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1
p. 190-210
Prise de Sainte Maure, avec des remarques curieuses sur l'Isle de ce nom, & sur sa situation, [titre d'après la table]
Début :
Je viens à la prise de Sainte Maure, dont le Siége fut [...]
Mots clefs :
Place, Maure, Sainte-Maure, Armée, Troupe, Canon, Ville, Malte, Grèce, Corfou, Côte, Pape, Rocher, Sappho
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texteReconnaissance textuelle : Prise de Sainte Maure, avec des remarques curieuses sur l'Isle de ce nom, & sur sa situation, [titre d'après la table]
Je viens à la prilè de Sainte
Maure, dont le Siége fut
formé le23. de Juillet par
l'Armée Vénitienne,& parles
Troupes Confédérées du
Pape, du Grand Duc de ToL
cane, ôc de la Religionde
Malthe, fous le commandetment
de Mr Morosini, Procurateur
de Saint Marc, &-.
Genéralissime de l'Armée.
LIsle de Sainte Maure estoit
autrefois attachée au continent
de la Grece, qui la
compte pour une de ses Isles
Occidentales, comme elle
met au nombre des Orienta.
les celles de l'Archipel. En
effet, toute la largeur de la
Grece prise de l'Orient à l'Occident
,
séparel'Archipel de
Sainte Maure. Elle estoit conf
nuë dans l'Antiquité tous le
nom de Leucade, & saisoit
une partie du. Royaume d'Ulisse;
auuieit elle fort proche
d'Ithaque, où ce Prince &
sa Femme Pénélope résidoient.
Une Rocher de cette
Isle elloit autrefois le refuge
,
où l'on voyoit accourir
en foule tous les Amans infortunez
de la Grece, qui,
croyoient appaiser en ce lieulà.,
la violence de leurs transports
amoureux, en sautant.
du sommet de ce Rocher..
On tient que la fameuse Sapho
quiacompose tant d'excellens.
cellens Poëmes
,
donna l'exempled
e sauter en bas, lors
qu'elle eut appris l'infidélité
de son Amant Phaon. D'autres
attribuent à Cephale, le
premier essay d'un remede si
extraordinaire. Ce Rocher
auroitesté un grand ornement
dans la Carte de Tendre.
Mais pour ne parler que
de Sainte Maure, il est certain
que cette Place a totU
jours paru très-importante.
Elle touche presqueà l'Epire,
ôc est prés de la Morée,à l'entrée
du Golphe de Lépante,
(
où se donna en 1571. cette fameufeBataillejquiacquit
tant
de gloire à l'Armée Chrétienne,&
à Dom Juan d'Austriche
qui la commandoit. La
Ville de Sainte Maure futréduite
en 1502.. fous l'obeissance
desVénitiés par Bencdetto
Pesaro. Ce Général y estant
venuavec le secours de quelquesVaisseaux
du Pape,de
Loüis XII. Roy de France, &
des Rhodiens, fit la décente
avec une partie de l'Armée,
& s'estant rendu le maisrte
du Pont, après un combat
opiniaitré, dans lequel quantité
de Turcs demeurèrent
sur la place, il força la Ville à
se soûmettre;mais l'accommodement
s'estant fait quelque
temps après entre Bajazet
11.& la République,par la
médiation du BassaAchmet,
il fut arresté
,
qu'on restitueroit
au Turc line de Sainte
Maure, & elle luy fut d'autant
plus volontiers accordée,
que celle de Céfalonic demeuroit
aux Vénitiens. La
1
Ligue qu'ils ont faite depuis
peu avec l'Empereur ôc le
: Roy de Pologne, contre cet
OEnnemy commun de la
Chrétienté, les autorisant à
luydéclarer la guerre, ils Il
folurent d'aller attaquer Sazi
te Maure, après que Mr MM
rofini leur Genéralissime ce
tenu conseil à Corfou le
de Juillet avec les Chefs d'ICJ
cadres, ôc les Principaux
Officiers de l'Arméeauxils
res. Mais avant que de voo
entretenir de cette expéco
tion
,
il faut vous apprenchi
l'état des Bâtimens de MM.
de toutes les Puissances, qp
font entrées dans leurs inrests,
leur nombre) & lordbi
de Bataillequiestoit résolu 01
cas qu'on eust estéobligé
combatre les forces maritimes
du Grand Seigneur. Je
vous envoye cet ordre de Bataille
,
àz la manière qu'il a
esté dressé à Corfou , & que
je l'ay receu de Vénise. La
Langue Italienne vous est familiére
ainsi je n'av rien à
vous expliquer.
L'attaque de Sainte Maure
ayant estéarrestée dans le
Conseil tenu à Corfou, où se
trouverent le Provéditeur
Genéral Cornaro, les Chefs
des Escadres du Pape, du
Grand Ducde Toscane
,
de
la Religion de Malthe
,
le;
Genéral Strafoldo, & les autres
Officiers, MrMorosini
sir faire la revûë de toutes les
Troupes que l'on avoit deftinées
au débarquement.
Deux Bataillons de six cens
Hommes chacun,l'un des
Troupes du Pape, & l'autre
de celles de Malthe,passerent
en revûë avec huit mille
Hommes des autres Troupes.
La premiereLigne de
ce dernier Bataillon avoit
quel quechose de bien éclatant,
puis qu'elleestoit conv*
posée de cent Chevaliers, revétus
de leurs Cottes d'Armes
de Satin rouge, avec la
Croix blanche de la Religion.
L'Arméeayant misa.
la voile le 19 de Juillet, arriva
heureusement le lendemain
hors la portée du Canon
de Sainte Maure, où elle
moüilla. Cette Ville effc
surune langue de Terre du
costé du Levanr, & un Aque
duc de trois cens soixante
Arcades en forme de Pot, large
seulemet de trois ouquatre
pieds, la joint au Continent
du costé duSeptentrion. Un
Pont de bois partagé en trois
luy fournit aussi un passage
au Continent du costé du Levant
& du Couchant. Elle a
une Peninsule assez longue,
dont la teste porte le nom de
la pointe de Saint Jean. La
Mer environne tout le reste.
La Forteresse est un Pentagone
irrégulier, dont de
grosses Tours flanquent tous
les Angles. Deux autres.
Tours qui sont au tiers de la
Courtine des deux costez,
fortifient encore la plus grande
face, qui estcelle du Couchant.
La Flote estant entrée
dans le Port de Démata,
qui est au Levant de la Place,
&: qui peut tenir un grand
nombre deVaisseaux
, on fit
le débarquement. Mr Morofini
décendit aussi à terre,
où il visita tous les Postes,
que l'on avoit reconnus, ôc.
un logement qu'avoit fait
le CapitaineManetta dans un
lieu nommé Chiebe, dont il
s'estoit rendu maistre.C'estoit;
laMaison deplaisance du Fils
de l'Aga. Cependant il ne
voulut point faire tirer le Canon,
qu'il n'eust envoyé sommer
le Commandant de Iz
Place. Illuy écrivit lesjustes.
sujets qu'avoit eus la République,
d'assemblerune puisfancc
Armée, aprés que les
Turcs avoientrompu la Paix
en donnant retraite aux
Corsaires de Barbarie,ôc en
exerçant des hostilitez contre
les Sujets de l'Etat Vénitien.
Le Commandant s'étant
contenté de luy répondre,
que Dieu puniroitlaRépubliqueduprétexte
qu'elle
• prenoit de déclarer la guerre
au GrandSeigneur,onarbora
lePavillon de la Genérale,
&les Galeres &les Galeasses
commencèrent a canonner
la Forceresse. Plus de douze
cens coups de Canonqui furreennttttiirreezze,
liednodommmmaaçglecrrecnlltt
beaucoup les Maisons & les'
Fortifications
,
& ruinerent
une Mosquée. Il y eutua
feu continuel de l'Artillerie
-
des Turcs. Il-nempdchâpas
pourtant les Troupes du Pape,
ôc celles de Malthe & de
Toscane
,
de s'avancer fore
présde la Place, & de se loger
dans les Fauxbourgs. Ils
le firent sans obitacle
,
les.
Ennemis nrayant osé hazarderaucuneSortie.
Ustache-"
rent feulement en continuant
un grand feu d'Artilkrie,
de retarder le travail des
Assiégeans, quin'oubliaient
rien pour mettre leur Canon
en baterie
y
mais tous ces
efforts des Assiégez furent
inutiles. Les Bateries commencerent
à tirer avec un
fort grand succés fous les ordres
du Seigneur Lorcnzo
Venier.Elles endommagerent
fort les murailles de la
Place, & les Bombes que l'on
jetta en quantité dans la Ville
, y causerent un très-grand
desordre. Le premier jour
d'Aoust ces mesmes Batteries
raserent entièrement le
Boulevard; &: la Bréche qui
estoit déjà considérable
, fut
augmentée. Elles démonterent
quatre Pieces de Canon
des Ennemis, & les Bombes
mirent le feu en plusieurs endroits
de la Ville, les Travaux
seftant avancez à la faveur
du feu continuel du Canon
& des Mortiers, les Assiégeans
commencèrent à
combler le Fossé avec des
Fascines & des Sacs à terre.
Enfin, le Dimanche 6.
jour d'Aoust,aprés que le feu
eut continué jusqu'au soir de
part & d'autre, les Turcs éleverent
un Drapeau blanc sur
leurs Murailles, pour faire
connoistre qu'ils vouloient
capituler. Ilsenvoyerentà
une heure de nuit trois Députez
à MrMorosini, pour
luy dire qu'ils estoient prests
de rendre la Place, pourvû
qu'on leur accordait une Capitulation
honorable. Ils de- ,
mandoient permission -de
sortir avec tous leurs biens,
& on leur donna seulement
la liberté de se retirer avec
leurs Familles, & d'emporter
tout ce qu'ils pourroient porter
sureux. Les Ostagesfurent
envoyez le lendemain,
& on mit en liberté tous les
Esclaves que l'on trouva dans
la Place, à condition qu'ils
serviroient pendant un ansur
lesVaisseaux
, ou sur les Galéres
de la République, en
qualité de Mariniers& de Soldats.
LaGarnison sortitvers
le soir par la Porte du Couchant.
Elle estoit de septcens
Hommes, qui avoient leSabre
& le Mousquet. Les Bâtimens
où ils furent embarquez,
les conduisirent à terre
au delà du Bras de Mer.
En mesme temps les Troupes
Vénitiennes entrerent
dans la Ville par la Bréche.
Le Butin que les Soldats y
ont fait a elle considérable.
