Résultats : 1571 texte(s)
Détail
Liste
201
p. 163-166
Observations sur les changemens du Barometre par rapport au temps, tirées des Memoires de M** Par M. Parent.
Début :
Quelques exactes Observateurs ayant bien voulu me communiquer leurs Memoires [...]
Mots clefs :
Baromètre, Observations, Températures, Pluie, Brouillard
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texteReconnaissance textuelle : Observations sur les changemens du Barometre par rapport au temps, tirées des Memoires de M** Par M. Parent.
Observations sur les change..
ments du Barometre par rapport
au temps, tirées des
Memoires de M* *
Par M. Parent.
Quelques exactes Observateurs
ayant bien voulu
me communiquer leursMemoires
touchant les temperatures,
j'ay pris 148. ob.-
fervations faites sur le Barometre
dans les lunaisonsdes
années 1696.1697. &
1698. dont fay fait une
somme , que j'ay divisée
par 148. pour avoir une
hauteur moyenne de Barometre
qui s'est trouvée de
27. poulces 6. lignes36 ou
de 27. poulces 7. lignes.
J'ay ensuite pris les obfervations
marquées,
( pluye,neige,broüillard,
humide, couvert, trouble,)
ôc j'en ay trouvé. 3. audeffous
de la moyenne, & 51»
audessus.Ayant pris encare
les observations marquées,
( pluye, brouillard,
neige, ) feulement j'en ay
trouvé 18. au dessous,&13.
au dessus. Ayant continué
de prendre les observations
marcluces,pluye neige, )
seulement,j'en ay trouve
15. au dessous &7. au desfus.
Et ay ant pris feulement
les observations marquées,
( pluye ) feulement, j'en ay
trouvé 12.. au dessous, &
6. au dessus.
J'ay pris aussi les observations
marquées, (beau,
~rain, j'en, ay trouvéLau
dessous; de U hauteur
moyenne 7. seulement, &
Ljf, audeflbs.f„ce>qui suffit:
pourconvaincre que le Barometre
est bas dans le
temps humide,& haut
dans Iç[epain..,;0';,,; Quoyquon » ait. parlé dans
le MçreuFe precedent des
Abbayes que le Roy a donné
laveillede laToussaints;
cpii>iT)c on estoit fuir la fin
dçriqmprçiTion
, on n'a pu
donner au Public les remarques
qu'on a coustume
defaire.
ments du Barometre par rapport
au temps, tirées des
Memoires de M* *
Par M. Parent.
Quelques exactes Observateurs
ayant bien voulu
me communiquer leursMemoires
touchant les temperatures,
j'ay pris 148. ob.-
fervations faites sur le Barometre
dans les lunaisonsdes
années 1696.1697. &
1698. dont fay fait une
somme , que j'ay divisée
par 148. pour avoir une
hauteur moyenne de Barometre
qui s'est trouvée de
27. poulces 6. lignes36 ou
de 27. poulces 7. lignes.
J'ay ensuite pris les obfervations
marquées,
( pluye,neige,broüillard,
humide, couvert, trouble,)
ôc j'en ay trouvé. 3. audeffous
de la moyenne, & 51»
audessus.Ayant pris encare
les observations marquées,
( pluye, brouillard,
neige, ) feulement j'en ay
trouvé 18. au dessous,&13.
au dessus. Ayant continué
de prendre les observations
marcluces,pluye neige, )
seulement,j'en ay trouve
15. au dessous &7. au desfus.
Et ay ant pris feulement
les observations marquées,
( pluye ) feulement, j'en ay
trouvé 12.. au dessous, &
6. au dessus.
J'ay pris aussi les observations
marquées, (beau,
~rain, j'en, ay trouvéLau
dessous; de U hauteur
moyenne 7. seulement, &
Ljf, audeflbs.f„ce>qui suffit:
pourconvaincre que le Barometre
est bas dans le
temps humide,& haut
dans Iç[epain..,;0';,,; Quoyquon » ait. parlé dans
le MçreuFe precedent des
Abbayes que le Roy a donné
laveillede laToussaints;
cpii>iT)c on estoit fuir la fin
dçriqmprçiTion
, on n'a pu
donner au Public les remarques
qu'on a coustume
defaire.
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Résumé : Observations sur les changemens du Barometre par rapport au temps, tirées des Memoires de M** Par M. Parent.
Le texte 'Observations sur les changements du Baromètre par rapport au temps, tirées des Mémoires de M*' par M. Parent analyse les observations météorologiques réalisées entre 1696 et 1698. M. Parent a compilé 148 observations du baromètre, avec une hauteur moyenne de 27 pouces 6 lignes 36 ou 27 pouces 7 lignes. Il a classé ces observations selon les conditions météorologiques telles que la pluie, la neige, le brouillard, l'humidité, le ciel couvert ou trouble. Il a noté que 3 observations étaient en dessous de la moyenne et 51 au-dessus. Pour des conditions spécifiques comme la pluie, le brouillard et la neige, il a trouvé 18 observations en dessous et 13 au-dessus de la moyenne. Pour la pluie et la neige seules, il a trouvé 15 observations en dessous et 7 au-dessus. Pour la pluie seule, il a trouvé 12 observations en dessous et 6 au-dessus. Ces données montrent que le baromètre est généralement bas dans les temps humides et haut dans les temps beaux. Le texte mentionne également des abbayes données par le roi la veille de la Toussaint, mais précise que les remarques habituelles n'ont pas pu être publiées en raison de la fin de l'impression.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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202
p. 193-207
EXTRAIT du Discours de Monsieur de Reaumur sur la prodigieuse ductilité de diverses matieres, leu dans l'assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, le 15. Novembre.
Début :
Dans le Mercure dernier nous nous contentasmes de faire connoistre [...]
Mots clefs :
Réaumur, Académie royale des sciences, Ductilité, Métaux, Vers à soie, Araignées, Filage, Microscope, Métallurgie, Innovations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du Discours de Monsieur de Reaumur sur la prodigieuse ductilité de diverses matieres, leu dans l'assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, le 15. Novembre.
EXTRAIT
du Discours-deMonsieurde
Reaumur sur la prodigieuse
ductilité dedinjerfesmatiè-
Ires) leu dans l'assemblée publique
de l'AcadémieRayale
des Sciences
,
le 15. Novembre.
'D Ans le Mercure dernier
nous nous contentasmes
de faire connoistre le
sujet de cettedissertation
d'indiquer lesmatierescu-,
rieusesqui y sont examinées;
nousavertismes aussi
RU'ellé estoitremplie d'un
grand nombre d'observations
singulieres, écrites
d'une maniere qui feule estoit
capable de les faire recevoir
agréablement, on
nous sçauroit mauvais gré
si nous en estions restez Jà,-
nous allons tascher d'en
donner une idée plus complette.
Pour embrasser tout ce
qui regarde lamerveilleuseductilité
dedivers corps,
M. deReaumur divisales
corps ductiles en deux
classes;dontlapremiere
comprend lecorpsqu'il
nommaductiles durs, &.
la seconde les ductiles
mous Les métaux quis'estendent
sans marteau, ou
en passant par la filiere,
luy fournirent des exemples
de la premiere cfpece
de ductilité. Le Pere Mersenne,
Furtiere
,
Rohault,
& divers Sçavans, que M.
de Reaumur eut foin de
citer, ont fait des calculs
pour montrer jusquesoù
les batteurs d'orestendent
l'orenfeüilles, & jusques
où les tireurs d'or estendent
les lingots dorez,dont ils
forment les fils que nous
employons dans une infinité
d'ouvrages. Mr de
Reaumur qui a décrit les
arts du batteur d'or & du
tireur d'or pour servir l'histoire
generale des arts, a
-
trouve pouffé la ductilité
des metaux bien plus loin
que les Anciens ne l'avoient
dit. Les artsse persectionnèrent
, nous nous
contenterons de rapporter
qu'il fit voir par des experiences
exactes que l'onestend
un lingot ou une especede
cylindre d'argent:
doré d'environ vingt deux
pouces de long,& de quinze
lignes de diametre, qu'-
on estend, dis
- je,ce cylindrejusqul'à
ce que sa longueur
parvienne à celle de
cent onze lieuës. Le calcul
quil donna de 1epaifseur
de lacouche d'or qui
couvre les lames d'argent
doré dans lesquels cit réduit
ce lingot, est encore
plus surprenant. Cette cou- -
che d'or n'a pas fouvenc
d'epaisseur la 300000. partie
d'une ligne; Mr de
Reaumuramesme fait des
experiencesoùilla reduite
à n'en avoir que la millionniéme
partie aprés avoir
examiné les duétiIes
durs, Mr de Reaumur passa
aux ductiles mous Entre
les corps il donna le premier
rang au verre; il avertit
au reste qu'on ne devoit
pas e stre surpris de ce qu'il
donnoit cette -place à la
plus cassante, & àla plus
roide de toutes les matieres
Lorsque le feu l'a penetrée
on la peut rravailler
comme une cire molle. Il
expliqua comment avec le
1
verre on forme des fils plus
déliez que les cheveux, &
qui se plientde mesme au
gréduvent. Enfinil montra
qu'on pouvoit rendre
flexibles ces fils à un point
estonnant; & que si nous
en sçavionsfaired'aussi déliées
que le sont ceux dont
les araignées forment les
coques qui enveloppent
leurs oeufs; que probablement
ils feroient propres à
entrer dans des tissus. De
forte
,
s'il est vray de dire
que le verre n'est pas malleable
,
qu'il n'est pas seur
,
de dire qu'il n'est pas textible.
Il raconta aussi la maniere
dont il avoir tiré de
pareils fils beaucoup plus
déliez que ceux que les ouvriers
filent, & plus fins
mesme que les fils des versr àfoye.
Aprés rout Mr de Reaumur
avoüa que nous estions
peu habiles à travailler
les corps ductiles mous,
mais qu'heureusement la
nature nous a dédommagé
de ce quenous ignorons
de ce costé-la, il dit qu'elle
instruitune infinité d'animaux
à les estendre pour
nous; nous n'avons qu'à
mettre en oeuvre les fils
qu'ils nous préparent. Les
Vers à foye sont ces animaux.
Ils tirent leurs fils
d'une matiere visqueuse
contenuë dans leurs corps.
- A mesure que cette matiere
s'estend elle prend de
la consistance, elle devient
soye. Pourfaire voir néanmoinsjusques
où la nature
sçait estendreune matiere
molle, Mr de Reaumur ne
crut pas devoir s'arrester à
la soye des Vers. Les Araignées
luy en fournirent de 1
meilleures preuves. Mais
avant de faire voir quelle i
ea la prodigieusefinesse
des fils de certaines especes
d'Araignées, il décrivit la
belle mecanique que la nature
employe pour former
ces fils, il entra dans le détail
de toutes les parties
destinées à cetusage. Dans
le corps d'un si vilain animal
il y a un appareil furprenant
prés du derriere
de l'Araignée; on voit six
mamelons, le bout de chaque
mamelon examiné au
microscope, paroist percé
d'un nombre de trous prodigieux
, Mr de Reaumur
crut trop dire en asseurant
qu'il n'y avoit pas un de ces
bouts qui n'eust plus demille
trous. Chaque trou donnepassage
à un fil séparé.
L'Araignée ayant six mamelons
peut donc faire fortir
de son corps plus desix
millefils à la fois, ou pluCtostces
six mille fils séparez
sont actuellement formezdans
son corps. Tout
déliez qu'ils sont, ils ont
chacun leur tuyau particulier
qui les conduit jusques
aux reservoirs où est contenuë
la liqueur dont ilssont
formez. A la sortie dumamelon
plusieurs de ces fils
se réunissent ensemble
, &
en compofenr un ,
tel que
font ceux dont les araignées
font leurscoques.
Mais quelle est la prodigieuse
finesse de ces fils
dont l'assemblagene compose
qu'un fil plus délié
que tout ce quenousconnoissons.
Enfin siau lieu de
considerer ces 6000. fils,
dans les grossesAraignées
on les confidere dans certainesAraignées
naissantes,
qui ne peuvent presqueestre
apperçuës ellesmêmes
qu'avec le Microscope, on
aura bien de quoy admirer
les ouvrages de la nature.
Nousajouterons icy
une chose
,
dont nousoubliâmes
à parler dans le
dernier Mercure, qui ne
doit pas estre indifferente
au Public. C'est que le Pere
Gouye, après avoir fait un
Extrait trésexact des Discours
précedens,annonça
au Public que M. de Reaumur
s'estoit charge en partie
de l'execution du projet
que l'Academie a formé de
donner des descriptions de
tous les Arts & Metiers,
de tous leurs procédez, de
tous leurs instrumens, leurs
machines
, &c. Ce projet
dans l'execution a esté generalement
souhaitté,soit
dans leRoyaume, doit dans
les Pays estrangers
, comme
trés-utile, soit pour le
progrez, foit pour la conservation
des Arts. Le Pere
Gouye annonça en rneme
Fernps que M. de Reaumur
*A
avoit des ja décrit un grand
nombre d'Arts des pluscurieux
,
dont il donneroit
bientostun grosvolume.
du Discours-deMonsieurde
Reaumur sur la prodigieuse
ductilité dedinjerfesmatiè-
Ires) leu dans l'assemblée publique
de l'AcadémieRayale
des Sciences
,
le 15. Novembre.
'D Ans le Mercure dernier
nous nous contentasmes
de faire connoistre le
sujet de cettedissertation
d'indiquer lesmatierescu-,
rieusesqui y sont examinées;
nousavertismes aussi
RU'ellé estoitremplie d'un
grand nombre d'observations
singulieres, écrites
d'une maniere qui feule estoit
capable de les faire recevoir
agréablement, on
nous sçauroit mauvais gré
si nous en estions restez Jà,-
nous allons tascher d'en
donner une idée plus complette.
Pour embrasser tout ce
qui regarde lamerveilleuseductilité
dedivers corps,
M. deReaumur divisales
corps ductiles en deux
classes;dontlapremiere
comprend lecorpsqu'il
nommaductiles durs, &.
la seconde les ductiles
mous Les métaux quis'estendent
sans marteau, ou
en passant par la filiere,
luy fournirent des exemples
de la premiere cfpece
de ductilité. Le Pere Mersenne,
Furtiere
,
Rohault,
& divers Sçavans, que M.
de Reaumur eut foin de
citer, ont fait des calculs
pour montrer jusquesoù
les batteurs d'orestendent
l'orenfeüilles, & jusques
où les tireurs d'or estendent
les lingots dorez,dont ils
forment les fils que nous
employons dans une infinité
d'ouvrages. Mr de
Reaumur qui a décrit les
arts du batteur d'or & du
tireur d'or pour servir l'histoire
generale des arts, a
-
trouve pouffé la ductilité
des metaux bien plus loin
que les Anciens ne l'avoient
dit. Les artsse persectionnèrent
, nous nous
contenterons de rapporter
qu'il fit voir par des experiences
exactes que l'onestend
un lingot ou une especede
cylindre d'argent:
doré d'environ vingt deux
pouces de long,& de quinze
lignes de diametre, qu'-
on estend, dis
- je,ce cylindrejusqul'à
ce que sa longueur
parvienne à celle de
cent onze lieuës. Le calcul
quil donna de 1epaifseur
de lacouche d'or qui
couvre les lames d'argent
doré dans lesquels cit réduit
ce lingot, est encore
plus surprenant. Cette cou- -
che d'or n'a pas fouvenc
d'epaisseur la 300000. partie
d'une ligne; Mr de
Reaumuramesme fait des
experiencesoùilla reduite
à n'en avoir que la millionniéme
partie aprés avoir
examiné les duétiIes
durs, Mr de Reaumur passa
aux ductiles mous Entre
les corps il donna le premier
rang au verre; il avertit
au reste qu'on ne devoit
pas e stre surpris de ce qu'il
donnoit cette -place à la
plus cassante, & àla plus
roide de toutes les matieres
Lorsque le feu l'a penetrée
on la peut rravailler
comme une cire molle. Il
expliqua comment avec le
1
verre on forme des fils plus
déliez que les cheveux, &
qui se plientde mesme au
gréduvent. Enfinil montra
qu'on pouvoit rendre
flexibles ces fils à un point
estonnant; & que si nous
en sçavionsfaired'aussi déliées
que le sont ceux dont
les araignées forment les
coques qui enveloppent
leurs oeufs; que probablement
ils feroient propres à
entrer dans des tissus. De
forte
,
s'il est vray de dire
que le verre n'est pas malleable
,
qu'il n'est pas seur
,
de dire qu'il n'est pas textible.
Il raconta aussi la maniere
dont il avoir tiré de
pareils fils beaucoup plus
déliez que ceux que les ouvriers
filent, & plus fins
mesme que les fils des versr àfoye.
Aprés rout Mr de Reaumur
avoüa que nous estions
peu habiles à travailler
les corps ductiles mous,
mais qu'heureusement la
nature nous a dédommagé
de ce quenous ignorons
de ce costé-la, il dit qu'elle
instruitune infinité d'animaux
à les estendre pour
nous; nous n'avons qu'à
mettre en oeuvre les fils
qu'ils nous préparent. Les
Vers à foye sont ces animaux.
Ils tirent leurs fils
d'une matiere visqueuse
contenuë dans leurs corps.
- A mesure que cette matiere
s'estend elle prend de
la consistance, elle devient
soye. Pourfaire voir néanmoinsjusques
où la nature
sçait estendreune matiere
molle, Mr de Reaumur ne
crut pas devoir s'arrester à
la soye des Vers. Les Araignées
luy en fournirent de 1
meilleures preuves. Mais
avant de faire voir quelle i
ea la prodigieusefinesse
des fils de certaines especes
d'Araignées, il décrivit la
belle mecanique que la nature
employe pour former
ces fils, il entra dans le détail
de toutes les parties
destinées à cetusage. Dans
le corps d'un si vilain animal
il y a un appareil furprenant
prés du derriere
de l'Araignée; on voit six
mamelons, le bout de chaque
mamelon examiné au
microscope, paroist percé
d'un nombre de trous prodigieux
, Mr de Reaumur
crut trop dire en asseurant
qu'il n'y avoit pas un de ces
bouts qui n'eust plus demille
trous. Chaque trou donnepassage
à un fil séparé.
L'Araignée ayant six mamelons
peut donc faire fortir
de son corps plus desix
millefils à la fois, ou pluCtostces
six mille fils séparez
sont actuellement formezdans
son corps. Tout
déliez qu'ils sont, ils ont
chacun leur tuyau particulier
qui les conduit jusques
aux reservoirs où est contenuë
la liqueur dont ilssont
formez. A la sortie dumamelon
plusieurs de ces fils
se réunissent ensemble
, &
en compofenr un ,
tel que
font ceux dont les araignées
font leurscoques.
Mais quelle est la prodigieuse
finesse de ces fils
dont l'assemblagene compose
qu'un fil plus délié
que tout ce quenousconnoissons.
Enfin siau lieu de
considerer ces 6000. fils,
dans les grossesAraignées
on les confidere dans certainesAraignées
naissantes,
qui ne peuvent presqueestre
apperçuës ellesmêmes
qu'avec le Microscope, on
aura bien de quoy admirer
les ouvrages de la nature.
Nousajouterons icy
une chose
,
dont nousoubliâmes
à parler dans le
dernier Mercure, qui ne
doit pas estre indifferente
au Public. C'est que le Pere
Gouye, après avoir fait un
Extrait trésexact des Discours
précedens,annonça
au Public que M. de Reaumur
s'estoit charge en partie
de l'execution du projet
que l'Academie a formé de
donner des descriptions de
tous les Arts & Metiers,
de tous leurs procédez, de
tous leurs instrumens, leurs
machines
, &c. Ce projet
dans l'execution a esté generalement
souhaitté,soit
dans leRoyaume, doit dans
les Pays estrangers
, comme
trés-utile, soit pour le
progrez, foit pour la conservation
des Arts. Le Pere
Gouye annonça en rneme
Fernps que M. de Reaumur
*A
avoit des ja décrit un grand
nombre d'Arts des pluscurieux
,
dont il donneroit
bientostun grosvolume.
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Résumé : EXTRAIT du Discours de Monsieur de Reaumur sur la prodigieuse ductilité de diverses matieres, leu dans l'assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, le 15. Novembre.
Le 15 novembre, Monsieur de Reaumur a présenté un discours à l'Académie Royale des Sciences sur la ductilité des matières. Il a classé les corps ductiles en deux catégories : les ductiles durs et les ductiles mous. Les métaux, tels que l'or et l'argent, appartiennent à la première catégorie. Reaumur a mentionné des expériences démontrant que l'argent peut être étiré jusqu'à atteindre une longueur de cent onze lieues à partir d'un cylindre initial. Il a également exploré la finesse des couches d'or sur l'argent doré, qui peuvent être réduites à des épaisseurs extrêmement minces. Pour les ductiles mous, Reaumur a pris l'exemple du verre, qui, une fois chauffé, peut être travaillé comme une cire molle. Il a décrit la formation de fils de verre très fins et flexibles, comparables à ceux produits par les araignées. Reaumur a souligné que, bien que les humains soient peu habiles à travailler ces matériaux, la nature compense en instruisant certains animaux, comme les vers à soie et les araignées, à produire des fils très fins. Enfin, le texte indique que le Père Gouye a annoncé que Reaumur participera à un projet de l'Académie visant à décrire tous les arts et métiers, leurs procédés et instruments. Ce projet est très attendu tant en France qu'à l'étranger.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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203
p. 69-70
I. ENIGME.
Début :
Quelque Poete en faisant de son mieux, [...]
Mots clefs :
Grès ou rocher
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : I. ENIGME.
*sonmieux,
Eleza jadis jufquaux cieux
Ceux dontjeprens mon origine
Et quelquefois on me prend à
la mine
Pour un bottrgeois, pour un
manant:
AuJJifuis-jegrojjjçr.F-in quelquefois
pourtant,
Les voyageurs quelquefois me
benissent,
Et quelquefois voyageurs me
maudiffint.
Tellefemmequi chante & rit
Anjecfis deux mainsmattendrit,
Pendantqu'il pleut dans fin
écuelle.
Caressepar maint Demoijelle
Je n'en deviens que plus confiant)
Aux Dames j'en souhaite autant.
Eleza jadis jufquaux cieux
Ceux dontjeprens mon origine
Et quelquefois on me prend à
la mine
Pour un bottrgeois, pour un
manant:
AuJJifuis-jegrojjjçr.F-in quelquefois
pourtant,
Les voyageurs quelquefois me
benissent,
Et quelquefois voyageurs me
maudiffint.
Tellefemmequi chante & rit
Anjecfis deux mainsmattendrit,
Pendantqu'il pleut dans fin
écuelle.
Caressepar maint Demoijelle
Je n'en deviens que plus confiant)
Aux Dames j'en souhaite autant.
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204
p. 99-137
Explication physique & chymique des feux soûterrains, des tremblemens de terre, des ouragans, des éclairs & du tonnerre.
Début :
Mon dessein est de donner, par le moyen d'une [...]
Mots clefs :
Soufre, Terre, Vitriol, Tonnerre, Ouragans, Matière, Mouvement, Opération, Feu, Fer, Mars, Limaille de fer, Chaleur, Nues, Vapeur, Fermentation, Souterrains, Tremblements de terre, Éclairs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Explication physique & chymique des feux soûterrains, des tremblemens de terre, des ouragans, des éclairs & du tonnerre.
Explicationphyfique & chimique
àv$feuxJouterrams,
des tremblemens deterrey
des'ouragans, des éJairs&r
-du o tonmrre. -'
.(-' ,
1
Mon dessein est de donner,
par le moyen d'une
opération de Chymie, une
idée sensible de ce qui se
1
passe dans les nuës lors
qu'elles s'ouvrent en temps
detempête,pour produire
les éclairs ôc le tonnerre: mais avant que de faire
voir cette opération, il est
à propos de parler de la matiere
qui cause des effets si
violens, & d'examiner sa
nature & son origine.
On ne peut pas raisonnablement
douter que la
nature de l'éclair & du tonnerrene
soit un souffre en- amme, ôc élancé avec
beaucoup de rapidité. Nous
ne cannoissons rien d'inflammable
, ni de plus en
mouvement que le souffre,
ôc l'odeur du souffre que le
tonnerre laisse dans tous les
lieuxoù il a passé, prouve
assez sa nature. Il est donc
question de trouver l'origine
de ce souffre
: il n'est
pas vraisemblable qu'il Ce
soit formé dans les nuës, il
faut qu'il y ait étéporté en
vapeur.
Il me paroît que l'origine
de la matiere qui fait
le tonnerre est la même que
celle, des tremblemens de
terre, des ouragans, des
feux soûterrains. J'ai explique
la cause de ces grands
remuëmens dans un livre
de Chymie, à l'occasion
d'une préparation particuliere
sur le fer appeile safran
de Mars. Comme mon
explication a ététrouvée
assez juste, ôc que j'ai fait
encore plu sieurs autres experiences
qui servent à confirmer
ce que j'avois avancé,
je rapporterai en abrégé
les unes ôc les autres experiences.
Voici donc les
premieres.
On fait un mélange de
parties égales de limaille
de fer & de souffre pulverisé,
on reduit le mélange
en pâte avec del'eau, ôc on
le laisse en digestion sans
feu pendant deux ou trois
heures; il s'y fait une fermentation
& un gonflement
avec chaleur considerable
: cette fermentation
fait la pâte en plusieurs
endroits, & y fait des crevasses
par où il sort des vapeurs
qui sont simplement
chaudes,quand la matiere
n'est qu'en une mediocre
quantité:mais qui s'enflamment
lorsque , la matiere
d'où elles sont poussées fait.
une masse considerable,
comme de trente ou de
quarante livres.
La fermentation accompagnée
de chaleur, & même
de feu qui arrive dans
cette opération, procede
de la pénétration & du frotement
violent que les pointes
acides du souffre font
contre les parties du fer.
Cette experience feule
me paroîtréscapable d'expliquerdequelle
maniere
se fontdans les entrailles
de la terre les fermentations,
les remuëmcns &
les embrafemens
, comme
il arrive au mont Vesuve,
au mont Etna, & en plufleurs
autres lieux; car s'il
s'y rencontre du fer & du
souffre qui s'unissent & se
penetrent l'un l'autre, il
doit s'ensuivre une violente
fermentation, qui produira
du feu, comme dans nôtre
opération. Or il est aisé de
prouver que dans les monragnes
donc j'ai parlé il y a
du souffre & du fer; car aprés
que les flammes font
finies,on trouve beaucoup
de souffre sur la superficie
de la terre, & l'on découvre
danslescrevassesoùle
souffre a patTé, des matieres
semblables à celles qui se
separent du fer dans les
forges.
»
Voici les secondes experiences
que j'ai faites
)
qui
appuyeront les premières
& mon raisonnement. J'ai
mis du même mélangede
limaille de fer ôc de souffre,
en différentes quantitez,
dans des pots hauts & étroirs,
en sorte que la matiere
y a été plus comprimée
que dans les terrines;
il s'estfaitaussi desfermentations&
des embrasemens
plusforts, & la matieres'étant
élevée avec un peu de
violence,il en a rejailli une
partie autour des pots. J'ai
mis en été cinquante livres
du mêmemétla.n)ge dans un grand pot, j'ai placé le pot
dans un creux que j'avois
fait faire en terre à la campagne,
je l'ai couvert d'un
linge, ôc ensuirede terre à
la hauteur d'environ un
pied
}
j'ai apperçû huit ou
neuf heures après que la
-
terre se gonfloit,s'échauffoit
& se crevafToit
; puis il
en est forci des matières
foulfreufes & chaudes, ôc
ensuite quelques flammes
qui ont élargi les ouvertures,
& qui ont répandu autour
du lieu une poudre jaune
& noire. La terre a demeuré
long-tempschaude:
je l'ai levée aprèsqu'elle a
été refroidie, je n'ai trouvé
dans le pot qu'une poudre
noire & pesante, c'est la limaille
de fer dépouillée
d'une partie de son souffre.
On auroit pû mettre
davantage de terre sur le
pot: mais il y auroit eu à
craindre que la matiere
n'eût pû s'allumer faute
d'air. Cette opération rétiffit
mieux en été qu'en hyver,
à cause de la chaleur
du Soleil quiexcite un plus
grand mouvement aux parties
insensibles du fer 6c du
souffre. Il n'est donc pas
necessaire de chercher ailleurs
ce qui peut mettre les
souffres en mouvement
dans les mines & les enflammer,
leur jonction avec
le fer produira parfaitement
bien cet effet, demême
qu'elle a produit dans
nos opérations. Mais il se
presente ici une difecultéi,
c'etf que ces grandes fer
mentations & cesembraiemens
soûterrains nepeuventavoir
ete produitslans
air: or on ne comprend
pas bien par où il auroit pu
paffer de l'air si profonde-
-.ment. dans laterré.
On répond à cette obtjection
,
qu'il y a dans la
terre beaucoup de fentes
r& de conduits que nous ne
voyonspoint, & sur, tout
dans les pays chauds,où
ccsmouvemens soûterrains
.arrivent ordinairèment; car
la grande chaleur du Soleil
échauffant & calcinant, par
maniéré de dire, la terre
en plusieurs lieux, y fait
des crevasses profondes)
par où il se peut introduire
de l'air. Les tremblemens
de terre font apparemment
causez par une vapeur, qui
ayant été produite dans la
-
fermentation violente du
fer&du souffre,s'est con-
-
vertie en un vent sulfureux,
lequel se fait passage ic
roule par où il peut, en soûlevant
& branlant les terres
fous lesquelles il passe.
Si ce vent sulfureux se trou- ;
ve toujours renfermé, sans
pouvoir penetrer aucune issuë
pour s'échaper, il fait
durer le tremblement de
terre long-temps & avec
de grands efforts,jusqu'à
ce qu'il ait perdu son mouvement
: mais s'il trouve
quelques ouvertures pour
sortir, il s'élance avec grande
impetuosité,&c'est ce
qu'on appelle ouragan; il
écarce la
-
terre & fait des
abî»
abîmes, il deracine les arbres
& abat les maisons; &
les hommes même ne seroient
pas à l'abri de sa furie,
s'ils ne prenoient la
précaution de se jetter
promptement labouche&
le ventre contre terre, non
pas feulement pour s'empêcher
d'être enlevez, mais
pouréviter de respirer ce
ventlîitCureux &chaud qui
les [uffoqùoir.
Les feux foûtcçrains viennent
de la mêmeexhalaison
sulfureuse. LaNdifference
des effets qu'elle Prbduit
peut provenir de plusieurs
caules de ce que la
maticre a étéplus abondante
5
Se par. consequent.
la fermentation plusforte
de ce qu'il s'y est introduit
davantage d'air;de ce qu'il
s'est rencontré des fentes
ou des crevasses àla terre
assezgrandes, & disposées
pour laisser passer les flammes.
Cesflammesensélëvant
imperueusement ie
font bientôt un jour plus
grand, & elles donnent
lieu à toute la matiere du
fond de la terre de s'enflammer
& de pousser des
C-ux si abondas, qu'ils
couvrent & inondent cjueL
quefois de leurs cendres les
prochains villages.
Les feux folets &ceux
qui paroissent sur certaines
eaux dans les pays chauds,
tirent apparemment leur
origine de la même cause :
mais comme la vapeur fuifureufe
a été foible, &que
son plus grand mouvement
x été ralenti, en se filtrant
au travers des terres & en
passantpar leseaux,ilne
s'en est. élevéuqqwielflajïw
- me legere,spiritueuse,cr- *
rante ,
& qui n'est point entretenue
par une assez grande
quantité de matiere pour
être de durée. Il y a apparence
que les eaux minérales
chaudes, comme celles
de Bourbon, de Vichi, de
BaLrue, d'Aix,ont prisleur
chaleur des feux foûterrains,
ou des terres fulphureufes
& échauffées par où
elles ont passé; car quand
ces eaux sont en repos, il
s'enièpare des parties de
souffre aux côtez des baffînSrlifc
peut faire aussï
* que certaines eaux minérales
ayent tiré leur chaleur
d'une chaux naturelle,
quelles rencontrent en leur
chemin dans les entrailles
de la terremais cette chaux
n'est qu'une pierre calcinée
par des feux soûterrains.
Les colomnes d'eau qui
s'élevent quelquefois sur la
mer, & qui font aux matelots
les sinistres prcfages
d'un prompt naufrage,
viennent apparemment de
ces vents sulfureux pouffez
rapidement desterres de
dessous la mer) après des
fermentations pareilles à
celles dont il a été' parlé.
Les vents sulfureux, qui
font les ouragans,s'élèvent
avec tant de violence en
s'échapant de dessous la
terre,qu'il en monte une
partie jusqu'aux nues:c'estce
qui fait la matiere & la
cause du tonnerre ; car ce
vent qui contient un souffre
exalté s'embaraue dans les
nues, & y étant battu &
compriméfortement, il y
acquiertun mouvement assez
grand pour s'y enflammer
& y former l'éclair en
fendant la nuë, ôc s'élançantavec
une très- grande
rapidité. C'est CI furieux
mouvement qui cause le
bruit du tonnerre que nous
entendons; car ce vent
sulfureux sortant violemment
d'un lieu étroitoùil
étoit contraint
>
frape l'air
trés-rudement & y roule
d'une vîtesse extraordinaire,
de même que fait la
poudre qui fort d'un canon
où elle aété allumée.
On peut dire ici qu'un nitre
subtilqui est toûjours naturellement
répandu dans
l'air, se lie au souffre du tonnerre,
& augmente la force
de son mouvement &
de son action,demême
que quand oa mêlé du
salpêrre avec ousouffre
commun, il produitun efset
bien plus violent eh se
rarefiant, que quand il est
seul. Ce vent sulfureux du
tonnerre après avoir roulé
dans l'air quelque espace
de temps,se rallentit peu à
peu de son mouvement ; c'est pourquoy le tonnerre
est bien plus violent & plus
dangereux au moment qu'il
fort
fort de la nuë, que quand il
a déja fait dans l'air une
partie de ses rournoiemens
êc de ses virevoustes : mais
enfin après avoir fait tant
d'éclat, tant de bruit & tant
de fracas, il (e reduit à rien,
& il ne laisse dans les lieux -..
où il a passé qu'une odeur
de douffresemblable à celle
de l'ouragan.
Quant aux pierres de
foudre, dont le vulgaire
veut que le tonnerre foit
toûjours accompagné, leur
existence me paroît bien
douteuse, & j'ai assez de
pente à croire qu'il n'yen
a jamais eu de véritables.
Il n'est pourtant pas absolument
impossible que les
ouragans en montant rapidement
jusqu'aux nuës,
comme il a étédit, n'enlevent
quelquefois avec
eux des matieres pierreuses
& minerales, qui s'amollissant
& s'unissant par la
chaleur, forment ce qu'on
appelle pierre de tonnerre
: mais on ne trouve point
de ces pierres dans les lieux
où le tonnerre est tombé ;
ôc quand même on en auroit
trouvéquelqu'une
)
il
y auroit bien plus lieu de
croire qu'elle viendroir d'une
matiere minérale fondue
& formée par le souffre
enflammé du tonnerre
dans la terre même, que
de penser que cette pierre
eût étéformée dans l'air ou
dans les nuës, & élancée
avec le tonnerre.
Il reste une difficulté,
cess: de sçavoir comment
le vent sulfureux que j'ai
supposé être la matiere du
tonnerre , peut avoir été
allumé entre les nuës qui
sont composées d'eau, &.
y avoir été comprimé ians
s'éteindre; car il semble
que l'eau des nuës dévoit
avoir empêché que ce [ouf..
fren'allumât, ou du moins
elle devoit l'absorber étant
allumé.
Pour répondre à cette
difficulté,je dis que le souffre
étant une substance grasse,
n'est point si sujet à l'impression
de l'eau que les autres
substances, & qu'il
peut estre enflammé dans
l'eau & y brûler, de même
que le camphre 5c plusieurs
autres matieres sulfureuses
très
-
exaltées y brûlent. Il
doit néanmoins estre arrivé
qu'une partie de ce souffre
ait été plongée dans la
grande quantité d'eau qui
fait les nuës, & qu'elle se
soit éteinte avec une forte
detonnation, comme il arrive
quand on jette dans
de l'eauquelque matiere
solide rougie au feu. Cette
detonnation contribue
peut-être à faire le bruit du
tonnerre: mais l'autre partie
du souffre, qui étoit la
plus subtile ôc la plus disposée
au mouvement, a été
exprimée toute en feu. L'experience
que j'en ai faite
prouve mon raisonnement.
J'ai mis dans un matras
de moyenne capacité, &
dont le cou avoir été trempé,
trois onces de bon esprir
de vitriol, donze onces
..d'cati commune;j'ai fait
un peu chauffer le mélange
)
& j'y ai jetté à plusieurs
reprises une once, ou une
once & demie de limaille
de fer. Il s'est fait une ébulirion
& des vapeurs blanches
: j'ai presentéune bougie
allumée à l'embouchure
du matras; cette vapeur a
pris feu, & à même temps
a fait une fulmination violente
& éclatante. J'en ai
encore approchélabougie
allumée plusieurs fois; il
s'est fait des fulminations
semblables à la premiere,
pendant lesquelles le matras
s'est trouvé assez souvent
rempli d'une flamme
qui a penetré & circulé jusqu'au
fond de la liqueur,
ôc quelquefois la flamme a
duré une espace de temps;
considerable au cou du mettras.
Liiij
Il y a plusieurs circonstances
à remarquer dans
cette opération. La première
est que l'ébulition
qui arrive quand on a jette
la limaille de fer dans la liqueur
,
provient de la dissolution
qui se fait d'une
portion du fer par l'esprit de
vitriol: mais afin que l'ébulition
,
les fumées & la
dissolution soient plus fortes,
il est necessaire de mêler
de l'eau avec l'esprit de
virriol en la proportion qui
a été dite; car si cet esprit
étoit pur,& qu'il n'eût point
été dilayé & étendu par
l'eau, ses pointes à la vérité
s'atracheroient à la limaille
de fer: mais elles y seroient
ferrées & presséesl'une
contre l'autre, en forte qu'-
elles n'auroient point leur
mouvement libre pour agir
suffisamment, & il ne se feroit
point de fulmination.
La seconde est qu'on doit
un peu chaufferlaliqueur
pour exciter les pointes du
dissolvant à penetrer le fer
& y jetter des fumées:mais
il ne faut pas qu'elle soit
trop chaude, parce que ces
fumées fortiroient trop vite,
& quand on y mettroit
la bougie allumée,elle ne
seroit que s'enflammer au
cou dumatras sans faire de
futmination;car ce bruit
ne vient que de ce que le
souffre de la matiere étant
allumé jusques dans le fond
du matras, trouve de la resistance
à s'élever, Ôc il fait
grand effort pour fondre
l'eau & se debarasser. La
troisiéme est qu'il faut necessairement
que le souffre
qui s'exalte en vapeur &
quis'enflamme,vienne uniquement
de la limaille de
fer; car l'eau ni l'esprit de
vitriol, & principalement
le plus fort, comme celui
que j'ai employé,n'ont rien
de sulfureux ni d'inflammable
! mais le fercontient
beaucoup de souffre, comme
tout le monde le sçait.
Il faut donc que lesouffre
de la limaille de fer ayant
été rarefié & developé par
l'esprit de vitriol, se foit
exal té en une vapeur tréssusceptible
du feu. La quatriéme
est que les esprits
acides de sel, de souffre&
d'alun produisentdanscette
operation le même effet
que l'espritdevitriol:mais
l'esprit de nitre ni l'eau forte
n'y excitent point de fulmination.
Au reste,l'opération dont
je viens de parler n'a pas été
inventée seulement pour la
fulmination; elle fait le
commencement d'une préparation
nommée le sel ou
le vitriol de Mars,employée
& estimée dans la Medecine.
Si l'on veut donc profiter
de ce qui est resté dans
le matras aprèslafulmination,
il faut le faire bouillir
,
le filtrer, faire evaporer
sa liqueur filtre'e à diminution
des deux tiers ou
des trois quarts, & la laisser
crystaliser en un lieu
frais: on aura le vitriol de
Mars, qui ressemble beaucoup
en figure, en couleur
& en goût au vitriol d'Angleterre
: mais il est un peu
plus doux & il senc plus le
fer. C'est un fort bon apperitif
;la dose est depuis
six grains jusqua un
fcrupulc
: si l'on en donne une
plus grande dose, il est fut
jet à exciter quelques nausées,
mais non pas avec tant.
de force que fait le vitriol
ordinaire.
Le vitriol de Mars cft
proprement une revivisifeation
du vitriol naturel;
car l'espritacide du vitriol
qui avoit été sèparé de sa
terre par la diftilation
, entre
par cette operation dans
les pores de fer, le diflfout
& s'y corporifie. J'ajoûtc à
cela que le fer contient un
sel vitriolique tréscapablc
de contribuer à la formation
de ce vitriol de Mars.
J'ai mis dans unu cornuë
de grés huit onces de vitriol
de Mars, j'y ai adapté
un grand balon ou recipicnt,
& j'en ai fait la dif.
tilation.comme on aoûtume
de faire celle à
triol ordinaire; j'en ai retiré
cinq onces & cinq dra
gmes d'un esprit acide,
clair, ressemblant beaucoup
à Tefprit de vitriol
commun, mais laissant sur
la langue un goût un peu
plus astringent ou fiyptique.
Il est sorti du balon.
d'abord qu'il a été feparc de
la cornue, une forte odeur
de souffre. Cet cfprit est
bon pour les pertes de fang,
pour les cours de ventre.
J'ai trouve dans la cornuë
une maticre fort rarefie'e,
k -re ,
très
-
friable
, rouge>
se dilayant aifémenc
dans la bouche,d'un goût
astringent tirant un peu sur
le doux c'est un beau ôc
bon safran de Mars aperitif.
J'ai mis dans un creufct
sur le feu une autre portion
de vitriol de Mars cryfialife;
lajxuticrç$çftfondue,
il
il s'en est évapore beaucoup
de flegme,&ilestrelié du
vitriol blanc, comme il arrive
quand on calcine le
vitriol commun. J'ai poussé
par un grand feu ce vitriolblanc,
il est devenu rouge
comme du coleotar. On
peut donc conclure que le
vitriol de Mars ell en toutes
choses semblable au vitriol
naturel.
àv$feuxJouterrams,
des tremblemens deterrey
des'ouragans, des éJairs&r
-du o tonmrre. -'
.(-' ,
1
Mon dessein est de donner,
par le moyen d'une
opération de Chymie, une
idée sensible de ce qui se
1
passe dans les nuës lors
qu'elles s'ouvrent en temps
detempête,pour produire
les éclairs ôc le tonnerre: mais avant que de faire
voir cette opération, il est
à propos de parler de la matiere
qui cause des effets si
violens, & d'examiner sa
nature & son origine.
On ne peut pas raisonnablement
douter que la
nature de l'éclair & du tonnerrene
soit un souffre en- amme, ôc élancé avec
beaucoup de rapidité. Nous
ne cannoissons rien d'inflammable
, ni de plus en
mouvement que le souffre,
ôc l'odeur du souffre que le
tonnerre laisse dans tous les
lieuxoù il a passé, prouve
assez sa nature. Il est donc
question de trouver l'origine
de ce souffre
: il n'est
pas vraisemblable qu'il Ce
soit formé dans les nuës, il
faut qu'il y ait étéporté en
vapeur.
Il me paroît que l'origine
de la matiere qui fait
le tonnerre est la même que
celle, des tremblemens de
terre, des ouragans, des
feux soûterrains. J'ai explique
la cause de ces grands
remuëmens dans un livre
de Chymie, à l'occasion
d'une préparation particuliere
sur le fer appeile safran
de Mars. Comme mon
explication a ététrouvée
assez juste, ôc que j'ai fait
encore plu sieurs autres experiences
qui servent à confirmer
ce que j'avois avancé,
je rapporterai en abrégé
les unes ôc les autres experiences.
Voici donc les
premieres.
On fait un mélange de
parties égales de limaille
de fer & de souffre pulverisé,
on reduit le mélange
en pâte avec del'eau, ôc on
le laisse en digestion sans
feu pendant deux ou trois
heures; il s'y fait une fermentation
& un gonflement
avec chaleur considerable
: cette fermentation
fait la pâte en plusieurs
endroits, & y fait des crevasses
par où il sort des vapeurs
qui sont simplement
chaudes,quand la matiere
n'est qu'en une mediocre
quantité:mais qui s'enflamment
lorsque , la matiere
d'où elles sont poussées fait.
une masse considerable,
comme de trente ou de
quarante livres.
La fermentation accompagnée
de chaleur, & même
de feu qui arrive dans
cette opération, procede
de la pénétration & du frotement
violent que les pointes
acides du souffre font
contre les parties du fer.
Cette experience feule
me paroîtréscapable d'expliquerdequelle
maniere
se fontdans les entrailles
de la terre les fermentations,
les remuëmcns &
les embrafemens
, comme
il arrive au mont Vesuve,
au mont Etna, & en plufleurs
autres lieux; car s'il
s'y rencontre du fer & du
souffre qui s'unissent & se
penetrent l'un l'autre, il
doit s'ensuivre une violente
fermentation, qui produira
du feu, comme dans nôtre
opération. Or il est aisé de
prouver que dans les monragnes
donc j'ai parlé il y a
du souffre & du fer; car aprés
que les flammes font
finies,on trouve beaucoup
de souffre sur la superficie
de la terre, & l'on découvre
danslescrevassesoùle
souffre a patTé, des matieres
semblables à celles qui se
separent du fer dans les
forges.
»
Voici les secondes experiences
que j'ai faites
)
qui
appuyeront les premières
& mon raisonnement. J'ai
mis du même mélangede
limaille de fer ôc de souffre,
en différentes quantitez,
dans des pots hauts & étroirs,
en sorte que la matiere
y a été plus comprimée
que dans les terrines;
il s'estfaitaussi desfermentations&
des embrasemens
plusforts, & la matieres'étant
élevée avec un peu de
violence,il en a rejailli une
partie autour des pots. J'ai
mis en été cinquante livres
du mêmemétla.n)ge dans un grand pot, j'ai placé le pot
dans un creux que j'avois
fait faire en terre à la campagne,
je l'ai couvert d'un
linge, ôc ensuirede terre à
la hauteur d'environ un
pied
}
j'ai apperçû huit ou
neuf heures après que la
-
terre se gonfloit,s'échauffoit
& se crevafToit
; puis il
en est forci des matières
foulfreufes & chaudes, ôc
ensuite quelques flammes
qui ont élargi les ouvertures,
& qui ont répandu autour
du lieu une poudre jaune
& noire. La terre a demeuré
long-tempschaude:
je l'ai levée aprèsqu'elle a
été refroidie, je n'ai trouvé
dans le pot qu'une poudre
noire & pesante, c'est la limaille
de fer dépouillée
d'une partie de son souffre.
On auroit pû mettre
davantage de terre sur le
pot: mais il y auroit eu à
craindre que la matiere
n'eût pû s'allumer faute
d'air. Cette opération rétiffit
mieux en été qu'en hyver,
à cause de la chaleur
du Soleil quiexcite un plus
grand mouvement aux parties
insensibles du fer 6c du
souffre. Il n'est donc pas
necessaire de chercher ailleurs
ce qui peut mettre les
souffres en mouvement
dans les mines & les enflammer,
leur jonction avec
le fer produira parfaitement
bien cet effet, demême
qu'elle a produit dans
nos opérations. Mais il se
presente ici une difecultéi,
c'etf que ces grandes fer
mentations & cesembraiemens
soûterrains nepeuventavoir
ete produitslans
air: or on ne comprend
pas bien par où il auroit pu
paffer de l'air si profonde-
-.ment. dans laterré.
On répond à cette obtjection
,
qu'il y a dans la
terre beaucoup de fentes
r& de conduits que nous ne
voyonspoint, & sur, tout
dans les pays chauds,où
ccsmouvemens soûterrains
.arrivent ordinairèment; car
la grande chaleur du Soleil
échauffant & calcinant, par
maniéré de dire, la terre
en plusieurs lieux, y fait
des crevasses profondes)
par où il se peut introduire
de l'air. Les tremblemens
de terre font apparemment
causez par une vapeur, qui
ayant été produite dans la
-
fermentation violente du
fer&du souffre,s'est con-
-
vertie en un vent sulfureux,
lequel se fait passage ic
roule par où il peut, en soûlevant
& branlant les terres
fous lesquelles il passe.
Si ce vent sulfureux se trou- ;
ve toujours renfermé, sans
pouvoir penetrer aucune issuë
pour s'échaper, il fait
durer le tremblement de
terre long-temps & avec
de grands efforts,jusqu'à
ce qu'il ait perdu son mouvement
: mais s'il trouve
quelques ouvertures pour
sortir, il s'élance avec grande
impetuosité,&c'est ce
qu'on appelle ouragan; il
écarce la
-
terre & fait des
abî»
abîmes, il deracine les arbres
& abat les maisons; &
les hommes même ne seroient
pas à l'abri de sa furie,
s'ils ne prenoient la
précaution de se jetter
promptement labouche&
le ventre contre terre, non
pas feulement pour s'empêcher
d'être enlevez, mais
pouréviter de respirer ce
ventlîitCureux &chaud qui
les [uffoqùoir.
Les feux foûtcçrains viennent
de la mêmeexhalaison
sulfureuse. LaNdifference
des effets qu'elle Prbduit
peut provenir de plusieurs
caules de ce que la
maticre a étéplus abondante
5
Se par. consequent.
la fermentation plusforte
de ce qu'il s'y est introduit
davantage d'air;de ce qu'il
s'est rencontré des fentes
ou des crevasses àla terre
assezgrandes, & disposées
pour laisser passer les flammes.
Cesflammesensélëvant
imperueusement ie
font bientôt un jour plus
grand, & elles donnent
lieu à toute la matiere du
fond de la terre de s'enflammer
& de pousser des
C-ux si abondas, qu'ils
couvrent & inondent cjueL
quefois de leurs cendres les
prochains villages.
Les feux folets &ceux
qui paroissent sur certaines
eaux dans les pays chauds,
tirent apparemment leur
origine de la même cause :
mais comme la vapeur fuifureufe
a été foible, &que
son plus grand mouvement
x été ralenti, en se filtrant
au travers des terres & en
passantpar leseaux,ilne
s'en est. élevéuqqwielflajïw
- me legere,spiritueuse,cr- *
rante ,
& qui n'est point entretenue
par une assez grande
quantité de matiere pour
être de durée. Il y a apparence
que les eaux minérales
chaudes, comme celles
de Bourbon, de Vichi, de
BaLrue, d'Aix,ont prisleur
chaleur des feux foûterrains,
ou des terres fulphureufes
& échauffées par où
elles ont passé; car quand
ces eaux sont en repos, il
s'enièpare des parties de
souffre aux côtez des baffînSrlifc
peut faire aussï
* que certaines eaux minérales
ayent tiré leur chaleur
d'une chaux naturelle,
quelles rencontrent en leur
chemin dans les entrailles
de la terremais cette chaux
n'est qu'une pierre calcinée
par des feux soûterrains.
Les colomnes d'eau qui
s'élevent quelquefois sur la
mer, & qui font aux matelots
les sinistres prcfages
d'un prompt naufrage,
viennent apparemment de
ces vents sulfureux pouffez
rapidement desterres de
dessous la mer) après des
fermentations pareilles à
celles dont il a été' parlé.
Les vents sulfureux, qui
font les ouragans,s'élèvent
avec tant de violence en
s'échapant de dessous la
terre,qu'il en monte une
partie jusqu'aux nues:c'estce
qui fait la matiere & la
cause du tonnerre ; car ce
vent qui contient un souffre
exalté s'embaraue dans les
nues, & y étant battu &
compriméfortement, il y
acquiertun mouvement assez
grand pour s'y enflammer
& y former l'éclair en
fendant la nuë, ôc s'élançantavec
une très- grande
rapidité. C'est CI furieux
mouvement qui cause le
bruit du tonnerre que nous
entendons; car ce vent
sulfureux sortant violemment
d'un lieu étroitoùil
étoit contraint
>
frape l'air
trés-rudement & y roule
d'une vîtesse extraordinaire,
de même que fait la
poudre qui fort d'un canon
où elle aété allumée.
On peut dire ici qu'un nitre
subtilqui est toûjours naturellement
répandu dans
l'air, se lie au souffre du tonnerre,
& augmente la force
de son mouvement &
de son action,demême
que quand oa mêlé du
salpêrre avec ousouffre
commun, il produitun efset
bien plus violent eh se
rarefiant, que quand il est
seul. Ce vent sulfureux du
tonnerre après avoir roulé
dans l'air quelque espace
de temps,se rallentit peu à
peu de son mouvement ; c'est pourquoy le tonnerre
est bien plus violent & plus
dangereux au moment qu'il
fort
fort de la nuë, que quand il
a déja fait dans l'air une
partie de ses rournoiemens
êc de ses virevoustes : mais
enfin après avoir fait tant
d'éclat, tant de bruit & tant
de fracas, il (e reduit à rien,
& il ne laisse dans les lieux -..
où il a passé qu'une odeur
de douffresemblable à celle
de l'ouragan.
Quant aux pierres de
foudre, dont le vulgaire
veut que le tonnerre foit
toûjours accompagné, leur
existence me paroît bien
douteuse, & j'ai assez de
pente à croire qu'il n'yen
a jamais eu de véritables.
Il n'est pourtant pas absolument
impossible que les
ouragans en montant rapidement
jusqu'aux nuës,
comme il a étédit, n'enlevent
quelquefois avec
eux des matieres pierreuses
& minerales, qui s'amollissant
& s'unissant par la
chaleur, forment ce qu'on
appelle pierre de tonnerre
: mais on ne trouve point
de ces pierres dans les lieux
où le tonnerre est tombé ;
ôc quand même on en auroit
trouvéquelqu'une
)
il
y auroit bien plus lieu de
croire qu'elle viendroir d'une
matiere minérale fondue
& formée par le souffre
enflammé du tonnerre
dans la terre même, que
de penser que cette pierre
eût étéformée dans l'air ou
dans les nuës, & élancée
avec le tonnerre.
Il reste une difficulté,
cess: de sçavoir comment
le vent sulfureux que j'ai
supposé être la matiere du
tonnerre , peut avoir été
allumé entre les nuës qui
sont composées d'eau, &.
y avoir été comprimé ians
s'éteindre; car il semble
que l'eau des nuës dévoit
avoir empêché que ce [ouf..
fren'allumât, ou du moins
elle devoit l'absorber étant
allumé.
Pour répondre à cette
difficulté,je dis que le souffre
étant une substance grasse,
n'est point si sujet à l'impression
de l'eau que les autres
substances, & qu'il
peut estre enflammé dans
l'eau & y brûler, de même
que le camphre 5c plusieurs
autres matieres sulfureuses
très
-
exaltées y brûlent. Il
doit néanmoins estre arrivé
qu'une partie de ce souffre
ait été plongée dans la
grande quantité d'eau qui
fait les nuës, & qu'elle se
soit éteinte avec une forte
detonnation, comme il arrive
quand on jette dans
de l'eauquelque matiere
solide rougie au feu. Cette
detonnation contribue
peut-être à faire le bruit du
tonnerre: mais l'autre partie
du souffre, qui étoit la
plus subtile ôc la plus disposée
au mouvement, a été
exprimée toute en feu. L'experience
que j'en ai faite
prouve mon raisonnement.
J'ai mis dans un matras
de moyenne capacité, &
dont le cou avoir été trempé,
trois onces de bon esprir
de vitriol, donze onces
..d'cati commune;j'ai fait
un peu chauffer le mélange
)
& j'y ai jetté à plusieurs
reprises une once, ou une
once & demie de limaille
de fer. Il s'est fait une ébulirion
& des vapeurs blanches
: j'ai presentéune bougie
allumée à l'embouchure
du matras; cette vapeur a
pris feu, & à même temps
a fait une fulmination violente
& éclatante. J'en ai
encore approchélabougie
allumée plusieurs fois; il
s'est fait des fulminations
semblables à la premiere,
pendant lesquelles le matras
s'est trouvé assez souvent
rempli d'une flamme
qui a penetré & circulé jusqu'au
fond de la liqueur,
ôc quelquefois la flamme a
duré une espace de temps;
considerable au cou du mettras.
Liiij
Il y a plusieurs circonstances
à remarquer dans
cette opération. La première
est que l'ébulition
qui arrive quand on a jette
la limaille de fer dans la liqueur
,
provient de la dissolution
qui se fait d'une
portion du fer par l'esprit de
vitriol: mais afin que l'ébulition
,
les fumées & la
dissolution soient plus fortes,
il est necessaire de mêler
de l'eau avec l'esprit de
virriol en la proportion qui
a été dite; car si cet esprit
étoit pur,& qu'il n'eût point
été dilayé & étendu par
l'eau, ses pointes à la vérité
s'atracheroient à la limaille
de fer: mais elles y seroient
ferrées & presséesl'une
contre l'autre, en forte qu'-
elles n'auroient point leur
mouvement libre pour agir
suffisamment, & il ne se feroit
point de fulmination.
La seconde est qu'on doit
un peu chaufferlaliqueur
pour exciter les pointes du
dissolvant à penetrer le fer
& y jetter des fumées:mais
il ne faut pas qu'elle soit
trop chaude, parce que ces
fumées fortiroient trop vite,
& quand on y mettroit
la bougie allumée,elle ne
seroit que s'enflammer au
cou dumatras sans faire de
futmination;car ce bruit
ne vient que de ce que le
souffre de la matiere étant
allumé jusques dans le fond
du matras, trouve de la resistance
à s'élever, Ôc il fait
grand effort pour fondre
l'eau & se debarasser. La
troisiéme est qu'il faut necessairement
que le souffre
qui s'exalte en vapeur &
quis'enflamme,vienne uniquement
de la limaille de
fer; car l'eau ni l'esprit de
vitriol, & principalement
le plus fort, comme celui
que j'ai employé,n'ont rien
de sulfureux ni d'inflammable
! mais le fercontient
beaucoup de souffre, comme
tout le monde le sçait.
Il faut donc que lesouffre
de la limaille de fer ayant
été rarefié & developé par
l'esprit de vitriol, se foit
exal té en une vapeur tréssusceptible
du feu. La quatriéme
est que les esprits
acides de sel, de souffre&
d'alun produisentdanscette
operation le même effet
que l'espritdevitriol:mais
l'esprit de nitre ni l'eau forte
n'y excitent point de fulmination.
Au reste,l'opération dont
je viens de parler n'a pas été
inventée seulement pour la
fulmination; elle fait le
commencement d'une préparation
nommée le sel ou
le vitriol de Mars,employée
& estimée dans la Medecine.
Si l'on veut donc profiter
de ce qui est resté dans
le matras aprèslafulmination,
il faut le faire bouillir
,
le filtrer, faire evaporer
sa liqueur filtre'e à diminution
des deux tiers ou
des trois quarts, & la laisser
crystaliser en un lieu
frais: on aura le vitriol de
Mars, qui ressemble beaucoup
en figure, en couleur
& en goût au vitriol d'Angleterre
: mais il est un peu
plus doux & il senc plus le
fer. C'est un fort bon apperitif
;la dose est depuis
six grains jusqua un
fcrupulc
: si l'on en donne une
plus grande dose, il est fut
jet à exciter quelques nausées,
mais non pas avec tant.
de force que fait le vitriol
ordinaire.
Le vitriol de Mars cft
proprement une revivisifeation
du vitriol naturel;
car l'espritacide du vitriol
qui avoit été sèparé de sa
terre par la diftilation
, entre
par cette operation dans
les pores de fer, le diflfout
& s'y corporifie. J'ajoûtc à
cela que le fer contient un
sel vitriolique tréscapablc
de contribuer à la formation
de ce vitriol de Mars.
J'ai mis dans unu cornuë
de grés huit onces de vitriol
de Mars, j'y ai adapté
un grand balon ou recipicnt,
& j'en ai fait la dif.
tilation.comme on aoûtume
de faire celle à
triol ordinaire; j'en ai retiré
cinq onces & cinq dra
gmes d'un esprit acide,
clair, ressemblant beaucoup
à Tefprit de vitriol
commun, mais laissant sur
la langue un goût un peu
plus astringent ou fiyptique.
Il est sorti du balon.
d'abord qu'il a été feparc de
la cornue, une forte odeur
de souffre. Cet cfprit est
bon pour les pertes de fang,
pour les cours de ventre.
J'ai trouve dans la cornuë
une maticre fort rarefie'e,
k -re ,
très
-
friable
, rouge>
se dilayant aifémenc
dans la bouche,d'un goût
astringent tirant un peu sur
le doux c'est un beau ôc
bon safran de Mars aperitif.
J'ai mis dans un creufct
sur le feu une autre portion
de vitriol de Mars cryfialife;
lajxuticrç$çftfondue,
il
il s'en est évapore beaucoup
de flegme,&ilestrelié du
vitriol blanc, comme il arrive
quand on calcine le
vitriol commun. J'ai poussé
par un grand feu ce vitriolblanc,
il est devenu rouge
comme du coleotar. On
peut donc conclure que le
vitriol de Mars ell en toutes
choses semblable au vitriol
naturel.
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Résumé : Explication physique & chymique des feux soûterrains, des tremblemens de terre, des ouragans, des éclairs & du tonnerre.
Le texte 'Explication physique & chimique des tremblements de terre, des ouragans, des éclairs & du tonnerre' explore les phénomènes naturels violents à travers une opération chimique. L'auteur propose que les éclairs et le tonnerre sont causés par du soufre enflammé projeté rapidement. Ce soufre, porté en vapeur, ne se forme pas dans les nuages mais y est transporté. L'origine de cette matière est comparée à celle des tremblements de terre, ouragans et feux souterrains, déjà expliquée dans un précédent ouvrage sur la chimie. L'auteur décrit plusieurs expériences pour illustrer ses propos. La première expérience consiste à mélanger de la limaille de fer et du soufre pulvérisé, réduits en pâte avec de l'eau, et laissés sans feu. Cette mixture produit une fermentation avec chaleur et gonflement, libérant des vapeurs chaudes ou enflammées selon la quantité de matière. Cette expérience explique les fermentations et embrassements dans les entrailles de la terre, comme ceux observés au mont Vesuve et au mont Etna. Les secondes expériences impliquent de placer le mélange dans des pots étroits et comprimés, provoquant des fermentations et embrassements plus forts. La matière s'élève avec violence, libérant des matières soufrées et chaudes, et parfois des flammes. Ces opérations se réalisent mieux en été en raison de la chaleur du soleil. Le texte aborde également les difficultés liées à la présence d'air dans les profondeurs de la terre, expliquant que des fentes et conduits permettent l'introduction d'air. Les tremblements de terre et ouragans sont attribués à une vapeur sulfureuse produite par la fermentation du fer et du soufre, se transformant en vent sulfureux. Ce vent, s'il trouve des ouvertures, peut provoquer des ouragans destructeurs. Les feux souterrains, feux follets et colonnes d'eau sur la mer sont expliqués par des exhalaisons sulfureuses. Les eaux minérales chaudes tirent leur chaleur de ces feux souterrains ou de terres sulfureuses. Les pierres de foudre sont jugées douteuses, bien que des matières minérales puissent être enlevées et formées par la chaleur du soufre enflammé. Enfin, l'auteur répond à la difficulté de l'allumage du vent sulfureux dans les nuages en expliquant que le soufre, étant gras, peut brûler dans l'eau. Une expérience avec de l'esprit de vitriol, de l'acide commun et de la limaille de fer illustre cette proposition, montrant des fulminations violentes et éclatantes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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205
p. 217-261
MEMOIRE sur la circulation du sang des Poissons qui ont des oüies, & sur leur respiration.
Début :
Dans les divers Memoires qu'on a lûs à l'Academie, [...]
Mots clefs :
Eau, Sang, Ouïes, Poissons, Artères, Bouche, Corps, Lames, Poumon, Coeur, Veines, Couvercle, Animaux, Rameaux, Gorge, Capillaires, Carpe, Branches, Mouvement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE sur la circulation du sang des Poissons qui ont des oüies, & sur leur respiration.
MEMOIRE
sur la circulationdusang
des Poissons qui ont des
oùies, &sur leur refi.
piration.
I
~-
DAns les divers Memoires
qu'on a lûs à rA.
1 cademie, on a fait voir qu'elle
! étoit la structure du coeur des
Poissons, & celles de leurs
ouïes. Pour suivre >tierc, cette ma- il està propos de parler
: de leurs usages; Mais pour
les rendre intelligibles à tout
le monde; il est necessaire de
faire ici une brieve recapitulation
de ce que j'ay dit touchant
cette mêmestructure.
On remarquera donc qu'elle
cft differente dans les differentes
especes dePoissons où
l'on trouve ces parties. On a
fait voir à l'Academie des
Exemples de ces differences;
mais je m'arreste aujourd'huy
particulierement à la Carpe
que l'on trouve commodément
& sur laquelle on pourra
avec facilité verifier tout ce
que je vais dire.
Chacun sçait que le coeur
de tous les Poissons qui ne
respirent pas l'air n'a qu'une
cavité, & par consequent
qu'une oreillette à l'embouchure
du vaisseau qui y rapporte
le fang. Celle du coeur
de la Carpe est appliquée au
costé gauche.
La chair du coeur est fore
épaisse, par rapport à son volume,
& ses fibres font trescompactes:
Aussia-t'il bcfoin
d'une forte action pour la circulation
comme on le verra
,
dans la fuite.
: Il n'y a personne qui ne
sçache cc que c'est que des
ouïes; mais tout le monde
ne sçait pas que ce font ces
parties qui fervent de poumons
aux Poissons. Leur
charpente est composée de
quatre costes de chaque costé
qui se meuvent tant sur ellesmêmes
en s'ouvranr & se resserrant
qu'àl'égard de leurs
deux appuis superieur & inferieur
en s'écartant de l'une &
de l'autre, & en s'en raprochant.
Le costé convexe de
chaque coste est chargé sur
ses deux bords de deux especes
de feüillets, chacun desquels
est composé d'un rang
de lames, étroites & rangées
& ferrées l'une contre l'autre
qui forment comme autant
de barbes ou frangessemblables
à celles d'une plume à
écrire; & ce font ces franges
qu'on peut appeller proprement
le poumon desPoissons.
Voila une situation de parties
fortextraordnaire & fore
singuliere. La poitrine est
dans la bouche aussi- bien
que le poumon. Les costes
portent le poumon, & l'animal
respire l'eau-
Les extremitez de ces costes
qui regardent la gorge font
jointesensemble par plusieurs
petits os, qui forment une
cfpecc de sternon, en sorte
néanmoins que les costes ont
un jeu beaucoup plus libre
sur ce sternon & peuvent s'écarter
l'une de l'autre beaucoup
plus facilement que celles
de l'homme, & que ce sternon
peut-estre soulevé & a.
baissé. Les autres extremitez
qui regardent la base du
crane font aussi jointes par
quelques osselets qui s'articulent
avec cette même base &
qui peuvents'en éloigner, ou
s'enapprocher.
Chaque coftc est compofée
de deux pieces jointes par
un cartilage fort fouple, qui
est dans chacune de ces parties
ce que font les charnieres
dans les ouvrages des artisans.
La premiere piece cît
courbée en arc, & sa longueur
est environ la sixiéme portion
du cercle dont elle feroit la
partie.
La seconde décrit à peuprés
une fromaine majuscule.
- La partie convexe de chaque
coste est creusée en goutiere,
& c'est le long de ces
goutieres que coulent les vaisaseaupx
donrt iléferaspa.rléci- Chacune des lames dont
les feüillers font composez,
à la figure du fer d'une faux,
& à sa naissance elle a comme
un pied ou talon qui ne
pose que par son extremité sur
sur le bord de la coste.
Chacun de ces feüillets est
composé de cent trente-cinq
lames j-ainifles seize contiennent
huit mil six cens quarante
surfaces, que je compte icy
parce que les deux surfaces de
chaque lame font revêtuës
dans toute leur étenduë d'une
membrane tres fine, sur laquelle
se font les ramifications
presque innombrables des
vaisseaux capillaires de ces
fortes de poumons.
J'ay fait voir à la compagnie
qu'il y a quarante-six
muscles qui sont employez
aux mouvemens de ces costes;
il y en a huit qui en dilate l'intervale,
& seize qui le resserrent,
six qui élargissent le cintre
de chaque coste, douze
qui le retresissent, & qui en
même temps abaissent le sternon,
& quatre qui le soulevent.
Les ouïes ont une large ou.
verture, sur laquelle cftpaCé
un couvercle composé de
plusieurs pieces d'assemblage,
qui a le même usage que le
panneau d'un fouiller)& chaque
couvercle est formé avec
un tel artifice qu'en s'écartant
l'un de l'autre,ils se voutent
en dehors pour augmenter la
capacité de la bouche, tandis
qu'une de leurs pieces qui
jouë sur une espece de genou
tient fermées les ouvertures
des ouïes, & ne les ouvre que
pour donner passage à l'eau
que l'animal a respiré, ce qui
se fait dans le tems que le
couvercle s'abat & se referre.
I Il ya deux muscles qui servent
à soulever le couvercle,
& trois qui fervent à l'abatre
& à le reserrer.
! On vient de dire que l'assemblage
qui compose la
charpente des couvercles les
rend capables de sevouter en
dehors. On ajoûtera deux
autres circonstances. La premiere
est que la partie de ce
couvercle qui aide à former
le dessous de la gorge est
plié en éventail sur de petites
lames d'os pour fcrvir en se
deployant à la dilatation de la
gorge dans l'inspiration de
l'eau. La seconde que chaque
couvercle est revêtu par dehors
& par dedans d'une peau
qui
*
luy est fort adherente.
Cesdeux peaux s'unissent ensemble,
se prolongent audelà
de la circonference du
couvercle d'environ deux à
trois lignes, & vont toûjours
en diminuant d'épaisseur. Ce
prolongement est beaucoup
plus ample fous la gorge que
vers le haut de la teste. Il
estextrêmementsouple, pour
s'appliquer plus exactement à
l'ouverture sur laquelle il porte,
& pour la tenir ferméeau
premier moment de la dilatation
de la bouche pour la
rcfpiration.
Voila pour ce qui regarde
la structure desoüies ; passons
à present à la distribution de
leurs vaisseaux.
L'Artere qui fort du coeur
se dilate de telle maniere qu'elle , en couvre toute la base
: ensuite se retresissant peu
à peu elle forme une espece
de corne. A l'endroitoù elle
est ainsi dilatée
,
elle est garnie
en dedans de plusieurs
colonnes charnuës qu'on peut
considerer comme autant de
muscles qui font decetendroit
de l'aorte comme un
second coeur, ou du moins
comme nn second ventricule
lequel joignant sa compressîon
à celle du coeur, double
la force necessaire à la distribution
dufang pour la circulation.
Cette artere montant par
l'intervalle que les oüies laissententre-
elles, jette vis-à-vis
,
de chaque paire de côtes de
chaque côté une grosse branche
creusée sur la surface exterieure
de chaque côte& qui
s'étend le long de cette goutiere
d'une extremité à l'autre
du feüillet. Voila tout le corps
de l'Aorte dans ce genre d'animaux.
L'Aorte qui dans les
autres animaux porte le fang
du centre à la circonference
de tout le corps, ne parcoure
de chemin dans ceux- ci que
depuis lecoeurjusqu'à l'extremité
des oüies, où elle finir.
Cette branche fournit alitant
de rameaux qu'il y a de lames
surl'un ou furl'autre bord
de lacôte. La grosse branche
se termine à l'extremitéde la
côte
,
ainsi qu'il a esté dit, &
les rameaux finissent à l'extremité
des lames ausquelles
chacun d'eux se distribuë.
Pour peu que l'on soit instruit
de la circulation & des
Vaisseaux qui y servent, on
fera en peine de sçavoir par
quels autres vaisseaux on a
trouvéun expédient pour animer
& mouvoir tout le corps
depuis le bout d'en bas des
oiïies jusques à l'extremité de
la queuë. Cet expedient paroîtra
clairement dés qu'on
aura conduit le fang jusqu'à
l'extremitédesoüies. -
Chaque
Chaque rameau d'artere
monte le long du bord interieur
de chaque lame des
deux feüillets posez sur chaque
côte,c'est-à dire le long
des deux tranchans des lames
qui se regardent:ces deux rameaux
s'abouchentau milieu
de leur longueur; & continuant
leur route parviennent,
comme j'ay dit, à la pointe
de chaque lame. Là chaque
rameau de l'extremité de l'artere
trouve l'embouchure d'une
veine, & deux embouchures
appliquées l'une à l'autre
immediatement ne faisant
qu'un même canal malgré la
differente consistance des
deux vaisseaux
,
la veine s'abbat
sur le tranchant exterieur
de chaque lame, & parvenuë
au bas de la lame elle verse
son fang dans un gros vaisseau
veineux couché prés de
la branche d'artere danstoute
l'étenduë de la goutiere de
de la côte: mais ce n'est pas
feulement par cet abouchement
immediat des deux extrêmitez
de l'artere &de la
veine que l'arrere se décharge
dans la veine, c'est encore par
toute sa route.
Voici comment le rameau
d'artere dresse sur le tranchant
de chaque lame, jette dans
toute sa route sur le plat de
chaque lame de part & d'autre,
une multitude infinie de
vaisseaux, qui partant deux à
deux de ce rameau l'un d'un
côté de la lame, l'autre de
l'autre
-,
chacun de son côté
vadroit à laveine qui descend
sur le tranchant opposé de la
lame, & s'y abbouche par un
contact immédiat. C'est ainsi
que le fang passe dans ce genre
d'animaux,des arteres de
leur poumon dans leurs vrinés
d'un bout a l'aucre. Les
artères y font de vrayes arteres,
& par leurs corps & par
leur fonctions de recevoir le
fang. Les veines y font de
vrayes retines, & par leur
fonction de recevoir le fang
desarteres & par la delicatefseextrême
de leur consistan-
Ilnty ajusques-là rien qui
ne foie de l'oeconomie ordinaire
: mais ce qu'il y a de singulier
est premièrement l'abbboouucchheemmeennttimimmméeddiiaatt
des
arteres avec les veines, qui (c
trouve àlaverité dans les poumons
d'autres animaux, sur
1 tout dans ceux des grenouilles
&des torcuës: mais qui
n'est pas si manifestequedans
viesoiiies des poissons. 2° La
régularité de la distribution
:
qui rend cet abbouchement
plus vifiblc dans ce genre d'animaux
;car toutes les branchesdarteres
montant le
long des lames dressees sur les
côres
,
font aussi droites &
aussi également distances l'une
de
l'autre
que les lames: les
rameaux transversaux capillaires
qui partent de ces branches
à angles droits
,
font également
distansl'un de l'autre;
de forte que la direction & les
intervales de ces vaisseaux tant
montans que transversaux,
estantanssi réguliers que s'ils
avoient esté dressez à la règle
& espacez au compas ; on les
suit à l'oeil & au microscope.
On voit donc que lesarteres
transversales finissent immédiatement
au corps de la veine
descendante, & chacune
de ces veines descendante
ayant reçu le fang des artères
capillaires tranfverfalles
de part & d'autre de la lame,
s'abbouche à plomb avec le
tronc de la veine couchée
dans la gouttiere.
Il faut avouer que cette
, distribution est fort singuliere
: ce qui fuit l'est encore davantage.
On est en peine dela
distribution du fang pour la
nourriture & la vie des autres
parties du corps de ces animaux.
Nous avons conduit le
fang du coeur par les arteres
«
du poumon dans les veines
du poumon. Le coeur ne jette
point d'autres arteres que celles
du poumon. Que deviendront
les autres parties, le
cerveau, les organes des fensf
Ce qui fuit le fera voir.
Ces troncs de veines pleins
de fang arreriel fartant de
chaque côce par leur extrémité
qui regarde la bafe du
crâne, prennent la consistance
&l'épallfeur darteres & viennent
seréunir deux à deux de
chaque côcé. Celle de la première
côte, fournit avant sa
réunion des branches qui distribuënt
le fang aux organes
des sens, au cerveau & aux
parties voisines, & fait par ce
moyen les fonctions qui appartiennent
à l'aorte ascendante
dans les animaux à quatre
pieds :
ensuite elle fc rejoint
joint à celle de la fccondc
côte; & ces deux ensemblene
font plus qu'un tronc, lequel
coulant le long de la base du
crane reçoit encore de chaque
cote une autre branche formée
par la réunion des veines
de la troisième & quatrième
paires de côtes,& routesensemble
ne font plus qu'un
tronc.
Après cela ce tronc dont
toutes les racines estoient
veines dans le poumon,devenant
artere par sa tunique
& par son office, continue
son cours le long des vertebecs.,
& distribuant le fang
artérielà touteslesautres parties
, fait la fonction d'artère
desccendante&lesang arceuiel
estdistribué parce moyenégakment
à toutes les parties
pourles nourrir & des ani.
mer, &il r£neori«ropartout
des racinesquireprennent le
residu & le rapportant par
plusieurs troncsformezdel'unioh
de toutes q<!s¡acincs'au
reservoircommunquiledoit
rendreaucoeur;c'estainsi que
^achevcfk circulation dans
casiani<iaaux.-,;io r>,\~;x:
>V«oil'aScomîtefitylcs)Vcinri5
,
du potlHion de cegenredeviennent
arteres pour animer
& pour nourrir la teste & le
reste du corps.
Mais ce qui augmente la
singularité,c'est que ces mêmesveines
du poumon sortant
de la goutiere des côtes
par leur extremité qui regarde
la gorge, conservent la tu.
nique & la fonction de veines
en rapportant dans le reservoir
de tout le fang veinal
une portion du fang arteriel
qu'elles ont reçudes arteres
du poumon.
Comme le mouvement
des machines contribue aussi
a la respiration des Poissons,
il ne fera pas hors de propos
defaire remarquer que la fuperieurc
est mobile, qu'elle est
composée de pluficurs pieces
qui font naturellement engaggééeeslselessuunneessddaannssleless
aauu--
tres, de telle manière qu'elles
peuvent en se déployant
dilater & allonger la mâchoire
superieure.
Toutes les pieces qui servent
à la respiration de la
Carpe, montent à un nombre
si surprenant, qu'on ne
fera pas fâché d'en voir icy le
dénombrement.
Les pieces osseuses font au
nombre de quatre milletrois
cens quatre-vingt six
:
il y a
soixante-neufmuscles.
- Les arteres des ouics, outre
leurs huit branches principales,
jettent quatre mille trois
Cent vingt rameaux; & chaque
rameau jette de chaque
lame, une infinité d'arteres
capillaires transversales, donc
le nombre ne fera pas difficile,
& passera de beaucoup tous
ces nombres ensemble.
: Il y a autant de nerfs que
d'arteres
3
les ramifications
des premiers suivant exactement
celles des autres.
Les veines ainsi que les artères,
outre leurs huit branches
principales jettent quatre
mille trois cent vingt rameaux
,
qui font de simples
tuyaux,& qui à la différence
des rameaux des arteres na
jettent point de vaisseux capillaires
tranfver faux.
Le fang qui cft rapporté de
toutes les parties du corps des
poissons,entre du reservoir,
ou se dégorgent toutes les
veines
t
dans l'oreillette
, &
de là dans le cceur;qui par-sa
contraction le pouffe dans
l'aotte, & dans toutes les ramifications
quelle jette sur
les lames des oüies : & comme
à sa nainance elle cft garnie
de plusieurs colonnes charnuës,
fore épaisse, ce qui resserrent
immédiatement après, elle féconde
& fortifie par sa compression
l'action du coeur, qui
est de pousser avec beaucoup
de force le fang dans les rameaux
capillaires transversaux,
situez de part & d'autre,
sur toutes les lames des oüies.!
On a fait observer que cette
artere & ses branches, ne
parcouroient de chemin que
depuis le coeur',-- jusqu'à l'ex.
tremité des oüies, où elles finirent.
Ainsi à coup de piston
redoublé doit suffire, pour
pousser le fang avec irppetuosicé
dans ce nombre infini
d'arterioles si droites & si rcguliere,
où le fang ne trouve
d'autre obstacle que Je simple
contaft,&non le choc & les
reflexions, comme dans les
autres animaux où les arteres
se ramifient en mille manières
,
sur tout dans les demieres
subdivisions.
Voila pour ce qui concerne
le pacage du fang dans k
poumon. Voici comment s'en
fait la préparation.
:. Je suppose que les particules
d'air qui font dans l'eau,
comme l'eau est dans une éponge)
peuvent s'endégager
en plusieurs manières.
1 Par la chaleur ainsiqu'on
le voit dans l'eau qui bout
sur le feu. 2.Q. Par laffoiblisfement
duressors de l'air,qui
presse l'eau où ces particules
d'air sont engagées; comme
on le voit dans la machine du
vuide. 3°. Par le froissement
&l'extrême division del'eau,
sur tout quand elle a quelque
degré de chaleur.
On ne peut pas douter qu'-
il n'y ait beaucoup d'air dans
tout le corps des poissons,&
que cet air ne leur foit fort
ncceflaire. La machine du vui.
de fait voir l'un & l'autre..
J'aymis une Tanche fore
vive dans un vaisseau plein
d'eau que l'on a placé fous le
recipicnt;& aprèsavoir donné
cinq ou six coups de piston on
a remarqué que cette Tanche
était toute couverte d'une iiw
finité de petites bulles d'air qui
sortoient d'entre les écailles,
& que tout le corps paroissoit
perlé.
,
Il en sorcoit aussi un tresgrand
nombre par les oüies
beaucoup plus grosses que
celles de la surface du corps:
Enfinilen fortoir par la bou.
che,maisen moindre quantite.
En recommençant a pomper
tout de nouveau deux ou
trois fois de fuite ,ce qui fut
fait à plusieurs reprises, on
remarquoit que lepoisson s'agitoit
& se tourmentoit ex.
traordinairement,&qu'il reÊ
piroit plus fréquemment:
aprés avoir passé un gros quart
d'heure dans cetestat, il tom.
ba en langueur, toutlecorps
Vi
& même les oiïies n'ayant
bplleu.s aucun mouvement fcnfi-
Pour lots ayant tire le
vaisseau de dessous le recipient,
on jetta le poison dans
de l'eauordinaire, où il commença
à respirer & à nager,
mais foiblement, & il fut
longtemps à revenir à son
cfliatnaturel.
J'ayfait la mêmeexperience
sur une Carpe: jel'ay mise
dans la même machine, 3c
ayant pompel'air trois ou
quatre fois comme on l'avoir
fait à la Tanche, le poisson
- commença d'abord à s'agiter:
toute la surface du corps de-
,
vint, perlée; il sortit par la
bouche & par les oüies une
infinité de bulles d'air foïç
grottes,&larégion de la ves-
Sie d'air s'enfla beaucoup,quoique
cette Carpe fut plus gros-.
se que la Tanche,le battement
desoüies cessaplutost. *Lorsqu'onrecommençoità
pomper, les oüies recommençoient
aussi à battre mais
très-peu de temps,& fort foi.
blcment. Enfin elle demeura
sans aucun mouvement, &
la region de la vessie devint si
gonflée & si tenduë,que la
laittc forcoit en s'éfilant par
l'anus. Cela dura environ trois
quarts d'heure, au bout desquels
elle mourut,estant de*
venuë fortplatte.L'ayantouverte,
.on trouvalavessie: crel
1 i Vée.
On aaussi expetimenté
qu'un poisson mfs dansSit
teaupurgée d'air n'ypeut vivre
longtemps. Outre ces experiences
qu'on peut faire
dans la madonedu vuide,en
voici d'autres qui prouvent
aussi que l'air,qui est mê'Jé'
dans l'eau,alaprincipalepart
à la respiration despoissons
•v
Si vous enfermezdespoisfons
dans unvaisseau de verre
plein d'eau, ils y viventquelque
temps, pourvûquel'eau
ioitlenouveîléc :mais si vous
couvrez le vaisseau,&le'bouchez
en forte que l'air stfy
puificpointcnttet/ikîsjroîfsonsserontéroulfez.
".,Gôlg
prouve bien que j'eau aé fctc
àqlueu'erlfreesapirlataiolni,beqruteéu'tÛanct
peignerd'air.*-•]rV
Mettez lusieurs Lp9iffons
dans un vaisseau qui tic
Ion pas entièrement TciBd!i
ir'cauyfrvous,lefermes?
poissons qui auparavant nageoientenpleine
liberté, & segayoient, s'agiteront & se
presseront à qui prendra le
dessus poutrespirer la portion
de l'eau qui est la plus voisine
delair.
Onremarqueaussiquelorfquela
surface des Etangs cft
gelée, les poissons qui font
dedans, meurent plus ou
moins vite ,durant que l'E.,.
rang a plus ou moins d'étenduë
&de profondeur, & on
observe que quand on casse
la glace en quelque endroit)
les poissonss'y prefenrent
avec
avec empressement pour rcfpirer
cette eau imprégnée
d'un nouvel air. Ces experiences
prouvent manifestement
la necessité de l'air pour
la rcfpiration des poissons.
Voyons maintenant ce qui se
passe dans le temps de cette
rcfpiration-
La bouche, s'ouvre
,
les lèvres
s'avancent,parla la concavité
de la bouche est allongée,
la gorge s'enfle, les couvercles
des oüies
,
qui ont le
même mouvement que les
panneaux d'un souffet, s'écarrant
l'un de l'autre,se voûcent
en dehors parleur milieu
seulement, tandis qu'une de
leurs pieces qui joiic sur une
espece de gomme ,
tientfermées
les ouvertures des ouïes,
en se soulevant toutefois un
peu, sans permettrecependant
à l'eau d'entrer ; parce
que la petite peau qui borde
chaque couvercle, ferme exactement
l'ouverture des ouïes.
Tout cela augmente, &
élargit en tout sens la capacité
de la bouche, & détermine
l'eau à entrer dans &
cavité, de même que l'air entre
par la bouche & les nariDes
dans la crachée artere Se
les poumons , par la dilata,
tion de la poitrine. Dans ce
même temps les costes des
QÇÏÇS s'ouvrent en s'écartanr
lç5 unes des autres, leur cintreestélargi,
le sternon efl;
écarté en s'éloignant du palais
; ainsi tout conspire à faire
entrer l'eau en plus grande
quantité dans la bouche. C'es
ainsi que se fait l'ispiratioa
despoissons, Ensuite la bouche
se ferme, les lévres auparavant
allongées se racourcissent
, sur tout la superieure
qui se plic en éventail, la lévre
inférieure se cole: à la superieure
par le moyen d'une petite
peau en forme de croissant qui
s'abbat comme un rideau de
haut en bas & qui empêche
l'eau de sortir. Le couvercle
s'applatit sur la baye de l'ouverture
desoüies. Dans le même
temps les côtes se ferrent
les unes contre les autres, leur
cintre se retressit, & le sternon
s'abbat sur le Palais.
Tout cela contribuë &
comprime l'eau qui est entrée
par la bouche. Elle se presente
alors pour forrir par tous
les intervalles descôtes & par
ceux de leurs lames, & elle y
passe comme par autant desilieres
; & par ce mouvement la
bordure membraneuse des
couvercles cil: relevée,.& l'eau
pressees'échappe parcette ouverture,
C'est ainsi que fc
fait l'expiration dans les poissons.
On voit par là que l'eau
entre par la bouche, & sortant
par les oüies. Tout au contraire
de ce qui arrive dans les animaux
à quatre pieds dans lesquels
l'air entre & fort alternativemenr
par la trachée artere.
Voila tout ce qui concerne
les mouvemensdelarespiration
des poissons.
sur la circulationdusang
des Poissons qui ont des
oùies, &sur leur refi.
piration.
I
~-
DAns les divers Memoires
qu'on a lûs à rA.
1 cademie, on a fait voir qu'elle
! étoit la structure du coeur des
Poissons, & celles de leurs
ouïes. Pour suivre >tierc, cette ma- il està propos de parler
: de leurs usages; Mais pour
les rendre intelligibles à tout
le monde; il est necessaire de
faire ici une brieve recapitulation
de ce que j'ay dit touchant
cette mêmestructure.
On remarquera donc qu'elle
cft differente dans les differentes
especes dePoissons où
l'on trouve ces parties. On a
fait voir à l'Academie des
Exemples de ces differences;
mais je m'arreste aujourd'huy
particulierement à la Carpe
que l'on trouve commodément
& sur laquelle on pourra
avec facilité verifier tout ce
que je vais dire.
Chacun sçait que le coeur
de tous les Poissons qui ne
respirent pas l'air n'a qu'une
cavité, & par consequent
qu'une oreillette à l'embouchure
du vaisseau qui y rapporte
le fang. Celle du coeur
de la Carpe est appliquée au
costé gauche.
La chair du coeur est fore
épaisse, par rapport à son volume,
& ses fibres font trescompactes:
Aussia-t'il bcfoin
d'une forte action pour la circulation
comme on le verra
,
dans la fuite.
: Il n'y a personne qui ne
sçache cc que c'est que des
ouïes; mais tout le monde
ne sçait pas que ce font ces
parties qui fervent de poumons
aux Poissons. Leur
charpente est composée de
quatre costes de chaque costé
qui se meuvent tant sur ellesmêmes
en s'ouvranr & se resserrant
qu'àl'égard de leurs
deux appuis superieur & inferieur
en s'écartant de l'une &
de l'autre, & en s'en raprochant.
Le costé convexe de
chaque coste est chargé sur
ses deux bords de deux especes
de feüillets, chacun desquels
est composé d'un rang
de lames, étroites & rangées
& ferrées l'une contre l'autre
qui forment comme autant
de barbes ou frangessemblables
à celles d'une plume à
écrire; & ce font ces franges
qu'on peut appeller proprement
le poumon desPoissons.
Voila une situation de parties
fortextraordnaire & fore
singuliere. La poitrine est
dans la bouche aussi- bien
que le poumon. Les costes
portent le poumon, & l'animal
respire l'eau-
Les extremitez de ces costes
qui regardent la gorge font
jointesensemble par plusieurs
petits os, qui forment une
cfpecc de sternon, en sorte
néanmoins que les costes ont
un jeu beaucoup plus libre
sur ce sternon & peuvent s'écarter
l'une de l'autre beaucoup
plus facilement que celles
de l'homme, & que ce sternon
peut-estre soulevé & a.
baissé. Les autres extremitez
qui regardent la base du
crane font aussi jointes par
quelques osselets qui s'articulent
avec cette même base &
qui peuvents'en éloigner, ou
s'enapprocher.
Chaque coftc est compofée
de deux pieces jointes par
un cartilage fort fouple, qui
est dans chacune de ces parties
ce que font les charnieres
dans les ouvrages des artisans.
La premiere piece cît
courbée en arc, & sa longueur
est environ la sixiéme portion
du cercle dont elle feroit la
partie.
La seconde décrit à peuprés
une fromaine majuscule.
- La partie convexe de chaque
coste est creusée en goutiere,
& c'est le long de ces
goutieres que coulent les vaisaseaupx
donrt iléferaspa.rléci- Chacune des lames dont
les feüillers font composez,
à la figure du fer d'une faux,
& à sa naissance elle a comme
un pied ou talon qui ne
pose que par son extremité sur
sur le bord de la coste.
Chacun de ces feüillets est
composé de cent trente-cinq
lames j-ainifles seize contiennent
huit mil six cens quarante
surfaces, que je compte icy
parce que les deux surfaces de
chaque lame font revêtuës
dans toute leur étenduë d'une
membrane tres fine, sur laquelle
se font les ramifications
presque innombrables des
vaisseaux capillaires de ces
fortes de poumons.
J'ay fait voir à la compagnie
qu'il y a quarante-six
muscles qui sont employez
aux mouvemens de ces costes;
il y en a huit qui en dilate l'intervale,
& seize qui le resserrent,
six qui élargissent le cintre
de chaque coste, douze
qui le retresissent, & qui en
même temps abaissent le sternon,
& quatre qui le soulevent.
Les ouïes ont une large ou.
verture, sur laquelle cftpaCé
un couvercle composé de
plusieurs pieces d'assemblage,
qui a le même usage que le
panneau d'un fouiller)& chaque
couvercle est formé avec
un tel artifice qu'en s'écartant
l'un de l'autre,ils se voutent
en dehors pour augmenter la
capacité de la bouche, tandis
qu'une de leurs pieces qui
jouë sur une espece de genou
tient fermées les ouvertures
des ouïes, & ne les ouvre que
pour donner passage à l'eau
que l'animal a respiré, ce qui
se fait dans le tems que le
couvercle s'abat & se referre.
I Il ya deux muscles qui servent
à soulever le couvercle,
& trois qui fervent à l'abatre
& à le reserrer.
! On vient de dire que l'assemblage
qui compose la
charpente des couvercles les
rend capables de sevouter en
dehors. On ajoûtera deux
autres circonstances. La premiere
est que la partie de ce
couvercle qui aide à former
le dessous de la gorge est
plié en éventail sur de petites
lames d'os pour fcrvir en se
deployant à la dilatation de la
gorge dans l'inspiration de
l'eau. La seconde que chaque
couvercle est revêtu par dehors
& par dedans d'une peau
qui
*
luy est fort adherente.
Cesdeux peaux s'unissent ensemble,
se prolongent audelà
de la circonference du
couvercle d'environ deux à
trois lignes, & vont toûjours
en diminuant d'épaisseur. Ce
prolongement est beaucoup
plus ample fous la gorge que
vers le haut de la teste. Il
estextrêmementsouple, pour
s'appliquer plus exactement à
l'ouverture sur laquelle il porte,
& pour la tenir ferméeau
premier moment de la dilatation
de la bouche pour la
rcfpiration.
Voila pour ce qui regarde
la structure desoüies ; passons
à present à la distribution de
leurs vaisseaux.
L'Artere qui fort du coeur
se dilate de telle maniere qu'elle , en couvre toute la base
: ensuite se retresissant peu
à peu elle forme une espece
de corne. A l'endroitoù elle
est ainsi dilatée
,
elle est garnie
en dedans de plusieurs
colonnes charnuës qu'on peut
considerer comme autant de
muscles qui font decetendroit
de l'aorte comme un
second coeur, ou du moins
comme nn second ventricule
lequel joignant sa compressîon
à celle du coeur, double
la force necessaire à la distribution
dufang pour la circulation.
Cette artere montant par
l'intervalle que les oüies laissententre-
elles, jette vis-à-vis
,
de chaque paire de côtes de
chaque côté une grosse branche
creusée sur la surface exterieure
de chaque côte& qui
s'étend le long de cette goutiere
d'une extremité à l'autre
du feüillet. Voila tout le corps
de l'Aorte dans ce genre d'animaux.
L'Aorte qui dans les
autres animaux porte le fang
du centre à la circonference
de tout le corps, ne parcoure
de chemin dans ceux- ci que
depuis lecoeurjusqu'à l'extremité
des oüies, où elle finir.
Cette branche fournit alitant
de rameaux qu'il y a de lames
surl'un ou furl'autre bord
de lacôte. La grosse branche
se termine à l'extremitéde la
côte
,
ainsi qu'il a esté dit, &
les rameaux finissent à l'extremité
des lames ausquelles
chacun d'eux se distribuë.
Pour peu que l'on soit instruit
de la circulation & des
Vaisseaux qui y servent, on
fera en peine de sçavoir par
quels autres vaisseaux on a
trouvéun expédient pour animer
& mouvoir tout le corps
depuis le bout d'en bas des
oiïies jusques à l'extremité de
la queuë. Cet expedient paroîtra
clairement dés qu'on
aura conduit le fang jusqu'à
l'extremitédesoüies. -
Chaque
Chaque rameau d'artere
monte le long du bord interieur
de chaque lame des
deux feüillets posez sur chaque
côte,c'est-à dire le long
des deux tranchans des lames
qui se regardent:ces deux rameaux
s'abouchentau milieu
de leur longueur; & continuant
leur route parviennent,
comme j'ay dit, à la pointe
de chaque lame. Là chaque
rameau de l'extremité de l'artere
trouve l'embouchure d'une
veine, & deux embouchures
appliquées l'une à l'autre
immediatement ne faisant
qu'un même canal malgré la
differente consistance des
deux vaisseaux
,
la veine s'abbat
sur le tranchant exterieur
de chaque lame, & parvenuë
au bas de la lame elle verse
son fang dans un gros vaisseau
veineux couché prés de
la branche d'artere danstoute
l'étenduë de la goutiere de
de la côte: mais ce n'est pas
feulement par cet abouchement
immediat des deux extrêmitez
de l'artere &de la
veine que l'arrere se décharge
dans la veine, c'est encore par
toute sa route.
Voici comment le rameau
d'artere dresse sur le tranchant
de chaque lame, jette dans
toute sa route sur le plat de
chaque lame de part & d'autre,
une multitude infinie de
vaisseaux, qui partant deux à
deux de ce rameau l'un d'un
côté de la lame, l'autre de
l'autre
-,
chacun de son côté
vadroit à laveine qui descend
sur le tranchant opposé de la
lame, & s'y abbouche par un
contact immédiat. C'est ainsi
que le fang passe dans ce genre
d'animaux,des arteres de
leur poumon dans leurs vrinés
d'un bout a l'aucre. Les
artères y font de vrayes arteres,
& par leurs corps & par
leur fonctions de recevoir le
fang. Les veines y font de
vrayes retines, & par leur
fonction de recevoir le fang
desarteres & par la delicatefseextrême
de leur consistan-
Ilnty ajusques-là rien qui
ne foie de l'oeconomie ordinaire
: mais ce qu'il y a de singulier
est premièrement l'abbboouucchheemmeennttimimmméeddiiaatt
des
arteres avec les veines, qui (c
trouve àlaverité dans les poumons
d'autres animaux, sur
1 tout dans ceux des grenouilles
&des torcuës: mais qui
n'est pas si manifestequedans
viesoiiies des poissons. 2° La
régularité de la distribution
:
qui rend cet abbouchement
plus vifiblc dans ce genre d'animaux
;car toutes les branchesdarteres
montant le
long des lames dressees sur les
côres
,
font aussi droites &
aussi également distances l'une
de
l'autre
que les lames: les
rameaux transversaux capillaires
qui partent de ces branches
à angles droits
,
font également
distansl'un de l'autre;
de forte que la direction & les
intervales de ces vaisseaux tant
montans que transversaux,
estantanssi réguliers que s'ils
avoient esté dressez à la règle
& espacez au compas ; on les
suit à l'oeil & au microscope.
On voit donc que lesarteres
transversales finissent immédiatement
au corps de la veine
descendante, & chacune
de ces veines descendante
ayant reçu le fang des artères
capillaires tranfverfalles
de part & d'autre de la lame,
s'abbouche à plomb avec le
tronc de la veine couchée
dans la gouttiere.
Il faut avouer que cette
, distribution est fort singuliere
: ce qui fuit l'est encore davantage.
On est en peine dela
distribution du fang pour la
nourriture & la vie des autres
parties du corps de ces animaux.
Nous avons conduit le
fang du coeur par les arteres
«
du poumon dans les veines
du poumon. Le coeur ne jette
point d'autres arteres que celles
du poumon. Que deviendront
les autres parties, le
cerveau, les organes des fensf
Ce qui fuit le fera voir.
Ces troncs de veines pleins
de fang arreriel fartant de
chaque côce par leur extrémité
qui regarde la bafe du
crâne, prennent la consistance
&l'épallfeur darteres & viennent
seréunir deux à deux de
chaque côcé. Celle de la première
côte, fournit avant sa
réunion des branches qui distribuënt
le fang aux organes
des sens, au cerveau & aux
parties voisines, & fait par ce
moyen les fonctions qui appartiennent
à l'aorte ascendante
dans les animaux à quatre
pieds :
ensuite elle fc rejoint
joint à celle de la fccondc
côte; & ces deux ensemblene
font plus qu'un tronc, lequel
coulant le long de la base du
crane reçoit encore de chaque
cote une autre branche formée
par la réunion des veines
de la troisième & quatrième
paires de côtes,& routesensemble
ne font plus qu'un
tronc.
Après cela ce tronc dont
toutes les racines estoient
veines dans le poumon,devenant
artere par sa tunique
& par son office, continue
son cours le long des vertebecs.,
& distribuant le fang
artérielà touteslesautres parties
, fait la fonction d'artère
desccendante&lesang arceuiel
estdistribué parce moyenégakment
à toutes les parties
pourles nourrir & des ani.
mer, &il r£neori«ropartout
des racinesquireprennent le
residu & le rapportant par
plusieurs troncsformezdel'unioh
de toutes q<!s¡acincs'au
reservoircommunquiledoit
rendreaucoeur;c'estainsi que
^achevcfk circulation dans
casiani<iaaux.-,;io r>,\~;x:
>V«oil'aScomîtefitylcs)Vcinri5
,
du potlHion de cegenredeviennent
arteres pour animer
& pour nourrir la teste & le
reste du corps.
Mais ce qui augmente la
singularité,c'est que ces mêmesveines
du poumon sortant
de la goutiere des côtes
par leur extremité qui regarde
la gorge, conservent la tu.
nique & la fonction de veines
en rapportant dans le reservoir
de tout le fang veinal
une portion du fang arteriel
qu'elles ont reçudes arteres
du poumon.
Comme le mouvement
des machines contribue aussi
a la respiration des Poissons,
il ne fera pas hors de propos
defaire remarquer que la fuperieurc
est mobile, qu'elle est
composée de pluficurs pieces
qui font naturellement engaggééeeslselessuunneessddaannssleless
aauu--
tres, de telle manière qu'elles
peuvent en se déployant
dilater & allonger la mâchoire
superieure.
Toutes les pieces qui servent
à la respiration de la
Carpe, montent à un nombre
si surprenant, qu'on ne
fera pas fâché d'en voir icy le
dénombrement.
Les pieces osseuses font au
nombre de quatre milletrois
cens quatre-vingt six
:
il y a
soixante-neufmuscles.
- Les arteres des ouics, outre
leurs huit branches principales,
jettent quatre mille trois
Cent vingt rameaux; & chaque
rameau jette de chaque
lame, une infinité d'arteres
capillaires transversales, donc
le nombre ne fera pas difficile,
& passera de beaucoup tous
ces nombres ensemble.
: Il y a autant de nerfs que
d'arteres
3
les ramifications
des premiers suivant exactement
celles des autres.
Les veines ainsi que les artères,
outre leurs huit branches
principales jettent quatre
mille trois cent vingt rameaux
,
qui font de simples
tuyaux,& qui à la différence
des rameaux des arteres na
jettent point de vaisseux capillaires
tranfver faux.
Le fang qui cft rapporté de
toutes les parties du corps des
poissons,entre du reservoir,
ou se dégorgent toutes les
veines
t
dans l'oreillette
, &
de là dans le cceur;qui par-sa
contraction le pouffe dans
l'aotte, & dans toutes les ramifications
quelle jette sur
les lames des oüies : & comme
à sa nainance elle cft garnie
de plusieurs colonnes charnuës,
fore épaisse, ce qui resserrent
immédiatement après, elle féconde
& fortifie par sa compression
l'action du coeur, qui
est de pousser avec beaucoup
de force le fang dans les rameaux
capillaires transversaux,
situez de part & d'autre,
sur toutes les lames des oüies.!
On a fait observer que cette
artere & ses branches, ne
parcouroient de chemin que
depuis le coeur',-- jusqu'à l'ex.
tremité des oüies, où elles finirent.
Ainsi à coup de piston
redoublé doit suffire, pour
pousser le fang avec irppetuosicé
dans ce nombre infini
d'arterioles si droites & si rcguliere,
où le fang ne trouve
d'autre obstacle que Je simple
contaft,&non le choc & les
reflexions, comme dans les
autres animaux où les arteres
se ramifient en mille manières
,
sur tout dans les demieres
subdivisions.
Voila pour ce qui concerne
le pacage du fang dans k
poumon. Voici comment s'en
fait la préparation.
:. Je suppose que les particules
d'air qui font dans l'eau,
comme l'eau est dans une éponge)
peuvent s'endégager
en plusieurs manières.
1 Par la chaleur ainsiqu'on
le voit dans l'eau qui bout
sur le feu. 2.Q. Par laffoiblisfement
duressors de l'air,qui
presse l'eau où ces particules
d'air sont engagées; comme
on le voit dans la machine du
vuide. 3°. Par le froissement
&l'extrême division del'eau,
sur tout quand elle a quelque
degré de chaleur.
On ne peut pas douter qu'-
il n'y ait beaucoup d'air dans
tout le corps des poissons,&
que cet air ne leur foit fort
ncceflaire. La machine du vui.
de fait voir l'un & l'autre..
J'aymis une Tanche fore
vive dans un vaisseau plein
d'eau que l'on a placé fous le
recipicnt;& aprèsavoir donné
cinq ou six coups de piston on
a remarqué que cette Tanche
était toute couverte d'une iiw
finité de petites bulles d'air qui
sortoient d'entre les écailles,
& que tout le corps paroissoit
perlé.
,
Il en sorcoit aussi un tresgrand
nombre par les oüies
beaucoup plus grosses que
celles de la surface du corps:
Enfinilen fortoir par la bou.
che,maisen moindre quantite.
En recommençant a pomper
tout de nouveau deux ou
trois fois de fuite ,ce qui fut
fait à plusieurs reprises, on
remarquoit que lepoisson s'agitoit
& se tourmentoit ex.
traordinairement,&qu'il reÊ
piroit plus fréquemment:
aprés avoir passé un gros quart
d'heure dans cetestat, il tom.
ba en langueur, toutlecorps
Vi
& même les oiïies n'ayant
bplleu.s aucun mouvement fcnfi-
Pour lots ayant tire le
vaisseau de dessous le recipient,
on jetta le poison dans
de l'eauordinaire, où il commença
à respirer & à nager,
mais foiblement, & il fut
longtemps à revenir à son
cfliatnaturel.
J'ayfait la mêmeexperience
sur une Carpe: jel'ay mise
dans la même machine, 3c
ayant pompel'air trois ou
quatre fois comme on l'avoir
fait à la Tanche, le poisson
- commença d'abord à s'agiter:
toute la surface du corps de-
,
vint, perlée; il sortit par la
bouche & par les oüies une
infinité de bulles d'air foïç
grottes,&larégion de la ves-
Sie d'air s'enfla beaucoup,quoique
cette Carpe fut plus gros-.
se que la Tanche,le battement
desoüies cessaplutost. *Lorsqu'onrecommençoità
pomper, les oüies recommençoient
aussi à battre mais
très-peu de temps,& fort foi.
blcment. Enfin elle demeura
sans aucun mouvement, &
la region de la vessie devint si
gonflée & si tenduë,que la
laittc forcoit en s'éfilant par
l'anus. Cela dura environ trois
quarts d'heure, au bout desquels
elle mourut,estant de*
venuë fortplatte.L'ayantouverte,
.on trouvalavessie: crel
1 i Vée.
On aaussi expetimenté
qu'un poisson mfs dansSit
teaupurgée d'air n'ypeut vivre
longtemps. Outre ces experiences
qu'on peut faire
dans la madonedu vuide,en
voici d'autres qui prouvent
aussi que l'air,qui est mê'Jé'
dans l'eau,alaprincipalepart
à la respiration despoissons
•v
Si vous enfermezdespoisfons
dans unvaisseau de verre
plein d'eau, ils y viventquelque
temps, pourvûquel'eau
ioitlenouveîléc :mais si vous
couvrez le vaisseau,&le'bouchez
en forte que l'air stfy
puificpointcnttet/ikîsjroîfsonsserontéroulfez.
".,Gôlg
prouve bien que j'eau aé fctc
àqlueu'erlfreesapirlataiolni,beqruteéu'tÛanct
peignerd'air.*-•]rV
Mettez lusieurs Lp9iffons
dans un vaisseau qui tic
Ion pas entièrement TciBd!i
ir'cauyfrvous,lefermes?
poissons qui auparavant nageoientenpleine
liberté, & segayoient, s'agiteront & se
presseront à qui prendra le
dessus poutrespirer la portion
de l'eau qui est la plus voisine
delair.
Onremarqueaussiquelorfquela
surface des Etangs cft
gelée, les poissons qui font
dedans, meurent plus ou
moins vite ,durant que l'E.,.
rang a plus ou moins d'étenduë
&de profondeur, & on
observe que quand on casse
la glace en quelque endroit)
les poissonss'y prefenrent
avec
avec empressement pour rcfpirer
cette eau imprégnée
d'un nouvel air. Ces experiences
prouvent manifestement
la necessité de l'air pour
la rcfpiration des poissons.
Voyons maintenant ce qui se
passe dans le temps de cette
rcfpiration-
La bouche, s'ouvre
,
les lèvres
s'avancent,parla la concavité
de la bouche est allongée,
la gorge s'enfle, les couvercles
des oüies
,
qui ont le
même mouvement que les
panneaux d'un souffet, s'écarrant
l'un de l'autre,se voûcent
en dehors parleur milieu
seulement, tandis qu'une de
leurs pieces qui joiic sur une
espece de gomme ,
tientfermées
les ouvertures des ouïes,
en se soulevant toutefois un
peu, sans permettrecependant
à l'eau d'entrer ; parce
que la petite peau qui borde
chaque couvercle, ferme exactement
l'ouverture des ouïes.
Tout cela augmente, &
élargit en tout sens la capacité
de la bouche, & détermine
l'eau à entrer dans &
cavité, de même que l'air entre
par la bouche & les nariDes
dans la crachée artere Se
les poumons , par la dilata,
tion de la poitrine. Dans ce
même temps les costes des
QÇÏÇS s'ouvrent en s'écartanr
lç5 unes des autres, leur cintreestélargi,
le sternon efl;
écarté en s'éloignant du palais
; ainsi tout conspire à faire
entrer l'eau en plus grande
quantité dans la bouche. C'es
ainsi que se fait l'ispiratioa
despoissons, Ensuite la bouche
se ferme, les lévres auparavant
allongées se racourcissent
, sur tout la superieure
qui se plic en éventail, la lévre
inférieure se cole: à la superieure
par le moyen d'une petite
peau en forme de croissant qui
s'abbat comme un rideau de
haut en bas & qui empêche
l'eau de sortir. Le couvercle
s'applatit sur la baye de l'ouverture
desoüies. Dans le même
temps les côtes se ferrent
les unes contre les autres, leur
cintre se retressit, & le sternon
s'abbat sur le Palais.
Tout cela contribuë &
comprime l'eau qui est entrée
par la bouche. Elle se presente
alors pour forrir par tous
les intervalles descôtes & par
ceux de leurs lames, & elle y
passe comme par autant desilieres
; & par ce mouvement la
bordure membraneuse des
couvercles cil: relevée,.& l'eau
pressees'échappe parcette ouverture,
C'est ainsi que fc
fait l'expiration dans les poissons.
On voit par là que l'eau
entre par la bouche, & sortant
par les oüies. Tout au contraire
de ce qui arrive dans les animaux
à quatre pieds dans lesquels
l'air entre & fort alternativemenr
par la trachée artere.
Voila tout ce qui concerne
les mouvemensdelarespiration
des poissons.
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Résumé : MEMOIRE sur la circulation du sang des Poissons qui ont des oüies, & sur leur respiration.
Le mémoire traite de la circulation sanguine et de la respiration des poissons dotés d'ouïes, en se concentrant particulièrement sur la carpe. Le cœur des poissons, qui ne respirent pas l'air, possède une seule cavité et une seule oreillette. La structure du cœur est épaisse et compacte, nécessitant une forte action pour la circulation sanguine. Les ouïes des poissons servent de poumons et sont composées de quatre côtes de chaque côté, capables de mouvements complexes. Chaque côte est recouverte de feuillets formés de lames étroites et serrées, ressemblant à des barbes de plume, qui constituent le 'poumon' des poissons. Les muscles des ouïes sont nombreux et spécialisés, permettant des mouvements variés pour faciliter la respiration. Les ouïes sont protégées par des couvercles articulés qui s'ouvrent et se ferment pour permettre le passage de l'eau. L'aorte, qui part du cœur, se dilate à la base avant de se rétrécir et de former une corne. Elle est garnie de colonnes charnues agissant comme un second cœur ou ventricule, augmentant la force de la circulation sanguine. L'aorte se divise en branches qui irriguent les lames des ouïes, où se produit un échange gazeux. Les artères et les veines des ouïes sont intimement connectées, permettant au sang de passer des artères aux veines par des vaisseaux capillaires. Cette distribution régulière et ordonnée est unique chez les poissons. Les veines des ouïes deviennent des artères pour irriguer le reste du corps, y compris le cerveau et les organes sensoriels. Enfin, une partie du sang artériel est rapportée au cœur par les veines des ouïes, complétant ainsi la circulation sanguine chez les poissons. Le texte mentionne également la structure de la mâchoire supérieure des poissons, mobile et composée de plusieurs pièces permettant de dilater et allonger la mâchoire. La respiration de la carpe implique un nombre impressionnant de pièces osseuses (4 386) et de muscles (69). Les artères des ouïes, outre leurs huit branches principales, jettent 4 320 rameaux, chacun produisant une infinité de capillaires transversaux. Les veines, de manière similaire, ont des rameaux qui ne produisent pas de capillaires transversaux. Le sang circule du cœur vers les ouïes, où il est filtré et oxygéné avant de retourner au cœur. Des expériences montrent la nécessité de l'air pour la respiration des poissons. Par exemple, des poissons placés dans un récipient sous vide ou dans de l'eau privée d'air montrent des signes de détresse et finissent par mourir. Les poissons cherchent à se rapprocher de la surface de l'eau pour respirer l'air dissous. Les mouvements de respiration des poissons impliquent l'ouverture et la fermeture de la bouche et des ouïes, permettant à l'eau de passer à travers les branchies pour l'oxygénation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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206
p. 73-134
Remarques sur l'eau de la pluie, & sur l'origine des fontaines ; avec quelques particularitez sur la construction des cîternes.
Début :
Tout ce qui regarde les eaux, tant pour les necessitez [...]
Mots clefs :
Eau, Terre, Pluie, Citernes, Fontaines, Neiges, Eaux , Superficie, Vapeurs, Mer, Cuvette, Rochers, Herbes, Expériences, Rivières, Tuyau, Vent, Plomb, Fiole, Pinte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Remarques sur l'eau de la pluie, & sur l'origine des fontaines ; avec quelques particularitez sur la construction des cîternes.
Remarquesfur l'eau de lapluie ,
fur l'origine des fontaines
; avec quelques particu
laritez fur la conftruction
des cîternes.
Tout ce qui regarde les
caux , tant pour les neceffitez
de la vie , que pour l'ornement
des Palais & des
Jardins , a toûjours été regardé
comme une des principales
connoiffances qui
fuffent neceffaires aux hommes.
On s'eft appliqué avec
grand foin à rendre de trés-
Mars 1714.
G
74
MERCURE
petites rivieres capables de
porter de grands bateaux ,
& de joindre par ce moyen
des mers fort eloignées l'une
de l'autre. On a conduit
des fontaines trés - abondantes
par de longs détours
& fur des aqueducs trés- élevez,
jufques dans des lieux,
où la nature avoit refufé
d'en donner. On a enfin inventé
un grand nombre de
machines propres à élever
T'eau , & la porter juſqu'au
haut des montagnes
, pour
la diftribuer enfuite fous
mille figures differentes ,
GALANT.
75
avec des mouvemens furnaturels
, & en donner un
fpectacle digne d'admiration.
inistrot as
C'en étoit affez pour le
commun des hommes :
mais la curiofité de ceux
qui recherchent
les fecrets
de la nature, n'étoit pas encore
fatisfaite , il faloit connoître
l'origine de ces fources
d'eau fi abondantes quon
rencontre par toute la
terre , & même fur des rochers
fort élevez ; & c'eſt
ce qui a donné tant d'exercice
aux Philofophes an-
Gij
76 MERCURE
cie ns & modernes.
Nous voyons deux principales
opinions fur l'origine
des fontaines , qui font fondées
chacune fur des experiences
dont il femble qu'on
ne puiffe pas douter ; car il
eft évident que plufieurs
fontaines ont pour principe
l'eau de la pluie & la fonte
des neiges fur les montagnes
: mais comment ces
pluies & ces neiges , qui
font trés-rares fur, des rochers
efcarpez & fort élevez
, & dans des pays fort
chauds , pourront- elles y ›
GALANT.
77
fournir des fontaines trésabondantes
&
permanentes
qu'on y voit en plufieurs
endroits ?
C'eft la plus forte objection
que faffent ceux qui ne
font du
fentiment que
pas
les pluies font les fontaines
, & ils admettent feulement
des cavitez foûterraines
en forme d'alembic ,
où les vapeurs des eaux qui
coulent dans la terre à la
hauteur de la mer , s'élevent
par les fentes des rochers
&fe condenfent par le froid
de la fuperficie de la terre.
Giij
78 MERCURE
M. N ** qui a fuivi l'opinion
des premiers qui
prennent le parti de la pluie,
a fait un examen trés particulier
de l'eau de pluie &
de neige qui tombe fur l'étendue
de la terre, qui fournit
fes eaux à la riviere de
Seine ; & il trouve par fon
calcul qu'il y en a beaucoup
plus qu'il ne feroit necelfaire
pour entretenir la riviere
dans fon état moyen
pendant tout le cours d'une
année.
En examinant le Traité
de l'origine des Fontaines de
1
79
GALANT.
M. Plot Anglois , qui a été
imprimé en 1685. j'y fis plufieurs
remarques , & j'entrepris
de reconnoître par
moy- même ce que les eaux
de pluie & de neige pouvoient
fournir aux fontaines
& aux rivieres . Je commençai
d'abord à rechercher
quelle étoit la quantité
d'eau de pluie qui tomboit
fur la terre pendant toute
une anné , & j'en ai donné
depuis des memoires à l'Academie
à la fin de chaque
année ; ce qui fait connoître
que la hauteur de l'eau
Giiij .
80 MERCURE
qui tombe à l'Obſervatoire
Royal , où j'ai fait mes obſervations
, feroit dans une
année moyenne de dix- neuf
à vingt pouces , à peu prés
comme M. N** l'avoit fuppofé
dans fon examen .
Mais comme je doutois
que ce fût fur cette quantité
d'eau qu'on dût compter
pour l'origine des fontaines,
je fis les experiences
fuivantes pour m'en affurer.
Je choifis un endroit de
la terraffe baffe de l'Obfervatoire
, & fis mettre dans
T
GALANT . 81
terre , à huit pieds de profondeur,
un baffin de plomb
de quatre pieds de fuperficie.
Ce baffin avoit des
bords de fix pouces de hauteur
, & étoit un peu incliné
vers l'un de fes angles , où
j'avois fait fouder un tuyau
de plomb de douze pieds.
de longueur, qui ayant auffi
une pente affez conſiderable
, entroit dans un caveau
par
fon extremité . Ce baf
fin étoit éloigné du mur de
la cave , afin qu'il fût environné
d'une plus grande
quantité de terre femblable
82 MERCURE
à celle qui étoit au deffus ,
& qu'elle ne pût pas fe lecher
par la proximité du
mur. Je mis dans le baffin
ou cuvette de plomb , à l'endroit
de l'ouverture qui répondoit
au tuyau , plufieurs
cailloux de differentes groffeurs
, afin que cette ouverture
ne pût pas fe boucher
quand la terre auroit été
remiſe pardeffus à la hauteur
du terrein , c'eſt à dire
de huit pieds de hauteur.
Ce terrein eft d'une nature
moyenne entre le fable &
la terre franche , en forte
GALANT.
83
que l'eau le peut penetrer
affez facilement , & la fuperficie
exterieure eſt de niveau.
Je penfois que fi les eaux
de pluie & de neige fonduë
penetrent la terre juſqu'à
ce qu'elles rencontrent un
cufou une terre argilleuſe ,
qui ne la laiffe point paffer ,
comme difent ceux qui fuivent
la premiere opinion
de l'origine des fontaines ,
il devoit arriver la même
chofe à la cuvette de plomb
que j'avois enterrée , & qu'
enfin je devois avoir une
84 MERCURE
eſpece de fource d'eau , qui
devoit couler par le tuyau
qui répondoit dans le caveau.
