Résultats : 1 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 1992-2013
LE PLAN ou l'Idée générale d'un nouveau Systême du Monde, qui sera incessamment mis au jour par le Baron de Carbonnieres.
Début :
L'Auteur se défend depuis plusieurs années de rendre son Systême public, [...]
Mots clefs :
Flamme, Matière, Aimant, Pores, Fer, Fluide, Circulation, Phénomènes, Flamme ténébreuse, Cercles, Corps, Animal, Boîte céleste, Système, Eau, Élasticité, Inflammable
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE PLAN ou l'Idée générale d'un nouveau Systême du Monde, qui sera incessamment mis au jour par le Baron de Carbonnieres.
LE PLANou l'Idée générale d'un nouveau
Systême du Monde , qui fera inceffamment
mis aujour par le Baron de Carbonnieres.
L'nées
' Auteur fe défend depuis plufieurs années
de rendre fon Systême public ,
mais les inftances réiterées de plufieurs
bons Phyficiens , & l'explication qui fe fait
par fes principes de tous les Phénomenes ,
qui fe préfentent journellement fous les
fens , l'ayant parfaitement convaincu ,
n'ayant rien trouvé d'ailleurs dans les Obfervations
& les Expériences anciennes &
modernes , qui combatte fon Syftême , &
qui au contraire ne lui ferve de preuve , il
s'eft enfin déterminé à le mettre au jour
par le feul motif, que pouvant être adopté
par quelque perfonne capable , il pourra
être perfectionné , au point de devenir utile
, foit pour la Chymie , la Médecine , la
Navigation, l'Agriculture , &c.
L'Auteur ne penfoit point à faire un
SylEMBRE.
1744. 1995
Systême, car il ne s'eft appliqué, depuis plus
de 12 ans , à la recherche de la Vérité , que
pour fa fatisfaction particuliere ; il étoit
d'ailleurs fi prévenu de certains faits que
la Philofophie Scholaftique a toujours regardés
comme indubitables, qu'il eut lui - même
pris pour une abfurdité de les révoquer
en doute.
En effet , lorfque fes fens & fa raiſon ſe
révoltoient contre l'opacité de la Lune ,
ainfi que fur plufieurs autres Phénomenes ,
que la Phyſique lui avoit expliqués, par des
preuves qui avoient été jufqu'ici univer-
Tellement reconnues pour indubitables , fes
préjugés décidoient fouverainement.
Cependant , à force de combattre , il parvint
à fufpendre la violence des préjugés ,
pour laiffer fes fens & fa raiſon agir en
pleine liberté.
Ce fut dans cette nouvelle fituation , que
fe trouvant comme régénéré dans un nouveau
Monde , il conçut le Systême dont il
s'agit ici , lequel fappe par le fondement tous
ceux qui ont parû juſqu'à préſent.
Deux motifs le déterminent d'en faire
inférer une idée générale dans les Journaux
publics ; le premier eft ,
eft , que comme il en a
conféré avec beaucoup de Philofophes , &
qu'il a même communiqué fes cahiers , il
ne feroit pas impoffible que quelqu'un ne
pûr
3
994 MERCURE DE FRANCE.
pût le l'adopter , & qu'il ne fût
figuré.
par
là dé-
Le fecond eft , qu'après que ce Systême
aura effuyé dans cet abbregé la Critique
publique , il aura plus de force pour pénétrer
au travers des préjugés , par ſon évidence
, dans la raifon du Public.
Voici donc l'Idée générale & fuperficielle
du nouveau Systême . Cet Ouvrage n'eft autre
chofe que l'Anatomie fimple & facile
du Monde , par laquelle l'efprit le plus borappercevra
diſtinctement , fans peine , ni
méditation ,
né
1. Que le Monde eft un feul Corps , renfermé
dans une boëtte , qui eſt le Ciel , qui
lui fert comme de peau ; que cette boëtteeft
immobile , que fa matiere peut être confiderée
comme une glace aqueufe , & d'une
épaiffeur prodigieufe & fans pores.
2. Que le Soleil , la Lune , les Etoiles &
tous les Aftres avec la Terre , qui eft immobile
au Centre , font les parties qui compo
fent ce Corps.
3. Qu'une flâme obfcure ou ténébreuſe ,
fluide & univerfelle , extrêmement compreffée
dans cette boëtte Célefte , ne pou
vant y laiffer aucun vuide , unit toutes les
parties de ce Corps , & le rend continu .
4. Que pour avoir une notion fenfible
de cette flâme ténébreuſe , on peut la confiderer
SEPTEMBRE. 1744. 1999
derer comme de la fumée extrêmement rarefiée.
5. Que de même que d'un Vin noir il
s'en fépare la fubftance la plus fubtile , &
qui eft clair à proportion de fa fubtilité ,
comme l'Eau-de- Vie , l'Efprit de Vin , &c.
ainfi s'exprime-t'il de la flâme ténébreuſe
une fubftance , d'autant plus ou moins fubtile
, que les pores où elle eft filtrée , font
plus ou moins ferrés.
6. Que la matiere exprimée de la flâme
ténébreufe , eft une flâme de même fubftance
, mais d'autant plus ou moins lumineufe
& ardente , qu'elle a été plus ou moins fubtilifée
, fuivant que les pores où elle a été
filtrée , font plus ou moins ferrés .
7. Que c'eft la compreffion extrême &
univerfelle où eft la flâme ténébreufe , qui
opere cette filtration.
8. Que c'eft de cette même compreffion
que dérive l'élafticité de la flâme fubtile ou
lumineufe , laquelle étant dégagée des
parties homogénes où elle étoit enfermée
par le brifement de ces mêmes parties , trouve
du vuide , pour s'étendre dans les pores
de la flâme ténébreufe , laquelle étant plus
groffiere , a fes pores affés grands , pour y
recevoir la flâme fubtile.
9. Que conféquemment l'élafticité eſt
proportionnée à la ſubtilité de la flâme lumineufe,
10.
1996 MERCURE DE FRANCE.
10. Que les Corps ne font inflâmables &
combuftibles , que parce qu'il s'eft filtré dans
leurs parties matérielles de la flâme fubtilifée
par cette filtration , & qui en reffort par
fon élasticité , à mefure que les particules
qui la contenoient , font brifées ; tels font
le Nitre , le Souffre , le Bithume , le Bois ,
l'Huile , e.
11. Que le Soleil , la Lune , les Etoiles ,
& généralement tous les Aftres , ne font
autre chofe que des flâmes lumineufes &
ardentes .
12. Que la matiere qui produit ces flâmes
, n'eft autre chofe que le Souffre , le
Nitre , le Bithume , l'Huile , &c . dont les
Cercles afpiraux fimples ou doublés que par
courent ces flâmes , font imbibés ou impregnés.
13. Que la difference de lumiere ou de
lueur & ardeur, qui fe trouve entre ces flâmes
, ne provient que de celle qu'il y a entre
les pores de la matiere qui les produit.
14. Qu'à mefure que la matiere
qui produit
ces flâmes eft réduite en combuftion
,
elle eft remplacée par de ſemblable maticre
, dont les Cercles s'imbibent de nouveau.
15. Que ce remplacement fe fait par une
circulation continuelle de la flâme ténébreuſe
, laquelle eft chaffée & pouffée par
l'élafticité de toutes ces flâmes lumineufes ,
lef
SEPTEMBRE. 1744. 1997
lefquelles ayant leurs cours parallele à la
Ligne Equinoctiale , font prendre fon cours
à la flâme ténébreufe vers les deux Poles
Céleftes ,
16. Que comme la boëtte Célefte eft faite
en façon d'un OEuf , n'étant pas abfolument
ronde , à mesure que la flâme ténébreuſe ,
remplit ou compreſſe les Poles Céleſtes , elle
ne peut prendre d'autre cours que par le
centre où eft la Terre ; & c'eft aux approches
de la Ligne Terreftre que ces cours
Polaires fe rencontrent
, enforte que ne
pouvant rétrograder , ils ne font plus qu'un
feul cours , qui ne peut être que vers les
Aftres,où ils reprennent de nouveau le cours
de chaque Pole , & ainfi fueceffivement il
s'enfuit une circulation continuelle.
