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151
p. 303-308
Theses presentées à l'Assemblée du Clergé par Mr l'Abbé de Loraine, avec un Abregé de l'Eloge du Roy fait par le mesme. [titre d'après la table]
Début :
Quand je vous parlay de l'Action que M. l'Abbé de Lorraine [...]
Mots clefs :
Abbé de Lorraine, Sorbonne, Thèses, Assemblée générale du Clergé de France, Discours, Prince, Église universelle, Hérésie, Ennemis, Monarque, Religion catholique, Honneur
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texteReconnaissance textuelle : Theses presentées à l'Assemblée du Clergé par Mr l'Abbé de Loraine, avec un Abregé de l'Eloge du Roy fait par le mesme. [titre d'après la table]
Quand je vous parlay de
l'Action que M. l'Abbé de
Lorraine fit en Sorbonne il
y a un mois , j'oubliay de
Bb iij
304 MERCURE
vous marquer qu'il avoit
efté auparavant à Saint Germain
en Laye , où il preſenta
de fes Théfes à M's les
Prélats & Députez de l'Affemblée
Genérale du Clergé
de France , aufquels il fit
un tres -beau Difcours Latin
. Ce jeune Prince leur
dit , Qu'il eust fouhaité avec
paffion , les avoir tous pour témoins
des premiers effays de fa
Theologie ; mais qu'il n'avoit
garde de les en prier , fçachant de
quelle importance eftoient les Affaires
qui les occupoient , & qu'il
sagiffoit du bien de l'Eglife uniGALANT:
395
verfelle , & des interests du plus
grand des Roys , qui n'ayant
pointde defirs plus empreſſez que
de s'en montrer le Defenfeur , que
de la combler tous les jours de fes
bien faits , & d'arracher dans
tout fon Royaume juſqu'aux racines
de l'Hérefie , faifoit fa premiere
affaire parmy tant d'autres
qui luy coûtoient tant de foins,
de reüffir dans ce loüable& pieux
deffein. Il ajoûta , que ce grand
Monarque avoit battu fes En.
nemis en tous lieux , qu'il avoir
mis une fin auffi glorieuse que furprenante
, aux guerres qu'il avoit
eues en Flandre , en Allemagne,
Bb iiij
306 MERCURE
en Hollande , & jufqu'en Affrique
; qu'il avoit fecouru fes Atliez
, & agrandy en me mesme
temps fes Etats ; mais qu'il s'en
falloit beaucoup que tout cela ne
luy eust coûté autant de peines
& d'inquiétudes que le defir
d'augmenter le Patrimoine du
Sauveur du monde , de foûmettre
les Ennemis de la Croix , &
d'étouffer entierement l'Herefie;
de forte que fi elle refpiroit encore,
il ne falloit pas s'imaginer que
ce qui luy reftoit de vie pust
donner la moindre atteinte à lou
gloire de Sa Majefté , qui dans
le degré où Elle eftoit , auroit toû
GALANT. 307
jours moins de peine à couronner
Ifes deffeins , qu'à faire croire qu'il
les euft formez.
M. l'Abbé de Lorraine
paffa de là à l'Eloge de M.
'Archevefque de Paris , en
difant , Qu'il n'eftoit pas besoin
de nommer celuy , qui aprés le
Roy avoit le plus de part dans ce
qu'on faifoit à l'avantage de la
Religion Catholique . Que cét
illuftre Prelat , l'honneur du Clergé,&
la lumiere de l'Eglife Gallicane
, dont on ne pouvoit affez
louer la vigilance extraordinaire
lesfoins infatigables , faifoit
tous les jours éclater fon zele
308 MERCURE
contre l'Heréfie , &fon attachement
inviolable pour la Perfonne
de Sa Majesté ; qu'il le touchoit
de trop préspour parler de fa naiffance
; mais qu'il pouvoit dire que
quelque honneur que répandiſſent
fur luy les grands fervices que fes
Anceftres avoient rendus à l'Etat,
l'éclatant merite qui le diftinguoit,
paffoit de beaucoup tout ce que l'on
pouvoirdire d'eux, & queperfonne
avant luy n'avoit trouvé le fecret
, de joindre tant de délicateffe
d'efprit à tant de profondeur , ny
de tant de facilité
tant de force & de penétration.
l'Action que M. l'Abbé de
Lorraine fit en Sorbonne il
y a un mois , j'oubliay de
Bb iij
304 MERCURE
vous marquer qu'il avoit
efté auparavant à Saint Germain
en Laye , où il preſenta
de fes Théfes à M's les
Prélats & Députez de l'Affemblée
Genérale du Clergé
de France , aufquels il fit
un tres -beau Difcours Latin
. Ce jeune Prince leur
dit , Qu'il eust fouhaité avec
paffion , les avoir tous pour témoins
des premiers effays de fa
Theologie ; mais qu'il n'avoit
garde de les en prier , fçachant de
quelle importance eftoient les Affaires
qui les occupoient , & qu'il
sagiffoit du bien de l'Eglife uniGALANT:
395
verfelle , & des interests du plus
grand des Roys , qui n'ayant
pointde defirs plus empreſſez que
de s'en montrer le Defenfeur , que
de la combler tous les jours de fes
bien faits , & d'arracher dans
tout fon Royaume juſqu'aux racines
de l'Hérefie , faifoit fa premiere
affaire parmy tant d'autres
qui luy coûtoient tant de foins,
de reüffir dans ce loüable& pieux
deffein. Il ajoûta , que ce grand
Monarque avoit battu fes En.
nemis en tous lieux , qu'il avoir
mis une fin auffi glorieuse que furprenante
, aux guerres qu'il avoit
eues en Flandre , en Allemagne,
Bb iiij
306 MERCURE
en Hollande , & jufqu'en Affrique
; qu'il avoit fecouru fes Atliez
, & agrandy en me mesme
temps fes Etats ; mais qu'il s'en
falloit beaucoup que tout cela ne
luy eust coûté autant de peines
& d'inquiétudes que le defir
d'augmenter le Patrimoine du
Sauveur du monde , de foûmettre
les Ennemis de la Croix , &
d'étouffer entierement l'Herefie;
de forte que fi elle refpiroit encore,
il ne falloit pas s'imaginer que
ce qui luy reftoit de vie pust
donner la moindre atteinte à lou
gloire de Sa Majefté , qui dans
le degré où Elle eftoit , auroit toû
GALANT. 307
jours moins de peine à couronner
Ifes deffeins , qu'à faire croire qu'il
les euft formez.
M. l'Abbé de Lorraine
paffa de là à l'Eloge de M.
'Archevefque de Paris , en
difant , Qu'il n'eftoit pas besoin
de nommer celuy , qui aprés le
Roy avoit le plus de part dans ce
qu'on faifoit à l'avantage de la
Religion Catholique . Que cét
illuftre Prelat , l'honneur du Clergé,&
la lumiere de l'Eglife Gallicane
, dont on ne pouvoit affez
louer la vigilance extraordinaire
lesfoins infatigables , faifoit
tous les jours éclater fon zele
308 MERCURE
contre l'Heréfie , &fon attachement
inviolable pour la Perfonne
de Sa Majesté ; qu'il le touchoit
de trop préspour parler de fa naiffance
; mais qu'il pouvoit dire que
quelque honneur que répandiſſent
fur luy les grands fervices que fes
Anceftres avoient rendus à l'Etat,
l'éclatant merite qui le diftinguoit,
paffoit de beaucoup tout ce que l'on
pouvoirdire d'eux, & queperfonne
avant luy n'avoit trouvé le fecret
, de joindre tant de délicateffe
d'efprit à tant de profondeur , ny
de tant de facilité
tant de force & de penétration.
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Résumé : Theses presentées à l'Assemblée du Clergé par Mr l'Abbé de Loraine, avec un Abregé de l'Eloge du Roy fait par le mesme. [titre d'après la table]
L'Abbé de Lorraine a présenté ses thèses devant les prélats et députés de l'Assemblée Générale du Clergé de France à Saint-Germain-en-Laye. Dans un discours en latin, il a invité ces dignitaires à assister à ses premiers essais théologiques, tout en respectant leurs engagements actuels. Il a souligné l'engagement du roi à protéger l'Église universelle et à combattre l'hérésie, comparant cet effort aux victoires militaires en Flandre, en Allemagne, en Hollande et en Afrique. L'Abbé a également rendu hommage à l'archevêque de Paris, le qualifiant de principal défenseur de la religion catholique après le roi. Il a loué sa vigilance, ses efforts constants contre l'hérésie et sa loyauté envers le roi. Les mérites de l'archevêque ont été décrits comme surpassant ceux de ses ancêtres, grâce à sa délicatesse d'esprit, sa profondeur, sa facilité et sa pénétration.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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152
p. 315-318
Evêchez & Abbayes données par le Roy. [titre d'après la table]
Début :
Le Roy voulant récompenser les Services que M. l'Abbé Desmarests, [...]
Mots clefs :
Abbé, Clergé, Nominations, Abbaye, Diocèse, Archevêque, Prieuré
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texteReconnaissance textuelle : Evêchez & Abbayes données par le Roy. [titre d'après la table]
Le Roy voulant récompen
fer les Services que M. l'Ab--
bé Defmarefts , & M. l'Abbé
Aouſt 1685.
Cc
316 MERCURE
de Befons , tous deux anciens
Agens du Clergé , ont
rendus à l'Eglife , a nommé
le premier à l'Evefché de
Riez , & l'autre à l'Evefché
d'Aire . Je vous ay parlé
a
plufieurs fois de M. l'Abbé
Defmarefts , dont les belles.
qualitez furpaffent tout le
bien qu'on en peut dire..
Vous fçavez qu'ila une honnefteté
toute engageante
,
& que fon zele toûjours tres
exact à remplir tous fes devoirs
, le rend tres - digne de
l'Epiſcopat . M. l'Abbé de
Befons eft Fils de feu M. de
GALANT.
7
Befons , Confeiller d'Ear
Vous n'avez pas oublié que
je vous parlay de luy en vous
apprenant la mort de M. for
Pere.
L'Abbaye de Gimont, Ordre
de Cifteaux , Dioceſe
d'Auch , a efté donnée à M.
l'Archevefque de Thoulouze.
Il eſt d'une des plus an--
ciennes Maiſons du Royaume
, dont il eft forty depuis
plufieurs Siecles de tresgrands
Hommes , qui ont
remply les
les plus importans de l'E
tat & de l'Eglife. Ce Pre-
Miniſteres
Cc ij
318 MERCURE
lat montre un zele infatigable
dans la conduite de
fon Diocefe , & a fait des
Converfions celébres depuis
que la Chambre de l'Edit
a efté incorporée au Parlement
de Thoulouze . M.
l'Archevefque de Sens eft
fon Frere aifné . M. le Marquis
de Taian , qui s'eſt diftingué
par plufieurs occafions
glorieuſes , eft auffi ſon
Frere.
M. l'Abbé de Brochan a
eſté pouryeu dans le meſme
temps du Prieuré de Boucachard,
Dioceſe de Roüen.
fer les Services que M. l'Ab--
bé Defmarefts , & M. l'Abbé
Aouſt 1685.
Cc
316 MERCURE
de Befons , tous deux anciens
Agens du Clergé , ont
rendus à l'Eglife , a nommé
le premier à l'Evefché de
Riez , & l'autre à l'Evefché
d'Aire . Je vous ay parlé
a
plufieurs fois de M. l'Abbé
Defmarefts , dont les belles.
qualitez furpaffent tout le
bien qu'on en peut dire..
Vous fçavez qu'ila une honnefteté
toute engageante
,
& que fon zele toûjours tres
exact à remplir tous fes devoirs
, le rend tres - digne de
l'Epiſcopat . M. l'Abbé de
Befons eft Fils de feu M. de
GALANT.
7
Befons , Confeiller d'Ear
Vous n'avez pas oublié que
je vous parlay de luy en vous
apprenant la mort de M. for
Pere.
L'Abbaye de Gimont, Ordre
de Cifteaux , Dioceſe
d'Auch , a efté donnée à M.
l'Archevefque de Thoulouze.
Il eſt d'une des plus an--
ciennes Maiſons du Royaume
, dont il eft forty depuis
plufieurs Siecles de tresgrands
Hommes , qui ont
remply les
les plus importans de l'E
tat & de l'Eglife. Ce Pre-
Miniſteres
Cc ij
318 MERCURE
lat montre un zele infatigable
dans la conduite de
fon Diocefe , & a fait des
Converfions celébres depuis
que la Chambre de l'Edit
a efté incorporée au Parlement
de Thoulouze . M.
l'Archevefque de Sens eft
fon Frere aifné . M. le Marquis
de Taian , qui s'eſt diftingué
par plufieurs occafions
glorieuſes , eft auffi ſon
Frere.
M. l'Abbé de Brochan a
eſté pouryeu dans le meſme
temps du Prieuré de Boucachard,
Dioceſe de Roüen.
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Résumé : Evêchez & Abbayes données par le Roy. [titre d'après la table]
En août 1685, le roi a récompensé les services rendus à l'Église par deux abbés. L'abbé Defmarefts, reconnu pour ses qualités exceptionnelles, son honnêteté et son zèle, a été nommé à l'évêché de Riez. L'abbé de Besons, fils du défunt conseiller d'État M. de Galant, a été nommé à l'évêché d'Aire. De plus, l'abbaye de Gimont, une des plus anciennes du royaume et située dans le diocèse d'Auch, a été attribuée à l'archevêque de Toulouse. Cet archevêque est connu pour son zèle dans la gestion de son diocèse et ses conversions célèbres depuis l'incorporation de la Chambre de l'Édit au Parlement de Toulouse. Il a pour frère aîné l'archevêque de Sens et pour frère le marquis de Trian, distingué par plusieurs actions glorieuses. Enfin, l'abbé de Brochan a été pourvu du prieuré de Boucachard, dans le diocèse de Rouen.
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153
p. 320-321
Conversion. [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay fait part au mois de Juin, d'une Lettre de M. Gilbert [...]
Mots clefs :
Ministre, Gentilhomme, Dauphiné, Artillerie, Convertir, Erreur, Abjuration
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texteReconnaissance textuelle : Conversion. [titre d'après la table]
Je vous ay fait part au mois
de Juin, d'une Lettre de M.
Gilbert cy-devant Miniftre,
écrite à M. de Salieres fon
GALANT.
321
Frere aifné,Gentilhomme de
Die en Dauphiné , prefentement
Commiffaire Provincialde
l'Artillerie ,par laquel
le, en luy expliquant les raifons
qui l'ont obligé à fe convertir,
il l'exhortoit à examiner
ferieuſement les erreurs
quefa naiffance luy avoit fait
fuivre. Cettre Lette a eu
l'effet qu'il en avoit attendu .
M. de Salieres s'eft rendu à
fes raifons , & a fait fon Abjuration
depuis peu de jours
entre les mains de M. l'Archevefque
de Paris .
de Juin, d'une Lettre de M.
Gilbert cy-devant Miniftre,
écrite à M. de Salieres fon
GALANT.
321
Frere aifné,Gentilhomme de
Die en Dauphiné , prefentement
Commiffaire Provincialde
l'Artillerie ,par laquel
le, en luy expliquant les raifons
qui l'ont obligé à fe convertir,
il l'exhortoit à examiner
ferieuſement les erreurs
quefa naiffance luy avoit fait
fuivre. Cettre Lette a eu
l'effet qu'il en avoit attendu .
M. de Salieres s'eft rendu à
fes raifons , & a fait fon Abjuration
depuis peu de jours
entre les mains de M. l'Archevefque
de Paris .
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Résumé : Conversion. [titre d'après la table]
En juin, M. Gilbert, ancien ministre, a écrit à M. de Salières, commissaire provincial de l'artillerie, pour expliquer sa conversion et inciter ce dernier à réfléchir sur ses erreurs. La lettre a convaincu M. de Salières, qui a abjuré entre les mains de l'archevêque de Paris.
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154
p. 1-23
Harange faite au Roy, par Mr le Coadjuteur de Roüen. [titre d'après la table]
Début :
Il ne me sera pas difficile, Madame, de vous convaincre que [...]
Mots clefs :
Coadjuteur, Harangue, Roi, Éloge, Éloquence, Assemblée du Clergé, Souverain, Religion, Piété, Ennemis, Zèle, Bonté, Sagesse, Victoire, Action héroïque, Hérésie, Conversions, Erreurs, Hydre, Lois, Vengeance, Honneur, Religion catholique, Édit de Nantes
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texteReconnaissance textuelle : Harange faite au Roy, par Mr le Coadjuteur de Roüen. [titre d'après la table]
L ne me fera pas difficile,
Madame , de vous convaincre
que je n'ay fait
que rendre juftice à M. le
Coadjuteur de Roüen , quád
je vous ay vanté la Harangue
qu'il a faite au Roy ,
Septembre 1685.
A
2 MERCURE
comme une des plus belles
chofes qu'on ait entenduës
depuis long- temps. Je vous
en envoye une Copie , qui
juſtifiera ce que je vous en ay
dit . L'Eloge de Sa Majeſté
vous plait au commencement
de toutes mes Lettres ,
& vous l'aimerez d'autant
plus en celle - cy , que vous
le trouverez
fait par un grad
Prelat , dont l'Eloquence
a
charmé toute la Cour. Il fut
affifté dans cette action de
Ms les Archevelques, Evef
ques , & autres Deputez de
1 Affemblée du Clergé , & ce
IS
GALANT.
3
fut en prenant congé duRoy
qu'il luy parla en ces termes
au nom de tous ceux qui avoient
compofé cette Affemblée.
owy shoup so monu
VIRE,
STRE Le Clergé de France,qui ne
s'approchoit autrefois de fes Sou
leur tracer de
verains , que pour
triftes images de la Religion opprimée
& gemiffante
, vient aujourd'huy
, la reconnoiſſance
&
la joye dans le coeur , faire paroître
à Voftre Majefté, cette mefme
Religion toute couverte de la gloire
, qu'elle tient de voſtre P.eté,
A ij
4 MERCURE
Elle a paru durant plus d'un
fiecle fur le panchant deſa ruine ;
on l'a veuë déchirée par fes propres
enfans , trahie par ceux qui
devoient la foûtenir la defendre
, en proye à fes plus cruels ennemis
. Enfin aprés une longue &
funefte oppreffion , elle refpira peu
de temps avant voftre Naiffance
beureuſe ; avecVous elle commença
de revivre , avec Vous elle
monta fur le Trône. Nous contons
les années de fon accroiffement
par les années de vôtre Regne
; & c'eftfous le plusfloriffant
Empire du monde , que
› que
nous
la
voyons aujourd'huy plus floriffan
te que jamais.
GALANT.
5
Si elle fefouvient encore de fes
troubles de fes malheurs paffez
, ce n'eft plus que pour mieux
goûter le parfait bonheur dont
vous la faitesjouir. Elle eftfans
agitation fans crainte à l'ombre
de votre autorité ; elle eft mefme,
fi j'ofe ainfi dire , fans defirs
puifque voftre Zele ne luy laiffe
pas le temps d'en former , & que
votre Bonté va fifouvent au dela
de fes
fouhaits
. ou la Foy
,
Ce Zele ardent pour
22041
cette Bonte paternelle dans tous
les befoins de l'Eglife , Qualitez
fi rares dans les Princes , font ,
SIRE , le veritablefujet de nos
A iij
Eloges.
6 MERCURE
Nous laiffons à vos autres Sujets
affez d'autres Vertus à admirer
en Vous. Les uns vous reprefenteront
comme un Monarque
Bienfaisant , Liberal, Magnifique,
Fidelle dans fespromef
fes, Ferme & Inflexible contre
toute forte d'injuftice , Droit
Equitable , jufques à prononcer
contre fes propres interefts , veritablement
Maistre de fes Penples
, & plus Maiftre encore de
luy-mefme.
Les autres vous refpecteront
comme un Roy , toûjours Sage &
toûjours Victorieux , dont les im
pénetrables deffeins font plutoft
GALANT. 7
executez, que connus ; qui ne regne
pas feulement fur fes Sujets
par fon Autorité Souveraine ,
mais furfon Confeil par la Superiorité
defon Genie , mais fur les
Cours de fes Voifins par
tration defon Efprit , & par la
Sageffe dont il fait inftruire fes
la
péne-
Miniftres; qui pouvant tout par
Luy-mefme , fçaitfe paffer des plus
grands Hommes , & fans eux refoudre
, entreprendre , executer ;
qui donne la Loy fur la Mer ,
auffi bien que fur la Terre ; qui
tance quand il luy plaift la foudre
jufque fur les bords de l'Afrique ;
qui fçait à ſon gré humilier les
A iiij
8 MERCURE
Nations fuperbes & réduire des
Souverains à venir aux pieds de
fon Trône reconnoiftre fon pou
voir , & implorerfa clemence.
Vos Ennemis mefme , SIRE,
ne peuvent s'empefcher de louer
vos actions heroïques ; ils font
contrains d'avouer , que rien n'eft
capable de vous refifter , & le merite
du Vainqueur adoucit en quel
que forte le malheur des Vaincus.
à
Će
n'est pas nous , SIRE
,
à parler
des progrés
étonnans
de
vos Armes
triomphantes
; nous ne
devons
pas confondre
l'éclat
d'une
valeur
qui n'est que
l'objet
de
l'admiration
des
Hommes
, avec
GALANT
9
ces Ocuvres Saintes qui font en
eftime devant Dieu Le Clergé,
SIRE,s'attachera fur tout à louer
en Vous cette Pietés, qui toûjours
attentive aux interefts de la Religion
, n'obmet rien de ce quipeut
estre neceſſaire pour la relever
dans les lieux où elle est abattue,
l'étendre au delà des Mers,
pour
dans les lieux où elle est inconnuë,
pour la faire triompher dans l'un
&l'autre monde.
Mais
que dis je ! l'Eglife ne
duit- elle pas elle - mefme confacrer
des Victoires , que Vous avezfi
heureuſementfaitfervir à la Propagation
de la Foy, & à l'ex10
MERCURE
que
tinction de l'Herefte ? Ilfemble
que vous n'ayez combattu &
triomphé que pour Dieu , & le
fruit que vous tirez de la Paix ,
nous fait affez connoistre quel ef
toit le principal but de vos Vie
toires. C'est par ces Victoires
vous avez étably cette redouta
ble Puiffance , qui tenant deſormais
vos Voifins en bride , oste
aux Heretiques de voſtre Royanme,
& l'audace de fe revolter,
l'espoir de fe maintenirpar de
feditieux commerces avec les Ennemis
de l'Etat.
4
Si c'euft efté la feule ambition
qui vous cuſtarmé , jufqu'où n'au
GALANT.
11
riez- vous point étendu vôtre Empire
? Vous vous estes hasté de fi
nir la Guerre , lorsque vous en
pouviez tirerde plus grands a -vantages.
Nefçait- on pas que ce n'a
efté que par l'empressement
que
vous aviez de donner tous vos
foins au progrés de la Religion ?
La Converfion de tant d'ames engagées
dans l'erreur , vous a paru
La plusbelle de toutes les Conquéle
triomphe le plus digne tes ,
d'un Roy Tres- Chrétien.
Maisquelle quefoit vôtre Puiffance
, elle avoit encore befoin dis
fecours de vôtre Bonté ; C'eſt en
gagnant le coeur des Heretiques ,
12 MERCURE
que vous domtez l'obftination de
leur efprit ; c'eſt par vos bienfaits
que vous combattez leurendurcif-
Sement , & ils ne feroient peuteftre
jamais rentrez dans le Sein
de l'Eglife par une autre voye ,
que par le chemin ſemé de fleurs
que vous leur avez ouvert.
Auffifaut -il l'avouer , SIRE.
Quelque intereft que nous ayons à
l'extinction de l'Herefie , notre joye
l'emporteroit peu fur noftre douleur,
fi pourfurmonter cet Hydre,
une fâcheufe neceffité avoit forcé
voftre Zele à recourir au fer
feu , comme on a efté obligé de
faire dans les Regnes précedens.
au
GALANT. 13
Nous prendrions part à une Guerre
qui feroit fainte , & nous en
aurions quelque horreur , parce
qu'elle feroitfanglante. Nous ferions
des Voeux pour le fuccés de
vos Armes facrées ; mais nous ne
verrions qu'avec tremblement, les
terribles executions , dont le Dieu
des vangeances vous feroit l'in
ftrument redoutable. Enfin nous
mêlerions nos voix aux acclamations
publiques fur vos Victoires,
enous gemirions enfecretfur un
Triomphe , qui avec la défaite des
Ennemis de l'Eglife , enveloperoit
la perte de nos Freres.
Aujourd'huy donc
donc
que Vous ne
14 MERCURE
*
combattez l'orgueil de l'Herefie
, que par la douceur & par
la fageffe du Gouvernement
:
que vos Loix foûtenues de vos
bienfaits font vos feules armes ;
& que les avantages que vous
remportez ne ſont dommaged.
bles qu'au Demon de la Revolte
& du Schiſme , nous n'avons
que de
graces à rendre au Ciel , qui a
infpiré à Voftre Majefté, ces doux
&fages moyens de vaincre l'erreur,
& de pouvoir en mêlant
avec peu de feverité , beaucoup de
graces & de faveurs ramener à
I'Eglife ceux qui s'en trouvoient
. ع و ب
pures
actions de
GALANT. 15
malheureusement feparez.
Nous le confeffons , SIRE ,
c'eſt à Vôtre Majestéſeule , que
nous devons bien-tost le rétablis
fement entier de la Foy de nos
Peres auffi ne falloir il pas que
l'Etat vous devant déja fon falut
&fa gloire , l'Eglife deuft"
un autre qu'à Vous , fa victoire
fon triomphe : fans cela voftre
Regne , que le Ciel a voulu qu'il
fuft un Regne de merveilles , auroit
manqué de fon plus bel ornement
On auroit bien dit un jour
de Vôtre Majefté , ce que l'Ecriture
dit de plufieurs grands Rois
de Juda : Il a terraffé fes En16
MERCURE
nemis , & relevé la Monarchie
; il a autorifé & reformé
les Loix , il a fait regner
la Juftice ; mais on auroit ajoúté
ce que le Saint Efprit reproche
à ces Princes : Il n'a pas aboly
les Sacrifices qui fe faifoient
fur la Montagne
.
Que votre Nom , SIRE,fera
éloigné de ce reproche ! Ce que
vôtre Zele a déja fait , la Pofte
rité le regardera toûjours comme
La fource de vos Profperitez , &
le comble de vostre Gloire.
Mais ce n'eft pas au rétabliffement
des Temples & des Autels
, que fe borne vôtre Zele.
GALANT.
17
Vous avez entrepris de faire revivre
la Pieté & les bonnes
moeurs ; & c'est à quoy Voftre
Majefte travaille avec fuccés ,
autant par fon exemple que par
fes ordres. C'est un honneur maintenantde
pratiquer la Vertu ; &
fi le vice n'eft pas tout à -fait détruit
, au moins est-il réduit à fe
cacher les voiles dont il fe
couvre , épargnent aux gens de
bien unfâcheux ſcandale, &fau
vent les ames foibles du peril d'une
contagion funefte:
Ne penfons plus à ces jours de
tenebres , où la plupart de ceux
qui eftoient encore dans le Sein de
A
Septembre 1685.
18 MERCURE
l'Eglife , fembloient n'y eftre demeurez
que pour l'outrager de plus
prés ; où les blafphemes ) les
railleriesfacrileges de ce qu'ily a
de plusfaint , éclatoient avec audace.
Ces Monftres d'infidelité ont
difparufous votre Regne heureuxs
files Remontrances tant de
fois réiterées fur ce fujet , ne nous
donnoient connoiffance de ce defor
dre , nous l'ignorerions à jamais.
Qu'eft devenu cet autre Mon
fire produit par l'esprit de vangeance
, toûjours alteré du fang
des Hommes , mais plus encore de
celuy de la Nobleffe Françoife ?
Nous n'avons qu'à le laiffer dans
GALANT
19
1
Doubly eternel , où depuis tant de
temps vous l'avez enfevely. Kous
lavez étouffé , tout indomtable
qu'il paroiffoit. Votre Majesté a
feu renverser les fauffes maximes:
de l'honneur & de la bonte ; &
autant qu'une déteftable erreur
avoit mis de fauffe gloire à fe
vanger, autant y auroit- il d'ignominie
à ne vous pas obeir. C'eft
ainsi que vostre volonté ſeule
l'emportefur la coûtume invete
rée du mal , & fur le panchante
criminel des hommes:
&
Le Clergé ne fe difpofe plus
qu'à eftre le Spectateur de la fin
& de toutes vos faintes Entreprifes,
Aij
20 MERCURE
aprés en avoir admiré de fi heureux
commencemens , il ceffe d'ufer
de Remontrances. S'il a enco
re quelques befoins , vous les connoiffez
, cela luy fuffit. Il vient
encore de reffentir en cette Affemblée,
d'infignes effets de vôtre Protection
Royale ; & perfuadé que
vous luy avez deftiné une longue
fuite de graces dans d'autres
temps , avec les circonstances
dont vous feul les fçavez fi bien
accompagner, il craindroit par fes
demandes , ou de troubler l'ordre
que vôtre Sageffe y a étably , ou
peut eftre de mettre des bornes où
vôtre Zele n'en a point mis.
GALANT 2
L'unique affaire qui nous occu
pe , c'eſt l'obligation de rendre
Vôtre Majefté de tres - humbles
actions de graces. Aprés un fijufte
de voir , affûrez que nousfammes
de votre puiffante Protection,
nous pouvons nous feparer fans
inquietude. Nous allons dans les
Provinces de voftre Royaume ,
faire retentir les louanges que
Eglife doit à voftre Zele, Cha
que Pafteur aura la joye de retronverpar
vosfoins , fon Troupeau
plus nombreux qu'il ne l'avoit
laißé , & chacun de nous redou—
blera fes voeux pour obtenir du
Ciel, qu'il redouble fes Benedic22
MERCURE
tions en faveur d'un Prince qui
fe les attire par des actions fi glow
rieufes & fi utiles à la Religion,
M.leCoadjuteur de Rouen,
comme Membre du Clergé,
fçachant encore plus parti
culierement que le reſte de
la France , ou pour mieux
dire , de l'Europe entiere ,
avec quel zele & quelle ap
plication le Roy s'attache à
faire fleurir la Religion Ca--
tholique , en corrigeant les
abus qui s'eftoient gliſſez à
fon préjudice depuis l'Edit
de Nantes, & en rétabliſſant
་
GALANT. 23
La plupart des chofes auf
quelles une longue ufurpation
avoit fait changer de
face, ne pouvoit donner trop
de louanges à ce Prince , fur
les avantages que l'Eglife tire
de fa Pieté. Elle produit
tous les jours des effets fi fur
prenans & fi extraordinai
res , qu'ils n'ont jamais eu
d'exemple ; & ils paroistront
auffi incroyables à la Poſterité
, que toutes les autres actions
de grandeur & de 'moderation
, qui le font admirer
de toute la terre .
Madame , de vous convaincre
que je n'ay fait
que rendre juftice à M. le
Coadjuteur de Roüen , quád
je vous ay vanté la Harangue
qu'il a faite au Roy ,
Septembre 1685.
A
2 MERCURE
comme une des plus belles
chofes qu'on ait entenduës
depuis long- temps. Je vous
en envoye une Copie , qui
juſtifiera ce que je vous en ay
dit . L'Eloge de Sa Majeſté
vous plait au commencement
de toutes mes Lettres ,
& vous l'aimerez d'autant
plus en celle - cy , que vous
le trouverez
fait par un grad
Prelat , dont l'Eloquence
a
charmé toute la Cour. Il fut
affifté dans cette action de
Ms les Archevelques, Evef
ques , & autres Deputez de
1 Affemblée du Clergé , & ce
IS
GALANT.
3
fut en prenant congé duRoy
qu'il luy parla en ces termes
au nom de tous ceux qui avoient
compofé cette Affemblée.
owy shoup so monu
VIRE,
STRE Le Clergé de France,qui ne
s'approchoit autrefois de fes Sou
leur tracer de
verains , que pour
triftes images de la Religion opprimée
& gemiffante
, vient aujourd'huy
, la reconnoiſſance
&
la joye dans le coeur , faire paroître
à Voftre Majefté, cette mefme
Religion toute couverte de la gloire
, qu'elle tient de voſtre P.eté,
A ij
4 MERCURE
Elle a paru durant plus d'un
fiecle fur le panchant deſa ruine ;
on l'a veuë déchirée par fes propres
enfans , trahie par ceux qui
devoient la foûtenir la defendre
, en proye à fes plus cruels ennemis
. Enfin aprés une longue &
funefte oppreffion , elle refpira peu
de temps avant voftre Naiffance
beureuſe ; avecVous elle commença
de revivre , avec Vous elle
monta fur le Trône. Nous contons
les années de fon accroiffement
par les années de vôtre Regne
; & c'eftfous le plusfloriffant
Empire du monde , que
› que
nous
la
voyons aujourd'huy plus floriffan
te que jamais.
GALANT.
5
Si elle fefouvient encore de fes
troubles de fes malheurs paffez
, ce n'eft plus que pour mieux
goûter le parfait bonheur dont
vous la faitesjouir. Elle eftfans
agitation fans crainte à l'ombre
de votre autorité ; elle eft mefme,
fi j'ofe ainfi dire , fans defirs
puifque voftre Zele ne luy laiffe
pas le temps d'en former , & que
votre Bonté va fifouvent au dela
de fes
fouhaits
. ou la Foy
,
Ce Zele ardent pour
22041
cette Bonte paternelle dans tous
les befoins de l'Eglife , Qualitez
fi rares dans les Princes , font ,
SIRE , le veritablefujet de nos
A iij
Eloges.
6 MERCURE
Nous laiffons à vos autres Sujets
affez d'autres Vertus à admirer
en Vous. Les uns vous reprefenteront
comme un Monarque
Bienfaisant , Liberal, Magnifique,
Fidelle dans fespromef
fes, Ferme & Inflexible contre
toute forte d'injuftice , Droit
Equitable , jufques à prononcer
contre fes propres interefts , veritablement
Maistre de fes Penples
, & plus Maiftre encore de
luy-mefme.
Les autres vous refpecteront
comme un Roy , toûjours Sage &
toûjours Victorieux , dont les im
pénetrables deffeins font plutoft
GALANT. 7
executez, que connus ; qui ne regne
pas feulement fur fes Sujets
par fon Autorité Souveraine ,
mais furfon Confeil par la Superiorité
defon Genie , mais fur les
Cours de fes Voifins par
tration defon Efprit , & par la
Sageffe dont il fait inftruire fes
la
péne-
Miniftres; qui pouvant tout par
Luy-mefme , fçaitfe paffer des plus
grands Hommes , & fans eux refoudre
, entreprendre , executer ;
qui donne la Loy fur la Mer ,
auffi bien que fur la Terre ; qui
tance quand il luy plaift la foudre
jufque fur les bords de l'Afrique ;
qui fçait à ſon gré humilier les
A iiij
8 MERCURE
Nations fuperbes & réduire des
Souverains à venir aux pieds de
fon Trône reconnoiftre fon pou
voir , & implorerfa clemence.
Vos Ennemis mefme , SIRE,
ne peuvent s'empefcher de louer
vos actions heroïques ; ils font
contrains d'avouer , que rien n'eft
capable de vous refifter , & le merite
du Vainqueur adoucit en quel
que forte le malheur des Vaincus.
à
Će
n'est pas nous , SIRE
,
à parler
des progrés
étonnans
de
vos Armes
triomphantes
; nous ne
devons
pas confondre
l'éclat
d'une
valeur
qui n'est que
l'objet
de
l'admiration
des
Hommes
, avec
GALANT
9
ces Ocuvres Saintes qui font en
eftime devant Dieu Le Clergé,
SIRE,s'attachera fur tout à louer
en Vous cette Pietés, qui toûjours
attentive aux interefts de la Religion
, n'obmet rien de ce quipeut
estre neceſſaire pour la relever
dans les lieux où elle est abattue,
l'étendre au delà des Mers,
pour
dans les lieux où elle est inconnuë,
pour la faire triompher dans l'un
&l'autre monde.
Mais
que dis je ! l'Eglife ne
duit- elle pas elle - mefme confacrer
des Victoires , que Vous avezfi
heureuſementfaitfervir à la Propagation
de la Foy, & à l'ex10
MERCURE
que
tinction de l'Herefte ? Ilfemble
que vous n'ayez combattu &
triomphé que pour Dieu , & le
fruit que vous tirez de la Paix ,
nous fait affez connoistre quel ef
toit le principal but de vos Vie
toires. C'est par ces Victoires
vous avez étably cette redouta
ble Puiffance , qui tenant deſormais
vos Voifins en bride , oste
aux Heretiques de voſtre Royanme,
& l'audace de fe revolter,
l'espoir de fe maintenirpar de
feditieux commerces avec les Ennemis
de l'Etat.
4
Si c'euft efté la feule ambition
qui vous cuſtarmé , jufqu'où n'au
GALANT.
11
riez- vous point étendu vôtre Empire
? Vous vous estes hasté de fi
nir la Guerre , lorsque vous en
pouviez tirerde plus grands a -vantages.
Nefçait- on pas que ce n'a
efté que par l'empressement
que
vous aviez de donner tous vos
foins au progrés de la Religion ?
La Converfion de tant d'ames engagées
dans l'erreur , vous a paru
La plusbelle de toutes les Conquéle
triomphe le plus digne tes ,
d'un Roy Tres- Chrétien.
Maisquelle quefoit vôtre Puiffance
, elle avoit encore befoin dis
fecours de vôtre Bonté ; C'eſt en
gagnant le coeur des Heretiques ,
12 MERCURE
que vous domtez l'obftination de
leur efprit ; c'eſt par vos bienfaits
que vous combattez leurendurcif-
Sement , & ils ne feroient peuteftre
jamais rentrez dans le Sein
de l'Eglife par une autre voye ,
que par le chemin ſemé de fleurs
que vous leur avez ouvert.
Auffifaut -il l'avouer , SIRE.
Quelque intereft que nous ayons à
l'extinction de l'Herefie , notre joye
l'emporteroit peu fur noftre douleur,
fi pourfurmonter cet Hydre,
une fâcheufe neceffité avoit forcé
voftre Zele à recourir au fer
feu , comme on a efté obligé de
faire dans les Regnes précedens.
au
GALANT. 13
Nous prendrions part à une Guerre
qui feroit fainte , & nous en
aurions quelque horreur , parce
qu'elle feroitfanglante. Nous ferions
des Voeux pour le fuccés de
vos Armes facrées ; mais nous ne
verrions qu'avec tremblement, les
terribles executions , dont le Dieu
des vangeances vous feroit l'in
ftrument redoutable. Enfin nous
mêlerions nos voix aux acclamations
publiques fur vos Victoires,
enous gemirions enfecretfur un
Triomphe , qui avec la défaite des
Ennemis de l'Eglife , enveloperoit
la perte de nos Freres.
Aujourd'huy donc
donc
que Vous ne
14 MERCURE
*
combattez l'orgueil de l'Herefie
, que par la douceur & par
la fageffe du Gouvernement
:
que vos Loix foûtenues de vos
bienfaits font vos feules armes ;
& que les avantages que vous
remportez ne ſont dommaged.
bles qu'au Demon de la Revolte
& du Schiſme , nous n'avons
que de
graces à rendre au Ciel , qui a
infpiré à Voftre Majefté, ces doux
&fages moyens de vaincre l'erreur,
& de pouvoir en mêlant
avec peu de feverité , beaucoup de
graces & de faveurs ramener à
I'Eglife ceux qui s'en trouvoient
. ع و ب
pures
actions de
GALANT. 15
malheureusement feparez.
Nous le confeffons , SIRE ,
c'eſt à Vôtre Majestéſeule , que
nous devons bien-tost le rétablis
fement entier de la Foy de nos
Peres auffi ne falloir il pas que
l'Etat vous devant déja fon falut
&fa gloire , l'Eglife deuft"
un autre qu'à Vous , fa victoire
fon triomphe : fans cela voftre
Regne , que le Ciel a voulu qu'il
fuft un Regne de merveilles , auroit
manqué de fon plus bel ornement
On auroit bien dit un jour
de Vôtre Majefté , ce que l'Ecriture
dit de plufieurs grands Rois
de Juda : Il a terraffé fes En16
MERCURE
nemis , & relevé la Monarchie
; il a autorifé & reformé
les Loix , il a fait regner
la Juftice ; mais on auroit ajoúté
ce que le Saint Efprit reproche
à ces Princes : Il n'a pas aboly
les Sacrifices qui fe faifoient
fur la Montagne
.
Que votre Nom , SIRE,fera
éloigné de ce reproche ! Ce que
vôtre Zele a déja fait , la Pofte
rité le regardera toûjours comme
La fource de vos Profperitez , &
le comble de vostre Gloire.
Mais ce n'eft pas au rétabliffement
des Temples & des Autels
, que fe borne vôtre Zele.
GALANT.
17
Vous avez entrepris de faire revivre
la Pieté & les bonnes
moeurs ; & c'est à quoy Voftre
Majefte travaille avec fuccés ,
autant par fon exemple que par
fes ordres. C'est un honneur maintenantde
pratiquer la Vertu ; &
fi le vice n'eft pas tout à -fait détruit
, au moins est-il réduit à fe
cacher les voiles dont il fe
couvre , épargnent aux gens de
bien unfâcheux ſcandale, &fau
vent les ames foibles du peril d'une
contagion funefte:
Ne penfons plus à ces jours de
tenebres , où la plupart de ceux
qui eftoient encore dans le Sein de
A
Septembre 1685.
18 MERCURE
l'Eglife , fembloient n'y eftre demeurez
que pour l'outrager de plus
prés ; où les blafphemes ) les
railleriesfacrileges de ce qu'ily a
de plusfaint , éclatoient avec audace.
Ces Monftres d'infidelité ont
difparufous votre Regne heureuxs
files Remontrances tant de
fois réiterées fur ce fujet , ne nous
donnoient connoiffance de ce defor
dre , nous l'ignorerions à jamais.
Qu'eft devenu cet autre Mon
fire produit par l'esprit de vangeance
, toûjours alteré du fang
des Hommes , mais plus encore de
celuy de la Nobleffe Françoife ?
Nous n'avons qu'à le laiffer dans
GALANT
19
1
Doubly eternel , où depuis tant de
temps vous l'avez enfevely. Kous
lavez étouffé , tout indomtable
qu'il paroiffoit. Votre Majesté a
feu renverser les fauffes maximes:
de l'honneur & de la bonte ; &
autant qu'une déteftable erreur
avoit mis de fauffe gloire à fe
vanger, autant y auroit- il d'ignominie
à ne vous pas obeir. C'eft
ainsi que vostre volonté ſeule
l'emportefur la coûtume invete
rée du mal , & fur le panchante
criminel des hommes:
&
Le Clergé ne fe difpofe plus
qu'à eftre le Spectateur de la fin
& de toutes vos faintes Entreprifes,
Aij
20 MERCURE
aprés en avoir admiré de fi heureux
commencemens , il ceffe d'ufer
de Remontrances. S'il a enco
re quelques befoins , vous les connoiffez
, cela luy fuffit. Il vient
encore de reffentir en cette Affemblée,
d'infignes effets de vôtre Protection
Royale ; & perfuadé que
vous luy avez deftiné une longue
fuite de graces dans d'autres
temps , avec les circonstances
dont vous feul les fçavez fi bien
accompagner, il craindroit par fes
demandes , ou de troubler l'ordre
que vôtre Sageffe y a étably , ou
peut eftre de mettre des bornes où
vôtre Zele n'en a point mis.
GALANT 2
L'unique affaire qui nous occu
pe , c'eſt l'obligation de rendre
Vôtre Majefté de tres - humbles
actions de graces. Aprés un fijufte
de voir , affûrez que nousfammes
de votre puiffante Protection,
nous pouvons nous feparer fans
inquietude. Nous allons dans les
Provinces de voftre Royaume ,
faire retentir les louanges que
Eglife doit à voftre Zele, Cha
que Pafteur aura la joye de retronverpar
vosfoins , fon Troupeau
plus nombreux qu'il ne l'avoit
laißé , & chacun de nous redou—
blera fes voeux pour obtenir du
Ciel, qu'il redouble fes Benedic22
MERCURE
tions en faveur d'un Prince qui
fe les attire par des actions fi glow
rieufes & fi utiles à la Religion,
M.leCoadjuteur de Rouen,
comme Membre du Clergé,
fçachant encore plus parti
culierement que le reſte de
la France , ou pour mieux
dire , de l'Europe entiere ,
avec quel zele & quelle ap
plication le Roy s'attache à
faire fleurir la Religion Ca--
tholique , en corrigeant les
abus qui s'eftoient gliſſez à
fon préjudice depuis l'Edit
de Nantes, & en rétabliſſant
་
GALANT. 23
La plupart des chofes auf
quelles une longue ufurpation
avoit fait changer de
face, ne pouvoit donner trop
de louanges à ce Prince , fur
les avantages que l'Eglife tire
de fa Pieté. Elle produit
tous les jours des effets fi fur
prenans & fi extraordinai
res , qu'ils n'ont jamais eu
d'exemple ; & ils paroistront
auffi incroyables à la Poſterité
, que toutes les autres actions
de grandeur & de 'moderation
, qui le font admirer
de toute la terre .
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Résumé : Harange faite au Roy, par Mr le Coadjuteur de Roüen. [titre d'après la table]
En septembre 1685, une lettre célèbre la harangue du Coadjuteur de Rouen adressée au roi, qualifiée d'une des plus remarquables récemment entendues. Cette harangue, prononcée devant les archevêques, évêques et députés de l'Assemblée du Clergé, célèbre la restauration de la religion catholique en France sous le règne du roi. Le clergé exprime sa reconnaissance et sa joie, soulignant que la religion a retrouvé sa gloire grâce à la piété du souverain. Le discours met en avant les vertus royales telles que la bienveillance, la libéralité, la magnanimité, la fidélité, la fermeté contre l'injustice, la droiture et l'équité. Le roi est également respecté pour sa sagesse et ses victoires militaires. Le clergé souligne la piété du roi, qui a combattu pour Dieu, étendu la foi et réprimé l'hérésie. Sa puissance maintient les voisins en respect et empêche les hérétiques de se révolter. Le roi a mis fin à la guerre pour promouvoir la religion et convertir les âmes égarées. Le Mercure Galant souligne la douceur et la sagesse du roi dans la gestion des hérétiques, préférant la persuasion aux méthodes brutales. Le clergé exprime sa gratitude pour les mesures royales qui ont ramené les égarés dans le sein de l'Église sans violence excessive. Le texte met en lumière les efforts du roi pour restaurer la piété et les bonnes mœurs, réduisant ainsi les scandales publics et protégeant les âmes faibles. Le clergé reconnaît la protection royale et assure qu'il ne fera plus de remontrances, se contentant de bénéficier des grâces royales. Il exprime son intention de propager les louanges du roi à travers le royaume et de prier pour lui. Le Coadjuteur de Rouen souligne le zèle du roi pour corriger les abus post-Édit de Nantes et rétablir l'ordre religieux, des actions admirées par l'Église.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
155
p. 23-30
Actions de Pieté du Roy. [titre d'après la table]
Début :
Ce Monarque toûjours appliqué à ce qui regarde la Relgion, [...]
Mots clefs :
Monarque, Religion, Parlement, Édits, Ministres, Religion prétendue réformée, Conversions, Erreurs, Vérité catholique, Doctrine, Calomnies, Dogmes, Livres, Déclaration, Fonctions, Études, Sacrements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Actions de Pieté du Roy. [titre d'après la table]
Ce Monarque
toûjours appliqué à
24 MERCURE
ce qui regarde la Religion ,
a fait un Edit tout plein de
juſtice , qui a eſté enregiſtré
au Parlement le 23. du der,
nier mois. M's les Deputez
du Clergé , luy ayant repre
fenté qu'entre les moyens
dont les Miniftres de le Religion
Pretendue Reformée
fe fervoient pour empefcher
ceux de leur Party de fe convertir
, aucun ne leur réüffifloit
fi
avantageufement
que celuy de donner par des
impoſtures , une faufſe idée
de la Religion Catholique,
Sa Majeſte a fait examiner
les.
GALANT. 25 .
les erreurs que ces Miniftres
ontda hardieffe de luy imputer
, dans les Preſches , ou
dans les Livres qu'ils compofent
; & comme rien ne
bleffe tant le refpect avec lequel
les Edits les obligent
d'en parler, que de l'accufer
de profeffer une Doctrine
qu'elle condamne ; & qu'il
n'eft pas jufte de fouffrir que
leurs calomnies infpirent
aux Religionnaires de l'horreur
contre la verité , qu'ils
ne pourroient s'empefcher
de fuivre fi ces artifices ne
leur en déroboient pas la
Septembre 1685.
C
26 MERCURE
connoiffance
; Elle a defen
du aux Miniftres , & à toutes
perfonnes de la Religion
Pretenduë Reformée , de
preſcher & de compofer aucuns
Livres contre la Foy
Catholique , Apoftolique &
Romaine , & de fe fervir de
termes injurieux ou tendans
à la calomnie , en imputant
aux Catholiques des Dogmes
qu'ils condamnent , &
mefme de parler directemet
ny indirectement en quelque
maniere que ce puiffe
eftre , de la Religion Catho
lique. Les Pretendus Refor
GALANT. 27
mez n'ont point à fe plaindre
, puis qu'il doit fuffire aux
Miniftrés d'une Religion toferée
dans le Royaume, d'en
enfeigner les Maximes , fans
s'élever par des difputes &
par des calomnies contre la
veritable Religion que l'on
y profeffe , & dont leurs Predeceffeurs
fe font malheureuſement
feparez dans le
dernier Siecle .
Le Roy a fait dans le mefme
temps une Declaration ,
qui a efté auffi enregiſtrée
auParlement
. Elle porte qu'il
ne fera plus receu de Mede-
Cij
28 MERCURE
cins de la Religion Preten
due Reformée . Cette Declaration
á efté donnée avec
beaucoup de prudence . De
fortes raifons ayant fait défendre
de recevoir à l'avenir
lesPretendus Reformez dans
aucune Charge de Judicature
, on a connu que la plufpart
des jeunes gens de cette
Religion s'appliqueroient à
étudier en Medecine pour y
prendre les degrez,fe voyant
exclus de toutes autres fonctions
; ce qui augmenteroit
fi confiderablement le nombre
des Medecins CalviniGALANT.
29
ftes , que peu de Catholiques
voudroient dorefnavant s'attacher
à cette Science ; en
forte que ceux qui profefferoient
la veritable Religion
en recevroient dans la fuite
un grand préjudice pour leur
falut lors qu'ils tomberoient
malades , parce que les Medecins
Religionnaires ne ſe
mettroient pas en peine de
les avertir de l'eftat où ils fe
trouveroient pour recevoir
les Sacremens , aufquels ils
n'ont point de foy. Ce mal,
qui eftoit inévitable, demandant
un feur remede , on ne
C iij
30 MERCURE
devoit pas douter que le Roy
n'euft la bonté d'y pourvoir.
C'eft ce qu'il a fait , en défendant
à tous ceux qui font
commis pour la reception
des Médecins , d'en admettre
aucun de la Religion Prétenduë
Reformée . Cet Edit
& cette Declaration font de
plus en plus admirer les juftes
mefures qu'il prend pour
l'accroiffement de la Religion
Catholique , & pour le
falut de fes Sujets .
toûjours appliqué à
24 MERCURE
ce qui regarde la Religion ,
a fait un Edit tout plein de
juſtice , qui a eſté enregiſtré
au Parlement le 23. du der,
nier mois. M's les Deputez
du Clergé , luy ayant repre
fenté qu'entre les moyens
dont les Miniftres de le Religion
Pretendue Reformée
fe fervoient pour empefcher
ceux de leur Party de fe convertir
, aucun ne leur réüffifloit
fi
avantageufement
que celuy de donner par des
impoſtures , une faufſe idée
de la Religion Catholique,
Sa Majeſte a fait examiner
les.
GALANT. 25 .
les erreurs que ces Miniftres
ontda hardieffe de luy imputer
, dans les Preſches , ou
dans les Livres qu'ils compofent
; & comme rien ne
bleffe tant le refpect avec lequel
les Edits les obligent
d'en parler, que de l'accufer
de profeffer une Doctrine
qu'elle condamne ; & qu'il
n'eft pas jufte de fouffrir que
leurs calomnies infpirent
aux Religionnaires de l'horreur
contre la verité , qu'ils
ne pourroient s'empefcher
de fuivre fi ces artifices ne
leur en déroboient pas la
Septembre 1685.
C
26 MERCURE
connoiffance
; Elle a defen
du aux Miniftres , & à toutes
perfonnes de la Religion
Pretenduë Reformée , de
preſcher & de compofer aucuns
Livres contre la Foy
Catholique , Apoftolique &
Romaine , & de fe fervir de
termes injurieux ou tendans
à la calomnie , en imputant
aux Catholiques des Dogmes
qu'ils condamnent , &
mefme de parler directemet
ny indirectement en quelque
maniere que ce puiffe
eftre , de la Religion Catho
lique. Les Pretendus Refor
GALANT. 27
mez n'ont point à fe plaindre
, puis qu'il doit fuffire aux
Miniftrés d'une Religion toferée
dans le Royaume, d'en
enfeigner les Maximes , fans
s'élever par des difputes &
par des calomnies contre la
veritable Religion que l'on
y profeffe , & dont leurs Predeceffeurs
fe font malheureuſement
feparez dans le
dernier Siecle .
Le Roy a fait dans le mefme
temps une Declaration ,
qui a efté auffi enregiſtrée
auParlement
. Elle porte qu'il
ne fera plus receu de Mede-
Cij
28 MERCURE
cins de la Religion Preten
due Reformée . Cette Declaration
á efté donnée avec
beaucoup de prudence . De
fortes raifons ayant fait défendre
de recevoir à l'avenir
lesPretendus Reformez dans
aucune Charge de Judicature
, on a connu que la plufpart
des jeunes gens de cette
Religion s'appliqueroient à
étudier en Medecine pour y
prendre les degrez,fe voyant
exclus de toutes autres fonctions
; ce qui augmenteroit
fi confiderablement le nombre
des Medecins CalviniGALANT.
29
ftes , que peu de Catholiques
voudroient dorefnavant s'attacher
à cette Science ; en
forte que ceux qui profefferoient
la veritable Religion
en recevroient dans la fuite
un grand préjudice pour leur
falut lors qu'ils tomberoient
malades , parce que les Medecins
Religionnaires ne ſe
mettroient pas en peine de
les avertir de l'eftat où ils fe
trouveroient pour recevoir
les Sacremens , aufquels ils
n'ont point de foy. Ce mal,
qui eftoit inévitable, demandant
un feur remede , on ne
C iij
30 MERCURE
devoit pas douter que le Roy
n'euft la bonté d'y pourvoir.
C'eft ce qu'il a fait , en défendant
à tous ceux qui font
commis pour la reception
des Médecins , d'en admettre
aucun de la Religion Prétenduë
Reformée . Cet Edit
& cette Declaration font de
plus en plus admirer les juftes
mefures qu'il prend pour
l'accroiffement de la Religion
Catholique , & pour le
falut de fes Sujets .
Fermer
Résumé : Actions de Pieté du Roy. [titre d'après la table]
En septembre 1685, un monarque a publié un édit enregistré au Parlement le 23 août précédent. Cet édit vise à réguler les pratiques des ministres de la religion prétendue réformée, accusés d'utiliser des impostures pour dissuader les conversions au catholicisme. Le roi a examiné les erreurs imputées aux catholiques par ces ministres et a interdit toute prédication ou publication de livres contre la foi catholique. Il a également interdit l'usage de termes injurieux ou calomnieux envers les catholiques. Simultanément, le roi a émis une déclaration interdisant l'admission des protestants dans les professions médicales afin de prévenir l'augmentation du nombre de médecins protestants, qui pourraient négliger les besoins spirituels des patients catholiques malades. Ces mesures montrent l'engagement du roi à renforcer la religion catholique et à assurer le bien-être de ses sujets.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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156
p. 119-209
Relation de Mr Chassebras de Cramailles, contenant son Voyage depuis Venise jusques à Rome, & ses Remarques sur les Villes, Lieux & Chemins considerables, avec les Devotions de Nostre-Dame de Lorette, & de Saint François d'Assise. [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay déja donné plusieurs Relations de M. Chassebras [...]
Mots clefs :
Chapelle, Église, Chemin, Bologne, Mer, Vierge, Dame, Rome, Pèlerin, Venise, Biens, Montagne, Reliques, Dévotion, Villages, Anges, Pape, Peuple, Messe, Architecture, Tibre, Récit de voyage, Chrétienté, Cérémonies religieuses, Saint François d'Assise, Lorette
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation de Mr Chassebras de Cramailles, contenant son Voyage depuis Venise jusques à Rome, & ses Remarques sur les Villes, Lieux & Chemins considerables, avec les Devotions de Nostre-Dame de Lorette, & de Saint François d'Assise. [titre d'après la table]
Je vous ay déja donné plufieurs
Relations de M. Chaffebras
de Cramailles , & entre
autres celle de dix ou
douze Opera , qui furent repreſentez
à Veniſe en un ſeul
Carnaval , du temps que ce
curieux Voyageur y eftoit.
L'exactitude avec laquelle il
décrit les lieux où il paffe ,
vous a fait fouvent fouhaiter
d'en avoir la fuite . Elle vient
de tomber entre mes mains,
& je vous l'envoye dans les
mefmes termes qu'on me l'a
donnée . C'eſt la Relation de
fon Voyage , depuis Venife
120 MERCURE
jufques à Rome , & fes remarques
fur les Villes, Lieux
& Chemins confiderables
avec les Devotions de Noftre-
Dame de Lorette , & de
Saint François d'Affife. Elle
eft adreffée à M. le Duc de
Saint Aignan. La voicy,
Le quinziéme Novembre
1684. je partis de Venife , où
j'avois efté durant une année
, & je me mis avec un
Gentilhomme François de
mes amis, dans une Gondole
à quatre Rameurs, une heure
& demie avant le jour. Durant
la matinée, nons traver
fames
GALANT. 121
fames vers le Midy fur le
Fleuve du Pô , où nous vo
guâmes tout le refte de la
journée & le lendemain , jufqu'à
une lieuë de Ferrare ,
ayant couché dans un Village
fur le bord du Pô. Ce Fleuve
qui paffe pour le Roy des
Fleuves de l'Italie , a fon cau
claire comme criſtal ; 11 eft
fort large , & bordé prefque,
par tout de tapis verts , de
Prairies & de Bocages . Il fait
icy la divifion des Terres du
Pape d'avec celles de Venife ,
& le trouve luy- mefme partagé
entre ces deux differens
Septembre 1685. L
122 MERCURE
Etats ; de forte que par un
effet du fort affez bizarre , il
fe rencontroit fouvent que
l'un de nous eftoit fur le Domaine
de Saint Pierre , dans
le temps que l'autre reftoit
encore fous la puiffance des
Venitiens & cependant
nous eftions affis fur un mef
me ſiege à coſté l'un de l'autre.
L'air eftoit extremément
doux quand nous nous mimes
en chemin . Sans un
temps fi favorable , nous
n'aurions pas hazardé dans
une Gondole le peu de
mer
GALANT. 123
que nous cûmes àpaffer . C'eſt
un petit Bâtiment de mer leger
& delicat, dans lequel on
peut aller faire fa cour aux
Gentils- Donnes , fur le grand
Canal de Venife ; mais il n'eſt
pas fait pour
aller en pleine
mer, & feroit dangereux
dans
un vent mediocre
. A une
lieuë en deça de Férrare, nous
fûmes obligez de changer de
voiture , & de nous mettre
dans un petit Bateau couvert
pour paffer un Canal d'eau
dormante
qui conduit en
cette Ville , & qui eft fort
élevé au deffus du Fleuve du
Lij
124 MERCURE
;
Pô. Ferrare appartenoit autrefois
aux Princes d'Efte
mais par defaut de mâles , il
eft retourné aux Papes fous
le Pontificat de Clement
VIII .
,
Nous primes le lendemain
une Chaife roulante pour
nous avec un Cheval pour
noſtre bagage , & nous allâmes
coucher à Bologne. On
nomme en quelques endroits
ces Chaiſes roulantes,
par une espece de quolibet ,
Sedie volante , pour dire qu'elles
vont vîte comme le vent.
Ce font aujourd'huy les VoiGALANT.
125
tures les plus commodes &
les plus ufitées dans l'Italie .
Elles vont à deux chevaux ,
& il n'y peut tenir que deux
perfonnes. Quand on veut
aller vîte , on les prend de
Cambiature comme nous fif
mes, c'eſt à dire qu'on change
de Chaife & de chevaux
de deux Poftes en deux Poftes
, où l'on en trouve de
toutes prêtes.
Bologne eft une des grandes
Villes & des plus peuplées
de l'Italie . On la nomme
Bologne la graſſe, à cauſe
de la fertilité & de la bonté
L
iij
126 MERCURE
T
des terres des environs , qui
font à la verité ſi graffes, qu'il
faut fix , huit , & jufqu'à dix
boeufs pour tirer la charuë.
Il y a au devant de prefque
toutes les maifons , des Portiques
qui forment de grandes
allées couvertes aux deux côtez
de chaque ruë, de meſme
que dans la Court du Palais de
Luxembourg de Paris ; ce qui
donne le moyen d'aller à
couvert par toute la Ville .
Les Dames y vont vétuës à
la Françoife , & les Gentilshommes
y font habillez de
noir en pourpoint, manteau ,
GALANT. 127
ceinturon & épée . Il y en a
plufieurs qui font porter
leurs épées par des Eftafiers,
à caufe qu'elles font extremément
longues , & qu'elles
les incommodent beaucoup
à marcher. Les Palais de cet
te Ville font fuperbes . Les
Eglifes & les Convens y font
magnifiques , & les Cloîtres
des Religieux y font plus
beaux qu'en aucune Ville
d'Italie. Celuy des Cordeliers
à la Grand' manche , eft
d'une grandeur , d'une beauté
, & d'une ftructure merveilleufe.
Je vis dans l'Eglife
Liiij
128 MERCURE
de Sainte Fetrone , un Cadran
d'une invention fort
particuliere. Lors qu'il eft
midy , il marque la grandeur
du jour où l'on eft , par
le moyen d'une Etoile percée
à la voûte , par où les
rayons du Soleil paffent juf
tement au milieu du jour . It
eft de l'invention de M.Caf
fini, de l'Obfervatoire de Paris.
C'eſt dans cette Eglife ou
Charles- quint fut couronné
Empereur.
›
Entre le grand nombre de
Reliques qui font à Bologne,
le Corps de la Bienheureufe
GALANT. 129
Catherine de Vigri Bolonoife
, en eſt une des plus confiderables
. Il eft dans le Monaftere
du Corpus Domini qu'-
elle a fondé, où font des Religieufes
de Sainte Claire . On
la voit toute entiere affife
dans une Chaife , revétuë de
l'habit de fon Ordre, la face,
les mains & les pieds découverts.
Elle mourut au quin.
ziéme fiecle , à l'âge de cinquante
ans ou environ .
La Chapelle de Monteguardia
, où l'on révere une
Vierge peinte par Saint Luc,
comine on pretend , eft une
130 MERCURE
des plus grandes devotions
de Bologne . Elle eft fur une
Montagne à trois milles hors
la Ville , c'eſt à dire à une
grande lieuë de France ; & le
concours du monde qui y va
le Vendredy ou le Samedy
de chaque femaine , a donné
lieu de commencer un che--
min couvert , qui conduit de
la Ville à cette Chapelle ; il
eft plus de la moitié achevé.
C'eſt une des plus belles entrepriſes
qu'on ſe puiſſe imaginer
, & qui fera d'une dépenfe
prodigieufe . Ce font
plufieurs Arcades qui for
GALANT. 131
ment une longue Galerie
couverte , où l'on pourra aller
en pleine campagne une
lieuë entiere à l'abry de la
pluye , de la poudre , & du Soleil.
Les Moulins de Soye de
Bologne, font d'une jolie invention
. On y voit quatre
à cinq mille écheveaux de
Soye fe déveloper , fe filer , fe
tordre & fe devider en mefme
temps fur autant de Bobines
, par le moyen d'une
Machine que l'eau fait aller .
Elle eft compofée d'un nombre
infiny de Tours & de
132 MERCURE
.
Roues , qui fe font mouvoir
les unes les autres , & qui ont
correfpondance dans plufieurs
Chambres
& Etages.
Quoy que Bologne fe foit
donnée au Pape , elle s'eft
confervée une grande liberté.
Elle met pour ce fujet
dans fes Armes le nom de
Libertas , & elle entretient un
Ambaffadeur ordinaire à Ro
me pour ſe maintenir dans
fes Privileges. L'un des plus
beaux dont elle joüit , c'eft
que l'on ne peut confifquer
les biens de ceux qui en font
bannis ; ce qui fait que l'on
GALANT. 133
en voit quelques-uns dans
d'autres Villes d'Italie , qui
nonobftant leur banniffement,
joüiffent paiſiblement
de tous leurs biens , dont ils
reçoivent les revenus fur
leurs Quittances.
Bologne a une fameuſe
Univerfité , dont il eft forty
de grands Hommes ; & comme
fi toute la Doctrine eftoit
renfermée dans cette Ville ,
elle met dans prefque tous
fes Monumens publics , & fur
la plufpart de fes Monnoyes,
Bononia docet , ou bien , Bononia
mater fcientiarum , comme
134 MERCURE
voulant dire que c'eſt Bologne
qui enſeigne les Sciences.
Cette Ville eſt renommée
principalement pour
quatre chofes pour les Savonetes
qui gardent leur odeur
juſqu'à la fin , &ſe confervent
douze , quinze , &
vingt années ; pour les Sauciffons
que l'on
envoye
par
toute
l'Europe
; pour
le Tabac
en poudre
, que
l'on
prefere
aujourd'huy
à celuy
de
Pontgibont
; & pour
les petits
Chiens
que
l'on
baigne
dans
l'Eau
-de -vie
auffi
-toft
qu'ils
font
nez , & durant
pluGALANT.
135
fieurs jours de fuite pour les
empefcher de croiftre . On
leur en fait auffi avaler de
temps en temps , & on leur
écraze le nez pour les rendre
camus. Ceux que l'on eftime
le plus entre ces petits animaux
, doivent avoir la tefte
ronde , le muſeau court , le
nez enfoncé & un peu relevé,
les yeux gros, ronds , vifs,
brillans & à fleur de tefte , les
poils déliez , doux & luſtrez
comme de la foye , les oreil
les grandes & pendantes , des
pannaches à la queuë & aux
jambes , & des ergots aux
136 MERCURE
quatre pates. L'on n'en fait
pas moins d'eftat
à Bologne
qu'à Paris. Les Dames les ont
toûjours
fur leurs juppes , &
les portent
aux Comedies
,
aux Promenades
, & dans les
Vifites. Il n'y a point de Juifs
à Bologne
, ils n'y peuvent
demeurer
qu'une nuit, & doivent
loger dans une Hoſtellerie
qui leur eſt affectée .
De Bologne
nous conținuâmes
nôtre route en Chaife
roulante jufqu'à Rome , &
trouvâmes jufqu'à Imola où
nous allâmes coucher, le chemin
plat & uny comme une
GALANT. 137
allée deJardin,bordé d'arbres
des deux coftez . Les Païfanes
portent de petits Chapeaux
de paille garnis de rubans de
couleur. Il y a dans cette
Ville beaucoup d'Eglifes . Le
22. nous paffames par Forti ,,
& allâmes coucher à Cefene..
Nous traverfames par Caftel
Bolognefe, & par la Ville de
Faenza,laquelle, felon le fen--
timent de quelques-uns , a
donné le nom à la vaiffelle :
de Faience , que l'on y fait
tres-bien. Forli eft une gran
de Ville , où je remarquay
comme une des plus belless
Septembre 1685,
Mi
138 MERCURE
Eglifes, celle de Saint Philippes
de Neri . Elle eſt toute
neuve , & n'eft pas entierement
achevée. Les Chapelles
font de marbre, avec quel
ques Tableaux qu'on eftime.
Je ne trouvay rien de plus
mignon que la maniere dont
les jeunes Ortolanes & Contadines
eftoient habillées. Ce
font des Païfanes des principaux
Bourgs des environs ;
mais je veux feulement parler
des plus notables , & des
mieux faites . Elles s'eftoient
rendues à la Ville , à cauſe
d'une Foire particuliere qui
GALANT. 139
s'y faifoit ce jour-là . Elles
avoient un cotillon de ferge
ordinaire à la Paifane ,un corcelet
de brocard à grandes
fleurs , les manches de fatin:
de couleur fort étroites & redoublées
fur le poignet, & de
petites manchetes de lin ou--
vragées de fil d'or & de foye
Leurs cheveux moitié nattez
& moitié frifez,battoient fur
les épaules , & voltigeoient
affez amoureufement fur la
gorge. Au deffus de la tefte
eftoit attaché un morceau de
fine toile , chamarré tout au i
tour d'une large dentelle de-
Miji
140 MERCURE
foye de differentes couleurs,
avec des touffes de rubans
aux quatre coins , & par def
fus un chapeau de fine paille
entouré de branches de fleurs
qui s'élevoient & retomboient
en panaches.
ne ,
Quant à la Ville de Cefel'on
y va en plufieurs
ruës à couvert comme à Bologne
. De Cefene nous allâ
mes à Savignan, petite Ville
ou Bourg, qui n'eft pas confiderable
, puis à Remini ou
Rimini, comme prononcent
quelques-uns , grande Ville
fur le bord de la mer. Entre
GALANT. 141
plufieurs belles Eglifes que
j'y vis , la Cathedrale eft la
principale. Elle eft claire , de
bon gouft, & bâtie nouvellement,
ainſi que la plus grande
partie des maifons d'alentour,
l'ancienne Eglife & les
bâtimens d'auprés ayant efté
entierement bouleverfez dás
le dernier tremblement de
terre qui arriva il y a quel
ques années.
De Remini nous allâmes
au Village de Catholica , &
cotoyames toûjours le bord
de la mer , les vagues donnant
jufqu'aux pieds de nos
142 MERCURE
chevaux ; puis quittant la
mer , nous nous rendifmes
á Pefaro , cheminant continuellement
entre des Montagnes.
Pefaro eft une groffe Ville
fur le bord de la mer , avec
de grandes Places & de belles
Fontaines . Les Juifs ont
deux Synagogues en cette
Ville , & n'y font pas fort riches.
Ils portent des Chapeaux
couvers de tafetas orangé
, & en ont de pareils
dans toutes les Terres du Pape.
Le 25. aprés avoir paſſé par
GALANT. 143
Fano , Ville forte fur le bord
de la mer , nous cotoyâmes
prefque toûjours la rive pour
aller à Sinigalia , les vagues
venant continuellemétdonner
dans les jambes de nos
chevaux, & jufqu'à la moitié
des roues de noftre Chaife ;
de maniere que nous eſtions
en doute fi nous cheminions
par mer ou par terre , & l'on
auroit pû faire des gageures
là - deffus. C'eft à peu prés
comme ce Bon-homme de
campagne , qui ne pouvoit
dire à fon Village s'il
eftoit venu à pied ou à chela
144 MERCURE
val : parce qu'eſtant monté
fur fon afne, & fe trouvant
obligé à chaque bout de
champ de lever fes jambes
qui eftoient trop longues ,
il s'eftoit fervy de fes pieds.
durant prefque tout le chemin
pour fe foulager , &
marchoit en meſme temps.
que fa befte, encore qu'il fût
à cheval fur fon dos ; d'où.
vient qu'il fut toûjours appellé
depuis , la beſte à fix
pieds . Il s'eftoit élevé la nuit
un vent horrible , qui continua
toute la journée, & empefcha
quelques Cavaliers :
de .
:
GALANT. 145
de paffer le matin en des endroits
où nous paffames aifément
l'aprefdinée , la rive
eftant alors trop fortement
battue des vagues de la mer.
Nous eufmes un froid tresviolent
, mais en récompen
fe nous primes beaucoup de
plaifirà voir la mer orageufé
faire des bonds en l'air, &
rejalliſſemens à perte de
veuë , & jetter à nos pieds
des monceaux d'écume bláche,
gros comme la moitié
de noftre Chaiſe.
des
Tout le long des coftes
de la mer , l'on trouve d'ef
N
Septembre 1685.
146 MERCURE
pace en efpace de fortes
Tours gardées par des Officiers
, pour empefcher
la defcéte
que les Corfaires
pourroient
faire durant la nuit .
Les Paifans des Villages
&
des Hameaux
circonvoi
fins ,
couchent
dans les chambres
du premier étage, où il n'y a
que des Echelles & des Efcaliers
de bois , qui fe levent
la nuit en maniere de Pontlevis
. Ils ont chez eux des
fe defenarmes
à feu , pour
dre en cas de beſoin , & ils
veillent tour à tour , & font
la fentinelle , afin que s'il
GALANT. 147
pour
abordoit quelque petit Bâtiment
Ennemy , ils puffent
tirer , & faire des feux
avertir les autres Villages de
venir à leur fecours ; ce qui
eft arrivé quelquefois . Nous
trouvâmes en un endroit de
la Cofte une Barque perie ,
& en un autre quelques pieces
de bois du débris d'un
petit Vaiffeau que la mer avoit
jetté à bord. Le Valet
de noftre Voiturin, qui avoit
devancé la Chaife d'une
giande lieuë, trouva un coffre
fermé , que la mer vint
jetter à fes pieds. Il le char-
Nij
148 MERCURE
gea fur fon cheval, &
le
porta
jufqu'à la Fortereffe de Sinagalia
, comme l'on eft obligé
de faire de tout ce qui fe
trouve fur les Coftes , & on
luy donna quelque chofe
pour fon droit. On en fit
l'ouverture , & l'on ne trou
va dedans que des Savons
,
& d'autres Marchandifes
prefque toutes gâtées de
l'eau de la mer ; cela nous
fit juger qu'il s'eftoit fait
quelque naufrage , comme
nous reconnûmes le lendemain.
Sinagalia eft une gran
de Ville , avec Port de mer.
GALANT. 149
J'allay me promener fur le
Port , où la mer en fureur
pouffoit des vagues de la
hauteur d'un étage , qui fe
venoient brifer contre la
pointe du Parapet , & fembloient
à tous momens le
vouloir fubmerger . Il y a des
Juifs en cette Ville ; ils ont
feulement une Synagogue.
Le 26. nous allâmes coucher
à Ancone. Nous cotoyâmes
encore prefque
toûjours la mer & nous
eufmes pareillement un grad
vent, qui diminua beaucoup
fur le foir ; nous apprîmes .
N. iij
KO MERCURE
L
dans la Ville , qu'on avoit
trouvé par le chemin deux
hommes noyez fur le fable
en differens endroits, ce qui
nous confirma le naufrage
dont nous avions veu la veille
quelques apparences . C'étoit
un plaifir de voir de loin
plufieurs petits Vaiſſeaux agitez
, qui fembloient de
moment en moment s'abîmer
dans les ondes , d'où
ils reffortoient peu de temps
aprés . Les uns étoient des
Peſcheurs , & les autres des
Paffans , qui tenoient la route
de Veniſe .
GALANT. 151
Ancone eſt une grande
Ville , fort peuplée , avec un
des beaux Ports de mer d'Italie
. Elle eft fituée fur la
Coline d'une Montagne qui
defcend jufque dans la mer ,
& paroift de loin comme un
Amphiteatre . On voit fur le
Pont un ancien Arc de triomphe
tout de marbre blanc ,
qui eft une des plus belles
antiquitez des Romains . L'Eglife
Cathedrale eft au plus
haut de la Montagne , d'où
l'on découvre la beauté de
la mer dans fa grande étenduë.
Cette Ville eft fort peu-
N iiij
152 MERCURE
plée, les Juifs y ont deux Synagogues
. J'allay dans la
plus grande au temps qu'ils
fe preparoient à celebrer la
Fefte du Sabat ou du Samedy,
qui fe commence le foir
du jour précedent. Il y avoit
quatre ou cinq cens Lampes
allumées , & je n'en ay
jamais tant veu ailleurs pour
un jour de Fefte ordinaire.
En attendant qu'ils commençaffent
leurs Prieres, un
Rabbin fort zelé dans leur
Religion , m'ouvrit l'Armoire
d'Aaron , où font les Livres
de la Loy, & me fit voir
GALANT. 153
les plus beaux ( j'entens pour
ce qui eft des ajuſtemens qui
les ornent , comme font les
Bâtons , les Maffes, les Chénets
, les Grelots ou Sonnets
d'argent , les Couronnes
de vermeil doré, les Voiles
& les Couvertures de
Brocard & de broderie ) car
pour les Livres ils font tous
écrits d'une même maniere ,
& fe trouvent uniformes dás.
toutes les Synagogues du
Monde . Il me mena enfuite
dans fa Maiſon , pour me
faire voir la maniere dont
tout eftoit difpofé pour le re154
MERCURE
pos du Sabat , les Lampes å
plufieurs lumignons qui devoient
brûler pendant la
nuit, les préparatifs des viandes
du Souper & du lendemain.
Je trouvay la Nape
mife, tout en eftat fur la Table
, & les fieges à l'entour.
Sa femme qui eftoit d'un âge
mediocre , tenoit un Livre
Hebreu, & recitoit quelques
Prieres à l'un des coins de la
chambre. Il ne fut jamais au
pouvoir de fon Mary,de luy
faire lever les yeux pour me
regarder. Il me dit qu'elle
vivoit comme un Sainte , ou
GALANT: 155
pour mieux dire , comme la
Femme d'un Patriarche de
l'ancien Teftament ; qu'elle
avoit toutes les complaifances
imaginables
pour luy ,
& que c'eftoit la meilleure
Femme du monde ; mais
qu'elle n'avoit jamais pû ſe
refoudre à parler à un Chrétien
, ce qui luy donnoit bien
du déplaifir. Ses Filles n'eftoient
pas fi farouches
, elles
venoient
librement
autour
de nous , & principalement
l'ainée , qui eftoit extremément
belle , & qui , avec un
air affez libre & enjoüé, far156
MERCURE
foit paroiftre fur fon viſage .
beaucoup de fageffe, de douceur
& de modeftie . Elle n'avoit
qu'environ quatorze
ans , & devoit eſtre mariée
dans dix ou douze jours ;
parce que tout Homme qui
a une Fille nubile , me dit
fon Pere, & qui differe de la
marier , eft refponfable devant
Dieu de tous les pechés
d'impureté qu'elle peut cómettre
dans fon coeur. C'eſt
la croyance des veritables
Juifs , autrement, difent-ils,
c'eft rendre inutile le plus
grand des biens que Dieu ait:
1
GALANT. 157
donné à l'Homme. Je n'eus
pas de peine à luy accorder
ce dernier article , qu'une
belle Femme eftoit un bien
fort confiderable , & la plus
belle acquifition qu'un galant
homme puiffe faire ; &
je luy ajoûtay de plus , que
j'engagerois volontiers mes
rentes & mes revenus pour
enavoir,fices fortes de biens
eftoient à prix raiſonnable.
Je reftay une heure & demie
avec ce venerable Rabbin ,
qui ne pouvoit fe laffer de
caufer avec moy , & dont
j'eus toutes les peines du
158 MERCURE
monde à me débaraffer.
Le Samedy 27. nous arrivâmes
à Lorette fur les vingt
deux heures, c'eſt à dire deux
heures avant la nuit , ayant
quitté le bord de la mer , &
cheminé par des chemins
fort fales. Durant quatre ou
cinq jours , nous rencontrâmes
un grand nombre de
Pelerins , les uns à pied , les
autres à cheval , & les autres
en Chaife.
La Ville de Lorette , qui
eft fur le bord de la mer ,
confifte en une grande ruë ,
au bout de laquelle eft un
GALANT. 159
Fauxbourg fort long , car
pour les rues de traverſe ,
elles ne font pas de conſequence.
Il y a une Fortereffe
confiderable, qui pourroit
refifter au Turc durant
quelques jours , s'il venoit
par mer dans le deffein de
la piller , comme il a tenté
quelquefois . Si ce malheur
arrivõit , elle feroit promptement
ſecouruë , la Ville
d'Ancone , & quelques autres
, eftant obligées d'envoyer
fur le champ une certaine
quantité de monde fi
l'Ennemy y faifoit quelque
160 MERCURE
deſcente ; & on les avertiroit
par des feux qu'on feroit
fur toutes les Tours qui font
e long des Coftes , comme
je vous ay dit. Cette Ville
eft bien peuplée , & le bon
marché des vivres y attire
beaucoup de perfonnes.
Pour un Gros , qui eſt environ
trois fols & demy de
France , on vous donne du
Vin plein une grande Cruche.
Ceux qui ont trois ou
quatre cens livres de rente ,
& qui ne font point de negoce
, y paffent pour Gentils-
hommes , parce qu'ils y
GALANT. 161
vivent commodément à là
maniere du Pais ; & hors
cette forte de Nobleffe , qui
feroit fort mince dans une
autre Ville , on n'y voit que
des Hofteliers & de medio ..
cres Marchans, dont le tiers
ne fait trafic
"
que de
Chapelets
& de Medailles. Les Fem
mes y font vétuës d'une ma
niere bijarre , qui tient de
l'Egyptien
& du Villageois
,,
& la plufpart
gâtent le peu
de bonne mine
qu'elles ont,,
en mettant fur leurs épaules :
un grand morceau
de drap
rouge , jaune ou bleu , fem
Ο
Septembre 1685 .
162 MERCURE
blable à un lange d'enfant ,
qui fait le plus vilain effet du
monde . L'Eglife , au milieu
de laquelle eft la Sainte Chapelle,
eft fort grande, & d'une
beauté achevée ; elle eft
dans une grande Place, où il
y a une Fontaine de divers
Jets d'eau , avec la figure de
bronze du Pape Sixte V.trois
ou quatre fois grande comme
le naturel. Če Souverain
Pontife , qui n'avoit que de
grands deffeins , a fait embellir
cette Eglife , & il euft fair
une Ville confiderable de
Lorette , s'il n'euſt pas eſté
A
GALANT. 163
prévenu de la mort.
A l'un des coftez de la Place
, font des Bâtimens en ar
cader, où l'on reçoit les Perfonnes
degrande qualité, qui
viennent en Pelerinage & en
Devotion , & où logent plufieurs
Peres Jefuites Italiens,
François , Alemans , Eſpagnols
, Anglois , Polonois
Suiffes , Grecs , Armeniens ,
Efclavons , & de diverſes autres
fortes de Langues qui fe
trouvent tous les mating
dans les Confeffionnaux de
l'Eglife pour adminiftrer le
Sacrement de Penitence aux
X
O ij
164 MERCURE
Pelerins qui y viennent de
tous les endroits de la Terre.
On va voir par curiofité l'Apoticairerie
& les Caves.
L'Apoticairerie eft remplie
de toutes fortes de medicamens
& de compofitions ,
que l'on donne charitablement
aux Pauvres . L'on y
voit trois cens cinquante vafes
de terre d'un prix incſtimable,
tous peints , comme
on pretend , de la main du
grand Raphael d'Urbin , le
Reftaurateur de la Peinture..
J'ay appris que fon Pere étoit
Potier de Terre , & que c'eſt
GALANT. 165
pour cela qu'il y a tant dé
Vafes de fes deffeins.
Les Caves font au nombre
de douze , & fe communiquent
les unes dans les autres.
On y diftribuë du vin
à tous les Pelerins , & l'on
n'en refuſe à perfonne. Elles
font remplies de cent cinquante
tonneaux qui ne ſe
remuent jamais , & ſe nettoyent
par des douves qu'on
leve aux coftez pour donner
entrée à ceux qui les vont
nettoyer dedans . Ces tonneaux
font liez avec des Cerceaux
de fer , & font la pluf166
MERCURE
part fi grands , que j'en trouvay
quelques - uns dont le
fond avoit dix pieds de Diamettre
, avec autant de pro
fondeur . Dans le temps des
fauffes Divinitez , on auroit
pû faire d'un de ces tonneaux
un Temple raisonnable au
Dieu Bachus , en élargiffant
l'ouverture du bondon pour
donner paffage à la fumée
des Sacrifices qui luy étoient
offerts par les Bachantes &
par les Thiades. Il y en a dont
on tire trois fortes de vins
Le Garçon de Cave ne man
que jamais d'en faire boire
GALANT. 167
aux Etrangers , afin qu'on
luy donne àfon tour dequoy
boire; c'eft toûjours du meilleur
vin , & du plus exquis.
Pour la Sainte Chapelle
de la Vierge, qui eft une des
plus belles Reliques qui foit
dans le Monde, vous en pouvez
voir à Paris le Modele ,
dans l'Egliſe de la Magdeleine
vers la Porte du Temple.
Ainfi je ne vous feray qu'une
legere defcription de la
maniere qu'elle eftoit lors de
fon tranfport, & des changemens
que l'on y a faits depuis.
Mais auparavant il faut
168 MERCURE
que je vous diſe en peu de
mots la maniere miraculeufe
dont elle eft venue en ce
lieu , & l'eftime que l'on en
a toûjours faite.
Cette Sainte Chapelle eft
la meſme où la Vierge a efté
élevée , où l'Ange luy a annoncé
le divin Miftere, & où
elle a conceu du Saint Efprit
le Redempteur de tous les
Hommes . Lors qu'elle eftoit
encore en Nazareth , on la tenoit
en grande veneration
parmy les Chreftiens . Sainte
Helene Mere du grand Conſtantin
, y alla en Pelerinage
en
GALANT. 169
´en l'année 326. Elle l'embellit
& l'enrichit de quantité
de Prefens , qui ont eſté pillez
depuis par les Barbares.
Sainte Paule , noble & riche
Romaine, y alla peu de temps
aprés en habit de Pelerine,
avec Sainte Euftochie fa Fille
, accompagnée de Saint
Hierôme , qui a efté mis par
la fuite au nombre des quatre
Docteurs de l'Eglife Latine.
Elle fe retira de là en
Bethleem , où elle mourut,
aprés avoir donné la plus
grande partie de fes biens
aux Pauvres, & y avoir fondé
Septembre 1685.
P
170 MERCURE
;
trois Monafteres de Filles, &
un Convent de Religieux.Le
Roy Saint Loüis allant en la
Terre-fainte , defcendit de
fon Cheval , aufſi- toſt qu'il
apperceut du Mont Tabor
cette Maiſon facrée ; il baifa
plufieurs fois la terre , fit le
refte du chemin à pied , &
une des Festes de la Vierge
eſtant arrivée peu de jours
aprés , il y fit celebrer folemnellement
la Meffe , où il
communia s'eftant revétu
d'un Cilice, & ayant jeûné la
veille au pain & à l'eau . Bel
exemple pour un des plus
GALANT. 171
grands Rois de la Terre.
Par la fuite des temps , les
Infideles s'eftant rendus abfolus
dans le Pays , elle devint .
la riſée & la moquerie de
cette Nation barbare , qui
faiſoit mille ignominies aux
pauvres Chreftiens qui la
venoient vifiter avec tant de
peines , de fatigues & de dépenſes.
Le Sauveur du Monde
ne voulant plus fouffrir un
tel mépris, ordonna aux Anges
de la retirer de la domination
de cette Nation cruelle.
Ils s'en chargerent
par le
commandement
de Dieu ; ils
Pij
172 MERCURE
l'enleverent en l'air , & la
porterent au deffus de la Galilée,
la Syrie, la Macedoine,
l'Albanie, & une partie de la
Dalmatie , où ils la mirent
fur une Montagne de l'Efclavonie
appellée Terfatto ,
éloignée du lieu où elle eftoit
de dix-huit cens quatrevingt
quinze milles d'Italie ,
qui font environ ſix à ſept
cens lieues de France . Ce
Tranſport ſe fit le neuf ou
dixième jour de May à minuit
en 1291. que le Pape
Nicolas IV. occupoit le Siede
Saint Pierre.: ge
GALANT. 173
5
Les Peuples de l'Efclavonie
remplis d'étonnement &
d'allegreffe , avoient peinet
à croire un Tranſport fi miraculeux
; & quoy qu'ils
deuffent s'en affeurer à la
veuë de quantité de miracles
qui fe faifoient journellement
dans cette fainte Cha
bre, ils ne laifferent pas d'en
voyer à Nazareth cinq Perfonnes
dignes de foy , pour
s'informer de la verité . Ces
Deputez firent rapport à
leur retour , qu'ils n'avoient
trouvé que les fondemens
dont les mefures eftoient
Piij
174 MERCURE
conformes à celles de cette
fainte Chapelle, & ils raconterent
l'épouvante où ef
toient les Peuples du Pays ,
au fujet d'un tranſport fi fubit
& fi extraordinaire.
Elle demeura en ce lieu
trois années & ſept mois, que
les Anges la porterent une
feconde fois pardeffus la Mer
Adriatique, & la poſerent au
milieu d'un Bois au Territoire
de Récanati , dans la Marche
d'Ancone . Ce fecond
Tranſport arriva le 10. Decembre
1294 . & l'on dit que
l'endroit de ce Bois apparte
GALANT. 175
noit à une Dame du Païs
nommée Laureta, d'où par la
fuite on a donné le nom à
Noftre - Dame de Lorette >
ou Laurete , comme l'écrivent
quelques-uns.
Les Efclavons fe defefperant
d'une perte fi confiderable
, & fe reconnoiffant
indignes d'un Preſent ſi précieux
, murmurerent quelque
temps ; mais ils s'appaiferent
bien- toft , en faisant
reflexion que c'eftoit la volonté
de Dieu , & qu'il n'ef
toit pas au pouvoir des hommes
d'en empefcher les ef-
P iiij
176 MERCURE
fets. Ils baftirent une Cha
pelle fur la Montagne , au
lieu où cette fainte Chambre
avoit efté. Elle fubfifte
encore prefentement, & elle
eft deffervie par des Peres de
la Reforme de Saint François
. Avec le temps , ce Bois
devint un coupe-gorge , &
une retraite de Voleurs, en
forte que les Pelerins n'ofoient
plus y venir qu'en
troupes & plufieurs enfemble
; mais au bout de huit
mois , les Anges reprirent
encore cette Chapelle , & la
reporterent à un ou deux
GALANT. 177
milles hors du bois , fur une
Terre qui apartenoit à deux
Freres de bonne & de noble
Famille. Ces deux jeunes Seigneurs
eurent conteſtation
entre eux , & en vinrent aux
armes , pour fçavoir qui poffederoit
feul ce morceau:
d'heritage.
Dans le temps qu'ils ef
toient le plus échauffez , qui
eftoit quatre mois aprés ce
troifiéme Tranſport , les Anges
la reprirent une quatriéme
fois , l'ofterent de leur
Terre , & la poferent là auprés,
au lieu où elle eft à pre178
MERCURE
fent. Elle fut apportée de
Nazareth par les Anges , ſans
fondement & fans plancher.
Le toict eftoit d'un bois azuré
femé d'Etoiles d'or , dont
l'on fait voir encore quelques
morceaux, le reste ayat
efté enterré fous la Chapelle
. Il y avoit une cheminée,
une porte , & une feneftre ;
& l'on trouva dedans une
Image de la Vierge , de bois
de Cedre , que l'on croit ef
tre de Saint Luc , un Crucifix
pareillement de bois ,
avec quelques Vaſes & Ecuelles
de terre,dont il en eft
GALANT. 179
reſté une entiere , que l'on
fait voir par devotion , &
que l'on prefume avoir fervy
à la Sainte Vierge . Les pierres
dont la Chapelle eſt bâtie
, font de couleur de Chataignes
, & fort dures , de la
groffeur &figure des briques
ordinaires, mais toutes irregulieres
, les unes longues ,
les autres courtes , d'autres
larges, d'autres étroites , minces
& épaiffes , la pluſpart
écornées & rompuës, la Sainte
Vierge, qui eft l'Exemple
d'une profonde humilité, s'étant
contentée d'une petite
180 MERCURE
Cabane pour fa demeure..
On voit quelques reftes
d'anciennes Figures qui ont
efté peintes fur les Murs ; ce
que l'on dit avoir eſté fait
par les foins de Saint Louis
Roy de France .
Prefentement on a chan--
gé la Porte du lieu où elle
eftoit , & on en a fait deux
autres pour la commodité
des Pelerins. On a ajoûté un
Autel au devant de la che
minée ; & l'efpace entre cet
Autel & la cheminée, eft revétu
de plaques d'argent ci
zelé. L'on a mis le Crucifix .
GALANT. 181
au bout de laChapelle à l'oppofite
de l'Autel , & l'Image
de la Vierge qui eft fur la
cheminée , eft ornée de precieux
habits , & d'un grand
nombre de pierreries.
Parmy les riches prefens
qui font dans cette Chapelle
, on voit deux grandsChandeliers
d'or qui furent donnez
par le Grand Duc de
Tofcane, & trente à quarante
groffes lampes toutes d'or.
Il y a un Ange d'argent
d'environ quatre pieds de
haut , qui prefente à la Vierge
Monfeigneur le Dauphin
182 MERCURE
dont la figure eft de pur or.
Il fut offert avec deux riches
Couronnes en 1643. parLoüis
XIII . & par la feuë Reine
Anne d'Autriche , au fujet
de l'heureuſe Naiffance de
noftre incomparable Monarque
Louis le Grand.
Le dehors de la Sainte
Chapelle , eft revétu de bas
reliefs de marbre blanc, avec
de grandes figures des plus
habiles Maiftres du temps ,
où font reprefentez les Prophetes
, les Sybilles , la Naiffance
du Sauveur du Monde,
la Vie & la Mort de la VierGALANT.
183
ge , & l'Hiftoire du Tranf
port de cette Sainte Chapelle.
Dans la grande Eglife qui
enferme cette Chapelle
vers la Sacriftie , on montre
le Trefor . On n'y voit que
perles , que rubis , faphirs ,
diamans , & autres fortes de
pierreries . On y fait voir des
Baffins , des Vaſes , des Couronnes
des Sceptres , des
Croix , des Statuës , des Buftes
, & quantité de pieces
d'or & d'argent , dont le dé
tail feroit infiny , le tout provenant
des liberalitez de di-
2
184 MERCURE
vers Papes, Empereurs,Rois,
,
Cardinaux
Monarques
Princes , & autres .
L'on y montre une Chafuble
, deux Tuniques , des
Chapes, & un Devant d'Autel
tout de broderie de perles.
Il y a uneChapelle d'Ambre
, qui comprend la Croix,
les Chandeliers , les Buretes,
le Baffin , & l'Eguiere.
Monfieur le Prince y a
donné le Plan de la Baftille ,
tout d'argent. Le Portrait
de Madame la Ducheffe de
Baviere , Mere de Madame
la Dauphine , y eft auffi d'arGALANT.
185
Y
ill
gent , & de fa hauteur ; & ce
que l'on tient de plus rare en
ce Trefor , c'eft une Perle
fort groffe qui reprefente la
Vierge tenant fon Fils dans
fes bras . Quoy que l'ouvrage
foit fimple & groffier ,
ne laiffe pas d'eftre confide--
rable , en ce que la Nature?
l'a formée de la forte , car on
ne taille jamais les Perles , il
les faut laiffer en l'eftat qu'--
elles font. On la trouva un
jour dans un Tronc de l'E--
glife, envelopée dans du pa--
pier , & l'on n'a jamais feeu i
qui en a fait le preſent. -
"Septembre 1685..
186 MERCURE
Le Lundy 29. nous allâmes
de Lorette à Recanati , Ville
Epifcopale , dont l'Eveſché
eft réüny à celuy de Lorette,
& de là à Macerata , autre
Ville Epifcopale , fort peuplée
.
Le Mardy 30. jour de Saint
André, nous nous rendifmes
à Tolentin , Evefché réüny
à celuy de Macerata . Nous
entendifmes la Meffe dans la
Chapelle de Saint Nicolas ,
dont l'Egliſe eft adminiſtrée
par des Peres Auguftins . Elle
eft confiderable , par la Relique
du bras de S. Nicolas
GALANT. 187
de Tolentin , fi renommée
par toute la terre. Il faut faire
affembler les Magiftrats
de la Ville pour la voir ; ils
gardent la Clef du lieu où
elle eft enfermée , & ne refuſent
aucun Etranger . L'on
tient que le Corps du mefme
Saint eft en quelque en--
droit de l'Eglife dont on n'a
pas la connoiffance , quoy
que les Religieux faffent:
voir fon Tombeau . Cette
Chapelle eft remplie de qua
tité de Lampes , & de Ex:
voto d'argent .
On fort de Tolentin tra--
Qij,
188 MERCURE
verfant des Montagnes af
freuſes environnées de precipices
& de ravines d'eau ,
qui nous obligerent de faire
une partie du chemin à pied ,
en quelques endroits où la
Chaife eftoit toûjours panchante
d'un cofté ou d'autre ,
en danger de tomber dans
les abîmes, les Montages eftant
toutes couvertes de neiges.
Autrefois on ne pou--
voit aller par ce chemin qu'à
pied, à cheval, ou en litière;
mais le Pape Clement X. le
fit élargir à l'occaſion du
grand Jubilé dernier, ou pluGALANT
. 189
fieurs perfonnes vont en devotion
de Rome à Lorette.
Depuis ce temps- là ces chemins
fe font fort gâtez &
rompus, il y avoit longtemps
qu'il neigeoit dans les Montagnes
qui en eftoient toutes
couvertes , & il falloit coucher
dans de méchans Hameaux.
Enfuite nous arrivâmes
à Foligny , Ville
du Duché de Spolete. A
trois grandes lieuës de cette
Ville , eft le Convent.
d'Affife , & celuy de Noftre
-Dame des Anges , où
nous allâmes.
190 MERCURE
Affife eft une Ville renommée
, principalement à
cauſe de la naiffance de Saint-
François, où eft une des plus
grandes & des principales:
Devotions de toute l'Italie.
L'Eglife eft bâtie miſterieufement
fur une haute Montagne
, avec une douzaine
d'efpeces de Tours , en memoire
des douze Apôtres ,
ou des douze Compagnons
de Saint François . Avant que
d'entrer dans l'Eglife , l'on
trouve une grande court ou
terraffe , entourée d'Allées &
de Portiques , d'où l'on déGALANT.
191
couvre une belle étendue de
Païs . Ce font les Cordeliers
à la Grand' - manche , qui
poffedent ce Convent ; on
les nomme proprement
les
FreresMineurs Conventuels .
Ils chantent tous les jours de
l'année en Mufique , & font
environ une centaine. Ily
atrois Egliſes les unes fur les
autres , de mefme qu'il y en
a deux à la Sainte Chapelle
de Paris. La plus baſſe eſt fermée
, on n'y entre point , &
l'on pretend que le Corps des
Saint François y eft debout
tout entier. L'Egliſe du mi192
MERCURE
lieu eft celle où l'on fait l'Of
fice ordinairement. Le Maî
tre Autel eft difpofé, de ma..
niere que deux Preftresby
peuvent dire la Meffe deffus
en mefme temps, l'un à l'op
pofite de l'autre . L'on fait
remarquer une groffe pierre
de quelque deux cens livres
de pefanteur , qui eft attachée
à la voûte au deffus du
grand Autel , avec une chaî
ne de fer. Elle tomba fur la
tefte d'une Femme qui entendoit
le Sermon de l'Evef
que d'Oftie , qui fut depuis
Pape fous le nom d'Alexan
dre
GALANT. 193
dre IV. & quoy que tout le
monde la cruft morte , elle
eut tant de foy à Saint François
, auquel elle fe recommanda
, qu'elle ne receut
aucune bleffure , & fut guerie
d'un mal de tefte dont
elle avoit efté tourmentée
toute la vie. La troifiéme Eglife
, qui eft la plus haute,
eft dédiée à la Vierge, & l'on
fait l'Office feulement les
Samedis de chaque Semaine.
Saint François nâquit à Affife
en 1180. Il commença fon
Ordre en 1206. & receut les
Stigmates fur le Mont d'Al-
· S
eptembre 1685.
R
y
194 MERCURE
verne l'an 1224. vers le temps
de l'Exaltation de la Sainte
Croix . Il mourut le Samedy
4. Octobre 1226. & fut canonifé
par Gregoire IX . deux
ans aprés. Comme il n'y a
point d'Ordre dans toute la
Chreftienté qui fe foit fi fort
étendu , auffi n'y a -t-il point
de Saint dont on nous racon.
te tant de miracles . On nous
fit voir dans le Trefor , parmy
beaucoup de Reliques &
de richeffes , du Bois de la
vraye Croix ,un morceau des
Clouds de noftre Seigneur,
des Cheveux de la Vierge ,
GALANT. 195
d'autres Cheveux de Sainte
Catherine , & d'autres de
Saint Louis Roy de France ;
un Parchemin fur lequel
Saint François a écrit de fa
propre main une Oraifon à
noltre Seigneur , une piece
d'étoffe de foye & fort riche,
où fon Corps fut mis aprés fa
mort , & qui paroift encore
toute neuve , les premieres
Regles qu'il donna à ſes Religieux
, fon veritable Portrait
, un de fes Habits , & du
Sang qui fortit de ſes Stigmates.
A un quart de lieuë d'Af-
Rij
196 MERCURE
fife , eft la Chapelle de Nôtre-
Dame des Anges, qu'on
appelle autrement de la Portioncule
. Elle eft ifolée au
milieu d'une fort grande Eglife
, c'eſt à dire que l'on
peut tourner tout au tour de
mefme qu'à la Sainte Chapelle
de Lorette . C'eſt le lieu
où Saint François a fait fa
demeure , & où il eft mort.
On la nomme Portioncule ,
comme voulant dire qu'il fe
contentoit d'une petite portion
de terre, & on l'appelle
la Chapelle de Noftre-Dame
des Anges , à caufe qu'il y a
GALANT. 197
vû par deux fois Nôtre Seigneur
& la Sainte Vierge au
milieu d'une Legion d'Anges
& de Cherubins.
C'eft dans cette Chapelle
où eft étably le grand Pardon
& Indulgence pleniere
que Saint François a obtenu
de la bouche de Dieu mef
me . Il commence le premier
jour d'Aouft , à l'heure de
Vefpres, & finit le lendemain
à pareille heure .
Ongagne le Pardon & Indulgence
en vifitant cette
Chapelle , aprés s'eftre confeffé
& avoir communié. La
Riij
198 MERCURE
quantité du monde qui s'y
trouve eft furprenante , &
tous les ans l'on fait à Venife
une grade réjoüiffance pour
l'embarquement des Pele-
Fins qui vont à cette Devotion
. Les Peres Recolets def
fervent cette Eglife. Ils nous
firent voir ungrandnombre
de Reliques , & nous vifitames
dans leur Convent la
Chambre où Saint François
couchóit , le lieu où il fut
tenté du Diable, & le Jardin
où il fe mettoit tout nud fur
des épines pour mortifier fa
chair. Ce Jardin eft planté
GALANT. 199
derofiers qui ne produiſent
aucunes épines ; ce qui arrive
par un miracle continuel ,
à ce que pretendent ces
bons Peres .
Le 3. Decembre , nous al
Tâmes à Spolete, grande Vil-,
le toute pavée de briques ,.
où il y a plufieurs Eglifes, &
quantité de Fontaines. Nous
eufmes un temps charmant,
ne voyant autour de nous
que prairies vertes comme:
en efté , des rangées d'arbres :
touffus , & des treilles de vignes
en allées de, berceau,
Enfuite nous reprimes less
Riiij ,
200 MERCURE
Montagnes , & nous paffames
par un chemin fi mé
chant , qu'il nous fallut marcher
prefque toûjours à
pied on
Le 4. Decembre, nous ár
rivâmes à Terni,par un chemin
de pierres & de roches
fort rude. Dés que j'y fusarrivé,
je pris un Cheval pour
aller voir la Caſcade de Narni.
C'eſt une groſſe Riviere
qui vient fe dégorger fur
l'extrémité d'un Rocher au
deffus d'une haute Montagne
, & de là fe précipiter
avec force & violence de lai
GALANT.201
hauteur des Tours de Nôtre-
Dame de Paris, & tombe fur
quantité de pointes de Rochers
, d'où elle forme plufieurs
Caſcades , & retombe
enfin dans une autre Riviere
qui va groffir les eaux du
Tibre , & que l'on nomme
pour ce fujet la Mere nourrice
du Tibre . Cette chûte
d'eau d'une Riviere toute
entiere , eft quelque chofe
de fi furprenant , qu'il paffe
l'imagination . On fent trem .
bler la terre fous fes pieds ,
par le bruit effroyable qu'elle
fait , il en fort continuel-
इ
202 MERCURE
fement une fumée comme
d'une fournaife , & lors que
les rayons du Soleil ne font
point offufquez de nuages, il
fe forme tout au tour un Irisi
ou Arc- en- ciel de diverfes
fortes de couleurs . C'eft une
des chofes les plus curieufes
qu'on puiffe voir , mais à di
re le vray , il faut effiyer
bien de la peine pour y aborder.
Ce chemin de Terni à
la Cafcade , eft environ de
deux lieuës , & tout plein de
précipices , principalement .
quand on en approche
il faut circuir de petites .
GALANT. 203
<
langues de terre où l'on ne
peut paffer qu'un à un : auffi
eft - on obligé de defcendre.
de cheval en bien des endroits
. On trouve une petite
Chapelle en chemin , où l'on
vous enfeigne le lieu le plus
dangereux & le plus à craindre
. Elle eft remplie d'Ex
voto , & a eſté bâtie depuis:
peu au fujet d'un jeune Etranger
, qui voulant faire
le brave & le valeureux , fe
tint toûjours fur fon Cheval,
encore qu'on l'euft averty
de defcendre
. Il ne manqua
pas de fe précipiter dans un
204 MERCURE
abîme d'où on ne le put jamais
retirer.udio
intu M
Lors que je fus retourné à
Terni , nous en partifines
pour aller coucher à Narni
par un chemin delicieux ,
planté de Cannes , d'Oli
viers , & d'allées de Vignes
couvertes.Les
Cannes viennent
communément
en bien
des endroits de l'Italie ; on
en feine des pièces de terre
& des Campagnes
toutes entieres
.Elles n'ont pas la beau
té ny la force de celles des
Indes , l'on s'en fert princi
palement pour faire les berGALANT.
205
ceaux & les palliſfades .
Narni eft une grande Ville
fur une Montagne qui eftoit
autrefois habitée , mais
qui eft à prefent fort dépeuplée
, & fans commerce . La
Riviere qui paffe au bas de
la Ville , eft perilleuſe en de
certains endroits , & n'eſt
pas navigable en d'autres . Il
ya dans l'Eglife Cathedrale
un fort bel Autel en forme
de Baldachin , & au deffous
repofe le Corps de Saint
Juftinien premier Evefque
de la Ville , qui chaſſa l'Idolatrie
du Païs . On voit
206 MERCURE
au bas de la mefme Ville ,
les restes de l'un des plus
beaux Aqueducs qui ayent
efté dans l'Antiquité. Il portoit
les eaux d'une Montagne
à une autre , paffoit au
deffus de la Riviere, & eftoit
feulement foûtenu de quatre
grandes Arches , dont il
en reste encore une toute
entiere : les pierres font taillées
en pointes de Diamant,
& liées les unes aux autres
avec du fer & du plomb ,
fans aucun mortier ny ciment
.
Les . Decembre, nous paf
GALANT. 207
fames par le Bourg de Borghetto
, & allâmes enfuite
coucher à celuyd'Orignano.
Le chemin qui devoit eftre
le plus méchant de tous , fe
trouva prefque le plus beau,
ayant efté racommodé tout
nouvellement. Nous commençames
à découvrir le Tibre
, & à nous appercevoir
que nous approchions d'une
Ville fainte. Nous rencontrions
en chemin plufieurs
Chapelles & Hermitages ,
d'où il fortoit des Preftres
& des Religieux avec le Surplis
& l'Etole , qui nous ve208
MERCURE
noient jetter de l'Eau-benite
en paffant , & dire quelques
Evangiles & Oraifons .
Nous trouvions encore quátité
de Pelerins qui alloient
faire les Stations de Rome.
Enfin , le 6. Decembre
aprés avoir paffé par le
Bourg deCaftel - nuovo , nous
arrivâmes àRome à une heus
re de nuit par la voye Flaminia
, qui eft encore pavée de
grandes & larges pierres du
temps des anciens Romains,
& où l'on rencontre plufieurs
veftiges de Sepulchres
anciens. Nous entrâmes par
GALANT. 209
la
la Porte du Peuple , un des
plus beaux abords de cette
Ville. On ne trouve pref
que point de Maiſons dans
Campagne de Rome; l'air
y eft méchant & mal fain,
& les Payfans y deviennent
pafles & langoureux. Pour
la Ville de Rome , elle eft
connuë de tout le monde..
C'eſt la Capitale de la Chrétienté
, le Siege des Souverains
Pontifes , Ville de repos
, de paix , de douceur &
de fincerité.
Relations de M. Chaffebras
de Cramailles , & entre
autres celle de dix ou
douze Opera , qui furent repreſentez
à Veniſe en un ſeul
Carnaval , du temps que ce
curieux Voyageur y eftoit.
L'exactitude avec laquelle il
décrit les lieux où il paffe ,
vous a fait fouvent fouhaiter
d'en avoir la fuite . Elle vient
de tomber entre mes mains,
& je vous l'envoye dans les
mefmes termes qu'on me l'a
donnée . C'eſt la Relation de
fon Voyage , depuis Venife
120 MERCURE
jufques à Rome , & fes remarques
fur les Villes, Lieux
& Chemins confiderables
avec les Devotions de Noftre-
Dame de Lorette , & de
Saint François d'Affife. Elle
eft adreffée à M. le Duc de
Saint Aignan. La voicy,
Le quinziéme Novembre
1684. je partis de Venife , où
j'avois efté durant une année
, & je me mis avec un
Gentilhomme François de
mes amis, dans une Gondole
à quatre Rameurs, une heure
& demie avant le jour. Durant
la matinée, nons traver
fames
GALANT. 121
fames vers le Midy fur le
Fleuve du Pô , où nous vo
guâmes tout le refte de la
journée & le lendemain , jufqu'à
une lieuë de Ferrare ,
ayant couché dans un Village
fur le bord du Pô. Ce Fleuve
qui paffe pour le Roy des
Fleuves de l'Italie , a fon cau
claire comme criſtal ; 11 eft
fort large , & bordé prefque,
par tout de tapis verts , de
Prairies & de Bocages . Il fait
icy la divifion des Terres du
Pape d'avec celles de Venife ,
& le trouve luy- mefme partagé
entre ces deux differens
Septembre 1685. L
122 MERCURE
Etats ; de forte que par un
effet du fort affez bizarre , il
fe rencontroit fouvent que
l'un de nous eftoit fur le Domaine
de Saint Pierre , dans
le temps que l'autre reftoit
encore fous la puiffance des
Venitiens & cependant
nous eftions affis fur un mef
me ſiege à coſté l'un de l'autre.
