Résultats : 21765 texte(s)
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18702
p. 70
LOGOGRYPHE.
Début :
Je nais pour rapiner & pour faire la guerre ; [...]
Mots clefs :
Chatte
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPΗ Ε.
E nais pour rapiner & pour faire la guerre ;
J'exerce mes talens , & fais purger la terre
D'un genre de brigands , dangereux ennemis ,
Qui ſe cache , qui fuit , qui redoute le hâle.
Otez ma queue , & je deviens mon mâle :
Combinez-moi , je gâte vos habits .
E nais pour rapiner & pour faire la guerre ;
J'exerce mes talens , & fais purger la terre
D'un genre de brigands , dangereux ennemis ,
Qui ſe cache , qui fuit , qui redoute le hâle.
Otez ma queue , & je deviens mon mâle :
Combinez-moi , je gâte vos habits .
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18703
p. 70
AUTRE.
Début :
Je suis l'habit commun de tout ce qui respire, [...]
Mots clefs :
Peau
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
E fuis l'habit commun de tout ce qui reſpire ,
Du berger , du prélat , du maître de l'empire .
Sans chef je n'ai ni ſaveur , ni couleur ,
Je fais pourtant le quart de la nature ,
Et le reméde à la brûlure.
Qu'on me rende mon chef , en m'arrachant le
coeur ,
Je deviens ville de Navarre ;
Si vous favez mes membres afſortir ,
Vous avez ce qu'on trouve à Paris de moins rare :
Puis encor : ah ! c'eſt peu.... Ceſſons de diſcourir.
E fuis l'habit commun de tout ce qui reſpire ,
Du berger , du prélat , du maître de l'empire .
Sans chef je n'ai ni ſaveur , ni couleur ,
Je fais pourtant le quart de la nature ,
Et le reméde à la brûlure.
Qu'on me rende mon chef , en m'arrachant le
coeur ,
Je deviens ville de Navarre ;
Si vous favez mes membres afſortir ,
Vous avez ce qu'on trouve à Paris de moins rare :
Puis encor : ah ! c'eſt peu.... Ceſſons de diſcourir.
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18706
p. 62-63
COUPLETS Chantés par M. Jeliote, à la fête donnée à Madame la Dauphine, par Madame de l'Auraguais, à l'occasion de la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne. Air du Corbillon.
Début :
Accourez Bergers & Bergeres, [...]
Mots clefs :
Naissance du duc de Bourgogne, Nouveau né, Hommage, Pierre de Jélyotte, Madame la Dauphine, Fête
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texteReconnaissance textuelle : COUPLETS Chantés par M. Jeliote, à la fête donnée à Madame la Dauphine, par Madame de l'Auraguais, à l'occasion de la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne. Air du Corbillon.
COUPLETS
Chantés par M. Jeliote, à la fête donnée à
Madame la Dauphine, par Madame
de l'Auraguais, à l'occasion de la naissance
de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Air du Corbillon.
Accourez Bergers & Bergeres,
Un Dieu propice a comblé nos désirs;
Venez par des danses légeres;
Venez tracer l'image des plaisirs:
Enfin le Ciel nous a donné
Un joli petit, un petit joli, un joli petit Non-
veau-né.
L'heureux Enfantqui vient de naître
Est de nos lys un dignie rejetton,
L'Auguste fils de notre Mastre
Vient d'enrichir la France d'un Bourbon.
Vive le Poupon fortuné
Ce joli petit, &c.
1752.
JANVIER.
De toutes paris l'écho répête
En son honneur de subliines concerts,
Le son bruyant de la trompette
Fait éclater la joye au sein des aira.
Vivent ceux qui nous ont donné
Ce joli petit, &c.
Je puis sans être téméraire
A ces accords unit ma foible voix;
Le simple hommage du vulgaire
Ajoûte un prix à la gloire des Rois.
Chantons donc sans être étonné
Ce joli, &c.
L'esprit n'est pas notre partage,
Nous ignorons un langage flatteur
Mais pour rendre un fincére hommage
N'avons-nous pas l'éloquence du cœur.
Vivent ceux qui nous ont donne
Ce joli petit, &c.
Par M. Favart.
Chantés par M. Jeliote, à la fête donnée à
Madame la Dauphine, par Madame
de l'Auraguais, à l'occasion de la naissance
de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Air du Corbillon.
Accourez Bergers & Bergeres,
Un Dieu propice a comblé nos désirs;
Venez par des danses légeres;
Venez tracer l'image des plaisirs:
Enfin le Ciel nous a donné
Un joli petit, un petit joli, un joli petit Non-
veau-né.
L'heureux Enfantqui vient de naître
Est de nos lys un dignie rejetton,
L'Auguste fils de notre Mastre
Vient d'enrichir la France d'un Bourbon.
Vive le Poupon fortuné
Ce joli petit, &c.
1752.
JANVIER.
De toutes paris l'écho répête
En son honneur de subliines concerts,
Le son bruyant de la trompette
Fait éclater la joye au sein des aira.
Vivent ceux qui nous ont donné
Ce joli petit, &c.
Je puis sans être téméraire
A ces accords unit ma foible voix;
Le simple hommage du vulgaire
Ajoûte un prix à la gloire des Rois.
Chantons donc sans être étonné
Ce joli, &c.
L'esprit n'est pas notre partage,
Nous ignorons un langage flatteur
Mais pour rendre un fincére hommage
N'avons-nous pas l'éloquence du cœur.
Vivent ceux qui nous ont donne
Ce joli petit, &c.
Par M. Favart.
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18707
p. 1334-1335
VERS LIBRES Présentés à Monseigneur le Prince de Conti par les mêmes Ecoliers.
Début :
La Déesse Minerve en Mentor déguisée, [...]
Mots clefs :
Dieux
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texteReconnaissance textuelle : VERS LIBRES Présentés à Monseigneur le Prince de Conti par les mêmes Ecoliers.
VERS LIBRES
Préfentés à Monseigneur le Prince de Conti
par les mêmes Ecoliers.
LA Déeffe Minerve en Mentor déguifée ,
Du jeune fils d'Uliffe accompagnoit les pas ;
S'il faut croire, au rapport d'Homere en l'Odiffée;
Pour moi , Conti , je ne m'y trompe pas
Et voici quelle eft ma penſée :"
Cet habile Poëte infpiré par les Dieux ,
Sous un fimbole ingénieux
Sans doute voulut nous dépeindre
Ce qui devoit un jour fe paffer fous nos yeux,
Oui , pofe le dire , fans craindre >
Les frivoles difcours d'un Cenfeur odieux
Du jeune Voyageur d'Homere
Vous avez tous les traits , le port , la majefté ,
La naiffance , les moeurs & la docilité
Pour la vertu la plus fevere.
Entre Minerve & votre augufte Mere
Les rapports font trop reflemblans
Pour que l'on puiffe s'y méprendre ;
Tout le monde à la voir peut ailément compren
dre
Qu'Homere en écrivant l'eut préfente à les fens.
De Mentor elle a la ſcience ,
L'efprit , le coeur & la douce éloquence
Qui fçait charmer en inftruifant ;
II. Vel Jufques
JUIN. 1730.
1337
Jufques- là le portrait eft en tout reffemblant
Entre vous & le fils du Monarque d'Ithaque ;
Mais au lieu que Pallas pour fuivre Telemaque
Se revêtit des traits d'un fourcilleux vieillard ;
Plus favorable à votre égard ,
Pour vous fuivre en votre voyage ,
De votre augufte Mere elle a pris le vifage ,
La démarche , la voix , le port majestueux
Pour n'en dire pas davantage ,
Elle a voulu fe montrer à vos yeux
Telle qu'elle paroît dans le Confeil des Dieux.
Préfentés à Monseigneur le Prince de Conti
par les mêmes Ecoliers.
LA Déeffe Minerve en Mentor déguifée ,
Du jeune fils d'Uliffe accompagnoit les pas ;
S'il faut croire, au rapport d'Homere en l'Odiffée;
Pour moi , Conti , je ne m'y trompe pas
Et voici quelle eft ma penſée :"
Cet habile Poëte infpiré par les Dieux ,
Sous un fimbole ingénieux
Sans doute voulut nous dépeindre
Ce qui devoit un jour fe paffer fous nos yeux,
Oui , pofe le dire , fans craindre >
Les frivoles difcours d'un Cenfeur odieux
Du jeune Voyageur d'Homere
Vous avez tous les traits , le port , la majefté ,
La naiffance , les moeurs & la docilité
Pour la vertu la plus fevere.
Entre Minerve & votre augufte Mere
Les rapports font trop reflemblans
Pour que l'on puiffe s'y méprendre ;
Tout le monde à la voir peut ailément compren
dre
Qu'Homere en écrivant l'eut préfente à les fens.
De Mentor elle a la ſcience ,
L'efprit , le coeur & la douce éloquence
Qui fçait charmer en inftruifant ;
II. Vel Jufques
JUIN. 1730.
1337
Jufques- là le portrait eft en tout reffemblant
Entre vous & le fils du Monarque d'Ithaque ;
Mais au lieu que Pallas pour fuivre Telemaque
Se revêtit des traits d'un fourcilleux vieillard ;
Plus favorable à votre égard ,
Pour vous fuivre en votre voyage ,
De votre augufte Mere elle a pris le vifage ,
La démarche , la voix , le port majestueux
Pour n'en dire pas davantage ,
Elle a voulu fe montrer à vos yeux
Telle qu'elle paroît dans le Confeil des Dieux.
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Résumé : VERS LIBRES Présentés à Monseigneur le Prince de Conti par les mêmes Ecoliers.
Le texte compare le Prince de Conti à Télémaque, le fils d'Ulysse, à travers une allégorie homérique. Minerve, déguisée en Mentor, accompagne le jeune prince comme elle le fait avec Télémaque. Conti possède les traits, la majesté, la naïveté, les mœurs et la docilité nécessaires pour la vertu la plus sévère. Les rapports entre Minerve et la mère du prince sont trop similaires pour être confondus, permettant de comprendre qu'Homère aurait présenté Minerve ainsi. La mère du prince incarne la science, l'esprit, le cœur et l'éloquence de Mentor, charmant tout en instruisant. Contrairement à Pallas qui se déguise en vieillard pour suivre Télémaque, Minerve prend l'apparence de la mère du prince pour l'accompagner dans son voyage, se montrant telle qu'elle apparaît dans le Conseil des Dieux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18708
p. 58-59
LOGOGRYPHE.
Début :
Nombre de gens, Lecteur, ont du foible pour moi, [...]
Mots clefs :
Récrimination
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
OMBRE de gens , Lecteur , ont du foible
moi ,
pour
N'en conclus pas que je fois belle ;
Je ne ſçaurois me vanter d'être telle ,
Mais bien d'avoir certain je ne fçais quoi
Qui féduit ; & de plus je fuis fort naturelle ,
Défendue , il eft vrai , de tout temps par la loi ,
Loi divine , Lecteur ; ainfi prends garde à toi ,
Et dans l'occafion ... c'eft le moment critique ,
Et le feul où je puis ... finiffons ce difcours :
Pour me connoître , il faut que l'on s'applique ;
Je vais t'embarraffer par mes petits détours ,
A promener de mes pieds à ma tête ,
AVRIL. 1758. 59.
Sans oublier ni le col , ni le corps ;
Je l'avouerai , je me fais une fête
D'engager ton efprit à faire des efforts
Pour découvrir un mot dont peut être l'uſage ,
Pour toi depuis long- temps n'eft pas apprentif
fage ;
Mes pieds qu'il ne faut pas , s'il te plaît , déſunir ;,
T'offrent un peuple entier , & tu peux le choifir ;
Je te préfente après la feconde perfonne ,
D'un alphabet de beau monde connu ,
Par la mode , & le goût toujours bien foutenu ,,
Un inftrument utile ; enfuite je te donne
A ce qui fuit , fi tu veux dire bis ,
Le joli petit nom , je gage que
Philis
Ne m'en dédira pas : confultes- en la Belle ,
Ce peut bien être ainfi que fon Amant l'appelle
:
Brouillons le tout , & formons d'autres mots ::
Voici la qualité qui donne l'importance ,
A celui qui jamais dans la claffe des fots ,
Ne fut choisi pour féjourner en France :
Voici de plus un Moine , un métal précieux ,.
Un poids , un élément , un oifeau de paffage ,
Un inftrument de mer , un habitant des cieux ,
Dont on cite fouvent la force & le courage ::
Imitez - le , Lecteur , & dans l'occafion.
Point ne ferez larron ,
OMBRE de gens , Lecteur , ont du foible
moi ,
pour
N'en conclus pas que je fois belle ;
Je ne ſçaurois me vanter d'être telle ,
Mais bien d'avoir certain je ne fçais quoi
Qui féduit ; & de plus je fuis fort naturelle ,
Défendue , il eft vrai , de tout temps par la loi ,
Loi divine , Lecteur ; ainfi prends garde à toi ,
Et dans l'occafion ... c'eft le moment critique ,
Et le feul où je puis ... finiffons ce difcours :
Pour me connoître , il faut que l'on s'applique ;
Je vais t'embarraffer par mes petits détours ,
A promener de mes pieds à ma tête ,
AVRIL. 1758. 59.
Sans oublier ni le col , ni le corps ;
Je l'avouerai , je me fais une fête
D'engager ton efprit à faire des efforts
Pour découvrir un mot dont peut être l'uſage ,
Pour toi depuis long- temps n'eft pas apprentif
fage ;
Mes pieds qu'il ne faut pas , s'il te plaît , déſunir ;,
T'offrent un peuple entier , & tu peux le choifir ;
Je te préfente après la feconde perfonne ,
D'un alphabet de beau monde connu ,
Par la mode , & le goût toujours bien foutenu ,,
Un inftrument utile ; enfuite je te donne
A ce qui fuit , fi tu veux dire bis ,
Le joli petit nom , je gage que
Philis
Ne m'en dédira pas : confultes- en la Belle ,
Ce peut bien être ainfi que fon Amant l'appelle
:
Brouillons le tout , & formons d'autres mots ::
Voici la qualité qui donne l'importance ,
A celui qui jamais dans la claffe des fots ,
Ne fut choisi pour féjourner en France :
Voici de plus un Moine , un métal précieux ,.
Un poids , un élément , un oifeau de paffage ,
Un inftrument de mer , un habitant des cieux ,
Dont on cite fouvent la force & le courage ::
Imitez - le , Lecteur , & dans l'occafion.
Point ne ferez larron ,
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18709
p. 68-69
LOGOGRYPHE.
Début :
A qui ne m'entend pas je parois un délire, [...]
Mots clefs :
Centurie
18711
p. 66-67
L'HEUREUX LARCIN. AIR : Jusques dans la moindre chose.
Début :
LA jeune & tendre Lisette, [...]
Mots clefs :
Amour, Larcin, Berger, Bouquet, Craintes, Bergère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'HEUREUX LARCIN. AIR : Jusques dans la moindre chose.
L'HEUREUX LARCIN.
AIR : Jufques dans la moindre chofe,
LAA jeune & tendre Liſette
Dormoit feule en un bosquet.
Colin , qui de loin la guette ,
Veut dérober fon bouquet .
L'Amour le guide & l'infpire ;
Tour favorile fes voeux.
Life s'éveille , & fcupire ....
Le Berger étoit heureux .
Mineur.
C'est donc en vain , dit la Belle ,
Que j'ai cru juſqu'à ce jour ,
Oppofer un coeur rebelle
Aux piéges que tend l'Amour ?
I
OCTOBRE. 1763.
67
Quoique nos craintes préſagent ,
C'eſt un plaifir d'y tomber....
Les vrais Amans le partagent ;
Falloit-il le dérober ?
Majeur.
Pardon , charmante Bergère !
Pardon s'écria Colin ,
Si ma flâme téméraire
T'a fait un fi doux larcin .
Ce que l'Amour m'a fait prendre ,
Si tu doutois de ma foi ,
Je fuis prêt de te le rendre ,
Pour ne le devoir qu'à toi.
D. L. P..
AIR : Jufques dans la moindre chofe,
LAA jeune & tendre Liſette
Dormoit feule en un bosquet.
Colin , qui de loin la guette ,
Veut dérober fon bouquet .
L'Amour le guide & l'infpire ;
Tour favorile fes voeux.
Life s'éveille , & fcupire ....
Le Berger étoit heureux .
Mineur.
C'est donc en vain , dit la Belle ,
Que j'ai cru juſqu'à ce jour ,
Oppofer un coeur rebelle
Aux piéges que tend l'Amour ?
I
OCTOBRE. 1763.
67
Quoique nos craintes préſagent ,
C'eſt un plaifir d'y tomber....
Les vrais Amans le partagent ;
Falloit-il le dérober ?
Majeur.
Pardon , charmante Bergère !
Pardon s'écria Colin ,
Si ma flâme téméraire
T'a fait un fi doux larcin .
Ce que l'Amour m'a fait prendre ,
Si tu doutois de ma foi ,
Je fuis prêt de te le rendre ,
Pour ne le devoir qu'à toi.
D. L. P..
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18713
p. 281-336
« La petite Ville de Corbeil, prés Paris, s'est beaucoup distinguée ; [...] »
Début :
La petite Ville de Corbeil, prés Paris, s'est beaucoup distinguée ; [...]
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texteReconnaissance textuelle : « La petite Ville de Corbeil, prés Paris, s'est beaucoup distinguée ; [...] »
La petite Ville de Corbeil,
prés Paris, s'est beaucoup distinguée ;
Elle attendoit avec
impatience qu'il luy fut permis
de faire éclater sa joye, & elle
avoit déja même prévenu l'or-
dre, quand elle le reçût de Mon-
sieur Henault, Gouverneur de
la Ville, Fils de Mr Henault
Eermier General, qui venoit de
le recevoir de la Cour. Monsieur
Henault nouvellement pourvu
de ce Gauvernement, & de
la Licutenance Generale des
Aa ij
Réjouissances.
282
Chasses, ne pouvoit mieux com-
mencer son avenement à ces
Charges, qu'en se distinguant
comme il a fait dans cet te ré-
jouissance publique, où il a été
secondé par tous les Bourgeois
de la Ville, ſujets des plus fi-
delles & des plus zelés, ainsi que
le porte leur devise.
COR BELLO PACEQUE
FIDUM.
Nous sommes fidelles en paix,
comme en guerre,
Je dois ajouter icy, que ce
Gouverneur à toutes les bon-
nes qualités qui peuvent le ren-
dre agreable au pays.
La Ville, n'eût pas plûtôt
Réjouissances.
283
reçû ordre de faire chanter le
Te Deum le 9 de Juillet, que
tout se disposa à marquer sa joye.
Les boutiques furent fermées:
toutes les cloches carrillonne-
rent: La poudre ayant été di-
stribuée avec profusion dans
tous les quartiers, par ses or-
dres, tous les Bourgeois, & les
Chevaliers de l'Arquebuse se
mirent sous les Armes, & se
rendirent à l'Hôtel de Ville,
où ils prirent le Gouverneur
qui ſe mit à leur tête; ils alle-
rent en fort bel ordre, parés de
rubans & de cocardes, au son
des fifres & des tambours, à l'E
glise de Nôtre Dame, que le
Curé avoit fait parer & illumi-
ner extraordinairement. Le Te
Deum y fut chanté en faux-
Rejouissances.
284
bourdon, avec un Exaudiat, au
son des Cloches & au bruit du
Canon, qui ne cessa point de
tirer.
Le Gouverneur se rendit en-
suite avec toute la Bourgeoiſie
sous les armes dans une grande
place quarré, qui est devant le
Château. Un bûcher orné de
feuillages, s'y trouva élevé, ou
il mit le feu aprés en avoir fait
le tour au bruit de la mousque-
terie, qui fit plusteurs déchar-
ges. Le Château parut en un
moment illuminé, & la uuit qui
étoit fort obscure, devint plus
brillante que le jour: nien ne
parut plus ingenieux que l'il-
lumination, qui par ses divers
compartimens, representoit les
Armeside France & de Breta-
Réjolissances.
285
gne. Sur la porte étoit un grand
obelisque, qui avoit un Soleil
pour amortissement, accom-
pagné de deux piramides, qui
finissoient par deux fleurs de
lys On y lisoit cette belle in-
scription.
UNDIQUE MICAT.
Par tout il porte ses rayons,
La lumiere formoit l'ordre de
l'architecture du portail. Dans
le fonds de la cour on décou-
vroit une autre piramide, qui
ſe joignant avec celle du por
tail, formoit de loin une per-
spective fort agreable, & fai-
foit d'autant plus de plaisir, que
dans la Ville on n'avoit rien
vu de parcil depuis fort long-
Réjouissances.
286
temps: Deux fontaines de vin,
que l'on fit couler pendant ce
temps la, & qu'un Bacchus, sur
un tonneau, distribuoit au peu-
ple avec abondance, détourna
l'attention des spectateurs qui
acoururent de ce côté-là; Les
cris de vive le Roy redoublerent,
pendant que la mousqueterie
redoubloit aussi ses décharges.
Monsieur le Prevôt de Corbeil,
qui n'entend pas moins à bien
servir le Roy dans sa charge,
qu'à faire les honneurs de sa
maiſon, avoit desiré du Gouver-
neur qu'il agreât que sa Com-
pagnie, les Dames & les prin-
cipaux d'e la Ville vinssent pren-
dre chez luy des rafraichisse-
mens On trouva dans ſa maiſon
une table servie magnifique-
ment,
Réjouissances.
287
ment, où la ſanté du Roy & du
Prince nouveau né , fut bien
celebrée au bruit du Canon.
on sortit avec peine de table à
une heure au matin, pour avoir
le plaisir du feu d'artifice, que
le Gouverneur avoit fait con-
ſtruire ſur une terraſſe, au bord
de la Riviere. Cette situation
est admirable pour un pareil
ſpectacle. On y étoit accouru
de tous les lieux des environs.
Le pont & les bords de la
Seine se trouverent couverts
d'un nombre infini de populace,
rien n'étoit plus agreable que
de voir voguer sur la Riviere
des batteaux illuminés, qui pa-
roissoient autant de tables flot-
tantes, ou la ſanté du Roy &
de Monseigneur le Duc de Bre-
nillet 1704.
288 Réjouissances.
tagne étoit celebrée au bruit
des tambours, de la mousque-
terie & du Canon que les échos
repetoient. Toutes les maisons
des environs, ainsi que les plus
éloignées parurent illuminees,
aussi bien que tous les Clochers
de la Ville, où les P. Recollets
se distinguerent fort.
Ce feu d'Artifice étoit à qua-
tre pilliers, au milieu desquels
s'élevoit une figure, qui repre-
sentoit la France, tenant le Prin-
ce nouveau né entre ſes bras &
le presentant à la Bretagne, qui
étoit à ſes pieds, pour le luy
demander. Sur le piédestal,
on lisoit ces mots.
CUMULATA VOTA.
Mes veux sont comblés.
Ce qu'on peut expliquer par
ces vers,
Réjouissances.
289
La
Bretagne jalouse
envioit le
bonheur
De l'Anjou, du Berry
ces heu-
reuses Provinces
Qui goutent le bonheur d'obeyr à des
Princes:
D'un sort pareil elle flatioit son
cœur.
Charmant Prince, aujourd huy ton
heureuse naissance
La comble de bonheur, remplit son
esperance
Tu vas porter son nom, & luy
donner des loix,
Par cette preference & ce glorieux
choix
Elle
sent augmenter son zele & sa
puissance.
Audevant on voyoit les Armes
de France & de Bretagne & au
Bbij
290 Réjouissances.
bas une devise, qui avoit pour
corps, la France tenant entre
ses mains plusieurs Sceptres &
plusieurs Couronnes avec ces
mots.
REoUM TERRA OPIFEX
ET OFFICINA.
Je donne des Rois à la terre.
Du côté qui regarde la Ri-
viere étoit une autre devise
dont le corps étoit un petit
Ruisseau qui va toûjours s'a-
grandissant, avec ces mots.
RIVULUS, QUONDAM FLU-
MEN IBIT.
Ce petit Ruisseau deviendra bien-
tot fleuve
ur
re
&
es
Réjouissances.
291
On voioit une autre devise,
du côté qui regarde la Ville,
dont le corps étoit un Lyon &
des lionceaux, avec cette belle
inscription pour ame.
FORTES CREANTUR
FORTIBUS.
Les Puissans engendient les
Puissans.
Du côté qui regarde la cam-
pagne, étoit une autre devise,
dont le corps étoit une Aigle
suivie de ses aiglons, qui volent
vers le Soleil; avec ces mots.
NEC IMBELLEM
FEROCES
FRO GENERANT AQUILA
COLUMBAM
Bb iij
2922
Réjouissances.
Les Aizles ne degenerent point de
leur origine.
L'artifice, qui étoit de la
composition des Artificiers de
l'Arsenal, fut fort bien execu-
té: La Seine ne contribua pas
peu à en augmenter la beauté;
les fuſées, en s'élevant en l'air,
s'y retraçoient agréablement,
& tombant dans l'eau y faisoient
mille tours & mille bonds avant
que d'éclater; enfin ces deux
clemens contraires semblerent
concourir ensemble, pour faire
un spectacle parfait. L'Assem-
blée ſe ſepara fort contente de
la feſte, & de son nouveau Gou-
verneur.
Le 28. de Juin, Mr l'Abbé de
Fourcy ayant appris dans son
Réjouissances.
293
Abbave de Saint Vandrille, la
nouvelle de l'heureuſe naissan-
ce de Monseigneur le Duc de
Bretagne, donna aussi-tost ses
ordres pour faire chanter un
Te Deum solemnel. Les Reli-
gieux de son Abbaye secon-
dant ses intentions, & joignant
une pieté édifiante & exemplai-
re au zele sincere & ardent de
leurdigne Abbé, se revêtirent de
leurs plus beaux Ornemens, &
s'assemblerent dans leur Eglise
illuminée de tous coſtez. Le
Curé de la Paroisse s'y rendit,
accom pagné de ses Paroissiens,
avec la Croix & la Banniere:
un grand nombre de peuple des
lieux circon voisins accourut au
bruit du carillon de toutes les
cloches, qui marquoient la
Bbiiij
294. Réjouissances.
joye publique Mrl Abbé avante
entonné le Te Deum, qui fut a-
chevé dans l'Eglise, alla ensuite
en habit de ceremonie avec seso
Religieux en Procession, dans
la Place publique, pour allu-
mer le feu qui avoit esté pré-
paré par son ordre; il estoit suivi
de Mr Eoloppe Avocat du Roy,
de Mr de Saint Martin & des
autres Officiers de l'Abbaye.
Tous les habitans qui estoient
ſous les armes, commandez par
Mr Dallet, Procureur du Roy
des Eaux & Forests, & Offi-
cier de l'Abbaye, formerent un
grand cercle autour du feu, &
aprés que les Prieres furent fi-
nies, ils firent une décharge, &
défilerent en ordre vers le Pa-
lais Abbatial, en faisant plu-
Réjouissances. 295
sieurs décharges, A peine la
derniere salve des habitans du
lieu fut achevée, que plusieurs
Bourgeois de la Ville de Cau-
debeq, Capitale du pays de
Caux, & dont ledit sieur Ab-
bé est Seigneur, arriverent en
armes, & tambour battant. Mr
Colleau Vicomte de ladite
Ville, Lieutenant de Police &
Capitaine de la Cinquantaine
ſe mit à leur teſte l'esponton à
la main, les rangea dans la
Place, & aprés plusieurs dé-
charges autour du feu, les con-
duisit en ordre, au son des
tambours, dans la cour de Mr
l'Abbé, où recommença le
bruit des armes. Il y avoit dans
les appartemens une collation
preparée pour les Officiers,
5
Réjouissances.
296
& autres personnes des plus
considerables de la Ville, des
rafraichissemens dans la cour
pour la Compagnie de la Cin-
quantaine & pour d'autres
Bourgeois sous les armes, &
dans la Place dequoy boire à
discretion pour tout le peuple
qui estoit venu de toutes parts
à cette ceremonie. La réjouis-
sance dura tout le jour & toute
la nuit, en criant vivent le Roy
& Monseigneur le Duc de Breta-
gne. Jamais on n'a vû paroiſtre
tant d'empressement pour té-
moigner une joye veritable &
ſincere pour la gloire du Rov,
& le bonheur continuel de la
France.
Le Mercredy 16, de ce mois,
les réjouissances commence-
rent à Abbeville par une gran-
Rejouissances.
29
de Messe qui fut chantée en
Musique avec une excellente
Symphonie. Elle estoit de la
composition d'un tres habile
Maistre. Tous les corps, de
cette Ville y assisterent, &
pendant la Messe on fit quinze
decharges du canon & de la
mousqueterie. On chanta à
l'issuë de la Messe le Te Deum
& l'Exaudiat. Au sortir de l'E-
glise Mrs du Corps de Ville se
rendirent à l'Hostel de Ville,
où par les feneſtres, ils distri-
buerent, à trois reprises, de
l'argent au peuple, & firent
couler pendant le reste de la
journée deux fontaines de vin.
On donna à manger à tous les
passans. Enfin sur les six heu-
res, toute la face de l'Hoſtel
Rejouassances.
298
de Ville parut illuminée, & on
ſe diſpoſa à faire jouer un beau
feu d'artifice qui estoit dressé
au milieu de la Place. La prin-
cipale des quatre faces de l'Hô.
tel de Ville eſtoit deſtinée à la
gloire du Roy, & on lisoit des
Vers François à la gloire de Sa
Majeſté On vovoit dans la
qui estoit consacrée à Monsei-
gneur, d'autres Vers François
sur la conqueste de Philisbourg,
faite par ce Prince. Monse-
gneur le Duc de Bourgogne
etoit loué dans la 3. par des Vers
faits sur la prise de Brisac. La
quatrième contenoit des Ver-
à la gloire du Prince nouveau
né. Il y avoit des Deviſes à la
gloire de ces Princes, au bas de
chaque intercolonne. On vit
partir cinq cens cinquante fu-
n
au
le
6-
la
25
a
Réjouissances.
299
sées de ce beau feu qui dura
presque toute la nuit. Toute la
Ville eſtoit illuminée d'une ma-
niere singuliere. Le Pere Cra-
coville qui a eû la direction du
feu d'artifice, en avoit composé
tous les Vers. C'est le même
Pere qui va pul l'er incessament
un ouvrage, auquel il travaille,
depuis long-temps contre les
Cononites, heretiques du sixié-
me Siecle.
Pendant qu'on tira le feu
d'artifice, les Consuls donne-
rent un repas magnifique qui
fut ſuivi d'un Bal, qui dura jus-
qu'à quatre heure du matin.
Toutes les Dames de la Ville y
furent invitées; & il en vint
beaucoup de la Campagne qui
augmenterent le brillant de
gette grande feste.
300
Réjouissances.
Mr Foucault, Conseiller
d'Etat & Intendant de la Ge-
neralité de Caën, fit chanter un
Te Deum en musique le sixième
de Juillet , dans la principale
Eglise de la Ville. Mr l'Evêque
de Bayeux, dont le zele pour la
gloire du Roy égale la pieté,
en fit la ceremonie : les divers
Ordres de la Ville s'y rendi-
rent avec les ornemens qui les
distinguent: la Musique répon-
dit à ce qu'on attendoit de l'ha-
bileté de celui qui l'a conduit.
Cette action de pieté finie, le
peuple fut attiré à la porte de
de Mr Foucault, par une deco-
ration magnifique de la face de
son Hostel; les Armes de Fran-
ce, de Dauphiné, de Bourgo-
gne & de Bretagne ornées de
n
d
r
Réjouissances.
301
festons & de couronnes de
fleurs; une infinité de lanter-
nes chargées de fleurs de lis &
d'hermines, formoient jusques
au toict un ordre d'Architectu-
re tres-regulier, & tres agréa-
ble; deux fontaines de vin, qui
sortoient de deux masques, cou-
lerent le reſte du jour; elles
firent mettre aux fenestres les
personnes de la Ville les plus
considerables, qui se diverti-
rent long-temps des cris de
joye du peuple, & de son em-
pressement à profiter de cette
largesse. Ge divertissement
conduisit insensiblement jus-
ques à l'heure du souper Qua-
tre grandes tables servies ma-
gnifiquement dans la salle d'au-
dience superbement parée, re-
Rejouissances.
302
çurent en tres-grand nombre
toutes les Dames de distinction
de la Ville, & des environs,
qui s'estoient renduës a Caën,
pour prendre part à ces ré-
jouissances; les Cavaliers les
servirent, & Me Foucault ac-
coûtumée depuis long temps à
ordonner ces sortes de Fêtes,
fit parfaitement bien les hon-
neurs de celle cy. Tout ce que
la Province si abondante, four.
nit par elle-même , & par son
commerce dans les pays étran-
gers, soit de liqueurs, soit de
fruits; tout, dis je, parut avec
profuſion dans ce repas; mais
la nuit qui s'approchoit ayant
renouvellé l'empressement
qu on avoit de jouir du plaisir
des illuminations, que la pré-
1e
es
je
Réjouissances.
303
paration de la face du logis
promettoit, fit lever de table
assez promptement, & toute la
Compagnie marcha vers le lieu
ou le feu eſtoit preparé. Je ne
diray point icy en quel estat
parurent les Dames, on juge
assez qu'elles n'avoient rien ou-
blié de tout ce que l'ajuste-
ment peut contribuer au bon
air & à la beauté; ce fut un
spectacle tres agreable de les
voir marcher à pied, invitées
par le beau temps, entre deux
hayes du peuple, que quelques
Gardes contenoient dans le
devoir, où le retenoit encore
davantage le respect qu'il a
pour Mr Foucault, qui les
accompagnoit avec toute la
Nobleſſe du pais.
Juillet 1704. II. P. Ce
304.
Réjouissances.
Caën est situé dans un vallon
ſur le bord de la riviere d'Or-
ne, entre deux grandes prairies,
qui semblent avoir esté dressées
au niveau : deux Faux bourgs
s'étendent au dessus de la Ville,
Sur les deux côteaux qui ter-
minent ces prairies, d'un costé
la maison des Jesuites, & l'Ab.
baye Royale de Saint Estienne,
avec. plusieurs tours de diverses
Paroisses; de l'autre un long
Faux bourg & plusieurs villa.
ges presque contigus avec leurs
clochers, forment une perspe-
ctive charmante, dont la vue
eſt terminée par une belle mai-
son de campagne, & quelques
bois en éloignement. A ll'entrée
de cette prairie est un boule-
vart, sur lequel est bâti un gros
Refouissances.
30
pavillon tres propre: ce boule-
vart est planté de quatre rangs
d'arbres, qui font un tres beau
berceau; un grand canal est au
dessous; au bout de ce canal
fur le bord de la riviere, regne
un cours de quatre rangs d'ar-
bres plantez par les soins de Mr
Foucault, dés ſon arrivé à Caën.
