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1951
p. 83-84
ENIGME.
Début :
On ne me rencontre qu'aux Champs, [...]
Mots clefs :
Charrue
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
N ne me rencontre qu'aux Champs ,
Point à la Cour , point à la Ville ,
Et cependant je, fuis utile
Aux plus petits , comme aux plus Grands :
Pour moi l'ouvrage eft un martyre.
Et , ce qui doit vous faire rire ,
Pour que j'exerce mon emploi ,
On est toujours trois après moi...
Je paffe pour laborieuſe ,
Et fuis d'une pareffe affreufe ,
Car je ne fais rien de mon cru.
Pour que je falle des merveilles ,
D.
VJJ
84 MERCURE DE FRANCE.
Il faut , quand deux des trois me tirent les
oreilles ,
Que l'autre , fort fouvent me pouffe par le cul.
Par M. NARET .
N ne me rencontre qu'aux Champs ,
Point à la Cour , point à la Ville ,
Et cependant je, fuis utile
Aux plus petits , comme aux plus Grands :
Pour moi l'ouvrage eft un martyre.
Et , ce qui doit vous faire rire ,
Pour que j'exerce mon emploi ,
On est toujours trois après moi...
Je paffe pour laborieuſe ,
Et fuis d'une pareffe affreufe ,
Car je ne fais rien de mon cru.
Pour que je falle des merveilles ,
D.
VJJ
84 MERCURE DE FRANCE.
Il faut , quand deux des trois me tirent les
oreilles ,
Que l'autre , fort fouvent me pouffe par le cul.
Par M. NARET .
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1952
p. 84
AUTRE.
Début :
Vous ne le croirez pas à moins de l'avoir vû : [...]
Mots clefs :
Vinaigre
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
ous ne le croirez pas à moins de l'avoir vû:
Dans Paris tous les jours fur un char étendu ,
Conduifant avec moi la maiſon qui me loge ,
J'entends retentir mon éloge.
Un héraut publiant mes bonnes qualités ,
La corde au col me fuit à pas comptés.
La corde au col ? le plaifant équipage !
Va-t-on le pendre ? oh de grace , arrêtez ,
Ne m'aigrillez pas davantage :
Si c'eft votre delfein , vous pourriez réaffir ,
Maisje ne ferois pas facile à radoucir .
Par M. L. G....
ous ne le croirez pas à moins de l'avoir vû:
Dans Paris tous les jours fur un char étendu ,
Conduifant avec moi la maiſon qui me loge ,
J'entends retentir mon éloge.
Un héraut publiant mes bonnes qualités ,
La corde au col me fuit à pas comptés.
La corde au col ? le plaifant équipage !
Va-t-on le pendre ? oh de grace , arrêtez ,
Ne m'aigrillez pas davantage :
Si c'eft votre delfein , vous pourriez réaffir ,
Maisje ne ferois pas facile à radoucir .
Par M. L. G....
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1953
p. 84-86
LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis un jeune enfant adoré de ma mère : [...]
Mots clefs :
Printemps
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPH E.
Je fais un jeune enfant adoré de ma mère ; E
C'eſt d'elle que je tiens tout ce qu'il faut pour
plaire ,
Douceur , grâces , beauté , tendreſſe , ris , attraits
Sont les dons que ſur moi répandent ſes bienfaits.
•
M A I. 1763. 85
Mes charmes innocens rendent mon régne aimable.
Mais malheureuſement il eſt trop peu durable ,
Car mes frères , jaloux de toutes ces faveurs ,
Me forcent tour -à- tour à fouffrir leurs rigueurs
Mais où vais -je ? ... à quoi bon parler de ma famille
?
Et pourquoi m'égarer de vétille en vétille ?
Il s'agit , cher Lecteur , de deviner mon nom ;
Ainfi venons au fait dont il eft queſtion .
Décompofe ; & bientôt tu trouveras peut-être
Qu'il n'eſt pas malaifé de pouvoir me connoître.
Je t'offre en mes huit pieds par différens rapports,
Plus de quarante mots renfermés dans mon corps.
Un enfant de Noé trois notes de mufique ;
Un ornement d'Evêque ; un terme dogmatique³
Une eſpèce de fel ; un endroit fourerrain ;
Un outil de maçon ; ce qu'on voit dans le pain ;
Un arbre ; deux oiſeaux , un fol que la Nature
Deux ou trois fois par an tapiffe de verdure ;
Le bouquet qui renferme un utile aliment ;
Ce qu'un mauvais payeur ne rend pas aifément ;
Un terme de commerce , ou bien de bréviaire ;
Le titre Souverain qu'en Europe on révére ;
Ce qui , bien cultivé , fait honneur au bon lens ,
Mais fouvent dont le trop peut nuire à bien des
gens;
Un péché capital ; une marque de joye ;
86 MERCURE DE FRANCE .
Ee vafte fein des eaux ; une antique monnoye
Dont l'efpéce aujourd'hui chez nous n'a plus de
cours;
Ce qui fans s'arrêter , fuit & régle nos jours ;
Le nom d'un grand Seigneur qu'on reſpecte en
Turquie ;
Cinq Villes , deux en France , une dans l'Italie,
Une autre dans la Flandre , & la derniere enfin
Se trouve en Allemagne affife fur le Rhin.
Plus un terme de chaffe ; un autre de Barême ;
Ce que Boileau cherchoit avec un foin extrême;
Un jeu fort ulité ; trois pronoms poſſeſſifs ;
Une meſure , un nombre & quatre infinitifs.
C'en eft affez , Lecteur , fi ceci te contente ,
Car je crois entre nous que ce jeu te tourmente.
Combine maintenant , & vois fi tu pourras ,
En cherchant qui je fuis , te tirer d'embarras.
Par M. FABRE , Licentié en Droit
à Strasbourg.
Je fais un jeune enfant adoré de ma mère ; E
C'eſt d'elle que je tiens tout ce qu'il faut pour
plaire ,
Douceur , grâces , beauté , tendreſſe , ris , attraits
Sont les dons que ſur moi répandent ſes bienfaits.
•
M A I. 1763. 85
Mes charmes innocens rendent mon régne aimable.
Mais malheureuſement il eſt trop peu durable ,
Car mes frères , jaloux de toutes ces faveurs ,
Me forcent tour -à- tour à fouffrir leurs rigueurs
Mais où vais -je ? ... à quoi bon parler de ma famille
?
Et pourquoi m'égarer de vétille en vétille ?
Il s'agit , cher Lecteur , de deviner mon nom ;
Ainfi venons au fait dont il eft queſtion .
Décompofe ; & bientôt tu trouveras peut-être
Qu'il n'eſt pas malaifé de pouvoir me connoître.
Je t'offre en mes huit pieds par différens rapports,
Plus de quarante mots renfermés dans mon corps.
Un enfant de Noé trois notes de mufique ;
Un ornement d'Evêque ; un terme dogmatique³
Une eſpèce de fel ; un endroit fourerrain ;
Un outil de maçon ; ce qu'on voit dans le pain ;
Un arbre ; deux oiſeaux , un fol que la Nature
Deux ou trois fois par an tapiffe de verdure ;
Le bouquet qui renferme un utile aliment ;
Ce qu'un mauvais payeur ne rend pas aifément ;
Un terme de commerce , ou bien de bréviaire ;
Le titre Souverain qu'en Europe on révére ;
Ce qui , bien cultivé , fait honneur au bon lens ,
Mais fouvent dont le trop peut nuire à bien des
gens;
Un péché capital ; une marque de joye ;
86 MERCURE DE FRANCE .
Ee vafte fein des eaux ; une antique monnoye
Dont l'efpéce aujourd'hui chez nous n'a plus de
cours;
Ce qui fans s'arrêter , fuit & régle nos jours ;
Le nom d'un grand Seigneur qu'on reſpecte en
Turquie ;
Cinq Villes , deux en France , une dans l'Italie,
Une autre dans la Flandre , & la derniere enfin
Se trouve en Allemagne affife fur le Rhin.
Plus un terme de chaffe ; un autre de Barême ;
Ce que Boileau cherchoit avec un foin extrême;
Un jeu fort ulité ; trois pronoms poſſeſſifs ;
Une meſure , un nombre & quatre infinitifs.
C'en eft affez , Lecteur , fi ceci te contente ,
Car je crois entre nous que ce jeu te tourmente.
Combine maintenant , & vois fi tu pourras ,
En cherchant qui je fuis , te tirer d'embarras.
Par M. FABRE , Licentié en Droit
à Strasbourg.
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1954
p. 86-88
AUTRE. A Mlle de V***. à Limoges.
Début :
Sous bien des sens je pourrois me produire, [...]
Mots clefs :
Compagnie
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE. A Mlle de V***. à Limoges.
AUTR E.
A Mlle.de. V ***. à Limoges...
Sous bien des fens je pourrois me produire .
Mais fous un feul je vais tâcher , Thémise ,..
De vous indiquer qui je fuis.
M A I. 1763. 87
Sachez donc que l'efprit , l'enjoûment , la décence
Au goût , au Sentiment , aux grâ
râces réunis ,
Sont mes ornemens favoris ,
Et jugez fur ce pied combien votre préſence
Peut me donner d'éclat , de mérite & de prix !
Si tous ces traits ne me font pas connoître
Sondez mes plis & mes replis ,
Ils me dévoileront peut- être ,
Et mes neufpieds combinés , défunis ,
Vous offriront un fruit dont la peau raviſſante ,
Ainfi que votre teint tout à la fois préfente
L'incarnat de la rofe & la blancheur du lis ;
Un être à la beauté duquel on vous compare ;
Un tréfor qu'on dit être rare ,
Mais qui depuis longtemps en moi vous eſt acquisi
Une fête bien defirable
Pour celui dont les jours par un lien durable
. Aux vôtres doivent être unis ;
Certaine fubftance immortelle ,
De la Divinité précieuſe parcelle
Dont en vous mille traits annoncent la beauté ;
Certain ordre fecret émané de vos charmes ,
Et qui , quoique fuivi de foupirs & d'allarmes ,
N'en eft pas moins éxécuté ;
Une ouvrière incomparable/
Qu'on peut nommer chez vous l'agente fecours ..
ble
De la douceur & de l'humanités
88 MERCURE DE FRANCE.
1
Mais je pourrois bleſſer votre délicateſſe :
Il faut qu'à vos yeux je paroiffe
Sous des rapports qui vous foient étrangers.
Commençons , & voyez celui qui par
A fon frère arracha cruellement la vie ;
envie
Le Dieu des Champs & des Bergers ;
Le fymbole de l'ignorance ;
Trois Saints , quatre Evêchés de France;
Le plus agréable.des mois ;
L'endroit où pour tenter de glorieux exploits
Un Général affemble & place fon armée;
Sept oifeaux différens , dont deux font babillards.;
Trois dans la baffe- cour ont fçu trouver entrée ,
Et deux par leur plumage attirent les regards
Un grand Empire de l'Afie ;
Un, adorateur des faux Dieux ;
Un terme de mufique ; un fleuve d'Italie ;
Par fes bons vins un Bourg fameux ;
Enfin un inſtrument propre à fouiller la terre ;
J'aurois bien d'autres mots , Thémire , à vous citers
Mais je veux m'en tenir , pour vous moins tourmenter
"
Au mot qui chaque jour finit votre prière..
A Mlle.de. V ***. à Limoges...
Sous bien des fens je pourrois me produire .
Mais fous un feul je vais tâcher , Thémise ,..
De vous indiquer qui je fuis.
M A I. 1763. 87
Sachez donc que l'efprit , l'enjoûment , la décence
Au goût , au Sentiment , aux grâ
râces réunis ,
Sont mes ornemens favoris ,
Et jugez fur ce pied combien votre préſence
Peut me donner d'éclat , de mérite & de prix !
Si tous ces traits ne me font pas connoître
Sondez mes plis & mes replis ,
Ils me dévoileront peut- être ,
Et mes neufpieds combinés , défunis ,
Vous offriront un fruit dont la peau raviſſante ,
Ainfi que votre teint tout à la fois préfente
L'incarnat de la rofe & la blancheur du lis ;
Un être à la beauté duquel on vous compare ;
Un tréfor qu'on dit être rare ,
Mais qui depuis longtemps en moi vous eſt acquisi
Une fête bien defirable
Pour celui dont les jours par un lien durable
. Aux vôtres doivent être unis ;
Certaine fubftance immortelle ,
De la Divinité précieuſe parcelle
Dont en vous mille traits annoncent la beauté ;
Certain ordre fecret émané de vos charmes ,
Et qui , quoique fuivi de foupirs & d'allarmes ,
N'en eft pas moins éxécuté ;
Une ouvrière incomparable/
Qu'on peut nommer chez vous l'agente fecours ..
ble
De la douceur & de l'humanités
88 MERCURE DE FRANCE.
1
Mais je pourrois bleſſer votre délicateſſe :
Il faut qu'à vos yeux je paroiffe
Sous des rapports qui vous foient étrangers.
Commençons , & voyez celui qui par
A fon frère arracha cruellement la vie ;
envie
Le Dieu des Champs & des Bergers ;
Le fymbole de l'ignorance ;
Trois Saints , quatre Evêchés de France;
Le plus agréable.des mois ;
L'endroit où pour tenter de glorieux exploits
Un Général affemble & place fon armée;
Sept oifeaux différens , dont deux font babillards.;
Trois dans la baffe- cour ont fçu trouver entrée ,
Et deux par leur plumage attirent les regards
Un grand Empire de l'Afie ;
Un, adorateur des faux Dieux ;
Un terme de mufique ; un fleuve d'Italie ;
Par fes bons vins un Bourg fameux ;
Enfin un inſtrument propre à fouiller la terre ;
J'aurois bien d'autres mots , Thémire , à vous citers
Mais je veux m'en tenir , pour vous moins tourmenter
"
Au mot qui chaque jour finit votre prière..
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1955
p. 88-89
ENVOI.
Début :
Pensant à vous à tout moment [...]
Mots clefs :
Agrément, Souvenir, Asile
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texteReconnaissance textuelle : ENVOI.
ENVO 1.
Penfant à vous à tout moment
Dans mon afyle folitaire,
Du mot dont je vous fais myſtère
Je me rera e l'agrément.
Si je n'ai point aujourd'hui l'avantage
D'en partager près de vous le plaifir ,
Souffrez au mo s que je m'en dédommage
Par le charme du fouvenir...
Par M DESMARAIS DU CHAMBON,
Ce 22 Mars 1763.
Penfant à vous à tout moment
Dans mon afyle folitaire,
Du mot dont je vous fais myſtère
Je me rera e l'agrément.
Si je n'ai point aujourd'hui l'avantage
D'en partager près de vous le plaifir ,
Souffrez au mo s que je m'en dédommage
Par le charme du fouvenir...
Par M DESMARAIS DU CHAMBON,
Ce 22 Mars 1763.
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1956
p. 89
CHANSON.
Début :
LOIN du tendre Berger qu'on aime, [...]
Mots clefs :
Chanson, Berger, Malheur, Tourments, Appas, Plaisirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON.
LOIN du tendre Berger qu'on aime ,
Eft- il , hélas ! de doux monens ?
Grands Dieux , dans ce malheur extrême ,
-On fouffre mille affreux tourmens !
L'on s'inquiette , l'on defire ,
La folitude a des appas ;
Au fein des plaifirs on foupire :
En eft-il pour moi , fans Lycas. ?
La Mufique eft de M. DOBERT , fils,
Organifte de Châteaudun.
LOIN du tendre Berger qu'on aime ,
Eft- il , hélas ! de doux monens ?
Grands Dieux , dans ce malheur extrême ,
-On fouffre mille affreux tourmens !
L'on s'inquiette , l'on defire ,
La folitude a des appas ;
Au fein des plaifirs on foupire :
En eft-il pour moi , fans Lycas. ?
La Mufique eft de M. DOBERT , fils,
Organifte de Châteaudun.
Fermer
1957
s. p.
EPITRE. A M. le Comte ANDRÉ PETROVITSCH DE SCHOUVALOW, Chambellan de Sa Majesté l'Impératrice de toutes les Russies.
Début :
AINSI donc au printemps de l'âge [...]
Mots clefs :
Plaisirs, Sage, Orgueil, Saison des amours, Printemps de l'âge, Arts, Bienfaisant, Amour, Mérite, Dignité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE. A M. le Comte ANDRÉ PETROVITSCH DE SCHOUVALOW, Chambellan de Sa Majesté l'Impératrice de toutes les Russies.
EPITRE
A M. le Comte ANDRÉ PETROVITSCH
DE SCHOUVALOW ,
Chambellan de Sa Majesté l'Impératrice
de toutes les Ruffies.
AINSI donc au printemps de l'âge
Et dans la ſaiſon des amours ,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Tout- a-coup un ſombre nuage,
Cher Comte, obſeurcit vos beaux jours.
Cette aimable & vive Déeffe ,
Que ſuivent les Ris & les Jeux ,
Qui fe plaît avec la jeuneſſe ,
Sans laquelle on n'eſt point heureux ,
La Gaité par ſa douce flamme
Hélas ! n'anime plus vos ſens ,
Et ne verſe plus dans votre âme
Ses plaiſirs toujours renaiſſans.
- Dans une retraite profonde,
Trop Philoſophe en vérité ,
Vous fuyez la Cour& le Monde,
Pour méditer en liberté.
Avec Nollet , de la nature
Vous interrogez les ſecrets ,
Et d'une main adroite & fûre ,
Vous en démontrez les effets .
Et la Muſique & la Peinture-
Tour-à-tour fervent vos loiſirs ;
D'une morale auſtère & pure
Les Loix dirigent vos defirs.
Tous ces goûts , ces dons d'Uranie
Sont bien dignes de vous charmer.
Qu'il eſt beau du feu du Génie ,
A votre âge de s'enflammer !
Mais il faut auffinde l'étude
Modérer lanyimacité ;
Le triſte ennui , la folitude
!
JUIN. 1763. 7
0
Des moeurs flétrit l'aménité.
L'eſprit eſt un feu qui dévore ,
Il a beſoin d'un aliment ;
Mais il a plus beſoin encore
De repos & d'amuſement.
De ce Miſantrope fublime
Retiré dans l'ombre des bois ,
A qui tout paroît vice ou crime ,
Gardez-vous d'écouter la voix.
Laiffez ce Sage atrabilaire
De noires vapeurs tourmenté ,
Déclamer avec dureté
Contre undéſorde néceſſaire,
Et faire injuſtement la guerre
Aux Arts , à la Société.
De les moeurs & de ſon ſyſtème
L'orgueil en ſecret eſt l'appui ,
Et ſa fingularité même
Le trahit toujours malgré lui .
Le Sage à ſes devoirs fidèle ,
Humain,bienfaiſant , généreux ,
Pratique la vertu pour elle ,
Sans étalage faſtueux.
Aux défauts , à quelque foibleſſe
Indulgent il ſçait pardonner :
Il ne va point fronder ſans ceſſe
Maint abus , mainte periteſſe ,
Qu'en lui-même il peut condamner.
Toujours utile à la Patrie ,
Aiv
8 MERCURE DE FRANCE.
১
Il lui conſacre ſes talens ;
Et croit que la Philofophie ,
Parla grandeur plus annoblie ,
Peut s'exercer dans tous les rangs..
Aux plaiſirs quelquefois ſenſible ,
S'il goûte ſes tendres douceurs ,
Toujours libre & toujours paiſible
De l'Amour il plaint les erreurs ;
Et ce Dieu ſi ſouvent terrible
Ne l'enchaîne qu'avec des fleurs .
Loin de la ſtupide moleſſe ,
De la ſotte fatuité ,
Sans arrogance & fans baſſeſſe ,
Aux vertus il joint la nobleſſe,
Le mérite à la dignité.
L'éclat d'un brillant équipage ,
D'un Palais les lambris dorés
Ne tiennent point dans l'eſclavage
Ses ſens dans l'ivreſſe égarés.
Des biens il embellit l'uſage ,
Et par des ſecours généreux ,
Sa main ſçait réparer l'outrage
Qu'un injuſte & cruel partage ,
A fais à tant de malheureux.
Ainſi tant qu'il voit la lumière ,
Chéri, de la nature entière ,
Tous ſes jours coulent dans la Paix ;
Et quand la Parque meurtrière,
Terminant enfin ſa carriére
JUIN. 1763 . 9
2
L'enléve malgré nos regrets ,
Son nom furvit à la pouſſière ,
Et fa vertn ne meurt jamais.
Cher Comte , voilà le vrai Sage
Que j'offre à vos yeux fatisfaits.
Un jour on verra ſon image
Briller en vous des mêmes traits .
A préſent fixez ſur vos traces
L'éſſain folâtre des Amours.
Des plaiſirs reprenez le cours ;
Et que Minerve avec les Grâces
Préſide au bonheur de vos jours.
100% G
:
RAOUL.
A M. le Comte ANDRÉ PETROVITSCH
DE SCHOUVALOW ,
Chambellan de Sa Majesté l'Impératrice
de toutes les Ruffies.
AINSI donc au printemps de l'âge
Et dans la ſaiſon des amours ,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Tout- a-coup un ſombre nuage,
Cher Comte, obſeurcit vos beaux jours.
Cette aimable & vive Déeffe ,
Que ſuivent les Ris & les Jeux ,
Qui fe plaît avec la jeuneſſe ,
Sans laquelle on n'eſt point heureux ,
La Gaité par ſa douce flamme
Hélas ! n'anime plus vos ſens ,
Et ne verſe plus dans votre âme
Ses plaiſirs toujours renaiſſans.
- Dans une retraite profonde,
Trop Philoſophe en vérité ,
Vous fuyez la Cour& le Monde,
Pour méditer en liberté.
Avec Nollet , de la nature
Vous interrogez les ſecrets ,
Et d'une main adroite & fûre ,
Vous en démontrez les effets .
Et la Muſique & la Peinture-
Tour-à-tour fervent vos loiſirs ;
D'une morale auſtère & pure
Les Loix dirigent vos defirs.
Tous ces goûts , ces dons d'Uranie
Sont bien dignes de vous charmer.
Qu'il eſt beau du feu du Génie ,
A votre âge de s'enflammer !
Mais il faut auffinde l'étude
Modérer lanyimacité ;
Le triſte ennui , la folitude
!
JUIN. 1763. 7
0
Des moeurs flétrit l'aménité.
L'eſprit eſt un feu qui dévore ,
Il a beſoin d'un aliment ;
Mais il a plus beſoin encore
De repos & d'amuſement.
De ce Miſantrope fublime
Retiré dans l'ombre des bois ,
A qui tout paroît vice ou crime ,
Gardez-vous d'écouter la voix.
Laiffez ce Sage atrabilaire
De noires vapeurs tourmenté ,
Déclamer avec dureté
Contre undéſorde néceſſaire,
Et faire injuſtement la guerre
Aux Arts , à la Société.
De les moeurs & de ſon ſyſtème
L'orgueil en ſecret eſt l'appui ,
Et ſa fingularité même
Le trahit toujours malgré lui .
Le Sage à ſes devoirs fidèle ,
Humain,bienfaiſant , généreux ,
Pratique la vertu pour elle ,
Sans étalage faſtueux.
Aux défauts , à quelque foibleſſe
Indulgent il ſçait pardonner :
Il ne va point fronder ſans ceſſe
Maint abus , mainte periteſſe ,
Qu'en lui-même il peut condamner.
Toujours utile à la Patrie ,
Aiv
8 MERCURE DE FRANCE.
১
Il lui conſacre ſes talens ;
Et croit que la Philofophie ,
Parla grandeur plus annoblie ,
Peut s'exercer dans tous les rangs..
Aux plaiſirs quelquefois ſenſible ,
S'il goûte ſes tendres douceurs ,
Toujours libre & toujours paiſible
De l'Amour il plaint les erreurs ;
Et ce Dieu ſi ſouvent terrible
Ne l'enchaîne qu'avec des fleurs .
Loin de la ſtupide moleſſe ,
De la ſotte fatuité ,
Sans arrogance & fans baſſeſſe ,
Aux vertus il joint la nobleſſe,
Le mérite à la dignité.
L'éclat d'un brillant équipage ,
D'un Palais les lambris dorés
Ne tiennent point dans l'eſclavage
Ses ſens dans l'ivreſſe égarés.
Des biens il embellit l'uſage ,
Et par des ſecours généreux ,
Sa main ſçait réparer l'outrage
Qu'un injuſte & cruel partage ,
A fais à tant de malheureux.
Ainſi tant qu'il voit la lumière ,
Chéri, de la nature entière ,
Tous ſes jours coulent dans la Paix ;
Et quand la Parque meurtrière,
Terminant enfin ſa carriére
JUIN. 1763 . 9
2
L'enléve malgré nos regrets ,
Son nom furvit à la pouſſière ,
Et fa vertn ne meurt jamais.
Cher Comte , voilà le vrai Sage
Que j'offre à vos yeux fatisfaits.
Un jour on verra ſon image
Briller en vous des mêmes traits .
A préſent fixez ſur vos traces
L'éſſain folâtre des Amours.
Des plaiſirs reprenez le cours ;
Et que Minerve avec les Grâces
Préſide au bonheur de vos jours.
100% G
:
RAOUL.
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Résumé : EPITRE. A M. le Comte ANDRÉ PETROVITSCH DE SCHOUVALOW, Chambellan de Sa Majesté l'Impératrice de toutes les Russies.
L'épître est destinée à M. le Comte André Petrovitch de Schouvalow, chambellan de l'Impératrice de toutes les Russies. L'auteur s'inquiète de la mélancolie du comte, qui a succédé à sa gaieté juvénile. Le comte se retire pour méditer et étudier la nature avec Nollet, tout en pratiquant la musique et la peinture. Cependant, l'auteur avertit contre l'excès d'étude et l'ennui, préconisant un équilibre entre travail et repos. Le texte critique le misanthrope qui voit des vices partout et dénigre les arts et la société. Il prône une sagesse humaine, bienfaisante et généreuse, pratiquant la vertu sans ostentation et pardonnant les faiblesses. Le sage véritable est utile à la patrie, sensible aux plaisirs sans en être esclave, et utilise ses biens pour aider les malheureux. L'auteur espère que le comte adoptera cette sagesse pour retrouver le bonheur et la paix.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1958
p. 9
VERS sur la Statue Equestre du Roi.
Début :
QUID, Lodoïce, brevi perituro fingeris ære ? [...]
Mots clefs :
Statue équestre, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS sur la Statue Equestre du Roi.
VERS fur la Statue Equestre du Roi.
QUIUIDD,, Lodoïce , brevi perituro fingeris ære ?
Vivax æternum pietas tibi fervat honorem .
13
D** D. V. **.
QUIUIDD,, Lodoïce , brevi perituro fingeris ære ?
Vivax æternum pietas tibi fervat honorem .
13
D** D. V. **.
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1959
p. 9
TRADUCTION.
Début :
POURQUOI sur un métal que l'âge va détruire, [...]
Mots clefs :
Traduction, Métal, Détruire, Graver, Amour, Sujets, Temps, Nuire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION.
TRADUCTION.
1
POURQUOI ſur un méral que l'âge va detruire,
Graver , Louis , l'image de tes traits ?
L'Amour t'éléve au coeur de tes Sujets 2
Unmonumentauquel le Temps he pourra nuire.
poo 2011 Par le même.
1
POURQUOI ſur un méral que l'âge va detruire,
Graver , Louis , l'image de tes traits ?
L'Amour t'éléve au coeur de tes Sujets 2
Unmonumentauquel le Temps he pourra nuire.
poo 2011 Par le même.
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1960
p. 10
INSCRIPTION. POUR mettre au bas de la Statue du ROI.
Début :
LUDOVICO XV, FRANCORUM TITO, PIETATIS PUBLICÆ DONUM : POSTERITATI SERIUS VENTURÆ, [...]
Mots clefs :
Inscription, Statue du roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : INSCRIPTION. POUR mettre au bas de la Statue du ROI.
INSCRIPTION.
POUR mettre au bas de la Statue
du Roi .
b211 v
:
LUDOVICÓ XV , FRANCORUM TITO ,
PIETATIS PUBLICE DONUM :
POSTERITATI SERIUS VENTURE ,
400:A
DESIDERII SOLATIUM.
ANNO MDCCLXIII .
A Chartres , ce 16 Avril 1763. B...
POUR mettre au bas de la Statue
du Roi .
b211 v
:
LUDOVICÓ XV , FRANCORUM TITO ,
PIETATIS PUBLICE DONUM :
POSTERITATI SERIUS VENTURE ,
400:A
DESIDERII SOLATIUM.
ANNO MDCCLXIII .
A Chartres , ce 16 Avril 1763. B...
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1961
p. 10-11
A PHILIS. STANCES
Début :
Du charmant Dieu de Cythère [...]
Mots clefs :
Cythère, Plaire, Conquête, Trône, Plaisirs, Faveurs
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texteReconnaissance textuelle : A PHILIS. STANCES
A PHILIS.
GD
ES STANi Fu
a
*
Du charmant Dieu de Cythère
Dois-tu craindre les rigueurs ?
Non : Philis , quand on ſçait plaire ,
On eft für de ſes faveurs. τα τηλ το ποσcol
3 Trac
م
Samain couronne ta tête Ε΄ 100 % ΑΙ
1. Esse rend dignerdes Dieu
Ses Sujets font ta conquête ,
Et ſon trône eſt dans tes yeux,
JUIN. 1763.
5 Soumers tour à ſon empire ;
Fais de ſes loix tes plaiſirs :
Au gré du Dieu qui t'inſpire ,
Donne & reſſens des deſirs .
Du charmant Dieu de Cythère
Doit-on craindre les rigueurs ?
Non : Philis , quand on ſçait plaire ,
On eſt ſûr de ſes faveurs .
:
V. S.
GD
ES STANi Fu
a
*
Du charmant Dieu de Cythère
Dois-tu craindre les rigueurs ?
Non : Philis , quand on ſçait plaire ,
On eft für de ſes faveurs. τα τηλ το ποσcol
3 Trac
م
Samain couronne ta tête Ε΄ 100 % ΑΙ
1. Esse rend dignerdes Dieu
Ses Sujets font ta conquête ,
Et ſon trône eſt dans tes yeux,
JUIN. 1763.
5 Soumers tour à ſon empire ;
Fais de ſes loix tes plaiſirs :
Au gré du Dieu qui t'inſpire ,
Donne & reſſens des deſirs .
Du charmant Dieu de Cythère
Doit-on craindre les rigueurs ?
Non : Philis , quand on ſçait plaire ,
On eſt ſûr de ſes faveurs .
:
V. S.
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Résumé : A PHILIS. STANCES
Le poème s'adresse à Philis, lui conseillant de ne pas redouter le 'charmant Dieu de Cythère'. Ce dieu favorise ceux qui savent plaire, et ses sujets sont conquis par Philis. Son trône est dans les yeux de Philis. Le poème l'encourage à suivre les lois et désirs inspirés par ce dieu. La date est juin 1763.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1962
p. 11-12
VERS sur la mort de M. PESSELIER.
Début :
IL n'est donc plus ! La mort au midi de [...]
Mots clefs :
Mort, Pouvoir destructeur, Talents, Candeur, Pleurs, Cendres, Mœurs , Citoyen, Homme illustre, Homme de bien
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texteReconnaissance textuelle : VERS sur la mort de M. PESSELIER.
VERS furla mort de M. PESSELIER.
It n'eſt donc L plus ! La mort au midi de
Vient d'exercer ſur lui ſon pouvoir deſtructeur !
Il n'eſt plus ce Mortel aimable autant que ſage ,
Qui ſçavoit réunir par un rare affemblage ,
Les talens de l'eſprit aux qualités du coeur !
O vous amis nobles & tendres ,
Vous qui connoiffiez ſa candeur ,
Arroſez de vos pleurs les reſpectables cendres :
H m'eſt doux de vous voir partager ma douleur.
Dites en gémiſſant : >> il eut une âme pure.
>> Il n'abuſa point des faveurs
Dont l'avoit comblé la Nature.
>> Ainſi qu'en ſes écrits il fut ſimple en fes moeurs ;
>> Et chez lui le génie éclaira la droiture.
>>Ami zélé , bon Citoyen ,
Avj
12 MERCURE DE FRANCE.
>> Homme illustre.... Il fut plus. Il fut homme
>> de bien.
Par M. LEONARD,âgé de 19 ans.
It n'eſt donc L plus ! La mort au midi de
Vient d'exercer ſur lui ſon pouvoir deſtructeur !
Il n'eſt plus ce Mortel aimable autant que ſage ,
Qui ſçavoit réunir par un rare affemblage ,
Les talens de l'eſprit aux qualités du coeur !
O vous amis nobles & tendres ,
Vous qui connoiffiez ſa candeur ,
Arroſez de vos pleurs les reſpectables cendres :
H m'eſt doux de vous voir partager ma douleur.
Dites en gémiſſant : >> il eut une âme pure.
>> Il n'abuſa point des faveurs
Dont l'avoit comblé la Nature.
>> Ainſi qu'en ſes écrits il fut ſimple en fes moeurs ;
>> Et chez lui le génie éclaira la droiture.
>>Ami zélé , bon Citoyen ,
Avj
12 MERCURE DE FRANCE.
>> Homme illustre.... Il fut plus. Il fut homme
>> de bien.
Par M. LEONARD,âgé de 19 ans.
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Résumé : VERS sur la mort de M. PESSELIER.
Le poème de M. Léonard, âgé de 19 ans, rend hommage à M. Pesselier, récemment décédé. Il loue sa sagesse, ses talents intellectuels et ses qualités morales. Le défunt est décrit comme pur, honnête, simple et droit, dévoué en tant qu'ami et citoyen. Le texte exprime la tristesse de sa perte et souligne sa bonté et son illustre caractère.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1963
p. 12-13
A M. DE *** qui demandoit à l'Auteur, sa généalogie.
Début :
AMI, je reçois à l'instant [...]
Mots clefs :
Amour, Rangs, Sage, Prétendre, Naissance, Jouissance, Amour-propre
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texteReconnaissance textuelle : A M. DE *** qui demandoit à l'Auteur, sa généalogie.
A M. DE *** qui demandoit à l'Auteur
,fa généalogie.
AMI , je reçois à l'inſtant
Votre Epître aimable & légère ;
J'y vois avec raviſſement
Le pinceau du Dieu de Cythère ,
Et la gaîté de ſa Maman.
Vous folâtrez avec les Grâces.
Embellis par le Sentiment
Les Plaiſirs marchent ſur vos traces.
Pour moi plus grave en ce moment
Je viens de ſuſpendre ma lyre ,
Et laiſſant Laure & fon Amant ,
L'amour & les feux qu'il inſpire.,
En baillant je m'occupe à lire
Le Nobiliaire Normand. ) ,
Les rangs. ſont égaux au Parnaſſe,
LesArts en frères s'aiment tous ;
Auguste n'est pas plus qu'Horace
Il n'en eſt pas ainſi chez nous.
Cet ordre des rangs , cet uſage ,
Ou comme on voudra le nommer,
JUI N. 1763 . 13
Peut être le mépris du Sage ,
Le Sage doit s'y conformer .
A ce vain hazard de naiſſance
-On attache quelque valeur :
C'eſt partout un titre d'honneur ,
Il l'eſt du moins par convenance.
Sans prétendre y placer le mien ,
F'en veux auſſi la jouiſſance ;
Ce n'eſt que prétendre à mon bien.
Dans cette nouvelle carrière
L'amour-propre ne me ſuit pas ;
La ſageſſe qui nous éclaire ,
Eſt la grandeur dont je fais cas ,
Le ſeul titre que je révére.
Et cet antique parchemin ,
Garant des honneurs de mes pères,
Toutes ces brillantes misères ,
Ne. rendent pas mon coeur plus vain ,
En jouiſſant , pouvant le faire ,
Exempt d'orgueil&de dédain ,
Je n'y vois qu'une ombre légère ,
Un brillant ſuperficiel ,
Un pompeux rien , mais qui peut plaire,
Et cherchant à me fatisfaire ,
Mon axiome eſt toujours tel :
Le plaiſir eſt un bien réel ,
Et la nobleſſe une chimère.
,fa généalogie.
AMI , je reçois à l'inſtant
Votre Epître aimable & légère ;
J'y vois avec raviſſement
Le pinceau du Dieu de Cythère ,
Et la gaîté de ſa Maman.
Vous folâtrez avec les Grâces.
Embellis par le Sentiment
Les Plaiſirs marchent ſur vos traces.
Pour moi plus grave en ce moment
Je viens de ſuſpendre ma lyre ,
Et laiſſant Laure & fon Amant ,
L'amour & les feux qu'il inſpire.,
En baillant je m'occupe à lire
Le Nobiliaire Normand. ) ,
Les rangs. ſont égaux au Parnaſſe,
LesArts en frères s'aiment tous ;
Auguste n'est pas plus qu'Horace
Il n'en eſt pas ainſi chez nous.
Cet ordre des rangs , cet uſage ,
Ou comme on voudra le nommer,
JUI N. 1763 . 13
Peut être le mépris du Sage ,
Le Sage doit s'y conformer .
A ce vain hazard de naiſſance
-On attache quelque valeur :
C'eſt partout un titre d'honneur ,
Il l'eſt du moins par convenance.
Sans prétendre y placer le mien ,
F'en veux auſſi la jouiſſance ;
Ce n'eſt que prétendre à mon bien.
Dans cette nouvelle carrière
L'amour-propre ne me ſuit pas ;
La ſageſſe qui nous éclaire ,
Eſt la grandeur dont je fais cas ,
Le ſeul titre que je révére.
Et cet antique parchemin ,
Garant des honneurs de mes pères,
Toutes ces brillantes misères ,
Ne. rendent pas mon coeur plus vain ,
En jouiſſant , pouvant le faire ,
Exempt d'orgueil&de dédain ,
Je n'y vois qu'une ombre légère ,
Un brillant ſuperficiel ,
Un pompeux rien , mais qui peut plaire,
Et cherchant à me fatisfaire ,
Mon axiome eſt toujours tel :
Le plaiſir eſt un bien réel ,
Et la nobleſſe une chimère.
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Résumé : A M. DE *** qui demandoit à l'Auteur, sa généalogie.
L'auteur d'une lettre poétique répond à une demande sur sa généalogie. Il admire la légèreté et la gaieté de l'épître reçue, contrastant avec son intérêt actuel pour le 'Nobiliaire Normand'. Il note que, contrairement aux arts, la société valorise les distinctions de naissance. Bien qu'il reconnaisse la valeur sociale de la noblesse, il affirme qu'elle ne le rend pas orgueilleux. Pour lui, la véritable grandeur réside dans la sagesse et le plaisir, considérant la noblesse comme une chimère.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1964
p. 14
ÉPITAPHE SUR la mort de la Princesse RADSIVILLE.
Début :
LA mort a de ses jours trop tôt coupé la trame : [...]
Mots clefs :
Mort, Épitaphe, Tombeau, Vertus, Princesse Radziwill
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texteReconnaissance textuelle : ÉPITAPHE SUR la mort de la Princesse RADSIVILLE.
ÉPITAPHE
SUR la mort de la Princeſſe
RADSIVILLE.
A mort a de ſes jours trop tôt coupé latrame :
Autour de ſon tombeau les Vertus ſont en deuil.
Voulez - vous par un trait connoître ſa grande
âme ?
Philoſophe & Princeſſe, elle ignora l'orgueil.
Par laMUSE LIMONADIERE.
SUR la mort de la Princeſſe
RADSIVILLE.
A mort a de ſes jours trop tôt coupé latrame :
Autour de ſon tombeau les Vertus ſont en deuil.
Voulez - vous par un trait connoître ſa grande
âme ?
Philoſophe & Princeſſe, elle ignora l'orgueil.
Par laMUSE LIMONADIERE.
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1965
p. 14
SUR la mort de M. de MARIVAUX.
Début :
Que de drames rians sa plume fit éclore ! [...]
Mots clefs :
Mort, Beaux esprits, Plume, Âme, Amis
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texteReconnaissance textuelle : SUR la mort de M. de MARIVAUX.
SUR la mort de M. de MARIVAUX.
Qus de drames rians ſa plume fit éclore !
Au rang des Beaux-Eſprits ſans doute il ſera mis
Son âme fut plus belle encore ;
Il eut des moeurs & des amis.
Par la même.
Qus de drames rians ſa plume fit éclore !
Au rang des Beaux-Eſprits ſans doute il ſera mis
Son âme fut plus belle encore ;
Il eut des moeurs & des amis.
Par la même.
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1966
p. 15-29
LE RUSSE DETROMPÉ. ANECDOTE Philosophique, composée sur des Mémoires envoyés de Russie.
Début :
LA plupart des Rois qui ont reçu le surnom de Grand ne sont guère connus [...]
Mots clefs :
Russe, Rois, Empire, Europe, Milice, Pouvoir, Opiniâtreté , Religion
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texteReconnaissance textuelle : LE RUSSE DETROMPÉ. ANECDOTE Philosophique, composée sur des Mémoires envoyés de Russie.
LE RUSSE DETROMPÉ.
ANECDOTE Philofophique , composée
fur des Mémoires envoyés de Ruffie.
La plupart des Rois qui ont reçu le
furnom de Grand ne font guère connus
que par les grands maux qu'ils ont faits
à l'humanité. Vous ne l'avez pas porté ,
Princes , qui avez cru que vos Sujets
étoient des hommes & que , les Peuples
voiſins de votre Empire n'étoient pas vos
Sujets. Vous en méritiez un plus flatteur
, a mon Roi ! Le Souverain bienaimé
de la Nation la plus éclairée ,laplus
courageuſe , la plus généreuſe & la plus
équitable , eſt digne de recevoir tous
les titres qu'on décerne aux Héros. Nous
les avons tous rrenfermés dans un ſeul :
il eſt à la fois rexpreffion de l'amour ,
de la reconnoiffance & de la vérité.
Nous nous refſouviendrons toujours que
vous n'avez foutenu la guerre que pour
Phonneur de votre Couronne , &que
vous n'avez fait la paix que pour notre
bonheur.
Dans le petit nombre de Monarques
auxquels on accorda le furnom de Grand
16 MERCURE DE FRANCE .
pour avoir fait de grandes chofes , la
poſtérité verra avec joie Pierre I. Quand
il monta fur le Trône , la Ruſſie n'avoit
aucune influence dans les affaires de l'Europe
. Ses vaſtes déferts étoient menacés
de tous les côtés . L'intérieur de l'Etat
étoit troublé par des factions formidables .
Une milice infolente, accoutumée à faire
trembler ſes Maîtres , les retenoit ſous un
joug qu'ils n'oſoient fecouer. Un Patriarche
ambitieux ſe ſervoit habilement de
la crédulité du Peuple pour ufurper un
pouvoir qui le rendoit l'égal de fon
Souverain . La fuperftition compagne de
Pignorance, regnoit à fon gré fur les efprits.
Les Loix de cette Nation barbare
étoient autant d'abus qui s'oppoſoient à
ſa ſplendeur future. L'agriculture languiſſoit.