On trouva quantité de Provisions
dans la Place,& quatre-
vingtsPiéces de Canon.
Les Vénitiens n'ont perdu
que deux cens Hommes à ce
Siége. MrJoüyFrançois, Sergent
Major de Bataille
,
Ôc
Colonel d'un Régiment Allemand,
y fut blesséà la cuisse,
& eut le bras percéd'une
mousquetade.MrMorosini
fitaussitost benir la principale
Mosquée,&le Te Deum y
futchanté. Elle a esté dédiée
fous le nom de San Salvator,à
cause que les Turcs avoient
élevé le Drapeau blanc le 6.
d'Aoust , jour de la Transfiguration
de NostreSeigneur
Il fit bénir une autre Mos.
quée que l'on dédia à Saint
Gaëtan , dont on célebroit.
la Feste le jour quelesTroupes
entrerent dans la Place-
Il en a donné le Commandement
au Seigneur Lorenzo
Vénier Noble Vénitien,&de
la Famille de Mr l'Ambaffa.:.
deur de Vénise, qui est à présent
à la Cour de France.
Tous ceux de ce nom ont
rendu de grands services à la
République. SebastienVénier
estoit Chef de l'Armée
Vénitienne, lors que celle de
Selim fut entièrement défaite
le jour qu'on donna la Bataille
de Lépante.
Maure, dont le Siége fut
formé le23. de Juillet par
l'Armée Vénitienne,& parles
Troupes Confédérées du
Pape, du Grand Duc de ToL
cane, ôc de la Religionde
Malthe, fous le commandetment
de Mr Morosini, Procurateur
de Saint Marc, &-.
Genéralissime de l'Armée.
LIsle de Sainte Maure estoit
autrefois attachée au continent
de la Grece, qui la
compte pour une de ses Isles
Occidentales, comme elle
met au nombre des Orienta.
les celles de l'Archipel. En
effet, toute la largeur de la
Grece prise de l'Orient à l'Occident
,
séparel'Archipel de
Sainte Maure. Elle estoit conf
nuë dans l'Antiquité tous le
nom de Leucade, & saisoit
une partie du. Royaume d'Ulisse;
auuieit elle fort proche
d'Ithaque, où ce Prince &
sa Femme Pénélope résidoient.
Une Rocher de cette
Isle elloit autrefois le refuge
,
où l'on voyoit accourir
en foule tous les Amans infortunez
de la Grece, qui,
croyoient appaiser en ce lieulà.,
la violence de leurs transports
amoureux, en sautant.
du sommet de ce Rocher..
On tient que la fameuse Sapho
quiacompose tant d'excellens.
cellens Poëmes
,
donna l'exempled
e sauter en bas, lors
qu'elle eut appris l'infidélité
de son Amant Phaon. D'autres
attribuent à Cephale, le
premier essay d'un remede si
extraordinaire. Ce Rocher
auroitesté un grand ornement
dans la Carte de Tendre.
Mais pour ne parler que
de Sainte Maure, il est certain
que cette Place a totU
jours paru très-importante.
Elle touche presqueà l'Epire,
ôc est prés de la Morée,à l'entrée
du Golphe de Lépante,
(
où se donna en 1571. cette fameufeBataillejquiacquit
tant
de gloire à l'Armée Chrétienne,&
à Dom Juan d'Austriche
qui la commandoit. La
Ville de Sainte Maure futréduite
en 1502.. fous l'obeissance
desVénitiés par Bencdetto
Pesaro. Ce Général y estant
venuavec le secours de quelquesVaisseaux
du Pape,de
Loüis XII. Roy de France, &
des Rhodiens, fit la décente
avec une partie de l'Armée,
& s'estant rendu le maisrte
du Pont, après un combat
opiniaitré, dans lequel quantité
de Turcs demeurèrent
sur la place, il força la Ville à
se soûmettre;mais l'accommodement
s'estant fait quelque
temps après entre Bajazet
11.& la République,par la
médiation du BassaAchmet,
il fut arresté
,
qu'on restitueroit
au Turc line de Sainte
Maure, & elle luy fut d'autant
plus volontiers accordée,
que celle de Céfalonic demeuroit
aux Vénitiens. La
1
Ligue qu'ils ont faite depuis
peu avec l'Empereur ôc le
: Roy de Pologne, contre cet
OEnnemy commun de la
Chrétienté, les autorisant à
luydéclarer la guerre, ils Il
folurent d'aller attaquer Sazi
te Maure, après que Mr MM
rofini leur Genéralissime ce
tenu conseil à Corfou le
de Juillet avec les Chefs d'ICJ
cadres, ôc les Principaux
Officiers de l'Arméeauxils
res. Mais avant que de voo
entretenir de cette expéco
tion
,
il faut vous apprenchi
l'état des Bâtimens de MM.
de toutes les Puissances, qp
font entrées dans leurs inrests,
leur nombre) & lordbi
de Bataillequiestoit résolu 01
cas qu'on eust estéobligé
combatre les forces maritimes
du Grand Seigneur. Je
vous envoye cet ordre de Bataille
,
àz la manière qu'il a
esté dressé à Corfou , & que
je l'ay receu de Vénise. La
Langue Italienne vous est familiére
ainsi je n'av rien à
vous expliquer.
L'attaque de Sainte Maure
ayant estéarrestée dans le
Conseil tenu à Corfou, où se
trouverent le Provéditeur
Genéral Cornaro, les Chefs
des Escadres du Pape, du
Grand Ducde Toscane
,
de
la Religion de Malthe
,
le;
Genéral Strafoldo, & les autres
Officiers, MrMorosini
sir faire la revûë de toutes les
Troupes que l'on avoit deftinées
au débarquement.
Deux Bataillons de six cens
Hommes chacun,l'un des
Troupes du Pape, & l'autre
de celles de Malthe,passerent
en revûë avec huit mille
Hommes des autres Troupes.
La premiereLigne de
ce dernier Bataillon avoit
quel quechose de bien éclatant,
puis qu'elleestoit conv*
posée de cent Chevaliers, revétus
de leurs Cottes d'Armes
de Satin rouge, avec la
Croix blanche de la Religion.
L'Arméeayant misa.
la voile le 19 de Juillet, arriva
heureusement le lendemain
hors la portée du Canon
de Sainte Maure, où elle
moüilla. Cette Ville effc
surune langue de Terre du
costé du Levanr, & un Aque
duc de trois cens soixante
Arcades en forme de Pot, large
seulemet de trois ouquatre
pieds, la joint au Continent
du costé duSeptentrion. Un
Pont de bois partagé en trois
luy fournit aussi un passage
au Continent du costé du Levant
& du Couchant. Elle a
une Peninsule assez longue,
dont la teste porte le nom de
la pointe de Saint Jean. La
Mer environne tout le reste.
La Forteresse est un Pentagone
irrégulier, dont de
grosses Tours flanquent tous
les Angles. Deux autres.
Tours qui sont au tiers de la
Courtine des deux costez,
fortifient encore la plus grande
face, qui estcelle du Couchant.
La Flote estant entrée
dans le Port de Démata,
qui est au Levant de la Place,
&: qui peut tenir un grand
nombre deVaisseaux
, on fit
le débarquement. Mr Morofini
décendit aussi à terre,
où il visita tous les Postes,
que l'on avoit reconnus, ôc.
un logement qu'avoit fait
le CapitaineManetta dans un
lieu nommé Chiebe, dont il
s'estoit rendu maistre.C'estoit;
laMaison deplaisance du Fils
de l'Aga. Cependant il ne
voulut point faire tirer le Canon,
qu'il n'eust envoyé sommer
le Commandant de Iz
Place. Illuy écrivit lesjustes.
sujets qu'avoit eus la République,
d'assemblerune puisfancc
Armée, aprés que les
Turcs avoientrompu la Paix
en donnant retraite aux
Corsaires de Barbarie,ôc en
exerçant des hostilitez contre
les Sujets de l'Etat Vénitien.
Le Commandant s'étant
contenté de luy répondre,
que Dieu puniroitlaRépubliqueduprétexte
qu'elle
• prenoit de déclarer la guerre
au GrandSeigneur,onarbora
lePavillon de la Genérale,
&les Galeres &les Galeasses
commencèrent a canonner
la Forceresse. Plus de douze
cens coups de Canonqui furreennttttiirreezze,
liednodommmmaaçglecrrecnlltt
beaucoup les Maisons & les'
Fortifications
,
& ruinerent
une Mosquée. Il y eutua
feu continuel de l'Artillerie
-
des Turcs. Il-nempdchâpas
pourtant les Troupes du Pape,
ôc celles de Malthe & de
Toscane
,
de s'avancer fore
présde la Place, & de se loger
dans les Fauxbourgs. Ils
le firent sans obitacle
,
les.
Ennemis nrayant osé hazarderaucuneSortie.
Ustache-"
rent feulement en continuant
un grand feu d'Artilkrie,
de retarder le travail des
Assiégeans, quin'oubliaient
rien pour mettre leur Canon
en baterie
y
mais tous ces
efforts des Assiégez furent
inutiles. Les Bateries commencerent
à tirer avec un
fort grand succés fous les ordres
du Seigneur Lorcnzo
Venier.Elles endommagerent
fort les murailles de la
Place, & les Bombes que l'on
jetta en quantité dans la Ville
, y causerent un très-grand
desordre. Le premier jour
d'Aoust ces mesmes Batteries
raserent entièrement le
Boulevard; &: la Bréche qui
estoit déjà considérable
, fut
augmentée. Elles démonterent
quatre Pieces de Canon
des Ennemis, & les Bombes
mirent le feu en plusieurs endroits
de la Ville, les Travaux
seftant avancez à la faveur
du feu continuel du Canon
& des Mortiers, les Assiégeans
commencèrent à
combler le Fossé avec des
Fascines & des Sacs à terre.
Enfin, le Dimanche 6.
jour d'Aoust,aprés que le feu
eut continué jusqu'au soir de
part & d'autre, les Turcs éleverent
un Drapeau blanc sur
leurs Murailles, pour faire
connoistre qu'ils vouloient
capituler. Ilsenvoyerentà
une heure de nuit trois Députez
à MrMorosini, pour
luy dire qu'ils estoient prests
de rendre la Place, pourvû
qu'on leur accordait une Capitulation
honorable. Ils de- ,
mandoient permission -de
sortir avec tous leurs biens,
& on leur donna seulement
la liberté de se retirer avec
leurs Familles, & d'emporter
tout ce qu'ils pourroient porter
sureux. Les Ostagesfurent
envoyez le lendemain,
& on mit en liberté tous les
Esclaves que l'on trouva dans
la Place, à condition qu'ils
serviroient pendant un ansur
lesVaisseaux
, ou sur les Galéres
de la République, en
qualité de Mariniers& de Soldats.
