr de RebéCommandeur
des Ordres du Roy , & Archos
vêque de Narbonne. Charlotte
de Sarcon épousa dans le pe
multiéme fiecle Claude de
Salemardyd'ou vint Jaqueline
de Salemard époufe de Louis
de Thelis , un des ayeux de
Ml'Abbéde Valorges ; enfin
Philippine de Sarron fille de
Guillaume de Sarron , &
d'Yolande de Gletteins époufa
Eftienne de Varennes , d'une
illuftre Maifon du Lyonnois ,
fille du Seigneur de Cendars ,
&deDauphine Arod. Mrle
Comte de Sarron, à un frere
N iij
150 MARCURE
cader à Saint Jean nommé
Mr le Comte des Forges La
dignité de Chantre attefte
poffedée par de grands hom
mes & fur tout par Amé de
Talaru Grand Canonifte &
qui eftant Député de l'Eglife
de Lyon , au Concile de Conf
tance , fut élu pendant fon
ábfence Archevêque de la
même Eglife.
Mr l'Abbé de Lugny qui
a2 eu le Comté vacant par cette mort, eſt de l'illuftre Maifon de Levi. Il eft allié à la
Maiſon d'Agoult & à celle de
Crequy à caufe de Blanche •
GALANY 351
Y
deLevi , fille de Gilbert de Le
vi & de Jacqueline Dumas, qui
époula Louis d'Agoult , Seis
gneur de Montauban fils de
Claude d'Agoult & de Louiſe
d'Agoult , fa coufine ; Marguerite de Levi , fille d'Euftache ,
Chevalier Seigneur de Quaylus , Ville-neuve , la Perriere ,
& d'Alix Dame de Coufan ,
épouſa en 1471. Guillaume
d'Albon , Seigneur de S. Forgeux , & des ayeux du Maréchal de Saint André. Louife de
Levi , fille de Jean Seigneur de
Coulan & de Loüife de Breffoles , d'une illuftre Maiſon
Niiij
152 MERURE
d'Auvergne & de Bourgogne
dont Mrs de Breffolles Previcu
font premiers Barons ,
époufa
en premieres nôces Annet de
Talaru Seigneur de Chalmazel, & en fecondes noces Guil
laume de Talaru fon coufine
Seigneur de la Grange ; du pre
mier lit elle eut unefille quien- i
tra dansla Maifon de Montaynard de Marcieux en Dauphiné.
Louife de Levi époufa Amé
de Talaru vers la fin du quint
ziéme fiecle .
Antoine de Levi
Seigneur de Vauvert , avoit
époufé Louife de Tournon ,
fille d'Odon de Tournon , Seis
GALANT 153
vyls
gneur de Beauchaftel & d'Anne de Corgenon. Odon eſtoit
grand oncle du celebre Cardinal de Tournon Archevêquer
de Lyon. Enfin Jacques de Levy Seigneur de Chafteaumorand époufa Louiſe de Tournon, Tœur du Cardinal , &petite niece d'Odon , dont je
viens deparler. Nos Rois font
Chanoines d'honneur de l'E2
glife de Lyon ; Charles VII.
le reconnut dans une Charte
accordée à cette Eglife. , ..
In illud confortium , dit- il , en
parlant de ce Chapitre, cui ratione Delphinatus & Ducatus.
154 MERCURE
Biturienfis adfcriptifumus. C'elt
donc comme Dauphins de
Viennois & Ducs de Berryque
les Rois de France ont la qua
fité de Chanoines d'honneur
de cette Eglife. Les Ducs de
Bourgogne l'eftoient detemps
immemorial , & les Dauphins
de Viennoiss eurent la même
qualité en 1228. &enfuite elle
fut accordée aux Ducsde Ber
ry. Derubis dit qu'en 1245;
ce Chapitre eftoit compofé de
74 fils de Rois.
I
DameCharlotte Madeleine
de Blaignac eft morte à Tou
loufe âgée de 40. ans, elle eftoit
GALANT 155
Alle de Mre Charles Dumont ,
Seigneur & Baron de Blaignac ,
Commiffaire & Infpecteur ge
neral de la Marine , GrandMaistre des Eaux & Forefts au
Département de Guyenne
homme d'un grand merite ; il
s'établit à Touloufe & époufa
Dame Marguerite de Voifins ,
defcendue des anciensComtes
do Touloufe ; il maria fa fille
avec Mre Jofeph de Gargas
Seigneur de Montrave & Remonville ,d'une des plus illuf
tres Maifons de Touloufe, qui
audonnénance Parlement un
tres-grand nombre de Magif
156 MERCURE
trats depuis fa creation . Elle
a cu de ce mariage deux gato
çons qui promettent tout ce
que l'on peut attendre des
perfonnes de cette naiffance.
On peut dire avec juftice que
cette Dame eftoit d'un me
rite qui fe faifoit diftinguer
entre les perfonnes de fon
fexe , & que la nature en avoit
formé un ouvrage parfait
Auffi eft elle generalement
regrettée de tous ceux qui
l'ont connue. Il ne reste plus
de cette famille que¡ Mre
Gabriel Dumont , Seigneur &
Baron de Blaignac fon frere
GALANT 159
ancien Officier de la Marine,
où il a fervi vingt- cinq ans , &
s'eft fort diftingué dans toures les occafions où il s'eft
trouvé. Il s'eft retiré depuis
quatre ans ; il a épousé AnneMarguerite de Befançon d'une des plus illuftres Maifons
de Paris , qui a donné à ce Par
lement un grand nombre de
Magiftrats depuis qu'il a efté
rendu fedentaire ; un Evêque
à fon Eglife , un Archevêque à
celle de Reims , &.aux Armées
plufieurs Lieutenans generaux,
& alliée aux meilleures Maifons du Royaume, Leur fepul-
158 MERCURE
turc eft auk Cordeliers dans la
Chapelle que fonda Hugues
de Befançon , Confeiller au
Parlement en 131420Mrsude
Bullion y ont leur fepulture à
caufe des alliances qu'ils cont
contractéesavec cette Maifon,
La famille de Mr Dumont eft
originaire de Bourgogne , où
clle eft alliée à la plus grande
partic des perfonnes du premier rang. Elle paffa il y a environ cent cinquante ans dans
de Pays du Maine , où elle prit
alliance avec la Maifon de
Beaumanoir , & avec d'autres
perfonnes de diftinction , &
#GALANT 159
elle eft à prefent fedentaire à
Toulouſe. Ceux de cette Maifon fervent de pere en fils depuis plus de 400. an
la mort de Mr Fléchier Evêque
de Nifmes ,
feulement pour
vous l'annoncer & vous mar
quer que je vous en parlerois
>
118 MERCURE
plus amplement. Je tiens ma
parole ; mais je ne vous en
apprendray rien qui ne fort
beaucoup au - deffous de ce
qu'on pourroit dire d'un Prelat fi generalement eftimé.
Vous fçavez que l'efprit de
Mr Fléchier a brillé de fi bonne heure par des ouvrages de
toutes les fortes de caracteres
qui font diftinguer l'esprit des
hommes , que Mrs de l'Academie Françoife curent à peine
connu l'étendue de fon vafte
genic , & remarqué la pureté
de la Langue qui fe trouvoit
dans tous les ouvragés ?, qu'il
GALANT 119
fut choisi pour eftre un des.
Membres de ce fçavant Corps;
il n'eftoit pas encore élevé à
l'Epifcopat. Quand il s'eſt agi
de parler en Orateur , jamais
perfonne n'a porté plus loin
que luy l'Art Oratoire , & lors
qu'il s'eft agi de Vers , ceux
qu'il a faits ont toûjours paru
juftes & de fi bon gouft qu'
ils ont efté generalement eftimez. Auffia- t- il toûjours paffé
pour un homme univerfel. On
a toûjours remarqué dans fa
Profe , unparfait caractere d'éloquence , & formé fur les
meilleurs modeles des anciens
120 MERCURE
Romains quand il a parlé leur
Langue , & la même choſe a
paru lorfqu'il a parlé la noſtre.
Il a fait des Odes , & des Poëmes qui ont fait beaucoup
d'honneur à la France , & en
cela , il a imité les grands Prelats des premiers ficcles de l'Eglife , qui fregardoient cette
maniere d'écrire en Vers ,
des fujets utiles ou chretiens ,
& entr'autres Saint Paulin
Saint Profper , & Saint Gregoire de Nazianze , non comme un vain amuſement ; mais
comme une fainte & loüable
occupation , &ces grands Evêfur
ques
GALANT 12T
laiffoient
ques des premiers temps ne
pas d'eftre fort bons
Orateurs , quoy qu'ils fuffent
fort bons Poëtes ; plufieurs de
ces Prelats, ont comme Mr l'Evêque de Nifmes, compofé des
Hiftoires , des Oraiſons funebres & des Sermons qu'ils ont
laiffez àla pofterité. Il a fait l'hiftoire du Cardinal Commendon , qui eft écrite avec une
grande pureté de langage; celle
de l'Empereur Theodofe qu'il
a faite par ordre du Roy pour
l'inftruction de Monfeigneur
le Dauphin, & la Vie du Cardinal Ximenés que les EfpaMars 1710. Ꮮ
122 MERCURE
gnols ont Traduite en leur
Langue. Tous ces Ouvrages
font des temoignages authen
tiques & éternels de fa grande
habileté dans l'Art de bien
écrire & de bien parler ; mais
fes Oraifons funebres l'ont
immortalifé en immortalifant
ceux pour qui elles ont efté
faites. La Morale de JefusChriſt , y regne par tout ; ainfi
au lieu que la plupart des
Oraifons funebres n'ont fou .
vent cfté que des Eloges de
ceux pour qui elles ont efté
compofées, les fiennes ont toujours confondu la vanité du
GALANT 123
fiecle & fait triompher en mêmetemps l'humilité chreſtienne, & elles ont toûjours eſté
des Chef d'œuvres d'une Eloquence qui a toujours tout rapporté à Dieu , & qui n'a rien
eu de profane. Comme on n'a
pû les entendre fans tranſport,
on ne peut les lire fans en eftre
touché. Ainfi elles n'édifient
pas moins qu'elles furprennent , & ceux qui aiment les
vertus chreftiennes ,font charmezde les voir triompher dans
des Difcours où l'on n'a fouvent vû regner que les vertus
civiles & morales , politiques
ou guerrieres.
124 MERCURE
Quant à fes Sermons , foit
qu'il y ait fait des Eloges des
Saints , foit qu'il y ait inſtruit
familierement les peuples , ou
qu'il y ait parlé d'une maniere
plus relevée aux Teftes couronnées , onen a toujours efté
également charmé. On les a
toûjours admirez quand même on les a vûs dépoüillez de
l'action qui les animoit fi noblement. Comme il eftoit extrêmement verfé dans l'Ecriture , &inftruit à fond dans la
connoiffance des Peres , on n'y
trouvoit point de ces idées
communes &vagues qui n'ont
GALANT 125.
rien que de general , qui ne
tombent fur perfonne en particulier , & que perfonne ne
s'applique , ny de ces détails
dangereux qui fervent plutoft
àapprendre les intrigues du peché qu'à convertir le pecheur.
Mais ony voit des Dogmes qui
n'inftruifent que pour éclairer
& pour confondre ; une Morale qui ne plaift que pour toucher , & par tout dequoy raffafier les ames d'une agreable &
folide nourriture. Ony voit une
Morale qui n'eft ny lâche ny
fevere; des portraits des mœurs
de ce fiecle peints au naturel, &
Liij
126 MERCURE
formez fur la parfaite connoif.
fance qu'il avoit du cœur humain , & fur l'ufage du grand
monde.
Tous fes travaux extraordinaires , & tout le temps qu'il a
donné à l'étude du Cabinet ,
ne luy ont jamais empêché un
moment de fe confacrer au
bien de fon Diocefe. Il écoutoit tout le monde avec bonté ; il foûtenoit les interefts des
Pauvres avec žele , & fon exactitude eftoit grande à remplir
toutes les fonctions de la Prelature. Les dernieres qu'il a
faites ont efté non-feulement
GALANT 127
le charme de tout fon Diocefe;
mais auffi de toute l'Europe.
Ce font les deux Lettres Pattorales qu'il a faites pendant le
fort de la calamité publique.
Elles furent trouvées li rem
plies d'onction , &fi confolantes que les plus malheureux
aprés les avoir vûës, fouffroient
avec patience , & ſe faifoient
un plaifir de leur malheur. Jamais ouvrage n'a plus touché
les cœurs , & quoy que l'Evê.
que parlaft , il fembloit que
F'on n'entendoit parler que l'Ecriture. Ces Lettres ont elté
imprimées dans toutes les ProLiiij
128 MERCURE
vinces du Royaume , & il et
peu de Peres de familles qui ne
les confervent.
La mort a auffi enlevé M de
Longueval , fœur de MⓇ de la
Ferté Senecterre. Elle fut nommée Prieure de Noftre Dame
de Bon- fecours , Ordre de S.
Benoit au mois de Janvier
1705. par Monfieur l'Archevêque de Paris. Sa douceur &
fon exactitude à obferver toutes les Regles de fon Ordre la
font extrêmement regretter
de ſes Religieufes , & elles font
penetrées de la douleur
mort leur a caufée.
que fa
GALANT 129
e
Dame N..... Alleman de
Montmartin , veuve de Mre
N.... de Cinfrans de Vauferre , eft morte dans les Terres.
Elle eftoit fœur de Mr l'Evêque de Grenoble , & fille de
Gafpard 4 du nom , Seigneur
de Montmartin, Gafpard Alleman-Montmartin fon grand
pere époufa Jeanne de Loras ,
fille d'Abel de Loras , Chevalier de l'Ordre du Roy, & de
Marguerite du Pré. Il eftoit
frere de Madeleine Alleman
mariée à Claude du Fenoil ,
d'une Maiſon tres ancienne du
"
Lyonnois. Mr de Champier ,
130 MERCUR E
( Claude Alleman ) oncle de la
Dame qui vient de mourir , a
laiffé des enfans , fçavoir , Mr
le Marquis de Champier, Mr
l'Abbé de Champier Chanoine & grand Vicaire de Grenoble & feuë MⓇ la Marquife de
Belmont. Gafpard Alleman ,
fecond fils de Falque Alleman
Seigneur de la Roche Chenard
& de Françoiſe de Saint Pricft
forma la branche de Montmartin en 1556. Antoine Alleman fut Evêque de Cahors
dans le quinziéme fiecle ; Antoine fon frere en fut Archidiacre , & Charles Chanoine
GALANT IZE
de Gap & non Evêque , commel'ont cru quelques Auteurs..