L'air eftoit extremément
doux quand nous nous mimes
en chemin . Sans un
temps fi favorable , nous
n'aurions pas hazardé dans
une Gondole le peu de
mer
GALANT. 123
que nous cûmes àpaffer . C'eſt
un petit Bâtiment de mer leger
& delicat, dans lequel on
peut aller faire fa cour aux
Gentils- Donnes , fur le grand
Canal de Venife ; mais il n'eſt
pas fait pour
aller en pleine
mer, & feroit dangereux
dans
un vent mediocre
. A une
lieuë en deça de Férrare, nous
fûmes obligez de changer de
voiture , & de nous mettre
dans un petit Bateau couvert
pour paffer un Canal d'eau
dormante
qui conduit en
cette Ville , & qui eft fort
élevé au deffus du Fleuve du
Lij
124 MERCURE
;
Pô. Ferrare appartenoit autrefois
aux Princes d'Efte
mais par defaut de mâles , il
eft retourné aux Papes fous
le Pontificat de Clement
VIII .
,
Nous primes le lendemain
une Chaife roulante pour
nous avec un Cheval pour
noſtre bagage , & nous allâmes
coucher à Bologne. On
nomme en quelques endroits
ces Chaiſes roulantes,
par une espece de quolibet ,
Sedie volante , pour dire qu'elles
vont vîte comme le vent.
Ce font aujourd'huy les VoiGALANT.
125
tures les plus commodes &
les plus ufitées dans l'Italie .
Elles vont à deux chevaux ,
& il n'y peut tenir que deux
perfonnes. Quand on veut
aller vîte , on les prend de
Cambiature comme nous fif
mes, c'eſt à dire qu'on change
de Chaife & de chevaux
de deux Poftes en deux Poftes
, où l'on en trouve de
toutes prêtes.
Bologne eft une des grandes
Villes & des plus peuplées
de l'Italie . On la nomme
Bologne la graſſe, à cauſe
de la fertilité & de la bonté
L
iij
126 MERCURE
T
des terres des environs , qui
font à la verité ſi graffes, qu'il
faut fix , huit , & jufqu'à dix
boeufs pour tirer la charuë.
Il y a au devant de prefque
toutes les maifons , des Portiques
qui forment de grandes
allées couvertes aux deux côtez
de chaque ruë, de meſme
que dans la Court du Palais de
Luxembourg de Paris ; ce qui
donne le moyen d'aller à
couvert par toute la Ville .
Les Dames y vont vétuës à
la Françoife , & les Gentilshommes
y font habillez de
noir en pourpoint, manteau ,
GALANT. 127
ceinturon & épée . Il y en a
plufieurs qui font porter
leurs épées par des Eftafiers,
à caufe qu'elles font extremément
longues , & qu'elles
les incommodent beaucoup
à marcher. Les Palais de cet
te Ville font fuperbes . Les
Eglifes & les Convens y font
magnifiques , & les Cloîtres
des Religieux y font plus
beaux qu'en aucune Ville
d'Italie. Celuy des Cordeliers
à la Grand' manche , eft
d'une grandeur , d'une beauté
, & d'une ftructure merveilleufe.
Je vis dans l'Eglife
Liiij
128 MERCURE
de Sainte Fetrone , un Cadran
d'une invention fort
particuliere. Lors qu'il eft
midy , il marque la grandeur
du jour où l'on eft , par
le moyen d'une Etoile percée
à la voûte , par où les
rayons du Soleil paffent juf
tement au milieu du jour . It
eft de l'invention de M.Caf
fini, de l'Obfervatoire de Paris.
C'eſt dans cette Eglife ou
Charles- quint fut couronné
Empereur.
›
Entre le grand nombre de
Reliques qui font à Bologne,
le Corps de la Bienheureufe
GALANT. 129
Catherine de Vigri Bolonoife
, en eſt une des plus confiderables
. Il eft dans le Monaftere
du Corpus Domini qu'-
elle a fondé, où font des Religieufes
de Sainte Claire . On
la voit toute entiere affife
dans une Chaife , revétuë de
l'habit de fon Ordre, la face,
les mains & les pieds découverts.
Elle mourut au quin.
ziéme fiecle , à l'âge de cinquante
ans ou environ .
La Chapelle de Monteguardia
, où l'on révere une
Vierge peinte par Saint Luc,
comine on pretend , eft une
130 MERCURE
des plus grandes devotions
de Bologne . Elle eft fur une
Montagne à trois milles hors
la Ville , c'eſt à dire à une
grande lieuë de France ; & le
concours du monde qui y va
le Vendredy ou le Samedy
de chaque femaine , a donné
lieu de commencer un che--
min couvert , qui conduit de
la Ville à cette Chapelle ; il
eft plus de la moitié achevé.
C'eſt une des plus belles entrepriſes
qu'on ſe puiſſe imaginer
, & qui fera d'une dépenfe
prodigieufe . Ce font
plufieurs Arcades qui for
GALANT. 131
ment une longue Galerie
couverte , où l'on pourra aller
en pleine campagne une
lieuë entiere à l'abry de la
pluye , de la poudre , & du Soleil.
Les Moulins de Soye de
Bologne, font d'une jolie invention
. On y voit quatre
à cinq mille écheveaux de
Soye fe déveloper , fe filer , fe
tordre & fe devider en mefme
temps fur autant de Bobines
, par le moyen d'une
Machine que l'eau fait aller .
Elle eft compofée d'un nombre
infiny de Tours & de
132 MERCURE
.
Roues , qui fe font mouvoir
les unes les autres , & qui ont
correfpondance dans plufieurs
Chambres
& Etages.
Quoy que Bologne fe foit
donnée au Pape , elle s'eft
confervée une grande liberté.
Elle met pour ce fujet
dans fes Armes le nom de
Libertas , & elle entretient un
Ambaffadeur ordinaire à Ro
me pour ſe maintenir dans
fes Privileges. L'un des plus
beaux dont elle joüit , c'eft
que l'on ne peut confifquer
les biens de ceux qui en font
bannis ; ce qui fait que l'on
GALANT. 133
en voit quelques-uns dans
d'autres Villes d'Italie , qui
nonobftant leur banniffement,
joüiffent paiſiblement
de tous leurs biens , dont ils
reçoivent les revenus fur
leurs Quittances.
Bologne a une fameuſe
Univerfité , dont il eft forty
de grands Hommes ; & comme
fi toute la Doctrine eftoit
renfermée dans cette Ville ,
elle met dans prefque tous
fes Monumens publics , & fur
la plufpart de fes Monnoyes,
Bononia docet , ou bien , Bononia
mater fcientiarum , comme
134 MERCURE
voulant dire que c'eſt Bologne
qui enſeigne les Sciences.
Cette Ville eſt renommée
principalement pour
quatre chofes pour les Savonetes
qui gardent leur odeur
juſqu'à la fin , &ſe confervent
douze , quinze , &
vingt années ; pour les Sauciffons
que l'on
envoye
par
toute
l'Europe
; pour
le Tabac
en poudre
, que
l'on
prefere
aujourd'huy
à celuy
de
Pontgibont
; & pour
les petits
Chiens
que
l'on
baigne
dans
l'Eau
-de -vie
auffi
-toft
qu'ils
font
nez , & durant
pluGALANT.
135
fieurs jours de fuite pour les
empefcher de croiftre . On
leur en fait auffi avaler de
temps en temps , & on leur
écraze le nez pour les rendre
camus. Ceux que l'on eftime
le plus entre ces petits animaux
, doivent avoir la tefte
ronde , le muſeau court , le
nez enfoncé & un peu relevé,
les yeux gros, ronds , vifs,
brillans & à fleur de tefte , les
poils déliez , doux & luſtrez
comme de la foye , les oreil
les grandes & pendantes , des
pannaches à la queuë & aux
jambes , & des ergots aux
136 MERCURE
quatre pates. L'on n'en fait
pas moins d'eftat
à Bologne
qu'à Paris. Les Dames les ont
toûjours
fur leurs juppes , &
les portent
aux Comedies
,
aux Promenades
, & dans les
Vifites. Il n'y a point de Juifs
à Bologne
, ils n'y peuvent
demeurer
qu'une nuit, & doivent
loger dans une Hoſtellerie
qui leur eſt affectée .
De Bologne
nous conținuâmes
nôtre route en Chaife
roulante jufqu'à Rome , &
trouvâmes jufqu'à Imola où
nous allâmes coucher, le chemin
plat & uny comme une
GALANT. 137
allée deJardin,bordé d'arbres
des deux coftez . Les Païfanes
portent de petits Chapeaux
de paille garnis de rubans de
couleur. Il y a dans cette
Ville beaucoup d'Eglifes . Le
22. nous paffames par Forti ,,
& allâmes coucher à Cefene..
Nous traverfames par Caftel
Bolognefe, & par la Ville de
Faenza,laquelle, felon le fen--
timent de quelques-uns , a
donné le nom à la vaiffelle :
de Faience , que l'on y fait
tres-bien. Forli eft une gran
de Ville , où je remarquay
comme une des plus belless
Septembre 1685,
Mi
138 MERCURE
Eglifes, celle de Saint Philippes
de Neri . Elle eſt toute
neuve , & n'eft pas entierement
achevée. Les Chapelles
font de marbre, avec quel
ques Tableaux qu'on eftime.
Je ne trouvay rien de plus
mignon que la maniere dont
les jeunes Ortolanes & Contadines
eftoient habillées. Ce
font des Païfanes des principaux
Bourgs des environs ;
mais je veux feulement parler
des plus notables , & des
mieux faites . Elles s'eftoient
rendues à la Ville , à cauſe
d'une Foire particuliere qui
GALANT. 139
s'y faifoit ce jour-là . Elles
avoient un cotillon de ferge
ordinaire à la Paifane ,un corcelet
de brocard à grandes
fleurs , les manches de fatin:
de couleur fort étroites & redoublées
fur le poignet, & de
petites manchetes de lin ou--
vragées de fil d'or & de foye
Leurs cheveux moitié nattez
& moitié frifez,battoient fur
les épaules , & voltigeoient
affez amoureufement fur la
gorge. Au deffus de la tefte
eftoit attaché un morceau de
fine toile , chamarré tout au i
tour d'une large dentelle de-
Miji
140 MERCURE
foye de differentes couleurs,
avec des touffes de rubans
aux quatre coins , & par def
fus un chapeau de fine paille
entouré de branches de fleurs
qui s'élevoient & retomboient
en panaches.
ne ,
Quant à la Ville de Cefel'on
y va en plufieurs
ruës à couvert comme à Bologne
. De Cefene nous allâ
mes à Savignan, petite Ville
ou Bourg, qui n'eft pas confiderable
, puis à Remini ou
Rimini, comme prononcent
quelques-uns , grande Ville
fur le bord de la mer. Entre
GALANT. 141
plufieurs belles Eglifes que
j'y vis , la Cathedrale eft la
principale. Elle eft claire , de
bon gouft, & bâtie nouvellement,
ainſi que la plus grande
partie des maifons d'alentour,
l'ancienne Eglife & les
bâtimens d'auprés ayant efté
entierement bouleverfez dás
le dernier tremblement de
terre qui arriva il y a quel
ques années.
De Remini nous allâmes
au Village de Catholica , &
cotoyames toûjours le bord
de la mer , les vagues donnant
jufqu'aux pieds de nos
142 MERCURE
chevaux ; puis quittant la
mer , nous nous rendifmes
á Pefaro , cheminant continuellement
entre des Montagnes.
Pefaro eft une groffe Ville
fur le bord de la mer , avec
de grandes Places & de belles
Fontaines . Les Juifs ont
deux Synagogues en cette
Ville , & n'y font pas fort riches.
Ils portent des Chapeaux
couvers de tafetas orangé
, & en ont de pareils
dans toutes les Terres du Pape.
Le 25. aprés avoir paſſé par
GALANT. 143
Fano , Ville forte fur le bord
de la mer , nous cotoyâmes
prefque toûjours la rive pour
aller à Sinigalia , les vagues
venant continuellemétdonner
dans les jambes de nos
chevaux, & jufqu'à la moitié
des roues de noftre Chaife ;
de maniere que nous eſtions
en doute fi nous cheminions
par mer ou par terre , & l'on
auroit pû faire des gageures
là - deffus. C'eft à peu prés
comme ce Bon-homme de
campagne , qui ne pouvoit
dire à fon Village s'il
eftoit venu à pied ou à chela
144 MERCURE
val : parce qu'eſtant monté
fur fon afne, & fe trouvant
obligé à chaque bout de
champ de lever fes jambes
qui eftoient trop longues ,
il s'eftoit fervy de fes pieds.
durant prefque tout le chemin
pour fe foulager , &
marchoit en meſme temps.
que fa befte, encore qu'il fût
à cheval fur fon dos ; d'où.
vient qu'il fut toûjours appellé
depuis , la beſte à fix
pieds . Il s'eftoit élevé la nuit
un vent horrible , qui continua
toute la journée, & empefcha
quelques Cavaliers :
de .
:
GALANT. 145
de paffer le matin en des endroits
où nous paffames aifément
l'aprefdinée , la rive
eftant alors trop fortement
battue des vagues de la mer.
Nous eufmes un froid tresviolent
, mais en récompen
fe nous primes beaucoup de
plaifirà voir la mer orageufé
faire des bonds en l'air, &
rejalliſſemens à perte de
veuë , & jetter à nos pieds
des monceaux d'écume bláche,
gros comme la moitié
de noftre Chaiſe.
des
Tout le long des coftes
de la mer , l'on trouve d'ef
N
Septembre 1685.
146 MERCURE
pace en efpace de fortes
Tours gardées par des Officiers
, pour empefcher
la defcéte
que les Corfaires
pourroient
faire durant la nuit .
Les Paifans des Villages
&
des Hameaux
circonvoi
fins ,
couchent
dans les chambres
du premier étage, où il n'y a
que des Echelles & des Efcaliers
de bois , qui fe levent
la nuit en maniere de Pontlevis
. Ils ont chez eux des
fe defenarmes
à feu , pour
dre en cas de beſoin , & ils
veillent tour à tour , & font
la fentinelle , afin que s'il
GALANT. 147
pour
abordoit quelque petit Bâtiment
Ennemy , ils puffent
tirer , & faire des feux
avertir les autres Villages de
venir à leur fecours ; ce qui
eft arrivé quelquefois . Nous
trouvâmes en un endroit de
la Cofte une Barque perie ,
& en un autre quelques pieces
de bois du débris d'un
petit Vaiffeau que la mer avoit
jetté à bord. Le Valet
de noftre Voiturin, qui avoit
devancé la Chaife d'une
giande lieuë, trouva un coffre
fermé , que la mer vint
jetter à fes pieds. Il le char-
Nij
148 MERCURE
gea fur fon cheval, &
le
porta
jufqu'à la Fortereffe de Sinagalia
, comme l'on eft obligé
de faire de tout ce qui fe
trouve fur les Coftes , & on
luy donna quelque chofe
pour fon droit. On en fit
l'ouverture , & l'on ne trou
va dedans que des Savons
,
& d'autres Marchandifes
prefque toutes gâtées de
l'eau de la mer ; cela nous
fit juger qu'il s'eftoit fait
quelque naufrage , comme
nous reconnûmes le lendemain.
Sinagalia eft une gran
de Ville , avec Port de mer.
GALANT. 149
J'allay me promener fur le
Port , où la mer en fureur
pouffoit des vagues de la
hauteur d'un étage , qui fe
venoient brifer contre la
pointe du Parapet , & fembloient
à tous momens le
vouloir fubmerger . Il y a des
Juifs en cette Ville ; ils ont
feulement une Synagogue.
Le 26. nous allâmes coucher
à Ancone. Nous cotoyâmes
encore prefque
toûjours la mer & nous
eufmes pareillement un grad
vent, qui diminua beaucoup
fur le foir ; nous apprîmes .
N. iij
KO MERCURE
L
dans la Ville , qu'on avoit
trouvé par le chemin deux
hommes noyez fur le fable
en differens endroits, ce qui
nous confirma le naufrage
dont nous avions veu la veille
quelques apparences . C'étoit
un plaifir de voir de loin
plufieurs petits Vaiſſeaux agitez
, qui fembloient de
moment en moment s'abîmer
dans les ondes , d'où
ils reffortoient peu de temps
aprés . Les uns étoient des
Peſcheurs , & les autres des
Paffans , qui tenoient la route
de Veniſe .
GALANT. 151
Ancone eſt une grande
Ville , fort peuplée , avec un
des beaux Ports de mer d'Italie
. Elle eft fituée fur la
Coline d'une Montagne qui
defcend jufque dans la mer ,
& paroift de loin comme un
Amphiteatre . On voit fur le
Pont un ancien Arc de triomphe
tout de marbre blanc ,
qui eft une des plus belles
antiquitez des Romains . L'Eglife
Cathedrale eft au plus
haut de la Montagne , d'où
l'on découvre la beauté de
la mer dans fa grande étenduë.
Cette Ville eft fort peu-
N iiij
152 MERCURE
plée, les Juifs y ont deux Synagogues
. J'allay dans la
plus grande au temps qu'ils
fe preparoient à celebrer la
Fefte du Sabat ou du Samedy,
qui fe commence le foir
du jour précedent. Il y avoit
quatre ou cinq cens Lampes
allumées , & je n'en ay
jamais tant veu ailleurs pour
un jour de Fefte ordinaire.
En attendant qu'ils commençaffent
leurs Prieres, un
Rabbin fort zelé dans leur
Religion , m'ouvrit l'Armoire
d'Aaron , où font les Livres
de la Loy, & me fit voir
GALANT. 153
les plus beaux ( j'entens pour
ce qui eft des ajuſtemens qui
les ornent , comme font les
Bâtons , les Maffes, les Chénets
, les Grelots ou Sonnets
d'argent , les Couronnes
de vermeil doré, les Voiles
& les Couvertures de
Brocard & de broderie ) car
pour les Livres ils font tous
écrits d'une même maniere ,
& fe trouvent uniformes dás.
toutes les Synagogues du
Monde . Il me mena enfuite
dans fa Maiſon , pour me
faire voir la maniere dont
tout eftoit difpofé pour le re154
MERCURE
pos du Sabat , les Lampes å
plufieurs lumignons qui devoient
brûler pendant la
nuit, les préparatifs des viandes
du Souper & du lendemain.
Je trouvay la Nape
mife, tout en eftat fur la Table
, & les fieges à l'entour.
Sa femme qui eftoit d'un âge
mediocre , tenoit un Livre
Hebreu, & recitoit quelques
Prieres à l'un des coins de la
chambre. Il ne fut jamais au
pouvoir de fon Mary,de luy
faire lever les yeux pour me
regarder. Il me dit qu'elle
vivoit comme un Sainte , ou
GALANT: 155
pour mieux dire , comme la
Femme d'un Patriarche de
l'ancien Teftament ; qu'elle
avoit toutes les complaifances
imaginables
pour luy ,
& que c'eftoit la meilleure
Femme du monde ; mais
qu'elle n'avoit jamais pû ſe
refoudre à parler à un Chrétien
, ce qui luy donnoit bien
du déplaifir. Ses Filles n'eftoient
pas fi farouches
, elles
venoient
librement
autour
de nous , & principalement
l'ainée , qui eftoit extremément
belle , & qui , avec un
air affez libre & enjoüé, far156
MERCURE
foit paroiftre fur fon viſage .
beaucoup de fageffe, de douceur
& de modeftie . Elle n'avoit
qu'environ quatorze
ans , & devoit eſtre mariée
dans dix ou douze jours ;
parce que tout Homme qui
a une Fille nubile , me dit
fon Pere, & qui differe de la
marier , eft refponfable devant
Dieu de tous les pechés
d'impureté qu'elle peut cómettre
dans fon coeur. C'eſt
la croyance des veritables
Juifs , autrement, difent-ils,
c'eft rendre inutile le plus
grand des biens que Dieu ait:
1
GALANT. 157
donné à l'Homme. Je n'eus
pas de peine à luy accorder
ce dernier article , qu'une
belle Femme eftoit un bien
fort confiderable , & la plus
belle acquifition qu'un galant
homme puiffe faire ; &
je luy ajoûtay de plus , que
j'engagerois volontiers mes
rentes & mes revenus pour
enavoir,fices fortes de biens
eftoient à prix raiſonnable.
Je reftay une heure & demie
avec ce venerable Rabbin ,
qui ne pouvoit fe laffer de
caufer avec moy , & dont
j'eus toutes les peines du
158 MERCURE
monde à me débaraffer.
Le Samedy 27. nous arrivâmes
à Lorette fur les vingt
deux heures, c'eſt à dire deux
heures avant la nuit , ayant
quitté le bord de la mer , &
cheminé par des chemins
fort fales. Durant quatre ou
cinq jours , nous rencontrâmes
un grand nombre de
Pelerins , les uns à pied , les
autres à cheval , & les autres
en Chaife.
La Ville de Lorette , qui
eft fur le bord de la mer ,
confifte en une grande ruë ,
au bout de laquelle eft un
GALANT. 159
Fauxbourg fort long , car
pour les rues de traverſe ,
elles ne font pas de conſequence.
Il y a une Fortereffe
confiderable, qui pourroit
refifter au Turc durant
quelques jours , s'il venoit
par mer dans le deffein de
la piller , comme il a tenté
quelquefois . Si ce malheur
arrivõit , elle feroit promptement
ſecouruë , la Ville
d'Ancone , & quelques autres
, eftant obligées d'envoyer
fur le champ une certaine
quantité de monde fi
l'Ennemy y faifoit quelque
160 MERCURE
deſcente ; & on les avertiroit
par des feux qu'on feroit
fur toutes les Tours qui font
e long des Coftes , comme
je vous ay dit. Cette Ville
eft bien peuplée , & le bon
marché des vivres y attire
beaucoup de perfonnes.
Pour un Gros , qui eſt environ
trois fols & demy de
France , on vous donne du
Vin plein une grande Cruche.
Ceux qui ont trois ou
quatre cens livres de rente ,
& qui ne font point de negoce
, y paffent pour Gentils-
hommes , parce qu'ils y
GALANT. 161
vivent commodément à là
maniere du Pais ; & hors
cette forte de Nobleffe , qui
feroit fort mince dans une
autre Ville , on n'y voit que
des Hofteliers & de medio ..
cres Marchans, dont le tiers
ne fait trafic
"
que de
Chapelets
& de Medailles. Les Fem
mes y font vétuës d'une ma
niere bijarre , qui tient de
l'Egyptien
& du Villageois
,,
& la plufpart
gâtent le peu
de bonne mine
qu'elles ont,,
en mettant fur leurs épaules :
un grand morceau
de drap
rouge , jaune ou bleu , fem
Ο
Septembre 1685 .
162 MERCURE
blable à un lange d'enfant ,
qui fait le plus vilain effet du
monde . L'Eglife , au milieu
de laquelle eft la Sainte Chapelle,
eft fort grande, & d'une
beauté achevée ; elle eft
dans une grande Place, où il
y a une Fontaine de divers
Jets d'eau , avec la figure de
bronze du Pape Sixte V.trois
ou quatre fois grande comme
le naturel. Če Souverain
Pontife , qui n'avoit que de
grands deffeins , a fait embellir
cette Eglife , & il euft fair
une Ville confiderable de
Lorette , s'il n'euſt pas eſté
A
GALANT. 163
prévenu de la mort.
A l'un des coftez de la Place
, font des Bâtimens en ar
cader, où l'on reçoit les Perfonnes
degrande qualité, qui
viennent en Pelerinage & en
Devotion , & où logent plufieurs
Peres Jefuites Italiens,
François , Alemans , Eſpagnols
, Anglois , Polonois
Suiffes , Grecs , Armeniens ,
Efclavons , & de diverſes autres
fortes de Langues qui fe
trouvent tous les mating
dans les Confeffionnaux de
l'Eglife pour adminiftrer le
Sacrement de Penitence aux
X
O ij
164 MERCURE
Pelerins qui y viennent de
tous les endroits de la Terre.
On va voir par curiofité l'Apoticairerie
& les Caves.
L'Apoticairerie eft remplie
de toutes fortes de medicamens
& de compofitions ,
que l'on donne charitablement
aux Pauvres . L'on y
voit trois cens cinquante vafes
de terre d'un prix incſtimable,
tous peints , comme
on pretend , de la main du
grand Raphael d'Urbin , le
Reftaurateur de la Peinture..
J'ay appris que fon Pere étoit
Potier de Terre , & que c'eſt
GALANT. 165
pour cela qu'il y a tant dé
Vafes de fes deffeins.
Les Caves font au nombre
de douze , & fe communiquent
les unes dans les autres.
On y diftribuë du vin
à tous les Pelerins , & l'on
n'en refuſe à perfonne. Elles
font remplies de cent cinquante
tonneaux qui ne ſe
remuent jamais , & ſe nettoyent
par des douves qu'on
leve aux coftez pour donner
entrée à ceux qui les vont
nettoyer dedans . Ces tonneaux
font liez avec des Cerceaux
de fer , & font la pluf166
MERCURE
part fi grands , que j'en trouvay
quelques - uns dont le
fond avoit dix pieds de Diamettre
, avec autant de pro
fondeur . Dans le temps des
fauffes Divinitez , on auroit
pû faire d'un de ces tonneaux
un Temple raisonnable au
Dieu Bachus , en élargiffant
l'ouverture du bondon pour
donner paffage à la fumée
des Sacrifices qui luy étoient
offerts par les Bachantes &
par les Thiades. Il y en a dont
on tire trois fortes de vins
Le Garçon de Cave ne man
que jamais d'en faire boire
GALANT. 167
aux Etrangers , afin qu'on
luy donne àfon tour dequoy
boire; c'eft toûjours du meilleur
vin , & du plus exquis.
Pour la Sainte Chapelle
de la Vierge, qui eft une des
plus belles Reliques qui foit
dans le Monde, vous en pouvez
voir à Paris le Modele ,
dans l'Egliſe de la Magdeleine
vers la Porte du Temple.
Ainfi je ne vous feray qu'une
legere defcription de la
maniere qu'elle eftoit lors de
fon tranfport, & des changemens
que l'on y a faits depuis.
Mais auparavant il faut
168 MERCURE
que je vous diſe en peu de
mots la maniere miraculeufe
dont elle eft venue en ce
lieu , & l'eftime que l'on en
a toûjours faite.
Cette Sainte Chapelle eft
la meſme où la Vierge a efté
élevée , où l'Ange luy a annoncé
le divin Miftere, & où
elle a conceu du Saint Efprit
le Redempteur de tous les
Hommes . Lors qu'elle eftoit
encore en Nazareth , on la tenoit
en grande veneration
parmy les Chreftiens . Sainte
Helene Mere du grand Conſtantin
, y alla en Pelerinage
en
GALANT. 169
´en l'année 326. Elle l'embellit
& l'enrichit de quantité
de Prefens , qui ont eſté pillez
depuis par les Barbares.
Sainte Paule , noble & riche
Romaine, y alla peu de temps
aprés en habit de Pelerine,
avec Sainte Euftochie fa Fille
, accompagnée de Saint
Hierôme , qui a efté mis par
la fuite au nombre des quatre
Docteurs de l'Eglife Latine.
Elle fe retira de là en
Bethleem , où elle mourut,
aprés avoir donné la plus
grande partie de fes biens
aux Pauvres, & y avoir fondé
Septembre 1685.
P
170 MERCURE
;
trois Monafteres de Filles, &
un Convent de Religieux.Le
Roy Saint Loüis allant en la
Terre-fainte , defcendit de
fon Cheval , aufſi- toſt qu'il
apperceut du Mont Tabor
cette Maiſon facrée ; il baifa
plufieurs fois la terre , fit le
refte du chemin à pied , &
une des Festes de la Vierge
eſtant arrivée peu de jours
aprés , il y fit celebrer folemnellement
la Meffe , où il
communia s'eftant revétu
d'un Cilice, & ayant jeûné la
veille au pain & à l'eau . Bel
exemple pour un des plus
GALANT. 171
grands Rois de la Terre.
Par la fuite des temps , les
Infideles s'eftant rendus abfolus
dans le Pays , elle devint .
la riſée & la moquerie de
cette Nation barbare , qui
faiſoit mille ignominies aux
pauvres Chreftiens qui la
venoient vifiter avec tant de
peines , de fatigues & de dépenſes.
Le Sauveur du Monde
ne voulant plus fouffrir un
tel mépris, ordonna aux Anges
de la retirer de la domination
de cette Nation cruelle.
Ils s'en chargerent
par le
commandement
de Dieu ; ils
Pij
172 MERCURE
l'enleverent en l'air , & la
porterent au deffus de la Galilée,
la Syrie, la Macedoine,
l'Albanie, & une partie de la
Dalmatie , où ils la mirent
fur une Montagne de l'Efclavonie
appellée Terfatto ,
éloignée du lieu où elle eftoit
de dix-huit cens quatrevingt
quinze milles d'Italie ,
qui font environ ſix à ſept
cens lieues de France . Ce
Tranſport ſe fit le neuf ou
dixième jour de May à minuit
en 1291. que le Pape
Nicolas IV. occupoit le Siede
Saint Pierre.: ge
GALANT. 173
5
Les Peuples de l'Efclavonie
remplis d'étonnement &
d'allegreffe , avoient peinet
à croire un Tranſport fi miraculeux
; & quoy qu'ils
deuffent s'en affeurer à la
veuë de quantité de miracles
qui fe faifoient journellement
dans cette fainte Cha
bre, ils ne laifferent pas d'en
voyer à Nazareth cinq Perfonnes
dignes de foy , pour
s'informer de la verité . Ces
Deputez firent rapport à
leur retour , qu'ils n'avoient
trouvé que les fondemens
dont les mefures eftoient
Piij
174 MERCURE
conformes à celles de cette
fainte Chapelle, & ils raconterent
l'épouvante où ef
toient les Peuples du Pays ,
au fujet d'un tranſport fi fubit
& fi extraordinaire.
Elle demeura en ce lieu
trois années & ſept mois, que
les Anges la porterent une
feconde fois pardeffus la Mer
Adriatique, & la poſerent au
milieu d'un Bois au Territoire
de Récanati , dans la Marche
d'Ancone . Ce fecond
Tranſport arriva le 10. Decembre
1294 . & l'on dit que
l'endroit de ce Bois apparte
GALANT. 175
noit à une Dame du Païs
nommée Laureta, d'où par la
fuite on a donné le nom à
Noftre - Dame de Lorette >
ou Laurete , comme l'écrivent
quelques-uns.
Les Efclavons fe defefperant
d'une perte fi confiderable
, & fe reconnoiffant
indignes d'un Preſent ſi précieux
, murmurerent quelque
temps ; mais ils s'appaiferent
bien- toft , en faisant
reflexion que c'eftoit la volonté
de Dieu , & qu'il n'ef
toit pas au pouvoir des hommes
d'en empefcher les ef-
P iiij
176 MERCURE
fets. Ils baftirent une Cha
pelle fur la Montagne , au
lieu où cette fainte Chambre
avoit efté. Elle fubfifte
encore prefentement, & elle
eft deffervie par des Peres de
la Reforme de Saint François
. Avec le temps , ce Bois
devint un coupe-gorge , &
une retraite de Voleurs, en
forte que les Pelerins n'ofoient
plus y venir qu'en
troupes & plufieurs enfemble
; mais au bout de huit
mois , les Anges reprirent
encore cette Chapelle , & la
reporterent à un ou deux
GALANT. 177
milles hors du bois , fur une
Terre qui apartenoit à deux
Freres de bonne & de noble
Famille. Ces deux jeunes Seigneurs
eurent conteſtation
entre eux , & en vinrent aux
armes , pour fçavoir qui poffederoit
feul ce morceau:
d'heritage.
Dans le temps qu'ils ef
toient le plus échauffez , qui
eftoit quatre mois aprés ce
troifiéme Tranſport , les Anges
la reprirent une quatriéme
fois , l'ofterent de leur
Terre , & la poferent là auprés,
au lieu où elle eft à pre178
MERCURE
fent. Elle fut apportée de
Nazareth par les Anges , ſans
fondement & fans plancher.
Le toict eftoit d'un bois azuré
femé d'Etoiles d'or , dont
l'on fait voir encore quelques
morceaux, le reste ayat
efté enterré fous la Chapelle
. Il y avoit une cheminée,
une porte , & une feneftre ;
& l'on trouva dedans une
Image de la Vierge , de bois
de Cedre , que l'on croit ef
tre de Saint Luc , un Crucifix
pareillement de bois ,
avec quelques Vaſes & Ecuelles
de terre,dont il en eft
GALANT. 179
reſté une entiere , que l'on
fait voir par devotion , &
que l'on prefume avoir fervy
à la Sainte Vierge . Les pierres
dont la Chapelle eſt bâtie
, font de couleur de Chataignes
, & fort dures , de la
groffeur &figure des briques
ordinaires, mais toutes irregulieres
, les unes longues ,
les autres courtes , d'autres
larges, d'autres étroites , minces
& épaiffes , la pluſpart
écornées & rompuës, la Sainte
Vierge, qui eft l'Exemple
d'une profonde humilité, s'étant
contentée d'une petite
180 MERCURE
Cabane pour fa demeure..
On voit quelques reftes
d'anciennes Figures qui ont
efté peintes fur les Murs ; ce
que l'on dit avoir eſté fait
par les foins de Saint Louis
Roy de France .
Prefentement on a chan--
gé la Porte du lieu où elle
eftoit , & on en a fait deux
autres pour la commodité
des Pelerins. On a ajoûté un
Autel au devant de la che
minée ; & l'efpace entre cet
Autel & la cheminée, eft revétu
de plaques d'argent ci
zelé. L'on a mis le Crucifix .
GALANT. 181
au bout de laChapelle à l'oppofite
de l'Autel , & l'Image
de la Vierge qui eft fur la
cheminée , eft ornée de precieux
habits , & d'un grand
nombre de pierreries.
Parmy les riches prefens
qui font dans cette Chapelle
, on voit deux grandsChandeliers
d'or qui furent donnez
par le Grand Duc de
Tofcane, & trente à quarante
groffes lampes toutes d'or.
Il y a un Ange d'argent
d'environ quatre pieds de
haut , qui prefente à la Vierge
Monfeigneur le Dauphin
182 MERCURE
dont la figure eft de pur or.
Il fut offert avec deux riches
Couronnes en 1643. parLoüis
XIII . & par la feuë Reine
Anne d'Autriche , au fujet
de l'heureuſe Naiffance de
noftre incomparable Monarque
Louis le Grand.
Le dehors de la Sainte
Chapelle , eft revétu de bas
reliefs de marbre blanc, avec
de grandes figures des plus
habiles Maiftres du temps ,
où font reprefentez les Prophetes
, les Sybilles , la Naiffance
du Sauveur du Monde,
la Vie & la Mort de la VierGALANT.
183
ge , & l'Hiftoire du Tranf
port de cette Sainte Chapelle.
Dans la grande Eglife qui
enferme cette Chapelle
vers la Sacriftie , on montre
le Trefor . On n'y voit que
perles , que rubis , faphirs ,
diamans , & autres fortes de
pierreries . On y fait voir des
Baffins , des Vaſes , des Couronnes
des Sceptres , des
Croix , des Statuës , des Buftes
, & quantité de pieces
d'or & d'argent , dont le dé
tail feroit infiny , le tout provenant
des liberalitez de di-
2
184 MERCURE
vers Papes, Empereurs,Rois,
,
Cardinaux
Monarques
Princes , & autres .
L'on y montre une Chafuble
, deux Tuniques , des
Chapes, & un Devant d'Autel
tout de broderie de perles.
Il y a uneChapelle d'Ambre
, qui comprend la Croix,
les Chandeliers , les Buretes,
le Baffin , & l'Eguiere.
Monfieur le Prince y a
donné le Plan de la Baftille ,
tout d'argent. Le Portrait
de Madame la Ducheffe de
Baviere , Mere de Madame
la Dauphine , y eft auffi d'arGALANT.
185
Y
ill
gent , & de fa hauteur ; & ce
que l'on tient de plus rare en
ce Trefor , c'eft une Perle
fort groffe qui reprefente la
Vierge tenant fon Fils dans
fes bras . Quoy que l'ouvrage
foit fimple & groffier ,
ne laiffe pas d'eftre confide--
rable , en ce que la Nature?
l'a formée de la forte , car on
ne taille jamais les Perles , il
les faut laiffer en l'eftat qu'--
elles font. On la trouva un
jour dans un Tronc de l'E--
glife, envelopée dans du pa--
pier , & l'on n'a jamais feeu i
qui en a fait le preſent. -
"Septembre 1685..
186 MERCURE
Le Lundy 29. nous allâmes
de Lorette à Recanati , Ville
Epifcopale , dont l'Eveſché
eft réüny à celuy de Lorette,
& de là à Macerata , autre
Ville Epifcopale , fort peuplée
.
Le Mardy 30. jour de Saint
André, nous nous rendifmes
à Tolentin , Evefché réüny
à celuy de Macerata . Nous
entendifmes la Meffe dans la
Chapelle de Saint Nicolas ,
dont l'Egliſe eft adminiſtrée
par des Peres Auguftins . Elle
eft confiderable , par la Relique
du bras de S. Nicolas
GALANT. 187
de Tolentin , fi renommée
par toute la terre. Il faut faire
affembler les Magiftrats
de la Ville pour la voir ; ils
gardent la Clef du lieu où
elle eft enfermée , & ne refuſent
aucun Etranger . L'on
tient que le Corps du mefme
Saint eft en quelque en--
droit de l'Eglife dont on n'a
pas la connoiffance , quoy
que les Religieux faffent:
voir fon Tombeau . Cette
Chapelle eft remplie de qua
tité de Lampes , & de Ex:
voto d'argent .
On fort de Tolentin tra--
Qij,
188 MERCURE
verfant des Montagnes af
freuſes environnées de precipices
& de ravines d'eau ,
qui nous obligerent de faire
une partie du chemin à pied ,
en quelques endroits où la
Chaife eftoit toûjours panchante
d'un cofté ou d'autre ,
en danger de tomber dans
les abîmes, les Montages eftant
toutes couvertes de neiges.
Autrefois on ne pou--
voit aller par ce chemin qu'à
pied, à cheval, ou en litière;
mais le Pape Clement X. le
fit élargir à l'occaſion du
grand Jubilé dernier, ou pluGALANT
. 189
fieurs perfonnes vont en devotion
de Rome à Lorette.
Depuis ce temps- là ces chemins
fe font fort gâtez &
rompus, il y avoit longtemps
qu'il neigeoit dans les Montagnes
qui en eftoient toutes
couvertes , & il falloit coucher
dans de méchans Hameaux.
Enfuite nous arrivâmes
à Foligny , Ville
du Duché de Spolete. A
trois grandes lieuës de cette
Ville , eft le Convent.
d'Affife , & celuy de Noftre
-Dame des Anges , où
nous allâmes.
190 MERCURE
Affife eft une Ville renommée
, principalement à
cauſe de la naiffance de Saint-
François, où eft une des plus
grandes & des principales:
Devotions de toute l'Italie.
L'Eglife eft bâtie miſterieufement
fur une haute Montagne
, avec une douzaine
d'efpeces de Tours , en memoire
des douze Apôtres ,
ou des douze Compagnons
de Saint François . Avant que
d'entrer dans l'Eglife , l'on
trouve une grande court ou
terraffe , entourée d'Allées &
de Portiques , d'où l'on déGALANT.
191
couvre une belle étendue de
Païs . Ce font les Cordeliers
à la Grand' - manche , qui
poffedent ce Convent ; on
les nomme proprement
les
FreresMineurs Conventuels .
Ils chantent tous les jours de
l'année en Mufique , & font
environ une centaine. Ily
atrois Egliſes les unes fur les
autres , de mefme qu'il y en
a deux à la Sainte Chapelle
de Paris. La plus baſſe eſt fermée
, on n'y entre point , &
l'on pretend que le Corps des
Saint François y eft debout
tout entier. L'Egliſe du mi192
MERCURE
lieu eft celle où l'on fait l'Of
fice ordinairement. Le Maî
tre Autel eft difpofé, de ma..
niere que deux Preftresby
peuvent dire la Meffe deffus
en mefme temps, l'un à l'op
pofite de l'autre . L'on fait
remarquer une groffe pierre
de quelque deux cens livres
de pefanteur , qui eft attachée
à la voûte au deffus du
grand Autel , avec une chaî
ne de fer. Elle tomba fur la
tefte d'une Femme qui entendoit
le Sermon de l'Evef
que d'Oftie , qui fut depuis
Pape fous le nom d'Alexan
dre
GALANT. 193
dre IV. & quoy que tout le
monde la cruft morte , elle
eut tant de foy à Saint François
, auquel elle fe recommanda
, qu'elle ne receut
aucune bleffure , & fut guerie
d'un mal de tefte dont
elle avoit efté tourmentée
toute la vie. La troifiéme Eglife
, qui eft la plus haute,
eft dédiée à la Vierge, & l'on
fait l'Office feulement les
Samedis de chaque Semaine.
Saint François nâquit à Affife
en 1180. Il commença fon
Ordre en 1206. & receut les
Stigmates fur le Mont d'Al-
· S
eptembre 1685.
R
y
194 MERCURE
verne l'an 1224. vers le temps
de l'Exaltation de la Sainte
Croix . Il mourut le Samedy
4. Octobre 1226. & fut canonifé
par Gregoire IX . deux
ans aprés. Comme il n'y a
point d'Ordre dans toute la
Chreftienté qui fe foit fi fort
étendu , auffi n'y a -t-il point
de Saint dont on nous racon.
te tant de miracles . On nous
fit voir dans le Trefor , parmy
beaucoup de Reliques &
de richeffes , du Bois de la
vraye Croix ,un morceau des
Clouds de noftre Seigneur,
des Cheveux de la Vierge ,
GALANT. 195
d'autres Cheveux de Sainte
Catherine , & d'autres de
Saint Louis Roy de France ;
un Parchemin fur lequel
Saint François a écrit de fa
propre main une Oraifon à
noltre Seigneur , une piece
d'étoffe de foye & fort riche,
où fon Corps fut mis aprés fa
mort , & qui paroift encore
toute neuve , les premieres
Regles qu'il donna à ſes Religieux
, fon veritable Portrait
, un de fes Habits , & du
Sang qui fortit de ſes Stigmates.
A un quart de lieuë d'Af-
Rij
196 MERCURE
fife , eft la Chapelle de Nôtre-
Dame des Anges, qu'on
appelle autrement de la Portioncule
. Elle eft ifolée au
milieu d'une fort grande Eglife
, c'eſt à dire que l'on
peut tourner tout au tour de
mefme qu'à la Sainte Chapelle
de Lorette . C'eſt le lieu
où Saint François a fait fa
demeure , & où il eft mort.
On la nomme Portioncule ,
comme voulant dire qu'il fe
contentoit d'une petite portion
de terre, & on l'appelle
la Chapelle de Noftre-Dame
des Anges , à caufe qu'il y a
GALANT. 197
vû par deux fois Nôtre Seigneur
& la Sainte Vierge au
milieu d'une Legion d'Anges
& de Cherubins.
C'eft dans cette Chapelle
où eft étably le grand Pardon
& Indulgence pleniere
que Saint François a obtenu
de la bouche de Dieu mef
me . Il commence le premier
jour d'Aouft , à l'heure de
Vefpres, & finit le lendemain
à pareille heure .
Ongagne le Pardon & Indulgence
en vifitant cette
Chapelle , aprés s'eftre confeffé
& avoir communié. La
Riij
198 MERCURE
quantité du monde qui s'y
trouve eft furprenante , &
tous les ans l'on fait à Venife
une grade réjoüiffance pour
l'embarquement des Pele-
Fins qui vont à cette Devotion
. Les Peres Recolets def
fervent cette Eglife. Ils nous
firent voir ungrandnombre
de Reliques , & nous vifitames
dans leur Convent la
Chambre où Saint François
couchóit , le lieu où il fut
tenté du Diable, & le Jardin
où il fe mettoit tout nud fur
des épines pour mortifier fa
chair. Ce Jardin eft planté
GALANT. 199
derofiers qui ne produiſent
aucunes épines ; ce qui arrive
par un miracle continuel ,
à ce que pretendent ces
bons Peres .
Le 3. Decembre , nous al
Tâmes à Spolete, grande Vil-,
le toute pavée de briques ,.
où il y a plufieurs Eglifes, &
quantité de Fontaines. Nous
eufmes un temps charmant,
ne voyant autour de nous
que prairies vertes comme:
en efté , des rangées d'arbres :
touffus , & des treilles de vignes
en allées de, berceau,
Enfuite nous reprimes less
Riiij ,
200 MERCURE
Montagnes , & nous paffames
par un chemin fi mé
chant , qu'il nous fallut marcher
prefque toûjours à
pied on
Le 4. Decembre, nous ár
rivâmes à Terni,par un chemin
de pierres & de roches
fort rude. Dés que j'y fusarrivé,
je pris un Cheval pour
aller voir la Caſcade de Narni.
C'eſt une groſſe Riviere
qui vient fe dégorger fur
l'extrémité d'un Rocher au
deffus d'une haute Montagne
, & de là fe précipiter
avec force & violence de lai
GALANT.201
hauteur des Tours de Nôtre-
Dame de Paris, & tombe fur
quantité de pointes de Rochers
, d'où elle forme plufieurs
Caſcades , & retombe
enfin dans une autre Riviere
qui va groffir les eaux du
Tibre , & que l'on nomme
pour ce fujet la Mere nourrice
du Tibre . Cette chûte
d'eau d'une Riviere toute
entiere , eft quelque chofe
de fi furprenant , qu'il paffe
l'imagination . On fent trem .
bler la terre fous fes pieds ,
par le bruit effroyable qu'elle
fait , il en fort continuel-
इ
202 MERCURE
fement une fumée comme
d'une fournaife , & lors que
les rayons du Soleil ne font
point offufquez de nuages, il
fe forme tout au tour un Irisi
ou Arc- en- ciel de diverfes
fortes de couleurs . C'eft une
des chofes les plus curieufes
qu'on puiffe voir , mais à di
re le vray , il faut effiyer
bien de la peine pour y aborder.
Ce chemin de Terni à
la Cafcade , eft environ de
deux lieuës , & tout plein de
précipices , principalement .
quand on en approche
il faut circuir de petites .
GALANT. 203
<
langues de terre où l'on ne
peut paffer qu'un à un : auffi
eft - on obligé de defcendre.
de cheval en bien des endroits
. On trouve une petite
Chapelle en chemin , où l'on
vous enfeigne le lieu le plus
dangereux & le plus à craindre
. Elle eft remplie d'Ex
voto , & a eſté bâtie depuis:
peu au fujet d'un jeune Etranger
, qui voulant faire
le brave & le valeureux , fe
tint toûjours fur fon Cheval,
encore qu'on l'euft averty
de defcendre
. Il ne manqua
pas de fe précipiter dans un
204 MERCURE
abîme d'où on ne le put jamais
retirer.udio
intu M
Lors que je fus retourné à
Terni , nous en partifines
pour aller coucher à Narni
par un chemin delicieux ,
planté de Cannes , d'Oli
viers , & d'allées de Vignes
couvertes.Les
Cannes viennent
communément
en bien
des endroits de l'Italie ; on
en feine des pièces de terre
& des Campagnes
toutes entieres
.Elles n'ont pas la beau
té ny la force de celles des
Indes , l'on s'en fert princi
palement pour faire les berGALANT.
205
ceaux & les palliſfades .
Narni eft une grande Ville
fur une Montagne qui eftoit
autrefois habitée , mais
qui eft à prefent fort dépeuplée
, & fans commerce . La
Riviere qui paffe au bas de
la Ville , eft perilleuſe en de
certains endroits , & n'eſt
pas navigable en d'autres . Il
ya dans l'Eglife Cathedrale
un fort bel Autel en forme
de Baldachin , & au deffous
repofe le Corps de Saint
Juftinien premier Evefque
de la Ville , qui chaſſa l'Idolatrie
du Païs . On voit
206 MERCURE
au bas de la mefme Ville ,
les restes de l'un des plus
beaux Aqueducs qui ayent
efté dans l'Antiquité. Il portoit
les eaux d'une Montagne
à une autre , paffoit au
deffus de la Riviere, & eftoit
feulement foûtenu de quatre
grandes Arches , dont il
en reste encore une toute
entiere : les pierres font taillées
en pointes de Diamant,
& liées les unes aux autres
avec du fer & du plomb ,
fans aucun mortier ny ciment
.
Les . Decembre, nous paf
GALANT. 207
fames par le Bourg de Borghetto
, & allâmes enfuite
coucher à celuyd'Orignano.
Le chemin qui devoit eftre
le plus méchant de tous , fe
trouva prefque le plus beau,
ayant efté racommodé tout
nouvellement. Nous commençames
à découvrir le Tibre
, & à nous appercevoir
que nous approchions d'une
Ville fainte. Nous rencontrions
en chemin plufieurs
Chapelles & Hermitages ,
d'où il fortoit des Preftres
& des Religieux avec le Surplis
& l'Etole , qui nous ve208
MERCURE
noient jetter de l'Eau-benite
en paffant , & dire quelques
Evangiles & Oraifons .
Nous trouvions encore quátité
de Pelerins qui alloient
faire les Stations de Rome.
Enfin , le 6. Decembre
aprés avoir paffé par le
Bourg deCaftel - nuovo , nous
arrivâmes àRome à une heus
re de nuit par la voye Flaminia
, qui eft encore pavée de
grandes & larges pierres du
temps des anciens Romains,
& où l'on rencontre plufieurs
veftiges de Sepulchres
anciens. Nous entrâmes par
GALANT. 209
la
la Porte du Peuple , un des
plus beaux abords de cette
Ville. On ne trouve pref
que point de Maiſons dans
Campagne de Rome; l'air
y eft méchant & mal fain,
& les Payfans y deviennent
pafles & langoureux. Pour
la Ville de Rome , elle eft
connuë de tout le monde..
C'eſt la Capitale de la Chrétienté
, le Siege des Souverains
Pontifes , Ville de repos
, de paix , de douceur &
de fincerité.
Fermer
Résumé : Relation de Mr Chassebras de Cramailles, contenant son Voyage depuis Venise jusques à Rome, & ses Remarques sur les Villes, Lieux & Chemins considerables, avec les Devotions de Nostre-Dame de Lorette, & de Saint François d'Assise. [titre d'après la table]
En novembre 1684, un gentilhomme français et son ami entreprennent un voyage de Venise à Rome, traversant le fleuve Pô et continuant en chaise roulante jusqu'à Bologne. Bologne est réputée pour ses portiques, palais, églises et cloîtres, notamment celui des Cordeliers. La ville est également connue pour ses innovations telles que les moulins à soie hydrauliques et les savonnettes durables. L'université de Bologne est célèbre pour ses contributions scientifiques. Les Juifs ne peuvent y séjourner qu'une seule nuit. Le voyage se poursuit à travers plusieurs villes italiennes, chacune ayant des particularités culturelles et architecturales. À Pefaro et Ancone, on trouve des synagogues. À Ancone, le narrateur visite un rabbin et observe les préparatifs du sabbat. Le périple se termine à Lorette, célèbre pour son église et son marché abondant. Lorette abrite également une apothicairerie et des caves distribuant du vin aux pèlerins. Lorette est particulièrement célèbre pour la Sainte Chapelle de la Vierge, où la Vierge Marie a été élevée et où l'Ange lui a annoncé la naissance du Christ. Sainte Hélène et Sainte Paule, accompagnée de Saint Jérôme, ont visité cette chapelle. Le roi Saint Louis a manifesté une grande dévotion envers ce lieu. En 1291, la chapelle a été transportée par des anges de Nazareth à son emplacement actuel, devenant ainsi Notre-Dame de Lorette. La chapelle contient des objets sacrés tels qu'une image de la Vierge attribuée à Saint Luc et un crucifix. Elle est ornée de bas-reliefs en marbre blanc et de nombreux ornements précieux offerts par divers papes, empereurs, rois et princes. Un trésor comprenant des bijoux, des vases et des couronnes est exposé dans la grande église entourant la chapelle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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156
157
p. 209-219
Relation de tout ce qui s'est passé au Louvre le jour de la Feste de S. Loüis. [titre d'après la table]
Début :
Je ne pus vous apprendre la derniere fois ce qui se [...]
Mots clefs :
Louvre, Fête de Saint-Louis, Procession, Carmes, Reliques, Prévôt, Église, Marquis, Communauté, Piété, Monarque, Famille royale, Bénédiction, Trompettes, Ornements
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texteReconnaissance textuelle : Relation de tout ce qui s'est passé au Louvre le jour de la Feste de S. Loüis. [titre d'après la table]
Je ne pus vous apprendre
la derniere fois ce qui fe
Septembre 1685.
qui
210 MERCURE
paffa au Louvre le jour de la
Fefte de S. Louis , parce que
le mois eftoit déja tropavan
cé. Les Carmes du grand
Convent
y allerent ce jourlà
en Proceffion
, comme ils y
vont tous les ans, pour rendre
graces à Dieu du recouvrement
de la fanté du Roy ,
qui eſtant attaqué à Calais
d'une Fiévre pourprée
, eut
recours aux interceffions
de
Saint Roch , qu'on implore
en de pareilles
occaſions
.
Les Carmes
de la Place
Maubert
firent porter les
Reliques
de ce Saint à DunGALANT
211
a
querque , & Sa Majefté fe
fentant guerie , voulut à fon
retour à Paris , imiter la
Reynefa Mere , & rendre les
Pains Benits , à la Chapelle
de Saint Roch érigée en l'E
glife des Carmes , ou plu
toft , ce Prince voulut par
cette action reconnoiftre le
merite d'un fr grand Saint-
Meffieurs les Prevoft des
Marchands & Echevins de
Paris , firent auffi voeu d'al
ler tous les ans le jour de
Saint Louis à l'Eglife des
Carmes , & d'accompagnerr
les Reliques que ces Peress
S.ijj
212 MERCURE
portent à la Chapelle du
Louvre , où l'on chante une
grande Meffer, & où à l'ex
xemple du Roy , le Paint
Benit eft rendu par des Perfonnes
du premier rang.
Deux mois avant la Fefte de
Saint Louis , les Carmes , &
Mrs de la Confrairie de Saint
Roch , jettent les yeux fur
celuy à qui ils veulent fairel
cét honneur , & il est tombé
cette année fur M le Mari
quis de Bullion Prevoft de
Paris. Le P. Valentin leMulier
, avec quatre Religieux
du mefme Ordre
,
accompa
GALANT 213
de
griez de tous les Marguilliers
& Confreres de Saint
Rochs'eftant rendu chez
M. de Bullion , luy dit qu'il
eftoit fupplié au nom du
Prieur & de tous les Religieux
de la Communauté
des Carmes , ainfi que
tous ceux qui compoſent la
Confrairie Royale de Saint
Roch , des vouloir bien fe
charger des voeux de toute
la Ville , & animer par fon
exemple la pieté publique,
à rendre à Saint Roch les
devoirs annuels. Il ajoûta
qu'il imiteroit en cela le
214 MERCURE
plus grand Monarque du
monde, & toute la Famille
Royale , & qu'ils venoient
luy offrir des Benedictions
du Ciel , qu'il attireroit fans
doute fur luy par fon zele,
& lefquelles ils folliciteroient
fans ceffe la bonté de
Dieu de verfer " abondam--
ment fur fa Perfonne , & fur
toute fa Famille. M de :
Bullion leur fit connoiftre
qu'il n'oublieroit rien pour.
répondre à l'honneur qu'on
luy faifoit.
Le jour de S. Loüis, la Proceffion
dont je viens de vous
GALANT 215
parler, fe renditauLouvre das
Fordre fuivant.Les Timbales
& les Trompettes eftoient
précedées du Bâton de la
Confrairie de Saint Roch,
aux coftez duquel on voyoit
de grandes Torches , où les
Armes de la Ville eftoient
attachées . Les Pains Benits
fuivoient avec les plus magnifiques
ornemens dont
on a coûtume de les enrichir.
Ils eftoient accompa
gnez de douze Gardes de
M'de Bullion , & portez par
douze Perfonnes de fes Livrées
, fuivies de plufieurs
216 MERCURE
autres
pour les relayer.
Aprés les quatrePains Benits
marchoient l'Aumônier , le
Maistre d'Hoſtel , & plufieurs
Domestiques du mefme
Mr de Bullion. Toutes
les Reliques de l'Eglife des
Carmes paroiffoient enfuite
. Au milieu , eftoient
celles de Saint Roch , portées
toutes par des Bourgeois
vétus de noir, hors celle
de la Sainte Epine , que
des Religieux portoient . Elle
eftoit environnée d'un
tres- grand nombre de Torches
, & de Flambeaux aux
Armes
•
GALANT. 217
You
Armes de la Ville , & de toute
la Communauté des Carmes
, compofée de cent.Religieux.
Meffieurs les Prevoft
, Echevins & Offi
ciers de Ville marchoient
aprés eux , accompagnez de
cinquante Archers , il y en
avoit auffi plufieurs qui précedoient
la Proceffion , &
d'autres qui l'attendoient
au Louvre. Mr de Riants ,
Ancien Procureur du Roy
au Chaftelet , & Aumônier
d'honneur , & perpetuel de
cette Confrairie fuivoit
Meffieurs de Ville , & préce-
Septembre 1685.
T
218 MERCURE
doit les Confreres de Saint
Roch. La Proceffion eftant
arrivée au Louvre , M¹ de
> Bullion s'y rendit
placé dans un lieu de diſtin-
& fut
ction , où il y avoit une
Chaife pour luy . Les Trompettes
& les Timbales précederent
les Pains qu'on devoit
benir , lors qu'on les
porta devant l'Autel pour
cette Cerémonie. Ils furent
fuivis de l'Aumônier du
Maiſtre d'Hoſtel , & du reste
des Domeſtiques . M. le
Marquis de Bullion alla enfuite
à l'Offrande avec un
,
1
GALANT . 219
Cierge chargé d'Ecus d'or,
outre lefquels il en donna
encore autant à l'oeuvre de
la Confrairie de Saint Roch .
la derniere fois ce qui fe
Septembre 1685.
qui
210 MERCURE
paffa au Louvre le jour de la
Fefte de S. Louis , parce que
le mois eftoit déja tropavan
cé. Les Carmes du grand
Convent
y allerent ce jourlà
en Proceffion
, comme ils y
vont tous les ans, pour rendre
graces à Dieu du recouvrement
de la fanté du Roy ,
qui eſtant attaqué à Calais
d'une Fiévre pourprée
, eut
recours aux interceffions
de
Saint Roch , qu'on implore
en de pareilles
occaſions
.
Les Carmes
de la Place
Maubert
firent porter les
Reliques
de ce Saint à DunGALANT
211
a
querque , & Sa Majefté fe
fentant guerie , voulut à fon
retour à Paris , imiter la
Reynefa Mere , & rendre les
Pains Benits , à la Chapelle
de Saint Roch érigée en l'E
glife des Carmes , ou plu
toft , ce Prince voulut par
cette action reconnoiftre le
merite d'un fr grand Saint-
Meffieurs les Prevoft des
Marchands & Echevins de
Paris , firent auffi voeu d'al
ler tous les ans le jour de
Saint Louis à l'Eglife des
Carmes , & d'accompagnerr
les Reliques que ces Peress
S.ijj
212 MERCURE
portent à la Chapelle du
Louvre , où l'on chante une
grande Meffer, & où à l'ex
xemple du Roy , le Paint
Benit eft rendu par des Perfonnes
du premier rang.
Deux mois avant la Fefte de
Saint Louis , les Carmes , &
Mrs de la Confrairie de Saint
Roch , jettent les yeux fur
celuy à qui ils veulent fairel
cét honneur , & il est tombé
cette année fur M le Mari
quis de Bullion Prevoft de
Paris. Le P. Valentin leMulier
, avec quatre Religieux
du mefme Ordre
,
accompa
GALANT 213
de
griez de tous les Marguilliers
& Confreres de Saint
Rochs'eftant rendu chez
M. de Bullion , luy dit qu'il
eftoit fupplié au nom du
Prieur & de tous les Religieux
de la Communauté
des Carmes , ainfi que
tous ceux qui compoſent la
Confrairie Royale de Saint
Roch , des vouloir bien fe
charger des voeux de toute
la Ville , & animer par fon
exemple la pieté publique,
à rendre à Saint Roch les
devoirs annuels. Il ajoûta
qu'il imiteroit en cela le
214 MERCURE
plus grand Monarque du
monde, & toute la Famille
Royale , & qu'ils venoient
luy offrir des Benedictions
du Ciel , qu'il attireroit fans
doute fur luy par fon zele,
& lefquelles ils folliciteroient
fans ceffe la bonté de
Dieu de verfer " abondam--
ment fur fa Perfonne , & fur
toute fa Famille. M de :
Bullion leur fit connoiftre
qu'il n'oublieroit rien pour.
répondre à l'honneur qu'on
luy faifoit.
Le jour de S. Loüis, la Proceffion
dont je viens de vous
GALANT 215
parler, fe renditauLouvre das
Fordre fuivant.Les Timbales
& les Trompettes eftoient
précedées du Bâton de la
Confrairie de Saint Roch,
aux coftez duquel on voyoit
de grandes Torches , où les
Armes de la Ville eftoient
attachées . Les Pains Benits
fuivoient avec les plus magnifiques
ornemens dont
on a coûtume de les enrichir.
Ils eftoient accompa
gnez de douze Gardes de
M'de Bullion , & portez par
douze Perfonnes de fes Livrées
, fuivies de plufieurs
216 MERCURE
autres
pour les relayer.
Aprés les quatrePains Benits
marchoient l'Aumônier , le
Maistre d'Hoſtel , & plufieurs
Domestiques du mefme
Mr de Bullion. Toutes
les Reliques de l'Eglife des
Carmes paroiffoient enfuite
. Au milieu , eftoient
celles de Saint Roch , portées
toutes par des Bourgeois
vétus de noir, hors celle
de la Sainte Epine , que
des Religieux portoient . Elle
eftoit environnée d'un
tres- grand nombre de Torches
, & de Flambeaux aux
Armes
•
GALANT. 217
You
Armes de la Ville , & de toute
la Communauté des Carmes
, compofée de cent.Religieux.
Meffieurs les Prevoft
, Echevins & Offi
ciers de Ville marchoient
aprés eux , accompagnez de
cinquante Archers , il y en
avoit auffi plufieurs qui précedoient
la Proceffion , &
d'autres qui l'attendoient
au Louvre. Mr de Riants ,
Ancien Procureur du Roy
au Chaftelet , & Aumônier
d'honneur , & perpetuel de
cette Confrairie fuivoit
Meffieurs de Ville , & préce-
Septembre 1685.
T
218 MERCURE
doit les Confreres de Saint
Roch. La Proceffion eftant
arrivée au Louvre , M¹ de
> Bullion s'y rendit
placé dans un lieu de diſtin-
& fut
ction , où il y avoit une
Chaife pour luy . Les Trompettes
& les Timbales précederent
les Pains qu'on devoit
benir , lors qu'on les
porta devant l'Autel pour
cette Cerémonie. Ils furent
fuivis de l'Aumônier du
Maiſtre d'Hoſtel , & du reste
des Domeſtiques . M. le
Marquis de Bullion alla enfuite
à l'Offrande avec un
,
1
GALANT . 219
Cierge chargé d'Ecus d'or,
outre lefquels il en donna
encore autant à l'oeuvre de
la Confrairie de Saint Roch .
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Résumé : Relation de tout ce qui s'est passé au Louvre le jour de la Feste de S. Loüis. [titre d'après la table]
En septembre 1685, une procession organisée par les Carmes du grand couvent se rendit au Louvre pour célébrer la fête de Saint Louis et remercier Dieu pour la guérison du roi Louis XIV, qui avait été atteint d'une fièvre pourprée à Calais et avait invoqué l'intercession de Saint Roch. Les Carmes de la Place Maubert portèrent les reliques de Saint Roch à Dunkerque. Une fois guéri, le roi décida de rendre hommage à Saint Roch en offrant des pains bénits à la chapelle de Saint Roch dans l'église des Carmes, imitant ainsi sa mère, la reine mère. Les Prévôts des Marchands et Échevins de Paris firent vœu d'accompagner annuellement les reliques à la chapelle du Louvre, où une grande messe était chantée et des pains bénits étaient distribués. Deux mois avant la fête de Saint Louis, les Carmes et les membres de la confrérie de Saint Roch choisirent la personne chargée de représenter la ville. Cette année-là, le choix se porta sur Monsieur de Bullion, Prévôt de Paris. Le Père Valentin Lemulier, accompagné de quatre religieux, se rendit chez Monsieur de Bullion pour lui demander de se charger des vœux de la ville et d'encourager la piété publique envers Saint Roch. Le jour de la fête de Saint Louis, la procession se rendit au Louvre. Elle comprenait des timbales, trompettes, torches, pains bénits ornés, gardes, domestiques, et les reliques des Carmes, notamment celles de Saint Roch portées par des bourgeois vêtus de noir. Les Prévôts, Échevins et officiers de la ville, accompagnés d'archers, suivirent la procession. À l'arrivée au Louvre, Monsieur de Bullion prit place dans un lieu distinctif et participa à la cérémonie de bénédiction.
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158
p. 219-237
Eloge du Roy, par Mr l'Abbé Capeau. [titre d'après la table]
Début :
Cette Procession ne fut pas si-tost sortie de la Chapelle du Louvre, / Mon Coeur est saisi & presque consumé de douleur, quia ereptus [...]
Mots clefs :
Académie française, Messe, Panégyrique, Abbé Cappeau, Discours, Conversion, Monarque, Charité, Justice, Prince, Menaces, Souverain, Louis le Grand, Éloquence, Conférences, Public, Devises, Applaudissements
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texteReconnaissance textuelle : Eloge du Roy, par Mr l'Abbé Capeau. [titre d'après la table]
Cette Proceffion ne fut pas
fi-toft fortie de la Chapelle
du Louvre , qu'on y commença
une autre action de
pieté. Meffieurs de l'Academie
Françoife y font celébrer
tous les ans ce mefme
jour , une Meffe folemnelle,
& l'on fait auffi le Panégyrique
de Saint Louis . Comme
le Prédicateur eft choifi
par le Corps de l'Academie ,
& que la juſte & avantageu-
Tij
220 MERCURE
fe opinion qu'on a de fon
choix , attire une nombreufe
Affemblée
à ce Sermon,
vous ne devez pas douter
que ce Sçavant Corps ne
jette toûjours les yeux fur
de celébres Prédicateurs .
M' l'Abbé Cappeau avoit été
choifi cette année . Il fit admirer
fon éloquence
, fon
bon gouft , & la délicateſſe
de fon efprit , & mefla dans.
fon Difcours plufieurs peintures
tres- vives des Vertus
de Saint Louis , & de fonzele
pour la Converfion des
Herétiques dans fon RoyauGALANT.
221
me , conformes au Régne
heureux de LOUIS LE
GRAND . 'Auffi l'Eloge de
ce Monarque y entra -t'il naturellement.
Il appliqua à
la mort de Saint Louis , ces
paroles de Saint Ambroiſe à
la mort du Grand Theodo
fe. Conteror corde , & voicy
dans quels termes il les expliqua.
On Caur eft faifi c
prefque confumé de douleur
, quia ereptus eft vir
qualem vix poſſumus invenire
, par laperte d'un Empereur
Tiij
22Z MERCURE
que plufieurs Siecles pourront à
peine reparer. Tu Solus tamen
, Domine , es invocandus
vous eftes pourtant l'unique
objet de nos voeux , Seigneur,
difoit ce grand Docteur de l'Eglife
, Tu rogandus, vous eftes
Le feul à qui nous adreffons nos
Prieres , Ut eum in Filiis reprefentes
, afin que vous le
faffez revivre dans la perfonne de
fes Enfans.
Difons , Meffieurs , difons
aprés avoir receu du Ciel ce
Saint Ambroife luy demandoit,
c'est à dire un Prince Religieux,
les interests de Dieu,
zelé
pour
que
GALANT 223
fidelle obfervateur de fa Loy,
auffi oppofé à fes Ennemis ,. que
favorable à fon Eglife ; vous
eftes , mon Dieu , l'unique objer
de nos Voeux , de nos Prieres , &
en mefme temps de noftre confolation
de noftre joye ; les quatre
Siecles écoulez depuis la mort de
Saint Louis › ayant fait de tous
les Roys qui luy ont fuccedé com
me autant de nobles effays , pour
reproduire ce Grand Monarque
dans la Perfonne de celuy qui regne
aujourd'huy.
>
Sa charité , fa justice , fon zele
, fa moderation , ne font-ce pas
des vertus qui luyfont propres?Et
Tiiij
224 MERCURE
bien loin d'impofer à la veritéfur
unſujet fi public &fi éclatant,
pourroit- on feulement l'expofer
comme elle eft , fi l'amour & la
fidelité de fes Sujets , fi l'eſtime
la crainte des Etrangers n'en
relevoient la gloire ? Je n'entreray
dans aucun détail de la charité
& de la justice d'un Prince
qui veille à la confervation de fes
Sujets avec tant d'application,
fesfoins furpaffent toûjours
leurs befoins ; d'un Prince dont
l'entier defintereffement fait fouhaiter
qu'il voulust eſtre fouvent
le fuge de fa propre caufe.
Comme il eft le Modele
GALANT. 225
3
des autres Roys , les François
ont porté l'exemple de leur
fidelité de leurs refpects aux
autres Nations , non feulement
en leur apprenant ce qu'elles doivent
à leurs Souverains ; mais
en leur faifant connoistre ce qu'-
elles ont à craindre de la puiffance
, ou à efperer de la protection,
d'un Etat gouverné par le plus
grand Roy , défendu par les plus
fideles Sujets du monde.
S'il eftoit neceffaire de faire
parlerles Etrangers , pour
des témoignages qui ne foient fufpects
ny d'exageration ny de flaterie
, il faudroit comme un autre
donner
226 MERCURE
Apoftre , avoir le don des Langues
, pour les rapporter en autant
de differens idiomes qu'il y a eu de
Roys , d'Empereurs , & de Republiques
, qui ont envoyé leurs
Ambaſſadeurs , e de Souverains
mefmes quifont venus , at
tirez par fes vertus , gagnez par
fa clemence , étonnez par fes exploits
intimidez par fes menaces,
onforcez par fes chaſtimens , ren
dre hommage àfa puiffance , &
touchez par fa moderation
édifiez par fon zele , avoïant à
que
out
leur
retour
GRAND
eft tout ce qu'on dit,
qu'il
merite
tout ce qu'il a , qu'il
LOUIS LE
GALANT. 227
devoit eftre tout ce qu'il est, que
ne voulant jamais que ce qu'il
doit , il peut toûjours tout ce qu'il
veut, *Potens in terrâ erit femé
ejus,ſa poſteritéfera puiſſantefur
la Terre. La fouveraineté
qui fe perpetuë fur Jon Throne
fera toujours auffi chere aux yeux
de Dieu , & auffi éclatante aux
yeux des hommes , que l' Aftre qu'il
pris pour le fymbole de fes vertus.
Thronus ejus ficut Sol
in confpectu meo , beureux
prefage que nous pouvons regardercomme
une promeffe , en estant
afſeurez par un garant qui nous
* Paroles du Texte.
228 MERCURE
en répond dans le Ciel en la perfonne
d'un Saint Roy , & par
l'interceffion d'un Saint Proteteur
, & teftis in coelo fidelis.
Nous en avons auffi une af
feurance fenfible , & nous voyons
cette feconde & glorieuſe posterité
, promettre aux fiecles à venir
, l'affermiffement & l'im.
mortalité de fa puiffance , &
comme fi la benediction du Ciel
eftoit en nos mains , un Heros ca
pable de gouverner auffi
de conquerir le monde , donnant
des bornes à fes deffeins , fans en
donner à fes Victoires au con
uffi bien
que
GALANT. 229
traire en les ménageant dans le
temps , s'en preparant pluſieurs
immortelles , applique fes lumieres
& fes vertus à nous former
des Monarques dans fon auguste
Famille , leur apprenant à faire
fentir à fes Sujets & aux Étrangers
le profondrespect qu'il a pour
l'Eglife , & fon unique étude à
faire regner le Sauveur du monde
, par un faint & legitime uſage
de fa puiffance en Roy tres-
Chrétien , Potens , potens in
terrâ erit femen ejus ,fa pofterité
fera puiſſante fur la terre.
Enfuite il adreffa le Dif
cours à Meffieurs de l'Aca230
MERCURE
demie Françoife.
Je vous laiffe , Meffieurs, leur
dit-il , le glorieux employ de
loüer un gouvernement dont nous
avons déja veu , & dont nous
efperons encore de fi grands progrez.
Eftant les Sçavans du
Royaume les plus bonorez , &
les plus dignes de l'honneur qu'on
vous y défere , choifis avec connoiffance
, traitez avec diftinction
, écoutez avec respect , parlant
avec jufteffe , décidant des
doutes & des beautez de noftre
Langue , avec une fouveraineté
que vous meritez , oferois -je
voftre prefence entreprendre un
GALANT.
231
Eloge , qui ne femble devoir régarder
que vous , par la premiere
place que vous occupez dans
l'Empire des belles Lettres ? Que
voftre destinée est heureufe,
Meffieurs , de pouvoirfaire un
mefme Corps des actions de
LOUIS LE GRAND , &
de vos paroles , d'eftre en droit par
l'hiftoire de fa vie , d'inftruire
tous les autres Roys de la terre;
deforcer l'Envie , la Mort &
l'Oubly ; d'orner le Temple de la
gloire; d'arrester, pour ainfi dire la
rapidité des temps , de faire revenir
àjamais , de rendre toûjours
prefent celuy où nous fommes;
232 MERCURE
de confondre la Fable ; de remplir
l'Hiftoire ; defervir la Religion,
& l'Etat , en confacrant la memoire
de LOUIS LE
GRAND , par des termes dont
la force enleve les efprits & les
coeurs des Peuples , pour leur faire
croire à l'avenir ce que nous
voyons aujourd'huy , & ce qu'on
ne pourroit jamais croire , fi la
maniere de les rapporter n'y contribuoit
, c'eft àdire ,fi la nobleffe
de vos expreffions ne répondoit au
comble de fa grandeur.
Il y eut une excellente
Mufique
pendant la Meffe.
Elle eftoit de M' Oudot,qui
GALANT. 233
receut de grands applaudif
femens . L'Académie s'éftant:
affemblée l'aprefdînée , &
ayant laiffé la liberté d'entrer
dans le lieu où elle tient
fit
pudéclara
fes Conferences ,
bliquement la diftribution
des Prix d'Eloquence & de
Poëfie. Ml'Abbé de Dangeau
, qui en eft prefenteinent
Directeur
que la Piece d'Eloquence
que l'Académie avoit préferée
à toutes les autres , eftoit :
de Mr Brunel de Rouen . Elle
fut leuë par M ' l'Abbé Re--
gnier , Secretaire perpetuell
Septembre 1685.
V
254
MERCURE
de la mefme Compagnie
& on la trouva d'un ſtile
noble & naturel , d'une juſte
diſtribution , pleine de penfées
nouvelles , & d'un feu d'i
magination toûjours reglé
par le jugement. Je ne vous
diray rien de l'Autheur , finon
qu'il eft encore jeune,
& qu'on peut connoiſtre l'eftime
qu'il s'eft acquife par
la joye genérale qu'on a dans
Rouen , de le voir preſt à entrer
dans une Charge im
portante , ou le Public a be
foin d'un fort honnefteHomme.
On leut enfuite la Piece
GALANT 235
de Vers qu'on avoit trouvée
digne du Prix. Perfonne
alors n'en connut l'Autheur ;
mais on a fceu depuis ce
temps-là qu'elle eſt de M
d'Alibert , Seigneur de Saint :
Romain le Haut en Bourgo--
gne .
Ces deux Pieces ayant efté
leuës , M l'Abbé de Dan--
geau exhorta Mrs de l'Aca--
démie à lire quelque chofe
d'eux felon la coûtume.. M
le Clerc commença par un
petit ouvrage de Vers qui
fut extrémement applaudy..
Il contenoit la Punition
V ij,
236 MERCURE
d'Antiochus. Mr l'Abbé de
Lavau leut aprés cela l'Explication
en Vers de quelques
Devifes que feu M
Douvrier a faites fur les dernieres
Campagnes du Roy.
Le tour de fes Vers eftoit fi
juſte , qu'ils donnoient encore
de la beauté aux Devifes
. On eut enfuite le plaifir
d'entendre une fort galante
Epiftre d'Amour de M² de la
Fontaine , aprés quoy M
l'Abbé Tallemant le jeune,
leut un Chant d'un excellent
Poëme , que M¹ Perrault
a fait de la vie de S. Paulin .
GALANT. 237
Cette lecture fut interrompuë
en beaucoup d'endroits
par les applaudiffemens de
PAffemblée , qui admira
les deſcriptions riantes & naturelles
dont tout ce Poëme
eſt remply.
fi-toft fortie de la Chapelle
du Louvre , qu'on y commença
une autre action de
pieté. Meffieurs de l'Academie
Françoife y font celébrer
tous les ans ce mefme
jour , une Meffe folemnelle,
& l'on fait auffi le Panégyrique
de Saint Louis . Comme
le Prédicateur eft choifi
par le Corps de l'Academie ,
& que la juſte & avantageu-
Tij
220 MERCURE
fe opinion qu'on a de fon
choix , attire une nombreufe
Affemblée
à ce Sermon,
vous ne devez pas douter
que ce Sçavant Corps ne
jette toûjours les yeux fur
de celébres Prédicateurs .
M' l'Abbé Cappeau avoit été
choifi cette année . Il fit admirer
fon éloquence
, fon
bon gouft , & la délicateſſe
de fon efprit , & mefla dans.
fon Difcours plufieurs peintures
tres- vives des Vertus
de Saint Louis , & de fonzele
pour la Converfion des
Herétiques dans fon RoyauGALANT.
221
me , conformes au Régne
heureux de LOUIS LE
GRAND . 'Auffi l'Eloge de
ce Monarque y entra -t'il naturellement.
Il appliqua à
la mort de Saint Louis , ces
paroles de Saint Ambroiſe à
la mort du Grand Theodo
fe. Conteror corde , & voicy
dans quels termes il les expliqua.
On Caur eft faifi c
prefque confumé de douleur
, quia ereptus eft vir
qualem vix poſſumus invenire
, par laperte d'un Empereur
Tiij
22Z MERCURE
que plufieurs Siecles pourront à
peine reparer. Tu Solus tamen
, Domine , es invocandus
vous eftes pourtant l'unique
objet de nos voeux , Seigneur,
difoit ce grand Docteur de l'Eglife
, Tu rogandus, vous eftes
Le feul à qui nous adreffons nos
Prieres , Ut eum in Filiis reprefentes
, afin que vous le
faffez revivre dans la perfonne de
fes Enfans.
Difons , Meffieurs , difons
aprés avoir receu du Ciel ce
Saint Ambroife luy demandoit,
c'est à dire un Prince Religieux,
les interests de Dieu,
zelé
pour
que
GALANT 223
fidelle obfervateur de fa Loy,
auffi oppofé à fes Ennemis ,. que
favorable à fon Eglife ; vous
eftes , mon Dieu , l'unique objer
de nos Voeux , de nos Prieres , &
en mefme temps de noftre confolation
de noftre joye ; les quatre
Siecles écoulez depuis la mort de
Saint Louis › ayant fait de tous
les Roys qui luy ont fuccedé com
me autant de nobles effays , pour
reproduire ce Grand Monarque
dans la Perfonne de celuy qui regne
aujourd'huy.
>
Sa charité , fa justice , fon zele
, fa moderation , ne font-ce pas
des vertus qui luyfont propres?Et
Tiiij
224 MERCURE
bien loin d'impofer à la veritéfur
unſujet fi public &fi éclatant,
pourroit- on feulement l'expofer
comme elle eft , fi l'amour & la
fidelité de fes Sujets , fi l'eſtime
la crainte des Etrangers n'en
relevoient la gloire ? Je n'entreray
dans aucun détail de la charité
& de la justice d'un Prince
qui veille à la confervation de fes
Sujets avec tant d'application,
fesfoins furpaffent toûjours
leurs befoins ; d'un Prince dont
l'entier defintereffement fait fouhaiter
qu'il voulust eſtre fouvent
le fuge de fa propre caufe.
Comme il eft le Modele
GALANT. 225
3
des autres Roys , les François
ont porté l'exemple de leur
fidelité de leurs refpects aux
autres Nations , non feulement
en leur apprenant ce qu'elles doivent
à leurs Souverains ; mais
en leur faifant connoistre ce qu'-
elles ont à craindre de la puiffance
, ou à efperer de la protection,
d'un Etat gouverné par le plus
grand Roy , défendu par les plus
fideles Sujets du monde.
S'il eftoit neceffaire de faire
parlerles Etrangers , pour
des témoignages qui ne foient fufpects
ny d'exageration ny de flaterie
, il faudroit comme un autre
donner
226 MERCURE
Apoftre , avoir le don des Langues
, pour les rapporter en autant
de differens idiomes qu'il y a eu de
Roys , d'Empereurs , & de Republiques
, qui ont envoyé leurs
Ambaſſadeurs , e de Souverains
mefmes quifont venus , at
tirez par fes vertus , gagnez par
fa clemence , étonnez par fes exploits
intimidez par fes menaces,
onforcez par fes chaſtimens , ren
dre hommage àfa puiffance , &
touchez par fa moderation
édifiez par fon zele , avoïant à
que
out
leur
retour
GRAND
eft tout ce qu'on dit,
qu'il
merite
tout ce qu'il a , qu'il
LOUIS LE
GALANT. 227
devoit eftre tout ce qu'il est, que
ne voulant jamais que ce qu'il
doit , il peut toûjours tout ce qu'il
veut, *Potens in terrâ erit femé
ejus,ſa poſteritéfera puiſſantefur
la Terre. La fouveraineté
qui fe perpetuë fur Jon Throne
fera toujours auffi chere aux yeux
de Dieu , & auffi éclatante aux
yeux des hommes , que l' Aftre qu'il
pris pour le fymbole de fes vertus.
Thronus ejus ficut Sol
in confpectu meo , beureux
prefage que nous pouvons regardercomme
une promeffe , en estant
afſeurez par un garant qui nous
* Paroles du Texte.
228 MERCURE
en répond dans le Ciel en la perfonne
d'un Saint Roy , & par
l'interceffion d'un Saint Proteteur
, & teftis in coelo fidelis.
Nous en avons auffi une af
feurance fenfible , & nous voyons
cette feconde & glorieuſe posterité
, promettre aux fiecles à venir
, l'affermiffement & l'im.
mortalité de fa puiffance , &
comme fi la benediction du Ciel
eftoit en nos mains , un Heros ca
pable de gouverner auffi
de conquerir le monde , donnant
des bornes à fes deffeins , fans en
donner à fes Victoires au con
uffi bien
que
GALANT. 229
traire en les ménageant dans le
temps , s'en preparant pluſieurs
immortelles , applique fes lumieres
& fes vertus à nous former
des Monarques dans fon auguste
Famille , leur apprenant à faire
fentir à fes Sujets & aux Étrangers
le profondrespect qu'il a pour
l'Eglife , & fon unique étude à
faire regner le Sauveur du monde
, par un faint & legitime uſage
de fa puiffance en Roy tres-
Chrétien , Potens , potens in
terrâ erit femen ejus ,fa pofterité
fera puiſſante fur la terre.
Enfuite il adreffa le Dif
cours à Meffieurs de l'Aca230
MERCURE
demie Françoife.
Je vous laiffe , Meffieurs, leur
dit-il , le glorieux employ de
loüer un gouvernement dont nous
avons déja veu , & dont nous
efperons encore de fi grands progrez.
Eftant les Sçavans du
Royaume les plus bonorez , &
les plus dignes de l'honneur qu'on
vous y défere , choifis avec connoiffance
, traitez avec diftinction
, écoutez avec respect , parlant
avec jufteffe , décidant des
doutes & des beautez de noftre
Langue , avec une fouveraineté
que vous meritez , oferois -je
voftre prefence entreprendre un
GALANT.
231
Eloge , qui ne femble devoir régarder
que vous , par la premiere
place que vous occupez dans
l'Empire des belles Lettres ? Que
voftre destinée est heureufe,
Meffieurs , de pouvoirfaire un
mefme Corps des actions de
LOUIS LE GRAND , &
de vos paroles , d'eftre en droit par
l'hiftoire de fa vie , d'inftruire
tous les autres Roys de la terre;
deforcer l'Envie , la Mort &
l'Oubly ; d'orner le Temple de la
gloire; d'arrester, pour ainfi dire la
rapidité des temps , de faire revenir
àjamais , de rendre toûjours
prefent celuy où nous fommes;
232 MERCURE
de confondre la Fable ; de remplir
l'Hiftoire ; defervir la Religion,
& l'Etat , en confacrant la memoire
de LOUIS LE
GRAND , par des termes dont
la force enleve les efprits & les
coeurs des Peuples , pour leur faire
croire à l'avenir ce que nous
voyons aujourd'huy , & ce qu'on
ne pourroit jamais croire , fi la
maniere de les rapporter n'y contribuoit
, c'eft àdire ,fi la nobleffe
de vos expreffions ne répondoit au
comble de fa grandeur.
Il y eut une excellente
Mufique
pendant la Meffe.
Elle eftoit de M' Oudot,qui
GALANT. 233
receut de grands applaudif
femens . L'Académie s'éftant:
affemblée l'aprefdînée , &
ayant laiffé la liberté d'entrer
dans le lieu où elle tient
fit
pudéclara
fes Conferences ,
bliquement la diftribution
des Prix d'Eloquence & de
Poëfie. Ml'Abbé de Dangeau
, qui en eft prefenteinent
Directeur
que la Piece d'Eloquence
que l'Académie avoit préferée
à toutes les autres , eftoit :
de Mr Brunel de Rouen . Elle
fut leuë par M ' l'Abbé Re--
gnier , Secretaire perpetuell
Septembre 1685.
V
254
MERCURE
de la mefme Compagnie
& on la trouva d'un ſtile
noble & naturel , d'une juſte
diſtribution , pleine de penfées
nouvelles , & d'un feu d'i
magination toûjours reglé
par le jugement. Je ne vous
diray rien de l'Autheur , finon
qu'il eft encore jeune,
& qu'on peut connoiſtre l'eftime
qu'il s'eft acquife par
la joye genérale qu'on a dans
Rouen , de le voir preſt à entrer
dans une Charge im
portante , ou le Public a be
foin d'un fort honnefteHomme.
On leut enfuite la Piece
GALANT 235
de Vers qu'on avoit trouvée
digne du Prix. Perfonne
alors n'en connut l'Autheur ;
mais on a fceu depuis ce
temps-là qu'elle eſt de M
d'Alibert , Seigneur de Saint :
Romain le Haut en Bourgo--
gne .
Ces deux Pieces ayant efté
leuës , M l'Abbé de Dan--
geau exhorta Mrs de l'Aca--
démie à lire quelque chofe
d'eux felon la coûtume.. M
le Clerc commença par un
petit ouvrage de Vers qui
fut extrémement applaudy..
Il contenoit la Punition
V ij,
236 MERCURE
d'Antiochus. Mr l'Abbé de
Lavau leut aprés cela l'Explication
en Vers de quelques
Devifes que feu M
Douvrier a faites fur les dernieres
Campagnes du Roy.
Le tour de fes Vers eftoit fi
juſte , qu'ils donnoient encore
de la beauté aux Devifes
. On eut enfuite le plaifir
d'entendre une fort galante
Epiftre d'Amour de M² de la
Fontaine , aprés quoy M
l'Abbé Tallemant le jeune,
leut un Chant d'un excellent
Poëme , que M¹ Perrault
a fait de la vie de S. Paulin .
GALANT. 237
Cette lecture fut interrompuë
en beaucoup d'endroits
par les applaudiffemens de
PAffemblée , qui admira
les deſcriptions riantes & naturelles
dont tout ce Poëme
eſt remply.
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Résumé : Eloge du Roy, par Mr l'Abbé Capeau. [titre d'après la table]
L'Académie Française a célébré annuellement une procession et une messe en l'honneur de Saint Louis. Cette année, l'abbé Cappeau a prononcé le sermon, soulignant les vertus de Saint Louis telles que la charité, la justice et son zèle pour la conversion des hérétiques. Il a comparé la mort de Saint Louis à celle de l'empereur Théodose, citant Saint Ambroise sur l'importance de la prière pour perpétuer les vertus royales. L'abbé Cappeau a également loué les qualités du roi régnant, mettant en avant la fidélité et le respect des sujets français, ainsi que l'admiration des nations étrangères pour la puissance et la protection offertes par un État bien gouverné. Il a mentionné les ambassadeurs et souverains étrangers attirés par les vertus et la clémence du roi, espérant que la postérité du roi continue de gouverner avec sagesse et de conquérir sans excès, formant des monarques chrétiens. Lors d'une assemblée ultérieure, des savants ont été honorés pour leurs contributions aux lettres et à la langue française. Leur rôle prestigieux et leur capacité à immortaliser les actions de Louis le Grand à travers leurs écrits ont été soulignés. La réunion incluait une messe avec une musique composée par Monsieur Oudot, suivie de la distribution des prix d'éloquence et de poésie. La pièce d'éloquence primée était de Monsieur Brunel de Rouen, lue par l'abbé Régnier, et la pièce de poésie lauréate était de Monsieur d'Alibert. Plusieurs membres de l'Académie ont ensuite lu leurs œuvres, dont un poème sur la punition d'Antiochus par Monsieur le Clerc, une explication en vers de devises par l'abbé de Lavau, une épître galante de Monsieur de La Fontaine, et un chant du poème sur la vie de Saint Paulin par Monsieur Perrault, lu par l'abbé Tallemant le jeune. Les lectures ont été marquées par des applaudissements enthousiastes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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159
p. 237-239
Ce qui s'est passé dans la Ville de Luxembourg, le jour de S. Loüis. [titre d'après la table]
Début :
Le mesme jour les Habitans du Luxembourg, qui l'année derniere [...]
Mots clefs :
Luxembourg, Saint-Louis, Célébration, Magnificence, Assemblée du Clergé, Procession, Abbé, Officiers, Noblesse, Panégyrique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ce qui s'est passé dans la Ville de Luxembourg, le jour de S. Loüis. [titre d'après la table]
Le mefme jour les Habitans
de Luxembourg , qui
l'année derniere avoient celebré
avec beaucoup de fo
lemnité le jour de S. Louis ,
parce que c'eft celuy de la
Fefte du Roy , s'engagerent
à la celebrer tous les ans
avec une magnificence digne
de leur zele. L'Affem-
1
238 MERCURE
blée du Clergé , & de tous
les Corps , fe fit dans l'Eglife
des Recolets François ,que
le Roy y a établis . On alla
enfuite en Proceffion dans la
Ville. Le Saint Sacrement
fut porté par M' l'Abbé de
Munfter , & fuivy de M le
Marquis de Lambert Gou--
verneur de la Place , accompagné
de tous les Officiers
de la Garniſon , & de beaucoup
de Nobleffe des environs
. Les Voix & les Inftrumens
n'y furent pas oubliez ,
non plus que tout ce qui
pouvoit donner de l'éclat à
GALANT 239
cette Felte. Le Panegyrique
prode
Saint Louis fut
noncé par le Pere Olivier
Juvernay, Gardien des Recolets
de Luxembourg. Ce Dif
cours fut trouvé digne de la
reputation que ce Pere s'eſt
acquife à Paris , & luy attira
mille loüanges . Il y eut le
foir des Illuminations par
toute la Ville , & plufieurs
décharges de la Moufqueterie
& de l'Artillerie ; tous
les Habitans ayant voulu
marquer à l'envy qu'ils ont
le coeur veritablement François
.
de Luxembourg , qui
l'année derniere avoient celebré
avec beaucoup de fo
lemnité le jour de S. Louis ,
parce que c'eft celuy de la
Fefte du Roy , s'engagerent
à la celebrer tous les ans
avec une magnificence digne
de leur zele. L'Affem-
1
238 MERCURE
blée du Clergé , & de tous
les Corps , fe fit dans l'Eglife
des Recolets François ,que
le Roy y a établis . On alla
enfuite en Proceffion dans la
Ville. Le Saint Sacrement
fut porté par M' l'Abbé de
Munfter , & fuivy de M le
Marquis de Lambert Gou--
verneur de la Place , accompagné
de tous les Officiers
de la Garniſon , & de beaucoup
de Nobleffe des environs
. Les Voix & les Inftrumens
n'y furent pas oubliez ,
non plus que tout ce qui
pouvoit donner de l'éclat à
GALANT 239
cette Felte. Le Panegyrique
prode
Saint Louis fut
noncé par le Pere Olivier
Juvernay, Gardien des Recolets
de Luxembourg. Ce Dif
cours fut trouvé digne de la
reputation que ce Pere s'eſt
acquife à Paris , & luy attira
mille loüanges . Il y eut le
foir des Illuminations par
toute la Ville , & plufieurs
décharges de la Moufqueterie
& de l'Artillerie ; tous
les Habitans ayant voulu
marquer à l'envy qu'ils ont
le coeur veritablement François
.
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Résumé : Ce qui s'est passé dans la Ville de Luxembourg, le jour de S. Loüis. [titre d'après la table]
Les habitants de Luxembourg décidèrent de célébrer annuellement la fête de Saint-Louis, également dédiée au roi, avec solennité. Une assemblée du clergé et de divers corps eut lieu dans l'église des Récollets français, fondée par le roi. Une procession traversa la ville, menée par l'abbé de Munster portant le Saint-Sacrement, suivi du marquis de Lambert, gouverneur de la place, des officiers de la garnison et de nombreux nobles locaux. La procession fut accompagnée de chants et de musique. Le père Olivier Juvernay, gardien des Récollets de Luxembourg, prononça le panégyrique de Saint-Louis, acclamé par l'assistance. La soirée fut illuminée et ponctuée de salves de mousqueterie et d'artillerie, manifestant la loyauté des habitants envers la France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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160
p. 272-274
Continuation des Prieres, selon l'usage d'Italie, faites aux Theatins. [titre d'après la table]
Début :
Les Theatins continuent tous les Mercredis leurs Prieres pour [...]
Mots clefs :
Théatins, Prières, Psaumes, Prédicateurs, Bénédiction, Indulgences, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Continuation des Prieres, selon l'usage d'Italie, faites aux Theatins. [titre d'après la table]
Les Theatins continuent
tous les Mercredis leurs Prieres
pour les Morts,felon leur
usage en Italie. Elles commencent
par unDe prosundis
que ces Peres chantent; enfuite
on chante un Pseaume,
ou un Motet qui convient à
cette pieuse Instriturion.Un
Predicateur monte apre's en *
Chaire, & fait une petite
Exhortation d'un peu plus
d'un quart -
d'heure. Elle
e«l suivie d'un autre Motet,
après quoy l'on donne la BenediétionduS.
Sacrement. Il
y a de grandes Iudulgences
accordées par le S. Siege, à
ceux& celles qui y assistent.
Les Prédicateurs font tous
genschoisis;.& celuy qui fait
la Musique, & qui a pris ce
qu'il y a de plus excellens
Musiciens dans Paris, elt ce
fameux Romain Mr Laurenzani,
qui estoitMaistre de la
Musique de la seuë Reine. Il
ayoiteste dans les premières
e plus sameuses Chapelles
d'Italie, & seroit dansla
principale de Rome, si son
affection pour la France , &
plus encore un attachemeni
particulier pour le Roy, dont
cet excellent homme a connu
d'abord les qualitez merveilleuses.
ne luy avoient fait
negliger tout ce qui pouvoit
l'éloigner de ce grad Prince,
quelque avâtage qui pust luy
en revenir. Le grand monde
qui le trouve à ces Prieres,.
parque mieux que toutesfortes
d'Eloges, combien on est
satisfait de cette Musique
tous les Mercredis leurs Prieres
pour les Morts,felon leur
usage en Italie. Elles commencent
par unDe prosundis
que ces Peres chantent; enfuite
on chante un Pseaume,
ou un Motet qui convient à
cette pieuse Instriturion.Un
Predicateur monte apre's en *
Chaire, & fait une petite
Exhortation d'un peu plus
d'un quart -
d'heure. Elle
e«l suivie d'un autre Motet,
après quoy l'on donne la BenediétionduS.
Sacrement. Il
y a de grandes Iudulgences
accordées par le S. Siege, à
ceux& celles qui y assistent.
Les Prédicateurs font tous
genschoisis;.& celuy qui fait
la Musique, & qui a pris ce
qu'il y a de plus excellens
Musiciens dans Paris, elt ce
fameux Romain Mr Laurenzani,
qui estoitMaistre de la
Musique de la seuë Reine. Il
ayoiteste dans les premières
e plus sameuses Chapelles
d'Italie, & seroit dansla
principale de Rome, si son
affection pour la France , &
plus encore un attachemeni
particulier pour le Roy, dont
cet excellent homme a connu
d'abord les qualitez merveilleuses.
ne luy avoient fait
negliger tout ce qui pouvoit
l'éloigner de ce grad Prince,
quelque avâtage qui pust luy
en revenir. Le grand monde
qui le trouve à ces Prieres,.
parque mieux que toutesfortes
d'Eloges, combien on est
satisfait de cette Musique
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Résumé : Continuation des Prieres, selon l'usage d'Italie, faites aux Theatins. [titre d'après la table]
Les Théatins organisent des prières pour les morts chaque mercredi selon la tradition italienne. Ces prières commencent par un De profundis chanté par les pères, suivi d'un psaume ou d'un motet. Un prédicateur prononce ensuite une brève exhortation d'environ un quart d'heure, suivie d'un autre motet. La cérémonie se termine par la bénédiction du Saint-Sacrement. Le Saint-Siège accorde des indulgences significatives aux participants. Les prédicateurs sont soigneusement choisis et la musique est dirigée par Monsieur Laurenzani, ancien maître de musique de la reine. Laurenzani, originaire de Rome, est réputé pour ses compétences et a travaillé dans les chapelles les plus prestigieuses d'Italie. Son attachement à la France et au roi l'a empêché d'accepter un poste à Rome. La qualité musicale attire une audience distinguée, reflétant la satisfaction générale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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161
p. 274-345
Tout ce qui s'est passé depuis deux mois touchant les affaires de la Religion Pretenduë Reformée. [titre d'après la table]
Début :
Je ne doute point que vous n'appreniez avec beaucoup [...]
Mots clefs :
Religion, Conversions, Abjurations, Religion prétendue réformée, Calvinistes, Édits, Roi de France, Évêques, Zèle, Catholiques, Religionnaires, Église, Hérésie, Vérité, Erreurs, Nouveau converti, Communauté, Province, Duc de Noailles, Ennemis, Nîmes, Montpellier, Languedoc, Dauphiné, Déclaration, Interdiction, Ministres, Controverses, M. Allard, Grenoble
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé depuis deux mois touchant les affaires de la Religion Pretenduë Reformée. [titre d'après la table]
n'appreniez avec beaucoup
de plaisir, que Mademoiselle
Bernard de Roüen, pour qui
îles galants Ouvrages qui ont
«[parud'elle vous ont donné
citant d'estime
, a fait Abjuration
depuis huit jours. Coinnme
elle a infiniment de l'ef-
1 prix, il est aisé de juger qu'elle
n'a renoncé aux erreurs où
à sa naissàncel'avoit engagée,
» ijuaprès une serieuse & lon-
R gue recherche de la verite.
Mais, Madame,il iR s'agit
plus de vous parler de la Con.
versîon des Particuliers,conmej'ay
fait dans la pluspart
de mes Lettres, il faut presentement
vous entretenir
descelledequantité de Villes
entieres. Lezele deSa Majesté
pour la gloire de Dieu, ôc
sa bonté pour tous ses Sujets;
l'ayant engagé à travailler
O \D, avec degrands foins au salut
des Ames de ceux qui étoient
nez dans la Religion Prétendue
Reforme'e,beaucoup des
principaux de cette Religion,
se font fait instruire
; & comme
ilsavaient plus de lumieres
& plus d'esprit que les autres,
ils ont eu aussi plus de
pénétration, pour reconnoître
que la seule Eglise Catholique
elt la veritable. Beaucoup
ont écrit les Motifs qui
;
les avoient en gagez à se convertir,
& je vous ay fait part
Touvent de ces beaux Ouvrages.
Les moins éclairez,
voyant les plus habiles d'entre
eux, & sur lesquels ils re-
Igloient leur créance, convaincus
des erreurs du Cal-
'viniime
",
se fontrendus en
foule, & voilà à quoy sont
deuës la plus grande partie
des Conversions que nous
voyons tous les jours. Cela
est si vray,que le changement
qui est arrivé dans toutelaVille
de Castres, est une
fuite de celuy de deux personnes
connuës de toute
l'Europe, par la force & par
la beauté de leur esprit. Ce
sont Mr Dacier & Mademoiselle
le Fevre sa Femme,dont
les Ouvrages sont si estimez
de tous les Sçavans. L'Abjuration
qu'ils firent le dernier
mois, de la Religion Prétenduë
Reformée, fut fuivie
de celle de beaucoup de
Personnes de marque, à qui
ces illustres Convertissent;
signer une Délibération de
rentrer dans l'Eglise Catholique.
Ces Conversions en j
attirerent d'autres, ôc c'est
par là que celles qui se font:
faites depuis en sigrad nomItre
dans toutes les Villes du
Languedoc ont commencé.
Vousle pouvezvoir par cette
Réponse queMrDacierafaite
àuneLettre de MrMitton,
dont le merite est connu de
tout le Inonde, & qui luy
uvoit écrit pour l'exhorter à
ouvrir les yeuxà la verité.
A Castres le'jj, Septembre 1685, LE S marques que vms me
donner de vostreAmitié
Jidonjieur3 me fontsi cheres &
siprecieusesJ que je riay pû lire
,sans des transports de joye la Lettre
que vous m'ave^ fait l'honneur
de m'écrlre. Je Juisçerfuadé - que celle que jevousécrisaujourd'hui
ne vous en donnera pas
moins j car elle vous apprendra,
que ma Femme & mey pommes
tres-bons Catholiques. Neus le
prions ilya plus de quatremois,
si nous neufjionsménagé les choses
pour rtndrenoflre Conversion
pinsagreable a Dieueau Roy,
& plusutile à noflre Pays.
Cela nous a heureusement 'reü{-
Jy;En nous déclarant,nous avons
olhgélaplus grande partie de
la Ville à nous suivre. Jeudy
derniernous leur flfmes (îgner une
Délibérationtrès-conforme a la
volonté du Roy. Cela entraîne
tout le resse
, & tout Caflres
fera Catholique dans quatre
joufs lon a jujetdeopérer que
ce bon exemple servira d'inftru-
Rion aux Vdles Toffres
, c
peut-eflremesme à tout le Languedoc.
Voilà,Monsieur
;"
la
plus grande nouvelle que vous
puijJiez recevoir. Si ce que nous
avonsfait pouvoit eflre de quel..
que méritéauprès de Sa Majefié,
nous souhaiterions que cela nous
fervifl a nous rapprocher de
vous.A4Femme Gn" moy regretons
extrêmement voflre Conversation.
Nous avonsplus de
besoin que jamais aavoir devant
les yeux les exemples de vojire
politesse ; mais quelque passion
que nous ayons pour cela3 nous
laissons cefoin a la Providence,
de peur mfouiller par des démarches
qui paroiflroient interef-
JeesJaplus fainte & la plus def
înteressée de toutes les Allions.
Faites-nous feulement la grâce
de vous souvenirtoujours de
nous & de nous écrire. Quand
on nous laissera dans nostre Retraite
, nous noferons nous en
plaindre, & nous aimerons toujours
un lieu où par la Benediélion
de Dieu nous avonsforte
de si bons fruits. Je fuis ,
Monsieur, avec tout l'attache,
ment pojjibie
,
Foflre}&c. )i
* 1
>* ".: Il y a par Apostille. Le
-seulOuvrageejue]aye de prcjl,
cess un petit Traitésur la Rcli.
gion. Je l'ttycomposé a mesure
%jueje travail/ois à meclaircir;
il m'a déjà servyy uuttiillement àà
lever les scrupules de ceux quise
font adressèz k moy.
HAVl--HJ Le 2. du mois pasle Mr
l'Evesque de Saintes s'estanc
rendu à Saint Jean d*Angely,
Ville fameuse par ses Rebel.
lions
,
& qui a esté longtemps
le Siege de l'Heresie
fit assembler les Religionnaires,&
leur ayant explique
les intentions du Roy,
touchant leur retour à l'Eglise
Catholique
,
il les assu- *ra que Sa Majesté useroit
toûjours de plus de douceur
à les porter à s'y reÜnir)
que leurs Predecesseursn'avoientemployé
de violence
pour les contraindre à
s'en separer
;
qu'ainsi Elle
vouloit bien leur donner des
marques de ses bontez
, en
leur permettant de s'assembler
pour reconnoistre l'erreur
qu'ilsavoient suivie
leurs Pcres , & eux depuis plus
d'un Siecle
,
& se faire instruire
des Veritez Catholiques
,
sur lesquelles des Personnes
tres capables les éclairciroient
de tous leurs
Doutes.Le 8. du mesmemois
ces Assemblées commencerent
par l'ordre de ce Prelat
,
qui se retirant à Saintes
où le grand nombre de Conversions
qui s' y
faisoient rendoit
sa presence necessaire
laissa ses ordres , au P. Dom
Anselme Clairé
,
Prieur de
l'Abbaye de Saint Jean, qui
fit aussi tost venir le Pere
Dom Laurent Faidy
,
fameux
dans les Controverses,
pour presider à ces Aiïèmblées,
en presence de M le
Lieutenant General
,
& des
autres Magiltrats de la Ville.
On demanda d'abord aux
Religionnaires la cause de
leur separation d'avec l'Eglise
Romaine, & ils furent
favorablement écoutez sur
toutes les difEcultez qu'ils
proposerent, dont ce zelé
Religieux
,
& le Pere Augustin
de Saint Jean d'AngelyCapucin,
tres-fameux
aussi dans les matières de
Controverse,leur donnerent
des solutions plus que susfisantes
; mais comme c'est
1-e caractere des Pretendus
Reformez d'estre opiniastres
à défendre leurs erreurs, Mr
Durand leur Ministre qui
parloit au nom de tous les
autres, témoignoit toûjours,
au moins extérieurement,
qu'il n'estoit pas convaincu
par les Réponses qui luy étoient
faites. Ces Assemblées
furent continuées huit jours,
foir &: matin dans le Palais;
& pendant ce temps,l'obstination
l'emportant toujours
du costé des Religionnaires,
le Pere Prieur de l'Abbaye
qui assistoit, ou quelque Religieux
de sa part, à toutes
ces Conferences, resolut
d'en avoir de particulieres
avec les plus attachez à la
SetÍe de Calvin. Il vit sur
tout le Ministre
,
& Mr le
Valois fameux Avocat dela
Ville, & l'un des principaux
du party, toujours sence en pre- de MrLambert,Lieutenant
General, & de Mf
le Maistre Avocat du Roy.
Il leur apporta de si puissantes
santesraisons qu'enfin illes
convainquit. Ceux-cy en
ayant attiré un grand nombre
d'autres, le Pere Prieur
fit sçavoir à Mr l'Evesque
de Saintes que tout estoit
disposéà une Reconciliation
generale, & qu'on ne faisoit
que l'attendre pour la faire.
Ce Prelat, si consideré
par son grand zele pour
le Salut & pour la Conversion
des Ames
,
se rendit à
S. Jean d'Angely le Dimanche
16. du mois. Il y arriva
à dix heures du matin
& alladescendreàl'Abbaye,
où le Pere Prieur luy rendit
compte de ce quis'estoit
paiTé. A mesme temps Mrle
Lieutenant General, &>'Mr le
Procureur du Roy
,
firent,
venir par son ordre Mr Du-»
rand Ministre
,
& quelques
autres des principaux Reli"
gionnaires dans la grande
Sallede l'Abbaye.Lors qu'ils
furent assemblez, Mr l'Evesque
de Saintes leur fit ravoir
de nouveau les volontez
de Sa Majesté, &
leur ayant representé d'une
maniere aussi honnesteque
douce ,l'obligation où ils
estoient. de s'y soumettre,
le Ministre prit la parole,
ôc luytémoigna au nom de
tous, qu'ils estoient fort resolus
de profiter des bontez
du Roy, & des instructions
salutaires qu'ils avoiét
receuës. Il donna la Declaration
qu'ilavoit projettée
avec ceux desonparty,&
sur quelque équivoque que
Mr l'Evesque y remarqua,il
es obligea de la reformer.
ls se rassemblerent pour ce- a, & après plusieurs conestations
des plus obltincz,
ls se déterminerentenfin à
faire toutes choses comme
on les souhaitoit d'eux. Pour
rendre cette Action plus solemnelle,
ils se trouverent à
deux heures après midy du
mesmejour au Palais, où
l'on alla processionnellement
en cet ordre. Mr Mathias
Bar, Curé Vicaire perpetuel
de la Paroisse,avec
quelques autres Ecclenafciques,
estoit precedé de la
Croix & de la Baniere. Le:
Pere Prieur de l'Abbaye 06
toute sa Communauté marchoient
ensuite, ayant M
FEvetaue à leur telle en habits
Pontificaux. Mrs les
Magistratslessuivoientvêtus
de leurs Robes de Palais,
avec un tres-grand concours
de peuple. Pendant la Procession
y on continua de
Chanter le Veni Creator que
quatreChantres de l'Abbaye
avoient entonnéau pied du
grand Autel, & on le finit
à la porte du Palais. Le Ministre
& les autres Religionnaires
, y attendoient M.
l'Evesquequileurtémoigna
sa joye de les voir dans de
si heureusesdispositions,&
leur demanda si c'estoit de
bon coeur qu'ils se refolvoient
à abjurer l'Herdie j
dans laquelle ilsavoient si
long-temps perseveré. Alors j
le Ministre & tous les autres
répondirent qu'ilsfai-j
soient cette Adion sans nulle
conrrainte
,
& d'autant plus
volontiers qu'on les avoit
convaincus de l'erreur où
ils vivoient. Cela estant fait
M. l'Eveique les fit tous
mettre à genoux,& après
qu'ils eurent abjuré par la
bouche du Ministre à haute
intelligible voix, ils furent
conduitsavec le corps
1
de la Procession au mesme
ordre qu'on estoit venu les
prendre, en; chantant les
Pseaumes
,
In exitu Israël;
SuperaBabilonis, & Miserere
mei Deus. La Procession
s'arrefta à la grande porte
de l'Eglise,& M. l'Evêque
de Saintes leur ayant fait
une Exhortation tres-touchante
, leur donna à tous
l'Absolution de leur heresie,
aprèsquoyils furent introduits
dans l'Eglise par ce
Prélat, qui entonna le Te
Deum. On chanta les autres
Prieres en action de graces,
& ils s'embrasserent tous
tant le Ministre que les autres,
avec desdemonstrations
de joye extraordinaires. Ce
qu'il y a d'admirable
,
c'est
que cette Ville qui a esté si
longtemps infectée del'heresie
,
& qui pendant plus
de vingt années n'avoit [out:
-
sert aucun Exercice de la
Religion Catholique, y elt
rentrée en huit jours par la
feule force de la verité,
sans que l'on air employé
nulle violence, chacun s'étant
fait instruire,&ayant
esté convaincu de ses erreurs.