Ce fut ce beau lieu qu'il choisit
pour y dresser un feu d'artifice,
comme propre à contenir tout
le peuple, & à recevoir l'appa-
reil du spectacle qu'il vouloit
donner: trente cinq pieces de
canon amenées de plusieurs en-
droits éloignez, furent placées
dans le jardin des Jesuites; à
l'opposite le Regiment de la
Ville commandé
par Mr de
Monts son Colonel, fut mis en
Cci)
306 Réjouissances.
ordre de bataille, le ſeu au mi-
lieu; la nuit fut la plus favora-
ble du monde, la Lune ayant
toûjours esté couverte d'un
nuage. Une décharge de l'ar-
tillerie tres bien ſervie, & du
Regiment de Monts, qui y ré-
pondit de même, avertit le peu-
ple que le ſpectacle alloit com-
mencer. On vit naître en même-
temps une illumination char-
mante, à perte de vuë sur les
deux bords de la prairie: il pa-
rut dans le jardin des Jesuites
un parterre de lumieres d'un
ordre admirable; un cordon de
feu distigué d'espace en espace
par de petits obelisques; un am-
phitheatre de differentes figu-
res compassées avec symetrie,
tout cela terminé par l'illumi-
Réjouissances.
30
nation de leurs chambres, &
par une espece de couronne que
formoit la ceinture de leur Egli-
se, & la pointe de leur clocher.
La tour de la Paroisse S. Etien-
ne éclairée en pyra mide; celle
de l'Abbaye du même nom, dis-
posée d'une autre figure, d'ou
partoient de temps en temps des
fuſées; le Monaſtere de la Viſi-
tation illuminé dans toutes ses
faces; le bois des Capucins pa-
reillement éclairé, & qui ser-
voit comme de fond à tous ces
objets: cet amas de lumières
durant toute la nuit, fut un
spectacle des plus magnifiques.
De l'autre coſté de la prairie,
ſur le bord de la riviere, plu
sieurs feux disposez à divers éta-
ges avec ceux du Fauxbourg de
Réjovisances.
308
Vaucelles, partagerent l'at-
tention de l'assemblée. On tira
de tempsen temps un fort grand
nombre de boëtes. La Compa-
gnie de Mr Foucault, ou ſe pro-
menant sur le boulevart sous un
berceau de lumieres, dont les
arbres estoient chargez, ou as-
sise sur des sieges preparez,
jouissoit sans embarras & sans
confusion de la beauté de ces di.
vers spectacles. Le bruit des
tambours, le son des trompet.
tes, & de divers autres instru-
mens, le carillon continuel de
toutes les cloches de la Ville,
au milieu d'une nuit des plus
paisibles, se mêloient avec les
acclamations du peuple, & l'on
vit en même temps partir un
nombre infini de fusées, qui atii
es
e
o0
Rejouissances.
309
rerent tous les yeux des specta-
teurs. Ces fusées firent un mer-
veilleux effet au milieu des deux
côteaux dont on vient de par-
ler. L'eau dont les prairies qui
sont en ce lieu, sont bordées,
d'un côté par la riviere, de
l'autre par le grand canal, au-
gmentoit le spectacle par les
feux qui s'y representoient une
infinité de fois, & sembloient
s'y multiplier en cent differen-
tes manieres. Enfin le feu d'ar-
tifice commença. Un grand
quarré estoit décoré par une es-
pece de Ville; quatre pirami-
des aux angles, une plus élevée
au milieu, avoient un Soleil
pour amortissement. C'est le
ſymbole de la gloire & de la
grandeur de nostre invincible
Réjouissances.
310
Monarque ; ce Soleil dominant
leur
sur les autres, sembloit
communiquer ses lumieres, &
s'imprimer en eux. C'est ainfi
que LOUIS LEGRAND répand
sur nos augustes Princes ses En-
fans les rayons de cette sagesse,
qui fait la gloire de lon regne,
produit les grands succez de
tous ſes desseins; eſt le bonheur
de ses peuples; & leur promet
une longue ſuite de regnes heu-
reux dans des Successeurs éle-
vez par un Roy le plus ſçavant
de tous les Rois en l'art de re-
gner. Les Arnies de ces grands
Princes accompagnées de tro-
phées, environnoient l'édifice;
les gerbes de fusées qui en par-
tirent, l'éclat des boëtes, les
rouës de feu, en un mot, tou-
tes
Réjouissances.
311
tes les differentes manieres dont
l'artifice fait agir ce terrible
élement, tout repondit aux de-
sirs de l'illustre Magistrat, qui
donnoit cette Fête & aux sou-
haits de l'assemblée. Deux nou-
velles décharges, de l'artillerie
& du Regiment de Caën, succe
derent à l'effet du feu d'artifice.
La Fête sembloit estre termi-
née par la, le peuple songeoit
deja à se retirer, quand tout à
coup des fanfares, & le son
martial de divers instruments
l'arrêterent encore, & lui an-
noncerent un nouveau divertis-
sement. On vit s'avancer sur le
cana lune barque voguante avec
fierté portant pavillon Hollan-
dois; pluſieurs chaloupes par-
tagées en trois escadres marche-
Juillet 1704. II. P. Dd
Rejouissances.
312
rent à elle en ordre de bataille,
elles portoient pavillon Fran-
çois & Espagnol; les équipages
galamment habillez de diffe-
rentes livrées, à la faveur des
flambleaux representerent un
combat naval, qui de tous ces
divers spectacles fut un de ceux
qui divertit dvantage: ils at ta-
querent le grand vaisseau du-
rant plus d'une heure à coups
de petars & de fusées; ce petit
combat parut vif & animé, &
il contrefit si bien l'horreur des
veritables, que quoiqu'on fût
persuadé qu'il n'y avoit rien à
craindre, on ne pouvoit quel-
que fois s'empêcher de trembler
pour eux: on vint à l'abordage
& la grande barque fut enle-
vee.
Réjouissances.
313
La fin de ces divertissemens
pour le peuple, fut le commen-
cement d'un nouveau pour les
personnes de qualité; elles se
rendirent dans le Pavillon du
boulevart pour y danser jusques
au jour: Mlle de Croymare fit
parfaitement bien les honneurs
du bal Et ce fut ainsi que cette
Fête fut terminée.
Je ne dois pas oublier que tou-
te la Ville entra dans le même
dessein de Mr Foucault: elle
voulut aussi marquer son zele &
son amour pour son Prince, dans
une conjoncture qui doit rem-
plir de joye tous les vrais Fran-
çois. Les Bourgeois avoient al-
lumé des feux dans les ruës, &
illuminé leurs Maisons. Tous
les clochers de la Ville, sans
Dd ij
Réfouissances.
314
en excepter aucun, estoient de
même eclairez en differentes
figures. Celuy de l'Abbaye de
la Trinité, qui domine à la Vil-
le, dont les feux estoient agrea-
blement disposez par les soins
de Madame de Tessé son Ab-
beſſe, ſoeur du Maréchal du me-
me nom, en faisoit le couronne-
ment.
Cet assemblage de pyramides
de feu , oppoſé au lieu de la
scène du divertissement; offrit
au retour un nouveau spectacle.
Ce grand corps de lumieres, qui
cclairoit de loin, fit paroître la
Ville toute en feu: & on se pro-
mena dans les ruës à la faveur
de tant d'illuminations, qui con-
duisirent enfin jusqu'au jour.
Madame la Princesse d'Har-
Réjouissances.
315
court estant arrivée à Clermont
en Beauvoisis le 2. Juillet, Mrs
de Ville allerent aussi toſst la
saluer en Corps, & luy dire que
le Jeudy suivant on devoit chan-
ter un Te Deum en action de
graces de l'heureuſe naissance
de Monseigneur le Duc de Bre-
tagne, ils la prierent en même
temps d'assister à la ceremonie
du feu de joye qui devoit suivre
le Te Deum; cette Princesse s'y
trouva le Jeudy 3. du mois, &
la ceremonie avant commencé
en presence de tous les Corps
par une marche reglée autour
du feu, reitérée trois frois &
accompagnée d'autant de cris,
de vive le Roy, le Lieutenant
General & le Maire de la Ville
eurent l'honneur de donner la
Dd iij
Réjouissances.
316
main à cette Prinaesse, elle fit
avec eux le tour du feu qu'elle
alluma elle-même: A l'instant,
tous les Habitans sous les armes
firent plusieurs décharges de
Mousqueterie, & on distribua
au Public plusieurs tonneaux
de vin par l'ordre de cette Prin-
cesse, & par les soins des pre-
miers Officiers du lieu: le reste
de la journée & toute la soirée
se passerent en repas sur tables
dressées dans les ruës, où tout
le monde estoit bien venu. Les
illuminations y parurent des
plus brillantes, & tous les in-
strumens du païs s'y trouverent.
Enfin le Peuple s'abandonna à
la joye.
Mais il s'en fallut peu que
cette Feste ne coutât beaucouj
Réjouissances.
31.
à Madame la Princesse d'Har-
cort, puisque tous les Habitans
qui avoient esté excitez à la joye
par l'exemple de cette Princes-
se, s'estant rendus pendant la
nuit, en foule avec les violons,
en sa maison qui n'est que de
bois, ils l'ébranlerent si fort
qu'elle fuſt obligée pour la su-
reté de sa personne, de passer sur
le champ dans une autre mai-
son plus solide.
Ces réjouissances continue-
rent plusieurs jours & furent
terminées par une galanterie
digne de Madame la Princesse
d'Harcourt, qui voulant mar-
quer aux Officiers de la Ville,
combien elle estoit contente
d'eux, envoya à Paris faire pro-
vision de quantité de tabliers,
Da in
318
Réjouissances.
d'éventails, de boëtes, de toi.
lettes, de chapelets, de ta-
bleaux & d'autres bijoux, dont
elle fit la distribution aux Da-
mes de Clermont, par forme de
Lotterie.
Messieurs les Consuls de la
Ville de Montpelier, aiant reçù
la Lettre du Roy & les Ordres
de Mr le Maréchal de Villars,
Commandant dans cette Pro-
vince, pour assister au Te Deum,
faire des feux de joye & autres
réjouissances publiques, à l'oc-
casion de la naissance de Mon-
seigneur le Duc de Bretagne.
Ils assisterent avec leur Secre-
taire, en robe de ceremonie,
au Te Deam qui fut chanté en
Musique, le Dimanche 13. Juil-
let, dans l'Eglise Cathedralle
319
Réjouissances.
S. Pierre de Montpelier 5 au-
quel la Cour des Aydes , la
Chambre des Comptes, le Bu-
reau des Finances, & le Presi-
dial, avec tous les Officiers mi-
litaires de la Ville ſe trou-
verent.
Le ſoir du même jour, Mes-
sieurs les Consuls avoient eu le
soin de faire dresser un feu d'ar-
tifice à la promenade du Pei-
rou, qui est hors une des portes
de la Ville, & qui est une des
plus belles places du Roïaume,
par ſa ſcituation, & par la vûë
étenduë qu'elle donne de tous
côtez, tant sur la Mer que sur
les Pyrenées & montagnes voi-
sines qui semblent renfermers
avec le jardin du Roy, pour
l'Université de Medecine &
320
Réjouissances.
quantité de belles maisons de
campagne, des bois d'Oliviers,
qui entretiennent leur verdure
pendant toute l'année. Le feu
d'artifice representoit un arc de
triomphe & un grand Portique
d'Ordre Corinthien, orne de
Trophées d'Armes & d'autres
Peintures. Au- dessus de l'Enta-
blement, on voïoit s'élever un
Attique, surmonté d'une Re-
nommée. Et cet Attique étoit
chargé de certe inscription ma-
gnifique en Lettres d'Or.
Réjouissances.
321
LUDOVICO MAGNO.
PATRI, AVO, PROAVO.
QuOD
UNLREGUM DEDIT DEUS,
UTINAM
SIT ATAVUS.
ET VIVAT.
I
La Frise de l'Entablement
& les Ceintres des Arcades,
étoient ornés de sept grandes
Medailles, d'Or, & de Bronze,
Les paroles qu'on y lisoit étoient
tirées de la quatrième Eclogue
de Virgile; & le peu de chan-
gement qu'il y avoit, n'a été que
Rejouissances.
322
pour les rendre plus convena-
bles au Sujet.
Le dessein de Mrs les Con-
suls a été de representer dans
ces Medailles, la vie de Mon-
seigneur le Duc de Bretagne,
formée sur le Modele de Lours
LE GRAND, & sur celuy
de Monseigneur le Dauphin,
& de Monseigneur le Duc de
Bourgogne. Le Roy d'Espagne
Philippe V. y étoit encore pro-
posé pour un exemple. Et l'on
voioit ce dessein executé par les
paroles suivantes; qui forment
un discours lié, & qui étoient
adressées à Monseigneur le Duc
de Bretagne.
Incipe, parve Puer.
Facta tuorum mox legere.
Réjouissances.
323
Quae sit poteris cognoscere virtus.
Imitabere facta Parentum.
Reges, patriis virtutibus Orbem,
Occidet & Serpens.
Surget Gens aurea mundo
9
On lisoit ces paroles dans les
Medailles suivantes.
I.
Pour faire entendre, que
Monseigneur le Duc de Bre-
tagne naît dans le temps que le
Roy triomphe de la plus grande
partie de l'Europe, liguee con-
tre Sa Majeſté & contre l'Espa-
gne La premiere Medaille étoit
formée par deux branches, l'u-
ne de Laurier, & l'autre de
Palme, lièes au dessous. Et ces
paroles étoient écrites dans le
Champ de la Medaille.
Réjouissances.
324
91
INCIPE, PARVE PUER
Vous naistes, bel Enfant, dans le
Sein de la Gloire.
A
II.
La seconde faisoit entendre,
que Monseigneur le Duc de
Bretagne lira dans l'Histoire,
dés ſa première jeunesse, les
grandes Victoires que la France
& l'Espagne ont remportées en
divers endroits de l'Europe, &
qu'elles remporteront encore
sur leurs Ennemis communs.
La France & l'Espagne y
étoient peintes debout & ar-
mées, & se donnant la main.
Les Ecussons de leurs Bou.
cliers les distinguoient. Et l'on
voyoit plusieurs Provinces à
Réjouissances.
325
leurs pieds, qui leur
presen-
toient des Clefs dans les Bassins.
Avec ces mots.
FACTA TUORUM MOX
LEGERE.
Vous lirez bien- tot dans l'Hi-
stoire.
Jusqu'a quel haut degrè
Votre Sang a porté sa Gloire.
III.
Dans la troisiéme, étoient
peintes deux Branches, l'une de
Laurier, & l'autre d'Olivier,
mises en sautoir. Et ces paroles.
QUASIT POTERIS COGNOS-
CERE VIRTUS.
Vous aurès chez vous les modelles
326 Réjouissances.
Des plas eclatantes Vertus.
Le Laurier & l'Olivier fai-
soient assés connoître, que ces
Vertus sont Militaires & les
Politiques.
IV.
Des trophées d'Armes, qui
representoient la Gloire qui ac.
compagne les grandes Actions
des Rois, avec ces mots.
IMITABERE FACTA
PARENTUM.
Imité, leurs grandes Actions,
Et vous aures part à leur Gloire,
La cinquième Medaille fai-
soit entendre, qu'un jour Mon.
seigneur le Duc de Bretagne ne
Réjouissances.
32
s'appuyera pour défendre &
gouverner ses peuples, que sur
la pieté & les autres grandes
Vertus, à l'exemple de ſes
Peres,
On y voioit un Sceptre & une
Couronne sur un Autel à l'An-
tique. Et on y lisoit ces mots
expressifs.
REGES PATRIIS VIRTUTIBUS
ORBEM.
Quand vous tiendrés un jour le
Sceptre des François,
En vous brilleront à la fois
Les Vertus qu'on voit dans vos
Peres;
La Valeur & la Pieté,
La Justice & la Bonte
VI.
La Fable porte, que Pythou
Juillet 1704. II. P.
Ee
Réjouissances.
328
fut produit du limon; qui resta
sur la terre aprés le déluge. Et
l'on avoit peint dans la sixième
Medaille, un Apollon qui tuoit
à coups de flèches ce serpent;
pour faire entendre quebs'il
restoit encore des ennemis &
des jaloux du nom François,
Monseigneur le Duc de Bre-
tagne les terrassera. On y lisoit
ces paroles.
ET SERPENS.
OCCIDET
S'il reste des jaloux & des fiers
ennemis,
Vous les aurez bien-tot soùmis.
VII.
Enfin la septiême faisoit con-
cevoir le bonheur, que la France
doit esperer d'une si longue sui-
Réjouissances.
329
te de Rois du Sang de LouIS
LE GRAND. On y avoit
peint des demi-dieux champé-
tres, qui dansoient; & un Arc-
en Ciel, qui marquoit l'allian-
ce du Ciel avec la Terres; c'est-
àdire, les Benedictions que
Dieu va répandre sur ce Roïau-
me Ces mots en faisoient l'ame,
lon
SuRGET GENS AUREA
MUNDO.
Ne craignons plus pourl'avenir,
Le Siecle d'Or varevenir.
Les uns attribuent la Deco-
ration de ce feu & les Medail-
les, à Mr de Fizes, Professeur
des Mathematiques dans l'U-
niversité, & les autres disent
Ee 1)
Rejouissances.
330
que le Reverend Pere Gisbert,
Jesuite, en est l'Auteur. Ce feh
avoit esté dreſſé à l'opposit &
dans une distance d'environ
deux cens pas de la Porte du
Peirou.
Cette Porte est un Arcades
triomphe que la Ville de Mont-
pellier à fait bâtir avec beau-
coup de dépenses depuis envi-
ron dix années, tout revêtu
d'Archirecture, accompagnée
de quatre grandes Medailles de
la main d'un excellent Scul-
pteur. Du coſté de la Ville on
voit deux Medailles, la pre-
miere represente la conversion
generalle du Royaume, où l'on
voit la Religion qui renverse
& détruit l'Heresie, avec ces
mots.
Réjonissances.
ExTINCTAHAERESI
noge
Une autre fait voir la jon-
ction & la communication de
l'Ocean avec la Mediterannée,
avec ces mots.
JUNCTIS OCEANO ET
MEDITERANEO MARI.
Les deux autres Medailles
font face à la promenade, l'une
represente un Herculle apuyé
sur sa massuë qui terrasse un
Lion & épouvante un Aigle,
avec ces mots.
EUSIS TERRA, MARIQUE
CONJURATIS GENTIEUS,
Réjouissances.
332
Et dans l'autre on voioit parmi
des ornemens de trophées, des
Villes & des Provinces s'offrir
& se soûmettre à la France,
avec les mots au dessous;
.
oqo
SuB OCULISHOSTIUM,
BELGII ARCIBUSO
EXPUGNATIS.
On voit par la continuation
des graces & benedictions que
Dieu verse ſur le Royaume &
la Maison Royalle que ces éve-
nemens répondent aux desirs
des habitans de Montpelier &
aux souhaits qu'ils ont fait,
lorsqu'ils ont élevé cet Arc de
triomphe, avec les Medailles.
Sur les huit à neuf heures du
soir Mr Demayne, Lieutenant
Réjouissances.
933
de Royde la Ville, accompa-
gné de la Noblesse, s'estant
rendu à l'Hostel de Ville, &
s'estant mis à la teste de Mrs
les Consuls, partit au bruit des
trompettes, des hautbois & des
violons, & à la lueur d'un grand
nombre de flambeaux de point
de cire blanche: il se rendit à
la promenade du Peirou, où le
bucher fut allumé aprés les
ceremonies accoûtumées. En-
suite le feu d'artifice fut tiré
d'une maniere qui satisfit toute
la Ville, qui s'étoit rendue à
à cette promenade, & qui fut
suivi d'une triple décharge que
firent les Bourgeois & Habi-
tans qui esfoient rangez en ba-
taillese dans cette promenade,
& du Canon de la Citadelle,
Réjouissances.
334
Ce spectacle ne fut pas pli-
tôt fini qu'il s'en forma un nou-
veau. Les Habitans à l'envy
les uns des autres avoient gar.
ny tous les devans de leurs
maisons, d'illuminations aux
Armes du Roy, de Bretagne &
de la Maison Royalle, &
avoient allumé des buchers
qu'ils accompagnerent la plû-
part de feux d'artifice & de
fontaines de vin, qui couloient
pour ceux quis en vouloient
prendre. Mr Demainny, pre-
mier Consubde Montpelier, &
Mr Bagnol, Avocat generalen
la Cour des Aydes de cette
Ville, se surpasserent dans leurs
illuminations & dans les festes
qu'ils donnerent à leurs voi-
henalohtons
sins.
La
Réjouissances.
335
La joye des Habitans estoit
si grande, que la feste dura
pendant toute la nuit ; on vit
même pendant le jour paroî-
tre sur les portes de plusieurs
particuliers, des Portraits du
Roy avec des inscriptions; celle
qui suit estoit au dessous d'un
des portraits de Sa Majesté
fait par Mr Rigaud, fameux
Feintre.
LUDOVICO MAGNO.
Inandita regnandi diuturnitate
fortanatissimo,
Quopatre, Galliae
Quo avo, Hispania
Quo proavo, orbi
Felicitas asseritur.
Juillet 1704. II.
E
Réjouissances.
3
Mr de Plantade le fils, Consei,
ler en la Cour des Aydes, en
est l'Auteur.
prés Paris, s'est beaucoup distinguée ;
Elle attendoit avec
impatience qu'il luy fut permis
de faire éclater sa joye, & elle
avoit déja même prévenu l'or-
dre, quand elle le reçût de Mon-
sieur Henault, Gouverneur de
la Ville, Fils de Mr Henault
Eermier General, qui venoit de
le recevoir de la Cour. Monsieur
Henault nouvellement pourvu
de ce Gauvernement, & de
la Licutenance Generale des
Aa ij
Réjouissances.
282
Chasses, ne pouvoit mieux com-
mencer son avenement à ces
Charges, qu'en se distinguant
comme il a fait dans cet te ré-
jouissance publique, où il a été
secondé par tous les Bourgeois
de la Ville, ſujets des plus fi-
delles & des plus zelés, ainsi que
le porte leur devise.
COR BELLO PACEQUE
FIDUM.
Nous sommes fidelles en paix,
comme en guerre,
Je dois ajouter icy, que ce
Gouverneur à toutes les bon-
nes qualités qui peuvent le ren-
dre agreable au pays.
La Ville, n'eût pas plûtôt
Réjouissances.
283
reçû ordre de faire chanter le
Te Deum le 9 de Juillet, que
tout se disposa à marquer sa joye.
Les boutiques furent fermées:
toutes les cloches carrillonne-
rent: La poudre ayant été di-
stribuée avec profusion dans
tous les quartiers, par ses or-
dres, tous les Bourgeois, & les
Chevaliers de l'Arquebuse se
mirent sous les Armes, & se
rendirent à l'Hôtel de Ville,
où ils prirent le Gouverneur
qui ſe mit à leur tête; ils alle-
rent en fort bel ordre, parés de
rubans & de cocardes, au son
des fifres & des tambours, à l'E
glise de Nôtre Dame, que le
Curé avoit fait parer & illumi-
ner extraordinairement. Le Te
Deum y fut chanté en faux-
Rejouissances.
284
bourdon, avec un Exaudiat, au
son des Cloches & au bruit du
Canon, qui ne cessa point de
tirer.
Le Gouverneur se rendit en-
suite avec toute la Bourgeoiſie
sous les armes dans une grande
place quarré, qui est devant le
Château. Un bûcher orné de
feuillages, s'y trouva élevé, ou
il mit le feu aprés en avoir fait
le tour au bruit de la mousque-
terie, qui fit plusteurs déchar-
ges. Le Château parut en un
moment illuminé, & la uuit qui
étoit fort obscure, devint plus
brillante que le jour: nien ne
parut plus ingenieux que l'il-
lumination, qui par ses divers
compartimens, representoit les
Armeside France & de Breta-
Réjolissances.
285
gne. Sur la porte étoit un grand
obelisque, qui avoit un Soleil
pour amortissement, accom-
pagné de deux piramides, qui
finissoient par deux fleurs de
lys On y lisoit cette belle in-
scription.
UNDIQUE MICAT.
Par tout il porte ses rayons,
La lumiere formoit l'ordre de
l'architecture du portail. Dans
le fonds de la cour on décou-
vroit une autre piramide, qui
ſe joignant avec celle du por
tail, formoit de loin une per-
spective fort agreable, & fai-
foit d'autant plus de plaisir, que
dans la Ville on n'avoit rien
vu de parcil depuis fort long-
Réjouissances.
286
temps: Deux fontaines de vin,
que l'on fit couler pendant ce
temps la, & qu'un Bacchus, sur
un tonneau, distribuoit au peu-
ple avec abondance, détourna
l'attention des spectateurs qui
acoururent de ce côté-là; Les
cris de vive le Roy redoublerent,
pendant que la mousqueterie
redoubloit aussi ses décharges.
Monsieur le Prevôt de Corbeil,
qui n'entend pas moins à bien
servir le Roy dans sa charge,
qu'à faire les honneurs de sa
maiſon, avoit desiré du Gouver-
neur qu'il agreât que sa Com-
pagnie, les Dames & les prin-
cipaux d'e la Ville vinssent pren-
dre chez luy des rafraichisse-
mens On trouva dans ſa maiſon
une table servie magnifique-
ment,
Réjouissances.
287
ment, où la ſanté du Roy & du
Prince nouveau né , fut bien
celebrée au bruit du Canon.
on sortit avec peine de table à
une heure au matin, pour avoir
le plaisir du feu d'artifice, que
le Gouverneur avoit fait con-
ſtruire ſur une terraſſe, au bord
de la Riviere. Cette situation
est admirable pour un pareil
ſpectacle. On y étoit accouru
de tous les lieux des environs.
Le pont & les bords de la
Seine se trouverent couverts
d'un nombre infini de populace,
rien n'étoit plus agreable que
de voir voguer sur la Riviere
des batteaux illuminés, qui pa-
roissoient autant de tables flot-
tantes, ou la ſanté du Roy &
de Monseigneur le Duc de Bre-
nillet 1704.
288 Réjouissances.
tagne étoit celebrée au bruit
des tambours, de la mousque-
terie & du Canon que les échos
repetoient. Toutes les maisons
des environs, ainsi que les plus
éloignées parurent illuminees,
aussi bien que tous les Clochers
de la Ville, où les P. Recollets
se distinguerent fort.
Ce feu d'Artifice étoit à qua-
tre pilliers, au milieu desquels
s'élevoit une figure, qui repre-
sentoit la France, tenant le Prin-
ce nouveau né entre ſes bras &
le presentant à la Bretagne, qui
étoit à ſes pieds, pour le luy
demander. Sur le piédestal,
on lisoit ces mots.
CUMULATA VOTA.
Mes veux sont comblés.
Ce qu'on peut expliquer par
ces vers,
Réjouissances.
289
La
Bretagne jalouse
envioit le
bonheur
De l'Anjou, du Berry
ces heu-
reuses Provinces
Qui goutent le bonheur d'obeyr à des
Princes:
D'un sort pareil elle flatioit son
cœur.
Charmant Prince, aujourd huy ton
heureuse naissance
La comble de bonheur, remplit son
esperance
Tu vas porter son nom, & luy
donner des loix,
Par cette preference & ce glorieux
choix
Elle
sent augmenter son zele & sa
puissance.
Audevant on voyoit les Armes
de France & de Bretagne & au
Bbij
290 Réjouissances.
bas une devise, qui avoit pour
corps, la France tenant entre
ses mains plusieurs Sceptres &
plusieurs Couronnes avec ces
mots.
REoUM TERRA OPIFEX
ET OFFICINA.
Je donne des Rois à la terre.
Du côté qui regarde la Ri-
viere étoit une autre devise
dont le corps étoit un petit
Ruisseau qui va toûjours s'a-
grandissant, avec ces mots.
RIVULUS, QUONDAM FLU-
MEN IBIT.
Ce petit Ruisseau deviendra bien-
tot fleuve
ur
re
&
es
Réjouissances.
291
On voioit une autre devise,
du côté qui regarde la Ville,
dont le corps étoit un Lyon &
des lionceaux, avec cette belle
inscription pour ame.
FORTES CREANTUR
FORTIBUS.
Les Puissans engendient les
Puissans.
Du côté qui regarde la cam-
pagne, étoit une autre devise,
dont le corps étoit une Aigle
suivie de ses aiglons, qui volent
vers le Soleil; avec ces mots.
NEC IMBELLEM
FEROCES
FRO GENERANT AQUILA
COLUMBAM
Bb iij
2922
Réjouissances.
Les Aizles ne degenerent point de
leur origine.
L'artifice, qui étoit de la
composition des Artificiers de
l'Arsenal, fut fort bien execu-
té: La Seine ne contribua pas
peu à en augmenter la beauté;
les fuſées, en s'élevant en l'air,
s'y retraçoient agréablement,
& tombant dans l'eau y faisoient
mille tours & mille bonds avant
que d'éclater; enfin ces deux
clemens contraires semblerent
concourir ensemble, pour faire
un spectacle parfait. L'Assem-
blée ſe ſepara fort contente de
la feſte, & de son nouveau Gou-
verneur.
Le 28. de Juin, Mr l'Abbé de
Fourcy ayant appris dans son
Réjouissances.
293
Abbave de Saint Vandrille, la
nouvelle de l'heureuſe naissan-
ce de Monseigneur le Duc de
Bretagne, donna aussi-tost ses
ordres pour faire chanter un
Te Deum solemnel. Les Reli-
gieux de son Abbaye secon-
dant ses intentions, & joignant
une pieté édifiante & exemplai-
re au zele sincere & ardent de
leurdigne Abbé, se revêtirent de
leurs plus beaux Ornemens, &
s'assemblerent dans leur Eglise
illuminée de tous coſtez. Le
Curé de la Paroisse s'y rendit,
accom pagné de ses Paroissiens,
avec la Croix & la Banniere:
un grand nombre de peuple des
lieux circon voisins accourut au
bruit du carillon de toutes les
cloches, qui marquoient la
Bbiiij
294. Réjouissances.
joye publique Mrl Abbé avante
entonné le Te Deum, qui fut a-
chevé dans l'Eglise, alla ensuite
en habit de ceremonie avec seso
Religieux en Procession, dans
la Place publique, pour allu-
mer le feu qui avoit esté pré-
paré par son ordre; il estoit suivi
de Mr Eoloppe Avocat du Roy,
de Mr de Saint Martin & des
autres Officiers de l'Abbaye.
Tous les habitans qui estoient
ſous les armes, commandez par
Mr Dallet, Procureur du Roy
des Eaux & Forests, & Offi-
cier de l'Abbaye, formerent un
grand cercle autour du feu, &
aprés que les Prieres furent fi-
nies, ils firent une décharge, &
défilerent en ordre vers le Pa-
lais Abbatial, en faisant plu-
Réjouissances. 295
sieurs décharges, A peine la
derniere salve des habitans du
lieu fut achevée, que plusieurs
Bourgeois de la Ville de Cau-
debeq, Capitale du pays de
Caux, & dont ledit sieur Ab-
bé est Seigneur, arriverent en
armes, & tambour battant. Mr
Colleau Vicomte de ladite
Ville, Lieutenant de Police &
Capitaine de la Cinquantaine
ſe mit à leur teſte l'esponton à
la main, les rangea dans la
Place, & aprés plusieurs dé-
charges autour du feu, les con-
duisit en ordre, au son des
tambours, dans la cour de Mr
l'Abbé, où recommença le
bruit des armes. Il y avoit dans
les appartemens une collation
preparée pour les Officiers,
5
Réjouissances.
296
& autres personnes des plus
considerables de la Ville, des
rafraichissemens dans la cour
pour la Compagnie de la Cin-
quantaine & pour d'autres
Bourgeois sous les armes, &
dans la Place dequoy boire à
discretion pour tout le peuple
qui estoit venu de toutes parts
à cette ceremonie. La réjouis-
sance dura tout le jour & toute
la nuit, en criant vivent le Roy
& Monseigneur le Duc de Breta-
gne. Jamais on n'a vû paroiſtre
tant d'empressement pour té-
moigner une joye veritable &
ſincere pour la gloire du Rov,
& le bonheur continuel de la
France.
Le Mercredy 16, de ce mois,
les réjouissances commence-
rent à Abbeville par une gran-
Rejouissances.
29
de Messe qui fut chantée en
Musique avec une excellente
Symphonie. Elle estoit de la
composition d'un tres habile
Maistre. Tous les corps, de
cette Ville y assisterent, &
pendant la Messe on fit quinze
decharges du canon & de la
mousqueterie. On chanta à
l'issuë de la Messe le Te Deum
& l'Exaudiat. Au sortir de l'E-
glise Mrs du Corps de Ville se
rendirent à l'Hostel de Ville,
où par les feneſtres, ils distri-
buerent, à trois reprises, de
l'argent au peuple, & firent
couler pendant le reste de la
journée deux fontaines de vin.
On donna à manger à tous les
passans. Enfin sur les six heu-
res, toute la face de l'Hoſtel
Rejouassances.
298
de Ville parut illuminée, & on
ſe diſpoſa à faire jouer un beau
feu d'artifice qui estoit dressé
au milieu de la Place. La prin-
cipale des quatre faces de l'Hô.
tel de Ville eſtoit deſtinée à la
gloire du Roy, & on lisoit des
Vers François à la gloire de Sa
Majeſté On vovoit dans la
qui estoit consacrée à Monsei-
gneur, d'autres Vers François
sur la conqueste de Philisbourg,
faite par ce Prince. Monse-
gneur le Duc de Bourgogne
etoit loué dans la 3. par des Vers
faits sur la prise de Brisac. La
quatrième contenoit des Ver-
à la gloire du Prince nouveau
né. Il y avoit des Deviſes à la
gloire de ces Princes, au bas de
chaque intercolonne. On vit
partir cinq cens cinquante fu-
n
au
le
6-
la
25
a
Réjouissances.
299
sées de ce beau feu qui dura
presque toute la nuit. Toute la
Ville eſtoit illuminée d'une ma-
niere singuliere. Le Pere Cra-
coville qui a eû la direction du
feu d'artifice, en avoit composé
tous les Vers. C'est le même
Pere qui va pul l'er incessament
un ouvrage, auquel il travaille,
depuis long-temps contre les
Cononites, heretiques du sixié-
me Siecle.
Pendant qu'on tira le feu
d'artifice, les Consuls donne-
rent un repas magnifique qui
fut ſuivi d'un Bal, qui dura jus-
qu'à quatre heure du matin.
Toutes les Dames de la Ville y
furent invitées; & il en vint
beaucoup de la Campagne qui
augmenterent le brillant de
gette grande feste.
300
Réjouissances.
Mr Foucault, Conseiller
d'Etat & Intendant de la Ge-
neralité de Caën, fit chanter un
Te Deum en musique le sixième
de Juillet , dans la principale
Eglise de la Ville. Mr l'Evêque
de Bayeux, dont le zele pour la
gloire du Roy égale la pieté,
en fit la ceremonie : les divers
Ordres de la Ville s'y rendi-
rent avec les ornemens qui les
distinguent: la Musique répon-
dit à ce qu'on attendoit de l'ha-
bileté de celui qui l'a conduit.
Cette action de pieté finie, le
peuple fut attiré à la porte de
de Mr Foucault, par une deco-
ration magnifique de la face de
son Hostel; les Armes de Fran-
ce, de Dauphiné, de Bourgo-
gne & de Bretagne ornées de
n
d
r
Réjouissances.