17. Que comme la flâme lumineuse ou ardente
ne confomme rien , ne faiſant
que
brifer & divifer les parties de la matiere qui
eft réduite en combustion , & que rien de ce
qui eft contenu dans la boëtte Célefte , ne
fçauroit en fortir ni fe perdre , il s'enfuit
que la matiere inflâmable , dont les Cercles
s'imbibent continuellement de nouveau , ne
fçauroit rien diminuer du volume de matiere
dont le Monde eft rempli .
18. Qu'à mesure que la matiere combufrible
des Cercles eft réduite en cendres , en
poulliere , en fumée , &c , ces mêmes cendres
,
1998 MERCURE DE FRANCE.
drés , cette même pouffiere , & c. font rap- гар-
portées par la même circulation à la Terre ,
où elles remplacent la matiere inflâmable ,
qui en eft continuellement féparée , en s'imbibant
dans la flâme ténébreufe , qui y circule
toujours.
19. Car de même que la Terre morte qui
a été dépouillée de fon Nitre ou Salpêtre ,
étant miſe dehors , s'imprégne de nouveau
-Salpêtre que la flâme ténébreufe y dépofe ,
en la traverfant par la circulation , ainſi la
flâme ténébreufe s'imbibe , en paffant par la
Terre , d'autant de matiere inflâmable qu'elle
en avoit dépofé , & les Cercles qu'elle
traverſe par la même circulation , en font
de même , s'imbibant d'autant de matiere
inflâmable , dont ils ont été dépouillés , &
qu'ils font capables d'en contenir , laquelle
ils reçoivent de la flâme ténébreuſe.
20. De même que fi on met dans une
Cuvette de l'Eau , de l'Huile & autres Liqueurs
, & qu'on imprégne de petites piéces
de Drap de chacune de ces Liqueurs , chaque
morceau de Drap ne s'imbibera dans la
Cuvette que de la même Liqueur dont il
étoit imbibé , & dont la glutinofité étoit
conforme , auffi chaque Cercle ne s'imbibet'il
que de la même matiere dont il avoit
été imprégné , & dont la glutinofité ſe trouve
de même nature ou pareille.
21.
SEPTEMBRE. 1744. 1999
21. Comme l'eau dans laquelle on fait
diffoudre du fel , s'en imbibe d'autant qu'elle
eft capable d'en contenir , après quoi elle
n'en peut plus diffoudre , auffi la Åâme ténébreuſe
, ainfi que les Cercles s'imbibentils
continuellement par la circulation d'au
tant de matiere inflamable , dont ils avoient
été dépouillés & qu'ils en peuvent contenir.
22. La prodigieufe quantité de matiere
inflâmable qui eft réduite en combuſtion
par tant de differens Cercles enflâmés, n'empêche
pas qu'il ne s'en trouve toujours la
même quantité pour la remplacer , parce
que cette matiere , brifée , en paffant par la
circulation dans tant de differens Cercles,
dont la chaleur eft differente , elle y reçoit
une nouvelle trituration & concoction , qui
la difpofent à recevoir fa premiere figure
d'inflamable , en paffant par la Terre .
23. Il s'enfuit donc que toutes les parties.
du Corps du Monde s'entretiennent mutuellement
par la circulation , & que la matiere
qui leur fert de nourriture , reçoit la même
trituration concoction & digeftion , de
-même que s'entretient le corps de l'Animal
irraifonnable , qui eft le feul dont l'Auteur
entend parler dans fon Ouvrage , comme
de la Vie materielle d'une Plante ou autre
Végétal : car pour l'Animal raifonnable
qui
2000 MERCURE DE FRANCE.
qui eſt l'Homme , dont la Vie n'eft pas materielle
, mais pure , fpirituelle , & qui vient
immédiatement de Dieu , il n'a garde de
toucher à ce qui eft purement Métaphysi
que , & dont il fe reconnoît fi indigne d'ap
procher.
24. Ainfi le Monde eft un grand Animal ,
& l'Animal eft un petit Monde , ne differant
entr'eux que par la grandeur & la fenfibilité
, la Vie Végétative de l'un & de l'autre
s'entretenant par les régles d'un feul &
même Méchanifme , qui confifte uniquement
dans la compreffion , où Dieu a mis la
Hâme ténébreufe dans la boëtte Célefte , car
cette compreffion caufe l'élafticité , & celleci
produit la circulation , & conféquem
ment le mouvement , qui eft le fiége de la
Vie , ou plutôt la Vie même du Corps mondain
& du Corps animal , ainfi c'eft cette
compreffion univerfelle de la flâme ténébreufe
qui eft le grand reffort , qui fait agir
toute la Nature.
25. Comme la matiere inflâmable eſt l'humide
radical , ou le Chyle qui entretient
dans les vaiffeaux de l'Animal , qui repréfentent
les Cercles du Corps mondain , la
Alâme fubtile , qui par fon élasticité produit
la circulation & le mouvement qui vivifie
materiellement l'Animal , eft une matiere
dont les pores
font plus groffiers ou moins
ferSEPTEMBRE.
1744. 2001
ferrés que ceux du Nitre , du Souffre , &c.
elle produit auffi une flâme moins fubtile, &
conféquemment moins ardente , laquelle fe
trouve proportionnée au tempérament de
l'Animal , & n'en peut brûler ni alterer les
parties , de même que la flâme ,produite par
l'Eau-de- Vie, ne brûle pas le linge.
26. Mais s'il s'engendre parmi le liquide
du corps Animal d'autre matiere , qui ait fes
pores plus ferrés que celle du Chyle ou de
l'humide radical , & qu'elle vienne à s'en-
Alâmer, la flâme qu'elle produira , étant plus
fubtile , occafionnera une circulation plus
rapide & plus ardente , conféquemment
une pulfation du poulx plus vive ; c'eft ce
que l'on nomme la fiévre , laquelle durera
autant qu'il y aura de cette matiere étrangere
difpofée à s'enflâmer ; & comme il faut
enfuite du tems , pour qu'il fe forme de
femblable matiere , & qu'elle s'enflâme de
nouveau , c'eft ce tems qu'on appelle l'intervalle
des accès .
27. Lorsque cette matiere étrangere commence
à s'enflâmer peu à peu , elle bouche
par fon élasticité les conduits , & empêche
la flâme naturelle ou du Chyle d'avoir fon
cours libre ; c'est ce qui occafionne les friffons
au commencement de la fiévre , qui durent
jufqu'à ce qu'il y ait une fuffifante
quantité de cette matiere étrangere, qui foit
D en2002
MERCURE DE FRANCE.
enflâmée
rapide.