Boniface Alleman fut Comte
de Lyon dans le quinzième fieclc. Laurent Alleman fur Evê
que de Grenoble fur la fin du
même fiecle. Il eut une fœur
mariée dans la Maifon du Terrail ; d'où vint Pierre troifiéme:
du nom , Seigneur du Terrail ,
dit le Chevalier Bayard , & fils
d'Aymon du Terrail. La Maifon des Alleman a formé jufqu'à vingt branches differentes , & c'eft une de ces branches qui a donné un celebre
Evêque à l'Eglife de Cahors..
132 MERCURE
Guichenon la fait defcendre
d'un Raoul Alleman , Prince
de Foucigny , qui vivoit en
1125. d'autres la font defcendre d'un Allemandus de Vrifiaco. M de Vauferre laiffe des
enfans. Il y en a un Chanoine
de S. Mauris de Vienne , &un
beau-frere qui en eſt Chantre.
Ils ont fuccedé l'un & l'autre
à Mr l'Evêque de Grenoble.
La Maiſon de feu M' de Vauferre, beau-frere de M' l'Evêque de Grenoble , eft tres- ancienne. Sufanne de Beaumont
de la Maifon du fameux Baron
des Adrets, eftant veuve du Ba-
GALANT 133
ron de Tarnavas de Piémont ,
époufa Cefar de Vauferre
dont les enfans prirent la qualité de Barons des Adrets ; & le
diftinguerent longtemps dans
la Profeffion des Armes.
Mc la Comteffe de Vauferre
qui vient de mourir avoit eſté
une des plus belles perfonnes
de fon temps ; elle eftoit fœur
de M' le Comte de Montmartin Lieutenant de Royde Dauphiné au département de Vienne; qui a épousé une fille de
Mrle Marquis de Puyfieux , &
qui avoit épousé en premieres
nôces Mlle de Seve , niece de
134 MERCURE
M' l'Evêque d'Arras , & fille
de feu Mr de Seve premier
Prefident du Parlement de
Mets , & Intendant de la Generalité des trois Evêchez
Mets, Toul & Verdun.
La Soeur Marie Therefe du
Saint Efprit la plus ancienne
Religieufe du Convent des
Carmelites de Lyon , y cft
morte âgée de 68. ans , & de
53. ans de Religion. Elle a
efté pendant fix ans Sou Prieure de cette Maiſon & longtemps Maitreffe des Novices ;
elle avoit le don d'Oraiſon
d'une maniere tout à fait fin-
MERCURE 135
guliere ; & elle eftoit dans une
grande réputation dans tout
fon Ordre. Elle s'eftoit fait
une fi grande habitude de la
pratique de l'humilité qu'elle
eftoit devenue comme infenfible à tout ce qui fatte les fens ;
c'eft à dire qu'elle n'écoutoit
plusla nature : on a remarqué
qu'elle a demeuré 33 .
fans fe chauffer , & elle jeûnoit
quelques jours de chaque
femaine , au pain & à l'cau.
Elle avoit perdu la vûë depuis
plufieurs années , & elle foutenoit une pareille affliction avec
une vertu & une patience qui
ans
136 MERCURE
édifioient depuis long- temps
fa Communauté. Elle renouvella quelque temps avant que
demourir ,fa Profeffion , c'eftà- dire,au bout des so ans ; dés
qu'elle eut fait cette Ceremonie , elle dit à toute la Communauté qu'elle ne tenoit plus à la
terre , qu'elle s'y regardoit comme
n'y eftantplus, & elle ne penfoit
plus qu'à l'Eternité ou tendoient tous fes defirs. Il fembloit que Dieu luyavoit donné
quelque lumiere fur letemps de
fa mott, car plus il approchoit
plus fa ferveur redoubloit
& elle ne ceffoit point de dire
GALANT 137
qu'elle touchoit à ſon terme &
que fa carriere alloit finir. Cette
Sainte Religieufe , eftoit de
Lyon , & fille de feu M' de
Chapuis , ancien Echevin de la
même Ville. Ce nom-là eft
fort confiderable à Lyon , où
il y a plufieurs Maiſons qui le
portent.
La mort dont je vais vous
parler , a cauſé un fi grand
mouvement qu'elle me donne
lieu de vous entretenir d'un
grand nombre de familles de
la plus haute diftinction , &
vous ferezfurpriſe d'apprendre
que les Comtes de Saint Jean
Mars 1710. M
138 MERCURE
de Lyon, ont vû leur Chapttre compofé de foixante &
quatorze fils de Rois.
Mre N....de Chaſteauneuf,
Chanoine de l'Eglife & Comte
de Lyon , & Chamarrier de la
même Eglife , cft mort âgé
d'environ 65. ans. Il eftoit oncle de Mr l'Evêque de Noyon,
& frere de Mr le Marquis de
Rochebonne , Commandant
dans le Lyonnois , Foréz &
Baujollois , & ci- devant Meſtre
de Camp dans le Regiment de
la Reine. Ce Comte eftoit oncle de feu Mr le Marquis de
Rochebonne , Commandant.
GALANT 139
).
le Regiment de Villeroy , &
qui fut tué à la Bataille de Malplaquet l'année derniere , &de
Mr l'Abbé de Rochebonne ,
Comte de Lyon , ci - devant
Chantre de la même Eglife , &
à prefent Chamarrier à la place de fon oncle. La dignité de
Chantre qui eft la quatrième de
l'Eglife ( celle de Chamarrier
n'eftant que la cinquième, mais
d'un plus grand revenu ) a efté
donnée à Mrle Comte de Sarron, & la place que ce mouvement a fait vacquer a eſté don
née à Mr l'Abbé de Lugny
de l'illuftre Maifon de Levy , &
Mij
140 MERCURE
petit-neveu de Mr l'Archevêque de Lyon; Mcla Marquife
de Lugny, mere du nouveau
Comte , cftant fœur de Mr le
Comte de Saint- Georges Précenteur de cette Eglife , &niece de Mr l'Archevêque. La
Maifon de Chaſteauneuf eſt
tres ancienne & tres- illuftrée ;
en voicy quelques preuves.
Agnés de Chateauneuf , fille
de Bernard de Chafteauneuf,
& d'une fille de la Maifon de
Clermont , époufa fur la fin du
quatorziéme fiecle Guigues Alleman , Seigneur d'Uriage ; on
difoit autrefois que la Maiſon
GALANT 141
des Alleman venoit des Souverains de Foucigny. Pierre de
Chafteauneuf, ayeul de celuy
qui donne lieu à cet Article ,
eftoit Chevalier de l'Ordre du
Roy, Capitaine de cinquante
hommes d'Armes , Sénéchal
du Puy & Bailly de Velay. Il
époufa Huguette d'Oin de la
Maifon de Feugeres, heritiere
univerfelle de Claude de Feugeres fonpere , &de Jacqueline de Montdor , fille de Zacha-
> rie Seigneur de Chamboſt , &
de Louiſe de la Liegue. Mr de
Chafteauneufn'eut point d'enfans de cette Dame , mais il en
142 MERCURE
fut heritier , c'eft pourquoy le
pere de celuy qui vient de mourir portoit la qualité de Marquis d'Oin , & un de fes freres
Comte de Lyon & Chantre de
la même Eglife , Comte de
Chamboft ; celuy - cy fut un
de ceux de fon temps qui
curent le plus de part en la
confiance de Mr de Villeroy
Archevefque de Lyon. Mr
de Chasteauneuf fon pere fut
pendant toute fa vie , fore
attaché à Mr d'Alincourt pere
de ce Prelat. Ifabeau de Talaru petite- niece du Cardinal de
ce nom , Archevêque de Lyon,
GALANT 143
époufa dans le quinziéme fieele Antoine de Chafteauneuf,
Seigneur de Ligniec en Foréz.
Elle eftoit fœur de Guillaume
de Talaru , Chanoine &Chantre & enfuite Archidiacre de
Lyon , & fille d'Antoine de
Talaru & d'Alix d'Albon
de la Maifon du Maréchal
de Saint André , & elle eftoit
niece d'Amé de Talaru Chanoine & enfuite Archevêque
aprés fon oncle le Cardinal.
Dans le quinziéme fiecle les.
Maifons de Talaru , & de
Chateauneuf, renouvellerent
leurs alliances par le Mariage
THE LAD
144 MERCURE
ге
de M Antoine de Chateauneuf Chevalier Seigneur de
Rochebonne avec Ifabelle
de Talaru
fille de Jean de
Talaru
qui forma
la branche
de Chalmazel
, & de Catherine
de la Tour d'Auvergne
, fille
d'Annet
de la Tour Seigneur
d'Oliergues
& de Beatrix
de
Chalençon
, c'est par là que
M de Rochebonne
font
alliez à M de Bouillon
& de
Polignac
; en 1521.
Claude
de Chateauneuf
Seigneur
de
Rochebonne
, époufa
Cathe
rine de Talaru
fille de Gaſpard
Seigneur
de Chalmazel
& de
Marguerite
rs
GALANT 145
Marguerite Raulin veuve de
Philibert de Grolée Baron de
Senefcey. Cette Dame eftoit
niéce du Cardinal Raulin , &
fa mere eftoit de la Maiſon de
Levi-coufan. Enfin un peu
aprés le milieu du penultiéme
fiecle Dame Anne le Long ,
fille de Pierre Seigneur de
Chenillac , & d'Anne Barton
des Vicomtes de Montbas
& veuvede François de Talaru
Seigneur de Chalmazel , qui
fut tué au Siége de la Rochelle
en 1573. épousa en ſecondes
nôces Pierre de Chafteauneuf
Mars 1710. N
146 MERCURE
re
Chevalier Seigneur de Rochebonne Capitaine de 50. hom
mes d'armes , alors veuf d'Huguette d'Oin dont j'ay parlé
& elle en cutle Marquis d'Oin ,
pere de celuy qui vient de
mourir & pere de M Jean de
Rochebonne Chevalier de
Saint Lazare en 1668. A toutes ces illuftres alliances Mude
$ Chafteauneuf , joignoit celles de Cruffol , d'Uzés , & de
Grignan , Malla Marquife de
Rochebonne d'aujourd'huy
mere de M'Evêque de
Noyon , eftant foeur de M
de Comte de Grignan Cheva-
GALANT 147
lier des Ordres du Roy , &
-fond Lieutenant General en
Provence, 210 , amma DePa
bhu M'de Comte de Sarron
3 qui aeu la dignité de Chantre
vacantepar le mouvement qu'a
caufé la mort de M de Chaf
⚫teauneufe, eft d'une naiffance
rres Aqualifiée comme vous
allez voir. André de Sarron,
Seigneur des Forges , époufa
5 dans l'année 1535. Charlotte
d'Amanzé fille den François
d'Amanzé , & de Catherine
de Semur , d'une illuftre Maifon deBourgogne. Philippine
der Sarron , fille d'Antoine
Nij
148 MERCURE
or d'Efpinay
2 & Ide
Catherine
de Sivricu époufa
Euftache
Arod , un des ayeux
de M.l'Abbé
de Saint Rob
main Ambaſſadeur
à Munſter
lots duTraité de Paix. Jean de
Sarron
Chevalier
Seigneur
des
Forges
en Beaujollois , Lieute
nant de la Compagnie
d'Or
donnance
de M le Marquis
d'Halincourt
grand
pere de
Mle Maréchal
de Villeroy
,
époufa
labeau
de Rebé fille
d'Eftienne
de Rebésin
& Ade
Françoile
de Chabeu
; &
veuve de M le Baron de Vaux.
Cette Dame
elloit niéce de
GALANT 149
fou Mr de RebéCommandeur
des Ordres du Roy , & Archos
vêque de Narbonne. Charlotte
de Sarcon épousa dans le pe
multiéme fiecle Claude de
Salemardyd'ou vint Jaqueline
de Salemard époufe de Louis
de Thelis , un des ayeux de
Ml'Abbéde Valorges ; enfin
Philippine de Sarron fille de
Guillaume de Sarron , &
d'Yolande de Gletteins époufa
Eftienne de Varennes , d'une
illuftre Maifon du Lyonnois ,
fille du Seigneur de Cendars ,
&deDauphine Arod. Mrle
Comte de Sarron, à un frere
N iij
150 MARCURE
cader à Saint Jean nommé
Mr le Comte des Forges La
dignité de Chantre attefte
poffedée par de grands hom
mes & fur tout par Amé de
Talaru Grand Canonifte &
qui eftant Député de l'Eglife
de Lyon , au Concile de Conf
tance , fut élu pendant fon
ábfence Archevêque de la
même Eglife.
Mr l'Abbé de Lugny qui
a2 eu le Comté vacant par cette mort, eſt de l'illuftre Maifon de Levi. Il eft allié à la
Maiſon d'Agoult & à celle de
Crequy à caufe de Blanche •
GALANY 351
Y
deLevi , fille de Gilbert de Le
vi & de Jacqueline Dumas, qui
époula Louis d'Agoult , Seis
gneur de Montauban fils de
Claude d'Agoult & de Louiſe
d'Agoult , fa coufine ; Marguerite de Levi , fille d'Euftache ,
Chevalier Seigneur de Quaylus , Ville-neuve , la Perriere ,
& d'Alix Dame de Coufan ,
épouſa en 1471. Guillaume
d'Albon , Seigneur de S. Forgeux , & des ayeux du Maréchal de Saint André. Louife de
Levi , fille de Jean Seigneur de
Coulan & de Loüife de Breffoles , d'une illuftre Maiſon
Niiij
152 MERURE
d'Auvergne & de Bourgogne
dont Mrs de Breffolles Previcu
font premiers Barons ,
époufa
en premieres nôces Annet de
Talaru Seigneur de Chalmazel, & en fecondes noces Guil
laume de Talaru fon coufine
Seigneur de la Grange ; du pre
mier lit elle eut unefille quien- i
tra dansla Maifon de Montaynard de Marcieux en Dauphiné.
Louife de Levi époufa Amé
de Talaru vers la fin du quint
ziéme fiecle .
