Résultats : 75 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
51
p. 210
« Mlle Collet continue de vendre pour l'utilité du Public, une Pommade de sa [...] »
Début :
Mlle Collet continue de vendre pour l'utilité du Public, une Pommade de sa [...]
Mots clefs :
Pommade, Hémorroïdes, Succès, Conservation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Mlle Collet continue de vendre pour l'utilité du Public, une Pommade de sa [...] »
Mlle Collet continue de vendre pour l'uti
lité du Public, une Pommade de ſa compoſi
tion qui ſoulage dans l'inſtant & guérit radica
lement les hémorroïdes tant internes qu'externes,
l'épreuve en a été faite il y a pluſieurs années
à l'Hôtel Royal des Invalides. M. Morand Chi
rurgien en donna ſon Certificat.
Cette Pommade ſe garde auſſi longtemps que
l'on veut, pourvu qu'on ait ſoin de la garantir
de la chaleur : le prix eſt ſelon la grandeur des
pots, depuis 3 liv.juſqu'a 24 & au-dela , les per
onnes étrangeres qui en demanderont auront la
bonté d'affranchir les Lettres,
Mlle Collet demeure rue des Petits-Champs
vis-à-vis la petite porte S. Honoré, à l'enſeigne
de l'Eſpérance.
lité du Public, une Pommade de ſa compoſi
tion qui ſoulage dans l'inſtant & guérit radica
lement les hémorroïdes tant internes qu'externes,
l'épreuve en a été faite il y a pluſieurs années
à l'Hôtel Royal des Invalides. M. Morand Chi
rurgien en donna ſon Certificat.
Cette Pommade ſe garde auſſi longtemps que
l'on veut, pourvu qu'on ait ſoin de la garantir
de la chaleur : le prix eſt ſelon la grandeur des
pots, depuis 3 liv.juſqu'a 24 & au-dela , les per
onnes étrangeres qui en demanderont auront la
bonté d'affranchir les Lettres,
Mlle Collet demeure rue des Petits-Champs
vis-à-vis la petite porte S. Honoré, à l'enſeigne
de l'Eſpérance.
Fermer
Résumé : « Mlle Collet continue de vendre pour l'utilité du Public, une Pommade de sa [...] »
Mlle Collet vend une pommade pour les hémorroïdes, testée avec succès à l'Hôtel Royal des Invalides par le chirurgien M. Morand. La pommade se conserve indéfiniment à l'abri de la chaleur. Son prix varie de 3 à 24 livres. Mlle Collet réside rue des Petits-Champs, à l'enseigne de l'Espérance. Les étrangers doivent affranchir leurs lettres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
52
p. 223
AVIS.
Début :
Le sieur Cousin vient de perfectionner un bandage à ressort pour [...]
Mots clefs :
Bandage, Exomphale, Avantages, Ressorts, Succès, Guérison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
E fieur Confin vient de perfectionner un bandage
à reffort pour l'exomphale réduite , il a préfenté
ce bandage à la Faculté de Médecine , qui
far le rapport de Commiſſaires qu'elle avoit nommés
pour l'examen, a jugé que ce bandage par
fes grands avantages furpalloit de beaucoup ceux
qui avoient juſqu'ici été proposés pour cette maladie
; l'on trouve de plus chez lui des bandages
élaſtiques à reſſort & fans rellort , à charnieres
& à corps ouverts d'acier trempé , comme préférables
par leur fuccès , & il ſe Ĥatte de contenir
toutes les deſcentes de quelque nature qu'elles
puiffent être . L'on trouve aufli chez ledit fieur
botines pour les enfans , fufpenfoirs & peffaires.
Il demeure rue Comtelle d'Artois , entre la rue
Monconfeil & celle de la Truanderie à Paris. Il
prie les perfonnes qui pourroient avoir befoin
de lui de garder ſon adrelle , ne voulant pas ennuyer
les Lecteurs,
E fieur Confin vient de perfectionner un bandage
à reffort pour l'exomphale réduite , il a préfenté
ce bandage à la Faculté de Médecine , qui
far le rapport de Commiſſaires qu'elle avoit nommés
pour l'examen, a jugé que ce bandage par
fes grands avantages furpalloit de beaucoup ceux
qui avoient juſqu'ici été proposés pour cette maladie
; l'on trouve de plus chez lui des bandages
élaſtiques à reſſort & fans rellort , à charnieres
& à corps ouverts d'acier trempé , comme préférables
par leur fuccès , & il ſe Ĥatte de contenir
toutes les deſcentes de quelque nature qu'elles
puiffent être . L'on trouve aufli chez ledit fieur
botines pour les enfans , fufpenfoirs & peffaires.
Il demeure rue Comtelle d'Artois , entre la rue
Monconfeil & celle de la Truanderie à Paris. Il
prie les perfonnes qui pourroient avoir befoin
de lui de garder ſon adrelle , ne voulant pas ennuyer
les Lecteurs,
Fermer
Résumé : AVIS.
Le sieur Confin a développé un bandage à reffort pour l'exomphale réduite, jugé supérieur aux existants par la Faculté de Médecine. Il propose aussi des bandages élastiques à ressort et divers autres produits médicaux. Il réside rue Comtelle d'Artois à Paris et invite à conserver son adresse pour toute demande.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
53
p. 218-219
Dix-neuvième traitement depuis son établissement.
Début :
Le nommé Lafare, Compagnie de Guer, entré le 25 Mai, & sorti le 3 [...]
Mots clefs :
Soldats, Malades, Compagnie, Symptômes, Guérison, Succès, Composants, Remède, Académie royale des sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dix-neuvième traitement depuis son établissement.
Dix - neuvième traitement depuis fon
établiffement.
LEE nommé Lafare , Compagnie de Guer
entré le 25 Mai , & forti le 3 Juillet , parfaitement
guéri .
Le nommé la Gayté , Comp . d'Hallot , entré
le 23 Mai , & forti le 10 Juillet . Item.
Le nommé Delaurier , Comp. de Champignelles
, entré le 23 Mai , & forti le 19 Juin, Item.
Le nommé Célar , même Comp . entré le 31
Mai , & forti le ro Juillet , Item.
Le nommé Dubois , même Comp. entré le 7
Juin , & forti le 10 Juillet , Item .
Le nommé le Sueur, même Comp. entré le 7,
Juin , & forti le 17 Juillet , Item.
Le nommé Pernay , même Comp. entré le 7
Juin , & forti le 17 Juillet . Ce Soldat avoit outre
les fymptomes les plus graves , deux tumeurs
d'une groffeur extraordinaire , le fcorbut , & une
hydropifie. Le remède l'a guéri de toutes ces com.
plications.
Le nommé Latour , même Comp. entré le 28
Juin , & forti le 7 Août , parfaitement guéri.
Le nommé Saint- Louis , même Comp. entré
le 19 Juin , & forti le 28 Août , Item.
Le nommé Baron , Comp. d'Hallot , entré le
26 Juiller , & forti le 4 Septembre , Item.
Le nommé Bourdelet , Comp . de Latour , entré
le 2 Aoû , & forti le 18 Septembre , Item.
DECEMBRE. 1759. 219
Le nomme Picard , Comp . de Tourville , entré
le 9 Août , & forti le 18 Septembre , Item .
L'on imagine de repprocher au fieur Keyſer
de ne citer jamais que des Soldats aux Gardes ;
comme s'il avoit jamais été permis de citer des
malades guéris en ville , & comme fi ces citations
de Soldats , par noms & Compagnies , n'étoient
pas revêtues de toute l'autenticité poffible.
M. Keyfer fupplie le Public d'obferver que de- .
puis l'établiſſement de fon Hôpital il y a guéri
plus de 450 Soldats fans qu'il en foit mort un
feul , & fans qu'il foit arrivé à aucun le moindre
accident , quelques efforts que fes ennemis failent
pour infinuer le contraire. L'analyfe que l'Académie
Royale des Sciences a fait faire de fon remède
vient de détruire pleinement & fans retour
les idées vagues & l'imputation hazardée de l'Au
teur du Traité des Tumeurs & Ulcères , qui fans
connoître en aucune façon la compofition de ce
remède , avoit imaginé , ( fans doute pour effrayer
le Public ) d'y faire entrer le Sublimé corrofif.
M. Keyfer compte rendre avant qu'il foit peu
cette analyfe publique , & y ajouter les témoi
gnages de la même Académie qu'il fe flatte d'obs
tenir d'après les nouvelles épreuves qu'elle voudra
bien faire faire encore fous les yeux.
établiffement.
LEE nommé Lafare , Compagnie de Guer
entré le 25 Mai , & forti le 3 Juillet , parfaitement
guéri .
Le nommé la Gayté , Comp . d'Hallot , entré
le 23 Mai , & forti le 10 Juillet . Item.
Le nommé Delaurier , Comp. de Champignelles
, entré le 23 Mai , & forti le 19 Juin, Item.
Le nommé Célar , même Comp . entré le 31
Mai , & forti le ro Juillet , Item.
Le nommé Dubois , même Comp. entré le 7
Juin , & forti le 10 Juillet , Item .
Le nommé le Sueur, même Comp. entré le 7,
Juin , & forti le 17 Juillet , Item.
Le nommé Pernay , même Comp. entré le 7
Juin , & forti le 17 Juillet . Ce Soldat avoit outre
les fymptomes les plus graves , deux tumeurs
d'une groffeur extraordinaire , le fcorbut , & une
hydropifie. Le remède l'a guéri de toutes ces com.
plications.
Le nommé Latour , même Comp. entré le 28
Juin , & forti le 7 Août , parfaitement guéri.
Le nommé Saint- Louis , même Comp. entré
le 19 Juin , & forti le 28 Août , Item.
Le nommé Baron , Comp. d'Hallot , entré le
26 Juiller , & forti le 4 Septembre , Item.
Le nommé Bourdelet , Comp . de Latour , entré
le 2 Aoû , & forti le 18 Septembre , Item.
DECEMBRE. 1759. 219
Le nomme Picard , Comp . de Tourville , entré
le 9 Août , & forti le 18 Septembre , Item .
L'on imagine de repprocher au fieur Keyſer
de ne citer jamais que des Soldats aux Gardes ;
comme s'il avoit jamais été permis de citer des
malades guéris en ville , & comme fi ces citations
de Soldats , par noms & Compagnies , n'étoient
pas revêtues de toute l'autenticité poffible.
M. Keyfer fupplie le Public d'obferver que de- .
puis l'établiſſement de fon Hôpital il y a guéri
plus de 450 Soldats fans qu'il en foit mort un
feul , & fans qu'il foit arrivé à aucun le moindre
accident , quelques efforts que fes ennemis failent
pour infinuer le contraire. L'analyfe que l'Académie
Royale des Sciences a fait faire de fon remède
vient de détruire pleinement & fans retour
les idées vagues & l'imputation hazardée de l'Au
teur du Traité des Tumeurs & Ulcères , qui fans
connoître en aucune façon la compofition de ce
remède , avoit imaginé , ( fans doute pour effrayer
le Public ) d'y faire entrer le Sublimé corrofif.
M. Keyfer compte rendre avant qu'il foit peu
cette analyfe publique , & y ajouter les témoi
gnages de la même Académie qu'il fe flatte d'obs
tenir d'après les nouvelles épreuves qu'elle voudra
bien faire faire encore fous les yeux.
Fermer
Résumé : Dix-neuvième traitement depuis son établissement.
Le document expose un rapport sur les traitements réalisés dans un hôpital, détaillant les cas de soldats guéris entre mai et septembre 1759. Parmi les patients, le soldat Pernay de la Compagnie de Champignelles a été soigné de symptômes graves tels que deux tumeurs, le scorbut et une hydropisie. Le rapport mentionne que plus de 450 soldats ont été guéris sans aucun décès ni accident, malgré les tentatives de discréditation. M. Keyfer, responsable de l'hôpital, réfute les accusations selon lesquelles son remède contiendrait du sublimé corrosif, un produit dangereux. Il annonce la publication prochaine de l'analyse de son remède par l'Académie Royale des Sciences, accompagnée de témoignages pour confirmer son efficacité et son innocuité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
54
p. 259-260
Opiat philosophique du sieur Mutelé fils, seul possesseur dudit Reméde de feu son pere, Apothicaire du Roi.
Début :
Les progrès que ce reméde opére en tant de différens genres de maladies, [...]
Mots clefs :
Opiate, Remède, Maladies, Preuve, Succès, Guérison, Purgatifs, Dysenterie, Scorbut, Abcès, Jaunisse, Certificats, Médecins, Approbation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Opiat philosophique du sieur Mutelé fils, seul possesseur dudit Reméde de feu son pere, Apothicaire du Roi.
Opiat philofophique du fieur Mutelé fils , feul
pofeffeur dudit Reméde de feu fon pere ,
Apothicaire du Roi.
>
LES progrès que ce reméde opére en tant de
différens genres de maladies ont donné affez
de preuves convaincantes de fon efficacité , pour
difpenfer l'Auteur d'en renouveller l'expofition
il fe contente de répéter que c'eft un fondant &
un purgatif fi épuré de fon terrestre , qu'il fe
glife avec douceur dans toutes les parties les
plus fecrettes du corps humain , & en expulfe
tout le vice , de quelque nature qu'il puiffe être ,
fans violence , vomiffement ni mal de coeur ,
eft lain & fénatif, & purifie la inatle du fang ,
même fcorbutique. Il eft propre pour la guérifon
des Squirres , fi anciens qu'ils foient , ainfi que
les obftructions ,
glandéoméfentaires , abfcès , généralement
toutes caufes étrangères qui portent
obſtacle à la nature . Il eſt connu auſſi pour la
guérison du lait répandu & autres fâcheufes fuites
de couches. Il n'y a pas de fièvres , de telle nature
qu'elles foient , que ledit Opiat Philofophique
ne guériffe , ainfi que les dyflenteries ; ce qui eft
d'un grand fecours pour Meffieurs les Militaires ,
foit en campagne ou ailleurs , tant par ner que
par terre. Il eft fouverain pour garantir les attaques
d'apoplexie & coups de fang ; fi l'on en
prend par précaution une ou deux prifes de fuite ,
ou à un jour d'intervalle , l'on fe mettra à l'abri
de tous ces accidens : les jauniſſes , pâles couleurs
2.
260 MERCURE DE FRANCE.
ou bile répandues ne fçauroient y réfifter.
Ce reméde s'eft fait connoître & diftinguer de
tout le vulgaire , dans le cas des guérilons des vapeurs
, telles qu'elles foient , & mal-caduc , s'il
ne vient pas de naiſſance.
Ledit Opiat eft connu propre pour
être adminiftré
aux malades , dans le cas de toutes les ma
ladies les plus dangereutes caufées par la lenteur
de la limphe , & manque de circulation du fang
& autres ; cela eft confirmé par nombre infini de
cures en différens genres de maladies déſeſpérées
qui ont été guéries, ainfi que l'Auteur eft en état
de le le faire voir & prouver , par Meffieurs les
Magiftrats & Meffieurs les Médecins & Chirur
giens de la Faculté de Paris , & autres , qui ont
vu & donné leurs applaudiflemens & approba
tions.
Afin de procurer plus promtenent la guériſon
des maladies , & pour la facilité du Public , il y
a des boetes dudit Opiat , de 3 liv . 6 liv 12 liv.
& 24.
pofeffeur dudit Reméde de feu fon pere ,
Apothicaire du Roi.