301
festons & de couronnes de
fleurs; une infinité de lanter-
nes chargées de fleurs de lis &
d'hermines, formoient jusques
au toict un ordre d'Architectu-
re tres-regulier, & tres agréa-
ble; deux fontaines de vin, qui
sortoient de deux masques, cou-
lerent le reſte du jour; elles
firent mettre aux fenestres les
personnes de la Ville les plus
considerables, qui se diverti-
rent long-temps des cris de
joye du peuple, & de son em-
pressement à profiter de cette
largesse. Ge divertissement
conduisit insensiblement jus-
ques à l'heure du souper Qua-
tre grandes tables servies ma-
gnifiquement dans la salle d'au-
dience superbement parée, re-
Rejouissances.
302
çurent en tres-grand nombre
toutes les Dames de distinction
de la Ville, & des environs,
qui s'estoient renduës a Caën,
pour prendre part à ces ré-
jouissances; les Cavaliers les
servirent, & Me Foucault ac-
coûtumée depuis long temps à
ordonner ces sortes de Fêtes,
fit parfaitement bien les hon-
neurs de celle cy. Tout ce que
la Province si abondante, four.
nit par elle-même , & par son
commerce dans les pays étran-
gers, soit de liqueurs, soit de
fruits; tout, dis je, parut avec
profuſion dans ce repas; mais
la nuit qui s'approchoit ayant
renouvellé l'empressement
qu on avoit de jouir du plaisir
des illuminations, que la pré-
1e
es
je
Réjouissances.
303
paration de la face du logis
promettoit, fit lever de table
assez promptement, & toute la
Compagnie marcha vers le lieu
ou le feu eſtoit preparé. Je ne
diray point icy en quel estat
parurent les Dames, on juge
assez qu'elles n'avoient rien ou-
blié de tout ce que l'ajuste-
ment peut contribuer au bon
air & à la beauté; ce fut un
spectacle tres agreable de les
voir marcher à pied, invitées
par le beau temps, entre deux
hayes du peuple, que quelques
Gardes contenoient dans le
devoir, où le retenoit encore
davantage le respect qu'il a
pour Mr Foucault, qui les
accompagnoit avec toute la
Nobleſſe du pais.
Juillet 1704. II. P. Ce
304.
Réjouissances.
Caën est situé dans un vallon
ſur le bord de la riviere d'Or-
ne, entre deux grandes prairies,
qui semblent avoir esté dressées
au niveau : deux Faux bourgs
s'étendent au dessus de la Ville,
Sur les deux côteaux qui ter-
minent ces prairies, d'un costé
la maison des Jesuites, & l'Ab.
baye Royale de Saint Estienne,
avec. plusieurs tours de diverses
Paroisses; de l'autre un long
Faux bourg & plusieurs villa.
ges presque contigus avec leurs
clochers, forment une perspe-
ctive charmante, dont la vue
eſt terminée par une belle mai-
son de campagne, & quelques
bois en éloignement. A ll'entrée
de cette prairie est un boule-
vart, sur lequel est bâti un gros
Refouissances.
30
pavillon tres propre: ce boule-
vart est planté de quatre rangs
d'arbres, qui font un tres beau
berceau; un grand canal est au
dessous; au bout de ce canal
fur le bord de la riviere, regne
un cours de quatre rangs d'ar-
bres plantez par les soins de Mr
Foucault, dés ſon arrivé à Caën.
Ce fut ce beau lieu qu'il choisit
pour y dresser un feu d'artifice,
comme propre à contenir tout
le peuple, & à recevoir l'appa-
reil du spectacle qu'il vouloit
donner: trente cinq pieces de
canon amenées de plusieurs en-
droits éloignez, furent placées
dans le jardin des Jesuites; à
l'opposite le Regiment de la
Ville commandé
par Mr de
Monts son Colonel, fut mis en
Cci)
306 Réjouissances.
ordre de bataille, le ſeu au mi-
lieu; la nuit fut la plus favora-
ble du monde, la Lune ayant
toûjours esté couverte d'un
nuage. Une décharge de l'ar-
tillerie tres bien ſervie, & du
Regiment de Monts, qui y ré-
pondit de même, avertit le peu-
ple que le ſpectacle alloit com-
mencer. On vit naître en même-
temps une illumination char-
mante, à perte de vuë sur les
deux bords de la prairie: il pa-
rut dans le jardin des Jesuites
un parterre de lumieres d'un
ordre admirable; un cordon de
feu distigué d'espace en espace
par de petits obelisques; un am-
phitheatre de differentes figu-
res compassées avec symetrie,
tout cela terminé par l'illumi-
Réjouissances.
30
nation de leurs chambres, &
par une espece de couronne que
formoit la ceinture de leur Egli-
se, & la pointe de leur clocher.
La tour de la Paroisse S. Etien-
ne éclairée en pyra mide; celle
de l'Abbaye du même nom, dis-
posée d'une autre figure, d'ou
partoient de temps en temps des
fuſées; le Monaſtere de la Viſi-
tation illuminé dans toutes ses
faces; le bois des Capucins pa-
reillement éclairé, & qui ser-
voit comme de fond à tous ces
objets: cet amas de lumières
durant toute la nuit, fut un
spectacle des plus magnifiques.
De l'autre coſté de la prairie,
ſur le bord de la riviere, plu
sieurs feux disposez à divers éta-
ges avec ceux du Fauxbourg de
Réjovisances.
308
Vaucelles, partagerent l'at-
tention de l'assemblée. On tira
de tempsen temps un fort grand
nombre de boëtes. La Compa-
gnie de Mr Foucault, ou ſe pro-
menant sur le boulevart sous un
berceau de lumieres, dont les
arbres estoient chargez, ou as-
sise sur des sieges preparez,
jouissoit sans embarras & sans
confusion de la beauté de ces di.
vers spectacles. Le bruit des
tambours, le son des trompet.
tes, & de divers autres instru-
mens, le carillon continuel de
toutes les cloches de la Ville,
au milieu d'une nuit des plus
paisibles, se mêloient avec les
acclamations du peuple, & l'on
vit en même temps partir un
nombre infini de fusées, qui atii
es
e
o0
Rejouissances.
309
rerent tous les yeux des specta-
teurs. Ces fusées firent un mer-
veilleux effet au milieu des deux
côteaux dont on vient de par-
ler. L'eau dont les prairies qui
sont en ce lieu, sont bordées,
d'un côté par la riviere, de
l'autre par le grand canal, au-
gmentoit le spectacle par les
feux qui s'y representoient une
infinité de fois, & sembloient
s'y multiplier en cent differen-
tes manieres. Enfin le feu d'ar-
tifice commença. Un grand
quarré estoit décoré par une es-
pece de Ville; quatre pirami-
des aux angles, une plus élevée
au milieu, avoient un Soleil
pour amortissement. C'est le
ſymbole de la gloire & de la
grandeur de nostre invincible
Réjouissances.
310
Monarque ; ce Soleil dominant
leur
sur les autres, sembloit
communiquer ses lumieres, &
s'imprimer en eux. C'est ainfi
que LOUIS LEGRAND répand
sur nos augustes Princes ses En-
fans les rayons de cette sagesse,
qui fait la gloire de lon regne,
produit les grands succez de
tous ſes desseins; eſt le bonheur
de ses peuples; & leur promet
une longue ſuite de regnes heu-
reux dans des Successeurs éle-
vez par un Roy le plus ſçavant
de tous les Rois en l'art de re-
gner. Les Arnies de ces grands
Princes accompagnées de tro-
phées, environnoient l'édifice;
les gerbes de fusées qui en par-
tirent, l'éclat des boëtes, les
rouës de feu, en un mot, tou-
tes
Réjouissances.
311
tes les differentes manieres dont
l'artifice fait agir ce terrible
élement, tout repondit aux de-
sirs de l'illustre Magistrat, qui
donnoit cette Fête & aux sou-
haits de l'assemblée. Deux nou-
velles décharges, de l'artillerie
& du Regiment de Caën, succe
derent à l'effet du feu d'artifice.
La Fête sembloit estre termi-
née par la, le peuple songeoit
deja à se retirer, quand tout à
coup des fanfares, & le son
martial de divers instruments
l'arrêterent encore, & lui an-
noncerent un nouveau divertis-
sement. On vit s'avancer sur le
cana lune barque voguante avec
fierté portant pavillon Hollan-
dois; pluſieurs chaloupes par-
tagées en trois escadres marche-
Juillet 1704. II. P. Dd
Rejouissances.
312
rent à elle en ordre de bataille,
elles portoient pavillon Fran-
çois & Espagnol; les équipages
galamment habillez de diffe-
rentes livrées, à la faveur des
flambleaux representerent un
combat naval, qui de tous ces
divers spectacles fut un de ceux
qui divertit dvantage: ils at ta-
querent le grand vaisseau du-
rant plus d'une heure à coups
de petars & de fusées; ce petit
combat parut vif & animé, &
il contrefit si bien l'horreur des
veritables, que quoiqu'on fût
persuadé qu'il n'y avoit rien à
craindre, on ne pouvoit quel-
que fois s'empêcher de trembler
pour eux: on vint à l'abordage
& la grande barque fut enle-
vee.
Réjouissances.
313
La fin de ces divertissemens
pour le peuple, fut le commen-
cement d'un nouveau pour les
personnes de qualité; elles se
rendirent dans le Pavillon du
boulevart pour y danser jusques
au jour: Mlle de Croymare fit
parfaitement bien les honneurs
du bal Et ce fut ainsi que cette
Fête fut terminée.
Je ne dois pas oublier que tou-
te la Ville entra dans le même
dessein de Mr Foucault: elle
voulut aussi marquer son zele &
son amour pour son Prince, dans
une conjoncture qui doit rem-
plir de joye tous les vrais Fran-
çois. Les Bourgeois avoient al-
lumé des feux dans les ruës, &
illuminé leurs Maisons. Tous
les clochers de la Ville, sans
Dd ij
Réfouissances.
314
en excepter aucun, estoient de
même eclairez en differentes
figures. Celuy de l'Abbaye de
la Trinité, qui domine à la Vil-
le, dont les feux estoient agrea-
blement disposez par les soins
de Madame de Tessé son Ab-
beſſe, ſoeur du Maréchal du me-
me nom, en faisoit le couronne-
ment.
Cet assemblage de pyramides
de feu , oppoſé au lieu de la
scène du divertissement; offrit
au retour un nouveau spectacle.
Ce grand corps de lumieres, qui
cclairoit de loin, fit paroître la
Ville toute en feu: & on se pro-
mena dans les ruës à la faveur
de tant d'illuminations, qui con-
duisirent enfin jusqu'au jour.
Madame la Princesse d'Har-
Réjouissances.
315
court estant arrivée à Clermont
en Beauvoisis le 2. Juillet, Mrs
de Ville allerent aussi toſst la
saluer en Corps, & luy dire que
le Jeudy suivant on devoit chan-
ter un Te Deum en action de
graces de l'heureuſe naissance
de Monseigneur le Duc de Bre-
tagne, ils la prierent en même
temps d'assister à la ceremonie
du feu de joye qui devoit suivre
le Te Deum; cette Princesse s'y
trouva le Jeudy 3. du mois, &
la ceremonie avant commencé
en presence de tous les Corps
par une marche reglée autour
du feu, reitérée trois frois &
accompagnée d'autant de cris,
de vive le Roy, le Lieutenant
General & le Maire de la Ville
eurent l'honneur de donner la
Dd iij
Réjouissances.
316
main à cette Prinaesse, elle fit
avec eux le tour du feu qu'elle
alluma elle-même: A l'instant,
tous les Habitans sous les armes
firent plusieurs décharges de
Mousqueterie, & on distribua
au Public plusieurs tonneaux
de vin par l'ordre de cette Prin-
cesse, & par les soins des pre-
miers Officiers du lieu: le reste
de la journée & toute la soirée
se passerent en repas sur tables
dressées dans les ruës, où tout
le monde estoit bien venu. Les
illuminations y parurent des
plus brillantes, & tous les in-
strumens du païs s'y trouverent.
Enfin le Peuple s'abandonna à
la joye.
Mais il s'en fallut peu que
cette Feste ne coutât beaucouj
Réjouissances.
31.
à Madame la Princesse d'Har-
cort, puisque tous les Habitans
qui avoient esté excitez à la joye
par l'exemple de cette Princes-
se, s'estant rendus pendant la
nuit, en foule avec les violons,
en sa maison qui n'est que de
bois, ils l'ébranlerent si fort
qu'elle fuſt obligée pour la su-
reté de sa personne, de passer sur
le champ dans une autre mai-
son plus solide.
Ces réjouissances continue-
rent plusieurs jours & furent
terminées par une galanterie
digne de Madame la Princesse
d'Harcourt, qui voulant mar-
quer aux Officiers de la Ville,
combien elle estoit contente
d'eux, envoya à Paris faire pro-
vision de quantité de tabliers,
Da in
318
Réjouissances.
d'éventails, de boëtes, de toi.
lettes, de chapelets, de ta-
bleaux & d'autres bijoux, dont
elle fit la distribution aux Da-
mes de Clermont, par forme de
Lotterie.
Messieurs les Consuls de la
Ville de Montpelier, aiant reçù
la Lettre du Roy & les Ordres
de Mr le Maréchal de Villars,
Commandant dans cette Pro-
vince, pour assister au Te Deum,
faire des feux de joye & autres
réjouissances publiques, à l'oc-
casion de la naissance de Mon-
seigneur le Duc de Bretagne.
Ils assisterent avec leur Secre-
taire, en robe de ceremonie,
au Te Deam qui fut chanté en
Musique, le Dimanche 13. Juil-
let, dans l'Eglise Cathedralle
319
Réjouissances.
S. Pierre de Montpelier 5 au-
quel la Cour des Aydes , la
Chambre des Comptes, le Bu-
reau des Finances, & le Presi-
dial, avec tous les Officiers mi-
litaires de la Ville ſe trou-
verent.
Le ſoir du même jour, Mes-
sieurs les Consuls avoient eu le
soin de faire dresser un feu d'ar-
tifice à la promenade du Pei-
rou, qui est hors une des portes
de la Ville, & qui est une des
plus belles places du Roïaume,
par ſa ſcituation, & par la vûë
étenduë qu'elle donne de tous
côtez, tant sur la Mer que sur
les Pyrenées & montagnes voi-
sines qui semblent renfermers
avec le jardin du Roy, pour
l'Université de Medecine &
320
Réjouissances.
quantité de belles maisons de
campagne, des bois d'Oliviers,
qui entretiennent leur verdure
pendant toute l'année. Le feu
d'artifice representoit un arc de
triomphe & un grand Portique
d'Ordre Corinthien, orne de
Trophées d'Armes & d'autres
Peintures. Au- dessus de l'Enta-
blement, on voïoit s'élever un
Attique, surmonté d'une Re-
nommée. Et cet Attique étoit
chargé de certe inscription ma-
gnifique en Lettres d'Or.
Réjouissances.
321
LUDOVICO MAGNO.
PATRI, AVO, PROAVO.
QuOD
UNLREGUM DEDIT DEUS,
UTINAM
SIT ATAVUS.
ET VIVAT.
I
La Frise de l'Entablement
& les Ceintres des Arcades,
étoient ornés de sept grandes
Medailles, d'Or, & de Bronze,
Les paroles qu'on y lisoit étoient
tirées de la quatrième Eclogue
de Virgile; & le peu de chan-
gement qu'il y avoit, n'a été que
Rejouissances.
322
pour les rendre plus convena-
bles au Sujet.
Le dessein de Mrs les Con-
suls a été de representer dans
ces Medailles, la vie de Mon-
seigneur le Duc de Bretagne,
formée sur le Modele de Lours
LE GRAND, & sur celuy
de Monseigneur le Dauphin,
& de Monseigneur le Duc de
Bourgogne. Le Roy d'Espagne
Philippe V. y étoit encore pro-
posé pour un exemple. Et l'on
voioit ce dessein executé par les
paroles suivantes; qui forment
un discours lié, & qui étoient
adressées à Monseigneur le Duc
de Bretagne.
Incipe, parve Puer.
Facta tuorum mox legere.
Réjouissances.
323
Quae sit poteris cognoscere virtus.
Imitabere facta Parentum.
Reges, patriis virtutibus Orbem,
Occidet & Serpens.
Surget Gens aurea mundo
9
On lisoit ces paroles dans les
Medailles suivantes.
I.
Pour faire entendre, que
Monseigneur le Duc de Bre-
tagne naît dans le temps que le
Roy triomphe de la plus grande
partie de l'Europe, liguee con-
tre Sa Majeſté & contre l'Espa-
gne La premiere Medaille étoit
formée par deux branches, l'u-
ne de Laurier, & l'autre de
Palme, lièes au dessous. Et ces
paroles étoient écrites dans le
Champ de la Medaille.
Réjouissances.
324
91
INCIPE, PARVE PUER
Vous naistes, bel Enfant, dans le
Sein de la Gloire.
A
II.
La seconde faisoit entendre,
que Monseigneur le Duc de
Bretagne lira dans l'Histoire,
dés ſa première jeunesse, les
grandes Victoires que la France
& l'Espagne ont remportées en
divers endroits de l'Europe, &
qu'elles remporteront encore
sur leurs Ennemis communs.
La France & l'Espagne y
étoient peintes debout & ar-
mées, & se donnant la main.
Les Ecussons de leurs Bou.
cliers les distinguoient. Et l'on
voyoit plusieurs Provinces à
Réjouissances.
325
leurs pieds, qui leur
presen-
toient des Clefs dans les Bassins.
Avec ces mots.
FACTA TUORUM MOX
LEGERE.
Vous lirez bien- tot dans l'Hi-
stoire.
Jusqu'a quel haut degrè
Votre Sang a porté sa Gloire.
III.
Dans la troisiéme, étoient
peintes deux Branches, l'une de
Laurier, & l'autre d'Olivier,
mises en sautoir. Et ces paroles.
QUASIT POTERIS COGNOS-
CERE VIRTUS.
Vous aurès chez vous les modelles
326 Réjouissances.
Des plas eclatantes Vertus.
Le Laurier & l'Olivier fai-
soient assés connoître, que ces
Vertus sont Militaires & les
Politiques.
IV.
Des trophées d'Armes, qui
representoient la Gloire qui ac.
compagne les grandes Actions
des Rois, avec ces mots.
IMITABERE FACTA
PARENTUM.
Imité, leurs grandes Actions,
Et vous aures part à leur Gloire,
La cinquième Medaille fai-
soit entendre, qu'un jour Mon.
seigneur le Duc de Bretagne ne
Réjouissances.
32
s'appuyera pour défendre &
gouverner ses peuples, que sur
la pieté & les autres grandes
Vertus, à l'exemple de ſes
Peres,
On y voioit un Sceptre & une
Couronne sur un Autel à l'An-
tique. Et on y lisoit ces mots
expressifs.
REGES PATRIIS VIRTUTIBUS
ORBEM.
Quand vous tiendrés un jour le
Sceptre des François,
En vous brilleront à la fois
Les Vertus qu'on voit dans vos
Peres;
La Valeur & la Pieté,
La Justice & la Bonte
VI.
La Fable porte, que Pythou
Juillet 1704. II. P.
Ee
Réjouissances.
328
fut produit du limon; qui resta
sur la terre aprés le déluge. Et
l'on avoit peint dans la sixième
Medaille, un Apollon qui tuoit
à coups de flèches ce serpent;
pour faire entendre quebs'il
restoit encore des ennemis &
des jaloux du nom François,
Monseigneur le Duc de Bre-
tagne les terrassera. On y lisoit
ces paroles.
ET SERPENS.
OCCIDET
S'il reste des jaloux & des fiers
ennemis,
Vous les aurez bien-tot soùmis.
VII.
Enfin la septiême faisoit con-
cevoir le bonheur, que la France
doit esperer d'une si longue sui-
Réjouissances.
329
te de Rois du Sang de LouIS
LE GRAND. On y avoit
peint des demi-dieux champé-
tres, qui dansoient; & un Arc-
en Ciel, qui marquoit l'allian-
ce du Ciel avec la Terres; c'est-
àdire, les Benedictions que
Dieu va répandre sur ce Roïau-
me Ces mots en faisoient l'ame,
lon
SuRGET GENS AUREA
MUNDO.
Ne craignons plus pourl'avenir,
Le Siecle d'Or varevenir.
Les uns attribuent la Deco-
ration de ce feu & les Medail-
les, à Mr de Fizes, Professeur
des Mathematiques dans l'U-
niversité, & les autres disent
Ee 1)
Rejouissances.
330
que le Reverend Pere Gisbert,
Jesuite, en est l'Auteur. Ce feh
avoit esté dreſſé à l'opposit &
dans une distance d'environ
deux cens pas de la Porte du
Peirou.
Cette Porte est un Arcades
triomphe que la Ville de Mont-
pellier à fait bâtir avec beau-
coup de dépenses depuis envi-
ron dix années, tout revêtu
d'Archirecture, accompagnée
de quatre grandes Medailles de
la main d'un excellent Scul-
pteur. Du coſté de la Ville on
voit deux Medailles, la pre-
miere represente la conversion
generalle du Royaume, où l'on
voit la Religion qui renverse
& détruit l'Heresie, avec ces
mots.
Réjonissances.
ExTINCTAHAERESI
noge
Une autre fait voir la jon-
ction & la communication de
l'Ocean avec la Mediterannée,
avec ces mots.
JUNCTIS OCEANO ET
MEDITERANEO MARI.
Les deux autres Medailles
font face à la promenade, l'une
represente un Herculle apuyé
sur sa massuë qui terrasse un
Lion & épouvante un Aigle,
avec ces mots.
EUSIS TERRA, MARIQUE
CONJURATIS GENTIEUS,
Réjouissances.
332
Et dans l'autre on voioit parmi
des ornemens de trophées, des
Villes & des Provinces s'offrir
& se soûmettre à la France,
avec les mots au dessous;
.
oqo
SuB OCULISHOSTIUM,
BELGII ARCIBUSO
EXPUGNATIS.
On voit par la continuation
des graces & benedictions que
Dieu verse ſur le Royaume &
la Maison Royalle que ces éve-
nemens répondent aux desirs
des habitans de Montpelier &
aux souhaits qu'ils ont fait,
lorsqu'ils ont élevé cet Arc de
triomphe, avec les Medailles.
Sur les huit à neuf heures du
soir Mr Demayne, Lieutenant
Réjouissances.
933
de Royde la Ville, accompa-
gné de la Noblesse, s'estant
rendu à l'Hostel de Ville, &
s'estant mis à la teste de Mrs
les Consuls, partit au bruit des
trompettes, des hautbois & des
violons, & à la lueur d'un grand
nombre de flambeaux de point
de cire blanche: il se rendit à
la promenade du Peirou, où le
bucher fut allumé aprés les
ceremonies accoûtumées. En-
suite le feu d'artifice fut tiré
d'une maniere qui satisfit toute
la Ville, qui s'étoit rendue à
à cette promenade, & qui fut
suivi d'une triple décharge que
firent les Bourgeois & Habi-
tans qui esfoient rangez en ba-
taillese dans cette promenade,
& du Canon de la Citadelle,
Réjouissances.
334
Ce spectacle ne fut pas pli-
tôt fini qu'il s'en forma un nou-
veau. Les Habitans à l'envy
les uns des autres avoient gar.
ny tous les devans de leurs
maisons, d'illuminations aux
Armes du Roy, de Bretagne &
de la Maison Royalle, &
avoient allumé des buchers
qu'ils accompagnerent la plû-
part de feux d'artifice & de
fontaines de vin, qui couloient
pour ceux quis en vouloient
prendre. Mr Demainny, pre-
mier Consubde Montpelier, &
Mr Bagnol, Avocat generalen
la Cour des Aydes de cette
Ville, se surpasserent dans leurs
illuminations & dans les festes
qu'ils donnerent à leurs voi-
henalohtons
sins.
La
Réjouissances.
335
La joye des Habitans estoit
si grande, que la feste dura
pendant toute la nuit ; on vit
même pendant le jour paroî-
tre sur les portes de plusieurs
particuliers, des Portraits du
Roy avec des inscriptions; celle
qui suit estoit au dessous d'un
des portraits de Sa Majesté
fait par Mr Rigaud, fameux
Feintre.
LUDOVICO MAGNO.
Inandita regnandi diuturnitate
fortanatissimo,
Quopatre, Galliae
Quo avo, Hispania
Quo proavo, orbi
Felicitas asseritur.
Juillet 1704. II.
E
Réjouissances.
3
Mr de Plantade le fils, Consei,
ler en la Cour des Aydes, en
est l'Auteur.
Fermer
18715
p. 65
LOGOGRYPHE.
Début :
Lecteur, j'ai quatre pieds ; c'est, dis-tu, peu de chose, [...]
Mots clefs :
Main
18719
p. 53
LOGOGRYPHE.
Début :
Avec le Jardinier je suis toujours en guerre ; [...]
Mots clefs :
Chiendent
18721
p. 1335-1336
VERS déclamés par les mêmes, & adressés à Madame la Princesse de Conti.
Début :
Bon compliment est Marchandise rare, [...]
Mots clefs :
Compliment
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS déclamés par les mêmes, & adressés à Madame la Princesse de Conti.
VERS déclamés
par
les mêmes , & ad
dreffés à Madame la Princeffe de Conti.
Bon compliment eft Marchandiſe rare
Maint bel efprit crut égaler Pindare ,
Qui ne fut onc qu'un diſeur ennuyeux,
Vous autres Grands vous le fçavez trop mieux
Sans recourir à l'Art de Negromance ,
Bien gagerois qu'en traverfant la France ,
Maint harangueur copiant Moreri ,
Par long propos qu'il cuidoit bien fleuri ,
Vous a prouvé qu'étiez de haut Lignage ,
D'eftoc Royal & de grand Parentage ,
Et le conteur fe fera crâ difcret
S'il ne l'a pris que de Hugues Capet,
Dans fon difcours , & qu'il vous ait fait grace
De vos Majeurs de la feconde Race,
1
II. Vot Pis
Dij
7336 MERCURE DE FRANCE
Pis cut été fi du fac d'Ilion
Ayant tiré Monfeigneur Francion ,
De pere en fils , ennuyeux Annaliſte ,
De tent d'Ayeux il eur fourni la Lifte.
Aucuns ont crû qu'en un fujet fi grand
Point ne falloit Cloyis ni Childebrand ;
Que vos vertus , l'ornement de votre âge ,
Bien méritoient particulier hommage ;
Que ne louer que dévancier défunt
Sentoit par trop le mérite d'emprunt ;
Que ce grand coeur digne de la Couronne
Elprit charmant ou lumiere foiſonne
Grande lumiere affortie à bonté ,
Si doux acueil , fi ferme pieté ,
Bref tant de dons dont nature eft avare
Sont les grands traits dont éloge fe pare.
Or bien faudroit l'Homerique talent ,
Pour foutenir un fujet fi brillant.
Tel fe jettant fur matiere ſi vaſte
Trop a fenti le bizare contrafte
Du grapd fujet & du mince Orateur .
Pour moi cheif, qui ne fus onc Auteur
Qui ne paroits que pour montrer mon zele
Et quant & quant celui de ma fequelle ;
Je dois laifler à plus doctes Esprits
De
Car je reprens
mon
texte
, & quoiqu'on
dife ;
celebrer vos noms dans leurs Ecrits ,
Bon compliment eft rare Marchandiſe.
par
les mêmes , & ad
dreffés à Madame la Princeffe de Conti.
Bon compliment eft Marchandiſe rare
Maint bel efprit crut égaler Pindare ,
Qui ne fut onc qu'un diſeur ennuyeux,
Vous autres Grands vous le fçavez trop mieux
Sans recourir à l'Art de Negromance ,
Bien gagerois qu'en traverfant la France ,
Maint harangueur copiant Moreri ,
Par long propos qu'il cuidoit bien fleuri ,
Vous a prouvé qu'étiez de haut Lignage ,
D'eftoc Royal & de grand Parentage ,
Et le conteur fe fera crâ difcret
S'il ne l'a pris que de Hugues Capet,
Dans fon difcours , & qu'il vous ait fait grace
De vos Majeurs de la feconde Race,
1
II. Vot Pis
Dij
7336 MERCURE DE FRANCE
Pis cut été fi du fac d'Ilion
Ayant tiré Monfeigneur Francion ,
De pere en fils , ennuyeux Annaliſte ,
De tent d'Ayeux il eur fourni la Lifte.
Aucuns ont crû qu'en un fujet fi grand
Point ne falloit Cloyis ni Childebrand ;
Que vos vertus , l'ornement de votre âge ,
Bien méritoient particulier hommage ;
Que ne louer que dévancier défunt
Sentoit par trop le mérite d'emprunt ;
Que ce grand coeur digne de la Couronne
Elprit charmant ou lumiere foiſonne
Grande lumiere affortie à bonté ,
Si doux acueil , fi ferme pieté ,
Bref tant de dons dont nature eft avare
Sont les grands traits dont éloge fe pare.
Or bien faudroit l'Homerique talent ,
Pour foutenir un fujet fi brillant.
Tel fe jettant fur matiere ſi vaſte
Trop a fenti le bizare contrafte
Du grapd fujet & du mince Orateur .
Pour moi cheif, qui ne fus onc Auteur
Qui ne paroits que pour montrer mon zele
Et quant & quant celui de ma fequelle ;
Je dois laifler à plus doctes Esprits
De
Car je reprens
mon
texte
, & quoiqu'on
dife ;
celebrer vos noms dans leurs Ecrits ,
Bon compliment eft rare Marchandiſe.
Fermer
Résumé : VERS déclamés par les mêmes, & adressés à Madame la Princesse de Conti.
Le poème est adressé à Madame la Princesse de Conti et souligne la rareté des compliments sincères. Il contraste avec les nombreux esprits ayant tenté d'imiter Pindare sans succès. Les grands savent reconnaître la valeur sans artifices. Le poème mentionne des harangueurs traversant la France, prouvant la haute lignée et la royauté de la Princesse en citant ses ancêtres, y compris Hugues Capet et les rois de la seconde race. La Princesse est comparée à Pis, fille de Priam, et ses vertus personnelles sont mises en avant. Le poète loue son esprit charmant, sa bonté, son accueil doux et sa piété ferme, qualifiant ces traits de 'grands dons' rares. Il reconnaît que décrire un tel sujet brillant nécessiterait un talent homérique, mais avoue ne pas être à la hauteur. Il conclut en laissant la célébration de ses noms à des esprits plus doctes, tout en affirmant son zèle et celui de sa famille.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
18723
p. 65-66
AUTRE.
Début :
Mon pere est l'air ; & ma forme est sphérique : [...]
Mots clefs :
Bulle d'eau et de savon
18726
p. 272-285
Description de la Galerie, & du grand Apartement du Roy, [titre d'après la table]
Début :
On les mena ensuite voir la Galerie, & le grand [...]
Mots clefs :
Galerie, Grand appartement du roi, Description, Argent, Roi, Pieds, Charles Le Brun, Vases, Brancards, Ambassadeur, Appartement, Guéridons, Girandoles, Chandeliers, Bronze doré, Peintures, Premier ambassadeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description de la Galerie, & du grand Apartement du Roy, [titre d'après la table]
On
les mena enſuite voir la Ga-
แว lerie ,& le grand & petit appartement
de Sa Majefté. Ce
feroit icy le lieu de vous faire
une ample deſcription de la
Galerie;mais comme je vous
en ay déja donné en détail
✓ dans ma Lettre de Septembre
1684. je vous diray ſeulement
qu'elle a quarante toiſes de
long , & trente-fix pieds de
large ; Que Me le Brun y a
peint l'hiſtoire du Roy depuis
la Paix des Pyrenées , juſqu'à
celle de Nimegue ; & que
toutes les actions de ce Monarque
y font repreſentées
Y
262 Suite da Voyage
fous des Figuresallégoriques.
Mr le Brun a travaillé pendant
quatre année à gétOu
vrage , qui eſt tout de ſa main.
Il y a huit Figures antiques
dans huit niches de cette
Galerie , qui font l'Apollon
& la Venus de Smirne , la
Venus d'Arles , la Diane d'Epheſe
, le Bachus ,le Sommeil
, & deux Senateurs. Les
trois premieres de ces Figures
ont eſte reſtaurées par M
Girardon ; il a auffi accommodé
en buſtes avec des draperies
de Bronze doré douze
Têtes de Porphire , qui repre
fentent les douze Cefars , &
des Amb, de Siam.
263
quatre autres de pierre de
Touche ou pierre noire , qui
font des Têtes d'Hommes Illuftres.
Toutes ces Statuës
& toutes ces Buſtes ne font
pas le ſeul ornement de la
Galerie ; on y voit auffi beaucoup
de Vazes , de Brancards,
ide Quaiffes d'Orangers , de
Cuvettes , de Bancs de Tor
| cheres , de Gueridons d'ar
gent , garnis de Girandoles &
de Chandeliers de même ma
tiere , ainſi que pluſieurs Vazes
& Navichelles de Porphire
de formes differentes fort
delicatement travaillez &
Yij
264 Suite du Voyage
tres bien foüillez . Ces Vazes
font poſez deſſus & deſſous
des Tables qui font auffi de
Pierres precieuſes , & que les
Glaces dont pluſieurs grands
ceintres de ce Lieu ſont remplis,
multiplient encore .
Comme Mr le Brun fe
trouva dans cette Galerie , il
fatisfit les Ambaſſadeurs fur
tout ce que leur curiofité les
porta à luy demander. Le
premier Ambaſſadeur s'attacha
a confiderer tous les Portraits
du Roy , qu'il remarqua.
Mª le Brún luy expliqua
l'endroit de la priſe de
Gand , & luy dit que le Roy
des Amb. de Siam.
265
voulant affieger cette Place , avoit
efté d'abord ſur les Frontieres
d'Allemagne pour empescber
ſes Ennemis de s'en douter ;
qu'ensuite des Troupes difpersées
en divers endroits , &
auſquelles on ne pensoit pas
ayant foudain affiegé Gand , le
- Roy qu'on en croyoit bien éloigné
, avoit pris la poſte , & s'étoit
trouvé tout- à-coup devant
cette Place. L'Ambaſſadeur
>
répondit , Que l'action estant
d'un Dien , il ne s'étonnoit pas
fi dans ce Tableau le Roy paroiffoit
dans cette posture. Ce
que cét Ambaſſadeur voyoit
alors , & tout ce qu'il avoit
Y uj
266 Suite du Voyage
déja veu de Me le Brun , fut
cauſe qu'il luy dit , qu'il estoit
Le Roy des Peintres. Ce qu'il
a ſouvent dit depuis. Il trouva
les Bancs d'argent que
M² de Launay Orphévre du
Roy a fait dans cette Galerie,
tres-bien travaillez , & en
leva un par les deux bouts
pour en connoître à peu prés
la peſanteur & dit qu'en les
faisant si lourds , on avoit trouvé
une bonne invention pour
empefcher les Voleurs de les emporter.
L'Ambaſſfadeur avant
que de ſortir de cette Galerie
, examina les ornemens
qui en accompagnent la peine
des Amb: de Siam. 267
ture qui conſiſtent en des
Trophées de relief qui font
fur la corniche qui eſt dorée
auffi-bien que la frife & l'architrave
des chapiteaux , &
des bazes de Bronze doré ,
& des pilaftres d'un tres -beau
Marbre , ainſi que le reſte de
L'Architecture S
Ils pafferent enfuite dans le
Salon de la,Galerie,, par le
quel on entre dans le grand
Appartement du Roy On
le nomme Le Salon de Mars ,
par rapport aux peintures
que Me la Brun y achevoit
alors. Les échafaux qui en
couvroient le Plafonds , y
.