Antoine de Levi
Seigneur de Vauvert , avoit
époufé Louife de Tournon ,
fille d'Odon de Tournon , Seis
GALANT 153
vyls
gneur de Beauchaftel & d'Anne de Corgenon. Odon eſtoit
grand oncle du celebre Cardinal de Tournon Archevêquer
de Lyon. Enfin Jacques de Levy Seigneur de Chafteaumorand époufa Louiſe de Tournon, Tœur du Cardinal , &petite niece d'Odon , dont je
viens deparler. Nos Rois font
Chanoines d'honneur de l'E2
glife de Lyon ; Charles VII.
le reconnut dans une Charte
accordée à cette Eglife. , ..
In illud confortium , dit- il , en
parlant de ce Chapitre, cui ratione Delphinatus & Ducatus.
154 MERCURE
Biturienfis adfcriptifumus. C'elt
donc comme Dauphins de
Viennois & Ducs de Berryque
les Rois de France ont la qua
fité de Chanoines d'honneur
de cette Eglife. Les Ducs de
Bourgogne l'eftoient detemps
immemorial , & les Dauphins
de Viennoiss eurent la même
qualité en 1228. &enfuite elle
fut accordée aux Ducsde Ber
ry. Derubis dit qu'en 1245;
ce Chapitre eftoit compofé de
74 fils de Rois.
I
DameCharlotte Madeleine
de Blaignac eft morte à Tou
loufe âgée de 40. ans, elle eftoit
GALANT 155
Alle de Mre Charles Dumont ,
Seigneur & Baron de Blaignac ,
Commiffaire & Infpecteur ge
neral de la Marine , GrandMaistre des Eaux & Forefts au
Département de Guyenne
homme d'un grand merite ; il
s'établit à Touloufe & époufa
Dame Marguerite de Voifins ,
defcendue des anciensComtes
do Touloufe ; il maria fa fille
avec Mre Jofeph de Gargas
Seigneur de Montrave & Remonville ,d'une des plus illuf
tres Maifons de Touloufe, qui
audonnénance Parlement un
tres-grand nombre de Magif
156 MERCURE
trats depuis fa creation . Elle
a cu de ce mariage deux gato
çons qui promettent tout ce
que l'on peut attendre des
perfonnes de cette naiffance.
On peut dire avec juftice que
cette Dame eftoit d'un me
rite qui fe faifoit diftinguer
entre les perfonnes de fon
fexe , & que la nature en avoit
formé un ouvrage parfait
Auffi eft elle generalement
regrettée de tous ceux qui
l'ont connue. Il ne reste plus
de cette famille que¡ Mre
Gabriel Dumont , Seigneur &
Baron de Blaignac fon frere
GALANT 159
ancien Officier de la Marine,
où il a fervi vingt- cinq ans , &
s'eft fort diftingué dans toures les occafions où il s'eft
trouvé. Il s'eft retiré depuis
quatre ans ; il a épousé AnneMarguerite de Befançon d'une des plus illuftres Maifons
de Paris , qui a donné à ce Par
lement un grand nombre de
Magiftrats depuis qu'il a efté
rendu fedentaire ; un Evêque
à fon Eglife , un Archevêque à
celle de Reims , &.aux Armées
plufieurs Lieutenans generaux,
& alliée aux meilleures Maifons du Royaume, Leur fepul-
158 MERCURE
turc eft auk Cordeliers dans la
Chapelle que fonda Hugues
de Befançon , Confeiller au
Parlement en 131420Mrsude
Bullion y ont leur fepulture à
caufe des alliances qu'ils cont
contractéesavec cette Maifon,
La famille de Mr Dumont eft
originaire de Bourgogne , où
clle eft alliée à la plus grande
partic des perfonnes du premier rang. Elle paffa il y a environ cent cinquante ans dans
de Pays du Maine , où elle prit
alliance avec la Maifon de
Beaumanoir , & avec d'autres
perfonnes de diftinction , &
#GALANT 159
elle eft à prefent fedentaire à
Toulouſe. Ceux de cette Maifon fervent de pere en fils depuis plus de 400. an
Fermer
Résumé : Second Article des morts, [titre d'après la table]
Le texte annonce la mort de Monsieur Fléchier, évêque de Nîmes, une nouvelle déjà communiquée au destinataire. Fléchier était reconnu pour son esprit brillant et ses œuvres littéraires variées, incluant l'oratoire et la poésie. Il fut membre de l'Académie française et auteur d'ouvrages historiques et d'oraisons funèbres très appréciés. Ses sermons étaient également célèbres pour leur éloquence et leur profondeur morale. Malgré ses nombreuses activités littéraires, Fléchier resta dévoué au bien de son diocèse, notamment durant une période de calamité publique. Le texte mentionne également le décès de Madame de Longueval, prieure de Notre-Dame de Bon-Secours, et de Madame Alleman de Montmartin, en fournissant des détails sur leurs familles et leurs titres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1790
p. 159-167
Ouverture de l'Assemblée generale du Clergé, faite aux grands Augustins, avec les Ceremonies observées à la Messe du S. Esprit, & un extrait du Sermon prêché le même jour, [titre d'après la table]
Début :
Le Samedy quinziéme de ce mois l'ouverture de l'Assemblée [...]
Mots clefs :
Assemblée générale du Clergé de France, Communauté, Église des grands Augustins, Cérémonie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ouverture de l'Assemblée generale du Clergé, faite aux grands Augustins, avec les Ceremonies observées à la Messe du S. Esprit, & un extrait du Sermon prêché le même jour, [titre d'après la table]
LeSamedy quinziéme de ce
amois l'ouverture de l'Allemblée Generale du Clergé de
France fe fit dans l'Eglife des
Grands Auguftins par la Mef-
>fe folemnelle du faint Efprit ,
chantée par les Religieux du
Convent , & à laquelle Monfieur le Cardinal de Noailles
officia pontificalement en qualité de Prefident de cette augufte Affemblée. LePere Raft,
Prieur du Convent alla le re-
160 MERCURE
ཝཱ ཚིན , ཏི ཡཱ
cevoir à la Porte de l'Eglife à
la tefte de toute fa Communauté , avec la Croix , l'EauBenite , & l'Encens. Tous les
Archevêques & Evêques & les
Abbez qui compofent le fecond Ordre , communierent
de la main de ce Cardinal , avec cette diftinction toutefois , que quand il donnoit la
Communion à un Archevêque ou à un Evêque , il l'embraffoit auparavant & luy
donnoit le baifer de paix à la
joüe , au lieu que les Abbez
communierent à l'ordinaire
ce qu'il y eut encore de fingu-
GALANT 161
L
lier dans cette Ceremonie
&donttout le monde fut tre
édifié, c'eſt qu'aprés s'être tous
embrafiez les uns les autres &
donné le baifer de paix , ils al
ferent tous à la Communion
portant des Ecoles pendantes
& qu'ils en revinrent avec une
modeſtie exemplaire, Mon.
fieur l'Evêque de Langres y
prêcha immediatement aprés
l'Evangile. Il prit pour rexte de
fon difcours ces paroles du
Pleaume 109. Tu es Sacerdos
in æternum. Vous êtes un Prê
tre éternel. Dans fon Exorde ,
il fir voir l'éternitédu Sacerdo
Mars 1710.
2
O
162 MERCURE
ee de Jefus Chrift , qu'il pro
pofa aux Evêques, comme de
vant être unmodele parfait de
leur Etat , & de leur conduite.
H divifa fon Difcours en deux
points , & leur dit dans le premier:Qu'il faloit que la fainteté
de leur vie , répondit à la fublimité de leur Etat. Et dans lefe
cond: Que leurs foins infatiga
bles devoient répondre aux travaux auxfouffrances de ce
divin Sauveur.
Il fit voir dans ces deux
points , comme faint Paul avoit parfaitement imité JeſusChriſt , & pour le prouver , il
"GALANT 163
rapporta les mêmes parolds de
cet Apôtre , quand il fait le
dénombrement destouthce
qu'il a fouffert fur la mer &
fur la terre, des prifons où il
aefté mis chargé de chaînes ,
& generallement de tout ce
qu'il a fair pour foûtenir la
gloire de fon Divin Maiftre.
• Enfuite ayant donné ce grand
Apôtre aux Evêques pour un
Modele fur lequel ils devoient
regler leur vie, il fie un détail
particulier de tout ce qu'ils devoient faire. Enfuite dequoy,
-il parla de la calamité publique, & il les exhorta à fe ferO ij
164 MERCURE
vir pour foulager les pauvres ,
du bien qui leur avoir efte
donné en partiepource fujer
Enfin étant tombé infenfible
ment fur ce quele Clergé de
France fe prepare à donner au
Royby , ilil fe fervit d'un Exemple
fi jufte & qui venoit fià proposp
à fonfujet que toute l'Affemblée l'admira & en fut char
mée. Ce fut de celuy du Royb
David , tiré de l'Ancien Teftan
ment , du fecond Livre des
Rois , où il est écrit , que cen
Prince fe trouvant un jour
dans une preffante faim , il eut
recours au Grand Prêtre Achi
?
GALANT 165
melech, à qui il dit , Si vous
avez quelque chose à manger"
quand ce neferoitque dupain , ou
quoique cefoit, donnez le moy. Le
Grand Prêtre luy répondit :
Je n'aypoint icy de pain pour les
Peuples , autrement pour les Lazz
queso NON HABEO LAICOS
PANES AD MANUM. Je n'ay que
du pain qui eft faint. Et il loy
donna le pain fanctifié qu'il
mangea , quoiqu'il ne fût permis qu'aux Prêtres feuls de le
manger, elaga feve
Le Roy le trouve de mê
me à prefent , dans une préf
fanteneceffité contre les Enne
166 MERCURE
mis de l'Eglife , qui luy font
une injufte guerre. Il a recours
au grand Prêtre , c'eſt à dire
à vous Meffeigneurs qui com
pofez le Clergé de France , &
vous fuivez aujourd'huy Ve
xemple du grand Prêtre Achimelech Vous luy accordez
ce fecours. Puiffe donc ce He
ros Chrêtien faire fervir des
biens que l'Eglife luy vient
offrir ; moins à foûtenir une
guerrejufte, qu'à procurer u
ne Paix folide , afin que les
Peuples éloignez du tumulte de
la guerre puiffent avec plus de
tranquilité écouter vos Inf
GALANT 167
tructions , profiter de vos lumieres , fe former fur vos verrus , & meriter la récompenſe
dans la gloire
amois l'ouverture de l'Allemblée Generale du Clergé de
France fe fit dans l'Eglife des
Grands Auguftins par la Mef-
>fe folemnelle du faint Efprit ,
chantée par les Religieux du
Convent , & à laquelle Monfieur le Cardinal de Noailles
officia pontificalement en qualité de Prefident de cette augufte Affemblée. LePere Raft,
Prieur du Convent alla le re-
160 MERCURE
ཝཱ ཚིན , ཏི ཡཱ
cevoir à la Porte de l'Eglife à
la tefte de toute fa Communauté , avec la Croix , l'EauBenite , & l'Encens. Tous les
Archevêques & Evêques & les
Abbez qui compofent le fecond Ordre , communierent
de la main de ce Cardinal , avec cette diftinction toutefois , que quand il donnoit la
Communion à un Archevêque ou à un Evêque , il l'embraffoit auparavant & luy
donnoit le baifer de paix à la
joüe , au lieu que les Abbez
communierent à l'ordinaire
ce qu'il y eut encore de fingu-
GALANT 161
L
lier dans cette Ceremonie
&donttout le monde fut tre
édifié, c'eſt qu'aprés s'être tous
embrafiez les uns les autres &
donné le baifer de paix , ils al
ferent tous à la Communion
portant des Ecoles pendantes
& qu'ils en revinrent avec une
modeſtie exemplaire, Mon.
fieur l'Evêque de Langres y
prêcha immediatement aprés
l'Evangile. Il prit pour rexte de
fon difcours ces paroles du
Pleaume 109. Tu es Sacerdos
in æternum. Vous êtes un Prê
tre éternel. Dans fon Exorde ,
il fir voir l'éternitédu Sacerdo
Mars 1710.
2
O
162 MERCURE
ee de Jefus Chrift , qu'il pro
pofa aux Evêques, comme de
vant être unmodele parfait de
leur Etat , & de leur conduite.
H divifa fon Difcours en deux
points , & leur dit dans le premier:Qu'il faloit que la fainteté
de leur vie , répondit à la fublimité de leur Etat. Et dans lefe
cond: Que leurs foins infatiga
bles devoient répondre aux travaux auxfouffrances de ce
divin Sauveur.
Il fit voir dans ces deux
points , comme faint Paul avoit parfaitement imité JeſusChriſt , & pour le prouver , il
"GALANT 163
rapporta les mêmes parolds de
cet Apôtre , quand il fait le
dénombrement destouthce
qu'il a fouffert fur la mer &
fur la terre, des prifons où il
aefté mis chargé de chaînes ,
& generallement de tout ce
qu'il a fair pour foûtenir la
gloire de fon Divin Maiftre.
• Enfuite ayant donné ce grand
Apôtre aux Evêques pour un
Modele fur lequel ils devoient
regler leur vie, il fie un détail
particulier de tout ce qu'ils devoient faire. Enfuite dequoy,
-il parla de la calamité publique, & il les exhorta à fe ferO ij
164 MERCURE
vir pour foulager les pauvres ,
du bien qui leur avoir efte
donné en partiepource fujer
Enfin étant tombé infenfible
ment fur ce quele Clergé de
France fe prepare à donner au
Royby , ilil fe fervit d'un Exemple
fi jufte & qui venoit fià proposp
à fonfujet que toute l'Affemblée l'admira & en fut char
mée. Ce fut de celuy du Royb
David , tiré de l'Ancien Teftan
ment , du fecond Livre des
Rois , où il est écrit , que cen
Prince fe trouvant un jour
dans une preffante faim , il eut
recours au Grand Prêtre Achi
?