Mais comme je n'étois
pas perſuadé que cela pût
arriver , je mis encore dans
le même temps une autre
machine en experience à
huit pouces feulement de
profondeur en terre. C'étoit
une cuvette qui avoit
foixante quatre pouces en
fuperficie , & des rebords
de huit pouces de hauteur.
J'avois choifi un lieu où le
foleil ni le vent ne donGALANT.
85
noient point , & j'avois eu
grand foin d'ôter toutes les
herbes qui croiffoient fur
la terre au deffus de cette
cuvette, afin que toute l'eau
qui tomberoit fur la terre
pût paffer fans empêchement
jufqu'au fond de la
cuvette , où il y avoit un
petit trou & un tuyau qui
portoit dans un vaiffeau
toute l'eau qui pouvoit penetrer
la terre. Cette cuvette
n'étoit pas expoſée à
l'air : mais elle étoit enterrée
dans une trés - grande
quaiffe remplie par les cô86
MERCURE
tez & par deffous de la même
terre qui étoit au dedans
, afin que la terre de
la cuvette ne pût pas fe défecher
par l'air.
Je remarquai premierement
dans certe petite cuvette
, que depuis le 12. Juin
juſqu'au 19. Février fuivant
l'eau n'avoit point coulé par
le tuyau au deffous de la
-cuvette , & qu'elle y coula
feulement alors , à cauſe
d'une grande quantité de
neige qui étoit fur la terre
& qui fe fondoit. Depuis ce
temps - là la terre de certe
GALANT. 87
cuvette étoit toûjours fort.
humide : mais l'eau ne couloit
point que quelques
-heures aprés qu'il avoit plû,
& elle ceffoit de couler
quand ce qui étoit tombé
étoit épuilé ; car il en reftoit
toûjours dans la terre
une certaine quantité , qui
ne palloit point à moins
qu'il n'y en cût de nouvelle
au deffus de la terre.
<
Un an aprés je refis la
même experience dans la
petite cuvette : mais je la
mis à feize pouces avant
dans terre , qui étoit une
88 MERCURE
锣
fois plus qu'elle n'étoit d'abord.
Il n'y avoit point
d'herbes fur la terre , & elle
étoit encore à l'abri du foleil
& du vent. Il arriva à
peu prés la même chose que
dans la precedente , excepté
feulement que lors
qu'il fe paffoit un temps
confiderable fans pleuvoir ,
la terre fe défechoit unpeu,
& une mediocre pluie qui
furvenoit enfuite , n'étoit
pas capable de l'humecter
fuffifamment avec ce qui
y reftoit pour la faire couler.
Enfin
GALANT. 89
il
:
Enfin je planta quel
ques herbes fur la terre au
deffus de la cuvette mais
quand les plantes furent un
peu fortes , non feulement
ne couloit point d'eau àprés
la pluie ; mais toute
celle qui tomboit n'étoit
pas fuffifante toute feule
pour les nourrir , & elles fe
fanoient & fechoient , à
moins qu'on ne les arrosât
de temps en temps.
Il me vint alors en penfée
de meſurer la diffipation
ou évaporation de l'eau au
travers des feuilles des plan-
Mars 1714.
H
90 MERCURE
tes , quand elles font expo- .
fées au foleil & au vent. Le
30. Juin , à cinq heures du
matin , je mis dans une
phiole de verre , dont l'ouverture
étoit petite , une livre
d'eau pefée fort exactement
avec la phiole , & je
cueillis deux feuilles de figuier
de mediocre grandeur
, lefquelles pefoient
enfemble 5. gros 48. grains,
& j'en fis tremper le bout
des queues dans l'eau de la
phiole. Ces feuilles étoient
trés fraîches & fermes
quand je les cueillis . EnGALANT.
St
fuite j'expofai la phiole &
les feuilles au ſoleil , qui
étoit clair & chaud , & en
un lieu où il faifoit un peu
de vent , & je bouchai exactement
avec du papier le
refte du col de la phiole ,
qui n'étoit pas occupé par
les queues des feuilles , afin
que l'eau de la phiole ne
pût pas s'évaporer par cette
ouverture .
A onze heures du matin
je pefai le tout enſemble ,
& je trouvai qu'il y avoit
une diminution de poids de
deux gros , que l'air & le
Hij
92 MERCURE
foleil avoient tiré d'eau de
cette feuille , laquelle ne
peut être reparée quand la
feuille eft attachée à l'arbre
, que par l'humidité de
la terre qui paffe par les racines.
Je fis auffi pluſieurs autres
experiences fur des
plantes , & je trouvai toûjours
une trés - grande difſipation
d'humidité ; & aprés
avoir mefuré la fuperficie
des feuilles , & avoir confideré
ce qui en couvre ordinairement
la terre , j'ai jugé
que l'eau de la pluie
GALANT .
93
fur. tout en été , quoy qu'
elle foit alors trés- abondante
, n'eft pas capable de
les entretenir fans un fecours
tiré d'ailleurs . Il eſt
vrai que l'air de la nuit fournit
aux grands arbres , &
même aux plantes , une
grande quantité d'humidité
qu'on voit preſque toûjours
fur les feuilles vers le
lever du foleil , laquelle paffant
juſques dans les racines
, peut entretenir ces
plantes une partie du jour :
mais cette humidité toute
ſeule ne pourroit pas ſuf.
94
MERCURE
fire pour leur nourriture ,
fi elles n'en tiroient de la
terre même & des pluies
qui y entrent , comme je
l'ai remarqué dans mes experiences
que je viens de
rapporter.
Toutes ces experiences
m'ont fait connoître que
l'eau des pluies qui tombent
fur la terre , où il où il y a toûjours
quelques herbes &
des arbres , ne peut pas la
penetrer jufqu'à deux pieds,
à moins qu'elle n'ait été ramaffée
dans des lieux fablonneux
& pierreux , qui
*
.
GALANT .
95
A
la laiffent paffer facilement:
mais ce ne peut être que
des cas particuliers , dont
on ne peut tirer de confequence
generale. On en
peut voir un exemple au
rocher de la fainte Baume
en Provence , où la pluie qui
tombe fur ce rocher , qui
eft tout fendu & crevaffé ,
& où il n'y a point d'herbes
, penetre dans la grotte
en trés- peu d'heures à foi
xante- fept toiles au deffous
de la fuperficie du rocher ,
& y forme une trés - belle
cîterne, qui feroit enfin une
a
96 MERCURE
fontaine quand la cîterne
feroit remplie ; & lors qu'il
fe rencontre fur de femblables
rochers & dans
ces fonds confiderables de
grandes quantitez de neiges
qui fe fondent en été
à la feule chaleur du foleil ,
on remarque de grands
écoulemens de l'eau de
fontaine pendant quelques
heures d'un même jour , &
même à pluſieurs repriſes ,
fi le foleil ne donne fur ces
neiges qu'à quelques heures
differentes de la jour
née , le refte du temps ces
neiges
GALANT. 97
neiges étant à l'ombre des
pointes des rochers , & ne
pouvant
pas fe fondre facilement.
C'eft fans doute la
raiion de ce qu'on a rapporté
, qu'il y avoit des fontaines
au milieu des terres
qui avoient un flux & reflux
comme la mer.
Ces experiences m'ont
perfuadé que je ne devois
point attendre que les eaux
de la pluie & des neiges
paffaffent au travers des
huit pieds de terre qui étoient
au deffus de la cuvette
de plomb que j'avois
Mars
1714.
I
98 MERCURE
enterrée fur une terraffe ;
auffi il n'eft pas coulé une
feule goutte d'eau par le
tuyau depuis quinze années.
On voit donc par là qu'il
ne peut y avoir que tréspeu
de fontaines qui tirent
leur origine des pluies &
des neiges , & il faut neceffairement
avoir recours
d'autres cauſes pour expli.
quer comment il fe peut
rencontrer des fources trésabondantes
dans des lieux
élevez , & à très- peu de pro.
fondeur dans terre , com
HEQUE
ME
LA
THÈQUE
DE
OPON
;
GALANT.
me eft celle de Rungis res
de Paris , qu'on ne peut
tribuer à ces grottes ou
alembics foûterrains , qui
fervent à faire diftiler l'eau
des vapeurs condenfées
car il n'y a point de rochers
dans les
environs
, comme
je l'ai reconnu par plufieurs
puits que j'y ai fait faire ,
& le terrain eft ſeulement
un peu élevé , où l'on a fait
quelques puits , dont l'eau
eft fort proche de la furface
de la terre , & plus éle
vée que l'endroit où l'on a
ramaffé les eaux. Cette four.
I ij.
100 MERCURE
ce fournit cinquante pouces
d'eau environ , qui coule
toûjours & qui fouffre peu
de changement , & tout
l'efpace de terre d'où elle
peut venir n'elt pas
affez
grand pour fournir l'eau
de cette fource en ramaffant
celle de la pluye, quand
il ne s'en diffiperoit point ;
& de plus il eft toûjours cultivé
& couvert d'herbes &
de blé . Il y a quelques vallons
affez proche de ce lieu,
où il faut creuſer fort bas
pour trouver l'eau.
On a crû pouvoir expli
GALANT. ΙΘΙ
quer ces fortes de fources
par des tuyaux & des canaux
naturels , qui conduifent
l'eau de quelque
petite
riviere élevée , & qui
paffant par des lieux hauts
& bas , & même au deſſous
de quelques rivieres qui les
traverſent , font fi bien foudez
& bouchez
, qu'ils ne
laiffent point échaper cette
cau en chemin , pour la
conduire jufqu'au lieu où
elle doit fortir hors de terre.
Mais quand il pourroit
fe rencontrer de ces lieux
foûterrains
, je fuis perfuadé
1 iij
102 MERCURE
qu'ils auroient ſeulement
une pente neceffaire pour
laiffer couler l'eau entre les
terres fur un fond de tufou
d'argille : mais pour s'imaginer
des tuyaux naturels
hauts & bas , c'est tout ce
que peut faire l'art dans l'étenduë
d'un petit jardin ;
encore y a t-il fouvent à refaire
à ces conduites .
Il me femble qu'on peut
faire encore une objection
confiderable à cette hypothefe.
Car fi ces grandes
fources élevées tirent leur
origine de quelques rivicGALANT.
103
rés , ces mêmes rivieres doivent
auffi tirer leurs eaux
d'autres fources encore plus
élevées; car celles des pluies
& des neiges fondues dans
les lieux dont le fond feroit
ferme , ne peuvent former
que quelques torrens qui
ne durent que peu de tems,
& qui ne peuvent pas fournir
à l'écoulement
continuel
de ces rivieres. Les
grands ramas d'eau , comme
des étangs qui font à la
tête des petites rivieres , ne
prouvent rien pour l'origi .
ne des rivieres ; car nous
I iiij
104 MERCURE
avons fait plufieurs experiences
, qui nous font connoître
qu'il fe diffipe beaucoup
plus d'eau de celle
qui cft exposée à l'air dans
un vaiffeau fort large , qu'il
n'y en peut tomber du ciel.
Il ne refte donc qu'un
feul moyen pour expliquer
comment ces fources abondantes
peuvent fe former
dans terre , encore s'y rencontre
- t- il quelques difficultez.
Il faut s'imaginer
qu'au travers de la terre il
paffe une grande quantité
de vapeurs , qui s'élevent
GALANT.
105
des eaux qui y font ordinairement
a la hauteur des
rivieres les plus proches ,
ou de la mer ; que ces vapeurs
paffent d'autant plus
facilement , qu'elles rencontrent
un terrein plus facile
à être penetré , comme
on le remarque en hyver à
l'ouverture de quelques caves
fort profondes . Les particules
de ces vapeurs peuvent
fe joindre enfemble ,
le froid de la fuperou
par
ficie
de la terre
, quand
elles
commencent
à s'en
approcher
, ou
quand
elles
106 MERCURE
rencontrent un terrein qui
eſt déja rempli d'eau à laquelle
elles fe joignent , ou
enfin fi elles trouvent quelque
matiere qui foit propre
à les fixer , comme nous
voyons que les fels étant expolez
à l'air retiennent les
particules d'eau qui y voltigent
C'eft alors que cette
eau qui s'augmente toû
jours , en rencontrant un
fond affez folide pour la
foûtenir , coule entre les
terres fur ce fond , jufqu'à
ce qu'elle s'échape ſur la
fuperficie de la terre où ce
GALANT. 107
fond fe termine, ou retombe
dans quelque lieu plus bas
en terre , s'il y a quelques
ouvertures à la ggllaaiiſſee ou au
tuf qui la foûtient. C'eſt
tout ce que je trouve de
plus vraisemblable dans ce
cas , encore faut il que
vapeurs ayent des conduits
particuliers pour paffer , par
ces
leſquels l'eau qu'elles forment
ne puiffe pas s'échaper.
J'ai voulu voir par experience
ce qu'on pouvoit
efperer de la maniere
de
condenfer les vapeurs de
108 MERCURE
l'eau lors qu'elles s'attacheroient
dans la terre contre
des pierres qui feroient
remplies de quelques iels ;
car c'étoit une pentée nouvelle
que j'avois eue pour
expliquer de quelle maniere
les eaux des vapeurs
qui font en terre pourroient
le ramaffer.
Je mis dans un des caveaux
du fond de la carriere
de l'Obfervatoire un
vaſe de verre , & j'attachai
fur le bord du vaſe un morceau
de linge que j'avois
trempé dans un peu d'eau ,
GALANT . 109
où j'avois fait diffoudre du
fel de tartre. Je choifis ce
fel , parce que je crus qu'il
étoit plus propre à fixer les
vapeurs que tout autre. Le
lieu paroît fort humide ,.
fur - tout en été. Quelque
temps aprés je trouvai au
fond du vafe une quantité
affez confiderable de liqueur
, qui n'étoit que l'eau
de la vapeur de l'air , laquelle
s'étoit attachée contre
le linge , & en ayant
été rempli , le furplus , qui
augmentoit toûjours , avoit
coulé au long des côtez du
110 MERCURE
vafe. J'aurois pouffé cette
experience plus loin , pour
voir fi fa liqueur auroit
continué de couler , & fi le
fel qui étoit dans le linge
auroit été entierement em.
porté par l'eau qui en couloit
, quoy qu'il puiffe arri
ver que des pierres qui auroient
des fels propres 3
fixer les vapeurs , auroient
pû conſerver toûjours leur
fel , & même s'en charger
de nouveau : mais on entra
dans le caveau en mon
abſence , on rompit le vaſe,
& mon experience fut interrompuë.
GALANT.
Je ne parle point de
quelques fontaines particulieres
& extraordinaires ,
qui fe trouvent , à ce qu'on
dit , fur le bord de la mer
& fur des rochers élevez ,
lefquelles ont un flux & un
reflux femblable à celui de
la mer , & qui ne laiſſent
pas d'être des eaux fort
douces. J'ai expliqué mecaniquement
de quelle maniere
cela fe pourroit faire ,
en ſuppoſant des reſervoirs
foûterrains un peu élevez
au deffus du niveau de la
mer , & que la cavité où
112 MERCURE
ces refervoirs font placez
ait communication par le
moyen de quelques canaux
avec la mer. Car il doit arriver
que lofque la mer
monte , elle comprime l'air
qui eſt dans cette cavité ,
lequel preffè l'eau du reſervoir
, & l'oblige de s'écha
per , & même de s'élever
par quelques fentes ou conduits
de ces rochers jufques
fur la fuperficie de la terre ,
où elle forme une fontaine
qui doit diminuer peu à peu
la mer fe re- à meſure que
tire , & que l'air comprimé
qui
GALANT. 113
qui la forçoit de monter fe
rétablit dans fon premier
état. Mais pour peu qu'on
fçache de mecanique , &
qu'on entende bien les
effets des corps liquides ,
on ne manquera pas de
moyens pour expliquer non
feulement les merveilles
qu'on voit dans la nature
fur cette mariere , mais
encore tout ce qu'on pourroit
imaginer.
1
C'eft affez parler de l'origine
des fontaines ; il me
faut maintenant expliquer
quelques remarques parti-
Mars
1714.
K
114 MERCURE
culieres que j'ai faites à
cette occafion fur l'utilité
qu'on peut retirer de l'eau
des pluies. L'avantage le
plus confiderable de l'eau
de la pluie , c'eft de la ra
maſſer dans des refervoirs
foûterrains qu'on appelle
citernes , où quand elle a été
purifiée en paffant au travers
du fable de riviere , elle
fe conferve plufieurs années
fans le corrompre. Cette
eau eft ordinairement la
meilleure de toutes celles
dont on peut ufer , foit ppour
l'employer dans plufieurs
"GALANT.
ufages , comme pour le
blanchiffage & pour les
teintures, en ce qu'elle n'eft
point mêlée d'aucun fel de
la terre , comme font preſque
toutes les eaux de fontaines,
& même celles qu'on
cftime les meilleures. Ces
cîternes font d'une trésgrande
utilité dans les lieux
où l'on n'a point d'eau de
fource , ou bien lorfque
toutes les eaux de puits font
mauvaiſes. Ce n'eſt pas ici
le lieu de parler de la conftruction
des cîternes , ni
du choix des materiaux
Kij
116 MERCURE
qu'on y doit employer ;
puis qu'il ne s'agit que d'avoir
un lieu qui tienne bien
l'eau , & que les pierres &
le mortier dont elles font
jointes , ne puiffent donner
aucune mauvaiſe qualité à
l'eau , qui y fejourne pendant
un temps confiderable.
Ceux qui ont des cîternes
, & qui font curieux
d'avoir de bonne eau , obfervent
foigneufement de
ne laiffer point entrer l'eau
des neiges fonduës dans la
cîterne , ni celles des pluies
GALANT.
117
d'orage. Pour ce qui eft de
celle des neiges fonduës ,
je crois qu'on a quelque
raifon de les exclure des
cîternes , non pas à cauſe
des fels qu'on s'imagine qui
font enfermez , & mêlez
avec les particules de la
neige: mais feulement parce
que ces neiges demeurent
ordinairement
C
plufieurs
jours , & quelquefois des
mois entiers fur les toits
des maiſons , où elles fe
corrompent par la fiente
des oifeaux & des animaux ,
& bien plus par le long
118 MERCURE
féjour qu'elles font fur les
tuiles qui font toûjours fort
fales . C'est pour cette raiſon
que lors qu'il commence à
pleuvoir , je voudrois que
la premiere eau qui vient
du toit , & qui doit entrer
dans la cîterne , fût rejettée
comme mauvaiſe , n'ayant
fervi qu'à laver les toits ,
qui font couverts de la pouffiere
qui s'éleve de bouës
défechées dans les ruës &
dans les grands chemins ,
& qu'on ne reçût ſeulement
dans la cîterne que celle
qui vient enfuite.
GALANT . 19
Il y a une autre remarque
fort confiderable pour les
eaux qu'on doit rejetter des
cîternes , & que le ſeul hazard
m'a fait connoître. Il
y a quelque temps que je
fus curieux de ramaffer de
F'eau de pluie qui tomboit
à
l'Obfervatoire , par le
moyen de la cuvette dont
je me fers pour meſurer la
quantité d'eau qui tombe
pendant l'année . Cette cu
vette eft de fer blanc bien
étamé , elle a quatre pieds
de fuperficie, & des rebords
de fix pouces de hauteur.
120 MERCURE
Il y a un trou & un petit
tuyau qui y eft foudé vers
l'un des angles par où l'eau
qui tombe dans la cuvette ,
qui eft un peu inclinée vers
cet angle , eft portée dans
un vaiffeau qui la reçoit ,
pour la meſurer enfuite , &
connoître par ce moyen la
quantité qui en eft tombée.
Je nettoyai & lavai la cuvette
& le vaiſſeau qui reçoit
l'eau , le plus proprement
qu'il me fut poffible ,
áu commencement d'une
pluie qui paroiffoit abondante,
& je ramaſſai enfuite
l'eau
GALANT. 121
l'eau dans des bouteilles de
verre bien nettes pour la
conferver. Mais comme je
voulus goûter de cette eau,
je fus furpris de ce qu'elle
avoit un fort mauvais goût,
& qu'elle fentoit la fumée :
ce qui me parut fort extraordinaire
; car j'en avois
fouvent goûté de celle qui
étoit ramaffée de la même
maniere , laquelle n'avoit
pas ce même goût. Je ne
voyois rien qui eût pû communiquer
cette odeur de
fumée à l'eau de pluie ; car
le lieu où je la ramaffe ef
Mars
1714
L
122 MERCURE
fort à découvert & élevé,
fort
& il n'y a point de fumée
qui n'en foit fort éloignée.
Mais enfin je confiderai
que cette eau de pluie étoit
tombée avec un vent du
nord ; ce qui n'eſt pas
ordinaire ; car il pleut rarement
de ce vent ; & comme
toute la ville eft au nord
de l'Obfervatoire, la fumée
des cheminées s'étoit mêlée
avec l'eau qui tomboit , &
qui paffoit enfuite pardeffus
le lieu où je la ramaffois ,
& qu'enfin c'étoit la vraye
caufe de la mauvaiſe odeur
GALANT.
123
de l'eau ; car on ſçait par
plufieurs
experiences que
l'eau prend trés facilement
l'odeur de la fumée En effet
je m'en affurai quelque
temps aprés car ayant
encore ramaffé de l'eau de
pluie qui tomboit avec un
vent de midi ou de fudoüeft
, je n'y remarquai rien
de femblable pour le goût ;
car il n'y a que de grandes
campagnes qui s'étendent
vers le midi de l'Obferva
toire.
30 Je conclus de là qu'on
doit aufli rejetter des cîter-
Lij
124
MERCURE
nes toutes les eaux de pluie
qui font apportées par des
vents fur des lieux infectez
de quelque mauvaiſe
odeur , comme des égoûts ,
des voiries , & même des
grandes villes à cauſe de la
fumée , comme je viens de
remarquer ; car les exhalaifons
& les mauvaiſes vapeurs
qui fe mêlent avec
l'eau qui entre dans la cîterne
, doivent corrompre
celle qui y eft entrée dans
un autre temps.
$ Enfin puifquel'on ne peut
pas douter par toutes les ex
GALANT .
-125
periences & par toutes les
épreuves qu'on a faites, que
l'eau de la pluie qui a été purifiée
dans du fable de riviere
, pour lui ôter le limon &
une odeur de terre qu'elle a
en tombant du ciel , ne foit
la meilleure & la plus faine
de toutes celles dont on
puiffe ſe ſervir , j'ai penſé de
quelle maniere on pourroit
pratiquer dans toutes les
maifons des cîternes qui
fourniroient affez d'eau
pour l'ufage de ceux qui y
demeurent.
Premierement il eft cer-
Liij
126 MERCURE
tain qu'une maiſon ordinaire
, qui auroit en fuperficie
quarantes toiſes , lef
quelles feroient couvertes
de toits , peut ramaſſfer chaque
année 2160. pieds cubiques
d'eau , en prenant
feulement dix huit pouces
pour la hauteur de ce qu'il
en tombe , qui eft la moindre
hauteur que j'aye obfervé
. Mais ces 2160. pieds
cubiques valent 75600. pintes
d'eau , à raifon de 35.
pintes par pied , qui eſt la
jufte mefure pour la pinte
de Paris, Si l'on diviſe donc
GALANT. 127
ce nombre de pintes par
les 365. jours de l'année
on trouvera 200. pintes par
jour. On voit par là que
quand il y auroit dans une
maiſon , comme celle que
je fuppofe , vingt - cinq perfonnes
, elles auroient huit
pintes d'eau chacune à dépenſer
, qui eſt plus d'un
feau de ceux d'ordinaire ,
& ce qui eft plus que fuffifant
pour tous les uſages de
la vie.
Il ne me reste plus qu'à
donner un avis fur le lieu
& fur la maniere de con-
Liiij
128 MERCURE
,
a
ftruire ces fortes de cîternes
dans les maiſons particulieres.
On voit dans plufieurs
villes de Flandres ,
vers les bords de la mer
où toutes les eaux des puits
font falées & ameres
cauſe que le terrain n'eft.
qu'un fable leger au travers
duquel l'eau de la mer ne
f purifie pas , que l'on fait
des cîternes dans chaque
maiſon pour ſon uſage particulier.
Mais ces cîternes
font enterrées , & ne font
que des caveaux où l'on
croit que l'eau le conferve
GALANT. 129
mieux qu'à l'air. Il eſt vrai
que l'eau , & fur- tout celle
de pluie , ne fe conferve pas
à l'air à caule du limon dont
elle eft remplie , & qu'elle
ne depofe pas entierement
en paffant par le fable , &
qu'elle fe corrompt , & qu'il
s'y engendre une espece de
mouffe verte qui la couvre
entierement. C'est pourquoy
je voudrois qu'on pratiquât
dans chaque mailon
un petit lieu dont le plancher
feroit élevé au deffus
du rez de chauffée de fix
pieds environ ; que ce lieu
130 MERCURE
n'eût tout au plus que la
quarantieme ou cinquantieme
partie de la fuperficie
de la maiſon , & qui feroit
dans nôtre exemple d'une
toife à peu prés. Ce lieu
pourroit être élevé de huit
à dix pieds , & bien vouté
avec des murs fort épais.
Ce feroit dans ce lieu où je
placerois un refervoir de
plomb , qui recevroit toute
l'eau de pluie aprés
qu'elle auroit paffé au travers
du fable. Il ne faudroit
à ce lieu qu'une tréspetite
porte bien épaiffe &
GALANT. 131
bien garnie de natte de
paille , pour empêcher que
la gelée ne pût penetrer
jufqu'à l'eau. Par ce moyen
on pourroit diſtribuer facilement
de trés bonne eau
dans les cuifines & les lavoirs.
Cette eau étant bien
enfermée ne fe corromproit
pas plus que fi elle étoit fous
terre, & ne geleroit jamais.
Son peu d'élevation au def
fus du rez de chauffée ferviroit
affez à la commodité
de fa diftribution dans tous
les lieux bas du logis.Ce reſervoir
pourroit être placé
132
MERCURE
dans un endroit où il n'incommoderoit
par fon humidité
, qu'autant que ceux
d'eau de fontaine qui font
dans plufieurs maiſons.
J'ai examiné depuis peu
les differentes eaux de pluie
que j'avois ramaffées autrefois
, & que j'avois confervées
dans des bouteilles de
verre. J'ai trouvé qu'il y en
avoit quelques - unes qui
étoient d'un mauvais goût,
& je ne fçaurois affurer fi
ce font celles qui avoient
d'abord une odeur de fumée
quand je les ai miſes
GALANT. 133
dans la bouteille ; les autres
étoient affez bonnes & agreables
, elles n'avoient
plus le goût de terre , qu'ont
toutes les eaux de pluie , &
c'étoit peut être parce qu'-
elles avoient dépolé un
certain limon , qu'on voit
ordinairement au fond des
vaſes où l'on a laiſſé pendant
quelque temps des
caux de pluie.
Jajoûterais encore une
remarque que j'ai faite fur
les eaux de fontaine qui font
fur le côteau de la butte de
Montmartre vers le fepten134
MERCURE
trion. Ces eaux font fort
claires & affez bonnes pour
boire. Cependant fi l'on
fait cuire de la viande &
des herbes à potage avec
cette eau , le bouillon eſt
d'une grande amertume ;
ce qu'on ne peut pas attribuer
à la nature des herbes
du lieu , puifque fi l'on
fe fert d'eau de pluie pour
faire le bouillon , il eſt trésbon
& n'a aucune amertume.
fur l'origine des fontaines
; avec quelques particu
laritez fur la conftruction
des cîternes.
Tout ce qui regarde les
caux , tant pour les neceffitez
de la vie , que pour l'ornement
des Palais & des
Jardins , a toûjours été regardé
comme une des principales
connoiffances qui
fuffent neceffaires aux hommes.
On s'eft appliqué avec
grand foin à rendre de trés-
Mars 1714.
G
74
MERCURE
petites rivieres capables de
porter de grands bateaux ,
& de joindre par ce moyen
des mers fort eloignées l'une
de l'autre. On a conduit
des fontaines trés - abondantes
par de longs détours
& fur des aqueducs trés- élevez,
jufques dans des lieux,
où la nature avoit refufé
d'en donner. On a enfin inventé
un grand nombre de
machines propres à élever
T'eau , & la porter juſqu'au
haut des montagnes
, pour
la diftribuer enfuite fous
mille figures differentes ,
GALANT.
75
avec des mouvemens furnaturels
, & en donner un
fpectacle digne d'admiration.
inistrot as
C'en étoit affez pour le
commun des hommes :
mais la curiofité de ceux
qui recherchent
les fecrets
de la nature, n'étoit pas encore
fatisfaite , il faloit connoître
l'origine de ces fources
d'eau fi abondantes quon
rencontre par toute la
terre , & même fur des rochers
fort élevez ; & c'eſt
ce qui a donné tant d'exercice
aux Philofophes an-
Gij
76 MERCURE
cie ns & modernes.
Nous voyons deux principales
opinions fur l'origine
des fontaines , qui font fondées
chacune fur des experiences
dont il femble qu'on
ne puiffe pas douter ; car il
eft évident que plufieurs
fontaines ont pour principe
l'eau de la pluie & la fonte
des neiges fur les montagnes
: mais comment ces
pluies & ces neiges , qui
font trés-rares fur, des rochers
efcarpez & fort élevez
, & dans des pays fort
chauds , pourront- elles y ›
GALANT.
77
fournir des fontaines trésabondantes
&
permanentes
qu'on y voit en plufieurs
endroits ?
C'eft la plus forte objection
que faffent ceux qui ne
font du
fentiment que
pas
les pluies font les fontaines
, & ils admettent feulement
des cavitez foûterraines
en forme d'alembic ,
où les vapeurs des eaux qui
coulent dans la terre à la
hauteur de la mer , s'élevent
par les fentes des rochers
&fe condenfent par le froid
de la fuperficie de la terre.
Giij
78 MERCURE
M. N ** qui a fuivi l'opinion
des premiers qui
prennent le parti de la pluie,
a fait un examen trés particulier
de l'eau de pluie &
de neige qui tombe fur l'étendue
de la terre, qui fournit
fes eaux à la riviere de
Seine ; & il trouve par fon
calcul qu'il y en a beaucoup
plus qu'il ne feroit necelfaire
pour entretenir la riviere
dans fon état moyen
pendant tout le cours d'une
année.
En examinant le Traité
de l'origine des Fontaines de
1
79
GALANT.
M. Plot Anglois , qui a été
imprimé en 1685. j'y fis plufieurs
remarques , & j'entrepris
de reconnoître par
moy- même ce que les eaux
de pluie & de neige pouvoient
fournir aux fontaines
& aux rivieres . Je commençai
d'abord à rechercher
quelle étoit la quantité
d'eau de pluie qui tomboit
fur la terre pendant toute
une anné , & j'en ai donné
depuis des memoires à l'Academie
à la fin de chaque
année ; ce qui fait connoître
que la hauteur de l'eau
Giiij .
80 MERCURE
qui tombe à l'Obſervatoire
Royal , où j'ai fait mes obſervations
, feroit dans une
année moyenne de dix- neuf
à vingt pouces , à peu prés
comme M. N** l'avoit fuppofé
dans fon examen .
Mais comme je doutois
que ce fût fur cette quantité
d'eau qu'on dût compter
pour l'origine des fontaines,
je fis les experiences
fuivantes pour m'en affurer.
Je choifis un endroit de
la terraffe baffe de l'Obfervatoire
, & fis mettre dans
T
GALANT . 81
terre , à huit pieds de profondeur,
un baffin de plomb
de quatre pieds de fuperficie.
Ce baffin avoit des
bords de fix pouces de hauteur
, & étoit un peu incliné
vers l'un de fes angles , où
j'avois fait fouder un tuyau
de plomb de douze pieds.
de longueur, qui ayant auffi
une pente affez conſiderable
, entroit dans un caveau
par
fon extremité . Ce baf
fin étoit éloigné du mur de
la cave , afin qu'il fût environné
d'une plus grande
quantité de terre femblable
82 MERCURE
à celle qui étoit au deffus ,
& qu'elle ne pût pas fe lecher
par la proximité du
mur. Je mis dans le baffin
ou cuvette de plomb , à l'endroit
de l'ouverture qui répondoit
au tuyau , plufieurs
cailloux de differentes groffeurs
, afin que cette ouverture
ne pût pas fe boucher
quand la terre auroit été
remiſe pardeffus à la hauteur
du terrein , c'eſt à dire
de huit pieds de hauteur.
Ce terrein eft d'une nature
moyenne entre le fable &
la terre franche , en forte
GALANT.
83
que l'eau le peut penetrer
affez facilement , & la fuperficie
exterieure eſt de niveau.
Je penfois que fi les eaux
de pluie & de neige fonduë
penetrent la terre juſqu'à
ce qu'elles rencontrent un
cufou une terre argilleuſe ,
qui ne la laiffe point paffer ,
comme difent ceux qui fuivent
la premiere opinion
de l'origine des fontaines ,
il devoit arriver la même
chofe à la cuvette de plomb
que j'avois enterrée , & qu'
enfin je devois avoir une
84 MERCURE
eſpece de fource d'eau , qui
devoit couler par le tuyau
qui répondoit dans le caveau.
Mais comme je n'étois
pas perſuadé que cela pût
arriver , je mis encore dans
le même temps une autre
machine en experience à
huit pouces feulement de
profondeur en terre. C'étoit
une cuvette qui avoit
foixante quatre pouces en
fuperficie , & des rebords
de huit pouces de hauteur.
J'avois choifi un lieu où le
foleil ni le vent ne donGALANT.
85
noient point , & j'avois eu
grand foin d'ôter toutes les
herbes qui croiffoient fur
la terre au deffus de cette
cuvette, afin que toute l'eau
qui tomberoit fur la terre
pût paffer fans empêchement
jufqu'au fond de la
cuvette , où il y avoit un
petit trou & un tuyau qui
portoit dans un vaiffeau
toute l'eau qui pouvoit penetrer
la terre. Cette cuvette
n'étoit pas expoſée à
l'air : mais elle étoit enterrée
dans une trés - grande
quaiffe remplie par les cô86
MERCURE
tez & par deffous de la même
terre qui étoit au dedans
, afin que la terre de
la cuvette ne pût pas fe défecher
par l'air.
Je remarquai premierement
dans certe petite cuvette
, que depuis le 12. Juin
juſqu'au 19. Février fuivant
l'eau n'avoit point coulé par
le tuyau au deffous de la
-cuvette , & qu'elle y coula
feulement alors , à cauſe
d'une grande quantité de
neige qui étoit fur la terre
& qui fe fondoit. Depuis ce
temps - là la terre de certe
GALANT. 87
cuvette étoit toûjours fort.
humide : mais l'eau ne couloit
point que quelques
-heures aprés qu'il avoit plû,
& elle ceffoit de couler
quand ce qui étoit tombé
étoit épuilé ; car il en reftoit
toûjours dans la terre
une certaine quantité , qui
ne palloit point à moins
qu'il n'y en cût de nouvelle
au deffus de la terre.
<
Un an aprés je refis la
même experience dans la
petite cuvette : mais je la
mis à feize pouces avant
dans terre , qui étoit une
88 MERCURE
锣
fois plus qu'elle n'étoit d'abord.
Il n'y avoit point
d'herbes fur la terre , & elle
étoit encore à l'abri du foleil
& du vent. Il arriva à
peu prés la même chose que
dans la precedente , excepté
feulement que lors
qu'il fe paffoit un temps
confiderable fans pleuvoir ,
la terre fe défechoit unpeu,
& une mediocre pluie qui
furvenoit enfuite , n'étoit
pas capable de l'humecter
fuffifamment avec ce qui
y reftoit pour la faire couler.
Enfin
GALANT. 89
il
:
Enfin je planta quel
ques herbes fur la terre au
deffus de la cuvette mais
quand les plantes furent un
peu fortes , non feulement
ne couloit point d'eau àprés
la pluie ; mais toute
celle qui tomboit n'étoit
pas fuffifante toute feule
pour les nourrir , & elles fe
fanoient & fechoient , à
moins qu'on ne les arrosât
de temps en temps.
Il me vint alors en penfée
de meſurer la diffipation
ou évaporation de l'eau au
travers des feuilles des plan-
Mars 1714.
H
90 MERCURE
tes , quand elles font expo- .
fées au foleil & au vent. Le
30. Juin , à cinq heures du
matin , je mis dans une
phiole de verre , dont l'ouverture
étoit petite , une livre
d'eau pefée fort exactement
avec la phiole , & je
cueillis deux feuilles de figuier
de mediocre grandeur
, lefquelles pefoient
enfemble 5. gros 48. grains,
& j'en fis tremper le bout
des queues dans l'eau de la
phiole. Ces feuilles étoient
trés fraîches & fermes
quand je les cueillis . EnGALANT.
St
fuite j'expofai la phiole &
les feuilles au ſoleil , qui
étoit clair & chaud , & en
un lieu où il faifoit un peu
de vent , & je bouchai exactement
avec du papier le
refte du col de la phiole ,
qui n'étoit pas occupé par
les queues des feuilles , afin
que l'eau de la phiole ne
pût pas s'évaporer par cette
ouverture .
A onze heures du matin
je pefai le tout enſemble ,
& je trouvai qu'il y avoit
une diminution de poids de
deux gros , que l'air & le
Hij
92 MERCURE
foleil avoient tiré d'eau de
cette feuille , laquelle ne
peut être reparée quand la
feuille eft attachée à l'arbre
, que par l'humidité de
la terre qui paffe par les racines.
Je fis auffi pluſieurs autres
experiences fur des
plantes , & je trouvai toûjours
une trés - grande difſipation
d'humidité ; & aprés
avoir mefuré la fuperficie
des feuilles , & avoir confideré
ce qui en couvre ordinairement
la terre , j'ai jugé
que l'eau de la pluie
GALANT .
93
fur. tout en été , quoy qu'
elle foit alors trés- abondante
, n'eft pas capable de
les entretenir fans un fecours
tiré d'ailleurs . Il eſt
vrai que l'air de la nuit fournit
aux grands arbres , &
même aux plantes , une
grande quantité d'humidité
qu'on voit preſque toûjours
fur les feuilles vers le
lever du foleil , laquelle paffant
juſques dans les racines
, peut entretenir ces
plantes une partie du jour :
mais cette humidité toute
ſeule ne pourroit pas ſuf.
94
MERCURE
fire pour leur nourriture ,
fi elles n'en tiroient de la
terre même & des pluies
qui y entrent , comme je
l'ai remarqué dans mes experiences
que je viens de
rapporter.
Toutes ces experiences
m'ont fait connoître que
l'eau des pluies qui tombent
fur la terre , où il où il y a toûjours
quelques herbes &
des arbres , ne peut pas la
penetrer jufqu'à deux pieds,
à moins qu'elle n'ait été ramaffée
dans des lieux fablonneux
& pierreux , qui
*
.
GALANT .
95
A
la laiffent paffer facilement:
mais ce ne peut être que
des cas particuliers , dont
on ne peut tirer de confequence
generale. On en
peut voir un exemple au
rocher de la fainte Baume
en Provence , où la pluie qui
tombe fur ce rocher , qui
eft tout fendu & crevaffé ,
& où il n'y a point d'herbes
, penetre dans la grotte
en trés- peu d'heures à foi
xante- fept toiles au deffous
de la fuperficie du rocher ,
& y forme une trés - belle
cîterne, qui feroit enfin une
a
96 MERCURE
fontaine quand la cîterne
feroit remplie ; & lors qu'il
fe rencontre fur de femblables
rochers & dans
ces fonds confiderables de
grandes quantitez de neiges
qui fe fondent en été
à la feule chaleur du foleil ,
on remarque de grands
écoulemens de l'eau de
fontaine pendant quelques
heures d'un même jour , &
même à pluſieurs repriſes ,
fi le foleil ne donne fur ces
neiges qu'à quelques heures
differentes de la jour
née , le refte du temps ces
neiges
GALANT. 97
neiges étant à l'ombre des
pointes des rochers , & ne
pouvant
pas fe fondre facilement.
C'eft fans doute la
raiion de ce qu'on a rapporté
, qu'il y avoit des fontaines
au milieu des terres
qui avoient un flux & reflux
comme la mer.
Ces experiences m'ont
perfuadé que je ne devois
point attendre que les eaux
de la pluie & des neiges
paffaffent au travers des
huit pieds de terre qui étoient
au deffus de la cuvette
de plomb que j'avois
Mars
1714.
I
98 MERCURE
enterrée fur une terraffe ;
auffi il n'eft pas coulé une
feule goutte d'eau par le
tuyau depuis quinze années.
On voit donc par là qu'il
ne peut y avoir que tréspeu
de fontaines qui tirent
leur origine des pluies &
des neiges , & il faut neceffairement
avoir recours
d'autres cauſes pour expli.
quer comment il fe peut
rencontrer des fources trésabondantes
dans des lieux
élevez , & à très- peu de pro.
fondeur dans terre , com
HEQUE
ME
LA
THÈQUE
DE
OPON
;
GALANT.
me eft celle de Rungis res
de Paris , qu'on ne peut
tribuer à ces grottes ou
alembics foûterrains , qui
fervent à faire diftiler l'eau
des vapeurs condenfées
car il n'y a point de rochers
dans les
environs
, comme
je l'ai reconnu par plufieurs
puits que j'y ai fait faire ,
& le terrain eft ſeulement
un peu élevé , où l'on a fait
quelques puits , dont l'eau
eft fort proche de la furface
de la terre , & plus éle
vée que l'endroit où l'on a
ramaffé les eaux. Cette four.
I ij.
100 MERCURE
ce fournit cinquante pouces
d'eau environ , qui coule
toûjours & qui fouffre peu
de changement , & tout
l'efpace de terre d'où elle
peut venir n'elt pas
affez
grand pour fournir l'eau
de cette fource en ramaffant
celle de la pluye, quand
il ne s'en diffiperoit point ;
& de plus il eft toûjours cultivé
& couvert d'herbes &
de blé . Il y a quelques vallons
affez proche de ce lieu,
où il faut creuſer fort bas
pour trouver l'eau.
On a crû pouvoir expli
GALANT. ΙΘΙ
quer ces fortes de fources
par des tuyaux & des canaux
naturels , qui conduifent
l'eau de quelque
petite
riviere élevée , & qui
paffant par des lieux hauts
& bas , & même au deſſous
de quelques rivieres qui les
traverſent , font fi bien foudez
& bouchez
, qu'ils ne
laiffent point échaper cette
cau en chemin , pour la
conduire jufqu'au lieu où
elle doit fortir hors de terre.
Mais quand il pourroit
fe rencontrer de ces lieux
foûterrains
, je fuis perfuadé
1 iij
102 MERCURE
qu'ils auroient ſeulement
une pente neceffaire pour
laiffer couler l'eau entre les
terres fur un fond de tufou
d'argille : mais pour s'imaginer
des tuyaux naturels
hauts & bas , c'est tout ce
que peut faire l'art dans l'étenduë
d'un petit jardin ;
encore y a t-il fouvent à refaire
à ces conduites .
Il me femble qu'on peut
faire encore une objection
confiderable à cette hypothefe.
Car fi ces grandes
fources élevées tirent leur
origine de quelques rivicGALANT.
103
rés , ces mêmes rivieres doivent
auffi tirer leurs eaux
d'autres fources encore plus
élevées; car celles des pluies
& des neiges fondues dans
les lieux dont le fond feroit
ferme , ne peuvent former
que quelques torrens qui
ne durent que peu de tems,
& qui ne peuvent pas fournir
à l'écoulement
continuel
de ces rivieres. Les
grands ramas d'eau , comme
des étangs qui font à la
tête des petites rivieres , ne
prouvent rien pour l'origi .
ne des rivieres ; car nous
I iiij
104 MERCURE
avons fait plufieurs experiences
, qui nous font connoître
qu'il fe diffipe beaucoup
plus d'eau de celle
qui cft exposée à l'air dans
un vaiffeau fort large , qu'il
n'y en peut tomber du ciel.
Il ne refte donc qu'un
feul moyen pour expliquer
comment ces fources abondantes
peuvent fe former
dans terre , encore s'y rencontre
- t- il quelques difficultez.
Il faut s'imaginer
qu'au travers de la terre il
paffe une grande quantité
de vapeurs , qui s'élevent
GALANT.
105
des eaux qui y font ordinairement
a la hauteur des
rivieres les plus proches ,
ou de la mer ; que ces vapeurs
paffent d'autant plus
facilement , qu'elles rencontrent
un terrein plus facile
à être penetré , comme
on le remarque en hyver à
l'ouverture de quelques caves
fort profondes . Les particules
de ces vapeurs peuvent
fe joindre enfemble ,
le froid de la fuperou
par
ficie
de la terre
, quand
elles
commencent
à s'en
approcher
, ou
quand
elles
106 MERCURE
rencontrent un terrein qui
eſt déja rempli d'eau à laquelle
elles fe joignent , ou
enfin fi elles trouvent quelque
matiere qui foit propre
à les fixer , comme nous
voyons que les fels étant expolez
à l'air retiennent les
particules d'eau qui y voltigent
C'eft alors que cette
eau qui s'augmente toû
jours , en rencontrant un
fond affez folide pour la
foûtenir , coule entre les
terres fur ce fond , jufqu'à
ce qu'elle s'échape ſur la
fuperficie de la terre où ce
GALANT. 107
fond fe termine, ou retombe
dans quelque lieu plus bas
en terre , s'il y a quelques
ouvertures à la ggllaaiiſſee ou au
tuf qui la foûtient. C'eſt
tout ce que je trouve de
plus vraisemblable dans ce
cas , encore faut il que
vapeurs ayent des conduits
particuliers pour paffer , par
ces
leſquels l'eau qu'elles forment
ne puiffe pas s'échaper.
J'ai voulu voir par experience
ce qu'on pouvoit
efperer de la maniere
de
condenfer les vapeurs de
108 MERCURE
l'eau lors qu'elles s'attacheroient
dans la terre contre
des pierres qui feroient
remplies de quelques iels ;
car c'étoit une pentée nouvelle
que j'avois eue pour
expliquer de quelle maniere
les eaux des vapeurs
qui font en terre pourroient
le ramaffer.
Je mis dans un des caveaux
du fond de la carriere
de l'Obfervatoire un
vaſe de verre , & j'attachai
fur le bord du vaſe un morceau
de linge que j'avois
trempé dans un peu d'eau ,
GALANT . 109
où j'avois fait diffoudre du
fel de tartre. Je choifis ce
fel , parce que je crus qu'il
étoit plus propre à fixer les
vapeurs que tout autre. Le
lieu paroît fort humide ,.
fur - tout en été. Quelque
temps aprés je trouvai au
fond du vafe une quantité
affez confiderable de liqueur
, qui n'étoit que l'eau
de la vapeur de l'air , laquelle
s'étoit attachée contre
le linge , & en ayant
été rempli , le furplus , qui
augmentoit toûjours , avoit
coulé au long des côtez du
110 MERCURE
vafe. J'aurois pouffé cette
experience plus loin , pour
voir fi fa liqueur auroit
continué de couler , & fi le
fel qui étoit dans le linge
auroit été entierement em.
porté par l'eau qui en couloit
, quoy qu'il puiffe arri
ver que des pierres qui auroient
des fels propres 3
fixer les vapeurs , auroient
pû conſerver toûjours leur
fel , & même s'en charger
de nouveau : mais on entra
dans le caveau en mon
abſence , on rompit le vaſe,
& mon experience fut interrompuë.
GALANT.
Je ne parle point de
quelques fontaines particulieres
& extraordinaires ,
qui fe trouvent , à ce qu'on
dit , fur le bord de la mer
& fur des rochers élevez ,
lefquelles ont un flux & un
reflux femblable à celui de
la mer , & qui ne laiſſent
pas d'être des eaux fort
douces. J'ai expliqué mecaniquement
de quelle maniere
cela fe pourroit faire ,
en ſuppoſant des reſervoirs
foûterrains un peu élevez
au deffus du niveau de la
mer , & que la cavité où
112 MERCURE
ces refervoirs font placez
ait communication par le
moyen de quelques canaux
avec la mer. Car il doit arriver
que lofque la mer
monte , elle comprime l'air
qui eſt dans cette cavité ,
lequel preffè l'eau du reſervoir
, & l'oblige de s'écha
per , & même de s'élever
par quelques fentes ou conduits
de ces rochers jufques
fur la fuperficie de la terre ,
où elle forme une fontaine
qui doit diminuer peu à peu
la mer fe re- à meſure que
tire , & que l'air comprimé
qui
GALANT. 113
qui la forçoit de monter fe
rétablit dans fon premier
état. Mais pour peu qu'on
fçache de mecanique , &
qu'on entende bien les
effets des corps liquides ,
on ne manquera pas de
moyens pour expliquer non
feulement les merveilles
qu'on voit dans la nature
fur cette mariere , mais
encore tout ce qu'on pourroit
imaginer.
1
C'eft affez parler de l'origine
des fontaines ; il me
faut maintenant expliquer
quelques remarques parti-
Mars
1714.
K
114 MERCURE
culieres que j'ai faites à
cette occafion fur l'utilité
qu'on peut retirer de l'eau
des pluies. L'avantage le
plus confiderable de l'eau
de la pluie , c'eft de la ra
maſſer dans des refervoirs
foûterrains qu'on appelle
citernes , où quand elle a été
purifiée en paffant au travers
du fable de riviere , elle
fe conferve plufieurs années
fans le corrompre. Cette
eau eft ordinairement la
meilleure de toutes celles
dont on peut ufer , foit ppour
l'employer dans plufieurs
"GALANT.
ufages , comme pour le
blanchiffage & pour les
teintures, en ce qu'elle n'eft
point mêlée d'aucun fel de
la terre , comme font preſque
toutes les eaux de fontaines,
& même celles qu'on
cftime les meilleures. Ces
cîternes font d'une trésgrande
utilité dans les lieux
où l'on n'a point d'eau de
fource , ou bien lorfque
toutes les eaux de puits font
mauvaiſes. Ce n'eſt pas ici
le lieu de parler de la conftruction
des cîternes , ni
du choix des materiaux
Kij
116 MERCURE
qu'on y doit employer ;
puis qu'il ne s'agit que d'avoir
un lieu qui tienne bien
l'eau , & que les pierres &
le mortier dont elles font
jointes , ne puiffent donner
aucune mauvaiſe qualité à
l'eau , qui y fejourne pendant
un temps confiderable.
Ceux qui ont des cîternes
, & qui font curieux
d'avoir de bonne eau , obfervent
foigneufement de
ne laiffer point entrer l'eau
des neiges fonduës dans la
cîterne , ni celles des pluies
GALANT.
117
d'orage. Pour ce qui eft de
celle des neiges fonduës ,
je crois qu'on a quelque
raifon de les exclure des
cîternes , non pas à cauſe
des fels qu'on s'imagine qui
font enfermez , & mêlez
avec les particules de la
neige: mais feulement parce
que ces neiges demeurent
ordinairement
C
plufieurs
jours , & quelquefois des
mois entiers fur les toits
des maiſons , où elles fe
corrompent par la fiente
des oifeaux & des animaux ,
& bien plus par le long
118 MERCURE
féjour qu'elles font fur les
tuiles qui font toûjours fort
fales . C'est pour cette raiſon
que lors qu'il commence à
pleuvoir , je voudrois que
la premiere eau qui vient
du toit , & qui doit entrer
dans la cîterne , fût rejettée
comme mauvaiſe , n'ayant
fervi qu'à laver les toits ,
qui font couverts de la pouffiere
qui s'éleve de bouës
défechées dans les ruës &
dans les grands chemins ,
& qu'on ne reçût ſeulement
dans la cîterne que celle
qui vient enfuite.
GALANT . 19
Il y a une autre remarque
fort confiderable pour les
eaux qu'on doit rejetter des
cîternes , & que le ſeul hazard
m'a fait connoître. Il
y a quelque temps que je
fus curieux de ramaffer de
F'eau de pluie qui tomboit
à
l'Obfervatoire , par le
moyen de la cuvette dont
je me fers pour meſurer la
quantité d'eau qui tombe
pendant l'année . Cette cu
vette eft de fer blanc bien
étamé , elle a quatre pieds
de fuperficie, & des rebords
de fix pouces de hauteur.
120 MERCURE
Il y a un trou & un petit
tuyau qui y eft foudé vers
l'un des angles par où l'eau
qui tombe dans la cuvette ,
qui eft un peu inclinée vers
cet angle , eft portée dans
un vaiffeau qui la reçoit ,
pour la meſurer enfuite , &
connoître par ce moyen la
quantité qui en eft tombée.
Je nettoyai & lavai la cuvette
& le vaiſſeau qui reçoit
l'eau , le plus proprement
qu'il me fut poffible ,
áu commencement d'une
pluie qui paroiffoit abondante,
& je ramaſſai enfuite
l'eau
GALANT. 121
l'eau dans des bouteilles de
verre bien nettes pour la
conferver. Mais comme je
voulus goûter de cette eau,
je fus furpris de ce qu'elle
avoit un fort mauvais goût,
& qu'elle fentoit la fumée :
ce qui me parut fort extraordinaire
; car j'en avois
fouvent goûté de celle qui
étoit ramaffée de la même
maniere , laquelle n'avoit
pas ce même goût. Je ne
voyois rien qui eût pû communiquer
cette odeur de
fumée à l'eau de pluie ; car
le lieu où je la ramaffe ef
Mars
1714
L
122 MERCURE
fort à découvert & élevé,
fort
& il n'y a point de fumée
qui n'en foit fort éloignée.
Mais enfin je confiderai
que cette eau de pluie étoit
tombée avec un vent du
nord ; ce qui n'eſt pas
ordinaire ; car il pleut rarement
de ce vent ; & comme
toute la ville eft au nord
de l'Obfervatoire, la fumée
des cheminées s'étoit mêlée
avec l'eau qui tomboit , &
qui paffoit enfuite pardeffus
le lieu où je la ramaffois ,
& qu'enfin c'étoit la vraye
caufe de la mauvaiſe odeur
GALANT.
123
de l'eau ; car on ſçait par
plufieurs
experiences que
l'eau prend trés facilement
l'odeur de la fumée En effet
je m'en affurai quelque
temps aprés car ayant
encore ramaffé de l'eau de
pluie qui tomboit avec un
vent de midi ou de fudoüeft
, je n'y remarquai rien
de femblable pour le goût ;
car il n'y a que de grandes
campagnes qui s'étendent
vers le midi de l'Obferva
toire.
30 Je conclus de là qu'on
doit aufli rejetter des cîter-
Lij
124
MERCURE
nes toutes les eaux de pluie
qui font apportées par des
vents fur des lieux infectez
de quelque mauvaiſe
odeur , comme des égoûts ,
des voiries , & même des
grandes villes à cauſe de la
fumée , comme je viens de
remarquer ; car les exhalaifons
& les mauvaiſes vapeurs
qui fe mêlent avec
l'eau qui entre dans la cîterne
, doivent corrompre
celle qui y eft entrée dans
un autre temps.
$ Enfin puifquel'on ne peut
pas douter par toutes les ex
GALANT .
-125
periences & par toutes les
épreuves qu'on a faites, que
l'eau de la pluie qui a été purifiée
dans du fable de riviere
, pour lui ôter le limon &
une odeur de terre qu'elle a
en tombant du ciel , ne foit
la meilleure & la plus faine
de toutes celles dont on
puiffe ſe ſervir , j'ai penſé de
quelle maniere on pourroit
pratiquer dans toutes les
maifons des cîternes qui
fourniroient affez d'eau
pour l'ufage de ceux qui y
demeurent.
Premierement il eft cer-
Liij
126 MERCURE
tain qu'une maiſon ordinaire
, qui auroit en fuperficie
quarantes toiſes , lef
quelles feroient couvertes
de toits , peut ramaſſfer chaque
année 2160. pieds cubiques
d'eau , en prenant
feulement dix huit pouces
pour la hauteur de ce qu'il
en tombe , qui eft la moindre
hauteur que j'aye obfervé
. Mais ces 2160. pieds
cubiques valent 75600. pintes
d'eau , à raifon de 35.
pintes par pied , qui eſt la
jufte mefure pour la pinte
de Paris, Si l'on diviſe donc
GALANT. 127
ce nombre de pintes par
les 365. jours de l'année
on trouvera 200. pintes par
jour. On voit par là que
quand il y auroit dans une
maiſon , comme celle que
je fuppofe , vingt - cinq perfonnes
, elles auroient huit
pintes d'eau chacune à dépenſer
, qui eſt plus d'un
feau de ceux d'ordinaire ,
& ce qui eft plus que fuffifant
pour tous les uſages de
la vie.
Il ne me reste plus qu'à
donner un avis fur le lieu
& fur la maniere de con-
Liiij
128 MERCURE
,
a
ftruire ces fortes de cîternes
dans les maiſons particulieres.
On voit dans plufieurs
villes de Flandres ,
vers les bords de la mer
où toutes les eaux des puits
font falées & ameres
cauſe que le terrain n'eft.
qu'un fable leger au travers
duquel l'eau de la mer ne
f purifie pas , que l'on fait
des cîternes dans chaque
maiſon pour ſon uſage particulier.
Mais ces cîternes
font enterrées , & ne font
que des caveaux où l'on
croit que l'eau le conferve
GALANT. 129
mieux qu'à l'air. Il eſt vrai
que l'eau , & fur- tout celle
de pluie , ne fe conferve pas
à l'air à caule du limon dont
elle eft remplie , & qu'elle
ne depofe pas entierement
en paffant par le fable , &
qu'elle fe corrompt , & qu'il
s'y engendre une espece de
mouffe verte qui la couvre
entierement. C'est pourquoy
je voudrois qu'on pratiquât
dans chaque mailon
un petit lieu dont le plancher
feroit élevé au deffus
du rez de chauffée de fix
pieds environ ; que ce lieu
130 MERCURE
n'eût tout au plus que la
quarantieme ou cinquantieme
partie de la fuperficie
de la maiſon , & qui feroit
dans nôtre exemple d'une
toife à peu prés. Ce lieu
pourroit être élevé de huit
à dix pieds , & bien vouté
avec des murs fort épais.
Ce feroit dans ce lieu où je
placerois un refervoir de
plomb , qui recevroit toute
l'eau de pluie aprés
qu'elle auroit paffé au travers
du fable. Il ne faudroit
à ce lieu qu'une tréspetite
porte bien épaiffe &
GALANT. 131
bien garnie de natte de
paille , pour empêcher que
la gelée ne pût penetrer
jufqu'à l'eau. Par ce moyen
on pourroit diſtribuer facilement
de trés bonne eau
dans les cuifines & les lavoirs.
Cette eau étant bien
enfermée ne fe corromproit
pas plus que fi elle étoit fous
terre, & ne geleroit jamais.
Son peu d'élevation au def
fus du rez de chauffée ferviroit
affez à la commodité
de fa diftribution dans tous
les lieux bas du logis.Ce reſervoir
pourroit être placé
132
MERCURE
dans un endroit où il n'incommoderoit
par fon humidité
, qu'autant que ceux
d'eau de fontaine qui font
dans plufieurs maiſons.
J'ai examiné depuis peu
les differentes eaux de pluie
que j'avois ramaffées autrefois
, & que j'avois confervées
dans des bouteilles de
verre. J'ai trouvé qu'il y en
avoit quelques - unes qui
étoient d'un mauvais goût,
& je ne fçaurois affurer fi
ce font celles qui avoient
d'abord une odeur de fumée
quand je les ai miſes
GALANT. 133
dans la bouteille ; les autres
étoient affez bonnes & agreables
, elles n'avoient
plus le goût de terre , qu'ont
toutes les eaux de pluie , &
c'étoit peut être parce qu'-
elles avoient dépolé un
certain limon , qu'on voit
ordinairement au fond des
vaſes où l'on a laiſſé pendant
quelque temps des
caux de pluie.
Jajoûterais encore une
remarque que j'ai faite fur
les eaux de fontaine qui font
fur le côteau de la butte de
Montmartre vers le fepten134
MERCURE
trion. Ces eaux font fort
claires & affez bonnes pour
boire. Cependant fi l'on
fait cuire de la viande &
des herbes à potage avec
cette eau , le bouillon eſt
d'une grande amertume ;
ce qu'on ne peut pas attribuer
à la nature des herbes
du lieu , puifque fi l'on
fe fert d'eau de pluie pour
faire le bouillon , il eſt trésbon
& n'a aucune amertume.
Fermer
Résumé : Remarques sur l'eau de la pluie, & sur l'origine des fontaines ; avec quelques particularitez sur la construction des cîternes.
Le texte explore l'importance historique de la gestion de l'eau, tant pour les besoins quotidiens que pour l'ornementation des palais et jardins. Les hommes ont toujours cherché à rendre les rivières navigables et à construire des aqueducs pour transporter l'eau sur de longues distances. Ils ont également inventé des machines pour élever et distribuer l'eau de manière spectaculaire. Deux principales théories expliquent l'origine des fontaines. La première attribue les fontaines à l'eau de pluie et à la fonte des neiges, tandis que la seconde propose des cavités souterraines où les vapeurs des eaux se condensent. M. N** a calculé que l'eau de pluie et de neige fournit suffisamment d'eau pour entretenir les rivières comme la Seine. L'auteur a mené des expériences pour vérifier ces théories. Il a enterré des cuvettes de plomb à différentes profondeurs pour observer la pénétration de l'eau de pluie. Les résultats ont montré que l'eau ne pénètre pas profondément dans la terre, sauf dans des terrains sableux et pierreux. Les expériences ont également révélé que les plantes absorbent une grande quantité d'humidité, ce qui limite la pénétration de l'eau dans le sol. L'auteur conclut que peu de fontaines tirent leur origine des pluies et des neiges. Le texte traite également de l'origine des sources et de l'utilisation de l'eau de pluie. Il propose une explication des sources par des tuyaux et canaux naturels conduisant l'eau de rivières élevées, mais cette hypothèse est contestée. L'auteur suggère que les sources proviennent de vapeurs s'élevant des eaux des rivières ou de la mer, se condensant et s'écoulant à travers des terrains perméables. Il relate une expérience où il a recueilli de l'eau de vapeur dans un vase pour démontrer la formation des sources. L'auteur aborde l'utilité des citernes pour collecter et conserver l'eau de pluie, soulignant que cette eau est souvent de meilleure qualité que celle des fontaines ou des puits. Il recommande de ne pas collecter l'eau des neiges fondues ou des pluies d'orage, ainsi que celle apportée par des vents passant au-dessus de lieux infectés par des mauvaises odeurs. Il calcule la quantité d'eau de pluie que peut collecter une maison ordinaire et conclut que cela suffit amplement pour les besoins quotidiens des habitants. Enfin, le texte mentionne la construction de citernes dans les maisons particulières, notamment dans les villes de Flandres où les eaux des puits sont salées et amères en raison de la proximité de la mer. L'auteur propose un réservoir élevé au-dessus du rez-de-chaussée, couvert et bien isolé pour éviter la contamination et le gel. Ce réservoir recueillerait l'eau de pluie filtrée à travers un sable léger, permettant une distribution facile dans les cuisines et lavoirs sans risque de corruption ou de gel.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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207
p. 129-132
ENIGME.
Début :
Voici deux soeurs des plus aimables, [...]
Mots clefs :
Rose et le lis
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Voici deux foeurs des
plus aimables ,
Dont l'une eft Reine ,
Z l'autre Roys
Leurs appasfont divins ,
fi l'on en croit les
し
130 MERCURE
fables ,
Et fans eux , ou fans
leurs femblables
,
Vousquipouvez de bonne
foy
A mille coeurs donner la
loy ,
Jeunes beautez ( que de
deuil de larmes ! )
Vous n'auriez pas la
moitié de vos charmes
.
:
En faveur de leurs
grands attraits
GALANT . 131
On les aime par toute
terre ,
L'une furtout en France,
5 l'autre en Angleterre
,
Et ces Etats en ontgrand
nombre de
portraits
Des plus riches des
mieux faits.
Le Roy fe foûtient de
lui- même ,
Il eft grand , droit
vigoureux i
La Reine eft foible &
132 MERCURE
tendre , merite
qu'on l'aimes
Auffi fon air eft amoureux
:
Mais la belle a des gardes
Arme de bonnes hallebardes
,
Pour la défendre , ou la
vanger
De l'étourdi qui la veut
outrager.
Voici deux foeurs des
plus aimables ,
Dont l'une eft Reine ,
Z l'autre Roys
Leurs appasfont divins ,
fi l'on en croit les
し
130 MERCURE
fables ,
Et fans eux , ou fans
leurs femblables
,
Vousquipouvez de bonne
foy
A mille coeurs donner la
loy ,
Jeunes beautez ( que de
deuil de larmes ! )
Vous n'auriez pas la
moitié de vos charmes
.
:
En faveur de leurs
grands attraits
GALANT . 131
On les aime par toute
terre ,
L'une furtout en France,
5 l'autre en Angleterre
,
Et ces Etats en ontgrand
nombre de
portraits
Des plus riches des
mieux faits.
Le Roy fe foûtient de
lui- même ,
Il eft grand , droit
vigoureux i
La Reine eft foible &
132 MERCURE
tendre , merite
qu'on l'aimes
Auffi fon air eft amoureux
:
Mais la belle a des gardes
Arme de bonnes hallebardes
,
Pour la défendre , ou la
vanger
De l'étourdi qui la veut
outrager.
Fermer
208
p. 248-266
L'Academie Royalle des Sciences fit à l'ordinaire l'ouverture de ses exercices aprés Pasques, par une Assemblée publique qui se tinst le Mercredy 11. Avril.
Début :
Le premier qui parla fut Mr le Chevalier de Louville [...]
Mots clefs :
Académie des sciences, Gomme-laque, Geoffroy, Écarlate, Teinture, Petits corps, Cire, Animaux, Cochenille, Insectes
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texteReconnaissance textuelle : L'Academie Royalle des Sciences fit à l'ordinaire l'ouverture de ses exercices aprés Pasques, par une Assemblée publique qui se tinst le Mercredy 11. Avril.
L'Academie Royalle des Sciences
fit à l'ordinaire l'ouverture
de fes exercices aprés
Pafques , par une Affemblée
publique qui ſe tinſt
le Mercredy 11. Avril.
LE premier qui parla
fut Mr le Chevalier de
Louville affocié pour l'ALtronomie.
Il donna des
obfervations fur le point
précis de l'Equinoxe du
Printemps de cette année ,
aprés avoir fait voir auparavant
la neceffité & l'utiGALANT.
249
lité de cette obfervation .
Mr de la Hirre le Pere
propofa une machine tres
fimple pour elever l'eau ,
fans beaucoup de dépenfe,
ayant pour mobile l'eau
d'un ruiffeau ou la fimple
deſcharge d'un refervoir
.
Monfieur Geoffroy le
jeune l'un des affociez Botaniftes
lut enfuite une Dif
fertation fur la gomme
lacque dont on fe fert dans
le Levant pour teindre en
écarlate , & fur les autres
matieres qui fourniſſent
250 MERCURE
cette teinture.
Il montra que la gomme
lacque eftoit mal nommée ;
puifqu'il eft certain que ce
n'eft point du tout une
gomme , & qu'elle ne coule
point des branches
de
l'arbre autour
desquelles
on la trouve , ce qui la fait
nommer lacque en baton .
C'est ce qui avoit déja
efté obfervé fur les lieux
par quelques
uns & entr'autres
par le Pere Tachard.
On avoit auffi remarqué
que cette ma icre
eftoit depofée par des InGALANT
. 291
B
fectes , qui au rapport du
meſme Pere font des
fourmis volantes .
Mais ce qu'on n'avoit
point encore découvert &
qui eft dit aux recherches
de Monfieur Geoffroy ;
c'eft que cette matiere qui
a fi long tems paffé pour
une gomme , est une veritable
Ruche femblable à
celles que travaillent les
Abeilles & quelques autres
infectes.
En effet cette lacque telle
qu'elle fe trouve autour
des petits batons qui la
252 MERCURE
fouftiennent , eft partagée
en petites cellules oblon
gues & a plufieurs pans
comme celles de nos ruches
dont les cloisons font
tres delicates & qui aboutiffent
toutes à plufieurs petits
trous dont la lacque
paroift criblée par deffus .
Ces Loges font occupés
par des petits corps
oblongs , ridez , terminez
d'un cofté par une pointe,`
& de l'autre par deux ou
trois , qui eftant' mis dans
l'eau s'y renflent comme
fait la cochenille & la teiGALANT
. 253
2
gnent d'une auffi belle
couleur.
Ces petits corps font ;
felon Mr Geoffroy , des
depouilles d'infectes nez
ou à naiftre , & qui par
confequent ne peuvent eftre
que les veftiges des
effains à quoy ces ruches
font destinées ; comme
nous voyons celles de nos
mouches à miel fervir au
mefme ufage.
Que ces petits corps
I foient des parties animales,
on n'en fçauroit douter en
eles bruflant à part ; car ils
254 MERCURE
repandent une odeur fetide
pareille à celle qui fort
des parties des animaux
qu'on bruſle , au lieu que
la lacque toute feule jette
en brûlant cette agreable
odeur qu'on connoiſt dans
la cire d'Eſpagne dont elle
fait la bafe.Y
Il faut bien
diftinguer
felon Mr Geoffroy ces petits
Animaux , quels qu'ils
foient , qui occupent
chacun
leur alveole , d'avec
d'autres vers qui s'infinuent
dans la lacque , y
rongent
les cellules & ce qu'elles
GALANT . 255
5
contiennent , & y depofent
leurs oeufs . Ceux - là
font eſtrangers à la lacque
comme les vers qui fe mettent
aux ruches de nos
mouches à miel , & l'y détruifenr.
Il s'enfuit donc que la
lacquefeparée de ces petits
corps eft une veritable cire .
C'eft ce que Mr Geoffroy
a fort bien prouvé par la
comparaifon qu'il en fait
avec une lacque de la mefme
nature , mais peu con
nuë , qui vient de l'Ile de
Madagaſcar. Celle - cy eft
256 MERCURE
toute femblable à de la
cire & on la prendroit
pour
l'ouvrage
de quelques
mouches à miel , fi l'on ne
la reconnoiffoit
pour de la
lacque à fes alveoles & aux
petits corps qu'elles renferment.
L'Analyfe chimique que
Mr Geoffroy a auffi employée
pour découvrir entierement
la nature de la
lacque prouve encore que
c'eft une cire ; car on en
tire les mefmes principes
qu'on tire ordinairement
de la cire , fçavoir un esprit
acide
GALANT. 257
acide & un beurre . Mais
à caufe des parties animales
qui y font renfermées
elles doit fournir quelque
eſprit volatil.
>
Pour s'en affurer Mr
Geoffroy a fait deux diſtillations
, l'une de la lacque
en baton avec les petits
animaux qu'elle contient
& l'autre de la lacque en
graine qui eft ainſi nommée
parce qu'elle a eſté
reduite en petits grains
fervir aux teintures , #pour
1 & qu'elle eft abfolument
depouillée des petits ani-
Avril 1714.
Y
258 MERCURE
maux qu'elle renfermoir
auparavant dans fes alveoles.
Car comme l'a fort bien
obfervé Mr Geoffroy , ce
font eux qui donnent cette
belle couleur écarlate que
fournit la lacque , en forte
qu'elle n'a de teinture qu'à
proportion qu'elle en reçoit
de ces petits corps.
Auffi celle qui s'en trouve
peu fournie n'a qu'une couleur
citrine affez pafle.
Mr Geoffroy en comparant
les diftillations des
deux lacques a trouvé que
1
GALANT . 259
l'efprit acide qu'on tire de
la lacque en baſtons eſt
meflé avec un efprit vola
til que les feules parties
animales peuvent fournir.
Ce qu'il a reconnu au precipité
blanc qui refulte de
fon mellange avec la ſolution
du fublimé corrofif ;
au lieu que l'efprit acide
tiré de la lacque en graine
ne fait point le mefme effet ;
parce qu'elle ne contient
aucune de ces parties añi
males.
Les autres obſervations
de Mr Geoffroy eftoient
Y ij
260 MERCURE
fur le Kermes autrement
dit graine d'écarlate qui eſt
une excroiffance qui naift
fur les feuilles de l'Ilex acculeata
efpeee de chefne verd,
par la picquure d'une forte
de moucherons qui y dépoſent
fes oeufs.
Il en donne une defcription
fort exacte . Des deux
fubftances qu'il y a remarquées
l'une rouge & l'autre
blanche , celle cy paroilt
un amas d'une infinité de
petits cornets d'où font
fortis les petits moucherons
qui y eftoient renfermcz.
GALANT. 261
Il parla enfuite de plufieurs
autres vermiffeaux
qui ont fervi à la teinture
d'écarlate , jufqu'à ce qu'on
ait découvert la cochenille
dans l'Amerique.
La defcription qu'il donna
de ce dernier infecte
prefque le feul en ufage
pour les teintures de pourpre
& d'écarlate , fut auffi
curieufe qu'elle eftoit exac
te. On avoit preſque toufjours
douté fi la cochenille
eftoit une infecte ou une
graine , & quoy qu'on fuſt
plus porté à croire que c'eſt
262 MERCURE
un petit animal femblable
à une punaife qu'on efleve
en Amerique fur une plante
qu'on appelle opuntium .
en François raquette ou figuier
d'Inde , l'autre opinion
avoit eu auffi fes partifans
. Mais la queſtion eft
abfolument dccidée par
Mr Geoffroy , qui ayant fait
renfler de la cochenille
dans de l'eau , y a découvert
les parties d'infecte &
principalement
les partes ,
trois de chaque cofté avec
leurs articulations bien for
mées.
GALANT . 263
Il fit encore une remarquefur
cet infecte , qui eft
que ceux qui naiffent ailleurs
que fur les feuilles de
figuier d'Inde , ne fourniffent
pas une fi belle teinture
rouge , quoy qu'on ne remarque
rien dans ces feuilles
qui doive la communiquer
à fes infectes. Mais il
obferva en meſme tems
que le fruit qui naiſt de
cette plante eft d'un rouge
dont la teinture eft fi
forte qu'elle colore meſme
l'urine de ceux quien mangent.
D'où Mr Geoffroy
264 MERCURE
conjecture que l'alteration
du fuc de la plante qui donne
au fruit cette belle couleur
, peut- eftre ſemblable
dans le corps de ces petits
infectes & mefme encore.
plus parfaite puifqu'ils font
propres à la teinture d'écarlate
, au lieu que les figues
d'Inde y font inutiles.
La
derniere
remarque
que
la
de Mr Geoffroy fut
belle teinture de pourpre
ou d'écarlate fi précieuſe
chez les Anciens fi eftimée
par tout , eft tousjours provenuë
des parties animales
&
GALANT. 265
ཟ་
ل
(
& jamais des matieres purement
vegetales.
Mr l'Abbé Bignon en
refumant ſes obfervations
le loua fort de fon exactitu
de & de fon application ,
& luy dit que c'étoit dommage
qu'il n'y euft point
fur les lieux où la lacque
croiffoit , d'auffi habiles
obfervateurs pour voir travailler
les animaux qui la
font , ou qu'il n'y euft point
icy ces mefmes animaux ,
pour les voir travailler ,
& y faire les mefmes obfervations
qu'on a faites
Avril 1714. Ꮓ
266 MERCURE
fur nos ruches à miel.
Enfin Mr de Lifle lut un
Memoire ayant pour titre ,
Juftification des mefures
des Anciens en matiere de
Geographie.
fit à l'ordinaire l'ouverture
de fes exercices aprés
Pafques , par une Affemblée
publique qui ſe tinſt
le Mercredy 11. Avril.
LE premier qui parla
fut Mr le Chevalier de
Louville affocié pour l'ALtronomie.
Il donna des
obfervations fur le point
précis de l'Equinoxe du
Printemps de cette année ,
aprés avoir fait voir auparavant
la neceffité & l'utiGALANT.
249
lité de cette obfervation .
Mr de la Hirre le Pere
propofa une machine tres
fimple pour elever l'eau ,
fans beaucoup de dépenfe,
ayant pour mobile l'eau
d'un ruiffeau ou la fimple
deſcharge d'un refervoir
.
Monfieur Geoffroy le
jeune l'un des affociez Botaniftes
lut enfuite une Dif
fertation fur la gomme
lacque dont on fe fert dans
le Levant pour teindre en
écarlate , & fur les autres
matieres qui fourniſſent
250 MERCURE
cette teinture.
Il montra que la gomme
lacque eftoit mal nommée ;
puifqu'il eft certain que ce
n'eft point du tout une
gomme , & qu'elle ne coule
point des branches
de
l'arbre autour
desquelles
on la trouve , ce qui la fait
nommer lacque en baton .
C'est ce qui avoit déja
efté obfervé fur les lieux
par quelques
uns & entr'autres
par le Pere Tachard.
On avoit auffi remarqué
que cette ma icre
eftoit depofée par des InGALANT
. 291
B
fectes , qui au rapport du
meſme Pere font des
fourmis volantes .
Mais ce qu'on n'avoit
point encore découvert &
qui eft dit aux recherches
de Monfieur Geoffroy ;
c'eft que cette matiere qui
a fi long tems paffé pour
une gomme , est une veritable
Ruche femblable à
celles que travaillent les
Abeilles & quelques autres
infectes.
En effet cette lacque telle
qu'elle fe trouve autour
des petits batons qui la
252 MERCURE
fouftiennent , eft partagée
en petites cellules oblon
gues & a plufieurs pans
comme celles de nos ruches
dont les cloisons font
tres delicates & qui aboutiffent
toutes à plufieurs petits
trous dont la lacque
paroift criblée par deffus .
Ces Loges font occupés
par des petits corps
oblongs , ridez , terminez
d'un cofté par une pointe,`
& de l'autre par deux ou
trois , qui eftant' mis dans
l'eau s'y renflent comme
fait la cochenille & la teiGALANT
. 253
2
gnent d'une auffi belle
couleur.
Ces petits corps font ;
felon Mr Geoffroy , des
depouilles d'infectes nez
ou à naiftre , & qui par
confequent ne peuvent eftre
que les veftiges des
effains à quoy ces ruches
font destinées ; comme
nous voyons celles de nos
mouches à miel fervir au
mefme ufage.
Que ces petits corps
I foient des parties animales,
on n'en fçauroit douter en
eles bruflant à part ; car ils
254 MERCURE
repandent une odeur fetide
pareille à celle qui fort
des parties des animaux
qu'on bruſle , au lieu que
la lacque toute feule jette
en brûlant cette agreable
odeur qu'on connoiſt dans
la cire d'Eſpagne dont elle
fait la bafe.Y
Il faut bien
diftinguer
felon Mr Geoffroy ces petits
Animaux , quels qu'ils
foient , qui occupent
chacun
leur alveole , d'avec
d'autres vers qui s'infinuent
dans la lacque , y
rongent
les cellules & ce qu'elles
GALANT . 255
5
contiennent , & y depofent
leurs oeufs . Ceux - là
font eſtrangers à la lacque
comme les vers qui fe mettent
aux ruches de nos
mouches à miel , & l'y détruifenr.
Il s'enfuit donc que la
lacquefeparée de ces petits
corps eft une veritable cire .
C'eft ce que Mr Geoffroy
a fort bien prouvé par la
comparaifon qu'il en fait
avec une lacque de la mefme
nature , mais peu con
nuë , qui vient de l'Ile de
Madagaſcar. Celle - cy eft
256 MERCURE
toute femblable à de la
cire & on la prendroit
pour
l'ouvrage
de quelques
mouches à miel , fi l'on ne
la reconnoiffoit
pour de la
lacque à fes alveoles & aux
petits corps qu'elles renferment.
L'Analyfe chimique que
Mr Geoffroy a auffi employée
pour découvrir entierement
la nature de la
lacque prouve encore que
c'eft une cire ; car on en
tire les mefmes principes
qu'on tire ordinairement
de la cire , fçavoir un esprit
acide
GALANT. 257
acide & un beurre . Mais
à caufe des parties animales
qui y font renfermées
elles doit fournir quelque
eſprit volatil.
>
Pour s'en affurer Mr
Geoffroy a fait deux diſtillations
, l'une de la lacque
en baton avec les petits
animaux qu'elle contient
& l'autre de la lacque en
graine qui eft ainſi nommée
parce qu'elle a eſté
reduite en petits grains
fervir aux teintures , #pour
1 & qu'elle eft abfolument
depouillée des petits ani-
Avril 1714.
Y
258 MERCURE
maux qu'elle renfermoir
auparavant dans fes alveoles.
Car comme l'a fort bien
obfervé Mr Geoffroy , ce
font eux qui donnent cette
belle couleur écarlate que
fournit la lacque , en forte
qu'elle n'a de teinture qu'à
proportion qu'elle en reçoit
de ces petits corps.
Auffi celle qui s'en trouve
peu fournie n'a qu'une couleur
citrine affez pafle.
Mr Geoffroy en comparant
les diftillations des
deux lacques a trouvé que
1
GALANT . 259
l'efprit acide qu'on tire de
la lacque en baſtons eſt
meflé avec un efprit vola
til que les feules parties
animales peuvent fournir.
Ce qu'il a reconnu au precipité
blanc qui refulte de
fon mellange avec la ſolution
du fublimé corrofif ;
au lieu que l'efprit acide
tiré de la lacque en graine
ne fait point le mefme effet ;
parce qu'elle ne contient
aucune de ces parties añi
males.
Les autres obſervations
de Mr Geoffroy eftoient
Y ij
260 MERCURE
fur le Kermes autrement
dit graine d'écarlate qui eſt
une excroiffance qui naift
fur les feuilles de l'Ilex acculeata
efpeee de chefne verd,
par la picquure d'une forte
de moucherons qui y dépoſent
fes oeufs.
Il en donne une defcription
fort exacte . Des deux
fubftances qu'il y a remarquées
l'une rouge & l'autre
blanche , celle cy paroilt
un amas d'une infinité de
petits cornets d'où font
fortis les petits moucherons
qui y eftoient renfermcz.
GALANT. 261
Il parla enfuite de plufieurs
autres vermiffeaux
qui ont fervi à la teinture
d'écarlate , jufqu'à ce qu'on
ait découvert la cochenille
dans l'Amerique.
La defcription qu'il donna
de ce dernier infecte
prefque le feul en ufage
pour les teintures de pourpre
& d'écarlate , fut auffi
curieufe qu'elle eftoit exac
te. On avoit preſque toufjours
douté fi la cochenille
eftoit une infecte ou une
graine , & quoy qu'on fuſt
plus porté à croire que c'eſt
262 MERCURE
un petit animal femblable
à une punaife qu'on efleve
en Amerique fur une plante
qu'on appelle opuntium .
en François raquette ou figuier
d'Inde , l'autre opinion
avoit eu auffi fes partifans
. Mais la queſtion eft
abfolument dccidée par
Mr Geoffroy , qui ayant fait
renfler de la cochenille
dans de l'eau , y a découvert
les parties d'infecte &
principalement
les partes ,
trois de chaque cofté avec
leurs articulations bien for
mées.
GALANT . 263
Il fit encore une remarquefur
cet infecte , qui eft
que ceux qui naiffent ailleurs
que fur les feuilles de
figuier d'Inde , ne fourniffent
pas une fi belle teinture
rouge , quoy qu'on ne remarque
rien dans ces feuilles
qui doive la communiquer
à fes infectes. Mais il
obferva en meſme tems
que le fruit qui naiſt de
cette plante eft d'un rouge
dont la teinture eft fi
forte qu'elle colore meſme
l'urine de ceux quien mangent.
D'où Mr Geoffroy
264 MERCURE
conjecture que l'alteration
du fuc de la plante qui donne
au fruit cette belle couleur
, peut- eftre ſemblable
dans le corps de ces petits
infectes & mefme encore.
plus parfaite puifqu'ils font
propres à la teinture d'écarlate
, au lieu que les figues
d'Inde y font inutiles.
La
derniere
remarque
que
la
de Mr Geoffroy fut
belle teinture de pourpre
ou d'écarlate fi précieuſe
chez les Anciens fi eftimée
par tout , eft tousjours provenuë
des parties animales
&
GALANT. 265
ཟ་
ل
(
& jamais des matieres purement
vegetales.
Mr l'Abbé Bignon en
refumant ſes obfervations
le loua fort de fon exactitu
de & de fon application ,
& luy dit que c'étoit dommage
qu'il n'y euft point
fur les lieux où la lacque
croiffoit , d'auffi habiles
obfervateurs pour voir travailler
les animaux qui la
font , ou qu'il n'y euft point
icy ces mefmes animaux ,
pour les voir travailler ,
& y faire les mefmes obfervations
qu'on a faites
Avril 1714. Ꮓ
266 MERCURE
fur nos ruches à miel.
Enfin Mr de Lifle lut un
Memoire ayant pour titre ,
Juftification des mefures
des Anciens en matiere de
Geographie.
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Résumé : L'Academie Royalle des Sciences fit à l'ordinaire l'ouverture de ses exercices aprés Pasques, par une Assemblée publique qui se tinst le Mercredy 11. Avril.
Le 11 avril, l'Académie Royale des Sciences a inauguré ses exercices par une assemblée publique. Plusieurs membres ont présenté des observations et des inventions. Le Chevalier de Louville a discuté du point précis de l'équinoxe du printemps, en soulignant son importance. Monsieur de la Hirre père a proposé une machine économique pour élever l'eau, utilisant l'eau d'un ruisseau ou la décharge d'un réservoir. Monsieur Geoffroy le jeune, botaniste, a abordé la gomme laque utilisée dans le Levant pour teindre en écarlate. Il a démontré que la gomme laque est mal nommée, car elle n'est pas une gomme mais une véritable ruche produite par des insectes, similaires à celles des abeilles. Cette matière est déposée par des fourmis volantes et se présente sous forme de petites cellules oblongues contenant des dépouilles d'insectes. Geoffroy a également distingué ces insectes de vers étrangers qui endommagent la laque. Il a prouvé que la laque, séparée de ces corps, est une véritable cire, confirmée par une analyse chimique. Geoffroy a comparé cette laque à une autre de Madagascar, également similaire à de la cire. Il a également étudié le kermès, une excroissance sur les feuilles de l'Ilex, et a décrit la cochenille, utilisée pour les teintures de pourpre et d'écarlate, confirmant qu'il s'agit d'un insecte. L'Abbé Bignon a félicité Geoffroy pour son exactitude et son application, regrettant l'absence d'observateurs sur place pour étudier les insectes producteurs de laque. Enfin, Monsieur de Lisle a lu un mémoire justifiant les mesures des Anciens en géographie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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209
p. 162-173
DES ECUMES Printanieres par P***
Début :
On voit naistre au Printems certaines écumes blanches qui s'attachent [...]
Mots clefs :
Écumes, Plantes, Sauterelles, Printemps, Naturalistes, Membrane, Écumes printanières
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texteReconnaissance textuelle : DES ECUMES Printanieres par P***
DES ECUMES
Printanieres par P ***
On voit naiſtreau Printems
certaines écumes blanches qui
s'attachent indifferemment à
toutes fortes de plantes. On
peut les appeller Printanieres ,
parce qu'elles paroiffent au
Printems , pluſtoſt ou plus
tard , felon que la ſaiſon eſt
plus ou moins avancée.
Pluſieurs Naturaliſtes ont
parlé de ces écumes ſans en
avoir connu la cauſe. Ceux
qui ont recours à la Phyſique
GALANT. 163
generale croyent que ce ſont
des vapeurs qui s'élevent de
quelques terres par la chaleur
du Printems , & vont s'attacher
aux plantes qu'elles rencontrent.
Ils apportent pour
raiſon qu'on voit quelquefois
un petit eſpacede terre dont
les plantes font parſemées de
ces écumes , &qu'enfuite on
feroit dix licues ſans en trouvec
d'autres ; ce qui fait voir
qu'il n'y a que certaines terres
propres à former ces écumes.
Ifidore de Seraille croit que ces
* écumes font des crachats, de
Coucou. Cette penſée peut
O ij
164 MERCURE
lui eſtre venuë de ce qu'elles
reſſemblent à de petits cra
chats , ou de ce qu'elles naifſent
lorſque le Coucou commence
à paroiſtre , & de ce
qu'elles diſparoiſſent environ
letems qu'il ſe retire,ou enfin
de ce qu'en volant d'un lieu
dans un autre , il fait quelque
fois un ralement avec la gorgecomme
s'il vouloit cracher.
Quelques-uns penſent que
c'eſt le ſuc des plantes qui s'extravaſe
; & Moufet dit que
c'eſt une rofée écumeule.
Swarmerdam eſt de tous les
Naturaliſtes celui qui a le
GALANT. 165
mieux connu ces écumes. H
prétend que ce font des ſauterelles
qui les font avec la
bouche. Il a cu raiſon de
dire que ce font ces petits animaux
qui les font , mais ce
n'eſt pas la bouche : ainſi il
n'en a parlé que par conjecture-
Je pourrois rapporter plufieurs
aurres penſées que l'on
a cuës fur ces écumes : mais
comme elles ſont toutes fauffes
, je ne m'y arrêteray pas
davantage. Voici comme la
choſe fepaffc.
On voit pendant l'Eté cer166
MERCURE
taines fauterelles que les Naturaliſtes
ont appellées ſauterelles
puces , à cauſe qu'elles
font fort petites , & qu'elles
fautent comme des puces.
Leurs pieds de derriere n'excedent
pas la hauteur de leur
dos, comme font ceux des aurres
ſauterelles : Ils font toûjours
pliez ſous le ventre com.
me ceux des puces , ce qui
fait qu'elles ſautent fort vite
ſans perdre de tems , parce
qu'il n'y en a point entre leurs
fauts.
J'ay déja fait remarquer
dans Ic Journal des Sçavans ,
GALANT. 167
que ces petites fauterelles ont
un aiguillon roide & fort pointu
, avec lequel elles tirent le
fuc des plantes.
Cette petite remarque eft
curicuſe , parce qu'il n'y a que
ces eſpeces de ſauterelles qui
ayent un aiguillon. Toutes
les autres qui nous ſont connuës
ont une bouche , des
levres & des dents , avec lefquelles
elles mangent les her.
bes , & même la vigne.
Vos locusta.
nemeas ledatis vites :funt enim
Lenere.
168 MERCURE
1
Nos fauterelles puces font
des oeufs d'où il fort au Printems
d'autres petites ſauterelles
, qui font envelopées pendant
quelque tems d'une fine
membrane. Cette membrane
eſt un fourreau qui a des yeux,
des pieds , des aîles & d'autres
organes , qui font les étuits
de ſemblables parties du petit
animal qu'elles renferment.
• Quand il fort de ſon oeuf,
il paroiſt comme un petit ver
blanchaſtre , qui n'eſt pas plus
-gros que la pointe d'une aiguille
, quelques jours aprés
il devient couleur de verd de
1
pré
GALANT. 169
pré , que le fuc des plantes
dont il ſe nourrit , pourroit
bien lui communiquer. Alors
il reſſemble preſque à un
petit crapaut , ou à unegrenoüille
verte qui monte ſur
les arbres , & qu'on appelle
pour cette raifon Rana arborea
; c'eſt à- dire grenoüille
d'arbre. Quoique cet infecte
ſoit envelopé d'une membrane
, il ne laiſſe pas de marcher
fort vîte & hardiment ; mais
il ne faute & ne võle point
qu'il n'ait quitté ſa pellicule.
Auſſi tott qu'il eſt ſorti de
ſon oeuf, il monte ſur une
May 1714. P
170 MERCURE
plante qu'il touche avec ſon
anus pour yattacher unegou.
telette de liqueur blanche &
toute pleine d'air . Il en met
une ſeconde auprés de la premiere,
puis une troiſieme ; &
il continuë de la forte juſqu'à
ce qu'il foit tout envelopé
d'une groſſe écume , dont il
ne fort point qu'il ne ſoit devenu
un animal parfait , c'eſtà-
dire , qu'il ne ſoit delivré de
la membrane qui l'environne.
21 Pour jetter cette écume, il
fait une eſpece diare de la
moitié de fon corps , dont le
ventre devient la convexité;
GALANT. 171
il recommence à l'inſtant un
autre arc oppofé au premier ,
c'eſt à dire que ſon ventre devient
concave de convexe qu'il
étoit. A chaque fois qu'il
fait cette doublecompreffion,
il fort une petite écume de
fon anus , à laquelle il donne
de l'étenduë en la pouſſant de
coſté & d'autre avec ſes
pieds.
J'ay mis ſur une jeune
Mente pluſieurs de ces petites
fauterelles , les feüilles ſur lef.
quelles elles firent leurs écumes
ne grandirent point , &
celles qui leur eſtoient oppo-
Pij
172 MERCURE
ſées devinrent de leur grandeur
naturelle. Cela fait voir
que ces inſectes vivent du ſuc
des plantes tandis qu'ils font
dans leurs écumes.
Quand la jeune ſauterelle
eſt parvenue à une certaine
grandeur , elle quitte ſon envelope
qu'elle laiſſe dans l'écume,
& elle ſaute dans la
Campagne.
Cette écume la garanti des
ardeurs du Soleil qui la pourroient
défecher. Elle la preſerve
encoredes araignées qui
la ſuçeroient , comme je l'ay
vû arriver quelquefois.
:
1
GALANT. 173
On dit à la Campagne que
ces écumes font un preſage
debeau tems : mais c'eſt qu'elles
n'y paroiffent que quand
le tems eſt beau, le mauvais
tems les détruit.
Printanieres par P ***
On voit naiſtreau Printems
certaines écumes blanches qui
s'attachent indifferemment à
toutes fortes de plantes. On
peut les appeller Printanieres ,
parce qu'elles paroiffent au
Printems , pluſtoſt ou plus
tard , felon que la ſaiſon eſt
plus ou moins avancée.
Pluſieurs Naturaliſtes ont
parlé de ces écumes ſans en
avoir connu la cauſe. Ceux
qui ont recours à la Phyſique
GALANT. 163
generale croyent que ce ſont
des vapeurs qui s'élevent de
quelques terres par la chaleur
du Printems , & vont s'attacher
aux plantes qu'elles rencontrent.
Ils apportent pour
raiſon qu'on voit quelquefois
un petit eſpacede terre dont
les plantes font parſemées de
ces écumes , &qu'enfuite on
feroit dix licues ſans en trouvec
d'autres ; ce qui fait voir
qu'il n'y a que certaines terres
propres à former ces écumes.
Ifidore de Seraille croit que ces
* écumes font des crachats, de
Coucou. Cette penſée peut
O ij
164 MERCURE
lui eſtre venuë de ce qu'elles
reſſemblent à de petits cra
chats , ou de ce qu'elles naifſent
lorſque le Coucou commence
à paroiſtre , & de ce
qu'elles diſparoiſſent environ
letems qu'il ſe retire,ou enfin
de ce qu'en volant d'un lieu
dans un autre , il fait quelque
fois un ralement avec la gorgecomme
s'il vouloit cracher.
Quelques-uns penſent que
c'eſt le ſuc des plantes qui s'extravaſe
; & Moufet dit que
c'eſt une rofée écumeule.
Swarmerdam eſt de tous les
Naturaliſtes celui qui a le
GALANT. 165
mieux connu ces écumes. H
prétend que ce font des ſauterelles
qui les font avec la
bouche. Il a cu raiſon de
dire que ce font ces petits animaux
qui les font , mais ce
n'eſt pas la bouche : ainſi il
n'en a parlé que par conjecture-
Je pourrois rapporter plufieurs
aurres penſées que l'on
a cuës fur ces écumes : mais
comme elles ſont toutes fauffes
, je ne m'y arrêteray pas
davantage. Voici comme la
choſe fepaffc.
On voit pendant l'Eté cer166
MERCURE
taines fauterelles que les Naturaliſtes
ont appellées ſauterelles
puces , à cauſe qu'elles
font fort petites , & qu'elles
fautent comme des puces.
Leurs pieds de derriere n'excedent
pas la hauteur de leur
dos, comme font ceux des aurres
ſauterelles : Ils font toûjours
pliez ſous le ventre com.
me ceux des puces , ce qui
fait qu'elles ſautent fort vite
ſans perdre de tems , parce
qu'il n'y en a point entre leurs
fauts.
J'ay déja fait remarquer
dans Ic Journal des Sçavans ,
GALANT. 167
que ces petites fauterelles ont
un aiguillon roide & fort pointu
, avec lequel elles tirent le
fuc des plantes.
Cette petite remarque eft
curicuſe , parce qu'il n'y a que
ces eſpeces de ſauterelles qui
ayent un aiguillon. Toutes
les autres qui nous ſont connuës
ont une bouche , des
levres & des dents , avec lefquelles
elles mangent les her.
bes , & même la vigne.
Vos locusta.
nemeas ledatis vites :funt enim
Lenere.
168 MERCURE
1
Nos fauterelles puces font
des oeufs d'où il fort au Printems
d'autres petites ſauterelles
, qui font envelopées pendant
quelque tems d'une fine
membrane. Cette membrane
eſt un fourreau qui a des yeux,
des pieds , des aîles & d'autres
organes , qui font les étuits
de ſemblables parties du petit
animal qu'elles renferment.
• Quand il fort de ſon oeuf,
il paroiſt comme un petit ver
blanchaſtre , qui n'eſt pas plus
-gros que la pointe d'une aiguille
, quelques jours aprés
il devient couleur de verd de
1
pré
GALANT. 169
pré , que le fuc des plantes
dont il ſe nourrit , pourroit
bien lui communiquer. Alors
il reſſemble preſque à un
petit crapaut , ou à unegrenoüille
verte qui monte ſur
les arbres , & qu'on appelle
pour cette raifon Rana arborea
; c'eſt à- dire grenoüille
d'arbre. Quoique cet infecte
ſoit envelopé d'une membrane
, il ne laiſſe pas de marcher
fort vîte & hardiment ; mais
il ne faute & ne võle point
qu'il n'ait quitté ſa pellicule.
Auſſi tott qu'il eſt ſorti de
ſon oeuf, il monte ſur une
May 1714. P
170 MERCURE
plante qu'il touche avec ſon
anus pour yattacher unegou.
telette de liqueur blanche &
toute pleine d'air . Il en met
une ſeconde auprés de la premiere,
puis une troiſieme ; &
il continuë de la forte juſqu'à
ce qu'il foit tout envelopé
d'une groſſe écume , dont il
ne fort point qu'il ne ſoit devenu
un animal parfait , c'eſtà-
dire , qu'il ne ſoit delivré de
la membrane qui l'environne.
21 Pour jetter cette écume, il
fait une eſpece diare de la
moitié de fon corps , dont le
ventre devient la convexité;
GALANT. 171
il recommence à l'inſtant un
autre arc oppofé au premier ,
c'eſt à dire que ſon ventre devient
concave de convexe qu'il
étoit. A chaque fois qu'il
fait cette doublecompreffion,
il fort une petite écume de
fon anus , à laquelle il donne
de l'étenduë en la pouſſant de
coſté & d'autre avec ſes
pieds.
J'ay mis ſur une jeune
Mente pluſieurs de ces petites
fauterelles , les feüilles ſur lef.
quelles elles firent leurs écumes
ne grandirent point , &
celles qui leur eſtoient oppo-
Pij
172 MERCURE
ſées devinrent de leur grandeur
naturelle. Cela fait voir
que ces inſectes vivent du ſuc
des plantes tandis qu'ils font
dans leurs écumes.
Quand la jeune ſauterelle
eſt parvenue à une certaine
grandeur , elle quitte ſon envelope
qu'elle laiſſe dans l'écume,
& elle ſaute dans la
Campagne.
Cette écume la garanti des
ardeurs du Soleil qui la pourroient
défecher. Elle la preſerve
encoredes araignées qui
la ſuçeroient , comme je l'ay
vû arriver quelquefois.
:
1
GALANT. 173
On dit à la Campagne que
ces écumes font un preſage
debeau tems : mais c'eſt qu'elles
n'y paroiffent que quand
le tems eſt beau, le mauvais
tems les détruit.
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Résumé : DES ECUMES Printanieres par P***
Les écumes printanières sont des substances blanches observées sur les plantes au printemps. Diverses théories ont été avancées pour expliquer leur origine. Certains naturalistes attribuaient ces écumes à des vapeurs terrestres ou aux crachats de coucous. D'autres les associaient au suc des plantes ou à une rosée particulière. Jan Swammerdam a correctement identifié que ces écumes sont produites par de petites sauterelles, nommées 'sauterelles puces'. Ces insectes fabriquent cette écume pour se protéger et se nourrir du suc des plantes. Leur cycle de vie commence par la ponte d'œufs qui éclosent en petits vers blancs. En se nourrissant des plantes, ces vers deviennent verts et sécrètent une écume protectrice autour d'eux. Cette écume est formée par des compressions de leur corps et les protège contre le soleil et les prédateurs tels que les araignées. Les paysans interprètent la présence de ces écumes comme un signe de beau temps, car elles disparaissent en cas de mauvais temps.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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210
p. 218-253
« Je ne croy pas qu'on ait vû beaucoup de [...] »
Début :
Je ne croy pas qu'on ait vû beaucoup de [...]
Mots clefs :
Constantinople, Lettre, Homme, Voyage, Animal, Empire, Guerre, Paris, Ambassadeur, Perse, Seigneur, Coeur, Nouvelles, Madrid, Empire ottoman, Géorgie, Frontières, Bijoux, Loup
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je ne croy pas qu'on ait vû beaucoup de [...] »
Vll beaucoup de Let-
tres comme ce lle-ci
,
qu'un de mes amis m'é-
crit de Constantinople,
dattée du 20. Avril.
J'étois fort en peine de
vous, mon cher L F.lors-
que vôtre lettre est heureu-
sement venuë me tir r .fin
quictude. Vôtrestile libre
& enjoüé, & vos nouvelles
badines n'ont pas mal con-
tribuéà me persuader que
vous vous portez bien: mais
la lâcheté de vos reflexions,
& l'indolence de vôtre philofophie
m'ont mis dans
une telle colere contre
vous, que je n'ai pas le courage
de vous feliciter fur
ſanté dont vous joüiffez ,
puiſque vous avez reſolu de
l'employer plus mal que je
n'aurois jamais oſe me l'imaginer.
Vous voulez maintenant
que tous les amis que vous
avez laiſſez dans les differentes
regions du monde ,
foient fûrs de vous trouver
à Paris juſqu'à la fin de vos
jours. JJaaddiiss on avoit le plai-
T
GALANT.
219
fir de s'entretenir quelquefois
avec vous du Nort au
Sud , & de l'Eſt à l'Oüeft ;
je comptois mêmeque vous
n'abandonneriez pas nôtre
nouvel Ambaſſadeur, aprés
le portrait que vous m'avez
fait , & de fon merite,
& des obligatious que vous
lui avez . Neanmoins il partira
ſans vous , pendant que
vous vivrez à Paris comme
un Parifien , & qu'éternel.
lement ſujet à un coup de
cloche , la Samaritaine reglera
tous les momens de
vôtre vie . Voila en verité
Tij
220 MERCURE
une plaiſante profeffion
pour un homme de vôtre
humeur.
L'audacieux Simon de
Bellegarde , qui recom
mence à preſent pour la
troiſième fois le voyage de
la Byſſinie, arriva ici avanthier.
Je dînai & je ſoupai
hier avec lui. Il me dit qu'il
vous avoit vû à Madrid ,
dans le deſſein de le ſuivre
de prés. Il ajoûta même qu'il
avoit quelque legere intention
de vous attendre à fa
maiſon de Scutari , où il va
paſſer quelquetemps,avant
GALANT. 221
d'entreprendre ( avec fon
grand Negre qu'il a retrouvé
) de courir à la dé
couverte du Temple de Jupiter
Hammon , & de retourner
en Ethiopie. Je lui
dis , aprés pluſieurs bagatelles
que nous debitâmes
fur votre compte , que s'il
n'attendoit que vous pour
aller rendre viſite au Prête-
Jean , il n'avoit que faire de
ſe charger de bouſſole , ni
d'eau , pour traverſer plus
commodément les fables
de l'Egypte. En même
temps je lui montrai vôtre
Tiij
222 MERCURE
Lettre. Je ne veux pas vous
faire rougir de toutes les
injures dont il vous accabla.
Il vous traita d'homme
fans coeur & fans foy ;
enfin il acheva ſa declamation
par cette belle fentence
: Morbleu , dit il , il n'a
pas tant de tort ; il a fait trop
de chemin inutile depuis qu'il
est au monde, pour ne pas se
refoudre en confcience à être
faineant jusqu'àla mort ;
je ferai bien furpris fi à la fin
cette reſolution n'est pasſuivie
de quelques voeux melancoliques.
Mais vous ne faites
GALANT.
223
point d'attention , lui disje,
à ce qu'il me mande ,
&vous ne voyez pas qu'il
aime mieux travailler à Paris
à faire imprimer ſes
- voyages , & peut - être les
nôtres. Oh ma foy , repritil
, il fait bien , & cet employ
me paroît fort d'accord
avec fes faillies. Ecrivez-lui
au plûtôt , que je mette un mot
dans votre Lettre , & promettons-
lui bien des merveilles.
**Ainſi nous nous ſeparames
tous deux , affez mortifiez
d'être fûrs de ne vous
revoirde long temps : mais
Tiiij
224 MERCURE
ſi vous m'aimez toûjours ,
mon cher L. F. faites du
moins que vos Lettres me
confolent de vôtre abſence.
De mon côté j'eſpere
ne vous pas mal dedommager
de vôtre exactitude.
Le depit que j'ai eu en
liſant votre Lettre , de vous
voir capable de la foibleſſe
de vous forger enfin l'idée
du repos dont vous vous
flatez , avant de ſentir que
le public vous fatiguera
peut- être plus que tous les
monts & tous les vaux de
l'univers , devroit , ſi j'étois
GALANT 225
&
d'humeur vindicative ,
m'empêcher d'étendre plus
loin ma réponſe: mais mon
interêt l'emporte ſur mon
depit , & j'apprehendrois
trop de voir bientôt finir
de vôtre côté nôtre commerce
epiftolaire , ſi je ne
vous écrivois que des nouvelles
inutiles pour vous ,
ou indifferentes à ceux à
qui vous pouvez les com.
muniquer.Ainſi je vais vous
entretenir de la Georgie ,
de la Perſe , de Bizance , &
de moy.
Il y a quelque tempsqu'il
226 MERCURE
vint ici un des principaux
Timars de la Georgie, avec
qui je me liai d'amitié , de
façon à ne m'en pouvoir
jamais dédire , tant il me
donna d'eſtime pour lui.
Avant de vous apprendre
ce qu'il m'a conté de fon
hiſtoire , j'ai deux mots a
vous dire de la qualité de
fon employ.
Un Timar dans cet Empire
eft ordinairement un
homme de guerre , à qui
l'on donne la joüiffance &
le revenu d'une certaine
quantité de terres ( qu'on
GALANT.
227
i
appelle timariot. ) Les uns
valent plus , les autres
moins. Il y en a qui rapportent
quatre cens, cinq cens ,
mille , &juſqu'à deux mille
écus de rente. Il y en a
beaucoup au deſſous. Ceux
à qui on donne ces places ,
font obligez , dans tous les
beſoins de l'Etat , de ſe ranger
, au premier bruit de
guerre , ſous l'étendart de
la Religion , & de mener
avec eux à leurs dépens , au
moins un ou deux cavaliers
ou fantaſſins de leur
timariot. Ces Timars font
228 MERCURE
de vrais tyrans dans l'éten
duë de leur domaine. Celui-
ci en a un des plus con
fiderables , & il m'a juré
que , ſans inquieter jamais
ſes vaffaux , le ſien lui val
loit tous les ans plus de cinq
cens ſequins de rente ; aufli
eft il fort riche Il s'appelle
Oſmin Kara. C'eſt un vieux
Muſſulmane, recomman
bleppar ſa bonne mine autant
qu'il l'eſt depuis longtemps
par ſa valeur. Il eſt
fils d'un de ces enfans de
tribut qu'on appelle Azamoglans.
Il ſervoit dans les
GALANT.
229
Janiſſaires lorſqueMahomet
quatre fut dépoſſedé par
quar
fon frere Soliman III. Il
ſe trouva malheureuſement
engagé étroitement dans
le parti de ces deux fameux
ſeditieux Fetfagi & Haggi
Ali , dont la revolte penſa
caufer la ruine entiere de
l'Empire Othoman. Ce fut
lui , qui aprés avoir été des
plusanimez &des plus heureux
au pillage de la maiſon
&des richeſſes du grand
Treſorier ,entra le premier
le fabre & la flame à la
main dans la maiſon du
230 MERCURE
grand Viſir Siaous , qui ,
aprés avoir mal à propos
remis le ſceau de l'Empire
dans les mains du Muphti ,
au milieu de cet affreux de
fordre fut tué d'un coupde
piſtolet , que Haggi Ali lui
tira dans la tête. Il fut un
de ceux qui ſçut le mieux
&le plus fecretement profiter
des joyaux qui furent
arrachez aux femmes &
aux enfans de ce malheu
reux Vifir , qu'on traîna
comme lui dans les ruës de
Conſtantinople , aprés les
avoir égorgez. Enfin ce fut
GALANT...
231
lui qui ſauva la plus jeune
fille de Siaous avec une ef
clave , qu'il vendit publiquement
quatre ſequins à
un Marchand Arabe , qui
lui promit en ſecret de les
lui rendre pour le même
prix , lors qu'il voudroit les
racheter ; ce qu'il fit lorfque
le tumulte fut appaifé.
On s'étonne rarement ici)
des actes de bonne foy, l'uſage
eſt de n'y pas manquer
Oſmin Kara confia avec
ſon argent & ſes bijoux ,
cette petite fille,feul refte
zoulo
232 MERCURE
de la famille des deux
grands Viſirs Cuprogli , qui
avoient fi heureuſement
travaillé pour l'agrandiffement
& pour la gloire de
l'Empire Othoman , à un
vieux Marchand Armenien
ſon ami, établi dans le faux.
bourg de Galata. Ce bon
homme garda ce dépôt
chez lui pendant dix ans ,
qu'Ofmin , qui eut ordre
d'aller fervir dans les Ja
niſſaires de Babylone , paffa
fur les frontieres de la Perſe
, qui menaçoit alors le
grand Seigneur de lui do
clarer
GALANT. 233
clarer la guerre. Afon re
tour à Conſtantinople , on
lui donna un timariot de
deux cens ſequins de rente.
Désqu'ilſe vit en poffeffion
d'un azile , il alla chez ſon
ami , qui lui rendit , avec
ſes bijoux , la fille de Siaous
grande , bien faite &belle.
Elle avoit juſqu'alors ignoré
ſa naiſſance ; il la lui ap
prit , & en même temps il
lui demanda ſi elle vouloit
l'épouſer. Elle y confentit.
La ceremonie de ce ma
riage ſe fit à la Turque. Il
remercia ſon ami , il prit
May 1714. V
234 MERCURE
congé de lui , & il ſe retira
avec ſon épouſe dans ſon
timariot , où il a toûjours
vêcu avec elle comme s'il
lui eût été défendu d'avoir
plus d'une femme.
Il ya cinq ans que le
dernier Vifir depolé , qui
l'avoit toûjours conſideré ,
changea ſon timariot pour
celui qu'il poſſede. Nya
trois mois qu'il étoit ici , &
c'eſt de lui que j'ai appris
le petit trait d'hiſtoire que
vous allez lire .
J'étois , me dit - il un
jour , dans les Janiſſaires du
GALANT. 235
Sultan Solyman , qui ( pour
nous punir des troubles
que nôtre union avec les
Spahis avoit caufez dans
Conſtantinople ) nous envoya
fur les frontieres de
la Perſe , lors qu'un ſujet
du Sophi me tomba entre
les mains. Toutes les raifons
& toutes les regles de
la guerre le rendoient mon
prifonnier : mais je trouvai
tant de probité dans cet
homme , que , loin de fon,
ger àa m'en faire un eſclave,
je tâchai ſeulementde m'en
faire un ami , & j'y reüffis.
V ij
236 MERCURE
Un jour me promenant
avec lui parmi un ggrraand
nombre de tombeaux ,
(dont on voit encore des
ruïnes magnifiques à un
ne:) Vous m'aimez , me
quart de lieuë de Babylodit-
il , fans me connoître ;
cela ne me fuffit pas , je
veux vous apprendre qui je
fuis, pour voir comme vous
me traiterez lorſque vous
me connoîtrez. Je m'appelle
Achmet Ereb. La vertu
qui fait ma nobleſſe a fait
les honneurs & les infortunes
de ma vie. Le Sophi
GALANT. 237
mon Seigneur m'a comblé
pendant dix ans des biens
qu'il vient de m'ôter en un
jour. Mes ennemis lui ont
perfuadé que j'avois trouvé
un trefor. Quoique je n'aye
jamais poffedé d'autres richeſſes
que celles qu'il m'a
données , il a neanmoins
crû mes accuſateurs. Enfin
aun de ſes Officiers vint un
ſoir me dire que le Sophi
m'ordonnoit de me rendre
le lendemain , aprés la premiere
priere , au pied de ſa
Tribune , pour répondre au
crime dont on m'accuſoit.
238 MERCURE
Ce Prince aimoit beau.
coup la pêche , & il y avoit
alors plus de deux ans que
je travaillois avec ma femme
à lui faire , de ſes propres
largeſles ,un preſent
qui pût lui plaire. C'eſt un
filet qui a ſoixante pieds de
longueur , fur trois de hauteur,
dont tout le rezeau eft
d'or fin , fans aucun mélange
de foye ; au lieu de
plomb , j'ai mis de diſtance
en diſtance des boules d'or
& d'argent , & pour foû .
tenir le poids du filet , le
cordon qui reſte ſur l'eau
GALANT. 239
eſt garni de pieces de cedre
& de liege attachées
au filet avec des anneaux
d'or. Voila , lui dis je, en le
lui preſentant le lendemain
matin , le treſor que je pof.
fede. Je dois à la generofité
de Ta Hauteſſe tout l'or
dont il eſt enrichi , & lorf
quej'ai entrepris de le faije
ne l'ai jamais deftiné
qu'au plaifir de Ta Hauteſſe.
Dieu est tout puiſſant
&tout mifericordieux , &
le faint Prophete m'entend.
Je lui donnai avec cela un
zirtlan que j'aimois, & qui
re
240 MERCURE
me parloit commeunhomme.
Pour recompenſe de
ma bonne foy , on a bien
reçû mon preſent. Je me
ſuis appauvri à le faire , &
le Sophi m'a chaffé. Voila
cequ'Oſmin me conta.
Que penſez-vous , mon
cher L. F. de la politique
de cet homme ? Auriezvous
en ſa place donné vô
tre filet ? l'auriez-vous gardé
? auriez vous , aux yeux
de vôtre Juge montré vô.
tre richefle , ou foûtenu võ.
tre pauvreté ? N'y avoit - il
que de la vertu à faire l'un
ou
GALANT.
241
2
ou l'autre ? Enfin comment
vous feriez-vous défendu? ...
Mais à propos du zirtlan
que je viens de vous nommer,
je veux vous apprendre
ce que c'eſt , ſi vous ne
le ſçavez pas ; à la bonne
heure ſi vous le ſçavez , je
n'ai rien de mieux à faire.
C'eſt un animal que les
Tarcs appellent zirtlan , &
les autres nations byena.
Cet animal eſt de la taille
d'un loup ordinaire. Il entend
parfaitement la voix
humaine , & il comprend à
merveille le ſens de toutes
May 1714.
X
242 MERCURE
१०
2
les paroles qu'il entend.
Ofmin, qui en a depuis longtemps
apprivoiſez , m'a affuré
qu'ils lui avoient quelquefois
répondu des mots
bien articulez , & fort relatifs
à ceux qu'il leur avoit
dits. La maniere dont on
le prend eſt admirable.
Ceux qui font affez hardis
pour lui donner la chaffe
approchent de ſa caverne ,
qu'un monceau d'oſſemens
&de carcaffes des animaux
qu'il a dévorez rend toûjours
fort reconnoiſſable.
Le plus audacieux de ces
GALANT. 243
chaſſeurs entre dans la caverne
, tenant à ſa main le
bout d'une corde, dont ſes
camarades 'tiennent l'autre
àla porte. Sitôt qu'il met
le pieddans l'antre , il cric
de toute ſa force , joctur ,
* joctur , ucala. Cela veutdire ,
il n'y eſt pas , il n'y eſt pas ;
2 & en criant toûjours , il n'y
Deſt pas , il arrive juſqu'auprés
de ce terrible animal ,
qui ſe ſerre contre la terre ,
perfuadé que les hommes
qui le cherchent ne mencent
point , & qu'ils font
apparemment ſûrs de ne le
C
7
Xij
244 MERCURE
pas trouver , puis qu'ils dilent
toûjours qu'il n'y eft
pas. Alors le chaſſeur , fans
diſcontinuer de crier , il n'y
eſt pas , lui paſſe ſa corde
entre les cuiffes , l'attache
demaniere à ne le pas manquer.
Il laiſſe enſuite traf
ner la corde à terre ; puis à
meſure qu'il ſe retire à reculon
, il crie , juſqu'à ce
qu'il ſoit dehors , il n'y eſt
pas : mais dés qu'il a regagné
la porte de cet affreux
gîte , il crie de toute fa force
avec ſes camarades , il y
eſt , il y eft, il y eſt. L'aniGALANT.
245
mal qui ſe voit ainſi découvert
, s'élance auffitôt
avec fureur pour devorer
ſes ennemis : mais il eſt ſi
bien pris , qu'en fortant de
ſa caverne ou on le tuë , ou
il s'enferme dans une grande
machine faite, exprés
pour le prendre en vie .
Si je n'avois pas vû cet
animal ; ſi je n'étois pas für
qu'il entend & comprend
les fons de la voixde l'homme
, & fi je ne croyois pas
de bonne foy ce qu'Ofmin
m'en a raconté , je ne pourrois
pas encore me perfua-
Xiij
246 MERCURE
der que ce que le ſage &
ſçavant Augerius Giſlenius
Buſbequius en a écrit ne
fût un vrai conte à dormir
debout. Je vous envoye exprés
ceque nous en a dit ce
Miniſtre qui , comme vous
ſçavez , fut ici long-temps
Ambaſſadeur de l'Empereur
Maximilien auprés du
Grand Sultan Solyman premier.
Voici les termes de
l'original.
Extractum Epift. 1. Aug.
G. B... p. 74. de hyænis.
Jam ride quantùm lubet ,
GALANT. 247
ram.
fi unquam riſiſti ; fabulam audies
quam ex ore populi refe-
Aiunt hyenam , ( quam
ipfi zirtlan vocant)fermonem
intelligere humanum , ( veteres
imitari dixerunt ) proptereaque
à venatoribus hunc in
modum capi. Accedunt ad ejus
cavernam,quam ex offiumcumulo
deprehendi facile eft . Subit
unus cum fune , cujus partem
extremam fociis tenendam foris
relinquit ; ipſe identidem
pronuntians , joctur , joctur ,
ucala ; illam fe non reperire
illam non adeffe introrepit. At
hyena quese latere, nefcirique
X iiij
248 MERCURE
ex ejus fermone putat , manet
immota , donec fibi crus fune
vinciatur ; fubinde venatore
illam non adeffe clamitante.
Deinde cum iifdem verbis retrocedit
: fed ubi jam ex fpelunca
evafit , de repente cla
more magno hyænam intus effe
pronuntiat ; quo illa intellecto,
vehementi impetu ut fugam
capiat nequicquam profilit , venatoribus
per funem quo crus
ei implicatum diximus retinentibus.
Sic eam vel occidi , vel
adhibita industria narrant vivam
capi. Nam animalſevum
eft , & quod se impigrè deffendat.
GALANT. 249
Ainſi vous pouvez , mon
ami , juger de ce que j'en
ai vû , par ce qu'en ditBufbek.