>
LES progrès que ce reméde opére en tant de
différens genres de maladies ont donné affez
de preuves convaincantes de fon efficacité , pour
difpenfer l'Auteur d'en renouveller l'expofition
il fe contente de répéter que c'eft un fondant &
un purgatif fi épuré de fon terrestre , qu'il fe
glife avec douceur dans toutes les parties les
plus fecrettes du corps humain , & en expulfe
tout le vice , de quelque nature qu'il puiffe être ,
fans violence , vomiffement ni mal de coeur ,
eft lain & fénatif, & purifie la inatle du fang ,
même fcorbutique. Il eft propre pour la guérifon
des Squirres , fi anciens qu'ils foient , ainfi que
les obftructions ,
glandéoméfentaires , abfcès , généralement
toutes caufes étrangères qui portent
obſtacle à la nature . Il eſt connu auſſi pour la
guérison du lait répandu & autres fâcheufes fuites
de couches. Il n'y a pas de fièvres , de telle nature
qu'elles foient , que ledit Opiat Philofophique
ne guériffe , ainfi que les dyflenteries ; ce qui eft
d'un grand fecours pour Meffieurs les Militaires ,
foit en campagne ou ailleurs , tant par ner que
par terre. Il eft fouverain pour garantir les attaques
d'apoplexie & coups de fang ; fi l'on en
prend par précaution une ou deux prifes de fuite ,
ou à un jour d'intervalle , l'on fe mettra à l'abri
de tous ces accidens : les jauniſſes , pâles couleurs
2.
260 MERCURE DE FRANCE.
ou bile répandues ne fçauroient y réfifter.
Ce reméde s'eft fait connoître & diftinguer de
tout le vulgaire , dans le cas des guérilons des vapeurs
, telles qu'elles foient , & mal-caduc , s'il
ne vient pas de naiſſance.
Ledit Opiat eft connu propre pour
être adminiftré
aux malades , dans le cas de toutes les ma
ladies les plus dangereutes caufées par la lenteur
de la limphe , & manque de circulation du fang
& autres ; cela eft confirmé par nombre infini de
cures en différens genres de maladies déſeſpérées
qui ont été guéries, ainfi que l'Auteur eft en état
de le le faire voir & prouver , par Meffieurs les
Magiftrats & Meffieurs les Médecins & Chirur
giens de la Faculté de Paris , & autres , qui ont
vu & donné leurs applaudiflemens & approba
tions.
Afin de procurer plus promtenent la guériſon
des maladies , & pour la facilité du Public , il y
a des boetes dudit Opiat , de 3 liv . 6 liv 12 liv.
& 24.
Fermer
Résumé : Opiat philosophique du sieur Mutelé fils, seul possesseur dudit Reméde de feu son pere, Apothicaire du Roi.
L'Opiat philosophique, élaboré par le sieur Mutelé fils, apothicaire du Roi, est présenté comme un remède polyvalent. Ce fondant et purgatif épuré agit en douceur pour expulser les maux du corps sans violence. Il est recommandé pour traiter les scirrhes, les obstructions, les abcès, et les fuites de couches. L'Opiat est également efficace contre les fièvres, les dysentéries, et les attaques d'apoplexie. Il peut prévenir les accidents vasculaires par des doses préventives. Ce remède est particulièrement utile pour les maladies causées par la lenteur de la lymphe et le manque de circulation sanguine. Son efficacité est confirmée par de nombreuses guérisons et approuvée par des magistrats, médecins et chirurgiens de la Faculté de Paris. L'Opiat est disponible en boîtes de 3, 6, 12 et 24 livres pour faciliter son accès.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
55
p. 204-205
HOPITAL DE M. LE MARÉCHAL DUC DE BIRON. Vingt-uniéme Traitement consécutif depuis son Etablissement.
Début :
Les nommés Compagnies. Coeur-de-roy, d'Aspremont. Augustin, de Villers. [...]
Mots clefs :
Soldats, Maladies, Guérison, Remède, M. Keyser, Succès, Londres, Compagnie des Indes, Dragées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HOPITAL DE M. LE MARÉCHAL DUC DE BIRON. Vingt-uniéme Traitement consécutif depuis son Etablissement.
HOPITAL
DE M. LE MARECHAL DUC DE BIRON..
Vingt- uniéme Traitement confécutifdepuis
Son Etabliffement.
Les nommés
COUR-DE- ROY
Auguftin ,
Divertillant ,
Moreau ,
Lafortune ,
Clermont ,
D'Avennes ,
Lafrance ,.
Ponlay ,
La Cour ,
Léchaudé ,
Lapierre ,
Compagnies.
d'Afpremont
de Villers.
de Villers.
d'Afpremont.
de Pronlerox.
de Graffe.
de la Tour
de Villers .
d'Anteroches.
de la Tour.
de Villers.
de Viennay.
Ces douze Soldats étoient attaqués des maladies
les plus graves ; la plus grande partie avoit
été inutilement traitée, plufieurs fois, par les frictions
, & ils font tous fortis parfaitement guéris ,
dans les mois de Janvier & de Février , de l'année
1760.
M. Keyfer a l'honneur d'informer le Public que
plufieurs Hôpitaux du Royaume , après des
épreuves bien conftatées , & des fuccès également
reconnus , ont adopté fon reméde & fa méthode
AQUST. 1760. 205
& qu'il s'y fait tous les jours des cures très - confidérables
, dont les détails feroient trop longs
pour les inférer ici.
Il le prévient auffi , qu'il vient de le faire à
Londres , onze épreuves publiques , dont le Docteur
Couper a annoncé les détails , dans les écrits
qu'il a publiés,& répandus dans toute l'Angleterre.
Que la Compagnie des Indes de France,fait actuellement
faire à l'Orient , de nouvelles épreuves
fur les Soldats qui font à fa folde ; & qu'il fera
rendu un compte public & exact defdites épreuves.
I ofe fe flatter enfin , qu'à force de montrer
des faits , & d'en faire voir la multiplicité ,
il parviendra à faire percer une vérité conftante ,
que fes ennemis ont cherché continuellement à
éloigner des yeux du Public .
Ill'avertit en même temps , & le fupplie d'être
bien en garde,fur divers remédes que l'on imagine
tous les jours de faire , & de propofer fous le
nom de fes dragées ; remédes contrefaits, & d'autant
plus dangereux , qu'il fçait plufieurs perfonnes
qui , fous la bonne foi de faire ufage de fes
dragées par des mains étrangères , fe font trèsmal
trouvées de certain reméde maſqué & contrefait
;, & le prie de n'accorder de confiance
qu'à celui qui fera préfenté par lui ou par MM.
Bourbelain & Dieuzayde , Maîtres en Chirurgie
de Paris , qui en font munis depuis longtemps , &
ont fait avec , des cures très - confidérables.
DE M. LE MARECHAL DUC DE BIRON..
Vingt- uniéme Traitement confécutifdepuis
Son Etabliffement.
Les nommés
COUR-DE- ROY
Auguftin ,
Divertillant ,
Moreau ,
Lafortune ,
Clermont ,
D'Avennes ,
Lafrance ,.
Ponlay ,
La Cour ,
Léchaudé ,
Lapierre ,
Compagnies.
d'Afpremont
de Villers.
de Villers.
d'Afpremont.
de Pronlerox.
de Graffe.
de la Tour
de Villers .
d'Anteroches.
de la Tour.
de Villers.
de Viennay.
Ces douze Soldats étoient attaqués des maladies
les plus graves ; la plus grande partie avoit
été inutilement traitée, plufieurs fois, par les frictions
, & ils font tous fortis parfaitement guéris ,
dans les mois de Janvier & de Février , de l'année
1760.
M. Keyfer a l'honneur d'informer le Public que
plufieurs Hôpitaux du Royaume , après des
épreuves bien conftatées , & des fuccès également
reconnus , ont adopté fon reméde & fa méthode
AQUST. 1760. 205
& qu'il s'y fait tous les jours des cures très - confidérables
, dont les détails feroient trop longs
pour les inférer ici.
Il le prévient auffi , qu'il vient de le faire à
Londres , onze épreuves publiques , dont le Docteur
Couper a annoncé les détails , dans les écrits
qu'il a publiés,& répandus dans toute l'Angleterre.
Que la Compagnie des Indes de France,fait actuellement
faire à l'Orient , de nouvelles épreuves
fur les Soldats qui font à fa folde ; & qu'il fera
rendu un compte public & exact defdites épreuves.
I ofe fe flatter enfin , qu'à force de montrer
des faits , & d'en faire voir la multiplicité ,
il parviendra à faire percer une vérité conftante ,
que fes ennemis ont cherché continuellement à
éloigner des yeux du Public .
Ill'avertit en même temps , & le fupplie d'être
bien en garde,fur divers remédes que l'on imagine
tous les jours de faire , & de propofer fous le
nom de fes dragées ; remédes contrefaits, & d'autant
plus dangereux , qu'il fçait plufieurs perfonnes
qui , fous la bonne foi de faire ufage de fes
dragées par des mains étrangères , fe font trèsmal
trouvées de certain reméde maſqué & contrefait
;, & le prie de n'accorder de confiance
qu'à celui qui fera préfenté par lui ou par MM.
Bourbelain & Dieuzayde , Maîtres en Chirurgie
de Paris , qui en font munis depuis longtemps , &
ont fait avec , des cures très - confidérables.
Fermer
Résumé : HOPITAL DE M. LE MARÉCHAL DUC DE BIRON. Vingt-uniéme Traitement consécutif depuis son Etablissement.
En janvier et février 1760, douze soldats atteints de maladies graves ont été guéris à l'hôpital du maréchal duc de Birón grâce à une nouvelle méthode, après que les frictions se soient révélées inefficaces. M. Keyfer rapporte que cette méthode a également été adoptée avec succès dans plusieurs hôpitaux en France et à Londres. La Compagnie des Indes de France teste cette méthode sur les soldats à l'Orient. Keyfer met en garde contre les remèdes contrefaits vendus sous le nom de ses dragées et recommande d'utiliser uniquement ceux fournis par lui-même ou par les maîtres en chirurgie Bourbelain et Dieuzayde.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
56
p. 201
De COPPENHAGUE, le premier Juillet.
Début :
On fit, le 10 du mois dernier, l'inoculation au Prince Royal. Cette opération a eu [...]
Mots clefs :
Inoculation, Prince royal, Succès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De COPPENHAGUE, le premier Juillet.
De COPPRNHAGUE , le premier Juillet.
On fit , le to du mois dernier , l'inoculation
au Prince Royal . Cette opération a eu tout le fuc
cès qu'on pouvoit cfpérer.
On fit , le to du mois dernier , l'inoculation
au Prince Royal . Cette opération a eu tout le fuc
cès qu'on pouvoit cfpérer.
Fermer
57
p. 203-205
Extrait du Journal de l'armée aux ordres du Maréchal de Daun, le 28 Juillet.
Début :
Le Roi de Prusse, après avoir fait plusieurs marches & tentatives inutiles pour rentrer [...]
Mots clefs :
Roi de Prusse, Marche, Maréchal Daun, Canons, Bombes, Garnison, Général, Troupes, Prince, Escadron, Bataillons, Baron, Ennemis, Succès, Attaque, Camps militaires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait du Journal de l'armée aux ordres du Maréchal de Daun, le 28 Juillet.
Extrait du Journal de l'armée aux ordres du
Maréchal de Daun , le 28 Juillet.
Le Roi de Pruffe , après avoir fait plufieurs
marches & tentatives inutiles pour rentrer dans
la Siléfe, & ayant toujours eu en tête le Maréchal
Daun , retourna en Saxe , & s'étant préfenté
, le 13 de ce mois , devant Drefde , il tenta de
l'emporter d'emblée. Mais il fut vigoureuſement
repoutlé à plufieurs fois , ce qui lui fit prendre la
rétolation d'en faire le fiége dans les formes . L
17 au foir , quatre batteries de canon commencerent
à tirer avec beaucoup de vivacité. Il fir
aufli jetter une grande quantité de bombes fur la
vieille Ville. Plufieurs quartiers furent bientôt enflammés
; mais le fecours de la Garniſon & des
habitans , empêcha que le ravage ne devînt confi
dérable.
La certitude d'être inceffamment ſecouru par
le Maréchal de Daun , foutint la Garnifon . Le
Genéral Maquire fit le 16 une fortie du côté de
la Ville neuve . Il prit en flanc les troupes qui
bloquoient Drefde de ce côté ; & il les obligea
de plier après une affez grande perte . Le Générai
de Ried les attaqua en même temps , & les
obligea d'abandonner le poste de Weitenhirfch.
1 vj
204 MERCURE DE FRANCE .
;
On apprit que le Maréchal de Daun n'étoit plus
qu'a deux marches de la Ville ; il arriva , en
effet , le 18 après midi , & il établit ſon camp à
Schonfeld. I alia , le 19 de grand matin , reconnoître
la pofition du corps Pruſſien qui aſſiégeoit
la Villeneuve , fous les ordres du Prince de,
Holstein . Sa réfolution fut auflitôt prife , de l'obliger
a paller l'Elbe, En conféquence , le Maréchal
de Daun envoya au Général de Ried un renfort
de plufieurs Basaillons & Escadrons , avec
ordre d'attaquer ce corps . Le Baron de Riederé
cuta cette commiffion avec autant d'intelligence
que de valeur . Il attaqua les Pruffiens de front
& en flanc , pendant qu'un gros corps de Croates
, forti de Drefde , les chargeoit d'un autre
côté. Les ennemis abandonnerent leurs retranchemens
& repafferent l'Elbe fur les ponts qu'ils
avoient à Ubigau & à Kaditz. On leur fit quatre
cens trente-fix prifonniers. Notre perte nefur que
de quatre-vingt- quatre hommes.
Le 20 , quelques Efclavons perent l'Elbe à la
nage ; ils s'emparerent de cinc, ' bateaux chargés
de grains qu'ils amenerent de notre côté. Les
Pruffiens en brûlerent eux- mêmes le lendemain.
quatre autres qu'on n'avoit pu leur enlever. Le
Roi de Pruffe fit brûler les Fauxbourgs de Wihdruff
& de Pyrna. Le 2 , il commença à faire
battre en brêche le cinquiéme bastion . Le Maréchal
Daun fit entrer dans la Ville feize Bataillons
de troupes fraîches; & il changea la poſition de
fon arniée . La droite fut placée le long de l'Elbe ,
depuis le jardin de Neumann jufqu'a Radebéal.
Le Prince de Loweſtein occupa , avec la réterve,
le pofte de Bordorf , & le Baron de Ried eut
ordre de pouler des partis du côté de Meilen
jufqu'à Torgau.
On fit , la nuit du 21 , au 22 , la fortiequia
!
SEPTEMBRE. 1760. 205
décidé la levée du fiége de Drefde. Neuf Ba
taillons , dix Compagnies de Genadiers , & cinq
Efcadrons le portereat vers le Fauxbourg de
Pyrna , fous les ordres du Lieutenant Général
Angers. En même tems , cinq Bataillons , autánt
de Compagnies de Grenadiers , & trois Elcadrons
pénét érent dans le Fa xbourg de Wilsdruff. Le
fuccès fut égal & complet des deux côtés . Toutes
les batteries de l'ennemi farent ruinées ; fes
canons furent encloués & les affurs brifés . On ne
put emmener cette artillerie , à caufe des décombres
qui embaraffoient les chemins . Notre perte
eft d'environ cinq cens hommes , tant tués que
bleffés . Celle des Pruffiens , eft incomparablement
plus confidérables. Nous leur avons fait
trois cens trente- fix prifonniers.