La Ville de Montpellier
a suivy l'exemple de Saint
[ Jeand'Angely. La Deliberation
ya esté prise par ceux
de la Religion Pretenduë
Reformée, pour se convertir
en corps, & elle fut conceuLë
een ces termes. jour du mois de Sep':"-
rembrefNous eslans ajjem-,
blek par l'ordre de M. le Duc.
de Noailles
,
Commandant en
Chef dans cette Province
,
qui
tous a exhorte% de Juinjre les
bonnes inspirationsqu'il a plett
d Dieu de donnerd ceux qui fesontàcomme
nous, trouvezfeparez
tie la veritable Eg-par le
malheur de leur naijjance
y
@T
de répondre au zele& auxjàintes
intentions que le Royade voir
tous ses Sujets remis dans feuleReligion une ;Alous avons délibéré
sur cette matierey é'l' nous
avons creu ne pouvoir prendre
un meilleur party cjuedembrafi
ferlaReligionCatholique, Apofiolique
& Romainey que nos Peres ont quittée) renonçant à
toutes les erreurs contraires; En
foy dequoy Mous avons fîgné la
presenteDélibération
que nous
avons portée a M. le Duc de
Noailles
, promettant de faire
Abjuration quand il le trouvera
à-ptopos, dans les formes&en
la maniere prcfcrite par les Regles
de la Religion Catholique.
'--' Ces Conversions font deuës
aux soins de Mr le Duc de
Noaillesaussi-bien qu'àceux
de Mr le Cardinal de Bonzi,
de Mr l'Evesque de Montpellier)
& de Mrsde Baville,
& Daguesseau. Le concours
a esté si grand dans toutl'Evesché
de Montpellier, &
dans les Eglises où l'onrecevoit
les Abjurationsdesgens
de toutes fortes d'Etats, qu'-
on estoit quelquefois deux
heuresàattendre que les p1 1r,e- miers fisseent place aux autres.
La 1 u tres.La pluspart des Catholiques
furent obligez de ce- der la leur aux Convertis, le
premier Dimanche qui suivit laDélibération, tantcesderniers
vinrent en grandnombre
entendre la Messe dans
l'Eglise Nostre-Dame Apres cechangement général, M1- l'Evesque de Montpellieral- laàLunes&à Minguio, re- cevoir l'Abjuration de tous
ceux de ces Communautez
en Corps. SaintGilles,Sommieres,
5c plusieurs autres
Villes&Lieux voisins
, renoncerent
à l'Heresie dans
le mesme temps.
La Ville de Nismes ne doit
pas moins à M. le Duc de
Noailles, pour ce qui regarde
les Conversions que les
autres Villes dont je viens
de vous parler. Ce Duc y a
fait tout ce que le Roy attendoit
de son zele. Il a parlé,
il a pressé,ses raisons ont elle
vives; mais sa douceur, sa
conduite, & son exemple
n'ont pas esté ce qui a le
moins contribué à gagner
les Religionnaires. Il a travaillé
à convertir les Ministres
mesmees &ily a sibien
reiiflî, qu'ayant reconnu leur
erreurilsl'ontpreschée , pu- bliquement; & ce qu'ils ont dit,aprèsavoirestéconvaincus,
a rendu plusde quinze
mille personneà l'FCT]i(p
Mr le Maréchal Ducde
Duraspassant par Nerac
pour se rendre dans son Duché
de Duras,trouva beaucoup
de Peuple assemblé;&
en ayant demandé la cause,
il apprit que les Pretendus
Reformezdéliberoient s'ils
se rendroient Catholiques,
? & que mesme ils agitoient
> des Questions de Religion.
Comme il sçaitparfaitement
».celle de Calvin, parce qu'il
en a esté, il disputa, & leur fit
connoistre si clairement que
l'Eglise Catholique est la veritable
Eglise, qu'ils se convertirent
tous. Il fit la mesme
chose dansle Duché de
Duras, où par ses lumieres
& ses soins il ne reste aucun
Religionnaire. Un Obstiné
qui tenoit une Bible,luy
ayant fait voir un Passage,
par lequel il combattoit les
veritez de nostre Religion,
D
ce Duc prit la Bible, & layli
fit lire plus bas l'eclaircisse
ment de ce Passage. Le Reli-
gionnairè changea aulIi-tolHl,
desentimens, & plusieurs seil
convertirent aussi-bien que
luy.Lereste suivit.prelque.-)i
-aussi-tost. Mr de Durasarrivai
de Guienne, lors quele Roy v<
partit de Chambor pour Fon- tainebleau, & il asseura qu'illi
y avoit déja en ce temps-là il
cent quinzemille nouveaux XI i1ce.
Le Peuple estant assemblé
àMilhau,Ville de Roüergue, u
pourdéliberer s'il se convertiroit
ou nom, il y en eut qui
s'aviserent de se demander
les uns aux autres pourquoy
ils estoient de la Religion de
Calvin. - On foüilla juique
t dans l'origine, & l'on trouva
que la Ville estant autrefois
toute Catholique, ceux
; qui estoient du party contraire,
se trouvant avec une
Armée à leurs Portes, pen--
dant les Guerres Civiles que
*
la Religionavoitexcitées,les
avoient engagez à prendre
la leur; & il fut conclu ,que
l puis que ce n'estoit point par
une parfaiteconnoissance de
la vraye Religion, qu'ils a--
voient quitté celle de leurs
Peres, il estoit injuste de balancer
plus long-temps à -, y y
rentrer.
Le 2. de ce mois, il y eut il
une semblable Déliberation n
dans la Ville d'Alais. Mr le
Marquis de la Fare, Gouver- -1
neur de Biescou, & Mrdela
Fare Gaujac sonFrere,cy-de-À
vant Capitaine de Cavalerie,
qui y resident tous deux, es- J
tant entrez en négociation
avec quelques-uns desPre- -'
tendusReformez,pour les z\
engager à le soûmettre à la
volontédu Roy, leur apporterent
dès raisons si fortes,
qu'enfin ils les firent consentir
à s'assmbler pour déliberer
en Corps de Communauté
de se rendre Catholiques
Ainsi le jour que je viens de
vous marquer ,
ils firentune
Assemblée de tous les Chefs
de Famille, en presence de
Mrs de la Fare, & ceux qui.
avoient le plus de lumieres;
ayant entrainé les plus ob-.
stinez, la Déliberation fut:
prise
,
& signée conformément
aux intentions de Sa
Majesté
, par tous ceux de
l'Assemblée, au nom de tous,,,
les Religionnaires; après
quoy on députa deux des
principaux Habitans
, pour
l'aller porter à M. le Duc de
Noailles qui estoit à Nifines.
Cette Conversion a esté de
prés de quatre mille personnes,
en sorte qu'il ne reste
plus dans Alais que quelques
Femmes qui n'ont pas voulu
quitter si toit la Religion où
elles sont nées. b
Je ne puis mieuxvous apprendre
ce qui s' est passé en
Dauphiné,à l'égard des Pretendus
Retormez de cette
Province,qu'en vous faisant
part d'une Lettre qui m'a esté
adressée. En voicy la Copie.
A L'AUTHEUR
DU MERCURE GALANT.
A Grenoble, le 6. Oâobre1685, V OM /oüez incejjammenï
noflre ÀugusteCiïlonarque
3 parce quincejjamment la
matiere vous y convie ; mais
Att!oüez, Monsieur, que parmy
tout ce qu'il fait, qui merite des
Eloges, Jes foins & sa vigilance
pour étoufferïHerefe dans
son Royaume, font des sujets
admirables pour les luy attirer..
Il fait comme ces Fils aiftez,
qui travaillentcontinuellement à
reparer les ruines de leur maison,
a remettre dans leur Famille les
biens disPersèz, à rappeller les
Freres é'garez, & à j&ûtenir
l'éclat de leur race. Comme il
est le Fils Asné de l'Eglise3
on voit bien qu'en cette qualité
il s'applique à redonner a cette
bonne Mere les Enfans quelle
avoit perdus, à les remettre en
estat de recevoir d'elle ses careiJes
er ses benedrélions, &
à leur inspirer l' obeissance &
le rtspt Et que les véritables Chrefiiens
luy doivent. On ne trouveplus
de rebelles ny d!obfline^;
toutes les Provinces retentirent
du bruit des Conruerfiensfyequentes.
Ce rieflplus cette France qui
se déchiroit eUe-mesme ; ce ne font
plus des Citoyens acharnez à Je
perdre ou à se corrompre; il n'y a
plus ny interess
3
ny politique, ny
ménagement;les violences& les
contraintes n'ont plus de heu ;
ce riefl iu"avec des femimens
de pieté & de connoissance que
les PretendusReforme^ courent
à la Religion de leurs Peres.
Ils ne se rendentquaprèsavoir
esté inflruits ; ils écoutent la gret..
ce> Ù enfin wut Je faitsi deu.
cement (t)si agreabtementJ que
l'on nentend parler, ny de promessesy
ny de bienfaits, ny de
recompensès, pour des changemens
aujJi jufles que jufquicy ils
o'ntparu difficiles. Je mefuis'volontiers
chargé de VQUâ apprendre
que cess de cette maniéré que ceux
de la Religim Pretenduë Reformée
de Dauphiné ont fait leurs
Conversions, & mesmepresque
par tout en Corps de Communauté.
Ceux du Bailliage de
Briançon ont commencé.Alonfizur
le Bret nostre Intendant>
qui
qui sejt trouve Jur les lieux3 a
admire ce zele, & l'a écrit avec
etonnement. En effet, quinen
auroit de voir les Kullécs de
TrageUa3 de j3uryras & de
Ceptnney où (peIne, on top,t
trouver trois ou quatre Maisons
Catholiques, teJire toutes Ja.ujourd'huy-,
cfy:voir triompher la
véritable Keligion^aprésquelle en Õ Ll 4 eslé bannie pendant un Siecle?
Quinze mille personnesy ontfait
leur Abjuration en moins de huit
jours. Le Bailliage d'Ambrun a,
suivy unfibelExernple.LaVillede
Dye,ou lHercfie avoittoujours
le plus triomphé. ne voit
plm dans Jon enceinte aucun
RclWionnaire,bien quily en eust
huit mille.Les Villes de Gap&
de Montehmart Je font rendues
en Corps de Communauté. Le
Bourg de Menei £n
Triéves,OH
depuis ftx''Vingt ans il riy a eu
aucun Catholique, en est aujourd'hui
remply. Mifoen}la(Jrave9
le Mont Délans
,
dans le Pays
d'oyfans,font revenus de rnef
me. Tout efloit plein d'Heretiques.
LaMurea qui estencore
un zrana Bourg5 Ci" ciont les
Habitans efloient a moitié de
la Religion Pretendué ReformiOe,#
en a plus aucun, &
J J tout cela s'eftfait dans le mois
de Septembre. La Ville de Romans
n-en a plus gueres. Quel
Prodige!Mais ilness jamais
d)obstacles pour les Viéloires de
Louis LE GRAND. Ses Conlquefles
pour le 'Patrimoine de Eghfe-} foqt auJF promptes que
- celles qu'il a-faites pourlefient
Je ne vous du rien encore de Grenoble
, où quantité de gens de
mérité3 de qualité (Ô?d'esprit3si
fontmjlruire.Jmfiiien.tofl fef
pere.yoKsfaÍrepàtt des)grades gjr
fameuses Conversions qui sy pre.
pwent.+Dejalefécond de ce mois,
JV,o~l.e,7.4JtcquescDq;dje/sfDeSeigneur de
Sahon, de Cbafleauneufù de
J\4a^amyConseiller au Parlement
de GrtnobleJ afaitabjuration.
lefuis, Monfi:ur,tojlrr,
&c.
ALLARD, ancien President
en l'Election de Grenoble.
On a eu avis que tous les
Pretendus Reformez de la
Ville deLoudun qui estoient
au nombre de trois mille se
sont aussi convertis. Je ne
vous dis rien de Montauban
ny des Villes des environs,
qui en se faisant toutes
Catholiques, ont precedé
ces Conversions.Onoublie
Jûcoft: à
*
present des miliers
de Convertis,qu'on,
ne faisoit autrefois une feule
personne. Ce qu'il y a d'admirable,
c'estque tous ceux
qui renoncent à Calvin,
-
ont gens éclairez des lulieres
de la Foy, qui reonnoissent
la verité
,
& qui
- rendant d'eux-mesmes iennent , en foule après des
éliberations autentiques &
olontaire,demander qu'on
esreçoive dans la veritable
Eglise.
La Ville de Chastelleraut
suivy l'exemple de Loudun
,
& tout s'y est converty.
Les Pretendus Reformez
des Villes voisines se
font instruire pour les imiter,
& tous les Matelots de
lacoste duPaïs d'Aunixau
nombre de quinze cens ont
embrasséla Religion Catholique,
aussi-bien que tout ce
quireftoit à Lyon qui profesfoit
la Pretenduë Reformée.
Tous les Chefs de ces Familles
qui se montoient à soixante
& dix, yont esté trouver
Mr l'Archevesque,& ont.
déclaré qu'eux &leur famille
estoient prests de renoncer
-
à l'Heresie de Calvin; ce
qu'ils ont signé, aprésquoy
ils ont tous fait Abjuration.
Jamais on ne vit tant d'union
qu'il en a paru en cette
rencontre , entre les Catholiques
Se ces nouveaux
Convertis;ils ne se rencontroient
point sans se donner
des marques de leur joye,
&sanss'embrasser. Tous les
Habitans de la Rochelle ont
fait aussi Abjuration à la reserve
de ceux de quatorze
Familles, dont plusieurs foiu
sur le point d'abjurer com-
• me les autres, s'ils ne l'ont
pas déja fait.
Le Pere Alexis du Bue
Theatin
,
qui depuis plusieurs
années a fait un fr
grand nombre de Conversions,
en a fait encore beaucoup
depuis quinze jours.
Voicy par quelles paroles il
finit sa Controverse le Dimanche21.
de ce mois, en
s'adressantaux Pretendus Reformez.
Enfans de la Terre ; Nouveaux
venus, qui a'VtZ presché
jujqxa present des Nowveautez
JcaxdaleuJes(èf des Dogmes inconnus
à toute l'ancienne Eg/ife;
qquuii nn'1a'Vez débité que des.fort- tdes. fo4-
ges & des calomnies
J
il efrtemps
de former la retraite) de changer
de ~f (~r de vous réunir
ail Corps de J. C. dont vous
vous esses (eparez avec tant din~
juflice. Toutes choses vous invitent
à cette réunion
,
le jifence de
l'Ecriture des Peres sur toi
.Ãrtl'cl. !..:::
A
Articles 1101,Il.; r;, rIl., 17,f-U i l& rric*uvtXifefcydevos
Minières qui vous trompent &
"(Jous seduisent depuis plus d"un
Siecle; l'exemple de vos Freres
qui rentrent en foule dans lE.
glzjè ; veflre propre Salut qui cft
impossible dans le Sclnfme ou vous
vive%.Ajouter atouscesMotifs
les Souhaits duplusgrand Ma-.
narque de la Terre, a qui vous
deveKtout accorder3puis qu'il ne sagit qau~e ddfev~oou~s~attirera la pro- ~r /?rcsession
de la ruerité. Dieu l'afitfl
citéen nosjours pour détruire l'He..
rejie dans le fein de fis Etats5
er pour y faire fleurir la feule
Jtisa£ aj4rt*ja a?er* 7?r»Lin *
—•— l''fU;,
veritMeReligionCatholique,
"¿r jy\jL. V '\V111-"1'{" j '1/1'1. aeflcl'uniqueReligion de tous
les Rays fis Àugufcs Predeces
feurs. Cess à frç pieds que ce
Aionflrefurieux dont les mouvemens
ont esté si violens & si
pernicieux a cette Monarchie,
va eflre dhbatu. Le-Ciel luy a
reserve cette gloire> & danspeu
par la rtdyjance}cette Jc-glise qui
se dit Rej-orrnee
,
qui a esle pendant
douze cens ans invijtble dans
l'Univers,Jeraheureusement invijible
en France. Que la pensée
d'une Aflionjiglorieufe,ogrand
Roy ! remplijje vojlre coeur de
joye. Dieu qui a pris plaisir a
vous revêtir de sa force pour une
si grinde entreprise3 fera Le Proteêîeur
de vostre Personne Sacrée
d'une maniere toute particu.
lirrc. Il vous comblera de Jes
faveurs, il étendra les limites de
vostreRoyaume
, en vous affitjettifJant
psr des Conquefîesglorhufes
ces. Notions Infiddes qui
t 'oublent le repos de ses enfans. Iii\
affermira Voflre Sceptre par /«\
nombre devos Descendans; /&\
élevera VoflreAuthoritépar deae
fus celle des plusgrands Monar..-,:
ques du Monde:Enfin tous lesi^
Ennemis de la Véritéferontdanne
l humiliation edans la douleur^
& le Peuple fidele & obeiflantlu
joiïiudun bon-heurquiferafuir-\
1y des Benediélions du Ciel.
Le Roy voyant que les
Conversions .augnlenroientJf
de jour en jour,que la plus
part des Personnes d'un eflJl:
prit solide avoient abjuré
& que la Tréve luylaissoit
un repos dont ses Ayeux
rm'avoient point joüy
, a en- fin donné un Edit qui porte
JIe dernier coup à l'Heresie.
Cét Edit défend de faire aucun
Exercice public de la
R. P. R dans le Royaume.
LaJustice des Motifs qui
:>ont obligé Sa Majeflé d'en
user ainsi
,
paroist évidente
dans le Discours qui luy sert
b d'avant propos, *& elleest
d'autant plus claire,que pour
J la persuader il n'a fallu qu'exposer
les faits sans aucun
raisonnement. Comme la
Vérité fait plus briller
il ce
Discours que les figures de)j
l'Eloquence, chacun de~3
meure d'accord que l'on n'aL',
jamais rien veu,ny de si prudent
ny de si juste.Voicy
les raisons qui y sont dé^-h
duites. '¡
Henry le Grand,Ayeul
de Sa Majesté, voulant eni'f.
pescher que la Paix qu'il a—i
voit procurée à sesSujets,
après les grandes pert-s2- qu'ilsavoientsouffertespar
la durée des Guerres Civiles xc
& Etrangeres, ne sult trou
blée à l'occasion de la
P. R.comme il eQoir arrivé h
I
sous lesRegnes des Roys les
Predecesseurs, regla par [on
Edit donné à Nantes au mois
d'Avril1598. la conduite
qu'on devoit tenir à l'égard
de ceux de cette Religion
Se les lieux dans lesquels ils
en pouvoient faire l'Exercice.
Il établie des Jugesextraordinaires
pour leur ad.
ministrer la Justice
,
& pourveutmesine
pardes Articles
particuliers A tout ce qu'il
jugea necessaire pour maintenir
la tranquillité dans son
Royaume, & pour diminuer
l'aversion qui estoit entre
ceux de l'une & de l'autre Religion
,
afin d'estre plus en
estat de travailler, comme
il avoitresolu de faire, pour
réünir à l'Eglise ceux qui s'en
estoient si facilement éloignez
; & comme il ne pût
effectuer son intention à cause
de sa mort précipitée, &
que l'execution de cét Edit
fut mesme interrompu pendant
la minorité du feu Roy
par de nouvelles entreprises
des Pretendus Reformez
elles donnerent occasion à,
les priver de divers avantages
qui leur avoientestéaccordez.
Neantmoins usant
de sa clemence ordinaire,
il leur accorda encore nouvel un Edit à Nisimes au
mois de Juillet 1629. au
moyen duquella tranquillité
ayant de nouveau esté
retablie, ce Prince animé
dumesme esprit& dumefme
zele pour la Religion
que Henry IV. sonPredecesseury
resolut de profiter
de ce repos, pour tâcher
d)execurer son pieux
dessein
; mais les Guerres
ellant survenuës peu d'années
après
,
& le Royaume.
ayant esté peu de temps
sans agitation, depuis i6tf.
jusqu'àlaTréve concluë
en 1684. avec les Princes
de l'Europe, il n'a pas
esié possible de faire autre
chose pour l'avantage
de la Religion,que de diminuer
le nombre des Exercices
de la pretendue Reformée
par l'Interdiction de
ceux qui se sont trouvez établis
au prejudice de la disposition
des Edits, & par la
Suppresion des Chambres
my parties dont l'Erection
n'avoit esié faite que par provision.
Dieu ayant enfin permis
que la France joiïilïè
dun parfait repos,& que
le Roy luymesme n'estant
pas occupé des soins de proteger
ses Sujets contre ses Ennemis,
ait pu profiter de cette
Trêve qu'il a facilitée dans
la veuë de donner son entie-
Te application à rechercher
Iles
r
moyens de parvenir au;
succez du dessein des Roys
IHeury IV. & Louis XIIL:
b dans lequel il est entré dés
>1 son Avenementàla Couron-
-
(LUe; Sa Majestévoit prefen-
~tement avec la justerecon-
-
noissance qu'Elle doit à
Dieu, que Tes soins ont eu la
fin qu'Elle s'estoit proposée,
puisque la meilleure & la
plus grande partie de ses Sujets
de la R. P. R. ont embrasse
la Catholique;& d'autant
qu'au moyen d'un si
grand nombre de Conversions,
l'exécution de l'Edit
de Nantes, &tout ce qui a
esté ordonné en faveur de la
R. P. R. demeure inutile;
Elleajugé qu'Elle ne pouvoit
rien faire de mieux pour
effacer entierement la memoire
des Troubles, de la
confusion, & des maux que
le progrez de cette fausse
Religion a causez dans le
Royaume, qui ont donné
lieu à cétEdit, & à tant d'autres
Edits & Déclarations qui
lot preceidée,où qui ont estéfaits
en consequence
, que
de le revoquer en
touteson
étenduë. C'estcequ'Ellea
fait par l'Edit dont je vous
parle, qui a estéenregistré
en la Chambre des Vacations
le 22. de ce mois.
Cet Edit revoque non seulement
celuy de Nantesdonné en
Avril1598. avec les Articles arrestez
le deuxiéme May de la mefme
année, & les Lettres Patenres
qui furent expediées sur ces
Artictes,mais encore l'Edit donné
à Nismes enjuillet 1629. que
Sa Majesté declare nuls, & comme
non avenus; ensemble toutes
les Concevions faites pard'autres
Edits,Declarations&Arrestsaux
Pretendus Reformez, dequelque
nature qu'elles puisssentestre en
consequence dequoy Elle veut& illuyplaist, quetous lesTemples
de ceux de la Religion Pretenduë
Reformée situez dans son Royaume,
Terres & Seigneuries de [on,
obeïssance, soient incessamment
démolis.
Il est défendu par ce mesme
Edità tous Pretendus Reformez,
depluss'assemblerpourfairel'Exercice
de cette Religion en aucunlieu ou
mùfcn particulière, fomquelque prétexte
que ccpu:[fi estre, mesme d'Exercicesréels
eudequand
biences Exercicesauroientesté maintenuspar
des ArrcJIs du Conseild'Etat
; £r à tous SeiTueurs de quelque
condition quils foiintydefaire l'Exercice
dâris leurs Maisons & Fiefs,
le tout à peine contre ceux quiferont
cet Exercice, de confiscation de corps
& de biens.
Les autres Articles sont, !Zflt
tous Ministres de lit Religion Pretendue
Reformée,sortirontdu Royaume
quinze jours aprés la publication de
l'Edit, sans y pouvoir jèjOUÍÍUf au
dd.1, ny pendant ce temps de quinzaine
faireaucun Presche, Ex hortation
ny autrt jonEfiOIJ) à peine des
Gaitrts.
J^ue ceux desMinistresquise convertiront,
continueront àjoüir leur
vie durant, & leurs Veuvesaprès
leur decés
,
tandis quelles seront en
viduité
,
des mefines exemptions de
Taille & Logement de Gens deguerre,
dont ils ont jouy pendantqu'ilsfaisoient
la fonction de Ministres; &
qtt'en outre Sa Majesté leurferapayer,
aujjileur viedurant,unepensionplus
forte d'un tiers que les Apointemens
qu'ils touchoient en qualitéde MinijfTes,
de la moitié de Jaquette Pension
leurs Veuvesjoüiront Iluffi aprés leur
mort, tant qu'elles demeureront en
viduité.
£hte les Miniflres convertis, qui
voudront se faire Avocats , ou prendre
les Degrés de Docteursaux Loix,
feront dijJfnjtz des trois ans d'étude
preferites par les Déclarations duRoy;
& quaprès avoirfubyjes Examens
ordinaires
ordinaires , ils Jiront reccw Docteurs,
s'ils en fontjugez, capables, en payant
feulement la moitiédes Droits que Po,%
a accoufttmé de percevoir de ceux
qu'on reçût en chaque Univerfi*.
Zue les Ecoles particulières pour
l'tnfirucïion des Enfans de ceux de la
Religion Pretendue Refermée,& toutes
les chofts généralement quelconques
,qui peuvent marquer une Concijfion,
quelle quelle puisse tfre
,
en
faveur de cette Religion,front dtfendues.
Jt>u£ les Enfansqui naiflrent des
Prétendu*Reformez, ^feront dorefiulsumt
baptisez, par les Curez, des Paroisses,
estantenjointaux Peres&aux
Meres de les envoyer aux Egltfes J
cet effet là, d peine de cinq cens livres
d'amende ; 6- que ces Enfins
(irontenfuite élever en la Ret;g>,,d,,
Catholique, Apoftotique & Romaine,
a quoy ilcfi ordonné tres-exprefémentauxJugés
des lieux de terni II,
main.
jÇhie ceux de lit Religion ?retendue
Riformée quifesontretirez, duRoyaume
avant la publication de cet Edit,
rentreront dans la poffission de leufs
biens, & en jouiront comme ils auvoientpufaire
s'ils y eBoienttoujours
demeure&
, pourveu qu'ils y reviennentdans
le temps de quatre mois du
jour de cette Publication;au contraire
que les biens de ceux qui dans oe temps
là de quatre mois ne reviendrontpas
dans le Royaume, demeureront confifquez,
en conjequence de la Déclara*
tion du 20. d'Aoufl dernitr.
Zue les Preter,dwReformez,eux,
leurs Femmes & Ensans, ne pourront
îortirdurayamrijc,njtriortcraiiieraf
uurs b"",s&effets,fouspeine des Galèrespourles
Hommes}&deconffcaiicn
de corps & de biens pour les Femmes.
J^ue lesDéclarationsrendues contre
les Relaps, feront executées jiLon
leurforme 6 teneur. Ue ceux de la Religion Prétendue
Reformée,enattendant qu'ilplau
Je 4 Dieu de les éclairtr comme les autres
, pourront demeurer dans les ViL
les & Lieux du Royaume,ycontinuer
leurcommerce,de/(Ûrs liens,
sans qu'on lespuijfetroubler
fefcher,fouspntexte ny cm- de leur Rclirien
Cet Edit ayant este publié le
jour mesme de l' Enregistrement,
on commença dés le lendemain à
démolir leTempledeCharenton.
Les Conversions estoient déja
tres- nombreusesà Paris, & il y
en avoit tous les jours presque
dans toutes les l'aroilies• & dans
beaucoup de Communautez;de
forte que chacun estant en mouvement
pour son salut,& plusieurs
se convertissant,ou se faisant instruire,
cet Edit, au lieu de produireaucun
des effets qu'on en
auroit pu craindre autrefois
, a
plûtost servy à ébranler les plus
obstinez
,
qu'à leur faire prendre
des fenrimens contraires à leur
conscience& à leur devoir. Ainsi
il y a lieu d'esperer que le reste
des Religionnairesde Paris,suivra
bien-tost l'exemple de ses Freres,
qu'il voit tous les jours courir en
foule aux pieds des Autels. On y
vient de voir Mrle Duc de Ri-
* chemont, Fils naturel du feu Roy
d'Angleterre. Il afait Abjuration
dans la Chapelle du Chasteau de
Fontainebleau,à l'issuë de la Messe
du Roy, en presencede Sa Majesté
& de toute la Cour,entreles
mains de Mrl'Evesque deMeaux,
qui luy fit un tres beau Discours
sur ce iujer.
J'apprens que Mr le Marquis
de Mirepoix s'est fort distingué
,4
par le zele qu'il a fait voir pour
la Conversion des Pretendus Reformez.
Comme il est extremément
aimé dans cette Province,
luy seul, c'est à dire, suivy de sa
feule Maison,sansaucun aurre secours
,
il a fait changer de Reli.
gion, par son éloquence, & par
la force de la vérité à tout ce qu'il y en avoir dans Mazeres
le Carla , , Saverdan, Lasbordes,
Savarat, Camarade, Mazdazil.
L'exemple, de ces sixVilles,qui
sont des plus importances de la
Province, a esté suivy detousles
Religionnaires des environs. Mr
de la Berchere Intendant de
Guyenne, qui alla joindre M'll
Marquis de MirepoixàMazeres,
seconda tres bien son zele. Mr
l'Abbé de Pailhez de qui cette
Villedépend, n'y fut
pas inutile,
& s'y comporta d'une maniéré
digne de luv. Je vous écriray le
mois prochain les circonstances
de cette grande Action.
Quelque difficile que foit la
Conversion des Heretiques,nous
en voyons aujourd'huy la France
presque entièrementpurgée. Ce
miracle est dû au zele, à la pieté,.
& aux foins du Roy,& il suffit que
ce grand Monarque vive pour
achever un si surprenant Ouvra- ¡
ge.C'est ce qui a esté parfaire:
ment bien representé parune Devise,
dont le Corps est un Soleil
arresté par l'ordre de Josué,com-
-
battant contre les Alllaiccites)
Ennemisdu Peuple de Dieu,avec
ces mots.
Stantem viftoriacertafequetur.
La pensée en est heureuse, & les
quatre Vers suivans l'expriment
d'une maniere également noble
& naturelle.
Contre les Ennemis envieux de si
gloire,
Du Soleil autrefois le Ciel fixa le
cours ;
NOMSflmmes feurs de la viBoire,
Si d'un autre Soleil il prolonge les
iguri.
L'Autheurde cetteDevise cft
un jeune Homme (ritialité, de
dix-sept ans, d'unesprit rare, & d'une application extraordinaire,
c'est le Fils aisné de Mrle Mazuier,
Procureur General auParlementdeToulouse,
dont le zele
pourles interests du Roy & de la
Religion estassez connu. Ilasoûtenu
avec applaudissement une de
ces Theses de universelles,que si peu sopersûonnets eentrnepreinnren.t de
Si je voulois attendre la fin des, Conversions, dont les nouvelles
me viennent de tous costez, je ne finirais point cetArticle. Je les remetsjusqu'au
mois prochain,dans
lequel temps j'espere queje vous entretiendray du changement de
tout ce qui reste de Calvinistes en France. Je croymesme qu'il y a déjà beaucoupplus de Villes en-*
rarementCatholiques que je ne
nous en ay nommé, l'empresse-
¡jfnt estant si grand à fc rendre,&
nouvelles des Abjurations qui
font en Corps, arrivent en si.
.'ivand nombre, que l'on en perd
memoire.
de plaisir, que Mademoiselle
Bernard de Roüen, pour qui
îles galants Ouvrages qui ont
«[parud'elle vous ont donné
citant d'estime
, a fait Abjuration
depuis huit jours. Coinnme
elle a infiniment de l'ef-
1 prix, il est aisé de juger qu'elle
n'a renoncé aux erreurs où
à sa naissàncel'avoit engagée,
» ijuaprès une serieuse & lon-
R gue recherche de la verite.
Mais, Madame,il iR s'agit
plus de vous parler de la Con.
versîon des Particuliers,conmej'ay
fait dans la pluspart
de mes Lettres, il faut presentement
vous entretenir
descelledequantité de Villes
entieres. Lezele deSa Majesté
pour la gloire de Dieu, ôc
sa bonté pour tous ses Sujets;
l'ayant engagé à travailler
O \D, avec degrands foins au salut
des Ames de ceux qui étoient
nez dans la Religion Prétendue
Reforme'e,beaucoup des
principaux de cette Religion,
se font fait instruire
; & comme
ilsavaient plus de lumieres
& plus d'esprit que les autres,
ils ont eu aussi plus de
pénétration, pour reconnoître
que la seule Eglise Catholique
elt la veritable. Beaucoup
ont écrit les Motifs qui
;
les avoient en gagez à se convertir,
& je vous ay fait part
Touvent de ces beaux Ouvrages.
Les moins éclairez,
voyant les plus habiles d'entre
eux, & sur lesquels ils re-
Igloient leur créance, convaincus
des erreurs du Cal-
'viniime
",
se fontrendus en
foule, & voilà à quoy sont
deuës la plus grande partie
des Conversions que nous
voyons tous les jours. Cela
est si vray,que le changement
qui est arrivé dans toutelaVille
de Castres, est une
fuite de celuy de deux personnes
connuës de toute
l'Europe, par la force & par
la beauté de leur esprit. Ce
sont Mr Dacier & Mademoiselle
le Fevre sa Femme,dont
les Ouvrages sont si estimez
de tous les Sçavans. L'Abjuration
qu'ils firent le dernier
mois, de la Religion Prétenduë
Reformée, fut fuivie
de celle de beaucoup de
Personnes de marque, à qui
ces illustres Convertissent;
signer une Délibération de
rentrer dans l'Eglise Catholique.
Ces Conversions en j
attirerent d'autres, ôc c'est
par là que celles qui se font:
faites depuis en sigrad nomItre
dans toutes les Villes du
Languedoc ont commencé.
Vousle pouvezvoir par cette
Réponse queMrDacierafaite
àuneLettre de MrMitton,
dont le merite est connu de
tout le Inonde, & qui luy
uvoit écrit pour l'exhorter à
ouvrir les yeuxà la verité.
A Castres le'jj, Septembre 1685, LE S marques que vms me
donner de vostreAmitié
Jidonjieur3 me fontsi cheres &
siprecieusesJ que je riay pû lire
,sans des transports de joye la Lettre
que vous m'ave^ fait l'honneur
de m'écrlre. Je Juisçerfuadé - que celle que jevousécrisaujourd'hui
ne vous en donnera pas
moins j car elle vous apprendra,
que ma Femme & mey pommes
tres-bons Catholiques. Neus le
prions ilya plus de quatremois,
si nous neufjionsménagé les choses
pour rtndrenoflre Conversion
pinsagreable a Dieueau Roy,
& plusutile à noflre Pays.
Cela nous a heureusement 'reü{-
Jy;En nous déclarant,nous avons
olhgélaplus grande partie de
la Ville à nous suivre. Jeudy
derniernous leur flfmes (îgner une
Délibérationtrès-conforme a la
volonté du Roy. Cela entraîne
tout le resse
, & tout Caflres
fera Catholique dans quatre
joufs lon a jujetdeopérer que
ce bon exemple servira d'inftru-
Rion aux Vdles Toffres
, c
peut-eflremesme à tout le Languedoc.
Voilà,Monsieur
;"
la
plus grande nouvelle que vous
puijJiez recevoir. Si ce que nous
avonsfait pouvoit eflre de quel..
que méritéauprès de Sa Majefié,
nous souhaiterions que cela nous
fervifl a nous rapprocher de
vous.A4Femme Gn" moy regretons
extrêmement voflre Conversation.
Nous avonsplus de
besoin que jamais aavoir devant
les yeux les exemples de vojire
politesse ; mais quelque passion
que nous ayons pour cela3 nous
laissons cefoin a la Providence,
de peur mfouiller par des démarches
qui paroiflroient interef-
JeesJaplus fainte & la plus def
înteressée de toutes les Allions.
Faites-nous feulement la grâce
de vous souvenirtoujours de
nous & de nous écrire. Quand
on nous laissera dans nostre Retraite
, nous noferons nous en
plaindre, & nous aimerons toujours
un lieu où par la Benediélion
de Dieu nous avonsforte
de si bons fruits. Je fuis ,
Monsieur, avec tout l'attache,
ment pojjibie
,
Foflre}&c. )i
* 1
>* ".: Il y a par Apostille. Le
-seulOuvrageejue]aye de prcjl,
cess un petit Traitésur la Rcli.
gion. Je l'ttycomposé a mesure
%jueje travail/ois à meclaircir;
il m'a déjà servyy uuttiillement àà
lever les scrupules de ceux quise
font adressèz k moy.
HAVl--HJ Le 2. du mois pasle Mr
l'Evesque de Saintes s'estanc
rendu à Saint Jean d*Angely,
Ville fameuse par ses Rebel.
lions
,
& qui a esté longtemps
le Siege de l'Heresie
fit assembler les Religionnaires,&
leur ayant explique
les intentions du Roy,
touchant leur retour à l'Eglise
Catholique
,
il les assu- *ra que Sa Majesté useroit
toûjours de plus de douceur
à les porter à s'y reÜnir)
que leurs Predecesseursn'avoientemployé
de violence
pour les contraindre à
s'en separer
;
qu'ainsi Elle
vouloit bien leur donner des
marques de ses bontez
, en
leur permettant de s'assembler
pour reconnoistre l'erreur
qu'ilsavoient suivie
leurs Pcres , & eux depuis plus
d'un Siecle
,
& se faire instruire
des Veritez Catholiques
,
sur lesquelles des Personnes
tres capables les éclairciroient
de tous leurs
Doutes.Le 8. du mesmemois
ces Assemblées commencerent
par l'ordre de ce Prelat
,
qui se retirant à Saintes
où le grand nombre de Conversions
qui s' y
faisoient rendoit
sa presence necessaire
laissa ses ordres , au P. Dom
Anselme Clairé
,
Prieur de
l'Abbaye de Saint Jean, qui
fit aussi tost venir le Pere
Dom Laurent Faidy
,
fameux
dans les Controverses,
pour presider à ces Aiïèmblées,
en presence de M le
Lieutenant General
,
& des
autres Magiltrats de la Ville.
On demanda d'abord aux
Religionnaires la cause de
leur separation d'avec l'Eglise
Romaine, & ils furent
favorablement écoutez sur
toutes les difEcultez qu'ils
proposerent, dont ce zelé
Religieux
,
& le Pere Augustin
de Saint Jean d'AngelyCapucin,
tres-fameux
aussi dans les matières de
Controverse,leur donnerent
des solutions plus que susfisantes
; mais comme c'est
1-e caractere des Pretendus
Reformez d'estre opiniastres
à défendre leurs erreurs, Mr
Durand leur Ministre qui
parloit au nom de tous les
autres, témoignoit toûjours,
au moins extérieurement,
qu'il n'estoit pas convaincu
par les Réponses qui luy étoient
faites. Ces Assemblées
furent continuées huit jours,
foir &: matin dans le Palais;
& pendant ce temps,l'obstination
l'emportant toujours
du costé des Religionnaires,
le Pere Prieur de l'Abbaye
qui assistoit, ou quelque Religieux
de sa part, à toutes
ces Conferences, resolut
d'en avoir de particulieres
avec les plus attachez à la
SetÍe de Calvin. Il vit sur
tout le Ministre
,
& Mr le
Valois fameux Avocat dela
Ville, & l'un des principaux
du party, toujours sence en pre- de MrLambert,Lieutenant
General, & de Mf
le Maistre Avocat du Roy.
Il leur apporta de si puissantes
santesraisons qu'enfin illes
convainquit. Ceux-cy en
ayant attiré un grand nombre
d'autres, le Pere Prieur
fit sçavoir à Mr l'Evesque
de Saintes que tout estoit
disposéà une Reconciliation
generale, & qu'on ne faisoit
que l'attendre pour la faire.
Ce Prelat, si consideré
par son grand zele pour
le Salut & pour la Conversion
des Ames
,
se rendit à
S. Jean d'Angely le Dimanche
16. du mois. Il y arriva
à dix heures du matin
& alladescendreàl'Abbaye,
où le Pere Prieur luy rendit
compte de ce quis'estoit
paiTé. A mesme temps Mrle
Lieutenant General, &>'Mr le
Procureur du Roy
,
firent,
venir par son ordre Mr Du-»
rand Ministre
,
& quelques
autres des principaux Reli"
gionnaires dans la grande
Sallede l'Abbaye.Lors qu'ils
furent assemblez, Mr l'Evesque
de Saintes leur fit ravoir
de nouveau les volontez
de Sa Majesté, &
leur ayant representé d'une
maniere aussi honnesteque
douce ,l'obligation où ils
estoient. de s'y soumettre,
le Ministre prit la parole,
ôc luytémoigna au nom de
tous, qu'ils estoient fort resolus
de profiter des bontez
du Roy, & des instructions
salutaires qu'ils avoiét
receuës. Il donna la Declaration
qu'ilavoit projettée
avec ceux desonparty,&
sur quelque équivoque que
Mr l'Evesque y remarqua,il
es obligea de la reformer.
ls se rassemblerent pour ce- a, & après plusieurs conestations
des plus obltincz,
ls se déterminerentenfin à
faire toutes choses comme
on les souhaitoit d'eux. Pour
rendre cette Action plus solemnelle,
ils se trouverent à
deux heures après midy du
mesmejour au Palais, où
l'on alla processionnellement
en cet ordre. Mr Mathias
Bar, Curé Vicaire perpetuel
de la Paroisse,avec
quelques autres Ecclenafciques,
estoit precedé de la
Croix & de la Baniere. Le:
Pere Prieur de l'Abbaye 06
toute sa Communauté marchoient
ensuite, ayant M
FEvetaue à leur telle en habits
Pontificaux. Mrs les
Magistratslessuivoientvêtus
de leurs Robes de Palais,
avec un tres-grand concours
de peuple. Pendant la Procession
y on continua de
Chanter le Veni Creator que
quatreChantres de l'Abbaye
avoient entonnéau pied du
grand Autel, & on le finit
à la porte du Palais. Le Ministre
& les autres Religionnaires
, y attendoient M.
l'Evesquequileurtémoigna
sa joye de les voir dans de
si heureusesdispositions,&
leur demanda si c'estoit de
bon coeur qu'ils se refolvoient
à abjurer l'Herdie j
dans laquelle ilsavoient si
long-temps perseveré. Alors j
le Ministre & tous les autres
répondirent qu'ilsfai-j
soient cette Adion sans nulle
conrrainte
,
& d'autant plus
volontiers qu'on les avoit
convaincus de l'erreur où
ils vivoient. Cela estant fait
M. l'Eveique les fit tous
mettre à genoux,& après
qu'ils eurent abjuré par la
bouche du Ministre à haute
intelligible voix, ils furent
conduitsavec le corps
1
de la Procession au mesme
ordre qu'on estoit venu les
prendre, en; chantant les
Pseaumes
,
In exitu Israël;
SuperaBabilonis, & Miserere
mei Deus. La Procession
s'arrefta à la grande porte
de l'Eglise,& M. l'Evêque
de Saintes leur ayant fait
une Exhortation tres-touchante
, leur donna à tous
l'Absolution de leur heresie,
aprèsquoyils furent introduits
dans l'Eglise par ce
Prélat, qui entonna le Te
Deum. On chanta les autres
Prieres en action de graces,
& ils s'embrasserent tous
tant le Ministre que les autres,
avec desdemonstrations
de joye extraordinaires. Ce
qu'il y a d'admirable
,
c'est
que cette Ville qui a esté si
longtemps infectée del'heresie
,
& qui pendant plus
de vingt années n'avoit [out:
-
sert aucun Exercice de la
Religion Catholique, y elt
rentrée en huit jours par la
feule force de la verité,
sans que l'on air employé
nulle violence, chacun s'étant
fait instruire,&ayant
esté convaincu de ses erreurs.
La Ville de Montpellier
a suivy l'exemple de Saint
[ Jeand'Angely. La Deliberation
ya esté prise par ceux
de la Religion Pretenduë
Reformée, pour se convertir
en corps, & elle fut conceuLë
een ces termes. jour du mois de Sep':"-
rembrefNous eslans ajjem-,
blek par l'ordre de M. le Duc.
de Noailles
,
Commandant en
Chef dans cette Province
,
qui
tous a exhorte% de Juinjre les
bonnes inspirationsqu'il a plett
d Dieu de donnerd ceux qui fesontàcomme
nous, trouvezfeparez
tie la veritable Eg-par le
malheur de leur naijjance
y
@T
de répondre au zele& auxjàintes
intentions que le Royade voir
tous ses Sujets remis dans feuleReligion une ;Alous avons délibéré
sur cette matierey é'l' nous
avons creu ne pouvoir prendre
un meilleur party cjuedembrafi
ferlaReligionCatholique, Apofiolique
& Romainey que nos Peres ont quittée) renonçant à
toutes les erreurs contraires; En
foy dequoy Mous avons fîgné la
presenteDélibération
que nous
avons portée a M. le Duc de
Noailles
, promettant de faire
Abjuration quand il le trouvera
à-ptopos, dans les formes&en
la maniere prcfcrite par les Regles
de la Religion Catholique.
'--' Ces Conversions font deuës
aux soins de Mr le Duc de
Noaillesaussi-bien qu'àceux
de Mr le Cardinal de Bonzi,
de Mr l'Evesque de Montpellier)
& de Mrsde Baville,
& Daguesseau. Le concours
a esté si grand dans toutl'Evesché
de Montpellier, &
dans les Eglises où l'onrecevoit
les Abjurationsdesgens
de toutes fortes d'Etats, qu'-
on estoit quelquefois deux
heuresàattendre que les p1 1r,e- miers fisseent place aux autres.
La 1 u tres.La pluspart des Catholiques
furent obligez de ce- der la leur aux Convertis, le
premier Dimanche qui suivit laDélibération, tantcesderniers
vinrent en grandnombre
entendre la Messe dans
l'Eglise Nostre-Dame Apres cechangement général, M1- l'Evesque de Montpellieral- laàLunes&à Minguio, re- cevoir l'Abjuration de tous
ceux de ces Communautez
en Corps. SaintGilles,Sommieres,
5c plusieurs autres
Villes&Lieux voisins
, renoncerent
à l'Heresie dans
le mesme temps.
La Ville de Nismes ne doit
pas moins à M. le Duc de
Noailles, pour ce qui regarde
les Conversions que les
autres Villes dont je viens
de vous parler. Ce Duc y a
fait tout ce que le Roy attendoit
de son zele. Il a parlé,
il a pressé,ses raisons ont elle
vives; mais sa douceur, sa
conduite, & son exemple
n'ont pas esté ce qui a le
moins contribué à gagner
les Religionnaires. Il a travaillé
à convertir les Ministres
mesmees &ily a sibien
reiiflî, qu'ayant reconnu leur
erreurilsl'ontpreschée , pu- bliquement; & ce qu'ils ont dit,aprèsavoirestéconvaincus,
a rendu plusde quinze
mille personneà l'FCT]i(p
Mr le Maréchal Ducde
Duraspassant par Nerac
pour se rendre dans son Duché
de Duras,trouva beaucoup
de Peuple assemblé;&
en ayant demandé la cause,
il apprit que les Pretendus
Reformezdéliberoient s'ils
se rendroient Catholiques,
? & que mesme ils agitoient
> des Questions de Religion.
Comme il sçaitparfaitement
».celle de Calvin, parce qu'il
en a esté, il disputa, & leur fit
connoistre si clairement que
l'Eglise Catholique est la veritable
Eglise, qu'ils se convertirent
tous. Il fit la mesme
chose dansle Duché de
Duras, où par ses lumieres
& ses soins il ne reste aucun
Religionnaire. Un Obstiné
qui tenoit une Bible,luy
ayant fait voir un Passage,
par lequel il combattoit les
veritez de nostre Religion,
D
ce Duc prit la Bible, & layli
fit lire plus bas l'eclaircisse
ment de ce Passage. Le Reli-
gionnairè changea aulIi-tolHl,
desentimens, & plusieurs seil
convertirent aussi-bien que
luy.Lereste suivit.prelque.-)i
-aussi-tost. Mr de Durasarrivai
de Guienne, lors quele Roy v<
partit de Chambor pour Fon- tainebleau, & il asseura qu'illi
y avoit déja en ce temps-là il
cent quinzemille nouveaux XI i1ce.
Le Peuple estant assemblé
àMilhau,Ville de Roüergue, u
pourdéliberer s'il se convertiroit
ou nom, il y en eut qui
s'aviserent de se demander
les uns aux autres pourquoy
ils estoient de la Religion de
Calvin. - On foüilla juique
t dans l'origine, & l'on trouva
que la Ville estant autrefois
toute Catholique, ceux
; qui estoient du party contraire,
se trouvant avec une
Armée à leurs Portes, pen--
dant les Guerres Civiles que
*
la Religionavoitexcitées,les
avoient engagez à prendre
la leur; & il fut conclu ,que
l puis que ce n'estoit point par
une parfaiteconnoissance de
la vraye Religion, qu'ils a--
voient quitté celle de leurs
Peres, il estoit injuste de balancer
plus long-temps à -, y y
rentrer.
Le 2. de ce mois, il y eut il
une semblable Déliberation n
dans la Ville d'Alais. Mr le
Marquis de la Fare, Gouver- -1
neur de Biescou, & Mrdela
Fare Gaujac sonFrere,cy-de-À
vant Capitaine de Cavalerie,
qui y resident tous deux, es- J
tant entrez en négociation
avec quelques-uns desPre- -'
tendusReformez,pour les z\
engager à le soûmettre à la
volontédu Roy, leur apporterent
dès raisons si fortes,
qu'enfin ils les firent consentir
à s'assmbler pour déliberer
en Corps de Communauté
de se rendre Catholiques
Ainsi le jour que je viens de
vous marquer ,
ils firentune
Assemblée de tous les Chefs
de Famille, en presence de
Mrs de la Fare, & ceux qui.
avoient le plus de lumieres;
ayant entrainé les plus ob-.
stinez, la Déliberation fut:
prise
,
& signée conformément
aux intentions de Sa
Majesté
, par tous ceux de
l'Assemblée, au nom de tous,,,
les Religionnaires; après
quoy on députa deux des
principaux Habitans
, pour
l'aller porter à M. le Duc de
Noailles qui estoit à Nifines.
Cette Conversion a esté de
prés de quatre mille personnes,
en sorte qu'il ne reste
plus dans Alais que quelques
Femmes qui n'ont pas voulu
quitter si toit la Religion où
elles sont nées. b
Je ne puis mieuxvous apprendre
ce qui s' est passé en
Dauphiné,à l'égard des Pretendus
Retormez de cette
Province,qu'en vous faisant
part d'une Lettre qui m'a esté
adressée. En voicy la Copie.
A L'AUTHEUR
DU MERCURE GALANT.
A Grenoble, le 6. Oâobre1685, V OM /oüez incejjammenï
noflre ÀugusteCiïlonarque
3 parce quincejjamment la
matiere vous y convie ; mais
Att!oüez, Monsieur, que parmy
tout ce qu'il fait, qui merite des
Eloges, Jes foins & sa vigilance
pour étoufferïHerefe dans
son Royaume, font des sujets
admirables pour les luy attirer..
Il fait comme ces Fils aiftez,
qui travaillentcontinuellement à
reparer les ruines de leur maison,
a remettre dans leur Famille les
biens disPersèz, à rappeller les
Freres é'garez, & à j&ûtenir
l'éclat de leur race. Comme il
est le Fils Asné de l'Eglise3
on voit bien qu'en cette qualité
il s'applique à redonner a cette
bonne Mere les Enfans quelle
avoit perdus, à les remettre en
estat de recevoir d'elle ses careiJes
er ses benedrélions, &
à leur inspirer l' obeissance &
le rtspt Et que les véritables Chrefiiens
luy doivent. On ne trouveplus
de rebelles ny d!obfline^;
toutes les Provinces retentirent
du bruit des Conruerfiensfyequentes.
Ce rieflplus cette France qui
se déchiroit eUe-mesme ; ce ne font
plus des Citoyens acharnez à Je
perdre ou à se corrompre; il n'y a
plus ny interess
3
ny politique, ny
ménagement;les violences& les
contraintes n'ont plus de heu ;
ce riefl iu"avec des femimens
de pieté & de connoissance que
les PretendusReforme^ courent
à la Religion de leurs Peres.
Ils ne se rendentquaprèsavoir
esté inflruits ; ils écoutent la gret..
ce> Ù enfin wut Je faitsi deu.
cement (t)si agreabtementJ que
l'on nentend parler, ny de promessesy
ny de bienfaits, ny de
recompensès, pour des changemens
aujJi jufles que jufquicy ils
o'ntparu difficiles. Je mefuis'volontiers
chargé de VQUâ apprendre
que cess de cette maniéré que ceux
de la Religim Pretenduë Reformée
de Dauphiné ont fait leurs
Conversions, & mesmepresque
par tout en Corps de Communauté.
Ceux du Bailliage de
Briançon ont commencé.Alonfizur
le Bret nostre Intendant>
qui
qui sejt trouve Jur les lieux3 a
admire ce zele, & l'a écrit avec
etonnement. En effet, quinen
auroit de voir les Kullécs de
TrageUa3 de j3uryras & de
Ceptnney où (peIne, on top,t
trouver trois ou quatre Maisons
Catholiques, teJire toutes Ja.ujourd'huy-,
cfy:voir triompher la
véritable Keligion^aprésquelle en Õ Ll 4 eslé bannie pendant un Siecle?
Quinze mille personnesy ontfait
leur Abjuration en moins de huit
jours. Le Bailliage d'Ambrun a,
suivy unfibelExernple.LaVillede
Dye,ou lHercfie avoittoujours
le plus triomphé. ne voit
plm dans Jon enceinte aucun
RclWionnaire,bien quily en eust
huit mille.Les Villes de Gap&
de Montehmart Je font rendues
en Corps de Communauté. Le
Bourg de Menei £n
Triéves,OH
depuis ftx''Vingt ans il riy a eu
aucun Catholique, en est aujourd'hui
remply. Mifoen}la(Jrave9
le Mont Délans
,
dans le Pays
d'oyfans,font revenus de rnef
me. Tout efloit plein d'Heretiques.
LaMurea qui estencore
un zrana Bourg5 Ci" ciont les
Habitans efloient a moitié de
la Religion Pretendué ReformiOe,#
en a plus aucun, &
J J tout cela s'eftfait dans le mois
de Septembre. La Ville de Romans
n-en a plus gueres. Quel
Prodige!Mais ilness jamais
d)obstacles pour les Viéloires de
Louis LE GRAND. Ses Conlquefles
pour le 'Patrimoine de Eghfe-} foqt auJF promptes que
- celles qu'il a-faites pourlefient
Je ne vous du rien encore de Grenoble
, où quantité de gens de
mérité3 de qualité (Ô?d'esprit3si
fontmjlruire.Jmfiiien.tofl fef
pere.yoKsfaÍrepàtt des)grades gjr
fameuses Conversions qui sy pre.
pwent.+Dejalefécond de ce mois,
JV,o~l.e,7.4JtcquescDq;dje/sfDeSeigneur de
Sahon, de Cbafleauneufù de
J\4a^amyConseiller au Parlement
de GrtnobleJ afaitabjuration.
lefuis, Monfi:ur,tojlrr,
&c.
ALLARD, ancien President
en l'Election de Grenoble.
On a eu avis que tous les
Pretendus Reformez de la
Ville deLoudun qui estoient
au nombre de trois mille se
sont aussi convertis. Je ne
vous dis rien de Montauban
ny des Villes des environs,
qui en se faisant toutes
Catholiques, ont precedé
ces Conversions.Onoublie
Jûcoft: à
*
present des miliers
de Convertis,qu'on,
ne faisoit autrefois une feule
personne. Ce qu'il y a d'admirable,
c'estque tous ceux
qui renoncent à Calvin,
-
ont gens éclairez des lulieres
de la Foy, qui reonnoissent
la verité
,
& qui
- rendant d'eux-mesmes iennent , en foule après des
éliberations autentiques &
olontaire,demander qu'on
esreçoive dans la veritable
Eglise.
La Ville de Chastelleraut
suivy l'exemple de Loudun
,
& tout s'y est converty.
Les Pretendus Reformez
des Villes voisines se
font instruire pour les imiter,
& tous les Matelots de
lacoste duPaïs d'Aunixau
nombre de quinze cens ont
embrasséla Religion Catholique,
aussi-bien que tout ce
quireftoit à Lyon qui profesfoit
la Pretenduë Reformée.
Tous les Chefs de ces Familles
qui se montoient à soixante
& dix, yont esté trouver
Mr l'Archevesque,& ont.
déclaré qu'eux &leur famille
estoient prests de renoncer
-
à l'Heresie de Calvin; ce
qu'ils ont signé, aprésquoy
ils ont tous fait Abjuration.
Jamais on ne vit tant d'union
qu'il en a paru en cette
rencontre , entre les Catholiques
Se ces nouveaux
Convertis;ils ne se rencontroient
point sans se donner
des marques de leur joye,
&sanss'embrasser. Tous les
Habitans de la Rochelle ont
fait aussi Abjuration à la reserve
de ceux de quatorze
Familles, dont plusieurs foiu
sur le point d'abjurer com-
• me les autres, s'ils ne l'ont
pas déja fait.
Le Pere Alexis du Bue
Theatin
,
qui depuis plusieurs
années a fait un fr
grand nombre de Conversions,
en a fait encore beaucoup
depuis quinze jours.
Voicy par quelles paroles il
finit sa Controverse le Dimanche21.
de ce mois, en
s'adressantaux Pretendus Reformez.
Enfans de la Terre ; Nouveaux
venus, qui a'VtZ presché
jujqxa present des Nowveautez
JcaxdaleuJes(èf des Dogmes inconnus
à toute l'ancienne Eg/ife;
qquuii nn'1a'Vez débité que des.fort- tdes. fo4-
ges & des calomnies
J
il efrtemps
de former la retraite) de changer
de ~f (~r de vous réunir
ail Corps de J. C. dont vous
vous esses (eparez avec tant din~
juflice. Toutes choses vous invitent
à cette réunion
,
le jifence de
l'Ecriture des Peres sur toi
.Ãrtl'cl. !..:::
A
Articles 1101,Il.; r;, rIl., 17,f-U i l& rric*uvtXifefcydevos
Minières qui vous trompent &
"(Jous seduisent depuis plus d"un
Siecle; l'exemple de vos Freres
qui rentrent en foule dans lE.
glzjè ; veflre propre Salut qui cft
impossible dans le Sclnfme ou vous
vive%.Ajouter atouscesMotifs
les Souhaits duplusgrand Ma-.
narque de la Terre, a qui vous
deveKtout accorder3puis qu'il ne sagit qau~e ddfev~oou~s~attirera la pro- ~r /?rcsession
de la ruerité. Dieu l'afitfl
citéen nosjours pour détruire l'He..
rejie dans le fein de fis Etats5
er pour y faire fleurir la feule
Jtisa£ aj4rt*ja a?er* 7?r»Lin *
—•— l''fU;,
veritMeReligionCatholique,
"¿r jy\jL. V '\V111-"1'{" j '1/1'1. aeflcl'uniqueReligion de tous
les Rays fis Àugufcs Predeces
feurs. Cess à frç pieds que ce
Aionflrefurieux dont les mouvemens
ont esté si violens & si
pernicieux a cette Monarchie,
va eflre dhbatu. Le-Ciel luy a
reserve cette gloire> & danspeu
par la rtdyjance}cette Jc-glise qui
se dit Rej-orrnee
,
qui a esle pendant
douze cens ans invijtble dans
l'Univers,Jeraheureusement invijible
en France. Que la pensée
d'une Aflionjiglorieufe,ogrand
Roy ! remplijje vojlre coeur de
joye. Dieu qui a pris plaisir a
vous revêtir de sa force pour une
si grinde entreprise3 fera Le Proteêîeur
de vostre Personne Sacrée
d'une maniere toute particu.
lirrc. Il vous comblera de Jes
faveurs, il étendra les limites de
vostreRoyaume
, en vous affitjettifJant
psr des Conquefîesglorhufes
ces. Notions Infiddes qui
t 'oublent le repos de ses enfans. Iii\
affermira Voflre Sceptre par /«\
nombre devos Descendans; /&\
élevera VoflreAuthoritépar deae
fus celle des plusgrands Monar..-,:
ques du Monde:Enfin tous lesi^
Ennemis de la Véritéferontdanne
l humiliation edans la douleur^
& le Peuple fidele & obeiflantlu
joiïiudun bon-heurquiferafuir-\
1y des Benediélions du Ciel.
Le Roy voyant que les
Conversions .augnlenroientJf
de jour en jour,que la plus
part des Personnes d'un eflJl:
prit solide avoient abjuré
& que la Tréve luylaissoit
un repos dont ses Ayeux
rm'avoient point joüy
, a en- fin donné un Edit qui porte
JIe dernier coup à l'Heresie.
Cét Edit défend de faire aucun
Exercice public de la
R. P. R dans le Royaume.
LaJustice des Motifs qui
:>ont obligé Sa Majeflé d'en
user ainsi
,
paroist évidente
dans le Discours qui luy sert
b d'avant propos, *& elleest
d'autant plus claire,que pour
J la persuader il n'a fallu qu'exposer
les faits sans aucun
raisonnement. Comme la
Vérité fait plus briller
il ce
Discours que les figures de)j
l'Eloquence, chacun de~3
meure d'accord que l'on n'aL',
jamais rien veu,ny de si prudent
ny de si juste.Voicy
les raisons qui y sont dé^-h
duites. '¡
Henry le Grand,Ayeul
de Sa Majesté, voulant eni'f.
pescher que la Paix qu'il a—i
voit procurée à sesSujets,
après les grandes pert-s2- qu'ilsavoientsouffertespar
la durée des Guerres Civiles xc
& Etrangeres, ne sult trou
blée à l'occasion de la
P. R.comme il eQoir arrivé h
I
sous lesRegnes des Roys les
Predecesseurs, regla par [on
Edit donné à Nantes au mois
d'Avril1598. la conduite
qu'on devoit tenir à l'égard
de ceux de cette Religion
Se les lieux dans lesquels ils
en pouvoient faire l'Exercice.
Il établie des Jugesextraordinaires
pour leur ad.
ministrer la Justice
,
& pourveutmesine
pardes Articles
particuliers A tout ce qu'il
jugea necessaire pour maintenir
la tranquillité dans son
Royaume, & pour diminuer
l'aversion qui estoit entre
ceux de l'une & de l'autre Religion
,
afin d'estre plus en
estat de travailler, comme
il avoitresolu de faire, pour
réünir à l'Eglise ceux qui s'en
estoient si facilement éloignez
; & comme il ne pût
effectuer son intention à cause
de sa mort précipitée, &
que l'execution de cét Edit
fut mesme interrompu pendant
la minorité du feu Roy
par de nouvelles entreprises
des Pretendus Reformez
elles donnerent occasion à,
les priver de divers avantages
qui leur avoientestéaccordez.
Neantmoins usant
de sa clemence ordinaire,
il leur accorda encore nouvel un Edit à Nisimes au
mois de Juillet 1629. au
moyen duquella tranquillité
ayant de nouveau esté
retablie, ce Prince animé
dumesme esprit& dumefme
zele pour la Religion
que Henry IV. sonPredecesseury
resolut de profiter
de ce repos, pour tâcher
d)execurer son pieux
dessein
; mais les Guerres
ellant survenuës peu d'années
après
,
& le Royaume.
ayant esté peu de temps
sans agitation, depuis i6tf.
jusqu'àlaTréve concluë
en 1684. avec les Princes
de l'Europe, il n'a pas
esié possible de faire autre
chose pour l'avantage
de la Religion,que de diminuer
le nombre des Exercices
de la pretendue Reformée
par l'Interdiction de
ceux qui se sont trouvez établis
au prejudice de la disposition
des Edits, & par la
Suppresion des Chambres
my parties dont l'Erection
n'avoit esié faite que par provision.
Dieu ayant enfin permis
que la France joiïilïè
dun parfait repos,& que
le Roy luymesme n'estant
pas occupé des soins de proteger
ses Sujets contre ses Ennemis,
ait pu profiter de cette
Trêve qu'il a facilitée dans
la veuë de donner son entie-
Te application à rechercher
Iles
r
moyens de parvenir au;
succez du dessein des Roys
IHeury IV. & Louis XIIL:
b dans lequel il est entré dés
>1 son Avenementàla Couron-
-
(LUe; Sa Majestévoit prefen-
~tement avec la justerecon-
-
noissance qu'Elle doit à
Dieu, que Tes soins ont eu la
fin qu'Elle s'estoit proposée,
puisque la meilleure & la
plus grande partie de ses Sujets
de la R. P. R. ont embrasse
la Catholique;& d'autant
qu'au moyen d'un si
grand nombre de Conversions,
l'exécution de l'Edit
de Nantes, &tout ce qui a
esté ordonné en faveur de la
R. P. R. demeure inutile;
Elleajugé qu'Elle ne pouvoit
rien faire de mieux pour
effacer entierement la memoire
des Troubles, de la
confusion, & des maux que
le progrez de cette fausse
Religion a causez dans le
Royaume, qui ont donné
lieu à cétEdit, & à tant d'autres
Edits & Déclarations qui
lot preceidée,où qui ont estéfaits
en consequence
, que
de le revoquer en
touteson
étenduë. C'estcequ'Ellea
fait par l'Edit dont je vous
parle, qui a estéenregistré
en la Chambre des Vacations
le 22. de ce mois.
Cet Edit revoque non seulement
celuy de Nantesdonné en
Avril1598. avec les Articles arrestez
le deuxiéme May de la mefme
année, & les Lettres Patenres
qui furent expediées sur ces
Artictes,mais encore l'Edit donné
à Nismes enjuillet 1629. que
Sa Majesté declare nuls, & comme
non avenus; ensemble toutes
les Concevions faites pard'autres
Edits,Declarations&Arrestsaux
Pretendus Reformez, dequelque
nature qu'elles puisssentestre en
consequence dequoy Elle veut& illuyplaist, quetous lesTemples
de ceux de la Religion Pretenduë
Reformée situez dans son Royaume,
Terres & Seigneuries de [on,
obeïssance, soient incessamment
démolis.
Il est défendu par ce mesme
Edità tous Pretendus Reformez,
depluss'assemblerpourfairel'Exercice
de cette Religion en aucunlieu ou
mùfcn particulière, fomquelque prétexte
que ccpu:[fi estre, mesme d'Exercicesréels
eudequand
biences Exercicesauroientesté maintenuspar
des ArrcJIs du Conseild'Etat
; £r à tous SeiTueurs de quelque
condition quils foiintydefaire l'Exercice
dâris leurs Maisons & Fiefs,
le tout à peine contre ceux quiferont
cet Exercice, de confiscation de corps
& de biens.
Les autres Articles sont, !Zflt
tous Ministres de lit Religion Pretendue
Reformée,sortirontdu Royaume
quinze jours aprés la publication de
l'Edit, sans y pouvoir jèjOUÍÍUf au
dd.1, ny pendant ce temps de quinzaine
faireaucun Presche, Ex hortation
ny autrt jonEfiOIJ) à peine des
Gaitrts.
J^ue ceux desMinistresquise convertiront,
continueront àjoüir leur
vie durant, & leurs Veuvesaprès
leur decés
,
tandis quelles seront en
viduité
,
des mefines exemptions de
Taille & Logement de Gens deguerre,
dont ils ont jouy pendantqu'ilsfaisoient
la fonction de Ministres; &
qtt'en outre Sa Majesté leurferapayer,
aujjileur viedurant,unepensionplus
forte d'un tiers que les Apointemens
qu'ils touchoient en qualitéde MinijfTes,
de la moitié de Jaquette Pension
leurs Veuvesjoüiront Iluffi aprés leur
mort, tant qu'elles demeureront en
viduité.
£hte les Miniflres convertis, qui
voudront se faire Avocats , ou prendre
les Degrés de Docteursaux Loix,
feront dijJfnjtz des trois ans d'étude
preferites par les Déclarations duRoy;
& quaprès avoirfubyjes Examens
ordinaires
ordinaires , ils Jiront reccw Docteurs,
s'ils en fontjugez, capables, en payant
feulement la moitiédes Droits que Po,%
a accoufttmé de percevoir de ceux
qu'on reçût en chaque Univerfi*.
Zue les Ecoles particulières pour
l'tnfirucïion des Enfans de ceux de la
Religion Pretendue Refermée,& toutes
les chofts généralement quelconques
,qui peuvent marquer une Concijfion,
quelle quelle puisse tfre
,
en
faveur de cette Religion,front dtfendues.
Jt>u£ les Enfansqui naiflrent des
Prétendu*Reformez, ^feront dorefiulsumt
baptisez, par les Curez, des Paroisses,
estantenjointaux Peres&aux
Meres de les envoyer aux Egltfes J
cet effet là, d peine de cinq cens livres
d'amende ; 6- que ces Enfins
(irontenfuite élever en la Ret;g>,,d,,
Catholique, Apoftotique & Romaine,
a quoy ilcfi ordonné tres-exprefémentauxJugés
des lieux de terni II,
main.
jÇhie ceux de lit Religion ?retendue
Riformée quifesontretirez, duRoyaume
avant la publication de cet Edit,
rentreront dans la poffission de leufs
biens, & en jouiront comme ils auvoientpufaire
s'ils y eBoienttoujours
demeure&
, pourveu qu'ils y reviennentdans
le temps de quatre mois du
jour de cette Publication;au contraire
que les biens de ceux qui dans oe temps
là de quatre mois ne reviendrontpas
dans le Royaume, demeureront confifquez,
en conjequence de la Déclara*
tion du 20. d'Aoufl dernitr.
Zue les Preter,dwReformez,eux,
leurs Femmes & Ensans, ne pourront
îortirdurayamrijc,njtriortcraiiieraf
uurs b"",s&effets,fouspeine des Galèrespourles
Hommes}&deconffcaiicn
de corps & de biens pour les Femmes.
J^ue lesDéclarationsrendues contre
les Relaps, feront executées jiLon
leurforme 6 teneur. Ue ceux de la Religion Prétendue
Reformée,enattendant qu'ilplau
Je 4 Dieu de les éclairtr comme les autres
, pourront demeurer dans les ViL
les & Lieux du Royaume,ycontinuer
leurcommerce,de/(Ûrs liens,
sans qu'on lespuijfetroubler
fefcher,fouspntexte ny cm- de leur Rclirien
Cet Edit ayant este publié le
jour mesme de l' Enregistrement,
on commença dés le lendemain à
démolir leTempledeCharenton.
Les Conversions estoient déja
tres- nombreusesà Paris, & il y
en avoit tous les jours presque
dans toutes les l'aroilies• & dans
beaucoup de Communautez;de
forte que chacun estant en mouvement
pour son salut,& plusieurs
se convertissant,ou se faisant instruire,
cet Edit, au lieu de produireaucun
des effets qu'on en
auroit pu craindre autrefois
, a
plûtost servy à ébranler les plus
obstinez
,
qu'à leur faire prendre
des fenrimens contraires à leur
conscience& à leur devoir. Ainsi
il y a lieu d'esperer que le reste
des Religionnairesde Paris,suivra
bien-tost l'exemple de ses Freres,
qu'il voit tous les jours courir en
foule aux pieds des Autels. On y
vient de voir Mrle Duc de Ri-
* chemont, Fils naturel du feu Roy
d'Angleterre. Il afait Abjuration
dans la Chapelle du Chasteau de
Fontainebleau,à l'issuë de la Messe
du Roy, en presencede Sa Majesté
& de toute la Cour,entreles
mains de Mrl'Evesque deMeaux,
qui luy fit un tres beau Discours
sur ce iujer.
J'apprens que Mr le Marquis
de Mirepoix s'est fort distingué
,4
par le zele qu'il a fait voir pour
la Conversion des Pretendus Reformez.
Comme il est extremément
aimé dans cette Province,
luy seul, c'est à dire, suivy de sa
feule Maison,sansaucun aurre secours
,
il a fait changer de Reli.
gion, par son éloquence, & par
la force de la vérité à tout ce qu'il y en avoir dans Mazeres
le Carla , , Saverdan, Lasbordes,
Savarat, Camarade, Mazdazil.
L'exemple, de ces sixVilles,qui
sont des plus importances de la
Province, a esté suivy detousles
Religionnaires des environs. Mr
de la Berchere Intendant de
Guyenne, qui alla joindre M'll
Marquis de MirepoixàMazeres,
seconda tres bien son zele. Mr
l'Abbé de Pailhez de qui cette
Villedépend, n'y fut
pas inutile,
& s'y comporta d'une maniéré
digne de luv. Je vous écriray le
mois prochain les circonstances
de cette grande Action.
Quelque difficile que foit la
Conversion des Heretiques,nous
en voyons aujourd'huy la France
presque entièrementpurgée. Ce
miracle est dû au zele, à la pieté,.
& aux foins du Roy,& il suffit que
ce grand Monarque vive pour
achever un si surprenant Ouvra- ¡
ge.C'est ce qui a esté parfaire:
ment bien representé parune Devise,
dont le Corps est un Soleil
arresté par l'ordre de Josué,com-
-
battant contre les Alllaiccites)
Ennemisdu Peuple de Dieu,avec
ces mots.
Stantem viftoriacertafequetur.
La pensée en est heureuse, & les
quatre Vers suivans l'expriment
d'une maniere également noble
& naturelle.
Contre les Ennemis envieux de si
gloire,
Du Soleil autrefois le Ciel fixa le
cours ;
NOMSflmmes feurs de la viBoire,
Si d'un autre Soleil il prolonge les
iguri.
L'Autheurde cetteDevise cft
un jeune Homme (ritialité, de
dix-sept ans, d'unesprit rare, & d'une application extraordinaire,
c'est le Fils aisné de Mrle Mazuier,
Procureur General auParlementdeToulouse,
dont le zele
pourles interests du Roy & de la
Religion estassez connu. Ilasoûtenu
avec applaudissement une de
ces Theses de universelles,que si peu sopersûonnets eentrnepreinnren.t de
Si je voulois attendre la fin des, Conversions, dont les nouvelles
me viennent de tous costez, je ne finirais point cetArticle. Je les remetsjusqu'au
mois prochain,dans
lequel temps j'espere queje vous entretiendray du changement de
tout ce qui reste de Calvinistes en France. Je croymesme qu'il y a déjà beaucoupplus de Villes en-*
rarementCatholiques que je ne
nous en ay nommé, l'empresse-
¡jfnt estant si grand à fc rendre,&
nouvelles des Abjurations qui
font en Corps, arrivent en si.
.'ivand nombre, que l'on en perd
memoire.
Fermer
Résumé : Tout ce qui s'est passé depuis deux mois touchant les affaires de la Religion Pretenduë Reformée. [titre d'après la table]
Au XVIIe siècle, la France a connu plusieurs conversions au catholicisme parmi des figures influentes et des intellectuels protestants. Des personnalités respectées comme Monsieur Dacier et sa femme ont inspiré ces conversions. Des assemblées et des entretiens privés à Castres et Saint-Jean-d'Angély ont encouragé les protestants à revenir au catholicisme, aboutissant à des abjurations publiques. Des villes comme Montpellier, Saint-Gilles, Sommières, et Nîmes ont également vu des conversions massives, influencées par des figures telles que le Duc de Noailles et le Maréchal Duc de Duras. En Dauphiné, des milliers de personnes ont abjuré leur foi réformée à Briançon, Ambrun, et Lyon, grâce à des acteurs clés comme le Père Alexis du Bué. Le texte met en avant les mesures prises par le roi pour promouvoir le catholicisme et met en garde contre les dangers des 'Minières'. Il souligne l'importance de la religion catholique, unique foi des rois prédécesseurs. Le roi est encouragé à se réjouir car Dieu le protégera et étendra son royaume. Un édit royal interdit tout exercice public de la religion prétendue réformée (R.P.R.), révoquant ainsi les édits précédents en faveur des protestants, notamment l'Édit de Nantes de 1598 et celui de Nîmes de 1629. Cet édit ordonne la démolition des temples protestants et interdit tout exercice public ou privé de la religion réformée, sous peine de confiscation de biens et de corps. Les ministres protestants doivent quitter le royaume dans les quinze jours suivant la publication de l'édit, sauf s'ils se convertissent. Les enfants nés de parents protestants doivent être élevés dans la foi catholique. Des figures notables comme le Duc de Richmond et le Marquis de Mirepoix sont mentionnées pour leur zèle dans la conversion des protestants. Grâce à la piété et aux efforts du roi, la France est ainsi presque entièrement purgée de l'hérésie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
162
p. 149-160
Sur le Psalme 136.
Début :
Comment chanterons-nous le Cantique du Seigneur dans une [...]
Mots clefs :
Seigneur, Chant, Coeur, Âme, Luth, Malheurs, Musique, Ennui, Air, Lyre, Harmonie, Pays étrangers, Mélodie
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texteReconnaissance textuelle : Sur le Psalme 136.
Sur le Pfalme 136.
Comment chanterons - nous le
Cantique du Seigneur dans une
Terre étrangere ?
Pourqu
Ourquoy donc tant de fois, mes fidelles
Amis ,
Avec empreffement me dire que je chante?
1
N iij
150
Extraordinaire
Que l'air d'un doux Luth m'eft permis
Ou d'une voix douce & charmante ?
**
Ony , jefçay que le chant veut un eſprit
reglé ,
Vne ame dégagée, un coeur qui fe déploye,
Et non pas ainfi que je l'ay ,
Car je ne goûte aucune joye .
C
Quoy! vous m'avertiffez qu'il eft bon de
chanter ,
Plus l'efprit eft chagrin , plus l'ame eft
abattuë ,
Et qu'un Luth la doit exciter ,
Pour chaffer l'ennuy qui la tuë.
De peur , me dites- vous ,
douleurs
, que l'excés
des
Ne l'accable à lafin d'une peine trop rude
:
On que penfant à fes malheurs ,
Elle n'ait trop d'inquietude.
**
Le remede certain que vous me promet
tez ,
du Mercure Galant.
ISI
rend des exemples feurs , comme on me
les expliques.
Et toutes ces autoritez
Marquent l'effet de la Mufique.
03
Vous m'alleguez fur tout , afin de l'appuyer,
Qu'un Rameurfatigué de fa trop longue
peine ,
Chante pour fe defennuyer ,
En voguant fur l'humide plaine.
Qu'un Pafteur qui s'ennuye , en menant
fon Troupeau
De Vallon en Vallon, ou parmy les Cam-.
pagnes ,
Fait retentir fon chalumeau ,
Dans les Bois , ou fur les Montagnes.
Qu'afin de foulager fa peine fes ennuis
,
Souvent le Voyageur à quelque chant.
s'adonne`;
Que le Soldat pendant les nuits ,
N iiij
152
Extraordinaire
En veillant des Chansons entonne.
Ca
Non , non , pour leurs doux chants je ne
condamne pas ,
Rameur , Soldat , Pafteur , ou celuy qui
voyage ;
Chacun d'eux y fent des appas,
Et dans fa peine fe foulage.
$3
Mais quant à mes ennuis , moy qui depuis
long-temps
Ecoute une Maiftreffe , & gemir , & se
plaindre ,
Parmy fes foupirs éclatans ,
A chanterpuis -je me contraindre ?
3
A peine avec ma voix veux je donc commencer
Quelque air melodieux , qu'en mon coeur
je rappelle ,
Que l'accent que je vay pouſſer ,
Me femble une chofe nouvelle.
S
Comme au fortir d'un lieu remply dobfcurité,
du Mercure Galant.
153
craint le vif éclat que le Soleil envoje,
De mefme en ma captivité ,
Je crains & le chant & la joye.
**
prend envie , ou que je Quand il me prend envie
fais deffein
De pincer doucement les cordes de ma
Lyre ,
Et que de ma tremblante main
-Ie fuis le doux air qui m'infpire;.
Que fur un Flageoles , ou fur un Cha-
Lumeau ,
Quelque aimable Chanson avec douceur
j'entonne ,
Que ma voix pouſſe un Air nouveau,
Pour fuivre mon Luth qui fredonne.
Helas ! autant de fois mes foupirs &
mes pleurs
Qui retiennent mês doigts , troublent
mon armonie ;
Ma voix qu'étouffent mes douleurs ,
154
Extraordinaire
Cede à ma trifteffe infinie .
l'effaye encore un coup à faire mes efforts,
Pour pouffer les accens d'une voix délicate,
Et joindre mes plus doux accords
Aux charmes du Lutb que je flatte.
Mais enfin j'apperçois , helas ! que c'eft en
vain
Quemon efprit s'efforce , & ma voix s'étudie
:
Car mon Luth , ma voix , ou ma main,
N'excite aucune melodie.
A negliger ainfi cet Art rare & char-
P
mant ;
Ma voix en perd l'uſage , & ma main
l'habitude ,
Et fi je l'aimais tendrement ,
L'en fuis & le foin & l'étude.
Quand mefme j'en aurois confervé dans le
coeur,
du Mercure Galant.
155
tendre paffion que j'en avois con- ·
ceue ;
Je ne vaincrois pas la rigueur
Du malheureux fort qui me tuë.
Mais encor que je fçache avec facilité,
Accorder doucement & ma voix & ma
Lyre :
Et que dans un air concerté
Ma languefaffe qu'on l'admire ;
**3
Soit qu'aux doux tremblemens qui pari
tent de mes doigs,
`Les neuf Soeurs d'Apollon cedent enfin
la gloire ;
Que mon Flageolet , ou ma voix,
Sur Marfias ait la victoire :
យ
Soit que dans l'Arcadie, autrefois Pan
vanté
Me quitte à la difpute & l'honneur &
la place ;
Que mon Luth foit plus écouté
Que celuy du Chantre de Thrace.
156
Extraordinaire
Dois-je dans cet eftat me plaindre & joupirer
?
Dois-je appliquer aux Chants mon ame
toute entiere ?
Quand je ne puis affez pleurer ,
Pour en avoir trop de matiere.
Helas ! dans mesfoupirs, & mes maux fi
divers ,
Mon coeur inceffamment goufte tant d'a
mertume ,
Que pour m'ofter l'amour des airs,
Mes douleurs paffent en coutume.
Mais quoy ! ne voit- on pas que les lieux,
les faifons ,
Ne peuvent convenir aux airs que je neglige?
Et que tout s'oppofe aux Chansons,
Dans la trifteffe qui m'afflige ?
Voulez- vous qu'en ces lieux, malgré mef
me monfort's
du Mercure Galant. }
157
T
dans l'éloignement de ma terre fi
chere ,
Sur moy je faffe quelque effort ,
Pour chanter à mon ordinaire ?
Ca
Helas ! comment chanter dans ce banniffement
,
Qui redouble en mon coeur une peine
infinie ?
Vni fâcheux éloignement
Ne convient pas à l'harmonie.
**
Quoy done! dans les horreurs de cet exil
fatal,
En ce trifte fejour où toujours je foupire,
Si loin de mon Pays natal ,
Ie ferois retentir ma Lyre ?
S
Pardonnez ; car le fort qui me vient
affliger
و ا ت
En me perçant le coeur d'une atteinte
imprévenë ,
M'ofte en ce Pays étranger ,
L'amour que j'en avois conceuë.
158 Extraordinaire
Tout banky que je fuis , & loin de
mon climat ,
Le defir de chanter nullement ne me
touche ,
Et l'horreur de mon trifte eftat
Me ferre le coeur & la bouche.
Non ne m'en parlez plus lorsque
mes triftes yeux
Se fondent tout en eau , ne verfent
que des larmes ;
Pourrois-ie en ce fort ennnyeux
Sur ma Lyre trouver des charmes ?
Avoir toujours l'objet d'on nailent mes
travaux
A fentir les ennuis dont mon ame eft
preßée ;
Par mon Luth d'adoucir mes maux,
Je ne puis avoir la pensée.
CA
Helas! le fouvenir de mes jours plus
heureux ,
du Mercure Galant. 159
Ne rappeller en l'esprit ma premiere
fortune ,
Et mon exil trop rigoureux
A chaque moment m'importune.
**
"S'il falloit qu ' Amphionfuft comme moy
contraint
1 De vivre dans ces lieux , il n'auroit
plus de gloire ,
Et de mefme douleur atteint,
Il briferoit fon Luth d'yvoire.
Par un regard Orphée , au retour des
Enfers ,
En perdant fa Moitié, perdit fa melodie,
Et fa main oubliant fes airs ,
Tout à coup devint engourdie.
Sa Harpe luy tomba fi promptement des
doigts ,
Qu'au vif reffentiment de fes douleurs
aiguës,
Les airs manquerent à fa voix,
Et fes cordes furent rompues .
160 Extraordinaire
Pourquoy donc aujourd'huy tant de fois
m'avertir,
Que je pouffe ma voix , & je pince ma
Lyre?
Monfort qui n'y peut confentir,
Veut feulement que je foûpire.
03
Helas ! quand je me vois dans l'exil où
je fuis ,
Et que mon cher climat ſe preſente à ma
venë ,
Je tombe en de fi grands ennuis,
Que mon ame en eftabattuë.
Aprés un long espoir , me voyant de retour
Dans un pays heureux , dont le defir me
preffe,
Mon coeur & ma voix tour à tour,
Chanteront avec allegreffe.
RAULT , de Rouen .
Comment chanterons - nous le
Cantique du Seigneur dans une
Terre étrangere ?
Pourqu
Ourquoy donc tant de fois, mes fidelles
Amis ,
Avec empreffement me dire que je chante?
1
N iij
150
Extraordinaire
Que l'air d'un doux Luth m'eft permis
Ou d'une voix douce & charmante ?
**
Ony , jefçay que le chant veut un eſprit
reglé ,
Vne ame dégagée, un coeur qui fe déploye,
Et non pas ainfi que je l'ay ,
Car je ne goûte aucune joye .
C
Quoy! vous m'avertiffez qu'il eft bon de
chanter ,
Plus l'efprit eft chagrin , plus l'ame eft
abattuë ,
Et qu'un Luth la doit exciter ,
Pour chaffer l'ennuy qui la tuë.
De peur , me dites- vous ,
douleurs
, que l'excés
des
Ne l'accable à lafin d'une peine trop rude
:
On que penfant à fes malheurs ,
Elle n'ait trop d'inquietude.
**
Le remede certain que vous me promet
tez ,
du Mercure Galant.
ISI
rend des exemples feurs , comme on me
les expliques.
Et toutes ces autoritez
Marquent l'effet de la Mufique.
03
Vous m'alleguez fur tout , afin de l'appuyer,
Qu'un Rameurfatigué de fa trop longue
peine ,
Chante pour fe defennuyer ,
En voguant fur l'humide plaine.
Qu'un Pafteur qui s'ennuye , en menant
fon Troupeau
De Vallon en Vallon, ou parmy les Cam-.
pagnes ,
Fait retentir fon chalumeau ,
Dans les Bois , ou fur les Montagnes.
Qu'afin de foulager fa peine fes ennuis
,
Souvent le Voyageur à quelque chant.
s'adonne`;
Que le Soldat pendant les nuits ,
N iiij
152
Extraordinaire
En veillant des Chansons entonne.
Ca
Non , non , pour leurs doux chants je ne
condamne pas ,
Rameur , Soldat , Pafteur , ou celuy qui
voyage ;
Chacun d'eux y fent des appas,
Et dans fa peine fe foulage.
$3
Mais quant à mes ennuis , moy qui depuis
long-temps
Ecoute une Maiftreffe , & gemir , & se
plaindre ,
Parmy fes foupirs éclatans ,
A chanterpuis -je me contraindre ?
3
A peine avec ma voix veux je donc commencer
Quelque air melodieux , qu'en mon coeur
je rappelle ,
Que l'accent que je vay pouſſer ,
Me femble une chofe nouvelle.
S
Comme au fortir d'un lieu remply dobfcurité,
du Mercure Galant.
153
craint le vif éclat que le Soleil envoje,
De mefme en ma captivité ,
Je crains & le chant & la joye.
**
prend envie , ou que je Quand il me prend envie
fais deffein
De pincer doucement les cordes de ma
Lyre ,
Et que de ma tremblante main
-Ie fuis le doux air qui m'infpire;.
Que fur un Flageoles , ou fur un Cha-
Lumeau ,
Quelque aimable Chanson avec douceur
j'entonne ,
Que ma voix pouſſe un Air nouveau,
Pour fuivre mon Luth qui fredonne.
Helas ! autant de fois mes foupirs &
mes pleurs
Qui retiennent mês doigts , troublent
mon armonie ;
Ma voix qu'étouffent mes douleurs ,
154
Extraordinaire
Cede à ma trifteffe infinie .
l'effaye encore un coup à faire mes efforts,
Pour pouffer les accens d'une voix délicate,
Et joindre mes plus doux accords
Aux charmes du Lutb que je flatte.
Mais enfin j'apperçois , helas ! que c'eft en
vain
Quemon efprit s'efforce , & ma voix s'étudie
:
Car mon Luth , ma voix , ou ma main,
N'excite aucune melodie.
A negliger ainfi cet Art rare & char-
P
mant ;
Ma voix en perd l'uſage , & ma main
l'habitude ,
Et fi je l'aimais tendrement ,
L'en fuis & le foin & l'étude.
Quand mefme j'en aurois confervé dans le
coeur,
du Mercure Galant.
155
tendre paffion que j'en avois con- ·
ceue ;
Je ne vaincrois pas la rigueur
Du malheureux fort qui me tuë.
Mais encor que je fçache avec facilité,
Accorder doucement & ma voix & ma
Lyre :
Et que dans un air concerté
Ma languefaffe qu'on l'admire ;
**3
Soit qu'aux doux tremblemens qui pari
tent de mes doigs,
`Les neuf Soeurs d'Apollon cedent enfin
la gloire ;
Que mon Flageolet , ou ma voix,
Sur Marfias ait la victoire :
យ
Soit que dans l'Arcadie, autrefois Pan
vanté
Me quitte à la difpute & l'honneur &
la place ;
Que mon Luth foit plus écouté
Que celuy du Chantre de Thrace.
156
Extraordinaire
Dois-je dans cet eftat me plaindre & joupirer
?
Dois-je appliquer aux Chants mon ame
toute entiere ?
Quand je ne puis affez pleurer ,
Pour en avoir trop de matiere.
Helas ! dans mesfoupirs, & mes maux fi
divers ,
Mon coeur inceffamment goufte tant d'a
mertume ,
Que pour m'ofter l'amour des airs,
Mes douleurs paffent en coutume.
Mais quoy ! ne voit- on pas que les lieux,
les faifons ,
Ne peuvent convenir aux airs que je neglige?
Et que tout s'oppofe aux Chansons,
Dans la trifteffe qui m'afflige ?
Voulez- vous qu'en ces lieux, malgré mef
me monfort's
du Mercure Galant. }
157
T
dans l'éloignement de ma terre fi
chere ,
Sur moy je faffe quelque effort ,
Pour chanter à mon ordinaire ?
Ca
Helas ! comment chanter dans ce banniffement
,
Qui redouble en mon coeur une peine
infinie ?
Vni fâcheux éloignement
Ne convient pas à l'harmonie.
**
Quoy done! dans les horreurs de cet exil
fatal,
En ce trifte fejour où toujours je foupire,
Si loin de mon Pays natal ,
Ie ferois retentir ma Lyre ?
S
Pardonnez ; car le fort qui me vient
affliger
و ا ت
En me perçant le coeur d'une atteinte
imprévenë ,
M'ofte en ce Pays étranger ,
L'amour que j'en avois conceuë.
158 Extraordinaire
Tout banky que je fuis , & loin de
mon climat ,
Le defir de chanter nullement ne me
touche ,
Et l'horreur de mon trifte eftat
Me ferre le coeur & la bouche.
Non ne m'en parlez plus lorsque
mes triftes yeux
Se fondent tout en eau , ne verfent
que des larmes ;
Pourrois-ie en ce fort ennnyeux
Sur ma Lyre trouver des charmes ?
Avoir toujours l'objet d'on nailent mes
travaux
A fentir les ennuis dont mon ame eft
preßée ;
Par mon Luth d'adoucir mes maux,
Je ne puis avoir la pensée.
CA
Helas! le fouvenir de mes jours plus
heureux ,
du Mercure Galant. 159
Ne rappeller en l'esprit ma premiere
fortune ,
Et mon exil trop rigoureux
A chaque moment m'importune.
**
"S'il falloit qu ' Amphionfuft comme moy
contraint
1 De vivre dans ces lieux , il n'auroit
plus de gloire ,
Et de mefme douleur atteint,
Il briferoit fon Luth d'yvoire.
Par un regard Orphée , au retour des
Enfers ,
En perdant fa Moitié, perdit fa melodie,
Et fa main oubliant fes airs ,
Tout à coup devint engourdie.
Sa Harpe luy tomba fi promptement des
doigts ,
Qu'au vif reffentiment de fes douleurs
aiguës,
Les airs manquerent à fa voix,
Et fes cordes furent rompues .
160 Extraordinaire
Pourquoy donc aujourd'huy tant de fois
m'avertir,
Que je pouffe ma voix , & je pince ma
Lyre?
Monfort qui n'y peut confentir,
Veut feulement que je foûpire.
03
Helas ! quand je me vois dans l'exil où
je fuis ,
Et que mon cher climat ſe preſente à ma
venë ,
Je tombe en de fi grands ennuis,
Que mon ame en eftabattuë.
Aprés un long espoir , me voyant de retour
Dans un pays heureux , dont le defir me
preffe,
Mon coeur & ma voix tour à tour,
Chanteront avec allegreffe.
RAULT , de Rouen .
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Résumé : Sur le Psalme 136.
Le poème 'Sur le Psalm 136' traite de la difficulté de chanter en terre étrangère. Le narrateur exprime son désarroi face à l'idée de chanter malgré sa tristesse et sa douleur. En exil, il se sent incapable de trouver du réconfort dans la musique, contrairement à d'autres comme les rameurs, les bergers, les voyageurs et les soldats. Ses soupirs et ses pleurs l'empêchent de jouer de la lyre ou de chanter, bien qu'il reconnaisse ses compétences musicales. La mémoire des jours heureux et l'amertume de son exil rendent toute joie ou mélodie impossible. Il se compare à Orphée, qui perdit sa mélodie après la perte d'Eurydice. Le narrateur se demande pourquoi on lui demande de chanter alors qu'il est incapable de le faire, préférant soupirer. L'exil loin de son climat natal le plonge dans un grand ennui et abat son âme. Cependant, il espère qu'après un long exil, en revenant dans un pays heureux, son cœur et sa voix pourront chanter avec allégresse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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163
p. 69-72
Benediction de l'Abbesse de Betancourt en Picardie. [titre d'après la table]
Début :
Le Dimanche 7. du dernier mois, Dame Catherine Elisabeth de [...]
Mots clefs :
Abbesse, Abbaye de Betancourt, Prélat, Cérémonie, Noblesse, Bénédiction, Symphonie, Repas
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texteReconnaissance textuelle : Benediction de l'Abbesse de Betancourt en Picardie. [titre d'après la table]
Le Dimanche du dernier
mois , Dame Catherine
Elifabeth de Longueval de
Manicamp,Abbeffe de l'Abbaye
de Beftancour en Picardie
, fut benite par les
mains de Meffire François
Faure , Evefque d'Amiens ..
Ce Prelat eftoit reveſtu de
fes Habits Pontificaux , &
affifté de tous fes Officiers.
La Ceremonie fe fit au bruit
de plufieurs décharges , &
en prefence de quantité de
Nobleffe de la Province , de
l'un & de l'autre fexe. La
Meffe fut chantée par la Mu70
MERCURE
fique . Cette Abbeffe alla recevoir
la Benediction , précedée
de Dame Elifabeth de
Monchi de Senarpont, Religieufe
de l'Abbaye de Beftancour
, fa Chapelaine , qui
portoit fa Croffe. A colté
d'elle marcherent Dame Cecile
Gabrielle Faure , Niepce
de M' l'Evefque d'Amiens ,
Prieure de cette Abbaye , &
Dame Marguerite Foucault
Souprieure.Mademoiſelle de
Monchi, feconde Fille de M
de Monchi , Marquis de Senarpont
, & Mademoiſelle
d'Augenlieu , Penſionnaires
GALANT. 71
de la mefme Abbaye , portoient
fa queue. Une fimphonie
fort agreable ſe fit
entendre pendant la marche
du Choeur des Religieufes
jufques à l'Autel . M ' le Marquis
de Senarpont , dont je
vient de vous parler , M' de
la Roche Marquis de Fonteville
, M' de Monchi Baron
de Vifmes , M' de Monchi
Seigneur de Courcelle , &
M'de Vauchelle , portoient
les Offrandes . La Ceremonie
finit par un Te Deum chanté
en Mufique, pendant lequel
on alla baiſer l'Anneau de
72 MERCURE
Madame l'Abbeffe . Il Y eut
enfuite un magnifique repas.
mois , Dame Catherine
Elifabeth de Longueval de
Manicamp,Abbeffe de l'Abbaye
de Beftancour en Picardie
, fut benite par les
mains de Meffire François
Faure , Evefque d'Amiens ..
Ce Prelat eftoit reveſtu de
fes Habits Pontificaux , &
affifté de tous fes Officiers.
La Ceremonie fe fit au bruit
de plufieurs décharges , &
en prefence de quantité de
Nobleffe de la Province , de
l'un & de l'autre fexe. La
Meffe fut chantée par la Mu70
MERCURE
fique . Cette Abbeffe alla recevoir
la Benediction , précedée
de Dame Elifabeth de
Monchi de Senarpont, Religieufe
de l'Abbaye de Beftancour
, fa Chapelaine , qui
portoit fa Croffe. A colté
d'elle marcherent Dame Cecile
Gabrielle Faure , Niepce
de M' l'Evefque d'Amiens ,
Prieure de cette Abbaye , &
Dame Marguerite Foucault
Souprieure.Mademoiſelle de
Monchi, feconde Fille de M
de Monchi , Marquis de Senarpont
, & Mademoiſelle
d'Augenlieu , Penſionnaires
GALANT. 71
de la mefme Abbaye , portoient
fa queue. Une fimphonie
fort agreable ſe fit
entendre pendant la marche
du Choeur des Religieufes
jufques à l'Autel . M ' le Marquis
de Senarpont , dont je
vient de vous parler , M' de
la Roche Marquis de Fonteville
, M' de Monchi Baron
de Vifmes , M' de Monchi
Seigneur de Courcelle , &
M'de Vauchelle , portoient
les Offrandes . La Ceremonie
finit par un Te Deum chanté
en Mufique, pendant lequel
on alla baiſer l'Anneau de
72 MERCURE
Madame l'Abbeffe . Il Y eut
enfuite un magnifique repas.
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Résumé : Benediction de l'Abbesse de Betancourt en Picardie. [titre d'après la table]
Le dimanche du dernier mois, Dame Catherine Élisabeth de Longueval de Manicamp a été bénite comme abbesse de l'Abbaye de Beftancour en Picardie par Monseigneur François Faure, évêque d'Amiens. La cérémonie, marquée par une grande solennité, s'est déroulée en présence de nombreux nobles des deux sexes de la province et au son de décharges d'artillerie. Monseigneur Faure, vêtu de ses habits pontificaux, était assisté de ses officiers. La messe a été chantée par la musique de l'abbaye. Dame Élisabeth de Monchi de Senarpont, religieuse et chapelaine, a précédé l'abbesse avec la croix, accompagnée de Dame Cécile Gabrielle Faure, nièce de l'évêque et prieure de l'abbaye, et de Dame Marguerite Foucault, supérieure. Mademoiselle de Monchi et Mademoiselle d'Augenlieu, pensionnaires, portaient la queue de l'abbesse. Une symphonie a accompagné la marche du chœur des religieuses jusqu'à l'autel. Plusieurs nobles, dont le marquis de Senarpont et le marquis de la Roche, ont porté les offrandes. La cérémonie s'est conclue par un Te Deum chanté en musique, durant lequel les participants ont baisé l'anneau de l'abbesse. Un somptueux repas a suivi.
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164
p. 99-106
Translations. [titre d'après la table]
Début :
On a fait une grande Ceremonie chez les Peres Minimes [...]
Mots clefs :
Cérémonie, Translation, Ossements, Procession, Rome, Cortège, Dévotion, Piété, Martyre, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Translations. [titre d'après la table]
On a fait une grande Ceremonie
chez les Peres Minimes
de Peronne , pour la
Tranſlation des Offemens
du Corps de S.Jufte Martyr,
qui ont efté nouvellement
envoyez de Rome. La Proceffion
alla prendre la Chaffe
qui avoit effé portée àun Repofoir
dreffé au bout de la
I ij
100 MERCURE
Ville. Les ruës eftoient ten
duës de Tapifferies , & pendant
la marche l'on fit des
pauſes de diſtance en diſtan
ce , où la Mufique chanta
des Motets. Meffieurs de
Ville de l'ancienne & nouvelle
Loy fe trouverent tous
à cette Proceffion , où tous
les Drapeaux des Corps de
Meſtiers , au nombre de trente-
deux,furent portez quatre
quatre , chacun par le Capitaine
- Enfeigne de leur
Corps , l'Epée au cofté, & la
pomme de la Lance fur l'efà
tomach . On entra dans l'EGALANT.
101
glife Royale & Collegiale de
S. Furcy , où la Chaffe repofa
pendant le Panegyrique du
Saint , qui fut prononcé par
M' Desfrefnes , Chantre &
Chanoine de la même Eglife .
Enfuite elle fut portée chez
les Peres Minimes , où elle demeura
toute l'Octave expofée
à la Devotion du Peuple.
L'Eglife eftoit fort parée , &
il y avoit quantité d'Infcriptions
dans de grands Cartouches
.
Le concours a auffi efté
extraordinaire
pour une pareille
Ceremonie
que
l'on a
I iij
102 MERCURE
faite à Niort, à l'occafion du
Corps prefque entier de
S. Victor , dont le Pere Ifi- .
dore de Niort , Ex- Provin
cial & Vifiteur des Capucins
de la Province de Touraine,
a fait preſent à la Ville , pour
y laiffer un monument éternel
de fa pieté & de fon
amour pour fa Patrie. Cette
Sainte Relique qu'il a obtenuë
du Pape, fut tirée en 1675
du Cimetiere Ciriaque . Le
vray Nom de cet Illuftre
Martyr que l'on pretend eſtre
du premier Siécle , eft
Aphrodize ; c'eft ce qui eftoir
1
GALANT. 103
marqué fur fon Tombeau,
trouvé aupres de celuy des
Apoftres S. Pierre & S. Paul .
Le Pape Innocent XI . luy a
donné celuy de Victor , à
cauſe que les Romains , fuivant
leurs Privileges
, ne permettent
point que l'on tranf
porte un Corps Saint hors de
la Ville , fi on ne luy donne
un fecond Nom. On trouva
dans ce Tombeau une Phiole
de verre , pleine du Sang de
ce S. Martyr , quiconfervoit
encore fa couleur rouge,
bien que congelé, ce qui eft
la vraye marque du Mar-
I iiij
104 MERCURE
tyre.Je n'entreray point dans
l'entier détail des Ceremonies
qui ont efté faites à Niort , à
l'occafion de cette Sainte
Relique. La Proceffion fut
tres -folemnelle le jour que
l'on en fit la Tranflation . Il
s'y trouva plus de douze
mille perfonnes ; & comme
l'Eglife des Capucins où elle
devoit fe rendre n'auroit pû
les contenir , & que les Halles
de Niort font tres - grandes
& tres - belles , on y avoit
dreffé un Autel fort élevé
avec des gradins, & orné de
Tapifleries. Une cloſture
GALANT 105
que l'on avoit auffi faite,
compofoit un Choeur , au milieu
duquel eftoit une Eſtrade
fur laquelle la Relique fut
pofée. M'de la Terraudiere,
Maire de la Ville , avoit pris
le foin de toutes ces chofes ,
Mr le Curé de Noftre- Dame
chanta folemnellement la
grand' Meffe fur cet Autel,
& le Pere Ifidore fit le Pane
gyrique du Saint. La Proceffion
s'eftant renduë en
l'Eglife des Capucins, qui eft
au Fauxbourg du Port, on
chanta le Te Deum , au carrillon
de toutes les Clo106
MERCURE
ches de la Ville , & le foir
il y eut des Illuminations
& des Feux d'artifice dans
le Convent. Le jour de l'Octave
on fit une feconde
Proceffion , où l'on porta
encore la Relique. Lamef
me affluence de monde s'y
trouva , & le Pere Mefnard
de l'Oratoire prononça le
Panegyrique dans le grand
Carrefour du Fauxbourg du
Port, où l'on avoit placé une
Chaire.
chez les Peres Minimes
de Peronne , pour la
Tranſlation des Offemens
du Corps de S.Jufte Martyr,
qui ont efté nouvellement
envoyez de Rome. La Proceffion
alla prendre la Chaffe
qui avoit effé portée àun Repofoir
dreffé au bout de la
I ij
100 MERCURE
Ville. Les ruës eftoient ten
duës de Tapifferies , & pendant
la marche l'on fit des
pauſes de diſtance en diſtan
ce , où la Mufique chanta
des Motets. Meffieurs de
Ville de l'ancienne & nouvelle
Loy fe trouverent tous
à cette Proceffion , où tous
les Drapeaux des Corps de
Meſtiers , au nombre de trente-
deux,furent portez quatre
quatre , chacun par le Capitaine
- Enfeigne de leur
Corps , l'Epée au cofté, & la
pomme de la Lance fur l'efà
tomach . On entra dans l'EGALANT.
101
glife Royale & Collegiale de
S. Furcy , où la Chaffe repofa
pendant le Panegyrique du
Saint , qui fut prononcé par
M' Desfrefnes , Chantre &
Chanoine de la même Eglife .
Enfuite elle fut portée chez
les Peres Minimes , où elle demeura
toute l'Octave expofée
à la Devotion du Peuple.
L'Eglife eftoit fort parée , &
il y avoit quantité d'Infcriptions
dans de grands Cartouches
.
Le concours a auffi efté
extraordinaire
pour une pareille
Ceremonie
que
l'on a
I iij
102 MERCURE
faite à Niort, à l'occafion du
Corps prefque entier de
S. Victor , dont le Pere Ifi- .
dore de Niort , Ex- Provin
cial & Vifiteur des Capucins
de la Province de Touraine,
a fait preſent à la Ville , pour
y laiffer un monument éternel
de fa pieté & de fon
amour pour fa Patrie. Cette
Sainte Relique qu'il a obtenuë
du Pape, fut tirée en 1675
du Cimetiere Ciriaque . Le
vray Nom de cet Illuftre
Martyr que l'on pretend eſtre
du premier Siécle , eft
Aphrodize ; c'eft ce qui eftoir
1
GALANT. 103
marqué fur fon Tombeau,
trouvé aupres de celuy des
Apoftres S. Pierre & S. Paul .
Le Pape Innocent XI . luy a
donné celuy de Victor , à
cauſe que les Romains , fuivant
leurs Privileges
, ne permettent
point que l'on tranf
porte un Corps Saint hors de
la Ville , fi on ne luy donne
un fecond Nom. On trouva
dans ce Tombeau une Phiole
de verre , pleine du Sang de
ce S. Martyr , quiconfervoit
encore fa couleur rouge,
bien que congelé, ce qui eft
la vraye marque du Mar-
I iiij
104 MERCURE
tyre.Je n'entreray point dans
l'entier détail des Ceremonies
qui ont efté faites à Niort , à
l'occafion de cette Sainte
Relique. La Proceffion fut
tres -folemnelle le jour que
l'on en fit la Tranflation . Il
s'y trouva plus de douze
mille perfonnes ; & comme
l'Eglife des Capucins où elle
devoit fe rendre n'auroit pû
les contenir , & que les Halles
de Niort font tres - grandes
& tres - belles , on y avoit
dreffé un Autel fort élevé
avec des gradins, & orné de
Tapifleries. Une cloſture
GALANT 105
que l'on avoit auffi faite,
compofoit un Choeur , au milieu
duquel eftoit une Eſtrade
fur laquelle la Relique fut
pofée. M'de la Terraudiere,
Maire de la Ville , avoit pris
le foin de toutes ces chofes ,
Mr le Curé de Noftre- Dame
chanta folemnellement la
grand' Meffe fur cet Autel,
& le Pere Ifidore fit le Pane
gyrique du Saint. La Proceffion
s'eftant renduë en
l'Eglife des Capucins, qui eft
au Fauxbourg du Port, on
chanta le Te Deum , au carrillon
de toutes les Clo106
MERCURE
ches de la Ville , & le foir
il y eut des Illuminations
& des Feux d'artifice dans
le Convent. Le jour de l'Octave
on fit une feconde
Proceffion , où l'on porta
encore la Relique. Lamef
me affluence de monde s'y
trouva , & le Pere Mefnard
de l'Oratoire prononça le
Panegyrique dans le grand
Carrefour du Fauxbourg du
Port, où l'on avoit placé une
Chaire.
Fermer
Résumé : Translations. [titre d'après la table]
Deux cérémonies distinctes ont marqué la translation de reliques de saints. À Péronne, les Pères Minimes ont organisé une grande cérémonie pour la translation des offrandes du corps de Saint Juste Martyr, récemment arrivées de Rome. Une procession a récupéré la châsse dans un dépôt temporaire, traversant des rues ornées de tapisseries. Trente-deux corporations de métiers ont participé, portant leurs drapeaux et armes. La châsse a été placée dans l'église royale et collégiale de Saint-Furcy pour un panégyrique, puis exposée chez les Pères Minimes pendant une octave. À Niort, une cérémonie a célébré la translation du corps presque entier de Saint Victor, offert par le Père Isidore. Cette relique, initialement nommée Aphrodize, a été renommée Victor par le Pape Innocent XI en 1675. Plus de douze mille personnes ont assisté à la procession, marquée par des cérémonies solennelles et des illuminations. La relique a été exposée dans les halles de Niort, décorées pour l'occasion, avec des panégyriques prononcés par le Père Isidore et le Père Mesnard de l'Oratoire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
165
p. 242-263
Evesques decedez, avec les noms & les services qu'ont rendu à l'Eglise ceux qui ont remply leur place. [titre d'après la table]
Début :
L'Eglise de France a perdu plusieurs Prelats d'un fort grand [...]
Mots clefs :
Église de France, Décès, Prélats, Successeurs, Évêques, Archevêques, Diocèse, Paroisse, Services, Charité, Abbé, Précepteur, Piété, Docteur en théologie, Sacre, Famille, Nominations, Testament, Siège vacant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Evesques decedez, avec les noms & les services qu'ont rendu à l'Eglise ceux qui ont remply leur place. [titre d'après la table]
L'Eglife de France a perdu
plufieurs Prelats d'un fort
grand merite . Je vous par-
Teray de chacun d'eux felon
le jour de leur mort , &
vous apprendray en meſmeGALANT:
243
鼈
temps quels Succeffeurs ils .
ont eu . Meffire Charles de
Bourlon , Evefque de Soiffons
, mourut le 26. du dernier
mois dans fon Palais Epiſcopal
. Il eſtoit âgé de 72 .
ans , & en avoit employé
35.
dans la conduite de ce Dioceze.
Sa charité luy faifoit aimer
les fatigues & les peines.
Il vifitoit fort affiduement
les Paroiffes
de la Campagne
, fecouroit les Pauvres ,
& alloit exhorter les Malades
à prendre une refignation
Chreftienne
. Quand la
Ville de Soiffons fut affligée
X ij
244 MERCURE
de la Pefte , il n'en fortit
point, & contribua de tous
fes foins au foulagement
qu'elle reçût. Il fucceda dans
cét Evefché à Meffire Simon
le Gras , dont il avoit efté
nommé Coadjuteur en 1652 .
Il luy fervit d'Evefque Affiftant
lors que le Roy fut facré
à Rheims.
M. l'Abbé Huet , de l'Academie
Françoiſe , cy devant
Sous- Precepteur de
Monfeigneur le Dauphin
a efté fait Evefque de Soiffons
. C'eft un homme d'une
tres -profonde érudition , &
GALANT. 245
dont le merite & la probité
paffent tout le bien qu'on
en peut dire.