LaGarnison sortitvers
le soir par la Porte du Couchant.
Elle estoit de septcens
Hommes, qui avoient leSabre
& le Mousquet. Les Bâtimens
où ils furent embarquez,
les conduisirent à terre
au delà du Bras de Mer.
En mesme temps les Troupes
Vénitiennes entrerent
dans la Ville par la Bréche.
Le Butin que les Soldats y
ont fait a elle considérable.
On trouva quantité de Provisions
dans la Place,& quatre-
vingtsPiéces de Canon.
Les Vénitiens n'ont perdu
que deux cens Hommes à ce
Siége. MrJoüyFrançois, Sergent
Major de Bataille
,
Ôc
Colonel d'un Régiment Allemand,
y fut blesséà la cuisse,
& eut le bras percéd'une
mousquetade.MrMorosini
fitaussitost benir la principale
Mosquée,&le Te Deum y
futchanté. Elle a esté dédiée
fous le nom de San Salvator,à
cause que les Turcs avoient
élevé le Drapeau blanc le 6.
d'Aoust , jour de la Transfiguration
de NostreSeigneur
Il fit bénir une autre Mos.
quée que l'on dédia à Saint
Gaëtan , dont on célebroit.
la Feste le jour quelesTroupes
entrerent dans la Place-
Il en a donné le Commandement
au Seigneur Lorenzo
Vénier Noble Vénitien,&de
la Famille de Mr l'Ambaffa.:.
deur de Vénise, qui est à présent
à la Cour de France.
Tous ceux de ce nom ont
rendu de grands services à la
République. SebastienVénier
estoit Chef de l'Armée
Vénitienne, lors que celle de
Selim fut entièrement défaite
le jour qu'on donna la Bataille
de Lépante.
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2
p. 145-189
LA RUNE. A Madame la Marquise de M.
Début :
Quand d'une ardeur si peu commune [...]
Mots clefs :
Rhune, Diable, Dieu, Collier, Tribune, Pyrénées, Rocher, Soleil, Baleine, Rivage, Dame, Almanachs, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA RUNE. A Madame la Marquise de M.
LA RUNE.
A Madame la Marquife
de M.
QUand d'une ardeur´ fi
peu commune
On vous entend pouffer
tout bas
Et des foûpirs & des helas ,
Qui croiroit que c'eſt pour
la Rune?
Quelques gens trop promts
à la main
Fuillet 1712 .
N
146 MERCURE
A juger mal de leur prochain ,
Pourront s'imaginer peutêtre ,
S'ils n'ont l'honneur devous
connoître ,
Que la Rune eft un cava
lier,
Non de tels qu'on en voit
paroître
A Paris au moins un millier,
Dont le merite fingulier
Nepaffe point le Petit-Maître :
Mais un de ceux au grand
colier ,
GALANT. 147
Quiparfonair diſcret, honnête ,
Vous auroit donné dans la
tête.
Mais j'en avertis promptement ,
Point de jugement temeraire ,
La Rune pour qui feulement
Vous foûpirez fi tendrement
Et fans enfaire de myſtere ;
La Rune qui feul fçut toucher
Un cœur toûjours fage &
fevere ;
Nij
148 MERCURE
La Rune qui feul peut vous
plaire ,
Helas n'eft qu'un pauvre
rocher.
Sur la cime des Pirenées .
Oùbravant depuis fix mille
ans
Et la foudre & les deftinées,
Il compte les fiecles courans ,
Comme nous comptons les
années ;
Ce rocher orgueilleux &
fier
Etend au large fon empire ,
Et paroiffant feul & fans
pair,
GALANT. 149
Parpitiépour ce qui refpire
Sans tomber refte prefque
en l'air.
Devant fon énorme figure
Lesautresrochers fes fujets,
Vils avortons de la nature ,
Ne femblent que des marmoufers ,
Dont les plus hauts & les
mieux faits
Nelui vont pasà la ceinture.
De là comme d'un Belveder ,
Allongeant fon col vers la
mer,
Il voit fous lui la terre &
l'onde ,
N iij
150 MERCURE
Ét dominant également
Sur l'un & fur l'autre ele.
ment *
Semble , faifant par tout la
ronde ,
Contempler curieufement
Ce qui le fait dans tout le
monde.
Contre fon chefaudacieux
Qui touche preſque jufqu'
aux cieux ,
Paroît cloüé comme une
cage
Un pauvre petit hermitage,
Deux cellules pour loge.
nient ,
GALANT. ISL
Avec un peu de jardinage ,
Qui cultivélegerement
Fournit affez abondamment
Herbes & fruits pour le ménage.
Joignez encoreaubâtiment
Sur l'un des bouts une Chapelle ,
Et del'hermitage charmant
Vous aurez un portrait fi.
delle.
Cependant du rochervoiſin
Le paffant qui va fon chemin,
S'il tourne vers là la prunelle ,
Niiij
152 MERCURE
Au lieu d'un logement hu
main ,
Demaiſon , Chapelle & jardin ,
Croit nevoir qu'un nid d’hirondelle.
Or,foit nid d'hirondelle où
non,
C'eſt où vous pretendez ,
dit
on ,
Aller fixer vôtre demeure.
Ce deffein eft loüable &
bon ,
Vous le voulez , à la bonne
heure :
Mais tandis qu'au gré de
VOS Vœux
GALANT.
153
Votre équipage fe prepare,
Que vous prenez vôtre fimarre
Et que l'on treffe vos cheveux ;
Que de papier & de clincaille
Vous ornez le chapeau de
paille ,
Qui dans cette aimable prifon
Doitvous tenir lieu de coiffure ;
Avant d'entrer dans la voiture ,
Et de quitter nôtre horizon,
Souffrez que,commede raifon ,
154 MERCURE
Je prêche ici vôtre vêture.
Lafolitude eftbelle envers,
On eft charmé de fa pein
ture :
Mais elle a de fâcheux re,
vers ,
Et malgré ce qu'on s'en
figure ,
Donnebien de la tablature.
J'en fçai mille exemples divers ,
Quelque bien qu'on foit le
temps dure ,
Et je vois dans cet univers
Qu'on aime à changer de
poſture.
GALANT. 159
Quand vous aurez fait le
plongeon,
Et que vous vous ferez perchée
Sur le haut de vôtre donjon,
Vous y ferez bien empê.
chée.
Delà vous verrez, je le veux,
La mer en orages feconde ,
Rouler fes flots impetueux,
Et blanchir les rocs de fon
onde :
Encor le fait eft-il douteux ;
Car du fommet de cette
roche,
Avec l'œil le plus délié ,
Pour voir la mer qui bat fon
pié
156 MERCURE
Il faut des lunettes d'approche.
Mais voyez-la , je le veux
bien;
Voyez, fi vous voulez , encore
Depuis le rivage Chrétien
Jufques au rivage du More ;
Confiderez de toutes parts
Vingt & vingt Royaumes
épars ;
Voyez encore , s'il fe peut
faire ,
Tout ce que leSoleil éclaire;
Et , fi jamais rien vous a
plû,
Ayoüez , fainte folitaire ,
GALANT. 157
Que cette vûë a de quoy
plaire :
Mais d'un coup d'œil on a
tout vû.
Durant cela le jour s'allonge,
Le Soleil marche avec lenreur :
Il eſt encor dans fa hauteur ,
Qu'on attend l'inſtant qu'il
ſe plonge ,
Et qu'enfin le fommeil vainqueur
Du cruel chagrin qui vous
ronge ,
Etourdiffe vôtre langueur,
158 MERCURE
Et par l'image d'un beau
fonge
Charme l'ennui de vôtre
cecur.
Lorfque cet ennui vous poffede ,
La priere eft un bon remede ;
Tout hermite en doit faire
cas ,
S'il veut que Dieu lui foit
en aide.
Vousprierez , je n'en doute
pas:
Mais l'ame eft quelquefois
bien tiede ,
Et quand deprier on eft las,
GALANT.
159
Il faut trouver quelque intermede.
Jeveux que dans vôtre oraifon
Dieu vous anime & vous
confole ,
Qu'il éclaire vôtre raiſon ,
Et vousporte aucœur fa
role :
paMais aprés toutes ces faveurs ,
Vous trouverez comme
tant d'autres ,
Bientôt la fin de vos ferveurs
Et le bout de vos patenôtres ,
160 MERCURE
Et gare auffi quelques vapeurs.
Ce n'eft pas que de vôtre
Dune,
Comme du haut d'une Tribune ,
Vous pourrez prêcher les
poiffons ,
Qui réveillez par vos doux
fons ,
Et curieux de vous connoître ,
Pour mieux entendre vos
leçons ,
Mettront la tête à la fenêtre.
Je
GALANT. 161
Jevois déja les eftourgeons
Sur la merfaireun promontoire ,
Avec un peuple de goujons
Qui courent à votre auditoire :
Les dauphins en gens du
grand air ,
Pardeffus l'eau levant la tête ,
Et ruminant quelque conquête ,
Viennent d'un pas de Duc
& Pair.
CommeDames de haut parage
Lesbaleines plus lentement
Juillet 1712.
162 MERCURE
S'avancent en grand équi
page ,
Traînant aprés elles maint
page
Qui fend les eaux gaillar
dement.
Prêchez mais au fortir de
chaire
N'attendez point de com.
pliment ,
Les poiffons n'en fçavent
point faire ;
Non, ni baleine ni faumon
N'aura jamais Fefprit de
direr:
Le grand talent ! le beau
fermom! J
GALANT. 163
Cependant il n'en faut pas
¡ire ,
Un compliment un peu
teur
flaSoulage le Predicateur ;
Il ne prêche que pour inftruire :
Mais après tout je croirois
bien
Qu'un compliment ne gâte
rien.
C'eft chofe enfin bien ennuyeuſe ,
Fut- on même grande caufeufe ,
D'entretenir un peuple for,
Quifait fortir deles paupieres O ij
164 MERCURE
Des yeux grands comme
des falieres ,
Et jamais ne vous répond
mot.
Un long filence nous at
triſte ;
Encor faut-il dans le befoin
Avoir quelqu'un qui prenne foin
Devous dire, Dieu vous affifte.