, pour produire une circulation
28. Si l'Animal avale d'autre matiere
dont les pores foient groffiers , elle produira
une flâme moins fubtile , laquelle étant
mêlée avec celle qui occafionne la fiévre ,
en temperera l'ardeur & l'activité &
pourra la rendre conforme à la flâme naturelle
, & guerir le Malade ; mais fi la matiere
étrangere , qui produit la fiévre, eft tropabondante
, elle pourra fuffoquer par fon élafticité
la flâme naturelle ; enforte que l'accès
finiffant défaut de matiere étrangere
l'Animal fe trouvera fans flâme , conféquemment
fans circulation , fans mouvement
& fans vie.
par
29. Comme la flâme ténébreuſe eft univerfellement
compreffée dans la boëtte Célefte
, elle ne sçauroit avoir d'élafticité , n'y
ayant aucun vuide pour s'étendre ; mais la
Alâme fubtile trouve moyen de s'étendre
dans les pores de la flâme ténébreuſe , lefquels
font affés grands pour la recevoir :
c'eft pourquoi fi l'on bouchoit un four allumé
, la flâme feroit fuffoquée , dès qu'elle
feroit privée de la flâme exterieure , qui eft
la ténébreufe , qui lui fournit des pores.
pour s'étendre , & de même, dès que la flâine
fubtile du corps Animal a bouché les
pores de la flâme ténébreufe , il repouffe en
dehors celle-ci pour en refpirer de nouvelle
SEPTEMBRE. 1744. 2003
velle à la place , fans quoi la flâme naturelle
feroit fans action , ne pouvant s'étendre , &
l'Animal mourroit.
de tou-
30. Toutes les fermentations , en général ,
font le pur effet d'une matiere qui s'enflâme ,
auffi voit - on que lorfque les particules
du levain commencent à s'enflâmer , l'élafticité
de leur flâme fait peu à peu gon
fler la pâte, jufqu'à ce que la matiere du levain
ayant fini , la pâte s'affaiffe & reprend
fa premiere fituation . Il en eft de même du
Mouft ou Vin nouveau , ainfi que
tes fortes de fermentations , qui font plus
ou moins grandes & violentes , que la matiere
, qui s'enflâme , a fes pores plus ou
moins ferrés, d'où peuvent s'enfuivre l'efferveſcence,
& une infinité de Phénomenes qui
arrivent par le mêlange de certaines Liqueurs
, lefquels font expliqués naturellement
par ce principe , fans avoir recours à
des acides & à des alkalis chimeriques.
de 31. Puifque rien n'eft fi naturel que
concevoir , que la compreffion extrême où
Dieu a mis le fluide ou flâme ténébreufe
dans la boëtte Célefte , doit néceffairement
operer une filtration de la fubftance la plus
rafinée dans les pores de la matiere , où la
Alâme ténébreufe eft trop groffiere pour s'y
filtrer , que cette flame rafinée doit néceffairement
, à cauſe de la compreffion géné-
Dij
ra2004
MERCURE DE FRANCE.
rale , être élastique , dès qu'elle trouve une
efpece de vuide pour s'étendre dans les pores
de la flâme ténébreuſe , à mesure qu'elle
eft dégagée de la matiere où elle s'étoit filtrée
, par le briſement de fes parties , que
>
cette élasticité met néceffairement la matiere
en action & en mouvement il est donc
abfurde d'admettre aucune vertu dans la
matiere , pour expliquer les Phénomenes
& pour démontrer la caufe du mouvement
des Aftres & autres , ni de donner au feu
qui eft une matiere , la vertu ou propriété
d'échauffer, puifqu'il eft ridicule, encore un
coup , d'admettre quelque vertu ou propriété
dans la matiere , rien n'étant fi facile
à démontrer que ce n'eft point par une propriété
que le feu produit la chaleur , mais
par un pur eeffffeett ddee ll''ééllaaffttiicciittéé , comme on
le trouvera démontré par le nouveau Syftême
.
32. Si les Anciens Philofophes euffent
compris ce qui eft démontré dans le nouveau
Systême ; fçavoir , que la Lune eft une
pure flame , quelle eft la caufe de fa variation
à notre afpect , quelle eft celle de fes
taches invariables , & celle de fon Eclipfe
par l'abſence des rayons du Soleil , ils n'euffent
pas abandonné la raifon , pour fe livrer
à une opacité Lunaire , auſſi impoſſible
qu'elle eft abfurde,
33. C'eſt cependant de cette erreur où
l'on
SEPTEMBRE . 1744. 2005
l'on a demeuré enfeveli jufqu'à préfent, que
fe font engendrés Systêmes fur Systêmes, tous
contraires au fens & à la raifon , & qui pis
eft , à la Religion , pour la plûpart ; mais
comme l'erreur ne fçauroit être ſtable , tous
ces Systêmes erronnés fe font fucceffivement
détruits , & fe détruifent journellement les
uns les autres .
34. La feule Académie Royale des Sciences
, invariable dans fes fublimes lumieres ,
n'en a encore adopté aucun , regardant jufqu'à
préfent la Phyfique , comme enfevelie
dans les ténébres , & comme étant du moins
encore au berceau , comme le dit un Sçavant
Auteur Moderne * ; c'eſt par cette raifon
qu'elle eft obligée de propofer annuellement
des Prix pour l'explication des Phénomenes
les plus fimples , & que le nouveau
Systême mettroit un Villageois , même
fans étude , en état de les expliquer fur le
champ , fans héfiter .
35. En effet , l'homme le plus borné verra
dans le nouveau Systême, d'un feul trait, que
l'élafticité des flâmes Céleftes , dont le cours
eft parallele à la Ligne Equinoctiale , doit
néceffairement produire un cours de fluide
d'un Pole à l'autre , que ce cours doit produire
un flux d'environ fix heures , & fuc-
* M. Rollin , dans fon Extrait de l'Hift . des Egypt.
Carthag. &c. Edit. 1735. Tom, x111 . p. 75.
Diij ceffi2006
MERCURE DE FRANCE.
ceffivement un reflux , que les Marées doivent
être plus grandes aux Equinoxes qu'aux
Solftices , qu'elles doivent auffi être plus
hautes aux nouvelles & pleines Lunes qu'aux
Quadratures , que le flux & le reflux doivent
être conformes au cours journalier de
la Lune , qu'ils devoient arriver à differentes
heures fur les Côtes , & que celles du
Midi devoient l'avoir avant celles duNord ,
que dans les mêmes Lieux & à la même
heure , où les Marées font les plus hautes
en nouvelle & pleine Lune , elles devoient
être les plus baffes dans les Quadratures ,
que fans le flux & le reflux , le Monde finiroit
néceffairement , qu'il doit Y avoir des
cours variables dans la Mer , que le flux &
le reflux de la Méditerranée ne peut être
fenfible que dans l'embouchure de l'Euripe,
qui eft à fon Levant ; il verra enfin que
tous ces effets font produits par une feule
cauſe.
36. De cette même caufe , il concevra la
fource des vents & celle des rivieres & fontaines
, & l'explication de tous les Phénomenes
de l'Aimant.
37. Enfin on verra par ce nouveau Syftême
, qu'on n'a pas befoin d'avoir recours.
à tous ces prétendus miracles Philofophiques
, pour appercevoir diftinctement la
propagation & la vivification de l'Animal ,
celSEPTEMBRE.
1744. 2007
celles du Végétal , & la formation du Mineral.
L'Auteur refutera exactement les Objections
qui lui feront faites par le même Journal
public. Il avoit même le deffein de commencer
l'attaque , en mettant en pleine évidence
l'impoffibilité de l'opacité & folidité
de la Lune , & en prouvant tout de fuite
fa lumiere , mais il differera cet article pour
placer celui de l'Aimant.
Cette préférence qu'il donne à l'Aimant
provient de l'émulation qu'il a euë ,
voyant dans la Gazette de France du 23 Mai
1744 , que depuis 1742 , l'Académie des
Sciences n'ait pû parvenir à avoir aucun
Mémoire fuffifant fur ce fujet,& qu'elle foit
obligée d'en renvoyer fa décifion jufqu'en
1746.
1
Il y a déja long-tems que l'Auteur auroit
envoyé un Traité à l'Académie des Sciences
fur ce fujet , s'il n'avoit crû que fon
Ouvrage eut été imparfait , s'il n'eut prouvé
la caufe du cours d'un fluide d'un Pole à
F'autre , & c'est ce qu'il ne pouvoit faire
qu'en mettant au jour tout fon Systême.
Mais comme d'un côté , il a donné ici une
idée , du moins fuperficielle , de la caufe de
ce cours de fluide Polaire, & que de l'autre,
ce cours eft reconnu & n'eft conteſté
›
perſonne , l'Auteur va fur ce principe ex-
Diiij pliquer
par
2008 MERCURE DE FRANCE.
pliquer en détail tous les Phénomenes de
l'Aimant ; il le rend public , afin que fon
fentiment ayant effuyé pendant deux ans la
Critique & les objections du Public, l'Académie
des Sciences foit mieux à portée de
donner fa décision en 1746.
