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Résultats : 2 texte(s)
1
p. 73-134
Remarques sur l'eau de la pluie, & sur l'origine des fontaines ; avec quelques particularitez sur la construction des cîternes.
Début :
Tout ce qui regarde les eaux, tant pour les necessitez [...]
Mots clefs :
Eau, Terre, Pluie, Citernes, Fontaines, Neiges, Eaux , Superficie, Vapeurs, Mer, Cuvette, Rochers, Herbes, Expériences, Rivières, Tuyau, Vent, Plomb, Fiole, Pinte
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texteReconnaissance textuelle : Remarques sur l'eau de la pluie, & sur l'origine des fontaines ; avec quelques particularitez sur la construction des cîternes.
Remarquesfur l'eau de lapluie ,
fur l'origine des fontaines
; avec quelques particu
laritez fur la conftruction
des cîternes.
Tout ce qui regarde les
caux , tant pour les neceffitez
de la vie , que pour l'ornement
des Palais & des
Jardins , a toûjours été regardé
comme une des principales
connoiffances qui
fuffent neceffaires aux hommes.
On s'eft appliqué avec
grand foin à rendre de trés-
Mars 1714.
G
74
MERCURE
petites rivieres capables de
porter de grands bateaux ,
& de joindre par ce moyen
des mers fort eloignées l'une
de l'autre. On a conduit
des fontaines trés - abondantes
par de longs détours
& fur des aqueducs trés- élevez,
jufques dans des lieux,
où la nature avoit refufé
d'en donner. On a enfin inventé
un grand nombre de
machines propres à élever
T'eau , & la porter juſqu'au
haut des montagnes
, pour
la diftribuer enfuite fous
mille figures differentes ,
GALANT.
75
avec des mouvemens furnaturels
, & en donner un
fpectacle digne d'admiration.
inistrot as
C'en étoit affez pour le
commun des hommes :
mais la curiofité de ceux
qui recherchent
les fecrets
de la nature, n'étoit pas encore
fatisfaite , il faloit connoître
l'origine de ces fources
d'eau fi abondantes quon
rencontre par toute la
terre , & même fur des rochers
fort élevez ; & c'eſt
ce qui a donné tant d'exercice
aux Philofophes an-
Gij
76 MERCURE
cie ns & modernes.
Nous voyons deux principales
opinions fur l'origine
des fontaines , qui font fondées
chacune fur des experiences
dont il femble qu'on
ne puiffe pas douter ; car il
eft évident que plufieurs
fontaines ont pour principe
l'eau de la pluie & la fonte
des neiges fur les montagnes
: mais comment ces
pluies & ces neiges , qui
font trés-rares fur, des rochers
efcarpez & fort élevez
, & dans des pays fort
chauds , pourront- elles y ›
GALANT.
77
fournir des fontaines trésabondantes
&
permanentes
qu'on y voit en plufieurs
endroits ?
C'eft la plus forte objection
que faffent ceux qui ne
font du
fentiment que
pas
les pluies font les fontaines
, & ils admettent feulement
des cavitez foûterraines
en forme d'alembic ,
où les vapeurs des eaux qui
coulent dans la terre à la
hauteur de la mer , s'élevent
par les fentes des rochers
&fe condenfent par le froid
de la fuperficie de la terre.
Giij
78 MERCURE
M. N ** qui a fuivi l'opinion
des premiers qui
prennent le parti de la pluie,
a fait un examen trés particulier
de l'eau de pluie &
de neige qui tombe fur l'étendue
de la terre, qui fournit
fes eaux à la riviere de
Seine ; & il trouve par fon
calcul qu'il y en a beaucoup
plus qu'il ne feroit necelfaire
pour entretenir la riviere
dans fon état moyen
pendant tout le cours d'une
année.
En examinant le Traité
de l'origine des Fontaines de
1
79
GALANT.
M. Plot Anglois , qui a été
imprimé en 1685. j'y fis plufieurs
remarques , & j'entrepris
de reconnoître par
moy- même ce que les eaux
de pluie & de neige pouvoient
fournir aux fontaines
& aux rivieres . Je commençai
d'abord à rechercher
quelle étoit la quantité
d'eau de pluie qui tomboit
fur la terre pendant toute
une anné , & j'en ai donné
depuis des memoires à l'Academie
à la fin de chaque
année ; ce qui fait connoître
que la hauteur de l'eau
Giiij .
80 MERCURE
qui tombe à l'Obſervatoire
Royal , où j'ai fait mes obſervations
, feroit dans une
année moyenne de dix- neuf
à vingt pouces , à peu prés
comme M. N** l'avoit fuppofé
dans fon examen .
Mais comme je doutois
que ce fût fur cette quantité
d'eau qu'on dût compter
pour l'origine des fontaines,
je fis les experiences
fuivantes pour m'en affurer.
Je choifis un endroit de
la terraffe baffe de l'Obfervatoire
, & fis mettre dans
T
GALANT . 81
terre , à huit pieds de profondeur,
un baffin de plomb
de quatre pieds de fuperficie.
Ce baffin avoit des
bords de fix pouces de hauteur
, & étoit un peu incliné
vers l'un de fes angles , où
j'avois fait fouder un tuyau
de plomb de douze pieds.
de longueur, qui ayant auffi
une pente affez conſiderable
, entroit dans un caveau
par
fon extremité . Ce baf
fin étoit éloigné du mur de
la cave , afin qu'il fût environné
d'une plus grande
quantité de terre femblable
82 MERCURE
à celle qui étoit au deffus ,
& qu'elle ne pût pas fe lecher
par la proximité du
mur. Je mis dans le baffin
ou cuvette de plomb , à l'endroit
de l'ouverture qui répondoit
au tuyau , plufieurs
cailloux de differentes groffeurs
, afin que cette ouverture
ne pût pas fe boucher
quand la terre auroit été
remiſe pardeffus à la hauteur
du terrein , c'eſt à dire
de huit pieds de hauteur.
Ce terrein eft d'une nature
moyenne entre le fable &
la terre franche , en forte
GALANT.
83
que l'eau le peut penetrer
affez facilement , & la fuperficie
exterieure eſt de niveau.
Je penfois que fi les eaux
de pluie & de neige fonduë
penetrent la terre juſqu'à
ce qu'elles rencontrent un
cufou une terre argilleuſe ,
qui ne la laiffe point paffer ,
comme difent ceux qui fuivent
la premiere opinion
de l'origine des fontaines ,
il devoit arriver la même
chofe à la cuvette de plomb
que j'avois enterrée , & qu'
enfin je devois avoir une
84 MERCURE
eſpece de fource d'eau , qui
devoit couler par le tuyau
qui répondoit dans le caveau.
Mais comme je n'étois
pas perſuadé que cela pût
arriver , je mis encore dans
le même temps une autre
machine en experience à
huit pouces feulement de
profondeur en terre. C'étoit
une cuvette qui avoit
foixante quatre pouces en
fuperficie , & des rebords
de huit pouces de hauteur.
J'avois choifi un lieu où le
foleil ni le vent ne donGALANT.
85
noient point , & j'avois eu
grand foin d'ôter toutes les
herbes qui croiffoient fur
la terre au deffus de cette
cuvette, afin que toute l'eau
qui tomberoit fur la terre
pût paffer fans empêchement
jufqu'au fond de la
cuvette , où il y avoit un
petit trou & un tuyau qui
portoit dans un vaiffeau
toute l'eau qui pouvoit penetrer
la terre. Cette cuvette
n'étoit pas expoſée à
l'air : mais elle étoit enterrée
dans une trés - grande
quaiffe remplie par les cô86
MERCURE
tez & par deffous de la même
terre qui étoit au dedans
, afin que la terre de
la cuvette ne pût pas fe défecher
par l'air.
Je remarquai premierement
dans certe petite cuvette
, que depuis le 12. Juin
juſqu'au 19. Février fuivant
l'eau n'avoit point coulé par
le tuyau au deffous de la
-cuvette , & qu'elle y coula
feulement alors , à cauſe
d'une grande quantité de
neige qui étoit fur la terre
& qui fe fondoit. Depuis ce
temps - là la terre de certe
GALANT. 87
cuvette étoit toûjours fort.
humide : mais l'eau ne couloit
point que quelques
-heures aprés qu'il avoit plû,
& elle ceffoit de couler
quand ce qui étoit tombé
étoit épuilé ; car il en reftoit
toûjours dans la terre
une certaine quantité , qui
ne palloit point à moins
qu'il n'y en cût de nouvelle
au deffus de la terre.
<
Un an aprés je refis la
même experience dans la
petite cuvette : mais je la
mis à feize pouces avant
dans terre , qui étoit une
88 MERCURE
锣
fois plus qu'elle n'étoit d'abord.
Il n'y avoit point
d'herbes fur la terre , & elle
étoit encore à l'abri du foleil
& du vent. Il arriva à
peu prés la même chose que
dans la precedente , excepté
feulement que lors
qu'il fe paffoit un temps
confiderable fans pleuvoir ,
la terre fe défechoit unpeu,
& une mediocre pluie qui
furvenoit enfuite , n'étoit
pas capable de l'humecter
fuffifamment avec ce qui
y reftoit pour la faire couler.
Enfin
GALANT. 89
il
:
Enfin je planta quel
ques herbes fur la terre au
deffus de la cuvette mais
quand les plantes furent un
peu fortes , non feulement
ne couloit point d'eau àprés
la pluie ; mais toute
celle qui tomboit n'étoit
pas fuffifante toute feule
pour les nourrir , & elles fe
fanoient & fechoient , à
moins qu'on ne les arrosât
de temps en temps.
Il me vint alors en penfée
de meſurer la diffipation
ou évaporation de l'eau au
travers des feuilles des plan-
Mars 1714.
H
90 MERCURE
tes , quand elles font expo- .
fées au foleil & au vent. Le
30. Juin , à cinq heures du
matin , je mis dans une
phiole de verre , dont l'ouverture
étoit petite , une livre
d'eau pefée fort exactement
avec la phiole , & je
cueillis deux feuilles de figuier
de mediocre grandeur
, lefquelles pefoient
enfemble 5. gros 48. grains,
& j'en fis tremper le bout
des queues dans l'eau de la
phiole. Ces feuilles étoient
trés fraîches & fermes
quand je les cueillis . EnGALANT.
St
fuite j'expofai la phiole &
les feuilles au ſoleil , qui
étoit clair & chaud , & en
un lieu où il faifoit un peu
de vent , & je bouchai exactement
avec du papier le
refte du col de la phiole ,
qui n'étoit pas occupé par
les queues des feuilles , afin
que l'eau de la phiole ne
pût pas s'évaporer par cette
ouverture .
A onze heures du matin
je pefai le tout enſemble ,
& je trouvai qu'il y avoit
une diminution de poids de
deux gros , que l'air & le
Hij
92 MERCURE
foleil avoient tiré d'eau de
cette feuille , laquelle ne
peut être reparée quand la
feuille eft attachée à l'arbre
, que par l'humidité de
la terre qui paffe par les racines.
Je fis auffi pluſieurs autres
experiences fur des
plantes , & je trouvai toûjours
une trés - grande difſipation
d'humidité ; & aprés
avoir mefuré la fuperficie
des feuilles , & avoir confideré
ce qui en couvre ordinairement
la terre , j'ai jugé
que l'eau de la pluie
GALANT .
93
fur. tout en été , quoy qu'
elle foit alors trés- abondante
, n'eft pas capable de
les entretenir fans un fecours
tiré d'ailleurs . Il eſt
vrai que l'air de la nuit fournit
aux grands arbres , &
même aux plantes , une
grande quantité d'humidité
qu'on voit preſque toûjours
fur les feuilles vers le
lever du foleil , laquelle paffant
juſques dans les racines
, peut entretenir ces
plantes une partie du jour :
mais cette humidité toute
ſeule ne pourroit pas ſuf.
94
MERCURE
fire pour leur nourriture ,
fi elles n'en tiroient de la
terre même & des pluies
qui y entrent , comme je
l'ai remarqué dans mes experiences
que je viens de
rapporter.
Toutes ces experiences
m'ont fait connoître que
l'eau des pluies qui tombent
fur la terre , où il où il y a toûjours
quelques herbes &
des arbres , ne peut pas la
penetrer jufqu'à deux pieds,
à moins qu'elle n'ait été ramaffée
dans des lieux fablonneux
& pierreux , qui
*
.
GALANT .
95
A
la laiffent paffer facilement:
mais ce ne peut être que
des cas particuliers , dont
on ne peut tirer de confequence
generale. On en
peut voir un exemple au
rocher de la fainte Baume
en Provence , où la pluie qui
tombe fur ce rocher , qui
eft tout fendu & crevaffé ,
& où il n'y a point d'herbes
, penetre dans la grotte
en trés- peu d'heures à foi
xante- fept toiles au deffous
de la fuperficie du rocher ,
& y forme une trés - belle
cîterne, qui feroit enfin une
a
96 MERCURE
fontaine quand la cîterne
feroit remplie ; & lors qu'il
fe rencontre fur de femblables
rochers & dans
ces fonds confiderables de
grandes quantitez de neiges
qui fe fondent en été
à la feule chaleur du foleil ,
on remarque de grands
écoulemens de l'eau de
fontaine pendant quelques
heures d'un même jour , &
même à pluſieurs repriſes ,
fi le foleil ne donne fur ces
neiges qu'à quelques heures
differentes de la jour
née , le refte du temps ces
neiges
GALANT. 97
neiges étant à l'ombre des
pointes des rochers , & ne
pouvant
pas fe fondre facilement.
C'eft fans doute la
raiion de ce qu'on a rapporté
, qu'il y avoit des fontaines
au milieu des terres
qui avoient un flux & reflux
comme la mer.
Ces experiences m'ont
perfuadé que je ne devois
point attendre que les eaux
de la pluie & des neiges
paffaffent au travers des
huit pieds de terre qui étoient
au deffus de la cuvette
de plomb que j'avois
Mars
1714.
I
98 MERCURE
enterrée fur une terraffe ;
auffi il n'eft pas coulé une
feule goutte d'eau par le
tuyau depuis quinze années.
On voit donc par là qu'il
ne peut y avoir que tréspeu
de fontaines qui tirent
leur origine des pluies &
des neiges , & il faut neceffairement
avoir recours
d'autres cauſes pour expli.
quer comment il fe peut
rencontrer des fources trésabondantes
dans des lieux
élevez , & à très- peu de pro.
fondeur dans terre , com
HEQUE
ME
LA
THÈQUE
DE
OPON
;
GALANT.
me eft celle de Rungis res
de Paris , qu'on ne peut
tribuer à ces grottes ou
alembics foûterrains , qui
fervent à faire diftiler l'eau
des vapeurs condenfées
car il n'y a point de rochers
dans les
environs
, comme
je l'ai reconnu par plufieurs
puits que j'y ai fait faire ,
& le terrain eft ſeulement
un peu élevé , où l'on a fait
quelques puits , dont l'eau
eft fort proche de la furface
de la terre , & plus éle
vée que l'endroit où l'on a
ramaffé les eaux. Cette four.
I ij.
100 MERCURE
ce fournit cinquante pouces
d'eau environ , qui coule
toûjours & qui fouffre peu
de changement , & tout
l'efpace de terre d'où elle
peut venir n'elt pas
affez
grand pour fournir l'eau
de cette fource en ramaffant
celle de la pluye, quand
il ne s'en diffiperoit point ;
& de plus il eft toûjours cultivé
& couvert d'herbes &
de blé . Il y a quelques vallons
affez proche de ce lieu,
où il faut creuſer fort bas
pour trouver l'eau.
On a crû pouvoir expli
GALANT. ΙΘΙ
quer ces fortes de fources
par des tuyaux & des canaux
naturels , qui conduifent
l'eau de quelque
petite
riviere élevée , & qui
paffant par des lieux hauts
& bas , & même au deſſous
de quelques rivieres qui les
traverſent , font fi bien foudez
& bouchez
, qu'ils ne
laiffent point échaper cette
cau en chemin , pour la
conduire jufqu'au lieu où
elle doit fortir hors de terre.
Mais quand il pourroit
fe rencontrer de ces lieux
foûterrains
, je fuis perfuadé
1 iij
102 MERCURE
qu'ils auroient ſeulement
une pente neceffaire pour
laiffer couler l'eau entre les
terres fur un fond de tufou
d'argille : mais pour s'imaginer
des tuyaux naturels
hauts & bas , c'est tout ce
que peut faire l'art dans l'étenduë
d'un petit jardin ;
encore y a t-il fouvent à refaire
à ces conduites .