Le fuccès de cette attaque obligea le Roi de
Pruffe à fe mettre lui- même fur la défenfive. Il
reira , le 13 , de la ligne qui faifoit face à l'armée
de l'Empire , toute la cavalerie & plufieurs
Régimens d'infant " ie , pour en renforcer celle
qui étoit devant Dde. Le Maréchal de Daun
fit entrer le même jour , dans cette Ville , un détachement
de huit cens hommes pour foulager
la Garnifon , & pour l'aider à éteindre entierement
le feu. Quatre cens Pionniers y furent auffi
envoyés pour réparer es fortifications.
Il ne fe palla rien de remarquable le 25. Les
Pruffens travaillerent à élever des retranchemens
fur les flancs de leur camp. On fit de la Ville
un feu continuel fur eux , & ils ne tirerent pas
un feul coup de canon .
Le Maréchal de Daun alla à Dreſde le 26 ; il
fit le tour des remparts , avec le Comte de Maquire
, à qui il témoigna fa fatisfaction . On ache
va , le même jour , de ruiner dans les Fauxbourgs
de Wils ruff & de Pyrna tout ce qui ref
toit des travaux des ennemis.
Maréchal de Daun , le 28 Juillet.
Le Roi de Pruffe , après avoir fait plufieurs
marches & tentatives inutiles pour rentrer dans
la Siléfe, & ayant toujours eu en tête le Maréchal
Daun , retourna en Saxe , & s'étant préfenté
, le 13 de ce mois , devant Drefde , il tenta de
l'emporter d'emblée. Mais il fut vigoureuſement
repoutlé à plufieurs fois , ce qui lui fit prendre la
rétolation d'en faire le fiége dans les formes . L
17 au foir , quatre batteries de canon commencerent
à tirer avec beaucoup de vivacité. Il fir
aufli jetter une grande quantité de bombes fur la
vieille Ville. Plufieurs quartiers furent bientôt enflammés
; mais le fecours de la Garniſon & des
habitans , empêcha que le ravage ne devînt confi
dérable.
La certitude d'être inceffamment ſecouru par
le Maréchal de Daun , foutint la Garnifon . Le
Genéral Maquire fit le 16 une fortie du côté de
la Ville neuve . Il prit en flanc les troupes qui
bloquoient Drefde de ce côté ; & il les obligea
de plier après une affez grande perte . Le Générai
de Ried les attaqua en même temps , & les
obligea d'abandonner le poste de Weitenhirfch.
1 vj
204 MERCURE DE FRANCE .
;
On apprit que le Maréchal de Daun n'étoit plus
qu'a deux marches de la Ville ; il arriva , en
effet , le 18 après midi , & il établit ſon camp à
Schonfeld. I alia , le 19 de grand matin , reconnoître
la pofition du corps Pruſſien qui aſſiégeoit
la Villeneuve , fous les ordres du Prince de,
Holstein . Sa réfolution fut auflitôt prife , de l'obliger
a paller l'Elbe, En conféquence , le Maréchal
de Daun envoya au Général de Ried un renfort
de plufieurs Basaillons & Escadrons , avec
ordre d'attaquer ce corps . Le Baron de Riederé
cuta cette commiffion avec autant d'intelligence
que de valeur . Il attaqua les Pruffiens de front
& en flanc , pendant qu'un gros corps de Croates
, forti de Drefde , les chargeoit d'un autre
côté. Les ennemis abandonnerent leurs retranchemens
& repafferent l'Elbe fur les ponts qu'ils
avoient à Ubigau & à Kaditz. On leur fit quatre
cens trente-fix prifonniers. Notre perte nefur que
de quatre-vingt- quatre hommes.
Le 20 , quelques Efclavons perent l'Elbe à la
nage ; ils s'emparerent de cinc, ' bateaux chargés
de grains qu'ils amenerent de notre côté. Les
Pruffiens en brûlerent eux- mêmes le lendemain.
quatre autres qu'on n'avoit pu leur enlever. Le
Roi de Pruffe fit brûler les Fauxbourgs de Wihdruff
& de Pyrna. Le 2 , il commença à faire
battre en brêche le cinquiéme bastion . Le Maréchal
Daun fit entrer dans la Ville feize Bataillons
de troupes fraîches; & il changea la poſition de
fon arniée . La droite fut placée le long de l'Elbe ,
depuis le jardin de Neumann jufqu'a Radebéal.
Le Prince de Loweſtein occupa , avec la réterve,
le pofte de Bordorf , & le Baron de Ried eut
ordre de pouler des partis du côté de Meilen
jufqu'à Torgau.
On fit , la nuit du 21 , au 22 , la fortiequia
!
SEPTEMBRE. 1760. 205
décidé la levée du fiége de Drefde. Neuf Ba
taillons , dix Compagnies de Genadiers , & cinq
Efcadrons le portereat vers le Fauxbourg de
Pyrna , fous les ordres du Lieutenant Général
Angers. En même tems , cinq Bataillons , autánt
de Compagnies de Grenadiers , & trois Elcadrons
pénét érent dans le Fa xbourg de Wilsdruff. Le
fuccès fut égal & complet des deux côtés . Toutes
les batteries de l'ennemi farent ruinées ; fes
canons furent encloués & les affurs brifés . On ne
put emmener cette artillerie , à caufe des décombres
qui embaraffoient les chemins . Notre perte
eft d'environ cinq cens hommes , tant tués que
bleffés . Celle des Pruffiens , eft incomparablement
plus confidérables. Nous leur avons fait
trois cens trente- fix prifonniers.
Le fuccès de cette attaque obligea le Roi de
Pruffe à fe mettre lui- même fur la défenfive. Il
reira , le 13 , de la ligne qui faifoit face à l'armée
de l'Empire , toute la cavalerie & plufieurs
Régimens d'infant " ie , pour en renforcer celle
qui étoit devant Dde. Le Maréchal de Daun
fit entrer le même jour , dans cette Ville , un détachement
de huit cens hommes pour foulager
la Garnifon , & pour l'aider à éteindre entierement
le feu. Quatre cens Pionniers y furent auffi
envoyés pour réparer es fortifications.
Il ne fe palla rien de remarquable le 25. Les
Pruffens travaillerent à élever des retranchemens
fur les flancs de leur camp. On fit de la Ville
un feu continuel fur eux , & ils ne tirerent pas
un feul coup de canon .
Le Maréchal de Daun alla à Dreſde le 26 ; il
fit le tour des remparts , avec le Comte de Maquire
, à qui il témoigna fa fatisfaction . On ache
va , le même jour , de ruiner dans les Fauxbourgs
de Wils ruff & de Pyrna tout ce qui ref
toit des travaux des ennemis.
Fermer
Résumé : Extrait du Journal de l'armée aux ordres du Maréchal de Daun, le 28 Juillet.
Le 28 juillet, le Journal de l'armée aux ordres du Maréchal de Daun rapporte que le Roi de Prusse, après plusieurs tentatives infructueuses pour pénétrer en Silésie, se dirigea vers la Saxe et tenta de prendre Dresde le 13 juillet. Repoussé, il décida de mettre la ville en siège. Le 17 juillet, les batteries prussiennes bombardèrent Dresde, causant des incendies rapidement maîtrisés par la garnison et les habitants. La garnison, certaine d'être secourue par le Maréchal de Daun, résista efficacement. Le 16 juillet, le Général Maguire effectua une sortie et repoussa les troupes prussiennes, tandis que le Général de Ried les força à abandonner le poste de Weitenhirsch. Le Maréchal de Daun arriva près de Dresde le 18 juillet et attaqua les forces prussiennes le 19, les forçant à retraverser l'Elbe. Les Prussiens subirent de lourdes pertes et laissèrent 436 prisonniers. Le 20 juillet, des escadrons prussiens brûlèrent des bateaux de ravitaillement. Le Roi de Prusse incendia les faubourgs de Wilsdruff et de Pyrna et commença à bombarder les fortifications de Dresde. Le Maréchal de Daun renforça la ville avec des troupes fraîches et modifia la position de son armée. La nuit du 21 au 22 juillet, une sortie décisive permit de lever le siège de Dresde. Les forces françaises détruisirent les batteries ennemies et firent 336 prisonniers. Le Roi de Prusse dut se mettre en défense et renforça ses troupes devant Dresde. Le Maréchal de Daun visita Dresde le 26 juillet, exprimant sa satisfaction, et les travaux de destruction des fortifications ennemies furent achevés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
58
p. 204
De l'Armée de l'Empire, le 10 Septembre.
Début :
Nous attaquames, le 10, avec succès, quelques postes avancés des ennemis. [...]
Mots clefs :
Attaque, Ennemis, Succès, Postes militaires, Résistance, Prince de Deux-Ponts, Armée, Village, Opérations militaires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De l'Armée de l'Empire, le 10 Septembre.
De l'Armée de l'Empire , le 16 Septembre.
>
>
Nous attaquames , ' le 1o , avec fuccès , quelques
poftes avancés des ennemis. Ils fe repliérent avec
précipitation jufques fous le canon de leurs retranchemens
de Torgau. On reconnut , par ce
moyen , de fort près leur pofition . Le +1 les
ennemis attaquérent , à leur tour , vers le foir
nos poftes avancés ; mais on leur oppofa une
vigoureuſe réſiſtance & ils fe retirerent après
une heure d'attaque infructueufe. Le Prince de
Deux- Ponts a fon Quartier à Strehla où la droite
de l'Armée eft appuyée , & la gauche eft à Doberschitz
. Le Corps de réſerve eft entre Schilda
& Profthayn , & les Troupes légères occupent les
Bois & les Villages que nous avons en avant d'ici
à Torgau.
I
>
Le Prince de Deux-Ponts , informé de l'arrivée
du Duc de Wirtemberg dans les environs de Hall ,
lui dépêcha , le 1 ,, le Général d'Infanterie Baron
de Haddick , pour concerter les opérations du
refte de la Campagne. Le Général Lucfinsky occupe
Duben & fes environs.
>
>
Nous attaquames , ' le 1o , avec fuccès , quelques
poftes avancés des ennemis. Ils fe repliérent avec
précipitation jufques fous le canon de leurs retranchemens
de Torgau. On reconnut , par ce
moyen , de fort près leur pofition . Le +1 les
ennemis attaquérent , à leur tour , vers le foir
nos poftes avancés ; mais on leur oppofa une
vigoureuſe réſiſtance & ils fe retirerent après
une heure d'attaque infructueufe. Le Prince de
Deux- Ponts a fon Quartier à Strehla où la droite
de l'Armée eft appuyée , & la gauche eft à Doberschitz
. Le Corps de réſerve eft entre Schilda
& Profthayn , & les Troupes légères occupent les
Bois & les Villages que nous avons en avant d'ici
à Torgau.
I
>
Le Prince de Deux-Ponts , informé de l'arrivée
du Duc de Wirtemberg dans les environs de Hall ,
lui dépêcha , le 1 ,, le Général d'Infanterie Baron
de Haddick , pour concerter les opérations du
refte de la Campagne. Le Général Lucfinsky occupe
Duben & fes environs.
Fermer
Résumé : De l'Armée de l'Empire, le 10 Septembre.
Du 10 au 16 septembre, l'Armée de l'Empire a mené des opérations militaires autour de Torgau. Le 10 septembre, les troupes ont attaqué avec succès des postes avancés ennemis, qui se sont repliés jusqu'à leurs retranchements de Torgau, permettant ainsi de mieux connaître leur position. Le 11 septembre, les ennemis ont attaqué les postes avancés de l'Armée, mais ont été repoussés après une heure de combat infructueux. Le Prince de Deux-Ponts a établi son quartier général à Strehla, avec la droite de l'Armée appuyée à cet endroit et la gauche à Doberschitz. Le Corps de réserve est positionné entre Schilda et Prohstayn, tandis que les troupes légères occupent les bois et les villages situés entre la position actuelle de l'Armée et Torgau. Le Prince de Deux-Ponts a envoyé le Général d'Infanterie Baron de Haddick pour coordonner les opérations avec le Duc de Wurtemberg, récemment arrivé près de Halle. Le Général Lucinsky contrôle Duben et ses environs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
59
p. 176-177
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
LE 17 Janvier on représenta pour la premiere fois DUPUIS & DESRONAIS, [...]
Mots clefs :
Comédie, Succès, Pièce, Lecteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE
FRANÇOISE,
LE 17 Janvier on repréſenta pour la
premiere fois DUPUIS & DESRONAIS,
Comédie nouvelle en trois Actes & en vers
libres , tirée des illuftres Françoifes.
Le fuccès de cette Piéce fut décidé
FEVRIER . 1763. 177
fans aucune contrariété & par les plus
grands applaudiffemens , dès cette première
repréſentation . Ce fuccès tout
brillant qu'il étoit alors l'eft devenu encore
davantage à chaque repréſentation
fubféquente ; le concours des fpectateurs
qui a toujours augmenté , & qui
paroît devoir fe foutenir encore longtemps
, le confirme de la manière la
moins équivoque & la plus flatteufe
pour l'Auteur. Elle ne l'eft pas moins
pour les Acteurs de cette Piéce , dont
le jeu admiré dès le premier jour , s'eſt
toujours perfectionné , & ne laiffe rien
à defirer. Nous avons eu rarement , .depuis
quelque temps , des fuccès auffi célébres
& auffi mérités à annoncer à nos
Lecteurs. C'eft avec beaucoup de regret
que nous fommes obligés de remettre
au prochain Mercure l'Extrait
de cette Comédie ; mais nous avons
craint qu'une analyſe précipitée , telle
que nous aurions pu la donner actuellement
, n'eût pas fatisfait fur ce qu'on
eft en droit d'attendre , à l'égard d'un
Ouvrage dont tous nos Lecteurs doivent
avec raiſon avoir la plus ayantageufe
prévention . ( a )
( a ) V. ce que nous avons dit plus haut de cet
se Piéce à l'Art . des Spectacles de la Cour.
FRANÇOISE,
LE 17 Janvier on repréſenta pour la
premiere fois DUPUIS & DESRONAIS,
Comédie nouvelle en trois Actes & en vers
libres , tirée des illuftres Françoifes.
Le fuccès de cette Piéce fut décidé
FEVRIER . 1763. 177
fans aucune contrariété & par les plus
grands applaudiffemens , dès cette première
repréſentation . Ce fuccès tout
brillant qu'il étoit alors l'eft devenu encore
davantage à chaque repréſentation
fubféquente ; le concours des fpectateurs
qui a toujours augmenté , & qui
paroît devoir fe foutenir encore longtemps
, le confirme de la manière la
moins équivoque & la plus flatteufe
pour l'Auteur. Elle ne l'eft pas moins
pour les Acteurs de cette Piéce , dont
le jeu admiré dès le premier jour , s'eſt
toujours perfectionné , & ne laiffe rien
à defirer. Nous avons eu rarement , .depuis
quelque temps , des fuccès auffi célébres
& auffi mérités à annoncer à nos
Lecteurs. C'eft avec beaucoup de regret
que nous fommes obligés de remettre
au prochain Mercure l'Extrait
de cette Comédie ; mais nous avons
craint qu'une analyſe précipitée , telle
que nous aurions pu la donner actuellement
, n'eût pas fatisfait fur ce qu'on
eft en droit d'attendre , à l'égard d'un
Ouvrage dont tous nos Lecteurs doivent
avec raiſon avoir la plus ayantageufe
prévention . ( a )
( a ) V. ce que nous avons dit plus haut de cet
se Piéce à l'Art . des Spectacles de la Cour.
Fermer
Résumé : COMÉDIE FRANÇOISE.