Jerôme Grimaldi , Noble
Genois , Cardinal , Archevef
que d'Aix en Provence , Evefque
d'Albano , & Abbé
de S. Florent , mourut dans
fon Palais Archiepifcopal le
4. de ce mois , aprés avoir
receu les Sacremens avec des
marques d'une pieté toute
finguliere.Tous les Malheu
reux de fon Dioceze rece
voient de grands fecours de
fa charité , & vous jugez
bien par là qu'il y doit eſtre
X iij
246 MERCURE
extremément regreté. Il é,
toit Fils de Jean Jacques Grimaldi
Baron de S. Feli dans
le Royaume de Naples , &
de Jeronime Mari. Il fut Re
ferendaire de l'une & l'autre
Signature en 1621. fous
Gregoire X V. Urbain VIII ,
le fit Vice-Legat de la Province
du Patrimoine en 1625.
Gouverneur de Rome en
1628. & de Peroufe & d'Urbin
en 1634. Il fut envoyé
Nonce en Allemagne , puis
en France , & receut le Chapeau
de Cardinal en 1643. Il
eft mort âgé de 90. ans , & a,
GALANT 247
a
voit renoncé aux honeurs de
la Dignité deDoyen du Sacré
College , n'ayant point voulu
quitter fon Eglife pour aller
à Rome. Il y a eu un autre
Jerôme Grimaldi de Genes
, qui ayant perdu fa Femme
, dont il avoit eu trois
Fils , embraffa l'Etat Ecclefiaftique.
Clement VII. le
fit Cardinal
en 1527. Il fut
Archevefque
de Bary
,
&
eut encore
les Evefchez
de
Venafre
& d'Arbenga
.
L'Archevefché
d'Aix étant
demeuré vacant par
la mort
de M' le Cardinal Grimaldi ,
X iiij
248 MERCURE
Sa Majesté y a nommé Mef
fire Charles le Goux de la
Berchere , Evefque de Lavaur
, Prieur Commendataire
du Prieuré Royal de faint
Mauris de Senlis , Docteur
en Theologie de la Faculté
de Paris , & cy-devant Aumônier
du Roy. Il eft d'une
humeur fort douce , & a l'es
manieres tres-honneftes . Il
fut nommé à l'Eveſché de
Lavaur le 18. Juin 1677. facré
le 12. Avril 1678. & en prit
poffeffion le
17. Decembre
de la mefme année . Il eſt
Fils de feu Meffire Pierre le
GALANT. 249
Goux de la Berchere , Marquis
d'Inteville , Comte de
la Rochepot , Baron de Toify
, Seigneur de la Breteſche,
Premier Prefident au Parlement
de Dijon , & depuis au
Parlement de Grenoble ; &
de Dame Loüife Joly , Soeur
de Georges Joly , Prefident
au Mortier du Parlement de
Dijon , d'une Famille qui a
donné divers Confeillers aux
Parlemens de Paris , Dijon
& Mers , & au Grand Confeil
. Son Ayeul Jean Baptifte
le Goux , Seigneur de la Berchere
, Boncourt , Vofne ,
7
250 MERCURE
Flegey , & Santeney , fut
aufli Premier Prefident au
Parlement de Bourgogne
,
& député en 1612. par le feu
Roy , pour regler avec les
Deputez d'Espagne , les Limites
du Duché & Comté
de Bourgogne. M de la
Berchere nommé Archevef
que d'Aix , a eu deux Freres .
l'aifné eftoit Denys le Goux:
de la Berchere , Marquis.
d'Inteville , Comte de Ro
chepot , Baron de Toify
Premier Prefident au Parle
ment de Dauphiné , qui eft:
mort fans alliance , & a laifGALANT.
251
fé de grands biens à l'Hofpital
de la Charité de Paris .
Le fecond eft Urbain le
Goux de la Berchere , à prefent
Maiſtre des Requeftes
,
& Intendant de Juftice à
Montauban
, & auparavant
en Auvergne. Il a auffi deux
Soeurs qui ont efté mariées ,
l'une à M ' le Coq , S ' de Corbeville
, Goupiliere & des
Porcherons , Confeiller en
la Premiere des Enqueftes
du Parlement de Paris , &
l'autre à feu M² le Marquis
de Boury de la Maifon de
Pelevé. Humbert , le Goux
252 MERCURE
Doyen de S. Vincent de
Châlons , & de Noftre- Dame
de Beaune , eftoit Confeiller
Clerc au Parlement
de Dijon , fous le Regne de
Louis XII. La Famille dés
le Goux de la Berchere ' , qui
eft de Bourgogne
porte
d'argent , à une tefte de More
de fable bandée d'argent , accompagnée
de trois Moletes de gueules
; pour Cimier une Tefte de
More bandée de Sable , eg pour
Suppots deux Mores de fable ,
bes Teftes de front.
M l'Abbé Fléchier , de
GALANT
253
l'Academie Françoiſe , Aumônier
Ordinaire de Madadame
la Dauphine , a eſté
nommé Evefque de Lavaur ,
à la place de M de la Ber
chere. On ne peut pouffer
dans un plus haut dégré qu'il
a fait l'éloquence de la Chaire
, avoir le gouft meilleur ,
plus de délicateffe d'efprit ,
ny eſtre plus honnefte homme.
Meffire Jean de
Montpezat
de Carbon , Archevel
que de Sens . Primat
des
Gaules & de
Germanie , Abbé
d'Homblieres ,
mourut
254 MERCURE
icy le 5. de ce mois , âgé de
79. ans , & fit paroiftre par
des difpofitions toutes Chrêtiennes
, qu'il fe preparoit
depuis long- temps au compte
qu'il devoit rendre de fes
actions devant le Tribunal
de la Divine Juftice . Sa Ma- ·
jefté le nomma à l'Eveſché
de Saint Papoul le 15. Juin
1658. & il y fit fon Entrée le
1. Fevrier 1659. Il fut nommé
à l'Archevefché de Bourges
le 28. Octobre 1664. Peu de
temps aprés à l'Archevefché
de Touloufè , & en 1674. à
l'Archevefché de Sens , qui
GALANT· 255
eftoit vacant par la mort de
Meffire Louis Henry de
Gondrin. Il a prefidé en plufieurs
Affemblées Generales
du Clergé , dans lesquelles il
a rendu de grands fervices à
l'Eglife & au Roy . Il a remply
dignement tous les devoirs
d'un bon & charitable
Prelat par fes Exhortations ,
& par fes Aumônes , & a
donné des marques d'une
prudence extraordinaire , &
d'une extrême douceur en
toutes fortes d'occafions . Il .
eft mort en cette Ville où
fes continuelles Infirmitez
256 MERCURE
l'avoient obligé de demeurer
depuis l'Affemblée du
Clergé, M Cheron , Official
de l'Eglife de Paris , qu'il
a fait Executeur de fon Tef
tament , M ' Mathieu , Curé
de Saint André des Arcs , &
le Pere Bourdalouë Jefuite ,
qui l'ont affifté dans les derniers
momens de fa vie , rendent
témoignage de fes fentimens
pleins de ſoûmiſſion
aux ordres de Dieu. Son
Corps a efté déposé dans l'Eglife
de Saint André des
Arts fa Paroiffe, d'où il a efté
transferé en fon Eglife MeGALANT.
257
tropolitaine de Sens , qu'il a
choifie pour fa Sepulture. It
eftoit Frere de Meffire Jofeph
de Montpezat de Carbon
, Evefque de Saint Pa
poul , puis Archevefque de
Toulouſe, & de M¹le Comte
de Tajan. Leur Maiſon eft
l'une des plus Illuftres de
Gaſcogne , & l'on tient qu'、
elle tire fon origine d'un
Claudius Carbon , ancien
Romain,que le Senat envoya
en Eſpagne. Il eft certain
que Jean de Carbon fut un
Homme illuftre quife fignala
avec avantage dans la fa-,
Novembre 1685. Y
258 MERCURE
meuſe Bataille que
les Efpa
gnols donnerent contre les
Mores. L'Hiftoire en parle
d'une maniere tres glorieufe
pour ceux de cette Maifon.
Ce Jean de Carbon s'eſtant
retiré enfuite dans le Comté
de Bigorre, s'allia aux Comtes
de Foix , de Bigorre , de
Pardia , & de Montlefun de
Bezemaux , dont eft forty
Antoine Defprez de Mont-
' pezat, Chevalier des Ordres
du Roy,Maréchal de France,
pluſieurs grands Perſonnages
, & M les Archevefques
Is
de Sens & deToulouſe.Cette
GALANT. 259
Maiſon porte écartelé au 1.
4. de gueules aux Balances d'or;
au 2. 3. de gueules au Lyon
d'argent , & fur le tout d'azur
à un Monde d'or
L'Archevefché de Sens
qui eft demeuré vacant par
cette mort , a efté donné à
M Fortin de la Hoguete
Evefque de Poitiers , & Ne
veu de feu M' de Perefixe
Archevefque de Paris . M
de la Hoguete fon Pere ef
toit Gouverneur de M' de
Longueville. C'eft à luy que
nous devons le Teftament
d'un bon Pere à fes Enfans..
Y ij
260 MERCURE
Nous avons eu peu de Livres
de nos jours , qui ayent fait
un auffi grand bruit , & dont
on puiffe tirer plus d'utilité
pour regler fes moeurs ," &
pour fe conduire avec prudence.
Ce Prelat, qui eft Docteur
de Sorbonne , a eſté
Agent du Clergé , & l'on ne
peut travailler avec plus de
fruit qu'il a fait à la Converfion
des Religionnaires dans
l'Evefché de Poitiers . La valeur
n'eft pas moins hereditaire
à cette Famille , que la
pieté & le fçavoir .M' le Chevalier
de la Hoguete fon FreGALANT.
261
re s'eft diftingué en tant de
rencontres , qu'il eft preſque
parvenu aux premiers emplois
de l'Epée.
M l'Abbé de Quincé, Fils
du fameux Comte de Quincé
General des Armées du Roy,
eft devenu Evefque de Poi
tiers par ce changement. Il
eft d'une vertu exemplaire ,
& a beaucoup de délicateffe
d'efprit.
M'l'Evefque de Pamiers
ayant trouvéque l'Epifcopat
engageoit à des devoirs qu'il
apprehendoit de ne pas remplir
affez, a donné la démif262
MERCURE
fion de fon Eveſché , & a eſté
pourveu de l'Abbaye de S.
Florent lez Saumur , Ordre
de Saint Benoist , Dioceſe
d'Angers , qu'avoit feu M❜le
Cardinal Grimaldi . Il eft Fils
de M' de Bourlemont, & Ne--
veu de M❜l'Archevefque de
Bordeaux .
L'Evefché de Pamiers , que
cette démiffion a rendu vacant
, a eſté donné à M² l'Evefque
de Glandeye , & l'Evefché
de Glandeveà M ' Ver--
jus de l'Oratoire, Evefque de
Graffe. Sa pieté eft connue de
tout le monde. Il eſt Frere de
GALANT. 263
M' le Comte de Crecy , Plenipotentiaire
pour le Roy en
Allemagne , & du Pere Verjus
Jefuite.
Mr. l'Abbé de Viens a eu
l'Evefché de Graffe. C'eft un
Homme de qualité de Provence
, Neveu de M ' de Vallavoir
, & de feu Monfieur
l'Evefque de Riez.. On ne
peut trop louer fon efprit,
fon érudition , fes bonnes
moeurs, & fes manieres honneftes.
plufieurs Prelats d'un fort
grand merite . Je vous par-
Teray de chacun d'eux felon
le jour de leur mort , &
vous apprendray en meſmeGALANT:
243
鼈
temps quels Succeffeurs ils .
ont eu . Meffire Charles de
Bourlon , Evefque de Soiffons
, mourut le 26. du dernier
mois dans fon Palais Epiſcopal
. Il eſtoit âgé de 72 .
ans , & en avoit employé
35.
dans la conduite de ce Dioceze.
Sa charité luy faifoit aimer
les fatigues & les peines.
Il vifitoit fort affiduement
les Paroiffes
de la Campagne
, fecouroit les Pauvres ,
& alloit exhorter les Malades
à prendre une refignation
Chreftienne
. Quand la
Ville de Soiffons fut affligée
X ij
244 MERCURE
de la Pefte , il n'en fortit
point, & contribua de tous
fes foins au foulagement
qu'elle reçût. Il fucceda dans
cét Evefché à Meffire Simon
le Gras , dont il avoit efté
nommé Coadjuteur en 1652 .
Il luy fervit d'Evefque Affiftant
lors que le Roy fut facré
à Rheims.
M. l'Abbé Huet , de l'Academie
Françoiſe , cy devant
Sous- Precepteur de
Monfeigneur le Dauphin
a efté fait Evefque de Soiffons
. C'eft un homme d'une
tres -profonde érudition , &
GALANT. 245
dont le merite & la probité
paffent tout le bien qu'on
en peut dire.
Jerôme Grimaldi , Noble
Genois , Cardinal , Archevef
que d'Aix en Provence , Evefque
d'Albano , & Abbé
de S. Florent , mourut dans
fon Palais Archiepifcopal le
4. de ce mois , aprés avoir
receu les Sacremens avec des
marques d'une pieté toute
finguliere.Tous les Malheu
reux de fon Dioceze rece
voient de grands fecours de
fa charité , & vous jugez
bien par là qu'il y doit eſtre
X iij
246 MERCURE
extremément regreté. Il é,
toit Fils de Jean Jacques Grimaldi
Baron de S. Feli dans
le Royaume de Naples , &
de Jeronime Mari. Il fut Re
ferendaire de l'une & l'autre
Signature en 1621. fous
Gregoire X V. Urbain VIII ,
le fit Vice-Legat de la Province
du Patrimoine en 1625.
Gouverneur de Rome en
1628. & de Peroufe & d'Urbin
en 1634. Il fut envoyé
Nonce en Allemagne , puis
en France , & receut le Chapeau
de Cardinal en 1643. Il
eft mort âgé de 90. ans , & a,
GALANT 247
a
voit renoncé aux honeurs de
la Dignité deDoyen du Sacré
College , n'ayant point voulu
quitter fon Eglife pour aller
à Rome. Il y a eu un autre
Jerôme Grimaldi de Genes
, qui ayant perdu fa Femme
, dont il avoit eu trois
Fils , embraffa l'Etat Ecclefiaftique.
Clement VII. le
fit Cardinal
en 1527. Il fut
Archevefque
de Bary
,
&
eut encore
les Evefchez
de
Venafre
& d'Arbenga
.
L'Archevefché
d'Aix étant
demeuré vacant par
la mort
de M' le Cardinal Grimaldi ,
X iiij
248 MERCURE
Sa Majesté y a nommé Mef
fire Charles le Goux de la
Berchere , Evefque de Lavaur
, Prieur Commendataire
du Prieuré Royal de faint
Mauris de Senlis , Docteur
en Theologie de la Faculté
de Paris , & cy-devant Aumônier
du Roy. Il eft d'une
humeur fort douce , & a l'es
manieres tres-honneftes . Il
fut nommé à l'Eveſché de
Lavaur le 18. Juin 1677. facré
le 12. Avril 1678. & en prit
poffeffion le
17. Decembre
de la mefme année . Il eſt
Fils de feu Meffire Pierre le
GALANT. 249
Goux de la Berchere , Marquis
d'Inteville , Comte de
la Rochepot , Baron de Toify
, Seigneur de la Breteſche,
Premier Prefident au Parlement
de Dijon , & depuis au
Parlement de Grenoble ; &
de Dame Loüife Joly , Soeur
de Georges Joly , Prefident
au Mortier du Parlement de
Dijon , d'une Famille qui a
donné divers Confeillers aux
Parlemens de Paris , Dijon
& Mers , & au Grand Confeil
. Son Ayeul Jean Baptifte
le Goux , Seigneur de la Berchere
, Boncourt , Vofne ,
7
250 MERCURE
Flegey , & Santeney , fut
aufli Premier Prefident au
Parlement de Bourgogne
,
& député en 1612. par le feu
Roy , pour regler avec les
Deputez d'Espagne , les Limites
du Duché & Comté
de Bourgogne. M de la
Berchere nommé Archevef
que d'Aix , a eu deux Freres .
l'aifné eftoit Denys le Goux:
de la Berchere , Marquis.
d'Inteville , Comte de Ro
chepot , Baron de Toify
Premier Prefident au Parle
ment de Dauphiné , qui eft:
mort fans alliance , & a laifGALANT.
251
fé de grands biens à l'Hofpital
de la Charité de Paris .
Le fecond eft Urbain le
Goux de la Berchere , à prefent
Maiſtre des Requeftes
,
& Intendant de Juftice à
Montauban
, & auparavant
en Auvergne. Il a auffi deux
Soeurs qui ont efté mariées ,
l'une à M ' le Coq , S ' de Corbeville
, Goupiliere & des
Porcherons , Confeiller en
la Premiere des Enqueftes
du Parlement de Paris , &
l'autre à feu M² le Marquis
de Boury de la Maifon de
Pelevé. Humbert , le Goux
252 MERCURE
Doyen de S. Vincent de
Châlons , & de Noftre- Dame
de Beaune , eftoit Confeiller
Clerc au Parlement
de Dijon , fous le Regne de
Louis XII. La Famille dés
le Goux de la Berchere ' , qui
eft de Bourgogne
porte
d'argent , à une tefte de More
de fable bandée d'argent , accompagnée
de trois Moletes de gueules
; pour Cimier une Tefte de
More bandée de Sable , eg pour
Suppots deux Mores de fable ,
bes Teftes de front.
M l'Abbé Fléchier , de
GALANT
253
l'Academie Françoiſe , Aumônier
Ordinaire de Madadame
la Dauphine , a eſté
nommé Evefque de Lavaur ,
à la place de M de la Ber
chere. On ne peut pouffer
dans un plus haut dégré qu'il
a fait l'éloquence de la Chaire
, avoir le gouft meilleur ,
plus de délicateffe d'efprit ,
ny eſtre plus honnefte homme.
Meffire Jean de
Montpezat
de Carbon , Archevel
que de Sens . Primat
des
Gaules & de
Germanie , Abbé
d'Homblieres ,
mourut
254 MERCURE
icy le 5. de ce mois , âgé de
79. ans , & fit paroiftre par
des difpofitions toutes Chrêtiennes
, qu'il fe preparoit
depuis long- temps au compte
qu'il devoit rendre de fes
actions devant le Tribunal
de la Divine Juftice . Sa Ma- ·
jefté le nomma à l'Eveſché
de Saint Papoul le 15. Juin
1658. & il y fit fon Entrée le
1. Fevrier 1659. Il fut nommé
à l'Archevefché de Bourges
le 28. Octobre 1664. Peu de
temps aprés à l'Archevefché
de Touloufè , & en 1674. à
l'Archevefché de Sens , qui
GALANT· 255
eftoit vacant par la mort de
Meffire Louis Henry de
Gondrin. Il a prefidé en plufieurs
Affemblées Generales
du Clergé , dans lesquelles il
a rendu de grands fervices à
l'Eglife & au Roy . Il a remply
dignement tous les devoirs
d'un bon & charitable
Prelat par fes Exhortations ,
& par fes Aumônes , & a
donné des marques d'une
prudence extraordinaire , &
d'une extrême douceur en
toutes fortes d'occafions . Il .
eft mort en cette Ville où
fes continuelles Infirmitez
256 MERCURE
l'avoient obligé de demeurer
depuis l'Affemblée du
Clergé, M Cheron , Official
de l'Eglife de Paris , qu'il
a fait Executeur de fon Tef
tament , M ' Mathieu , Curé
de Saint André des Arcs , &
le Pere Bourdalouë Jefuite ,
qui l'ont affifté dans les derniers
momens de fa vie , rendent
témoignage de fes fentimens
pleins de ſoûmiſſion
aux ordres de Dieu. Son
Corps a efté déposé dans l'Eglife
de Saint André des
Arts fa Paroiffe, d'où il a efté
transferé en fon Eglife MeGALANT.
257
tropolitaine de Sens , qu'il a
choifie pour fa Sepulture. It
eftoit Frere de Meffire Jofeph
de Montpezat de Carbon
, Evefque de Saint Pa
poul , puis Archevefque de
Toulouſe, & de M¹le Comte
de Tajan. Leur Maiſon eft
l'une des plus Illuftres de
Gaſcogne , & l'on tient qu'、
elle tire fon origine d'un
Claudius Carbon , ancien
Romain,que le Senat envoya
en Eſpagne. Il eft certain
que Jean de Carbon fut un
Homme illuftre quife fignala
avec avantage dans la fa-,
Novembre 1685. Y
258 MERCURE
meuſe Bataille que
les Efpa
gnols donnerent contre les
Mores. L'Hiftoire en parle
d'une maniere tres glorieufe
pour ceux de cette Maifon.
Ce Jean de Carbon s'eſtant
retiré enfuite dans le Comté
de Bigorre, s'allia aux Comtes
de Foix , de Bigorre , de
Pardia , & de Montlefun de
Bezemaux , dont eft forty
Antoine Defprez de Mont-
' pezat, Chevalier des Ordres
du Roy,Maréchal de France,
pluſieurs grands Perſonnages
, & M les Archevefques
Is
de Sens & deToulouſe.Cette
GALANT. 259
Maiſon porte écartelé au 1.
4. de gueules aux Balances d'or;
au 2. 3. de gueules au Lyon
d'argent , & fur le tout d'azur
à un Monde d'or
L'Archevefché de Sens
qui eft demeuré vacant par
cette mort , a efté donné à
M Fortin de la Hoguete
Evefque de Poitiers , & Ne
veu de feu M' de Perefixe
Archevefque de Paris . M
de la Hoguete fon Pere ef
toit Gouverneur de M' de
Longueville. C'eft à luy que
nous devons le Teftament
d'un bon Pere à fes Enfans..
Y ij
260 MERCURE
Nous avons eu peu de Livres
de nos jours , qui ayent fait
un auffi grand bruit , & dont
on puiffe tirer plus d'utilité
pour regler fes moeurs ," &
pour fe conduire avec prudence.
Ce Prelat, qui eft Docteur
de Sorbonne , a eſté
Agent du Clergé , & l'on ne
peut travailler avec plus de
fruit qu'il a fait à la Converfion
des Religionnaires dans
l'Evefché de Poitiers . La valeur
n'eft pas moins hereditaire
à cette Famille , que la
pieté & le fçavoir .M' le Chevalier
de la Hoguete fon FreGALANT.
261
re s'eft diftingué en tant de
rencontres , qu'il eft preſque
parvenu aux premiers emplois
de l'Epée.
M l'Abbé de Quincé, Fils
du fameux Comte de Quincé
General des Armées du Roy,
eft devenu Evefque de Poi
tiers par ce changement. Il
eft d'une vertu exemplaire ,
& a beaucoup de délicateffe
d'efprit.
M'l'Evefque de Pamiers
ayant trouvéque l'Epifcopat
engageoit à des devoirs qu'il
apprehendoit de ne pas remplir
affez, a donné la démif262
MERCURE
fion de fon Eveſché , & a eſté
pourveu de l'Abbaye de S.
Florent lez Saumur , Ordre
de Saint Benoist , Dioceſe
d'Angers , qu'avoit feu M❜le
Cardinal Grimaldi . Il eft Fils
de M' de Bourlemont, & Ne--
veu de M❜l'Archevefque de
Bordeaux .
L'Evefché de Pamiers , que
cette démiffion a rendu vacant
, a eſté donné à M² l'Evefque
de Glandeye , & l'Evefché
de Glandeveà M ' Ver--
jus de l'Oratoire, Evefque de
Graffe. Sa pieté eft connue de
tout le monde. Il eſt Frere de
GALANT. 263
M' le Comte de Crecy , Plenipotentiaire
pour le Roy en
Allemagne , & du Pere Verjus
Jefuite.
Mr. l'Abbé de Viens a eu
l'Evefché de Graffe. C'eft un
Homme de qualité de Provence
, Neveu de M ' de Vallavoir
, & de feu Monfieur
l'Evefque de Riez.. On ne
peut trop louer fon efprit,
fon érudition , fes bonnes
moeurs, & fes manieres honneftes.
Fermer
Résumé : Evesques decedez, avec les noms & les services qu'ont rendu à l'Eglise ceux qui ont remply leur place. [titre d'après la table]
Le texte relate le décès et les remplacements de plusieurs prélats français de haut rang. Messire Charles de Bourlon, évêque de Soissons, est décédé à l'âge de 72 ans après 35 années de service. Il était connu pour sa charité, notamment lors d'une épidémie de peste à Soissons. L'abbé Huet, reconnu pour son érudition et sa probité, lui a succédé. Jérôme Grimaldi, cardinal et archevêque d'Aix-en-Provence, est décédé à 90 ans. Charles Le Goux de la Berchere, évêque de Lavaur, a été nommé pour lui succéder. Jean de Montpezat de Carbon, archevêque de Sens, est décédé à 79 ans. L'abbé Fléchier a pris sa place à l'évêché de Lavaur. Un prélat non nommé, ayant occupé les archevêchés de Bourges, Toulouse et Sens, est décédé à Bourges en 1685. Son corps a été transféré à Sens pour y être inhumé. Fortin de la Hoguète, évêque de Poitiers, lui a succédé à Sens. L'abbé de Quincé a remplacé de la Hoguète à Poitiers. D'autres changements épiscopaux ont eu lieu à Pamiers et Grasse. L'évêque de Glandèves et Verjus de l'Oratoire ont été impliqués dans ces changements. L'abbé de Viens a été nommé à Grasse, où il a été loué pour son esprit et son érudition.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
166
p. 265-295
Articles concernant tout ce qui s'est passé touchant les affaires de la Religion, & les Conversions depuis le mois dernier. [titre d'après la table]
Début :
Vous m'avez paru si satisfaite de ce que je vous ay [...]
Mots clefs :
Conversions, Hérésie, Religion prétendue réformée, Abjurations, Arrêts du conseil, Procès, Nouveaux convertis, Roi, Tuteurs, Déclaration, Erreurs, Calvin, Famille, Religion catholique, Paris, Provinces
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Articles concernant tout ce qui s'est passé touchant les affaires de la Religion, & les Conversions depuis le mois dernier. [titre d'après la table]
Vous m'avez paru fi fatisfaite
de ce que je vous ay
mandé dans ma derniere
Lettre , fur ce qui regarde la
Religion ; vous y avez veu
un fi grand nombre de Converfions
faites de bonne foy
par des perfonnes d'efprit ,
dont les lumieres en ont entrainé
d'autres , & mefme des
Villes ențieres , que je ne
Novembre 1685. Ꮓ
266 MERCURE
doute point que vous n'at
tendiez que je vous apprenne
aujourd'huy , que cette
Affaire , la plus importante
qui ait jamais eſté entrepriſe,
eft tout à fait confommée .
Elle eft dans des termes qui
donnent lieu de le croire ;
mais quoy que j'aye autant
de chofes à vous en dire que
le mois paffé , il me fera impoffible
de le faire , à cauſe
des grands Articles qui rempliffent
déja ma Lettre ; &
que quand elle feroit moins
avancée , il ne me reſteroit
pas encore affez de place
GALANT. 267
pour vous dire tout ce que
l'on m'a écrit fur cette matiere.
Ma premiere Lettre fuplera
à ce queje feray obligé
de referver. Depuis ma derniere
, on a publié trois Arrefts
du Confeil d'Etat du
Roy.
que
Le premier porte , Que les
Gentilshommes nouvellement convertis
à la Religion Catholique ,
reprendront dans les Eglifes les
meſmes Places Leurs Anceftres
y avoient avant qu'ils fe
fuffent laiffez infecter de l'Herefiey
jouiront de tous les
honneurs que Le changement de
Zij
268 MERCURE
Religion leur ont fait perdre , en
-forte que ceux qui s'en font mis en
poffeffion depuis ce temps - là , ſeront
obligez de les leurceder. Čet
Arreft eft tout remply de
prudence , puifqu'il épargne
toutes les Conteſtations &
les Procez qui pourroient
naître à l'égarddes marques
d'honneur, dont les Gentilshommes
'fe font toûjours
montrez fort jaloux .. Il eſt
bon d'ailleurs que les nouveaux
Convertis rentrant
dans leurs Droits , ayent la
fatisfaction pendant le Service
Divin, de fe voir placez
GALANT. * 269
en lieu d'où ils puiffent bien.
voir & entendre tout ce qui
concerne une Religion dans
laquelle ils peuvent n'eftre
pas encore entierement af
fermis. Cependant comme
le Roy eft fort jufte , & que
les perfonnes qui ont occupé
ces Places , & jouy de ces
honneurs , pendant que les
Gentilshommes qui viennent
de faire Abjuration , ont
profeffé la Religion Pretendue
Reformée, peuvent avoir
acquis quelque titre qui leur
donne droit de les conferver,
Sa Majesté les laiffe en pou-
:
Z.iij
270 MERCURE
voir d'agir par les voyes ordinaires
de la Juftice.
dé-
Le ſecond Arreſt porte
fenfes à tous Avocats , faifant
actuellement profeffion de la Re
ligion Pretendue Reformée , de
faire aucunes fonctions & Avocar
quelque Cour & Jurifdiction
que ce puiffe eftre. Sa Majefté
par fa Declaration du 11. Juilfet
dernier, avoit déja ordonné
qu'il ne feroit plus receu
aucun Avocat Religionnaire
; & ayant reconnu depuis
la publication du dernier Edit
, qui interdit dans tout le
Royaume l'Exercice de lac
GALANT. 271
Religion Pretenduë Reformée
, qu'il eftoit d'une dangereufe
confequence de laiffer
continuer les fonctions
d'Avocats à ceux qui étoient
déja receus , à caufe de l'abus
qu'ils pourroient faire du
credit que leur donne leur
profeffion fur ceux des Prétendus
Reformez qui leur
confient leurs Affaires , &
que
fe fervant contre eux
de leur confiance
, ils pourroient
les empeſcher de ſe
convertir , Elle a voulu y
7
pourvoir par l'Arreſt dont
je vous parle. Vous en voyez
Z iiij
272 MERCURE
les raifons , & elles vous pa
roiftront fans doute une fuite
de cette fageffe qui ne fe
dément jamais .
Letroifiéme eft uneInterpretation
de l'Arreſt du Confeil
d'Eftat , rendu le 18. Novembre
1680. par lequel le
Roy avoit accordé une furfeance
aux Marchands nouvellement
convertis . Sa Majeſté
ayant efté avertie qu'ils
pretendent fe fervir en tou
tes fortes d'Affaires du Penefice
qui leur a efté accordé,
& particulierementen celles
qui regarde leur Commerce
GALANT. 273
avec les Etrangers , ce qui
porteroit un préjudice notable
à celuy de fes Sujets , Elle
la
furfeance por- a ordonné
que
tée
par l'Arreft de r680. n'aura
& aucun lieu pour les Lettres
Billets de Change , ny pour les
affaires que les Marchands negotians
& Commiffaires Frangois
pourroient avoir avec les
Etrangers pour raison de leur
Commerce. Cette prévoyance
de Sa Majefté prévient quan
tite d'abus & de defordres ,
& marque la bonté qu'Elle a
pour les Etrangers
.
Il y a eu auffi deux Decla
274 MERCURE
rations du Roy , qui ont efte
enregistrées au Parlement le
17. de ce mois. L'une porte,
Qu'il nefera donné pour Tuteurs,
Subrogé- Tuteurs ou Curateurs
aux Enfans dont les Peres ou Meres
font morts on mourront de la
Religion Pretenduë Reformée ,
des perfonnes de la Religion
Catholique , pour avoir foin de
leur éducation & de leurs biens..
Sa Majesté toûjours équitable
& toûjours prudente , remedie
par là à de grands abus..
En effet , les Tuteurs Religionnaires
fe fervant de la
puiffance que cette qualité
que
GALANT. 275
leur donnoit fur leurs Pupilles,
les traitoient feverement
lors qu'ils témoignoiết queldeffein
de fe convertir ,
que
& leur refufoient mefme les
chofes les plus neceffaires
fous pretexte que l'eftat des
<
biens ou desaffaires de la fuci
ceffion de leurs Peres & Meres
ne permettoit pas qu'on
les élevaft fuiuant leur condition
. On a découvert auffr
que quelques -uns de ces Pu
pilles, n'ayant pas laiffé malgré
ces chagrins , d'abjurer
une Religion dans laquelle
ils ettoient perfuadez qu'ils
276 MERCURE
ne pouvoient
faire leur fa-
Fut , leurs Tuteurs en haine
de ce changement
, ont tellement
embaraffé leurs affai →
res , qu'ils en ont receu de
grands préjudices
lors qu'ils
ont eftéMajeurs
. Il étoit tresimportant
de remedier à ces
defordres , & c'eft ce que Sa
Majefté a fait par cette premiere
Declaration .
La feconde ordonne , Que
fi quelques Religionnaires fortent
du Royaume fans permiſſion , &
en dérobent la connoiſſance aux
Iuges ordinaires des Lieux , ceux
qui les découvriront ou dénonce
GALANT. 277
F
ront ,feront mis en poffeffion de la
moitié des fonds qu'ils auront dénoncez
dans les Pays où la Confifcation
a lieu; & que dans ceux
où elle n'eft pas receuë , la moitié
des fruits & revenus des biens
qu'ils découvriront leur fera donnée
, fans qu'on ait égard à ce qui
pourroit eftre opposé de lapart des
Parens & Heritiers de ceux des
Religionnaires qui fe ſeront ainſi
retirez. Cette Declaration remedie
à la negligence des
-Juges des Lieux , qui n'apportant
pas affez de foin pour
proceder contre les Pretendus
Reformez qui s'écha
278 MERCURE
pent du Royaume , font caufe
qu'ils continuent à joüir
des biens qu'ils y ont laif
fez ,foit au moyen des Contrats
de ventes , Ceffions ou
Tranſports fimulez faits au
profit de leurs Parens & Amis
, foit par
d'autres voyes
cachées . Un peu de rigueur
apparente pour ramener les
trop
faire
opiniaftres , eft avantageufe
à ceux à qui elle femble
nuire , & l'on ne fçauroit
pour les intereſts
de la vraye Religion .
Quoy que j'aye encore
à vous parler de Villes entieGALANT.
279
res converties , & que de fi
grands effets de la Grace &
des foins du Roy , duffent
me faire confondre les particuliers
avec la multitude ,
il y en a neanmoins beaucoup
qui doivent eſtre tirez
de la foule , & qui s'eftant
diſtinguez meritent de l'eftre
dans toutes les occafions
où leur exemple peut contribuer
au falut de leur prochain.
Mr Chardon fameux
Avocat eft de ce nombre.
S'il s'eft converty des derniers,
c'est parce qu'il a voulu
eftre fi bien éclaircy de la
28 > MERCURE
Religion qu'il fongeoit à
embraffer
> qu'il ne luy
reftaft aucun fcrupule. Il avouë
qu'eftant né dans une Religion
tolerée , ily eftoir demeuré;
fans avoir eu le temps juſqu'icy
den approfondir les erreurs ; mais
que lors qu'il y avoit fait refle
xion , il avoit fenty qu'une Religion
fi nouvelle ne pouvoit eftre
la veritable, & qu'il n'avoit pú
douter qu'elle n'euft le fort de ceuxe
qui ayant fait des fortunes trop
prodigieufes , fe trouvent élevez
fibaut , qu'il eftprefque impoffible
qu'ils ne retombent dans le
neant d'où ils font fortis. DeGALANT.
281
puis que ce celebre Avocat
a fait Abjuration , il a plaidé
la caufe de Dieu en plufieurs
endroits où il s'eft trouvé avec
desPretendus Reformez,
& leur a fait connoiftre qu'il
ne s'eſtoit converty qu'aprés
avoir examiné à loifir & ,
meurement tout ce qui regardoit
l'une & l'autre Religion
, & que s'il n'cuft pas
efté pleinement convaincu
des erreurs de celle de Calvin
, rien au monde n'auroit
efté capable de l'engager à
s'en feparer.
Nous avons encore eu icy
Aa Novembre 1685.
282 MERCURE
*
une Converfion qui a fait
beaucoupdebruit, & qui
fuivie de quantité d'autres.
a eſté
C'eft celle de M'Foreftier na
tifde Montpellier, qui ayant
eft en Hollande dés l'âge de
fix ans y fut élevé, & employé
par les Etats Generaux , premierement
auprés de M'le
Marquis de Monpoüillan ,
Lieutenant General de leur
Cavallerie; il eftoit auprésde
luy en qualité de Miniſtre
& il eut cette mefme qualité
auprés de leurs Ambaffadeurs
à
Conftantinople & à
Smirne, & en dernier lieu auGALANT.
283
prés de l'Ambaffadeur qu'ils
ont aujourd'huy en France.
Il a fait Abjuration entre les
mains de M' l'Archevefque
de Paris , & a proteſté qu'à
l'avenir , il confacreroit fa
vie au fervice de l'Eglife Romaine.
Quelques gens cha
grins de ce changement , &
qui d'ailleurs n'eftoient pas
trop fatisfaits de ce qu'il pe
netroit dans leur conduite
plus qu'il n'auroiết fouhaité,
F'ont accufé de quelques def
ordres afin de noircir la Con
verfion ; mais malgré tout
ce qu'on a pû faire , la verité
Aa ij
284 MERCURE
a efté connue , & il n'a aucun
befoin que je juftifie
fon innocence.
. LeLe 15. de ce mois , M¹ Frizes
, quia efté Receveur General
pour Sa Majefté dans
la Generalité de Montpellier,
fit Abjuration avec toute fa
Famille & les Domestiques
.
entre les maius de Mr l'Archevefque
de Paris . Il def
cend de feu Meffire Simeon
Frizes , Baron de Sauve en
Languedoc , qui fut Secretaire
d'Etat & des Comman
demens , fous les Regnes de
Charles IX. Henry III. &
GALANT. 285.
I Henry IV. Sa Converfion
qui s'eft faire en prefence de
quantité de perſonnes de
qualité & de merite , a efté
d'une grande édification , &
doit fervir d'autant plus
perfuader les plus obſtinez,
que M ' Frizes eftoit un des
vingt - quatre Anciens du
Confiftoire de Charenton. Il
avoit toûjours paru des plus
zelez pour la Religion de
Calvin , & il n'a épargné
aucuns efforts pour la foûtenir
tant qu'il la crue
bonne .
Dáns le temps que le Tom
286 MERCURE
beau du Marefchal de Gafſion
s'eſt trouvé enfevely
fous les raynes de Charenton
, la derniere perfonne de
ce nom a fait Abjuration de
l'Herefie entre les mains du
Pere Robinet Jefuite. Elle eft
du Diocefe de Bourges, Veuve
de Meffire Frederic Henry
de Gaffion , & s'appelle
Sufanne Durand . Elle ne s'eft
convertie qu'aprés s'eftre
fait inftruire pendant une
année entiere , & ayoir ellemefme
verifié tous les Paffages
de l'Ecriture , qui pouvoient
fervir à la détromper.
GALANT. 287
Mr & Madame la Marqui
fe de Loftange ont fait la
mefme chofe, & s'y font ſentis
tellement pouffez par la
verité de la Religion Catholique
, que l'Edit de Nantes
n'eftoit pas encore revoqué
lors qu'ils fe font convertis .
Le bruit que fit il y a un
an l'Abjuration de M d'Arbaut
, Gentilhomme
de Nifmes
de l'Academie Royale
d'Arlus , m'oblige à vous informer
des fuites qu'elle a
euës à l'égard de Mademoifelle
d'Arbaut fa Fille. C'eft
une jeune perfonne qui a un
288 MERCURE
merite & des qualitez auffi
diftinguées qu'il y en ait par
my celles de fon fexe qui
font estimées les plus accom
plies. Ce digne Pere , qui avoit
paffé dans les plus confiderables
Emplois dont ceux
de la R. P. R. favorifent les
plus zelez de leur Secte , &
qui ayant d'ailleurs des talens
extraordinaires , s'eftoit
toû ours trouvé dans les Af
faires les plus importantes &
les plus fecretes de cette
Religion , fut enfin aſſez
heureux pour eftre defabu
fé de fes erreurs par les forns
de
GALANT. 289
deM ' l'Evefque deMirepoix.
fon Abjuration
Il
s'attira par
l'eftime
des Etats de Languedoc
qui luy en marquerent
une extrême
joye ; mais
dans
ce bonheur
il eut le
chagrin
de ſe voir abandonné
de Madame
d'Arbaut
fa
Femme
, qui le quitta
avec
ſept ou huit de ſes Enfans
,
& ne luy laiffa
que Mademoiſelle
d'Arbaut
fa Fille
aifnée
, que fa prudence
&
d'autres
raifons
retinrent
auprés
de luy, fans qu'elle
donnaft
aucun
fujet
d'efperer
qu'on
puft luy rendre
fuf-
Bb
Novembre 1685.
290 MERCURE
pectes les Maximes de Calvin
, dans lesquelles elle paroiffoit
entierement invinci
ble. Une opiniâtreté
ſi peu
commune dans une jeune
perfonne , qui avoit devant
les yeux l'exemple d'un Pere
fçavant & habile , étonnoit
tous ceux qui tâchoient de
la combattre. Elle dura une
année , mais enfin M' d'Arbaut
, aprés des foins & des
remontraces inutiles , l'ayant
fait réfoudre de paffer quelques
jours à Arles auprés de
Madame l'Abbeffe de Saint
Cefaire , Soeur de M' Rofe ,
GALANT. 291
pendant qu'il alloit ailleurs
pour quelques affaires , on
gagna fur fon efprit , qui
eft d'une étendue , d'une délicateffe
, & d'une force admirable
, qu'elle entreroit
dans des converfations
aifées
, & fans contrainte , avec
quelque fçavant Ecclefiaftique
qu'elle choifiroit.
pour s'inftruire des veritez
de la Religion Catholique
.
Le Pere Theophile , qui a efté
Provincial des Carmes déchauffez
, tres habile Theologien
& Predicateur
, ayant
efté prié de la voir , luy fit fi
Bb ij
292 MERCURE
bien connoiftre l'erreur où
fa naiſſance l'avoit engagée,
qu'aprés plufieurs Conferen
ces fe fentant entierement
convaincuë , elle confentit à
faire Abjuration , & le fit
fçavoir à M' l'Archevefque
d'Arles. Il en eut une joye
qu'il feroit difficile d'exprimer
, & malgré fon âge extremément
avancé, il voulut
faire luy-même les Ceremonie
de cette Abjuration . Elles
furent faites la veille de
la Touffaints dans laChapelle
de fon Palais , qui quoy que
fort grande , ſe trouva toute
GALANT. 293
remplie d'un concours extraordinaire
de Perfonnes de
qualité. Ce Prelat reveſtu de
fes habits Pontificaux fit un
Difcours fi touchant , & fi
plein de force & d'érudition ,
& l'accompagna d'une fi
grande effufion de larmes
de tendreffe , qu'il fut impoffible
à toute la Compagnie
de s'empefcher d'en verfer.
Cette jeune Demoiſelle s'acquitta
de cette action d'une
maniere toute édifiante , &
fit fa Profeffion de Foy,avec
un zele qui ne laiffa point
douter qu'elle ne fuſt veri-
Bb iij
294 MERCURE
tablement penetrée des veritez
Catholiques .
Páris fuit l'exemple des
Provinces , & on y voit tous
les jours des Converfions
fans nombre. Il ne manquoit
aux Heretiques que d'écou
ter ce que leurs Miniftres
apprehendoient qu'on ne
leur expliquaft trop clairement,
parce qu'ils fçavoient
que la verité leur feroit bientoft
connuë. Jugez combien
ils doivent aux bontez du
Roy , qui les ayant mis en
quelque forte d'obligation
de fe faire inftruire , les a mis
GALANT, 295
en mefme temps dans la
voye du Salut. En effet la
plufpart avoüent qu'ils y feroient
entrez bien plûtoft ,
fi on ne les avoit pas dé
tournez d'entendre la verité
qu'ils reconnoiffent preſentement.
J'apprens que M' Amproux
Confeiller au Parlement de
Paris , furprit agreablement
tous ceux de fa Compagnie
en entrant parmy eux com~
meCatholique,le jour qu'on
fit la Mercuriale.
de ce que je vous ay
mandé dans ma derniere
Lettre , fur ce qui regarde la
Religion ; vous y avez veu
un fi grand nombre de Converfions
faites de bonne foy
par des perfonnes d'efprit ,
dont les lumieres en ont entrainé
d'autres , & mefme des
Villes ențieres , que je ne
Novembre 1685. Ꮓ
266 MERCURE
doute point que vous n'at
tendiez que je vous apprenne
aujourd'huy , que cette
Affaire , la plus importante
qui ait jamais eſté entrepriſe,
eft tout à fait confommée .
Elle eft dans des termes qui
donnent lieu de le croire ;
mais quoy que j'aye autant
de chofes à vous en dire que
le mois paffé , il me fera impoffible
de le faire , à cauſe
des grands Articles qui rempliffent
déja ma Lettre ; &
que quand elle feroit moins
avancée , il ne me reſteroit
pas encore affez de place
GALANT. 267
pour vous dire tout ce que
l'on m'a écrit fur cette matiere.
Ma premiere Lettre fuplera
à ce queje feray obligé
de referver. Depuis ma derniere
, on a publié trois Arrefts
du Confeil d'Etat du
Roy.
que
Le premier porte , Que les
Gentilshommes nouvellement convertis
à la Religion Catholique ,
reprendront dans les Eglifes les
meſmes Places Leurs Anceftres
y avoient avant qu'ils fe
fuffent laiffez infecter de l'Herefiey
jouiront de tous les
honneurs que Le changement de
Zij
268 MERCURE
Religion leur ont fait perdre , en
-forte que ceux qui s'en font mis en
poffeffion depuis ce temps - là , ſeront
obligez de les leurceder. Čet
Arreft eft tout remply de
prudence , puifqu'il épargne
toutes les Conteſtations &
les Procez qui pourroient
naître à l'égarddes marques
d'honneur, dont les Gentilshommes
'fe font toûjours
montrez fort jaloux .. Il eſt
bon d'ailleurs que les nouveaux
Convertis rentrant
dans leurs Droits , ayent la
fatisfaction pendant le Service
Divin, de fe voir placez
GALANT. * 269
en lieu d'où ils puiffent bien.
voir & entendre tout ce qui
concerne une Religion dans
laquelle ils peuvent n'eftre
pas encore entierement af
fermis. Cependant comme
le Roy eft fort jufte , & que
les perfonnes qui ont occupé
ces Places , & jouy de ces
honneurs , pendant que les
Gentilshommes qui viennent
de faire Abjuration , ont
profeffé la Religion Pretendue
Reformée, peuvent avoir
acquis quelque titre qui leur
donne droit de les conferver,
Sa Majesté les laiffe en pou-
:
Z.iij
270 MERCURE
voir d'agir par les voyes ordinaires
de la Juftice.
dé-
Le ſecond Arreſt porte
fenfes à tous Avocats , faifant
actuellement profeffion de la Re
ligion Pretendue Reformée , de
faire aucunes fonctions & Avocar
quelque Cour & Jurifdiction
que ce puiffe eftre. Sa Majefté
par fa Declaration du 11. Juilfet
dernier, avoit déja ordonné
qu'il ne feroit plus receu
aucun Avocat Religionnaire
; & ayant reconnu depuis
la publication du dernier Edit
, qui interdit dans tout le
Royaume l'Exercice de lac
GALANT. 271
Religion Pretenduë Reformée
, qu'il eftoit d'une dangereufe
confequence de laiffer
continuer les fonctions
d'Avocats à ceux qui étoient
déja receus , à caufe de l'abus
qu'ils pourroient faire du
credit que leur donne leur
profeffion fur ceux des Prétendus
Reformez qui leur
confient leurs Affaires , &
que
fe fervant contre eux
de leur confiance
, ils pourroient
les empeſcher de ſe
convertir , Elle a voulu y
7
pourvoir par l'Arreſt dont
je vous parle. Vous en voyez
Z iiij
272 MERCURE
les raifons , & elles vous pa
roiftront fans doute une fuite
de cette fageffe qui ne fe
dément jamais .
Letroifiéme eft uneInterpretation
de l'Arreſt du Confeil
d'Eftat , rendu le 18. Novembre
1680. par lequel le
Roy avoit accordé une furfeance
aux Marchands nouvellement
convertis . Sa Majeſté
ayant efté avertie qu'ils
pretendent fe fervir en tou
tes fortes d'Affaires du Penefice
qui leur a efté accordé,
& particulierementen celles
qui regarde leur Commerce
GALANT. 273
avec les Etrangers , ce qui
porteroit un préjudice notable
à celuy de fes Sujets , Elle
la
furfeance por- a ordonné
que
tée
par l'Arreft de r680. n'aura
& aucun lieu pour les Lettres
Billets de Change , ny pour les
affaires que les Marchands negotians
& Commiffaires Frangois
pourroient avoir avec les
Etrangers pour raison de leur
Commerce. Cette prévoyance
de Sa Majefté prévient quan
tite d'abus & de defordres ,
& marque la bonté qu'Elle a
pour les Etrangers
.
Il y a eu auffi deux Decla
274 MERCURE
rations du Roy , qui ont efte
enregistrées au Parlement le
17. de ce mois. L'une porte,
Qu'il nefera donné pour Tuteurs,
Subrogé- Tuteurs ou Curateurs
aux Enfans dont les Peres ou Meres
font morts on mourront de la
Religion Pretenduë Reformée ,
des perfonnes de la Religion
Catholique , pour avoir foin de
leur éducation & de leurs biens..
Sa Majesté toûjours équitable
& toûjours prudente , remedie
par là à de grands abus..
En effet , les Tuteurs Religionnaires
fe fervant de la
puiffance que cette qualité
que
GALANT. 275
leur donnoit fur leurs Pupilles,
les traitoient feverement
lors qu'ils témoignoiết queldeffein
de fe convertir ,
que
& leur refufoient mefme les
chofes les plus neceffaires
fous pretexte que l'eftat des
<
biens ou desaffaires de la fuci
ceffion de leurs Peres & Meres
ne permettoit pas qu'on
les élevaft fuiuant leur condition
. On a découvert auffr
que quelques -uns de ces Pu
pilles, n'ayant pas laiffé malgré
ces chagrins , d'abjurer
une Religion dans laquelle
ils ettoient perfuadez qu'ils
276 MERCURE
ne pouvoient
faire leur fa-
Fut , leurs Tuteurs en haine
de ce changement
, ont tellement
embaraffé leurs affai →
res , qu'ils en ont receu de
grands préjudices
lors qu'ils
ont eftéMajeurs
. Il étoit tresimportant
de remedier à ces
defordres , & c'eft ce que Sa
Majefté a fait par cette premiere
Declaration .
La feconde ordonne , Que
fi quelques Religionnaires fortent
du Royaume fans permiſſion , &
en dérobent la connoiſſance aux
Iuges ordinaires des Lieux , ceux
qui les découvriront ou dénonce
GALANT. 277
F
ront ,feront mis en poffeffion de la
moitié des fonds qu'ils auront dénoncez
dans les Pays où la Confifcation
a lieu; & que dans ceux
où elle n'eft pas receuë , la moitié
des fruits & revenus des biens
qu'ils découvriront leur fera donnée
, fans qu'on ait égard à ce qui
pourroit eftre opposé de lapart des
Parens & Heritiers de ceux des
Religionnaires qui fe ſeront ainſi
retirez. Cette Declaration remedie
à la negligence des
-Juges des Lieux , qui n'apportant
pas affez de foin pour
proceder contre les Pretendus
Reformez qui s'écha
278 MERCURE
pent du Royaume , font caufe
qu'ils continuent à joüir
des biens qu'ils y ont laif
fez ,foit au moyen des Contrats
de ventes , Ceffions ou
Tranſports fimulez faits au
profit de leurs Parens & Amis
, foit par
d'autres voyes
cachées . Un peu de rigueur
apparente pour ramener les
trop
faire
opiniaftres , eft avantageufe
à ceux à qui elle femble
nuire , & l'on ne fçauroit
pour les intereſts
de la vraye Religion .
Quoy que j'aye encore
à vous parler de Villes entieGALANT.
279
res converties , & que de fi
grands effets de la Grace &
des foins du Roy , duffent
me faire confondre les particuliers
avec la multitude ,
il y en a neanmoins beaucoup
qui doivent eſtre tirez
de la foule , & qui s'eftant
diſtinguez meritent de l'eftre
dans toutes les occafions
où leur exemple peut contribuer
au falut de leur prochain.
Mr Chardon fameux
Avocat eft de ce nombre.
S'il s'eft converty des derniers,
c'est parce qu'il a voulu
eftre fi bien éclaircy de la
28 > MERCURE
Religion qu'il fongeoit à
embraffer
> qu'il ne luy
reftaft aucun fcrupule. Il avouë
qu'eftant né dans une Religion
tolerée , ily eftoir demeuré;
fans avoir eu le temps juſqu'icy
den approfondir les erreurs ; mais
que lors qu'il y avoit fait refle
xion , il avoit fenty qu'une Religion
fi nouvelle ne pouvoit eftre
la veritable, & qu'il n'avoit pú
douter qu'elle n'euft le fort de ceuxe
qui ayant fait des fortunes trop
prodigieufes , fe trouvent élevez
fibaut , qu'il eftprefque impoffible
qu'ils ne retombent dans le
neant d'où ils font fortis. DeGALANT.
281
puis que ce celebre Avocat
a fait Abjuration , il a plaidé
la caufe de Dieu en plufieurs
endroits où il s'eft trouvé avec
desPretendus Reformez,
& leur a fait connoiftre qu'il
ne s'eſtoit converty qu'aprés
avoir examiné à loifir & ,
meurement tout ce qui regardoit
l'une & l'autre Religion
, & que s'il n'cuft pas
efté pleinement convaincu
des erreurs de celle de Calvin
, rien au monde n'auroit
efté capable de l'engager à
s'en feparer.
Nous avons encore eu icy
Aa Novembre 1685.
282 MERCURE
*
une Converfion qui a fait
beaucoupdebruit, & qui
fuivie de quantité d'autres.
a eſté
C'eft celle de M'Foreftier na
tifde Montpellier, qui ayant
eft en Hollande dés l'âge de
fix ans y fut élevé, & employé
par les Etats Generaux , premierement
auprés de M'le
Marquis de Monpoüillan ,
Lieutenant General de leur
Cavallerie; il eftoit auprésde
luy en qualité de Miniſtre
& il eut cette mefme qualité
auprés de leurs Ambaffadeurs
à
Conftantinople & à
Smirne, & en dernier lieu auGALANT.
283
prés de l'Ambaffadeur qu'ils
ont aujourd'huy en France.
Il a fait Abjuration entre les
mains de M' l'Archevefque
de Paris , & a proteſté qu'à
l'avenir , il confacreroit fa
vie au fervice de l'Eglife Romaine.
Quelques gens cha
grins de ce changement , &
qui d'ailleurs n'eftoient pas
trop fatisfaits de ce qu'il pe
netroit dans leur conduite
plus qu'il n'auroiết fouhaité,
F'ont accufé de quelques def
ordres afin de noircir la Con
verfion ; mais malgré tout
ce qu'on a pû faire , la verité
Aa ij
284 MERCURE
a efté connue , & il n'a aucun
befoin que je juftifie
fon innocence.
. LeLe 15. de ce mois , M¹ Frizes
, quia efté Receveur General
pour Sa Majefté dans
la Generalité de Montpellier,
fit Abjuration avec toute fa
Famille & les Domestiques
.
entre les maius de Mr l'Archevefque
de Paris . Il def
cend de feu Meffire Simeon
Frizes , Baron de Sauve en
Languedoc , qui fut Secretaire
d'Etat & des Comman
demens , fous les Regnes de
Charles IX. Henry III. &
GALANT. 285.
I Henry IV. Sa Converfion
qui s'eft faire en prefence de
quantité de perſonnes de
qualité & de merite , a efté
d'une grande édification , &
doit fervir d'autant plus
perfuader les plus obſtinez,
que M ' Frizes eftoit un des
vingt - quatre Anciens du
Confiftoire de Charenton. Il
avoit toûjours paru des plus
zelez pour la Religion de
Calvin , & il n'a épargné
aucuns efforts pour la foûtenir
tant qu'il la crue
bonne .
Dáns le temps que le Tom
286 MERCURE
beau du Marefchal de Gafſion
s'eſt trouvé enfevely
fous les raynes de Charenton
, la derniere perfonne de
ce nom a fait Abjuration de
l'Herefie entre les mains du
Pere Robinet Jefuite. Elle eft
du Diocefe de Bourges, Veuve
de Meffire Frederic Henry
de Gaffion , & s'appelle
Sufanne Durand . Elle ne s'eft
convertie qu'aprés s'eftre
fait inftruire pendant une
année entiere , & ayoir ellemefme
verifié tous les Paffages
de l'Ecriture , qui pouvoient
fervir à la détromper.
GALANT. 287
Mr & Madame la Marqui
fe de Loftange ont fait la
mefme chofe, & s'y font ſentis
tellement pouffez par la
verité de la Religion Catholique
, que l'Edit de Nantes
n'eftoit pas encore revoqué
lors qu'ils fe font convertis .
Le bruit que fit il y a un
an l'Abjuration de M d'Arbaut
, Gentilhomme
de Nifmes
de l'Academie Royale
d'Arlus , m'oblige à vous informer
des fuites qu'elle a
euës à l'égard de Mademoifelle
d'Arbaut fa Fille. C'eft
une jeune perfonne qui a un
288 MERCURE
merite & des qualitez auffi
diftinguées qu'il y en ait par
my celles de fon fexe qui
font estimées les plus accom
plies. Ce digne Pere , qui avoit
paffé dans les plus confiderables
Emplois dont ceux
de la R. P. R. favorifent les
plus zelez de leur Secte , &
qui ayant d'ailleurs des talens
extraordinaires , s'eftoit
toû ours trouvé dans les Af
faires les plus importantes &
les plus fecretes de cette
Religion , fut enfin aſſez
heureux pour eftre defabu
fé de fes erreurs par les forns
de
GALANT. 289
deM ' l'Evefque deMirepoix.
fon Abjuration
Il
s'attira par
l'eftime
des Etats de Languedoc
qui luy en marquerent
une extrême
joye ; mais
dans
ce bonheur
il eut le
chagrin
de ſe voir abandonné
de Madame
d'Arbaut
fa
Femme
, qui le quitta
avec
ſept ou huit de ſes Enfans
,
& ne luy laiffa
que Mademoiſelle
d'Arbaut
fa Fille
aifnée
, que fa prudence
&
d'autres
raifons
retinrent
auprés
de luy, fans qu'elle
donnaft
aucun
fujet
d'efperer
qu'on
puft luy rendre
fuf-
Bb
Novembre 1685.
290 MERCURE
pectes les Maximes de Calvin
, dans lesquelles elle paroiffoit
entierement invinci
ble. Une opiniâtreté
ſi peu
commune dans une jeune
perfonne , qui avoit devant
les yeux l'exemple d'un Pere
fçavant & habile , étonnoit
tous ceux qui tâchoient de
la combattre. Elle dura une
année , mais enfin M' d'Arbaut
, aprés des foins & des
remontraces inutiles , l'ayant
fait réfoudre de paffer quelques
jours à Arles auprés de
Madame l'Abbeffe de Saint
Cefaire , Soeur de M' Rofe ,
GALANT. 291
pendant qu'il alloit ailleurs
pour quelques affaires , on
gagna fur fon efprit , qui
eft d'une étendue , d'une délicateffe
, & d'une force admirable
, qu'elle entreroit
dans des converfations
aifées
, & fans contrainte , avec
quelque fçavant Ecclefiaftique
qu'elle choifiroit.
pour s'inftruire des veritez
de la Religion Catholique
.
Le Pere Theophile , qui a efté
Provincial des Carmes déchauffez
, tres habile Theologien
& Predicateur
, ayant
efté prié de la voir , luy fit fi
Bb ij
292 MERCURE
bien connoiftre l'erreur où
fa naiſſance l'avoit engagée,
qu'aprés plufieurs Conferen
ces fe fentant entierement
convaincuë , elle confentit à
faire Abjuration , & le fit
fçavoir à M' l'Archevefque
d'Arles. Il en eut une joye
qu'il feroit difficile d'exprimer
, & malgré fon âge extremément
avancé, il voulut
faire luy-même les Ceremonie
de cette Abjuration . Elles
furent faites la veille de
la Touffaints dans laChapelle
de fon Palais , qui quoy que
fort grande , ſe trouva toute
GALANT. 293
remplie d'un concours extraordinaire
de Perfonnes de
qualité. Ce Prelat reveſtu de
fes habits Pontificaux fit un
Difcours fi touchant , & fi
plein de force & d'érudition ,
& l'accompagna d'une fi
grande effufion de larmes
de tendreffe , qu'il fut impoffible
à toute la Compagnie
de s'empefcher d'en verfer.
Cette jeune Demoiſelle s'acquitta
de cette action d'une
maniere toute édifiante , &
fit fa Profeffion de Foy,avec
un zele qui ne laiffa point
douter qu'elle ne fuſt veri-
Bb iij
294 MERCURE
tablement penetrée des veritez
Catholiques .
Páris fuit l'exemple des
Provinces , & on y voit tous
les jours des Converfions
fans nombre. Il ne manquoit
aux Heretiques que d'écou
ter ce que leurs Miniftres
apprehendoient qu'on ne
leur expliquaft trop clairement,
parce qu'ils fçavoient
que la verité leur feroit bientoft
connuë. Jugez combien
ils doivent aux bontez du
Roy , qui les ayant mis en
quelque forte d'obligation
de fe faire inftruire , les a mis
GALANT, 295
en mefme temps dans la
voye du Salut. En effet la
plufpart avoüent qu'ils y feroient
entrez bien plûtoft ,
fi on ne les avoit pas dé
tournez d'entendre la verité
qu'ils reconnoiffent preſentement.
J'apprens que M' Amproux
Confeiller au Parlement de
Paris , furprit agreablement
tous ceux de fa Compagnie
en entrant parmy eux com~
meCatholique,le jour qu'on
fit la Mercuriale.
Fermer
Résumé : Articles concernant tout ce qui s'est passé touchant les affaires de la Religion, & les Conversions depuis le mois dernier. [titre d'après la table]
En novembre 1685, la France a connu de nombreuses conversions sincères au catholicisme, impliquant des personnalités influentes dont les décisions ont encouragé d'autres conversions, y compris celles de villes entières. Le roi de France a pris plusieurs mesures pour consolider ces conversions. Trois arrêts du Conseil d'État ont été publiés : le premier permet aux gentilshommes convertis de reprendre leurs places dans les églises ; le second interdit aux avocats protestants d'exercer ; le troisième clarifie une surseance accordée aux marchands convertis. Deux déclarations royales ont également été enregistrées au Parlement : l'une concerne la nomination de tuteurs catholiques pour les enfants de protestants décédés, et l'autre offre des récompenses pour la dénonciation des protestants quittant le royaume sans autorisation. Parmi les conversions notables, on compte Monsieur Chardon, avocat célèbre, Monsieur Foreftier, ancien ministre, Monsieur Frizes, receveur général, Madame Suzanne Durand, veuve de Frédéric Henry de Gassion, Monsieur et Madame la Marquise de Lostange, et Mademoiselle d'Arbaut. Ces conversions sont présentées comme des exemples édifiants. Le texte relate aussi l'histoire d'un père et de sa fille, tous deux impliqués dans des événements religieux significatifs. Le père, après avoir abjuré ses erreurs, vit sa fille, Mademoiselle d'Arbaut, se convertir au catholicisme après des discussions avec des ecclésiastiques. À Paris, plusieurs conversions ont également eu lieu, dont celle de Monsieur Amproux, conseiller au Parlement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
167
p. 295-311
A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT.
Début :
Comme les Lettres de Mr Allard, Ancien President en / Je vous ay instruit, Monsieur, par ma Lettre du 6. d'Octobre dernier, [...]
Mots clefs :
Conversions, Dauphiné, Calvinistes, Religion prétendue réformée, Conseillers, Catholiques, Arrêt du conseil, Présidents, Abjurations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT.
Comme les Lettres de M
Allard , Ancien Prefident en
Bb iiij
296 MERCURE
l'Election de Grenoble, vous
ont toûjours paru curieufes ,
& que fa derniere parloit des
premieres Converfions
du
Dauphiné , je ne dois pas
oublier à vous faire part de
celle que je viens d'enrecevoir
. Vous y trouverez la
fuite du changement qui s'eft
fait en cette Province .
A L'AUTHEUR
DU MERCURE GALANT.
JF
A Grenoble le 17. Novembre 1685.
E vous ay instruit, Monfieur,
par ma Lettre du 6. d'Octobre
dernier, de plufieurs Converſions
GALANT. 297
&
arrivées en cette Province , & je
vous aypromis de continuer à vous
faire part des progrés que la Grace
les admirables cooperations de
nos Calviniftes ont heureusement
achevez. Enfin , graces au Ciel,
tout le Dauphiné est aujourd'huy
d'une mefme Religion . Les Pretendus
Reformez de la Ville de
Grenoble , commencerent à défiler
le mefme jour que je vous écrivis ;
& le Dimanche fuivant on les
wit courir en foule à l'Evefché,
dont les Chambres , les Salles , les
Cabinets , les Chapelles , les De
grez & les Courts furent d'abord
fi remplis , qu'à peine pouvoit- on
298 MERCURE
trouver un endroit vuide. Meffire
Laurent de Periffol, Seigneur
d'Allieres de Giere , Prefident
au Parlement , qui a fuccedé à
fon Pere dans la mefme Charge ;
Noble Ifaac de Chabrieres Sei
gneur de Baix ; Noble Alexandre
Pafqual , Seigneur du Roure
& de Meirins , Confeillers au
mefme Parlement , qui ont fervy
la Chambre Mipartie ; Noble
Sanfom VialTreforier de France,
& plufieurs Gentilshommes de
cette Ville de la Campagne
qui fe rencontrerent alors à Grenoble
, donnerent les premiers exemples
, qui furent fuivis avec
en
GALANT 299
empreſſement de tous les Protef
tans du dernier ordre. Ceux des
autres lieux de la Province ne l'enrentpasplutoftfceu
,que d'un commun
confentement ils firent leur
declaration entre les mains des
Prelats , ou des Curez des Paroiffes
, eennffoorrttee que tout eft aujourd'huyCatholique
. Mrle Bret
noftre Intendant, & Mr de la
Trouffe Lieutenant General , ont
efté à Mens au commencement de
ce mois , pouryfaire rafer le feul
Temple qui reftoit debout , avec
celuy de Grenoble ; mais celuy- cy
ayant efte deftiné , par Arreft du
Confeil du 6. d'Aouft dernier,
300 MERCURE
pourfaire une Eglife Paroiffiale
pour les Fauxbourgs de cette Ville,
on le laiffe en l'eftat qu'il est, tresbien
bafty d'une forme octogone,
couvert d'ardoiſes à la Manfarde,
entouré d'une grande Court garnie
prefque par tout de plufieurs
rangs de Tilleuls , fermée par un
grand Portail , & par de fortes
hautes murailles , Voilà, Monfeur,
de quelle maniere afiny une
Religion commencée en cette Province
fous le Regne de Henry 11.
portée dans le coeur de la plupart
de ceuxqui l'embrafferent , par les
violences de François de Beau
mont Baron des Adrets , par les
GALANT. 301
perfuafions de Charles Dupuy
Marquis de Montbrun , & par
l'authorité de François de Bonne
Seigneur de Lefdiguieres, qui
fut foutenue par quelques Princes
du Sang qui s'eftoient laiffez mal
beureuſement corrompre. Ce fameux
changement devoit arriver
fous le Regne du plus grand Momarque
de la Terre,fous un Regne
tout remply de miracles , & dont
l'Hiftoire étonnera la Pofterité la
plus éloignée. Il n'y a aucune Province
en France où il y eut tant de
Religionnaires à proportion qu'en
cy. Elle a mefme produit plufieurs
Miniftres fçavans , des Oucelle
y
302 MERCURE
vrages defquels jay parlé dans
Bibliotheque de Dauphiné ,
parmy eux a efté Guillaume
Farel , premier Miniftre de Genéve,
au commencement
defa corruption
mefme avant Calvin . La
Chambre de l'Edit fupprimée en
1679.fut créée en 1577. An commencement
il n'y eut qu'un Prefident
& quatre Confeillers , & à
la fin on y mit fix Confeillers , &
on la fit mipartie. Voicy le Rolle
des Officiers Proteftans qu'elle a
eus depuis fa création jusques à
preſent.
PRESIDENTS.
Facques Colas la Madeleine , eftout
d'Orange.
GALANT. 303
laißé
Vincent Gentillet eftoit du Dioce
fedeVienne, & nous a
plufieurs Ouvrages dontje par
le dans ma Bibliotheque de
Dauphiné , dans mon Dictionnaire
de la mesme Province.
Soffrey de Calignon , quifut enfuire
Chancelier de Navarre,
dont j'ay composé &fait imprimer
la Vie.
Barthelemy Marquet de Valens
ce , dont la Famille eft Catholique
depuis long- temps.
Charles Ducroz , dont la Famille
fubfifte encore dans la Ville de
Dye , & qui vient de fe convertir.
304 MERCURE
Samfon de Periffol Seigneur d'Al
lieres & de Giere.
Laurent de Periffol , de la converfion
duquel je viens de parler ,
&qui pur ce moyen eft devenu
le fecond Prefident du Parlement.
CONSEILLERS
:
Soffrey de Calignon , qui fut en-
Suite Prefident ; fa Famille
fubfifte encore.
Vincent Gentillet , qui fut aufſſi
Prefident.
Pierre Fauvet , dont la Famille
*finit en luy.
Jean de Savaffe , de mefme .
Barthelemy Marquet , qui a
auffi Prefident.
efté
GALANT. 305
I
Charles de Veilheu , dont la Famille
est éteinte de nos jours ,
eftoit ancienne.
Marc Vulfon ; fa Famillefubfifte
par des Collateraux. Nous
avons de luy quelques Ouvra
ges imprimez, que je rapporte
ailleurs.
Gafpard de Gilliers. Un autre
Gafpard de Gilliers fon Neven
a efté Confeiller en la
Chambre de l'Edit de Paris ,
s'est converty il y a long-
د
temps..
Facques de Calignon , Frere diss
Chancelier.
Novembre 1685.
C.c
306 MERCURE
Daniel Armand, dont la Famille
fubfifte par des Collateraux.
Jacques de Martinel , qui a des
Succeffeurs de fon nom.
Michel de Gilliers , Fils de G
pard.
A
*
Gaf-
Jacques de Veft d'Efpeluche , dont
le Fils & le petit Fils ontfuccedé
en fa Charge, l'ay com.
posé fait imprimer la Genealogie
de fa Maifon , dans
le premier Volume de l'Hiftoi
re Genealogique de cette Province.
Abel de Calignon,Fils du Chancelier.
Alexandre de Perrinel , dont le
GALANT. 307
R
Marquis d' Arzeliers eft Fils.
Charles Thonard eftoit Etranger,
& n'a laißé qu'une Fille mariée
au Baron des Adrets.
Pierre Armand, Fils de Daniel.
Pierre Ducroz, Fils du Prefident.
Alexandre de Vefe d'Efpeluche ,
· Fils de Tacques
.
Ifaac de Chabrieres , qui vient de
fe convertir , & eft le fecond
Confeiller du Parlement.
Alexandre de Bardonnenche , de
la Famille & de la Conver
fion duquelje vous ay écrit au-
ཀ . " C
A
trefais.
Hector
d'Agout
de Bonneval
, de
la Famille des anciens Comtes
Cc ij
308 MERCURE
de Sault, comme j'ay fait voir
en la Genealogie que j'ay fait
imprimer. Son Fils , Seigneur
de Vorepre , a faitfon Abjura
tion de la plus genereuſe maniere
du monde , & il vient
d'époufer Mademoiselle de la
Baume , Fille d'un Maiftre
des
Comptes.
A
François d'Yfe de Rofans , dont
jay auffi compofe & fait imprimer
la Genealogie au 3.
Volume
Lacques d'Yfe de Saleon fon Fils,
de la Converfion duquel je
vous ay parlé en ma preceden.
te Lettre.
J
GALANT. 309
Marc Conrard Sarrafin de la
Pierre. Sa Famille eft Etrangere.
Alexandre deVefe de Lalo , dont
la Conversion eft fortement
fouhaitée. Comme il eft à Paris
, il n'a pú fuivre les ju
5 dicieux exemples de fes Colleagues
qui font en Dauphiné.
Pierre Chaluet eft mort , & a
Laßé un Fils qui s'eft converty.
Alexandre Pafqual du Roure ,
dont je viens de vous parler.
3 le fuis voftre , &.c...
I
Ce n'eft icy que la moitié
de la Lettre de M Allard.
310 MERCURE
L'autre moitié regarde une
autre matiere , & je la referve
pour le mois prochain ,
auffi-bien qu'un fort grand
nombre d'Articles curieux
touchant des Converfions
éclatantes , & principalement
ce qui s'eft paffé à Rouen , à
Caën , à Sedan, & au Pays de
la Marche , dont j'ay de tresexactes
Relations , avec des
Difcours prononcez fur ce
fujer , qui ont efté admirez ,
& des Lettres fort eftimées.
Je vous feray part de toutes
ces chofes , & comme les
grands progrez que fait la
GALANT. 311
Religion de tous coftez, font
deus au zele du Roy , je ne
puis mieux finir cet Article
que par le Rondeau que je
vous envoye. Il eft de M' de
Benferade. Cet illuftre nom
donne un fi grand poids à
tous les Ouvrages qui le por
tent, qu'il n'eft pas befoin de
yous en rien dire davantage.
Allard , Ancien Prefident en
Bb iiij
296 MERCURE
l'Election de Grenoble, vous
ont toûjours paru curieufes ,
& que fa derniere parloit des
premieres Converfions
du
Dauphiné , je ne dois pas
oublier à vous faire part de
celle que je viens d'enrecevoir
. Vous y trouverez la
fuite du changement qui s'eft
fait en cette Province .
A L'AUTHEUR
DU MERCURE GALANT.
JF
A Grenoble le 17. Novembre 1685.
E vous ay instruit, Monfieur,
par ma Lettre du 6. d'Octobre
dernier, de plufieurs Converſions
GALANT. 297
&
arrivées en cette Province , & je
vous aypromis de continuer à vous
faire part des progrés que la Grace
les admirables cooperations de
nos Calviniftes ont heureusement
achevez. Enfin , graces au Ciel,
tout le Dauphiné est aujourd'huy
d'une mefme Religion . Les Pretendus
Reformez de la Ville de
Grenoble , commencerent à défiler
le mefme jour que je vous écrivis ;
& le Dimanche fuivant on les
wit courir en foule à l'Evefché,
dont les Chambres , les Salles , les
Cabinets , les Chapelles , les De
grez & les Courts furent d'abord
fi remplis , qu'à peine pouvoit- on
298 MERCURE
trouver un endroit vuide. Meffire
Laurent de Periffol, Seigneur
d'Allieres de Giere , Prefident
au Parlement , qui a fuccedé à
fon Pere dans la mefme Charge ;
Noble Ifaac de Chabrieres Sei
gneur de Baix ; Noble Alexandre
Pafqual , Seigneur du Roure
& de Meirins , Confeillers au
mefme Parlement , qui ont fervy
la Chambre Mipartie ; Noble
Sanfom VialTreforier de France,
& plufieurs Gentilshommes de
cette Ville de la Campagne
qui fe rencontrerent alors à Grenoble
, donnerent les premiers exemples
, qui furent fuivis avec
en
GALANT 299
empreſſement de tous les Protef
tans du dernier ordre. Ceux des
autres lieux de la Province ne l'enrentpasplutoftfceu
,que d'un commun
confentement ils firent leur
declaration entre les mains des
Prelats , ou des Curez des Paroiffes
, eennffoorrttee que tout eft aujourd'huyCatholique
. Mrle Bret
noftre Intendant, & Mr de la
Trouffe Lieutenant General , ont
efté à Mens au commencement de
ce mois , pouryfaire rafer le feul
Temple qui reftoit debout , avec
celuy de Grenoble ; mais celuy- cy
ayant efte deftiné , par Arreft du
Confeil du 6. d'Aouft dernier,
300 MERCURE
pourfaire une Eglife Paroiffiale
pour les Fauxbourgs de cette Ville,
on le laiffe en l'eftat qu'il est, tresbien
bafty d'une forme octogone,
couvert d'ardoiſes à la Manfarde,
entouré d'une grande Court garnie
prefque par tout de plufieurs
rangs de Tilleuls , fermée par un
grand Portail , & par de fortes
hautes murailles , Voilà, Monfeur,
de quelle maniere afiny une
Religion commencée en cette Province
fous le Regne de Henry 11.
portée dans le coeur de la plupart
de ceuxqui l'embrafferent , par les
violences de François de Beau
mont Baron des Adrets , par les
GALANT. 301
perfuafions de Charles Dupuy
Marquis de Montbrun , & par
l'authorité de François de Bonne
Seigneur de Lefdiguieres, qui
fut foutenue par quelques Princes
du Sang qui s'eftoient laiffez mal
beureuſement corrompre. Ce fameux
changement devoit arriver
fous le Regne du plus grand Momarque
de la Terre,fous un Regne
tout remply de miracles , & dont
l'Hiftoire étonnera la Pofterité la
plus éloignée. Il n'y a aucune Province
en France où il y eut tant de
Religionnaires à proportion qu'en
cy. Elle a mefme produit plufieurs
Miniftres fçavans , des Oucelle
y
302 MERCURE
vrages defquels jay parlé dans
Bibliotheque de Dauphiné ,
parmy eux a efté Guillaume
Farel , premier Miniftre de Genéve,
au commencement
defa corruption
mefme avant Calvin . La
Chambre de l'Edit fupprimée en
1679.fut créée en 1577. An commencement
il n'y eut qu'un Prefident
& quatre Confeillers , & à
la fin on y mit fix Confeillers , &
on la fit mipartie. Voicy le Rolle
des Officiers Proteftans qu'elle a
eus depuis fa création jusques à
preſent.
PRESIDENTS.
Facques Colas la Madeleine , eftout
d'Orange.
GALANT. 303
laißé
Vincent Gentillet eftoit du Dioce
fedeVienne, & nous a
plufieurs Ouvrages dontje par
le dans ma Bibliotheque de
Dauphiné , dans mon Dictionnaire
de la mesme Province.
Soffrey de Calignon , quifut enfuire
Chancelier de Navarre,
dont j'ay composé &fait imprimer
la Vie.
Barthelemy Marquet de Valens
ce , dont la Famille eft Catholique
depuis long- temps.
Charles Ducroz , dont la Famille
fubfifte encore dans la Ville de
Dye , & qui vient de fe convertir.
304 MERCURE
Samfon de Periffol Seigneur d'Al
lieres & de Giere.
Laurent de Periffol , de la converfion
duquel je viens de parler ,
&qui pur ce moyen eft devenu
le fecond Prefident du Parlement.
CONSEILLERS
:
Soffrey de Calignon , qui fut en-
Suite Prefident ; fa Famille
fubfifte encore.
Vincent Gentillet , qui fut aufſſi
Prefident.
Pierre Fauvet , dont la Famille
*finit en luy.
Jean de Savaffe , de mefme .
Barthelemy Marquet , qui a
auffi Prefident.
efté
GALANT. 305
I
Charles de Veilheu , dont la Famille
est éteinte de nos jours ,
eftoit ancienne.
Marc Vulfon ; fa Famillefubfifte
par des Collateraux. Nous
avons de luy quelques Ouvra
ges imprimez, que je rapporte
ailleurs.
Gafpard de Gilliers. Un autre
Gafpard de Gilliers fon Neven
a efté Confeiller en la
Chambre de l'Edit de Paris ,
s'est converty il y a long-
د
temps..
Facques de Calignon , Frere diss
Chancelier.
Novembre 1685.
C.c
306 MERCURE
Daniel Armand, dont la Famille
fubfifte par des Collateraux.
Jacques de Martinel , qui a des
Succeffeurs de fon nom.
Michel de Gilliers , Fils de G
pard.
A
*
Gaf-
Jacques de Veft d'Efpeluche , dont
le Fils & le petit Fils ontfuccedé
en fa Charge, l'ay com.
posé fait imprimer la Genealogie
de fa Maifon , dans
le premier Volume de l'Hiftoi
re Genealogique de cette Province.
Abel de Calignon,Fils du Chancelier.
Alexandre de Perrinel , dont le
GALANT. 307
R
Marquis d' Arzeliers eft Fils.
Charles Thonard eftoit Etranger,
& n'a laißé qu'une Fille mariée
au Baron des Adrets.
Pierre Armand, Fils de Daniel.
Pierre Ducroz, Fils du Prefident.
Alexandre de Vefe d'Efpeluche ,
· Fils de Tacques
.
Ifaac de Chabrieres , qui vient de
fe convertir , & eft le fecond
Confeiller du Parlement.
Alexandre de Bardonnenche , de
la Famille & de la Conver
fion duquelje vous ay écrit au-
ཀ . " C
A
trefais.
Hector
d'Agout
de Bonneval
, de
la Famille des anciens Comtes
Cc ij
308 MERCURE
de Sault, comme j'ay fait voir
en la Genealogie que j'ay fait
imprimer. Son Fils , Seigneur
de Vorepre , a faitfon Abjura
tion de la plus genereuſe maniere
du monde , & il vient
d'époufer Mademoiselle de la
Baume , Fille d'un Maiftre
des
Comptes.
A
François d'Yfe de Rofans , dont
jay auffi compofe & fait imprimer
la Genealogie au 3.
Volume
Lacques d'Yfe de Saleon fon Fils,
de la Converfion duquel je
vous ay parlé en ma preceden.
te Lettre.
J
GALANT. 309
Marc Conrard Sarrafin de la
Pierre. Sa Famille eft Etrangere.
Alexandre deVefe de Lalo , dont
la Conversion eft fortement
fouhaitée. Comme il eft à Paris
, il n'a pú fuivre les ju
5 dicieux exemples de fes Colleagues
qui font en Dauphiné.
Pierre Chaluet eft mort , & a
Laßé un Fils qui s'eft converty.
Alexandre Pafqual du Roure ,
dont je viens de vous parler.
3 le fuis voftre , &.c...
I
Ce n'eft icy que la moitié
de la Lettre de M Allard.
310 MERCURE
L'autre moitié regarde une
autre matiere , & je la referve
pour le mois prochain ,
auffi-bien qu'un fort grand
nombre d'Articles curieux
touchant des Converfions
éclatantes , & principalement
ce qui s'eft paffé à Rouen , à
Caën , à Sedan, & au Pays de
la Marche , dont j'ay de tresexactes
Relations , avec des
Difcours prononcez fur ce
fujer , qui ont efté admirez ,
& des Lettres fort eftimées.
Je vous feray part de toutes
ces chofes , & comme les
grands progrez que fait la
GALANT. 311
Religion de tous coftez, font
deus au zele du Roy , je ne
puis mieux finir cet Article
que par le Rondeau que je
vous envoye. Il eft de M' de
Benferade. Cet illuftre nom
donne un fi grand poids à
tous les Ouvrages qui le por
tent, qu'il n'eft pas befoin de
yous en rien dire davantage.
Fermer
Résumé : A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT.
En novembre 1685, la province du Dauphiné en France a connu des conversions massives de protestants au catholicisme. Grenoble, dernière ville protestante de la région, a été le théâtre de cette transition, avec la conversion de nombreux habitants, y compris des notables tels que Laurent de Perissol, Isaac de Chabrières et Alexandre Pascal. Les autorités locales, dont l'intendant et le lieutenant général, ont soutenu et facilité ces conversions. Le temple de Grenoble, initialement destiné aux protestants, a été transformé en église paroissiale. Cette vague de conversions marque la fin d'une période de protestantisme qui avait débuté sous le règne d'Henri II et avait été soutenue par des figures influentes comme François de Beaumont et François de Bonne. La Chambre de l'Édit, créée en 1577 pour protéger les droits des protestants, avait déjà été supprimée en 1679. Le texte mentionne également plusieurs personnalités et leurs familles ayant effectué des conversions, parmi lesquelles Alexandre de Perrinel, Charles Thonard, Pierre Armand, Pierre Ducroz, et Alexandre Pascal du Roure. Des conversions similaires ont eu lieu dans d'autres villes françaises, notamment Rouen, Caen, Sedan et dans le Pays de la Marche. L'auteur indique qu'il fournira plus de détails sur ces progrès religieux dans une prochaine lettre, soulignant le zèle du roi en matière de conversions religieuses. Le texte se conclut par un rondeau de Monsieur de Benferade.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
168
p. 4-25
Lettre de Rome. [titre d'après la table]
Début :
Avant que d'entrer dans ce détail, j'ay à vous faire part [...]
Mots clefs :
Procession, Nouveaux convertis, Chrétiens, Fête, Église, Rome, Honneurs, Cortège, Pape, Dévotion, Cérémonie, Martyrs, Nominations, Cardinal, Conclave
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de Rome. [titre d'après la table]
Avant
que d'entrer dans ce
détail , j'ay à vous faire part
d'une Lettre écrite de Rome
à Mr le Duc de S. Aignan
,
par M Chaffebras
de Cramailles.
Elle contient
ce qui
s'y eft paffé de confiderable
à quelques Feftes qu'on a celebrées
avec des Solemnitez
particulieres
à la Proceſ
GALANT.
5
fion des Nouveaux Convertis
, & aux Réjouiffances qui
ont efté faites à l'occafion
des avantages remportez
par les Chreftiens fur les
Turcs.
L&
A Rome ce 15. Septembre 1685.
E 4. du mois paffé , on fit
icy une Fefte extraordinaire
de S. Gaëtan , dans les deux
Maifons des Peres Theatins
principalement en leur Eglife de
Saint André Della Valle , une
des plus belles de Rome . Sa Sainteté
ayant ordonné par un Bref,
qu'onferoit d'orefnavant la Fefte
A iij
6 MERCURE
de Saint Gaëtan double , qui n'êtoit
auparavant que femidouble.
Le mefme jour l'on fit l'ouverture
de l'Eglife de S. Ignace
des Peres Jefuites du College Romain
, qui eft la Maison où ils
enfeignent , comme celle de la
Rue Saint Jacques à Paris . C'eft
une des plus belles Eglifes de
Rome aprés Saint Pierre. La
plupart de Meffieurs les Cardinoux,
& ce qu'il y a icy de perfonnes
de Qualitéla vinrent voir
ce jour là , le lendemain Dimanche,
L'Autel eftoit garny d'u
ne quantitéfurprenante d'argen
ع و م
GALANT. 7
terie , & le Service fe fit à quatre
Choeurs de Mufique. Cette
Eglife , celle de la Maiſon Profeffe
& celle du Novitiat , font
trois des plus belles de Rome.
Le mefme jour & le Diman
che fuivant , les Dominiquains
celebrerent la Fefte defaint Dominique
, Patron de cét Ordre.
Leur Principale Eglife eft
celle de Sancta Maria fuper
Minervam , qui estoit autrefois
le Temple d'Ifis . La Muſique
eftoit à huit Chours . Saint
Dominique Saint François
ayant esté comtemporains & fort
intimes amis , ces deux Ordres
?
A iiij
8 MERCURE
lie ,
›
ont toûjours confervé une affez
grande union l'un avec l'autre
pour en donner des marques publiques.
C'est l'ufage à Rome &
dans la plupart des Villes d'Ita
que le jour de faint Domini_
que les Obfervantins de Saint
François , nommez chez nous
Cordeliers , viennentfaire l'Office
dans le Convent des Dominiquains
, femblablement lejour
de faint François les Dominiquains
vontfaire l'Office chez les
Cordeliers.
Le 9. Aouft fe fit la Fefte de
Saint Laurent . C'est une des principales
de Rome ; on éleva des
GALANT:
9
Arcs de Triomphe dans les ruës
des environs de la Principale
Eglife de Saint Laurent.
Le 25. Aouft on celebra la
Fefte de Saint Louis dans l'E
glife de ce Saint , qui eft de la
Nation Françoife
. Il y eut une
tres-belle Mufique. M. l'Ambaffadeur
de France s'y rendit en
grand cortege à douze à treize
beures , qui font fept à huit heu
res du matin felon l'Horloge de
France , pour recevoir Meffieurs
les Cardinaux
quiy eftoient invitez
, il s'y en trouva un fort
grand nombre. Ils fe placerent
vous dans le Choeur fuivant leur
10 MERCURE
rang; fçavoir les Evefques , les
Prestres les Diacres . Comme
auffi M. l'Ambaffadeur à qui on
rendift les mefmes honneurs qui
leurfont rendus , foit pour les Encenffemens
, foit pour d'autre chofes.
L'Eglife eftoit toute tenduë
de bandes de Damas rouge , avec
desfleurs de Lys & des Soleils.
Le Portrait de Sa Majesté tour
de bouten Manteau Royal ,
eftoit fur la Porte à costé de celuy
de Sa Sainteté. Tout ce qu'il y a
de François à Rome , fe trouverent
chez M. l'Ambaſſadeur dés
les onze heures d'Italie , pour
luy faire cortege , & ils furent
GALANT. II
régalez de Caffé de Liqueurs.
Son Cortege eftoit de trois Caroffes
de Velours en Broderie & Dorures
, chacun àfix Chevaux , &
quatre autres à deux Chevaux
Une douzaine de Pages au tour
en épée manteau à l'usage d'Italie
, & environ foixante Valets
de pied & Estaffiers , auffi en
épée & en manteau pour la pluf
part. Il y avoit enfuite environ
cinquante autres Caroffes de ceux
quifaifoient cortege.
Le Dimanche 2. de Septem
bre , Sa Sainteté tini Chapelle
extraordinairement dans fon Pa
lais de Montecavallo , & l'ony
12 MERCURE
chanta la Meffe le Te
&
Deum ,pourrendregraces à Dieu
des Victoires remportées fur les
Turcs par les Armées de l'Empereur
& des Venitiens.
Les Canons du Chateau S.
Ange annoncerent dés le matin
la Réjouiffance publique , &fur
le foir toute la Ville fe trouva
en joye . Chacun avoit allumé des
feux devant fa porte. Toutes les
Maifons estoient illuminées des
lampes & de lanternes aux Armes
du Pape , de l'Empereur &
de la Republique de Venife , la
plufpart de Meffieurs les Cardinaux
, de Meffieurs les PrinGALANT.
13
ces , avoient fait mettre deux
grands flambeaux de cire blan.
che à chacune des feneftres de
leurs Palais , l'on tira un nombre
prodigieux de Mortiers , de
Petarts & de Fufees.
M. le Cardinal Chigi , Ne
veu du Pape Alexandre VII.
qui avoit fait éclairer la façade
defon Palais d'unegrande quantité
de flambeaux comme les autres
, fit encore tapiffer le derriere
du mefme Palais qui donne fur
le Cours , avec des Satins & des
pluſieurs dé- Damas rouges ,
pouilles remportées en divers
temps fur cét Ennemy commun
14 MERCURE
1
>
des Chreftiens. On y voyoit expofez
des Turbans , des Bonnets ,
des Heaumes , des Vestes , des
Hoquetons , des' Corcelets , des
Souliers , des Bottines , des Pabouches
, des Sabres , des Coûteaux
, des Cimeteres , des Epées,
des Haches , des Dagues , des
Poignards , des Pieux, des Mar
teaux , des Coutelas , des Tranchoirs
, des Arcs , des Fléches ,
des Carquois , des Lames , des Ja-.
velots , des Dards , des Boucliers,
des Bâtons ferrez, des Piques ,
un nombre infiny de diverfes Armes
à feu de differentes fortes ,
outreplufieurs brides mords de
GALANT. 15
Cheval , des felles , des houffes ,
des étriers , & autres harnachemens
à la Turque.
Ily
Ily avoit des Turcs liez &
garotezfur un Theatre , pleurans
leur nouveau defastre au milieu
de leurs Etendards & de leurs
Drapeaux. Ony avoit mis une
Tête de Mahometan defeichée
que
l'on difoit estre d'un Bacha
d'Alep , & la veritable peau
d'un homme corroiée , que M.
le Cardinal conferve parmy les
raretez de fa Maifon de plaifan
ce , & que l'on attribuoit en cette
occafion au Grand Vifir défunt.
Ces Réjouiffances continuerent
16 MERCURE
le lendemain Lundy. Sa Sainteté
fit diftribuer ce jour là plufieurs
Charitez à tous les pauvres neceffiteux
de la Ville ; & afin que
la Feste fuft encore agreable à
Dieu , & plus utile aux veritables
Chreftiens on, fit des Prie
res deQuarante heures leSamedy,
Dimanche & Lundy , dans l'Ē
glife de Sainte Marie Dell'ani
ma de la Nation d'Allemagne
de Flandres , & dans celle de
Saint Marc , enclavée dans le
circuit du Palais des Ambaffadeurs
de Venife , où Sa Sainteté
avoit accordé Indulgence Pleniere
¸à ceux qui s'acquiteroient des
GALANT. 17
dévoirs prefcris dans l'une de
ces deux Eglifes , & demanderoient
à Dieu la continuation des
Victoires contre lesi Infideles , la
Paix de l'Eglife , & l'union des
Princes Chreftiens. Il y eut auffi
de grandes Devotions avec la
mefme Indulgence accordée dans
les trois principales Bafiliques.
Sçavoir le Samedy 8. à S. Jean
de Latran , le Dimanche g . à S.
Pierre du Vatican , & le Lundy
zo. à Sainte Marie Majeure.
Le Dimanche 9. Septembre,
l'on fit icy fur le foir une Procef
fion celebre , où l'on transfera les
nouveaux Convertis à la Foy
Decembre 1685.
9 .
B
18 MERCURE
Catholique , dans le Palais de
feu M. le Cardinal Gastaldi
qui en mourant leur a donné ce
Palais pour leurfervir d'hospice.
C'est un des plus beaux de Rome :
Il eft fcitué entre le Chaftean
Saint Ange & la fuperbe Eglife
de Saint Pierre du Vatican ,
tient une fort grande étenduë de
terrain.
Les Nouveaux Convertis aut
nombre de quatre- vingt , ou environ
, portoient chacun un Cierge
allumé ; ils eftoient precedez
des Confreres du Crucifix de faint
Marcel, dont la plus grande partie
font des Gentilshommes des
GALANT. 19
premieres Maifons de Rome.
Ces Confreres eftoient tous habillez
d'une Robe noire avec une
figure de Crucifix fur l'estomach ,
& un long baton noir à la main
rehauffé d'une petite Croix argen
tée & dorée. Trois des Principaux
de la Confrairie portoient
tour à tour une Croix de bois , de
quinze à dix-huit pieds de hau
teur , & d'autres tenoient un peu
plus loin un grand Crucifix environné
de quantité de Phanaux
dorez de Flambeaux ardens.
Meffieurs les Cardinaux Chi.
gy , Houvard de Nortfolch
accompagnoient la Proceſſion, &
Bij
20 MERCURE
aprés eux marchoient une centai
ne de Prelats , tous deux à deux
fuivis d'un nombre infiny de Peuple
qui y eftoit accouru de tous les
quartiers de Rome , pour gagner
l'Indulgence pleniere accordée par
Sa Sainteté , à tous ceux qui affi
fteroient à cette Ceremonie.
La Proceffion partit de l'ancien
Hospice de Sainte Marie de
Graces prés la Porte Angelique ,
alla d'abord dans l'Eglife de
Saint Pierre , où après que chacuneut
fait fapriere , on fit voir
à tout le Peuple , les trois principales
Reliques que l'on conferve
dans le Trefor de cette Eglife ,
GALANT . 21
quifont le Linge avec lequelfain..
te
Veronique effuya le Vifage
du
Sauveur du Monde , quand il
fut conduit au Mont Calvaire ,
T'empreinte de fa Divine Face
eft demeuréefurceLinge . La Lan
ce qui perça fon Cofté lors qu'il
fut fufpendufur la Croix pour le
falut de tous les hommes , &un
grandmorceau de la Vraye Croix,
que le Pape Urbain VIII. fit
transporter d'une autre Eglife de
Rome en celle- cy en l'année 1629.
Enfuite la Proceffion fe remit en
ordre comme
auparavant , &
continua fa route
juſqu'au nouvel
Hospice que l'on avoit orné
22 MERCURE
de Tapifleries , de Festons , de
d'autres galanteries.
Fleurs
,
Le Mardy 2. Septembre M.
le Cardinal Paul Savelli- Perreti,
Diacre du Titre de Saint Geor
ges in Velabro, mourut icy à l'â–
ge de foixante- deux ans entre
une deux heures d'Italie , qui
font environ huit heures dufoir
fuivant l'Horloge de France. Il
déceda dans fon Palais bâty fur
les ruines du Theatre
ĺ'Emque
des
pereur Augufte fit élever à fon
Neveu Marcellus. C'eft où l'on
faifoit des Feux publics , &
Feftes de Taureaux & de Gladiateurs
, où dans les temps
GALANT. 23
14.
des Perfecutions , l'on tourmentoit
cruellement quantité de Saints
Martyrs
, que l'on expofoit aux
Beftes pour donnerde l'épouvan
te aux autres Chreftiens.
Ilfut nommé Cardinal le
Janvier 1664. fous le Pontificat
d'Alexandre VII. Il avoit efté
l'un des douze Clercs de la Chambre
Apostolique , & eftoit lors
qu'il mourut de plufieurs Congre
gorions de Rome. Ilfut inhumé
le Feudy fuivant dans l'Eglife de
Sancta Maria dara Coeli ,
dans une Chapelle de fa Famille.
Cette Eglife eft une des plus
confiderables de Rome. Elle eft
24 MERCURE
fcituée au Sommet du Mont Ca
pitolin ; l'on y monte par un Efcalier
de marbre blanc , de cent
vingt- quatre degrezdeſept à huit
toiſes de largeur , & ce font les
Freres Mineurs Obfervantins qui
gouuernent depuis deux cent
quarante ans.
la
Ce Cardinal a laiffé un Frere
M. le Prince d' Albano , qui est
aujourd'huy l'aifné de la Maifon
des Savelli , l'une des quatre premieres
plus anciennes de Ro
me , quiy tiennent rang de Princes
: celle- cy jouit d'un beau Privilege,
& l'aifné de la Famille
eft toûjours Mareschal né &
Gardien
GALANT. 25
Gardien perpetuel du Conclave,
conjointement avec M. le Car
dinal Camerlingue de la Sainte
Eglife , d'où vient que lors que le
Saint Siege eft vacant , il afon
appartement dans dans le Palais où
le Conclave fe tient.
M Antoine Paoluzi , Venitien
Auditeur de Rote , eft mort
icy. C'eftoit un Sujet des plus
capables.
que d'entrer dans ce
détail , j'ay à vous faire part
d'une Lettre écrite de Rome
à Mr le Duc de S. Aignan
,
par M Chaffebras
de Cramailles.
Elle contient
ce qui
s'y eft paffé de confiderable
à quelques Feftes qu'on a celebrées
avec des Solemnitez
particulieres
à la Proceſ
GALANT.
5
fion des Nouveaux Convertis
, & aux Réjouiffances qui
ont efté faites à l'occafion
des avantages remportez
par les Chreftiens fur les
Turcs.
L&
A Rome ce 15. Septembre 1685.
E 4. du mois paffé , on fit
icy une Fefte extraordinaire
de S. Gaëtan , dans les deux
Maifons des Peres Theatins
principalement en leur Eglife de
Saint André Della Valle , une
des plus belles de Rome . Sa Sainteté
ayant ordonné par un Bref,
qu'onferoit d'orefnavant la Fefte
A iij
6 MERCURE
de Saint Gaëtan double , qui n'êtoit
auparavant que femidouble.
Le mefme jour l'on fit l'ouverture
de l'Eglife de S. Ignace
des Peres Jefuites du College Romain
, qui eft la Maison où ils
enfeignent , comme celle de la
Rue Saint Jacques à Paris . C'eft
une des plus belles Eglifes de
Rome aprés Saint Pierre. La
plupart de Meffieurs les Cardinoux,
& ce qu'il y a icy de perfonnes
de Qualitéla vinrent voir
ce jour là , le lendemain Dimanche,
L'Autel eftoit garny d'u
ne quantitéfurprenante d'argen
ع و م
GALANT. 7
terie , & le Service fe fit à quatre
Choeurs de Mufique. Cette
Eglife , celle de la Maiſon Profeffe
& celle du Novitiat , font
trois des plus belles de Rome.
Le mefme jour & le Diman
che fuivant , les Dominiquains
celebrerent la Fefte defaint Dominique
, Patron de cét Ordre.
Leur Principale Eglife eft
celle de Sancta Maria fuper
Minervam , qui estoit autrefois
le Temple d'Ifis . La Muſique
eftoit à huit Chours . Saint
Dominique Saint François
ayant esté comtemporains & fort
intimes amis , ces deux Ordres
?
A iiij
8 MERCURE
lie ,
›
ont toûjours confervé une affez
grande union l'un avec l'autre
pour en donner des marques publiques.
C'est l'ufage à Rome &
dans la plupart des Villes d'Ita
que le jour de faint Domini_
que les Obfervantins de Saint
François , nommez chez nous
Cordeliers , viennentfaire l'Office
dans le Convent des Dominiquains
, femblablement lejour
de faint François les Dominiquains
vontfaire l'Office chez les
Cordeliers.
Le 9. Aouft fe fit la Fefte de
Saint Laurent . C'est une des principales
de Rome ; on éleva des
GALANT:
9
Arcs de Triomphe dans les ruës
des environs de la Principale
Eglife de Saint Laurent.
Le 25. Aouft on celebra la
Fefte de Saint Louis dans l'E
glife de ce Saint , qui eft de la
Nation Françoife
. Il y eut une
tres-belle Mufique. M. l'Ambaffadeur
de France s'y rendit en
grand cortege à douze à treize
beures , qui font fept à huit heu
res du matin felon l'Horloge de
France , pour recevoir Meffieurs
les Cardinaux
quiy eftoient invitez
, il s'y en trouva un fort
grand nombre. Ils fe placerent
vous dans le Choeur fuivant leur
10 MERCURE
rang; fçavoir les Evefques , les
Prestres les Diacres . Comme
auffi M. l'Ambaffadeur à qui on
rendift les mefmes honneurs qui
leurfont rendus , foit pour les Encenffemens
, foit pour d'autre chofes.
L'Eglife eftoit toute tenduë
de bandes de Damas rouge , avec
desfleurs de Lys & des Soleils.
Le Portrait de Sa Majesté tour
de bouten Manteau Royal ,
eftoit fur la Porte à costé de celuy
de Sa Sainteté. Tout ce qu'il y a
de François à Rome , fe trouverent
chez M. l'Ambaſſadeur dés
les onze heures d'Italie , pour
luy faire cortege , & ils furent
GALANT. II
régalez de Caffé de Liqueurs.
Son Cortege eftoit de trois Caroffes
de Velours en Broderie & Dorures
, chacun àfix Chevaux , &
quatre autres à deux Chevaux
Une douzaine de Pages au tour
en épée manteau à l'usage d'Italie
, & environ foixante Valets
de pied & Estaffiers , auffi en
épée & en manteau pour la pluf
part. Il y avoit enfuite environ
cinquante autres Caroffes de ceux
quifaifoient cortege.
Le Dimanche 2. de Septem
bre , Sa Sainteté tini Chapelle
extraordinairement dans fon Pa
lais de Montecavallo , & l'ony
12 MERCURE
chanta la Meffe le Te
&
Deum ,pourrendregraces à Dieu
des Victoires remportées fur les
Turcs par les Armées de l'Empereur
& des Venitiens.
Les Canons du Chateau S.
Ange annoncerent dés le matin
la Réjouiffance publique , &fur
le foir toute la Ville fe trouva
en joye . Chacun avoit allumé des
feux devant fa porte. Toutes les
Maifons estoient illuminées des
lampes & de lanternes aux Armes
du Pape , de l'Empereur &
de la Republique de Venife , la
plufpart de Meffieurs les Cardinaux
, de Meffieurs les PrinGALANT.
13
ces , avoient fait mettre deux
grands flambeaux de cire blan.
che à chacune des feneftres de
leurs Palais , l'on tira un nombre
prodigieux de Mortiers , de
Petarts & de Fufees.
M. le Cardinal Chigi , Ne
veu du Pape Alexandre VII.
qui avoit fait éclairer la façade
defon Palais d'unegrande quantité
de flambeaux comme les autres
, fit encore tapiffer le derriere
du mefme Palais qui donne fur
le Cours , avec des Satins & des
pluſieurs dé- Damas rouges ,
pouilles remportées en divers
temps fur cét Ennemy commun
14 MERCURE
1
>
des Chreftiens. On y voyoit expofez
des Turbans , des Bonnets ,
des Heaumes , des Vestes , des
Hoquetons , des' Corcelets , des
Souliers , des Bottines , des Pabouches
, des Sabres , des Coûteaux
, des Cimeteres , des Epées,
des Haches , des Dagues , des
Poignards , des Pieux, des Mar
teaux , des Coutelas , des Tranchoirs
, des Arcs , des Fléches ,
des Carquois , des Lames , des Ja-.
velots , des Dards , des Boucliers,
des Bâtons ferrez, des Piques ,
un nombre infiny de diverfes Armes
à feu de differentes fortes ,
outreplufieurs brides mords de
GALANT. 15
Cheval , des felles , des houffes ,
des étriers , & autres harnachemens
à la Turque.
Ily
Ily avoit des Turcs liez &
garotezfur un Theatre , pleurans
leur nouveau defastre au milieu
de leurs Etendards & de leurs
Drapeaux. Ony avoit mis une
Tête de Mahometan defeichée
que
l'on difoit estre d'un Bacha
d'Alep , & la veritable peau
d'un homme corroiée , que M.
le Cardinal conferve parmy les
raretez de fa Maifon de plaifan
ce , & que l'on attribuoit en cette
occafion au Grand Vifir défunt.
Ces Réjouiffances continuerent
16 MERCURE
le lendemain Lundy. Sa Sainteté
fit diftribuer ce jour là plufieurs
Charitez à tous les pauvres neceffiteux
de la Ville ; & afin que
la Feste fuft encore agreable à
Dieu , & plus utile aux veritables
Chreftiens on, fit des Prie
res deQuarante heures leSamedy,
Dimanche & Lundy , dans l'Ē
glife de Sainte Marie Dell'ani
ma de la Nation d'Allemagne
de Flandres , & dans celle de
Saint Marc , enclavée dans le
circuit du Palais des Ambaffadeurs
de Venife , où Sa Sainteté
avoit accordé Indulgence Pleniere
¸à ceux qui s'acquiteroient des
GALANT. 17
dévoirs prefcris dans l'une de
ces deux Eglifes , & demanderoient
à Dieu la continuation des
Victoires contre lesi Infideles , la
Paix de l'Eglife , & l'union des
Princes Chreftiens. Il y eut auffi
de grandes Devotions avec la
mefme Indulgence accordée dans
les trois principales Bafiliques.
Sçavoir le Samedy 8. à S. Jean
de Latran , le Dimanche g . à S.
Pierre du Vatican , & le Lundy
zo. à Sainte Marie Majeure.
Le Dimanche 9. Septembre,
l'on fit icy fur le foir une Procef
fion celebre , où l'on transfera les
nouveaux Convertis à la Foy
Decembre 1685.
9 .
B
18 MERCURE
Catholique , dans le Palais de
feu M. le Cardinal Gastaldi
qui en mourant leur a donné ce
Palais pour leurfervir d'hospice.
C'est un des plus beaux de Rome :
Il eft fcitué entre le Chaftean
Saint Ange & la fuperbe Eglife
de Saint Pierre du Vatican ,
tient une fort grande étenduë de
terrain.
Les Nouveaux Convertis aut
nombre de quatre- vingt , ou environ
, portoient chacun un Cierge
allumé ; ils eftoient precedez
des Confreres du Crucifix de faint
Marcel, dont la plus grande partie
font des Gentilshommes des
GALANT. 19
premieres Maifons de Rome.
Ces Confreres eftoient tous habillez
d'une Robe noire avec une
figure de Crucifix fur l'estomach ,
& un long baton noir à la main
rehauffé d'une petite Croix argen
tée & dorée. Trois des Principaux
de la Confrairie portoient
tour à tour une Croix de bois , de
quinze à dix-huit pieds de hau
teur , & d'autres tenoient un peu
plus loin un grand Crucifix environné
de quantité de Phanaux
dorez de Flambeaux ardens.
Meffieurs les Cardinaux Chi.
gy , Houvard de Nortfolch
accompagnoient la Proceſſion, &
Bij
20 MERCURE
aprés eux marchoient une centai
ne de Prelats , tous deux à deux
fuivis d'un nombre infiny de Peuple
qui y eftoit accouru de tous les
quartiers de Rome , pour gagner
l'Indulgence pleniere accordée par
Sa Sainteté , à tous ceux qui affi
fteroient à cette Ceremonie.
La Proceffion partit de l'ancien
Hospice de Sainte Marie de
Graces prés la Porte Angelique ,
alla d'abord dans l'Eglife de
Saint Pierre , où après que chacuneut
fait fapriere , on fit voir
à tout le Peuple , les trois principales
Reliques que l'on conferve
dans le Trefor de cette Eglife ,
GALANT . 21
quifont le Linge avec lequelfain..
te
Veronique effuya le Vifage
du
Sauveur du Monde , quand il
fut conduit au Mont Calvaire ,
T'empreinte de fa Divine Face
eft demeuréefurceLinge . La Lan
ce qui perça fon Cofté lors qu'il
fut fufpendufur la Croix pour le
falut de tous les hommes , &un
grandmorceau de la Vraye Croix,
que le Pape Urbain VIII. fit
transporter d'une autre Eglife de
Rome en celle- cy en l'année 1629.
Enfuite la Proceffion fe remit en
ordre comme
auparavant , &
continua fa route
juſqu'au nouvel
Hospice que l'on avoit orné
22 MERCURE
de Tapifleries , de Festons , de
d'autres galanteries.
Fleurs
,
Le Mardy 2. Septembre M.
le Cardinal Paul Savelli- Perreti,
Diacre du Titre de Saint Geor
ges in Velabro, mourut icy à l'â–
ge de foixante- deux ans entre
une deux heures d'Italie , qui
font environ huit heures dufoir
fuivant l'Horloge de France. Il
déceda dans fon Palais bâty fur
les ruines du Theatre
ĺ'Emque
des
pereur Augufte fit élever à fon
Neveu Marcellus. C'eft où l'on
faifoit des Feux publics , &
Feftes de Taureaux & de Gladiateurs
, où dans les temps
GALANT. 23
14.
des Perfecutions , l'on tourmentoit
cruellement quantité de Saints
Martyrs
, que l'on expofoit aux
Beftes pour donnerde l'épouvan
te aux autres Chreftiens.
Ilfut nommé Cardinal le
Janvier 1664. fous le Pontificat
d'Alexandre VII. Il avoit efté
l'un des douze Clercs de la Chambre
Apostolique , & eftoit lors
qu'il mourut de plufieurs Congre
gorions de Rome. Ilfut inhumé
le Feudy fuivant dans l'Eglife de
Sancta Maria dara Coeli ,
dans une Chapelle de fa Famille.