GALANT 165
melech, à qui il dit , Si vous
avez quelque chose à manger"
quand ce neferoitque dupain , ou
quoique cefoit, donnez le moy. Le
Grand Prêtre luy répondit :
Je n'aypoint icy de pain pour les
Peuples , autrement pour les Lazz
queso NON HABEO LAICOS
PANES AD MANUM. Je n'ay que
du pain qui eft faint. Et il loy
donna le pain fanctifié qu'il
mangea , quoiqu'il ne fût permis qu'aux Prêtres feuls de le
manger, elaga feve
Le Roy le trouve de mê
me à prefent , dans une préf
fanteneceffité contre les Enne
166 MERCURE
mis de l'Eglife , qui luy font
une injufte guerre. Il a recours
au grand Prêtre , c'eſt à dire
à vous Meffeigneurs qui com
pofez le Clergé de France , &
vous fuivez aujourd'huy Ve
xemple du grand Prêtre Achimelech Vous luy accordez
ce fecours. Puiffe donc ce He
ros Chrêtien faire fervir des
biens que l'Eglife luy vient
offrir ; moins à foûtenir une
guerrejufte, qu'à procurer u
ne Paix folide , afin que les
Peuples éloignez du tumulte de
la guerre puiffent avec plus de
tranquilité écouter vos Inf
GALANT 167
tructions , profiter de vos lumieres , fe former fur vos verrus , & meriter la récompenſe
dans la gloire
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Résumé : Ouverture de l'Assemblée generale du Clergé, faite aux grands Augustins, avec les Ceremonies observées à la Messe du S. Esprit, & un extrait du Sermon prêché le même jour, [titre d'après la table]
Le 15 mars 1710, l'Assemblée Générale du Clergé de France a débuté dans l'église des Grands Augustins. La messe solennelle du Saint-Esprit a été célébrée par les religieux du couvent, avec le Cardinal de Noailles en tant que président. Le Père Rast, prieur du couvent, a accueilli le cardinal à l'entrée de l'église avec la croix, l'eau bénite et l'encens. Tous les archevêques, évêques et abbés ont communié de la main du cardinal, qui a embrassé et donné le baiser de paix aux archevêques et évêques. Les abbés ont communié de manière ordinaire. Après avoir échangé le baiser de paix, ils se sont rendus à la communion en portant des écharpes pendantes, revenant avec modestie. L'évêque de Langres a prononcé un discours après l'Évangile, utilisant le texte du Psaume 109, 'Tu es Sacerdos in æternum'. Il a mis en avant l'éternité du sacerdoce de Jésus-Christ comme modèle pour les évêques. Le discours était structuré en deux points : la sainteté de leur vie doit correspondre à la sublimité de leur état, et leurs soins infatigables doivent répondre aux travaux et souffrances du divin Sauveur. L'évêque a également rappelé les souffrances de saint Paul et a exhorté les évêques à se servir pour soulager les pauvres. Il a conclu en comparant le roi à David, qui avait demandé du pain au grand prêtre Achimélech, et a encouragé le clergé à soutenir le roi dans sa guerre contre les ennemis de l'Église. Cet appui visait à procurer une paix solide et à permettre aux peuples de bénéficier des instructions et lumières du clergé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1791
p. 167-179
Feste galante faite à Chasteau Gontier pour la naissance de Monseigneur le Duc d'Anjou, [titre d'après la table]
Début :
Je ne dois pas oublier à vous parler d'une Fête qui a esté faite [...]
Mots clefs :
Fête, Naissance du duc d'Anjou, Château, Feu d'artifice, Danse, Violons
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texteReconnaissance textuelle : Feste galante faite à Chasteau Gontier pour la naissance de Monseigneur le Duc d'Anjou, [titre d'après la table]
Je ne dois pas oublier à vous
parler d'une Fête qui a eſté faite à l'occafion de la naiffance
de Monfeigneur le Duc d'Anjou , & dans laquelle vous
trouverez des particularitez
tres fingulieres , & fur tout la
manière de mettre le feu au
Bucher, qui eft auffi nouvelle
que galante , & qui n'a jamais
cité imaginée par perfonne. Je
paffe au fujer & au détail de
cette Fête amore delibet
168 MERCUR
A peine la nouvelle de la
Naiffance de Monseigneur le
Duc d'Anjou fut-ellerépandue
à Chafteau- Gontier , dans la
Province d'Anjou , que Mr de
Fleurance , Ecuyer de Madame la Ducheffe de Bourgogne,
dont le zele avoit déja paru en
1704.& 1707. à l'occafion de
la Naiffance de Meffeigneurs
les Ducs de Bretagne , forma le deffein de témoigner fa
joye par des rejoüiffances publiques. Il donna le deux de
cemois à Chateau Gontier ,
une Fefte qui a paffé pour une
des plus galantes & une des
micux
GALANT 169
mieux ordonnées qu'on en ait
veu depuis long - temps dans
cette Province. Elle commança à deux heures aprés midy
par une décharge generale
des Canons du Chafteau ; fur
les trois heures toute la Bourgeoifie fous les armes fe rendit fur la grande Place
ayant les Tambours de la
Ville à fa tefte ; cette Bourgeofie compofée de la plus
belle jeuneffe , eftoit partagée
en fix Compagnies de jeunes
hommes des mieux faits &
des mieux vêtus , tous parez
de noeuds d'Epée , avec des
Mars 1710.
P
170 MERCURE
T
Chapeaux bordez & des cocardes de ruban d'or ou d'argent. M Cucillard leur Colo
nel fe mit à leur tefte ; ils allerent tous en tres- bel ordre
prendre M' de Fleurance pour
venir mettre le feu à un gros
bucher orné de feuillages
qu'on avoit preparé par fon
ordre fur la grande Place vis- àvis de fa maifon. Comme
toutes les Dames de la Ville
eftoient affemblées chez luy
cejour- là , il leur défera l'honneur d'allumer le feu , & pour
ne pas mettre de divifion entre
la Nobleffe , & la Robbe , il
GALANT 171
choifit trois filles des principaux Officiers du Prefidial , &
trois filles de Gentilshommes.
Ces fix Demoifelles ayant
choifi chacune un Cavalier
pour leur donner la main marcherent avectous les Hautbois
& les Violons de la Ville
entre deux hayes d'Habitans
fous les armes , jufqu'au lieu
du bucher , où elles reçurent
des mains de leurs Cavaliers
chacune un flambeau allumé
dont elles fe fervirent pour
allumer le feu. M' le Comte
de Brizay cy- devant Chevalier
de Denonville Exempt des
Pij
172 MERCURE
1
}
Gardes , & M de Flechecourt
Ecuyer du Roy, & Capitaine
de Cavaleriendans Tarente ,
s'eftant trouvez fur les lieux
furent invitez à cette réjoüiſfance , où Mr de Fleurance
ayant fait apporter trois fufils,
leur en fit prefenter à chacun
un , afin de partager avec eux
l'honneur de la Fête. Ils tirérent
tous trois enſemble les trois
premiers coups en criant Vive
le Roy. Les fix Compagnies à
qui on avoit diſtribué de la
poudre avec profufion firent
auffi toft leurpremiere décharge avec unpareil cry de Vive
GALANT 173
le Roy ; tous les Cavaliers &
toutes les Dames qui estoient
prefentes danferent un moment autour du Bucher jufqu'à ce qu'il fuft plus allumé,
mais on fut obligé de quitter
bientoft la place & de fe retirer. Chacun s'en retourna , &
Mr de Fleurance demeura à la
tefte de la Bourgeoisie tant que
le feu dura. Il luy fit faire plufieurs falves pour Monfciई gneur , pour Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , pour Madame la Ducheffe de Bourgogne , pour Monfeigneur le
Duc de Bretagne, pour
A
P iij
174 MERCURE
Monfeigneur le Duc d'Anjou
& pour Monfeigneur le Duc
de Berry. Il tira à chaque décharge le premier coup. Aprés
tout ce grand bruit de moufqueterie on tita un Féu d'Artifice , & on vit s'élever en l'air
pendant une heure une infinité de fufées qui retombant fur
elles-mêmes en pluye de feu ,
en petards , & en étoiles , formoient un fpectacle des plus
brillans. Sur les fept heures il
y cut plufieurs tables de Jeu
chez Mr de Fleurance , & à
neuf heures on fe mit à table
pour fouper. Il y avoit deux
MERCURE 175
tables de douze couverts chacune;on y fervit abondament
tout ce qu'on peut prefenter
de meilleur dans la faifon. Les
Pauvres ne furent pas oúblicz
dans ces réjouiffances ; l'Hôpital general fe fentit de la Fefte ,
& Mr de Fleurance fit part de
fa joye à tous ceux à qui elle
pouvoit eftre utile ou agreable. Il fit mettre deux tables
fur la Place publique à l'endroit où avoit efté le feu ; on
fervit à l'une un foupé pour
les Tambours & les Trompet.
tes , & à l'autre les Violons &
les Haut -bois , mangerent
P iiij
176 MERCURE
& burent largement. Un peu
avant le foupé on avoit illuminé depuis le bas juſqu'au haut
toutes les feneftres du corps
de logis , avec celles des deux
aîles & des deux pavillons de
la maiſon ; & comme elle eſt
aifée à décorer de lumieres
à caufe de la beauté de fon
Architecture , rien ne pouvoit faire unplus bel effet que
cette illumination qui dura
prefque toute la nuit. Les Balcons qui regnent aux deux côtez de la porte d'entrée depuis
la Corniche jufqu'aux Pavil
lons ,n'étoient pas moins éclai
GALANT 177
rez. Il y avoit auffi plufieurs
rangs de lumieres avec des De
vifes & des Infcriptions latines peintes fur des chaffis huilez , qu'on lifoit de fort loin
par le moyen des lampes qui
eftoient placées derriere. A dix
heures & demie Mr de Fleurrance commença le Bal avec
Mlle fa fœur , il s'y trouva
une quantité fi prodigieufe de
monde , qu'on fut obligé de
partager les Violons & les
Hautbois dans les Appartemens , & de danfer dans trois
differentes Salles. Pendant que
durale Bal on fervit à la Com-
178 MERCURE
€
pagnie des rafraîchiffemens
des baffins d'oranges , avec des
confitures féches ; & fur les
deux heures du matin on fut
furpris agreablement quand
on paffa dans un grand Salon
où il y avoit un Media noche ,
des mieux entendus. Le Balrecommença vers les trois heures pour danfer les contredanfes & dura jufqu'au jour. Tous
ceux qui furent témoins de
cette Fefte , retournerent trescontens de la maniere avec laquelle elle avoit efté executée ,
& de l'ordre qui y fut obfervé; on n'attendoit rien moins
GALANT 179
d'un Officier qui eft dans un
pofte auffi brillant & auffi ho
norable. Ceux qui connoiffent
Mr de Fleurance eftoient bien
perfuadez qu'il ne manqueroit
en rien pour fe diftinguer entre tous ceux qui ont donné
des marques de leur joye pour
des évenemens fi heureux ; &
fi la Provincé le doit ceder en
magnificence & en profufion
à la Capitale du Royaume, elle
a du moins l'avantage de pou
voir dire qu'il s'y trouve des
fujets très-zelez pour la prof
perité de l'Etat & pour la grandeur de la Maiſon Royale.
parler d'une Fête qui a eſté faite à l'occafion de la naiffance
de Monfeigneur le Duc d'Anjou , & dans laquelle vous
trouverez des particularitez
tres fingulieres , & fur tout la
manière de mettre le feu au
Bucher, qui eft auffi nouvelle
que galante , & qui n'a jamais
cité imaginée par perfonne. Je
paffe au fujer & au détail de
cette Fête amore delibet
168 MERCUR
A peine la nouvelle de la
Naiffance de Monseigneur le
Duc d'Anjou fut-ellerépandue
à Chafteau- Gontier , dans la
Province d'Anjou , que Mr de
Fleurance , Ecuyer de Madame la Ducheffe de Bourgogne,
dont le zele avoit déja paru en
1704.& 1707. à l'occafion de
la Naiffance de Meffeigneurs
les Ducs de Bretagne , forma le deffein de témoigner fa
joye par des rejoüiffances publiques. Il donna le deux de
cemois à Chateau Gontier ,
une Fefte qui a paffé pour une
des plus galantes & une des
micux
GALANT 169
mieux ordonnées qu'on en ait
veu depuis long - temps dans
cette Province. Elle commança à deux heures aprés midy
par une décharge generale
des Canons du Chafteau ; fur
les trois heures toute la Bourgeoifie fous les armes fe rendit fur la grande Place
ayant les Tambours de la
Ville à fa tefte ; cette Bourgeofie compofée de la plus
belle jeuneffe , eftoit partagée
en fix Compagnies de jeunes
hommes des mieux faits &
des mieux vêtus , tous parez
de noeuds d'Epée , avec des
Mars 1710.
P
170 MERCURE
T
Chapeaux bordez & des cocardes de ruban d'or ou d'argent. M Cucillard leur Colo
nel fe mit à leur tefte ; ils allerent tous en tres- bel ordre
prendre M' de Fleurance pour
venir mettre le feu à un gros
bucher orné de feuillages
qu'on avoit preparé par fon
ordre fur la grande Place vis- àvis de fa maifon. Comme
toutes les Dames de la Ville
eftoient affemblées chez luy
cejour- là , il leur défera l'honneur d'allumer le feu , & pour
ne pas mettre de divifion entre
la Nobleffe , & la Robbe , il
GALANT 171
choifit trois filles des principaux Officiers du Prefidial , &
trois filles de Gentilshommes.