Il me femble qu'on peut
faire encore une objection
confiderable à cette hypothefe.
Car fi ces grandes
fources élevées tirent leur
origine de quelques rivicGALANT.
103
rés , ces mêmes rivieres doivent
auffi tirer leurs eaux
d'autres fources encore plus
élevées; car celles des pluies
& des neiges fondues dans
les lieux dont le fond feroit
ferme , ne peuvent former
que quelques torrens qui
ne durent que peu de tems,
& qui ne peuvent pas fournir
à l'écoulement
continuel
de ces rivieres. Les
grands ramas d'eau , comme
des étangs qui font à la
tête des petites rivieres , ne
prouvent rien pour l'origi .
ne des rivieres ; car nous
I iiij
104 MERCURE
avons fait plufieurs experiences
, qui nous font connoître
qu'il fe diffipe beaucoup
plus d'eau de celle
qui cft exposée à l'air dans
un vaiffeau fort large , qu'il
n'y en peut tomber du ciel.
Il ne refte donc qu'un
feul moyen pour expliquer
comment ces fources abondantes
peuvent fe former
dans terre , encore s'y rencontre
- t- il quelques difficultez.
Il faut s'imaginer
qu'au travers de la terre il
paffe une grande quantité
de vapeurs , qui s'élevent
GALANT.
105
des eaux qui y font ordinairement
a la hauteur des
rivieres les plus proches ,
ou de la mer ; que ces vapeurs
paffent d'autant plus
facilement , qu'elles rencontrent
un terrein plus facile
à être penetré , comme
on le remarque en hyver à
l'ouverture de quelques caves
fort profondes . Les particules
de ces vapeurs peuvent
fe joindre enfemble ,
le froid de la fuperou
par
ficie
de la terre
, quand
elles
commencent
à s'en
approcher
, ou
quand
elles
106 MERCURE
rencontrent un terrein qui
eſt déja rempli d'eau à laquelle
elles fe joignent , ou
enfin fi elles trouvent quelque
matiere qui foit propre
à les fixer , comme nous
voyons que les fels étant expolez
à l'air retiennent les
particules d'eau qui y voltigent
C'eft alors que cette
eau qui s'augmente toû
jours , en rencontrant un
fond affez folide pour la
foûtenir , coule entre les
terres fur ce fond , jufqu'à
ce qu'elle s'échape ſur la
fuperficie de la terre où ce
GALANT. 107
fond fe termine, ou retombe
dans quelque lieu plus bas
en terre , s'il y a quelques
ouvertures à la ggllaaiiſſee ou au
tuf qui la foûtient. C'eſt
tout ce que je trouve de
plus vraisemblable dans ce
cas , encore faut il que
vapeurs ayent des conduits
particuliers pour paffer , par
ces
leſquels l'eau qu'elles forment
ne puiffe pas s'échaper.
J'ai voulu voir par experience
ce qu'on pouvoit
efperer de la maniere
de
condenfer les vapeurs de
108 MERCURE
l'eau lors qu'elles s'attacheroient
dans la terre contre
des pierres qui feroient
remplies de quelques iels ;
car c'étoit une pentée nouvelle
que j'avois eue pour
expliquer de quelle maniere
les eaux des vapeurs
qui font en terre pourroient
le ramaffer.
Je mis dans un des caveaux
du fond de la carriere
de l'Obfervatoire un
vaſe de verre , & j'attachai
fur le bord du vaſe un morceau
de linge que j'avois
trempé dans un peu d'eau ,
GALANT . 109
où j'avois fait diffoudre du
fel de tartre. Je choifis ce
fel , parce que je crus qu'il
étoit plus propre à fixer les
vapeurs que tout autre. Le
lieu paroît fort humide ,.
fur - tout en été. Quelque
temps aprés je trouvai au
fond du vafe une quantité
affez confiderable de liqueur
, qui n'étoit que l'eau
de la vapeur de l'air , laquelle
s'étoit attachée contre
le linge , & en ayant
été rempli , le furplus , qui
augmentoit toûjours , avoit
coulé au long des côtez du
110 MERCURE
vafe. J'aurois pouffé cette
experience plus loin , pour
voir fi fa liqueur auroit
continué de couler , & fi le
fel qui étoit dans le linge
auroit été entierement em.
porté par l'eau qui en couloit
, quoy qu'il puiffe arri
ver que des pierres qui auroient
des fels propres 3
fixer les vapeurs , auroient
pû conſerver toûjours leur
fel , & même s'en charger
de nouveau : mais on entra
dans le caveau en mon
abſence , on rompit le vaſe,
& mon experience fut interrompuë.
GALANT.
Je ne parle point de
quelques fontaines particulieres
& extraordinaires ,
qui fe trouvent , à ce qu'on
dit , fur le bord de la mer
& fur des rochers élevez ,
lefquelles ont un flux & un
reflux femblable à celui de
la mer , & qui ne laiſſent
pas d'être des eaux fort
douces. J'ai expliqué mecaniquement
de quelle maniere
cela fe pourroit faire ,
en ſuppoſant des reſervoirs
foûterrains un peu élevez
au deffus du niveau de la
mer , & que la cavité où
112 MERCURE
ces refervoirs font placez
ait communication par le
moyen de quelques canaux
avec la mer. Car il doit arriver
que lofque la mer
monte , elle comprime l'air
qui eſt dans cette cavité ,
lequel preffè l'eau du reſervoir
, & l'oblige de s'écha
per , & même de s'élever
par quelques fentes ou conduits
de ces rochers jufques
fur la fuperficie de la terre ,
où elle forme une fontaine
qui doit diminuer peu à peu
la mer fe re- à meſure que
tire , & que l'air comprimé
qui
GALANT. 113
qui la forçoit de monter fe
rétablit dans fon premier
état. Mais pour peu qu'on
fçache de mecanique , &
qu'on entende bien les
effets des corps liquides ,
on ne manquera pas de
moyens pour expliquer non
feulement les merveilles
qu'on voit dans la nature
fur cette mariere , mais
encore tout ce qu'on pourroit
imaginer.
1
C'eft affez parler de l'origine
des fontaines ; il me
faut maintenant expliquer
quelques remarques parti-
Mars
1714.
K
114 MERCURE
culieres que j'ai faites à
cette occafion fur l'utilité
qu'on peut retirer de l'eau
des pluies. L'avantage le
plus confiderable de l'eau
de la pluie , c'eft de la ra
maſſer dans des refervoirs
foûterrains qu'on appelle
citernes , où quand elle a été
purifiée en paffant au travers
du fable de riviere , elle
fe conferve plufieurs années
fans le corrompre. Cette
eau eft ordinairement la
meilleure de toutes celles
dont on peut ufer , foit ppour
l'employer dans plufieurs
"GALANT.
ufages , comme pour le
blanchiffage & pour les
teintures, en ce qu'elle n'eft
point mêlée d'aucun fel de
la terre , comme font preſque
toutes les eaux de fontaines,
& même celles qu'on
cftime les meilleures. Ces
cîternes font d'une trésgrande
utilité dans les lieux
où l'on n'a point d'eau de
fource , ou bien lorfque
toutes les eaux de puits font
mauvaiſes. Ce n'eſt pas ici
le lieu de parler de la conftruction
des cîternes , ni
du choix des materiaux
Kij
116 MERCURE
qu'on y doit employer ;
puis qu'il ne s'agit que d'avoir
un lieu qui tienne bien
l'eau , & que les pierres &
le mortier dont elles font
jointes , ne puiffent donner
aucune mauvaiſe qualité à
l'eau , qui y fejourne pendant
un temps confiderable.
Ceux qui ont des cîternes
, & qui font curieux
d'avoir de bonne eau , obfervent
foigneufement de
ne laiffer point entrer l'eau
des neiges fonduës dans la
cîterne , ni celles des pluies
GALANT.
117
d'orage. Pour ce qui eft de
celle des neiges fonduës ,
je crois qu'on a quelque
raifon de les exclure des
cîternes , non pas à cauſe
des fels qu'on s'imagine qui
font enfermez , & mêlez
avec les particules de la
neige: mais feulement parce
que ces neiges demeurent
ordinairement
C
plufieurs
jours , & quelquefois des
mois entiers fur les toits
des maiſons , où elles fe
corrompent par la fiente
des oifeaux & des animaux ,
& bien plus par le long
118 MERCURE
féjour qu'elles font fur les
tuiles qui font toûjours fort
fales . C'est pour cette raiſon
que lors qu'il commence à
pleuvoir , je voudrois que
la premiere eau qui vient
du toit , & qui doit entrer
dans la cîterne , fût rejettée
comme mauvaiſe , n'ayant
fervi qu'à laver les toits ,
qui font couverts de la pouffiere
qui s'éleve de bouës
défechées dans les ruës &
dans les grands chemins ,
& qu'on ne reçût ſeulement
dans la cîterne que celle
qui vient enfuite.
GALANT . 19
Il y a une autre remarque
fort confiderable pour les
eaux qu'on doit rejetter des
cîternes , & que le ſeul hazard
m'a fait connoître. Il
y a quelque temps que je
fus curieux de ramaffer de
F'eau de pluie qui tomboit
à
l'Obfervatoire , par le
moyen de la cuvette dont
je me fers pour meſurer la
quantité d'eau qui tombe
pendant l'année . Cette cu
vette eft de fer blanc bien
étamé , elle a quatre pieds
de fuperficie, & des rebords
de fix pouces de hauteur.
120 MERCURE
Il y a un trou & un petit
tuyau qui y eft foudé vers
l'un des angles par où l'eau
qui tombe dans la cuvette ,
qui eft un peu inclinée vers
cet angle , eft portée dans
un vaiffeau qui la reçoit ,
pour la meſurer enfuite , &
connoître par ce moyen la
quantité qui en eft tombée.
Je nettoyai & lavai la cuvette
& le vaiſſeau qui reçoit
l'eau , le plus proprement
qu'il me fut poffible ,
áu commencement d'une
pluie qui paroiffoit abondante,
& je ramaſſai enfuite
l'eau
GALANT. 121
l'eau dans des bouteilles de
verre bien nettes pour la
conferver. Mais comme je
voulus goûter de cette eau,
je fus furpris de ce qu'elle
avoit un fort mauvais goût,
& qu'elle fentoit la fumée :
ce qui me parut fort extraordinaire
; car j'en avois
fouvent goûté de celle qui
étoit ramaffée de la même
maniere , laquelle n'avoit
pas ce même goût. Je ne
voyois rien qui eût pû communiquer
cette odeur de
fumée à l'eau de pluie ; car
le lieu où je la ramaffe ef
Mars
1714
L
122 MERCURE
fort à découvert & élevé,
fort
& il n'y a point de fumée
qui n'en foit fort éloignée.
Mais enfin je confiderai
que cette eau de pluie étoit
tombée avec un vent du
nord ; ce qui n'eſt pas
ordinaire ; car il pleut rarement
de ce vent ; & comme
toute la ville eft au nord
de l'Obfervatoire, la fumée
des cheminées s'étoit mêlée
avec l'eau qui tomboit , &
qui paffoit enfuite pardeffus
le lieu où je la ramaffois ,
& qu'enfin c'étoit la vraye
caufe de la mauvaiſe odeur
GALANT.
123
de l'eau ; car on ſçait par
plufieurs
experiences que
l'eau prend trés facilement
l'odeur de la fumée En effet
je m'en affurai quelque
temps aprés car ayant
encore ramaffé de l'eau de
pluie qui tomboit avec un
vent de midi ou de fudoüeft
, je n'y remarquai rien
de femblable pour le goût ;
car il n'y a que de grandes
campagnes qui s'étendent
vers le midi de l'Obferva
toire.
30 Je conclus de là qu'on
doit aufli rejetter des cîter-
Lij
124
MERCURE
nes toutes les eaux de pluie
qui font apportées par des
vents fur des lieux infectez
de quelque mauvaiſe
odeur , comme des égoûts ,
des voiries , & même des
grandes villes à cauſe de la
fumée , comme je viens de
remarquer ; car les exhalaifons
& les mauvaiſes vapeurs
qui fe mêlent avec
l'eau qui entre dans la cîterne
, doivent corrompre
celle qui y eft entrée dans
un autre temps.
$ Enfin puifquel'on ne peut
pas douter par toutes les ex
GALANT .
-125
periences & par toutes les
épreuves qu'on a faites, que
l'eau de la pluie qui a été purifiée
dans du fable de riviere
, pour lui ôter le limon &
une odeur de terre qu'elle a
en tombant du ciel , ne foit
la meilleure & la plus faine
de toutes celles dont on
puiffe ſe ſervir , j'ai penſé de
quelle maniere on pourroit
pratiquer dans toutes les
maifons des cîternes qui
fourniroient affez d'eau
pour l'ufage de ceux qui y
demeurent.
Premierement il eft cer-
Liij
126 MERCURE
tain qu'une maiſon ordinaire
, qui auroit en fuperficie
quarantes toiſes , lef
quelles feroient couvertes
de toits , peut ramaſſfer chaque
année 2160. pieds cubiques
d'eau , en prenant
feulement dix huit pouces
pour la hauteur de ce qu'il
en tombe , qui eft la moindre
hauteur que j'aye obfervé
. Mais ces 2160. pieds
cubiques valent 75600. pintes
d'eau , à raifon de 35.
pintes par pied , qui eſt la
jufte mefure pour la pinte
de Paris, Si l'on diviſe donc
GALANT. 127
ce nombre de pintes par
les 365. jours de l'année
on trouvera 200. pintes par
jour. On voit par là que
quand il y auroit dans une
maiſon , comme celle que
je fuppofe , vingt - cinq perfonnes
, elles auroient huit
pintes d'eau chacune à dépenſer
, qui eſt plus d'un
feau de ceux d'ordinaire ,
& ce qui eft plus que fuffifant
pour tous les uſages de
la vie.
Il ne me reste plus qu'à
donner un avis fur le lieu
& fur la maniere de con-
Liiij
128 MERCURE
,
a
ftruire ces fortes de cîternes
dans les maiſons particulieres.
On voit dans plufieurs
villes de Flandres ,
vers les bords de la mer
où toutes les eaux des puits
font falées & ameres
cauſe que le terrain n'eft.
qu'un fable leger au travers
duquel l'eau de la mer ne
f purifie pas , que l'on fait
des cîternes dans chaque
maiſon pour ſon uſage particulier.
Mais ces cîternes
font enterrées , & ne font
que des caveaux où l'on
croit que l'eau le conferve
GALANT. 129
mieux qu'à l'air. Il eſt vrai
que l'eau , & fur- tout celle
de pluie , ne fe conferve pas
à l'air à caule du limon dont
elle eft remplie , & qu'elle
ne depofe pas entierement
en paffant par le fable , &
qu'elle fe corrompt , & qu'il
s'y engendre une espece de
mouffe verte qui la couvre
entierement. C'est pourquoy
je voudrois qu'on pratiquât
dans chaque mailon
un petit lieu dont le plancher
feroit élevé au deffus
du rez de chauffée de fix
pieds environ ; que ce lieu
130 MERCURE
n'eût tout au plus que la
quarantieme ou cinquantieme
partie de la fuperficie
de la maiſon , & qui feroit
dans nôtre exemple d'une
toife à peu prés. Ce lieu
pourroit être élevé de huit
à dix pieds , & bien vouté
avec des murs fort épais.
Ce feroit dans ce lieu où je
placerois un refervoir de
plomb , qui recevroit toute
l'eau de pluie aprés
qu'elle auroit paffé au travers
du fable. Il ne faudroit
à ce lieu qu'une tréspetite
porte bien épaiffe &
GALANT. 131
bien garnie de natte de
paille , pour empêcher que
la gelée ne pût penetrer
jufqu'à l'eau. Par ce moyen
on pourroit diſtribuer facilement
de trés bonne eau
dans les cuifines & les lavoirs.
Cette eau étant bien
enfermée ne fe corromproit
pas plus que fi elle étoit fous
terre, & ne geleroit jamais.
Son peu d'élevation au def
fus du rez de chauffée ferviroit
affez à la commodité
de fa diftribution dans tous
les lieux bas du logis.Ce reſervoir
pourroit être placé
132
MERCURE
dans un endroit où il n'incommoderoit
par fon humidité
, qu'autant que ceux
d'eau de fontaine qui font
dans plufieurs maiſons.