268 Suite du Voyage
eftoient encore. Ce Salon
ne laiſſoit pas d'eſtre orné de
Brancards d'argent , portant
des Chandeliers de deux pieds
de haut , & de quantité de
Vazesd'argent entre ces Brancards
Ils entrerent de làdans le
grand Appartement , qui
contient une longue enfilade
de Pieces. La premiere
qu'ils virent eſt celle du
Trône. La Tapifferie eſtoit
d'une broderie or & argent ,
& d'un ſi grand relief, qu'on
remarquoit en pluſieurs endroits
des morceaux d'argent
cizelé Le Dais estoit de
même.
des Amb. de Siam. 269
même. Au deſſous de ce Daix
ſur une eſtrade couverte d'un
Tapis de Perle à fonds d'or ,
eſtoit un Trône d'argent de
huit pieds de haut. Quatre
Enfans portant des Corbeilles
de fleurs , en ſoutiennent
le fiege & le doffier. Sur le
haut du ſiege que forme le
doffier Apollon eſt en pied, avec
une Couronne de Laurier
ſur la tête , & tenant ſa Lyre.
La Juſtice & la Force font
affiſes ſur les deux tournans.
Aux deux côtez du Trône
deux ſcabelons d'argent portent
des Carreaux , aux deux
angles ſont des Torcheres de
Z
270 Suite du Voyage
huit pied de haut. Quatre
Girandoles portées par des
Gueridons d'argent de fix
pieds de haut, parent les quatre
coins de la Chambre .
Celle qui fuit eſt la Chambre
de Mercure , toutes ayant leur
nom par rapport aux peintures
qu'on y voit. Il y avoit
dedans un Lit tout de Point
d'Eſpagne , dont le ciel finit
en dôme C'eſt l'ouvrage le
plus beau & le plus grand
de cette Nature qu'on ait encore
fait . On voit enfuite la
Chambre de Mars ; puis celle
deDiane ; aprés quoy on trouve
la Salle de Venus , & celle
des Amb. de Siam.
271
,
de l' Abondance. Je n'entreray
point dans le détail de l'Argenteric
qui eſt dans toutes
ces Chambres. Il y en a pour
pluſieurs millions confiftant
en Balustrades d'argent de
douze pieds de haut , & des
Chandeliers deſſus de même
hauteur , Scabelons , Caffoletes
, Baffins de trois à quatre
pieds de diametre , Vazes ,
Cheners , Foyers , garnitures
de Cheminées , Luftres d'ar
gent , Tables , bordures de
Miroirs , Gueridons , groupes
de Figures d'argent , Cuvettes
, Sceaux , Buires , Gue
ridons , quaiſſes d'Orangers
Zij
272 Suite du Voyage
Brancards & Girandoles.Tous
ces Ouvrages font hiftoriez &
remplis de Figures bien travaillées.
Il ſeroit impoffible
de vous dire avec combien
d'application toutes ces choſes
furent regardées ; mais il
eſt plus aiſe de ſe l'imaginer ,
ſçachant l'efprit & la curioſité
des Ambaſſadeurs , qui ne
laiſſent rien échaper ſans l'examiner
, & qui demandent
des éclairciſſemens fur tout
ce qu'ils ne connoiffent pas.
Le premier Ambaſſadeur prit
beaucoup de plaifir à regarder
deux Tableaux de Raphaël
, dont l'un reprefente
des Amb. de Siam. 273
د la Sainte Famille & l'autre
un Saint Michel. Aprés qu'on
luy eut dit qu'ils eſtoient
d'un même Maître , & également
beaux , on luy demanda
lequel il aimoit le mieux.
Il répondit , Que puisque le
travail estoit égal , il aimoit
mieux celuy qui estoit remply de
Figures , parce que les beautez
y devoient estre en plus grand
nombre.
les mena enſuite voir la Ga-
แว lerie ,& le grand & petit appartement
de Sa Majefté. Ce
feroit icy le lieu de vous faire
une ample deſcription de la
Galerie;mais comme je vous
en ay déja donné en détail
✓ dans ma Lettre de Septembre
1684. je vous diray ſeulement
qu'elle a quarante toiſes de
long , & trente-fix pieds de
large ; Que Me le Brun y a
peint l'hiſtoire du Roy depuis
la Paix des Pyrenées , juſqu'à
celle de Nimegue ; & que
toutes les actions de ce Monarque
y font repreſentées
Y
262 Suite da Voyage
fous des Figuresallégoriques.
Mr le Brun a travaillé pendant
quatre année à gétOu
vrage , qui eſt tout de ſa main.
Il y a huit Figures antiques
dans huit niches de cette
Galerie , qui font l'Apollon
& la Venus de Smirne , la
Venus d'Arles , la Diane d'Epheſe
, le Bachus ,le Sommeil
, & deux Senateurs. Les
trois premieres de ces Figures
ont eſte reſtaurées par M
Girardon ; il a auffi accommodé
en buſtes avec des draperies
de Bronze doré douze
Têtes de Porphire , qui repre
fentent les douze Cefars , &
des Amb, de Siam.
263
quatre autres de pierre de
Touche ou pierre noire , qui
font des Têtes d'Hommes Illuftres.
Toutes ces Statuës
& toutes ces Buſtes ne font
pas le ſeul ornement de la
Galerie ; on y voit auffi beaucoup
de Vazes , de Brancards,
ide Quaiffes d'Orangers , de
Cuvettes , de Bancs de Tor
| cheres , de Gueridons d'ar
gent , garnis de Girandoles &
de Chandeliers de même ma
tiere , ainſi que pluſieurs Vazes
& Navichelles de Porphire
de formes differentes fort
delicatement travaillez &
Yij
264 Suite du Voyage
tres bien foüillez . Ces Vazes
font poſez deſſus & deſſous
des Tables qui font auffi de
Pierres precieuſes , & que les
Glaces dont pluſieurs grands
ceintres de ce Lieu ſont remplis,
multiplient encore .
Comme Mr le Brun fe
trouva dans cette Galerie , il
fatisfit les Ambaſſadeurs fur
tout ce que leur curiofité les
porta à luy demander. Le
premier Ambaſſadeur s'attacha
a confiderer tous les Portraits
du Roy , qu'il remarqua.
Mª le Brún luy expliqua
l'endroit de la priſe de
Gand , & luy dit que le Roy
des Amb. de Siam.
265
voulant affieger cette Place , avoit
efté d'abord ſur les Frontieres
d'Allemagne pour empescber
ſes Ennemis de s'en douter ;
qu'ensuite des Troupes difpersées
en divers endroits , &
auſquelles on ne pensoit pas
ayant foudain affiegé Gand , le
- Roy qu'on en croyoit bien éloigné
, avoit pris la poſte , & s'étoit
trouvé tout- à-coup devant
cette Place. L'Ambaſſadeur
>
répondit , Que l'action estant
d'un Dien , il ne s'étonnoit pas
fi dans ce Tableau le Roy paroiffoit
dans cette posture. Ce
que cét Ambaſſadeur voyoit
alors , & tout ce qu'il avoit
Y uj
266 Suite du Voyage
déja veu de Me le Brun , fut
cauſe qu'il luy dit , qu'il estoit
Le Roy des Peintres. Ce qu'il
a ſouvent dit depuis. Il trouva
les Bancs d'argent que
M² de Launay Orphévre du
Roy a fait dans cette Galerie,
tres-bien travaillez , & en
leva un par les deux bouts
pour en connoître à peu prés
la peſanteur & dit qu'en les
faisant si lourds , on avoit trouvé
une bonne invention pour
empefcher les Voleurs de les emporter.
L'Ambaſſfadeur avant
que de ſortir de cette Galerie
, examina les ornemens
qui en accompagnent la peine
des Amb: de Siam. 267
ture qui conſiſtent en des
Trophées de relief qui font
fur la corniche qui eſt dorée
auffi-bien que la frife & l'architrave
des chapiteaux , &
des bazes de Bronze doré ,
& des pilaftres d'un tres -beau
Marbre , ainſi que le reſte de
L'Architecture S
Ils pafferent enfuite dans le
Salon de la,Galerie,, par le
quel on entre dans le grand
Appartement du Roy On
le nomme Le Salon de Mars ,
par rapport aux peintures
que Me la Brun y achevoit
alors. Les échafaux qui en
couvroient le Plafonds , y
.
268 Suite du Voyage
eftoient encore. Ce Salon
ne laiſſoit pas d'eſtre orné de
Brancards d'argent , portant
des Chandeliers de deux pieds
de haut , & de quantité de
Vazesd'argent entre ces Brancards
Ils entrerent de làdans le
grand Appartement , qui
contient une longue enfilade
de Pieces. La premiere
qu'ils virent eſt celle du
Trône. La Tapifferie eſtoit
d'une broderie or & argent ,
& d'un ſi grand relief, qu'on
remarquoit en pluſieurs endroits
des morceaux d'argent
cizelé Le Dais estoit de
même.
des Amb. de Siam. 269
même. Au deſſous de ce Daix
ſur une eſtrade couverte d'un
Tapis de Perle à fonds d'or ,
eſtoit un Trône d'argent de
huit pieds de haut. Quatre
Enfans portant des Corbeilles
de fleurs , en ſoutiennent
le fiege & le doffier. Sur le
haut du ſiege que forme le
doffier Apollon eſt en pied, avec
une Couronne de Laurier
ſur la tête , & tenant ſa Lyre.
La Juſtice & la Force font
affiſes ſur les deux tournans.
Aux deux côtez du Trône
deux ſcabelons d'argent portent
des Carreaux , aux deux
angles ſont des Torcheres de
Z
270 Suite du Voyage
huit pied de haut. Quatre
Girandoles portées par des
Gueridons d'argent de fix
pieds de haut, parent les quatre
coins de la Chambre .
Celle qui fuit eſt la Chambre
de Mercure , toutes ayant leur
nom par rapport aux peintures
qu'on y voit. Il y avoit
dedans un Lit tout de Point
d'Eſpagne , dont le ciel finit
en dôme C'eſt l'ouvrage le
plus beau & le plus grand
de cette Nature qu'on ait encore
fait . On voit enfuite la
Chambre de Mars ; puis celle
deDiane ; aprés quoy on trouve
la Salle de Venus , & celle
des Amb. de Siam.
271
,
de l' Abondance. Je n'entreray
point dans le détail de l'Argenteric
qui eſt dans toutes
ces Chambres. Il y en a pour
pluſieurs millions confiftant
en Balustrades d'argent de
douze pieds de haut , & des
Chandeliers deſſus de même
hauteur , Scabelons , Caffoletes
, Baffins de trois à quatre
pieds de diametre , Vazes ,
Cheners , Foyers , garnitures
de Cheminées , Luftres d'ar
gent , Tables , bordures de
Miroirs , Gueridons , groupes
de Figures d'argent , Cuvettes
, Sceaux , Buires , Gue
ridons , quaiſſes d'Orangers
Zij
272 Suite du Voyage
Brancards & Girandoles.Tous
ces Ouvrages font hiftoriez &
remplis de Figures bien travaillées.
Il ſeroit impoffible
de vous dire avec combien
d'application toutes ces choſes
furent regardées ; mais il
eſt plus aiſe de ſe l'imaginer ,
ſçachant l'efprit & la curioſité
des Ambaſſadeurs , qui ne
laiſſent rien échaper ſans l'examiner
, & qui demandent
des éclairciſſemens fur tout
ce qu'ils ne connoiffent pas.
Le premier Ambaſſadeur prit
beaucoup de plaifir à regarder
deux Tableaux de Raphaël
, dont l'un reprefente
des Amb. de Siam. 273
د la Sainte Famille & l'autre
un Saint Michel. Aprés qu'on
luy eut dit qu'ils eſtoient
d'un même Maître , & également
beaux , on luy demanda
lequel il aimoit le mieux.
Il répondit , Que puisque le
travail estoit égal , il aimoit
mieux celuy qui estoit remply de
Figures , parce que les beautez
y devoient estre en plus grand
nombre.
Fermer
Résumé : Description de la Galerie, & du grand Apartement du Roy, [titre d'après la table]
Le texte décrit une visite de la Galerie et des appartements royaux. La Galerie, mesurant quarante toises de longueur et trente-six pieds de largeur, est décorée de peintures de Charles Le Brun illustrant l'histoire du roi depuis la Paix des Pyrénées jusqu'à la Paix de Nimègue, accompagnées de figures allégoriques. Le Brun a consacré quatre années à cet ouvrage. La Galerie abrite également huit statues antiques restaurées par Girardon et douze bustes en porphyre représentant les douze Césars. Divers objets d'art, tels que des vases, des brancards, des girandoles et des tables en pierres précieuses, y sont exposés. Les ambassadeurs, curieux et attentifs, ont examiné chaque détail et ont été impressionnés par la qualité des œuvres, notamment les bancs d'argent et les trophées de relief dorés. La visite s'est poursuivie dans le Salon de Mars, puis dans le grand appartement du roi, incluant la chambre du Trône, la chambre de Mercure, celle de Mars, celle de Diane et la salle de l'Abondance. Chaque chambre est richement décorée d'argenterie et de peintures. Les ambassadeurs ont manifesté un grand intérêt pour les tableaux de Raphaël, en particulier ceux représentant la Sainte Famille et Saint Michel.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18727
p. 245-269
Lille. [titre d'après la table]
Début :
Ce même jour 3. de Novembre ils allerent coucher à [...]
Mots clefs :
Lille, Ville, Fort, Sébastien Le Prestre de Vauban, Roi, La Rablière, Place, Hôtel de la monnaie, Flandre, Citadelle, Ambassadeurs, Monde, Argent, Gendarmes, France, Temps, Dames, Moulin, Peuple, Chevaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lille. [titre d'après la table]
Ce même jour 3. de Novembre
ils allerent coucher à
Lifle , qui eſt ſur la Riviere de
Deulle , dont l'eau remplit ſes
doubles foffez qu'on a diftinguez
de demy-lunes. La Ville
eft fort grande & a des Eglifes
magnifiques. Baudoüin V.
dit de Lifle , Comte de Flandre
y fonda la Collegiale de
S. Pierre . C'eſt la plus confiderable
. Lifle , Capitale de la
Flandre nommée Gallicane ,
fut entourée deMurailles par
le meſme Baudoüin V. en
1046. Philippes le Hardy y
établit une Chambre des
X iij
246 II P. du Voyage
Comtes en 1385. Le Roy la foûmit
en 1667. & comme elle eſt
reftée à la France par la Paix
d'Aix la Chapelle en 1668, Sa
Majesté y a fait élever une
forte Citadelle flanquée de
cinq grands BaſtionsRoyaux.
Apeine les Ambaſſadeurs furent-
ils fortis de Menin, qu'ils
commencerent à voir le Peuple
de Lifle qui rempliſſoit la
Campagne. A une lieuë de la
Place, ils trouverent un fort
grand nombre de Caroffes &
de Chevaux , tant de la Nobleſſe
de la Ville , que decelle
des environs .On avoitran
des Amb . de Siam. 247
gélaGendarmerie en bataille,
elle eſtoit fort leſte , & commandée
par Me Doleac qui
eſtoit à la teſte , & qui falia
les Ambaſſadeurs ainſi que
tous les Officiers ; chacun
d'eux avoit l'épée à la main.
Mde la Rabliere Comman--
dant , les reçût hors la Ville ,
&leur preſenta Mts du Magiftrat
qui leur témoignerent
la joye qu'ils avoient de les
recevoir ,& d'executer l'ordre
du Roy. Ces premiers
complimens eſtant finis , ils
entrerent dans la Ville , où la
foule du Peuple eſtoit fi gran-
X iiij
248 III. P. du Voyage
de , que les Ambaſſadeurs di
rent qu'ils croyoient eftre encore au
jour de leur Entrée à Paris. Aprés
avoir paſſé dans pluſieurs
grandes&belles ruës bordées
de Troupes , ils retrouverent
la Gendarmerie en bataille
dans la place. M² de la Rabliere
les alla voir peu de
temps aprés leur arrivée , &
leur demanda le Mot. Ils
ſçavoient que Me le Maref
chal de Humieres , Gouverneur
de Lifle , commandoit
les Armées du Roy , & eftoit
grand Maître de l'Artillerie ,
c'eſt pourquoy ils donnerent,
des Anb. de Siam. 249
quand le Soleil menace , le Tonnere
gronde. Il y eut beaucoup
de monde à les voir fouper ,
&fur tout quantité de Dames,
il s'en trouva un grand nombre
de fort belles. Le lendemain
M de la Rabliere donna
ordre qu'on amenaft des
Caroſſes à la porte du lieu où
ils eftoient logez , & les conduiſit
à la Citadelle. Ils y furent
receus au bruit du Canon
, comme ils l'avoient eſté
le jour precedent au bruit de
celuy de la Ville. L'Infanterie
eſtoit en bataille. Ils monterent
fur les Remparts , & en
250 III P duVoyage
firent le tour , avec M Morion
qui en eſt Lieutenant de
Roy , ainſi qu'avec le Major &
l'Ingenieur ,je dis l'Ingenieur,
parcequ'il y en a undans chaque
Place. On leur dit que
Mr de Vauban estoit Gouverneur
de cette Citadelle qu'il avoit
luy-mefme fait construire ,
que c'étoit le premier homme du
Monde pour les Fortifications ,
&que tout ce qu'il y avoit de
beaux Ouvrages en France de
cette nature , avoient étéfaits par
fesfoins. Ils allerent voir fon
Jardin qui eſt dans la meſme
Citadelle , & entrerent dans
des Amb. de Siam. 251
une Grotte où l'on fit moüiller
beaucoup de monde pour
les divertir. Ils virent auffi
P'Arcenal qui eſt dans le même
lieu ,& generalement tout
ce qu'ils jugerent digne de
leur curioſité , c'eſt à dire qu'ils
ne laiſſerent aucun endroit de
la Place ſans le viſiter. Le même
jour ils eurent le plaifir
d'une Chaſſe , dont ils avoient
eſté priez par Me de la Rabliere
; ils allerent juſques à la
porte de la Ville dans les Caroffes
qu'il leur avoit envoyez,
puis ils monterent à cheval.
Il y avoit auſſi quantité de
252 III. P. du Voyage
Dames à cheval fort parées
& veſtuës en Amazones , &
plus de vingt mille perfonnes.
Les chiens prirent beaucoup
de gibier , & comme la populace
en prit encore davantage
, on fut contraint de
faire ceffer la chaffe , & d'obliger
du moins autant qu'on
le pût , tout ce grand Peuple
à rentrer. M du Magiftrat
leur donnerent la Comedie
dans l'Hôtel de Ville , aprés
quoy ils pafferent dans une
grande Sale , où il y avoit un
fort beau Concert de voix , &
d'inſtrumens qui dura une
1
desAmb. de Siam. 253
heure & demie. Ils allerent
delà dans une autre Salle où
eſtoit ſervie une collation magnifique
de vingt couverts.
Les Dames ſe mirent à table,
& la beauté de Mlle de la
Rianderie , qui charma toute
l'Aflemblée , auroit eu tous
les applaudiſſemens, ſiſa douceur
n'euſt pas eu l'avantage
de les partager. L'Ambaffadeur
donna ce ſoir là pour
mot , Ie defendray mon Ouvrage
, voulant dire que M de
Vauban qui avoit fait la Citadelle
, la defendroit auffibien
que la Ville , ſi l'une &
254 III. P. du Voyage
l'autre eſtoit attaquée. L'af-
Auence du monde ſe trouva
ſi grande pour les voir fouper
, qu'il y avoit apparence
que la plus part des Dames ,
loin de pouvoir trouver place
, ne pourroient pas meſme
entrer. Cela fut cauſe que les
Ambaſſadeurs prierent qu'on
ne laiſſaſt entrer qu'elles , difant
que les hommes les pouvoient
voir dans les autres lieux
où ils alloient.
Le lendemain ils furen tconduits
dans l'Hôtel de la Monnoye
par Mr de la Rabliere.
Ils commencerent par la Fondes
Amb de Siam. 255
derie , où ils virent faire les
moûles & couler dedans l'Argent
fondu , d'où l'on tira en
leur prefence les lames pour
les Loüis d'Argent de 40 ſols,
qui furent portez au Moulin ,
où ils les virent allonger &
recuire ', & enſuite coûper les
flancs. Ils en coûperent euxmêmes
pluſieurs . De là ils allerent
dans l'ouvrerie , où
les Ouvriers Ajuſteurs limerent
ces flancs , & les rendirent
du juſte poids. Enſuite
on les mena dans le Blanchi
ment, où l'on fit rougir les
flancs puis on les mit
د
256 III. P. du Voyage
boüillir à la maniere ordinaire
pour leur rendre leur
couleur naturelle. Aprés cela
ils allerent voir la nouvelle
Machine qui met les Lettres
fur la tranche avec autant de
promptitude, que de facilité
& de propreté. Ils eurent le
plaifir d'en marquer eux -
mêmes pluſieurs, & fe rendirent
dans le Monnoyage, où
aprés qu'ils eurent veu monnoyer
pluſieurs Pieces
Maiſtre de la Monnoye remarqua
qu'ils avoient envie
de voir de plus prés comme
cela ſe faiſoit. Auſſi - tôt il
د
le
des Amb. de Siam. 257
pria le premier Ambaſſadeur
d'entrer dans la Foſſe à côté
du Monnoyeur , & de mettre
luy- même les Pieces fous
la preſſe. Il le fit , & re
garda avec plaifir ſon ouvrage
, voyant la Piece recevoir
ſon empreinte des deux côtez
en même temps . Il marqua
par un ſigne de tête qu'il
comprenoit bien la choſe.
On fit voir auſſi aux Ambaſſadeurs
comment on faifoit
les laveures, & de quelle
maniere on retrouvoit l'Argent
qu'ils avoient remarqué
eſtre dans les fables des moû
Y
A
258 111. P. du Voyage
les , & qu'ils avoient veu ſe
répandre quand on avoit
jetté la Fonte dans ces moûles.
Ils furent furpris d'apprendre
que cét Argent-là
qui eft imperceptible, ſe retrouvoit
par le moyen du vif
Argent , ou Mercure . On
voulut les conduire dans l'ef
ſayerie & dans la Chambre
de la Délivrance ; mais le
temps manquoit , & on avoit
encore beaucoup de choſes à
leur faire voir ailleurs . Се-
pendant on s'apperçût qu'on
ne les tiroit de tous ces Travaux
qu'avec peine , parce
des Amb . de Siam . 159
qu'ils ne pouvoient ſe laffer
d'admirer toutes ces diverſes
machines , principalement
celles du Moulin & du Monnoyage.
Ils manioient les
Coûpoirs & les Rouleaux,
ainſi que les autres uſtenciles,
&en admiroient l'invention.
Enfin ils firent beaucoup de
remerciemens au Maîtrede la
Monnoye , & luy dirent que
l'on ne pouvoit eſtre plus
content qu'ils eftoient , &
qu'ils auroient bien voulu
avoir plus de temps pour
viſiter plus exactement tous
leurs Travaux. Ils deman-
Y ij
60. III. P. du Voyage
derent, ſi l'on n'auroit pas plûtôt
fait de jetter nos Efpeces en
moûle , comme ils faisoient les
leurs , parce que cela faciliteroit
beaucoup le travailerépargneroit
bien du monde & de la dépense .
Le Maiſtre de la Monnoye
répondit , que la Monnoyejettée
en moûle n'est jamais fi belle
que la nôtre ; &qu'à l'égard dia
grand embarras &de la grande
on ſouhaitoit plutôt
l'augmenter que de la diminuër,
pouréviter les Faux- monnoyeurs
qui font fort embaraffez quand
ils font obligez d'avoir tant de
machines. Ils virent tout
dépense ,
des Amb. de Siam. 261
د
cela en moins d'une heure
& demie le tout ayant
eſté tenu tout preſt. En entrant
& en fortant de l'Hôtel
des Monnoyes , ils regarderent
avec furpriſe le grand
Bâtiment que Sa Majefté a
fait faire pour fabriquer la
Monnoye de Flandre. S'il
eût eſté achevé , leur étonnement
eût eſté plus grand , le
deſſein en eſtant tres - beau ;
mais il n'y en a que la moitie
de bâty.
Au fortir de la monnoye,
ils allerent à l'Hôpital Comteſſe
, où ils virent des Reli262
III. P. du Voyage
gieuſes ( toutes Filles de qualité
) qui ont ſoin des malades
& des Bleffez de la Garniſon.
Leur zele les édifia beaucoup,
& leur Eglife leur parut extrémement
belle. Elles leur
firent preſent de quelques
Bouquets de leurs ouvrages,
qu'ils trouverent trés - bien
travaillez , & dont ils les remercierent
avec toute l'honnefteté
poſſible.
M Doleac qui commandoit
la Gendarmerie leur envoya
dire qu'il la feroit monter à
cheval. Ils eurent du chagrin
d'eſtre obligez de fe conten
desAmb. de Siam. 263
ter de l'avoir veuë à leur arrivée
; mais le reſte de leur
aprés- dînée devoit eſtre employée
à voir la Place, les Arcenaux
& les Magaſins. Ils
avoient eſté ſurpris de la
beauté de cette Gendarmerie
auſſi nombreuſe que leſte.
Elle estoit composée des Gendarmes
Ecoffois, de ceux de Bourgogne
& de Flandre , des Gendarmes
Anglois , des Gendarmes
& Chevaux-Legers de la Reine,
des Gendarmes &Chevaux-
Legers de Monseigneur le Dauphin
, & des Gendarmes d'Anjou.
Les Ambaſſadeuts firent
264 III . P. du Voyage
ce jour-là le tour de la Place,
qu'ils trouverent d'une grande
beauté. Ils viſiterent auffi
les Arcenaux & les Magaſins,
& furent furpris de les voir
ſi propres & d'y trouver tout
en fi bon ordre. On leur dit
que c'eſtoit par les foins de Mr
du Mets , l'un des plus braves
Officiers que le Roy ait dansſes
Troupes , & qui entend parfaitement
l' Artillerie. Ils dirent
qu'ils en avoient oüy parler fi
avantageusement en tant d'endroits
, qu'ils auroient bien foubaité
de le voir. En rentrant
ils allerent aux Jeſuites , où
tous
des Amb. de Siam. 265
tous les Peres les receurent.
Aprés qu'ils eurent viſité une
partie de leur Maiſon , on
leur fit voir un moulin à eau
qui peut eſtre mis au nombre
des chofes les plus extraordinaires
, puiſque ſans que
perſonne agiffe, il entonne le
bled, meut & fait tout le refte
que nous voyons dans les
Moulins , lorſque les hommes
s'en meflent. Ils demanderent
le Plan de ce moulin , & on
les fatisfit là-deſſus , ils furent
enfuite conduits dans une
grande Sale , où ils trouverent
une magnifique Collation. Ils
Z
226 III. P. du Voyage
dirent à ces Peres , qu'il n'appartenoit
qu'à eux de ſe diftinguer
en tout , & qu'ils ne manqueroient
pas de rendre compte
au Roy de Siam du bon accueil
qu'ils avoient reçu de leur Compagnie
dans tous les endroits où
ils les avoient trouvez établis.
Ils donnerent ce ſoir là pour
mot , point d'amis , ny d'ennemis
que les fiens , & allerent
ſouper chez M de la Rabliere
, qui les avoit invités. Ce
Repas fut d'une tres--grande
magnificence , & accompagné
d'une Simphonie , compoſée
d'un fort grand nom
des Amb. de Siam. 267
bre d'Inſtrumens , on y but
les Santés de l'AlianceRoyale,
& l'on recommença pluſieurs
fois celle du Roy. Il y eût un
grandBal apres le ſoupé , où
Mlle Deſpiere ſe fit admirer.
On m'a aſſuré qu'elle eſt de la
force de tout ce qu'il y a de
perſonnes en France qui dancent
le mieux. Les Ambaſſa .
deurs ne s'en retournerent
qu'aprés minuit. Ce ne fut
pas fans avoir fait de grands
remerciemens à de la Rabliere,
non ſeulement du regale
qu'il leur venoit de donner ,
Zij
268 III. P. du Voyage
mais encore de fes manieres
honneſtes . Le maiſtre de la
Monnoye les vint ſaluër le lendemain.
Ils le reconurent auffitoft
, & le receurent d'une maniere
tres - obligeante. Ils dînerent
cejour-là de fort bonne
heure , & fortirent de la
Ville de la maniere qu'ils y
eſtoient entrés , ils parlerent
beaucoup de m' de la Rabliere
pendant le chemin , & dirent
qu'on pouvoit appeller Lille , la
Reyne de Flandre , comme Paris
la Reyne de France , & recommençant
continuellement à
parler des grandeurs du Roy,
des Amb. de Siam. 269
ils dirent que rien n'en approchoit
, & que ce qui en parois
foitsouffroit la veuë , mais non
pas l'expreffion.
ils allerent coucher à
Lifle , qui eſt ſur la Riviere de
Deulle , dont l'eau remplit ſes
doubles foffez qu'on a diftinguez
de demy-lunes. La Ville
eft fort grande & a des Eglifes
magnifiques. Baudoüin V.
dit de Lifle , Comte de Flandre
y fonda la Collegiale de
S. Pierre . C'eſt la plus confiderable
. Lifle , Capitale de la
Flandre nommée Gallicane ,
fut entourée deMurailles par
le meſme Baudoüin V. en
1046. Philippes le Hardy y
établit une Chambre des
X iij
246 II P. du Voyage
Comtes en 1385. Le Roy la foûmit
en 1667. & comme elle eſt
reftée à la France par la Paix
d'Aix la Chapelle en 1668, Sa
Majesté y a fait élever une
forte Citadelle flanquée de
cinq grands BaſtionsRoyaux.
Apeine les Ambaſſadeurs furent-
ils fortis de Menin, qu'ils
commencerent à voir le Peuple
de Lifle qui rempliſſoit la
Campagne. A une lieuë de la
Place, ils trouverent un fort
grand nombre de Caroffes &
de Chevaux , tant de la Nobleſſe
de la Ville , que decelle
des environs .On avoitran
des Amb . de Siam. 247
gélaGendarmerie en bataille,
elle eſtoit fort leſte , & commandée
par Me Doleac qui
eſtoit à la teſte , & qui falia
les Ambaſſadeurs ainſi que
tous les Officiers ; chacun
d'eux avoit l'épée à la main.
Mde la Rabliere Comman--
dant , les reçût hors la Ville ,
&leur preſenta Mts du Magiftrat
qui leur témoignerent
la joye qu'ils avoient de les
recevoir ,& d'executer l'ordre
du Roy. Ces premiers
complimens eſtant finis , ils
entrerent dans la Ville , où la
foule du Peuple eſtoit fi gran-
X iiij
248 III. P. du Voyage
de , que les Ambaſſadeurs di
rent qu'ils croyoient eftre encore au
jour de leur Entrée à Paris. Aprés
avoir paſſé dans pluſieurs
grandes&belles ruës bordées
de Troupes , ils retrouverent
la Gendarmerie en bataille
dans la place. M² de la Rabliere
les alla voir peu de
temps aprés leur arrivée , &
leur demanda le Mot. Ils
ſçavoient que Me le Maref
chal de Humieres , Gouverneur
de Lifle , commandoit
les Armées du Roy , & eftoit
grand Maître de l'Artillerie ,
c'eſt pourquoy ils donnerent,
des Anb. de Siam. 249
quand le Soleil menace , le Tonnere
gronde. Il y eut beaucoup
de monde à les voir fouper ,
&fur tout quantité de Dames,
il s'en trouva un grand nombre
de fort belles. Le lendemain
M de la Rabliere donna
ordre qu'on amenaft des
Caroſſes à la porte du lieu où
ils eftoient logez , & les conduiſit
à la Citadelle. Ils y furent
receus au bruit du Canon
, comme ils l'avoient eſté
le jour precedent au bruit de
celuy de la Ville. L'Infanterie
eſtoit en bataille. Ils monterent
fur les Remparts , & en
250 III P duVoyage
firent le tour , avec M Morion
qui en eſt Lieutenant de
Roy , ainſi qu'avec le Major &
l'Ingenieur ,je dis l'Ingenieur,
parcequ'il y en a undans chaque
Place. On leur dit que
Mr de Vauban estoit Gouverneur
de cette Citadelle qu'il avoit
luy-mefme fait construire ,
que c'étoit le premier homme du
Monde pour les Fortifications ,
&que tout ce qu'il y avoit de
beaux Ouvrages en France de
cette nature , avoient étéfaits par
fesfoins. Ils allerent voir fon
Jardin qui eſt dans la meſme
Citadelle , & entrerent dans
des Amb. de Siam. 251
une Grotte où l'on fit moüiller
beaucoup de monde pour
les divertir. Ils virent auffi
P'Arcenal qui eſt dans le même
lieu ,& generalement tout
ce qu'ils jugerent digne de
leur curioſité , c'eſt à dire qu'ils
ne laiſſerent aucun endroit de
la Place ſans le viſiter. Le même
jour ils eurent le plaifir
d'une Chaſſe , dont ils avoient
eſté priez par Me de la Rabliere
; ils allerent juſques à la
porte de la Ville dans les Caroffes
qu'il leur avoit envoyez,
puis ils monterent à cheval.
Il y avoit auſſi quantité de
252 III. P. du Voyage
Dames à cheval fort parées
& veſtuës en Amazones , &
plus de vingt mille perfonnes.
Les chiens prirent beaucoup
de gibier , & comme la populace
en prit encore davantage
, on fut contraint de
faire ceffer la chaffe , & d'obliger
du moins autant qu'on
le pût , tout ce grand Peuple
à rentrer. M du Magiftrat
leur donnerent la Comedie
dans l'Hôtel de Ville , aprés
quoy ils pafferent dans une
grande Sale , où il y avoit un
fort beau Concert de voix , &
d'inſtrumens qui dura une
1
desAmb. de Siam. 253
heure & demie. Ils allerent
delà dans une autre Salle où
eſtoit ſervie une collation magnifique
de vingt couverts.
Les Dames ſe mirent à table,
& la beauté de Mlle de la
Rianderie , qui charma toute
l'Aflemblée , auroit eu tous
les applaudiſſemens, ſiſa douceur
n'euſt pas eu l'avantage
de les partager. L'Ambaffadeur
donna ce ſoir là pour
mot , Ie defendray mon Ouvrage
, voulant dire que M de
Vauban qui avoit fait la Citadelle
, la defendroit auffibien
que la Ville , ſi l'une &
254 III. P. du Voyage
l'autre eſtoit attaquée. L'af-
Auence du monde ſe trouva
ſi grande pour les voir fouper
, qu'il y avoit apparence
que la plus part des Dames ,
loin de pouvoir trouver place
, ne pourroient pas meſme
entrer. Cela fut cauſe que les
Ambaſſadeurs prierent qu'on
ne laiſſaſt entrer qu'elles , difant
que les hommes les pouvoient
voir dans les autres lieux
où ils alloient.
Le lendemain ils furen tconduits
dans l'Hôtel de la Monnoye
par Mr de la Rabliere.