Ces fix Demoifelles ayant
choifi chacune un Cavalier
pour leur donner la main marcherent avectous les Hautbois
& les Violons de la Ville
entre deux hayes d'Habitans
fous les armes , jufqu'au lieu
du bucher , où elles reçurent
des mains de leurs Cavaliers
chacune un flambeau allumé
dont elles fe fervirent pour
allumer le feu. M' le Comte
de Brizay cy- devant Chevalier
de Denonville Exempt des
Pij
172 MERCURE
1
}
Gardes , & M de Flechecourt
Ecuyer du Roy, & Capitaine
de Cavaleriendans Tarente ,
s'eftant trouvez fur les lieux
furent invitez à cette réjoüiſfance , où Mr de Fleurance
ayant fait apporter trois fufils,
leur en fit prefenter à chacun
un , afin de partager avec eux
l'honneur de la Fête. Ils tirérent
tous trois enſemble les trois
premiers coups en criant Vive
le Roy. Les fix Compagnies à
qui on avoit diſtribué de la
poudre avec profufion firent
auffi toft leurpremiere décharge avec unpareil cry de Vive
GALANT 173
le Roy ; tous les Cavaliers &
toutes les Dames qui estoient
prefentes danferent un moment autour du Bucher jufqu'à ce qu'il fuft plus allumé,
mais on fut obligé de quitter
bientoft la place & de fe retirer. Chacun s'en retourna , &
Mr de Fleurance demeura à la
tefte de la Bourgeoisie tant que
le feu dura. Il luy fit faire plufieurs falves pour Monfciई gneur , pour Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , pour Madame la Ducheffe de Bourgogne , pour Monfeigneur le
Duc de Bretagne, pour
A
P iij
174 MERCURE
Monfeigneur le Duc d'Anjou
& pour Monfeigneur le Duc
de Berry. Il tira à chaque décharge le premier coup. Aprés
tout ce grand bruit de moufqueterie on tita un Féu d'Artifice , & on vit s'élever en l'air
pendant une heure une infinité de fufées qui retombant fur
elles-mêmes en pluye de feu ,
en petards , & en étoiles , formoient un fpectacle des plus
brillans. Sur les fept heures il
y cut plufieurs tables de Jeu
chez Mr de Fleurance , & à
neuf heures on fe mit à table
pour fouper. Il y avoit deux
MERCURE 175
tables de douze couverts chacune;on y fervit abondament
tout ce qu'on peut prefenter
de meilleur dans la faifon. Les
Pauvres ne furent pas oúblicz
dans ces réjouiffances ; l'Hôpital general fe fentit de la Fefte ,
& Mr de Fleurance fit part de
fa joye à tous ceux à qui elle
pouvoit eftre utile ou agreable. Il fit mettre deux tables
fur la Place publique à l'endroit où avoit efté le feu ; on
fervit à l'une un foupé pour
les Tambours & les Trompet.
tes , & à l'autre les Violons &
les Haut -bois , mangerent
P iiij
176 MERCURE
& burent largement. Un peu
avant le foupé on avoit illuminé depuis le bas juſqu'au haut
toutes les feneftres du corps
de logis , avec celles des deux
aîles & des deux pavillons de
la maiſon ; & comme elle eſt
aifée à décorer de lumieres
à caufe de la beauté de fon
Architecture , rien ne pouvoit faire unplus bel effet que
cette illumination qui dura
prefque toute la nuit. Les Balcons qui regnent aux deux côtez de la porte d'entrée depuis
la Corniche jufqu'aux Pavil
lons ,n'étoient pas moins éclai
GALANT 177
rez. Il y avoit auffi plufieurs
rangs de lumieres avec des De
vifes & des Infcriptions latines peintes fur des chaffis huilez , qu'on lifoit de fort loin
par le moyen des lampes qui
eftoient placées derriere. A dix
heures & demie Mr de Fleurrance commença le Bal avec
Mlle fa fœur , il s'y trouva
une quantité fi prodigieufe de
monde , qu'on fut obligé de
partager les Violons & les
Hautbois dans les Appartemens , & de danfer dans trois
differentes Salles. Pendant que
durale Bal on fervit à la Com-
178 MERCURE
€
pagnie des rafraîchiffemens
des baffins d'oranges , avec des
confitures féches ; & fur les
deux heures du matin on fut
furpris agreablement quand
on paffa dans un grand Salon
où il y avoit un Media noche ,
des mieux entendus. Le Balrecommença vers les trois heures pour danfer les contredanfes & dura jufqu'au jour. Tous
ceux qui furent témoins de
cette Fefte , retournerent trescontens de la maniere avec laquelle elle avoit efté executée ,
& de l'ordre qui y fut obfervé; on n'attendoit rien moins
GALANT 179
d'un Officier qui eft dans un
pofte auffi brillant & auffi ho
norable. Ceux qui connoiffent
Mr de Fleurance eftoient bien
perfuadez qu'il ne manqueroit
en rien pour fe diftinguer entre tous ceux qui ont donné
des marques de leur joye pour
des évenemens fi heureux ; &
fi la Provincé le doit ceder en
magnificence & en profufion
à la Capitale du Royaume, elle
a du moins l'avantage de pou
voir dire qu'il s'y trouve des
fujets très-zelez pour la prof
perité de l'Etat & pour la grandeur de la Maiſon Royale.
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Résumé : Feste galante faite à Chasteau Gontier pour la naissance de Monseigneur le Duc d'Anjou, [titre d'après la table]
À Château-Gontier, en Anjou, une fête fut organisée pour célébrer la naissance du Duc d'Anjou. À l'annonce de cette nouvelle, Monsieur de Fleurance, écuyer de Madame la Duchesse de Bourgogne, décida de manifester sa joie par des réjouissances publiques. Le 2 du mois, une fête considérée comme l'une des plus élégantes et bien organisées de la province eut lieu. Elle débuta par une décharge de canons à 14 heures, suivie par une assemblée de la bourgeoisie armée sur la grande place à 15 heures. Cette bourgeoisie, composée de jeunes gens bien vêtus et ornés de rubans, se rendit au bûcher préparé sur la place pour y mettre le feu. Monsieur de Fleurance invita des dames à allumer le feu, choisissant des filles de principaux officiers et de gentilshommes pour éviter toute division. Des invités distingués, comme le Comte de Brizay et Monsieur de Flechecourt, participèrent également à la fête. Après l'allumage du bûcher, des salves de mousqueterie et un feu d'artifice furent tirés. La soirée se poursuivit avec des jeux, un souper, et un bal qui dura jusqu'au matin. Les pauvres ne furent pas oubliés, recevant des repas et des boissons. La maison de Monsieur de Fleurance fut illuminée, et des inscriptions latines furent exposées. La fête se termina par un bal qui dura jusqu'au jour, laissant tous les participants très satisfaits de son organisation et de son ordre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1792
p. 189-192
Mariage, [titre d'après la table]
Début :
Le Carnaval a fini par un grand mariage dont la Ceremonie [...]
Mots clefs :
Mariage, Duc de Louvigny, Mlle d'Humières
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texteReconnaissance textuelle : Mariage, [titre d'après la table]
Le Carnaval a fini par un
grand mariage dont la Cere
monie a efté faite à Conflans
dans la Maifon de Monfieur
l'Archevefque , où Mr le Duc
de Louvigny a époufé Mlle
d'Humieres. Mr le Duc de
Louvigny eft fils de Mr le Duc
ار
190 MERCURE
de Guiche , & de N... de Noail
les ,fille aînée de feu Mr le Maréchal de ce nom , & niéce de
Monfieur le Cardinal de Noailles. Mr le Duc de Guiche eft fils
de Mr le Duc de Gramont &
deMarie-Charlotte de Caftelnau , fille du feu Maréchal de
Caftelnau. Mr le Duc de Gramont eft fils du feu Maréchal
de Gramont , qui eftoit fils
d'une fille du Maréchal de Ro
quelaure , fœur du dernier Duc
de Roquelaure , dont une autre fœur fut mere de Mr le
Duc de Noailles , pere de feu
Mr le Maréchal de Noail-
GALANT 191
les , de Son Eminence , & de
Mr le grand Bailly de Noail
les Ambaffadeur de Malte,
Mlle d'Humieres eft fille de
Mrle Duc d'Humieres , fils du
fecond lit de feu Mr le Duc
d'Aumont, & MⓇfa mere fille
aînée de feuë M° la Maréchale
de la Motte , & fœur de Mes
les Ducheffes de Ventadour &
& de la Ferté. Mla Ducheffe
d'Humieres eft fille de feu M
le Maréchal d'Humieres & de
Mla Maréchale d'Humieres ,
de la Maiſon de la Chaftre
Dame d'un grand merite &
d'une vertu édifiante. Me la
192 MERCURE
Princeffe d'Ifenghyen , & M
la Marquife de Surville ,font
fours & aînées de MⓇ° la Ducheffe d'Humieres , qui parfon
Mariage a donné ce Duché à
Mr le Duc d'Humieres , frere
de pere de M' le Duc d'Aumont fils d'une fille de feu M'
le Chancelier le Tellier , &
fœur de Mr de Louvois & de
Mrl'Archevêque de Reims.
Ces jeunes Epoux ont tout
l'efprit que l'on peut avoir à
leur âge , & il eſt ſurprenant
de voir le grand pere, le pere ,
& le petit- fils , Ducs en même
temps.
grand mariage dont la Cere
monie a efté faite à Conflans
dans la Maifon de Monfieur
l'Archevefque , où Mr le Duc
de Louvigny a époufé Mlle
d'Humieres. Mr le Duc de
Louvigny eft fils de Mr le Duc
ار
190 MERCURE
de Guiche , & de N... de Noail
les ,fille aînée de feu Mr le Maréchal de ce nom , & niéce de
Monfieur le Cardinal de Noailles. Mr le Duc de Guiche eft fils
de Mr le Duc de Gramont &
deMarie-Charlotte de Caftelnau , fille du feu Maréchal de
Caftelnau. Mr le Duc de Gramont eft fils du feu Maréchal
de Gramont , qui eftoit fils
d'une fille du Maréchal de Ro
quelaure , fœur du dernier Duc
de Roquelaure , dont une autre fœur fut mere de Mr le
Duc de Noailles , pere de feu
Mr le Maréchal de Noail-
GALANT 191
les , de Son Eminence , & de
Mr le grand Bailly de Noail
les Ambaffadeur de Malte,
Mlle d'Humieres eft fille de
Mrle Duc d'Humieres , fils du
fecond lit de feu Mr le Duc
d'Aumont, & MⓇfa mere fille
aînée de feuë M° la Maréchale
de la Motte , & fœur de Mes
les Ducheffes de Ventadour &
& de la Ferté. Mla Ducheffe
d'Humieres eft fille de feu M
le Maréchal d'Humieres & de
Mla Maréchale d'Humieres ,
de la Maiſon de la Chaftre
Dame d'un grand merite &
d'une vertu édifiante. Me la
192 MERCURE
Princeffe d'Ifenghyen , & M
la Marquife de Surville ,font
fours & aînées de MⓇ° la Ducheffe d'Humieres , qui parfon
Mariage a donné ce Duché à
Mr le Duc d'Humieres , frere
de pere de M' le Duc d'Aumont fils d'une fille de feu M'
le Chancelier le Tellier , &
fœur de Mr de Louvois & de
Mrl'Archevêque de Reims.
Ces jeunes Epoux ont tout
l'efprit que l'on peut avoir à
leur âge , & il eſt ſurprenant
de voir le grand pere, le pere ,
& le petit- fils , Ducs en même
temps.
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Résumé : Mariage, [titre d'après la table]
Le texte décrit un grand mariage qui a marqué la fin du Carnaval à Conflans, dans la maison de Monseigneur l'Archevêque. Monsieur le Duc de Louvigny a épousé Mademoiselle d'Humières. Monsieur le Duc de Louvigny est le fils de Monsieur le Duc de Guiche et de N... de Noailles, fille aînée du feu Maréchal de Noailles et nièce du Cardinal de Noailles. Monsieur le Duc de Guiche est le fils de Monsieur le Duc de Gramont et de Marie-Charlotte de Castelnau, fille du feu Maréchal de Castelnau. Monsieur le Duc de Gramont est le fils du feu Maréchal de Gramont, qui était le fils d'une fille du Maréchal de Roquelaure, sœur du dernier Duc de Roquelaure. Mademoiselle d'Humières est la fille de Monsieur le Duc d'Humières, fils du second lit du feu Duc d'Aumont. Sa mère est la fille aînée de la feu Maréchale de la Motte et sœur des Duchesses de Ventadour et de la Ferté. Les jeunes époux sont décrits comme ayant beaucoup d'esprit pour leur âge. Il est notable que le grand-père, le père et le petit-fils sont tous Ducs en même temps.
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1793
p. 207-214
Cloche baptisée à Rennes, & tenuë par Mr le Maréchal de Chasteau-renault, & par Me de Brillac, premiere presidente du Parlement, [titre d'après la table]
Début :
Je passe d'une Ceremonie qui se vient de faire à Paris, à [...]
Mots clefs :
Église des grands Carmes de Renne, Cloche, Baptême, Cérémonie
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texteReconnaissance textuelle : Cloche baptisée à Rennes, & tenuë par Mr le Maréchal de Chasteau-renault, & par Me de Brillac, premiere presidente du Parlement, [titre d'après la table]
Je paffe d'une Ceremonie
qui fe vient de faire à Paris , à
une autre qui s'eft faite dans
l'Eglife des grands Carmes de
de Rennes , où Mr Enon
208 MERCURE
grand Vicaire de Mr l'Evê
que de Rennes, a baptifé une
Cloche qui a efté tenue par
Mr le Maréchal de Chateaurenault , & par M de Brillac ,
premiere Prefidente du Parlement. Ils furent reçus à la
porte de l'Eglife au bruit des
Tambours &des Trompettes,
&le Pere Superieur leur fit le
Compliment fuivant.
MONSEIGNEUR,
Qu'il eft édifiant de voir un
des plus illuftres Heros du
Royaume , aprés avoir foutenu
GALANT 209
1
par fa valeur la gloire de fon
Prince , venir au pieds des faints
Autels prefter fon nom , fes
armes & fa perfonne , pour
concourir à la gloire defon Dieu.
Que cent fois le Bronze
&
foudroyant ait fait ployerfous la
force de voftre bras vainqueur ,
Affrique , l'Amerique , l'Angleterre , la Hollande.
Qu'on vous ait vú abbattre la
fierté barbare de cefameux Mouley Ifmael Empereurde Maroc
de Sa ésenleverfes Corfaires & le
forcer d'envoyerfes Ambaffadeurs
rendre hommage à la Souveraine
Mars 1710.
S
210 MERCURE
puiffance de noftre grand Monar
que.
Qu'animé d'uneprudence Mar
tiale vous ayez trouvé lefecret de
faire àVigo par une veritablejuftice ce qui fe lit dans une Satyre
de nosjours , oùl'on voit l'avidité
de la Justice , qui avala l'huiftre
&ne laiffa aux concurrens que
des écailles. Que vous ayez, dis -je,
Monfeigneur, enlevé les millions
d'or & d'argent , que vous aviez
heureufement conduits au Port, &
quervous n'ayés laifféà nos ennemis
cocques & les écailles dont que les
ils firent unfeu de fureur & de
defefpoir , tandis que nousfaiſions
TGALANT 201
unfeu de joye , de voir que vous
leurs aviez enlevé cette huiftre
précieuſe qu'ils recherchoient avec
avidité.
Qu'enfin tous nos ennemis ayent
dit de Voftre Grandeur ce que par
une conjoncture affez heureuſe les
Peuples difent de Jesus - Chrift
dans l'Evangile d'aujourd'huy -
Qualis eft hic quia Venti &
Mare obediunt ei : qui eft donc
celuy à qui les vents &lesflots
dela mer obéiffent.