Ce monde a de fort grands
défauts ,
Ne craignez pas que je l'excufe ;
Il eſt méchant,leger &faux,
GALANT. 165
Il trompe, il feduit, il abuſe,
Il eft auteur de mille maux:
Mais tel qu'il eft il nous
amufe ,
Sans ceffe il fournit à nos
yeux
Mille fpectacles curieux.
Sa ſcene mobile & chanPlaît même
geante
par fon changement ;
Toûjours nouvel évenement
Que fon efprit fecond enfante
Nous réveille agreablement.
166 MERCURE
L'un rit , & l'autre fe lamente ,
Tous deux trompez égale.
ment ,
L'un arrive au port fûrement
L'autre eft encor dans la
tourmente ;
L'un perd fon bien , l'autre
l'augmente ;
L'un pourfuit inutilement
Lafortune toûjours fuyante ,
L'autre l'attend tranquile
ment,
Ou parvient fans fçavoir
comment
GALANT. 167
Et prefque contre ſon at
tente.
L'un reüffit heureuſement,
L'autre, aprés bien du mou.
vement ,
Trouve un rival qui le fupplante.
L'un en pefte , l'autre en
plaifante ,
L'un vous brufque groffierement ,
L'autre d'une main caref
fante
Vous poignarde civile
ment.
L'unaime Dieutrés- ardem ,
ment ,
168 MERCURE
Ou fait femblant , que je ne
mente ;
Pour fon prochain , il s'en
exempte.
L'autre s'aime trés tendrement ,
Et d'autrui fort peu fe tourmente.
L'unfe venge devotement ,
L'autre avec éclat , & s'en
vante.
L'un parle des Saints doctement,
L'autre les revere humblement
Et de les fuivre fe contenشر te. :
L'un
GALANT. 169
L'un a de l'air , de l'agrément ,
L'autre par fa mine é
pouvante ;
L'un fait un bon contrat
de rente ,
Et l'autre fait un teſtament ,
L'un à quinze ans , l'ame
dolente ,
1
Va prendre gifte au monument ,
Et l'autre prend femme
à foixante
L'un fe fait tuer trifteFuillet 1712.
P
170 MERCURE
ment ,
L'autre naift au mefme
moment
Pour remplir la place
vacante ;
On rencontre indifferemment
Un Bapteſme , un Enterrement ;
Enfin c'eft une Comedie
De voir ce qu'on voit
tous les jours :
Vous diriez en voyant
ces tours ,
Quela fortune s'eftudie
GALANT. 171
Sans ceffe à varier fon
cours ;
Tousjours quelque metamorphofe
Donne matiere à l'entretien ,
Mais fur la Rune on ne
voit rien ,
f
Ou c'eſt tousjours la
meſme choſe ;
En un mot dans ce pau30 vre nid
On ne fçait qui meurt ,
ny qui vit.
Il est bien vray qu'à voPij
172 MERCURE
ftre Rune
Vous ferez proche de la
Lune ,
Et que mefme en faiſant
chemin ,
Elle peut vous toucher
la main.
Mais en ferez - vous plus
chanceuſe ,
Et pouvez - vous faire
grand castr
D'une voiſine fi fafcheufe ?
Si l'on en croit les Almanachs ,
GALANT. 173
La Dame eft fort capricieuſe ,
Donnant dans des hauts
& des bas.
Elle fera la précieuſe
Voilant quelquefois fes
appas ,
Quelquefois ne les voilant pas ;
Tantoft ſe montrant toute entiere ,
Tantoft feulement à moiCastié ,
Sans que par foupir ny
priere ,
P iij
174 MERCURE
Ny par les droits de l'amitié ,
Vous puifficz durant fa 45
carrière.
En obtenir pour un moments
Comme une grace finguliere ,
De changer fon ajuſte20hing ment.
D'ailleurs il ne faut nullement
Qu'elle vous foit ſi familiere ;
Croyez-moy , c'eſt ſans
GALANT. 175
paffion ,
Avec une telle ouvriere
Point trop de frequentation ;
Car outre fa complexion
Que l'on dit eſtre fort
mauvaiſe ,
N'eftant jamais , ne vous
deplaife ,
Sans quelque bonne fluxion ,
Outre fes rhumes , fes catharres,
Qu'on gagne par contagion ,
P iiij
176 MERCURE
Ainfi que fes humeurs
bifarres
Dans cette trifte region ;
Sa conduite n'eft pas bien
nette ,
Jevousle dis auparavant,
Bien qu'elle foit vieille
planette ,
Elle met en jeune coquette ,
Du rouge & des mouches fouvent ,
Et fe farde fous fa cornette
Je le fçay de plus d'un
GALANT. 177
fçavant
Qu'elle reçoit à fa toillette :
De plus , ſi ce n'eſt un
faux bruit ,
Au lieu de vivre en femme fage ,
Elle abandonne fon mefnage ,
Et court le bal toute la
nuit.
De là vient, je croy , certain conte
D'un certain jeune Endimion
178 MERCURE
Que le monde a mis fur
fon compte ;
Etcette indigne affection
Adans tous lieux fur fon
paffage
Taché fa reputation ,
Autant ou plus que fon
vifage.
Peut - eftre eft - ce une
fiction ,
Mais enfin cela la diffame ;
Et pourquoy fortant de
fon
trou ,
Va-t-elle auffi la bonne
GALANT. 179
Dame
Courir la nuit le guilledou ,
Lebeaumeftier pour une
femme ;
Et puis après l'a plaindra t'on
Quand on luy vient
chanter fa gamme,
Ou luy donner quelque
dicton ;
Helas la pauvre malheureufe land on
Le bel honneur où la
voila
180 MERCURE
De paffer pour une coureufe!
La verrez - vous après
cela ?
Vous n'aurez point cette
manie ,
Et c'eft für quoyl'on veut
compter ;
Voila pourtant la compagnie ,
Dont il faudra vous contenter.
Il ne faut point que l'on
vous berce
De cet efpoir trompeur
GALANT. 181
I
& vain,
Que vous puiffiez avoir
commerce
Avec aucun viſage humain ;
Si ce n'eft quelque pauvre haire ,
Qui dans les rochers égaré ,
Vint à vous d'un air é-
- ploré,
Cherchant remede à fa
mifere.
Il fera d'un ton doulouov kreux ,
182 MERCURE
S'il vous trouve prompt
à le croire ,
Du defaftre le plus affreux ,
La trifte & lamentable
hiſtoire ,
Mais tout cela fent le
grimoire ,
Prenez bien garde à l'hameçon :
Et crainte de tout malefice ,
Fermez la porte fans façon ,
Et luy dites , Dieu yous
GALANT. 183
beniffe.
Mais la charité .... mais
enfin
On dit que le diable eſt
bien fin ,
Le drofle eft fait au badinage ,
C'eſt un franc archipatelin ,
Sombre, fournois , fourbe & malin ,
Qui fçait jouer fon perfonnage ,
Et qui pour fonder le
terrain ,
184 MERCURE
Va ſouvent en pelerinage ,
Defiez- vous du pelerin ;
Mais fans que le diable
s'en mefle ,
Il s'en fait aſſez aujourdhuy.
Et quoy qu'on jette tout
fur luy ,
Ce n'eft pas toujours luy
qui gretle :
Nous avons au dedans
de nous
Un ennemy bien plus
à craindre ,
GALANT. 184
Il porte les plus rudes
coups ,
Et perfonne n'ofe s'en
plaindre ,
Chacun l'excufe & le
cherit ,
Et s'il arrive quelque
hiſtoire ,
On s'en prend au malin
eſprit ,
A qui l'on en fait bien
accroire.
Il a tout fait, il a tout dit,
On compte fort fur fon
credit ;
Fuillet 1712. Q
186 MERCURE
C'eft luy qui fait qu'on
fuit la peine ,
Et que l'on cherche le
plaifir ,
C'eft luy qui par la main
nous meine
Où nous porte noftre
defir ;
C'eft luy qui fait la medifance ,
C'eft luy qui dicte la
vengeance ,
C'eft luy dont l'afcendant certain
Rend le foldat dur &
GALANT. 187
barbare ,
Rend le noble fier &
hautain ,
Rend le jeune homme
libertin ,
Et le fexagenaire avare.
Le fourbe dans fes trahifons ,
Et le faint dans fes oraifons ,
Imputent tout à fa malice.
De tous les maux que
nous faifons
Il eſt l'autheur & le comQij
188 MERCURE
plice ;
He laiffons - le pour ce
qu'il eft :
Pourquoy faut il qu'on
s'imagine
Qu'il fait jouer comme
il luy plaiſt ,
Les refforts de noftre
machine ,
On l'accufe de maintforfait ,
Mais à bien juger de
l'affaire
Souvent ce n'eft
qui fait ,
pas luy
GALANT. 189
Il ne fait que nous laiſſer
faire.
On fe livre à la volupté ,
Parce qu'elle flatte &
qu'on l'aime ,
Et fi du diable on eft
tenté ,
Il faut dire la verité ,
Chacun eft un diable à
foy -mefme.
A Madame la Marquife
de M.
QUand d'une ardeur´ fi
peu commune
On vous entend pouffer
tout bas
Et des foûpirs & des helas ,
Qui croiroit que c'eſt pour
la Rune?
Quelques gens trop promts
à la main
Fuillet 1712 .
N
146 MERCURE
A juger mal de leur prochain ,
Pourront s'imaginer peutêtre ,
S'ils n'ont l'honneur devous
connoître ,
Que la Rune eft un cava
lier,
Non de tels qu'on en voit
paroître
A Paris au moins un millier,
Dont le merite fingulier
Nepaffe point le Petit-Maître :
Mais un de ceux au grand
colier ,
GALANT. 147
Quiparfonair diſcret, honnête ,
Vous auroit donné dans la
tête.
Mais j'en avertis promptement ,
Point de jugement temeraire ,
La Rune pour qui feulement
Vous foûpirez fi tendrement
Et fans enfaire de myſtere ;
La Rune qui feul fçut toucher
Un cœur toûjours fage &
fevere ;
Nij
148 MERCURE
La Rune qui feul peut vous
plaire ,
Helas n'eft qu'un pauvre
rocher.
Sur la cime des Pirenées .
Oùbravant depuis fix mille
ans
Et la foudre & les deftinées,
Il compte les fiecles courans ,
Comme nous comptons les
années ;
Ce rocher orgueilleux &
fier
Etend au large fon empire ,
Et paroiffant feul & fans
pair,
GALANT. 149
Parpitiépour ce qui refpire
Sans tomber refte prefque
en l'air.