A l'égarddes contemporains
, ſon témoignage
fait fort peu pour mon difcours
, puiſque l'avantage
quej'ai d'être , me doit rendre
au moins auffi croyable
que lui , qui n'eſt plus ;
d'ailleurs ce n'eſt pas àvous
que je voudrois en impofer.
Au reſte , je vous avouë
qu'il n'y a rien de curieux
dans les Lettres que Buſbek
a écrite de ce pays.ci , dont
250 MERCURE
je n'aye eu une envie extrême
de m'éclaircir par moymême
; & tout ce qu'il a
dit des elephans , des cigales&
des fourmis , eſt admirable
& vrai: mais je vous
en entretiendrai une autre
fois , & l'emplette que j'ai
faite il y a quelque temps
de deux filles d'un pays
dont il fait un plaifant détail,
me fournira , avec l'hiftoire
des animaux dont il
parle, la matiere de ma pre
miere lettre . Celle- ci est
longue, mon ami: mais ily
ahuit cens lieuës entre nous
GALANT. 251
deux , la terre eſt peu fûre
pour nos correſpondances ,
les navires , les fregates, les
galeres , les caïques , les
tartanes , & les barques ne
partent pas tous les jours :
ainſi major è longinquo reverentia.
Par conſequent mes
lettres , quelque longues
qu'elles foient , ne doivent
jamais vous ennuyer.
Le deſtin du Roy de Suede
paroît meilleur qu'il n'a
été depuis long- temps.
M. Setun, Ambaſſadeur
d'Angleterre ici , m'a dit
qu'ilſouhaitoit debon coeur
1
2524
MERCURE
entretenir avec vous unc
relation égale. Ce Miniftre
m'a paru fort ſenſible à la
nouvelle de la mort du fils
du Milord Lexington , fon
neveu & vôtre ami
que
vous avez vù mourir a Madrid.
Les termes dont vous
ةي
vous ſervez en parlant de
ce jeune Seigneur lui ont
fait concevoir tant d'eſtime
pour vous , qu'il ne ceſſe
de me demander fi je ſuis
bien fûr que vous m'enver
rez exactement des nouvelles
de France. Je vous
en prie avec la derniere infGALANT.
253
:
tance , & fuis de tout mon
coeur , mon cher L. F.
Vôtre , &c.
tres comme ce lle-ci
,
qu'un de mes amis m'é-
crit de Constantinople,
dattée du 20. Avril.
J'étois fort en peine de
vous, mon cher L F.lors-
que vôtre lettre est heureu-
sement venuë me tir r .fin
quictude. Vôtrestile libre
& enjoüé, & vos nouvelles
badines n'ont pas mal con-
tribuéà me persuader que
vous vous portez bien: mais
la lâcheté de vos reflexions,
& l'indolence de vôtre philofophie
m'ont mis dans
une telle colere contre
vous, que je n'ai pas le courage
de vous feliciter fur
ſanté dont vous joüiffez ,
puiſque vous avez reſolu de
l'employer plus mal que je
n'aurois jamais oſe me l'imaginer.
Vous voulez maintenant
que tous les amis que vous
avez laiſſez dans les differentes
regions du monde ,
foient fûrs de vous trouver
à Paris juſqu'à la fin de vos
jours. JJaaddiiss on avoit le plai-
T
GALANT.
219
fir de s'entretenir quelquefois
avec vous du Nort au
Sud , & de l'Eſt à l'Oüeft ;
je comptois mêmeque vous
n'abandonneriez pas nôtre
nouvel Ambaſſadeur, aprés
le portrait que vous m'avez
fait , & de fon merite,
& des obligatious que vous
lui avez . Neanmoins il partira
ſans vous , pendant que
vous vivrez à Paris comme
un Parifien , & qu'éternel.
lement ſujet à un coup de
cloche , la Samaritaine reglera
tous les momens de
vôtre vie . Voila en verité
Tij
220 MERCURE
une plaiſante profeffion
pour un homme de vôtre
humeur.
L'audacieux Simon de
Bellegarde , qui recom
mence à preſent pour la
troiſième fois le voyage de
la Byſſinie, arriva ici avanthier.
Je dînai & je ſoupai
hier avec lui. Il me dit qu'il
vous avoit vû à Madrid ,
dans le deſſein de le ſuivre
de prés. Il ajoûta même qu'il
avoit quelque legere intention
de vous attendre à fa
maiſon de Scutari , où il va
paſſer quelquetemps,avant
GALANT. 221
d'entreprendre ( avec fon
grand Negre qu'il a retrouvé
) de courir à la dé
couverte du Temple de Jupiter
Hammon , & de retourner
en Ethiopie. Je lui
dis , aprés pluſieurs bagatelles
que nous debitâmes
fur votre compte , que s'il
n'attendoit que vous pour
aller rendre viſite au Prête-
Jean , il n'avoit que faire de
ſe charger de bouſſole , ni
d'eau , pour traverſer plus
commodément les fables
de l'Egypte. En même
temps je lui montrai vôtre
Tiij
222 MERCURE
Lettre. Je ne veux pas vous
faire rougir de toutes les
injures dont il vous accabla.
Il vous traita d'homme
fans coeur & fans foy ;
enfin il acheva ſa declamation
par cette belle fentence
: Morbleu , dit il , il n'a
pas tant de tort ; il a fait trop
de chemin inutile depuis qu'il
est au monde, pour ne pas se
refoudre en confcience à être
faineant jusqu'àla mort ;
je ferai bien furpris fi à la fin
cette reſolution n'est pasſuivie
de quelques voeux melancoliques.
Mais vous ne faites
GALANT.
223
point d'attention , lui disje,
à ce qu'il me mande ,
&vous ne voyez pas qu'il
aime mieux travailler à Paris
à faire imprimer ſes
- voyages , & peut - être les
nôtres. Oh ma foy , repritil
, il fait bien , & cet employ
me paroît fort d'accord
avec fes faillies. Ecrivez-lui
au plûtôt , que je mette un mot
dans votre Lettre , & promettons-
lui bien des merveilles.
**Ainſi nous nous ſeparames
tous deux , affez mortifiez
d'être fûrs de ne vous
revoirde long temps : mais
Tiiij
224 MERCURE
ſi vous m'aimez toûjours ,
mon cher L. F. faites du
moins que vos Lettres me
confolent de vôtre abſence.
De mon côté j'eſpere
ne vous pas mal dedommager
de vôtre exactitude.
Le depit que j'ai eu en
liſant votre Lettre , de vous
voir capable de la foibleſſe
de vous forger enfin l'idée
du repos dont vous vous
flatez , avant de ſentir que
le public vous fatiguera
peut- être plus que tous les
monts & tous les vaux de
l'univers , devroit , ſi j'étois
GALANT 225
&
d'humeur vindicative ,
m'empêcher d'étendre plus
loin ma réponſe: mais mon
interêt l'emporte ſur mon
depit , & j'apprehendrois
trop de voir bientôt finir
de vôtre côté nôtre commerce
epiftolaire , ſi je ne
vous écrivois que des nouvelles
inutiles pour vous ,
ou indifferentes à ceux à
qui vous pouvez les com.
muniquer.Ainſi je vais vous
entretenir de la Georgie ,
de la Perſe , de Bizance , &
de moy.
Il y a quelque tempsqu'il
226 MERCURE
vint ici un des principaux
Timars de la Georgie, avec
qui je me liai d'amitié , de
façon à ne m'en pouvoir
jamais dédire , tant il me
donna d'eſtime pour lui.
Avant de vous apprendre
ce qu'il m'a conté de fon
hiſtoire , j'ai deux mots a
vous dire de la qualité de
fon employ.
Un Timar dans cet Empire
eft ordinairement un
homme de guerre , à qui
l'on donne la joüiffance &
le revenu d'une certaine
quantité de terres ( qu'on
GALANT.
227
i
appelle timariot. ) Les uns
valent plus , les autres
moins. Il y en a qui rapportent
quatre cens, cinq cens ,
mille , &juſqu'à deux mille
écus de rente. Il y en a
beaucoup au deſſous. Ceux
à qui on donne ces places ,
font obligez , dans tous les
beſoins de l'Etat , de ſe ranger
, au premier bruit de
guerre , ſous l'étendart de
la Religion , & de mener
avec eux à leurs dépens , au
moins un ou deux cavaliers
ou fantaſſins de leur
timariot. Ces Timars font
228 MERCURE
de vrais tyrans dans l'éten
duë de leur domaine. Celui-
ci en a un des plus con
fiderables , & il m'a juré
que , ſans inquieter jamais
ſes vaffaux , le ſien lui val
loit tous les ans plus de cinq
cens ſequins de rente ; aufli
eft il fort riche Il s'appelle
Oſmin Kara. C'eſt un vieux
Muſſulmane, recomman
bleppar ſa bonne mine autant
qu'il l'eſt depuis longtemps
par ſa valeur. Il eſt
fils d'un de ces enfans de
tribut qu'on appelle Azamoglans.
Il ſervoit dans les
GALANT.
229
Janiſſaires lorſqueMahomet
quatre fut dépoſſedé par
quar
fon frere Soliman III. Il
ſe trouva malheureuſement
engagé étroitement dans
le parti de ces deux fameux
ſeditieux Fetfagi & Haggi
Ali , dont la revolte penſa
caufer la ruine entiere de
l'Empire Othoman. Ce fut
lui , qui aprés avoir été des
plusanimez &des plus heureux
au pillage de la maiſon
&des richeſſes du grand
Treſorier ,entra le premier
le fabre & la flame à la
main dans la maiſon du
230 MERCURE
grand Viſir Siaous , qui ,
aprés avoir mal à propos
remis le ſceau de l'Empire
dans les mains du Muphti ,
au milieu de cet affreux de
fordre fut tué d'un coupde
piſtolet , que Haggi Ali lui
tira dans la tête. Il fut un
de ceux qui ſçut le mieux
&le plus fecretement profiter
des joyaux qui furent
arrachez aux femmes &
aux enfans de ce malheu
reux Vifir , qu'on traîna
comme lui dans les ruës de
Conſtantinople , aprés les
avoir égorgez. Enfin ce fut
GALANT...
231
lui qui ſauva la plus jeune
fille de Siaous avec une ef
clave , qu'il vendit publiquement
quatre ſequins à
un Marchand Arabe , qui
lui promit en ſecret de les
lui rendre pour le même
prix , lors qu'il voudroit les
racheter ; ce qu'il fit lorfque
le tumulte fut appaifé.
On s'étonne rarement ici)
des actes de bonne foy, l'uſage
eſt de n'y pas manquer
Oſmin Kara confia avec
ſon argent & ſes bijoux ,
cette petite fille,feul refte
zoulo
232 MERCURE
de la famille des deux
grands Viſirs Cuprogli , qui
avoient fi heureuſement
travaillé pour l'agrandiffement
& pour la gloire de
l'Empire Othoman , à un
vieux Marchand Armenien
ſon ami, établi dans le faux.
bourg de Galata. Ce bon
homme garda ce dépôt
chez lui pendant dix ans ,
qu'Ofmin , qui eut ordre
d'aller fervir dans les Ja
niſſaires de Babylone , paffa
fur les frontieres de la Perſe
, qui menaçoit alors le
grand Seigneur de lui do
clarer
GALANT. 233
clarer la guerre. Afon re
tour à Conſtantinople , on
lui donna un timariot de
deux cens ſequins de rente.
Désqu'ilſe vit en poffeffion
d'un azile , il alla chez ſon
ami , qui lui rendit , avec
ſes bijoux , la fille de Siaous
grande , bien faite &belle.
Elle avoit juſqu'alors ignoré
ſa naiſſance ; il la lui ap
prit , & en même temps il
lui demanda ſi elle vouloit
l'épouſer. Elle y confentit.
La ceremonie de ce ma
riage ſe fit à la Turque. Il
remercia ſon ami , il prit
May 1714. V
234 MERCURE
congé de lui , & il ſe retira
avec ſon épouſe dans ſon
timariot , où il a toûjours
vêcu avec elle comme s'il
lui eût été défendu d'avoir
plus d'une femme.
Il ya cinq ans que le
dernier Vifir depolé , qui
l'avoit toûjours conſideré ,
changea ſon timariot pour
celui qu'il poſſede. Nya
trois mois qu'il étoit ici , &
c'eſt de lui que j'ai appris
le petit trait d'hiſtoire que
vous allez lire .
J'étois , me dit - il un
jour , dans les Janiſſaires du
GALANT. 235
Sultan Solyman , qui ( pour
nous punir des troubles
que nôtre union avec les
Spahis avoit caufez dans
Conſtantinople ) nous envoya
fur les frontieres de
la Perſe , lors qu'un ſujet
du Sophi me tomba entre
les mains. Toutes les raifons
& toutes les regles de
la guerre le rendoient mon
prifonnier : mais je trouvai
tant de probité dans cet
homme , que , loin de fon,
ger àa m'en faire un eſclave,
je tâchai ſeulementde m'en
faire un ami , & j'y reüffis.
V ij
236 MERCURE
Un jour me promenant
avec lui parmi un ggrraand
nombre de tombeaux ,
(dont on voit encore des
ruïnes magnifiques à un
ne:) Vous m'aimez , me
quart de lieuë de Babylodit-
il , fans me connoître ;
cela ne me fuffit pas , je
veux vous apprendre qui je
fuis, pour voir comme vous
me traiterez lorſque vous
me connoîtrez. Je m'appelle
Achmet Ereb. La vertu
qui fait ma nobleſſe a fait
les honneurs & les infortunes
de ma vie. Le Sophi
GALANT. 237
mon Seigneur m'a comblé
pendant dix ans des biens
qu'il vient de m'ôter en un
jour. Mes ennemis lui ont
perfuadé que j'avois trouvé
un trefor. Quoique je n'aye
jamais poffedé d'autres richeſſes
que celles qu'il m'a
données , il a neanmoins
crû mes accuſateurs. Enfin
aun de ſes Officiers vint un
ſoir me dire que le Sophi
m'ordonnoit de me rendre
le lendemain , aprés la premiere
priere , au pied de ſa
Tribune , pour répondre au
crime dont on m'accuſoit.
238 MERCURE
Ce Prince aimoit beau.
coup la pêche , & il y avoit
alors plus de deux ans que
je travaillois avec ma femme
à lui faire , de ſes propres
largeſles ,un preſent
qui pût lui plaire. C'eſt un
filet qui a ſoixante pieds de
longueur , fur trois de hauteur,
dont tout le rezeau eft
d'or fin , fans aucun mélange
de foye ; au lieu de
plomb , j'ai mis de diſtance
en diſtance des boules d'or
& d'argent , & pour foû .
tenir le poids du filet , le
cordon qui reſte ſur l'eau
GALANT. 239
eſt garni de pieces de cedre
& de liege attachées
au filet avec des anneaux
d'or. Voila , lui dis je, en le
lui preſentant le lendemain
matin , le treſor que je pof.
fede. Je dois à la generofité
de Ta Hauteſſe tout l'or
dont il eſt enrichi , & lorf
quej'ai entrepris de le faije
ne l'ai jamais deftiné
qu'au plaifir de Ta Hauteſſe.
Dieu est tout puiſſant
&tout mifericordieux , &
le faint Prophete m'entend.
Je lui donnai avec cela un
zirtlan que j'aimois, & qui
re
240 MERCURE
me parloit commeunhomme.
Pour recompenſe de
ma bonne foy , on a bien
reçû mon preſent. Je me
ſuis appauvri à le faire , &
le Sophi m'a chaffé. Voila
cequ'Oſmin me conta.
Que penſez-vous , mon
cher L. F. de la politique
de cet homme ? Auriezvous
en ſa place donné vô
tre filet ? l'auriez-vous gardé
? auriez vous , aux yeux
de vôtre Juge montré vô.
tre richefle , ou foûtenu võ.
tre pauvreté ? N'y avoit - il
que de la vertu à faire l'un
ou
GALANT.
241
2
ou l'autre ? Enfin comment
vous feriez-vous défendu? ...
Mais à propos du zirtlan
que je viens de vous nommer,
je veux vous apprendre
ce que c'eſt , ſi vous ne
le ſçavez pas ; à la bonne
heure ſi vous le ſçavez , je
n'ai rien de mieux à faire.
C'eſt un animal que les
Tarcs appellent zirtlan , &
les autres nations byena.
Cet animal eſt de la taille
d'un loup ordinaire. Il entend
parfaitement la voix
humaine , & il comprend à
merveille le ſens de toutes
May 1714.
X
242 MERCURE
१०
2
les paroles qu'il entend.
Ofmin, qui en a depuis longtemps
apprivoiſez , m'a affuré
qu'ils lui avoient quelquefois
répondu des mots
bien articulez , & fort relatifs
à ceux qu'il leur avoit
dits. La maniere dont on
le prend eſt admirable.
Ceux qui font affez hardis
pour lui donner la chaffe
approchent de ſa caverne ,
qu'un monceau d'oſſemens
&de carcaffes des animaux
qu'il a dévorez rend toûjours
fort reconnoiſſable.
Le plus audacieux de ces
GALANT. 243
chaſſeurs entre dans la caverne
, tenant à ſa main le
bout d'une corde, dont ſes
camarades 'tiennent l'autre
àla porte. Sitôt qu'il met
le pieddans l'antre , il cric
de toute ſa force , joctur ,
* joctur , ucala. Cela veutdire ,
il n'y eſt pas , il n'y eſt pas ;
2 & en criant toûjours , il n'y
Deſt pas , il arrive juſqu'auprés
de ce terrible animal ,
qui ſe ſerre contre la terre ,
perfuadé que les hommes
qui le cherchent ne mencent
point , & qu'ils font
apparemment ſûrs de ne le
C
7
Xij
244 MERCURE
pas trouver , puis qu'ils dilent
toûjours qu'il n'y eft
pas. Alors le chaſſeur , fans
diſcontinuer de crier , il n'y
eſt pas , lui paſſe ſa corde
entre les cuiffes , l'attache
demaniere à ne le pas manquer.
Il laiſſe enſuite traf
ner la corde à terre ; puis à
meſure qu'il ſe retire à reculon
, il crie , juſqu'à ce
qu'il ſoit dehors , il n'y eſt
pas : mais dés qu'il a regagné
la porte de cet affreux
gîte , il crie de toute fa force
avec ſes camarades , il y
eſt , il y eft, il y eſt. L'aniGALANT.
245
mal qui ſe voit ainſi découvert
, s'élance auffitôt
avec fureur pour devorer
ſes ennemis : mais il eſt ſi
bien pris , qu'en fortant de
ſa caverne ou on le tuë , ou
il s'enferme dans une grande
machine faite, exprés
pour le prendre en vie .
Si je n'avois pas vû cet
animal ; ſi je n'étois pas für
qu'il entend & comprend
les fons de la voixde l'homme
, & fi je ne croyois pas
de bonne foy ce qu'Ofmin
m'en a raconté , je ne pourrois
pas encore me perfua-
Xiij
246 MERCURE
der que ce que le ſage &
ſçavant Augerius Giſlenius
Buſbequius en a écrit ne
fût un vrai conte à dormir
debout. Je vous envoye exprés
ceque nous en a dit ce
Miniſtre qui , comme vous
ſçavez , fut ici long-temps
Ambaſſadeur de l'Empereur
Maximilien auprés du
Grand Sultan Solyman premier.
Voici les termes de
l'original.
Extractum Epift. 1. Aug.
G. B... p. 74. de hyænis.
Jam ride quantùm lubet ,
GALANT. 247
ram.
fi unquam riſiſti ; fabulam audies
quam ex ore populi refe-
Aiunt hyenam , ( quam
ipfi zirtlan vocant)fermonem
intelligere humanum , ( veteres
imitari dixerunt ) proptereaque
à venatoribus hunc in
modum capi. Accedunt ad ejus
cavernam,quam ex offiumcumulo
deprehendi facile eft . Subit
unus cum fune , cujus partem
extremam fociis tenendam foris
relinquit ; ipſe identidem
pronuntians , joctur , joctur ,
ucala ; illam fe non reperire
illam non adeffe introrepit. At
hyena quese latere, nefcirique
X iiij
248 MERCURE
ex ejus fermone putat , manet
immota , donec fibi crus fune
vinciatur ; fubinde venatore
illam non adeffe clamitante.
Deinde cum iifdem verbis retrocedit
: fed ubi jam ex fpelunca
evafit , de repente cla
more magno hyænam intus effe
pronuntiat ; quo illa intellecto,
vehementi impetu ut fugam
capiat nequicquam profilit , venatoribus
per funem quo crus
ei implicatum diximus retinentibus.
Sic eam vel occidi , vel
adhibita industria narrant vivam
capi. Nam animalſevum
eft , & quod se impigrè deffendat.
GALANT. 249
Ainſi vous pouvez , mon
ami , juger de ce que j'en
ai vû , par ce qu'en ditBufbek.
A l'égarddes contemporains
, ſon témoignage
fait fort peu pour mon difcours
, puiſque l'avantage
quej'ai d'être , me doit rendre
au moins auffi croyable
que lui , qui n'eſt plus ;
d'ailleurs ce n'eſt pas àvous
que je voudrois en impofer.
Au reſte , je vous avouë
qu'il n'y a rien de curieux
dans les Lettres que Buſbek
a écrite de ce pays.ci , dont
250 MERCURE
je n'aye eu une envie extrême
de m'éclaircir par moymême
; & tout ce qu'il a
dit des elephans , des cigales&
des fourmis , eſt admirable
& vrai: mais je vous
en entretiendrai une autre
fois , & l'emplette que j'ai
faite il y a quelque temps
de deux filles d'un pays
dont il fait un plaifant détail,
me fournira , avec l'hiftoire
des animaux dont il
parle, la matiere de ma pre
miere lettre . Celle- ci est
longue, mon ami: mais ily
ahuit cens lieuës entre nous
GALANT. 251
deux , la terre eſt peu fûre
pour nos correſpondances ,
les navires , les fregates, les
galeres , les caïques , les
tartanes , & les barques ne
partent pas tous les jours :
ainſi major è longinquo reverentia.
Par conſequent mes
lettres , quelque longues
qu'elles foient , ne doivent
jamais vous ennuyer.
Le deſtin du Roy de Suede
paroît meilleur qu'il n'a
été depuis long- temps.
M. Setun, Ambaſſadeur
d'Angleterre ici , m'a dit
qu'ilſouhaitoit debon coeur
1
2524
MERCURE
entretenir avec vous unc
relation égale. Ce Miniftre
m'a paru fort ſenſible à la
nouvelle de la mort du fils
du Milord Lexington , fon
neveu & vôtre ami
que
vous avez vù mourir a Madrid.
Les termes dont vous
ةي
vous ſervez en parlant de
ce jeune Seigneur lui ont
fait concevoir tant d'eſtime
pour vous , qu'il ne ceſſe
de me demander fi je ſuis
bien fûr que vous m'enver
rez exactement des nouvelles
de France. Je vous
en prie avec la derniere infGALANT.
253
:
tance , & fuis de tout mon
coeur , mon cher L. F.
Vôtre , &c.
Fermer
Résumé : « Je ne croy pas qu'on ait vû beaucoup de [...] »
Dans une lettre datée du 20 avril, l'auteur exprime son soulagement après avoir reçu des nouvelles de L.F., tout en critiquant sa décision de s'installer à Paris et son mode de vie indolent. L'auteur mentionne Simon de Bellegarde, qui se prépare à voyager en Byssinie et a rencontré L.F. à Madrid, le critiquant sévèrement. La lettre aborde ensuite des événements historiques liés à la révolte et aux intrigues politiques au sein de l'Empire Ottoman. Un rebelle nommé Ali joue un rôle clé dans une rébellion contre Mahomet IV. Ali participe au pillage des richesses du grand Trésorier et à l'assassinat du grand Vizir Siaous. Après ces événements, Ali sauve et revend la fille de Siaous. Osmin Kara, un Timar géorgien et ancien Janissaire, confie cette fille à un marchand arménien avant de l'épouser à son retour. Le texte relate également l'histoire d'Achmet Ereb, capturé par Osmin, qui raconte son injustice subie par le Sophi de Perse. Le narrateur décrit ensuite un animal appelé 'zirtlan' ou hyène, capable de comprendre et de réagir aux paroles humaines. La lettre se termine par des considérations sur la correspondance et des nouvelles concernant le roi de Suède et la mort du fils de Lord Lexington.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
211
p. 119-121
Extrait d'une lettre d'Angers.
Début :
Je ne sçai si vous avez oüi parler de la fureur des [...]
Mots clefs :
Loups, Angers
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texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une lettre d'Angers.
Extrait d'une lettre d'Angers.
Jeindſçai fivous avez oüi
parlersde la foreur des
120 MERCURE
loups enragez qui font en
trez dans nôtre ville d'Angers
, & ont mordu plus de
cinquante perſonnes , qui
ont été obligées d'aller à
la mer. On regarde ce deſaſtre
comme un veritable
fleau. On a vû dans les an
ciens regiſtres que la même
choſe étoit arrivée il y a
cent ans dansune conjoncture
pareilleaprés les con
cluſions de la paix. On vient
de faire une proceffion generale
pour appaiſer la colere
du Seigneur. J'ai vu
pluſieurs de des pauvres
bleſſez
GALANT. 122
bleſſez qui faisoient compaflion.
Les loups les ont
mordus au vilage & à la tête.
Nôtre Prelat a été obligé
de quitter ſa charmante ſolitude
d'Evantor , où il y a
un trés- grand bois qui peut
ſervir d'azile à ces bêtes enragées.
Jeindſçai fivous avez oüi
parlersde la foreur des
120 MERCURE
loups enragez qui font en
trez dans nôtre ville d'Angers
, & ont mordu plus de
cinquante perſonnes , qui
ont été obligées d'aller à
la mer. On regarde ce deſaſtre
comme un veritable
fleau. On a vû dans les an
ciens regiſtres que la même
choſe étoit arrivée il y a
cent ans dansune conjoncture
pareilleaprés les con
cluſions de la paix. On vient
de faire une proceffion generale
pour appaiſer la colere
du Seigneur. J'ai vu
pluſieurs de des pauvres
bleſſez
GALANT. 122
bleſſez qui faisoient compaflion.
Les loups les ont
mordus au vilage & à la tête.
Nôtre Prelat a été obligé
de quitter ſa charmante ſolitude
d'Evantor , où il y a
un trés- grand bois qui peut
ſervir d'azile à ces bêtes enragées.
Fermer
Résumé : Extrait d'une lettre d'Angers.
Dans une lettre d'Angers, des attaques de loups enragés ont blessé plus de cinquante personnes, contraignant certaines à se rendre à la mer. Cet événement, perçu comme un fléau, s'est déjà produit il y a cent ans après une paix conclue. Une procession a été organisée pour apaiser la colère divine. Plusieurs blessés, mordus au visage et à la tête, suscitent la compassion. Le prélat a quitté sa résidence solitaire à Évron, un lieu boisé favorable aux loups enragés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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212
p. 53-91
REMARQUES.
Début :
La Floride est la plus belle promenade qu'il y ait [...]
Mots clefs :
Madrid, Rivière, Ville, Promenade, Roi, Séville, Port de Salines, Fête de Taureaux, Aranjuez, Pinto, Porte, Leganés, Manzanares
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texteReconnaissance textuelle : REMARQUES.
REMARQVES.
1. La Floride est la plus
belle promenade qu'il y ait
aauuxxeennvviirroonnssddeeMMaaddrriidd.
Elle est dans un fond, sur
le bord de la riviere;elle
est de la largeur d'une des
plus étroites alléesduCours;
lesarbres dont elle est ornée
sont plantez assez irrégulièrement
:elle a environ
une demi lieuë de longueur.
Plusieurs François dela
Maison du Roy y ont fait
faire des maisons. de campagnefortjolies
;entr'autres,
le Sieur Riqueur
Chymiste , & Apotiquaire
de Sa Majesté Catholique
y a achetéun grandespace
de terre, dans le dessein
d'en faire un jardin des
simples,sur le modele du
Jardin du Roy qui est à
Paris. On me mande de
Madrid que ce dessein est
executé.
i. Mançanares est une petite
riviere qui descend des
montagnes de Guadarama.
Il seroit fort difficile dedire
où elle le perd en Eté. En
Hyver elle accroche quelque
bras du Tage ou du
Karama. Entouttempsce
n'est rien. Le pont de Segovie,
que le Roy Philippe
Eiiii
second fie bâtir sur ce ruiffèiu,
elt un des plus magnifiques
ponrs qu'il y ait
en Europe. Chacun sçait
qu'un ambassadeur dit un
jour, en considerant le
pont & la rivière
,
qu'il
Faudroit vendre le pont
pour acheter de l'eau. On
a propose plusieurs fois aux
Rois d'Espagne les moyens
de rendre le Mançanares
navigable. On m'a dit que
ces propositionsn'avoient, pas é1té1reAçu..es, parce que
l'abondance des eaux qui
auroient rempli le lit de
cette riviere auroit pendant
l'Eté privé les Dames & les
Cavaliers du plaisir de se
promener dans leurs carosses
au milieu du Mançanares.
Ce seroit bien dommage.
3. Leganezest un desplus
beaux villages qu'il y ait en
Espagne. Il est à deux lieuës
de Madrid, dans une plaine
,
sur la droite du chemin
de Madrid à Aranjuez.Les
melons, les figues, & L*s
raisins de Leganez sont excellens.
Ce village appartenoit
au Marquis de Leganez,
quimourutil y a
quelques années à Paris.
--
4. Pinto est un gros bourg
à quatre lieuës de Madrid,
appartenant au Comte de
Pinto, frere de M. le Duc
d'Ossone.
Laporte de la Vega est
une des plus belles portes
de Madrid.C'est par cette
porte que l'on fort pour
prendre la route des Royaumesde
Valence,de Murcie
, de Grenade & d'Andalousie.
6. PradoViejo. Il n'est
point de ville en Europe
dont l'entrée soit plus belle
& plus riante que celle de
Madrid par la porte d'Alcala.
Dés qu'on a passé cette
porte, on entre dans une
ruë grande, belle & propre:
au milieu de cette ruë est
une espece de carrefour,
qui presente de tous les
cotez le plus beau coup
d'oeil du monde. On voit
en perspective & à perte de
vûë la ruë d'Alcala, qui est
la plus belle ruë de Madrid.
C'est en dire peu de chose,
par rapport à l'idée qu'on
a mal à propos de cette
grande ville, dont les maiions
sont fort bien bâties,
& les ruës larges , claires
& bien percées, mais fore
sales. Celle d Alcala, dont
je parle, est si belle, que
je suis sûr qu'à Rome, nià
Paris il n'yen a pas une qui
lui ressemble. Dumilieu de
cette ruë on découvre à
droite & à gauche le Prado
Viejo. C'est une grande
promenade, revêtue du
côté du Buen Reciro de
quatre rangées de grands
arbres. Elle est ornée de
plusieurs fontaines, & sert
de promenade détiquete
auxDames&auxSeigneurs
Espagnols
,
depuis Pâques
jusqu'à la Fête-Dieu.Depuis
laFête-Dieu jusqu'à la
Touflainc on le promène à
la Floride ôc sur le Mançanares,
& depuis laToussaint
jusqu'a Pâques hors la ville;
entre les portes. Cette promenade
s'appelle, elpasseo
mr§pW**h -r.(- iipl::-7
<•7. Elle me passa açveç-Jes
doigts. La contrainteperpetuelle
dans laquelle les
Dénies Espagnoles fp,n|
forcées dp vivre, lcs jettç
dans la necenice de se faire
-
un langage des yeux & des
doi gts, que personne nattrape
comme elles. Les Irai
liennes, & sur-tout les Portugaises
qui ont beaucoup
d'esprit
, ne seroient que
leurs écolieres danscesfaçons
dexpiiqu#Jet*»rë.in4
tentions àleursatttutts.'Elletf
s'en fervent, fæm-tBoia;
presque toutes:;ni<tf& èllês
n'ontnil'art,nileguerre
desEspagnoles,&jeccoy
qu'on peut soutenir, fini
fairetortauxplusspiri
rucHes) aùx- pluèka'&ôitè*
& aux plus delicates, qu'il
n'est point de femmes dans
le monde qui ayent plus
d'industrie, plus de manege,
& plus de refolurion
qu'elles. Les avantures les
plus extraordinaires n'ont
jamais rien de difficile, lors
qu'elles sont conduites par
des Espagnoles, tant elles
ont d'intrigue, de ruse &
de génie. Pour arriver à
leur but,quelques obstacles
qui se presentent,elles n'ont
besoin que d'un homme
docile,&qui ait feulement
la complaisance de se laisser
conduire.
L'usage de se parler avec
les doigts, qui estmaintenant
aboli au Palais, étoit
autrefois si bien établi parmi
les Demoiselles & les
Camaristes des Reines,que
toute la journée leurs galans
les entretenoientde
cent pas. J'en ai vû qui entendoient
si bien ce langage
, qu'aprés avoir deviné
ce que leurs amans pouvoient
leur dire, elles leur
irépondoient sans les voir,
les mains derriere le dos.
8. Avant qu'on'fermàt les
fortes. Onferme ordinairement
rement les portes d'une
ville par dedans: il n'en
est pas de même à Madrid,
on les ferme par dehors.
Lorsquetout le monde est
rentré
, ou supposé l'être,
les Commis de la Doüane,
qui sont établis pour empêcher
les contrebandes,
sortent de la ville. Dés qu'ils
sont tous dehorsils ferment
dans l'étenduë de leur jurisdiction
les portes qu'ils
doivent fermer. Chacune
de ces portes est armée de
quatre ou cinq gros cadenats,
dont ces Messieurs
ont les clefs.Ilestvrai qu'il
n'y a aucun danger: mais
cela n'empêche pas que la
te
Capitale de l'Espagne ne
foit toutes les nuits un dépôt
confié à la vigilance de
cinquante ousoixante Car,
des au Tabac.
9.Aoranjuez.Jespere que
ce que j'en vais dire n'ennuyera
personne.
Aranjuezest un lieu que
l'Empereur Charles- Quint
choisitpour la demeure des
Flamansqu'ilavoit amenez
en Espagne. Il y fit bâtir
un Palais fort modique.,
auquel, par des galeries âc
des terrasses de communication
,
il fit attacher un
autre édifice, dont toutes
les chambres, qui font petites
& basses,sontjustement
construites comme
des dortoirs de Moines.
Elles étoient destinées aux
Seigneurs de sa Cour lors
qu'il y alloit. C'est encore
la même chose à present
lorsque les Rois y vont. On
appelle tout ce quartier,
qui eil: fort grand, la Pofàd*
de los Carvalleros.- Tout le terrain d'Aranjuez
est entre le Tage & le
Karama. Il peut avoir environ
trois lieuës de longueur
sur une &demie de
largeur. Il y a dans cet espace
plus de vingt allées
tirées au cordeau, beaucoup
plus longues & plus unies
que celles du Cours de la
Reine, revêtuës chacune
de quatre rangées d'arbres,
tous auni gros & aussi élevez
que les plus hauts & les
plus gros arbres de Fontai.
nebleau.Dans une Isle que
forment ces deux rivieres.
il ya un jardin fort curieux,
qui cil separé du Palais par
un petit pont de bois qui
est sur le Tage. A dix pas
au dessus ( mais à côté de
ce pont) on voit une nappe
d'eau, qui seroit plus belle
sans comparaison que toutes
celles qu'on voit en
France & en Italie, si les
Espagnols, pour profiter
de sa rapidité, ne s'étoient
pas avisez de bâtir un gros
moulin directement au milieu
de cette cascade,qui est
si pleine & si impetueuse,
que le volume d'eau qui
passe fous le moulin suffit
pour faire aller dix-huii
meules. En entrant dans cc jardin, la premiere figure
qu'on voit au milieu d'un
grand bassin de marbre
blanc, est celle d'Hercule
qui tient dans sa main les
pommesd'or du jardin des
Hesperides, & fous ses pieds
le monstrequiendéfendoit
l'encree.
Dans le second est la
figure d'Hercule tirant une
,.
de ses redoutables fleches
sur le Centaure qui lui enleve
Dejanire.
Au tcoisiéme est celle
d'un esclave, qui s'arrache
une épine qui lui étoit entrée
dans le pied au milieu
d'une course qu'il faisoit à
Rome: mais pour ne pas
retarder la joye que la
bonnenouvelle dont il
étoit porteur devoir causer
à la République, il garda
l'épine jusqu'à ce qu'il fût
arrivé. Une Divinité lui met
sur la tête une couronne de
lauriers, dont toutes les
feüilles jettent une assez
grande quantité d'eau. A
l'exception de cette derniere
circonstance, on voit
la même figure à Rome & à Versailles.
Au quatriéme, qu'on ap
pelle le bassin de Don Juan,
on voit la figure d'une belle
Princesse, fille d'un Roy
d'Afrique, qui fut menée
en triomphe à Aranjuez
fous le regne de Philippe
second.
Au cinquiémeest Ganimede,
assis sur,, Jupiter en
aigle, & tenant à sa main
la coupe dans laquelle il
verse l'ambroisie au Maître
-
des Dieux.
Dans le Cxiémebatirn
on
on voit Neptune avec tout
son équipage
,
élevé dans
un char de bronze, sur un
grand piéd'estal de marbre
doré. Le bassin où est
cette figure est orné d'une
balustrade de marbre, sur
laquelle sont enégale distance
six autres figures de
bronzeparfaites, dont deux
representent Cerés sur son
char, traînépar deux lyons,
.& deux Amours à ses pieds;
deuxautres celle de Juivon
anise sur son paon, & les
piedssuruneboule foatè-
.n.uë P4ç;d^iefçlàygëa
cinquiéme est celle de Ju
piter, le foudre à la main
& unpied sur une boule por
tée par quatre esclaves. L,
sixiéme est celle de Neptu
ne,son trident à la main
debout sur sa conque, traî
..née par deux-chevaux ma
rins, guidezpar deuxTri
tons, de mêmequ'il estsu
lepiéd'estal.Cessix prin
ci pales sigures,ausquelle
plusieurs autres font jointes
sonttoutes, en ce quelle
contiennent chacune,d'une piecede bronze. Tou
zoe bassinestun present que
le Duc de Terra Nueva,
ambassadeur à Rome, fit à
Philippe III. Ily a encore
dans ce jardin plus de mille
autres petitesfontaines ou
tuyaux, quelesEspagnols
appellent Burladores, parce
qu'ilsserventà moüiller les
jhjomtn~~ principalement
les femmes, qui se promenentsansy
songer dans les
allées, où îh sont.
Le parc de cette maison
estremplidelapins, ôc de
toutes sortes de bêtes fauves,
Il y a plus de 50. chameaux
, on y nourrit une
gratïaeqûahrke'de"paons :
maiscérquilyâdtpus ftff. re,c'est lamanière dont
deuxpetits marmotifetsap*
privôiferïttouste$jcjiflsunô
centaine de fanglier#r;Èly#
au-milieu du bois une plaçfc
femblablcàc'dles^éu-n^a
paysans barttent lêbtedfàtitt
des coins deïcetter,pla?<èeil
yraeunvpetêit qtuaurte dde<tdemi élevées jusqu'à petriprlsà
la hauteur du menton didnt
perifbnnc.C'eitl'endroitou
Renferment ceux qui font
Wfiéttx dit-vdioviiaina
bêrjçç.',Sitôt qu'on est arrive
Jà;; un. jies petits garçons
qui vous menent monte sur
le haut d'un arbre
,
d'où il
criç^ç.çpm^6saforcç>iïtco,
frico..,. machao. L'autre se
promene forttranquilement
dans le milieu de la
place avec un sac d'avoine
surson dos:aux cris de l'un
tous les sangliers arrivent
à travers les broussailles,
avec leur famille, pour
mangerla munition de
l'autre. Quand ils iont tous.
* Comme s'il crioit à-des d'tttàe>petit,petit.
dans la place, le distributeur
dccevade ouvre son
sac, dont il laisse couler,
chemin faisant, en forme
defillon
, toute la mafchariÀo
dise à terre. Ces animaux en
mangent autant qu'on veut
leur en donner:mais lorsque
leur perè nourricier en voit
de trop goulus,illeurdonne
par le museau de bons coups
de pied, qu'ilsreçoivér avec
tout le respect du monde Ils
ont la complaisance de rester
sur cette place,jusqu'à ce
qu'iln'y ait plus d'avoine,&
des que le sac est vuide,ils
1 prennent tous paisiblement
par différentesroutes le
chemin de chez eux.
Environ à trois quarts de
lieuë de là on voit une piece - d'eau, à peu prés de la forme
& de la grandeur de la
piece des Suisses de Verfailles.
On appelle ce bassin
lamard'Antigola. Il est entouré
de tous les cotez de
fort grands arbres, à l'exception
d'un endroit, où il y aunpetit bâtimentdechar
pente qu'on a élève à l'une
desextremitezdece bciilu\
Derricre ce petit édifice est:
une grandeplace,oùl'on tenoitaurrefois
des taureaux;
pour doner aux Rois,quand
ilsalloient à Aranjuez, le
divertissement d'une façon
de chasse assez particulière.
Cette petite maison de
charpenre , qui est sur le
bord du canal, n'est, à vrai
dire,qu'une façon de chambre
quia deux portes, l'une
du côté de la terre, l'autre
du côté de l'eau. Dés qu'on
a passé celle-ci, on trouve
une espece de plancher de
la largeur de six pieds, en
talud
,
qu'on a foin de favonner
& de graisser pour
l'usage que je vais dire.
Des payians habiles au
jeu dont il est question,
chassent devant eux plusieurs
taureaux, l'un aprés
l'autrey jusqu'à ce quils
soient arrivez dans la place,
où ils les poursuivent encore.
Les taureaux, qui ne
voyent point d'autre azile
que cette chambre, dont
les portes sont ouvertes,
s'y jettentavec impetuosité:
mais sitôt qu'ils ont mis les
pieds sur les planches favannées)
ilsglis-sent de la <,
hauteur d'environ vingtcinq
ou trente pieds dans le
bassin, où ils nagent, jusqu'à
ce que les chiens qu'on leur
lâche, & les coups de fusil
qu'on leur tire, leur ayenc
ôté & les forces & la vie.
Enfin, pour ne pas amuser
davantage less ledreurs
du détail d'une infinitéd'au,
tres bagatelles, j'ose assurer,
aprés tous les honnêtes gens
qui ont voyagé en Espagne
avec beaucou p de reste.
xions &de curiosité
,
qu'Aranjuez
est sans contredit
une des plus belles solitudes
du monde.
Duegna. Ce nom eÍr donne
en Espagne à celles qui
font l'employ des Matrones
Italiennes auprès des jeunes
femmes & des jeunes filles
dont les peres, les freres
& les maris jaloux leur
abandonnent le foin. Elles
épient) gardent, trompent,
suivent, & fonc ordinairement
enrager leurs maîtresses
autant qu'elles peuvent.
Le mot de Duegna
• est une des plus grosses injures
qu'on puisse dire à
celles qui ne le sont pas, ôc
souvent mêmeàcelles qui
le font. Duegna,.enchan
géant; laderniere tercreeï
o, fait Duegno,& devient
alors un des plus jolis moti
,,dont lesamans se servent. Braveles%:Cycik une et
pece de bouclier, que le:
guapos, qui veut dire le:
braves
, portent la nuit, &
souveutmême le jour, 11
sont faits d'un cuir fort
épais, tendu sur une tringle
de fer ployée en forme dovale
Jidont le diametre est
traversé d'une barre de fer
courbéalaquelle barre est
attachéun anneau de là
largeur de la main, pour
le renirpar le milieu lors
qu'on ena besoin. La plupart..
de ces brogeles sont
doubliezd'uneplaquede
fctrJL-fsÈfjbagnols:Les portenenxredeun1jjustaùcorps
&J?ur înanteaa, pour s'en
ie^Mir^iaris1'Qcaaiionvi.p:M
O'jJ2..?3Êfe eflmretf, de_.iones:
Gsi: sont;proprement des
natDea'^teijancsjtravaillées
fcYCCi tout/l'aircimaginable,
EirEte Ici Damessafleycnt
dchefefmuseénptloaurcêôtrteedp'Alufsrfirqauî-e
&!V£fpag^,foacqpki«d
de ces joncs. Il n'y a poin
de si petite maison en Es
pagne qui n'aie ses esterres
Elles ne durent ordinaire.
ment quedeux hyvers. On
commenceàles étendre
dans. les chambresà la
Toussaint,&oncles levéà Pâques.Onen
propret tatre's-ifnies,avec
des desseins, pour ics>faké
servir de mpiÍferiegJen.esié;
&de rienenhyvenNous
n'avonspointen France
l'usage ni la c®mmqdkerda
ces nattes quinecoambuentpaspeuyselon
leï
faisons,àdonner de la chaleur
ou de la fraîcheur partout
où l'on s'en fert.
13. Fête de Taureaux.Il
n'y a presque personne qui
ne croye avoir une idée assez
juste de ces fêtes. Ceux
qui ont lû Gulrnan d'Alfarache,
Don Quichotte, le
Voyage d'Espagne de Madame
Daunoy
,
& vingt autres
Ronians Espagnols,
s'imaginent avoirappris.,
surle témoignage de ces
Ecrivains) ce que c'est veriÇy||
ment qu'un combat
de-*ureaux; mais je pro-
::: !
mersd'en raconter quelque
jour une fête que j'ai vue
& dont le recit fidele fuf
lErae-, pomur déotronmpdereto.u
-> 14. Puerto de las Salinas
Comme qui diroit le pori
de Salines. C'est un petw
endroitàsix lieuës dc¡Ma.
drid
,
qui,du milieude l'Ef
pagne :où'iL est ,fournitdu à!toilte.iaiMatikhc. :&
ta^ix deuxCastilles;parl'a-
? tendance.;dès>rflàaoeïal&s
qu'on enripe.Ildtfitué/ur
: le pencliaryd'imeotorête
-
«nagnifique j.d'oiiiW jiecouvre
couvre un dcs'eaux
praaysaatgeisqcui'iilycaàietécneEaucpéfe-*
Mi uWevàfteplai-| ne,couverte d'arbres de
toutes forces d'especes, de
grains &deraisins que le
Tâgé'>:êâ leKarama arrofent6c
iiirJa droite on voit
à merveille les prez, les
bois,les ^pdihs', les eaux, lé-villas5^'Jce Palais d'A-
«ranjuiez.l:)cîo:*'
1u$;';Sénvifiée-,Cap.itale de grande^
Mîè^riéh'eydbnt les ruës
fOfltJc-croites.&; mal bâties.
Le commerce de la mer,
dont elle est voisine, faitsa
richesse.. Elle est frequemment
exposée aux debordemens
du Guadalquivir,
qui lui cause souvent de
grands dommages.
Je ne sçai pas si on me
fçaura aucun gré de ces
remarques: mais je sçai bien
que j'aicrû ne pouvoir
mieux faire,que,d'orienter,
le lecteur partout, d'une
maniere qui lui apprenne,
en l'amusant, toucçç^.qrôt
peut apprendre des lieux &
des choses dont il lira les
noms dans les nouvelles
que je lui donne.
1. La Floride est la plus
belle promenade qu'il y ait
aauuxxeennvviirroonnssddeeMMaaddrriidd.
Elle est dans un fond, sur
le bord de la riviere;elle
est de la largeur d'une des
plus étroites alléesduCours;
lesarbres dont elle est ornée
sont plantez assez irrégulièrement
:elle a environ
une demi lieuë de longueur.
Plusieurs François dela
Maison du Roy y ont fait
faire des maisons. de campagnefortjolies
;entr'autres,
le Sieur Riqueur
Chymiste , & Apotiquaire
de Sa Majesté Catholique
y a achetéun grandespace
de terre, dans le dessein
d'en faire un jardin des
simples,sur le modele du
Jardin du Roy qui est à
Paris. On me mande de
Madrid que ce dessein est
executé.
i. Mançanares est une petite
riviere qui descend des
montagnes de Guadarama.
Il seroit fort difficile dedire
où elle le perd en Eté. En
Hyver elle accroche quelque
bras du Tage ou du
Karama. Entouttempsce
n'est rien. Le pont de Segovie,
que le Roy Philippe
Eiiii
second fie bâtir sur ce ruiffèiu,
elt un des plus magnifiques
ponrs qu'il y ait
en Europe. Chacun sçait
qu'un ambassadeur dit un
jour, en considerant le
pont & la rivière
,
qu'il
Faudroit vendre le pont
pour acheter de l'eau. On
a propose plusieurs fois aux
Rois d'Espagne les moyens
de rendre le Mançanares
navigable. On m'a dit que
ces propositionsn'avoient, pas é1té1reAçu..es, parce que
l'abondance des eaux qui
auroient rempli le lit de
cette riviere auroit pendant
l'Eté privé les Dames & les
Cavaliers du plaisir de se
promener dans leurs carosses
au milieu du Mançanares.
Ce seroit bien dommage.
3. Leganezest un desplus
beaux villages qu'il y ait en
Espagne. Il est à deux lieuës
de Madrid, dans une plaine
,
sur la droite du chemin
de Madrid à Aranjuez.Les
melons, les figues, & L*s
raisins de Leganez sont excellens.
Ce village appartenoit
au Marquis de Leganez,
quimourutil y a
quelques années à Paris.
--
4. Pinto est un gros bourg
à quatre lieuës de Madrid,
appartenant au Comte de
Pinto, frere de M. le Duc
d'Ossone.
Laporte de la Vega est
une des plus belles portes
de Madrid.C'est par cette
porte que l'on fort pour
prendre la route des Royaumesde
Valence,de Murcie
, de Grenade & d'Andalousie.
6. PradoViejo. Il n'est
point de ville en Europe
dont l'entrée soit plus belle
& plus riante que celle de
Madrid par la porte d'Alcala.
Dés qu'on a passé cette
porte, on entre dans une
ruë grande, belle & propre:
au milieu de cette ruë est
une espece de carrefour,
qui presente de tous les
cotez le plus beau coup
d'oeil du monde. On voit
en perspective & à perte de
vûë la ruë d'Alcala, qui est
la plus belle ruë de Madrid.
C'est en dire peu de chose,
par rapport à l'idée qu'on
a mal à propos de cette
grande ville, dont les maiions
sont fort bien bâties,
& les ruës larges , claires
& bien percées, mais fore
sales. Celle d Alcala, dont
je parle, est si belle, que
je suis sûr qu'à Rome, nià
Paris il n'yen a pas une qui
lui ressemble. Dumilieu de
cette ruë on découvre à
droite & à gauche le Prado
Viejo. C'est une grande
promenade, revêtue du
côté du Buen Reciro de
quatre rangées de grands
arbres. Elle est ornée de
plusieurs fontaines, & sert
de promenade détiquete
auxDames&auxSeigneurs
Espagnols
,
depuis Pâques
jusqu'à la Fête-Dieu.Depuis
laFête-Dieu jusqu'à la
Touflainc on le promène à
la Floride ôc sur le Mançanares,
& depuis laToussaint
jusqu'a Pâques hors la ville;
entre les portes. Cette promenade
s'appelle, elpasseo
mr§pW**h -r.(- iipl::-7
<•7. Elle me passa açveç-Jes
doigts. La contrainteperpetuelle
dans laquelle les
Dénies Espagnoles fp,n|
forcées dp vivre, lcs jettç
dans la necenice de se faire
-
un langage des yeux & des
doi gts, que personne nattrape
comme elles. Les Irai
liennes, & sur-tout les Portugaises
qui ont beaucoup
d'esprit
, ne seroient que
leurs écolieres danscesfaçons
dexpiiqu#Jet*»rë.in4
tentions àleursatttutts.'Elletf
s'en fervent, fæm-tBoia;
presque toutes:;ni<tf& èllês
n'ontnil'art,nileguerre
desEspagnoles,&jeccoy
qu'on peut soutenir, fini
fairetortauxplusspiri
rucHes) aùx- pluèka'&ôitè*
& aux plus delicates, qu'il
n'est point de femmes dans
le monde qui ayent plus
d'industrie, plus de manege,
& plus de refolurion
qu'elles. Les avantures les
plus extraordinaires n'ont
jamais rien de difficile, lors
qu'elles sont conduites par
des Espagnoles, tant elles
ont d'intrigue, de ruse &
de génie. Pour arriver à
leur but,quelques obstacles
qui se presentent,elles n'ont
besoin que d'un homme
docile,&qui ait feulement
la complaisance de se laisser
conduire.
L'usage de se parler avec
les doigts, qui estmaintenant
aboli au Palais, étoit
autrefois si bien établi parmi
les Demoiselles & les
Camaristes des Reines,que
toute la journée leurs galans
les entretenoientde
cent pas. J'en ai vû qui entendoient
si bien ce langage
, qu'aprés avoir deviné
ce que leurs amans pouvoient
leur dire, elles leur
irépondoient sans les voir,
les mains derriere le dos.
8. Avant qu'on'fermàt les
fortes. Onferme ordinairement
rement les portes d'une
ville par dedans: il n'en
est pas de même à Madrid,
on les ferme par dehors.
Lorsquetout le monde est
rentré
, ou supposé l'être,
les Commis de la Doüane,
qui sont établis pour empêcher
les contrebandes,
sortent de la ville. Dés qu'ils
sont tous dehorsils ferment
dans l'étenduë de leur jurisdiction
les portes qu'ils
doivent fermer. Chacune
de ces portes est armée de
quatre ou cinq gros cadenats,
dont ces Messieurs
ont les clefs.Ilestvrai qu'il
n'y a aucun danger: mais
cela n'empêche pas que la
te
Capitale de l'Espagne ne
foit toutes les nuits un dépôt
confié à la vigilance de
cinquante ousoixante Car,
des au Tabac.
9.Aoranjuez.Jespere que
ce que j'en vais dire n'ennuyera
personne.
Aranjuezest un lieu que
l'Empereur Charles- Quint
choisitpour la demeure des
Flamansqu'ilavoit amenez
en Espagne. Il y fit bâtir
un Palais fort modique.,
auquel, par des galeries âc
des terrasses de communication
,
il fit attacher un
autre édifice, dont toutes
les chambres, qui font petites
& basses,sontjustement
construites comme
des dortoirs de Moines.
Elles étoient destinées aux
Seigneurs de sa Cour lors
qu'il y alloit. C'est encore
la même chose à present
lorsque les Rois y vont. On
appelle tout ce quartier,
qui eil: fort grand, la Pofàd*
de los Carvalleros.- Tout le terrain d'Aranjuez
est entre le Tage & le
Karama. Il peut avoir environ
trois lieuës de longueur
sur une &demie de
largeur. Il y a dans cet espace
plus de vingt allées
tirées au cordeau, beaucoup
plus longues & plus unies
que celles du Cours de la
Reine, revêtuës chacune
de quatre rangées d'arbres,
tous auni gros & aussi élevez
que les plus hauts & les
plus gros arbres de Fontai.
nebleau.Dans une Isle que
forment ces deux rivieres.
il ya un jardin fort curieux,
qui cil separé du Palais par
un petit pont de bois qui
est sur le Tage. A dix pas
au dessus ( mais à côté de
ce pont) on voit une nappe
d'eau, qui seroit plus belle
sans comparaison que toutes
celles qu'on voit en
France & en Italie, si les
Espagnols, pour profiter
de sa rapidité, ne s'étoient
pas avisez de bâtir un gros
moulin directement au milieu
de cette cascade,qui est
si pleine & si impetueuse,
que le volume d'eau qui
passe fous le moulin suffit
pour faire aller dix-huii
meules. En entrant dans cc jardin, la premiere figure
qu'on voit au milieu d'un
grand bassin de marbre
blanc, est celle d'Hercule
qui tient dans sa main les
pommesd'or du jardin des
Hesperides, & fous ses pieds
le monstrequiendéfendoit
l'encree.
Dans le second est la
figure d'Hercule tirant une
,.
de ses redoutables fleches
sur le Centaure qui lui enleve
Dejanire.
Au tcoisiéme est celle
d'un esclave, qui s'arrache
une épine qui lui étoit entrée
dans le pied au milieu
d'une course qu'il faisoit à
Rome: mais pour ne pas
retarder la joye que la
bonnenouvelle dont il
étoit porteur devoir causer
à la République, il garda
l'épine jusqu'à ce qu'il fût
arrivé. Une Divinité lui met
sur la tête une couronne de
lauriers, dont toutes les
feüilles jettent une assez
grande quantité d'eau. A
l'exception de cette derniere
circonstance, on voit
la même figure à Rome & à Versailles.
Au quatriéme, qu'on ap
pelle le bassin de Don Juan,
on voit la figure d'une belle
Princesse, fille d'un Roy
d'Afrique, qui fut menée
en triomphe à Aranjuez
fous le regne de Philippe
second.
Au cinquiémeest Ganimede,
assis sur,, Jupiter en
aigle, & tenant à sa main
la coupe dans laquelle il
verse l'ambroisie au Maître
-
des Dieux.
Dans le Cxiémebatirn
on
on voit Neptune avec tout
son équipage
,
élevé dans
un char de bronze, sur un
grand piéd'estal de marbre
doré. Le bassin où est
cette figure est orné d'une
balustrade de marbre, sur
laquelle sont enégale distance
six autres figures de
bronzeparfaites, dont deux
representent Cerés sur son
char, traînépar deux lyons,
.& deux Amours à ses pieds;
deuxautres celle de Juivon
anise sur son paon, & les
piedssuruneboule foatè-
.n.uë P4ç;d^iefçlàygëa
cinquiéme est celle de Ju
piter, le foudre à la main
& unpied sur une boule por
tée par quatre esclaves. L,
sixiéme est celle de Neptu
ne,son trident à la main
debout sur sa conque, traî
..née par deux-chevaux ma
rins, guidezpar deuxTri
tons, de mêmequ'il estsu
lepiéd'estal.Cessix prin
ci pales sigures,ausquelle
plusieurs autres font jointes
sonttoutes, en ce quelle
contiennent chacune,d'une piecede bronze. Tou
zoe bassinestun present que
le Duc de Terra Nueva,
ambassadeur à Rome, fit à
Philippe III. Ily a encore
dans ce jardin plus de mille
autres petitesfontaines ou
tuyaux, quelesEspagnols
appellent Burladores, parce
qu'ilsserventà moüiller les
jhjomtn~~ principalement
les femmes, qui se promenentsansy
songer dans les
allées, où îh sont.
Le parc de cette maison
estremplidelapins, ôc de
toutes sortes de bêtes fauves,
Il y a plus de 50. chameaux
, on y nourrit une
gratïaeqûahrke'de"paons :
maiscérquilyâdtpus ftff. re,c'est lamanière dont
deuxpetits marmotifetsap*
privôiferïttouste$jcjiflsunô
centaine de fanglier#r;Èly#
au-milieu du bois une plaçfc
femblablcàc'dles^éu-n^a
paysans barttent lêbtedfàtitt
des coins deïcetter,pla?<èeil
yraeunvpetêit qtuaurte dde<tdemi élevées jusqu'à petriprlsà
la hauteur du menton didnt
perifbnnc.C'eitl'endroitou
Renferment ceux qui font
Wfiéttx dit-vdioviiaina
bêrjçç.',Sitôt qu'on est arrive
Jà;; un. jies petits garçons
qui vous menent monte sur
le haut d'un arbre
,
d'où il
criç^ç.çpm^6saforcç>iïtco,
frico..,. machao. L'autre se
promene forttranquilement
dans le milieu de la
place avec un sac d'avoine
surson dos:aux cris de l'un
tous les sangliers arrivent
à travers les broussailles,
avec leur famille, pour
mangerla munition de
l'autre. Quand ils iont tous.
* Comme s'il crioit à-des d'tttàe>petit,petit.
dans la place, le distributeur
dccevade ouvre son
sac, dont il laisse couler,
chemin faisant, en forme
defillon
, toute la mafchariÀo
dise à terre. Ces animaux en
mangent autant qu'on veut
leur en donner:mais lorsque
leur perè nourricier en voit
de trop goulus,illeurdonne
par le museau de bons coups
de pied, qu'ilsreçoivér avec
tout le respect du monde Ils
ont la complaisance de rester
sur cette place,jusqu'à ce
qu'iln'y ait plus d'avoine,&
des que le sac est vuide,ils
1 prennent tous paisiblement
par différentesroutes le
chemin de chez eux.
Environ à trois quarts de
lieuë de là on voit une piece - d'eau, à peu prés de la forme
& de la grandeur de la
piece des Suisses de Verfailles.
On appelle ce bassin
lamard'Antigola. Il est entouré
de tous les cotez de
fort grands arbres, à l'exception
d'un endroit, où il y aunpetit bâtimentdechar
pente qu'on a élève à l'une
desextremitezdece bciilu\
Derricre ce petit édifice est:
une grandeplace,oùl'on tenoitaurrefois
des taureaux;
pour doner aux Rois,quand
ilsalloient à Aranjuez, le
divertissement d'une façon
de chasse assez particulière.
Cette petite maison de
charpenre , qui est sur le
bord du canal, n'est, à vrai
dire,qu'une façon de chambre
quia deux portes, l'une
du côté de la terre, l'autre
du côté de l'eau. Dés qu'on
a passé celle-ci, on trouve
une espece de plancher de
la largeur de six pieds, en
talud
,
qu'on a foin de favonner
& de graisser pour
l'usage que je vais dire.
Des payians habiles au
jeu dont il est question,
chassent devant eux plusieurs
taureaux, l'un aprés
l'autrey jusqu'à ce quils
soient arrivez dans la place,
où ils les poursuivent encore.
Les taureaux, qui ne
voyent point d'autre azile
que cette chambre, dont
les portes sont ouvertes,
s'y jettentavec impetuosité:
mais sitôt qu'ils ont mis les
pieds sur les planches favannées)
ilsglis-sent de la <,
hauteur d'environ vingtcinq
ou trente pieds dans le
bassin, où ils nagent, jusqu'à
ce que les chiens qu'on leur
lâche, & les coups de fusil
qu'on leur tire, leur ayenc
ôté & les forces & la vie.
Enfin, pour ne pas amuser
davantage less ledreurs
du détail d'une infinitéd'au,
tres bagatelles, j'ose assurer,
aprés tous les honnêtes gens
qui ont voyagé en Espagne
avec beaucou p de reste.
xions &de curiosité
,
qu'Aranjuez
est sans contredit
une des plus belles solitudes
du monde.
Duegna. Ce nom eÍr donne
en Espagne à celles qui
font l'employ des Matrones
Italiennes auprès des jeunes
femmes & des jeunes filles
dont les peres, les freres
& les maris jaloux leur
abandonnent le foin. Elles
épient) gardent, trompent,
suivent, & fonc ordinairement
enrager leurs maîtresses
autant qu'elles peuvent.
Le mot de Duegna
• est une des plus grosses injures
qu'on puisse dire à
celles qui ne le sont pas, ôc
souvent mêmeàcelles qui
le font. Duegna,.enchan
géant; laderniere tercreeï
o, fait Duegno,& devient
alors un des plus jolis moti
,,dont lesamans se servent. Braveles%:Cycik une et
pece de bouclier, que le:
guapos, qui veut dire le:
braves
, portent la nuit, &
souveutmême le jour, 11
sont faits d'un cuir fort
épais, tendu sur une tringle
de fer ployée en forme dovale
Jidont le diametre est
traversé d'une barre de fer
courbéalaquelle barre est
attachéun anneau de là
largeur de la main, pour
le renirpar le milieu lors
qu'on ena besoin. La plupart..
de ces brogeles sont
doubliezd'uneplaquede
fctrJL-fsÈfjbagnols:Les portenenxredeun1jjustaùcorps
&J?ur înanteaa, pour s'en
ie^Mir^iaris1'Qcaaiionvi.p:M
O'jJ2..?3Êfe eflmretf, de_.iones:
Gsi: sont;proprement des
natDea'^teijancsjtravaillées
fcYCCi tout/l'aircimaginable,
EirEte Ici Damessafleycnt
dchefefmuseénptloaurcêôtrteedp'Alufsrfirqauî-e
&!V£fpag^,foacqpki«d
de ces joncs. Il n'y a poin
de si petite maison en Es
pagne qui n'aie ses esterres
Elles ne durent ordinaire.
ment quedeux hyvers. On
commenceàles étendre
dans. les chambresà la
Toussaint,&oncles levéà Pâques.Onen
propret tatre's-ifnies,avec
des desseins, pour ics>faké
servir de mpiÍferiegJen.esié;
&de rienenhyvenNous
n'avonspointen France
l'usage ni la c®mmqdkerda
ces nattes quinecoambuentpaspeuyselon
leï
faisons,àdonner de la chaleur
ou de la fraîcheur partout
où l'on s'en fert.
13. Fête de Taureaux.Il
n'y a presque personne qui
ne croye avoir une idée assez
juste de ces fêtes. Ceux
qui ont lû Gulrnan d'Alfarache,
Don Quichotte, le
Voyage d'Espagne de Madame
Daunoy
,
& vingt autres
Ronians Espagnols,
s'imaginent avoirappris.,
surle témoignage de ces
Ecrivains) ce que c'est veriÇy||
ment qu'un combat
de-*ureaux; mais je pro-
::: !
mersd'en raconter quelque
jour une fête que j'ai vue
& dont le recit fidele fuf
lErae-, pomur déotronmpdereto.u
-> 14. Puerto de las Salinas
Comme qui diroit le pori
de Salines. C'est un petw
endroitàsix lieuës dc¡Ma.
drid
,
qui,du milieude l'Ef
pagne :où'iL est ,fournitdu à!toilte.iaiMatikhc. :&
ta^ix deuxCastilles;parl'a-
? tendance.;dès>rflàaoeïal&s
qu'on enripe.Ildtfitué/ur
: le pencliaryd'imeotorête
-
«nagnifique j.d'oiiiW jiecouvre
couvre un dcs'eaux
praaysaatgeisqcui'iilycaàietécneEaucpéfe-*
Mi uWevàfteplai-| ne,couverte d'arbres de
toutes forces d'especes, de
grains &deraisins que le
Tâgé'>:êâ leKarama arrofent6c
iiirJa droite on voit
à merveille les prez, les
bois,les ^pdihs', les eaux, lé-villas5^'Jce Palais d'A-
«ranjuiez.l:)cîo:*'
1u$;';Sénvifiée-,Cap.itale de grande^
Mîè^riéh'eydbnt les ruës
fOfltJc-croites.&; mal bâties.
Le commerce de la mer,
dont elle est voisine, faitsa
richesse.. Elle est frequemment
exposée aux debordemens
du Guadalquivir,
qui lui cause souvent de
grands dommages.
Je ne sçai pas si on me
fçaura aucun gré de ces
remarques: mais je sçai bien
que j'aicrû ne pouvoir
mieux faire,que,d'orienter,
le lecteur partout, d'une
maniere qui lui apprenne,
en l'amusant, toucçç^.qrôt
peut apprendre des lieux &
des choses dont il lira les
noms dans les nouvelles
que je lui donne.
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Résumé : REMARQUES.
Le texte offre une description de divers lieux et événements en Espagne, principalement autour de Madrid. La Floride est présentée comme la plus belle promenade de Madrid, située au bord de la rivière. Elle est étroite, bordée d'arbres plantés de manière irrégulière, et mesure environ une demi lieue de longueur. Plusieurs nobles français y ont construit des maisons de campagne, dont le Sieur Riqueur, qui a acquis un grand terrain pour y créer un jardin de simples. Le Mançanares est une petite rivière descendant des montagnes de Guadarama. Elle est presque invisible en été mais peut rejoindre le Tage ou le Karama en hiver. Le pont de Segovie, construit par le roi Philippe II, est l'un des plus magnifiques d'Europe. Plusieurs propositions pour rendre la rivière navigable ont été rejetées, car cela priverait les habitants du plaisir de se promener en carrosse. Leganez est un beau village situé à deux lieues de Madrid, connu pour ses melons, figues et raisins excellents. Pinto est un gros bourg à quatre lieues de Madrid, appartenant au Comte de Pinto. La porte de la Vega est l'une des plus belles portes de Madrid, menant aux royaumes de Valence, Murcie, Grenade et Andalousie. La rue d'Alcala est la plus belle rue de Madrid, offrant une perspective magnifique. Le Prado Viejo est une grande promenade ornée de fontaines, utilisée par les Dames et les Seigneurs espagnols de Pâques à la Fête-Dieu. Le texte mentionne également des détails sur les mœurs espagnoles, comme l'usage des nattes dans les maisons et les fêtes de taureaux. Puerto de las Salinas est un petit endroit à six lieues de Madrid, fournissant du sel à toute l'Espagne. Séville est décrite comme une ville riche grâce au commerce maritime, mais souvent endommagée par les débordements du Guadalquivir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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213
p. 94-97
Incendie. [titre d'après la table]
Début :
Il faudrait avoir une source inépuisable de liaisons [...]
Mots clefs :
Liaisons, Incendie, Maison, Paris, Varsovie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Incendie. [titre d'après la table]
Il faudroic avoir un
sourceinépuisable de liai
fons pour en forger toi]
les mois de differentes su
un mêmesujet.Jen'aifai
encore que quatre Mercu
res,&j'aieu trois incen
dies à raconter, & toute
trois arrivées à Paris. Je re
ferverois pour le chapitre
des nouvelles celles qu
exercent leurs ravages plus
loin, faute de sçavoir au
~uste s'il m'est permis de
parler ici desvingtmaisons
qui ont été brûlées à Varovie
le 18. du mois passé:
mais cette ville est si éloignée
de nous, & l'éloignement
diminue tellement les
objets, que quand jeserois
le meilleur Peintre du monde,
si je circonstanciois davantage
cet accident dans
un autre article, je courrois
grand risque de perdre mes
couleurs. Les habitans de
Varsovie pourront se vanger
de leur côté de mon
indifference par une froi;
deur égale à la mienne, ou
apprendre en riant qu'il y a
, eu le3. de ce mois une maison
brûlée au bout du Fauxbourg
S. Germain à Paris;
que cette maison appartenoitàunnomméMoisy,
Artificier
duRoy;que le feua
pris aux poudres qui étoient
chezlui, & que l'artifice a
detaché & enlevé le fécond
étage & le grenier de cette
maison, dont le bas
,
où
étoient le pere & le fils
Moisy,n'a été nullement
endommagé; & que ce
Bourgeois en a été quitte
pour
pour le bruit, la peur,&le
déplaisir de voir toute sa
poudre transplanter en un
instantla moitié de samaispon
àlpalus
sourceinépuisable de liai
fons pour en forger toi]
les mois de differentes su
un mêmesujet.Jen'aifai
encore que quatre Mercu
res,&j'aieu trois incen
dies à raconter, & toute
trois arrivées à Paris. Je re
ferverois pour le chapitre
des nouvelles celles qu
exercent leurs ravages plus
loin, faute de sçavoir au
~uste s'il m'est permis de
parler ici desvingtmaisons
qui ont été brûlées à Varovie
le 18. du mois passé:
mais cette ville est si éloignée
de nous, & l'éloignement
diminue tellement les
objets, que quand jeserois
le meilleur Peintre du monde,
si je circonstanciois davantage
cet accident dans
un autre article, je courrois
grand risque de perdre mes
couleurs. Les habitans de
Varsovie pourront se vanger
de leur côté de mon
indifference par une froi;
deur égale à la mienne, ou
apprendre en riant qu'il y a
, eu le3. de ce mois une maison
brûlée au bout du Fauxbourg
S. Germain à Paris;
que cette maison appartenoitàunnomméMoisy,
Artificier
duRoy;que le feua
pris aux poudres qui étoient
chezlui, & que l'artifice a
detaché & enlevé le fécond
étage & le grenier de cette
maison, dont le bas
,
où
étoient le pere & le fils
Moisy,n'a été nullement
endommagé; & que ce
Bourgeois en a été quitte
pour
pour le bruit, la peur,&le
déplaisir de voir toute sa
poudre transplanter en un
instantla moitié de samaispon
àlpalus
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Résumé : Incendie. [titre d'après la table]
Le texte évoque divers événements récents et nouvelles variées. L'auteur a rédigé quatre lettres et rapporté trois incidents survenus à Paris. Il souhaite se concentrer sur les nouvelles ayant des répercussions plus larges, bien qu'il hésite à mentionner les vingt maisons brûlées à Varsovie le 18 du mois précédent. Il estime que la distance atténue l'importance des événements et que leur description pourrait manquer de vivacité. L'auteur mentionne également un incendie à Paris, au bout du Faubourg Saint-Germain, le 3 du mois en cours. La maison appartenait à Moisy, artificier du roi. Le feu a pris dans les poudres stockées chez lui, détruisant le deuxième étage et le grenier, mais laissant le rez-de-chaussée intact. Moisy et son fils ont seulement été effrayés et contrariés de voir leur poudre dispersée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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214
p. 97-144
Traité du feu, dans lequel on établit les vrais fondemens de la Physique.
Début :
Les effets du feu son si admirables & si terribles, / Il y a si peu de choses qui puissent passer pour certaines [...]
Mots clefs :
Feu, Incendie, Corps, Auteur, Eau, Nature, Chaleur, Esprits, Vertu, Dieu, Terre, Froid, Avantages, Traité, Principes, Force, Divinité, Substance, Couleur, Grandeur, Soleil, Physique, Entretiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Traité du feu, dans lequel on établit les vrais fondemens de la Physique.
admirables & si terribles,
si utiles & si dangereux, &
j'en ai déja parlé tant de
fois superficiellement, que
4 je croy ne pouvoir mieux
faire, pourinstruire & pour
amuser le lecteur, que lui
donner un extrait des dissertationssuivantes,
oùil
verra un tableau assez exact
des qualitez & des proprietez
de cet élement.
h) ;>-t'ï
J, Traité du feu, dans lequel on établît les vraisfondemens
n' de la Physique.
-'u-j
,
Il y a si peu de choses qui
puissent passer pour certaines
& pour confiantes dans
la Physique, qu'il n'ya
rien de plus aisé que dese
tromper, lors qu'on entreprend
de prononcer decisivement
sur les matierés qui
s'y traitent. D'ailleurs,les
methodes Ics- plus regulieres
ne fonc pas toûjours les
meilleures; elles ont fouvent
beaucoup plus de
montre que d'utilité solide,
& l'on peut dire qu'en bien
des rencontres elles servent
bien plus à gêner l'esprit,
qu'à le conduire droit à la
verité. C'a été pour prendre
uneroute qui l'exposât
moins àces deux inconve-
,
niens, que le P. C. a donné
la formed'entretiens à cet
ouvrage, parce qu9ona accoûtumé
de bannir de tout
ce qui porte ce titrele ton
decisif de Docteur,aavec
ce faste & cet apparat qui
l'accompagne d'ordinaire,
&. que du reste on n'y reçoit
point les regularitez importunes,
ni les formalitez
gênantes des manieres de
l'Ecole. Ainsi les
13.
dissertarions
dont il a composé son
livre, sontautant de ron'Ver.
sations libres& sçavantes,
où il fait entrer trois personnes
d'un rare merire &
d'une fort grande érudition;
à peu prés comme Ciceron
introduit sesillustres
amis parlansdans ses ouvrages
de Philosophie. Je tjU
cherai d'informer les lecteurs
de ce qui s'y trouve
de plus remarquable 8; de
principal: mais comme je
suis obligé d'éviter la longueur
des extraits , autant
qu'il me fera possible,
& qu'il feroit difficile de
rendre compte en peu de
mots de 13.dissertations pleines
de choses considerables
&qui font un gros volume,
je me contenterai de donner
ici le précis des 5. premieres,
& je renvoyerai le
reste à un autre mois.
Nôtre auteur entre en
matiere,dans la premiere
dissertation;d'une maniere
agreable -" par une petite
disputequ'il fait naître entre
ses personnages sur cette
question curieuse : Lequel
desdeuxestleplus excellent &
le plus utile, de l'eau ou du
feu ? C'est pour se donner
jour à faire l'élogedu sujet
qu'il veut traiter, en montrant
l'avantage qu'a le feu
sur tous les corps simples,
dont il pretend qu'il est le
plusnoble à bien des égards.
On ne pouvoit gueres
mieuxtourner la chose qu'-
en laprenant de cette maniere
,
ni faire voir un plus
beau mélange de la belle
litterature avec la Philosophie,
que celui que nous
donne ici le P.C. On allegue
• de part & d'autre ce qu'on
pouvoir dire de plus curieux
à l'avantage du feu ou de
l'eau. On cite les autoritez
des Poëtes & des Philosophes,
on produit le celebre
passage de Pindare, qui des
le commencement de ses
Odes dit qu'il n'y a rien de
meilleur que l'eau. Et on lui
opposePlutarque,qui ayant
traité la même question
qu'on a gite ici, l'adecidée
en faveur du feu. On peut
bien croire qu'on n'oublie
pas là-dessus ni Vulcain, qui
étoit du nombre des grandes
Divinitez Payennes, ni le
feusucré,qui étoit l'objet de
la devotion des Perfes
; ni
l'adoration que les Chaldéens
rendoient à cet element,
qu'ils, consideroient
comme leur supreme Divinité.
Cependant comme le
feu ne craint rien si fort que
l'eau,on raconte ici une as
fez plaisante avanture,tirée
de Ruffln & de Suidas, oùles
choses ne tournerent pas à
l'avantage du Dieu de Chaldée.
Ceux de cette nation
vantoient leur Divinité,
comme la plus puissante de
toutes; & quelques-uns de
leurs Prêtres, courans de
Province enProvince,défioient
au combat tous les
f
autresDieux. Maiscomme
ceux-ci, de que lque matierequ'ils
fussent, de bois,
, ou d'airain ,ou d'argent
ou d'or, ne pouvoientresister
au feu, qui en venoit
-
enfin à bout,il le trouva un
Prêtre d'Egypte qui arrêta
de cette maniere les triomphes
de ce Dieu, qui en avoit
dévoré tant d'autres. Il
prit une cruche percée de
quantité de petits trous,
qu'il boucha avec de la cire,
mais si proprement, qu'on
n'en pouvoitrien connoître
; & après avoir rempli
cette cruche d'eau, & avoir
mis au dessus la tête de son
Idole qu'on nommoit Canope,
il accepta le défi. Les
Chaldéens mirent aussitôt
le feu à l'entour de l'Idôle:
mais la cire se fondant au
feu, ouvrit incontinent le
passage à l'eau, qui sortant
de tous cotez par les petits
trous ,qu'on ne voyoit pas,
éteignit le feu, & faisant
triompher Canope, fit avoüer
aux Chaldéens que.
le Dieu des Egyptiensétoit
le plus fort. Avec tout cela,
comme il estaussi naturel
au feu de consumerl'eau,
qu'ill'est à l'eau d'éteindre
le feu, on ne peut nier que
celui-ci ne se dédommage
quelquefois au double, parce
qu'il gagne à son tour
sur l'autre.Mais pourétablir
sur quelque chose de c'on.,
fiderable l'avantage qu'on
donne aufeu,on remarque
ici que si on recüeille les
suffrages des Philolophes,
on trouvera que le plus
grand nombre est celui de
ceux qui ont mis le feuen
tre les principes deschoses;
ce qui vient sans douce de
l'impression nature lle qu'on
a de ion excellence & de
son utilité. Qu'au reste ce
n'est pas un foible argument
pour nous en persuader,
que de voir qu'entre »
tant de sortes d'animauxil
n'y ait que l'homme à qui
a nature en ait proprement
accordé l'usage : ce qui va
siloin
,
selon la pensée de
Lactance
,
qu'il semble que
Dieu ait voulu assurer les
hommes de leur immortalité
, en leur abandonnant
l'usage & la disposition de
cet element, qui est celui de
la lumiere & de la vie. Que
quoy qu'il en soit, lavie est
un feu, & que si le feu en
est le symbole,il en est aussi
le soûtien, & leplus necessaire
instrument, puis qu'-
après tout il n'est pas possïble
ni de cuire les alimens,
ni de préparer les remedes,
ni de se prévaloir de cent
autres choses necessaires à
la vie, sans le secours de
cet element. Que d'ailleurs
quand on pourroit vivre
sans l'usage du feu,la vie
ne sçauroit être qu'extremement
miserable, privée
de tous les avantages qu'on
tire des sciences & des arts,
& plongée dans une obscurité
qui lui ôteroit tout ce
qu'elle a dagreable. Qu'en
un mot on est redevable de
toutes lescommoditez, ôc
de tous les ornemens de la
: vie au feu ,qui eR: d'une utiflité
si étenduë & si gene- rale, qu'outre le secours
qu'il prête à la vûé au milieu
de l'obscurité , il supplée
quelquefois à l'usage
[. de la parole, en donnant
aux amis éloignez de quelques
lieuës le moyen de se
pouvoir parler la nuit par
des flambeauxallumez. Enl'
fin, après avoir remarqué
que les effets mêmequ'on
lui reproche sont des preuves
de noblesse & des marques
de grandeur,on observe
quetousles peuples
l'ont prispour le symbole
de la puissance, & pourle
caractere de la majesté:d'où
vient qu'on le portoit autrefois
devant les Rois de
l'Asie, & devant les Empereurs
Romains. Et pour
achever par un endroitqui
en couronne dignementl'éloge,
on ajoûte qu'il n'y a
point eu de nation dans le
monde qui ne l'ait regardé
non feulement comme un
excellent present duCiel,
mais encore comme une illustre*
imagerdela-Divinité. Que
rQue de là est venu qu'on Fa
employé dans toutes les Religious,&
que ce n'ont point
été les Chaldéens feu ls, ni
les Poëtes, ni les Philosophesqui
ont dit que Dieu
est unfeu : mais que l'Ecriture
sainte a parlélemême
langage, & n'a pas faitdifficulté
de nous assurer que
Dieu estunfeuconsumant. 1
Aprés ces préliminaires,
il passe dans le deuxiéme
entretien à l'explication de
lanature du feu. Lefeu, sef!
on" lui, est un esprit qui soy a en unechaleur vive brûlante.
Mais il faut sçavoir
que par cet esprit il n'entend
pas ce que les Chymistes
appellent de ce nom &
qu'ils distinguent par là mêmedavec
leursouphre &
leur mercure. Dans ce que
nôtre auteur nomme ainsi,
il n'est pas tant question de
larareté dela matiere,ou
'de la legereté, quede la subtilité
& de la sorce:&en
un mot, l'esprit, dans son
sens
,
estune substance tres-déliée&
trés-subtile,très-capablede
s'insinuer&depenetrer
dans les pores de tous les corps.
cr >
Quand donc cette subtilité
se trouve jointe avec la É-lieleur,
& que celle-ci est dars
un degré de force & d'ardeur
considerable, nôtre
auteurpretend quec'estce
qui fait propremenr le feu.
D'où vient qu'il ne fait pas
de difficulté de mettre le
sel aunombredes corpsde
nature ignées parce qu outre
•
qu'il désechetoutes leschop
ses ou il s'attache, & qu'il
consume puissamment les
-
humiditez, on en tire, en
ledistillent,des eaux fortes
qui ont la vertu de dissoudre
les metaux,en bien
moins
,-
de temps quene
sçauroit faire le feu leplus
fort &le plusardentde nos
fourneaux.Au reste; comme,
l'ondistingue diverses
sortes de terres,qui, quoy
qu'ellesconviennent toutes
dans cette nature generale,
qui leur est commune; ne
laissent pas d'être differentes
en espece les unesdes
autres; nôtre aauurteeuurrine j ne
doute pointqu'on ne doive
aussidistinguer diverses sortes
de feux, qui tenant tous
en général de la nature de
cet element , différent entr'eux,
en ce qu'ilssont d'une
vivacité,d'un éclat,d'une
subtilité ,d'une force, Si
d'une activité inégale.Quelquedifferensneanmoins
qu'ils soiênt,ilveutqu'ils se
reduisent tous à deux genres
principaux:les uns, qui
ont,tout enlemble de la lumiere&
de la chaleur &
lesautres qui ont de la chaleur
,mais quin'ont point
de lumiere. Les premiers
sont ceux qu'on nomme
feux par excellence : aussi
l'auteur lesappelle-1-il des
feuxvifs, parce qu'ils renfermenc
une quantité d'esprits
vifs & lumineux, comme
font ceux d'une vive
flamme. Les autres sont des
feux beaucoup moins parfaits:
c'est pourquoyl'auteur
les appelle des feux
morts, parce qu'ils sont composez
d'espritsqui n'ont ni
vivacité, ni clarté, & qu'avec
la vertu de brûler , ils
n'ont pas celle d'eclairer &
de luire. Le poivre, le pyretbre,
l'argent vifprécipité, ôc
generalement tous lescaustiques
renferment des eA
prits de cette espece, & doivent
par cette raison être
mis entre les corps qui tiennent
de la nature du feu. /',
Maiscequ'ilyaicid'aussi
remarquable; & qui pourra
surprendre ceux qui n'aurontpoint
oüi parler du
traité de M. Boyle; deflam-
; mæ ponderabilitate y cest qu'-
excepté le feu celeste & de
la nature de celui des astres,
qu'on veut bien qui soit ler
ger. & capable de s'élever
sen haut, on soûtient que
* tous les autres tendent naturellement
vers le centre,
& qu'ilssontmême plus
pesans que tous les autres
elemens.
La troisiéme dissertation
est employée toute entiere
à soûtenir ce paradoxe,& il
fautavoüerqu'on lui donne
un grand air de vraifemblance
par les preuves qu'-
on apporte pour l'établir.
Par exemple , to.. L'on remarque
que les briques,
qui demeurent long-temps
dans le feu, y deviennent
beaucoup plus pesantes,
quoique l'évaporation de
l'humidité en dûtdiminuer
le
le poids.2°. On rapporte un
grand nombre d'experiences
du traité de M. Boyle,
par lesquelles il paroît que
delachaux vive &, divers
metauxayant été exposez
au feu pendant deuxon
trois heures, ont considerablement
augmenté leur
poids; ce qui ne pouvoit
venir que des particules du
feu qui s'étoientmêlées
avec ces matieres. 3°. Enfin
on soûtient que le lieu prow
pre & naturel de nôtre feu
élémentaire est dans les entrailles
de la terre, levrai
cétre des choses pefanses^
lendrpiçle.plus basde tonné
l'univers, ôcquec'estçefils
central, &: non pas la chaleuo
du soleil,ou la vertu ôdesin-j
lfweçesque1,onattribueau^
astrequi est le véritable
principe de la génération
des métaux, & la veritablq
çausequi produit les sources
des rivieres&des fontaines;
;:
En .effet3il est si peuvrai
que la vertu des astres fQ
false sentirdans- les pro-l
fonds cachotsdes lieux [oûi
terrains, que l'on pose en
fait que dans les plus gran4eschaleurs
de l'Esté,lorfque
le soleil darde ses.rayons
avec plus de force, & qu'ils
donnent sur la terre à
plomb, si Tonveut bienfe
donner la peine d'observer
l'effet qu'ilsyfont, on ne
itrouvera point, je ne dirai
pas quils l'ayent penetrée
de quelque milles, mais feu-,
lement qu'ils l'ayent réchauffée
de quelques pieds
de profondeur. L'auteur
nous apprend quelque cho.
se d'asser remarquable làideflus.
Il dit que tous ceux
qui ont écrit touchant les
mi,nes, au moi,ns tous ceux1
dont il, a lû les ecrits rapportent
constammentque.
la terre est froide vers sa fuperficie;
qu'on çommence
à la trouver un peu rechauf-j
fée, lors qu'on y est defcen,
du plus avant;& qu'ensuite
plus on l'enfonce, plus on
trouve que sa chaleur se forciné,
& qu'elle s'augmente
sensiblement. C'est ce que
témoigné entr'autres J. B.
Adorin dans sa relation de
lotis fubterraneis, où il rapporte,
qu'ayant eu la curiofit-R
dedépendre dans les minesd'or
de Hongrie au mots deJuillet,
il avoit trouvé la région superieure
de la terre extremement
froide jusques environ 480.
pieds : mais quétantdescendu
plusbas, ily aVoit trouvé de
la chaleur, qui saugmentait de
relie forte a mesure qu'il s'avançoit
vers lefond,que dans
l'endroit ou étoient les ouvriers
,
ils ne poyvoient travailler
que nuds. Et l'onremarque
qu'il en est de même
dans routes les autres
mines de ce pays-là.
La quatrième -diflertation
roule
sur cette quêstion
assez curieufc
: Si lorfqueï
quelque choje est brûUe>ils'en-t
gendre une nouvellefubflancef1
Pour la resoudre clairemenr,
l'auteurexplique fort,
au long toute la nature de la
génération des substances
inanimées. Il ne reconnoit^
aucune matierepremière proprement
airifi nommée', ôc ilsoûtientfqu'il n'yen ai
point d'autre que divers
corpuscules (impies, qui onci
chacun leur figure, leur!
grandeur, & leurs autre,
proprietez; de
maniéréquel
ne dépendant nullement lest
uns des-autres, ils peuvent
également [ublifler & ensemble,
& fcparez
:
après
cela on conçoit aflfez que,
félon cet auteur, laforme des
chosesinanimées ne doit consister
que dans la conformation,
qui refaite de l'union legitimé&
naturelle deflujieurs
Jecescorpujèule., qui composent
rtt.vtJCm1l "' om-mye par exemple, la forme d'urn--emaison
n'etf autre chose
que cette ftrudture qui le
forme de l'union & de l'arrangement
convenable des
matériaux dont on la bâtir.
Et de cettemanière il'.cÍt
clairque lagenerationde toutes
ces choses ne confifie
non plus que dans taffimblage
que la na«tureIfait de ces fM- diierfespartiesqu'elleuniten- j
semblefour enfaire unmême
corps: comme à lopposite,
la corruprion n'est rien autre
chose que 14 diffilution
& laseparation de ces mêmes
parties,-que lagénération avoit
assemblées;comme on le fait
voir clairement parune experiencecurieule
du vitriol
diûile dans le fourneau de
réverbere. Car après en
Ravoir tiré d'abord un phleg:.
me presque insipide, & enfuite
une liqueur fortace-
; teuse, il ne restera plus au [fond qu'une terre d'un beau [rouge couleur de poùrprë.
I Mais si vous versez vos deux
j[ liqueurs sur cette rerre,vous
l verrez aussitôt vôtre vitriol
; réproduit
, avec sa même
couleur 1V presque son même
poids, parce qu'il a peu
,
d'esprit & dé fou phre volatile.
Enfinnôtre auteur prei
tend que les principesde cetteunion
des parties des corps.
naturels
,
dans laquelle il
veut que la génération cohj
Me, ne font autre chose,
que lesesprits & lesfels auf- j
quels il attribuë tant de
force,qu'il tient que là Oùi
les mêmes efprirs & les memes
fels se trouvent, ils ne
manquent presque jamais
de produire à peu prés la.
Inêmeconfiguratron,quél-
1
,.r que peu ae diipoirm.on qu"r1ry--
rencontrent assezsouvent
dans lamatiere sur laquelle
ils agissent. Onenrapporte
ici deux preuves, qui fèroient
bien considerables &
bien cotivaincantessi elles
étoient bien averées.La premiere
est que la terre cremt
pée&imbuëdecefanggâté
•5 & de ces humeurs infedtes
& corrompues qui forcent
des corps de ces malheureux
qu'on laisse arrachez
aux gibets
,
après leur avoir
fait souffrir le dernier supplice
; que cette terre3 disje,
ainsi detrempée prociuic
une herbe, dont la racine
exprime beaucoup mieux la
forme du corps humain>
que ne fait la racine dela
mandragore. L'autre experience
qu'on alléguéest que
tous les raiforts, qui venoient
dans un jardin,&où
l'on avoitautrefois enterré
un grand nombre de personnes,
avoient la figure de
la moitié du corps humain,
mais si bien representée,
qu'il ne se pouvoir rien de
plus rèssemblant.Cesèxemples
qui quadrent si bien
aux principes de nôtre auteur,
lui donnent occasion
depenser qu'il y a bien plus
de raison qu'on ne s'imagine
dans les regles des
physionomistes, qui tiennent
pour une de leurs grandes
maximes, que les hommes
ont d'ordinaire les inclina..
tions des animaux avec leC
quels ils ont du rapport
dans les traits & dans la forme
exterieure ; parce qu'il
paroît par là qu'ils ont à peu
prés les mêmes esprits, &
qu'il y a bien de l'affinité
entre les particules qui les
composent.
Il nest pas mal aisé de
juger, après tout ce qu'on
vient de voir, ce que nôtre
auteur doit répondre à la
question qu'on a proposée;
car. puis qu'il fait consister
la générationdans un assemblage,&
dans une union
de plusieurs parties pour ne
composer qu'un seul tour,
on voit bien que pour raisonner
consequemment sur
ses principes, il ne peut pas
dire que le feu, qui en embrasant
une matiere combustible,
ne fait qu'en dissoudre
& en separer les parties
,
produise une nouvelle
substance. Il pose donc ici en
fait que tout ceque l'embrasement
peut faire, ne peur
être toutau plus que de prd."
duire de nouvelles qualitez.Et
pour faire voir qu'en celail
ne fait que suivre le sentiment
des anciens, il allègue
là dessus un paisage d'Ari.
stote, qui ne sçauroit être
plus exprés pour,lui quoy
il joint ces beaux vers d'Oise
, où il dit que la garde
du feu sacré avoit été donnée
à des vierges,pourmarquer
,
s'il faut ainsi dire, la
virginité de cet element,par
lequel rien n'est produit.
Comme l'auteur est per.
suadé qu'il n'y a rien de plus
essentiel au feu que la chalent,
il en parle à fond dans
la cinquièmedissertation,
où il s'accache à en expliquerexactement
la nature:,
mais comme pour y bien
reüssir sélon ses principes, il
se trouve obligé de faire
comprendre comment il
conçoit que les corps qui enj
font susceptibles sont composez,
il entre d'abord dans1
un examen fort particulier j
de cette matiere, Bien qu'ilJ
rejette tout à fait lesatomes
d'Epicure, il ne laisse pas de
croire que ces corpuscules,
dont nous avons vû qu'il
composetous lescorps îèn- :';.' fibles,
sibles;sontsi minces, qu'on
n'en peut assez concevoir la
petitesse. Ce qui l'en a convaincu,
c'est,dit- il, quayanc
regardeau travers d'un microscope
de petits grains de
fromage vermoulu
,
qu'il
avoit exposez au soleil, ily
apperçut unefourmilliere
de petits vers, quel'oeil n'auroit
jamais sçû découvrir
sans l'aide de cet instrument.
Il remarque d'ailleurs
qu'on en a observé quelquefois
une grandequantité de
la même petitesse dans le
sang qu'on a tiré à des personnesqui
avoient lafievre,
& qu'il se trouvoir qu'ils
avoient la têtenoire:c'etoit
un signe que la fievre étoit
maligne & dangereuse.Nô- i
tre auteur croiroit assez-que
ces fortes de vers pourroient
devoir leur origineà
ces petits animaux queVarron
dit quisont dans l'air
mais quiyfont imperceptibles
& qui entrant dans nos corps
par la bouche & par les nari
nés,yengendrent desmaladies
difficiles & perilleuses. Mais,
pour revenir à ses corpuscules,
il tient que comme ils.
ne peuvent pas être tous de
la même grandeur) il ne se
peut pas non plus qu'ils
Soient tous de la même sigure;
Chaque espece, selon
lui, a la sienne particulière,
comme on le voit dans les
cristaux, dont chacun a ses
parties configurées d'une
certaine manière qui lui est
propre ; & ç'est de là qu'il
pretend que vient la diversitéqu'on
remarque dans la
contexture des corps, dont
les uns sont plus rares, les
autres plus ferrez, & les autresd'une
consistance mediocre.
Mij
4 Celaposé, ilvientà montrer
ce que c'est que la chaleur,
& commentilconçoit
qu'elle, se produit dans les
corps quisechauffent. Il
n'est pas dusentiment de
ceux qui en font un pur accident.
Il croit quelle envelope
necessairement dans
sa notion une substance,
puisqu'elleconsille dans
l'agitation de ces petitsfeux
ou esprits ignez, qui sont
renfermez dans les corps
chauds; ou pour mieux dire,
qu'elle n'estaucrechose que
ces mêmes feux ou esprits
violemment agitez. En effet il
n'a pas de peine à ren d re raison
par ce principe de la plupart
des effets qu'on attribuë a la
chaleur, comme de secher les
draps mouillez,d'amolir la cire,
de durcir la bouë, de faire évanouir
l'esprit de vin qui fera
dans une phiole ouverte,&c. Il
fait voir que tout cela se fait par
le mouvement & par l'agitation
violente de ces petits feuxou efpritsdont
les lieux où toutes
ces choses arrivent setrouvent
remplis. Il ne trouve pasplus de
difficulté à expliquer la maniere
dont la chaleur s'engendre
en de certains corps, &
pourquoy il y en a qui n'en font
point susceptibles. Il dit que les
premiers s'échauffent aisément,
parce qu'a yant une contexture
rare, ils reçoivent facilemenr
dans leurs pores les petits feux
étrangers qui réveillent ceux
qu'ils avoient déja dans leur
propre sein,ouils étoient comme
assoupis,& qui les remuent
& lesagitent: mais que les autres
ne s'échauffent pas, parce
que leurs pores ne font pas faits
d'une maniéré propre à admettre
ces petits feux ou esprits.
C'est de là que vient, selon lui,
que le ru bis soutient la chaleur
du feu jusques à 5. jours, & le
diamantjusques à 9 ;ce qui a
fait que les Grecs lui ont donne
le nom d'adamas, qui signifie
invincible.C'est encore, à son
avis,ce qui fait que la pierre aprelié
chalazia, parce qu'elle a la
couleur & la figure de la grêle,
conserve sa froideur dansJe
feu? comme au contraire ce,le
queles-Grecsont appelléeapiyilos,
c'etf à dire irrefrigerable),
étant une fois échauffée, conserve
toute sa chaleur pendant
plusieurs jours.
'-Il ne faut pas oublier que nôtre
auteur ne croit pas que le
froid soit une simple privation
dechaleur, comme la plupart
dumon deselepersuade. Il pretend
que comme la chaleur
consiste dans desesprits de nature
ignée ,
le froid consiste à
l'oppalire dans des esprits froids
églacez.Etil croit le prouver
invinciblement par deux experiences.
La premiere est le froid
insupportable que l'Atlasdela
Chine rapporte qu'il fait toûjours
sur une montagne de la
Prov ince Quan^ft, qui pour cet
te raison est appellée la montagnefroide
;car quoy qu'elle soit
dans la zone torride, elle est
pourtant inhabitable par l'extreme
rigueur du froid. L'autre
est la vertu qu'a la pierre nommée
æmatite, d'empêcher l'eau
de boüillir,sion la jette dans le
vaisseau; & celle qn'elle a d'arrêter
le fang, lors qu'une trop
grande fermentation le fait sortir
hors des veines. L'auteur
croit qu'une même cause produit
l'un & l'autre de ces effets,
& il ne conçoit pas qu'on
puisse attribuer ni le froid de
cette montagne,ni la vertu de
cette pierre, qu'à des exhalaisons
froides,qui arrêtent l'action
& le mouvement des esprits
chauds.
si utiles & si dangereux, &
j'en ai déja parlé tant de
fois superficiellement, que
4 je croy ne pouvoir mieux
faire, pourinstruire & pour
amuser le lecteur, que lui
donner un extrait des dissertationssuivantes,
oùil
verra un tableau assez exact
des qualitez & des proprietez
de cet élement.
h) ;>-t'ï
J, Traité du feu, dans lequel on établît les vraisfondemens
n' de la Physique.
-'u-j
,
Il y a si peu de choses qui
puissent passer pour certaines
& pour confiantes dans
la Physique, qu'il n'ya
rien de plus aisé que dese
tromper, lors qu'on entreprend
de prononcer decisivement
sur les matierés qui
s'y traitent. D'ailleurs,les
methodes Ics- plus regulieres
ne fonc pas toûjours les
meilleures; elles ont fouvent
beaucoup plus de
montre que d'utilité solide,
& l'on peut dire qu'en bien
des rencontres elles servent
bien plus à gêner l'esprit,
qu'à le conduire droit à la
verité. C'a été pour prendre
uneroute qui l'exposât
moins àces deux inconve-
,
niens, que le P. C. a donné
la formed'entretiens à cet
ouvrage, parce qu9ona accoûtumé
de bannir de tout
ce qui porte ce titrele ton
decisif de Docteur,aavec
ce faste & cet apparat qui
l'accompagne d'ordinaire,
&. que du reste on n'y reçoit
point les regularitez importunes,
ni les formalitez
gênantes des manieres de
l'Ecole. Ainsi les
13.
dissertarions
dont il a composé son
livre, sontautant de ron'Ver.
sations libres& sçavantes,
où il fait entrer trois personnes
d'un rare merire &
d'une fort grande érudition;
à peu prés comme Ciceron
introduit sesillustres
amis parlansdans ses ouvrages
de Philosophie. Je tjU
cherai d'informer les lecteurs
de ce qui s'y trouve
de plus remarquable 8; de
principal: mais comme je
suis obligé d'éviter la longueur
des extraits , autant
qu'il me fera possible,
& qu'il feroit difficile de
rendre compte en peu de
mots de 13.dissertations pleines
de choses considerables
&qui font un gros volume,
je me contenterai de donner
ici le précis des 5. premieres,
& je renvoyerai le
reste à un autre mois.
Nôtre auteur entre en
matiere,dans la premiere
dissertation;d'une maniere
agreable -" par une petite
disputequ'il fait naître entre
ses personnages sur cette
question curieuse : Lequel
desdeuxestleplus excellent &
le plus utile, de l'eau ou du
feu ? C'est pour se donner
jour à faire l'élogedu sujet
qu'il veut traiter, en montrant
l'avantage qu'a le feu
sur tous les corps simples,
dont il pretend qu'il est le
plusnoble à bien des égards.
On ne pouvoit gueres
mieuxtourner la chose qu'-
en laprenant de cette maniere
,
ni faire voir un plus
beau mélange de la belle
litterature avec la Philosophie,
que celui que nous
donne ici le P.C. On allegue
• de part & d'autre ce qu'on
pouvoir dire de plus curieux
à l'avantage du feu ou de
l'eau. On cite les autoritez
des Poëtes & des Philosophes,
on produit le celebre
passage de Pindare, qui des
le commencement de ses
Odes dit qu'il n'y a rien de
meilleur que l'eau. Et on lui
opposePlutarque,qui ayant
traité la même question
qu'on a gite ici, l'adecidée
en faveur du feu. On peut
bien croire qu'on n'oublie
pas là-dessus ni Vulcain, qui
étoit du nombre des grandes
Divinitez Payennes, ni le
feusucré,qui étoit l'objet de
la devotion des Perfes
; ni
l'adoration que les Chaldéens
rendoient à cet element,
qu'ils, consideroient
comme leur supreme Divinité.
Cependant comme le
feu ne craint rien si fort que
l'eau,on raconte ici une as
fez plaisante avanture,tirée
de Ruffln & de Suidas, oùles
choses ne tournerent pas à
l'avantage du Dieu de Chaldée.
Ceux de cette nation
vantoient leur Divinité,
comme la plus puissante de
toutes; & quelques-uns de
leurs Prêtres, courans de
Province enProvince,défioient
au combat tous les
f
autresDieux. Maiscomme
ceux-ci, de que lque matierequ'ils
fussent, de bois,
, ou d'airain ,ou d'argent
ou d'or, ne pouvoientresister
au feu, qui en venoit
-
enfin à bout,il le trouva un
Prêtre d'Egypte qui arrêta
de cette maniere les triomphes
de ce Dieu, qui en avoit
dévoré tant d'autres. Il
prit une cruche percée de
quantité de petits trous,
qu'il boucha avec de la cire,
mais si proprement, qu'on
n'en pouvoitrien connoître
; & après avoir rempli
cette cruche d'eau, & avoir
mis au dessus la tête de son
Idole qu'on nommoit Canope,
il accepta le défi. Les
Chaldéens mirent aussitôt
le feu à l'entour de l'Idôle:
mais la cire se fondant au
feu, ouvrit incontinent le
passage à l'eau, qui sortant
de tous cotez par les petits
trous ,qu'on ne voyoit pas,
éteignit le feu, & faisant
triompher Canope, fit avoüer
aux Chaldéens que.
le Dieu des Egyptiensétoit
le plus fort. Avec tout cela,
comme il estaussi naturel
au feu de consumerl'eau,
qu'ill'est à l'eau d'éteindre
le feu, on ne peut nier que
celui-ci ne se dédommage
quelquefois au double, parce
qu'il gagne à son tour
sur l'autre.Mais pourétablir
sur quelque chose de c'on.,
fiderable l'avantage qu'on
donne aufeu,on remarque
ici que si on recüeille les
suffrages des Philolophes,
on trouvera que le plus
grand nombre est celui de
ceux qui ont mis le feuen
tre les principes deschoses;
ce qui vient sans douce de
l'impression nature lle qu'on
a de ion excellence & de
son utilité. Qu'au reste ce
n'est pas un foible argument
pour nous en persuader,
que de voir qu'entre »
tant de sortes d'animauxil
n'y ait que l'homme à qui
a nature en ait proprement
accordé l'usage : ce qui va
siloin
,
selon la pensée de
Lactance
,
qu'il semble que
Dieu ait voulu assurer les
hommes de leur immortalité
, en leur abandonnant
l'usage & la disposition de
cet element, qui est celui de
la lumiere & de la vie. Que
quoy qu'il en soit, lavie est
un feu, & que si le feu en
est le symbole,il en est aussi
le soûtien, & leplus necessaire
instrument, puis qu'-
après tout il n'est pas possïble
ni de cuire les alimens,
ni de préparer les remedes,
ni de se prévaloir de cent
autres choses necessaires à
la vie, sans le secours de
cet element. Que d'ailleurs
quand on pourroit vivre
sans l'usage du feu,la vie
ne sçauroit être qu'extremement
miserable, privée
de tous les avantages qu'on
tire des sciences & des arts,
& plongée dans une obscurité
qui lui ôteroit tout ce
qu'elle a dagreable. Qu'en
un mot on est redevable de
toutes lescommoditez, ôc
de tous les ornemens de la
: vie au feu ,qui eR: d'une utiflité
si étenduë & si gene- rale, qu'outre le secours
qu'il prête à la vûé au milieu
de l'obscurité , il supplée
quelquefois à l'usage
[. de la parole, en donnant
aux amis éloignez de quelques
lieuës le moyen de se
pouvoir parler la nuit par
des flambeauxallumez. Enl'
fin, après avoir remarqué
que les effets mêmequ'on
lui reproche sont des preuves
de noblesse & des marques
de grandeur,on observe
quetousles peuples
l'ont prispour le symbole
de la puissance, & pourle
caractere de la majesté:d'où
vient qu'on le portoit autrefois
devant les Rois de
l'Asie, & devant les Empereurs
Romains. Et pour
achever par un endroitqui
en couronne dignementl'éloge,
on ajoûte qu'il n'y a
point eu de nation dans le
monde qui ne l'ait regardé
non feulement comme un
excellent present duCiel,
mais encore comme une illustre*
imagerdela-Divinité. Que
rQue de là est venu qu'on Fa
employé dans toutes les Religious,&
que ce n'ont point
été les Chaldéens feu ls, ni
les Poëtes, ni les Philosophesqui
ont dit que Dieu
est unfeu : mais que l'Ecriture
sainte a parlélemême
langage, & n'a pas faitdifficulté
de nous assurer que
Dieu estunfeuconsumant. 1
Aprés ces préliminaires,
il passe dans le deuxiéme
entretien à l'explication de
lanature du feu. Lefeu, sef!
on" lui, est un esprit qui soy a en unechaleur vive brûlante.
Mais il faut sçavoir
que par cet esprit il n'entend
pas ce que les Chymistes
appellent de ce nom &
qu'ils distinguent par là mêmedavec
leursouphre &
leur mercure. Dans ce que
nôtre auteur nomme ainsi,
il n'est pas tant question de
larareté dela matiere,ou
'de la legereté, quede la subtilité
& de la sorce:&en
un mot, l'esprit, dans son
sens
,
estune substance tres-déliée&
trés-subtile,très-capablede
s'insinuer&depenetrer
dans les pores de tous les corps.
cr >
Quand donc cette subtilité
se trouve jointe avec la É-lieleur,
& que celle-ci est dars
un degré de force & d'ardeur
considerable, nôtre
auteurpretend quec'estce
qui fait propremenr le feu.
D'où vient qu'il ne fait pas
de difficulté de mettre le
sel aunombredes corpsde
nature ignées parce qu outre
•
qu'il désechetoutes leschop
ses ou il s'attache, & qu'il
consume puissamment les
-
humiditez, on en tire, en
ledistillent,des eaux fortes
qui ont la vertu de dissoudre
les metaux,en bien
moins
,-
de temps quene
sçauroit faire le feu leplus
fort &le plusardentde nos
fourneaux.Au reste; comme,
l'ondistingue diverses
sortes de terres,qui, quoy
qu'ellesconviennent toutes
dans cette nature generale,
qui leur est commune; ne
laissent pas d'être differentes
en espece les unesdes
autres; nôtre aauurteeuurrine j ne
doute pointqu'on ne doive
aussidistinguer diverses sortes
de feux, qui tenant tous
en général de la nature de
cet element , différent entr'eux,
en ce qu'ilssont d'une
vivacité,d'un éclat,d'une
subtilité ,d'une force, Si
d'une activité inégale.Quelquedifferensneanmoins
qu'ils soiênt,ilveutqu'ils se
reduisent tous à deux genres
principaux:les uns, qui
ont,tout enlemble de la lumiere&
de la chaleur &
lesautres qui ont de la chaleur
,mais quin'ont point
de lumiere. Les premiers
sont ceux qu'on nomme
feux par excellence : aussi
l'auteur lesappelle-1-il des
feuxvifs, parce qu'ils renfermenc
une quantité d'esprits
vifs & lumineux, comme
font ceux d'une vive
flamme. Les autres sont des
feux beaucoup moins parfaits:
c'est pourquoyl'auteur
les appelle des feux
morts, parce qu'ils sont composez
d'espritsqui n'ont ni
vivacité, ni clarté, & qu'avec
la vertu de brûler , ils
n'ont pas celle d'eclairer &
de luire. Le poivre, le pyretbre,
l'argent vifprécipité, ôc
generalement tous lescaustiques
renferment des eA
prits de cette espece, & doivent
par cette raison être
mis entre les corps qui tiennent
de la nature du feu. /',
Maiscequ'ilyaicid'aussi
remarquable; & qui pourra
surprendre ceux qui n'aurontpoint
oüi parler du
traité de M. Boyle; deflam-
; mæ ponderabilitate y cest qu'-
excepté le feu celeste & de
la nature de celui des astres,
qu'on veut bien qui soit ler
ger. & capable de s'élever
sen haut, on soûtient que
* tous les autres tendent naturellement
vers le centre,
& qu'ilssontmême plus
pesans que tous les autres
elemens.
La troisiéme dissertation
est employée toute entiere
à soûtenir ce paradoxe,& il
fautavoüerqu'on lui donne
un grand air de vraifemblance
par les preuves qu'-
on apporte pour l'établir.
Par exemple , to.. L'on remarque
que les briques,
qui demeurent long-temps
dans le feu, y deviennent
beaucoup plus pesantes,
quoique l'évaporation de
l'humidité en dûtdiminuer
le
le poids.2°. On rapporte un
grand nombre d'experiences
du traité de M. Boyle,
par lesquelles il paroît que
delachaux vive &, divers
metauxayant été exposez
au feu pendant deuxon
trois heures, ont considerablement
augmenté leur
poids; ce qui ne pouvoit
venir que des particules du
feu qui s'étoientmêlées
avec ces matieres. 3°. Enfin
on soûtient que le lieu prow
pre & naturel de nôtre feu
élémentaire est dans les entrailles
de la terre, levrai
cétre des choses pefanses^
lendrpiçle.plus basde tonné
l'univers, ôcquec'estçefils
central, &: non pas la chaleuo
du soleil,ou la vertu ôdesin-j
lfweçesque1,onattribueau^
astrequi est le véritable
principe de la génération
des métaux, & la veritablq
çausequi produit les sources
des rivieres&des fontaines;
;:
En .effet3il est si peuvrai
que la vertu des astres fQ
false sentirdans- les pro-l
fonds cachotsdes lieux [oûi
terrains, que l'on pose en
fait que dans les plus gran4eschaleurs
de l'Esté,lorfque
le soleil darde ses.rayons
avec plus de force, & qu'ils
donnent sur la terre à
plomb, si Tonveut bienfe
donner la peine d'observer
l'effet qu'ilsyfont, on ne
itrouvera point, je ne dirai
pas quils l'ayent penetrée
de quelque milles, mais feu-,
lement qu'ils l'ayent réchauffée
de quelques pieds
de profondeur. L'auteur
nous apprend quelque cho.
se d'asser remarquable làideflus.
Il dit que tous ceux
qui ont écrit touchant les
mi,nes, au moi,ns tous ceux1
dont il, a lû les ecrits rapportent
constammentque.
la terre est froide vers sa fuperficie;
qu'on çommence
à la trouver un peu rechauf-j
fée, lors qu'on y est defcen,
du plus avant;& qu'ensuite
plus on l'enfonce, plus on
trouve que sa chaleur se forciné,
& qu'elle s'augmente
sensiblement. C'est ce que
témoigné entr'autres J. B.
Adorin dans sa relation de
lotis fubterraneis, où il rapporte,
qu'ayant eu la curiofit-R
dedépendre dans les minesd'or
de Hongrie au mots deJuillet,
il avoit trouvé la région superieure
de la terre extremement
froide jusques environ 480.
pieds : mais quétantdescendu
plusbas, ily aVoit trouvé de
la chaleur, qui saugmentait de
relie forte a mesure qu'il s'avançoit
vers lefond,que dans
l'endroit ou étoient les ouvriers
,
ils ne poyvoient travailler
que nuds. Et l'onremarque
qu'il en est de même
dans routes les autres
mines de ce pays-là.
La quatrième -diflertation
roule
sur cette quêstion
assez curieufc
: Si lorfqueï
quelque choje est brûUe>ils'en-t
gendre une nouvellefubflancef1
Pour la resoudre clairemenr,
l'auteurexplique fort,
au long toute la nature de la
génération des substances
inanimées. Il ne reconnoit^
aucune matierepremière proprement
airifi nommée', ôc ilsoûtientfqu'il n'yen ai
point d'autre que divers
corpuscules (impies, qui onci
chacun leur figure, leur!
grandeur, & leurs autre,
proprietez; de
maniéréquel
ne dépendant nullement lest
uns des-autres, ils peuvent
également [ublifler & ensemble,
& fcparez
:
après
cela on conçoit aflfez que,
félon cet auteur, laforme des
chosesinanimées ne doit consister
que dans la conformation,
qui refaite de l'union legitimé&
naturelle deflujieurs
Jecescorpujèule., qui composent
rtt.vtJCm1l "' om-mye par exemple, la forme d'urn--emaison
n'etf autre chose
que cette ftrudture qui le
forme de l'union & de l'arrangement
convenable des
matériaux dont on la bâtir.
Et de cettemanière il'.cÍt
clairque lagenerationde toutes
ces choses ne confifie
non plus que dans taffimblage
que la na«tureIfait de ces fM- diierfespartiesqu'elleuniten- j
semblefour enfaire unmême
corps: comme à lopposite,
la corruprion n'est rien autre
chose que 14 diffilution
& laseparation de ces mêmes
parties,-que lagénération avoit
assemblées;comme on le fait
voir clairement parune experiencecurieule
du vitriol
diûile dans le fourneau de
réverbere. Car après en
Ravoir tiré d'abord un phleg:.
me presque insipide, & enfuite
une liqueur fortace-
; teuse, il ne restera plus au [fond qu'une terre d'un beau [rouge couleur de poùrprë.
I Mais si vous versez vos deux
j[ liqueurs sur cette rerre,vous
l verrez aussitôt vôtre vitriol
; réproduit
, avec sa même
couleur 1V presque son même
poids, parce qu'il a peu
,
d'esprit & dé fou phre volatile.
Enfinnôtre auteur prei
tend que les principesde cetteunion
des parties des corps.
naturels
,
dans laquelle il
veut que la génération cohj
Me, ne font autre chose,
que lesesprits & lesfels auf- j
quels il attribuë tant de
force,qu'il tient que là Oùi
les mêmes efprirs & les memes
fels se trouvent, ils ne
manquent presque jamais
de produire à peu prés la.
Inêmeconfiguratron,quél-
1
,.r que peu ae diipoirm.on qu"r1ry--
rencontrent assezsouvent
dans lamatiere sur laquelle
ils agissent. Onenrapporte
ici deux preuves, qui fèroient
bien considerables &
bien cotivaincantessi elles
étoient bien averées.La premiere
est que la terre cremt
pée&imbuëdecefanggâté
•5 & de ces humeurs infedtes
& corrompues qui forcent
des corps de ces malheureux
qu'on laisse arrachez
aux gibets
,
après leur avoir
fait souffrir le dernier supplice
; que cette terre3 disje,
ainsi detrempée prociuic
une herbe, dont la racine
exprime beaucoup mieux la
forme du corps humain>
que ne fait la racine dela
mandragore. L'autre experience
qu'on alléguéest que
tous les raiforts, qui venoient
dans un jardin,&où
l'on avoitautrefois enterré
un grand nombre de personnes,
avoient la figure de
la moitié du corps humain,
mais si bien representée,
qu'il ne se pouvoir rien de
plus rèssemblant.Cesèxemples
qui quadrent si bien
aux principes de nôtre auteur,
lui donnent occasion
depenser qu'il y a bien plus
de raison qu'on ne s'imagine
dans les regles des
physionomistes, qui tiennent
pour une de leurs grandes
maximes, que les hommes
ont d'ordinaire les inclina..
tions des animaux avec leC
quels ils ont du rapport
dans les traits & dans la forme
exterieure ; parce qu'il
paroît par là qu'ils ont à peu
prés les mêmes esprits, &
qu'il y a bien de l'affinité
entre les particules qui les
composent.
Il nest pas mal aisé de
juger, après tout ce qu'on
vient de voir, ce que nôtre
auteur doit répondre à la
question qu'on a proposée;
car. puis qu'il fait consister
la générationdans un assemblage,&
dans une union
de plusieurs parties pour ne
composer qu'un seul tour,
on voit bien que pour raisonner
consequemment sur
ses principes, il ne peut pas
dire que le feu, qui en embrasant
une matiere combustible,
ne fait qu'en dissoudre
& en separer les parties
,
produise une nouvelle
substance. Il pose donc ici en
fait que tout ceque l'embrasement
peut faire, ne peur
être toutau plus que de prd."
duire de nouvelles qualitez.Et
pour faire voir qu'en celail
ne fait que suivre le sentiment
des anciens, il allègue
là dessus un paisage d'Ari.
stote, qui ne sçauroit être
plus exprés pour,lui quoy
il joint ces beaux vers d'Oise
, où il dit que la garde
du feu sacré avoit été donnée
à des vierges,pourmarquer
,
s'il faut ainsi dire, la
virginité de cet element,par
lequel rien n'est produit.
Comme l'auteur est per.
suadé qu'il n'y a rien de plus
essentiel au feu que la chalent,
il en parle à fond dans
la cinquièmedissertation,
où il s'accache à en expliquerexactement
la nature:,
mais comme pour y bien
reüssir sélon ses principes, il
se trouve obligé de faire
comprendre comment il
conçoit que les corps qui enj
font susceptibles sont composez,
il entre d'abord dans1
un examen fort particulier j
de cette matiere, Bien qu'ilJ
rejette tout à fait lesatomes
d'Epicure, il ne laisse pas de
croire que ces corpuscules,
dont nous avons vû qu'il
composetous lescorps îèn- :';.' fibles,
sibles;sontsi minces, qu'on
n'en peut assez concevoir la
petitesse. Ce qui l'en a convaincu,
c'est,dit- il, quayanc
regardeau travers d'un microscope
de petits grains de
fromage vermoulu
,
qu'il
avoit exposez au soleil, ily
apperçut unefourmilliere
de petits vers, quel'oeil n'auroit
jamais sçû découvrir
sans l'aide de cet instrument.