Pournous , Monseigneur , nous
› admirerons aujourd'huy voftre pieté, vous voyant donner voftre
Nom à ce Bronze confacré qui
Sij
212 MERCURE
portera fans doute l'éclat de vos
vertus jufques dans les Cieux
aprés que par tant d'actions heron
ques vous avez répandu le bruit
de voftre valeur par toute la
terre. Latinine show.ab somone
Et pour vous , Madame
il ne nous eft point étranger de
Vous voir aux
de
pieds des faints
Autels , & à la tefte des œuvres
de pieté brillante par tant d'émiss
nantes qualitez d'esprit
corps , encore plus brillante par la
folidité de vostre vertu , vous
vous conciliez tous les efprits , es
jous engagez tous les cœurs yo
auffi n'appartenoit-ilqu'à vous zb
IGALANT 213€
&
Madame de fixer toutes les
attentions d'une des premieress
teftes du Royaume ; la fuperiorité
de fon genie , & la fineffe de
fongouft justifie fans doute l'émi
nance de vostre merite.
C Que nous fommes heureux
Madame , qu'avec tant d'éleva
tion vous daigniez vous abaiffer
jufqu'à nous ne pas refufer
voftre nom ny vos armes ànce
Bronze confacré , qui ne nous
frapera jamais les oreilles fans.
rappeller nos obligations
nousengager à former des vœux
au Gielpour voftre confervationà
de langues d'heurenfes années.
214 MERCURE
←
La Ceremonie eftant finie ,
le Parain , & la Maraine firent
de grandes Aumônesmaux
Pauvres & ད་ donnerent au
Convent des marques de
leurs liberalitez.
qui fe vient de faire à Paris , à
une autre qui s'eft faite dans
l'Eglife des grands Carmes de
de Rennes , où Mr Enon
208 MERCURE
grand Vicaire de Mr l'Evê
que de Rennes, a baptifé une
Cloche qui a efté tenue par
Mr le Maréchal de Chateaurenault , & par M de Brillac ,
premiere Prefidente du Parlement. Ils furent reçus à la
porte de l'Eglife au bruit des
Tambours &des Trompettes,
&le Pere Superieur leur fit le
Compliment fuivant.
MONSEIGNEUR,
Qu'il eft édifiant de voir un
des plus illuftres Heros du
Royaume , aprés avoir foutenu
GALANT 209
1
par fa valeur la gloire de fon
Prince , venir au pieds des faints
Autels prefter fon nom , fes
armes & fa perfonne , pour
concourir à la gloire defon Dieu.
Que cent fois le Bronze
&
foudroyant ait fait ployerfous la
force de voftre bras vainqueur ,
Affrique , l'Amerique , l'Angleterre , la Hollande.
Qu'on vous ait vú abbattre la
fierté barbare de cefameux Mouley Ifmael Empereurde Maroc
de Sa ésenleverfes Corfaires & le
forcer d'envoyerfes Ambaffadeurs
rendre hommage à la Souveraine
Mars 1710.
S
210 MERCURE
puiffance de noftre grand Monar
que.
Qu'animé d'uneprudence Mar
tiale vous ayez trouvé lefecret de
faire àVigo par une veritablejuftice ce qui fe lit dans une Satyre
de nosjours , oùl'on voit l'avidité
de la Justice , qui avala l'huiftre
&ne laiffa aux concurrens que
des écailles. Que vous ayez, dis -je,
Monfeigneur, enlevé les millions
d'or & d'argent , que vous aviez
heureufement conduits au Port, &
quervous n'ayés laifféà nos ennemis
cocques & les écailles dont que les
ils firent unfeu de fureur & de
defefpoir , tandis que nousfaiſions
TGALANT 201
unfeu de joye , de voir que vous
leurs aviez enlevé cette huiftre
précieuſe qu'ils recherchoient avec
avidité.
Qu'enfin tous nos ennemis ayent
dit de Voftre Grandeur ce que par
une conjoncture affez heureuſe les
Peuples difent de Jesus - Chrift
dans l'Evangile d'aujourd'huy -
Qualis eft hic quia Venti &
Mare obediunt ei : qui eft donc
celuy à qui les vents &lesflots
dela mer obéiffent.
Pournous , Monseigneur , nous
› admirerons aujourd'huy voftre pieté, vous voyant donner voftre
Nom à ce Bronze confacré qui
Sij
212 MERCURE
portera fans doute l'éclat de vos
vertus jufques dans les Cieux
aprés que par tant d'actions heron
ques vous avez répandu le bruit
de voftre valeur par toute la
terre. Latinine show.ab somone
Et pour vous , Madame
il ne nous eft point étranger de
Vous voir aux
de
pieds des faints
Autels , & à la tefte des œuvres
de pieté brillante par tant d'émiss
nantes qualitez d'esprit
corps , encore plus brillante par la
folidité de vostre vertu , vous
vous conciliez tous les efprits , es
jous engagez tous les cœurs yo
auffi n'appartenoit-ilqu'à vous zb
IGALANT 213€
&
Madame de fixer toutes les
attentions d'une des premieress
teftes du Royaume ; la fuperiorité
de fon genie , & la fineffe de
fongouft justifie fans doute l'émi
nance de vostre merite.
C Que nous fommes heureux
Madame , qu'avec tant d'éleva
tion vous daigniez vous abaiffer
jufqu'à nous ne pas refufer
voftre nom ny vos armes ànce
Bronze confacré , qui ne nous
frapera jamais les oreilles fans.
rappeller nos obligations
nousengager à former des vœux
au Gielpour voftre confervationà
de langues d'heurenfes années.
214 MERCURE
←
La Ceremonie eftant finie ,
le Parain , & la Maraine firent
de grandes Aumônesmaux
Pauvres & ད་ donnerent au
Convent des marques de
leurs liberalitez.
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Résumé : Cloche baptisée à Rennes, & tenuë par Mr le Maréchal de Chasteau-renault, & par Me de Brillac, premiere presidente du Parlement, [titre d'après la table]
Le texte relate deux cérémonies distinctes : l'une à Paris et l'autre à l'église des grands Carmes de Rennes. À Rennes, le grand vicaire de l'évêque a baptisé une cloche en présence du maréchal de Châteaurenault et de Madame de Brillac, première présidente du Parlement. Ils ont été accueillis par des tambours et des trompettes, et le supérieur leur a adressé un compliment. Le discours du supérieur a souligné les exploits militaires du maréchal, mentionnant ses victoires en Afrique, en Amérique, contre l'Angleterre et la Hollande, ainsi que sa défaite de Moulay Ismaël, empereur du Maroc. Il a également évoqué la prudence martiale du maréchal lors de la bataille de Vigo, où il a capturé des millions d'or et d'argent. Le texte met en avant la piété et les vertus du maréchal, comparant son autorité à celle de Jésus-Christ. Madame de Brillac a été louée pour ses qualités d'esprit et de corps, ainsi que pour sa solidarité. Après la cérémonie, le parrain et la marraine ont fait des aumônes aux pauvres et ont offert des marques de libéralité au couvent.
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1794
p. 214-216
Offre faite au Roy, par les Secretaires Auditeurs de la Chambre des Comptes de la même Ville, [titre d'après la table]
Début :
Je dois ajouter icy un Article qui regarde encore la Bretagne. [...]
Mots clefs :
Bretagne, Chambre des comptes
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texteReconnaissance textuelle : Offre faite au Roy, par les Secretaires Auditeurs de la Chambre des Comptes de la même Ville, [titre d'après la table]
Je dois ajouter icy un Article qui regarde encore la Brés
tagne. M de la Chambre IS
des Comptes aprés avoir
tout mis en ufage pour franchir leur droit annuel , cftant
des Officiers du Royaume des
plus attachez à Sa Majefté;
Aprésavoiraffifté au Te Deum,
qui fut chanté pour l'heureuſe
naiffance de Monfeigneur le
GALANT 215
Duc d'Anjou , les Secretaires
Auditeurs de la Chambre
eftant affemblez délibererent
d'offrir au Roy quinze mille
livres chacun pour obtenir le
Titre de Maître des Comptes ,
&de donner pareille forme à
chacun des Maiftres ordinaires
pour les indemnifer de cette
Promotion.
naVous voyez le zele de ces
fidelles Sujets , qui à l'exem
ple de la Capitale du Royaume,
& fur tout des Cours Superieures , n'oublient rien pour
fecourir le Roy dans les preffans befoins de l'Etat , & fur
216 MERCURE
tout pour le rachapt de la
Polette cette affaire eftant
déja fort avancée , plufieurs
portant tous les jours leur
argent ; de maniere qu'elle
aura bien- toft tout l'effet que
Sa Majefté en peut fouhaiter.
tagne. M de la Chambre IS
des Comptes aprés avoir
tout mis en ufage pour franchir leur droit annuel , cftant
des Officiers du Royaume des
plus attachez à Sa Majefté;
Aprésavoiraffifté au Te Deum,
qui fut chanté pour l'heureuſe
naiffance de Monfeigneur le
GALANT 215
Duc d'Anjou , les Secretaires
Auditeurs de la Chambre
eftant affemblez délibererent
d'offrir au Roy quinze mille
livres chacun pour obtenir le
Titre de Maître des Comptes ,
&de donner pareille forme à
chacun des Maiftres ordinaires
pour les indemnifer de cette
Promotion.
naVous voyez le zele de ces
fidelles Sujets , qui à l'exem
ple de la Capitale du Royaume,
& fur tout des Cours Superieures , n'oublient rien pour
fecourir le Roy dans les preffans befoins de l'Etat , & fur
216 MERCURE
tout pour le rachapt de la
Polette cette affaire eftant
déja fort avancée , plufieurs
portant tous les jours leur
argent ; de maniere qu'elle
aura bien- toft tout l'effet que
Sa Majefté en peut fouhaiter.
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Résumé : Offre faite au Roy, par les Secretaires Auditeurs de la Chambre des Comptes de la même Ville, [titre d'après la table]
La Chambre des Comptes en Bretagne a organisé une initiative après l'accomplissement de leurs devoirs annuels. Les officiers, loyaux au roi, se sont réunis pour célébrer la naissance du Duc d'Anjou. Les secrétaires auditeurs ont décidé de contribuer chacun à hauteur de quinze mille livres pour obtenir le titre de Maître des Comptes et indemniser les Maîtres ordinaires. Le texte met en avant le zèle de ces sujets loyaux, comparables à ceux de la capitale et des cours supérieures, qui soutiennent le roi dans les besoins urgents de l'État, notamment pour le rachat de la Polette. Plusieurs personnes apportent quotidiennement leur argent, assurant ainsi le succès de cette entreprise royale.
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1795
p. 216-218
Theses soutenuës dans les Ecoles de Droit où Mr l'Abbé du Gué de Launay reçoit le Bonnet de Docteur, [titre d'après la table]
Début :
Mr l'Abbé du Gué de Launay, fils aîné de Mr Aunillon, [...]
Mots clefs :
Docteur, Thèse
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texteReconnaissance textuelle : Theses soutenuës dans les Ecoles de Droit où Mr l'Abbé du Gué de Launay reçoit le Bonnet de Docteur, [titre d'après la table]
Mr l'Abbé du Gué de Launay , fils aîné de Mr Aunillon ,
premier Prefident de l'Election
de Paris , prit le Bonner de
de Docteur dans les Ecoles de
Droit au commencement de
ce mois. Ily foûtint une Thefe dediée à Mr l'Evêque de Soiffons. Ce Prelat y affifta , &
l'Affemblée fut fort nombreu
Lc,
GALANT 217
fe , & compofée de plufieurs
perfonnes de diftinction. Le
nouveau Docteur y reçut des
applaudiffemens de tous ceux
qui l'entendirent à cauſe de la
jufteffe de fes réponſes & de la
grace avec laquelle il parla. On
peut dire qu'il recueillit en cette occafion les fruits de fon
éducation au College de Louis
le Grand. Aprés s'y eftre diftingué , dans l'étude des belles
Lettres & dans le Cours de
de Theologie qu'il y a fait ,
il a fini une fi penible &figlorieufe carriere par les honneurs
du Doctorat en Droit Canon
Mars 1710.
T
218 MERCURE
& Civil , qui luy donnent le
même rang dans la fameule
Univerfité de Paris , que le degré de Docteur de Sorbonne,
qui eft un privilege digne d'êtreremarqué, & qui n'eft peuteftre pas generalement connu.
Le Difcours qu'il prononça
pour remercier la Faculté à la
fin de la Ceremonie de fa reception , fait efperer qu'il peut
eftre un jour un Orateur auffi
accomply qu'il eft bon Theologien & habile Canoniſte.
premier Prefident de l'Election
de Paris , prit le Bonner de
de Docteur dans les Ecoles de
Droit au commencement de
ce mois. Ily foûtint une Thefe dediée à Mr l'Evêque de Soiffons. Ce Prelat y affifta , &
l'Affemblée fut fort nombreu
Lc,
GALANT 217
fe , & compofée de plufieurs
perfonnes de diftinction. Le
nouveau Docteur y reçut des
applaudiffemens de tous ceux
qui l'entendirent à cauſe de la
jufteffe de fes réponſes & de la
grace avec laquelle il parla. On
peut dire qu'il recueillit en cette occafion les fruits de fon
éducation au College de Louis
le Grand. Aprés s'y eftre diftingué , dans l'étude des belles
Lettres & dans le Cours de
de Theologie qu'il y a fait ,
il a fini une fi penible &figlorieufe carriere par les honneurs
du Doctorat en Droit Canon
Mars 1710.
T
218 MERCURE
& Civil , qui luy donnent le
même rang dans la fameule
Univerfité de Paris , que le degré de Docteur de Sorbonne,
qui eft un privilege digne d'êtreremarqué, & qui n'eft peuteftre pas generalement connu.
Le Difcours qu'il prononça
pour remercier la Faculté à la
fin de la Ceremonie de fa reception , fait efperer qu'il peut
eftre un jour un Orateur auffi
accomply qu'il eft bon Theologien & habile Canoniſte.