Cette Eglife eft une des plus
confiderables de Rome. Elle eft
24 MERCURE
fcituée au Sommet du Mont Ca
pitolin ; l'on y monte par un Efcalier
de marbre blanc , de cent
vingt- quatre degrezdeſept à huit
toiſes de largeur , & ce font les
Freres Mineurs Obfervantins qui
gouuernent depuis deux cent
quarante ans.
la
Ce Cardinal a laiffé un Frere
M. le Prince d' Albano , qui est
aujourd'huy l'aifné de la Maifon
des Savelli , l'une des quatre premieres
plus anciennes de Ro
me , quiy tiennent rang de Princes
: celle- cy jouit d'un beau Privilege,
& l'aifné de la Famille
eft toûjours Mareschal né &
Gardien
GALANT. 25
Gardien perpetuel du Conclave,
conjointement avec M. le Car
dinal Camerlingue de la Sainte
Eglife , d'où vient que lors que le
Saint Siege eft vacant , il afon
appartement dans dans le Palais où
le Conclave fe tient.
M Antoine Paoluzi , Venitien
Auditeur de Rote , eft mort
icy. C'eftoit un Sujet des plus
capables.
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Résumé : Lettre de Rome. [titre d'après la table]
En septembre 1685, Rome a été le théâtre de nombreuses festivités religieuses et célébrations. Le 4 août, une fête en l'honneur de Saint Gaëtan a été organisée chez les Pères Théatins, et le pape a décidé que cette fête serait dorénavant célébrée comme une double fête. La même journée a marqué l'inauguration de l'église Saint-Ignace des Jésuites, attirant de nombreux dignitaires. Les Dominicains ont célébré la fête de saint Dominique avec une musique à huit chœurs, tandis que les Franciscains et les Dominicains ont échangé des offices pour symboliser leur union. Le 9 août, la fête de Saint Laurent a été marquée par des arcs de triomphe autour de son église principale. Le 25 août, la fête de Saint Louis a été célébrée avec une musique exceptionnelle et la présence de l'ambassadeur de France, dans une église décorée de damas rouge, de fleurs de lys, de soleils, ainsi que des portraits du roi de France et du pape. Le 2 septembre, le pape a tenu une chapelle extraordinaire pour remercier Dieu des victoires contre les Turcs obtenues par les armées de l'empereur et des Vénitiens. La ville était en liesse avec des feux, des illuminations et des tirs de mortiers. Le cardinal Chigi a exposé des armes turques et des prisonniers sur la façade de son palais. Après les victoires militaires, des trophées macabres, comme une tête de Mahométan et une peau humaine attribuée au Grand Vizir, ont été mis en scène. Le pape a distribué des charités aux pauvres et organisé des prières de Quarante Heures pour demander des victoires contre les infidèles, la paix de l'Église et l'union des princes chrétiens. Une procession a célébré le transfert de nouveaux convertis au catholicisme vers un palais légué par le cardinal Gastaldi, accompagnée de cardinaux et de prélats, et s'est rendue à la basilique Saint-Pierre où étaient exposées des reliques sacrées. Le 2 septembre, le cardinal Paul Savelli-Perretti est décédé à l'âge de soixante-deux ans et a été inhumé dans l'église Santa Maria in Ara Coeli. Son frère est le prince d'Albano, chef de la maison Savelli, une des plus anciennes familles de Rome. Antoine Paoluzi, un auditeur de la Rote vénitien, est également décédé à Rome.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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169
p. 42-50
Extrait d'un Sermon presché à Port Royal. [titre d'après la table]
Début :
Le 21. du mois passé, jour de la Presentation de la Vierge, [...]
Mots clefs :
Présentation de la Vierge, Sermon, Abbé, Archevêque, Discours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'un Sermon presché à Port Royal. [titre d'après la table]
Le 21. du mois paffé , jour
GALANT. 43
de la Prefentation de la Vierge
, S. A. R. Madame s'eftant
retirée au Monaftere de Portroyal
, entendit le Sermon
qu'y fit ce jour -là Mªl'Abbé
Faydit , mais elle n'y voulut
affifter qu'incognito , afin de
laiffer tous les honneurs
Madame 'Abbeffe , qui ,
comme vops fçavez, eft Sour
deM l'Archevefque de Paris,
& que le Predicateur puſt luy
adrefferla parole s'il vouloit,
ce qu'il fit de cette maniere.
Son Difcours eftoit fur la
paix & la concorde , qu'il re
prefentoit comme lame de
Dij
41 MERCURE
la vie Religieufe . Il dit d'a
bord que c'eftoit ce defaut
d'union que les Peres de l'Eglife
affeuroient eftre le poifon
le plus ordinaire & le plus,
dangereux aux Communautez
; & qu'on pouvoit dire
aux Religieufes ce que Tertulien
difoit aux Martyrs &
aux Confeffeurs qui eſtoient
dans les Prifons. Vous eftes la
plus illuftre Portion du Troupeau
de JESUS - CHRIST , vous portez
fes chaines. Vous eftesfes Ca
ptifs & fes Prifonniers ; vos ver_
tus font en admiration au Ciel
à la Terre a mais plus vous eſtes
GALANT. 45,
grands élevez en merite , plus
vous avés excité l'envie lahaine
du Démon . Et vous devezcompter
qu'ilfera tous fes efforts, qu'il
épuifera toutes fes rufes pour vous
perdre. Il voit bien qu'il ne gagneroit
rien fur vous par l'appas.
des plaifirs, & par la rigueur des
tourmens. Vous avez renoncé
aux uns vaincu les autres ;
m is cet efprit artificieux dit en
luy-mesme , il faut que je les
brouille enfemble , ilfaut que je
feme des difcordes & des divifionsparmy
eux. Il faut que j'altere
la charité dans leur coeur par
de faux rapports , par des fupo46
MERCURE
cons , par des défiances mutuelles ,
par des difputes contentieuses. Par
ce moyen je rendray inutile tout
le fruit de leur martyre ; car à
quoy fert le martyre ou du fang
ou de la Penitence fans la charité
? Quand je livrerois mon
corps aux flames , fi je n'ay la
charité , cela ne me ferviroit de
rien , dit le grand Apoftre.
Mais doit-on rien craindre de
femblable, Madame, d'une Communaute
qui a le bonheur de vous
avoirpour Chef& pour Abbeffe,
puifque tout le monde avonë
parmy tant d'éminentes qualitez
qui vous diftinguent , la douceur,
que
GALANT.
47
la moderation& la prudence tien
nent le premier rang , & vous
élevent autant au deffus des autres
Abbeffes de l'Eglife , que
cette Dignité vous éleve au def.
fus du commun des Religieufes ?
Ce font des Vertus hereditaires
dans vostre Maifon , Madame ,
que
la douceur & la clemence .
Vous les avez receuës avec le
fang. Vous les avez fuccées avec
le lait , mais la grace les a confacrées
en vous , par le faint ufage
qu'elle vous en a fait fait faire.
Düy , Madame , vous avezfait
dans le Cloiftre, & parmy d'illus
firesVierges de JESUS - CHRIST,
48 MERCURE
les
ce que ce grand Prelat , qui vous
eft beaucoup moins uny par
liens de la chair du fang, que
par ceux de la grace , & par la
conformité des fentimens de l'ef
prit & du coeur , a fait dans la
plus illuftre Eglife du Monde, &
dans le plus fçavant Clergé de
l'Univers. A fon avenement au
Throne Archiepifcopal de cette
grande Ville , il trouva l'Eglife
de Paris dans le mesme état que
Apoftre Saint Paul trouva aurefois
l'Eglife de Corinthe partagée
par des difputes honteuses ,
L'un difant je fuis à Paul , l'autre
à Apollo , & l'autre à Cephas.
GALANT.
49
phas.Mais à l'exemple de ce grand
Apoftre , il calma tout par fa
prefence. Il ramena la tranquilité
la paix. Auffi , Madame , le
Démon jaloux de la Sainteté de
cette Maifon , & de l'édification
generale qu'elle donnoit à toute
Eglife par la difcipline reguliere
qui s'y obfervoit avec toute
l'exactitude imaginable , & par
la pratique de toutes les vertus ,
avoit tâché d'y jetter quelques femences
de divifion ; mais vostre
prudence a toutcalmé. Vous avez
paru , Madame , & toutes les
disputes ont ceßé. La grace de
JESUS-CHRIST n'a plus parta-
Decembre 1685.
E
50 MERCURE
gé les coeurs. Elle les a unis felon
fa nature & fon inftitution . Toute
cette grande Communauté ne fait
plus qu'un coeur & qu'une ame
comme la focieté des premiers Fidelles
de Ferufalem . En un mot ,
on ne voit plus icy d'autre émulacelle
d'imiter vos vertus, tion
que
Madame , comme vous imitez
parfaitement celles de la Vierge.
GALANT. 43
de la Prefentation de la Vierge
, S. A. R. Madame s'eftant
retirée au Monaftere de Portroyal
, entendit le Sermon
qu'y fit ce jour -là Mªl'Abbé
Faydit , mais elle n'y voulut
affifter qu'incognito , afin de
laiffer tous les honneurs
Madame 'Abbeffe , qui ,
comme vops fçavez, eft Sour
deM l'Archevefque de Paris,
& que le Predicateur puſt luy
adrefferla parole s'il vouloit,
ce qu'il fit de cette maniere.
Son Difcours eftoit fur la
paix & la concorde , qu'il re
prefentoit comme lame de
Dij
41 MERCURE
la vie Religieufe . Il dit d'a
bord que c'eftoit ce defaut
d'union que les Peres de l'Eglife
affeuroient eftre le poifon
le plus ordinaire & le plus,
dangereux aux Communautez
; & qu'on pouvoit dire
aux Religieufes ce que Tertulien
difoit aux Martyrs &
aux Confeffeurs qui eſtoient
dans les Prifons. Vous eftes la
plus illuftre Portion du Troupeau
de JESUS - CHRIST , vous portez
fes chaines. Vous eftesfes Ca
ptifs & fes Prifonniers ; vos ver_
tus font en admiration au Ciel
à la Terre a mais plus vous eſtes
GALANT. 45,
grands élevez en merite , plus
vous avés excité l'envie lahaine
du Démon . Et vous devezcompter
qu'ilfera tous fes efforts, qu'il
épuifera toutes fes rufes pour vous
perdre. Il voit bien qu'il ne gagneroit
rien fur vous par l'appas.
des plaifirs, & par la rigueur des
tourmens. Vous avez renoncé
aux uns vaincu les autres ;
m is cet efprit artificieux dit en
luy-mesme , il faut que je les
brouille enfemble , ilfaut que je
feme des difcordes & des divifionsparmy
eux. Il faut que j'altere
la charité dans leur coeur par
de faux rapports , par des fupo46
MERCURE
cons , par des défiances mutuelles ,
par des difputes contentieuses. Par
ce moyen je rendray inutile tout
le fruit de leur martyre ; car à
quoy fert le martyre ou du fang
ou de la Penitence fans la charité
? Quand je livrerois mon
corps aux flames , fi je n'ay la
charité , cela ne me ferviroit de
rien , dit le grand Apoftre.
Mais doit-on rien craindre de
femblable, Madame, d'une Communaute
qui a le bonheur de vous
avoirpour Chef& pour Abbeffe,
puifque tout le monde avonë
parmy tant d'éminentes qualitez
qui vous diftinguent , la douceur,
que
GALANT.
47
la moderation& la prudence tien
nent le premier rang , & vous
élevent autant au deffus des autres
Abbeffes de l'Eglife , que
cette Dignité vous éleve au def.
fus du commun des Religieufes ?
Ce font des Vertus hereditaires
dans vostre Maifon , Madame ,
que
la douceur & la clemence .
Vous les avez receuës avec le
fang. Vous les avez fuccées avec
le lait , mais la grace les a confacrées
en vous , par le faint ufage
qu'elle vous en a fait fait faire.
Düy , Madame , vous avezfait
dans le Cloiftre, & parmy d'illus
firesVierges de JESUS - CHRIST,
48 MERCURE
les
ce que ce grand Prelat , qui vous
eft beaucoup moins uny par
liens de la chair du fang, que
par ceux de la grace , & par la
conformité des fentimens de l'ef
prit & du coeur , a fait dans la
plus illuftre Eglife du Monde, &
dans le plus fçavant Clergé de
l'Univers. A fon avenement au
Throne Archiepifcopal de cette
grande Ville , il trouva l'Eglife
de Paris dans le mesme état que
Apoftre Saint Paul trouva aurefois
l'Eglife de Corinthe partagée
par des difputes honteuses ,
L'un difant je fuis à Paul , l'autre
à Apollo , & l'autre à Cephas.
GALANT.
49
phas.Mais à l'exemple de ce grand
Apoftre , il calma tout par fa
prefence. Il ramena la tranquilité
la paix. Auffi , Madame , le
Démon jaloux de la Sainteté de
cette Maifon , & de l'édification
generale qu'elle donnoit à toute
Eglife par la difcipline reguliere
qui s'y obfervoit avec toute
l'exactitude imaginable , & par
la pratique de toutes les vertus ,
avoit tâché d'y jetter quelques femences
de divifion ; mais vostre
prudence a toutcalmé. Vous avez
paru , Madame , & toutes les
disputes ont ceßé. La grace de
JESUS-CHRIST n'a plus parta-
Decembre 1685.
E
50 MERCURE
gé les coeurs. Elle les a unis felon
fa nature & fon inftitution . Toute
cette grande Communauté ne fait
plus qu'un coeur & qu'une ame
comme la focieté des premiers Fidelles
de Ferufalem . En un mot ,
on ne voit plus icy d'autre émulacelle
d'imiter vos vertus, tion
que
Madame , comme vous imitez
parfaitement celles de la Vierge.
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Résumé : Extrait d'un Sermon presché à Port Royal. [titre d'après la table]
Le 21 décembre 1685, Madame, une noble de haut rang, se rendit anonymement au monastère de Port-Royal pour assister à un sermon de l'abbé Faydit. Ce dernier insista sur l'importance de la paix et de la concorde au sein des communautés religieuses, qualifiant le manque d'union de poison mortel. Il cita Tertullien pour illustrer comment la discorde peut rendre inefficaces les sacrifices et les vertus des religieuses. L'abbé Faydit mit également en garde contre les tentatives du démon de semer la division. L'abbé Faydit exprima ensuite sa confiance en Madame, reconnaissant ses qualités de douceur, de modération et de prudence, qui la distinguent parmi les abbesses. Il compara son influence bénéfique au monastère à celle de l'archevêque de Paris, qui avait réussi à apaiser les divisions dans l'Église de Paris, comparables aux problèmes rencontrés par l'apôtre Paul à Corinthe. Grâce à la sagesse de Madame, les disputes au monastère avaient pris fin, permettant à la communauté de vivre dans l'unité et la sainteté, en imitant les vertus de la Vierge Marie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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170
p. 50-57
Extrait d'un Sermon presché à Soissons. [titre d'après la table]
Début :
Voicy un autre endroit d'un Sermon que Mr de Fessel Docteur [...]
Mots clefs :
Docteur de Sorbonne, Discours, Soissons, Abbé, Troupeau, Dieu, Familles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'un Sermon presché à Soissons. [titre d'après la table]
Voicy un autre endroit
d'un Sermon que M² de Feffel
Docteur de Sorbonne , &
Chanoine Theologal de l'Eglife
Cathedrale de Soiffons ,
y fit le Dimanche 18. du mois
paffé. Il vous plaira d'autant
GALANT.
51
plus , qu'ayant une eſtime
Tres -particuliere pour le merite
& les grandes qualitéz
de M l'Abbé Huet, nommé
à l'Evefché de Soiffons , vous
verrez dans ce Difcours avec
quelle joye & quels applau
diffemens toute la Ville a appris
cedigne choix de fa Ma
jefté Mi Abbé du Feffel ,
aprés l'Ave Maria, de ce Sermon,
parla de cette maniere .
- Fervous Je vous dis il y a fort peu de
temps , mes Freres , que par le deceds
de Mefixe Charles de Bourlon
, nostre digne Evefque , nous
eftions tous de venus des Enfans
M
E ij
52 MERCURE
&
fans Pere , un Troupeaufans Pa
fleur , des Membres fans Chef,
que dans cette perte generale,
l'esperance d'un Succeffeur capa
ble de la reparer , eftoir la feule
confolation que nous devions nous
permettre ; mais que comme un
digne Evefque eftoit ungrand don
de Dieu , il nous le falloit meriter
par nos prieres. Finvitay tous
les Colleges , toutes les Communautez
, toutes les Familles , a
demander qu'il plaft au Ciel d'in-
Spirer le Roy de nous donner un
Prelat
que Dieu luy mefme euft
forméfelonfon coeurs qu'il cuft
remply de fon double efprit ; un
GALANT. $3
4
homme Apoftolique de la trempe de
ceux des premiers Siecles , qui cuft
long- temps travaillé au dedans à
Se rendre digne de l'Epifcopat
fans avoir jamais penfe à eftre
Evefque car , comme dit admirablement
Saint Chryfoftome , celuy
qui brigue un Eveſché , ne
croit pas au Jugement de Dieu
il a renoncéà fonfalut. Fay à
vous dire aujourd'huy , mes Freres
,que nos prieres ont efté exaucées.
LOVIS le Grand, toujours
auguste, toujours éclairé, toûjours
équitable dans fes choix , perfuadé
qu'il ne peut mieux conferver les
conquestes miraculeufes qu'ilfait
E iij
54 MERCURE
pour l'Eglife , par le retour general
de tous fes Sujets qui s'en ef
malheureusement fepa toient
rez , qu'en luy donnant des E
vefques auffi vertueux que fçavans
, auffi zelez pour la verité
de la doctrine , que pour la fainteté
des moeurs , a nommépour la
conduite de ce Diocefe Meffire.
Pierre Daniel Huer Nous ne
pouvions fouhaiter un plus illuftre
Prelat. Il eftfi remply de merite,
d'érudition & defcience ; il a tant
de probité , de fageffe , de vertu
folide & de pieté; il estfi profond
dans les belles lettres , dans la
difcipline de l'Eglife , fi interieur,
GALANT. 55
fi homme d'Oraifon , fi honnefte
faffable , que nous avons tout
fujer de benirDieu , &de remercier
le Roy qui nous l'a donnépour
noftre Pasteur. C'est à nous maintenant
à travailler à nous mettre
en eftat de profiter des rares talens
des graces extraordinaires dont
Dieu l'a remply. C'est à nous à
redoublernos prieres.Joignons- les,
mes Freres , joignons- les aux fiennes.
Il eft prefentement en retraite
, où il fe prepare aux fonctions
excellentes defon Miniftere . Là il
converſe avec Dieu.comme Moïfe
fur la Montagne. Làilfe trans
figure comme le Sauveur du Mon-
E inj
56 MERCURE
de fur le Thabor. Là il parte de
nous à Dieu , & luy- mefme reprefente
nos maladies fpirituelles,
en attendant qu'il nous en vienne
parler, & ydonner les remedes
neceffaires. Demandons que par
l'onction de fon Sacre , il foit
transformé en un homme tout nou-
›
veau , que par la plenitude de la
charité qui forme le caractere des
Evefques , ilfoit autant élevé au
deffus de luy mefme , qu'il est éle
vé au deffus de nous par fon meque
cette onction luy donne
toute l'humilité, tout l'amour toute
la fermeté, tout le détachement de
Saint Pierre, toute lafidelité, tous
rite ;
GALANT. 57
les bons defirs , tous les fages confeils
de David. Mais endemans
dant pour luy toutes ces graces ,
demandons à Dieu pour nous toute
la docilité & toute l'obeiffance,
fans lesquelles nous luyferions une
double charge. Il eft noftre Pere,
noftre Maistre , noftre Paſteur
noftre Chef; & les Enfans devant
aimer leur Pere , les Difciples
écouter leur Maistre, les Ouailles
fuivre leur Pafteur , les Membres
s'unir à leur Chef, ce nous estune
obligation indiſpenſable d'appliquer
nos foins à nous acquitter fidellement
de tous ces devoirs.
d'un Sermon que M² de Feffel
Docteur de Sorbonne , &
Chanoine Theologal de l'Eglife
Cathedrale de Soiffons ,
y fit le Dimanche 18. du mois
paffé. Il vous plaira d'autant
GALANT.
51
plus , qu'ayant une eſtime
Tres -particuliere pour le merite
& les grandes qualitéz
de M l'Abbé Huet, nommé
à l'Evefché de Soiffons , vous
verrez dans ce Difcours avec
quelle joye & quels applau
diffemens toute la Ville a appris
cedigne choix de fa Ma
jefté Mi Abbé du Feffel ,
aprés l'Ave Maria, de ce Sermon,
parla de cette maniere .
- Fervous Je vous dis il y a fort peu de
temps , mes Freres , que par le deceds
de Mefixe Charles de Bourlon
, nostre digne Evefque , nous
eftions tous de venus des Enfans
M
E ij
52 MERCURE
&
fans Pere , un Troupeaufans Pa
fleur , des Membres fans Chef,
que dans cette perte generale,
l'esperance d'un Succeffeur capa
ble de la reparer , eftoir la feule
confolation que nous devions nous
permettre ; mais que comme un
digne Evefque eftoit ungrand don
de Dieu , il nous le falloit meriter
par nos prieres. Finvitay tous
les Colleges , toutes les Communautez
, toutes les Familles , a
demander qu'il plaft au Ciel d'in-
Spirer le Roy de nous donner un
Prelat
que Dieu luy mefme euft
forméfelonfon coeurs qu'il cuft
remply de fon double efprit ; un
GALANT. $3
4
homme Apoftolique de la trempe de
ceux des premiers Siecles , qui cuft
long- temps travaillé au dedans à
Se rendre digne de l'Epifcopat
fans avoir jamais penfe à eftre
Evefque car , comme dit admirablement
Saint Chryfoftome , celuy
qui brigue un Eveſché , ne
croit pas au Jugement de Dieu
il a renoncéà fonfalut. Fay à
vous dire aujourd'huy , mes Freres
,que nos prieres ont efté exaucées.
LOVIS le Grand, toujours
auguste, toujours éclairé, toûjours
équitable dans fes choix , perfuadé
qu'il ne peut mieux conferver les
conquestes miraculeufes qu'ilfait
E iij
54 MERCURE
pour l'Eglife , par le retour general
de tous fes Sujets qui s'en ef
malheureusement fepa toient
rez , qu'en luy donnant des E
vefques auffi vertueux que fçavans
, auffi zelez pour la verité
de la doctrine , que pour la fainteté
des moeurs , a nommépour la
conduite de ce Diocefe Meffire.
Pierre Daniel Huer Nous ne
pouvions fouhaiter un plus illuftre
Prelat. Il eftfi remply de merite,
d'érudition & defcience ; il a tant
de probité , de fageffe , de vertu
folide & de pieté; il estfi profond
dans les belles lettres , dans la
difcipline de l'Eglife , fi interieur,
GALANT. 55
fi homme d'Oraifon , fi honnefte
faffable , que nous avons tout
fujer de benirDieu , &de remercier
le Roy qui nous l'a donnépour
noftre Pasteur. C'est à nous maintenant
à travailler à nous mettre
en eftat de profiter des rares talens
des graces extraordinaires dont
Dieu l'a remply. C'est à nous à
redoublernos prieres.Joignons- les,
mes Freres , joignons- les aux fiennes.
Il eft prefentement en retraite
, où il fe prepare aux fonctions
excellentes defon Miniftere . Là il
converſe avec Dieu.comme Moïfe
fur la Montagne. Làilfe trans
figure comme le Sauveur du Mon-
E inj
56 MERCURE
de fur le Thabor. Là il parte de
nous à Dieu , & luy- mefme reprefente
nos maladies fpirituelles,
en attendant qu'il nous en vienne
parler, & ydonner les remedes
neceffaires. Demandons que par
l'onction de fon Sacre , il foit
transformé en un homme tout nou-
›
veau , que par la plenitude de la
charité qui forme le caractere des
Evefques , ilfoit autant élevé au
deffus de luy mefme , qu'il est éle
vé au deffus de nous par fon meque
cette onction luy donne
toute l'humilité, tout l'amour toute
la fermeté, tout le détachement de
Saint Pierre, toute lafidelité, tous
rite ;
GALANT. 57
les bons defirs , tous les fages confeils
de David. Mais endemans
dant pour luy toutes ces graces ,
demandons à Dieu pour nous toute
la docilité & toute l'obeiffance,
fans lesquelles nous luyferions une
double charge. Il eft noftre Pere,
noftre Maistre , noftre Paſteur
noftre Chef; & les Enfans devant
aimer leur Pere , les Difciples
écouter leur Maistre, les Ouailles
fuivre leur Pafteur , les Membres
s'unir à leur Chef, ce nous estune
obligation indiſpenſable d'appliquer
nos foins à nous acquitter fidellement
de tous ces devoirs.
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Résumé : Extrait d'un Sermon presché à Soissons. [titre d'après la table]
Le 18 du mois précédent, M. de Feffel, docteur de Sorbonne et chanoine théologal de la cathédrale de Soissons, a prononcé un sermon célébrant la nomination de M. l'Abbé Huet à l'évêché de Soissons. Suite au décès de l'évêque Charles de Bourlon, la communauté était désorientée et priait pour un successeur digne. M. de Feffel a invité les fidèles à prier afin que le roi nomme un prélat vertueux. Le roi Louis XIV, conscient de l'importance de la foi pour la conservation des conquêtes, a choisi Pierre Daniel Huet en raison de son mérite, de son érudition, de sa probité et de sa piété. La communauté a exprimé sa gratitude envers Dieu et le roi pour cette nomination. Actuellement, M. Huet se prépare à ses nouvelles fonctions en se retirant pour prier et se consacrer à Dieu. Les fidèles sont encouragés à prier pour que M. Huet reçoive les grâces nécessaires à son ministère et pour qu'ils soient dociles et obéissants à leur nouvel évêque.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
171
p. 166-270
Ce qui s'est passé en plusieurs Villes du Royaume, touchant les affaires de la Religion, & les Conversions qui se sont faites. [titre d'après la table]
Début :
Quoy que je vous aye dit beaucoup de choses dans mes [...]
Mots clefs :
Conversions, Abjurations, Hérésie, Erreurs calvinistes, Vérité catholique, Nouveaux convertis, Royaume de France, Déclarations, Arrêts, Édit de Nantes, Révocation de l'édit de Nantes, Piété, Zèle, Famille, Marquis, Interdictions, Religion protestante, Duc de Noailles, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ce qui s'est passé en plusieurs Villes du Royaume, touchant les affaires de la Religion, & les Conversions qui se sont faites. [titre d'après la table]
Quoy que je vous aye dit
beaucoup de chofes dans
mes Lettres précedentes tou →
chant les Converfions & l'é
tat où les affaires de la Religion
ſe trouvent , il me reſte
encore dequoy vous en faire
un tres -long article. La Nor
'GALANT. 167
mandie a fuivy l'exemple des
autres Provinces. Võicy le
détail de ce qui s'y eft paffé.
La Chambre des Vacations.
du Parlement de Rouen, s'étant
affemblée extraordinairement
par
22. d'Octobre
, pour la veri
fication de l'Edit qui revo
que celuy de Nantes , M¹ le
Noble , Subftitut de M' le
Procureur
General , en demanda
l'enregiſtrement
en
ordre du Roy, le
ces termes,
168 MERCURE
M
ESSIEURS,
L'Edit de Nantes a
voit efté extorqué les armes à la
les Pretendus Refor main
par
mez, il y a prés d'un Siecle . G'é
toit le fruit de leur Revolte & de
leur Rebellion
, & pour ne pas
réveiller la memoire de tout ce qui
s'eftoit paẞé durant les Troubles ,
nos Rois avoient bien voulu differerla
deftruction de cet Ouvrage,
qui a estéfilong- temps le monument
odieux des guerres civiles
que ceux de la Religion Pretendue
Reformée avoient excitées
dans le Royaume
. Mais quoyque
la force
GALANT. 169
la force la violence euffent
donné l'eftre à cet Edit , le Roy ,
dont la bonté est égale pour tous
fes Sujets , ne tient pas pour les
faire rentrerdans le fein de l'Eglife
, les mefmes voyes qu'ils avoientprifes
pour s'en écarter On
peut dire
que ce Monarque dans
tout ce qu'il fait , est comme les
grands Fleuves dont les eaux coulent
inceffamment pour l'utilité
publique , & qu'il reffemble à ces
Astres du premier ordre , qui ne
quittent jamais la route & la carla
Providence
la
riere
que
Main de Dieu leur a marquée.
Aprés la lecture qui vient d'é-
Decembre 1685. P
170 MERCURE
cet
que
tre faite de l'Edit portant Révo
cation de celuy de Nantes ( Ouvrage
digne de la Puiffance , de
la Clemence , de la Piere du
Roy) nous ne pouvons pas douter
qu'il n'n'ait receu avec profufion
or divin dont parle Platon ,
le Soleil neforme pas dans la terre
, mais que le Ciel produit dans
les grandes Ames. Ceux de la
Religion Pretendue Reformée doivent
à la veuë de ce faint Edit ,
reconnoiftre
l'erreur dans laquelle
leur aveuglement
volontaire les a
retenus jufqu'à prefent, aprés que
leur naiffance & leur éducation
les y avoient malheureuſement
GALANT. 171
1
La
corrude
l'esprit ,
engagez. La Religion Catholique
Apoftolique & Romaine eft
créance de nos Rois , la Religion
de l'Estat, & la Foy de nos Peres.
Au contraire, la Religon Pretenduë
Reformée eftoit une nouveauté
introduite par
ption des moeurs
qui n'avoit efté tolerée que pour
le bien de la Paix , & à laquelle
on pouvoit justement appliquer la
parole & la penfee de Tertulien ,
lors qu'il a dir, que ce qui n'eftoit
que permis & fouffert, n'eftoit pas
bon. Par le Droit Romain , les
Enfans ne devoient point reconnoiftre
d'autre Religion , avoir
Pij
172 MERCURE
d'autre Culte , ny admettre d'autres
Sacrifices que ceux de leurs
Peres. Et Minutius Felix , l'un
des plus celebres Avocats de cette
Republique , difoit à la gloire de
Dieu , qu'ilfalloit diftinguer les
Rois , les Peuples , & les Nations
; mais qu'il n'y avoit qu'un
Dieu pour tout l'Univers dont il
eftoit le Createur , Gentes Nationefque
diftinguimus, Deo
una domus eft mundus fic
totus .
Si dans le Paganisme , qui eftoit
un temps de tenebres & d'ob
fcurité, il eftoit défendu defe faire
toutes fortes de Dieux & de CulGALANT.
173
tes doit- il eftre permis à des Chre-
Stiens , qui n'ont qu'un mefme
Dieu , qu'un mefme Baptefme ,
qu'unune mefme Foy , & qu'un
mefme Roy, defe former differentes
opinions , qui les feparent de
l'Unité de l'Eglife , hors de laquelle
il n'y a point de falut ?
C'est ce qui fait que Saint Au
guftin regretant de pareilles divifions
, lors qu'il voyoit les Eglifes
Catholiques injustement ufurpées
par les Donatifes , s'écrioit avec
douleur:O domus mifera Chrifti
, titulos habes , noli effe
Donati poffeffio. Graces à Dieu
& au Roy , nous n'avons pas be-
Piij
174 MERCURE
foin de faire de femblablesplaintes
, puifque l'Edit qui revoque
celuy de Nantes , va fans doute
eftrefuivy d'une réuniongenerale
de nos Freres , fi ardemment defirée
de tous les gens de bien. Jacobfe
glorifioit autrefois , d'avoir
estéfi fidelle à garder le Troupeau
de Laban , qu'on ne pouvoit luy
reprocher qu'aucun mal yfuft arrivé
par fa faute , s'eftant privé
fouvent du fommeil pour le veil .
lerpendant la nuit , & ne s'étant
point donné de repos pour le conduire
pendant le jour; Mais nous
éprouvons aujourd'huy que le Roy
faifant les fonctions de Pasteur
GALANT. 175
4
& d'Evefque feculier de fon
Royaume , par le foin continuel
qu'il prend d'en extirper l'Herefie
, n'a pas moins de zele
d'activité pour fanctifier tous fes
Sujets , les inftruire des Veritez
Orthodoxes , que Jacob en
avoit pour la confervation du
Troupeau de Laban , qui avoit
efté confié à fa conduite. La gloire
des Rois ne confifte pas à estre
élevez fur le Trône , mais à meriter
par
des actions heroiques &
vertueufes le Sceptre qu'ils por
tent ; & quoy que noftre invincible
Monarque, depuis fon Avenement
à la Couronne luy ait
Pij
176 MERCURE
donné beaucoup plus d'éclat qu'il
`n'en a receu d'elle , l'aneantiſſement
de l'Edit de Nantes , qui
détruit un Schifme qui avoit fait
une figrande playe à l'Eglife &
à l'Etat , fera un Eloge immortel
qui rendra fa Memoire plus precieuſe
à la Pofterité , que le fouvenir
de tous les Peuples qu'il a
vaincus , de toutes les Victoi
res qu'il a remportées . Nous ne
pouvons mieux en cette occafion
feconder les intentions de Sa Majefté
, que de requerir inceffamment
l'Enregistrement , la Publi
cation , & l'Execution de fon
Edit
GALANT: 177
Mr le Noble fut d'autant
plus admiré dans ce Difcours,
qu'il le prononça le meſme
jour , que M' de Marillac Intendant
de la Generalité de
Rouen , luy remit l'Edit entre
les mains. Mr le Prefident
de Becdeliévre de Bremare
qui parla enfuite , fit admirer
la mefme prefence d'efprit.
Voicy ce qu'il dit dans la
mefme occafion.
T
Out le monde fçait que
l'Edit de Nantes , qui fut
publié en faveur de ceux de la
Religion Pretendue Reformée , a
178 MERCURE
efté donné dans le temps des Troubles
, pour appaifer les Guer
Tes civiles. Ceux de cette Religion,
qui avoient les armes à la main,
forcerent en quelque façon le Roy
Henry le Grand, de leur accorder
des Privileges dont ils eftoient indignes.
Il y avoit lieu d'efperer
qu'ils profiteroient des graces qui
leur avoient efté faites , & qu'ils
rentreroient dans leur devoir.
Mais regardant cet Edit comme
une Sauvegarde fous laquelle ils
vivaient en repos , ils fefont vainement
perfuadez qu'on ne pouvoit
plus les détruire . Cet Ouvrage
important eftoit refervé à la
GALANT. 179
Pieté de noftre Augufte Monarque.
Il n'y avoit que luy quifuft
capable d'entreprendre une figrande
affaire , & de renverser ce
Monftre de l'Herefte, qui a defolé
le Royaume pendant un ſi grand
no nbre d'années. Aprés avoir
vaincu fes Ennemis , dompté les
Barbares , donné la Paix à l'Europe
, il a tourné tous fes foins à la
Converfion de ceux de la Religion
Pretendue Reformée. Il a
effayé jufqu'icy de les gagner par
la donceur. Les Declarations qu'il
a envoyées depuis quelque temps,
n'ont eu aucun autre but. Des
Villes entieres & des Provinces
180 MERCURE
en ont profité ; mais plufieurs de
cette Religion s'eftant rendus plus
opiniaftres , s'aigriffant dejour
en jour , au lieu defuivre les avis
qu'on leur a donnez , il a esté en
fin neceffaire de revoquer cet Edit
par la Declaration dont on vient
de faire la lecture. Les voicy réduis
dans une heureuſe neceſſité de
rentrer dans le fein de l'Eglife ,
& d'abandonner leurs erreurs.
Nous espérons qu'ils feconderont
les bonnes intentions de Sa Ma.
jesté , & qu'ils voudront bien
écouter les Inftructions que l'onfe
prepare à leur donner.
On vit bien- toft à Rouen
GALANT. 181
des fruits de la
Révocation
de l'Edit de Nantes . M' le
Marquis de Beuvron Lieutenant
General de la Province ,
& Gouverneur du Vieux - Palais
de Rouen, ayant efté envoyé
par le Roy pour faire
entendre les volontez de Sa
Majefté aux Prétendus Reformez
de cette Ville là , fit
avertir les Chefs de Famille
de fe trouver à l'Hoftel commun
le dernier
d'Octobre ,
Lors qu'ils furent aſſemblez,
ce Marquis , avec qui eftoit
M. de Marillac , leur declara
que l'intention du Roy eftoit
182 MERCURE
qu'il n'y euft plus qu'une Religion
dans le Royaume , &
que ceux qui eftoient bons
François, & fidelles Sujets de
Sa Majesté euffent à abandonner
l'Herefie, & à rentrer
dans le fein de la veritable
Eglife. Il leur parla d'une maniere
auffi éloquente que perfuafive
, & plufieurs qui n'at
tendoient depuis longtemps
que cette heureuſe démar
che , allerent fur l'heure figner
leur Abjuration devant
le Lieutenant
General du
Bailliage. Le nombre alla ce
jour- là à plus de mille perGALANT.
183
fonnes , Il augmenta dés le
lendemain , & en peu de
temps , de plus de fix mille
Religionnaires , à peine en
refta- t-il quarante Familles.
M' le Coadjuteur n'a épargné
aucuns foins dans les frequentes
vifites qu'il a faites
chez les principaux des Anciens
du Confiftoire
, pour
leur faire connoiffre la verité
qu'ils avoient toûjours refufé
d'entendre. Il en eft heureufement
venu à bout,aprés
avoir effuyé beaucoup d'incivilitez
, & mefme des duretez
que fon zele luy a fait
2
184 MERCURE
fouffrir avec plaifir par la joye
de travailler utilement aufalut
des ames.
M' de Morangis Intendant
à Caën , s'eft employé avec
le mefme fuccés & le mefme
zele , à convertir ceux qui y
faifoient Profeffion de la Religion
Pretenduë Reformée .
Aprés qu'il les eut fait affembler
, il leur fit un Difcours
fi touchant & fi remply d'é
loquence , que prefque tous
ceux aufquels il parla, fignerent
en mefme temps l'Acte
de leurAbjuratio.Leur exemple
fut fuivy peu de jours
GALANT. 185
nomaprés
de la plus grande partie
de ce qui reftoit , & le
bre des Convertis monta jufqu'au
nombre de trois mille.
Il n'y en avoit plus que trente
qui refufoient d'abjurer ,
lors que j'ay receu cette nouvelle
, & comme elle m'a été
écrite dés le
commencement
de ce mois. Il eſt à croire
que toute la Ville eft
fentement
Catholique.Dans
ce mefme temps la Noblef
fe Proteftante de toute laGeneralité
, promit par écrit à
M de Morangis de fe faire
inftruire , & d'imiter ceux
Decembre 1685.
Q
pre186
MERCURE
qui font entrez dans la veritable
voye du falut . Ainfi
l'on apprend de jour en jour
les Converfions de cette
Nobleffe , & avant que vous
receviez cette Lettre , elle
fera peut-eftre entierement
Convertie .
M' le Marquis de faint
Germain , Gouverneur de la
Marche , ayant receu de la
part du Roy une Copie de
Ï'Edit qui fuprime l'Exercice
de la Religion Pretenduë
Reformée,avec ordre de faire
démolir en execution de
cét Edit,le Temple de la VilGALANT.
187
le d'Aubuffon , qui eftoit le
feul lieu de la Province où
fe filt cét Exercice . Il partit
de fon Chafteau le 21. Octobre
, accompagné de la Nobleffe
de fon Voifinage , &
arriva à celuy du Terret ,
Maifon tres-confiderable du
Pays,dont il avoit fait le ren
dez- vous du refte de la Province
. Mr de Creffat , Frere
aifné de M ' de Boisfrant
Chancelier de Monfieur , y
regala toute cette Compagnie
avec beaucoup de magnificence.
On monta le
lendemain à cheval , & l'om
Q ij
188 MERCURE
fe rendit à Aubuffon. Les
Habitans qui avoient eſté avertis
de la Marche de M' le
Marquis de Saint Germain ,
vinrent fous les Armes fort
loin au devant de luy , & le
receurent avec des falves &
des acclamations generales
de Vive le Roy , & point de
Religion que la Catholique . Il y
ayoit neanmoins parmy eux
grand nombre de Pretendus
Reformez , & ces acclamations
furent comme le Prelude
de leur Abjuration . M
´le Marquis de Saint Germain
trouva à propos d'aller droit
GALANT. 189:
au lieu où eftoit le Temple . II
avoit efte baſty à une lieuë
de la Ville ,fur une Montagne
la plus haute & la plus efcarpée
des environs . Plufieurs
Catholiques de tout fexe , de
tout âge , & de tous eſtats
travaillerent à l'envie à fa
démolition , & ce travail fut
fi animé du zele pour la veritable
Eglife & pour le fervice
de Sa Majefté , & par les
liberalitez de M' le Gouverneur
qui leur fit diftribuer
beaucoup de rafraichiffe
mens , qu'en moins de vingtquatre
heures il n'en demeu
190 MERCURE
ra aucun veftige. On jetta
au bas de la Montagne toutes
les pierres qui le compofoient
, & par là on les ren
voya dans les Carrieres d'ou
elles avoiét efté tirées. Aprés
ces premiers Ordres fi heureufement
executez , M' le
Marquis de Saint Germain
fit fon Entrée dans la Ville,
& à peine fut-il defcendu
dans la Maiſon qui luy avoit
efté preparée ; qu'une foule
des Habitans Religionaires
vinrent le prier de vouloir
eftre témoin de l'Abjuration
qu'ils eftoient tout prefts de
GALANT. 191 .
faire entre les mains de leur
Curé. Des difpofitions fi
promptes & fi favorables le
furprirent agreablement . Il
y répondit avec des honnêtetez
& des careffes , qui engagerent
ce qui reftoit là de
Calviniftes à fe convertir les
jours fuivans. Le peu de
temps qu'on eut ce premier
jour , ne permit de recevoir
l'Abjuration que de fixvingt
perſonnes . Le lendemain
25. d'Octobre plus de
trois cens abjurerent , & une
des Femmes de ces nouveaux
Catholiques eftant ac
192 MERCURE
couchée la nuit d'un Fils
M' le Gouverneur en voulut
bien eftre le Parrain . Ce
Baptefme fut folemnel &
fingulier de toutes manieres.
Toute la Ville fe remit fous
les Armes , & en allant à l'Eglife
, il fut precedé , accompagné
, & fuivy de plufieurs
falves de Moufqueterie. Les
Converfions continuerent
ce mefme jour 34. du mois ,
& le nombre des Calviniftes
qui eftoit de plus de fix cens,-
fut reduit à douze . Il parut
d'abord que ces derniers
cherchoient à fe diftinguer
par
GALANT. 193
par l'opiniâtreté qui eſt le
caractere des Heretiques
;
mais Mi le Gouverneur , M
de Creffat, & M ' de Gedoüin
Vicomte du Monteil fon
Gendre , leur parlerent avec
taut de force & de douceur,
qu'ils les ramenerent comme
les autres, & ils affifterent
à la Meffe chantée en Mufique
avec le Te Deum , &
les Prieres ordinaires pour
Roy.Mile Marquis de S.Ger,
main repaffa le lendemain
par le Terret , d'où il emmena
chez luy le Miniftre d'Aubuffon
, que les Conferences
Decembre
1685. R
le
194 MERCURE
qu'il y avoit euës par ordre
de M' de Creil Intendant de
la Province , avec Mr Tixier,
fçavant Ecclefiaftique , avoient
déja convaincu des
Veritez Catholiques qu'il
profeffe prefentement,ayant
renoncé à l'Herefie de Calvin..
La Ville de Sedan , où il y
avoit plus de fix mille Religionaires,
eft à prefent toute
Catholique ; & l'on peut dire
que ce changement eſt un de
ceux qui fait le plus d'honneur
à l'authorité de noftre
Religion . Voicy comment il
eft arrivé.
GALANT. 195
Le 23. d'Octobre , M' de
Vrevin, Intendant fur la Frontiere
de Champagne , fit affembler
le Confiftoire & les
principaux Bourgeois de la
Ville , pour leur declarer que
l'Exercice de leur Religion
eftoit défendu par le nouvel
-Edit de Sa Majefté , qui caffoit
celuy de Nantes. Il leur
en fit faire la lecture , & leur
remontra par un Diſcours
tres-preffant, qu'ils devoient
fe réunir à l'Eglife , dont ils
s'étoient feparez par un pur
caprice ; qu'ils eftoient nouveaux,
& avoient quitté l'an-
Rij
196 MERCUER
C
cienne Religion ; que leurs
Peres avoient efté de noftre
Eglife ; que le temps eftoit
venu d'y rentrer ; que le Roy
fouhaitant avec ardeur une
réunion qui leur devoit eftre
fi avantageuſe , ils ne pou
voient rien faire qui luy fuft
plus agreable , & qu'il les exhortoit
de prendre promptement
une falutaire refolution.
Il ajoûta qu'il jugeoit
inutile de les faire fouvenir
de toutes les Declarations ,
· qui font porter les charges
de l'Eftat à ceux de la Religion
Pretendue Reformée ,
1
GALANT. 197
avant qu'elles tombent fur
les Catholiques ; qu'ils en
eftoient affez avertis , & que
fi en execution de ces Declarations
, ils fe trouvoient
obligez à loger des Gens de
guerre , ils ne devoient s'en
prendre qu'à leur mauvaiſe
conduite& à leur obftination .
Les principaux Chefs paruret
furpris de ce difcours , & ne
voulant rien refoudre fans
un plus long examen , l'Aſ.
femblée fe fepara . M ' de Vrevin
jugeant que lès Confe
rences particulieres feroient
plus utiles , affembla encore
Riij
198 MERCURE
en deux divers jours les plus
notables Bourgeois , & les
principaux du Confiftoire .
Comme ils avoient eu du
tempspour ſe faire inſtruire,
ils goûterent mieux les raifons
qu'il employa , pour leur
faire voir ce qu'ils devoient,
& à leur falut , & aux volontez
du Roy. Plufieurs d'entre
eux s'en eftant laiffé perfuader
, fe rendirent le jour
de la Touffaints à l'Hoftel de
Ville . Le Refultat fut de declarer
à M l'Intendant, qu'ils
eftoient prefts de fe confor
mer aux Intentions du Roy ,
GALANT. 199
auquel ils avoient eſté toûjours
tres- foumis , en embraffant
la Religion Catholique
,
dans laquelle ils vouloient
vivre & mourir . On en dreffa
un Acte auffi- toft , & ils le fignerent
tous . Parmy eux eftoient
, Mr Conard , cy -devant
Capitaine de Chevaux.
legers ; M¹ de Peterlot , auffi
Capitaine ; M' Catel & M
Jean Chevalier , tous deux
Anciens du Confiftoire ; M
Leonard Chevalier , fon Frere
, Echevin & Capitaine de
la Bourgeoifie ; Mr Jean Chevalier
leur neveu, Echevin &
Riiij
200 MERCURE
Officier de la
Bourgeorfie ,
& plus de deux cens Chefs
de Familles des plus confiderables
Bourgeois . Le lendemain
M' l'Intendant les fit
encore tous affembler dans
le mefme lieu, & les mena de
là à l'Eglife de la Paroiſſe , où
Mile Feron Docteur de Sorbonne
, grand Vicaire de Mr
l'Archevefque de Reims, qui
par fon ordre eftoit pour lors
dans la Ville avec plufieurs
autres Ecclefiaftiques , pour
travailler par leurs Conferences
à la Converfion
des
Religionnaires
, leur fit un
GALANT: 201
tres éloquent Difcours . On
leur leut enfuite la Profeffion
de Foy , qu'ils fignerent tous
encore une fois dans l'Eglife.
Plus de trois cens Famillcs
des Villages circonvoifins
ont fuivy l'exemple des Habitans
de Sedan . Ces Converfions
n'ont efté fi promptes
que par les foins que Sa Majefté
prend depuis fort longtemps
du falut de fes Sujets .
La plufpart , gagnez par des
foins fi charitables , avoient
commencé à fe faire inftruire
, & le Roy avoit fort contribué
à leur en rendre les
moyens faciles,
202 MERCURE
Je vous envoyay le mois
paffé une Relation , qui contenoit
la Converfion entiere
de tous les Pretendus Refor
mez de la Ville de Saint Jean
d'Angely. Elle eftoit ample,
elle eftoit curieuſe , & le nombre
de fes circonftances devoit
faire croire qu'elle eftoit
exacte. Il eft vray qu'il n'y
avoit rien contre la verité
mais il y manquoit beaucoup
de particularitez , glorieufes
aux perfonnes qui
ont travaillé à ces Converfions
, & fur tout à M' de
Gourgues Intendant du LiGALANT.
203
moufin. Des affaires qui demandoient
fa preſence à Limoges
l'ayant empêché d'en
fortir , il manda fur la fin du
mois d'Aouft à Mr Charrier
Procureur du Roy de S. Jean
d'Angely , qu'il fift aſſembler
les principaux Habitans de la
Religion Pretenduë Reformée
, tant de la Ville
que des
gros Bourgs du Voiſinage ,
pour leur declarer qu'ils ne
devoient pas s'opposer aux
pieuſes intentions de Sa Majefté
, & leur offrir des Inftructions
& des Conferences.
Ils les accepterent , &
204 MERCURE
promirent d'y affifter avec
toute l'affiduité poſſible.
Mr l'Evefque de Saintes,
qui avoit un zele ardent pour
la deftruction de l'Herefie
dans fon Diocefe , commeje
vous l'ay déja fait voir, ayant
appris la bonne difpofition
des Habitans de Saint Jean
d'Angely , ne manqua pas de
s'y rendre , & s'eftant informé
de ce qui s'eftoit paffé en
execution des ordres de M
l'Intendant , il crùt qu'il eftoit
à propos pour la gloire
de Dieu , & pour le falut de
tant d'ames , de commencer
GALANT. 205
les Conferences dont ils ef
toient convenus. Il leur dit,
que puis qu'ils avoient répondu
aux intentions de M²
'Intendant en les acceptant ,
ils ne devoient pas differer
l'execution de ce qu'ils avoient
promis. Il fut arrefté
qu'elles feroient commencées
dans le Palais le 8. de
Septembre , que M¹ Bar Archipreftre
& Curé de Saint
Jean d'Angely, en feroit l'ouuerture
, & qu'il les continuëroit
autant que les autres
fonctions de fa Charge
le pourroient permettre. Les
206 MERCURE
Religionnaires
demanderent
à M² l'Evefque
de Saintes
que M' Durand Miniſtre
puſt
les fecourir dans cette occafion,
parce qu'ils fe fentoient
trop foibles pour parler de
Religion
, ce qui leur fut accordé.
Vous ne ferez pas fàchée
d'apprendre
icy ce qui
fe paffa dans les trois Conferences
qui furent faites , &
je croy mefme qu'elles peu -
vent eftre utiles pour la converfion
des opiniaftres
.
La premiere commença
en preſence de Mrs les Lieutenans
Generaux , Civil &
書
GALANT: 207
Criminel , de M' le Procureur
du Roy , & de quelques
autres Officiers , par M Bar,
dont je viens de vous parler.
Il s'attacha uniquement à
convaincre l'Affemblée de
la poffibilité du falut dans
l'Eglife Romaine , il la prouva
par le témoignage des Docteurs
Proteftans , & par des
Paffages formels de Saint Irenée
, de Saint Ambroiſe , de
Saint Jerôme , & de S. Auguftin
, qui ont donné le pre
mier rang à cette Eglife , &
jugé qu'il faloit eftre lié de
Communion avec elle pour
208 MERCURE
n'eftre pas exclus du falut.
Ces veritez furent écoutées avec
beaucoup d'attention , &
quoy que ces Peres prouvaſfent
la neceffité d'eftre dans
1'Egliſe Romaine , Mª Bar n'y
fit point de fonds , parce que
l'eftat des affaires ne demandoit
que la poffibilité du falut
dans cette Eglife, & il reüffit
fi bien à la prouver ,
prouver , qu'on
s'apperçût auffi- toft des progrés
que fit fur tant d'ames
la force de la verité. Le Miniftre
eftonné voulut fortir
de la Queſtion , & lors qu'il
fut remis , il avoua que du y
GALANT. 209
temps des Peres que l'on ve
noit de citer , il ne doutoit
point que l'on ne fe
Lauver dans l'Eglife Ro
ne. On le preffa d'en dire
raifon , & aprés qu'il eut
efté long-temps fans fçavoir
que répondre , il dit qu'un
des articles qui retenoient
davantage ceux de leur
par
ty dans la feparation , eftoit
le culte des Reliques . Cette
queſtion fut vuidée fur le
champ par la
la lecture des Epiftres
de S. Jerôme , traduites
en François , qui fe trouverent
entre les mains de
Decembre 1685. S
210 MERCURE
Mr Bar. Le Peuple entendit
avec application la
Doctrine de ce Pere,& comprit
que les objections de
'Heretique Vigilance contre
l'honneur des Reliques
eftoient les mefmes que cel
les de leurs Miniftres , ce
qui furprit fort les plus finceres
du party. Cette premiere
Conference fut fatale
à l'Herefie . Son Défenfeur
ne pût repliquer rien de foliae
, & il fe retrancha à la de
mande de la verification de
tous les Paffages que l'on
avoit alleguez . Ils furent veGALANT.
211
-
rifiez le lendemain en prefence
des Magiftrats & des
plus habiles Religionaires ,
chez Mr Baudouin Avocat
que les gouttes avoient retenu
au lit. Il forma dés ce
moment la refolution de fe
( faire Catholique , ce qu'il
executa peu de temps aprés
avec berucoup d'avantage
pour noftre Religion , puifqu'il
attira aprés s'eftre conyerty
des Communautez
entieres
qui le confulterent fur
les motifs de fon change-
>
ment.
On rapporta aux Protef
Sij
212 MERCURE
tans dans la feconde Confe
rence qu'on avoit verifié tous
les Paffages alleguez dans la
premiere , & melme l'Epiſtre
de Saint Jerôme contre Vigilance
, & qu'il n'y avoit
plus qu'à propofer d'autres
motifs de feparation . Le Miniftre
parla de la transfubftantiation
& de fes confequences
& le Pere Dom
Laurent Faidy Benedictin ,
dont je vous ay déja parlé ,
allegua Saint Cyrille de Jeru
falem dans la quatriéme Ca
techefe , & en cita quelques
paroles des plus effenticles,
GALANT. 213
Comme ce Pere a parfaitement
expliqué le Myftere de
l'Euchariftie , on lut en François
cette Catechefe prefque
toute entiere avec une grande
partie de la cinquiéme
qui parle du Sacrifice de la
Meffe , de l'Invocation des
Martyrs , de la Priere pour
les Morts , & c . ce qui fit un
tres-grand plaifir aux nouveaux
Convertis , & furprit
les Pretendus Reformez qui
n'en avoient jamais entendu
parler.
La troifiéme Conference
futfoutenue par le Pere Au214
MERCURE
guſtin de Saint Jean d'An
gely , Capucin fort renommé
dans les Controverfes . Le
Miniftre & les Doctes du
party qui ne trouvoient pas
leur compte dans la Tradition
de l'Eglife , demanderent
que l'on difputaft fur l'Ecriture.
Il fut arrefté qu'on leur
donneroit cette fatisfaction ,
afin que le Peuple ne cruſt
pas que l'on refufoit d'entrer
dans cette forte de Controverfe.
On parla pendant plufieurs
Conferences de la Rea
lité , de l'Adoration de l'Ho
ftie , du retranchement de
GALANT . 215
la Coupe , & c. Le Pere Auguftin
défendit la caufe de
l'Eglife fur toutes ces choſes
avec beaucoup d'érudition ,
& d'honnefteté
, & il en foûtint
toûjours la Doctrine par
la lecture de certains Paffages
formels des Peres que
l'on écouta avec une entiere
attention . Sur la fin de la Semaine
, les Pretendus Refor
mez déclarerent qu'ils n'avoient
plus befoin de Conferences
, & demanderent
permiffion
de s'affembler
pour déliberer entre- eux fur
ce qu'ils avoient à faire . Les
216 MERCURE
Officiers creurent qu'il n'y
avoit point d'inconvenient
à leur accorder cette grace ,
pnifqu'il n'en pouvoit revenir
qu'un fort grand bien ,
comme il parut dans la fuite.
On dit que le Miniftre parla
d'une maniere tres -forte pour
perfuader la réunion . M¹ le
Valois fameux Avocat fit la
mefme chofe & fe fervit
du credit qu'il s'eftoit acquis
fur l'efprit des Religionaires .
Ainfi aprés les Affemblées
particulieres , le Miniftre &
·les principaux du party allerent
dire aux Officiers qu'il y
ayoit
GALANT. 217
avoit efperance que l'on fe
reüniroit , mais que de certaines
confiderations les obligeoient
d'attendre M² l'Evefque
de Saintes. Je ne vous
repete point ce qui fe paffa
entre ce Prelat , & les Pretendus
Reformez puifque,
ma Lettre du mois d'Octobre
vous en a inſtruite , &
que je vous ay appris les circonftances
de leur Abjuration.
Mais je ne puis m'empefcher
d'ajoûter icy qu'on
vit ces nouveaux Catholiques
dans de tels tranſports.
dejoye , que ne pouvant mar-
Decembre 1685. T
218 MERCURE
quer le plaiſir interieur qu'ils
reffentoient , que par de continuelles
acclamations , ils
mirent le Predicateur qui
eftoit monté en Chaire pour
les prefcher , dans l'impoffi
bilité de fe faire donner audience.
C'eftoient des cris
d'allegreffe reiterez à tous
les momens .On les voyoit ,
tout remplis de leur bonheur
, embraffer les anciens
Catholiques , & benir hautement
Ml'Evefque & M'l'Intendant
, comme les Autheurs
, aprés le Roy, de leur
felicité , & de leur falut , de
GALANT. 219
forte que le Predicateur ravy
d'un fi admirable changement
, fe contenta de les
exhorter à demeurer fermes
dans ces fentimens , & leur
fouhaita les Benedictions du
Ciel ,avec les fuites heureufes
qu'ils avoient lieu d'efperer
d'une Converfion qui paroiffoit
fi pleine de ſincerité.
Comme fuivant les ordres
du Roy , M' de Gourgues
avoit commencé une oeuvre
fi fainte , il fembloit que
Dieu luy euft refervé la gloire
de la finir. Il n'avoit pû
eftre preſent aux éclatantes
Tij
220 MERCURE
Converfions qui venoient de
fe faire , parce qu'il avoit efté
obligé d'aller à Ruffec & à
Villefaignan qui eftoient des
pepinieres
de Pretendus
Reformez
. Il y donna de folides
marques du zele qu'il a toû
jours fait paroiftre pour les
interefts de la Veritable Eglife
, il alla de Maiſon en
Maifon , pour perfuader les
plus obftinez , & n'épargna
rien pour les toucher. Auffi
réüffi- t- il fi heureuſement ,
qu'il n'y en eut pas un qui
ne promiſt d'abandonner
l'Herefie , que fes Anceſtres
GALANT. 221
s'eſtoient trouvez obligez de
fuivre , mais comme fa
prefence
eftoit neceffaire à Saint
Jean d'Angely , illaiffa M' le
Marquis d'Argençon , Lieuà
tenant General d'Angoulefie
, pour tenir la main
à l'execution des promeffes
que ces Peuples luy avoient
faites de fe convertir
quoy ce Marquis s'employa
avec beaucoup de conduite
& de fuccez . M' de Gourgues
eftant arrivé à Saint Jean
d'Angely , fit beaucoup de
careffes au Miniftre , & loüa
fort les Officiers qui avoient
T iij
222 MERCURE
fi heureuſement répondu au
zele du Roy. Il fe fervit de
toute fa prudence pour ramener
au ſein de l'Eglife
ceux qu'une opiniâtreté extraordinaire
avoit jufques là
empefchez de fe convertir ;
il ménagea leurs efprits , &
les fceut engager par des
manieres fi douces & fi efficaces
, que tout ce qui reftoic
de Calviniftes en ce lieu là
( dont le nombre eſtoit de
trente Chefs de Famille , &
de quatre cens Femmes ou
Enfans ) abjura encore l'He
refie , en moins de huit jours.
GALANT 223
Je ne parle point de plus de
cinquante Gentilshommes
qui firent auffi leur Abjura .
tion volontairement. Plu
fieurs autres de ce Reffort ont
renoncé depuis ce temps- là
au Calvinifme , par les foins
de M' Rouffeler Lieutenant
Criminel , qui eftant Subdelegué
de M l'Intendant ,
imite en cette occafion tou
te fa douceur & toute fa fermeté.
M' de Gourgues aprés de
fi heureux fuccés , travailla
inceffamment à reduire ceux
de Taillebourg , de Saint Sa
Tij
224 MERCURE
"
vinien , de Tonney- Charente
, de Tonney- Bouthonne ,
de Matha , de Fontenay l'Abatu
, & d'autres lieux circonvoifms
, qui font de fon
département. L'opiniatreté
étoit d'abord fi grande dans
quelques- uns de ce lieux
qu'il fembloit qu'on ne dûſt
rien efperer , mais M de
Gourgues leur parla d'une
maniere fi douce, fi charitable
& fi preffante pour les en
gager à recevoir les Inftructions
qui leur eftoient neceffaires
, qu'en peu de jours ils
fe convertirét en foule. Ainfi
GALANT. 225
l'erreur fut entierement banie
de tous ces lieux là, aprés
avoir regné avec un entier
empire , par l'aveuglement
prefque invincible que l'he
refie a caufé à ceux qui l'ont
receue avec la naiffance.
Aprés que cét Intendant
eut terminé fi heureuſement
les affaires qui l'avoient appellé
en Xaintonge , il revint
paffer par Angoulefme , &
La Rochefoucaud , où il y a
voit encore quantité de Re¹
ligionaires des plus obſtinez .
Il trouva M' l'Evefque d'Angoulefme
, qui penetré de ce
226 MERCURE
zele ardent qu'il fait éclater
en toute occafion pour l'intereft
de l'Eglife , avoit commencé
une Miffion . M' de
Gourgues fit auffi - toft ſçavoir
aux principaux des Pretendus
Reformez , qu'ils devoient
confentir à fe faire inftruire
; afin qu'en répon
dant par là au zele que le
Roy avoit pour leur falut ,
ils fuiviffent l'exemple des
Peuples de la Xaintonge . Il
n'eut pas de peine à les perfuader
, & les foins furent
auffi-toft fuivis de leur Converfion
. Il eut un pareil fucGALANT.
227
cés à Angouleſme , à Turenne
, & à Argentac , où il ne
fut pas plûtoft arrivé , que
tous les Religionnaires fe
rendirentavec empreffement
à l'Eglife , pour avoir la joye
de faire leur Abjuration en
fa prefence.
Pendant que cet Intendant
travailloit d'une maniere fi
avantageufe à la converfion
des Religionnaires de fon
Département , Madame de
Gourgues fa Femme fecondoit
parfaitement fon zele ,
& l'on peut dire que par la
feule force de fes raifons , elle
228 MERCURE
a eu la gloire de convertir à
Limoges trois Demoiselles ,fi
fortement perfuadées de leur
Religion , que les plus éclairez
n'avoient pû mefme venir
à bout de les ébranler .
C'est ainsi qu'elle a rendu
veritable ce qu'un Pere de
l'Eglife a dit , qu'une Femme
veritablement
fage & vertueufe
eft tres - capable de
combattre & de vaincre.
Auffia - t - ellegagné les coeurs
& l'eftime de toute la Provin-'
ce. Toutes ces Converfions ,
& fur tout celles qui fe font
faites à Saint Jean d'Angely
,
GALANT. 3
229
doivent paffer pour un Miracle
, fi l'on confidere que
l'Herefie de Calvin y avoit
étably ſon ſiege d'une maniere
fi abfoluë , qu'il n'y avoit
aucune apparence qu'il
puft étrerenversé en fi peu de
temps . L'endurciffement
des
coeurs y faifoit prendre plûtoft
le party de vivre fans Religion
, que de rentrer dans
l'Eglife . Parler de converfion
à ces obftinez , c'eftoit les aigrir
; & lors qu'on vouloit
entrer en conference avec
eux pour les détromper de
leurs préjugez contre l'Egli230
MERCURE
fe Romaine
, non feulement
ils refufoient
d'écouter
, mais
ils ne vouloient
pas deman
der à Dieu les lumieres
neceflaires
pour connoiſtre
la
verité. Cependant
voilà ces
Peuples convertis
fous l'heureux
Regne des Miracles , de
leur bon gré , ſans la moindre
violence
, & aprés des
Conferences
publiques
fur
tous les points dont ils ont
fouhaité d'eftre éclaircis . On
ne peut douter aprés cela
qu'ils n'ayent efté entierement
convaincus
des Véritez
de la Religion
Catholique
,
GALANT 231
& en mefme temps , des erreurs
de celle qu'ils viennent
d'abandonner . Comme ils ne
la quittent que parce qu'ils
font perfuadez de fa faulleté,
peuvent -ils ouvrir les yeux
fur l'heureux eftat où ils fe
trouvent , fans reconnoiftre
qu'ils font redevables de leur
falut aux bontez du Roy , &
fans fe croire obligez de demander
fans ceffe au Ciel
qu'il continuë à le combler
de fes Benedictions, puiſqu'il
fe fert fi heureufement du
pouvoir que Dieu luy a confié
pour les arracher au De232
MERCURE
mon par une douce & fainte
violence ? Je ne vous ay fait
aucun détail des Conferences
qui fe font tenues dans les au- !
tres Villes , pour obliger les
Religionnaires
à renoncer à
F'erreur , parce qu'on s'y eſt
fervy des mefmes moyens
,
& qu'avant que de faire Ab
juration ils ont reconnu les
fauffetez fur lesquelles
ils avoient
juſque - là fermé les
yeux.
Il ne refte plus aucun Pretendu
Reformé dans la Ville
de Niort en Poitou , & toutes
ces Converfions font deuës à
GALANT 密
•
233
M' de Fontmort , Prefident
& Lieutenant General , & à
M' de la Teraudiere , Maire
de la mefme Ville . Quoy
qu'en cette occafion ils ayét
fuivy les intentions de Sa Majefté,
& qu'ils ayent pour fon
fervice tout le zele qu'un fr
grand Monarque peut infpirer
aux plus empreffez de fes
Sujets , ce qu'ils ont fait ne
laiffe pas de marquer qu'ils
eftoient animez d'une ardeur
toute particuliere & toute
fainte pour le falut des ames .
Ils ont fait voir aux plus obftinez
Calviniftes , que la
Decembre 1685.
f
V
234 MERCURE
plufpart d'entre eux croyoier
aveuglément les faufſetez
leurs Miniftres impofoient
à la Religion Catholique,
fans qu'ils euffent jamais
confulté aucun de nos Docque
teurs , & en les affeurant que
s'ils les écoutoient
avec douceur
& fans prévention
, ils
fe trouveroient
heureuſemet
détrompez
, ils les ont enga→
gez à y conſentir. Ces Conferences
ont eu leur effet accouftumé.
Les Calvinistes
ont efté inftruits ; ils ont efté
convaincus
; ils ont vû clair
dans les Miſteres de la Foy ,
GALANT. 235
& ils fe font convertis , fans
que de plus de cinq mille
perfonnes , il en foit reſté une
feule qui faffe encore Profef
fion de la Religion Pretendue
Reformée, Mr le Prefi
dent de Fontmorta efté fi pé
netré du plaifir que ce chan
gement luy a caufé , qu'il a
fait un feu de joye , ou quatre
jeunes Demoiselles mi
rent le feu à la tefte de deux
cens Filles converties , & au
bruit des Tambours & des
Trompettes. Je ne vous dé
cris point cette Fefte , ny la
Statue du Roy que l'on avoit
Vij
236 MERCURE
élevée exprés , & autour de
laquelle trois cens Moufquetaires
firent de continuelles
décharges , & burent à la fanté
de Sa Majefté avec le vin
de plufieurs Fontaines qui
couloient aux dépens de ce
genereux Prefident , quiavoit
chez luy une Table de foi
xante couverts pour les perfonnes
les plus qualifiées de
la Ville , fans celles qui fe
trouverent encore en plufieurs
endroits de fon logis.
Cette réjouiffance fe com.
muniqua dans toute la Ville ,
de forte que l'on peut dire
GALANT 237
que tous les Habitans burent
enfemble ce foir là, La Nobleſſe
de la Campagne
, qui
n'eftoit pas encore convertie
, dit Qu'elle ne croyoit pas que
la Religion Pretendue Reformée
fust en fi grande horreur aux Catholiques,
qu'ils deuffent avoir
tant de joye de l'avoir aneantie ;
mais que puifque cela estoit , it
falloit qu'ilsfe fiffent inftruire. Ils
Pont fait , & ils ſe font convertis
, ainfi la conduite de
Mr de Fontmort a efté fi heureufe
, qu'il a fait des Con-
> par les actions verfions
meſmes qu'on auroit crû le
238 MERCURE
moins capables de produire
le fruit qu'on en a tiré ; & ſes
plaiſirs , ainfi que fes foins
ont contribué à une réunion
fi fouhaitée. Ce Prefident
voyant l'indigence de beaucoup
de nouveaux Conver
tis , a foulagé leur mifere par
de grandes charitez , & l'on
vient d'apprendre qu'il a ven
du fon Caroffe & fes Chevaux
, afin de leur donner ce
qu'il auroient pû luy coufter
par an. On peut conoître par
Là, que les Catholiques n'ont
pas moins de zele pour affifter
leurs Freres , qu'on a toû
GALANT. 239
jours dit qu'en avoiét les Proteftans
, puifque les Particuliers
font des aumônes que
les Pretendus Reformez faifoient
feulement en Corps.
Mile Duc de Noailles ayant
fait fçavoir aux Pretendus
Reformez de la Ville d'Alets,
Capitale des Sevennes, qu'ils
devoient fe difpofer à ſuivre
l'exemple de Nifmes , deMonpelier,
& des autres Villes de
Languedoc , en travaillant à
fe faire inftruire,M's Baudon
& Deyrolles , qui estoient
des principaux Religionnai
res de cette Ville - là , agirent
240 MERCURE
avec ardeur , pour inſpirer à
募
leurs Confreres la foûmiffion
qu'ils devoient aux ordres du
Roy , à laquelle ils avoient
efté eux-mefines puiffammét
exhortez par leurs Alteffes Sereniffimes
Monfieur le Prince
& Monfieur le Duc , à qui
appartient le Comté d'Alets.
Leur remontrance
porta tous
les Proteftans à s'affembler
chez M de Leuze de la Liquiere
Avocat, où ils prirent
une reſolution generale de
fe faire Catholiques
, & prierent
mefme MIS Baudon &
Deyrolles d'en aller affeurer
M5
GALANT. 241
Mr le Duc de Noailles . Ces
Deputez le virent à Niſmes ,
& il leur marqua la joye qu'il
avoit , non feulement de la
nouvelle qu'ils luy apportoient
, mais encore de ce
qu'ils avoient beaucoup contribué
à la refolution qui venoit
d'eftre prife. Ils allerent
auffi rendre leurs devoirs à
M' de Baville Intendant de
la Province , qui leur fit un
accueil tres-favorable...
Quelques jours aprés , M²
le Duc de Noailles dont le
zele pour l'intereft de la Re
ligion , & le ſervice du Roy
Decembre 1685. X
242 MERCURE
eft infatigable , ayant ſceu
que fa prefence pouvoit faciliter
les Converfions dans
les hautes Sevenes , partit de
Nifmes avec M de Baville
& vint coucher à Alets , où
il apritavec joye que la fuite
des Miniftres de cette Ville
là , qui avoient manqué au
Serment public qu'ils avoiết
fait de facrifier leur vie pour
foûtenir leur Religion, avoit
beaucoup fervy à détromper
ceux de ce party , & à leur
faire connoiftre les erreurs
que ces mefmes Miniftres
jeur avoient prefchées . M
GALANT. 243
P
de Noailles receut à Alets
les Complimens de tous
les Corps , & M' de Saint Auban
, Juge d'Appeaux du
Comté de la mefme Ville, le
harangua à la tefte des Officiers.
Il luy dit ,que fi le prompt
changement de toute laVille d'A.
letsfaifoit connoiftre la toute -puif
fance de Louis LE GRAND , il
ne falloit pas une prudence moins
confommée que lafienne pour venir
à bout d'une entreprise de cette
importance, pour remettre dans
le chemin de la verité, ces malheu-
・reux aveuglez à qui defaux guides
avoient fait prendre la voye
X ij
244 MERCURE
du Menfonge ; que ces Brebis égarées
n'avoient pas voulu pendant
plus d'un Siecle écouter la
voix de leur vray Pafteur , pour
courir aprés ceux qui les trompoient
par d'inutiles fermens de
vouloir donner leurs vies pour el
les ; que la moindre crainte avoit
fait évanouir ces Mercenaires,
&
que leur fuite ayant fait ou
vrir les yeux aux Dévoyez, ils
avoient connu leur égarement ,
& eftoient rentrez avec plaifir
dans la veritable route qu'ils devoient
tenir pour leur falut ; que
voyant les precipices que
la
charité
de noftre Auguſte Monarque
GALANT. 245
leur avoitfait éviter, ils le beniroient
inceffamment d'avoir bien
voulu travailler à leur bonheur.
Il finit par les affurances de
la joye que leur donnoit la
prefence de M' le Duc de
Noailles , dont les grandes
qualitez ne furent pas oubliées.
Ceux qui ont fuivy autrefois
Calvin , & qui en ont
quitté les erreurs il y a plufieurs
années , ont fait beau
coup de Converfions , parce
qu'eftant parfaitement
inftruits de l'une & de l'autre
Religion , ils fçavent par
X iij.
246 MERCURE
quels endroits les Miniftres
ont toûjours abufé de la credulité
de ceux qu'ils ont voulu
ébloüir . Cela eft arrivé à
M' du Vigean Gouverneur
des Pages de la petite Ecurie
du Roy , & qui a fait abjuration
de l'herefie il y a environ
vingt-cinq ans. Il étoit
au mois de Novembre dans
le haut Languedoc dont if
eft originaire , & comme on
fçavoit que l'intereft n'avoit
point contribué à fon changement
, & qu'il paffoit pour
honnefte-homme , on l'écouta
fur quelques points de
GALANT. 247
Controverfe. Il eut le bonheur
de convertir la Femme
la plus opiniâtre du Pays , avec
toute la Famille. Ces
Converfions attirerent celles
de plufieurs Gentilshommes
des environs , & de cinq
Demoiſelles , qui felon les
termes de la Lettre que j'en
ay receuë , avec les noms de
ces nouveaux Couvertis
s'eftoient voüez à la mort
plûtoft que de fe refoudre à
faire abjuration . C'eſt ainfi
que par des coups imprévûs
Dieu touche fouvent les
plus obſtinez.
X
iiij
248 MERCURE
On ne
peut donner
trop
de
loüanges
à tous
les Intendans
de Province
, qui n'ont
rien
oublié
de ce qui
pouvoit
perfuader
aux
Heretiques
qu'ils
avoient
toûjours
efté
dans
l'erreur
. J'ay
receu
une
ample
Lettre
, touchant
ce
que
Mr de Bezons
Intendant
de la Generalité
d'Orleans
,
a fait en cette
occafion
dans
tout
fon Département
. Il y
a parlé
avec
beaucoup
de
charité
& de force
, & la verité
a eu dans
fa bouche
, tous
les agrémens
qu'il
faut
pour
plaire
, toute
la force
necefGALANT.
249
faire pour toucher , & tout
le brillant poffible pour é
clairer. Ces paroles qui font
de Saint Auguſtin , font employées
dans la Lettre qui
m'a appris ce que je vous .
mande . Je ne vous l'envoye
point , parce qu'elle contient
beaucoup d'autres cho
fes dont je vous ay déja fait
fçavoir une partie ; mais la
perſonne qui l'a écrite a tant
d'érudition , & donne un fi
noble tour aux chofes , que
fi j'en reçois encore quel
ques Lettres , j'auray foin de
yous en faire part. Les Con250
MERCURE
verfions ont aufli efté frequentes
autour de Paris , &
l'on n'y parle prefque plusde
Calviniftes. Les cinq dernieres
Familles Proteftantes
qui reftoient à Nogent le
Roy , y ont fait Abjuration
entre les mains de M' Bouchet
ancien Curé de cette
Ville là.
Voicy les Déclarations qui
ont efté publiées depuis un
mois , & qui regardent ceux
de cette Religion . Par l'Edit
du mois d'Octobre dernier ,
qui en interdit l'Exercice
dans tout le Royaume , il eft
GALANT. 251
ordonné, que les Calviniſtes
qui fe font retirez dans les
Pays Etrangers avant la Publication
de cét Edit , rentreront
dans leurs Biens confifquez
, en cas qu'il reviennent
dans quatre mois du
jour qu'il a efté publié ; &
comme il pourroit furvenir
quelques conteftations entre
ceux de qui les Biens ſeroient
confifquez , & ceux
qui en pretendroient la confifcation
, au fujet du temps
de leur retour dans le Royaume
, le Roy toûjours équitable
& plein de bonté pour
252 MERCURE
fes Sujets , a déclaré , Qu'il
luy plaift que les Pretendus Reformez
qui fe font retirez avant
la Publication de l'Edit du Mois
qui en confequence d'Octobre ,
de ce mefme Edit , y reviendront
dans le temps de quatre mois¸ſeront
obligez de déclarer qu'ils
font de retour , & d'en prendre
Acte , qui leur fera donné fans
aucuns frais , par les Baillifs on
leurs Lieutenans aux Bailliages
Senechauffées dans le reffort
defquels feront fituées leurs Maifons
& demeures ordinaires , &
en leur abfence , par les Officiers
qui font aprés eux fuivant l'ordre
du Tableau.
a
GALANT. 253
Il eft porté par une autre
Déclaration , Que fià l'avenir
quelqu'un des Pretendus Refor
mez vient à déceder , fes deux
plus proches Parens , ou à leur
défaut , fes deux plus proches Voi.
fins , feront tenus de le déclarer
aux Juges Royaux , s'il y en a
dans les lieux où ilfaifoitfa de
meure , ou aux Fuges des Seigneurs
, de fignerfur le Regi-
Stre que ces mefmes Juges
dront. C'est ce qui a efté ordonné
avec beaucoup de
prudence , puifque les Tem
ples qui reftoient à ceux de
cetre Religion, ayant eſté dé
es en tien
254 MERCURE
molis , & les Confiftoires où
l'on tenoit les Regiſtres de
leurs déceds, fupprimez en
confequence de l'Edit d'Octobre
, le défaut de ces Regiftres
rend incertain le jour
de leur mort. Ainfi fans cette
nouvelle Déclaration , les
Catholiques qui auroient intereſt
, à fçavoir le temps où
cette mort feroit arrivée, demeureroiét
privezde la preuve
établie par les Ordónáces,
& feroient reduits à la preuve
par témoins , qui ne fe peut
faire que par une longue procedure
, & beaucoup de frais .
GALANT.
255
Je vous ay déja mandé ,
que le Roy par la Declaration
du 20. Janvier 1685. avoit
ordonné que les Confeillers
de fa Cour de Parlement,
faifant profeffion de la Religion
Pretenduë Reformée ,
ne pourroient connoistre des
Procez Civils & Criminels ,
aufquels les Ecclefiaftiques
& les nouveaux Convertis
auroient intereft . Comme
leurs fonctions dans ces
Charges vont eftre inutiles,
parce que la plupart des Pretendus
Reformez font réunis
à l'Eglife , & qu'il n'y a pref
256 MERCURE
que point de procez , où quel
ques nouveaux Convertis ne
foient Parties principales ou
intervenantes , Sa Majefté a
ordonné par fon Arreft du
Confeil d'Eftat du 23. No.
vembre , Que les Confeillers de
fa Cour de Parlement de Paris ,
qui fe trouverontfaire encore profeffion
de la Religion Pretenduë
Reformée , remettront inceffamment
entre les mains du Receveur
de fes Revenus cafuels , leur Procuration
ad Refignandum , de
leurs Offices , qui leur feront rembourſez
par ce Receveur fur le
pied de la fixation. Ils n'ont auGALANT.
257
cun fujet de fe plaindre, puifqu'il
n'eft pas jufte que des
Officiers de cette qualité, qui
devroient par leur exemple,
exciter le refte des Sujets du
Roy qui perfiftent dans l'erreur
, à rentrer dans l'Eglife,
& qui cependant refuſent
eux- mefmes les Inſtructions.
qui leur font offertes pour
reconnoiftre la veritable Religion
, demeurent plus longtemps
dans la dignité où les
élevent ces Charges .
Jajoûteray à cela, que Mỹ
de la Reynie , Lieutenant
General de Police , ayant
Y Decembre 1685.
258 MERCURE
efté averty qu'au prejudice
des Défenfes faites aux Pretendus
Reformez , par l'Edit
du mois d'Octobre , de plus
s'affembler en aucun lieu ou
Maiſon particuliere , pour
l'exercice de leur Religion
fous quelque pretexte que
ce puiffe eftre, quelques per
fonnes de celles qui fe diſent
eftre encore de la Religion
Pretenduë Reformée , ferendoient
à certains jours dans
les Maifons de divers Ambaffadeurs
& Miniftres Etrágers
, pour y faire l'Exercice
qui leur a efté défendu ; ce
GALANT. 259
Magiftrat dont le zele eſt
toûjours actif & vigilant , a
fait réiterer ces mefmes Défenfes
, fous les peines por--
tées par ce mefme Edit , enjoignant
aux Commiffaires
du Chaftelet chacun dans
leurs Quartiers , de tenir la
main à l'execution de fon
Ordonnance
, qui a esté publiée
par toute la Ville.
Toutes ces Déclarations
& tous ces Edits font une fuite
des grands foins que le
Roy prend pour le falut de
fes Sujets Proteftans &
comme on en voit chaque
Y ij
260 MERCURE
jour les fruits , je n'en parle .
ray point davantage . Je vous
diray feulement que les Converfions
generales & particulieres
continuent tous les
jours d'une maniere qui fait
voir que ceux qui fe rendent,
font entierement convaincu
des erreurs où ils renoncent.
C'eft ce qui vient de
paroiftre dans la Converfion
de Meffire Alexandre l'Huillier,
Seigneur de Chalendos
en Brie , qui a fait abjuration
à Rebé entre les mains
de M' l'Abbé de la Salle Aumônier
du Roy. Il eſt d'une
GALANT. 261
Famille auffi illuftre qu'ancienne
, & recommandable:
par beaucoup de grandes Alliances.
M Foran , qui eft le
plus ancien Capitaine des
Vaiffeaux du Roy , a fait auf
fi Abjuration entre les mains
de M l'Archevefque de
Paris. La maniere dont cét .
Illuftre Prelat a fecondé le
zele de Sa Majesté pour le
falut des ames , eft une cho
fe incroyable. Il ne s'eft pref
que point paffé de jour de
puis quelques années , qu'il
n'ait contribué à la Converfion
de quelqu'un , ou qu'il
262 MERCURE
n'ait receu quelques Abjura
tions . Entre le grand nombre
de Converfions qui fe
font faites en cette Ville depuis
un mois , il y en a eu
une tres -remarquable. C'eſt
celle de Mr d'Imecour ancien
Colonel . De neuf Fils qu'il
a , tous dans le ſervice, il y en
eut fept qui firent Abjuration
avec luy ces jours paffez
entre les mains du Pere Gaillard
Jefuite. Les deux autres
qui font en des lieux fort éloignez
, s'y font fait inſtruire ,
& on les en croit partis pour
venir icy faire la mefme
GALANT. 263
Abjuration. Le jour de Noël
Mr Hervard nouvellement
converty , rendit les Pains-
Benits à la Grand' Meffe , ce
qui fut un grand fujet de joye
pour les Catholiques , & mefme
pour les nouveaux Convertis.
Quoy que j'aye parlé des
Converfions qui fe font faites
en beaucoup de Villes ,
je ne laifferay pas de vous
en donner des détails dans
mes autres Lettres, non pour
vous apprendre qu'on s'y eft
converty puifque vous le
fçavez , mais pour vous faire
264 MERCURE
fçavoir de quelle maniere
les chofes s'y font paffées ,
& que les Pretendus Reformez
n'ont abjuré qu'aprés
avoir efté pleinement inftruits
& convaincus des Veritez
de la Religion Catholique
, & des erreurs de la Proteftante.
Je commenceraypar
ce qui s'eft fait à Alençon,
dont j'ay déja quelques
Memoires. J'efpere en rece
voir de beaucoup d'autres ·
Villes , & alors je vous entretiendray
à fonds de la conduite
qu'on y a tenuë touchant
les Converfions. Un
détail
GALANT: 265
détail hiftorique lors qu'il
aprend quelque chofe de
nouveau , eft toûjours eftimé
bon , mefme long-temps
aprés que les faits dont il
traite font arrivez .
On feroit furpris de voir
qu'il fe fait en fi peu de
temps un fi grand nombre
de Converfions, & l'on pourroit
croire que ceux qui les
font n'ont pas eu le loifir
d'examiner la Religion qu'ils
embraffent , fi depuis neuf
ou dix ans que Sa Majeſté
travaille à ce qu'Elle vient
de finir heureufement tou
Decembre 1685. Ꮓ
266 MERCURE
chant cette grande réunion ,
chacun n'avoit pas commencé
à chercher des lumieres
, pour ſe preparer à prendre
le party qu'il voyoit bien
qu'il fuivroit un jour. C'elt ce
qui a fait que les principaux
Negocians de la Ville de
Paris , faifant Profeffion de
la Religion Pretenduë Reformée,
ayant efté aſſemblez
par l'ordre du Roy en l'Hôtel
de M' le Marquis de Seignelay
Secretaire d'Eftat ,
en prefence de M' de Harlay
Procureur General , de
M' de la Reynie Lieutenant
GALANT. 267
•
General de Police , & de M'
Robert Procureur du Roy ,
déclarerent qu'ils eftoient
refolus de fe réunir inceffam-'
ment à la Religion Catholique
, felon la Profeffion de
Foy qui a efté dreffée par M
l'Archevefque de Paris , &
donnerent enfuite un Acte
de cette refolution , figné de
foixante & onze perſonnes ,
à M' le Marquis de Seignelay.
Ce Marquis qui fçavoit
les fentimens de la plufpart
avant qu'ils vinffent chez
luy , & qu'ils avoient travaillé
à fe faireinftruire , leur
Z ij
268 MERCURE ,
marqua d'une maniere obligeante
, & d'un air tout engageant
, la fatisfaction
que
le Roy avoit euë de la difpofition
ou cè Monarque
fçavoit
qu'ils eſtoient , & leur
fit comprendre
, que quoy
qu'ils euffent agy pour euxmefmes
en travaillant
pour
leur falut , Sa Majesté ne laifferoit
pas de reconnoiftre
ce
qu'ils avoient fait , lorſque
l'occafion
fe prefenteroit
de
faire quelque chofe pour
eux . Depuis cette Affemblée ,
plufieurs autres Chefs de Familles
de la meſme Religion
,
GALANT. 269
ont déclaré qu'eftant convaincus
de leurs erreurs , ils
eftoient prefts de les abjurer .
On dreffa en mefme temps
un Acte de cette Déclaration
, & ils le fignerent. Quelques
jours auparavant M
le Nonce avoit preſenté au
Roy un Bref par lequel Sa
Sainteté luy exprimoit l'extrême
joye qu'Elle reffentoit
de la révocation de l'Edit
de Nantes , dont on fe preà
faire des réjouiffances
à Rome. Il eft dit du Roy
dans ce Bref, qu'il eſt veritablement
le Roy Trespare
Z iij
270 MERCURE
Chreftien , & que l'Eglife
mettra dans ces Regiftres ce
qu'il vient de faire pour Elle .
L'Eloge de Sa Majefté ſur la
révocation de cét Edit , a
efté prononcé dans toutes
les Harangues qui fe font
faites à toutes les Ouvertures
des Parlemens de France &
des autres Cours de Juftice .
beaucoup de chofes dans
mes Lettres précedentes tou →
chant les Converfions & l'é
tat où les affaires de la Religion
ſe trouvent , il me reſte
encore dequoy vous en faire
un tres -long article. La Nor
'GALANT. 167
mandie a fuivy l'exemple des
autres Provinces. Võicy le
détail de ce qui s'y eft paffé.
La Chambre des Vacations.
du Parlement de Rouen, s'étant
affemblée extraordinairement
par
22. d'Octobre
, pour la veri
fication de l'Edit qui revo
que celuy de Nantes , M¹ le
Noble , Subftitut de M' le
Procureur
General , en demanda
l'enregiſtrement
en
ordre du Roy, le
ces termes,
168 MERCURE
M
ESSIEURS,
L'Edit de Nantes a
voit efté extorqué les armes à la
les Pretendus Refor main
par
mez, il y a prés d'un Siecle . G'é
toit le fruit de leur Revolte & de
leur Rebellion
, & pour ne pas
réveiller la memoire de tout ce qui
s'eftoit paẞé durant les Troubles ,
nos Rois avoient bien voulu differerla
deftruction de cet Ouvrage,
qui a estéfilong- temps le monument
odieux des guerres civiles
que ceux de la Religion Pretendue
Reformée avoient excitées
dans le Royaume
. Mais quoyque
la force
GALANT. 169
la force la violence euffent
donné l'eftre à cet Edit , le Roy ,
dont la bonté est égale pour tous
fes Sujets , ne tient pas pour les
faire rentrerdans le fein de l'Eglife
, les mefmes voyes qu'ils avoientprifes
pour s'en écarter On
peut dire
que ce Monarque dans
tout ce qu'il fait , est comme les
grands Fleuves dont les eaux coulent
inceffamment pour l'utilité
publique , & qu'il reffemble à ces
Astres du premier ordre , qui ne
quittent jamais la route & la carla
Providence
la
riere
que
Main de Dieu leur a marquée.
Aprés la lecture qui vient d'é-
Decembre 1685. P
170 MERCURE
cet
que
tre faite de l'Edit portant Révo
cation de celuy de Nantes ( Ouvrage
digne de la Puiffance , de
la Clemence , de la Piere du
Roy) nous ne pouvons pas douter
qu'il n'n'ait receu avec profufion
or divin dont parle Platon ,
le Soleil neforme pas dans la terre
, mais que le Ciel produit dans
les grandes Ames. Ceux de la
Religion Pretendue Reformée doivent
à la veuë de ce faint Edit ,
reconnoiftre
l'erreur dans laquelle
leur aveuglement
volontaire les a
retenus jufqu'à prefent, aprés que
leur naiffance & leur éducation
les y avoient malheureuſement
GALANT. 171
1
La
corrude
l'esprit ,
engagez. La Religion Catholique
Apoftolique & Romaine eft
créance de nos Rois , la Religion
de l'Estat, & la Foy de nos Peres.
Au contraire, la Religon Pretenduë
Reformée eftoit une nouveauté
introduite par
ption des moeurs
qui n'avoit efté tolerée que pour
le bien de la Paix , & à laquelle
on pouvoit justement appliquer la
parole & la penfee de Tertulien ,
lors qu'il a dir, que ce qui n'eftoit
que permis & fouffert, n'eftoit pas
bon. Par le Droit Romain , les
Enfans ne devoient point reconnoiftre
d'autre Religion , avoir
Pij
172 MERCURE
d'autre Culte , ny admettre d'autres
Sacrifices que ceux de leurs
Peres. Et Minutius Felix , l'un
des plus celebres Avocats de cette
Republique , difoit à la gloire de
Dieu , qu'ilfalloit diftinguer les
Rois , les Peuples , & les Nations
; mais qu'il n'y avoit qu'un
Dieu pour tout l'Univers dont il
eftoit le Createur , Gentes Nationefque
diftinguimus, Deo
una domus eft mundus fic
totus .
Si dans le Paganisme , qui eftoit
un temps de tenebres & d'ob
fcurité, il eftoit défendu defe faire
toutes fortes de Dieux & de CulGALANT.
173
tes doit- il eftre permis à des Chre-
Stiens , qui n'ont qu'un mefme
Dieu , qu'un mefme Baptefme ,
qu'unune mefme Foy , & qu'un
mefme Roy, defe former differentes
opinions , qui les feparent de
l'Unité de l'Eglife , hors de laquelle
il n'y a point de falut ?
C'est ce qui fait que Saint Au
guftin regretant de pareilles divifions
, lors qu'il voyoit les Eglifes
Catholiques injustement ufurpées
par les Donatifes , s'écrioit avec
douleur:O domus mifera Chrifti
, titulos habes , noli effe
Donati poffeffio. Graces à Dieu
& au Roy , nous n'avons pas be-
Piij
174 MERCURE
foin de faire de femblablesplaintes
, puifque l'Edit qui revoque
celuy de Nantes , va fans doute
eftrefuivy d'une réuniongenerale
de nos Freres , fi ardemment defirée
de tous les gens de bien. Jacobfe
glorifioit autrefois , d'avoir
estéfi fidelle à garder le Troupeau
de Laban , qu'on ne pouvoit luy
reprocher qu'aucun mal yfuft arrivé
par fa faute , s'eftant privé
fouvent du fommeil pour le veil .
lerpendant la nuit , & ne s'étant
point donné de repos pour le conduire
pendant le jour; Mais nous
éprouvons aujourd'huy que le Roy
faifant les fonctions de Pasteur
GALANT. 175
4
& d'Evefque feculier de fon
Royaume , par le foin continuel
qu'il prend d'en extirper l'Herefie
, n'a pas moins de zele
d'activité pour fanctifier tous fes
Sujets , les inftruire des Veritez
Orthodoxes , que Jacob en
avoit pour la confervation du
Troupeau de Laban , qui avoit
efté confié à fa conduite. La gloire
des Rois ne confifte pas à estre
élevez fur le Trône , mais à meriter
par
des actions heroiques &
vertueufes le Sceptre qu'ils por
tent ; & quoy que noftre invincible
Monarque, depuis fon Avenement
à la Couronne luy ait
Pij
176 MERCURE
donné beaucoup plus d'éclat qu'il
`n'en a receu d'elle , l'aneantiſſement
de l'Edit de Nantes , qui
détruit un Schifme qui avoit fait
une figrande playe à l'Eglife &
à l'Etat , fera un Eloge immortel
qui rendra fa Memoire plus precieuſe
à la Pofterité , que le fouvenir
de tous les Peuples qu'il a
vaincus , de toutes les Victoi
res qu'il a remportées . Nous ne
pouvons mieux en cette occafion
feconder les intentions de Sa Majefté
, que de requerir inceffamment
l'Enregistrement , la Publi
cation , & l'Execution de fon
Edit
GALANT: 177
Mr le Noble fut d'autant
plus admiré dans ce Difcours,
qu'il le prononça le meſme
jour , que M' de Marillac Intendant
de la Generalité de
Rouen , luy remit l'Edit entre
les mains. Mr le Prefident
de Becdeliévre de Bremare
qui parla enfuite , fit admirer
la mefme prefence d'efprit.
Voicy ce qu'il dit dans la
mefme occafion.
T
Out le monde fçait que
l'Edit de Nantes , qui fut
publié en faveur de ceux de la
Religion Pretendue Reformée , a
178 MERCURE
efté donné dans le temps des Troubles
, pour appaifer les Guer
Tes civiles. Ceux de cette Religion,
qui avoient les armes à la main,
forcerent en quelque façon le Roy
Henry le Grand, de leur accorder
des Privileges dont ils eftoient indignes.
Il y avoit lieu d'efperer
qu'ils profiteroient des graces qui
leur avoient efté faites , & qu'ils
rentreroient dans leur devoir.
Mais regardant cet Edit comme
une Sauvegarde fous laquelle ils
vivaient en repos , ils fefont vainement
perfuadez qu'on ne pouvoit
plus les détruire . Cet Ouvrage
important eftoit refervé à la
GALANT. 179
Pieté de noftre Augufte Monarque.
Il n'y avoit que luy quifuft
capable d'entreprendre une figrande
affaire , & de renverser ce
Monftre de l'Herefte, qui a defolé
le Royaume pendant un ſi grand
no nbre d'années. Aprés avoir
vaincu fes Ennemis , dompté les
Barbares , donné la Paix à l'Europe
, il a tourné tous fes foins à la
Converfion de ceux de la Religion
Pretendue Reformée. Il a
effayé jufqu'icy de les gagner par
la donceur. Les Declarations qu'il
a envoyées depuis quelque temps,
n'ont eu aucun autre but. Des
Villes entieres & des Provinces
180 MERCURE
en ont profité ; mais plufieurs de
cette Religion s'eftant rendus plus
opiniaftres , s'aigriffant dejour
en jour , au lieu defuivre les avis
qu'on leur a donnez , il a esté en
fin neceffaire de revoquer cet Edit
par la Declaration dont on vient
de faire la lecture. Les voicy réduis
dans une heureuſe neceſſité de
rentrer dans le fein de l'Eglife ,
& d'abandonner leurs erreurs.
Nous espérons qu'ils feconderont
les bonnes intentions de Sa Ma.
jesté , & qu'ils voudront bien
écouter les Inftructions que l'onfe
prepare à leur donner.
On vit bien- toft à Rouen
GALANT. 181
des fruits de la
Révocation
de l'Edit de Nantes . M' le
Marquis de Beuvron Lieutenant
General de la Province ,
& Gouverneur du Vieux - Palais
de Rouen, ayant efté envoyé
par le Roy pour faire
entendre les volontez de Sa
Majefté aux Prétendus Reformez
de cette Ville là , fit
avertir les Chefs de Famille
de fe trouver à l'Hoftel commun
le dernier
d'Octobre ,
Lors qu'ils furent aſſemblez,
ce Marquis , avec qui eftoit
M. de Marillac , leur declara
que l'intention du Roy eftoit
182 MERCURE
qu'il n'y euft plus qu'une Religion
dans le Royaume , &
que ceux qui eftoient bons
François, & fidelles Sujets de
Sa Majesté euffent à abandonner
l'Herefie, & à rentrer
dans le fein de la veritable
Eglife. Il leur parla d'une maniere
auffi éloquente que perfuafive
, & plufieurs qui n'at
tendoient depuis longtemps
que cette heureuſe démar
che , allerent fur l'heure figner
leur Abjuration devant
le Lieutenant
General du
Bailliage. Le nombre alla ce
jour- là à plus de mille perGALANT.
183
fonnes , Il augmenta dés le
lendemain , & en peu de
temps , de plus de fix mille
Religionnaires , à peine en
refta- t-il quarante Familles.
M' le Coadjuteur n'a épargné
aucuns foins dans les frequentes
vifites qu'il a faites
chez les principaux des Anciens
du Confiftoire
, pour
leur faire connoiffre la verité
qu'ils avoient toûjours refufé
d'entendre. Il en eft heureufement
venu à bout,aprés
avoir effuyé beaucoup d'incivilitez
, & mefme des duretez
que fon zele luy a fait
2
184 MERCURE
fouffrir avec plaifir par la joye
de travailler utilement aufalut
des ames.
M' de Morangis Intendant
à Caën , s'eft employé avec
le mefme fuccés & le mefme
zele , à convertir ceux qui y
faifoient Profeffion de la Religion
Pretenduë Reformée .
Aprés qu'il les eut fait affembler
, il leur fit un Difcours
fi touchant & fi remply d'é
loquence , que prefque tous
ceux aufquels il parla, fignerent
en mefme temps l'Acte
de leurAbjuratio.Leur exemple
fut fuivy peu de jours
GALANT. 185
nomaprés
de la plus grande partie
de ce qui reftoit , & le
bre des Convertis monta jufqu'au
nombre de trois mille.
Il n'y en avoit plus que trente
qui refufoient d'abjurer ,
lors que j'ay receu cette nouvelle
, & comme elle m'a été
écrite dés le
commencement
de ce mois. Il eſt à croire
que toute la Ville eft
fentement
Catholique.Dans
ce mefme temps la Noblef
fe Proteftante de toute laGeneralité
, promit par écrit à
M de Morangis de fe faire
inftruire , & d'imiter ceux
Decembre 1685.
Q
pre186
MERCURE
qui font entrez dans la veritable
voye du falut . Ainfi
l'on apprend de jour en jour
les Converfions de cette
Nobleffe , & avant que vous
receviez cette Lettre , elle
fera peut-eftre entierement
Convertie .
M' le Marquis de faint
Germain , Gouverneur de la
Marche , ayant receu de la
part du Roy une Copie de
Ï'Edit qui fuprime l'Exercice
de la Religion Pretenduë
Reformée,avec ordre de faire
démolir en execution de
cét Edit,le Temple de la VilGALANT.
187
le d'Aubuffon , qui eftoit le
feul lieu de la Province où
fe filt cét Exercice . Il partit
de fon Chafteau le 21. Octobre
, accompagné de la Nobleffe
de fon Voifinage , &
arriva à celuy du Terret ,
Maifon tres-confiderable du
Pays,dont il avoit fait le ren
dez- vous du refte de la Province
. Mr de Creffat , Frere
aifné de M ' de Boisfrant
Chancelier de Monfieur , y
regala toute cette Compagnie
avec beaucoup de magnificence.
On monta le
lendemain à cheval , & l'om
Q ij
188 MERCURE
fe rendit à Aubuffon. Les
Habitans qui avoient eſté avertis
de la Marche de M' le
Marquis de Saint Germain ,
vinrent fous les Armes fort
loin au devant de luy , & le
receurent avec des falves &
des acclamations generales
de Vive le Roy , & point de
Religion que la Catholique . Il y
ayoit neanmoins parmy eux
grand nombre de Pretendus
Reformez , & ces acclamations
furent comme le Prelude
de leur Abjuration . M
´le Marquis de Saint Germain
trouva à propos d'aller droit
GALANT. 189:
au lieu où eftoit le Temple . II
avoit efte baſty à une lieuë
de la Ville ,fur une Montagne
la plus haute & la plus efcarpée
des environs . Plufieurs
Catholiques de tout fexe , de
tout âge , & de tous eſtats
travaillerent à l'envie à fa
démolition , & ce travail fut
fi animé du zele pour la veritable
Eglife & pour le fervice
de Sa Majefté , & par les
liberalitez de M' le Gouverneur
qui leur fit diftribuer
beaucoup de rafraichiffe
mens , qu'en moins de vingtquatre
heures il n'en demeu
190 MERCURE
ra aucun veftige. On jetta
au bas de la Montagne toutes
les pierres qui le compofoient
, & par là on les ren
voya dans les Carrieres d'ou
elles avoiét efté tirées. Aprés
ces premiers Ordres fi heureufement
executez , M' le
Marquis de Saint Germain
fit fon Entrée dans la Ville,
& à peine fut-il defcendu
dans la Maiſon qui luy avoit
efté preparée ; qu'une foule
des Habitans Religionaires
vinrent le prier de vouloir
eftre témoin de l'Abjuration
qu'ils eftoient tout prefts de
GALANT. 191 .
faire entre les mains de leur
Curé. Des difpofitions fi
promptes & fi favorables le
furprirent agreablement . Il
y répondit avec des honnêtetez
& des careffes , qui engagerent
ce qui reftoit là de
Calviniftes à fe convertir les
jours fuivans. Le peu de
temps qu'on eut ce premier
jour , ne permit de recevoir
l'Abjuration que de fixvingt
perſonnes . Le lendemain
25. d'Octobre plus de
trois cens abjurerent , & une
des Femmes de ces nouveaux
Catholiques eftant ac
192 MERCURE
couchée la nuit d'un Fils
M' le Gouverneur en voulut
bien eftre le Parrain . Ce
Baptefme fut folemnel &
fingulier de toutes manieres.
Toute la Ville fe remit fous
les Armes , & en allant à l'Eglife
, il fut precedé , accompagné
, & fuivy de plufieurs
falves de Moufqueterie. Les
Converfions continuerent
ce mefme jour 34. du mois ,
& le nombre des Calviniftes
qui eftoit de plus de fix cens,-
fut reduit à douze . Il parut
d'abord que ces derniers
cherchoient à fe diftinguer
par
GALANT. 193
par l'opiniâtreté qui eſt le
caractere des Heretiques
;
mais Mi le Gouverneur , M
de Creffat, & M ' de Gedoüin
Vicomte du Monteil fon
Gendre , leur parlerent avec
taut de force & de douceur,
qu'ils les ramenerent comme
les autres, & ils affifterent
à la Meffe chantée en Mufique
avec le Te Deum , &
les Prieres ordinaires pour
Roy.Mile Marquis de S.Ger,
main repaffa le lendemain
par le Terret , d'où il emmena
chez luy le Miniftre d'Aubuffon
, que les Conferences
Decembre
1685. R
le
194 MERCURE
qu'il y avoit euës par ordre
de M' de Creil Intendant de
la Province , avec Mr Tixier,
fçavant Ecclefiaftique , avoient
déja convaincu des
Veritez Catholiques qu'il
profeffe prefentement,ayant
renoncé à l'Herefie de Calvin..
La Ville de Sedan , où il y
avoit plus de fix mille Religionaires,
eft à prefent toute
Catholique ; & l'on peut dire
que ce changement eſt un de
ceux qui fait le plus d'honneur
à l'authorité de noftre
Religion . Voicy comment il
eft arrivé.
GALANT. 195
Le 23. d'Octobre , M' de
Vrevin, Intendant fur la Frontiere
de Champagne , fit affembler
le Confiftoire & les
principaux Bourgeois de la
Ville , pour leur declarer que
l'Exercice de leur Religion
eftoit défendu par le nouvel
-Edit de Sa Majefté , qui caffoit
celuy de Nantes. Il leur
en fit faire la lecture , & leur
remontra par un Diſcours
tres-preffant, qu'ils devoient
fe réunir à l'Eglife , dont ils
s'étoient feparez par un pur
caprice ; qu'ils eftoient nouveaux,
& avoient quitté l'an-
Rij
196 MERCUER
C
cienne Religion ; que leurs
Peres avoient efté de noftre
Eglife ; que le temps eftoit
venu d'y rentrer ; que le Roy
fouhaitant avec ardeur une
réunion qui leur devoit eftre
fi avantageuſe , ils ne pou
voient rien faire qui luy fuft
plus agreable , & qu'il les exhortoit
de prendre promptement
une falutaire refolution.
Il ajoûta qu'il jugeoit
inutile de les faire fouvenir
de toutes les Declarations ,
· qui font porter les charges
de l'Eftat à ceux de la Religion
Pretendue Reformée ,
1
GALANT. 197
avant qu'elles tombent fur
les Catholiques ; qu'ils en
eftoient affez avertis , & que
fi en execution de ces Declarations
, ils fe trouvoient
obligez à loger des Gens de
guerre , ils ne devoient s'en
prendre qu'à leur mauvaiſe
conduite& à leur obftination .
Les principaux Chefs paruret
furpris de ce difcours , & ne
voulant rien refoudre fans
un plus long examen , l'Aſ.
femblée fe fepara . M ' de Vrevin
jugeant que lès Confe
rences particulieres feroient
plus utiles , affembla encore
Riij
198 MERCURE
en deux divers jours les plus
notables Bourgeois , & les
principaux du Confiftoire .
Comme ils avoient eu du
tempspour ſe faire inſtruire,
ils goûterent mieux les raifons
qu'il employa , pour leur
faire voir ce qu'ils devoient,
& à leur falut , & aux volontez
du Roy. Plufieurs d'entre
eux s'en eftant laiffé perfuader
, fe rendirent le jour
de la Touffaints à l'Hoftel de
Ville . Le Refultat fut de declarer
à M l'Intendant, qu'ils
eftoient prefts de fe confor
mer aux Intentions du Roy ,
GALANT. 199
auquel ils avoient eſté toûjours
tres- foumis , en embraffant
la Religion Catholique
,
dans laquelle ils vouloient
vivre & mourir . On en dreffa
un Acte auffi- toft , & ils le fignerent
tous . Parmy eux eftoient
, Mr Conard , cy -devant
Capitaine de Chevaux.
legers ; M¹ de Peterlot , auffi
Capitaine ; M' Catel & M
Jean Chevalier , tous deux
Anciens du Confiftoire ; M
Leonard Chevalier , fon Frere
, Echevin & Capitaine de
la Bourgeoifie ; Mr Jean Chevalier
leur neveu, Echevin &
Riiij
200 MERCURE
Officier de la
Bourgeorfie ,
& plus de deux cens Chefs
de Familles des plus confiderables
Bourgeois . Le lendemain
M' l'Intendant les fit
encore tous affembler dans
le mefme lieu, & les mena de
là à l'Eglife de la Paroiſſe , où
Mile Feron Docteur de Sorbonne
, grand Vicaire de Mr
l'Archevefque de Reims, qui
par fon ordre eftoit pour lors
dans la Ville avec plufieurs
autres Ecclefiaftiques , pour
travailler par leurs Conferences
à la Converfion
des
Religionnaires
, leur fit un
GALANT: 201
tres éloquent Difcours . On
leur leut enfuite la Profeffion
de Foy , qu'ils fignerent tous
encore une fois dans l'Eglife.
Plus de trois cens Famillcs
des Villages circonvoifins
ont fuivy l'exemple des Habitans
de Sedan . Ces Converfions
n'ont efté fi promptes
que par les foins que Sa Majefté
prend depuis fort longtemps
du falut de fes Sujets .
La plufpart , gagnez par des
foins fi charitables , avoient
commencé à fe faire inftruire
, & le Roy avoit fort contribué
à leur en rendre les
moyens faciles,
202 MERCURE
Je vous envoyay le mois
paffé une Relation , qui contenoit
la Converfion entiere
de tous les Pretendus Refor
mez de la Ville de Saint Jean
d'Angely. Elle eftoit ample,
elle eftoit curieuſe , & le nombre
de fes circonftances devoit
faire croire qu'elle eftoit
exacte. Il eft vray qu'il n'y
avoit rien contre la verité
mais il y manquoit beaucoup
de particularitez , glorieufes
aux perfonnes qui
ont travaillé à ces Converfions
, & fur tout à M' de
Gourgues Intendant du LiGALANT.
203
moufin. Des affaires qui demandoient
fa preſence à Limoges
l'ayant empêché d'en
fortir , il manda fur la fin du
mois d'Aouft à Mr Charrier
Procureur du Roy de S. Jean
d'Angely , qu'il fift aſſembler
les principaux Habitans de la
Religion Pretenduë Reformée
, tant de la Ville
que des
gros Bourgs du Voiſinage ,
pour leur declarer qu'ils ne
devoient pas s'opposer aux
pieuſes intentions de Sa Majefté
, & leur offrir des Inftructions
& des Conferences.
Ils les accepterent , &
204 MERCURE
promirent d'y affifter avec
toute l'affiduité poſſible.
Mr l'Evefque de Saintes,
qui avoit un zele ardent pour
la deftruction de l'Herefie
dans fon Diocefe , commeje
vous l'ay déja fait voir, ayant
appris la bonne difpofition
des Habitans de Saint Jean
d'Angely , ne manqua pas de
s'y rendre , & s'eftant informé
de ce qui s'eftoit paffé en
execution des ordres de M
l'Intendant , il crùt qu'il eftoit
à propos pour la gloire
de Dieu , & pour le falut de
tant d'ames , de commencer
GALANT. 205
les Conferences dont ils ef
toient convenus. Il leur dit,
que puis qu'ils avoient répondu
aux intentions de M²
'Intendant en les acceptant ,
ils ne devoient pas differer
l'execution de ce qu'ils avoient
promis. Il fut arrefté
qu'elles feroient commencées
dans le Palais le 8. de
Septembre , que M¹ Bar Archipreftre
& Curé de Saint
Jean d'Angely, en feroit l'ouuerture
, & qu'il les continuëroit
autant que les autres
fonctions de fa Charge
le pourroient permettre. Les
206 MERCURE
Religionnaires
demanderent
à M² l'Evefque
de Saintes
que M' Durand Miniſtre
puſt
les fecourir dans cette occafion,
parce qu'ils fe fentoient
trop foibles pour parler de
Religion
, ce qui leur fut accordé.