Devant fon énorme figure
Lesautresrochers fes fujets,
Vils avortons de la nature ,
Ne femblent que des marmoufers ,
Dont les plus hauts & les
mieux faits
Nelui vont pasà la ceinture.
De là comme d'un Belveder ,
Allongeant fon col vers la
mer,
Il voit fous lui la terre &
l'onde ,
N iij
150 MERCURE
Ét dominant également
Sur l'un & fur l'autre ele.
ment *
Semble , faifant par tout la
ronde ,
Contempler curieufement
Ce qui le fait dans tout le
monde.
Contre fon chefaudacieux
Qui touche preſque jufqu'
aux cieux ,
Paroît cloüé comme une
cage
Un pauvre petit hermitage,
Deux cellules pour loge.
nient ,
GALANT. ISL
Avec un peu de jardinage ,
Qui cultivélegerement
Fournit affez abondamment
Herbes & fruits pour le ménage.
Joignez encoreaubâtiment
Sur l'un des bouts une Chapelle ,
Et del'hermitage charmant
Vous aurez un portrait fi.
delle.
Cependant du rochervoiſin
Le paffant qui va fon chemin,
S'il tourne vers là la prunelle ,
Niiij
152 MERCURE
Au lieu d'un logement hu
main ,
Demaiſon , Chapelle & jardin ,
Croit nevoir qu'un nid d’hirondelle.
Or,foit nid d'hirondelle où
non,
C'eſt où vous pretendez ,
dit
on ,
Aller fixer vôtre demeure.
Ce deffein eft loüable &
bon ,
Vous le voulez , à la bonne
heure :
Mais tandis qu'au gré de
VOS Vœux
GALANT.
153
Votre équipage fe prepare,
Que vous prenez vôtre fimarre
Et que l'on treffe vos cheveux ;
Que de papier & de clincaille
Vous ornez le chapeau de
paille ,
Qui dans cette aimable prifon
Doitvous tenir lieu de coiffure ;
Avant d'entrer dans la voiture ,
Et de quitter nôtre horizon,
Souffrez que,commede raifon ,
154 MERCURE
Je prêche ici vôtre vêture.
Lafolitude eftbelle envers,
On eft charmé de fa pein
ture :
Mais elle a de fâcheux re,
vers ,
Et malgré ce qu'on s'en
figure ,
Donnebien de la tablature.
J'en fçai mille exemples divers ,
Quelque bien qu'on foit le
temps dure ,
Et je vois dans cet univers
Qu'on aime à changer de
poſture.
GALANT. 159
Quand vous aurez fait le
plongeon,
Et que vous vous ferez perchée
Sur le haut de vôtre donjon,
Vous y ferez bien empê.
chée.
Delà vous verrez, je le veux,
La mer en orages feconde ,
Rouler fes flots impetueux,
Et blanchir les rocs de fon
onde :
Encor le fait eft-il douteux ;
Car du fommet de cette
roche,
Avec l'œil le plus délié ,
Pour voir la mer qui bat fon
pié
156 MERCURE
Il faut des lunettes d'approche.
Mais voyez-la , je le veux
bien;
Voyez, fi vous voulez , encore
Depuis le rivage Chrétien
Jufques au rivage du More ;
Confiderez de toutes parts
Vingt & vingt Royaumes
épars ;
Voyez encore , s'il fe peut
faire ,
Tout ce que leSoleil éclaire;
Et , fi jamais rien vous a
plû,
Ayoüez , fainte folitaire ,
GALANT. 157
Que cette vûë a de quoy
plaire :
Mais d'un coup d'œil on a
tout vû.
Durant cela le jour s'allonge,
Le Soleil marche avec lenreur :
Il eſt encor dans fa hauteur ,
Qu'on attend l'inſtant qu'il
ſe plonge ,
Et qu'enfin le fommeil vainqueur
Du cruel chagrin qui vous
ronge ,
Etourdiffe vôtre langueur,
158 MERCURE
Et par l'image d'un beau
fonge
Charme l'ennui de vôtre
cecur.
Lorfque cet ennui vous poffede ,
La priere eft un bon remede ;
Tout hermite en doit faire
cas ,
S'il veut que Dieu lui foit
en aide.
Vousprierez , je n'en doute
pas:
Mais l'ame eft quelquefois
bien tiede ,
Et quand deprier on eft las,
GALANT.
159
Il faut trouver quelque intermede.
Jeveux que dans vôtre oraifon
Dieu vous anime & vous
confole ,
Qu'il éclaire vôtre raiſon ,
Et vousporte aucœur fa
role :
paMais aprés toutes ces faveurs ,
Vous trouverez comme
tant d'autres ,
Bientôt la fin de vos ferveurs
Et le bout de vos patenôtres ,
160 MERCURE
Et gare auffi quelques vapeurs.
Ce n'eft pas que de vôtre
Dune,
Comme du haut d'une Tribune ,
Vous pourrez prêcher les
poiffons ,
Qui réveillez par vos doux
fons ,
Et curieux de vous connoître ,
Pour mieux entendre vos
leçons ,
Mettront la tête à la fenêtre.
Je
GALANT. 161
Jevois déja les eftourgeons
Sur la merfaireun promontoire ,
Avec un peuple de goujons
Qui courent à votre auditoire :
Les dauphins en gens du
grand air ,
Pardeffus l'eau levant la tête ,
Et ruminant quelque conquête ,
Viennent d'un pas de Duc
& Pair.
CommeDames de haut parage
Lesbaleines plus lentement
Juillet 1712.
162 MERCURE
S'avancent en grand équi
page ,
Traînant aprés elles maint
page
Qui fend les eaux gaillar
dement.
Prêchez mais au fortir de
chaire
N'attendez point de com.
pliment ,
Les poiffons n'en fçavent
point faire ;
Non, ni baleine ni faumon
N'aura jamais Fefprit de
direr:
Le grand talent ! le beau
fermom! J
GALANT. 163
Cependant il n'en faut pas
¡ire ,
Un compliment un peu
teur
flaSoulage le Predicateur ;
Il ne prêche que pour inftruire :
Mais après tout je croirois
bien
Qu'un compliment ne gâte
rien.
C'eft chofe enfin bien ennuyeuſe ,
Fut- on même grande caufeufe ,
D'entretenir un peuple for,
Quifait fortir deles paupieres O ij
164 MERCURE
Des yeux grands comme
des falieres ,
Et jamais ne vous répond
mot.
Un long filence nous at
triſte ;
Encor faut-il dans le befoin
Avoir quelqu'un qui prenne foin
Devous dire, Dieu vous affifte.
Ce monde a de fort grands
défauts ,
Ne craignez pas que je l'excufe ;
Il eſt méchant,leger &faux,
GALANT. 165
Il trompe, il feduit, il abuſe,
Il eft auteur de mille maux:
Mais tel qu'il eft il nous
amufe ,
Sans ceffe il fournit à nos
yeux
Mille fpectacles curieux.
Sa ſcene mobile & chanPlaît même
geante
par fon changement ;
Toûjours nouvel évenement
Que fon efprit fecond enfante
Nous réveille agreablement.
166 MERCURE
L'un rit , & l'autre fe lamente ,
Tous deux trompez égale.
ment ,
L'un arrive au port fûrement
L'autre eft encor dans la
tourmente ;
L'un perd fon bien , l'autre
l'augmente ;
L'un pourfuit inutilement
Lafortune toûjours fuyante ,
L'autre l'attend tranquile
ment,
Ou parvient fans fçavoir
comment
GALANT. 167
Et prefque contre ſon at
tente.
L'un reüffit heureuſement,
L'autre, aprés bien du mou.
vement ,
Trouve un rival qui le fupplante.
L'un en pefte , l'autre en
plaifante ,
L'un vous brufque groffierement ,
L'autre d'une main caref
fante
Vous poignarde civile
ment.
L'unaime Dieutrés- ardem ,
ment ,
168 MERCURE
Ou fait femblant , que je ne
mente ;
Pour fon prochain , il s'en
exempte.
L'autre s'aime trés tendrement ,
Et d'autrui fort peu fe tourmente.
L'unfe venge devotement ,
L'autre avec éclat , & s'en
vante.
L'un parle des Saints doctement,
L'autre les revere humblement
Et de les fuivre fe contenشر te. :
L'un
GALANT. 169
L'un a de l'air , de l'agrément ,
L'autre par fa mine é
pouvante ;
L'un fait un bon contrat
de rente ,
Et l'autre fait un teſtament ,
L'un à quinze ans , l'ame
dolente ,
1
Va prendre gifte au monument ,
Et l'autre prend femme
à foixante
L'un fe fait tuer trifteFuillet 1712.
P
170 MERCURE
ment ,
L'autre naift au mefme
moment
Pour remplir la place
vacante ;
On rencontre indifferemment
Un Bapteſme , un Enterrement ;
Enfin c'eft une Comedie
De voir ce qu'on voit
tous les jours :
Vous diriez en voyant
ces tours ,
Quela fortune s'eftudie
GALANT. 171
Sans ceffe à varier fon
cours ;
Tousjours quelque metamorphofe
Donne matiere à l'entretien ,
Mais fur la Rune on ne
voit rien ,
f
Ou c'eſt tousjours la
meſme choſe ;
En un mot dans ce pau30 vre nid
On ne fçait qui meurt ,
ny qui vit.
Il est bien vray qu'à voPij
172 MERCURE
ftre Rune
Vous ferez proche de la
Lune ,
Et que mefme en faiſant
chemin ,
Elle peut vous toucher
la main.
Mais en ferez - vous plus
chanceuſe ,
Et pouvez - vous faire
grand castr
D'une voiſine fi fafcheufe ?
Si l'on en croit les Almanachs ,
GALANT. 173
La Dame eft fort capricieuſe ,
Donnant dans des hauts
& des bas.
Elle fera la précieuſe
Voilant quelquefois fes
appas ,
Quelquefois ne les voilant pas ;
Tantoft ſe montrant toute entiere ,
Tantoft feulement à moiCastié ,
Sans que par foupir ny
priere ,
P iij
174 MERCURE
Ny par les droits de l'amitié ,
Vous puifficz durant fa 45
carrière.
En obtenir pour un moments
Comme une grace finguliere ,
De changer fon ajuſte20hing ment.