J'ai examiné depuis peu
les differentes eaux de pluie
que j'avois ramaffées autrefois
, & que j'avois confervées
dans des bouteilles de
verre. J'ai trouvé qu'il y en
avoit quelques - unes qui
étoient d'un mauvais goût,
& je ne fçaurois affurer fi
ce font celles qui avoient
d'abord une odeur de fumée
quand je les ai miſes
GALANT. 133
dans la bouteille ; les autres
étoient affez bonnes & agreables
, elles n'avoient
plus le goût de terre , qu'ont
toutes les eaux de pluie , &
c'étoit peut être parce qu'-
elles avoient dépolé un
certain limon , qu'on voit
ordinairement au fond des
vaſes où l'on a laiſſé pendant
quelque temps des
caux de pluie.
Jajoûterais encore une
remarque que j'ai faite fur
les eaux de fontaine qui font
fur le côteau de la butte de
Montmartre vers le fepten134
MERCURE
trion. Ces eaux font fort
claires & affez bonnes pour
boire. Cependant fi l'on
fait cuire de la viande &
des herbes à potage avec
cette eau , le bouillon eſt
d'une grande amertume ;
ce qu'on ne peut pas attribuer
à la nature des herbes
du lieu , puifque fi l'on
fe fert d'eau de pluie pour
faire le bouillon , il eſt trésbon
& n'a aucune amertume.
fur l'origine des fontaines
; avec quelques particu
laritez fur la conftruction
des cîternes.
Tout ce qui regarde les
caux , tant pour les neceffitez
de la vie , que pour l'ornement
des Palais & des
Jardins , a toûjours été regardé
comme une des principales
connoiffances qui
fuffent neceffaires aux hommes.
On s'eft appliqué avec
grand foin à rendre de trés-
Mars 1714.
G
74
MERCURE
petites rivieres capables de
porter de grands bateaux ,
& de joindre par ce moyen
des mers fort eloignées l'une
de l'autre. On a conduit
des fontaines trés - abondantes
par de longs détours
& fur des aqueducs trés- élevez,
jufques dans des lieux,
où la nature avoit refufé
d'en donner. On a enfin inventé
un grand nombre de
machines propres à élever
T'eau , & la porter juſqu'au
haut des montagnes
, pour
la diftribuer enfuite fous
mille figures differentes ,
GALANT.
75
avec des mouvemens furnaturels
, & en donner un
fpectacle digne d'admiration.
inistrot as
C'en étoit affez pour le
commun des hommes :
mais la curiofité de ceux
qui recherchent
les fecrets
de la nature, n'étoit pas encore
fatisfaite , il faloit connoître
l'origine de ces fources
d'eau fi abondantes quon
rencontre par toute la
terre , & même fur des rochers
fort élevez ; & c'eſt
ce qui a donné tant d'exercice
aux Philofophes an-
Gij
76 MERCURE
cie ns & modernes.
Nous voyons deux principales
opinions fur l'origine
des fontaines , qui font fondées
chacune fur des experiences
dont il femble qu'on
ne puiffe pas douter ; car il
eft évident que plufieurs
fontaines ont pour principe
l'eau de la pluie & la fonte
des neiges fur les montagnes
: mais comment ces
pluies & ces neiges , qui
font trés-rares fur, des rochers
efcarpez & fort élevez
, & dans des pays fort
chauds , pourront- elles y ›
GALANT.
77
fournir des fontaines trésabondantes
&
permanentes
qu'on y voit en plufieurs
endroits ?
C'eft la plus forte objection
que faffent ceux qui ne
font du
fentiment que
pas
les pluies font les fontaines
, & ils admettent feulement
des cavitez foûterraines
en forme d'alembic ,
où les vapeurs des eaux qui
coulent dans la terre à la
hauteur de la mer , s'élevent
par les fentes des rochers
&fe condenfent par le froid
de la fuperficie de la terre.
Giij
78 MERCURE
M. N ** qui a fuivi l'opinion
des premiers qui
prennent le parti de la pluie,
a fait un examen trés particulier
de l'eau de pluie &
de neige qui tombe fur l'étendue
de la terre, qui fournit
fes eaux à la riviere de
Seine ; & il trouve par fon
calcul qu'il y en a beaucoup
plus qu'il ne feroit necelfaire
pour entretenir la riviere
dans fon état moyen
pendant tout le cours d'une
année.
En examinant le Traité
de l'origine des Fontaines de
1
79
GALANT.
M. Plot Anglois , qui a été
imprimé en 1685. j'y fis plufieurs
remarques , & j'entrepris
de reconnoître par
moy- même ce que les eaux
de pluie & de neige pouvoient
fournir aux fontaines
& aux rivieres . Je commençai
d'abord à rechercher
quelle étoit la quantité
d'eau de pluie qui tomboit
fur la terre pendant toute
une anné , & j'en ai donné
depuis des memoires à l'Academie
à la fin de chaque
année ; ce qui fait connoître
que la hauteur de l'eau
Giiij .
80 MERCURE
qui tombe à l'Obſervatoire
Royal , où j'ai fait mes obſervations
, feroit dans une
année moyenne de dix- neuf
à vingt pouces , à peu prés
comme M. N** l'avoit fuppofé
dans fon examen .
Mais comme je doutois
que ce fût fur cette quantité
d'eau qu'on dût compter
pour l'origine des fontaines,
je fis les experiences
fuivantes pour m'en affurer.
Je choifis un endroit de
la terraffe baffe de l'Obfervatoire
, & fis mettre dans
T
GALANT . 81
terre , à huit pieds de profondeur,
un baffin de plomb
de quatre pieds de fuperficie.
Ce baffin avoit des
bords de fix pouces de hauteur
, & étoit un peu incliné
vers l'un de fes angles , où
j'avois fait fouder un tuyau
de plomb de douze pieds.
de longueur, qui ayant auffi
une pente affez conſiderable
, entroit dans un caveau
par
fon extremité . Ce baf
fin étoit éloigné du mur de
la cave , afin qu'il fût environné
d'une plus grande
quantité de terre femblable
82 MERCURE
à celle qui étoit au deffus ,
& qu'elle ne pût pas fe lecher
par la proximité du
mur. Je mis dans le baffin
ou cuvette de plomb , à l'endroit
de l'ouverture qui répondoit
au tuyau , plufieurs
cailloux de differentes groffeurs
, afin que cette ouverture
ne pût pas fe boucher
quand la terre auroit été
remiſe pardeffus à la hauteur
du terrein , c'eſt à dire
de huit pieds de hauteur.
Ce terrein eft d'une nature
moyenne entre le fable &
la terre franche , en forte
GALANT.
83
que l'eau le peut penetrer
affez facilement , & la fuperficie
exterieure eſt de niveau.
Je penfois que fi les eaux
de pluie & de neige fonduë
penetrent la terre juſqu'à
ce qu'elles rencontrent un
cufou une terre argilleuſe ,
qui ne la laiffe point paffer ,
comme difent ceux qui fuivent
la premiere opinion
de l'origine des fontaines ,
il devoit arriver la même
chofe à la cuvette de plomb
que j'avois enterrée , & qu'
enfin je devois avoir une
84 MERCURE
eſpece de fource d'eau , qui
devoit couler par le tuyau
qui répondoit dans le caveau.
Mais comme je n'étois
pas perſuadé que cela pût
arriver , je mis encore dans
le même temps une autre
machine en experience à
huit pouces feulement de
profondeur en terre. C'étoit
une cuvette qui avoit
foixante quatre pouces en
fuperficie , & des rebords
de huit pouces de hauteur.
J'avois choifi un lieu où le
foleil ni le vent ne donGALANT.
85
noient point , & j'avois eu
grand foin d'ôter toutes les
herbes qui croiffoient fur
la terre au deffus de cette
cuvette, afin que toute l'eau
qui tomberoit fur la terre
pût paffer fans empêchement
jufqu'au fond de la
cuvette , où il y avoit un
petit trou & un tuyau qui
portoit dans un vaiffeau
toute l'eau qui pouvoit penetrer
la terre. Cette cuvette
n'étoit pas expoſée à
l'air : mais elle étoit enterrée
dans une trés - grande
quaiffe remplie par les cô86
MERCURE
tez & par deffous de la même
terre qui étoit au dedans
, afin que la terre de
la cuvette ne pût pas fe défecher
par l'air.
Je remarquai premierement
dans certe petite cuvette
, que depuis le 12. Juin
juſqu'au 19. Février fuivant
l'eau n'avoit point coulé par
le tuyau au deffous de la
-cuvette , & qu'elle y coula
feulement alors , à cauſe
d'une grande quantité de
neige qui étoit fur la terre
& qui fe fondoit. Depuis ce
temps - là la terre de certe
GALANT. 87
cuvette étoit toûjours fort.
humide : mais l'eau ne couloit
point que quelques
-heures aprés qu'il avoit plû,
& elle ceffoit de couler
quand ce qui étoit tombé
étoit épuilé ; car il en reftoit
toûjours dans la terre
une certaine quantité , qui
ne palloit point à moins
qu'il n'y en cût de nouvelle
au deffus de la terre.
<
Un an aprés je refis la
même experience dans la
petite cuvette : mais je la
mis à feize pouces avant
dans terre , qui étoit une
88 MERCURE
锣
fois plus qu'elle n'étoit d'abord.
Il n'y avoit point
d'herbes fur la terre , & elle
étoit encore à l'abri du foleil
& du vent. Il arriva à
peu prés la même chose que
dans la precedente , excepté
feulement que lors
qu'il fe paffoit un temps
confiderable fans pleuvoir ,
la terre fe défechoit unpeu,
& une mediocre pluie qui
furvenoit enfuite , n'étoit
pas capable de l'humecter
fuffifamment avec ce qui
y reftoit pour la faire couler.
Enfin
GALANT. 89
il
:
Enfin je planta quel
ques herbes fur la terre au
deffus de la cuvette mais
quand les plantes furent un
peu fortes , non feulement
ne couloit point d'eau àprés
la pluie ; mais toute
celle qui tomboit n'étoit
pas fuffifante toute feule
pour les nourrir , & elles fe
fanoient & fechoient , à
moins qu'on ne les arrosât
de temps en temps.
Il me vint alors en penfée
de meſurer la diffipation
ou évaporation de l'eau au
travers des feuilles des plan-
Mars 1714.
H
90 MERCURE
tes , quand elles font expo- .
fées au foleil & au vent. Le
30. Juin , à cinq heures du
matin , je mis dans une
phiole de verre , dont l'ouverture
étoit petite , une livre
d'eau pefée fort exactement
avec la phiole , & je
cueillis deux feuilles de figuier
de mediocre grandeur
, lefquelles pefoient
enfemble 5. gros 48. grains,
& j'en fis tremper le bout
des queues dans l'eau de la
phiole. Ces feuilles étoient
trés fraîches & fermes
quand je les cueillis . EnGALANT.
St
fuite j'expofai la phiole &
les feuilles au ſoleil , qui
étoit clair & chaud , & en
un lieu où il faifoit un peu
de vent , & je bouchai exactement
avec du papier le
refte du col de la phiole ,
qui n'étoit pas occupé par
les queues des feuilles , afin
que l'eau de la phiole ne
pût pas s'évaporer par cette
ouverture .
A onze heures du matin
je pefai le tout enſemble ,
& je trouvai qu'il y avoit
une diminution de poids de
deux gros , que l'air & le
Hij
92 MERCURE
foleil avoient tiré d'eau de
cette feuille , laquelle ne
peut être reparée quand la
feuille eft attachée à l'arbre
, que par l'humidité de
la terre qui paffe par les racines.
Je fis auffi pluſieurs autres
experiences fur des
plantes , & je trouvai toûjours
une trés - grande difſipation
d'humidité ; & aprés
avoir mefuré la fuperficie
des feuilles , & avoir confideré
ce qui en couvre ordinairement
la terre , j'ai jugé
que l'eau de la pluie
GALANT .
93
fur. tout en été , quoy qu'
elle foit alors trés- abondante
, n'eft pas capable de
les entretenir fans un fecours
tiré d'ailleurs . Il eſt
vrai que l'air de la nuit fournit
aux grands arbres , &
même aux plantes , une
grande quantité d'humidité
qu'on voit preſque toûjours
fur les feuilles vers le
lever du foleil , laquelle paffant
juſques dans les racines
, peut entretenir ces
plantes une partie du jour :
mais cette humidité toute
ſeule ne pourroit pas ſuf.
94
MERCURE
fire pour leur nourriture ,
fi elles n'en tiroient de la
terre même & des pluies
qui y entrent , comme je
l'ai remarqué dans mes experiences
que je viens de
rapporter.
Toutes ces experiences
m'ont fait connoître que
l'eau des pluies qui tombent
fur la terre , où il où il y a toûjours
quelques herbes &
des arbres , ne peut pas la
penetrer jufqu'à deux pieds,
à moins qu'elle n'ait été ramaffée
dans des lieux fablonneux
& pierreux , qui
*
.
GALANT .
95
A
la laiffent paffer facilement:
mais ce ne peut être que
des cas particuliers , dont
on ne peut tirer de confequence
generale. On en
peut voir un exemple au
rocher de la fainte Baume
en Provence , où la pluie qui
tombe fur ce rocher , qui
eft tout fendu & crevaffé ,
& où il n'y a point d'herbes
, penetre dans la grotte
en trés- peu d'heures à foi
xante- fept toiles au deffous
de la fuperficie du rocher ,
& y forme une trés - belle
cîterne, qui feroit enfin une
a
96 MERCURE
fontaine quand la cîterne
feroit remplie ; & lors qu'il
fe rencontre fur de femblables
rochers & dans
ces fonds confiderables de
grandes quantitez de neiges
qui fe fondent en été
à la feule chaleur du foleil ,
on remarque de grands
écoulemens de l'eau de
fontaine pendant quelques
heures d'un même jour , &
même à pluſieurs repriſes ,
fi le foleil ne donne fur ces
neiges qu'à quelques heures
differentes de la jour
née , le refte du temps ces
neiges
GALANT. 97
neiges étant à l'ombre des
pointes des rochers , & ne
pouvant
pas fe fondre facilement.
C'eft fans doute la
raiion de ce qu'on a rapporté
, qu'il y avoit des fontaines
au milieu des terres
qui avoient un flux & reflux
comme la mer.
Ces experiences m'ont
perfuadé que je ne devois
point attendre que les eaux
de la pluie & des neiges
paffaffent au travers des
huit pieds de terre qui étoient
au deffus de la cuvette
de plomb que j'avois
Mars
1714.
I
98 MERCURE
enterrée fur une terraffe ;
auffi il n'eft pas coulé une
feule goutte d'eau par le
tuyau depuis quinze années.
On voit donc par là qu'il
ne peut y avoir que tréspeu
de fontaines qui tirent
leur origine des pluies &
des neiges , & il faut neceffairement
avoir recours
d'autres cauſes pour expli.
quer comment il fe peut
rencontrer des fources trésabondantes
dans des lieux
élevez , & à très- peu de pro.
fondeur dans terre , com
HEQUE
ME
LA
THÈQUE
DE
OPON
;
GALANT.
me eft celle de Rungis res
de Paris , qu'on ne peut
tribuer à ces grottes ou
alembics foûterrains , qui
fervent à faire diftiler l'eau
des vapeurs condenfées
car il n'y a point de rochers
dans les
environs
, comme
je l'ai reconnu par plufieurs
puits que j'y ai fait faire ,
& le terrain eft ſeulement
un peu élevé , où l'on a fait
quelques puits , dont l'eau
eft fort proche de la furface
de la terre , & plus éle
vée que l'endroit où l'on a
ramaffé les eaux. Cette four.
I ij.
100 MERCURE
ce fournit cinquante pouces
d'eau environ , qui coule
toûjours & qui fouffre peu
de changement , & tout
l'efpace de terre d'où elle
peut venir n'elt pas
affez
grand pour fournir l'eau
de cette fource en ramaffant
celle de la pluye, quand
il ne s'en diffiperoit point ;
& de plus il eft toûjours cultivé
& couvert d'herbes &
de blé . Il y a quelques vallons
affez proche de ce lieu,
où il faut creuſer fort bas
pour trouver l'eau.