Il remarque d'ailleurs
qu'on en a observé quelquefois
une grandequantité de
la même petitesse dans le
sang qu'on a tiré à des personnesqui
avoient lafievre,
& qu'il se trouvoir qu'ils
avoient la têtenoire:c'etoit
un signe que la fievre étoit
maligne & dangereuse.Nô- i
tre auteur croiroit assez-que
ces fortes de vers pourroient
devoir leur origineà
ces petits animaux queVarron
dit quisont dans l'air
mais quiyfont imperceptibles
& qui entrant dans nos corps
par la bouche & par les nari
nés,yengendrent desmaladies
difficiles & perilleuses. Mais,
pour revenir à ses corpuscules,
il tient que comme ils.
ne peuvent pas être tous de
la même grandeur) il ne se
peut pas non plus qu'ils
Soient tous de la même sigure;
Chaque espece, selon
lui, a la sienne particulière,
comme on le voit dans les
cristaux, dont chacun a ses
parties configurées d'une
certaine manière qui lui est
propre ; & ç'est de là qu'il
pretend que vient la diversitéqu'on
remarque dans la
contexture des corps, dont
les uns sont plus rares, les
autres plus ferrez, & les autresd'une
consistance mediocre.
Mij
4 Celaposé, ilvientà montrer
ce que c'est que la chaleur,
& commentilconçoit
qu'elle, se produit dans les
corps quisechauffent. Il
n'est pas dusentiment de
ceux qui en font un pur accident.
Il croit quelle envelope
necessairement dans
sa notion une substance,
puisqu'elleconsille dans
l'agitation de ces petitsfeux
ou esprits ignez, qui sont
renfermez dans les corps
chauds; ou pour mieux dire,
qu'elle n'estaucrechose que
ces mêmes feux ou esprits
violemment agitez. En effet il
n'a pas de peine à ren d re raison
par ce principe de la plupart
des effets qu'on attribuë a la
chaleur, comme de secher les
draps mouillez,d'amolir la cire,
de durcir la bouë, de faire évanouir
l'esprit de vin qui fera
dans une phiole ouverte,&c. Il
fait voir que tout cela se fait par
le mouvement & par l'agitation
violente de ces petits feuxou efpritsdont
les lieux où toutes
ces choses arrivent setrouvent
remplis. Il ne trouve pasplus de
difficulté à expliquer la maniere
dont la chaleur s'engendre
en de certains corps, &
pourquoy il y en a qui n'en font
point susceptibles. Il dit que les
premiers s'échauffent aisément,
parce qu'a yant une contexture
rare, ils reçoivent facilemenr
dans leurs pores les petits feux
étrangers qui réveillent ceux
qu'ils avoient déja dans leur
propre sein,ouils étoient comme
assoupis,& qui les remuent
& lesagitent: mais que les autres
ne s'échauffent pas, parce
que leurs pores ne font pas faits
d'une maniéré propre à admettre
ces petits feux ou esprits.
C'est de là que vient, selon lui,
que le ru bis soutient la chaleur
du feu jusques à 5. jours, & le
diamantjusques à 9 ;ce qui a
fait que les Grecs lui ont donne
le nom d'adamas, qui signifie
invincible.C'est encore, à son
avis,ce qui fait que la pierre aprelié
chalazia, parce qu'elle a la
couleur & la figure de la grêle,
conserve sa froideur dansJe
feu? comme au contraire ce,le
queles-Grecsont appelléeapiyilos,
c'etf à dire irrefrigerable),
étant une fois échauffée, conserve
toute sa chaleur pendant
plusieurs jours.
'-Il ne faut pas oublier que nôtre
auteur ne croit pas que le
froid soit une simple privation
dechaleur, comme la plupart
dumon deselepersuade. Il pretend
que comme la chaleur
consiste dans desesprits de nature
ignée ,
le froid consiste à
l'oppalire dans des esprits froids
églacez.Etil croit le prouver
invinciblement par deux experiences.
La premiere est le froid
insupportable que l'Atlasdela
Chine rapporte qu'il fait toûjours
sur une montagne de la
Prov ince Quan^ft, qui pour cet
te raison est appellée la montagnefroide
;car quoy qu'elle soit
dans la zone torride, elle est
pourtant inhabitable par l'extreme
rigueur du froid. L'autre
est la vertu qu'a la pierre nommée
æmatite, d'empêcher l'eau
de boüillir,sion la jette dans le
vaisseau; & celle qn'elle a d'arrêter
le fang, lors qu'une trop
grande fermentation le fait sortir
hors des veines. L'auteur
croit qu'une même cause produit
l'un & l'autre de ces effets,
& il ne conçoit pas qu'on
puisse attribuer ni le froid de
cette montagne,ni la vertu de
cette pierre, qu'à des exhalaisons
froides,qui arrêtent l'action
& le mouvement des esprits
chauds.
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Résumé : Traité du feu, dans lequel on établit les vrais fondemens de la Physique.
Le texte explore la nature et l'importance du feu, qu'il considère comme l'élément le plus noble et utile, supérieur à l'eau. Il s'appuie sur des références à des poètes et philosophes tels que Pindare et Plutarque, ainsi que sur des divinités associées au feu. Le feu est essentiel pour cuire les aliments, préparer des remèdes et accomplir diverses tâches quotidiennes. Il symbolise la lumière, la vie et la puissance, et est utilisé dans les cérémonies religieuses. Le texte distingue différents types de feux, vifs ou morts, et note que le feu terrestre tend vers le centre de la Terre. Des expériences montrent que le feu contient des particules pesantes. L'auteur aborde la chaleur terrestre et la génération de nouvelles substances par combustion. Il explique que les substances inanimées sont composées de corpuscules spécifiques dont l'arrangement détermine la forme. Des expériences avec le vitriol illustrent cette théorie. Le texte discute également des propriétés du feu et de la chaleur, affirmant que le feu modifie les qualités des matières sans en créer de nouvelles. La chaleur est vue comme une substance composée d'esprits ignés, tandis que le froid est constitué d'esprits froids glacés. De plus, le texte décrit un phénomène naturel où une fermentation excessive entraîne la sortie d'un fluide des veines, identifiant deux effets distincts résultant de cette cause. L'auteur rejette l'idée que le froid d'une montagne ou les propriétés d'une pierre puissent être expliqués par autre chose que des exhalaisons froides, qui inhibent l'action et le mouvement des esprits chauds.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
215
p. 182-196
LETTRE De condoleance à une Dame de consideration, sur la mort de son Pere.
Début :
MADAME, C'est un ancien usage de consoler les vivans de la perte [...]
Mots clefs :
Mort, Condoléances, Monde, Amis, Bûcher, Corps, Asie Mineure, Pompe funèbre, Funérailles, Grecs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE De condoleance à une Dame de consideration, sur la mort de son Pere.
LETTRE !y
De condoleance à une Dame de
consideration sur la mort de
sonPere. MADAME,I
i*
C'est un ancienusage de
consoler les vivans dela perte
des morts. Je pense que ceft1
fort bien fait, parce qu'il me
semble qu'il n'y a
prcfquc'
rien à dire contre une mode'
reçuê depuis tant d'années:
Ainsi je veux,s'il vous plaist,,
croire pour un instant cettej
regleétablie pour vous &
pourmoy , comme pour le
reste des mortels. Cela estant,
permettez - moy ,
Madame , de vous témoigner la douleur
1 que je ressens de la perte que
vous venez de faire. Ce ne
font point dans un pareil mal-
- heur des idées de consolation
que je veux vous inspirer
, vos
douleurs sont trop raisonnat"
bles,vostreaffliction n'estque
[ trop juste, & je ne vousoffre
icy que des larmes à mêler
avec les vostres ; mais après
avoir suffisamment satisfait à
ces pitoyables devoirs de la
nature, l'esprit doit effacer
nos ennuis, la raison qui a
justifié nos pleurs doit rétablir
nostre tranquillité
,
le temps
doit refermer nos playes, &
la Religion nous armer d'une
pieuse indifférence contre
tousles accidens du monde.
Cependant souffrez que je
vous avoüe
, que je ne comprend
pas bien encore, en vertu
dequoy, tous les hommes
cherchent réciproquement à
se consoler du moindre de
leursmaux.
On félicite un pere sur la
naissance de son enfant, &
-'
l'on
l'on s'affige avec le fils de la
mort de son pere;à quoy bon
cescomplimens ,& ces condoleances,
sur un mouvement
continuel, & dont les rcvolutions
inévitablesn'ont rien
dont on doive ny se réjouir,
ny s'allarmer.
Voila le seul point où le
sort de tous les humains se
trouve égal; néanmoins on a
la manie de faire de super bes
Festes, parce que Pierre vient
au monde, & de tristes & lugubres
Mausolées, parce qu'il
en fort.
J'approuverois ce faste &
ces pleurs, si l'on n'avoit pas
tous les jours le même étalage
à faire, & les mêmes larmes à répandre.I Strabon dit (ho! Madame,
Strabonesticy d'un merveil-1
leux secours
, pour m'aider à
vousconsoler) oüy;) Srrabon
dit, que dans une certaine
région de l'Asie mineure, on
faisoitdemagnifiques funérailles
aux morts. Si tost que
l'ame d'un grand Seigneur
avoit pris congé de son individu
,
les amis, les parens,
les femmes & les esclaves duj
deffunts'assembloient autour
i
du corps quon avoit foin de
placer aumilieu d'un bûcher
fupcrbe
, avec mille Inscriptions
à la loüange du Trépassé
On dressoit autour du Bucher
de grandes tables couvertes
de viandes exquises, &
de vins excellens ; il n'estoit
question au milieu de ces festins,
que d'emblêmes,d'oraisons
funebres, & de panégyriques
pour honorer les
:
obfcques de ce cadavre: on
mangeoit, on buvoit à bon
compte, &l'on s'enyvroiten
attendant l'instant fatal où
chacun devoit donner la plus
grande & la dernière preuve
de l'amour qu'il avoir pour le
deffunt, ensuite on allumoit
i le bucher de toutes parts, & 1
les conviez chargez deleurs
plus précieuxbijoux se hâtoient
de se précipiter dans
les flâmes, pour mêler à l'envi
leurs cendres avec celles du
mort. La même ceremonie
se pratiquoit aussi en Perse &
en Egypte
,
mais avec moins
de rigueur.
Voila, Madame, ce qu'on
appelle des gensbien tendres,
& c'est presqueainsiqu'il faut
pleurer, ou ne point pleurer
du tout; mais avant de finir
l'article de mes condoleances,
permettez-moy de vous conter
encore une Histoire. Les
Histoiresont la vertu d'attirer
nostre attention, d'assoupir
nos inquiétudes, & d'enchanter
quelquefois nostredouleur.
Ainsi j'espere que vous
trouverez celle-cy assez rare
&a ssez consolante, pour vous
persuader que les plus courtes
larmes sont les meilleu-
Il.CS. , {:,' Il y a encore aujourd'huy
uneContrée dans la Grece
où le mort a toûjours tort.
Dés que la Parque a tranché
le fil des jours d'un mortel
,
on cxpofe (on corps au milieu
d'une certaine Place, où s'assemblent
ses voisins, ses parens,
ses amis, sa femme & ses
enfans. C'est sa chere moitié
qui ordinairement mène le
deüil ; elle s'approche de son,
pauvre mary qu'elle regarde
tranquillement d'un oeil de
pitié, & elle luy tient en peu,
de mots, le discours que voicy.
Pourquoy
,mon cher Ó.
poux êtesvous mort? vous
estiez bien pressé ? ne vous aimois-
je P» tendrement ? ne
vous ay-
je pas toujours esté
fidelle? allez vous estes un ingrat
qui avez voulu m'abandonner.
Suivez-donc vostre
malheureux destin ? je ne m'en
metplus en peine. Cette Harangue
finie
,
elle passe son
chemin, & se retire chez elle.
Ses enfansaussitost prennent
sa place autour de leur pere,
& luy font leurs petites remontrances
en ces termes.
Eh pourquoy , mon cher Papa
,vous estes-vous laissé moutir?
vous estiez riche, maman
vousaimoitbien, nous avions
tous de la tendresse & de la
soûmission pour vous,tout le
monde vous consideroit, il
netenoit enfin qu'à vous d'être
heureux; cependant vous
avez voulu nous quitter, vous
n'avez pas eu honte de mourir
, & de nous dépoüiller,
cruellement de toute l'esperance
que nous avions en '¡
vous;tout ce qui nous reste à
vous dire, c'est que nous n'oublirons
jamais un si vilain
cour: néanmoins quelque
part que vous alliez , nous
souhaitons encore que le
Ciel vous donne ailleurs un
destin plusheureuux, Alors les
voisins
a
voisins, les amis, & les parens
du mort commencent à
l'accabl. r dereproches& d'injures.
Qu'aviez vous à rir mou-
,
luy disent les uns? que
vous manquoit
-
il, reprennent
les autres?adore de vôtre
femme, aimé de vos ensans,
&chéri de tout le monde
, vous avez eu le courage
de nous quitter avec la dernière
rigueur!quelleinhumanité
! quelle injustice?ou plutost
quelle haine pour nous,
disent-ils à ce pauvre corps.
Allons, mettons parpitié une
obole dans sa bouche
,
fermons
son cercüell., couvrons
sa tombe depain ,de viandes
&devin,s'ilafaim ilmangera,
s'ilasoifil boira ,plaçons
le auprésde ses ayeux, fermonsensuite
son, sepulchre,
&?allons;nousiréjoiïiravéclat
femme&sesenfansdelasot-
'r d t y
.,,-
tise du mort. * 1- ?<: Ainsi comme vous.
Madame, chaque pays,chaqueguisemaisditesmoy
je vous prie; laquelle de ces
deux Histoires vous plaist
davantage?Sont-ce ceux
qui vont [ç bculensur unuj
cadavre,ouceuxqui vont
enyvrer sur le tombeau d'un
répassé ? Pour moy , quoy- iel'un&l'autreexcèsme pa-
>iflic tldicûlc^'-'jttiens
rt pour les derniers ,& je
is sûr qu'il n'y a point
h~MHii~ai(bt~~b!c quine
»iEdten}toft^vfs:~ v
Je conclus âohe: que la.
auteur est la plusinutile reslurce
du monde,contre des
iaui^ufé|uèBidkl,ric'Jpcflcrcedier,
& je soûciensqu'un
onesprit n'ajamaisbesoinde
onsolationparcequ'il ne doit
maistrouver dequoiss'afliger
cvôtre,Madame,est des meilleurs
que je connoisse
,
c'est
pourquoy je ne croi pasavoir
sur cette matiere d'autre concseil
àyvous d.onner queceluy- IoP.ropidrnce
-.-agir la Providence,
Nous ne vivronsqu'autant
quilluyflaim.
Des biens comme desmaux qu'el-
,: le nous offrira,_x-r. u
Tâchons de profisesavecindiffe-
De condoleance à une Dame de
consideration sur la mort de
sonPere. MADAME,I
i*
C'est un ancienusage de
consoler les vivans dela perte
des morts. Je pense que ceft1
fort bien fait, parce qu'il me
semble qu'il n'y a
prcfquc'
rien à dire contre une mode'
reçuê depuis tant d'années:
Ainsi je veux,s'il vous plaist,,
croire pour un instant cettej
regleétablie pour vous &
pourmoy , comme pour le
reste des mortels. Cela estant,
permettez - moy ,
Madame , de vous témoigner la douleur
1 que je ressens de la perte que
vous venez de faire. Ce ne
font point dans un pareil mal-
- heur des idées de consolation
que je veux vous inspirer
, vos
douleurs sont trop raisonnat"
bles,vostreaffliction n'estque
[ trop juste, & je ne vousoffre
icy que des larmes à mêler
avec les vostres ; mais après
avoir suffisamment satisfait à
ces pitoyables devoirs de la
nature, l'esprit doit effacer
nos ennuis, la raison qui a
justifié nos pleurs doit rétablir
nostre tranquillité
,
le temps
doit refermer nos playes, &
la Religion nous armer d'une
pieuse indifférence contre
tousles accidens du monde.
Cependant souffrez que je
vous avoüe
, que je ne comprend
pas bien encore, en vertu
dequoy, tous les hommes
cherchent réciproquement à
se consoler du moindre de
leursmaux.
On félicite un pere sur la
naissance de son enfant, &
-'
l'on
l'on s'affige avec le fils de la
mort de son pere;à quoy bon
cescomplimens ,& ces condoleances,
sur un mouvement
continuel, & dont les rcvolutions
inévitablesn'ont rien
dont on doive ny se réjouir,
ny s'allarmer.
Voila le seul point où le
sort de tous les humains se
trouve égal; néanmoins on a
la manie de faire de super bes
Festes, parce que Pierre vient
au monde, & de tristes & lugubres
Mausolées, parce qu'il
en fort.
J'approuverois ce faste &
ces pleurs, si l'on n'avoit pas
tous les jours le même étalage
à faire, & les mêmes larmes à répandre.I Strabon dit (ho! Madame,
Strabonesticy d'un merveil-1
leux secours
, pour m'aider à
vousconsoler) oüy;) Srrabon
dit, que dans une certaine
région de l'Asie mineure, on
faisoitdemagnifiques funérailles
aux morts. Si tost que
l'ame d'un grand Seigneur
avoit pris congé de son individu
,
les amis, les parens,
les femmes & les esclaves duj
deffunts'assembloient autour
i
du corps quon avoit foin de
placer aumilieu d'un bûcher
fupcrbe
, avec mille Inscriptions
à la loüange du Trépassé
On dressoit autour du Bucher
de grandes tables couvertes
de viandes exquises, &
de vins excellens ; il n'estoit
question au milieu de ces festins,
que d'emblêmes,d'oraisons
funebres, & de panégyriques
pour honorer les
:
obfcques de ce cadavre: on
mangeoit, on buvoit à bon
compte, &l'on s'enyvroiten
attendant l'instant fatal où
chacun devoit donner la plus
grande & la dernière preuve
de l'amour qu'il avoir pour le
deffunt, ensuite on allumoit
i le bucher de toutes parts, & 1
les conviez chargez deleurs
plus précieuxbijoux se hâtoient
de se précipiter dans
les flâmes, pour mêler à l'envi
leurs cendres avec celles du
mort. La même ceremonie
se pratiquoit aussi en Perse &
en Egypte
,
mais avec moins
de rigueur.
Voila, Madame, ce qu'on
appelle des gensbien tendres,
& c'est presqueainsiqu'il faut
pleurer, ou ne point pleurer
du tout; mais avant de finir
l'article de mes condoleances,
permettez-moy de vous conter
encore une Histoire. Les
Histoiresont la vertu d'attirer
nostre attention, d'assoupir
nos inquiétudes, & d'enchanter
quelquefois nostredouleur.
Ainsi j'espere que vous
trouverez celle-cy assez rare
&a ssez consolante, pour vous
persuader que les plus courtes
larmes sont les meilleu-
Il.CS. , {:,' Il y a encore aujourd'huy
uneContrée dans la Grece
où le mort a toûjours tort.
Dés que la Parque a tranché
le fil des jours d'un mortel
,
on cxpofe (on corps au milieu
d'une certaine Place, où s'assemblent
ses voisins, ses parens,
ses amis, sa femme & ses
enfans. C'est sa chere moitié
qui ordinairement mène le
deüil ; elle s'approche de son,
pauvre mary qu'elle regarde
tranquillement d'un oeil de
pitié, & elle luy tient en peu,
de mots, le discours que voicy.
Pourquoy
,mon cher Ó.
poux êtesvous mort? vous
estiez bien pressé ? ne vous aimois-
je P» tendrement ? ne
vous ay-
je pas toujours esté
fidelle? allez vous estes un ingrat
qui avez voulu m'abandonner.
Suivez-donc vostre
malheureux destin ? je ne m'en
metplus en peine. Cette Harangue
finie
,
elle passe son
chemin, & se retire chez elle.
Ses enfansaussitost prennent
sa place autour de leur pere,
& luy font leurs petites remontrances
en ces termes.
Eh pourquoy , mon cher Papa
,vous estes-vous laissé moutir?
vous estiez riche, maman
vousaimoitbien, nous avions
tous de la tendresse & de la
soûmission pour vous,tout le
monde vous consideroit, il
netenoit enfin qu'à vous d'être
heureux; cependant vous
avez voulu nous quitter, vous
n'avez pas eu honte de mourir
, & de nous dépoüiller,
cruellement de toute l'esperance
que nous avions en '¡
vous;tout ce qui nous reste à
vous dire, c'est que nous n'oublirons
jamais un si vilain
cour: néanmoins quelque
part que vous alliez , nous
souhaitons encore que le
Ciel vous donne ailleurs un
destin plusheureuux, Alors les
voisins
a
voisins, les amis, & les parens
du mort commencent à
l'accabl. r dereproches& d'injures.
Qu'aviez vous à rir mou-
,
luy disent les uns? que
vous manquoit
-
il, reprennent
les autres?adore de vôtre
femme, aimé de vos ensans,
&chéri de tout le monde
, vous avez eu le courage
de nous quitter avec la dernière
rigueur!quelleinhumanité
! quelle injustice?ou plutost
quelle haine pour nous,
disent-ils à ce pauvre corps.
Allons, mettons parpitié une
obole dans sa bouche
,
fermons
son cercüell., couvrons
sa tombe depain ,de viandes
&devin,s'ilafaim ilmangera,
s'ilasoifil boira ,plaçons
le auprésde ses ayeux, fermonsensuite
son, sepulchre,
&?allons;nousiréjoiïiravéclat
femme&sesenfansdelasot-
'r d t y
.,,-
tise du mort. * 1- ?<: Ainsi comme vous.
Madame, chaque pays,chaqueguisemaisditesmoy
je vous prie; laquelle de ces
deux Histoires vous plaist
davantage?Sont-ce ceux
qui vont [ç bculensur unuj
cadavre,ouceuxqui vont
enyvrer sur le tombeau d'un
répassé ? Pour moy , quoy- iel'un&l'autreexcèsme pa-
>iflic tldicûlc^'-'jttiens
rt pour les derniers ,& je
is sûr qu'il n'y a point
h~MHii~ai(bt~~b!c quine
»iEdten}toft^vfs:~ v
Je conclus âohe: que la.
auteur est la plusinutile reslurce
du monde,contre des
iaui^ufé|uèBidkl,ric'Jpcflcrcedier,
& je soûciensqu'un
onesprit n'ajamaisbesoinde
onsolationparcequ'il ne doit
maistrouver dequoiss'afliger
cvôtre,Madame,est des meilleurs
que je connoisse
,
c'est
pourquoy je ne croi pasavoir
sur cette matiere d'autre concseil
àyvous d.onner queceluy- IoP.ropidrnce
-.-agir la Providence,
Nous ne vivronsqu'autant
quilluyflaim.
Des biens comme desmaux qu'el-
,: le nous offrira,_x-r. u
Tâchons de profisesavecindiffe-
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Résumé : LETTRE De condoleance à une Dame de consideration, sur la mort de son Pere.
La lettre exprime des condoléances à une dame ayant perdu son père. L'auteur reconnaît la douleur légitime de la dame et offre ses larmes en partage. Il souligne que, bien que les douleurs soient justifiées, la raison et le temps doivent permettre de retrouver la tranquillité. Il questionne la coutume des félicitations et des condoléances, notant que les événements de la vie, comme la naissance et la mort, sont inévitables et ne devraient ni réjouir ni alarmer excessivement. L'auteur mentionne des pratiques funéraires extravagantes dans certaines régions, comme en Asie mineure, en Perse et en Égypte, où des festins et des sacrifices étaient organisés lors des funérailles. Il raconte également une histoire grecque où les proches reprochent au défunt de les avoir abandonnés, illustrant ainsi une vision où le mort est toujours blâmé. L'auteur espère que cette histoire distraira et consolera la dame, soulignant que les larmes les plus courtes sont souvent les meilleures. Il critique les pratiques excessives liées à la mort, comme manger et boire sur un cadavre ou s'enivrer sur la tombe d'un défunt, les jugeant inutiles et indignes. Il conseille à la dame de se fier à la Providence, car la vie dépend de sa volonté. Il recommande de profiter des biens et des maux que la Providence offre, en agissant avec indifférence et en acceptant ce qui advient.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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216
p. 225-233
Memoire Geographique.
Début :
Ceux qui ont l'avantage de connoître le Public mieux que / Sanson, Geographe ordinaire du Roy, a mis au jour [...]
Mots clefs :
Allemagne, Empire, Cartes, Géographie, Carte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Memoire Geographique.
Ceux qui ont l'avantage de
connoître le Public mieux que
moy ,
& que je connois mieux
que le Public,quoy que j'aye
l'honneur de l'entretenir tous
les mois, me repetent sans
cesse, qu'il faut absolument
,
pour luy plaire, luy parler de
toutes sortes de choses
,
&
ne luy refuser aucune des
varierez que l'imagination
l'experience , ou l'étude des uns
& des autres viennent m'offrir
tous les Jours. Je croy en effet1
que ce conseil bien executé,
ne m'aidera pas peu à satisfaire
tout le monde. Cet avis
me détermine à employer à
tout hasard le premier manufcrit
qui va tomber fous ma
main.
Memoire Géographique.
Sanson, Géographe ordinaire
du Roy, a mis au jour
unegrande Carted'Allemagne,
avec une explication, intitulée
Allemagne & les Etats Souverainsdel'Empired'Allemagne.
Il
adédiéceTraité à Son Altesse
Royale Madame.
Il commence par faire remarquer
que fous le nom
d'Allemagne l'on entend ou
cette Region, que les originaires
nomment Teustchland, &
que les François appellent Allemagne,
ou ce qui compose
l'Empire, tel qu'il est aujourdhuy.
La première division qu'il
en donne, est par rapport à
la Geographie naturelle. Tout
ce que! on peut entendre fous
lenomgeneral d'Allemagne y
est distingué en trois grandes
Parties
, aux environs du
Rhein,delElbe&del'Oder,
dont les Regions font divifécs
en petits Pays.
La seconde,enparrapport
à la Géographie Astronomique
;où les climats, qui y font
tracez, nous marquent la dufée
des plus longsjoursde
l'année.
La troisîéme, est sélon la
Géographie Historique, &
pour le gouvernement politique,
ou font distinguées les
Souverainetez Ecclesiastques,
& lesSéculieres qui composent
l'Empire d'allemagne;sçavoir
les Electorats, les Principautez,
les Seigneuries & les Villes
Impériales.L'on y voit
qu'en l'année1500.ces Souverainetez
ont été distribuées
en six Cercles ou Provinces
generales, par Maximilien I.
étant àAugsbourg ; qu'en
1512. ces six Cercles ont esté
repartis en dix, dans l'Assemblée
tenuë à Cologne en prcfence
du même Empereur.
Il fait l'énumeration de
tous les Etats qui composent
ces Cercles, combien ces Cercles
ont de Directeurs
,
de
quoy l'on délibéré dans les
Dietes particulières,que chaque
Cercle a le droit d'Archives,
& que l'on n'y admet
personne que l'Etat qu'il posseden'ait
esté érigé enEtat
de l'Empire, que lors qu'il
s'agit de nommer des Asses-
feurs ou Conseillers pour les
presenter à la Chambre Impériale
, ces nominations ne
fcfont que par les six Cercles,
comme ils avoientesté établis
en1500.
Que routes les fois qu'il est
ordonné dans les Dictes générales
que l'on fera les délibérations
par les Cercles. Elles
font toûjours par les mêes
six Cercles, que lors que
on confirma les dix Cercles
ans la Diete de Nuremberg
1 5 22. l'on dressaenmê-
e temps la Matricule de chaje
Cercle qui est differente
: celle de la Matricule de
Empire:l'on y trouve ce que
chaque Cercle est obligé de
~nner pour soncontingent
:
quels font les exempts de
~ntribuer. Ilfinit par lerang
es séances des Princes de
Empire dans la Diete genede
qui se tient, depuis longemps
, à Ratisbone : tous les
Souverains y sont distribuez,
en sept Classes. !
2. La Carte represente en-
core le Royaume de Boheme J.
lequel fait un Etat separéc ,
quoy qu'il soit Membre de
l'Empire. I
3. Les Treize Cantons, ou la
République des Suisses, leurs
Alliez
, entre lesquels sont
trois Ligues, ou la République
des Grisons, lesSujets des Can-
-
tons & des Alliez.
4.Les Etats Generaux J($!¡
Provinces Unies des Pays bas.
L'on peut aussireconnoî—
tre dans cette Carte, les Pro-
vinces
vinces Ecclesiastiques de toute
l'Allemagne, pour le Gouver.
nement spirituel & l'Administration
de la Religion Catholique.
Cette Carte & ce Traité se
trouvent chez le Sieur Moullart-
Sanson
,
dans le Cloistre
de Saint Nicolas du Louvre,
à Paris.
Autre
connoître le Public mieux que
moy ,
& que je connois mieux
que le Public,quoy que j'aye
l'honneur de l'entretenir tous
les mois, me repetent sans
cesse, qu'il faut absolument
,
pour luy plaire, luy parler de
toutes sortes de choses
,
&
ne luy refuser aucune des
varierez que l'imagination
l'experience , ou l'étude des uns
& des autres viennent m'offrir
tous les Jours. Je croy en effet1
que ce conseil bien executé,
ne m'aidera pas peu à satisfaire
tout le monde. Cet avis
me détermine à employer à
tout hasard le premier manufcrit
qui va tomber fous ma
main.
Memoire Géographique.
Sanson, Géographe ordinaire
du Roy, a mis au jour
unegrande Carted'Allemagne,
avec une explication, intitulée
Allemagne & les Etats Souverainsdel'Empired'Allemagne.
Il
adédiéceTraité à Son Altesse
Royale Madame.
Il commence par faire remarquer
que fous le nom
d'Allemagne l'on entend ou
cette Region, que les originaires
nomment Teustchland, &
que les François appellent Allemagne,
ou ce qui compose
l'Empire, tel qu'il est aujourdhuy.
La première division qu'il
en donne, est par rapport à
la Geographie naturelle. Tout
ce que! on peut entendre fous
lenomgeneral d'Allemagne y
est distingué en trois grandes
Parties
, aux environs du
Rhein,delElbe&del'Oder,
dont les Regions font divifécs
en petits Pays.
La seconde,enparrapport
à la Géographie Astronomique
;où les climats, qui y font
tracez, nous marquent la dufée
des plus longsjoursde
l'année.
La troisîéme, est sélon la
Géographie Historique, &
pour le gouvernement politique,
ou font distinguées les
Souverainetez Ecclesiastques,
& lesSéculieres qui composent
l'Empire d'allemagne;sçavoir
les Electorats, les Principautez,
les Seigneuries & les Villes
Impériales.L'on y voit
qu'en l'année1500.ces Souverainetez
ont été distribuées
en six Cercles ou Provinces
generales, par Maximilien I.
étant àAugsbourg ; qu'en
1512. ces six Cercles ont esté
repartis en dix, dans l'Assemblée
tenuë à Cologne en prcfence
du même Empereur.
Il fait l'énumeration de
tous les Etats qui composent
ces Cercles, combien ces Cercles
ont de Directeurs
,
de
quoy l'on délibéré dans les
Dietes particulières,que chaque
Cercle a le droit d'Archives,
& que l'on n'y admet
personne que l'Etat qu'il posseden'ait
esté érigé enEtat
de l'Empire, que lors qu'il
s'agit de nommer des Asses-
feurs ou Conseillers pour les
presenter à la Chambre Impériale
, ces nominations ne
fcfont que par les six Cercles,
comme ils avoientesté établis
en1500.
Que routes les fois qu'il est
ordonné dans les Dictes générales
que l'on fera les délibérations
par les Cercles. Elles
font toûjours par les mêes
six Cercles, que lors que
on confirma les dix Cercles
ans la Diete de Nuremberg
1 5 22. l'on dressaenmê-
e temps la Matricule de chaje
Cercle qui est differente
: celle de la Matricule de
Empire:l'on y trouve ce que
chaque Cercle est obligé de
~nner pour soncontingent
:
quels font les exempts de
~ntribuer. Ilfinit par lerang
es séances des Princes de
Empire dans la Diete genede
qui se tient, depuis longemps
, à Ratisbone : tous les
Souverains y sont distribuez,
en sept Classes. !
2. La Carte represente en-
core le Royaume de Boheme J.
lequel fait un Etat separéc ,
quoy qu'il soit Membre de
l'Empire. I
3. Les Treize Cantons, ou la
République des Suisses, leurs
Alliez
, entre lesquels sont
trois Ligues, ou la République
des Grisons, lesSujets des Can-
-
tons & des Alliez.
4.Les Etats Generaux J($!¡
Provinces Unies des Pays bas.
L'on peut aussireconnoî—
tre dans cette Carte, les Pro-
vinces
vinces Ecclesiastiques de toute
l'Allemagne, pour le Gouver.
nement spirituel & l'Administration
de la Religion Catholique.
Cette Carte & ce Traité se
trouvent chez le Sieur Moullart-
Sanson
,
dans le Cloistre
de Saint Nicolas du Louvre,
à Paris.
Autre
Fermer
Résumé : Memoire Geographique.
Le texte traite de la nécessité de diversifier les sujets pour satisfaire le public, en s'inspirant de l'imagination, de l'expérience ou de l'étude. L'auteur évoque un conseil reçu pour utiliser divers manuscrits. Il présente ensuite un ouvrage géographique de Sanson, géographe du roi, intitulé 'Allemagne & les Etats Souverains de l'Empire d'Allemagne', dédié à Son Altesse Royale Madame. Cet ouvrage propose une grande carte de l'Allemagne avec des explications. L'Allemagne y est divisée en trois parties : géographique naturelle, astronomique et historique. La première distingue trois grandes régions autour du Rhin, de l'Elbe et de l'Oder. La seconde traite des climats et de la durée des jours. La troisième concerne le gouvernement politique, distinguant les souverainetés ecclésiastiques et séculières de l'Empire, comme les électorats, les principautés, les seigneuries et les villes impériales. L'auteur détaille également l'organisation des États en six puis dix cercles ou provinces générales, établis par Maximilien I, avec leurs droits et responsabilités. La carte inclut aussi le Royaume de Bohême, les Treize Cantons suisses, les États généraux des Provinces Unies des Pays-Bas, et les provinces ecclésiastiques. L'ouvrage est disponible chez le Sieur Moullart-Sanson, dans le cloître de Saint Nicolas du Louvre, à Paris.
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217
p. 21-68
Relation singuliere d'une Feste de Taureaux [titre d'après la table]
Début :
Lugete, ô venires cupidinesque, [...]
Mots clefs :
Fête de Taureaux, Taureau, Fête, Yeux, Reine, Coeur, Mort, Héros, Spectateur, Fureur, Animal, Toréador, Homme, Épée, Peuple, Courage, Argent, Pointe, Cérémonie, Combat, Chute, Cornes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation singuliere d'une Feste de Taureaux [titre d'après la table]
Lugete , ô venires cupidinef
que
22 MERCURE
Et quantum est hominum venustiorum.
*
:
Les Ris les Amours , les
Plaiſirs & les Graces
Ont perdu ce qu'en eux on vit
4
jadis de beau ;
Des gestes des Heros on ne
voit plus de traces.
Attendris-toy , mortel , fi par
ici tu paffes ,
Et d'un torrent de pleurs arroſe
leur tombeau .
Il n'y a plus de veritable
Chevalerie dans le monde ,
il n'eſt plus d'Amadis , plus
de Renaud, plus de Rol
*Catulle.
GALANT.
23
land , plus de Roger que
dans les Operas. Il n'eſt
plus de ces Heros qui alloient
aux extremitez de
la terre , pour rompre une
lance contre les Chevaliers
felons qui avoient l'outrecuidance
de ne pas donner
humblement àleurs Dames
te prix de la beauté. Les
Preux , en un mot , ne font
plus maintenant que dans
* l'hiſtoire ; & fi l'on veur
trouver encore quelques
veſtiges de leur grand courage
, c'eſt chez les Mores
, c'eſt dans les climats
J
;
24 MERCURE
5
brûlans de la Lybie,&dans
les noirs Royaumes de la
blanche Candace , ou du
grand Negus , qu'il faut
aller chercher des reſtes
de leur ancienne vertu.
Enfin je vis un Jeudi, premier
jour de Septembre de
l'an mil ſept cent douze ,
une fête de taureaux. Je ſuis
für que le portrait que j'en
vais faire , avec toutes ſes
circonſtances , ne répondra
pointà l'idée qu'on a de cés
ſpectacles.
La pieté du Roy , & l'humanité
de la Reine avoient
depuis
GALANT.
25
depuis long- tems proſcrit
pour jamais de leurs yeux
ces images ſanglantes ; &
ce ne fut qu'aux follicitations
du Connêtable &du
Preſident de Caſtille , que
Leurs Majeſtez accorderent
au Duc de Paſtrano la
permiffion dedonner cette
fêre hors de Madrid, à condition
que ce Duc leur ſeroit
reſponſable des malheurs
qui pourroient y arriver.
Le village de Chanmartin,
qui eft à une licuë de
Madrid, fut choiſi pour ce
Octob. 1714. C
26 MERCURE
ſpectacle. Au milieu de ce
village il y a une grande
place quarrée,autour de la.
quelle on avoit élevé des
ampnphhiittheatres à la hauteur
des maiſons qui leur fervoient
d'appui. Pour garantir
les ſpectateurs del'infulte
des taureaux , on avoit
revêtu par tout le pied de
ces amphitheatres d'une
cloiſon de planches de fix
pieds dehaut. Dés fix heures
du matin tous ces échafauts
furent remplis de
monde. On avoit ménagé
les meilleurs endroits de
GALANT.
27
८
cette place pour des balcons
ſpacieux , couverts ,
trés- commodes , & ornez
dedans & dehors de riches
tapiſſeries , pour placer
les perſonnes de diftinction
qui devoient aſſiſ
ter à cette fête , qui commença
vers les huit heures :
mais ce commencement ne
fut qu'un amusement pour
le peuple , où l'on tua cependant
fix ou ſept taureaux.
Je ne vis point lesexploits
du matin ; c'étoit en effet
ce qu'il y avoit de moins
*
Cij
28 MERCURE
curieux à voir : mais aprés
avoir dîné à Madrid , je pris
un des caroſſes de M. le
Marquis de Bonnac , à qui
ſa ſanté ne permit point de
faire ce voyage , & avec
deux de mes amis je me
rendis à Chanmartin , dont
nous trouvâmes les environs
remplis de gens effrayez
, courans ça & là ,
& tous prenans enfin le
cheminde la ville. Les cris
en même temps , ou plûtôt
les hurlemens que nous
entendîmes , nous donnerent
une furieuſe alarme.
GALANT. 29
A
Nous crûmes que tous les
taureaux s'étoient échapez,
& qu'ils faiſoient un horrible
carnage des ſpecta.
teurs. Les funeſtes objets
qui dans l'inſtant ſe preſenterent
à nos yeux , ne contribuerent
pas peu à nous
empêcher d'en douter.
Nous vîmes emporter plu.
ſieurs morts , & plus de
trente bleſſez , dont le ſang
couloit de toutes parts ,
dont les viſages étoient afavec
une infinité de gens
freux, & les habits par lambeaux
, couverts de fang &
Cilj
30
MERCURE
de pouffiere. Enfin je rencontrai
un homme de ma
connoiſſance , à qui je demandai
d'où venoit ce defordre
, & fi les combats
étoient finis. Ma foy , ditil,
ils le ſont bien pourmoy,
& je jure que je n'en veux
pas voir davantage d'au.
jourd'hui. Il vient , continua-
t il , d'arriver dans cetteplace
le plus étrange malheur
du monde. La plus
haute maiſon de ce village,
qui s'élevoit d'environ fix
pieds au deſſus du plus
grandde ces échafauts, s'eſt
7
GALANT. 31
trouvée ſi chargée de curieux
, que , malgré le poids
de l'amphitheatre qu'elle
foûtenoit, elle s'eſt éboulée
par en haut , & renverſée
pardevant ſur plus de cinq
cens perſonnes , dont il y
en a beaucoup de mortes,
&unnombre infini de blef
fées. Je ne ſçai pas ſi aprés
cet accident il y aura une
fête : s'il y en a une , Dieu
vous la donne belle , pour
moy je retourne à Madrid.
Cette nouvelle ralentit
beaucoup l'ardeur que nous
avions pour ce ſpectacle.
C iiij
4
32
1 MERCURE
Cependant nous voulûmes
voir en paſſant les debris
de ce malheur. Nous trouvâmes
en effet cette maifon
, avec les échafauts qu'-
elle étayoit , auffi bien culbutée
, que ſi ſous ce terrain
on avoit fait joüer une
mine. Neanmoins nous remarquâmes
que tous ceux
qui n'avoient été que ſpectateurs
de cet accident ne
ſe remuoient pas , & qu'ils
attendoient avec une conſtance
merveilleuſe qu'on
fatisfit leur curioſité pour
leur argent.
GALANT. 33
Nous fimes le tour de la
lice , où nous trouvâmes
quantité de nos amis , qui
ne nous parlerent tranquilement
, que de la frayeur
qu'ils avoient que cette
maudite avanture ne joüât
un vilain tour à la fête.
Nous nous arrêtâmes enfin
àun amphitheatre qui n'avoit
aucune maiſon à fon
dos , ni à ſes côtez. Trois
Dames Françoiſes de ma
connoiſſance y avoient fagement
pris leurs places ;
j'y pris auſſi la mienne avec
ma compagnie.
34
MERCURE
Tant de gens travaillerent
à reparer , ou plûtôt
àcacher le deſordre qu'avoit
fait la chûte de cette
maiſon , qu'en moins d'une
heure on eut enlevé preſ
que tous les gravats & platras
qui avoient fort au loin
écarté ladragée.
Nous demeurions àbon
compte les bras croifez ,
uniquement occupez à regarder
comme de francs
badauts une vaſte place ,
où rien ne paroiſloit , &où ,
pour comble d'affliction ,
deux grands Algouazils ,
GALANT.
35
montez ſur deux grandes
haquenées, vinrent annoncer
au peuple , le chapeau
bas,&la baguette blanche * à
la main , que de par le Roy
il n'y auroit point de combats.
Je m'étonne encore
qu'ils ayent pû ſe tirer de
là, fans être lapidez , quelque
reſpect que les Eſpagnols
ayent pour leur Souverain
: mais il s'agiſſoit
d'une fête de taureaux.
On avoit par malheur
couru àMadrid pour ap
* En Espagne tous les gens de Justice portent
une grande baguette blanche à la main.
C'est la marque de leur autorité.
36 MERCURE
prendre cette nouvelle à
Leurs Majeſtez , & l'on avoit
pris la peine de l'embellir
d'un millier de circonſtances
, auſquelles la
maiſon tombée n'avoit jamais
penſé. Bien plus , on
vint nous dire que toute la
ville commençoit à jurer
comme un chartier contre
cette malheureuſe maiſon
qui avoit les reins rompus,
&qu'elle lui demandoit rigoureuſement
compte de
ſes infortunez citoyens que
ſa chûte lui avoit ravis.
Nous entendîmes tous
GALANT. 37
ces bruits en tremblant :
neanmoins nous prîmes nôtre
mal en patience , &
quelques verres de vin
nous dedommagerent de
ces alarmes , pendant que
le peuple crioit de ſon côté
comme un beau diable
Toros , toros.
Trois heures ſonnerent
cependant , ſans qu'il y eût
la moindre apparence de
fête , encore moins qu'on
voulût nous rendre nôtre
argent. Ceux qui l'avoient
reçû étoient déja bien loin,
&nous aurions enfin été
1
38
MERCURE
long-temps les acteurs &
l'aſſemblée , ſi Madame la
Ducheſſe de Frias , avecM.
le Connétable de Caſtille
ſon époux, M. le Comte
de Lemos , & pluſieurs autresDucs
& Duchefſſes , ne
fuſſent arrivez. Leur pres
ſence nous remit le coeur
au ventre , & on recria de
plus belle, Toros , toros.Auffitôt
les timbales & les
trompettes ſonnerent. Le
Duc de l'Infantado envoya
la clef de la porte par où
les taureaux devoient entrer
fur le champ de ba
GALANT. 39
taille ,& la fête commença.
Quis talia fando !
Redoublez vôtre attention
, mon cher lecteur , &
preparez-vous àdonner des
larmes , ou du moins de la
pitié , au piteux recit des
plus pitoyables choſes du
monde.
Déja la lice eſt paréede
plusde cent cinquante braves
champions , tous habil
lez franchement comme
des ramoneurs. Les plus
magnifiques d'entr'eux ont
des ſouliers de corde ou de
chamois ; les autres , plus
7
:
40 MERCURE
modeſtes , ou plus indifferens
, font nuds pids. La
moitié de ces heros eft armée
de longues épées , de
coutelas ou d'hallebardes ;
d'autres plus hardis ont de
petits dards de la longueur
du bras , ornez de papier
peint & friſé. La pointe de
cesdards le termine en forme
d'ancre , ou de langue
de ferpent. Et d'autres n'ont
pour armes que leurs petits
manteaux noirs , ſecs & déchirez.
Tous ces athletes vont
être les tenans contre de
redouGALANT.
41
redoutables animaux , que
leur figure épouvantera
peut- être autant que leurs
armes. Mais on ouvre la
barriere , & la fiere contenance
d'un audacieux taureau
, qui fort avec impetuoſité,
& qui ſe preſente
avec fureur , ſuſpend déja
uvemens de tous les mouvemens de
cette multitude de ſpectateurs.
* Ses longs mugiſſemens font
trembler le rivage ,
Chacun avec horreur voit ce
monſtre ſauvage.
* Racine Hyppolite.
Octob . 1714. D
42
MERCURE
1
Il cherche des ennemis
dignes de ſa colere ;& femblable
à un torrent qui precipite
ſes eaux du haut d'une
montagne , & qui écarte
, eutraîne &détruit tout
ce qui s'oppoſe à ſon paffage
, il prend ſa courſe au
milieu de ces argonautes ,
au travers deſquels , ainſi
que le tonnerre à travers
la nuë , il ſe fraye un chemin
, dont fon intrepidité
éloigne toute cette chrême
de Chevalerie , qu'il chafle
devant lui , de même qu'un
chien fait un troupeau de
moutons .
GALANT.
43
Le macte * animo ** ne
manque pas; il va auſſibientôt
faire ſon effet. On ſonne
alors un bruit de guerre
approchant de celui des
Menades & des Corybanthes
, pour réchauffer la
tiede vertu des Torreadores
: mais un d'entr'eux ,
homme de grande reputation,
dit- on , animéde confuſion
&de rage , avec un
viſagepâle& jaune comme
* C'est un terme Latin qui exprime ce
que nous encendons en François par le mot
de courage.
** Animo eſt auſſi Espagnol , & fignifie
bamême chose.
Dij
44
MERCURE
1
du ſaffran , ſe detache de la
troupe pour lui porter le
premier coup. Il court droit
au taureau , ſon petit dard
à la main. Le taureau veut
l'embrocher : mais évitant
legerementde côté,le mouvement
de cet animal , il
lui enfonce adroitement
fon dard dans la gorge.
Paſſons vite aux comparaiſons,
Meſſieurs , nous n'avons point
de temps àperdre. Rien n'eſt
plus maintenant comparable
à ſa fureur. Se ſentant
bleſſé , on diroit que c'eſt
un nouveau monftre , plus
GALANT. 45
redoutable mille fois que
ceux qui gardoient la Toiſon
d'or , que la Chimere
de Bellerophon , que l'Hydre
de Lerne , que le Centaure
d'Hercule, que le Minotaure
du Labyrinthe ,
que le Dragon d'Apollon ,
& que le Monſtre de Perſée.
On diroit qu'il va fe
faire autant de victimes
qu'il eſt de combattans fur
l'arene : il ſemble même
vouloir avec ſes effroyables
cornes enſanglanter le
champ de tout le fang des
د
ſpectateurs . Mais malgré
L
46 MERCURE
ces belles hyperboles , un
petit marmouſet , avec un
ſemblable dard , lui fait
bientôt une ſemblable bleffure.
Untroiſieme ,un quatriéme
en font autant ; enfin
ſon corps en eſt bientôt
lardé, de même qu'un citron
de clous de gerofle.
Son ſang ſe perd, il s'affoiblit
, il chancele , il tombe.
Alors ceux qui pendant ſa
vie n'avoient ofé le regarder
entre deux yeux , viennent
aprés ſa mort lui plonger
dans, les flancs leurs
épées juſques aux gardes.
GALANT.
47
Onamene enfuite en
cadence, au ſon des inſtrumens
, trois mules capara-
*çonnéesde rouge pour traîner
cette victime hors de
la lice:mais on ne leur laiſſe
pasla libertéd'en fortir gravement
comme elles y font
entrées. Sitôt que le cadavreeftattaché
àleurqueuë,
tous ceux qui ont eu le plus
de part & de gloire à ſa
mort, déchargent de bons
coups de bâtons ſur lesmules
, qu'ils congedient de la
forte au grand galop jufques
à la barriere...
48 MERCURE
Cette ceremonie achevée,
un autre taureau, plus
furieux , ſe preſente à la
place du défunt. Dans le
moment qu'il entre , un
homme caché ſur la porte
par oùil paſſe,luijette adroitement
ſur le dos une petite
fleche d'acier, longue comme
le petit doigt , au bout
de laquelle pend un grand
ruban couleur de feu. Cer
aiguillon le met dans une
furie inexprimable ; tout
l'air retentit de ſes effroyables
mugiffemens ; la douleur
l'emporte par tous les
endroits
GALANT . 49
endroits de la lice avec une
viteſſe qui menace à chaque
inſtant d'une mort prochaine
tous ceux qui paroiſſent
les plus expoſez à
ſa rage. On n'entend que
des cris de frayeur que jette
le peuple épouvanté de la
crainte d'un malheur qui
n'arrive pas . Enfin dans le
temps qu'il paroît le plus
animé , un des plus intrepides
s'approche à fix pieds
de lui , avec un manteau
noir , qu'il lui preſente de
la maingauche , étendu ſur
un bâton , qu'il avance le
Octob . 1714 .
,
E
(
so MERCURE
plus qu'il peut ſous la droi.
te , de laquelle il tient une
épée fort courte, qu'il croiſe
ſur ce bâton. Le taureau
le regarde avec une atten- ,
tion terrible , il bat la terre
de ſes pieds , & fes flancs
de ſa queue ; il ſe racourcit
même , comme pour ramaſſer
toutes ſes forces , &
pour ſe lancer ſur lui avec
plusde vigueur. Cependant
on l'anime encore par des
injures & par des loüanges,
qu'il femble entendre :Toro
cabron , lui dit- on, toro va
liente : Vaillant taurean , infâme
taurean.
GALANT.
SI
L'animal , qui a vû longtemps
devant ſes yeux ce
manteau étendu , qu'il
prend pour un homme ,
& qui croit avoir pris ſes
meſures bien juſtes , s'élance
auffitôt : mais il ne
trouve rien ,&dans le moment
qu'il paſſe ſous l'épaule
droite du Torreador,
de la même main il le perce
de ſon épée , ou dans la
gorge , ou dans le ventre.
Je vous avoue que ce genre
de combat m'a fait ſouvent
trembler pour ceux qui ofoient
en courir les riſques.
1
Eij
52 MERCURE
Le taureau paſſe ſi prés
d'eux , que c'eſt en verité
une choſe preſque incomprehenſible
que leur agilité
leur donne le temps d'échaper
à ſa fureur. Le cinquiéme
fut tué d'un coup
d'épée dans le coeur , qu'il
reçut de cette maniere. Jugez
de l'adreſſe & de la
force de celui qui le lui
donna. Cette circonſtance
du coeur eft fort curieuſe.
Di's que l'animal fut abattu
, celui qui l'avoit tué ſe
jetta ſur lui avec un grand
coûteau , dont il lui ouvrit
GALANT. 53
le ventre , d'où il lui arracha
le coeur , qu'il fut porter
ſur une planche , qu'il
mit à terre au deſſous du
balcon de la Connétable!
Si la Reine y avoit été, cette
ceremonie ſe ſeriot faite au
deſſous du fien. Enſuite a
vec le même coûteau il détacha
le fiel , qu'il écrasa ;
puis il coupa le coeur par
morceaux , dont il mit la
piece d'honneur dans un
beau mouchoir blanc, qu'il
donna au principal Officier
de la Dame , pour le pre
ſenter à ſa maîtreffe , qui
E iij
54 MERCURE
témoigna d'un ſigne de tête
obligeant , qu'elle acceptoit
ce prefent avec plaifir;
&ſur le champ elle fit don.
ner unepiece de quatre piſtoles
au Torreador , qui
partagea aufinôt avec fes
camarades les autres portions
du coeur, & tous , à
fon exemple , les mirent
dans leurs poches. Les mules
vinrentaaprés avec la
même ceremonie que j'ai
déja dite. On les amene à
la mortde chaque taureau,
pour le retirer de deſſus la
place ; ainſi je n'en parleGALANT
. SS
rai pas davantage.
Le ſixiéme fut tué du
coupleplus adroit du monde.
Le taureau a , dit on ,
entre les deux cornes une
eſpece de petite couronne
large comme une piece
de trente fols. Cet endroit
eft fort tendre & fort delicat.
Dés que celui- ci eut
montré ſon front menaçant
,un de ces Chevaliers ,
qui n'avoit aſſurément pas
fait là ſon apprentiſſage ,
s'approcha avec une agilité
admirablede ce fier animal,
que ces camarades avoient
1
E iiij
ン
36 MERCURE
déja mis en fureur ; & fans
avoir d'autres armes à la
main qu'une eſpece de gros
clou long de cinq ou fix
pouces, & environ du poids
d'une livre , il l'enfonça di.
rectement , & preſque ſans
aucun effort, dans le milieu
de cette couronne , mais
avec tant de legereté & de
juſteſſe, que le taureau
tomba mort à ſes pieds Il
fit bien de ne le pas manquer;
car s'il avoit été moins
adroit , l'un auroit bien pû
fur le champ être à la place
de l'autre.
GALANT.
Je fremis encore de peur
pour le Torreador qui en,
treprit de tuer le ſeptiéme ,
& la poſture où je le vis , &
le danger qu'il courut m'épouvantent
encore pour
lui. Il parut ſur la lice avec
un pieux de bois,arméd'une
groſſe pointe de fer longue
d'un pied : avec cet inftrument
il alla ſe placer au
bout du milieu du champ
de bataille ; & aprés avoir
mis un genou à terre , appuyé
ſon pienx contre l'autre
,&pris ſes meſures bien
juſtes, il attendit fierement
1
58 MERCURE
le plus redoutable taureau
qui eût encore paru. Tous
les Torreadores lui firent
place , pour le laiſſer aller
d'un plein faut s'enfiler par
le milieu du front fur cette
pointe de fer , qui lui fortit
par l'épine du dos. Toute
l'aſſemblée fit un cri épouvantable
, & chacun crut
que le taureau l'avoit écrasé
fous ſa chûte : mais un mo.
ment aprés avoir aſſuré ſa
victoire , il ſe montra ſain
& fauf, & triomphant fur
la place. Tous les affiftans
lui envoyerent mille bene.
GALANT. 59
dictions & mille applaudifſemens
, qui furent acompagnez
de quelques piſtoles
que le Duc de l'Infantado
lui fit donner.
Le huitiéme ſe battit à
merveille : mais ce qu'il y
eutde plus divertiſſant dans
ce combat , ce fut le courage
d'un chien , qui , dés
le moment qu'il le vit entrer
dans la carriere , courut
fur lui , le prit à la bar-.
be , & ne le quitta qu'à la
mort , malgré toutes les
courſes impetueuſes que le
taureau fit , tous les dards
1
1
60 MERCURE .
qu'on lui jetta , & tous les
coups d'épée qu'il reçut .
Le douziéme , qui fut le
dernier & le plus méchant,
ſe battit à mon gré mieux
que tous les autres. Il en
coûta cher à un pauvre
diable de Torreador , dont
il ſe joüa pendant un gros
moment ſur la pointe de
ſes cornes. Je ne ſçai s'il
en eſt mort.
J'oubliois à vous dire que
lorſque le taureau a renverſé
un de ces braves athletes
, s'il ne lui court ſus d'abord
qu'il eſt relevé , on le
GALANT. 61
chaſſe comme un infâme :
ce qui arriva à un quidam
de la troupe. Il eſt für qu'à
cet égard , il y a une valeur
infinie parmi ces gens-là ;
je les croy auſſi braves par
tout. J'ajoûte à cette omiffion
, que ces Meſſieurs
vont à tous les balcons où
ils voyent des Dames bien
miſes , qu'ils leur font une
humble reverence , en leur
demandant la permiffion
de lancer un dard au taureau
en leur honneur. Cette
galanterie ne ſe refuſe pas.
Quand ils ont reüffi , ils re
62 MERCURE
viennent ſe preſenter à la
Dame ,à qui par reconnoif.
ſance , il en coûte toûjours
quelques piaſtres.
Il n'y eut point de combat
à cheval, dont tout le
monde fut en verité bien
fâché. Alors l'adreſſe , l'amour
, la valeur , l'éclat &
la magnificence auroient
étédela partie , au lieu que
ces combats , dont les perils
ne furent point accompagnez
de l'eſpoir d'une
belle recompenſe , n'offrirent
à nos yeux que des
ruiſſeaux de lang , & que
GALANT . 63
1
de miſerables victimes. Au
trefois une Reine , ou une
belle Princeſſe avoient toû
jours au moins leur portrait
enrichi de diamans ,
à donner à quelque valeureux
inconnu , qui feroit
venu des extremitez de la
terre ſe faire couronner de
mirthe & de laurier dans
ces champs , où les beaux
yeux de ſa Déeſſe auroient
été les témoins du nombre
de ſes victoires. Son écharpe
, ou ſes plumes , qu'ilauroit
reçûës comme une
faveur ſignalée, douze ou
64 MERCURE
quinze ans auparavant , des
mains de fon adorable , auroient
ſervi à le faire reconnoître
de la Princeſſe ou
de la Reine ; elles auroient
rougi , pâli , ſoûpiré , &
tremblé pour lui : mais l'amour
attentif à conferver
des jours ſi precieux , ſe ſeroit
rendu garant de ſon
triomphe. Enfin forti vainqueur
de toutes ſes courfes
, aprés avoir fait mordre
la pouffiere au tiers &
au quart , il ſe ſeroit acheminé
vers le balcon de la
Reine , qui lui auroit dit
en
GALANT. ES
en ſe radouciſſant : Nous
ne doutons point , genereux
Chevalier,aux grandes actions
que vous venez de faire , que
vous ne soyez au moins iffu
dufangde quelque grandRoy:
neanmoins qui que voussoyez,
recevez monportrait ,qui n'est
aſſurément point d'un prix pro-
Portion
portionné à l'éclat de vos exploits.
Ah
ploits. Ah Madame , eût dit
le Chevalier , en ſe baiſſant
fur les arçons , & en ôtant
fon caſque , qui auroit donné
à ſes beaux cheveux
blonds la liberté de s'étendre
à grands flots ſur ſa ri-
Octob. 1714. F
66 MERCURE
che taille , animé de vos di
vins regards , quel mortel auroit
pû me disputer la victoi
re ? Grands Dieux ! auroit
dit la Reine un moment
avant de s'évanoüir , c'est
lui-même. Auffitôt toute l'af
ſemblée auroit battu des
mains & auroit crié
malgré le bruit des tim...
bales & des trompettes ,
vive le Prince , vive le
Heros. Et chacun auroit
retourné à la maifon , rempli
de l'image de ces belles
choſes. Mais nous ne
vîmes rien de tout cela ; je
,
GALANT. 67
croy même que l'uſage de
ces fêtes eft entierement
aboli en Eſpagne. Les Efpagnols
en font dans une
grande conſternation. Au
reſte, ſi elles y fubfiftoient
encore , & qu'un mari ne
donnat pas , ou n'eût pas un
écu à donner à ſa femme
pour les voir , elle vendroit
juſqu'à la paillaſſe de ſon lit
pour avoir de l'argent , fi
ſa laideur la reduifoit à
cette extremité ; & fi elle
étoit jolie , elle ne feroit <
point de façon de lui dire à
quelprix elle en trouveroit.
Fij
68 MERCURE
1
Je ne ſçai pas encore ,
Meffieurs & Meſdames , fi
j'aibien ou mal faitde vous
donner cette deſcription à
la place d'une Hiſtoriette :
mais je ſçai bien , fans vanité
, que cette lecture vaut
mieux que la vûë des do
gues de la porte S. Martin.
Paſſons maintenant , s'il
que
22 MERCURE
Et quantum est hominum venustiorum.
*
:
Les Ris les Amours , les
Plaiſirs & les Graces
Ont perdu ce qu'en eux on vit
4
jadis de beau ;
Des gestes des Heros on ne
voit plus de traces.
Attendris-toy , mortel , fi par
ici tu paffes ,
Et d'un torrent de pleurs arroſe
leur tombeau .
Il n'y a plus de veritable
Chevalerie dans le monde ,
il n'eſt plus d'Amadis , plus
de Renaud, plus de Rol
*Catulle.
GALANT.
23
land , plus de Roger que
dans les Operas. Il n'eſt
plus de ces Heros qui alloient
aux extremitez de
la terre , pour rompre une
lance contre les Chevaliers
felons qui avoient l'outrecuidance
de ne pas donner
humblement àleurs Dames
te prix de la beauté. Les
Preux , en un mot , ne font
plus maintenant que dans
* l'hiſtoire ; & fi l'on veur
trouver encore quelques
veſtiges de leur grand courage
, c'eſt chez les Mores
, c'eſt dans les climats
J
;
24 MERCURE
5
brûlans de la Lybie,&dans
les noirs Royaumes de la
blanche Candace , ou du
grand Negus , qu'il faut
aller chercher des reſtes
de leur ancienne vertu.
Enfin je vis un Jeudi, premier
jour de Septembre de
l'an mil ſept cent douze ,
une fête de taureaux. Je ſuis
für que le portrait que j'en
vais faire , avec toutes ſes
circonſtances , ne répondra
pointà l'idée qu'on a de cés
ſpectacles.
La pieté du Roy , & l'humanité
de la Reine avoient
depuis
GALANT.
25
depuis long- tems proſcrit
pour jamais de leurs yeux
ces images ſanglantes ; &
ce ne fut qu'aux follicitations
du Connêtable &du
Preſident de Caſtille , que
Leurs Majeſtez accorderent
au Duc de Paſtrano la
permiffion dedonner cette
fêre hors de Madrid, à condition
que ce Duc leur ſeroit
reſponſable des malheurs
qui pourroient y arriver.
Le village de Chanmartin,
qui eft à une licuë de
Madrid, fut choiſi pour ce
Octob. 1714. C
26 MERCURE
ſpectacle. Au milieu de ce
village il y a une grande
place quarrée,autour de la.
quelle on avoit élevé des
ampnphhiittheatres à la hauteur
des maiſons qui leur fervoient
d'appui. Pour garantir
les ſpectateurs del'infulte
des taureaux , on avoit
revêtu par tout le pied de
ces amphitheatres d'une
cloiſon de planches de fix
pieds dehaut. Dés fix heures
du matin tous ces échafauts
furent remplis de
monde. On avoit ménagé
les meilleurs endroits de
GALANT.
27
८
cette place pour des balcons
ſpacieux , couverts ,
trés- commodes , & ornez
dedans & dehors de riches
tapiſſeries , pour placer
les perſonnes de diftinction
qui devoient aſſiſ
ter à cette fête , qui commença
vers les huit heures :
mais ce commencement ne
fut qu'un amusement pour
le peuple , où l'on tua cependant
fix ou ſept taureaux.
Je ne vis point lesexploits
du matin ; c'étoit en effet
ce qu'il y avoit de moins
*
Cij
28 MERCURE
curieux à voir : mais aprés
avoir dîné à Madrid , je pris
un des caroſſes de M. le
Marquis de Bonnac , à qui
ſa ſanté ne permit point de
faire ce voyage , & avec
deux de mes amis je me
rendis à Chanmartin , dont
nous trouvâmes les environs
remplis de gens effrayez
, courans ça & là ,
& tous prenans enfin le
cheminde la ville. Les cris
en même temps , ou plûtôt
les hurlemens que nous
entendîmes , nous donnerent
une furieuſe alarme.
GALANT. 29
A
Nous crûmes que tous les
taureaux s'étoient échapez,
& qu'ils faiſoient un horrible
carnage des ſpecta.
teurs. Les funeſtes objets
qui dans l'inſtant ſe preſenterent
à nos yeux , ne contribuerent
pas peu à nous
empêcher d'en douter.
Nous vîmes emporter plu.
ſieurs morts , & plus de
trente bleſſez , dont le ſang
couloit de toutes parts ,
dont les viſages étoient afavec
une infinité de gens
freux, & les habits par lambeaux
, couverts de fang &
Cilj
30
MERCURE
de pouffiere. Enfin je rencontrai
un homme de ma
connoiſſance , à qui je demandai
d'où venoit ce defordre
, & fi les combats
étoient finis. Ma foy , ditil,
ils le ſont bien pourmoy,
& je jure que je n'en veux
pas voir davantage d'au.
jourd'hui. Il vient , continua-
t il , d'arriver dans cetteplace
le plus étrange malheur
du monde. La plus
haute maiſon de ce village,
qui s'élevoit d'environ fix
pieds au deſſus du plus
grandde ces échafauts, s'eſt
7
GALANT. 31
trouvée ſi chargée de curieux
, que , malgré le poids
de l'amphitheatre qu'elle
foûtenoit, elle s'eſt éboulée
par en haut , & renverſée
pardevant ſur plus de cinq
cens perſonnes , dont il y
en a beaucoup de mortes,
&unnombre infini de blef
fées. Je ne ſçai pas ſi aprés
cet accident il y aura une
fête : s'il y en a une , Dieu
vous la donne belle , pour
moy je retourne à Madrid.
Cette nouvelle ralentit
beaucoup l'ardeur que nous
avions pour ce ſpectacle.
C iiij
4
32
1 MERCURE
Cependant nous voulûmes
voir en paſſant les debris
de ce malheur. Nous trouvâmes
en effet cette maifon
, avec les échafauts qu'-
elle étayoit , auffi bien culbutée
, que ſi ſous ce terrain
on avoit fait joüer une
mine. Neanmoins nous remarquâmes
que tous ceux
qui n'avoient été que ſpectateurs
de cet accident ne
ſe remuoient pas , & qu'ils
attendoient avec une conſtance
merveilleuſe qu'on
fatisfit leur curioſité pour
leur argent.
GALANT. 33
Nous fimes le tour de la
lice , où nous trouvâmes
quantité de nos amis , qui
ne nous parlerent tranquilement
, que de la frayeur
qu'ils avoient que cette
maudite avanture ne joüât
un vilain tour à la fête.
Nous nous arrêtâmes enfin
àun amphitheatre qui n'avoit
aucune maiſon à fon
dos , ni à ſes côtez. Trois
Dames Françoiſes de ma
connoiſſance y avoient fagement
pris leurs places ;
j'y pris auſſi la mienne avec
ma compagnie.
34
MERCURE
Tant de gens travaillerent
à reparer , ou plûtôt
àcacher le deſordre qu'avoit
fait la chûte de cette
maiſon , qu'en moins d'une
heure on eut enlevé preſ
que tous les gravats & platras
qui avoient fort au loin
écarté ladragée.
Nous demeurions àbon
compte les bras croifez ,
uniquement occupez à regarder
comme de francs
badauts une vaſte place ,
où rien ne paroiſloit , &où ,
pour comble d'affliction ,
deux grands Algouazils ,
GALANT.
35
montez ſur deux grandes
haquenées, vinrent annoncer
au peuple , le chapeau
bas,&la baguette blanche * à
la main , que de par le Roy
il n'y auroit point de combats.
Je m'étonne encore
qu'ils ayent pû ſe tirer de
là, fans être lapidez , quelque
reſpect que les Eſpagnols
ayent pour leur Souverain
: mais il s'agiſſoit
d'une fête de taureaux.
On avoit par malheur
couru àMadrid pour ap
* En Espagne tous les gens de Justice portent
une grande baguette blanche à la main.
C'est la marque de leur autorité.
36 MERCURE
prendre cette nouvelle à
Leurs Majeſtez , & l'on avoit
pris la peine de l'embellir
d'un millier de circonſtances
, auſquelles la
maiſon tombée n'avoit jamais
penſé. Bien plus , on
vint nous dire que toute la
ville commençoit à jurer
comme un chartier contre
cette malheureuſe maiſon
qui avoit les reins rompus,
&qu'elle lui demandoit rigoureuſement
compte de
ſes infortunez citoyens que
ſa chûte lui avoit ravis.
Nous entendîmes tous
GALANT. 37
ces bruits en tremblant :
neanmoins nous prîmes nôtre
mal en patience , &
quelques verres de vin
nous dedommagerent de
ces alarmes , pendant que
le peuple crioit de ſon côté
comme un beau diable
Toros , toros.
Trois heures ſonnerent
cependant , ſans qu'il y eût
la moindre apparence de
fête , encore moins qu'on
voulût nous rendre nôtre
argent. Ceux qui l'avoient
reçû étoient déja bien loin,
&nous aurions enfin été
1
38
MERCURE
long-temps les acteurs &
l'aſſemblée , ſi Madame la
Ducheſſe de Frias , avecM.
le Connétable de Caſtille
ſon époux, M. le Comte
de Lemos , & pluſieurs autresDucs
& Duchefſſes , ne
fuſſent arrivez. Leur pres
ſence nous remit le coeur
au ventre , & on recria de
plus belle, Toros , toros.Auffitôt
les timbales & les
trompettes ſonnerent. Le
Duc de l'Infantado envoya
la clef de la porte par où
les taureaux devoient entrer
fur le champ de ba
GALANT. 39
taille ,& la fête commença.
Quis talia fando !
Redoublez vôtre attention
, mon cher lecteur , &
preparez-vous àdonner des
larmes , ou du moins de la
pitié , au piteux recit des
plus pitoyables choſes du
monde.
Déja la lice eſt paréede
plusde cent cinquante braves
champions , tous habil
lez franchement comme
des ramoneurs. Les plus
magnifiques d'entr'eux ont
des ſouliers de corde ou de
chamois ; les autres , plus
7
:
40 MERCURE
modeſtes , ou plus indifferens
, font nuds pids. La
moitié de ces heros eft armée
de longues épées , de
coutelas ou d'hallebardes ;
d'autres plus hardis ont de
petits dards de la longueur
du bras , ornez de papier
peint & friſé. La pointe de
cesdards le termine en forme
d'ancre , ou de langue
de ferpent. Et d'autres n'ont
pour armes que leurs petits
manteaux noirs , ſecs & déchirez.
Tous ces athletes vont
être les tenans contre de
redouGALANT.
41
redoutables animaux , que
leur figure épouvantera
peut- être autant que leurs
armes. Mais on ouvre la
barriere , & la fiere contenance
d'un audacieux taureau
, qui fort avec impetuoſité,
& qui ſe preſente
avec fureur , ſuſpend déja
uvemens de tous les mouvemens de
cette multitude de ſpectateurs.
* Ses longs mugiſſemens font
trembler le rivage ,
Chacun avec horreur voit ce
monſtre ſauvage.
* Racine Hyppolite.
Octob . 1714. D
42
MERCURE
1
Il cherche des ennemis
dignes de ſa colere ;& femblable
à un torrent qui precipite
ſes eaux du haut d'une
montagne , & qui écarte
, eutraîne &détruit tout
ce qui s'oppoſe à ſon paffage
, il prend ſa courſe au
milieu de ces argonautes ,
au travers deſquels , ainſi
que le tonnerre à travers
la nuë , il ſe fraye un chemin
, dont fon intrepidité
éloigne toute cette chrême
de Chevalerie , qu'il chafle
devant lui , de même qu'un
chien fait un troupeau de
moutons .
GALANT.
43
Le macte * animo ** ne
manque pas; il va auſſibientôt
faire ſon effet. On ſonne
alors un bruit de guerre
approchant de celui des
Menades & des Corybanthes
, pour réchauffer la
tiede vertu des Torreadores
: mais un d'entr'eux ,
homme de grande reputation,
dit- on , animéde confuſion
&de rage , avec un
viſagepâle& jaune comme
* C'est un terme Latin qui exprime ce
que nous encendons en François par le mot
de courage.
** Animo eſt auſſi Espagnol , & fignifie
bamême chose.
Dij
44
MERCURE
1
du ſaffran , ſe detache de la
troupe pour lui porter le
premier coup. Il court droit
au taureau , ſon petit dard
à la main. Le taureau veut
l'embrocher : mais évitant
legerementde côté,le mouvement
de cet animal , il
lui enfonce adroitement
fon dard dans la gorge.
Paſſons vite aux comparaiſons,
Meſſieurs , nous n'avons point
de temps àperdre. Rien n'eſt
plus maintenant comparable
à ſa fureur. Se ſentant
bleſſé , on diroit que c'eſt
un nouveau monftre , plus
GALANT. 45
redoutable mille fois que
ceux qui gardoient la Toiſon
d'or , que la Chimere
de Bellerophon , que l'Hydre
de Lerne , que le Centaure
d'Hercule, que le Minotaure
du Labyrinthe ,
que le Dragon d'Apollon ,
& que le Monſtre de Perſée.
On diroit qu'il va fe
faire autant de victimes
qu'il eſt de combattans fur
l'arene : il ſemble même
vouloir avec ſes effroyables
cornes enſanglanter le
champ de tout le fang des
د
ſpectateurs . Mais malgré
L
46 MERCURE
ces belles hyperboles , un
petit marmouſet , avec un
ſemblable dard , lui fait
bientôt une ſemblable bleffure.
Untroiſieme ,un quatriéme
en font autant ; enfin
ſon corps en eſt bientôt
lardé, de même qu'un citron
de clous de gerofle.
Son ſang ſe perd, il s'affoiblit
, il chancele , il tombe.
Alors ceux qui pendant ſa
vie n'avoient ofé le regarder
entre deux yeux , viennent
aprés ſa mort lui plonger
dans, les flancs leurs
épées juſques aux gardes.
GALANT.
47
Onamene enfuite en
cadence, au ſon des inſtrumens
, trois mules capara-
*çonnéesde rouge pour traîner
cette victime hors de
la lice:mais on ne leur laiſſe
pasla libertéd'en fortir gravement
comme elles y font
entrées. Sitôt que le cadavreeftattaché
àleurqueuë,
tous ceux qui ont eu le plus
de part & de gloire à ſa
mort, déchargent de bons
coups de bâtons ſur lesmules
, qu'ils congedient de la
forte au grand galop jufques
à la barriere...
48 MERCURE
Cette ceremonie achevée,
un autre taureau, plus
furieux , ſe preſente à la
place du défunt. Dans le
moment qu'il entre , un
homme caché ſur la porte
par oùil paſſe,luijette adroitement
ſur le dos une petite
fleche d'acier, longue comme
le petit doigt , au bout
de laquelle pend un grand
ruban couleur de feu. Cer
aiguillon le met dans une
furie inexprimable ; tout
l'air retentit de ſes effroyables
mugiffemens ; la douleur
l'emporte par tous les
endroits
GALANT . 49
endroits de la lice avec une
viteſſe qui menace à chaque
inſtant d'une mort prochaine
tous ceux qui paroiſſent
les plus expoſez à
ſa rage. On n'entend que
des cris de frayeur que jette
le peuple épouvanté de la
crainte d'un malheur qui
n'arrive pas . Enfin dans le
temps qu'il paroît le plus
animé , un des plus intrepides
s'approche à fix pieds
de lui , avec un manteau
noir , qu'il lui preſente de
la maingauche , étendu ſur
un bâton , qu'il avance le
Octob . 1714 .
,
E
(
so MERCURE
plus qu'il peut ſous la droi.
te , de laquelle il tient une
épée fort courte, qu'il croiſe
ſur ce bâton. Le taureau
le regarde avec une atten- ,
tion terrible , il bat la terre
de ſes pieds , & fes flancs
de ſa queue ; il ſe racourcit
même , comme pour ramaſſer
toutes ſes forces , &
pour ſe lancer ſur lui avec
plusde vigueur. Cependant
on l'anime encore par des
injures & par des loüanges,
qu'il femble entendre :Toro
cabron , lui dit- on, toro va
liente : Vaillant taurean , infâme
taurean.
GALANT.
SI
L'animal , qui a vû longtemps
devant ſes yeux ce
manteau étendu , qu'il
prend pour un homme ,
& qui croit avoir pris ſes
meſures bien juſtes , s'élance
auffitôt : mais il ne
trouve rien ,&dans le moment
qu'il paſſe ſous l'épaule
droite du Torreador,
de la même main il le perce
de ſon épée , ou dans la
gorge , ou dans le ventre.
Je vous avoue que ce genre
de combat m'a fait ſouvent
trembler pour ceux qui ofoient
en courir les riſques.
1
Eij
52 MERCURE
Le taureau paſſe ſi prés
d'eux , que c'eſt en verité
une choſe preſque incomprehenſible
que leur agilité
leur donne le temps d'échaper
à ſa fureur. Le cinquiéme
fut tué d'un coup
d'épée dans le coeur , qu'il
reçut de cette maniere. Jugez
de l'adreſſe & de la
force de celui qui le lui
donna. Cette circonſtance
du coeur eft fort curieuſe.
Di's que l'animal fut abattu
, celui qui l'avoit tué ſe
jetta ſur lui avec un grand
coûteau , dont il lui ouvrit
GALANT. 53
le ventre , d'où il lui arracha
le coeur , qu'il fut porter
ſur une planche , qu'il
mit à terre au deſſous du
balcon de la Connétable!
Si la Reine y avoit été, cette
ceremonie ſe ſeriot faite au
deſſous du fien. Enſuite a
vec le même coûteau il détacha
le fiel , qu'il écrasa ;
puis il coupa le coeur par
morceaux , dont il mit la
piece d'honneur dans un
beau mouchoir blanc, qu'il
donna au principal Officier
de la Dame , pour le pre
ſenter à ſa maîtreffe , qui
E iij
54 MERCURE
témoigna d'un ſigne de tête
obligeant , qu'elle acceptoit
ce prefent avec plaifir;
&ſur le champ elle fit don.
ner unepiece de quatre piſtoles
au Torreador , qui
partagea aufinôt avec fes
camarades les autres portions
du coeur, & tous , à
fon exemple , les mirent
dans leurs poches. Les mules
vinrentaaprés avec la
même ceremonie que j'ai
déja dite. On les amene à
la mortde chaque taureau,
pour le retirer de deſſus la
place ; ainſi je n'en parleGALANT
. SS
rai pas davantage.
Le ſixiéme fut tué du
coupleplus adroit du monde.
Le taureau a , dit on ,
entre les deux cornes une
eſpece de petite couronne
large comme une piece
de trente fols. Cet endroit
eft fort tendre & fort delicat.
Dés que celui- ci eut
montré ſon front menaçant
,un de ces Chevaliers ,
qui n'avoit aſſurément pas
fait là ſon apprentiſſage ,
s'approcha avec une agilité
admirablede ce fier animal,
que ces camarades avoient
1
E iiij
ン
36 MERCURE
déja mis en fureur ; & fans
avoir d'autres armes à la
main qu'une eſpece de gros
clou long de cinq ou fix
pouces, & environ du poids
d'une livre , il l'enfonça di.
rectement , & preſque ſans
aucun effort, dans le milieu
de cette couronne , mais
avec tant de legereté & de
juſteſſe, que le taureau
tomba mort à ſes pieds Il
fit bien de ne le pas manquer;
car s'il avoit été moins
adroit , l'un auroit bien pû
fur le champ être à la place
de l'autre.
GALANT.
Je fremis encore de peur
pour le Torreador qui en,
treprit de tuer le ſeptiéme ,
& la poſture où je le vis , &
le danger qu'il courut m'épouvantent
encore pour
lui. Il parut ſur la lice avec
un pieux de bois,arméd'une
groſſe pointe de fer longue
d'un pied : avec cet inftrument
il alla ſe placer au
bout du milieu du champ
de bataille ; & aprés avoir
mis un genou à terre , appuyé
ſon pienx contre l'autre
,&pris ſes meſures bien
juſtes, il attendit fierement
1
58 MERCURE
le plus redoutable taureau
qui eût encore paru. Tous
les Torreadores lui firent
place , pour le laiſſer aller
d'un plein faut s'enfiler par
le milieu du front fur cette
pointe de fer , qui lui fortit
par l'épine du dos. Toute
l'aſſemblée fit un cri épouvantable
, & chacun crut
que le taureau l'avoit écrasé
fous ſa chûte : mais un mo.
ment aprés avoir aſſuré ſa
victoire , il ſe montra ſain
& fauf, & triomphant fur
la place. Tous les affiftans
lui envoyerent mille bene.
GALANT. 59
dictions & mille applaudifſemens
, qui furent acompagnez
de quelques piſtoles
que le Duc de l'Infantado
lui fit donner.
Le huitiéme ſe battit à
merveille : mais ce qu'il y
eutde plus divertiſſant dans
ce combat , ce fut le courage
d'un chien , qui , dés
le moment qu'il le vit entrer
dans la carriere , courut
fur lui , le prit à la bar-.
be , & ne le quitta qu'à la
mort , malgré toutes les
courſes impetueuſes que le
taureau fit , tous les dards
1
1
60 MERCURE .
qu'on lui jetta , & tous les
coups d'épée qu'il reçut .
Le douziéme , qui fut le
dernier & le plus méchant,
ſe battit à mon gré mieux
que tous les autres. Il en
coûta cher à un pauvre
diable de Torreador , dont
il ſe joüa pendant un gros
moment ſur la pointe de
ſes cornes. Je ne ſçai s'il
en eſt mort.
J'oubliois à vous dire que
lorſque le taureau a renverſé
un de ces braves athletes
, s'il ne lui court ſus d'abord
qu'il eſt relevé , on le
GALANT. 61
chaſſe comme un infâme :
ce qui arriva à un quidam
de la troupe. Il eſt für qu'à
cet égard , il y a une valeur
infinie parmi ces gens-là ;
je les croy auſſi braves par
tout. J'ajoûte à cette omiffion
, que ces Meſſieurs
vont à tous les balcons où
ils voyent des Dames bien
miſes , qu'ils leur font une
humble reverence , en leur
demandant la permiffion
de lancer un dard au taureau
en leur honneur. Cette
galanterie ne ſe refuſe pas.
Quand ils ont reüffi , ils re
62 MERCURE
viennent ſe preſenter à la
Dame ,à qui par reconnoif.
ſance , il en coûte toûjours
quelques piaſtres.
Il n'y eut point de combat
à cheval, dont tout le
monde fut en verité bien
fâché. Alors l'adreſſe , l'amour
, la valeur , l'éclat &
la magnificence auroient
étédela partie , au lieu que
ces combats , dont les perils
ne furent point accompagnez
de l'eſpoir d'une
belle recompenſe , n'offrirent
à nos yeux que des
ruiſſeaux de lang , & que
GALANT . 63
1
de miſerables victimes. Au
trefois une Reine , ou une
belle Princeſſe avoient toû
jours au moins leur portrait
enrichi de diamans ,
à donner à quelque valeureux
inconnu , qui feroit
venu des extremitez de la
terre ſe faire couronner de
mirthe & de laurier dans
ces champs , où les beaux
yeux de ſa Déeſſe auroient
été les témoins du nombre
de ſes victoires. Son écharpe
, ou ſes plumes , qu'ilauroit
reçûës comme une
faveur ſignalée, douze ou
64 MERCURE
quinze ans auparavant , des
mains de fon adorable , auroient
ſervi à le faire reconnoître
de la Princeſſe ou
de la Reine ; elles auroient
rougi , pâli , ſoûpiré , &
tremblé pour lui : mais l'amour
attentif à conferver
des jours ſi precieux , ſe ſeroit
rendu garant de ſon
triomphe. Enfin forti vainqueur
de toutes ſes courfes
, aprés avoir fait mordre
la pouffiere au tiers &
au quart , il ſe ſeroit acheminé
vers le balcon de la
Reine , qui lui auroit dit
en
GALANT. ES
en ſe radouciſſant : Nous
ne doutons point , genereux
Chevalier,aux grandes actions
que vous venez de faire , que
vous ne soyez au moins iffu
dufangde quelque grandRoy:
neanmoins qui que voussoyez,
recevez monportrait ,qui n'est
aſſurément point d'un prix pro-
Portion
portionné à l'éclat de vos exploits.
Ah
ploits. Ah Madame , eût dit
le Chevalier , en ſe baiſſant
fur les arçons , & en ôtant
fon caſque , qui auroit donné
à ſes beaux cheveux
blonds la liberté de s'étendre
à grands flots ſur ſa ri-
Octob. 1714. F
66 MERCURE
che taille , animé de vos di
vins regards , quel mortel auroit
pû me disputer la victoi
re ? Grands Dieux ! auroit
dit la Reine un moment
avant de s'évanoüir , c'est
lui-même. Auffitôt toute l'af
ſemblée auroit battu des
mains & auroit crié
malgré le bruit des tim...
bales & des trompettes ,
vive le Prince , vive le
Heros. Et chacun auroit
retourné à la maifon , rempli
de l'image de ces belles
choſes. Mais nous ne
vîmes rien de tout cela ; je
,
GALANT. 67
croy même que l'uſage de
ces fêtes eft entierement
aboli en Eſpagne. Les Efpagnols
en font dans une
grande conſternation. Au
reſte, ſi elles y fubfiftoient
encore , & qu'un mari ne
donnat pas , ou n'eût pas un
écu à donner à ſa femme
pour les voir , elle vendroit
juſqu'à la paillaſſe de ſon lit
pour avoir de l'argent , fi
ſa laideur la reduifoit à
cette extremité ; & fi elle
étoit jolie , elle ne feroit <
point de façon de lui dire à
quelprix elle en trouveroit.
Fij
68 MERCURE
1
Je ne ſçai pas encore ,
Meffieurs & Meſdames , fi
j'aibien ou mal faitde vous
donner cette deſcription à
la place d'une Hiſtoriette :
mais je ſçai bien , fans vanité
, que cette lecture vaut
mieux que la vûë des do
gues de la porte S. Martin.
Paſſons maintenant , s'il
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Résumé : Relation singuliere d'une Feste de Taureaux [titre d'après la table]
Le 1er septembre 1712, une fête de taureaux se tint à Chamartin, près de Madrid, malgré une interdiction royale. Le Duc de Pastrano obtint l'autorisation après des interventions influentes, à condition de couvrir les frais des éventuels accidents. La fête débuta par la mise à mort de plusieurs taureaux, mais un incident grave survint lorsqu'une maison s'effondra, blessant ou tuant des spectateurs. Malgré cet accident, les spectateurs restèrent pour continuer à assister au spectacle pendant que les organisateurs réparaient les dégâts. À Madrid, une autre fête de taureaux débuta après une annonce initiale indiquant qu'il n'y aurait pas de combats. La tension monta avec l'arrivée de nobles tels que la Duchesse de Frias et le Connétable de Castille. Les toréadors, vêtus simplement et armés de diverses manières, affrontèrent les taureaux. Chaque taureau, après avoir été blessé par des dards, était tué et traîné hors de l'arène par des mules. Les toréadors utilisaient différentes techniques et objets pour provoquer et tuer les taureaux. Après chaque victoire, un torero recevait des bénédictions et des récompenses financières. Un chien montra un courage exceptionnel en attaquant un taureau jusqu'à sa mort. Lors du douzième combat, un torero fut gravement blessé. Le narrateur exprima son regret concernant l'absence de combats à cheval et l'impact économique négatif de la disparition de ces fêtes en Espagne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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218
p. 276-277
ENIGME.
Début :
Je regne également sur la terre & sur l'onde, [...]
Mots clefs :
Air
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
FEregne également fur la
terre &ſur l'onde,
Etjeſuis neceſſaire en tout
temps en tous lieux :
Tout agitpar moy fous les
Creux
د
Etj'emplis tout le Monde.
Il n'estrien icy bas qui ne
Soitſous ma loy ,
Rien ne peut vivreſans la
prendre ,
GALANT. 277
Sije differois de la rendre
On auroit peu de temps à
Jeplaindre demoy.
*
Jenesuis point une Divinité
7
Mon Empire est pourtans
fenfible :
Enfin jefuis ,&j'ay tou
jours esté
De couleur invisible.
FEregne également fur la
terre &ſur l'onde,
Etjeſuis neceſſaire en tout
temps en tous lieux :
Tout agitpar moy fous les
Creux
د
Etj'emplis tout le Monde.
Il n'estrien icy bas qui ne
Soitſous ma loy ,
Rien ne peut vivreſans la
prendre ,
GALANT. 277
Sije differois de la rendre
On auroit peu de temps à
Jeplaindre demoy.
*
Jenesuis point une Divinité
7
Mon Empire est pourtans
fenfible :
Enfin jefuis ,&j'ay tou
jours esté
De couleur invisible.
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219
p. 350-351
ENIGME.
Début :
Voicy la mienne. Je suis seur sans vanité, que les plus belles / Je suis d'une ovale structure, [...]
Mots clefs :
Poire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Voicy la mienne. Je ſuis ſeur
fans vanité , que les plus belles
&les meilleures devineuſes du
monde , mettront au moins autant
de temps à la deviner
j'en ay mis à la faire .
ENIGME.
f , quc
Jesuis d'une ovaleſtructure ,
Ma mere , tous les ans , m'enfante
Sans douleur ,
GALANT. 351
Mon odeurfaitplaisir , bizarreest
ma couleur ,
Et mon habit est fans couture.
Dans le centre de ma maison ,
On trouve quelquefois une dure
carriere ,
Dont ilfaut arracher la pierre
Qui ravage souvent sa derniere
prison.
Enfin ma chair est fraîche &
délicate ,
Mon corps est composé, je ne sçay
pasde quoy,
Jenesuis ny ronde , ny plate;
Belles, dans vos appas , it en est
un qui flate ,
Et qu'on trouve bien fait , l'ors
qu'il l'est comme moy .
fans vanité , que les plus belles
&les meilleures devineuſes du
monde , mettront au moins autant
de temps à la deviner
j'en ay mis à la faire .
ENIGME.
f , quc
Jesuis d'une ovaleſtructure ,
Ma mere , tous les ans , m'enfante
Sans douleur ,
GALANT. 351
Mon odeurfaitplaisir , bizarreest
ma couleur ,
Et mon habit est fans couture.
Dans le centre de ma maison ,
On trouve quelquefois une dure
carriere ,
Dont ilfaut arracher la pierre
Qui ravage souvent sa derniere
prison.
Enfin ma chair est fraîche &
délicate ,
Mon corps est composé, je ne sçay
pasde quoy,
Jenesuis ny ronde , ny plate;
Belles, dans vos appas , it en est
un qui flate ,
Et qu'on trouve bien fait , l'ors
qu'il l'est comme moy .
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220
p. 281-284
Phenomêne, tremblement de terre, & chûte de la Montagne de Cheville dans le plat pays de Luzerne. [titre d'après la table]
Début :
Voicy ce qu'on me mande de Berne du 9. Novembre / Le premier de ce mois un tres-grand rocher de la Montagne [...]
Mots clefs :
Berne, Montagnes, Lucerne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Phenomêne, tremblement de terre, & chûte de la Montagne de Cheville dans le plat pays de Luzerne. [titre d'après la table]
Voicy ce qu'on me mande
de Berne du 9. Novembre
dernier.
Il y a deux Montagnes fur
les frontieres de Berne & de
Vallais qui ſe touchent , dont
l'une s'appelle Cheville appartenant
aux Vallefans , & l'autre
Anzeinde ſituée dans la
Decembre 17 14. A
282 MERCURE
Jurisdiction de Berne. Il ya
entre ces deux Montagnes
une fource , de laquelle fortent
deux rivieres , l'une nommée
Lavançon, paffe par le
Bourg deBex , Pays de Berne ,
l'autre appellée Luzerne , traverſe
le Pays de Vallais. La
Cime de la Montagne de
Cheville conſiſte dans un
rocher fort élevé& fort dur.
Le Dimanche 23. Septembre
, l'on entendit un grand
bruit fouterrain ſur la Montagne
de Cheville , qui s'augmenta
le lendemain , & qui
GALANT. 285
continua pendant 24. heures ,
avec une telle vehemence
que l'on croyoit entendre la
décharge de gros canons. Enfaite
l'on vit fortir de la Mon.
tagne une fumée épaiffe , &
une flamme claire , aprés quoy
la Cime de la Montagne ſauta
& couvrit une grande quantité
de bétail & pluſieurs
maiſons , & boucha la riviere
de Luzerne , enforte qu'on
n'en pû plus trouver une goute.
D'où l'on conjecture ,
que cette Montagne eft remplie
de mines de ſouffre & de
poix. On l'a fait viſiter par
Aaij
284 MERCURE
des hommes , qui aflurent
qu'il ne ſeroit pas poflible de
comprendre l'effet de cette
ſecouſſe , ſi l'on n'avoit pas
connu auparavant la fituation
du licu . L'on mande du
23. du paffé , que le bruit &le
mouvement continuent toûjours.
de Berne du 9. Novembre
dernier.
Il y a deux Montagnes fur
les frontieres de Berne & de
Vallais qui ſe touchent , dont
l'une s'appelle Cheville appartenant
aux Vallefans , & l'autre
Anzeinde ſituée dans la
Decembre 17 14. A
282 MERCURE
Jurisdiction de Berne. Il ya
entre ces deux Montagnes
une fource , de laquelle fortent
deux rivieres , l'une nommée
Lavançon, paffe par le
Bourg deBex , Pays de Berne ,
l'autre appellée Luzerne , traverſe
le Pays de Vallais. La
Cime de la Montagne de
Cheville conſiſte dans un
rocher fort élevé& fort dur.
Le Dimanche 23. Septembre
, l'on entendit un grand
bruit fouterrain ſur la Montagne
de Cheville , qui s'augmenta
le lendemain , & qui
GALANT. 285
continua pendant 24. heures ,
avec une telle vehemence
que l'on croyoit entendre la
décharge de gros canons. Enfaite
l'on vit fortir de la Mon.
tagne une fumée épaiffe , &
une flamme claire , aprés quoy
la Cime de la Montagne ſauta
& couvrit une grande quantité
de bétail & pluſieurs
maiſons , & boucha la riviere
de Luzerne , enforte qu'on
n'en pû plus trouver une goute.
D'où l'on conjecture ,
que cette Montagne eft remplie
de mines de ſouffre & de
poix. On l'a fait viſiter par
Aaij
284 MERCURE
des hommes , qui aflurent
qu'il ne ſeroit pas poflible de
comprendre l'effet de cette
ſecouſſe , ſi l'on n'avoit pas
connu auparavant la fituation
du licu . L'on mande du
23. du paffé , que le bruit &le
mouvement continuent toûjours.
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Résumé : Phenomêne, tremblement de terre, & chûte de la Montagne de Cheville dans le plat pays de Luzerne. [titre d'après la table]
Le document décrit un événement survenu entre les frontières de Berne et du Valais, impliquant deux montagnes voisines : Cheville, appartenant aux Valaisans, et Anzeinde, sous juridiction bernoise. Entre ces montagnes coule une source d'où naissent deux rivières : la Lavançon, traversant Bex en pays bernois, et la Luzerne, traversant le Valais. Le 23 septembre, un bruit souterrain intense fut entendu sur la montagne de Cheville, augmentant le lendemain et continuant pendant 24 heures avec une violence comparable à des détonations de canons. Une fumée épaisse et une flamme claire émergèrent de la montagne, provoquant l'effondrement de son sommet, qui recouvrit du bétail, plusieurs maisons et obstrua la rivière de Luzerne. Des experts ont conjecturé que la montagne pourrait contenir des mines de soufre et de poix. Les secousses et le bruit se poursuivaient encore au 23 du mois passé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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221
p. 284-286
De Berne le 10. Novembre 1714.
Début :
Le premier de ce mois un tres-grand rocher de la Montagne [...]
Mots clefs :
Rocher, Montagne, Berne, Torrent, Poussière
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Berne le 10. Novembre 1714.
De Berne le 10. Novembre
1714.
Le premier de ce mois un
tres -grand rocher de la Montagne
de Cheville , où font
les limites de Berne & de
GALANT. 285
Vallais , fe fundit & tomba
dans la Vallée avec quantité
de ſouffre , de bois , & de
pouffiere , qui couvroient foixante
journaux de pâturage ,
&du monde & du bétail , appartenants
aux Vallefans. Le
torrent appellé Lizerne fut
bouché pendant trois jours ,
&il ſe fit enſuite une ouverture
entre le rocher & un bois,
au travers d'une petite Montagne
, & le torrent entraina
des arbres de ſapin de deux
toiſes d'épaiſſeur. Les Montagnes
de Bex n'ont pas cu
t
grand dommage , tous les
286 MERCURE
rochers eftant tombez dansles
terres de Vallais , où il y a cu
dix huit perſonnes tuées ,&
trois de bleffées : une femme
fe trouva enterrée juſques aux
épaules , &deux autres eurent
leurs habits brulez : ces femmes
virent tout ,& eſtant affez
éloignées, elles necrurent pas
que la pouffiere put les bruler.
L'on entendit encore Lundy
dernier ungrandcoup ,& l'on
vit fortir une fumée noire
& rouge ,& la formation de
deux étangs.
1714.
Le premier de ce mois un
tres -grand rocher de la Montagne
de Cheville , où font
les limites de Berne & de
GALANT. 285
Vallais , fe fundit & tomba
dans la Vallée avec quantité
de ſouffre , de bois , & de
pouffiere , qui couvroient foixante
journaux de pâturage ,
&du monde & du bétail , appartenants
aux Vallefans. Le
torrent appellé Lizerne fut
bouché pendant trois jours ,
&il ſe fit enſuite une ouverture
entre le rocher & un bois,
au travers d'une petite Montagne
, & le torrent entraina
des arbres de ſapin de deux
toiſes d'épaiſſeur. Les Montagnes
de Bex n'ont pas cu
t
grand dommage , tous les
286 MERCURE
rochers eftant tombez dansles
terres de Vallais , où il y a cu
dix huit perſonnes tuées ,&
trois de bleffées : une femme
fe trouva enterrée juſques aux
épaules , &deux autres eurent
leurs habits brulez : ces femmes
virent tout ,& eſtant affez
éloignées, elles necrurent pas
que la pouffiere put les bruler.
L'on entendit encore Lundy
dernier ungrandcoup ,& l'on
vit fortir une fumée noire
& rouge ,& la formation de
deux étangs.
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Résumé : De Berne le 10. Novembre 1714.
Le 1er novembre 1714, un éboulement majeur s'est produit sur la montagne de Cheville, à la frontière entre Berne et le Valais. Cet événement a causé la chute de soufre, de bois et de poussière sur soixante journaux de pâturages valaisans, entraînant la mort de dix-huit personnes et blessant trois autres. Une femme a été partiellement ensevelie, tandis que deux autres ont eu leurs vêtements brûlés par la poussière enflammée. Le torrent de la Lizerne a été obstrué pendant trois jours avant de se libérer, emportant des arbres de sapin de deux toises d'épaisseur. Les montagnes de Bex ont subi peu de dommages, les rochers étant principalement tombés sur les terres valaisannes. Le 9 novembre, un bruit violent accompagné de fumée noire et rouge a été observé, et deux étangs se sont formés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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222
p. 208-262
EXPLICATION des Taches & Facules du Soleil.
Début :
Les Sçavants ne me reprocheront plus maintenant le / Ce qu'on appelle une Tache du Soleil, est ordinairement [...]
Mots clefs :
Tâches, Facule, Soleil, Volcan, Noyau, Nuage, Nébulosité, Surface, Flamme, Mémoires, Facules du soleil, Corps noirs, Fournaise, Savants, Mercure galant, Dames, Journal, Astronomes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION des Taches & Facules du Soleil.
Les Sçavants ne mereprocheront
plus maintenant le
deffaut qu'ils m'ont reproché;&&
ils ne se plaindront pas
davantage de ne pas trouver
dans mon Livre des matières
sçavantes. J'en ai de quoi exercer
doresnavant leur fciencc
& leur curiosité. Ils pourront
juger de mon attention à
les satisfaire par l'ouvrage de
phisique, dont je leur fais present
dans le Journal de ce
Mois:Je pense, que, si ce n'avoit
été à leur consideration,
jeneme serois peut-estre jamais
avisé d'introduire dans le
Mercure
Mercure Galant des Memoires
de cette espece, outre qu'ils
font trop élevez pour moy,
je lescroy peu propres àamufer
les Dames, & le reste des
gens du monde. Cependant
comme il est juste que-chacun
trouve son compte dans mon
Livre,l'accëuil qu'ils feront
à cette piece me déterminera à
continuer àleur en donner de
sçavantes, ou à cesser de
le faire. Je fuivray toûjours
en cela leur goût qui est plus
capable de décider que lemico.
Ils auront donc pour ce mois.
cy,enattendant qu'il leur
plaire s'expliquer ou m'aider
sur cet article, la moitié de
j'explication des Taches &
Facules du Soleil; & lemois
prochain l'autre.
EXPLICATION
des Taches & Facules
inSoleil.
Ce qu'on appelle une Tache
du Soleil, cO: ordinairementcomposé
de deux parties
générales, sçavoir de quelques
corps noirs de figure irrcgu,
lièrement arrondie, & d'une
(fpeee de nuage.obscur qui
tes environne de tous coftez**
Les Facules font unepart^
quelconque du disque du Soleil
qui paroît plus éclairée que
le reste de sa surface,& qui
pour l'ordinaire environne
chaque tache en forme de 1
couronne d'une largeur médiocre.
Les taches avec leurs
facules font commeattachées
à certains endroits fixez du
corps du Soleil. Ce que l'on
connoît,en ce qu'elles y reparoissent
après plusieursrévo-
~lutisdecet astreautour de
luy 111me) long temps après
avoirété''drflîpécs.Ellesdé(
crivent toutes des paralelles
à lequateur du Soleil,àdifférentes
distances de cet équateur,
ce qui ne va gueres a
plusde13. devrez vers l'un ou
l'autre de ses Pôles; &même
depuis environ une trentaine
d'années qu'on les observe
avec toute l'exactitude poffible,
on n'en trouve plus que
du côtéduPôle méridional de
cet afire, comme il en marqué
dans les Mémoires de l'Acadcmie
desScunces, au fujec
de la tache du mois de Mars
1704.
2.. Ily a grande apparence
que ce font ces facules qui pro-i.
duisent les taches; puisqu'on
a vu des facules paroitre sans
taches pendant plusieurs jours,
& cnfuitc des taches naître au
milieu de ces facules, comme
on le trouve dans les Mémoires
cy-dessus : à l'égard
de cellesdel'onzième Juin
1684.&du2.4.Février 1704.
où il est dit entr'aurrcs chofcs
touchant cette dernicrej que
Ton vit le premier jour grand
nombre de facules dans unen.-
droit du bord du Soleil, ou
l'on s'attendoit de voir une
tache reparoître, que le iondemain
le nombre &. la grandeur
des faculesaiugmentèrent en mêAme [èrns qu'elles cheminoienc
vers le milieu du Soleil,
sans qu'il y parûc encore aucune
tache; que le troisïéme
jour les facules s'éroienr encore
avancées davantage vers
le milieu du Soleil; qu'on
voyoit alors 6. petites taches
nouvellement néesaumilieu
de ces facules, & que le quatrième
& les jburs suivans les.
facules & les taches continuèrent
d'avancer enfclnble
sur le dlrque duSoleil; mais
on ne voit point de tache fansfacules.
3. Il n'cit pasmoins vrayfcmblable
que ce font les mêmes
facules qui décruifent les
taches; puisque les facules.
augmentent àl'entour des taches,
à mesure que celles-ci se
diflîpent-, & que les facules
fubfillent encore en la place
des taches, pendant même
quelques jours, après la dcftcuétlon
de ces derniercs,
comme il est rapporté expressement
touchant la tache
du 2. 7 Janvier1704. dans les
Mémoirescitez,& au fujec
de plusieurs autres de l'année
1678.&decelles du fixiéme&
du22. May 1701. If
cit die en particulier de cellescy,
qu'elles étoient environnées
de facules, & qu'elles ont
disparu au milieu du Soleil en
s'éclaircissant peu à - peu sans
avoirchangé ny de grandeur,
ny de figure; ce qui fait noiftre cou- manifeftemenc que
ces taches ont à la fin degenerezen
facules A l'égarddecellesdel'année
1678.ilefi:rap- ,-l porté dansles mêmes Mémoires
quelles finirent en
laissant feulemenr plufi urs
points noirs environnez de
faculcsilelquelles avoient pris
la
la place du nuage; d'où l'on,
peut conclure que les facules
dissipent la nebulosité qui environne
les corps noirsy
avant de pouvoir détruire
ces mêAmes corps, & que par
consequent cettenebuloûcé
cit moins solide que les corps
noirs, Aussi voit-on quelquefois
des corps noirs subsister
long temps sans atmofphérc,
ou nuige
4. Les taches & facules
croissnt & se multiplient en
peu de temps, mais elles fc
détruisent insensiblement.
Celles du mois de Décembre
1700. parurent tout a coups
melles du 2. de Juillet 1703.
n'étoient d'abord que 3. en
nombre,& fort foiblcs,
quoyquaffez étenduës;une
d'elles contenoit 4. corps
noirs, & une autre feulement
2. au-dedans d'un nuage
obscur;mais l'iic. du même
mois ces 3. taches étant devenuës
très- fcnfïbles, l'une renfermoit
alors treize corps
noirs
, une autre sept, & la
troisiémefeulement deux;
outre treize autres petits qui
cftoient répandus çà & là,
entre ces trois grandes taches
sans aucun nuage à l'entour.
Quand ces tachescommencèrent
à difparoiûre
7
il
n'yen avoie plus que deux
qui fubfiftoienc, dont une
renfermoit feulementi.corps
noirs au- dedans d'unnuage,
& l'autre n'en contenoit plus
que 3. environnez de facules;
ainsiratmofphére de cette derniere
avoit esté entiercment
dissîpéc,avant ses corps noirs.
Il eH dit encore touchant les
taches du6. Juin 1703.que
l'amas des petites taches qui
accompagnoientla plus grossè
étoit presque dissipé; quoyquecette
plu grosseiubfiftâc
encore,ce qui saicvoirqu 'clle
se dissîpa fùcctffivement.
Voyez toujours les Memoirescitez.
5. A l'égard de l'arrangement
des corps noirs dans la nebulosité
des taches, il n'eltpis
toûjours confus;mais(ouvent
quand il y a un grand
nombre de ces corps noirs,
(comme dans celles de l11.
Juillet 1703.mêmes Mémoires)
dont une feule en contenoit
treize corps noirs
sont rangez vers le bord du
nuage en forme de cercle ou
d'ovale
, qui est la figure la
plus ordinaire des taches lor f.
qu'elles partent sur le milieu du
Soleil , comme dans celle du
zi. May 1702. Il paroist encore
par toutes les figures des
taches qui ont esté inférées
dans les Livres de l'Académie
des Sciences, que l'ptmofpherc.
d'une tache est toujours
un peu plus claiie dans
son milieu que dans ses
bords, quoy qu'il n'y foie
fait aucune mention de cette
propriété1 , ; ce qui porte à
croire que le milieu d'une
tache n'cH jamais exempt de
facules. Cependant ces arrangemens
des corps noirs dans
chaque tache; de même que
leur nombre, leur figure, leur
grandeur, & leur distance ne
font pas constantes, non plus
que ceux de plusieurs taches
voisines qui composent un
amas de taches, qu'on appelle
une tache totale:il cft dit
(par exemple) de celles du 6.
Juin 1703. mêmes Mémoires,
qu'une partie des petites taches
qui accompagnoient la plus
grosse s'étantdissipée sur le
milieu du Soleil, le restes'étoit
fort approché de cette
plus grosse; & encore au fujet
de celle du 19Janvier 1704.
qu'il ya un changement continuel
dans la figure des taches
& dans leurs distances,&arrangemens.
On ajoute touchant
celle du 2. Juillet1703. que
la moyenne des trois grandes
taches qui se voyoient alors,
s'étoit approchée de l'une des
2. autres, &éloignée de l'autre,
au milieu même duSoleil;
que le lendemain cette
moyenne avoit disparu tout à
fait; & que le nombre & l'arrangement
des corps noirs des
i. taches restantes,avoit conolîJera
blementchangé en trois;
jours de temps : on dit de même
des taches de 1678. qui,
fcrmoient la figure d'un trapése;
qu'une d'elles ayant disparures
3 autress'arrangerent
fous la for;iie d'un triangle
équilareral; quatre jours aprés
2. s'approcherent davantage
entr'elles, & la 3
e. au contraire
s'éloigna en suite des
deux plus qu'auparavant. On
ajoûte que la tache du 17eL.
Janvier, 1704. estoitcomposée
de 2. corps noirs joints ensemble
par une de leurs extremitez,
& enfermez dans une
même nebulosite; que le i8.,
suivant ces 2. corps noirs s'étoient
séparez l un de l'autre;
que le 29. il y en avoit trois
presque égaux; que le 31. ces
trois corps s'etoient considerablement
écartezl'un de itau..
tre, quoyque toujours enfermez
dans un même nuage,
& que le ItFévrier ilsl'étoicnt
encoredavantage ayant chacun
alors sonatmosphére particulier
Enfin il ca rapporté
au su jet des taches du 5. May
1684. que les parties des taches
qui changent de figure
ont outre leur mouvement
jegié & général à l'entour
du Soleil un mouvement irrégulier,
presque comme des
nuées pouffées au hazard par
les vents.
6. Quant à la grandeur de:
tout un amas de caches qui
paroissent enmême temps, Se
qu'on a nommé cy-dessus une
tache totale, le plusconsiderable
qui ait paru depuis 30. années
n'occupoit au plus qu'une
12e. partie de la largeur du
disque du Soleil; mais on a
vû des taches beaucoup plus
éloignées entr'elles, que de
cette valeur: comme (par
exemple) celles qui parurent,
à la fois le 5?, Janvier 1704,
estoient distantes entr'elles de
tout le diamctre du Soleil:
celles des mois de Mars & de
May de la même année Ce
font formezde même en 2.endroits
du Soleil presque opposez.
Il est dit expressémentde.
celles du mois de May 1702,
qu'e lles étoient trop éloignées
l'une de l'autre, pour ne
faire qu'unmême corps, aussï
croientelles presque diametralement
opposées
7. A l'égard du lieu propre
destaches, & facules, il y a
toutes les apparences qu'ellesfont
situées sur lecorps même
du Soleil, & non pas à quelque
distance de cet astre corn-,
me Mercure & les autres Pla-:'
nettes; puisqu'il eH. dit dans
les Mémoires citez, de celledu6.
Jlin 1703.qu'en passant
surle bord du Soleil, elle y faisoit
une especed'échancrure
ou d'enfoncement; ce qui
pourroit faire croire, que la
partie du Soleil qui est roue
autour d'une tache & qu'on
appelle facules, est ordinairement
un peu plusélevéeàl'égard
du reste de son disque.
que n'cil la tache, & que c'est
ce qui fait paroître la tache
plus basse; on trouvera encore
d'autres preuve de cet
article dans les suivantes.
Enfin quant autemps de la
révolution apparente des taches
& faculcs du Soleil,ayant
pris un milieu entre toutes
celles qui sontrapportées dans
les Mémoires cit au nombre
de 17. je trouve que ce temps
est de 17. jours 12. heures 49.
minutes qui ne differe du
moyen apparent établi par le
plus célébre des A gronomes
modernes, .( qui les a obferveés
pendant prés de 60. années)
que de 28. minutes,
ce qui est tres-peu de chose
pour un mouvementsujet à
des irregularitez;mais comme
cette période est dépendante
de celle de la Terre autour du
Soleil, dans lesistême des Pythagoriciens;
on en conclud
que le temps de la révolution
actuelle &absoluë des mêmes
taches autour du Soleil ou du
Soleil mèmc, tel qu'il paroîtroit
vû des Etoiles fixes, n'est
que de 25. jours 16. heures
55.minutes; au lieu de j.
jours 5. heures quece sçavant
Astronomecité, a tiré d'une
révolution apparente de 27.
jours de la tache du 2,0. May
1680. -
9. Il faut remarquerencore
qu'on ne voit pas des taches
sur le Soleil en tour temps,
ny toûjours en égalequantité.
Il n'en a paru (par exemple)
aucune depuis 1680. jusques
en 1685. ny depuis1695.
jusques 1700. ny encore depuis
1705.jusquesen1710 On
trouvera encore quelques autres
proprietez des taches dont
il n'est point parlé icy dans
les articles15. & suivans.
Io. Pour venir maintenantà
chercherla nature des taches&
des facules, je considere que
pU-ifgu'clles font
-
attachées
ou a&âees à des endroits
fixesdu corps du Soleil,& que
lesfacules paroissent en differents
lieux du Soleil, & subsîssent
feules indépendemment
des taches;que les taches naissent
au milieu d'elles; que les
faculesaugmentent àmesure
que les taches sont détruites,
au même lieu où paroissoient
les taches; il faut comme on
l'a conjecturé à l'article i.
que ce soient les facules qui
produisent
produisent les taches tout à
coup, & qui les détruisent
ensuite peu à peu en les attenuant
jusques à les faire disparoistre,
sans changer considerablement
ny leur figure,
ny leur grandeur, ou qui les
divisent quelquefois en d'autres
taches, & les écartent,
ou les approchent les unes des
autres, qui retardent ou accelerent,
ou détournent, leur
mouvement naturel ,&changent
leurs latitudes, selon
que ces facules s'augmentent
entre les taches ou aumilieu
d'unemême tac he; mais qu.o:
sont-ce que ces facules & ces
taches, énommentles facules;.
agissent-elles pOl produire
des taches sur Iî surface du
Soleil, où nous venons de
Voir que ces raches font suspendues,
comme les Islesflottantes
de Saint Omer le font
sur l'eau de la Mer? par
quelle verru ces mêmefaculesmeuvent
elles, & changentelles
les taches en tant de differentes
manières. Enfin quel
pouvoir, quelleforceontelles
pour les détruire? je ne fau..
rois mieux faire pour répondre
à toutes ces questions, que
de considerer les taches du Soleil
comme la nouvelle Isle de
S. Ermi, ou de Santorini, qui
a esté produite en l'année
1706. par un Volcan caché
fous les eaux, dans l'Archipel
de la Medirerrannée
,
proche
l'ancienne Isle de S. Ermi, ou
de Sanrorini ; ou comme cette
autre Isle pareille à cellecy ,
qu'un Volcan forma de même
dans le voisinage des Açores
en l'année15 30. Je regarde
donc des facules qui
produisent les taches,& qui les
détruisent ensuite comme des
flâmmes que ces deux Volcans
ont pousseenl'air pendant plu,
sieurs mois, au moins le premier
; lesquelles flammes ont
apporté avec elles à la surface
de l'eau quantité de pierres de
Ponce & de cendres, dont ces
deux Isles font la pluspart
composées.
11. C'est pourquoy je ne
feins point de supposer audessous
de la matiérelumi.
neufe du Soleil, & autour de
son axe, un corps solide ou
noyau, dans lequel se forment
tous les Volcans qui produissent
les flammes ou facules
que l'on voit à sa surface, ôc
cela par les éruptions de leK
matière étheréequiremplie
le centre de ce noyau. Ainsiles
facules ne font autre chose
que cette matière étherée Jne
me qui fort avec impetuosité
de chaque Volcan, & qui entraîneavecelle
quantité de matiéres
grattes.volatiles, fuligimineuses,
&: d'huiles terrestres
ou de bitumes dont ce noyau
est rempli. Ces huiles terrestres
estant arrivées à la surface
du Soleil y forment une
especed'écume noire
, en forme
de boursoufflure, semblable
à celle qui fc forme sur
fIes huilesétherées quel'on enflâvné
en y versant des esprits
acides; c'est cette écume huileuse
terrestre qu'on appelle les
corps noirs des taches, & la
nebulosité qui les environne
ordinairement n'est autre
chose que la fumée qui se
formé des parties huileuses les.
plus aisées à volatiliser, laquelle
ne pouvant passer tout
au travers de l'écume huileuse,
s'échappe à l'entour en forme
d'atmosphere. La flamme
qui a élevé les fumées & les
écumes passant en petite quantitéautravers
de ces boursoufflures,
les laisse paroistrenoirâ
tres; au lieu qu'étant mêlées
avec les fulginositez enflammées,
le tout ensemble contracte
une couleur grisâtre,,
brune,laquelle doitcependant
paroistre plus claire au
milieu & à l'entour des corps
noirsqui est l'endroit où la
plus grande force du sujet de
laflammeest rassemblée. Enfin
l'atmosphere des taches n'étant
que les parties les plus,
volatiles que la flâmme demêle
d'avec les écumes, elles
ne doivent pas en estre séparées
;aulieu que le jetdes fiàlU"
mes qui apportent letout ensemble
à la surface du Soleil
3,; doit s'étendre tout à l'entour
en forme de couronne de fea
qu'on a nommée facule.,
Quelquefois les fuliginositez:
& les écumes font tellement
mêlées dans le Volcan, que la
flâmme leséleve confufémenc
sans les démêler; alors il paroist
des cor ps noirs seuls
au milieu des facules ; quelquefois
la flamme n'enleve du
Volcan que des parties huileu
ses, inflammables,&n'a pas
assez de force pour détacher
les souffres terrestres;alors on
voit
voit un nuage surnager une
facule, & en estre en même
temps environné; enfin le jet
de flamme sortquelquefois
tout pur du Volcan, sans rien
détacher; alors il paroist seulement
à la surface du Soleil
une flamme plus pure que le
reste du disque du Soleil,lequel
est toûjours couvert d'une
fumée ou fuliginosité claire,
excepté dans l'endroit des facules.
Ces éruptions de facules
se remarquent même à la vue
aidée de lunettes d'aproche;
car la surface du Soleil paroist
toute herissée & ondulante
comme une Mer orageuse, ou
si l'on veut comme une chaudiere
qui bout à gros boüillons,
& qui est couverte de fLlmées,
comme on le voit encore
cy-aprés.
il. Pour comprendre:
comment ces écumes peuvent:
flotter sur la surface du Soleil,
il faut concevoir son noyau
inondé d'une espece de souffres
fondu & enflammé, dont les
fumées composent l'atmosphere
que les Altronomes modernes
ont reconnu autouri
du Soleil, & dont l'agitation
& le bouillonnement pareil u
celuy de la flamme des corps
terrestres pousse la mayere é..)
theréequi l'environne en toute
circonference, selon des
lignes tirées de chaque point
de la surface du Soleil; &
afin que le noyau, & la matiereliquide
qui le couvre encore
ne fc consomme pas,il faut
penser que le Soleil reçoit continuellement
un nouvel aliment
par ses deux Pôles, à
peu prés comme M. Descartes
l'a dit dans ses Principes.
13. Il est aisé de juger delà
comme les facules peuvent
subsister sans taches, & enfuiteen
produire à mesure que
leur force augmente; & aussi
comme elles peuvent tantost
diviser les corps noirs, tantost
les unir, tantost les écarter
, & tantostles approcher,
& en un mot les mouvoir en
tout sens, selon qu'elles naiffent
au dessous ou proche en
plus grande quantité, & selon
l'endroit où leur force est la
plus grande comme aussi elles
peuvent les détruire peu à peu
en les divisant, ou atténuant,
ou absorbant entièrement.