D'ailleurs il ne faut nullement
Qu'elle vous foit ſi familiere ;
Croyez-moy , c'eſt ſans
GALANT. 175
paffion ,
Avec une telle ouvriere
Point trop de frequentation ;
Car outre fa complexion
Que l'on dit eſtre fort
mauvaiſe ,
N'eftant jamais , ne vous
deplaife ,
Sans quelque bonne fluxion ,
Outre fes rhumes , fes catharres,
Qu'on gagne par contagion ,
P iiij
176 MERCURE
Ainfi que fes humeurs
bifarres
Dans cette trifte region ;
Sa conduite n'eft pas bien
nette ,
Jevousle dis auparavant,
Bien qu'elle foit vieille
planette ,
Elle met en jeune coquette ,
Du rouge & des mouches fouvent ,
Et fe farde fous fa cornette
Je le fçay de plus d'un
GALANT. 177
fçavant
Qu'elle reçoit à fa toillette :
De plus , ſi ce n'eſt un
faux bruit ,
Au lieu de vivre en femme fage ,
Elle abandonne fon mefnage ,
Et court le bal toute la
nuit.
De là vient, je croy , certain conte
D'un certain jeune Endimion
178 MERCURE
Que le monde a mis fur
fon compte ;
Etcette indigne affection
Adans tous lieux fur fon
paffage
Taché fa reputation ,
Autant ou plus que fon
vifage.
Peut - eftre eft - ce une
fiction ,
Mais enfin cela la diffame ;
Et pourquoy fortant de
fon
trou ,
Va-t-elle auffi la bonne
GALANT. 179
Dame
Courir la nuit le guilledou ,
Lebeaumeftier pour une
femme ;
Et puis après l'a plaindra t'on
Quand on luy vient
chanter fa gamme,
Ou luy donner quelque
dicton ;
Helas la pauvre malheureufe land on
Le bel honneur où la
voila
180 MERCURE
De paffer pour une coureufe!
La verrez - vous après
cela ?
Vous n'aurez point cette
manie ,
Et c'eft für quoyl'on veut
compter ;
Voila pourtant la compagnie ,
Dont il faudra vous contenter.
Il ne faut point que l'on
vous berce
De cet efpoir trompeur
GALANT. 181
I
& vain,
Que vous puiffiez avoir
commerce
Avec aucun viſage humain ;
Si ce n'eft quelque pauvre haire ,
Qui dans les rochers égaré ,
Vint à vous d'un air é-
- ploré,
Cherchant remede à fa
mifere.
Il fera d'un ton doulouov kreux ,
182 MERCURE
S'il vous trouve prompt
à le croire ,
Du defaftre le plus affreux ,
La trifte & lamentable
hiſtoire ,
Mais tout cela fent le
grimoire ,
Prenez bien garde à l'hameçon :
Et crainte de tout malefice ,
Fermez la porte fans façon ,
Et luy dites , Dieu yous
GALANT. 183
beniffe.
Mais la charité .... mais
enfin
On dit que le diable eſt
bien fin ,
Le drofle eft fait au badinage ,
C'eſt un franc archipatelin ,
Sombre, fournois , fourbe & malin ,
Qui fçait jouer fon perfonnage ,
Et qui pour fonder le
terrain ,
184 MERCURE
Va ſouvent en pelerinage ,
Defiez- vous du pelerin ;
Mais fans que le diable
s'en mefle ,
Il s'en fait aſſez aujourdhuy.
Et quoy qu'on jette tout
fur luy ,
Ce n'eft pas toujours luy
qui gretle :
Nous avons au dedans
de nous
Un ennemy bien plus
à craindre ,
GALANT. 184
Il porte les plus rudes
coups ,
Et perfonne n'ofe s'en
plaindre ,
Chacun l'excufe & le
cherit ,
Et s'il arrive quelque
hiſtoire ,
On s'en prend au malin
eſprit ,
A qui l'on en fait bien
accroire.
Il a tout fait, il a tout dit,
On compte fort fur fon
credit ;
Fuillet 1712. Q
186 MERCURE
C'eft luy qui fait qu'on
fuit la peine ,
Et que l'on cherche le
plaifir ,
C'eft luy qui par la main
nous meine
Où nous porte noftre
defir ;
C'eft luy qui fait la medifance ,
C'eft luy qui dicte la
vengeance ,
C'eft luy dont l'afcendant certain
Rend le foldat dur &
GALANT. 187
barbare ,
Rend le noble fier &
hautain ,
Rend le jeune homme
libertin ,
Et le fexagenaire avare.
Le fourbe dans fes trahifons ,
Et le faint dans fes oraifons ,
Imputent tout à fa malice.
De tous les maux que
nous faifons
Il eſt l'autheur & le comQij
188 MERCURE
plice ;
He laiffons - le pour ce
qu'il eft :
Pourquoy faut il qu'on
s'imagine
Qu'il fait jouer comme
il luy plaiſt ,
Les refforts de noftre
machine ,
On l'accufe de maintforfait ,
Mais à bien juger de
l'affaire
Souvent ce n'eft
qui fait ,
pas luy
GALANT. 189
Il ne fait que nous laiſſer
faire.
On fe livre à la volupté ,
Parce qu'elle flatte &
qu'on l'aime ,
Et fi du diable on eft
tenté ,
Il faut dire la verité ,
Chacun eft un diable à
foy -mefme.
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Résumé : LA RUNE. A Madame la Marquise de M.
La lettre adressée à une marquise traite de la 'Rune', un rocher majestueux et solitaire situé dans les Pyrénées. L'auteur corrige une erreur en précisant que la Rune n'est pas un cavalier mais un rocher imposant qui brave la foudre et les destinées depuis six mille ans. Ce rocher offre une vue panoramique sur de nombreux royaumes et abrite un modeste ermitage avec un jardin et une chapelle. L'auteur explore ensuite les défis de la solitude, soulignant qu'elle peut être à la fois belle et ennuyeuse. Il mentionne les prières comme remède à l'ennui, mais note que l'âme peut se lasser. Il contraste la monotonie de la vie sur la Rune avec les spectacles variés offerts par le monde. Le texte aborde également les caprices de la Lune, voisine de la Rune, en mettant en garde contre ses humeurs changeantes et son comportement imprévisible. Il conclut en avertissant la marquise des dangers de la solitude et des tromperies du monde, tout en soulignant la nécessité de la charité et de la prudence face aux apparences.
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3
p. 124-126
Parodie de la premiere Enigme, dont le mot est le grais ou rocher.
Début :
Mainte Poëte appelle audacieux, [...]
Mots clefs :
Grès, Rocher
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texteReconnaissance textuelle : Parodie de la premiere Enigme, dont le mot est le grais ou rocher.
Parodie de la premiere
Enigme, dont le mot
cO: legrais ou rocher.
Mainte Pôëte appelle
audacieux
Et dans ses 3 vers éleve
jusqu'aux cieux
Ces rochers doncle grais
a pris son origine.
Quelquefois pour m'avotr
dans la carri«ere
onmine
Pour le bourgeois
3
pour
le manant.
Jesuisgrossier en pierre,
en table fin pourtant.
Grais en pavé les voyageurs
benissent,
Rude pav lesvoyageurs
maudissent.
Telle 1,rvAiuc
Quirit & c h.r-rEnécurant
des doigts pétrit
Avecses deux mains attendrit
Le prais,&faitpleuvoirdansson
écuelle
En l'arrousant, en laspergeant.
L (pave caresséparmainte
Demoiselle.
Demoiselle est du pa.
veur l'instrument,
Etpar elle affermipavé
ferme fJ) constant.
Enigme, dont le mot
cO: legrais ou rocher.
Mainte Pôëte appelle
audacieux
Et dans ses 3 vers éleve
jusqu'aux cieux
Ces rochers doncle grais
a pris son origine.
Quelquefois pour m'avotr
dans la carri«ere
onmine
Pour le bourgeois
3
pour
le manant.
Jesuisgrossier en pierre,
en table fin pourtant.
Grais en pavé les voyageurs
benissent,
Rude pav lesvoyageurs
maudissent.
Telle 1,rvAiuc
Quirit & c h.r-rEnécurant
des doigts pétrit
Avecses deux mains attendrit
Le prais,&faitpleuvoirdansson
écuelle
En l'arrousant, en laspergeant.
L (pave caresséparmainte
Demoiselle.
Demoiselle est du pa.
veur l'instrument,
Etpar elle affermipavé
ferme fJ) constant.
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Résumé : Parodie de la premiere Enigme, dont le mot est le grais ou rocher.
Le texte présente une énigme sur le mot 'gros gravier' ou 'rocher'. Il décrit ses utilisations variées : pierre grossière, table fine, pavé lisse ou rude. Le gravier est comparé à une pâte pétrie et attendrie. Les demoiselles caressent le pavé, l'affermissant ainsi.
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4
p. 284-286
De Berne le 10. Novembre 1714.
Début :
Le premier de ce mois un tres-grand rocher de la Montagne [...]
Mots clefs :
Rocher, Montagne, Berne, Torrent, Poussière
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texteReconnaissance textuelle : De Berne le 10. Novembre 1714.
De Berne le 10. Novembre
1714.
Le premier de ce mois un
tres -grand rocher de la Montagne
de Cheville , où font
les limites de Berne & de
GALANT. 285
Vallais , fe fundit & tomba
dans la Vallée avec quantité
de ſouffre , de bois , & de
pouffiere , qui couvroient foixante
journaux de pâturage ,
&du monde & du bétail , appartenants
aux Vallefans. Le
torrent appellé Lizerne fut
bouché pendant trois jours ,
&il ſe fit enſuite une ouverture
entre le rocher & un bois,
au travers d'une petite Montagne
, & le torrent entraina
des arbres de ſapin de deux
toiſes d'épaiſſeur. Les Montagnes
de Bex n'ont pas cu
t
grand dommage , tous les
286 MERCURE
rochers eftant tombez dansles
terres de Vallais , où il y a cu
dix huit perſonnes tuées ,&
trois de bleffées : une femme
fe trouva enterrée juſques aux
épaules , &deux autres eurent
leurs habits brulez : ces femmes
virent tout ,& eſtant affez
éloignées, elles necrurent pas
que la pouffiere put les bruler.
L'on entendit encore Lundy
dernier ungrandcoup ,& l'on
vit fortir une fumée noire
& rouge ,& la formation de
deux étangs.
1714.