Ils commencerent par la Fondes
Amb de Siam. 255
derie , où ils virent faire les
moûles & couler dedans l'Argent
fondu , d'où l'on tira en
leur prefence les lames pour
les Loüis d'Argent de 40 ſols,
qui furent portez au Moulin ,
où ils les virent allonger &
recuire ', & enſuite coûper les
flancs. Ils en coûperent euxmêmes
pluſieurs . De là ils allerent
dans l'ouvrerie , où
les Ouvriers Ajuſteurs limerent
ces flancs , & les rendirent
du juſte poids. Enſuite
on les mena dans le Blanchi
ment, où l'on fit rougir les
flancs puis on les mit
د
256 III. P. du Voyage
boüillir à la maniere ordinaire
pour leur rendre leur
couleur naturelle. Aprés cela
ils allerent voir la nouvelle
Machine qui met les Lettres
fur la tranche avec autant de
promptitude, que de facilité
& de propreté. Ils eurent le
plaifir d'en marquer eux -
mêmes pluſieurs, & fe rendirent
dans le Monnoyage, où
aprés qu'ils eurent veu monnoyer
pluſieurs Pieces
Maiſtre de la Monnoye remarqua
qu'ils avoient envie
de voir de plus prés comme
cela ſe faiſoit. Auſſi - tôt il
د
le
des Amb. de Siam. 257
pria le premier Ambaſſadeur
d'entrer dans la Foſſe à côté
du Monnoyeur , & de mettre
luy- même les Pieces fous
la preſſe. Il le fit , & re
garda avec plaifir ſon ouvrage
, voyant la Piece recevoir
ſon empreinte des deux côtez
en même temps . Il marqua
par un ſigne de tête qu'il
comprenoit bien la choſe.
On fit voir auſſi aux Ambaſſadeurs
comment on faifoit
les laveures, & de quelle
maniere on retrouvoit l'Argent
qu'ils avoient remarqué
eſtre dans les fables des moû
Y
A
258 111. P. du Voyage
les , & qu'ils avoient veu ſe
répandre quand on avoit
jetté la Fonte dans ces moûles.
Ils furent furpris d'apprendre
que cét Argent-là
qui eft imperceptible, ſe retrouvoit
par le moyen du vif
Argent , ou Mercure . On
voulut les conduire dans l'ef
ſayerie & dans la Chambre
de la Délivrance ; mais le
temps manquoit , & on avoit
encore beaucoup de choſes à
leur faire voir ailleurs . Се-
pendant on s'apperçût qu'on
ne les tiroit de tous ces Travaux
qu'avec peine , parce
des Amb . de Siam . 159
qu'ils ne pouvoient ſe laffer
d'admirer toutes ces diverſes
machines , principalement
celles du Moulin & du Monnoyage.
Ils manioient les
Coûpoirs & les Rouleaux,
ainſi que les autres uſtenciles,
&en admiroient l'invention.
Enfin ils firent beaucoup de
remerciemens au Maîtrede la
Monnoye , & luy dirent que
l'on ne pouvoit eſtre plus
content qu'ils eftoient , &
qu'ils auroient bien voulu
avoir plus de temps pour
viſiter plus exactement tous
leurs Travaux. Ils deman-
Y ij
60. III. P. du Voyage
derent, ſi l'on n'auroit pas plûtôt
fait de jetter nos Efpeces en
moûle , comme ils faisoient les
leurs , parce que cela faciliteroit
beaucoup le travailerépargneroit
bien du monde & de la dépense .
Le Maiſtre de la Monnoye
répondit , que la Monnoyejettée
en moûle n'est jamais fi belle
que la nôtre ; &qu'à l'égard dia
grand embarras &de la grande
on ſouhaitoit plutôt
l'augmenter que de la diminuër,
pouréviter les Faux- monnoyeurs
qui font fort embaraffez quand
ils font obligez d'avoir tant de
machines. Ils virent tout
dépense ,
des Amb. de Siam. 261
د
cela en moins d'une heure
& demie le tout ayant
eſté tenu tout preſt. En entrant
& en fortant de l'Hôtel
des Monnoyes , ils regarderent
avec furpriſe le grand
Bâtiment que Sa Majefté a
fait faire pour fabriquer la
Monnoye de Flandre. S'il
eût eſté achevé , leur étonnement
eût eſté plus grand , le
deſſein en eſtant tres - beau ;
mais il n'y en a que la moitie
de bâty.
Au fortir de la monnoye,
ils allerent à l'Hôpital Comteſſe
, où ils virent des Reli262
III. P. du Voyage
gieuſes ( toutes Filles de qualité
) qui ont ſoin des malades
& des Bleffez de la Garniſon.
Leur zele les édifia beaucoup,
& leur Eglife leur parut extrémement
belle. Elles leur
firent preſent de quelques
Bouquets de leurs ouvrages,
qu'ils trouverent trés - bien
travaillez , & dont ils les remercierent
avec toute l'honnefteté
poſſible.
M Doleac qui commandoit
la Gendarmerie leur envoya
dire qu'il la feroit monter à
cheval. Ils eurent du chagrin
d'eſtre obligez de fe conten
desAmb. de Siam. 263
ter de l'avoir veuë à leur arrivée
; mais le reſte de leur
aprés- dînée devoit eſtre employée
à voir la Place, les Arcenaux
& les Magaſins. Ils
avoient eſté ſurpris de la
beauté de cette Gendarmerie
auſſi nombreuſe que leſte.
Elle estoit composée des Gendarmes
Ecoffois, de ceux de Bourgogne
& de Flandre , des Gendarmes
Anglois , des Gendarmes
& Chevaux-Legers de la Reine,
des Gendarmes &Chevaux-
Legers de Monseigneur le Dauphin
, & des Gendarmes d'Anjou.
Les Ambaſſadeuts firent
264 III . P. du Voyage
ce jour-là le tour de la Place,
qu'ils trouverent d'une grande
beauté. Ils viſiterent auffi
les Arcenaux & les Magaſins,
& furent furpris de les voir
ſi propres & d'y trouver tout
en fi bon ordre. On leur dit
que c'eſtoit par les foins de Mr
du Mets , l'un des plus braves
Officiers que le Roy ait dansſes
Troupes , & qui entend parfaitement
l' Artillerie. Ils dirent
qu'ils en avoient oüy parler fi
avantageusement en tant d'endroits
, qu'ils auroient bien foubaité
de le voir. En rentrant
ils allerent aux Jeſuites , où
tous
des Amb. de Siam. 265
tous les Peres les receurent.
Aprés qu'ils eurent viſité une
partie de leur Maiſon , on
leur fit voir un moulin à eau
qui peut eſtre mis au nombre
des chofes les plus extraordinaires
, puiſque ſans que
perſonne agiffe, il entonne le
bled, meut & fait tout le refte
que nous voyons dans les
Moulins , lorſque les hommes
s'en meflent. Ils demanderent
le Plan de ce moulin , & on
les fatisfit là-deſſus , ils furent
enfuite conduits dans une
grande Sale , où ils trouverent
une magnifique Collation. Ils
Z
226 III. P. du Voyage
dirent à ces Peres , qu'il n'appartenoit
qu'à eux de ſe diftinguer
en tout , & qu'ils ne manqueroient
pas de rendre compte
au Roy de Siam du bon accueil
qu'ils avoient reçu de leur Compagnie
dans tous les endroits où
ils les avoient trouvez établis.
Ils donnerent ce ſoir là pour
mot , point d'amis , ny d'ennemis
que les fiens , & allerent
ſouper chez M de la Rabliere
, qui les avoit invités. Ce
Repas fut d'une tres--grande
magnificence , & accompagné
d'une Simphonie , compoſée
d'un fort grand nom
des Amb. de Siam. 267
bre d'Inſtrumens , on y but
les Santés de l'AlianceRoyale,
& l'on recommença pluſieurs
fois celle du Roy. Il y eût un
grandBal apres le ſoupé , où
Mlle Deſpiere ſe fit admirer.
On m'a aſſuré qu'elle eſt de la
force de tout ce qu'il y a de
perſonnes en France qui dancent
le mieux. Les Ambaſſa .
deurs ne s'en retournerent
qu'aprés minuit. Ce ne fut
pas fans avoir fait de grands
remerciemens à de la Rabliere,
non ſeulement du regale
qu'il leur venoit de donner ,
Zij
268 III. P. du Voyage
mais encore de fes manieres
honneſtes . Le maiſtre de la
Monnoye les vint ſaluër le lendemain.
Ils le reconurent auffitoft
, & le receurent d'une maniere
tres - obligeante. Ils dînerent
cejour-là de fort bonne
heure , & fortirent de la
Ville de la maniere qu'ils y
eſtoient entrés , ils parlerent
beaucoup de m' de la Rabliere
pendant le chemin , & dirent
qu'on pouvoit appeller Lille , la
Reyne de Flandre , comme Paris
la Reyne de France , & recommençant
continuellement à
parler des grandeurs du Roy,
des Amb. de Siam. 269
ils dirent que rien n'en approchoit
, & que ce qui en parois
foitsouffroit la veuë , mais non
pas l'expreffion.
Fermer
Résumé : Lille. [titre d'après la table]
Le 3 novembre, les ambassadeurs séjournèrent à Lille, une ville située sur la rivière Deûle, célèbre pour ses eaux remplissant ses doubles fossés en forme de demi-lunes. Lille est une grande ville avec des églises magnifiques. Baudouin V de Lille, Comte de Flandre, y fonda la collégiale de Saint-Pierre. Lille, capitale de la Flandre gallicane, fut entourée de murailles par Baudouin V en 1046. Philippe le Hardy y établit une Chambre des Comtes en 1385. Le roi la soumit en 1667 et, selon la Paix d'Aix-la-Chapelle en 1668, elle resta à la France. Sa Majesté y fit construire une citadelle flanquée de cinq grands bastions royaux. À leur arrivée, les ambassadeurs furent accueillis par une foule nombreuse et une gendarmerie commandée par M. Doleac. M. de la Rablière, commandant, les reçut et leur présenta les membres du magistrat. Ils entrèrent ensuite dans la ville, où la foule était si dense qu'ils crurent revivre leur entrée à Paris. Après avoir traversé plusieurs rues bordées de troupes, ils retrouvèrent la gendarmerie en bataille sur la place. Le lendemain, M. de la Rablière les conduisit à la citadelle, où ils furent reçus au bruit du canon. Ils visitèrent les remparts avec M. Morion, lieutenant du roi, et l'ingénieur. On leur expliqua que M. de Vauban était le gouverneur de cette citadelle, qu'il avait lui-même construite, et qu'il était réputé pour ses fortifications. Ils visitèrent également le jardin, une grotte, et l'arsenal. Dans l'après-midi, ils participèrent à une chasse et assistèrent à une comédie suivie d'un concert et d'une collation magnifique à l'hôtel de ville. Les ambassadeurs furent ensuite conduits à l'hôtel de la Monnoye, où ils virent la fabrication des monnaies, de la fonte des moules à la mise en circulation des pièces. Ils admirèrent les machines et les processus de fabrication. Ils exprimèrent leur admiration et leur souhait de voir plus de détails, mais le temps manquait. Ils visitèrent également l'hôpital Comtesse, où des religieuses soignaient les malades et les blessés. Elles leur offrirent des bouquets de leurs ouvrages. M. Doleac leur envoya un message pour leur montrer la gendarmerie, mais ils durent décliner en raison de leur emploi du temps chargé. Les ambassadeurs firent le tour de la place, visitèrent les arsenaux et les magasins, et furent impressionnés par leur organisation. Ils se rendirent ensuite chez les Jésuites, où ils virent un moulin à eau remarquable. Ils furent invités à une collation et exprimèrent leur gratitude pour l'accueil reçu. Le soir, ils souperèrent chez M. de la Rablière, où un grand bal fut organisé. Ils ne quittèrent la ville que le lendemain, après avoir dîné de bonne heure, en parlant des grandeurs du roi et des beautés de Lille.
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18729
p. 64
ENIGME.
Début :
Je suis & ne suis pas, résolvez ce problême ; [...]
Mots clefs :
Fin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Je fuis & ne fuis pas , réfolvez ce problême ; E
J'existe pour l'enfant qui termine fon thême ,
Et je n'existe pas pour le trifte forain ,
Qu'un orage imprévu force à chercher fon pain .
Tel au fond de fa bourſe apprit à me connoître,
Qui d'un vuide réel ne crut pas faire un être.
Le Vainqueur échappé dès campagnes de Mars ,
Me trouve ,fans me voir , au bout de fes hazards ;
La belle furannée attend avec trifteffe ,
L'arrêt qu'après trente ans je porte à ſa tendreſſe :
Le Plaideur d'autre part au barreau maltraité ,
Me cherche avidement d'un vifage attrifté :
Un aimable récit fait craindre ma préſence ;
Le tragique , au contraire , accufe mon abfence ;
Et tel eft des humains le travail déplacé ,
L'inconcevable erreur , le caprice infenfé :
Vivre pour m'éviter , & mourir d'ordinaire ,
Engagé dans mes rêts , lorfqu'on veut s'y ſouftraire.
Je fuis & ne fuis pas , réfolvez ce problême ; E
J'existe pour l'enfant qui termine fon thême ,
Et je n'existe pas pour le trifte forain ,
Qu'un orage imprévu force à chercher fon pain .
Tel au fond de fa bourſe apprit à me connoître,
Qui d'un vuide réel ne crut pas faire un être.
Le Vainqueur échappé dès campagnes de Mars ,
Me trouve ,fans me voir , au bout de fes hazards ;
La belle furannée attend avec trifteffe ,
L'arrêt qu'après trente ans je porte à ſa tendreſſe :
Le Plaideur d'autre part au barreau maltraité ,
Me cherche avidement d'un vifage attrifté :
Un aimable récit fait craindre ma préſence ;
Le tragique , au contraire , accufe mon abfence ;
Et tel eft des humains le travail déplacé ,
L'inconcevable erreur , le caprice infenfé :
Vivre pour m'éviter , & mourir d'ordinaire ,
Engagé dans mes rêts , lorfqu'on veut s'y ſouftraire.
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18736
p. 64-65
AUTRES. Sur l'air ; de mon Berger volage.
Début :
Un Enfant vient de naitre, [...]
Mots clefs :
Naissance du duc de Bourgogne, Enfant, Lys
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRES. Sur l'air ; de mon Berger volage.
AUTRES.
Sur l'ait ; de mon Berger volage.
Un Enfant vient de naitre,
Un enfant précieux,
Un Prince qui doit être
Digne de ses Ayeux,
L'augure est favorable,
Il sera notre amour.
Uue Colombe aimable
Produit-elle un Vautour ?
Nous soupirions sans cesse
Aptès ce gage heureux
Le don d'une Princesse
L'assuroit à nos veux;
J'ai vû la Roze éclore,
Le lis naît à son tour,
Une brillante Aurore
Annonçoit un beau jour.
Croissez parmi les graces
Espoir flatteur des lis
Rassemblez sur vos traces
JANVIER.
1752. 65
Les Arts, les Jeux, les Ris,
Si la gloire cruelle
Reclame un jour ses droits
Vous avez un modele
Dans le meilleur des Rois.
Dans le cristal de l'onde
L'azur des Cieux nous luit,
Et le flamheau du monde
S'y peint, s'y reproduit
Plus vivement encore
Par des traits éclatans,
Ce Roi que l'on adore
Se peint dans ses enfans.
Destin qui les fit nastre
Pour regir l'Univers
Conserve notre maître
Ses jours nous sont trop chers;
Mais ils iegnent d'avance,
Ces dignes successeurs
Leur empire commence
Leut trône est dans nos cœurs.
Par M. Favart.
Sur l'ait ; de mon Berger volage.
Un Enfant vient de naitre,
Un enfant précieux,
Un Prince qui doit être
Digne de ses Ayeux,
L'augure est favorable,
Il sera notre amour.
Uue Colombe aimable
Produit-elle un Vautour ?
Nous soupirions sans cesse
Aptès ce gage heureux
Le don d'une Princesse
L'assuroit à nos veux;
J'ai vû la Roze éclore,
Le lis naît à son tour,
Une brillante Aurore
Annonçoit un beau jour.
Croissez parmi les graces
Espoir flatteur des lis
Rassemblez sur vos traces
JANVIER.
1752. 65
Les Arts, les Jeux, les Ris,
Si la gloire cruelle
Reclame un jour ses droits
Vous avez un modele
Dans le meilleur des Rois.
Dans le cristal de l'onde
L'azur des Cieux nous luit,
Et le flamheau du monde
S'y peint, s'y reproduit
Plus vivement encore
Par des traits éclatans,
Ce Roi que l'on adore
Se peint dans ses enfans.
Destin qui les fit nastre
Pour regir l'Univers
Conserve notre maître
Ses jours nous sont trop chers;
Mais ils iegnent d'avance,
Ces dignes successeurs
Leur empire commence
Leut trône est dans nos cœurs.
Par M. Favart.
Fermer
18737
p. 54-55
AUTRE.
Début :
Du sein de la prudence on voit sortir mon être : [...]
Mots clefs :
Précaution
18739
p. 66-68
LOGOGRYPHE.
Début :
A la Nature, à l'Art, je dois mon existence ; [...]
Mots clefs :
Armoire
18740
p. 68-90
LA PHARSALE, Livre 3. Par M. MARMONTEL.
Début :
TANDIS que le vent du midi enfloit la voile, & poussoit la flote sur [...]
Mots clefs :
Guerre, Rome, Peuples, Dieux, Bords, Rivage, Fortune, Drapeaux, Enfers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA PHARSALE, Livre 3. Par M. MARMONTEL.
LA PHARSALE , Livre 3.
T
Par M. MARMONTEL.
ANDIS que le vent du midi enfloit
la voile , & pouffoit la flote fur
l'humide plaine , tous les yeux étoient
tournés du côté de la vafte mér; Pompée
lui feul ne peut détacher fes regards
du rivage de l'Italie qu'il voyoit
pour la derniere fois. Mais bientôt cette
terre chérie difparoît à fa vue , & fes
montagnes couronnées de nuages s'évanouiffent
dans le lointain .
Accablé d'ennuis , épuifé de fatigue
ce héros enfin fuccombe & fe livre
au fommeil. Alors limage de Julie perçant
la terre , fe préfente à lui comme
une furie , fur un tombeau qui vomit
des feux . » Tón crime eft retombé fur
» moi , lui dit - elle : on me traîne de
» l'Elyfée dans le tartare , de l'afyle des
âmes juftes au noir féjour des mânes
OCTOBRE . 1763 . 69
» criminels. J'ai vu les Euménides
s'armer de torches empoifonnées ,
» pour les fecouer au milieu de vous .
» Le nocher du brûlant Achéron pré-
» pare des barques fans nombre . On
» agrandit les cachots des enfers , les
» Furies fuffiront à peine à châtier tant de
» criminels, Les mains des Parques vont
» fe laffer à trancher les jours de tanţ
» de victimes * . Il t'en fouvient , Pompée,
le temps de notre hymen a été ce-
» lui de tes triomphes . Tu as changé de
» fortune en changeant d'époufe : elle
» eft née pour le malheur de tous fes
» maris , cette Cornélie , femme fans pu-
» deur , qui n'a pas rougi d'entrer dans
" mon lit , quand mon bucher fumoit
» encore. Qu'elle foit donc fans ceffe
» attachée à tes pas , & fur les mers
» & dans les camps , pourvu que je
» trouble ton fommeil auprès d'elle , &
» que je dérobe à ton indigne amour
» tous les momens que tu lui deftines .
» Céfar & Julie s'emparent de toi .
» Mon père le jour , & moi la nuit ,
" nous t'occuperons fans relâche . Le
" L'appareil menaçant des flâmes & des fers
Etonne les Démons & laffe les Enfers .
Brébeuf.
70 MERCURE DE FRANCE .
1
» Léthé ne t'a point effacé de ma mé-
" moire. Les Dieux des enfers m'ont
» permis de te pourfuivre & de me
» venger. Tu me verras , au fignal du
» combat , m'élever entre les deux ar-
» mées . Mon ombre ne fouffrira jamais
» que tu ceffes d'être le gendre de Cé-
»far. Tu crois en vain trancher avec
l'épée les noeuds d'une fainte alliance ;
la guerre civile va te rendre à moi. »
A ces mots elle ſe dérobe à ſon époux
qui lui tend les bras.
,
و د
Il s'éveille , & fa frayeur fe diffipe
avec fon fommeil. Les menaces du Ciel
& des enfers , loin de l'abattre l'élévent
au-deffus de lui-même.* * Il voit
fa perte , & il y court. Pourquoi , dit- il,
m'effrayer d'un vain fonge ? Ou la mort
n'eft rien , ou elle ne doit laiffer aucun
reffentiment de la vie ; & ni l'amour
ni la haine ne nous fuivent dans le
tombeau .
Déja le foleil fe plongeoit au ſein
de l'onde , & nous cachoit de fon globe
*Que ce trifte fantôme ou l'inftruife ou l'abuse ,
Afes baffes frayeurs fon âme ſe refuſe ;
Et lorfque tous les Dieux préfagent fon trépas ,
Il comprend leur menace & ne s'en emeur pas.
Brébeuf.
OCTOBRE. 1763 . 71
enflammé ce que la lune nous dérobe
du fien lorfqu'elle approche de fa plé,
nitude ou qu'elle commence à s'en éloigner.
Ce fut alors que la côte d'Illyrie
offrit un afyle fûr , un accès facile aux
vaiffeaux de Pompée. On ploye les voiles
, on baiffe les mats , & l'on aborde
à l'aide des rames.
?
Dès que Céfar , à qui les vents enlevoient
fa proie , & qui l'avoit ſuivie
des yeux , fe trouva feul au bord de
l'Italie loin de fe réjouir d'en avoir
chaffé fon rival , il gémit de voir qu'il
lui eût échapé . Aucun fuccès ne le flatte,
s'il ne décide de l'empire du Monde : la
victoire elle-même eft trop achetée s'il
faut l'attendre.
Mais oubliant pour un temps la guerre,
& tout occupé des foins de la paix , il
cherche à fe concilier la légére faveur
du Peuple : il fçait que la difette ou
l'abondance décide le plus fouvent de
* Pour s'acquérir les coeurs & vaincre leur colère ,
Il fait d'un Factieux un Maître populaire ,
Inftruit que l'abondance en la main des vainqueurs
A des liens fecrets qui captivent les coeurs.
Brébeuf.
72 MERCURE DE FRANCE.
fa haine ou de fon amour ; que celui
qui nourrit fon oifiveté en eft le maître ;
au lieu qu'il n'eft point de crainte qui
retienne un Peuple affamé. Il charge
Curion d'aller enlever les bleds de la
Sicile , & Valérius ceux de la Sardaigne
. Ces deux Ifles font renommées par
la richeffe de leurs moiffons ; nulle autre
contrée de la terre n'a tant de fois
répandu l'abondance dans l'Italie . A
peine la Lybie eft - elle plus fertile , dans
les années mêmes où les vents du midi
permettent à Borée d'affembler les nuages
vers le milieu de l'axe du monde
& d'y verfer des pluies abondantes.
Acquitté de ce premier foin , Céfar
marche à Rome en vainqueur. Ses Légions
le fuivent , mais défarmées , &
portant fur le front le doux préfage de
la paix .
Dieux s'il ne revenoit dans fa patrie
que chargé des dépouilles des Peuples
de la Gaule & du Nord , quel trion
phe pour lui , quelle pompe ! le Rhin ,
Í'Océan lui-même enchaîné à fon char !
la Bretagne & la Gaule captives ! que
de gloire il a perdu en abufant de la
victoire. Les habitans des villes n'accourent
point fur fa route avec une
joie tumultueufe ; ils le voyent paffer
&
COCTOBRE. 1763 . 73
& baiffent les yeux , faifis d'une terteur
muette. En aucun lieu le Feuple
des campagnes ne fe précipite au- devant
de fes pas. Cefar s'applaudit cependant
de leur infpirer tant de crainte:
à peine eût - il préféré leur amour.
Déja il a paffé la forterffe d'Anxur
& la forêt confacrée à la Diane de
Scythie. Déja il découvre d'une éminence
cette Rome qu'il n'avoit pas
vue depuis dix ans qu'avoit duré la
guerre des Gaules. Il s'étonne lui - même
de l'état où il l'a réduite ; & il lui
adreffe ces mots.
• Eft-il poffible , ô féjour des Dieux ,
que l'on abandonne tes murs , fans y
être forcé par la guerre ! & quelle ville
méritera qu'on la défende , fi ce n'eft
Rome ? Heureufement ce n'eft' ni le
Parthe , ni le Dace uni au Géte , ni le
Sarmate fecondé du Pannonien qui te
menace : la fortune n'oppofe qu'un Ci
toyen qui t'aime au chef timide qui
n'ofe te garder.
Bientôt Cefar entre dans Rome où
l'épouvante l'a devancé ; car on s'atend
qu'il va la livrer au pillage comme une
ville prife d'affaut , faccager les murs ,
embrâfer les Temples , enfevelir les
Dieux de la Patrie fous les débris de
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
leurs Autels . On ne doute pas qu'il ne
veuille tout ce qu'il peut , & comme il
peut tout , il n'eft rien qu'on ne craigne
. On ne feint pas même de le voir
avec joie & de faire des voeux pour lui ;
la haine occupe & remplit tous les
coeurs .
Les Peres de la Patrie du fond de
leur retraite fe rendent au Temple
d'Apollon où Cefar les fait appeller , C'eft
la première fois qu'un Citoyen ofe
convoquer le Sénat, On n'y voit point
des fiéges réfervés pour les Confuls
pour le Préteur , pour les Cenfeurs &
les Ediles. Céfar réunit toutes ces dignités
en lui feul , & c'eft pour enten
dre la volonté d'un homme que le Sénat
eft affemblé. Les Pères confcrits prénnent
place , réfolus de confentir àtout ,
foit qu'il demande un Trône ou des
Autels , l'exil ou la mort du Sénat luimême.
Graces aux Dieux , Céfar eut
Qu'il yeuille des autels , qu'il veuille un dia
dême ,
Qu'il prétende fur Rome un empire fuprême ,
Qu'il demande leur fang , leurs fuffrages font
prêts.
Sa penſée eft leur régle, & fes voeux leurs arrêts.
Breb.
OCTOBRE. 1763. 75
honte d'exiger ce que Rome n'eût pas
eu honte de permettre.
Cependant la liberté indignée ofa ſe
révolter encore & tenter par la voix
d'un Citoyen , fi les loix pouvoient réfifter
à la force ; le Tribun Métellus
voyant qu'on alloit enlever le tréfor du
Temple de Saturne , accourut , fe fit
un paffage à travers le cortége de César,
& fe préfenta fur le feuil du Temple
qu'on alloit ouvrir. L'avarice eft donc
la feule paffion qui brave le fer & la
mort ? Céfar foule aux pieds les loix fans
que perfonne s'arme pour elles ; & le plus
vil de tous les biens , l'or excite un foulévement
! Métellus s'oppofe donc au pillage
du Temple ; & s'adreffant à Céfar : »
» Tu nouvriras ces portes, lui dit- il qu'a-
» près m'avoir percé le fein , & tu n'em-
» porteras les dépouilles du Temple que
fouillé du fang d'un Tribun . Tu fçais
» files Dieux laiffent violer impuné-
» ment cette dignité fainte , & fi les
Euménides l'ont vengée de l'impiété
» de Craffus. Sois facrilege à fon exem-
» ple, tire ce glaive & frappe fans rougir.
» tu n'as point à craindre les yeux du
» Peuple nous fommes feuls ; Rome
» eft déferte. Mais dis-moi , Tyran , que
» veux - tu ? Livrer la Patrie en proie
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
à tes foldats ? Il te refte encore tant
» de Peuples , tant de Villes à ruiner !
qu'as- tu befoin des tréfors de la paix ?
» n'as- tu pas tous ceux de la guerre ? »
Ce difcours alluma la colére du vainqueur.
Tu te flattes en vain, lui dit-il ,
d'obtenir de moi une mort honnorable
: non , Métellus , ma main ne fera
point fouillée d'un fang auffi vil que le
tien. Il n'eft point de marque d'honneur
qui te rende digne de mon ref
fentiment. C'eft donc à toi que Rome
confie la défenſe de ſa liberté ? Certes
le temps a bien changé les chofes , fi
les Loix aiment mieux s'appuyer fur
-Métellus que de fléchir devant Céfar !
Alors impatient , de voir que le Tribun
ne quittoit pas la porte du Temple , il
regardoit fes foldats rangés autour de
lui , & alloit oublier le caractère paci .
fique dont il s'étoit revêtu fi Cotta
n'eût diffuadé Métellus d'une réſiſtance
imprudente.
>
Sous l'autorité d'un feul , lui dit- il
la liberté fe détruit - elle même en s'obftinant
à ne pas fléchir . Vous en conferverez
du moins l'ombre fi en cédant
à la néceffité vous femblez vouloir
tout ce qu'elle exige. Nous avons fubi
tant de Loix injuftes ! une fi lâche
OCTOBRE . 1763 . myday.
obéiffance n'a pour excufe que l'im
puiffance de réfifter. Qu'ils fe hâtent
d'emporter loin de nous ces tréfors pernicieux
, ces fatales femences de guerre ."
La ruine de l'Etat intéreffe un Peuple'
libre ; mais la mifére d'un peuple efclave
lui eft moins onéreufe qu'à fes Tyrans.
Metellus s'éloigna à ces mots , & la
roche tarpeïenne retentiffant du bruit
des portes , annonce à Rome que le
Temple eft ouvert . Du fond de ce Temple
fut allors tiré ce dépôt fi longtemps
inviolable des revenus du Peuple
Romain : le Tribut des Carthaginois celui
de Perfes & de Philippe ; tout l'or:
que Pyrrhus laiffa dans tes mains , ô
Rome , alors vertueufe & libre , cet or
au prix duquel Fabrice avoit refufé de
te trahir ; ce qu'avoit épargné la frugalité
de nos pères ; ce que l'opulente
Afie avoit payé de tribut aux Romains
; ce que Metellus avoit rapporté
de l'Ifle de Crére , & Caton de l'ifle de
Cypre ; enfin les dépouilles de l'Orient
captif & les richeffes de tant de Rois
étalées tout récemment encore dans les
triomphes de Pompée , tout fut envahi ;
le Temple fut livré à la plus affreufe
rapine ; & dès-lors , exemple inoui !
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
Céfar fut plus riche que Rome. * Ce
pendant la fortune de Pompée foulevoit
les Nations , & les attiroit de toutes
parts dans fa querelle & dans fa ruine. **
La Gréce qui voyoit de plus près l'appareil
de la guerre s'empreffa d'y contribuer.
Des campagnes de la Phocide
& des deux fommets du Parnaffe , des
champs de Béotie que borde le Céphife
, des environs de Thébes où coule .
Dircé , de l'Elide qu'arrofe l'Alphée ,
avant de traverfer les mers pour aller
chercher Aréthufe ; on voit les Peuples.
accourir .
>
Ceux d'Arcadie defcendent du Ménale
*** ceux d'Epire abandonnent les
Atamanes , & Dodone qui ne rend plus
d'oracles , & ce rivage autrefois célébre
où régna la veuve d'Hector. L'Illyrie
a pris les armes ; l'Iftrię a fuivi fon
*
Tout eft mis au pillage , & l'on voit un feut
homme
Plus riche que l'Etat & plus puiffant que Rome,
Bréb.
**
Ici , comme dans le premier Livre , le Poëte
a né gligé l'ordre géographique , & j'ai cru devoir
l'y rétablir .
*** Er du mont Pholoé que l'on dit avoir nourri
les Centaures.
* Oricum.
OCTOBRE. 1763. 79
#
exemple. Athénes quoique nouvellement
épuisée de combattans arme encore
quelques vaiffeaux . Cent Villes de
Crete uniffent leurs forces ; la Theffalie
affemble les fiennes : on quitte les
bords du Penée & les forêts du mont
Oëta , & ce golfe d'où fut lancé le
premier Navire qui fendit les mers ,
l'Argo qui mêla fur un même rivage
des Peuples inconnus l'un à l'autre , expofa
la race humaine à la fureur des
vents & des ondes , & lui apporta une
nouvelle mort.
Le Thrace a déferté l'Hémus & les
bords du Strimon , d'où l'on voit ces
oifeaux qui fendent les airs en phalange
fuir aux approches de l'hyver , &
chercher fur le Nil un climat plus doux.
Sur les pas du Thrace s'avancent les ha
bitans de cette Ifle qu'embraffe le Da
nube lorfqu'il fe plonge dans l'Euxin .
De leur côté marchent les Peuples de
Myfie & ceux d'Eolie qu'abreuve le
Caïque , & ceux qui cultivent la ſtérile
Arifbé. La Phrygie affemble les fiens :
Pitané fe voit dépeuplée , & Céléne qui
regrette encore le Satyre émule du Dieu
du chant. L'on quitte les bords du
Méandre & du Marlyas qu'il reçoit dans
fon fein , & du Pactole qui coule à tra-
Diy
80 MERCURE DE FRANCE.
vers des mines d'or , & de l'Hémus
auffi riche que le Pactole par la fertilité
de fes rives . Ceux de la Troade fe rendent
eux-mêmes fous les drapeaux d'un
Chef qui court avec eux à fa perte ; &
la fabuleufe origine de Cefar defcendant
d'Iule ne les empêche pas de s'armer
contre lui.
Les forêts du Taurus font défertes
les murs de Tharfe abandonnés . Les
Ports de Cilicie retentiffent des bruyans
apprêts d'une flotte , & le Cilicien traverfe
les mers guidé par l'étoile de l'Ourfe
, non plus comme autrefois en pirate,
mais en guerrier. Avec lui courent aux
combats les fauvages habitans de la
Cappadoce , & ceux de l'Arménie répandus
fur le mont Amane , & fur les
bords du Niphate qui roule des rochers ,
& ceux des rives de l'Halis que le malheur
de Créfus a rendu célébre. Le Syrien
quitte les bords de l'Oronte , l'Iduméen
fes champs ombragés de palmes
; le Phénicien les murs de Damas
& de Gaza , de Tyr & de Sidon qu'enrichit
la pourpre. Ce Peuple eft le
* C'eft de lui que nous vient cet art ingénieux
De peindre la parole & de parler aux yeux ,
Et par les traits divers de figures tracées ,
Donner de la couleur & du corps aux penfées.
*
Bréb
OCTOBRE . 1763 . 81
premier , fi l'on en croit la Renommée
qui ait éffayé de rendre la parole vifible
& de la fixer fous les yeux . L'Egypte
n'avoit point encore appris à tracer la
penſée fur l'écorce de fes rofeaux : feulement
elle gravoit fur la pierre des figures
d'oifeaux ou de bêtes féroces , &
ces images parloient à la vue un langage
mystérieux.
*
La guerre attire en même temps les
les Peuples heureux qui cultivoient les
riches compagnes de l'Euphrate & du.
Tigre. Ces deux fleuves prennent leur
fource dans la même chaîne de montagnes
; & fi dans leur cours leurs eaux le
confondent , on ne fçait plus quel nom
leur donner. Mais l'Euphrate a l'avan
tage de fe répandre comme le Nil dans
devaſtes plaines que fes eaux fertiliſent,
tandis que le Tigre fe perd au fein de
la terre , où il s'eft fait une route cachée
& ne renaît de fa nouvelle fource
que pour fe jetter dans l'Océan .