Le 17 janvier, la comédie 'Françoise' de Dupuis et Desronais a été jouée pour la première fois. Cette pièce en trois actes et en vers libres, adaptée des illustres Françaises, a rencontré un succès immédiat et unanime dès sa première représentation, marquée par de grands applaudissements. Ce succès s'est accru à chaque nouvelle représentation, attirant un public de plus en plus nombreux. Les acteurs ont été félicités pour leur interprétation, appréciée dès le premier jour et continuellement améliorée. Le texte souligne que de tels succès sont rares et mérités. Cependant, l'extrait de la comédie est reporté au prochain Mercure pour éviter une analyse hâtive qui ne satisferait pas les attentes des lecteurs concernant cette œuvre appréciée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
60
p. 133-141
CHIRURGIE. LETTRE d'un Élève en Chirurgie de L'HOPITAL DE LA CHARITÉ, à l'Auteur du Mercure, sur l'opération de la Taille.
Début :
MONSIEUR, Les Belles Lettres & les Sciences agréables ne sont pas les seules qui fixent [...]
Mots clefs :
Opération, Succès, Choses utiles, Chirurgie, Frère Cosme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHIRURGIE. LETTRE d'un Élève en Chirurgie de L'HOPITAL DE LA CHARITÉ, à l'Auteur du Mercure, sur l'opération de la Taille.
LETTRE d'un Élève en Chirurgie de
L'HOPITAL DE LA CHARITÉ , à
l'Auteur du Mercure , fur l'opération
de la Taille.
MONSIEUR,
-
Les Belles Lettres & les Sciences
agréables ne font pas les feules qui fixent
votre attention ; vous paroiffez mê
me toujours prendre un nouveau plaifir
à inftruire le Public de chofes utiles.
Cette réfléxion me donne lieu d'efpérer
que vous voudrez bien informer ce même
Public, dans votre Mercure prochain,
du fuccès des tailles faites à l'Hôpital de
la Charité avec l'inftrument , & par le
neveu du célébre Frère Cofme.
La grace que je vous demande vous
134 MERCURE DE FRANCE.
,
paroîtra jufte & néceffaire fi vous
voulez bien confidérer qu'elle a pour
objet de répondre à la lettre d'un Éléve
en Chirurgie de Paris inférée à la
page 132 du fecond volume du Mercure
de ce mois , par laquelle on cherche à
jetter des doutes fur la réuffite des opé-.
rations de la taille faites à la Charité par
le Neveu & l'Éléve du Frère Cofme.
Je fuis Eléve en Chirurgie , Monfieur
, ainfi que celui qui a écrit la
lettre dont je vous parle ; mais je fuis
l'un des Éléves de l'Hôpital de la Charité
, & par conféquent témoin & obfervateur
des chofes dont je vais vous
rendre compte.
;
La lettre de mon Confrère à un Mat
tre de Province fe termine par cette
phrafe , en parlant du LITHOTOME
CACHÉ. On s'en eft fervi à la Charité
le neveu du Frère Cofme eft un des Chirurgiens
de eet Hôpital . C'eft pour moi ,
ajoute celui qui écrit , vous en dire affez;
les fuccès vous diront le refte.
,
Eh bien , Monfieur , puifqu'il eft nécéffaire
de les publier ces fuccès. je
veux dire ceux du neveu du Frère Cofme
& ceux de l'excellente méthode
de fon oncle apprenez , je vous en
fupplie , au Public & à mon Confrère
MARS. 1763 . 135
que depuis la déclaration du Roi qui
a rétabli les Réligieux de la Charité
dans leurs premiers droits , quant aux
Chirugiens de leurs Hopitaux , on a
fait dans celui de Paris l'opération de
la taille par la méthode du Frére Cofme
fur des fujets de tout âge & par
différentes mains avec un fuccès égal.
De 14 malades affligés de la pièrre qui
font venu cette année, trois ont été opérés
par M. Bafcilac neveu du Frère Cofme
& Chirurgiens gagnans maîtriſe dans
cet Hôpital , tous trois ont été parfaitement
guéris en moins de 20 jours . N'eftce
pas là de ma part vous en dire affes? pour
qu'il ne foit plus permis à mon Confrère
de laiffer le Public en doute fur
la capacité & les fuccès du neveu du
Frère Cofme à la Charité.
Quatre autres Sujets affligés de la
Pierre ont été opérés par le Religieux
Chirurgien en Chef de cette Maiſon
avec le même lithotome & en fuivant
les préceptes du Frère Cofme . Trois ont
été guéris avec le plus grand fuccès. Un
feul a péri plus de douze jours après fon
opération , des fuites d'une fiévre putride
furvenue après l'opération . On a
trouvé après fa mort plus d'une chopine
de férofité bilieufe & purulente épan136
MERCURE DE FRANCE.
chée dans la poitrine du défunt dont
les poulmons étoient remplis de tubercules
partie en fuppuration & partie
dans l'état d'endurciffement ; les parties
opérées ont été examinées trèsfcrupuleuſement
& ont été trouvées fans
aucune lézion ; la caufe de mort enfin
a été déclarée celle du vice de lapoitrine.
Un procès verbal figné des Médecins, &
du Maître en Chirurgie de la maiſon,fait
la preuve légale de ce que j'ai l'honneur
de vous dire fur la mort de celui des
quatre malades opérés de la pierre à la
Charité par le Religieux Chirurgien en
chef , avec l'inftrument du Frère Cofme
& en fuivant fa méthode .
Sept autres Sujets également affligés
de la pierre , ont été opérés avec l'inftrument
du Frère Cofme , par M. Sue ,
Chirurgien-Major du même Hôpital ;
cinq ont également guéri en peu de
temps , ainfi que cela eft ordinaire , par
l'excellente méthode de Frère Cofme
quand il n'arrive pas d'accidens étrangers
à l'opération ; un des fept , opéré
par M. Sue , eft mort plufieurs jours
après l'opération ; c'étoit un vieillard de
plus de foixante- dix ans ; il étoit affligé
de la pierre depuis fa naiffance . MM.
Sue , Bafcilac & le Religieux Chirur
MARS. 1763.
137
gien en chef firent l'impoffible pour perfuader
au malade d'achever fa carrière
avec fon ennemi. Mais le malade preffé
par les plus vives douleurs répondit
qu'il ne pouvoit plus y furvivre & qu'il
vouloit courir les rifques de l'opération .
La charité des Religieux les força à recevoir
le malade ; mais la prudence des
Chirurgiens les détermina à demander
l'affiftance des Médecins & des Chirurgiens
confultans de la Maiſon. M. Pibrac
, l'un des deux Chirurgiens confultans
, fe rendit à l'invitation avec MM .
Verdelhan & Maloette , Médecins ordinaires
de la Charité. Tous virent un
vieillard décrépit & défféché ; M. Pibrac
reconnut une Pierre d'un diamètre confidérable.
On opina pour la néceffité de
l'opération ; le malade fut préparé , &
M. Sue l'opéra. Il tira plufieurs fragmens
de pierre & il toucha enfuite au
fond de la veffie une maffe dure qui
fut imprenable par les tenettes ; la foibleffe
du malade ne permit pas de faire
de plus longues tentatives ; on le porta
au lit & il mourut fix jours après ; fa foibleffe
n'ayant pas permis de faire aucune
autre tentative pour tirer la maffe
l'on avoit été forcé de laiffer.
que
Je laiffe à MM , les Médecins & aux
138 MERCURE DE FRANCE.
Chirurgiens de l'Hôpital de la Charité
à apprendre au Public ainfi qu'aux
Maîtres de l'art de la Ville & des Provinces
, s'il étoit aucun moyen poffible
pour opérer non-feulement la guériſon
du malade , mais encore de faire l'extraction
de cette portion de pièrre fermée
& refferrée dans le fond de la
veffie par le rétréciffement d'une portion
de la veffie qui s'étoit racornie &
qui ne formoit plus qu'une enveloppe
ferrée , ou pour mieux figurer la chofe
le moule dur & racorni de la maffe de
pièrre que M. Sue n'avoit pu extraire
dans l'opération . C'eſt par
l'ouverture
du cadavre qu'on a manifefté cette vésité.
Le feptiéme malade affligé de la pièrre
& opéré par M. Sue n'eft pas à la vérité
fans danger au moment préfent ;
c'eft un homme d'un tempérament noir
& bilieux , qui depuis fon bas âge eſt
fujet à des coliques , & à des rétentions
d'urine ; il a été fondé ; la pièrre
a été reconnue ; il a été opéré . M.
Sue a retiré plufieurs fragmens de pièrre .
Le Malade a été pendant les douze
premiers jours de l'opération fans douleurs
, fans fiévre & avec appétit ; il
lui eft furvenu depuis des douleurs aux.
MARS. 1763. 139
reins , aux hypocondres , un vomiffemens
avec des friffons qui font fuivis
de fiévre avec chaleur ; les urines paffent
néanmoins avec abondance dans
les momens de relâche & plus volontiers
par la voye ordinaire que par la
plaie.
Tels font , Mr , les fuites exactes des
opérations de la pierre que j'ai vu faire
à la Charité depuis l'année derniere par .
la méthode du Frère Cofme.
Il ne faut cependant pas croire que
nos Maîtres à la Charité ne fçachent fe
fervir que du lithotome caché ; ( car par
exemple , ) deux malades qui avoient
chacun une pierre confidérable engagée
au col de la veffie , ont été opérés au
petit appareil par M. Sue : mais ils ont
été traités à la méthode du Frère Cofme ,
je veux dire , fans leur faire fouffrir aucun
panfement , & ils ont été tous deux
parfaitement guéris en peu de temps .
Le premier de ces deux malades avoit
été ci- devant opéré trois fois ; la premiere
par feu M. de la Peyronie , la feconde
par M. le Cat , & la troifiéme par
feu M. Thomas . Le malade a déclaré qu'à
chaque opération il avoit été panfé , &
qu'à chaque fois il étoit demeuré à guérir
plus de fept & huit femaines ; au lieu,
140 MERCURE DE FRANCE .
·
qu'à la quatriéme opération par laquelle
M. Sue a fait l'extraction d'une pierre
d'un volume plus gros que celui d'un
euf de poule , la guérifon parfaite du
malade s'eft opérée en trois femaines
de temps
.
Le fecond de ces deux malades opéré
au petit appareil , a eu le même fuccès
que le premier fans avoir été panfé.
Voila encore une fois , Monfieur
ce que j'ai obfervé à la Charité depuis
que l'on y pratique l'opération de la
taille avec l'inftrument du Frère Cofme
& en fuivant fes maximes. J'y trouve
des avantages ineftimables pour opérer
les vivans ; mais comme mon confrère
nous apprend dans fa Lettre à un Maître
de Province , qu'en prenant d'une
main le Lithotome caché, & de l'autre
les Mémoires de l'Académie de Chirur
gie , on fent en opérant SUR LES CADAVRES
, naître fous la main tous les
dangers de cet inftrument. J'ai fait emplette
de l'un & de l'autre pour m'éffayer
cet hyver fur des cadavres , & fuivant
littéralement les Mémoires de l'Académie
de Chirurgie ; mais je vous affure ,
Monfieur , que fi je m'apperçois qu'en
fuivant ce qui nous eft préfcrit dans
ces Mémoires il en naiffe fous- la
2.
MARS. 1763. 141
main les dangers , que mon confrère
nous annonce pour les cadavres , je
fupprimerai les Mémoires de l'Académie
de ma bibliothèque , & je garderai
l'excellent Lithotome caché du Frère Cofme
, pour m'en fervir à la façon de
nos Maîtres de la Charité qui s'en fervent
pour les vivans avec les plus
grands avantages fans aucun danger &
avec un fuccès plus certain que toutes
les autres méthodes.
>
J'ai l'honneur d'être , & c.
A Paris , ce 26 Octobre 1762 .
L'HOPITAL DE LA CHARITÉ , à
l'Auteur du Mercure , fur l'opération
de la Taille.
MONSIEUR,
-
Les Belles Lettres & les Sciences
agréables ne font pas les feules qui fixent
votre attention ; vous paroiffez mê
me toujours prendre un nouveau plaifir
à inftruire le Public de chofes utiles.
Cette réfléxion me donne lieu d'efpérer
que vous voudrez bien informer ce même
Public, dans votre Mercure prochain,
du fuccès des tailles faites à l'Hôpital de
la Charité avec l'inftrument , & par le
neveu du célébre Frère Cofme.
La grace que je vous demande vous
134 MERCURE DE FRANCE.
,
paroîtra jufte & néceffaire fi vous
voulez bien confidérer qu'elle a pour
objet de répondre à la lettre d'un Éléve
en Chirurgie de Paris inférée à la
page 132 du fecond volume du Mercure
de ce mois , par laquelle on cherche à
jetter des doutes fur la réuffite des opé-.
rations de la taille faites à la Charité par
le Neveu & l'Éléve du Frère Cofme.
Je fuis Eléve en Chirurgie , Monfieur
, ainfi que celui qui a écrit la
lettre dont je vous parle ; mais je fuis
l'un des Éléves de l'Hôpital de la Charité
, & par conféquent témoin & obfervateur
des chofes dont je vais vous
rendre compte.
;
La lettre de mon Confrère à un Mat
tre de Province fe termine par cette
phrafe , en parlant du LITHOTOME
CACHÉ. On s'en eft fervi à la Charité
le neveu du Frère Cofme eft un des Chirurgiens
de eet Hôpital . C'eft pour moi ,
ajoute celui qui écrit , vous en dire affez;
les fuccès vous diront le refte.
,
Eh bien , Monfieur , puifqu'il eft nécéffaire
de les publier ces fuccès. je
veux dire ceux du neveu du Frère Cofme
& ceux de l'excellente méthode
de fon oncle apprenez , je vous en
fupplie , au Public & à mon Confrère
MARS. 1763 . 135
que depuis la déclaration du Roi qui
a rétabli les Réligieux de la Charité
dans leurs premiers droits , quant aux
Chirugiens de leurs Hopitaux , on a
fait dans celui de Paris l'opération de
la taille par la méthode du Frére Cofme
fur des fujets de tout âge & par
différentes mains avec un fuccès égal.
De 14 malades affligés de la pièrre qui
font venu cette année, trois ont été opérés
par M. Bafcilac neveu du Frère Cofme
& Chirurgiens gagnans maîtriſe dans
cet Hôpital , tous trois ont été parfaitement
guéris en moins de 20 jours . N'eftce
pas là de ma part vous en dire affes? pour
qu'il ne foit plus permis à mon Confrère
de laiffer le Public en doute fur
la capacité & les fuccès du neveu du
Frère Cofme à la Charité.
Quatre autres Sujets affligés de la
Pierre ont été opérés par le Religieux
Chirurgien en Chef de cette Maiſon
avec le même lithotome & en fuivant
les préceptes du Frère Cofme . Trois ont
été guéris avec le plus grand fuccès. Un
feul a péri plus de douze jours après fon
opération , des fuites d'une fiévre putride
furvenue après l'opération . On a
trouvé après fa mort plus d'une chopine
de férofité bilieufe & purulente épan136
MERCURE DE FRANCE.
chée dans la poitrine du défunt dont
les poulmons étoient remplis de tubercules
partie en fuppuration & partie
dans l'état d'endurciffement ; les parties
opérées ont été examinées trèsfcrupuleuſement
& ont été trouvées fans
aucune lézion ; la caufe de mort enfin
a été déclarée celle du vice de lapoitrine.
Un procès verbal figné des Médecins, &
du Maître en Chirurgie de la maiſon,fait
la preuve légale de ce que j'ai l'honneur
de vous dire fur la mort de celui des
quatre malades opérés de la pierre à la
Charité par le Religieux Chirurgien en
chef , avec l'inftrument du Frère Cofme
& en fuivant fa méthode .