Vous ne ferez pas fàchée
d'apprendre
icy ce qui
fe paffa dans les trois Conferences
qui furent faites , &
je croy mefme qu'elles peu -
vent eftre utiles pour la converfion
des opiniaftres
.
La premiere commença
en preſence de Mrs les Lieutenans
Generaux , Civil &
書
GALANT: 207
Criminel , de M' le Procureur
du Roy , & de quelques
autres Officiers , par M Bar,
dont je viens de vous parler.
Il s'attacha uniquement à
convaincre l'Affemblée de
la poffibilité du falut dans
l'Eglife Romaine , il la prouva
par le témoignage des Docteurs
Proteftans , & par des
Paffages formels de Saint Irenée
, de Saint Ambroiſe , de
Saint Jerôme , & de S. Auguftin
, qui ont donné le pre
mier rang à cette Eglife , &
jugé qu'il faloit eftre lié de
Communion avec elle pour
208 MERCURE
n'eftre pas exclus du falut.
Ces veritez furent écoutées avec
beaucoup d'attention , &
quoy que ces Peres prouvaſfent
la neceffité d'eftre dans
1'Egliſe Romaine , Mª Bar n'y
fit point de fonds , parce que
l'eftat des affaires ne demandoit
que la poffibilité du falut
dans cette Eglife, & il reüffit
fi bien à la prouver ,
prouver , qu'on
s'apperçût auffi- toft des progrés
que fit fur tant d'ames
la force de la verité. Le Miniftre
eftonné voulut fortir
de la Queſtion , & lors qu'il
fut remis , il avoua que du y
GALANT. 209
temps des Peres que l'on ve
noit de citer , il ne doutoit
point que l'on ne fe
Lauver dans l'Eglife Ro
ne. On le preffa d'en dire
raifon , & aprés qu'il eut
efté long-temps fans fçavoir
que répondre , il dit qu'un
des articles qui retenoient
davantage ceux de leur
par
ty dans la feparation , eftoit
le culte des Reliques . Cette
queſtion fut vuidée fur le
champ par la
la lecture des Epiftres
de S. Jerôme , traduites
en François , qui fe trouverent
entre les mains de
Decembre 1685. S
210 MERCURE
Mr Bar. Le Peuple entendit
avec application la
Doctrine de ce Pere,& comprit
que les objections de
'Heretique Vigilance contre
l'honneur des Reliques
eftoient les mefmes que cel
les de leurs Miniftres , ce
qui furprit fort les plus finceres
du party. Cette premiere
Conference fut fatale
à l'Herefie . Son Défenfeur
ne pût repliquer rien de foliae
, & il fe retrancha à la de
mande de la verification de
tous les Paffages que l'on
avoit alleguez . Ils furent veGALANT.
211
-
rifiez le lendemain en prefence
des Magiftrats & des
plus habiles Religionaires ,
chez Mr Baudouin Avocat
que les gouttes avoient retenu
au lit. Il forma dés ce
moment la refolution de fe
( faire Catholique , ce qu'il
executa peu de temps aprés
avec berucoup d'avantage
pour noftre Religion , puifqu'il
attira aprés s'eftre conyerty
des Communautez
entieres
qui le confulterent fur
les motifs de fon change-
>
ment.
On rapporta aux Protef
Sij
212 MERCURE
tans dans la feconde Confe
rence qu'on avoit verifié tous
les Paffages alleguez dans la
premiere , & melme l'Epiſtre
de Saint Jerôme contre Vigilance
, & qu'il n'y avoit
plus qu'à propofer d'autres
motifs de feparation . Le Miniftre
parla de la transfubftantiation
& de fes confequences
& le Pere Dom
Laurent Faidy Benedictin ,
dont je vous ay déja parlé ,
allegua Saint Cyrille de Jeru
falem dans la quatriéme Ca
techefe , & en cita quelques
paroles des plus effenticles,
GALANT. 213
Comme ce Pere a parfaitement
expliqué le Myftere de
l'Euchariftie , on lut en François
cette Catechefe prefque
toute entiere avec une grande
partie de la cinquiéme
qui parle du Sacrifice de la
Meffe , de l'Invocation des
Martyrs , de la Priere pour
les Morts , & c . ce qui fit un
tres-grand plaifir aux nouveaux
Convertis , & furprit
les Pretendus Reformez qui
n'en avoient jamais entendu
parler.
La troifiéme Conference
futfoutenue par le Pere Au214
MERCURE
guſtin de Saint Jean d'An
gely , Capucin fort renommé
dans les Controverfes . Le
Miniftre & les Doctes du
party qui ne trouvoient pas
leur compte dans la Tradition
de l'Eglife , demanderent
que l'on difputaft fur l'Ecriture.
Il fut arrefté qu'on leur
donneroit cette fatisfaction ,
afin que le Peuple ne cruſt
pas que l'on refufoit d'entrer
dans cette forte de Controverfe.
On parla pendant plufieurs
Conferences de la Rea
lité , de l'Adoration de l'Ho
ftie , du retranchement de
GALANT . 215
la Coupe , & c. Le Pere Auguftin
défendit la caufe de
l'Eglife fur toutes ces choſes
avec beaucoup d'érudition ,
& d'honnefteté
, & il en foûtint
toûjours la Doctrine par
la lecture de certains Paffages
formels des Peres que
l'on écouta avec une entiere
attention . Sur la fin de la Semaine
, les Pretendus Refor
mez déclarerent qu'ils n'avoient
plus befoin de Conferences
, & demanderent
permiffion
de s'affembler
pour déliberer entre- eux fur
ce qu'ils avoient à faire . Les
216 MERCURE
Officiers creurent qu'il n'y
avoit point d'inconvenient
à leur accorder cette grace ,
pnifqu'il n'en pouvoit revenir
qu'un fort grand bien ,
comme il parut dans la fuite.
On dit que le Miniftre parla
d'une maniere tres -forte pour
perfuader la réunion . M¹ le
Valois fameux Avocat fit la
mefme chofe & fe fervit
du credit qu'il s'eftoit acquis
fur l'efprit des Religionaires .
Ainfi aprés les Affemblées
particulieres , le Miniftre &
·les principaux du party allerent
dire aux Officiers qu'il y
ayoit
GALANT. 217
avoit efperance que l'on fe
reüniroit , mais que de certaines
confiderations les obligeoient
d'attendre M² l'Evefque
de Saintes. Je ne vous
repete point ce qui fe paffa
entre ce Prelat , & les Pretendus
Reformez puifque,
ma Lettre du mois d'Octobre
vous en a inſtruite , &
que je vous ay appris les circonftances
de leur Abjuration.
Mais je ne puis m'empefcher
d'ajoûter icy qu'on
vit ces nouveaux Catholiques
dans de tels tranſports.
dejoye , que ne pouvant mar-
Decembre 1685. T
218 MERCURE
quer le plaiſir interieur qu'ils
reffentoient , que par de continuelles
acclamations , ils
mirent le Predicateur qui
eftoit monté en Chaire pour
les prefcher , dans l'impoffi
bilité de fe faire donner audience.
C'eftoient des cris
d'allegreffe reiterez à tous
les momens .On les voyoit ,
tout remplis de leur bonheur
, embraffer les anciens
Catholiques , & benir hautement
Ml'Evefque & M'l'Intendant
, comme les Autheurs
, aprés le Roy, de leur
felicité , & de leur falut , de
GALANT. 219
forte que le Predicateur ravy
d'un fi admirable changement
, fe contenta de les
exhorter à demeurer fermes
dans ces fentimens , & leur
fouhaita les Benedictions du
Ciel ,avec les fuites heureufes
qu'ils avoient lieu d'efperer
d'une Converfion qui paroiffoit
fi pleine de ſincerité.
Comme fuivant les ordres
du Roy , M' de Gourgues
avoit commencé une oeuvre
fi fainte , il fembloit que
Dieu luy euft refervé la gloire
de la finir. Il n'avoit pû
eftre preſent aux éclatantes
Tij
220 MERCURE
Converfions qui venoient de
fe faire , parce qu'il avoit efté
obligé d'aller à Ruffec & à
Villefaignan qui eftoient des
pepinieres
de Pretendus
Reformez
. Il y donna de folides
marques du zele qu'il a toû
jours fait paroiftre pour les
interefts de la Veritable Eglife
, il alla de Maiſon en
Maifon , pour perfuader les
plus obftinez , & n'épargna
rien pour les toucher. Auffi
réüffi- t- il fi heureuſement ,
qu'il n'y en eut pas un qui
ne promiſt d'abandonner
l'Herefie , que fes Anceſtres
GALANT. 221
s'eſtoient trouvez obligez de
fuivre , mais comme fa
prefence
eftoit neceffaire à Saint
Jean d'Angely , illaiffa M' le
Marquis d'Argençon , Lieuà
tenant General d'Angoulefie
, pour tenir la main
à l'execution des promeffes
que ces Peuples luy avoient
faites de fe convertir
quoy ce Marquis s'employa
avec beaucoup de conduite
& de fuccez . M' de Gourgues
eftant arrivé à Saint Jean
d'Angely , fit beaucoup de
careffes au Miniftre , & loüa
fort les Officiers qui avoient
T iij
222 MERCURE
fi heureuſement répondu au
zele du Roy. Il fe fervit de
toute fa prudence pour ramener
au ſein de l'Eglife
ceux qu'une opiniâtreté extraordinaire
avoit jufques là
empefchez de fe convertir ;
il ménagea leurs efprits , &
les fceut engager par des
manieres fi douces & fi efficaces
, que tout ce qui reftoic
de Calviniftes en ce lieu là
( dont le nombre eſtoit de
trente Chefs de Famille , &
de quatre cens Femmes ou
Enfans ) abjura encore l'He
refie , en moins de huit jours.
GALANT 223
Je ne parle point de plus de
cinquante Gentilshommes
qui firent auffi leur Abjura .
tion volontairement. Plu
fieurs autres de ce Reffort ont
renoncé depuis ce temps- là
au Calvinifme , par les foins
de M' Rouffeler Lieutenant
Criminel , qui eftant Subdelegué
de M l'Intendant ,
imite en cette occafion tou
te fa douceur & toute fa fermeté.
M' de Gourgues aprés de
fi heureux fuccés , travailla
inceffamment à reduire ceux
de Taillebourg , de Saint Sa
Tij
224 MERCURE
"
vinien , de Tonney- Charente
, de Tonney- Bouthonne ,
de Matha , de Fontenay l'Abatu
, & d'autres lieux circonvoifms
, qui font de fon
département. L'opiniatreté
étoit d'abord fi grande dans
quelques- uns de ce lieux
qu'il fembloit qu'on ne dûſt
rien efperer , mais M de
Gourgues leur parla d'une
maniere fi douce, fi charitable
& fi preffante pour les en
gager à recevoir les Inftructions
qui leur eftoient neceffaires
, qu'en peu de jours ils
fe convertirét en foule. Ainfi
GALANT. 225
l'erreur fut entierement banie
de tous ces lieux là, aprés
avoir regné avec un entier
empire , par l'aveuglement
prefque invincible que l'he
refie a caufé à ceux qui l'ont
receue avec la naiffance.
Aprés que cét Intendant
eut terminé fi heureuſement
les affaires qui l'avoient appellé
en Xaintonge , il revint
paffer par Angoulefme , &
La Rochefoucaud , où il y a
voit encore quantité de Re¹
ligionaires des plus obſtinez .
Il trouva M' l'Evefque d'Angoulefme
, qui penetré de ce
226 MERCURE
zele ardent qu'il fait éclater
en toute occafion pour l'intereft
de l'Eglife , avoit commencé
une Miffion . M' de
Gourgues fit auffi - toft ſçavoir
aux principaux des Pretendus
Reformez , qu'ils devoient
confentir à fe faire inftruire
; afin qu'en répon
dant par là au zele que le
Roy avoit pour leur falut ,
ils fuiviffent l'exemple des
Peuples de la Xaintonge . Il
n'eut pas de peine à les perfuader
, & les foins furent
auffi-toft fuivis de leur Converfion
. Il eut un pareil fucGALANT.
227
cés à Angouleſme , à Turenne
, & à Argentac , où il ne
fut pas plûtoft arrivé , que
tous les Religionnaires fe
rendirentavec empreffement
à l'Eglife , pour avoir la joye
de faire leur Abjuration en
fa prefence.
Pendant que cet Intendant
travailloit d'une maniere fi
avantageufe à la converfion
des Religionnaires de fon
Département , Madame de
Gourgues fa Femme fecondoit
parfaitement fon zele ,
& l'on peut dire que par la
feule force de fes raifons , elle
228 MERCURE
a eu la gloire de convertir à
Limoges trois Demoiselles ,fi
fortement perfuadées de leur
Religion , que les plus éclairez
n'avoient pû mefme venir
à bout de les ébranler .
C'est ainsi qu'elle a rendu
veritable ce qu'un Pere de
l'Eglife a dit , qu'une Femme
veritablement
fage & vertueufe
eft tres - capable de
combattre & de vaincre.
Auffia - t - ellegagné les coeurs
& l'eftime de toute la Provin-'
ce. Toutes ces Converfions ,
& fur tout celles qui fe font
faites à Saint Jean d'Angely
,
GALANT. 3
229
doivent paffer pour un Miracle
, fi l'on confidere que
l'Herefie de Calvin y avoit
étably ſon ſiege d'une maniere
fi abfoluë , qu'il n'y avoit
aucune apparence qu'il
puft étrerenversé en fi peu de
temps . L'endurciffement
des
coeurs y faifoit prendre plûtoft
le party de vivre fans Religion
, que de rentrer dans
l'Eglife . Parler de converfion
à ces obftinez , c'eftoit les aigrir
; & lors qu'on vouloit
entrer en conference avec
eux pour les détromper de
leurs préjugez contre l'Egli230
MERCURE
fe Romaine
, non feulement
ils refufoient
d'écouter
, mais
ils ne vouloient
pas deman
der à Dieu les lumieres
neceflaires
pour connoiſtre
la
verité. Cependant
voilà ces
Peuples convertis
fous l'heureux
Regne des Miracles , de
leur bon gré , ſans la moindre
violence
, & aprés des
Conferences
publiques
fur
tous les points dont ils ont
fouhaité d'eftre éclaircis . On
ne peut douter aprés cela
qu'ils n'ayent efté entierement
convaincus
des Véritez
de la Religion
Catholique
,
GALANT 231
& en mefme temps , des erreurs
de celle qu'ils viennent
d'abandonner . Comme ils ne
la quittent que parce qu'ils
font perfuadez de fa faulleté,
peuvent -ils ouvrir les yeux
fur l'heureux eftat où ils fe
trouvent , fans reconnoiftre
qu'ils font redevables de leur
falut aux bontez du Roy , &
fans fe croire obligez de demander
fans ceffe au Ciel
qu'il continuë à le combler
de fes Benedictions, puiſqu'il
fe fert fi heureufement du
pouvoir que Dieu luy a confié
pour les arracher au De232
MERCURE
mon par une douce & fainte
violence ? Je ne vous ay fait
aucun détail des Conferences
qui fe font tenues dans les au- !
tres Villes , pour obliger les
Religionnaires
à renoncer à
F'erreur , parce qu'on s'y eſt
fervy des mefmes moyens
,
& qu'avant que de faire Ab
juration ils ont reconnu les
fauffetez fur lesquelles
ils avoient
juſque - là fermé les
yeux.
Il ne refte plus aucun Pretendu
Reformé dans la Ville
de Niort en Poitou , & toutes
ces Converfions font deuës à
GALANT 密
•
233
M' de Fontmort , Prefident
& Lieutenant General , & à
M' de la Teraudiere , Maire
de la mefme Ville . Quoy
qu'en cette occafion ils ayét
fuivy les intentions de Sa Majefté,
& qu'ils ayent pour fon
fervice tout le zele qu'un fr
grand Monarque peut infpirer
aux plus empreffez de fes
Sujets , ce qu'ils ont fait ne
laiffe pas de marquer qu'ils
eftoient animez d'une ardeur
toute particuliere & toute
fainte pour le falut des ames .
Ils ont fait voir aux plus obftinez
Calviniftes , que la
Decembre 1685.
f
V
234 MERCURE
plufpart d'entre eux croyoier
aveuglément les faufſetez
leurs Miniftres impofoient
à la Religion Catholique,
fans qu'ils euffent jamais
confulté aucun de nos Docque
teurs , & en les affeurant que
s'ils les écoutoient
avec douceur
& fans prévention
, ils
fe trouveroient
heureuſemet
détrompez
, ils les ont enga→
gez à y conſentir. Ces Conferences
ont eu leur effet accouftumé.
Les Calvinistes
ont efté inftruits ; ils ont efté
convaincus
; ils ont vû clair
dans les Miſteres de la Foy ,
GALANT. 235
& ils fe font convertis , fans
que de plus de cinq mille
perfonnes , il en foit reſté une
feule qui faffe encore Profef
fion de la Religion Pretendue
Reformée, Mr le Prefi
dent de Fontmorta efté fi pé
netré du plaifir que ce chan
gement luy a caufé , qu'il a
fait un feu de joye , ou quatre
jeunes Demoiselles mi
rent le feu à la tefte de deux
cens Filles converties , & au
bruit des Tambours & des
Trompettes. Je ne vous dé
cris point cette Fefte , ny la
Statue du Roy que l'on avoit
Vij
236 MERCURE
élevée exprés , & autour de
laquelle trois cens Moufquetaires
firent de continuelles
décharges , & burent à la fanté
de Sa Majefté avec le vin
de plufieurs Fontaines qui
couloient aux dépens de ce
genereux Prefident , quiavoit
chez luy une Table de foi
xante couverts pour les perfonnes
les plus qualifiées de
la Ville , fans celles qui fe
trouverent encore en plufieurs
endroits de fon logis.
Cette réjouiffance fe com.
muniqua dans toute la Ville ,
de forte que l'on peut dire
GALANT 237
que tous les Habitans burent
enfemble ce foir là, La Nobleſſe
de la Campagne
, qui
n'eftoit pas encore convertie
, dit Qu'elle ne croyoit pas que
la Religion Pretendue Reformée
fust en fi grande horreur aux Catholiques,
qu'ils deuffent avoir
tant de joye de l'avoir aneantie ;
mais que puifque cela estoit , it
falloit qu'ilsfe fiffent inftruire. Ils
Pont fait , & ils ſe font convertis
, ainfi la conduite de
Mr de Fontmort a efté fi heureufe
, qu'il a fait des Con-
> par les actions verfions
meſmes qu'on auroit crû le
238 MERCURE
moins capables de produire
le fruit qu'on en a tiré ; & ſes
plaiſirs , ainfi que fes foins
ont contribué à une réunion
fi fouhaitée. Ce Prefident
voyant l'indigence de beaucoup
de nouveaux Conver
tis , a foulagé leur mifere par
de grandes charitez , & l'on
vient d'apprendre qu'il a ven
du fon Caroffe & fes Chevaux
, afin de leur donner ce
qu'il auroient pû luy coufter
par an. On peut conoître par
Là, que les Catholiques n'ont
pas moins de zele pour affifter
leurs Freres , qu'on a toû
GALANT. 239
jours dit qu'en avoiét les Proteftans
, puifque les Particuliers
font des aumônes que
les Pretendus Reformez faifoient
feulement en Corps.
Mile Duc de Noailles ayant
fait fçavoir aux Pretendus
Reformez de la Ville d'Alets,
Capitale des Sevennes, qu'ils
devoient fe difpofer à ſuivre
l'exemple de Nifmes , deMonpelier,
& des autres Villes de
Languedoc , en travaillant à
fe faire inftruire,M's Baudon
& Deyrolles , qui estoient
des principaux Religionnai
res de cette Ville - là , agirent
240 MERCURE
avec ardeur , pour inſpirer à
募
leurs Confreres la foûmiffion
qu'ils devoient aux ordres du
Roy , à laquelle ils avoient
efté eux-mefines puiffammét
exhortez par leurs Alteffes Sereniffimes
Monfieur le Prince
& Monfieur le Duc , à qui
appartient le Comté d'Alets.
Leur remontrance
porta tous
les Proteftans à s'affembler
chez M de Leuze de la Liquiere
Avocat, où ils prirent
une reſolution generale de
fe faire Catholiques
, & prierent
mefme MIS Baudon &
Deyrolles d'en aller affeurer
M5
GALANT. 241
Mr le Duc de Noailles . Ces
Deputez le virent à Niſmes ,
& il leur marqua la joye qu'il
avoit , non feulement de la
nouvelle qu'ils luy apportoient
, mais encore de ce
qu'ils avoient beaucoup contribué
à la refolution qui venoit
d'eftre prife. Ils allerent
auffi rendre leurs devoirs à
M' de Baville Intendant de
la Province , qui leur fit un
accueil tres-favorable...
Quelques jours aprés , M²
le Duc de Noailles dont le
zele pour l'intereft de la Re
ligion , & le ſervice du Roy
Decembre 1685. X
242 MERCURE
eft infatigable , ayant ſceu
que fa prefence pouvoit faciliter
les Converfions dans
les hautes Sevenes , partit de
Nifmes avec M de Baville
& vint coucher à Alets , où
il apritavec joye que la fuite
des Miniftres de cette Ville
là , qui avoient manqué au
Serment public qu'ils avoiết
fait de facrifier leur vie pour
foûtenir leur Religion, avoit
beaucoup fervy à détromper
ceux de ce party , & à leur
faire connoiftre les erreurs
que ces mefmes Miniftres
jeur avoient prefchées . M
GALANT. 243
P
de Noailles receut à Alets
les Complimens de tous
les Corps , & M' de Saint Auban
, Juge d'Appeaux du
Comté de la mefme Ville, le
harangua à la tefte des Officiers.
Il luy dit ,que fi le prompt
changement de toute laVille d'A.
letsfaifoit connoiftre la toute -puif
fance de Louis LE GRAND , il
ne falloit pas une prudence moins
confommée que lafienne pour venir
à bout d'une entreprise de cette
importance, pour remettre dans
le chemin de la verité, ces malheu-
・reux aveuglez à qui defaux guides
avoient fait prendre la voye
X ij
244 MERCURE
du Menfonge ; que ces Brebis égarées
n'avoient pas voulu pendant
plus d'un Siecle écouter la
voix de leur vray Pafteur , pour
courir aprés ceux qui les trompoient
par d'inutiles fermens de
vouloir donner leurs vies pour el
les ; que la moindre crainte avoit
fait évanouir ces Mercenaires,
&
que leur fuite ayant fait ou
vrir les yeux aux Dévoyez, ils
avoient connu leur égarement ,
& eftoient rentrez avec plaifir
dans la veritable route qu'ils devoient
tenir pour leur falut ; que
voyant les precipices que
la
charité
de noftre Auguſte Monarque
GALANT. 245
leur avoitfait éviter, ils le beniroient
inceffamment d'avoir bien
voulu travailler à leur bonheur.
Il finit par les affurances de
la joye que leur donnoit la
prefence de M' le Duc de
Noailles , dont les grandes
qualitez ne furent pas oubliées.
Ceux qui ont fuivy autrefois
Calvin , & qui en ont
quitté les erreurs il y a plufieurs
années , ont fait beau
coup de Converfions , parce
qu'eftant parfaitement
inftruits de l'une & de l'autre
Religion , ils fçavent par
X iij.
246 MERCURE
quels endroits les Miniftres
ont toûjours abufé de la credulité
de ceux qu'ils ont voulu
ébloüir . Cela eft arrivé à
M' du Vigean Gouverneur
des Pages de la petite Ecurie
du Roy , & qui a fait abjuration
de l'herefie il y a environ
vingt-cinq ans. Il étoit
au mois de Novembre dans
le haut Languedoc dont if
eft originaire , & comme on
fçavoit que l'intereft n'avoit
point contribué à fon changement
, & qu'il paffoit pour
honnefte-homme , on l'écouta
fur quelques points de
GALANT. 247
Controverfe. Il eut le bonheur
de convertir la Femme
la plus opiniâtre du Pays , avec
toute la Famille. Ces
Converfions attirerent celles
de plufieurs Gentilshommes
des environs , & de cinq
Demoiſelles , qui felon les
termes de la Lettre que j'en
ay receuë , avec les noms de
ces nouveaux Couvertis
s'eftoient voüez à la mort
plûtoft que de fe refoudre à
faire abjuration . C'eſt ainfi
que par des coups imprévûs
Dieu touche fouvent les
plus obſtinez.
X
iiij
248 MERCURE
On ne
peut donner
trop
de
loüanges
à tous
les Intendans
de Province
, qui n'ont
rien
oublié
de ce qui
pouvoit
perfuader
aux
Heretiques
qu'ils
avoient
toûjours
efté
dans
l'erreur
. J'ay
receu
une
ample
Lettre
, touchant
ce
que
Mr de Bezons
Intendant
de la Generalité
d'Orleans
,
a fait en cette
occafion
dans
tout
fon Département
. Il y
a parlé
avec
beaucoup
de
charité
& de force
, & la verité
a eu dans
fa bouche
, tous
les agrémens
qu'il
faut
pour
plaire
, toute
la force
necefGALANT.
249
faire pour toucher , & tout
le brillant poffible pour é
clairer. Ces paroles qui font
de Saint Auguſtin , font employées
dans la Lettre qui
m'a appris ce que je vous .
mande . Je ne vous l'envoye
point , parce qu'elle contient
beaucoup d'autres cho
fes dont je vous ay déja fait
fçavoir une partie ; mais la
perſonne qui l'a écrite a tant
d'érudition , & donne un fi
noble tour aux chofes , que
fi j'en reçois encore quel
ques Lettres , j'auray foin de
yous en faire part. Les Con250
MERCURE
verfions ont aufli efté frequentes
autour de Paris , &
l'on n'y parle prefque plusde
Calviniftes. Les cinq dernieres
Familles Proteftantes
qui reftoient à Nogent le
Roy , y ont fait Abjuration
entre les mains de M' Bouchet
ancien Curé de cette
Ville là.
Voicy les Déclarations qui
ont efté publiées depuis un
mois , & qui regardent ceux
de cette Religion . Par l'Edit
du mois d'Octobre dernier ,
qui en interdit l'Exercice
dans tout le Royaume , il eft
GALANT. 251
ordonné, que les Calviniſtes
qui fe font retirez dans les
Pays Etrangers avant la Publication
de cét Edit , rentreront
dans leurs Biens confifquez
, en cas qu'il reviennent
dans quatre mois du
jour qu'il a efté publié ; &
comme il pourroit furvenir
quelques conteftations entre
ceux de qui les Biens ſeroient
confifquez , & ceux
qui en pretendroient la confifcation
, au fujet du temps
de leur retour dans le Royaume
, le Roy toûjours équitable
& plein de bonté pour
252 MERCURE
fes Sujets , a déclaré , Qu'il
luy plaift que les Pretendus Reformez
qui fe font retirez avant
la Publication de l'Edit du Mois
qui en confequence d'Octobre ,
de ce mefme Edit , y reviendront
dans le temps de quatre mois¸ſeront
obligez de déclarer qu'ils
font de retour , & d'en prendre
Acte , qui leur fera donné fans
aucuns frais , par les Baillifs on
leurs Lieutenans aux Bailliages
Senechauffées dans le reffort
defquels feront fituées leurs Maifons
& demeures ordinaires , &
en leur abfence , par les Officiers
qui font aprés eux fuivant l'ordre
du Tableau.
a
GALANT. 253
Il eft porté par une autre
Déclaration , Que fià l'avenir
quelqu'un des Pretendus Refor
mez vient à déceder , fes deux
plus proches Parens , ou à leur
défaut , fes deux plus proches Voi.
fins , feront tenus de le déclarer
aux Juges Royaux , s'il y en a
dans les lieux où ilfaifoitfa de
meure , ou aux Fuges des Seigneurs
, de fignerfur le Regi-
Stre que ces mefmes Juges
dront. C'est ce qui a efté ordonné
avec beaucoup de
prudence , puifque les Tem
ples qui reftoient à ceux de
cetre Religion, ayant eſté dé
es en tien
254 MERCURE
molis , & les Confiftoires où
l'on tenoit les Regiſtres de
leurs déceds, fupprimez en
confequence de l'Edit d'Octobre
, le défaut de ces Regiftres
rend incertain le jour
de leur mort. Ainfi fans cette
nouvelle Déclaration , les
Catholiques qui auroient intereſt
, à fçavoir le temps où
cette mort feroit arrivée, demeureroiét
privezde la preuve
établie par les Ordónáces,
& feroient reduits à la preuve
par témoins , qui ne fe peut
faire que par une longue procedure
, & beaucoup de frais .
GALANT.
255
Je vous ay déja mandé ,
que le Roy par la Declaration
du 20. Janvier 1685. avoit
ordonné que les Confeillers
de fa Cour de Parlement,
faifant profeffion de la Religion
Pretenduë Reformée ,
ne pourroient connoistre des
Procez Civils & Criminels ,
aufquels les Ecclefiaftiques
& les nouveaux Convertis
auroient intereft . Comme
leurs fonctions dans ces
Charges vont eftre inutiles,
parce que la plupart des Pretendus
Reformez font réunis
à l'Eglife , & qu'il n'y a pref
256 MERCURE
que point de procez , où quel
ques nouveaux Convertis ne
foient Parties principales ou
intervenantes , Sa Majefté a
ordonné par fon Arreft du
Confeil d'Eftat du 23. No.
vembre , Que les Confeillers de
fa Cour de Parlement de Paris ,
qui fe trouverontfaire encore profeffion
de la Religion Pretenduë
Reformée , remettront inceffamment
entre les mains du Receveur
de fes Revenus cafuels , leur Procuration
ad Refignandum , de
leurs Offices , qui leur feront rembourſez
par ce Receveur fur le
pied de la fixation. Ils n'ont auGALANT.
257
cun fujet de fe plaindre, puifqu'il
n'eft pas jufte que des
Officiers de cette qualité, qui
devroient par leur exemple,
exciter le refte des Sujets du
Roy qui perfiftent dans l'erreur
, à rentrer dans l'Eglife,
& qui cependant refuſent
eux- mefmes les Inſtructions.
qui leur font offertes pour
reconnoiftre la veritable Religion
, demeurent plus longtemps
dans la dignité où les
élevent ces Charges .
Jajoûteray à cela, que Mỹ
de la Reynie , Lieutenant
General de Police , ayant
Y Decembre 1685.
258 MERCURE
efté averty qu'au prejudice
des Défenfes faites aux Pretendus
Reformez , par l'Edit
du mois d'Octobre , de plus
s'affembler en aucun lieu ou
Maiſon particuliere , pour
l'exercice de leur Religion
fous quelque pretexte que
ce puiffe eftre, quelques per
fonnes de celles qui fe diſent
eftre encore de la Religion
Pretenduë Reformée , ferendoient
à certains jours dans
les Maifons de divers Ambaffadeurs
& Miniftres Etrágers
, pour y faire l'Exercice
qui leur a efté défendu ; ce
GALANT. 259
Magiftrat dont le zele eſt
toûjours actif & vigilant , a
fait réiterer ces mefmes Défenfes
, fous les peines por--
tées par ce mefme Edit , enjoignant
aux Commiffaires
du Chaftelet chacun dans
leurs Quartiers , de tenir la
main à l'execution de fon
Ordonnance
, qui a esté publiée
par toute la Ville.
Toutes ces Déclarations
& tous ces Edits font une fuite
des grands foins que le
Roy prend pour le falut de
fes Sujets Proteftans &
comme on en voit chaque
Y ij
260 MERCURE
jour les fruits , je n'en parle .
ray point davantage . Je vous
diray feulement que les Converfions
generales & particulieres
continuent tous les
jours d'une maniere qui fait
voir que ceux qui fe rendent,
font entierement convaincu
des erreurs où ils renoncent.
C'eft ce qui vient de
paroiftre dans la Converfion
de Meffire Alexandre l'Huillier,
Seigneur de Chalendos
en Brie , qui a fait abjuration
à Rebé entre les mains
de M' l'Abbé de la Salle Aumônier
du Roy. Il eſt d'une
GALANT. 261
Famille auffi illuftre qu'ancienne
, & recommandable:
par beaucoup de grandes Alliances.
M Foran , qui eft le
plus ancien Capitaine des
Vaiffeaux du Roy , a fait auf
fi Abjuration entre les mains
de M l'Archevefque de
Paris. La maniere dont cét .
Illuftre Prelat a fecondé le
zele de Sa Majesté pour le
falut des ames , eft une cho
fe incroyable. Il ne s'eft pref
que point paffé de jour de
puis quelques années , qu'il
n'ait contribué à la Converfion
de quelqu'un , ou qu'il
262 MERCURE
n'ait receu quelques Abjura
tions . Entre le grand nombre
de Converfions qui fe
font faites en cette Ville depuis
un mois , il y en a eu
une tres -remarquable. C'eſt
celle de Mr d'Imecour ancien
Colonel . De neuf Fils qu'il
a , tous dans le ſervice, il y en
eut fept qui firent Abjuration
avec luy ces jours paffez
entre les mains du Pere Gaillard
Jefuite. Les deux autres
qui font en des lieux fort éloignez
, s'y font fait inſtruire ,
& on les en croit partis pour
venir icy faire la mefme
GALANT. 263
Abjuration. Le jour de Noël
Mr Hervard nouvellement
converty , rendit les Pains-
Benits à la Grand' Meffe , ce
qui fut un grand fujet de joye
pour les Catholiques , & mefme
pour les nouveaux Convertis.
Quoy que j'aye parlé des
Converfions qui fe font faites
en beaucoup de Villes ,
je ne laifferay pas de vous
en donner des détails dans
mes autres Lettres, non pour
vous apprendre qu'on s'y eft
converty puifque vous le
fçavez , mais pour vous faire
264 MERCURE
fçavoir de quelle maniere
les chofes s'y font paffées ,
& que les Pretendus Reformez
n'ont abjuré qu'aprés
avoir efté pleinement inftruits
& convaincus des Veritez
de la Religion Catholique
, & des erreurs de la Proteftante.
Je commenceraypar
ce qui s'eft fait à Alençon,
dont j'ay déja quelques
Memoires. J'efpere en rece
voir de beaucoup d'autres ·
Villes , & alors je vous entretiendray
à fonds de la conduite
qu'on y a tenuë touchant
les Converfions. Un
détail
GALANT: 265
détail hiftorique lors qu'il
aprend quelque chofe de
nouveau , eft toûjours eftimé
bon , mefme long-temps
aprés que les faits dont il
traite font arrivez .
On feroit furpris de voir
qu'il fe fait en fi peu de
temps un fi grand nombre
de Converfions, & l'on pourroit
croire que ceux qui les
font n'ont pas eu le loifir
d'examiner la Religion qu'ils
embraffent , fi depuis neuf
ou dix ans que Sa Majeſté
travaille à ce qu'Elle vient
de finir heureufement tou
Decembre 1685. Ꮓ
266 MERCURE
chant cette grande réunion ,
chacun n'avoit pas commencé
à chercher des lumieres
, pour ſe preparer à prendre
le party qu'il voyoit bien
qu'il fuivroit un jour. C'elt ce
qui a fait que les principaux
Negocians de la Ville de
Paris , faifant Profeffion de
la Religion Pretenduë Reformée,
ayant efté aſſemblez
par l'ordre du Roy en l'Hôtel
de M' le Marquis de Seignelay
Secretaire d'Eftat ,
en prefence de M' de Harlay
Procureur General , de
M' de la Reynie Lieutenant
GALANT. 267
•
General de Police , & de M'
Robert Procureur du Roy ,
déclarerent qu'ils eftoient
refolus de fe réunir inceffam-'
ment à la Religion Catholique
, felon la Profeffion de
Foy qui a efté dreffée par M
l'Archevefque de Paris , &
donnerent enfuite un Acte
de cette refolution , figné de
foixante & onze perſonnes ,
à M' le Marquis de Seignelay.
Ce Marquis qui fçavoit
les fentimens de la plufpart
avant qu'ils vinffent chez
luy , & qu'ils avoient travaillé
à fe faireinftruire , leur
Z ij
268 MERCURE ,
marqua d'une maniere obligeante
, & d'un air tout engageant
, la fatisfaction
que
le Roy avoit euë de la difpofition
ou cè Monarque
fçavoit
qu'ils eſtoient , & leur
fit comprendre
, que quoy
qu'ils euffent agy pour euxmefmes
en travaillant
pour
leur falut , Sa Majesté ne laifferoit
pas de reconnoiftre
ce
qu'ils avoient fait , lorſque
l'occafion
fe prefenteroit
de
faire quelque chofe pour
eux . Depuis cette Affemblée ,
plufieurs autres Chefs de Familles
de la meſme Religion
,
GALANT. 269
ont déclaré qu'eftant convaincus
de leurs erreurs , ils
eftoient prefts de les abjurer .
On dreffa en mefme temps
un Acte de cette Déclaration
, & ils le fignerent. Quelques
jours auparavant M
le Nonce avoit preſenté au
Roy un Bref par lequel Sa
Sainteté luy exprimoit l'extrême
joye qu'Elle reffentoit
de la révocation de l'Edit
de Nantes , dont on fe preà
faire des réjouiffances
à Rome. Il eft dit du Roy
dans ce Bref, qu'il eſt veritablement
le Roy Trespare
Z iij
270 MERCURE
Chreftien , & que l'Eglife
mettra dans ces Regiftres ce
qu'il vient de faire pour Elle .
L'Eloge de Sa Majefté ſur la
révocation de cét Edit , a
efté prononcé dans toutes
les Harangues qui fe font
faites à toutes les Ouvertures
des Parlemens de France &
des autres Cours de Juftice .
Fermer
Résumé : Ce qui s'est passé en plusieurs Villes du Royaume, touchant les affaires de la Religion, & les Conversions qui se sont faites. [titre d'après la table]
En octobre 1685, la Chambre des Vacations du Parlement de Rouen a enregistré la révocation de l'Édit de Nantes, promulguée par le roi de France. Cette révocation visait à ramener les protestants à l'Église catholique, considérée comme la foi des rois de France. Elle fut justifiée par la violence passée des révoltes protestantes et présentée comme un acte de puissance, de clémence et de piété royale. Dans plusieurs régions, des conversions massives au catholicisme ont eu lieu. À Rouen, plus de mille personnes se sont converties immédiatement. À Caen, l'intendant Morangis a réussi à convertir une grande partie des protestants. À Sedan, le marquis de Saint-Germain a démoli un temple protestant et supervisé la conversion de plus de six cents personnes. Des conversions similaires ont été observées à Saint-Jean-d'Angély, Angoulême, Turenne, Argentac et Limoges, souvent facilitées par des conférences religieuses et des figures locales influentes. Des déclarations royales ont interdit l'exercice du protestantisme et permis la récupération des biens confisqués. Les officiers protestants devaient remettre leurs procurations pour leurs offices et étaient encouragés à se convertir pour conserver leurs fonctions. Les rassemblements secrets de protestants ont été interdits et surveillés par les autorités. Des conversions notables ont été signalées, notamment celles d'Alexandre l'Huillier et de François Forant. Le roi a exprimé sa satisfaction et promis de reconnaître les efforts des convertis. Le nonce papal a présenté un bref du pape, louant le roi comme un véritable roi chrétien. Les actions du roi ont été élogieuses lors des harangues d'ouverture des parlements et des cours de justice.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
172
p. 270-278
SUITE D'UNE LETTRE de Mr Allard, ancien President en l'Election de Grenoble.
Début :
Vous trouverez dans la suite de la Lettre de Mr Allard / Monsieur de Saint André, Marquis de Virieu, premier President au [...]
Mots clefs :
Harangue, Parlement de Grenoble, Éloge du roi, Hérésie, Déclarations, Arrêts, Erreurs calvinistes, Conversions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE D'UNE LETTRE de Mr Allard, ancien President en l'Election de Grenoble.
Vous trouverez dans la fuite
de la Lettre de M Allard
dont je vous envoïay le com.
mencement le mois paffé ,
ce qui s'eft dit au Parlement
de Grenoble fur ce Sujet.
1 :|:|སད ཆེནནས
GALANT. 271
sses Sas SS SSSSSS
SUITE D'UNE LETTRE
de M' Allard , ancien Prefident
en l'Election de Grenoble.
M
Onfieur de Saint André,
Marquis de Virień ,
premier Prefident au Parlement
de Grenoble , harangua à l'Ouverture
de la Saint Martin, d'une
maniere fi judicieuſe & fi éloquente
, qu'il fut admiré de tous
ceux qui rempliffoient la Chambre
d'Audience. La matiere de
fon Difcours , fut l'Eloge du Roy,
Z
iiij
272 MERCURE
qu'ilfit voir eftre le Juftinien , le
Conftantin , le Theodofe de
noftre Siecle , par les Loix qu'il a
établies , par fes foins à détruire
l'Herefie dans fon Royaume ,
par la Paix univerfelle qu'il a
donnée à toute l'Europe . Il s'étendit
fur l'utilité de ces Loix , fur
les charmes de la réunion de tant
de Sujets en une mefme Eglife ,
fur le bien de cette Paix. Il
s'attacha particulierement à louer
les moyens doux & paiſibles dont
s'eft fervie Sa Majestépour ramener
tant de monde égaré , &
montra comment depuis plufieurs
années Elle avoitfait connoîtrefes
GALANT. 273
pieufes intentions ; comment elle
arvoit réveillé par fes Edits , fes
Declarations , les Arrefts de
fon Confeil , ces malheureux endermis
dans leurs erreurs , & enfevelis
dans les tenebres de l'Herefie
; comment par des démarches
de Pere plûtoft que de Roy , elle
avoit tâché de les attirer à la verité
; & comment par desfollicitations
& des récompenfes , plutoft
que par des rigueurs des peines,
Elle les avoit voulu faire rentrer
dans la Religion de leurs Peres.
Ce fage Magistrat n'oublia
rien de tout ce qui pouvoit faire
un parfait Panegyrique, & dans
274 MERCURE
une ample matiere , il trouva de.
quoy remplir unDifcours éloquent , "
agreable , bien fuivy , avec une
grace & une action digne de celuy
qui le prononçoit. C'est ainsi que
toutes les années il s'acquitte d'un
employ attaché à fa Charge , qui
fait dire à tout le monde que perfonne
n'en pouvoit eftre plus digne
que luy. Vous fçavezfans doute
qu'il eft petit Fils du cofté maternel
de Pompone de Belliévre
Chancelier de France ; & qu'Artus
de Prunier de Saint André
fon Ayeul Paternel , poffedoit la
mefme Charge dans un temps où
les Guerres civiles de la Religion
GALANT. 275
demandoient que cette Place fuft
occupée par un Homme vigilant,
prudent &fçavant , & iltémoigna
de l'eftre veritablement en
plufieurs occafions.
Le 14. du mefme mois de Novembre
, Meffire Etienne le Camus
Evefque de Grenoble , dont
la Famille a toujours efté attachée
à celle de le Tellier , & qui a receu
en particulier de feu M' le
Chancelier
, des témoignages publics
de fon eftime & de fa protection
, fit faire un Service folemnel
dans fon Eglife Cathedrale
pour l'ame de ce grand
Homme , & ily officia.
276 MERCURE
Le 15. le Parlement fit faire
extraordinairement un pareil Service
dans l'Eglife Collegiale de
Saint André de la meſme Ville où
il affifta en Corps de Cour, témoignage
certain de la veneration
qu'il conferve pour ce grand Chef
de la Fuftice , puifque jamais il
n'avoit fait une femblable Ceremonie
pour aucun Chancelier de
France , ayant efté convié pour
celle- cy par le zele particulier de
fon premier Prefident.
Le 16. la Chambre des Com
ptes en fit faire autant dans la
mefme Eglife.
Le 17. le Chapitre de cette
GALANT. 277
Eglife fit auffi un pareil Service,
en reconnoiffance de la Justice que
cet illuftre Mort luy avoit renduë
en 1684. en un Procez qui luy ef
toit important , & qu'un pretexte
de Régale leur avoit fufcité.
Tous ces Services ont eſtéfaits,
le Choeurde ces deux Eglifes tendude
noir avecdes lez de velours,
fur lefquels eftoient de distance en
diftance les Armoiries de Mr le
Chancelier , & au milieu du
Choeur a toujours paru un Maufolée
couvert d'un Dais de velours
noir , le tout parfaitement
bien illuminé.
Les Officiers fervans dans la
278 MERCURE
Chancellerie prés du Parlement ,
affifterent auffi à un autre Service
qu'ils furent faire ce meſme jour en
l'Eglife de Sainte Claire .Jefais,
Monfieur , voftre ,
de la Lettre de M Allard
dont je vous envoïay le com.
mencement le mois paffé ,
ce qui s'eft dit au Parlement
de Grenoble fur ce Sujet.
1 :|:|སད ཆེནནས
GALANT. 271
sses Sas SS SSSSSS
SUITE D'UNE LETTRE
de M' Allard , ancien Prefident
en l'Election de Grenoble.
M
Onfieur de Saint André,
Marquis de Virień ,
premier Prefident au Parlement
de Grenoble , harangua à l'Ouverture
de la Saint Martin, d'une
maniere fi judicieuſe & fi éloquente
, qu'il fut admiré de tous
ceux qui rempliffoient la Chambre
d'Audience. La matiere de
fon Difcours , fut l'Eloge du Roy,
Z
iiij
272 MERCURE
qu'ilfit voir eftre le Juftinien , le
Conftantin , le Theodofe de
noftre Siecle , par les Loix qu'il a
établies , par fes foins à détruire
l'Herefie dans fon Royaume ,
par la Paix univerfelle qu'il a
donnée à toute l'Europe . Il s'étendit
fur l'utilité de ces Loix , fur
les charmes de la réunion de tant
de Sujets en une mefme Eglife ,
fur le bien de cette Paix. Il
s'attacha particulierement à louer
les moyens doux & paiſibles dont
s'eft fervie Sa Majestépour ramener
tant de monde égaré , &
montra comment depuis plufieurs
années Elle avoitfait connoîtrefes
GALANT. 273
pieufes intentions ; comment elle
arvoit réveillé par fes Edits , fes
Declarations , les Arrefts de
fon Confeil , ces malheureux endermis
dans leurs erreurs , & enfevelis
dans les tenebres de l'Herefie
; comment par des démarches
de Pere plûtoft que de Roy , elle
avoit tâché de les attirer à la verité
; & comment par desfollicitations
& des récompenfes , plutoft
que par des rigueurs des peines,
Elle les avoit voulu faire rentrer
dans la Religion de leurs Peres.
Ce fage Magistrat n'oublia
rien de tout ce qui pouvoit faire
un parfait Panegyrique, & dans
274 MERCURE
une ample matiere , il trouva de.
quoy remplir unDifcours éloquent , "
agreable , bien fuivy , avec une
grace & une action digne de celuy
qui le prononçoit. C'est ainsi que
toutes les années il s'acquitte d'un
employ attaché à fa Charge , qui
fait dire à tout le monde que perfonne
n'en pouvoit eftre plus digne
que luy. Vous fçavezfans doute
qu'il eft petit Fils du cofté maternel
de Pompone de Belliévre
Chancelier de France ; & qu'Artus
de Prunier de Saint André
fon Ayeul Paternel , poffedoit la
mefme Charge dans un temps où
les Guerres civiles de la Religion
GALANT. 275
demandoient que cette Place fuft
occupée par un Homme vigilant,
prudent &fçavant , & iltémoigna
de l'eftre veritablement en
plufieurs occafions.
Le 14. du mefme mois de Novembre
, Meffire Etienne le Camus
Evefque de Grenoble , dont
la Famille a toujours efté attachée
à celle de le Tellier , & qui a receu
en particulier de feu M' le
Chancelier
, des témoignages publics
de fon eftime & de fa protection
, fit faire un Service folemnel
dans fon Eglife Cathedrale
pour l'ame de ce grand
Homme , & ily officia.
276 MERCURE
Le 15. le Parlement fit faire
extraordinairement un pareil Service
dans l'Eglife Collegiale de
Saint André de la meſme Ville où
il affifta en Corps de Cour, témoignage
certain de la veneration
qu'il conferve pour ce grand Chef
de la Fuftice , puifque jamais il
n'avoit fait une femblable Ceremonie
pour aucun Chancelier de
France , ayant efté convié pour
celle- cy par le zele particulier de
fon premier Prefident.
Le 16. la Chambre des Com
ptes en fit faire autant dans la
mefme Eglife.
Le 17. le Chapitre de cette
GALANT. 277
Eglife fit auffi un pareil Service,
en reconnoiffance de la Justice que
cet illuftre Mort luy avoit renduë
en 1684. en un Procez qui luy ef
toit important , & qu'un pretexte
de Régale leur avoit fufcité.
Tous ces Services ont eſtéfaits,
le Choeurde ces deux Eglifes tendude
noir avecdes lez de velours,
fur lefquels eftoient de distance en
diftance les Armoiries de Mr le
Chancelier , & au milieu du
Choeur a toujours paru un Maufolée
couvert d'un Dais de velours
noir , le tout parfaitement
bien illuminé.
Les Officiers fervans dans la
278 MERCURE
Chancellerie prés du Parlement ,
affifterent auffi à un autre Service
qu'ils furent faire ce meſme jour en
l'Eglife de Sainte Claire .Jefais,
Monfieur , voftre ,
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Résumé : SUITE D'UNE LETTRE de Mr Allard, ancien President en l'Election de Grenoble.
Le texte évoque plusieurs événements en mémoire de Michel Le Tellier, ancien chancelier de France. Le marquis de Saint-André, premier président au Parlement de Grenoble, a prononcé un discours lors de l'ouverture de la Saint-Martin. Il a comparé le roi à des empereurs célèbres pour ses lois, ses efforts contre l'hérésie et la contribution à la paix en Europe. Saint-André a souligné les méthodes douces et pacifiques employées par le roi pour ramener les hérétiques à la foi catholique. Il est décrit comme un orateur éloquent et digne de sa charge, étant le petit-fils maternel de Pompone de Bellièvre et le descendant d'Artus de Prunier de Saint-André, également chancelier. Le 14 novembre, l'évêque Étienne Le Camus de Grenoble a organisé un service solennel pour l'âme de Michel Le Tellier. Le Parlement de Grenoble a suivi avec un service similaire dans l'église collégiale de Saint-André le 15 novembre. La Chambre des Comptes a également rendu hommage le 16 novembre, et le chapitre de l'église le 17 novembre. Ces cérémonies étaient marquées par des décorations sombres et les armoiries du chancelier, témoignant de la vénération et de la reconnaissance pour ses actions passées. Les officiers de la chancellerie ont également participé à un service à l'église de Sainte-Claire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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173
p. 278-296
Chapitre general de Cluny. [titre d'après la table]
Début :
Je ne vous ay point parlé du Chapitre general qui [...]
Mots clefs :
Abbaye, Chapitre, Cluny, Cardinal, Église, Ordre, Pape, Messe, Saints, Délibérations
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texteReconnaissance textuelle : Chapitre general de Cluny. [titre d'après la table]
Je ne vous ay point parlé
GALANT. 279
du Chapitre general qui a
efté tenu depuis deux mois
dans l'Abbaye de Cluny , parce
que les circonstances ne
in'en eftoient pas connuës.
Cette Abbaye a efté fondée
en 910. par Guillaume Duc
d'Aquitaine. Les Monaſteres
qui s'y foûmirent en meſme
temps , attirez par la fainteté
de cette Maiſon , formerent
prefque auffi- toft une Congregation
, qui fut la premiere
de l'Ordre de Saint Benoiſt.
Cette Congregation a
efté le foûtien de l'Egliſe pendant
deux cens ans , & luy a
280 MERCURE
fourny quatre Papes, & une
infinité de grands Hommes.
Elle avoit commencé à déchoir
du temps de Saint Bernard
, & depuis on a fait de
temps en temps divers efforts
pour luy rendre ſon premier
luftre , mais on peut dire que
ç'a efté inutilement . Le defaut
de Chapitres generaux,
fur tout dans ces derniers
temps , a efté en partie cauſe
de ce relâchement. C'eft ce
qui obligea le Roy , toûjours
fenfible aux maux de l'Eglife,
& toûjours appliqué à y procurer
les remedes , d'en faire
GALANT. 281
tenir deux à Paris en 1676. &
1678. pendant la vacance de
l'Abbaye de Cluny . Dans ces
deux Chapitres , on fit de fa
ges Reglemens , qui nean
moins n'ont pas eu tout le
fuccés que l'on s'en eftoit
promis, quelque zele & quelque
application qu'ayent eu
pour cela les Commiffaires
que le Roy avoit nommez
pour y affifter de fa part.
M' le Cardinal de Bouillon
ayant efté depuis élû Abbé
de cette Abbaye , & par là
eftant devenu Chef , Superieur
, & General Admini-
Decembre 1685. A a
282 MERCURE
ftrateur de tout l'Ordre , a
crû ne pouvoir mieux commencer
fon Adminiſtratinn ,
que par la tenuë d'un autre
Chapitre , dans lequel on
puft prendre les mesures neceffaires
pour entrer en execution
des Reglemens des
deux précedens , en former
de nouveaux , s'il eftoit befoin
, & enfin parvenir à une
fainte Reformation . I le
convoqua au Dimanche 21.
du mois d'Octobre dernier,
dans l'Abbaye de Cluny , où
l'on ne s'eftoit point affemblé
en corps de Chapitre de
GALANT. 283
puis celuy que Dom Claude
de Gurfe Abbé Regulier de
cette Abbaye , tint en 1600 .
Plufieurs Abbez, Prieurs, Officiers
, & autres Religieux
de cet Ordre ', fe rendirent
de toutes les Provinces du
Royaume , à cette Affemblée,
dont l'ouverture
fe fit par une
Meffe du Saint Efprit , folemnellement
celebrée par ce
Cardinal , en habits Pontifi
caux .
Tous les Religieux , mefmet
les Preftres , communierent
de fa main , aprés s'eftre donnez
le baifer de paix les uns
A a ij
284 MERCURE
aux autres , & avoir porté à
l'Offrande le Pain dont ils
devoient communier. Le
Chantre prefenta le Vin en
ceremonie. Tous les Officiers
de l'Autel communierent
auffi fous l'efpece du Vin ,
fuivant le premier ufage de
l'Eglife , qui a toûjours con
tinué dans ce celebre Monaftere
; ce qui peut eftre de
quelque edification pour les
nouveaux Convertis , qui doivent
connoiftre & eftre convaincus
par
glife eft éloignée d'avoir pour
l'ufage de la Coupe , les fen
là combien l'EGALANT.
285
timens que luy imputent les
Miniftres Proteftans , puifque
quelques raifons qu'ait
eues le Concile de Trente de
déclarer qu'elle n'erre point,
quand elle ne donne aux
Laïques la Communion que
fous l'efpece du pain , on
voit bien neanmoins qu'elle
veut bien conſerver toûjours
en quelques Eglifes l'ufage
de la donner encore fous
celle du vin .
Aprés la Meffe M' le Cardinal
de Bouillon , revêtu de
fa Chappe rouge , paffa par le
milieu du Choeur , où tous les
286 MERCURE
Religieux l'attendoient , &
alla au Chapitre fuivy premierement
des fix Enfans de
Choeur , puis des Abbez &
de Prieurs, & enfin de tous les
Religieux . Là un Religieux
du Monaftere fit un Difcours
en Latin , qui futfuivy
d'un autre de ce Cardinal,
dans lequel il fit connoiſtre
avec beaucoup d'éloquence
& de pieté le relachement
où la Difcipline de l'Ordre
eftoit tombée , témoignant
fa douleur de l'état où il le
voyoit , & empruntant pour
l'exprimer , les paroles des
GALANT. 287
Prophetes , lors qu'ils déplo
rent la ruïne & la défolation
e de Jerufalem ce qu'il fit
>
d'une maniere vive & touchante
, ayant exhorté enfuite
avec beaucoup de force
tous les Religieux à rentrer
dans la pureté de la Regle
de Saint Benoift , & à reprendre
l'efprit & les Inftitutions.
primitives de cét Ordre , autrefois
la gloire & la ſplendeur
de l'eftat Monaftique ,
ainfi que la joye & l'édification
de toute l'Eglife . On
lût enfuite les Noms des Définiteurs
du Chapitre prece288
MERCURE
dent , qui fortirent en meſme
temps avec M ' le Cardinal
de Bouillon , fuivy des
fix Enfans pour aller dans le
Définitoire , afin d'y élire de
nouveaux Définiteurs ; &
fit
pendant ce temps on lût les
noms des Religieux de l'Ordre
qui eftoient morts depuis
le dernier Chapitre , & on
pour eux les Prieres ordinaires
. M' le Cardinal de
Bouillon acccompagné des
Définiteurs
du Chapitre precedent
, & toûjours fuivy
des Enfans de Choeur , eftant
revenu du Définitoire ,
on
publia
GALANT. 289
publia les nouveaux qu'on
venoit d'élire , & enfuite on
alla au Définitoire , où tout
de monde mangea maigre ;
mefme les Anciens , qui par
un certain mouvement de
pieté , ne voulurent point,
malgré leurs difpenfes, ufer
de viande dans un lieu confa .
cré par l'abſtinence de leurs
Peres , & dans lequel un
contraire ufage n'avoit jamais
encore efte introduit,
à quoy ils furent mefme portez
par l'exemple de M le
Cardinal de Bouillon , qui ſe
trouva auffi- bien qu'eux au
Decembre 1685. Bb
290 MERCURE
Refectoire , où il fit toutes
les fonctions , ayant dit le
Benedicite & les Graces que
l'on finit dans le Chapitre ,
où l'on alla au fortir du Refectoire
, en chantant le Mi
ferere. L'aprés-midy les nouveaux
Définiteurs s'affemblerent
pour la premiere fois ,
& éleurent les Officiers du
Chapitre , fçavoir deux Secretaires
pris du nombre
meſme des Définiteurs , deux
Auditeurs des Cauſes , deux
Auditeurs des Excufes , &
deux Portiers . Ces Définiteurs
font au nombre de
GALANT. 291
» quinze , choifis d'entre les
Abbez ou Prieurs de l'Or
dre, ou Officiers de l'Abbaye
de Cluny , & ils agiffent toûjours
comme Déleguez du
Saint Siege , felon les Bulles
des Papes , en forte que tous
les Statuts & tous les Decrets
qu'ils forment pour le Reglement
de la Difcipline de
L'Ordre, font revêtus de l'Authorité
Apoftolique
. Il y en
avoit huit pris du Corps des
Anciens , & fept de celuy des
Reformez ; & à cela prés , il
yaa toûjours eu fort peu de
difference entre les deux Ob.
Bb ij
292 MERCURE
fervances pendant tout le
Chapitre , puifqu'ils ont pris
tous dans l'Eglife , dans le
Chapitre , dans le Refectoire
, & dans les autres lieux
d'Aſſemblée , le rang de leur
Veſture indifferemment , &
fans autre diftinction d'Obfervance
que celle de l'Habit
& de la Tonfure , furquoy
jufques icy on n'a pû
encore établir d'uniformité .
Le Lundy & les deux jours
fuivans , on tint le Définitoire
foir & matin. L'on y
prit plufieurs Déliberations
avantageufes au bien de l'OrGALANT.
293
\ ·
dre ; & entre autres le nouveau
Breviaire de cét Ordre ,
dont le projet avoit efté loüé
& approuvé déja dans les
precedens Chapitres . Il fut
prefenté tout imprimé par
Dom Paul Rabuffon Souf
chambrier de l'Abbaye de
Cluny , & Dom Claude Devers
Tréforier de la mefme
Abbaye , & trouvé conforme
à la Regle de Saint Benoiſt
, à l'efprit de l'Eglife ,
aux Decrets des Conciles ,
aux Capitulaires de nos
Roys , & à l'intention des
Papes , & particulierement
de Paul V. Bb iij
294 MERCURE
Le Jeudy on ne tint point
le
Définitoire , parce que
c'eftoit le jour de la Dedicace
de l'Eglife de Cluny.
Le grand Prieur de l'Abbaye
fit l'Office , & la Meffe fut
celebrée felon les Ceremo
nies de l'Ordre. Le Vendredy
on continua le Définitoire
, & l'on élut le Procureur
General de l'Ordre &
les Vifiteurs des Provinces .
Le Samedy aprés midy on
conclut le Chapitre par la
lecture des Statuts , & par
Benediction que donna M
le Cardinal de Bouillon.
GALANT. 295
Plufieurs Perfonnes des environs
fe font trouvées à
l'Ouverture de ce Chapirre,
entr-autres -M¹ l'Evefque de
Chaalons fur Saone,le Prieur
des Chartreux de Lyon , &
quelques Jefuites de la meſme
Ville , M. l'Abbé de Septfonds
, M' le Doyen de l'Eglife
d'Autun, quelques Chanoines
de Tournus , & M' de
Santeüil Chanoine Regulier
de l'Abbaye de Saint Victor
de Paris , dont les Hymnes
qu'il a composées
pour le
nouveau Breviaire de Cluny,
furent leues dans le Défini-
Bb iiij
296 MERCURE
toire avec reconnoiffance &
avec applaudiffement.
GALANT. 279
du Chapitre general qui a
efté tenu depuis deux mois
dans l'Abbaye de Cluny , parce
que les circonstances ne
in'en eftoient pas connuës.
Cette Abbaye a efté fondée
en 910. par Guillaume Duc
d'Aquitaine. Les Monaſteres
qui s'y foûmirent en meſme
temps , attirez par la fainteté
de cette Maiſon , formerent
prefque auffi- toft une Congregation
, qui fut la premiere
de l'Ordre de Saint Benoiſt.
Cette Congregation a
efté le foûtien de l'Egliſe pendant
deux cens ans , & luy a
280 MERCURE
fourny quatre Papes, & une
infinité de grands Hommes.
Elle avoit commencé à déchoir
du temps de Saint Bernard
, & depuis on a fait de
temps en temps divers efforts
pour luy rendre ſon premier
luftre , mais on peut dire que
ç'a efté inutilement . Le defaut
de Chapitres generaux,
fur tout dans ces derniers
temps , a efté en partie cauſe
de ce relâchement. C'eft ce
qui obligea le Roy , toûjours
fenfible aux maux de l'Eglife,
& toûjours appliqué à y procurer
les remedes , d'en faire
GALANT. 281
tenir deux à Paris en 1676. &
1678. pendant la vacance de
l'Abbaye de Cluny . Dans ces
deux Chapitres , on fit de fa
ges Reglemens , qui nean
moins n'ont pas eu tout le
fuccés que l'on s'en eftoit
promis, quelque zele & quelque
application qu'ayent eu
pour cela les Commiffaires
que le Roy avoit nommez
pour y affifter de fa part.
M' le Cardinal de Bouillon
ayant efté depuis élû Abbé
de cette Abbaye , & par là
eftant devenu Chef , Superieur
, & General Admini-
Decembre 1685. A a
282 MERCURE
ftrateur de tout l'Ordre , a
crû ne pouvoir mieux commencer
fon Adminiſtratinn ,
que par la tenuë d'un autre
Chapitre , dans lequel on
puft prendre les mesures neceffaires
pour entrer en execution
des Reglemens des
deux précedens , en former
de nouveaux , s'il eftoit befoin
, & enfin parvenir à une
fainte Reformation . I le
convoqua au Dimanche 21.
du mois d'Octobre dernier,
dans l'Abbaye de Cluny , où
l'on ne s'eftoit point affemblé
en corps de Chapitre de
GALANT. 283
puis celuy que Dom Claude
de Gurfe Abbé Regulier de
cette Abbaye , tint en 1600 .
Plufieurs Abbez, Prieurs, Officiers
, & autres Religieux
de cet Ordre ', fe rendirent
de toutes les Provinces du
Royaume , à cette Affemblée,
dont l'ouverture
fe fit par une
Meffe du Saint Efprit , folemnellement
celebrée par ce
Cardinal , en habits Pontifi
caux .
Tous les Religieux , mefmet
les Preftres , communierent
de fa main , aprés s'eftre donnez
le baifer de paix les uns
A a ij
284 MERCURE
aux autres , & avoir porté à
l'Offrande le Pain dont ils
devoient communier. Le
Chantre prefenta le Vin en
ceremonie. Tous les Officiers
de l'Autel communierent
auffi fous l'efpece du Vin ,
fuivant le premier ufage de
l'Eglife , qui a toûjours con
tinué dans ce celebre Monaftere
; ce qui peut eftre de
quelque edification pour les
nouveaux Convertis , qui doivent
connoiftre & eftre convaincus
par
glife eft éloignée d'avoir pour
l'ufage de la Coupe , les fen
là combien l'EGALANT.
285
timens que luy imputent les
Miniftres Proteftans , puifque
quelques raifons qu'ait
eues le Concile de Trente de
déclarer qu'elle n'erre point,
quand elle ne donne aux
Laïques la Communion que
fous l'efpece du pain , on
voit bien neanmoins qu'elle
veut bien conſerver toûjours
en quelques Eglifes l'ufage
de la donner encore fous
celle du vin .
Aprés la Meffe M' le Cardinal
de Bouillon , revêtu de
fa Chappe rouge , paffa par le
milieu du Choeur , où tous les
286 MERCURE
Religieux l'attendoient , &
alla au Chapitre fuivy premierement
des fix Enfans de
Choeur , puis des Abbez &
de Prieurs, & enfin de tous les
Religieux . Là un Religieux
du Monaftere fit un Difcours
en Latin , qui futfuivy
d'un autre de ce Cardinal,
dans lequel il fit connoiſtre
avec beaucoup d'éloquence
& de pieté le relachement
où la Difcipline de l'Ordre
eftoit tombée , témoignant
fa douleur de l'état où il le
voyoit , & empruntant pour
l'exprimer , les paroles des
GALANT. 287
Prophetes , lors qu'ils déplo
rent la ruïne & la défolation
e de Jerufalem ce qu'il fit
>
d'une maniere vive & touchante
, ayant exhorté enfuite
avec beaucoup de force
tous les Religieux à rentrer
dans la pureté de la Regle
de Saint Benoift , & à reprendre
l'efprit & les Inftitutions.
primitives de cét Ordre , autrefois
la gloire & la ſplendeur
de l'eftat Monaftique ,
ainfi que la joye & l'édification
de toute l'Eglife . On
lût enfuite les Noms des Définiteurs
du Chapitre prece288
MERCURE
dent , qui fortirent en meſme
temps avec M ' le Cardinal
de Bouillon , fuivy des
fix Enfans pour aller dans le
Définitoire , afin d'y élire de
nouveaux Définiteurs ; &
fit
pendant ce temps on lût les
noms des Religieux de l'Ordre
qui eftoient morts depuis
le dernier Chapitre , & on
pour eux les Prieres ordinaires
. M' le Cardinal de
Bouillon acccompagné des
Définiteurs
du Chapitre precedent
, & toûjours fuivy
des Enfans de Choeur , eftant
revenu du Définitoire ,
on
publia
GALANT. 289
publia les nouveaux qu'on
venoit d'élire , & enfuite on
alla au Définitoire , où tout
de monde mangea maigre ;
mefme les Anciens , qui par
un certain mouvement de
pieté , ne voulurent point,
malgré leurs difpenfes, ufer
de viande dans un lieu confa .
cré par l'abſtinence de leurs
Peres , & dans lequel un
contraire ufage n'avoit jamais
encore efte introduit,
à quoy ils furent mefme portez
par l'exemple de M le
Cardinal de Bouillon , qui ſe
trouva auffi- bien qu'eux au
Decembre 1685. Bb
290 MERCURE
Refectoire , où il fit toutes
les fonctions , ayant dit le
Benedicite & les Graces que
l'on finit dans le Chapitre ,
où l'on alla au fortir du Refectoire
, en chantant le Mi
ferere. L'aprés-midy les nouveaux
Définiteurs s'affemblerent
pour la premiere fois ,
& éleurent les Officiers du
Chapitre , fçavoir deux Secretaires
pris du nombre
meſme des Définiteurs , deux
Auditeurs des Cauſes , deux
Auditeurs des Excufes , &
deux Portiers . Ces Définiteurs
font au nombre de
GALANT. 291
» quinze , choifis d'entre les
Abbez ou Prieurs de l'Or
dre, ou Officiers de l'Abbaye
de Cluny , & ils agiffent toûjours
comme Déleguez du
Saint Siege , felon les Bulles
des Papes , en forte que tous
les Statuts & tous les Decrets
qu'ils forment pour le Reglement
de la Difcipline de
L'Ordre, font revêtus de l'Authorité
Apoftolique
. Il y en
avoit huit pris du Corps des
Anciens , & fept de celuy des
Reformez ; & à cela prés , il
yaa toûjours eu fort peu de
difference entre les deux Ob.
Bb ij
292 MERCURE
fervances pendant tout le
Chapitre , puifqu'ils ont pris
tous dans l'Eglife , dans le
Chapitre , dans le Refectoire
, & dans les autres lieux
d'Aſſemblée , le rang de leur
Veſture indifferemment , &
fans autre diftinction d'Obfervance
que celle de l'Habit
& de la Tonfure , furquoy
jufques icy on n'a pû
encore établir d'uniformité .
Le Lundy & les deux jours
fuivans , on tint le Définitoire
foir & matin. L'on y
prit plufieurs Déliberations
avantageufes au bien de l'OrGALANT.
293
\ ·
dre ; & entre autres le nouveau
Breviaire de cét Ordre ,
dont le projet avoit efté loüé
& approuvé déja dans les
precedens Chapitres . Il fut
prefenté tout imprimé par
Dom Paul Rabuffon Souf
chambrier de l'Abbaye de
Cluny , & Dom Claude Devers
Tréforier de la mefme
Abbaye , & trouvé conforme
à la Regle de Saint Benoiſt
, à l'efprit de l'Eglife ,
aux Decrets des Conciles ,
aux Capitulaires de nos
Roys , & à l'intention des
Papes , & particulierement
de Paul V. Bb iij
294 MERCURE
Le Jeudy on ne tint point
le
Définitoire , parce que
c'eftoit le jour de la Dedicace
de l'Eglife de Cluny.
Le grand Prieur de l'Abbaye
fit l'Office , & la Meffe fut
celebrée felon les Ceremo
nies de l'Ordre. Le Vendredy
on continua le Définitoire
, & l'on élut le Procureur
General de l'Ordre &
les Vifiteurs des Provinces .
Le Samedy aprés midy on
conclut le Chapitre par la
lecture des Statuts , & par
Benediction que donna M
le Cardinal de Bouillon.
GALANT. 295
Plufieurs Perfonnes des environs
fe font trouvées à
l'Ouverture de ce Chapirre,
entr-autres -M¹ l'Evefque de
Chaalons fur Saone,le Prieur
des Chartreux de Lyon , &
quelques Jefuites de la meſme
Ville , M. l'Abbé de Septfonds
, M' le Doyen de l'Eglife
d'Autun, quelques Chanoines
de Tournus , & M' de
Santeüil Chanoine Regulier
de l'Abbaye de Saint Victor
de Paris , dont les Hymnes
qu'il a composées
pour le
nouveau Breviaire de Cluny,
furent leues dans le Défini-
Bb iiij
296 MERCURE
toire avec reconnoiffance &
avec applaudiffement.
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Résumé : Chapitre general de Cluny. [titre d'après la table]
Un chapitre général de l'Ordre de Saint Benoît s'est récemment tenu à l'abbaye de Cluny, fondée en 910 par Guillaume Duc d'Aquitaine. Cette abbaye avait été influente pendant deux siècles, produisant quatre papes et de nombreux hommes illustres. Cependant, depuis l'époque de Saint Bernard, elle a connu un déclin malgré des tentatives de réforme. Le manque de chapitres généraux récents a exacerbé ce déclin, conduisant le roi à en organiser deux à Paris en 1676 et 1678. En octobre 1685, le cardinal de Bouillon, nouvel abbé de Cluny, a convoqué un nouveau chapitre pour réformer l'ordre. La cérémonie a débuté par une messe solennelle et un discours du cardinal sur le déclin disciplinaire, exhortant à revenir à la règle de Saint Benoît. Des nouveaux définiteurs ont été élus et des délibérations ont eu lieu lundi, mardi et mercredi, incluant l'approbation d'un nouveau bréviaire conforme à la règle de Saint Benoît et aux décrets des conciles. Jeudi, aucune réunion n'a eu lieu en raison de la dédicace de l'église de Cluny. Vendredi, le définitoire a élu le procureur général et les visiteurs des provinces. Samedi, le chapitre s'est conclu par la lecture des statuts et une bénédiction. Plusieurs personnalités ecclésiastiques ont assisté à l'ouverture du chapitre.
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174
p. 12-14
LE TOMBEAU DU CALVINISME. SONNET.
Début :
Les maux que l'Heresie a causez, ont esté sanglans. / J'Eus pour Pere l'Orgueil, & pour Mere l'Erreur : [...]
Mots clefs :
Orgueil, Erreur, Impiété , Révolte, Horreur, Temples, Louis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE TOMBEAU DU CALVINISME. SONNET.
Les maux que
l'Herefie a cau
"
GALANT.
13
ſez , ont eſte ſanglans. Vous en
verrez la peinture dans les Vers
qui fuivent.
•
LE
TOMBEAU
DU
CALVINISME .
SONNET.
'Eus pour Pere l'orguet , & four
Mere l'Erreur:
L'Aftre fanglant de Mars éclaira
ma naiffance.
Avec l'Impieté, la Revoltefa doeur
Pritle foin d'élever en fecret mon
enfance.
Sous un visage doux cachant un
mauvais coeur ,
Des rivages du Rhin je paſſay dans
La
France ,
14
MERCURE
où parde fer , le feu , le carnage &
l'horreur
Je fis jufques aux Rois fentir ma
• • violence.
Les plus braves d'entre eux m'attaquerent.
envain ;
Trônes , Temples ; Autels , tout plia
fous ma main ;
Mes coups furent par tout plus .
crains que le Tonnerre :
Mais à la fin, Deftins, ilfaut fubir
vos loix.
L'on ne pût m'ébranler en quarante
•• ans de guerre:
Et la Paix de LOUIS m'a défait en
trois mois.
l'Herefie a cau
"
GALANT.
13
ſez , ont eſte ſanglans. Vous en
verrez la peinture dans les Vers
qui fuivent.
•
LE
TOMBEAU
DU
CALVINISME .
SONNET.
'Eus pour Pere l'orguet , & four
Mere l'Erreur:
L'Aftre fanglant de Mars éclaira
ma naiffance.
Avec l'Impieté, la Revoltefa doeur
Pritle foin d'élever en fecret mon
enfance.
Sous un visage doux cachant un
mauvais coeur ,
Des rivages du Rhin je paſſay dans
La
France ,
14
MERCURE
où parde fer , le feu , le carnage &
l'horreur
Je fis jufques aux Rois fentir ma
• • violence.
Les plus braves d'entre eux m'attaquerent.
envain ;
Trônes , Temples ; Autels , tout plia
fous ma main ;
Mes coups furent par tout plus .
crains que le Tonnerre :
Mais à la fin, Deftins, ilfaut fubir
vos loix.
L'on ne pût m'ébranler en quarante
•• ans de guerre:
Et la Paix de LOUIS m'a défait en
trois mois.
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Résumé : LE TOMBEAU DU CALVINISME. SONNET.
Le texte décrit les ravages de l'hérésie calviniste, qualifiée de 'Tombeau du Calvinisme', née de l'orgueil et de l'erreur. Elle traverse le Rhin pour atteindre la France, semant violence et destruction. Cette force terrorise les rois et détruit trônes, temples et autels. Après quarante ans de guerre, Louis XIV rétablit la paix en trois mois.
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175
p. 14-16
SUR LA DEFAITE DE L'HERESIE. RONDEAU.
Début :
Jamais Triomphe ne pouvoit estre plus glorieux pour le Roy, / Que de l'Histoire, où du plus grands des Rois [...]
Mots clefs :
Exploits, Gloire, Vérité, Résistance, Hérésie, Ennemi, Histoire
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texteReconnaissance textuelle : SUR LA DEFAITE DE L'HERESIE. RONDEAU.
Lamais Triomphe ne pouvoit
eftre plus glorieux pour le Roy,
que celuy qui le rend Vainqueur
de l'Herefie . Il eft tel , qu'à peiGALANT.
15
ne la Pofterité le tiendra - t- elle
croyable . C'eſt ce qui eſt marqué
agreablement dans ce Rondeau
.
SUR LA DEFAITE
DE L'HERESIE.
Q
RONDEA U.
Ve de l'Hiftoire , où du plus
grands des Rois
L'on tracera les glorieux Exploits
La veritéfera peu vray-femblabler
L'âge à venir trouvera t- ilfaifable
Ce que fous lay l'on voit faire aux
François ??
Sans refiftance , en moins de quatre
mois ,
Avoir réduit l'Herefie aux abois :
Cela paroift tenir plus de la Fable
Que de l'Hiftoire.
Monftre fatal aux derniers des Falais
16 MERCURE
Monftre ennemy des Vertus & des
Loix ,
Auxfaints Autels , à l'Eftat formidable
:
Le Petit-Fils de ce Prince admira.
ble ,
N'apprendra point , fi tu fus autrefois
,
Que de l'Hiftoire.
eftre plus glorieux pour le Roy,
que celuy qui le rend Vainqueur
de l'Herefie . Il eft tel , qu'à peiGALANT.
15
ne la Pofterité le tiendra - t- elle
croyable . C'eſt ce qui eſt marqué
agreablement dans ce Rondeau
.
SUR LA DEFAITE
DE L'HERESIE.
Q
RONDEA U.
Ve de l'Hiftoire , où du plus
grands des Rois
L'on tracera les glorieux Exploits
La veritéfera peu vray-femblabler
L'âge à venir trouvera t- ilfaifable
Ce que fous lay l'on voit faire aux
François ??
Sans refiftance , en moins de quatre
mois ,
Avoir réduit l'Herefie aux abois :
Cela paroift tenir plus de la Fable
Que de l'Hiftoire.
Monftre fatal aux derniers des Falais
16 MERCURE
Monftre ennemy des Vertus & des
Loix ,
Auxfaints Autels , à l'Eftat formidable
:
Le Petit-Fils de ce Prince admira.
ble ,
N'apprendra point , fi tu fus autrefois
,
Que de l'Hiftoire.
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Résumé : SUR LA DEFAITE DE L'HERESIE. RONDEAU.
Le texte célèbre une victoire royale contre l'hérésie, qualifiée de triomphale et incroyable. En quatre mois, les Français ont réduit l'hérésie à une situation désespérée. L'hérésie est décrite comme un monstre ennemi des vertus et des lois. Cette victoire semble presque légendaire et sera perçue comme merveilleuse par les générations futures.
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176
p. 16-18
POUR LE ROY. SONNET.
Début :
Voicy trois Sonnets qui ont esté adressez au Roy sur / De quels sacrez lauriers se va-t-il couronner [...]
Mots clefs :
Lauriers, Église, Révolte, Orgueil, Malheur, Zèle, Terreur
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texteReconnaissance textuelle : POUR LE ROY. SONNET.
Voicy trois Sonnets qui ont
efté adreffez au Roy fur cette
meſme matiere . Le premier eft
de Monfieur Boyer , le fecond
de Monfieur le Clerc , tous deux
de l'Academie Françoife , & le
troifiéme de Mademoiſelle de
Rafilly.
GALANT
POUR LE ROY.
SONNET.
E quels facrez lauriers fe va- "
DE
t- il -couronner
Ce grand Roy , qui laiſſant repofer
Ja vaillance ,
Dans le fein de l'Eglife a foin de
ramener
Ceux qu'avoient révoltez l'orgueil
ou l'ignorance?
Au Ciel , en dépit d'eux , il les vent
entraifner ,
Et de fa pieté lafainte impatience,
Contre ces malheureux qui veulent
s'obstiner ,
Joint à fon zele ardent une jute
puiffance.
18 MERCURE
Ainfi contre l'Enfant rebelle à fon
devoir ,
Le Pere heureufement fe fert defon
Douce feverité:falutaire contrainte!
Ainfifur Paul, qu'aveugle un zele
furieux ,
Dieu tonne & le remplit de terreur
& de crainte:
Mais le coup qui l'abat luy fait- onvrir
les yeux.
efté adreffez au Roy fur cette
meſme matiere . Le premier eft
de Monfieur Boyer , le fecond
de Monfieur le Clerc , tous deux
de l'Academie Françoife , & le
troifiéme de Mademoiſelle de
Rafilly.
GALANT
POUR LE ROY.
SONNET.
E quels facrez lauriers fe va- "
DE
t- il -couronner
Ce grand Roy , qui laiſſant repofer
Ja vaillance ,
Dans le fein de l'Eglife a foin de
ramener
Ceux qu'avoient révoltez l'orgueil
ou l'ignorance?
Au Ciel , en dépit d'eux , il les vent
entraifner ,
Et de fa pieté lafainte impatience,
Contre ces malheureux qui veulent
s'obstiner ,
Joint à fon zele ardent une jute
puiffance.
18 MERCURE
Ainfi contre l'Enfant rebelle à fon
devoir ,
Le Pere heureufement fe fert defon
Douce feverité:falutaire contrainte!
Ainfifur Paul, qu'aveugle un zele
furieux ,
Dieu tonne & le remplit de terreur
& de crainte:
Mais le coup qui l'abat luy fait- onvrir
les yeux.
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Résumé : POUR LE ROY. SONNET.
Le texte présente trois sonnets dédiés au roi, écrits par Boyer, le Clerc et Mademoiselle de Rafilly. Le sonnet 'Galant pour le Roy' loue la piété et la justice du roi, qui utilise sa vaillance pour ramener les rebelles. Il est comparé à un père corrigant un enfant et à saint Paul terrassé par la grâce divine, inspirant ainsi la crainte et la conversion.
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177
p. 18-19
AUTRE.
Début :
Ton Nom victorieux vole de toutes parts, [...]
Mots clefs :
Victoire, Aigle, Lion, Progrès, Dieu, Hérésie, Piété
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
On Nom victorieux vole de
Ton
toutes parts.
Tes travaux ont efté plus loin que
ceux d'Alcide ;
Ny montagnes ny mers , ny digues ,
ny rampats ,
N'ont pu les arrefter dans leur cour
fe rapide.
GALANT. 19
L'Aigle n'a pu fouffrir le feu de tes
regars,
Tu domptas du Lion le courage in
trepide ;
Et fur les flots falez & dans le
Champde Mars >
Tes Progrés ont fait voir que c'est
Dieu qui te guide.
L'Herefie obftinée eft lefeul ennemy,
Que tu n'avois encor furmonté qu'à
demy ;
Tu vas l'aneantir par une fainte
guerre.
Acheve ce qu'en vain tenterent
tes Ayeux :
Ta Valeur a cuëilly des lauriers fur
la Terre ,
C'est àta Pieté d'en cuëillir dans les
Cieux.
On Nom victorieux vole de
Ton
toutes parts.
Tes travaux ont efté plus loin que
ceux d'Alcide ;
Ny montagnes ny mers , ny digues ,
ny rampats ,
N'ont pu les arrefter dans leur cour
fe rapide.
GALANT. 19
L'Aigle n'a pu fouffrir le feu de tes
regars,
Tu domptas du Lion le courage in
trepide ;
Et fur les flots falez & dans le
Champde Mars >
Tes Progrés ont fait voir que c'est
Dieu qui te guide.
L'Herefie obftinée eft lefeul ennemy,
Que tu n'avois encor furmonté qu'à
demy ;
Tu vas l'aneantir par une fainte
guerre.
Acheve ce qu'en vain tenterent
tes Ayeux :
Ta Valeur a cuëilly des lauriers fur
la Terre ,
C'est àta Pieté d'en cuëillir dans les
Cieux.
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Résumé : AUTRE.
Le texte loue un individu dont les exploits surpassent ceux d'Hercule. Ses regards sont si puissants qu'un aigle ne peut les soutenir. Il a dompté un lion et prouvé sa valeur sur mer et terre. Guidé par Dieu, il combat l'hérésie et s'apprête à l'anéantir. Sa bravoure lui a valu des lauriers sur Terre, et sa piété lui en promet dans les Cieux.
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178
p. 20-21
AUTRE.
Début :
Il ne manquoit, grand Roy, pour combler vostre gloire, [...]
Mots clefs :
Gloire, Grand roi, Ennemis, Religion, Rébellion, Schisme, Erreurs, Temples, Exploits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
L ne manquoit , grand Roy , pour
combler voftre gloire ,
Que l'intereft du Ciel fift vostre
paffion ,
Qu'on vous vift rétablir les faints
Murs de Sion ,
Et fur fes Ennemis remporter la
victoire.
Ces fuccés ont remply dignement
voftre Hiftoire,
Et les Autels dreffez à la Religion
Sur le débris fameux de la Rébellion ,
Du Schifme pourjamais effacent la
memoire.
Ce Regne plus heureux que les Regnes
paffez.
Où l'on voit de l'Erreur les Temples
renverſez ,
De vos Predeceffeurs a finy l'entreprife
,
GALANT. zł
Ce coup fi merveilleux a vangé tous
ces Rois ,
Et ce Monftre vaincu par vos derniers
Exploits ,
Vous fait voir doublement Fils Aîné
de l'Eglife.
L ne manquoit , grand Roy , pour
combler voftre gloire ,
Que l'intereft du Ciel fift vostre
paffion ,
Qu'on vous vift rétablir les faints
Murs de Sion ,
Et fur fes Ennemis remporter la
victoire.
Ces fuccés ont remply dignement
voftre Hiftoire,
Et les Autels dreffez à la Religion
Sur le débris fameux de la Rébellion ,
Du Schifme pourjamais effacent la
memoire.
Ce Regne plus heureux que les Regnes
paffez.
Où l'on voit de l'Erreur les Temples
renverſez ,
De vos Predeceffeurs a finy l'entreprife
,
GALANT. zł
Ce coup fi merveilleux a vangé tous
ces Rois ,
Et ce Monftre vaincu par vos derniers
Exploits ,
Vous fait voir doublement Fils Aîné
de l'Eglife.
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Résumé : AUTRE.
Un roi, guidé par sa dévotion divine, restaure les murs de Sion et triomphe de ses ennemis. Son règne, plus prospère que celui de ses prédécesseurs, efface le souvenir du schisme par la reconstruction des autels religieux. Il accomplit un exploit récent, vainquant un monstre, et se distingue comme le Fils Aîné de l'Église.
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179
p. 21-22
SUR LA CONVERSION des Heretiques.
Début :
Mademoiselle de Scudery, qui a publié tant de fois la gloire / D'un Zele sans pareil j'ay chanté mille fois [...]
Mots clefs :
Zèle, Gloire, Louis, Exploits, Vertus, Dieu, Louanges au roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LA CONVERSION des Heretiques.
Mademoiſelle de Scudery , qui
a publié tant de fois la gloire du
Roy , n'a pû ſe taire dans une
occafion où elle entend parler
tout le monde. Voicy la Partie
qu'elle a tenue dans ce concert
de loüanges.
SUR LA CONVERSION
des Heretiques.
D'OnLele Sans pareil L'ay chan.
té mille fois
La gloire de LOUIS , &fesfameux
Exploits ,
รา MERCURE
Fay loüéfes vertus , j'ay vanté fon
courage ,
Et ma main fans trembler a tracé
fon Image ;
Mais cent Peuples rendus au Dieu
de l'Univers ,
Sont un trop grand fujet pour tous
nos foibles Vers.
La Terre doit fe taire : à de telles
loüanges
Ilfaut la voix du Ciel , & le con--
cert des Anges.
a publié tant de fois la gloire du
Roy , n'a pû ſe taire dans une
occafion où elle entend parler
tout le monde. Voicy la Partie
qu'elle a tenue dans ce concert
de loüanges.
SUR LA CONVERSION
des Heretiques.
D'OnLele Sans pareil L'ay chan.
té mille fois
La gloire de LOUIS , &fesfameux
Exploits ,
รา MERCURE
Fay loüéfes vertus , j'ay vanté fon
courage ,
Et ma main fans trembler a tracé
fon Image ;
Mais cent Peuples rendus au Dieu
de l'Univers ,
Sont un trop grand fujet pour tous
nos foibles Vers.
La Terre doit fe taire : à de telles
loüanges
Ilfaut la voix du Ciel , & le con--
cert des Anges.
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Résumé : SUR LA CONVERSION des Heretiques.
Mademoiselle de Scudery, célèbre pour ses écrits glorifiant le roi, a participé à un concert de louanges sur la conversion des hérétiques. Dans son poème, elle admire Louis et ses exploits, mais juge que la conversion des peuples au Dieu de l'Univers dépasse les capacités humaines. Elle estime que ces louanges méritent la voix du Ciel et le chant des anges.
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180
p. 22-23
RONDEAU.
Début :
Je n'ajoûteray plus qu'un Rondeau de Monsieur de / GRAND Roy, qui par tant de Vertus, [...]
Mots clefs :
Vertus, Grand roi, Ennemis, Hérétiques, Paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RONDEAU.
Je n'ajoûteray plus qu'un Rondeau
de Monfieur de Bernage ,
Secretaire du Roy , & un Madrigal
de Monfieur Vignier , à ce
qui regarde Sa Majesté ſur cette
matiere , refervant les Vers qui
me reftent pour le mois prochain.
GALANT.
1
RONDEAU.
GRAND Roy , qui par tant de
Vertus ,
Sur tous lès Grands as le deffus ,
Auffi-bien que fur tout autre homme,
Car nul n'ofe fe mettre en comme ,
Qui n'en foit auffi tost exclus.
Apres tant d'Ennemis vaincus,
Apres tes Etats étendus ,
C'est à bon titre qu'on te nomme
GRAND . '
Les Heretiques confondus .
Les Genois à tes pieds rendus ,
Alger foumis; ton nam dans Rome
Haut élevé: la Paix en fomme ,
Se peut- il rien faire de plus
GRAND?
de Monfieur de Bernage ,
Secretaire du Roy , & un Madrigal
de Monfieur Vignier , à ce
qui regarde Sa Majesté ſur cette
matiere , refervant les Vers qui
me reftent pour le mois prochain.
GALANT.
1
RONDEAU.
GRAND Roy , qui par tant de
Vertus ,
Sur tous lès Grands as le deffus ,
Auffi-bien que fur tout autre homme,
Car nul n'ofe fe mettre en comme ,
Qui n'en foit auffi tost exclus.
Apres tant d'Ennemis vaincus,
Apres tes Etats étendus ,
C'est à bon titre qu'on te nomme
GRAND . '
Les Heretiques confondus .
Les Genois à tes pieds rendus ,
Alger foumis; ton nam dans Rome
Haut élevé: la Paix en fomme ,
Se peut- il rien faire de plus
GRAND?
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Résumé : RONDEAU.
Le texte présente deux poèmes dédiés au roi : un rondeau de Monsieur de Bernage et un madrigal de Monsieur Vignier. Le rondeau loue les vertus et les exploits du roi, ses victoires sur divers ennemis, l'expansion de ses États, et la soumission des hérétiques, des Génois et des Algériens. Il souligne aussi sa renommée à Rome et la paix établie, se demandant s'il peut mériter davantage le titre de 'Grand'.
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181
p. 24
MADRIGAL.
Début :
Aprés avoir dompté diverses Nations, [...]
Mots clefs :
Louis, Gloire, Erreur, Histoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL.
MADRIGAL.
APrès avoir dompté diverfes
Nations ,
Aprés avoir dompté Jes propres
paffions ,
LOUIS s'eft mis fans doute au com
ble de la gloire :
Mais qu'en moins de fix mois il ait
détruit l'Erreur ,
Que fans verfer defangil ait eu
ce bonheur,
C'eft ce qui doit le plus briller dans
fon Histoire
Et qui fe fera le moins croire.
APrès avoir dompté diverfes
Nations ,
Aprés avoir dompté Jes propres
paffions ,
LOUIS s'eft mis fans doute au com
ble de la gloire :
Mais qu'en moins de fix mois il ait
détruit l'Erreur ,
Que fans verfer defangil ait eu
ce bonheur,
C'eft ce qui doit le plus briller dans
fon Histoire
Et qui fe fera le moins croire.
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182
p. 123-124
Nouveau Traité pour servir l'Instruction des nouveau Convertis, & à la Conversion de ceux qui sont encor dans l'ignorance. [titre d'après la table]
Début :
Si vous avez des Amis qui ayent besoin de quelque [...]
Mots clefs :
Vérités catholiques, Religion, Livre, Instruction, Nouveaux convertis, Abbé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouveau Traité pour servir l'Instruction des nouveau Convertis, & à la Conversion de ceux qui sont encor dans l'ignorance. [titre d'après la table]
Si vous avez des Amis qui
ayent befoin de quelque éclairciffement
fur les Veritez de nộ-
F 2
·124
MERCURE
tre Religion, vous leur pouvez
indiquer un Livre qui a paru depuis
peu , & qui leur fera d'une
grande utilité. Son Titre eft, Nouveau
Traité, pour fervir à l'Inftruction
des Nouveaux Convertis , &
àla Converfion de ceux qui font encore
dans l'Ignorance . Il eft fait par
Monfieur l'Abbé Quentin , Predicateur
de Sa Majeſté , & Autheur
d'une Theologie en François
qu'on eftime fort . Tous
ceuxqui l'ont leu , le regardent
comme un Ouvrage tres- propre
à éclairer & à affermir les Nouveaux
Catholiques par fa briéveté,
fa clarté, & fa force.
ayent befoin de quelque éclairciffement
fur les Veritez de nộ-
F 2
·124
MERCURE
tre Religion, vous leur pouvez
indiquer un Livre qui a paru depuis
peu , & qui leur fera d'une
grande utilité. Son Titre eft, Nouveau
Traité, pour fervir à l'Inftruction
des Nouveaux Convertis , &
àla Converfion de ceux qui font encore
dans l'Ignorance . Il eft fait par
Monfieur l'Abbé Quentin , Predicateur
de Sa Majeſté , & Autheur
d'une Theologie en François
qu'on eftime fort . Tous
ceuxqui l'ont leu , le regardent
comme un Ouvrage tres- propre
à éclairer & à affermir les Nouveaux
Catholiques par fa briéveté,
fa clarté, & fa force.
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Résumé : Nouveau Traité pour servir l'Instruction des nouveau Convertis, & à la Conversion de ceux qui sont encor dans l'ignorance. [titre d'après la table]
Le livre 'Nouveau Traité' de l'Abbé Quentin, prédicateur du roi, vise à instruire les nouveaux convertis au catholicisme. Approuvé pour sa brièveté, clarté et force persuasive, il éclaire et renforce la foi des lecteurs sur les vérités religieuses.
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183
p. 124-136
AUX NOUVEAUX CONVERTIS. ODE.
Début :
Le nombre de ceux qui se convertissent augmente de jour / Enfin, de vos ames rebelles, [...]
Mots clefs :
Conversions, Calvinistes, Erreurs, Vérité, Poésie, Grâces, Seigneur, Clémence, Rayons, Orgueil, Mystères, Attaque, Sauveur, Âme, Sentiments, Enfer, Ennemis, Monarque, Piété
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUX NOUVEAUX CONVERTIS. ODE.
Le nombre de ceux qui fe convertiffent
augmente de jour en
jour , & il va fournir encore un
Jong Article à ma Lettre. Il doit
d'autant plus vous plaire que tous
les faits que je vous rapporte.
GALANT. T25
font faits veritables , & qu'on ne
fauroit douter que les Converfions
dont je vous parle , ne foient
finceres , puis qu'elles ne fe font
qu'aprés des Diſputes , à la fin
defquelles les Calvinistes les plus
obſtinez avoüent qu'ils font convaincus
de leurs Erreurs. Comme
la Poëfie infinuë la verité
d'une maniere agreable, il feroit
à fouhaiter qu'ils vouluffent lire
attentivement les Vers fuivans .
Ils ferviroient à leur faire voir
qu'il eft dangereux de confulter
fa raifon fur des мyfteres , où l'on
n'a befoin que du fecours de la
Foy.
F
3
126
MERCVRE
AUX NOUVEAUX
CONVERTIS.
O D E.
Enfin de vos ames re-
Ε
belles ,
La Grace a defillé lesyeux ;
Et rejoints au corps des Fidelles,
Vous rentrez au chemin des Cieux.
Beniffez le Seigneur , beniffez fa
clemence ,
Et de voftre bonheur immenfe ,
Gouftez les folides appas :
Mais n'oubliezjamais qu'aux routes
ineffables
De fes veritez adorables ,
C'est à la feule Foy de conduire vos
pas.
En vain la kaifon temeraire
GALANT
127
17
S'efforce de les concevoir ,
Plus luit le flambeau qui l'éclaire,
Plus il l'empefche de les voir.
Ainfi quand au matin le bel Aftre
du monde
Repand fa lumiere feconde
Sur les bords du moite élement,
De rayons éclatans plusfa tefte eft
parée ,
Au fortir de l'onde azurée ,
Plus ilcache à nos yeux les feux du
firmament.
Pleine de l'orgueil que luy donne
Son avantagefur les fens ,
Sans referve elle s'abandonne
Où fes efforts font impuiſſans ; }
C'est par cet attentat que toutes les
chimeres
Qui déshonorent nos mysteres
Ont pris naiffance dans fon fein.
Et c'est du fond obfcur de fes vaines
pensées
F4
128 MERCURE
Que de tant d'Erreurs infenfées,
Par tout s'eft répandu le tenebreux
effein.
Cefut elle dont l'arrogance ,
Plûtoft que de s'humilier ,
Nia que la divine Effence ,
Avec l'Homme pust s'allier ;
Que pourfouffrir la mort , l'Auteur
de la Nature
Ait jamais d'une Creature ,
Habité le fein maternel ;
Et que ce Fils aimable en qui noftre
ame efpere ,
L'image & la fplendeur du Pere,
Comme luy , foit immenfe , immuable
, eternel.
222P3)
C'est avec cette audace injufte
Quelle attaque encore en ce jour,
Des Myfteres le plus augufte ;
Et le chef d'oeuvre de l'amour ,
Toujours injurieufe à la Toute -puif
Lance ,
GALANT. 129
Elle s'oppose à la preſence
D'un mefme corps en divers lieux,
Et ne peut confentir qu'en fon Corps
veritable ,
Le Sauveurfe donne à fa Table,
dans le Ciel il regne
Pendant
que
glorieux.
Le coeur percé , les yeux en lar
mes
D'avoirfi longuement erré,
Venez aufeftin plein de Charmes
Que le Seigneur a preparé.
Lay - mefme il bannira vos doutes &
vos craintes ,
Et rendant vos ames plusfaintes,
Il vous accorderafa paix ;
Il vous affranchira de toutes vos foibleffes
,
Et vous comblera d'allegreffes
Que vos coeurs , loin de luy , ne con
nurent jamais.
F
130
MERCURE
Du Seigneur , la fimple figure
Vous a- t-elle purifiez ?
Une fi foible nourriture
Vous a- t-elle fortifiez ?
D'une mortelle erreur dés l'enfance
receuë ,
Voſtre ame enyvrée & deceuë ,
Put croire y trouver des appas ,
Elle pût impofer à fon defir avide ,
Mais non pas plus faine ou moins
vuide ,
Sortir de ce trompeur & frivolerepas.
Tel , quand d'une fiévre enfla
mée
Les fens font émus & troublez ;
Et que la force eft confumée
Par de longs accés redoublez ,
Le Malade afforbly , qu'une afpre
faim tourmente ,
Des mets qu'unSonge luy prefente,
GALANT. 131
Devore lefantôme vain ,
Et malgré leplaifir de fon coeur qui
Sommeille ,
Se trouve , dés qu'ilfe réveille ,
Preffé des mefmes maux , & de la
mefmefaim.
Là le Seigneur fe fait connos
tre
Aux Difciples qui l'ont aimé,
Et qui , de rejoindre leur Maître,
Se fentent le coeur enflammé.
C'est dans ce doux Banquet , où notre
ame ravie
Reprend une nouvelle vie ,
Et metfin à tousfes regrets ,
Que du divin Sauveur la tendreffe
ineffable ,
Parmy les douceurs de fa Table
Au fein de fes amis épanche ſes fecrets.
Il leur découvre de fon ame,
F 6
132
MERCURE
*
Tous les fentimens amoureux ,
Et quel eft l'excés de faflame
Pour le cher Objet deJes vaux i
Non content , leur dit - il , de luy
laiffer pour gage ,
Ou mafigure , ou mon image ,
Vain artifice de l'amour ,
Jay fcú , pourfatisfaire à mon ar
deur extréme ,
Dans fes mains me laiffer Moymesme
,
Avant
que de monter au celefte fejour.
Mais quelle lumiere brillante
S'épand dans le vague des airs,
Et quelle eft la douceur charmante
De ces melodieux concerts !
Autour du Redempteur je voy les
Choeurs des Anges ,
Qui font retentir fes loüanges
Parles plusfacrez de leurs chants;
Defa fidelle Epoufe ils celebrent la
gloire , l'Eglife.
GALANT.
133
Et cette éclatante victoirey
Qui dans fon heureux fein ramene
Les enfans.
Enfin le Dragon de l'abisme,
Difent- ils , eft remis aux fers ,
L'Erreur confufe de fon crime ,
Retombe au plus creux des En
fers ;
De tes Temples , Seigneur , les Mi.
niftres fidelles ,
De cent couronnes immortelles ,
Ont ceint leurfont victorieux :
Benyfoit àjamais le grand Dieu des
Armées ,
Qu'à jamais nos voix enflammées
Rempliffent de fa gloire & la Terre
& les Cieux.
Des Fils de ton Epoufe aimable.
Le plus grand & le plusfoumis ,
Dont la valeur incomparable
Adompté tousfes ennemis 5
134
MERCURE
Ce Roy qu'aux autres Rois tu donnes
Pour modelle
,
Et
que d'une main paternelle ,
Tu combles d'honneurs immortels,
Avec tant de chaleur & tant de vi-
-gilance
N'employa jamais fa puiſſance
Qu'à ramener les Tiens aux pieds
"
de tes Autels.
De ce Monarque magnanime,
Beny les glorieux projets ,
Et ce tendre amour qui l'anime
Pour le bonheur de fes Sujets.
Voy tes nouveaux Enfans , couvreles
de ton aifle ,
Conferve & réchauffe le zele
De leur naiffante pieté,
Etfay queparmy nous , fuivant tes
faintes traces ,
Un jour ils occupent les places ,
Qu'accorde à leur retour ton immen-
Je bonté...
GALANT .
135
>
Cette Ode eft de Monfieur
Perrault de l'Academie Françoife
, & fait voir le zele & la pieté
de fon Autheur. Cette mefme
pieté paroift dans un Poëme de
fix Chants , qu'il a donné depuis
peu au Public fous le Titre de
Saint Paulin Evefque de Nole. Il a
fait connoistre en le publiant que
les Ornemens de la Poëfie ne
font pas incompatibles avec des
Sujets de Devotion . L'Action de
Saint Paulin , qu'il a euë pour fon
principal objet , eft foûtenuë d'un
tour de Vers fi aifé , & les Defcriptions
qu'il y a mélées font fi
naturelles & fi vives , qu'on peut
dire que l'Esprit eft fatisfait en
mefme temps que le coeur fe fent
touché. Cet Ouvrage a eu l'approbation
des Connoiffeurs les
plus delicats , & tout le monde
convient qu'il eft du nombre de
136%/
MERCURE
ceux en qui l'on ne fçait ce que
l'on doit le plus admirer , ou la
beauté de la fortune , ou la dignité
de la matiere.
augmente de jour en
jour , & il va fournir encore un
Jong Article à ma Lettre. Il doit
d'autant plus vous plaire que tous
les faits que je vous rapporte.
GALANT. T25
font faits veritables , & qu'on ne
fauroit douter que les Converfions
dont je vous parle , ne foient
finceres , puis qu'elles ne fe font
qu'aprés des Diſputes , à la fin
defquelles les Calvinistes les plus
obſtinez avoüent qu'ils font convaincus
de leurs Erreurs. Comme
la Poëfie infinuë la verité
d'une maniere agreable, il feroit
à fouhaiter qu'ils vouluffent lire
attentivement les Vers fuivans .
Ils ferviroient à leur faire voir
qu'il eft dangereux de confulter
fa raifon fur des мyfteres , où l'on
n'a befoin que du fecours de la
Foy.
F
3
126
MERCVRE
AUX NOUVEAUX
CONVERTIS.
O D E.
Enfin de vos ames re-
Ε
belles ,
La Grace a defillé lesyeux ;
Et rejoints au corps des Fidelles,
Vous rentrez au chemin des Cieux.
Beniffez le Seigneur , beniffez fa
clemence ,
Et de voftre bonheur immenfe ,
Gouftez les folides appas :
Mais n'oubliezjamais qu'aux routes
ineffables
De fes veritez adorables ,
C'est à la feule Foy de conduire vos
pas.
En vain la kaifon temeraire
GALANT
127
17
S'efforce de les concevoir ,
Plus luit le flambeau qui l'éclaire,
Plus il l'empefche de les voir.
Ainfi quand au matin le bel Aftre
du monde
Repand fa lumiere feconde
Sur les bords du moite élement,
De rayons éclatans plusfa tefte eft
parée ,
Au fortir de l'onde azurée ,
Plus ilcache à nos yeux les feux du
firmament.
Pleine de l'orgueil que luy donne
Son avantagefur les fens ,
Sans referve elle s'abandonne
Où fes efforts font impuiſſans ; }
C'est par cet attentat que toutes les
chimeres
Qui déshonorent nos mysteres
Ont pris naiffance dans fon fein.
Et c'est du fond obfcur de fes vaines
pensées
F4
128 MERCURE
Que de tant d'Erreurs infenfées,
Par tout s'eft répandu le tenebreux
effein.
Cefut elle dont l'arrogance ,
Plûtoft que de s'humilier ,
Nia que la divine Effence ,
Avec l'Homme pust s'allier ;
Que pourfouffrir la mort , l'Auteur
de la Nature
Ait jamais d'une Creature ,
Habité le fein maternel ;
Et que ce Fils aimable en qui noftre
ame efpere ,
L'image & la fplendeur du Pere,
Comme luy , foit immenfe , immuable
, eternel.
222P3)
C'est avec cette audace injufte
Quelle attaque encore en ce jour,
Des Myfteres le plus augufte ;
Et le chef d'oeuvre de l'amour ,
Toujours injurieufe à la Toute -puif
Lance ,
GALANT. 129
Elle s'oppose à la preſence
D'un mefme corps en divers lieux,
Et ne peut confentir qu'en fon Corps
veritable ,
Le Sauveurfe donne à fa Table,
dans le Ciel il regne
Pendant
que
glorieux.
Le coeur percé , les yeux en lar
mes
D'avoirfi longuement erré,
Venez aufeftin plein de Charmes
Que le Seigneur a preparé.
Lay - mefme il bannira vos doutes &
vos craintes ,
Et rendant vos ames plusfaintes,
Il vous accorderafa paix ;
Il vous affranchira de toutes vos foibleffes
,
Et vous comblera d'allegreffes
Que vos coeurs , loin de luy , ne con
nurent jamais.
F
130
MERCURE
Du Seigneur , la fimple figure
Vous a- t-elle purifiez ?
Une fi foible nourriture
Vous a- t-elle fortifiez ?
D'une mortelle erreur dés l'enfance
receuë ,
Voſtre ame enyvrée & deceuë ,
Put croire y trouver des appas ,
Elle pût impofer à fon defir avide ,
Mais non pas plus faine ou moins
vuide ,
Sortir de ce trompeur & frivolerepas.
Tel , quand d'une fiévre enfla
mée
Les fens font émus & troublez ;
Et que la force eft confumée
Par de longs accés redoublez ,
Le Malade afforbly , qu'une afpre
faim tourmente ,
Des mets qu'unSonge luy prefente,
GALANT. 131
Devore lefantôme vain ,
Et malgré leplaifir de fon coeur qui
Sommeille ,
Se trouve , dés qu'ilfe réveille ,
Preffé des mefmes maux , & de la
mefmefaim.
Là le Seigneur fe fait connos
tre
Aux Difciples qui l'ont aimé,
Et qui , de rejoindre leur Maître,
Se fentent le coeur enflammé.
C'est dans ce doux Banquet , où notre
ame ravie
Reprend une nouvelle vie ,
Et metfin à tousfes regrets ,
Que du divin Sauveur la tendreffe
ineffable ,
Parmy les douceurs de fa Table
Au fein de fes amis épanche ſes fecrets.
Il leur découvre de fon ame,
F 6
132
MERCURE
*
Tous les fentimens amoureux ,
Et quel eft l'excés de faflame
Pour le cher Objet deJes vaux i
Non content , leur dit - il , de luy
laiffer pour gage ,
Ou mafigure , ou mon image ,
Vain artifice de l'amour ,
Jay fcú , pourfatisfaire à mon ar
deur extréme ,
Dans fes mains me laiffer Moymesme
,
Avant
que de monter au celefte fejour.
Mais quelle lumiere brillante
S'épand dans le vague des airs,
Et quelle eft la douceur charmante
De ces melodieux concerts !
Autour du Redempteur je voy les
Choeurs des Anges ,
Qui font retentir fes loüanges
Parles plusfacrez de leurs chants;
Defa fidelle Epoufe ils celebrent la
gloire , l'Eglife.
GALANT.
133
Et cette éclatante victoirey
Qui dans fon heureux fein ramene
Les enfans.
Enfin le Dragon de l'abisme,
Difent- ils , eft remis aux fers ,
L'Erreur confufe de fon crime ,
Retombe au plus creux des En
fers ;
De tes Temples , Seigneur , les Mi.
niftres fidelles ,
De cent couronnes immortelles ,
Ont ceint leurfont victorieux :
Benyfoit àjamais le grand Dieu des
Armées ,
Qu'à jamais nos voix enflammées
Rempliffent de fa gloire & la Terre
& les Cieux.
Des Fils de ton Epoufe aimable.
Le plus grand & le plusfoumis ,
Dont la valeur incomparable
Adompté tousfes ennemis 5
134
MERCURE
Ce Roy qu'aux autres Rois tu donnes
Pour modelle
,
Et
que d'une main paternelle ,
Tu combles d'honneurs immortels,
Avec tant de chaleur & tant de vi-
-gilance
N'employa jamais fa puiſſance
Qu'à ramener les Tiens aux pieds
"
de tes Autels.
De ce Monarque magnanime,
Beny les glorieux projets ,
Et ce tendre amour qui l'anime
Pour le bonheur de fes Sujets.
Voy tes nouveaux Enfans , couvreles
de ton aifle ,
Conferve & réchauffe le zele
De leur naiffante pieté,
Etfay queparmy nous , fuivant tes
faintes traces ,
Un jour ils occupent les places ,
Qu'accorde à leur retour ton immen-
Je bonté...
GALANT .
135
>
Cette Ode eft de Monfieur
Perrault de l'Academie Françoife
, & fait voir le zele & la pieté
de fon Autheur. Cette mefme
pieté paroift dans un Poëme de
fix Chants , qu'il a donné depuis
peu au Public fous le Titre de
Saint Paulin Evefque de Nole. Il a
fait connoistre en le publiant que
les Ornemens de la Poëfie ne
font pas incompatibles avec des
Sujets de Devotion . L'Action de
Saint Paulin , qu'il a euë pour fon
principal objet , eft foûtenuë d'un
tour de Vers fi aifé , & les Defcriptions
qu'il y a mélées font fi
naturelles & fi vives , qu'on peut
dire que l'Esprit eft fatisfait en
mefme temps que le coeur fe fent
touché. Cet Ouvrage a eu l'approbation
des Connoiffeurs les
plus delicats , & tout le monde
convient qu'il eft du nombre de
136%/
MERCURE
ceux en qui l'on ne fçait ce que
l'on doit le plus admirer , ou la
beauté de la fortune , ou la dignité
de la matiere.