On a crû pouvoir expli
GALANT. ΙΘΙ
quer ces fortes de fources
par des tuyaux & des canaux
naturels , qui conduifent
l'eau de quelque
petite
riviere élevée , & qui
paffant par des lieux hauts
& bas , & même au deſſous
de quelques rivieres qui les
traverſent , font fi bien foudez
& bouchez
, qu'ils ne
laiffent point échaper cette
cau en chemin , pour la
conduire jufqu'au lieu où
elle doit fortir hors de terre.
Mais quand il pourroit
fe rencontrer de ces lieux
foûterrains
, je fuis perfuadé
1 iij
102 MERCURE
qu'ils auroient ſeulement
une pente neceffaire pour
laiffer couler l'eau entre les
terres fur un fond de tufou
d'argille : mais pour s'imaginer
des tuyaux naturels
hauts & bas , c'est tout ce
que peut faire l'art dans l'étenduë
d'un petit jardin ;
encore y a t-il fouvent à refaire
à ces conduites .
Il me femble qu'on peut
faire encore une objection
confiderable à cette hypothefe.
Car fi ces grandes
fources élevées tirent leur
origine de quelques rivicGALANT.
103
rés , ces mêmes rivieres doivent
auffi tirer leurs eaux
d'autres fources encore plus
élevées; car celles des pluies
& des neiges fondues dans
les lieux dont le fond feroit
ferme , ne peuvent former
que quelques torrens qui
ne durent que peu de tems,
& qui ne peuvent pas fournir
à l'écoulement
continuel
de ces rivieres. Les
grands ramas d'eau , comme
des étangs qui font à la
tête des petites rivieres , ne
prouvent rien pour l'origi .
ne des rivieres ; car nous
I iiij
104 MERCURE
avons fait plufieurs experiences
, qui nous font connoître
qu'il fe diffipe beaucoup
plus d'eau de celle
qui cft exposée à l'air dans
un vaiffeau fort large , qu'il
n'y en peut tomber du ciel.
Il ne refte donc qu'un
feul moyen pour expliquer
comment ces fources abondantes
peuvent fe former
dans terre , encore s'y rencontre
- t- il quelques difficultez.
Il faut s'imaginer
qu'au travers de la terre il
paffe une grande quantité
de vapeurs , qui s'élevent
GALANT.
105
des eaux qui y font ordinairement
a la hauteur des
rivieres les plus proches ,
ou de la mer ; que ces vapeurs
paffent d'autant plus
facilement , qu'elles rencontrent
un terrein plus facile
à être penetré , comme
on le remarque en hyver à
l'ouverture de quelques caves
fort profondes . Les particules
de ces vapeurs peuvent
fe joindre enfemble ,
le froid de la fuperou
par
ficie
de la terre
, quand
elles
commencent
à s'en
approcher
, ou
quand
elles
106 MERCURE
rencontrent un terrein qui
eſt déja rempli d'eau à laquelle
elles fe joignent , ou
enfin fi elles trouvent quelque
matiere qui foit propre
à les fixer , comme nous
voyons que les fels étant expolez
à l'air retiennent les
particules d'eau qui y voltigent
C'eft alors que cette
eau qui s'augmente toû
jours , en rencontrant un
fond affez folide pour la
foûtenir , coule entre les
terres fur ce fond , jufqu'à
ce qu'elle s'échape ſur la
fuperficie de la terre où ce
GALANT. 107
fond fe termine, ou retombe
dans quelque lieu plus bas
en terre , s'il y a quelques
ouvertures à la ggllaaiiſſee ou au
tuf qui la foûtient. C'eſt
tout ce que je trouve de
plus vraisemblable dans ce
cas , encore faut il que
vapeurs ayent des conduits
particuliers pour paffer , par
ces
leſquels l'eau qu'elles forment
ne puiffe pas s'échaper.
J'ai voulu voir par experience
ce qu'on pouvoit
efperer de la maniere
de
condenfer les vapeurs de
108 MERCURE
l'eau lors qu'elles s'attacheroient
dans la terre contre
des pierres qui feroient
remplies de quelques iels ;
car c'étoit une pentée nouvelle
que j'avois eue pour
expliquer de quelle maniere
les eaux des vapeurs
qui font en terre pourroient
le ramaffer.
Je mis dans un des caveaux
du fond de la carriere
de l'Obfervatoire un
vaſe de verre , & j'attachai
fur le bord du vaſe un morceau
de linge que j'avois
trempé dans un peu d'eau ,
GALANT . 109
où j'avois fait diffoudre du
fel de tartre. Je choifis ce
fel , parce que je crus qu'il
étoit plus propre à fixer les
vapeurs que tout autre. Le
lieu paroît fort humide ,.
fur - tout en été. Quelque
temps aprés je trouvai au
fond du vafe une quantité
affez confiderable de liqueur
, qui n'étoit que l'eau
de la vapeur de l'air , laquelle
s'étoit attachée contre
le linge , & en ayant
été rempli , le furplus , qui
augmentoit toûjours , avoit
coulé au long des côtez du
110 MERCURE
vafe. J'aurois pouffé cette
experience plus loin , pour
voir fi fa liqueur auroit
continué de couler , & fi le
fel qui étoit dans le linge
auroit été entierement em.
porté par l'eau qui en couloit
, quoy qu'il puiffe arri
ver que des pierres qui auroient
des fels propres 3
fixer les vapeurs , auroient
pû conſerver toûjours leur
fel , & même s'en charger
de nouveau : mais on entra
dans le caveau en mon
abſence , on rompit le vaſe,
& mon experience fut interrompuë.
GALANT.
Je ne parle point de
quelques fontaines particulieres
& extraordinaires ,
qui fe trouvent , à ce qu'on
dit , fur le bord de la mer
& fur des rochers élevez ,
lefquelles ont un flux & un
reflux femblable à celui de
la mer , & qui ne laiſſent
pas d'être des eaux fort
douces. J'ai expliqué mecaniquement
de quelle maniere
cela fe pourroit faire ,
en ſuppoſant des reſervoirs
foûterrains un peu élevez
au deffus du niveau de la
mer , & que la cavité où
112 MERCURE
ces refervoirs font placez
ait communication par le
moyen de quelques canaux
avec la mer. Car il doit arriver
que lofque la mer
monte , elle comprime l'air
qui eſt dans cette cavité ,
lequel preffè l'eau du reſervoir
, & l'oblige de s'écha
per , & même de s'élever
par quelques fentes ou conduits
de ces rochers jufques
fur la fuperficie de la terre ,
où elle forme une fontaine
qui doit diminuer peu à peu
la mer fe re- à meſure que
tire , & que l'air comprimé
qui
GALANT. 113
qui la forçoit de monter fe
rétablit dans fon premier
état. Mais pour peu qu'on
fçache de mecanique , &
qu'on entende bien les
effets des corps liquides ,
on ne manquera pas de
moyens pour expliquer non
feulement les merveilles
qu'on voit dans la nature
fur cette mariere , mais
encore tout ce qu'on pourroit
imaginer.
1
C'eft affez parler de l'origine
des fontaines ; il me
faut maintenant expliquer
quelques remarques parti-
Mars
1714.
K
114 MERCURE
culieres que j'ai faites à
cette occafion fur l'utilité
qu'on peut retirer de l'eau
des pluies. L'avantage le
plus confiderable de l'eau
de la pluie , c'eft de la ra
maſſer dans des refervoirs
foûterrains qu'on appelle
citernes , où quand elle a été
purifiée en paffant au travers
du fable de riviere , elle
fe conferve plufieurs années
fans le corrompre. Cette
eau eft ordinairement la
meilleure de toutes celles
dont on peut ufer , foit ppour
l'employer dans plufieurs
"GALANT.
ufages , comme pour le
blanchiffage & pour les
teintures, en ce qu'elle n'eft
point mêlée d'aucun fel de
la terre , comme font preſque
toutes les eaux de fontaines,
& même celles qu'on
cftime les meilleures. Ces
cîternes font d'une trésgrande
utilité dans les lieux
où l'on n'a point d'eau de
fource , ou bien lorfque
toutes les eaux de puits font
mauvaiſes. Ce n'eſt pas ici
le lieu de parler de la conftruction
des cîternes , ni
du choix des materiaux
Kij
116 MERCURE
qu'on y doit employer ;
puis qu'il ne s'agit que d'avoir
un lieu qui tienne bien
l'eau , & que les pierres &
le mortier dont elles font
jointes , ne puiffent donner
aucune mauvaiſe qualité à
l'eau , qui y fejourne pendant
un temps confiderable.
Ceux qui ont des cîternes
, & qui font curieux
d'avoir de bonne eau , obfervent
foigneufement de
ne laiffer point entrer l'eau
des neiges fonduës dans la
cîterne , ni celles des pluies
GALANT.
117
d'orage. Pour ce qui eft de
celle des neiges fonduës ,
je crois qu'on a quelque
raifon de les exclure des
cîternes , non pas à cauſe
des fels qu'on s'imagine qui
font enfermez , & mêlez
avec les particules de la
neige: mais feulement parce
que ces neiges demeurent
ordinairement
C
plufieurs
jours , & quelquefois des
mois entiers fur les toits
des maiſons , où elles fe
corrompent par la fiente
des oifeaux & des animaux ,
& bien plus par le long
118 MERCURE
féjour qu'elles font fur les
tuiles qui font toûjours fort
fales . C'est pour cette raiſon
que lors qu'il commence à
pleuvoir , je voudrois que
la premiere eau qui vient
du toit , & qui doit entrer
dans la cîterne , fût rejettée
comme mauvaiſe , n'ayant
fervi qu'à laver les toits ,
qui font couverts de la pouffiere
qui s'éleve de bouës
défechées dans les ruës &
dans les grands chemins ,
& qu'on ne reçût ſeulement
dans la cîterne que celle
qui vient enfuite.
GALANT . 19
Il y a une autre remarque
fort confiderable pour les
eaux qu'on doit rejetter des
cîternes , & que le ſeul hazard
m'a fait connoître. Il
y a quelque temps que je
fus curieux de ramaffer de
F'eau de pluie qui tomboit
à
l'Obfervatoire , par le
moyen de la cuvette dont
je me fers pour meſurer la
quantité d'eau qui tombe
pendant l'année . Cette cu
vette eft de fer blanc bien
étamé , elle a quatre pieds
de fuperficie, & des rebords
de fix pouces de hauteur.
120 MERCURE
Il y a un trou & un petit
tuyau qui y eft foudé vers
l'un des angles par où l'eau
qui tombe dans la cuvette ,
qui eft un peu inclinée vers
cet angle , eft portée dans
un vaiffeau qui la reçoit ,
pour la meſurer enfuite , &
connoître par ce moyen la
quantité qui en eft tombée.
Je nettoyai & lavai la cuvette
& le vaiſſeau qui reçoit
l'eau , le plus proprement
qu'il me fut poffible ,
áu commencement d'une
pluie qui paroiffoit abondante,
& je ramaſſai enfuite
l'eau
GALANT. 121
l'eau dans des bouteilles de
verre bien nettes pour la
conferver. Mais comme je
voulus goûter de cette eau,
je fus furpris de ce qu'elle
avoit un fort mauvais goût,
& qu'elle fentoit la fumée :
ce qui me parut fort extraordinaire
; car j'en avois
fouvent goûté de celle qui
étoit ramaffée de la même
maniere , laquelle n'avoit
pas ce même goût. Je ne
voyois rien qui eût pû communiquer
cette odeur de
fumée à l'eau de pluie ; car
le lieu où je la ramaffe ef
Mars
1714
L
122 MERCURE
fort à découvert & élevé,
fort
& il n'y a point de fumée
qui n'en foit fort éloignée.
Mais enfin je confiderai
que cette eau de pluie étoit
tombée avec un vent du
nord ; ce qui n'eſt pas
ordinaire ; car il pleut rarement
de ce vent ; & comme
toute la ville eft au nord
de l'Obfervatoire, la fumée
des cheminées s'étoit mêlée
avec l'eau qui tomboit , &
qui paffoit enfuite pardeffus
le lieu où je la ramaffois ,
& qu'enfin c'étoit la vraye
caufe de la mauvaiſe odeur
GALANT.
123
de l'eau ; car on ſçait par
plufieurs
experiences que
l'eau prend trés facilement
l'odeur de la fumée En effet
je m'en affurai quelque
temps aprés car ayant
encore ramaffé de l'eau de
pluie qui tomboit avec un
vent de midi ou de fudoüeft
, je n'y remarquai rien
de femblable pour le goût ;
car il n'y a que de grandes
campagnes qui s'étendent
vers le midi de l'Obferva
toire.
30 Je conclus de là qu'on
doit aufli rejetter des cîter-
Lij
124
MERCURE
nes toutes les eaux de pluie
qui font apportées par des
vents fur des lieux infectez
de quelque mauvaiſe
odeur , comme des égoûts ,
des voiries , & même des
grandes villes à cauſe de la
fumée , comme je viens de
remarquer ; car les exhalaifons
& les mauvaiſes vapeurs
qui fe mêlent avec
l'eau qui entre dans la cîterne
, doivent corrompre
celle qui y eft entrée dans
un autre temps.
$ Enfin puifquel'on ne peut
pas douter par toutes les ex
GALANT .
-125
periences & par toutes les
épreuves qu'on a faites, que
l'eau de la pluie qui a été purifiée
dans du fable de riviere
, pour lui ôter le limon &
une odeur de terre qu'elle a
en tombant du ciel , ne foit
la meilleure & la plus faine
de toutes celles dont on
puiffe ſe ſervir , j'ai penſé de
quelle maniere on pourroit
pratiquer dans toutes les
maifons des cîternes qui
fourniroient affez d'eau
pour l'ufage de ceux qui y
demeurent.
Premierement il eft cer-
Liij
126 MERCURE
tain qu'une maiſon ordinaire
, qui auroit en fuperficie
quarantes toiſes , lef
quelles feroient couvertes
de toits , peut ramaſſfer chaque
année 2160. pieds cubiques
d'eau , en prenant
feulement dix huit pouces
pour la hauteur de ce qu'il
en tombe , qui eft la moindre
hauteur que j'aye obfervé
. Mais ces 2160. pieds
cubiques valent 75600. pintes
d'eau , à raifon de 35.
pintes par pied , qui eſt la
jufte mefure pour la pinte
de Paris, Si l'on diviſe donc
GALANT. 127
ce nombre de pintes par
les 365. jours de l'année
on trouvera 200. pintes par
jour. On voit par là que
quand il y auroit dans une
maiſon , comme celle que
je fuppofe , vingt - cinq perfonnes
, elles auroient huit
pintes d'eau chacune à dépenſer
, qui eſt plus d'un
feau de ceux d'ordinaire ,
& ce qui eft plus que fuffifant
pour tous les uſages de
la vie.
Il ne me reste plus qu'à
donner un avis fur le lieu
& fur la maniere de con-
Liiij
128 MERCURE
,
a
ftruire ces fortes de cîternes
dans les maiſons particulieres.
On voit dans plufieurs
villes de Flandres ,
vers les bords de la mer
où toutes les eaux des puits
font falées & ameres
cauſe que le terrain n'eft.
qu'un fable leger au travers
duquel l'eau de la mer ne
f purifie pas , que l'on fait
des cîternes dans chaque
maiſon pour ſon uſage particulier.
Mais ces cîternes
font enterrées , & ne font
que des caveaux où l'on
croit que l'eau le conferve
GALANT. 129
mieux qu'à l'air. Il eſt vrai
que l'eau , & fur- tout celle
de pluie , ne fe conferve pas
à l'air à caule du limon dont
elle eft remplie , & qu'elle
ne depofe pas entierement
en paffant par le fable , &
qu'elle fe corrompt , & qu'il
s'y engendre une espece de
mouffe verte qui la couvre
entierement. C'est pourquoy
je voudrois qu'on pratiquât
dans chaque mailon
un petit lieu dont le plancher
feroit élevé au deffus
du rez de chauffée de fix
pieds environ ; que ce lieu
130 MERCURE
n'eût tout au plus que la
quarantieme ou cinquantieme
partie de la fuperficie
de la maiſon , & qui feroit
dans nôtre exemple d'une
toife à peu prés. Ce lieu
pourroit être élevé de huit
à dix pieds , & bien vouté
avec des murs fort épais.
Ce feroit dans ce lieu où je
placerois un refervoir de
plomb , qui recevroit toute
l'eau de pluie aprés
qu'elle auroit paffé au travers
du fable. Il ne faudroit
à ce lieu qu'une tréspetite
porte bien épaiffe &
GALANT. 131
bien garnie de natte de
paille , pour empêcher que
la gelée ne pût penetrer
jufqu'à l'eau. Par ce moyen
on pourroit diſtribuer facilement
de trés bonne eau
dans les cuifines & les lavoirs.