Les finances étoient mal adminiſtrées.
On manquoitdes manufactures
les plus utiles. Le commerce étoit négligé.
Le nom même des beaux arts
qui ſuppoſent l'abondance , étoit ignoré.
On est étonné des obſtacles qui ſe
préſentoient en foule pour créer de nouveaux
hommes , pour rendre le fceptre
de la Ruffie reſpectable à toutes les Puiffances
: Pierre vit tout ce qu'il falloit
faire pour y parvenir , & tout ce qu'il
falloit faire , il le fit.
2
JUIN. 1763. 17
;
Tout le monde ſçait que dans le ſyftême
de réformation qu'il ſuivit conftamment
, il entra dans des détails qui ,
pourparoître minucieux, ne ſont pas audeſſous
d'un ſage Législateur. De tous
les projets qu'il conçut pour adoucir la
rudeſſe des moeurs de ſes Sujets , celui
qui concernoit les habits& la barbe , excita
le plus de murmures ; & malgré la
gaîté qu'on mit dans l'exécution , il ſe
trouva pluſieurs entêtés qui aimerent
mieux ſe reléguer d'eux-mêmes au fond
de la Sibérie , que de confentir que des
Tailleurs & des Barbiers inhumains , rognaſſent
leurs habits & leur coupaſſent
entiérement la barbe.
Alexis Shereto fut du nombre de ces
victimes de leur opiniâtreré. C'étoit un
homme de quarante ans , qui avoit joui
de quelque crédit auprès de la Princeſſe
Sophie. Il étoit veuf & n'avoit qu'une
fille mariée à un des principauxBoyards.
Il étoit extrêmement conſidéré à cauſe
de ſa vaſte érudition ; car il avoit appris
à lire & à chiffrer en trois ans, d'un Marchand
Européen qu'il avoit logé chez
lui. Il étoit confulté dans toutes les affaires
de la Religion ; mais nos Mémoires
aſſurent qu'il ne voulut prendre aucun
parti dans cette fameuſe queſtion: ſea
18 MERCURE DE FRANCE.
voir fi l'on devoit faire le ſigne de la
croix avec deux doigts ou avec trois. Il
avoit été accuſé d'être Athée , Théiſte ,
Déifte , Matérialiſte , Philoſophe , parce
qu'il avoit eu le front d'avancer qu'un
homme qui auroit tué fon pere & fa mere
, n'en feroit pas quitte pour une prière
au grand S. Nicolas , & qu'il feroit néceffaire
qu'il fît pénitence. On avoit été
fur le point de convoquer un Concile
pour le condamner ; mais il avoit trouvélemoyende
conjurer l'orage , &de
regagner l'eſtime des Caſuiſtes que fa témérité
lui avoit fait perdre.
Alexis Shereto,avec une barbe qui lui
tomboit juſques ſur la ceinture & une
robe qui lui couvroit les talons , prit
joyeusement,le chemin de la Sibérie ,
trop content de n'apprendre que par la
Renommée les moyens que le Czar mettroit
en uſage pour forcer ſes Sujets à
devenir heureux. Il s'arrêta dans la Samoyédie,
& fe pratiqua une demeure fouterraine
ſuivant l'uſage des lieux. Il fur
bientôt célébre dans le Canton ; & les
Samoyedes qui n'ont du poil que fur la
tête , ne pouvoient comprendre qu'il eût
quitté Mofcou pour conſerver du poil au
menton .
On s'attend peut-être à trouver ici la
JU I N. 1763. 19
defcription du Pays des Samoyedes , &
des éclairciſſemens fur leur conformation&
fur les productions du fol ingrat
qu'ils cultivent. Nous ſcavons qu'il eft
beau de ne pas ignorer l'étendue des
plaines , la hauteur des montagnes , le
nombre de bourgades qu'on trouve dans
une Contrée; qu'il eſt utile d'en connoître
les plantes , les arbres , la culture
qu'on y emploie & laforme & la couleur
des individus qui l'habitent : mais nous
croyons en même-temps qu'il eſt plus,
beau &plusutile de s'occuper de l'étude
des moeurs ; & fans déprimer la Géographie
,l'Histoire Naturelle & la Phyſique ,
nous ne craindrons pas d'avancer que la
ſcience du coeur humain fera toujours les
délices du vrai Philoſophe ; & qu'il viendra
un temps , même en France , où l'on
aura plus d'obligation à un Moralifte
qui s'appliquera à connoître ſes ſemblables
& à les rendre meilleurs , qu'à un
Auteur qui mettra toute fa gloire à les
enrichir.
Les Samoyedes étoient alors abſolument
privés des notions les plus communes
& les moins abſtraites. Ils n'avoient
aucune idée de ce que nous entendons
par les mots de vice& de vertu. Leur Religion
étoit fans culte. Ils ſe bornoient à
20 MERCURE DE FRANCE.
reconnoître un bon & un mauvais principe
; ils reſſembloient affez aux Sauvages
de l'Amérique ; & s'ils euſſent comtracté
l'habitude de marcher à quatre
pattes , on les eût pris pour cette eſpéce
d'animaux qu'un de nos Ecrivains appelle
des hommes par excellence.
Shereto , grand partiſan de l'ancienne
fimplicité , ſe félicitoit tous les jours de
vivre au milieu d'un Peuple affez heureux
pour être privé du ſens commun.
Que l'ignorance & la pauvreté , diſoitil
, ſont préférables à ces arts perfides qui
corrompent les moeurs en les poliſſant !
Le repos &l'innocence ſuffiſent à l'homme.
Les Loix ne ſont propres qu'à lui
ravir l'un & l'autre .
Tandis qu'il déraiſonnoit ainſi , il s'apperçut
qu'on avoit coupé la moitié de
fa récolte prochaine dans un petit champ
qu'il avoit cultivé lui-même. Il vit deux
hommes qui emportoient tranquillement
les gerbes qu'ils avoient faites. Il courut
à eux ; & dans la colère où il étoit, incapable
de garder aucune meſure , il les
chargea de coups en leur reprochant
le crime qu'ils venoient de commettre.
Les Samoyedes ne concevant rien à ſa
colère , ni à ſes reproches , lui rendirent
avec ufure les coups qu'ils en avoient
JUIN. 1763 . 21
reçus ; & l'ayant mis hors de combat ,
s'acheminerent tranquillement vers leur
habitation , chargés des fruits de leur
larcin.
Le pauvre Alexis , couché par terre ,
ſe plaignoit amérement d'avoir eſſuyé
laméchancetédes hommes dans un Pays
où ils ne ſçavoient ce que c'étoit que la
méchanceté. Un vieux Samoyede s'approcha
de lui. Alexis lui raconta ſa facheuſe
avanture. Il n'en épargna pas
les auteurs & leur donna les épithétes les
plus outrageantes. Le vieillard le porta
dans ſa caverne ; & après lui avoir laiſſé
le temps d'exhaler ſon dépit , il touffa
trois fois , ſe moucha proprement avec
ſes doigts & lui parla en ces termes.
Vousme faites pitié , mon cher frère ;
vous êtes vous-même l'artiſan de votre
infortune,& vous oſez vous plaindre! En
véritéje ne vous conçois pas. Que voulezvous
dire par votre bled qu'on vous a
pris ? Ce bled étoit-il plutôt à vous qu'à
vos frères ? La Terre n'eſt-elle plus la
mère commune de tous ? Fâchez-vous
donc auffi contre les animaux qui certainement
n'ont pas épargné votre bled.
Ceux qui vous en ont enlevé la moitié ,
méritoient de votre part des remercîmens:
ils pouvoient tout enlever ; & leur
20 MERCURE DE FRANCE.
reconnoître un bon & un mauvais principe
; ils reſſembloient affez aux Sauvages
de l'Amérique ; & s'ils euſſent contracté
l'habitude de marcher à quatre
pattes , on les eût pris pour cette eſpéce
d'animaux qu'un de nos Ecrivains appelle
des hommes par excellence.
Shereto , grand partiſan de l'ancienne
fimplicité , ſe félicitoit tous les jours de
vivre au milieu d'un Peuple affez heureux
pour être privé du ſens commun.
Que l'ignorance & la pauvreté , diſoitil
, font préférables à ces arts perfides qui
corrompent les moeurs en les poliſſant !
Le repos &l'innocence ſuffiſent à l'homme.
Les Loix ne ſont propres qu'à lui
ravir l'un & l'autre .
Tandis qu'il déraiſonnoit ainſi , il s'apperçut
qu'on avoit coupé la moitié de
fa récolte prochaine dans un petit champ
qu'il avoit cultivé lui-même. Il vit deux
hommes qui emportoient tranquillement
les gerbes qu'ils avoient faites. Il courut
à eux ; &dans la colère où il étoit, incapable
de garder aucune meſure , il les
chargea de coups en leur reprochant
le crime qu'ils venoient de commettre.
Les Samoyedes ne concevant rien à ſa
colère , ni à ſes reproches , lui rendirent
avec ufure les coups qu'ils en avoient
JUIN. 1763. 21
1
reçus ; & l'ayant mis hors de combat ,
s'acheminerent tranquillement vers leur
habitation , chargés des fruits de leur
larcin.
Le pauvre Alexis , couché par terre ,
ſe plaignoit amérement d'avoir eſſuyé
la méchanceté des hommes dans un Pays
où ils ne ſçavoient ce que c'étoit que la
méchanceté. Un vieux Samoyede s'approcha
de lui. Alexis lui raconta ſa facheuſe
avanture. Il n'en épargna pas
les auteurs & leur donna les épithétes les
plus outrageantes. Le vieillard le porta
dans ſa caverne ; & après lui avoirlaiſſé
le temps d'exhaler ſon dépit , il touffa
trois fois , ſe moucha proprement avec
ſes doigts &lui parla en ces termes.
a
Vousme faites pitié , mon cher frère ;
vous êtes vous-même l'artiſan de votre
infortune,& vous oſez vous plaindre! En
véritéje ne vous conçois pas .Que voulezvous
dire par votre bled qu'on vous a
pris ?? Ce bled étoit -il plutôt vous qu'à
vos frères ? La Terre n'eſt-elle plus la
mère commune de tous ? Fâchez-vous
donc auffi contre les animaux qui certainement
n'ont pas épargné votrebled.
Ceux qui vous en ont enlevé la moitié ,
méritoient de votre part des remercîmens:
ilspouvoient tout enlever ; & leur
22 MERCURE DE FRANCE .
,
modération eſtune ſuite de l'eſtime qu'ils
ont pour vous. Cependant loin de reconnoître
leur honnêteté , comme vous
le deviez , vous les avez attaqués : il étoit
toutfimple , tout naturelqu'ils fe défendiffent.
Ils ſe ſonttrouvés les plus forts
&vous avez été roſſé ; cela eſt dans
l'ordre. Allons , croyez- moi , convenez.
que vous avez tort & tout vous fera pardonné.
Au reſte , fi le bled qu'ils vous
ont laiffé , ne vous ſuffit pas , les fruits
que vous voyez ſur ces arbres vous appartiennent
comme à nous. Nous nous
contentonsdu néceſſaire,&nous le prenons
indifféremment partout. Imiteznous
, & foyez perfuadé que nous fommes
trop juſtes pour voler fans en avoir
debonnes raiſons .
Shereto goûta ce diſcours tout étrange
qu'il étoit. Il en remercia Arixboul ( c'eſt
le nom du vieillard) & lui promit d'en
faire fon profit. Cependant la neige tomba
avec tant d'abondance , que fon bled
difparut à ſes yeux. Il ſe confola de ce
déſaſtre qu'il n'auroit pas éprouvé s'il
avoit été en état de travailler deux jours
plutôt. Il chercha un autre terrein plus
propre à tenterune nouvelle expérience ;
mais il ne trouva pas les outils qu'il avoit
faits pour remuer la terre. Arixboul étoit
JUIN. 1763. 23
le ſeul qui fût entré dans ſa caverne. Il
étoitdonc le ſeul qu'on put ſoupçonner
de les avoir pris. Alexis fut le trouver.
Il ne laiſſa échapper aucune plainte capable
d'indi poſer l'eſprit de ce grave
perſonnage. Arixboul convint du fait.
Vous avez ſçu fabriquer ces outils , lui
dit-il; il ne tient qu'à vous d'en fabriquer
d'autres. Pour moi qui ignore la
façon de les faire & qui en connois l'uſage
, j'ai pris la liberté de m'en faifir
dans le deſſein de cultiver une portion
de terre à votre exemple. Cela est tout
fumple , tout naturel ; & il faut que vous
foyez bien déraisonnable fi vous m'en
blâmez.
Shereto n'ofa pas repliquer &s'en retourna
en réfléchiſſant fur lesuſages des
Samoyedes , qui commençoient à lui
paroître un peu extraordinaires .
Apeine étoit- il rentré dans fa cabane ,
qu'il furvint un orage & un vent fi furieux
que la plupart des arbres en furent
renverſés. A travers le fifflement aigu
de la tempête , ildistingua une voix plaintive
qui demandoit du ſecours . Il dirigea
ſes pas du côté où cette voix ſe faifoit
entendre. Il apperçoit une jeune
fille qui lui demande l'hofpitalité. Il
étoit trop compatiſſant pour la refuſer
24 MERCURE DE FRANCE.
dans l'extrême danger où elle ſe trouvoit
réduite. Il la porta dans ſa caverne , car
elle n'avoit pas la force de marcher ; il
la déshabilla auprès du feu & fit fécher
ſes vêtemens.
La plus belle Samoyede ne feroit qu'un
objet rebutant pour nous autres François.
Une tête énorme , une grandebouche
, de petits yeux , un nez large &
camus , un teint couleur de terre & la
hauteur de deux ou trois pieds , ne feront
jamais qu'une petite horreur , bien
plus capable d'amortir nos feux, que de
les allumer. Il n'en eſt pas de même
pour un Solitaire Moſcovite qui déshabille
une ſemblable perſonne , ſurtout fi
elle n'a que feize ans , &la Samoyede
en queſtion n'en avoit pas davantage .
Alexis Shereto , privé depuis quatre
ans du commerce d'un ſexe qui fait les
plaiſirs ou les chagrins du nôtre , conçut
des defirs dont il modéra l'impétuofité.
Il penſoit en amant délicat ; il vouloit
plaire avant que de ſe rendre heureux.
Après avoir écouté l'hiſtoire de la
jeune Samoyede & lui avoir fait prendre
quelques alimens , il lui propoſade renoncer
à ſa famille où elle avouoit qu'elle
avoit été maltraitée , de répondre à la
tendreſſe qu'elle lui inſpiroit , & de demeurer
JUI N. 1763 . 25
meurer avec lui . La Samoyede l'examina
fort attentivement , & lui déclara enſuite
qu'elle ne s'uniroit jamais avec un
géant de fon eſpéce : ( il est bon d'obſerver
qu'Alexis avoit 5 pieds 3 pouces )
& qu'elle ſe ſentoit une répugnance invincible
pour les mentons barbus. O
Ciel ! s'écria Shereto , j'aurai quitté ma
patrie pour conferver ma barbe & ma
barbe mettra obftacle à ma félicité !Non ,
il ne ſera pas dit que je ferai toujours
malheureux par rapport à elle. En diſant
ceci , il prit ſes ciſeaux & ſe coupa
la barbe avec un courage foutenu par
l'amour & excité par l'eſpérance. La
Samoyede fatisfaite de ce facrifice confentit
à recevoir ſa foi. Il voulut l'engager
à lui jurer de lui être fidelle ; mais
elle s'en excuſa avec beaucoup de grâce ,
en l'affurant que cela n'étoit pas néceffaire.
Ils vécurent pendant pluſieurs mois
dans la plus parfaite intelligence. Leurs
plaiſirs n'étoient mêlés d'aucune amertume
; mais la coupe de la volupté eſt
enduite d'un poiſon lent, qui fait tôt ou
tard fon effet. L'humanité ne comporte
pointun bonheur durable. Dans le temps
qu'Alexis fe flatoit d'avoir fixé l'inconftance
de la fortune en fa faveur , & qu'il
B
26. MERCURE DE FRANCE .
croyoit que ſon ſort avoit pris une confif
tance que rien ne pourroit détruire , les
choſes changent de face : la tranquillité
de fon coeur lui eſt enlevée ; la colère &
la jalousie en prennent la place ; l'objet
de fon amour devient celui de ſa haine ;
enfin la jeune épouse diſparoît &le laiſſe
en proie aux tourmens de l'amour après
lui en avoir fait goûter les douceurs.
A-t- on jamais été trahi plus cruellement
, s'écrioit l'infortuné Shereto ? Ah !
je te reverrai , perfide: mais ne t'attends
pas à triompher de ma foibleſſe ; fi je
ſuis le ſeul dans ce canton qui ait à ſe
plaindre d'un crime , effaçons en le fouvenir
par la vengeance la plus terrible.
Tu m'a appris à dédaigner la vie . Du
même fer que j'aurai rougi de ton fang ,
je percerai à tes pieds ce coeur ulcéré dans
lequel tu régnes encore malgré tous tes
forfaits.
Arixboul furvint à temps pour empê-
{ cher l'effet de cet affreux projet. Inſenſé
Shereto , lui dit-il , tout autre qu'un Samoyede
qui ſçauroit farder la vérité , conviendroit
un moment que vous avez raifon,
pour mieux parvenir à vous prouver
que vous avez tort & à calmer vos tranfports.
Pour moi qui ne ſçais pas ufer de
cette lâche condeſcendance , je vous
JUIN. 1763 . 27
avoue franchement que votre courroux
eft abfolument dépourvu de motifs raifonnables
. Une fille quitte légérement
ſes parens pour quelques mauvais traitemens
: cela est tout simple. Un orage,
la furprend; il n'y a rien là d'extraordinaire.
Elle vous demande un aſyle , vous
le lui accordez.: cela eft naturel. Cette
fille vous plaît ; votre complaiſance vous
en fait aimer : cela est tout naturel.
Vous vivez enſemble & vous goûtez les
plaiſirs réſervés à l'union des deux ſexes :
cela est toutfimple. Cette fille qui s'étoit
attachée à vous de bonne foi , s'en détache
de même : cela est toutsimple. On
n'eſt pas maître d'aimer toujours . Enfin
elle vous quitte pour un autre : cela eft
tout naturel ; & à moins que vous ne
foyez l'ennemi déclaré de la fimplicité &
de la nature , vous devez convenir que
vous n'avez aucun fujet de murmurer
contre ma compatriote.
Alexis baiſſa la tête & courut s'enfermer
dans ſa caverne fans vouloir écouter
davantage les difcours du vieux Samoyede.
La douleur lui donna une fiévre
violente , dont il commença à redouter
les effets . Incapable de fortir pour chercherdes
ſimples qu'il ne connoiſſfoit pas ,
privéde tout fecours , & fon corps s'af-
1
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
foibliffant de jour en jour , l'image de la
mout s'offrit à lui avec cet appareil qui
la ren'd fi redoutable. C'eſt alors que le
Touvenirde Mofcou vint augmenter ſes
chagrins. Là du moins , diſoit-il , la vue
des Médecin's me conſoleroit de l'infuffifance
de leur' ast ; ma famille me prodigueroit
fes foins ; je recevrois des fecours
abondans : tandis qu'icije ſuis privé
des alimensles plus groffiers. Je m'applaudiſſois
d'être au milieu d'un peuple
qui vit dans l'état fi vanté de la pure na
ture , & j'y ai éffuyé des horreurs ignorées
dans les forêts qu'habitent les brigands.
J'apporte un peu de bled dans ce
climat ftérile : il y réuffit ; & quand je
m'apprête à le couper , je vois qu'on
m'a devancé , & les voleurs de mon bien
trouvent mauvais que je me fâche , &
ils m'afſomment de coups . Un vieillard
me raméne à ma caverne & le cruel me
dérobe des inftrumens néceſſaires. Une
jeune fille.... hélas ! l'expreffion de
l'innocence paroiſſoit fur fon front. Malheureux
que je fuis ! j'ai réchauffé dans
mon fein ce ſerpent qui m'a donné la
mort.... & qui m'a fait couper ma barbe.
Le bruit qu'on fit en enfonçant la porte
de fa caverne, l'interrompit au milieu
JUIN. 1763 . 29
de ſes triſtes réfléxions . Un homme vêtu
à l'allemande s'offrit à lui . C'étoit un de
ces étrangers que Pierre le Grand envoyoit
dans les vaſtes Provinces de fon
Empire pour inſtruire les Peuples des
réglemens qu'ilavoit faits pour les policer.
Le caractère de ſa phyſionomie inſpiroit
de la confiance . Alexis lui raconta tous
fes malheurs , & lui fit part du deſſein
où il étoit de retourner à Mofcou. L'Etranger
lui en procura les moyens. Sa
ſanté s'y rétablit promptement. Son efprit
y acquit plus de juſteſſe & d'étendue.
Il comprit enfin qu'il faut aux hommes
une Religion ſimple &majestueu .
ſe , une Philofophie lumineuse & modefte
, des Arts utiles & agréables , des
Loix juſtes & préciſes. En effet , dans
l'état actuel de laNature déchue, les hommes
n'ont aucune idée du juſte & l'injufte
, de l'utile & de l'honnête , du vrai &
du faux. L'intérêt perſonnel , père de
tous les crimes , eſtle ſeul flambeau qui
les guide. S'ils peuvent fans crainte de
repréſailles commettre une mauvaiſe
action qui leur procure un bien-être momentané
; ilsy trouvent les caractères du
juſte , de l'honnête&du vrai . Les hommes
font capables de tout fans la Religion
qui les oblige à être bons , ou fans
les lois qui les contraignent de
le paroître. Par M. de C*** à Lyon.
ANECDOTE Philofophique , composée
fur des Mémoires envoyés de Ruffie.
La plupart des Rois qui ont reçu le
furnom de Grand ne font guère connus
que par les grands maux qu'ils ont faits
à l'humanité. Vous ne l'avez pas porté ,
Princes , qui avez cru que vos Sujets
étoient des hommes & que , les Peuples
voiſins de votre Empire n'étoient pas vos
Sujets. Vous en méritiez un plus flatteur
, a mon Roi ! Le Souverain bienaimé
de la Nation la plus éclairée ,laplus
courageuſe , la plus généreuſe & la plus
équitable , eſt digne de recevoir tous
les titres qu'on décerne aux Héros. Nous
les avons tous rrenfermés dans un ſeul :
il eſt à la fois rexpreffion de l'amour ,
de la reconnoiffance & de la vérité.
Nous nous refſouviendrons toujours que
vous n'avez foutenu la guerre que pour
Phonneur de votre Couronne , &que
vous n'avez fait la paix que pour notre
bonheur.
Dans le petit nombre de Monarques
auxquels on accorda le furnom de Grand
16 MERCURE DE FRANCE .
pour avoir fait de grandes chofes , la
poſtérité verra avec joie Pierre I. Quand
il monta fur le Trône , la Ruſſie n'avoit
aucune influence dans les affaires de l'Europe
. Ses vaſtes déferts étoient menacés
de tous les côtés . L'intérieur de l'Etat
étoit troublé par des factions formidables .
Une milice infolente, accoutumée à faire
trembler ſes Maîtres , les retenoit ſous un
joug qu'ils n'oſoient fecouer. Un Patriarche
ambitieux ſe ſervoit habilement de
la crédulité du Peuple pour ufurper un
pouvoir qui le rendoit l'égal de fon
Souverain . La fuperftition compagne de
Pignorance, regnoit à fon gré fur les efprits.
Les Loix de cette Nation barbare
étoient autant d'abus qui s'oppoſoient à
ſa ſplendeur future. L'agriculture languiſſoit.
Les finances étoient mal adminiſtrées.
On manquoitdes manufactures
les plus utiles. Le commerce étoit négligé.
Le nom même des beaux arts
qui ſuppoſent l'abondance , étoit ignoré.
On est étonné des obſtacles qui ſe
préſentoient en foule pour créer de nouveaux
hommes , pour rendre le fceptre
de la Ruffie reſpectable à toutes les Puiffances
: Pierre vit tout ce qu'il falloit
faire pour y parvenir , & tout ce qu'il
falloit faire , il le fit.
2
JUIN. 1763. 17
;
Tout le monde ſçait que dans le ſyftême
de réformation qu'il ſuivit conftamment
, il entra dans des détails qui ,
pourparoître minucieux, ne ſont pas audeſſous
d'un ſage Législateur. De tous
les projets qu'il conçut pour adoucir la
rudeſſe des moeurs de ſes Sujets , celui
qui concernoit les habits& la barbe , excita
le plus de murmures ; & malgré la
gaîté qu'on mit dans l'exécution , il ſe
trouva pluſieurs entêtés qui aimerent
mieux ſe reléguer d'eux-mêmes au fond
de la Sibérie , que de confentir que des
Tailleurs & des Barbiers inhumains , rognaſſent
leurs habits & leur coupaſſent
entiérement la barbe.
Alexis Shereto fut du nombre de ces
victimes de leur opiniâtreré. C'étoit un
homme de quarante ans , qui avoit joui
de quelque crédit auprès de la Princeſſe
Sophie. Il étoit veuf & n'avoit qu'une
fille mariée à un des principauxBoyards.
Il étoit extrêmement conſidéré à cauſe
de ſa vaſte érudition ; car il avoit appris
à lire & à chiffrer en trois ans, d'un Marchand
Européen qu'il avoit logé chez
lui. Il étoit confulté dans toutes les affaires
de la Religion ; mais nos Mémoires
aſſurent qu'il ne voulut prendre aucun
parti dans cette fameuſe queſtion: ſea
18 MERCURE DE FRANCE.
voir fi l'on devoit faire le ſigne de la
croix avec deux doigts ou avec trois. Il
avoit été accuſé d'être Athée , Théiſte ,
Déifte , Matérialiſte , Philoſophe , parce
qu'il avoit eu le front d'avancer qu'un
homme qui auroit tué fon pere & fa mere
, n'en feroit pas quitte pour une prière
au grand S. Nicolas , & qu'il feroit néceffaire
qu'il fît pénitence. On avoit été
fur le point de convoquer un Concile
pour le condamner ; mais il avoit trouvélemoyende
conjurer l'orage , &de
regagner l'eſtime des Caſuiſtes que fa témérité
lui avoit fait perdre.
Alexis Shereto,avec une barbe qui lui
tomboit juſques ſur la ceinture & une
robe qui lui couvroit les talons , prit
joyeusement,le chemin de la Sibérie ,
trop content de n'apprendre que par la
Renommée les moyens que le Czar mettroit
en uſage pour forcer ſes Sujets à
devenir heureux. Il s'arrêta dans la Samoyédie,
& fe pratiqua une demeure fouterraine
ſuivant l'uſage des lieux. Il fur
bientôt célébre dans le Canton ; & les
Samoyedes qui n'ont du poil que fur la
tête , ne pouvoient comprendre qu'il eût
quitté Mofcou pour conſerver du poil au
menton .
On s'attend peut-être à trouver ici la
JU I N. 1763. 19
defcription du Pays des Samoyedes , &
des éclairciſſemens fur leur conformation&
fur les productions du fol ingrat
qu'ils cultivent. Nous ſcavons qu'il eft
beau de ne pas ignorer l'étendue des
plaines , la hauteur des montagnes , le
nombre de bourgades qu'on trouve dans
une Contrée; qu'il eſt utile d'en connoître
les plantes , les arbres , la culture
qu'on y emploie & laforme & la couleur
des individus qui l'habitent : mais nous
croyons en même-temps qu'il eſt plus,
beau &plusutile de s'occuper de l'étude
des moeurs ; & fans déprimer la Géographie
,l'Histoire Naturelle & la Phyſique ,
nous ne craindrons pas d'avancer que la
ſcience du coeur humain fera toujours les
délices du vrai Philoſophe ; & qu'il viendra
un temps , même en France , où l'on
aura plus d'obligation à un Moralifte
qui s'appliquera à connoître ſes ſemblables
& à les rendre meilleurs , qu'à un
Auteur qui mettra toute fa gloire à les
enrichir.
Les Samoyedes étoient alors abſolument
privés des notions les plus communes
& les moins abſtraites. Ils n'avoient
aucune idée de ce que nous entendons
par les mots de vice& de vertu. Leur Religion
étoit fans culte. Ils ſe bornoient à
20 MERCURE DE FRANCE.
reconnoître un bon & un mauvais principe
; ils reſſembloient affez aux Sauvages
de l'Amérique ; & s'ils euſſent comtracté
l'habitude de marcher à quatre
pattes , on les eût pris pour cette eſpéce
d'animaux qu'un de nos Ecrivains appelle
des hommes par excellence.
Shereto , grand partiſan de l'ancienne
fimplicité , ſe félicitoit tous les jours de
vivre au milieu d'un Peuple affez heureux
pour être privé du ſens commun.
Que l'ignorance & la pauvreté , diſoitil
, ſont préférables à ces arts perfides qui
corrompent les moeurs en les poliſſant !
Le repos &l'innocence ſuffiſent à l'homme.
Les Loix ne ſont propres qu'à lui
ravir l'un & l'autre .
Tandis qu'il déraiſonnoit ainſi , il s'apperçut
qu'on avoit coupé la moitié de
fa récolte prochaine dans un petit champ
qu'il avoit cultivé lui-même. Il vit deux
hommes qui emportoient tranquillement
les gerbes qu'ils avoient faites. Il courut
à eux ; & dans la colère où il étoit, incapable
de garder aucune meſure , il les
chargea de coups en leur reprochant
le crime qu'ils venoient de commettre.
Les Samoyedes ne concevant rien à ſa
colère , ni à ſes reproches , lui rendirent
avec ufure les coups qu'ils en avoient
JUIN. 1763 . 21
reçus ; & l'ayant mis hors de combat ,
s'acheminerent tranquillement vers leur
habitation , chargés des fruits de leur
larcin.
Le pauvre Alexis , couché par terre ,
ſe plaignoit amérement d'avoir eſſuyé
laméchancetédes hommes dans un Pays
où ils ne ſçavoient ce que c'étoit que la
méchanceté. Un vieux Samoyede s'approcha
de lui. Alexis lui raconta ſa facheuſe
avanture. Il n'en épargna pas
les auteurs & leur donna les épithétes les
plus outrageantes. Le vieillard le porta
dans ſa caverne ; & après lui avoir laiſſé
le temps d'exhaler ſon dépit , il touffa
trois fois , ſe moucha proprement avec
ſes doigts & lui parla en ces termes.
Vousme faites pitié , mon cher frère ;
vous êtes vous-même l'artiſan de votre
infortune,& vous oſez vous plaindre! En
véritéje ne vous conçois pas. Que voulezvous
dire par votre bled qu'on vous a
pris ? Ce bled étoit-il plutôt à vous qu'à
vos frères ? La Terre n'eſt-elle plus la
mère commune de tous ? Fâchez-vous
donc auffi contre les animaux qui certainement
n'ont pas épargné votre bled.
Ceux qui vous en ont enlevé la moitié ,
méritoient de votre part des remercîmens:
ils pouvoient tout enlever ; & leur
20 MERCURE DE FRANCE.
reconnoître un bon & un mauvais principe
; ils reſſembloient affez aux Sauvages
de l'Amérique ; & s'ils euſſent contracté
l'habitude de marcher à quatre
pattes , on les eût pris pour cette eſpéce
d'animaux qu'un de nos Ecrivains appelle
des hommes par excellence.
Shereto , grand partiſan de l'ancienne
fimplicité , ſe félicitoit tous les jours de
vivre au milieu d'un Peuple affez heureux
pour être privé du ſens commun.
Que l'ignorance & la pauvreté , diſoitil
, font préférables à ces arts perfides qui
corrompent les moeurs en les poliſſant !
Le repos &l'innocence ſuffiſent à l'homme.
Les Loix ne ſont propres qu'à lui
ravir l'un & l'autre .
Tandis qu'il déraiſonnoit ainſi , il s'apperçut
qu'on avoit coupé la moitié de
fa récolte prochaine dans un petit champ
qu'il avoit cultivé lui-même. Il vit deux
hommes qui emportoient tranquillement
les gerbes qu'ils avoient faites. Il courut
à eux ; &dans la colère où il étoit, incapable
de garder aucune meſure , il les
chargea de coups en leur reprochant
le crime qu'ils venoient de commettre.
Les Samoyedes ne concevant rien à ſa
colère , ni à ſes reproches , lui rendirent
avec ufure les coups qu'ils en avoient
JUIN. 1763. 21
1
reçus ; & l'ayant mis hors de combat ,
s'acheminerent tranquillement vers leur
habitation , chargés des fruits de leur
larcin.
Le pauvre Alexis , couché par terre ,
ſe plaignoit amérement d'avoir eſſuyé
la méchanceté des hommes dans un Pays
où ils ne ſçavoient ce que c'étoit que la
méchanceté. Un vieux Samoyede s'approcha
de lui. Alexis lui raconta ſa facheuſe
avanture. Il n'en épargna pas
les auteurs & leur donna les épithétes les
plus outrageantes. Le vieillard le porta
dans ſa caverne ; & après lui avoirlaiſſé
le temps d'exhaler ſon dépit , il touffa
trois fois , ſe moucha proprement avec
ſes doigts &lui parla en ces termes.
a
Vousme faites pitié , mon cher frère ;
vous êtes vous-même l'artiſan de votre
infortune,& vous oſez vous plaindre! En
véritéje ne vous conçois pas .Que voulezvous
dire par votre bled qu'on vous a
pris ?? Ce bled étoit -il plutôt vous qu'à
vos frères ? La Terre n'eſt-elle plus la
mère commune de tous ? Fâchez-vous
donc auffi contre les animaux qui certainement
n'ont pas épargné votrebled.
Ceux qui vous en ont enlevé la moitié ,
méritoient de votre part des remercîmens:
ilspouvoient tout enlever ; & leur
22 MERCURE DE FRANCE .
,
modération eſtune ſuite de l'eſtime qu'ils
ont pour vous. Cependant loin de reconnoître
leur honnêteté , comme vous
le deviez , vous les avez attaqués : il étoit
toutfimple , tout naturelqu'ils fe défendiffent.
Ils ſe ſonttrouvés les plus forts
&vous avez été roſſé ; cela eſt dans
l'ordre. Allons , croyez- moi , convenez.
que vous avez tort & tout vous fera pardonné.
Au reſte , fi le bled qu'ils vous
ont laiffé , ne vous ſuffit pas , les fruits
que vous voyez ſur ces arbres vous appartiennent
comme à nous. Nous nous
contentonsdu néceſſaire,&nous le prenons
indifféremment partout. Imiteznous
, & foyez perfuadé que nous fommes
trop juſtes pour voler fans en avoir
debonnes raiſons .
Shereto goûta ce diſcours tout étrange
qu'il étoit. Il en remercia Arixboul ( c'eſt
le nom du vieillard) & lui promit d'en
faire fon profit. Cependant la neige tomba
avec tant d'abondance , que fon bled
difparut à ſes yeux. Il ſe confola de ce
déſaſtre qu'il n'auroit pas éprouvé s'il
avoit été en état de travailler deux jours
plutôt. Il chercha un autre terrein plus
propre à tenterune nouvelle expérience ;
mais il ne trouva pas les outils qu'il avoit
faits pour remuer la terre. Arixboul étoit
JUIN. 1763. 23
le ſeul qui fût entré dans ſa caverne. Il
étoitdonc le ſeul qu'on put ſoupçonner
de les avoir pris. Alexis fut le trouver.
Il ne laiſſa échapper aucune plainte capable
d'indi poſer l'eſprit de ce grave
perſonnage. Arixboul convint du fait.
Vous avez ſçu fabriquer ces outils , lui
dit-il; il ne tient qu'à vous d'en fabriquer
d'autres. Pour moi qui ignore la
façon de les faire & qui en connois l'uſage
, j'ai pris la liberté de m'en faifir
dans le deſſein de cultiver une portion
de terre à votre exemple. Cela est tout
fumple , tout naturel ; & il faut que vous
foyez bien déraisonnable fi vous m'en
blâmez.
Shereto n'ofa pas repliquer &s'en retourna
en réfléchiſſant fur lesuſages des
Samoyedes , qui commençoient à lui
paroître un peu extraordinaires .
Apeine étoit- il rentré dans fa cabane ,
qu'il furvint un orage & un vent fi furieux
que la plupart des arbres en furent
renverſés. A travers le fifflement aigu
de la tempête , ildistingua une voix plaintive
qui demandoit du ſecours . Il dirigea
ſes pas du côté où cette voix ſe faifoit
entendre. Il apperçoit une jeune
fille qui lui demande l'hofpitalité. Il
étoit trop compatiſſant pour la refuſer
24 MERCURE DE FRANCE.
dans l'extrême danger où elle ſe trouvoit
réduite. Il la porta dans ſa caverne , car
elle n'avoit pas la force de marcher ; il
la déshabilla auprès du feu & fit fécher
ſes vêtemens.
La plus belle Samoyede ne feroit qu'un
objet rebutant pour nous autres François.
Une tête énorme , une grandebouche
, de petits yeux , un nez large &
camus , un teint couleur de terre & la
hauteur de deux ou trois pieds , ne feront
jamais qu'une petite horreur , bien
plus capable d'amortir nos feux, que de
les allumer. Il n'en eſt pas de même
pour un Solitaire Moſcovite qui déshabille
une ſemblable perſonne , ſurtout fi
elle n'a que feize ans , &la Samoyede
en queſtion n'en avoit pas davantage .
Alexis Shereto , privé depuis quatre
ans du commerce d'un ſexe qui fait les
plaiſirs ou les chagrins du nôtre , conçut
des defirs dont il modéra l'impétuofité.
Il penſoit en amant délicat ; il vouloit
plaire avant que de ſe rendre heureux.
Après avoir écouté l'hiſtoire de la
jeune Samoyede & lui avoir fait prendre
quelques alimens , il lui propoſade renoncer
à ſa famille où elle avouoit qu'elle
avoit été maltraitée , de répondre à la
tendreſſe qu'elle lui inſpiroit , & de demeurer
JUI N. 1763 . 25
meurer avec lui . La Samoyede l'examina
fort attentivement , & lui déclara enſuite
qu'elle ne s'uniroit jamais avec un
géant de fon eſpéce : ( il est bon d'obſerver
qu'Alexis avoit 5 pieds 3 pouces )
& qu'elle ſe ſentoit une répugnance invincible
pour les mentons barbus. O
Ciel ! s'écria Shereto , j'aurai quitté ma
patrie pour conferver ma barbe & ma
barbe mettra obftacle à ma félicité !Non ,
il ne ſera pas dit que je ferai toujours
malheureux par rapport à elle. En diſant
ceci , il prit ſes ciſeaux & ſe coupa
la barbe avec un courage foutenu par
l'amour & excité par l'eſpérance. La
Samoyede fatisfaite de ce facrifice confentit
à recevoir ſa foi. Il voulut l'engager
à lui jurer de lui être fidelle ; mais
elle s'en excuſa avec beaucoup de grâce ,
en l'affurant que cela n'étoit pas néceffaire.
Ils vécurent pendant pluſieurs mois
dans la plus parfaite intelligence. Leurs
plaiſirs n'étoient mêlés d'aucune amertume
; mais la coupe de la volupté eſt
enduite d'un poiſon lent, qui fait tôt ou
tard fon effet. L'humanité ne comporte
pointun bonheur durable. Dans le temps
qu'Alexis fe flatoit d'avoir fixé l'inconftance
de la fortune en fa faveur , & qu'il
B
26. MERCURE DE FRANCE .
croyoit que ſon ſort avoit pris une confif
tance que rien ne pourroit détruire , les
choſes changent de face : la tranquillité
de fon coeur lui eſt enlevée ; la colère &
la jalousie en prennent la place ; l'objet
de fon amour devient celui de ſa haine ;
enfin la jeune épouse diſparoît &le laiſſe
en proie aux tourmens de l'amour après
lui en avoir fait goûter les douceurs.
A-t- on jamais été trahi plus cruellement
, s'écrioit l'infortuné Shereto ? Ah !
je te reverrai , perfide: mais ne t'attends
pas à triompher de ma foibleſſe ; fi je
ſuis le ſeul dans ce canton qui ait à ſe
plaindre d'un crime , effaçons en le fouvenir
par la vengeance la plus terrible.
Tu m'a appris à dédaigner la vie . Du
même fer que j'aurai rougi de ton fang ,
je percerai à tes pieds ce coeur ulcéré dans
lequel tu régnes encore malgré tous tes
forfaits.
Arixboul furvint à temps pour empê-
{ cher l'effet de cet affreux projet. Inſenſé
Shereto , lui dit-il , tout autre qu'un Samoyede
qui ſçauroit farder la vérité , conviendroit
un moment que vous avez raifon,
pour mieux parvenir à vous prouver
que vous avez tort & à calmer vos tranfports.
Pour moi qui ne ſçais pas ufer de
cette lâche condeſcendance , je vous
JUIN. 1763 . 27
avoue franchement que votre courroux
eft abfolument dépourvu de motifs raifonnables
. Une fille quitte légérement
ſes parens pour quelques mauvais traitemens
: cela est tout simple. Un orage,
la furprend; il n'y a rien là d'extraordinaire.
Elle vous demande un aſyle , vous
le lui accordez.: cela eft naturel. Cette
fille vous plaît ; votre complaiſance vous
en fait aimer : cela est tout naturel.
Vous vivez enſemble & vous goûtez les
plaiſirs réſervés à l'union des deux ſexes :
cela est toutfimple. Cette fille qui s'étoit
attachée à vous de bonne foi , s'en détache
de même : cela est toutsimple. On
n'eſt pas maître d'aimer toujours . Enfin
elle vous quitte pour un autre : cela eft
tout naturel ; & à moins que vous ne
foyez l'ennemi déclaré de la fimplicité &
de la nature , vous devez convenir que
vous n'avez aucun fujet de murmurer
contre ma compatriote.
Alexis baiſſa la tête & courut s'enfermer
dans ſa caverne fans vouloir écouter
davantage les difcours du vieux Samoyede.
La douleur lui donna une fiévre
violente , dont il commença à redouter
les effets . Incapable de fortir pour chercherdes
ſimples qu'il ne connoiſſfoit pas ,
privéde tout fecours , & fon corps s'af-
1
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
foibliffant de jour en jour , l'image de la
mout s'offrit à lui avec cet appareil qui
la ren'd fi redoutable. C'eſt alors que le
Touvenirde Mofcou vint augmenter ſes
chagrins. Là du moins , diſoit-il , la vue
des Médecin's me conſoleroit de l'infuffifance
de leur' ast ; ma famille me prodigueroit
fes foins ; je recevrois des fecours
abondans : tandis qu'icije ſuis privé
des alimensles plus groffiers. Je m'applaudiſſois
d'être au milieu d'un peuple
qui vit dans l'état fi vanté de la pure na
ture , & j'y ai éffuyé des horreurs ignorées
dans les forêts qu'habitent les brigands.