Le premier de ce mois un
tres -grand rocher de la Montagne
de Cheville , où font
les limites de Berne & de
GALANT. 285
Vallais , fe fundit & tomba
dans la Vallée avec quantité
de ſouffre , de bois , & de
pouffiere , qui couvroient foixante
journaux de pâturage ,
&du monde & du bétail , appartenants
aux Vallefans. Le
torrent appellé Lizerne fut
bouché pendant trois jours ,
&il ſe fit enſuite une ouverture
entre le rocher & un bois,
au travers d'une petite Montagne
, & le torrent entraina
des arbres de ſapin de deux
toiſes d'épaiſſeur. Les Montagnes
de Bex n'ont pas cu
t
grand dommage , tous les
286 MERCURE
rochers eftant tombez dansles
terres de Vallais , où il y a cu
dix huit perſonnes tuées ,&
trois de bleffées : une femme
fe trouva enterrée juſques aux
épaules , &deux autres eurent
leurs habits brulez : ces femmes
virent tout ,& eſtant affez
éloignées, elles necrurent pas
que la pouffiere put les bruler.
L'on entendit encore Lundy
dernier ungrandcoup ,& l'on
vit fortir une fumée noire
& rouge ,& la formation de
deux étangs.
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Résumé : De Berne le 10. Novembre 1714.
Le 1er novembre 1714, un éboulement majeur s'est produit sur la montagne de Cheville, à la frontière entre Berne et le Valais. Cet événement a causé la chute de soufre, de bois et de poussière sur soixante journaux de pâturages valaisans, entraînant la mort de dix-huit personnes et blessant trois autres. Une femme a été partiellement ensevelie, tandis que deux autres ont eu leurs vêtements brûlés par la poussière enflammée. Le torrent de la Lizerne a été obstrué pendant trois jours avant de se libérer, emportant des arbres de sapin de deux toises d'épaisseur. Les montagnes de Bex ont subi peu de dommages, les rochers étant principalement tombés sur les terres valaisannes. Le 9 novembre, un bruit violent accompagné de fumée noire et rouge a été observé, et deux étangs se sont formés.
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5
p. 111-114
EXTRAIT D'UNE LETTRE de M. de Montdion Ingénieur ordinaire du Roy, écrite de Malte, le 8 Avril 1717.
Début :
Dans le cours de la Semaine Sainte, nous avons senti quatre [...]
Mots clefs :
Semaine Sainte, Tremblement de terre, Rocher, Vent, Tonnerre, Étoiles, Ciel, Lumière, Étincelles
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT D'UNE LETTRE de M. de Montdion Ingénieur ordinaire du Roy, écrite de Malte, le 8 Avril 1717.
EXTRAIT D'UNE LETTRE
de M. de Monidion Ingénieur
ordinaire du Roy , écrite de Malte
, le 8 Avril 1717.
D
Ans le cours de la Semaine
Sainte , nous avons fenti quatre
fecouffes de Tremblemens de
Terse. Ces tremblemens arrivent
fouvent ; mais , comme toute l'Ifle
de Malte n'eft qu'une feule pièce
de Rocher , qui n'eft pas ébranlée
fi facillement. Ils n'y font pas dangereux
; ils font toujours accompagnés
d'un bruit femblable à celui
d'un grand vent , qui ne feroit
que paffer fort rapidement ; tout
cela ne dure qu'un inftant.
Les Tonnerres font ici beaucoup
plus grands & plus effroyables qu'en
France ; nous n'en entendons ici
que pendant 4 ou mois de nôtre
Hyver , & il n'y en a point depuis
le mois d'Avril , jufqu'au mois
Kij
112 LE MERCURE
d'Octobre , parce qu'on ne voit
point de nuages pendant tout l'Eté,
& vous fçavez qu'il ne peut y avoir
de Tonnerre fans nuages.
ou
J'ai pris plaifir à voir ici
plufieures Etoiles errantes
volantes , pendant la nuit. Ces
feux font beaucoup plus forts
qu'en France : Ils font femblables
à des fufées volantes , & font à peu
prés ce même bruit ; au refte , je
Vous marque feulement les faits ,
Vous êtes Phificien , vous jugerez
de la nature & des caufes de ces
Météores & c .
Je vous fais part en même tems ,
d'un Phénomene très- curieux , qui
a paru à Malte le 6 Septembre
1716 .
Vers les 10 heures du foir , au
milieu d'un Ciel fort férain , & pendant
un grand calme , on s'apperçût
par toute la Ville d'une lumiére
extraordinaire , qui effaça celle de
la Lune au dehors , & celle des
Bougies dans les Chambres . Cette
lumiére reffembloit par la couleur ,
DE MA Y.
113
ra ,
à un éclair très-brillant , avec cette
différence , qu'elle étoit continuë
& fans vacillation , pendant huir
ou 10 fecondes de tems qu'elle du-
& finit par une lumiere encore
plus vive qu'au commencement .
Ce qui donnoit cette lumiére , étoit
une barre de feu qui parut fout
d'un coup au milieu de l'Air , du
côté du couchant , élevée environ
à
45 dégrés de l'Horifon ; fa largeur
étoit de 2 à 3 diamétres apparens
du Soleil , & fa longueur à peu
près 18 ou 20 fois fa largeur , dirigée
du Nord , Oueſt au Sud- Est, &
marchant fuivant cette direction ,
avec une viteſſe un peu
moindre en
apparence , que celle d'une fléche ,
& qui lui fit parcourir pendant les
8 ou 10 fecondes qu'elle dura , à peu
prés la 8e partie de fon cercle : Ce
qu'il y a de plus fingulier , eft que
cette barre de feu jettoit de longues
étincelles par le bout du derrière ,
eu égard à fa marche , & que chemin
faifant , elle parut s'ouvrir par
fon milieu , d'où elle jetta encore
Kiij
114 LE MERCURE -
de pareilles étincelles , ainsi qu'elles
font reprefentées dans la figure . Il
y a encore une circonftance ; c'eft
qu'environ de minute de tems ,
après que ce feu fut confumé , on entendit
un bruit fourd , mais égal &
continu , comme d'un Tonnere éloigné
, qui dura autant de tems
que cette lumière avoit fait.
de M. de Monidion Ingénieur
ordinaire du Roy , écrite de Malte
, le 8 Avril 1717.
D
Ans le cours de la Semaine
Sainte , nous avons fenti quatre
fecouffes de Tremblemens de
Terse. Ces tremblemens arrivent
fouvent ; mais , comme toute l'Ifle
de Malte n'eft qu'une feule pièce
de Rocher , qui n'eft pas ébranlée
fi facillement. Ils n'y font pas dangereux
; ils font toujours accompagnés
d'un bruit femblable à celui
d'un grand vent , qui ne feroit
que paffer fort rapidement ; tout
cela ne dure qu'un inftant.
Les Tonnerres font ici beaucoup
plus grands & plus effroyables qu'en
France ; nous n'en entendons ici
que pendant 4 ou mois de nôtre
Hyver , & il n'y en a point depuis
le mois d'Avril , jufqu'au mois
Kij
112 LE MERCURE
d'Octobre , parce qu'on ne voit
point de nuages pendant tout l'Eté,
& vous fçavez qu'il ne peut y avoir
de Tonnerre fans nuages.
ou
J'ai pris plaifir à voir ici
plufieures Etoiles errantes
volantes , pendant la nuit. Ces
feux font beaucoup plus forts
qu'en France : Ils font femblables
à des fufées volantes , & font à peu
prés ce même bruit ; au refte , je
Vous marque feulement les faits ,
Vous êtes Phificien , vous jugerez
de la nature & des caufes de ces
Météores & c .
Je vous fais part en même tems ,
d'un Phénomene très- curieux , qui
a paru à Malte le 6 Septembre
1716 .
Vers les 10 heures du foir , au
milieu d'un Ciel fort férain , & pendant
un grand calme , on s'apperçût
par toute la Ville d'une lumiére
extraordinaire , qui effaça celle de
la Lune au dehors , & celle des
Bougies dans les Chambres . Cette
lumiére reffembloit par la couleur ,
DE MA Y.
113
ra ,
à un éclair très-brillant , avec cette
différence , qu'elle étoit continuë
& fans vacillation , pendant huir
ou 10 fecondes de tems qu'elle du-
& finit par une lumiere encore
plus vive qu'au commencement .
Ce qui donnoit cette lumiére , étoit
une barre de feu qui parut fout
d'un coup au milieu de l'Air , du
côté du couchant , élevée environ
à
45 dégrés de l'Horifon ; fa largeur
étoit de 2 à 3 diamétres apparens
du Soleil , & fa longueur à peu
près 18 ou 20 fois fa largeur , dirigée
du Nord , Oueſt au Sud- Est, &
marchant fuivant cette direction ,
avec une viteſſe un peu
moindre en
apparence , que celle d'une fléche ,
& qui lui fit parcourir pendant les
8 ou 10 fecondes qu'elle dura , à peu
prés la 8e partie de fon cercle : Ce
qu'il y a de plus fingulier , eft que
cette barre de feu jettoit de longues
étincelles par le bout du derrière ,
eu égard à fa marche , & que chemin
faifant , elle parut s'ouvrir par
fon milieu , d'où elle jetta encore
Kiij
114 LE MERCURE -
de pareilles étincelles , ainsi qu'elles
font reprefentées dans la figure . Il
y a encore une circonftance ; c'eft
qu'environ de minute de tems ,
après que ce feu fut confumé , on entendit
un bruit fourd , mais égal &
continu , comme d'un Tonnere éloigné
, qui dura autant de tems
que cette lumière avoit fait.
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6
p. 835-838
ANDROMEDE. CANTATE.
Début :
Sur un affreux Rocher que la Mer irritée, [...]
Mots clefs :
Andromède, Monstre, Rocher, Attraits, Amour, Instant, Mer
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANDROMEDE. CANTATE.
MEDE.
CANTATE.
"
UR un affreux Rocher que la Mer
irritée ,
Battoit de tous côtez de ses flots
écumeux ,
Andromede, étoit enchaînée :
Victime du courroux des Dieux ,
:
Pour expier l'orgueil d'une More insensée ,
A périr sous les coups d'un Monstre furicux ,
A ij
L'Ora
SH.P
836
MERCURE
DE
FRANCE
:
L'Oracle l'avoit condamnée :
Jeune , pleine d'attraits , fille d'un Roy puissane
Sur le point d'allumer les feux de l'himenée ,
Par un revers terrible , elle est en un instant
Seule , proscrite , abandonnée ;
Envain l'air retentit de ses gémissemens ;
Le Ciel s'est déclaré contre elle ;
Rien ne peut adoucir ses Arrêts violents :
En vain par ces tristes accents ,
7
Bile exprime l'excès de sa douleur mortelle ;
Vains attraits , funeste Beauté ,
Objet d'une jalouse envie ,
Qui faisoit ma félicité ,.