Cette eau étant bien
enfermée ne fe corromproit
pas plus que fi elle étoit fous
terre, & ne geleroit jamais.
Son peu d'élevation au def
fus du rez de chauffée ferviroit
affez à la commodité
de fa diftribution dans tous
les lieux bas du logis.Ce reſervoir
pourroit être placé
132
MERCURE
dans un endroit où il n'incommoderoit
par fon humidité
, qu'autant que ceux
d'eau de fontaine qui font
dans plufieurs maiſons.
J'ai examiné depuis peu
les differentes eaux de pluie
que j'avois ramaffées autrefois
, & que j'avois confervées
dans des bouteilles de
verre. J'ai trouvé qu'il y en
avoit quelques - unes qui
étoient d'un mauvais goût,
& je ne fçaurois affurer fi
ce font celles qui avoient
d'abord une odeur de fumée
quand je les ai miſes
GALANT. 133
dans la bouteille ; les autres
étoient affez bonnes & agreables
, elles n'avoient
plus le goût de terre , qu'ont
toutes les eaux de pluie , &
c'étoit peut être parce qu'-
elles avoient dépolé un
certain limon , qu'on voit
ordinairement au fond des
vaſes où l'on a laiſſé pendant
quelque temps des
caux de pluie.
Jajoûterais encore une
remarque que j'ai faite fur
les eaux de fontaine qui font
fur le côteau de la butte de
Montmartre vers le fepten134
MERCURE
trion. Ces eaux font fort
claires & affez bonnes pour
boire. Cependant fi l'on
fait cuire de la viande &
des herbes à potage avec
cette eau , le bouillon eſt
d'une grande amertume ;
ce qu'on ne peut pas attribuer
à la nature des herbes
du lieu , puifque fi l'on
fe fert d'eau de pluie pour
faire le bouillon , il eſt trésbon
& n'a aucune amertume.
Fermer
Résumé : Remarques sur l'eau de la pluie, & sur l'origine des fontaines ; avec quelques particularitez sur la construction des cîternes.
Le texte explore l'importance historique de la gestion de l'eau, tant pour les besoins quotidiens que pour l'ornementation des palais et jardins. Les hommes ont toujours cherché à rendre les rivières navigables et à construire des aqueducs pour transporter l'eau sur de longues distances. Ils ont également inventé des machines pour élever et distribuer l'eau de manière spectaculaire. Deux principales théories expliquent l'origine des fontaines. La première attribue les fontaines à l'eau de pluie et à la fonte des neiges, tandis que la seconde propose des cavités souterraines où les vapeurs des eaux se condensent. M. N** a calculé que l'eau de pluie et de neige fournit suffisamment d'eau pour entretenir les rivières comme la Seine. L'auteur a mené des expériences pour vérifier ces théories. Il a enterré des cuvettes de plomb à différentes profondeurs pour observer la pénétration de l'eau de pluie. Les résultats ont montré que l'eau ne pénètre pas profondément dans la terre, sauf dans des terrains sableux et pierreux. Les expériences ont également révélé que les plantes absorbent une grande quantité d'humidité, ce qui limite la pénétration de l'eau dans le sol. L'auteur conclut que peu de fontaines tirent leur origine des pluies et des neiges. Le texte traite également de l'origine des sources et de l'utilisation de l'eau de pluie. Il propose une explication des sources par des tuyaux et canaux naturels conduisant l'eau de rivières élevées, mais cette hypothèse est contestée. L'auteur suggère que les sources proviennent de vapeurs s'élevant des eaux des rivières ou de la mer, se condensant et s'écoulant à travers des terrains perméables. Il relate une expérience où il a recueilli de l'eau de vapeur dans un vase pour démontrer la formation des sources. L'auteur aborde l'utilité des citernes pour collecter et conserver l'eau de pluie, soulignant que cette eau est souvent de meilleure qualité que celle des fontaines ou des puits. Il recommande de ne pas collecter l'eau des neiges fondues ou des pluies d'orage, ainsi que celle apportée par des vents passant au-dessus de lieux infectés par des mauvaises odeurs. Il calcule la quantité d'eau de pluie que peut collecter une maison ordinaire et conclut que cela suffit amplement pour les besoins quotidiens des habitants. Enfin, le texte mentionne la construction de citernes dans les maisons particulières, notamment dans les villes de Flandres où les eaux des puits sont salées et amères en raison de la proximité de la mer. L'auteur propose un réservoir élevé au-dessus du rez-de-chaussée, couvert et bien isolé pour éviter la contamination et le gel. Ce réservoir recueillerait l'eau de pluie filtrée à travers un sable léger, permettant une distribution facile dans les cuisines et lavoirs sans risque de corruption ou de gel.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 145-194
REMARQUES sur les inégalitez du Mouvement des Horloges à Pendule.
Début :
Les Astronomes qui ont pris grand soin de regler leurs [...]
Mots clefs :
Pendule, Mouvement de la terre, Air, Vibrations, Eau, Terre, Ligne, Corps, Longueur du pendule, Cayenne, Poids, Pendule simple, Seconde, Gorée, Horloge, Axe, Particules, Cycloïde, Pôles, Expérience
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES sur les inégalitez du Mouvement des Horloges à Pendule.
REMARQUES
Sur les inégalitez du Mouvement
des Horloges à Pendule.
L
Es
Aftronomes qui ont
pris grandfoinde regler
leurs Pendules à ſecon-
1 des , fur le Mouvement des
Aftres , y ont remarqué des
inégalitez , qu'ils n'ont pû réduire
à aucune regle certaine.
J'ay fait quelques remarques
fur ces inégalitez dans le Me.
moire que j'ay lû à l'Acadé-
N Avril
1714.
146 MERCURE
mie , & entr'autres fur celles
par
qui peuvent
venir d'une petite
lame de reffort , que j'avois
miſe à la place de la foye
pour foutenir
le Pendule ; car
j'avois cru que cette lame ,
n'étant pas ſujette aux alterations
qui arrivent
à la foye ,
la féchereffe
& par l'humidité
de l'air , les vibrations
du Pendule
pourroient
eftre
beaucoup
plus égales : Mais
enfin je fus obligé d'ofter la
lame & d'y mettre la foye , à
caufe que j'y remarquois
des
inégalitez
bien plus grandes
qu'auparavant
; & j'ay trouvé
GALANT. 147
depuis que l'Horloge alloit
affez juftement pour ne pas
s'écarter quelques fois du
moyen mouvement d'une
feule feconde dans l'efpace de
quatre jours , où le Pendule
fait 345600. vibrations . Mais
j'ay auffi remarqué quelques
fois , que d'un jour à l'autre
il y avoit des changemens af
fez confiderables pour embarraffer
un Obfervateur exact ,
& pour donner de l'exercice à
un Philofophe qui en voudroit
rechercher la caufe , la.
quelle ne peut
fique.
cftre que Phy-
Nij
148 MERCURE
Les differens états de l'air
femblent eftre les feules caufes
des changemens que nous
remarquons au Mouvement
des Pendules ; car il eſt chaud
ou froid , fec ou humide , leger
ou pefant , rare ou groffier
ou épais ; toutes ces differentes
qualitez fe mêlant enfemble
en differens degrez ,
peuvent caufer de grandes alterations
au Mouvement des
Horloges. Mais pour reconnoiftre
quelque chofe de ce
qui doit arriver , il faut confiderer
féparément ces états
differens .
GALANT 149
7 des
On fuppofe premierement ,
que fi la Cycloïde eft bien
faite fuivant les regles que Mr
Huggens en a données , tout
ce qui peut accelerer ou ralentir
le Mouvement des rouës ,
ne doit apporter aucun changement
à l'Horloge , puifqu'il
n'en pourroit arriver
vibrations plus longues , ou
plus courtes , lefquelles ne
laifferoient pas d'eftre fochrones
ou d'égale durée . Ainfi
le froid pouvant figer en quelque
façon le peu d'huile qui
eft attaché aux pivots des
rouës , fera
que
que leur Mouve-
Niij
So MERCURE
ment fera plus difficile que
dans un temps chaud ou
l'huile fera plus liquide , &
par confequent les vibrations
deviendront plus
courtes ;
elles ne
laifferont pas d'eftre
d'égale durée à celles qui font
plus longues , cftant rectifiées
par la figure de la Cycloïde.
L'humidité qui
s'attachera
aux touës , & aux pivots pourra
caufer à peu prés le même
effet fans qu'il arrive d'inégalité
au Mouvement
.
Mais quoique la Cycloïde
foit la figure neceffaire pour
faire que les vibrations
lonGALANT.
151
gues ou courtes , foient Ifochrones
, il falloit confiderer ,
qu'elle ne pouvoit avoir lieu
que lorsque la fufpenfion n'auroit
aucune groffeur ou épaiffeur,
ce qui eft impoffible dans
l'execution
; c'est pourquoy
,
puifqu'on fe fert d'un fil de
e
foye tortillé , qui eft affezgros
pour foutenir la lentille du
pendillon ou Pendule qui eft
pefante , & qu'on ne doit
rien négliger , de ce qui peur
contribuer à la jufteffe de ce
Mouvement ; il ne faut pas
que la figure foit une Cycloïde
, mais une ligne paralelle à
Niiij
152 MERCURE
la Cycloïde laquelle en foit
éloignée vers la partie concave
de la moitié de
l'épaiffeur du
fil , afin que l'axe où le milieu
de ce fil décrive exactement
la Cycloïde , comme je l'ay expliqué
dans mon Traité des
Epicycloïdes qui doivent fervir
au Mouvement des Machines.
On peut auffi
remarquer
que les petits filets de foye qui
compofent le fil , font fecs &
roides , & qu'ils peuvent par
confequent fouffrir tous enfembles
des alterations confi-
1
derables , & à
peu prés femblables
à celles de la lame de
GALANT . 153
reffort , qui eft plus roide dans
des temps froids , lecs & plus
molle dans des temps chauds ;
mais c'eſt un accident qu'on
ne peut éviter , quand on fe
fert d'une fufpenfion flexible
pour le Pendule ; c'eft pour
quoi on pourroit éprouver
celle que j'ay propofée dans
differens Memoires.
Si l'on confidere les diffe
& rens états de l'air par rapport
au Pendule , & non pas par
rapport au rouage de l'Horloge,
on y remarquera tant de
differens accidens , qu'à peine
pourroit- on croire que l'Hor
7.
154 MERCURE
loge pût aller également une
heure en terre , pendant laquelle
le Pendule fait 3600 .
vibrations ou battemens.
On fçait que la chaleur du
Soleil en Eté eft affezforte pour
échauffer une barre de fer de
fix pieds de longueur , & la
rendre plus longue qu'elle n'étoit
en Hiver , ayant efté expofée
à la gelée, de deux tiers
de ligne , comme je l'ay reconnu
par une experience tresexacte
que j'en ay faite autrefois.
C'est pourquoi ces deux
états differens de l'air fur la
longueur, de la verge du PenGALANT
. 155
-1
dule , qui doit eftre de trois
pieds huit lignes un deuxième
pour battre les fecondes , la
pourroit changer d'un tiers de
ligne , ce qui cauferoit une
difference tres- confiderable
dans la durée des vibrations
du Pendule , puifqu'elle pourroir
aller jufqu'à 32. par jour,
Mais comme ce cas ne pourroit
arriver que lorfque l'Horloge
feroit expofée à l'air , &
au Soleil dans ces deux faifons,
ce qui n'eft pas ordinairement,
on n'y remarque pas de fi
grands changemens . Il arrive
quelque fois d'affez grandes
156 MERCURE
differences de chaleur d'un jour
à l'autre , & de la nuit au jour
pour faire allonger ou racourcir
la verge du Pendule , qui
pourra ralentir ou accelerer
le Mouvement de l'Horloge,
de quelques fecondes , comme
nous le remarquons auffi quel
que fois , ce qui peut venir par
cette feule caufe. C'est pourquoi
dans l'ufage qu'on fait
des Horloges à Pendule pour
les obfervations celeftes , où il
eft neceffaire de connoiftre
l'heure dans la derniere juf
teffe , il faut les placer dans un
lieu où elles foient le plus à la
GALANT. 157
l'abri qu'il eft poffible , de
toutes les injures de l'air.
L'humidité , la féchereffe ,
la denfité , la rareté de l'air peuvent
auffi caufer des alterations
confiderables
auMouve-
3 ment du Pendule. Car lorfque
l'air fera humide , c'est- à- dire
lorſqu'il ſera rempli de quantité
de petites particules d'eau
qui y demeurent
fufpendues ,
ou lorsqu'il eft denfe ou épais,
le Pendule , aura plus de peine
à le fendre , & il femble que
fes vibrations doivent cftre
alors de bien plus longue durée
que lorsqu'il eft fec ou ra 31
158 MERCURE
re. Car nous fçavons par experience
qu'une plume treslegere
tombe dans un tuyau
dont on a pompé l'air,prefque
auffi vite qu'une pierre fait
dans l'air. Mais comme on ne
doit point juger de ce qui
doit arriver dans ces fortes de
rencontres fans en faire l'experience
lorsqu'il eft poffible
de la faire , j'ay cru que fi l'air
humide ou épais peut rendre
les vibrations de plus longue
durée qu'un air fec & rare ,
on devoit appercevoir une
tres grande difference entre le
Mouvement du Pendule dans
GALANT . 159
l'air & dans l'eau . Pour connoistre
ce qui en eftoit , j'ay
fait un Pendule à demi fecondes
avec une bale de plomb
de deux onces de
pefanteur ,
laquelle eftoit fufpenduë à un
fil delié , & je l'ay mis en.
mouvement dans l'eau . J'ay
remarqué dabord que les
grandes vibrations fe racourciffoient
, & que le mouvement
s'arreftoit infenfiblement
aprés une minute & un
peu plus. Mais comme je me
perfuadois que ces vibrations
dans l'eau devoient eftre au
moins d'une feconde chacune ,
160 MERCURE
lefquelles n'eftoient que d'une
demi feconde dans l'air , j'ay
efté fort furpris de voir
qu'elles me paroiffent prefqu'-
auffi promptes ou d'égale durée
à celles qui ſe faifoient
dans l'air. Pour les mefurer
exactement j'ay fair compter
les vibrations du Pendule de
l'Horloge à feconde , pendant
une minute , & à même
temps je comptois les vibrations
du Pendule à demi feconde
, dans l'eau d'un grand
vaiffeau plat , où la balc
eftoit enfoncée d'un demi
pouce environ , & j'ay trouvé
1
aptés
GALANT . 161
1
aprés avoir repeté plufieurs
fois la même experience , que
le Pendule dans l'eau ne faifoit
que 112. vibrations au lieu
des 120. qu'il auroit faites
dans l'air pour une minute.
J'ay fait auffi la même experience
avec un Pendule
fimple à fecondes , dont la bale
qui eftoit de plomb , peſoit
cinq onces , & j'ay trouvé
comme dans l'autre que les
grandes vibrations duroient
fort peu de tems , & que
Pendule s'arreftoit prefque entierement
aprés deux minutes ;
mais il ne faifoit dans l'eau
Avril 1714
.
le
162 MERGURE
que
que 114 vibrations pendant
le Pendule de l'Horloge
en faifoit i 20. dans l'air pour
deux minutes. Ainfi le retardement
que l'eau caufe aux
vibrations du Pendule eft de
trois par minute ; j'aurois fouhaité
de faire les obfervations
de ces differences de vibrations
dans l'eau & dans l'air
pendant
20. ou 30, pour connoiftre
plus exactement leur
difference , & voir quel rap
port il y avoit dans le retardement
des vibrations dans
l'eau , fur ces Pendules de difference
longueur ; mais je n'ay
GALANT . 163
pû aller plus loin.
Puifqu'un Pendule à fccondes
perd dans l'eau trois
par minute , il perdroit en un
jour 4320.