C'est à peu prés la même
chose à l' égard des nebulositez,
Wquelles doivent paroistre
tout à coup, demême
que leurs corps noirs par l'é.
ruption de la matière étheré;
au lieu que ces nuages ne doivent
se dissiper que peu à peUy
sçrvoir à mesure qu'ils se mêlent
avec la matièrede l'at
mosphere du Soleil; il n'est
pas difficile encore de comprendre
comme les corps
Bâirs3 plus pefanrs que la matière
liquide du Soleil flottent
néanmoins à sa surface, supposéqu'ils
ne puissent se mêler
avec cette matière liquide;
commeil arrive aux corps qui
«
flottent à la surface de seau)
quoyque plus pesants, lorsqu'elle
sçauroit les moüiller
pourquoy l'on ne voit jamais
de taches sansfacules, puisque
ce font elles qui produifenc
les taches, & pourquoy les
taches & les facules tournent
toûjours de compagnie, & de
même vitesse que le Soleil, &
après avoir disparu
,
reparoissent
plusieurs fois au même
endroit; le Volcan qui les a
produites la premiere fois sub.
fîftant au moins pendant tout
ce temps, & ne produisant pas
non plus continuellement des
éruptions; de même quenos
Volcans ne jettent pas perpétuellement,
mais feulement
de temps en temps; sçavoir,
lors que la matiere embrasée
a la force devaincre les obstacles
qui la retiennent. On
voitencore comme il peut naître
des taches en differens endroits
du Soleil fort cfloignés
les uns dcsautres,comme nous
voyons ici bas des Volcans en
toutes fortes de diftanccs
,
comme par exemple celuy
dIflmdc nommé l'Hécla
l'Ethna J en Sicile, celuy des Ca.
naries,de l'Isle deFivego, de
Tava, de Ternate
,
de Bourbon,
de Guadeloupe,ceuxdttf
Chili, &c. On voit auai comme
un Volcan solaire continuant
devomir des facules, ô£
des marieres fuligineu ses.9 1es."
taches deviennent plus étcnduës,
& plus opaques, & coi>
tiennent un plus grand nombre
de corps noirs,& comme
ces nouvelles éruptions doivent
agiter différemment, ôc
les tâches, & les corps nous
quellescontiennent, même
ranger ces derniers tout au*
tour du jcc de flâme,& vers les
bords dela nebulosité. Maisil
lesmatières fuligineuses& ter- >
retires cessent de monter 9
quoy que les facules continuent
de s'élever, les râ hes
doivent à lafia être diflbpées,
être buës en partie par la matière
du Soleil, ou enhalées
dJn) l'air quil'environnerapeu
prés commeil arrive à l'écume
du bouillon Lù Ion cuit les
viande ,&cmomi'artiv^roic
à lanouvelle Santorin,&à la
nouvelle Açore, si les Volcans
qui les ont produites la
premiere fois, poussoient de
nouveau des flâmes au travers
les matieresquicomposent cet
deuxIsles, sans leur apporter,
de nouvelles matiercs terrest
res.
14. Ce Systême quej'explique
au jourd'huy est fort différent
de celuy pour lequel je
m'étois déclaré dans le second
Tome de mes recherches;premiere
édition, & dont je me
croyois même l'Inventeur , sçavoir [ que le Soleil foie
composé d'un noyau solide
couvert d'une matiere lumineufequi
par des flus & rcflus
(à peu prés comme l'Ocean)
découvre & cache successivement
les différentesparties de
ce noyau, ] & cela faute d'avoir
euoccasion de faire toutes
les comparaisonsde ce qui
paroit au Soleil au su jet de ses
taches & de ses facules, avec
ce que nous sçavons qui arrive
à nos Volcans terrestres. Au
reste l'opinion que le Soleil
foit un volcan, ou fournaise
enflamméeest prefquc généra
- lementreceuë desancicnsPhilofophes,
& des modernes.
L'Ecclesiastique dans le chap.
43.traiteleSoleilde feu, en
ditant [qu'il brûle la terre lors
qu'il arrive au milieuduCiel
& qu'il nest , pas possiblealors
d'ensoutenir l'ardeur, parce
qu'il est semblableà une fournaise
embrasée, bruslant les
montagnes de trois côtez &
aveuglant les yeux des hommes
par ses rayons enflammez]
Le Soleil est nomméen
HébreuChammét,k,c'en-à- dire
chiud. Aristote dit dansun en.
droit de la Physique, que les
Astres sont de nature defeu..
, Les anciens Rornains nommoient
le Solei'une fournaise
incxringuible de chaleur &de
vie. AnanJgorecroyoit que le
Soleil étoit un rocher enflammé
; Zénon le Citique, que
c'étoit un feu très pur;Demo-,
crite & Métrodore, une mat:
seardente; Anaximandreune
portion de feu; Xenophânes
un assemblage de feux formé
d'exhalaisons vaporeuses;Epicure
unepierre de Ponce enflammée;
Platon dans son Timée
un assemblage de feux qui
tourne sur luy même. Les Stoïciens
ungrand incendie; les
Atlantiens lecroyoientunfeu
sacré dans le Ciel;Pythagore
un feu au milieu du monde,
de même que toutes les étoiles
fixes ; les Egyptiens l'ont crû
de même un feu qui devoit un
jourembratcr le monde. Les
Peres de l'Eglise ont crû aussï
que leSoleilétoitunfeu;saint
Ambroise en parle ainsi dans
ses Hymnes;saint Cyrille de
Jerusalem dit que le Soleil est
un feu aumilieu d'un Ciel
d'eau. S. Gregoire de Nazianzea
penséde même, & Riccioli
cite 2.3.Peres del'Eglise,
qui sont de ce sentiment
, Aristarque croyoit que le Soleil
étoit un corps liquide, ce
quine s'éloigne pas de la pensee
deces premiers. JI
:, 1 5. Al'égard des modernes
le P. Kircher, Képler&Boüillant
appellent le Soleil une
boule de feu formée du plus
subtildelamatiere éthérée.
semblable aux fournaises des
fondeurs, ou même à de l'airain
fondu & boüillant,couvert
de fuliginositez noires.
Riccioli dit que les grandes
lunettes le font paroître comme
un Océan de feu inégal,
& agité couvert d'ondes& de
tour billons deflâmes. Taquet
dit qu'on voit par les lunettes
la surface du Soleil toute helissée,
deflots de feu.,couverted'ombres
& de facules, &
cela avec tant de variété,qu'el«
le n'est jamais un momentla
même, mais qu'elle change
continuellement de face; Galilée,
Kepler,Boülland, Scheiner,
& Blancan soutiennent
que les taches du Soleil ne sont
que des fuliginofirez, ou vapeurs
qui sortent de- lafournaise
du Soleil, dont quelques
unes prenant feu, brillent
comme des flâmes ardentes;
par où l'on voit qu'ils font du
Soleilun vray Volcancomme
nous. Riccioli ajoûte à cela,
que ces fumées &ces nües solaires
sontapparemment dune
matiere pluscompacte,que
celles
Celles d'icy bas&delanature,
du Soleil même. Hevélicus
croit que ces tâches sont des
fuméespouffées du noyau du
Soleil par la force de sachaleur,
& que les facules font des partics
plus clairesque le reste; il
a joûte à cela qu'il croit le Soleilun
corps liquide. Le P. Dechales
dit encore qu'une espece
de tremblement ou de
bouillonnement continuel
qu'on apperçoir dans , toute
l'étendue dudisquedu Soleil,
pareil ace qui s'observe, lors
qu'on regardeune fournaise
enflammée,convainct que le
Soleil est un véritable feu allumé.
Descartes dans ses principesd
: Philosophie fait le corps
du Soleil du feu le plus pur,&
ses tâches d'une écume eslevée
à sa surface, qui est rebüe enfuice
par la maticre liquide de
cet Astre; ce qui n'elf pas fort
esloigné de l'opinion d'un
Volcan; ses Sectateurs Régis,
Roault,& Gadrois le pensent
de même, ainsi que Mr
Baile, le Clerc,&c. L'Illustre
Neuton dit formellement
dans sa Dioptrique,que le Soleil
n'est autre chose qu'un
grand Volcan. Galilée entre
autres dit que les tâches du
Soleil sont faites de matieres
épaisses& obscures fort semblables
ànosvûës, qu'elles se
forment en peu de temps sur
la surfacedu Soleil,& sedissipent
ensuite d'elles mêmes;
que ce ne sont pas des corps
sphériques comme les Astres;
mais qu'elles sont au contraires
applaties & même assez
minces, par raport à leur étenduë.
Il les croit composées
d'un assemblage de corps opaques,
en ce que tantôt elles
s'assemblent plusieurs ensemble,
& tantôt fc séparent,ils
les compare à desfloccons de
neige, ou de laine, ce quia
beaucoup de rapport à nos
nües ; il les compare aussi aux
boursoufflures qui fc forment
lors qu'on verse quelque huile
de lacire, ou du bithume
sur un fer ardent. EnfinTaquet,
dit que les Atmosphéres
qu'on voit dans les tâches
font des parties duSoleil couver
tes de fumées ou de nuages,
& que tout le reste de la face
du Soleil en est infecté comme
un linge très blanc, qu'on
auroit couvert d'une toile d'araignée
,
excepté les endroits
où paroissent les faculcs; ou
commeun miroir trèspoli,sur
lequelon a mis la main, ou
soufflé avec la bouche. Il ajoû.,
te qu'il y a des facules crcs
blanches, de blaffardes, &
d'autres encore moinsclaires;
mais qu'elles font toûjours
plus claires que lesnebulositez,.
ou que les tâches, qu'il dit
être noires. Voila donc nôtre
sentiment sur le Soleil & ses
tâches confirmé par l'autorité
des plus grands Astronomes&
Philosaphes tant anciens ouc
modernes, tant sacrez, que
profanes, que la plupart ont
observé avec toute ladiligence,&
la ca pacitépossible, ce
qui joint à la conformité qu'il
a avec les experiences les plus
exactes, & avec les principes
physiques doitle mettre entierement
hors de doute.
AVIS SUR LA FIGURE.
Les LettrésA. marquent les
Facules.
Les Lettres B.les Corps noirs.
Les Lettres C. les Nuages.
Les Lettres D. le reste de III
surface du Soleil.
plus maintenant le
deffaut qu'ils m'ont reproché;&&
ils ne se plaindront pas
davantage de ne pas trouver
dans mon Livre des matières
sçavantes. J'en ai de quoi exercer
doresnavant leur fciencc
& leur curiosité. Ils pourront
juger de mon attention à
les satisfaire par l'ouvrage de
phisique, dont je leur fais present
dans le Journal de ce
Mois:Je pense, que, si ce n'avoit
été à leur consideration,
jeneme serois peut-estre jamais
avisé d'introduire dans le
Mercure
Mercure Galant des Memoires
de cette espece, outre qu'ils
font trop élevez pour moy,
je lescroy peu propres àamufer
les Dames, & le reste des
gens du monde. Cependant
comme il est juste que-chacun
trouve son compte dans mon
Livre,l'accëuil qu'ils feront
à cette piece me déterminera à
continuer àleur en donner de
sçavantes, ou à cesser de
le faire. Je fuivray toûjours
en cela leur goût qui est plus
capable de décider que lemico.
Ils auront donc pour ce mois.
cy,enattendant qu'il leur
plaire s'expliquer ou m'aider
sur cet article, la moitié de
j'explication des Taches &
Facules du Soleil; & lemois
prochain l'autre.
EXPLICATION
des Taches & Facules
inSoleil.
Ce qu'on appelle une Tache
du Soleil, cO: ordinairementcomposé
de deux parties
générales, sçavoir de quelques
corps noirs de figure irrcgu,
lièrement arrondie, & d'une
(fpeee de nuage.obscur qui
tes environne de tous coftez**
Les Facules font unepart^
quelconque du disque du Soleil
qui paroît plus éclairée que
le reste de sa surface,& qui
pour l'ordinaire environne
chaque tache en forme de 1
couronne d'une largeur médiocre.
Les taches avec leurs
facules font commeattachées
à certains endroits fixez du
corps du Soleil. Ce que l'on
connoît,en ce qu'elles y reparoissent
après plusieursrévo-
~lutisdecet astreautour de
luy 111me) long temps après
avoirété''drflîpécs.Ellesdé(
crivent toutes des paralelles
à lequateur du Soleil,àdifférentes
distances de cet équateur,
ce qui ne va gueres a
plusde13. devrez vers l'un ou
l'autre de ses Pôles; &même
depuis environ une trentaine
d'années qu'on les observe
avec toute l'exactitude poffible,
on n'en trouve plus que
du côtéduPôle méridional de
cet afire, comme il en marqué
dans les Mémoires de l'Acadcmie
desScunces, au fujec
de la tache du mois de Mars
1704.
2.. Ily a grande apparence
que ce font ces facules qui pro-i.
duisent les taches; puisqu'on
a vu des facules paroitre sans
taches pendant plusieurs jours,
& cnfuitc des taches naître au
milieu de ces facules, comme
on le trouve dans les Mémoires
cy-dessus : à l'égard
de cellesdel'onzième Juin
1684.&du2.4.Février 1704.
où il est dit entr'aurrcs chofcs
touchant cette dernicrej que
Ton vit le premier jour grand
nombre de facules dans unen.-
droit du bord du Soleil, ou
l'on s'attendoit de voir une
tache reparoître, que le iondemain
le nombre &. la grandeur
des faculesaiugmentèrent en mêAme [èrns qu'elles cheminoienc
vers le milieu du Soleil,
sans qu'il y parûc encore aucune
tache; que le troisïéme
jour les facules s'éroienr encore
avancées davantage vers
le milieu du Soleil; qu'on
voyoit alors 6. petites taches
nouvellement néesaumilieu
de ces facules, & que le quatrième
& les jburs suivans les.
facules & les taches continuèrent
d'avancer enfclnble
sur le dlrque duSoleil; mais
on ne voit point de tache fansfacules.
3. Il n'cit pasmoins vrayfcmblable
que ce font les mêmes
facules qui décruifent les
taches; puisque les facules.
augmentent àl'entour des taches,
à mesure que celles-ci se
diflîpent-, & que les facules
fubfillent encore en la place
des taches, pendant même
quelques jours, après la dcftcuétlon
de ces derniercs,
comme il est rapporté expressement
touchant la tache
du 2. 7 Janvier1704. dans les
Mémoirescitez,& au fujec
de plusieurs autres de l'année
1678.&decelles du fixiéme&
du22. May 1701. If
cit die en particulier de cellescy,
qu'elles étoient environnées
de facules, & qu'elles ont
disparu au milieu du Soleil en
s'éclaircissant peu à - peu sans
avoirchangé ny de grandeur,
ny de figure; ce qui fait noiftre cou- manifeftemenc que
ces taches ont à la fin degenerezen
facules A l'égarddecellesdel'année
1678.ilefi:rap- ,-l porté dansles mêmes Mémoires
quelles finirent en
laissant feulemenr plufi urs
points noirs environnez de
faculcsilelquelles avoient pris
la
la place du nuage; d'où l'on,
peut conclure que les facules
dissipent la nebulosité qui environne
les corps noirsy
avant de pouvoir détruire
ces mêAmes corps, & que par
consequent cettenebuloûcé
cit moins solide que les corps
noirs, Aussi voit-on quelquefois
des corps noirs subsister
long temps sans atmofphérc,
ou nuige
4. Les taches & facules
croissnt & se multiplient en
peu de temps, mais elles fc
détruisent insensiblement.
Celles du mois de Décembre
1700. parurent tout a coups
melles du 2. de Juillet 1703.
n'étoient d'abord que 3. en
nombre,& fort foiblcs,
quoyquaffez étenduës;une
d'elles contenoit 4. corps
noirs, & une autre feulement
2. au-dedans d'un nuage
obscur;mais l'iic. du même
mois ces 3. taches étant devenuës
très- fcnfïbles, l'une renfermoit
alors treize corps
noirs
, une autre sept, & la
troisiémefeulement deux;
outre treize autres petits qui
cftoient répandus çà & là,
entre ces trois grandes taches
sans aucun nuage à l'entour.
Quand ces tachescommencèrent
à difparoiûre
7
il
n'yen avoie plus que deux
qui fubfiftoienc, dont une
renfermoit feulementi.corps
noirs au- dedans d'unnuage,
& l'autre n'en contenoit plus
que 3. environnez de facules;
ainsiratmofphére de cette derniere
avoit esté entiercment
dissîpéc,avant ses corps noirs.
Il eH dit encore touchant les
taches du6. Juin 1703.que
l'amas des petites taches qui
accompagnoientla plus grossè
étoit presque dissipé; quoyquecette
plu grosseiubfiftâc
encore,ce qui saicvoirqu 'clle
se dissîpa fùcctffivement.
Voyez toujours les Memoirescitez.
5. A l'égard de l'arrangement
des corps noirs dans la nebulosité
des taches, il n'eltpis
toûjours confus;mais(ouvent
quand il y a un grand
nombre de ces corps noirs,
(comme dans celles de l11.
Juillet 1703.mêmes Mémoires)
dont une feule en contenoit
treize corps noirs
sont rangez vers le bord du
nuage en forme de cercle ou
d'ovale
, qui est la figure la
plus ordinaire des taches lor f.
qu'elles partent sur le milieu du
Soleil , comme dans celle du
zi. May 1702. Il paroist encore
par toutes les figures des
taches qui ont esté inférées
dans les Livres de l'Académie
des Sciences, que l'ptmofpherc.
d'une tache est toujours
un peu plus claiie dans
son milieu que dans ses
bords, quoy qu'il n'y foie
fait aucune mention de cette
propriété1 , ; ce qui porte à
croire que le milieu d'une
tache n'cH jamais exempt de
facules. Cependant ces arrangemens
des corps noirs dans
chaque tache; de même que
leur nombre, leur figure, leur
grandeur, & leur distance ne
font pas constantes, non plus
que ceux de plusieurs taches
voisines qui composent un
amas de taches, qu'on appelle
une tache totale:il cft dit
(par exemple) de celles du 6.
Juin 1703. mêmes Mémoires,
qu'une partie des petites taches
qui accompagnoient la plus
grosse s'étantdissipée sur le
milieu du Soleil, le restes'étoit
fort approché de cette
plus grosse; & encore au fujet
de celle du 19Janvier 1704.
qu'il ya un changement continuel
dans la figure des taches
& dans leurs distances,&arrangemens.
On ajoute touchant
celle du 2. Juillet1703. que
la moyenne des trois grandes
taches qui se voyoient alors,
s'étoit approchée de l'une des
2. autres, &éloignée de l'autre,
au milieu même duSoleil;
que le lendemain cette
moyenne avoit disparu tout à
fait; & que le nombre & l'arrangement
des corps noirs des
i. taches restantes,avoit conolîJera
blementchangé en trois;
jours de temps : on dit de même
des taches de 1678. qui,
fcrmoient la figure d'un trapése;
qu'une d'elles ayant disparures
3 autress'arrangerent
fous la for;iie d'un triangle
équilareral; quatre jours aprés
2. s'approcherent davantage
entr'elles, & la 3
e. au contraire
s'éloigna en suite des
deux plus qu'auparavant. On
ajoûte que la tache du 17eL.
Janvier, 1704. estoitcomposée
de 2. corps noirs joints ensemble
par une de leurs extremitez,
& enfermez dans une
même nebulosite; que le i8.,
suivant ces 2. corps noirs s'étoient
séparez l un de l'autre;
que le 29. il y en avoit trois
presque égaux; que le 31. ces
trois corps s'etoient considerablement
écartezl'un de itau..
tre, quoyque toujours enfermez
dans un même nuage,
& que le ItFévrier ilsl'étoicnt
encoredavantage ayant chacun
alors sonatmosphére particulier
Enfin il ca rapporté
au su jet des taches du 5. May
1684. que les parties des taches
qui changent de figure
ont outre leur mouvement
jegié & général à l'entour
du Soleil un mouvement irrégulier,
presque comme des
nuées pouffées au hazard par
les vents.
6. Quant à la grandeur de:
tout un amas de caches qui
paroissent enmême temps, Se
qu'on a nommé cy-dessus une
tache totale, le plusconsiderable
qui ait paru depuis 30. années
n'occupoit au plus qu'une
12e. partie de la largeur du
disque du Soleil; mais on a
vû des taches beaucoup plus
éloignées entr'elles, que de
cette valeur: comme (par
exemple) celles qui parurent,
à la fois le 5?, Janvier 1704,
estoient distantes entr'elles de
tout le diamctre du Soleil:
celles des mois de Mars & de
May de la même année Ce
font formezde même en 2.endroits
du Soleil presque opposez.
Il est dit expressémentde.
celles du mois de May 1702,
qu'e lles étoient trop éloignées
l'une de l'autre, pour ne
faire qu'unmême corps, aussï
croientelles presque diametralement
opposées
7. A l'égard du lieu propre
destaches, & facules, il y a
toutes les apparences qu'ellesfont
situées sur lecorps même
du Soleil, & non pas à quelque
distance de cet astre corn-,
me Mercure & les autres Pla-:'
nettes; puisqu'il eH. dit dans
les Mémoires citez, de celledu6.
Jlin 1703.qu'en passant
surle bord du Soleil, elle y faisoit
une especed'échancrure
ou d'enfoncement; ce qui
pourroit faire croire, que la
partie du Soleil qui est roue
autour d'une tache & qu'on
appelle facules, est ordinairement
un peu plusélevéeàl'égard
du reste de son disque.
que n'cil la tache, & que c'est
ce qui fait paroître la tache
plus basse; on trouvera encore
d'autres preuve de cet
article dans les suivantes.
Enfin quant autemps de la
révolution apparente des taches
& faculcs du Soleil,ayant
pris un milieu entre toutes
celles qui sontrapportées dans
les Mémoires cit au nombre
de 17. je trouve que ce temps
est de 17. jours 12. heures 49.
minutes qui ne differe du
moyen apparent établi par le
plus célébre des A gronomes
modernes, .( qui les a obferveés
pendant prés de 60. années)
que de 28. minutes,
ce qui est tres-peu de chose
pour un mouvementsujet à
des irregularitez;mais comme
cette période est dépendante
de celle de la Terre autour du
Soleil, dans lesistême des Pythagoriciens;
on en conclud
que le temps de la révolution
actuelle &absoluë des mêmes
taches autour du Soleil ou du
Soleil mèmc, tel qu'il paroîtroit
vû des Etoiles fixes, n'est
que de 25. jours 16. heures
55.minutes; au lieu de j.
jours 5. heures quece sçavant
Astronomecité, a tiré d'une
révolution apparente de 27.
jours de la tache du 2,0. May
1680. -
9. Il faut remarquerencore
qu'on ne voit pas des taches
sur le Soleil en tour temps,
ny toûjours en égalequantité.
Il n'en a paru (par exemple)
aucune depuis 1680. jusques
en 1685. ny depuis1695.
jusques 1700. ny encore depuis
1705.jusquesen1710 On
trouvera encore quelques autres
proprietez des taches dont
il n'est point parlé icy dans
les articles15. & suivans.
Io. Pour venir maintenantà
chercherla nature des taches&
des facules, je considere que
pU-ifgu'clles font
-
attachées
ou a&âees à des endroits
fixesdu corps du Soleil,& que
lesfacules paroissent en differents
lieux du Soleil, & subsîssent
feules indépendemment
des taches;que les taches naissent
au milieu d'elles; que les
faculesaugmentent àmesure
que les taches sont détruites,
au même lieu où paroissoient
les taches; il faut comme on
l'a conjecturé à l'article i.
que ce soient les facules qui
produisent
produisent les taches tout à
coup, & qui les détruisent
ensuite peu à peu en les attenuant
jusques à les faire disparoistre,
sans changer considerablement
ny leur figure,
ny leur grandeur, ou qui les
divisent quelquefois en d'autres
taches, & les écartent,
ou les approchent les unes des
autres, qui retardent ou accelerent,
ou détournent, leur
mouvement naturel ,&changent
leurs latitudes, selon
que ces facules s'augmentent
entre les taches ou aumilieu
d'unemême tac he; mais qu.o:
sont-ce que ces facules & ces
taches, énommentles facules;.
agissent-elles pOl produire
des taches sur Iî surface du
Soleil, où nous venons de
Voir que ces raches font suspendues,
comme les Islesflottantes
de Saint Omer le font
sur l'eau de la Mer? par
quelle verru ces mêmefaculesmeuvent
elles, & changentelles
les taches en tant de differentes
manières. Enfin quel
pouvoir, quelleforceontelles
pour les détruire? je ne fau..
rois mieux faire pour répondre
à toutes ces questions, que
de considerer les taches du Soleil
comme la nouvelle Isle de
S. Ermi, ou de Santorini, qui
a esté produite en l'année
1706. par un Volcan caché
fous les eaux, dans l'Archipel
de la Medirerrannée
,
proche
l'ancienne Isle de S. Ermi, ou
de Sanrorini ; ou comme cette
autre Isle pareille à cellecy ,
qu'un Volcan forma de même
dans le voisinage des Açores
en l'année15 30. Je regarde
donc des facules qui
produisent les taches,& qui les
détruisent ensuite comme des
flâmmes que ces deux Volcans
ont pousseenl'air pendant plu,
sieurs mois, au moins le premier
; lesquelles flammes ont
apporté avec elles à la surface
de l'eau quantité de pierres de
Ponce & de cendres, dont ces
deux Isles font la pluspart
composées.
11. C'est pourquoy je ne
feins point de supposer audessous
de la matiérelumi.
neufe du Soleil, & autour de
son axe, un corps solide ou
noyau, dans lequel se forment
tous les Volcans qui produissent
les flammes ou facules
que l'on voit à sa surface, ôc
cela par les éruptions de leK
matière étheréequiremplie
le centre de ce noyau. Ainsiles
facules ne font autre chose
que cette matière étherée Jne
me qui fort avec impetuosité
de chaque Volcan, & qui entraîneavecelle
quantité de matiéres
grattes.volatiles, fuligimineuses,
&: d'huiles terrestres
ou de bitumes dont ce noyau
est rempli. Ces huiles terrestres
estant arrivées à la surface
du Soleil y forment une
especed'écume noire
, en forme
de boursoufflure, semblable
à celle qui fc forme sur
fIes huilesétherées quel'on enflâvné
en y versant des esprits
acides; c'est cette écume huileuse
terrestre qu'on appelle les
corps noirs des taches, & la
nebulosité qui les environne
ordinairement n'est autre
chose que la fumée qui se
formé des parties huileuses les.
plus aisées à volatiliser, laquelle
ne pouvant passer tout
au travers de l'écume huileuse,
s'échappe à l'entour en forme
d'atmosphere. La flamme
qui a élevé les fumées & les
écumes passant en petite quantitéautravers
de ces boursoufflures,
les laisse paroistrenoirâ
tres; au lieu qu'étant mêlées
avec les fulginositez enflammées,
le tout ensemble contracte
une couleur grisâtre,,
brune,laquelle doitcependant
paroistre plus claire au
milieu & à l'entour des corps
noirsqui est l'endroit où la
plus grande force du sujet de
laflammeest rassemblée. Enfin
l'atmosphere des taches n'étant
que les parties les plus,
volatiles que la flâmme demêle
d'avec les écumes, elles
ne doivent pas en estre séparées
;aulieu que le jetdes fiàlU"
mes qui apportent letout ensemble
à la surface du Soleil
3,; doit s'étendre tout à l'entour
en forme de couronne de fea
qu'on a nommée facule.,
Quelquefois les fuliginositez:
& les écumes font tellement
mêlées dans le Volcan, que la
flâmme leséleve confufémenc
sans les démêler; alors il paroist
des cor ps noirs seuls
au milieu des facules ; quelquefois
la flamme n'enleve du
Volcan que des parties huileu
ses, inflammables,&n'a pas
assez de force pour détacher
les souffres terrestres;alors on
voit
voit un nuage surnager une
facule, & en estre en même
temps environné; enfin le jet
de flamme sortquelquefois
tout pur du Volcan, sans rien
détacher; alors il paroist seulement
à la surface du Soleil
une flamme plus pure que le
reste du disque du Soleil,lequel
est toûjours couvert d'une
fumée ou fuliginosité claire,
excepté dans l'endroit des facules.
Ces éruptions de facules
se remarquent même à la vue
aidée de lunettes d'aproche;
car la surface du Soleil paroist
toute herissée & ondulante
comme une Mer orageuse, ou
si l'on veut comme une chaudiere
qui bout à gros boüillons,
& qui est couverte de fLlmées,
comme on le voit encore
cy-aprés.
il. Pour comprendre:
comment ces écumes peuvent:
flotter sur la surface du Soleil,
il faut concevoir son noyau
inondé d'une espece de souffres
fondu & enflammé, dont les
fumées composent l'atmosphere
que les Altronomes modernes
ont reconnu autouri
du Soleil, & dont l'agitation
& le bouillonnement pareil u
celuy de la flamme des corps
terrestres pousse la mayere é..)
theréequi l'environne en toute
circonference, selon des
lignes tirées de chaque point
de la surface du Soleil; &
afin que le noyau, & la matiereliquide
qui le couvre encore
ne fc consomme pas,il faut
penser que le Soleil reçoit continuellement
un nouvel aliment
par ses deux Pôles, à
peu prés comme M. Descartes
l'a dit dans ses Principes.
13. Il est aisé de juger delà
comme les facules peuvent
subsister sans taches, & enfuiteen
produire à mesure que
leur force augmente; & aussi
comme elles peuvent tantost
diviser les corps noirs, tantost
les unir, tantost les écarter
, & tantostles approcher,
& en un mot les mouvoir en
tout sens, selon qu'elles naiffent
au dessous ou proche en
plus grande quantité, & selon
l'endroit où leur force est la
plus grande comme aussi elles
peuvent les détruire peu à peu
en les divisant, ou atténuant,
ou absorbant entièrement.
C'est à peu prés la même
chose à l' égard des nebulositez,
Wquelles doivent paroistre
tout à coup, demême
que leurs corps noirs par l'é.
ruption de la matière étheré;
au lieu que ces nuages ne doivent
se dissiper que peu à peUy
sçrvoir à mesure qu'ils se mêlent
avec la matièrede l'at
mosphere du Soleil; il n'est
pas difficile encore de comprendre
comme les corps
Bâirs3 plus pefanrs que la matière
liquide du Soleil flottent
néanmoins à sa surface, supposéqu'ils
ne puissent se mêler
avec cette matière liquide;
commeil arrive aux corps qui
«
flottent à la surface de seau)
quoyque plus pesants, lorsqu'elle
sçauroit les moüiller
pourquoy l'on ne voit jamais
de taches sansfacules, puisque
ce font elles qui produifenc
les taches, & pourquoy les
taches & les facules tournent
toûjours de compagnie, & de
même vitesse que le Soleil, &
après avoir disparu
,
reparoissent
plusieurs fois au même
endroit; le Volcan qui les a
produites la premiere fois sub.
fîftant au moins pendant tout
ce temps, & ne produisant pas
non plus continuellement des
éruptions; de même quenos
Volcans ne jettent pas perpétuellement,
mais feulement
de temps en temps; sçavoir,
lors que la matiere embrasée
a la force devaincre les obstacles
qui la retiennent. On
voitencore comme il peut naître
des taches en differens endroits
du Soleil fort cfloignés
les uns dcsautres,comme nous
voyons ici bas des Volcans en
toutes fortes de diftanccs
,
comme par exemple celuy
dIflmdc nommé l'Hécla
l'Ethna J en Sicile, celuy des Ca.
naries,de l'Isle deFivego, de
Tava, de Ternate
,
de Bourbon,
de Guadeloupe,ceuxdttf
Chili, &c. On voit auai comme
un Volcan solaire continuant
devomir des facules, ô£
des marieres fuligineu ses.9 1es."
taches deviennent plus étcnduës,
& plus opaques, & coi>
tiennent un plus grand nombre
de corps noirs,& comme
ces nouvelles éruptions doivent
agiter différemment, ôc
les tâches, & les corps nous
quellescontiennent, même
ranger ces derniers tout au*
tour du jcc de flâme,& vers les
bords dela nebulosité. Maisil
lesmatières fuligineuses& ter- >
retires cessent de monter 9
quoy que les facules continuent
de s'élever, les râ hes
doivent à lafia être diflbpées,
être buës en partie par la matière
du Soleil, ou enhalées
dJn) l'air quil'environnerapeu
prés commeil arrive à l'écume
du bouillon Lù Ion cuit les
viande ,&cmomi'artiv^roic
à lanouvelle Santorin,&à la
nouvelle Açore, si les Volcans
qui les ont produites la
premiere fois, poussoient de
nouveau des flâmes au travers
les matieresquicomposent cet
deuxIsles, sans leur apporter,
de nouvelles matiercs terrest
res.
14. Ce Systême quej'explique
au jourd'huy est fort différent
de celuy pour lequel je
m'étois déclaré dans le second
Tome de mes recherches;premiere
édition, & dont je me
croyois même l'Inventeur , sçavoir [ que le Soleil foie
composé d'un noyau solide
couvert d'une matiere lumineufequi
par des flus & rcflus
(à peu prés comme l'Ocean)
découvre & cache successivement
les différentesparties de
ce noyau, ] & cela faute d'avoir
euoccasion de faire toutes
les comparaisonsde ce qui
paroit au Soleil au su jet de ses
taches & de ses facules, avec
ce que nous sçavons qui arrive
à nos Volcans terrestres. Au
reste l'opinion que le Soleil
foit un volcan, ou fournaise
enflamméeest prefquc généra
- lementreceuë desancicnsPhilofophes,
& des modernes.
L'Ecclesiastique dans le chap.
43.traiteleSoleilde feu, en
ditant [qu'il brûle la terre lors
qu'il arrive au milieuduCiel
& qu'il nest , pas possiblealors
d'ensoutenir l'ardeur, parce
qu'il est semblableà une fournaise
embrasée, bruslant les
montagnes de trois côtez &
aveuglant les yeux des hommes
par ses rayons enflammez]
Le Soleil est nomméen
HébreuChammét,k,c'en-à- dire
chiud. Aristote dit dansun en.
droit de la Physique, que les
Astres sont de nature defeu..
, Les anciens Rornains nommoient
le Solei'une fournaise
incxringuible de chaleur &de
vie. AnanJgorecroyoit que le
Soleil étoit un rocher enflammé
; Zénon le Citique, que
c'étoit un feu très pur;Demo-,
crite & Métrodore, une mat:
seardente; Anaximandreune
portion de feu; Xenophânes
un assemblage de feux formé
d'exhalaisons vaporeuses;Epicure
unepierre de Ponce enflammée;
Platon dans son Timée
un assemblage de feux qui
tourne sur luy même. Les Stoïciens
ungrand incendie; les
Atlantiens lecroyoientunfeu
sacré dans le Ciel;Pythagore
un feu au milieu du monde,
de même que toutes les étoiles
fixes ; les Egyptiens l'ont crû
de même un feu qui devoit un
jourembratcr le monde. Les
Peres de l'Eglise ont crû aussï
que leSoleilétoitunfeu;saint
Ambroise en parle ainsi dans
ses Hymnes;saint Cyrille de
Jerusalem dit que le Soleil est
un feu aumilieu d'un Ciel
d'eau. S. Gregoire de Nazianzea
penséde même, & Riccioli
cite 2.3.Peres del'Eglise,
qui sont de ce sentiment
, Aristarque croyoit que le Soleil
étoit un corps liquide, ce
quine s'éloigne pas de la pensee
deces premiers. JI
:, 1 5. Al'égard des modernes
le P. Kircher, Képler&Boüillant
appellent le Soleil une
boule de feu formée du plus
subtildelamatiere éthérée.
semblable aux fournaises des
fondeurs, ou même à de l'airain
fondu & boüillant,couvert
de fuliginositez noires.
Riccioli dit que les grandes
lunettes le font paroître comme
un Océan de feu inégal,
& agité couvert d'ondes& de
tour billons deflâmes. Taquet
dit qu'on voit par les lunettes
la surface du Soleil toute helissée,
deflots de feu.,couverted'ombres
& de facules, &
cela avec tant de variété,qu'el«
le n'est jamais un momentla
même, mais qu'elle change
continuellement de face; Galilée,
Kepler,Boülland, Scheiner,
& Blancan soutiennent
que les taches du Soleil ne sont
que des fuliginofirez, ou vapeurs
qui sortent de- lafournaise
du Soleil, dont quelques
unes prenant feu, brillent
comme des flâmes ardentes;
par où l'on voit qu'ils font du
Soleilun vray Volcancomme
nous. Riccioli ajoûte à cela,
que ces fumées &ces nües solaires
sontapparemment dune
matiere pluscompacte,que
celles
Celles d'icy bas&delanature,
du Soleil même. Hevélicus
croit que ces tâches sont des
fuméespouffées du noyau du
Soleil par la force de sachaleur,
& que les facules font des partics
plus clairesque le reste; il
a joûte à cela qu'il croit le Soleilun
corps liquide. Le P. Dechales
dit encore qu'une espece
de tremblement ou de
bouillonnement continuel
qu'on apperçoir dans , toute
l'étendue dudisquedu Soleil,
pareil ace qui s'observe, lors
qu'on regardeune fournaise
enflammée,convainct que le
Soleil est un véritable feu allumé.
Descartes dans ses principesd
: Philosophie fait le corps
du Soleil du feu le plus pur,&
ses tâches d'une écume eslevée
à sa surface, qui est rebüe enfuice
par la maticre liquide de
cet Astre; ce qui n'elf pas fort
esloigné de l'opinion d'un
Volcan; ses Sectateurs Régis,
Roault,& Gadrois le pensent
de même, ainsi que Mr
Baile, le Clerc,&c. L'Illustre
Neuton dit formellement
dans sa Dioptrique,que le Soleil
n'est autre chose qu'un
grand Volcan. Galilée entre
autres dit que les tâches du
Soleil sont faites de matieres
épaisses& obscures fort semblables
ànosvûës, qu'elles se
forment en peu de temps sur
la surfacedu Soleil,& sedissipent
ensuite d'elles mêmes;
que ce ne sont pas des corps
sphériques comme les Astres;
mais qu'elles sont au contraires
applaties & même assez
minces, par raport à leur étenduë.
Il les croit composées
d'un assemblage de corps opaques,
en ce que tantôt elles
s'assemblent plusieurs ensemble,
& tantôt fc séparent,ils
les compare à desfloccons de
neige, ou de laine, ce quia
beaucoup de rapport à nos
nües ; il les compare aussi aux
boursoufflures qui fc forment
lors qu'on verse quelque huile
de lacire, ou du bithume
sur un fer ardent. EnfinTaquet,
dit que les Atmosphéres
qu'on voit dans les tâches
font des parties duSoleil couver
tes de fumées ou de nuages,
& que tout le reste de la face
du Soleil en est infecté comme
un linge très blanc, qu'on
auroit couvert d'une toile d'araignée
,
excepté les endroits
où paroissent les faculcs; ou
commeun miroir trèspoli,sur
lequelon a mis la main, ou
soufflé avec la bouche. Il ajoû.,
te qu'il y a des facules crcs
blanches, de blaffardes, &
d'autres encore moinsclaires;
mais qu'elles font toûjours
plus claires que lesnebulositez,.
ou que les tâches, qu'il dit
être noires. Voila donc nôtre
sentiment sur le Soleil & ses
tâches confirmé par l'autorité
des plus grands Astronomes&
Philosaphes tant anciens ouc
modernes, tant sacrez, que
profanes, que la plupart ont
observé avec toute ladiligence,&
la ca pacitépossible, ce
qui joint à la conformité qu'il
a avec les experiences les plus
exactes, & avec les principes
physiques doitle mettre entierement
hors de doute.
AVIS SUR LA FIGURE.
Les LettrésA. marquent les
Facules.
Les Lettres B.les Corps noirs.
Les Lettres C. les Nuages.
Les Lettres D. le reste de III
surface du Soleil.
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Résumé : EXPLICATION des Taches & Facules du Soleil.
Le texte aborde les taches et facules solaires, des phénomènes observés à la surface du Soleil. Les taches solaires sont des zones sombres composées de corps noirs irréguliers entourés d'un nuage obscur, tandis que les facules sont des zones plus éclairées souvent associées aux taches. Ces phénomènes sont fixes et réapparaissent après plusieurs rotations solaires. Entre 1680 et 1710, des variations significatives dans la visibilité et la quantité des taches ont été notées, avec des périodes sans observation entre 1680-1685 et 1695-1700. Les taches solaires varient en apparence, forme et position, et peuvent se déplacer ou former des amas appelés taches totales. Leur temps de révolution apparent est d'environ 17 jours, 12 heures et 49 minutes, correspondant à une révolution absolue de 25 jours, 16 heures et 55 minutes en tenant compte du mouvement de la Terre. L'auteur compare les taches solaires à des îles flottantes créées par des volcans sous-marins, suggérant que sous la surface lumineuse du Soleil se trouvent des volcans produisant des flammes ou facules. Ces facules sont constituées de matière éthérée et de substances volatiles formant des écumes noires à la surface du Soleil. L'atmosphère des taches est composée de fumées volatiles qui s'échappent autour des écumes, apparaissant comme des couronnes de feu entourant les taches. Les facules peuvent subsister sans taches et les produire à mesure que leur force augmente, influençant leur mouvement et leur apparence. Le texte explore diverses théories sur la nature du Soleil et de ses taches, formulées par des astronomes et philosophes à travers l'histoire. Les anciens, comme Grégoire de Nazianze et Riccioli, voyaient le Soleil comme un corps liquide. Les modernes, tels que le Père Kircher, Kepler et Bouïllant, le décrivaient comme une boule de feu composée de matière éthérée. Riccioli observait le Soleil comme un océan de feu inégal et agité, couvert d'ondes et de tourbillons de flammes. Taquet notait que la surface solaire était hérissée de flots de feu, couverte d'ombres et de facules, changeant constamment d'apparence. Galilée, Kepler, Bouïlland, Scheiner et Blancan estimaient que les taches solaires étaient des fuliginosités ou vapeurs sortant de la fournaise solaire. Descartes, ses disciples et Newton comparaient le Soleil à un volcan.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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223
p. 341-342
ENIGME.
Début :
En voicy d'autres, dont la premiere est de la façon du / J'occupe le sommet d'une belle Machine, [...]
Mots clefs :
Cerveau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
En voicy d'autres, dont la
première est de la façon du
jeuneAnonyme, qui feroit fort
joliment des Vers,s'il vouloit
se donner la peine de les rendre
plus corrects. En attendant
cjuil veüille s'y resoudre
voyons son Enigme.
ENIGME.
J'occupe le sommet d'une bille
Machine
Donton nepeut aJlèz admirer 1er
ressorts.
Jesuis lasource & l'origine
De ce qui fait sa force, &fait
mouvoirson corps.
Mon naturel estphlegmatique,
Cependant ma sagesse est fort
problematique,
Aussiptourjouirsjs'haobitenune,forte
ote pourpeu que l'onme délivre3
Je ne fuis que tenebre, & que
confusion
,
Quoyquejefoissouvent plussçavant
qu'un bon Livre.
première est de la façon du
jeuneAnonyme, qui feroit fort
joliment des Vers,s'il vouloit
se donner la peine de les rendre
plus corrects. En attendant
cjuil veüille s'y resoudre
voyons son Enigme.
ENIGME.
J'occupe le sommet d'une bille
Machine
Donton nepeut aJlèz admirer 1er
ressorts.
Jesuis lasource & l'origine
De ce qui fait sa force, &fait
mouvoirson corps.
Mon naturel estphlegmatique,
Cependant ma sagesse est fort
problematique,
Aussiptourjouirsjs'haobitenune,forte
ote pourpeu que l'onme délivre3
Je ne fuis que tenebre, & que
confusion
,
Quoyquejefoissouvent plussçavant
qu'un bon Livre.
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224
p. 342-344
SONNET.
Début :
Celle-cy est de main de Maistre. / Qui ne me cherche pas me rencontre souvent. [...]
Mots clefs :
Arête
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONNET.
Maistre,
SONNET.
Qui ne me
cherche pas me rencontre
souvent.
Qui -l me veut éviter me
cherche
avec adnffiJ
Etje ne sçais comment je passi
pour trai(YfF
Faijan! pyofrIJion defrapper par
devant.
J) tendtpour m'tuxsurprendre3unappasdavutit.
0imded:ccoiivnroitsans un peu Farcise.
Mes COUPSfontdangereux, &
p
jamais je ne bùOè
Quîune cruelle mort n'arrive auparavant.
Quandle malheur m'y fouf:,
on grimace, on tempeste,
Leêliur vous trouvez quecçct
vous tlrreftJ
Je vous <*y dit mon nom ,
cherchezledans
ces Vers.
SONNET.
Qui ne me
cherche pas me rencontre
souvent.
Qui -l me veut éviter me
cherche
avec adnffiJ
Etje ne sçais comment je passi
pour trai(YfF
Faijan! pyofrIJion defrapper par
devant.
J) tendtpour m'tuxsurprendre3unappasdavutit.
0imded:ccoiivnroitsans un peu Farcise.
Mes COUPSfontdangereux, &
p
jamais je ne bùOè
Quîune cruelle mort n'arrive auparavant.
Quandle malheur m'y fouf:,
on grimace, on tempeste,
Leêliur vous trouvez quecçct
vous tlrreftJ
Je vous <*y dit mon nom ,
cherchezledans
ces Vers.
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225
p. 16-53
DISSERTATION sur la Lune qui doit regler la Pasques.
Début :
On y fait une querelle à la Lune ; les uns veulent qu'elle / Dans l'opinion où l'on est que Pasques doit toûjours se [...]
Mots clefs :
Pâques, Lune, Mars, Équinoxe, Années, Célébration, Janvier, Grecs, Mois surnuméraire, Printemps, Fête, Mois solaire, Cycle, Dimanche, Jour, Lunes, Église, Concile
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION sur la Lune qui doit regler la Pasques.
On y fait une querelle
à la Lune;les uns veulent qu'-
elle foit Lune de Mars, & les
autres la desfendent contre
cette usurpation avec les armes
du raisonnement qu'ils
employent,selon moy , avec
beaucoup de justesse,d'esprit,
& d'érudition, à l'usage
que vous allez lire. Cette piece *
est de M.l'Abbé Pothonnier,
Aumônier du Roy, de qui je
ne dirois rien de trop flatteur
, -
quand je le mettroisau dessus
des
des éloges que je pourrois luy
donner.
DISSERTATION
Jhr la Lune qui doit regler
laPasques.
Dans l'opinion où l'on est
que Pdfqucs doit toûjours se
rencontrer dans la Lune de
Mars,on est surpris de voir
cette feste tomber cetteannée
dans une Lune qui commence
le trois d'Avril. La difficulté
qu'il y a d'accorder ses prejugez
avec le temps de la ce-
>
lebration
de laPasques decette
année 171 5. a fait craindre
à plusieurs d'avoir esté jusques
icy dans l'erreur ; c'est ce qui
leur a donné occasion de s'é.
claircir sur ces deux points.
1°. Si Pasques doit toûjours se
celebrer le Dimanche qui suit
le 14. de la Lune de Mars?
•£°- Quel nom on doit donner
à la Lune qui a commencé
le six de Mars? la decision de
ces deux questions dépend de !
quelques remarques qu'ilest
bon de faire pour l'intelligence
du sujet. Ainsi avant derien
resoudre sur cette matière
voyons quel est le cours du j
Soleil &de laLune, quelestla
diversité de leur mouvement ,
quelles sont les regles que l'on
suit pour les faire revenir au
mêmepoint &rentrer dans le
même ordre. Cette connoissance
est necessaire. Sans la
Science de l'Astronomie on
ne sçauroitfixer le jour de Pâques
; le Concile de Nicée en
estoitsipersuadé qu'il vouloit
qu'on consultât pour le jour
de la celebration de la Pâques
les Evêqucs d'Alexandrie qui
estoient beaucoup plus habiles
dans l'Astronomiequetous
les autres Evêques du monde.
nL'aannée eist Srolairee ou L.u- L'annéeSolaire est de 365. -
jours 5. heures & 49. minutes.
L'année Lunaire est de 354.
jours 8. heures & 44. minutes
; ainsi d'onze jours ou environ
plus courte que la Solaire.
Decette difference d'années
vient la difference des mois
dont les uns font Lunaires&
les autres Solaires.
Le mois Solaire est de 30.
jours,10 heures & 29. minutes
;mais pour n'estre point
embarrassé dans le calcul que
l'on seroit des heures & des
minutes, on les a inégalement
partagez sur tous les mois de
l'année, de maniere que les
uns sont de30.&les autres de
31. jours;on a donné que 28.
jours au mois de Février, pour
y faire plus aisément l'intercalation
du jour que forment
en 4. ans à 44. minutes prés
les 5. heures 49. minutes qui
font l'excedant des 365. jours.
Ces 44. minutes quiestoient
de trop en quatre ans furent
cause du desordre qu'il y eut
dans le Calendrier du temps
de Gregoire XIII. on en fit la
reforme
,
& pour éviter un
semblabledérangementilfut
resolu de retrancher en 400
ans trois bissextes
,
de façon
que de 4.siecles en 4. siecles il
n'y auroic des premieres an..
nées de chaque siecle, que la
premiere de chaque quatriéme
sieclequi seroit bissextile.
Le mois Lunaire çfl de 29.
jours 12 heures & 44. minutes
; &afin dene point donner
pareillement dans la même -
confusion
, on les a fixez les
uns à 30. & les autres à, 2.2Je,s
premiers se nomment pleins
& les autres caves.
Comme les mois Lunaires
font plus courts que les Solaires,
&qu'il arrivetrès souvent
que deux Lunes commencent
ou sont dans leur plcin
,
ou finissent dans un même
mois, il auroit esté plus à propos
de se servir de nombres
pour distinguer les Lunes, &
de dire par exemple la premiere
Lune, la seconde Lune, la
troisiéme Lune
, que de leur
donner le nom des mois 50..
laires. Cet expedient auroit levé
tous les doutes ; car pour
dire le vray , on a de la peine à
s'accoutûmer à denommer
une Lune du nom d'un mois
qu'elle n'éclaire quelquefois
qu'un seul jour. -
Mais puisque le langage ordinaire
veut que l'on distingue
les Lunes les unes des autres en
les qualifiantdesmêmes noms
que les mois Solaires, & que
l'on dise la Lune de Mars ,
comme on dit le mois deMars;
il s'agit d'examiner de quel
mois la Lune doit emprunter
son nom, si c'estdeceluy où
elle commence , ou bien de
celuy où elle est dans son
- plein, ou enfinde celuy oùelle
finit. Les Lunes ne marchant
point
point d'un pas égal àceluydes
mois Solaires, il se rencontre
presque toûjours qu'elles ont
leur commencement dans un
mois, & qu'elles se terminent
dans un autre.
On auroit pû donner aux
Lunes le nom des mois où elles
commencent, d'habiles
Astronomes sont de cet avis;
il auroit même mieux valu leur
donner le nom des mois où
elles font dans leur plein; cela
auroit été beaucoup plus naturel
,
puisque les Lunes regnent
plus de jours dans ce
mois que dans tout autre; mais
l'usage qui est le maître des
noms comme des Langues,
veut qu'on les dénomme des
mois où elles se terminent;
c'est ainsi qu'en usent la plûpart
des compulistes selon cet
ancien vers:
In quo completurmensiLunatio
detur.
Les douze mois Lunaires
pris ensemble étant donc plus
courts d'onze jours ou environ
que les 12. mois Solaires
aussi prisensemble
,
il s'enfuit
qu'en trois ans il s'en faut trois
fois onze joursou trente-trois
jours que lesmoisLunairesnegalène
les Solaires; ainsi il y
aura trente- sept mois Lunaires
en trois ans, au lieu que
l'on ne comptera que trentesix
mois Solaires; il se trouvera
donc en trois années
un mois surnumeraire que les
Grecs nomment fmbolzJmi.. ~,c'c~.a dire, intercalaire.
Mais comme il y a trois
jours au delà du mois surnumeraire,
il nous faut chercher
un point dans le cours de plusieurs
années ou nous trouvions
au juste une quantité de
mois surnumeraires, sans qu'il
y ait aucun jour de moins ou
de plus. Ce point
--
se trouve
tous les dix neuf ans. Dans lc.,
- l cours de dix neuf années on a
au juste septmois ou septLunes
surnumeraires. Ce point
ou ce cycle se nomme nom-
-
brc d'or. Methon sçavant Astronome
de la Ville d'Athe-
- nes en est l'Auteur. Il fut approuvé
par les Atheniens &
écrit en lettres d'or. Aussi estil
d'une grande utilitépour les
équations,puisquedans la revolution
de ces dix neuf an- Í
néeste Soleil&laLune revien- j
nent presque au même point,
& se retrouvent à peu prés
dans les mêmesdispositions.
Ce cycle nous est encore plus
précieux par l'usagequ'enfit
autrefois l'Eglise pour fixer le
jour de la célébration de la
Pâques. S. Ambroise attribuë
rétablissement de cet usage à
une Assemblée qui setint,lors
du Concile de Nicée;S. Jerôme
& le venerableBede en font
honneur à Eusebe de Cesarée.
Ce mois où cette Lune surnuméraire
doit trouver quelque
place dans le cours de la
troisiémeannée;autrement il
arriveroit que lesLunes parcourcroienttoutesles
faisons,
de forte que la Lune de Mars
serencontreroit en Automne,
cette d'Octobre dans le Printemps,
celle du solstice d'Eté
dans le solstice d'Hyver, &
ainsi des autres. C'est à cet inconvenient
que s'exposent les
Turcs & les Arabes quicomptent
leurs années par les Lunes
, & qui négligent de faire
aucune intercalation.
Il est presentement question
de sçavoir de quel mois
de la troisiéme année les deux
Lunes doivent prendre le nom.
Pour trouver ce mois, il n'y a
qu'à se rappeller le principe
que nous avons étably, ou plûtôt
que l'usage a aucorifé,qui
est que la Lune prend le nom
du mois oùelle se termine;s'il
se rencontre donc unmoisoù
2. Lunes se terminent, je dis
que ce mois est bis lunaire,
c'est à-dire, qu'il donne son
nom à deux Lunes sçavoir à
la surnumeraire & à celle qui
la suit; & par confcquent c'est
dans ce mois qu'il faut placer
la Lune embolismique.
Or danslatroisiéme,fixié.
me, neuviéme,onzieme, quatorzième
,
dix septiéme
, &
dixneuvième annéedunombre
d'or,il se trouve en chacune
de ces années un mois ou
deux Lunes se terminent. Le
calcul en est facile
,
il ne faut
que repassersur les années prccedences,
L'année1710. étoit la premiere
du nombre d'or Le premier
du mois Solaire de Janvier
étoit aussi le premier de
la Lune de Janvier;mais l'année
Lunaire étant plus courte
d'onze jours, il fallut en 1711.
retrograder d'onze jours pour
trouver le premier de la Lune
de Janvier
, en forte que le
-
premier dela Lune de Janvier
tombât, non le premier du
, mois de Janvier comme Tannée
de devant, mais le 20. de
Décembre 1710. onze jours
plus tard. Par la même rétrogradation
en 1711. le premier
de la Lune de Janvier se rencontra
le 9. de Décembre 1711.
& toûjours par la même rétrogradation
ce prèmier de la
Lune de Janviereût été le 29.
de Novembre sans l'intercalation
qui se fit du mois surnumeraire
dans le mois dAoût
1712. troisiéme du nombre
d'or. Dans ce mois se trouva
la fin de deux Lunes, sçavoir
le 2. d'Août la fin de la Lune
d'Août furnumcraire, & le 31.
d'Août la fin de la Lune
d'Août ordinaire; il en est de
même de cette année1715,
qui est la sixiéme du nombre
d'or où se doit intercaler la
Lune surnumeraire,ils'y trouvera
un mois où deux Lunes
se termineront,scavoir le mois
de Juiillet. La Lune de Juillet
surnumeraire finira le premier
de Juillet,& laLunedeJuillet
ordinaire se terminera le 30.
du même mois de Juillet qui
donne ainsi son nom à deux
Lunes , à la surnumeraire& à
l'ordinaire. On peut dire la
même chose des neuvième
* onzième
,
quatorzième
,
dixfepcièmey6c
dix neuvième du
nombre d'or ; il est aisé d'en
faire le calcul. Il est doncévident
que dans le cours de dixneuf
années nous avons sept
mois où deux Lunes se terminent
, & par consequent sept
endroits pour placer les sept
Lunes surnuméraires qui se
trouvent dans ce Cycle de dixneuf
années.
En suivant cette methode
pour intercaler la Lune furnunacraire,
nousn'avons pasune
feule LUlle qui ne 101t au
moins quelques jours dans le
mois donc elle porte le nom;
au lieu que ceux qui mettent
la Lune fornumcraire dans la
troisiéme année immédiatement
après celle de Février, &
qui prennent pour premiere
Lune ou pour Lune de Mars
celle dont le plein tombe à l'équinoxe,
ou après l'équinoxe,
donnent souvent à cette Lune
le nom d'un mois dont elle
n'éclaire pas un feui jour;c'est
ce que nous éprouvons en
cette année 1715. car sil'on
donne le nom du mois de
Mars à la Lune donc le 14. est
à l'équinoxeou apresl'équi,
noxe , il en certain que cette
Lune aura le nom d'un mois
dans lequel elle ne rompra
pas un seul jour, puifou'cHc
commence le trois d'Avril.
Ces principes reconnus
pour incontestables, & donc
la connoissance écoit necessaire
pour resoudre les deux questions
propofécs ; je dis pour
répondre à la prem cre que la
Lune de Mus ne doit point
servir de règle pour fixer la
Pâques.
Sicette Lune regloitlaPâques
,
il arriveroit siuvent on celebreroit cette Feste
avant l'équinoxe du Printemps.
Or la Pâques ne doit
jamais se celebrer avant l'équinoxe
du Printemps ; donc
la Lune de Mars n'est nullement
la regle de la Pâques.
La preuve de ma premiere
proposition cil: facile; pour
l'avoir, il n'y a qu'à remonter
jusques aux années precedentes
En 1711 le 14. de la Lune
de Mars étoit le 5. de Mars;
en 1711. le 14. de la même
Lune étoit le 21.deFévrier,
Or le Dimanche qui luit immediatement
le 5. de Mars&
le ildeFévrier estavant l'équinoxe
que l'Eglise a fixé au
zi. de Mars pour rendre la
célébration de la Pâques cont
tante, uniforme& invariable
à perpétuité, autant que l'irregularité
des Cycles & l'inégalité
du mouvement apparent
des Astres le pouvoient permettre.
Donc si la Lune de
Mars étoit la règle de la Pâ-
-
ques,on verroit souvent cette
Fête avant l'équinoxe. Mais
,
cette Feste ne doit point se celebrcr
avant l'équinoxe du
Printemps ; en voicy les preuves.
1 Le mois de Nisan ou la
LunedeNisan(c'estla même
chosecar lesHebreux,lesEgyptienslesArabes
& lesGrecs le
servoient de mois lunaires,&
ils n'avoient qu'un même terme
pour exprinici&laLune &
lemois ; man ,
manach, fwfr,
ou¡.u{vJ?;d'où les Latins ont fait
mensis) étoir le premier mois
de l'annéeEcclesiastique des
Juifs, & le temps auquel ils
faisoient leur Pâques, & cest
sur ce mois que les Conciles &
les Peresont réglé celle des
Chrétiens ; or le mois de Nifan
écoit le mois dont le premier
mier jour commençoit avec
l'équinoxe,ou suivoit de prés
l'équinoxe. Donc la Pâques
des Chrétiens qui est déterminée
par celle des Juifs, & qui
ne differe de la leur qu',çn ce
que les uns la font precisément
le 14. du moisde Nisan,
& les autres le Dimanche qui
le fuit ne doit jamais se celebrer
avant l'équinoxe du Printemps.
Dés le second siecle il y eût
de grandes contestations au
sujet du jour de Pâques entre
les Asiatiques& les Occidentaux
, les Grecs & les Latins ;
chaque party s'appuyoït sur la
tradition de son Eglise. Pour
arrêter ces disputes,&rétablir
la paix
4
il fut resolu dans la
fuite de faire plusieursCycles
qui regleroient la Pâques: dans
plusieurs Concileson y décida
cette fameusequestion,&même
au rapport d'Eusebe donc
le témoignage, comme fau.
-
teur de l'Arianisme
,
n'est pas
d'un grand poids en cette matiere,
on n'assembla le Concile
de Nicée que pour terminer
l'affaire de la celebration de la
Pâques. Or tous les Cyclesqui
furent faits à cette occasion
fixent la Pâques après l'équinoxe.
On peut consulter le
Cycle de S. Hippolyte mis par
le Cardinal Marcel dans la Bibliothèque
du Vatican & donné
par Scaliger, Grutterus, le
Pere Gilles Bûcher
, & M.
Bianchini
*
celuy de S. Denis
d'Alexandrie, de Theophile
d'Alexandrie, de Viétorius
d'Aquilée, & enfin celuy de
Denis le Petit mis au jour par
le Pere Gilles Bûcher, & approuvé
dans plusieurs Conciles
de France & d'Angleterre
tenus contre les Irlandois &
Ecossois dont l'urage estoit
different des autres Eglises
pour le jour de la célébration
de la Pâques. Donc suivain la
decision du Concile de Nicée,
- l'autorité des Cycles quenous
avons rapportez & la pratique
desEglises de France &d'Angleterre,
on doit faire Pâques
dans la Lune dont le 14. se rencontre
ou le jour de lequinoxe
ou après l'équinoxe du Printemps.
,\ Les Cycles de Theophile
d'Alexandrie,& de Viétorius
d'Aquiléen'étants pointd'accord
au sujet du jour de Pâques,
causerent quelque division
dans l'Eglise vers le cinquiéme
& sixiéme siecle. Le
Pape S. Léon & les Latins rejettoient
celuy de Theophile
pour s'arracher entièrement à
celuy de Victorius ; au contraire
les Grecs s'en tenaientà
celuy de Theophile & defapprouvoientceluy
de Viétorius.
Or il n'y avoir de difference
entre ces deux Cycles
qu'en ceque celuy de Theophile
pour ne point faire Pâ-
,
ques le même jour que lesjuifs
plaçoit cette Feste le Dimanche
qui suivoit le 14. de la Lune
, & celuy de victorius la
marquoit le Dimanche qui Cc,
trouvoit & le 14. de la Lune
&le jourdel'équinoxecequiétoit
cause que les uns cele.
broient la Pâques huit jours
plûtôt que les autres. Le Cycle
de Denis le Petit dans le fixié.
me siecle mit fin à toutes ces
disputes;les Grecs & les Latins
le suivirent ; & afin qu'il n'y
eût plus de variation ni de division
pour la celebration de
la Pâques, on convint alors
d'annoncer tous les ans à la
FestedesRoisle jour de cette
Felle. Ainsi la Lune Pascale est
celle dont le14, estàl'equinoxe
ou après l'équinoxe
,
& le
jour de la Pâques est le Dimanche
aprèsle14. de cette Lune.
Ceux qui veulent être instruits
à fond sur cette matière, doivent
lire l'excellent Livre du
sçavant Pere Petau de Doélrina
Temporum, les Traitezdu Pere
Lamy;du Pere Bonjour,&de
M. Bianchini.
Dés que c'est l'équinoxe du
Printemps qui règle la Lune
Pascale, c'eit à-dire celle où
doit se celebrer la Pâques) il
est aisé de connoistre en quel
mois &en quel quantième du
mois on doit faire Pâques.
La Lune Pascale ne peut
commencer qu'entre le 8de
Mars & le 5. d'Avrilinclusivement,
le 14. de la Lune Pascalene
peut estre plutost que
le 11. de Mars nyplus tard
que le 18. d'Avril, doùil
s'enfuit qu'on ne peut jamais -
celebrerla Pâques avantle2.1.
de Mars ny plus tard que le 2 5.
d'Avril. Ce font là les deux
points fixes entre lesquels
roule la célébration de la
Pâques.
Si tostque nous avons un
point fixe qui réglé la Pâques,
nous devons peu nous mettre
en
en peine du nom de la Lune
Pascale. Que ce foit la Lune
de Mars, d'Avril, de May,
que nous importe.Toutes
ces questions nefont que des
disputes de nom.
S'ilest vray cependant que
c'est le mois Solaire où se termine
la Lune qui donne à la
Lune sa dénomination, & si
l'intercalation se fait du mois
surnumeraire de la maniéré
dont nous l'avons marqué cydessus,
je diray pour répondre
à la fécondé question que la
Lune quiacommencé le 6. de
Mars est la Lune d'Avril , -
puisqu'elle finit le y. d'Avril;
ainsi la Pasques se celebrera
cette année aprèsle14. de la
Lune de May, & on intercalera
le mois surnumeraire dans
celuy de Juillet; donc c'est un
faux préjuge de croire quec'est
la Lune de Mars qui réglé la
Pasques.
Je ne doute pas qu'on ne
foit surpris d'entendre dire
que Pasques est dans la Lune
de May. Quelque étrange
que paroisse ce langage, il faut
parler ainsi si l'on veut suivre
nôtre systême qui n'est tel que
pour se conformer au vulgaire
& s'accommodet à l'usage ou
l'on cil de donner aux Lunes
le nom des mois où elles font;
si l'oreille pouvoit se faire à
entendre appeller Lune de
Mars celle donc aucun point
ne tombe en Mars, nous
,
pourrions dire que la Lune de
Mars est toûjours celle dont
le14. se rend ontre dans l'équinoxe
; alors nous ne ferions
point contraires à l'opinion
où l'on est que Pasques est
toujours dans laLune de Mars.
selon ce dernier sentiment la
Lune quia commencé le 6. de
Marsferoit la Lune surnumeraite
qui se mettroit tous les
trois ans immédiatement après
le mois de Février) ensorte
que cette troisiéme année feroit
de 384. jours. C'estoit à
peu prés ainsi que les Grecs
faisoient l'intercalation de
leur moisembolismique.Tous
les 4. ans à chaque Olympiade
,
dont l'époque est si fameure)
ils inferoient leur Luneembolismique,
de manière
que leur 4e. année estoit de
398. jours. jÊfq
De tout ceci on doit co
dure qu'il n'y a que trois cho-"
ses dont le concours foit abfoi
lument necessaire pour déterminer
la célébration de la Pasques.
1°. L'equinoxe du Printemps
qui est fixé au 21. de
Mars. 2°. La Lune qui est
celle dont le 14. tombe au 21.
de Mars ou aprèsle21. de
Mars. 3°. Le jour, qui cil le
Dimanche qui fuit le 4. de
cette Lune;de façonque si ce
14. se rencontroit le Dimanche,
on remettroit la Pasques
au Dimanche suivant. Ainsi
,
lorsqu'on connoît ces trois
points, on ne sçauroit se tromper
pour le jour de lacélébration
de la Pasques.
à la Lune;les uns veulent qu'-
elle foit Lune de Mars, & les
autres la desfendent contre
cette usurpation avec les armes
du raisonnement qu'ils
employent,selon moy , avec
beaucoup de justesse,d'esprit,
& d'érudition, à l'usage
que vous allez lire. Cette piece *
est de M.l'Abbé Pothonnier,
Aumônier du Roy, de qui je
ne dirois rien de trop flatteur
, -
quand je le mettroisau dessus
des
des éloges que je pourrois luy
donner.
DISSERTATION
Jhr la Lune qui doit regler
laPasques.
Dans l'opinion où l'on est
que Pdfqucs doit toûjours se
rencontrer dans la Lune de
Mars,on est surpris de voir
cette feste tomber cetteannée
dans une Lune qui commence
le trois d'Avril. La difficulté
qu'il y a d'accorder ses prejugez
avec le temps de la ce-
>
lebration
de laPasques decette
année 171 5. a fait craindre
à plusieurs d'avoir esté jusques
icy dans l'erreur ; c'est ce qui
leur a donné occasion de s'é.
claircir sur ces deux points.
1°. Si Pasques doit toûjours se
celebrer le Dimanche qui suit
le 14. de la Lune de Mars?
•£°- Quel nom on doit donner
à la Lune qui a commencé
le six de Mars? la decision de
ces deux questions dépend de !
quelques remarques qu'ilest
bon de faire pour l'intelligence
du sujet. Ainsi avant derien
resoudre sur cette matière
voyons quel est le cours du j
Soleil &de laLune, quelestla
diversité de leur mouvement ,
quelles sont les regles que l'on
suit pour les faire revenir au
mêmepoint &rentrer dans le
même ordre. Cette connoissance
est necessaire. Sans la
Science de l'Astronomie on
ne sçauroitfixer le jour de Pâques
; le Concile de Nicée en
estoitsipersuadé qu'il vouloit
qu'on consultât pour le jour
de la celebration de la Pâques
les Evêqucs d'Alexandrie qui
estoient beaucoup plus habiles
dans l'Astronomiequetous
les autres Evêques du monde.
nL'aannée eist Srolairee ou L.u- L'annéeSolaire est de 365. -
jours 5. heures & 49. minutes.
L'année Lunaire est de 354.
jours 8. heures & 44. minutes
; ainsi d'onze jours ou environ
plus courte que la Solaire.
Decette difference d'années
vient la difference des mois
dont les uns font Lunaires&
les autres Solaires.
Le mois Solaire est de 30.
jours,10 heures & 29. minutes
;mais pour n'estre point
embarrassé dans le calcul que
l'on seroit des heures & des
minutes, on les a inégalement
partagez sur tous les mois de
l'année, de maniere que les
uns sont de30.&les autres de
31. jours;on a donné que 28.
jours au mois de Février, pour
y faire plus aisément l'intercalation
du jour que forment
en 4. ans à 44. minutes prés
les 5. heures 49. minutes qui
font l'excedant des 365. jours.
Ces 44. minutes quiestoient
de trop en quatre ans furent
cause du desordre qu'il y eut
dans le Calendrier du temps
de Gregoire XIII. on en fit la
reforme
,
& pour éviter un
semblabledérangementilfut
resolu de retrancher en 400
ans trois bissextes
,
de façon
que de 4.siecles en 4. siecles il
n'y auroic des premieres an..
nées de chaque siecle, que la
premiere de chaque quatriéme
sieclequi seroit bissextile.
Le mois Lunaire çfl de 29.
jours 12 heures & 44. minutes
; &afin dene point donner
pareillement dans la même -
confusion
, on les a fixez les
uns à 30. & les autres à, 2.2Je,s
premiers se nomment pleins
& les autres caves.
Comme les mois Lunaires
font plus courts que les Solaires,
&qu'il arrivetrès souvent
que deux Lunes commencent
ou sont dans leur plcin
,
ou finissent dans un même
mois, il auroit esté plus à propos
de se servir de nombres
pour distinguer les Lunes, &
de dire par exemple la premiere
Lune, la seconde Lune, la
troisiéme Lune
, que de leur
donner le nom des mois 50..
laires. Cet expedient auroit levé
tous les doutes ; car pour
dire le vray , on a de la peine à
s'accoutûmer à denommer
une Lune du nom d'un mois
qu'elle n'éclaire quelquefois
qu'un seul jour. -
Mais puisque le langage ordinaire
veut que l'on distingue
les Lunes les unes des autres en
les qualifiantdesmêmes noms
que les mois Solaires, & que
l'on dise la Lune de Mars ,
comme on dit le mois deMars;
il s'agit d'examiner de quel
mois la Lune doit emprunter
son nom, si c'estdeceluy où
elle commence , ou bien de
celuy où elle est dans son
- plein, ou enfinde celuy oùelle
finit. Les Lunes ne marchant
point
point d'un pas égal àceluydes
mois Solaires, il se rencontre
presque toûjours qu'elles ont
leur commencement dans un
mois, & qu'elles se terminent
dans un autre.
On auroit pû donner aux
Lunes le nom des mois où elles
commencent, d'habiles
Astronomes sont de cet avis;
il auroit même mieux valu leur
donner le nom des mois où
elles font dans leur plein; cela
auroit été beaucoup plus naturel
,
puisque les Lunes regnent
plus de jours dans ce
mois que dans tout autre; mais
l'usage qui est le maître des
noms comme des Langues,
veut qu'on les dénomme des
mois où elles se terminent;
c'est ainsi qu'en usent la plûpart
des compulistes selon cet
ancien vers:
In quo completurmensiLunatio
detur.
Les douze mois Lunaires
pris ensemble étant donc plus
courts d'onze jours ou environ
que les 12. mois Solaires
aussi prisensemble
,
il s'enfuit
qu'en trois ans il s'en faut trois
fois onze joursou trente-trois
jours que lesmoisLunairesnegalène
les Solaires; ainsi il y
aura trente- sept mois Lunaires
en trois ans, au lieu que
l'on ne comptera que trentesix
mois Solaires; il se trouvera
donc en trois années
un mois surnumeraire que les
Grecs nomment fmbolzJmi.. ~,c'c~.a dire, intercalaire.
Mais comme il y a trois
jours au delà du mois surnumeraire,
il nous faut chercher
un point dans le cours de plusieurs
années ou nous trouvions
au juste une quantité de
mois surnumeraires, sans qu'il
y ait aucun jour de moins ou
de plus. Ce point
--
se trouve
tous les dix neuf ans. Dans lc.,
- l cours de dix neuf années on a
au juste septmois ou septLunes
surnumeraires. Ce point
ou ce cycle se nomme nom-
-
brc d'or. Methon sçavant Astronome
de la Ville d'Athe-
- nes en est l'Auteur. Il fut approuvé
par les Atheniens &
écrit en lettres d'or. Aussi estil
d'une grande utilitépour les
équations,puisquedans la revolution
de ces dix neuf an- Í
néeste Soleil&laLune revien- j
nent presque au même point,
& se retrouvent à peu prés
dans les mêmesdispositions.
Ce cycle nous est encore plus
précieux par l'usagequ'enfit
autrefois l'Eglise pour fixer le
jour de la célébration de la
Pâques. S. Ambroise attribuë
rétablissement de cet usage à
une Assemblée qui setint,lors
du Concile de Nicée;S. Jerôme
& le venerableBede en font
honneur à Eusebe de Cesarée.
Ce mois où cette Lune surnuméraire
doit trouver quelque
place dans le cours de la
troisiémeannée;autrement il
arriveroit que lesLunes parcourcroienttoutesles
faisons,
de forte que la Lune de Mars
serencontreroit en Automne,
cette d'Octobre dans le Printemps,
celle du solstice d'Eté
dans le solstice d'Hyver, &
ainsi des autres. C'est à cet inconvenient
que s'exposent les
Turcs & les Arabes quicomptent
leurs années par les Lunes
, & qui négligent de faire
aucune intercalation.
Il est presentement question
de sçavoir de quel mois
de la troisiéme année les deux
Lunes doivent prendre le nom.
Pour trouver ce mois, il n'y a
qu'à se rappeller le principe
que nous avons étably, ou plûtôt
que l'usage a aucorifé,qui
est que la Lune prend le nom
du mois oùelle se termine;s'il
se rencontre donc unmoisoù
2. Lunes se terminent, je dis
que ce mois est bis lunaire,
c'est à-dire, qu'il donne son
nom à deux Lunes sçavoir à
la surnumeraire & à celle qui
la suit; & par confcquent c'est
dans ce mois qu'il faut placer
la Lune embolismique.
Or danslatroisiéme,fixié.
me, neuviéme,onzieme, quatorzième
,
dix septiéme
, &
dixneuvième annéedunombre
d'or,il se trouve en chacune
de ces années un mois ou
deux Lunes se terminent. Le
calcul en est facile
,
il ne faut
que repassersur les années prccedences,
L'année1710. étoit la premiere
du nombre d'or Le premier
du mois Solaire de Janvier
étoit aussi le premier de
la Lune de Janvier;mais l'année
Lunaire étant plus courte
d'onze jours, il fallut en 1711.
retrograder d'onze jours pour
trouver le premier de la Lune
de Janvier
, en forte que le
-
premier dela Lune de Janvier
tombât, non le premier du
, mois de Janvier comme Tannée
de devant, mais le 20. de
Décembre 1710. onze jours
plus tard. Par la même rétrogradation
en 1711. le premier
de la Lune de Janvier se rencontra
le 9. de Décembre 1711.
& toûjours par la même rétrogradation
ce prèmier de la
Lune de Janviereût été le 29.
de Novembre sans l'intercalation
qui se fit du mois surnumeraire
dans le mois dAoût
1712. troisiéme du nombre
d'or. Dans ce mois se trouva
la fin de deux Lunes, sçavoir
le 2. d'Août la fin de la Lune
d'Août furnumcraire, & le 31.
d'Août la fin de la Lune
d'Août ordinaire; il en est de
même de cette année1715,
qui est la sixiéme du nombre
d'or où se doit intercaler la
Lune surnumeraire,ils'y trouvera
un mois où deux Lunes
se termineront,scavoir le mois
de Juiillet. La Lune de Juillet
surnumeraire finira le premier
de Juillet,& laLunedeJuillet
ordinaire se terminera le 30.
du même mois de Juillet qui
donne ainsi son nom à deux
Lunes , à la surnumeraire& à
l'ordinaire. On peut dire la
même chose des neuvième
* onzième
,
quatorzième
,
dixfepcièmey6c
dix neuvième du
nombre d'or ; il est aisé d'en
faire le calcul. Il est doncévident
que dans le cours de dixneuf
années nous avons sept
mois où deux Lunes se terminent
, & par consequent sept
endroits pour placer les sept
Lunes surnuméraires qui se
trouvent dans ce Cycle de dixneuf
années.
En suivant cette methode
pour intercaler la Lune furnunacraire,
nousn'avons pasune
feule LUlle qui ne 101t au
moins quelques jours dans le
mois donc elle porte le nom;
au lieu que ceux qui mettent
la Lune fornumcraire dans la
troisiéme année immédiatement
après celle de Février, &
qui prennent pour premiere
Lune ou pour Lune de Mars
celle dont le plein tombe à l'équinoxe,
ou après l'équinoxe,
donnent souvent à cette Lune
le nom d'un mois dont elle
n'éclaire pas un feui jour;c'est
ce que nous éprouvons en
cette année 1715. car sil'on
donne le nom du mois de
Mars à la Lune donc le 14. est
à l'équinoxeou apresl'équi,
noxe , il en certain que cette
Lune aura le nom d'un mois
dans lequel elle ne rompra
pas un seul jour, puifou'cHc
commence le trois d'Avril.
Ces principes reconnus
pour incontestables, & donc
la connoissance écoit necessaire
pour resoudre les deux questions
propofécs ; je dis pour
répondre à la prem cre que la
Lune de Mus ne doit point
servir de règle pour fixer la
Pâques.
Sicette Lune regloitlaPâques
,
il arriveroit siuvent on celebreroit cette Feste
avant l'équinoxe du Printemps.
Or la Pâques ne doit
jamais se celebrer avant l'équinoxe
du Printemps ; donc
la Lune de Mars n'est nullement
la regle de la Pâques.
La preuve de ma premiere
proposition cil: facile; pour
l'avoir, il n'y a qu'à remonter
jusques aux années precedentes
En 1711 le 14. de la Lune
de Mars étoit le 5. de Mars;
en 1711. le 14. de la même
Lune étoit le 21.deFévrier,
Or le Dimanche qui luit immediatement
le 5. de Mars&
le ildeFévrier estavant l'équinoxe
que l'Eglise a fixé au
zi. de Mars pour rendre la
célébration de la Pâques cont
tante, uniforme& invariable
à perpétuité, autant que l'irregularité
des Cycles & l'inégalité
du mouvement apparent
des Astres le pouvoient permettre.
Donc si la Lune de
Mars étoit la règle de la Pâ-
-
ques,on verroit souvent cette
Fête avant l'équinoxe. Mais
,
cette Feste ne doit point se celebrcr
avant l'équinoxe du
Printemps ; en voicy les preuves.
1 Le mois de Nisan ou la
LunedeNisan(c'estla même
chosecar lesHebreux,lesEgyptienslesArabes
& lesGrecs le
servoient de mois lunaires,&
ils n'avoient qu'un même terme
pour exprinici&laLune &
lemois ; man ,
manach, fwfr,
ou¡.u{vJ?;d'où les Latins ont fait
mensis) étoir le premier mois
de l'annéeEcclesiastique des
Juifs, & le temps auquel ils
faisoient leur Pâques, & cest
sur ce mois que les Conciles &
les Peresont réglé celle des
Chrétiens ; or le mois de Nifan
écoit le mois dont le premier
mier jour commençoit avec
l'équinoxe,ou suivoit de prés
l'équinoxe. Donc la Pâques
des Chrétiens qui est déterminée
par celle des Juifs, & qui
ne differe de la leur qu',çn ce
que les uns la font precisément
le 14. du moisde Nisan,
& les autres le Dimanche qui
le fuit ne doit jamais se celebrer
avant l'équinoxe du Printemps.
Dés le second siecle il y eût
de grandes contestations au
sujet du jour de Pâques entre
les Asiatiques& les Occidentaux
, les Grecs & les Latins ;
chaque party s'appuyoït sur la
tradition de son Eglise. Pour
arrêter ces disputes,&rétablir
la paix
4
il fut resolu dans la
fuite de faire plusieursCycles
qui regleroient la Pâques: dans
plusieurs Concileson y décida
cette fameusequestion,&même
au rapport d'Eusebe donc
le témoignage, comme fau.
-
teur de l'Arianisme
,
n'est pas
d'un grand poids en cette matiere,
on n'assembla le Concile
de Nicée que pour terminer
l'affaire de la celebration de la
Pâques. Or tous les Cyclesqui
furent faits à cette occasion
fixent la Pâques après l'équinoxe.
On peut consulter le
Cycle de S. Hippolyte mis par
le Cardinal Marcel dans la Bibliothèque
du Vatican & donné
par Scaliger, Grutterus, le
Pere Gilles Bûcher
, & M.
Bianchini
*
celuy de S. Denis
d'Alexandrie, de Theophile
d'Alexandrie, de Viétorius
d'Aquilée, & enfin celuy de
Denis le Petit mis au jour par
le Pere Gilles Bûcher, & approuvé
dans plusieurs Conciles
de France & d'Angleterre
tenus contre les Irlandois &
Ecossois dont l'urage estoit
different des autres Eglises
pour le jour de la célébration
de la Pâques. Donc suivain la
decision du Concile de Nicée,
- l'autorité des Cycles quenous
avons rapportez & la pratique
desEglises de France &d'Angleterre,
on doit faire Pâques
dans la Lune dont le 14. se rencontre
ou le jour de lequinoxe
ou après l'équinoxe du Printemps.
,\ Les Cycles de Theophile
d'Alexandrie,& de Viétorius
d'Aquiléen'étants pointd'accord
au sujet du jour de Pâques,
causerent quelque division
dans l'Eglise vers le cinquiéme
& sixiéme siecle. Le
Pape S. Léon & les Latins rejettoient
celuy de Theophile
pour s'arracher entièrement à
celuy de Victorius ; au contraire
les Grecs s'en tenaientà
celuy de Theophile & defapprouvoientceluy
de Viétorius.
Or il n'y avoir de difference
entre ces deux Cycles
qu'en ceque celuy de Theophile
pour ne point faire Pâ-
,
ques le même jour que lesjuifs
plaçoit cette Feste le Dimanche
qui suivoit le 14. de la Lune
, & celuy de victorius la
marquoit le Dimanche qui Cc,
trouvoit & le 14. de la Lune
&le jourdel'équinoxecequiétoit
cause que les uns cele.
broient la Pâques huit jours
plûtôt que les autres. Le Cycle
de Denis le Petit dans le fixié.
me siecle mit fin à toutes ces
disputes;les Grecs & les Latins
le suivirent ; & afin qu'il n'y
eût plus de variation ni de division
pour la celebration de
la Pâques, on convint alors
d'annoncer tous les ans à la
FestedesRoisle jour de cette
Felle. Ainsi la Lune Pascale est
celle dont le14, estàl'equinoxe
ou après l'équinoxe
,
& le
jour de la Pâques est le Dimanche
aprèsle14. de cette Lune.
Ceux qui veulent être instruits
à fond sur cette matière, doivent
lire l'excellent Livre du
sçavant Pere Petau de Doélrina
Temporum, les Traitezdu Pere
Lamy;du Pere Bonjour,&de
M. Bianchini.
Dés que c'est l'équinoxe du
Printemps qui règle la Lune
Pascale, c'eit à-dire celle où
doit se celebrer la Pâques) il
est aisé de connoistre en quel
mois &en quel quantième du
mois on doit faire Pâques.
La Lune Pascale ne peut
commencer qu'entre le 8de
Mars & le 5. d'Avrilinclusivement,
le 14. de la Lune Pascalene
peut estre plutost que
le 11. de Mars nyplus tard
que le 18. d'Avril, doùil
s'enfuit qu'on ne peut jamais -
celebrerla Pâques avantle2.1.
de Mars ny plus tard que le 2 5.
d'Avril. Ce font là les deux
points fixes entre lesquels
roule la célébration de la
Pâques.
Si tostque nous avons un
point fixe qui réglé la Pâques,
nous devons peu nous mettre
en
en peine du nom de la Lune
Pascale. Que ce foit la Lune
de Mars, d'Avril, de May,
que nous importe.Toutes
ces questions nefont que des
disputes de nom.
S'ilest vray cependant que
c'est le mois Solaire où se termine
la Lune qui donne à la
Lune sa dénomination, & si
l'intercalation se fait du mois
surnumeraire de la maniéré
dont nous l'avons marqué cydessus,
je diray pour répondre
à la fécondé question que la
Lune quiacommencé le 6. de
Mars est la Lune d'Avril , -
puisqu'elle finit le y. d'Avril;
ainsi la Pasques se celebrera
cette année aprèsle14. de la
Lune de May, & on intercalera
le mois surnumeraire dans
celuy de Juillet; donc c'est un
faux préjuge de croire quec'est
la Lune de Mars qui réglé la
Pasques.
Je ne doute pas qu'on ne
foit surpris d'entendre dire
que Pasques est dans la Lune
de May. Quelque étrange
que paroisse ce langage, il faut
parler ainsi si l'on veut suivre
nôtre systême qui n'est tel que
pour se conformer au vulgaire
& s'accommodet à l'usage ou
l'on cil de donner aux Lunes
le nom des mois où elles font;
si l'oreille pouvoit se faire à
entendre appeller Lune de
Mars celle donc aucun point
ne tombe en Mars, nous
,
pourrions dire que la Lune de
Mars est toûjours celle dont
le14. se rend ontre dans l'équinoxe
; alors nous ne ferions
point contraires à l'opinion
où l'on est que Pasques est
toujours dans laLune de Mars.
selon ce dernier sentiment la
Lune quia commencé le 6. de
Marsferoit la Lune surnumeraite
qui se mettroit tous les
trois ans immédiatement après
le mois de Février) ensorte
que cette troisiéme année feroit
de 384. jours. C'estoit à
peu prés ainsi que les Grecs
faisoient l'intercalation de
leur moisembolismique.Tous
les 4. ans à chaque Olympiade
,
dont l'époque est si fameure)
ils inferoient leur Luneembolismique,
de manière
que leur 4e. année estoit de
398. jours. jÊfq
De tout ceci on doit co
dure qu'il n'y a que trois cho-"
ses dont le concours foit abfoi
lument necessaire pour déterminer
la célébration de la Pasques.
1°. L'equinoxe du Printemps
qui est fixé au 21. de
Mars. 2°. La Lune qui est
celle dont le 14. tombe au 21.
de Mars ou aprèsle21. de
Mars. 3°. Le jour, qui cil le
Dimanche qui fuit le 4. de
cette Lune;de façonque si ce
14. se rencontroit le Dimanche,
on remettroit la Pasques
au Dimanche suivant. Ainsi
,
lorsqu'on connoît ces trois
points, on ne sçauroit se tromper
pour le jour de lacélébration
de la Pasques.
Fermer
226
p. 193-195
Phenomene apparu sur les Costes de Barbarie.
Début :
Le 18. de Février dernier entre 6. & 7. heures du matin [...]
Mots clefs :
Côtes de Barbarie, Phénomène, Figure, Conte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Phenomene apparu sur les Costes de Barbarie.
Phenomene apparusur les Costes
de Barbarie.
Le 18. de Février dernier
entre 6. & 7. heures du matin,
leCiel étant fort clair, &
le vent au Nord Oiieft, on découvrit
un petitnuage audessus
du Château d'Almanza,
Forteresse de la cote de Barbarie
: quelques momens aprés
on vit sortir de ce nuage une
figure de la longueur & de la
grosseur d'un homme
, avec
trois têtes noires detachéesdistinctement
les unes des autress
son corps parut de trois couleurs,
bleu, rouge,& blanc;
sa gorge estoitformée à peu
prés comme celle d'un pigeon,
mais de couleur de feu tresenflammé,&
de ses trois gueules
on voyoit sortir des étincelles
qui se multiplioient à
peu prés avec la même violence
que celle des fusées volantes
; elle resta longtems sur
l'horizon dans cette forme,
puis elle fuivic sa course audessus
de la Ville de Tarif,
deux lieuës au Nord,& repassaauSudoùelle
s'étendit si
loin, & s'éleva si haut
,
qu'on
la perdit de vûë. Je ne donne
point cecy pour un conte ,
plus de cinquante Villes en
font témoins.
de Barbarie.
Le 18. de Février dernier
entre 6. & 7. heures du matin,
leCiel étant fort clair, &
le vent au Nord Oiieft, on découvrit
un petitnuage audessus
du Château d'Almanza,
Forteresse de la cote de Barbarie
: quelques momens aprés
on vit sortir de ce nuage une
figure de la longueur & de la
grosseur d'un homme
, avec
trois têtes noires detachéesdistinctement
les unes des autress
son corps parut de trois couleurs,
bleu, rouge,& blanc;
sa gorge estoitformée à peu
prés comme celle d'un pigeon,
mais de couleur de feu tresenflammé,&
de ses trois gueules
on voyoit sortir des étincelles
qui se multiplioient à
peu prés avec la même violence
que celle des fusées volantes
; elle resta longtems sur
l'horizon dans cette forme,
puis elle fuivic sa course audessus
de la Ville de Tarif,
deux lieuës au Nord,& repassaauSudoùelle
s'étendit si
loin, & s'éleva si haut
,
qu'on
la perdit de vûë. Je ne donne
point cecy pour un conte ,
plus de cinquante Villes en
font témoins.
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227
p. 300-302
ENIGME.
Début :
Sortant du lieu de ma naissance, [...]
Mots clefs :
Diamant brut
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
Sortant du lieu de ma naif-
Sance ,
L'on me voit privé de beauté:
Mais qui connoît mon excellence
GALANT 30%
Excuse ma brutalité
८ Forne les Têtes Couronnées,
Les Grands recherchent ma vawhiteary
Les Princeſſes les mieux ornées
Parmoy relevent leur grandeur.
Mon luftre naît dans mapouffiere
On me fait porter bien desfaces,
Accompagnéde la lumiere ,
Par tout je ſçais remplir mes
places
د Fe Jereçois même plus d'éclat
Quandon m'exposesur la rouë,
302 MERCURE
Je refifte quandon me bat,
Mafermetéfait qu'on me lovë.
J'aimefur tout la netteté,
Ilmefaut de la politeffe ,
Jeſuis par tout decredité ,
Si l'on me voitde la tendreffe.
Sortant du lieu de ma naif-
Sance ,
L'on me voit privé de beauté:
Mais qui connoît mon excellence
GALANT 30%
Excuse ma brutalité
८ Forne les Têtes Couronnées,
Les Grands recherchent ma vawhiteary
Les Princeſſes les mieux ornées
Parmoy relevent leur grandeur.
Mon luftre naît dans mapouffiere
On me fait porter bien desfaces,
Accompagnéde la lumiere ,
Par tout je ſçais remplir mes
places
د Fe Jereçois même plus d'éclat
Quandon m'exposesur la rouë,
302 MERCURE
Je refifte quandon me bat,
Mafermetéfait qu'on me lovë.
J'aimefur tout la netteté,
Ilmefaut de la politeffe ,
Jeſuis par tout decredité ,
Si l'on me voitde la tendreffe.
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228
p. 304-308
Rondeau Enigmatique.
Début :
Je m'ennuye de ne pas faire plus d'effort pour vous amuser, / En noirs cachots, & hideuse clôture, [...]
Mots clefs :
Huître à l'écaille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Rondeau Enigmatique.
Jem'ennuye de ne pas faire
plus d'effort pour vous amufer
, que mes Predeceffeurs en
ont fait , je veux me furpaffer
moy-même ,& les ſurpaffer
generoſité ; en un mot vous
donner ce mois- ci trois Enigmes
au lieu de deux , pourvû
que vous ne me faffiez pasune
dette de cette grace ; celle-ci
eft
GALANT. 305
eſt tres-difficile,c'eſt unSphinx,
& il faut ,Dieu me pardonne ,
être un Oedipe pour la deviner.
Aureſte je vous la donne avec
le petit billet preliminaire qui
a donné occaſion à l'acquiſition
que j'en ay faite.
Demain matin , Monfieur
mon cher ami , je veux vous
regaler avec de bonnes huitres
qu'un excellent vin de Palme
arrofera. Deux de nos bons
amis m'ont donné leur parole
de ſe trouver chez moy ,
fur ce que je leur ay promis
voſtre compagnie.
Mais il me prend je ne ſçais
May 1715. Cc
306 MERCURE
quelle fantaifie , de ne vous
donner cepetit regal qu'à con.
ditionqu'en arrivant chez moi
fur les neuf heures,vous commencerez
par expliquer l'Enigmeque
je vous envoye. Sans
cela , moncher , point de dé
jeuner. Vous avez de l'eſprit.
Vous déjeunerez.
Rondeau Enigmatique.
En noirs cachots ,&hideufe
clôture ,
Vite amenezpar normande voiture
Sont àParis prifonniers innocens :
هللا
GALANT. 307
Si que pourets dans la Geole
gißans
Attendent , las ! leur derniere
avanture.
Dignes Canforts de leur déconfiture
,
Vieux Montagnards de traiſtreſſe
nature
Jadévouez,font auſſi croupiſſans
En noirs cachots.
Les bons Caprifs , Ami , fi
d'avanture ,
Ton defir eft voir mettre à
ود
la tor-
Viens : &soudain tu les verras
iffans
De leur prifon , aux Accoints
Ceij
308 MERCURE
1 gaudiſſans
Faire allegreffe , &prendre fepalture
En noirs cachots.
plus d'effort pour vous amufer
, que mes Predeceffeurs en
ont fait , je veux me furpaffer
moy-même ,& les ſurpaffer
generoſité ; en un mot vous
donner ce mois- ci trois Enigmes
au lieu de deux , pourvû
que vous ne me faffiez pasune
dette de cette grace ; celle-ci
eft
GALANT. 305
eſt tres-difficile,c'eſt unSphinx,
& il faut ,Dieu me pardonne ,
être un Oedipe pour la deviner.
Aureſte je vous la donne avec
le petit billet preliminaire qui
a donné occaſion à l'acquiſition
que j'en ay faite.
Demain matin , Monfieur
mon cher ami , je veux vous
regaler avec de bonnes huitres
qu'un excellent vin de Palme
arrofera. Deux de nos bons
amis m'ont donné leur parole
de ſe trouver chez moy ,
fur ce que je leur ay promis
voſtre compagnie.
Mais il me prend je ne ſçais
May 1715. Cc
306 MERCURE
quelle fantaifie , de ne vous
donner cepetit regal qu'à con.
ditionqu'en arrivant chez moi
fur les neuf heures,vous commencerez
par expliquer l'Enigmeque
je vous envoye. Sans
cela , moncher , point de dé
jeuner. Vous avez de l'eſprit.
Vous déjeunerez.
Rondeau Enigmatique.
En noirs cachots ,&hideufe
clôture ,
Vite amenezpar normande voiture
Sont àParis prifonniers innocens :
هللا
GALANT. 307
Si que pourets dans la Geole
gißans
Attendent , las ! leur derniere
avanture.
Dignes Canforts de leur déconfiture
,
Vieux Montagnards de traiſtreſſe
nature
Jadévouez,font auſſi croupiſſans
En noirs cachots.
Les bons Caprifs , Ami , fi
d'avanture ,
Ton defir eft voir mettre à
ود
la tor-
Viens : &soudain tu les verras
iffans
De leur prifon , aux Accoints
Ceij
308 MERCURE
1 gaudiſſans
Faire allegreffe , &prendre fepalture
En noirs cachots.
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229
p. 297-299
ENIGME.
Début :
Devinez à present, si vous pouvez, le mot de celles-cy. / Je me plais dans tous sexe, & suis de tous estats [...]
Mots clefs :
Cheveu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Devinez à preſent , ſi vous
pouvez,le mot de celles-cy.
ENIGME.
Je me plaisdans tous sexe,&
Suis de tous estats ३
En toutpaïs on me voit naiſtre.
Pour moi les animaux ont aussi des
appas,
298 MERCURE
Et c'est même chez eux qu'on me
voit pplluussppaaroiſtre ,
Mais alors je change de nom
Et c'est avec quelque raiſon
Puisque j'y suis méconnoiſſable ,
Tantoft foible , tantoft plus fort,
Quelquefois laid & quelquefois
aimable.
Al'hommej'ay causé plus d'unefois
la mort.
Jesuis lefondement d'un galand
édifice ,
Fourniſſant à l'amour & mille &
mille traits.
Feſers de chaisne à son caprice.
Quoyque témoin des plus cruels
:
forfaits.
En quelques lieux ou regne une
exacte justice.
Jusques ici l'on ne m'a vûjamais
Entraiſner au fupplice.
GALANT. 299
Tres-fouvent on me livre an pouvoir
d'un bourreau ,
Maisjen'endeviensqueplus beau,
Quoyqu'il me mette à la torture.
Enfin ce qui nous doit encore plus
: étonner ,
C'estque l'art cherche à me donner
Ce qu'avec peine l'on endure ,
Que je tienne de la nature.
pouvez,le mot de celles-cy.
ENIGME.
Je me plaisdans tous sexe,&
Suis de tous estats ३
En toutpaïs on me voit naiſtre.
Pour moi les animaux ont aussi des
appas,
298 MERCURE
Et c'est même chez eux qu'on me
voit pplluussppaaroiſtre ,
Mais alors je change de nom
Et c'est avec quelque raiſon
Puisque j'y suis méconnoiſſable ,
Tantoft foible , tantoft plus fort,
Quelquefois laid & quelquefois
aimable.
Al'hommej'ay causé plus d'unefois
la mort.
Jesuis lefondement d'un galand
édifice ,
Fourniſſant à l'amour & mille &
mille traits.
Feſers de chaisne à son caprice.
Quoyque témoin des plus cruels
:
forfaits.
En quelques lieux ou regne une
exacte justice.
Jusques ici l'on ne m'a vûjamais
Entraiſner au fupplice.
GALANT. 299
Tres-fouvent on me livre an pouvoir
d'un bourreau ,
Maisjen'endeviensqueplus beau,
Quoyqu'il me mette à la torture.
Enfin ce qui nous doit encore plus
: étonner ,
C'estque l'art cherche à me donner
Ce qu'avec peine l'on endure ,
Que je tienne de la nature.
Fermer
230
p. 297-299
ENIGME.
Début :
Essayez à present, Mademoiselle, de deviner les Enigmes / Je peux tout transporter sans aucun . attelage, [...]
Mots clefs :
Mer
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Essayez à present
,
Mademoisselle,
dedeviner les Enigmes
de ce mois. Je vous apnonce
par avance qu'elles font
sort difficiles&qu'ellesnefont
point de la façon d'un Monsieur
qui prit il y a quelques
jours la peine de m'en envoïer
fous son nom,deux,qu'il avoit
eu la bonté de copier dans un
Livre. 1
ENIGME.
sepeux touttransporter sans -lacun
attelage,
Mes enfansfont toujours baptisez
- sans ,Parrain,
Onseplaît à me voirquand, le ciel
est ferain,
on ne m'aimepasfixe, onme craint
trop volage.
On failpar monsecours & maint
& maint pillage , A mon courroux fougueux nul ne
peutmettreun frain,
Ma mniicfit*fîtaejfrojpar son ton.
nant +
refrain
Les tremblants Citoyens de Forests
sans feüillage.
De moyJipeu qu'on dit on n'en a.
pas un brin,
Tour détruire ma raceon a recours
1/(1, crin
A la gloire,aux tressors onpeutpar
incygré tenare.
ilArrive/otrvcnt que j'y conduis
bon train;
Souvent j'avalle AMJfl mieux qu'un
Monstre marin,
L'laviede deices.biens qui vientpour surprendre.
,
Mademoisselle,
dedeviner les Enigmes
de ce mois. Je vous apnonce
par avance qu'elles font
sort difficiles&qu'ellesnefont
point de la façon d'un Monsieur
qui prit il y a quelques
jours la peine de m'en envoïer
fous son nom,deux,qu'il avoit
eu la bonté de copier dans un
Livre. 1
ENIGME.
sepeux touttransporter sans -lacun
attelage,
Mes enfansfont toujours baptisez
- sans ,Parrain,
Onseplaît à me voirquand, le ciel
est ferain,
on ne m'aimepasfixe, onme craint
trop volage.
On failpar monsecours & maint
& maint pillage , A mon courroux fougueux nul ne
peutmettreun frain,
Ma mniicfit*fîtaejfrojpar son ton.
nant +
refrain
Les tremblants Citoyens de Forests
sans feüillage.
De moyJipeu qu'on dit on n'en a.
pas un brin,
Tour détruire ma raceon a recours
1/(1, crin
A la gloire,aux tressors onpeutpar
incygré tenare.
ilArrive/otrvcnt que j'y conduis
bon train;
Souvent j'avalle AMJfl mieux qu'un
Monstre marin,
L'laviede deices.biens qui vientpour surprendre.
Fermer
231
p. 262-264
AUTRE.
Début :
Mon pouvoir fait souvent trembler Mardix & Furne, [...]
Mots clefs :
Eau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Mon pouvoirfait souvent trembler
Mardik Furne ,
Triomphant me reprit jadis
Timoleon ;
F'étois d'un grand usage à Saint
• Pantaleon ,
Et battis bien Enée avant qu'il
occit Turne,
GALANT 263
Quelquefois on me voit aux rives
du Vulturne
Mollement embraffer Amarante ou
Cleon;
1 Je n'étois point du goût de l'Empe-
C
reur Leon ,
En certain temps jeſuis plus froide
لا
que Saturne.
11
Dansson plusbel exploit je ſoutenois
Hector,
Use de moy qui veut parler comme
• Neftor ,
Pour mon reposj'opine à rétablir
• Dunkerque.
Preſque par tout je cours & dors
moins qu'un • Argus ,
Souvent je suis plus fiere encore
qu'un • Albukerque ,
Et nourris des Geants plus grands
que Feragus .
264 MERCURE
Devinez ces Enigmes , Monfiur,
file coeur vous en dit , &
hâtez vous aprés cela d'expedier
le reſte des matieres de ce
Volume.
Mon pouvoirfait souvent trembler
Mardik Furne ,
Triomphant me reprit jadis
Timoleon ;
F'étois d'un grand usage à Saint
• Pantaleon ,
Et battis bien Enée avant qu'il
occit Turne,
GALANT 263
Quelquefois on me voit aux rives
du Vulturne
Mollement embraffer Amarante ou
Cleon;
1 Je n'étois point du goût de l'Empe-
C
reur Leon ,
En certain temps jeſuis plus froide
لا
que Saturne.
11
Dansson plusbel exploit je ſoutenois
Hector,
Use de moy qui veut parler comme
• Neftor ,
Pour mon reposj'opine à rétablir
• Dunkerque.
Preſque par tout je cours & dors
moins qu'un • Argus ,
Souvent je suis plus fiere encore
qu'un • Albukerque ,
Et nourris des Geants plus grands
que Feragus .
264 MERCURE
Devinez ces Enigmes , Monfiur,
file coeur vous en dit , &
hâtez vous aprés cela d'expedier
le reſte des matieres de ce
Volume.
Fermer
232
p. 303-305
Avis aux Sçavans.
Début :
M. le Duc de la Force, Protecteur de l'Académie Royale des Belles Lettres [...]
Mots clefs :
Duc, Bordeaux, Glace
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avis aux Sçavans.
Avis aux Sçavans.
M. le DUC de la Force, Protcihur
deF'AcadémieRoyale des BellesLettres,
Sciences & Artspro¡ofla tous
lesSçavans de /'EuropeunPrix qu'il
renouvelle tous lesans; c'ejluneMédaillé
d'Or de la valeur de trois cens
livres au moins) ou font gravées
d'uncotésesArmess& de l'autre,
la DevisedelyAcadémie.
Cette Compagnie à qui M. le Duc
de la Force remet le foin de choisir
lefîjetsur lequelon doit travailler',-&
le droit de decider du mérité
des Ouvrages quiferont envoyez)
avertitle Publicquelledejline ce
Prix à celuy qui donnera le Syjlème
le plusprobable sur la formation
de laGlace, &qui expliquera de le
maniéré laplus vray-fcmblablefis
divers Phenomenes. ilfera dijlribué
le premier ou fécond jour du
moisue May milsept cent jèize.
Iiftra libre d'envoyyeerr llee.s, DDiijf~feêrr--
tll/ions en François ou en Latin ;ellleessnnee-
f, eront reçues que jusquau
u
premierjourdeMars inclusivement.
Cellesqui arriverontplustard n'entreron{
pasenconcours.
Au bas des Dijfert/jonf il-Y aura
une SSeenntteennccee, &
1Auteur mettra
;. 1. dans unBilletseparédrcacheté, la
même Sentence, avecfin nom &
son adrejïe.
Ceux qui envoyerontleqrsOuyra*
ges, les adrejferonta Mefjleurs de
rAcadémie Royale de Bordeaux, ou
au Sieur Brun,Imprimeur de cette
CCoommpagnie,ruéS.Jameesç,&aauuront;
foin defaireaffranchitdeportJeur*
Paquets ,ft/JI quoy ils neftrontpas
retire^
rttireZdit Courrier. A Bordeaux et
r vingt-cinquièlme Aoû, t 1715.
M. le DUC de la Force, Protcihur
deF'AcadémieRoyale des BellesLettres,
Sciences & Artspro¡ofla tous
lesSçavans de /'EuropeunPrix qu'il
renouvelle tous lesans; c'ejluneMédaillé
d'Or de la valeur de trois cens
livres au moins) ou font gravées
d'uncotésesArmess& de l'autre,
la DevisedelyAcadémie.
Cette Compagnie à qui M. le Duc
de la Force remet le foin de choisir
lefîjetsur lequelon doit travailler',-&
le droit de decider du mérité
des Ouvrages quiferont envoyez)
avertitle Publicquelledejline ce
Prix à celuy qui donnera le Syjlème
le plusprobable sur la formation
de laGlace, &qui expliquera de le
maniéré laplus vray-fcmblablefis
divers Phenomenes. ilfera dijlribué
le premier ou fécond jour du
moisue May milsept cent jèize.
Iiftra libre d'envoyyeerr llee.s, DDiijf~feêrr--
tll/ions en François ou en Latin ;ellleessnnee-
f, eront reçues que jusquau
u
premierjourdeMars inclusivement.
Cellesqui arriverontplustard n'entreron{
pasenconcours.
Au bas des Dijfert/jonf il-Y aura
une SSeenntteennccee, &
1Auteur mettra
;. 1. dans unBilletseparédrcacheté, la
même Sentence, avecfin nom &
son adrejïe.
Ceux qui envoyerontleqrsOuyra*
ges, les adrejferonta Mefjleurs de
rAcadémie Royale de Bordeaux, ou
au Sieur Brun,Imprimeur de cette
CCoommpagnie,ruéS.Jameesç,&aauuront;
foin defaireaffranchitdeportJeur*
Paquets ,ft/JI quoy ils neftrontpas
retire^
rttireZdit Courrier. A Bordeaux et
r vingt-cinquièlme Aoû, t 1715.
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233
p. 170-171
De Constantinople. [titre d'après la table]
Début :
Les dernieres lettres de Constantinople portent que dans l'incendie [...]
Mots clefs :
Incendie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Constantinople. [titre d'après la table]
Les dernieres lettres de Conſtantinople
portent que dans
l'incendie qui yeſt arrivée le
mois de Juillet dernier , neuf
GALANT. 171
grandes Moſquées , & quatre
petites ont été brûlées , treize
Ecoles , & huit grands Carawanfarais
, édifices publics deſtinez
à loger les étrangers ,
trois grands bains publics , &
trois bâtimens avec pluſieurs
fontaines publiques
fours publics,deux mil fix cens
treize
maiſons de Turcs, & fept mil
cent cinquante ſept de Chrêtiens
, un grand nombre de
Turcs & de Chrêtiens ont auffi
péri dans cette incendie.
portent que dans
l'incendie qui yeſt arrivée le
mois de Juillet dernier , neuf
GALANT. 171
grandes Moſquées , & quatre
petites ont été brûlées , treize
Ecoles , & huit grands Carawanfarais
, édifices publics deſtinez
à loger les étrangers ,
trois grands bains publics , &
trois bâtimens avec pluſieurs
fontaines publiques
fours publics,deux mil fix cens
treize
maiſons de Turcs, & fept mil
cent cinquante ſept de Chrêtiens
, un grand nombre de
Turcs & de Chrêtiens ont auffi
péri dans cette incendie.
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234
p. 257-258
ENIGME.
Début :
Je suis cheri de tous, un chacun me revere, [...]
Mots clefs :
Or
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME .
Jesuis cheri de tous , un chacun
me revere ,
Et l'on porte si loin le defir de
m'avoir ,
Qu'on va planter le fer jusqu'au
fein desa mere
Pour me rangerfous fon pouvoir.
F'entretiens le commence & l'amitié
des hommes ,
Bien que je cause aujji le defordre
&l'effroy ,
Et les plus puissans Roys dansle
Siecle où nous sommes ,
Janvier 1716 . Y
258 MERCURE
Nesçauroientse paſſer de moy.
Devinezqui je suis esprit incomparable
,
Quand vous aurez le temps d'y
penser à loisir ,
Alors vous m'avouërez un remede
admirable
Pour vivrefelon fon plaisir.
Jesuis cheri de tous , un chacun
me revere ,
Et l'on porte si loin le defir de
m'avoir ,
Qu'on va planter le fer jusqu'au
fein desa mere
Pour me rangerfous fon pouvoir.
F'entretiens le commence & l'amitié
des hommes ,
Bien que je cause aujji le defordre
&l'effroy ,
Et les plus puissans Roys dansle
Siecle où nous sommes ,
Janvier 1716 . Y
258 MERCURE
Nesçauroientse paſſer de moy.
Devinezqui je suis esprit incomparable
,
Quand vous aurez le temps d'y
penser à loisir ,
Alors vous m'avouërez un remede
admirable
Pour vivrefelon fon plaisir.
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235
p. 258-259
AUTRE.
Début :
En batonnant ma mere on me sort de son sein, [...]
Mots clefs :
Blé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Enbatonnantma mere onmefort
defonsein ,
Et par un avare deſſein
Sans que je fois coupable , on me
metſous la roûe ;
Là l'on me fait souffrir ,&je ne
Sçaypourquoy ,
Etfans avoirpitié de moy ,
Chacun à qui mieux mieux à mes
dépens se jove.
Aprés m'avoir réduit plusqu'en
petits morceaux ,
t
GALAND. 259
On me met en pluſieurs monceaux ,
On me broye , on me tourne , on me
coupe , on m'entame ,
Et ces coeurs plus cruels que le Loup
raviſſant ,
Encore quejefois innocent,
Aprés m'avoir roué mejettentdans
laflame.
Bref m'ayant fait souffrir cent
Supplices ardens ,
On me déchire à belles dens ,
Nespachant plus comment exercer
voſtre envie ,
O ! trop ingrats mortels finiſſez
mon ennuy ,
Et ceßezd'affliger celuy
Qui n'ajamais rien fait que vous
donner la vie.
Ces deux Enigmes ſont faites
par l'aimable Guibour de la ruë
S. Honoré.
Enbatonnantma mere onmefort
defonsein ,
Et par un avare deſſein
Sans que je fois coupable , on me
metſous la roûe ;
Là l'on me fait souffrir ,&je ne
Sçaypourquoy ,
Etfans avoirpitié de moy ,
Chacun à qui mieux mieux à mes
dépens se jove.
Aprés m'avoir réduit plusqu'en
petits morceaux ,
t
GALAND. 259
On me met en pluſieurs monceaux ,
On me broye , on me tourne , on me
coupe , on m'entame ,
Et ces coeurs plus cruels que le Loup
raviſſant ,
Encore quejefois innocent,
Aprés m'avoir roué mejettentdans
laflame.
Bref m'ayant fait souffrir cent
Supplices ardens ,
On me déchire à belles dens ,
Nespachant plus comment exercer
voſtre envie ,
O ! trop ingrats mortels finiſſez
mon ennuy ,
Et ceßezd'affliger celuy
Qui n'ajamais rien fait que vous
donner la vie.
Ces deux Enigmes ſont faites
par l'aimable Guibour de la ruë
S. Honoré.
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236
p. 73-74
AUTRE du Solitaire malgré luy.
Début :
Qui croiroit que je suis pucelle [...]
Mots clefs :
Vigne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE du Solitaire malgré luy.
AUTRE
du Solitaire malgré luy.
Qui croiroitquejefuispucelie
A voir le grand nombre d'enfans
Quisortent de moi tous les ans?
Cependant9 Lefleur, jefuis telle. oS Je dois cette fecondité.
-
Auxfoins que prend de moi mon
Afaijire,
Mais peu de temps après le
traistre
M'en dépouillé avec cruauté.
Il les tire de mes enuailles,
Les écrase, &*> boit, tout leur
fan& :-
C'est éiinfîcjuinhumainement.
Il célébré leurs funerailles.
du Solitaire malgré luy.
Qui croiroitquejefuispucelie
A voir le grand nombre d'enfans
Quisortent de moi tous les ans?
Cependant9 Lefleur, jefuis telle. oS Je dois cette fecondité.
-
Auxfoins que prend de moi mon
Afaijire,
Mais peu de temps après le
traistre
M'en dépouillé avec cruauté.
Il les tire de mes enuailles,
Les écrase, &*> boit, tout leur
fan& :-
C'est éiinfîcjuinhumainement.
Il célébré leurs funerailles.
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237
p. 75-80
Nouvelle Relation de Barcelone, du 15. Janvier 1716.
Début :
La nuit du seiziéme du mois de Decembre, un vent [...]
Mots clefs :
Vent, Equipage, Barcelone
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelle Relation de Barcelone, du 15. Janvier 1716.
Nouvelle Relation de Barcelone,,
du15.Janvier 171c.
La nuit du seiziéme du
mois de Décembre ,un vent
de Nord-d'Est forcé, arracha
de ce Port douze Bâcimtflcs
ancrez & amarrez à terre. Le
Navire appelle Je Violent,
Hollandais, de la charge d'en*
viron douze mille quintaux,
rompit le premier & tomba
sur celuy du sieur Abeille
François, qui coula à fonds
s l'équipage au nombre de
vingt-deux hommes s'étant
mis en devoir d'abandonner,
futmalheureufemebtfubmçfgé,
excepte six Matelots. Les
Navires des ficursRichard, &
Feraud aussi Françoisfirent
naufrage dans le même Pors; j
les équipages sesauverent au
moyen de leurs Chaloupes.
Les Angloisont perdu quatre
de LursVaisseaux
,
deux defquelsétoient
chargez de grains
& de balots de marchandises;
le même coup de vent les jctra
sur les rochers, avec deux
-
Vaisseaux Hollandois qui avoient
partie de leur -carguai
son, les équipages ont cfté prefquçtous
sauvez. Onfort mention
3e plusieurs autres petits
Bâcimens qui ont peri pendant
la même nuit
, ceux qui onc
tenu fort pour raison de leurs
cablesont esté considérablement
endommagez. Les Marins
du Pays avouent que
d'aucun temps il ne s'est paffe
une femblablc tempête-, &
qu'il n'y a point d'exemple
qu'il se Toit perdu dans le Port
de Barcelone, des Navires.
3 Le vent de Nord-d'Est qui
a souflé avec la même.impc
tuoficé verslaCofted'EPpagne,
a fait périr trois bârimcnt5
François, celuy du sieusDuval
parti de MarseilleRichement
chargé pour Alicant a
peri sur Calpé à cinq htûcs de
Dénia, le Capitaine ,CesOfficiers
,
dix huit Matelots &
une quantitéde passagers se
font submergez,il n'y a. eû
que six pet sonnes de fàuvé
, on
n'aretiré de ce naufrage que
quelques balots que les gens du
pays ont mis au pillage.
Le Pjnque du PatronCornil
qui avoit chargé à Carragenc
des grains, ayant cité attaque
du mciïîe coup de venr, jetta
fesançresàunmille deCuillera
dans le Golfe de Valence;
mais la grosse Mer fit échouer
& brifer ce bâtiment,l'équipage
a malheureusement péri
avec quelques Religieux François
,
& deux familles Eagnoles
qui paoicm à Barcelone.
-
G iiij
La Tartane du Patron Jacques
a eû le mêmefortdans le
Golfede Valence,exceptéque
l'équipage s'est presquetout
fauvé.
Il ya cû égalementplusieurs
Bâtiments du pays qui ont peri
aux Costesd'Espagne
du15.Janvier 171c.
La nuit du seiziéme du
mois de Décembre ,un vent
de Nord-d'Est forcé, arracha
de ce Port douze Bâcimtflcs
ancrez & amarrez à terre. Le
Navire appelle Je Violent,
Hollandais, de la charge d'en*
viron douze mille quintaux,
rompit le premier & tomba
sur celuy du sieur Abeille
François, qui coula à fonds
s l'équipage au nombre de
vingt-deux hommes s'étant
mis en devoir d'abandonner,
futmalheureufemebtfubmçfgé,
excepte six Matelots. Les
Navires des ficursRichard, &
Feraud aussi Françoisfirent
naufrage dans le même Pors; j
les équipages sesauverent au
moyen de leurs Chaloupes.
Les Angloisont perdu quatre
de LursVaisseaux
,
deux defquelsétoient
chargez de grains
& de balots de marchandises;
le même coup de vent les jctra
sur les rochers, avec deux
-
Vaisseaux Hollandois qui avoient
partie de leur -carguai
son, les équipages ont cfté prefquçtous
sauvez. Onfort mention
3e plusieurs autres petits
Bâcimens qui ont peri pendant
la même nuit
, ceux qui onc
tenu fort pour raison de leurs
cablesont esté considérablement
endommagez. Les Marins
du Pays avouent que
d'aucun temps il ne s'est paffe
une femblablc tempête-, &
qu'il n'y a point d'exemple
qu'il se Toit perdu dans le Port
de Barcelone, des Navires.
3 Le vent de Nord-d'Est qui
a souflé avec la même.impc
tuoficé verslaCofted'EPpagne,
a fait périr trois bârimcnt5
François, celuy du sieusDuval
parti de MarseilleRichement
chargé pour Alicant a
peri sur Calpé à cinq htûcs de
Dénia, le Capitaine ,CesOfficiers
,
dix huit Matelots &
une quantitéde passagers se
font submergez,il n'y a. eû
que six pet sonnes de fàuvé
, on
n'aretiré de ce naufrage que
quelques balots que les gens du
pays ont mis au pillage.
Le Pjnque du PatronCornil
qui avoit chargé à Carragenc
des grains, ayant cité attaque
du mciïîe coup de venr, jetta
fesançresàunmille deCuillera
dans le Golfe de Valence;
mais la grosse Mer fit échouer
& brifer ce bâtiment,l'équipage
a malheureusement péri
avec quelques Religieux François
,
& deux familles Eagnoles
qui paoicm à Barcelone.
-
G iiij
La Tartane du Patron Jacques
a eû le mêmefortdans le
Golfede Valence,exceptéque
l'équipage s'est presquetout
fauvé.
Il ya cû égalementplusieurs
Bâtiments du pays qui ont peri
aux Costesd'Espagne
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238
p. 222-223
ENIGME.
Début :
Figurément je parle ici. [...]
Mots clefs :
Estomac
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
1gurément je parle ici,
Du Magiftrat j'ai quelques
vices ,
en ai quelques vertus auſſi ;
Fai,comme un Magiftrat , me's humears
, mes caprices ,
Jefoiblis , quandjefuis beaucoup
follicité's
MERCURE.