Fermer
Résumé : AUX NOUVEAUX CONVERTIS. ODE.
Le texte relate une augmentation des conversions religieuses sincères, souvent précédées de débats où même les calvinistes les plus fermes reconnaissent leurs erreurs. L'auteur encourage les calvinistes à réfléchir sur des vers mettant en garde contre les limites de la raison face aux mystères de la foi. Un poème dédié aux nouveaux convertis célèbre la grâce divine qui les a conduits à la vérité et met en garde contre l'orgueil de la raison humaine, source d'erreurs et d'illusions. La conversion est perçue comme une libération des doutes, apportant paix et joie. La quête spirituelle est comparée à un malade affamé insatisfait, soulignant que Jésus se révèle à ceux qui l'aiment et les invite à partager son amour. Le texte loue également un roi qui utilise son pouvoir pour ramener ses sujets à la foi. Il mentionne une ode et un poème de Charles Perrault, membre de l'Académie Française. L'ode exprime le zèle et la piété de l'auteur, appelant à protéger et encourager la foi des jeunes générations. Le poème 'Saint Paulin Évêque de Nole' démontre que la poésie peut servir des sujets de dévotion, combinant élégance et descriptions vivantes pour toucher à la fois l'esprit et le cœur. Cette œuvre a été appréciée pour sa forme et la dignité de son sujet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
184
p. 136-146
A MONSIEUR DE LA GATELINIERE.
Début :
Voicy une Lettre qui est de saison, quoy qu'il y ait / Monsieur, Il y a des coups de hazard qui sont heureux, & je croy [...]
Mots clefs :
Conversions, Religionnaires, Erreurs, Providence, Foi, Écritures, Eucharistie, Dieu, Sauveur, Apôtre, Communion, Louis le Grand, Hérésie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR DE LA GATELINIERE.
Voicy une Lettre qui eft de
faifon , quoy qu'il y ait déja quel
que temps qu'elle eft écrite. On
affeure qu'elle a contribué à plufieurs
Conversions , & je n'ay pas
de peine à le croire . Les raifons
que l'Autheur employe font affez
perfuafives pour ne laiffer rien à
repliquer. C'eft ainsi que le Roy
eft caufe du falut des ames , puifque
chacun y travaille à fon
exemple. On peut voir par cette
Lettre , que les armes qui font
rendre les Religionnaires , font
tirées de la feule force de la Verité
, qui fournit des argumens
invincibles contre les erreurs.
GALANT.
137
1
A MONSIEUR
DE LA GATELINIERE ...
M
ONSIEUR ,
Ily a des coups de hazard
qui font heureux , & je croy teli
celuy qui me procura l'honneur de
vous voir ces derniers jours en un
lieu où nous ne fongions ny vous ny
moy à lier enfemble aucun entretien.
T'en ay remercié la Providence , devant
qui les rencontres qui nous pa
roiffent fortuites font prémeditées ,
& j'espere que la nôtre aura quelque.
rapport avec celle de ce grand Offi
cier de Candace , qui trouva l'Apoftre
Saint Philippes dans for :
chemin. Cet Officier avoit comme.
vous , Monfieur , la Bible entre les
main. Il fondoit Sa Foy fur less,
138
MERCURE
Ecritures , mais il ne pouvoit en
entendre le vray fens . Il s'adreffa
donc à l'Eglife en la perfonne de
Saint Philippes , qui luy expliqua
le Sacrifice du Fils de Dieu fur la
Croix. L'eus l'honneur de vous entretenir
à peu près du mefme Myftere
; car celuy de l'Euchariftie eft
un Memorial de celuy de la Croix,
& nous parlafmes beaucoup de ce
Myftere adorable. Le me fouviens
que nous entrafmes en matiere par
l'Ecriture fainte , qui fonde uniquement
la Foy felon nous . Ie pris
la liberté de vous remontrer que
vous combattiez ce principe de
Euchariftie , puifque vous y appelliek
figure ce que le Sauveur du
mondey appele Corps . Ainsi , ajoûtay
-je , le Fils de Dieu affeure ce
que vous nie . Il dit Cecy eft mon
Corps , & vous dites que ce ne
L'eft pas. Vous ne fonde donc pas
GALAN T. 139
voftre Foy fur Sa Parole. Aprés
avoir eu la bonté de m'écouter
vous me répondites que le Fils de
Dieu avoit dit ailleurs . Ie fuis une
Vigne , & que pourtant ny vous
ny moy ne croyons pas qu'ilfoit une
Vigne. Là - deffus je vous priay de
diftinguer les occafions . Dans celle
où N. Seigneur fe difoit une Vigne,
il n'établiffoit pas un Sacrement, ny:
par confequent un Article de Foy,
ainfi ilpouvoit ufer de Paraboles ;
mais en inftituant l'Euchariftic , le
Sauveur du mondeformoit un Article
de Foy effenciel , & il établiffoit
un Sacrement`; par confequent il
y parloit à la lettre , comme ily a
parléquand il ainftituele Baptefme.
Tout de mefme donc que quand
il a dit , Baptiſez au Nom du
Pere , & du Fils , & du Saint-
Esprit , il nous afait un Article de
Foy litteral d'une Trinité réelle ,
140 MERCURE
3
de mefme quand il a dit , Cecy eft
mon corps , & faites cecy en
memoire de moy , il nous a expreffément
proposé la realité de fon
Corps ,fous les apparences du Pain.
Vous n'oubliaftes pas dans cet en
droit celuy des Capharnaites , &
voicy ce que j'eus l'avantage de
Vous repliquer. Ie des donc , Mon
fieur , que le Fils de Dieu avoit confirmé
fa Prefence corporelle , quand
ilremontra defes Auditeurs , Que
fa Chair ne profite de rien , &
que c'est l'efprit qui vivifie. Le
vous fis remarquer , que noftre Seigneur
en feparant ces deux chofes ,
témoignoit que l'on pouvoit recevoir
l'une fans l'autre, & par confequent
que fa Chair prife fans fon
Efprit , c'est à dire fans fa Grace ,
faifoit ce que nous appellons une
Communion indigne ; d'où il refulte
que le Sauveur du Monde établisfoit
•
GALANT. 141
réellement & localement fa Chair
1 dans l'Echariftie ; a trement , continuay-
je , ce qu'il dit enfuite du
Scandale de fes Auditeurs , feroit
un pur galimatias , dont le Fils de
Dieu n'eft pas capable . Quoy , ditil
, cela vous fcandalife ? Et que
fera - ce donc quand vous verrez
'le Fils de l'Homme remonter où
il eftoit auparavant ? De bonne
foy , Monfieur , quels rapports à
cette Parole avec celles qui la precedent
? Eftoit-il question icy de
Afcenfion du Fils de Dieu ? Non ;
mais il eftoit queftion d'inftruire des
Peuples qui s'effrayoient de manger
réellement le Sauveur du Monde
, & il leur dit : Si vous eftes
fcandalifez de me manger pendant
que je fuis fur la Terre, que
fera - ce donc quand vous me
mangerez encore aprés que je
feray monté au Ciel le vous
142
MERCURE
défie , avec tout le respect que je
vous dois , de tirer une autre con-
Sequence de ces Paroles , à moins de
leur donner la torture , & de faire
tomber le Fils de Dieu dans des
difparates indignes de luy. Cette
reflexion vous furprit , & là- deffus
vous me témoignaftes par modeftie
que vous n'estic pas d'une profeffion
à Controverfe. I'eus l'honneur de
vous repondre , Monfieur , que la
verité eftoit de toutes les profeffions
chez les Chrétiens. Vous me repli
quaftes que vous la chercherie ,
& quepour cela vous aviez beaucoup
de Livres. Ie pris la liberté
de vous dire » que le meilleur de
tous les Livres eftoit le coeur ; qu'il
falloit à Livre ouvert y recevoir la
verité , la demander à Dieu , qui ne
la refufe jamais à ceux qui la cher-
•chent avec bonté & fimplicité de
coeur.L'opinay bien du voftre dans
1
>
1
GALANT. 143
2
J cette rencontre , où vous me parlaftes
avec beaucoup de probité.
Vousy loüaftes la mienne , & ce que
j'aioutay vous en paru plein. Ce
fut quand je vous expofay la Communion
des Apoftres , & que je vous
prouvay qu'elle euft efté illufoire
s'ils n'avoient communié que par la
Foy ; car enfin , la Foy est un argument
des chofes qui ne paroiffent
point , & tout paroiffoit aux Apo
ftres, d'un cofté le Corps du Sauveur,
de l'autre du Pain tout pur felon
vous. Où pouvoient - ils donc exercer
leurfoy felon nous ? Ils l'exerçoient
en croyani le Corps du Sauveur du
Monde , comme nous le croyons placé
fous les apparences du Pain. Quoy
que cetteraifon demeuraft fans une
feule replique , je la confirmay par
ces paroles de S. Paul , qui attri
buent les mauvaises Communions ,
à ce qu'on n'y difcerne pas le
344
MERCURE
d'une
Corps du Seigneur. Nous tombâ
mes d'accord que ce difcernement fe
faifoit par la Foy, & j'en tiray cette
confequence ; donc la Foy fuppofe la
prefence réelle du Fils de Dieu dans
la Cene , comme mon ailfuppofe les
couleurs dans les objets ; car enfin,
fila Foy difcerne le Corps du Fils de
Dieu dans la Cene, ily eft donc , puis
qu'on ne difcerne pas des chofes qui
nefont point , & nousfinifmes noftre
Converfation par des marques
mutuelle eftime. I'en ay pour vous ,
Monfieur , une tres-particuliere , &
je fouhaite que mon Entretien ait
avec vous le mefme fuccés qu'il aeu
dans Chafteaudun , avec une Veuve
de voftre Religion , qui a profeſſé la
noftre. Il n'est pas honteux à un homme
d'eftre touché par les raifonnemens
qui touchent certaines Fem
mes. Vous fçavez que les ames n'ont
point defexe , & que ce n'estpas la
1
difference
GALANT. 145
difference des corps , mais des coeurs
& des efprits , qui nous fait valoir
auprés de Dieu. Il a répandu fon
Efprit autrefois fur Anne , fur Hol-
= da , &fur Debora , qui prophetife
rent à l'exclufion des Hommes , &
dernierement encore Madame de l
Ferté acheva ce que plufieurs Ecclefiaftiques
& moy n'avions pû finir
avec Madame Maillot , qu'elle
a envoyée à Chatres pour fe convertir.
Vous connoiffez fans doute
Madame de la Ferté , qui a des
- Freres chez Monfieur le Prince &
= chez Madame la Princeffe de
Brunfvvic , qui tiennent les premieres
Charges , comme vous avez
des Proches qui tiennent les premiers
rangs dans la Maifon du
Ray & Monfieur de la Ferté a
L'honneur d'appartenir à Madame
la Marefchale de Caftelnau , com-
Ianvier 1686 . G
846 MERCURE
me vous appartenez à Monfieur
le Marquis de Dangeau , dont les
lumieres vous garantiffent l'exemple.
Suivez-le , je vous en conjure
fous le Regne de LOUIS le Grand,
qui a le coeur d'un Pere , & la tefte
d'un Roy. Son caur eft auffi grand
que fon nom , & fa tefte fait bonneur
à la Couronne, Fiez vous en
à fes connoiffances , qui l'empef
chent de fe tromper , & àsa probité
, qui l'empefche de tromper les
autres. Ie ne vous trompe point mojmefme
, quand je vous affeure que je
fuis avec un respect tendre & fing
cere , voftre , &c.
faifon , quoy qu'il y ait déja quel
que temps qu'elle eft écrite. On
affeure qu'elle a contribué à plufieurs
Conversions , & je n'ay pas
de peine à le croire . Les raifons
que l'Autheur employe font affez
perfuafives pour ne laiffer rien à
repliquer. C'eft ainsi que le Roy
eft caufe du falut des ames , puifque
chacun y travaille à fon
exemple. On peut voir par cette
Lettre , que les armes qui font
rendre les Religionnaires , font
tirées de la feule force de la Verité
, qui fournit des argumens
invincibles contre les erreurs.
GALANT.
137
1
A MONSIEUR
DE LA GATELINIERE ...
M
ONSIEUR ,
Ily a des coups de hazard
qui font heureux , & je croy teli
celuy qui me procura l'honneur de
vous voir ces derniers jours en un
lieu où nous ne fongions ny vous ny
moy à lier enfemble aucun entretien.
T'en ay remercié la Providence , devant
qui les rencontres qui nous pa
roiffent fortuites font prémeditées ,
& j'espere que la nôtre aura quelque.
rapport avec celle de ce grand Offi
cier de Candace , qui trouva l'Apoftre
Saint Philippes dans for :
chemin. Cet Officier avoit comme.
vous , Monfieur , la Bible entre les
main. Il fondoit Sa Foy fur less,
138
MERCURE
Ecritures , mais il ne pouvoit en
entendre le vray fens . Il s'adreffa
donc à l'Eglife en la perfonne de
Saint Philippes , qui luy expliqua
le Sacrifice du Fils de Dieu fur la
Croix. L'eus l'honneur de vous entretenir
à peu près du mefme Myftere
; car celuy de l'Euchariftie eft
un Memorial de celuy de la Croix,
& nous parlafmes beaucoup de ce
Myftere adorable. Le me fouviens
que nous entrafmes en matiere par
l'Ecriture fainte , qui fonde uniquement
la Foy felon nous . Ie pris
la liberté de vous remontrer que
vous combattiez ce principe de
Euchariftie , puifque vous y appelliek
figure ce que le Sauveur du
mondey appele Corps . Ainsi , ajoûtay
-je , le Fils de Dieu affeure ce
que vous nie . Il dit Cecy eft mon
Corps , & vous dites que ce ne
L'eft pas. Vous ne fonde donc pas
GALAN T. 139
voftre Foy fur Sa Parole. Aprés
avoir eu la bonté de m'écouter
vous me répondites que le Fils de
Dieu avoit dit ailleurs . Ie fuis une
Vigne , & que pourtant ny vous
ny moy ne croyons pas qu'ilfoit une
Vigne. Là - deffus je vous priay de
diftinguer les occafions . Dans celle
où N. Seigneur fe difoit une Vigne,
il n'établiffoit pas un Sacrement, ny:
par confequent un Article de Foy,
ainfi ilpouvoit ufer de Paraboles ;
mais en inftituant l'Euchariftic , le
Sauveur du mondeformoit un Article
de Foy effenciel , & il établiffoit
un Sacrement`; par confequent il
y parloit à la lettre , comme ily a
parléquand il ainftituele Baptefme.
Tout de mefme donc que quand
il a dit , Baptiſez au Nom du
Pere , & du Fils , & du Saint-
Esprit , il nous afait un Article de
Foy litteral d'une Trinité réelle ,
140 MERCURE
3
de mefme quand il a dit , Cecy eft
mon corps , & faites cecy en
memoire de moy , il nous a expreffément
proposé la realité de fon
Corps ,fous les apparences du Pain.
Vous n'oubliaftes pas dans cet en
droit celuy des Capharnaites , &
voicy ce que j'eus l'avantage de
Vous repliquer. Ie des donc , Mon
fieur , que le Fils de Dieu avoit confirmé
fa Prefence corporelle , quand
ilremontra defes Auditeurs , Que
fa Chair ne profite de rien , &
que c'est l'efprit qui vivifie. Le
vous fis remarquer , que noftre Seigneur
en feparant ces deux chofes ,
témoignoit que l'on pouvoit recevoir
l'une fans l'autre, & par confequent
que fa Chair prife fans fon
Efprit , c'est à dire fans fa Grace ,
faifoit ce que nous appellons une
Communion indigne ; d'où il refulte
que le Sauveur du Monde établisfoit
•
GALANT. 141
réellement & localement fa Chair
1 dans l'Echariftie ; a trement , continuay-
je , ce qu'il dit enfuite du
Scandale de fes Auditeurs , feroit
un pur galimatias , dont le Fils de
Dieu n'eft pas capable . Quoy , ditil
, cela vous fcandalife ? Et que
fera - ce donc quand vous verrez
'le Fils de l'Homme remonter où
il eftoit auparavant ? De bonne
foy , Monfieur , quels rapports à
cette Parole avec celles qui la precedent
? Eftoit-il question icy de
Afcenfion du Fils de Dieu ? Non ;
mais il eftoit queftion d'inftruire des
Peuples qui s'effrayoient de manger
réellement le Sauveur du Monde
, & il leur dit : Si vous eftes
fcandalifez de me manger pendant
que je fuis fur la Terre, que
fera - ce donc quand vous me
mangerez encore aprés que je
feray monté au Ciel le vous
142
MERCURE
défie , avec tout le respect que je
vous dois , de tirer une autre con-
Sequence de ces Paroles , à moins de
leur donner la torture , & de faire
tomber le Fils de Dieu dans des
difparates indignes de luy. Cette
reflexion vous furprit , & là- deffus
vous me témoignaftes par modeftie
que vous n'estic pas d'une profeffion
à Controverfe. I'eus l'honneur de
vous repondre , Monfieur , que la
verité eftoit de toutes les profeffions
chez les Chrétiens. Vous me repli
quaftes que vous la chercherie ,
& quepour cela vous aviez beaucoup
de Livres. Ie pris la liberté
de vous dire » que le meilleur de
tous les Livres eftoit le coeur ; qu'il
falloit à Livre ouvert y recevoir la
verité , la demander à Dieu , qui ne
la refufe jamais à ceux qui la cher-
•chent avec bonté & fimplicité de
coeur.L'opinay bien du voftre dans
1
>
1
GALANT. 143
2
J cette rencontre , où vous me parlaftes
avec beaucoup de probité.
Vousy loüaftes la mienne , & ce que
j'aioutay vous en paru plein. Ce
fut quand je vous expofay la Communion
des Apoftres , & que je vous
prouvay qu'elle euft efté illufoire
s'ils n'avoient communié que par la
Foy ; car enfin , la Foy est un argument
des chofes qui ne paroiffent
point , & tout paroiffoit aux Apo
ftres, d'un cofté le Corps du Sauveur,
de l'autre du Pain tout pur felon
vous. Où pouvoient - ils donc exercer
leurfoy felon nous ? Ils l'exerçoient
en croyani le Corps du Sauveur du
Monde , comme nous le croyons placé
fous les apparences du Pain. Quoy
que cetteraifon demeuraft fans une
feule replique , je la confirmay par
ces paroles de S. Paul , qui attri
buent les mauvaises Communions ,
à ce qu'on n'y difcerne pas le
344
MERCURE
d'une
Corps du Seigneur. Nous tombâ
mes d'accord que ce difcernement fe
faifoit par la Foy, & j'en tiray cette
confequence ; donc la Foy fuppofe la
prefence réelle du Fils de Dieu dans
la Cene , comme mon ailfuppofe les
couleurs dans les objets ; car enfin,
fila Foy difcerne le Corps du Fils de
Dieu dans la Cene, ily eft donc , puis
qu'on ne difcerne pas des chofes qui
nefont point , & nousfinifmes noftre
Converfation par des marques
mutuelle eftime. I'en ay pour vous ,
Monfieur , une tres-particuliere , &
je fouhaite que mon Entretien ait
avec vous le mefme fuccés qu'il aeu
dans Chafteaudun , avec une Veuve
de voftre Religion , qui a profeſſé la
noftre. Il n'est pas honteux à un homme
d'eftre touché par les raifonnemens
qui touchent certaines Fem
mes. Vous fçavez que les ames n'ont
point defexe , & que ce n'estpas la
1
difference
GALANT. 145
difference des corps , mais des coeurs
& des efprits , qui nous fait valoir
auprés de Dieu. Il a répandu fon
Efprit autrefois fur Anne , fur Hol-
= da , &fur Debora , qui prophetife
rent à l'exclufion des Hommes , &
dernierement encore Madame de l
Ferté acheva ce que plufieurs Ecclefiaftiques
& moy n'avions pû finir
avec Madame Maillot , qu'elle
a envoyée à Chatres pour fe convertir.
Vous connoiffez fans doute
Madame de la Ferté , qui a des
- Freres chez Monfieur le Prince &
= chez Madame la Princeffe de
Brunfvvic , qui tiennent les premieres
Charges , comme vous avez
des Proches qui tiennent les premiers
rangs dans la Maifon du
Ray & Monfieur de la Ferté a
L'honneur d'appartenir à Madame
la Marefchale de Caftelnau , com-
Ianvier 1686 . G
846 MERCURE
me vous appartenez à Monfieur
le Marquis de Dangeau , dont les
lumieres vous garantiffent l'exemple.
Suivez-le , je vous en conjure
fous le Regne de LOUIS le Grand,
qui a le coeur d'un Pere , & la tefte
d'un Roy. Son caur eft auffi grand
que fon nom , & fa tefte fait bonneur
à la Couronne, Fiez vous en
à fes connoiffances , qui l'empef
chent de fe tromper , & àsa probité
, qui l'empefche de tromper les
autres. Ie ne vous trompe point mojmefme
, quand je vous affeure que je
fuis avec un respect tendre & fing
cere , voftre , &c.
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Résumé : A MONSIEUR DE LA GATELINIERE.
La lettre relate une discussion théologique entre deux individus concernant le mystère de l'Eucharistie. L'auteur exprime sa reconnaissance pour une rencontre avec Monsieur de La Gatellinière, au cours de laquelle ils ont débattu du sacrifice du Fils de Dieu et du mystère eucharistique. Monsieur de La Gatellinière remet en question la présence réelle du corps du Christ dans l'Eucharistie, tandis que l'auteur soutient que Jésus a parlé littéralement lorsqu'il a affirmé que le pain est son corps, distinguant ainsi les paraboles de l'institution des sacrements. La conversation aborde également les paroles de Jésus à Capharnaüm, où il déclare que sa chair ne sert à rien sans l'esprit. L'auteur en conclut que Jésus établit effectivement sa présence corporelle dans l'Eucharistie. Monsieur de La Gatellinière, bien qu'il reconnaisse la sincérité de l'auteur, préfère rechercher la vérité à travers divers ouvrages. L'auteur rétorque que le cœur est le meilleur moyen de recevoir la vérité, en la demandant à Dieu avec simplicité et bonté. Le texte met en avant que la foi permet de discerner le corps du Christ sous les espèces du pain, comparant cette perception à celle des couleurs. La lettre mentionne également une rencontre avec une veuve convertie et évoque des exemples bibliques de femmes prophétesses. Elle se termine par une exhortation à suivre l'exemple du Marquis de Dangeau et par des marques de respect et de sincérité envers l'interlocuteur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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185
p. 146-189
Suite de l'article des Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Cette Lettre ne sçauroit estre que d'un tres-grand poids pour [...]
Mots clefs :
Religion prétendue réformée, Abjurations, Conversions, Religion catholique, Religionnaires, Erreur, Hérésie, Roi, Nouveaux convertis, Évêques, Zèle, Protestants, Lieutenant, Parole, Calvin, Famille, Duchesse, Charité, Parlement, Instruction, Bénédiction, Lumière, Dogme, Arrêts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de l'article des Conversions, [titre d'après la table]
Cette Lettre ne fçauroit eſtre
que d'un tres-grand poids pour
tous ceux , qui fans fe laiffer
préocuper, examineront de bon.
ne foy le raifonnement dont
GALANT. 147
l'Autheur fe fert pour combaire
la fauffe Doctrine des Calviniftes
, mais fi les uns contribuent
aux Converfions en écrivant , les
autres à qui leur rang donne le
pouvoir d'agir , ont des fuccés
tres avantageux des foins qu'ils
prennent à détruire l'Herefie.
Monfieur l'Evefque d'Auxerre
fçachant les difpofitios où étoient
les Pretendus Reformez de la
Charité , prit le deffein de s'y
rendre , afin d'achever ce que
les premieres Inftructions qu'ils
E avoient receuës , avoient heureuſement
commencé. Dom Alfonfe
Belin , Prieur Clauftral &
Grand Vicaire de la Charité , dont
ma Lettre d'Avril 1682. vous a
fait connoiltre le zele pour les
intereſts de la Religion Catholi
que , ayant efté averty du jour
G2
148 MERCURE
que ce Prelat devoit arriver , alla
au devant de luy à trois lieues de
là, & l'attendit à Pouilly , Ville dépendente
du Prieuré . Il le reccut
à la defcente de fon Caroffe , &
luy dit qu'il le venoit affeurer de
la joye que fon arrivée caufoit à
tous les bons & vrais Catholiques
, qui ne doutoient point
qu'en venant dans fa Ville de la
Charité , Ville confacrée à la
Vierge depuis plus de douze
fiecles , mais infectée malheureufement
de Dogmes de Calvin
, qui s'y étoient confervez
avec plus de force qu'en aucune
Ville du Royaume , il n'étoufaſt
cette Hydre maudite en luy arrachant
toutes les teftes , Monfieur
l'Evefque d'Auxerre partit de
Pouilly avec ce zelé Prieur , qui
l'accompagna jufques à la ChaGALANT.
149
rité , à une lieuë de laquelle Ville
il fut falué par plus de fix cens
Habitans qui s'eftoient mis fous
les armes. A cinquante pas de
la Porte de la Ville il fut receu
de tout le Clergé revêtu
de Chapes , & conduit proceffionnellement
dans la Ville.
Les Echevins estoient à l'entrée
, ayant à leur tefte Monfieur
Jouilly qui le harangua .
= Eftant arrivé à la porte de l'Eglife
de Noftre - Dame , il y fut
complimenté par Dom Charles
de la Moure , Prieur Clauftral
des Religieux Réformez
O du Prieuré qui l'accompa
gnoient en Chapes. Ils le conduifirent
jufqu'au Grand Au-
Etel en chantant le Te Deum , &
delà par les Cloiftres jufqu'au
Chateau Prieural , où Mon-
G
3
150 MERCURE
fieur le Lieutenant General luy
vint faire compliment , accompagné
de tous les Officiers de
Juftice. Le lendemain tout le
Clergé , avec les Peres Recolets,
le vint prendre proceffionnelle .
ment dans le Chafteau , & le
conduifit par la petite porte de
Noftre - Dame jufque dans la
Paroiffe de Sainte Croix , qui
occupe l'un des Collateraux de
cette Eglife. Ce Prelat apres
avoir fait quelques Prieres´ , &
donné la Benediction à tout le
Peuple, prit place dans un Fauteüil
, & fit un Difcours auffi
pieux que fçavant. Il expliqua
le fujet de ſa venuë avec tant
de grace & d'éloquence , qu'il
n'y eut perfonne dans tout l'Auditoire
qui n'en demeuraft charmé.
Les Religionnaires qui
GALANT.
étoient venus l'entendre en
tres - grand nombre , furent penetrez
de fes lumieres , & ouvrant
les yeux à la verité , ils ne fongerent
plus qu'a fe faire inftruire.
Ils furent fortifiez dans ces
fentimens par quantité de Sermons
de Controverfe que l'on
fit foir & matin , & dans lesquels
on éclaircit avec tant de netteté
les Articles conteftez , qu'ils
furent entierement convaincus
des Erreurs où les avoit engagez
le malheur de leur naiffance.
Ainfi ils n'eurent aucune
peine à les abjurer , & Monfieur
l'Evefque d'Auxerre , après avoir
fait un mois de fejour dans la
Charité , eut la confolation de
n'y laiffer en partant aucun
Religionnaire. Plufieurs Gentilhommes
des environs firent
G4
152 MERCVRE
auffi Abjuration avec toutes
leurs Familles , & ce change.
ment , quoy que general , fut
fi volontaire , qu'on n'abjuroit
que fur des convictions
ne laiffoient aucune chofe à
répondre.
de
-
que
La Converfion des Proteftans
n'eft pas toujours refervée aux
hommes Apoftoliques ; on voit
des Perfonnes du premier rang y
contribuer de toutes leurs forces;
& ce que Madame la Ducheffe
Meckelbourg a fait dans la
Ville de Chatillon fur Loing ,
dont elle eft Dame , en pourra
fervir de preuve. Elle a chaffé
l'Herefie d'un lieu qui fut le refuge
des Pretendus Reformez
du temps du Grand Amiral de
Chatillon. l'un de leurs principaux
Chefs , & Dieu a permis
LE
153
GALANT.
chu
qu'elle foit entrée dans la Maiſon
de Chatillon , en époufant en
premieres Noces le Perit-fils de
cet Amiral , afin qu'elle confondift
l'Here fie que fes Predeceffeurs
avoient établie dans fes
Terres. Il femble que ce privilege
luy eftoit deu , & qu'il
appartenoit particulierement à
une perfonne qui defcend du
premier Baron Chreftien , de
faire des action Chreftiennes.
Madame la Ducheffe de Meckelborg
eft de l'illuftre Maiſon de
Montmorency , qui a donné le
premier Baron Chreftien que la
France ait eu , puis qu'il fe fit
baptifer fous le Regne de Clovis.
Elle a épousé en fecondes Noces
1 Monfieur le Duc de Meckelbourg
Prince de l'Empire ,Souve
sain de fort grands Etats , & qui
G
S
154
MERCURE
la
tire fon origine des anciens
Rois des Vandales. Ce Prince
qui a fait paroistre depuis longtmps
l'amour qu'il a pour
Frince , a efté jufqu'à Chatillon
admirer avec tous ceux du
Pays lé zele & l'ardente piete
de cette illuftre Ducheffe. Elle
rencontra d'abord des Efprits fort
peu traitables , & un courage
moins grand que le fien auroit
peut - eftre abandonné l'entreprife.
Mais comme elle a le talent
de fçavoirgagner les coeurs , elle
a tout mis en ufage , & pour
avoir plus de force , elle a eu recours
à la parole de Dieu ,qui d'un
feul coup terraffe fouvent les
plus obſtinez. Pour cela elle
demanda à Monfieur l'Archevefque
un certain nombre de
Preftres de l'Oratoire des plus
GALANT. 155
·
experimentez , & armée de la
Benediction de fon Prelat , de la
Protection du Roy , & de la
Doctrine de ces faints Miffionnaires
, elle alla fondre fur les
Ennemis de l'Eglife , refugiez
depuis fi long temps dans Chatillon.
Ses deffeins ont réüffi , &
elle eft venue à bout de la réfiftance
qu'elle avoit d'abord trou
vée . Comme ces fortes de Converfions
font toûjours foibles
dans leur commencement
, quand
le bon exemple ne les foutient
pas , cette Princeffe a fondé dans
la Ville , & dans la mefme maifon
où les Religionnaires fai
foient leur Gollege , un Monaftere
de la Congregation
de
l'Adoration perpetuelle du Saint-
Sacrement , & a voulu que l'Eu
chariftic , qui avoir efté pref
G G
156 MERCURE
que inconnue
, & toûjours
niée
en ce lieu là , y receuft des honneurs
continuels
par les plus
faintes & les plus exemplaires
Filles de l'Ordre de Saint Benoift.
१
Je ne puis marquer affez fortement
combien on a efté fatisfait
dans toute la Ville des témoignages
de bonté que cette
Princeffe a rendus à tout le monde
dans cette importante occafion
. Elle confoloit tendrement
les uns , pendant qu'elle foulageoit
les autres par fes liberalitez
. Sa Maiſon eftoit le lieu de
la magnificence , & en mefme
temps de l'Affemblée des Fidelles.
Elle a tenu Table ouverte
pendant deux mois , fa charité
la faifant eftre toute à tous , infatigable
au travail , vigilante
pourles autres ; & humble dans
.
GALANT. 157
"
elle mefme . Meffieurs les Chanoines
de Chatillon , auffi bien
que les Preftres de l'Oratoire
dont je viens de vous parler, l'ont
fecondée avec tant de zele &
-de ferveur dans ce grand Ouvrage
, qui n'y a plus aujourd'huy
de Religionnaires
dans la
Ville. Il en fortit quelques - unsi
des plus obftinez lors qu'elle y
fut arrivée . On croit qu'ils y font.
rentrez depuis ce temps- là , &
apparemment
ils fe feront convertis
comme tous les autres.
On ne peut affez louer le zele
de Monfieur
l'Evefque
d'Orleans
, pour la Converfion
des
Pretendus
Reformez
de fon
Dioceſe . Ses foinsont
efté infatigables
, & la pieté tout - à - fait
édifiante
. Auffi n'a - t- on jamais
veu de Nouveaux
Convertis
158 MERCURE
montrer plus d'ardeur pour la
Religion Catholique . Ils fe trouvent
dans les Eglifes à tous les
Offices & à tous les Sermons , &
on diroit qu'ils l'ont toûjours
profeffée , tant leur Devotion
eft exemplaire & fervente.
Il faut vous tenir parole fur
l'Article d'Alençon . On n'en
peut parler fans donner à Madame
la Ducheffe de Guife les
honneurs qui luy font dûs. La
pieté de cette Princeffe , fa ver
tu , fes follicitations , fes Aumônes
fecretes , & les manieres
honneftes & familieres de
traiter avec le Peuples, y avoient
déja fervy à convertir beaucoup
de perfonnes avant que les dernieres
volontez du Roy euffent
efté expliquées. Monfieur de
Bouville Intendant de cette GeGALANT.
1599
neralité , ayant receu ordre de
les faire entendre , fit avertir le
Maire & les Echevins de faireaffembler
à l'Hotel de Ville
tous ceux qui fuivoient la Religion
Pretenduë Reformée. Il
s'y rendit accompagné de Monfieur
Boulmier , Lieutenant General
du Bailliage ; de Monfieur
de Planches Buhaire , Confeiller
au Prefidial , premier Echevin
, & de Monfieur des Chefnes
Echevin , & Lieutenant General
des Eaux & Forefts. Les
Pretendus Reformez Y eftant
venus en tres - grand nombre ,
Monfieur l'Intendant leur fit un
Difcours auffi éloquent que pa--
thetique. Il dit qu'il leur avoit
déja fait connoiftre la bonté que
Sa Majesté avoit pour eux ; que
par une tendreffe vrayment pa
160 MERCURE
ternelle Elle , fouhaitoit qu'il n'y
euft plus dans tout fon Royaume
que la Religion Catholi
que , Apoftolique & Romaine ,
qui eftoit celle que le Sauveur
du Monde avoit uniquement
établie ; qu'il les avoit fait affembler
pour fçavoir d'eux s'il ne
vouloient pas fe rendre à des
Veritez qu'ils ne pouvoient contefter
fans fe vouloir aveugler
eux mefmes , qu'il efperoit qu'il
ne fe trouveroit point parmy eux
d'opiniâtres , & qu'il les prioit
de leur dire publiquement quelle
réfolution ils avoient formée . Un
d'entre eux , nommé Monfieurla
Chambre Billon , prit la parole
pour toute l'Affemblée , &
demanda un temps confiderable
pour répondre à la Propofition
de Monfieur l'Intendans,
GALANT 161
>
parce qu'ils ne pouvoient encore
avoir d'autre fentiment
que celuy de vivre , & de mourir
dans leur Religion , & que
pour luy il eftoit fort refolu
de la profeffer jufqu'au dernier
moment de fa vie. Un Gentil
homme appellé Monfieur
Dormans ayant fait une pareille
déclaration Monfieur
l'Intendant fe retira aprés les
avoir exhortez tout de nouveau
à feconder les bonnes intentions
du Roy , & leur avoit encore
donné quelques jours pour s'y
preparer. Peu de temps aprés
qu'il fut retourné chez-luy , la
plus grande partie de la Nobleffe
de cette Religion , alla le trouver
, & eut avec luy une longue
Conference aprés laquelle
quantité d'entre eux luy don
>
162 MERCURE
ހ
nerent parole de fe convertir-
Pendant ce temps un faint mouvement
agitoit toute la Ville .
Les Catholiques tâchoient d'engager
leurs Parens Religionnai
res à fe faire inftruire , & ' les
Amis faifoient la mefme choſe à
Fégard de leur Amis . Il y en avoit
d'autres qui agiffant par un pur
motif de charité , & regardant
tous les Chreftiens comme leurs
Freres , ne s'attachoient qu'à
combattre l'erreur des plus obftinez
. Monfieur l'Abbé de
Grancey s'attira beaucoup d'eftime
, par la maniere toute pleine
de ferveur dont il s'employa pour
les convaincre. MonfieurRicher
Tréforier de France, fit paroiftre
auffi un zele extraordinaire . Il
alloit de maifon en maiſon exhorter
les Heretiques , & jo
GALANT.
163
gnoit à cette ardeur toute fainte
une profonde fageffe , & une
Féloquence perfuafive dont il
eftoit mal aifé de ſe deffendre.
Monfieur Deſchenes agiffoit de
fon coté avec un pareil empreffement
, & le fuccez répondit
à tous les foins . Je vous ay parlé
de luy dans mes Lettres des mois
de May , & de luin dernier àl'occafion
de Monfieur Larpant
Miniftre de Sez , pour lors nouvellement
converty qu'il preſenta
à Sa Majesté . Le Roy luy
ayant marqué qu'il luy feroit
agreable qu'il continuaft de
procurer des Converfions , il s'y
eftoit appliqué avec une extreme
vigilance , & quand Monfieur
l'Intendant vint à Alençon,
il n'y avoit que huit jours qu'il
avoit heureufement travaillé à
164
MERCVRE
convertir trois Gentilshommes
leurs Femmes & leurs Enfans , qui
eftoient en fort grand nombre, ils
eftoient de la Paroiffe de Resperoux
à cinq lieuës d'Alençon.
Le mefme jour que Monfieur
de Bouville fit affembler
tous les Proteftans , il alla dans
plufieurs Maifons de la Ville ,
où il preffa les plus remarquables
des Pretendus Reformez
de renoncer à Calvin . Il
leur parla d'une maniere tresperfuafive
, & leur apporta de
fi folides raifons , qu'ils ne purent
luy répondre. Il les engagea
à venir des le foir mefme
chez Monfieur Chenard , Curé
de la Ville , qui les receut comme
les Apôtres recevoient ceux
qui fe prefentoient pour fe fais
re Baptifer , & eftre incorpoGALANT.
165
1
-rez dans l'Eglife , c'eft à dire ,
avec une bonté toute remplie
de tendreffe . Il leur expliqua
tous nos Myſteres , & les fit
entrer dans le fens de l'Ecriture,
en forte qu'ils n'avoient aucun
fujet de douter qu'en fe faifant
Catholiques ils n'embraffaffent
la feule Religion , dans
laquelle on peut faire fon falut.
Il ne les quitta qu'à dix heures
du foir pour conferer avec un
Gentilhomme des plus endurcis
, avec lequel il paffa une
partie de la nuit . Le lendemain
Monfieur Defchenes animé
toûjours du mefme zele , alla
chez plufieurs du Confiftoire
, & en engagea quatre à
faire Abjuration , mais comme
la Profeffion de Foy qu'ils vouloient
faire luy parut conceuë
166 MER CVRE
en des termes captieux , il menagea
fi bien leurs efprits ,
qu'il les fit refoudre à voir le
Pere du Parc Recteur des Jefuites
, qui n'a pas moins d'érudition
que de douceur . Pendant
cette Conference il affembla
cinquante autres des plus
zelez proteftants , & les mená
encore à ce Pere qui eut befoins
de beaucoup de patience
& d'autant de lumieres
qu'il en a , pour les faire convenir
de leurs erreurs . Ils furent
enfin contraints de les
avoüer , & les abjurerent auffitoft
entre les mains de cét
habile Recteur. Le mefme jour
Monfieur Defchefnes luy mena
encore quatre - vingt Religionnaires
, parmy lelquels il y avoit
des Apciens du Confiftoire
GALANT. 167
furent ac
des Lecteurs , & des Gens qui
avoient efté propoſez pour eſtre
Miniftres . Ces deux actions donnerent
on fi heureux mouvement
à la grande affaire dont il
s'agiffoit , que Monfieur Chepard
Curé d'Alençon , les Peres
Jefuites , & le Pere Gardy de
L'Oratoire , qui avcient beaucoup
de Parens parmy les Pretendus
Reformez
cablez par la quantité d'Abjurations
qu'ils receurent depuis le
Lundy jufqu'au Vendredy que
toute la Ville fut convertie . Ce
qu'il y eut de fort furprenant ,
que Monfieur de la Chambre
Billon qui avoit paru un des
plus opiniatres
& qui avoit
porté la parole pour les autres en
parlant à Monfieur l'Intendant,
fut un des premiers à fe converc'eft
›
768 MERCURE
tir , & il abjura de fi bonne foy ;
que le Dimanchefuivant s'eftant
trouvé à l'inhumation de Monfieur
de la Ruë , Chirurgien, fon
beau - Pere , pareillement nouveau
Converty , il donna au
Corps de l'eau bénifte , alla à
l'Offerte , & entendit la Meffe à
genoux ayant toûjours les mains
jointes. Ileft aifé de juger par
là jufques où va la ferveur des
nouveaux Convertis , qui n'étoient
ny Ancien , ny auffi attachez
que luy aux Erreurs qu'on
leur a fait reconnoiftre . L'on
travaille avec un grand foin à l'afermiffement
de la Religion qu'ils
ont embraffée . Monfieur Chenard
fait faire tous les Mardis des
Controverfes dans fon . Eglife
par le Pere du Parc , & tous les
Jeudis par le Pere Efpric de
Roüen,
GALANT. 169
Rouen , Capucin ; & le meſme
Curé explique tous les Samėdys
les Ceremonies de l'Eglife , &
prefche tous les Dimanches fur
les Articles de foy , ce qui eft
tout à fait édifiant pour ces nouveaux
Catholiques. On peut
voir par toutes ces chofes , que
tant de Converfions ne font duës
qu'à la profonde érudition de
ceux qui ont donné leurs foins
à les procurer fous les ordres de
nôtre Augufte Monarque , qui
eft feul caufe de cette grande
Revolution , fi avantageuſe à la
veritable Eglife.
Le nombre des Proteftans eft
auffi beaucoup diminué à fviers ,
où il y avoit trois cens perfonnes
de marque converties au commencement
de ce mois. Je n'en
ay eu aucunes nouvelles depuis
Ianvier 1686. H
170 MERCURE
,
ce temps - là ; mais il eſt à croire
que quantité d'autres ont fuivy
l'exemple de ces premiers . On
compte plufieurs Officiers parmy
ces nouveaux Convertis 82
entre autres le Capitaine Commandant
du Regiment du Maine;
Monfieur de Montveau , ancien
Lieutenat Colonel du Regiment
de Turenne ; Monfieur de Lory
fon Gendre ; Meffieurs de Mar.
chais & de la Porte , Gentils
hommes de Xaintonge dans la
Compagnie de Morton ; Monfieur
de Saint Aubin Interprete
des Langues ; Monfieur Herbin
Confeiller au Parlement de Mets,
avec fa Famille ; Madame Dozanne
, Veuve d'un Confciller;
& Monfieur de Vernicourt , auffi
Confeiller dans ce mefme Parlement.
La plufpart de ceux que
GALANT.
171
je viens de vous nommer , ont
fait Abjuration entre les mains
de Monfieur l'Evefque de Mets ,
fans y avoir efté portez que par
la pure connoiffance de la veriré.
On ne leur à pas mefme
prefenté d'autres armes que cel.
les dont elle eſt toûjours accompagnée
qui font des raiſons
fortes & folides , aufquelles il eft
impoffible de refuſer de ſe rendre
lorfque l'on conſent à les écouter.
,
Je vous ay fouvent parlé de
Monfieur Vilette , qui a fait la
fonction de Chef d'Eſcadre ces
deux dernieres années. C'eft un
Gentilhomme d'une des meilleures
Familles de Poitou , &
qui eft un fort bon homme de
Mer. Sa valeur eft connuë de
tout le monde , & il joint beau
H 2
172 MERCURE
>
coup d'efprit à beaucoup de
belles lettres. Il a fait Abjuration
depuis peu , en prefence
de Monfieur de Murcey fon
Fils aîné , Cornette des Chevaux
- legers de la Garde , & de
Monfieur le Prefident de Fontmort
fon beaufrere , entre les
mains de fon Curé , en fa maifon
de Murcey . Madame de
Caumon fa Soeur Femme
de Monfieur de Caumon Colonel
de Cavalerie , fe convertit
deux jours aprés luy , avec
Mefdemoiſelles de Caumon &
de Mayne fes Filles , par les
foins de ce mefme Prefident.
Ce qui doit furprendre dans
tout ce mouvement de Religion
, c'est qu'à l'heure que je
vous écris , il ne reste peut eftre
pas un Calvinifte dans les Pro
GALANT . 173
vinces qui en ont efté le plus
remplies , comme dans le Lan .
guedoc & dans le Poitou . Auffr
faut-il avouer que Monfieur le
Duc de Noailles a efté infatiga
ble dans les foins continuels qu'il
apris pour en pour en purger
tout le Languedoc . Il a efté dans
toutes les Villes , où il a jugé que
ſa preſence eftoit neceffaire , &
il a travaillé avec tant de zele ,
tant de prudence , & tant de
conduite , qu'il s'eft plus conver
ty de Miniftres dans ce feul Gou
vernement , que dans beaucoup
d'autres enfemble.
Je ne vous parleray point encore
ce mois cy des Conver
fions qui fe font faites à Rennes ,
à Nantes , & dans plufieurs autres
Villes , dont j'attens de jour en
jour quelques éclairciffemens
H
3
174 .
MERCURE
fur les Memoires qui m'ont efté
envoyez. Il s'en fait toûjours
icy de fort remarquables , & c'eft
ce qui abat entierement le party
des Proteftans . En effet , plus les
perfonnes qui fe convertiffent
font diftinguées , & fur tout par
leur efprit , plus ces Converfions
font utiles à l'Eglife , rien ne
marquant plus la fauffeté de la
Religion de Calvin , que quand
des gens éclairez dans les Dogmes
de cette Religion , aprés
avoir bien examiné ce que la
Catholique oblige de croire
demeurent d'accord des erreurs
de l'une , & des veritez de l'autre.
Monfieur Perachon peut
eftre mis au nombre de ceux ,
dont les fentimens doivent fervir
de décision . Auffi fa Converfion,
qui eft le fruit d'un long Exa
*
4
GALANT. 175
a
S
men , a - t - elle eſté un exemple
que beaucoup d'autres n'ont
point balancé à fuivre , & cette
raifon m'engage à entrer pour
luy dans quelque détail qui vous
le faffe connoiftre . Il eſt d'une
des plus anciennes Familles de
la Province du Lionnois , origi
naire de Piémont , & dont plu
fieurs Hiftoriens ont fait la Genealogie.
Il a excellé dans les
Bareaux de Grenoble & de Paris
, & Monfieur Baffet Doyen
des Avocats du Parlement de
Grenoble , lluuyy aa donné de
grandes louanges dans fon Recueil
d'Arrefts. Il a efté député
pendant plus de dix années des
Eglifes Pretenduës Reformées
des Provinces de Dauphiné ,
Lionnois & France , par les
Nominations des Synodes , &
H
4
176 MERCURE
a donné divers Ouvrages au
Public , qui ont efté imprimez
plufieurs fois en France & en
Hollande . Son efprit a paru
dans plufieurs Academies de
belles Lettres , où il avoit efté
fouhaité , & plufieurs Autheurs
parlent des Eloges qui luy ont
efté donnez fur l'heureux talent
qu'il a d'écrire également bien
en Vers & en Profe . 11 eft tresprofond
dans beaucoup de connoiffances
, & fçait jufqu'à dix
Langues , furquoy on pourroit
produire en fa faveur des témoignages
fort avantageux. Il
a voyagé dans toutes les Cours
de l'Europe , & en connoist
affez les interefts pour y fervir
la Religion & l'Eftat. Il a travaillé
, & travaille encore tous
les jours aux Converfions des
GALANT. 177
Heretiques , & fon Ajburation
en a mis beaucoup dans la vel
ritable voye. L'ardeur qu'il a de
fervir à l'édification des nouveaux
Convertis , l'a engagé à
faire depuis peu des Traductions.
des plus belles Hymnes de l'Eglife
, que Sa Majesté a honorées
de fon approbation .
Monfieur Sonnet & Monfieur
dé Boully celebres Avocats , fe
font auffi convertis ; ainfi que
Meffieurs Janniffon & Baftide ,
gens tres éclairez , & des Anciens
de Gharenton . Ce dernier
eft Frere du Miniftre de
Blois.
·
Le Pere Alexis du Buc Theatin
, a auffi receu plufieurs Abjurations
pendant ce mois. Une
des plus remarquables , eft celle
de Mademoiſelle Bacalan , Filla
1
HS
178
MERCURE
de Monfieur Bacalan Seigneur
de Livron , Protecteur des Re
ligionnaires dans tout le Genevois.
Monfieur de Saint Hilaire ,
Lieutenant General de l'Artillerie
, & d'un merite fort diftingué
dans fon Employ , a fair
auffi
Abjuration , de mesme que
Monfieur Mangeot Medecin .
Quoy que ce dernier foit des
plus habiles dans cette profeffion
, il n'eft pourtant pas de la
Faculté de Paris , par une raifon
digne d'eftre remarquée , & fort
glorieufe à cette fçavante Facul
té. Non
feulement depuis quelques
années que l'on a receu
fort rarement des Pretendus Reformez
dans les autres Corps ,
mais mefme depuis que le Calvinifme
a
commencé à régner
GALANT. 179
en France , elle n'a voulu rece-
I voir aucun Medecin Religion-
- naire , quoy que fouvent elle
en ait efté preffée par des Perfonnes
fi élevées par leur nail
fances , & par le credit qu'elles
avoient dans l'Eftat , que la demande
qu'on luy en faifoit fern
bloit plûtoft un ordre ablolu
qu'une priere. Cependant nolle
authorité , quoy que fuperieure,
n'a jamais pû l'engager à y confentir
; ce qui eft aujourd'huy
affez digne de remarque , puif
que fi les autres Corps avoient
eu autant de fermeté , l'Here fie
n'auroit pas pris de fi profondes.
racines , & on l'auroit pû détrui
re plus facilement .
Ceux qui viennent encore
d'y renoncer font Madame
la Marquife de Tuigny Verdel-
H 6
180 MERCURE
les , de la Maifon de Martel , &
Mademoiſelle Chabot . Le nom
de Chabot , marque affez que
cette Demoiselle eft d'une Famille
où les erreurs de Calvin
eſtoient devenuës hereditaires ;
& fa Converfion doit faire connoiftre
plus qu'une autre , la
fauffeté de la Religion qu'elle
quitte.
Prefque tous les Proteftans
qui eftoient dans les Troupes de
Sa Majefté , fe font convertis. Ils
l'ont fait de bonne grace , & feulement
par ce qu'ils ont efté convaincus
que l'Eglife Catholique
eft la veritable Eglife . La plufpart
ont refufé les Penfions dont
le Roy a voulu les gratifier aprés
leur Converfion
, ce monarque
ne s'eftant point expliqué auparavant
fur cette Royale liberaliGALANT.
181
té , afin qu'il n'y euft que la feule
connoiffance de la Verité qui
les portaft à fe convertir. Ceux
qui n'ont rien voulu accepter ,
l'ont fait par une delicateffe de
confcience , car ce n'eft pas à
dire que les autres , dont l'intention
n'a pas efté intereffée en fe
convertiffant , n'ayent pû recevoir
les Bienfaits dont ils ont efté
honorez .
Je ne dois pas oublier de vous
marquer une chofe finguliere
touchant les Converfions . Monfieur
Mahais , Miniftre de l'E .
glife d'Orleans , s'eftant conver
ty y a déja quelque temps ,
Monfieur de la Bufiere , fon Pere
, Ancien de Charenton , nele
voulut point voir , ny permettre
méme qu'il entraft chez luy . Ce
Pere obftine ayant eſté relegué
182 MERCURE
à Bourges depuis la Révocation
de l'Edit de Nantes , Monfieur
Mahais , dont il ne pouvoit foufrir
la prefence , l'eft allé trouver
, & luy a fait voir fi clairement
les erreurs de fa Religion,
qu'il l'a obligé d'y renoncer . On
peut dire que rien n'eft plus fincere
qu'une pareille Converfion
, puis qu'elle fe fait entre
des Gens qui fçavent à fond de
quoy il s'agit , & qui peuvent
demeurer d'accord entre - eux du
peu de force qu'avoient les raifons
qu'une préocupation trop
aveugle leur faifoit oppofer à des
Veritez inconteftables.
Quoy que je pûffe encore
vous parler de plufieurs autres
Perfonnes qui fe font converties
icy depuis un mois , je n'entreray
pas neanmoins dans un
GALANT. 183
plus ample detail , faute de temps;
& de place , je vous diray feulement
que l'ardeur avec laquelle
les premiers Magiftrats
de cette grande Ville travaillent
aux Converfions , en produit
beaucoup Monfieur le Premier
Prefident fe donne la peine d'aller
luy- mefme dans les Prifons
où il fçait qu'il y a des Religionnaires
, & avec un zele remply
de ferveur , & une fainte éloquence
, il fçait fi bien les convaincre
de leurs erreurs , qu'ily
en a peu qui n'y renoncent . Il
prend le foin de les faire inftruire
, & il eft lay-mefme le témoin
de leur abjuration . Monfieur de
la Reynie , Lieutenant General
de Police , & Monfieur Robert',
Procureur du Roy au Chaftelet,
n'agiffent pas avec moins d'ar
184 MERCURE
deur pour les mefmes interefts .
Une prudente vigilance éclate
dans le zele qui les anime , &
tout cela eft accompagné d'une
bonté fi touchante , & de raifons
fi folides , qu'il eft difficile
de n'en eftre pas perfuadé. Je
ne parle point de Monfieur l'Archevefque
de Paris , de Monfieur
l'Evefque de Meaux , &
du Pere de la Chaiſe . Leurs
lumieres font fi connues auffibien
que la force de leur éloquence
, que perfonne n'ignore
qu'il ne leur échape que ceux
qu'une obftination invincible
empefche de les écouter. On
rend fort fouvent dans nos Eglifes
des graces à Dieu du grand
nombre de Converſions qui fe
font
, & le 14. de ce mois il y eut
Benediction à Saint Sauveur par
GALANT. 185°
Monfieur le Nonce , en Action
de Graces fur l'Extirpation de
l'Herefie . Monfieur l'Abbé Billet
y prefcha avec un fuccés qui
luy fut tres glorieux.
On a eu avis que Madame de
Berchoffen , Femme du Gou
verneur de la Ville & Principauté
d'Orange , s'y eft convertie
avec fa Fille au mois de Novembre
dernier , Elle a encore
deux autres Enfans . Elle eft Fille
de Monfieur Charles de Vethieux
, Confeiller au Parlement
de Grenoble , mort en 16o . Il
laiffa un Fils qui fe fit Catholique
l'année fuivante . Il eſt Prêtre
, & demeure à Lyon depuis
27. ans . Il y en a trente que la
Dame dont je vous aprens la
Converſion , eft mariée .
On a remarqué prefque dans
186 . MERCVRE
toutes les Villes , que les Femmes
ont toûjours efté les dernieres
à recevoir les Instructions
qu'on a voulu leur donner . Elles
s'apuyent fur le préjugé de leur
naiffance , qui leur fait fermer
l'oreille à tout ce qu'on peut leur
dire pour les convaincre de la
verité,& il y en a quelques- unes
qui voyent leurs Maris fe convertir
, fans que leur exemple les
puiffe obliger à renoncer à l'Erreur.
Comme l'obftination avec
laquelle elles font gloire de fe
diftinguer , met de la divifion
dans les Familles , & empefche
ou retarde la Converfion de
leurs Enfans , le Roy voulant y
pourvoir , a déclaré par un Edit
qui vient d'eftre publié , qu'il
veut que les Femmes des Nouveaux
Catholiques qui refufeGALANT
-187
ront de fuivre l'exemple de leurs
Maris ; ainfi que les Veuves qui
perfifteront dans la Religion
Pretenduë Reformée un mois
aprés l'enregistrement & la
publication de cet Edit , demeurent
décheües du pouvoir de difpofer
de leurs Biens , foit par
Teftament , Donation entre vifs,
Alienation ou autrement. A l'égard
de l'Ufufruit des Biens qui
pourront leur avenir , ou leur
eftre écheus par les Donations
que leurs Maris leur ont faites
par Contract de Mariage
ou entre - vviiffss , des Douaires ,
Droits de fucceder en Normandie
, Augmens de Dot , Habitations
, Droit de partager la
Communauté , Préciputs , & tous
autres avantages qui leur auront
efté faits par leurs Maris , l'in
188 MERCVRE
>
ris , l'intention de Sa Majesté
eft que tout cela appartienne à
leurs Enfans Catholiques , fuis
vant la Difpofition des Coûtumes
& à leur defaut aux
Hôpitaux des Villes les plus
proches de leur demeure ordinaire
, fans que cette peine puiffe
eftre declarée comminatoire ,
& fans préjudice de la proprieté
qui appartiendra aux Heritiers
Catholiques des mefmes Femmes
ou Veuves , lors qué leurs
Succeffions feront ouvertes , &
en cas qu'elles n'ayent d'ail
leurs aucun Bien pour fubfifter
, il leur fera pourveu d'Alimens
par les Juges , felon
que le cas l'exigera . Quoy que
tous ces Droits leur foient oftez
par l'Edit dont je vous parle ,
il fera en leur pouvoir d'y ren-
?
"GALANT. 189
î
trer , en abjurant la Religion
Pretenduë Reformée , & faiſant
enregistrer l'Acte de leur Abjuration
au Greffe de la plus proche
Juſtice.
que d'un tres-grand poids pour
tous ceux , qui fans fe laiffer
préocuper, examineront de bon.
ne foy le raifonnement dont
GALANT. 147
l'Autheur fe fert pour combaire
la fauffe Doctrine des Calviniftes
, mais fi les uns contribuent
aux Converfions en écrivant , les
autres à qui leur rang donne le
pouvoir d'agir , ont des fuccés
tres avantageux des foins qu'ils
prennent à détruire l'Herefie.
Monfieur l'Evefque d'Auxerre
fçachant les difpofitios où étoient
les Pretendus Reformez de la
Charité , prit le deffein de s'y
rendre , afin d'achever ce que
les premieres Inftructions qu'ils
E avoient receuës , avoient heureuſement
commencé. Dom Alfonfe
Belin , Prieur Clauftral &
Grand Vicaire de la Charité , dont
ma Lettre d'Avril 1682. vous a
fait connoiltre le zele pour les
intereſts de la Religion Catholi
que , ayant efté averty du jour
G2
148 MERCURE
que ce Prelat devoit arriver , alla
au devant de luy à trois lieues de
là, & l'attendit à Pouilly , Ville dépendente
du Prieuré . Il le reccut
à la defcente de fon Caroffe , &
luy dit qu'il le venoit affeurer de
la joye que fon arrivée caufoit à
tous les bons & vrais Catholiques
, qui ne doutoient point
qu'en venant dans fa Ville de la
Charité , Ville confacrée à la
Vierge depuis plus de douze
fiecles , mais infectée malheureufement
de Dogmes de Calvin
, qui s'y étoient confervez
avec plus de force qu'en aucune
Ville du Royaume , il n'étoufaſt
cette Hydre maudite en luy arrachant
toutes les teftes , Monfieur
l'Evefque d'Auxerre partit de
Pouilly avec ce zelé Prieur , qui
l'accompagna jufques à la ChaGALANT.
149
rité , à une lieuë de laquelle Ville
il fut falué par plus de fix cens
Habitans qui s'eftoient mis fous
les armes. A cinquante pas de
la Porte de la Ville il fut receu
de tout le Clergé revêtu
de Chapes , & conduit proceffionnellement
dans la Ville.
Les Echevins estoient à l'entrée
, ayant à leur tefte Monfieur
Jouilly qui le harangua .
= Eftant arrivé à la porte de l'Eglife
de Noftre - Dame , il y fut
complimenté par Dom Charles
de la Moure , Prieur Clauftral
des Religieux Réformez
O du Prieuré qui l'accompa
gnoient en Chapes. Ils le conduifirent
jufqu'au Grand Au-
Etel en chantant le Te Deum , &
delà par les Cloiftres jufqu'au
Chateau Prieural , où Mon-
G
3
150 MERCURE
fieur le Lieutenant General luy
vint faire compliment , accompagné
de tous les Officiers de
Juftice. Le lendemain tout le
Clergé , avec les Peres Recolets,
le vint prendre proceffionnelle .
ment dans le Chafteau , & le
conduifit par la petite porte de
Noftre - Dame jufque dans la
Paroiffe de Sainte Croix , qui
occupe l'un des Collateraux de
cette Eglife. Ce Prelat apres
avoir fait quelques Prieres´ , &
donné la Benediction à tout le
Peuple, prit place dans un Fauteüil
, & fit un Difcours auffi
pieux que fçavant. Il expliqua
le fujet de ſa venuë avec tant
de grace & d'éloquence , qu'il
n'y eut perfonne dans tout l'Auditoire
qui n'en demeuraft charmé.
Les Religionnaires qui
GALANT.
étoient venus l'entendre en
tres - grand nombre , furent penetrez
de fes lumieres , & ouvrant
les yeux à la verité , ils ne fongerent
plus qu'a fe faire inftruire.
Ils furent fortifiez dans ces
fentimens par quantité de Sermons
de Controverfe que l'on
fit foir & matin , & dans lesquels
on éclaircit avec tant de netteté
les Articles conteftez , qu'ils
furent entierement convaincus
des Erreurs où les avoit engagez
le malheur de leur naiffance.
Ainfi ils n'eurent aucune
peine à les abjurer , & Monfieur
l'Evefque d'Auxerre , après avoir
fait un mois de fejour dans la
Charité , eut la confolation de
n'y laiffer en partant aucun
Religionnaire. Plufieurs Gentilhommes
des environs firent
G4
152 MERCVRE
auffi Abjuration avec toutes
leurs Familles , & ce change.
ment , quoy que general , fut
fi volontaire , qu'on n'abjuroit
que fur des convictions
ne laiffoient aucune chofe à
répondre.
de
-
que
La Converfion des Proteftans
n'eft pas toujours refervée aux
hommes Apoftoliques ; on voit
des Perfonnes du premier rang y
contribuer de toutes leurs forces;
& ce que Madame la Ducheffe
Meckelbourg a fait dans la
Ville de Chatillon fur Loing ,
dont elle eft Dame , en pourra
fervir de preuve. Elle a chaffé
l'Herefie d'un lieu qui fut le refuge
des Pretendus Reformez
du temps du Grand Amiral de
Chatillon. l'un de leurs principaux
Chefs , & Dieu a permis
LE
153
GALANT.
chu
qu'elle foit entrée dans la Maiſon
de Chatillon , en époufant en
premieres Noces le Perit-fils de
cet Amiral , afin qu'elle confondift
l'Here fie que fes Predeceffeurs
avoient établie dans fes
Terres. Il femble que ce privilege
luy eftoit deu , & qu'il
appartenoit particulierement à
une perfonne qui defcend du
premier Baron Chreftien , de
faire des action Chreftiennes.
Madame la Ducheffe de Meckelborg
eft de l'illuftre Maiſon de
Montmorency , qui a donné le
premier Baron Chreftien que la
France ait eu , puis qu'il fe fit
baptifer fous le Regne de Clovis.
Elle a épousé en fecondes Noces
1 Monfieur le Duc de Meckelbourg
Prince de l'Empire ,Souve
sain de fort grands Etats , & qui
G
S
154
MERCURE
la
tire fon origine des anciens
Rois des Vandales. Ce Prince
qui a fait paroistre depuis longtmps
l'amour qu'il a pour
Frince , a efté jufqu'à Chatillon
admirer avec tous ceux du
Pays lé zele & l'ardente piete
de cette illuftre Ducheffe. Elle
rencontra d'abord des Efprits fort
peu traitables , & un courage
moins grand que le fien auroit
peut - eftre abandonné l'entreprife.
Mais comme elle a le talent
de fçavoirgagner les coeurs , elle
a tout mis en ufage , & pour
avoir plus de force , elle a eu recours
à la parole de Dieu ,qui d'un
feul coup terraffe fouvent les
plus obſtinez. Pour cela elle
demanda à Monfieur l'Archevefque
un certain nombre de
Preftres de l'Oratoire des plus
GALANT. 155
·
experimentez , & armée de la
Benediction de fon Prelat , de la
Protection du Roy , & de la
Doctrine de ces faints Miffionnaires
, elle alla fondre fur les
Ennemis de l'Eglife , refugiez
depuis fi long temps dans Chatillon.
Ses deffeins ont réüffi , &
elle eft venue à bout de la réfiftance
qu'elle avoit d'abord trou
vée . Comme ces fortes de Converfions
font toûjours foibles
dans leur commencement
, quand
le bon exemple ne les foutient
pas , cette Princeffe a fondé dans
la Ville , & dans la mefme maifon
où les Religionnaires fai
foient leur Gollege , un Monaftere
de la Congregation
de
l'Adoration perpetuelle du Saint-
Sacrement , & a voulu que l'Eu
chariftic , qui avoir efté pref
G G
156 MERCURE
que inconnue
, & toûjours
niée
en ce lieu là , y receuft des honneurs
continuels
par les plus
faintes & les plus exemplaires
Filles de l'Ordre de Saint Benoift.
१
Je ne puis marquer affez fortement
combien on a efté fatisfait
dans toute la Ville des témoignages
de bonté que cette
Princeffe a rendus à tout le monde
dans cette importante occafion
. Elle confoloit tendrement
les uns , pendant qu'elle foulageoit
les autres par fes liberalitez
. Sa Maiſon eftoit le lieu de
la magnificence , & en mefme
temps de l'Affemblée des Fidelles.
Elle a tenu Table ouverte
pendant deux mois , fa charité
la faifant eftre toute à tous , infatigable
au travail , vigilante
pourles autres ; & humble dans
.
GALANT. 157
"
elle mefme . Meffieurs les Chanoines
de Chatillon , auffi bien
que les Preftres de l'Oratoire
dont je viens de vous parler, l'ont
fecondée avec tant de zele &
-de ferveur dans ce grand Ouvrage
, qui n'y a plus aujourd'huy
de Religionnaires
dans la
Ville. Il en fortit quelques - unsi
des plus obftinez lors qu'elle y
fut arrivée . On croit qu'ils y font.
rentrez depuis ce temps- là , &
apparemment
ils fe feront convertis
comme tous les autres.
On ne peut affez louer le zele
de Monfieur
l'Evefque
d'Orleans
, pour la Converfion
des
Pretendus
Reformez
de fon
Dioceſe . Ses foinsont
efté infatigables
, & la pieté tout - à - fait
édifiante
. Auffi n'a - t- on jamais
veu de Nouveaux
Convertis
158 MERCURE
montrer plus d'ardeur pour la
Religion Catholique . Ils fe trouvent
dans les Eglifes à tous les
Offices & à tous les Sermons , &
on diroit qu'ils l'ont toûjours
profeffée , tant leur Devotion
eft exemplaire & fervente.
Il faut vous tenir parole fur
l'Article d'Alençon . On n'en
peut parler fans donner à Madame
la Ducheffe de Guife les
honneurs qui luy font dûs. La
pieté de cette Princeffe , fa ver
tu , fes follicitations , fes Aumônes
fecretes , & les manieres
honneftes & familieres de
traiter avec le Peuples, y avoient
déja fervy à convertir beaucoup
de perfonnes avant que les dernieres
volontez du Roy euffent
efté expliquées. Monfieur de
Bouville Intendant de cette GeGALANT.
1599
neralité , ayant receu ordre de
les faire entendre , fit avertir le
Maire & les Echevins de faireaffembler
à l'Hotel de Ville
tous ceux qui fuivoient la Religion
Pretenduë Reformée. Il
s'y rendit accompagné de Monfieur
Boulmier , Lieutenant General
du Bailliage ; de Monfieur
de Planches Buhaire , Confeiller
au Prefidial , premier Echevin
, & de Monfieur des Chefnes
Echevin , & Lieutenant General
des Eaux & Forefts. Les
Pretendus Reformez Y eftant
venus en tres - grand nombre ,
Monfieur l'Intendant leur fit un
Difcours auffi éloquent que pa--
thetique. Il dit qu'il leur avoit
déja fait connoiftre la bonté que
Sa Majesté avoit pour eux ; que
par une tendreffe vrayment pa
160 MERCURE
ternelle Elle , fouhaitoit qu'il n'y
euft plus dans tout fon Royaume
que la Religion Catholi
que , Apoftolique & Romaine ,
qui eftoit celle que le Sauveur
du Monde avoit uniquement
établie ; qu'il les avoit fait affembler
pour fçavoir d'eux s'il ne
vouloient pas fe rendre à des
Veritez qu'ils ne pouvoient contefter
fans fe vouloir aveugler
eux mefmes , qu'il efperoit qu'il
ne fe trouveroit point parmy eux
d'opiniâtres , & qu'il les prioit
de leur dire publiquement quelle
réfolution ils avoient formée . Un
d'entre eux , nommé Monfieurla
Chambre Billon , prit la parole
pour toute l'Affemblée , &
demanda un temps confiderable
pour répondre à la Propofition
de Monfieur l'Intendans,
GALANT 161
>
parce qu'ils ne pouvoient encore
avoir d'autre fentiment
que celuy de vivre , & de mourir
dans leur Religion , & que
pour luy il eftoit fort refolu
de la profeffer jufqu'au dernier
moment de fa vie. Un Gentil
homme appellé Monfieur
Dormans ayant fait une pareille
déclaration Monfieur
l'Intendant fe retira aprés les
avoir exhortez tout de nouveau
à feconder les bonnes intentions
du Roy , & leur avoit encore
donné quelques jours pour s'y
preparer. Peu de temps aprés
qu'il fut retourné chez-luy , la
plus grande partie de la Nobleffe
de cette Religion , alla le trouver
, & eut avec luy une longue
Conference aprés laquelle
quantité d'entre eux luy don
>
162 MERCURE
ހ
nerent parole de fe convertir-
Pendant ce temps un faint mouvement
agitoit toute la Ville .
Les Catholiques tâchoient d'engager
leurs Parens Religionnai
res à fe faire inftruire , & ' les
Amis faifoient la mefme choſe à
Fégard de leur Amis . Il y en avoit
d'autres qui agiffant par un pur
motif de charité , & regardant
tous les Chreftiens comme leurs
Freres , ne s'attachoient qu'à
combattre l'erreur des plus obftinez
. Monfieur l'Abbé de
Grancey s'attira beaucoup d'eftime
, par la maniere toute pleine
de ferveur dont il s'employa pour
les convaincre. MonfieurRicher
Tréforier de France, fit paroiftre
auffi un zele extraordinaire . Il
alloit de maifon en maiſon exhorter
les Heretiques , & jo
GALANT.
163
gnoit à cette ardeur toute fainte
une profonde fageffe , & une
Féloquence perfuafive dont il
eftoit mal aifé de ſe deffendre.
Monfieur Deſchenes agiffoit de
fon coté avec un pareil empreffement
, & le fuccez répondit
à tous les foins . Je vous ay parlé
de luy dans mes Lettres des mois
de May , & de luin dernier àl'occafion
de Monfieur Larpant
Miniftre de Sez , pour lors nouvellement
converty qu'il preſenta
à Sa Majesté . Le Roy luy
ayant marqué qu'il luy feroit
agreable qu'il continuaft de
procurer des Converfions , il s'y
eftoit appliqué avec une extreme
vigilance , & quand Monfieur
l'Intendant vint à Alençon,
il n'y avoit que huit jours qu'il
avoit heureufement travaillé à
164
MERCVRE
convertir trois Gentilshommes
leurs Femmes & leurs Enfans , qui
eftoient en fort grand nombre, ils
eftoient de la Paroiffe de Resperoux
à cinq lieuës d'Alençon.
Le mefme jour que Monfieur
de Bouville fit affembler
tous les Proteftans , il alla dans
plufieurs Maifons de la Ville ,
où il preffa les plus remarquables
des Pretendus Reformez
de renoncer à Calvin . Il
leur parla d'une maniere tresperfuafive
, & leur apporta de
fi folides raifons , qu'ils ne purent
luy répondre. Il les engagea
à venir des le foir mefme
chez Monfieur Chenard , Curé
de la Ville , qui les receut comme
les Apôtres recevoient ceux
qui fe prefentoient pour fe fais
re Baptifer , & eftre incorpoGALANT.
165
1
-rez dans l'Eglife , c'eft à dire ,
avec une bonté toute remplie
de tendreffe . Il leur expliqua
tous nos Myſteres , & les fit
entrer dans le fens de l'Ecriture,
en forte qu'ils n'avoient aucun
fujet de douter qu'en fe faifant
Catholiques ils n'embraffaffent
la feule Religion , dans
laquelle on peut faire fon falut.
Il ne les quitta qu'à dix heures
du foir pour conferer avec un
Gentilhomme des plus endurcis
, avec lequel il paffa une
partie de la nuit . Le lendemain
Monfieur Defchenes animé
toûjours du mefme zele , alla
chez plufieurs du Confiftoire
, & en engagea quatre à
faire Abjuration , mais comme
la Profeffion de Foy qu'ils vouloient
faire luy parut conceuë
166 MER CVRE
en des termes captieux , il menagea
fi bien leurs efprits ,
qu'il les fit refoudre à voir le
Pere du Parc Recteur des Jefuites
, qui n'a pas moins d'érudition
que de douceur . Pendant
cette Conference il affembla
cinquante autres des plus
zelez proteftants , & les mená
encore à ce Pere qui eut befoins
de beaucoup de patience
& d'autant de lumieres
qu'il en a , pour les faire convenir
de leurs erreurs . Ils furent
enfin contraints de les
avoüer , & les abjurerent auffitoft
entre les mains de cét
habile Recteur. Le mefme jour
Monfieur Defchefnes luy mena
encore quatre - vingt Religionnaires
, parmy lelquels il y avoit
des Apciens du Confiftoire
GALANT. 167
furent ac
des Lecteurs , & des Gens qui
avoient efté propoſez pour eſtre
Miniftres . Ces deux actions donnerent
on fi heureux mouvement
à la grande affaire dont il
s'agiffoit , que Monfieur Chepard
Curé d'Alençon , les Peres
Jefuites , & le Pere Gardy de
L'Oratoire , qui avcient beaucoup
de Parens parmy les Pretendus
Reformez
cablez par la quantité d'Abjurations
qu'ils receurent depuis le
Lundy jufqu'au Vendredy que
toute la Ville fut convertie . Ce
qu'il y eut de fort furprenant ,
que Monfieur de la Chambre
Billon qui avoit paru un des
plus opiniatres
& qui avoit
porté la parole pour les autres en
parlant à Monfieur l'Intendant,
fut un des premiers à fe converc'eft
›
768 MERCURE
tir , & il abjura de fi bonne foy ;
que le Dimanchefuivant s'eftant
trouvé à l'inhumation de Monfieur
de la Ruë , Chirurgien, fon
beau - Pere , pareillement nouveau
Converty , il donna au
Corps de l'eau bénifte , alla à
l'Offerte , & entendit la Meffe à
genoux ayant toûjours les mains
jointes. Ileft aifé de juger par
là jufques où va la ferveur des
nouveaux Convertis , qui n'étoient
ny Ancien , ny auffi attachez
que luy aux Erreurs qu'on
leur a fait reconnoiftre . L'on
travaille avec un grand foin à l'afermiffement
de la Religion qu'ils
ont embraffée . Monfieur Chenard
fait faire tous les Mardis des
Controverfes dans fon . Eglife
par le Pere du Parc , & tous les
Jeudis par le Pere Efpric de
Roüen,
GALANT. 169
Rouen , Capucin ; & le meſme
Curé explique tous les Samėdys
les Ceremonies de l'Eglife , &
prefche tous les Dimanches fur
les Articles de foy , ce qui eft
tout à fait édifiant pour ces nouveaux
Catholiques. On peut
voir par toutes ces chofes , que
tant de Converfions ne font duës
qu'à la profonde érudition de
ceux qui ont donné leurs foins
à les procurer fous les ordres de
nôtre Augufte Monarque , qui
eft feul caufe de cette grande
Revolution , fi avantageuſe à la
veritable Eglife.
Le nombre des Proteftans eft
auffi beaucoup diminué à fviers ,
où il y avoit trois cens perfonnes
de marque converties au commencement
de ce mois. Je n'en
ay eu aucunes nouvelles depuis
Ianvier 1686. H
170 MERCURE
,
ce temps - là ; mais il eſt à croire
que quantité d'autres ont fuivy
l'exemple de ces premiers . On
compte plufieurs Officiers parmy
ces nouveaux Convertis 82
entre autres le Capitaine Commandant
du Regiment du Maine;
Monfieur de Montveau , ancien
Lieutenat Colonel du Regiment
de Turenne ; Monfieur de Lory
fon Gendre ; Meffieurs de Mar.
chais & de la Porte , Gentils
hommes de Xaintonge dans la
Compagnie de Morton ; Monfieur
de Saint Aubin Interprete
des Langues ; Monfieur Herbin
Confeiller au Parlement de Mets,
avec fa Famille ; Madame Dozanne
, Veuve d'un Confciller;
& Monfieur de Vernicourt , auffi
Confeiller dans ce mefme Parlement.
La plufpart de ceux que
GALANT.
171
je viens de vous nommer , ont
fait Abjuration entre les mains
de Monfieur l'Evefque de Mets ,
fans y avoir efté portez que par
la pure connoiffance de la veriré.
On ne leur à pas mefme
prefenté d'autres armes que cel.
les dont elle eſt toûjours accompagnée
qui font des raiſons
fortes & folides , aufquelles il eft
impoffible de refuſer de ſe rendre
lorfque l'on conſent à les écouter.
,
Je vous ay fouvent parlé de
Monfieur Vilette , qui a fait la
fonction de Chef d'Eſcadre ces
deux dernieres années. C'eft un
Gentilhomme d'une des meilleures
Familles de Poitou , &
qui eft un fort bon homme de
Mer. Sa valeur eft connuë de
tout le monde , & il joint beau
H 2
172 MERCURE
>
coup d'efprit à beaucoup de
belles lettres. Il a fait Abjuration
depuis peu , en prefence
de Monfieur de Murcey fon
Fils aîné , Cornette des Chevaux
- legers de la Garde , & de
Monfieur le Prefident de Fontmort
fon beaufrere , entre les
mains de fon Curé , en fa maifon
de Murcey . Madame de
Caumon fa Soeur Femme
de Monfieur de Caumon Colonel
de Cavalerie , fe convertit
deux jours aprés luy , avec
Mefdemoiſelles de Caumon &
de Mayne fes Filles , par les
foins de ce mefme Prefident.
Ce qui doit furprendre dans
tout ce mouvement de Religion
, c'est qu'à l'heure que je
vous écris , il ne reste peut eftre
pas un Calvinifte dans les Pro
GALANT . 173
vinces qui en ont efté le plus
remplies , comme dans le Lan .
guedoc & dans le Poitou . Auffr
faut-il avouer que Monfieur le
Duc de Noailles a efté infatiga
ble dans les foins continuels qu'il
apris pour en pour en purger
tout le Languedoc . Il a efté dans
toutes les Villes , où il a jugé que
ſa preſence eftoit neceffaire , &
il a travaillé avec tant de zele ,
tant de prudence , & tant de
conduite , qu'il s'eft plus conver
ty de Miniftres dans ce feul Gou
vernement , que dans beaucoup
d'autres enfemble.
Je ne vous parleray point encore
ce mois cy des Conver
fions qui fe font faites à Rennes ,
à Nantes , & dans plufieurs autres
Villes , dont j'attens de jour en
jour quelques éclairciffemens
H
3
174 .
MERCURE
fur les Memoires qui m'ont efté
envoyez. Il s'en fait toûjours
icy de fort remarquables , & c'eft
ce qui abat entierement le party
des Proteftans . En effet , plus les
perfonnes qui fe convertiffent
font diftinguées , & fur tout par
leur efprit , plus ces Converfions
font utiles à l'Eglife , rien ne
marquant plus la fauffeté de la
Religion de Calvin , que quand
des gens éclairez dans les Dogmes
de cette Religion , aprés
avoir bien examiné ce que la
Catholique oblige de croire
demeurent d'accord des erreurs
de l'une , & des veritez de l'autre.
Monfieur Perachon peut
eftre mis au nombre de ceux ,
dont les fentimens doivent fervir
de décision . Auffi fa Converfion,
qui eft le fruit d'un long Exa
*
4
GALANT. 175
a
S
men , a - t - elle eſté un exemple
que beaucoup d'autres n'ont
point balancé à fuivre , & cette
raifon m'engage à entrer pour
luy dans quelque détail qui vous
le faffe connoiftre . Il eſt d'une
des plus anciennes Familles de
la Province du Lionnois , origi
naire de Piémont , & dont plu
fieurs Hiftoriens ont fait la Genealogie.
Il a excellé dans les
Bareaux de Grenoble & de Paris
, & Monfieur Baffet Doyen
des Avocats du Parlement de
Grenoble , lluuyy aa donné de
grandes louanges dans fon Recueil
d'Arrefts. Il a efté député
pendant plus de dix années des
Eglifes Pretenduës Reformées
des Provinces de Dauphiné ,
Lionnois & France , par les
Nominations des Synodes , &
H
4
176 MERCURE
a donné divers Ouvrages au
Public , qui ont efté imprimez
plufieurs fois en France & en
Hollande . Son efprit a paru
dans plufieurs Academies de
belles Lettres , où il avoit efté
fouhaité , & plufieurs Autheurs
parlent des Eloges qui luy ont
efté donnez fur l'heureux talent
qu'il a d'écrire également bien
en Vers & en Profe . 11 eft tresprofond
dans beaucoup de connoiffances
, & fçait jufqu'à dix
Langues , furquoy on pourroit
produire en fa faveur des témoignages
fort avantageux. Il
a voyagé dans toutes les Cours
de l'Europe , & en connoist
affez les interefts pour y fervir
la Religion & l'Eftat. Il a travaillé
, & travaille encore tous
les jours aux Converfions des
GALANT. 177
Heretiques , & fon Ajburation
en a mis beaucoup dans la vel
ritable voye. L'ardeur qu'il a de
fervir à l'édification des nouveaux
Convertis , l'a engagé à
faire depuis peu des Traductions.
des plus belles Hymnes de l'Eglife
, que Sa Majesté a honorées
de fon approbation .
Monfieur Sonnet & Monfieur
dé Boully celebres Avocats , fe
font auffi convertis ; ainfi que
Meffieurs Janniffon & Baftide ,
gens tres éclairez , & des Anciens
de Gharenton . Ce dernier
eft Frere du Miniftre de
Blois.
·
Le Pere Alexis du Buc Theatin
, a auffi receu plufieurs Abjurations
pendant ce mois. Une
des plus remarquables , eft celle
de Mademoiſelle Bacalan , Filla
1
HS
178
MERCURE
de Monfieur Bacalan Seigneur
de Livron , Protecteur des Re
ligionnaires dans tout le Genevois.
Monfieur de Saint Hilaire ,
Lieutenant General de l'Artillerie
, & d'un merite fort diftingué
dans fon Employ , a fair
auffi
Abjuration , de mesme que
Monfieur Mangeot Medecin .
Quoy que ce dernier foit des
plus habiles dans cette profeffion
, il n'eft pourtant pas de la
Faculté de Paris , par une raifon
digne d'eftre remarquée , & fort
glorieufe à cette fçavante Facul
té. Non
feulement depuis quelques
années que l'on a receu
fort rarement des Pretendus Reformez
dans les autres Corps ,
mais mefme depuis que le Calvinifme
a
commencé à régner
GALANT. 179
en France , elle n'a voulu rece-
I voir aucun Medecin Religion-
- naire , quoy que fouvent elle
en ait efté preffée par des Perfonnes
fi élevées par leur nail
fances , & par le credit qu'elles
avoient dans l'Eftat , que la demande
qu'on luy en faifoit fern
bloit plûtoft un ordre ablolu
qu'une priere. Cependant nolle
authorité , quoy que fuperieure,
n'a jamais pû l'engager à y confentir
; ce qui eft aujourd'huy
affez digne de remarque , puif
que fi les autres Corps avoient
eu autant de fermeté , l'Here fie
n'auroit pas pris de fi profondes.
racines , & on l'auroit pû détrui
re plus facilement .
Ceux qui viennent encore
d'y renoncer font Madame
la Marquife de Tuigny Verdel-
H 6
180 MERCURE
les , de la Maifon de Martel , &
Mademoiſelle Chabot . Le nom
de Chabot , marque affez que
cette Demoiselle eft d'une Famille
où les erreurs de Calvin
eſtoient devenuës hereditaires ;
& fa Converfion doit faire connoiftre
plus qu'une autre , la
fauffeté de la Religion qu'elle
quitte.
Prefque tous les Proteftans
qui eftoient dans les Troupes de
Sa Majefté , fe font convertis. Ils
l'ont fait de bonne grace , & feulement
par ce qu'ils ont efté convaincus
que l'Eglife Catholique
eft la veritable Eglife . La plufpart
ont refufé les Penfions dont
le Roy a voulu les gratifier aprés
leur Converfion
, ce monarque
ne s'eftant point expliqué auparavant
fur cette Royale liberaliGALANT.
181
té , afin qu'il n'y euft que la feule
connoiffance de la Verité qui
les portaft à fe convertir. Ceux
qui n'ont rien voulu accepter ,
l'ont fait par une delicateffe de
confcience , car ce n'eft pas à
dire que les autres , dont l'intention
n'a pas efté intereffée en fe
convertiffant , n'ayent pû recevoir
les Bienfaits dont ils ont efté
honorez .
Je ne dois pas oublier de vous
marquer une chofe finguliere
touchant les Converfions . Monfieur
Mahais , Miniftre de l'E .
glife d'Orleans , s'eftant conver
ty y a déja quelque temps ,
Monfieur de la Bufiere , fon Pere
, Ancien de Charenton , nele
voulut point voir , ny permettre
méme qu'il entraft chez luy . Ce
Pere obftine ayant eſté relegué
182 MERCURE
à Bourges depuis la Révocation
de l'Edit de Nantes , Monfieur
Mahais , dont il ne pouvoit foufrir
la prefence , l'eft allé trouver
, & luy a fait voir fi clairement
les erreurs de fa Religion,
qu'il l'a obligé d'y renoncer . On
peut dire que rien n'eft plus fincere
qu'une pareille Converfion
, puis qu'elle fe fait entre
des Gens qui fçavent à fond de
quoy il s'agit , & qui peuvent
demeurer d'accord entre - eux du
peu de force qu'avoient les raifons
qu'une préocupation trop
aveugle leur faifoit oppofer à des
Veritez inconteftables.
Quoy que je pûffe encore
vous parler de plufieurs autres
Perfonnes qui fe font converties
icy depuis un mois , je n'entreray
pas neanmoins dans un
GALANT. 183
plus ample detail , faute de temps;
& de place , je vous diray feulement
que l'ardeur avec laquelle
les premiers Magiftrats
de cette grande Ville travaillent
aux Converfions , en produit
beaucoup Monfieur le Premier
Prefident fe donne la peine d'aller
luy- mefme dans les Prifons
où il fçait qu'il y a des Religionnaires
, & avec un zele remply
de ferveur , & une fainte éloquence
, il fçait fi bien les convaincre
de leurs erreurs , qu'ily
en a peu qui n'y renoncent . Il
prend le foin de les faire inftruire
, & il eft lay-mefme le témoin
de leur abjuration . Monfieur de
la Reynie , Lieutenant General
de Police , & Monfieur Robert',
Procureur du Roy au Chaftelet,
n'agiffent pas avec moins d'ar
184 MERCURE
deur pour les mefmes interefts .
Une prudente vigilance éclate
dans le zele qui les anime , &
tout cela eft accompagné d'une
bonté fi touchante , & de raifons
fi folides , qu'il eft difficile
de n'en eftre pas perfuadé. Je
ne parle point de Monfieur l'Archevefque
de Paris , de Monfieur
l'Evefque de Meaux , &
du Pere de la Chaiſe . Leurs
lumieres font fi connues auffibien
que la force de leur éloquence
, que perfonne n'ignore
qu'il ne leur échape que ceux
qu'une obftination invincible
empefche de les écouter. On
rend fort fouvent dans nos Eglifes
des graces à Dieu du grand
nombre de Converſions qui fe
font
, & le 14. de ce mois il y eut
Benediction à Saint Sauveur par
GALANT. 185°
Monfieur le Nonce , en Action
de Graces fur l'Extirpation de
l'Herefie . Monfieur l'Abbé Billet
y prefcha avec un fuccés qui
luy fut tres glorieux.
On a eu avis que Madame de
Berchoffen , Femme du Gou
verneur de la Ville & Principauté
d'Orange , s'y eft convertie
avec fa Fille au mois de Novembre
dernier , Elle a encore
deux autres Enfans . Elle eft Fille
de Monfieur Charles de Vethieux
, Confeiller au Parlement
de Grenoble , mort en 16o . Il
laiffa un Fils qui fe fit Catholique
l'année fuivante . Il eſt Prêtre
, & demeure à Lyon depuis
27. ans . Il y en a trente que la
Dame dont je vous aprens la
Converſion , eft mariée .
On a remarqué prefque dans
186 . MERCVRE
toutes les Villes , que les Femmes
ont toûjours efté les dernieres
à recevoir les Instructions
qu'on a voulu leur donner . Elles
s'apuyent fur le préjugé de leur
naiffance , qui leur fait fermer
l'oreille à tout ce qu'on peut leur
dire pour les convaincre de la
verité,& il y en a quelques- unes
qui voyent leurs Maris fe convertir
, fans que leur exemple les
puiffe obliger à renoncer à l'Erreur.
Comme l'obftination avec
laquelle elles font gloire de fe
diftinguer , met de la divifion
dans les Familles , & empefche
ou retarde la Converfion de
leurs Enfans , le Roy voulant y
pourvoir , a déclaré par un Edit
qui vient d'eftre publié , qu'il
veut que les Femmes des Nouveaux
Catholiques qui refufeGALANT
-187
ront de fuivre l'exemple de leurs
Maris ; ainfi que les Veuves qui
perfifteront dans la Religion
Pretenduë Reformée un mois
aprés l'enregistrement & la
publication de cet Edit , demeurent
décheües du pouvoir de difpofer
de leurs Biens , foit par
Teftament , Donation entre vifs,
Alienation ou autrement. A l'égard
de l'Ufufruit des Biens qui
pourront leur avenir , ou leur
eftre écheus par les Donations
que leurs Maris leur ont faites
par Contract de Mariage
ou entre - vviiffss , des Douaires ,
Droits de fucceder en Normandie
, Augmens de Dot , Habitations
, Droit de partager la
Communauté , Préciputs , & tous
autres avantages qui leur auront
efté faits par leurs Maris , l'in
188 MERCVRE
>
ris , l'intention de Sa Majesté
eft que tout cela appartienne à
leurs Enfans Catholiques , fuis
vant la Difpofition des Coûtumes
& à leur defaut aux
Hôpitaux des Villes les plus
proches de leur demeure ordinaire
, fans que cette peine puiffe
eftre declarée comminatoire ,
& fans préjudice de la proprieté
qui appartiendra aux Heritiers
Catholiques des mefmes Femmes
ou Veuves , lors qué leurs
Succeffions feront ouvertes , &
en cas qu'elles n'ayent d'ail
leurs aucun Bien pour fubfifter
, il leur fera pourveu d'Alimens
par les Juges , felon
que le cas l'exigera . Quoy que
tous ces Droits leur foient oftez
par l'Edit dont je vous parle ,
il fera en leur pouvoir d'y ren-
?
"GALANT. 189
î
trer , en abjurant la Religion
Pretenduë Reformée , & faiſant
enregistrer l'Acte de leur Abjuration
au Greffe de la plus proche
Juſtice.
Fermer
Résumé : Suite de l'article des Conversions, [titre d'après la table]
Le texte décrit les efforts de conversion des calvinistes au catholicisme dans diverses régions françaises. À La Charité-sur-Loire, l'évêque d'Auxerre, assisté par Dom Alphonse Belin, a réussi à convertir plusieurs calvinistes après un mois de sermons. La duchesse de Meckelbourg, avec l'appui des prêtres de l'Oratoire, a éradiqué l'hérésie à Chatillon-sur-Loing. À Chatillon, une princesse, soutenue par l'archevêque et le roi, a converti des protestants réfugiés et fondé un monastère. À Alençon, la duchesse de Guise et l'intendant Bouville, aidés par l'abbé de Grancey et Richer, ont encouragé les protestants à se convertir. Des conversions massives ont également eu lieu à Alençon et Siviers, impliquant des officiers et conseillers au Parlement de Metz. En Languedoc et Poitou, des personnalités comme Monsieur Vilette et le Duc de Noailles ont abjuré le calvinisme. Après la révocation de l'Édit de Nantes, plusieurs figures notables, telles que Madame la Marquise de Tuigny Verdelles et Mademoiselle Chabot, ont abandonné le protestantisme. Le roi a refusé de distribuer des pensions pour éviter toute suspicion de motivation financière. Les autorités, y compris le Premier Président et Monsieur de la Reynie, ont encouragé ces conversions par la persuasion. Les femmes, souvent réticentes à se convertir, ont été contraintes de se convertir sous peine de perdre leurs biens. Des actions de grâce ont célébré ces conversions. Le document aborde également les droits des veuves et de leurs enfants catholiques, stipulant que les biens des veuves doivent revenir aux enfants catholiques ou aux hôpitaux locaux, sauf si elles abjurent la religion réformée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
186
p. 192-215
Conversions faites depuis le mois dernier, [titre d'après la table]
Début :
Pour continuer le grand Article qui regarde la Religion, & [...]
Mots clefs :
Religion prétendue réformée, Évêque, Prétendus réformés, Erreurs, Bénédiction, Ecclésiastique, Religionnaires, Conversions, Abjurations, Zèle, Nouveaux convertis, Discours, Procession, Missions, Controverse, Cérémonie, Hérésie, Piété, Famille, Opiniâtreté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversions faites depuis le mois dernier, [titre d'après la table]
Pour continuer le grand
Article qui regarde la Religion
, & qui a remply depuis
un an la plus grande par
tie de toutes mes Lettres , j'ay
à vous faire fçavoir que M
l'Evefque de Rennes s'eſtant
rendu à Vitré en Bretagne
le 19.Novembre dernier , alla
dés le lendemain chez les
plus confiderables des Pretendus
Reformez , pour les
exhorter à ouvrir les yeux
fur leurs erreurs. Le foir il
donna la Benediction dans
la
GALANT. 193
la grande Eglife , reveſtu de
fes habits Pontificaux , ce
qu'il fit tous les soirs jufqu'au
dernier jour de ce mefme
mois , qu'il s'en retourna à
Rennes. Les jours fuivans il
continua ſes Vifites , toûjours
à pied , accompagné de fon
Grand Vicaire , du P. Bruant
Jefuite , & de plufieurs autres
fçavans Ecclefiaftiques .
Il les vit tous , & plus
d'une fois , & mefme il fe
donna la peine d'en aller
chercher quelques - uns jufque
dans leurs Maifons de
Campagne, àune affez gran-
Février 1686. R
194 MERCURE
de diſtance de la Ville. Il
leur parla avec fermeté, mais
en répondant à tout ce qu'ils
luy oppoferent , il employa
des manieres fi honneftes, &
fi pleines de douceur , que
beaucoup d'entr'eux demandant
du temps pour ſe faire
inftruire , commencerent à
faire voir que les raiſons dont
il fe fervoit contre eux leur
paroiffoient convaincantes,
Le Jeudy 22. on receut des
Lettres de M le Duc de
Chaunes , Gouverneur de
Bretagne qui expliquoient
les intentions du Roy. Les
GALANT. 185
Magiftrats firent auffi.toft
affembler les Religionnaires
à la Maiſon de Ville , & les
exhorterent à fe rendre dignes
de l'extreme bonté que
Sa Majesté témoignoit pour
cette Province, puis que c'eftoit
par elle qu'on achevoit
de preffer les Pretendus Ré.
formez du Royaume de
changer de Religion , & qu'-
ainfi ils avoient eu le temps
de fe preparer à fuivre l'exemple
des autres.Deux jours
aprés on fit une feconde Af
femblée , & alors fans balancer,
M' de Gennes Guilmarais
Rij
196 MERCURE
Avocat au Parlement de Paris
, qui s'eſt marié à Vitré ,
porta la parole pour luy , &
pour les principaux duParty,
qui eftoient prefens . Le Senéchal
les pria de l'accompagner
, pour aller donner
leurs Noms à M' l'Evefque
de Rennes . Les Catholiques
& eux s'embraffoient de tous
coftez, & par tout où ils paffoient
ce n'eftoient que des
démonftrations
de joye.Leur
nombre s'eftant extremément
accru en trois jours ,
ce zelé Prelat leur fit faire
Abjuration le 27.
dans le
GALANT. 197
C
Choeur des Benedictins. Il
leur dit d'abord qu'ils ne
pouvoient trop fe réjouir d'eftre
rentrez fi heureuſement
au ſein de l'Eglife dont leurs
Anceſtres s'eftoient ſeparez ,
& fur la fin de cette Ceremonie
il les exhorta à bien
travailler pour leur falut , &
porta tous les Affiftans à rendre
graces
du recouvrement de ces Brebis
égarées , à l'exemple du
Paſteur de l'Evangile . Il dit
enfuite la Meffe du Saint Efprit
, aprés laquelle ils fignerent
tous . Il fe fit encore
à Dieu avec luy
Riij
198 MERCURE
quantité d'Abjurations le
lendemain , & en huit jours il
ne refta plus que cinquante
Religionnaires , dont il y avoit
quarante- cinq Femmes,
& cinq Hommes , qui tarderent
peu à faire comme les
autres . Le Pere Bruant Jefuite
faifoit tous les foirs un
fort long Difcours , en forme
d'Inftruction , ce qui eftoit
d'une grande utilité pour les
nouveaux Convertis. Il continua
ces Difcours jufqu'a
prés Noël , fans prendre un
jour de repos , & ce fut toûjours
avec de grands fruits .
GALANT. 199
Le 27. Decembre Mr l'Evef
que de Rennes revint à Vitré
, & s'eftant rendu le lendemain
en l'Eglife de Noftre
Dame . principale Paroiffe de
la Ville , où tout le Clergé fe
trouva, il y entona le Te Deum
aprés Vefpres , en preſence
de M' le Duc de Chaunes ,
qui affifta a cette Ceremonie,
accompagné de M'l’Abbé
Flechier, nominé à l'Evef
ché de Lavaur , & de M ' l'Abbé
deGuenegaud.Le Samedy
29. de ce mefme mois , ce
Duc. fit affembler au Chafteautous
les nouveaux Con-
R iiij
200 MERCURE
vertis , pour leur témoigner
fa joye de leur réunion à
l'Eglife , & les exhorter à répondre
par des fentimens
finceres aux fains que Sa
Majefté prenoit pour procu
rer leur falut.
Je vous ay déja fait un
détail de tout ce qui s'eft
paffé à Alençon touchant les
Converfions , il faut vous en
apprendre les fuites . Les Jefuites
ont fait une Miflion
par l'ordre du Roy pour
les nouveaux Catholiques .
Elle fut ouverte le ſecond du
mois paffé par une Proceffion
GALANT. 201
Generale , à laquelle affifterent
le Corps de Ville , Mrs
du Prefidial , dix de ces Peres
en Surplis , les Capucins , &
tout le Clergé. Au retour M
Chefnard Curé d'Alençon ,
fit un excellent Difcours fur
les motifs de la Penitence ,
laquelle cette Miſſion invitoit
toute la Ville. Il chanta
enfuite la Meſſe du S. Efprit,
où tous les Peres de la Mif
fion fe trouverent. Depuis
ce temps là , il y a eu chaque
jours quatre Difcours ; l'un
de grand matin pour les gens.
de travail & de fervice ; un
202 MERCURE
autre à dix heures fur les
Points fondamentaux de
noftre Religion ; une Inftruction
familiere à une heure
aprés midy , & le foir à cinq
heures une Controverfe fuivie
des Prieres ordinaires
dans les Miffions . Le jour
des Roys , premier Dimanche
de l'année , le Maire &
les Echevins voulant honorer
la Miffion , preſenterent
les Pains Benits au nom de
Sa Majefté & de la Ville . On
les alla prendre à l'Hoſtel de
Ville au fon des Tambours
,
& ils furent apportez par
GALANT. 203
feize Sergens d'Armes avec
leurs Bandolieres fleurdeli .
fées. Les Trompetes les re
ceurent à la porte de l'Eglife,
& fe mélant au fon des Clo .
ches & des Orgues , attirerent
une infinité de monde
à voir cette ancienne Ceremonie
qu'on renouvelloit en
faveur des nouveaux Catholiques
, pour les accoûtumer
à nos ufages . L'affiduité &
l'attention qu'ils ont euë
pendant cette Miſſion , font
fez connoiftre que leur Converfion
a efté fincere.
Le Dimanche 10. de ce
204 MERCURE
mois, Dame Sufanne de Vez ,
Veuve de Meffire Daniel de
Rainneval,Lieutenant Colo
nel du Regiment de Souche ,
à prefent nommé d'Arcourt,
fit Abjuration de l'Herefie ,
dans une des plus confiderables
Parroiffes d'Arras . Elle
s'eftoit mife depuis quelque
temps entre les mains d'un
Capucin tres-fçavant dans
les Controverfes , & elle en
avoit receu tous les éclaircif
femens dont elle avoit befoin
fur fes Doutes , auffi - bien
Mademoiſelle Saquier , que
Fille d'Ifaac Saquier Miniftre
GALANT. 205
fameux. Toutes chofes étant
difpofées , M ' de Préfontaine
Prefident en Chef du
Confeil d'Artois , & M' Bataille
, Procureut General au
mefme Confeil , allerent les
prendre en Carroffe , & les
conduifirent à l'Eglife . Toutes
les Perfonnes confiderables
de la Province s'y
trouverent , & il y en eut
beaucoup qui fe firent un
honneur de figner fur l'Acte
de leur
Profeffion de Foy ;
entre
Montmorency
autres Madame de
Madame
la Marquife d'Arancy , &
206 MERCURE
Madame la Comteffe de
Mauve , de la Maifon de
Crequy . On chanta le Veni
Crtator , qui fut fuivy d'un
tres- éloquent Difcours que
le Pere Capucin fit à ces
deux Dames avant que de
recevoir leur Abjuration.
Cela eftant fait , elles prononcerent
leur Profeffion de
Foy avec une ferveur toute
édifiante , & cette Ceremonie
finit par le Te Deum. Mademoiſelle
de Rainneval
âgée de quinze à ſeize ans ,
Fille de Madame de Rainneval
, eft dans le Convent
GALANT.
207
des Urfulines, où l'on ne doute
point que les exemples
de vertu & de pieté de ces
faintes Religieuſes
, joints
aux lumieres qu'elle y reçoit
du Pere de la Ferté Jefuite ,
auffi recommandable par fon
zele & par fon rare fçavoir ,
que par fa naiſſance , ne l'engagent
dans peu de temps à
faire la mefine Abjuration .
M' le Vaffeur,Prieur d'Auchy
, a receu depuis quelque
temps la Profeffion de Foy
de quatorze Religionnaires
qui ont renoncé à leurs Erreurs.
Une Niepce du fa208
MERCURE
meux Mr Conrard , mort
Secretaire de l'Accademie
Françoife , eftoit de ce nombre.
La Ceremonie a efté
faite à Rofoy prés de Soiffons
.
Mademoiſelle Dorte,dont
la fermeté pour la Religion
Proteftante paroiffoit infurmontable
, & qui mefme l'a
fait connoiftre par des a-
Єtions trop hardies
perfonne de fon Sexe , a fait
auffi Abjuration à Metz entre
les mains de M' l'Evefque
dans l'Eglife des Urfulines.
Mademoiſelle de Montigny
pour
une
GALANT. 209
abjura en mefme temps . M.
Duchat Confeiller au Parlement
, & M Bancelin Capitaine
& proche Parent d'un
Miniftre de Mets , fe font
convertis dans la mefme
Ville.
.
la
J'ay auffi à vous apprendre
la Converfion de M ' du
Faux Amperoux . C'eſt un
Gentilhomme de Bretagne
qui avoit efté deftiné pour
Robe ; & dont la fortune feroit
beaucoup plus confiderable
qu'elle n'eft , s'il avoit
moins aimé les Lettres &
fa Famille. Ces deux raiſons
Fevrier 1686.
S
210 MERCURE
#
l'ont obligé de ceder à fes
Proches , des avantages qu'il
pouvoit legitimement prerendre.
L'amour qu'il a pour
les Lettres n'a pas efté fans
progrez , puifqu'il fçait l'Antiquité
& l'Ecriture autant
qu'aucun homme de fon âge.
Sur tout il poffede parfaitement
l'Hiftoire , la Geogra
phie , l'Eftat prefent de l'Europe
, l'Intereſt des Princes ,
& les Affaires étrangères. Il
entend dix Langues , & parle
& écrit la noftre avec une
entiere pureté. Quoy qu'il
fuft fort perfuadé de fa ReGALANT.
211
ligion , neantmoins comme
il eftoit extremément éloigné
de fe croire infaillible
& incapable de fe tromper ,
le foin de fon falut , & la volonté
du Roy l'obligerent de
s'inftruire à fonds des matieres
de Controverſe , aufquelles
jufques alors il ne
s'eftoit pas entierement attaché.
Après avoir fait un
long Examen en lifant les
Livres qui ont efté publiez
de part & d'autre , n'ayant
pû fe fatisfaire ny fe deter
miner , il alla trouver M¹l'Evefque
de Meaux pour qui
Sij
212 MERCURE
la lecture de fes Ouvrages ,
& fa reputation luy avoient
donné une haute eftime , &
les longues Conferences
qu'il
eut avec ce Sçavant Prelat
diffiperent fi bien tous fes
Doutes , qu'il fut enfin convaincu
que felon les promef
fes de l'Evangile , il doit
avoir eu toûjours une veritable
Eglife , fubfiftante & vifible
, qui ne peut eſtre autre
que l'Eglife Catholique. Ainfi
il abjura entre fes mains à
Verſailles peu de jours aprés
ces Conferences
.
Y
Il refte fi peu de PerfonGALANT.
213
nes à convertir à Paris, qu'on
peut dire qu'on n'y trouve
prefque plus de Proteftans.
Ainfi je ferois trop long fi
je vous nommois tous ceux
qui s'y font faits Catholiques.
Je vous diray ſeulement
que M ' Muiffon Confeiller
au Parlement , & Madame
fa Femme ont fait Abjuration
aprés avoir pris un
foin tres - particulier de fe
faire inftruire , & employé
un long- temps pour chercher
la Verité qu'ils ont enfin
reconnuë. M' Monginot
la Sale s'eft auffi converty a
vec toute la Famille .
214 MERCURE
Entre toutes ces Converfions
, il n'y en a point eu de
plus éclatante que celle de
M' le Comte de Madaillan
de Lefpare , auffi diftingué
par les vives lumieres de fon
efprit , que par les glorieux
avantages qu'il tire de fa
naiffance Il a voulu s'éclaircir
à fond des Veritéz Catholiques
, & il en a efté fi
pleinement convaincu , que
ne fe contentant pas de renoncer
à l'Erreur , il a voulu
que ce qui avoit fervy à le
détromper, contribuaſt à fairé
ceffer l'aveuglement de
GALANT. 215
ceux qui perfiftent dans
l'Herefie de Calvin . Il a écrit
lès Motifs qui l'ont engagé
à fe reünir à l'Eglife Romaine
, & ces raiſons font fi
fortes, & expliquées avec tant
de netteté , qu'elles ont déja
ramené plufieurs Perfonnes
du mefine party. Je ne doute
point que les plus opiniâtres
n'en foient touchez , & qu'aprés
les avoir leus , ils ne demeurent
d'accord que l'Eglife
Catholique eſt la ſeule
Eglife , dans laquelle on peut
faire fon falut.
Article qui regarde la Religion
, & qui a remply depuis
un an la plus grande par
tie de toutes mes Lettres , j'ay
à vous faire fçavoir que M
l'Evefque de Rennes s'eſtant
rendu à Vitré en Bretagne
le 19.Novembre dernier , alla
dés le lendemain chez les
plus confiderables des Pretendus
Reformez , pour les
exhorter à ouvrir les yeux
fur leurs erreurs. Le foir il
donna la Benediction dans
la
GALANT. 193
la grande Eglife , reveſtu de
fes habits Pontificaux , ce
qu'il fit tous les soirs jufqu'au
dernier jour de ce mefme
mois , qu'il s'en retourna à
Rennes. Les jours fuivans il
continua ſes Vifites , toûjours
à pied , accompagné de fon
Grand Vicaire , du P. Bruant
Jefuite , & de plufieurs autres
fçavans Ecclefiaftiques .
Il les vit tous , & plus
d'une fois , & mefme il fe
donna la peine d'en aller
chercher quelques - uns jufque
dans leurs Maifons de
Campagne, àune affez gran-
Février 1686. R
194 MERCURE
de diſtance de la Ville. Il
leur parla avec fermeté, mais
en répondant à tout ce qu'ils
luy oppoferent , il employa
des manieres fi honneftes, &
fi pleines de douceur , que
beaucoup d'entr'eux demandant
du temps pour ſe faire
inftruire , commencerent à
faire voir que les raiſons dont
il fe fervoit contre eux leur
paroiffoient convaincantes,
Le Jeudy 22. on receut des
Lettres de M le Duc de
Chaunes , Gouverneur de
Bretagne qui expliquoient
les intentions du Roy. Les
GALANT. 185
Magiftrats firent auffi.toft
affembler les Religionnaires
à la Maiſon de Ville , & les
exhorterent à fe rendre dignes
de l'extreme bonté que
Sa Majesté témoignoit pour
cette Province, puis que c'eftoit
par elle qu'on achevoit
de preffer les Pretendus Ré.
formez du Royaume de
changer de Religion , & qu'-
ainfi ils avoient eu le temps
de fe preparer à fuivre l'exemple
des autres.Deux jours
aprés on fit une feconde Af
femblée , & alors fans balancer,
M' de Gennes Guilmarais
Rij
196 MERCURE
Avocat au Parlement de Paris
, qui s'eſt marié à Vitré ,
porta la parole pour luy , &
pour les principaux duParty,
qui eftoient prefens . Le Senéchal
les pria de l'accompagner
, pour aller donner
leurs Noms à M' l'Evefque
de Rennes . Les Catholiques
& eux s'embraffoient de tous
coftez, & par tout où ils paffoient
ce n'eftoient que des
démonftrations
de joye.Leur
nombre s'eftant extremément
accru en trois jours ,
ce zelé Prelat leur fit faire
Abjuration le 27.
dans le
GALANT. 197
C
Choeur des Benedictins. Il
leur dit d'abord qu'ils ne
pouvoient trop fe réjouir d'eftre
rentrez fi heureuſement
au ſein de l'Eglife dont leurs
Anceſtres s'eftoient ſeparez ,
& fur la fin de cette Ceremonie
il les exhorta à bien
travailler pour leur falut , &
porta tous les Affiftans à rendre
graces
du recouvrement de ces Brebis
égarées , à l'exemple du
Paſteur de l'Evangile . Il dit
enfuite la Meffe du Saint Efprit
, aprés laquelle ils fignerent
tous . Il fe fit encore
à Dieu avec luy
Riij
198 MERCURE
quantité d'Abjurations le
lendemain , & en huit jours il
ne refta plus que cinquante
Religionnaires , dont il y avoit
quarante- cinq Femmes,
& cinq Hommes , qui tarderent
peu à faire comme les
autres . Le Pere Bruant Jefuite
faifoit tous les foirs un
fort long Difcours , en forme
d'Inftruction , ce qui eftoit
d'une grande utilité pour les
nouveaux Convertis. Il continua
ces Difcours jufqu'a
prés Noël , fans prendre un
jour de repos , & ce fut toûjours
avec de grands fruits .