L'Auteur foûtient en premier lieu , que
l'Aimant étant une matiere , elle ne fçauroit
avoir ni vertu ni proprieté attractive , ni
autre, non plus que le Fer ni le Pole, ni aucune
autre forte de matiere .
Il s'agit d'examiner fi , fans s'écarter de
ce principe indubitable , on peut expliquer
quelle eft la caufe de la direction de l'Aiguille
Aimantée vers le Nord , à la difference
de toute autre matiere , & celle de
l'attraction du Fer par l'Aimant , qui eſt
exclufive de toute autre matiere , & enfin
la caufe de tous les autres Phénoménes de
l'Aimant.
L'explication de ces Phénomenes n'eft cependant
pas la Pierre Philofophale , car il
n'y a rien de furprenant ni de merveilleux ,
rien au contraire n'eft fi fimple , ni plus à la
portée de tout le monde. Voici donc de
quoi il s'agit.
Tout le mystere confifte à fçavoir que le
Fer eft un compofé de petites lamilles ,
couchées les unes fur les autres , à la difference
des autres matieres qui ont leurs Poles
droits ;
SEPTEMBRE. 1744. 2009
droits ; l'Analyfe que les Chymiftes ont
faite du Fer , qui eft imprimée , & qui n'eft
conteſtée , rend ce fait certain . pas
L'Aimant eft une matiere dont les pores
font extraordinairement plus ferrés que
ceux de toute autre matiere enforte
que le fluide Polaire n'y fçauroit pénétrer.
L'Aimant , dont on frotte l'Aiguille de
Fer , s'infinuant entre les petites lamilles qui
le compofent , en bouchent étroitement
tous les pores , & de même que l'on voit un
bâton mis en façon d'Aiguille Aimantée fur
un pivot dans le courant rapide d'un Ruiffeau
, ce bâton tournera toujours tandis que
l'eau le frappera obliquement , & il n'aura
d'affiette ftable que lorfque fa pointe regardera
la fource , de même qu'un Coq qui fert
de girouette au haut d'un Clocher , n'a de
ftabilité que lorfque la pointe de fon bec
regarde la fource du vent.
C'eft ainfi que le cours rapide du fluide
Polaire , ne pouvant traverfer l'Aiguille de
Fer , parce que l'Aimant en bouche les pores
, cette Aiguille ne peut avoir d'affiette
fixe , tandis que ce fluide la frappe obliquement
, & ne devient ftable que lorfque fa
pointe regarde la fource du fluide, qui vient
directement du Nord.
Comme deux Ruiffeaux qui auroient leur
fource oppofée , recevroient néceffairement
Dy de
2010 MERCURE DE FRANCE.
8
de la variation dans leur cours , lors de leur
rencontre , ainfi les deux cours de fluide
Polaire étant directement oppofés , & venant
à fe rencontrer aux environs de la Ligne
Equinoxiale , leur cours reçoit néceffairement
de la variation à leur rencontre , &
conféquemment l'Aiguille Aimantée ; c'eſt
ce que l'on nomme déclinaifon & inclinaifon
de l'Aiguille Aimantée , qui arrive aux
environs de la Ligne , plus ou moins près ,
fuivant la fituation où fe trouve le Soleil ,
par la raison qui en eft expliquée par le
Systême.
A l'égard de l'attraction , nous voyons par
expérience que la matiere qui a fes pores
très -ferrés , comme la Cire d'Eſpagne , le
Corail , & c. ne pouvant recevoir que le
plus fubtil de la flâme ténebreuſe , fi l'on
frotte cette matiere , on agite par conféquent
cette flâme fubtile , qui la pénetre ,
laquelle fortant & fe trouvant très rarefiée ,
donne moyen à la flâme ténébreufe de s'étendre
pour remplir cette rarefaction , enforte
qu'elle enleve avec elle la paille , le
fétu , qui en étcient pénetrés.
L'Aimant ayant les pores encore plus
ferrés que ces matieres , n'eft traversé que
par une flâme encore plus fubtile , & dont
la rarefaction eft encore plus grande
mais elle ne l'eft cependant pas affés , pour
enlever
SEPTEMBRE. 1744 2011
enlever le Fer , à caufe de fa pefanteur , elle
n'enleveroit même pas la paille , parce que
fa flâme étant infiniment fubtile , elle fe
gliffe dans les pores de la flâme ténébreuſe ,
fans violence & fans lui caufer d'agitation ,
ainfi celle- ci n'en peut donner à la paille ,
qui en eft remplie .
Il faut donc chercher une rarefaction
plus grande que ne l'eft celle qui fe trouve
dans la flâme qui pénetre l'Aimant , & qui
augmente la force de l'attraction .
En voici une expérience bien facile ; prenez
un fufil , bouchez-en la lumiere , rempliffez-
le d'eau , pliez le bout de la baguette
à la groffeur du calibre avec de l'étoupe de
filaffe , enfoncez- là dans le fufil jufqu'à un
pied du fond , il en tombera de l'eau , parce
que le canon eft trop plein , mais il reftera
de l'eau au-deffus du bouchon de la baguette
; agitez la baguette , comme pour nettoyer
le canon , en la retirant d'environ un
pied , il fe forme entre l'eau du fond &
celle d'au- deffus du bouchon , une rarefaction
qui eft comme une efpece de vuide.
Comme la flâme , dont la baguette eft remplie
, trouve moyen de s'étendre dans cette
efpece de vuide ou de rarefaction , vous ſentirez
une attraction fi violente , qu'à peine
aurez-vous la force de tenir la baguette , &
fi vous la lâchez , elle s'enfoncera avec tant
D vj de
2012 MERCURE DE FRANCE.
de violence , qu'elle enleveroit un poids de
plus de 20 livres , qui feroit attaché à l'autre
bout , & elle heurte avec force & avec
grand bruit contre l'eau du fond.
De-même que dans le cours rapide d'un
Ruiffeau , y mettant un caillou ou autre
maffe, que l'eau ne puiffe pas penetrer , l'eau
rejaillira contre & laiffera un vuide derriere
cette maffe ; c'eſt ainfi que le cours du
fluide Polaire ne pouvant pénétrer la Pierre
d'Aimant , rejaillit contre , & laille à l'oppofite
une espece de vuide ou rarefaction ,
qui augmente celle de la flâme fubtile , qui
pénetre l'Aimant , réciproquement celleci
augmente la premiere par le choc qu'elle
lui donne en fortant de l'Aimant , & c'est
à la faveur de cette rarefaction que la flâme
ténebreuſe , dont le fer eft rempli , trouve
moyen de s'étendre , & comme elle ne peut
facilement fe débarraffer d'entre ces couches
de lamilles de Fer , elle entraîne le Fer
avec elle , & c'eft là l'attraction du Fer.
Comme ce fluide , qui venant du Nord ,
rejaillit contre l'Aimant , comme s'il rétrogradoit,
ce fluide Polaire repouffe en arriere
la limaille de Fer , ce qui a fait croire que
l'Aimant avoit deux vertus magnétiques ,
l'une attractive & l'autre expulfive.
,
Lorfque la Pierre d'Aimant eft armée
c'eft-à- dire , qu'elle eft bordée de Fer aux
deux
SEPTEMBRE. 1744. 2013
・ツ
deux côtés , l'attraction en eft plus grande ,
parce que le fluide fubtil qui pénétre l'Aimant
, ne pouvant facilement pénétrer ces
couches de lamilles de fer , gliffe entre le
Fer & l'Aimant, & fort avec plus d'abondance
par les deux bouts de la ferrure ; c'eſt
pour cela que c'eſt à ces deux bouts que le
Fer s'accroche , parce que la rarefaction y
eft plus grande.