223
Je fuis laborieux , j'ai de la vigilance
,
Dufeu , de la capacité ,
Maisje n'ai point d'intelligenee.
La routinefouvent fait mon habileté
,
J'ajuste à la loipofitive
La justice diftributive ,
Suivant la plus ancienne loi.
Quelquefois de monfac ,quelques
pieces forties
Me démontent, & malgré
moi ,
En rapportant fort mal , je fais
tort aux parties ,
Et j'éprouve le triftefort
Du malheureux mortél queje condamne
à mort.
1gurément je parle ici,
Du Magiftrat j'ai quelques
vices ,
en ai quelques vertus auſſi ;
Fai,comme un Magiftrat , me's humears
, mes caprices ,
Jefoiblis , quandjefuis beaucoup
follicité's
MERCURE.
223
Je fuis laborieux , j'ai de la vigilance
,
Dufeu , de la capacité ,
Maisje n'ai point d'intelligenee.
La routinefouvent fait mon habileté
,
J'ajuste à la loipofitive
La justice diftributive ,
Suivant la plus ancienne loi.
Quelquefois de monfac ,quelques
pieces forties
Me démontent, & malgré
moi ,
En rapportant fort mal , je fais
tort aux parties ,
Et j'éprouve le triftefort
Du malheureux mortél queje condamne
à mort.
Fermer
239
p. 142
ENIGME.
Début :
Par un Arrêt du sort, ainsi que Berenice, [...]
Mots clefs :
Noix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Par un Arrêt du fort , ainfi que Berenice
,
Ainfi que Guillemette; ainſi que Jeanneton,
Que Lucreffe ou que Margoton ,
Ou jeune , ou vieille , il faut que je
periffe ;
Si vielle , l'on m'affomme , il y faut
peu d'appret ;
Si jeune , par un glaive en public cet
Arrest ,
Surmoi pauvrette s'execute :
Quelques minuttes aprés
Auxfervantes , dux laquais,
Aux pvrognes jeſuis en bute:
On n'execute point cet Arret fans noirceur
,
Du coupfatal , frapée , auffi toft on me
naye,
Et ce coup qui meporte au coeur,
Defemelle , me rend malefait pour la
joye.
Par un Arrêt du fort , ainfi que Berenice
,
Ainfi que Guillemette; ainſi que Jeanneton,
Que Lucreffe ou que Margoton ,
Ou jeune , ou vieille , il faut que je
periffe ;
Si vielle , l'on m'affomme , il y faut
peu d'appret ;
Si jeune , par un glaive en public cet
Arrest ,
Surmoi pauvrette s'execute :
Quelques minuttes aprés
Auxfervantes , dux laquais,
Aux pvrognes jeſuis en bute:
On n'execute point cet Arret fans noirceur
,
Du coupfatal , frapée , auffi toft on me
naye,
Et ce coup qui meporte au coeur,
Defemelle , me rend malefait pour la
joye.
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240
p. 184-200
RENTRÉE DES ACADEMIES DES SCIENCES ET DES BELLES LETTRES.
Début :
Le Mardy 6. l'Académie des Inscriptions & de belles Lettres s'étant [...]
Mots clefs :
Académie des inscriptions et belles-lettres, Éloge, Grammairien , Abbé, Assemblée, Dissertation sur le paganisme, Académie des sciences, Physique, Mémoire, Aimant, Auteur ancien, Nature, Philosophie, Fables, Vertus, Temples, Statues, Mahomet, Historiens, Plutarque, Expériences, Charette
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RENTRÉE DES ACADEMIES DES SCIENCES ET DES BELLES LETTRES.
RENTREE DES ACADEMIES
DES SCIENCES ET DES BELLES
LETTRES .
Le Mardy 6. l'Académie des Infcriptions
& des belles1.ettres s'étant
raffemblée , Mr de Boze Sécrétaire
perpetuel lût l'Eloge de feu M
Kufter Affocié : Il entra dans un
grand détail fur les differens Ouvrages
que ce célébre Grammairien
Allemand a donné au Public.
Mr l'Abbé Anfelme fit enſuite
D'AVRI L. 185
part à l'affemblée d'une Differtation
fort étenduë fur les faux Miracles
du Paganifme. Il échapa peu
de traits curieux à cet illuftre
Académicien , j'aurois été fort tenté
d'en donner l'Extrait , mais dominé
par la quantité de matiere qui
me refte , je fuis contraint de m'en
tenir à l'annonce feule.
Mr Falconer le Fils lût enfuite une
differtation hiſtorique & critique ,
fur ce que le Anciens ont crû de
l'Aimant. La circonstance de l'hifto- .
rique & du critique met dans le
reffort de l'Académie des belles
Lettres , une matiere qui appartient
par le Phyfique à l'Academie des
Sciences . Les explications Phyfiques,
foit anciennes , foit modernes
entrent elles - mêmes , comme des
faits dans le Mémoire de M. Falconet
; mais on y voit fur tout un tableau
fçavant & curieux de l'ignorance
& de l'incertitude des premiers
Naturaliftes , auffi- bien que de
la credulité & de la prévention des
anciens peuples. M. Falconet par-
1 Qiij
136 LEMERCURE
court d'abord les noms qu'a eû
l'Aimant dans le cours des fiecles , à
proportion qu'il devenoit plus connu
& plus fameux. Le premier de ces
noms qui eft MAGNETES , fe trouve
dans les Poëfies du faux Orphée, ou
d'Onomacrite : Hippocrate l'a appellé
PIERRE MAGNESIE , Sophocle
PIERRE DE LYDIE , Platon PIERRE
D'HERACLE'E. Ces trois noms vien.
nent de la même fource , c'eft à dire
de la Ville de Magnefie , appellée
auffi Heraclée , fous le mont Sypille
enLydie; ce qui découvre en paffant
la méprife de ceux qui ont appellé
l'Aimant PIERRE D'HERCULE paral
lufion,à la force duHeros de ce nom,
au lieu de l'appeller Pierre d'Heraclée
; conformément à l'origine de
l'Aimant. Arifto e lui a fait plus
d'honneur que tous les autres , en le
nommant PIERRE par excellence :
Cependant le mot MAGNES , qui
n'a pas été le plus ufité chez les
Grecs, a paffé feul chez les Latins.
La proprieté qu'a l'Aimant d'attirer
le fer, paroît avoir été connue de
D'A VRI L. 137
tout tems , & l'onnevoit pas fa naiffan .
ce.Mais celle de repouffer lefer,felon
la difference de fes pôles , eft- beaucoup
moins répandue dans les Auteurs
unpeu anciens. Cependant Plutarque
rapporte que les Egyptiens ſe
reprefentoient l'accord ou le combat
des parties élementaires , fous
le fymbole de l'Aimant , qui tantôt
attire & tantô: repoutle le fer. Marcellus
Empyricus Medecin du grand
Theodofe Auteur peu celebre
d'ailleurs, fait mention auffi de cette
double proprieté , & ces deux paffages
font uniques chez les Anciens
pour ce fait-là ; car tous les autres
Auteurs parlent de l'Aimant qui
attire le fer, & de l'Aimant qui le
répouffe , comme de deux pierres
differentes , dont l'une s'appelloit
MAGNES , & l'autre THEAMEDES .
,
Cependant ces mêmes Anciens
avoient obfervé des Circonstances
affés fines de la vertu de l'Aimant ,
par exemple la communication de
cette vertu au fer même. L'experience
des Anneaux de fer licz
188 LE MERCURË
invifiblement les uns aux autres ,
eft décrite dans Platon. Lucrece ,
Pline , Galien , Nemefius & Saint
Auguftin en parlent . Lucrece & Saint
Auguftin ont allegué de plus la
tranfmiffion des efprits Magnetiques
à travers des Corps étrangers , comme
d'autres metaux & d'autres
pierres, & ils fçavoient l'experience
de la limaille de fer fur une plaque
de cuivre , fans la porter néanmoins
à l'exactitude que nous lui donnons .
Alexandre , Aphrodifée & Claudien
ont dit que l'Aimant & le fer fe
vivifioient mutuellement . C'est de
là que nous avons imaginé les armures
des Aimants pour les fortifier .
L'Illuftre M. Puget à Lion en
avoit un qui par ce fecours étoit en
état de foûtenir 168 fois fon propre
poids. Voilà où fe termine la connoiffance
réelle ou vraye que les
Anciens avoient de l'Aimant ; fa
vertu directrice d'où eft née la
Bouffole ne leur appartenoit point;
ainfi elle n'eit pas de ce memoire :
mais, comme nous l'avons déja dit ,
D'AVRIL. 189
l'Hiftoire des explications Phyfiques
tentées par les Anciens fur les effets
alors connus , entrent dans le deffein
préfent de M Falconet. Thales le
plus ancienPhilofophe de la Grèce ,
appelloit Ame , le Principe de la
Vertu attractive dé l'Aimant. Les
Autheurs d'imagination fe font
longtems contentez de cette idée
Poëtique . Mais l'Ecole de Pythagore
fe rendit plus difficile ; & c'eft
dans fon fein que les Leucippes , les
Philolaus , les Démocrites & les
Timées puiferent les grandes vûes
du Mécanifme. Platon qui n'a
voit à lui aucun fyftême Phyfique ,
avoit emprunté d'eux & en particulier
d'un Livre de Philolaus , l'éxplication
qu'il donne de l'Aimant
dans fon Timée ; Lucrece l'a'traitée
enfuite fur les principes particuliers
de Démocrite : mais Plutarque
l'a mife enfin dans tout fon
jour. La voici. ,, Il n'y a aucune
,, attraction dans la Nature , il s'é
lance de l'Aimant vers le fer
des Corpufcules qui rarefient
و د
190 LE MERCURE
,, l'Air : l'Air rarefié chaffe l'Air
,, voisin , qui revenant par derriere
le fer , le pouffe vers l'ai-
» mant , comme à l'endroit où il
,, y a une espece de vuide . Plutarque
ajoûte que l'Aimant n'agît que
fur le fer , parce qu'il eft le feul
des Métaux dont les pores ayent
une configuration proportionée aux
émanations de la Pierre . Les Ennemis
de la nouvelle Philofophie
combattirent d'abord l'explication
de Defcartes , comme chimerique .
Mais des qu'ils en apperçûrent des
traces dans les vieux Philofophes ,
ils la trouverent excellente & voulurent
faire paffer Descartes pour un
Plagiaire . Platon le feroit autant
que lui mais il y a cette difference
entre les vols de l'un & de l'autre,
que la Phyfique de Platon n'eft qu'-
un amas de differentes Piéces qu'on
ne fçauroit joindre , au lieu que
Descartes a fi bien lié les parties de
fa Phifique , qu'elles paroiffent toutes
de lui. Cela eft vray fur tout de
l'explication de l'Aimant , qui non
D'AVRIL. 191
feulement fatisfait chez lui & à la
Vertu attractive connuedes Anciens,
& à la directrice à laquelle ils ne
penfoient pas , mais qui de plus
entre dans le Systême du monde entier.
Mr Falconet paflant.aux Fables
qu'on a débitées fur l'Aimant , en
diftingue de deux fortes : les unes
ont quelque fondement dans la
Nature ; & les autres n'en ont
aucun. Pour commencer par les
premieres: le BergerMagnes fe fenrit
attaché à l'Aimant par les clous
de fes fouliers , en menant fes Trou.
peaux fur une Montagne fi la
Ville de Magnefie , vraye Patrie de
l'Aimant , n'indiquoit fuffifamment
l'Origine de cette Fable , nous la
refuterions par raiſon Phifique , en
difant que l'Aimant expofé à l'air &
à la pluye fur la fuperficie de la Terre,
perd bien- tôt toute fa Vertu . Cependant
Pline raconte allez ferieufement
qu'auprés du Fleuve Indus
il y a deux Montagnes , dont l'une
arrête & l'autre repouffe ceux qui
192 LE MERCURE
y vont avec
des fouliers garnis
de clous. Ce font , comme l'on
voit, les deux Poles de l'Aimant &
mal entendus & portés à un effet
outré. Les faux miracles de cette
Pierre ont été encore plus grands
dans les Villes. Le fameux Prolemée
avoit entrepris de faire revetir
d'Aimant la Voûte du Temple
d'Arfinoé , pour y fufpendre la Statue
de cette Princeffe. Pline dit que
l'Ouvrage commencé fut interrompu
par la mort de l'Architecte Dinocares
: Aufone nous donne pourtant.
la chofe comme faite. On a conté
la même merveille de la Statuë
du Soleil dans le Temple de Sera
pis à Alexandrie . Rufin qui en a
parlé le premier , ne dit point que la
Statue fut en l'air ; mais Saint Au
guftin avoit oui dire qu'elle étoit
fufpendue entre les Aimants de la
Voûte & ceux du pavé accroiffement
or.linaire du merveilleux.
Maimonides cité par Kircher ,
allégue une autre Statue du Soleil
dans la même pofition fous la voute
du
D'AVRIL 193
du Temple de Belus à Babilone ,
fans parler des Veaux de Jeroboam
fufpendus ainfi , felon le Talmud ;
ce qui fut une des principales caufes
de l'Idolatrie des Ifraëlites .
Quand les Rabbins ne feroient pas
auffi décrédités qu'ils le font en
fait d'Hiftoire , on fait d'ailleurs
qu'on n'est jamais parvenu à faire
tenir une aiguille en équilibre entre
deux Aimants , cependant il regne
encore aujourd'huy une pareille
opinion à l'égard du Tombeau de
Mahomet . Les Turcs mêmes , dit
Bernier , fe mocquent des crédules
Etrangers qui leur en parlent ;
mais Gabriel Bremond dans un
-Voyage curieux écrit en Italien ,
nous donne fur ce fait un dénoûment
qu'on peut appliquer à peu
près à tous les faits femblables de
Ï'Antiquité. ,, Au deffus duTombeau
de Mahomet , dit -il , qui eſt à
""
ر د
terre , comme il convient à un
,, Tombeau , il y a une Pierre d'Aimant
longue & large de deux
» pieds & épaiffe de trois doigts ,
Avril 17170
"
R
194 LE MERCURE
,, à laquelle eft fufpendu un Croif.
و د
,, fant d'or , enrichi de Pierreries ,
par
د د
moyen
le
eft au milieu. Voilà le merveilleux
réduit au vrai.
d'un gros clou qui
""
Les prodiges des Hiftoriens n'ont
point égalé ceux des Géographes . Il
ne coute rien à Ptolomée & aux Ara.
bes Auteurs de la Géographie Nu
bienne de faire arrêter les Vaiffeaux
dans leurs courfes par des rochers
d'Aimant qui en attiroient les cloux.
Auffi , ajoutent-ils , les Habitans des
Indes corrigez par cette expérience
n'emploient dans la conftruction de
leurs Vaiffeaux que des chevilles
de bois le fait eft vrai , mais il
vient de la rareté du fer en ce Païslà.
La vertu directrice de l'Aimant
découverte en ces derniers fiècles ,
fit imaginer à des Géographes une
grande montagne au milieu des
Mers , prés du Pôle qui attiroit
les Vaifleaux vers elle . L'on trouve
cette montagne imaginaire dans
des Cartes qui n'ont gueres plus
de cent ans. C'eft - là que nous pou.
:
D'AVRIL.
195
vons
commencer le fabuleux qui n'a
aucun fondement , & dont le détail
très abregé terminera cet Extrait.
Plutarque a dit que l'Ail émouffoit
la vertu attractive de l'Aimant,
& Pline a cru que l'Aimant n'ofoit
rien attirer en préfence du Diamant
qui attiroit le fer encore mieux
que lui.
L'Aimant ne connoît aujourd'hui
d'autres
Adverfaires , que
la roüille & le feu . La
prétendue
vertu attractive du Diamant , dont
perfonne au monde n'a vu un feul
exemple , a néanmoins été crue fi
long- tems , que la confufion que l'on
a faite du
Diamant & de l'Aimant
à cet égard , a procuré à chacun
d'eux un nom François , qui a pour
étimologie commune ce feul mot
Latin Adamas .
L'exemple de la vertu de l'Aimant
a produit dans
l'imagination
des
Naturaliftes les
differentes vertus
de la Sagde qui attiroit le
bois , de
l'Amphitane qui attiroit
l'or , mais furtout de la Pantarbe
qui fe faifoit rendre hommage par
Rij
196 LE MERCURE
routes les pierres , & qui les attiroit
toutes. On a attribué à l'Aimant
lui-même une vertu attractive
,
générale
ou univerfele
. Albert le
Grand lui fait attirer la chair , les
poiffons , l'huile , le vinaigre & c .
pas à conféquence
:
cela ne tire
Mais Mr Hughens faifoit mouvoir
une régle de cuivre avec un Aimant .
Le R. P. Gouie prétend que des
Bouffoles
où il entre du cuivre ,
détournent
l'aiguille Aimantée . Le
fameux Boyle a vû des Aimans qui
attiroient
foiblement
de petits Diamans
: Il en dit une raifon qui doit
fervir à tous les exemples. Ces
corps contiennent
des parties de
fer ,feul métail reconnu aujourd'hui
à être attiré
propre
par l'Aimant.
Le Mémoire
de M Falconet
finit
proprement
ici ; car il daigne à
peine citer , dans l'ordre même des
erreurs , les propriétez
furnaturelles
de l'Aimant , comme de lier l'amitié
fraternelle
felon le faux Orphée ,
& l'union Conjugale
felon le Medecin
Petrus Hifpanus , depuis Pape
D'AVRIL
197
fous le nom de Jean XXII , de faire
parler les femmes infidelles pendant
le fommeil , felon Marbodeus , ou
de fervir à la Magie , felon les
Gloffes Latriques , citées par
par du
Cange . Ces opinions autrefois pernicieufes
pour les Philofophes les
plus graves , font utiles aujourd'hui
pour divertir toutes fortes de
Lecteurs.
>>
"
و د
Mr l'Abbé Sevin finit la Séance.
par un Difcours intitulé. ,, Recherche
fur l'Hiftoire de la Vie &
des Ouvrages de JUBA le jeune
Roy de Mauritanie. On fçait que
ce Prince fils de Juba I. fut enlevé,
encore enfant par les Romains , &
fervit à orner le Triomphe de Jules
Cefar l'an 708. de Rome. Auguite
ayant pris foin de fon éducation , il
fe rendit fi recommandable par fa
fcience & les talents de l'efprit ,
que Pline ne craint pas de dire , qu'il
étoit encore plus illuftre par cet
avantage que par celui que la Couronne
lui donnoit. On en pourra
juger par la lifte de ſes Ouvrages ci-
Riij
198 LE MERCURE
tés par M. l'Abbé Sevin , qui confiftoient
dans une Hiftoire d'Arabie ,
d'Affirie , de Libye , de l'Empire
Romain , des Théatres , de la Peinture
, des Peintres , outre un Traité
de la Corruption , de la Diction , &
la Defcription d'une Plante, nommée
Euphorbion , qui avoit la proprieté
d'éclaircir laveuë, de garantir de la
morfure des Serpens , & d'empêcher
l'effet de toutes fortes de poifons.
Augufte lui fit époufer Cléopatre
la jeune , fille d'Antoine & de la
belle Cléopatre : c'eft de ce mariage
que nâquit Ptolomée que Caligula
fit mourir. Selon Jofeph , il
ût pour femme Glaphyra veuve
d'un des fils d'Hérode mais cet
Hiftorien s'eft trompé.
Le Mercretly 7. l'Académie des
Sciences fe raſſembla.
Monfieur Delifle le jeune ouvrit
la Séance par la lecture d'un morceau
fort curieux de Phyfique ,
fur une nouvelle proprieté qu'il a
D'AVRIL. 199
remarquée dans les rayons de la
Lumiere. On mettra le Lecteur
en état d'en juger par l'extrait que
l'on en donnera le mois prochain .
M. Venflou lût enfuite un Me.
moire d'Anatomie fur la découverte
qu'il a faite d'une Valvule dans la
Veine Cave defcendente . Il prétend
par le moyen de cette Valvule faire
finir la fameufe Difpute du trou
ovale qui a agité fi lon -tems deux
des plus célébres Anatomiſtes de
ce fiécle , Mrs du Verney & Mery .
Mr Defcamus fit quelques Ex.
périences pour prouver que les
petites roues des caroffes & des
chariots doivent être abandonnées ,
ilfubftituë en leur place des roues
auffi grandes que celles de derriere.
Il montre qu'il faut une force bien
plus petite pour tirer un caroffe ,
ou un chariot dont les quatre rouës
font égales , que lorfque celles de
devant font plus petites . Il démontre
auffi , qu'une charette à quatre roues
égales eft préférable à une charette
à deux rouës.
200 LE MERCURE
Mr de Refton finit la feance par
un Mémoire fur le Salpêtre , qui
fe tire de quantité de Plantes, comme
la Bourache , la Poirée , le
Pourpier. &c.
DES SCIENCES ET DES BELLES
LETTRES .
Le Mardy 6. l'Académie des Infcriptions
& des belles1.ettres s'étant
raffemblée , Mr de Boze Sécrétaire
perpetuel lût l'Eloge de feu M
Kufter Affocié : Il entra dans un
grand détail fur les differens Ouvrages
que ce célébre Grammairien
Allemand a donné au Public.
Mr l'Abbé Anfelme fit enſuite
D'AVRI L. 185
part à l'affemblée d'une Differtation
fort étenduë fur les faux Miracles
du Paganifme. Il échapa peu
de traits curieux à cet illuftre
Académicien , j'aurois été fort tenté
d'en donner l'Extrait , mais dominé
par la quantité de matiere qui
me refte , je fuis contraint de m'en
tenir à l'annonce feule.
Mr Falconer le Fils lût enfuite une
differtation hiſtorique & critique ,
fur ce que le Anciens ont crû de
l'Aimant. La circonstance de l'hifto- .
rique & du critique met dans le
reffort de l'Académie des belles
Lettres , une matiere qui appartient
par le Phyfique à l'Academie des
Sciences . Les explications Phyfiques,
foit anciennes , foit modernes
entrent elles - mêmes , comme des
faits dans le Mémoire de M. Falconet
; mais on y voit fur tout un tableau
fçavant & curieux de l'ignorance
& de l'incertitude des premiers
Naturaliftes , auffi- bien que de
la credulité & de la prévention des
anciens peuples. M. Falconet par-
1 Qiij
136 LEMERCURE
court d'abord les noms qu'a eû
l'Aimant dans le cours des fiecles , à
proportion qu'il devenoit plus connu
& plus fameux. Le premier de ces
noms qui eft MAGNETES , fe trouve
dans les Poëfies du faux Orphée, ou
d'Onomacrite : Hippocrate l'a appellé
PIERRE MAGNESIE , Sophocle
PIERRE DE LYDIE , Platon PIERRE
D'HERACLE'E. Ces trois noms vien.
nent de la même fource , c'eft à dire
de la Ville de Magnefie , appellée
auffi Heraclée , fous le mont Sypille
enLydie; ce qui découvre en paffant
la méprife de ceux qui ont appellé
l'Aimant PIERRE D'HERCULE paral
lufion,à la force duHeros de ce nom,
au lieu de l'appeller Pierre d'Heraclée
; conformément à l'origine de
l'Aimant. Arifto e lui a fait plus
d'honneur que tous les autres , en le
nommant PIERRE par excellence :
Cependant le mot MAGNES , qui
n'a pas été le plus ufité chez les
Grecs, a paffé feul chez les Latins.
La proprieté qu'a l'Aimant d'attirer
le fer, paroît avoir été connue de
D'A VRI L. 137
tout tems , & l'onnevoit pas fa naiffan .
ce.Mais celle de repouffer lefer,felon
la difference de fes pôles , eft- beaucoup
moins répandue dans les Auteurs
unpeu anciens. Cependant Plutarque
rapporte que les Egyptiens ſe
reprefentoient l'accord ou le combat
des parties élementaires , fous
le fymbole de l'Aimant , qui tantôt
attire & tantô: repoutle le fer. Marcellus
Empyricus Medecin du grand
Theodofe Auteur peu celebre
d'ailleurs, fait mention auffi de cette
double proprieté , & ces deux paffages
font uniques chez les Anciens
pour ce fait-là ; car tous les autres
Auteurs parlent de l'Aimant qui
attire le fer, & de l'Aimant qui le
répouffe , comme de deux pierres
differentes , dont l'une s'appelloit
MAGNES , & l'autre THEAMEDES .
,
Cependant ces mêmes Anciens
avoient obfervé des Circonstances
affés fines de la vertu de l'Aimant ,
par exemple la communication de
cette vertu au fer même. L'experience
des Anneaux de fer licz
188 LE MERCURË
invifiblement les uns aux autres ,
eft décrite dans Platon. Lucrece ,
Pline , Galien , Nemefius & Saint
Auguftin en parlent . Lucrece & Saint
Auguftin ont allegué de plus la
tranfmiffion des efprits Magnetiques
à travers des Corps étrangers , comme
d'autres metaux & d'autres
pierres, & ils fçavoient l'experience
de la limaille de fer fur une plaque
de cuivre , fans la porter néanmoins
à l'exactitude que nous lui donnons .
Alexandre , Aphrodifée & Claudien
ont dit que l'Aimant & le fer fe
vivifioient mutuellement . C'est de
là que nous avons imaginé les armures
des Aimants pour les fortifier .
L'Illuftre M. Puget à Lion en
avoit un qui par ce fecours étoit en
état de foûtenir 168 fois fon propre
poids. Voilà où fe termine la connoiffance
réelle ou vraye que les
Anciens avoient de l'Aimant ; fa
vertu directrice d'où eft née la
Bouffole ne leur appartenoit point;
ainfi elle n'eit pas de ce memoire :
mais, comme nous l'avons déja dit ,
D'AVRIL. 189
l'Hiftoire des explications Phyfiques
tentées par les Anciens fur les effets
alors connus , entrent dans le deffein
préfent de M Falconet. Thales le
plus ancienPhilofophe de la Grèce ,
appelloit Ame , le Principe de la
Vertu attractive dé l'Aimant. Les
Autheurs d'imagination fe font
longtems contentez de cette idée
Poëtique . Mais l'Ecole de Pythagore
fe rendit plus difficile ; & c'eft
dans fon fein que les Leucippes , les
Philolaus , les Démocrites & les
Timées puiferent les grandes vûes
du Mécanifme. Platon qui n'a
voit à lui aucun fyftême Phyfique ,
avoit emprunté d'eux & en particulier
d'un Livre de Philolaus , l'éxplication
qu'il donne de l'Aimant
dans fon Timée ; Lucrece l'a'traitée
enfuite fur les principes particuliers
de Démocrite : mais Plutarque
l'a mife enfin dans tout fon
jour. La voici. ,, Il n'y a aucune
,, attraction dans la Nature , il s'é
lance de l'Aimant vers le fer
des Corpufcules qui rarefient
و د
190 LE MERCURE
,, l'Air : l'Air rarefié chaffe l'Air
,, voisin , qui revenant par derriere
le fer , le pouffe vers l'ai-
» mant , comme à l'endroit où il
,, y a une espece de vuide . Plutarque
ajoûte que l'Aimant n'agît que
fur le fer , parce qu'il eft le feul
des Métaux dont les pores ayent
une configuration proportionée aux
émanations de la Pierre . Les Ennemis
de la nouvelle Philofophie
combattirent d'abord l'explication
de Defcartes , comme chimerique .
Mais des qu'ils en apperçûrent des
traces dans les vieux Philofophes ,
ils la trouverent excellente & voulurent
faire paffer Descartes pour un
Plagiaire . Platon le feroit autant
que lui mais il y a cette difference
entre les vols de l'un & de l'autre,
que la Phyfique de Platon n'eft qu'-
un amas de differentes Piéces qu'on
ne fçauroit joindre , au lieu que
Descartes a fi bien lié les parties de
fa Phifique , qu'elles paroiffent toutes
de lui. Cela eft vray fur tout de
l'explication de l'Aimant , qui non
D'AVRIL. 191
feulement fatisfait chez lui & à la
Vertu attractive connuedes Anciens,
& à la directrice à laquelle ils ne
penfoient pas , mais qui de plus
entre dans le Systême du monde entier.
Mr Falconet paflant.aux Fables
qu'on a débitées fur l'Aimant , en
diftingue de deux fortes : les unes
ont quelque fondement dans la
Nature ; & les autres n'en ont
aucun. Pour commencer par les
premieres: le BergerMagnes fe fenrit
attaché à l'Aimant par les clous
de fes fouliers , en menant fes Trou.
peaux fur une Montagne fi la
Ville de Magnefie , vraye Patrie de
l'Aimant , n'indiquoit fuffifamment
l'Origine de cette Fable , nous la
refuterions par raiſon Phifique , en
difant que l'Aimant expofé à l'air &
à la pluye fur la fuperficie de la Terre,
perd bien- tôt toute fa Vertu . Cependant
Pline raconte allez ferieufement
qu'auprés du Fleuve Indus
il y a deux Montagnes , dont l'une
arrête & l'autre repouffe ceux qui
192 LE MERCURE
y vont avec
des fouliers garnis
de clous. Ce font , comme l'on
voit, les deux Poles de l'Aimant &
mal entendus & portés à un effet
outré. Les faux miracles de cette
Pierre ont été encore plus grands
dans les Villes. Le fameux Prolemée
avoit entrepris de faire revetir
d'Aimant la Voûte du Temple
d'Arfinoé , pour y fufpendre la Statue
de cette Princeffe. Pline dit que
l'Ouvrage commencé fut interrompu
par la mort de l'Architecte Dinocares
: Aufone nous donne pourtant.
la chofe comme faite. On a conté
la même merveille de la Statuë
du Soleil dans le Temple de Sera
pis à Alexandrie . Rufin qui en a
parlé le premier , ne dit point que la
Statue fut en l'air ; mais Saint Au
guftin avoit oui dire qu'elle étoit
fufpendue entre les Aimants de la
Voûte & ceux du pavé accroiffement
or.linaire du merveilleux.
Maimonides cité par Kircher ,
allégue une autre Statue du Soleil
dans la même pofition fous la voute
du
D'AVRIL 193
du Temple de Belus à Babilone ,
fans parler des Veaux de Jeroboam
fufpendus ainfi , felon le Talmud ;
ce qui fut une des principales caufes
de l'Idolatrie des Ifraëlites .
Quand les Rabbins ne feroient pas
auffi décrédités qu'ils le font en
fait d'Hiftoire , on fait d'ailleurs
qu'on n'est jamais parvenu à faire
tenir une aiguille en équilibre entre
deux Aimants , cependant il regne
encore aujourd'huy une pareille
opinion à l'égard du Tombeau de
Mahomet . Les Turcs mêmes , dit
Bernier , fe mocquent des crédules
Etrangers qui leur en parlent ;
mais Gabriel Bremond dans un
-Voyage curieux écrit en Italien ,
nous donne fur ce fait un dénoûment
qu'on peut appliquer à peu
près à tous les faits femblables de
Ï'Antiquité. ,, Au deffus duTombeau
de Mahomet , dit -il , qui eſt à
""
ر د
terre , comme il convient à un
,, Tombeau , il y a une Pierre d'Aimant
longue & large de deux
» pieds & épaiffe de trois doigts ,
Avril 17170
"
R
194 LE MERCURE
,, à laquelle eft fufpendu un Croif.
و د
,, fant d'or , enrichi de Pierreries ,
par
د د
moyen
le
eft au milieu. Voilà le merveilleux
réduit au vrai.
d'un gros clou qui
""
Les prodiges des Hiftoriens n'ont
point égalé ceux des Géographes . Il
ne coute rien à Ptolomée & aux Ara.
bes Auteurs de la Géographie Nu
bienne de faire arrêter les Vaiffeaux
dans leurs courfes par des rochers
d'Aimant qui en attiroient les cloux.
Auffi , ajoutent-ils , les Habitans des
Indes corrigez par cette expérience
n'emploient dans la conftruction de
leurs Vaiffeaux que des chevilles
de bois le fait eft vrai , mais il
vient de la rareté du fer en ce Païslà.
La vertu directrice de l'Aimant
découverte en ces derniers fiècles ,
fit imaginer à des Géographes une
grande montagne au milieu des
Mers , prés du Pôle qui attiroit
les Vaifleaux vers elle . L'on trouve
cette montagne imaginaire dans
des Cartes qui n'ont gueres plus
de cent ans. C'eft - là que nous pou.
:
D'AVRIL.
195
vons
commencer le fabuleux qui n'a
aucun fondement , & dont le détail
très abregé terminera cet Extrait.
Plutarque a dit que l'Ail émouffoit
la vertu attractive de l'Aimant,
& Pline a cru que l'Aimant n'ofoit
rien attirer en préfence du Diamant
qui attiroit le fer encore mieux
que lui.
L'Aimant ne connoît aujourd'hui
d'autres
Adverfaires , que
la roüille & le feu . La
prétendue
vertu attractive du Diamant , dont
perfonne au monde n'a vu un feul
exemple , a néanmoins été crue fi
long- tems , que la confufion que l'on
a faite du
Diamant & de l'Aimant
à cet égard , a procuré à chacun
d'eux un nom François , qui a pour
étimologie commune ce feul mot
Latin Adamas .
L'exemple de la vertu de l'Aimant
a produit dans
l'imagination
des
Naturaliftes les
differentes vertus
de la Sagde qui attiroit le
bois , de
l'Amphitane qui attiroit
l'or , mais furtout de la Pantarbe
qui fe faifoit rendre hommage par
Rij
196 LE MERCURE
routes les pierres , & qui les attiroit
toutes. On a attribué à l'Aimant
lui-même une vertu attractive
,
générale
ou univerfele
. Albert le
Grand lui fait attirer la chair , les
poiffons , l'huile , le vinaigre & c .
pas à conféquence
:
cela ne tire
Mais Mr Hughens faifoit mouvoir
une régle de cuivre avec un Aimant .
Le R. P. Gouie prétend que des
Bouffoles
où il entre du cuivre ,
détournent
l'aiguille Aimantée . Le
fameux Boyle a vû des Aimans qui
attiroient
foiblement
de petits Diamans
: Il en dit une raifon qui doit
fervir à tous les exemples. Ces
corps contiennent
des parties de
fer ,feul métail reconnu aujourd'hui
à être attiré
propre
par l'Aimant.
Le Mémoire
de M Falconet
finit
proprement
ici ; car il daigne à
peine citer , dans l'ordre même des
erreurs , les propriétez
furnaturelles
de l'Aimant , comme de lier l'amitié
fraternelle
felon le faux Orphée ,
& l'union Conjugale
felon le Medecin
Petrus Hifpanus , depuis Pape
D'AVRIL
197
fous le nom de Jean XXII , de faire
parler les femmes infidelles pendant
le fommeil , felon Marbodeus , ou
de fervir à la Magie , felon les
Gloffes Latriques , citées par
par du
Cange . Ces opinions autrefois pernicieufes
pour les Philofophes les
plus graves , font utiles aujourd'hui
pour divertir toutes fortes de
Lecteurs.
>>
"
و د
Mr l'Abbé Sevin finit la Séance.
par un Difcours intitulé. ,, Recherche
fur l'Hiftoire de la Vie &
des Ouvrages de JUBA le jeune
Roy de Mauritanie. On fçait que
ce Prince fils de Juba I. fut enlevé,
encore enfant par les Romains , &
fervit à orner le Triomphe de Jules
Cefar l'an 708. de Rome. Auguite
ayant pris foin de fon éducation , il
fe rendit fi recommandable par fa
fcience & les talents de l'efprit ,
que Pline ne craint pas de dire , qu'il
étoit encore plus illuftre par cet
avantage que par celui que la Couronne
lui donnoit. On en pourra
juger par la lifte de ſes Ouvrages ci-
Riij
198 LE MERCURE
tés par M. l'Abbé Sevin , qui confiftoient
dans une Hiftoire d'Arabie ,
d'Affirie , de Libye , de l'Empire
Romain , des Théatres , de la Peinture
, des Peintres , outre un Traité
de la Corruption , de la Diction , &
la Defcription d'une Plante, nommée
Euphorbion , qui avoit la proprieté
d'éclaircir laveuë, de garantir de la
morfure des Serpens , & d'empêcher
l'effet de toutes fortes de poifons.
Augufte lui fit époufer Cléopatre
la jeune , fille d'Antoine & de la
belle Cléopatre : c'eft de ce mariage
que nâquit Ptolomée que Caligula
fit mourir. Selon Jofeph , il
ût pour femme Glaphyra veuve
d'un des fils d'Hérode mais cet
Hiftorien s'eft trompé.
Le Mercretly 7. l'Académie des
Sciences fe raſſembla.
Monfieur Delifle le jeune ouvrit
la Séance par la lecture d'un morceau
fort curieux de Phyfique ,
fur une nouvelle proprieté qu'il a
D'AVRIL. 199
remarquée dans les rayons de la
Lumiere. On mettra le Lecteur
en état d'en juger par l'extrait que
l'on en donnera le mois prochain .
M. Venflou lût enfuite un Me.
moire d'Anatomie fur la découverte
qu'il a faite d'une Valvule dans la
Veine Cave defcendente . Il prétend
par le moyen de cette Valvule faire
finir la fameufe Difpute du trou
ovale qui a agité fi lon -tems deux
des plus célébres Anatomiſtes de
ce fiécle , Mrs du Verney & Mery .
Mr Defcamus fit quelques Ex.
périences pour prouver que les
petites roues des caroffes & des
chariots doivent être abandonnées ,
ilfubftituë en leur place des roues
auffi grandes que celles de derriere.
Il montre qu'il faut une force bien
plus petite pour tirer un caroffe ,
ou un chariot dont les quatre rouës
font égales , que lorfque celles de
devant font plus petites . Il démontre
auffi , qu'une charette à quatre roues
égales eft préférable à une charette
à deux rouës.
200 LE MERCURE
Mr de Refton finit la feance par
un Mémoire fur le Salpêtre , qui
fe tire de quantité de Plantes, comme
la Bourache , la Poirée , le
Pourpier. &c.
Fermer
241
p. 142-144
Division de la Moscovie.
Début :
Elle s'étend vers le Septentrion jusqu'à la Mer [...]
Mots clefs :
Moscovie, Mer, Amour, Division
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Division de la Moscovie.
Division de la Moscovie.
Elle s'étend vers le Septentrion
jusqu'à la Mer
Glaciale, elle a du côté du
Historique.
143
Levant, la Mer de Tarta-
rie, ou la Mer d'Amour;
Au Midi, le Fleuve A-
mour, le petit Tanais, les
Rivieres de Doma & Piola,
avecla petite Tartarie:
Au couchant, le Boristhe-
ne, le Narva, les Terres
de Pologne, de Suéde &
de Norvege. Sa longueur
de Kola a Astracan sur la
Mer Morte, est de plus de
600 lieuës, & sa largeur
d'Occident en Orient,
depuis les frontieres de
Finlande & de Livonie,
jusqu'à la Mer d'Amour
est de plus de mille lieuës.
Ce vaste Empire peut
Relation
144
comprendre environ
50
Provinces, dont les unes
ont titre de Royaume &
les autres de Duché.
Elle s'étend vers le Septentrion
jusqu'à la Mer
Glaciale, elle a du côté du
Historique.
143
Levant, la Mer de Tarta-
rie, ou la Mer d'Amour;
Au Midi, le Fleuve A-
mour, le petit Tanais, les
Rivieres de Doma & Piola,
avecla petite Tartarie:
Au couchant, le Boristhe-
ne, le Narva, les Terres
de Pologne, de Suéde &
de Norvege. Sa longueur
de Kola a Astracan sur la
Mer Morte, est de plus de
600 lieuës, & sa largeur
d'Occident en Orient,
depuis les frontieres de
Finlande & de Livonie,
jusqu'à la Mer d'Amour
est de plus de mille lieuës.
Ce vaste Empire peut
Relation
144
comprendre environ
50
Provinces, dont les unes
ont titre de Royaume &
les autres de Duché.
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242
p. 144-146
Qualitez du Pays.
Début :
L'air de Moscovie est extrémement froid, principalement vers le [...]
Mots clefs :
Pays, Moscovie, Forêts, Loups, Froid, Air
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texteReconnaissance textuelle : Qualitez du Pays.
Qualitez du Pays.
L'air de Moscovie est
extrémement froid, principalement
vers le Nord.
Le Pays en general est
rempli & couvert de
Forests, de Marais, de
Lacs & de Rivieres : Les
Terres ne laissent pas d'e-
tre extremement fertiles
sur tout vers la partie Me-
ridionale: Il y croît toute
sorte de legumes, & des
Melons excellents : On
trouve dans le Royaume
de
Historique.
145
de Cassan, une Plante fort
singuliere qui croît com-
me un gros concombre
velu, & qui semble ron-
ger toutes les herbes qui
sont autour de ſa tige; les
Loups la mangent avec a-
vidité, parce qu'elle res-
semble a un petit Agneau.
La Moscovie abonde en
chanvre & en lin, l'on y
découvre tant de Miel &
de Cire, même dans les
Bois, qu'outre la quanti-
te prodigieuse que les Peu-
ples en employent à faire
leur Hydromel, à brûler
des Cierges & Bougies,
ils en vendent plus de 30
Relation
146
mille quintaux, tous
les ans, aux Etrangers.
Ces Forests nourrissent un
nombre infini d'Ours, de
Loups, de Linx, de Ti-
gres, de Renards, de Mar-
tres & de Zibelines, dont
les fourures produisent
plus d'un million d'or
chaque année.
La Langue de ces Peu-
ples, est un Dialecte de
l'Esclavone.
L'air de Moscovie est
extrémement froid, principalement
vers le Nord.
Le Pays en general est
rempli & couvert de
Forests, de Marais, de
Lacs & de Rivieres : Les
Terres ne laissent pas d'e-
tre extremement fertiles
sur tout vers la partie Me-
ridionale: Il y croît toute
sorte de legumes, & des
Melons excellents : On
trouve dans le Royaume
de
Historique.
145
de Cassan, une Plante fort
singuliere qui croît com-
me un gros concombre
velu, & qui semble ron-
ger toutes les herbes qui
sont autour de ſa tige; les
Loups la mangent avec a-
vidité, parce qu'elle res-
semble a un petit Agneau.
La Moscovie abonde en
chanvre & en lin, l'on y
découvre tant de Miel &
de Cire, même dans les
Bois, qu'outre la quanti-
te prodigieuse que les Peu-
ples en employent à faire
leur Hydromel, à brûler
des Cierges & Bougies,
ils en vendent plus de 30
Relation
146
mille quintaux, tous
les ans, aux Etrangers.
Ces Forests nourrissent un
nombre infini d'Ours, de
Loups, de Linx, de Ti-
gres, de Renards, de Mar-
tres & de Zibelines, dont
les fourures produisent
plus d'un million d'or
chaque année.
La Langue de ces Peu-
ples, est un Dialecte de
l'Esclavone.
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243
p. 176-210
ENTRÉE DE S. M. CZARIENNE, en France.
Début :
LE 20 d'Avril un Officier du Czar se rendit à Dunkerque, [...]
Mots clefs :
Entrée, France, Roi, Tsar, Prince, Duc, Pierre Ier de Russie, Maréchal, Gardes, Carosse, Chambre, Officiers, Seigneurs moscovites, Chambre, René de Froulay de Tessé, Matin, Porte, Portière, Régent, Corps, Monarque, Suisses, Visite, Boris Ivanovitch Kourakine, François de Neufville de Villeroy, Marche, Carrosses, Duchesse, Dunkerque, Palais
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texteReconnaissance textuelle : ENTRÉE DE S. M. CZARIENNE, en France.
ENTRÉE
DE S. M. CZARIENNE,
en France.
LE 20 d'Avril un Officier du
Czar se rendit à Dunkerque,
pour regler avec Mr du Libois Gen-
tilhomme ordinaire, la maniere
dont ce Prince seroit reçù. Il fut
convenu qu'il entreroit dans tou-
tes les Villes au bruit d'une triple
décharge de Canon, qu'il seroit
complimenté par les Magistrats,
qu'il auroit à sa Porte une Garde
Historique.
37
d'environ 30 hommes sans Dra-
peaux ni Tambours, & qu'on lui
donneroit une escorte de 15 Cava-
liers.
Le z1 M. du Libois étant allé
au devant de S. M. Cz. qu'elle
trouva à Zudcot, Terre de France,
& sur le chemin de Nieuport à
Dunkerque, la complimenta au
noin du Roy & de Monseigneur
le Duc Regent. Le 22 le Czar arri-
va à Dunkerque où il fut reçû, com-
me il l'avoit demandé, avec tous
les honneurs dûs aux Têtes cou-
ronnées. Ce Prince, pendant un
sejour de trois jours, visira exacte-
ment tous les anciens Quvrages dé-
molis, & les nouveaux Trayaux de
Mardick qu'il observa avec grand
soin; on fit jouer les Ecluses, dont
l'Art l'étonna fort.
Le 24. il desira voir la revue
des Troupes de la Garnison, elles
firent differents exercices, soit pour
l'attaque, soit pour la deffense d'u-
ne Place, &c.
Le 25. il partit de Dunkerque &
178
Relation
vint coucher à Calais où M. de
Mailly Marquis de Neelle qui y a-
voit eté envoye, le complimenta
de la part du Roy. Ce Seigneur fut
accueilli par S. M. Cz. avec toute
les marques de distinction dûes à sa
naissance, il a eû l'honneur de l'ac-
compagner depuis Calais jusqu'à
Paris, & de manger plusieurs fois
avec elle. Le Czar ſéjourna a Ca-
lais juſqu'au 4 de May, il y fit ses
Pâques & s'occupa à examiner, se-
lon sa coûtume, les Fortifications,
le Port, la Marine, &c. Le même
jour il vint coucher à Boulogne, le
5. à Abbeville, où il alla voir les
belles Manufactures de Draps fins, le
6. à Breteuil, & le 7. à Beaumont,
n'ayant pas voulu s'arreſter à A-
miens, ni à Beauvais, quoique tout
fut dispose pour l'y recevoir selon
son rang. M. l'Evèque de Beauvais
avoit même fait une dépense ex
traordinaire, dans l'attente que ce
Prince dineroit au Palais Episcopal;
mais, comme on lui representa
que s'il passoit outre , il féroit trés-
Historique.
179
mauvaise chere, il répondit, je suis
un Soldat, & pourvu que je trouve
du Pain & de la Biere, je suis con-
tent,
M. le Maréchal de Tessé qui l'at-
tendoit à Beaumont, depuis deux
jours, avec six carosses à 6 Chevaux,
(toute sa livrée magnifiquement ha-
billée) complimenta le Czar au nom
du Roy, & l'engagea à recevoir le
diner qu'on lui avoit preparé. Il y
fur traité splendidement & servi
par les Officiers de S. M. Mr. de
Livry Premier Maistre d'Hostel,
M. de Verton Maistre d'Hostel or-
dinaire, & M. de Cresmes Con-
trôleur de la Maiſon du Roy, s'y
étoient rendus, suivis de plusieurs
Officiers de la Bouche, pour or-
donner du repas.
Le Czar étant parti de Beaumont
sur les 5 heures du soir, monta avec
les Seigneurs Moscovites qui l'ac-
compagnent, dans les Carosses de
M. le Maréchal de Tessé; il étoit
escorté par un détachement de 15
Gardes du Corps.
180
Relation
Sur la nouvelle de ſon arrivée
dans cette Capitale, tout le che-
min, depuis S. Denis, étoit bordé
d'une double file de carosses avec
une affluence prodigieuse de mon-
de, dans l'esperance qu'ils auroient
le plaifir de voir ce Monarque ;
mais la nuit eſtant ſurvenue, il n'y
resta que les plus curieux.
Ce Prince arriva à Paris entre 9
& dix heures du soir, le Roy étant
déja couché Il fut furpris de voir
les ruës S Denis & S. Honoré tou-
tes illuminées, avec un Peuple in-
fini qui occupoit les fenêtres & les
passages, il descendit au vieux
Louvre, & il fut conduit dans l'ap
partement de la feue Reine Mere,
qui lui étoit prepare, il le parcou-
rut pendant une demie-heure, en
admirant la magnificence des meu-
bles de la Couronne & le nombre
prodigieux de Bougies, tant des
Lustres, que des Girandoles, qui
refléchissans dans les Glaces, lui
causerent une espece d'éblouisse-
ment. Etant entre dans la Salle où
Historique.
181
il trouva deux Tables de 60 cou-
verts chacune, en gras & en maigre,
il les considera & demanda un mor-
ceau de pain & des raves, goûta à
5 ou 6 sortes de vins, but deux.
gobelets de biere, qu'il aime beau-
coup; & jettant les yeux sur la foule
de Seigneurs & autres personnes
dont tous les Appartemens étoient
remplis, il pria M. le Maréchal de
Teſſé de le faire conduire à l'Hostel
de Lesdiguieres, proche l'Arsenal,
qui avoit été auſsi meublé pour lui.
M. le Maréchal ayant fait tout
son possible pour l'obliger à se met-
tre à Table, & lui ayant en même
tems representé que le Roy s'étoit
flatté qu'il resteroit au moins, trois
jours au Louvre, il le refuſa cons-
tamment, & pria qu'on lui laissa
la liberté : Comme on vit qu'il per-
ſeveroit à vouloir s'en aller à l'Ho-
tel de Lesdiguieres, on lui exposa
qu'il y avoit trop loin, que S. M.
ne pourroit pas faire ce chemin à
pied, & qu'elle ne trouveroit per-
sonne à cet Hôtel; qu'importe, re-
Relation
182
pliqua-t-elle, je ne m'embarasse pas
du chemin, & j'y veux aller. On lui
demanda la permission de faire ve-
nir un Carosse, car tous ceux de M.
de Tessé s'en étoient retournez, on
lui en fournit un de remise, dans
lequel il monta avec ce Seigneur; il
voulut faire éteindre les flambeaux
pour n'estre pas reconnu; en arri-
yant à l'Hôtel, on n'y trouva qu'
une seule personne qui tenoit un
Hambeau, il s'en saisit, & aiant
consideré le lit qui lui sembla trop
superbe, il entra dans une Garde-
Robe, à côté de ſa chambre où il y
en avoit un, destiné pour son Valet
de Chambre; il dit pour lors à M.
le Maréchal de Tessé, en voilà as-
Jez pour me coucher, je préfere les
petits endroits aux grands.
Pendant ces mouvemens, on
transporta promptement la plus
grande partie du souper à l'Hostel
de Lesdiguieres, non, sans un grand
embaras ; l'on y envoya 68 paires
de Draps pour sa suire.
Le lendemain 8 il ſe leva entre
4.
183
Historique.
4. & 5 hèures du matin, à son er-
dinaire, & se promena plus d'une
heure en Robe de Chambre dans
le Jardin. Un détachement de 50
Gardes Françoises & Suisses, com-
mandé par un Lieutenant, fut pose
pour faire la Garde à la Porte.
Les Seigneurs de Marque alle-
rent le matin rendre visite à S. M.
Cz. qui les reçût avec toute la dis-
tinction & le discernement d'un
Prince fort éclairé, se faisant ex-
pliquer par M. le Marêchal de Tes-
ſé les Emplois & les rangs de cha-
cun d'eux. On a remarqué qu'il
donnoit une préference particulie-
re à tous les Officiers de réputa-
tion, dont il n'ignoroit ni le nom,
ni les belles actions, il le fit assez
connoistre, lorsque M. le Maréchal
de Villars se présenta, en lui
disant, M. Le bruit de vos Ex-
ploits s'étend si loin par les servi-
ces signalez que vous avez rendu à
vostre Patrie, que quand le feu Roy
vous auroit accordé encore plus de
graces, on l'en loueroit davantage.
184
Relation
Comme ce Prince ne parle pas fran-
çois, la conversation se fit de part
& d'autre en Allemand.
Sur les 10 heures & demie du ma-
tin, MEr le Duc Regent alla, avec
un nombreux cortege, à l'Hostel
de Lesdiguières, ou 4 Seigneurs
Moscovites vinrent à ſa portiere, le
recevoir de la part du Czar, ses
Gardes n'étans point entrez dans
la Cour. SON ALTESSE ROYALE
trouva Sa Majeſté Czariene ſur
la porte de son Anti-Chambre qui-
la conduisit dans sa Chambre où
il y avoit deux fauteuils preparez.
Le Czar prit celui de la droite &
pria Monsieur le Duc d'Orleans de
prendre l'autre qui étoit à deux pas
de lui; ils s'entretinrent un de-
mi quart d'heure assis, le Czar s'ex-
pliquant par le Prince Kurakin qui
lui servoit d'Interprete. Il fit enfin
dire à Monseigneur le Duc Regent,
qu'il y avoit trop de monde, qu'il
falloit entrer dans son Cabinet; alors
s'étant levé, il passa-le premier,
S. A. R. le suivit, ils s'enfermerent
Historique.
185
avec le seul Prince Kurakin, & là
ce Monarque l'embrassa plusieurs
fois, & lui dit qu'aussi-tôt qu'il ût
appris qu'il étoit Regent, il avoit
formé la resolution de venir en
France. Monsieur le Duc d'Or
leans l'affura au nom du Roy,
qu'il étoit le Maître dans le Royau-
me, qu'il n'avoit qu'à ordonner,
qu'on se feroit un plaisir d'executer
ses volontez. La Conférence dura
une demie heure; on les vit sortir
ensuite, & l'on remarqua que le
Czar régla si bien ses démarches,
qu'il surprit la gauche, & donna la
droite à Merle Duc d'Orleans. S.
A. R. ſe voyant à la droite, s'éloi-
gna un peu pour prendre la gauche,
mais le Czar ne le ſouffrit pas, &
la reconduisit juſqu'au-dela de la
Porte de son Anti-Chambre; les
4. Seigneurs qui l'avoient introduit,
l'accompagnerent jusqu'à son ca-
rosse.
Le 10 au matin, le Roy fit aver-
tir le Czar qu'il iroit à cinq heures
du soir le visiter. Sur les 4. heu-
ij
186
Relation
res, le Roi partit du Palais des Tui-
leries dans un carosse à 8 chevaux,
il occupoit le fond, ayant M. le
Maréchal de Villeroy à côté de
lui, M. le Duc d'Albret comme
Grand Chambellan avoit la droite
du de vant du carosse, Mr de Mor-
temart comme Premier Gentilhom-
me de la Chambre, d'année, avoit
la gauche, M. le Duc de Charoſt
étoit à la portiere droite, comme
Capitaine de quartier des Gardes
du Corps, M. le Marquis de Lou-
vois ſe voyoit à la portiere gauche
comme Capitaine des Cent-Suisses
de la Garde.
Devant le carosse du Roy mar-
choit un autre carosse à 6 chevaux,
dans lequel étoient les Sous-Gou-
verneurs du Roy & les 4 Gentils-
Hommes de la Manche. Un troisié-
me caroſſe précedoit celui-là avec
les Ecuyers & autres Officiers du
Roy, deux Gardes du Corps à la
tente avec tous les Pages de la petite
Ecurie. Le carosse de S. M. étoit
entouré d'Officiers des Gardes du
Historique.
18
Corps à cheval, & 50 Gardes aiant
l'épee nue, formoient la marche,
precedés des Timballes, des Trom-
petres & des Hauts Bois de la
Chambre: Quantité des Premiers
Officiers de la Couronne avoient
pris les devans pour attendre le Roi
à l'Hostel de Lesdiguieres, & d'au-
tres suivoient dans leurs carosses.
La Marche en cet état, S. M.
arriva à l'Hôtel de Lesdiguières.
Le Czar vint recevoir le Roy à
la portiere de ſon carosse, lui don-
na la main pour descendre, & après
s'eſtre inclinez l'un & l'autre pro-
fondément & assez long-tems pour
ſe ſaluer, le Cz. embraſſa le Roy
tendrement, lui reprit la main &
ne la quitta pas jusqu'à ce qu'il
l'eut mis dans son fauteuil, les
Gentilshommes de la Manche aiant
voulu, selon le devoir de leur
Charge, s'approcher du Roy pour
lui aider à monter l'escalier, le
Czar leur fit signe, & leur dit
Messieurs, j'aurai bien soin du Roy
je le conduirai sans l'abando
laissez moi faire.
i)
188
Relation
Le Prince Kurakin étoit à côté
du Czar, pour expliquer tous les
sentimens de ce Prince, & M. le
Maréchal de Villeroy à côté du
Roy, pour interprétet toutes les pen-
ſées de son Maistre. Lorsque le Roy
fut assis dans un fauteuil à la droi-
te, & le Czar dans un autre à la
gauche, on entra en conversation,
elle se passa avec tant de tendresse
de part & d'autre, qu'on eût pei-
ne à retenir des larmes, tant les
Complimens & les Termes de S.
M. Cz. étoient affectueux & pé-
nétrans: Le Roy lui dit, que son
Oncle, le Duc d'Orleans, lui avoit ex-
pliqué de sa part, la joye qu'il ressen-
toit de posseder un si grand Prince
dans ses Etats, qu'il lui repetoit
qu'il en étoit le Maistre, qu'on ne
manqueroit en rien pour lui faire
connoistre l'estime qu'il avoit pour sa
personne, & pour lui procurer tou-
tes les satisfactions qu'il pourroit
sonhaiter, & qui dépendroient de
sa Couronne.
Pendant cet entretien, le Czar
Historique.
189
regarda toûjours le Roy, avec
une admiration mêlée d'un conten-
tement extraordinaire qui parois-
soit sur son visage, n'ayant d'atten-
tion que pour ce jeune Monarque
& ne jettant presque pas la vûë
sur aucun de ses Officiers, ausquels
il donna pourtant de fois à autre
des marques de sa consideration.
Aprés un quart d'heure d'entre-
vûë, le Czar prit la main du Roi,
à qui il laissa toûjours da droite,
le remena à ſon carosse, charmé
de la bonne grace & de la conte-
nance de S. M. il l'embrassa une
seconde fois & lui aida à monter;
ayant fait ensuite quelques pas en
arriere pour donner le tems à M.
le Maréchal de Villeroy & aux au-
tres grands Officiers d'entrer dans
le carosse, il les salua tous en pas-
sant avec une politesse qui les ren-
voya rous contens, & s'étant ra-
proché de la portiere, il prit con-
gé du Roy.
Le même jour, le Czar étant sor-
ti à 5 heures du matin dans un ca-
190
Relation
rosse à deux chevaux seulement,
en ayant fait dételer 4, dit qu'il
ne prétendoit pas marcher en
Pompe, il ne ſe fit accompagner
que de deux Gardes, & de l'Exempt
qui le suivirent àche val, recomman-
dant aux 6 autres Gardes qu'ils pou-
voient se reposer, parce qu'il n etoit
pas juste qu'il fatiguât tant de mon-
de : Il alla à l'Arsenal, à la Place
Royal dont il fit le tour; ensuite à
la Place des Victoires qu'il dessina
& y lût les Inscriptions, & de là à
la Place de Louis le Grand, dont
il admira la Statuë Equestre. Il
s'arrêta chez le Charpentier du
Roi, vit travailler ses Ouvriers
& travailla avec eux, s'informant
du nom & de l'usage des outils dif-
ferens; il descenait aussi chez le
Menuisier du Roy où il fit ses ob-
servations. Ce Monarque avoit
prié le jour précédent M. le Duc
d'Antin de lui fournir une descrip-
tion de tout ce qu'il y avoit de plus
curieux à Paris: Deux heures aprés
ce Seigneur lui apporta un Cahier.
Historique.
191
proprement relié, qui contenoit
toutes les Raretez de cette grande
Ville, il le reçût sans l'examiner,
s'entretenant pour lors avec plu-
sieurs Seigneurs de sa suite, mais
l'ayant ouvert; il fut agréablement
ſurpris de le voir traduit en Lan-
gue Esclavone, & s'écria qu'il n'y
avoit qu'un François capable de
certe politesse, il l'en remercia fort.
Le 1I. le Czar fit demander au
Roy, son heure la plus commode
pour se donner l'honneur de lui
rendre visite, elle fut reglée à 5
heures du soir.
S. M. Cz. dans un carosse du Roi,
étant seule dans le fond, le Prince
de Kurakin à une portiere, & M. le
Matéchal de Tessé à l'autre, le
Comte Dolhorouki Lieutenant Ge-
neral de ses Troupes, & le Baron
Schaffirovv Vice-Chancelier sur le
de vant, partit à 4 heures du soir de
son Hôtel. Elle étoit escortée par
les 8 Gardes du Corps & l'Exempt,
avec 4 carosses de la livrée de M.
le Maréchal de Tesfé, où étoit
192
Relation
la suite du Prince. Les embaras dans
les Ruës furent si grands pendant
la marche, que ce Prince ne pût
arriver que sur les 5 heures trois
quarts aux Tuileries. Il trouva à
son passage les Gardes Françoises &
Suisses sous les Armes, les Tam-
bours battans aux Champs, les
Gardes de la Porte à leur Poste or-
dinaire. Le Roi qui l'attendoit dans
l'Appartement has de M. le Duc du
Maine, s'avança jusqu'à la portiere
du carosse, d'ou le Czar sortit
promptement pour saluer le Roy
qu'il embrassa, le Roi lui donna la
droite: Comme il y avoit un monde
infini à regarder cette Cérémonie,
le Czat prit de ses deux mains celle
du Roy, le conduisant avec beau-
coup d'attention, en faisant signe
qu'on s'écartât, dans l'apprehen-
sion qu'on ne pressât le jeune Roi.
Il monta l'escalier bordé par les
Cent-Suisses du Roi, traversa la Sal-
le des Gardes du Corps qui étoient
en haye & entra dans la Chambre
du Roi, tous les Appartements
Historique.
193
étants remplis de Seigneurs & de
Dames.
Les deux Rois passerent un mo-
ment aprés dans le Grand Cabinet
du Conseil de Regence, d'où on a-
voit eû soin d'ôter la grande Ta-
ble, afin qu'il y eût plus d'espace.
Il y avo't deux fauteuils, le Czar
s'étant placé à la droite; il adreſsa
ce petit discours au Roy. Cxar
mon frere, il y a long-têms que je
souhaitois voir un Roy de France
dans la gloire de sa Majesté, J'ai au-
jourd hui la satisfaction de voir un
jeune Roy qui promet tout ce que ses
Ancêtres ont fait de grand; je sçais
plusieurslangues, je voudrois les avoir
toutes oubliées, & ne sçavoir que la
Françoise, pour entretenir vostre Ma-
jesté.
Aprés ce Compliment, il se leva
& le Roy lui donnant toûjours la
droite, le reconduisit jusqu'à la
portiere du carosse. Le Czar l'a-
iant de nouveau embrassé, pria
instamment le Roy de se reti-
ter, mais S. M. le voulut voir
Relation
194
monter, & resta jusqu'à ce que S.
M. Cz. fut en marche.
Le même jour 1i. le Prevôt des
Marchands & les Echevins en habit
de Cérémonie saluerent le Czar, &
lui porterent les présents ordinaires
de la Ville conduits par M. le
Marquis de Dreux, Grand Maistre
des Cérémonies.
Le 12. M le Duc d'Antin alla
le prendre à 5 heures du matin,
pour le mener promener aux Go-
belins & au Jardin du Roy, ce
Prince demeura assez long-temps
à voir travailler à revers, aux bel-
les Tapisseries qui se font dans cette
Manufacture Royale, il admira
l'adresse & l'habileté des Ouvriers.
L'aprés midy, il monta à l'Observa-
toire , où il ne reſta que fort peu,
ayant promis d'y revenit pour tour
examiner. Le lendemain il fut con-
duit à la Manufacture des Glaces.
Le 14. le Czar ſe rendit au Pa-
lais Royal, accompagné de M. le
Maréchal de Tessé, des Princes
& Seigneurs Moscovites. Son Al-
tesse
Historique.
19)
teſse Royale entourée des princi-
paux Officiers de sa Maison, vint
le recevoir à. la ſortie du carosse,
le conduisit dans son Appartement,
où il lui fit voir sa Galerie & ses
Tableaux; ensuite son A. R. me-
na S. M. Cz. par son petit Ap-
partement, chez Madame, où la
visite ſe paſſa debout. Cetre Prin-
cesse lui presenta MEr le Duc de
Chartres & Mademoiselle de Mont-
pensier. La conversation dura plus
d'un quart d'heure en Allemand.
Madame expliquant à Mer le Duc
Regent, ce que le Czar lui disoit.
Aprés avoir pris quelques
rafraichissemens, il vit l'Ope-
ra d'Hypermnestre, de la loge
du Palais Royal. S. A. R. Msr le
Duc de Chartres, le Vice-Chance-
lier, deux autres Seigneurs de sa
Cour, & M. le Maréchal de Tessé
étoient au premier rang, le Prince
Kurakin étoit placé derriere le Cz.
M. le Marquis de Simianes, & M.
le Marquis d'Estampes derriere
Mer le Duc d'Orleans.
R
196
Relation
S. M. Cz. fut frapée, lorsqu'on
le va la Toile, de la magnificence du
spectacle, des Changemens de dé-
corations, & de la danse deMlle Pre-
vôt. Elle se rafraichit de quelques
verres de Biere qu'elle ne voulut pas
recevoir de la main de ce Prince
qui les lui présentoit. Elle quitta
au quatrième Acte Lorsqu'Elle en
sortit; Elle fut reconduite parMsr le
Duc Regent jusqu'à l'endroit où il
étoit venu la recevoir.
Le même jour au matin, Mr le
Duc d'Antin accompagna le Czar
à l'Académie Royale de Peinture
& de Sculpture, où Mr Coepel,
Peintre célébre, ût l'honneur de
lui expliquer tous les Sujets diffe-
rents qui méritent quelques obser-
vations; il vit encore avec plus de
satisfaction dans la grande Ga-
lerie du Louvre les Plans en relief,
des Places fortifiées du Royaume,
il se promena ensuite dans le Jardin
des Tuileries.
Le 16. le Cz. se rendit aux Invalides
à l'heure du diner, Mr le Maréchal
Historique.
197
de Villars l'ayant conduit dans le
Réfectoire, il y trouva tous les
Soldats qui se mettoient à table;
il gouta de leur soupe, aprés quoy
il demanda un Gobelet dans lequel
il se fit verser de leur vin & but
à leur santé, il salua en particulier
tous les Officiers, & leur fit l'hon-
neur de les nommer ses Camarades,
après quoy on lui fit voir tous les
Bâtimens & ce qu'il y a de plus
curieux dans ce magnifique Hôtel,
entre'autres, le Dom e qui lui pa-
rut superbe, tant par son éle vation,
que par ses belles Peintures. Mais,
il a été encore plus charmé de l'In-
stitution de cette Maison, qui il-
luſtre ſi fort le Regne & la Mé-
moire de Louis XIV.
Le 17. S. M. Cz. alla diner au
Chaſteau de Meudon où elle viſita
tous les appartemens, se promena
à cheval dans le Parc; la Situation
de cette Maison Royale, & sa Vûe
lui firent encore plus de plaisir que
tout le reſte, il en revint à 6 heu-
res du soir.
Relation
198
Le 18. trois Seigneurs Moscovites
parurent devant le Roy qui donnoit
Audiance aux Ministres Etrangers.
Ils avoient le Cordon Bleu, dont
deux le portent de droit à gauche,
comme le Czar qui est le Grand
Maître de l'Ordre de S. André, qui
fut institué par ce Monarque en
1698. pour recompenser le mérite
de ses Officiers, dans la Guerre
contre ses Ennemis: On lit ces
mots sur la Croix en Esclavon,
TZAAR PET-SAMO IPOVVE ESE
ROS. En françois, Czar Pierre Mo-
narque de toute la Russie. A l'é-
gard du troisième Seigneur, il le
por oit de gauche à droite qui est
l'Ordre de l'Aigle Blanc de Polo-
gne.
Le 19. ce Prince alla aprés midi
pour la seconde fois à l'Observatoi-
re, M. de Maraldy lui fit voir tout
ce qui sert à operer les observations
Astroromiques : Le Czar donna
dans cette occasion des preuves de
ses lumieres & de ses connoissan-
ces acquises dans cette Science:.
199
Historique.
Le 21. le Czar vint au Palais
Royal du Luxembourg à 6 heures
du soir, rendre visite à Madame
Duchesse de Berry; il trouva en
arrivant les Cent-Suisses rangez en
haye, le long de l'escalier, la hale-
barde à la main, les Gardes du
Corps dans la Salle, le Mousquet
sur l'épaule : M. le Marquis de la
Rochefoucault Capitaine des Gar-
des de cette Princesse, alla le pren-
dre au bas de l'Escalier. M. le Mar-
quis de Coëtenfao Chevalier
d'Honneur, & Me. la Marquise de
Pons Dame d'Atour, le reçûrent
à la porte du Cabinet, Madame
Duchesse de Berry, accompagnée
de tous les Officiers & Dames de
sa Maison, qui est des plus biillan-
tes, se presenta à la porte de sa
chambre, pour recevoir S.M. Cza-
rienne qui lui fit, deux profondes
reverences, l'embrassa & la salua
d'un côté seulement, lui fit un com-
pliment trés-poli, qui fut expliqué
par l'Interpréte, auquel Madame
Duchesse de Berry répondit gra-
Riij
200
Relation
cieusement; on passa ensuite dans la
Chambre, & de là dans le Cabi-
net où l'on avoit préparé deux fau-
teuils: le Czar s'aſsit à la droite &
Madame à la gauche : Le Czar
étoit accompagné du Prince Kura-
kin, de tous ses Officiers, & de
M. le Maréchal de Tessé; la con-
versation dura une demie-heure,
aprés laquelle le Czar demanda à
Madame, la permission d'aller voir
les Appartemens, elle l'y accompa-
gna: S. M. s'arrêta long-temps
dans la Chambre des Muses & ad-
mira le David qui est du Guide,
surtout elle fut frapée de la Venusde
Vandek qui demande des Armes à
Vul cain pourEnée: Elle fut présd'un
quart d'heure à la contempler, ce
qui marque son grand goût pour la
Peinture: Elle ne fut pas moins sur-
prise en ent rant dans la Galerie, d'y
voir toute l'Histoire de Marie de
Medicis & d'Henry IV. peinte par
Rubens: Le Tableau qui represente
l'accouchement de la Reyne, où
l'on voit la douleur & la joye pein-
Historique.
201
tes ſur le même viſage, le toucha
beaucoup. Le Cz. vit les autres Ap-
partemens, & s'apercevant que Ma-
dame étoit fatiguée, il voulut la
reconduire dans sa Chambre, & lui
demanda la permission d'aller se
promener dans le Jardin, & qu'il re-
viendroit prendre congé d'elle:
Madame lui répliqua qu'elle des-
cendroit plûtôt que de permettre
qu'il remontât: il prit congé de Ma-
dame, l'embrassa & la falua com-
me il avoit fait en entrant: aprés a-
voir admiré l'Architecture de ce Pa-
lais, il fit plusieurs tours dans les jar-
dins, d'ou il ne sortoit qu'à 7 heures.
Ce jour là, Madame Duchesse de
Berry portoit un habit violet parse-
mé de fleurs d'argent, sa coëffure
étoit toute couverte de plerreries.
Le 22. il alla ſe promener a u pe-
tit Bercy chez M. Pajot d'Osambré
pour y voir le be au Cabinet de Cu-
riosités en toutes especes, qu'il y a
rassemblées. Ce Prince y resta en-
viron trois heures à tout examiner,
ne pouvant presque pas en sortir; il
202
Relarion
promit à M. Pajot de le revenir
voir. C'est ainsi que ce Grand Prin-
ce employe si utilement son tems à
observer tout ce qui peut flater sa
curiosité, tant au dedans qu'au de-
hors de Paris, dans les endroits pu-
blics, comme chez les particuliers.
Il a visité nos plus habiles Faiseurs
d'Instruments de Mathematiques,
tels que les sieurs Chapoteau, Byon
& Buterfield, il a été trois ou
quatre fois chès ce dernier, pour voir
les Experiences & les effets surpre-
nants de ſes belles pierres d'Ai-
mans. S. M. s'est entretenue avec
lui en Hollandois sans Interpréte;
elle a manié & examiné tout par
elle-même chés les uns & chés les
autres, ausquels elle a commandé
quelques Instruments, étant parfai-
tement au fait de tout ce qui re-
garde les Mecaniques.
S. M. Czarienne qui n'avoit pû
aller diner les jours précedens à
S. Cloud, à cause de quelque le-
gere indisposition, s'y rendit le 23
avec M. le Maiéchal de Tessé &
203
Historique.
les Principaux Seigneurs de sa
Cour, ou tout étoit préparé pour
l'y recevoir. Mer le Du e Regent se
trouva à la descente du carosse &
le conduisit dans les Appartemens.
Aprés le dîner, le Czar souhaita
voir les Jardins, & jouer les Eaux,
il parcourut tout le Parc, partie en
calèche & partie à cheval, toûjours
accompagné de S. A. R. qui le re-
conduisit à l'endroit où elle étoit
venuë le recevoir; leCzar revenant
par le Bois de Boulogne eût la cu-
riosité d'entrer dans le Château de
Madrid, que M. d'Armenonville
embellit tous les jours En passant
dans la Plaine des Sablons, il s'y
arreſta pour voir faire l'exercice
aux Gardes Françoises & Suisses;
ce qui fut cause qu'il ne vint que
fort tard rendre visite à Madame
la Duchesse d'Orleans qui le re-
cût à l'entrée de son Antichambre,
& lui presenta Mademoiselle.
Le 24, le Czar vit le Roy in-
cognito à d heures & deinie du ma-
tin. Il paſsa par l'Appartement de
204
Relation
Mr le Maréchal de Villeroy. Le
Roy averti de ſon arrivée, alla le
joindre dans le petit Cabinet
du Billard. Le Czar l'ayant ap-
perçû, alla au devant avec em-
pressement, & l'embrassa avec ten-
dresse deux ou trois fois. La con-
versation étant tombée sur la Carte?
de Moscovie, Mrle Maréchal de
Villeroy ſe la fit apporter, & dit au
Czar, que le Roy seroit bien aise
d'apprendre, par lui-même, si elle
étoit éxacte. Le jeune Roy ayant
en miême tems jetté les yeux dessus,
s'entretint de la situation des Pro-
vinces, de la diversité des Rivieres
& du nombre des principales Villes
de ce grand Etat qu'il suivoit mé-
thodiquement. Ravi d'entendre le
Roi& surprisde la clartède ses idées,
le Cz. prit ſon crayon & lui mon-
tra la jonction qu'il avoit entrepri-
ſe du Volga au Tanais, pour avoir
* Cette Carte a été dressée par
M. de Liste sur les Memoires de
Sa Majesté Czarienne,
Historique.
105
la communication de la Mer Cas-
piene, avec la Mer noire. Il fit,
voir ensuite, que pour aller s'op-
poſer au Roy de, Suede à Pultauva.
Il avoit fait faire à son Armée une
marche de 400 lieuës; mais beau-
coup plus aisément qu'en France,
par la quantité de Riviéres dont
son Royaume est arrosé; ce qui fa-
cilite l'accélération de la marche
des Troupes & de l'attirail. Après
une demie heure d'entrevûë, il
passa dans une Chambre de Mr le
Maréchal de Villeroy, où on lui
déploya sur une Table, les Pierre-
reries de la Couronne; de la beau-
té & du prix desquelles, il jugea
en Connoisseur.
Au fortir de chez le Roy, il par-
tit avec toute sa suite, pour Ver-
sailles, qu'on avoit préparé & meu-
blé avec la derniere magnificence,
& dans toute la propreté & la ga-
lanterie qui ait jamais paru sous le
feu Roy. Il eft inutile de dire, que
S. M. Cz. fut enchantée de toutes
les Merveilles de l'Art, qui embé-
Relation
206
lissent si fort cette Maison Royale.
Les Jardins nouvellement sablés,
les Eaux, les Bosquets, les Statuës
& le grand Canal, furent pour ce
Prince, le plus étonnant spectacle
qui puisse s'imaginer. On avoit û
la précaution d'envoyer un déta-
chement des Gardes Françoises &
Suisses, pour garder les avenuës
du Parc, & empêcher que per-
sonne n'y entrât. Plusieurs Offi-
ciers de la Bouche avoient pris les
dévants, afin de lui préparer à man-
ger. Vingt Bateliers des mieux faits,
habillés en Matelots, étoient de-
ſtinés pour conduire ce Monarque
dans les Gondoles sur le Canal, à
Trianon, avec toutes les personnes
de sa suite. Pendant son Séjour à
Verſailles, il a été voir la Machine
& le Château de Marly, dont
les Jardins sont toujours très- pro-
prement entretenus. Il a beaucoup
dessiné, & fait des Remarques sur
tout ce qu'il a vû. Il en revint le
vingt-sept de grand matin, à Paris,
jour de la Fête de Dieu, pour voir
les
207
Historique.
les Processions. Il entendit dans
une des Voutes du Chœur de
Nôtre-Dame, la Grand-Messe,
célébrée par Mr le Cardinal Ar-
chevêque. Il alla le même jour
aux Enfans-Trouvés.
Le 28, ce Ptince toujours ac-
compagné de Mr le Maréchal de
Teſſe, ſe transporta à la Monoye,
où il vit fabriquer différentes Es-
péces d'Or & d'argent. Il y frapa
lui -même trois Ecus.
Le 30 de May, Mt le Duc
d'Antin, engagea ce Prince à al-
ler diner à Petit-Bourg, d'où il
a dû se rendre à Fontainebleau,
tout étant disposé pour l'y rece voir,
& pour lui donner successivement
le plaisir de la Chasse du. Loup
du Cerf & du Sanglier : Différens
Equipages de Chasse aussi superbes,
que nombreux, ont pris les devants
& se tiennent prêts au premier or-
dre. MEr le Comte de Toulouse
accompagnera ce Prince pendant
le tems qu'il restera à cette Mai-
son Royale, & dirigera la Chasse.
208
Relation
Les Seigneurs Moscovites de la
fuite de ce Monarque sont Mr le
Prince Kurakin, Ambassadeur en
Angleterre, en Hollande, & Plé-
nipotentiaire au Congré de Brunsy-
vick. M. de Schaffirof Vice-Chan-
celier & Conseilier Privé, Che-
valier de l'Ordre de l'Aigle blanc
de Pologne, Directeur des Postes
cy-devant Ambassadeur en Tur-
quie. Mr Jagousinki, General
Ajudant & Chambellan. Mr de
Makadoff, Secretaire de Cabiner.
Mr Moursin Lieutenant des Gardes,
Mr Sava Rogouzintki Conseiller
de la Cour. Le Duc Dolgourouki
Lieutenant General, & Lieurenant
Colonel des Gardes, Chevalier
de l'Ordre de Saint André. Mr
Boutourlinki Lieutenant General,
M. Tolstai Conseiller Privé, Che-
valier de l'Ordre de l'Aigle blanc.
M. Nareskin general Ajudant &
Chambellan. M. Darkin Conseil-
lier Medecin. Je passe sous silence
plusieurs Gentils-Hommes Russes
qui ont suivi ce Prince.
Historique.
209
Je terminerai le Journal du mois
de May par le Portrait suivant de
S. M.
Le Czar âgé de 45. ans, est
grand, d'une stature d'environ
cinque pieds & demi, bien pris dans
ſa Taille, n'étant ni maigre, mi
gras, brun de visage, des yeux
trés vifs, le nez & la bouche en-
semble, bien rele vée de deux petites
moustaches noires, avec une phi-
sionomie élevée & en même tems
affable.
Ses Habits à la Françoise sont des
plus simples, le Sourtout qu'il porte
ordinairement est brun, avec un
petit bordé d'or; sa Perruque de
cheveux presque noirs, est en façon
de celle d'un Abbé. Il dîne entre 10
& 11. heures; soupe légerement,
se couche de bonneheure, & se
leve de grand matin. Il a û de sa
premiere femme Ottokosa Fede-
rovyna, le 18. Février 1690.
Alexis Petovviz Prince Czarien,
Hereditaire de la Grange Russie;
lequel avoit épousé Charlotte-Chri-
21o Relation Historique.
stine Sophie de Vvolfembutel, de la-
quelle il lui est né un Prince &
une Princeſſe. Sa Majeſté Cza-
rienne a actuellement de la Czarine
sa seconde femme, un fils & deux
filles vivantes. Sa Liviée est verte,
qui est une des couleurs primitives.
On continuëra dans les Mercures
suivans de donner le détail de ce
qui concerne ce Prince.
FIN.
DE S. M. CZARIENNE,
en France.
LE 20 d'Avril un Officier du
Czar se rendit à Dunkerque,
pour regler avec Mr du Libois Gen-
tilhomme ordinaire, la maniere
dont ce Prince seroit reçù. Il fut
convenu qu'il entreroit dans tou-
tes les Villes au bruit d'une triple
décharge de Canon, qu'il seroit
complimenté par les Magistrats,
qu'il auroit à sa Porte une Garde
Historique.
37
d'environ 30 hommes sans Dra-
peaux ni Tambours, & qu'on lui
donneroit une escorte de 15 Cava-
liers.
Le z1 M. du Libois étant allé
au devant de S. M. Cz. qu'elle
trouva à Zudcot, Terre de France,
& sur le chemin de Nieuport à
Dunkerque, la complimenta au
noin du Roy & de Monseigneur
le Duc Regent. Le 22 le Czar arri-
va à Dunkerque où il fut reçû, com-
me il l'avoit demandé, avec tous
les honneurs dûs aux Têtes cou-
ronnées. Ce Prince, pendant un
sejour de trois jours, visira exacte-
ment tous les anciens Quvrages dé-
molis, & les nouveaux Trayaux de
Mardick qu'il observa avec grand
soin; on fit jouer les Ecluses, dont
l'Art l'étonna fort.
Le 24. il desira voir la revue
des Troupes de la Garnison, elles
firent differents exercices, soit pour
l'attaque, soit pour la deffense d'u-
ne Place, &c.
Le 25. il partit de Dunkerque &
178
Relation
vint coucher à Calais où M. de
Mailly Marquis de Neelle qui y a-
voit eté envoye, le complimenta
de la part du Roy. Ce Seigneur fut
accueilli par S. M. Cz. avec toute
les marques de distinction dûes à sa
naissance, il a eû l'honneur de l'ac-
compagner depuis Calais jusqu'à
Paris, & de manger plusieurs fois
avec elle. Le Czar ſéjourna a Ca-
lais juſqu'au 4 de May, il y fit ses
Pâques & s'occupa à examiner, se-
lon sa coûtume, les Fortifications,
le Port, la Marine, &c. Le même
jour il vint coucher à Boulogne, le
5. à Abbeville, où il alla voir les
belles Manufactures de Draps fins, le
6. à Breteuil, & le 7. à Beaumont,
n'ayant pas voulu s'arreſter à A-
miens, ni à Beauvais, quoique tout
fut dispose pour l'y recevoir selon
son rang. M. l'Evèque de Beauvais
avoit même fait une dépense ex
traordinaire, dans l'attente que ce
Prince dineroit au Palais Episcopal;
mais, comme on lui representa
que s'il passoit outre , il féroit trés-
Historique.
179
mauvaise chere, il répondit, je suis
un Soldat, & pourvu que je trouve
du Pain & de la Biere, je suis con-
tent,
M. le Maréchal de Tessé qui l'at-
tendoit à Beaumont, depuis deux
jours, avec six carosses à 6 Chevaux,
(toute sa livrée magnifiquement ha-
billée) complimenta le Czar au nom
du Roy, & l'engagea à recevoir le
diner qu'on lui avoit preparé. Il y
fur traité splendidement & servi
par les Officiers de S. M. Mr. de
Livry Premier Maistre d'Hostel,
M. de Verton Maistre d'Hostel or-
dinaire, & M. de Cresmes Con-
trôleur de la Maiſon du Roy, s'y
étoient rendus, suivis de plusieurs
Officiers de la Bouche, pour or-
donner du repas.
Le Czar étant parti de Beaumont
sur les 5 heures du soir, monta avec
les Seigneurs Moscovites qui l'ac-
compagnent, dans les Carosses de
M. le Maréchal de Tessé; il étoit
escorté par un détachement de 15
Gardes du Corps.
180
Relation
Sur la nouvelle de ſon arrivée
dans cette Capitale, tout le che-
min, depuis S. Denis, étoit bordé
d'une double file de carosses avec
une affluence prodigieuse de mon-
de, dans l'esperance qu'ils auroient
le plaifir de voir ce Monarque ;
mais la nuit eſtant ſurvenue, il n'y
resta que les plus curieux.
Ce Prince arriva à Paris entre 9
& dix heures du soir, le Roy étant
déja couché Il fut furpris de voir
les ruës S Denis & S. Honoré tou-
tes illuminées, avec un Peuple in-
fini qui occupoit les fenêtres & les
passages, il descendit au vieux
Louvre, & il fut conduit dans l'ap
partement de la feue Reine Mere,
qui lui étoit prepare, il le parcou-
rut pendant une demie-heure, en
admirant la magnificence des meu-
bles de la Couronne & le nombre
prodigieux de Bougies, tant des
Lustres, que des Girandoles, qui
refléchissans dans les Glaces, lui
causerent une espece d'éblouisse-
ment. Etant entre dans la Salle où
Historique.
181
il trouva deux Tables de 60 cou-
verts chacune, en gras & en maigre,
il les considera & demanda un mor-
ceau de pain & des raves, goûta à
5 ou 6 sortes de vins, but deux.
gobelets de biere, qu'il aime beau-
coup; & jettant les yeux sur la foule
de Seigneurs & autres personnes
dont tous les Appartemens étoient
remplis, il pria M. le Maréchal de
Teſſé de le faire conduire à l'Hostel
de Lesdiguieres, proche l'Arsenal,
qui avoit été auſsi meublé pour lui.
M. le Maréchal ayant fait tout
son possible pour l'obliger à se met-
tre à Table, & lui ayant en même
tems representé que le Roy s'étoit
flatté qu'il resteroit au moins, trois
jours au Louvre, il le refuſa cons-
tamment, & pria qu'on lui laissa
la liberté : Comme on vit qu'il per-
ſeveroit à vouloir s'en aller à l'Ho-
tel de Lesdiguieres, on lui exposa
qu'il y avoit trop loin, que S. M.
ne pourroit pas faire ce chemin à
pied, & qu'elle ne trouveroit per-
sonne à cet Hôtel; qu'importe, re-
Relation
182
pliqua-t-elle, je ne m'embarasse pas
du chemin, & j'y veux aller. On lui
demanda la permission de faire ve-
nir un Carosse, car tous ceux de M.
de Tessé s'en étoient retournez, on
lui en fournit un de remise, dans
lequel il monta avec ce Seigneur; il
voulut faire éteindre les flambeaux
pour n'estre pas reconnu; en arri-
yant à l'Hôtel, on n'y trouva qu'
une seule personne qui tenoit un
Hambeau, il s'en saisit, & aiant
consideré le lit qui lui sembla trop
superbe, il entra dans une Garde-
Robe, à côté de ſa chambre où il y
en avoit un, destiné pour son Valet
de Chambre; il dit pour lors à M.
le Maréchal de Tessé, en voilà as-
Jez pour me coucher, je préfere les
petits endroits aux grands.
Pendant ces mouvemens, on
transporta promptement la plus
grande partie du souper à l'Hostel
de Lesdiguieres, non, sans un grand
embaras ; l'on y envoya 68 paires
de Draps pour sa suire.
Le lendemain 8 il ſe leva entre
4.
183
Historique.
4. & 5 hèures du matin, à son er-
dinaire, & se promena plus d'une
heure en Robe de Chambre dans
le Jardin. Un détachement de 50
Gardes Françoises & Suisses, com-
mandé par un Lieutenant, fut pose
pour faire la Garde à la Porte.
Les Seigneurs de Marque alle-
rent le matin rendre visite à S. M.
Cz. qui les reçût avec toute la dis-
tinction & le discernement d'un
Prince fort éclairé, se faisant ex-
pliquer par M. le Marêchal de Tes-
ſé les Emplois & les rangs de cha-
cun d'eux. On a remarqué qu'il
donnoit une préference particulie-
re à tous les Officiers de réputa-
tion, dont il n'ignoroit ni le nom,
ni les belles actions, il le fit assez
connoistre, lorsque M. le Maréchal
de Villars se présenta, en lui
disant, M. Le bruit de vos Ex-
ploits s'étend si loin par les servi-
ces signalez que vous avez rendu à
vostre Patrie, que quand le feu Roy
vous auroit accordé encore plus de
graces, on l'en loueroit davantage.
184
Relation
Comme ce Prince ne parle pas fran-
çois, la conversation se fit de part
& d'autre en Allemand.
Sur les 10 heures & demie du ma-
tin, MEr le Duc Regent alla, avec
un nombreux cortege, à l'Hostel
de Lesdiguières, ou 4 Seigneurs
Moscovites vinrent à ſa portiere, le
recevoir de la part du Czar, ses
Gardes n'étans point entrez dans
la Cour. SON ALTESSE ROYALE
trouva Sa Majeſté Czariene ſur
la porte de son Anti-Chambre qui-
la conduisit dans sa Chambre où
il y avoit deux fauteuils preparez.
Le Czar prit celui de la droite &
pria Monsieur le Duc d'Orleans de
prendre l'autre qui étoit à deux pas
de lui; ils s'entretinrent un de-
mi quart d'heure assis, le Czar s'ex-
pliquant par le Prince Kurakin qui
lui servoit d'Interprete. Il fit enfin
dire à Monseigneur le Duc Regent,
qu'il y avoit trop de monde, qu'il
falloit entrer dans son Cabinet; alors
s'étant levé, il passa-le premier,
S. A. R. le suivit, ils s'enfermerent
Historique.
185
avec le seul Prince Kurakin, & là
ce Monarque l'embrassa plusieurs
fois, & lui dit qu'aussi-tôt qu'il ût
appris qu'il étoit Regent, il avoit
formé la resolution de venir en
France. Monsieur le Duc d'Or
leans l'affura au nom du Roy,
qu'il étoit le Maître dans le Royau-
me, qu'il n'avoit qu'à ordonner,
qu'on se feroit un plaisir d'executer
ses volontez. La Conférence dura
une demie heure; on les vit sortir
ensuite, & l'on remarqua que le
Czar régla si bien ses démarches,
qu'il surprit la gauche, & donna la
droite à Merle Duc d'Orleans. S.
A. R. ſe voyant à la droite, s'éloi-
gna un peu pour prendre la gauche,
mais le Czar ne le ſouffrit pas, &
la reconduisit juſqu'au-dela de la
Porte de son Anti-Chambre; les
4. Seigneurs qui l'avoient introduit,
l'accompagnerent jusqu'à son ca-
rosse.
Le 10 au matin, le Roy fit aver-
tir le Czar qu'il iroit à cinq heures
du soir le visiter. Sur les 4. heu-
ij
186
Relation
res, le Roi partit du Palais des Tui-
leries dans un carosse à 8 chevaux,
il occupoit le fond, ayant M. le
Maréchal de Villeroy à côté de
lui, M. le Duc d'Albret comme
Grand Chambellan avoit la droite
du de vant du carosse, Mr de Mor-
temart comme Premier Gentilhom-
me de la Chambre, d'année, avoit
la gauche, M. le Duc de Charoſt
étoit à la portiere droite, comme
Capitaine de quartier des Gardes
du Corps, M. le Marquis de Lou-
vois ſe voyoit à la portiere gauche
comme Capitaine des Cent-Suisses
de la Garde.
Devant le carosse du Roy mar-
choit un autre carosse à 6 chevaux,
dans lequel étoient les Sous-Gou-
verneurs du Roy & les 4 Gentils-
Hommes de la Manche. Un troisié-
me caroſſe précedoit celui-là avec
les Ecuyers & autres Officiers du
Roy, deux Gardes du Corps à la
tente avec tous les Pages de la petite
Ecurie. Le carosse de S. M. étoit
entouré d'Officiers des Gardes du
Historique.
18
Corps à cheval, & 50 Gardes aiant
l'épee nue, formoient la marche,
precedés des Timballes, des Trom-
petres & des Hauts Bois de la
Chambre: Quantité des Premiers
Officiers de la Couronne avoient
pris les devans pour attendre le Roi
à l'Hostel de Lesdiguieres, & d'au-
tres suivoient dans leurs carosses.
La Marche en cet état, S. M.
arriva à l'Hôtel de Lesdiguières.
Le Czar vint recevoir le Roy à
la portiere de ſon carosse, lui don-
na la main pour descendre, & après
s'eſtre inclinez l'un & l'autre pro-
fondément & assez long-tems pour
ſe ſaluer, le Cz. embraſſa le Roy
tendrement, lui reprit la main &
ne la quitta pas jusqu'à ce qu'il
l'eut mis dans son fauteuil, les
Gentilshommes de la Manche aiant
voulu, selon le devoir de leur
Charge, s'approcher du Roy pour
lui aider à monter l'escalier, le
Czar leur fit signe, & leur dit
Messieurs, j'aurai bien soin du Roy
je le conduirai sans l'abando
laissez moi faire.
i)
188
Relation
Le Prince Kurakin étoit à côté
du Czar, pour expliquer tous les
sentimens de ce Prince, & M. le
Maréchal de Villeroy à côté du
Roy, pour interprétet toutes les pen-
ſées de son Maistre. Lorsque le Roy
fut assis dans un fauteuil à la droi-
te, & le Czar dans un autre à la
gauche, on entra en conversation,
elle se passa avec tant de tendresse
de part & d'autre, qu'on eût pei-
ne à retenir des larmes, tant les
Complimens & les Termes de S.
M. Cz. étoient affectueux & pé-
nétrans: Le Roy lui dit, que son
Oncle, le Duc d'Orleans, lui avoit ex-
pliqué de sa part, la joye qu'il ressen-
toit de posseder un si grand Prince
dans ses Etats, qu'il lui repetoit
qu'il en étoit le Maistre, qu'on ne
manqueroit en rien pour lui faire
connoistre l'estime qu'il avoit pour sa
personne, & pour lui procurer tou-
tes les satisfactions qu'il pourroit
sonhaiter, & qui dépendroient de
sa Couronne.
Pendant cet entretien, le Czar
Historique.
189
regarda toûjours le Roy, avec
une admiration mêlée d'un conten-
tement extraordinaire qui parois-
soit sur son visage, n'ayant d'atten-
tion que pour ce jeune Monarque
& ne jettant presque pas la vûë
sur aucun de ses Officiers, ausquels
il donna pourtant de fois à autre
des marques de sa consideration.
Aprés un quart d'heure d'entre-
vûë, le Czar prit la main du Roi,
à qui il laissa toûjours da droite,
le remena à ſon carosse, charmé
de la bonne grace & de la conte-
nance de S. M. il l'embrassa une
seconde fois & lui aida à monter;
ayant fait ensuite quelques pas en
arriere pour donner le tems à M.
le Maréchal de Villeroy & aux au-
tres grands Officiers d'entrer dans
le carosse, il les salua tous en pas-
sant avec une politesse qui les ren-
voya rous contens, & s'étant ra-
proché de la portiere, il prit con-
gé du Roy.
Le même jour, le Czar étant sor-
ti à 5 heures du matin dans un ca-
190
Relation
rosse à deux chevaux seulement,
en ayant fait dételer 4, dit qu'il
ne prétendoit pas marcher en
Pompe, il ne ſe fit accompagner
que de deux Gardes, & de l'Exempt
qui le suivirent àche val, recomman-
dant aux 6 autres Gardes qu'ils pou-
voient se reposer, parce qu'il n etoit
pas juste qu'il fatiguât tant de mon-
de : Il alla à l'Arsenal, à la Place
Royal dont il fit le tour; ensuite à
la Place des Victoires qu'il dessina
& y lût les Inscriptions, & de là à
la Place de Louis le Grand, dont
il admira la Statuë Equestre. Il
s'arrêta chez le Charpentier du
Roi, vit travailler ses Ouvriers
& travailla avec eux, s'informant
du nom & de l'usage des outils dif-
ferens; il descenait aussi chez le
Menuisier du Roy où il fit ses ob-
servations. Ce Monarque avoit
prié le jour précédent M. le Duc
d'Antin de lui fournir une descrip-
tion de tout ce qu'il y avoit de plus
curieux à Paris: Deux heures aprés
ce Seigneur lui apporta un Cahier.
Historique.
191
proprement relié, qui contenoit
toutes les Raretez de cette grande
Ville, il le reçût sans l'examiner,
s'entretenant pour lors avec plu-
sieurs Seigneurs de sa suite, mais
l'ayant ouvert; il fut agréablement
ſurpris de le voir traduit en Lan-
gue Esclavone, & s'écria qu'il n'y
avoit qu'un François capable de
certe politesse, il l'en remercia fort.
Le 1I. le Czar fit demander au
Roy, son heure la plus commode
pour se donner l'honneur de lui
rendre visite, elle fut reglée à 5
heures du soir.
S. M. Cz. dans un carosse du Roi,
étant seule dans le fond, le Prince
de Kurakin à une portiere, & M. le
Matéchal de Tessé à l'autre, le
Comte Dolhorouki Lieutenant Ge-
neral de ses Troupes, & le Baron
Schaffirovv Vice-Chancelier sur le
de vant, partit à 4 heures du soir de
son Hôtel. Elle étoit escortée par
les 8 Gardes du Corps & l'Exempt,
avec 4 carosses de la livrée de M.
le Maréchal de Tesfé, où étoit
192
Relation
la suite du Prince. Les embaras dans
les Ruës furent si grands pendant
la marche, que ce Prince ne pût
arriver que sur les 5 heures trois
quarts aux Tuileries. Il trouva à
son passage les Gardes Françoises &
Suisses sous les Armes, les Tam-
bours battans aux Champs, les
Gardes de la Porte à leur Poste or-
dinaire. Le Roi qui l'attendoit dans
l'Appartement has de M. le Duc du
Maine, s'avança jusqu'à la portiere
du carosse, d'ou le Czar sortit
promptement pour saluer le Roy
qu'il embrassa, le Roi lui donna la
droite: Comme il y avoit un monde
infini à regarder cette Cérémonie,
le Czat prit de ses deux mains celle
du Roy, le conduisant avec beau-
coup d'attention, en faisant signe
qu'on s'écartât, dans l'apprehen-
sion qu'on ne pressât le jeune Roi.
Il monta l'escalier bordé par les
Cent-Suisses du Roi, traversa la Sal-
le des Gardes du Corps qui étoient
en haye & entra dans la Chambre
du Roi, tous les Appartements
Historique.
193
étants remplis de Seigneurs & de
Dames.
Les deux Rois passerent un mo-
ment aprés dans le Grand Cabinet
du Conseil de Regence, d'où on a-
voit eû soin d'ôter la grande Ta-
ble, afin qu'il y eût plus d'espace.
Il y avo't deux fauteuils, le Czar
s'étant placé à la droite; il adreſsa
ce petit discours au Roy. Cxar
mon frere, il y a long-têms que je
souhaitois voir un Roy de France
dans la gloire de sa Majesté, J'ai au-
jourd hui la satisfaction de voir un
jeune Roy qui promet tout ce que ses
Ancêtres ont fait de grand; je sçais
plusieurslangues, je voudrois les avoir
toutes oubliées, & ne sçavoir que la
Françoise, pour entretenir vostre Ma-
jesté.
Aprés ce Compliment, il se leva
& le Roy lui donnant toûjours la
droite, le reconduisit jusqu'à la
portiere du carosse. Le Czar l'a-
iant de nouveau embrassé, pria
instamment le Roy de se reti-
ter, mais S. M. le voulut voir
Relation
194
monter, & resta jusqu'à ce que S.
M. Cz. fut en marche.
Le même jour 1i. le Prevôt des
Marchands & les Echevins en habit
de Cérémonie saluerent le Czar, &
lui porterent les présents ordinaires
de la Ville conduits par M. le
Marquis de Dreux, Grand Maistre
des Cérémonies.
Le 12. M le Duc d'Antin alla
le prendre à 5 heures du matin,
pour le mener promener aux Go-
belins & au Jardin du Roy, ce
Prince demeura assez long-temps
à voir travailler à revers, aux bel-
les Tapisseries qui se font dans cette
Manufacture Royale, il admira
l'adresse & l'habileté des Ouvriers.
L'aprés midy, il monta à l'Observa-
toire , où il ne reſta que fort peu,
ayant promis d'y revenit pour tour
examiner. Le lendemain il fut con-
duit à la Manufacture des Glaces.
Le 14. le Czar ſe rendit au Pa-
lais Royal, accompagné de M. le
Maréchal de Tessé, des Princes
& Seigneurs Moscovites. Son Al-
tesse
Historique.
19)
teſse Royale entourée des princi-
paux Officiers de sa Maison, vint
le recevoir à. la ſortie du carosse,
le conduisit dans son Appartement,
où il lui fit voir sa Galerie & ses
Tableaux; ensuite son A. R. me-
na S. M. Cz. par son petit Ap-
partement, chez Madame, où la
visite ſe paſſa debout. Cetre Prin-
cesse lui presenta MEr le Duc de
Chartres & Mademoiselle de Mont-
pensier. La conversation dura plus
d'un quart d'heure en Allemand.
Madame expliquant à Mer le Duc
Regent, ce que le Czar lui disoit.
Aprés avoir pris quelques
rafraichissemens, il vit l'Ope-
ra d'Hypermnestre, de la loge
du Palais Royal. S. A. R. Msr le
Duc de Chartres, le Vice-Chance-
lier, deux autres Seigneurs de sa
Cour, & M. le Maréchal de Tessé
étoient au premier rang, le Prince
Kurakin étoit placé derriere le Cz.
M. le Marquis de Simianes, & M.
le Marquis d'Estampes derriere
Mer le Duc d'Orleans.
R
196
Relation
S. M. Cz. fut frapée, lorsqu'on
le va la Toile, de la magnificence du
spectacle, des Changemens de dé-
corations, & de la danse deMlle Pre-
vôt. Elle se rafraichit de quelques
verres de Biere qu'elle ne voulut pas
recevoir de la main de ce Prince
qui les lui présentoit. Elle quitta
au quatrième Acte Lorsqu'Elle en
sortit; Elle fut reconduite parMsr le
Duc Regent jusqu'à l'endroit où il
étoit venu la recevoir.
Le même jour au matin, Mr le
Duc d'Antin accompagna le Czar
à l'Académie Royale de Peinture
& de Sculpture, où Mr Coepel,
Peintre célébre, ût l'honneur de
lui expliquer tous les Sujets diffe-
rents qui méritent quelques obser-
vations; il vit encore avec plus de
satisfaction dans la grande Ga-
lerie du Louvre les Plans en relief,
des Places fortifiées du Royaume,
il se promena ensuite dans le Jardin
des Tuileries.
Le 16. le Cz. se rendit aux Invalides
à l'heure du diner, Mr le Maréchal
Historique.
197
de Villars l'ayant conduit dans le
Réfectoire, il y trouva tous les
Soldats qui se mettoient à table;
il gouta de leur soupe, aprés quoy
il demanda un Gobelet dans lequel
il se fit verser de leur vin & but
à leur santé, il salua en particulier
tous les Officiers, & leur fit l'hon-
neur de les nommer ses Camarades,
après quoy on lui fit voir tous les
Bâtimens & ce qu'il y a de plus
curieux dans ce magnifique Hôtel,
entre'autres, le Dom e qui lui pa-
rut superbe, tant par son éle vation,
que par ses belles Peintures. Mais,
il a été encore plus charmé de l'In-
stitution de cette Maison, qui il-
luſtre ſi fort le Regne & la Mé-
moire de Louis XIV.
Le 17. S. M. Cz. alla diner au
Chaſteau de Meudon où elle viſita
tous les appartemens, se promena
à cheval dans le Parc; la Situation
de cette Maison Royale, & sa Vûe
lui firent encore plus de plaisir que
tout le reſte, il en revint à 6 heu-
res du soir.
Relation
198
Le 18. trois Seigneurs Moscovites
parurent devant le Roy qui donnoit
Audiance aux Ministres Etrangers.
Ils avoient le Cordon Bleu, dont
deux le portent de droit à gauche,
comme le Czar qui est le Grand
Maître de l'Ordre de S. André, qui
fut institué par ce Monarque en
1698. pour recompenser le mérite
de ses Officiers, dans la Guerre
contre ses Ennemis: On lit ces
mots sur la Croix en Esclavon,
TZAAR PET-SAMO IPOVVE ESE
ROS. En françois, Czar Pierre Mo-
narque de toute la Russie. A l'é-
gard du troisième Seigneur, il le
por oit de gauche à droite qui est
l'Ordre de l'Aigle Blanc de Polo-
gne.
Le 19. ce Prince alla aprés midi
pour la seconde fois à l'Observatoi-
re, M. de Maraldy lui fit voir tout
ce qui sert à operer les observations
Astroromiques : Le Czar donna
dans cette occasion des preuves de
ses lumieres & de ses connoissan-
ces acquises dans cette Science:.
199
Historique.
Le 21. le Czar vint au Palais
Royal du Luxembourg à 6 heures
du soir, rendre visite à Madame
Duchesse de Berry; il trouva en
arrivant les Cent-Suisses rangez en
haye, le long de l'escalier, la hale-
barde à la main, les Gardes du
Corps dans la Salle, le Mousquet
sur l'épaule : M. le Marquis de la
Rochefoucault Capitaine des Gar-
des de cette Princesse, alla le pren-
dre au bas de l'Escalier. M. le Mar-
quis de Coëtenfao Chevalier
d'Honneur, & Me. la Marquise de
Pons Dame d'Atour, le reçûrent
à la porte du Cabinet, Madame
Duchesse de Berry, accompagnée
de tous les Officiers & Dames de
sa Maison, qui est des plus biillan-
tes, se presenta à la porte de sa
chambre, pour recevoir S.M. Cza-
rienne qui lui fit, deux profondes
reverences, l'embrassa & la salua
d'un côté seulement, lui fit un com-
pliment trés-poli, qui fut expliqué
par l'Interpréte, auquel Madame
Duchesse de Berry répondit gra-
Riij
200
Relation
cieusement; on passa ensuite dans la
Chambre, & de là dans le Cabi-
net où l'on avoit préparé deux fau-
teuils: le Czar s'aſsit à la droite &
Madame à la gauche : Le Czar
étoit accompagné du Prince Kura-
kin, de tous ses Officiers, & de
M. le Maréchal de Tessé; la con-
versation dura une demie-heure,
aprés laquelle le Czar demanda à
Madame, la permission d'aller voir
les Appartemens, elle l'y accompa-
gna: S. M. s'arrêta long-temps
dans la Chambre des Muses & ad-
mira le David qui est du Guide,
surtout elle fut frapée de la Venusde
Vandek qui demande des Armes à
Vul cain pourEnée: Elle fut présd'un
quart d'heure à la contempler, ce
qui marque son grand goût pour la
Peinture: Elle ne fut pas moins sur-
prise en ent rant dans la Galerie, d'y
voir toute l'Histoire de Marie de
Medicis & d'Henry IV. peinte par
Rubens: Le Tableau qui represente
l'accouchement de la Reyne, où
l'on voit la douleur & la joye pein-
Historique.
201
tes ſur le même viſage, le toucha
beaucoup. Le Cz. vit les autres Ap-
partemens, & s'apercevant que Ma-
dame étoit fatiguée, il voulut la
reconduire dans sa Chambre, & lui
demanda la permission d'aller se
promener dans le Jardin, & qu'il re-
viendroit prendre congé d'elle:
Madame lui répliqua qu'elle des-
cendroit plûtôt que de permettre
qu'il remontât: il prit congé de Ma-
dame, l'embrassa & la falua com-
me il avoit fait en entrant: aprés a-
voir admiré l'Architecture de ce Pa-
lais, il fit plusieurs tours dans les jar-
dins, d'ou il ne sortoit qu'à 7 heures.
Ce jour là, Madame Duchesse de
Berry portoit un habit violet parse-
mé de fleurs d'argent, sa coëffure
étoit toute couverte de plerreries.
Le 22. il alla ſe promener a u pe-
tit Bercy chez M. Pajot d'Osambré
pour y voir le be au Cabinet de Cu-
riosités en toutes especes, qu'il y a
rassemblées. Ce Prince y resta en-
viron trois heures à tout examiner,
ne pouvant presque pas en sortir; il
202
Relarion
promit à M. Pajot de le revenir
voir. C'est ainsi que ce Grand Prin-
ce employe si utilement son tems à
observer tout ce qui peut flater sa
curiosité, tant au dedans qu'au de-
hors de Paris, dans les endroits pu-
blics, comme chez les particuliers.
Il a visité nos plus habiles Faiseurs
d'Instruments de Mathematiques,
tels que les sieurs Chapoteau, Byon
& Buterfield, il a été trois ou
quatre fois chès ce dernier, pour voir
les Experiences & les effets surpre-
nants de ſes belles pierres d'Ai-
mans. S. M. s'est entretenue avec
lui en Hollandois sans Interpréte;
elle a manié & examiné tout par
elle-même chés les uns & chés les
autres, ausquels elle a commandé
quelques Instruments, étant parfai-
tement au fait de tout ce qui re-
garde les Mecaniques.
S. M. Czarienne qui n'avoit pû
aller diner les jours précedens à
S. Cloud, à cause de quelque le-
gere indisposition, s'y rendit le 23
avec M. le Maiéchal de Tessé &
203
Historique.
les Principaux Seigneurs de sa
Cour, ou tout étoit préparé pour
l'y recevoir. Mer le Du e Regent se
trouva à la descente du carosse &
le conduisit dans les Appartemens.
Aprés le dîner, le Czar souhaita
voir les Jardins, & jouer les Eaux,
il parcourut tout le Parc, partie en
calèche & partie à cheval, toûjours
accompagné de S. A. R. qui le re-
conduisit à l'endroit où elle étoit
venuë le recevoir; leCzar revenant
par le Bois de Boulogne eût la cu-
riosité d'entrer dans le Château de
Madrid, que M. d'Armenonville
embellit tous les jours En passant
dans la Plaine des Sablons, il s'y
arreſta pour voir faire l'exercice
aux Gardes Françoises & Suisses;
ce qui fut cause qu'il ne vint que
fort tard rendre visite à Madame
la Duchesse d'Orleans qui le re-
cût à l'entrée de son Antichambre,
& lui presenta Mademoiselle.
Le 24, le Czar vit le Roy in-
cognito à d heures & deinie du ma-
tin. Il paſsa par l'Appartement de
204
Relation
Mr le Maréchal de Villeroy. Le
Roy averti de ſon arrivée, alla le
joindre dans le petit Cabinet
du Billard. Le Czar l'ayant ap-
perçû, alla au devant avec em-
pressement, & l'embrassa avec ten-
dresse deux ou trois fois. La con-
versation étant tombée sur la Carte?
de Moscovie, Mrle Maréchal de
Villeroy ſe la fit apporter, & dit au
Czar, que le Roy seroit bien aise
d'apprendre, par lui-même, si elle
étoit éxacte. Le jeune Roy ayant
en miême tems jetté les yeux dessus,
s'entretint de la situation des Pro-
vinces, de la diversité des Rivieres
& du nombre des principales Villes
de ce grand Etat qu'il suivoit mé-
thodiquement. Ravi d'entendre le
Roi& surprisde la clartède ses idées,
le Cz. prit ſon crayon & lui mon-
tra la jonction qu'il avoit entrepri-
ſe du Volga au Tanais, pour avoir
* Cette Carte a été dressée par
M. de Liste sur les Memoires de
Sa Majesté Czarienne,
Historique.
105
la communication de la Mer Cas-
piene, avec la Mer noire. Il fit,
voir ensuite, que pour aller s'op-
poſer au Roy de, Suede à Pultauva.
Il avoit fait faire à son Armée une
marche de 400 lieuës; mais beau-
coup plus aisément qu'en France,
par la quantité de Riviéres dont
son Royaume est arrosé; ce qui fa-
cilite l'accélération de la marche
des Troupes & de l'attirail. Après
une demie heure d'entrevûë, il
passa dans une Chambre de Mr le
Maréchal de Villeroy, où on lui
déploya sur une Table, les Pierre-
reries de la Couronne; de la beau-
té & du prix desquelles, il jugea
en Connoisseur.
Au fortir de chez le Roy, il par-
tit avec toute sa suite, pour Ver-
sailles, qu'on avoit préparé & meu-
blé avec la derniere magnificence,
& dans toute la propreté & la ga-
lanterie qui ait jamais paru sous le
feu Roy. Il eft inutile de dire, que
S. M. Cz. fut enchantée de toutes
les Merveilles de l'Art, qui embé-
Relation
206
lissent si fort cette Maison Royale.
Les Jardins nouvellement sablés,
les Eaux, les Bosquets, les Statuës
& le grand Canal, furent pour ce
Prince, le plus étonnant spectacle
qui puisse s'imaginer. On avoit û
la précaution d'envoyer un déta-
chement des Gardes Françoises &
Suisses, pour garder les avenuës
du Parc, & empêcher que per-
sonne n'y entrât. Plusieurs Offi-
ciers de la Bouche avoient pris les
dévants, afin de lui préparer à man-
ger. Vingt Bateliers des mieux faits,
habillés en Matelots, étoient de-
ſtinés pour conduire ce Monarque
dans les Gondoles sur le Canal, à
Trianon, avec toutes les personnes
de sa suite. Pendant son Séjour à
Verſailles, il a été voir la Machine
& le Château de Marly, dont
les Jardins sont toujours très- pro-
prement entretenus. Il a beaucoup
dessiné, & fait des Remarques sur
tout ce qu'il a vû. Il en revint le
vingt-sept de grand matin, à Paris,
jour de la Fête de Dieu, pour voir
les
207
Historique.
les Processions. Il entendit dans
une des Voutes du Chœur de
Nôtre-Dame, la Grand-Messe,
célébrée par Mr le Cardinal Ar-
chevêque. Il alla le même jour
aux Enfans-Trouvés.
Le 28, ce Ptince toujours ac-
compagné de Mr le Maréchal de
Teſſe, ſe transporta à la Monoye,
où il vit fabriquer différentes Es-
péces d'Or & d'argent. Il y frapa
lui -même trois Ecus.
Le 30 de May, Mt le Duc
d'Antin, engagea ce Prince à al-
ler diner à Petit-Bourg, d'où il
a dû se rendre à Fontainebleau,
tout étant disposé pour l'y rece voir,
& pour lui donner successivement
le plaisir de la Chasse du. Loup
du Cerf & du Sanglier : Différens
Equipages de Chasse aussi superbes,
que nombreux, ont pris les devants
& se tiennent prêts au premier or-
dre. MEr le Comte de Toulouse
accompagnera ce Prince pendant
le tems qu'il restera à cette Mai-
son Royale, & dirigera la Chasse.
208
Relation
Les Seigneurs Moscovites de la
fuite de ce Monarque sont Mr le
Prince Kurakin, Ambassadeur en
Angleterre, en Hollande, & Plé-
nipotentiaire au Congré de Brunsy-
vick. M. de Schaffirof Vice-Chan-
celier & Conseilier Privé, Che-
valier de l'Ordre de l'Aigle blanc
de Pologne, Directeur des Postes
cy-devant Ambassadeur en Tur-
quie. Mr Jagousinki, General
Ajudant & Chambellan. Mr de
Makadoff, Secretaire de Cabiner.
Mr Moursin Lieutenant des Gardes,
Mr Sava Rogouzintki Conseiller
de la Cour. Le Duc Dolgourouki
Lieutenant General, & Lieurenant
Colonel des Gardes, Chevalier
de l'Ordre de Saint André. Mr
Boutourlinki Lieutenant General,
M. Tolstai Conseiller Privé, Che-
valier de l'Ordre de l'Aigle blanc.
M. Nareskin general Ajudant &
Chambellan. M. Darkin Conseil-
lier Medecin. Je passe sous silence
plusieurs Gentils-Hommes Russes
qui ont suivi ce Prince.
Historique.
209
Je terminerai le Journal du mois
de May par le Portrait suivant de
S. M.
Le Czar âgé de 45. ans, est
grand, d'une stature d'environ
cinque pieds & demi, bien pris dans
ſa Taille, n'étant ni maigre, mi
gras, brun de visage, des yeux
trés vifs, le nez & la bouche en-
semble, bien rele vée de deux petites
moustaches noires, avec une phi-
sionomie élevée & en même tems
affable.
Ses Habits à la Françoise sont des
plus simples, le Sourtout qu'il porte
ordinairement est brun, avec un
petit bordé d'or; sa Perruque de
cheveux presque noirs, est en façon
de celle d'un Abbé. Il dîne entre 10
& 11. heures; soupe légerement,
se couche de bonneheure, & se
leve de grand matin. Il a û de sa
premiere femme Ottokosa Fede-
rovyna, le 18. Février 1690.
Alexis Petovviz Prince Czarien,
Hereditaire de la Grange Russie;
lequel avoit épousé Charlotte-Chri-
21o Relation Historique.
stine Sophie de Vvolfembutel, de la-
quelle il lui est né un Prince &
une Princeſſe. Sa Majeſté Cza-
rienne a actuellement de la Czarine
sa seconde femme, un fils & deux
filles vivantes. Sa Liviée est verte,
qui est une des couleurs primitives.
On continuëra dans les Mercures
suivans de donner le détail de ce
qui concerne ce Prince.
FIN.
Fermer
244
p. 111-114
EXTRAIT D'UNE LETTRE de M. de Montdion Ingénieur ordinaire du Roy, écrite de Malte, le 8 Avril 1717.
Début :
Dans le cours de la Semaine Sainte, nous avons senti quatre [...]
Mots clefs :
Semaine Sainte, Tremblement de terre, Rocher, Vent, Tonnerre, Étoiles, Ciel, Lumière, Étincelles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT D'UNE LETTRE de M. de Montdion Ingénieur ordinaire du Roy, écrite de Malte, le 8 Avril 1717.
EXTRAIT D'UNE LETTRE
de M. de Monidion Ingénieur
ordinaire du Roy , écrite de Malte
, le 8 Avril 1717.
D
Ans le cours de la Semaine
Sainte , nous avons fenti quatre
fecouffes de Tremblemens de
Terse. Ces tremblemens arrivent
fouvent ; mais , comme toute l'Ifle
de Malte n'eft qu'une feule pièce
de Rocher , qui n'eft pas ébranlée
fi facillement. Ils n'y font pas dangereux
; ils font toujours accompagnés
d'un bruit femblable à celui
d'un grand vent , qui ne feroit
que paffer fort rapidement ; tout
cela ne dure qu'un inftant.
Les Tonnerres font ici beaucoup
plus grands & plus effroyables qu'en
France ; nous n'en entendons ici
que pendant 4 ou mois de nôtre
Hyver , & il n'y en a point depuis
le mois d'Avril , jufqu'au mois
Kij
112 LE MERCURE
d'Octobre , parce qu'on ne voit
point de nuages pendant tout l'Eté,
& vous fçavez qu'il ne peut y avoir
de Tonnerre fans nuages.
ou
J'ai pris plaifir à voir ici
plufieures Etoiles errantes
volantes , pendant la nuit. Ces
feux font beaucoup plus forts
qu'en France : Ils font femblables
à des fufées volantes , & font à peu
prés ce même bruit ; au refte , je
Vous marque feulement les faits ,
Vous êtes Phificien , vous jugerez
de la nature & des caufes de ces
Météores & c .
Je vous fais part en même tems ,
d'un Phénomene très- curieux , qui
a paru à Malte le 6 Septembre
1716 .
Vers les 10 heures du foir , au
milieu d'un Ciel fort férain , & pendant
un grand calme , on s'apperçût
par toute la Ville d'une lumiére
extraordinaire , qui effaça celle de
la Lune au dehors , & celle des
Bougies dans les Chambres . Cette
lumiére reffembloit par la couleur ,
DE MA Y.
113
ra ,
à un éclair très-brillant , avec cette
différence , qu'elle étoit continuë
& fans vacillation , pendant huir
ou 10 fecondes de tems qu'elle du-
& finit par une lumiere encore
plus vive qu'au commencement .