Mais fi nous
fuppofons que cette diminution
du mouvement des Pendules
, vient de la denfité du
milieu ; & fi l'air eft denſe , ou
épais par le poids dont il eft
chargé , fans avoir égard au
plus ou au moins de particules
d'eau qui y font mêlées , il
s'enfuivra
que fi la pefanteur
de l'air change feulement d'un
28 , comme on le remarque
affez fouvent dans le Baro-
O ij
164 MERCURE
-
metre, la vingt- huitième partie
de 4320. de retardement du
Pendale dans l'eau pour un
jour , laquelle eft 154. fera
la diminution ou bien le retardement
de l'Horloge dans
l'efpace d'un jour par rapport
à deux differents états de l'air ;
mais on n'a jamais remarqué
dans les Horloges à Pendule ,
une auffi grande difference
que celle- là; on ne peut donc
pass dire , que les differens
poids dont l'air peut eftre
chargé , puiffent caufer ſes differentes
denfitez ne font pas
fur le mouvement d'un PenGALANT
. 165
dule le même cffet que la
denfité de l'eau , ce qui peut
venir de la differente configuration
des parties de ces deux
corps , dont celles de l'air ,
quoique fort ferrées & preffées
, pourront cftre facilement
féparées , & au contraire
celles de l'eau le peuvent être
tres-difficilement , eftant adherentes
les unes aux autres.
On pourroit encore ajouter
que les dernieres vibrations
dans l'eau eftant plus courtes
que les premieres , elles vont
plus vite.
Ce feroit pour cette raiſon
166 MERCURE
que l'air , quoiqu'il fut rempli
de particules d'eau n'apporte
roit que peu ou point de retardement
au mouvement du
Pendule , en ce que toutes ces
particules n'ayant point de
liaifon les unes aux autres ;
mais eftant toutes féparées
par les particules de l'air, pourroient
eftre tres- facilement
deplacées entre les particules
de l'air , où elles font flotan-
>tes .
Maisfices particules d'eau ne
caufent point de retardement
au mouvement du Pendule
pár la difficulté à cftre déplas
GALANT . 167
cées ; elles peuvent y caufer
un changement affez confiderable
par un autre moyen. Si
l'air de fec qu'il devient humide,
il eft certain qu'une tresgrande
quantité de ces particules
d'eau doivent s'attacher
à la fuperficie de la verge , &
à celle du poids du Pendule ,
& même elles peuvent penetrer
un peu cette verge & ce
poids ; & par confequent elles
feront comme un enduit fur
la vergez& fur ia lentille du
poids , qui aura fon centre
Jd'ofcillation different de celui
du compofé de la verge &
168 MERGURE
du poids : c'eft pourquoi le
centre d'ofcillation étant alors
different de ce qu'il eftoit au
paravant
, la durée des vibrations
ne fera pas la même
qu'elle eftoit. Ce n'est pas
qu'on ne puiffe remedier en
quelque façon à cet accident ,
en fe fervant pour Pendule
d'un Cylindre dont la baffe
eftoit petite, ce qui foit homogene
dans toute fa longueur ,
lequel cftant fufpendu par
l'extrémité
de fon axe , auroit
à tres peu prés un même point
pour centre d'ofcillation de fa
fuperficie & de fon corps , &
par
GALANT. 169
par confequent quelque changement
qu'il arrivât à cette ſuperficie
pourvû qu'il fut égal
dans toutes fes parties , le
mouvement du Pendule n'en
feroit point alteré fenfiblement
. Ce feroit la même
chofe , fi au lieu d'un Cylindre
on fe fervoit d'un paralele
lipipede , pourvû qu'il
fut auffi fufpendu par l'extre
mité de fon axe.
Enfin fi la Cycloïde eftoit
mal faite , elle pourroit caufer
de nouvelles irrregularitez au
mouvement du Pendule , fuivant
que ces vibrations fe-
Avril 1714. P
170 MERCURE
roient plus longues ou plus
courtes dont il s'en formeroit
plufieurs autres par leur combinaiſon
, avec les premieres.
Pour ce qui regarde les differentes
longueurs du Pendule
dans differens climats , il
me femble qu'on y peut faire
quelques remarques ; car Mr
Picard avoit obfervé à Vranibourg
, & à Bayonne , où j'étois
avec lui , que la longueur du
Pendule fimple à ſeconde , étoit
exactement la même qu'à
Paris. On fit une grande attention
à cette obfervation de
Bayonne , à cauſe qu'on fçaGALANT.
171
voit ce que Mr Richer en avoit
rapporté de Cayenne. Vrani .
bourg & Bayonne font éloignez
l'un de l'autre en latitude
de plus de douze degrez,
& entre Bayonne & Cayenne ,
la difference de latitude eft
de 38. car Cayenne eſt à peuprés
à 5. de latitude de Borcale
, ce qui donne ſeulement
une difference à peu - prés triple
de la premiere , pour laquelle
on trouve cinq quarts
de ligne de diminution de la
longueur du Pendule . On
doit donc conclure de là que
cette difference de longueur
Pij
172 MERCURE
ne devient fort fenfible qu'en
s'approchant de la ligne.
Mais quelques années aprés
Mrs Varin , des Hayes & de
Glos, ayant été envoyez vers la
ligne , pour y faire quelques
obfervations Aftronomiques
,
trouverent que dans l'Ile de
Gorée , qui eft à 14. de latitude
de Borcale , la longueur
du Pendule fimple à feconde
devoit cftre plus courte qu'en
France de 2. lignes . Les obfervations
faites à Cayenne &
à Gorée , ne laiffent aucun lieu
de douter qu'elles ne foient
tres- certaines & tres - exactes
GALANT. 173
to
par toutes les circonstances
qui y font rapportées . Cependant
fi l'on avoit voulu
conclure cette difference de
longueur du Pendule pour
Gorée par celle de Cayenne ,
on auroit dit que celle de
Gorée devoit eſtre ſeulement
plus courte qu'à Paris de trois
quarts de ligne environ , &
l'obfervation la donne de 2.
lignes entieres. Au contraire ,
fi de celle de Gorée on avoit
conclu celle de Cayenne, on
l'auroit pofée de 3. lignes environ
, & elle n'a efté trouvée
que de cinq quarts de lignes .
Piij
174 MERCURE
Les grandes differences ne
peuvent s'accorder en aucune
façon avec les hypotefes que
Mr Mariette a faites dans fon
Traité du mouvement des Eaux ,
& Mr Huygens dans ſon Traité
de la Lumiere , & il faut en
chercher d'autres pour expliquer
pourquoi la longueur du
Pendule eft la même dans les
latitudes de 55. un quart & de
43. un tiers , & qu'à 14. deux
tiers elle eft de deux lignes plus
courte , & à 5. de cinq quarts
de ligne feulement . Mais ne
pourroit-on point foupçonner
que cette differente lonGALANT.
175
1
1
gueur
du Pendule n'eft point
réelle , mais feulement apparente,
& qu'elle ne vient que de
la mefure dont on s'eft fervi .
Car il est tres - vray que les
métaux , & generalement tous
les corpss s'étendent conſidera
ble ment à la chaleur , & fe
refferent au froid . Mr Picard
dit que fur un pied de longueur
il a obfervé un allongement
d'un quart de ligne ; & par
confequent fur la longueur du
Pendule ce feroit trois quarts
de ligne , au lieu que je n'ay
trouvé qu'un tiers de ligne.
Cette difference pourroit ve-
Piiij
176 MERCURE
nir des manieres differentes
dont les obfervations ont efté
faites ; car Mr Picard ayant
expofé les corps à la gelée , les
mettoient enfuite auprés du
feu ; & pour moy je les ay
feulement expofez au Soleil.
l'Eté fuivant . On pourroit
donc dire que vers la ligne ,
& entre les Tropiques où les
chaleurs font fort grandes , les
métaux s'étendent & s'allon.
gent tres- confiderablement
au- delà de ce qu'ils font dans
ccs Pays - ci , & peut - eſtre encore
par une cauſe particuliere
des vapeurs des exhalaiſons
GALANT 177
1
qui les penetrent , comme on
fçait qu'elles font tres - penetrantes
en ces Pays - là ; & enfin
plus dans un temps que
dans un autre , & plus dans un
lieu que dans un autre . C'eſt
pourquoy ces caufes d'extenfion
qui ne font pas
confiderables
dans ces Pays - ci , peu-
ES vent estre tres- differentes à
Gorée & à Cayenne , & dans
des temps differens , car on eft
I perfuadé que vers les Tropiques
les chaleurs font bien
plus fortes que vers la ligne.
Et fi la verge de fer de trois
pieds mefurée à Paris au temps
178 MERCURE
du départ de Mr Richer , s'eft
allongée à Cayenne de cinq
quarts de lignes , il doit avoir
trouvé la longueur du Pendule
fimple à feconde mefurée
avec cette verge plus courte
qu'à Paris de cinq quarts de
ligne , quoi qu'effectivement
elle ait efté la même dans ces
deux lieux .
De même , fi à Gorée la mefure
s'eft allongée de deux
lignes plus qu'elle n'eftoit à
Paris , la longueur du Pendule
fimple à feconde y aura paru
plus courte qu'à Paris de
deux lignes. C'eft ce qui me
paroift de plus vray - fèmblaGALANT
. 179
ble fur ce Phenomene. Si cela
eftoit ainsi , la meſure univerfelle
du Pendule demeureroit
toûjours la même , &
par toute la terre , & il fau
droit regler les mesures particulieres
fur cette meſure , en
prenant la longueur du Pendule
fimple pour trois pieds
ou pour une demie toife.
Examen de la Démonftration
que Meffieurs Mariotte ,
Huygens donnent des differentes
longueurs du Pendule
fimple à feconde , en differens
endroits de la Terre.
Il ne s'agit ici que de démontrer
fi les corps tombent
180 MERCURE
proplus
lentement fous l'Equinoxial
que par tout aillicurs ; &
s'ils tombent plus vîte à
portion qu'on s'approche plus
des Poles. C'est ce qu'il prétend
faire dans fon Traité
du mouvement des eaux , en
fuppofant le mouvement de
la Terre autour de fon Axe.
Il dit que le mouvement de
la Terre donne à l'air une im .
preffion qui le fait tendre à
s'écarter de fon Axe avec une
viteffe proportionnée à celle
de fon mouvement ; & que ce
mouvement eſtant plus grand
vers l'Equinoxial , que vers
GALANT, 181
les Poles , l'effort qu'il fait
vers l'Equinoxial eft plus
grand que celui qu'il fait vers
fes Poles ; & c'eſt de ce different
effort qu'il conclut que
les corps qui font dans l'air
font repouffez & écartez de
t la terre avec plus de force
proche de l'Equinoxial , pour
d les empêcher de tomber , que
lorfqu'ils font proche des 10
03
Poles.
Ceraifonnement n'eft fonfur
la ſuppoſition que
coll dé
que
uet l'air qui environne la terre, en
ran eft repouffé par fon mouve
ment autour de fon Axe ;
YCD
182 MERCURE
peut- cftre ayant efté perſuadé
de cet effet par une experience
commune , qui eft , que fi l'on
fait mouvoir dans l'air un
corps irregulier , l'air frappé
par fes inégalitez , tend à s'écarter
du corps par des lignes
perpendiculaires au mouvement
du corps : Mais il me
femble qu'il ne peut pas arriver
la même chofe au Globe
de la Terre , enfuppofant fon
mouvement journalier autour
de fon Axe .
Car premierement il y a
trop peu de terres , & leurs inégalitez
font trop petites par
GALANT. 183
•
rapport aux furfaces unies des
eaux pour écarter fenfiblement
l'air de la terre, & par
confequent
le mouvement
feul de la furface de la terre
feroit que tous les corps de
cette furface choqueroient
l'air avec une viteffe auffi ·
་
grande qu'eft celle de ces
corps , laquelle on pourroit
V
prendre pour un vent tresviolent
d'Orient en Occident ,
qui n'auroit pourtant aucune
determination à s'écarter de la
furface de la terre , & les cau-
! fes particulieres des vents ne
pourroient pas avoir aſſez de
•pa
184 MERCURE
force pour lui refilter. Si l'on
apperçoit entre les Tropiques
quelque mouvement d'Orient
en Occident , il y a auffi affez
fouvent de grands calmes , &
l'on pourroit donner d'autres
raifons Phyfiques de cemouvement
, que celuy de la
terre ; & de plus quel rapport
y a- t- il entre la viteffe de ce
vent & celle de la ſurface de
la terre qui fait en un jour
9000 licuës .
Il faut donc demeurer d'accord
que l'Atmoſphere qui
environne la terre de tous côtez
, ne fait que comme un
même
GALANT 185
SC
et
même corps avec elle ; &
dans la fuppofition du mouvement
de la terre autour de
fon Axe l'Atmoſphere eft em
portée comme la furface.
D'où il fuit qu'une pierre qui
tombe dans cette Atmoſphere
ne pourroit recevoir aucune
impreffion du mouvement de
la terre , comme il arriveroit
à une bale de plomb qu'on
laifferoit tomber dans un vaif.
feau plein d'eau , pendant que
le yaiffeau feroit emporté d'un
mouvement Horizontal fort
prompt ; car on ne fait aucun
doute que cette bale ne
Avril 1714. е
186 MERCURE
tombe dans le fond du vaiffeau
au même endroit où elle
tomberoit fi le vaiſſeau eftoit
en repos, puifqu'effectivement
l'eau qui eft contenuë dans le
vaiffeau y eftoit en repos par
rapport à la maffe d'eau , &
aux parois du vaiffeau pendant
qu'il eft en mouvement
Et s'il eftoit poffible que
l'air fut écarté de la furface
de la terre par le mouvement
de la terre , foit par une tangente
qui s'écarteroit de l'Orient
vers l'Occident , ſoit par
un rayon du centre vers la
circonference, il arrivera toûGALANT
187
B
ea
jours que le poids du Pendule
qui defcend & qui remonte
dans la même vibration
, qui va d'un coſté
dans une vibration , & de
l'autre dans la fuivante fera
autant accelerer en remontant
que retardé en defcendant , &
autant accelerer d'un cofté
que regardé de l'autre , d'où
il fuit qu'il ne doit arriver par
cette caufe aucun changement
à la durée des vibrations du
Pendule.
Mais enfin quand on accorderoit
à Mr Mariotre tout
'ce qu'il prétend conclure de
Qij
188 MERCURE
fon Hypothefe , il s'enfuivroit
toûjours que pour les degrez ,
qui feroient plus proches des
Poles , l'augmentation de viteffe
du mouvement du Pendule
feroit beaucoup plus
grande que pour les degrez
qui feroient vers l'Equateur ,
puifque cette augmentation
feroit dans la raifon de la diminution
du mouvement de
la matiere , qui feroit celle des
limes du complement des degrez
de latitude , lefquels diminuënt
bien plus vite en s'aprochant
des Poles que vers
l'Equateur , ce qui eft contre
GALANT . 189
it
d
l'obfervation faite à Vranibourg
& à Bayonne & encore
contre l'irregularité qui s'eft
trouvée entre Cayenne &
Gorée.
Mr Huygens , dans fon
Traité de la lumiere , dit , qu'on
ne peut douter que ce ne foit
une marque que les corps defcendent
plus lentement vers
l'Equinoxial qu'en France.
C'est ce que Mr Mariotte
avoit fuppofé, & pour la dé
VO
DE
monftration , il ajoûte , qu'il
connut auffi- tôt qu'on luy eut
communiqué ce nouveau
Phenomene , que la caufe en
190 MERCURE
pouvoit cftre rapportée au
mouvement de la terre , qui
eftant plus grand en chaque
Pays , felon qu'il approche
plus de la ligne Equinoxiale ,
doit produire un effet plus
grand à rejetter les corps du
centre , & leur ofter par là une
certaine partie de leur pefanteur.
Il eſt facile à voir par
fes propres paroles que je
viens de rapporter , qu'il fe
fert de la même Hypothefe
que Mr Mariotte , & il détermine
enfuite la quantité de la
diminution de cet effort par
fon Theoreme troifiéme de vi
GALANT . 191
che
Set
centrifuga. C'est pourquoi
toutes les raifons que j'ay
rapportées contre l'explication
de ce Phenomene par Mr
Mariotte,ferviroient aufficontre
celle ci , qui ne conclud
que la même choſe du même
principe . D'où enfin je dis
at qu'il doit y avoir quelqu'autre
caufe de cet effet , laquelle ne
dépend point du mouvement
de la terre.
Pour ce qui regarde l'obfervation
il femble d'abord
del qu'elle eft tres facile à faire ,
puifqu'on peut compter les
vibrations du Pendule fimple
•pal
192 MERCURE
pendant uue heure , où il demeure
toûjours en mouvement
aprés qu'il y a çſté mis
d'abord , & que fi le Pendule
devoit eftre plus court de 2 .
lignes , celui qui feroit de 2 .
lignes plus long , feroit en
une heure environ 8. vibrations
de moins que l'autre ,
ce qui eft une trop grande
difference
pour s'y tromper
.