>
Ce Sujet demanderoit un plus ample détail
, tel qu'il eft dans le Systême nouveau
mais l'Auteur fe flate qu'il y en a affés ici
pour exciter la Critique & les Objections ,
dont la réfutation éclairera la matiere , au
point de pouvoir être décidée
par l'Académie
des Sciences.
Systême du Monde , qui fera inceffamment
mis aujour par le Baron de Carbonnieres.
L'nées
' Auteur fe défend depuis plufieurs années
de rendre fon Systême public ,
mais les inftances réiterées de plufieurs
bons Phyficiens , & l'explication qui fe fait
par fes principes de tous les Phénomenes ,
qui fe préfentent journellement fous les
fens , l'ayant parfaitement convaincu ,
n'ayant rien trouvé d'ailleurs dans les Obfervations
& les Expériences anciennes &
modernes , qui combatte fon Syftême , &
qui au contraire ne lui ferve de preuve , il
s'eft enfin déterminé à le mettre au jour
par le feul motif, que pouvant être adopté
par quelque perfonne capable , il pourra
être perfectionné , au point de devenir utile
, foit pour la Chymie , la Médecine , la
Navigation, l'Agriculture , &c.
L'Auteur ne penfoit point à faire un
SylEMBRE.
1744. 1995
Systême, car il ne s'eft appliqué, depuis plus
de 12 ans , à la recherche de la Vérité , que
pour fa fatisfaction particuliere ; il étoit
d'ailleurs fi prévenu de certains faits que
la Philofophie Scholaftique a toujours regardés
comme indubitables, qu'il eut lui - même
pris pour une abfurdité de les révoquer
en doute.
En effet , lorfque fes fens & fa raiſon ſe
révoltoient contre l'opacité de la Lune ,
ainfi que fur plufieurs autres Phénomenes ,
que la Phyſique lui avoit expliqués, par des
preuves qui avoient été jufqu'ici univer-
Tellement reconnues pour indubitables , fes
préjugés décidoient fouverainement.
Cependant , à force de combattre , il parvint
à fufpendre la violence des préjugés ,
pour laiffer fes fens & fa raiſon agir en
pleine liberté.
Ce fut dans cette nouvelle fituation , que
fe trouvant comme régénéré dans un nouveau
Monde , il conçut le Systême dont il
s'agit ici , lequel fappe par le fondement tous
ceux qui ont parû juſqu'à préſent.
Deux motifs le déterminent d'en faire
inférer une idée générale dans les Journaux
publics ; le premier eft ,
eft , que comme il en a
conféré avec beaucoup de Philofophes , &
qu'il a même communiqué fes cahiers , il
ne feroit pas impoffible que quelqu'un ne
pûr
3
994 MERCURE DE FRANCE.
pût le l'adopter , & qu'il ne fût
figuré.
par
là dé-
Le fecond eft , qu'après que ce Systême
aura effuyé dans cet abbregé la Critique
publique , il aura plus de force pour pénétrer
au travers des préjugés , par ſon évidence
, dans la raifon du Public.
Voici donc l'Idée générale & fuperficielle
du nouveau Systême . Cet Ouvrage n'eft autre
chofe que l'Anatomie fimple & facile
du Monde , par laquelle l'efprit le plus borappercevra
diſtinctement , fans peine , ni
méditation ,
né
1. Que le Monde eft un feul Corps , renfermé
dans une boëtte , qui eſt le Ciel , qui
lui fert comme de peau ; que cette boëtteeft
immobile , que fa matiere peut être confiderée
comme une glace aqueufe , & d'une
épaiffeur prodigieufe & fans pores.
2. Que le Soleil , la Lune , les Etoiles &
tous les Aftres avec la Terre , qui eft immobile
au Centre , font les parties qui compo
fent ce Corps.
3. Qu'une flâme obfcure ou ténébreuſe ,
fluide & univerfelle , extrêmement compreffée
dans cette boëtte Célefte , ne pou
vant y laiffer aucun vuide , unit toutes les
parties de ce Corps , & le rend continu .
4. Que pour avoir une notion fenfible
de cette flâme ténébreuſe , on peut la confiderer
SEPTEMBRE. 1744. 1999
derer comme de la fumée extrêmement rarefiée.
5. Que de même que d'un Vin noir il
s'en fépare la fubftance la plus fubtile , &
qui eft clair à proportion de fa fubtilité ,
comme l'Eau-de- Vie , l'Efprit de Vin , &c.
ainfi s'exprime-t'il de la flâme ténébreuſe
une fubftance , d'autant plus ou moins fubtile
, que les pores où elle eft filtrée , font
plus ou moins ferrés.
6. Que la matiere exprimée de la flâme
ténébreufe , eft une flâme de même fubftance
, mais d'autant plus ou moins lumineufe
& ardente , qu'elle a été plus ou moins fubtilifée
, fuivant que les pores où elle a été
filtrée , font plus ou moins ferrés .
7. Que c'eft la compreffion extrême &
univerfelle où eft la flâme ténébreufe , qui
opere cette filtration.
8. Que c'eft de cette même compreffion
que dérive l'élafticité de la flâme fubtile ou
lumineufe , laquelle étant dégagée des
parties homogénes où elle étoit enfermée
par le brifement de ces mêmes parties , trouve
du vuide , pour s'étendre dans les pores
de la flâme ténébreufe , laquelle étant plus
groffiere , a fes pores affés grands , pour y
recevoir la flâme fubtile.
9. Que conféquemment l'élafticité eſt
proportionnée à la ſubtilité de la flâme lumineufe,
10.
1996 MERCURE DE FRANCE.
10. Que les Corps ne font inflâmables &
combuftibles , que parce qu'il s'eft filtré dans
leurs parties matérielles de la flâme fubtilifée
par cette filtration , & qui en reffort par
fon élasticité , à mefure que les particules
qui la contenoient , font brifées ; tels font
le Nitre , le Souffre , le Bithume , le Bois ,
l'Huile , e.
11. Que le Soleil , la Lune , les Etoiles ,
& généralement tous les Aftres , ne font
autre chofe que des flâmes lumineufes &
ardentes .
12. Que la matiere qui produit ces flâmes
, n'eft autre chofe que le Souffre , le
Nitre , le Bithume , l'Huile , &c . dont les
Cercles afpiraux fimples ou doublés que par
courent ces flâmes , font imbibés ou impregnés.
13. Que la difference de lumiere ou de
lueur & ardeur, qui fe trouve entre ces flâmes
, ne provient que de celle qu'il y a entre
les pores de la matiere qui les produit.
14. Qu'à mefure que la matiere
qui produit
ces flâmes eft réduite en combuftion
,
elle eft remplacée par de ſemblable maticre
, dont les Cercles s'imbibent de nouveau.
15. Que ce remplacement fe fait par une
circulation continuelle de la flâme ténébreuſe
, laquelle eft chaffée & pouffée par
l'élafticité de toutes ces flâmes lumineufes ,
lef
SEPTEMBRE. 1744. 1997
lefquelles ayant leurs cours parallele à la
Ligne Equinoctiale , font prendre fon cours
à la flâme ténébreufe vers les deux Poles
Céleftes ,
16. Que comme la boëtte Célefte eft faite
en façon d'un OEuf , n'étant pas abfolument
ronde , à mesure que la flâme ténébreuſe ,
remplit ou compreſſe les Poles Céleſtes , elle
ne peut prendre d'autre cours que par le
centre où eft la Terre ; & c'eft aux approches
de la Ligne Terreftre que ces cours
Polaires fe rencontrent
, enforte que ne
pouvant rétrograder , ils ne font plus qu'un
feul cours , qui ne peut être que vers les
Aftres,où ils reprennent de nouveau le cours
de chaque Pole , & ainfi fueceffivement il
s'enfuit une circulation continuelle.