J'apporte un peu de bled dans ce
climat ftérile : il y réuffit ; & quand je
m'apprête à le couper , je vois qu'on
m'a devancé , & les voleurs de mon bien
trouvent mauvais que je me fâche , &
ils m'afſomment de coups . Un vieillard
me raméne à ma caverne & le cruel me
dérobe des inftrumens néceſſaires. Une
jeune fille.... hélas ! l'expreffion de
l'innocence paroiſſoit fur fon front. Malheureux
que je fuis ! j'ai réchauffé dans
mon fein ce ſerpent qui m'a donné la
mort.... & qui m'a fait couper ma barbe.
Le bruit qu'on fit en enfonçant la porte
de fa caverne, l'interrompit au milieu
JUIN. 1763 . 29
de ſes triſtes réfléxions . Un homme vêtu
à l'allemande s'offrit à lui . C'étoit un de
ces étrangers que Pierre le Grand envoyoit
dans les vaſtes Provinces de fon
Empire pour inſtruire les Peuples des
réglemens qu'ilavoit faits pour les policer.
Le caractère de ſa phyſionomie inſpiroit
de la confiance . Alexis lui raconta tous
fes malheurs , & lui fit part du deſſein
où il étoit de retourner à Mofcou. L'Etranger
lui en procura les moyens. Sa
ſanté s'y rétablit promptement. Son efprit
y acquit plus de juſteſſe & d'étendue.
Il comprit enfin qu'il faut aux hommes
une Religion ſimple &majestueu .
ſe , une Philofophie lumineuse & modefte
, des Arts utiles & agréables , des
Loix juſtes & préciſes. En effet , dans
l'état actuel de laNature déchue, les hommes
n'ont aucune idée du juſte & l'injufte
, de l'utile & de l'honnête , du vrai &
du faux. L'intérêt perſonnel , père de
tous les crimes , eſtle ſeul flambeau qui
les guide. S'ils peuvent fans crainte de
repréſailles commettre une mauvaiſe
action qui leur procure un bien-être momentané
; ilsy trouvent les caractères du
juſte , de l'honnête&du vrai . Les hommes
font capables de tout fans la Religion
qui les oblige à être bons , ou fans
les lois qui les contraignent de
le paroître. Par M. de C*** à Lyon.
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Résumé : LE RUSSE DETROMPÉ. ANECDOTE Philosophique, composée sur des Mémoires envoyés de Russie.
Le texte 'Le Russe détrompé' est une anecdote philosophique tirée des mémoires envoyés de Russie. Il compare les souverains ayant reçu le titre de 'Grand' et souligne que beaucoup sont connus pour leurs méfaits. Le récit met en avant un prince russe apprécié pour son humanité et son souci du bonheur de ses sujets, contrastant avec Pierre Ier. Ce dernier monta sur le trône alors que la Russie était menacée et troublée par des factions et une milice rebelle. Pierre Ier initia des réformes profondes pour moderniser la Russie, affectant divers aspects de la société tels que les lois, l'agriculture, les finances, les manufactures et le commerce. Une de ses réformes les plus controversées concernait les habits et la barbe, provoquant des résistances, comme celle d'Alexis Shereto, un érudit qui préféra s'exiler en Sibérie plutôt que de se conformer aux nouvelles règles. Shereto, connu pour son érudition et ses opinions religieuses, vécut parmi les Samoyèdes, un peuple sans notions morales et avec une religion sans culte. Il admirait leur ignorance et leur pauvreté, estimant que les lois corrompent les mœurs. Après avoir été volé et battu, Shereto fut secouru par un vieil homme samoyède, Arixboul, qui lui expliqua la vision communautaire de la propriété. Shereto accepta cette vision et continua sa vie parmi les Samoyèdes. En juin 1763, après avoir perdu ses outils, Shereto accusa Arixboul, qui avoua les avoir pris. Plus tard, Shereto sauva une jeune Samoyède et vécut avec elle jusqu'à ce qu'elle disparaisse, le laissant désespéré. Arixboul intervint pour lui expliquer que les actions de la jeune femme étaient naturelles. Blessé et affaibli, Shereto regretta son choix de vivre parmi les Samoyèdes. Un étranger envoyé par Pierre le Grand vint à son secours et l'aida à réfléchir sur les besoins essentiels des hommes : une religion simple, une philosophie lumineuse, des arts utiles et des lois justes. Sans ces éléments, les hommes sont guidés par l'intérêt personnel, source de tous les crimes.
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1967
p. 30-33
A SON EXCELLENCE Mgr DE LA ROCHE-AYMON, le jour qu'il prit possession de l'Archevêché de Reims. Talis decebat ut nobis esset Pontifex. Heb. 7. 26. Ode
Début :
DANS ces murs quels chants d'allégresse [...]
Mots clefs :
Pontife, Église, Dieu, Sage, Audace, Fermeté , Génie, Bonté puissante, Augure
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texteReconnaissance textuelle : A SON EXCELLENCE Mgr DE LA ROCHE-AYMON, le jour qu'il prit possession de l'Archevêché de Reims. Talis decebat ut nobis esset Pontifex. Heb. 7. 26. Ode
Sous ce Pontife qui t'anime ,
Libre & Sage vange la Foi :
Qu'à ta voix , l'erreur & le crime
Redoutent l'Égliſe & la Loi ;
Et vous Titans , dont les ſyſtèmes ,
Les impiétés , les blafphemes
Provoquent Dieu dans ſon repos ;
Voyez votre ligue impuiſſante ,
Et la vérité triomphante
De l'audace de vos complots.
Des moeurs auguſte ſouveraine ,
Vertu , fais revivre tes loix ;
Montre-toi , parle, agis en Reine ;
Un Sage vient vanger tes droits.
A ces côtés voi la décence ,
L'ordre ennemi de la licence ,
Et la prudente fermeté.
Fille du Ciel , à ce cortége,
Du Pontife qui te protége ,
Tu reconnois ta ſainteté.
Muſes , Beaux- Arts , que l'harmonie
De vos plus fublimes concerts
Célébre à l'envi le Génie
Par qui ces biens nous font offerts.
Par ſon goût , ſa délicateſſe ,
Si du Dieu brillant du Permeſſe
JUIN. 1763 . 33
Il vous repréſente les traits ;
Du mérite eſtimateur juſte ,
Il ſera pour vous un Auguste
Par ſon fuffrage & ſes bienfaits.
Quel augure plus favorable
Du bonheur qu'appellent nos voeux ?
Devant lui la Paix adorable
Vole & vient embellir ces lieux.
Que l'époque de ſon Entrée
Reſte parmi nous conſacrée ,
Ainſi que celle des Vainqueurs :
Le jour marqué par ſa préſence
Eſt le jour de la bienfaiſance
Et de la paix dans tous les coeurs.
Grand Dieu , dont la bonté puiſſante
Surpaſſe aujourd'hui nos ſouhaits ,
Prêre une oreille bienveillante
A ce dernier voeu que je fais :
Immortaliſe ton ouvrage ;
Que pour l'objet de notre hommage
Brule l'encens de nos neveux !
L'amour à cet eſpoir me livre ;
Il me dit qu'on ne peut trop vivre,
Quand on doit faire des heureux.
DE SAULX , Chan. de l'Egl. de Reims , Chancelier
de l'Univ . Aſſocié de l' Acad. Royale
des Sciences & Belles - Lettres de Nanci & de
La Société Littér . de Châlons.
Libre & Sage vange la Foi :
Qu'à ta voix , l'erreur & le crime
Redoutent l'Égliſe & la Loi ;
Et vous Titans , dont les ſyſtèmes ,
Les impiétés , les blafphemes
Provoquent Dieu dans ſon repos ;
Voyez votre ligue impuiſſante ,
Et la vérité triomphante
De l'audace de vos complots.
Des moeurs auguſte ſouveraine ,
Vertu , fais revivre tes loix ;
Montre-toi , parle, agis en Reine ;
Un Sage vient vanger tes droits.
A ces côtés voi la décence ,
L'ordre ennemi de la licence ,
Et la prudente fermeté.
Fille du Ciel , à ce cortége,
Du Pontife qui te protége ,
Tu reconnois ta ſainteté.
Muſes , Beaux- Arts , que l'harmonie
De vos plus fublimes concerts
Célébre à l'envi le Génie
Par qui ces biens nous font offerts.
Par ſon goût , ſa délicateſſe ,
Si du Dieu brillant du Permeſſe
JUIN. 1763 . 33
Il vous repréſente les traits ;
Du mérite eſtimateur juſte ,
Il ſera pour vous un Auguste
Par ſon fuffrage & ſes bienfaits.
Quel augure plus favorable
Du bonheur qu'appellent nos voeux ?
Devant lui la Paix adorable
Vole & vient embellir ces lieux.
Que l'époque de ſon Entrée
Reſte parmi nous conſacrée ,
Ainſi que celle des Vainqueurs :
Le jour marqué par ſa préſence
Eſt le jour de la bienfaiſance
Et de la paix dans tous les coeurs.
Grand Dieu , dont la bonté puiſſante
Surpaſſe aujourd'hui nos ſouhaits ,
Prêre une oreille bienveillante
A ce dernier voeu que je fais :
Immortaliſe ton ouvrage ;
Que pour l'objet de notre hommage
Brule l'encens de nos neveux !
L'amour à cet eſpoir me livre ;
Il me dit qu'on ne peut trop vivre,
Quand on doit faire des heureux.
DE SAULX , Chan. de l'Egl. de Reims , Chancelier
de l'Univ . Aſſocié de l' Acad. Royale
des Sciences & Belles - Lettres de Nanci & de
La Société Littér . de Châlons.
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Résumé : A SON EXCELLENCE Mgr DE LA ROCHE-AYMON, le jour qu'il prit possession de l'Archevêché de Reims. Talis decebat ut nobis esset Pontifex. Heb. 7. 26. Ode
Le poème célèbre un pontife, probablement un évêque ou un pape, pour sa foi et sa sagesse qui triomphent de l'erreur et du crime. Il met en garde les Titans, symbolisant les systèmes impies, contre leur impuissance face à la vérité. Le texte appelle à la restauration des lois morales et à la vertu, personnifiée comme une reine. Il loue la décence, l'ordre et la prudence, et reconnaît la sainteté protégée par le pontife. Les Muses et les Beaux-Arts sont invités à célébrer le génie apportant ces bienfaits. Le pontife est décrit comme un juge juste et un bienfaiteur, apportant la paix et la bienfaisance. Le poème se conclut par une prière à Dieu pour immortaliser cette œuvre et exprime l'espoir de continuer à faire le bien. L'auteur est DE SAULX, chancelier de l'Église de Reims et membre de plusieurs académies littéraires et scientifiques.
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1968
p. 34
VERS adressés à Mlle DUBOIS, de la Comédie Françoise.
Début :
TENDRE Dubois, que tu me charmes, [...]
Mots clefs :
Voix, Plaisir, Art, Effort, Immoler, Époux, Amour
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texteReconnaissance textuelle : VERS adressés à Mlle DUBOIS, de la Comédie Françoise.
VERS adressés à Mlle DUBOIS , de
la Comédie Françoife.
TENDRE Dubois ,que tu me charmes ,
Par le ſon touchant de ta voix !
Qu'il eſt doux avec toi de répandre des larmes ;
- Qu'avec plaiſir mon coeur partage les allarmes ,
Et les douleurs que tu conçois !
Ton oeil attendriſſant que l'Amour même anime ,
De ton maintien l'élégante action
De ton jeu naturel la vive expreſſion ,
Tout en toi me ravit ; & de cet Art fublime
Tu ſoutiens la perfection ,
Soit que Rivale de Zulime ,
Par le plus généreux effort
,
Tu veuilles à l'Amant immoler l'Amour même ;
Soit que pour un époux qui t'aime ,
Tu braves ton Père & la mort.
Partout ta voix plaintive également me touche ;
Partout d'un doux tranſport je ſuis le mouvement.
Tu reſpires le ſentiment ;
Et l'Amour parle par ta bouche.
Par M. ***
la Comédie Françoife.
TENDRE Dubois ,que tu me charmes ,
Par le ſon touchant de ta voix !
Qu'il eſt doux avec toi de répandre des larmes ;
- Qu'avec plaiſir mon coeur partage les allarmes ,
Et les douleurs que tu conçois !
Ton oeil attendriſſant que l'Amour même anime ,
De ton maintien l'élégante action
De ton jeu naturel la vive expreſſion ,
Tout en toi me ravit ; & de cet Art fublime
Tu ſoutiens la perfection ,
Soit que Rivale de Zulime ,
Par le plus généreux effort
,
Tu veuilles à l'Amant immoler l'Amour même ;
Soit que pour un époux qui t'aime ,
Tu braves ton Père & la mort.
Partout ta voix plaintive également me touche ;
Partout d'un doux tranſport je ſuis le mouvement.
Tu reſpires le ſentiment ;
Et l'Amour parle par ta bouche.
Par M. ***
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Résumé : VERS adressés à Mlle DUBOIS, de la Comédie Françoise.
L'auteur admire Mlle Dubois, actrice de la Comédie-Française, pour sa voix belle et émotive. Il loue son jeu naturel et expressif, ainsi que sa capacité à incarner divers rôles, tels que Zulime ou une épouse courageuse. Sa performance touche toujours le public, et sa voix semble parler au nom de l'amour.
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1969
p. 35-36
LETTRE A M. DE LA PLACE.
Début :
IL est, Monsieur, une infinité de Piéces fugitives, dont la lecture seroit utile [...]
Mots clefs :
Pièces fugitives, Public, Devise, Amuser, Instruire, Intéresser, Éloge, Louange, Critique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A M. DE LA PLACE.
LETTRE A M. DE LA PLACE .
ILeſt , Monfieur , une infinité de Piéces
fugitives , dont la lecture ſeroit utile
& agréable au Public , qui languiffent
oubliées dans la nuit des porte-feuilles.
Ce font autant de larcins faits à votre
Journal , leur dépofitaire naturel.
Celle que je vous envoie eſt une de
ces reſtitutions que j'exhorte le Public
à vous offrir . Quoiqu'elle ne contienne
que le plan informe des premieres idées
d'une perſonne de beaucoup de mérite:
jetté rapidement für le papier , il m'a
paru qu'elle pouvoit remplir la deviſe
de votre Journal , amufer , inſtruire
intéreſſer.
Je n'oferois , Monfieur , faire l'éloge
de ce petit morceau , malgré l'eſtime que
j'ai pour la main dont il eſt forti. Le
Public a généralement autant de goût
pour la critique, que d'averſion pour la
Louange. Cette façon de penſer ſeroit--
elle l'effetde l'amour de l'ordre éternel
qui juge que ce qui eft bien n'eſt que
comme il doit être , & que ce qui eft
mal fortant des régles univerſelles ,doit
* Bvj
26 MERCURE DE FRANCE .
être blâmé ſans ménagement? L'eſprit
en un mot ne ferait-il que juſte en
étant fevère ?
S'il eſt quelques conſidérations qui
puiffent compter ſur ſon indulgence , ce
font certainement celles qui s'arrêtent
auxſentimens les plusdélicieux du coeur,
ceux de l'Amour , ceux de l'Amitié. Les
Philofophes , les beaux-Efprits de l'Antiquité
ont écrit ſur l'une & fur l'autre.
Malgré les éloges prodigués à leurs Ouvrages
fur ces matières , il eſt peu de
fiécles où la poſtérité n'ait ajoûté de nouvelles
réfléxions à celles qu'elle admiroit.
Cette matière eſt-une de celles que l'on
traite toujours & que l'on n'épuiſe jamais
.
J'ai l'honneur d'être , &c .
ILeſt , Monfieur , une infinité de Piéces
fugitives , dont la lecture ſeroit utile
& agréable au Public , qui languiffent
oubliées dans la nuit des porte-feuilles.
Ce font autant de larcins faits à votre
Journal , leur dépofitaire naturel.
Celle que je vous envoie eſt une de
ces reſtitutions que j'exhorte le Public
à vous offrir . Quoiqu'elle ne contienne
que le plan informe des premieres idées
d'une perſonne de beaucoup de mérite:
jetté rapidement für le papier , il m'a
paru qu'elle pouvoit remplir la deviſe
de votre Journal , amufer , inſtruire
intéreſſer.
Je n'oferois , Monfieur , faire l'éloge
de ce petit morceau , malgré l'eſtime que
j'ai pour la main dont il eſt forti. Le
Public a généralement autant de goût
pour la critique, que d'averſion pour la
Louange. Cette façon de penſer ſeroit--
elle l'effetde l'amour de l'ordre éternel
qui juge que ce qui eft bien n'eſt que
comme il doit être , & que ce qui eft
mal fortant des régles univerſelles ,doit
* Bvj
26 MERCURE DE FRANCE .
être blâmé ſans ménagement? L'eſprit
en un mot ne ferait-il que juſte en
étant fevère ?
S'il eſt quelques conſidérations qui
puiffent compter ſur ſon indulgence , ce
font certainement celles qui s'arrêtent
auxſentimens les plusdélicieux du coeur,
ceux de l'Amour , ceux de l'Amitié. Les
Philofophes , les beaux-Efprits de l'Antiquité
ont écrit ſur l'une & fur l'autre.
Malgré les éloges prodigués à leurs Ouvrages
fur ces matières , il eſt peu de
fiécles où la poſtérité n'ait ajoûté de nouvelles
réfléxions à celles qu'elle admiroit.
Cette matière eſt-une de celles que l'on
traite toujours & que l'on n'épuiſe jamais
.
J'ai l'honneur d'être , &c .
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Résumé : LETTRE A M. DE LA PLACE.
La lettre à M. de La Place traite de la restitution de pièces littéraires qualifiées de 'larcins' par rapport à son journal. L'auteur envoie une œuvre brute, conforme à la devise du journal : amuser, instruire et intéresser. Il évite de louer cette œuvre, préférant laisser la critique au public. La lettre évoque également la sévérité de l'esprit humain et les sentiments délicieux du cœur, comme l'amour et l'amitié, sujets abordés par les philosophes et les esprits éclairés de l'Antiquité. Ces thèmes sont intemporels et méritent d'être explorés davantage.
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1970
p. 36-46
LETTRE de Madame la Marquise de ** à une de ses amies., sur l'Amour & l'Amitié.
Début :
VOUS me demandez, Madame, le compte exact d'une dispute que j'eus il [...]
Mots clefs :
Dispute, Amour, Amitié, Fidélité, Hypocrites, Masque, Bonheur, Tromper, Inconstance, Légèreté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de Madame la Marquise de ** à une de ses amies., sur l'Amour & l'Amitié.
LETTRE de Madame la Marquise de **
à une de ses amies. , fur l'Amour&
l'Amitié.
VOUS me demandez , Madame , le
*compte exact d'une difpute que j'eus il
y a peu de jours , fur laquelle pluſieurs
perfonnes me jugerent affez durement.
Il s'agiſſoit de la fidélité en amour ; & il
yavoit dans la compagnie,de francshyJUI
N. 1763 . 37
pocrites des deux ſexes , qui jouoient
cette vertu , parce qu'ils avoient intérêt
de ſe tromper mutuellement. Le maf
quedont ils ſe couvroient,ne m'empêcha
pas de m'engager dans une façon de penfer
affez hardie , &j'eus le courage de la
foutenir. Mes Adverfaires m'étoient connus
, & j'étois bien fûre que l'hommage
qu'ils rendoient à la fidélité , étoit le premier
qu'elle eût reçu d'eux. Ils ne m'entendirent
donc pas , ou du moins ils le
feignirent : voici le fait.
,
On diſoit beaucoup de mal dans la
compagnie d'un de mes amis qui avoit
rompu bruſquement avec une affez jolie
femme , qu'il avoit vue avec exactitude
pendant fix mois. Je crus le défendre
en diſant ſimplement qu'il n'y avoit rien
que d'ordinaire dans cette rupture ; &
que les perſonnes dont il s'agifſſoit , n'étoient
point faites pour une liaiſon particulière
, parce que la femme n'avoit que
des ridicules & peu d'eſprit. On me répondit
, & on décida que celui dont on
parloit l'avoit aimée , & qu'il ne l'avoit
quittée que par inconſtance. Cela m'impatienta
d'autant plus que c'étoit ſes prétendus
amis qui l'accabloient de tous les
torts du monde. Il est vrai qu'ils commencerent
par établir que c'étoit le plus
38 MERCURE DE FRANCE.
honnête homme du fiécle & le plus aimable.
Mais on lui fit payer bientôt cet
éloge très-cher ; car infenfiblement &
fans y penſer , on ne lui laiſſa ni vertus ,
ni eſprits , ni agrémens. Sa figure fut
traveſtie , fon eſprit ridiculifé , ſes talens
anéantis. Cela me donna de l'humeur
; on continua , elle augmenta : enfin
, croyant finir la difcuffion , j'avançai
que la fidélité , dont on parloit , étoit
un être de raiſon , & que je n'y croyois
pas plus qu'aux revenans.
On ne me tint pas quitte pour la propoſition
, on me preſſa de prouver ; &
je dis avec afſurance qu'il y avoit bien
moins d'inconftance qu'il ne paroiſſoit
y en avoir , parce qu'il y avoit bien moins
d'engagemens dans le monde que l'onne
croioit.Que leplus granddéfaut de l'humanité
n'étoit pas la laffitude du même objet;
qu'il confiftoit dans la légéreté qui lui
eft naturelle , & le peu de temps & de
précautions quel'on prenoit pour ſelivrer.
J'allai plus loin , & ce que j'avois
dit de l'amour , je l'appliquai à l'amitié
, ſentiment divin que j'affurai devoir
ne finir qu'avec la vie , quand on avoit
eu le bonheur de l'éprouver ; mais j'ajoutai
que l'on prodiguoit ces noms
qu'on en abuſoit, & que l'on appel
JUIN. 1763 . 39
loit fentiment ce qui n'étoit que liaiſon
frivole , fondée ſur la fantaiſie & fur des
convenances réciproques de l'inſtant.
Que cette inclination calme & vive qui
doit commencer l'amitié, demande l'éxamen
le plus long , pour connoître à fond
l'objet que l'on veut aimer ; l'uniformi
té de ſes goûts avec les nôtres , la franchiſe
la plus entière , une prudence à
toute épreuve , relativement aux intérêts
& aux besoins des amis ; qu'enfin
pour être digne d'en trouver un qui put
remplir le coeur d'un honnête homme ,
il falloit prèſque être parfait , rencontrer
un être qui fût de même , & être entraînés
tous deux par la force & l'attrait de
la ſympathie. Que le même état , le
même âge , les mêmes goûts paroiffoient
néceffaires dans l'amitié ; qu'il ne l'étoit
pas à la vérité , que les caractères fuffent
ſemblables , mais que les moeurs le devoient
être. Je conclus de là qu'il n'y
avoit rien de fi rare que la véritable amitié
ainſi que le véritable amour.
Je pourſuivis, en diſant que malgré la
rareté des qualités de l'amour & de l'amitié
, rien n'étoit fi commun que les
gens qui voulant aimer , commencent
par efpérer & par croire avoir trouvé ce
que leur coeur cherche. Quelque grâce
40 MERCURE DE FRANCE.
extérieure , la coquetterie du moment ,
l'attrait du plaifir , tout féduit une âme
accoutumée à vouloir aimer , & à infpirer
le même ſentiment.
,
devient fon amie.
Une jeune perſonne vive , étourdie &
novice , eſt encore plus aifée à abuſer.
Sans expérience , perfuadée que les Roinans
& l'Opera ne mentent jamais , la
première femme , dont elle a beſoin
pour confidente
Heureuſe encore , fi elle n'a pas la douleur
& la honte de la voir s'emparer du
bonheur qu'elle croyoit obtenir par fon
fecours , ainſi que de tous les avantages
qu'elle fe flatoit d'en retirer ! Nous connoiffons
l'eſprit de ces commodes intriguantes
qui ne manquent jamais d'éxécuter
cette ſcène , lorſqu'elle leur eſt
utile. L'art de tromper également la maîtreffe
& l'amant , d'enlever l'un , de jouer
l'autre , de s'en débarraſſer enfin , leur
eft familier.
Maisfi ces femmes viles & méprifables
, toujours prêtes & habiles à tout
feindre & à tout ofer , toujours incapables
& indignes de la nobleffe , de
l'amour& de l'amitié , n'ont point d'intérêt
de troublerle commerce d'une femme
crédule , il ceſſe bientôt par la feule
foibleſſe de ſes fondemens . La pauvre
JUI N. 1763 . 41
,
dupe eſt étonnée alors fon amant
l'ayant quittée , de voir qu'elle n'aime
plus , qu'elle n'eſtime plus celle pour
qui elle ſe croyoit une inclination déciddéeee.
Sa crédulité dans le choix d'un
amant eſt encore plus grande ; le premier
homme aimable eſt regardé par
elle comme un héros fidéle & incapable
de pouvoir tromper .
Victime de cet éffai , il arrive à cette
miférable délaiffée ce qui arrive à beaucoupde
femmes: ſemblables aux joueurs,
elles commencent par être dupes & finiffent
par être friponnes.
Pour les homines , ils paſſent leur vie
à ſe tromper mutuellement. Ala Cour ,
dans le Clergé , au Palais , dans la Finance
, on ne fait que ce métier.
S'ils ſe donnent des paroles entr'eux ,
lorſqu'ils font en concurrence , ce n'eſt
que pour les violer ; & convaincus qu'ils
doivent vivre enſemble , ſcachant que
celui qui trompe le mieux&le plus adroitement
, eſt l'eſprit ſupérieur du jour ,
ils s'y attachent au lieu de s'en détacher ,
quoiqu'il les ait trompés auffi toutes les
fois qu'il a eu beſoin de le faire.
Je le répéte donc , en exceptant les
monſtres noircis de tous les crimes , &
furtout de celui de l'inhumanité , les
42 MERCURE DE FRANCE.
autres hommes , même les plus méprifables
, ont plus de légéreté que de vices.
C'eſt de ce défaut, très-grand &
médiocre aux yeux du vulgaire de toutes
les conditions , que partent les actions
inconféquentes qui nous forcent
à les méprifer.
Revenons à notre ſujet , l'inconſtance
que je défends & que je déteſte , voici
ce que j'en penſfe , en me foumettant
à votre jugement & prête à me condamner
, fi vous ne penſez pas de même.
Il m'a toujours paru certain que l'homme
occupé uniquement de fon bonheur ,
& convaincu qu'il ne peut ſe le procurer
que par l'amour ou l'amitié , veut abfolument
aimer , & à quelque prix que
ce puiffe être . Trop preffé des befcins
de fon coeur , il n'a pas le loiſir d'examiner
les convenances des objets. Il
apperçoit une jolie perſonne ; un ſon de
voix agréable , de la gentilleſſe , de la
gaîté, un fouris flatteur , un joli langage
, voilà ce qui forme les premiers
noeuds des grandes paffions. Ceux qui
s'y livrent ſur la foi de ces dehors ne défendentpas
un inſtantleurs coeurs , perſuadés
que l'objet qui les charme eſt l'affemblage
de toutes les perfections. Ils ne
ſe les détaillent pas , mais ils en conçoivent
l'idée.
JUIN . 1763 . 43
Ce moment de raviſſement dure encore
quelquefois au-delà du terme auquel
ils afpirent : mais lorſque raſſaſfié
des tranſports du triomphe , on veut
jouir d'une fociété délicieuſe , que l'âme
&l'efprit ſe flattent à leur tour des plaifirs
que promet l'ivreſſe des ſens ; voilà
précisément où se trouve le mécompte ,
& il y a tout à dire de l'idée à la réalité.
Le caprice dans l'humeur , la fauffeté
dans le jugement , peu de principe dans
le coeur , beaucoup de préjugés dans l'efprit
, un orgueil groffier , peu de connoiffances
, nulle converſation ſuivie
des plaifanteries fades , aigres ou ufées ,
une jalouſie tyrannique , une coquetterie
encore plus odieuſe ; tous ces défauts
que l'on n'apperçoit que ſucceſſivement
font naître de l'un des deux côtés un
commencement de dégoût , les reproches
l'augmentent , des querelles . l'aigriffent
, des bouderies qui accoutument
à ſe paſſer l'un de l'autre lui donnent
une nouvelle force. Enfin après bien
des raccommodemens,délicieux d'abord,
mais à charge à celui qui les obtient , on
ſe ſépare .
,
C'eſt de là que je pars pour avancer
que l'on ne s'eſt jamais aimé , & qu'on
n'a feulement pas fongé à examiner fi
44 MERCURE DE FRANCE.
l'on devoit donner ou refuſer ſon coeur ;
mais que chacun des amans s'eſt jetté à
la tête l'un de l'autre.
Une femme de votre connoiſſance qui
a eu beaucoup d'avantures , & par conféquent
de peu de durée , demandoit à
un de ſes amis , fi un de ſes anciens
amans avoit beaucoup d'eſprit ? cet
homme la regarda en riant , & lui dit :
n'est- ce pas à moi à vous faire cette queftion
? ... Hélas , dit- elle , a-t-on le temps
de fe connoître ?
Ce mot eſt l'hiſtoire de toutes les femmes
légères & des gens du bel-air. Et
vous vous étonnerez , Madame , que des
goûts conduits avec auffi peu de temps
& de connoiffance , finiſſent bruſquement
? & vous nommerez inconſtant un
homme qui vous ayant paru amoureux
à la folie , ceſſera de l'être promptement?
Voilà ce qui me fait foutenir que la légéreté
des engagemens eft prèſque toujours
la cauſe de leur peu de durée.
Mais parlons de l'amour véritable. II
en eſt peu ; mais il s'en trouve que le
temps ne sçauroit affoiblir , qui ne finit
que par la mort ou par des événemens
imprévus , & des difficultés infurmontables.
Cet amour fondé ſur des convenances
abfolues ,fur des beſoins toujours
JUIN. 1763. 45
nouveaux du coeur & de l'eſprit qui font
véritablement à l'uniſſon , qui aiment &
qui haïffent les mêmes chofes , qui ne
font bien que lorſqu'ils reſpirent le même
air , dont la confiance eſt ſans bornes
, qui ont mis tout leur amour-propre
à être honorés & aimés de l'objet de leur
amour , quine rougiſſent ni l'un ni l'autre
de leurs défauts; qui ont plus de plaifir
à avouer une faute , en prouvant l'excès
de leur confiance , qu'ils ne fentent
de regret de l'avoir commife : il me paroît
für que lorſque la réunion de ces
qualités fait rencontrer dans un amant
toutes les eſpéces de bonheur que le coeur
humain peut defirer , nulle inconſtance
r'eſt à craindre , nulle fatiété a redouter.
Le fentiment a bien plus d'étendue que
les ſens ; ſes ſources font infinies ; il
mille manières de
jouit de cent
ce qu'il
aime ; & fa délicateffe connoît mille
plaiſirs inconnus aux âmes ordinaires .
ma..
Que le bonheur que je viens d'éſſayer
de peindre eſt rare ! Si nous l'avons goûté
& qu'il nous foit échappé , ne fongeons
plus à le retrouver , & bornons -nous à
l'amitié encore plus difficile à former &
à remplacer avec ſageſſe.
Je finis par ces vers de la Fontaine que
vous aimez tant.
46 MERCURE DE FRANCE .
Amans, heureux amans , voulez-vous voyager ?
Que ce ſoit aux rives prochaines ;
Soyez-vous l'unà l'autre un monde toujoursbeau ,
Toujours divers , toujours nouveau.
Tenez-vous lieu de tout , comptez pour rien le
reſte.
J'ai quelquefois aimé , je n'aurois pas alors
ContreleLouvre & ſes tréſors ,
Contre le firmament & la voûte céleſte ,
Changé lesbois , changé les lieux
Honorés par les pas , éclairés par les yeux
Del'aimable &jeune Bergère ,
Pour qui ſous les loix de Cythère
Je m'étois engagé par mes premiers ſermens.
Hélas ! quand reviendront de ſemblables momens
?
Faut-il que tant d'objets ſi doux & fi charmeas
Me laiſſent vivre au gréde mon âme inquiette.
Ah! fi mon coeur oſoit encor ſe renflammer ,
Ne ſentirai-je Jus decharme qui m'arrête ?
Ai-jepafféle temps d'aimer ?
LA FONTAINE, Fab. 2. du Liv. g.
à une de ses amies. , fur l'Amour&
l'Amitié.
VOUS me demandez , Madame , le
*compte exact d'une difpute que j'eus il
y a peu de jours , fur laquelle pluſieurs
perfonnes me jugerent affez durement.
Il s'agiſſoit de la fidélité en amour ; & il
yavoit dans la compagnie,de francshyJUI
N. 1763 . 37
pocrites des deux ſexes , qui jouoient
cette vertu , parce qu'ils avoient intérêt
de ſe tromper mutuellement. Le maf
quedont ils ſe couvroient,ne m'empêcha
pas de m'engager dans une façon de penfer
affez hardie , &j'eus le courage de la
foutenir. Mes Adverfaires m'étoient connus
, & j'étois bien fûre que l'hommage
qu'ils rendoient à la fidélité , étoit le premier
qu'elle eût reçu d'eux. Ils ne m'entendirent
donc pas , ou du moins ils le
feignirent : voici le fait.
,
On diſoit beaucoup de mal dans la
compagnie d'un de mes amis qui avoit
rompu bruſquement avec une affez jolie
femme , qu'il avoit vue avec exactitude
pendant fix mois. Je crus le défendre
en diſant ſimplement qu'il n'y avoit rien
que d'ordinaire dans cette rupture ; &
que les perſonnes dont il s'agifſſoit , n'étoient
point faites pour une liaiſon particulière
, parce que la femme n'avoit que
des ridicules & peu d'eſprit. On me répondit
, & on décida que celui dont on
parloit l'avoit aimée , & qu'il ne l'avoit
quittée que par inconſtance. Cela m'impatienta
d'autant plus que c'étoit ſes prétendus
amis qui l'accabloient de tous les
torts du monde. Il est vrai qu'ils commencerent
par établir que c'étoit le plus
38 MERCURE DE FRANCE.
honnête homme du fiécle & le plus aimable.
Mais on lui fit payer bientôt cet
éloge très-cher ; car infenfiblement &
fans y penſer , on ne lui laiſſa ni vertus ,
ni eſprits , ni agrémens. Sa figure fut
traveſtie , fon eſprit ridiculifé , ſes talens
anéantis. Cela me donna de l'humeur
; on continua , elle augmenta : enfin
, croyant finir la difcuffion , j'avançai
que la fidélité , dont on parloit , étoit
un être de raiſon , & que je n'y croyois
pas plus qu'aux revenans.
On ne me tint pas quitte pour la propoſition
, on me preſſa de prouver ; &
je dis avec afſurance qu'il y avoit bien
moins d'inconftance qu'il ne paroiſſoit
y en avoir , parce qu'il y avoit bien moins
d'engagemens dans le monde que l'onne
croioit.Que leplus granddéfaut de l'humanité
n'étoit pas la laffitude du même objet;
qu'il confiftoit dans la légéreté qui lui
eft naturelle , & le peu de temps & de
précautions quel'on prenoit pour ſelivrer.
J'allai plus loin , & ce que j'avois
dit de l'amour , je l'appliquai à l'amitié
, ſentiment divin que j'affurai devoir
ne finir qu'avec la vie , quand on avoit
eu le bonheur de l'éprouver ; mais j'ajoutai
que l'on prodiguoit ces noms
qu'on en abuſoit, & que l'on appel
JUIN. 1763 . 39
loit fentiment ce qui n'étoit que liaiſon
frivole , fondée ſur la fantaiſie & fur des
convenances réciproques de l'inſtant.
Que cette inclination calme & vive qui
doit commencer l'amitié, demande l'éxamen
le plus long , pour connoître à fond
l'objet que l'on veut aimer ; l'uniformi
té de ſes goûts avec les nôtres , la franchiſe
la plus entière , une prudence à
toute épreuve , relativement aux intérêts
& aux besoins des amis ; qu'enfin
pour être digne d'en trouver un qui put
remplir le coeur d'un honnête homme ,
il falloit prèſque être parfait , rencontrer
un être qui fût de même , & être entraînés
tous deux par la force & l'attrait de
la ſympathie. Que le même état , le
même âge , les mêmes goûts paroiffoient
néceffaires dans l'amitié ; qu'il ne l'étoit
pas à la vérité , que les caractères fuffent
ſemblables , mais que les moeurs le devoient
être. Je conclus de là qu'il n'y
avoit rien de fi rare que la véritable amitié
ainſi que le véritable amour.
Je pourſuivis, en diſant que malgré la
rareté des qualités de l'amour & de l'amitié
, rien n'étoit fi commun que les
gens qui voulant aimer , commencent
par efpérer & par croire avoir trouvé ce
que leur coeur cherche. Quelque grâce
40 MERCURE DE FRANCE.
extérieure , la coquetterie du moment ,
l'attrait du plaifir , tout féduit une âme
accoutumée à vouloir aimer , & à infpirer
le même ſentiment.
,
devient fon amie.
Une jeune perſonne vive , étourdie &
novice , eſt encore plus aifée à abuſer.
Sans expérience , perfuadée que les Roinans
& l'Opera ne mentent jamais , la
première femme , dont elle a beſoin
pour confidente
Heureuſe encore , fi elle n'a pas la douleur
& la honte de la voir s'emparer du
bonheur qu'elle croyoit obtenir par fon
fecours , ainſi que de tous les avantages
qu'elle fe flatoit d'en retirer ! Nous connoiffons
l'eſprit de ces commodes intriguantes
qui ne manquent jamais d'éxécuter
cette ſcène , lorſqu'elle leur eſt
utile. L'art de tromper également la maîtreffe
& l'amant , d'enlever l'un , de jouer
l'autre , de s'en débarraſſer enfin , leur
eft familier.
Maisfi ces femmes viles & méprifables
, toujours prêtes & habiles à tout
feindre & à tout ofer , toujours incapables
& indignes de la nobleffe , de
l'amour& de l'amitié , n'ont point d'intérêt
de troublerle commerce d'une femme
crédule , il ceſſe bientôt par la feule
foibleſſe de ſes fondemens . La pauvre
JUI N. 1763 . 41
,
dupe eſt étonnée alors fon amant
l'ayant quittée , de voir qu'elle n'aime
plus , qu'elle n'eſtime plus celle pour
qui elle ſe croyoit une inclination déciddéeee.
Sa crédulité dans le choix d'un
amant eſt encore plus grande ; le premier
homme aimable eſt regardé par
elle comme un héros fidéle & incapable
de pouvoir tromper .
Victime de cet éffai , il arrive à cette
miférable délaiffée ce qui arrive à beaucoupde
femmes: ſemblables aux joueurs,
elles commencent par être dupes & finiffent
par être friponnes.
Pour les homines , ils paſſent leur vie
à ſe tromper mutuellement. Ala Cour ,
dans le Clergé , au Palais , dans la Finance
, on ne fait que ce métier.
S'ils ſe donnent des paroles entr'eux ,
lorſqu'ils font en concurrence , ce n'eſt
que pour les violer ; & convaincus qu'ils
doivent vivre enſemble , ſcachant que
celui qui trompe le mieux&le plus adroitement
, eſt l'eſprit ſupérieur du jour ,
ils s'y attachent au lieu de s'en détacher ,
quoiqu'il les ait trompés auffi toutes les
fois qu'il a eu beſoin de le faire.
Je le répéte donc , en exceptant les
monſtres noircis de tous les crimes , &
furtout de celui de l'inhumanité , les
42 MERCURE DE FRANCE.
autres hommes , même les plus méprifables
, ont plus de légéreté que de vices.
C'eſt de ce défaut, très-grand &
médiocre aux yeux du vulgaire de toutes
les conditions , que partent les actions
inconféquentes qui nous forcent
à les méprifer.
Revenons à notre ſujet , l'inconſtance
que je défends & que je déteſte , voici
ce que j'en penſfe , en me foumettant
à votre jugement & prête à me condamner
, fi vous ne penſez pas de même.
Il m'a toujours paru certain que l'homme
occupé uniquement de fon bonheur ,
& convaincu qu'il ne peut ſe le procurer
que par l'amour ou l'amitié , veut abfolument
aimer , & à quelque prix que
ce puiffe être . Trop preffé des befcins
de fon coeur , il n'a pas le loiſir d'examiner
les convenances des objets. Il
apperçoit une jolie perſonne ; un ſon de
voix agréable , de la gentilleſſe , de la
gaîté, un fouris flatteur , un joli langage
, voilà ce qui forme les premiers
noeuds des grandes paffions. Ceux qui
s'y livrent ſur la foi de ces dehors ne défendentpas
un inſtantleurs coeurs , perſuadés
que l'objet qui les charme eſt l'affemblage
de toutes les perfections. Ils ne
ſe les détaillent pas , mais ils en conçoivent
l'idée.
JUIN . 1763 . 43
Ce moment de raviſſement dure encore
quelquefois au-delà du terme auquel
ils afpirent : mais lorſque raſſaſfié
des tranſports du triomphe , on veut
jouir d'une fociété délicieuſe , que l'âme
&l'efprit ſe flattent à leur tour des plaifirs
que promet l'ivreſſe des ſens ; voilà
précisément où se trouve le mécompte ,
& il y a tout à dire de l'idée à la réalité.
Le caprice dans l'humeur , la fauffeté
dans le jugement , peu de principe dans
le coeur , beaucoup de préjugés dans l'efprit
, un orgueil groffier , peu de connoiffances
, nulle converſation ſuivie
des plaifanteries fades , aigres ou ufées ,
une jalouſie tyrannique , une coquetterie
encore plus odieuſe ; tous ces défauts
que l'on n'apperçoit que ſucceſſivement
font naître de l'un des deux côtés un
commencement de dégoût , les reproches
l'augmentent , des querelles . l'aigriffent
, des bouderies qui accoutument
à ſe paſſer l'un de l'autre lui donnent
une nouvelle force. Enfin après bien
des raccommodemens,délicieux d'abord,
mais à charge à celui qui les obtient , on
ſe ſépare .
,
C'eſt de là que je pars pour avancer
que l'on ne s'eſt jamais aimé , & qu'on
n'a feulement pas fongé à examiner fi
44 MERCURE DE FRANCE.
l'on devoit donner ou refuſer ſon coeur ;
mais que chacun des amans s'eſt jetté à
la tête l'un de l'autre.
Une femme de votre connoiſſance qui
a eu beaucoup d'avantures , & par conféquent
de peu de durée , demandoit à
un de ſes amis , fi un de ſes anciens
amans avoit beaucoup d'eſprit ? cet
homme la regarda en riant , & lui dit :
n'est- ce pas à moi à vous faire cette queftion
? ... Hélas , dit- elle , a-t-on le temps
de fe connoître ?
Ce mot eſt l'hiſtoire de toutes les femmes
légères & des gens du bel-air. Et
vous vous étonnerez , Madame , que des
goûts conduits avec auffi peu de temps
& de connoiffance , finiſſent bruſquement
? & vous nommerez inconſtant un
homme qui vous ayant paru amoureux
à la folie , ceſſera de l'être promptement?