Sept autres Sujets également affligés
de la pierre , ont été opérés avec l'inftrument
du Frère Cofme , par M. Sue ,
Chirurgien-Major du même Hôpital ;
cinq ont également guéri en peu de
temps , ainfi que cela eft ordinaire , par
l'excellente méthode de Frère Cofme
quand il n'arrive pas d'accidens étrangers
à l'opération ; un des fept , opéré
par M. Sue , eft mort plufieurs jours
après l'opération ; c'étoit un vieillard de
plus de foixante- dix ans ; il étoit affligé
de la pierre depuis fa naiffance . MM.
Sue , Bafcilac & le Religieux Chirur
MARS. 1763.
137
gien en chef firent l'impoffible pour perfuader
au malade d'achever fa carrière
avec fon ennemi. Mais le malade preffé
par les plus vives douleurs répondit
qu'il ne pouvoit plus y furvivre & qu'il
vouloit courir les rifques de l'opération .
La charité des Religieux les força à recevoir
le malade ; mais la prudence des
Chirurgiens les détermina à demander
l'affiftance des Médecins & des Chirurgiens
confultans de la Maiſon. M. Pibrac
, l'un des deux Chirurgiens confultans
, fe rendit à l'invitation avec MM .
Verdelhan & Maloette , Médecins ordinaires
de la Charité. Tous virent un
vieillard décrépit & défféché ; M. Pibrac
reconnut une Pierre d'un diamètre confidérable.
On opina pour la néceffité de
l'opération ; le malade fut préparé , &
M. Sue l'opéra. Il tira plufieurs fragmens
de pierre & il toucha enfuite au
fond de la veffie une maffe dure qui
fut imprenable par les tenettes ; la foibleffe
du malade ne permit pas de faire
de plus longues tentatives ; on le porta
au lit & il mourut fix jours après ; fa foibleffe
n'ayant pas permis de faire aucune
autre tentative pour tirer la maffe
l'on avoit été forcé de laiffer.
que
Je laiffe à MM , les Médecins & aux
138 MERCURE DE FRANCE.
Chirurgiens de l'Hôpital de la Charité
à apprendre au Public ainfi qu'aux
Maîtres de l'art de la Ville & des Provinces
, s'il étoit aucun moyen poffible
pour opérer non-feulement la guériſon
du malade , mais encore de faire l'extraction
de cette portion de pièrre fermée
& refferrée dans le fond de la
veffie par le rétréciffement d'une portion
de la veffie qui s'étoit racornie &
qui ne formoit plus qu'une enveloppe
ferrée , ou pour mieux figurer la chofe
le moule dur & racorni de la maffe de
pièrre que M. Sue n'avoit pu extraire
dans l'opération . C'eſt par
l'ouverture
du cadavre qu'on a manifefté cette vésité.
Le feptiéme malade affligé de la pièrre
& opéré par M. Sue n'eft pas à la vérité
fans danger au moment préfent ;
c'eft un homme d'un tempérament noir
& bilieux , qui depuis fon bas âge eſt
fujet à des coliques , & à des rétentions
d'urine ; il a été fondé ; la pièrre
a été reconnue ; il a été opéré . M.
Sue a retiré plufieurs fragmens de pièrre .
Le Malade a été pendant les douze
premiers jours de l'opération fans douleurs
, fans fiévre & avec appétit ; il
lui eft furvenu depuis des douleurs aux.
MARS. 1763. 139
reins , aux hypocondres , un vomiffemens
avec des friffons qui font fuivis
de fiévre avec chaleur ; les urines paffent
néanmoins avec abondance dans
les momens de relâche & plus volontiers
par la voye ordinaire que par la
plaie.
Tels font , Mr , les fuites exactes des
opérations de la pierre que j'ai vu faire
à la Charité depuis l'année derniere par .
la méthode du Frère Cofme.
Il ne faut cependant pas croire que
nos Maîtres à la Charité ne fçachent fe
fervir que du lithotome caché ; ( car par
exemple , ) deux malades qui avoient
chacun une pierre confidérable engagée
au col de la veffie , ont été opérés au
petit appareil par M. Sue : mais ils ont
été traités à la méthode du Frère Cofme ,
je veux dire , fans leur faire fouffrir aucun
panfement , & ils ont été tous deux
parfaitement guéris en peu de temps .
Le premier de ces deux malades avoit
été ci- devant opéré trois fois ; la premiere
par feu M. de la Peyronie , la feconde
par M. le Cat , & la troifiéme par
feu M. Thomas . Le malade a déclaré qu'à
chaque opération il avoit été panfé , &
qu'à chaque fois il étoit demeuré à guérir
plus de fept & huit femaines ; au lieu,
140 MERCURE DE FRANCE .
·
qu'à la quatriéme opération par laquelle
M. Sue a fait l'extraction d'une pierre
d'un volume plus gros que celui d'un
euf de poule , la guérifon parfaite du
malade s'eft opérée en trois femaines
de temps
.
Le fecond de ces deux malades opéré
au petit appareil , a eu le même fuccès
que le premier fans avoir été panfé.
Voila encore une fois , Monfieur
ce que j'ai obfervé à la Charité depuis
que l'on y pratique l'opération de la
taille avec l'inftrument du Frère Cofme
& en fuivant fes maximes. J'y trouve
des avantages ineftimables pour opérer
les vivans ; mais comme mon confrère
nous apprend dans fa Lettre à un Maître
de Province , qu'en prenant d'une
main le Lithotome caché, & de l'autre
les Mémoires de l'Académie de Chirur
gie , on fent en opérant SUR LES CADAVRES
, naître fous la main tous les
dangers de cet inftrument. J'ai fait emplette
de l'un & de l'autre pour m'éffayer
cet hyver fur des cadavres , & fuivant
littéralement les Mémoires de l'Académie
de Chirurgie ; mais je vous affure ,
Monfieur , que fi je m'apperçois qu'en
fuivant ce qui nous eft préfcrit dans
ces Mémoires il en naiffe fous- la
2.
MARS. 1763. 141
main les dangers , que mon confrère
nous annonce pour les cadavres , je
fupprimerai les Mémoires de l'Académie
de ma bibliothèque , & je garderai
l'excellent Lithotome caché du Frère Cofme
, pour m'en fervir à la façon de
nos Maîtres de la Charité qui s'en fervent
pour les vivans avec les plus
grands avantages fans aucun danger &
avec un fuccès plus certain que toutes
les autres méthodes.
>
J'ai l'honneur d'être , & c.
A Paris , ce 26 Octobre 1762 .
Fermer
Résumé : CHIRURGIE. LETTRE d'un Élève en Chirurgie de L'HOPITAL DE LA CHARITÉ, à l'Auteur du Mercure, sur l'opération de la Taille.
Un élève en chirurgie de l'Hôpital de la Charité répond à une lettre précédente qui mettait en doute les succès des opérations de la taille réalisées à l'hôpital par le neveu du célèbre Frère Côme. L'élève, témoin des opérations, rapporte les succès obtenus grâce à la méthode du Frère Côme. Depuis la déclaration royale rétablissant les droits des Religieux de la Charité, plusieurs opérations de la taille ont été réalisées avec succès. Sur 14 malades, trois opérés par M. Bafcilac, neveu du Frère Côme, ont été guéris en moins de 20 jours. Quatre autres, opérés par le Religieux Chirurgien en Chef, ont également connu un succès, avec un seul décès attribué à des complications pulmonaires. Sept autres malades opérés par M. Sue ont majoritairement guéri, avec un décès dû à la faiblesse du patient. L'élève souligne les avantages de la méthode du Frère Côme, qui évite les pansements douloureux et permet une guérison rapide. Il mentionne également des opérations réussies avec le petit appareil, suivant les préceptes du Frère Côme. L'élève conclut en affirmant la supériorité de la méthode du Frère Côme pour les opérations sur les vivants, malgré les dangers signalés sur les cadavres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
61
p. 178-181
SPECTACLES DE PARIS. OPERA.
Début :
L'ACADÉMIE Royale de Musique a remis au Théâtre le Mardi 22 Février [...]
Mots clefs :
Opéra, Musique, Prologue, Ouvrage, Succès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE PARIS. OPERA.
SPECTACLES DE PARIS.
OPERA.
L'ACADÉMIE Royale de Mufique
a remis au Théâtre le Mardi 22 Février
TITON & L'AURORE, Paftorale Héroïque
en en 3 Actes, précédée d'un Prologue,
dont le Sujet eft PROMETHEE animant
des Statues d'hommes & de femmes
avec le feu du Ciel qu'il a dérobé .
Cet Opéra a été repréſenté pour la
première fois , au mois de Janvier 1753 .
Il eut alors le fuccès le plus éclatant &
le plus longtemps foutenu , qu'on ait
vu fur ce Théâtre. Une époque mémorable
, mais affligeante pour les Amateurs
de ce Spectacle , ajoute encore à
fa célébrité , en ce que cet Opéra a été
le dernier dans lequel M. GELIOTE
a chanté fur le Théâtre de Paris.
Le Public a prouvé dès la première
repréſentation de cette Remife que l'ouvrage
devoit à fon propre mérite , &
non pas aux circonftances , l'avantage
de lui plaire. M. PILLOT qui joue le
rôle de Titon , eft applaudi avec juftice
dans plufieurs endroits éffentiels de ce.
MARS. 1763 . 179
,
rôle. La mémoire récente encore de
M. GELIOTTE , & renouvellée journellement
par les repréſentations de la Cour
eft une ennemie qui fait honneur , même
en triomphant , au talent & à l'application
de M. PILLOT , bien moins
fecondé par l'organe que fon célébre
Prédéceffeur. Mlle LE MIERRE ( époufe
de M. LARRIVÉE ) fans avoir eu
les mêmes obftacles de comparaifon à
vaincre fe fait beaucoup d'honneur
dans le rôle de l'Aurore qu'elle chante
& qu'elle joue avec un égal fuccès . Les
rôles de Palès & d'Eole , quoique moins
intéreffans dans le fujet que les deux précédens
, font beaucoup d'effet , & font
très bien rendus ; le premier , par Mlle
CHEVALIER ; l'autre , par M. GELIN.
Ce dernier eft particuliérement très -applaudi
dans le grand morceau du fecond
Acte Vents furieux , &c , dans
lequel fa belle voix eft déployée avec
tous fes avantages. Mais ce qui , avec
beaucoup de plaifir , fait l'étonnement
& l'attention du Public , c'eft la manière -
dont M.MUGUETchante la célébre Ariette
du Dieu des coeurs &c. On peut avec
autant de justice lui attribuer ce que
nous venons de dire à l'occafion de
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
M. PILLOT , puifque cette Ariette étoit
exécutée par M. GELIOTE , & faifoit ,
une partie très - brillante du rôle de
Titon. On doit ajouter au fujet de
M. MUGUET qu'en donnant de juftes
éloges aux foins qu'il a pris de
chanter avec art ce Morceau , il eft redevable
auffi à l'avantage de fa voix du
plaifir que le Public trouve à l'entendre.
Cette favorable circonftance doit
fans doute encourager ce Sujet à redoubler
d'efforts & d'application pour
profiter du même avantage dans d'autres
occafions , & pour faire valoir par le
talent la faveur que la Nature lui a donnée
du côté de l'organe.
Nous ne parlerons point des parties
acceffoires dans cet Opéra ; les vers
& la Mufique fuffifent au fuccès de
l'ouvrage .
Les vers du Prologue font de feu M.
de la MOTHE . Le Poëme de feu M. de
la MARRE , Auteur du Poëme de Zaïde
(a). La Mufique de M. de MONDONVILLE.
(a)Nous ignorons par quel motif dans l'édition
des paroles de cet Opéra , on n'a fait ,
contre l'uſage mention uniquement que de
Auteur de la Mufique . Comme nous n'avons
aucune raifon pour priver la mémoire de feu Made
?
MAR S. 1763. 181
L'Extrait du Poëme fe trouve au Mercure
de Février 1753 .
On continue les Fêtes Grecques & :
Romaines les Jeudis . Le Public y entend
avec beaucoup de plaifir entr'autres
talens de ce Théatre M. LARRIVÉE
dans le rôle d'Alcibiade , ainfi que
dans le rôle de Prométhée au Prologue
de Titon & l'Aurore.
la MARRE de la gloire d'un ouvrage auffi agréable,
nous avons cru , conformément à tous les Journaliſtes
& les Bibliographes de ce Théâtre, devoir
la lui reftituer ici .
OPERA.
L'ACADÉMIE Royale de Mufique
a remis au Théâtre le Mardi 22 Février
TITON & L'AURORE, Paftorale Héroïque
en en 3 Actes, précédée d'un Prologue,
dont le Sujet eft PROMETHEE animant
des Statues d'hommes & de femmes
avec le feu du Ciel qu'il a dérobé .
Cet Opéra a été repréſenté pour la
première fois , au mois de Janvier 1753 .
Il eut alors le fuccès le plus éclatant &
le plus longtemps foutenu , qu'on ait
vu fur ce Théâtre. Une époque mémorable
, mais affligeante pour les Amateurs
de ce Spectacle , ajoute encore à
fa célébrité , en ce que cet Opéra a été
le dernier dans lequel M. GELIOTE
a chanté fur le Théâtre de Paris.
Le Public a prouvé dès la première
repréſentation de cette Remife que l'ouvrage
devoit à fon propre mérite , &
non pas aux circonftances , l'avantage
de lui plaire. M. PILLOT qui joue le
rôle de Titon , eft applaudi avec juftice
dans plufieurs endroits éffentiels de ce.
MARS. 1763 . 179
,
rôle. La mémoire récente encore de
M. GELIOTTE , & renouvellée journellement
par les repréſentations de la Cour
eft une ennemie qui fait honneur , même
en triomphant , au talent & à l'application
de M. PILLOT , bien moins
fecondé par l'organe que fon célébre
Prédéceffeur. Mlle LE MIERRE ( époufe
de M. LARRIVÉE ) fans avoir eu
les mêmes obftacles de comparaifon à
vaincre fe fait beaucoup d'honneur
dans le rôle de l'Aurore qu'elle chante
& qu'elle joue avec un égal fuccès . Les
rôles de Palès & d'Eole , quoique moins
intéreffans dans le fujet que les deux précédens
, font beaucoup d'effet , & font
très bien rendus ; le premier , par Mlle
CHEVALIER ; l'autre , par M. GELIN.
Ce dernier eft particuliérement très -applaudi
dans le grand morceau du fecond
Acte Vents furieux , &c , dans
lequel fa belle voix eft déployée avec
tous fes avantages. Mais ce qui , avec
beaucoup de plaifir , fait l'étonnement
& l'attention du Public , c'eft la manière -
dont M.MUGUETchante la célébre Ariette
du Dieu des coeurs &c. On peut avec
autant de justice lui attribuer ce que
nous venons de dire à l'occafion de
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
M. PILLOT , puifque cette Ariette étoit
exécutée par M. GELIOTE , & faifoit ,
une partie très - brillante du rôle de
Titon. On doit ajouter au fujet de
M. MUGUET qu'en donnant de juftes
éloges aux foins qu'il a pris de
chanter avec art ce Morceau , il eft redevable
auffi à l'avantage de fa voix du
plaifir que le Public trouve à l'entendre.
Cette favorable circonftance doit
fans doute encourager ce Sujet à redoubler
d'efforts & d'application pour
profiter du même avantage dans d'autres
occafions , & pour faire valoir par le
talent la faveur que la Nature lui a donnée
du côté de l'organe.
Nous ne parlerons point des parties
acceffoires dans cet Opéra ; les vers
& la Mufique fuffifent au fuccès de
l'ouvrage .