17. Que comme la flâme lumineuse ou ardente
ne confomme rien , ne faiſant
que
brifer & divifer les parties de la matiere qui
eft réduite en combustion , & que rien de ce
qui eft contenu dans la boëtte Célefte , ne
fçauroit en fortir ni fe perdre , il s'enfuit
que la matiere inflâmable , dont les Cercles
s'imbibent continuellement de nouveau , ne
fçauroit rien diminuer du volume de matiere
dont le Monde eft rempli .
18. Qu'à mesure que la matiere combufrible
des Cercles eft réduite en cendres , en
poulliere , en fumée , &c , ces mêmes cendres
,
1998 MERCURE DE FRANCE.
drés , cette même pouffiere , & c. font rap- гар-
portées par la même circulation à la Terre ,
où elles remplacent la matiere inflâmable ,
qui en eft continuellement féparée , en s'imbibant
dans la flâme ténébreufe , qui y circule
toujours.
19. Car de même que la Terre morte qui
a été dépouillée de fon Nitre ou Salpêtre ,
étant miſe dehors , s'imprégne de nouveau
-Salpêtre que la flâme ténébreufe y dépofe ,
en la traverfant par la circulation , ainſi la
flâme ténébreufe s'imbibe , en paffant par la
Terre , d'autant de matiere inflâmable qu'elle
en avoit dépofé , & les Cercles qu'elle
traverſe par la même circulation , en font
de même , s'imbibant d'autant de matiere
inflâmable , dont ils ont été dépouillés , &
qu'ils font capables d'en contenir , laquelle
ils reçoivent de la flâme ténébreuſe.
20. De même que fi on met dans une
Cuvette de l'Eau , de l'Huile & autres Liqueurs
, & qu'on imprégne de petites piéces
de Drap de chacune de ces Liqueurs , chaque
morceau de Drap ne s'imbibera dans la
Cuvette que de la même Liqueur dont il
étoit imbibé , & dont la glutinofité étoit
conforme , auffi chaque Cercle ne s'imbibet'il
que de la même matiere dont il avoit
été imprégné , & dont la glutinofité ſe trouve
de même nature ou pareille.
21.
SEPTEMBRE. 1744. 1999
21. Comme l'eau dans laquelle on fait
diffoudre du fel , s'en imbibe d'autant qu'elle
eft capable d'en contenir , après quoi elle
n'en peut plus diffoudre , auffi la Åâme ténébreuſe
, ainfi que les Cercles s'imbibentils
continuellement par la circulation d'au
tant de matiere inflamable , dont ils avoient
été dépouillés & qu'ils en peuvent contenir.
22. La prodigieufe quantité de matiere
inflâmable qui eft réduite en combuſtion
par tant de differens Cercles enflâmés, n'empêche
pas qu'il ne s'en trouve toujours la
même quantité pour la remplacer , parce
que cette matiere , brifée , en paffant par la
circulation dans tant de differens Cercles,
dont la chaleur eft differente , elle y reçoit
une nouvelle trituration & concoction , qui
la difpofent à recevoir fa premiere figure
d'inflamable , en paffant par la Terre .
23. Il s'enfuit donc que toutes les parties.
du Corps du Monde s'entretiennent mutuellement
par la circulation , & que la matiere
qui leur fert de nourriture , reçoit la même
trituration concoction & digeftion , de
-même que s'entretient le corps de l'Animal
irraifonnable , qui eft le feul dont l'Auteur
entend parler dans fon Ouvrage , comme
de la Vie materielle d'une Plante ou autre
Végétal : car pour l'Animal raifonnable
qui
2000 MERCURE DE FRANCE.
qui eſt l'Homme , dont la Vie n'eft pas materielle
, mais pure , fpirituelle , & qui vient
immédiatement de Dieu , il n'a garde de
toucher à ce qui eft purement Métaphysi
que , & dont il fe reconnoît fi indigne d'ap
procher.
24. Ainfi le Monde eft un grand Animal ,
& l'Animal eft un petit Monde , ne differant
entr'eux que par la grandeur & la fenfibilité
, la Vie Végétative de l'un & de l'autre
s'entretenant par les régles d'un feul &
même Méchanifme , qui confifte uniquement
dans la compreffion , où Dieu a mis la
Hâme ténébreufe dans la boëtte Célefte , car
cette compreffion caufe l'élafticité , & celleci
produit la circulation , & conféquem
ment le mouvement , qui eft le fiége de la
Vie , ou plutôt la Vie même du Corps mondain
& du Corps animal , ainfi c'eft cette
compreffion univerfelle de la flâme ténébreufe
qui eft le grand reffort , qui fait agir
toute la Nature.
25. Comme la matiere inflâmable eſt l'humide
radical , ou le Chyle qui entretient
dans les vaiffeaux de l'Animal , qui repréfentent
les Cercles du Corps mondain , la
Alâme fubtile , qui par fon élasticité produit
la circulation & le mouvement qui vivifie
materiellement l'Animal , eft une matiere
dont les pores
font plus groffiers ou moins
ferSEPTEMBRE.
1744. 2001
ferrés que ceux du Nitre , du Souffre , &c.
elle produit auffi une flâme moins fubtile, &
conféquemment moins ardente , laquelle fe
trouve proportionnée au tempérament de
l'Animal , & n'en peut brûler ni alterer les
parties , de même que la flâme ,produite par
l'Eau-de- Vie, ne brûle pas le linge.
26. Mais s'il s'engendre parmi le liquide
du corps Animal d'autre matiere , qui ait fes
pores plus ferrés que celle du Chyle ou de
l'humide radical , & qu'elle vienne à s'en-
Alâmer, la flâme qu'elle produira , étant plus
fubtile , occafionnera une circulation plus
rapide & plus ardente , conféquemment
une pulfation du poulx plus vive ; c'eft ce
que l'on nomme la fiévre , laquelle durera
autant qu'il y aura de cette matiere étrangere
difpofée à s'enflâmer ; & comme il faut
enfuite du tems , pour qu'il fe forme de
femblable matiere , & qu'elle s'enflâme de
nouveau , c'eft ce tems qu'on appelle l'intervalle
des accès .
27. Lorsque cette matiere étrangere commence
à s'enflâmer peu à peu , elle bouche
par fon élasticité les conduits , & empêche
la flâme naturelle ou du Chyle d'avoir fon
cours libre ; c'est ce qui occafionne les friffons
au commencement de la fiévre , qui durent
jufqu'à ce qu'il y ait une fuffifante
quantité de cette matiere étrangere, qui foit
D en2002
MERCURE DE FRANCE.
enflâmée
rapide.
, pour produire une circulation
28. Si l'Animal avale d'autre matiere
dont les pores foient groffiers , elle produira
une flâme moins fubtile , laquelle étant
mêlée avec celle qui occafionne la fiévre ,
en temperera l'ardeur & l'activité &
pourra la rendre conforme à la flâme naturelle
, & guerir le Malade ; mais fi la matiere
étrangere , qui produit la fiévre, eft tropabondante
, elle pourra fuffoquer par fon élafticité
la flâme naturelle ; enforte que l'accès
finiffant défaut de matiere étrangere
l'Animal fe trouvera fans flâme , conféquemment
fans circulation , fans mouvement
& fans vie.
par
29. Comme la flâme ténébreuſe eft univerfellement
compreffée dans la boëtte Célefte
, elle ne sçauroit avoir d'élafticité , n'y
ayant aucun vuide pour s'étendre ; mais la
Alâme fubtile trouve moyen de s'étendre
dans les pores de la flâme ténébreuſe , lefquels
font affés grands pour la recevoir :
c'eft pourquoi fi l'on bouchoit un four allumé
, la flâme feroit fuffoquée , dès qu'elle
feroit privée de la flâme exterieure , qui eft
la ténébreufe , qui lui fournit des pores.