Voilà ce qui me fait foutenir que la légéreté
des engagemens eft prèſque toujours
la cauſe de leur peu de durée.
Mais parlons de l'amour véritable. II
en eſt peu ; mais il s'en trouve que le
temps ne sçauroit affoiblir , qui ne finit
que par la mort ou par des événemens
imprévus , & des difficultés infurmontables.
Cet amour fondé ſur des convenances
abfolues ,fur des beſoins toujours
JUIN. 1763. 45
nouveaux du coeur & de l'eſprit qui font
véritablement à l'uniſſon , qui aiment &
qui haïffent les mêmes chofes , qui ne
font bien que lorſqu'ils reſpirent le même
air , dont la confiance eſt ſans bornes
, qui ont mis tout leur amour-propre
à être honorés & aimés de l'objet de leur
amour , quine rougiſſent ni l'un ni l'autre
de leurs défauts; qui ont plus de plaifir
à avouer une faute , en prouvant l'excès
de leur confiance , qu'ils ne fentent
de regret de l'avoir commife : il me paroît
für que lorſque la réunion de ces
qualités fait rencontrer dans un amant
toutes les eſpéces de bonheur que le coeur
humain peut defirer , nulle inconſtance
r'eſt à craindre , nulle fatiété a redouter.
Le fentiment a bien plus d'étendue que
les ſens ; ſes ſources font infinies ; il
mille manières de
jouit de cent
ce qu'il
aime ; & fa délicateffe connoît mille
plaiſirs inconnus aux âmes ordinaires .
ma..
Que le bonheur que je viens d'éſſayer
de peindre eſt rare ! Si nous l'avons goûté
& qu'il nous foit échappé , ne fongeons
plus à le retrouver , & bornons -nous à
l'amitié encore plus difficile à former &
à remplacer avec ſageſſe.
Je finis par ces vers de la Fontaine que
vous aimez tant.
46 MERCURE DE FRANCE .
Amans, heureux amans , voulez-vous voyager ?
Que ce ſoit aux rives prochaines ;
Soyez-vous l'unà l'autre un monde toujoursbeau ,
Toujours divers , toujours nouveau.
Tenez-vous lieu de tout , comptez pour rien le
reſte.
J'ai quelquefois aimé , je n'aurois pas alors
ContreleLouvre & ſes tréſors ,
Contre le firmament & la voûte céleſte ,
Changé lesbois , changé les lieux
Honorés par les pas , éclairés par les yeux
Del'aimable &jeune Bergère ,
Pour qui ſous les loix de Cythère
Je m'étois engagé par mes premiers ſermens.
Hélas ! quand reviendront de ſemblables momens
?
Faut-il que tant d'objets ſi doux & fi charmeas
Me laiſſent vivre au gréde mon âme inquiette.
Ah! fi mon coeur oſoit encor ſe renflammer ,
Ne ſentirai-je Jus decharme qui m'arrête ?
Ai-jepafféle temps d'aimer ?
LA FONTAINE, Fab. 2. du Liv. g.
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Résumé : LETTRE de Madame la Marquise de ** à une de ses amies., sur l'Amour & l'Amitié.
La Marquise de ** répond à une amie au sujet d'une dispute sur la fidélité en amour. Elle considère la fidélité comme un concept idéalisé et rare, souvent feint par intérêt mutuel. Lors de la dispute, elle a pris la défense d'un ami accusé d'inconstance, justifiant la rupture par les défauts de son ancienne compagne. La Marquise affirme que la fidélité est un 'être de raison' auquel elle ne croit pas plus qu'aux revenants. Elle estime que l'inconstance est moins fréquente qu'on ne le pense, car les engagements sincères sont rares. Cette réflexion s'étend à l'amitié, soulignant que les vraies amitiés sont rares et nécessitent des qualités exceptionnelles. Elle conclut que les gens se trompent souvent en croyant aimer ou être amis, séduits par des apparences ou des convenances temporaires. Le texte aborde également l'inconstance humaine dans le domaine financier, où les individus trahissent leurs engagements pour tromper les autres. Même les personnes méprisables agissent souvent par légèreté plutôt que par vice. Dans les relations amoureuses, les gens se laissent séduire par les apparences sans examiner les véritables qualités de l'autre, menant souvent à des désillusions et des séparations. L'auteur distingue l'amour véritable, rare mais durable, fondé sur des convenances absolues et une profonde compréhension mutuelle. Cet amour, basé sur la confiance et le partage des mêmes valeurs, ne connaît ni l'inconstance ni la fatigue. Si ce bonheur est perdu, l'auteur recommande de se contenter de l'amitié. Un extrait poétique exprime des sentiments de regret et de nostalgie. Le locuteur évoque des moments passés qu'il souhaite revivre mais craint de ne plus jamais retrouver. Il déplore la perte des objets et des charmes qui lui procuraient du bonheur et une certaine tranquillité. Il se demande s'il oserait encore s'enflammer pour l'amour et s'il a encore le temps d'aimer. Le poème reflète une introspection sur les émotions passées et les incertitudes futures concernant l'amour et la passion.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1971
p. 47-48
VERS à Mlle MAISONNEUVE Actrice nouvelle, qui a été formée par Mlle GAUSSIN, & qui débute dans ses Rôles.
Début :
DIGNE Elève de Gaussin, [...]
Mots clefs :
Actrice, Amour, Charmes, Sens, Tendresse, Auditoire, Spectateur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS à Mlle MAISONNEUVE Actrice nouvelle, qui a été formée par Mlle GAUSSIN, & qui débute dans ses Rôles.
VERS à Mlle MAISONNEUVE
Actrice nouvelle , qui a été formée par
Mlle GAUSSIN , & qui débute dans
fes Roles .
DIGN'B Eléve de Gaulfin ,
L'Amour en battant d'une aîle
Fuyoit avec ton modèle.
Il expiroit ſur ſon ſein ,
Et vouloit mourir fidèle ,
Trop content de ſon deſtin.
De la pâleur de ſon tein
Gauffin eſt toute attendrie ;
Et pour lui rendre la vie
Un jour le voyant dormir ,
Sans bruit elle le détache
>
De ſon coeur& puis l'attache
Autien avec un ſoupir.
Soudain ſon tein ſe colore :
L'Amour plus brillant que Flore ,
S'éveille près du deſir ;
Et du feu qui le dévore
Il t'échauffe en s'éveillant.
Mais ton coeur timide encore
Ne l'écoute qu'en tremblant ,
Et l'attire & le repoutle
Parl'agitation douce
48 MERCURE DE FRANCE.
Qu'il donne aux charmes naiſſans
Qui déja fixent nos ſens.
Rends tendreſſe pour tendreſſe ,
Maisonneuve , à ce vainqueur ;
C'eſt Gauffin quand il te preſſe ,
Que penſe preſſer ſon coeur.
Il dormoit & dans un ſonge
Il crut la voir rajeunir ;
Ce n'étoit pas un menſonge
Que le réveil dût finir.
Il la voit dans toi renaître ,
Et dans tes yeux à l'inſtant
Pour revivre auſſi conſtant
Il reprend un nouvel Etre ;
Puis ce Dieu reconnoiſſant
Rentre au Temple languiſſant
De la triſte Mélpoméne :
Il te montre tendrement ;
Et déja le Sentiment
Vient de réchauffer la Scène.
Aux Drames qui d'un amant
Peignent la délicateſſe ,
Les plaiſirs & le tourment ,
L'Auditoire s'intéreſſe ,
Soupire ainſi que l'Acteur ,
Eſpére & tremble de même.
Il n'eſt , en jurant qu'il t'aime ,
Quel'écho du Spectateur.
Actrice nouvelle , qui a été formée par
Mlle GAUSSIN , & qui débute dans
fes Roles .
DIGN'B Eléve de Gaulfin ,
L'Amour en battant d'une aîle
Fuyoit avec ton modèle.
Il expiroit ſur ſon ſein ,
Et vouloit mourir fidèle ,
Trop content de ſon deſtin.
De la pâleur de ſon tein
Gauffin eſt toute attendrie ;
Et pour lui rendre la vie
Un jour le voyant dormir ,
Sans bruit elle le détache
>
De ſon coeur& puis l'attache
Autien avec un ſoupir.
Soudain ſon tein ſe colore :
L'Amour plus brillant que Flore ,
S'éveille près du deſir ;
Et du feu qui le dévore
Il t'échauffe en s'éveillant.
Mais ton coeur timide encore
Ne l'écoute qu'en tremblant ,
Et l'attire & le repoutle
Parl'agitation douce
48 MERCURE DE FRANCE.
Qu'il donne aux charmes naiſſans
Qui déja fixent nos ſens.
Rends tendreſſe pour tendreſſe ,
Maisonneuve , à ce vainqueur ;
C'eſt Gauffin quand il te preſſe ,
Que penſe preſſer ſon coeur.
Il dormoit & dans un ſonge
Il crut la voir rajeunir ;
Ce n'étoit pas un menſonge
Que le réveil dût finir.
Il la voit dans toi renaître ,
Et dans tes yeux à l'inſtant
Pour revivre auſſi conſtant
Il reprend un nouvel Etre ;
Puis ce Dieu reconnoiſſant
Rentre au Temple languiſſant
De la triſte Mélpoméne :
Il te montre tendrement ;
Et déja le Sentiment
Vient de réchauffer la Scène.
Aux Drames qui d'un amant
Peignent la délicateſſe ,
Les plaiſirs & le tourment ,
L'Auditoire s'intéreſſe ,
Soupire ainſi que l'Acteur ,
Eſpére & tremble de même.
Il n'eſt , en jurant qu'il t'aime ,
Quel'écho du Spectateur.
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Résumé : VERS à Mlle MAISONNEUVE Actrice nouvelle, qui a été formée par Mlle GAUSSIN, & qui débute dans ses Rôles.
Le poème est dédié à Mlle Maisonneuve, une jeune actrice formée par Mlle Gauffin. L'Amour, d'abord fugitif, se fixe finalement sur Mlle Maisonneuve après avoir quitté le cœur de Mlle Gauffin. Émue par la pâleur de son élève, Mlle Gauffin ravive l'Amour en le rattachant à son propre cœur, ce qui colore le teint de Mlle Maisonneuve et éveille ses désirs. Cependant, le cœur de Mlle Maisonneuve reste timide face à cette nouvelle passion. Mlle Gauffin l'encourage à répondre à l'amour avec tendresse, affirmant être elle-même touchée par cet amour. En songe, Mlle Gauffin voit Mlle Maisonneuve rajeunir, une vision qui se réalise lorsque celle-ci renaît à travers elle. L'Amour revient alors au théâtre, réchauffant les représentations. Le public, ému par les drames qui montrent la délicatesse, les plaisirs et les tourments d'un amant, s'intéresse profondément aux performances et partage les émotions des acteurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1972
p. 49
A M. PHILIPPE, Censeur Royal & Professeur d'Histoire, le jour de S. André sa fête. Par un des Auditeurs de ses Conférences annuelles & gratuites, sur l'Histoire.
Début :
ENNEMI juré des fadeurs, [...]
Mots clefs :
Censeur royal, Professeur d'histoire, Conférences, Fadeurs, Hyperbole, Obole, Engeance, Persiflage, Oisiveté, Héritage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. PHILIPPE, Censeur Royal & Professeur d'Histoire, le jour de S. André sa fête. Par un des Auditeurs de ses Conférences annuelles & gratuites, sur l'Histoire.
A M. PHILIPPE , Cenfeur Royal &
Profeffeur d'Histoire , le jour de S.
André sa fête. Par un des Auditeurs
de fes Conférences annuelles & gratuites
, fur l'Histoire.
ENNEMI juré des fadeurs ,
Je hais l'emphaſe & l'hyperbole ;
Et j'eſtime moins qu'une obole
La vile engeance des flateurs.
Tout éloge eſt un perfifflage
S'il ne contient la vérité.
Votre Patron eut en partage
Sageſſe , ſcience& bonté ;
Uniſſant à cet avantage
Une heureuſe fimplicité ,
Il déteſtoit l'oiſiveté :
Comme lui vous aimez l'ouvrage ,
Vous êtes bon , ſçavant & fage ;
Tant de vertus dont vous êtes doté ,
Vous obtiendront un jour le céleſte héritage ;
Mais quoiqu'il ſoit fort beau d'être habitant des
Cieux ,
Ne hâtez point votre voyage :
Je crois que le plus tard ſera toujours le mieux.
Profeffeur d'Histoire , le jour de S.
André sa fête. Par un des Auditeurs
de fes Conférences annuelles & gratuites
, fur l'Histoire.
ENNEMI juré des fadeurs ,
Je hais l'emphaſe & l'hyperbole ;
Et j'eſtime moins qu'une obole
La vile engeance des flateurs.
Tout éloge eſt un perfifflage
S'il ne contient la vérité.
Votre Patron eut en partage
Sageſſe , ſcience& bonté ;
Uniſſant à cet avantage
Une heureuſe fimplicité ,
Il déteſtoit l'oiſiveté :
Comme lui vous aimez l'ouvrage ,
Vous êtes bon , ſçavant & fage ;
Tant de vertus dont vous êtes doté ,
Vous obtiendront un jour le céleſte héritage ;
Mais quoiqu'il ſoit fort beau d'être habitant des
Cieux ,
Ne hâtez point votre voyage :
Je crois que le plus tard ſera toujours le mieux.
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Résumé : A M. PHILIPPE, Censeur Royal & Professeur d'Histoire, le jour de S. André sa fête. Par un des Auditeurs de ses Conférences annuelles & gratuites, sur l'Histoire.
L'auteur adresse une lettre à M. Philippe, Censeur Royal et Professeur d'Histoire, pour la fête de Saint André. Il admire ses qualités de sagesse, science et bonté, ainsi que sa simplicité et son aversion pour l'oisiveté. Il souhaite que ces vertus lui assurent un héritage céleste mais lui conseille de retarder son départ vers les cieux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1973
p. 50
HOROSCOPE de l'Enfant de M. PHILIDOR.
Début :
LE petit Philidor un jour deviendra grand : [...]
Mots clefs :
Horoscope, Talents, Charmes, Petit, Père, Mère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HOROSCOPE de l'Enfant de M. PHILIDOR.
HOROSCOPE de l'Enfant de M. PHILIDOR.
Le petit Philidor un E jour deviendra grand:
C'eſt dire qu'il aura les talens de ſon Père ;
Et je prédis encor , l'Amour m'en eſt garant ,
Qu'il y joindra les charmes de ſa Mère.
Par M. GuUICHARD .
LE
,
,
E mot de la premiere Enigme du
mois de Mai eſt la Charrue. Celui de la
ſeconde eſt Vinaigre. Celui du premier
Logogryphe eſt Printemps , où l'on
trouve Sem , re , mi , ſi , mître , rit
nitre , mine , ripe , mie , Pin , Pie , Serin
, Pré , Epi , Prét , Prime , Sire
Esprit ,
Le petit Philidor un E jour deviendra grand:
C'eſt dire qu'il aura les talens de ſon Père ;
Et je prédis encor , l'Amour m'en eſt garant ,
Qu'il y joindra les charmes de ſa Mère.
Par M. GuUICHARD .
LE
,
,
E mot de la premiere Enigme du
mois de Mai eſt la Charrue. Celui de la
ſeconde eſt Vinaigre. Celui du premier
Logogryphe eſt Printemps , où l'on
trouve Sem , re , mi , ſi , mître , rit
nitre , mine , ripe , mie , Pin , Pie , Serin
, Pré , Epi , Prét , Prime , Sire
Esprit ,
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Résumé : HOROSCOPE de l'Enfant de M. PHILIDOR.
Le document contient un horoscope pour l'enfant de M. Philidor, prédisant qu'il héritera des talents de son père et des charmes de sa mère. Il est signé par M. Guillichard. Le texte inclut aussi des solutions à des énigmes et logogriphes pour mai. Les mots des énigmes sont 'Charrue' et 'Vinaigre'. Le logogryphe 'Printemps' contient divers mots comme 'Sem', 're', 'mi', 'si', 'mître', 'rit', 'nitre', 'mine', 'ripe', 'mie', 'Pin', 'Pie', 'Serin', 'Pré', 'Epi', 'Prét', 'Prime', 'Sire' et 'Esprit'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1974
p. 50-51
« LE mot de la premiere Enigme du mois de Mai est la Charrue. Celui de la [...] »
Début :
LE mot de la premiere Enigme du mois de Mai est la Charrue. Celui de la [...]
Mots clefs :
Charrue, Vinaigre, Printemps, Compagnie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE mot de la premiere Enigme du mois de Mai est la Charrue. Celui de la [...] »
LE
,
,
E mot de la premiere Enigme du
mois de Mai eſt la Charrue. Celui de la
ſeconde eſt Vinaigre. Celui du premier
Logogryphe eſt Printemps , où l'on
trouve Sem , re , mi , ſi , mître , rit
nitre , mine , ripe , mie , Pin , Pie , Serin
, Pré , Epi , Prét , Prime , Sire
Esprit , ire , ris , mer , Pite , Temps ,
Emir , Reims , Nimes , Pife , Ipres
& Spire , Pifte , tiers ou troifiéme partie
d'un tout , rime , tri , mien , tien &
fien ; pinte ; ſept ; tenir , mentir , fentir
&miner. Celui du ſecond Logogryphe
eſt Compagnie. On y trouve Api ( pomme
) Ange , Ami , Noce , Ame , Aime ,
Main , Cain , Pan , Ane , Pacome ,
JUIN. 1763 . 51
Ignace , Jean , Mácon , Caën , Gap ,
Agen , Mai , Camp , Pie , Geai , Oie ,
Cane , Pigeon , Paon , Cigne , Japon ,
Païen , Game , Po , Aï , Pic , Amen.
,
,
E mot de la premiere Enigme du
mois de Mai eſt la Charrue. Celui de la
ſeconde eſt Vinaigre. Celui du premier
Logogryphe eſt Printemps , où l'on
trouve Sem , re , mi , ſi , mître , rit
nitre , mine , ripe , mie , Pin , Pie , Serin
, Pré , Epi , Prét , Prime , Sire
Esprit , ire , ris , mer , Pite , Temps ,
Emir , Reims , Nimes , Pife , Ipres
& Spire , Pifte , tiers ou troifiéme partie
d'un tout , rime , tri , mien , tien &
fien ; pinte ; ſept ; tenir , mentir , fentir
&miner. Celui du ſecond Logogryphe
eſt Compagnie. On y trouve Api ( pomme
) Ange , Ami , Noce , Ame , Aime ,
Main , Cain , Pan , Ane , Pacome ,
JUIN. 1763 . 51
Ignace , Jean , Mácon , Caën , Gap ,
Agen , Mai , Camp , Pie , Geai , Oie ,
Cane , Pigeon , Paon , Cigne , Japon ,
Païen , Game , Po , Aï , Pic , Amen.
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Résumé : « LE mot de la premiere Enigme du mois de Mai est la Charrue. Celui de la [...] »
En mai 1763, les énigmes proposent les mots 'Charrue' et 'Vinaigre'. Le logogryphe est 'Printemps', incluant des termes comme 'Sem', 're', 'mi', 'si', 'mître', 'rit', 'nitre', 'mine', 'ripe', 'mie', 'Pin', 'Pie', 'Serin', 'Pré', 'Epi', 'Prét', 'Prime', 'Sire', 'Esprit', 'ire', 'ris', 'mer', 'Pite', 'Temps', 'Emir', 'Reims', 'Nîmes', 'Pife', 'Ipres', 'Spire', 'Pifte', 'tiers', 'rime', 'tri', 'mien', 'tien', 'fien', 'pinte', 'sept', 'tenir', 'mentir', 'sentir' et 'miner'. En juin 1763, le logogryphe est 'Compagnie', avec des mots tels que 'Api', 'Ange', 'Ami', 'Noce', 'Âme', 'Aime', 'Main', 'Caïn', 'Pan', 'Âne', 'Pacôme', 'Ignace', 'Jean', 'Mâcon', 'Caën', 'Gap', 'Agen', 'Mai', 'Camp', 'Pie', 'Geai', 'Oie', 'Cane', 'Pigeon', 'Paon', 'Cygne', 'Japon', 'Païen', 'Game', 'Po', 'Aï', 'Pic' et 'Amen'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1975
p. 51
ENIGME.
Début :
Mes enfans, cher Lecteur, naissent selon tes voeux : [...]
Mots clefs :
Alphabet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
MEs enfans,cher Lecteur, naiſſent ſelon tes voeux:
Malgré leur figure difforme
Ils font plaiſir aux curieux.
Mais par un accident énorme
Dans un on en découvre deux,
Dans deux on en découvre quatre ,
Et dansdix on n'en voit que trois.
S'il arrive quelquefois
Que ces trois on veuille rabbattre ,
Parmi vingt
On n'en voit que cinq.
Par M. L. P. MOLINE.
MEs enfans,cher Lecteur, naiſſent ſelon tes voeux:
Malgré leur figure difforme
Ils font plaiſir aux curieux.
Mais par un accident énorme
Dans un on en découvre deux,
Dans deux on en découvre quatre ,
Et dansdix on n'en voit que trois.
S'il arrive quelquefois
Que ces trois on veuille rabbattre ,
Parmi vingt
On n'en voit que cinq.
Par M. L. P. MOLINE.
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1977
p. 52
LOGOGRYPHE.
Début :
En mon entier je ne suis jamais tendre ; [...]
Mots clefs :
Croc
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHΗ Ε.
En mon entier je ne ſuis jamais tendre ,
Etqui plus eſt, je ſuis méchant :
Même en ôtant mon chef, Lecteur , tu peux t'attendre
/
Ametrouver plusdur qu'auparavant.
Veux-tu pour lors me prendre par la queue ?
Je ſuis un être différent ,
Dont la voix toujours fort aigue
N'eſt conduite que par le vent.
Et fi de cet objet tu retranches encore
Le premier de ſes pieds quicompoſent ſon corps ,
Tu trouveras un des tréſors
t
Dont la ſoif toujours nous dévore.
Par M. FABRE , Licentie en Droit à Strasbourg.
En mon entier je ne ſuis jamais tendre ,
Etqui plus eſt, je ſuis méchant :
Même en ôtant mon chef, Lecteur , tu peux t'attendre
/
Ametrouver plusdur qu'auparavant.
Veux-tu pour lors me prendre par la queue ?
Je ſuis un être différent ,
Dont la voix toujours fort aigue
N'eſt conduite que par le vent.
Et fi de cet objet tu retranches encore
Le premier de ſes pieds quicompoſent ſon corps ,
Tu trouveras un des tréſors
t
Dont la ſoif toujours nous dévore.
Par M. FABRE , Licentie en Droit à Strasbourg.
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1978
p. 52-53
AUTRE.
Début :
Je suis sur mes cinq pieds d'une énorme structure ; [...]
Mots clefs :
Boeuf
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
1 UTRE.
Je ſuis furmes cinq pieds d'une énorme ſtructures
Je porte avec moi l'élément
Qui peut , Lecteur , facilement
Merendreen peu de temps propre àta nourriture.
Mais ſi tu veux m'ôter la tête ſeulement ,
Sans ceſſer d'être un aliment ,
Loure.
W
De la vive etjeune Aurore, Peigne
+ W
l'air et les attraits;Aux charmes brillans de
+
Flore, d'Hébéjoignés tous les traits.
Mineur.
W
Pourformer beauté complette, Quelque
W + Dquoc.
soit votre pinceau; Si vous n'avés
Fort.
W
W
م
= -nette, Recommencés le tableau .
vuNi
GravéparM. Charpentić. Imprimépar Tournelle.
JUIN. 1763. 53
Je n'ai plusla même nature,
Et mon corps par ce changement ,
Prenant un autre nom devient dans ce moment
D'une très-petite figure.
Par le même.
Je ſuis furmes cinq pieds d'une énorme ſtructures
Je porte avec moi l'élément
Qui peut , Lecteur , facilement
Merendreen peu de temps propre àta nourriture.
Mais ſi tu veux m'ôter la tête ſeulement ,
Sans ceſſer d'être un aliment ,
Loure.
W
De la vive etjeune Aurore, Peigne
+ W
l'air et les attraits;Aux charmes brillans de
+
Flore, d'Hébéjoignés tous les traits.
Mineur.
W
Pourformer beauté complette, Quelque
W + Dquoc.
soit votre pinceau; Si vous n'avés
Fort.
W
W
م
= -nette, Recommencés le tableau .
vuNi
GravéparM. Charpentić. Imprimépar Tournelle.
JUIN. 1763. 53
Je n'ai plusla même nature,
Et mon corps par ce changement ,
Prenant un autre nom devient dans ce moment
D'une très-petite figure.
Par le même.
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1980
p. 53
CHANSON.
Début :
De la vive & jeune Aurore [...]
Mots clefs :
Chanson, Charmes, Beauté, Tableau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON.
De la vive & jeune Aurore
Peignez l'air & les attraits ;
Aux charmes brillans de Flore ,
D'Hébé joignez tous les traits.
Pour former Beauté complette ,
Quel que ſoit votre pinceau ,
Si vous n'avez vu Ninette
Recommencez le tableau .
,
Paroles & Muſique de M. D. L. P.
De la vive & jeune Aurore
Peignez l'air & les attraits ;
Aux charmes brillans de Flore ,
D'Hébé joignez tous les traits.
Pour former Beauté complette ,
Quel que ſoit votre pinceau ,
Si vous n'avez vu Ninette
Recommencez le tableau .
,
Paroles & Muſique de M. D. L. P.
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1981
p. 5-10
L'HUMEUR, ODE.
Début :
SUR le haut ton monte ta lyre, [...]
Mots clefs :
Humeur, Muse, Vices, Humeur jalouse, Humeur grondeuse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'HUMEUR, ODE.
L'HUMEUR ,
ODE.
SUR le haut ton monte ta lyre ,
O Mufe , avec des traits divins
Je peindrai , fi Phoebus m'inſpire ,
Le défaut de tous les humains ,
L'humeur, fi féconde en caprices ,
Mère & fille de tant de vices ,
Lue dans l'Aemblée publique de l'Académie
de Soiffons , le 29 Décembre 1762.
I. Vol.
1
I
a
6 MERCURE DE FRANCE.
Qui ternit l'éclat des vertus ,
Brave la raifon impuiffante ,
Et dans les monftres qu'elle enfante ,
Fait un Tibère d'un Titus.
L'humeur , maîtreffe impérieufe ,
Brouille amis , citoyens , parens,
Les rend dans fa fougue odieufe
Les uns des autres les tyrans ;
Fléau d'une âme pacifique ,
Toujours ce démon domestique
Querelle , ou crie hors de faifon ;
Et , quand il obfède une prude ,
Le trifte époux en fervitude
Trouve l'enfer dans fa maiſon.
Des Sçavans T'humeur orgueilleufe
Eclipfe les plus grands talens ,
Dégrade une âme généreufe ,
Avilit les plus beaux préfens.
Pourquoi des maîtres & des pères
Les leçons d'ailleurs falutaires
Sont-elles fouvent fans fuccès ?
C'eſt qu'à la jeuneffe indocile ,
Une humeur qu'enflamme la bile
Les donne au gré de ſes accès.
Ici, c'eſt l'humeur pointilleuſe
Qui fait cent procès fur un rien ;
Là , domine l'humeur fâcheuſe
•
7.
JUILLET. 1763.
4
A fon gré jamais rien n'eft bien :
Ailleurs on rencontre humeur fombre ,
Humeur jaloufe de fon, ombre ,,
Humeur grondeufe fans raifon ,
Maligne humeur plus redoutable ;
A fes yeux rien n'eſt reſpectable ,
Tout fe reffent de fon poifon.
Parmi tous ceux qu'elle domine ;
Craignons furtout les faux dévots ,
De tout temps leur humeur chagrine
Du monde a troublé le repos.
Dans une âme de fiel pétrie ,
Le zéle devient phrénéfie ,
La charité n'eft plus qu'aigreur.
Nuit & jour ſa ſainte colère
Au péché déclare la guerre
HPour perfécuter le pécheur.
Lorfque l'humeur atrabilaire.
Fermente dans une Beauté ,
Partout , comme un Docteur en chaire ,
Elle prêche la chaſteté.
Elle a beau faire la févère ,
Dans fon coeur fouvent l'humeur fière
Plus que l'honneur a combattu ;
Telle , que pour un exemple on cite ,
Doit à ce lutin qui l'agite
Plus des trois quarts de fa vertu .
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
Paffion , incompréhensible
Dans tes égaremens divers ,
Quelle eft donc la caufe invifible
De tant d'écarts & de travers ?
Foujours, inquiéte , inégale ,
Toujours ennemie ou rivale ,
A troubler l'ordre tu te plais
A toi , comme aux autres , contraire ,
Tu parles quand il faut fe taire ,
Quand il faut parler tu te tais.
D'un grand à fes pareils affable
Tu fais un Maître redouté ,
D'un Juge au Palais eſtimable
Un père chez lui détefté ;
Et d'une Belle acariâtre
Au bon mari qui l'idolâtre
Tu vends cherement les appas ;
Jouet de ton caprice extrême
L'homme infenfé fuit ce qu'il aime ,
Et pourfuit ce qu'il n'aime pas.
?
Répondez -moi , troupe cynique ,
Cenfeurs chagrins , malins Auteurs
Par des traits d'humeur fatyrique
Penfez-vous réformer les moeurs ?
Ah ce n'eft point ce qui vous touche ;
Et votre morale farouche
D'un beau motif fe mafque en vain ;
JUILLET. 1763 :
L'humeur qui produit la fatyre
De la Raiſon eft le délire ,
Et la honte du coeur humain .
Mortels aveugles , dans Cythère
Vous vous promettez d'heureux jours,
Mais tôt ou tard l'humeur altière
Empoifonnera vos amours :
En vain votre main généreuſe
Flatant une amante ombrageuſe
Sacrifiera tout à la paix ;
Malgré l'amour & l'hyménée ,
Contre vous l'ingrate obſtinée
Armera vos propres bienfaits.
Belles , à qui tout rend hommage ,
A qui l'amour prête les traits ,
Avez-vous l'humeur en partage ?
Je ne vous connois plus d'attraits :
Sans un aimable caractère
La beauté n'a nul droit de plaire ,
Elle perd tous les agrémens ;
Dès que l'humeur s'en rend maîtreffe ,
Plus elle inſpire de tendreſſe ,
Plus elle caufe de tourmens.
Mais finiffez , Mufe caufeufe ,
Continuant à caqueter
Vous deviendriez
ennuyeuſe ,
Bien loin de vous faire goûter.
AN
L
10 MERCURE DE FRANCE .
› Oui , vous détruiriez votre ouvrage
En invectivant davantage
Contre l'humeur & fes travers ;
Vous voulez en guérir les âmes ,
Et vous en donneriez aux Dames
Qui déja bâillent fur vos vers .
' Par M. L'A. D. R. S.
ODE.
SUR le haut ton monte ta lyre ,
O Mufe , avec des traits divins
Je peindrai , fi Phoebus m'inſpire ,
Le défaut de tous les humains ,
L'humeur, fi féconde en caprices ,
Mère & fille de tant de vices ,
Lue dans l'Aemblée publique de l'Académie
de Soiffons , le 29 Décembre 1762.
I. Vol.
1
I
a
6 MERCURE DE FRANCE.
Qui ternit l'éclat des vertus ,
Brave la raifon impuiffante ,
Et dans les monftres qu'elle enfante ,
Fait un Tibère d'un Titus.
L'humeur , maîtreffe impérieufe ,
Brouille amis , citoyens , parens,
Les rend dans fa fougue odieufe
Les uns des autres les tyrans ;
Fléau d'une âme pacifique ,
Toujours ce démon domestique
Querelle , ou crie hors de faifon ;
Et , quand il obfède une prude ,
Le trifte époux en fervitude
Trouve l'enfer dans fa maiſon.
Des Sçavans T'humeur orgueilleufe
Eclipfe les plus grands talens ,
Dégrade une âme généreufe ,
Avilit les plus beaux préfens.
Pourquoi des maîtres & des pères
Les leçons d'ailleurs falutaires
Sont-elles fouvent fans fuccès ?
C'eſt qu'à la jeuneffe indocile ,
Une humeur qu'enflamme la bile
Les donne au gré de ſes accès.
Ici, c'eſt l'humeur pointilleuſe
Qui fait cent procès fur un rien ;
Là , domine l'humeur fâcheuſe
•
7.
JUILLET. 1763.
4
A fon gré jamais rien n'eft bien :
Ailleurs on rencontre humeur fombre ,
Humeur jaloufe de fon, ombre ,,
Humeur grondeufe fans raifon ,
Maligne humeur plus redoutable ;
A fes yeux rien n'eſt reſpectable ,
Tout fe reffent de fon poifon.
Parmi tous ceux qu'elle domine ;
Craignons furtout les faux dévots ,
De tout temps leur humeur chagrine
Du monde a troublé le repos.
Dans une âme de fiel pétrie ,
Le zéle devient phrénéfie ,
La charité n'eft plus qu'aigreur.
Nuit & jour ſa ſainte colère
Au péché déclare la guerre
HPour perfécuter le pécheur.
Lorfque l'humeur atrabilaire.
Fermente dans une Beauté ,
Partout , comme un Docteur en chaire ,
Elle prêche la chaſteté.
Elle a beau faire la févère ,
Dans fon coeur fouvent l'humeur fière
Plus que l'honneur a combattu ;
Telle , que pour un exemple on cite ,
Doit à ce lutin qui l'agite
Plus des trois quarts de fa vertu .
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
Paffion , incompréhensible
Dans tes égaremens divers ,
Quelle eft donc la caufe invifible
De tant d'écarts & de travers ?
Foujours, inquiéte , inégale ,
Toujours ennemie ou rivale ,
A troubler l'ordre tu te plais
A toi , comme aux autres , contraire ,
Tu parles quand il faut fe taire ,
Quand il faut parler tu te tais.
D'un grand à fes pareils affable
Tu fais un Maître redouté ,
D'un Juge au Palais eſtimable
Un père chez lui détefté ;
Et d'une Belle acariâtre
Au bon mari qui l'idolâtre
Tu vends cherement les appas ;
Jouet de ton caprice extrême
L'homme infenfé fuit ce qu'il aime ,
Et pourfuit ce qu'il n'aime pas.
?
Répondez -moi , troupe cynique ,
Cenfeurs chagrins , malins Auteurs
Par des traits d'humeur fatyrique
Penfez-vous réformer les moeurs ?
Ah ce n'eft point ce qui vous touche ;
Et votre morale farouche
D'un beau motif fe mafque en vain ;
JUILLET. 1763 :
L'humeur qui produit la fatyre
De la Raiſon eft le délire ,
Et la honte du coeur humain .
Mortels aveugles , dans Cythère
Vous vous promettez d'heureux jours,
Mais tôt ou tard l'humeur altière
Empoifonnera vos amours :
En vain votre main généreuſe
Flatant une amante ombrageuſe
Sacrifiera tout à la paix ;
Malgré l'amour & l'hyménée ,
Contre vous l'ingrate obſtinée
Armera vos propres bienfaits.
Belles , à qui tout rend hommage ,
A qui l'amour prête les traits ,
Avez-vous l'humeur en partage ?
Je ne vous connois plus d'attraits :
Sans un aimable caractère
La beauté n'a nul droit de plaire ,
Elle perd tous les agrémens ;
Dès que l'humeur s'en rend maîtreffe ,
Plus elle inſpire de tendreſſe ,
Plus elle caufe de tourmens.
Mais finiffez , Mufe caufeufe ,
Continuant à caqueter
Vous deviendriez
ennuyeuſe ,
Bien loin de vous faire goûter.
AN
L
10 MERCURE DE FRANCE .
› Oui , vous détruiriez votre ouvrage
En invectivant davantage
Contre l'humeur & fes travers ;
Vous voulez en guérir les âmes ,
Et vous en donneriez aux Dames
Qui déja bâillent fur vos vers .
' Par M. L'A. D. R. S.
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Résumé : L'HUMEUR, ODE.
L'ode 'L'Humeur', présentée à l'Assemblée publique de l'Académie de Soissons le 29 décembre 1762, explore l'humeur comme un défaut humain majeur. L'auteur la décrit comme une source de vices et de caprices, ternissant les vertus et défiant la raison. Elle engendre des comportements tyranniques et perturbe les relations entre amis, citoyens et parents. L'humeur affecte également les savants, éclipçant leurs talents et dégradant leurs âmes. Elle se manifeste sous diverses formes : pointilleuse, fâcheuse, sombre, jalouse, grondeuse ou maligne, rendant respectables des actions odieuses. L'humeur atrabilaire peut transformer le zèle en phrénésie et la charité en aigreur. Chez les faux dévots, elle trouble le repos du monde. Chez une beauté, elle prêche la chasteté mais cache souvent une fierté intérieure. L'humeur est décrite comme une passion incompréhensible, inégale et ennemie de l'ordre. Elle altère les relations humaines, rendant les grands affables redoutables et les juges estimés détestés chez eux. L'auteur critique les auteurs satiriques qui, par leurs traits d'humeur facétieuse, prétendent réformer les mœurs sans succès. Il met en garde contre l'humeur altière qui empoisonne les amours et les relations. Les belles, malgré leurs attraits, perdent leur charme si elles ont une mauvaise humeur. L'ode se conclut par une mise en garde contre les dangers de l'humeur, capable de détruire les œuvres et de causer des tourments.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1982
p. 10
INSCRIPTION, POUR mettre au bas de la Statue du ROI.
Début :
LUDOVICO,FRANCORUM TITO, [...]
Mots clefs :
Inscription, Statue du roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : INSCRIPTION, POUR mettre au bas de la Statue du ROI.
INSCRIPTION ,
POUR mettre au bas de la Statue
du Roi.
LUDOVICO ,FRANCORUM TITO,
PIETATIS PUBLICÆ DONUM :
POSTERITATI SERIUS VENTURÆ ,
DESIDERII SOLATIUM .
ANNO M. DCC. LXIII.
B.... à Chartres.
POUR mettre au bas de la Statue
du Roi.
LUDOVICO ,FRANCORUM TITO,
PIETATIS PUBLICÆ DONUM :
POSTERITATI SERIUS VENTURÆ ,
DESIDERII SOLATIUM .
ANNO M. DCC. LXIII.
B.... à Chartres.
Fermer
1983
p. 11
QUATRAIN. SUR la Statue équestre de LOUIS XV.
Début :
AUGUSTE Monument, qu'éléve à la grandeur [...]
Mots clefs :
Statue équestre, Monument, Grandeur, Art
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUATRAIN. SUR la Statue équestre de LOUIS XV.
QUATRAIN
.
SUR la Statue équestre de LOUIS XV.
AUGUSTE Monument , qu'éléve à la grandeur
Du meilleur de nos Rois , le plus fincère hom
mage ;
Tu n'offres rien auxyeux , qui ne fût en mon
coeur :
1
La Nature avant l'Art ,y grava fon image.
ParM. MAZERAT , fils . De NONTRON.
.
SUR la Statue équestre de LOUIS XV.
AUGUSTE Monument , qu'éléve à la grandeur
Du meilleur de nos Rois , le plus fincère hom
mage ;
Tu n'offres rien auxyeux , qui ne fût en mon
coeur :
1
La Nature avant l'Art ,y grava fon image.
ParM. MAZERAT , fils . De NONTRON.
Fermer
1984
p. 11-12
A MADAME DE ***
Début :
Vous voilà dans le plus bel âge, [...]
Mots clefs :
Agréments, Liberté, Prudes, Humeur, Aménité, Fou, Sage, Habit de la décence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME DE ***
A MADAME DE ***
Vous voilà dans le plus bel âge ,
Profitez de vos agrémens ;
Que lesjeux & le badinage
Rempliffent vos heureux momens.
*Croyez- moi , paffez votre vie
Dans les bras de la liberté ;
Des prudes fuyez la manie ,
Leur humeur & l'air apprêté
Que leur donne la vanité.
La vertu n'a point d'étalage ;
La douceur & l'aménité
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
Furent toujours fon appanage ;
On blâme toute extrémité ,
On eft fou lorsqu'on eſt trop fage.
Que les ris foient votre partage,
Qu'ils embelliffent votre cour ;
On ne craint point la médifance
Lorfque l'on fçair couvrir l'amour
Avec l'habit de la décence.
Par Mde, de C***
Vous voilà dans le plus bel âge ,
Profitez de vos agrémens ;
Que lesjeux & le badinage
Rempliffent vos heureux momens.
*Croyez- moi , paffez votre vie
Dans les bras de la liberté ;
Des prudes fuyez la manie ,
Leur humeur & l'air apprêté
Que leur donne la vanité.
La vertu n'a point d'étalage ;
La douceur & l'aménité
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
Furent toujours fon appanage ;
On blâme toute extrémité ,
On eft fou lorsqu'on eſt trop fage.
Que les ris foient votre partage,
Qu'ils embelliffent votre cour ;
On ne craint point la médifance
Lorfque l'on fçair couvrir l'amour
Avec l'habit de la décence.
Par Mde, de C***
Fermer
Résumé : A MADAME DE ***
L'auteur encourage Madame de *** à jouir de sa jeunesse avec légèreté et douceur, en évitant les personnes prudes et vaniteuses. Il prône une attitude modérée, savourant les plaisirs sans ostentation, pour échapper aux médisances.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1985
p. 12
ÉPIGRAMME.
Début :
L'AUTRE jour, certain bel-esprit, [...]
Mots clefs :
Bel esprit, Crédit, Gloire, Mémoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉPIGRAMME.
É PIGRA M M E.
L'AUTRE
L'AUTRE jour , certain bel - eſprit ,
Nous récitoit pour ſe mettre en crédit ,
D'affez bons vers (graces à fa mémoire.)
Et dont il fe difoit l'Auteur .
Mais il arriva , par malheur ,
Ce qui ternit un peu fa gloire ,
Qu'on les fçavoit déja par coeur.
DeBordeaux... BETX .
L'AUTRE
L'AUTRE jour , certain bel - eſprit ,
Nous récitoit pour ſe mettre en crédit ,
D'affez bons vers (graces à fa mémoire.)
Et dont il fe difoit l'Auteur .
Mais il arriva , par malheur ,
Ce qui ternit un peu fa gloire ,
Qu'on les fçavoit déja par coeur.
DeBordeaux... BETX .
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1986
p. 13-20
DIALOGUE ENTRE PERICLÉS, un GREC moderne & un RUSSE.
Début :
PERICLÉS. J'AI quelque envie de questionner un Grec moderne [...]
Mots clefs :
Grec, Russe, Athènes, Temps, Barbares, Moderne
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texteReconnaissance textuelle : DIALOGUE ENTRE PERICLÉS, un GREC moderne & un RUSSE.
DIALOGUE
ENTRE PERICLÉS , un GREC moderne
& un RUSSE.
PERICLÉ S.