Les vers du Prologue font de feu M.
de la MOTHE . Le Poëme de feu M. de
la MARRE , Auteur du Poëme de Zaïde
(a). La Mufique de M. de MONDONVILLE.
(a)Nous ignorons par quel motif dans l'édition
des paroles de cet Opéra , on n'a fait ,
contre l'uſage mention uniquement que de
Auteur de la Mufique . Comme nous n'avons
aucune raifon pour priver la mémoire de feu Made
?
MAR S. 1763. 181
L'Extrait du Poëme fe trouve au Mercure
de Février 1753 .
On continue les Fêtes Grecques & :
Romaines les Jeudis . Le Public y entend
avec beaucoup de plaifir entr'autres
talens de ce Théatre M. LARRIVÉE
dans le rôle d'Alcibiade , ainfi que
dans le rôle de Prométhée au Prologue
de Titon & l'Aurore.
la MARRE de la gloire d'un ouvrage auffi agréable,
nous avons cru , conformément à tous les Journaliſtes
& les Bibliographes de ce Théâtre, devoir
la lui reftituer ici .
Fermer
Résumé : SPECTACLES DE PARIS. OPERA.
Le 22 février, l'opéra 'Titon et l'Aurore' a été représenté à l'Académie Royale de Musique à Paris. Cet opéra pastoral héroïque en trois actes, précédé d'un prologue, raconte l'histoire de Prométhée animant des statues avec le feu du ciel. Créé en janvier 1753, il a connu un succès retentissant et fut le dernier opéra dans lequel M. GELIOTE chanta à Paris. Le public a apprécié l'œuvre pour son mérite propre, indépendamment des circonstances. M. PILLOT, interprétant Titon, fut acclamé, bien que comparé à M. GELIOTE. Mlle LE MIERRE, épouse de M. LARRIVÉE, a également reçu des éloges pour son rôle d'Aurore. Les rôles de Palès et d'Éole, joués par Mlle CHEVALIER et M. GELIN, furent bien accueillis, ce dernier étant particulièrement applaudi pour son interprétation des 'Vents furieux'. M. MUGUET fut remarqué pour son interprétation de l'ariette 'Dieu des cœurs'. Les vers du prologue sont de M. de la MOTHE, le poème de M. de la MARRE, et la musique de M. de MONDONVILLE. Les fêtes grecques et romaines continuent les jeudis, avec des performances notables de M. LARRIVÉE dans les rôles d'Alcibiade et de Prométhée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
62
p. 208-210
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
ON a repris sur ce Théâtre Sancho-Pança dans fon Isle, Opéra bouffon [...]
Mots clefs :
Comédie, Acte, Succès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE..
ONa Na repris fur ce Théâtre Sancho-
Pança dans fon Ifle , Opéra bouffon
dont la Mufique admirable de M. Philidor
avoit fait le fuccès.
On a continué pendant le mois précédent
les repréfentations de la jolie
Comédie , mêlée d'Ariettes intitulée
Te Guy de Chêne , dont nous avons déja
parlé.
,
Le 4 Février on donna la première
repréſentation de l'Amour Paternel, ou
la Suivante reconnoiſſante, Comédie Italienne
en 3 Actes en profe de M. GOLDONI.
C'eft la première que ce célebre
Auteur ait compofée & fait repréſenter
depuis fon féjour en France . Elle a été
très-applaudie par les Spectateurs en état
de fentir les beautés de la langue Italienne,&
le genre caractériſtique de ce théâtre
, on pourroit dire même en général
celui de la vraie Comédie , que l'illuftre
M. GOLDONI a rétabli dans fa Patrie.
Cette Piéce a été interrompue après la
deuxiéme repréfentation par l'indifpofition
fucceffive de plufieurs Acteurs
qui ne pouvoient y être remplacés.
MARS. 1763. 209
Le 10 on donna la première & l'unique
repréfentation de la Bagarre ,
Comédie en un Acte , mêlée d'Ariettes.
Dans quelque indulgence que le goût
du Public l'eût entraîné jufqu'alors pour
certains Drames de quelques Opéra-
Comiques du nouveau genre , il n'a pas
jugé apparemment devoir faire grace à
celui-ci , qui a éprouvé toute la justice
de fes jugemens & la févérité de fes
cenfures. Il n'a pas réparu fur le théâtre.
Cette Piéce a été le premier Opéra-
Comique qui ait éprouvé ce fort ,
depuis la réunion au théâtre Italien.
Par une jufte prévoyance , l'Auteur
des paroles les avoit fait imprimer
avant la repréſentation . Il y a joint
une Préface , où en fe plaignant
de ce qu'il appelle les petits chagrins
qu'il a reçus du Public , il lui laiffe entrevoir
trop clairement l'opinion qu'il a
de fon goût & de fes jugemens. Il ménage
encore moins ( par la même prévoyance
) les Journaliſtes forcés par
état de rendre compte des petits chagrins
de certains Auteurs .
Il faut bien remarquer à l'égard de
cette Piéce , que la Mufique , dont il
refte une idée favorable , ne doit pas
être confondue dans la chûte.
210 MERCURE DE FRANCE .
Le 19 le Bon Seigneur , Comédie
nouvelle en un Acte en profe , mêlée
d'Ariettes , fut donnée pour la première
fois fur ce théâtre , & n'eut pas un fuccès
heureux mais il eft jufte d'obferver
que cette Piéce a éprouvé en cela,
le fort commun à tous les ouvrages faits
pour une fociété & pour une circonftance
particulière. Tout le mérite qu'ils
avoient eft perdu auprès du Public , qui
ne peut y être fenfible. C'eft une erreur
dans laquelle font tombés tant d'Auteurs
, dont la réputation même étoit
conftatée , qu'elle ne doit ni ne peut porter
atteinte à celle des Auteurs de cet
ouvrage , ni prévenir déſavantageuſement
fur leurs talens.
On a donné le 22 la troifiéme repréfentation
de l'Amour paternel , que l'on
continue depuis avec fuccès , ainfi que
celles d'Arlequin cru mort , Comédie
Italienne en un Acte de M. GOLDONI
repréſentée pour la première fois, le 24,
avec beaucoup d'applaudiffemens . L'abondance
des matières nous contraint à
remettre au Mercure prochain le plaifir
de parler avec plus d'étendue des ouvrages
& du génie de cet Auteur.
ONa Na repris fur ce Théâtre Sancho-
Pança dans fon Ifle , Opéra bouffon
dont la Mufique admirable de M. Philidor
avoit fait le fuccès.
On a continué pendant le mois précédent
les repréfentations de la jolie
Comédie , mêlée d'Ariettes intitulée
Te Guy de Chêne , dont nous avons déja
parlé.
,
Le 4 Février on donna la première
repréſentation de l'Amour Paternel, ou
la Suivante reconnoiſſante, Comédie Italienne
en 3 Actes en profe de M. GOLDONI.
C'eft la première que ce célebre
Auteur ait compofée & fait repréſenter
depuis fon féjour en France . Elle a été
très-applaudie par les Spectateurs en état
de fentir les beautés de la langue Italienne,&
le genre caractériſtique de ce théâtre
, on pourroit dire même en général
celui de la vraie Comédie , que l'illuftre
M. GOLDONI a rétabli dans fa Patrie.
Cette Piéce a été interrompue après la
deuxiéme repréfentation par l'indifpofition
fucceffive de plufieurs Acteurs
qui ne pouvoient y être remplacés.
MARS. 1763. 209
Le 10 on donna la première & l'unique
repréfentation de la Bagarre ,
Comédie en un Acte , mêlée d'Ariettes.
Dans quelque indulgence que le goût
du Public l'eût entraîné jufqu'alors pour
certains Drames de quelques Opéra-
Comiques du nouveau genre , il n'a pas
jugé apparemment devoir faire grace à
celui-ci , qui a éprouvé toute la justice
de fes jugemens & la févérité de fes
cenfures. Il n'a pas réparu fur le théâtre.
Cette Piéce a été le premier Opéra-
Comique qui ait éprouvé ce fort ,
depuis la réunion au théâtre Italien.
Par une jufte prévoyance , l'Auteur
des paroles les avoit fait imprimer
avant la repréſentation . Il y a joint
une Préface , où en fe plaignant
de ce qu'il appelle les petits chagrins
qu'il a reçus du Public , il lui laiffe entrevoir
trop clairement l'opinion qu'il a
de fon goût & de fes jugemens. Il ménage
encore moins ( par la même prévoyance
) les Journaliſtes forcés par
état de rendre compte des petits chagrins
de certains Auteurs .
Il faut bien remarquer à l'égard de
cette Piéce , que la Mufique , dont il
refte une idée favorable , ne doit pas
être confondue dans la chûte.
210 MERCURE DE FRANCE .
Le 19 le Bon Seigneur , Comédie
nouvelle en un Acte en profe , mêlée
d'Ariettes , fut donnée pour la première
fois fur ce théâtre , & n'eut pas un fuccès
heureux mais il eft jufte d'obferver
que cette Piéce a éprouvé en cela,
le fort commun à tous les ouvrages faits
pour une fociété & pour une circonftance
particulière. Tout le mérite qu'ils
avoient eft perdu auprès du Public , qui
ne peut y être fenfible. C'eft une erreur
dans laquelle font tombés tant d'Auteurs
, dont la réputation même étoit
conftatée , qu'elle ne doit ni ne peut porter
atteinte à celle des Auteurs de cet
ouvrage , ni prévenir déſavantageuſement
fur leurs talens.
On a donné le 22 la troifiéme repréfentation
de l'Amour paternel , que l'on
continue depuis avec fuccès , ainfi que
celles d'Arlequin cru mort , Comédie
Italienne en un Acte de M. GOLDONI
repréſentée pour la première fois, le 24,
avec beaucoup d'applaudiffemens . L'abondance
des matières nous contraint à
remettre au Mercure prochain le plaifir
de parler avec plus d'étendue des ouvrages
& du génie de cet Auteur.
Fermer
Résumé : COMÉDIE ITALIENNE.
En février 1763, plusieurs œuvres théâtrales ont été présentées. Le 4 février, la comédie italienne 'L'Amour Paternel, ou la Suivante reconnaissante' de Carlo Goldoni a été jouée pour la première fois et a été très applaudie. Cependant, elle a été interrompue après la deuxième représentation en raison de l'indisposition de plusieurs acteurs. Le 10 mars, 'La Bagarre', une comédie en un acte mêlée d'ariettes, a été représentée une seule fois et n'a pas été bien accueillie par le public, bien que la musique ait été jugée favorablement. Le 19 mars, 'Le Bon Seigneur', une comédie nouvelle en un acte en prose mêlée d'ariettes, a été donnée sans succès notable. Le 22 mars, 'L'Amour Paternel' a été rejoué avec succès. Le 24 mars, 'Arlequin cru mort', une comédie italienne en un acte de Goldoni, a été représentée pour la première fois avec beaucoup d'applaudissements.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
63
p. 192-202
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
ON trouve chez Duchesne à Paris un Extrait imprimé de l'Amour paternel, [...]
Mots clefs :
Comédie, Musique, Théâtre, Succès, Pièce, Créanciers, Mérite, Ariette
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
ONN trouve chez Duchefne à Paris un
Extrait imprimé de l'Amour paternel ,
Comédie Italienne dont nous avons parlé
dans nos précédens Mercures. Cer
Extrait , ainfi que les Lettres du Traducteur
, fuffit pour faire connoître à
ceux qui n'auroient pas lu les OEuvres
de M. GOLDONI , combien cet Auteur
mérite la célébrité qu'il s'eft acquife.
L'habitude où nous fommes de ne nous
plaire , de ne rire & de ne prêter quelqu'attention
qu'aux fcènes où paroiffent
ce qu'on appelle les Mafques ; d'ailleurs,
les grands talens des Acteurs qui les portent
actuellement , entr'autres l'Arlequin
& le Pantalon , tout cela n'a pas
permis à M. GOLDONI de les bannir
ici
AVRIL 1763. 193
,
ici comme il a fait de fon Théâtre patriotique
. Malgré cette efpéce de fervitude
, qui affujettit au comique un peu
chargé , il n'en a pas mis moins d'intrigue
, moins de conduite & d'enchaî →
nement dans la plupart des Scènes
moins d'ordre , & d'éloquence naturelle
dans le ftyle . Comme de nouvelles difficultés
font ordinairement créer de nouveaux
moyens aux véritables génies ,
celui - ci a tourné en plufieurs endroi's
de fes nouvelles Piéces , le Lazi au
profit du Sentiment ; c'eft particuliérement
ce qu'on ne peut conteſter dans
une Scène de l'Amour paternel , où
l'art confommé de M. CARRELIN eft
admirablement fecondé par l'heureux
naturel de Mlle CAMILLE . On peut
dire la même chofe de plufieurs parties
des rôles de Pantalon dans cette Comédie
& dans celles qui l'ont fuivie ,
-éxécutées avec un pathétique admirable
dans le genre par M. COLALTO , Acteur
Italien de ce Théâtre .
Dans, la Comédie Italienne en un
A&te , intitulée Arlequin cru mort ,
M. GOLDONI s'eft prêté encore
plus aux Spectateurs François en mettant
les fcènes plus étendues entre l'Ar-
I. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
lequin & le Scapin , qui font dans l'ufage
de parler François dans les Comédies
Italiennes . On fent , malgré cette
conformité avec les farces fur Canevas,
combien l'efprit de l'Auteur & fon génie
pour le vrai comique ajoutent d'agrément
à cette nouvelle fcène, par l'ordre
des idées & par l'efprit qui orne
les plaifanteries , conditions fans lefquelles
il n'y a nulle- part de plaifanterie
que pour ceux qu'il eft quelquefois
humiliant d'amufer. Cette Piéce donnée
pour la premiere fois le 25 Février , a
donc eu un fuccès plus étendu dans
tous les ordres des Spectateurs , même
parmi ceux qui ne peuvent plus s'amufer
que de l'Opéra- Comique : Avantage
fans doute fort au -deffous des talens
de l'Auteur & du mérite de fes Ouvrages
, mais qui doit être auffi précieux
pour lui que l'étoit autrefois pour Mo-
LIERE , l'honneur d'introduire la Comédie
, en la mafquant quelquefois des
livrées de la farce . Ceci doit s'appliquer
auffi à une Comédie en cinq Actes du
même Auteur , intitulée Arlequin Valet
de deux Maîtres , repréfentée pour la
rrefois le 4 Mars.Cette Piéce contient un
Imbroglio foutenu avec un Génié fin-
.:
AVRIL. 1763. 195
gulier & qui produit des Scènes fort comiques
. Elle a été fuivie & a paru réuffir
généralement.
n'a
Le 28 Février , on a donné pour la
première fois le Bucheron ou les trois
Souhaits , Comédie en Vers & en un
Acte , mêlée d'Ariettes ; elle fut unaniment
applaudie. Ce fuccès tres - mérité
tant par la Mufique que par la conftitution
agréable & riante du Poëme ,
fait qu'augmenter. Le Public l'a toujours
revue , jufqu'à la clôture de ce Théâtre ,
avec un nouveau plaifir ; nous en aurions
nous-mêmes à nous étendre davantage
fur cette Nouveauté , fi nous n'en
avions déja parlé dans les Spectacles de
la Cour. ( a ) Elle est tirée d'un Conte
de PERRAULT , imprimé à la tête de
la Piéce. Nous croyons que nos Lecteurs
en verront l'Analyfe avec plaifir.
EXTRAIT DU BUCHERON.