* On voit abandonner ces campagnes fécondes
Que le Tigre & l'Euphrate arrofent de leurs on
des .
Nés de la même fource , après de longs détours
Ils n'ont qu'un mème lit en achevant leur cours
Dv
82 MERCURE DE FRANCE .
L'Arabe vient fous un Ciel nouveau
& il s'étonne de n'y voir jamais les ombres
s'étendre du côté du Midi . La fureur
des Romains fe communique juf
ques au fond de l'Afie chez les Orétes
& les Carmanes , d'où l'on découvre à
peine l'Ourfe & le rapide Bootès . Elle
paffe de même en Affrique chez le bru
lant Ethiopien fi éloigné de nos climats .
Ammon , ne ceffe de voir traverſer fes
défert par des légions d'hommes armés ;
& depuis les Syrtes jufqu'au rivage Maure
, la Lybie a raffemblé tout ce qu'elle
a de combattans. Les Peuples qui couvrent
les riches bords du Phafe vont
courir les mêmes dangers. Le Parthe
belliqueux refte feul en balance entre
Céfar & Pompée , & il s'applaudit de
les voir divifés. Mais les Peuples errans
dans les déferts de la Scythie ceux que
le Bactre environne , ceux que l'Hircanie
enferme dans fes forêts ceux
qui vivent au pied du Caucaſe , ſe rangent
du parti de Pompée. Des climats
glacés où le Tanaïs fe précipitant dù
fommet du Riphée fépare l'Europe de
l'Afie ; des bords du Détroit du Palus
Méotide égal au paffage qu'Alcide ouvrit
aux eaux de l'Océan , tous les Peuples
du Nord volent au fecours de ce
héros. Il voit arriver dans fon Camp
OCTOBRE. 1763. 83
le Sarmate voifin du Mofcovite , l'Arimafpe
qui reléve fes cheveux avec des
liens tiffus de l'or que fon fleuve roule ,
le Maffagette qui dans les combats fe
nourrit du fang du Courfier qui le porte
& le Gélon fi rapide à la courfe & le
Coâtre qui vit dans les forêts dont les
chênes touchent aux Cieux . Le fignal
de la guerre a mis en mouvement les
Peuples mêmes de l'Aurore jufques dans
ces régions éloignées où le Gange eſt
adoré,le Gange, le feul des fleuves del'U
nivers qui ofe fuivre un cours oppofé
à celui du Dieu de la lumière , & s'ouvrir
une embouchure en face du foleil
naiffant. C'eſt par le Gange que fut ar
rêté le Héros de la Macédoine fans qu'il
pût arriver aux bords de l'Orient : vainqueur
du monde jufques-là il s'avoua
vaincu par le Gange.
Le même fignal retentit fur l'Indus
cefleuve qui fe jettant au fein des Mers
par deux bouches profondes ne s'apperçoit
pas dans fa rapidité que l'Hidafpe
fe mêle à fes vaftes eaux . Alors
s'uniffent pour marcher aux combats
les Peuples qui boivent fur ces bords
la douce liqueur qu'un rofeau diftile
& ceux qui teignent leur chevelure
dans le fuc doré d'une plante , & qui
D vj
84 MERCURE DE FRANCE .
fement de pierreries le long tiffu dont
ils s'enveloppent , & ceux qui dreffent
eux-mêmes leurs buchers & fe jettent
vivans au milieu des flammes. Ah
quelle gloire n'eft - ce pas pour eux de
difpofer ainfi d'eux-mêmes , & raffafiés
de la vie , d'en donner les reftes aux
Dieux .
*
1
Ni fous les Drapeaux de Cyrus , ni
dans l'Armée de Xercès , ni fous la
Flotte d'Agamemnon, jamais on n'avoit
vû tant de Rois fe réunir fous un même
Chef, ni tant de Peuples différens de
vêtemens , de traits , de langage. Ce
font autant de Compagnons que la
fortune veut que Pompée entraîne dans
fa vafte ruine , & autant de victimes
qu'elle va immoler aux funérailles de
ce grand Homme pour les rendre dignes
de lui. Ou plutot de peur que l'heu
reux Cefar n'ait plus d'un combat à
livrer pour fubjuguer le monde, elle a
voulu le lui.donner à vaincre en un
* Trop heureux dans leurs maux de ne remettre
pas
Aux caprices du Sort le choix de leur trépas ,
De pouvoir faire aux Dieux ce libre facrifice ,
Et de donner leur vie avant qu'on la raviſſe.,
Bréb
OCTOBRE. 1763 . 85
jour dans les Champs de la Theffalie .
Dès que Céfar eft forti des murs
de Rome , que fon afpect faifoit trem
bler , il femble donner à fes Légions des
ailes pour franchir les Alpes à travers
les nuages qui les couronnent. Mais
tandis que les autres Nations frémiffent
au nom de Céfar , Marfeille cette Colonie
des Phocéens , ofe refter fidéle à
fon alliance avec Rome , & préférer
le parti le plus jufte au plus heureux .
Cependant elle veut effayer par un langage
pacifique , de fléchir la fureur indomptable
de Céfar , & la dureté de
cette âme fuperbe . Ses Députés , choifis
parmi la jeuneffe , s'avancent , l'o
live dans les mains , au- devant de Céfar
& de fes Légions.
Romains , dirent- ils , vos Annales at
teftent que dans les Guerres du dehors,
Marſeille a dans tous les temps par
tagé les travaux & les dangers de Rome.
aujourd'hui - même fi tu veux , Céfar
, chercher dans l'Univers de nouveaux
triomphes , nos mains vont s'armer
& te font dévouées ; mais fi dans
les combats où vous courez , Rome
ennemie d'elle - même , va fe baigner
dans fon propre fang , nous n'avons
à vous offrir que des larmes & un afyle ,
86 MERCURE DE FRANCE.
Les coups que Rome va fe porter nous
feront facrés comme ceux de la foudre ,
fi les Dieux s'armoient contre les Dieux
ou fi les Géans leur déclaroient la
Guerre , la pitié des humains feroit infenfée
d'ofer vouloir les fecourir par
des voeux ou par de foibles armes , & ce
ne feroit qu'au bruit du tonnerre que
l'homme aveugle fur le deftin des Dieux ,
s'appercevroit que Jupiter feroit encore
maître de l'Olympe . Ajoutez au reſpect
qui nous retient , que des Peuples fans
nombre accourent dans vos camps , &
que ce monde corrompu n'a pas affez
le crime en horreur , pour que vos guerres
domestiques manquent de glaives
& de miniftres. * Et plût aux Dieux
que la Terre entiere penfat comme
hous , qu'elle refufât de feconder vos
haines & que nul Etranger ne voulût
fe mêler à vos combatans. Que feriezvous
livrés à vous -même ? Eft-il un
fils à qui les armes ne tombaffent des
mains à la rencontre de fon père ?
Eft-il des frères affez barbares pour
croifer leurs lances & fe percer de traits ?
L'injuftice eft illuftre à la fuite des Grands ,
E leurs plus noirs deffeins trouvent des partifans .
Bréb
OCTOBRE. 1763. 87
La guerre eft finie , fi vous êtes privé
du fecours de ceux à qui elle elle eſt
permife . Pour nous , la feule grace que
nous vous demandons , c'eft de laiffer
loin de nos murs ces Drapeaux , ces
Aigles terribles , de daigner vous fier
à nous , & de confentir que nos por
tes foient ouvertes à Céfar & fermées
à la guerre. Permets , Céfar , permets
qu'il refte un afyle inacceffible au crime,
& für également pour les deux partis ,
où Pompée & toi, fi jamais le malheur de
Rome vous touche & vous difpofe à un
accord , vous puiffiez venir des armés .
Du refte qui peut t'engager , quand
la guerre t'appelle en Efpagne , à fuf
prendre ici ta marche rapide ? Eft- ce
de nous que le fuccès dépend ? Nous ne
fommes d'aucun poids dans la balance
des deftins du Monde. Depuis que ce
Peuple éxilé dans fon ancienne Patrie ,
quitté les mers de Phocée livrés aux
flammes , quels ont été nos exploits ?
Enfermés dans d'étroites murailles, & fur
un rivage étranger, notre bonne foi feule
nous rend illuftres. Toutefois fi tu pré
tens affiéger nos murs & brifer nos
Portes , nous fommes réfolus à braver
le fer & la flamme, la foif & la faim . Si tu
mous prives du fecours des eaux , nous
88 MERCURE DE FRANCE.
fi
creuferons , nous lécherons la terre ;
le pain nous manque , nous nous réduirons
aux alimens les plus immondes. Ce
Peuple aura le courage de fouffrir pour
fa liberté tous les maux que fupporta
Sagunte affiégée par Annibal. Les enfans
qui dans les bras de leurs mères
défaillantes prefferont en vain leurs mamelles
taries & defféchées par la faim ,
en feront arrachés & jettés dans les
flammes. L'époufe demandera la mort à
fon époux chéri. Les Frères fe perceront
l'un l'autre pour fe délivrer de la
vie , & cette guerre nous fera moins
d'horreur que la guerre civile où tu veux
nous traîner.
Ainfi parla cette vertueufe jeuneffe ;
& Céfar dont la colère enflammoit les
regards , la laiffe éclater en ces mots.
Ce Peuple transfuge compte yainement
fur la rapidité de ma courſe. Tout impatient
que je fuis de me rendre en Efpagne
, j'aurai le temps de râfer ſes
murs. Réjouiffez - vous , compagnons.
Le fort préfente fur votre paffage dequoi
exercer votre valeur. Nous avons
befoin d'ennemis comme les vents ont
befoin d'obstacles pour ramaffer leurs
forces diffipées & comme la flamme a
befoin d'alimens. Tout ce qui céde ,
OCTOBRE 1763. 89
*
nous dérobe la gloire de vaincre que la
révolte nous offriroit. Marſeille , dit on ,
confent à m'ouvrir fes portes fi j'ai la
baffeffe de vouloir m'y préfenter feul
& fans armes. C'eft donc peu de m'exclure
, elle veut m'enfermer ! ne croitelle
pas fe dérober à la guerre qui embrâfe
le monde ? Lâches, vous ferez punis
d'avoir ofé prétendre à la paix ; &
vous apprendrez qu'il n'y a point d'afyle
plus affuré dans l'Univers que la guerre
même fous mes Drapeaux . Il dit &
marche vers les murs de Marfeille où
rien n'annonce la frayeur. Il trouve les
portes fermées & les remparts couverts
d'une jeuneffe nombreffe réfolue
à s'enfevelir fous fes murs. Ce fera pour
Marſeille un honneur immortel , un fait
mémorable dans tous les âges d'avoir
foutenu fans abattement les approches
de la guerre,d'en avoir fufpendu le cours;
& tandis que l'impéteux Céfar entraînoit
tout furfon paffage , de n'avoir feule
* Mais ce calme honteux en un fiécle d'allarmes
Vous coûtera bientôt & du fang & des larmes ;
Et fi votre falut vous eft un bien fi cher ,
C'étoit fous mes drapeaux qu'il falloit le chercher.
Breb.
go MERCURE DE FRANCE.
été vaincue que par un fiége pénible &
lent. Quelle gloire en effet de réfifter aux
déftinées & de retarder fi long-temps
la fortune impatiente de donner un
Maître à l'Univers ! Non loin de la ville
eft une colline dont le fommer applani
forme un terrein affez. fpacieux . Cette
hauteur où il eft facile de fe retrancher,
par une longue enceinte , lui préfente
un Camp avantageux & fùr. Du côté
oppofé à cette colline & à la même
hauteur s'élève un Fort qui protége la
Ville, & dans l'intervalle font des champs
cultivés.
Céfar trouva digne de lui le vaſte
projet de combler le vallon & de joindre
les deux éminences. D'abord pour
inveftir la Ville du côté de la terre il
fait pratiquer un long retranchement du
haut de fon Camp jufqu'à la Mer. Un
rempart de gazon couronné d'épais crénaux
doit embrâfer la Ville , & lui
couper les eaux & les vivres qui lui
viennent des champs voisins .
Le reste au Mercure prochain.
T
Par M. MARMONTEL.
ANDIS que le vent du midi enfloit
la voile , & pouffoit la flote fur
l'humide plaine , tous les yeux étoient
tournés du côté de la vafte mér; Pompée
lui feul ne peut détacher fes regards
du rivage de l'Italie qu'il voyoit
pour la derniere fois. Mais bientôt cette
terre chérie difparoît à fa vue , & fes
montagnes couronnées de nuages s'évanouiffent
dans le lointain .
Accablé d'ennuis , épuifé de fatigue
ce héros enfin fuccombe & fe livre
au fommeil. Alors limage de Julie perçant
la terre , fe préfente à lui comme
une furie , fur un tombeau qui vomit
des feux . » Tón crime eft retombé fur
» moi , lui dit - elle : on me traîne de
» l'Elyfée dans le tartare , de l'afyle des
âmes juftes au noir féjour des mânes
OCTOBRE . 1763 . 69
» criminels. J'ai vu les Euménides
s'armer de torches empoifonnées ,
» pour les fecouer au milieu de vous .
» Le nocher du brûlant Achéron pré-
» pare des barques fans nombre . On
» agrandit les cachots des enfers , les
» Furies fuffiront à peine à châtier tant de
» criminels, Les mains des Parques vont
» fe laffer à trancher les jours de tanţ
» de victimes * . Il t'en fouvient , Pompée,
le temps de notre hymen a été ce-
» lui de tes triomphes . Tu as changé de
» fortune en changeant d'époufe : elle
» eft née pour le malheur de tous fes
» maris , cette Cornélie , femme fans pu-
» deur , qui n'a pas rougi d'entrer dans
" mon lit , quand mon bucher fumoit
» encore. Qu'elle foit donc fans ceffe
» attachée à tes pas , & fur les mers
» & dans les camps , pourvu que je
» trouble ton fommeil auprès d'elle , &
» que je dérobe à ton indigne amour
» tous les momens que tu lui deftines .
» Céfar & Julie s'emparent de toi .
» Mon père le jour , & moi la nuit ,
" nous t'occuperons fans relâche . Le
" L'appareil menaçant des flâmes & des fers
Etonne les Démons & laffe les Enfers .
Brébeuf.
70 MERCURE DE FRANCE .
1
» Léthé ne t'a point effacé de ma mé-
" moire. Les Dieux des enfers m'ont
» permis de te pourfuivre & de me
» venger. Tu me verras , au fignal du
» combat , m'élever entre les deux ar-
» mées . Mon ombre ne fouffrira jamais
» que tu ceffes d'être le gendre de Cé-
»far. Tu crois en vain trancher avec
l'épée les noeuds d'une fainte alliance ;
la guerre civile va te rendre à moi. »
A ces mots elle ſe dérobe à ſon époux
qui lui tend les bras.
,
و د
Il s'éveille , & fa frayeur fe diffipe
avec fon fommeil. Les menaces du Ciel
& des enfers , loin de l'abattre l'élévent
au-deffus de lui-même.* * Il voit
fa perte , & il y court. Pourquoi , dit- il,
m'effrayer d'un vain fonge ? Ou la mort
n'eft rien , ou elle ne doit laiffer aucun
reffentiment de la vie ; & ni l'amour
ni la haine ne nous fuivent dans le
tombeau .
Déja le foleil fe plongeoit au ſein
de l'onde , & nous cachoit de fon globe
*Que ce trifte fantôme ou l'inftruife ou l'abuse ,
Afes baffes frayeurs fon âme ſe refuſe ;
Et lorfque tous les Dieux préfagent fon trépas ,
Il comprend leur menace & ne s'en emeur pas.
Brébeuf.
OCTOBRE. 1763 . 71
enflammé ce que la lune nous dérobe
du fien lorfqu'elle approche de fa plé,
nitude ou qu'elle commence à s'en éloigner.
Ce fut alors que la côte d'Illyrie
offrit un afyle fûr , un accès facile aux
vaiffeaux de Pompée. On ploye les voiles
, on baiffe les mats , & l'on aborde
à l'aide des rames.
?
Dès que Céfar , à qui les vents enlevoient
fa proie , & qui l'avoit ſuivie
des yeux , fe trouva feul au bord de
l'Italie loin de fe réjouir d'en avoir
chaffé fon rival , il gémit de voir qu'il
lui eût échapé . Aucun fuccès ne le flatte,
s'il ne décide de l'empire du Monde : la
victoire elle-même eft trop achetée s'il
faut l'attendre.
Mais oubliant pour un temps la guerre,
& tout occupé des foins de la paix , il
cherche à fe concilier la légére faveur
du Peuple : il fçait que la difette ou
l'abondance décide le plus fouvent de
* Pour s'acquérir les coeurs & vaincre leur colère ,
Il fait d'un Factieux un Maître populaire ,
Inftruit que l'abondance en la main des vainqueurs
A des liens fecrets qui captivent les coeurs.
Brébeuf.
72 MERCURE DE FRANCE.
fa haine ou de fon amour ; que celui
qui nourrit fon oifiveté en eft le maître ;
au lieu qu'il n'eft point de crainte qui
retienne un Peuple affamé. Il charge
Curion d'aller enlever les bleds de la
Sicile , & Valérius ceux de la Sardaigne
. Ces deux Ifles font renommées par
la richeffe de leurs moiffons ; nulle autre
contrée de la terre n'a tant de fois
répandu l'abondance dans l'Italie . A
peine la Lybie eft - elle plus fertile , dans
les années mêmes où les vents du midi
permettent à Borée d'affembler les nuages
vers le milieu de l'axe du monde
& d'y verfer des pluies abondantes.
Acquitté de ce premier foin , Céfar
marche à Rome en vainqueur. Ses Légions
le fuivent , mais défarmées , &
portant fur le front le doux préfage de
la paix .
Dieux s'il ne revenoit dans fa patrie
que chargé des dépouilles des Peuples
de la Gaule & du Nord , quel trion
phe pour lui , quelle pompe ! le Rhin ,
Í'Océan lui-même enchaîné à fon char !
la Bretagne & la Gaule captives ! que
de gloire il a perdu en abufant de la
victoire. Les habitans des villes n'accourent
point fur fa route avec une
joie tumultueufe ; ils le voyent paffer
&
COCTOBRE. 1763 . 73
& baiffent les yeux , faifis d'une terteur
muette. En aucun lieu le Feuple
des campagnes ne fe précipite au- devant
de fes pas. Cefar s'applaudit cependant
de leur infpirer tant de crainte:
à peine eût - il préféré leur amour.
Déja il a paffé la forterffe d'Anxur
& la forêt confacrée à la Diane de
Scythie. Déja il découvre d'une éminence
cette Rome qu'il n'avoit pas
vue depuis dix ans qu'avoit duré la
guerre des Gaules. Il s'étonne lui - même
de l'état où il l'a réduite ; & il lui
adreffe ces mots.
• Eft-il poffible , ô féjour des Dieux ,
que l'on abandonne tes murs , fans y
être forcé par la guerre ! & quelle ville
méritera qu'on la défende , fi ce n'eft
Rome ? Heureufement ce n'eft' ni le
Parthe , ni le Dace uni au Géte , ni le
Sarmate fecondé du Pannonien qui te
menace : la fortune n'oppofe qu'un Ci
toyen qui t'aime au chef timide qui
n'ofe te garder.
Bientôt Cefar entre dans Rome où
l'épouvante l'a devancé ; car on s'atend
qu'il va la livrer au pillage comme une
ville prife d'affaut , faccager les murs ,
embrâfer les Temples , enfevelir les
Dieux de la Patrie fous les débris de
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
leurs Autels . On ne doute pas qu'il ne
veuille tout ce qu'il peut , & comme il
peut tout , il n'eft rien qu'on ne craigne
. On ne feint pas même de le voir
avec joie & de faire des voeux pour lui ;
la haine occupe & remplit tous les
coeurs .
Les Peres de la Patrie du fond de
leur retraite fe rendent au Temple
d'Apollon où Cefar les fait appeller , C'eft
la première fois qu'un Citoyen ofe
convoquer le Sénat, On n'y voit point
des fiéges réfervés pour les Confuls
pour le Préteur , pour les Cenfeurs &
les Ediles. Céfar réunit toutes ces dignités
en lui feul , & c'eft pour enten
dre la volonté d'un homme que le Sénat
eft affemblé. Les Pères confcrits prénnent
place , réfolus de confentir àtout ,
foit qu'il demande un Trône ou des
Autels , l'exil ou la mort du Sénat luimême.
Graces aux Dieux , Céfar eut
Qu'il yeuille des autels , qu'il veuille un dia
dême ,
Qu'il prétende fur Rome un empire fuprême ,
Qu'il demande leur fang , leurs fuffrages font
prêts.
Sa penſée eft leur régle, & fes voeux leurs arrêts.
Breb.
OCTOBRE. 1763. 75
honte d'exiger ce que Rome n'eût pas
eu honte de permettre.
Cependant la liberté indignée ofa ſe
révolter encore & tenter par la voix
d'un Citoyen , fi les loix pouvoient réfifter
à la force ; le Tribun Métellus
voyant qu'on alloit enlever le tréfor du
Temple de Saturne , accourut , fe fit
un paffage à travers le cortége de César,
& fe préfenta fur le feuil du Temple
qu'on alloit ouvrir. L'avarice eft donc
la feule paffion qui brave le fer & la
mort ? Céfar foule aux pieds les loix fans
que perfonne s'arme pour elles ; & le plus
vil de tous les biens , l'or excite un foulévement
! Métellus s'oppofe donc au pillage
du Temple ; & s'adreffant à Céfar : »
» Tu nouvriras ces portes, lui dit- il qu'a-
» près m'avoir percé le fein , & tu n'em-
» porteras les dépouilles du Temple que
fouillé du fang d'un Tribun . Tu fçais
» files Dieux laiffent violer impuné-
» ment cette dignité fainte , & fi les
Euménides l'ont vengée de l'impiété
» de Craffus. Sois facrilege à fon exem-
» ple, tire ce glaive & frappe fans rougir.
» tu n'as point à craindre les yeux du
» Peuple nous fommes feuls ; Rome
» eft déferte. Mais dis-moi , Tyran , que
» veux - tu ? Livrer la Patrie en proie
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
à tes foldats ? Il te refte encore tant
» de Peuples , tant de Villes à ruiner !
qu'as- tu befoin des tréfors de la paix ?
» n'as- tu pas tous ceux de la guerre ? »
Ce difcours alluma la colére du vainqueur.
Tu te flattes en vain, lui dit-il ,
d'obtenir de moi une mort honnorable
: non , Métellus , ma main ne fera
point fouillée d'un fang auffi vil que le
tien. Il n'eft point de marque d'honneur
qui te rende digne de mon ref
fentiment. C'eft donc à toi que Rome
confie la défenſe de ſa liberté ? Certes
le temps a bien changé les chofes , fi
les Loix aiment mieux s'appuyer fur
-Métellus que de fléchir devant Céfar !
Alors impatient , de voir que le Tribun
ne quittoit pas la porte du Temple , il
regardoit fes foldats rangés autour de
lui , & alloit oublier le caractère paci .
fique dont il s'étoit revêtu fi Cotta
n'eût diffuadé Métellus d'une réſiſtance
imprudente.
>
Sous l'autorité d'un feul , lui dit- il
la liberté fe détruit - elle même en s'obftinant
à ne pas fléchir . Vous en conferverez
du moins l'ombre fi en cédant
à la néceffité vous femblez vouloir
tout ce qu'elle exige. Nous avons fubi
tant de Loix injuftes ! une fi lâche
OCTOBRE . 1763 . myday.
obéiffance n'a pour excufe que l'im
puiffance de réfifter. Qu'ils fe hâtent
d'emporter loin de nous ces tréfors pernicieux
, ces fatales femences de guerre ."
La ruine de l'Etat intéreffe un Peuple'
libre ; mais la mifére d'un peuple efclave
lui eft moins onéreufe qu'à fes Tyrans.
Metellus s'éloigna à ces mots , & la
roche tarpeïenne retentiffant du bruit
des portes , annonce à Rome que le
Temple eft ouvert . Du fond de ce Temple
fut allors tiré ce dépôt fi longtemps
inviolable des revenus du Peuple
Romain : le Tribut des Carthaginois celui
de Perfes & de Philippe ; tout l'or:
que Pyrrhus laiffa dans tes mains , ô
Rome , alors vertueufe & libre , cet or
au prix duquel Fabrice avoit refufé de
te trahir ; ce qu'avoit épargné la frugalité
de nos pères ; ce que l'opulente
Afie avoit payé de tribut aux Romains
; ce que Metellus avoit rapporté
de l'Ifle de Crére , & Caton de l'ifle de
Cypre ; enfin les dépouilles de l'Orient
captif & les richeffes de tant de Rois
étalées tout récemment encore dans les
triomphes de Pompée , tout fut envahi ;
le Temple fut livré à la plus affreufe
rapine ; & dès-lors , exemple inoui !
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
Céfar fut plus riche que Rome. * Ce
pendant la fortune de Pompée foulevoit
les Nations , & les attiroit de toutes
parts dans fa querelle & dans fa ruine. **
La Gréce qui voyoit de plus près l'appareil
de la guerre s'empreffa d'y contribuer.
Des campagnes de la Phocide
& des deux fommets du Parnaffe , des
champs de Béotie que borde le Céphife
, des environs de Thébes où coule .
Dircé , de l'Elide qu'arrofe l'Alphée ,
avant de traverfer les mers pour aller
chercher Aréthufe ; on voit les Peuples.
accourir .
>
Ceux d'Arcadie defcendent du Ménale
*** ceux d'Epire abandonnent les
Atamanes , & Dodone qui ne rend plus
d'oracles , & ce rivage autrefois célébre
où régna la veuve d'Hector. L'Illyrie
a pris les armes ; l'Iftrię a fuivi fon
*
Tout eft mis au pillage , & l'on voit un feut
homme
Plus riche que l'Etat & plus puiffant que Rome,
Bréb.
**
Ici , comme dans le premier Livre , le Poëte
a né gligé l'ordre géographique , & j'ai cru devoir
l'y rétablir .
*** Er du mont Pholoé que l'on dit avoir nourri
les Centaures.
* Oricum.
OCTOBRE. 1763. 79
#
exemple. Athénes quoique nouvellement
épuisée de combattans arme encore
quelques vaiffeaux . Cent Villes de
Crete uniffent leurs forces ; la Theffalie
affemble les fiennes : on quitte les
bords du Penée & les forêts du mont
Oëta , & ce golfe d'où fut lancé le
premier Navire qui fendit les mers ,
l'Argo qui mêla fur un même rivage
des Peuples inconnus l'un à l'autre , expofa
la race humaine à la fureur des
vents & des ondes , & lui apporta une
nouvelle mort.
Le Thrace a déferté l'Hémus & les
bords du Strimon , d'où l'on voit ces
oifeaux qui fendent les airs en phalange
fuir aux approches de l'hyver , &
chercher fur le Nil un climat plus doux.
Sur les pas du Thrace s'avancent les ha
bitans de cette Ifle qu'embraffe le Da
nube lorfqu'il fe plonge dans l'Euxin .
De leur côté marchent les Peuples de
Myfie & ceux d'Eolie qu'abreuve le
Caïque , & ceux qui cultivent la ſtérile
Arifbé. La Phrygie affemble les fiens :
Pitané fe voit dépeuplée , & Céléne qui
regrette encore le Satyre émule du Dieu
du chant. L'on quitte les bords du
Méandre & du Marlyas qu'il reçoit dans
fon fein , & du Pactole qui coule à tra-
Diy
80 MERCURE DE FRANCE.
vers des mines d'or , & de l'Hémus
auffi riche que le Pactole par la fertilité
de fes rives . Ceux de la Troade fe rendent
eux-mêmes fous les drapeaux d'un
Chef qui court avec eux à fa perte ; &
la fabuleufe origine de Cefar defcendant
d'Iule ne les empêche pas de s'armer
contre lui.
Les forêts du Taurus font défertes
les murs de Tharfe abandonnés . Les
Ports de Cilicie retentiffent des bruyans
apprêts d'une flotte , & le Cilicien traverfe
les mers guidé par l'étoile de l'Ourfe
, non plus comme autrefois en pirate,
mais en guerrier. Avec lui courent aux
combats les fauvages habitans de la
Cappadoce , & ceux de l'Arménie répandus
fur le mont Amane , & fur les
bords du Niphate qui roule des rochers ,
& ceux des rives de l'Halis que le malheur
de Créfus a rendu célébre. Le Syrien
quitte les bords de l'Oronte , l'Iduméen
fes champs ombragés de palmes
; le Phénicien les murs de Damas
& de Gaza , de Tyr & de Sidon qu'enrichit
la pourpre. Ce Peuple eft le
* C'eft de lui que nous vient cet art ingénieux
De peindre la parole & de parler aux yeux ,
Et par les traits divers de figures tracées ,
Donner de la couleur & du corps aux penfées.
*
Bréb
OCTOBRE . 1763 . 81
premier , fi l'on en croit la Renommée
qui ait éffayé de rendre la parole vifible
& de la fixer fous les yeux . L'Egypte
n'avoit point encore appris à tracer la
penſée fur l'écorce de fes rofeaux : feulement
elle gravoit fur la pierre des figures
d'oifeaux ou de bêtes féroces , &
ces images parloient à la vue un langage
mystérieux.
*
La guerre attire en même temps les
les Peuples heureux qui cultivoient les
riches compagnes de l'Euphrate & du.
Tigre. Ces deux fleuves prennent leur
fource dans la même chaîne de montagnes
; & fi dans leur cours leurs eaux le
confondent , on ne fçait plus quel nom
leur donner. Mais l'Euphrate a l'avan
tage de fe répandre comme le Nil dans
devaſtes plaines que fes eaux fertiliſent,
tandis que le Tigre fe perd au fein de
la terre , où il s'eft fait une route cachée
& ne renaît de fa nouvelle fource
que pour fe jetter dans l'Océan .
* On voit abandonner ces campagnes fécondes
Que le Tigre & l'Euphrate arrofent de leurs on
des .
Nés de la même fource , après de longs détours
Ils n'ont qu'un mème lit en achevant leur cours
Dv
82 MERCURE DE FRANCE .
L'Arabe vient fous un Ciel nouveau
& il s'étonne de n'y voir jamais les ombres
s'étendre du côté du Midi . La fureur
des Romains fe communique juf
ques au fond de l'Afie chez les Orétes
& les Carmanes , d'où l'on découvre à
peine l'Ourfe & le rapide Bootès . Elle
paffe de même en Affrique chez le bru
lant Ethiopien fi éloigné de nos climats .
Ammon , ne ceffe de voir traverſer fes
défert par des légions d'hommes armés ;
& depuis les Syrtes jufqu'au rivage Maure
, la Lybie a raffemblé tout ce qu'elle
a de combattans. Les Peuples qui couvrent
les riches bords du Phafe vont
courir les mêmes dangers. Le Parthe
belliqueux refte feul en balance entre
Céfar & Pompée , & il s'applaudit de
les voir divifés. Mais les Peuples errans
dans les déferts de la Scythie ceux que
le Bactre environne , ceux que l'Hircanie
enferme dans fes forêts ceux
qui vivent au pied du Caucaſe , ſe rangent
du parti de Pompée. Des climats
glacés où le Tanaïs fe précipitant dù
fommet du Riphée fépare l'Europe de
l'Afie ; des bords du Détroit du Palus
Méotide égal au paffage qu'Alcide ouvrit
aux eaux de l'Océan , tous les Peuples
du Nord volent au fecours de ce
héros. Il voit arriver dans fon Camp
OCTOBRE. 1763. 83
le Sarmate voifin du Mofcovite , l'Arimafpe
qui reléve fes cheveux avec des
liens tiffus de l'or que fon fleuve roule ,
le Maffagette qui dans les combats fe
nourrit du fang du Courfier qui le porte
& le Gélon fi rapide à la courfe & le
Coâtre qui vit dans les forêts dont les
chênes touchent aux Cieux . Le fignal
de la guerre a mis en mouvement les
Peuples mêmes de l'Aurore jufques dans
ces régions éloignées où le Gange eſt
adoré,le Gange, le feul des fleuves del'U
nivers qui ofe fuivre un cours oppofé
à celui du Dieu de la lumière , & s'ouvrir
une embouchure en face du foleil
naiffant. C'eſt par le Gange que fut ar
rêté le Héros de la Macédoine fans qu'il
pût arriver aux bords de l'Orient : vainqueur
du monde jufques-là il s'avoua
vaincu par le Gange.
Le même fignal retentit fur l'Indus
cefleuve qui fe jettant au fein des Mers
par deux bouches profondes ne s'apperçoit
pas dans fa rapidité que l'Hidafpe
fe mêle à fes vaftes eaux . Alors
s'uniffent pour marcher aux combats
les Peuples qui boivent fur ces bords
la douce liqueur qu'un rofeau diftile
& ceux qui teignent leur chevelure
dans le fuc doré d'une plante , & qui
D vj
84 MERCURE DE FRANCE .
fement de pierreries le long tiffu dont
ils s'enveloppent , & ceux qui dreffent
eux-mêmes leurs buchers & fe jettent
vivans au milieu des flammes. Ah
quelle gloire n'eft - ce pas pour eux de
difpofer ainfi d'eux-mêmes , & raffafiés
de la vie , d'en donner les reftes aux
Dieux .
*
1
Ni fous les Drapeaux de Cyrus , ni
dans l'Armée de Xercès , ni fous la
Flotte d'Agamemnon, jamais on n'avoit
vû tant de Rois fe réunir fous un même
Chef, ni tant de Peuples différens de
vêtemens , de traits , de langage. Ce
font autant de Compagnons que la
fortune veut que Pompée entraîne dans
fa vafte ruine , & autant de victimes
qu'elle va immoler aux funérailles de
ce grand Homme pour les rendre dignes
de lui. Ou plutot de peur que l'heu
reux Cefar n'ait plus d'un combat à
livrer pour fubjuguer le monde, elle a
voulu le lui.donner à vaincre en un
* Trop heureux dans leurs maux de ne remettre
pas
Aux caprices du Sort le choix de leur trépas ,
De pouvoir faire aux Dieux ce libre facrifice ,
Et de donner leur vie avant qu'on la raviſſe.,
Bréb
OCTOBRE. 1763 . 85
jour dans les Champs de la Theffalie .
Dès que Céfar eft forti des murs
de Rome , que fon afpect faifoit trem
bler , il femble donner à fes Légions des
ailes pour franchir les Alpes à travers
les nuages qui les couronnent. Mais
tandis que les autres Nations frémiffent
au nom de Céfar , Marfeille cette Colonie
des Phocéens , ofe refter fidéle à
fon alliance avec Rome , & préférer
le parti le plus jufte au plus heureux .
Cependant elle veut effayer par un langage
pacifique , de fléchir la fureur indomptable
de Céfar , & la dureté de
cette âme fuperbe . Ses Députés , choifis
parmi la jeuneffe , s'avancent , l'o
live dans les mains , au- devant de Céfar
& de fes Légions.