pour s'étendre , & de même, dès que la flâine
fubtile du corps Animal a bouché les
pores de la flâme ténébreufe , il repouffe en
dehors celle-ci pour en refpirer de nouvelle
SEPTEMBRE. 1744. 2003
velle à la place , fans quoi la flâme naturelle
feroit fans action , ne pouvant s'étendre , &
l'Animal mourroit.
de tou-
30. Toutes les fermentations , en général ,
font le pur effet d'une matiere qui s'enflâme ,
auffi voit - on que lorfque les particules
du levain commencent à s'enflâmer , l'élafticité
de leur flâme fait peu à peu gon
fler la pâte, jufqu'à ce que la matiere du levain
ayant fini , la pâte s'affaiffe & reprend
fa premiere fituation . Il en eft de même du
Mouft ou Vin nouveau , ainfi que
tes fortes de fermentations , qui font plus
ou moins grandes & violentes , que la matiere
, qui s'enflâme , a fes pores plus ou
moins ferrés, d'où peuvent s'enfuivre l'efferveſcence,
& une infinité de Phénomenes qui
arrivent par le mêlange de certaines Liqueurs
, lefquels font expliqués naturellement
par ce principe , fans avoir recours à
des acides & à des alkalis chimeriques.
de 31. Puifque rien n'eft fi naturel que
concevoir , que la compreffion extrême où
Dieu a mis le fluide ou flâme ténébreufe
dans la boëtte Célefte , doit néceffairement
operer une filtration de la fubftance la plus
rafinée dans les pores de la matiere , où la
Alâme ténébreufe eft trop groffiere pour s'y
filtrer , que cette flame rafinée doit néceffairement
, à cauſe de la compreffion géné-
Dij
ra2004
MERCURE DE FRANCE.
rale , être élastique , dès qu'elle trouve une
efpece de vuide pour s'étendre dans les pores
de la flâme ténébreuſe , à mesure qu'elle
eft dégagée de la matiere où elle s'étoit filtrée
, par le briſement de fes parties , que
>
cette élasticité met néceffairement la matiere
en action & en mouvement il est donc
abfurde d'admettre aucune vertu dans la
matiere , pour expliquer les Phénomenes
& pour démontrer la caufe du mouvement
des Aftres & autres , ni de donner au feu
qui eft une matiere , la vertu ou propriété
d'échauffer, puifqu'il eft ridicule, encore un
coup , d'admettre quelque vertu ou propriété
dans la matiere , rien n'étant fi facile
à démontrer que ce n'eft point par une propriété
que le feu produit la chaleur , mais
par un pur eeffffeett ddee ll''ééllaaffttiicciittéé , comme on
le trouvera démontré par le nouveau Syftême
.
32. Si les Anciens Philofophes euffent
compris ce qui eft démontré dans le nouveau
Systême ; fçavoir , que la Lune eft une
pure flame , quelle eft la caufe de fa variation
à notre afpect , quelle eft celle de fes
taches invariables , & celle de fon Eclipfe
par l'abſence des rayons du Soleil , ils n'euffent
pas abandonné la raifon , pour fe livrer
à une opacité Lunaire , auſſi impoſſible
qu'elle eft abfurde,
33. C'eſt cependant de cette erreur où
l'on
SEPTEMBRE . 1744. 2005
l'on a demeuré enfeveli jufqu'à préfent, que
fe font engendrés Systêmes fur Systêmes, tous
contraires au fens & à la raifon , & qui pis
eft , à la Religion , pour la plûpart ; mais
comme l'erreur ne fçauroit être ſtable , tous
ces Systêmes erronnés fe font fucceffivement
détruits , & fe détruifent journellement les
uns les autres .
34. La feule Académie Royale des Sciences
, invariable dans fes fublimes lumieres ,
n'en a encore adopté aucun , regardant jufqu'à
préfent la Phyfique , comme enfevelie
dans les ténébres , & comme étant du moins
encore au berceau , comme le dit un Sçavant
Auteur Moderne * ; c'eſt par cette raifon
qu'elle eft obligée de propofer annuellement
des Prix pour l'explication des Phénomenes
les plus fimples , & que le nouveau
Systême mettroit un Villageois , même
fans étude , en état de les expliquer fur le
champ , fans héfiter .
35. En effet , l'homme le plus borné verra
dans le nouveau Systême, d'un feul trait, que
l'élafticité des flâmes Céleftes , dont le cours
eft parallele à la Ligne Equinoctiale , doit
néceffairement produire un cours de fluide
d'un Pole à l'autre , que ce cours doit produire
un flux d'environ fix heures , & fuc-
* M. Rollin , dans fon Extrait de l'Hift . des Egypt.
Carthag. &c. Edit. 1735. Tom, x111 . p. 75.
Diij ceffi2006
MERCURE DE FRANCE.
ceffivement un reflux , que les Marées doivent
être plus grandes aux Equinoxes qu'aux
Solftices , qu'elles doivent auffi être plus
hautes aux nouvelles & pleines Lunes qu'aux
Quadratures , que le flux & le reflux doivent
être conformes au cours journalier de
la Lune , qu'ils devoient arriver à differentes
heures fur les Côtes , & que celles du
Midi devoient l'avoir avant celles duNord ,
que dans les mêmes Lieux & à la même
heure , où les Marées font les plus hautes
en nouvelle & pleine Lune , elles devoient
être les plus baffes dans les Quadratures ,
que fans le flux & le reflux , le Monde finiroit
néceffairement , qu'il doit Y avoir des
cours variables dans la Mer , que le flux &
le reflux de la Méditerranée ne peut être
fenfible que dans l'embouchure de l'Euripe,
qui eft à fon Levant ; il verra enfin que
tous ces effets font produits par une feule
cauſe.
36. De cette même caufe , il concevra la
fource des vents & celle des rivieres & fontaines
, & l'explication de tous les Phénomenes
de l'Aimant.
37. Enfin on verra par ce nouveau Syftême
, qu'on n'a pas befoin d'avoir recours.
à tous ces prétendus miracles Philofophiques
, pour appercevoir diftinctement la
propagation & la vivification de l'Animal ,
celSEPTEMBRE.
1744. 2007
celles du Végétal , & la formation du Mineral.
L'Auteur refutera exactement les Objections
qui lui feront faites par le même Journal
public. Il avoit même le deffein de commencer
l'attaque , en mettant en pleine évidence
l'impoffibilité de l'opacité & folidité
de la Lune , & en prouvant tout de fuite
fa lumiere , mais il differera cet article pour
placer celui de l'Aimant.
Cette préférence qu'il donne à l'Aimant
provient de l'émulation qu'il a euë ,
voyant dans la Gazette de France du 23 Mai
1744 , que depuis 1742 , l'Académie des
Sciences n'ait pû parvenir à avoir aucun
Mémoire fuffifant fur ce fujet,& qu'elle foit
obligée d'en renvoyer fa décifion jufqu'en
1746.
1
Il y a déja long-tems que l'Auteur auroit
envoyé un Traité à l'Académie des Sciences
fur ce fujet , s'il n'avoit crû que fon
Ouvrage eut été imparfait , s'il n'eut prouvé
la caufe du cours d'un fluide d'un Pole à
F'autre , & c'est ce qu'il ne pouvoit faire
qu'en mettant au jour tout fon Systême.
Mais comme d'un côté , il a donné ici une
idée , du moins fuperficielle , de la caufe de
ce cours de fluide Polaire, & que de l'autre,
ce cours eft reconnu & n'eft conteſté
›
perſonne , l'Auteur va fur ce principe ex-
Diiij pliquer
par
2008 MERCURE DE FRANCE.
pliquer en détail tous les Phénomenes de
l'Aimant ; il le rend public , afin que fon
fentiment ayant effuyé pendant deux ans la
Critique & les objections du Public, l'Académie
des Sciences foit mieux à portée de
donner fa décision en 1746.
L'Auteur foûtient en premier lieu , que
l'Aimant étant une matiere , elle ne fçauroit
avoir ni vertu ni proprieté attractive , ni
autre, non plus que le Fer ni le Pole, ni aucune
autre forte de matiere .