, fort d'une BLAISE le Bucheron
foret , un fagot & une cognée fur
l'épaule , une bouteille d'ofier à la
main. Il fe repofe ; tandis qu'il déplore
les peines de fon état , il en
( a ) Voyez ci-deffus l'Article des Spectacles de
la Cour.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE .
ra ,
tend gronder le tonnerre , il tremble ;
MERCURE paroît fur un nuage : ah !
Seigneur , lui dit BLAISE , que je
fouffre toujours pourvu que je vive !
MERCURE , après l'avoir raffuré , lui
annonce qu'il aura trois Souhaits à former
qui feront accomplis , & lui recominande
en partant , de profiter de la
bonté de JUPITER . BLAISE exprime
d'abord fon étonnement , il fe livre
à la joie , il rêve à ce qu'il fouhaiteil
est bien embaraffé , tout ce qu'il
fe propoſe , il le rejette. Il avale le
refte de fa bouteille , comptant que cela
lui ouvrira l'efprit. MARGOT , fa femme,
le furprend , elle le gronde fur fon
oifiveté , lui reproche fon peu d'amour
pour elle pour fes enfans lui dit
qu'il ne fonge point à établir SUZETTE
, leur fille , que SIMON , riche Fermier
la demande en mariage ; à ce
nom BLAISE , hauffe les épaules ,
MARGOT , queftionne , & on la met
affez difficilement au fait de l'heureufe
avanture qui fait méprifer SIMON. Elle
fe radoucit,flatte fonMari autant qu'elle
l'a querellé ; il fort pour confulter le
BAILLI & appaifer fes Créanciers .
MARGOT , feule , fe fait un portrait
extravagant de fa grandeur future , &
,
AVRIL. 1763. 197
faute de joie ; SIMON vient s'informer
quand il époufera SUZETTE ?pour toute
réponse on lui rit au nez . Arrivent un
CABARETIER & une MEUNIERE ,
qui font les Créanciers ; on les reçoit
de même ; au mot de tréfor que lâche
MARGOT , ils ceffent leurs menaces ,
lui font les offres les plus obligeantes
& fe retirent perfuadés qu'elle a trouvé
un tréfor. SIMON eft auffi dans cette
erreur , SUZETTE la confirme en venant
parler gaîment de la richeffe prochaine
de fon père , MARGOT lui impofe
filence , & lui enjoint de ne plus
penfer à SIMON : elle avoue ingénument
qu'elle n'y a jamais penfé ; & fur
ce que la mère dit qu'elle lui réferve
quelqu'un qui fera mieux fon fait , la
jeune fille , qui a paru dans la première
Scène avec COLIN, fon amant , croyant
qué c'eft de lui qu'il eft queftion , le
nomme ; MARGOT s'emporte. SIMON
qui triomphe de la voir traverfée , rit ,
& SUZETTE s'obſtine à vouloir Co-
LIN. L'abfence de BLAISE inquiette
l'ambitieufe MARGOT , elle fort pour
l'aller rejoindre , en ordonnant à fa fille
de refter avec SIMOM , homme d'àge,
qu'elle ne craint pas comme le jeune
COLIN . Empreffemens & fleurettes de
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
la part de SIMON , éloges contraftés de
COLIN , cet amant furvient ; le bon
Fermier touché de leurs amours naïfs,
fait un retour fur lui-même & promet
de les feconder auprès de BLAISE.
>
BLAISE améne le BAILI , homme
qui vante beaucoup fes confeils &
qui ne fait que boire & manger en
préfcrivant toujours la modération. Le
BUCHERON rempli de fes idées de
fortune , entend avec peine une propofition
de mariage qui retarde l'accompliffement
de fes trois Souhaits , il fe
débarraffe de SUZETTE & de COLIN
par des promeffes vagues , & retient
SIMON qui le complimente. MARGOT
revient on fe met à table , chacun
donne un avis conforme à fon goût ,
on mange quelques petits poiffons ,
BLAISE excite fes convives & furtout
le BAILLI ; " encore , s'écrie- t-il , que
» n'avons je à la place , car je fçai que
» vous les aimez …….. là .... une belle
» anguille ! il en paroît une dans le plat
toute accommodée . BLAISE fe dépite
, MARGOT l'invective , le BAILLI
& SIMON mangent & boivent. La colère
& le déluge de propos de la femmé
réduifent le mari qui ne peut l'adoucir
parles deux fouhaits qu'il dit avoir encore
AV- RIL. 1763.. 199
à former , à fouhaiter fans y fonger .
qu'elle devienne muette ; elle veut continuer
fes injures , mais en vain ; de
rage elle renverfe les bancs & fort défefpérée
. Le BAILLI Confeille , BLAISE
fe défole & SIMON plaifante. SUZETTE
arrive tout en pleurant , elle fe plaint
que fa mère l'a battue , elle fe confole
dans l'efperance qu'on la mariera avec
COLIN , & s'afflige après l'explication
des deux malheurs , fçavoir l'anguille
& la perte de la parole. COLIN vient
demander fi MARGOT confent enfin à
l'accepter pour gendre , on le renvoye
à BLAISE , qui gémit de n'avoir plus
qu'un fouhait . MARGOT reparoît amenée
par une Commère qui lui fert d'interpréte
; Blaife propofe à fa femme de
la faire Reine , par fon dernier fouhait,
Reine & ne point parler , dit le
BAILLI , non , non. Cela met dans une
grande perplexité le mari , il s'attendrit ;
il maudit fon indifcrétion . Tout le monde
fe joint pour l'engager à rendre la
parole à la pauvre MARGOT ; il héfite
longtemps ; il céde , elle ne tient plus
en place , ce font des remercîmens , &
un caquet infinis . SIMON rit à gorge
déployée ; le BAILLI , dont la manie
eft de fe montrer le maître dit à
I iv
2.00 MERCURE DE FRANCE.
BLAISE que le fouvenir de fes dettes
tourmente , qu'il arrangera cette affaire
& obtiendra du temps des Créanciers.
Tout fe pacifie , le Bucheron reprend fa
cognée en chantant l'amour du travail
& des biens naturels , on fe difpofe à
unir COLIN & SUZETTE. La Piéce eft
terminée par un Vaudeville qui en dérive
, & dont le refrain eft : Trop de pe
tulance gâte tout.
REMARQUES.
On trouve dans ce petit Drame , une conduîte
fage , un ftyle proportionné au Sujet , des plaifanteries
unes , une gaité franche , des traits
même de Morale , mais jettés fans prétention }
les Ariettes y font adroitement enchâllées , & la
Mufique , qui eft de M. Philidor , eft de la plus
grande beauté. Les plaintes du Bucheron fur fa
mifére , le plaifir enfuite d'avoir trois fouhaits à
former , bonheur qui lui paroît un fonge , le
Quatuor des Créanciers , &c. le Trio des Confultations
, le Septuor de la fin , Morceau détaillé
fans la moindre confuſion & les airs de Sur
zette & de Colin tout cet enfemble faifit &
frappe par la vérité des caractères de chaque Interlocuteur
établis dans cette Mufique pittoresque.
>
›
Il n'y a que les Exemplaires pour la Cour
qui portent le nom de M. Guichard ; mais il
nous a écrit qu'il étoit fâché de le voir nommer
feul dans une Piéce faite cnnjointement avec M.
C***, qui lui en a infpiré l'idée d'après le Conte' ;
que même leur intention à tous deux étoit de
AVRIL 1763 .
201
garder l'Anonyme , fentant bien que le fuccès
des Comédies à Ariettes appartient plus de droit
aux Muficiens qu'aux Poëtes. Nous ne pouvons
qu'applaudir à la modeftie de l'un & de l'autre
& à l'équité de M. Guichard.
La Mufique de cette Piéce fait d'autant plus
d'honneur à M. PHILIDOR , déja fi connu par
fes précédens ouvrages ; qu'à la fcience de l'harmonie
, fur laquelle il a reçu des éloges fans
contradiction , il a joint en cette occafion l'ufage
du goût qui affortit le genre muſical_aux détails
des paroles. Sans ceffer d'être auſſi Harmonifte
, iikl a tourné fon génie à cette mélodie
agréable & phragée que notre Langue exige , &
à laquelle on reviendra toujours , malgré même
quelques fuccès dans un genre qui dénature en
même temps l'efprit de la Langue & celui dela
Mufique qu'on y veut adapter.
Tous les Acteurs ont joué dans cette Piéce
avec beaucoup de feu & d'intelligence . M.CAILLOT
, M. DE LA RUETTE , M. CHAMPVILLE &
M. CLAIRVAL , Miles LA RUETTE , BERAUD &
DESGLANDS en exécutoient les rôles,
>
Un Acteur nouveau , dans les rôles
de chant , a débuté für ce Théâtre
le 1 Mars par celui du Prince dans
Nintete à la Cour & par celui du Mπ-
ficien dans le Magafin des Modernes ,
avec beaucoup de fuccès ; le Public
a confirmé ce 1er fuffrage dans tous
les rôles par lefquels il a continué fon
début jufqu'à la clôture , qui ne s'aſt
pas faite comme celle de l'Opéra
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
& du Théâre François , le dernier
jour avant la Semaine de la Paffion ,
mais le Samedi veille du Dimanche
des Rameaux. Pendant cette dernière
Semaine depuis le Dimanche , vingt ,
jufqu'au vingt- fix Mars , inclufivement ,
excepté le jour de la Fête de l'Annonciation
, on a éxécuté le Bucheron ,
dont on vient de parler & plufieurs
autres Spectacles mêlés de Mufique ,
du Répertoire de ce Théâtre & de celui
de l'Opéra - Comique , lefquels ont
été alors tous intitulés fur les Affiches ,
Piéces mêlées d'Arriettes.
On a donné le jour de la clôture
la quartorziéme repréfentation du Bucheron
, précédé du Roi & le Fermier.
On ne peut avoir un plus grand
concours de Spectateurs qu'en a eu
ce Spectacle , auquel la foule a toujours
été incroyable pendant cet hyver.
ONN trouve chez Duchefne à Paris un
Extrait imprimé de l'Amour paternel ,
Comédie Italienne dont nous avons parlé
dans nos précédens Mercures. Cer
Extrait , ainfi que les Lettres du Traducteur
, fuffit pour faire connoître à
ceux qui n'auroient pas lu les OEuvres
de M. GOLDONI , combien cet Auteur
mérite la célébrité qu'il s'eft acquife.
L'habitude où nous fommes de ne nous
plaire , de ne rire & de ne prêter quelqu'attention
qu'aux fcènes où paroiffent
ce qu'on appelle les Mafques ; d'ailleurs,
les grands talens des Acteurs qui les portent
actuellement , entr'autres l'Arlequin
& le Pantalon , tout cela n'a pas
permis à M. GOLDONI de les bannir
ici
AVRIL 1763. 193
,
ici comme il a fait de fon Théâtre patriotique
. Malgré cette efpéce de fervitude
, qui affujettit au comique un peu
chargé , il n'en a pas mis moins d'intrigue
, moins de conduite & d'enchaî →
nement dans la plupart des Scènes
moins d'ordre , & d'éloquence naturelle
dans le ftyle . Comme de nouvelles difficultés
font ordinairement créer de nouveaux
moyens aux véritables génies ,
celui - ci a tourné en plufieurs endroi's
de fes nouvelles Piéces , le Lazi au
profit du Sentiment ; c'eft particuliérement
ce qu'on ne peut conteſter dans
une Scène de l'Amour paternel , où
l'art confommé de M. CARRELIN eft
admirablement fecondé par l'heureux
naturel de Mlle CAMILLE . On peut
dire la même chofe de plufieurs parties
des rôles de Pantalon dans cette Comédie
& dans celles qui l'ont fuivie ,
-éxécutées avec un pathétique admirable
dans le genre par M. COLALTO , Acteur
Italien de ce Théâtre .
Dans, la Comédie Italienne en un
A&te , intitulée Arlequin cru mort ,
M. GOLDONI s'eft prêté encore
plus aux Spectateurs François en mettant
les fcènes plus étendues entre l'Ar-
I. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
lequin & le Scapin , qui font dans l'ufage
de parler François dans les Comédies
Italiennes . On fent , malgré cette
conformité avec les farces fur Canevas,
combien l'efprit de l'Auteur & fon génie
pour le vrai comique ajoutent d'agrément
à cette nouvelle fcène, par l'ordre
des idées & par l'efprit qui orne
les plaifanteries , conditions fans lefquelles
il n'y a nulle- part de plaifanterie
que pour ceux qu'il eft quelquefois
humiliant d'amufer. Cette Piéce donnée
pour la premiere fois le 25 Février , a
donc eu un fuccès plus étendu dans
tous les ordres des Spectateurs , même
parmi ceux qui ne peuvent plus s'amufer
que de l'Opéra- Comique : Avantage
fans doute fort au -deffous des talens
de l'Auteur & du mérite de fes Ouvrages
, mais qui doit être auffi précieux
pour lui que l'étoit autrefois pour Mo-
LIERE , l'honneur d'introduire la Comédie
, en la mafquant quelquefois des
livrées de la farce . Ceci doit s'appliquer
auffi à une Comédie en cinq Actes du
même Auteur , intitulée Arlequin Valet
de deux Maîtres , repréfentée pour la
rrefois le 4 Mars.Cette Piéce contient un
Imbroglio foutenu avec un Génié fin-
.:
AVRIL. 1763. 195
gulier & qui produit des Scènes fort comiques
. Elle a été fuivie & a paru réuffir
généralement.
n'a
Le 28 Février , on a donné pour la
première fois le Bucheron ou les trois
Souhaits , Comédie en Vers & en un
Acte , mêlée d'Ariettes ; elle fut unaniment
applaudie. Ce fuccès tres - mérité
tant par la Mufique que par la conftitution
agréable & riante du Poëme ,
fait qu'augmenter. Le Public l'a toujours
revue , jufqu'à la clôture de ce Théâtre ,
avec un nouveau plaifir ; nous en aurions
nous-mêmes à nous étendre davantage
fur cette Nouveauté , fi nous n'en
avions déja parlé dans les Spectacles de
la Cour. ( a ) Elle est tirée d'un Conte
de PERRAULT , imprimé à la tête de
la Piéce. Nous croyons que nos Lecteurs
en verront l'Analyfe avec plaifir.
EXTRAIT DU BUCHERON.
, fort d'une BLAISE le Bucheron
foret , un fagot & une cognée fur
l'épaule , une bouteille d'ofier à la
main. Il fe repofe ; tandis qu'il déplore
les peines de fon état , il en
( a ) Voyez ci-deffus l'Article des Spectacles de
la Cour.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE .
ra ,
tend gronder le tonnerre , il tremble ;
MERCURE paroît fur un nuage : ah !
Seigneur , lui dit BLAISE , que je
fouffre toujours pourvu que je vive !
MERCURE , après l'avoir raffuré , lui
annonce qu'il aura trois Souhaits à former
qui feront accomplis , & lui recominande
en partant , de profiter de la
bonté de JUPITER . BLAISE exprime
d'abord fon étonnement , il fe livre
à la joie , il rêve à ce qu'il fouhaiteil
est bien embaraffé , tout ce qu'il
fe propoſe , il le rejette. Il avale le
refte de fa bouteille , comptant que cela
lui ouvrira l'efprit. MARGOT , fa femme,
le furprend , elle le gronde fur fon
oifiveté , lui reproche fon peu d'amour
pour elle pour fes enfans lui dit
qu'il ne fonge point à établir SUZETTE
, leur fille , que SIMON , riche Fermier
la demande en mariage ; à ce
nom BLAISE , hauffe les épaules ,
MARGOT , queftionne , & on la met
affez difficilement au fait de l'heureufe
avanture qui fait méprifer SIMON. Elle
fe radoucit,flatte fonMari autant qu'elle
l'a querellé ; il fort pour confulter le
BAILLI & appaifer fes Créanciers .