Ce qui donnoit cette lumiére , étoit
une barre de feu qui parut fout
d'un coup au milieu de l'Air , du
côté du couchant , élevée environ
à
45 dégrés de l'Horifon ; fa largeur
étoit de 2 à 3 diamétres apparens
du Soleil , & fa longueur à peu
près 18 ou 20 fois fa largeur , dirigée
du Nord , Oueſt au Sud- Est, &
marchant fuivant cette direction ,
avec une viteſſe un peu
moindre en
apparence , que celle d'une fléche ,
& qui lui fit parcourir pendant les
8 ou 10 fecondes qu'elle dura , à peu
prés la 8e partie de fon cercle : Ce
qu'il y a de plus fingulier , eft que
cette barre de feu jettoit de longues
étincelles par le bout du derrière ,
eu égard à fa marche , & que chemin
faifant , elle parut s'ouvrir par
fon milieu , d'où elle jetta encore
Kiij
114 LE MERCURE -
de pareilles étincelles , ainsi qu'elles
font reprefentées dans la figure . Il
y a encore une circonftance ; c'eft
qu'environ de minute de tems ,
après que ce feu fut confumé , on entendit
un bruit fourd , mais égal &
continu , comme d'un Tonnere éloigné
, qui dura autant de tems
que cette lumière avoit fait.
de M. de Monidion Ingénieur
ordinaire du Roy , écrite de Malte
, le 8 Avril 1717.
D
Ans le cours de la Semaine
Sainte , nous avons fenti quatre
fecouffes de Tremblemens de
Terse. Ces tremblemens arrivent
fouvent ; mais , comme toute l'Ifle
de Malte n'eft qu'une feule pièce
de Rocher , qui n'eft pas ébranlée
fi facillement. Ils n'y font pas dangereux
; ils font toujours accompagnés
d'un bruit femblable à celui
d'un grand vent , qui ne feroit
que paffer fort rapidement ; tout
cela ne dure qu'un inftant.
Les Tonnerres font ici beaucoup
plus grands & plus effroyables qu'en
France ; nous n'en entendons ici
que pendant 4 ou mois de nôtre
Hyver , & il n'y en a point depuis
le mois d'Avril , jufqu'au mois
Kij
112 LE MERCURE
d'Octobre , parce qu'on ne voit
point de nuages pendant tout l'Eté,
& vous fçavez qu'il ne peut y avoir
de Tonnerre fans nuages.
ou
J'ai pris plaifir à voir ici
plufieures Etoiles errantes
volantes , pendant la nuit. Ces
feux font beaucoup plus forts
qu'en France : Ils font femblables
à des fufées volantes , & font à peu
prés ce même bruit ; au refte , je
Vous marque feulement les faits ,
Vous êtes Phificien , vous jugerez
de la nature & des caufes de ces
Météores & c .
Je vous fais part en même tems ,
d'un Phénomene très- curieux , qui
a paru à Malte le 6 Septembre
1716 .
Vers les 10 heures du foir , au
milieu d'un Ciel fort férain , & pendant
un grand calme , on s'apperçût
par toute la Ville d'une lumiére
extraordinaire , qui effaça celle de
la Lune au dehors , & celle des
Bougies dans les Chambres . Cette
lumiére reffembloit par la couleur ,
DE MA Y.
113
ra ,
à un éclair très-brillant , avec cette
différence , qu'elle étoit continuë
& fans vacillation , pendant huir
ou 10 fecondes de tems qu'elle du-
& finit par une lumiere encore
plus vive qu'au commencement .
Ce qui donnoit cette lumiére , étoit
une barre de feu qui parut fout
d'un coup au milieu de l'Air , du
côté du couchant , élevée environ
à
45 dégrés de l'Horifon ; fa largeur
étoit de 2 à 3 diamétres apparens
du Soleil , & fa longueur à peu
près 18 ou 20 fois fa largeur , dirigée
du Nord , Oueſt au Sud- Est, &
marchant fuivant cette direction ,
avec une viteſſe un peu
moindre en
apparence , que celle d'une fléche ,
& qui lui fit parcourir pendant les
8 ou 10 fecondes qu'elle dura , à peu
prés la 8e partie de fon cercle : Ce
qu'il y a de plus fingulier , eft que
cette barre de feu jettoit de longues
étincelles par le bout du derrière ,
eu égard à fa marche , & que chemin
faifant , elle parut s'ouvrir par
fon milieu , d'où elle jetta encore
Kiij
114 LE MERCURE -
de pareilles étincelles , ainsi qu'elles
font reprefentées dans la figure . Il
y a encore une circonftance ; c'eft
qu'environ de minute de tems ,
après que ce feu fut confumé , on entendit
un bruit fourd , mais égal &
continu , comme d'un Tonnere éloigné
, qui dura autant de tems
que cette lumière avoit fait.
Fermer
245
p. 137-144
EXTRAIT D'UN MORCEAU de Phisique, annoncé dans le Mercure dernier, sur une nouvelle propriété que M. de Lisle le jeune a remarquée dans les rayons de la Lumiére.
Début :
Tout le monde sçait que la Lumiére se réfléchit, pour peu [...]
Mots clefs :
Physique, Lumière, Reflets, Réfraction, Rayons, Expérience, Réflexion, Atmosphère, Corps, Ombre, Obscurité, Distances, Observations, Direction
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT D'UN MORCEAU de Phisique, annoncé dans le Mercure dernier, sur une nouvelle propriété que M. de Lisle le jeune a remarquée dans les rayons de la Lumiére.
EXTRAIT D'UN MORCEAU
de Phifique, annoncé dans le Mercure
dernier , fur une nouvelle
propriété que M. de Lifle lejeune
a remarquée dans les rayons
de la Lumiére .
Out le monde fçait que la Lumiére
fe réfléchit , pour peu
qu'on ait quelque teinture de Phifique.
On fçait auffi , qu'elle fouffre
réfraction, c'est- à- dire , que fes
rayons paffans d'un milieu dans un
Miij
138 LE MERCURE
autre , comme de l'Air dans l'Eau ,
le verre &c , changent de route &
en tiennent une , plus ou moins
proche de la perpendiculaire , fuivant
la différente nature des milieus.
Mr de Lifle entreprend aujour
d'hui , de noas y faire appercevoir
une troifiéme propriété ; il ſe fonde
fur cette Expérience.
Si l'on introduit par un petit trou
dans une Chambre obfcure . la
Lumiére du Soleil ; les Ombres des
Corps placez dans cette Lumière ,
font plus grandes qu'elles ne devroient
l'être , fi la Lumiére , en rafant
les extrémitez de ces Corps ,
continuoit fa route en ligne droite .
D'où il conclud qu'à l'approche
des Corps , les rayons de la Lumiére
font détournés .
>
On ne peut pas foupçonner , ditil
, que cette Infléxion ſoit cauſée
par la Réfléxion puifqu'il eft
afé de prouver qu'une partie de la
Lumiére qui fouffre cette infléxion ,
Te détourne à l'approche des Corps ,
DE MAY. 139
fans même les toucher.
On pourroit avec plus de vraifemblance
, l'attribuer à la Refta-
&tion , enfuppofant que les Gorps
font environnés d'un Atmosphere
propre , dans lequel les rayons de
la Lumiére fouffrent réfraction ;
mais une Expérience de Mr
Nevveton détruit cette Hipothéfe.
Il a obfervé la grandeur de l'Ombre
d'un cheveu, dans l'Expérience
dont nous avons parlé ci-deffus ; il
l'a enfuite enfermé dans l'eau ,
entre deux plaques de verre , l'a
de même expofé à la Lumiére introduire
par un petit trou dans
une Chambre obfcure , & il n'a
remarqué aucune différence dans
la grandeur de cette Ombre ;
d'où il elt aifé de conclure , qu'il
n'y a point d'Atmoſphere au tour
du cheveu ; car , les rayons de
lumiére , en paffant de l'eau dans
cet Atmoſphere , euffent fouert
une réfraction différente de celle
qu'ils fouffrent , en paffant de l'Air
dans ledit Atmosphere.
140
LE
MERCURE
Oneft donc fort porté à croire,
que cette infléxion eft une propriété
particuliére de la Lumiédont
on ne connoit point encore
la nature . M. Nevvton avoit
commencé à la rechercher ;
mais d'autres occupations l'en
ont détourné. M. Delifle fe charge.
de pourfuivre cette recherche ,
& les Expériences qu'il a lûës à l'Academic
fur cette matiére , nous
affurent du fuccés
>
M. Delifle voulant donc connoître
les Régles de cette infléxion
, & en déterminer la quantité,
il s'eft appliqué à mesurer éxactement
les Ombres des Corps de différentes
figures & de differente
nature Il a varié les diftances
& la grandeur du trou , pour recevoir
plus ou moins de Lumiére ,
afin de pouvoir reconnoître par
toutes ces variétés , dans quelle
proportion fe fait cette augmen
tation des Ombres , audelà de ce
que la rectitude des rayons le permet
; mais , en faifant toutes ces
DE MAY. 141
Expériences , il s'eft apperçû que
l'Ombre des Corps prenoit de différentes
figures & de différentes
couleurs ; de forte que dans de
certaines circonftances , elle n'étoit
prefque pas reconnoiffable de
ce qu'elle eft ordinairement ; &
comme ce jeu de Lumiére fe faifant
endedans de l'ombre-même ,
en fait varier la grandeur & la
figure , il s'eft trouvé obligé d'interrompre
fes Expériences , fur la
groffeur de l'ombre : pour pour-
Tuivre ces apparences qui fe fontdans
l'ombre , parce qu'avane de
prouver l'infléxion par la grandeur
des ombres , il faut convenir de
ce que l'on doit prendre pour l'ombre.
Cela eft ici d'autant plus néceffaire
que les apparences qui
fe font dans l'ombre , font dans de
certaines circonftances plus fenfibles
,, que l'ombre-même.
>
Ce font ces apparences caufées
par le mélange de la Lumiére &
de l'ombre , dont M. Delifle nous
a fait un raport éxact dans le Mor142
LE MERCURE
ceau qu'il a lû à l'Academie.
Il commence fes Obfervations
par nous avertir , qu'on ne peut
appercevoir ces apparences fort
prés du corps , que par le fecours
d'excellens Microcofpes , à caufe
de la force de l'ombre dans ces
endroits. Enfuite , il entre dans le
détail de fes Expériences . Il dit
que recevant l'ombre du corps fur
un plan de Carton , elle paroît
fort noire & bien terminée , c'eftà-
dire ,bien féparée de la Lumiére ,
lorfque le plan eft proche du corps.
Si on l'en éloigne , les bords de
l'ombre fe mêlent avec la lumière ;
& enfin fi on place le Carton dans
une diftance plus confidérable; alors
l'ombre paroît divifée en bandes
paralleles à fa direction , diftinguées
par des intervalles moins
obfcurs. Le nombre des bandes
obfcures eft d'autant plus grand,
que le Carton eft plus prés du
corps ; car , à fure qu'on l'éloigne
, celles qui font voifines de
la lumière s'évanouiffent . Enfin ,
DE MAY... 143
lorfque ces intervalles lumineux
ou plûtôt moins obfcurs , font obfervés
à une certaine diftance du
corps , on s'apperçoit qu'ils font
compofez de couleurs femblables
à celles de l'Arc-en-Ciel , & qui
font rangées en cette façon du milieu
de l'ombre , vers les bords du
violet , puis du bleu , du verd ,
du jaune, & enfin du rouge. Enfuite,
vient labande obfcure, qui,par conféquent
eft compofée du rouge du
premier intervalle , & du violet
du fecond , où les mêmes couleurs
font encore rangées de la même
façon.
On voit par là , que la réfraction
n'eft pas la feule caufe capable
de féparer d'un faiſceau de
rayons , ceux qui font propres à
nous faire voir du jaune , d'avec
ceux qui nous font appercevoir
du
rouge , puifque l'inflexion produit
ce même effet ; il s'agit maintenant
de fçavoir , comment fe fait cette
infléxion , & les Loix qu'elle obferve;
ce que l'on pourra décou144
LE MERCURE
vrir , en faifant plufieures Expériences
& ce qui,une fois bien connu
, pourra beaucoup contribuer à
nous apprendre la nature de la Lumiere.
de Phifique, annoncé dans le Mercure
dernier , fur une nouvelle
propriété que M. de Lifle lejeune
a remarquée dans les rayons
de la Lumiére .
Out le monde fçait que la Lumiére
fe réfléchit , pour peu
qu'on ait quelque teinture de Phifique.
On fçait auffi , qu'elle fouffre
réfraction, c'est- à- dire , que fes
rayons paffans d'un milieu dans un
Miij
138 LE MERCURE
autre , comme de l'Air dans l'Eau ,
le verre &c , changent de route &
en tiennent une , plus ou moins
proche de la perpendiculaire , fuivant
la différente nature des milieus.
Mr de Lifle entreprend aujour
d'hui , de noas y faire appercevoir
une troifiéme propriété ; il ſe fonde
fur cette Expérience.
Si l'on introduit par un petit trou
dans une Chambre obfcure . la
Lumiére du Soleil ; les Ombres des
Corps placez dans cette Lumière ,
font plus grandes qu'elles ne devroient
l'être , fi la Lumiére , en rafant
les extrémitez de ces Corps ,
continuoit fa route en ligne droite .
D'où il conclud qu'à l'approche
des Corps , les rayons de la Lumiére
font détournés .
>
On ne peut pas foupçonner , ditil
, que cette Infléxion ſoit cauſée
par la Réfléxion puifqu'il eft
afé de prouver qu'une partie de la
Lumiére qui fouffre cette infléxion ,
Te détourne à l'approche des Corps ,
DE MAY. 139
fans même les toucher.
On pourroit avec plus de vraifemblance
, l'attribuer à la Refta-
&tion , enfuppofant que les Gorps
font environnés d'un Atmosphere
propre , dans lequel les rayons de
la Lumiére fouffrent réfraction ;
mais une Expérience de Mr
Nevveton détruit cette Hipothéfe.
Il a obfervé la grandeur de l'Ombre
d'un cheveu, dans l'Expérience
dont nous avons parlé ci-deffus ; il
l'a enfuite enfermé dans l'eau ,
entre deux plaques de verre , l'a
de même expofé à la Lumiére introduire
par un petit trou dans
une Chambre obfcure , & il n'a
remarqué aucune différence dans
la grandeur de cette Ombre ;
d'où il elt aifé de conclure , qu'il
n'y a point d'Atmoſphere au tour
du cheveu ; car , les rayons de
lumiére , en paffant de l'eau dans
cet Atmoſphere , euffent fouert
une réfraction différente de celle
qu'ils fouffrent , en paffant de l'Air
dans ledit Atmosphere.
140
LE
MERCURE
Oneft donc fort porté à croire,
que cette infléxion eft une propriété
particuliére de la Lumiédont
on ne connoit point encore
la nature . M. Nevvton avoit
commencé à la rechercher ;
mais d'autres occupations l'en
ont détourné. M. Delifle fe charge.
de pourfuivre cette recherche ,
& les Expériences qu'il a lûës à l'Academic
fur cette matiére , nous
affurent du fuccés
>
M. Delifle voulant donc connoître
les Régles de cette infléxion
, & en déterminer la quantité,
il s'eft appliqué à mesurer éxactement
les Ombres des Corps de différentes
figures & de differente
nature Il a varié les diftances
& la grandeur du trou , pour recevoir
plus ou moins de Lumiére ,
afin de pouvoir reconnoître par
toutes ces variétés , dans quelle
proportion fe fait cette augmen
tation des Ombres , audelà de ce
que la rectitude des rayons le permet
; mais , en faifant toutes ces
DE MAY. 141
Expériences , il s'eft apperçû que
l'Ombre des Corps prenoit de différentes
figures & de différentes
couleurs ; de forte que dans de
certaines circonftances , elle n'étoit
prefque pas reconnoiffable de
ce qu'elle eft ordinairement ; &
comme ce jeu de Lumiére fe faifant
endedans de l'ombre-même ,
en fait varier la grandeur & la
figure , il s'eft trouvé obligé d'interrompre
fes Expériences , fur la
groffeur de l'ombre : pour pour-
Tuivre ces apparences qui fe fontdans
l'ombre , parce qu'avane de
prouver l'infléxion par la grandeur
des ombres , il faut convenir de
ce que l'on doit prendre pour l'ombre.
Cela eft ici d'autant plus néceffaire
que les apparences qui
fe font dans l'ombre , font dans de
certaines circonftances plus fenfibles
,, que l'ombre-même.
>
Ce font ces apparences caufées
par le mélange de la Lumiére &
de l'ombre , dont M. Delifle nous
a fait un raport éxact dans le Mor142
LE MERCURE
ceau qu'il a lû à l'Academie.
Il commence fes Obfervations
par nous avertir , qu'on ne peut
appercevoir ces apparences fort
prés du corps , que par le fecours
d'excellens Microcofpes , à caufe
de la force de l'ombre dans ces
endroits. Enfuite , il entre dans le
détail de fes Expériences . Il dit
que recevant l'ombre du corps fur
un plan de Carton , elle paroît
fort noire & bien terminée , c'eftà-
dire ,bien féparée de la Lumiére ,
lorfque le plan eft proche du corps.
Si on l'en éloigne , les bords de
l'ombre fe mêlent avec la lumière ;
& enfin fi on place le Carton dans
une diftance plus confidérable; alors
l'ombre paroît divifée en bandes
paralleles à fa direction , diftinguées
par des intervalles moins
obfcurs. Le nombre des bandes
obfcures eft d'autant plus grand,
que le Carton eft plus prés du
corps ; car , à fure qu'on l'éloigne
, celles qui font voifines de
la lumière s'évanouiffent . Enfin ,
DE MAY... 143
lorfque ces intervalles lumineux
ou plûtôt moins obfcurs , font obfervés
à une certaine diftance du
corps , on s'apperçoit qu'ils font
compofez de couleurs femblables
à celles de l'Arc-en-Ciel , & qui
font rangées en cette façon du milieu
de l'ombre , vers les bords du
violet , puis du bleu , du verd ,
du jaune, & enfin du rouge. Enfuite,
vient labande obfcure, qui,par conféquent
eft compofée du rouge du
premier intervalle , & du violet
du fecond , où les mêmes couleurs
font encore rangées de la même
façon.
On voit par là , que la réfraction
n'eft pas la feule caufe capable
de féparer d'un faiſceau de
rayons , ceux qui font propres à
nous faire voir du jaune , d'avec
ceux qui nous font appercevoir
du
rouge , puifque l'inflexion produit
ce même effet ; il s'agit maintenant
de fçavoir , comment fe fait cette
infléxion , & les Loix qu'elle obferve;
ce que l'on pourra décou144
LE MERCURE
vrir , en faifant plufieures Expériences
& ce qui,une fois bien connu
, pourra beaucoup contribuer à
nous apprendre la nature de la Lumiere.
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246
p. 184-185
ENIGME. Par M. le Comte de S. Gilin.
Début :
Lorsque la Nature sommeille, [...]
Mots clefs :
Ver luisant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME. Par M. le Comte de S. Gilin.
ENIGME.
ParM. le Comte de S. Gilin
Lorſque la Nature ſommeille ,
Je fais paroître mes beautés :
Aux Champs que le jour a quittés,
Je ſuis la petite Merveille :
Mon éclat n'eſt point emprunté ;
Sur la Terre je ſuis unAftre ,
DEJUILLET 185
1
4
Qui ne prédit aucun défaftre.
Deme prendre l'on eſt tenté ;
Ma lumière croît., diminuë :
Mais , ſouvent on veut m'approcher
,
Que je me dérobe à la vûë ,
Et l'on ne ſçait où me chercher..`
ParM. le Comte de S. Gilin
Lorſque la Nature ſommeille ,
Je fais paroître mes beautés :
Aux Champs que le jour a quittés,
Je ſuis la petite Merveille :
Mon éclat n'eſt point emprunté ;
Sur la Terre je ſuis unAftre ,
DEJUILLET 185
1
4
Qui ne prédit aucun défaftre.
Deme prendre l'on eſt tenté ;
Ma lumière croît., diminuë :
Mais , ſouvent on veut m'approcher
,
Que je me dérobe à la vûë ,
Et l'on ne ſçait où me chercher..`
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247
p. 75-100
DESCRIPTION DE LA CAFRERIE, ET DES RIVIERES DE CUAMA
Début :
Il me semble que tout soit en vacances, Hommes & Nouvelles. / L'Ethiopie inferieure ou Affrique Australe, dont nous allons parler [...]
Mots clefs :
Portugais, Afrique, Éthiopie, Rivières, Royaumes, Habitations, Description, Empire, Espérance, Fleuves, Montagne, Corail, Latitude, Conquêtes, Bétail, Forteresses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION DE LA CAFRERIE, ET DES RIVIERES DE CUAMA
L femble que tout foit en vacances ,
les Mercures précedens , m'avoit fourni
affés d'évenemens pour enformer deux articles
confidérables , me laffe ce mois - cy
dans une telle difette , que pour remplir
ee vuide , je crois ne pouvoir mieux faire
qu'enyfubftituant une lettrefort curieuſe,
écrite récemment de Goa. C'est une défcription
Hiftorique & Geographique
de la partie Meridionale de l'Affrique.
On aura le plaifir d'y remarquer des découvertes
dans l'interieur des Terres , &
d'y voir des détails qu'on chercheroit inutilement
dans toutes les autres Rélations
que l'on nous a données jusqu'à préſent.
D'OCTOBRE.
75
1
*********
DESCRIPTION
DE LA CAFRERIE ,
IT DES RIVIERES DE CUAMA
'Ethiopie inferieure ou Affrique
Auftrale, dont nous allons parler
ici , s'étend en allant de la ligne vers le
Sud, jufqu'au Cap de bonne efperance, à
la hauteur de 35 degrés. Elle eft environnée
de l'Ocean au Levant : Au Couchant
, au Midy & du côté du Nord ,
elle confine à cette etendue immenfe de
Terre qu'on nomme Affrique Septentrionale
ou Ethiopie fuperieure . C'eft dans
l'Affrique Auftrale qu'eft fitué le Pays
que les Portugais appellent Cafreries
pour être habitée par des Cafres , mor
Arabe qui fignife Hommes fans loy : Ce
nom convient plus particulierement aux
Nations qui fe trouvent fur la côte
Orientale , depuis le cap Delgado qui
eft à 10 degrés , 20 m . de latitude Méridionale,
jufqu'au Cap de bonne Efperance
; parce que les Arabes qui donnerent
le nom de Cafres à ces Barbares , n'ont
Gij
76 LE MERCURE
jamais paffé à la côte Occidentale ; &
que les Portugais d'Europe , ni ceux du
Brefil n'appellent point Caffres , les Häbitans
d'Angola , de Bengola & les autres
Nations des Negres Occidentaux
qui font fous leur domination.
Il y a donc dans cette partie Orien
tale de l'Affrique Auftrale , beaucoup
de Seigneuries , de Républiques libres
& de Royaumes , dont cependant , les
plus confiderables & les plus connus font
les deux Empires du Monomotapa &
des Bororos : L'un & l'autre font féparés
par la Riviére de Zambeze , le prémier
à l'Occident & le dernier à l'Orient.
Cette Riviére arrofe prefque toute
la Cafrerie ; fa fource et fi éloignée
oufi cachée , qu'on n'eft pas encor parvenu
jufqu'à préfent à la decouvrir ; parce
que toute l'attention des Portugais
dans cette Conquête , ne tend qu'à la
traite de l'Or & de l'Argent , fans être
curieux d'aucune autre récherche . En attendant
cette découverte , nous pouvons
toujours affûrer que la Riviére de Zambeze
, aprés avoir parcouru une grande
partie de l'Afrique , &avoir reçû dans fon
fein plufieurs autres fleuves , vient ſejetter
dans la Mer Orientale par deux bou
D'OCTOBRE. 77
ches éloignées l'une de l'autre de 30.
lieuës . La prémiere embouchure qui est
la plus proche de Moçanbique , eft la
Barre de Quilimane dont l'ouverture
eft à l'Eft. La feconde qui eft plus proche
du Cap de bonne Efperance, eft celle de
Luabo. Entre ces deux barres , il y a
trois Ifles , dont celle du milieu eft la
plus grande , & peut avoir 30 lieuës
d'étendue jufqu'à la gorge de la Riviére
qui ferpentant delà en avant , remonte
vers le Nort , & fait une bonne
route par
où nous allons parer au Lac
de Zembre : Chingoma eft le nom de cette
Ifle. Il y a û autrefois une habitation ya
nommée Cuama , qui a donné lieu aux
Portugais d'appeller tout ce Pais , Riviéres
de Cuama : Je dis Riviéres & non
pas Riviére ; car , quoique ce n'en foit
qu'une feule , elle paroit fe divifer en
beaucoup d'autres, partageant le terrain
en diverfes Ifles par la quantité de bras
qu'elle fait.
La deuxième Iffe eft celle de Linde
qui a fept lieues de long ; elle eft vis- àvis
la terre ferme de Quilimane & en
forme la Barre .
La troifiéme qui eft la plus petite , eſt
du côté de Luabo . Les deux barres de
Giij
78 LE MERCURE
Quilimane &de Luabo peuvent contenir
des Vaiffeaux de cent toneaux ; cependant
, les Portugais ne frequentent que
celle de Quilimane , comme étant la
plus fûre .
Mais , avant que de quitter la côte
Orientale , il eft à propos que nous faffions
connoître un peu les Peuples qui
l'habitent . La plus part de ces Barbares ,
furtout ceux qui tirent vers le Cap
de bonne Efperance , font beaucoup
moins noirs que les autres Nations de
l'Affrique : Leur couleur livide & bazanée
approche fort de celle des Mulates dans
tout le refte : Ils font trez reffemblants
pour les cheveux , le nez , les levres ,
aux autres Negres ; mais beaucoup plus
alertes : Ce qui fait qu'ils font fi légers
à la courfe & en même tems fi vigoureux,
qu'ils arrêtent un Taureau .Ils ornent
leurs cheveux de petites plaques ,
comme de déniers , des coquilles & des
grains de Corail : Beaucoup fe font des
incifions fur la peau , & les rempliffent
de graiffe & de fuif; ce qui exhale une
odeur fi dégoutante qu'il n'eft pas poffible
à un Européen d'ofer approcher
d'eux.Les plus riches en Troupeaux , ont
le côté extérieur de leurs habits tout
+
D'OCTOBRE. 79%
réluiffant de graiffe ; & ceux qui en ont
peu, ne font vetus que de peaux féches :
Ainfi , parmi les Gorin- Huiconas qui ont
peu de bétail , il n'y a que leurs Chefs
qui en portent de graffes : Leurs pendans-
d'oreil font des faifceaux de Corail
,de neuf ou dix branches chacune , du
poids d'un quarteron ; d'autre fe font
un collier des entrailles d'une ere fraichement
tuée; & l'habitude qu'ils ont à
fouffrir cette puanteur , fait qu'ils ne
l'ôtent pas même quand ils fe couchent .
Ils prennent auffi de ces boyaux fecs ,
s'en entortillent les jambes , tant pour fe
garantir des épines , que pour faire plus
de bruit en danfant . Il y en a même qui
fe font une poche de ces inteftins à leur
col, où ils mettent leur tabac, leur pipe ,
& de certaines racines qu'ils mâchent .
Quand ils fortent , ils prennent une plume
d'Autruche& une queue dechat ſauvage
, pour chaffer les mouches dont ce
Pays eft rempli : L'Arc , les fleches &
les Zagayes * font leurs armes ordinaires;
on pouroit y ajouter leurs ongles qui
font fi longs , qu'on les prendroit pour
* Batons de 4. on de 5. pieds de long ,
enchaffés dans un fer long & pointu.
Giiij
to LE MERCURE
des griffes d'Aigles. Ils font fifort abru
tis, que la plupart n'ont pas l'adreffe de
préparer leur viande ; ils fe jettent fur
les charognes qu'ils trouvent; & le plus
fouvent , ils les mangent toutes cruës.
Faute de chair , ils vont chercher du
poiffon mort fur le Rivage. Malgré une
vie fi mathureufe ils atteignent à une extremevieleffe.
Leurs funérailles étoient
autrefois fuivies d'une cérémonie trés
facheufe , touts les Parents du deffunt
étant obligés de fe faire couper le petit
doigt de la main gauche , pour le
mettre auprés du mort; & les Enfans å la
mamelle n'étoient pas exempts de cette
cruelle Loy.
Lorfqu'un Pere accorde fa fille à un
jeune homme qui la demande , elle eit
obligée d'obeir fans murmurer. La
Chaîne nuptiale que l'Epoux lui donne ,
eft un boyau de Boeuf , qu'il faut qu'elporte
au col jufqu'à qu'étant ufé, il tombe
par piéces. Les femmes mariées ont
le fein fi pendant , qu'elles le renverfent
par deffus leurs épaules , pour donner
à téter plus facilement à leurs Enfans.
On condamne au foüet les Adulteres ,
& on fait fouffrir un fuplice horrible aux
D'OCTOBRE. 81
1
Inceftueux. On jette les Criminels , pieds
& poings liés , dans une foffe; le jour fuivant
, on retire l'homme & on le pend
par le cou à une branche d'Arbre où il
eft déchiqueté: Aprés l'avoir ainfi traité,
ce corps mutilé & encore vivant , refte là
pour fervir d'exemple ; enfuite, on tire la
femme de la foffe , & on la jette fur un
Bucher où elle eft brulée toure vive.
Pour les Affaffins , on leur perce les genoux
qu'on attache à leurs épaules , &
on les laiffe expirer dans les tourmens
d'une longue mort. On voit par là que
ces Peuples , quoi qu'en apparence plus
bêtes qu'hommes , ont pourtant de l'amour
pour la vertu & pour l'équité naturelle.
Ils vivent à la Campagne fous des
Tentes faites de branches d'arbres , &
couvertes de Nates de Jonc ; il y en a
de fi grandes qu'une Famille de 20. ou
30. perfonnes peut s'y retirer. Le foyer
eft au milieu ; ce qui fait qu'on ne peut
prefque pas y refpirer , à caufe de la fumée
épaiffe qui n'a point d'iffue que par
l'ouverture de la porte qui eft fort baffe.
Au refte , le Pays eft propre à porter
des fruits de toute efpece , étant gras &
limoneux en plufieurs endroits , fort
82 LE MERCURE
Pierreux & fort fabloneux en d'autres ,
furtoutau delà de la ligne duCapricorne.
Les Pâturages y font bons ; leFroment , le
Segle , l'Orge viennent fort bien dans
les vallées où on les féme . On ya
beaucoup de bétail gros & menu : Les
Boeufs font d'un demi- pied plus
hauts que nos plus grands Boeufs d'Europe.
Pour les Brebis , elles font fort
hautes de jambes , trainans une queuë
qui pefe 20 livres & quelquefois
davantage. Les Forêts , les Plaines &
les Vallées nouriffent quantité de gros
& menu Gibier , comme Cerfs . Chevreüils
, Buffles ou Chamois , Liévres ,
lapins ; & des Bêtes féroces comme
Sangliers , Loups , Tigres , Leopards
Lions,Eléphans.Ordinairement, le Lion
eft accompagné d'un Animal nommé
Kak- Hals par les Hollandois , fort reffemblant
à un Renard ; lequel ayant
l'odorat extrêmement fin , découvre la
proye de fort loin ; le Lion s'en étant
faifi , ne manque jamais de lui en faire
part. On y trouve une espece de Rhinoceros
qui a deux Cornes fur le nez; il eſt
de la groffear d'un Eléphant & le poil
d'un gris cendré , avec un flocon fur la
Nuque qui eft de couleur noire. Il y a
quantité de Tortues de Terre & d'Eau ;
,
>
D'OCTOBRE. 83
la Mer prés de cette côte , eft trés féconde
en Monftres Amphibies ; on y voit
des Chiens , & des Chats de Mer , des
Loups , des Ours marins ; ce dernier
Animal eft d'une viteffe extraordinaire ;
il eft fort hideux & fa morfure eft prefque
mortelle : Les Boeufs marins s'y trou
vent à foifon; on les nomme Démons de
Mer ; ils vont fouvent paître dans les
Prairies comme le bétail : En Eté , tous
ces Monitres nagent & s'éloignent de
la côte . En Hiver, le froid les fait retiter
prés du Rivage & demeurer entre les Ecueils.
Il eft tems à préfent d'avancer
dans le Pays.
Defcription des Habitations des Portugais
& de leurs Foires.
Po
OUR décrire par ordre la fituation
& la difpofition des habitations Portugaifes
, & donner une idée des Foires.
ou Marchés d'or ; fuppofons que nous
entrons par la Barre de Luabo , & que
nous allons à la vue des Terres qui font
à main gauche & qui appartiennent à
l'Empire du Monomotapa . De la Barre
de Luabo jufqu'à l'Habitation de Séna ,
il y'a do lieues : Toutes les Terres qui
font au bord de la Riviére , appartiennent
à la Couronne de Portugal. Les
84 LE MERCURE
Jefuites ont deux Paroifles à Luabo , &
une autre à Gornbe qui n'eft pas éloignée
de Séna. Cette Habitation de Séna
fituée dans le Royaume d'Inbamoy, a
fon Eglife Cathédrale , la Mifericorde ,
le Couvent de S. Dominique & la réfidence
de la Compagnie de JESUS
fondée dans le même lieu , où on dépeçoit
& vendoit autrefois la chair
humaine . Il peut y avoir 30 familles
Portugaifes & un grand nombre de
Chrêtiens du Pais de Séna jufqu'à
Tété qui eft la feconde Habitation des
Portugais . Il y a auffi 60 lieues de Païs
dans ce district ; les PP. Jefuites en ont
une fituée dans le Païs de la Chemba ,
& une autre au Marangué. Il peut avoir
dans Tété 15 ou 20 familles de Portugais
, une Eglife Paroiffiale de Religieux
Dominicains , une réfidence de la Čompagnie
de Jesus & un bon nombre
de Naturels baptifés.
SU
Maintenant, nous allons voir d'icy en
avant le très vafte Royaume de Munbay
, Patrimoine du Monomotapa , dont
les Païs qui font plus avancés dans les
Terres , s'appellent Mocranga ; & ceux
qui font proche la Riviére , Botonga . En
navigeant donc de Tété , 30. lieues en
D'OCTO BR E. 85
remontant la Riviére , on rencontre un
Rocher qui occupe & traverse toute cette
Riviere , & qui empêche le paffage
des Vaiffeaux. On peut voyager cependant
le long de ce fleuve , par un grand
chemin Royal par lequel , du tems de
François Barreto premier Conquérant
des Mines , dix Portugais allérentpour
en découvrir la fource , dont ils ne
pûrent rien apprendre , non pas même
fur les Relations des Naturels du Païs.
Nous voici déja au diſtrict des Mines,
& nous pouvons parcourir les Foires ,
où nos gens remontoient anciennement,
pour y faire la traite de l'Or , & où les
Caffres defcendoient en même tems,
pour y acheter des Etoffes ; dans toutes
lefquelles Foires il y avoit beaucoup
de Portugais établis .
35
>
La premiere Foire étoit un lieu appellé
Luanze. Cette Foire qui n'éxifte
plus , étoit éloignée de Tété ,
lieues du côté du Sud , entre deux petites
Rivieres qui fe joignent en une
laquelle prend le nom de Manzoro &
fe jette dans le Zambeze. Il y avoit
dans cette Foire , une Eglife de Religieux
de S. Dominique . Elle abondoit
en Vaches , Poules , Beurre & Ris . Il
86 LE MERCURE
y a quantité de bonnes Fontaines qui
arrofent cette Contrée , & la rendent
fort faine , comme font toutes les Terres
de la Maranga.
en
La feconde Foire étoit celle de Bocuto
, à treize lieues de Luanze` ,
ligne droite : La fituation étoit entre
deux petites Riviéres qui fe déchargent
dans le Manzoro, à demie lieuë de l'habitation.
On portoit beaucoup d'or à
cette Foire,, où l'on trouvoit aufli quantité
de rafraichiffemens , d'herbages &
de fruits , & où il y avoit une Eglife de
Religieux Dominicains.
A cinquante lieues de Tété, 10 lienës.
de Bocuto , & demie journée de la riviere
de Manforo, eft le Bourg de Maſſapa
qui étoit anciennement la principale
Foire ; c'eft encore aujourd'huy la réfidence
d'un Capitaine Portugais quen
nomme le Capitaine des Portes , à caufe
que de là en avant dans le Païs , on
trouve les Mines d'Or. Les Dominicains
y ont une Eglife de Nôtre- Dame
du Rofaire. Tous les Portugais dans cet
Empire , ont le Privilege de prendre la
qualité de Femmes de l'Empereur ; &
même ce Prince appelle le Capitaine
des Portes ,fa grande femme. Cet OffiD'OCTOBRE.
87
sier eft honoré de ce Titre par les Caffres.
Jufqu'à préfent, je n'ai trouvé perfonne
qui ait bien pû m'expliquer ce
que c'est que ces Priviléges .
Auprés de ce lieu , eft la grande Montagne
de Fara trés riche en or ; &.
il y en a qui veullent que ce nom de
Fura , vient par corruption du mot Ofir.
On voit encore aujourd'huy dans cette
Montagne , des enceintes de pierres de
taille , de la hauteur d'un homme , en- .
chaffées les unes dans les autres ,
avec un artifice admirable , fans y avoir
de chaux & fans être travaillées au Pic .
C'étoit apparemment dans ces enceintes
que demeuroient les Juifs de la
Flote de Salomon . Depuis ce tems- là ,
les Maures durant plufieurs fiécles , ont
été les maîtres de ce Commerce . C'elt
entre cette Montagne que paffe la Riviere
de Mocaras , dont les Eaux roulent
des fables d'or que les Cafres raportent
en poudre.
A trente-cinq lieuës de Maffapa , eft
le lieu de Dambarari qui a été une Foire
à l'or dans ces derniers tems ; & à quatre
journées de Dambarari vers le Nord ,
la Foire de l'Ongoé : Ces deux Foires
ont été détruites, par le Général Char$$
LE MERCURE
gamira, Caffre qui fe fouleva au mois de
Novembre 1693 ; avec cette différence
que les Habitans de l'Ongoé , tant Portugais
que Canarins , eurent le tems de
fe fauver & échapérent ; mais , ceux
de Dambarari qui voulurent fe montrer
plus courageux , périrent tous en fe défendant.
C'est ainsi que toutes ces Foires
à l'Or que les Portugais avoient
établies dans la Mocranga , durant un fi
long efpace d'années, ont été ruinées tout
d'un coup ; pour venger le tort & les
injuftices que nous avons faites aux Empereurs
de Monomotapa , qui nous
avoient toujours recûs & traitez, comme
fi nous avions été leurs enfans ; ou bien,
fuivant qu'ils s'en expliquent eux- mêmes
, à caufe que leurs femmes nous
marquoient un peu trop d'amitié.
Defcription des autres Royaumes.
Aprés avoir paffé les Mines d'or qui
font toutes à main gauche , en entrant
par l'embouchure du Zambeze ; on trouve
le Royaume de Chiroro fuffifament
fourni de provifions de vivres , mais qui
manque de bois, parce que ce n'eft partout
que des champs & des campagnes
de
D'OCTOBRE. 89
de ris , & des paturages de gros & menu
Bétail : Mais au couchant , il y a Aru- ya
pande , Xangra & le vafte Royaume
de Butua , fi connu par la Racine médecinale
qu'on en tire . Il abonde en or
que les Portugais de la fortereffe de Sofala
auffibien que ceux de Séna , vont
trafiquer. Il y a dans ce Royaume un
grand fleuve par lequel les Caffres Occidentaux
defcendent jufqu'à un certain
parage ; & fuivant les indices qu'ils donnerent
anciennement , on jugea qu'ils
étoient Naturels d'Angola ou de Ben- .
guela ; car ils difoient , felon le témoi
gnage de plufieurs , qu'à vingt journées
de chemin , il y avoit un pays de Gens
blancs qui alloient à cheval & qui portoient
des croix. Il y a apparence qu'ils
vouloient parler de quelqu'une de nos
armées qui fe trouvoit dans ce tems là ,
marcher dans le coeur du païs : Cequi me
confirme dans cette penfée , eft que j'ai
lû dans une Rélation manufcrite , que le :
Conquérant de Benguela avoit penêtré:
fi avant dans les Terres , qu'en deux jour
nées il auroit pû arriver aux Riviéres de:
Cuama.
Il refulte de la connoiffance des deux :
faits que je viens de raporter qu'es
H
90 LE MERCURE
pouroit ailément venir à bout du def
fein que plufieurs ont formé , de s'ouvrir
un chemin de communication de l'un
à l'autre côté de l'Afrique ; ce qui feroit
d'une utilité incomparable pour le
commerce , & qui affûreroit bien davantage
l'une & l'autre conquête, par la mutuelle
correfpondance des fecours , &
auffi par la furpriſe des Cafres qui feroient
bien étonnez de l'etenduë de nôtre
puiffance , en fe voyant enfermez &
coupez des deux côtez.
Cette entrepriſe feroit veritable
ment trez digne d'un Roy de Portugal ,
qui ajoutant la conquête de ces Provinces
à celle des autres , fe rendroit
ainfi maître de toutes les Terres qui s'étendent
depuis le Cap de bonne Efperance
jufqu'en Egypte,
Le Royaume de la Manica eft un
des plus célébres qui foient dans l'interieur
de la Caffrerie ; & les Portugais
y ont deux Foires , où les Marchands
de Séna & de Sofala vont trafiquer
ou prendre l'or .
Il y a dans ce Royaume une Montagne
où croît la fameufé Racine de Manique
, qui a tant d'admirables vertus,
particulierement pour les bleffures fraîD'OCTOBRE.
ches , étant trempée dans l'Eau & appliquée
fur la playe avec autant ou plus
d'effet que le Baume. On dit que
que l'Arbre
qui produit cette Racine, eft unique , comme
le Phoenix , & que la Racine vaut
autant d'or qu'elle péfe : Cependant,
aprez avoir confulté la deffus , comme fur
plufieurs autres chofes , unhomme digne
de foi & trez fincére , qui a été dans
toute la Cafrerie pendant plus de vingt
ans ; il a affûré que tout cela n'étoit
que des gafconades & des embelliffemens
de ceux qui vouloient faite valoir
leurs préfens , en faifant paffer cet
Arbre pour unique , & fa Racine , pour
quelque chofe d'infiniment précieux.
Le Royaume de la Manica eft éloigné
de Séna de 40. ou so . lieues au couchant
; & c'eft entre deux que font
les deux Royaumes de Barbé & de
Macombe. Je ne marque point les degrés
de latitude fous lefquels ces pays
font fituez ; parce que les Marchands
des Riviéres de Cuama portent d'une
main la balance pour pefer l'or , & de
l'autre, la verge ou aulne pour méfurer
le drap; & qu'ils ne vont pas s'amufer
à porter des Aftrolabes pour prendrela
hauteur du Soleil , & des Cartes
Saga Hij
*
92 LE MERCURE
pour la marquer deffus.
Je remarqueray feulement ici , que
pour ce qui touche la fituation des Terres
dans l'interieur de la Cafrerie , il ne
faut pas fe fier aux Cartes modernes :
dont la plupart ont été traçées fur des.
nouvelles Rélations fort incertaines ,
On doit encore moins s'affûrer fur
les anciennes . Outre les habitations
mentionnées ci -deffus , nous avons
encore dans cet Empire de Monomotapa
, la fortereffe de Sofala port de Mer
qui eft à 16 degrez de latitude auftrale
, & à 30 lieues de la Barre de Luabo ;.
On y a découvert une pêche d'Aljofres
qu'on aporta à Goa en 1715.
De ce Port , on embarque pour Mo.
cambique & de là pour l'Inde , la plus
grande quantité de Morfis , autrement
dits de l'Ivoire.
Defcription de Simbacê..
*
Avant que de paffer à l'Empire des
Bororos , il eft à propos de dire quelque
chofe de l'Empereur du Monomotapa
; j'ai trouvé deux verfions : L'une
dit qu'il fignifie Empereur de l'or ; &
* Ce font depetits Coquillages quifervent
de Monnoye .
D'OCTOBRE.
93
né
l'autre , fils de la Terre : Peut -être que
les Caffres donnent ce nom à leur Roy,
pour faire entendre qu'il eft ce grand
& ce puiffant Geant de l'Affrique, à qui
la Terre comme à fon fils Aîné, a donpour
heritage, les plus précieux Tréfors
qu'elle enferme dans fes entrailles .
La Ville impériale s'appelle Simbaoê ,
ce qui dans leur langue,fignifie la même
chofe que la Cour. Lorfqu'en
1620 , le Pere jules Céfar jefuite y entra
, aprés en avoir été convié par l'Empereur,
cetteCapitale avoit plus d'une lieue
de circuit, parce que les maifons étoient
éloignées les unes des autres d'un jet de
pierre, en y comprenant les clayes de bois
qui les environnent. Le même Pere .
dit ,, que le Roy avoit neuf enceintès
de ces Clayes , outre les maifons de
fes femmes , lefquelles femmes étoient
au nombre de plus de 1000 ; & que la
multitude de fes enfans égaloit celledes
Effains de mouches ; que ces enfans
là étoient occupés à charier de la paille,
pour couvrir les maifons , & que le Roy
fui- même les y faifoit travailler en perfonne
, pour une maifon à un étage qui
lui avoit été bâtie par cinq Mocoques ;
c'est- à - dire Canarins , qui s'étoient
94
LE MERCURE
réfugiés en ce Païs -là 11 fe ceignoit
d'une Etoffe de foye , & en avoit une
autre par derriere qui lui tomboit fur
les épaules & le couvroit tout entier.
Il étoit vêtu de cette maniére , quand il
recût l'Ambaffadeur Gafpard Bocarro
Jefuite. Son Trône étoit le Seuilde
la Porte , fur lequel il s'affit fur
un dégré élevé & couvert d'une Machire
c'est - à - dire d'un filet , comme
ceux du Brefil : Il n'y avoit pour tout
Meuble & pour toute Tapiflerie au
Parois de fon Palais, que de ces Machi
res : Tel eft l'appareil avec lequel cette
noire Majefté le fait fervir à genoux ;
& quand il boit , qu'il touffe ou qu'i
éternuë, auffi -tôt on le fçait dans toute
la Ville ; car, ceux qui font préfents, le
faluent à haute voix & battent en mê--
me- tems des mains : Dés que ceux qui
font hors de fon Appartement , l'entendent
; ils en font de même par imitation
; ce qui fe continuë de l'an à l'au--
tre par tous les Quartiers de la Ville.
Il porte une petite Hache penduë à
fa ceinture , que plufieurs ont pris pour
une bêche ; de forte que d'un Arme militaire
, ils en ont fait un inftrument/de
D'OCTOBRE.
95
Laboureur, qualité que ce Prince'ne mé
prife pas ; au contraire, le même Pere
affûre qu'il expédia promptement fon..
Ambaffade , afin d'aller vaquer à fon
Labour , parce que c'étoit le tems des
femailles.
,
Quand il fort dehors , il porte dans
fa main fon Arc & des Flèches ou
bien une Zagaye de bois noir, dont la
pointe eft d'or , en forme de pointe de
Lance. Il y a toujours un Caffre qui
marche devant lui , en frapant de fa main
fur un Tambour , pour avertir tout le
monde que l'Empereur le fuit . Tous les
mois à la nouvelle Lune , il fait une
Fête à fes Mozimnes , c'eſt-à - dire aux.
Morts ; & ce jour là, perfonne ne tra
vaille ; mais chacun fe rend à la Cour,
où ce Prince prend de certaines Herbes -
qu'il mêle avec du Mill & de l'Huile" :
Il fe lave dans du vin ; enſuite, il le donne
à boire à fes gens pour les unir à lui,
comme ne faifans qu'un coeur & qu'une
ame. Cette Fête fe célébre au fon de
quantité de Flutes , de Timbales & de
Chalumeaux ; aprês quoy tout le mon
de fe retire, la tête baiffée & lespieds
tremblans .
Les chofes font encore à peu prés.
96 LE MERCURE
dans le même état & ont fort peu changé.
Qui croiroit cependant que ce
fût là le même Palais & les mêmes
Ameublemens dont certains Auteurs
ont parlé, entre autres Dupper ? Le Pais
Impérial felon eux , eit d'une magnificence
fans pareil ; les Poutres &
les Lambris font d'une Sculpture finie
& tous couverts de Plaques d'or cizelé.
Les Tapifferies à la vérité ne font
que de coton ; mais , la vivacité des
couleurs y difpute le prix à l'éclat de
l'or. Des Meubles dorés , peints & émaillés
, des Chandeliers & de la Vaiffelle
d'or maffif , avec une infinité de
Porcelaine entourée de Rameaux d'or
qui reffemblent à des branches de corail
, font une partie des beautés de ces
fuperbes Appartemens : Les dehors du
Palais , ajoûtent- ils , font fortifiés de
Tours , dont la ftructure & la fimmétrie
font un effet furprenant . Ce Puiffant
Monarque employe deux livres d'Or
par jour en parfums. Son Habit eft une
Robe d'un drap de foye à ramage d'or ,
tiffu dans le Païs , &c. C'eft par ces
Defcriptions imaginaires qu'en furprend
la crédulité des Lecteurs ; mais
c'est trop s'arrêter fur le faux .
Simbacé
D'OCTOBRE. 97
Simbaoé eft fitué au Levant de l'habitation
de Têté :Toutes les maifons font de
bois & de terre, couvertes de paille , n'y
ayant point de chaux ni de brique dans
ce Païs là. Il n'y en a aucune qui ait
des portes que celles du Roy.Les Grands
du Royaume font chargés du foin de
deffendre le Peuple des voleurs . En effet,
fi la Juſtice étoit bien exercée dans
les Villes , on pouroit fe paffer de porde
verrouils & de ferrures. tes ,'
Plufieurs de ces Empereurs ont été
Chrétiens de nom : & D. Pedro qui regne
aujourd'hui , fut batifé, étant enfant ,
par un Réligieux Dominicain, à l'inftance
du Roy fon Pere .
Defcription de l'Empire des Bororos
& du Lac de Maravi.
Le fecond Empire eft celui des Boro
ros qui eft à main droite du fleuve Zambeze
, en entrant par la barre de Quilimane
. Proche de cette barre , les Portugais
ont une habitation limitée qui les
rend maîtres de quantité de terres en
avant ; & les Peres Jefuites y ont
une Paroiffe : Tous les autres Païs
qui s'étendent jufqu'aux confins du Ma-
Octobre 1717. I
98 LE MERCURE
rave , qui eft vis- à- vis l'habitation de
Tété , apartiennent à des Rois & à des
Seigneurs qui du tems du Gouverneur
François Barreto, faifoient hommage aux
Portugais Aujourd'hui , ces Barbares
n'ont ni Eglife ni hitations de ce côtelà.
La Ville de Maravi , qui a donné fon
nom au principal Royaume de cet Empire,
peut être éloignée de Tété d'un peu
plus de 60 lieuës . A demi lieuë de cette
Ville , on voit un lac qui va en ferpentant
au Nord Nord Eft . On ne fait
pas encore aujourd'hui jufqu'où il s'étend.
Sa largeur eft de 4. ou 5. licuës; &
on ne voit point la terre du côté de
l'Orient , en quelques endroits ; ni les
Caffres eux -mêmes n'en ont point connoiffance
. Tout ce Lac eft femé de quantité
d'lfles défertes , à la faveur defquelles
pouront s'abrier les Argonautes qui
en voudront découvrir l'extremité du
côté du Nord. Il abonde en Poiſſons , &
a un fond de 8 ou 10 braffes.Les Peres de
la Compagnie de J. voulurent anciennement
naviger par ce Lac jufqu'en Ethiopie
, dont les Ports qui font fur la Mer
rouge, étoient déja pour lors fous 1
mination des Turcs. Ils envoyere
mander au Pere Louis Mariano
l '
D'OCTOBRE. 99
5
meuroit à Tété, fi ce voyage étoit praticable
. Le Pere leur fit réponſe dans une
Lettre que l'on conferve encore dans la
fécretairie de Goa , que cela étoit poffible
& praticable,parce que la Rive de ce
Lac abondoit en mill& en viandes comme
auffi en quantité d'Ivoire,joint à cela
qu'il s'y trouvoit des Almadies ou Canots
qui pouvoient naviger où on voudroit
que cette découverte dépendoit
d'avoir où 6 charges d'Etoffe qu'on
nomme Barres,avec quantité deVeroterie
&40 perfonnes tant Blancs queNoirs,
qu'il falloit commencer la navigation
en Avril & en May , à caufe que c'eft la
faifon ou régnent les vents du Couchant
comme fur la Côte de Moçambique : Cependant,
il ne s'eft trouvé jufqu'à préfent
perfonne qui ait voulu fe charger de cette
entreprife. Cette découverte démanderoit
un bras Royal; & pour cela il faudroit
conftruire fur le Lac même des
Vaiffeaux à voiles & à rames , ainfi que
fit Ferdinand Cortez , lorſqu'il voulût al--
ler prendre la Ville de Mexique ; à caufe
qu'il eft prefque impoffible que des
hommes hazardent l'entreprife d'une
navigation fi longue & fi incertaine fur
de fimples petits Canots.
Iij
335104
100 LE MERCURE
Le Royaume de Maravi eft fitué entre
ce Lac & le fleuve Zambeze , & en pénétrant
plus avant fur la même rive,à 15 .
journées de chemin , on trouve le RoyaumedeMaffi
:Puis,pourfuivant encore
autant de journées , un peu plus out
moins , eft le Royaume de Ruengas , prefqu'à
la hauteur de Mombas ; aprés cela,
je, ne fai pas qu'il s'étende plus loin.
les Mercures précedens , m'avoit fourni
affés d'évenemens pour enformer deux articles
confidérables , me laffe ce mois - cy
dans une telle difette , que pour remplir
ee vuide , je crois ne pouvoir mieux faire
qu'enyfubftituant une lettrefort curieuſe,
écrite récemment de Goa. C'est une défcription
Hiftorique & Geographique
de la partie Meridionale de l'Affrique.
On aura le plaifir d'y remarquer des découvertes
dans l'interieur des Terres , &
d'y voir des détails qu'on chercheroit inutilement
dans toutes les autres Rélations
que l'on nous a données jusqu'à préſent.
D'OCTOBRE.
75
1
*********
DESCRIPTION
DE LA CAFRERIE ,
IT DES RIVIERES DE CUAMA
'Ethiopie inferieure ou Affrique
Auftrale, dont nous allons parler
ici , s'étend en allant de la ligne vers le
Sud, jufqu'au Cap de bonne efperance, à
la hauteur de 35 degrés. Elle eft environnée
de l'Ocean au Levant : Au Couchant
, au Midy & du côté du Nord ,
elle confine à cette etendue immenfe de
Terre qu'on nomme Affrique Septentrionale
ou Ethiopie fuperieure . C'eft dans
l'Affrique Auftrale qu'eft fitué le Pays
que les Portugais appellent Cafreries
pour être habitée par des Cafres , mor
Arabe qui fignife Hommes fans loy : Ce
nom convient plus particulierement aux
Nations qui fe trouvent fur la côte
Orientale , depuis le cap Delgado qui
eft à 10 degrés , 20 m . de latitude Méridionale,
jufqu'au Cap de bonne Efperance
; parce que les Arabes qui donnerent
le nom de Cafres à ces Barbares , n'ont
Gij
76 LE MERCURE
jamais paffé à la côte Occidentale ; &
que les Portugais d'Europe , ni ceux du
Brefil n'appellent point Caffres , les Häbitans
d'Angola , de Bengola & les autres
Nations des Negres Occidentaux
qui font fous leur domination.
Il y a donc dans cette partie Orien
tale de l'Affrique Auftrale , beaucoup
de Seigneuries , de Républiques libres
& de Royaumes , dont cependant , les
plus confiderables & les plus connus font
les deux Empires du Monomotapa &
des Bororos : L'un & l'autre font féparés
par la Riviére de Zambeze , le prémier
à l'Occident & le dernier à l'Orient.
Cette Riviére arrofe prefque toute
la Cafrerie ; fa fource et fi éloignée
oufi cachée , qu'on n'eft pas encor parvenu
jufqu'à préfent à la decouvrir ; parce
que toute l'attention des Portugais
dans cette Conquête , ne tend qu'à la
traite de l'Or & de l'Argent , fans être
curieux d'aucune autre récherche . En attendant
cette découverte , nous pouvons
toujours affûrer que la Riviére de Zambeze
, aprés avoir parcouru une grande
partie de l'Afrique , &avoir reçû dans fon
fein plufieurs autres fleuves , vient ſejetter
dans la Mer Orientale par deux bou
D'OCTOBRE. 77
ches éloignées l'une de l'autre de 30.
lieuës . La prémiere embouchure qui est
la plus proche de Moçanbique , eft la
Barre de Quilimane dont l'ouverture
eft à l'Eft. La feconde qui eft plus proche
du Cap de bonne Efperance, eft celle de
Luabo. Entre ces deux barres , il y a
trois Ifles , dont celle du milieu eft la
plus grande , & peut avoir 30 lieuës
d'étendue jufqu'à la gorge de la Riviére
qui ferpentant delà en avant , remonte
vers le Nort , & fait une bonne
route par
où nous allons parer au Lac
de Zembre : Chingoma eft le nom de cette
Ifle. Il y a û autrefois une habitation ya
nommée Cuama , qui a donné lieu aux
Portugais d'appeller tout ce Pais , Riviéres
de Cuama : Je dis Riviéres & non
pas Riviére ; car , quoique ce n'en foit
qu'une feule , elle paroit fe divifer en
beaucoup d'autres, partageant le terrain
en diverfes Ifles par la quantité de bras
qu'elle fait.
La deuxième Iffe eft celle de Linde
qui a fept lieues de long ; elle eft vis- àvis
la terre ferme de Quilimane & en
forme la Barre .
La troifiéme qui eft la plus petite , eſt
du côté de Luabo . Les deux barres de
Giij
78 LE MERCURE
Quilimane &de Luabo peuvent contenir
des Vaiffeaux de cent toneaux ; cependant
, les Portugais ne frequentent que
celle de Quilimane , comme étant la
plus fûre .
Mais , avant que de quitter la côte
Orientale , il eft à propos que nous faffions
connoître un peu les Peuples qui
l'habitent . La plus part de ces Barbares ,
furtout ceux qui tirent vers le Cap
de bonne Efperance , font beaucoup
moins noirs que les autres Nations de
l'Affrique : Leur couleur livide & bazanée
approche fort de celle des Mulates dans
tout le refte : Ils font trez reffemblants
pour les cheveux , le nez , les levres ,
aux autres Negres ; mais beaucoup plus
alertes : Ce qui fait qu'ils font fi légers
à la courfe & en même tems fi vigoureux,
qu'ils arrêtent un Taureau .Ils ornent
leurs cheveux de petites plaques ,
comme de déniers , des coquilles & des
grains de Corail : Beaucoup fe font des
incifions fur la peau , & les rempliffent
de graiffe & de fuif; ce qui exhale une
odeur fi dégoutante qu'il n'eft pas poffible
à un Européen d'ofer approcher
d'eux.Les plus riches en Troupeaux , ont
le côté extérieur de leurs habits tout
+
D'OCTOBRE. 79%
réluiffant de graiffe ; & ceux qui en ont
peu, ne font vetus que de peaux féches :
Ainfi , parmi les Gorin- Huiconas qui ont
peu de bétail , il n'y a que leurs Chefs
qui en portent de graffes : Leurs pendans-
d'oreil font des faifceaux de Corail
,de neuf ou dix branches chacune , du
poids d'un quarteron ; d'autre fe font
un collier des entrailles d'une ere fraichement
tuée; & l'habitude qu'ils ont à
fouffrir cette puanteur , fait qu'ils ne
l'ôtent pas même quand ils fe couchent .
Ils prennent auffi de ces boyaux fecs ,
s'en entortillent les jambes , tant pour fe
garantir des épines , que pour faire plus
de bruit en danfant . Il y en a même qui
fe font une poche de ces inteftins à leur
col, où ils mettent leur tabac, leur pipe ,
& de certaines racines qu'ils mâchent .
Quand ils fortent , ils prennent une plume
d'Autruche& une queue dechat ſauvage
, pour chaffer les mouches dont ce
Pays eft rempli : L'Arc , les fleches &
les Zagayes * font leurs armes ordinaires;
on pouroit y ajouter leurs ongles qui
font fi longs , qu'on les prendroit pour
* Batons de 4. on de 5. pieds de long ,
enchaffés dans un fer long & pointu.
Giiij
to LE MERCURE
des griffes d'Aigles. Ils font fifort abru
tis, que la plupart n'ont pas l'adreffe de
préparer leur viande ; ils fe jettent fur
les charognes qu'ils trouvent; & le plus
fouvent , ils les mangent toutes cruës.
Faute de chair , ils vont chercher du
poiffon mort fur le Rivage. Malgré une
vie fi mathureufe ils atteignent à une extremevieleffe.
Leurs funérailles étoient
autrefois fuivies d'une cérémonie trés
facheufe , touts les Parents du deffunt
étant obligés de fe faire couper le petit
doigt de la main gauche , pour le
mettre auprés du mort; & les Enfans å la
mamelle n'étoient pas exempts de cette
cruelle Loy.
Lorfqu'un Pere accorde fa fille à un
jeune homme qui la demande , elle eit
obligée d'obeir fans murmurer. La
Chaîne nuptiale que l'Epoux lui donne ,
eft un boyau de Boeuf , qu'il faut qu'elporte
au col jufqu'à qu'étant ufé, il tombe
par piéces. Les femmes mariées ont
le fein fi pendant , qu'elles le renverfent
par deffus leurs épaules , pour donner
à téter plus facilement à leurs Enfans.
On condamne au foüet les Adulteres ,
& on fait fouffrir un fuplice horrible aux
D'OCTOBRE. 81
1
Inceftueux. On jette les Criminels , pieds
& poings liés , dans une foffe; le jour fuivant
, on retire l'homme & on le pend
par le cou à une branche d'Arbre où il
eft déchiqueté: Aprés l'avoir ainfi traité,
ce corps mutilé & encore vivant , refte là
pour fervir d'exemple ; enfuite, on tire la
femme de la foffe , & on la jette fur un
Bucher où elle eft brulée toure vive.
Pour les Affaffins , on leur perce les genoux
qu'on attache à leurs épaules , &
on les laiffe expirer dans les tourmens
d'une longue mort. On voit par là que
ces Peuples , quoi qu'en apparence plus
bêtes qu'hommes , ont pourtant de l'amour
pour la vertu & pour l'équité naturelle.
Ils vivent à la Campagne fous des
Tentes faites de branches d'arbres , &
couvertes de Nates de Jonc ; il y en a
de fi grandes qu'une Famille de 20. ou
30. perfonnes peut s'y retirer. Le foyer
eft au milieu ; ce qui fait qu'on ne peut
prefque pas y refpirer , à caufe de la fumée
épaiffe qui n'a point d'iffue que par
l'ouverture de la porte qui eft fort baffe.
Au refte , le Pays eft propre à porter
des fruits de toute efpece , étant gras &
limoneux en plufieurs endroits , fort
82 LE MERCURE
Pierreux & fort fabloneux en d'autres ,
furtoutau delà de la ligne duCapricorne.
Les Pâturages y font bons ; leFroment , le
Segle , l'Orge viennent fort bien dans
les vallées où on les féme . On ya
beaucoup de bétail gros & menu : Les
Boeufs font d'un demi- pied plus
hauts que nos plus grands Boeufs d'Europe.
Pour les Brebis , elles font fort
hautes de jambes , trainans une queuë
qui pefe 20 livres & quelquefois
davantage. Les Forêts , les Plaines &
les Vallées nouriffent quantité de gros
& menu Gibier , comme Cerfs . Chevreüils
, Buffles ou Chamois , Liévres ,
lapins ; & des Bêtes féroces comme
Sangliers , Loups , Tigres , Leopards
Lions,Eléphans.Ordinairement, le Lion
eft accompagné d'un Animal nommé
Kak- Hals par les Hollandois , fort reffemblant
à un Renard ; lequel ayant
l'odorat extrêmement fin , découvre la
proye de fort loin ; le Lion s'en étant
faifi , ne manque jamais de lui en faire
part. On y trouve une espece de Rhinoceros
qui a deux Cornes fur le nez; il eſt
de la groffear d'un Eléphant & le poil
d'un gris cendré , avec un flocon fur la
Nuque qui eft de couleur noire. Il y a
quantité de Tortues de Terre & d'Eau ;
,
>
D'OCTOBRE. 83
la Mer prés de cette côte , eft trés féconde
en Monftres Amphibies ; on y voit
des Chiens , & des Chats de Mer , des
Loups , des Ours marins ; ce dernier
Animal eft d'une viteffe extraordinaire ;
il eft fort hideux & fa morfure eft prefque
mortelle : Les Boeufs marins s'y trou
vent à foifon; on les nomme Démons de
Mer ; ils vont fouvent paître dans les
Prairies comme le bétail : En Eté , tous
ces Monitres nagent & s'éloignent de
la côte . En Hiver, le froid les fait retiter
prés du Rivage & demeurer entre les Ecueils.
Il eft tems à préfent d'avancer
dans le Pays.
Defcription des Habitations des Portugais
& de leurs Foires.
Po
OUR décrire par ordre la fituation
& la difpofition des habitations Portugaifes
, & donner une idée des Foires.
ou Marchés d'or ; fuppofons que nous
entrons par la Barre de Luabo , & que
nous allons à la vue des Terres qui font
à main gauche & qui appartiennent à
l'Empire du Monomotapa . De la Barre
de Luabo jufqu'à l'Habitation de Séna ,
il y'a do lieues : Toutes les Terres qui
font au bord de la Riviére , appartiennent
à la Couronne de Portugal. Les
84 LE MERCURE
Jefuites ont deux Paroifles à Luabo , &
une autre à Gornbe qui n'eft pas éloignée
de Séna. Cette Habitation de Séna
fituée dans le Royaume d'Inbamoy, a
fon Eglife Cathédrale , la Mifericorde ,
le Couvent de S. Dominique & la réfidence
de la Compagnie de JESUS
fondée dans le même lieu , où on dépeçoit
& vendoit autrefois la chair
humaine . Il peut y avoir 30 familles
Portugaifes & un grand nombre de
Chrêtiens du Pais de Séna jufqu'à
Tété qui eft la feconde Habitation des
Portugais . Il y a auffi 60 lieues de Païs
dans ce district ; les PP. Jefuites en ont
une fituée dans le Païs de la Chemba ,
& une autre au Marangué. Il peut avoir
dans Tété 15 ou 20 familles de Portugais
, une Eglife Paroiffiale de Religieux
Dominicains , une réfidence de la Čompagnie
de Jesus & un bon nombre
de Naturels baptifés.
SU
Maintenant, nous allons voir d'icy en
avant le très vafte Royaume de Munbay
, Patrimoine du Monomotapa , dont
les Païs qui font plus avancés dans les
Terres , s'appellent Mocranga ; & ceux
qui font proche la Riviére , Botonga . En
navigeant donc de Tété , 30. lieues en
D'OCTO BR E. 85
remontant la Riviére , on rencontre un
Rocher qui occupe & traverse toute cette
Riviere , & qui empêche le paffage
des Vaiffeaux. On peut voyager cependant
le long de ce fleuve , par un grand
chemin Royal par lequel , du tems de
François Barreto premier Conquérant
des Mines , dix Portugais allérentpour
en découvrir la fource , dont ils ne
pûrent rien apprendre , non pas même
fur les Relations des Naturels du Païs.
Nous voici déja au diſtrict des Mines,
& nous pouvons parcourir les Foires ,
où nos gens remontoient anciennement,
pour y faire la traite de l'Or , & où les
Caffres defcendoient en même tems,
pour y acheter des Etoffes ; dans toutes
lefquelles Foires il y avoit beaucoup
de Portugais établis .
35
>
La premiere Foire étoit un lieu appellé
Luanze. Cette Foire qui n'éxifte
plus , étoit éloignée de Tété ,
lieues du côté du Sud , entre deux petites
Rivieres qui fe joignent en une
laquelle prend le nom de Manzoro &
fe jette dans le Zambeze. Il y avoit
dans cette Foire , une Eglife de Religieux
de S. Dominique . Elle abondoit
en Vaches , Poules , Beurre & Ris . Il
86 LE MERCURE
y a quantité de bonnes Fontaines qui
arrofent cette Contrée , & la rendent
fort faine , comme font toutes les Terres
de la Maranga.
en
La feconde Foire étoit celle de Bocuto
, à treize lieues de Luanze` ,
ligne droite : La fituation étoit entre
deux petites Riviéres qui fe déchargent
dans le Manzoro, à demie lieuë de l'habitation.
On portoit beaucoup d'or à
cette Foire,, où l'on trouvoit aufli quantité
de rafraichiffemens , d'herbages &
de fruits , & où il y avoit une Eglife de
Religieux Dominicains.
A cinquante lieues de Tété, 10 lienës.
de Bocuto , & demie journée de la riviere
de Manforo, eft le Bourg de Maſſapa
qui étoit anciennement la principale
Foire ; c'eft encore aujourd'huy la réfidence
d'un Capitaine Portugais quen
nomme le Capitaine des Portes , à caufe
que de là en avant dans le Païs , on
trouve les Mines d'Or. Les Dominicains
y ont une Eglife de Nôtre- Dame
du Rofaire. Tous les Portugais dans cet
Empire , ont le Privilege de prendre la
qualité de Femmes de l'Empereur ; &
même ce Prince appelle le Capitaine
des Portes ,fa grande femme. Cet OffiD'OCTOBRE.
87
sier eft honoré de ce Titre par les Caffres.
Jufqu'à préfent, je n'ai trouvé perfonne
qui ait bien pû m'expliquer ce
que c'est que ces Priviléges .
Auprés de ce lieu , eft la grande Montagne
de Fara trés riche en or ; &.
il y en a qui veullent que ce nom de
Fura , vient par corruption du mot Ofir.
On voit encore aujourd'huy dans cette
Montagne , des enceintes de pierres de
taille , de la hauteur d'un homme , en- .
chaffées les unes dans les autres ,
avec un artifice admirable , fans y avoir
de chaux & fans être travaillées au Pic .
C'étoit apparemment dans ces enceintes
que demeuroient les Juifs de la
Flote de Salomon . Depuis ce tems- là ,
les Maures durant plufieurs fiécles , ont
été les maîtres de ce Commerce . C'elt
entre cette Montagne que paffe la Riviere
de Mocaras , dont les Eaux roulent
des fables d'or que les Cafres raportent
en poudre.
A trente-cinq lieuës de Maffapa , eft
le lieu de Dambarari qui a été une Foire
à l'or dans ces derniers tems ; & à quatre
journées de Dambarari vers le Nord ,
la Foire de l'Ongoé : Ces deux Foires
ont été détruites, par le Général Char$$
LE MERCURE
gamira, Caffre qui fe fouleva au mois de
Novembre 1693 ; avec cette différence
que les Habitans de l'Ongoé , tant Portugais
que Canarins , eurent le tems de
fe fauver & échapérent ; mais , ceux
de Dambarari qui voulurent fe montrer
plus courageux , périrent tous en fe défendant.
C'est ainsi que toutes ces Foires
à l'Or que les Portugais avoient
établies dans la Mocranga , durant un fi
long efpace d'années, ont été ruinées tout
d'un coup ; pour venger le tort & les
injuftices que nous avons faites aux Empereurs
de Monomotapa , qui nous
avoient toujours recûs & traitez, comme
fi nous avions été leurs enfans ; ou bien,
fuivant qu'ils s'en expliquent eux- mêmes
, à caufe que leurs femmes nous
marquoient un peu trop d'amitié.
Defcription des autres Royaumes.
Aprés avoir paffé les Mines d'or qui
font toutes à main gauche , en entrant
par l'embouchure du Zambeze ; on trouve
le Royaume de Chiroro fuffifament
fourni de provifions de vivres , mais qui
manque de bois, parce que ce n'eft partout
que des champs & des campagnes
de
D'OCTOBRE. 89
de ris , & des paturages de gros & menu
Bétail : Mais au couchant , il y a Aru- ya
pande , Xangra & le vafte Royaume
de Butua , fi connu par la Racine médecinale
qu'on en tire . Il abonde en or
que les Portugais de la fortereffe de Sofala
auffibien que ceux de Séna , vont
trafiquer. Il y a dans ce Royaume un
grand fleuve par lequel les Caffres Occidentaux
defcendent jufqu'à un certain
parage ; & fuivant les indices qu'ils donnerent
anciennement , on jugea qu'ils
étoient Naturels d'Angola ou de Ben- .
guela ; car ils difoient , felon le témoi
gnage de plufieurs , qu'à vingt journées
de chemin , il y avoit un pays de Gens
blancs qui alloient à cheval & qui portoient
des croix. Il y a apparence qu'ils
vouloient parler de quelqu'une de nos
armées qui fe trouvoit dans ce tems là ,
marcher dans le coeur du païs : Cequi me
confirme dans cette penfée , eft que j'ai
lû dans une Rélation manufcrite , que le :
Conquérant de Benguela avoit penêtré:
fi avant dans les Terres , qu'en deux jour
nées il auroit pû arriver aux Riviéres de:
Cuama.
Il refulte de la connoiffance des deux :
faits que je viens de raporter qu'es
H
90 LE MERCURE
pouroit ailément venir à bout du def
fein que plufieurs ont formé , de s'ouvrir
un chemin de communication de l'un
à l'autre côté de l'Afrique ; ce qui feroit
d'une utilité incomparable pour le
commerce , & qui affûreroit bien davantage
l'une & l'autre conquête, par la mutuelle
correfpondance des fecours , &
auffi par la furpriſe des Cafres qui feroient
bien étonnez de l'etenduë de nôtre
puiffance , en fe voyant enfermez &
coupez des deux côtez.
Cette entrepriſe feroit veritable
ment trez digne d'un Roy de Portugal ,
qui ajoutant la conquête de ces Provinces
à celle des autres , fe rendroit
ainfi maître de toutes les Terres qui s'étendent
depuis le Cap de bonne Efperance
jufqu'en Egypte,
Le Royaume de la Manica eft un
des plus célébres qui foient dans l'interieur
de la Caffrerie ; & les Portugais
y ont deux Foires , où les Marchands
de Séna & de Sofala vont trafiquer
ou prendre l'or .
Il y a dans ce Royaume une Montagne
où croît la fameufé Racine de Manique
, qui a tant d'admirables vertus,
particulierement pour les bleffures fraîD'OCTOBRE.
ches , étant trempée dans l'Eau & appliquée
fur la playe avec autant ou plus
d'effet que le Baume. On dit que
que l'Arbre
qui produit cette Racine, eft unique , comme
le Phoenix , & que la Racine vaut
autant d'or qu'elle péfe : Cependant,
aprez avoir confulté la deffus , comme fur
plufieurs autres chofes , unhomme digne
de foi & trez fincére , qui a été dans
toute la Cafrerie pendant plus de vingt
ans ; il a affûré que tout cela n'étoit
que des gafconades & des embelliffemens
de ceux qui vouloient faite valoir
leurs préfens , en faifant paffer cet
Arbre pour unique , & fa Racine , pour
quelque chofe d'infiniment précieux.
Le Royaume de la Manica eft éloigné
de Séna de 40. ou so . lieues au couchant
; & c'eft entre deux que font
les deux Royaumes de Barbé & de
Macombe. Je ne marque point les degrés
de latitude fous lefquels ces pays
font fituez ; parce que les Marchands
des Riviéres de Cuama portent d'une
main la balance pour pefer l'or , & de
l'autre, la verge ou aulne pour méfurer
le drap; & qu'ils ne vont pas s'amufer
à porter des Aftrolabes pour prendrela
hauteur du Soleil , & des Cartes
Saga Hij
*
92 LE MERCURE
pour la marquer deffus.
Je remarqueray feulement ici , que
pour ce qui touche la fituation des Terres
dans l'interieur de la Cafrerie , il ne
faut pas fe fier aux Cartes modernes :
dont la plupart ont été traçées fur des.
nouvelles Rélations fort incertaines ,
On doit encore moins s'affûrer fur
les anciennes . Outre les habitations
mentionnées ci -deffus , nous avons
encore dans cet Empire de Monomotapa
, la fortereffe de Sofala port de Mer
qui eft à 16 degrez de latitude auftrale
, & à 30 lieues de la Barre de Luabo ;.
On y a découvert une pêche d'Aljofres
qu'on aporta à Goa en 1715.
De ce Port , on embarque pour Mo.
cambique & de là pour l'Inde , la plus
grande quantité de Morfis , autrement
dits de l'Ivoire.
Defcription de Simbacê..
*
Avant que de paffer à l'Empire des
Bororos , il eft à propos de dire quelque
chofe de l'Empereur du Monomotapa
; j'ai trouvé deux verfions : L'une
dit qu'il fignifie Empereur de l'or ; &
* Ce font depetits Coquillages quifervent
de Monnoye .
D'OCTOBRE.
93
né
l'autre , fils de la Terre : Peut -être que
les Caffres donnent ce nom à leur Roy,
pour faire entendre qu'il eft ce grand
& ce puiffant Geant de l'Affrique, à qui
la Terre comme à fon fils Aîné, a donpour
heritage, les plus précieux Tréfors
qu'elle enferme dans fes entrailles .
La Ville impériale s'appelle Simbaoê ,
ce qui dans leur langue,fignifie la même
chofe que la Cour. Lorfqu'en
1620 , le Pere jules Céfar jefuite y entra
, aprés en avoir été convié par l'Empereur,
cetteCapitale avoit plus d'une lieue
de circuit, parce que les maifons étoient
éloignées les unes des autres d'un jet de
pierre, en y comprenant les clayes de bois
qui les environnent. Le même Pere .
dit ,, que le Roy avoit neuf enceintès
de ces Clayes , outre les maifons de
fes femmes , lefquelles femmes étoient
au nombre de plus de 1000 ; & que la
multitude de fes enfans égaloit celledes
Effains de mouches ; que ces enfans
là étoient occupés à charier de la paille,
pour couvrir les maifons , & que le Roy
fui- même les y faifoit travailler en perfonne
, pour une maifon à un étage qui
lui avoit été bâtie par cinq Mocoques ;
c'est- à - dire Canarins , qui s'étoient
94
LE MERCURE
réfugiés en ce Païs -là 11 fe ceignoit
d'une Etoffe de foye , & en avoit une
autre par derriere qui lui tomboit fur
les épaules & le couvroit tout entier.
Il étoit vêtu de cette maniére , quand il
recût l'Ambaffadeur Gafpard Bocarro
Jefuite. Son Trône étoit le Seuilde
la Porte , fur lequel il s'affit fur
un dégré élevé & couvert d'une Machire
c'est - à - dire d'un filet , comme
ceux du Brefil : Il n'y avoit pour tout
Meuble & pour toute Tapiflerie au
Parois de fon Palais, que de ces Machi
res : Tel eft l'appareil avec lequel cette
noire Majefté le fait fervir à genoux ;
& quand il boit , qu'il touffe ou qu'i
éternuë, auffi -tôt on le fçait dans toute
la Ville ; car, ceux qui font préfents, le
faluent à haute voix & battent en mê--
me- tems des mains : Dés que ceux qui
font hors de fon Appartement , l'entendent
; ils en font de même par imitation
; ce qui fe continuë de l'an à l'au--
tre par tous les Quartiers de la Ville.
Il porte une petite Hache penduë à
fa ceinture , que plufieurs ont pris pour
une bêche ; de forte que d'un Arme militaire
, ils en ont fait un inftrument/de
D'OCTOBRE.
95
Laboureur, qualité que ce Prince'ne mé
prife pas ; au contraire, le même Pere
affûre qu'il expédia promptement fon..
Ambaffade , afin d'aller vaquer à fon
Labour , parce que c'étoit le tems des
femailles.
,
Quand il fort dehors , il porte dans
fa main fon Arc & des Flèches ou
bien une Zagaye de bois noir, dont la
pointe eft d'or , en forme de pointe de
Lance. Il y a toujours un Caffre qui
marche devant lui , en frapant de fa main
fur un Tambour , pour avertir tout le
monde que l'Empereur le fuit . Tous les
mois à la nouvelle Lune , il fait une
Fête à fes Mozimnes , c'eſt-à - dire aux.
Morts ; & ce jour là, perfonne ne tra
vaille ; mais chacun fe rend à la Cour,
où ce Prince prend de certaines Herbes -
qu'il mêle avec du Mill & de l'Huile" :
Il fe lave dans du vin ; enſuite, il le donne
à boire à fes gens pour les unir à lui,
comme ne faifans qu'un coeur & qu'une
ame. Cette Fête fe célébre au fon de
quantité de Flutes , de Timbales & de
Chalumeaux ; aprês quoy tout le mon
de fe retire, la tête baiffée & lespieds
tremblans .
Les chofes font encore à peu prés.
96 LE MERCURE
dans le même état & ont fort peu changé.
Qui croiroit cependant que ce
fût là le même Palais & les mêmes
Ameublemens dont certains Auteurs
ont parlé, entre autres Dupper ? Le Pais
Impérial felon eux , eit d'une magnificence
fans pareil ; les Poutres &
les Lambris font d'une Sculpture finie
& tous couverts de Plaques d'or cizelé.
Les Tapifferies à la vérité ne font
que de coton ; mais , la vivacité des
couleurs y difpute le prix à l'éclat de
l'or. Des Meubles dorés , peints & émaillés
, des Chandeliers & de la Vaiffelle
d'or maffif , avec une infinité de
Porcelaine entourée de Rameaux d'or
qui reffemblent à des branches de corail
, font une partie des beautés de ces
fuperbes Appartemens : Les dehors du
Palais , ajoûtent- ils , font fortifiés de
Tours , dont la ftructure & la fimmétrie
font un effet furprenant . Ce Puiffant
Monarque employe deux livres d'Or
par jour en parfums. Son Habit eft une
Robe d'un drap de foye à ramage d'or ,
tiffu dans le Païs , &c. C'eft par ces
Defcriptions imaginaires qu'en furprend
la crédulité des Lecteurs ; mais
c'est trop s'arrêter fur le faux .
Simbacé
D'OCTOBRE. 97
Simbaoé eft fitué au Levant de l'habitation
de Têté :Toutes les maifons font de
bois & de terre, couvertes de paille , n'y
ayant point de chaux ni de brique dans
ce Païs là. Il n'y en a aucune qui ait
des portes que celles du Roy.Les Grands
du Royaume font chargés du foin de
deffendre le Peuple des voleurs . En effet,
fi la Juſtice étoit bien exercée dans
les Villes , on pouroit fe paffer de porde
verrouils & de ferrures. tes ,'
Plufieurs de ces Empereurs ont été
Chrétiens de nom : & D. Pedro qui regne
aujourd'hui , fut batifé, étant enfant ,
par un Réligieux Dominicain, à l'inftance
du Roy fon Pere .
Defcription de l'Empire des Bororos
& du Lac de Maravi.
Le fecond Empire eft celui des Boro
ros qui eft à main droite du fleuve Zambeze
, en entrant par la barre de Quilimane
. Proche de cette barre , les Portugais
ont une habitation limitée qui les
rend maîtres de quantité de terres en
avant ; & les Peres Jefuites y ont
une Paroiffe : Tous les autres Païs
qui s'étendent jufqu'aux confins du Ma-
Octobre 1717. I
98 LE MERCURE
rave , qui eft vis- à- vis l'habitation de
Tété , apartiennent à des Rois & à des
Seigneurs qui du tems du Gouverneur
François Barreto, faifoient hommage aux
Portugais Aujourd'hui , ces Barbares
n'ont ni Eglife ni hitations de ce côtelà.
La Ville de Maravi , qui a donné fon
nom au principal Royaume de cet Empire,
peut être éloignée de Tété d'un peu
plus de 60 lieuës . A demi lieuë de cette
Ville , on voit un lac qui va en ferpentant
au Nord Nord Eft . On ne fait
pas encore aujourd'hui jufqu'où il s'étend.
Sa largeur eft de 4. ou 5. licuës; &
on ne voit point la terre du côté de
l'Orient , en quelques endroits ; ni les
Caffres eux -mêmes n'en ont point connoiffance
. Tout ce Lac eft femé de quantité
d'lfles défertes , à la faveur defquelles
pouront s'abrier les Argonautes qui
en voudront découvrir l'extremité du
côté du Nord. Il abonde en Poiſſons , &
a un fond de 8 ou 10 braffes.Les Peres de
la Compagnie de J. voulurent anciennement
naviger par ce Lac jufqu'en Ethiopie
, dont les Ports qui font fur la Mer
rouge, étoient déja pour lors fous 1
mination des Turcs. Ils envoyere
mander au Pere Louis Mariano
l '
D'OCTOBRE. 99
5
meuroit à Tété, fi ce voyage étoit praticable
. Le Pere leur fit réponſe dans une
Lettre que l'on conferve encore dans la
fécretairie de Goa , que cela étoit poffible
& praticable,parce que la Rive de ce
Lac abondoit en mill& en viandes comme
auffi en quantité d'Ivoire,joint à cela
qu'il s'y trouvoit des Almadies ou Canots
qui pouvoient naviger où on voudroit
que cette découverte dépendoit
d'avoir où 6 charges d'Etoffe qu'on
nomme Barres,avec quantité deVeroterie
&40 perfonnes tant Blancs queNoirs,
qu'il falloit commencer la navigation
en Avril & en May , à caufe que c'eft la
faifon ou régnent les vents du Couchant
comme fur la Côte de Moçambique : Cependant,
il ne s'eft trouvé jufqu'à préfent
perfonne qui ait voulu fe charger de cette
entreprife. Cette découverte démanderoit
un bras Royal; & pour cela il faudroit
conftruire fur le Lac même des
Vaiffeaux à voiles & à rames , ainfi que
fit Ferdinand Cortez , lorſqu'il voulût al--
ler prendre la Ville de Mexique ; à caufe
qu'il eft prefque impoffible que des
hommes hazardent l'entreprife d'une
navigation fi longue & fi incertaine fur
de fimples petits Canots.
Iij
335104
100 LE MERCURE
Le Royaume de Maravi eft fitué entre
ce Lac & le fleuve Zambeze , & en pénétrant
plus avant fur la même rive,à 15 .
journées de chemin , on trouve le RoyaumedeMaffi
:Puis,pourfuivant encore
autant de journées , un peu plus out
moins , eft le Royaume de Ruengas , prefqu'à
la hauteur de Mombas ; aprés cela,
je, ne fai pas qu'il s'étende plus loin.
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248
p. 150
AUTRE.
Début :
Mon nom est un mot ruineux [...]
Mots clefs :
Taupe
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
On nom est un mot ruineux
Au malheureux ;
A propos prononcé , mon nom fait des
Conquêtes.
Je porte un Etui de poil ras ;
J'ai plus de têtes que de bras :
Mais, j'ai plus de mains que de têtes .
On nom est un mot ruineux
Au malheureux ;
A propos prononcé , mon nom fait des
Conquêtes.
Je porte un Etui de poil ras ;
J'ai plus de têtes que de bras :
Mais, j'ai plus de mains que de têtes .
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249
p. 70-130
DESCRIPTION DE L'ISLE DE CEYLAN. A M. DE M*** Par M. B. D'A...
Début :
Monsieur, Je vous obéïs, & vous me tiendrez compte de cette obéïssance, [...]
Mots clefs :
Île, Ceylan, Province, Montagnes, Hollandais, Portugais, Pierre, Feuilles, Végétations, Animaux, Rivières, Peuples, Abondance, Fruits, Royaume, Souverain, Côtes, Forteresse, Sauvages, Cultures
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texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION DE L'ISLE DE CEYLAN. A M. DE M*** Par M. B. D'A...
DESCRIPTION
DE
L'ISLE DE
CEYLAN.
A M. DE M ***
Par M. B. D'A………
MONSIEUR ,
Je vous obéïs ; & vous me tiendrez
compte de cette obéïffance ,
quand vous fçaurez qu'elle interrompt
un filence & une inaction d'affez longue
durée ; furtout , quand il a fallu
DE NOVEM BRE. 7t
que
mettre la plume à la main. Vous jugez
bien l'oubli de la plupart des
chofes , & la perte de l'habitude du
ftile doivent naître néceffairement
d'une oifiveté fuivie : J'ai tâché de
remédier à tout cela par un travail
affez affidu.
Nous variâmés les matieres dans
nos converſations , à la Campagne de
nôtreAmi M. De . S. Les dernieres vous
parurent intéreffantes :Nous y parlâmes
des fingularitez de la Nature dans fes
Ouvrages , & de la maniere de vivre
des Peuples qui refpirent éloignez de
nous. Le Parallele de ces chofes êtrangéres
avec celles qui nous font familiéres
vous fit beaucoup de plaifir.
Je ne fçai pourquoi nous fîmes grande
mention des Indes & fur-tout de Ceylan
; mais enfin , il en refulta chez vous
une envie , d'avoir
écrit ce que je
par
vous avois dit de cette Iſle : Mon
amour propre fe fentit piqué de ce défir
; il l'emporta fur ma pareffe & fur
quelques autres raifons ; bref , je vous
donnai ma parole , & je vais la tenir.
>
J'ignore pourtant encore , fi je me
ferai acquitté ; & fi ce n'eft que j'ay
été trés fenfiblement touché de l'hon.72
LE MERCURE
neur d'une Requeste de vôtre part
J'ignore prefque pourquoi je me fuis
mis en êtat de vous donner plus que je
n'ai promis. Petit- être regretterés- vous.
les bornes étroites que vous m'aviez.
prefcrites ; & fi cela arrive , je fuis puni
par avance , puifque j'aurai le chagrin
de voir quelques veilles infrutucules
; & c'est un vrai fuplice pour
unhomme , qui n'habite pas un cabinet
volontiers . Quoiqu'il en foit, l'Ouvrage
a crû fous mes mains ; & j'ai êté
furpris de voir que ce qu'une Lettre.
devoit contenir , en remplit deux , qui
peut- être, feront doublement longues .
Un compte éxact de mes recherches.
& de leur emploi , nous inttruira de la.
caufe de ce détail . Je vous rendrai ce
fidele compte : Perfuadé , que dans l'êtat
où j'ai mis l'acquift de ma parole ,.
c'est un des points de mon engangement
; & que s'il ne fauve point dans
mon Ouvrage l'éxecution détaillée , il
en juftifiera du moins l'idée principale.-
-
J'ai voulu d'abord m'affortir dans
tous les genres de fingularitez , que.
peut fournir la maniere , dont vous fouhaitez
que foit dêcrite une Contrée ,
auffi- bien affortie que l'eft l'ile de
Ceylan.
DE NOVEMBRE. 73
•
Ceylan. Cela n'a pû que produire une
affez grande abondance de faits , dont le
nombre m'a paru mériter de la méthode
dans l'arrangement. J'ai conçû , que
le tout pouvoit être embraffé dans le
cercle de quelques idées générales , qui
fe fubdiviferoient naturellement en
d'autres idées particulieres;& qu'aprés,
il me refteroit à digérer mes recherches .
J'avoue de bonnefoy , que dans l'exécution,
je n'ai pas volontiers obmis des
faits queje m'eftois donné la peine d'êcrire
; & que quand j'ai tant fait que
d'en retrancher quelqu'uns , qui me..
fembloient abfolument froids & inutiles ,
je me fuis racquité par d'autres ,
dont le fuccés & le mérite me paroif.
foit équivoque. Ces petits travaux fucceffifs
ont donné à quelques Mémoires
, l'air d'Ouvrage compler. Vous
jugez bien , Monfieur ; qu'alors , il a
fallu amener néceffairement les faits .
finguliers fuivant l'ordre le plus ordinaire
, & les coudre le plus fouvent par
d'autres faits , la plupart indifpenfa
bles ; mais , beaucoup moins particuliers
à ce que je me fuis propofé de
décrire. Il n'eft pas poffible , que ces
derniers faits foient aufli amufans
Novembre 1717. G
74 LE MERCURE
que les autres ; puifque rien n'eft
extraordinairement faillant, qu'aux dépens
de ce qui l'accompagne . Mais ,
lorfqu'on parle de Rélations & de Voyages
à la plupart des gens , il ne leur
fautpas
pas moins que des prodiges à cha
que pas qu'ils font dans les Païs , dont
l'éloignement a frapé leur imagination :
Auffi , voyent-ils fouvent des merveil
les , quand l'Homme d'efprit ne découvre
dans les chofes , que la route de la
Nature la plus commune & la plus
frayée.
Je finis cette espece de Préface par
la derniere raiſon , qui a déterminé une
certaine étendue méthodique & affortie
, à ce qui devoit fe borner à quelques
faits ifolez , travaillez fans intention
principale , qui leur affignât un ordre
fixe , & qui les accompagnât indifpenfablement
d'autres faits .
Le goût fçavant que vous avez pour
la Géographie , vous a mécontenté
fur tous ces Livres qui prétendent l'enfeigner
: Le plus grand nombre a fes
défauts marquez , & tous en général
font arides & négligez . 11 feroit d'ailleurs
à fouhaiter , que tous les Voyageurs
reffemblaffent à quelques - uns
DE NOVEMBRE.
75
d'entr'eux que vous connoiffez fort :
La plupart font ignorans ; & comme
tout les a frapé indiſtinctement , il n'eft
pas étonnant qu'ils en impofent , puifqu'ils
ne peuvent rendre que leurs idées
que le préjugé a fait naître , & que les
tenebres de l'efprit ont entretenues.
Vous m'avez fouvent paru défirer le
remede à ce mal ; c'eft- à- dire , une
méthode differtée , qui debita des faits
circonftanciés , & qui mit fous les yeux
une connoiffance fi fort à la mode . Vous
l'avez defiré comm'un Homme éclairé.
"Sur -la communication de vos idées , &
fur quelques études affez particulieres ,
j'ai fenti qu'on pourroit épargner la
lecture de tant deLivres en toutes Lan-
"gues ; & qu'un Sçavant compilateur
avec du goût , pourroit rendre par là
un fervice trés êtendus puifqu'il eft certain
, que le mérite d'acquifition êrabliroit
, ce que les lumieres de l'efprit
placeroient dans un jour avantageux
.
il me femble que la Géographie acquereroit
de nouveaux Amateurs . Elle déviendroit
propre à l'Ignorant comm'au
Sçavant Elle fauveroit un Homme
oifif de l'ennui , & délafferoit fouvent
celui qu'un travail trop affidu paroif-
Gij
76 LE MERCURE
foit avoir rendu peu capable d'aucune
application. Mais , quel profit pour le
Philofophe La Phyfique y trouveroit
les fécrets de la Nature & fes ouvrages
les plus rares : LeMéta - Phyficien
dans les moeurs des Peuples , liroit des
exemples qui aideroient à la fpéculation
, ou qui la réformeroient dans
les principes & dans les confequences.
Et puifque cela fourniroit néceffairement
, un fi grand nombre de Portraits
divers de ce que nous fommes , fuivant
les différens accidens des tems &
des lieux ; je ne fçai , fi ce ne feroit
pas le plus für moyen , de parvenir à
connoître l'histoire de l'efprit & du
coeur humain.
>
Aprés tout ce que je viens de dire ,
me conviendra- t-il de vous avouër
que j'ai fouhaité de fournir un échantillon
de ceque vous avez projetté? J'ai
travaillé , Monfieur , fans être muni
d'aucune des parties de ce mérite compofé
que la matiere demande. Je n'ai
û que celui de fouhaiter ardemment
l'exécution de quelques idées affez réflechies
; & lorfque ce défir a produit
quelqu'effai de ma part , je l'ai fait pour
quelques amis , qui m'en ont dit leur
DE NOVEMBRE. 77
avis d'autant plus volontiers , qu'ils
ont reconnu de la difpofition à les rece
voir. Je compte fur cette faveur ; &
c'eft à ce prix que je vais commencer.
Je citerai mes authorités avant toutes
chofes .
Des Rélateurs & des Hiftoriens qui
ont parlé de Ceylan.
L'Ile de Ceylan eft mentionnée
dans les Defcriptions générales de l'Afie
, telles qu'eft celle de George Fournier;
& dans les Defcriptions particulieres
des Indes , telles que font celles
de Louis Godefroy, du P. Maffée , & de
tant d'autres qu'on nous a données en
toutes Langues. Les Nations de nôtre
Couchant qui courent les Mers , l'ont
décrite , foit en tout , foit en partie . Les
Anglois- & les Hollandois ont fourni
des Rélations détaillées de leurs grands
& fréquens Voyages dans les Indes :
Outre ceux qu'on a récueillis , nous
avons les Navigations de Spielberg , de
VVibrand-van- VVaervvijek, de Val.
ter- Scultzen , & de tant d'autres : Je
n'obmetrai pas ceux qu'on nous a données
en nôtre Langue ; & ce qui fe trou-
Giij
78
LE MERCURE
ve dans les Recuëils de Ramufio , de
Parchas , de Hackluft , & de M. The
venot.
Mais , les Portugais ont, je croi , plus
êcrit qu'aucuns autres ; je parlerai de
ceux qui ont fait plus ample mention
de Ceylan , que des autres parties des
Indes Orientales. Nous avons les Décades
de Joan de Barros , traduit en
Italien par Ulloa ; celles de Joan Lavanha
, de Diego de Conto , d'Antonio
Bocarro : L'Hiftoire des Indes , les Con--
quêtes & les Découvertes des Portugais
ont efté données par Antonio de San-
Roman , Alonfo de Alburquerque ; &.
fut tout par Lopez de Caftanheda , traduit
en Italien par le même Ulloa , &
en François par Gron. La vie de Conftantin
de Saa , fameux Capitaine Portugais
, eft écrite en Efpagnol par fon
fils Rodriguez de Saa & Ménéfez . Jean
Ribeyro préfenta fon Hiftoire de Ceylan
au Roy de Portugal , l'an 1685. Il
y décrit fort en détail les guerres que
les Portugais eurent à foutenir , pour
s'êtablir dans l'Ifle , & celle qui les en
a chaffés : M. l'Abbé le Grand donna
u Public la Traduction de Ribeyro
n 1701 avec des augmentations confidéDE
NOVEMBRE. 79
rables. Il s'eft fervi de plufieurs Mémoires
MSS.; de la Rélation de Philippe
Botelho Ceylanois , de l'Hiftoire
de Gafpard Correa , des Journaux de
Damien Vieira Jeſuite , & de la continuation
de la Décade de Diego de Couto
par le Bocarro , dont le MS . eft à
la Biblioteque du Roy. Texeira , l'Hitoire
de Philippe Balde , & les Mémoires
du Jefuite anonyme fourniffent des
lumieres pour la Defcription de l'Ifle de
Ceylan. Mais , ce qu'il y a de plus détaillé
, eft la Rélation de Robert Knox
Anglois , donnée à Londres en 1631 ,
traduite en François & imprimée avec
des Figures à Lyon en 1693.
Il y a une Carte de l'Ile de Ceylan
en tête de ce Livre . Cette Carte a eſté
la meilleure qu'ait eu le Public jufqu'en
1701. que M. de l'Ile donna la
fienne, pour préceder la Traduction de
Ribeyro:Elle a efté dreffée ſur un grand
nombre de Plans & de Mémoires
MS S. que la Hollande & M. de Guenegaud
fournirent obligeament à l'Auteur
:Elle a le caractére & le merite de
tous les Ouvrages qui font fortis dū
cabinet de ce Sçavant ; mais , ce qu'elle
à de particulier , c'eft le merite d'un
Giiij
80 LE MERCURE
trés grand détail dans un Païs fi éloigné..
Voila , Monfieur , le plus grand nombre
de ceux qui ont parlé de Ceylan.
Je me fuis fervi de la plupart de ces
Auteurs . J'ai û grand foin d'examiner
dans la foule , ceux qui avoient eſté
le plus en êtat de s'inftruire & je leur ai
donné la préférence , lorfqu'il a fallu
compiler des faits. Si j'ai quelque
merite , c'est celui du choix & de l'ordonnance.
J'ai fubdivifé chaque partie
en plufieurs articles . Je vous envoye
les deux prémieres , qui vous entretiendront
de la defcription générale duPaïs ,
& des productions de la Terre Le
portrait des Habitans & l'Hiftoire de
Ceylan , feront le fujer de la troifiéme
& de la quatriéme ; vous les aurez au
prémier ordinaire.
DESCRIPTION GENERALE
DE L'ISLE DE CEYLA N.
I. Defcription du Païs.
II. Qualité du Païs .
III. Villes principales.
Je ne crois pas qu'il foit néceffaire
DE NOVEMBRE.
1
8
de deffigner ici la figure de l'Ile de
Ceylan , de détailler fa fituation à
l'égard des Etats voifins , & celle de
Les Provinces entr'elles ; de nommer les
Villes de chacune de ces Provinces ,
de fuivre le cours des Rivieres , de
parcourir les Montagnes & les Plaines :
Toutes ces chofes font préciſement le
devoir d'une bonne Carte de Géographie
, qui s'en acquite toûjours mieux
que la Defcription la plus détaillée ::
Auffi , je ne dirai gueres que les chofes
qu'elle ne peut décrire.
I..
Les Cartes de Mrs Samfon & les
nouvelles obfervations de l'Académie.
Royale des Sciences , font à peu prés
d'accord fur la Latitude de Ceylan ;
la Longitude des uns & des autres differe
confidérablement : Je parlerai de
la fituation de Ceylan , fuivant l'avis
des prémiers , pour m'en tenir cependant
aux nouvelles Découvertes af
tronomiques , dont M. de l'Ifle a fait
ufage le premier. L'Ifle de Ceylan s'etend
depuis le fixiéme dégré de Latitude
Septentrionale jufqu'au dixième ..
82 LE MERCURE
On prend ici fa longueur , depuis la
Pagode de TanaWaré , jufqu'à la Poinre
das Pedras , diftante de quatrevingt
lieues de France , à vingt au dégré.
C'est une erreur dans les anciennes
Cartes , de la placer au cent dixfeptiéme
& au cent vingtiéme degré
de Longitude ; quand elle n'eft qu'entre
le quatre- vingt dix- feptiéme degré
vingt- cinq minutes & le centiéme degre
: Sa largeur la plus étenduë d'Eft
en Ouelt , eft de cinquante lieuës , de
Columbo à la Pagode de Trincoly: Elle
a plus de deux cent lieues de tour.
Elle eft à cinquante lieues à l'Eft du Cap
Comorin ; & la Mer fait entre la cô
te de la Pêcherie & Ceylan , un Détroit
qui fe rétrécit au Nord de l'Ifle.
On dit que cette Ifle a fept Royaumes
; & je n'en fuis pas furpris , puifque
fur les côtes des Indes , chaque
petit Païs a fouvent fon Roy particulier
, comme nous le voyons dans le
Malabar & dans les Ifles de l'Orient.
Mais , pour donner une idée plus diftincte
de la domination de Ceylan , je
dirai , que deux Puiffances la partagent
: Les Hollandois poffedent pref
que toutes les côtes , & le Roy de CanDE
NOVEMBRE. 83
dy eft maître de l'interieur du Païs.
Tout obeit dans l'Ifle à l'une ou à l'autre
de ces deux Puiffances. Il n'y a que
les Bedas, Peuple fauvage , qui n'en reconnoiffent
point l'auctorité : Le petit
Pays qu'ils habitent eft au Nord de
l'Ifle ; ils confinent à la Mer , & leur
côte regarde le Nord- Est .
Les Etats du Roy de Candy s'êrendent
du Nord- Oüeft au Sud-Eft , & par
ces deux côtez, il attint la Mer : La Do
mination des Hollandois le referre du
côté du Nord, de l'Eſt , & du Sud - Oüeft;
&par- là, ils font Maîtres de prefque
tout ce qui eft maritime. Le Royaume
de Candy & la Principauté d'Ouva font
divifées en grandes & en petites parties
; celles -là répondent à nos Provin
ces , & celles -ci répondent à nos Baillages
, qu'ils appellent Corlas , &.
qu'ils féparent par de grands Bois qui
leur fervent de fortifications. On compte
jufqu'à trente deux principales Provinces
; dans chacune defquelles , il y
a des Villes , des: Châteaux , des
Bourgs , & des Villages : Tout ce Pays
eft habité par les Chingulais , Peuples
originaires de l'Ifle .
4
Les Hollandois commandent au refte
$4 LE MERCURE
de l'Iflè , & cette êtendue en emporte
bien la moitié ; ce qu'ils poffedent n'eft
pas continu. L'ancien Royaume de Cota,
qu'ils ont appellé le Pays de la Canelle,
eit Sud- Ouest & Sud- Oüeft : Ils font
Maîtres par là de plus de 70 lieuës
de côtes , & ont foûmis les Chingulais
jufques dansle coeur du Pays . Ils occupent-
là, 27 Provinces ou Corlas : Ils ont
des Places fortes fur le Rivage , & des
Châteaux-dans l'interieur du Pays . Ils
confinent à la Principauté d'Ouva , &
aux Bedas à l'Eft de l'Ifle , par la poffeffion
de trois Provinces maritimes.
Enfin , les Malabars font leurs Vaffaux
chez les Vanias , dans le Royaume deJafanapatan
au Nord de l'lfle ; & dans les
Ifles voifines , à l'Eft de la Côte de Coromandel.
II.
Comme l'Ile de Ceylan eft la clef
des Indes , il femble que l'Auteur de la
Nature ait prit plaifir à l'enrichir des
plus rares Tréfors de la Terre & à la
placer fous le plus heureux Climat du
Monde . C'eft cependant , ce que l'on
ne peut dire fans exception : Puifque,
malgré la température du Ciel , les
DE NOVEMBRE 85
Farties Septentrionales , & fur-tout le
Royaume de Jafanapatan , reſpirent un
air affez mal -fain ; & que tous les Cantons
de l'Ifle ne font pas également fertiles
& différent par la fituation.
Le Païs eft le plus fouvent montagneux
: L'Ouva , les Parties du Septentrion
& quelques Provinces Maritinies
de l'Eft , font ce qu'il y a de plus
uni dans Ceylan. Le Royaume de Candy
eft fortifié par la Nature : Dés qu'on
y entre , on va toûjours en montant , &
l'on ne trouve que de hautes & grandes
Montagnes couvertes de Bos , qui'
font trés épais dans toute l'Ifle , fi l'ont
en excepte l'Ouva & quelques Contrées
de la Partie Orientale . L'accés,
de ces Montagnes n'eft pas aifé : Les
chemins - mêmes. >
quoiqu'en grande
quantité , y font fi étroits , qu'un Voyageur
les prendroit plûtôt pour des défilez
, que pour des Routes publiques :
Ces fentiers dans les Rochers , que nous
apellons Cols & Ports , font deffendus
par des Barriéres d'épines , & par les
Habitans des lieux voifins , qui font
armez du nom du Roy , avec lequel ils
fe font obéir . Cette fituation élevée
donne au Souverain du Pais , le Titre
186
LE MERCURE
de Roy de Candy- Uda , ou de Roy fur
le haut des Montagnes.
La plus élevée de ces Montagnes eft fi
fameufe , que je ne puis m'empêcher
d'en faire ici une deſcription détaillée.
Elle fépare les Etats de Candy vers le
Midy , d'avec la Domination des Hollandois
: Les Chingulais l'apellent Hamalel
, les Européens Pic , à caufe que
La partie la plus élevée eft de figure
piramidale. Je dirai ce que j'en ai trouvé
dans Ribeyro qui en parle plus
qu'aucun autre.
de
,
Le Pic d'Adam eft à 25 lieues de la
Mer , & les Matelots le voyent encore
25 lieues en Mer : Il en a deux de
hauteur ; & avant que d'arriver à ſa
Cime , on trouve une grande Plaine
fort agréable , arrofée de plufieurs Ruiffeaux
qui tombent de la Montagne
couverte d'Arbres , & entrecoupée
de belles Vallées. Les Gentils y viennent
fouvent en Pelerinage & ne manquent
pas de s'y baigner , d'y laver
leurs linges & leurs habits , êtant perfuadez
qu'ils effacent par- là tous leurs
pechez. Ces Superftitions faites , ils
grimpent jufqu'au haut de la Montagne
par des chaînes de fer qu'on y a attaDE
NOVEMBRE. 87
2
chées ; fans quoi , il feroit impoffible
d'y monter , tant elle eft efcarpée , depuis
la Plaine jufqu'à la Cime : Le chemin
eft environ d'un bon quart de lieuë.
Sur ce Sommer eft une belle Place
toute ronde de deux cent pas de diamétre
, & au milieu de la Plaine, eft un
Lac trés profond , de la meilleure eau
qu'on puiffe boire . Près du Lac, eft une
Table de pierre , fur laquelle eft l'empreinte
d'un pied humain Gigantefque
longue de deux palmes & large de huit
doigts Elle eft fi bien gravée , que
quand elle feroit fur de la cire , elle ne
pourroit pas l'être mieux. Tous les Gentils
y ont une grande dévotion , & de
tous côtez vont en Pelerinage à cette
Table ; foit pour la voir & lui rendre
leur culte , foit pour accomplir quelques,
Veux. On a planté autour de cette
Pierre quelques Arbres : A gauche,
font quelques maifons de terre & de
bois , où fe retirent les Pelerins ; & à
main droite et une Pagode ; & tout
près , la Maiſon d'un Chantagar ou Prêtre
qui eft là , pour recevoir les offrandes
qu'on y apporte , & pour conter
aux Pelerins les Miracles qui fe font
faits en ce lieu- là , les Graces & les In83
LE MERCURE
dulgences qui leur font accordées ; &
enfin pour faire valoir l'antiquité & la
fainteté de cette Pierre , en perfuadant
à tous ces Gentils , que c'eſt- là l'empreinte
du Pied de notre premier Pere.
Mais, ce n'eft pas là le plus grand mérite
du Pic d'Adam. Cette vaite Montagne
contient dans fes flancs des réfervoirs
d'eau , qui en fourniffent prefque
toute l'Ifle : Les ruiffeaux qui tombent
de fon fommet, forment , êtant réunis
, les trois plus grandes Riviéres qui
arrofent Ceylan , & qui font croître le
Ris : La Movvilganga eft trés large &
trés profonde ; les autres prennent le
nom des lieux qu'elles parcourent : Les
Rochers les rendent impraticables pour
la Navigation commode & marchande
; mais , elles abondent en Poiffon.
J'ai dit que la qualite du Païs différoit
dans l'étendue de l'Ifle. Les Vallées
que
renferment les Montagnes ,
font d'ordinaire marécageufes , & arrofées
la plupart de belles fources :
Ces Vallées font eftimées eftre le meilleur
Terroir parce que leurs grains
demandent beaucoup d'humidité ; &
telles font les Provinces Méridionalles ,
en tirant vers le Midi , qui ne font que
de
DE NOVEMBRE.
de fertiles côteaux , que les eaux parcourent
avec abondance . Mais , voici
ce qu'il y a de particulier à Ceylan .
Quand les Vents d'Oüeit fouflent ,
les Parties Occidentalles ont de la
pluye , & c'eft là le tems de remuer &
de travailler la Terre ; cependant , ce
qui eft exposé à l'Eft , jouit d'un tems
beau & fec , & c'eft alors qu'on y fait
lá Moiffon : Au contraire , quand les
Vents d'Orient regnent , on laboure les
Parties Orientales de l'Ifle , & on recueille
les grains dans la Partie qu
voit l'Occident. Les pluyes d'un côté
& la féchereffe de l'autre , fe partagent
d'ordinaire au milieu de l'Ifle ; & la
Montagne de Canrahing qui la fepare ,
eft féche & humide en mefme tems ,
fans que cette différence foit légére .
Il pleut beaucoup d'avantage fur les
Terres hautes de Candi- Uda , quefur
celles qui font audeffous des Montagnes.
La partie Septentrionnale de
I'Ifle n'eft pas fujette à la même humidité
: La féchereffe y eft quelquefois
trés longue , & alors on n'y peut labourer
, faute d'eau , car , il n'y a dans
cette eſpace de terre que trois fources ,
& on ne compte d'ailleurs que fur les
Novembre 1717. H
go LE MERCURE
pluïes ; il eft même difficile d'y creufer
des puits affez profonds pour en tirer
de l'eau , qui garde toûjours une
acrimonie alterante qu'elle a pris dans
les entrailles de la Terre .
III.
Cette qualité de Terroir variée &
plus ou moins bonne , a peuplé le Pays
differemment. L'Ifle de Ceylan eft plus .
habitée vers le milieu , que fur les côtes
Nord-Est & Nord-Oüeft ; elle a
des Déferts en allant chez les Malabares.
Les veftiges de plufieurs Villes ruinées
nous annoncent , ce me femble ,
que ce Païs a efté plus garni qu'il ne
l'eft. Ces Villes portent encore leurs
anciens & premiers noms , fi nous en
croyons les infulaires , & ont efté habitées
par des Rois ..
Les plus magnifiques de ces, Ruines :
font au Nord des Etats du Roy ' de
Candy: La Contrée des environs eft déferte
, & comme c'eft une frontiere,
fait garde. Quatre vingt dix Rois
ont fait leur demeure dans Anurodghurro
, à ce que prétendent les Indiens ,
& c'eft de là même qu'elle a pris fon
on y
DE NOVEMBRE.
nom : Je ne fçay pourquoi l'Auteur de
la vie de Conftantin de Saa l'appelle
Amarajapure. Quoiqu'il en foit, rien de
plus fameux dans les Chroniques & dans
les Romances des Chingulais , qué ces
reftes de leur ancienne magnificence.
Come nous ne connoiffons prefque point
d'autres Ouvrages confidérables , que
ceux que les Romains nous ont laiffez ;
on veutque lesTemples & lesPalais ,dont
on voit encore de grands monumens ,
foient de la façon deces Maîtres du monde,
& qu'ils ayent efté bâtis depuis l'Empereur
Claude. D'autres croyent auffi
vrai-femblablement, que ces Ouvrages
font d'Alexandre le Grand. Mais , puifque
les Egyptiens ont partagé avec les
Grecs & les Romains , l'honneur d'avoir
connu le bon goût dans les Arts &
dans les Sçierces , je ne vois pas pourquoi
on veut ôter aux Indes le même
privilege . Je pense que quelque :
Prince plus ancien que le Conquerant
de 'Empire des Perfés , a pû élever de :
fuperbes Edifices dans FOrient , qui
peut- eftre a dégéneré. Cette Ville avoit
un Palais orné de feize cent Colonnes
d'un marbre trés fin & d'un travail
merveilleux ; un Temple fuperbe , qui
92 LE MERCURE
contenoit trois cent foixante & fix Pa
godes , dont il y en avoit vingt quatre
d'une grandeur extraordinaire , conftruits
d'une pierre trés belle & trés rare :
Cenombre de Pagodes répondoit à celui
des jours , ce qui feroit voir que
ceux qui l'ont bâtie , avoient l'année
folaire à peu prés comme nous. Auprés
de ce Temple , eftoient des étangs qui
recevoient l'Eau par des Aqueducs ; on
défféchoit ces Refervoirs & on les rempliffoit
d'Eau fuivant le befoin. Prés de
cette Ville , eft une Riviere , fur les
bords delaquelle fe voyent
quantité de pierres toutes taillées,
& quantité de ces pierres font propres
à faire des colonnes : Il
ya eu fur cette Riviere trois Ponts de
pierre , chofe maintenant prefqu'inoüie
chez les Chingulais ; ils étoient apuyez
au lieu de Pilotis fur des piliers
de pierre.
encore:
On ruina dans le dernier fiécle la fameufe
Ville de Cota , où les Empereurs
de ce nom avoient fait réfidence pendant
grand nombre d'années ; mais, à
peine peut- on découvrir les veftiges de
leur Palais parmi les broffailles &
les bois La Ville eftoit affife au miDE
NOVEMBRE.
Hieu d'un Lac ; on n'y arrivoit que par
une Chauffée affés longue & affés étroi--
te , & c'eft de ces Ruines que l'on a
bâti Columbo ..
:
Il y a encore cinq Villes dans Ceylan
, où le Roy du Païs a des Palais .
Candy eft la premiere de ces Villes.
Elle eft fituée dans les Montagnes ::
Les Originaires du Païs l'appellent
en leur Langue , la Ville du Peuple.
Chingulay Hingodagul- Neure Les
Corlas voifins font beaucoup plus penplés
que les autres , & leurs Habitáns
font regardés comme les principaux de.
l'Ifle ; fon affiéte eft avantageufe , puif
que toutes les richeffes y peuvent aborder
par le moyen de la grande Riviere
, qui paffe à un quart de lieuë :
Elle eft de figure triangulaire ; & à la
pointe de l'Eft , eft bâti , felon la coûtume
, le Palais du Roy : Elle n'eſt
point fortifiée , mais , toutes les Avenues
en font gardées. Les Portugais
l'ont brûlée plufieurs fois dans leurs
incurfions.
Nellemby- Neure.
Allout Neure , est environnée de
grandes Forêts , habitées par des
Peuples qui tiennent beaucoup des
94 LE MERCURE
Bedas , dont ils font voifins ,
Badoula , que les Portugais ont brus
lée jufqu'aux fondemens..
Digligy- Neure . Le Païs des environs
eft plein de Montagnes& de Rochers ; le
Terroir eft fterile , & c'eft le plus mauvais
Canton de l'ffle : Elle: eft au coeur
du Royaume de Candy , & le Souverain
a derriere fon Palais une retraite affùrée
; c'eft la haute Montagne de Gauluda
, qui produit affez de grains , pour
entretenir les Garnifons de trois Forts
qui y font bâtis ; elle eft efcarpée de
tous côtez.; des Rochers , des Bois &
des Précipices la deffendent fi bien ,
qu'une poignée de monde y peut tenir
contre une grande Armée .
-
-
Ce font là les grandes Villes de
l'interieur du Païs. Pour ce qui eft des
Bourgs & des Villages , les meilleurs
font ceux que les Peuples ont confacrés
à leurs Idoles , & dans lefquels ils leur
ont dédié des Devvals ou des Temples.
Mais en général , ils ne fongent
point à tirer des rues au cordeau nyà
bâtir leurs Maifons les unes auprés les
autres , ou avec quelque regularité :
Chaque famille vit en fon particulier
dans une maifon , au tour de laquelle
DE NOVEMBRE. 951
il y a le plus fouvent une haye & un
foffe , à caufe de leurs Beftiaux. Leurs
Villages ne font pas grands ; il y en a
qui ont jufqu'à cent maifons , & d'autres
n'en ont que huit ou dix.
Les Villes Maritimes fout fituées .
aux meilleurs abordages. On ne peut
pas dire cependant que les Côtes de
Ceylan foient avantageufes. Celles de
l'Eft font d'ordinaire baffes , & les Vaiffeaux
y font fans abri : Celles du Midy
font hériffées de Rochers ; la Mer
voifine y eft garnie de Bancs , qui rendent
la Rade de difficile abord & lemoüillage
peu für ; les gros Bâtimens
courent rifque de ne point trouver de
fond.En général cette Île a peu de bons
·Ports.
LeRoy de Candy n'a qu'un petit nombre
de Fortereffes fur la Côte : Les par--
ties Orientales de fes Etats fe fourniffent
de fel à Leavvavva , & celles du
Couchant à Portaloon ; feul Port , à la
faveur du quel il entretient quelque ·
commerce avec les Etrangers fes voifins.
Les Hollandois l'environnent par un
affez grand nombre de Places. Je ne
parlerai que des principales , fans mêt
96
LE
MERCURE
me nommer les autres . Voici celles
qu'ils poffedent à l'Eft & au Sud.
Columbo n'eftoit d'abord qu'une Loge
qu'on avoit pallifladée : Peu aprés
on s'eft etendu ; on a bâti un petit Fort ,
& dans la fuite on y a fait une Ville
trés jolie & trés agréable , environnés
de douze Baſtions , & ayant une Place
d'Armes ; un Lac ferme du côté de
la terre un tiers de la Ville . Elle eft fituée
dans un terrain trés mauvais ; la
Baye eft petite , peu capable de contenir
de gros Vaiffeaux , & expoſée à de
trés grands coups de Vent : Malgré toutes
ces incommoditez , elle eft la plus
confiderable Ville que les Portugais
ayent poffédée, & que les Hollandois
poffedent encore dans l'Ile de Ceylan
; parce qu'elle eft fituée dans un
Quartier, où croît la meilleure Canelle .