Il s'agit d'examiner fi , fans s'écarter de
ce principe indubitable , on peut expliquer
quelle eft la caufe de la direction de l'Aiguille
Aimantée vers le Nord , à la difference
de toute autre matiere , & celle de
l'attraction du Fer par l'Aimant , qui eſt
exclufive de toute autre matiere , & enfin
la caufe de tous les autres Phénoménes de
l'Aimant.
L'explication de ces Phénomenes n'eft cependant
pas la Pierre Philofophale , car il
n'y a rien de furprenant ni de merveilleux ,
rien au contraire n'eft fi fimple , ni plus à la
portée de tout le monde. Voici donc de
quoi il s'agit.
Tout le mystere confifte à fçavoir que le
Fer eft un compofé de petites lamilles ,
couchées les unes fur les autres , à la difference
des autres matieres qui ont leurs Poles
droits ;
SEPTEMBRE. 1744. 2009
droits ; l'Analyfe que les Chymiftes ont
faite du Fer , qui eft imprimée , & qui n'eft
conteſtée , rend ce fait certain . pas
L'Aimant eft une matiere dont les pores
font extraordinairement plus ferrés que
ceux de toute autre matiere enforte
que le fluide Polaire n'y fçauroit pénétrer.
L'Aimant , dont on frotte l'Aiguille de
Fer , s'infinuant entre les petites lamilles qui
le compofent , en bouchent étroitement
tous les pores , & de même que l'on voit un
bâton mis en façon d'Aiguille Aimantée fur
un pivot dans le courant rapide d'un Ruiffeau
, ce bâton tournera toujours tandis que
l'eau le frappera obliquement , & il n'aura
d'affiette ftable que lorfque fa pointe regardera
la fource , de même qu'un Coq qui fert
de girouette au haut d'un Clocher , n'a de
ftabilité que lorfque la pointe de fon bec
regarde la fource du vent.
C'eft ainfi que le cours rapide du fluide
Polaire , ne pouvant traverfer l'Aiguille de
Fer , parce que l'Aimant en bouche les pores
, cette Aiguille ne peut avoir d'affiette
fixe , tandis que ce fluide la frappe obliquement
, & ne devient ftable que lorfque fa
pointe regarde la fource du fluide, qui vient
directement du Nord.
Comme deux Ruiffeaux qui auroient leur
fource oppofée , recevroient néceffairement
Dy de
2010 MERCURE DE FRANCE.
8
de la variation dans leur cours , lors de leur
rencontre , ainfi les deux cours de fluide
Polaire étant directement oppofés , & venant
à fe rencontrer aux environs de la Ligne
Equinoxiale , leur cours reçoit néceffairement
de la variation à leur rencontre , &
conféquemment l'Aiguille Aimantée ; c'eſt
ce que l'on nomme déclinaifon & inclinaifon
de l'Aiguille Aimantée , qui arrive aux
environs de la Ligne , plus ou moins près ,
fuivant la fituation où fe trouve le Soleil ,
par la raison qui en eft expliquée par le
Systême.
A l'égard de l'attraction , nous voyons par
expérience que la matiere qui a fes pores
très -ferrés , comme la Cire d'Eſpagne , le
Corail , & c. ne pouvant recevoir que le
plus fubtil de la flâme ténebreuſe , fi l'on
frotte cette matiere , on agite par conféquent
cette flâme fubtile , qui la pénetre ,
laquelle fortant & fe trouvant très rarefiée ,
donne moyen à la flâme ténébreufe de s'étendre
pour remplir cette rarefaction , enforte
qu'elle enleve avec elle la paille , le
fétu , qui en étcient pénetrés.
L'Aimant ayant les pores encore plus
ferrés que ces matieres , n'eft traversé que
par une flâme encore plus fubtile , & dont
la rarefaction eft encore plus grande
mais elle ne l'eft cependant pas affés , pour
enlever
SEPTEMBRE. 1744 2011
enlever le Fer , à caufe de fa pefanteur , elle
n'enleveroit même pas la paille , parce que
fa flâme étant infiniment fubtile , elle fe
gliffe dans les pores de la flâme ténébreuſe ,
fans violence & fans lui caufer d'agitation ,
ainfi celle- ci n'en peut donner à la paille ,
qui en eft remplie .
Il faut donc chercher une rarefaction
plus grande que ne l'eft celle qui fe trouve
dans la flâme qui pénetre l'Aimant , & qui
augmente la force de l'attraction .
En voici une expérience bien facile ; prenez
un fufil , bouchez-en la lumiere , rempliffez-
le d'eau , pliez le bout de la baguette
à la groffeur du calibre avec de l'étoupe de
filaffe , enfoncez- là dans le fufil jufqu'à un
pied du fond , il en tombera de l'eau , parce
que le canon eft trop plein , mais il reftera
de l'eau au-deffus du bouchon de la baguette
; agitez la baguette , comme pour nettoyer
le canon , en la retirant d'environ un
pied , il fe forme entre l'eau du fond &
celle d'au- deffus du bouchon , une rarefaction
qui eft comme une efpece de vuide.
Comme la flâme , dont la baguette eft remplie
, trouve moyen de s'étendre dans cette
efpece de vuide ou de rarefaction , vous ſentirez
une attraction fi violente , qu'à peine
aurez-vous la force de tenir la baguette , &
fi vous la lâchez , elle s'enfoncera avec tant
D vj de
2012 MERCURE DE FRANCE.
de violence , qu'elle enleveroit un poids de
plus de 20 livres , qui feroit attaché à l'autre
bout , & elle heurte avec force & avec
grand bruit contre l'eau du fond.
De-même que dans le cours rapide d'un
Ruiffeau , y mettant un caillou ou autre
maffe, que l'eau ne puiffe pas penetrer , l'eau
rejaillira contre & laiffera un vuide derriere
cette maffe ; c'eſt ainfi que le cours du
fluide Polaire ne pouvant pénétrer la Pierre
d'Aimant , rejaillit contre , & laille à l'oppofite
une espece de vuide ou rarefaction ,
qui augmente celle de la flâme fubtile , qui
pénetre l'Aimant , réciproquement celleci
augmente la premiere par le choc qu'elle
lui donne en fortant de l'Aimant , & c'est
à la faveur de cette rarefaction que la flâme
ténebreuſe , dont le fer eft rempli , trouve
moyen de s'étendre , & comme elle ne peut
facilement fe débarraffer d'entre ces couches
de lamilles de Fer , elle entraîne le Fer
avec elle , & c'eft là l'attraction du Fer.
Comme ce fluide , qui venant du Nord ,
rejaillit contre l'Aimant , comme s'il rétrogradoit,
ce fluide Polaire repouffe en arriere
la limaille de Fer , ce qui a fait croire que
l'Aimant avoit deux vertus magnétiques ,
l'une attractive & l'autre expulfive.
,
Lorfque la Pierre d'Aimant eft armée
c'eft-à- dire , qu'elle eft bordée de Fer aux
deux
SEPTEMBRE. 1744. 2013
・ツ
deux côtés , l'attraction en eft plus grande ,
parce que le fluide fubtil qui pénétre l'Aimant
, ne pouvant facilement pénétrer ces
couches de lamilles de fer , gliffe entre le
Fer & l'Aimant, & fort avec plus d'abondance
par les deux bouts de la ferrure ; c'eſt
pour cela que c'eſt à ces deux bouts que le
Fer s'accroche , parce que la rarefaction y
eft plus grande.
>
Ce Sujet demanderoit un plus ample détail
, tel qu'il eft dans le Systême nouveau
mais l'Auteur fe flate qu'il y en a affés ici
pour exciter la Critique & les Objections ,
dont la réfutation éclairera la matiere , au
point de pouvoir être décidée
par l'Académie
des Sciences.
Fermer