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Résumé : Theses soutenuës dans les Ecoles de Droit où Mr l'Abbé du Gué de Launay reçoit le Bonnet de Docteur, [titre d'après la table]
Le texte décrit l'obtention du titre de Docteur en Droit par Monsieur l'Abbé du Gué de Launay, fils aîné de Monsieur Aunillon, premier Président de l'Élection de Paris. Cette cérémonie a eu lieu au début du mois de mars 1710. Monsieur l'Abbé du Gué de Launay a présenté une thèse dédiée à Monsieur l'Évêque de Soissons devant une assemblée nombreuse et distinguée. Il a été félicité pour la justesse de ses réponses et l'élégance de son discours, reflétant son éducation au Collège de Louis le Grand, où il s'est distingué en lettres et en théologie. Le Doctorat en Droit Canon et Civil lui confère un rang équivalent à celui du Docteur de Sorbonne, un privilège notable. Son discours de remerciement à la Faculté suggère qu'il pourrait devenir un orateur accompli, en plus d'être un théologien et un canoniste compétent.
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1796
p. 246-256
Mouvement fait parmy les Intendans, [titre d'après la table]
Début :
L'Article que vous allez lire vous paroîtra tout nouveau. [...]
Mots clefs :
Mouvements, Intendants, Mr Pinon, Mr de Trudaine, Mr Meliand
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texteReconnaissance textuelle : Mouvement fait parmy les Intendans, [titre d'après la table]
'Article que vous allez
lire vous paroîtra tout nouyeau.
Il s'eft fait un mouvement
affez confiderable parmi les
Intendans, Mr Pinon Intendant de Dijon ayant demandé
à fe retirer. , Mr de Trudaine
Intendant de Lyon , a paffé à
Intendance de Dijon , & Mr
GALANT 247
1
Meliand Intendant de Pau &
de l'Armée d'Espagne , a eu
celle de Lyon. Enfin Mr le Camus de la Grange a eu cette
derniere Intendance.
Mr Pinon qui ſe retire eft
Maistre des Requeſtes depuis
l'année 1686. & il eft du Semeftre de Janvier. Il eſt frere
de Mr Pinon Prefident au
grand Confeil & du Semestre
d'Efté , & pere de Mr Pinon de
Courfes Confeiller au Parlement. Mr Pinon Confeiller de la premiere Chambre
des Enquestes & reçu dans le
Parlement le 27. Aðuſt 1704.
X iiij
248 MERCURE
& Mr Pinon Confeiller de la
troifiéme Chambre des Enquê.
tes & reçu au Parlement le 25 .
Avril 1703. font honneur à
cette famille , de même que
Mr Pinon Seigneur de Villemain , premier Prefident des
Treforiers de France , generaux des Finances , & grand
Voyer en la Generalité de Paris , receu en cette Charge depuis l'année 1691. Mr Pinon
qui fe retire , avoit eſté Intendant de Poitiers , avant de paffer à l'Intendance de Dijon.
Mr de TrudaineSeigneur de
Montigny , qui fuccede à Mr
GALANT 249
Pinon , cft Maiftre des Requê
Les depuis l'année 1680. & il
elt du Semestre d'Avril Havoit
éſté auparavant Confeiller au
Parlement, &il vendit fa Charge de Confeiller de la troifiéme
des Enqueftes à Mr de Meliand
frere aîné du nouvel Intendant
deLyon & qui fut receu au Par
lement le 30. Mars 1689. Le
nouvel Intendant de Dijon , eft
frere de M° Voifin , épouſe de
Mr Voifin Secretaire d'Erat de
la guerre , & fils de feu Mr de
Trudaine,Confeiller du Roy &
Matre ordinaire en fa Chambre des Comptes. Mr. l'Laten-
250 MARCURE
dan: de Dijon eft coufin germainde MrLefpinette le Mairat , Maiftre des Requêtes , fils
de Mr le Mairat de Nogent
Mailtre des Comptes , dont
je vais vous apprendre la mort.
Ce jeune Magiftrat eſt Maiſtre
des Requeftes depuis l'année
1700. & du Semeftre de Janvier. M de Trudaine Intendante de Dijon eft de la Maifon de la Sabiiere & petite fille
de M de la Sabliere , que tous
les beaux efprits ont louée dans
leurs ouvrages , & qui eſtoir
foeur de Mr Hefnin qui vit encoreaujourd'huy & que fa ver-
GALANT 251
tu plus encore que fon merite
rendent li recommandable. Il
elt fort âgé.
MrMeliand, nouvel Intendant de Lyon & ci - devant Intendant à Pau & Intendant des
Armées de France & d'Efpagne , eft fecond fils de feu Mr
Meliand , Confeiller aux Requeftes du Palais & enfuite
Mailtre des Requeſtes , & arrie -petit - fils de Mr Meliand
Procureur general au Parlement de Paris , auquel feu Mr
Fouquet fucceda, Il eft neveu
de Mr Meliand ancien Evêque
d'Alet & auparavant de Gap.
4
252 MERCURE
Il elt d'une tres - ancienne famille de Robbe , qui a donné
un Prefident à une des Chambres des Enqueftes du Parlement de Paris , & un Ambaſſadeur de France en Suiffe & pluficurs Confeillers au Parlement il ya une autre branche
de Meliand dans le Parlement ;
Blaife Claude Meliand Confeiller de la premiere Chambre
des Requettes , où il fut receu
le 16. Avril 1698. en eft Ic
Chef. Mr de Lamoignon de
Courfon, fils de M' de Bâville ,
ci devant Intendant de Rouen,
& qui l'eſt à prefent de Borર
GALANT 253
deaux a époufé depuis peu fa
foeur. Mr l'Intendant de Lyon
a époufé la fille de Mr le Bret
premier Prefident du Parlement d'Aix , & qui nâquit à
Lyon pendant que Mr fon
pere y eftoit Intendant. Mr
Cardin le Bret de Flavacourt
fon frere eft Intendant de
Provence. Mr le Camus Scigneur de la Grange , qui
vient d'eftre nomméIntendant
de Pau , eft Maître des Requeftes depuis l'année 1696.
& du Semestre d'Octobre. Il
eft fecond fils de M' Nicolas
le Camus Seigneur de la
254 MERCURE
Grange Bligny, premier Pre
fident de la Cour des Aydes ,
neveu de M' le Lieutenant
Civil & de feu M' le Cardinal
le Camus , & frere de M' le
Camus premier Preſident de
la Cour des Aydes , en furvivancedeM' fon pere. Ce nom
eft refpectable depuis longtemps dans la Robbe aufli
bien que dans l'Eglife.
Mr Trudaine , a tenu une
conduite à Lyon pendant qu'il
en a efté Intendant , qui luy a
gagné les cœurs de tout le
Pays. Il y avécu d'une maniere
fomptucufe , il logeoit tous-
GALANY 255
les grands Seigneurs qui y
paffoient. D'ailleurs il Y cultivoit les Sciences ; depuis une
année il y avoit formé une
efpece d'Academie en affemblant tous les Lundis de chaque Semaine l'élite des gens de
Lettres de cette Ville qui trai
toient ces jours-là le point de
fciencequi leur avoit été affigné
dans la precedente conference.
Cet Intendant ya eu l'avanta
ge de loger chez luy Monfieur
Le Duc d'Orleans , lorsqu'il
paffa à Lyon , pour aller en
Piedmont , & à fon retour.
Mr Meliand n'a que 40.
256 MERCURE.
ans ; mais dans un âge fipeu
avancé il a déja donné plufieurs
marques de fa capacité & de
fon habileté dans les affaires.
lire vous paroîtra tout nouyeau.
Il s'eft fait un mouvement
affez confiderable parmi les
Intendans, Mr Pinon Intendant de Dijon ayant demandé
à fe retirer. , Mr de Trudaine
Intendant de Lyon , a paffé à
Intendance de Dijon , & Mr
GALANT 247
1
Meliand Intendant de Pau &
de l'Armée d'Espagne , a eu
celle de Lyon. Enfin Mr le Camus de la Grange a eu cette
derniere Intendance.
Mr Pinon qui ſe retire eft
Maistre des Requeſtes depuis
l'année 1686. & il eft du Semeftre de Janvier. Il eſt frere
de Mr Pinon Prefident au
grand Confeil & du Semestre
d'Efté , & pere de Mr Pinon de
Courfes Confeiller au Parlement. Mr Pinon Confeiller de la premiere Chambre
des Enquestes & reçu dans le
Parlement le 27. Aðuſt 1704.
X iiij
248 MERCURE
& Mr Pinon Confeiller de la
troifiéme Chambre des Enquê.
tes & reçu au Parlement le 25 .
Avril 1703. font honneur à
cette famille , de même que
Mr Pinon Seigneur de Villemain , premier Prefident des
Treforiers de France , generaux des Finances , & grand
Voyer en la Generalité de Paris , receu en cette Charge depuis l'année 1691. Mr Pinon
qui fe retire , avoit eſté Intendant de Poitiers , avant de paffer à l'Intendance de Dijon.
Mr de TrudaineSeigneur de
Montigny , qui fuccede à Mr
GALANT 249
Pinon , cft Maiftre des Requê
Les depuis l'année 1680. & il
elt du Semestre d'Avril Havoit
éſté auparavant Confeiller au
Parlement, &il vendit fa Charge de Confeiller de la troifiéme
des Enqueftes à Mr de Meliand
frere aîné du nouvel Intendant
deLyon & qui fut receu au Par
lement le 30. Mars 1689. Le
nouvel Intendant de Dijon , eft
frere de M° Voifin , épouſe de
Mr Voifin Secretaire d'Erat de
la guerre , & fils de feu Mr de
Trudaine,Confeiller du Roy &
Matre ordinaire en fa Chambre des Comptes. Mr. l'Laten-
250 MARCURE
dan: de Dijon eft coufin germainde MrLefpinette le Mairat , Maiftre des Requêtes , fils
de Mr le Mairat de Nogent
Mailtre des Comptes , dont
je vais vous apprendre la mort.
Ce jeune Magiftrat eſt Maiſtre
des Requeftes depuis l'année
1700. & du Semeftre de Janvier. M de Trudaine Intendante de Dijon eft de la Maifon de la Sabiiere & petite fille
de M de la Sabliere , que tous
les beaux efprits ont louée dans
leurs ouvrages , & qui eſtoir
foeur de Mr Hefnin qui vit encoreaujourd'huy & que fa ver-
GALANT 251
tu plus encore que fon merite
rendent li recommandable. Il
elt fort âgé.
MrMeliand, nouvel Intendant de Lyon & ci - devant Intendant à Pau & Intendant des
Armées de France & d'Efpagne , eft fecond fils de feu Mr
Meliand , Confeiller aux Requeftes du Palais & enfuite
Mailtre des Requeſtes , & arrie -petit - fils de Mr Meliand
Procureur general au Parlement de Paris , auquel feu Mr
Fouquet fucceda, Il eft neveu
de Mr Meliand ancien Evêque
d'Alet & auparavant de Gap.
4
252 MERCURE
Il elt d'une tres - ancienne famille de Robbe , qui a donné
un Prefident à une des Chambres des Enqueftes du Parlement de Paris , & un Ambaſſadeur de France en Suiffe & pluficurs Confeillers au Parlement il ya une autre branche
de Meliand dans le Parlement ;
Blaife Claude Meliand Confeiller de la premiere Chambre
des Requettes , où il fut receu
le 16. Avril 1698. en eft Ic
Chef. Mr de Lamoignon de
Courfon, fils de M' de Bâville ,
ci devant Intendant de Rouen,
& qui l'eſt à prefent de Borર
GALANT 253
deaux a époufé depuis peu fa
foeur. Mr l'Intendant de Lyon
a époufé la fille de Mr le Bret
premier Prefident du Parlement d'Aix , & qui nâquit à
Lyon pendant que Mr fon
pere y eftoit Intendant. Mr
Cardin le Bret de Flavacourt
fon frere eft Intendant de
Provence. Mr le Camus Scigneur de la Grange , qui
vient d'eftre nomméIntendant
de Pau , eft Maître des Requeftes depuis l'année 1696.
& du Semestre d'Octobre. Il
eft fecond fils de M' Nicolas
le Camus Seigneur de la
254 MERCURE
Grange Bligny, premier Pre
fident de la Cour des Aydes ,
neveu de M' le Lieutenant
Civil & de feu M' le Cardinal
le Camus , & frere de M' le
Camus premier Preſident de
la Cour des Aydes , en furvivancedeM' fon pere. Ce nom
eft refpectable depuis longtemps dans la Robbe aufli
bien que dans l'Eglife.
Mr Trudaine , a tenu une
conduite à Lyon pendant qu'il
en a efté Intendant , qui luy a
gagné les cœurs de tout le
Pays. Il y avécu d'une maniere
fomptucufe , il logeoit tous-
GALANY 255
les grands Seigneurs qui y
paffoient. D'ailleurs il Y cultivoit les Sciences ; depuis une
année il y avoit formé une
efpece d'Academie en affemblant tous les Lundis de chaque Semaine l'élite des gens de
Lettres de cette Ville qui trai
toient ces jours-là le point de
fciencequi leur avoit été affigné
dans la precedente conference.
Cet Intendant ya eu l'avanta
ge de loger chez luy Monfieur
Le Duc d'Orleans , lorsqu'il
paffa à Lyon , pour aller en
Piedmont , & à fon retour.
Mr Meliand n'a que 40.
256 MERCURE.
ans ; mais dans un âge fipeu
avancé il a déja donné plufieurs
marques de fa capacité & de
fon habileté dans les affaires.
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Résumé : Mouvement fait parmy les Intendans, [titre d'après la table]
Le texte décrit des changements récents parmi les intendants en France. Monsieur Pinon, Intendant de Dijon et Maître des Requestes depuis 1686, a demandé à se retirer. Il appartient à une famille influente, avec des membres au Parlement et des conseillers au grand Conseil. Monsieur de Trudaine, Intendant de Lyon, a pris sa place à Dijon. Monsieur de Trudaine, Seigneur de Montigny, est Maître des Requestes depuis 1680 et a précédemment été conseiller au Parlement. Il est également frère de Madame Voisin, épouse d'un secrétaire d'État à la guerre. À Lyon, il a été apprécié pour sa conduite, accueillant des seigneurs et cultivant les sciences en formant une académie. Monsieur Méliand, Intendant de Pau et des armées d'Espagne, a succédé à Monsieur de Trudaine à Lyon. Monsieur Méliand est issu d'une ancienne famille de robe, avec des membres ayant occupé des postes prestigieux au Parlement et dans l'Église. Monsieur le Camus de la Grange a été nommé Intendant de Pau. Il est Maître des Requestes depuis 1696 et appartient à une famille respectée dans la robe et l'Église. Monsieur Méliand, bien que jeune, a déjà démontré ses capacités dans les affaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1797
p. 256-257
« J'ay oublié de vous marquer à la fin de l'Article du [...] »
Début :
J'ay oublié de vous marquer à la fin de l'Article du [...]