Romains , dirent- ils , vos Annales at
teftent que dans les Guerres du dehors,
Marſeille a dans tous les temps par
tagé les travaux & les dangers de Rome.
aujourd'hui - même fi tu veux , Céfar
, chercher dans l'Univers de nouveaux
triomphes , nos mains vont s'armer
& te font dévouées ; mais fi dans
les combats où vous courez , Rome
ennemie d'elle - même , va fe baigner
dans fon propre fang , nous n'avons
à vous offrir que des larmes & un afyle ,
86 MERCURE DE FRANCE.
Les coups que Rome va fe porter nous
feront facrés comme ceux de la foudre ,
fi les Dieux s'armoient contre les Dieux
ou fi les Géans leur déclaroient la
Guerre , la pitié des humains feroit infenfée
d'ofer vouloir les fecourir par
des voeux ou par de foibles armes , & ce
ne feroit qu'au bruit du tonnerre que
l'homme aveugle fur le deftin des Dieux ,
s'appercevroit que Jupiter feroit encore
maître de l'Olympe . Ajoutez au reſpect
qui nous retient , que des Peuples fans
nombre accourent dans vos camps , &
que ce monde corrompu n'a pas affez
le crime en horreur , pour que vos guerres
domestiques manquent de glaives
& de miniftres. * Et plût aux Dieux
que la Terre entiere penfat comme
hous , qu'elle refufât de feconder vos
haines & que nul Etranger ne voulût
fe mêler à vos combatans. Que feriezvous
livrés à vous -même ? Eft-il un
fils à qui les armes ne tombaffent des
mains à la rencontre de fon père ?
Eft-il des frères affez barbares pour
croifer leurs lances & fe percer de traits ?
L'injuftice eft illuftre à la fuite des Grands ,
E leurs plus noirs deffeins trouvent des partifans .
Bréb
OCTOBRE. 1763. 87
La guerre eft finie , fi vous êtes privé
du fecours de ceux à qui elle elle eſt
permife . Pour nous , la feule grace que
nous vous demandons , c'eft de laiffer
loin de nos murs ces Drapeaux , ces
Aigles terribles , de daigner vous fier
à nous , & de confentir que nos por
tes foient ouvertes à Céfar & fermées
à la guerre. Permets , Céfar , permets
qu'il refte un afyle inacceffible au crime,
& für également pour les deux partis ,
où Pompée & toi, fi jamais le malheur de
Rome vous touche & vous difpofe à un
accord , vous puiffiez venir des armés .
Du refte qui peut t'engager , quand
la guerre t'appelle en Efpagne , à fuf
prendre ici ta marche rapide ? Eft- ce
de nous que le fuccès dépend ? Nous ne
fommes d'aucun poids dans la balance
des deftins du Monde. Depuis que ce
Peuple éxilé dans fon ancienne Patrie ,
quitté les mers de Phocée livrés aux
flammes , quels ont été nos exploits ?
Enfermés dans d'étroites murailles, & fur
un rivage étranger, notre bonne foi feule
nous rend illuftres. Toutefois fi tu pré
tens affiéger nos murs & brifer nos
Portes , nous fommes réfolus à braver
le fer & la flamme, la foif & la faim . Si tu
mous prives du fecours des eaux , nous
88 MERCURE DE FRANCE.
fi
creuferons , nous lécherons la terre ;
le pain nous manque , nous nous réduirons
aux alimens les plus immondes. Ce
Peuple aura le courage de fouffrir pour
fa liberté tous les maux que fupporta
Sagunte affiégée par Annibal. Les enfans
qui dans les bras de leurs mères
défaillantes prefferont en vain leurs mamelles
taries & defféchées par la faim ,
en feront arrachés & jettés dans les
flammes. L'époufe demandera la mort à
fon époux chéri. Les Frères fe perceront
l'un l'autre pour fe délivrer de la
vie , & cette guerre nous fera moins
d'horreur que la guerre civile où tu veux
nous traîner.
Ainfi parla cette vertueufe jeuneffe ;
& Céfar dont la colère enflammoit les
regards , la laiffe éclater en ces mots.
Ce Peuple transfuge compte yainement
fur la rapidité de ma courſe. Tout impatient
que je fuis de me rendre en Efpagne
, j'aurai le temps de râfer ſes
murs. Réjouiffez - vous , compagnons.
Le fort préfente fur votre paffage dequoi
exercer votre valeur. Nous avons
befoin d'ennemis comme les vents ont
befoin d'obstacles pour ramaffer leurs
forces diffipées & comme la flamme a
befoin d'alimens. Tout ce qui céde ,
OCTOBRE 1763. 89
*
nous dérobe la gloire de vaincre que la
révolte nous offriroit. Marſeille , dit on ,
confent à m'ouvrir fes portes fi j'ai la
baffeffe de vouloir m'y préfenter feul
& fans armes. C'eft donc peu de m'exclure
, elle veut m'enfermer ! ne croitelle
pas fe dérober à la guerre qui embrâfe
le monde ? Lâches, vous ferez punis
d'avoir ofé prétendre à la paix ; &
vous apprendrez qu'il n'y a point d'afyle
plus affuré dans l'Univers que la guerre
même fous mes Drapeaux . Il dit &
marche vers les murs de Marfeille où
rien n'annonce la frayeur. Il trouve les
portes fermées & les remparts couverts
d'une jeuneffe nombreffe réfolue
à s'enfevelir fous fes murs. Ce fera pour
Marſeille un honneur immortel , un fait
mémorable dans tous les âges d'avoir
foutenu fans abattement les approches
de la guerre,d'en avoir fufpendu le cours;
& tandis que l'impéteux Céfar entraînoit
tout furfon paffage , de n'avoir feule
* Mais ce calme honteux en un fiécle d'allarmes
Vous coûtera bientôt & du fang & des larmes ;
Et fi votre falut vous eft un bien fi cher ,
C'étoit fous mes drapeaux qu'il falloit le chercher.
Breb.
go MERCURE DE FRANCE.
été vaincue que par un fiége pénible &
lent. Quelle gloire en effet de réfifter aux
déftinées & de retarder fi long-temps
la fortune impatiente de donner un
Maître à l'Univers ! Non loin de la ville
eft une colline dont le fommer applani
forme un terrein affez. fpacieux . Cette
hauteur où il eft facile de fe retrancher,
par une longue enceinte , lui préfente
un Camp avantageux & fùr. Du côté
oppofé à cette colline & à la même
hauteur s'élève un Fort qui protége la
Ville, & dans l'intervalle font des champs
cultivés.
Céfar trouva digne de lui le vaſte
projet de combler le vallon & de joindre
les deux éminences. D'abord pour
inveftir la Ville du côté de la terre il
fait pratiquer un long retranchement du
haut de fon Camp jufqu'à la Mer. Un
rempart de gazon couronné d'épais crénaux
doit embrâfer la Ville , & lui
couper les eaux & les vivres qui lui
viennent des champs voisins .
Le reste au Mercure prochain.
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18746
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LOGOGRYPHE.
Début :
Des cruautés du sort victime déplorable, [...]
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LOGOGRYPH E.
Das cruautés du fort victime deplorable ,
ES
Je fouffre à chaque inftant mille tourmens nouveaux
.
Encor fi du deftin l'arrêt impitoyable
M'eût laiffé pour efpoir de voir finir mes maux.
Mais non ô barbarie ! ô cruelle injuftice !
Pour n'en plus endurer , il faut que je périffe.
A ce trifte début tu me plains , cher Lecteur ?
J'excite ta pitié ? Mais fois faifi d'horreur :
Vois comme une main affaffine
De mille & mille dards vient me percer le fein.
En font- ils arrachés hélas ! on m'en deftine ,
L'inſtant d'après , un plus nombreux effain .
Enfin trop répété , cet horrible martyre
Met mon corps en lambeaux , & je ne vaux plus
rien .
Si des maux fi connus ne m'indiquoient pas
bien ,
Cherche , Lecteur , ce que defire
Cet homme ambitieux , qui , for jouet du ſort ,
Rifquant fon bien , par avarice ,,
Attend qu'il plaiſe à fon caprice
De décider s'il eut raifon ou tort.
J'offre encore à tes yeux un des points de la
terre ,
66 MERCURE DE FRANCE.
Qui termine fon axe : un Dieu qui , pour Junon }
Sous les flots écumans , miniftre de colere ,
Des Troyens échappés voulut , à fa priere ,
Noyer le trifte refte , & perdre jufqu'au nom :
En la cuifine un meuble néceffaire :
Un fleuve d'Italie ; enfin un ornement
Que peut porter un Prêtre feulement.
C'en eft affez , Lecteur , il faut me taire :
T. PASQUIER.
Das cruautés du fort victime deplorable ,
ES
Je fouffre à chaque inftant mille tourmens nouveaux
.
Encor fi du deftin l'arrêt impitoyable
M'eût laiffé pour efpoir de voir finir mes maux.
Mais non ô barbarie ! ô cruelle injuftice !
Pour n'en plus endurer , il faut que je périffe.
A ce trifte début tu me plains , cher Lecteur ?
J'excite ta pitié ? Mais fois faifi d'horreur :
Vois comme une main affaffine
De mille & mille dards vient me percer le fein.
En font- ils arrachés hélas ! on m'en deftine ,
L'inſtant d'après , un plus nombreux effain .
Enfin trop répété , cet horrible martyre
Met mon corps en lambeaux , & je ne vaux plus
rien .
Si des maux fi connus ne m'indiquoient pas
bien ,
Cherche , Lecteur , ce que defire
Cet homme ambitieux , qui , for jouet du ſort ,
Rifquant fon bien , par avarice ,,
Attend qu'il plaiſe à fon caprice
De décider s'il eut raifon ou tort.
J'offre encore à tes yeux un des points de la
terre ,
66 MERCURE DE FRANCE.
Qui termine fon axe : un Dieu qui , pour Junon }
Sous les flots écumans , miniftre de colere ,
Des Troyens échappés voulut , à fa priere ,
Noyer le trifte refte , & perdre jufqu'au nom :
En la cuifine un meuble néceffaire :
Un fleuve d'Italie ; enfin un ornement
Que peut porter un Prêtre feulement.
C'en eft affez , Lecteur , il faut me taire :
T. PASQUIER.
Fermer
18749
p. 1337-1344
REPLIQUE du premier Musicien à la réponse du second, inserée dans le Mercure du mois de May dernier.
Début :
Parmi les faits que vous supposez, Monsieur, dans votre Réponse, il y [...]
Mots clefs :
Harmonie, Accords, Méthode, Accompagnement, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPLIQUE du premier Musicien à la réponse du second, inserée dans le Mercure du mois de May dernier.
REPLIQUE du premier Musicien à
la réponse du fecond , inferée dans le Mer
cure du mois de May dernier.
P
Armi les faits que vous fuppofez ,
Monfieur , dans votre Réponſe , il y
en a deux où l'on peut voir clairement
que vous manquez de bonne foy; le premier
que vous avez déja avancé dans vo
tre conférence , regarde mon prétendu
defaveu du Traité de l'Harmonie , & le fecond
regarde la perfonne à qui vous fai
tes dire qu'elle m'a enfeigné tout ce que
j'ai mis au jour depuis peu , & où vous
confondez la Baffe fondamentale.
Si j'ai prouvé dans l'examen de votre
conférence , pag. 2373. la fauffeté de votre
application à un paffage du Traité de
Harmonie , à l'occafion de laquelle application
vous me faites prononcer contre
cet ouvrage ; il falloit détruire ma
preuve, avant que'd'infifter ; puis-je avoir
défavoué mon ouvrage à propos de rien ?
& prétendez - vous en impofer par vos témoins
? Confultez - les , ils ne font pas fG
préoccupez que vous ; votre condamna
tion fuivra de près leur jugement.
Je me fuis toujours fait un plaifir de
publier dans l'occafion, que M. Lacroix,
H.Vol
Diij de
1333 MERCURE DE FRANCE
de Montpelier , dont vous avez marqué
la demeure , m'avoit donné une connoiffance
diftincte de la regle de l'8 , à l'âge
de 20 ans ; mais il y a loin delà à la Bre
F. dont nul ne peut fe vanter de m'avoir
jamais donne la moindre notion ;j'ofe
même avancer , que nul ne la connoît encore
parfaitement. En proférer le nom ,
en avoir quelques idées , la difcerner en
certains cas , fentir ce qui en peut naître,
ce n'eft encore-là que l'entrevoir; en vain
la mettez - vous au rang des principes pratiquez
avant l'Edition de mon Livre; fr
cela étoit , on en auroit du moins touché
quelque chofe dans quelques- unes des
Méthodes de compofition ou d'accompagnement
, imprimées ou manufcrites ,
qui ont paru avant cette Edition ; & co
feroit rendre leurs Auteurs fufpects de
la plus grande charlatanerie , que de faire
entendre qu'ils ne l'ont profeffée que
dans des leçons de vive voie . Où font ces
leçons? où font ceux qui les ont données?
A l'égard des 4 chefs qui font , dites
vous , toute notre difpute , j'entamerai
encore moins la matiére que je ne l'ai fait
dans l'examen de votre conférence , parce
que je dois bien-tôt mettre au jour un
Ouvrage intitulé: Génération Harmonique,
où vous trouverez plus que vous ne demandez
à prefent ; mais comme je veux
II. Vol
mettre
JUIN 1730. 1339
mettre fin à votre critique , je vais feule
ment tâcher de vous prouver que ce que
vous m'oppofez de plus férieux,fe détruit
de lui-même.
Vous prétendez d'abord que le premier
fondement de l'Harmonie doit fe tirer despro
portions qui fe trouvent dans les Vibrations
des fons, pour me fervir de vos propres
termes ; & moi je foutiens qu'il éxifte
dans l'Harmonie qui réſulte de la réſonnance
d'un corps fonore . Vous dites que
c'eft un fait de Phyfique ; mais avez vous
bien pris garde que ce fait , qui vérita
blement eft Phyfique dans la maniére que
je l'expofe , devient purement Géométri
que de la façon que vous le préfentez
Ne fçavez-vous pas que la Mufique eft
une fcience Phificomathématique , que le
fon en eft l'objet Physique , & que les
rapports trouvez entre différens fons en
font l'objet Mathématique ou Géomé
trique ? Je m'étonne qu'avec un argument
tel que celui que vous me faites à
ce fujet , vous confondiez ainfi les cho
fess mais c'eft apparamment là votre intention
,comme la fuite en eft une preuve .
Car , fi nous paffons au 2. chef , nous
Vous y verrons retomber dans les contradictions
dont votre conférence eft
remplie , nous vous y verrons approuver
& défapprouver fucceffivement la même
HVol Dilj
chofe;
340 MERCURE DE FRANCE.
chofe ; vous n'y cachez pas même affez
l'embarras que vous voulez y jetter .Vous
imaginez - vous que la diftinction fubtile
& frivole que vous y faites entre l'accord
& l'intervale de 7 , change la nature de
cette même 7 °, & empêche qu'elle ne foit
toujours la même diffonance , pendant
que le fon grave , qui fait qu'elle eft 7° ,
en eft toujours la Be, Fle ? c'eft cependantlà
dequoi il sagit , & ce qui décide la
queſtion.
Au lieu de fimplifier les objets , de les
ramener au même point , & de faciliter
par ce moyen , l'intelligence de votre
art ; vous ne faites qu'obfcurcir l'idée de
la diffonnance, fi claire par elle - même ,
& fi importante pour la fucceffion de
T'Harmonie , dont apparemment vous faites
peu de compte. Croyez - vous parvenir
jamais à pouvoir m'enfeigner la Be, Fle ,
tant que vous y admettrez des 2es & des
4es ? Dites- nous franchement fi vous vous
foumettez au principe dont vous vous
autoriſez , ou fi ce principe vous eſt ſoumis
? Si c'eſt à vous de lui donner la loy ,
il n'y a rien à dire ; mais fi c'eft à vous
de fuivre celle qu'il vous impofe ; de
quel droit lui attribuez-vous donc gra
tuitement & directement des 2es & des
4 , tandis qu'au moment que vous vous
le propofez ( pag. 885. ) vous lui refufez
ces II. Vol.
JUIN. 1730 1341
es
ces mêmes Diffonances , que fourniffent
les renverſemens de cet accord de 7º, ré ,
fa , la , ut , où vous voulez que ré foit fondamental
de tous côtez ? Et tandis qu'a
près avoir confondu la fuppofition , & la
Sufpenfion avec l'Harmonie fondamentale
, en donnant indifféremment des ger ,
des 2es & des 4 au fondement , vous ne
fçauriez vous empêcher de renoncer à
ce même fondement dans cet accord par
fuppofition , fol , ré , fa , la , ut , ( p.890 . )
vous n'y regardez plus la Baffe actuelle ,
fol, comme fondamentale , & vous y rendez
à ré , ce que vous lui aviez d'abord
accordé ; quelles contradictions ! Mais ne
ne ferois- je pas moi -même dans l'erreur,
& ne doit-on pas avoir égard aux raiſons
qui vous en ont fait ufer de la forte ? Ici ,
felon vous , c'est un fon retardant , paref
feux pour ainsi dire , à fe rendre à japla
ce ; là c'eft une difpofition approchante ; là
c'est une Baffe qui reste à la finale comme
par entêtement , ou par une immobilité inébranlable
on fent que l'Harmonie , pour
remplirfon miniftere , qui eft de donner de la
variété , touche l'accord de la Dominante
mais que la Baffe manque , pour ainsi dire ,
à fun devoir. Je ne fçavois pas effectivement,
que ce fuffent -là des raifons ; dites
plutôt , pour vous juftifier , que la raifon
eft fuperfluë en Mufique ; mais avouez en
a
Mr.Vol même
1342 MERCURE, DE FRANCE
même-tems que vous avez tort de vouloir
y en admettre.
N'eft-ce pas vous feul , M. qui avez
bâti cette Tour de Babel , par un entaffement
de 3 fur 3 , où, en effet, la confufion
fe mêle ? Heureufe audace que la
vôtre ! Cet accord ut , mi , fol , fi , ré, fa
que vous citez ( pag. 890. ) & qui vient fi
dignement à la fuite de votre Trio , E,
eft il donc un enrichiffement de l'Harmonie
, un prodige de variété ? Je ferois
bien curieux de voir les Certificats des
Compofiteurs à grand Choeur fur cette
découverte , & fur ce qui regarde votre
3me chef; car je m'attends qu'on recevra
une grande fatisfaction du renverſement
d'un pareil accord par l'union de ces fix
notes , fi , ut, re , mi ,fa , fol ; encore une
note , & vous auriez eû la gloire de ne
faire qu'un accord de toute la Gamme.
des
Quant au 4me chef , on devine affez le
motif qui vous fait parler : Dites tant
qu'il vous plaira que je ne fuis qu'un
compilateur ; ce qui eft cependant bien
éloigné de la vérité ; il me fuffira
efprits d'ordre & de fyftême reconnoiffent
ma Méthode d'accompagnement
pour ce qui s'appelle une Methode , &
pour l'unique qui ait encore paru dans
ce genre.
que
Au furplus , M. vous juftifiez pleine-
11.Vob.
ment
JUIN. 1730. 1343
ment ce que j'ai avancé dans la Préface
de mon Livre , fur le peu de connoiffan
ce & de fond qui ont accompagné juf
qu'ici la pratique des Muficiens . Vous ne
jugez de votre Art que par la voye des
fens , vous vous y laiffez prévenir par les
effets , & n'en cherchez la caufe que dans
vos affections . Delà naît cette confufion
que vous faites de l'objet Phyſique avec
Le Géométrique , auffi -bien que de la fuppofition
& de la fufpenfion avec l'Harmonie
fordamentale ; delà naiffent tous vos
grands mots qui n'aboutiffent tout au
plus qu'à éblouir ceux qui ne font point
au fait delà naît enfin votre Accord à ;
fix cornes , qui eft le plus fidele interprete
de toutes vos connoiffances . Comment
vous démontrer des véritez , fi vous n'avez
pour principes que des autoritez, des
certificats , des difpofitions approchan
tes, des fons pareffeux , des Baffes entêtées,
des comparaifons , & pour derniere ref
fource , des défis , des rodomontades ?
Que prouve tout cela en fait de fcience,
& que peuvent des gens à talens , même
leurs productions les plus heureufes , contre
un fyftême raiſonné ?
Je finis , M. en vous avertiffant que
la
qualité donnée dans l'examen à celui qui
récuſe une Méthode d'accompagnement ,
fur ce qu'elle exige la connoiffance di
II.Vol.
D vj Mod
1344 MERCURE DE FRANCE.
Mode,lui reftera toujours , juſqu'à ce qu'il
reconnoiffe & confeffe fon erreur ; mais
faites bien attention que j'ai toujours compté
parler à un Anonime, & que je ne l'ai
défigné ni par fes ouvrages , ni autrement.
la réponse du fecond , inferée dans le Mer
cure du mois de May dernier.
P
Armi les faits que vous fuppofez ,
Monfieur , dans votre Réponſe , il y
en a deux où l'on peut voir clairement
que vous manquez de bonne foy; le premier
que vous avez déja avancé dans vo
tre conférence , regarde mon prétendu
defaveu du Traité de l'Harmonie , & le fecond
regarde la perfonne à qui vous fai
tes dire qu'elle m'a enfeigné tout ce que
j'ai mis au jour depuis peu , & où vous
confondez la Baffe fondamentale.
Si j'ai prouvé dans l'examen de votre
conférence , pag. 2373. la fauffeté de votre
application à un paffage du Traité de
Harmonie , à l'occafion de laquelle application
vous me faites prononcer contre
cet ouvrage ; il falloit détruire ma
preuve, avant que'd'infifter ; puis-je avoir
défavoué mon ouvrage à propos de rien ?
& prétendez - vous en impofer par vos témoins
? Confultez - les , ils ne font pas fG
préoccupez que vous ; votre condamna
tion fuivra de près leur jugement.
Je me fuis toujours fait un plaifir de
publier dans l'occafion, que M. Lacroix,
H.Vol
Diij de
1333 MERCURE DE FRANCE
de Montpelier , dont vous avez marqué
la demeure , m'avoit donné une connoiffance
diftincte de la regle de l'8 , à l'âge
de 20 ans ; mais il y a loin delà à la Bre
F. dont nul ne peut fe vanter de m'avoir
jamais donne la moindre notion ;j'ofe
même avancer , que nul ne la connoît encore
parfaitement. En proférer le nom ,
en avoir quelques idées , la difcerner en
certains cas , fentir ce qui en peut naître,
ce n'eft encore-là que l'entrevoir; en vain
la mettez - vous au rang des principes pratiquez
avant l'Edition de mon Livre; fr
cela étoit , on en auroit du moins touché
quelque chofe dans quelques- unes des
Méthodes de compofition ou d'accompagnement
, imprimées ou manufcrites ,
qui ont paru avant cette Edition ; & co
feroit rendre leurs Auteurs fufpects de
la plus grande charlatanerie , que de faire
entendre qu'ils ne l'ont profeffée que
dans des leçons de vive voie . Où font ces
leçons? où font ceux qui les ont données?
A l'égard des 4 chefs qui font , dites
vous , toute notre difpute , j'entamerai
encore moins la matiére que je ne l'ai fait
dans l'examen de votre conférence , parce
que je dois bien-tôt mettre au jour un
Ouvrage intitulé: Génération Harmonique,
où vous trouverez plus que vous ne demandez
à prefent ; mais comme je veux
II. Vol
mettre
JUIN 1730. 1339
mettre fin à votre critique , je vais feule
ment tâcher de vous prouver que ce que
vous m'oppofez de plus férieux,fe détruit
de lui-même.
Vous prétendez d'abord que le premier
fondement de l'Harmonie doit fe tirer despro
portions qui fe trouvent dans les Vibrations
des fons, pour me fervir de vos propres
termes ; & moi je foutiens qu'il éxifte
dans l'Harmonie qui réſulte de la réſonnance
d'un corps fonore . Vous dites que
c'eft un fait de Phyfique ; mais avez vous
bien pris garde que ce fait , qui vérita
blement eft Phyfique dans la maniére que
je l'expofe , devient purement Géométri
que de la façon que vous le préfentez
Ne fçavez-vous pas que la Mufique eft
une fcience Phificomathématique , que le
fon en eft l'objet Physique , & que les
rapports trouvez entre différens fons en
font l'objet Mathématique ou Géomé
trique ? Je m'étonne qu'avec un argument
tel que celui que vous me faites à
ce fujet , vous confondiez ainfi les cho
fess mais c'eft apparamment là votre intention
,comme la fuite en eft une preuve .
Car , fi nous paffons au 2. chef , nous
Vous y verrons retomber dans les contradictions
dont votre conférence eft
remplie , nous vous y verrons approuver
& défapprouver fucceffivement la même
HVol Dilj
chofe;
340 MERCURE DE FRANCE.
chofe ; vous n'y cachez pas même affez
l'embarras que vous voulez y jetter .Vous
imaginez - vous que la diftinction fubtile
& frivole que vous y faites entre l'accord
& l'intervale de 7 , change la nature de
cette même 7 °, & empêche qu'elle ne foit
toujours la même diffonance , pendant
que le fon grave , qui fait qu'elle eft 7° ,
en eft toujours la Be, Fle ? c'eft cependantlà
dequoi il sagit , & ce qui décide la
queſtion.
Au lieu de fimplifier les objets , de les
ramener au même point , & de faciliter
par ce moyen , l'intelligence de votre
art ; vous ne faites qu'obfcurcir l'idée de
la diffonnance, fi claire par elle - même ,
& fi importante pour la fucceffion de
T'Harmonie , dont apparemment vous faites
peu de compte. Croyez - vous parvenir
jamais à pouvoir m'enfeigner la Be, Fle ,
tant que vous y admettrez des 2es & des
4es ? Dites- nous franchement fi vous vous
foumettez au principe dont vous vous
autoriſez , ou fi ce principe vous eſt ſoumis
? Si c'eſt à vous de lui donner la loy ,
il n'y a rien à dire ; mais fi c'eft à vous
de fuivre celle qu'il vous impofe ; de
quel droit lui attribuez-vous donc gra
tuitement & directement des 2es & des
4 , tandis qu'au moment que vous vous
le propofez ( pag. 885. ) vous lui refufez
ces II. Vol.
JUIN. 1730 1341
es
ces mêmes Diffonances , que fourniffent
les renverſemens de cet accord de 7º, ré ,
fa , la , ut , où vous voulez que ré foit fondamental
de tous côtez ? Et tandis qu'a
près avoir confondu la fuppofition , & la
Sufpenfion avec l'Harmonie fondamentale
, en donnant indifféremment des ger ,
des 2es & des 4 au fondement , vous ne
fçauriez vous empêcher de renoncer à
ce même fondement dans cet accord par
fuppofition , fol , ré , fa , la , ut , ( p.890 . )
vous n'y regardez plus la Baffe actuelle ,
fol, comme fondamentale , & vous y rendez
à ré , ce que vous lui aviez d'abord
accordé ; quelles contradictions ! Mais ne
ne ferois- je pas moi -même dans l'erreur,
& ne doit-on pas avoir égard aux raiſons
qui vous en ont fait ufer de la forte ? Ici ,
felon vous , c'est un fon retardant , paref
feux pour ainsi dire , à fe rendre à japla
ce ; là c'eft une difpofition approchante ; là
c'est une Baffe qui reste à la finale comme
par entêtement , ou par une immobilité inébranlable
on fent que l'Harmonie , pour
remplirfon miniftere , qui eft de donner de la
variété , touche l'accord de la Dominante
mais que la Baffe manque , pour ainsi dire ,
à fun devoir. Je ne fçavois pas effectivement,
que ce fuffent -là des raifons ; dites
plutôt , pour vous juftifier , que la raifon
eft fuperfluë en Mufique ; mais avouez en
a
Mr.Vol même
1342 MERCURE, DE FRANCE
même-tems que vous avez tort de vouloir
y en admettre.
N'eft-ce pas vous feul , M. qui avez
bâti cette Tour de Babel , par un entaffement
de 3 fur 3 , où, en effet, la confufion
fe mêle ? Heureufe audace que la
vôtre ! Cet accord ut , mi , fol , fi , ré, fa
que vous citez ( pag. 890. ) & qui vient fi
dignement à la fuite de votre Trio , E,
eft il donc un enrichiffement de l'Harmonie
, un prodige de variété ? Je ferois
bien curieux de voir les Certificats des
Compofiteurs à grand Choeur fur cette
découverte , & fur ce qui regarde votre
3me chef; car je m'attends qu'on recevra
une grande fatisfaction du renverſement
d'un pareil accord par l'union de ces fix
notes , fi , ut, re , mi ,fa , fol ; encore une
note , & vous auriez eû la gloire de ne
faire qu'un accord de toute la Gamme.
des
Quant au 4me chef , on devine affez le
motif qui vous fait parler : Dites tant
qu'il vous plaira que je ne fuis qu'un
compilateur ; ce qui eft cependant bien
éloigné de la vérité ; il me fuffira
efprits d'ordre & de fyftême reconnoiffent
ma Méthode d'accompagnement
pour ce qui s'appelle une Methode , &
pour l'unique qui ait encore paru dans
ce genre.
que
Au furplus , M. vous juftifiez pleine-
11.Vob.
ment
JUIN. 1730. 1343
ment ce que j'ai avancé dans la Préface
de mon Livre , fur le peu de connoiffan
ce & de fond qui ont accompagné juf
qu'ici la pratique des Muficiens . Vous ne
jugez de votre Art que par la voye des
fens , vous vous y laiffez prévenir par les
effets , & n'en cherchez la caufe que dans
vos affections . Delà naît cette confufion
que vous faites de l'objet Phyſique avec
Le Géométrique , auffi -bien que de la fuppofition
& de la fufpenfion avec l'Harmonie
fordamentale ; delà naiffent tous vos
grands mots qui n'aboutiffent tout au
plus qu'à éblouir ceux qui ne font point
au fait delà naît enfin votre Accord à ;
fix cornes , qui eft le plus fidele interprete
de toutes vos connoiffances . Comment
vous démontrer des véritez , fi vous n'avez
pour principes que des autoritez, des
certificats , des difpofitions approchan
tes, des fons pareffeux , des Baffes entêtées,
des comparaifons , & pour derniere ref
fource , des défis , des rodomontades ?
Que prouve tout cela en fait de fcience,
& que peuvent des gens à talens , même
leurs productions les plus heureufes , contre
un fyftême raiſonné ?
Je finis , M. en vous avertiffant que
la
qualité donnée dans l'examen à celui qui
récuſe une Méthode d'accompagnement ,
fur ce qu'elle exige la connoiffance di
II.Vol.
D vj Mod
1344 MERCURE DE FRANCE.
Mode,lui reftera toujours , juſqu'à ce qu'il
reconnoiffe & confeffe fon erreur ; mais
faites bien attention que j'ai toujours compté
parler à un Anonime, & que je ne l'ai
défigné ni par fes ouvrages , ni autrement.
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Résumé : REPLIQUE du premier Musicien à la réponse du second, inserée dans le Mercure du mois de May dernier.
En mai 1730, un musicien publie une réplique dans le Mercure de France pour contester deux points soulevés par un interlocuteur. Il nie avoir désavoué son Traité de l'Harmonie et affirme avoir prouvé la fausseté des arguments de son adversaire à ce sujet. Il reconnaît avoir appris la règle de l'octave de M. Lacroix de Montpellier, mais nie avoir reçu des enseignements sur la Basse fondamentale. Il soutient que cette connaissance n'était pas pratiquée avant la publication de son livre et critique ceux qui prétendent le contraire comme étant des charlatans. Le musicien annonce la publication prochaine d'un ouvrage intitulé 'Génération Harmonique' pour répondre aux critiques concernant les quatre points de la dispute. Il critique l'approche de son adversaire, qui mélange les aspects physiques et géométriques de la musique, et souligne les contradictions dans ses arguments. Il accuse son adversaire de confondre les concepts de supposition, suspension et harmonie fondamentale, créant ainsi une confusion inutile. Le musicien conclut en affirmant que son adversaire juge la musique uniquement par les sens et les effets, sans chercher les causes. Il critique l'utilisation de grands mots et de concepts vagues par son adversaire et affirme que son propre système est basé sur des principes raisonnés. Il termine en avertissant son interlocuteur de reconnaître son erreur concernant une méthode d'accompagnement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18750
p. 73-86
ASTRONOMIE, par M. de Lalande, &c. [titre d'après la table]
Début :
ASTRONOMIE, par M. DE LALANDE, de l'Académie des Sciences, &c. ; à [...]
Mots clefs :
Astronomie, Livre, Joseph Jérôme Lefrançois de Lalande, Temps, Planètes, Tables, Méthode, Terre, Calculs, Observations, Étoiles, Théorie, Instruments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ASTRONOMIE, par M. de Lalande, &c. [titre d'après la table]
ASTRONOMIE, parM. DE LALANDE,
de l'Académie des Sciences , &c. ; à
Paris, chez Defaint & Saillant , rue
Saint-Jean-de-Beauvais ; deux volumes
in-4° , avec approbation & privilège du
Roi ; 1764.
CElivre, quipar fonétendue furpaſſe
tous les ouvragesd'aſtronomie qui avoient
paru juſqu'ici, lesfurpaſſe encore pluspat
le grand nombre d'objets nouveaux que
l'Auteur y a mis ; c'eſt cette partie de
l'ouvrage que nous allons expoſer au pu
blic: onverradanschaque article, oudes
marques du progrès que les ſciences font
chaquejour,oude nouveauxſecoursofferts
àceux quiveulenty pénétrer. Le livre eſt
diviſéenvingt-quatre traités ſurlesdiffé
rentesbranchesdel'aſtronomie ; mais nous
nousréduiſons auxobjets quicaractériſent
ſpécialement l'ouvrage deM. de Lalande.
Vol. II.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
La préface contient d'abord un éloge
pompeux de l'aſtronomie ; on y trouve
tout cequ'on adit & ce qu'on peut dire
pour exalter ladignité & les avantagesde
cetteſcience, tous les faits hiſtoriques, les
paſſagesdespoëtes anciens& modernesde
touteslesnations, lecasquelesplusgrands
Princes en ont fait, les établiſſemens qui
ont fervi à ſesprogrès, &ledétailde tous
les obſervatoires de l'Europe , dans lef
quels ſe ſont faites & ſe font actuelle
mentlesmeilleures obſervations. Elle finit
par un catalogue raiſonné des inſtrumens
d'aſtronomie,téleſcopes, lunettes , &c. &
de leurs prix en France &enAngleterre ;
tout cela eſt propre à inſpirer le goût de
l'aſtronomie.
Les quatre premiers livres renferment
les élémensd'aſtronomie, l'hiſtoirede cette
ſcience , depuis fon origine,& l'énumé
ration des conſtellations; cette partie n'é
toitpas ſuſceptiblede nouveauté : mais on
ytrouve 1º, une méthode claire & facile
quiconduit leLecteurdepuis les premiers
objetsquiſe remarquentdansleciel, juf
qu'aux conféquences les plus fublimes
qu'on entire; 2°. beaucoup àdiſtinguer
dans l'histoire de l'aſtronomie ancienne ,
les temps& les lieuxqu'on avoittrop con
fondusjuſqu'ici ; 3°.unenouvellemanière
deconnoître les étoiles parde ſimples ali
AVRIL 1765. 75
gnemens, fans avoirde maître,ni même
deglobe ou decartes céleſtes.