Ses derniers Maîtres la prirent au mois
de May de l'année 1656 ; & pour la fortifier
à la moderne , la diminuerent
prefque de moitié . Ribeyro en fait une
ample defcription
Ponto de Galle fut prife par les Hollandois
en 1640 , & elle a efté long - tems
la meilleure Place qu'ils euffent dans
Ceylan:La Fortereffe eft fur une pointe
de .
DE NOVEMBRE.
3
de terre que la Mer baigne du côté
du Nord : Elle eft entourrée d'un foffé
& debonnes murailles , flanquées de
Baftions . La fituation eft plus avantâgeufe
que celle de Columbo , & la Baye
meilleure .
Calituré & Negombo font deux petites
Fortereffes : Calituré eft dans la
plus agréable fituation du monde , à
l'extrêmité d'une belle Prairie , & fur
l'embouchure d'une Riviére .
Batécals & Trinquilimalé font à l'Eft
de Ceylan : Ce font les deux meilleurs
Ports & les plus confidérables de toute
l'Ifle. Ce fut à Batécalo que les Hollandois
abordérent en 1601 & 1602 :
Les Portugais ayant reconnu l'importance
de ces deux Ports , réfolurent d'y
bâtir quelques Fortereffes , pour boucher
tout commerce entre les Nations
Etrangères & le Roy de Candy.
Parlons du Nord de Ceylan. Jafanapatan
eft un quarré , ayant quatre Ba- ટ
ftions & quatre demie- Lunes ; avec un
Fort qui commande la Barre du Port
C'étoit la réfidence ordinaire du Capitaine
général Portugais .
La Fortereffe de l'Ile de Manar eft
petite ; mais , fa Jurifdiction eft fort e-
Novembre 1717. I
98 LE MERCURE
tendue dans Ceylan . Conftantin de
Bragance paffa dans cette Ifle en 1560 ,
pour vanger la mort des Chrêtiens , &
y porta le fer & le feu : Les Hollandois
s'en rendirent les maîtres en 1558. Elle
eft très peuplée : Elle eftoit autrefois
fameufe par la pêche des Perles ; mais
préfentement , les Huîtres retirées ſe
pêchent mieux vers Tutucorin.
Jafanapatan eft voifin de plufieurs Ifles.
L'Ille Das- Cabras a long- tems manqué
d'Eau douce ; ce qui empêchoit qu'on
T'habitat : Mais , la Foudre a ouvert
plufieurs Rochers qui fourniffent de
Î'Eau avec abondance : On tient que les
Habitans de la Pangarduia font d'une
taille prefque gigantefque. Le Canal de
Mer à l'endroit de ces Ifles qui font
en affez grand nombre , cft fi plein de
Bancs , qu'il n'y peut aller que de pctits
Bâtimens , qui courent la Côte de
Coromandel & celle de Ceylan : Ces
Bancs , qui font une eſpèce de Barre de
Ramanancor à Manar , s'appellent Adam-
Brugh , Paffage d'Adam.
Je croy avoir fatisfait à la Géographie
, & qu'avec une bonne Carte , on
doit connoître la figure , la fituation ,
DE NOVEMBRE.
99
les Provinces , les Villes , & la qualité
du Terroir de l'Ile de Ceylan. Je pourrois
intéreffer les Naturaliftes dans le
Chapitre fuivant .
DE CE QUE PRODUIT L'ISLE DE CEYLAN
ET DES ANIMAUX QU'ELLE NOURRIT.
1
I. Des Plantes , des Arbres.
II. Des Animaux.
III. Des Pierres précieufes & des
autres Denréesde Ceylan.
Ce que j'ai à dire des Peuples qui habitent
Ceylan , m'a toûjours paru l'endroit
de cet Ouvrage qui méritât le
plus d'attention : Qui mêricât la mienne
à mettre avantageufement ce Portrait
fous les yeux ; & celle du Lecteur à en
faire quelque ufage. Cette confidération
m'a porté à n'en pas compofer la
premiere Partie de ma Defcription :
Semblable à ces gens qui refervent ce
qu'ils ont de meilleur pour le dernier ;
& qui , à la faveur de l'attente , font
paffer quantité de chofes moins curieufes.
J'ai donc craint devoir négliger lo
travail le plus étendu , fi je commencois
par le plus intéreffant. Voilà ce qui fait
Iÿ
830105
100 LE MERCURE
marcher les Plantes , les Arbres , les
Bêtes , les Minéraux , avant les Hommes
: Au refte , puifqu'il eft permis de
fouhaiter ; j'ai cru qu'il valloit mieux
fe faire lire plufieurs fois , que d'amufer
une premiere & prefque unique
avec éclat : Ce défir m'a fait dire des
chofes , dont le fingulier n'eſt pas bizarre
; & par conféquent , peu convémable
à bien des gens .
I
Je commencerai par les Grains , qui
Bourriffent les Habitans de Ceylan .
Le Ris eft la principale forte. On
fçait le grand ufage qui s'en fait dans
tout l'Orient : Les Chingulais le font
bouillir , & l'affaifonnent avec une efpéce
de haut- goût que les Portugais
appellent Carrée. Il y en a plufieurs efpéces
Ils nomment chaque efpéce différemment
, felon le tems qu'il lui faut
pour mûrir , quoiqu'il n'y ait pas beaucoup
de différence pour le goût. Le plus
tardif, eft fept mois à croître , & il n'en
faut que trois au plus diligent : Le prix
eft égal ; ce dernier eft meilleur ; mais ,
il ne raporte pas tant. Il fe nomme Au
DE NOVEMBRE 101
Ifancol , les autres , Henit , Honorovval
, Hauteal & Mauvy qui eft le
plus long-tems dans la terre. l'Eau eſt
abfolument néceffaire , pour faire croître
toutes ces fortes de Ris , & ils veulent
en être toûjours couverts ; ce qui
donne des peines incroyables aux gens
du Païs , qui ont grand foin de la garder
, & de la faire venir fur leurs Terres
, par le moyen de leurs canaux.
Ils la tirent des Riviéres & des Etangs
avec beaucoup d'induftrie ; & applaniffent
avec la même adreffe , les
champs où doit croître ce qu'ils ont fe
mé; afin qu'ils foient entierement noyés :
Ils donnent à leurs Collines , la figure
d'un Amphitéatre , dont les fiéges ont
depuis trois piedsjufqu'à huitde largeur :
Les Réfervoirs font fur le fommet ; on
fait tomber l'Eau fur les premiers rangs,
qui en recevant ce qu'il leur en faut ,
la laiffent couler aux autres par dégrez .
De cette maniere , tout eft arrofé. La
provifion d'Eau dure plus ou moins ,
deux , trois , quatre , ou cinq mois ; &
c'est ce qui les régle pour l'efpéce de
Ris qu'ils fémeront : Car , le tems qu'il
doit être à marir , doit répondre abfo
lument à celui que l'Eau demeurera fur
I iij
192 LE MERCURE
la terre. Les lieux fans Riviéres & qui
n'ont que peu de Sources , ont recours
à l'Eau de la pluye qu'ils confervent
dans des Réfervoirs élevez ', d'où ils
peuvent la diftribuer fur leurs Terres.
Le Ris qu'elles produifent ne laiffe pas
que de parvenir à maturité , quoiqu'il
foit à fec le plus fouvent ; mais , cetre
forte n'eft pas fi eftimée que l'autre .
dont elle différe & pour le goût & pour
l'odeur.
LeTemps qu'on fémedans l'Ifle eft trés
incertain : C'eſt le plus ordinairement
pendant les mois de Juiller & d'Aouft,
la moiffon fe fait ainfi en Février ou à
peu prés. Les Terres êtant le plus fouvent
en commun , toute une Ville ou
tout un Village travaille conjointément.
On ne féme point que l'on n'ait labouré
deux fois ; & avant que de remuer
la terre , on arrofe les Campagnes
pour faciliter ce travail : Leurs
charues font d'une autre figure , d'un
plus petit volume & moins pefantes que
les nôtres. Quand la femence a pouffé
environ quatre ou cinq doigts, il eft tems
qu'elle foit couverte. Ils moiffonnent
ainfi que nous ; mais , aulieu de battre
leurs grains, ils les font fouler aux pieds
DE NOVEMBRE. 103
par des beftiaux , ce qui eft beaucoup
plus prompt & plus aifé.
Le Pays, outre le ris , fournit plufieurs
autres espéces de grains ; mais qui n'en
approchent point en bonté , & c'eft la
nourriture des pauvres gens : Quand il
leur manque , ils ont le Coracan petite
graine femblable à celle de la moutarde
, & qui leur donne une espece de farine.
Le Tanna eft d'un grand ufage
vers le Nord de l'Ifle : Cette graine eft
auffi petite que l'autre,mais ,je ne croy
pas qu'il y en ait aucune forte qui produife
d'avantage ; un feul grain porte
d'ordinaire deux , trois , quatre , & jufqu'à
cinq Tiges , fuivant le terroir plus
ou moins avantageux ; & fur chaque
tige , eft un épic, qui renferme juſqu'à
mil grains. L'Omb fe mange comme
le Ris : Quand elle eft venue en certaine
Terre , & qu'elle eft encore nouvelle
, elle caufe un effet affez êtrange
elle remplit un homme d'une efpece
d'ivreffe , & excite des maux de coeur
& des vomiffemens . Ils fe frotent le
corps de l'huile que leur donne le Tolla.
Ceylan ne manque pas de Plantes de
toutes efpeces , de Racines , d' Herbes , de
Légumes , comme Inhames & Batates.
I ij
10.4 LE MERCURE
Quelqu'unes de ces herbes font pro
pres à la Médecine : Les bois font les
boutiques de Pharmacie , oùles Chingulais
vont chercher des remedes à
leurs maladies. Ils ont la plupart de nos
herbes nourriffantes , & les Hollandois
leur en ont porté de chez nous qui
viennent à merveille ; ce qui eft un
grand témoignage de l'excellence des
Terres de ce Païs.
Les Vallées & les Collines y font en
tout tems couvertes de Fleurs , & les
Vergers font- ordinairement fur des
Ruiffeaux clairs , comme le plus beau
Cryftal. La plupart de ces Fleurs font
cependant fauvages ; car , on n'en
plante point-là : Plufieurs font trés odoriférantes.
Les jeunes gens les cüeillent
& les mettent dans leurs cheveux pour
les parfumer. Celle qu'ils appellent
Sindrie- Mal eft digne de remarque :
Il y en a de rouges & de blanches ;
elle s'ouvre fur les quatre heures aprés
midi , & demeure épanouie toute la
nuit ; le matin, elle ſe referme jufqu'à 4
heures qu'elle fe rouvre ; en un mot ,
elle leur fert d'Horloge , quand le Soleil
eft caché .
Mais les fruits font meilleurs à CeyDE
NOVEMBRE. 1ος
lan , qu'en aucun autre endroit des
Indes .
Celui des Tacks & fa racine font d'un
grand uſage chez les Chingulais ; ils en
mangent à peu près , comme nous mangeons
ici des Navets ou des Choux ; ce
Fruit eft affez gros , pour pouvoir raffafier
fix ou fept perfonnes . Ils en ont quantité
de fauvages , qui reviennent affez aux
nôtres. Ils ont de petits Limons , des
Citrons , des Melons d'Eau , des Oranges
douces & aigres ; & une autre efpéce
particulière qu'ils appellent Orange
du Roi , Mangos , & qui peut-être ,
eft le plus excellent Fruit qu'il y ait au
Monde : Le Cardamome vient dans
cette Ifle fi grand & fi gros , que fix
Cardamomes de Cananor n'en égalent
pas un de Ceylan.
Les Arbres y portent fouvent des fruits
deux fois l'année ; il y en auroit même
beaucoup d'avantage , fi fes Habitans
les eftimoient. Ils n'y cherchent que ce
qui peut appaifer leur faim , fans être
piquez du goût agréable ; ce qui fait
qu'ils les cücillent & les mangent prefque
tout verds : Delà vient qu'ils ne plan.
rent gueres que ces Arbres dont le
Fruit eft raffafiant , ceux qui produifent
Iij
106 LE MERCURE
du Fruit délicat , viennent d'eux - mêmes ,
parce qu'il tombe lorfqu'il eft mûr , que
fa femence reprend en terre , & produit
naturellement un autre Arbre.
Entre les Fruits dont les Chingulais
font le plus de cas , eft celui qu'ils
nomment Noix de Bétel , qui ne croît
que dans les Parties Méridionales &
Occidentales de l'Ifle. S'il n'y a que peu
d'argent dans le Pais , on s'y fournit
de tout ce qui eft néceffaire par le moï--
en de cette Denrée , qui fe tranfporte
ordinairement fur la Côte de Coromandel.
Les Noix croiffent au haut de l'Arbre
par pelotons : Elles font , êtant mûres
, d'une couleur rougeâtre , trés agréables
à la vûë ; & tel de ces Arbres
en produit jufqu'à quinze cent . Ce Noyer
eft moelleux dans le coeur, le bois en
elt pourtant trés dur . Sa feüille reffemble
en quelque façon à celle de l'Arbre
qui porte le Coco : Elle eft longue
de cinq ou fix pieds , & à chaque côté
font deux autres petites feuilles , qui
produifent quelque chofe de femblable
aux barbes d'une plume.
On mange beaucoup de ces feuilles
à Ceylan. Quoique l'Areka croiffe en
beaucoup d'autres lieux ,, que
dans cetDE
NOVEMBRE. 107
te Ifle ; il s'y en fait un commerce fi
confidérable , que je crois en devoir
dire quelque chofe . Cet Arbre qui eft
droit , devient très haut ; fes branches
font pendantes , & forment comme des
bouquets de plumes vertes ; fon fruit ,
quoiqu'un peu aigre , eft trés agreable
au goût : On ne le prend gueres que
mêlé avec de la chaux , & envelopé
d'une feuille de Bétel. Mais , l'ufage
de l'Areka ainfi préparé , eſt ſi grand ,
qu'il n'y any Homme, ny Femme, ny Indien,
ny Portugais, ny Hollandois , qui
n'en ait toûjours la bouche pleine : Ön
prétend qu'il rend l'haleine douce
qu'il affermit les gencives , qu'il nétoye
& fortifiée l'éttomach . Aufli , dans
toutes les vifites & dans les Feſtins
on préfente le Bétel . Les Chingulais
lui atribuent leur bonne fanté & leur
longue vie Il est vrai qu'on en voit
beaucoup de tout Sexe , qui paffent
quatre - vingt ans avec toutes leurs
Dents , que ce fruit rend noires.
:
L'Arbre Orula produit un fruit ref
femblant à l'Olive , duquel ils fe fervent
pour fe purger & pour teindre
en noir.
Le Capita- Gonbah porte un goût de
>
108 LE MERCURE
médecine Les Bêtes n'en veulent :
pas
manger ; & comme il ne s'en trouve
point dans l'Quva , on croit que c'eſt
l'odeur de cet Arbre , qui fait mourir
le Bétail de cette Contrée , quand on
le méne en d'autres Provinces.
Si les Chingulais fçavoient aider la
Nature par des foins , leur Ifle fourniroit
autant de Poivre que Canara, Cochin,
Coulaon, & que tout autre endroit
de l'Orient : Mais , ce peu qu'elle produit,
eft auffi le meilleur & le plus cher.
La tige de cet Arbre eft auffi foible
que celle du Lierre .
PARLOS DE CEUX QUI SONT SANS FRUIT.
Les Infulaires en refpectent beaucoup
un , qu'ils appellent Boga- hah Arbre
de Dieu : Les Vieillards le plantent &
le cultivent avec foin ; & comme ils
croyent , que Buddon , une de leurs Divinités
, le repofoit fouvent fous fes
ombrages , ils regardent la vénération
qu'ils lui portent , comme un des chemins
du Ciel .
Ceylan produit encore plufieurs
efpeces d'Arbies très fingulières . Je décrirai
quelques-uns de ces Arbres , qui
ne portent rien de bon à manger :
Neantmoins , les feuilles de l'un , le
DE NOVEMBRE. 109
jus de l'autre , & l'écorce du troifiéme ,
font trés récommendables par l'ufage
que l'on en fait.
Le Tallipot eft le premier de ces Arbres
: Je l'ai trouvé,nommé Talagas ou
Talagaya dans les Auteurs Portugais .
Quoiqu'il en foit , on ne le trouve que
dans le Malabar & dans quelques endroits
de Ceylan . Il croît jufqu'à la hau
teur de foixante ou foixante& dix pieds ,
pendant trente ans , fans pouffer aucune
fleur ny aucun fruit : Au boût de
ce tems , il fort de fonfommet une nouvelle
tige, qui en moins de quatre mois ,
s'éleve de prés de trente pieds ; & alors,
toutes les feuilles tombent : La Tige &
l'Arbre paroiffent comme un Mas de
Navire , & environ trois mois aprés
cette tige pouffe diverfes branches
qui fleuriffent pendant trois ou quatre
femaines Ces fleurs font jaunes &
d'une odeur infuportable. Elles fe convertiffent
en fruits qui ne mûtiffent
qu'en une demie année ; mais , en fi
grande quantité , qu'un feul Arbre peut
en fournir toute une Province : Alors , la
tige fe féche & l'Arbre meurt. Ce fruit
eft gros comme nos cerices ; les filles
le mettent en couleur , & en font des
IIO LE MERCURE
bracelets & des colliers , dont elles fe
parent. Mais , la Feuille du Tallipot eft
ce qu'il a de plus fingulier. Ces feuilles
font d'une telle grandeur , qu'une
feule peut couvrir quinze ou vingt hommes
, & les garentir de la pluie ou du
Soleil : Seches , elles font fortes & maniables
, Les Chingulais en portent ;
car , elle fe peut refferrer comme un
éventail , & alors , elle n'est pas plus
groffe que le bras, & eft trés légere : Elle
eft ronde naturellement ; mais , ils
la coupent en triangle ; l'angle aigû
qu'ils mettent pardevant , leur ouvre
le paffage au travers les buiffons : Les
Soldats en font des Tentes , ce qui eft
trés commode dans un Païs fujet à la
pluïe , & où le peuple marche nud :
Comme elles font fort dentelées &
prefque fenduës , on eft obligé de les
coudrepar les extremitez : On en couvre
les Maifons ; on écrit deffus avec
un ftilet , l'uſage du Papier étant encore
inconnu chez ce Peuple. La moëlle
& le fuc de cet Arbre ont , à ce qu'on
prétend , la même vertu que l'Epic
que produit Ceylan , & dont parle Texeira.
Cet Epic eft femblable à l'Epic
d'Orge ; mais ; il eft plus noir & plus
DE NOVEMBRE . III
barbu : Eftant appliqué fur le ventre
d'une Femme enceinte , il la fait acoucher
aufli- tô ; & l'on ajoute , que s'il
y reftoit trop longtems , l'Enfant tomberoit
par morceaux , & que la Mere
auroit une perte de Sang que rien ne
pourroit guérir. Je croy que c'eft l'Ecbolmin
des Grecs , & la plante que les
Chingulais apellent Adhatoda.
La Liqueur que rend le Ketulé , eft
extremement douce , trés agréable &
trés faine . Quand on la fait bouillir ,
elle prend une certaine confiftance: On
peut la rendre blanche ; & alors , elle
forme unfucre qui ne céde au nôtre
ny en utilité ny en bonté. Les Arbres
communs en rendent douze pintes par
jour. Son écorce eft pleine de filets auffi
forts que du fil d'archal , & l'on en
fait de la corde.
Mais , une des plus grandes richeffes
de Ceylan, eit le débit de la Canelle.
Cet Arbre croît en divers endroits
du monde : Ily en a à la Chine,à la Cochinchine
, dans les Illes de Trinor &
de Mindanao , dans le Malabar ; & depuis
quelques années , les Portugais
en ont tranfplanté dans le Bréfil , où
elle vient bien , fans aprocher cepen112
LE MERCURE
dant pour la bonté , de celle de Ceylan.
Encore , le Canellier ne vient - il
pas généralement par toute l'Ifle : On
ne le trouve que depuis Grudumalé
jufqu'à Tanavvaré ; il y en a une Forêt
de douze lieues prés de Chilaon ;
l'excellente Canelle eft celle que l'on
cueille entre Ceira - Vaca & Columbo .
Les Chingulais apelent l'Arbre qui la
porte , Gorunda - Goubah. Texeira dit ,
que les Perfes & les Arabes , qui en
confument beaucoup plus que nous , diftinguent
les différentes efpeces par
deux noms Kerfah , eft celle de Malabar
& qui n'eft pas de Ceylan ; Dar-
Chini- Seylani Bois de la Chine de
Ceylan, eft celle que produit cette ifle :
En effet , les Chinois en faifoient le
plus grand trafic ; & d'Ormus , ils la ditribuoient
dans toutes les parties de
nôtre Continent ; on prétend même , -
que fon hom latin Cinnamomum derive
du Chinois Sin & Ha-mama , qui
veut dire pied de Pigeon. Cet Arbre
n'eft pas grand ; fon bois ne rend aucune
odeur , il eft blanc , & n'est pas
plus dur que du Sapin. Sa feuille , qui
ne tombe jamais malgré les pluies ,
reffemble affez à celle du Laurier pour
DE NOVEMBRE.
.
la couleur & l'épaiffeur ; quand elle
commence à pouffer , elle eft rouge
comme de l'écarlatte : Ces feuilles
meurtries ont plus l'odeur du cloud.
de Girofle que de la Cannelle. L'Arbre
porte un fruit deux fois l'année ;
mais , ordinairement plus mûr au mois
de Septembre , & qui reflemble au
gland fans être auffi gros : Ce fruit n'a
pas tant de goût que l'Ecorce Etant
boüilli dans l'eau , il jette une huille.
qui furnage , & qui , quand elle est
congelée , eft odoriferante , & devient
auffi dure & auffi blanche que du fuif.
On fçait que ce Canellier fe ce Canellier fe dépouille
, ce qui ne fe fait que tous les trois
ans ; la premiere année qu'il est dépouillé
, il paroît comme mort : Op
fend l'Arbre en long , pour avoir cette
précieufe écorce qui eft affez blanche
; mais , qui prend à l'air une couleur
brune , & fe ploïe , comme nous
la voyons . Au refte , le Forêts en font fi
épaiffes , qu'un Homme ne fçauroit y
entrer La chaleur du Climat & l'hu
midité de la Terre le font germer ,
prefque auffitôt qu'il tombe ; & ces Arbres
croiffent fi vite & fi facilement ,
qu'une Loi oblige les Habitans à né-
K
114 LE MERCURE
toyer les chemins ; s'ils étoient une année
fans le faire , l'épaiffeur des Forêts
empêcheroit toute communication.
Cette féracité de Terroir ne peut
qu'engendrer bien des Bois , en un Païs
qui n'eft pas garni de Peuples dans toutes
fes parties. On y eftime beaucoup
le Bois de Bréfil , que les Indiens apellent
Sapaon. Ces Forêts d'Arbres de
toutes especes, produifent des Gommes
de plufieurs fortes , dont on fait affez
grand débit.
Mais, ce que nous connoiſſons des
opérations de la Nature , dans ce que
produit la Terre de Ceylan , a êté dêcrit
par un Sçavant Botanifle , dont
l'Ouvrage eft imprimé à Leyde : Il y
renvoye les Lecteurs curieux d'un plus
grand détail dans cette mariere.
II.
L'ordre le plus naturel veut que ce
foit ici le lieu de faire mention des
Animaux. Il y en a dans Ceylan qui
font prefque uniquement à elle ; beau
coup lui font particuliers en bien des
chofes ; elle en a qui lui font communs
DE NOVEMBRE. 176
avec prefque toutes les Contrées de
l'Univers .
On y trouve toutes fortes de provifions
pour la vie ; des Vaches , des Bufles
, des Chévres , des Cochons , mais
point de Brebis. On y chaffe les Sangliers
, les Cerfs , les Merus , les Gazelles
, les Daims , les Porcs- Epics ,
les Civettes & les Liévres qui s'y trou
vent en quantité ; & une efpéce de
Lézard nommé Talagoya , qui eft long
de trois palmes , & d'un goût excellent
: La Terre y eft couverte de Gibiers
, comme de Paons , de Tourterelles,
de Pigeons , de Perdrix , de Bécaffines
, de Gelinotes de bois , de Bécaffes ,
d'Oyesfauvages , de Canards , de Vanneaux.
Les Riviéres & les Etangs dont
nent abondament d'excellent Poiffon ,
& des Coquillages. L'air eft rempli
d'Oyfeaux de toutes espéces , qui cependant
,vont rarement en bandes comme
ici ; plufieurs de ces Oyfeaux font
d'un beau plumage ; tels font de petits
Perroquets verds , qui ne peuvent apprendre
à parler ainfi que les Mal-
Covvda & les Can- Covvda , dont l'habir
eft d'un jaune d'or ; le Carlo fait
en récompenfe un bruit épouventable .
kj
115
LE MERCURE
qui fe fait entendre d'une demie lieuë.
Ön nourrit des Animaux domestiques ;
des Poules, des Coqs d'Inde , des Chiens,
des Chevaux , & des Anes : Les Bêtes
Sauvages n'y font pas grand mal aux
Hommes , à caufe de l'abondance des
Troupeaux ; les Forêts ont des Lyons ,
des Tigres , des Ours , des Jacols , &
l'efpéce de Taureau nommé Gauvera ,
dont le dos eft élevé , l'échigne aiguë
& les extrémitez des Jambes blanches.
Il y a des Eléphans fauvages , il y
en a de familiers : Mais , qui ne fçait
combien Ceylan en produit ? Ceux
qui habitent les Bois , font trés dangereux
: Ils courent bien plus vite qu'un
Homme ; outre qu'ils tuent fouvent du
monde , ils ravagent les Vergers & les
Plantations , fur - tout au bord des Forêts
; car , ils mangent & foulent tout
aux pieds , ce qui oblige quelquefois
de faire garde la nuit. Quand il arrive
, que ny les illuminations des Torches
, ny les cris ne peuvent les mertre
en fuite , on les tire avec des Fléches
; mais ce n'eft pas fans encourir
quelque danger. Ils fe chaffent dans la
Partie Méridionalle de l'Ifle , entre
Maturé , & Vvalavve , apparemment,
DE NOVEMBRE. r17
parce qu'ils y font en plus grand nombre
qu'ailleurs. Lorfqu'on veut les avoir
, on leur méne des Femelles
qu'ils fuivent partout , & qui les conduifent
à travers les champs : Alors , ils fe
prennent dans des filets & quelquefois
on les pouffe dans des mares d'eau . Rien
n'eft plus aifé à apprivoifer : En trois
jours, ils deviennent auffi doux & auffi
traitables , que ceux que l'on a depuis
plufieurs années ; & dés- lors , ils ne retournent
plus au Bois. La meilleure maniére
de les dompter, eft de ne les point
laiffer dormir les premiers jours de leur
captivité. On les réveille quand ils s'endorment,
par de grands coups,puis on les
Aate & on les careffe . An refte ,il eft non
feulement le plus grand de tous les Animaux
, mais auffi le plus intelligent.
Aucun n'aime fi fort fes petits : Ils vont
par bandes dans les bois , & ont à leur
tête un Chef , auquel ils femblent obéir
tous Ils fe plaifent dans l'Eau ,
& nagent à merveille . Je remarquerai
qu'il n'y a que les Mâles qui ayent
des
dents , & que ces dents ne tombent jamais
; qu'on coupe par le bout celles
des Eléphants privez , afin qu'elles
croiffent mieux . Quelques Auteurs ont
:
118 LE MERCURE
écrit qu'ils ne fe couchoient point , que
lorfqu'ils font prêts de mourir ; mais
c'est une vieille erreur dont on eft revenu
: Ils fe couchent toutes les nuits ,
& mefme ils fe courbent & ſe baiffent
quand on les charge : Il est vrai qu'en
voyage , ils ne fe couchent gueres ; &
s'ils le font , c'eft qu'ils font fi las & fi
fatiguez , que c'eft fouvent pour ne fe
relever jamais . Il est des tems que les
Eléphans mâles ont une infirmité qui
les rend enragez ; de forte que perfonne
ne peut les gouverner : On eſt
ordinairement prévenu par une espéce
d'huile qui leur coule de la jouë , &
d'abord on les attache par les jambes
à de gros Arbres. Le Roy de Candy en
a quantité : Il s'en fert pour éxécuter
la juftice ; pour cet effet , on arme leurs
dents d'un fer bien éguifé , & qui a z
trenchans. Ils percent le corps d'un
Homme & le déchirent en pièces.
Ceux qui font commis à la garde de
ceux- ci , s'en divertiffent quelquefois
de cette maniére : Ils commandent à
cet Animal de prendre de l'Eau qu'il
tient dans fa Trompe , jufqu'à ce qu'ils
lui ordonnent de la jetter fur quelqu'un;
il obéit auflitôt , verfant quelquefois
DE NOVEMBRE, 119
un feau entier , & la jettant d'une telle
force qu'un homme a fouvent de la peine
à le fouffrir , fans en eftre renverfé.
In vend cet animal ' felon fa taille . Le
plus grand a neuf coudées , depuis lá
pointe du pied jufqu'à l'épaule , & chaque
coudée est évaluée mille Pardaons ,
Les Mores ou Mahometans qui en achetent,
donneront autant pour un Eléphant
de Ceylan , que pour quatre d'un autre
Païs , qui femblent reconnoiftre cette
fuperiorité , & la témoignent par quelque
figne exterieur.
Les Singes de l'Ifle différent de ceux
des autres Païs en plufieurs autres chofes.
Ribeyro dit qu'il y en a de cinq
efpeces : Les forefts , & furtout celles
du Royaume de Jafanapatan , en font
trés peuplées . Il s'en trouve d'auffi
grands que nos Epagneuls , ayant le poil
gris , le vifage noir , & de longues barbes
blanches d'une oreille à l'autre ;
ce qui fait qu'on les prendroit pour des
vieillards : Ceux qu'on appelle vvanderous
, font differenciez par la couleur
car avec la barbe , ils ont le corps &
le vifage blanc ; des feuilles d'arbre
font leur nouriture . Les Rillors ne
vont que par troupes , ravageans le
;
·T20 LE MERCURE
grain qui croît dans les Bois , & quelquefois
les jardins ; ils ont la face
blanche fans barbe , mais avec de longs
cheveux fur la tête , qui tombent comme
ceux d'un homme.
Les Infectes font à peu -prés les mêmes
qu'aux Indes.
Les Fourmis font prefque toutes fort
groffes. Il y en a de plufieurs fortes,
dont quelques unes meritent d'eftre remarquées.
Les Coumbias & Tale- Coumbiasfont
celles qui reffemblent le plus
aux nôtres par la figure ; elles habirent
les troncs d'arbres , & fentent fort
mauvais : Il y en a d'autres , nommées
Dimbios dont les nids font de feuilles
fur les arbres les plus élevez :
Les Coura - atch fe pratiquent des
fentiers fouterrains : Les Coddia font
d'un beau noir & leur piqueure eft dou-
Loureufe ; mais , l'efpece de Vacos eſt
plus nombreufe qu'aucune autre . La
terre en fourmille , pour ainfi dire :
Elles ont le corps blanc & la tête rouge
; elles dévorent tout , montent le
long des murailles , & fe font avec de
la terre , une maniere de voute qu'elles
continuent en arcade, tout du long de
Teur chemin , à quelque hauteur qu’-
elles
DE NOVEMBRE. 12
1
elles aillent : Dans les endroits inhabités
, elles élevent de petites mortagnes
de quatre , cinq , ou fix pieds ; la terre
en elt fi fine , que le Peuple en fabrique
fes Dieux , & fi bien liée , qu'on auroit
de la peine à abattre ces demeures ,
que les Chingulais apellent Humboffes :
L'Interieur eft percé de routes que les
Vacos habitent, & où elles engendrent ;
leurs nids font remplis d'oeufs & de jeunes
fourmis : Comme elles multiplient
extremement auffi meurent- elles par
pelotons ; il leur vient des ailes , &
pour lors , elles s'élevent dans l'air vers
l'Occident en fi grand nombre , qu'on
a de la peine à voir le Ciel ; on les perd
bientôt de vue , car , elles ne cellent
point de voler , qu'elles ne foient épuifées
de force , & qu'elles ne tombent
mortes.
,
Il y ades Abeilles de plufieurs fortes .
Celles qui répondent aux nôtres , s'ap
pellent Méemaffes : Ces Connameya ou
Abeilles aveugles , font petites , & les
gens du Pays n'en font aucun cas : Celles
qu'ils nomment Bamburos .font plus
grandes & d'une couleur plus vive que
nos mouches ; leur miel eft clair commie
de l'eau , & elles le font fur les plus
Novembre 1717. L
122
LE MERCURE
1
hautes branches des arbres ; en certain´
tems de l'année , des Villes entieres
vont dans les bois chercher ce miel dont
elles reviennent chargées .
Mais , fi Ceylan a reçû du Ciel de
il femble
l'Auque
grands avantages
, teur de la Nature ait voulu compenfer
le bien par des maux. Elle eft fort
incommodée
des Serpens : Ils font de
figure diverfe , & répandent
differemment
un Venin , qui n'opere pas de la
même maniere .
&
Les moins dangereux font : Le Gerende
, qui eft le plus nombreux ,
qui n'en veut qu'aux petits Oifeaux &
aux Lapins; le Carovvla , que les Chats
mangent le Lézard Kiekanella ; le
Kobbera- Guyon , de cinq ou fix pieds de
longueur , à qui la langue eft bleüe &
fourchüe,femblable à un éguillon;mais ,
qu'il ne tire que pour fiffler & non pour
mordre . Le Tolla - Guyon , qui n'eſt pas
fi grand , eft le meilleur manger des
Chingulais : L'Araignée , qu'ils appellent
Democulo , eft longue, velue, noire ,
tachetée & luifante ; fon corps eit de
la groffeur du poingt , & les autres
membres y font proportionnés
; fa bleffure
n'eft pas mortelle , mais , elle rend
DE NOVEMBRE. 123
quelquefois les gens infenfez .
Ce qu'il y a de plus venimeux eſt
auffi ce qu'il y a de plus rare . Un de
ces Serpens n'a que deux paknes de
longueur ; il eft de couleur brune &
particulierement fous le ventre ; dés
qu'on en eft atteint , l'on tombe dans
un fommeil profond , & l'on meurt en
peu de tems , fi l'on n'eft
promptement
fecouru : La morfure d'un autre excite
un tranſport de furie , que la mort fuit
au bout de vingt- quatre heures : Mais ,
le plus terrible de tous eft celui , dont
le Venin eft fi prompt & fi violent ,
que dés qu'un homme en eft piqué , le
Sang lui fort par tous les pores , fans
qu'il y ait de remede : Il y en a un qui
eftverd, & qui n'eft pas plus gros qu'une
corde de Violon , de la longueur de
trois palmes , & qui tire , à ce qu'on
prétend , les yeux de ceux qu'il attaque
. Ce que je vais dire d'un autre de
la même êrenduë , paroîtra peat-être
fabuleux & incroyable : Il fe perche
fur un Arbre , & s'élance fur quelque
Animal qu'il voye paffer ; en quelque
endroit qu'il s'attache , la chair tombe
par morceaux de fa groffeur , & l'Animal
bleffé demeure immobile , le Ve-
Lij
124
LE MERCURE
nin agiffant toûjours interieurement ,
fans qu'il en paroiffe prefque rien au
dehors : Quelques Curieux ayant ouvert
des Animaux que ce Serpent avoit
tués , on leur a trouvé toute la chair
hachée & pourie , quoique la peau fur
entiere
Celui que les Chingulais appellent-
Pimberah & les Portugais Cobra - da-
Serra , a le corps auffi gros que celui
d'un homme , & il eft long à proportion
: Cette étendue l'empêche d'aller
vîte ; pour y remedier , il fe cache
dans les fentiers , & il arrête les Dains
& les Geniffes avec une efpece de Cheville
, qu'il porte à l'extremité de fa
Queue Mais , telle eft la capacité de
fon ventre , qu'il avale quelquefois un
Chevreuil tout entier avec fes cornes ,
qui cependant le crevent & le tuënt
affez fouvent. Les Cafres d'Afrique
font trés friands de ces Serpens de la
Montagne , & les trouvent trés délicats
.
:
Les deux efpeces de Polonga en veulent
également au Bétail .
Ils font grands ennemis du Cobrade-
Capello des Portugais . Celui-cy eft
trés refpecté des Chingulais
, & tous
DE NOVEMBRE 5 125
les Indiens font convenus de l'appel
ler, Noya- Rodgerah, ou Naghaia le Roy
des Serpens : Ils croyent que s'ils en
tuoient un , tous les autres de la même,
efpece vangeroient fa mort fur toute,
la Famille du Meurtrier. Il eft de couleur
grifâtre , & long de quatre pieds :
La moitié de fon corps eft quelquefois.
debout pendant deux ou trois heures ;
il ouvre alors la gueule toute entiere ,
de forte qu'à voir fes yeux , on diroit
qu'il porte une paire de lunettes. Ce
Serpent eit trés commun & trés dangegereux
; le meilleur préfervatif contre
les morfures , eft de manger de la femence
d'un Arbre qui n'eft pas rare
dans le Païs , que les Malabares nomment
Caniram & les Bramins Caro.
L'antipatie que le Mangus a pour
tous les Serpens , demande quelque
mention Cet Animal n'eſt pas plus
gros qu'un Furet : Il livre une cruelle
guerre à tout ce qui eſt venimeux ; .
quand il fe fent bleffé , il a recours à
une certaine herbe qu'il mange , &
qui eft pour lui un merveilleux contrepoifon
.
Si les Senfuës ne font pas ce qu'il y
a de plus dangereux , elles font du
Liij
126 LE MERCURE
moins ce qu'il y a de plus incommode
à Ceylan Prefque toutes les Provinces
en font remplies , & elles font fort
groffes ; les plus petites font cependant
les plus à craindre : Quand il pleut ,
la Campagne en eft couverte : On ne
peut faire un pas dans les Bois , qu'on
n'en foit attaqué ; elles montent aux
jambes & aux cuiffes des Chingulais
qui marchent pieds nuds , & s'y attachent
fi fort , qu'on ne peut leur faire
quitter prife , qu'elles ne regorgent de
Sang: Il arrive quelquefois, la nuit, qu'elles
attrapent le vifage , & qu'elles feigment
jufqu'aux Gencives . Celles qui
viennent dans les eaux & dans les lieux
où l'on féme le Ris , ne font point de
mal.
III.
J'ai promis un Article qui doit traiter
des Denrées qui font les Richeffes
de l'Ifle. Outre celles que j'ai décrites ,
en faifant mention des Fruits de la
Terre , & des Animaux qu'elle entretient
, elle a beaucoup de Fer dont on
peut faire de l'Acier Elle a du Salpêtre
& du Soufres de la Mine de
DE NOVEMBRE. 127
Plomb , de l'Ebeine , du Mufque , de
la Cire , & du Coron qu'elle produit.
en affez grande quantité , pour donner
des Etoffes & des Habits à tous fes
Habitans Le Royaume de Cota fournit
tous les ans aux Indes un Sable >
duquel il fe fait un grand débit. L'Ifle
Das-Cabras nourrit des Chévres , qui
portent le meilleur Bezoard de tout
Ï'Orient ; & dans celle qui lui eft voifine
, on trouve une herbe appellée
Zaye , dont la proprieté eft de teindre
en cramoify ; le commerce en eft confidérable.
Mais , peut- être qu'aucune Contrée
de l'Univers ne produit autant d'efpéces
de Pierres précieufes que Ceylan .
Celles dont on y fait le plus de cas ,
font les Teux de Chat . Cette Pierre eft
prefque inconnue dans nôtre Europe :
Elle eft ronde ; il y en a de fort groffes ,
qui péfent plus que toute autre du même
volume ; on fe contente de les laver
fans les travailler Car , il femble
que la Nature ait pris plaifir d'y
ramaffer toutes les plus belles & les
plus vives couleurs qu'elle puiffe produire
, ces couleurs , en remuant la
Pierre , forment un combat entr'elles ,
Liiij
128 DE NOVEMBRE
.
à qui l'emportera pour le brillant , fans
que pas une ait l'avantage fur l'autre.
Les Rubis font plus beaux dans cette
Ifle , qu'en aucun autre lieu du Monde.
Il s'y trouve des Saphirs de deux
fortes : Les plus précieux font fort durs&
d'un bel azur; les Mores eftiment beaucoup
les Topazes ,parcequ'il y en a d'une
grandeurfinguliére.Il s'y trouve des Iaeintes,
des Verlis , des Taripos, dont on fait
là , auffi peu de cas que nous pourrions
faire ici du fable & des cailloux de nos
Rivières. Ces Infulaires fçavent cependant
blanchir fi- bien quelques- unes
de ces Pierres , qu'il faut être habile ,
pour ne les pas croire des Diamans les
plus fins . Cette adreffe les porte à des
Ouvrages de Crystal , qu'ils tirent
rouge & verd de leurs Montagnes.
J'ai parlé des Salines de Ceylan ,
fur-tout de celles qui font entre Leavvavva
& Velavve : Il y en a d'autres
fur le Canal qui fait une Ile de Calpentin.
Les Chingulais difent , qu'il y
avoit autrefois fur la Côte d'Eft , un petit
Royaume maritime nommé Saula ,
dont les Terres baffes furent un jour
fubmergées par la Mer extraordinairement
enflée , & la Plaine auparavant.
DE NOVEMBRE. 129
fertile , changée en une Aire de Sel.
Ileft fort dur , mais il ne vaut rien
pour faler des viandes que l'on voudroit
garder.
Le Sel n'eft pas le feul don que la Mer
faffe à ce Pais ; elle contribue par bien
d'autres chofes à fon abondance . Elle
pouffe vers le Nord- Oüeft de l'Ie , une
quantité prodigieufe de Branches de
Corail : On fçait que le noir eft plus
eftimé que le rouge en plufieurs endroits.
Mais , outre la Pêche de l'Ambre
, dont les morceaux font d'une gran
deur extraordinaire , je ne dois pas
me taire fur celle des Perles , qui fe
fait le long de la Côte d'Aripo .
Cette Pêche & celle du Cap Como .
rin, ont êté décrites fort en détail par
un grand nombre de Voyageurs. Vers.
le commencement de Mars , ilfe trouve
fur cette Côre , quatre ou cinq mil
Barques pourvûes & payées par des
Négocians de toutes Nations , qui
traitent avec le Roy de Ceylan , pour
la permiffion de pêcher . La Pêche
commence le onzième de Mars , & finit
au vingtiéme Avril. La Foire dure
cinquante jours. Les Marchands y logent
fous des Tentés magnifiques : On
30 ' LE MERCURE
y vend toutes fortes de Marchandifes
des plus riches ; des Pierreries de toutes
les espèces , de l'Or en barre , des
Pataques , des Tapis de Turquie , &
de ces belles Etoffes des Indes. Ces
Richeffes y amènent du monde de toutes
les Parties de la Terre , & ce concours
ne contribuë pas peu à l'état floriffant
du commerce de Ceylan.
Voici ce que j'ai appris des fingularitez
de ce Païs : Le Portrait de fes
Peuples fournira l'autre moitié de ma
Carriére . Heureux , Monfieur , fi j'ai
dit ce que j'ai prétendu dire ; puifque
je n'ai eu d'autre envie , que de remplir
quelques- unes de vos idees : Plus
heureux encore , fi quelques veilles
vous paroiffent un témoignage irréprochable
de cette affection refpectueuſe
avec laquelle je fuis ,
Monfieur ,
Votre & c.
B. D'A . ***
DE
L'ISLE DE
CEYLAN.
A M. DE M ***
Par M. B. D'A………
MONSIEUR ,
Je vous obéïs ; & vous me tiendrez
compte de cette obéïffance ,
quand vous fçaurez qu'elle interrompt
un filence & une inaction d'affez longue
durée ; furtout , quand il a fallu
DE NOVEM BRE. 7t
que
mettre la plume à la main. Vous jugez
bien l'oubli de la plupart des
chofes , & la perte de l'habitude du
ftile doivent naître néceffairement
d'une oifiveté fuivie : J'ai tâché de
remédier à tout cela par un travail
affez affidu.
Nous variâmés les matieres dans
nos converſations , à la Campagne de
nôtreAmi M. De . S. Les dernieres vous
parurent intéreffantes :Nous y parlâmes
des fingularitez de la Nature dans fes
Ouvrages , & de la maniere de vivre
des Peuples qui refpirent éloignez de
nous. Le Parallele de ces chofes êtrangéres
avec celles qui nous font familiéres
vous fit beaucoup de plaifir.
Je ne fçai pourquoi nous fîmes grande
mention des Indes & fur-tout de Ceylan
; mais enfin , il en refulta chez vous
une envie , d'avoir
écrit ce que je
par
vous avois dit de cette Iſle : Mon
amour propre fe fentit piqué de ce défir
; il l'emporta fur ma pareffe & fur
quelques autres raifons ; bref , je vous
donnai ma parole , & je vais la tenir.
>
J'ignore pourtant encore , fi je me
ferai acquitté ; & fi ce n'eft que j'ay
été trés fenfiblement touché de l'hon.72
LE MERCURE
neur d'une Requeste de vôtre part
J'ignore prefque pourquoi je me fuis
mis en êtat de vous donner plus que je
n'ai promis. Petit- être regretterés- vous.
les bornes étroites que vous m'aviez.
prefcrites ; & fi cela arrive , je fuis puni
par avance , puifque j'aurai le chagrin
de voir quelques veilles infrutucules
; & c'est un vrai fuplice pour
unhomme , qui n'habite pas un cabinet
volontiers . Quoiqu'il en foit, l'Ouvrage
a crû fous mes mains ; & j'ai êté
furpris de voir que ce qu'une Lettre.
devoit contenir , en remplit deux , qui
peut- être, feront doublement longues .
Un compte éxact de mes recherches.
& de leur emploi , nous inttruira de la.
caufe de ce détail . Je vous rendrai ce
fidele compte : Perfuadé , que dans l'êtat
où j'ai mis l'acquift de ma parole ,.
c'est un des points de mon engangement
; & que s'il ne fauve point dans
mon Ouvrage l'éxecution détaillée , il
en juftifiera du moins l'idée principale.-
-
J'ai voulu d'abord m'affortir dans
tous les genres de fingularitez , que.
peut fournir la maniere , dont vous fouhaitez
que foit dêcrite une Contrée ,
auffi- bien affortie que l'eft l'ile de
Ceylan.
DE NOVEMBRE. 73
•
Ceylan. Cela n'a pû que produire une
affez grande abondance de faits , dont le
nombre m'a paru mériter de la méthode
dans l'arrangement. J'ai conçû , que
le tout pouvoit être embraffé dans le
cercle de quelques idées générales , qui
fe fubdiviferoient naturellement en
d'autres idées particulieres;& qu'aprés,
il me refteroit à digérer mes recherches .
J'avoue de bonnefoy , que dans l'exécution,
je n'ai pas volontiers obmis des
faits queje m'eftois donné la peine d'êcrire
; & que quand j'ai tant fait que
d'en retrancher quelqu'uns , qui me..
fembloient abfolument froids & inutiles ,
je me fuis racquité par d'autres ,
dont le fuccés & le mérite me paroif.
foit équivoque. Ces petits travaux fucceffifs
ont donné à quelques Mémoires
, l'air d'Ouvrage compler. Vous
jugez bien , Monfieur ; qu'alors , il a
fallu amener néceffairement les faits .
finguliers fuivant l'ordre le plus ordinaire
, & les coudre le plus fouvent par
d'autres faits , la plupart indifpenfa
bles ; mais , beaucoup moins particuliers
à ce que je me fuis propofé de
décrire. Il n'eft pas poffible , que ces
derniers faits foient aufli amufans
Novembre 1717. G
74 LE MERCURE
que les autres ; puifque rien n'eft
extraordinairement faillant, qu'aux dépens
de ce qui l'accompagne . Mais ,
lorfqu'on parle de Rélations & de Voyages
à la plupart des gens , il ne leur
fautpas
pas moins que des prodiges à cha
que pas qu'ils font dans les Païs , dont
l'éloignement a frapé leur imagination :
Auffi , voyent-ils fouvent des merveil
les , quand l'Homme d'efprit ne découvre
dans les chofes , que la route de la
Nature la plus commune & la plus
frayée.
Je finis cette espece de Préface par
la derniere raiſon , qui a déterminé une
certaine étendue méthodique & affortie
, à ce qui devoit fe borner à quelques
faits ifolez , travaillez fans intention
principale , qui leur affignât un ordre
fixe , & qui les accompagnât indifpenfablement
d'autres faits .
Le goût fçavant que vous avez pour
la Géographie , vous a mécontenté
fur tous ces Livres qui prétendent l'enfeigner
: Le plus grand nombre a fes
défauts marquez , & tous en général
font arides & négligez . 11 feroit d'ailleurs
à fouhaiter , que tous les Voyageurs
reffemblaffent à quelques - uns
DE NOVEMBRE.
75
d'entr'eux que vous connoiffez fort :
La plupart font ignorans ; & comme
tout les a frapé indiſtinctement , il n'eft
pas étonnant qu'ils en impofent , puifqu'ils
ne peuvent rendre que leurs idées
que le préjugé a fait naître , & que les
tenebres de l'efprit ont entretenues.
Vous m'avez fouvent paru défirer le
remede à ce mal ; c'eft- à- dire , une
méthode differtée , qui debita des faits
circonftanciés , & qui mit fous les yeux
une connoiffance fi fort à la mode . Vous
l'avez defiré comm'un Homme éclairé.
"Sur -la communication de vos idées , &
fur quelques études affez particulieres ,
j'ai fenti qu'on pourroit épargner la
lecture de tant deLivres en toutes Lan-
"gues ; & qu'un Sçavant compilateur
avec du goût , pourroit rendre par là
un fervice trés êtendus puifqu'il eft certain
, que le mérite d'acquifition êrabliroit
, ce que les lumieres de l'efprit
placeroient dans un jour avantageux
.
il me femble que la Géographie acquereroit
de nouveaux Amateurs . Elle déviendroit
propre à l'Ignorant comm'au
Sçavant Elle fauveroit un Homme
oifif de l'ennui , & délafferoit fouvent
celui qu'un travail trop affidu paroif-
Gij
76 LE MERCURE
foit avoir rendu peu capable d'aucune
application. Mais , quel profit pour le
Philofophe La Phyfique y trouveroit
les fécrets de la Nature & fes ouvrages
les plus rares : LeMéta - Phyficien
dans les moeurs des Peuples , liroit des
exemples qui aideroient à la fpéculation
, ou qui la réformeroient dans
les principes & dans les confequences.
Et puifque cela fourniroit néceffairement
, un fi grand nombre de Portraits
divers de ce que nous fommes , fuivant
les différens accidens des tems &
des lieux ; je ne fçai , fi ce ne feroit
pas le plus für moyen , de parvenir à
connoître l'histoire de l'efprit & du
coeur humain.
>
Aprés tout ce que je viens de dire ,
me conviendra- t-il de vous avouër
que j'ai fouhaité de fournir un échantillon
de ceque vous avez projetté? J'ai
travaillé , Monfieur , fans être muni
d'aucune des parties de ce mérite compofé
que la matiere demande. Je n'ai
û que celui de fouhaiter ardemment
l'exécution de quelques idées affez réflechies
; & lorfque ce défir a produit
quelqu'effai de ma part , je l'ai fait pour
quelques amis , qui m'en ont dit leur
DE NOVEMBRE. 77
avis d'autant plus volontiers , qu'ils
ont reconnu de la difpofition à les rece
voir. Je compte fur cette faveur ; &
c'eft à ce prix que je vais commencer.
Je citerai mes authorités avant toutes
chofes .
Des Rélateurs & des Hiftoriens qui
ont parlé de Ceylan.
L'Ile de Ceylan eft mentionnée
dans les Defcriptions générales de l'Afie
, telles qu'eft celle de George Fournier;
& dans les Defcriptions particulieres
des Indes , telles que font celles
de Louis Godefroy, du P. Maffée , & de
tant d'autres qu'on nous a données en
toutes Langues. Les Nations de nôtre
Couchant qui courent les Mers , l'ont
décrite , foit en tout , foit en partie . Les
Anglois- & les Hollandois ont fourni
des Rélations détaillées de leurs grands
& fréquens Voyages dans les Indes :
Outre ceux qu'on a récueillis , nous
avons les Navigations de Spielberg , de
VVibrand-van- VVaervvijek, de Val.
ter- Scultzen , & de tant d'autres : Je
n'obmetrai pas ceux qu'on nous a données
en nôtre Langue ; & ce qui fe trou-
Giij
78
LE MERCURE
ve dans les Recuëils de Ramufio , de
Parchas , de Hackluft , & de M. The
venot.
Mais , les Portugais ont, je croi , plus
êcrit qu'aucuns autres ; je parlerai de
ceux qui ont fait plus ample mention
de Ceylan , que des autres parties des
Indes Orientales. Nous avons les Décades
de Joan de Barros , traduit en
Italien par Ulloa ; celles de Joan Lavanha
, de Diego de Conto , d'Antonio
Bocarro : L'Hiftoire des Indes , les Con--
quêtes & les Découvertes des Portugais
ont efté données par Antonio de San-
Roman , Alonfo de Alburquerque ; &.
fut tout par Lopez de Caftanheda , traduit
en Italien par le même Ulloa , &
en François par Gron. La vie de Conftantin
de Saa , fameux Capitaine Portugais
, eft écrite en Efpagnol par fon
fils Rodriguez de Saa & Ménéfez . Jean
Ribeyro préfenta fon Hiftoire de Ceylan
au Roy de Portugal , l'an 1685. Il
y décrit fort en détail les guerres que
les Portugais eurent à foutenir , pour
s'êtablir dans l'Ifle , & celle qui les en
a chaffés : M. l'Abbé le Grand donna
u Public la Traduction de Ribeyro
n 1701 avec des augmentations confidéDE
NOVEMBRE. 79
rables. Il s'eft fervi de plufieurs Mémoires
MSS.; de la Rélation de Philippe
Botelho Ceylanois , de l'Hiftoire
de Gafpard Correa , des Journaux de
Damien Vieira Jeſuite , & de la continuation
de la Décade de Diego de Couto
par le Bocarro , dont le MS . eft à
la Biblioteque du Roy. Texeira , l'Hitoire
de Philippe Balde , & les Mémoires
du Jefuite anonyme fourniffent des
lumieres pour la Defcription de l'Ifle de
Ceylan. Mais , ce qu'il y a de plus détaillé
, eft la Rélation de Robert Knox
Anglois , donnée à Londres en 1631 ,
traduite en François & imprimée avec
des Figures à Lyon en 1693.
Il y a une Carte de l'Ile de Ceylan
en tête de ce Livre . Cette Carte a eſté
la meilleure qu'ait eu le Public jufqu'en
1701. que M. de l'Ile donna la
fienne, pour préceder la Traduction de
Ribeyro:Elle a efté dreffée ſur un grand
nombre de Plans & de Mémoires
MS S. que la Hollande & M. de Guenegaud
fournirent obligeament à l'Auteur
:Elle a le caractére & le merite de
tous les Ouvrages qui font fortis dū
cabinet de ce Sçavant ; mais , ce qu'elle
à de particulier , c'eft le merite d'un
Giiij
80 LE MERCURE
trés grand détail dans un Païs fi éloigné..
Voila , Monfieur , le plus grand nombre
de ceux qui ont parlé de Ceylan.
Je me fuis fervi de la plupart de ces
Auteurs . J'ai û grand foin d'examiner
dans la foule , ceux qui avoient eſté
le plus en êtat de s'inftruire & je leur ai
donné la préférence , lorfqu'il a fallu
compiler des faits. Si j'ai quelque
merite , c'est celui du choix & de l'ordonnance.
J'ai fubdivifé chaque partie
en plufieurs articles . Je vous envoye
les deux prémieres , qui vous entretiendront
de la defcription générale duPaïs ,
& des productions de la Terre Le
portrait des Habitans & l'Hiftoire de
Ceylan , feront le fujer de la troifiéme
& de la quatriéme ; vous les aurez au
prémier ordinaire.
DESCRIPTION GENERALE
DE L'ISLE DE CEYLA N.
I. Defcription du Païs.
II. Qualité du Païs .
III. Villes principales.
Je ne crois pas qu'il foit néceffaire
DE NOVEMBRE.
1
8
de deffigner ici la figure de l'Ile de
Ceylan , de détailler fa fituation à
l'égard des Etats voifins , & celle de
Les Provinces entr'elles ; de nommer les
Villes de chacune de ces Provinces ,
de fuivre le cours des Rivieres , de
parcourir les Montagnes & les Plaines :
Toutes ces chofes font préciſement le
devoir d'une bonne Carte de Géographie
, qui s'en acquite toûjours mieux
que la Defcription la plus détaillée ::
Auffi , je ne dirai gueres que les chofes
qu'elle ne peut décrire.
I..
Les Cartes de Mrs Samfon & les
nouvelles obfervations de l'Académie.
Royale des Sciences , font à peu prés
d'accord fur la Latitude de Ceylan ;
la Longitude des uns & des autres differe
confidérablement : Je parlerai de
la fituation de Ceylan , fuivant l'avis
des prémiers , pour m'en tenir cependant
aux nouvelles Découvertes af
tronomiques , dont M. de l'Ifle a fait
ufage le premier. L'Ifle de Ceylan s'etend
depuis le fixiéme dégré de Latitude
Septentrionale jufqu'au dixième ..
82 LE MERCURE
On prend ici fa longueur , depuis la
Pagode de TanaWaré , jufqu'à la Poinre
das Pedras , diftante de quatrevingt
lieues de France , à vingt au dégré.
C'est une erreur dans les anciennes
Cartes , de la placer au cent dixfeptiéme
& au cent vingtiéme degré
de Longitude ; quand elle n'eft qu'entre
le quatre- vingt dix- feptiéme degré
vingt- cinq minutes & le centiéme degre
: Sa largeur la plus étenduë d'Eft
en Ouelt , eft de cinquante lieuës , de
Columbo à la Pagode de Trincoly: Elle
a plus de deux cent lieues de tour.
Elle eft à cinquante lieues à l'Eft du Cap
Comorin ; & la Mer fait entre la cô
te de la Pêcherie & Ceylan , un Détroit
qui fe rétrécit au Nord de l'Ifle.
On dit que cette Ifle a fept Royaumes
; & je n'en fuis pas furpris , puifque
fur les côtes des Indes , chaque
petit Païs a fouvent fon Roy particulier
, comme nous le voyons dans le
Malabar & dans les Ifles de l'Orient.
Mais , pour donner une idée plus diftincte
de la domination de Ceylan , je
dirai , que deux Puiffances la partagent
: Les Hollandois poffedent pref
que toutes les côtes , & le Roy de CanDE
NOVEMBRE. 83
dy eft maître de l'interieur du Païs.
Tout obeit dans l'Ifle à l'une ou à l'autre
de ces deux Puiffances. Il n'y a que
les Bedas, Peuple fauvage , qui n'en reconnoiffent
point l'auctorité : Le petit
Pays qu'ils habitent eft au Nord de
l'Ifle ; ils confinent à la Mer , & leur
côte regarde le Nord- Est .
Les Etats du Roy de Candy s'êrendent
du Nord- Oüeft au Sud-Eft , & par
ces deux côtez, il attint la Mer : La Do
mination des Hollandois le referre du
côté du Nord, de l'Eſt , & du Sud - Oüeft;
&par- là, ils font Maîtres de prefque
tout ce qui eft maritime. Le Royaume
de Candy & la Principauté d'Ouva font
divifées en grandes & en petites parties
; celles -là répondent à nos Provin
ces , & celles -ci répondent à nos Baillages
, qu'ils appellent Corlas , &.
qu'ils féparent par de grands Bois qui
leur fervent de fortifications. On compte
jufqu'à trente deux principales Provinces
; dans chacune defquelles , il y
a des Villes , des: Châteaux , des
Bourgs , & des Villages : Tout ce Pays
eft habité par les Chingulais , Peuples
originaires de l'Ifle .
4
Les Hollandois commandent au refte
$4 LE MERCURE
de l'Iflè , & cette êtendue en emporte
bien la moitié ; ce qu'ils poffedent n'eft
pas continu. L'ancien Royaume de Cota,
qu'ils ont appellé le Pays de la Canelle,
eit Sud- Ouest & Sud- Oüeft : Ils font
Maîtres par là de plus de 70 lieuës
de côtes , & ont foûmis les Chingulais
jufques dansle coeur du Pays . Ils occupent-
là, 27 Provinces ou Corlas : Ils ont
des Places fortes fur le Rivage , & des
Châteaux-dans l'interieur du Pays . Ils
confinent à la Principauté d'Ouva , &
aux Bedas à l'Eft de l'Ifle , par la poffeffion
de trois Provinces maritimes.
Enfin , les Malabars font leurs Vaffaux
chez les Vanias , dans le Royaume deJafanapatan
au Nord de l'lfle ; & dans les
Ifles voifines , à l'Eft de la Côte de Coromandel.
II.
Comme l'Ile de Ceylan eft la clef
des Indes , il femble que l'Auteur de la
Nature ait prit plaifir à l'enrichir des
plus rares Tréfors de la Terre & à la
placer fous le plus heureux Climat du
Monde . C'eft cependant , ce que l'on
ne peut dire fans exception : Puifque,
malgré la température du Ciel , les
DE NOVEMBRE 85
Farties Septentrionales , & fur-tout le
Royaume de Jafanapatan , reſpirent un
air affez mal -fain ; & que tous les Cantons
de l'Ifle ne font pas également fertiles
& différent par la fituation.
Le Païs eft le plus fouvent montagneux
: L'Ouva , les Parties du Septentrion
& quelques Provinces Maritinies
de l'Eft , font ce qu'il y a de plus
uni dans Ceylan. Le Royaume de Candy
eft fortifié par la Nature : Dés qu'on
y entre , on va toûjours en montant , &
l'on ne trouve que de hautes & grandes
Montagnes couvertes de Bos , qui'
font trés épais dans toute l'Ifle , fi l'ont
en excepte l'Ouva & quelques Contrées
de la Partie Orientale . L'accés,
de ces Montagnes n'eft pas aifé : Les
chemins - mêmes. >
quoiqu'en grande
quantité , y font fi étroits , qu'un Voyageur
les prendroit plûtôt pour des défilez
, que pour des Routes publiques :
Ces fentiers dans les Rochers , que nous
apellons Cols & Ports , font deffendus
par des Barriéres d'épines , & par les
Habitans des lieux voifins , qui font
armez du nom du Roy , avec lequel ils
fe font obéir . Cette fituation élevée
donne au Souverain du Pais , le Titre
186
LE MERCURE
de Roy de Candy- Uda , ou de Roy fur
le haut des Montagnes.
La plus élevée de ces Montagnes eft fi
fameufe , que je ne puis m'empêcher
d'en faire ici une deſcription détaillée.
Elle fépare les Etats de Candy vers le
Midy , d'avec la Domination des Hollandois
: Les Chingulais l'apellent Hamalel
, les Européens Pic , à caufe que
La partie la plus élevée eft de figure
piramidale. Je dirai ce que j'en ai trouvé
dans Ribeyro qui en parle plus
qu'aucun autre.
de
,
Le Pic d'Adam eft à 25 lieues de la
Mer , & les Matelots le voyent encore
25 lieues en Mer : Il en a deux de
hauteur ; & avant que d'arriver à ſa
Cime , on trouve une grande Plaine
fort agréable , arrofée de plufieurs Ruiffeaux
qui tombent de la Montagne
couverte d'Arbres , & entrecoupée
de belles Vallées. Les Gentils y viennent
fouvent en Pelerinage & ne manquent
pas de s'y baigner , d'y laver
leurs linges & leurs habits , êtant perfuadez
qu'ils effacent par- là tous leurs
pechez. Ces Superftitions faites , ils
grimpent jufqu'au haut de la Montagne
par des chaînes de fer qu'on y a attaDE
NOVEMBRE. 87
2
chées ; fans quoi , il feroit impoffible
d'y monter , tant elle eft efcarpée , depuis
la Plaine jufqu'à la Cime : Le chemin
eft environ d'un bon quart de lieuë.
Sur ce Sommer eft une belle Place
toute ronde de deux cent pas de diamétre
, & au milieu de la Plaine, eft un
Lac trés profond , de la meilleure eau
qu'on puiffe boire . Près du Lac, eft une
Table de pierre , fur laquelle eft l'empreinte
d'un pied humain Gigantefque
longue de deux palmes & large de huit
doigts Elle eft fi bien gravée , que
quand elle feroit fur de la cire , elle ne
pourroit pas l'être mieux. Tous les Gentils
y ont une grande dévotion , & de
tous côtez vont en Pelerinage à cette
Table ; foit pour la voir & lui rendre
leur culte , foit pour accomplir quelques,
Veux. On a planté autour de cette
Pierre quelques Arbres : A gauche,
font quelques maifons de terre & de
bois , où fe retirent les Pelerins ; & à
main droite et une Pagode ; & tout
près , la Maiſon d'un Chantagar ou Prêtre
qui eft là , pour recevoir les offrandes
qu'on y apporte , & pour conter
aux Pelerins les Miracles qui fe font
faits en ce lieu- là , les Graces & les In83
LE MERCURE
dulgences qui leur font accordées ; &
enfin pour faire valoir l'antiquité & la
fainteté de cette Pierre , en perfuadant
à tous ces Gentils , que c'eſt- là l'empreinte
du Pied de notre premier Pere.
Mais, ce n'eft pas là le plus grand mérite
du Pic d'Adam. Cette vaite Montagne
contient dans fes flancs des réfervoirs
d'eau , qui en fourniffent prefque
toute l'Ifle : Les ruiffeaux qui tombent
de fon fommet, forment , êtant réunis
, les trois plus grandes Riviéres qui
arrofent Ceylan , & qui font croître le
Ris : La Movvilganga eft trés large &
trés profonde ; les autres prennent le
nom des lieux qu'elles parcourent : Les
Rochers les rendent impraticables pour
la Navigation commode & marchande
; mais , elles abondent en Poiffon.
J'ai dit que la qualite du Païs différoit
dans l'étendue de l'Ifle. Les Vallées
que
renferment les Montagnes ,
font d'ordinaire marécageufes , & arrofées
la plupart de belles fources :
Ces Vallées font eftimées eftre le meilleur
Terroir parce que leurs grains
demandent beaucoup d'humidité ; &
telles font les Provinces Méridionalles ,
en tirant vers le Midi , qui ne font que
de
DE NOVEMBRE.
de fertiles côteaux , que les eaux parcourent
avec abondance . Mais , voici
ce qu'il y a de particulier à Ceylan .
Quand les Vents d'Oüeit fouflent ,
les Parties Occidentalles ont de la
pluye , & c'eft là le tems de remuer &
de travailler la Terre ; cependant , ce
qui eft exposé à l'Eft , jouit d'un tems
beau & fec , & c'eft alors qu'on y fait
lá Moiffon : Au contraire , quand les
Vents d'Orient regnent , on laboure les
Parties Orientales de l'Ifle , & on recueille
les grains dans la Partie qu
voit l'Occident. Les pluyes d'un côté
& la féchereffe de l'autre , fe partagent
d'ordinaire au milieu de l'Ifle ; & la
Montagne de Canrahing qui la fepare ,
eft féche & humide en mefme tems ,
fans que cette différence foit légére .
Il pleut beaucoup d'avantage fur les
Terres hautes de Candi- Uda , quefur
celles qui font audeffous des Montagnes.
La partie Septentrionnale de
I'Ifle n'eft pas fujette à la même humidité
: La féchereffe y eft quelquefois
trés longue , & alors on n'y peut labourer
, faute d'eau , car , il n'y a dans
cette eſpace de terre que trois fources ,
& on ne compte d'ailleurs que fur les
Novembre 1717. H
go LE MERCURE
pluïes ; il eft même difficile d'y creufer
des puits affez profonds pour en tirer
de l'eau , qui garde toûjours une
acrimonie alterante qu'elle a pris dans
les entrailles de la Terre .
III.
Cette qualité de Terroir variée &
plus ou moins bonne , a peuplé le Pays
differemment. L'Ifle de Ceylan eft plus .
habitée vers le milieu , que fur les côtes
Nord-Est & Nord-Oüeft ; elle a
des Déferts en allant chez les Malabares.
Les veftiges de plufieurs Villes ruinées
nous annoncent , ce me femble ,
que ce Païs a efté plus garni qu'il ne
l'eft. Ces Villes portent encore leurs
anciens & premiers noms , fi nous en
croyons les infulaires , & ont efté habitées
par des Rois ..
Les plus magnifiques de ces, Ruines :
font au Nord des Etats du Roy ' de
Candy: La Contrée des environs eft déferte
, & comme c'eft une frontiere,
fait garde. Quatre vingt dix Rois
ont fait leur demeure dans Anurodghurro
, à ce que prétendent les Indiens ,
& c'eft de là même qu'elle a pris fon
on y
DE NOVEMBRE.
nom : Je ne fçay pourquoi l'Auteur de
la vie de Conftantin de Saa l'appelle
Amarajapure. Quoiqu'il en foit, rien de
plus fameux dans les Chroniques & dans
les Romances des Chingulais , qué ces
reftes de leur ancienne magnificence.
Come nous ne connoiffons prefque point
d'autres Ouvrages confidérables , que
ceux que les Romains nous ont laiffez ;
on veutque lesTemples & lesPalais ,dont
on voit encore de grands monumens ,
foient de la façon deces Maîtres du monde,
& qu'ils ayent efté bâtis depuis l'Empereur
Claude. D'autres croyent auffi
vrai-femblablement, que ces Ouvrages
font d'Alexandre le Grand. Mais , puifque
les Egyptiens ont partagé avec les
Grecs & les Romains , l'honneur d'avoir
connu le bon goût dans les Arts &
dans les Sçierces , je ne vois pas pourquoi
on veut ôter aux Indes le même
privilege . Je pense que quelque :
Prince plus ancien que le Conquerant
de 'Empire des Perfés , a pû élever de :
fuperbes Edifices dans FOrient , qui
peut- eftre a dégéneré. Cette Ville avoit
un Palais orné de feize cent Colonnes
d'un marbre trés fin & d'un travail
merveilleux ; un Temple fuperbe , qui
92 LE MERCURE
contenoit trois cent foixante & fix Pa
godes , dont il y en avoit vingt quatre
d'une grandeur extraordinaire , conftruits
d'une pierre trés belle & trés rare :
Cenombre de Pagodes répondoit à celui
des jours , ce qui feroit voir que
ceux qui l'ont bâtie , avoient l'année
folaire à peu prés comme nous. Auprés
de ce Temple , eftoient des étangs qui
recevoient l'Eau par des Aqueducs ; on
défféchoit ces Refervoirs & on les rempliffoit
d'Eau fuivant le befoin. Prés de
cette Ville , eft une Riviere , fur les
bords delaquelle fe voyent
quantité de pierres toutes taillées,
& quantité de ces pierres font propres
à faire des colonnes : Il
ya eu fur cette Riviere trois Ponts de
pierre , chofe maintenant prefqu'inoüie
chez les Chingulais ; ils étoient apuyez
au lieu de Pilotis fur des piliers
de pierre.
encore:
On ruina dans le dernier fiécle la fameufe
Ville de Cota , où les Empereurs
de ce nom avoient fait réfidence pendant
grand nombre d'années ; mais, à
peine peut- on découvrir les veftiges de
leur Palais parmi les broffailles &
les bois La Ville eftoit affife au miDE
NOVEMBRE.
Hieu d'un Lac ; on n'y arrivoit que par
une Chauffée affés longue & affés étroi--
te , & c'eft de ces Ruines que l'on a
bâti Columbo ..
:
Il y a encore cinq Villes dans Ceylan
, où le Roy du Païs a des Palais .
Candy eft la premiere de ces Villes.
Elle eft fituée dans les Montagnes ::
Les Originaires du Païs l'appellent
en leur Langue , la Ville du Peuple.
Chingulay Hingodagul- Neure Les
Corlas voifins font beaucoup plus penplés
que les autres , & leurs Habitáns
font regardés comme les principaux de.
l'Ifle ; fon affiéte eft avantageufe , puif
que toutes les richeffes y peuvent aborder
par le moyen de la grande Riviere
, qui paffe à un quart de lieuë :
Elle eft de figure triangulaire ; & à la
pointe de l'Eft , eft bâti , felon la coûtume
, le Palais du Roy : Elle n'eſt
point fortifiée , mais , toutes les Avenues
en font gardées. Les Portugais
l'ont brûlée plufieurs fois dans leurs
incurfions.
Nellemby- Neure.
Allout Neure , est environnée de
grandes Forêts , habitées par des
Peuples qui tiennent beaucoup des
94 LE MERCURE
Bedas , dont ils font voifins ,
Badoula , que les Portugais ont brus
lée jufqu'aux fondemens..
Digligy- Neure . Le Païs des environs
eft plein de Montagnes& de Rochers ; le
Terroir eft fterile , & c'eft le plus mauvais
Canton de l'ffle : Elle: eft au coeur
du Royaume de Candy , & le Souverain
a derriere fon Palais une retraite affùrée
; c'eft la haute Montagne de Gauluda
, qui produit affez de grains , pour
entretenir les Garnifons de trois Forts
qui y font bâtis ; elle eft efcarpée de
tous côtez.; des Rochers , des Bois &
des Précipices la deffendent fi bien ,
qu'une poignée de monde y peut tenir
contre une grande Armée .
-
-
Ce font là les grandes Villes de
l'interieur du Païs. Pour ce qui eft des
Bourgs & des Villages , les meilleurs
font ceux que les Peuples ont confacrés
à leurs Idoles , & dans lefquels ils leur
ont dédié des Devvals ou des Temples.
Mais en général , ils ne fongent
point à tirer des rues au cordeau nyà
bâtir leurs Maifons les unes auprés les
autres , ou avec quelque regularité :
Chaque famille vit en fon particulier
dans une maifon , au tour de laquelle
DE NOVEMBRE. 951
il y a le plus fouvent une haye & un
foffe , à caufe de leurs Beftiaux. Leurs
Villages ne font pas grands ; il y en a
qui ont jufqu'à cent maifons , & d'autres
n'en ont que huit ou dix.
Les Villes Maritimes fout fituées .
aux meilleurs abordages. On ne peut
pas dire cependant que les Côtes de
Ceylan foient avantageufes. Celles de
l'Eft font d'ordinaire baffes , & les Vaiffeaux
y font fans abri : Celles du Midy
font hériffées de Rochers ; la Mer
voifine y eft garnie de Bancs , qui rendent
la Rade de difficile abord & lemoüillage
peu für ; les gros Bâtimens
courent rifque de ne point trouver de
fond.En général cette Île a peu de bons
·Ports.
LeRoy de Candy n'a qu'un petit nombre
de Fortereffes fur la Côte : Les par--
ties Orientales de fes Etats fe fourniffent
de fel à Leavvavva , & celles du
Couchant à Portaloon ; feul Port , à la
faveur du quel il entretient quelque ·
commerce avec les Etrangers fes voifins.
Les Hollandois l'environnent par un
affez grand nombre de Places. Je ne
parlerai que des principales , fans mêt
96
LE
MERCURE
me nommer les autres . Voici celles
qu'ils poffedent à l'Eft & au Sud.
Columbo n'eftoit d'abord qu'une Loge
qu'on avoit pallifladée : Peu aprés
on s'eft etendu ; on a bâti un petit Fort ,
& dans la fuite on y a fait une Ville
trés jolie & trés agréable , environnés
de douze Baſtions , & ayant une Place
d'Armes ; un Lac ferme du côté de
la terre un tiers de la Ville . Elle eft fituée
dans un terrain trés mauvais ; la
Baye eft petite , peu capable de contenir
de gros Vaiffeaux , & expoſée à de
trés grands coups de Vent : Malgré toutes
ces incommoditez , elle eft la plus
confiderable Ville que les Portugais
ayent poffédée, & que les Hollandois
poffedent encore dans l'Ile de Ceylan
; parce qu'elle eft fituée dans un
Quartier, où croît la meilleure Canelle .
Ses derniers Maîtres la prirent au mois
de May de l'année 1656 ; & pour la fortifier
à la moderne , la diminuerent
prefque de moitié . Ribeyro en fait une
ample defcription
Ponto de Galle fut prife par les Hollandois
en 1640 , & elle a efté long - tems
la meilleure Place qu'ils euffent dans
Ceylan:La Fortereffe eft fur une pointe
de .
DE NOVEMBRE.
3
de terre que la Mer baigne du côté
du Nord : Elle eft entourrée d'un foffé
& debonnes murailles , flanquées de
Baftions . La fituation eft plus avantâgeufe
que celle de Columbo , & la Baye
meilleure .
Calituré & Negombo font deux petites
Fortereffes : Calituré eft dans la
plus agréable fituation du monde , à
l'extrêmité d'une belle Prairie , & fur
l'embouchure d'une Riviére .
Batécals & Trinquilimalé font à l'Eft
de Ceylan : Ce font les deux meilleurs
Ports & les plus confidérables de toute
l'Ifle. Ce fut à Batécalo que les Hollandois
abordérent en 1601 & 1602 :
Les Portugais ayant reconnu l'importance
de ces deux Ports , réfolurent d'y
bâtir quelques Fortereffes , pour boucher
tout commerce entre les Nations
Etrangères & le Roy de Candy.
Parlons du Nord de Ceylan. Jafanapatan
eft un quarré , ayant quatre Ba- ટ
ftions & quatre demie- Lunes ; avec un
Fort qui commande la Barre du Port
C'étoit la réfidence ordinaire du Capitaine
général Portugais .
La Fortereffe de l'Ile de Manar eft
petite ; mais , fa Jurifdiction eft fort e-
Novembre 1717. I
98 LE MERCURE
tendue dans Ceylan . Conftantin de
Bragance paffa dans cette Ifle en 1560 ,
pour vanger la mort des Chrêtiens , &
y porta le fer & le feu : Les Hollandois
s'en rendirent les maîtres en 1558. Elle
eft très peuplée : Elle eftoit autrefois
fameufe par la pêche des Perles ; mais
préfentement , les Huîtres retirées ſe
pêchent mieux vers Tutucorin.
Jafanapatan eft voifin de plufieurs Ifles.
L'Ille Das- Cabras a long- tems manqué
d'Eau douce ; ce qui empêchoit qu'on
T'habitat : Mais , la Foudre a ouvert
plufieurs Rochers qui fourniffent de
Î'Eau avec abondance : On tient que les
Habitans de la Pangarduia font d'une
taille prefque gigantefque. Le Canal de
Mer à l'endroit de ces Ifles qui font
en affez grand nombre , cft fi plein de
Bancs , qu'il n'y peut aller que de pctits
Bâtimens , qui courent la Côte de
Coromandel & celle de Ceylan : Ces
Bancs , qui font une eſpèce de Barre de
Ramanancor à Manar , s'appellent Adam-
Brugh , Paffage d'Adam.
Je croy avoir fatisfait à la Géographie
, & qu'avec une bonne Carte , on
doit connoître la figure , la fituation ,
DE NOVEMBRE.
99
les Provinces , les Villes , & la qualité
du Terroir de l'Ile de Ceylan. Je pourrois
intéreffer les Naturaliftes dans le
Chapitre fuivant .
DE CE QUE PRODUIT L'ISLE DE CEYLAN
ET DES ANIMAUX QU'ELLE NOURRIT.
1
I. Des Plantes , des Arbres.
II. Des Animaux.
III. Des Pierres précieufes & des
autres Denréesde Ceylan.
Ce que j'ai à dire des Peuples qui habitent
Ceylan , m'a toûjours paru l'endroit
de cet Ouvrage qui méritât le
plus d'attention : Qui mêricât la mienne
à mettre avantageufement ce Portrait
fous les yeux ; & celle du Lecteur à en
faire quelque ufage. Cette confidération
m'a porté à n'en pas compofer la
premiere Partie de ma Defcription :
Semblable à ces gens qui refervent ce
qu'ils ont de meilleur pour le dernier ;
& qui , à la faveur de l'attente , font
paffer quantité de chofes moins curieufes.
J'ai donc craint devoir négliger lo
travail le plus étendu , fi je commencois
par le plus intéreffant. Voilà ce qui fait
Iÿ
830105
100 LE MERCURE
marcher les Plantes , les Arbres , les
Bêtes , les Minéraux , avant les Hommes
: Au refte , puifqu'il eft permis de
fouhaiter ; j'ai cru qu'il valloit mieux
fe faire lire plufieurs fois , que d'amufer
une premiere & prefque unique
avec éclat : Ce défir m'a fait dire des
chofes , dont le fingulier n'eſt pas bizarre
; & par conféquent , peu convémable
à bien des gens .
I
Je commencerai par les Grains , qui
Bourriffent les Habitans de Ceylan .
Le Ris eft la principale forte. On
fçait le grand ufage qui s'en fait dans
tout l'Orient : Les Chingulais le font
bouillir , & l'affaifonnent avec une efpéce
de haut- goût que les Portugais
appellent Carrée. Il y en a plufieurs efpéces
Ils nomment chaque efpéce différemment
, felon le tems qu'il lui faut
pour mûrir , quoiqu'il n'y ait pas beaucoup
de différence pour le goût. Le plus
tardif, eft fept mois à croître , & il n'en
faut que trois au plus diligent : Le prix
eft égal ; ce dernier eft meilleur ; mais ,
il ne raporte pas tant. Il fe nomme Au
DE NOVEMBRE 101
Ifancol , les autres , Henit , Honorovval
, Hauteal & Mauvy qui eft le
plus long-tems dans la terre. l'Eau eſt
abfolument néceffaire , pour faire croître
toutes ces fortes de Ris , & ils veulent
en être toûjours couverts ; ce qui
donne des peines incroyables aux gens
du Païs , qui ont grand foin de la garder
, & de la faire venir fur leurs Terres
, par le moyen de leurs canaux.
Ils la tirent des Riviéres & des Etangs
avec beaucoup d'induftrie ; & applaniffent
avec la même adreffe , les
champs où doit croître ce qu'ils ont fe
mé; afin qu'ils foient entierement noyés :
Ils donnent à leurs Collines , la figure
d'un Amphitéatre , dont les fiéges ont
depuis trois piedsjufqu'à huitde largeur :
Les Réfervoirs font fur le fommet ; on
fait tomber l'Eau fur les premiers rangs,
qui en recevant ce qu'il leur en faut ,
la laiffent couler aux autres par dégrez .
De cette maniere , tout eft arrofé. La
provifion d'Eau dure plus ou moins ,
deux , trois , quatre , ou cinq mois ; &
c'est ce qui les régle pour l'efpéce de
Ris qu'ils fémeront : Car , le tems qu'il
doit être à marir , doit répondre abfo
lument à celui que l'Eau demeurera fur
I iij
192 LE MERCURE
la terre. Les lieux fans Riviéres & qui
n'ont que peu de Sources , ont recours
à l'Eau de la pluye qu'ils confervent
dans des Réfervoirs élevez ', d'où ils
peuvent la diftribuer fur leurs Terres.
Le Ris qu'elles produifent ne laiffe pas
que de parvenir à maturité , quoiqu'il
foit à fec le plus fouvent ; mais , cetre
forte n'eft pas fi eftimée que l'autre .
dont elle différe & pour le goût & pour
l'odeur.
LeTemps qu'on fémedans l'Ifle eft trés
incertain : C'eſt le plus ordinairement
pendant les mois de Juiller & d'Aouft,
la moiffon fe fait ainfi en Février ou à
peu prés. Les Terres êtant le plus fouvent
en commun , toute une Ville ou
tout un Village travaille conjointément.
On ne féme point que l'on n'ait labouré
deux fois ; & avant que de remuer
la terre , on arrofe les Campagnes
pour faciliter ce travail : Leurs
charues font d'une autre figure , d'un
plus petit volume & moins pefantes que
les nôtres. Quand la femence a pouffé
environ quatre ou cinq doigts, il eft tems
qu'elle foit couverte. Ils moiffonnent
ainfi que nous ; mais , aulieu de battre
leurs grains, ils les font fouler aux pieds
DE NOVEMBRE. 103
par des beftiaux , ce qui eft beaucoup
plus prompt & plus aifé.
Le Pays, outre le ris , fournit plufieurs
autres espéces de grains ; mais qui n'en
approchent point en bonté , & c'eft la
nourriture des pauvres gens : Quand il
leur manque , ils ont le Coracan petite
graine femblable à celle de la moutarde
, & qui leur donne une espece de farine.
Le Tanna eft d'un grand ufage
vers le Nord de l'Ifle : Cette graine eft
auffi petite que l'autre,mais ,je ne croy
pas qu'il y en ait aucune forte qui produife
d'avantage ; un feul grain porte
d'ordinaire deux , trois , quatre , & jufqu'à
cinq Tiges , fuivant le terroir plus
ou moins avantageux ; & fur chaque
tige , eft un épic, qui renferme juſqu'à
mil grains. L'Omb fe mange comme
le Ris : Quand elle eft venue en certaine
Terre , & qu'elle eft encore nouvelle
, elle caufe un effet affez êtrange
elle remplit un homme d'une efpece
d'ivreffe , & excite des maux de coeur
& des vomiffemens . Ils fe frotent le
corps de l'huile que leur donne le Tolla.
Ceylan ne manque pas de Plantes de
toutes efpeces , de Racines , d' Herbes , de
Légumes , comme Inhames & Batates.
I ij
10.4 LE MERCURE
Quelqu'unes de ces herbes font pro
pres à la Médecine : Les bois font les
boutiques de Pharmacie , oùles Chingulais
vont chercher des remedes à
leurs maladies. Ils ont la plupart de nos
herbes nourriffantes , & les Hollandois
leur en ont porté de chez nous qui
viennent à merveille ; ce qui eft un
grand témoignage de l'excellence des
Terres de ce Païs.
Les Vallées & les Collines y font en
tout tems couvertes de Fleurs , & les
Vergers font- ordinairement fur des
Ruiffeaux clairs , comme le plus beau
Cryftal. La plupart de ces Fleurs font
cependant fauvages ; car , on n'en
plante point-là : Plufieurs font trés odoriférantes.
Les jeunes gens les cüeillent
& les mettent dans leurs cheveux pour
les parfumer. Celle qu'ils appellent
Sindrie- Mal eft digne de remarque :
Il y en a de rouges & de blanches ;
elle s'ouvre fur les quatre heures aprés
midi , & demeure épanouie toute la
nuit ; le matin, elle ſe referme jufqu'à 4
heures qu'elle fe rouvre ; en un mot ,
elle leur fert d'Horloge , quand le Soleil
eft caché .
Mais les fruits font meilleurs à CeyDE
NOVEMBRE. 1ος
lan , qu'en aucun autre endroit des
Indes .
Celui des Tacks & fa racine font d'un
grand uſage chez les Chingulais ; ils en
mangent à peu près , comme nous mangeons
ici des Navets ou des Choux ; ce
Fruit eft affez gros , pour pouvoir raffafier
fix ou fept perfonnes . Ils en ont quantité
de fauvages , qui reviennent affez aux
nôtres. Ils ont de petits Limons , des
Citrons , des Melons d'Eau , des Oranges
douces & aigres ; & une autre efpéce
particulière qu'ils appellent Orange
du Roi , Mangos , & qui peut-être ,
eft le plus excellent Fruit qu'il y ait au
Monde : Le Cardamome vient dans
cette Ifle fi grand & fi gros , que fix
Cardamomes de Cananor n'en égalent
pas un de Ceylan.
Les Arbres y portent fouvent des fruits
deux fois l'année ; il y en auroit même
beaucoup d'avantage , fi fes Habitans
les eftimoient. Ils n'y cherchent que ce
qui peut appaifer leur faim , fans être
piquez du goût agréable ; ce qui fait
qu'ils les cücillent & les mangent prefque
tout verds : Delà vient qu'ils ne plan.
rent gueres que ces Arbres dont le
Fruit eft raffafiant , ceux qui produifent
Iij
106 LE MERCURE
du Fruit délicat , viennent d'eux - mêmes ,
parce qu'il tombe lorfqu'il eft mûr , que
fa femence reprend en terre , & produit
naturellement un autre Arbre.
Entre les Fruits dont les Chingulais
font le plus de cas , eft celui qu'ils
nomment Noix de Bétel , qui ne croît
que dans les Parties Méridionales &
Occidentales de l'Ifle. S'il n'y a que peu
d'argent dans le Pais , on s'y fournit
de tout ce qui eft néceffaire par le moï--
en de cette Denrée , qui fe tranfporte
ordinairement fur la Côte de Coromandel.
Les Noix croiffent au haut de l'Arbre
par pelotons : Elles font , êtant mûres
, d'une couleur rougeâtre , trés agréables
à la vûë ; & tel de ces Arbres
en produit jufqu'à quinze cent . Ce Noyer
eft moelleux dans le coeur, le bois en
elt pourtant trés dur . Sa feüille reffemble
en quelque façon à celle de l'Arbre
qui porte le Coco : Elle eft longue
de cinq ou fix pieds , & à chaque côté
font deux autres petites feuilles , qui
produifent quelque chofe de femblable
aux barbes d'une plume.
On mange beaucoup de ces feuilles
à Ceylan. Quoique l'Areka croiffe en
beaucoup d'autres lieux ,, que
dans cetDE
NOVEMBRE. 107
te Ifle ; il s'y en fait un commerce fi
confidérable , que je crois en devoir
dire quelque chofe . Cet Arbre qui eft
droit , devient très haut ; fes branches
font pendantes , & forment comme des
bouquets de plumes vertes ; fon fruit ,
quoiqu'un peu aigre , eft trés agreable
au goût : On ne le prend gueres que
mêlé avec de la chaux , & envelopé
d'une feuille de Bétel. Mais , l'ufage
de l'Areka ainfi préparé , eſt ſi grand ,
qu'il n'y any Homme, ny Femme, ny Indien,
ny Portugais, ny Hollandois , qui
n'en ait toûjours la bouche pleine : Ön
prétend qu'il rend l'haleine douce
qu'il affermit les gencives , qu'il nétoye
& fortifiée l'éttomach . Aufli , dans
toutes les vifites & dans les Feſtins
on préfente le Bétel . Les Chingulais
lui atribuent leur bonne fanté & leur
longue vie Il est vrai qu'on en voit
beaucoup de tout Sexe , qui paffent
quatre - vingt ans avec toutes leurs
Dents , que ce fruit rend noires.
:
L'Arbre Orula produit un fruit ref
femblant à l'Olive , duquel ils fe fervent
pour fe purger & pour teindre
en noir.
Le Capita- Gonbah porte un goût de
>
108 LE MERCURE
médecine Les Bêtes n'en veulent :
pas
manger ; & comme il ne s'en trouve
point dans l'Quva , on croit que c'eſt
l'odeur de cet Arbre , qui fait mourir
le Bétail de cette Contrée , quand on
le méne en d'autres Provinces.
Si les Chingulais fçavoient aider la
Nature par des foins , leur Ifle fourniroit
autant de Poivre que Canara, Cochin,
Coulaon, & que tout autre endroit
de l'Orient : Mais , ce peu qu'elle produit,
eft auffi le meilleur & le plus cher.
La tige de cet Arbre eft auffi foible
que celle du Lierre .
PARLOS DE CEUX QUI SONT SANS FRUIT.
Les Infulaires en refpectent beaucoup
un , qu'ils appellent Boga- hah Arbre
de Dieu : Les Vieillards le plantent &
le cultivent avec foin ; & comme ils
croyent , que Buddon , une de leurs Divinités
, le repofoit fouvent fous fes
ombrages , ils regardent la vénération
qu'ils lui portent , comme un des chemins
du Ciel .
Ceylan produit encore plufieurs
efpeces d'Arbies très fingulières . Je décrirai
quelques-uns de ces Arbres , qui
ne portent rien de bon à manger :
Neantmoins , les feuilles de l'un , le
DE NOVEMBRE. 109
jus de l'autre , & l'écorce du troifiéme ,
font trés récommendables par l'ufage
que l'on en fait.
Le Tallipot eft le premier de ces Arbres
: Je l'ai trouvé,nommé Talagas ou
Talagaya dans les Auteurs Portugais .
Quoiqu'il en foit , on ne le trouve que
dans le Malabar & dans quelques endroits
de Ceylan . Il croît jufqu'à la hau
teur de foixante ou foixante& dix pieds ,
pendant trente ans , fans pouffer aucune
fleur ny aucun fruit : Au boût de
ce tems , il fort de fonfommet une nouvelle
tige, qui en moins de quatre mois ,
s'éleve de prés de trente pieds ; & alors,
toutes les feuilles tombent : La Tige &
l'Arbre paroiffent comme un Mas de
Navire , & environ trois mois aprés
cette tige pouffe diverfes branches
qui fleuriffent pendant trois ou quatre
femaines Ces fleurs font jaunes &
d'une odeur infuportable. Elles fe convertiffent
en fruits qui ne mûtiffent
qu'en une demie année ; mais , en fi
grande quantité , qu'un feul Arbre peut
en fournir toute une Province : Alors , la
tige fe féche & l'Arbre meurt. Ce fruit
eft gros comme nos cerices ; les filles
le mettent en couleur , & en font des
IIO LE MERCURE
bracelets & des colliers , dont elles fe
parent. Mais , la Feuille du Tallipot eft
ce qu'il a de plus fingulier. Ces feuilles
font d'une telle grandeur , qu'une
feule peut couvrir quinze ou vingt hommes
, & les garentir de la pluie ou du
Soleil : Seches , elles font fortes & maniables
, Les Chingulais en portent ;
car , elle fe peut refferrer comme un
éventail , & alors , elle n'est pas plus
groffe que le bras, & eft trés légere : Elle
eft ronde naturellement ; mais , ils
la coupent en triangle ; l'angle aigû
qu'ils mettent pardevant , leur ouvre
le paffage au travers les buiffons : Les
Soldats en font des Tentes , ce qui eft
trés commode dans un Païs fujet à la
pluïe , & où le peuple marche nud :
Comme elles font fort dentelées &
prefque fenduës , on eft obligé de les
coudrepar les extremitez : On en couvre
les Maifons ; on écrit deffus avec
un ftilet , l'uſage du Papier étant encore
inconnu chez ce Peuple. La moëlle
& le fuc de cet Arbre ont , à ce qu'on
prétend , la même vertu que l'Epic
que produit Ceylan , & dont parle Texeira.
Cet Epic eft femblable à l'Epic
d'Orge ; mais ; il eft plus noir & plus
DE NOVEMBRE . III
barbu : Eftant appliqué fur le ventre
d'une Femme enceinte , il la fait acoucher
aufli- tô ; & l'on ajoute , que s'il
y reftoit trop longtems , l'Enfant tomberoit
par morceaux , & que la Mere
auroit une perte de Sang que rien ne
pourroit guérir. Je croy que c'eft l'Ecbolmin
des Grecs , & la plante que les
Chingulais apellent Adhatoda.
La Liqueur que rend le Ketulé , eft
extremement douce , trés agréable &
trés faine . Quand on la fait bouillir ,
elle prend une certaine confiftance: On
peut la rendre blanche ; & alors , elle
forme unfucre qui ne céde au nôtre
ny en utilité ny en bonté. Les Arbres
communs en rendent douze pintes par
jour. Son écorce eft pleine de filets auffi
forts que du fil d'archal , & l'on en
fait de la corde.
Mais , une des plus grandes richeffes
de Ceylan, eit le débit de la Canelle.
Cet Arbre croît en divers endroits
du monde : Ily en a à la Chine,à la Cochinchine
, dans les Illes de Trinor &
de Mindanao , dans le Malabar ; & depuis
quelques années , les Portugais
en ont tranfplanté dans le Bréfil , où
elle vient bien , fans aprocher cepen112
LE MERCURE
dant pour la bonté , de celle de Ceylan.
Encore , le Canellier ne vient - il
pas généralement par toute l'Ifle : On
ne le trouve que depuis Grudumalé
jufqu'à Tanavvaré ; il y en a une Forêt
de douze lieues prés de Chilaon ;
l'excellente Canelle eft celle que l'on
cueille entre Ceira - Vaca & Columbo .
Les Chingulais apelent l'Arbre qui la
porte , Gorunda - Goubah. Texeira dit ,
que les Perfes & les Arabes , qui en
confument beaucoup plus que nous , diftinguent
les différentes efpeces par
deux noms Kerfah , eft celle de Malabar
& qui n'eft pas de Ceylan ; Dar-
Chini- Seylani Bois de la Chine de
Ceylan, eft celle que produit cette ifle :
En effet , les Chinois en faifoient le
plus grand trafic ; & d'Ormus , ils la ditribuoient
dans toutes les parties de
nôtre Continent ; on prétend même , -
que fon hom latin Cinnamomum derive
du Chinois Sin & Ha-mama , qui
veut dire pied de Pigeon. Cet Arbre
n'eft pas grand ; fon bois ne rend aucune
odeur , il eft blanc , & n'est pas
plus dur que du Sapin. Sa feuille , qui
ne tombe jamais malgré les pluies ,
reffemble affez à celle du Laurier pour
DE NOVEMBRE.
.
la couleur & l'épaiffeur ; quand elle
commence à pouffer , elle eft rouge
comme de l'écarlatte : Ces feuilles
meurtries ont plus l'odeur du cloud.
de Girofle que de la Cannelle. L'Arbre
porte un fruit deux fois l'année ;
mais , ordinairement plus mûr au mois
de Septembre , & qui reflemble au
gland fans être auffi gros : Ce fruit n'a
pas tant de goût que l'Ecorce Etant
boüilli dans l'eau , il jette une huille.
qui furnage , & qui , quand elle est
congelée , eft odoriferante , & devient
auffi dure & auffi blanche que du fuif.
On fçait que ce Canellier fe ce Canellier fe dépouille
, ce qui ne fe fait que tous les trois
ans ; la premiere année qu'il est dépouillé
, il paroît comme mort : Op
fend l'Arbre en long , pour avoir cette
précieufe écorce qui eft affez blanche
; mais , qui prend à l'air une couleur
brune , & fe ploïe , comme nous
la voyons . Au refte , le Forêts en font fi
épaiffes , qu'un Homme ne fçauroit y
entrer La chaleur du Climat & l'hu
midité de la Terre le font germer ,
prefque auffitôt qu'il tombe ; & ces Arbres
croiffent fi vite & fi facilement ,
qu'une Loi oblige les Habitans à né-
K
114 LE MERCURE
toyer les chemins ; s'ils étoient une année
fans le faire , l'épaiffeur des Forêts
empêcheroit toute communication.
Cette féracité de Terroir ne peut
qu'engendrer bien des Bois , en un Païs
qui n'eft pas garni de Peuples dans toutes
fes parties. On y eftime beaucoup
le Bois de Bréfil , que les Indiens apellent
Sapaon. Ces Forêts d'Arbres de
toutes especes, produifent des Gommes
de plufieurs fortes , dont on fait affez
grand débit.
Mais, ce que nous connoiſſons des
opérations de la Nature , dans ce que
produit la Terre de Ceylan , a êté dêcrit
par un Sçavant Botanifle , dont
l'Ouvrage eft imprimé à Leyde : Il y
renvoye les Lecteurs curieux d'un plus
grand détail dans cette mariere.
II.
L'ordre le plus naturel veut que ce
foit ici le lieu de faire mention des
Animaux. Il y en a dans Ceylan qui
font prefque uniquement à elle ; beau
coup lui font particuliers en bien des
chofes ; elle en a qui lui font communs
DE NOVEMBRE. 176
avec prefque toutes les Contrées de
l'Univers .
On y trouve toutes fortes de provifions
pour la vie ; des Vaches , des Bufles
, des Chévres , des Cochons , mais
point de Brebis. On y chaffe les Sangliers
, les Cerfs , les Merus , les Gazelles
, les Daims , les Porcs- Epics ,
les Civettes & les Liévres qui s'y trou
vent en quantité ; & une efpéce de
Lézard nommé Talagoya , qui eft long
de trois palmes , & d'un goût excellent
: La Terre y eft couverte de Gibiers
, comme de Paons , de Tourterelles,
de Pigeons , de Perdrix , de Bécaffines
, de Gelinotes de bois , de Bécaffes ,
d'Oyesfauvages , de Canards , de Vanneaux.
Les Riviéres & les Etangs dont
nent abondament d'excellent Poiffon ,
& des Coquillages. L'air eft rempli
d'Oyfeaux de toutes espéces , qui cependant
,vont rarement en bandes comme
ici ; plufieurs de ces Oyfeaux font
d'un beau plumage ; tels font de petits
Perroquets verds , qui ne peuvent apprendre
à parler ainfi que les Mal-
Covvda & les Can- Covvda , dont l'habir
eft d'un jaune d'or ; le Carlo fait
en récompenfe un bruit épouventable .
kj
115
LE MERCURE
qui fe fait entendre d'une demie lieuë.
Ön nourrit des Animaux domestiques ;
des Poules, des Coqs d'Inde , des Chiens,
des Chevaux , & des Anes : Les Bêtes
Sauvages n'y font pas grand mal aux
Hommes , à caufe de l'abondance des
Troupeaux ; les Forêts ont des Lyons ,
des Tigres , des Ours , des Jacols , &
l'efpéce de Taureau nommé Gauvera ,
dont le dos eft élevé , l'échigne aiguë
& les extrémitez des Jambes blanches.
Il y a des Eléphans fauvages , il y
en a de familiers : Mais , qui ne fçait
combien Ceylan en produit ? Ceux
qui habitent les Bois , font trés dangereux
: Ils courent bien plus vite qu'un
Homme ; outre qu'ils tuent fouvent du
monde , ils ravagent les Vergers & les
Plantations , fur - tout au bord des Forêts
; car , ils mangent & foulent tout
aux pieds , ce qui oblige quelquefois
de faire garde la nuit. Quand il arrive
, que ny les illuminations des Torches
, ny les cris ne peuvent les mertre
en fuite , on les tire avec des Fléches
; mais ce n'eft pas fans encourir
quelque danger. Ils fe chaffent dans la
Partie Méridionalle de l'Ifle , entre
Maturé , & Vvalavve , apparemment,
DE NOVEMBRE. r17
parce qu'ils y font en plus grand nombre
qu'ailleurs. Lorfqu'on veut les avoir
, on leur méne des Femelles
qu'ils fuivent partout , & qui les conduifent
à travers les champs : Alors , ils fe
prennent dans des filets & quelquefois
on les pouffe dans des mares d'eau . Rien
n'eft plus aifé à apprivoifer : En trois
jours, ils deviennent auffi doux & auffi
traitables , que ceux que l'on a depuis
plufieurs années ; & dés- lors , ils ne retournent
plus au Bois. La meilleure maniére
de les dompter, eft de ne les point
laiffer dormir les premiers jours de leur
captivité. On les réveille quand ils s'endorment,
par de grands coups,puis on les
Aate & on les careffe . An refte ,il eft non
feulement le plus grand de tous les Animaux
, mais auffi le plus intelligent.
Aucun n'aime fi fort fes petits : Ils vont
par bandes dans les bois , & ont à leur
tête un Chef , auquel ils femblent obéir
tous Ils fe plaifent dans l'Eau ,
& nagent à merveille . Je remarquerai
qu'il n'y a que les Mâles qui ayent
des
dents , & que ces dents ne tombent jamais
; qu'on coupe par le bout celles
des Eléphants privez , afin qu'elles
croiffent mieux . Quelques Auteurs ont
:
118 LE MERCURE
écrit qu'ils ne fe couchoient point , que
lorfqu'ils font prêts de mourir ; mais
c'est une vieille erreur dont on eft revenu
: Ils fe couchent toutes les nuits ,
& mefme ils fe courbent & ſe baiffent
quand on les charge : Il est vrai qu'en
voyage , ils ne fe couchent gueres ; &
s'ils le font , c'eft qu'ils font fi las & fi
fatiguez , que c'eft fouvent pour ne fe
relever jamais . Il est des tems que les
Eléphans mâles ont une infirmité qui
les rend enragez ; de forte que perfonne
ne peut les gouverner : On eſt
ordinairement prévenu par une espéce
d'huile qui leur coule de la jouë , &
d'abord on les attache par les jambes
à de gros Arbres. Le Roy de Candy en
a quantité : Il s'en fert pour éxécuter
la juftice ; pour cet effet , on arme leurs
dents d'un fer bien éguifé , & qui a z
trenchans. Ils percent le corps d'un
Homme & le déchirent en pièces.
Ceux qui font commis à la garde de
ceux- ci , s'en divertiffent quelquefois
de cette maniére : Ils commandent à
cet Animal de prendre de l'Eau qu'il
tient dans fa Trompe , jufqu'à ce qu'ils
lui ordonnent de la jetter fur quelqu'un;
il obéit auflitôt , verfant quelquefois
DE NOVEMBRE, 119
un feau entier , & la jettant d'une telle
force qu'un homme a fouvent de la peine
à le fouffrir , fans en eftre renverfé.
In vend cet animal ' felon fa taille . Le
plus grand a neuf coudées , depuis lá
pointe du pied jufqu'à l'épaule , & chaque
coudée est évaluée mille Pardaons ,
Les Mores ou Mahometans qui en achetent,
donneront autant pour un Eléphant
de Ceylan , que pour quatre d'un autre
Païs , qui femblent reconnoiftre cette
fuperiorité , & la témoignent par quelque
figne exterieur.
Les Singes de l'Ifle différent de ceux
des autres Païs en plufieurs autres chofes.
Ribeyro dit qu'il y en a de cinq
efpeces : Les forefts , & furtout celles
du Royaume de Jafanapatan , en font
trés peuplées . Il s'en trouve d'auffi
grands que nos Epagneuls , ayant le poil
gris , le vifage noir , & de longues barbes
blanches d'une oreille à l'autre ;
ce qui fait qu'on les prendroit pour des
vieillards : Ceux qu'on appelle vvanderous
, font differenciez par la couleur
car avec la barbe , ils ont le corps &
le vifage blanc ; des feuilles d'arbre
font leur nouriture . Les Rillors ne
vont que par troupes , ravageans le
;
·T20 LE MERCURE
grain qui croît dans les Bois , & quelquefois
les jardins ; ils ont la face
blanche fans barbe , mais avec de longs
cheveux fur la tête , qui tombent comme
ceux d'un homme.
Les Infectes font à peu -prés les mêmes
qu'aux Indes.
Les Fourmis font prefque toutes fort
groffes. Il y en a de plufieurs fortes,
dont quelques unes meritent d'eftre remarquées.
Les Coumbias & Tale- Coumbiasfont
celles qui reffemblent le plus
aux nôtres par la figure ; elles habirent
les troncs d'arbres , & fentent fort
mauvais : Il y en a d'autres , nommées
Dimbios dont les nids font de feuilles
fur les arbres les plus élevez :
Les Coura - atch fe pratiquent des
fentiers fouterrains : Les Coddia font
d'un beau noir & leur piqueure eft dou-
Loureufe ; mais , l'efpece de Vacos eſt
plus nombreufe qu'aucune autre . La
terre en fourmille , pour ainfi dire :
Elles ont le corps blanc & la tête rouge
; elles dévorent tout , montent le
long des murailles , & fe font avec de
la terre , une maniere de voute qu'elles
continuent en arcade, tout du long de
Teur chemin , à quelque hauteur qu’-
elles
DE NOVEMBRE. 12
1
elles aillent : Dans les endroits inhabités
, elles élevent de petites mortagnes
de quatre , cinq , ou fix pieds ; la terre
en elt fi fine , que le Peuple en fabrique
fes Dieux , & fi bien liée , qu'on auroit
de la peine à abattre ces demeures ,
que les Chingulais apellent Humboffes :
L'Interieur eft percé de routes que les
Vacos habitent, & où elles engendrent ;
leurs nids font remplis d'oeufs & de jeunes
fourmis : Comme elles multiplient
extremement auffi meurent- elles par
pelotons ; il leur vient des ailes , &
pour lors , elles s'élevent dans l'air vers
l'Occident en fi grand nombre , qu'on
a de la peine à voir le Ciel ; on les perd
bientôt de vue , car , elles ne cellent
point de voler , qu'elles ne foient épuifées
de force , & qu'elles ne tombent
mortes.
,
Il y ades Abeilles de plufieurs fortes .
Celles qui répondent aux nôtres , s'ap
pellent Méemaffes : Ces Connameya ou
Abeilles aveugles , font petites , & les
gens du Pays n'en font aucun cas : Celles
qu'ils nomment Bamburos .font plus
grandes & d'une couleur plus vive que
nos mouches ; leur miel eft clair commie
de l'eau , & elles le font fur les plus
Novembre 1717. L
122
LE MERCURE
1
hautes branches des arbres ; en certain´
tems de l'année , des Villes entieres
vont dans les bois chercher ce miel dont
elles reviennent chargées .
Mais , fi Ceylan a reçû du Ciel de
il femble
l'Auque
grands avantages
, teur de la Nature ait voulu compenfer
le bien par des maux. Elle eft fort
incommodée
des Serpens : Ils font de
figure diverfe , & répandent
differemment
un Venin , qui n'opere pas de la
même maniere .
&
Les moins dangereux font : Le Gerende
, qui eft le plus nombreux ,
qui n'en veut qu'aux petits Oifeaux &
aux Lapins; le Carovvla , que les Chats
mangent le Lézard Kiekanella ; le
Kobbera- Guyon , de cinq ou fix pieds de
longueur , à qui la langue eft bleüe &
fourchüe,femblable à un éguillon;mais ,
qu'il ne tire que pour fiffler & non pour
mordre . Le Tolla - Guyon , qui n'eſt pas
fi grand , eft le meilleur manger des
Chingulais : L'Araignée , qu'ils appellent
Democulo , eft longue, velue, noire ,
tachetée & luifante ; fon corps eit de
la groffeur du poingt , & les autres
membres y font proportionnés
; fa bleffure
n'eft pas mortelle , mais , elle rend
DE NOVEMBRE. 123
quelquefois les gens infenfez .
Ce qu'il y a de plus venimeux eſt
auffi ce qu'il y a de plus rare . Un de
ces Serpens n'a que deux paknes de
longueur ; il eft de couleur brune &
particulierement fous le ventre ; dés
qu'on en eft atteint , l'on tombe dans
un fommeil profond , & l'on meurt en
peu de tems , fi l'on n'eft
promptement
fecouru : La morfure d'un autre excite
un tranſport de furie , que la mort fuit
au bout de vingt- quatre heures : Mais ,
le plus terrible de tous eft celui , dont
le Venin eft fi prompt & fi violent ,
que dés qu'un homme en eft piqué , le
Sang lui fort par tous les pores , fans
qu'il y ait de remede : Il y en a un qui
eftverd, & qui n'eft pas plus gros qu'une
corde de Violon , de la longueur de
trois palmes , & qui tire , à ce qu'on
prétend , les yeux de ceux qu'il attaque
. Ce que je vais dire d'un autre de
la même êrenduë , paroîtra peat-être
fabuleux & incroyable : Il fe perche
fur un Arbre , & s'élance fur quelque
Animal qu'il voye paffer ; en quelque
endroit qu'il s'attache , la chair tombe
par morceaux de fa groffeur , & l'Animal
bleffé demeure immobile , le Ve-
Lij
124
LE MERCURE
nin agiffant toûjours interieurement ,
fans qu'il en paroiffe prefque rien au
dehors : Quelques Curieux ayant ouvert
des Animaux que ce Serpent avoit
tués , on leur a trouvé toute la chair
hachée & pourie , quoique la peau fur
entiere
Celui que les Chingulais appellent-
Pimberah & les Portugais Cobra - da-
Serra , a le corps auffi gros que celui
d'un homme , & il eft long à proportion
: Cette étendue l'empêche d'aller
vîte ; pour y remedier , il fe cache
dans les fentiers , & il arrête les Dains
& les Geniffes avec une efpece de Cheville
, qu'il porte à l'extremité de fa
Queue Mais , telle eft la capacité de
fon ventre , qu'il avale quelquefois un
Chevreuil tout entier avec fes cornes ,
qui cependant le crevent & le tuënt
affez fouvent. Les Cafres d'Afrique
font trés friands de ces Serpens de la
Montagne , & les trouvent trés délicats
.
:
Les deux efpeces de Polonga en veulent
également au Bétail .
Ils font grands ennemis du Cobrade-
Capello des Portugais . Celui-cy eft
trés refpecté des Chingulais
, & tous
DE NOVEMBRE 5 125
les Indiens font convenus de l'appel
ler, Noya- Rodgerah, ou Naghaia le Roy
des Serpens : Ils croyent que s'ils en
tuoient un , tous les autres de la même,
efpece vangeroient fa mort fur toute,
la Famille du Meurtrier. Il eft de couleur
grifâtre , & long de quatre pieds :
La moitié de fon corps eft quelquefois.
debout pendant deux ou trois heures ;
il ouvre alors la gueule toute entiere ,
de forte qu'à voir fes yeux , on diroit
qu'il porte une paire de lunettes. Ce
Serpent eit trés commun & trés dangegereux
; le meilleur préfervatif contre
les morfures , eft de manger de la femence
d'un Arbre qui n'eft pas rare
dans le Païs , que les Malabares nomment
Caniram & les Bramins Caro.
L'antipatie que le Mangus a pour
tous les Serpens , demande quelque
mention Cet Animal n'eſt pas plus
gros qu'un Furet : Il livre une cruelle
guerre à tout ce qui eſt venimeux ; .
quand il fe fent bleffé , il a recours à
une certaine herbe qu'il mange , &
qui eft pour lui un merveilleux contrepoifon
.
Si les Senfuës ne font pas ce qu'il y
a de plus dangereux , elles font du
Liij
126 LE MERCURE
moins ce qu'il y a de plus incommode
à Ceylan Prefque toutes les Provinces
en font remplies , & elles font fort
groffes ; les plus petites font cependant
les plus à craindre : Quand il pleut ,
la Campagne en eft couverte : On ne
peut faire un pas dans les Bois , qu'on
n'en foit attaqué ; elles montent aux
jambes & aux cuiffes des Chingulais
qui marchent pieds nuds , & s'y attachent
fi fort , qu'on ne peut leur faire
quitter prife , qu'elles ne regorgent de
Sang: Il arrive quelquefois, la nuit, qu'elles
attrapent le vifage , & qu'elles feigment
jufqu'aux Gencives . Celles qui
viennent dans les eaux & dans les lieux
où l'on féme le Ris , ne font point de
mal.
III.
J'ai promis un Article qui doit traiter
des Denrées qui font les Richeffes
de l'Ifle. Outre celles que j'ai décrites ,
en faifant mention des Fruits de la
Terre , & des Animaux qu'elle entretient
, elle a beaucoup de Fer dont on
peut faire de l'Acier Elle a du Salpêtre
& du Soufres de la Mine de
DE NOVEMBRE. 127
Plomb , de l'Ebeine , du Mufque , de
la Cire , & du Coron qu'elle produit.
en affez grande quantité , pour donner
des Etoffes & des Habits à tous fes
Habitans Le Royaume de Cota fournit
tous les ans aux Indes un Sable >
duquel il fe fait un grand débit. L'Ifle
Das-Cabras nourrit des Chévres , qui
portent le meilleur Bezoard de tout
Ï'Orient ; & dans celle qui lui eft voifine
, on trouve une herbe appellée
Zaye , dont la proprieté eft de teindre
en cramoify ; le commerce en eft confidérable.
Mais , peut- être qu'aucune Contrée
de l'Univers ne produit autant d'efpéces
de Pierres précieufes que Ceylan .
Celles dont on y fait le plus de cas ,
font les Teux de Chat . Cette Pierre eft
prefque inconnue dans nôtre Europe :
Elle eft ronde ; il y en a de fort groffes ,
qui péfent plus que toute autre du même
volume ; on fe contente de les laver
fans les travailler Car , il femble
que la Nature ait pris plaifir d'y
ramaffer toutes les plus belles & les
plus vives couleurs qu'elle puiffe produire
, ces couleurs , en remuant la
Pierre , forment un combat entr'elles ,
Liiij
128 DE NOVEMBRE
.
à qui l'emportera pour le brillant , fans
que pas une ait l'avantage fur l'autre.
Les Rubis font plus beaux dans cette
Ifle , qu'en aucun autre lieu du Monde.
Il s'y trouve des Saphirs de deux
fortes : Les plus précieux font fort durs&
d'un bel azur; les Mores eftiment beaucoup
les Topazes ,parcequ'il y en a d'une
grandeurfinguliére.Il s'y trouve des Iaeintes,
des Verlis , des Taripos, dont on fait
là , auffi peu de cas que nous pourrions
faire ici du fable & des cailloux de nos
Rivières. Ces Infulaires fçavent cependant
blanchir fi- bien quelques- unes
de ces Pierres , qu'il faut être habile ,
pour ne les pas croire des Diamans les
plus fins . Cette adreffe les porte à des
Ouvrages de Crystal , qu'ils tirent
rouge & verd de leurs Montagnes.
J'ai parlé des Salines de Ceylan ,
fur-tout de celles qui font entre Leavvavva
& Velavve : Il y en a d'autres
fur le Canal qui fait une Ile de Calpentin.
Les Chingulais difent , qu'il y
avoit autrefois fur la Côte d'Eft , un petit
Royaume maritime nommé Saula ,
dont les Terres baffes furent un jour
fubmergées par la Mer extraordinairement
enflée , & la Plaine auparavant.
DE NOVEMBRE. 129
fertile , changée en une Aire de Sel.
Ileft fort dur , mais il ne vaut rien
pour faler des viandes que l'on voudroit
garder.
Le Sel n'eft pas le feul don que la Mer
faffe à ce Pais ; elle contribue par bien
d'autres chofes à fon abondance . Elle
pouffe vers le Nord- Oüeft de l'Ie , une
quantité prodigieufe de Branches de
Corail : On fçait que le noir eft plus
eftimé que le rouge en plufieurs endroits.
Mais , outre la Pêche de l'Ambre
, dont les morceaux font d'une gran
deur extraordinaire , je ne dois pas
me taire fur celle des Perles , qui fe
fait le long de la Côte d'Aripo .
Cette Pêche & celle du Cap Como .
rin, ont êté décrites fort en détail par
un grand nombre de Voyageurs. Vers.
le commencement de Mars , ilfe trouve
fur cette Côre , quatre ou cinq mil
Barques pourvûes & payées par des
Négocians de toutes Nations , qui
traitent avec le Roy de Ceylan , pour
la permiffion de pêcher . La Pêche
commence le onzième de Mars , & finit
au vingtiéme Avril. La Foire dure
cinquante jours. Les Marchands y logent
fous des Tentés magnifiques : On
30 ' LE MERCURE
y vend toutes fortes de Marchandifes
des plus riches ; des Pierreries de toutes
les espèces , de l'Or en barre , des
Pataques , des Tapis de Turquie , &
de ces belles Etoffes des Indes. Ces
Richeffes y amènent du monde de toutes
les Parties de la Terre , & ce concours
ne contribuë pas peu à l'état floriffant
du commerce de Ceylan.
Voici ce que j'ai appris des fingularitez
de ce Païs : Le Portrait de fes
Peuples fournira l'autre moitié de ma
Carriére . Heureux , Monfieur , fi j'ai
dit ce que j'ai prétendu dire ; puifque
je n'ai eu d'autre envie , que de remplir
quelques- unes de vos idees : Plus
heureux encore , fi quelques veilles
vous paroiffent un témoignage irréprochable
de cette affection refpectueuſe
avec laquelle je fuis ,
Monfieur ,
Votre & c.
B. D'A . ***
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250
p. 165
Autre de M. le Chevalier de la Grange, Officier de Marine
Début :
Si je suis fruit ou non, c'est encore à sçavoir : [...]
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