J'AI quélque envie de queftionner un
Grec moderne , & Minos m'a dit qu'un
de nous deux l'étoit .
LE GRE C.
Minos a dit vrai , je fus le très -humbie
Efclave de la fublime Port
PERICLÉ S.
Qu'entends-je ? Efclave ! Un Grec
peut - il jamais l'être?
LE GRE C.
Un Grec peut- il être libre?
LE RUSSE .
Il a raifon : Grec & Efclave fignifient
aujourd'hui la même chofe.
PERICLÉ S.
Ah ciel ! que je plains mes malheureux
Compatriotes .
LE GRE C.
'C'est à tort. Je fus affez content de
mon état : je cultivois le coin de terre
que le Bacha de Romélie avoit la
**4 MERCURE DE FRANCE.
générofité de me laiffer ; je payois le
tribut à fa Hauteffe....
3
PERICLÉS .
Le tribut ? Quel mot dans la bouche
d'un Grec ! Mais parle ; en quoi confiftoit
cette humiliante preuve de fervitude?
LE GREC.
A donner une partie du fruit de mon
travail , l'aîné de mes fils & toutes mes
filles , quand elles étoient jolies.
PERICLÉS.
Quoi lâche ? Tu livrois toi - même
tes enfans à l'efclavage ? Eft- ce ainfi
qu'en ufoient les Contemporains de
Miltiade , d'Ariftide , de Themifto-
*cle...
LE GRE C.
Voilà des noms que je n'ai jamais
entendu citer. Ces gens - là étoient- ils
Boftangis , Capigi - Bachis , Bachas à
trois queües , ou Chefs des Eunuques ?
PERICLES ( au Ruffe. )
De quels noms barbares & ridicu
les cet homme ofe - t - il affliger mes
oreilles ? Je parle , fans doute , à quelque
ftupide Béotien , ou à quelque
ignorant Spartiate . ( Au Grec. ) Sans
doute que le nom de Periclès ne vous
eft pas mieux connu ?
JUILLET. 1763.
t
LE GREC.
Pericles ? ... Non ... Il me femble ,
pourtant , qu'un de nos plus célébres
Caloyers s'appelloit ainfi .
PERICL É S.
Qu'est-ce qu'un Caloyer? C'eft apparamment
, parmi vous , la premiere
perfonne de l'Etat.
LE GRE C.
Un Caloyer n'eft rien pour l'Etat ,
comme l'Etat n'eft rien pour lui.
PERICLES.
Eh par quels moyens celui-là s'eft- il
rendu fi célébre ? A-t-il comme moi
combattu & vaincu pour fa Patrie ?
L'a-t-il ornée de monumens confacrés
aux Dieux , aux beaux Arts , à l'utilité
publique , & jufqu'aux amuſemens des
Citoyens ? A-t-il encouragé les talens ,
protégé , enrichi les Artiftes & les Auteurs
, apprécié des Chefs- d'oeuvres ? ...
LE GRE C.
no
'Non , le Caloyer dont je parle , ne
fçavoit même pas lire , n'habitoit qu'u
ne Cabane , cultivoit lui- même fon
champ , fe froiffoit journellement les
épaules , ne vivoit que de racines , &
offroit au Ciel fes flagellations , fes
travaux , fon abftinence & fon ignorance.
To MERCURE DE FRANCE.
PERICLÉS.
Et la renommée de cet homme l'emporte_
fur la mienne ?
LE GRE C.
Affurément. Tous nos Grecs le révérent
, & tous vous ignorent.
PERICLÉ S.
O deftinée ! ... Mais , du moins , fuisje
toujours en vénération dans Athènes
, dans cette Ville , où j'introduifis
la magnificence & le goût des belles
chofes,
LE GRE C.
Je n'en fçais rien . Pour moi , j'habite
Sétine , bourg affez chétif , qui
l'étoit , dit-on , moins autrefois , & qui
le fera beaucoup plus encore par la
fuite.
PERICLÉS.
Quoi l'illuftre , l'opulente ville d'Athènes
vous feroit auffi peu connue
que Themistocle & Pericles ? Il faut
que vous ayez vécu enterré dans quelque
coin de la Grece ?
LE RUSSE.
Point du tout , il vivoit dans 'Athènes
même.
PERICLES .
Dans Athènes ! & il m'ignore ? & il
ignore jufqu'au nom de cette Ville fameufe
?
JUILLET. 1763. 17
LE RUSS E.
Bien d'autres que lui pourroient s'y
méprendre . Athènes , autrefois fi fuperbe
, n'eft plus aujourd'hui que le
chétif bourg de Sétine.
PERICLÉ S.
Ah ! que m'apprenez-vous ?
LE RUSSE .
Tel eft le fruit des ravages du temps ,
& des inondations de Barbares . , plus
deftructives que le temps même.
PERICLÉ S.
J'ai bien fçu que les fucceffeurs d'Alexandre
fubjuguerent la Grece ; mais
Rome ne lui rendit- elle pas la liberté ?
La crainte d'apprendre qu'elle l'eût de
nouveau perdue , m'interdit depuis toute
recherche à cet égard.
LE RUSSE.
Vous l'euffiez vu changer bien des
fois de Maître. Elle parut , néanmoins ,
durant quelque temps , partager l'Empire
du monde avec les Romains ; Empire
que nulle des deux Puiffances -ne
feut conferver. Mais pour ne parler ici
que de la Grece , vous l'euffiez vu , disje
, fubir le joug tantôt des François ,
tantôt des Vénitiens , tantôt des Turcs .
PERICLÉS.
Je n'ai jamais connu ces trois Nations
barbares.
18 MERCURE DE FRANCE.
LE RUSSE .
Pour moi , je reconnoîs un ancien
Grec à ce langage. Tout Peuple étranger
étoit barbare à vos yeux . Vous
n'en exceptiez pas même les Égypdé
tiens , à qui vous deviez le germe
toutes vos connoiffances
. J'avoue que
les Turcs n'ont guères connu autrefois
que l'Art de conquérir , & ne connoiffent
guères maintenant que l'Art de
bien garder leurs conquêtes. Mais les
Vénitiens , mais fur - tout les François
>ont égalé vos Grecs dans plus d'un genre
, & les ont furpaffé dans quelques
autres.
PERICLES
.
Voilà un beau Portrait ; mais je le
foupçonne un peu flaté. N'êtes - vous
pas né François ?
LE RUSS E.
Il s'en faut de beaucoup ; je fuis
Ruffe.
PERICLÉS
.
Ruffe ... Il faut que tous les Peuples
de la terre ayent changé de nom
depuis que j'habite l'Elifée. Je vous avoue
que je n'ai jamais entendu nommer les
Ruffes. Vos connoiffances
me font
cependant juger votre nation très-ancienne.
Seroit-elle un rejetton des EgypJUILLET.
1763. 19
tiens , dont vous preniez tout à l'heure
la défenſe ?
LE RUSS E.
Non. Je n'ai connu ces Peuples que
par vos Hiftoriens. Quant à ma Nation
, elle defcend des Scythes & des
Sarmutes.
PERICLÉ S.
Seroit-il bien poffible qu'un héritier
des Sarmates & des Scythes connût
mieux qu'un Grec moderne l'ancien
état de la Grece?
LE RUSSE.
Il y a,au plus, quarante ans que nous
ne connoillions ni les Egyptiens , ni
les Grecs , ni même les Sarmates , de
qui nous defcendons . Mais un de nos
Souverains nâquit avec du génie. Il
entreprit de profcrire l'ignorance de fes
Etats ; & bien -tôt on y vit éclore les
Arts , les Sciences , les Académies , les
Spectacles : nous apprîmes l'Hiftoire de
tous les Peuples , & nous méritâmes
que d'autres Peuples appriffent la nôtre
.
PERICLE S.
Il eft vrai que pour opérer ces fortes
de métamorphofes , un Prince n'a qu'à
vouloir ; mais il eft encore plus vrai
que j'ai perdu bien du temps : j'efpé20
MERCURE DE FRANCE.
rois m'immortalifer , & on m'ignore
jufques dans ma Patrie !
LE RUS SE.
En revanche , on vous connoît dans
a mienne ; ce que vous n'efpériez peutêtre
pas.
PERICLÉS.
Je l'avoue. Cependant , je regrette ,
malgré moi , qu'Athènes ait mis en oubli
ce que j'ai fait pour elle . Je vais m'en
confoler avec Ofiris , avec Minos , avec
Lycurgue , avec Solon , avec une foule
de Fondateurs d'Empires , & de Légiflateurs
, dont on a oublié les actions &
les préceptes. Les connoiffances humaines
font un Aftre qui ne peut éclairer
qu'une partie du Globe à la fois ,
& qui les éclaire toutes fucceffivement :
le jour commence chez telle Nation ,
lorfqu'il eft prêt à finir chez telle autre
.
ENTRE PERICLÉS , un GREC moderne
& un RUSSE.
PERICLÉ S.
J'AI quélque envie de queftionner un
Grec moderne , & Minos m'a dit qu'un
de nous deux l'étoit .
LE GRE C.
Minos a dit vrai , je fus le très -humbie
Efclave de la fublime Port
PERICLÉ S.
Qu'entends-je ? Efclave ! Un Grec
peut - il jamais l'être?
LE GRE C.
Un Grec peut- il être libre?
LE RUSSE .
Il a raifon : Grec & Efclave fignifient
aujourd'hui la même chofe.
PERICLÉ S.
Ah ciel ! que je plains mes malheureux
Compatriotes .
LE GRE C.
'C'est à tort. Je fus affez content de
mon état : je cultivois le coin de terre
que le Bacha de Romélie avoit la
**4 MERCURE DE FRANCE.
générofité de me laiffer ; je payois le
tribut à fa Hauteffe....
3
PERICLÉS .
Le tribut ? Quel mot dans la bouche
d'un Grec ! Mais parle ; en quoi confiftoit
cette humiliante preuve de fervitude?
LE GREC.
A donner une partie du fruit de mon
travail , l'aîné de mes fils & toutes mes
filles , quand elles étoient jolies.
PERICLÉS.
Quoi lâche ? Tu livrois toi - même
tes enfans à l'efclavage ? Eft- ce ainfi
qu'en ufoient les Contemporains de
Miltiade , d'Ariftide , de Themifto-
*cle...
LE GRE C.
Voilà des noms que je n'ai jamais
entendu citer. Ces gens - là étoient- ils
Boftangis , Capigi - Bachis , Bachas à
trois queües , ou Chefs des Eunuques ?
PERICLES ( au Ruffe. )
De quels noms barbares & ridicu
les cet homme ofe - t - il affliger mes
oreilles ? Je parle , fans doute , à quelque
ftupide Béotien , ou à quelque
ignorant Spartiate . ( Au Grec. ) Sans
doute que le nom de Periclès ne vous
eft pas mieux connu ?
JUILLET. 1763.
t
LE GREC.
Pericles ? ... Non ... Il me femble ,
pourtant , qu'un de nos plus célébres
Caloyers s'appelloit ainfi .
PERICL É S.
Qu'est-ce qu'un Caloyer? C'eft apparamment
, parmi vous , la premiere
perfonne de l'Etat.
LE GRE C.
Un Caloyer n'eft rien pour l'Etat ,
comme l'Etat n'eft rien pour lui.
PERICLES.
Eh par quels moyens celui-là s'eft- il
rendu fi célébre ? A-t-il comme moi
combattu & vaincu pour fa Patrie ?
L'a-t-il ornée de monumens confacrés
aux Dieux , aux beaux Arts , à l'utilité
publique , & jufqu'aux amuſemens des
Citoyens ? A-t-il encouragé les talens ,
protégé , enrichi les Artiftes & les Auteurs
, apprécié des Chefs- d'oeuvres ? ...
LE GRE C.
no
'Non , le Caloyer dont je parle , ne
fçavoit même pas lire , n'habitoit qu'u
ne Cabane , cultivoit lui- même fon
champ , fe froiffoit journellement les
épaules , ne vivoit que de racines , &
offroit au Ciel fes flagellations , fes
travaux , fon abftinence & fon ignorance.
To MERCURE DE FRANCE.
PERICLÉS.
Et la renommée de cet homme l'emporte_
fur la mienne ?
LE GRE C.
Affurément. Tous nos Grecs le révérent
, & tous vous ignorent.
PERICLÉ S.
O deftinée ! ... Mais , du moins , fuisje
toujours en vénération dans Athènes
, dans cette Ville , où j'introduifis
la magnificence & le goût des belles
chofes,
LE GRE C.
Je n'en fçais rien . Pour moi , j'habite
Sétine , bourg affez chétif , qui
l'étoit , dit-on , moins autrefois , & qui
le fera beaucoup plus encore par la
fuite.
PERICLÉS.
Quoi l'illuftre , l'opulente ville d'Athènes
vous feroit auffi peu connue
que Themistocle & Pericles ? Il faut
que vous ayez vécu enterré dans quelque
coin de la Grece ?
LE RUSSE.
Point du tout , il vivoit dans 'Athènes
même.
PERICLES .
Dans Athènes ! & il m'ignore ? & il
ignore jufqu'au nom de cette Ville fameufe
?
JUILLET. 1763. 17
LE RUSS E.
Bien d'autres que lui pourroient s'y
méprendre . Athènes , autrefois fi fuperbe
, n'eft plus aujourd'hui que le
chétif bourg de Sétine.
PERICLÉ S.
Ah ! que m'apprenez-vous ?
LE RUSSE .
Tel eft le fruit des ravages du temps ,
& des inondations de Barbares . , plus
deftructives que le temps même.
PERICLÉ S.
J'ai bien fçu que les fucceffeurs d'Alexandre
fubjuguerent la Grece ; mais
Rome ne lui rendit- elle pas la liberté ?
La crainte d'apprendre qu'elle l'eût de
nouveau perdue , m'interdit depuis toute
recherche à cet égard.
LE RUSSE.
Vous l'euffiez vu changer bien des
fois de Maître. Elle parut , néanmoins ,
durant quelque temps , partager l'Empire
du monde avec les Romains ; Empire
que nulle des deux Puiffances -ne
feut conferver. Mais pour ne parler ici
que de la Grece , vous l'euffiez vu , disje
, fubir le joug tantôt des François ,
tantôt des Vénitiens , tantôt des Turcs .
PERICLÉS.
Je n'ai jamais connu ces trois Nations
barbares.
18 MERCURE DE FRANCE.
LE RUSSE .
Pour moi , je reconnoîs un ancien
Grec à ce langage. Tout Peuple étranger
étoit barbare à vos yeux . Vous
n'en exceptiez pas même les Égypdé
tiens , à qui vous deviez le germe
toutes vos connoiffances
. J'avoue que
les Turcs n'ont guères connu autrefois
que l'Art de conquérir , & ne connoiffent
guères maintenant que l'Art de
bien garder leurs conquêtes. Mais les
Vénitiens , mais fur - tout les François
>ont égalé vos Grecs dans plus d'un genre
, & les ont furpaffé dans quelques
autres.
PERICLES
.
Voilà un beau Portrait ; mais je le
foupçonne un peu flaté. N'êtes - vous
pas né François ?
LE RUSS E.
Il s'en faut de beaucoup ; je fuis
Ruffe.
PERICLÉS
.
Ruffe ... Il faut que tous les Peuples
de la terre ayent changé de nom
depuis que j'habite l'Elifée. Je vous avoue
que je n'ai jamais entendu nommer les
Ruffes. Vos connoiffances
me font
cependant juger votre nation très-ancienne.
Seroit-elle un rejetton des EgypJUILLET.
1763. 19
tiens , dont vous preniez tout à l'heure
la défenſe ?
LE RUSS E.
Non. Je n'ai connu ces Peuples que
par vos Hiftoriens. Quant à ma Nation
, elle defcend des Scythes & des
Sarmutes.
PERICLÉ S.
Seroit-il bien poffible qu'un héritier
des Sarmates & des Scythes connût
mieux qu'un Grec moderne l'ancien
état de la Grece?
LE RUSSE.
Il y a,au plus, quarante ans que nous
ne connoillions ni les Egyptiens , ni
les Grecs , ni même les Sarmates , de
qui nous defcendons . Mais un de nos
Souverains nâquit avec du génie. Il
entreprit de profcrire l'ignorance de fes
Etats ; & bien -tôt on y vit éclore les
Arts , les Sciences , les Académies , les
Spectacles : nous apprîmes l'Hiftoire de
tous les Peuples , & nous méritâmes
que d'autres Peuples appriffent la nôtre
.
PERICLE S.
Il eft vrai que pour opérer ces fortes
de métamorphofes , un Prince n'a qu'à
vouloir ; mais il eft encore plus vrai
que j'ai perdu bien du temps : j'efpé20
MERCURE DE FRANCE.
rois m'immortalifer , & on m'ignore
jufques dans ma Patrie !
LE RUS SE.
En revanche , on vous connoît dans
a mienne ; ce que vous n'efpériez peutêtre
pas.
PERICLÉS.
Je l'avoue. Cependant , je regrette ,
malgré moi , qu'Athènes ait mis en oubli
ce que j'ai fait pour elle . Je vais m'en
confoler avec Ofiris , avec Minos , avec
Lycurgue , avec Solon , avec une foule
de Fondateurs d'Empires , & de Légiflateurs
, dont on a oublié les actions &
les préceptes. Les connoiffances humaines
font un Aftre qui ne peut éclairer
qu'une partie du Globe à la fois ,
& qui les éclaire toutes fucceffivement :
le jour commence chez telle Nation ,
lorfqu'il eft prêt à finir chez telle autre
.
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Résumé : DIALOGUE ENTRE PERICLÉS, un GREC moderne & un RUSSE.
Le dialogue présente trois personnages : Périclès, un Grec antique, un Grec moderne et un Russe. Périclès est surpris d'apprendre que le Grec moderne a été esclave sous la domination turque, cultivant une terre accordée par le Bacha de Romélie et payant un tribut qui pouvait inclure ses enfants. Le Grec moderne ignore les figures historiques grecques célèbres mentionnées par Périclès et révère davantage un caloyer. La conversation révèle qu'Athènes, autrefois illustre, est réduite à un bourg nommé Sétine, dévasté par le temps et les invasions barbares. Le Russe explique que la Grèce a changé de maîtres, passant sous la domination des Romains, des Français, des Vénitiens et des Turcs. Il ajoute que la Russie a récemment progressé dans les arts et les sciences grâce à un souverain éclairé. Dans un autre dialogue, Périclès discute avec un Roi de la reconnaissance de leurs actions. Périclès regrette que ses contributions à Athènes soient oubliées malgré ses efforts pour promouvoir les arts, les sciences et l'histoire. Il mentionne avoir fondé des académies et introduit des spectacles pour faire connaître l'histoire de divers peuples. Le Roi lui assure qu'il est reconnu dans sa propre patrie, ce que Périclès n'espérait plus. Périclès se console en pensant à d'autres grands législateurs et fondateurs d'empires également oubliés, comparant les connaissances humaines à un astre éclairant successivement différentes parties du globe.
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1987
p. 21
A une Dame qui accusait l'Auteur de rêver à quelque Piéce nouvelle.
Début :
On ne sçauroit songer près de vous, qu'à vous-même. [...]
Mots clefs :
Songer, Aveu, Beauté, Cœur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A une Dame qui accusait l'Auteur de rêver à quelque Piéce nouvelle.
Aune Dame qui accuföit l'Auteur de
rêver à quelque Piéce nouvelle.
On ne fçauroit fonger près de vous , qu'à vousmême.
Or , d'après cet aveu bien plus vrai que flateur ,
O Beauté que tout le monde aime !
Ce n'eft pas mon efprit qui rêve , c'eft mon coeur.
Par M. GUICHARDS
rêver à quelque Piéce nouvelle.
On ne fçauroit fonger près de vous , qu'à vousmême.
Or , d'après cet aveu bien plus vrai que flateur ,
O Beauté que tout le monde aime !
Ce n'eft pas mon efprit qui rêve , c'eft mon coeur.
Par M. GUICHARDS
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1988
p. 21
MADRIGAL.
Début :
Si Cloris est charmante, Iris n'est pas moins belle ; [...]
Mots clefs :
Cœur, Fidèle , Inconstant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL.
MADRIGAL.
St Cloris eft charmante, Iris n'eft pas moins
belle;
Entre ces deux objets mon coeur refte flottant:
Ne m'en offrez qu'un feul , je vais être fidéle ;
Offrez-les-moi tous deux , je vais être inconftanti
St Cloris eft charmante, Iris n'eft pas moins
belle;
Entre ces deux objets mon coeur refte flottant:
Ne m'en offrez qu'un feul , je vais être fidéle ;
Offrez-les-moi tous deux , je vais être inconftanti
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1989
p. 21-24
EPITRE A Mademoiselle D ...
Début :
Vous dont les traits chaque jour embellis [...]
Mots clefs :
Amour, Myrte, Aiglon, Couronne, Envie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Mademoiselle D ...
EPITRE
A Mademoiselle D ...
ous dont les traits chaque jour embellis
De mille Amans , vous attirent l'hommage ;
Lifez des Vers que l'Amour a polis ,
Souvent fon Temple eft dans le coeur d'un
Sage :
22. MERCURE DE FRANCE.
Long-temps ce Dieu fut celui de mes chants,
Et j'aime encore à parer fon image.
Vous me l'offrez : vous avez fon bel âge ,
Ses yeux fi doux , fes organes touchans:
Ainfi que lui vous ferez du ravage.
Il eſt orné des Rofes du Printemps ,
Il a pour lui la grace & la fineffe ;
Mais pardeſſus vous avez les talens :
Vous régnerez encor par la fageffe.
OD ....! Bientôt la Volupté
Viendra femer dés Rofes fur vos traces :
En les cueillant , fongez que la beauté
N'eft pas un titre à l'immortalité ;-
Les talens feuls éternifent les graces.
Laiffez le myrthe aux Enfans de l'Amour:
Des Arts brillans , méritez la Couronne ;
Et prenez- la des mains de P......
Elle la porte , & fa faveur la donne..
Déja Paris vous voit prendre l'eſſor ,
Et du Public foutenir l'oeil févère :
Tel un Aiglon élancé de fon aire ,
Pour éffayer fon vol timide encor
Fixe déja l'Aftre qui nous éclaire.
Dites- moi donc , par quel enchantement
Vous favez peindre avec tant d'énergie ,
De naturel , de force & de magie ,
Ce qu'à votre âge on a fi rarement ?
Ah ! que Nanine étoit touchante & belle !
JUILLET. 1763 . 23.
Pour pofféder & fon coeur & fa main ,
Da préjugé qui n'eût briſé le frein ?
Tout le Public étoit d'Olbans pour elle
J'ai vu Clairon , la Reine du Théâtre ,
De fa Couronne arracher quelques fleurs ,
Pour embellir de leurs vives couleurs-
Ce front riant que l'amour idolâtre.
De les beaux yeux j'ai vû couler des pleurs
Le vrai talent ne connoît point l'ènvie ;
La laideur feule outrage la beauté ;
Et par Tef.. , Br .... eft applaudie ::
Un Sot infulte aux hommes de génie :
Par Diderot , Voltaire eſt reſpecté.
Avez- vous vâ deux Courfiers d'Angleterre
Lever un front noble & majestueux ,
Et fiérement du pied frapper la Terre?™
Bouillans , légers , ardens , impétueux,
Ils font formés pour les jeux & la guerre :
Tous deux brillans , ils ne font point rivaux.-
Mais auprès d'eux peſant , lâche , indocile ,
L'âne fuivant la nature imbécile ,
Meurt du regret de les trouver fi beaux.
Ainfi , marchant parmi des routes fûres
Dans la carrière où s'illuftra Gauffin
Vous éclipfez vos rivales obfcures,
Telle l'on voit l'étoile du matin,
Ou du Soleil la blonde Avantcourière
24 MERCURE DE FRANCE.
Chaffer la nuit , ramener la lumière ,
Et rendre au monde un jour pur & ferem.
Par M. LEGIER.
A Mademoiselle D ...
ous dont les traits chaque jour embellis
De mille Amans , vous attirent l'hommage ;
Lifez des Vers que l'Amour a polis ,
Souvent fon Temple eft dans le coeur d'un
Sage :
22. MERCURE DE FRANCE.
Long-temps ce Dieu fut celui de mes chants,
Et j'aime encore à parer fon image.
Vous me l'offrez : vous avez fon bel âge ,
Ses yeux fi doux , fes organes touchans:
Ainfi que lui vous ferez du ravage.
Il eſt orné des Rofes du Printemps ,
Il a pour lui la grace & la fineffe ;
Mais pardeſſus vous avez les talens :
Vous régnerez encor par la fageffe.
OD ....! Bientôt la Volupté
Viendra femer dés Rofes fur vos traces :
En les cueillant , fongez que la beauté
N'eft pas un titre à l'immortalité ;-
Les talens feuls éternifent les graces.
Laiffez le myrthe aux Enfans de l'Amour:
Des Arts brillans , méritez la Couronne ;
Et prenez- la des mains de P......
Elle la porte , & fa faveur la donne..
Déja Paris vous voit prendre l'eſſor ,
Et du Public foutenir l'oeil févère :
Tel un Aiglon élancé de fon aire ,
Pour éffayer fon vol timide encor
Fixe déja l'Aftre qui nous éclaire.
Dites- moi donc , par quel enchantement
Vous favez peindre avec tant d'énergie ,
De naturel , de force & de magie ,
Ce qu'à votre âge on a fi rarement ?
Ah ! que Nanine étoit touchante & belle !
JUILLET. 1763 . 23.
Pour pofféder & fon coeur & fa main ,
Da préjugé qui n'eût briſé le frein ?
Tout le Public étoit d'Olbans pour elle
J'ai vu Clairon , la Reine du Théâtre ,
De fa Couronne arracher quelques fleurs ,
Pour embellir de leurs vives couleurs-
Ce front riant que l'amour idolâtre.
De les beaux yeux j'ai vû couler des pleurs
Le vrai talent ne connoît point l'ènvie ;
La laideur feule outrage la beauté ;
Et par Tef.. , Br .... eft applaudie ::
Un Sot infulte aux hommes de génie :
Par Diderot , Voltaire eſt reſpecté.
Avez- vous vâ deux Courfiers d'Angleterre
Lever un front noble & majestueux ,
Et fiérement du pied frapper la Terre?™
Bouillans , légers , ardens , impétueux,
Ils font formés pour les jeux & la guerre :
Tous deux brillans , ils ne font point rivaux.-
Mais auprès d'eux peſant , lâche , indocile ,
L'âne fuivant la nature imbécile ,
Meurt du regret de les trouver fi beaux.
Ainfi , marchant parmi des routes fûres
Dans la carrière où s'illuftra Gauffin
Vous éclipfez vos rivales obfcures,
Telle l'on voit l'étoile du matin,
Ou du Soleil la blonde Avantcourière
24 MERCURE DE FRANCE.
Chaffer la nuit , ramener la lumière ,
Et rendre au monde un jour pur & ferem.
Par M. LEGIER.
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Résumé : EPITRE A Mademoiselle D ...
L'épître est destinée à une jeune femme renommée pour sa beauté, qui attire de nombreux admirateurs. Le poète loue ses qualités, les comparant à celles du dieu Mercure, et souligne que ses talents dépassent sa seule beauté. Il l'encourage à se démarquer par ses compétences plutôt que par son apparence éphémère. Le texte cite des actrices célèbres comme Nanine et Clairon, admirées pour leur talent. Le poète admire aussi deux coursiers anglais, symboles de noblesse et de force, opposés à la faiblesse d'un âne. La jeune femme est comparée à une étoile brillante, éclipsant ses rivales. Le poème se termine par une référence à la carrière illustre de Gaudin, soulignant la supériorité de la destinataire sur ses concurrentes.
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1990
p. 24-26
STANCES IRRÉGULIÈRES, Adressées par Madame P .... agée de 70 ans, au Chevalier de M*** son ami qui en avoit 80.
Début :
IL est temps M*** de couronner tes feux ; [...]
Mots clefs :
Ans, Temps, Amour, Hymen, Époux
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texteReconnaissance textuelle : STANCES IRRÉGULIÈRES, Adressées par Madame P .... agée de 70 ans, au Chevalier de M*** son ami qui en avoit 80.
STANCES IRRÉGULIÈRES ,
Adreffées par Madame P .... agée de
70 ans , au Chevalier de M*** fon.
ami qui en avoit 80 ..
IL eft temps M*** de couronner res feux ; ::
Uniffons nos deftins , l'Amour nous y convie
Puiffe de fon flambeau la lumière cherie
Eclairer dans Paris un hymen vertueux,
Erde l'Automne de ma vie ,
Faire un Printemps délicieux !
D'un moment ou d'un jour , mon choix n'eft pas
l'ouvrage
ATAR
Je fuis dans l'heureufe faifon >
Où le coeur plus libre & plus fage ,
Ne fe livre que par raiſon ,
Erne craint point , lorsqu'il s'engage,
Ni changement , ni trahifon .
D
Sous la neige des cheveux blancs V
Il refte de l'amour encor quelqu'étincelle
A foixante & dix ans rarement on eit belle;
Mais
JUILLET. 1763. 24
Mais on peut aimer à cent ans.
Philemon adoroit dans une paix profonde
Les charmes furannés de la tendre Baucis ;
Et la mère des Dieux, plus vieille que le monde,
Soupiroit encor pour Atis.
Plus tendre que Baucis , moins vieille que Cibelej
Ancien & cher amant , je t'engage ma foi :
Tu feras le bonheur d'une époufe fidelle ;
Et fi le tien dépend de moi ,
Jamais l'époux d'une immortelle
Ne fera plus heureux que toi.
On ne me verra point inconftante ou perfide ,
De tes jeunes rivaux écouter les foupirs ;
La pâle jaloufie au regard homicide ,
Jamais ne troublera ma paix , ni tes plaifirs.
De ta fidélité ton épouſe aſſurée
Bannira les foupçons & les lâches foucis ,
Sans craindre de ta part les fureurs de Teric ,
Ni le trait malheureux de l'amant de Procis,
Ainfi filés d'or & de foie ,
Puiffent couler nos jours dans le fein du repos ;
Puiffions-nous de l'hymen ne goûter que la joie ,
Sans éprouver jamais les dégouts & fes maux.
Et dans cette heureuſe contrée ,
Puiffe notre union faire revivre encor
I. Vol B
7
26 MERCURE DE FRANCE .
Et les amans du temps d'Aftrée ,
Et les époux de l'âge d'or ?
Adreffées par Madame P .... agée de
70 ans , au Chevalier de M*** fon.
ami qui en avoit 80 ..
IL eft temps M*** de couronner res feux ; ::
Uniffons nos deftins , l'Amour nous y convie
Puiffe de fon flambeau la lumière cherie
Eclairer dans Paris un hymen vertueux,
Erde l'Automne de ma vie ,
Faire un Printemps délicieux !
D'un moment ou d'un jour , mon choix n'eft pas
l'ouvrage
ATAR
Je fuis dans l'heureufe faifon >
Où le coeur plus libre & plus fage ,
Ne fe livre que par raiſon ,
Erne craint point , lorsqu'il s'engage,
Ni changement , ni trahifon .
D
Sous la neige des cheveux blancs V
Il refte de l'amour encor quelqu'étincelle
A foixante & dix ans rarement on eit belle;
Mais
JUILLET. 1763. 24
Mais on peut aimer à cent ans.
Philemon adoroit dans une paix profonde
Les charmes furannés de la tendre Baucis ;
Et la mère des Dieux, plus vieille que le monde,
Soupiroit encor pour Atis.
Plus tendre que Baucis , moins vieille que Cibelej
Ancien & cher amant , je t'engage ma foi :
Tu feras le bonheur d'une époufe fidelle ;
Et fi le tien dépend de moi ,
Jamais l'époux d'une immortelle
Ne fera plus heureux que toi.
On ne me verra point inconftante ou perfide ,
De tes jeunes rivaux écouter les foupirs ;
La pâle jaloufie au regard homicide ,
Jamais ne troublera ma paix , ni tes plaifirs.
De ta fidélité ton épouſe aſſurée
Bannira les foupçons & les lâches foucis ,
Sans craindre de ta part les fureurs de Teric ,
Ni le trait malheureux de l'amant de Procis,
Ainfi filés d'or & de foie ,
Puiffent couler nos jours dans le fein du repos ;
Puiffions-nous de l'hymen ne goûter que la joie ,
Sans éprouver jamais les dégouts & fes maux.
Et dans cette heureuſe contrée ,
Puiffe notre union faire revivre encor
I. Vol B
7
26 MERCURE DE FRANCE .
Et les amans du temps d'Aftrée ,
Et les époux de l'âge d'or ?
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Résumé : STANCES IRRÉGULIÈRES, Adressées par Madame P .... agée de 70 ans, au Chevalier de M*** son ami qui en avoit 80.
Madame P., âgée de 70 ans, adresse des stances au Chevalier de M***, âgé de 80 ans, pour proposer une union amoureuse. Elle souhaite que leur relation illumine leur vie malgré leur âge avancé, comparant leur amour à un printemps délicieux en automne. Madame P. assure que sa décision est réfléchie et rationnelle, excluant toute crainte de trahison. Elle cite les exemples mythologiques de Philemon et Baucis, ainsi que Cybèle et Attis, pour illustrer que l'amour est possible à tout âge. Elle promet fidélité et absence de jalousie. Madame P. espère que leur union sera joyeuse et sereine, évoquant les amours du temps d'Astrée et les époux de l'âge d'or.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1991
p. 26-28
EPITRE A Mademoiselle A ***.
Début :
JEUNE Lycoris, [...]
Mots clefs :
Désirs, Plaisirs, Charmes, Armes, Crainte
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Mademoiselle A ***.
EPITRE
A Mademoiselle A *** .
JEEUUNNEE Lycoris,
Pourquoi de Cypris
Méprifer fans ceffe
Les mythes fleuris ?
Un coeur fans tendreffe ,
Bornant fes defirs ,
Ignore l'ivreffe
Des parfaits plaifirs.
Quoi ! toujours rêveuſe ,
Trifte , férieuſe ,
Faudra-t-il vous voir
D'une humeur févère
Du fils de Cythère
Braver le pouvoir.
Il faut de fes charmes
Goûter la douceur ,
Ou craindre les armes
De ce Dieu vengeur.
Quand pour nous ſurprendre
11 fixe le jour ,
Aucun vain détour
JUILLET. 1763 . 27
Ne peut nous défendre :
Le devoir fe taît ,
La raifon s'égare ,
Et d'un feu fecret
Notre âme s'empare ;
Bientôt nos regards
Timides , épars ,
Pour cacher leur flâme
Dévoilent de l'âme
Les troubles naiffans
Qui flatent nos fens.
Tôt ou tard fenfible
Aux foins amoureux ,
Un coeur infléxible
Doit former des voeux.
Par force , ou par crainte ,
Si pendant le cours
De vos plus beaux jours ,
Sans efpoir ni crainte
Vousfuyez toujours
La légère atteinte
Du Dieu des Amours :
Sans inquiétude
Dans la folitude
De vos jeunes ans ,
L'ennuyeux Printemps-
Finira fa courfe.
Alors fans refſource
Bij
28 MERCURE DE FRANCE
1
༄
De pouvoir charmer ,
De la fleur de l'âge
Vous peignant l'image
Vous voudrez aimer .
Ah ! puifque vos charmes
Régnent en ces lieux ,
Et que vos beaux yeux
Font rendre les armes
A tous nos bergers ;
D'un retour funeſte
Craignez les dangers.
Oui ,je vous proteſte
Que fi votre coeur
D'une tendre ardeur
Suit la douce pente ,
Vous éprouverez ,
Et vous fentirez
Contre votre attente ,
Que fi les defirs
Que l'Amour infpire
Content des foupirs ,
Son charmant délire
Fait tous nos plaifirs
Par M. L. P. MOLINE
A Mademoiselle A *** .
JEEUUNNEE Lycoris,
Pourquoi de Cypris
Méprifer fans ceffe
Les mythes fleuris ?
Un coeur fans tendreffe ,
Bornant fes defirs ,
Ignore l'ivreffe
Des parfaits plaifirs.
Quoi ! toujours rêveuſe ,
Trifte , férieuſe ,
Faudra-t-il vous voir
D'une humeur févère
Du fils de Cythère
Braver le pouvoir.
Il faut de fes charmes
Goûter la douceur ,
Ou craindre les armes
De ce Dieu vengeur.
Quand pour nous ſurprendre
11 fixe le jour ,
Aucun vain détour
JUILLET. 1763 . 27
Ne peut nous défendre :
Le devoir fe taît ,
La raifon s'égare ,
Et d'un feu fecret
Notre âme s'empare ;
Bientôt nos regards
Timides , épars ,
Pour cacher leur flâme
Dévoilent de l'âme
Les troubles naiffans
Qui flatent nos fens.
Tôt ou tard fenfible
Aux foins amoureux ,
Un coeur infléxible
Doit former des voeux.
Par force , ou par crainte ,
Si pendant le cours
De vos plus beaux jours ,
Sans efpoir ni crainte
Vousfuyez toujours
La légère atteinte
Du Dieu des Amours :
Sans inquiétude
Dans la folitude
De vos jeunes ans ,
L'ennuyeux Printemps-
Finira fa courfe.
Alors fans refſource
Bij
28 MERCURE DE FRANCE
1
༄
De pouvoir charmer ,
De la fleur de l'âge
Vous peignant l'image
Vous voudrez aimer .
Ah ! puifque vos charmes
Régnent en ces lieux ,
Et que vos beaux yeux
Font rendre les armes
A tous nos bergers ;
D'un retour funeſte
Craignez les dangers.
Oui ,je vous proteſte
Que fi votre coeur
D'une tendre ardeur
Suit la douce pente ,
Vous éprouverez ,
Et vous fentirez
Contre votre attente ,
Que fi les defirs
Que l'Amour infpire
Content des foupirs ,
Son charmant délire
Fait tous nos plaifirs
Par M. L. P. MOLINE
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Résumé : EPITRE A Mademoiselle A ***.
L'épître est destinée à une jeune femme, Mademoiselle A***, et traite du thème de l'amour et de ses effets inévitables. L'auteur s'étonne de son indifférence envers les plaisirs amoureux et la met en garde contre l'ignorance des charmes de l'amour, soulignant que résister à Cupidon peut entraîner des conséquences. Lorsqu'il choisit son moment, l'amour est irrésistible : le devoir et la raison sont submergés par un feu intérieur. Les regards timides trahissent les troubles de l'âme. L'auteur affirme qu'un cœur inflexible finit toujours par céder à l'amour. Il prévient que refuser l'amour durant la jeunesse mènera à l'ennui et aux regrets. Il conclut en l'avertissant des dangers d'un retour funeste et en espérant qu'elle succombe à l'amour, car ses charmes et ses beaux yeux séduisent déjà tous les bergers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1992
p. 29
VERS de D.... à sa Maîtresse.
Début :
Tu crains que le destin, ô ma Divinité ! [...]
Mots clefs :
Destin, Divinité, Amant, Immortalité
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texteReconnaissance textuelle : VERS de D.... à sa Maîtresse.
VERS de D.... à fa Maîtreffe.
To crains que le deftin , ô ma Divinité ! Ꭲ
Ne t'enlève un amant que tu rendis fidéle ?
Et tu lui refuſes , cruelle ,
De jouir avec toi de l'immortalité !
To crains que le deftin , ô ma Divinité ! Ꭲ
Ne t'enlève un amant que tu rendis fidéle ?
Et tu lui refuſes , cruelle ,
De jouir avec toi de l'immortalité !
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1993
p. 29
BELGÆ ABEUNTIS LUTETIA HENDECASYLLABI.
Début :
DULCES Parisii, beata tempe, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BELGÆ ABEUNTIS LUTETIA HENDECASYLLABI.
BELGE ABEUNTIS LUTETIA
HENDECASYLLABĮ .
DULCES Parifii , beata tempe ,
Nunquam non hilari petita vultu ,
Nunquam non lachrymis relicta fufis,'
Et vos adfita rura , vos amoeni
Seceffus nemora , & domus Dianæ ;
Quæ nunc Clodiolam meam videtis ;
Servetis memorem mihi puellam ,
Servetis Dominam mihi benignam ,
Nefi quos gerat intimis medullis ,
Elabi fineret meos amores )
Quærens de fuperis , lacer dolore,
Vates ad tumuli feratur umbras.
Vivat fequanicis amicus aris ,
Et dulcis Domine Comes perennis ,
Canat decrepito folutus ævo :
Servaftis mihi qui meos amores
Dulces Parifi beata tempe.
HENDECASYLLABĮ .
DULCES Parifii , beata tempe ,
Nunquam non hilari petita vultu ,
Nunquam non lachrymis relicta fufis,'
Et vos adfita rura , vos amoeni
Seceffus nemora , & domus Dianæ ;
Quæ nunc Clodiolam meam videtis ;
Servetis memorem mihi puellam ,
Servetis Dominam mihi benignam ,
Nefi quos gerat intimis medullis ,
Elabi fineret meos amores )
Quærens de fuperis , lacer dolore,
Vates ad tumuli feratur umbras.
Vivat fequanicis amicus aris ,
Et dulcis Domine Comes perennis ,
Canat decrepito folutus ævo :
Servaftis mihi qui meos amores
Dulces Parifi beata tempe.
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Résumé : BELGÆ ABEUNTIS LUTETIA HENDECASYLLABI.
Le poème 'Belge abeuntis Lutetia' est un hendécasyllabe latin exprimant l'amour et la nostalgie du poète pour Paris et une femme nommée Clodiola. Il évoque les champs, les bois et la maison de Diane. Le poète souhaite que ces lieux gardent en mémoire sa bien-aimée et espère que son ami vive près des autels sacrés. Il répète son désir que les Parisiens et l'époque bénie se souviennent de ses amours.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1994
p. 30-47
AZAKIA, ANECDOTE HURONNE.
Début :
LES anciens habitans du Canada furent tous Sauvages, & l'étoient dans [...]
Mots clefs :
Point, Sauvage, Iroquois, Peine, Époux, Songe, Ennemi, Femmes, Hurons
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texteReconnaissance textuelle : AZAKIA, ANECDOTE HURONNE.
LEES anciens habitans du Canada furent
tous Sauvages , & l'étoient dans
toute la rigueur du terme. Rien ne le
prouve mieux que la deftinée de certains
François , qui aborderent les premiers
dans cette partie du nouveau monde.
Ils furent mangés par ces hommes
qu'ils prétendoient humanifer & polir.
De nouvelles tentatives eurent un fuccès
plus heureux . On fepouffa les Sauvages
dans l'intérieur du continent : on
conclut avec eux des traités de paix, toujours
mal obfervés : on fit naître chez
eux des befoins qui leur rendirent notre
joug néceffaire. Notre eau -de - vie , notre
tabac firent fans peine , ce que nos
armes euffent opéré plus difficilement.
Bien-tôt la confiance devint réciproque
, & les forêts du Canada furent auffi
librement frequentées par leurs nouveaux
hôtes , que par ceux qu'elles avoient
vû naître .