Ce fera la même chofe dans
les autres longueurs
à propor
tion.
Cependant il faut remarquer
que fi l'on fe fert d'un
fil dépite pour foûtenir le
poids
GALANT. 193
ALL
poids , quelque delié que ce
fil puiffe eftre , il est toûjours
plat , & il arrive que les dernieres
vibrations deviennent
ordinairement tournantes de
droites qu'elles eftoient d'abord
comme je l'ay éprouvé,
à caufe que ce fil fendant l'air
obliquement dans ſon mouvement
, écarte le Pendule
'd'un colté en allant , & de
l'autre en revenant , ce qui lui
donne peu à peu une détermi
nation à tourner. Jay aufli ob.
fervé que ces dernieres vibrations
tournantes quidevroient
eftre plus courtes que les
Avril
1714.
R
1
194 MERCURE
premieres , à caufe qu'elles ont
moins d'étendue , font de plus
longue durée que les droites
,
ce qui peut impofer dans l'ob.
fervation.
Sur les inégalitez du Mouvement
des Horloges à Pendule.
L
Es
Aftronomes qui ont
pris grandfoinde regler
leurs Pendules à ſecon-
1 des , fur le Mouvement des
Aftres , y ont remarqué des
inégalitez , qu'ils n'ont pû réduire
à aucune regle certaine.
J'ay fait quelques remarques
fur ces inégalitez dans le Me.
moire que j'ay lû à l'Acadé-
N Avril
1714.
146 MERCURE
mie , & entr'autres fur celles
par
qui peuvent
venir d'une petite
lame de reffort , que j'avois
miſe à la place de la foye
pour foutenir
le Pendule ; car
j'avois cru que cette lame ,
n'étant pas ſujette aux alterations
qui arrivent
à la foye ,
la féchereffe
& par l'humidité
de l'air , les vibrations
du Pendule
pourroient
eftre
beaucoup
plus égales : Mais
enfin je fus obligé d'ofter la
lame & d'y mettre la foye , à
caufe que j'y remarquois
des
inégalitez
bien plus grandes
qu'auparavant
; & j'ay trouvé
GALANT. 147
depuis que l'Horloge alloit
affez juftement pour ne pas
s'écarter quelques fois du
moyen mouvement d'une
feule feconde dans l'efpace de
quatre jours , où le Pendule
fait 345600. vibrations . Mais
j'ay auffi remarqué quelques
fois , que d'un jour à l'autre
il y avoit des changemens af
fez confiderables pour embarraffer
un Obfervateur exact ,
& pour donner de l'exercice à
un Philofophe qui en voudroit
rechercher la caufe , la.
quelle ne peut
fique.
cftre que Phy-
Nij
148 MERCURE
Les differens états de l'air
femblent eftre les feules caufes
des changemens que nous
remarquons au Mouvement
des Pendules ; car il eſt chaud
ou froid , fec ou humide , leger
ou pefant , rare ou groffier
ou épais ; toutes ces differentes
qualitez fe mêlant enfemble
en differens degrez ,
peuvent caufer de grandes alterations
au Mouvement des
Horloges. Mais pour reconnoiftre
quelque chofe de ce
qui doit arriver , il faut confiderer
féparément ces états
differens .
GALANT 149
7 des
On fuppofe premierement ,
que fi la Cycloïde eft bien
faite fuivant les regles que Mr
Huggens en a données , tout
ce qui peut accelerer ou ralentir
le Mouvement des rouës ,
ne doit apporter aucun changement
à l'Horloge , puifqu'il
n'en pourroit arriver
vibrations plus longues , ou
plus courtes , lefquelles ne
laifferoient pas d'eftre fochrones
ou d'égale durée . Ainfi
le froid pouvant figer en quelque
façon le peu d'huile qui
eft attaché aux pivots des
rouës , fera
que
que leur Mouve-
Niij
So MERCURE
ment fera plus difficile que
dans un temps chaud ou
l'huile fera plus liquide , &
par confequent les vibrations
deviendront plus
courtes ;
elles ne
laifferont pas d'eftre
d'égale durée à celles qui font
plus longues , cftant rectifiées
par la figure de la Cycloïde.
L'humidité qui
s'attachera
aux touës , & aux pivots pourra
caufer à peu prés le même
effet fans qu'il arrive d'inégalité
au Mouvement
.
Mais quoique la Cycloïde
foit la figure neceffaire pour
faire que les vibrations
lonGALANT.
151
gues ou courtes , foient Ifochrones
, il falloit confiderer ,
qu'elle ne pouvoit avoir lieu
que lorsque la fufpenfion n'auroit
aucune groffeur ou épaiffeur,
ce qui eft impoffible dans
l'execution
; c'est pourquoy
,
puifqu'on fe fert d'un fil de
e
foye tortillé , qui eft affezgros
pour foutenir la lentille du
pendillon ou Pendule qui eft
pefante , & qu'on ne doit
rien négliger , de ce qui peur
contribuer à la jufteffe de ce
Mouvement ; il ne faut pas
que la figure foit une Cycloïde
, mais une ligne paralelle à
Niiij
152 MERCURE
la Cycloïde laquelle en foit
éloignée vers la partie concave
de la moitié de
l'épaiffeur du
fil , afin que l'axe où le milieu
de ce fil décrive exactement
la Cycloïde , comme je l'ay expliqué
dans mon Traité des
Epicycloïdes qui doivent fervir
au Mouvement des Machines.
On peut auffi
remarquer
que les petits filets de foye qui
compofent le fil , font fecs &
roides , & qu'ils peuvent par
confequent fouffrir tous enfembles
des alterations confi-
1
derables , & à
peu prés femblables
à celles de la lame de
GALANT . 153
reffort , qui eft plus roide dans
des temps froids , lecs & plus
molle dans des temps chauds ;
mais c'eſt un accident qu'on
ne peut éviter , quand on fe
fert d'une fufpenfion flexible
pour le Pendule ; c'eft pour
quoi on pourroit éprouver
celle que j'ay propofée dans
differens Memoires.
Si l'on confidere les diffe
& rens états de l'air par rapport
au Pendule , & non pas par
rapport au rouage de l'Horloge,
on y remarquera tant de
differens accidens , qu'à peine
pourroit- on croire que l'Hor
7.
154 MERCURE
loge pût aller également une
heure en terre , pendant laquelle
le Pendule fait 3600 .
vibrations ou battemens.
On fçait que la chaleur du
Soleil en Eté eft affezforte pour
échauffer une barre de fer de
fix pieds de longueur , & la
rendre plus longue qu'elle n'étoit
en Hiver , ayant efté expofée
à la gelée, de deux tiers
de ligne , comme je l'ay reconnu
par une experience tresexacte
que j'en ay faite autrefois.
C'est pourquoi ces deux
états differens de l'air fur la
longueur, de la verge du PenGALANT
. 155
-1
dule , qui doit eftre de trois
pieds huit lignes un deuxième
pour battre les fecondes , la
pourroit changer d'un tiers de
ligne , ce qui cauferoit une
difference tres- confiderable
dans la durée des vibrations
du Pendule , puifqu'elle pourroir
aller jufqu'à 32. par jour,
Mais comme ce cas ne pourroit
arriver que lorfque l'Horloge
feroit expofée à l'air , &
au Soleil dans ces deux faifons,
ce qui n'eft pas ordinairement,
on n'y remarque pas de fi
grands changemens . Il arrive
quelque fois d'affez grandes
156 MERCURE
differences de chaleur d'un jour
à l'autre , & de la nuit au jour
pour faire allonger ou racourcir
la verge du Pendule , qui
pourra ralentir ou accelerer
le Mouvement de l'Horloge,
de quelques fecondes , comme
nous le remarquons auffi quel
que fois , ce qui peut venir par
cette feule caufe. C'est pourquoi
dans l'ufage qu'on fait
des Horloges à Pendule pour
les obfervations celeftes , où il
eft neceffaire de connoiftre
l'heure dans la derniere juf
teffe , il faut les placer dans un
lieu où elles foient le plus à la
GALANT. 157
l'abri qu'il eft poffible , de
toutes les injures de l'air.
L'humidité , la féchereffe ,
la denfité , la rareté de l'air peuvent
auffi caufer des alterations
confiderables
auMouve-
3 ment du Pendule. Car lorfque
l'air fera humide , c'est- à- dire
lorſqu'il ſera rempli de quantité
de petites particules d'eau
qui y demeurent
fufpendues ,
ou lorsqu'il eft denfe ou épais,
le Pendule , aura plus de peine
à le fendre , & il femble que
fes vibrations doivent cftre
alors de bien plus longue durée
que lorsqu'il eft fec ou ra 31
158 MERCURE
re. Car nous fçavons par experience
qu'une plume treslegere
tombe dans un tuyau
dont on a pompé l'air,prefque
auffi vite qu'une pierre fait
dans l'air. Mais comme on ne
doit point juger de ce qui
doit arriver dans ces fortes de
rencontres fans en faire l'experience
lorsqu'il eft poffible
de la faire , j'ay cru que fi l'air
humide ou épais peut rendre
les vibrations de plus longue
durée qu'un air fec & rare ,
on devoit appercevoir une
tres grande difference entre le
Mouvement du Pendule dans
GALANT . 159
l'air & dans l'eau . Pour connoistre
ce qui en eftoit , j'ay
fait un Pendule à demi fecondes
avec une bale de plomb
de deux onces de
pefanteur ,
laquelle eftoit fufpenduë à un
fil delié , & je l'ay mis en.
mouvement dans l'eau . J'ay
remarqué dabord que les
grandes vibrations fe racourciffoient
, & que le mouvement
s'arreftoit infenfiblement
aprés une minute & un
peu plus. Mais comme je me
perfuadois que ces vibrations
dans l'eau devoient eftre au
moins d'une feconde chacune ,
160 MERCURE
lefquelles n'eftoient que d'une
demi feconde dans l'air , j'ay
efté fort furpris de voir
qu'elles me paroiffent prefqu'-
auffi promptes ou d'égale durée
à celles qui ſe faifoient
dans l'air. Pour les mefurer
exactement j'ay fair compter
les vibrations du Pendule de
l'Horloge à feconde , pendant
une minute , & à même
temps je comptois les vibrations
du Pendule à demi feconde
, dans l'eau d'un grand
vaiffeau plat , où la balc
eftoit enfoncée d'un demi
pouce environ , & j'ay trouvé
1
aptés
GALANT . 161
1
aprés avoir repeté plufieurs
fois la même experience , que
le Pendule dans l'eau ne faifoit
que 112. vibrations au lieu
des 120. qu'il auroit faites
dans l'air pour une minute.
J'ay fait auffi la même experience
avec un Pendule
fimple à fecondes , dont la bale
qui eftoit de plomb , peſoit
cinq onces , & j'ay trouvé
comme dans l'autre que les
grandes vibrations duroient
fort peu de tems , & que
Pendule s'arreftoit prefque entierement
aprés deux minutes ;
mais il ne faifoit dans l'eau
Avril 1714
.
le
162 MERGURE
que
que 114 vibrations pendant
le Pendule de l'Horloge
en faifoit i 20. dans l'air pour
deux minutes. Ainfi le retardement
que l'eau caufe aux
vibrations du Pendule eft de
trois par minute ; j'aurois fouhaité
de faire les obfervations
de ces differences de vibrations
dans l'eau & dans l'air
pendant
20. ou 30, pour connoiftre
plus exactement leur
difference , & voir quel rap
port il y avoit dans le retardement
des vibrations dans
l'eau , fur ces Pendules de difference
longueur ; mais je n'ay
GALANT . 163
pû aller plus loin.
Puifqu'un Pendule à fccondes
perd dans l'eau trois
par minute , il perdroit en un
jour 4320.
Mais fi nous
fuppofons que cette diminution
du mouvement des Pendules
, vient de la denfité du
milieu ; & fi l'air eft denſe , ou
épais par le poids dont il eft
chargé , fans avoir égard au
plus ou au moins de particules
d'eau qui y font mêlées , il
s'enfuivra
que fi la pefanteur
de l'air change feulement d'un
28 , comme on le remarque
affez fouvent dans le Baro-
O ij
164 MERCURE
-
metre, la vingt- huitième partie
de 4320. de retardement du
Pendale dans l'eau pour un
jour , laquelle eft 154. fera
la diminution ou bien le retardement
de l'Horloge dans
l'efpace d'un jour par rapport
à deux differents états de l'air ;
mais on n'a jamais remarqué
dans les Horloges à Pendule ,
une auffi grande difference
que celle- là; on ne peut donc
pass dire , que les differens
poids dont l'air peut eftre
chargé , puiffent caufer ſes differentes
denfitez ne font pas
fur le mouvement d'un PenGALANT
. 165
dule le même cffet que la
denfité de l'eau , ce qui peut
venir de la differente configuration
des parties de ces deux
corps , dont celles de l'air ,
quoique fort ferrées & preffées
, pourront cftre facilement
féparées , & au contraire
celles de l'eau le peuvent être
tres-difficilement , eftant adherentes
les unes aux autres.
On pourroit encore ajouter
que les dernieres vibrations
dans l'eau eftant plus courtes
que les premieres , elles vont
plus vite.
Ce feroit pour cette raiſon
166 MERCURE
que l'air , quoiqu'il fut rempli
de particules d'eau n'apporte
roit que peu ou point de retardement
au mouvement du
Pendule , en ce que toutes ces
particules n'ayant point de
liaifon les unes aux autres ;
mais eftant toutes féparées
par les particules de l'air, pourroient
eftre tres- facilement
deplacées entre les particules
de l'air , où elles font flotan-
>tes .
Maisfices particules d'eau ne
caufent point de retardement
au mouvement du Pendule
pár la difficulté à cftre déplas
GALANT . 167
cées ; elles peuvent y caufer
un changement affez confiderable
par un autre moyen. Si
l'air de fec qu'il devient humide,
il eft certain qu'une tresgrande
quantité de ces particules
d'eau doivent s'attacher
à la fuperficie de la verge , &
à celle du poids du Pendule ,
& même elles peuvent penetrer
un peu cette verge & ce
poids ; & par confequent elles
feront comme un enduit fur
la vergez& fur ia lentille du
poids , qui aura fon centre
Jd'ofcillation different de celui
du compofé de la verge &
168 MERGURE
du poids : c'eft pourquoi le
centre d'ofcillation étant alors
different de ce qu'il eftoit au
paravant
, la durée des vibrations
ne fera pas la même
qu'elle eftoit. Ce n'est pas
qu'on ne puiffe remedier en
quelque façon à cet accident ,
en fe fervant pour Pendule
d'un Cylindre dont la baffe
eftoit petite, ce qui foit homogene
dans toute fa longueur ,
lequel cftant fufpendu par
l'extrémité
de fon axe , auroit
à tres peu prés un même point
pour centre d'ofcillation de fa
fuperficie & de fon corps , &
par
GALANT. 169
par confequent quelque changement
qu'il arrivât à cette ſuperficie
pourvû qu'il fut égal
dans toutes fes parties , le
mouvement du Pendule n'en
feroit point alteré fenfiblement
. Ce feroit la même
chofe , fi au lieu d'un Cylindre
on fe fervoit d'un paralele
lipipede , pourvû qu'il
fut auffi fufpendu par l'extre
mité de fon axe.
Enfin fi la Cycloïde eftoit
mal faite , elle pourroit caufer
de nouvelles irrregularitez au
mouvement du Pendule , fuivant
que ces vibrations fe-
Avril 1714. P
170 MERCURE
roient plus longues ou plus
courtes dont il s'en formeroit
plufieurs autres par leur combinaiſon
, avec les premieres.
Pour ce qui regarde les differentes
longueurs du Pendule
dans differens climats , il
me femble qu'on y peut faire
quelques remarques ; car Mr
Picard avoit obfervé à Vranibourg
, & à Bayonne , où j'étois
avec lui , que la longueur du
Pendule fimple à ſeconde , étoit
exactement la même qu'à
Paris. On fit une grande attention
à cette obfervation de
Bayonne , à cauſe qu'on fçaGALANT.