GALANT. 199
Le 27. Decembre Mr l'Evef
que de Rennes revint à Vitré
, & s'eftant rendu le lendemain
en l'Eglife de Noftre
Dame . principale Paroiffe de
la Ville , où tout le Clergé fe
trouva, il y entona le Te Deum
aprés Vefpres , en preſence
de M' le Duc de Chaunes ,
qui affifta a cette Ceremonie,
accompagné de M'l’Abbé
Flechier, nominé à l'Evef
ché de Lavaur , & de M ' l'Abbé
deGuenegaud.Le Samedy
29. de ce mefme mois , ce
Duc. fit affembler au Chafteautous
les nouveaux Con-
R iiij
200 MERCURE
vertis , pour leur témoigner
fa joye de leur réunion à
l'Eglife , & les exhorter à répondre
par des fentimens
finceres aux fains que Sa
Majefté prenoit pour procu
rer leur falut.
Je vous ay déja fait un
détail de tout ce qui s'eft
paffé à Alençon touchant les
Converfions , il faut vous en
apprendre les fuites . Les Jefuites
ont fait une Miflion
par l'ordre du Roy pour
les nouveaux Catholiques .
Elle fut ouverte le ſecond du
mois paffé par une Proceffion
GALANT. 201
Generale , à laquelle affifterent
le Corps de Ville , Mrs
du Prefidial , dix de ces Peres
en Surplis , les Capucins , &
tout le Clergé. Au retour M
Chefnard Curé d'Alençon ,
fit un excellent Difcours fur
les motifs de la Penitence ,
laquelle cette Miſſion invitoit
toute la Ville. Il chanta
enfuite la Meſſe du S. Efprit,
où tous les Peres de la Mif
fion fe trouverent. Depuis
ce temps là , il y a eu chaque
jours quatre Difcours ; l'un
de grand matin pour les gens.
de travail & de fervice ; un
202 MERCURE
autre à dix heures fur les
Points fondamentaux de
noftre Religion ; une Inftruction
familiere à une heure
aprés midy , & le foir à cinq
heures une Controverfe fuivie
des Prieres ordinaires
dans les Miffions . Le jour
des Roys , premier Dimanche
de l'année , le Maire &
les Echevins voulant honorer
la Miffion , preſenterent
les Pains Benits au nom de
Sa Majefté & de la Ville . On
les alla prendre à l'Hoſtel de
Ville au fon des Tambours
,
& ils furent apportez par
GALANT. 203
feize Sergens d'Armes avec
leurs Bandolieres fleurdeli .
fées. Les Trompetes les re
ceurent à la porte de l'Eglife,
& fe mélant au fon des Clo .
ches & des Orgues , attirerent
une infinité de monde
à voir cette ancienne Ceremonie
qu'on renouvelloit en
faveur des nouveaux Catholiques
, pour les accoûtumer
à nos ufages . L'affiduité &
l'attention qu'ils ont euë
pendant cette Miſſion , font
fez connoiftre que leur Converfion
a efté fincere.
Le Dimanche 10. de ce
204 MERCURE
mois, Dame Sufanne de Vez ,
Veuve de Meffire Daniel de
Rainneval,Lieutenant Colo
nel du Regiment de Souche ,
à prefent nommé d'Arcourt,
fit Abjuration de l'Herefie ,
dans une des plus confiderables
Parroiffes d'Arras . Elle
s'eftoit mife depuis quelque
temps entre les mains d'un
Capucin tres-fçavant dans
les Controverfes , & elle en
avoit receu tous les éclaircif
femens dont elle avoit befoin
fur fes Doutes , auffi - bien
Mademoiſelle Saquier , que
Fille d'Ifaac Saquier Miniftre
GALANT. 205
fameux. Toutes chofes étant
difpofées , M ' de Préfontaine
Prefident en Chef du
Confeil d'Artois , & M' Bataille
, Procureut General au
mefme Confeil , allerent les
prendre en Carroffe , & les
conduifirent à l'Eglife . Toutes
les Perfonnes confiderables
de la Province s'y
trouverent , & il y en eut
beaucoup qui fe firent un
honneur de figner fur l'Acte
de leur
Profeffion de Foy ;
entre
Montmorency
autres Madame de
Madame
la Marquife d'Arancy , &
206 MERCURE
Madame la Comteffe de
Mauve , de la Maifon de
Crequy . On chanta le Veni
Crtator , qui fut fuivy d'un
tres- éloquent Difcours que
le Pere Capucin fit à ces
deux Dames avant que de
recevoir leur Abjuration.
Cela eftant fait , elles prononcerent
leur Profeffion de
Foy avec une ferveur toute
édifiante , & cette Ceremonie
finit par le Te Deum. Mademoiſelle
de Rainneval
âgée de quinze à ſeize ans ,
Fille de Madame de Rainneval
, eft dans le Convent
GALANT.
207
des Urfulines, où l'on ne doute
point que les exemples
de vertu & de pieté de ces
faintes Religieuſes
, joints
aux lumieres qu'elle y reçoit
du Pere de la Ferté Jefuite ,
auffi recommandable par fon
zele & par fon rare fçavoir ,
que par fa naiſſance , ne l'engagent
dans peu de temps à
faire la mefine Abjuration .
M' le Vaffeur,Prieur d'Auchy
, a receu depuis quelque
temps la Profeffion de Foy
de quatorze Religionnaires
qui ont renoncé à leurs Erreurs.
Une Niepce du fa208
MERCURE
meux Mr Conrard , mort
Secretaire de l'Accademie
Françoife , eftoit de ce nombre.
La Ceremonie a efté
faite à Rofoy prés de Soiffons
.
Mademoiſelle Dorte,dont
la fermeté pour la Religion
Proteftante paroiffoit infurmontable
, & qui mefme l'a
fait connoiftre par des a-
Єtions trop hardies
perfonne de fon Sexe , a fait
auffi Abjuration à Metz entre
les mains de M' l'Evefque
dans l'Eglife des Urfulines.
Mademoiſelle de Montigny
pour
une
GALANT. 209
abjura en mefme temps . M.
Duchat Confeiller au Parlement
, & M Bancelin Capitaine
& proche Parent d'un
Miniftre de Mets , fe font
convertis dans la mefme
Ville.
.
la
J'ay auffi à vous apprendre
la Converfion de M ' du
Faux Amperoux . C'eſt un
Gentilhomme de Bretagne
qui avoit efté deftiné pour
Robe ; & dont la fortune feroit
beaucoup plus confiderable
qu'elle n'eft , s'il avoit
moins aimé les Lettres &
fa Famille. Ces deux raiſons
Fevrier 1686.
S
210 MERCURE
#
l'ont obligé de ceder à fes
Proches , des avantages qu'il
pouvoit legitimement prerendre.
L'amour qu'il a pour
les Lettres n'a pas efté fans
progrez , puifqu'il fçait l'Antiquité
& l'Ecriture autant
qu'aucun homme de fon âge.
Sur tout il poffede parfaitement
l'Hiftoire , la Geogra
phie , l'Eftat prefent de l'Europe
, l'Intereſt des Princes ,
& les Affaires étrangères. Il
entend dix Langues , & parle
& écrit la noftre avec une
entiere pureté. Quoy qu'il
fuft fort perfuadé de fa ReGALANT.
211
ligion , neantmoins comme
il eftoit extremément éloigné
de fe croire infaillible
& incapable de fe tromper ,
le foin de fon falut , & la volonté
du Roy l'obligerent de
s'inftruire à fonds des matieres
de Controverſe , aufquelles
jufques alors il ne
s'eftoit pas entierement attaché.
Après avoir fait un
long Examen en lifant les
Livres qui ont efté publiez
de part & d'autre , n'ayant
pû fe fatisfaire ny fe deter
miner , il alla trouver M¹l'Evefque
de Meaux pour qui
Sij
212 MERCURE
la lecture de fes Ouvrages ,
& fa reputation luy avoient
donné une haute eftime , &
les longues Conferences
qu'il
eut avec ce Sçavant Prelat
diffiperent fi bien tous fes
Doutes , qu'il fut enfin convaincu
que felon les promef
fes de l'Evangile , il doit
avoir eu toûjours une veritable
Eglife , fubfiftante & vifible
, qui ne peut eſtre autre
que l'Eglife Catholique. Ainfi
il abjura entre fes mains à
Verſailles peu de jours aprés
ces Conferences
.
Y
Il refte fi peu de PerfonGALANT.
213
nes à convertir à Paris, qu'on
peut dire qu'on n'y trouve
prefque plus de Proteftans.
Ainfi je ferois trop long fi
je vous nommois tous ceux
qui s'y font faits Catholiques.
Je vous diray ſeulement
que M ' Muiffon Confeiller
au Parlement , & Madame
fa Femme ont fait Abjuration
aprés avoir pris un
foin tres - particulier de fe
faire inftruire , & employé
un long- temps pour chercher
la Verité qu'ils ont enfin
reconnuë. M' Monginot
la Sale s'eft auffi converty a
vec toute la Famille .
214 MERCURE
Entre toutes ces Converfions
, il n'y en a point eu de
plus éclatante que celle de
M' le Comte de Madaillan
de Lefpare , auffi diftingué
par les vives lumieres de fon
efprit , que par les glorieux
avantages qu'il tire de fa
naiffance Il a voulu s'éclaircir
à fond des Veritéz Catholiques
, & il en a efté fi
pleinement convaincu , que
ne fe contentant pas de renoncer
à l'Erreur , il a voulu
que ce qui avoit fervy à le
détromper, contribuaſt à fairé
ceffer l'aveuglement de
GALANT. 215
ceux qui perfiftent dans
l'Herefie de Calvin . Il a écrit
lès Motifs qui l'ont engagé
à fe reünir à l'Eglife Romaine
, & ces raiſons font fi
fortes, & expliquées avec tant
de netteté , qu'elles ont déja
ramené plufieurs Perfonnes
du mefine party. Je ne doute
point que les plus opiniâtres
n'en foient touchez , & qu'aprés
les avoir leus , ils ne demeurent
d'accord que l'Eglife
Catholique eſt la ſeule
Eglife , dans laquelle on peut
faire fon falut.
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Résumé : Conversions faites depuis le mois dernier, [titre d'après la table]
En novembre 1685, l'évêque de Rennes se rendit à Vitré pour encourager les protestants à se convertir au catholicisme. Il visita les notables protestants, leur parla avec fermeté et douceur, et bénit les fidèles dans la grande église chaque soir jusqu'à la fin du mois. Accompagné de son grand vicaire et du Père Bruant jésuite, il poursuivit ses visites, y compris dans les maisons de campagne. Le 22 février 1686, des lettres du duc de Chaulnes expliquèrent les intentions du roi, et les magistrats rassemblèrent les protestants pour les exhorter à se convertir. Deux jours plus tard, un avocat prit la parole au nom des protestants. Le 27 février, une cérémonie d'abjuration eut lieu dans le chœur des Bénédictins, où l'évêque exhorta les nouveaux convertis à travailler pour leur salut. En huit jours, seuls cinquante protestants restèrent, dont quarante-cinq femmes et cinq hommes, qui se convertirent peu après. Le Père Bruant continua ses discours jusqu'à Noël. Le 27 décembre, l'évêque revint à Vitré et entonna le Te Deum en présence du duc de Chaulnes. À Alençon, les jésuites menèrent une mission similaire. À Arras, Dame Suzanne de Vez et Mademoiselle Saquier abjurèrent après des éclaircissements d'un capucin. À Rosoy, M. le Vasseur reçut la profession de foi de quatorze religionnaires. À Metz, Mademoiselle Dorte et Mademoiselle de Montigny abjurèrent entre les mains de l'évêque. À Paris, plusieurs personnes se convertirent, notamment M. Muiffon et sa famille, ainsi que le comte de Madailan de Lesparre, dont la conversion influença d'autres personnes. Le texte souligne que très peu de protestants restent à Paris. L'auteur affirme l'unicité de l'Église catholique comme voie de salut, convainquant même les plus opiniâtres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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187
p. 244-258
Edit de Monsieur le Duc de Savoye, qui défend dans ses Etats l'exercice de la R.P.R. [titre d'après la table]
Début :
Le Roy par cet amour paternel qui luy a fait rechercher [...]
Mots clefs :
Salut, Religion prétendue réformée, Prudence, Hérésie, Ténèbres, Erreur, Autorité, Tolérance, Maisons, Catholiques, Ministres, Éducation des enfants, Édit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Edit de Monsieur le Duc de Savoye, qui défend dans ses Etats l'exercice de la R.P.R. [titre d'après la table]
Le Roy par cet amour paternel
qui luy a fait rechercher
le falut de tant d'Ames
égarées , n'a pas feulement
travaillé pour fes Sujets , il
a donné un exemple de pieté
qui eft fuivy dans d'autres
Etats , & rien ne luy pouvoit
cftre plus glorieux que l'aveu
public qui vient d'en eſtre
rendu. J'aurois beaucoup de
chofes à vous diré là deffus fi
je n'eftois pas preffe par le
temps. Je lereferve pourune
autre occafion , & me contenteray
aujourd'huy de
vous envoyer une Copie de
GALANT 245
l'Edit que Monfieur le Duc
de Savoye fit publier le premier
jour de ce mois contre
ceux de fes Sujets qui font
de la Religion Pretenduë
Reformée. En voicy les termes.
V
ICTOR - AMEDE'E,
Duc de Savoye , Roy de
Chypre , & c.
La Prudence
Chreftienne &
Politique perfuade bien fouvent
de tolerer les maux qui n'estant
pas encorefufceptibles de remedes ,
pourroient devenirplus grands , fi
on tentoit de les appliquer hors de
X iij
246 MERCURE
faifon. C'est ainsi qu'entre les
exemples qu'on a veus dans quel
ques Monarchies , il est arrivé à
nos Sereniffimes Royaux Prédeceffeurs
car quoy qu'ils ayent
tous eu en veuë de tirer leurs Sijets
de la Religion Pretenduë Reformée
des tenebres de l'Herefie
qui par le malheur des temps s'étoit
déja avancée du centre des
Vallées de Lucerne prefque dans
celuy du Piemont , ils n'ont pú
toutefois achever ce faint Ouvra
ge , à cause que leurfdits Sujets
de la Religion Pretenduë Refor
mée eftoient continuellement fomentez
&fecourus par les Reli
GALANT. 247.
gionnaires etrangers . C'est pourquoy
ilsfe contenterent de renfermer
dans les Vallées de Lucerne ,
Angrogne , Saint Martin , Peroufe
, Saint Barthelemy , Rocca
pianta, & Praruftin , ce venin
qu'il ne fut pas poffible de purger
entierement , fouffrant par provifion
qu'ils continuaffent d'exercer
leur fauffe Religion dans les plus
étroites bornes , où les conjonctures
des temps puffent permettre de
Les refferrer , jufqu'à ce qu'il pluft
à la bontéDivine d'en faire n'aiftre
une affez propre pour ramener
ces Ames égarées dans le fein
de noftre fainte & unique Reli
X iiij
248 MERCURE
gion Catholique Apoftolique &
Romaine. Le temps cependant
fait connoistre combien il eftoit neceffaire
d'abbatre cette Hydre ,
veu que les mefmes Heretiques ,
au lieu de répondre par unefoûmife
obeiffance aux graces qu'il
recevoient en ladite tolerance , fe
fontplufieursfois laiẞé aller à des
excez tres manifestes & fcanda
leux de defobeiffance & de Rebellion.
Mais puis qu'on voit ceffer
prefentement un des principaux
Motifs qui perfuadoient la
fufdite tolerance par le retour à
la fainte Foy des Heretiques
voisins , procurépar l'heroique pieGALANT.
249
té du glorieux Monarque de la
France , nous nous croirions coupables
d'ingratitude des graces que
nous avons receues & recevons
continuellement de la Divine
Majefté , fi nous negligions la
conjoncture qu'elle nous preſente
de terminer l'Ouvrage que nofdits
Predeceffeurs avoient projetté.
C'estpourquoypour les fufdites
& autres dignes cauſes , en
- vertu de noftre prefent Edit , &
de noftre certaine Science , pleine
Puiſſance , & Authorité abfoluë,
& de l'avis de Nostre Confeil ,
NOUS AVONS RESOLU
d'ordonner à nos Sujets de la Re250
MERCURE
ligion Pretendue Reformée , de
s'abstenir dorefnavant de tout
Exercice de ladite Religion ,
en confequence de cela , NOUS
deffendons à nos mefmes Sujets
de s'affembler aprés la Publication
du prefent Edit , en aucun
lieu ou maifon particuliere , pour
faire lefdits Exercicesfous pretexte
on cufe quelconque , fous peine
de la vie , & confifcation des
biens , abolifant toute paffee &
pretendue tolerance qu'ils pour
roient fonder fous quelque titre
que ce foit.
Nous voulons pareillement
que tous les Temples , Granges ,
GALANT 25$
Maifons quifervent à prefens
au fufdit Exercice , foient entierement
démolis , comme auffi celles
où l'on feroit à l'avenir quelque
Affemblée contre la difpofition de
l'Article precedent , mefme à l'infceu
des Maiftres des mefmes
Maifons.
Nous commandons à tous les
Miniftres Prefcheurs , & Mai
tres d'Ecole de ladite Religion
Pretenduë Reformée , qui dans
quinze jours aprés la Publication
du prefent Edit ne fe rendror
pas effectivement Catholiques , de
partir de nos Estats auffi toft que
ledit tempsfera expiré , fouspeine
252 MERCURE
de la vie , & confifcation de leurs
biens , leur défendantfous la mefme
peine d'y faire avant leur départ
aucun Prefche, Exhortation,
ny autre fonction de la Religion
fufdite , faifant entre autres défenfe
à qui que cefoit de l'adite Religion
Pretendue Reformée , de
tenir à l'avenir Ecole publique on
particuliere , voulant que doref
navant leurs Enfans ne puiffent
eftre inftruits que pardes Maiftres
d'Ecole quifoient Catholiques ; &
quant à ceux defdits Miniftres qui
fe feront Catholiques dans ledit
terme , Nous voulons qu'ilsjoüiffent
leur vie naturelle durant
GALANT. 253
comme auffi leurs Veuves pendant
qu'elles resteront dans leur viduité,
des mefmes exemptions de charges
, dont ils jouiffoient lors qu'ils
faifoient leurs fonctions de Mi
niftres ; de plus nous ferons
payer aufdits Miniftres qui fe
convertiront comme deffus , un
entretien ou Penfion quif
urpaffera
d'un tiers les gages dont ils joüif
foient en qualité de Miniftres de
ladite Religion , la moitié duquel
entretien ou Penfion , aprés leur
mort,fera continuée à leurs Fem
mes tandis qu'elles demeureront
Veuves.
Nous voulons que les Enfans
254 MERCURE
46 qui naifrontde ceux de ladite Religion
Pretenduë Reformée aprés
la Publication de la prefente Or
donnance , foient baptifez par les
Curez des Paroiffes établies , &
quis'établiront dans lefditesVilles.
A cet effet Nous commandons à
leurs Peres & Meres de les por
ter & envoyer aux Eglifes ,
fous peine aux Peres quiy contre .
viendront , de cinq années de Galeres
, & aux Meres de Fuftigation
publique.
Lefdits Enfans feront enfuite
élevez dans la fufdite Religion
Catholique Apoftolique & Romaine
, & nous chargeonsparti
GALANT 255
culierement les Juges , Chaftelle
nies , & autres qu'il appartiendra,
de tenir la main à ce qu'amfi il
foit executé.
Nous confirmons noftre Edit
du 4. Novembre dernier , touchant
les Sujets de Sa Majesté
Tres-Chreftienne ,faifant Profef
fion de la mefme Religion Pretendue
Reformée , qui fe trouve
ront dans nos Etats , on y auront
laiffé quelques hardes , effets on
argent ; & quant aux autres Etrangers
de la mefme Religion ,
qui contre la difpofition des Edits
des Souverains nos Predeceffeurs
font venus habiter dons lesdites
>
256 MERCURE
Vallées fans la permiſſion par écrit
des mefmes Souverains , comme
auffi les Defcendans defdits
Etrangers qui font nez dans lef
dites Vallées ; Nous Ordonnons
qu'au cas qu'ils ne fe determinent
point aprés la Publication du prefent
Edit , à vivre conformement
à noftre Religion Catholique Apostolique
& Romaine, ils ayent,
ledit terme expiré , à partir de
Nofdits Etats fous peine de la
vie , & confifcation des biens ;
& quoy que nous pourrions pretendre
que les biens que
gers ont acquis dans nos Etats
foient en vertu des mefmes Edits
les EtranGALANT
257
que
la
vente
dévolus à nostre Fifcq , voulant
toutefois en cela ufer de noftre
Clemence , Nous leur permettons
de les vendre , & d'en difpofer
s'ils veulent dans le terme specifié,
pourveu-neanmoins
difpofition defdits biens &
immeubles tombe fur des Perfonnes
qui foient Catholiques ; &
au cas qu'il ne fe trouve pas d'Acheteurs
, ils s'entendront vendus
à noftre Patrimonial , felon la
juſte évaluation qui en fera faite.
Nous mandons à cet effer , t
commandons à nos Magiftrats
Miniftres , & Officiers de Justice
Grida Guerre , & à tous ceux
*
Fevrier 1686. Y
258 MERCURE
qu'il appartiendra , de faire ob
ferver inviolablement noftre prefent
Edit , & à noftre Senat de
Piemont , de l'entretenir ap
prouver en tout & partout , vou
lant
que
la
Publication qui en
fera faite aux lieux , & avec les
formalitez accoutumées , dit force
pour tous d'intimation Perfonnelle
, & qu'on ait la mefme
foy à ajouter à la Copie imprimée
par noftre Imprimeur Sinibalde
, qu'à l'Original ; Car tel
eft Noftre plaifir. Donné , &c.
qui luy a fait rechercher
le falut de tant d'Ames
égarées , n'a pas feulement
travaillé pour fes Sujets , il
a donné un exemple de pieté
qui eft fuivy dans d'autres
Etats , & rien ne luy pouvoit
cftre plus glorieux que l'aveu
public qui vient d'en eſtre
rendu. J'aurois beaucoup de
chofes à vous diré là deffus fi
je n'eftois pas preffe par le
temps. Je lereferve pourune
autre occafion , & me contenteray
aujourd'huy de
vous envoyer une Copie de
GALANT 245
l'Edit que Monfieur le Duc
de Savoye fit publier le premier
jour de ce mois contre
ceux de fes Sujets qui font
de la Religion Pretenduë
Reformée. En voicy les termes.
V
ICTOR - AMEDE'E,
Duc de Savoye , Roy de
Chypre , & c.
La Prudence
Chreftienne &
Politique perfuade bien fouvent
de tolerer les maux qui n'estant
pas encorefufceptibles de remedes ,
pourroient devenirplus grands , fi
on tentoit de les appliquer hors de
X iij
246 MERCURE
faifon. C'est ainsi qu'entre les
exemples qu'on a veus dans quel
ques Monarchies , il est arrivé à
nos Sereniffimes Royaux Prédeceffeurs
car quoy qu'ils ayent
tous eu en veuë de tirer leurs Sijets
de la Religion Pretenduë Reformée
des tenebres de l'Herefie
qui par le malheur des temps s'étoit
déja avancée du centre des
Vallées de Lucerne prefque dans
celuy du Piemont , ils n'ont pú
toutefois achever ce faint Ouvra
ge , à cause que leurfdits Sujets
de la Religion Pretenduë Refor
mée eftoient continuellement fomentez
&fecourus par les Reli
GALANT. 247.
gionnaires etrangers . C'est pourquoy
ilsfe contenterent de renfermer
dans les Vallées de Lucerne ,
Angrogne , Saint Martin , Peroufe
, Saint Barthelemy , Rocca
pianta, & Praruftin , ce venin
qu'il ne fut pas poffible de purger
entierement , fouffrant par provifion
qu'ils continuaffent d'exercer
leur fauffe Religion dans les plus
étroites bornes , où les conjonctures
des temps puffent permettre de
Les refferrer , jufqu'à ce qu'il pluft
à la bontéDivine d'en faire n'aiftre
une affez propre pour ramener
ces Ames égarées dans le fein
de noftre fainte & unique Reli
X iiij
248 MERCURE
gion Catholique Apoftolique &
Romaine. Le temps cependant
fait connoistre combien il eftoit neceffaire
d'abbatre cette Hydre ,
veu que les mefmes Heretiques ,
au lieu de répondre par unefoûmife
obeiffance aux graces qu'il
recevoient en ladite tolerance , fe
fontplufieursfois laiẞé aller à des
excez tres manifestes & fcanda
leux de defobeiffance & de Rebellion.
Mais puis qu'on voit ceffer
prefentement un des principaux
Motifs qui perfuadoient la
fufdite tolerance par le retour à
la fainte Foy des Heretiques
voisins , procurépar l'heroique pieGALANT.
249
té du glorieux Monarque de la
France , nous nous croirions coupables
d'ingratitude des graces que
nous avons receues & recevons
continuellement de la Divine
Majefté , fi nous negligions la
conjoncture qu'elle nous preſente
de terminer l'Ouvrage que nofdits
Predeceffeurs avoient projetté.
C'estpourquoypour les fufdites
& autres dignes cauſes , en
- vertu de noftre prefent Edit , &
de noftre certaine Science , pleine
Puiſſance , & Authorité abfoluë,
& de l'avis de Nostre Confeil ,
NOUS AVONS RESOLU
d'ordonner à nos Sujets de la Re250
MERCURE
ligion Pretendue Reformée , de
s'abstenir dorefnavant de tout
Exercice de ladite Religion ,
en confequence de cela , NOUS
deffendons à nos mefmes Sujets
de s'affembler aprés la Publication
du prefent Edit , en aucun
lieu ou maifon particuliere , pour
faire lefdits Exercicesfous pretexte
on cufe quelconque , fous peine
de la vie , & confifcation des
biens , abolifant toute paffee &
pretendue tolerance qu'ils pour
roient fonder fous quelque titre
que ce foit.
Nous voulons pareillement
que tous les Temples , Granges ,
GALANT 25$
Maifons quifervent à prefens
au fufdit Exercice , foient entierement
démolis , comme auffi celles
où l'on feroit à l'avenir quelque
Affemblée contre la difpofition de
l'Article precedent , mefme à l'infceu
des Maiftres des mefmes
Maifons.
Nous commandons à tous les
Miniftres Prefcheurs , & Mai
tres d'Ecole de ladite Religion
Pretenduë Reformée , qui dans
quinze jours aprés la Publication
du prefent Edit ne fe rendror
pas effectivement Catholiques , de
partir de nos Estats auffi toft que
ledit tempsfera expiré , fouspeine
252 MERCURE
de la vie , & confifcation de leurs
biens , leur défendantfous la mefme
peine d'y faire avant leur départ
aucun Prefche, Exhortation,
ny autre fonction de la Religion
fufdite , faifant entre autres défenfe
à qui que cefoit de l'adite Religion
Pretendue Reformée , de
tenir à l'avenir Ecole publique on
particuliere , voulant que doref
navant leurs Enfans ne puiffent
eftre inftruits que pardes Maiftres
d'Ecole quifoient Catholiques ; &
quant à ceux defdits Miniftres qui
fe feront Catholiques dans ledit
terme , Nous voulons qu'ilsjoüiffent
leur vie naturelle durant
GALANT. 253
comme auffi leurs Veuves pendant
qu'elles resteront dans leur viduité,
des mefmes exemptions de charges
, dont ils jouiffoient lors qu'ils
faifoient leurs fonctions de Mi
niftres ; de plus nous ferons
payer aufdits Miniftres qui fe
convertiront comme deffus , un
entretien ou Penfion quif
urpaffera
d'un tiers les gages dont ils joüif
foient en qualité de Miniftres de
ladite Religion , la moitié duquel
entretien ou Penfion , aprés leur
mort,fera continuée à leurs Fem
mes tandis qu'elles demeureront
Veuves.
Nous voulons que les Enfans
254 MERCURE
46 qui naifrontde ceux de ladite Religion
Pretenduë Reformée aprés
la Publication de la prefente Or
donnance , foient baptifez par les
Curez des Paroiffes établies , &
quis'établiront dans lefditesVilles.
A cet effet Nous commandons à
leurs Peres & Meres de les por
ter & envoyer aux Eglifes ,
fous peine aux Peres quiy contre .
viendront , de cinq années de Galeres
, & aux Meres de Fuftigation
publique.
Lefdits Enfans feront enfuite
élevez dans la fufdite Religion
Catholique Apoftolique & Romaine
, & nous chargeonsparti
GALANT 255
culierement les Juges , Chaftelle
nies , & autres qu'il appartiendra,
de tenir la main à ce qu'amfi il
foit executé.
Nous confirmons noftre Edit
du 4. Novembre dernier , touchant
les Sujets de Sa Majesté
Tres-Chreftienne ,faifant Profef
fion de la mefme Religion Pretendue
Reformée , qui fe trouve
ront dans nos Etats , on y auront
laiffé quelques hardes , effets on
argent ; & quant aux autres Etrangers
de la mefme Religion ,
qui contre la difpofition des Edits
des Souverains nos Predeceffeurs
font venus habiter dons lesdites
>
256 MERCURE
Vallées fans la permiſſion par écrit
des mefmes Souverains , comme
auffi les Defcendans defdits
Etrangers qui font nez dans lef
dites Vallées ; Nous Ordonnons
qu'au cas qu'ils ne fe determinent
point aprés la Publication du prefent
Edit , à vivre conformement
à noftre Religion Catholique Apostolique
& Romaine, ils ayent,
ledit terme expiré , à partir de
Nofdits Etats fous peine de la
vie , & confifcation des biens ;
& quoy que nous pourrions pretendre
que les biens que
gers ont acquis dans nos Etats
foient en vertu des mefmes Edits
les EtranGALANT
257
que
la
vente
dévolus à nostre Fifcq , voulant
toutefois en cela ufer de noftre
Clemence , Nous leur permettons
de les vendre , & d'en difpofer
s'ils veulent dans le terme specifié,
pourveu-neanmoins
difpofition defdits biens &
immeubles tombe fur des Perfonnes
qui foient Catholiques ; &
au cas qu'il ne fe trouve pas d'Acheteurs
, ils s'entendront vendus
à noftre Patrimonial , felon la
juſte évaluation qui en fera faite.
Nous mandons à cet effer , t
commandons à nos Magiftrats
Miniftres , & Officiers de Justice
Grida Guerre , & à tous ceux
*
Fevrier 1686. Y
258 MERCURE
qu'il appartiendra , de faire ob
ferver inviolablement noftre prefent
Edit , & à noftre Senat de
Piemont , de l'entretenir ap
prouver en tout & partout , vou
lant
que
la
Publication qui en
fera faite aux lieux , & avec les
formalitez accoutumées , dit force
pour tous d'intimation Perfonnelle
, & qu'on ait la mefme
foy à ajouter à la Copie imprimée
par noftre Imprimeur Sinibalde
, qu'à l'Original ; Car tel
eft Noftre plaifir. Donné , &c.
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Résumé : Edit de Monsieur le Duc de Savoye, qui défend dans ses Etats l'exercice de la R.P.R. [titre d'après la table]
En février 1686, Victor-Amédée, Duc de Savoie, publia un édit visant à réprimer la religion réformée dans ses États. Cette décision fut motivée par les abus commis par les protestants malgré la tolérance précédente. Le Duc mentionna que les monarques antérieurs avaient tenté des conversions mais avaient été influencés par des interventions étrangères. La récente conversion des protestants voisins, soutenue par le roi de France, offrit une opportunité de finaliser cette conversion. L'édit interdisait l'exercice public de la religion réformée et ordonnait la démolition des temples. Les ministres protestants devaient se convertir au catholicisme sous quinze jours, sinon ils seraient expulsés et leurs biens confisqués. Les nouveaux-nés devaient être baptisés par des curés catholiques et élevés dans la foi catholique, sous peine de sanctions pour les parents non conformes. L'édit stipulait également que les enfants de couples mixtes devaient être élevés dans la religion catholique. Les autorités locales étaient chargées de veiller à l'application de cette règle. Pour les étrangers protestants résidant illégalement, la conversion au catholicisme était obligatoire sous peine de mort et de confiscation des biens. Ils pouvaient vendre leurs biens, mais ceux-ci devaient être achetés par des catholiques. Les magistrats et officiers de justice devaient faire respecter cet édit, dont la publication devait suivre les formalités habituelles et avoir force de loi pour tous.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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188
p. 264-283
REPONSE A UN ECRIT INTITULÉ Lettre Pastorale aux Protestans de France, tombez par la force des tourmens.
Début :
Il a paru un Ecrit plein de calomnies, contre la conduite / Il ne faut que voir le titre de cette Lettre, pour juger [...]
Mots clefs :
Protestants, Conversions, Méthodes, Calomnies, Sainteté, Tourments, Erreurs, Schisme, Louange, Barbarie, Sainte vérité, Dragons, Obéissance, Providence, Abjuration, Révolte, Persécutions, Nouveaux convertis, Église romaine, Démons, Dieu, Jésus-Christ, Pasteurs, Communion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE A UN ECRIT INTITULÉ Lettre Pastorale aux Protestans de France, tombez par la force des tourmens.
Il a paru un Ecrit plein de
calomnies, contre la condui
l'on a tenuë en Frante
que
ce
pour
ramener
les
Protef
tans
à l'Eglife
. Vous
ferez
bien
aife
de
voir
la
Réponſe
qu'on
y a faite
. Elle
fait
connoiftre
avec
combien
d'injuſtice
on
veut
noircir
la plus
éclatante
& la plus
fainte
action
qu'on
ait
jamais
entre
prife
.
REPONSE
GALANT
265
REPONSE A UN ECRIT
INTITULE ,
Lettre Paftorale aux Protef
tans de France, tombez par
la force des
tourmens.
I
Lesfaut que voir le titre de
cette Lettre pour juger de
quel efprit estoit anime celuy qui
la écrite, & quelle idée il a voulu
donner de ce qui s'eft paßé en
France à l'égard des Proteftans.
Qurne croiroit en lifant cette expreffion
outrée de tombez par la
force des tourmens , qu'on n'a
employé pour leur converfion que
Février
1686, Z
266 MERCURE
de
lefer & le feu, que les bourreaux
#les gehennes. On ne nie pas.
que le Roy n'ait jugé à propos
fe fervir defon authorité pourfai
re réuffer ce pieux deffein, & qu'il
n'ait cru pouvoirfaire aujourd'huy
ce qu'ont fait autrefois les Empereurs
Chrestiens dans un cas pa
reils afin de retirerfes Sujets de
lafunefte fecurité dans laquelle les
malheur de leur naiffance & la
force de l'habitude les retenoit de
puis fi long- temps , mais se n'aefté
qu'à l'extrémité qu'il s'yeftrefo
In , & l'Eglife fe feroit contentée
d'employer, pour vélaɔkazforcɔdes)
aifons fi aprés plufiones extors
be
de mir
GALANT 267
tations
vainement reiterées , on
n'avoir reconnu que la feule perfuafion
ne feroit pas capable d'ar
racher des erreurs fi enracinées. Il
falloit ou renoncer à la pensée de
faire ceffer le Schifme en France
laffer
perpetuellement fubfifter
des levains de difcorde dans
L'Etat , on fe refoudre de joindre
les menaces aux
exhortations , afin
que
la crainte difpofaft les efprits
àrecevoir
l'inftruction, Saint Au
guftin aprouva lafeverité de l'ancienne
Eglife contre les Donatif=
tes , quand elle vit les heureuse
fuccés qu'elle avoit produits. La
conduite qu'en a tenue en France
Zij
268 MERCURE
à l'égard des Proteftans , fe jufli
fie par des fuccés beaucoup plus
furprenans ; outre qu'on doit a
vouer à la louange de noftre grand
Monarque , que jamais perſonne
avant luy n'afceufi bien l'art de
temperer la ſeverité par la douceurs
cars'il a esté obligé quelquefois
de parler en Maire , on l'a
wen toujours agir en Pere ; s'il a
quelquefois levé le bras , fa bonté
le luy a quafi toujours retenų , &
il n'a jamais frappé qu'à regret.
Aufond , ce que l'Autheur de la
Lettre Paftorale appelle enſtyle
de Declamateur des cruautez
des barbaries inouies , n'a efté auGALANT.
269
f
e
tre chose qu'un logement de Gens
de Guerre à l'ordinaire , qui à la
verité a faitfouffrir les gens dans
leurs biens, mais jamais dans leurs
perfonnes. Les Officiers des Tronpes
entrant dans l'efprit du Maif
tre,n'ont eu d'autre application que
celle de defendre & d'empeſcher
les violences ; fi malgré leurs
précautions il s'en eft commis quel
qu'une , ou elle n'a pas efté fceuë,
où elle a efté punie fur le champ.
Une marque de cette verité,
c'est que cet Autheur feditleux ,
qui fait fi bienpeindre les chofes ,
qui leur donne de fi fortes couleurs
quand il luy plaist , & qui va
Z iij
270 MERCURE
jufqu'à outrer mefme les exagerations,
ne marque aucun exemple
de ces barbaries inouies , & que
toute's › ces cruantez berribles des
Dragons fe reduifent felon luy
mesme , à avoir empefché leurs
Hoftes de dormir. Mais il a beau
faire , il a beau ternir lagloire du
plus grand évenement que
ait jamais accordé à aucun Prince
de la Terre , malgré luy , malgré
tous les efforts du Demen , il ne
moura jamais dans la memoire des
Hommes, & l'on ne pourra s'em
pefcher d'y reconnoistre le doigt de
Dieu , fi l'on confideré avec quelle
rapidité tant de Villes, tant de Pro
Dien
GALANT. 271
vinces ont efté ramenées à l'obeïffance
de l'Eglife , fans qu'il en
ait coûté unefeute goute de fang.
Auffi l'Autheur de la Lettre , étonné
de ces évenement miracu
Leuse , qu'il appelle une défection
generale, une chute qui enfait
tomber mille à droit , & mille à
gauche , avoue qu'il ne peut s'em
pefcher den fremir. Il a raison ,
fans doute , mais ce devroit eftre.
d'unfaint fremiffement , qui l'o
bligeant de donner gloire à Dieu,
luy fit employerfes grands talens.
aexalter les merveilles de la Pro
vidence , à faire admirer les cho-.
fes magnifiques que Dieu a voulu
Z iiij
272 MERCURE
faire en nos jours , & àreſtituer
àl'Eglife les droits les preraz
gatives qu'il s'efforce de luy ofter
Cet Autheur ne fe contente pas
de peindre des plus noires couleurs
la plus grande , la plus e
la plus loüable de toutes les ac
tions ,fon efprit inquiet & malın
ne peutfouffrir que ceux qu'il appelle
Tombez , jourffent de la
tranquillité que leur converfion
Leur a procurée ; il tafche par tou
tesfortes de moyens d'alarmerleur
confcience, d'ébranler leur fidelite,
de les porter à la defobriſſan.
ce es à la revolte. C'eft icy qu'où
bliant qu'il est né le Sujet de noftre
GALANT. 2735
augufte Prince , il déploye tous les
traits de fon éloquence , & fefert
de tout ce que l'art à accoûtuméde
mettre en pratique pour émouvoir
les efprits . Il leur peint d'un cofté
ta grandeur & l'énormité de leur
faute, & leurfait voir de l'autre
les Enfers ouverts prefts à les engloutir
, s'ils ne fe relevent prom
prement de leur chute , & tout cela,
avec des figures fi vivės , & un
ton fi menaçant , qu'il n'y a point
dame qu'il ne fuft capable de jetter
dans le dernier defefpoir.
Heureufement il ne s'adreſſe,
qu'à ceux qui font tombez par la
force des tourmens , il declare
274 MERCURE
a ces qu'il n'entend point parler
lâches Chreftiens, qui vont d'euxmefmes
porter leurs noms , parce,
dit-il, qu'il n'y a plus pour eux
de facrifice , mais une atten,
te terrible des Jugemens de
Dieu ,fans fe fouvenir que cette
délicateffe qu'il affecte en ce te occafion
, n'a jamais efté en usage
dans fa Communion , où l'on
toujours receu indifferemment toutes
fortes de Relaps ; mais pour
donner plus de poids à fa Lettre,
il ne falloit pas qu'il s'en tinft là.
Confolons - nous donc , puifqu'il
veut bien fe reftraindre aux feuls
Tombezpar la force des tourmens,
GALANT 275
carfurce pied. la fa Lettre ne nous
fera pas un fort grand mal.
Au reste, quand cet Autheur
fait une comparaifon des Chreftiens
qui tomboient par foibleffe
au temps de la perfecution , avec
nos nouveaux Convertis, ilfe met
à la place de ces faints Peres dont
il emprunte les expreſſions & les
reparties qu'ils faifoient aux foibles,
& il nous fait l'honneur de
nous mettre à celle des Payens de
ce temps -lá. Comme il a bien préveu
qu'une réunion à l'Eglife Romaine
, confiderée fur le pied d'u
ne Societé Chreftienne, ne paroiftroit
pas un affez grand crime ,
276 MERCURE
ne donneroit pas affez de lieu à
fes declamations & à fes reproches
, il a bien fallu qu'il en fift
une Societe Payenne. C'est pour
cela qu'il compare par tout lafau.
te des pretendus Tombez à celle
de ces mauvais Chreftiens qui alloient
anciennement offrir de l'encens
aux Idoles , qu'il la qualifie
d'apoftafie, de blafphéme, & qu'il
appelle les Pasteurs qui ont changé
des Demons volages . C'est pour
cela encore qu'il avertit les Tombez,
quefa Lettre eft le troifiéme
chant du Coq ; que comme teur
crime eft femblable à celuy de
Saint Pierre , il faut qu'ils imiGALANT.
277
tent ce Saint Apostre , en fortant
promptement de la maison de Caï
phe , & qu'après avoir reniéJefus-
Chrift publiquement , ils devoient
le confeffer auffi publiquement.
la
En verité, on eft furpris qu'un
homme noury dans le fein du
Christianifme , puiffe porter
fureur de la calomnie jufqu'à ce
point- là , que d'appeller ceux qui
fe réuniffent à l'Eglife Romaine,
des Apostats, des Blafphemateurs
&
des Demons qui renient Jefus
Chrift . La feule propofition fait
borreur , & l'on ne croit pas devoir
s'arrefter à combattre une opi278
MERCURE
nion auffi damnable & auffi vifiblement
fauffe . On fe contentera
donc pour la confolation de ceux
qu'il appelle Tombez , de faire
l'aveu mefme d'un des
ne
voir
par
plus
illuftres
du
Party
, que
cette
opinion
luy
eft particuliere
,
fut
jamais
celle
des
autres
Protef
tans
. Voicy
ce qu'il
dit parlant
de
La croyance
de l'Eglife
Romaine
.
Elle
adore
le mefme
Jefus
Chrift
que
nous
adorons
; elle
confeffe
l'unité
de
fa Perfon
ne
& la verité
de fes
deux
Na
,
tures
, le croyant
Dieu.eter
nel
de
mefme
fubftance
que
le
Pere
& le
Saint
Efprit
, &
GALANT. 279
Homme fait en temps de la
chair de la bien - heureufe
Vierge, femblable à nous en
toutes chofes , hormis le pe
ché , vrayement Emmanuel
comme nous l'avoient promis
les anciens Oracles. Elle
reconnoift la verité , l'utilité
& la neceffité defes fouffran
ces , & prefche comme nous
que fon Sang a expié les crimes
du Genre-humain , &
que le falut de l'Univers eft
le prix de fa mort. Elle le croît
affis dans les Cieux à la dextre
de Dieu fon Pere , elle l'actend
au dernier jour pour ju
280 MERCURE
ger le Monde, & efpere de fa
grace la bien- heureuſe immortalité.
Elle donne à fes
Enfans leBaptême qu'il nous
a inftitué. Elle les repaift de
l'Euchariftie
. Elle leur recommande
la pieté envers
luy , & la charité envers les
hommes , &c. Certes, ajoûtes
t-il , nous ne pouvons ny ne
voulons nier que l'Eglife Ro
maine ne croye encore aujourd'huy
toutes ces faintes
veritez. Qu'on juge aprés cela
fi c'est renierJefus Chrift , que de
fe joindre à une Societé qui enfei
gne toutes les chofes que nous venons
de rapporter
.
GALANT. 28t
ils
Mais nous efperons que les
pretendus Tombez, à qui s'adreffe
noftre Autheur, feront bien- toft
eux- mefmes les Défenseurs
de notre
fainte Religion ; & qu'au lieu
de fe faire les illufions qu'il craint,
s'appercevront
de toutes celles
qu'on leur a faites autrefois ; que
leur Réunion fera nonfeulement
exterieure, mais interieure & fincere
, & qu'au lieu de fonger à
amafferdes richeffes pour les tranf
porter dans des Terres Etrangeres,
ils ne fongeront plus qu'à fe faire
un threfør de bonnes oeuvres ,$, pour
meriter un jour les glorieufes récompenſes
, que 3 que Dieu promet à
Fevrier 1686. Aa
282 MERCURE
ceux qui l'auront fervy fidelle
ment.
Al'égard des Pafteurs qui ont
abandonné ce titre ufurpé , pour
devenir de fimples Brebis du Seigneur
, on les exhorte d'enrepren
dre l'efprit , &de pardonner à cet
Autheur envenimé tous les traits
qu'il a poußez contre leurbonneur
leur reputation , afin que cet
exemple de moderation ferve à le
corriger à le faire entrer en luymeſme
; & pour nous , nous prierons
ce grand Sauveur, qui a racheté
fon Eglife par fon Sang,
d'en eftre luy- mefme le Défenfeur
& le Bouclier, & d'inspirer fi
GALANT. 283
bien cet Autheur , qu'il ne fonge
plus deformais à l'outrager , mais
plutoft que rentrant dansfa Communion
, il reconnoiffe à tous fes
divins caracteres , qu'elle eft veritablement
l'Epouse de Feſus-
Christ , à quifeule appartiennent
ces precieufes Promeffes qu'il afai
tes d'eftré avec Elle jusqu'à la fin
des Siecles.
calomnies, contre la condui
l'on a tenuë en Frante
que
ce
pour
ramener
les
Protef
tans
à l'Eglife
. Vous
ferez
bien
aife
de
voir
la
Réponſe
qu'on
y a faite
. Elle
fait
connoiftre
avec
combien
d'injuſtice
on
veut
noircir
la plus
éclatante
& la plus
fainte
action
qu'on
ait
jamais
entre
prife
.
REPONSE
GALANT
265
REPONSE A UN ECRIT
INTITULE ,
Lettre Paftorale aux Protef
tans de France, tombez par
la force des
tourmens.
I
Lesfaut que voir le titre de
cette Lettre pour juger de
quel efprit estoit anime celuy qui
la écrite, & quelle idée il a voulu
donner de ce qui s'eft paßé en
France à l'égard des Proteftans.
Qurne croiroit en lifant cette expreffion
outrée de tombez par la
force des tourmens , qu'on n'a
employé pour leur converfion que
Février
1686, Z
266 MERCURE
de
lefer & le feu, que les bourreaux
#les gehennes. On ne nie pas.
que le Roy n'ait jugé à propos
fe fervir defon authorité pourfai
re réuffer ce pieux deffein, & qu'il
n'ait cru pouvoirfaire aujourd'huy
ce qu'ont fait autrefois les Empereurs
Chrestiens dans un cas pa
reils afin de retirerfes Sujets de
lafunefte fecurité dans laquelle les
malheur de leur naiffance & la
force de l'habitude les retenoit de
puis fi long- temps , mais se n'aefté
qu'à l'extrémité qu'il s'yeftrefo
In , & l'Eglife fe feroit contentée
d'employer, pour vélaɔkazforcɔdes)
aifons fi aprés plufiones extors
be
de mir
GALANT 267
tations
vainement reiterées , on
n'avoir reconnu que la feule perfuafion
ne feroit pas capable d'ar
racher des erreurs fi enracinées. Il
falloit ou renoncer à la pensée de
faire ceffer le Schifme en France
laffer
perpetuellement fubfifter
des levains de difcorde dans
L'Etat , on fe refoudre de joindre
les menaces aux
exhortations , afin
que
la crainte difpofaft les efprits
àrecevoir
l'inftruction, Saint Au
guftin aprouva lafeverité de l'ancienne
Eglife contre les Donatif=
tes , quand elle vit les heureuse
fuccés qu'elle avoit produits. La
conduite qu'en a tenue en France
Zij
268 MERCURE
à l'égard des Proteftans , fe jufli
fie par des fuccés beaucoup plus
furprenans ; outre qu'on doit a
vouer à la louange de noftre grand
Monarque , que jamais perſonne
avant luy n'afceufi bien l'art de
temperer la ſeverité par la douceurs
cars'il a esté obligé quelquefois
de parler en Maire , on l'a
wen toujours agir en Pere ; s'il a
quelquefois levé le bras , fa bonté
le luy a quafi toujours retenų , &
il n'a jamais frappé qu'à regret.
Aufond , ce que l'Autheur de la
Lettre Paftorale appelle enſtyle
de Declamateur des cruautez
des barbaries inouies , n'a efté auGALANT.
269
f
e
tre chose qu'un logement de Gens
de Guerre à l'ordinaire , qui à la
verité a faitfouffrir les gens dans
leurs biens, mais jamais dans leurs
perfonnes. Les Officiers des Tronpes
entrant dans l'efprit du Maif
tre,n'ont eu d'autre application que
celle de defendre & d'empeſcher
les violences ; fi malgré leurs
précautions il s'en eft commis quel
qu'une , ou elle n'a pas efté fceuë,
où elle a efté punie fur le champ.
Une marque de cette verité,
c'est que cet Autheur feditleux ,
qui fait fi bienpeindre les chofes ,
qui leur donne de fi fortes couleurs
quand il luy plaist , & qui va
Z iij
270 MERCURE
jufqu'à outrer mefme les exagerations,
ne marque aucun exemple
de ces barbaries inouies , & que
toute's › ces cruantez berribles des
Dragons fe reduifent felon luy
mesme , à avoir empefché leurs
Hoftes de dormir. Mais il a beau
faire , il a beau ternir lagloire du
plus grand évenement que
ait jamais accordé à aucun Prince
de la Terre , malgré luy , malgré
tous les efforts du Demen , il ne
moura jamais dans la memoire des
Hommes, & l'on ne pourra s'em
pefcher d'y reconnoistre le doigt de
Dieu , fi l'on confideré avec quelle
rapidité tant de Villes, tant de Pro
Dien
GALANT. 271
vinces ont efté ramenées à l'obeïffance
de l'Eglife , fans qu'il en
ait coûté unefeute goute de fang.
Auffi l'Autheur de la Lettre , étonné
de ces évenement miracu
Leuse , qu'il appelle une défection
generale, une chute qui enfait
tomber mille à droit , & mille à
gauche , avoue qu'il ne peut s'em
pefcher den fremir. Il a raison ,
fans doute , mais ce devroit eftre.
d'unfaint fremiffement , qui l'o
bligeant de donner gloire à Dieu,
luy fit employerfes grands talens.
aexalter les merveilles de la Pro
vidence , à faire admirer les cho-.
fes magnifiques que Dieu a voulu
Z iiij
272 MERCURE
faire en nos jours , & àreſtituer
àl'Eglife les droits les preraz
gatives qu'il s'efforce de luy ofter
Cet Autheur ne fe contente pas
de peindre des plus noires couleurs
la plus grande , la plus e
la plus loüable de toutes les ac
tions ,fon efprit inquiet & malın
ne peutfouffrir que ceux qu'il appelle
Tombez , jourffent de la
tranquillité que leur converfion
Leur a procurée ; il tafche par tou
tesfortes de moyens d'alarmerleur
confcience, d'ébranler leur fidelite,
de les porter à la defobriſſan.
ce es à la revolte. C'eft icy qu'où
bliant qu'il est né le Sujet de noftre
GALANT. 2735
augufte Prince , il déploye tous les
traits de fon éloquence , & fefert
de tout ce que l'art à accoûtuméde
mettre en pratique pour émouvoir
les efprits . Il leur peint d'un cofté
ta grandeur & l'énormité de leur
faute, & leurfait voir de l'autre
les Enfers ouverts prefts à les engloutir
, s'ils ne fe relevent prom
prement de leur chute , & tout cela,
avec des figures fi vivės , & un
ton fi menaçant , qu'il n'y a point
dame qu'il ne fuft capable de jetter
dans le dernier defefpoir.
Heureufement il ne s'adreſſe,
qu'à ceux qui font tombez par la
force des tourmens , il declare
274 MERCURE
a ces qu'il n'entend point parler
lâches Chreftiens, qui vont d'euxmefmes
porter leurs noms , parce,
dit-il, qu'il n'y a plus pour eux
de facrifice , mais une atten,
te terrible des Jugemens de
Dieu ,fans fe fouvenir que cette
délicateffe qu'il affecte en ce te occafion
, n'a jamais efté en usage
dans fa Communion , où l'on
toujours receu indifferemment toutes
fortes de Relaps ; mais pour
donner plus de poids à fa Lettre,
il ne falloit pas qu'il s'en tinft là.
Confolons - nous donc , puifqu'il
veut bien fe reftraindre aux feuls
Tombezpar la force des tourmens,
GALANT 275
carfurce pied. la fa Lettre ne nous
fera pas un fort grand mal.
Au reste, quand cet Autheur
fait une comparaifon des Chreftiens
qui tomboient par foibleffe
au temps de la perfecution , avec
nos nouveaux Convertis, ilfe met
à la place de ces faints Peres dont
il emprunte les expreſſions & les
reparties qu'ils faifoient aux foibles,
& il nous fait l'honneur de
nous mettre à celle des Payens de
ce temps -lá. Comme il a bien préveu
qu'une réunion à l'Eglife Romaine
, confiderée fur le pied d'u
ne Societé Chreftienne, ne paroiftroit
pas un affez grand crime ,
276 MERCURE
ne donneroit pas affez de lieu à
fes declamations & à fes reproches
, il a bien fallu qu'il en fift
une Societe Payenne. C'est pour
cela qu'il compare par tout lafau.
te des pretendus Tombez à celle
de ces mauvais Chreftiens qui alloient
anciennement offrir de l'encens
aux Idoles , qu'il la qualifie
d'apoftafie, de blafphéme, & qu'il
appelle les Pasteurs qui ont changé
des Demons volages . C'est pour
cela encore qu'il avertit les Tombez,
quefa Lettre eft le troifiéme
chant du Coq ; que comme teur
crime eft femblable à celuy de
Saint Pierre , il faut qu'ils imiGALANT.
277
tent ce Saint Apostre , en fortant
promptement de la maison de Caï
phe , & qu'après avoir reniéJefus-
Chrift publiquement , ils devoient
le confeffer auffi publiquement.
la
En verité, on eft furpris qu'un
homme noury dans le fein du
Christianifme , puiffe porter
fureur de la calomnie jufqu'à ce
point- là , que d'appeller ceux qui
fe réuniffent à l'Eglife Romaine,
des Apostats, des Blafphemateurs
&
des Demons qui renient Jefus
Chrift . La feule propofition fait
borreur , & l'on ne croit pas devoir
s'arrefter à combattre une opi278
MERCURE
nion auffi damnable & auffi vifiblement
fauffe . On fe contentera
donc pour la confolation de ceux
qu'il appelle Tombez , de faire
l'aveu mefme d'un des
ne
voir
par
plus
illuftres
du
Party
, que
cette
opinion
luy
eft particuliere
,
fut
jamais
celle
des
autres
Protef
tans
. Voicy
ce qu'il
dit parlant
de
La croyance
de l'Eglife
Romaine
.
Elle
adore
le mefme
Jefus
Chrift
que
nous
adorons
; elle
confeffe
l'unité
de
fa Perfon
ne
& la verité
de fes
deux
Na
,
tures
, le croyant
Dieu.eter
nel
de
mefme
fubftance
que
le
Pere
& le
Saint
Efprit
, &
GALANT. 279
Homme fait en temps de la
chair de la bien - heureufe
Vierge, femblable à nous en
toutes chofes , hormis le pe
ché , vrayement Emmanuel
comme nous l'avoient promis
les anciens Oracles. Elle
reconnoift la verité , l'utilité
& la neceffité defes fouffran
ces , & prefche comme nous
que fon Sang a expié les crimes
du Genre-humain , &
que le falut de l'Univers eft
le prix de fa mort. Elle le croît
affis dans les Cieux à la dextre
de Dieu fon Pere , elle l'actend
au dernier jour pour ju
280 MERCURE
ger le Monde, & efpere de fa
grace la bien- heureuſe immortalité.
Elle donne à fes
Enfans leBaptême qu'il nous
a inftitué. Elle les repaift de
l'Euchariftie
. Elle leur recommande
la pieté envers
luy , & la charité envers les
hommes , &c. Certes, ajoûtes
t-il , nous ne pouvons ny ne
voulons nier que l'Eglife Ro
maine ne croye encore aujourd'huy
toutes ces faintes
veritez. Qu'on juge aprés cela
fi c'est renierJefus Chrift , que de
fe joindre à une Societé qui enfei
gne toutes les chofes que nous venons
de rapporter
.
GALANT. 28t
ils
Mais nous efperons que les
pretendus Tombez, à qui s'adreffe
noftre Autheur, feront bien- toft
eux- mefmes les Défenseurs
de notre
fainte Religion ; & qu'au lieu
de fe faire les illufions qu'il craint,
s'appercevront
de toutes celles
qu'on leur a faites autrefois ; que
leur Réunion fera nonfeulement
exterieure, mais interieure & fincere
, & qu'au lieu de fonger à
amafferdes richeffes pour les tranf
porter dans des Terres Etrangeres,
ils ne fongeront plus qu'à fe faire
un threfør de bonnes oeuvres ,$, pour
meriter un jour les glorieufes récompenſes
, que 3 que Dieu promet à
Fevrier 1686. Aa
282 MERCURE
ceux qui l'auront fervy fidelle
ment.
Al'égard des Pafteurs qui ont
abandonné ce titre ufurpé , pour
devenir de fimples Brebis du Seigneur
, on les exhorte d'enrepren
dre l'efprit , &de pardonner à cet
Autheur envenimé tous les traits
qu'il a poußez contre leurbonneur
leur reputation , afin que cet
exemple de moderation ferve à le
corriger à le faire entrer en luymeſme
; & pour nous , nous prierons
ce grand Sauveur, qui a racheté
fon Eglife par fon Sang,
d'en eftre luy- mefme le Défenfeur
& le Bouclier, & d'inspirer fi
GALANT. 283
bien cet Autheur , qu'il ne fonge
plus deformais à l'outrager , mais
plutoft que rentrant dansfa Communion
, il reconnoiffe à tous fes
divins caracteres , qu'elle eft veritablement
l'Epouse de Feſus-
Christ , à quifeule appartiennent
ces precieufes Promeffes qu'il afai
tes d'eftré avec Elle jusqu'à la fin
des Siecles.
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Résumé : REPONSE A UN ECRIT INTITULÉ Lettre Pastorale aux Protestans de France, tombez par la force des tourmens.
Un écrit contenant des calomnies contre les méthodes françaises de reconversion des protestants au catholicisme a été publié. En réponse, une 'Lettre Pastorale aux Protestants de France, tombés par la force des tourments' dénonce ces accusations. La lettre pastorale critique l'usage de la force et des tourments pour la conversion, bien que le roi ait agi en dernier recours après des tentatives de persuasion infructueuses. Elle affirme que les conversions ont été réalisées sans violence excessive et que les dragons n'ont causé de souffrances que dans les biens, non dans les personnes. L'auteur de la lettre pastorale est accusé de déformer la réalité et d'alarmer les consciences des convertis. La lettre pastorale critique les protestants se ralliant à l'Église romaine, les qualifiant de 'tombez' et les accusant d'apostasie et de blasphème. Elle les exhorte à se repentir publiquement. Cependant, la réponse réfute ces accusations en soulignant que l'Église romaine partage les mêmes croyances fondamentales que les protestants, notamment l'adoration de Jésus-Christ, la Trinité, la divinité de Jésus, sa naissance virginale, son sacrifice rédempteur, et son retour pour juger le monde. Elle mentionne également la pratique des sacrements comme le baptême et l'eucharistie, ainsi que la promotion de la piété et de la charité. La réponse espère que les 'tombez' défendront leur foi sincèrement et vivront selon les enseignements chrétiens. Elle appelle les pasteurs ayant rejoint l'Église romaine à pardonner à l'auteur de la lettre et à prier pour qu'il reconnaisse la véritable nature de l'Église romaine, vue comme l'épouse de Jésus-Christ.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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189
p. 4-5
AU ROY, Pour avoir détruit l'Heresie. SONNET
Début :
Qu'un fidelle Ecrivain, en traçant ton Histoire [...]
Mots clefs :
Roi, Exploits, Victoire, Ennemis, Calvin, Piété, Louis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU ROY, Pour avoir détruit l'Heresie. SONNET
AU ROY,
Pour avoir détruit l'Heresie.
SONNET. QU'un fidelle Ecrivain, en
,
tracant ton Histoire
pour la faire passer à nosderniers
Neveux,
Laremplisse, grand Roy, de ces
Exploits fameux
Qu'aux Siecles à venir on aura
peine à croire.
Qu'il te peigne par tout suivy de
la Victoire;
Doux à tes Ennemis que la Paix
rend heureux; L*-
Craint de tout l'Univers, dont tu
reçois les voeux)
Mais Calvinexpirant met le comble
à ta gloire.
Par là ta Pieté releve encor ton
rang.
Oüy, nos Autels vangez, sans répandre
de fang,
De LOUIS & du Ciel marquent
l'intelligence.
Pour la rendre eternelle il n'estoit
qu'un milieu.
Le Ciel donna LOUIS aux Peuples
dela France,
LOUIS donne à son tour tous ses
Peuples à Dieu.
Pour avoir détruit l'Heresie.
SONNET. QU'un fidelle Ecrivain, en
,
tracant ton Histoire
pour la faire passer à nosderniers
Neveux,
Laremplisse, grand Roy, de ces
Exploits fameux
Qu'aux Siecles à venir on aura
peine à croire.
Qu'il te peigne par tout suivy de
la Victoire;
Doux à tes Ennemis que la Paix
rend heureux; L*-
Craint de tout l'Univers, dont tu
reçois les voeux)
Mais Calvinexpirant met le comble
à ta gloire.
Par là ta Pieté releve encor ton
rang.
Oüy, nos Autels vangez, sans répandre
de fang,
De LOUIS & du Ciel marquent
l'intelligence.
Pour la rendre eternelle il n'estoit
qu'un milieu.
Le Ciel donna LOUIS aux Peuples
dela France,
LOUIS donne à son tour tous ses
Peuples à Dieu.
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Résumé : AU ROY, Pour avoir détruit l'Heresie. SONNET
Un sonnet célèbre les exploits militaires et la piété d'un roi, victorieux et redouté. Il exhorte un écrivain à relater ses grandes victoires et sa douceur envers ses ennemis. La destruction de l'hérésie calviniste est présentée comme le sommet de sa gloire, marquant sa piété et son rang élevé. Le roi, donné par le Ciel aux Français, offre son peuple à Dieu, établissant une relation sacrée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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190
p. 15-17
A LOUIS LE GRAND, sur le zele qu'il a pour la Religion contre ses Ennemis.
Début :
Inébranlable Appuy de la parfaite Eglise, [...]
Mots clefs :
Ennemis, Église, Erreur de Calvin, Travaux, Honneur, Victoire, Gloire, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A LOUIS LE GRAND, sur le zele qu'il a pour la Religion contre ses Ennemis.
A LOVIS LE GRAND,
sur le zele qu'il a pour la Religion
contreses Ennemis.
1Nébranlable Appuy de la parfaite
Eglise,
Auguste Défenseur de nos sacrez,
Autels,
Qui donnez saintement vos
soinscontinuels
A détruire l'Erreur que Calvin
authorife.
Le Ciel qui voit l'ardeur dont vôtre
ame est éprise,
Prepare à vos travaux des honneurs
immortels;
Quandvôtre coeur Royal abat
ces criminels,
C'est un triomphe heureux que
Dieu mesme eternise.
chainé la victoire.
Mais, Grand Roy, dans ces
jours vostre plus grande gloire
C'est d'estre la terreur des Ennemis
de Dieu.
Fr. DEROCHEBRVNE,Prestre.
sur le zele qu'il a pour la Religion
contreses Ennemis.
1Nébranlable Appuy de la parfaite
Eglise,
Auguste Défenseur de nos sacrez,
Autels,
Qui donnez saintement vos
soinscontinuels
A détruire l'Erreur que Calvin
authorife.
Le Ciel qui voit l'ardeur dont vôtre
ame est éprise,
Prepare à vos travaux des honneurs
immortels;
Quandvôtre coeur Royal abat
ces criminels,
C'est un triomphe heureux que
Dieu mesme eternise.
chainé la victoire.
Mais, Grand Roy, dans ces
jours vostre plus grande gloire
C'est d'estre la terreur des Ennemis
de Dieu.
Fr. DEROCHEBRVNE,Prestre.
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Résumé : A LOUIS LE GRAND, sur le zele qu'il a pour la Religion contre ses Ennemis.
Le texte est une ode à Louis XIV, surnommé 'Louis le Grand', célébrant son soutien à la religion catholique et sa lutte contre les protestants influencés par Jean Calvin. Le roi est décrit comme un défenseur inébranlable de l'Église et de la foi. Ses victoires contre les ennemis de la foi sont éternisées par Dieu. Sa plus grande gloire est d'être la terreur des ennemis de Dieu. L'auteur se nomme Fr. Derochervne, prêtre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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191
p. 17-18
Sur la Révocation de l'Edit de Nantes. SONNET AU ROY.
Début :
Arbitre souverain de la Paix, de la Guerre, [...]
Mots clefs :
Ennemis, Lois, Ardeur , Destin, Calvin, Hydre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Sur la Révocation de l'Edit de Nantes. SONNET AU ROY.
Sur la Révecation de l'Edit
de Nantes.
ASONNET AV ROY. Rbitre souverain de la Paix,
de la Guerre,
Tout fléchit fous tes Loix,tun'as
plus d'Ennemis
; A tarare valeur quoyque tout
foit permis,
L'ardeuf de conquerir dans ton:
coeur se resserre.
La Trêve pour long-temps, su£
pend ton Cimeterre,
Tu n'as plus de Voisins qui ne
soient tes Amis,
L'Algerien dompté, le fierGenoissoùmis,
Ne te laissent plus rien à vaincre
sur la terre.
r,\4J
Mais le Ciel qui t'a fait le plus
grand de nos Rois,
Destine ta valeur à de nouveaux
Exploits;
Alcide Tres - Chrestien
,
après
tant de Conquestes,
Il en destine uneautre à l'effortde
ton bras.
Luy seul doit étouffer ce Monstre
à tant de testes,
Cette Hydre que Calvin fit naître
en tes Etats.
de Nantes.
ASONNET AV ROY. Rbitre souverain de la Paix,
de la Guerre,
Tout fléchit fous tes Loix,tun'as
plus d'Ennemis
; A tarare valeur quoyque tout
foit permis,
L'ardeuf de conquerir dans ton:
coeur se resserre.
La Trêve pour long-temps, su£
pend ton Cimeterre,
Tu n'as plus de Voisins qui ne
soient tes Amis,
L'Algerien dompté, le fierGenoissoùmis,
Ne te laissent plus rien à vaincre
sur la terre.
r,\4J
Mais le Ciel qui t'a fait le plus
grand de nos Rois,
Destine ta valeur à de nouveaux
Exploits;
Alcide Tres - Chrestien
,
après
tant de Conquestes,
Il en destine uneautre à l'effortde
ton bras.
Luy seul doit étouffer ce Monstre
à tant de testes,
Cette Hydre que Calvin fit naître
en tes Etats.
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Résumé : Sur la Révocation de l'Edit de Nantes. SONNET AU ROY.
Le poème célèbre la révocation de l'Édit de Nantes par un roi puissant et pacificateur. Ce souverain a soumis ses ennemis, établi une paix durable et transformé des adversaires en alliés. Il est comparé à Hercule et doit vaincre le protestantisme, décrit comme un monstre introduit par Calvin. La mission royale est de supprimer cette menace.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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192
p. 19-20
AU ROY. SONNET.
Début :
De l'Europe lignée accepter le Cartel. [...]
Mots clefs :
Honneur, Autel, Conquérant, Bonheur, Louis le Grand
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texteReconnaissance textuelle : AU ROY. SONNET.
AU ROY.
SONNET.
- DE l'Europe lignée accepter
le Cartel
La vaincre,la calmer, faire trembler
lti More,
Estrecraint & chery plus loin que
le Bospbore.
Et par tout acquerir un honneur
immortel.
Fier dans le Çhamp de Mars,
humble au pied de l'Autel;
Détruire des Erreurs que le Ciel
-
hait abhorre..
Estre juste
,
prudent, plus iatre~
pide encore.
Si vaillant que jamais Conquerantnefut
ICI.
Triompher par bonheur bien
moins que par sàgessè..
Sçavoir juger de tour avec delicatesse
Avoir le coeur encoreau dessus de
son Rang.
Faire plus en un jour qu'en trente
on n'en peut dire.
Eust
- on d'Apollon mesme & la
voix & la Lyre.
C'est ce que l'Univers voit dans
LOUIS le Grand.
MadtmtiftSe De VILLANDON.
SONNET.
- DE l'Europe lignée accepter
le Cartel
La vaincre,la calmer, faire trembler
lti More,
Estrecraint & chery plus loin que
le Bospbore.
Et par tout acquerir un honneur
immortel.
Fier dans le Çhamp de Mars,
humble au pied de l'Autel;
Détruire des Erreurs que le Ciel
-
hait abhorre..
Estre juste
,
prudent, plus iatre~
pide encore.
Si vaillant que jamais Conquerantnefut
ICI.
Triompher par bonheur bien
moins que par sàgessè..
Sçavoir juger de tour avec delicatesse
Avoir le coeur encoreau dessus de
son Rang.
Faire plus en un jour qu'en trente
on n'en peut dire.
Eust
- on d'Apollon mesme & la
voix & la Lyre.
C'est ce que l'Univers voit dans
LOUIS le Grand.
MadtmtiftSe De VILLANDON.
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Résumé : AU ROY. SONNET.
Le sonnet célèbre Louis XIV pour ses victoires et sa pacification de l'Europe, allant jusqu'au Bosphore. Il loue sa justice, prudence, piété, vaillance et sagesse. Le roi triomphe par la force et la sagesse, avec des jugements délicats et un cœur noble. Il accomplit en un jour ce que d'autres réalisent en trente ans, possédant les talents d'Apollon. L'univers reconnaît ses qualités en Louis le Grand.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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193
p. 21-39
ENTRETIEN FAMILIER De l'Heresie & de Calvin en l'autre Monde.
Début :
Vous me semblez tout triste, d'où vient celà ? [...]
Mots clefs :
Hérésie, Triste, Calvin, Humeur, Démons, Joie, Catholiques romains, Dévots, Compassion, Doctrine, Sensualité, Hypocrites, Raison, Rébellion, Sagesse, Temples, Prétendus réformés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENTRETIEN FAMILIER De l'Heresie & de Calvin en l'autre Monde.
ENTRETIEN FAMILIER
De l'Heresie & de Calvin;
en l'autre Monde.
vL'HERESIE. * Ous me (emblez tout
triste, doit vient celà?Il
est vray que vous riaie^ jamais
eslé bien guay quand vous efiie^
au Monde, mais marquer du
mécontentement en un lieu qui
vous a tant d'obligation, & que
,'VOIU avez peuplé d'un si grand
nombre d'Ames, c'est dequoy je
métonne.
CALVIN.
CV/1 vous qui estes cause de
la mauvaise humeur où jefuis.
L'HERESIE.
Les Demons nos Confreres
m'ont receuë bien autrement que
vous , car je ne suis pas si-toP
entrée dans ce lieu de tenebres,
qu'ils sont venus au devant de
moy avec une contenance qui
marquoit de la joye. Les uns ont
donné des éloges à mes travaux
& à mes artifices ; les autres
m'ont fait mille amitiez
, &
tous en général m'ont remerciée
d'avoir}<duit des Provinces &
des Filles fous leur puissance.
J'avois besoin de cetaccueil ; car
en payantleFleuve dans la
Barque de Caron, je me trouvay
je nesçayparquel bavard auprès
de deux CatholiquesRomains
quipajjoient avec moy L'un étoit
Homme de Guerre & l'autreé..
toit Devot ; le premier se mit à
mveéiiveriffortement contre
moy qu'il ne restoit plus qu'à me
jetter d<ws l'eau; le second se
mit à soûpirer @¡ à pleurersur
mon aveuglement
}
disoit-il.
Jamais insulte ne m'a estésisisensible
que la compassion de ce Devot.
ilme tardoit que je ne vous
vijje au plûtost pour me consoler
avec vous, & néanmoinsvous
avez de la peine à me voir,
moyquifuis vostreFille; moy qui
en renversantlesImages des
Prelats& des jJpojlres, ay étably
les vostres en les rendant
venerables parmy nos Peuples;
moy qui vous ay rendu plus celebre
parmy les faux Prophetes,
que celuy qui brûla le Temple
(1Ephese ne l'a jamais esté parmy
les Fous; moy qui ay détaché
tant d'Enfans de lEghfe
Romaine, pour estre les Disciples,
sinon de vostre Doctrine
, au
moins de la Sensualité.
CALVIN,
CALVIN.
Pourquoy aez-'Vau¡ quitté
lepostequevousaviez en France
f
L'HERESIE.
Etvous,pourquoy ave^vous
quittéceluy que vous oevie% à
Genéve ?
CALVIN.
J'estois né Mortfl., il falloit
mourir, mais si le Docteur
meurt, la Doctrinene devoitpas
mourir. Les Çaluiwfitssont mortels,
mais le Calvinismedevoit
estre immortel. Nous voyonstous
les jours que les Traîtres meurent,
mais que laTrahison ne meurtpas.
Ne deviezvouspas joüir du mesme
privilege ? Je vous avois
donné toutce qu'ilfalloitpource
sujet. La Sensualitéqui ne meurt
jamais pendant que les Sensuels
meurent, je vous l'avoislaissée.
L'Hyprochiste qui nes'enva jamais
pendant que les Hypocrites s'en
vont,je vous l'avois dmnée)&
neanmoins vous voilàaussi-bien
que nousparmy les x^lorts, Pourquoy
avez-vous laijje faire ceux
qui vous ont faitmourir.
L'HERESIE.
Il est vray que vous m'aviez
4fez bien armée contre les Prêtres
& les LIloinee pour me
rendre immorte lle ; mais le mal
est que votif ne M"avle,-,e pas armée
contre !es Raisons des
Roys.
CALVIN.
JefçavoisbienquelèsRaifcns
des Roys estoient pu,gantes,mak
je vous avoù la la Rebeikon
comme une prxnéere'fource contre
les disgraces qui vous pourvoient
arriver.
L'HERESIE.
LaRebellion ne m'a pas manqué,
ny mayà rUe, mais le temps n'en
ejlplus.
CALVIN.
BJLeequ'zl riy a plus de Selerats
ny de BroüillonsauMonde?
L'HERESIE.
Ilyena, senauois qui ne
manquoient ny de bonne volonté
ny de violence
,
mais leur rnaL
heur le mien aesté,qu'ilssont
venusenuntempsoù laSagessearmée
d'une SouverainePuissance,
leur a osté tous les moyens de remüer.
CALVIN.
Si la Sagesse est de fason11
que n'aviez-vous recours à la
Politique que jevous ay enfeivnee>
qui eflde vousaccommoder
à tous les temps, ($r de faire la
Crave avec les Serieux, la Triste
avec les Penitens,la Severe avec
les Devots,la Prudente autries
Sages, & de conserver cependant
voHre esprit (t,) vos droits?
L'HERESIE.
Vous m'avez donnétoutes ces
Maximes, il est ray,&je les
ay gardées autant que le temps
l'a permis, mais vous ne mave^
pas donné la plus nessaire de
toutes,quiestoit de ne meseparer
point 3ny de Temples d'avec les
Catholiques Romains ,parce que
le Libertinage n'estjamais plus
autorisé que quand il est dans un
lieu Saint, ny de lasocietéde ceux
qui s'appellent Orthodoxes
, parce
que le Serpent n'est jamais plus
en assurance que quand il dort
dans les plys de la Robe de ceux
qu'ilveutpicquer, nyde la Compagnie
de ceux qui se disent les
Dijciples du Fils de Dieu
, parce
que tsiypoerifie ne pousse jamais
mieux ses desseins que sous
les apparences de la Sainteté; au
contraire vous a'vez voulu qu'il
y ?u.fl une guerre ouverte déclarée
entre eux moy. Il efi
arrivé de la que je n'aypufaire
mes attaques si sourdement que
lauris bien voulu
, que l'on
s'efi toûjours deffiéde mesdesseins
it)de ma Politique.
CALVIN.
J'avoispourveuàcela
, envous
enseignant la maniere decacher
la Sensualitésous les apparences
d'une Viereformée
,
afin que si
quelqu'unvenoit à se deffier de
vostrePolitique, il ne se seffiast
pas d'une Doctrine qui estsicommode
à la choix0* auxsens; car
comme tout le monde a du pançhant
au Vice
, on ne se dcjjie pas siaisément d'une Religion qui déclame
en public contre le relâchement
des moeurs,tqui permet
à ses Disciples de se répandre en
secret dans les plaisirs.
L'HERESIE.
VotU ne ¡¡avez pasceque
c'estquede vivre sous un Prince
éclairé, qui ne veut pas tromper
qui nesçauroit estre trompé.
Iladécouvert mes Secrets
lesvostres.Il a veu cette dissimulation
que je csachoissous de belles
'plro!es)1 a veu certe Trahison ma
fidelle Compagne,que je couvroïs
sous mille mille protestations
de ma fidelité là dessus il a
pris te dessein de m'exterminer.
C'est assez dire,car entresesdesseins
leur execution
,
il n) a
pas une grandedistance.
d>
CALVIN.
Comment s'y est-il pris>
L'HERESIE.
Je n'ay jamais mieux éprouvé
ce que peutunegrande Sagef~
se avec un Pouvoir absolu.
m'a premièrementdénuée de tous
mes ornemens, &privée detous
mes privilèges. Secondement il
m'aostétoutes les ressourcesqueje
pouvois avoir tant du cossé de la
France que du costé des Etrangers.
J*ay paru alors si miserableetJsi
confuse
, que je me suis
retirée dans mes Temples pour
laisserpasser l'Orage
, poury
gemir en secret en un temps ou
mes gemissemens en public passoient
pour criminels. Durant la
nuitj'y entendois des Hiboux,
dont les chants estoient pour moy
d'un mauvais présage; & ce qui
me confirma le plus àms mon
présentiment est qu'ily en eut un
qui s'alla percher sur la Chaize
du Predicant, où ilredoublason
chant d'une façon plus lugubre
qu'auparavant.Ladessusvojlre
Ombre s'apparorjjoitàmoy? mais
trisse& languissainte, qui mefaisoit
entendre que j'estoismenacée
de quelque grand malheur. rA.
mon réveil j'entendois quelquesuns
de mes Minijl/es quisedisoient4
l'oreille, chaque chose
à son temps,voicy le regne
de la verité
,
rendons-nous.
Je les arrestois néanmoins par des
Pensions&des honneurs qu'ils ne
trouvoientpas autrepart; mais ce
quim'effraya le plusjejl que j'en-
,
tendis finefois dans mes Temples
enplein jourla voix des Demons
qui en estoient les Protecteurs qui
disoient, sortons d'icy. J'avois
alors vostre Portrait auprès de
moy ,je le regardois pour me fortifier,
mais il mesembloitque la
sevérité qui vous est naturelle se
changeoit en indignation, &votre
gravité en une tristessein*
consolable. le njts bien quetour
cela ne me prédisoitriendebon;
je n'yfus pas trompée, carpeu de
temps après j'entendis à la Porte
demonTernple un Decret Royal
qui en commandoit la Démolition.
lamais le pauvre Pescheur
de Lucain n'eut si grand peur
quand il entendit la main de Cesar
quifrappoit à la porte de sa
Cabane, que j'en eus pour lors.
CALVIN.
Et que faisoiten ce temps-là
la Rebellion
,
elle qui ne m'a jamais
manqué dans les bonnes occasions
?
L'HERESIE.
Ne la condamnez pointde
lâcheté;jevous aydéja ditqu'elle
estoit preste à bien faire; mais
quauroit-ellepu contreceluyqui
se joüede la puissancedes autres
Roys ? Tant que mes artifices ont
ejlé en état de tromper ils ont
trompe. Tantquemaviolencea
estéenestat d'éclater elle n'y a pas
manqué, mais le tempsestvenu
ou lafinesse ne peut pas plus
contre la Sagejje, que le Mensonge
contre la Vérité.
CALVIN.
Mais que jere^-vows icy où
il n'y a plus personne à trompert
Quefera vostre Sensualité où il
n'y a personne qui puisse estre
flatté par leplaisirdes Sens ? Que
fera 'vojlre'Violence où il n'y a
pointd'Innocensaopprimer?Que
fera vostrePolitique où il n'y a
personne qui puisse efïrt gagné
par les apparences du bien?
L'HERESIE.
J'yferay ce que voasyfaites,
ma dissimulationyfera ce que les
Dissimulezyfont, mes pajftons
yferont ce que les Gens passionnezyfont.
CALVIN.
Mais si l'Hypocrite y passe
mal son temps ,
l'Hypocrisie ne
l'y passera pas mieux.
L'HERESIE.
Ce que le temps a si bienjoint
ensemble
,
l'Eterniténe leseparera
pas.
De l'Heresie & de Calvin;
en l'autre Monde.
vL'HERESIE. * Ous me (emblez tout
triste, doit vient celà?Il
est vray que vous riaie^ jamais
eslé bien guay quand vous efiie^
au Monde, mais marquer du
mécontentement en un lieu qui
vous a tant d'obligation, & que
,'VOIU avez peuplé d'un si grand
nombre d'Ames, c'est dequoy je
métonne.
CALVIN.
CV/1 vous qui estes cause de
la mauvaise humeur où jefuis.
L'HERESIE.
Les Demons nos Confreres
m'ont receuë bien autrement que
vous , car je ne suis pas si-toP
entrée dans ce lieu de tenebres,
qu'ils sont venus au devant de
moy avec une contenance qui
marquoit de la joye. Les uns ont
donné des éloges à mes travaux
& à mes artifices ; les autres
m'ont fait mille amitiez
, &
tous en général m'ont remerciée
d'avoir}<duit des Provinces &
des Filles fous leur puissance.
J'avois besoin de cetaccueil ; car
en payantleFleuve dans la
Barque de Caron, je me trouvay
je nesçayparquel bavard auprès
de deux CatholiquesRomains
quipajjoient avec moy L'un étoit
Homme de Guerre & l'autreé..
toit Devot ; le premier se mit à
mveéiiveriffortement contre
moy qu'il ne restoit plus qu'à me
jetter d<ws l'eau; le second se
mit à soûpirer @¡ à pleurersur
mon aveuglement
}
disoit-il.
Jamais insulte ne m'a estésisisensible
que la compassion de ce Devot.
ilme tardoit que je ne vous
vijje au plûtost pour me consoler
avec vous, & néanmoinsvous
avez de la peine à me voir,
moyquifuis vostreFille; moy qui
en renversantlesImages des
Prelats& des jJpojlres, ay étably
les vostres en les rendant
venerables parmy nos Peuples;
moy qui vous ay rendu plus celebre
parmy les faux Prophetes,
que celuy qui brûla le Temple
(1Ephese ne l'a jamais esté parmy
les Fous; moy qui ay détaché
tant d'Enfans de lEghfe
Romaine, pour estre les Disciples,
sinon de vostre Doctrine
, au
moins de la Sensualité.
CALVIN,
CALVIN.
Pourquoy aez-'Vau¡ quitté
lepostequevousaviez en France
f
L'HERESIE.
Etvous,pourquoy ave^vous
quittéceluy que vous oevie% à
Genéve ?
CALVIN.
J'estois né Mortfl., il falloit
mourir, mais si le Docteur
meurt, la Doctrinene devoitpas
mourir. Les Çaluiwfitssont mortels,
mais le Calvinismedevoit
estre immortel. Nous voyonstous
les jours que les Traîtres meurent,
mais que laTrahison ne meurtpas.
Ne deviezvouspas joüir du mesme
privilege ? Je vous avois
donné toutce qu'ilfalloitpource
sujet. La Sensualitéqui ne meurt
jamais pendant que les Sensuels
meurent, je vous l'avoislaissée.
L'Hyprochiste qui nes'enva jamais
pendant que les Hypocrites s'en
vont,je vous l'avois dmnée)&
neanmoins vous voilàaussi-bien
que nousparmy les x^lorts, Pourquoy
avez-vous laijje faire ceux
qui vous ont faitmourir.
L'HERESIE.
Il est vray que vous m'aviez
4fez bien armée contre les Prêtres
& les LIloinee pour me
rendre immorte lle ; mais le mal
est que votif ne M"avle,-,e pas armée
contre !es Raisons des
Roys.
CALVIN.
JefçavoisbienquelèsRaifcns
des Roys estoient pu,gantes,mak
je vous avoù la la Rebeikon
comme une prxnéere'fource contre
les disgraces qui vous pourvoient
arriver.
L'HERESIE.
LaRebellion ne m'a pas manqué,
ny mayà rUe, mais le temps n'en
ejlplus.
CALVIN.
BJLeequ'zl riy a plus de Selerats
ny de BroüillonsauMonde?
L'HERESIE.
Ilyena, senauois qui ne
manquoient ny de bonne volonté
ny de violence
,
mais leur rnaL
heur le mien aesté,qu'ilssont
venusenuntempsoù laSagessearmée
d'une SouverainePuissance,
leur a osté tous les moyens de remüer.
CALVIN.
Si la Sagesse est de fason11
que n'aviez-vous recours à la
Politique que jevous ay enfeivnee>
qui eflde vousaccommoder
à tous les temps, ($r de faire la
Crave avec les Serieux, la Triste
avec les Penitens,la Severe avec
les Devots,la Prudente autries
Sages, & de conserver cependant
voHre esprit (t,) vos droits?
L'HERESIE.
Vous m'avez donnétoutes ces
Maximes, il est ray,&je les
ay gardées autant que le temps
l'a permis, mais vous ne mave^
pas donné la plus nessaire de
toutes,quiestoit de ne meseparer
point 3ny de Temples d'avec les
Catholiques Romains ,parce que
le Libertinage n'estjamais plus
autorisé que quand il est dans un
lieu Saint, ny de lasocietéde ceux
qui s'appellent Orthodoxes
, parce
que le Serpent n'est jamais plus
en assurance que quand il dort
dans les plys de la Robe de ceux
qu'ilveutpicquer, nyde la Compagnie
de ceux qui se disent les
Dijciples du Fils de Dieu
, parce
que tsiypoerifie ne pousse jamais
mieux ses desseins que sous
les apparences de la Sainteté; au
contraire vous a'vez voulu qu'il
y ?u.fl une guerre ouverte déclarée
entre eux moy. Il efi
arrivé de la que je n'aypufaire
mes attaques si sourdement que
lauris bien voulu
, que l'on
s'efi toûjours deffiéde mesdesseins
it)de ma Politique.
CALVIN.
J'avoispourveuàcela
, envous
enseignant la maniere decacher
la Sensualitésous les apparences
d'une Viereformée
,
afin que si
quelqu'unvenoit à se deffier de
vostrePolitique, il ne se seffiast
pas d'une Doctrine qui estsicommode
à la choix0* auxsens; car
comme tout le monde a du pançhant
au Vice
, on ne se dcjjie pas siaisément d'une Religion qui déclame
en public contre le relâchement
des moeurs,tqui permet
à ses Disciples de se répandre en
secret dans les plaisirs.
L'HERESIE.
VotU ne ¡¡avez pasceque
c'estquede vivre sous un Prince
éclairé, qui ne veut pas tromper
qui nesçauroit estre trompé.
Iladécouvert mes Secrets
lesvostres.Il a veu cette dissimulation
que je csachoissous de belles
'plro!es)1 a veu certe Trahison ma
fidelle Compagne,que je couvroïs
sous mille mille protestations
de ma fidelité là dessus il a
pris te dessein de m'exterminer.
C'est assez dire,car entresesdesseins
leur execution
,
il n) a
pas une grandedistance.
d>
CALVIN.
Comment s'y est-il pris>
L'HERESIE.
Je n'ay jamais mieux éprouvé
ce que peutunegrande Sagef~
se avec un Pouvoir absolu.
m'a premièrementdénuée de tous
mes ornemens, &privée detous
mes privilèges. Secondement il
m'aostétoutes les ressourcesqueje
pouvois avoir tant du cossé de la
France que du costé des Etrangers.
J*ay paru alors si miserableetJsi
confuse
, que je me suis
retirée dans mes Temples pour
laisserpasser l'Orage
, poury
gemir en secret en un temps ou
mes gemissemens en public passoient
pour criminels. Durant la
nuitj'y entendois des Hiboux,
dont les chants estoient pour moy
d'un mauvais présage; & ce qui
me confirma le plus àms mon
présentiment est qu'ily en eut un
qui s'alla percher sur la Chaize
du Predicant, où ilredoublason
chant d'une façon plus lugubre
qu'auparavant.Ladessusvojlre
Ombre s'apparorjjoitàmoy? mais
trisse& languissainte, qui mefaisoit
entendre que j'estoismenacée
de quelque grand malheur. rA.
mon réveil j'entendois quelquesuns
de mes Minijl/es quisedisoient4
l'oreille, chaque chose
à son temps,voicy le regne
de la verité
,
rendons-nous.
Je les arrestois néanmoins par des
Pensions&des honneurs qu'ils ne
trouvoientpas autrepart; mais ce
quim'effraya le plusjejl que j'en-
,
tendis finefois dans mes Temples
enplein jourla voix des Demons
qui en estoient les Protecteurs qui
disoient, sortons d'icy. J'avois
alors vostre Portrait auprès de
moy ,je le regardois pour me fortifier,
mais il mesembloitque la
sevérité qui vous est naturelle se
changeoit en indignation, &votre
gravité en une tristessein*
consolable. le njts bien quetour
cela ne me prédisoitriendebon;
je n'yfus pas trompée, carpeu de
temps après j'entendis à la Porte
demonTernple un Decret Royal
qui en commandoit la Démolition.
lamais le pauvre Pescheur
de Lucain n'eut si grand peur
quand il entendit la main de Cesar
quifrappoit à la porte de sa
Cabane, que j'en eus pour lors.
CALVIN.
Et que faisoiten ce temps-là
la Rebellion
,
elle qui ne m'a jamais
manqué dans les bonnes occasions
?
L'HERESIE.
Ne la condamnez pointde
lâcheté;jevous aydéja ditqu'elle
estoit preste à bien faire; mais
quauroit-ellepu contreceluyqui
se joüede la puissancedes autres
Roys ? Tant que mes artifices ont
ejlé en état de tromper ils ont
trompe. Tantquemaviolencea
estéenestat d'éclater elle n'y a pas
manqué, mais le tempsestvenu
ou lafinesse ne peut pas plus
contre la Sagejje, que le Mensonge
contre la Vérité.
CALVIN.
Mais que jere^-vows icy où
il n'y a plus personne à trompert
Quefera vostre Sensualité où il
n'y a personne qui puisse estre
flatté par leplaisirdes Sens ? Que
fera 'vojlre'Violence où il n'y a
pointd'Innocensaopprimer?Que
fera vostrePolitique où il n'y a
personne qui puisse efïrt gagné
par les apparences du bien?
L'HERESIE.
J'yferay ce que voasyfaites,
ma dissimulationyfera ce que les
Dissimulezyfont, mes pajftons
yferont ce que les Gens passionnezyfont.
CALVIN.
Mais si l'Hypocrite y passe
mal son temps ,
l'Hypocrisie ne
l'y passera pas mieux.
L'HERESIE.
Ce que le temps a si bienjoint
ensemble
,
l'Eterniténe leseparera
pas.
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Résumé : ENTRETIEN FAMILIER De l'Heresie & de Calvin en l'autre Monde.
Dans un dialogue imaginaire entre l'Hérésie et Calvin dans l'au-delà, l'Hérésie exprime son insatisfaction malgré son accueil favorable par les démons. Elle reproche à Calvin de ne pas lui avoir conseillé de s'allier avec les catholiques romains et les orthodoxes pour mieux diffuser ses idées. Calvin répond qu'il lui a enseigné à masquer sa sensualité sous des apparences réformées afin d'éviter la méfiance. L'Hérésie raconte ensuite comment un prince éclairé a découvert ses secrets et décidé de l'exterminer, la privant de ses ornements et ressources. Elle se retire dans ses temples, où elle entend des présages funestes avant qu'un décret royal n'ordonne leur démolition. Calvin demande alors ce que fait la rébellion face à cette situation. L'Hérésie admet que la finesse et la violence sont impuissantes contre la sagesse et la vérité. Calvin interroge l'Hérésie sur ses intentions dans cet au-delà où il n'y a plus personne à tromper ou à opprimer. L'Hérésie affirme qu'elle adaptera ses stratégies aux nouvelles circonstances, comme les autres. Le texte explore la dissimulation et l'hypocrisie, soulignant que les actions humaines, marquées par la dissimulation, persistent dans l'éternité. Calvin note que l'hypocrisie ne procure pas plus de satisfaction que l'hypocrite lui-même, tandis que l'Hérésie déclare que ce que le temps unit ne peut être séparé par l'éternité.
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194
p. 39-41
Sur la Revocation de l'Edit de Nantes. SONNET.
Début :
Peuples trop fortunez que le Ciel a fait naistre [...]
Mots clefs :
Puissant roi, Édits, Erreurs calvinistes, Pasteurs, Louis, Ennemis, Gloire, Enfers, Triomphe
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texteReconnaissance textuelle : Sur la Revocation de l'Edit de Nantes. SONNET.
Sur la Révocation de Edit
deNantes.
SONNET. pEuples trop fortunez qule
Ciel afait naistre
Sous l'ombre des Lauriers du plus
puissantdes Rois,
Respirez en repos à l'abry de les
Loix,
Il vient par ses Edits de faire un
coup de Maistre.
Les Erreurs de Calvinvont bientostdisparoistre,
Son Troupeau sans Pasteurs est
réduitauxabois,
Il n'a plus que trois jours pour
faire un meilleur choix.
Heureux, cent fois heureux s'il se
veutreconnoistre!
LOUIS par la valeur ne voit
plus d'Ennemis,
Son bras victorieux les a si bien
soûmis, --
Qu'ilstremblentau seul bruir de
ce Nom redoutable.
Mais pour comblede gloire
,
il
montre à l'U nivers
Que d'un trait de sa main il détrône
le Diable,
Et qu'il peut triompher juiqu'au
fond des Enfers.
deNantes.
SONNET. pEuples trop fortunez qule
Ciel afait naistre
Sous l'ombre des Lauriers du plus
puissantdes Rois,
Respirez en repos à l'abry de les
Loix,
Il vient par ses Edits de faire un
coup de Maistre.
Les Erreurs de Calvinvont bientostdisparoistre,
Son Troupeau sans Pasteurs est
réduitauxabois,
Il n'a plus que trois jours pour
faire un meilleur choix.
Heureux, cent fois heureux s'il se
veutreconnoistre!
LOUIS par la valeur ne voit
plus d'Ennemis,
Son bras victorieux les a si bien
soûmis, --
Qu'ilstremblentau seul bruir de
ce Nom redoutable.
Mais pour comblede gloire
,
il
montre à l'U nivers
Que d'un trait de sa main il détrône
le Diable,
Et qu'il peut triompher juiqu'au
fond des Enfers.
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Résumé : Sur la Revocation de l'Edit de Nantes. SONNET.
Un sonnet célèbre la révocation de l'Édit de Nantes par Louis XIV. Le roi est loué pour ses victoires et ses lois protectrices. Les édits royaux mettent fin au calvinisme, laissant les protestants sans pasteurs. Louis XIV est décrit comme victorieux sur tous ses ennemis, y compris le diable.
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195
p. 41-42
AU ROY. Sur la Conversion des Heretiques. SONNET.
Début :
Que LOUIS ait toûjours vaincu ses Ennemis, [...]
Mots clefs :
Louis, Ennemis, Victoire, Gloire, Héros, Mémoire, Hérésie, Vainqueurs
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texteReconnaissance textuelle : AU ROY. Sur la Conversion des Heretiques. SONNET.
AU ROY. -\J
Surla Conversion desHeretiques.
SONNET. QVe LOUISait ••
toujours
1
vaincu ses Ennemis,
Que ion bras l'ait conduit deVi-
-étoire en Victoire,
Que son bonheur l'aitmis au comble
de la Gloire,
Que les plus grands Héros en.
soient tous ébloüis.
Que sur des monumens de sesfaits
inoüis
Les Sieges à jamaisconserventla
Mémoire,
Qu'it soit à l'avenir l'ornement
de l'Histoire,
Ces marques de Grandeur nesont
rien pour LOUIS.
Qu'il n'entreprenne rien que le
,..- Ciel n'authorife,
C'est par là qu'il fait plus que
les autres Vainqueurs,
Etc'est par là qu'il est Fils Aisné
de l'Eglise.
LE Houx.
Surla Conversion desHeretiques.
SONNET. QVe LOUISait ••
toujours
1
vaincu ses Ennemis,
Que ion bras l'ait conduit deVi-
-étoire en Victoire,
Que son bonheur l'aitmis au comble
de la Gloire,
Que les plus grands Héros en.
soient tous ébloüis.
Que sur des monumens de sesfaits
inoüis
Les Sieges à jamaisconserventla
Mémoire,
Qu'it soit à l'avenir l'ornement
de l'Histoire,
Ces marques de Grandeur nesont
rien pour LOUIS.
Qu'il n'entreprenne rien que le
,..- Ciel n'authorife,
C'est par là qu'il fait plus que
les autres Vainqueurs,
Etc'est par là qu'il est Fils Aisné
de l'Eglise.
LE Houx.
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Résumé : AU ROY. Sur la Conversion des Heretiques. SONNET.
Le sonnet célèbre les victoires militaires du roi Louis, soulignant ses succès et sa gloire. Ses exploits sont immortalisés par des monuments, mais sa véritable grandeur réside dans l'approbation divine. Louis agit toujours avec l'autorisation du Ciel, le distinguant comme le Fils Aîné de l'Église.
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196
p. 44-46
Sur l'Extirpation de l'Heresie. SONNET.
Début :
Ne nous retraçons plus cette odieuse image [...]
Mots clefs :
Horreur, Réforme , Erreurs, Fureurs, Hydre, Louis le Grand
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Sur l'Extirpation de l'Heresie. SONNET.
Sur l'Extirpation de Herrfi
N SONNET. E nous retraçons plus cette
odieuse image
s massacres & des horreurs
Dont la Reformer les Ligueurs
Ont faitdurant trente ans untrophée
à leur rage.
Vn Roy, de tous les Rois le plus
grand, le plussage,
A tonné contre les Erreurs,
Et malgré Ces vaines fureurs,
Si ce Monstre respire, au moins il
est en cage.
LOVIS LE TusTEfirun[urprenanteffort,
Il brida l'Océan pour avancer la
mort
De cette Hydre, qui n'a que son
orgueil pour guide;
La Rochelleàl'Histoireenestun
bon garand:
Mais commec'est uneHydre, il
falloit un Alcide,
Cet Alcide paroist,& c'estLOVIS
LE GRAND.
N SONNET. E nous retraçons plus cette
odieuse image
s massacres & des horreurs
Dont la Reformer les Ligueurs
Ont faitdurant trente ans untrophée
à leur rage.
Vn Roy, de tous les Rois le plus
grand, le plussage,
A tonné contre les Erreurs,
Et malgré Ces vaines fureurs,
Si ce Monstre respire, au moins il
est en cage.
LOVIS LE TusTEfirun[urprenanteffort,
Il brida l'Océan pour avancer la
mort
De cette Hydre, qui n'a que son
orgueil pour guide;
La Rochelleàl'Histoireenestun
bon garand:
Mais commec'est uneHydre, il
falloit un Alcide,
Cet Alcide paroist,& c'estLOVIS
LE GRAND.
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Résumé : Sur l'Extirpation de l'Heresie. SONNET.
Le texte évoque la répression des troubles religieux en France par les Ligueurs sur trente ans. Un roi, qualifié de plus grand, a combattu ces mouvements. Louis XIII, comparé à Hercule, a notamment agi lors du siège de La Rochelle. Les troubles subsistent mais sont contrôlés.
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197
p. 46-48
QUATRAINS.
Début :
CHantons tous l'heureuse Paix, [...]
Mots clefs :
Paix, Calvin, Erreur, Bonheur, Louis, Épée, Prudence, Ennemis, Huguenots, Temples
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUATRAINS.
Hantons tous l'heureuse
Paix,
Lavis a par sa puissance
Banny Calvin pour jamais
Hors de l'Empire de France.
Quel bonheur de voir l'erreur
De toutes parts dissipée,
Sans que ce Grand Empereur
En doive rien à l'Epée!
Sans crainte d'aucun malheur
Il fait bien voir sa science
A retenir sa valeur
Pour faire agir sa prudence.
Cent Peuples sont tous rendus.
Quelle plus belle Victoire!
Que peut-il faire de plus
Pour le comble de sa gloire?
Malheureux les ennemis
De ce Pririr-crçdourible!
Heureux les Peuples soîmis
A son Empireéquitable!
Huguenots, consolez. vous,
Si l'on vous fait violence,
Vn jour vous la prendrez tous
Pour un effet de clemence.
Pour faire ce changement
Quelques maux que l'on vous
faite,
Bien cost chez vous cetourment
Aurale nom d'une grâce.
Vostre ameen quittant sa foy
Sera ferme pour la nostre,
Encur plus à cette Loy
Qu'elle n'estoit à la vostre.
Entre nous plus de froideur,
Nostre Egliseest vostre Temple,
Nous y verrons vostre ardeur
Qui nous servira d'exemple.
Benissons cet heureux jour,
Nos coeurs seront tous sinceres.
La haine cede à l'Amour,
Et déja nous sommes Freres.
Paix,
Lavis a par sa puissance
Banny Calvin pour jamais
Hors de l'Empire de France.
Quel bonheur de voir l'erreur
De toutes parts dissipée,
Sans que ce Grand Empereur
En doive rien à l'Epée!
Sans crainte d'aucun malheur
Il fait bien voir sa science
A retenir sa valeur
Pour faire agir sa prudence.
Cent Peuples sont tous rendus.
Quelle plus belle Victoire!
Que peut-il faire de plus
Pour le comble de sa gloire?
Malheureux les ennemis
De ce Pririr-crçdourible!
Heureux les Peuples soîmis
A son Empireéquitable!
Huguenots, consolez. vous,
Si l'on vous fait violence,
Vn jour vous la prendrez tous
Pour un effet de clemence.
Pour faire ce changement
Quelques maux que l'on vous
faite,
Bien cost chez vous cetourment
Aurale nom d'une grâce.
Vostre ameen quittant sa foy
Sera ferme pour la nostre,
Encur plus à cette Loy
Qu'elle n'estoit à la vostre.
Entre nous plus de froideur,
Nostre Egliseest vostre Temple,
Nous y verrons vostre ardeur
Qui nous servira d'exemple.
Benissons cet heureux jour,
Nos coeurs seront tous sinceres.
La haine cede à l'Amour,
Et déja nous sommes Freres.
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Résumé : QUATRAINS.
Le texte célèbre la paix et la victoire de l'Empire de France, qui a éliminé Calvin et dissipé l'erreur religieuse. Il met en avant la sagesse et la prudence de l'empereur, notant que cent peuples se sont soumis volontairement sans recours à la force. Les ennemis de l'empereur sont décrits comme malheureux, tandis que les peuples sous son empire équitable sont heureux. Le texte s'adresse aux huguenots, leur promettant la fin des violences et une future conversion au catholicisme. Il appelle à l'unité et à l'amour fraternel, affirmant que la haine laisse place à l'amour et que tous sont désormais frères. L'Église est vue comme un temple commun où l'ardeur des huguenots servira d'exemple.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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198
p. 98-100
AU ROY. Sur la Conversion des Heretiques.
Début :
Grand Roy, qui avez cette clarté de jugement qui tire les [...]
Mots clefs :
Hérétique, Ténèbres, Vérité, Combats, Triomphe, Monarque, Gloire, Monstre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU ROY. Sur la Conversion des Heretiques.
ROYSurlaConverfondesHérétiques.
GRand^Loy,quiavezcette
clartedejugement qui tire
les Heretiques des ténebresdu
mensonge, & qui découvre à
leurs yeux l'éclat de la Veriré,
nous ne devons plusregarder le
Soleil que comme un Ambassadeur
muet, qui nous avertit de
vous consacrernos hommages dés lecommencement du jour, &qui
nous dit par son silence que vous
n'estes pas seulement juste dans
vos Guerres, genereux dans vos
Combats, clemeûtdans vos Victoires,
modéré dans vos Triom.
hes3 mais que vous témoignez
que la tranquillité de l'Eglise vous
est:plus chere que le repos que
vous donnez à la France. Monarque
invincible, qui n'elles pas
moins audessus des autres par la
grandeur de vos Actions, que par,
la Dignité de voûre Sceptre. Objet
dignede Vousmesme, &seul
capable de Vous donner une gloire
qui réponde à vôtre Grandeur,
nous publions qu'il n'est rien de si
auguste que les perfections qui.
font renferméesdans Vostre Majestéj
maisque pouvons nous dire
pour en bien parler, sinon de protester
que vous vous estes acquis
un triomphe immortel dans l'esprit
de vos Peuples;- qu'après
avoir détruit ce Monstre, qui ne
subsiste que de la perte des Mortels,
vous n'au.rez pointd'autre
siege dans le Ciel, que le Trône
des Cherubins, des Puissances, &
des Dominations.
Parle Pere Claude SdlUyCeleftitt»-
GRand^Loy,quiavezcette
clartedejugement qui tire
les Heretiques des ténebresdu
mensonge, & qui découvre à
leurs yeux l'éclat de la Veriré,
nous ne devons plusregarder le
Soleil que comme un Ambassadeur
muet, qui nous avertit de
vous consacrernos hommages dés lecommencement du jour, &qui
nous dit par son silence que vous
n'estes pas seulement juste dans
vos Guerres, genereux dans vos
Combats, clemeûtdans vos Victoires,
modéré dans vos Triom.
hes3 mais que vous témoignez
que la tranquillité de l'Eglise vous
est:plus chere que le repos que
vous donnez à la France. Monarque
invincible, qui n'elles pas
moins audessus des autres par la
grandeur de vos Actions, que par,
la Dignité de voûre Sceptre. Objet
dignede Vousmesme, &seul
capable de Vous donner une gloire
qui réponde à vôtre Grandeur,
nous publions qu'il n'est rien de si
auguste que les perfections qui.
font renferméesdans Vostre Majestéj
maisque pouvons nous dire
pour en bien parler, sinon de protester
que vous vous estes acquis
un triomphe immortel dans l'esprit
de vos Peuples;- qu'après
avoir détruit ce Monstre, qui ne
subsiste que de la perte des Mortels,
vous n'au.rez pointd'autre
siege dans le Ciel, que le Trône
des Cherubins, des Puissances, &
des Dominations.
Parle Pere Claude SdlUyCeleftitt»-
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Résumé : AU ROY. Sur la Conversion des Heretiques.
Le texte est une louange adressée à un monarque, probablement Louis XIV, surnommé 'Roy Sur la Conversion des Hérétiques'. Il est décrit comme un souverain dont la sagesse éclaire les hérétiques et leur révèle la vérité. Le soleil est comparé à un ambassadeur muet qui incite à honorer le roi dès l'aube, soulignant sa justice, sa générosité, sa clémence, sa modération et son souci pour la tranquillité de l'Église. Le monarque est présenté comme invincible, tant par ses actions que par sa dignité royale. Le texte affirme qu'il a mérité un triomphe immortel dans l'esprit de ses sujets après avoir vaincu un 'Monstre' nuisible aux mortels. En récompense, il est destiné à siéger parmi les êtres célestes les plus élevés, tels que les Chérubins, les Puissances et les Dominations.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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199
p. 313-314
DEVISE Sur la Défaite de l'Heresie. Elle a pour corps le Soleil montant sur l'Horison, & pour ame. Procul, error, & umbra.
Début :
En ouvrant chaque jours la barriere des Cieux, [...]
Mots clefs :
Hérésie, Cieux, Erreur, Défaite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DEVISE Sur la Défaite de l'Heresie. Elle a pour corps le Soleil montant sur l'Horison, & pour ame. Procul, error, & umbra.
DEVISE
Sur la Défaite de l'Heresie.
Elle a pour corps le Soleil
montant sur l'Horison, &
pour ame, Procul,error, &
umbr. EN ouvrant chaque jour la barriere
des citux)
je porte mon éclat aux endroits les
plus lômbreç;
£tfaifint rcjpmir ma presence en
tous lieux,
Je tire l'Univers de Cerreur & des ombres. Lemesme.
Sur la Défaite de l'Heresie.
Elle a pour corps le Soleil
montant sur l'Horison, &
pour ame, Procul,error, &
umbr. EN ouvrant chaque jour la barriere
des citux)
je porte mon éclat aux endroits les
plus lômbreç;
£tfaifint rcjpmir ma presence en
tous lieux,
Je tire l'Univers de Cerreur & des ombres. Lemesme.
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200
p. 317
DEVISE POUR SA MAJESTÉ, sur le sujet des Conversions presentes.
Début :
Le corps est un Champ semé d'Heliotropes tournez vers le Soleil. [...]
Mots clefs :
Conversions, Soleil, Univers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DEVISE POUR SA MAJESTÉ, sur le sujet des Conversions presentes.
POUR SA MAJESTE',
sur le sujet des Conversions
presentes.
Le corps est un Champ femé
d'Heliotropes tournez vers
le Soleil. Et l'ame est, Ex
te conversio nostra. Dv ciel defït'ïid qui
vers vom ,".2U{Ji cuirai*ic,
Rien deplusfort,riendeplus doux,
Tout tourne à vostre gré, tout obeït
sanspeine,
Vom réglez l'Vnivers, nom nous reglonssur
vous.
Le Pere Moursues,Jesuite,
sur le sujet des Conversions
presentes.
Le corps est un Champ femé
d'Heliotropes tournez vers
le Soleil. Et l'ame est, Ex
te conversio nostra. Dv ciel defït'ïid qui
vers vom ,".2U{Ji cuirai*ic,
Rien deplusfort,riendeplus doux,
Tout tourne à vostre gré, tout obeït
sanspeine,
Vom réglez l'Vnivers, nom nous reglonssur
vous.
Le Pere Moursues,Jesuite,
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