Elles l'étoient fouvent auffi par des
femmes & des filles Sauvages à qui la
rencontre d'un François ne caufoit nulle
JUILLET. 1763. 31
frayeur. Prèfque toutes ces femmes font
belles , & certainement leur beauté ne
doit rien aux preftiges de l'art . Il n'influe
guères davantage fur leur conduite.
Leur caractère eft naturellement
doux , leur humeur gaie ; elles rient de
la maniere la plus agréable & la plus
attrayante. Elles ont un penchant décidé
pour l'amour , penchant qu'une fille
dans ces Contrées peut fuivre , & fuit
toujours fans fcrupule , fans craindre nul
reproche. Il n'en eft pas ainfi d'une femme
: elle fe doit toute entière à celui
qu'elle a époufé ; & ce qui n'eft . pas
moins digne de remarque , elle remplit
exactement ce devoir,
Une héroïne de cette claffe , & qui
étoit née parmi les Hurons , s'égara un
jour dans une forêt voifine des terres
qu'ils habitent. Elle fut furprife par un
-Soldat François , qui ne daigna point
s'informer fi elle étoit fille ou femme.
Il fe fentoit d'ailleurs , peu difpofé à refpecter
les droits d'un époux Huron . Les
cris que pouffoit la jeune Sauvage , en
fe défendant , attirerent vers cet endroit
le Baron de Saint- Caftins , Officier dans
les troupes du Canada . Il n'eut
pas de
peine à obliger le Soldat de s'éloigner.
Mais celle qu'il venoit de fecourir avoit
Biy
32 MERCURE DE FRANCE.
tant de charmes que cet homme lui parut
excufable . Il fut lui-même tenté d'exiger
le falaire de fa démarche . Il s'y prit
d'une maniere glus engageante que fon
devancier , & ne réuffit pas mieux. L'ami
qui eft devant mes yeux m'empêche de
te voir lui dit la Huronne. C'eft la
phrafe fauvage , pour s'exprimer qu'on
a un mari , & qu'on ne veut abfolument
point lui manquer. Cette phraſe
n'eft pas un vain formulaire ; elle renferme
un refus décifif, & eft commune à
toutes les femmes de ces Nations Barbares
, que notre voifinage & nos
exemples n'ont jamais pu civilifer.
Saint-Caftins , à qui la langue & les
ufages des Hurons étoient familiers , vit
d'abord qu'il n'avoit plus rien à prétendre
, & cette perfuafion rapella toute fa
générofité. Il fe borne donc à accompagner
la belle Sauvage , qui n'étoit venue
que par cas fortuit dans ce bois , &
qui craignoit de nouvelles rencontres .
Chemin faifantil en reçut toutes les marques
de reconnoiffance poffibles , fi on
en excepte celle qu'il avoit d'abord voulu
éxiger.
Au bout de quelque tems Saint- Caf
tins eft infulté par un de fes Confrères,
lui fait un appel , & le tue. L'Officier
JUILLET. 1763. 33
mort étoit neveu du Gouverneur Général
de la Colonie , & ce Gouverneur
étoit auffi abfolu que vindicatif. S .... .
C. ... n'eut d'autre parti à prendre que
la fuite. On préfuma qu'il s'étoit retiré
chez les Anglois de la nouvelle Yorck ,
chofe effectivement très - vraisemblable.
Cependant il n'en fit rien . Perfuadé qu'il
trouveroit un afyle également für parmi
les Hurons , ce fut à eux qu'il donna
la préférence.
Le defir de revoir. Azakia , ( c'eft le
nom de la Sauvage qu'il avoit fecourue ).
entra pour beaucoup dans ce choix . Elle
reconnut d'abord fon libérateur. Sa joie
fut extrême de le retrouver , & elle la lui
témoigna auffi naïvement qu'elle avoit
réfifté à fes attaques. Le Sauvage dont
elle étoit la femme , & qui fe nommoit
Ouabi , fit le même accueil à Saint-Caf
tins. Ce dernier l'inftruifit du motif de
fa fuite . Le Grand- Efprit foit loué , de
t'avoir conduit parmi nous , reprit le
Huron ! Ce corps , ajoûta-t-il , en portant
la main fur fon eftomach , ce corps
te fervira de barrière , & ce cafle - tête
écartera , ou térraffera tes ennemis . Ma'
cabannefera la tienne : tu verras journellement
le grand Aftre reparoître & nous
quitter , fans que rien te manque , ni
puiffe te nuire.
B v
34 MERCURE DE FRANCE.
Saint- Caftins lui déclara qu'il vouloit
abfolument vivre comme eux
c'eft- à-dire partager leurs travaux ,
leurs
guerres , leurs ufages ; en un mot devenir
Huron : aveu qui redoubla la joie
d'Ouabi. Ce Sauvage tenoit le premier
rang parmi fes femblables ; il étoit leur
Grand Chef , dignité qu'il ne devoit
qu'à fon courage & à fes fervices. If
avcit d'autres Chefs fous lui & offrit
une de ces Places à Saint- Caftins qui
n'accepta que le rang. de fimple guerrier.
LesHurons étoient alors en guerre avec
les Iroquois. Il fut queftion de tenter
une entreprife contre ces derniers . Saint-
Caftins voulut être de cette expédition
& y combattit en Huron déclaré . Mais
il fut bleffé dangereufement. On le
porta , non fans peine , jufques dans la
maifon d'Ouabi fur une efpéce de brancard.
A cette vue Azakia parut accablée
de douleur. Mais elle ne ſe borna
point à le plaindre ; elle fongea à lui
prodiguer les foins & les fecours. Elle
avoit plufieurs Efclaves à fes ordres &
ne fe repofoit que fur elle - même de
ce qui pouvoit tendre au foulagement
de fon hôte. Son activité égaloit fes inquiétudes.
On eût dit que c'étoit une
Amante qui veilloit fur les jours de fon
rapJUILLET.
1763. 35
Amant. Un François ne pouvoit manquer
d'en tirer les conféquences les plus
flateufes , & c'eft ce que fit d'abord
Saint-Caftins. Ses defirs & fes efpérances
renaiffoient avec fes forces . Un feul
point dérangeoit un peu fes vues : c'étoient
les fervices & les attentions d'Ouabi.
Pouvoit-il le tromper fans joindre
l'ingratitude à la perfidie ? Mais, reprenoit
Saint- Caftins , le bon Ouabi n'eft qu'un
Sauvage feroit- il plus vétillard fur cet
article que beaucoup d'honnêtes gens de
notre Europe ? Cette raifon , qui n'en
étoit pas une , parut très-folide à l'amoureux
François. Il renouvella fes
tendres avances , & fut furpris d'éffuyer
de nouveaux refus. Arrête ! Celario
( c'eſt le nom fauvage qu'on avoit donné
à Saint- Caftins ) arrête , lui dit Azakia
: les tronçons de la baguette que
j'ai rompu avec Ouabi n'ont pas encore
été réduits en cendres. Une partie reſte
encore en fon pouvoir & l'autre au
mien. Tant qu'ils fubfifteront , je ſuis à
Jui & ne puis être à toi. Ce difcours prononcé
d'un ton ferme , déconcerta un
peu Saint- Caftins. Il n'ofoit prèſque
plus infifter & tomba dans une trifte
rêverie. Azakia en fut touchée. Que
faire? lui dit- elle ; je ne puis devenir ta
B
vj
36 MERCURE DE FRANCE.
compagne qu'en ceffant d'être celle
d'Ouabi ; & je ne puis quitter Ouabi
fans lui caufer la trifteffe que tu éprouves
toi- même . Réponds - moi , l'a-t-il mérité
? Non ! s'écria vivement Célario
non! il mérite fur moi toute préférence
; mais il faut que j'abandonne & fa
demeure & même cette habitation . Ce
n'eft qu'en ceffant de voir Azakia que
je puis ceffer d'être ingrat envers Ouabi.
Ces mots firent palir la jeune fauvage.
Ses larmes coulerent prèſque
auffi -tôt , & elle ne chercha point à
les cacher. Ah ! ingrat Célario , s'écriat-
elle , en fanglottant & lui preffant les
mains entre les fiennes , ingrat Célario !
eft-il bien vrai que tu veuilles quitter
ceux à qui tu es plus cher que la lumière
du grand Aftre ? Que t'avonsnous
fait pour nous abandonner ? Te
manque - t - il quelque chofe ? Ne me
vois-tu pas fans ceffe à tes côtés comme
l'Efclave qui n'attend que le fignal
pour obéir ? Pourquoi veux-tu qu'Azakia
meure de triftefle ? Tu ne peux
la quitter fans emporter fon âme elle
eft à toi , comme fon corps à Ouabi....
L'arrivée de ce dernier empêcha Saint-
Caftins de répondre . Pour Azakia , elle
" Continuoit à pleurer fans fe contrain-
"
JUILLET. 1763 . 37
dre , fans même en cacher un inftant
la caufe. Ami , dit-elle , au Huron , tu
vois encore Célario , tu le vois , tu peux
lui parler & l'entendre : mais bien-tôt
il va difparoître à nos yeux , il va chercher
d'autres amis.... D'autres amis !
s'écria le Sauvage , prèſque auffi allarmé
qu'Azakia même ; eh quoi ? mon
cher Célario , quelle raifon te porte à
t'arracher toi-même de nos bras ? Astu
reçu ici quelque injure , quelque
dommage ? Réponds- moi ; tu fçais que
j'ai de l'autorité dans ces lieux. Je te
jure , par le grand Efprit , que tu feras
fatisfait & vengé.
Cette queftion devenoit embarraffante
pour Saint- Caftins. Il n'avoit nul
fujet raisonnable de fe plaindre , & le
vrai motif de fa réfolution devoit être
abfolument ignoré d'Ouabi. Il lui fallut
fe rejetter fur quelques raifons bannales
, & que le bon Ouabi trouva
très - ridicules . Parlons d'autre chofe ,
ajouta-t-il ; demain je pars pour une expédition
contre les Iroquois ; & ce foir
je donne à nos Guerriers le repas d'ufage.
Prends part à cet amufement ,
mon cher Célario ; .... j'en veux prendre
également à vos périls & à vos travaux
, interrompit Saint - Caftins ; je
a
38 MERCURE DE FRANCE.
fuis de cette nouvelle expédition. Tes
forces trahiroient ton courage , repliqua
le Chef des Hurons : c'eft peu de
fçavoir affronter la mort ; il faut pouvoir
le donner à l'ennemi ; il faut
pouvoir le pourfuivre , s'il prend la fuite
, & même pouvoir l'éviter , s'il eft
trop fupérieur. Telles furent , dans tous
les temps , nos maximes guerrieres . Ne
fonge donc , pour le moment , qu'à te
guérir , & à veiller fur cette habitation
durant mon abfence . Je t'en confie le
foin & la charge. Il eût été fuperflu
que le François repliquât. Bientôt les
Guerriers s'affemblent & le feftin commence.
A peine eft - il fini , que la troupe
fe met en marche , & que Saint- Caf
tins refte plus que jamais expofé aux
charmes d'Azakia.
Il eft certain que cette jeune Sauvage
aimoit fon Hôte , & l'aimoit d'un
amour purement métaphyfique , fans ,
pourtant , fe douter de ce que c'étoit
qu'un pareil amor . Elle prit même une
réfolution que nos Métaphyficiennes ,
dans ce genre , ne prendroient certainement
pas ; ce fut de procurer à
Saint- Caftins , l'occafion d'obtenir d'u
ne autre , ce qu'elle-même s'obtinoit
à lui refufer. La rivale qu'elle fe donna
JUILLET . 1763. 39
lire
étoit des plus propres à opérer cette
éfpèce de diverfion . Elle n'avoit que
dit-huit ans , étoit très- belle , & ce qui
ne devenoit pas moins néceffaire , étoit
encore fille. J'ai déja dit que chez ces
Nations une fille jouit de la plus grande
liberté. Saint-Caftins , excité par Azakia
, eut divers entretiens avec Zifma ,
c'eſt le nom de cette jeune Huronne.
Au bout de quelques jours , il put
dans fes yeux qu'elle feroit moins févère
que fon amie. On ne dit point
s'il profita de la découverte du moins
ne lui fit-elle point oublier Azakia ,
qui de fon côté , fans doute , ne vouloit
point être oubliée. Saint Caftins
fe fentoit , malgré lui , ramené vers
elle. Un incident , qui par- tout ailleurs
eût contribué à les unir , fut prêt à les
Téparer pour jamais.
:
On apprit par quelques fuyards , plus
diligens que les autres , qu'Ouabi avoit
donné dans une embuscade d'Iroquois ,
qu'il avoit perdu une partie de fa troupe
, & étoit lui-même refté fur le champ
de bataille. Cette nouvelle caufa de
juftes regrets à Saint- Caftins . Sa générofité
lui fit mettre à l'écart toute
vue d'intérêt. Il oublioit qu'en perdang
un ami , il fe trouvoit défait d'un R
40 MERCURE DE FRANCE .
val. D'ailleurs , la mort de ce Rival
pouvoit entraîner celle d'Afakia même.
Ses jours , dès ce moment , dépendoient
du caprice d'un fonge. Ainfi
le vouloit un ufage fuperftitieux , confacré
de tous temps parmi ces Peuples.
Si dans l'espace de quarante jours , une
Veuve , qui vient de perdre fon époux
le voit & lui parle en fonge deux fois
de fuite , elle en infére qu'il a beſoin
d'elle dans le pays des âmes , & rien
ne peut la difpenfer de fe donner la
mort.
Azakia étoit d'avance réfolue d'obéir
à cet ufage , fi le double fonge
avoit lieu. Elle regrettoit fincérement
Quabi , & quoique Saint - Caftins lui
fournît matiere à d'autres regrets en
mourant , le préjugé l'emportoit fur
l'inclination. Il n'eft pas facile d'exprimer
les inquiétudes , les terreurs qui
tourmentoient l'Amant de cette belle
& crédule Huronne . Chaque nuit il fè
la figuroit en proie à ces vifions finiftres
; il ne l'abordoit chaque matin
qu'en frémiffant. Un jour , enfin , il la
trouva qui préparoit un breuvage mortel.
C'étoit le fuc d'une racine de Citronnier
, poifon , qui dans cette Contrée,
ne manque jamais fon coup. Tu
JUILLET. 1763 . 41
vois , mon cher Célario , lui dit Azakia,
tu vois les apprêts du long voyage
qu'Ouabi m'ordonne de faire.... Ciel !
interrompit Saint - Caftins , pouvez-vous
en croire un fonge qui vous abuſe ?
une illufion frivole & trompeufe ? Arrête
, Célario , reprit la Huronne , tu
t'abufes toi-même . Ouabi s'eft montré
à moi la nuit dernière ; il m'a pris la
main en m'ordonnant de le fuivre . La
pefanteur de mon corps s'y oppofoit.
Ouabi s'eft éloigné d'un air trifte. Je
l'appellois. Pour toute réponſe , il m'a
tendu les bras , & enfuite a difparu . Il
reviendra , fans doute , mon cher Célario
: il faudra lui obéir ; & après t'avoir
pleuré , j'avalerai ce breuvage qui doit
affoupir mon corps ; j'irai rejoindre
Quabi dans le féjour des âmes.
Ce difcours mit Saint- Caftins hors
de lui-même. Il y oppofa tout ce que
la raifon , la douleur & l'amour pûrent
lui fuggérer de plus convaincant ; rien
ne parut l'être à la jeune Sauvage . Elle
pleuroit , mais perfévéroit dans fon deffein.
Tout ce que le défolé François
put obtenir d'elle , fut qu'en fuppofant
même qu'Ouabi lui apparût une feconde
fois en fonge , elle attendroit pour
fe donner la mort , qu'elle fût un peu
42 MERCURE DE FRANCE .
mieux affurée de la fienne : chofe que
Saint-Caftins fe propofoit de vérifier
au plutôt.
Les Sauvages n'échangent ni ne tachetent
point leurs prifonniers. Ils fe bornent
à les arracher des mains de l'ennemi
quand ils le peuvent. Quelquefois
le Vainqueur deftine fes Captifs à l'efclavage
; le plus fouvent il les fait mou
rir. Telle eft furtout la maxime des
Iroquois . Il y avoit donc à préfumer
qu'Ouabi étoit mort de fes bleffures ,
ou avoit été brulé par cette Nation barbare.
Azakia le croyoit encore plus que
tout autre . Mais Saint - Caftins vouloit
qu'au moins elle en doutât. De fon
côté il ranime le courage des Hurons
& propofe une nouvelle entreprife contre
l'Ennemi. Elle eft approuvée . Il
s'agiffoit d'élire un Chef. Toutes les
voix fe réuniffent en faveur de Saint-
Caftins qui avoit déja donné des preuves
de fa valeur & de fa conduite . Il
part avec fa troupe ; mais il ne part
qu'après avoir de nouveau tiré parole
d'Azakia qu'en dépit de tous les fonges
qu'elle pourroit faire , elle différera
au moins jufqu'à fon retour , le triſte
Voyage qu'elle médite.
Celui des guerriers Hurons fut des
JUILLET. 1763 . 43
plus heureux. Les Iroquois les croyoient
trop affoiblis , ou trop découragés pour
ofer rien entreprendre Eux- mêmes s'étoient
mis en marche pour venir les attaquer
, & marchoient fans précaution.
Il n'en étoit pas ainfi de la troupe de
Saint- Caftins. Celui- ci avoit envoyé
quelques-uns de fes gens à la découverte.
Ils apperçurent l'Ennemi fans en être
vus , & revinrent en donner avis à leur
Chef. Le terrain fe trouvoit des plus
propres à dreffer une embufcade . Les
Hurons en profiterent fi bien , que les
Iroquois fe virent enfermés lorfqu'ils
croyoient n'avoir aucun rifque à courir.
On les chargea avec une furie qui ne
leur laiffa point le temps de fe reconnoître.
Le plus grand nombre eft tué
fur la place ; le furplus eft eftropié ou
garroté. On marche fur le champ au
plus prochain village . On y furprend
les Iroquois affemblés. Ils alloient jouir
du fpectacle de voir brûler un Huron .
Déja ce dernier chantoit fa chanfon de
mort. C'eft à quoi ne manque jamais
tout Sauvage que l'Ennemi eft prêt à
faire périr . De grands cris & une grêle
de coups de fufil eurent bientôt di perfé
la foule des curieux . On tue & les
fuyards , & ceux qui veulent réſiſter.
44 MERCURE DE FRANCE.
Toute la férocité fauvage fe déploie .
Vainement Saint - Caftins s'efforçoit
d'a rêter le carnage . Il ne fauva qu'avec
peine un petit nombre de femmes
& d'enfans. Il craignoit furtout qu'au
milieu de ce tumulte horrible , Ouabi
ne fût maffacré lui-même , fuppofé qu'il
vécût encore & fe trouvât dans cette
habitation . Occupé de cette idée , il
accouroit fans relâche d'un endroit à
un autre. Il apperçoit dans une place
où l'on combattoit encore un Prifonnier
attaché à un poteau , & ayant à
fes côtés les apprêts de fa mort ; c'eſtà-
dire de quoi le brûler à petit feu . Le
Chef des Hurons vole vers ce malheureux
captif, rompt fes liens , le reconnoît
, l'embraffe avec des tranfports de
joie. C'étoit Ouabi!
Ce brave Sauvage avoit préféré la
perte de fes jours à celle de fa liberté.
A peine guéri de fes bleffures , on lui
avoit offert la vie fous condition de
refter Efclave . Il avoit choisi la mort
déterminé à fe la donner lui - même fi
elle lui étoit refufée. Mais les Iroquois
étoient gens à lui épargner cette peine.
Un inftant plus tard fes compagnons
n'euffent plus été à temps de le fauver.
Après avoir difperfé ou fait efclave
JUILLET. 1763 . 45
te qui reftoit d'Iroquois dans ce canton
, l'Armée Huronne reprit le chemin
de fes terres . Saint - Caftins voulut remettre
le commandement à Ouabi qui
le refufa . Il l'inftruifit , chemin faifant ,
du deffein où étoit Azakia de mourir
perfuadée que lui-même ne vivoit plus,
& qu'il exigeoit qu'elle le fuivît ; du
poifon qu'elle avoit préparé à ce fujet ,
& du délai qu'il n'avoit obtenu d'elle
qu'avec peine. Il parloit avec une véhémence
& un attendriffement qui
frapperent le bon Ouabi. Il fe rappella
quelques traits qui l'avoient peu frappé
dans le temps. Mais dans ce dernier
inftant même il ne témoigna rien de ce
qu'il projettoit. On arrive. Azakia ,
qui avoit fait un fecond rêve , regardoit
ce retour comme le fignal de fon
trépas. Quelle eft fa furpriſe de voir
au nombre des vivans l'époux qu'elle
croyoit aller rejoindre au féjour des
efprits ! D'abord elle refta immobile &
muette ; mais bientôt fa joie alloit s'exprimer
par de vives careffes & de longs
difcours. Ouabi reçut les unes , & interrompit
les autres. Enfuite s'adreffant
à Saint- Caftins : Célario , lui dit - il , tu
m'as fauvé la vie , & ce qui m'eft plus
cher encore , tu m'as deux fois confervé.
46 MERCURE DE FRANCE.
Azakia. Elle t'appartient donc plus qu'à
moi. Je t'appartiens moi- même. Vois
fi elle fuffit pour nous acquitter tous les
deux. Je te la céde par reconnoiffance ,
& je ne l'euffe pas cédée pour me tirer
des feux allumés par les Iroquois.
Ce que ce difcours fit éprouver à
Saint- Caftins eft difficile à exprimer,
non qu'il lui parût auffi ridicule , auffi
bifarre qu'il pourra le fembler à certains
Lecteurs. Il fçavoit que le divorce
eft très-fréquent chez les Sauvages. Ils
fe féparent auffi facilement qu'ils s'uniffent.
Mais perfuadé qu'on ne pou
voit céder Azakia fans un effort furnaturel
, il fe croyoit obligé à un effort
équivalent. Il refufa ce qu'il defiroit le
plus , & le refufa en vain il lui fallut
céder à la perfévérance d'Ouabi. Pour
la fidelle Azakia qu'on a vu réſiſter à
toutes les attaques de Saint- Caftins ,
& refufer de furvivre à l'époux qu'elle.
croyoit mort , on s'attend peut - être
qu'elle difputera longtemps fur la féparation
que cet époux lui propofe . Point
du tout. Elle n'avoit jufqu'alors écouté
que le devoir : elle crut qu'il lui étoit
libre enfin d'écouter fon inclination
puifqu'Ouabi l'exigeo it . Les morceaux
de la baguette d'union furent apportés ,
JUILLET. 1763. 47°
réunis & brûlés : Ouabi & Azakia
s'embrafferent pour la dernière fois
& dès ce moment cette jeune & belle
Huronne rentra dans tous fes droits de
fille. On dit même qu'aidé de quelques
Miffionnaires , Saint - Caftins la mit en
état de devenir fa femme dans toutes les
régles . Ouabi , de fon côté , rompit la
baguette avec la jeune Zifma ; & ces.
deux mariages , fi différens par la forme
, furent au fonds également heureux.
Chaque époux , bien affuré de
n'avoir point de concurrens oublia
s'il avoit eu des prédéceffeurs .
tous Sauvages , & l'étoient dans
toute la rigueur du terme. Rien ne le
prouve mieux que la deftinée de certains
François , qui aborderent les premiers
dans cette partie du nouveau monde.
Ils furent mangés par ces hommes
qu'ils prétendoient humanifer & polir.
De nouvelles tentatives eurent un fuccès
plus heureux . On fepouffa les Sauvages
dans l'intérieur du continent : on
conclut avec eux des traités de paix, toujours
mal obfervés : on fit naître chez
eux des befoins qui leur rendirent notre
joug néceffaire. Notre eau -de - vie , notre
tabac firent fans peine , ce que nos
armes euffent opéré plus difficilement.
Bien-tôt la confiance devint réciproque
, & les forêts du Canada furent auffi
librement frequentées par leurs nouveaux
hôtes , que par ceux qu'elles avoient
vû naître .
Elles l'étoient fouvent auffi par des
femmes & des filles Sauvages à qui la
rencontre d'un François ne caufoit nulle
JUILLET. 1763. 31
frayeur. Prèfque toutes ces femmes font
belles , & certainement leur beauté ne
doit rien aux preftiges de l'art . Il n'influe
guères davantage fur leur conduite.
Leur caractère eft naturellement
doux , leur humeur gaie ; elles rient de
la maniere la plus agréable & la plus
attrayante. Elles ont un penchant décidé
pour l'amour , penchant qu'une fille
dans ces Contrées peut fuivre , & fuit
toujours fans fcrupule , fans craindre nul
reproche. Il n'en eft pas ainfi d'une femme
: elle fe doit toute entière à celui
qu'elle a époufé ; & ce qui n'eft . pas
moins digne de remarque , elle remplit
exactement ce devoir,
Une héroïne de cette claffe , & qui
étoit née parmi les Hurons , s'égara un
jour dans une forêt voifine des terres
qu'ils habitent. Elle fut furprife par un
-Soldat François , qui ne daigna point
s'informer fi elle étoit fille ou femme.
Il fe fentoit d'ailleurs , peu difpofé à refpecter
les droits d'un époux Huron . Les
cris que pouffoit la jeune Sauvage , en
fe défendant , attirerent vers cet endroit
le Baron de Saint- Caftins , Officier dans
les troupes du Canada . Il n'eut
pas de
peine à obliger le Soldat de s'éloigner.
Mais celle qu'il venoit de fecourir avoit
Biy
32 MERCURE DE FRANCE.
tant de charmes que cet homme lui parut
excufable . Il fut lui-même tenté d'exiger
le falaire de fa démarche . Il s'y prit
d'une maniere glus engageante que fon
devancier , & ne réuffit pas mieux. L'ami
qui eft devant mes yeux m'empêche de
te voir lui dit la Huronne. C'eft la
phrafe fauvage , pour s'exprimer qu'on
a un mari , & qu'on ne veut abfolument
point lui manquer. Cette phraſe
n'eft pas un vain formulaire ; elle renferme
un refus décifif, & eft commune à
toutes les femmes de ces Nations Barbares
, que notre voifinage & nos
exemples n'ont jamais pu civilifer.
Saint-Caftins , à qui la langue & les
ufages des Hurons étoient familiers , vit
d'abord qu'il n'avoit plus rien à prétendre
, & cette perfuafion rapella toute fa
générofité. Il fe borne donc à accompagner
la belle Sauvage , qui n'étoit venue
que par cas fortuit dans ce bois , &
qui craignoit de nouvelles rencontres .
Chemin faifantil en reçut toutes les marques
de reconnoiffance poffibles , fi on
en excepte celle qu'il avoit d'abord voulu
éxiger.
Au bout de quelque tems Saint- Caf
tins eft infulté par un de fes Confrères,
lui fait un appel , & le tue. L'Officier
JUILLET. 1763. 33
mort étoit neveu du Gouverneur Général
de la Colonie , & ce Gouverneur
étoit auffi abfolu que vindicatif. S .... .
C. ... n'eut d'autre parti à prendre que
la fuite. On préfuma qu'il s'étoit retiré
chez les Anglois de la nouvelle Yorck ,
chofe effectivement très - vraisemblable.
Cependant il n'en fit rien . Perfuadé qu'il
trouveroit un afyle également für parmi
les Hurons , ce fut à eux qu'il donna
la préférence.
Le defir de revoir. Azakia , ( c'eft le
nom de la Sauvage qu'il avoit fecourue ).
entra pour beaucoup dans ce choix . Elle
reconnut d'abord fon libérateur. Sa joie
fut extrême de le retrouver , & elle la lui
témoigna auffi naïvement qu'elle avoit
réfifté à fes attaques. Le Sauvage dont
elle étoit la femme , & qui fe nommoit
Ouabi , fit le même accueil à Saint-Caf
tins. Ce dernier l'inftruifit du motif de
fa fuite . Le Grand- Efprit foit loué , de
t'avoir conduit parmi nous , reprit le
Huron ! Ce corps , ajoûta-t-il , en portant
la main fur fon eftomach , ce corps
te fervira de barrière , & ce cafle - tête
écartera , ou térraffera tes ennemis . Ma'
cabannefera la tienne : tu verras journellement
le grand Aftre reparoître & nous
quitter , fans que rien te manque , ni
puiffe te nuire.
B v
34 MERCURE DE FRANCE.
Saint- Caftins lui déclara qu'il vouloit
abfolument vivre comme eux
c'eft- à-dire partager leurs travaux ,
leurs
guerres , leurs ufages ; en un mot devenir
Huron : aveu qui redoubla la joie
d'Ouabi. Ce Sauvage tenoit le premier
rang parmi fes femblables ; il étoit leur
Grand Chef , dignité qu'il ne devoit
qu'à fon courage & à fes fervices. If
avcit d'autres Chefs fous lui & offrit
une de ces Places à Saint- Caftins qui
n'accepta que le rang. de fimple guerrier.
LesHurons étoient alors en guerre avec
les Iroquois. Il fut queftion de tenter
une entreprife contre ces derniers . Saint-
Caftins voulut être de cette expédition
& y combattit en Huron déclaré . Mais
il fut bleffé dangereufement. On le
porta , non fans peine , jufques dans la
maifon d'Ouabi fur une efpéce de brancard.
A cette vue Azakia parut accablée
de douleur. Mais elle ne ſe borna
point à le plaindre ; elle fongea à lui
prodiguer les foins & les fecours. Elle
avoit plufieurs Efclaves à fes ordres &
ne fe repofoit que fur elle - même de
ce qui pouvoit tendre au foulagement
de fon hôte. Son activité égaloit fes inquiétudes.
On eût dit que c'étoit une
Amante qui veilloit fur les jours de fon
rapJUILLET.
1763. 35
Amant. Un François ne pouvoit manquer
d'en tirer les conféquences les plus
flateufes , & c'eft ce que fit d'abord
Saint-Caftins. Ses defirs & fes efpérances
renaiffoient avec fes forces . Un feul
point dérangeoit un peu fes vues : c'étoient
les fervices & les attentions d'Ouabi.
Pouvoit-il le tromper fans joindre
l'ingratitude à la perfidie ? Mais, reprenoit
Saint- Caftins , le bon Ouabi n'eft qu'un
Sauvage feroit- il plus vétillard fur cet
article que beaucoup d'honnêtes gens de
notre Europe ? Cette raifon , qui n'en
étoit pas une , parut très-folide à l'amoureux
François. Il renouvella fes
tendres avances , & fut furpris d'éffuyer
de nouveaux refus. Arrête ! Celario
( c'eſt le nom fauvage qu'on avoit donné
à Saint- Caftins ) arrête , lui dit Azakia
: les tronçons de la baguette que
j'ai rompu avec Ouabi n'ont pas encore
été réduits en cendres. Une partie reſte
encore en fon pouvoir & l'autre au
mien. Tant qu'ils fubfifteront , je ſuis à
Jui & ne puis être à toi. Ce difcours prononcé
d'un ton ferme , déconcerta un
peu Saint- Caftins. Il n'ofoit prèſque
plus infifter & tomba dans une trifte
rêverie. Azakia en fut touchée. Que
faire? lui dit- elle ; je ne puis devenir ta
B
vj
36 MERCURE DE FRANCE.
compagne qu'en ceffant d'être celle
d'Ouabi ; & je ne puis quitter Ouabi
fans lui caufer la trifteffe que tu éprouves
toi- même . Réponds - moi , l'a-t-il mérité
? Non ! s'écria vivement Célario
non! il mérite fur moi toute préférence
; mais il faut que j'abandonne & fa
demeure & même cette habitation . Ce
n'eft qu'en ceffant de voir Azakia que
je puis ceffer d'être ingrat envers Ouabi.
Ces mots firent palir la jeune fauvage.
Ses larmes coulerent prèſque
auffi -tôt , & elle ne chercha point à
les cacher. Ah ! ingrat Célario , s'écriat-
elle , en fanglottant & lui preffant les
mains entre les fiennes , ingrat Célario !
eft-il bien vrai que tu veuilles quitter
ceux à qui tu es plus cher que la lumière
du grand Aftre ? Que t'avonsnous
fait pour nous abandonner ? Te
manque - t - il quelque chofe ? Ne me
vois-tu pas fans ceffe à tes côtés comme
l'Efclave qui n'attend que le fignal
pour obéir ? Pourquoi veux-tu qu'Azakia
meure de triftefle ? Tu ne peux
la quitter fans emporter fon âme elle
eft à toi , comme fon corps à Ouabi....
L'arrivée de ce dernier empêcha Saint-
Caftins de répondre . Pour Azakia , elle
" Continuoit à pleurer fans fe contrain-
"
JUILLET. 1763 . 37
dre , fans même en cacher un inftant
la caufe. Ami , dit-elle , au Huron , tu
vois encore Célario , tu le vois , tu peux
lui parler & l'entendre : mais bien-tôt
il va difparoître à nos yeux , il va chercher
d'autres amis.... D'autres amis !
s'écria le Sauvage , prèſque auffi allarmé
qu'Azakia même ; eh quoi ? mon
cher Célario , quelle raifon te porte à
t'arracher toi-même de nos bras ? Astu
reçu ici quelque injure , quelque
dommage ? Réponds- moi ; tu fçais que
j'ai de l'autorité dans ces lieux. Je te
jure , par le grand Efprit , que tu feras
fatisfait & vengé.
Cette queftion devenoit embarraffante
pour Saint- Caftins. Il n'avoit nul
fujet raisonnable de fe plaindre , & le
vrai motif de fa réfolution devoit être
abfolument ignoré d'Ouabi. Il lui fallut
fe rejetter fur quelques raifons bannales
, & que le bon Ouabi trouva
très - ridicules . Parlons d'autre chofe ,
ajouta-t-il ; demain je pars pour une expédition
contre les Iroquois ; & ce foir
je donne à nos Guerriers le repas d'ufage.
Prends part à cet amufement ,
mon cher Célario ; .... j'en veux prendre
également à vos périls & à vos travaux
, interrompit Saint - Caftins ; je
a
38 MERCURE DE FRANCE.
fuis de cette nouvelle expédition. Tes
forces trahiroient ton courage , repliqua
le Chef des Hurons : c'eft peu de
fçavoir affronter la mort ; il faut pouvoir
le donner à l'ennemi ; il faut
pouvoir le pourfuivre , s'il prend la fuite
, & même pouvoir l'éviter , s'il eft
trop fupérieur. Telles furent , dans tous
les temps , nos maximes guerrieres . Ne
fonge donc , pour le moment , qu'à te
guérir , & à veiller fur cette habitation
durant mon abfence . Je t'en confie le
foin & la charge. Il eût été fuperflu
que le François repliquât. Bientôt les
Guerriers s'affemblent & le feftin commence.
A peine eft - il fini , que la troupe
fe met en marche , & que Saint- Caf
tins refte plus que jamais expofé aux
charmes d'Azakia.
Il eft certain que cette jeune Sauvage
aimoit fon Hôte , & l'aimoit d'un
amour purement métaphyfique , fans ,
pourtant , fe douter de ce que c'étoit
qu'un pareil amor . Elle prit même une
réfolution que nos Métaphyficiennes ,
dans ce genre , ne prendroient certainement
pas ; ce fut de procurer à
Saint- Caftins , l'occafion d'obtenir d'u
ne autre , ce qu'elle-même s'obtinoit
à lui refufer. La rivale qu'elle fe donna
JUILLET . 1763. 39
lire
étoit des plus propres à opérer cette
éfpèce de diverfion . Elle n'avoit que
dit-huit ans , étoit très- belle , & ce qui
ne devenoit pas moins néceffaire , étoit
encore fille. J'ai déja dit que chez ces
Nations une fille jouit de la plus grande
liberté. Saint-Caftins , excité par Azakia
, eut divers entretiens avec Zifma ,
c'eſt le nom de cette jeune Huronne.
Au bout de quelques jours , il put
dans fes yeux qu'elle feroit moins févère
que fon amie. On ne dit point
s'il profita de la découverte du moins
ne lui fit-elle point oublier Azakia ,
qui de fon côté , fans doute , ne vouloit
point être oubliée. Saint Caftins
fe fentoit , malgré lui , ramené vers
elle. Un incident , qui par- tout ailleurs
eût contribué à les unir , fut prêt à les
Téparer pour jamais.
:
On apprit par quelques fuyards , plus
diligens que les autres , qu'Ouabi avoit
donné dans une embuscade d'Iroquois ,
qu'il avoit perdu une partie de fa troupe
, & étoit lui-même refté fur le champ
de bataille. Cette nouvelle caufa de
juftes regrets à Saint- Caftins . Sa générofité
lui fit mettre à l'écart toute
vue d'intérêt. Il oublioit qu'en perdang
un ami , il fe trouvoit défait d'un R
40 MERCURE DE FRANCE .
val. D'ailleurs , la mort de ce Rival
pouvoit entraîner celle d'Afakia même.
Ses jours , dès ce moment , dépendoient
du caprice d'un fonge. Ainfi
le vouloit un ufage fuperftitieux , confacré
de tous temps parmi ces Peuples.
Si dans l'espace de quarante jours , une
Veuve , qui vient de perdre fon époux
le voit & lui parle en fonge deux fois
de fuite , elle en infére qu'il a beſoin
d'elle dans le pays des âmes , & rien
ne peut la difpenfer de fe donner la
mort.
Azakia étoit d'avance réfolue d'obéir
à cet ufage , fi le double fonge
avoit lieu. Elle regrettoit fincérement
Quabi , & quoique Saint - Caftins lui
fournît matiere à d'autres regrets en
mourant , le préjugé l'emportoit fur
l'inclination. Il n'eft pas facile d'exprimer
les inquiétudes , les terreurs qui
tourmentoient l'Amant de cette belle
& crédule Huronne . Chaque nuit il fè
la figuroit en proie à ces vifions finiftres
; il ne l'abordoit chaque matin
qu'en frémiffant. Un jour , enfin , il la
trouva qui préparoit un breuvage mortel.
C'étoit le fuc d'une racine de Citronnier
, poifon , qui dans cette Contrée,
ne manque jamais fon coup. Tu
JUILLET. 1763 . 41
vois , mon cher Célario , lui dit Azakia,
tu vois les apprêts du long voyage
qu'Ouabi m'ordonne de faire.... Ciel !
interrompit Saint - Caftins , pouvez-vous
en croire un fonge qui vous abuſe ?
une illufion frivole & trompeufe ? Arrête
, Célario , reprit la Huronne , tu
t'abufes toi-même . Ouabi s'eft montré
à moi la nuit dernière ; il m'a pris la
main en m'ordonnant de le fuivre . La
pefanteur de mon corps s'y oppofoit.
Ouabi s'eft éloigné d'un air trifte. Je
l'appellois. Pour toute réponſe , il m'a
tendu les bras , & enfuite a difparu . Il
reviendra , fans doute , mon cher Célario
: il faudra lui obéir ; & après t'avoir
pleuré , j'avalerai ce breuvage qui doit
affoupir mon corps ; j'irai rejoindre
Quabi dans le féjour des âmes.
Ce difcours mit Saint- Caftins hors
de lui-même. Il y oppofa tout ce que
la raifon , la douleur & l'amour pûrent
lui fuggérer de plus convaincant ; rien
ne parut l'être à la jeune Sauvage . Elle
pleuroit , mais perfévéroit dans fon deffein.
Tout ce que le défolé François
put obtenir d'elle , fut qu'en fuppofant
même qu'Ouabi lui apparût une feconde
fois en fonge , elle attendroit pour
fe donner la mort , qu'elle fût un peu
42 MERCURE DE FRANCE .
mieux affurée de la fienne : chofe que
Saint-Caftins fe propofoit de vérifier
au plutôt.
Les Sauvages n'échangent ni ne tachetent
point leurs prifonniers. Ils fe bornent
à les arracher des mains de l'ennemi
quand ils le peuvent. Quelquefois
le Vainqueur deftine fes Captifs à l'efclavage
; le plus fouvent il les fait mou
rir. Telle eft furtout la maxime des
Iroquois . Il y avoit donc à préfumer
qu'Ouabi étoit mort de fes bleffures ,
ou avoit été brulé par cette Nation barbare.
Azakia le croyoit encore plus que
tout autre . Mais Saint - Caftins vouloit
qu'au moins elle en doutât. De fon
côté il ranime le courage des Hurons
& propofe une nouvelle entreprife contre
l'Ennemi. Elle eft approuvée . Il
s'agiffoit d'élire un Chef. Toutes les
voix fe réuniffent en faveur de Saint-
Caftins qui avoit déja donné des preuves
de fa valeur & de fa conduite . Il
part avec fa troupe ; mais il ne part
qu'après avoir de nouveau tiré parole
d'Azakia qu'en dépit de tous les fonges
qu'elle pourroit faire , elle différera
au moins jufqu'à fon retour , le triſte
Voyage qu'elle médite.
Celui des guerriers Hurons fut des
JUILLET. 1763 . 43
plus heureux. Les Iroquois les croyoient
trop affoiblis , ou trop découragés pour
ofer rien entreprendre Eux- mêmes s'étoient
mis en marche pour venir les attaquer
, & marchoient fans précaution.
Il n'en étoit pas ainfi de la troupe de
Saint- Caftins. Celui- ci avoit envoyé
quelques-uns de fes gens à la découverte.
Ils apperçurent l'Ennemi fans en être
vus , & revinrent en donner avis à leur
Chef. Le terrain fe trouvoit des plus
propres à dreffer une embufcade . Les
Hurons en profiterent fi bien , que les
Iroquois fe virent enfermés lorfqu'ils
croyoient n'avoir aucun rifque à courir.
On les chargea avec une furie qui ne
leur laiffa point le temps de fe reconnoître.
Le plus grand nombre eft tué
fur la place ; le furplus eft eftropié ou
garroté. On marche fur le champ au
plus prochain village . On y furprend
les Iroquois affemblés. Ils alloient jouir
du fpectacle de voir brûler un Huron .
Déja ce dernier chantoit fa chanfon de
mort. C'eft à quoi ne manque jamais
tout Sauvage que l'Ennemi eft prêt à
faire périr . De grands cris & une grêle
de coups de fufil eurent bientôt di perfé
la foule des curieux . On tue & les
fuyards , & ceux qui veulent réſiſter.
44 MERCURE DE FRANCE.
Toute la férocité fauvage fe déploie .
Vainement Saint - Caftins s'efforçoit
d'a rêter le carnage . Il ne fauva qu'avec
peine un petit nombre de femmes
& d'enfans. Il craignoit furtout qu'au
milieu de ce tumulte horrible , Ouabi
ne fût maffacré lui-même , fuppofé qu'il
vécût encore & fe trouvât dans cette
habitation . Occupé de cette idée , il
accouroit fans relâche d'un endroit à
un autre. Il apperçoit dans une place
où l'on combattoit encore un Prifonnier
attaché à un poteau , & ayant à
fes côtés les apprêts de fa mort ; c'eſtà-
dire de quoi le brûler à petit feu . Le
Chef des Hurons vole vers ce malheureux
captif, rompt fes liens , le reconnoît
, l'embraffe avec des tranfports de
joie. C'étoit Ouabi!