Mots clefs :
Rosaire, Envoyer, Duc d'Anjou
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texteReconnaissance textuelle : « J'ay oublié de vous marquer à la fin de l'Article du [...] »
'ay oublié de vous marquer à la fin de l'Article du
Rofaire , quiprecede celuy que
Vous venez de lire , que je vous
ay déja envoyé il y a quelques
années , un Article à peu prés
femblable , puifqu'il s'agiffoit
de la reception de Monfeigneur le Duc de Bretagne à
la Confrérie du Rofaire. On
ne peutrop parler de ces fortes
d'Articles , & on ne les peut
top lire à cauſe du bien qu'ils .
GALANT 257
peuvent faire, & qu'ilspeuvent
engager ceux qui les lifent à
fe mettre du nombre des
Confreres du Rofaire. L'Article que vous venez de lire eft
bien capable de produire ce
falutaire effet , puifqu'il eft
rempli de miracles qui font de
notorieté publique , & dont
les Hiftoires font pleines depuis plufieurs ficcles ; de maniere que perfonne n'en peut
douter non plus que de ce que
plufieurs Papes en ont dit dans
un grand nombre de Bulles
qui font connues de tout le
monde.
Rofaire , quiprecede celuy que
Vous venez de lire , que je vous
ay déja envoyé il y a quelques
années , un Article à peu prés
femblable , puifqu'il s'agiffoit
de la reception de Monfeigneur le Duc de Bretagne à
la Confrérie du Rofaire. On
ne peutrop parler de ces fortes
d'Articles , & on ne les peut
top lire à cauſe du bien qu'ils .
GALANT 257
peuvent faire, & qu'ilspeuvent
engager ceux qui les lifent à
fe mettre du nombre des
Confreres du Rofaire. L'Article que vous venez de lire eft
bien capable de produire ce
falutaire effet , puifqu'il eft
rempli de miracles qui font de
notorieté publique , & dont
les Hiftoires font pleines depuis plufieurs ficcles ; de maniere que perfonne n'en peut
douter non plus que de ce que
plufieurs Papes en ont dit dans
un grand nombre de Bulles
qui font connues de tout le
monde.
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Résumé : « J'ay oublié de vous marquer à la fin de l'Article du [...] »
L'auteur regrette de ne pas avoir mentionné un article précédent sur la réception du Duc de Bretagne à la Confrérie du Rofaire. Il souligne que ces articles, riches en miracles documentés depuis des siècles et attestés par des bulles papales, peuvent encourager les lecteurs à rejoindre la confrérie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1798
p. 258-262
Trois morts subites dignes d'estre remarquées, [titre d'après la table]
Début :
Les hommes ne peuvent trop se précautionner contre [...]
Mots clefs :
Mort subite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Trois morts subites dignes d'estre remarquées, [titre d'après la table]
Les hommes ne peuvent
trop fe précautionner contre
les morts fubites qui ont regné
dans tous les ficcles ; mais plus
en certain temps qu'en d'autres ; & l'on peut dire que fila
Confrerie du Rofaire ne les
empêche pas ,
elle peut du
moins eftre caufe qu'ils meurent en meilleur eftat. Ces
morts n'ont jamais efté fi frequentes qu'elles le font depuis
untemps par toute l'Europe
&particulierement en France.
On en entend parler tous les
jours , & je pourois vous entretenir d'un grand nombre
GALANT 259
}
qui font arrivées depuis un
mois dans tous les quartiers
de Paris ; mais je vous en rapporteray feulement trois qui
font arrivées dans trois endroits bien remarquables , & à
la vûë de beaucoup de gens
de forte que perfonne n'en
pourra difconvenir. La premiere eft arrivée dans le Templele de Dieu ; la feconde au
milieu &devant toute la Cour,
& la troifiéme au milieu d'un
des plus celebres endroits du`
monde , dans lequel on rend
la Juſtice , & pendant que les
Juges eftoient affemblez pour
la rendre.
Yij
260 MERCURE
Le premier Article nous
fait voir un Chanoine de S.
Maur, qui aprés avoir fait fes
prieres pour celebrer la Meffe ,
avoir mis fon Aube , & fon
Manipule , fans fentir la
moindre atteinte d'aucun mal,
& en mettant fon Etole , eft
tombé mort.
Le fecond exemple d'une
mort auffi fubite , eft arrivé à
Verfailles , où un Valet de
Chambre de Madame la Ducheffe de Bourgogne en
oftant un Tabouret de fa
Chambre pour le porter dans
un lieu qui joignoit la Cham1
》
GALANT 261
bre de cette Princeffe , a auffi
payé le tribut qu'il devoit
à la mort plutoft qu'il n'avoic
cru le devoir faire.
i
Et enfin le troifieme malheur de pareille nature , eft
arrivé dans la feconde des
Requeftes du Palais , à Mr
Veronneau , celebre Avocat;
le Prefident de cette Chambre
avoit fait appeller une Caufe
qu'il devoit Plaider , & pour
laquelle il eftoit tout préparé ,
le Prefident ayant accordé
l'Audiance pour cette Cauſe ;
mais à peine Mr Veronneau
eut-il commencé à parler qu'il
262 MERCURE
demanda qu'on le foutint , &
dans le même moment il comba mort aux yeux d'une nombreufe affemblée qui fut auffi
touchée que furpriſe de cette
mort qu'elle avoit encore
moins attendu de voir , que
Avocat qui s'eftoit mis en
eftat de ne la point craindre
en quelque temps qu'elle puft
Je furprendre , & l'on pour
juger de fes bonnes mœurs , &
de fa vie reguliere , puifqu'on
a découvert aprés fa mort
qu'il portoit un Cilice , & que
Fon a trouvé chez luy plufieurs
inftrumens de penitence.
trop fe précautionner contre
les morts fubites qui ont regné
dans tous les ficcles ; mais plus
en certain temps qu'en d'autres ; & l'on peut dire que fila
Confrerie du Rofaire ne les
empêche pas ,
elle peut du
moins eftre caufe qu'ils meurent en meilleur eftat. Ces
morts n'ont jamais efté fi frequentes qu'elles le font depuis
untemps par toute l'Europe
&particulierement en France.
On en entend parler tous les
jours , & je pourois vous entretenir d'un grand nombre
GALANT 259
}
qui font arrivées depuis un
mois dans tous les quartiers
de Paris ; mais je vous en rapporteray feulement trois qui
font arrivées dans trois endroits bien remarquables , & à
la vûë de beaucoup de gens
de forte que perfonne n'en
pourra difconvenir. La premiere eft arrivée dans le Templele de Dieu ; la feconde au
milieu &devant toute la Cour,
& la troifiéme au milieu d'un
des plus celebres endroits du`
monde , dans lequel on rend
la Juſtice , & pendant que les
Juges eftoient affemblez pour
la rendre.
Yij
260 MERCURE
Le premier Article nous
fait voir un Chanoine de S.
Maur, qui aprés avoir fait fes
prieres pour celebrer la Meffe ,
avoir mis fon Aube , & fon
Manipule , fans fentir la
moindre atteinte d'aucun mal,
& en mettant fon Etole , eft
tombé mort.
Le fecond exemple d'une
mort auffi fubite , eft arrivé à
Verfailles , où un Valet de
Chambre de Madame la Ducheffe de Bourgogne en
oftant un Tabouret de fa
Chambre pour le porter dans
un lieu qui joignoit la Cham1
》
GALANT 261
bre de cette Princeffe , a auffi
payé le tribut qu'il devoit
à la mort plutoft qu'il n'avoic
cru le devoir faire.
i
Et enfin le troifieme malheur de pareille nature , eft
arrivé dans la feconde des
Requeftes du Palais , à Mr
Veronneau , celebre Avocat;
le Prefident de cette Chambre
avoit fait appeller une Caufe
qu'il devoit Plaider , & pour
laquelle il eftoit tout préparé ,
le Prefident ayant accordé
l'Audiance pour cette Cauſe ;
mais à peine Mr Veronneau
eut-il commencé à parler qu'il
262 MERCURE
demanda qu'on le foutint , &
dans le même moment il comba mort aux yeux d'une nombreufe affemblée qui fut auffi
touchée que furpriſe de cette
mort qu'elle avoit encore
moins attendu de voir , que
Avocat qui s'eftoit mis en
eftat de ne la point craindre
en quelque temps qu'elle puft
Je furprendre , & l'on pour
juger de fes bonnes mœurs , &
de fa vie reguliere , puifqu'on
a découvert aprés fa mort
qu'il portoit un Cilice , & que
Fon a trouvé chez luy plufieurs
inftrumens de penitence.
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Résumé : Trois morts subites dignes d'estre remarquées, [titre d'après la table]
Le texte aborde les morts subites fréquentes en Europe et en France. La Confrérie du Rosaire, bien qu'incapable d'empêcher ces décès, peut aider les individus à mourir dans de meilleures conditions. Trois exemples notables de morts subites à Paris sont rapportés. Un chanoine de Saint-Maur est décédé après avoir préparé la messe et mis son étole. À Versailles, un valet de chambre de la duchesse de Bourgogne est mort en portant un tabouret. Un avocat célèbre, M. Veronneau, est décédé subitement lors d'un plaidoyer au Palais de justice. Sa mort a surpris en raison de sa réputation de vie régulière et de bonnes mœurs, confirmée par la découverte d'un cilice et d'instruments de pénitence chez lui après son décès.
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1799
p. 266-268
Reception de Mr le President de Mesmes, à l'Academie Françoise, [titre d'après la table]
Début :
La mort de cet Evêque a laissé une place vacante à l'Academie [...]
Mots clefs :
Académie française, Place vacante, Mr le Président de Mesmes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Reception de Mr le President de Mesmes, à l'Academie Françoise, [titre d'après la table]
La mort de cet Evêque a
GALANT 267
$
laiſſe une place vacante à l'Academie Françoife qu'il fera
difficile de remplir d'un auffi
bon fujet , & d'un homme
auffi univerfel. En attendant
que je puiffe vous parler de celuy fur lequel l'Academic aura jetté les yeux , je dois vous
dire que Mr le Prefident de
Meſmes, qui avoit eſté nommé
pour remplir celle de M le
Comtede Crecyyvient d'eftre
reçû ; mais comme il faut du
temps pourvousfaire unfidele
portrait de ce qui s'eſt paſſé à
cette reception j'ay cru devoir
remettre au mois prochain à
Zij
268 MERCURE
vous en entretenir. Vous ne
perdrez rien pour attendre , &
je fuis perfuadé que vostre
curiofité fera fatisfaite.
GALANT 267
$
laiſſe une place vacante à l'Academie Françoife qu'il fera
difficile de remplir d'un auffi
bon fujet , & d'un homme
auffi univerfel. En attendant
que je puiffe vous parler de celuy fur lequel l'Academic aura jetté les yeux , je dois vous
dire que Mr le Prefident de
Meſmes, qui avoit eſté nommé
pour remplir celle de M le
Comtede Crecyyvient d'eftre
reçû ; mais comme il faut du
temps pourvousfaire unfidele
portrait de ce qui s'eſt paſſé à
cette reception j'ay cru devoir
remettre au mois prochain à
Zij
268 MERCURE
vous en entretenir. Vous ne
perdrez rien pour attendre , &
je fuis perfuadé que vostre
curiofité fera fatisfaite.
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Résumé : Reception de Mr le President de Mesmes, à l'Academie Françoise, [titre d'après la table]
La mort d'un évêque crée une vacance à l'Académie française. Monsieur de Mesmes remplace le Comte de Créquy. L'auteur ne peut pas encore fournir de détails sur la réception de Monsieur de Mesmes, mais promet de les donner le mois suivant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1800
p. 268-269
Mr le Vasseur Maistre des Comptes obtient l'agrement d'une Charge de Maistre d'Hôtel du Roy, [titre d'après la table]
Début :
Cependant je vous diray que le Roy ayant permis à Mr [...]
Mots clefs :
Mr Maréchal, Chirurgien, Mr le Vasseur, Maître des comptes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mr le Vasseur Maistre des Comptes obtient l'agrement d'une Charge de Maistre d'Hôtel du Roy, [titre d'après la table]
Cependant je vous diray
que le Roy ayant permis à Mr
Maréchal fon premier Chirur
gien de fe démettre de fa
Charge de Maître d'Hôtel
qu'il luy avoit donnée , il s'en
eft deffait en faveur de Mr le
Vaffeur Maistre des Comptes
qui a travaillé pendant trente
ans aux principales Affaires
de la Marine. Sa Majesté a
donnéfon agrément à Mr le
Vaffeur , avec des temoigna
,
GALANT 269
pr
gés de bonté & de fatisfaction
des fervices qu'il luy a rendus
fous les ordres de feu Mr le
Marquis de Seignelay , de Mr.
le Chancellier , & de Mr le
Comte de Pontchatrain
que le Roy ayant permis à Mr
Maréchal fon premier Chirur
gien de fe démettre de fa
Charge de Maître d'Hôtel
qu'il luy avoit donnée , il s'en
eft deffait en faveur de Mr le
Vaffeur Maistre des Comptes
qui a travaillé pendant trente
ans aux principales Affaires
de la Marine. Sa Majesté a
donnéfon agrément à Mr le
Vaffeur , avec des temoigna
,
GALANT 269
pr
gés de bonté & de fatisfaction
des fervices qu'il luy a rendus
fous les ordres de feu Mr le
Marquis de Seignelay , de Mr.
le Chancellier , & de Mr le
Comte de Pontchatrain
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Résumé : Mr le Vasseur Maistre des Comptes obtient l'agrement d'une Charge de Maistre d'Hôtel du Roy, [titre d'après la table]
Le roi a autorisé Monsieur Maréchal à démissionner de sa charge de Maître d'Hôtel. Monsieur le Vasseur, Maître des Comptes, a été nommé à sa place. Sa Majesté a approuvé cette décision, reconnaissant les trente années de services de Monsieur le Vasseur dans la Marine.
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