171
voit ce que Mr Richer en avoit
rapporté de Cayenne. Vrani .
bourg & Bayonne font éloignez
l'un de l'autre en latitude
de plus de douze degrez,
& entre Bayonne & Cayenne ,
la difference de latitude eft
de 38. car Cayenne eſt à peuprés
à 5. de latitude de Borcale
, ce qui donne ſeulement
une difference à peu - prés triple
de la premiere , pour laquelle
on trouve cinq quarts
de ligne de diminution de la
longueur du Pendule . On
doit donc conclure de là que
cette difference de longueur
Pij
172 MERCURE
ne devient fort fenfible qu'en
s'approchant de la ligne.
Mais quelques années aprés
Mrs Varin , des Hayes & de
Glos, ayant été envoyez vers la
ligne , pour y faire quelques
obfervations Aftronomiques
,
trouverent que dans l'Ile de
Gorée , qui eft à 14. de latitude
de Borcale , la longueur
du Pendule fimple à feconde
devoit cftre plus courte qu'en
France de 2. lignes . Les obfervations
faites à Cayenne &
à Gorée , ne laiffent aucun lieu
de douter qu'elles ne foient
tres- certaines & tres - exactes
GALANT. 173
to
par toutes les circonstances
qui y font rapportées . Cependant
fi l'on avoit voulu
conclure cette difference de
longueur du Pendule pour
Gorée par celle de Cayenne ,
on auroit dit que celle de
Gorée devoit eſtre ſeulement
plus courte qu'à Paris de trois
quarts de ligne environ , &
l'obfervation la donne de 2.
lignes entieres. Au contraire ,
fi de celle de Gorée on avoit
conclu celle de Cayenne, on
l'auroit pofée de 3. lignes environ
, & elle n'a efté trouvée
que de cinq quarts de lignes .
Piij
174 MERCURE
Les grandes differences ne
peuvent s'accorder en aucune
façon avec les hypotefes que
Mr Mariette a faites dans fon
Traité du mouvement des Eaux ,
& Mr Huygens dans ſon Traité
de la Lumiere , & il faut en
chercher d'autres pour expliquer
pourquoi la longueur du
Pendule eft la même dans les
latitudes de 55. un quart & de
43. un tiers , & qu'à 14. deux
tiers elle eft de deux lignes plus
courte , & à 5. de cinq quarts
de ligne feulement . Mais ne
pourroit-on point foupçonner
que cette differente lonGALANT.
175
1
1
gueur
du Pendule n'eft point
réelle , mais feulement apparente,
& qu'elle ne vient que de
la mefure dont on s'eft fervi .
Car il est tres - vray que les
métaux , & generalement tous
les corpss s'étendent conſidera
ble ment à la chaleur , & fe
refferent au froid . Mr Picard
dit que fur un pied de longueur
il a obfervé un allongement
d'un quart de ligne ; & par
confequent fur la longueur du
Pendule ce feroit trois quarts
de ligne , au lieu que je n'ay
trouvé qu'un tiers de ligne.
Cette difference pourroit ve-
Piiij
176 MERCURE
nir des manieres differentes
dont les obfervations ont efté
faites ; car Mr Picard ayant
expofé les corps à la gelée , les
mettoient enfuite auprés du
feu ; & pour moy je les ay
feulement expofez au Soleil.
l'Eté fuivant . On pourroit
donc dire que vers la ligne ,
& entre les Tropiques où les
chaleurs font fort grandes , les
métaux s'étendent & s'allon.
gent tres- confiderablement
au- delà de ce qu'ils font dans
ccs Pays - ci , & peut - eſtre encore
par une cauſe particuliere
des vapeurs des exhalaiſons
GALANT 177
1
qui les penetrent , comme on
fçait qu'elles font tres - penetrantes
en ces Pays - là ; & enfin
plus dans un temps que
dans un autre , & plus dans un
lieu que dans un autre . C'eſt
pourquoy ces caufes d'extenfion
qui ne font pas
confiderables
dans ces Pays - ci , peu-
ES vent estre tres- differentes à
Gorée & à Cayenne , & dans
des temps differens , car on eft
I perfuadé que vers les Tropiques
les chaleurs font bien
plus fortes que vers la ligne.
Et fi la verge de fer de trois
pieds mefurée à Paris au temps
178 MERCURE
du départ de Mr Richer , s'eft
allongée à Cayenne de cinq
quarts de lignes , il doit avoir
trouvé la longueur du Pendule
fimple à feconde mefurée
avec cette verge plus courte
qu'à Paris de cinq quarts de
ligne , quoi qu'effectivement
elle ait efté la même dans ces
deux lieux .
De même , fi à Gorée la mefure
s'eft allongée de deux
lignes plus qu'elle n'eftoit à
Paris , la longueur du Pendule
fimple à feconde y aura paru
plus courte qu'à Paris de
deux lignes. C'eft ce qui me
paroift de plus vray - fèmblaGALANT
. 179
ble fur ce Phenomene. Si cela
eftoit ainsi , la meſure univerfelle
du Pendule demeureroit
toûjours la même , &
par toute la terre , & il fau
droit regler les mesures particulieres
fur cette meſure , en
prenant la longueur du Pendule
fimple pour trois pieds
ou pour une demie toife.
Examen de la Démonftration
que Meffieurs Mariotte ,
Huygens donnent des differentes
longueurs du Pendule
fimple à feconde , en differens
endroits de la Terre.
Il ne s'agit ici que de démontrer
fi les corps tombent
180 MERCURE
proplus
lentement fous l'Equinoxial
que par tout aillicurs ; &
s'ils tombent plus vîte à
portion qu'on s'approche plus
des Poles. C'est ce qu'il prétend
faire dans fon Traité
du mouvement des eaux , en
fuppofant le mouvement de
la Terre autour de fon Axe.
Il dit que le mouvement de
la Terre donne à l'air une im .
preffion qui le fait tendre à
s'écarter de fon Axe avec une
viteffe proportionnée à celle
de fon mouvement ; & que ce
mouvement eſtant plus grand
vers l'Equinoxial , que vers
GALANT, 181
les Poles , l'effort qu'il fait
vers l'Equinoxial eft plus
grand que celui qu'il fait vers
fes Poles ; & c'eſt de ce different
effort qu'il conclut que
les corps qui font dans l'air
font repouffez & écartez de
t la terre avec plus de force
proche de l'Equinoxial , pour
d les empêcher de tomber , que
lorfqu'ils font proche des 10
03
Poles.
Ceraifonnement n'eft fonfur
la ſuppoſition que
coll dé
que
uet l'air qui environne la terre, en
ran eft repouffé par fon mouve
ment autour de fon Axe ;
YCD
182 MERCURE
peut- cftre ayant efté perſuadé
de cet effet par une experience
commune , qui eft , que fi l'on
fait mouvoir dans l'air un
corps irregulier , l'air frappé
par fes inégalitez , tend à s'écarter
du corps par des lignes
perpendiculaires au mouvement
du corps : Mais il me
femble qu'il ne peut pas arriver
la même chofe au Globe
de la Terre , enfuppofant fon
mouvement journalier autour
de fon Axe .
Car premierement il y a
trop peu de terres , & leurs inégalitez
font trop petites par
GALANT. 183
•
rapport aux furfaces unies des
eaux pour écarter fenfiblement
l'air de la terre, & par
confequent
le mouvement
feul de la furface de la terre
feroit que tous les corps de
cette furface choqueroient
l'air avec une viteffe auffi ·
་
grande qu'eft celle de ces
corps , laquelle on pourroit
V
prendre pour un vent tresviolent
d'Orient en Occident ,
qui n'auroit pourtant aucune
determination à s'écarter de la
furface de la terre , & les cau-
! fes particulieres des vents ne
pourroient pas avoir aſſez de
•pa
184 MERCURE
force pour lui refilter. Si l'on
apperçoit entre les Tropiques
quelque mouvement d'Orient
en Occident , il y a auffi affez
fouvent de grands calmes , &
l'on pourroit donner d'autres
raifons Phyfiques de cemouvement
, que celuy de la
terre ; & de plus quel rapport
y a- t- il entre la viteffe de ce
vent & celle de la ſurface de
la terre qui fait en un jour
9000 licuës .
Il faut donc demeurer d'accord
que l'Atmoſphere qui
environne la terre de tous côtez
, ne fait que comme un
même
GALANT 185
SC
et
même corps avec elle ; &
dans la fuppofition du mouvement
de la terre autour de
fon Axe l'Atmoſphere eft em
portée comme la furface.
D'où il fuit qu'une pierre qui
tombe dans cette Atmoſphere
ne pourroit recevoir aucune
impreffion du mouvement de
la terre , comme il arriveroit
à une bale de plomb qu'on
laifferoit tomber dans un vaif.
feau plein d'eau , pendant que
le yaiffeau feroit emporté d'un
mouvement Horizontal fort
prompt ; car on ne fait aucun
doute que cette bale ne
Avril 1714. е
186 MERCURE
tombe dans le fond du vaiffeau
au même endroit où elle
tomberoit fi le vaiſſeau eftoit
en repos, puifqu'effectivement
l'eau qui eft contenuë dans le
vaiffeau y eftoit en repos par
rapport à la maffe d'eau , &
aux parois du vaiffeau pendant
qu'il eft en mouvement
Et s'il eftoit poffible que
l'air fut écarté de la furface
de la terre par le mouvement
de la terre , foit par une tangente
qui s'écarteroit de l'Orient
vers l'Occident , ſoit par
un rayon du centre vers la
circonference, il arrivera toûGALANT
187
B
ea
jours que le poids du Pendule
qui defcend & qui remonte
dans la même vibration
, qui va d'un coſté
dans une vibration , & de
l'autre dans la fuivante fera
autant accelerer en remontant
que retardé en defcendant , &
autant accelerer d'un cofté
que regardé de l'autre , d'où
il fuit qu'il ne doit arriver par
cette caufe aucun changement
à la durée des vibrations du
Pendule.
Mais enfin quand on accorderoit
à Mr Mariotre tout
'ce qu'il prétend conclure de
Qij
188 MERCURE
fon Hypothefe , il s'enfuivroit
toûjours que pour les degrez ,
qui feroient plus proches des
Poles , l'augmentation de viteffe
du mouvement du Pendule
feroit beaucoup plus
grande que pour les degrez
qui feroient vers l'Equateur ,
puifque cette augmentation
feroit dans la raifon de la diminution
du mouvement de
la matiere , qui feroit celle des
limes du complement des degrez
de latitude , lefquels diminuënt
bien plus vite en s'aprochant
des Poles que vers
l'Equateur , ce qui eft contre
GALANT . 189
it
d
l'obfervation faite à Vranibourg
& à Bayonne & encore
contre l'irregularité qui s'eft
trouvée entre Cayenne &
Gorée.
Mr Huygens , dans fon
Traité de la lumiere , dit , qu'on
ne peut douter que ce ne foit
une marque que les corps defcendent
plus lentement vers
l'Equinoxial qu'en France.
C'est ce que Mr Mariotte
avoit fuppofé, & pour la dé
VO
DE
monftration , il ajoûte , qu'il
connut auffi- tôt qu'on luy eut
communiqué ce nouveau
Phenomene , que la caufe en
190 MERCURE
pouvoit cftre rapportée au
mouvement de la terre , qui
eftant plus grand en chaque
Pays , felon qu'il approche
plus de la ligne Equinoxiale ,
doit produire un effet plus
grand à rejetter les corps du
centre , & leur ofter par là une
certaine partie de leur pefanteur.
Il eſt facile à voir par
fes propres paroles que je
viens de rapporter , qu'il fe
fert de la même Hypothefe
que Mr Mariotte , & il détermine
enfuite la quantité de la
diminution de cet effort par
fon Theoreme troifiéme de vi
GALANT . 191
che
Set
centrifuga. C'est pourquoi
toutes les raifons que j'ay
rapportées contre l'explication
de ce Phenomene par Mr
Mariotte,ferviroient aufficontre
celle ci , qui ne conclud
que la même choſe du même
principe . D'où enfin je dis
at qu'il doit y avoir quelqu'autre
caufe de cet effet , laquelle ne
dépend point du mouvement
de la terre.
Pour ce qui regarde l'obfervation
il femble d'abord
del qu'elle eft tres facile à faire ,
puifqu'on peut compter les
vibrations du Pendule fimple
•pal
192 MERCURE
pendant uue heure , où il demeure
toûjours en mouvement
aprés qu'il y a çſté mis
d'abord , & que fi le Pendule
devoit eftre plus court de 2 .
lignes , celui qui feroit de 2 .
lignes plus long , feroit en
une heure environ 8. vibrations
de moins que l'autre ,
ce qui eft une trop grande
difference
pour s'y tromper
.
Ce fera la même chofe dans
les autres longueurs
à propor
tion.
Cependant il faut remarquer
que fi l'on fe fert d'un
fil dépite pour foûtenir le
poids
GALANT. 193
ALL
poids , quelque delié que ce
fil puiffe eftre , il est toûjours
plat , & il arrive que les dernieres
vibrations deviennent
ordinairement tournantes de
droites qu'elles eftoient d'abord
comme je l'ay éprouvé,
à caufe que ce fil fendant l'air
obliquement dans ſon mouvement
, écarte le Pendule
'd'un colté en allant , & de
l'autre en revenant , ce qui lui
donne peu à peu une détermi
nation à tourner. Jay aufli ob.
fervé que ces dernieres vibrations
tournantes quidevroient
eftre plus courtes que les
Avril
1714.
R
1
194 MERCURE
premieres , à caufe qu'elles ont
moins d'étendue , font de plus
longue durée que les droites
,
ce qui peut impofer dans l'ob.
fervation.
Fermer
Résumé : REMARQUES sur les inégalitez du Mouvement des Horloges à Pendule.
Le texte aborde les inégalités observées dans le mouvement des horloges à pendule par les astronomes. Ces inégalités, impossibles à réduire à une règle certaine, ont été notées lors de la régulation des pendules sur le mouvement des astres. L'auteur a présenté des remarques sur ces inégalités dans un mémoire lu à l'Académie en avril 1714. Il a expérimenté avec une lame de ressort pour remplacer la fibre du pendule, mais a constaté des inégalités plus grandes et a dû réintroduire la fibre. L'horloge a ensuite montré une grande précision, ne s'écartant que rarement du mouvement moyen d'une seconde sur quatre jours. Les variations de l'air, telles que la chaleur, le froid, l'humidité et la densité, semblent être les principales causes des changements dans le mouvement des pendules. L'auteur suppose que si la cycloïde est bien réalisée, elle devrait corriger les accélérations ou ralentissements du mouvement des roues. Cependant, la fibre utilisée pour suspendre le pendule présente des variations en fonction des conditions climatiques, affectant ainsi la régularité des vibrations. L'auteur a également mené des expériences pour mesurer les vibrations du pendule dans l'eau et dans l'air, notant des différences significatives. Il a conclu que les particules d'eau dans l'air peuvent s'attacher à la verge et au poids du pendule, modifiant ainsi le centre d'oscillation et la durée des vibrations. Pour remédier à ces problèmes, il suggère d'utiliser un cylindre ou un parallélépipède homogène suspendu par son axe. Enfin, une cycloïde mal réalisée peut également introduire des irrégularités dans le mouvement du pendule. Le texte traite également des observations et des débats scientifiques concernant la longueur du pendule à secondes dans différentes latitudes. Monsieur Picard a observé que la longueur du pendule à Vranibourg et à Bayonne était identique à celle de Paris. Cette observation est notable en raison des rapports de Monsieur Richer sur les différences observées à Cayenne. Vranibourg et Bayonne sont séparés par plus de douze degrés de latitude, tandis que la différence entre Bayonne et Cayenne est de 38 degrés. Les observations à Cayenne et à Gorée montrent des variations dans la longueur du pendule, avec des différences de cinq quarts de ligne à Cayenne et de deux lignes à Gorée. Les différences de longueur du pendule ne sont pas expliquées par les hypothèses de Monsieur Mariotte et de Monsieur Huygens. Les variations pourraient être dues à des erreurs de mesure, car les métaux s'étendent à la chaleur et se contractent au froid. Monsieur Picard et l'auteur du texte ont observé des allongements différents en exposant les métaux à des conditions variées. Les observations à Gorée et à Cayenne soulèvent des questions sur la précision des mesures. L'auteur suggère que les variations de longueur du pendule pourraient être apparentes plutôt que réelles, en raison des différences de température et des conditions locales. Il propose que la mesure universelle du pendule reste constante et que les mesures locales soient ajustées en conséquence.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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