Ce brave Sauvage avoit préféré la
perte de fes jours à celle de fa liberté.
A peine guéri de fes bleffures , on lui
avoit offert la vie fous condition de
refter Efclave . Il avoit choisi la mort
déterminé à fe la donner lui - même fi
elle lui étoit refufée. Mais les Iroquois
étoient gens à lui épargner cette peine.
Un inftant plus tard fes compagnons
n'euffent plus été à temps de le fauver.
Après avoir difperfé ou fait efclave
JUILLET. 1763 . 45
te qui reftoit d'Iroquois dans ce canton
, l'Armée Huronne reprit le chemin
de fes terres . Saint - Caftins voulut remettre
le commandement à Ouabi qui
le refufa . Il l'inftruifit , chemin faifant ,
du deffein où étoit Azakia de mourir
perfuadée que lui-même ne vivoit plus,
& qu'il exigeoit qu'elle le fuivît ; du
poifon qu'elle avoit préparé à ce fujet ,
& du délai qu'il n'avoit obtenu d'elle
qu'avec peine. Il parloit avec une véhémence
& un attendriffement qui
frapperent le bon Ouabi. Il fe rappella
quelques traits qui l'avoient peu frappé
dans le temps. Mais dans ce dernier
inftant même il ne témoigna rien de ce
qu'il projettoit. On arrive. Azakia ,
qui avoit fait un fecond rêve , regardoit
ce retour comme le fignal de fon
trépas. Quelle eft fa furpriſe de voir
au nombre des vivans l'époux qu'elle
croyoit aller rejoindre au féjour des
efprits ! D'abord elle refta immobile &
muette ; mais bientôt fa joie alloit s'exprimer
par de vives careffes & de longs
difcours. Ouabi reçut les unes , & interrompit
les autres. Enfuite s'adreffant
à Saint- Caftins : Célario , lui dit - il , tu
m'as fauvé la vie , & ce qui m'eft plus
cher encore , tu m'as deux fois confervé.
46 MERCURE DE FRANCE.
Azakia. Elle t'appartient donc plus qu'à
moi. Je t'appartiens moi- même. Vois
fi elle fuffit pour nous acquitter tous les
deux. Je te la céde par reconnoiffance ,
& je ne l'euffe pas cédée pour me tirer
des feux allumés par les Iroquois.
Ce que ce difcours fit éprouver à
Saint- Caftins eft difficile à exprimer,
non qu'il lui parût auffi ridicule , auffi
bifarre qu'il pourra le fembler à certains
Lecteurs. Il fçavoit que le divorce
eft très-fréquent chez les Sauvages. Ils
fe féparent auffi facilement qu'ils s'uniffent.
Mais perfuadé qu'on ne pou
voit céder Azakia fans un effort furnaturel
, il fe croyoit obligé à un effort
équivalent. Il refufa ce qu'il defiroit le
plus , & le refufa en vain il lui fallut
céder à la perfévérance d'Ouabi. Pour
la fidelle Azakia qu'on a vu réſiſter à
toutes les attaques de Saint- Caftins ,
& refufer de furvivre à l'époux qu'elle.
croyoit mort , on s'attend peut - être
qu'elle difputera longtemps fur la féparation
que cet époux lui propofe . Point
du tout. Elle n'avoit jufqu'alors écouté
que le devoir : elle crut qu'il lui étoit
libre enfin d'écouter fon inclination
puifqu'Ouabi l'exigeo it . Les morceaux
de la baguette d'union furent apportés ,
JUILLET. 1763. 47°
réunis & brûlés : Ouabi & Azakia
s'embrafferent pour la dernière fois
& dès ce moment cette jeune & belle
Huronne rentra dans tous fes droits de
fille. On dit même qu'aidé de quelques
Miffionnaires , Saint - Caftins la mit en
état de devenir fa femme dans toutes les
régles . Ouabi , de fon côté , rompit la
baguette avec la jeune Zifma ; & ces.
deux mariages , fi différens par la forme
, furent au fonds également heureux.
Chaque époux , bien affuré de
n'avoir point de concurrens oublia
s'il avoit eu des prédéceffeurs .
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Résumé : AZAKIA, ANECDOTE HURONNE.
Au XVIIIe siècle, les relations entre colons français et peuples autochtones au Canada ont commencé par des violences avant de s'apaiser grâce à l'échange de biens comme l'alcool et le tabac, permettant aux Français de circuler librement dans les forêts canadiennes. Les femmes autochtones étaient souvent décrites comme belles et fidèles après le mariage. Une histoire notable met en scène le baron de Saint-Castins, Azakia, une femme huronne, et Ouabi, le chef huron. Saint-Castins, recherché pour meurtre, trouve refuge chez les Hurons où il est accueilli par Azakia et Ouabi. Il participe à une expédition contre les Iroquois et est soigné par Azakia, démontrant sa loyauté. Saint-Castins, amoureux d'Azakia, hésite à trahir Ouabi mais finit par déclarer ses sentiments. Azakia refuse, restant fidèle à Ouabi. Saint-Castins décide alors de partir pour éviter l'ingratitude. Lors d'une embuscade iroquoise, Ouabi est tué. Azakia, suivant une coutume, prépare un poison pour se donner la mort. Saint-Castins la dissuade temporairement. Il mène ensuite une expédition contre les Iroquois et sauve Ouabi, capturé et condamné au bûcher. En juillet 1763, Ouabi, reconnaissant, cède Azakia à Saint-Castins. Libérée de son devoir de veuve, Azakia accepte de suivre son inclination. Les deux couples trouvent finalement le bonheur.
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1995
p. 47-48
VERS sur la convalescence de Madame la Comtesse de BRIONNE.
Début :
L'AMOUR se plaignoit l'autre jour, [...]
Mots clefs :
Convalescence, Amour, Princesse, Peuple
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texteReconnaissance textuelle : VERS sur la convalescence de Madame la Comtesse de BRIONNE.
VERS fur la convalefcence de Madame
la Comteffe de BRIONNE.
L'AMOUR fe plaignoit l'autre jour ,
Il trembloit , dit -on , pour ſa mère.
Les ris , les graces à leur tour
Avoient déja drapé Cythère :
Le deuil régnoit en ce féjour.
La crainte qui les déſeſpére ,
Ne partoit que du Sentiment ;
Et la douleur la plus amére
Annonçoit leur difcernement.
Une illuftre & jeune Princeffe ,
MERCURE DE FRANCE.
Objet de leurs juftes regrets ,
Par les vertus , par fes bienfaits ,
De tous les coeurs captivoit la tendreſſe.
Déja l'infléxible Atropos
Sur elle ofoit lever fes criminels ciſeaux....
Arrête , cruelle ! s'écrie
Un Dieu qui commande à la mort :
Garde-toi de trancher une fi belle vie ;
C'eſt au Ciel à régler ſon ſort,
De fon fiécle qu'elle décore
Refpecte l'amour & l'honneur ;
Qu'elle le foit longtemps encore.
Rentre aux Enfers , & calme la terreur
D'un Peuple entier qui pour elle m'implore
#
Par M. M. ci-devant Officier au Régiment
Etranger de Dunkerque .
la Comteffe de BRIONNE.
L'AMOUR fe plaignoit l'autre jour ,
Il trembloit , dit -on , pour ſa mère.
Les ris , les graces à leur tour
Avoient déja drapé Cythère :
Le deuil régnoit en ce féjour.
La crainte qui les déſeſpére ,
Ne partoit que du Sentiment ;
Et la douleur la plus amére
Annonçoit leur difcernement.
Une illuftre & jeune Princeffe ,
MERCURE DE FRANCE.
Objet de leurs juftes regrets ,
Par les vertus , par fes bienfaits ,
De tous les coeurs captivoit la tendreſſe.
Déja l'infléxible Atropos
Sur elle ofoit lever fes criminels ciſeaux....
Arrête , cruelle ! s'écrie
Un Dieu qui commande à la mort :
Garde-toi de trancher une fi belle vie ;
C'eſt au Ciel à régler ſon ſort,
De fon fiécle qu'elle décore
Refpecte l'amour & l'honneur ;
Qu'elle le foit longtemps encore.
Rentre aux Enfers , & calme la terreur
D'un Peuple entier qui pour elle m'implore
#
Par M. M. ci-devant Officier au Régiment
Etranger de Dunkerque .
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Résumé : VERS sur la convalescence de Madame la Comtesse de BRIONNE.
Le poème célèbre la convalescence de la comtesse de Brionne, dont la santé suscite l'inquiétude de ses proches. Une jeune princesse, admirée pour ses vertus, voit sa vie menacée par la mort personnifiée par Atropos. Un dieu intervient pour sauver la princesse, apaisant ainsi la terreur du peuple. L'auteur est un ancien officier du Régiment Étranger de Dunkerque.
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1996
p. 48-55
LE JUGEMENT DE PÂRIS, PAR Mlle A.... âgée de 17 ans.
Début :
TOI, dont le pouvoir agréable [...]
Mots clefs :
Pâris, Beauté, Cœur, Plaisir, Gloire, Berger, Charmes, Partage
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texteReconnaissance textuelle : LE JUGEMENT DE PÂRIS, PAR Mlle A.... âgée de 17 ans.
LE JUGEMENT DE PARIS ,
PAR Mlle A....âgée de 17 ans .
Tor ,dont le pouvoir agréable
Enchante le coeur & les yeux ;
Toi , que l'on adore en tous lieux ,
Auffi dangereufe qu'aimable ;
Partage frivole & charmant ,
Beauté , que notre aveuglement
Partout a rendu Souveraine !
Faur-il
JUILLET. 1763 . 49
Faut-il que pour de vains defirs ,
L'on ait vu du fein des plaifirs ,
Naître la difcorde & la haine ?
L'éclat de tes appas trompeurs ,
Produifit ce défordre extrême ;
Et dans l'Olympe , les Dieux même
Se difputerent tes faveurs.
Ce jour , où l'amoureux Pelée ;
Vit l'hymen couronnerles voeux ,
Où la fierté fut immolée ,
Aux plaifir de l'Amour heureux ;
Des Dieux l'immortelle affemblée ,
Célébroit de fi tendres noeuds .
Dans leurs jeux , la ſagelle auſtère ,
Dépofoit fa févérité ;
Tout y cédoit au foin de plaire .
La troupe aimable de Cythère ,
Y conduifoit la Volupté ;
Jupiter , ce Dieu redoutable ,
Jupiter même alors aimable ,
Ne refpiroit que la gaîté.
Tu vins troubler , Beauté fatale ;
Ces inftans remplis de douceurs !
Par toi , la Déeſſe infernale ,
Fit régner de noires fureurs.
A peine la troupe céleſte ,
Eut vu cette pomme funefte ,
Prix des plus aimables attraits ;
I. Vol C
50 MERCURE DE FRANCE.
Qu'une jalousie implacable ,
Vint par la fureur redoutable ,
Bannir les amours & la paix .
L'intérêt le plus cher aux Belles ,
Et l'intérêt de leurs appas :
L'on vit parmi les Immortelles,
Naître mille & mille combats.
Minerve , malgré fa fageffe ,
Et Juhon , malgré la fierté ,
De la mère de la tendreffe ,
Veulent éffacer la beauté.
En vain , l'une a pour fon
partage ,
Et la prudence & le courage ;
En vain , l'autre commande aux Dieux ';
Le pouvoir , la gloire , les armes ,
Flatent moins leurs coeurs envieux ,
Que le prix qu'on offre à leurs charmes.
Mais , comment calmer leur courroux ?
Quel Juge équitable & fincère ,
Prononcera l'arrêt févère ,
Où rendent leurs voeux les plus doux ?
En vain de la voûte brillante ,
Leur voix irritée & preffante ,
Implore tous les habitans :
Inutiles empreffemens !
Aucun n'accepte le partage
D'un auffi dangereux emploi ;
Heureux mortel , ce n'est qu'à toi ,
JUILLET. 1763 .
51
Qu'en eſt réſervé l'avantage !
O toi , que par de fages Loix ,
Le fort retient au fonds des bois ,
Berger & Prince tout enſemble ,
C'eſt pourle plaifir de tes yeux ,
Qu'aujourd'hui la Beauté raſſemble
Ses tréfors les plus précieux.
Sur les bords fleuris que le Xanthe ,
Arrofe dans fon heureux cours ,
Páris voyoit couler fes jours.
Le coeur libre , l'âme contente ,>
Il goûtoit un charmant repos ;
Il n'avoit dans cette retraite ,
D'autre fceptre que fa houlette ,
D'autres Sujets que les troupeaux.
O Berger , quelle gloire extrême ,
Se joint à ta félicité !
De Jupiter l'arrêt ſuprême ,
Te rend Juge de la Beauté !
Mais calme un tranfporte qui t'enchante ;
Souvent le plus triſte revers ,
Suit une fortune brillante;
Et le chemin qu'elle préfente ,
Cache mille perils divers.
L'on cherche en vain à le connoître ;
Il est trop aifé d'y gliffer :
Ton bonheur finira peut- être ,
Où ta gloire va commencer,
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
Le moment funeſte s'avance ;
Et les trois célestes objets ,
Viennent chercher la récompenſe ;
Que l'on deftine à leurs attraits :
Paris , que de juftes allarmes ,
Vont en foule agiter ton coeur !
Comment , en voyant tant de charmes ,
Pourras -tu choisir un vainqueur ?
Vois de l'illuftre Souveraine ,
La nobleffe & la majesté ;
Ce front où régne la fierté ,
Et fixe ton ame incertaine,
Mille tréfors te font ouverts ;
Les biens , la fuprême puiffance ;
Les richelles de l'Univers ,
Seront ta jufte récompenfe.
Que pour un deftin fi brillant ,
Le fils de Priam fe décide.....
Mais non ; un objet plus puiffant
Va frapper fon efprit timide.
Viens , augufte Divinité ,
Minerve , à ton Juge enchanté ,
Viens montrer ton air intrépide ,
Ta candeur , ta fimplicité .
Toi feule , aux amans de la gloire ,
1
JUILLET. 1763 .
52
Tu difpenfes du haut des Cieux ,
Et les lauriers , & la victoire ;
La vertu brille dans tes yeux.
Non , ta beauté n'a point d'égales ,
Et Pallas , fans le moindre effort ,
Doit l'emporter für fes rivales ,
Dans l'âme du frère d'Hector.
Mais , quel attrait inévitable
De Paris vient charmer le coeur ?
Vénus , cette Déeffe aimable ,
S'avance d'un air air enchanteur ,
Le fouris tendre & féducteur,
Anime fa bouche agréable ;
D'un air innocent & badin ,
L'Amour qui vole devant elle ,
Aux vives couleurs de fon tein ,
Ajoute une fraîcheur nouvelle .
Quoi ! dit- elle au Berger furpris ,
Devrois-tu balancer encore ?
Se peut-il que Pâris ignore ,
Qui de nous mérite le prix ?
De ces deux fuperbe : Die Tes ,
Lep ouvoir éblouit tes yeux :
Je vois que leurs vaines promeffes ,
Flatent ton coeur ambitieux ;
Mais que tu connois peu les charmes
C iij
54 MERCURE DE FRANCE .
Dont elles t'offrent les douceurs !
Par trop de fang , par trop d'allarmes ,
Elles font payer leurs faveurs.
Fuis des épines fi cruelles ;
Le plaifir t'attend en ce jour :
Viens dans l'Empire de l'Amour ,
Cueillir des fleurs toujours nouvelles.
Par tous les attraits de ma Cour ,
Tu verras ta flamme fervie.
Aime jouis d'un doux retour,
Voilà le plaifir de la vie.
D'un difcours auffi féduisant ,
Pâris ne fçauroit ſe défendre.
Un pouvoir funefte & charmant ,
Malgré lui le force à fe rendre.
Ecoute un peu moins tes defirs ;
Lâche Berger , que vas-tu faire?
Souffre que la Raifon t'éclaire ,
Sur de fi frivoles plaiſirs .
D'un aveugle & fatal caprice ,
Crains plutôt les douces erreurs ;
Vénus lous d'agréables fleurs ,
Cache un funefte précipice ..
Vains éfforts , difcoursfuperflus !
Les honneurs , la brillante gloire ,
Cédent une injufte victoire ,
Aux charmes trompeurs de Vénus .
JUILLET. 1763 .
55
Quel deſtin cet arrêt t'apprête !
Qu'as- tu fait , malheureux Berger ? ]
Hélas , qu'un plaifir paffager
Raffemble de maux fur ta tête !
Ah ! que tes appas font cruels ,
Vénus , inhumaine Déeſſe ! ....
Des pleurs , des regrets éternels ,
Voilà ce que ta main nous laiſſe.
Cependant , que de coeurs furpris ,
T'encenfent au fiécle où nous fommes ;
Et combien de nouveaux Pâris ,
Se trouveroient parmi les hommes !
PAR Mlle A....âgée de 17 ans .
Tor ,dont le pouvoir agréable
Enchante le coeur & les yeux ;
Toi , que l'on adore en tous lieux ,
Auffi dangereufe qu'aimable ;
Partage frivole & charmant ,
Beauté , que notre aveuglement
Partout a rendu Souveraine !
Faur-il
JUILLET. 1763 . 49
Faut-il que pour de vains defirs ,
L'on ait vu du fein des plaifirs ,
Naître la difcorde & la haine ?
L'éclat de tes appas trompeurs ,
Produifit ce défordre extrême ;
Et dans l'Olympe , les Dieux même
Se difputerent tes faveurs.
Ce jour , où l'amoureux Pelée ;
Vit l'hymen couronnerles voeux ,
Où la fierté fut immolée ,
Aux plaifir de l'Amour heureux ;
Des Dieux l'immortelle affemblée ,
Célébroit de fi tendres noeuds .
Dans leurs jeux , la ſagelle auſtère ,
Dépofoit fa févérité ;
Tout y cédoit au foin de plaire .
La troupe aimable de Cythère ,
Y conduifoit la Volupté ;
Jupiter , ce Dieu redoutable ,
Jupiter même alors aimable ,
Ne refpiroit que la gaîté.
Tu vins troubler , Beauté fatale ;
Ces inftans remplis de douceurs !
Par toi , la Déeſſe infernale ,
Fit régner de noires fureurs.
A peine la troupe céleſte ,
Eut vu cette pomme funefte ,
Prix des plus aimables attraits ;
I. Vol C
50 MERCURE DE FRANCE.
Qu'une jalousie implacable ,
Vint par la fureur redoutable ,
Bannir les amours & la paix .
L'intérêt le plus cher aux Belles ,
Et l'intérêt de leurs appas :
L'on vit parmi les Immortelles,
Naître mille & mille combats.
Minerve , malgré fa fageffe ,
Et Juhon , malgré la fierté ,
De la mère de la tendreffe ,
Veulent éffacer la beauté.
En vain , l'une a pour fon
partage ,
Et la prudence & le courage ;
En vain , l'autre commande aux Dieux ';
Le pouvoir , la gloire , les armes ,
Flatent moins leurs coeurs envieux ,
Que le prix qu'on offre à leurs charmes.
Mais , comment calmer leur courroux ?
Quel Juge équitable & fincère ,
Prononcera l'arrêt févère ,
Où rendent leurs voeux les plus doux ?
En vain de la voûte brillante ,
Leur voix irritée & preffante ,
Implore tous les habitans :
Inutiles empreffemens !
Aucun n'accepte le partage
D'un auffi dangereux emploi ;
Heureux mortel , ce n'est qu'à toi ,
JUILLET. 1763 .
51
Qu'en eſt réſervé l'avantage !
O toi , que par de fages Loix ,
Le fort retient au fonds des bois ,
Berger & Prince tout enſemble ,
C'eſt pourle plaifir de tes yeux ,
Qu'aujourd'hui la Beauté raſſemble
Ses tréfors les plus précieux.
Sur les bords fleuris que le Xanthe ,
Arrofe dans fon heureux cours ,
Páris voyoit couler fes jours.
Le coeur libre , l'âme contente ,>
Il goûtoit un charmant repos ;
Il n'avoit dans cette retraite ,
D'autre fceptre que fa houlette ,
D'autres Sujets que les troupeaux.
O Berger , quelle gloire extrême ,
Se joint à ta félicité !
De Jupiter l'arrêt ſuprême ,
Te rend Juge de la Beauté !
Mais calme un tranfporte qui t'enchante ;
Souvent le plus triſte revers ,
Suit une fortune brillante;
Et le chemin qu'elle préfente ,
Cache mille perils divers.
L'on cherche en vain à le connoître ;
Il est trop aifé d'y gliffer :
Ton bonheur finira peut- être ,
Où ta gloire va commencer,
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
Le moment funeſte s'avance ;
Et les trois célestes objets ,
Viennent chercher la récompenſe ;
Que l'on deftine à leurs attraits :
Paris , que de juftes allarmes ,
Vont en foule agiter ton coeur !
Comment , en voyant tant de charmes ,
Pourras -tu choisir un vainqueur ?
Vois de l'illuftre Souveraine ,
La nobleffe & la majesté ;
Ce front où régne la fierté ,
Et fixe ton ame incertaine,
Mille tréfors te font ouverts ;
Les biens , la fuprême puiffance ;
Les richelles de l'Univers ,
Seront ta jufte récompenfe.
Que pour un deftin fi brillant ,
Le fils de Priam fe décide.....
Mais non ; un objet plus puiffant
Va frapper fon efprit timide.
Viens , augufte Divinité ,
Minerve , à ton Juge enchanté ,
Viens montrer ton air intrépide ,
Ta candeur , ta fimplicité .
Toi feule , aux amans de la gloire ,
1
JUILLET. 1763 .
52
Tu difpenfes du haut des Cieux ,
Et les lauriers , & la victoire ;
La vertu brille dans tes yeux.
Non , ta beauté n'a point d'égales ,
Et Pallas , fans le moindre effort ,
Doit l'emporter für fes rivales ,
Dans l'âme du frère d'Hector.
Mais , quel attrait inévitable
De Paris vient charmer le coeur ?
Vénus , cette Déeffe aimable ,
S'avance d'un air air enchanteur ,
Le fouris tendre & féducteur,
Anime fa bouche agréable ;
D'un air innocent & badin ,
L'Amour qui vole devant elle ,
Aux vives couleurs de fon tein ,
Ajoute une fraîcheur nouvelle .
Quoi ! dit- elle au Berger furpris ,
Devrois-tu balancer encore ?
Se peut-il que Pâris ignore ,
Qui de nous mérite le prix ?
De ces deux fuperbe : Die Tes ,
Lep ouvoir éblouit tes yeux :
Je vois que leurs vaines promeffes ,
Flatent ton coeur ambitieux ;
Mais que tu connois peu les charmes
C iij
54 MERCURE DE FRANCE .
Dont elles t'offrent les douceurs !
Par trop de fang , par trop d'allarmes ,
Elles font payer leurs faveurs.
Fuis des épines fi cruelles ;
Le plaifir t'attend en ce jour :
Viens dans l'Empire de l'Amour ,
Cueillir des fleurs toujours nouvelles.
Par tous les attraits de ma Cour ,
Tu verras ta flamme fervie.
Aime jouis d'un doux retour,
Voilà le plaifir de la vie.
D'un difcours auffi féduisant ,
Pâris ne fçauroit ſe défendre.
Un pouvoir funefte & charmant ,
Malgré lui le force à fe rendre.
Ecoute un peu moins tes defirs ;
Lâche Berger , que vas-tu faire?
Souffre que la Raifon t'éclaire ,
Sur de fi frivoles plaiſirs .
D'un aveugle & fatal caprice ,
Crains plutôt les douces erreurs ;
Vénus lous d'agréables fleurs ,
Cache un funefte précipice ..
Vains éfforts , difcoursfuperflus !
Les honneurs , la brillante gloire ,
Cédent une injufte victoire ,
Aux charmes trompeurs de Vénus .
JUILLET. 1763 .
55
Quel deſtin cet arrêt t'apprête !
Qu'as- tu fait , malheureux Berger ? ]
Hélas , qu'un plaifir paffager
Raffemble de maux fur ta tête !
Ah ! que tes appas font cruels ,
Vénus , inhumaine Déeſſe ! ....
Des pleurs , des regrets éternels ,
Voilà ce que ta main nous laiſſe.
Cependant , que de coeurs furpris ,
T'encenfent au fiécle où nous fommes ;
Et combien de nouveaux Pâris ,
Se trouveroient parmi les hommes !
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Résumé : LE JUGEMENT DE PÂRIS, PAR Mlle A.... âgée de 17 ans.
Le poème 'Le Jugement de Paris', rédigé par une jeune fille de 17 ans en juillet 1763, narre l'histoire mythologique du jugement de Paris. Lors d'une fête sur l'Olympe, une pomme d'or destinée à la plus belle des déesses provoque des disputes entre Junon, Minerve et Vénus. Aucune divinité ne souhaitant arbitrer, Paris, un berger vivant près du fleuve Xanthe, est désigné comme juge. Les trois déesses tentent de le séduire avec des offres distinctes : Junon propose puissance et richesse, Minerve offre sagesse et victoire, tandis que Vénus promet amour et plaisir. Paris, séduit par Vénus, la choisit, ce qui scelle son destin tragique. Le poème se termine sur une note mélancolique, soulignant les conséquences désastreuses de ce choix. Il se présente également comme une plainte adressée à Vénus, dénonçant la douleur et la cruauté de ses charmes, qui engendrent larmes et regrets éternels. Malgré cette souffrance, nombreux sont ceux qui continuent de vénérer la déesse. Le texte suggère que beaucoup d'hommes seraient prêts à imiter Paris, connu pour son rôle dans la guerre de Troie en raison de son amour pour Hélène.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1997
p. 55-66
EXTRAIT de quelques Lettres de Madame la Comtesse de GRIGNAN, du Chevalier de GRIGNAN, du Marquis de SEVIGNÉ, & de M. de BUSSY-RABUTIN, Evêque de Luçon.
Début :
De Madame de GRIGNAN à son mari. SI ce Major s'en retourne, je le [...]
Mots clefs :
Chevalier, Poètes, Lettre, Grignan, Simiane, Télémaque, Poètes, Sévigné, Monde, Maladie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de quelques Lettres de Madame la Comtesse de GRIGNAN, du Chevalier de GRIGNAN, du Marquis de SEVIGNÉ, & de M. de BUSSY-RABUTIN, Evêque de Luçon.
EXTRAIT de quelques Lettres de
Madame la Comteſſe de GRIGNAN ,
du Chevalier de GRIGN AN , du Marquis
de SEVIGNÉ , & de M. de Bus-
SY-RABUTIN , Evêque de Luçon .
De Madame de GRIGNAN à fon mari.
*
SII ce Major s'en retourne , je le
chargerai d'une petite lettre de douceur;
* Nous tenons ces Extraits de M l'Abbé Tr2-
blet , de l'Académie Françoife , & il les tenoit de
feu M. le Chevalier de Perrin , Editeur des Lettres
de Mde de Sévigné. Il a bien voulu y joindre
quelques notes.
Civ
36 MERCURE DE FRANCE:
j'y joindrai les nouvelles que je pourrai
attraper ; elles font rares & les plus
confidérables font légères , quand on en
retranche les médifances qui égayent
la converfation.
Mde de Monaco fe meurt : M. Brayer
( fon Médecin , ) lui annonça il y a
deux jours que le temps de la vie étoit
court ; qu'il étoit obligé de l'en avertir ,
afin d'en difpofer pour l'éternité , & c.
Elle envoya querir le P. Céfar , & fe
confeffa fort longtemps ; elle reçut N. S.
fit fon teftament , & avec une fermeté
admirable ; ne parla plus de la mort ,
&c. Elle eft encore au même état , &
fe verra mourir toute en vie , fans perdre
un moment la connoiffance. Il
faut bien de la conftance pour foutenir
longtemps une fi pénible vue ; les feuls
Pères de la Trappe me paroiffent la pouvoir
regarder de fang froid.
A Madame de SIMIANE , fa fille.
Je ne fais d'attrait nouveau à Marfeille
, que la préfence de M. de Ventadour
, qui a choifi ce domicile pour cet
hyver ; cette compagnie me gâte fort
le foleil de Provence. M. de Ventadour
me paroît une violente éclipfe.
JUILLET. 1763. 57
Je m'afflige de l'anéantiffement des
grandes Maifons , c'eſt une parure de
moins au monde.
Sa jeuneffe furannée ( de la bellemère
de Madame de Simiane ) me fait
aimer votre jeuneffe prématurée.
J'ai fort regretté notre Soeur du Janet;
mais pourquoi ? C'eft une Sainte
& elle étoit martyre.
Quoique nous n'ayons pas gran1.
chofe à nous dire , cela ne vous difpenfe
pas de m'inftruire de ce qui vous regarde
, puifque votre filence ne me
difpenfe pas de fentir pour vous bien
de l'amitié ,
Les circonftances de la mort fubite
de Monfieur , ( le 9 Juin 1701. ) font
dignes de grandes réflexions , mais d'ordinaire
les réflexions n'agiffent que
fur les perfonnes qui en ont le moins
de befoin , & qui font déja bien diſpofées.
A la même fur la couche d'une fille.
Je fais peu d'attention à l'efpéce ; il
n'y en a que de deux façons ; ce qui
ne fe fait pas une fois fe répare l'autre.
Cv
58
MERCURE
DE
FRANCE
. Vous avez trouvé le fecret de me
rendre attentive en me parlant de votre
coeur & de votre amitié ; j'ai peſé
vos expreffions ; j'y aurois cru de l'éxagération
, fi je ne vous croyois affez
exacte fur la vérité , pour ne pas dire
une parole qui ne ferve à l'exprimer.
Je fuis très - touchée de vos fentimens
& de pouvoir faire votre joie ou votre
peine , par la manière dont je vivrai
avec vous ; je n'en fçaurois changer ,
quand votre coeur fera fon devoir ; c'eſt
lui qui eft ma régle & qui détermine
mes démonftrations. Vous êtes devenue
fi raiſonnable , fi dégagée des fentimens
qui font les conduites bifarres & capricieufes
, que je puis vous répondre
de moi , parce que je me réponds de
vous. J'ai fort envie que nous éprouvions
l'une & l'autre l'égalité & la
douceur d'un commerce aimable &
tendre. J'ai fort envie de vous avoir
auprès de moi , mais je me pique d'amour
pur & défintéreffé ; vous fçavez
que je connois la richeffe des privations
; le bonheur de s'y accoutumer
eft le plus réel de la vie.
Le Roi d'Espagne ( Philippe V. )
a rempli toutes les lettres comme il remJUILLET
. 1763 . 59
pliffoit tous les efprits & toutes les converfations.
Ne feriez - vous point curieufe
de voir en ce pays Mrs les Princes ?
C'est une belle occafion de leur en
faire les honneurs. Mais il ne faut point
tenter le jeune Télémaque de s'arrêter
dans le cours de fes voyages , ni lui préfenter
quelqu'un de plus aimable qu'Eu
charis & qu'il auroit peut-être plus de
peine à quitter. Cette raifon vous retiendra.
Je fuis peu furpriſe de vos profpérités
chez M. & Mde de Chamillard. Ce
n'eft pas à leur bonté & à leur égalité
que vous devez leur conftance , c'eft
à vous & à leur bon goût. Je ne vous
parle point de mon retour , parce que
ce difcours eft inutile , à vous qui favez
mes fentimens , & au monde qui ne
s'en foucie point.
Le fimple récit de l'accident du Chevalier
de Grignan fuffit pour vous faire
faire toutes les réfléxions au grand mépris
de la prévoyance de la prudence
humaine ; il vient ici pour éviter les
douleurs , & il y trouve des accidens
qui lui font fouffrir des douleurs infupportables.
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
On ne peut mander une maladie
d'une manière plus propre à raffurer
que vous me mandez celle de mon frère
( le Marquis de Sévigné) ; cela s'appelle
une maladie digne d'envie : c'eft la
peur d'avoir la migraine qui le retient
dans ſa chambre , qui raffemble le monde
chez lui , qui vous amufe tous .
En vérité je le plaindrai quand il jugera
à propos de fe guérir.
J'ai fçu votre voyage de Champlatreux;
je me fuis repréfenté vos plaifirs ; ils
auroient été plus parfaits,fi le malheur au
jeu ne les avoit troublés. Je fuis dans
l'épreuve de cette forte de tribulation ;
la Cométe déconcerte ma tranquillité ,
comme les As rouges démontent M.
de Grignan. Mde de Rochebonne fait
avec moi la récolte de ce qui manque à
la médiocrité de fes revenus , & je fuis
fa dupe , fans pouvoir me corriger de
mal jouer ni de jouer.
Il faut faire un éffort pour tirer M.
de Simiane d'une charge de fubalterne ;
bonne pour y paffer , & humiliante
quand on y féjourne trop long-temps .
J'ai eu ici Mde de Simiane , elle eft
JUILLET. 1763.
61
cent fois plus jeune que vous ; mais
toujours utile à fa famille par fon attention
habile. Elle eft inquiéte de ces
mouvemens de Troupes qui préfagent
la guerre. Je ne fçais fi elle fera auffi
effective qu'elle eft apparente ; mais il y
a bien affez de l'apparence pour éffrayer.
On m'a dit que le P. le Rat * avoit
fuccédé au P. Malinco ; cela fera des
Rates , ou des Eratées , ou bien des
Ratières ; la terminaiſon n'empêche pas
que la conduite ne foit folide .
On n'obtiendra jamais ma compaffion
par quelque chofe d'auffi defirable
à mes yeux que la fécondité.
Du Chevalier de Grignan , à Mde de
Grignan , fa belle-foeur.
Tous vos parens vous embraffent .
Moi qui fuis parent , je vous embraffe
auffi ma chère Soeur. Nous fommes
ici dans la lecture des Ouvrages de ma
Soeur qui ont pour titre : Abrégé des
vertus de notre Soeur une telle ; elle y
rapporte qu'une béate avoit tant de
faim après une maladie, qu'elle mangeoit
De l'Oratoire , Confeffeur de Mlle de Grie
gnan & de Mde de Sévigné la Bru,
62 MERCURE DE FRANCE.
du bois ; enfin le Diable la tenta , elle
mangea du pain bis ; le Confeffeur
fçachant que c'étoit par une faim qui
fuivoit une maladie , au lieu de lui ordonner
une pénitence , lui dit d'en manger
tous les matins autant.
De Mde de Grignan à Mde de
Simiane.
*
J'ai été incommodée & me fuis guérie
fans reméde ; je fuis perfuadée de
votre inquiétude , & que vous voulez
que je dure autant que l'Univers . Ne
manquez pas à m'envoyer l'Opéra de
Télémaque ; je le lirai avec grand plaifir
, en attendant celui que j'aurai de le
voir ; car je furmonterai l'ennui qui
m'empêche d'aller aux autres Opéra ,
pour voir celui-là . Je crois que M. de
Cambrai fera obligé d'en faire les vers
s'il faut que ce foit un bel - efprit &
un grand Archevêque qui les faffe ;
mais ce n'eft point un Archevêque qui
a fait l'Ile de Calipfo ni Télémaque ;
c'eft le Précepteur d'un grand Prince.
>
* C'eft celui que Danchet & Campra mirent au
Théâtre en 1704.& qu'ils avoient compofé de divers
Fragmens d'autres Opéra . Mde de Grignan
croyoit que cette Tragédie étoit entiérement
nouvelle.
JUILLET. 1763. 63
qui devoit à fon difciple l'inftruction
néceffaire pour éviter tous les écueils
de la vie humaine , dont le plus grand
eft celui des paffions. Il vouloit lui donner
de fortes impreffions des défordres
que caufe ce qui paroît le plus agréable
, & lui apprendre que le grand reméde
eft la fuite du péril. Voilà de
grandes & d'utiles inftructions , fans
compter toutes celles qui fe trouvent
dans ce livre , capable de former un
honnête homme & un grand Prince . Si
dans cet Opéra qu'on fait , on conſerve
cet efprit & ce caractère , il fera plus
de fruit que les Sermons du P. Maffillon.
Vous n'avez pas pris chez lui &
chez fes Confrères le ridicule que vous
voulez donner à Télémaque ; les Pères
de l'Oratoire fçavent trop que l'ufage
eft de faire lire les Poëtes aux jeunes
gens. Les Poëtes font pleins d'une peinture
terrible des paffions , il n'y en a
aucune de cette nature dans Télémaque ;
tout y eft délicat , pur , modefte , & le;
reméde eft toujours prêt & toujours
prompt. Les Poëtes anciens n'ont pas eu
ces précautions , & font pourtant admis
dans les Colléges par les Docteurs les plus
févères ; le Port-Royal a traduit Terence
, Plaute , Petrone. M. d'Andilly
64 MERCURE DE FRANCE.
( Arnauld ) a traduit le 4 & le 6º L. de
l'Eneide ; perfonne ne l'obligeoit à mettre
en langue vulgaire & dans les mains
de tout le monde la peinture de la paffion
la plus forte & la plus funefte qui
ait jamais été ; il le faifoit pour aider
quelque Précepteur de fes amis a inftruire
quelque Difciple de Port-Roval.
Vous voyez donc que ces Meffieurs ne
vous avoueroient pas , s'ils fçavoient
que vous tournez en ridicule un Précepteur
qui apprend les Poëtes à fon
Difciple d'une manière pure , délicate ,
& capable de rectifier les autres Poëtes.
qu'il ne peut éviter de lire dans le
cours de fes humanités . Je vous réponds
bien férieufement , ma fille , j'en fuis
honteufe ; car tant que tu parleras en
enfant , je ne dois pas prodiguer la Raifon
& le Raifonnement .
Adieu , ma fille : le Soleil dore nos
montagnes ; les troupeaux bondiffent
dans nos champs ; la joie & la vigilance
animent tous les Acteurs.
La jeuneffe a fes peines comme les
autres âges , & plus rudes à proportion
de fes plaifirs ; c'eft une compenfation
que la Juftice Divine obferve pour la
confolation & humiliation de tous les
JUILLET. 1763.6 65
Mortels , afin qu'ils foient tous égaux
& n'ayent rien à fe reprocher.
Je trouve mon fils ( le Marquis de
Grignan ) d'un efprit fi ferme , fi raifonnable
& fi augmenté en mérite , que je
fuis ravie d'avoir le loifir de le connoître
à fond ; car à Paris ce ne font que
des momens , on ne fait ce qu'on voit.
L'efprit de Madame de Fortia eft vif,
& la charité n'a point encore diminué
l'agrément de fa converſation .
Le mot d'Adieu eft bon à retrancher
à deux coeurs fenfibles & à deux fantés
délicates ; je me fuis donc dérobée & à
vous ce cruel moment.
L'Abbé de Buffy * m'a fait confidence
qu'il n'a point vu de Dévote qu'on
ait tant d'envie de revoir que vous.
* L'Abbé de Buffy étoit le fils du Comte de
Buffy Rabutin ; il fut depuis Evêque de Luçon.
Il fut auffi de l'Académie Françoiſe , & y fuccéda
à M. de la Motte , au commencement de 1732.
M. de Fontenelle répondit fon Difcours de réception
. On peut voir l'éloge de ce Prélat dans le
Temple du Goût par M. de Voltaire , T 2. de fes
Euvres , p. 327 Edition de 1756. Il y parle
comme Mde de Grignan , de l'agrément de fa
converfation .
1
66 MERCURE DE FRANCE .
difficilement trouverez - vous meilleure
compagnie & plus au goût que je vous
ai vu d'un badinage aifé & gai . Je vous
devois l'un à l'autre .
Madame la Comteſſe de GRIGNAN ,
du Chevalier de GRIGN AN , du Marquis
de SEVIGNÉ , & de M. de Bus-
SY-RABUTIN , Evêque de Luçon .
De Madame de GRIGNAN à fon mari.
*
SII ce Major s'en retourne , je le
chargerai d'une petite lettre de douceur;
* Nous tenons ces Extraits de M l'Abbé Tr2-
blet , de l'Académie Françoife , & il les tenoit de
feu M. le Chevalier de Perrin , Editeur des Lettres
de Mde de Sévigné. Il a bien voulu y joindre
quelques notes.
Civ
36 MERCURE DE FRANCE:
j'y joindrai les nouvelles que je pourrai
attraper ; elles font rares & les plus
confidérables font légères , quand on en
retranche les médifances qui égayent
la converfation.
Mde de Monaco fe meurt : M. Brayer
( fon Médecin , ) lui annonça il y a
deux jours que le temps de la vie étoit
court ; qu'il étoit obligé de l'en avertir ,
afin d'en difpofer pour l'éternité , & c.
Elle envoya querir le P. Céfar , & fe
confeffa fort longtemps ; elle reçut N. S.
fit fon teftament , & avec une fermeté
admirable ; ne parla plus de la mort ,
&c. Elle eft encore au même état , &
fe verra mourir toute en vie , fans perdre
un moment la connoiffance. Il
faut bien de la conftance pour foutenir
longtemps une fi pénible vue ; les feuls
Pères de la Trappe me paroiffent la pouvoir
regarder de fang froid.
A Madame de SIMIANE , fa fille.
Je ne fais d'attrait nouveau à Marfeille
, que la préfence de M. de Ventadour
, qui a choifi ce domicile pour cet
hyver ; cette compagnie me gâte fort
le foleil de Provence. M. de Ventadour
me paroît une violente éclipfe.
JUILLET. 1763. 57
Je m'afflige de l'anéantiffement des
grandes Maifons , c'eſt une parure de
moins au monde.
Sa jeuneffe furannée ( de la bellemère
de Madame de Simiane ) me fait
aimer votre jeuneffe prématurée.
J'ai fort regretté notre Soeur du Janet;
mais pourquoi ? C'eft une Sainte
& elle étoit martyre.
Quoique nous n'ayons pas gran1.
chofe à nous dire , cela ne vous difpenfe
pas de m'inftruire de ce qui vous regarde
, puifque votre filence ne me
difpenfe pas de fentir pour vous bien
de l'amitié ,
Les circonftances de la mort fubite
de Monfieur , ( le 9 Juin 1701. ) font
dignes de grandes réflexions , mais d'ordinaire
les réflexions n'agiffent que
fur les perfonnes qui en ont le moins
de befoin , & qui font déja bien diſpofées.
A la même fur la couche d'une fille.
Je fais peu d'attention à l'efpéce ; il
n'y en a que de deux façons ; ce qui
ne fe fait pas une fois fe répare l'autre.
Cv
58
MERCURE
DE
FRANCE
. Vous avez trouvé le fecret de me
rendre attentive en me parlant de votre
coeur & de votre amitié ; j'ai peſé
vos expreffions ; j'y aurois cru de l'éxagération
, fi je ne vous croyois affez
exacte fur la vérité , pour ne pas dire
une parole qui ne ferve à l'exprimer.