Tu fais le malheur de ma vie
C'en est fait , ces traits séduisants ,
Qui bruloient des plus vives flammes
Les coeurs d'une foule d'A
N'ont plus de pouvoir sur leurs ames
Grands Dieux ! quel affreux changement !
Tout me fuit , que dis- je! Phinée ,
Peu touché de ma destinée ,
N'est plus qu'un lâche , un inconstant,
Tandis que sa douleur profonde ,
Porte ses plaintes jusqu'aux Cieux ,
L'air s'obscurcit , la foudre gronde ,
Les vents souflent , le Ciel brille de mille feux ,
La
MAY: 1734 7837
La Mer s'agite, un flot avec force s'élance ,
S'abbaisse tout à coup , vers le Rocher s'avance ,
Et vomit le Monstre à ses yeux .
Déja vers l'aimable Princesse ,
Il marche à pas précipité ,
Il atteint le Rocher ; sa fureur vengeresse ,
Est prête à dévorer cette jeune Beauté ;
Ne craignez ' rien , Princesse infortunée ,
L'Amour s'interesse à vos jours ;
Ce Dieu vous amene Persée ;
Esperez tout avec de tels secours ,
Cet Amant génereux , mieux que l'ingrat Phi
née ,*
Sçaura de vos malheurs faire finir le cours ;
Persée à cet instant s'avance vers la Roche
L'aspect de tant d'appas redouble sa valeur ;
Furieux , du Monstre il s'approche ,
Il l'arrête , et d'un trait il lui perce le cour
Le'Monstre fait des résistances vaines ;
Il perd son sang , il tombe , il meurt ;
Cependant cet Amant vainqueur ,
D'Andromede brise les chaînes ,
Et lui fait un aveu de sa secrette ardeur ;
La Belle ne fut pas insensible à ses peines ,
Un service si grand parloit en sa faveur
L'Amour se mit d'intelligence ;
Une tendre reconnoissance |
La fit ceder bien- tôt à son Liberateur ;
3
A iij Amans ,
838 MERCURE DE FRANCE
Amans , les froideurs de vos Belles ,
Ne doivent point vous dégager
Les plus ficres , les plus cruelles ,
Peuvent en un instant changer.
Soyez tendres , soyez fidelles ,
Et ne vous relâchez jamais ,
Le moindre service pour elles ,
A toûjours de puissants attraits.
Un amour de reconnoissance
Chez le Sexe naît aisément ;
Et souvent plus loin qu'il ne pense ,
Il porte cet engagement.
V. D. G.
CANTATE.
"
UR un affreux Rocher que la Mer
irritée ,
Battoit de tous côtez de ses flots
écumeux ,
Andromede, étoit enchaînée :
Victime du courroux des Dieux ,
:
Pour expier l'orgueil d'une More insensée ,
A périr sous les coups d'un Monstre furicux ,
A ij
L'Ora
SH.P
836
MERCURE
DE
FRANCE
:
L'Oracle l'avoit condamnée :
Jeune , pleine d'attraits , fille d'un Roy puissane
Sur le point d'allumer les feux de l'himenée ,
Par un revers terrible , elle est en un instant
Seule , proscrite , abandonnée ;
Envain l'air retentit de ses gémissemens ;
Le Ciel s'est déclaré contre elle ;
Rien ne peut adoucir ses Arrêts violents :
En vain par ces tristes accents ,
7
Bile exprime l'excès de sa douleur mortelle ;
Vains attraits , funeste Beauté ,
Objet d'une jalouse envie ,
Qui faisoit ma félicité ,.
Tu fais le malheur de ma vie
C'en est fait , ces traits séduisants ,
Qui bruloient des plus vives flammes
Les coeurs d'une foule d'A
N'ont plus de pouvoir sur leurs ames
Grands Dieux ! quel affreux changement !
Tout me fuit , que dis- je! Phinée ,
Peu touché de ma destinée ,
N'est plus qu'un lâche , un inconstant,
Tandis que sa douleur profonde ,
Porte ses plaintes jusqu'aux Cieux ,
L'air s'obscurcit , la foudre gronde ,
Les vents souflent , le Ciel brille de mille feux ,
La
MAY: 1734 7837
La Mer s'agite, un flot avec force s'élance ,
S'abbaisse tout à coup , vers le Rocher s'avance ,
Et vomit le Monstre à ses yeux .
Déja vers l'aimable Princesse ,
Il marche à pas précipité ,
Il atteint le Rocher ; sa fureur vengeresse ,
Est prête à dévorer cette jeune Beauté ;
Ne craignez ' rien , Princesse infortunée ,
L'Amour s'interesse à vos jours ;
Ce Dieu vous amene Persée ;
Esperez tout avec de tels secours ,
Cet Amant génereux , mieux que l'ingrat Phi
née ,*
Sçaura de vos malheurs faire finir le cours ;
Persée à cet instant s'avance vers la Roche
L'aspect de tant d'appas redouble sa valeur ;
Furieux , du Monstre il s'approche ,
Il l'arrête , et d'un trait il lui perce le cour
Le'Monstre fait des résistances vaines ;
Il perd son sang , il tombe , il meurt ;
Cependant cet Amant vainqueur ,
D'Andromede brise les chaînes ,
Et lui fait un aveu de sa secrette ardeur ;
La Belle ne fut pas insensible à ses peines ,
Un service si grand parloit en sa faveur
L'Amour se mit d'intelligence ;
Une tendre reconnoissance |
La fit ceder bien- tôt à son Liberateur ;
3
A iij Amans ,
838 MERCURE DE FRANCE
Amans , les froideurs de vos Belles ,
Ne doivent point vous dégager
Les plus ficres , les plus cruelles ,
Peuvent en un instant changer.
Soyez tendres , soyez fidelles ,
Et ne vous relâchez jamais ,
Le moindre service pour elles ,
A toûjours de puissants attraits.
Un amour de reconnoissance
Chez le Sexe naît aisément ;
Et souvent plus loin qu'il ne pense ,
Il porte cet engagement.
V. D. G.
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Résumé : ANDROMEDE. CANTATE.
Le texte raconte l'histoire d'Andromède, fille d'un roi puissant, condamnée par un oracle à périr sous les coups d'un monstre en raison de l'orgueil de sa mère. Jeune et belle, elle est sur le point de se marier mais se retrouve seule et abandonnée. Ses appels à l'aide restent vains, y compris auprès de Phinée, son amant. Alors que le monstre approche, Persée, guidé par l'Amour, arrive pour la sauver. Il tue le monstre et libère Andromède, lui avouant son amour. Touchée par son geste, Andromède répond à ses sentiments. Le texte conclut en conseillant aux amants de rester tendres et fidèles, car même les femmes les plus froides peuvent changer et éprouver de la reconnaissance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 2644
AUTRE.
Début :
Au sein des mers, fatal même aux corsaires, [...]
Mots clefs :
Rocher
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE
U sein des mers, fatal mêmé aux corsaires,
Sans tête , qualité de la plupart des Peres ,
Six lettres rassemblent mes traits ,
A deux joignez un , tout le monde .
Se sent vaincu par mes atraits ,
Quoique souvent de taille plate et ronde
Retranchez cinq et six,je suis Cure à Paris ,
Sous le nom d'un grand Saint , très- saint en Paradis
,
5. et 3. 4. et 2. je parle ; quel prodige ! <
Quoi sans corps et sans ame ? oui , sur tout dans
les bois
5
31 est plus d'un Amant que mon langage oblige,
Le mien seul est , Lecteur , insensible à ma voix.
U sein des mers, fatal mêmé aux corsaires,
Sans tête , qualité de la plupart des Peres ,
Six lettres rassemblent mes traits ,
A deux joignez un , tout le monde .
Se sent vaincu par mes atraits ,
Quoique souvent de taille plate et ronde
Retranchez cinq et six,je suis Cure à Paris ,
Sous le nom d'un grand Saint , très- saint en Paradis
,
5. et 3. 4. et 2. je parle ; quel prodige ! <
Quoi sans corps et sans ame ? oui , sur tout dans
les bois
5
31 est plus d'un Amant que mon langage oblige,
Le mien seul est , Lecteur , insensible à ma voix.
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8
p. 150
LOGOGRYPHE.
Début :
Si jamais tu te vois sur l'inconstant Neptune, [...]
Mots clefs :
Rocher
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
S1 te
I jamais tu te vois ſur l'inconftant Neptune ,
Fui-mois par moi l'on perd la vie ou la fortune.
De mes pieds fi tu veux retrancher le dernier ,
Sous un nom feminin , je fuis encor moi- même.
Si le fecond précède le premier ,
Les autres à l'écart , par mon pouvoir fuprême ,
Je tiens lieu de beauté , d'efprit , de vertu même.
Je renferme encor dans mon fein
Une note , un inftrument rauque ,
Une terre jaunâtre : un Saint
Que pour un fléau l'on invoque :
Cette amante , qui d'une tour
Se lança dans la plaine humide ,
Appercevant le corps livide ·
De fon amant privé du jour :
Une Nymphe , dont le coeur tendre
Ne fut payé d'aucun retour ,
Et qui gémit fouvent d'un malheureux amour ,
Comme en la confultant on peut encor l'entendre .
Enfin pour peu , Lecteur , que tu fois attentif ,
Tu peux dans un , deux , trois , voir mon diminutif.
Brunet , de Dijon.
S1 te
I jamais tu te vois ſur l'inconftant Neptune ,
Fui-mois par moi l'on perd la vie ou la fortune.
De mes pieds fi tu veux retrancher le dernier ,
Sous un nom feminin , je fuis encor moi- même.
Si le fecond précède le premier ,
Les autres à l'écart , par mon pouvoir fuprême ,
Je tiens lieu de beauté , d'efprit , de vertu même.
Je renferme encor dans mon fein
Une note , un inftrument rauque ,
Une terre jaunâtre : un Saint
Que pour un fléau l'on invoque :
Cette amante , qui d'une tour
Se lança dans la plaine humide ,
Appercevant le corps livide ·
De fon amant privé du jour :
Une Nymphe , dont le coeur tendre
Ne fut payé d'aucun retour ,
Et qui gémit fouvent d'un malheureux amour ,
Comme en la confultant on peut encor l'entendre .
Enfin pour peu , Lecteur , que tu fois attentif ,
Tu peux dans un , deux , trois , voir mon diminutif.
Brunet , de Dijon.
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p. 198
LOGOGRYPHE.
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Ferme sur mes six pieds je fais tête à l'orage ; [...]
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