Lecinquiemelivretraitedesſyſtemesdu
monde; onn'ytrouvequequelques mots
fur les ſyſtêmesde Ptolémée & de Tycho:
mais M. deLalande explique& démontre
leſyſtèmede Coperniccommelefeulqu'on
puiffeadmettre.Touteslesobjectionsqu'on
yavoit faites font expoſées & réſolues de
la manière la plus fatisfaiſante. Le Père
Riccioli avoit propoſé foixante-dix- ſept
argumenscontrelemouvementdelaterre;
mais comme le plusgrand nombre n'étoit
quelarépétitiondesprincipaux argumens,
retournéschacun fousdix ouvingtformes
différentes , M.deLalande s'eſt attaché aux
fondemens des objections tirées , oude la
phyſique , oude l'aſtronomie , oude l'é
criture fainte ; il les aéclairés de manière
àlever tous les doutes pour ceux qui ne
font pas prévenus &obſtinés. Ala finde
ce cinquieme livre on trouve un article
fur le retourdes planètes à même ſitua
tion par rapport à la terre, c'est-à-dire ,
furles périodes qui ramènent lesplanètes
àunmême lieu apparent , & dont les
Aftronomesn'ontjamaisfaituſage comme
ils lepouvoientpour faciliter leurscalculs;
par exemple , mercure dans l'eſpace de
Leize ans& roisjours,fait lenombre com
Dij
MERCURE DE FRANCE.
pletde cinquante-quatre révolutions ; la
76
terre en faittreize, & l'un & l'autre ſe
retrouve à-peu près comme treize ans au
paravant : ainſi le premier Janvier 1748
1
&le 3 Janvier 1761, mercure paffoit éga
lement au méridien à dix heures deux
ſecondesdu matin ; & le calcul, qui en
eſt extrêmement long, ſe trouve tout fait
parcette comparaiſon.
Lefixieme livre, quitraitedelathéorie
de cinq planettes principales , mercure ,
•vénus ,mars,jupiter&faturne, renferme
un grand nombre d'obſervations & de
recherches nouvelles ; onyvoit fur-tout
la découverte d'une inégalité ou d'un dé
rangement fingulier que M. de Lalande a
obſervé dans le mouvement de ſaturne ,
qui n'avoit point encore été remarqué,
quoiqu'il produiſedes différences deplus
detroisjours ſurladuréede la révolution
de cetteplanette. Cette inégalité eſt d'au
tant plus étonnante , qu'elle ne fauroit
êtreproduitepar l'attraction de jupiter , ni
par celledes autres planettes connues. On
trouveauſſidans ce ſixiemelivre la théorie
d'un changementdans les inclinationsdes
orbitesplanétaires , changementqu'onn'a
voitpasmêmeſoupçonnéjuſqu'ici , &qui
eſt cependant très-ſenſible ; il eſt produit
par l'attraction mutuelledes planettes les
L
AVRIL 1765.
77
unes fur les autres. Ce livre eſt terminé
par une tabledesdiſtances des diamètres
&desgroffeursdes planettescalculées fur
les obſervationslesplusrécentes, de même
que toutes les autres circonstances de la
théorie &du mouvementdes planettes.
Le ſeptieme livre qui contient lathéo
rie de la lune, d'après l'obſervation & la
conſtructiondes tables, renferme fur-tout
deuxdémonstrations importantes que per
ſonnen'avoitdonnées , l'une pour calculer
la ſeconde inégalitédela lune ſansluifup
poſeruneexcentricité variable&unbalan
cement de l'apogée, l'autre pour calculer
l'inégalité des latitudes ſans employer une
inclinaiſon variable & unbalancementdu
nœud ; le huitieme livre traitedu calen
drier , des cycles , des heures , ſemaines,
mois&années,delachronologie, dulever
cofmiquedes étoiles,& fur-toutduſyrius;
ony trouve une differtation curieuſe ſur
cette étoilede lacanicule, ſi célèbre dans
l'ancienneEgypte,&quiaconſervéjuſqu'a
notre temps ſa réputation aſtronomique.
Leneuvieme&ledixiemelivre traitent
du calcul des éclipſes & de la recherche
des parallaxes , qui font la partie la plus
difficile & lapluseffentielledeces calculs;
on y trouve une méthode nouvelle de
M.deLalandepour le calculdes éclipſes,
Dinj
78 MERCURE DE FRANCE.
plus courte&plus exacte que cellesqu'on
avoit données juſqu'alors , dans laquelle
il a détaillé tous les casde manière àne
laiſſer même aux commençans aucune
incertitude. La méthode des projections
qu'on emploie pour calculer graphique
ment uneéclipfe, n'avoitjamaisétéexpli
quée dans aucun livre de manière à en
faire comprendrel'eſprit& lesfondemens,
nonplus que la méthode pourcalculer la
routede l'ombre ſur la ſurfacedela terre.
La méthodedunonagefime y eſt rendue
très-facile par une table calculée ſur une
forme nouvelle pour la latitude de Paris,
&qu'on peut calculer en une matinée
pourtoute autre latitude. La formule de
ta parallaxe en longitude n'avoit été dé
montrée dans aucun traité d'aſtronomie
avant M. de Lalande; elle ſe trouve ici
accompagnéedesexemples les plusdétail
lés, de même que les corrections qu'elle
exigepour l'applatiſſementdelaterre, que
M.delaCailleavoitdonnéesſans tables&
fans démonstrations.
Alafindecepremiervolumeontrouve
les tables du foleil de M. de la Caille ,
&celles de la lunede M. Mayer, mais
M. de laLande les a étendues pour des
fiécles éloignés ; il y a corrigé l'équation
du temps,l'obliquité de l'écliptique, le
AVRIL 1765.
55
diamètredu ſoleil:il aajouté les tables
dumouvementhorairedelalune, la table
des réfractionsdeM. Bradley, qui n'avoit
point encore paru, le catalogue d'étoiles
deM.l'AbbédelaCaillequ'on nepouvoir
plus trouver ; il y a joint des exemples
detaillés : enforte que ces tables font les
plus exactes& les plus commodes qu'on
aiteuesjuſqu'àcejour,&que les Aſtrono
mesnepourroient les trouver ailleurs que
dans l'ouvragedont nous parlons.
Le ſecond volume commence par le
onzieme livre, où l'on traite des paſſages
de vénus & de mercure ſur le ſoleil ; ce
fujet, qui a eu beaucoup de célébrité en
1761 , par le grand nombre de voyages
qu'il a occafionnés , en aura encore autant
en 1769. Le paffage de vénus que l'on
attend pour cette année-là eſt le ſeulqui
ſe verrad'ici à centdixans : on ſepropoſe
de l'obſerver en Amérique , en Laponie ,
&s'il eſt poſſible aux Terres Auſtrales.
M.de la Lande nousdonne là-deſſus un
traité complet, où l'hiſtoire, les métho
des, lesréſultats , ſontdétaillésdemanière
àne rienlaiſſer à defirer. Il fait voirde
quelle manière le paſſage de 1769 nous
apprendra la vraie diſtance du ſoleil & de
toutes les planettes à la terre,plus exacte
mentqueceluide 1761 ; eneffet, celui-ci
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
nous a laiſſé une incertituded'environ un
dixieme du total , à cauſe des obſtacles
qu'ont apportés le mauvais temps & les
malheursde la guerre aux obſervationsde
diversAſtronomes.
Ledouziemea pourobjetles réfractions
aſtronomiques, les méthodesqui ſervent à
les déterminer, & les effets qu'elles pro
duiſent ; on y trouve unepartie nouvelle
&curieuſe , c'eſt la démonſtration d'une
loi fondamentale de réfraction qui s'étend
juſqu'à l'horifon : M. Bradley l'avoit
communiqué à ſes amis ; M. de la Lande
l'apporta d'Angleterre en 1763 , mais per
fonne avant lui n'en avoit donné la dé
monftration.
Le treizieme & le quatorzieme livre
ontpourobjetla pratiquede l'aſtronomie ,
la connoiffance detous les inftrumens , &
la manière de s'en ſervir pour faire de
bonnes obſervations ; on defiroit depuis
long-temps un ſemblable traité d'aſtrono
miepratique : feu M. de la Caille enavoit
formé le projet , M. deLalandel'a exécuté
avec beaucoup d'étendue ; il donne la
figure de chaque inftrument, ſon applica
tion à chaque genre d'obſervation , les
vérifications qu'elles ſuppoſent, les réduc
tions qu'elles exigent , les précautions
qu'on yapporte onytrouve,non-feule
81
ment les inſtrumens dans leur dernier état
AVRIL 1765.
deperfection en France& enAngleterre,
mais encore des vues nouvelles pour les
perfectionnerdeplusen plus. Les lunettes
achromatiques, dontnous n'avions encore
aucunedeſcription, y font expliquées, de
même que les héliomètres , inſtrumens
nouveaux d'une très-grande utilité.
Lequinzieme livre , où M. de Lalande
expliquelagrandeur& lafiguredelaterre,
contientunextraitélémentaire& méthodi
quedetous les ouvragesfaits fur cettema
tière, &des voyagesdont elleaétél'objet;
mais on ytrouvedes anecdotes qui n'é
toient point connues au ſujetde ces voya
ges & de ces opérations.
Les livres ſeize &dix-fept renferment
la théorie des étoiles fixes, c'est-à-dire ,
despetits mouvemens de préceſſion, d'a
berration &de nutationqu'on y obſerve;
fur chacun de ces objets M. de Lalande
donnedesformulesnouvelles,oudémontre
cellesqueM. de laCailleavoitdonnéesſans
démonstration : il donne une manière de
concevoir le phénomène de l'aberration ,
plus naturelle que celle de l'inventeur
même, quequelquesAuteurs avoient ju
gée inintelligible & infuffiſante.
Ledix-huitieme livre, qui eſt l'aſtrono
mie des fatellites, contient fur- tout des
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
recherches nouvelles & des explications
qu'aucunAuteurn'avoitdonnées ſur leurs
éclipfes , leurs parallaxes, leurs inclinai
fons , leurs nœuds & la conſtruction de
leurs tables; l'effet de l'applatiſſement de
jupiter, parrapportauxéclipſesdeſesſatel
lites , n'avoitjamais étéconfidéré& intro
duitdansle calcul.M. deLalandefaitvoir
quecettenouvelleconſidérationyajouteune
nouvelle exactitude ſans y ajouter aucune
difficulté. Il explique fort au longla façon
detrouver les temps où l'ondoitvoir les
immerfions & les émerſions du ſecond
fatellite ; il ydonne la figure &la defcrip
tiond'un inſtrument pourtrouverlescon
figurations des fatellites en rout temps,
inſtrument qui n'étoit juſqu'ici qu'entre
les mainsd'unpetit nombred'Aſtronomes.
Le dix-neuvieme livre, où ils'agit des
comètes, raffemble l'hiſtoire de celles qui
ont eu quelque choſe de remarquable , la
démonftration de leur mouvement, & la.
détermination de leurs orbites par obfer
vation. M. deLalandeydémontre, d'une
manière ſimple & nouvelle, que lavîteſſe
parabolique d'une comète eſt égale à la ra
einededeux,quandonprendpourunitéla
vîteſſecirculaireàpareillediſtance;ilexpli
queune méthodegraphique,par laquelle
onsabrégera conſidérablementle calculdes
AVRIL 1765. 83
comètes obſervées pourla première fois,
problême le plus difficile de l'aſtronomie
ordinaire.
;
Le vingtieme livre, dela rotation des
planettes &de leurs taches, renferme une
théorie de la libration de la lune ,qui
étoit juſqu'ici inconnue auxAſtronomes,
n'ayant été donnée quedans unmémoire
allemandde M. Mager. Ony trouveauſſi
uneméthodepourcalculer par trois obfer
vationsdes taches du ſoleil, la ſituation
de fon axe &de fon équateur, avec la
durée de ſa rotation, ce qui n'avoit été
traité juſqu'ici que d'une manière très
incomplette;enfinM. deLalandeydonne
une méthode abfolument nouvelle pour
prédire les phaſes de l'anneaude ſaturne,
qui eſt une des choſes lesplus fingulières
detoute l'aſtronomie.
Le vingt-unieme livre eſtun traité ana
lytiquedelagéométrietranſcendante, des
courbes & des infinimentpetits , appro
prié à l'aſtronomie, dans lequel M. de
Lalande démontre plufieurs propoſitions
&pluſieurs lemmes qui ne ſe trouvent
pointdansles livres ordinaires , quoiqu'on
en faffe uſagedans les calculs de l'attrac
tion; par exemple, que les ſections d'un
fphéroïde elliptique, faites perpendiculai
sement àl'équateur, ſontdesellipſes fem
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
blables à celle duméridien; que la foli
ditédu ſphéroide entier eſt égale auxdeux
tiers du produit de fon grand axe par la
furfaceduméridien. Ilydonne l'intégrale
detoutes les formules différentielles qui
ſe préſententdans ces fortesde recherches.
Levingt-deuxiemelivre , auquelle pré
cédent fert d'introduction , étoit undes
plus néceſſaires à ceuxqui veulent appro
fondir la partie géométrique de l'aſtrono
mie; legrand principede l'attractionuni
verſelle , fource de tant dedécouvertes ,
&furlequel ilreſte encoretantde calculs
àfaire, yeſt préſenté ſousuneforme fim
ple & élémentaire , qu'aucun Géomètre
n'avoit pris la peine de luidonner ; les
ouvrages faits juſqu'à ce jour ſur l'attrac
tion étoient un labyrinthe impénétrable
pourla plupartdes Lecteurs. M. deLalande
enadonné la clef, il en a expliqué l'ori
gine, la découverte&les principes ; il en
donne l'applicationpour les inégalitésdes
planettes, lemouvementdes nœuds, l'ap
platiſſementde la terre& la préceſſiondes
équinoxes ; ce dernier problême, le plus
difficile de tous , & fur lequel on abeau
coupdifputé , y eſt développédans toutes
ſes parties de manière à neplus laiſſer au
cune incertitude.
Levingt-troiſieme livrecontient la tri
AVRIL 1765. 85
gonométrie ſphérique &pluſieurs propo
fitions de trigonémétrie, rectiligne dont
on abeſoindansl'aſtronomie, &qui n'é
toient pointdémontréesdans lesAuteurs ,
par exemple , la valeur de la tangente de
la moitiéd'un angle, enyemployant ſes
cotés ; les formules différentielles que
M.delaCaille avoitdonnéesfansdémonf
trationpour lespetitesvariationsdes trian
glesſphériques, ſontdémontréesdans l'ou
vrage de M. deLalande ; &cevingt-troi
ſieme livre eft terminé par uneméthode
pourréſoudre tous les triangles ſphériques
avec la règle & le compas,dont onpeut
faireunuſage commodeenbiendesocca
fions.
Le vingt-quatrième & dernier livre eſt
untraité du calcul aſtronomique , plus
étendu & plusdétaillé qu'aucun ouvrage
que l'on ait eu ; ony apprend àcalculer
toute forted'obſervations, à les réduire,
àentirerlesconféquences néceſſaires pour
qu'on puiffe faire uſage de ces obferva
tions: ces fortes de calculs, que tous les
Aſtronomes favent. par tradition , ou par
lequel ils ſefontdes méthodes aubeſoin,
n'avoient jamais été mis à la portée du
public, & raffemblés , comme l'a fait M.
de Lalande, pour completter fon ouvrage.
L'article qui concerne les longitudes en
36 MERCURE DE FRANCE.
mereſt ledernier de tous ; ildevoitnatuu
rellement couronner unouvragedontl'ob
jetleplus effentiel, oudu moins l'appli
cationlaplus importante, eſt la marine
M. deLalande avoitdéja traité cettema
tièredans fon expoſition du calcul aftro
nomique en 1762 , mais il a donnédans
cet ouvrageciune comparaiſondes diffé
rentes méthodes, &unenouvellemanière
de trouver les réfractions& les parallaxes
de diſtance plus courte que celles qui
étoient connuesjuſqu'à préſent. Tout ce
quenousvenons dediredes vingt-quatre
livres de cette aſtronomie ne donnera
qu'une légère idée de la multitude des
matières quiy fonttraitées ; nous n'avons
fait qu'indiquer les endroits remarquables
parleurnouveauté:nous finironsendiſant
que ſur les objets que M. de Lalanden'a
puapprofondirdansl'eſpacededeux volu
mes in-40, il aindiquétous lesAuteurs,
enforteque fon ouvrage contient ou un
extraitou une indicationde tout ce qu'on
a fait de bon juſqu'à cejour ſur toutes
les partiesde l'aſtronomie.
de l'Académie des Sciences , &c. ; à
Paris, chez Defaint & Saillant , rue
Saint-Jean-de-Beauvais ; deux volumes
in-4° , avec approbation & privilège du
Roi ; 1764.
CElivre, quipar fonétendue furpaſſe
tous les ouvragesd'aſtronomie qui avoient
paru juſqu'ici, lesfurpaſſe encore pluspat
le grand nombre d'objets nouveaux que
l'Auteur y a mis ; c'eſt cette partie de
l'ouvrage que nous allons expoſer au pu
blic: onverradanschaque article, oudes
marques du progrès que les ſciences font
chaquejour,oude nouveauxſecoursofferts
àceux quiveulenty pénétrer. Le livre eſt
diviſéenvingt-quatre traités ſurlesdiffé
rentesbranchesdel'aſtronomie ; mais nous
nousréduiſons auxobjets quicaractériſent
ſpécialement l'ouvrage deM. de Lalande.
Vol. II.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
La préface contient d'abord un éloge
pompeux de l'aſtronomie ; on y trouve
tout cequ'on adit & ce qu'on peut dire
pour exalter ladignité & les avantagesde
cetteſcience, tous les faits hiſtoriques, les
paſſagesdespoëtes anciens& modernesde
touteslesnations, lecasquelesplusgrands
Princes en ont fait, les établiſſemens qui
ont fervi à ſesprogrès, &ledétailde tous
les obſervatoires de l'Europe , dans lef
quels ſe ſont faites & ſe font actuelle
mentlesmeilleures obſervations. Elle finit
par un catalogue raiſonné des inſtrumens
d'aſtronomie,téleſcopes, lunettes , &c. &
de leurs prix en France &enAngleterre ;
tout cela eſt propre à inſpirer le goût de
l'aſtronomie.
Les quatre premiers livres renferment
les élémensd'aſtronomie, l'hiſtoirede cette
ſcience , depuis fon origine,& l'énumé
ration des conſtellations; cette partie n'é
toitpas ſuſceptiblede nouveauté : mais on
ytrouve 1º, une méthode claire & facile
quiconduit leLecteurdepuis les premiers
objetsquiſe remarquentdansleciel, juf
qu'aux conféquences les plus fublimes
qu'on entire; 2°. beaucoup àdiſtinguer
dans l'histoire de l'aſtronomie ancienne ,
les temps& les lieuxqu'on avoittrop con
fondusjuſqu'ici ; 3°.unenouvellemanière
deconnoître les étoiles parde ſimples ali
AVRIL 1765. 75
gnemens, fans avoirde maître,ni même
deglobe ou decartes céleſtes.
Lecinquiemelivretraitedesſyſtemesdu
monde; onn'ytrouvequequelques mots
fur les ſyſtêmesde Ptolémée & de Tycho:
mais M. deLalande explique& démontre
leſyſtèmede Coperniccommelefeulqu'on
puiffeadmettre.Touteslesobjectionsqu'on
yavoit faites font expoſées & réſolues de
la manière la plus fatisfaiſante. Le Père
Riccioli avoit propoſé foixante-dix- ſept
argumenscontrelemouvementdelaterre;
mais comme le plusgrand nombre n'étoit
quelarépétitiondesprincipaux argumens,
retournéschacun fousdix ouvingtformes
différentes , M.deLalande s'eſt attaché aux
fondemens des objections tirées , oude la
phyſique , oude l'aſtronomie , oude l'é
criture fainte ; il les aéclairés de manière
àlever tous les doutes pour ceux qui ne
font pas prévenus &obſtinés. Ala finde
ce cinquieme livre on trouve un article
fur le retourdes planètes à même ſitua
tion par rapport à la terre, c'est-à-dire ,
furles périodes qui ramènent lesplanètes
àunmême lieu apparent , & dont les
Aftronomesn'ontjamaisfaituſage comme
ils lepouvoientpour faciliter leurscalculs;
par exemple , mercure dans l'eſpace de
Leize ans& roisjours,fait lenombre com
Dij
MERCURE DE FRANCE.
pletde cinquante-quatre révolutions ; la
76
terre en faittreize, & l'un & l'autre ſe
retrouve à-peu près comme treize ans au
paravant : ainſi le premier Janvier 1748
1
&le 3 Janvier 1761, mercure paffoit éga
lement au méridien à dix heures deux
ſecondesdu matin ; & le calcul, qui en
eſt extrêmement long, ſe trouve tout fait
parcette comparaiſon.
Lefixieme livre, quitraitedelathéorie
de cinq planettes principales , mercure ,
•vénus ,mars,jupiter&faturne, renferme
un grand nombre d'obſervations & de
recherches nouvelles ; onyvoit fur-tout
la découverte d'une inégalité ou d'un dé
rangement fingulier que M. de Lalande a
obſervé dans le mouvement de ſaturne ,
qui n'avoit point encore été remarqué,
quoiqu'il produiſedes différences deplus
detroisjours ſurladuréede la révolution
de cetteplanette. Cette inégalité eſt d'au
tant plus étonnante , qu'elle ne fauroit
êtreproduitepar l'attraction de jupiter , ni
par celledes autres planettes connues. On
trouveauſſidans ce ſixiemelivre la théorie
d'un changementdans les inclinationsdes
orbitesplanétaires , changementqu'onn'a
voitpasmêmeſoupçonnéjuſqu'ici , &qui
eſt cependant très-ſenſible ; il eſt produit
par l'attraction mutuelledes planettes les
L
AVRIL 1765.
77
unes fur les autres. Ce livre eſt terminé
par une tabledesdiſtances des diamètres
&desgroffeursdes planettescalculées fur
les obſervationslesplusrécentes, de même
que toutes les autres circonstances de la
théorie &du mouvementdes planettes.
Le ſeptieme livre qui contient lathéo
rie de la lune, d'après l'obſervation & la
conſtructiondes tables, renferme fur-tout
deuxdémonstrations importantes que per
ſonnen'avoitdonnées , l'une pour calculer
la ſeconde inégalitédela lune ſansluifup
poſeruneexcentricité variable&unbalan
cement de l'apogée, l'autre pour calculer
l'inégalité des latitudes ſans employer une
inclinaiſon variable & unbalancementdu
nœud ; le huitieme livre traitedu calen
drier , des cycles , des heures , ſemaines,
mois&années,delachronologie, dulever
cofmiquedes étoiles,& fur-toutduſyrius;
ony trouve une differtation curieuſe ſur
cette étoilede lacanicule, ſi célèbre dans
l'ancienneEgypte,&quiaconſervéjuſqu'a
notre temps ſa réputation aſtronomique.
Leneuvieme&ledixiemelivre traitent
du calcul des éclipſes & de la recherche
des parallaxes , qui font la partie la plus
difficile & lapluseffentielledeces calculs;
on y trouve une méthode nouvelle de
M.deLalandepour le calculdes éclipſes,
Dinj
78 MERCURE DE FRANCE.
plus courte&plus exacte que cellesqu'on
avoit données juſqu'alors , dans laquelle
il a détaillé tous les casde manière àne
laiſſer même aux commençans aucune
incertitude. La méthode des projections
qu'on emploie pour calculer graphique
ment uneéclipfe, n'avoitjamaisétéexpli
quée dans aucun livre de manière à en
faire comprendrel'eſprit& lesfondemens,
nonplus que la méthode pourcalculer la
routede l'ombre ſur la ſurfacedela terre.
La méthodedunonagefime y eſt rendue
très-facile par une table calculée ſur une
forme nouvelle pour la latitude de Paris,
&qu'on peut calculer en une matinée
pourtoute autre latitude. La formule de
ta parallaxe en longitude n'avoit été dé
montrée dans aucun traité d'aſtronomie
avant M. de Lalande; elle ſe trouve ici
accompagnéedesexemples les plusdétail
lés, de même que les corrections qu'elle
exigepour l'applatiſſementdelaterre, que
M.delaCailleavoitdonnéesſans tables&
fans démonstrations.
Alafindecepremiervolumeontrouve
les tables du foleil de M. de la Caille ,
&celles de la lunede M. Mayer, mais
M. de laLande les a étendues pour des
fiécles éloignés ; il y a corrigé l'équation
du temps,l'obliquité de l'écliptique, le
AVRIL 1765.
55
diamètredu ſoleil:il aajouté les tables
dumouvementhorairedelalune, la table
des réfractionsdeM. Bradley, qui n'avoit
point encore paru, le catalogue d'étoiles
deM.l'AbbédelaCaillequ'on nepouvoir
plus trouver ; il y a joint des exemples
detaillés : enforte que ces tables font les
plus exactes& les plus commodes qu'on
aiteuesjuſqu'àcejour,&que les Aſtrono
mesnepourroient les trouver ailleurs que
dans l'ouvragedont nous parlons.
Le ſecond volume commence par le
onzieme livre, où l'on traite des paſſages
de vénus & de mercure ſur le ſoleil ; ce
fujet, qui a eu beaucoup de célébrité en
1761 , par le grand nombre de voyages
qu'il a occafionnés , en aura encore autant
en 1769. Le paffage de vénus que l'on
attend pour cette année-là eſt le ſeulqui
ſe verrad'ici à centdixans : on ſepropoſe
de l'obſerver en Amérique , en Laponie ,
&s'il eſt poſſible aux Terres Auſtrales.
M.de la Lande nousdonne là-deſſus un
traité complet, où l'hiſtoire, les métho
des, lesréſultats , ſontdétaillésdemanière
àne rienlaiſſer à defirer. Il fait voirde
quelle manière le paſſage de 1769 nous
apprendra la vraie diſtance du ſoleil & de
toutes les planettes à la terre,plus exacte
mentqueceluide 1761 ; eneffet, celui-ci
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
nous a laiſſé une incertituded'environ un
dixieme du total , à cauſe des obſtacles
qu'ont apportés le mauvais temps & les
malheursde la guerre aux obſervationsde
diversAſtronomes.
Ledouziemea pourobjetles réfractions
aſtronomiques, les méthodesqui ſervent à
les déterminer, & les effets qu'elles pro
duiſent ; on y trouve unepartie nouvelle
&curieuſe , c'eſt la démonſtration d'une
loi fondamentale de réfraction qui s'étend
juſqu'à l'horifon : M. Bradley l'avoit
communiqué à ſes amis ; M. de la Lande
l'apporta d'Angleterre en 1763 , mais per
fonne avant lui n'en avoit donné la dé
monftration.
Le treizieme & le quatorzieme livre
ontpourobjetla pratiquede l'aſtronomie ,
la connoiffance detous les inftrumens , &
la manière de s'en ſervir pour faire de
bonnes obſervations ; on defiroit depuis
long-temps un ſemblable traité d'aſtrono
miepratique : feu M. de la Caille enavoit
formé le projet , M. deLalandel'a exécuté
avec beaucoup d'étendue ; il donne la
figure de chaque inftrument, ſon applica
tion à chaque genre d'obſervation , les
vérifications qu'elles ſuppoſent, les réduc
tions qu'elles exigent , les précautions
qu'on yapporte onytrouve,non-feule
81
ment les inſtrumens dans leur dernier état
AVRIL 1765.
deperfection en France& enAngleterre,
mais encore des vues nouvelles pour les
perfectionnerdeplusen plus. Les lunettes
achromatiques, dontnous n'avions encore
aucunedeſcription, y font expliquées, de
même que les héliomètres , inſtrumens
nouveaux d'une très-grande utilité.
Lequinzieme livre , où M. de Lalande
expliquelagrandeur& lafiguredelaterre,
contientunextraitélémentaire& méthodi
quedetous les ouvragesfaits fur cettema
tière, &des voyagesdont elleaétél'objet;
mais on ytrouvedes anecdotes qui n'é
toient point connues au ſujetde ces voya
ges & de ces opérations.
Les livres ſeize &dix-fept renferment
la théorie des étoiles fixes, c'est-à-dire ,
despetits mouvemens de préceſſion, d'a
berration &de nutationqu'on y obſerve;
fur chacun de ces objets M. de Lalande
donnedesformulesnouvelles,oudémontre
cellesqueM. de laCailleavoitdonnéesſans
démonstration : il donne une manière de
concevoir le phénomène de l'aberration ,
plus naturelle que celle de l'inventeur
même, quequelquesAuteurs avoient ju
gée inintelligible & infuffiſante.
Ledix-huitieme livre, qui eſt l'aſtrono
mie des fatellites, contient fur- tout des
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
recherches nouvelles & des explications
qu'aucunAuteurn'avoitdonnées ſur leurs
éclipfes , leurs parallaxes, leurs inclinai
fons , leurs nœuds & la conſtruction de
leurs tables; l'effet de l'applatiſſement de
jupiter, parrapportauxéclipſesdeſesſatel
lites , n'avoitjamais étéconfidéré& intro
duitdansle calcul.M. deLalandefaitvoir
quecettenouvelleconſidérationyajouteune
nouvelle exactitude ſans y ajouter aucune
difficulté. Il explique fort au longla façon
detrouver les temps où l'ondoitvoir les
immerfions & les émerſions du ſecond
fatellite ; il ydonne la figure &la defcrip
tiond'un inſtrument pourtrouverlescon
figurations des fatellites en rout temps,
inſtrument qui n'étoit juſqu'ici qu'entre
les mainsd'unpetit nombred'Aſtronomes.
Le dix-neuvieme livre, où ils'agit des
comètes, raffemble l'hiſtoire de celles qui
ont eu quelque choſe de remarquable , la
démonftration de leur mouvement, & la.
détermination de leurs orbites par obfer
vation. M. deLalandeydémontre, d'une
manière ſimple & nouvelle, que lavîteſſe
parabolique d'une comète eſt égale à la ra
einededeux,quandonprendpourunitéla
vîteſſecirculaireàpareillediſtance;ilexpli
queune méthodegraphique,par laquelle
onsabrégera conſidérablementle calculdes
AVRIL 1765. 83
comètes obſervées pourla première fois,
problême le plus difficile de l'aſtronomie
ordinaire.
;
Le vingtieme livre, dela rotation des
planettes &de leurs taches, renferme une
théorie de la libration de la lune ,qui
étoit juſqu'ici inconnue auxAſtronomes,
n'ayant été donnée quedans unmémoire
allemandde M. Mager. Ony trouveauſſi
uneméthodepourcalculer par trois obfer
vationsdes taches du ſoleil, la ſituation
de fon axe &de fon équateur, avec la
durée de ſa rotation, ce qui n'avoit été
traité juſqu'ici que d'une manière très
incomplette;enfinM. deLalandeydonne
une méthode abfolument nouvelle pour
prédire les phaſes de l'anneaude ſaturne,
qui eſt une des choſes lesplus fingulières
detoute l'aſtronomie.
Le vingt-unieme livre eſtun traité ana
lytiquedelagéométrietranſcendante, des
courbes & des infinimentpetits , appro
prié à l'aſtronomie, dans lequel M. de
Lalande démontre plufieurs propoſitions
&pluſieurs lemmes qui ne ſe trouvent
pointdansles livres ordinaires , quoiqu'on
en faffe uſagedans les calculs de l'attrac
tion; par exemple, que les ſections d'un
fphéroïde elliptique, faites perpendiculai
sement àl'équateur, ſontdesellipſes fem
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
blables à celle duméridien; que la foli
ditédu ſphéroide entier eſt égale auxdeux
tiers du produit de fon grand axe par la
furfaceduméridien. Ilydonne l'intégrale
detoutes les formules différentielles qui
ſe préſententdans ces fortesde recherches.
Levingt-deuxiemelivre , auquelle pré
cédent fert d'introduction , étoit undes
plus néceſſaires à ceuxqui veulent appro
fondir la partie géométrique de l'aſtrono
mie; legrand principede l'attractionuni
verſelle , fource de tant dedécouvertes ,
&furlequel ilreſte encoretantde calculs
àfaire, yeſt préſenté ſousuneforme fim
ple & élémentaire , qu'aucun Géomètre
n'avoit pris la peine de luidonner ; les
ouvrages faits juſqu'à ce jour ſur l'attrac
tion étoient un labyrinthe impénétrable
pourla plupartdes Lecteurs. M. deLalande
enadonné la clef, il en a expliqué l'ori
gine, la découverte&les principes ; il en
donne l'applicationpour les inégalitésdes
planettes, lemouvementdes nœuds, l'ap
platiſſementde la terre& la préceſſiondes
équinoxes ; ce dernier problême, le plus
difficile de tous , & fur lequel on abeau
coupdifputé , y eſt développédans toutes
ſes parties de manière à neplus laiſſer au
cune incertitude.
Levingt-troiſieme livrecontient la tri
AVRIL 1765. 85
gonométrie ſphérique &pluſieurs propo
fitions de trigonémétrie, rectiligne dont
on abeſoindansl'aſtronomie, &qui n'é
toient pointdémontréesdans lesAuteurs ,
par exemple , la valeur de la tangente de
la moitiéd'un angle, enyemployant ſes
cotés ; les formules différentielles que
M.delaCaille avoitdonnéesfansdémonf
trationpour lespetitesvariationsdes trian
glesſphériques, ſontdémontréesdans l'ou
vrage de M. deLalande ; &cevingt-troi
ſieme livre eft terminé par uneméthode
pourréſoudre tous les triangles ſphériques
avec la règle & le compas,dont onpeut
faireunuſage commodeenbiendesocca
fions.
Le vingt-quatrième & dernier livre eſt
untraité du calcul aſtronomique , plus
étendu & plusdétaillé qu'aucun ouvrage
que l'on ait eu ; ony apprend àcalculer
toute forted'obſervations, à les réduire,
àentirerlesconféquences néceſſaires pour
qu'on puiffe faire uſage de ces obferva
tions: ces fortes de calculs, que tous les
Aſtronomes favent. par tradition , ou par
lequel ils ſefontdes méthodes aubeſoin,
n'avoient jamais été mis à la portée du
public, & raffemblés , comme l'a fait M.
de Lalande, pour completter fon ouvrage.
L'article qui concerne les longitudes en
36 MERCURE DE FRANCE.
mereſt ledernier de tous ; ildevoitnatuu
rellement couronner unouvragedontl'ob
jetleplus effentiel, oudu moins l'appli
cationlaplus importante, eſt la marine
M. deLalande avoitdéja traité cettema
tièredans fon expoſition du calcul aftro
nomique en 1762 , mais il a donnédans
cet ouvrageciune comparaiſondes diffé
rentes méthodes, &unenouvellemanière
de trouver les réfractions& les parallaxes
de diſtance plus courte que celles qui
étoient connuesjuſqu'à préſent. Tout ce
quenousvenons dediredes vingt-quatre
livres de cette aſtronomie ne donnera
qu'une légère idée de la multitude des
matières quiy fonttraitées ; nous n'avons
fait qu'indiquer les endroits remarquables
parleurnouveauté:nous finironsendiſant
que ſur les objets que M. de Lalanden'a
puapprofondirdansl'eſpacededeux volu
mes in-40, il aindiquétous lesAuteurs,
enforteque fon ouvrage contient ou un
extraitou une indicationde tout ce qu'on
a fait de bon juſqu'à cejour ſur toutes
les partiesde l'aſtronomie.
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