Je fuis très - touchée de vos fentimens
& de pouvoir faire votre joie ou votre
peine , par la manière dont je vivrai
avec vous ; je n'en fçaurois changer ,
quand votre coeur fera fon devoir ; c'eſt
lui qui eft ma régle & qui détermine
mes démonftrations. Vous êtes devenue
fi raiſonnable , fi dégagée des fentimens
qui font les conduites bifarres & capricieufes
, que je puis vous répondre
de moi , parce que je me réponds de
vous. J'ai fort envie que nous éprouvions
l'une & l'autre l'égalité & la
douceur d'un commerce aimable &
tendre. J'ai fort envie de vous avoir
auprès de moi , mais je me pique d'amour
pur & défintéreffé ; vous fçavez
que je connois la richeffe des privations
; le bonheur de s'y accoutumer
eft le plus réel de la vie.
Le Roi d'Espagne ( Philippe V. )
a rempli toutes les lettres comme il remJUILLET
. 1763 . 59
pliffoit tous les efprits & toutes les converfations.
Ne feriez - vous point curieufe
de voir en ce pays Mrs les Princes ?
C'est une belle occafion de leur en
faire les honneurs. Mais il ne faut point
tenter le jeune Télémaque de s'arrêter
dans le cours de fes voyages , ni lui préfenter
quelqu'un de plus aimable qu'Eu
charis & qu'il auroit peut-être plus de
peine à quitter. Cette raifon vous retiendra.
Je fuis peu furpriſe de vos profpérités
chez M. & Mde de Chamillard. Ce
n'eft pas à leur bonté & à leur égalité
que vous devez leur conftance , c'eft
à vous & à leur bon goût. Je ne vous
parle point de mon retour , parce que
ce difcours eft inutile , à vous qui favez
mes fentimens , & au monde qui ne
s'en foucie point.
Le fimple récit de l'accident du Chevalier
de Grignan fuffit pour vous faire
faire toutes les réfléxions au grand mépris
de la prévoyance de la prudence
humaine ; il vient ici pour éviter les
douleurs , & il y trouve des accidens
qui lui font fouffrir des douleurs infupportables.
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
On ne peut mander une maladie
d'une manière plus propre à raffurer
que vous me mandez celle de mon frère
( le Marquis de Sévigné) ; cela s'appelle
une maladie digne d'envie : c'eft la
peur d'avoir la migraine qui le retient
dans ſa chambre , qui raffemble le monde
chez lui , qui vous amufe tous .
En vérité je le plaindrai quand il jugera
à propos de fe guérir.
J'ai fçu votre voyage de Champlatreux;
je me fuis repréfenté vos plaifirs ; ils
auroient été plus parfaits,fi le malheur au
jeu ne les avoit troublés. Je fuis dans
l'épreuve de cette forte de tribulation ;
la Cométe déconcerte ma tranquillité ,
comme les As rouges démontent M.
de Grignan. Mde de Rochebonne fait
avec moi la récolte de ce qui manque à
la médiocrité de fes revenus , & je fuis
fa dupe , fans pouvoir me corriger de
mal jouer ni de jouer.
Il faut faire un éffort pour tirer M.
de Simiane d'une charge de fubalterne ;
bonne pour y paffer , & humiliante
quand on y féjourne trop long-temps .
J'ai eu ici Mde de Simiane , elle eft
JUILLET. 1763.
61
cent fois plus jeune que vous ; mais
toujours utile à fa famille par fon attention
habile. Elle eft inquiéte de ces
mouvemens de Troupes qui préfagent
la guerre. Je ne fçais fi elle fera auffi
effective qu'elle eft apparente ; mais il y
a bien affez de l'apparence pour éffrayer.
On m'a dit que le P. le Rat * avoit
fuccédé au P. Malinco ; cela fera des
Rates , ou des Eratées , ou bien des
Ratières ; la terminaiſon n'empêche pas
que la conduite ne foit folide .
On n'obtiendra jamais ma compaffion
par quelque chofe d'auffi defirable
à mes yeux que la fécondité.
Du Chevalier de Grignan , à Mde de
Grignan , fa belle-foeur.
Tous vos parens vous embraffent .
Moi qui fuis parent , je vous embraffe
auffi ma chère Soeur. Nous fommes
ici dans la lecture des Ouvrages de ma
Soeur qui ont pour titre : Abrégé des
vertus de notre Soeur une telle ; elle y
rapporte qu'une béate avoit tant de
faim après une maladie, qu'elle mangeoit
De l'Oratoire , Confeffeur de Mlle de Grie
gnan & de Mde de Sévigné la Bru,
62 MERCURE DE FRANCE.
du bois ; enfin le Diable la tenta , elle
mangea du pain bis ; le Confeffeur
fçachant que c'étoit par une faim qui
fuivoit une maladie , au lieu de lui ordonner
une pénitence , lui dit d'en manger
tous les matins autant.
De Mde de Grignan à Mde de
Simiane.
*
J'ai été incommodée & me fuis guérie
fans reméde ; je fuis perfuadée de
votre inquiétude , & que vous voulez
que je dure autant que l'Univers . Ne
manquez pas à m'envoyer l'Opéra de
Télémaque ; je le lirai avec grand plaifir
, en attendant celui que j'aurai de le
voir ; car je furmonterai l'ennui qui
m'empêche d'aller aux autres Opéra ,
pour voir celui-là . Je crois que M. de
Cambrai fera obligé d'en faire les vers
s'il faut que ce foit un bel - efprit &
un grand Archevêque qui les faffe ;
mais ce n'eft point un Archevêque qui
a fait l'Ile de Calipfo ni Télémaque ;
c'eft le Précepteur d'un grand Prince.
>
* C'eft celui que Danchet & Campra mirent au
Théâtre en 1704.& qu'ils avoient compofé de divers
Fragmens d'autres Opéra . Mde de Grignan
croyoit que cette Tragédie étoit entiérement
nouvelle.
JUILLET. 1763. 63
qui devoit à fon difciple l'inftruction
néceffaire pour éviter tous les écueils
de la vie humaine , dont le plus grand
eft celui des paffions. Il vouloit lui donner
de fortes impreffions des défordres
que caufe ce qui paroît le plus agréable
, & lui apprendre que le grand reméde
eft la fuite du péril. Voilà de
grandes & d'utiles inftructions , fans
compter toutes celles qui fe trouvent
dans ce livre , capable de former un
honnête homme & un grand Prince . Si
dans cet Opéra qu'on fait , on conſerve
cet efprit & ce caractère , il fera plus
de fruit que les Sermons du P. Maffillon.
Vous n'avez pas pris chez lui &
chez fes Confrères le ridicule que vous
voulez donner à Télémaque ; les Pères
de l'Oratoire fçavent trop que l'ufage
eft de faire lire les Poëtes aux jeunes
gens. Les Poëtes font pleins d'une peinture
terrible des paffions , il n'y en a
aucune de cette nature dans Télémaque ;
tout y eft délicat , pur , modefte , & le;
reméde eft toujours prêt & toujours
prompt. Les Poëtes anciens n'ont pas eu
ces précautions , & font pourtant admis
dans les Colléges par les Docteurs les plus
févères ; le Port-Royal a traduit Terence
, Plaute , Petrone. M. d'Andilly
64 MERCURE DE FRANCE.
( Arnauld ) a traduit le 4 & le 6º L. de
l'Eneide ; perfonne ne l'obligeoit à mettre
en langue vulgaire & dans les mains
de tout le monde la peinture de la paffion
la plus forte & la plus funefte qui
ait jamais été ; il le faifoit pour aider
quelque Précepteur de fes amis a inftruire
quelque Difciple de Port-Roval.
Vous voyez donc que ces Meffieurs ne
vous avoueroient pas , s'ils fçavoient
que vous tournez en ridicule un Précepteur
qui apprend les Poëtes à fon
Difciple d'une manière pure , délicate ,
& capable de rectifier les autres Poëtes.
qu'il ne peut éviter de lire dans le
cours de fes humanités . Je vous réponds
bien férieufement , ma fille , j'en fuis
honteufe ; car tant que tu parleras en
enfant , je ne dois pas prodiguer la Raifon
& le Raifonnement .
Adieu , ma fille : le Soleil dore nos
montagnes ; les troupeaux bondiffent
dans nos champs ; la joie & la vigilance
animent tous les Acteurs.
La jeuneffe a fes peines comme les
autres âges , & plus rudes à proportion
de fes plaifirs ; c'eft une compenfation
que la Juftice Divine obferve pour la
confolation & humiliation de tous les
JUILLET. 1763.6 65
Mortels , afin qu'ils foient tous égaux
& n'ayent rien à fe reprocher.
Je trouve mon fils ( le Marquis de
Grignan ) d'un efprit fi ferme , fi raifonnable
& fi augmenté en mérite , que je
fuis ravie d'avoir le loifir de le connoître
à fond ; car à Paris ce ne font que
des momens , on ne fait ce qu'on voit.
L'efprit de Madame de Fortia eft vif,
& la charité n'a point encore diminué
l'agrément de fa converſation .
Le mot d'Adieu eft bon à retrancher
à deux coeurs fenfibles & à deux fantés
délicates ; je me fuis donc dérobée & à
vous ce cruel moment.
L'Abbé de Buffy * m'a fait confidence
qu'il n'a point vu de Dévote qu'on
ait tant d'envie de revoir que vous.
* L'Abbé de Buffy étoit le fils du Comte de
Buffy Rabutin ; il fut depuis Evêque de Luçon.
Il fut auffi de l'Académie Françoiſe , & y fuccéda
à M. de la Motte , au commencement de 1732.
M. de Fontenelle répondit fon Difcours de réception
. On peut voir l'éloge de ce Prélat dans le
Temple du Goût par M. de Voltaire , T 2. de fes
Euvres , p. 327 Edition de 1756. Il y parle
comme Mde de Grignan , de l'agrément de fa
converfation .
1
66 MERCURE DE FRANCE .
difficilement trouverez - vous meilleure
compagnie & plus au goût que je vous
ai vu d'un badinage aifé & gai . Je vous
devois l'un à l'autre .
Fermer
Résumé : EXTRAIT de quelques Lettres de Madame la Comtesse de GRIGNAN, du Chevalier de GRIGNAN, du Marquis de SEVIGNÉ, & de M. de BUSSY-RABUTIN, Evêque de Luçon.
Madame de Grignan échange des lettres avec son mari, le Chevalier de Grignan, sa fille Madame de Simiane, le Marquis de Sévigné et M. de Bussy-Rabutin. Elle exprime sa tristesse face à la mort imminente de Madame de Monaco et à la disparition des grandes maisons nobles, ainsi qu'à la perte de sa sœur, qu'elle qualifie de sainte et martyre. Elle mentionne la présence de M. de Ventadour à Marseille et la mort subite de Monsieur. Madame de Grignan parle des succès de sa fille chez M. et Mme de Chamillard, attribués au bon goût et à la confiance mutuelle. Elle relate l'accident du Chevalier de Grignan et la maladie simulée de son frère, le Marquis de Sévigné. Elle partage des anecdotes sur les jeux, les difficultés financières de Mme de Rochebonne et les mouvements de troupes présageant la guerre. Madame de Grignan exprime son inquiétude face à ces mouvements et mentionne un changement de confesseur. Elle souhaite recevoir l'opéra de Télémaque et admire l'Archevêque de Cambrai. Elle décrit la beauté de la nature autour d'elle et exprime sa fierté pour son fils, le Marquis de Grignan, ainsi que son admiration pour l'esprit vif de Madame de Fortia.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1998
p. 66-72
LETTRE du Marquis de SÉVIGNÉ à sa Mère, 1684.
Début :
J'ARRIVE tout présentement de mon dernier voyage, ma très chère Madame [...]
Mots clefs :
Madame, Cœur, Denier, Temps, Vérité, Proposition
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE du Marquis de SÉVIGNÉ à sa Mère, 1684.
LETTRE du Marquis de SÉVIGNÉ
à fa Mère , 1684.
J'ARRIVE RRIVE tout préfentement de mon
dernier voyage , ma très- chère Madame
; il a été fort heureux , & toutes les
efpérances que l'on pouvoit avoir , ou
pour mieux dire que M. le Comte de
Mauron pouvoit avoir en lui - même
que je me romprois le cou , font diff
pées ; il faut enfin qu'il fe réfolve à me
onner fa fille. Le même Dieu qui m'a
confervé dans quelques occafions affez
chaudes , m'a confervé auffi dans celle
que je viens d'effuyer , qui étoit en vérité
toute des plus froides. J'ai reçu
vos deux lettres ; vous voulez donc caufer
encore à coeur ouvert ? Eh bien
caufons , ma très- chère Madame ; il y a
encore quelque chofe à fortir ; allons ,
foulageons-nous. Premierement , vous
vous trompez toujours quand vous pre-
*
* Il avoit fait un voyage en Baffe - Bretagne ,
pendant un hyver très- rigoureux .
JUILLET. 1763 . 67
nez ce que dit M. de Mauron , comme
fi je le diſois moi-même . Je vous mande
que M. de Mauron dit que ma four le
méprife, & qu'il femble que cette alliance
lui faffe tort ; moi , je vous le mande
pour vous faire voir qu'il faut que ma
foeur (Mde , de Grignan ) écrive ; vous
me répondez pour me montrer que c'eft
le procédé de M. de Mauron qui eft
plein d'incivilité pour vous. Eh ! vraiment
je le fçais bien ; je le trouve
tout comme vous ; ce n'eft pas moi qu'il
faut perfuader ; mais ce n'eft pas moi
auffi qu'il en faut punir ; & c'est ce que
faifoit ma four avant qu'elle eût écrit.
Elle eft mal contente de M. de Mauron
; elle ne fçait pas bonnement pourquoi
; & là -deffus elle ne veut poi ..
écrire deux lettres qui me font trèsnéceffaires
& qui me caufent des dèfagrémens
infinis dans une famille où
je fuis trop heureux d'entrer. Je trouve
ce raifonnement un peu gauche ,
n'en déplaiſe à la Logique de M. Def
cartes. Remettez-vous done dans l'efprit
, ma très-chere Madame , que je ne
vous ai jamais parlé de moi- même, quand
je vous ai parlé des mépris dont M. de
Mauron fe plaignoit. Je fens fon procédé
pour vous & pour moi comme il le faut
63 MERCURE DE FRANCE.
fentir ; mais enfin , comme vous le difiez
vous-même , le beau de ce jeu-là eft
d'époufer. Il faut donc époufer; ceux qui
prennent intérêt à moi , le doivent faciliter
& vous imiter vous , ma trèschère
Madame, qui m'avez regardé uniquement
dans tout ceci , qui avez écrit
quand je vous l'ai mandé , qui n'avez
point pris à gauche un mauvais point
d'honneur , qui ne me puniffez point
des travers de M. de Mauron , & qui
regardez comme une chofe indifférente
ce que fait M. de Mauron , pourvu qu'il
me donne deux cent mille francs & fa
fille.
Vous dites encore que M. de Mauron
a outragé ma foeur ; c'eft fur cela , ma
très-chère Madame , que je fuis trèsperfuadé
que c'est pour rire que vous
parlez ainfi. Pour vous le faire comprendre
, reprenons un peu vos paroles.
Ma foeur eft outragée. Que lui a-t-on
fait ? On lui a propofé de prendre pour
cent mille francs une Terre qui eft eftimée
par vous-même quarante mille
écus ; voilà un furieux outrage . Quoi !
dans le temps que tout mon bien eft.
eftimé le denier trente , que nous faifons
nos partages fur ce pied-là , que
je n'ai pas un fou marqué de bien que
JUILLET. 1763. 69
fur ce pied -là , ma foeur eft outragée
de ce qu'on lui propofe de prendre une
Terre qui ne fait que le tiers de fon
bien , au denier vingt - cinq ? Trouvezvous
en votre confcience que M. de
Mauron eût grand tort , quand il mandoit
à Mde de Tifé , deux jours avant
que je partiffe pour aller à Vannes , afin
de la difpofer à cette rupture qu'il méditoit
, fi la procuration eût encore tardé
; qu'il étoit tout- à- fait furpris de la
difficulté qu'on faifoit fur l'Article de
Bourbilly ; qu'en faveur de la naiffance
& du mérite de M. de Sévigné ( ce
font fes propres termes ) il vouloit bien
eftimer fes terres le denier trente , comme
il étoit porté par le grand du bien ;
& que cependant , quand on venoit au
fait & au prendre , on n'eftimoit ce qui
devoit revenir à ma foeur, que le denier
quinze. Mde de Coiflin lui avoit demandé
dix mille écus de retour , &
voilà fur quoi étoient fondés ces difcours
de prédilection , dont vous avez
été choquée avec raifon , mais qui n'étoient
point hors de propos dans la
bouche d'un Etranger qui ne fçait pas
le détail de votre conduite , qui n'a nul
égard à la différence de l'année 69 à
l'année 83 , & qui regarde fimplement
70 MERCURE DE FRANCE.
les chofes comme elles font dans le
temps préfent. Faites Juges qui il vous
plaira de ce raifonnement ; & s'il fe
trouve quelqu'un qui vous dife que ma
four y foit outragée , je veux qu'on me
coupe les deux oreilles. Ne parlons
donc plus d'outrages , & confidérez ,
s'il vous plaît que moi , par un trèsprofond
refpe&t que j'ai & que je dois
avoir pour vos volontés , qui connois
la droiture de vos fentimens , la bonté
de votre coeur , la jufteffe de vos raiſonnemens
, quand vous mariâtes ma foeur ;
qui fuis d'ailleurs pénétré de reconnoiffance
de ce que vous faites pour moi
dans cette occafion , qui eft beaucoup
plus que ce que vous avez fait pour ma
foeur , vû la différence des temps & les
angoiffes cù vous êtes , j'ai toujours ôté
à ma foeur tout ce qu'il pouvoit y avoir
d'amer dans la propofition toute jufte &
toute raisonnable que lui faifoit M. de
Mauron. Vous m'allez dire qu'elle n'eft
ni jufte ni raifonnable ; mais mettezvous
à la place de M. de Mauron ; donnez
deux cent mille francs à votre fille ;
voyez venir M. de Sévigné à vous avec
tous fes papiers bien trouffés , & voyez
fi vous ne voudriez pas au moins lui
voir treize mille livres de rente ; &
JUILLET. 1763. 71
puis vous me direz s'il a grand tort. Au
furplus , je finis en vous difant encore
que puifque j'ai toujours ôté à ma Soeur
ce qui pouvoit lui déplaire dans la propofition
de M. de Mauron , il n'étoit
pas jufte qu'elle m'en punît , & qu'elle
me fit fouffrir des défagrémens qu'elle
pouvoit m'ôter à bien meilleur marché ,
que je ne lui ôte ceux de la propofition
de M. de Mauron. Enfin elle a écrit ;
je lui en ai promis de la reconnoiſſance ;
je la lui témoignerai le prochain Ordinaire
, & écrirai à M. l'Archevêque
d'Arles , & à M. de la Garde ; je n'ai
pas le temps , la pofte va partir.
J'ai le coeur fort ferré de ce que vous
appellez votre chambre des Rochers ,
votre défunte chambre. Y avez -vous
donc renoncé , ma très- chère Madame ?
Voulez-vous donc rompre tout commerce
avec votre fils , après avoir tant
fait pour lui ? Voulez - vous vous ôter
à lui , & le punir comme s'il avoit manqué
à tout ce qu'il vous doit ? Mon
mariage ne répareroit pas un tel malheur
, & je vous aime mille fois mieux
que tout ce qu'il y a dans le monde .
Mandez -moi , je vous fupplie , quelque
chofe là- deffus ; car j'ai , en vérité , le
72 MERCURE DE FRANCE.
coeur fi gros , que s'il n'y avoit du monde
dans ma chambre
à l'heure qu'il eſt ,
je ne pourrois
m'empêcher
de pleurer. Adieu , ma très- chère Madame
; ne renoncez
point à votre fils ; il vous adore , & vous fouhaite
toute forte de bonheur
avec autant de vérité & d'ardeur
qu'il fouhaite
fon propre
falut.
Apoftille pour M. **.
Toutes vos hardes font enchantées ;
mais vous m'avez oublié des bas de
foie. Envoyez- m'en par la Pofte au plutôt
, de la même couleur que l'habit.
N'oubliez pas , s'il vous plaît , des
bas de foye verts & des garnitures de
rubans pour la Future.
Adieu , mon très- cher ; me renoncezvous
auffi ? ma foi je ne payerai point
M. d'Harouis * fi vous voulez tous
m'abandonner.
* Tréforier- Général des Etats de Bretagne ,
à fa Mère , 1684.
J'ARRIVE RRIVE tout préfentement de mon
dernier voyage , ma très- chère Madame
; il a été fort heureux , & toutes les
efpérances que l'on pouvoit avoir , ou
pour mieux dire que M. le Comte de
Mauron pouvoit avoir en lui - même
que je me romprois le cou , font diff
pées ; il faut enfin qu'il fe réfolve à me
onner fa fille. Le même Dieu qui m'a
confervé dans quelques occafions affez
chaudes , m'a confervé auffi dans celle
que je viens d'effuyer , qui étoit en vérité
toute des plus froides. J'ai reçu
vos deux lettres ; vous voulez donc caufer
encore à coeur ouvert ? Eh bien
caufons , ma très- chère Madame ; il y a
encore quelque chofe à fortir ; allons ,
foulageons-nous. Premierement , vous
vous trompez toujours quand vous pre-
*
* Il avoit fait un voyage en Baffe - Bretagne ,
pendant un hyver très- rigoureux .
JUILLET. 1763 . 67
nez ce que dit M. de Mauron , comme
fi je le diſois moi-même . Je vous mande
que M. de Mauron dit que ma four le
méprife, & qu'il femble que cette alliance
lui faffe tort ; moi , je vous le mande
pour vous faire voir qu'il faut que ma
foeur (Mde , de Grignan ) écrive ; vous
me répondez pour me montrer que c'eft
le procédé de M. de Mauron qui eft
plein d'incivilité pour vous. Eh ! vraiment
je le fçais bien ; je le trouve
tout comme vous ; ce n'eft pas moi qu'il
faut perfuader ; mais ce n'eft pas moi
auffi qu'il en faut punir ; & c'est ce que
faifoit ma four avant qu'elle eût écrit.
Elle eft mal contente de M. de Mauron
; elle ne fçait pas bonnement pourquoi
; & là -deffus elle ne veut poi ..
écrire deux lettres qui me font trèsnéceffaires
& qui me caufent des dèfagrémens
infinis dans une famille où
je fuis trop heureux d'entrer. Je trouve
ce raifonnement un peu gauche ,
n'en déplaiſe à la Logique de M. Def
cartes. Remettez-vous done dans l'efprit
, ma très-chere Madame , que je ne
vous ai jamais parlé de moi- même, quand
je vous ai parlé des mépris dont M. de
Mauron fe plaignoit. Je fens fon procédé
pour vous & pour moi comme il le faut
63 MERCURE DE FRANCE.
fentir ; mais enfin , comme vous le difiez
vous-même , le beau de ce jeu-là eft
d'époufer. Il faut donc époufer; ceux qui
prennent intérêt à moi , le doivent faciliter
& vous imiter vous , ma trèschère
Madame, qui m'avez regardé uniquement
dans tout ceci , qui avez écrit
quand je vous l'ai mandé , qui n'avez
point pris à gauche un mauvais point
d'honneur , qui ne me puniffez point
des travers de M. de Mauron , & qui
regardez comme une chofe indifférente
ce que fait M. de Mauron , pourvu qu'il
me donne deux cent mille francs & fa
fille.
Vous dites encore que M. de Mauron
a outragé ma foeur ; c'eft fur cela , ma
très-chère Madame , que je fuis trèsperfuadé
que c'est pour rire que vous
parlez ainfi. Pour vous le faire comprendre
, reprenons un peu vos paroles.
Ma foeur eft outragée. Que lui a-t-on
fait ? On lui a propofé de prendre pour
cent mille francs une Terre qui eft eftimée
par vous-même quarante mille
écus ; voilà un furieux outrage . Quoi !
dans le temps que tout mon bien eft.
eftimé le denier trente , que nous faifons
nos partages fur ce pied-là , que
je n'ai pas un fou marqué de bien que
JUILLET. 1763. 69
fur ce pied -là , ma foeur eft outragée
de ce qu'on lui propofe de prendre une
Terre qui ne fait que le tiers de fon
bien , au denier vingt - cinq ? Trouvezvous
en votre confcience que M. de
Mauron eût grand tort , quand il mandoit
à Mde de Tifé , deux jours avant
que je partiffe pour aller à Vannes , afin
de la difpofer à cette rupture qu'il méditoit
, fi la procuration eût encore tardé
; qu'il étoit tout- à- fait furpris de la
difficulté qu'on faifoit fur l'Article de
Bourbilly ; qu'en faveur de la naiffance
& du mérite de M. de Sévigné ( ce
font fes propres termes ) il vouloit bien
eftimer fes terres le denier trente , comme
il étoit porté par le grand du bien ;
& que cependant , quand on venoit au
fait & au prendre , on n'eftimoit ce qui
devoit revenir à ma foeur, que le denier
quinze. Mde de Coiflin lui avoit demandé
dix mille écus de retour , &
voilà fur quoi étoient fondés ces difcours
de prédilection , dont vous avez
été choquée avec raifon , mais qui n'étoient
point hors de propos dans la
bouche d'un Etranger qui ne fçait pas
le détail de votre conduite , qui n'a nul
égard à la différence de l'année 69 à
l'année 83 , & qui regarde fimplement
70 MERCURE DE FRANCE.
les chofes comme elles font dans le
temps préfent. Faites Juges qui il vous
plaira de ce raifonnement ; & s'il fe
trouve quelqu'un qui vous dife que ma
four y foit outragée , je veux qu'on me
coupe les deux oreilles. Ne parlons
donc plus d'outrages , & confidérez ,
s'il vous plaît que moi , par un trèsprofond
refpe&t que j'ai & que je dois
avoir pour vos volontés , qui connois
la droiture de vos fentimens , la bonté
de votre coeur , la jufteffe de vos raiſonnemens
, quand vous mariâtes ma foeur ;
qui fuis d'ailleurs pénétré de reconnoiffance
de ce que vous faites pour moi
dans cette occafion , qui eft beaucoup
plus que ce que vous avez fait pour ma
foeur , vû la différence des temps & les
angoiffes cù vous êtes , j'ai toujours ôté
à ma foeur tout ce qu'il pouvoit y avoir
d'amer dans la propofition toute jufte &
toute raisonnable que lui faifoit M. de
Mauron. Vous m'allez dire qu'elle n'eft
ni jufte ni raifonnable ; mais mettezvous
à la place de M. de Mauron ; donnez
deux cent mille francs à votre fille ;
voyez venir M. de Sévigné à vous avec
tous fes papiers bien trouffés , & voyez
fi vous ne voudriez pas au moins lui
voir treize mille livres de rente ; &
JUILLET. 1763. 71
puis vous me direz s'il a grand tort. Au
furplus , je finis en vous difant encore
que puifque j'ai toujours ôté à ma Soeur
ce qui pouvoit lui déplaire dans la propofition
de M. de Mauron , il n'étoit
pas jufte qu'elle m'en punît , & qu'elle
me fit fouffrir des défagrémens qu'elle
pouvoit m'ôter à bien meilleur marché ,
que je ne lui ôte ceux de la propofition
de M. de Mauron. Enfin elle a écrit ;
je lui en ai promis de la reconnoiſſance ;
je la lui témoignerai le prochain Ordinaire
, & écrirai à M. l'Archevêque
d'Arles , & à M. de la Garde ; je n'ai
pas le temps , la pofte va partir.
J'ai le coeur fort ferré de ce que vous
appellez votre chambre des Rochers ,
votre défunte chambre. Y avez -vous
donc renoncé , ma très- chère Madame ?
Voulez-vous donc rompre tout commerce
avec votre fils , après avoir tant
fait pour lui ? Voulez - vous vous ôter
à lui , & le punir comme s'il avoit manqué
à tout ce qu'il vous doit ? Mon
mariage ne répareroit pas un tel malheur
, & je vous aime mille fois mieux
que tout ce qu'il y a dans le monde .
Mandez -moi , je vous fupplie , quelque
chofe là- deffus ; car j'ai , en vérité , le
72 MERCURE DE FRANCE.
coeur fi gros , que s'il n'y avoit du monde
dans ma chambre
à l'heure qu'il eſt ,
je ne pourrois
m'empêcher
de pleurer. Adieu , ma très- chère Madame
; ne renoncez
point à votre fils ; il vous adore , & vous fouhaite
toute forte de bonheur
avec autant de vérité & d'ardeur
qu'il fouhaite
fon propre
falut.
Apoftille pour M. **.
Toutes vos hardes font enchantées ;
mais vous m'avez oublié des bas de
foie. Envoyez- m'en par la Pofte au plutôt
, de la même couleur que l'habit.
N'oubliez pas , s'il vous plaît , des
bas de foye verts & des garnitures de
rubans pour la Future.
Adieu , mon très- cher ; me renoncezvous
auffi ? ma foi je ne payerai point
M. d'Harouis * fi vous voulez tous
m'abandonner.
* Tréforier- Général des Etats de Bretagne ,
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Résumé : LETTRE du Marquis de SÉVIGNÉ à sa Mère, 1684.
Dans une lettre datée de 1684, le Marquis de Sévigné informe sa mère de son retour sans encombre et de l'évolution d'une alliance avec le Comte de Mauron, malgré les réticences initiales de ce dernier. Il demande à sa mère de fournir deux lettres cruciales pour éviter des complications familiales, critiquant sa sœur, Mme de Grignan, qui refuse de les rédiger. Il approuve la proposition de M. de Mauron concernant une terre évaluée à cent mille francs, préférée à une autre estimée à quarante mille écus, justifiant ce choix par les circonstances actuelles. Il loue la droiture et la bonté de sa mère et assure avoir adouci les termes de la proposition pour sa sœur. Il conclut en affirmant que sa sœur ne devrait pas le blâmer pour les termes proposés par M. de Mauron. Dans une autre lettre, le Marquis exprime sa tristesse face à une décision maternelle concernant la propriété appelée 'chambre des Rochers'. Il supplie sa mère de ne pas y renoncer et de ne pas rompre le contact avec lui, soulignant son amour et sa gratitude. Il insiste sur le fait qu'aucun mariage ne pourrait remplacer leur relation et termine en exprimant son chagrin, implorant sa mère de ne pas l'abandonner. Une note marginale demande à une autre personne d'envoyer des bas de soie et des garnitures de rubans pour une future occasion, tout en partageant une inquiétude similaire concernant l'abandon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1999
p. 73-76
EXTRAITS de Lettres de M. l'Evêque de LUÇON, (Bussy Rabutin) à Madame de GRIGNAN. 1701 & suivant.
Début :
JE voudrois être avec vous dans ce bois de S. Andiol, à vous dire au pied [...]
Mots clefs :
Madame, Parler, Homme, Mort
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAITS de Lettres de M. l'Evêque de LUÇON, (Bussy Rabutin) à Madame de GRIGNAN. 1701 & suivant.
EXTRAITS de Lettres de M. l'Evêque
de LU ÇON , ( Buffy Rabutin ) à Madame
de GRIGNAN. 1701 & fuivant.
JE
E voudrois être avec vous dans ce
bois de S. Andiol , à vous dire au pied
d'un ormeau , ce qui ne s'y eft jamais
dit , qu'on ne peut être avec plus de
refpect , & c .
Je le crois , Madame ; la régle eſt
d'un grand prix pour le bon goût ; mais
la régle naturelle , quand on l'a , n'a
pas befoin de l'art , & ne peut être que
dangereufe avec lui ; elle rend trop
fcrupuleux ; elle éteint le feu de l'imagination
; on eft toujours le compas à
la main ; rien n'échappe & on ne laiſſe
plus rien échapper. Que deviendront
tous ces endroits vifs des Italiens devant
votre critique ?
Je crois que c'eft un des plus grands
charmes de l'Amour , de paffer pour cequ'on
vaut auprès de ce qu'on aime. La
vanité cherche fon compte dans cette
paffion prèfqu'autant que la volupté.
L'amitié qui eft plus raifonnable , &
I. Vol.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
par conféquent plus clair-voyante ,
manque de ce charme.
La fantaifie de faire mon devoir m'a
pris comme une autre .
Pour être cru de vous , Madame , vous
me faites toujours retrancher de la vérité.
Je m'apperçois toujours , Madame, que
votre vue porte mille fois plus loin que
la mienne ; vous voyez diftin &tement
des objets que je ne me doute pas qui
foient au monde , & peut-être cela vous
fait- il négliger ceux qui font groffiers
& palpables , & qui , pour parler vulgairement
, crévent les yeux.
J'en fuis avec la fortune à vouloir feulement
me prouver que j'ai fait toutes
mes diligences envers elle ; & , comme
ceux qui bâtiffent , je m'occupe
moins de voir ma maiſon faite , que
de la faire .
Le fiécle s'eft tourné à ne recevoir
de fainteté que dans une vie privée &
tout-à- fait fimple , c'eft - à - dire dans
des gens fi obfcurs qu'on ne les ait point
vus.
Madame votre fille aime auffi peu de
JUILLET. 1763. 75
gens que fi elle étoit dans le plus grand
monde ; mais elle les aime autant
qu'une Religieufe fçait aimer.
Le Miniftre d'aujourd'hui * ne gagne
pas moins qu'un autre à la mort du
Prince d'Orange ; quelle épine hors du
pied de tout le monde ! car je trouve
que les ennemis gagnent autant que
nous à la mort d'un perturbateur du
repos public. J'admire fa vie ; mais je
fuis bien-aife qu'elle foit finie , nonfeulement
comme François
comme homme.
mais
Il est plus ordinaire & plus facile à
l'homme d'avoir de fauffes vertus , que
de produire des actions contre nature ;
ainfi permettez- nous de douter de la
fincérité des regrets de M. de Cambrai,
( fur la mort de M. de Meaux. )
Il n'eft pas en moi , Madame , de refufer
une occafion de vous écrire ; je
crois toujours avoir mille chofes à vous
dire ; & à bien démêler ce fentiment -là ,
fens qu'il me vient du plaifir que j'aurois
de vous parler fur la plupart des
chofes qui fe préfentent à mon efprit.
* M. de Chamillard qui fuccéda à M. de Barbezieux.
Dij
6 MERCURE DE FRANCE.
Je prends même fouvent la liberté de
vous parler , ou de parler de vous tout
feul ; à la vérité , cela n'a pas l'air d'un
homme trop fage ; mais en lifant furtout
, je penfe : Voilà qui lui plairoit ,
voilà ce qu'elle croit , voilà ce qu'elle ne
croit pas, & ainfi du refte. Pardonnezmoi
, Madame , de vous placer ainfi
par toutes mes penfées ; mais je tâche
à ne vous y placer pas indignement ,
& je vous affure que je fuis bien éloigné
des fentimens que le Roi foupçonnoit
dans Madame de Longueville , il y a
aveu & àveu , comme fagots & fagots.
il ne faut pas ôter aux pénitens la douceur
d'avouer & d'exagérer leurs fautes ,
& à Dieu la gloire qu'il en tire ; je n'oferois
plus , fans frifer l'impiété , venir
à l'application .
de LU ÇON , ( Buffy Rabutin ) à Madame
de GRIGNAN. 1701 & fuivant.
JE
E voudrois être avec vous dans ce
bois de S. Andiol , à vous dire au pied
d'un ormeau , ce qui ne s'y eft jamais
dit , qu'on ne peut être avec plus de
refpect , & c .
Je le crois , Madame ; la régle eſt
d'un grand prix pour le bon goût ; mais
la régle naturelle , quand on l'a , n'a
pas befoin de l'art , & ne peut être que
dangereufe avec lui ; elle rend trop
fcrupuleux ; elle éteint le feu de l'imagination
; on eft toujours le compas à
la main ; rien n'échappe & on ne laiſſe
plus rien échapper. Que deviendront
tous ces endroits vifs des Italiens devant
votre critique ?
Je crois que c'eft un des plus grands
charmes de l'Amour , de paffer pour cequ'on
vaut auprès de ce qu'on aime. La
vanité cherche fon compte dans cette
paffion prèfqu'autant que la volupté.
L'amitié qui eft plus raifonnable , &
I. Vol.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
par conféquent plus clair-voyante ,
manque de ce charme.
La fantaifie de faire mon devoir m'a
pris comme une autre .
Pour être cru de vous , Madame , vous
me faites toujours retrancher de la vérité.
Je m'apperçois toujours , Madame, que
votre vue porte mille fois plus loin que
la mienne ; vous voyez diftin &tement
des objets que je ne me doute pas qui
foient au monde , & peut-être cela vous
fait- il négliger ceux qui font groffiers
& palpables , & qui , pour parler vulgairement
, crévent les yeux.
J'en fuis avec la fortune à vouloir feulement
me prouver que j'ai fait toutes
mes diligences envers elle ; & , comme
ceux qui bâtiffent , je m'occupe
moins de voir ma maiſon faite , que
de la faire .
Le fiécle s'eft tourné à ne recevoir
de fainteté que dans une vie privée &
tout-à- fait fimple , c'eft - à - dire dans
des gens fi obfcurs qu'on ne les ait point
vus.
Madame votre fille aime auffi peu de
JUILLET. 1763. 75
gens que fi elle étoit dans le plus grand
monde ; mais elle les aime autant
qu'une Religieufe fçait aimer.
Le Miniftre d'aujourd'hui * ne gagne
pas moins qu'un autre à la mort du
Prince d'Orange ; quelle épine hors du
pied de tout le monde ! car je trouve
que les ennemis gagnent autant que
nous à la mort d'un perturbateur du
repos public. J'admire fa vie ; mais je
fuis bien-aife qu'elle foit finie , nonfeulement
comme François
comme homme.
mais
Il est plus ordinaire & plus facile à
l'homme d'avoir de fauffes vertus , que
de produire des actions contre nature ;
ainfi permettez- nous de douter de la
fincérité des regrets de M. de Cambrai,
( fur la mort de M. de Meaux. )
Il n'eft pas en moi , Madame , de refufer
une occafion de vous écrire ; je
crois toujours avoir mille chofes à vous
dire ; & à bien démêler ce fentiment -là ,
fens qu'il me vient du plaifir que j'aurois
de vous parler fur la plupart des
chofes qui fe préfentent à mon efprit.
* M. de Chamillard qui fuccéda à M. de Barbezieux.
Dij
6 MERCURE DE FRANCE.
Je prends même fouvent la liberté de
vous parler , ou de parler de vous tout
feul ; à la vérité , cela n'a pas l'air d'un
homme trop fage ; mais en lifant furtout
, je penfe : Voilà qui lui plairoit ,
voilà ce qu'elle croit , voilà ce qu'elle ne
croit pas, & ainfi du refte. Pardonnezmoi
, Madame , de vous placer ainfi
par toutes mes penfées ; mais je tâche
à ne vous y placer pas indignement ,
& je vous affure que je fuis bien éloigné
des fentimens que le Roi foupçonnoit
dans Madame de Longueville , il y a
aveu & àveu , comme fagots & fagots.
il ne faut pas ôter aux pénitens la douceur
d'avouer & d'exagérer leurs fautes ,
& à Dieu la gloire qu'il en tire ; je n'oferois
plus , fans frifer l'impiété , venir
à l'application .
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Résumé : EXTRAITS de Lettres de M. l'Evêque de LUÇON, (Bussy Rabutin) à Madame de GRIGNAN. 1701 & suivant.
Dans ses lettres à Madame de Grignan entre 1701 et les années suivantes, l'évêque de Luçon, François de Salignac de La Mothe-Fénelon, partage des réflexions profondes. Il insiste sur l'importance de la règle naturelle dans le goût et critique les excès de scrupules ainsi que l'étouffement de l'imagination causé par l'art. Fénelon admire le charme de l'amour, qui pousse à se surpasser pour l'être aimé, et le distingue de l'amitié, plus raisonnable mais moins passionnée. Il reconnaît la perspicacité de Madame de Grignan, capable de percevoir des détails subtils qu'il néglige parfois. L'évêque aborde également la situation politique, mentionnant la mort du Prince d'Orange et les avantages politiques qui en résultent. Enfin, il exprime son plaisir d'écrire à Madame de Grignan, même lorsqu'il est seul, imaginant ses réactions et pensées.
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2000
p. 76-77
« LE mot de la premiere Enigme du mois de Juin est les Lettres de l'Alphabet [...] »
Début :
LE mot de la premiere Enigme du mois de Juin est les Lettres de l'Alphabet [...]
Mots clefs :
Lettres, Alphabet, Perruque, Croc, Roc, Cor, Bœuf, Œuf, Peau, Eau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE mot de la premiere Enigme du mois de Juin est les Lettres de l'Alphabet [...] »
LEE mot de la premiere Enigme du
mois de Juin eft les Lettres de l'Alphabet
, par l'énumération
defquelles dans
un on trouve deux lettres , dans deux ,
quatre , dans dix trois & dans vingt
cinq. Celui de la feconde eft la Perruque.
Celui du premier Logogryphe eft
Croc , où en ôtant la premiere lettre ,
on trouve roc , qui renverfé fait cor ,
JUILLET. 1763 . 77
& en retranchant le C de ce dernier , il
refte or . Celui du fecond eft Boeuf, où
l'on trouve feu , & en ôtant le B , il
reſte oeuf. Celui du troiſième eſt Peau,
où en fupprimant la première lettre
on a Eau , ce qui eft encore exprimé
par ces deux vers latins :
deux
Quem natura dedit tibi præbet corpus amiétum :
At capite ablato , lector habebis aquam.
mois de Juin eft les Lettres de l'Alphabet
, par l'énumération
defquelles dans
un on trouve deux lettres , dans deux ,
quatre , dans dix trois & dans vingt
cinq. Celui de la feconde eft la Perruque.
Celui du premier Logogryphe eft
Croc , où en ôtant la premiere lettre ,
on trouve roc , qui renverfé fait cor ,
JUILLET. 1763 . 77
& en retranchant le C de ce dernier , il
refte or . Celui du fecond eft Boeuf, où
l'on trouve feu , & en ôtant le B , il
reſte oeuf. Celui du troiſième eſt Peau,
où en fupprimant la première lettre
on a Eau , ce qui eft encore exprimé
par ces deux vers latins :
deux
Quem natura dedit tibi præbet corpus amiétum :
At capite ablato , lector habebis aquam.
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Résumé : « LE mot de la premiere Enigme du mois de Juin est les Lettres de l'Alphabet [...] »
En juin 1763, une énigme sur les lettres des nombres et une autre intitulée 'La Perruque' sont présentées. En juillet 1763, trois logogriphes sont proposés : 'Croc' devient 'roc', puis 'cor' et 'or', 'Boeuf' se transforme en 'feu' puis 'œuf', et 'Peau' devient 'Eau', illustré par des vers latins.
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