MARGOT , feule , fe fait un portrait
extravagant de fa grandeur future , &
,
AVRIL. 1763. 197
faute de joie ; SIMON vient s'informer
quand il époufera SUZETTE ?pour toute
réponse on lui rit au nez . Arrivent un
CABARETIER & une MEUNIERE ,
qui font les Créanciers ; on les reçoit
de même ; au mot de tréfor que lâche
MARGOT , ils ceffent leurs menaces ,
lui font les offres les plus obligeantes
& fe retirent perfuadés qu'elle a trouvé
un tréfor. SIMON eft auffi dans cette
erreur , SUZETTE la confirme en venant
parler gaîment de la richeffe prochaine
de fon père , MARGOT lui impofe
filence , & lui enjoint de ne plus
penfer à SIMON : elle avoue ingénument
qu'elle n'y a jamais penfé ; & fur
ce que la mère dit qu'elle lui réferve
quelqu'un qui fera mieux fon fait , la
jeune fille , qui a paru dans la première
Scène avec COLIN, fon amant , croyant
qué c'eft de lui qu'il eft queftion , le
nomme ; MARGOT s'emporte. SIMON
qui triomphe de la voir traverfée , rit ,
& SUZETTE s'obſtine à vouloir Co-
LIN. L'abfence de BLAISE inquiette
l'ambitieufe MARGOT , elle fort pour
l'aller rejoindre , en ordonnant à fa fille
de refter avec SIMOM , homme d'àge,
qu'elle ne craint pas comme le jeune
COLIN . Empreffemens & fleurettes de
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
la part de SIMON , éloges contraftés de
COLIN , cet amant furvient ; le bon
Fermier touché de leurs amours naïfs,
fait un retour fur lui-même & promet
de les feconder auprès de BLAISE.
>
BLAISE améne le BAILI , homme
qui vante beaucoup fes confeils &
qui ne fait que boire & manger en
préfcrivant toujours la modération. Le
BUCHERON rempli de fes idées de
fortune , entend avec peine une propofition
de mariage qui retarde l'accompliffement
de fes trois Souhaits , il fe
débarraffe de SUZETTE & de COLIN
par des promeffes vagues , & retient
SIMON qui le complimente. MARGOT
revient on fe met à table , chacun
donne un avis conforme à fon goût ,
on mange quelques petits poiffons ,
BLAISE excite fes convives & furtout
le BAILLI ; " encore , s'écrie- t-il , que
» n'avons je à la place , car je fçai que
» vous les aimez …….. là .... une belle
» anguille ! il en paroît une dans le plat
toute accommodée . BLAISE fe dépite
, MARGOT l'invective , le BAILLI
& SIMON mangent & boivent. La colère
& le déluge de propos de la femmé
réduifent le mari qui ne peut l'adoucir
parles deux fouhaits qu'il dit avoir encore
AV- RIL. 1763.. 199
à former , à fouhaiter fans y fonger .
qu'elle devienne muette ; elle veut continuer
fes injures , mais en vain ; de
rage elle renverfe les bancs & fort défefpérée
. Le BAILLI Confeille , BLAISE
fe défole & SIMON plaifante. SUZETTE
arrive tout en pleurant , elle fe plaint
que fa mère l'a battue , elle fe confole
dans l'efperance qu'on la mariera avec
COLIN , & s'afflige après l'explication
des deux malheurs , fçavoir l'anguille
& la perte de la parole. COLIN vient
demander fi MARGOT confent enfin à
l'accepter pour gendre , on le renvoye
à BLAISE , qui gémit de n'avoir plus
qu'un fouhait . MARGOT reparoît amenée
par une Commère qui lui fert d'interpréte
; Blaife propofe à fa femme de
la faire Reine , par fon dernier fouhait,
Reine & ne point parler , dit le
BAILLI , non , non. Cela met dans une
grande perplexité le mari , il s'attendrit ;
il maudit fon indifcrétion . Tout le monde
fe joint pour l'engager à rendre la
parole à la pauvre MARGOT ; il héfite
longtemps ; il céde , elle ne tient plus
en place , ce font des remercîmens , &
un caquet infinis . SIMON rit à gorge
déployée ; le BAILLI , dont la manie
eft de fe montrer le maître dit à
I iv
2.00 MERCURE DE FRANCE.
BLAISE que le fouvenir de fes dettes
tourmente , qu'il arrangera cette affaire
& obtiendra du temps des Créanciers.
Tout fe pacifie , le Bucheron reprend fa
cognée en chantant l'amour du travail
& des biens naturels , on fe difpofe à
unir COLIN & SUZETTE. La Piéce eft
terminée par un Vaudeville qui en dérive
, & dont le refrain eft : Trop de pe
tulance gâte tout.
REMARQUES.
On trouve dans ce petit Drame , une conduîte
fage , un ftyle proportionné au Sujet , des plaifanteries
unes , une gaité franche , des traits
même de Morale , mais jettés fans prétention }
les Ariettes y font adroitement enchâllées , & la
Mufique , qui eft de M. Philidor , eft de la plus
grande beauté. Les plaintes du Bucheron fur fa
mifére , le plaifir enfuite d'avoir trois fouhaits à
former , bonheur qui lui paroît un fonge , le
Quatuor des Créanciers , &c. le Trio des Confultations
, le Septuor de la fin , Morceau détaillé
fans la moindre confuſion & les airs de Sur
zette & de Colin tout cet enfemble faifit &
frappe par la vérité des caractères de chaque Interlocuteur
établis dans cette Mufique pittoresque.
>
›
Il n'y a que les Exemplaires pour la Cour
qui portent le nom de M. Guichard ; mais il
nous a écrit qu'il étoit fâché de le voir nommer
feul dans une Piéce faite cnnjointement avec M.
C***, qui lui en a infpiré l'idée d'après le Conte' ;
que même leur intention à tous deux étoit de
AVRIL 1763 .
201
garder l'Anonyme , fentant bien que le fuccès
des Comédies à Ariettes appartient plus de droit
aux Muficiens qu'aux Poëtes. Nous ne pouvons
qu'applaudir à la modeftie de l'un & de l'autre
& à l'équité de M. Guichard.
La Mufique de cette Piéce fait d'autant plus
d'honneur à M. PHILIDOR , déja fi connu par
fes précédens ouvrages ; qu'à la fcience de l'harmonie
, fur laquelle il a reçu des éloges fans
contradiction , il a joint en cette occafion l'ufage
du goût qui affortit le genre muſical_aux détails
des paroles. Sans ceffer d'être auſſi Harmonifte
, iikl a tourné fon génie à cette mélodie
agréable & phragée que notre Langue exige , &
à laquelle on reviendra toujours , malgré même
quelques fuccès dans un genre qui dénature en
même temps l'efprit de la Langue & celui dela
Mufique qu'on y veut adapter.
Tous les Acteurs ont joué dans cette Piéce
avec beaucoup de feu & d'intelligence . M.CAILLOT
, M. DE LA RUETTE , M. CHAMPVILLE &
M. CLAIRVAL , Miles LA RUETTE , BERAUD &
DESGLANDS en exécutoient les rôles,
>
Un Acteur nouveau , dans les rôles
de chant , a débuté für ce Théâtre
le 1 Mars par celui du Prince dans
Nintete à la Cour & par celui du Mπ-
ficien dans le Magafin des Modernes ,
avec beaucoup de fuccès ; le Public
a confirmé ce 1er fuffrage dans tous
les rôles par lefquels il a continué fon
début jufqu'à la clôture , qui ne s'aſt
pas faite comme celle de l'Opéra
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
& du Théâre François , le dernier
jour avant la Semaine de la Paffion ,
mais le Samedi veille du Dimanche
des Rameaux. Pendant cette dernière
Semaine depuis le Dimanche , vingt ,
jufqu'au vingt- fix Mars , inclufivement ,
excepté le jour de la Fête de l'Annonciation
, on a éxécuté le Bucheron ,
dont on vient de parler & plufieurs
autres Spectacles mêlés de Mufique ,
du Répertoire de ce Théâtre & de celui
de l'Opéra - Comique , lefquels ont
été alors tous intitulés fur les Affiches ,
Piéces mêlées d'Arriettes.
On a donné le jour de la clôture
la quartorziéme repréfentation du Bucheron
, précédé du Roi & le Fermier.
On ne peut avoir un plus grand
concours de Spectateurs qu'en a eu
ce Spectacle , auquel la foule a toujours
été incroyable pendant cet hyver.
Fermer
Résumé : COMÉDIE ITALIENNE.
Le texte met en lumière plusieurs pièces de théâtre italiennes et françaises, en se concentrant particulièrement sur les œuvres de Carlo Goldoni. Un extrait imprimé de 'L'Amour paternel' de Goldoni, disponible chez Duchefne à Paris, témoigne de la renommée de cet auteur. Goldoni parvient à intégrer intrigue, conduite et éloquence naturelle dans ses scènes, malgré la préférence du public pour les masques traditionnels comme Arlequin et Pantalon. Dans 'Arlequin cru mort', Goldoni adapte les scènes pour plaire au public français tout en conservant l'esprit comique et l'ordre des idées. Cette pièce, représentée pour la première fois le 25 février 1763, a connu un succès notable. Le 28 février, la comédie en vers et en un acte 'Le Bucheron ou les trois Souhaits', mêlée d'ariettes, a été applaudie à l'unanimité. Tirée d'un conte de Perrault, cette pièce a été acclamée pour sa musique et son poème agréable. L'intrigue de 'Le Bucheron' raconte comment Blaise, un bûcheron, reçoit trois souhaits de Mercure et les utilise de manière comique et moralisante. La pièce se termine par un vaudeville et des remarques sur la conduite sage, le style proportionné au sujet, et les plaisanteries fines. Les auteurs Guichard et C*** montrent une grande modestie concernant la paternité de la pièce. La musique de Philidor est louée pour son harmonie et son adaptation au langage français. Les acteurs ont joué avec beaucoup de feu et d'intelligence, et un nouvel acteur a débuté avec succès le 1 mars. La saison s'est terminée le samedi avant le Dimanche des Rameaux, avec un grand concours de spectateurs pour 'Le Bucheron'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
64
p. 159-185
EXTRAIT du BIENFAIT RENDU, OU LE NÉGOCIANT, Comédie en cinq Actes & en Vers, représentée par les Comédiens François pour la première fois le Lundi 18 Avril 1763.
Début :
AUTEUR ANONYME. PERSONNAGES. ACTEURS. LE COMTE DE BRUYAN COURT. M. Brisart. LA COMTESSE. [...]
Mots clefs :
Observations, Succès, Anonyme, Versification, Drame, Amour-propre, Comédie, Actrice nouvelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du BIENFAIT RENDU, OU LE NÉGOCIANT, Comédie en cinq Actes & en Vers, représentée par les Comédiens François pour la première fois le Lundi 18 Avril 1763.
EXTRAIT du BIENFAIT RENDU
ou LE NÉGOCIANT , Comédie en
cinq Actes & en Vers , repréſentée
par les Comédiens François pour la
première fois le Lundi 18 Avril 1763 ,
AUTEUR ANONY ME .
PERSONNAGES. ACTEURS.
LE COMTE DE BRUYAN
COURT. M. Brifart.
LA COMTESSE. Mlle Drouin
ANGÉLIQUE , Fille du Comte &
de la Comteffe. Mlle Hus.
LE CHEVALIER , Frère d'Angélique.
M. Molé.
JULIE , Amie d'Angélique . Mlle Préville.
LISIMON , Père de Julie . M. Dubois.
à Angélique.
Comte ..
VERVILLE , Commerçant deſtiné
ORGON , Oncle de Verville.
DUBOIS , Vales - de- Chambre du
JASMIN , Valet de Verville.
UN NOTAIRE.
La Scène eft à Paris chez le Comte
M. Belcour.
M. Préville .
M. Dauberval.
M, Bouret
160 MERCURE DE FRANCE.
VERVILLE , en arrivant de Bordeaux
à Paris pour conclure le mariage
projetté par fon oncle avec la fille du
Comte de BRUYANCOURT , a perdu
le portefeuille qui contenoit toute fa
fortune. Cet accident l'avoit retenu pendant
un mois caché dans une auberge
à Paris. Il avoit envoyé fon valet JASMIN
fur la route faire des perquifitions.
Un vieillard refpectable avoit rapporté
à VERVILLE ce précieux portefeuille ,
fans vouloir recevoir de lui aucune
marque de reconnoiffance , ni même
lui dire fon nom. Auffitôt que VERVILLE
a recouvré fa fortune , il ſe préfente
dans la maifon du Comte pour
exécuter les ordres de fon oncle.
C'est dans ce moment , & avant que
d'avoir vu le Père d'ANGÉLIQUE que
commence l'action de la Piéce . JASMIN
rend compte de l'inutilité de fes recherches
, fur quoi VERVILLE le confole
en lui apprenant l'action du vieillard
de laquelle il exagére beaucoup le mérite.
Quelques détails fur l'impertinence
des Domeftiques du Comte préviennent
fur le caractère des parens d'ANGELIQUE.
La Scène du CHEVALIER
DE BRUYANCOURT avec VER
M A I. 1763.
161
VILLE confirme encore davantage cette
expofition. Ce Chevalier déclare à '
VERVILLE très-durement qu'il doit renoncer
à l'honneur de s'allier à fa
famille , & qu'il fera bien de s'en défifter
volontairement , pour éviter l'affront
d'un refus abfolu.
VERVILLE répond avec la plus grande
fermeté , qu'il étoit par lui- même fort
éloigné de courir les hazards d'une pareille
alliance ; qu'il ne s'y prêtoit que
pour obéir aux ordres d'un Oncle auquel
il doit tout , mais que le ton abfolu
du Chevalier détermine fon irréfolution
, & qu'il eft difpofé à faire voir
au Comte le plus grand empreffement
pour terminer cette affaire ; le Comte
père d'ANGÉLIQUE , ne fait pas un
accueil plus favorable à VERVILLE.
On annonce au Comte l'arrivée d'un
homme dont la figure , les manières ,
& furtout la familiarité , paroiffent fort
extraordinaires à toute fa maifon . Il reconnoît
avec chagrin ORGON , l'oncle
de Verville ; l'impatience le fait paroître
pour venir chercher le Comte & fon
neveu ; il anonce dès fon entrée fon caractère
vif , libre & franc ; il croit fon
neveu déja inſtallé dans la maiſon ; il
eft fort étonné du froid qu'il remarque .
R
162 MERCURE DE FRANCE.
entre le Comte & lui , encore plus de ce
que ce neveu a pa Té un mois à Paris fins
s'être préfenté chez le Comte & fans
avoir avancé l'affaire de fon mariage ;
VERVILLE dit qu'il lui en apprendra
la caufe. Pour réparer le temps perdu
par la goutte qui l'a empêché d'arriver
plutôt, ORGON veut aller complimenter
la Comteffe & fa niéce future ....
Et , ( dit-il au Comte , ) cela feroit fait déja ;
>> fi ma figure
» Eût eu le don de plaire à Meſſieurs vos Valets ;
Maisje n'ai jamais pu me procurer d'accès , &c.
Il a rencontré JULIE qu'il prenoit
pour ANGÉLIQUE , & illa trouvée fort
à fon gré ; mais il apprend du Comte,
que cette JULIE eft une amie d'ANGEEIQUE
; qu'elle eft fille d'un Officier ,
homme de qualité , fort maltraité de la
fortune . Il emmene le Comte fort embarraffé
de cet hôte incommode.
Le Chevalier , frère d'ANGÉLIQUE ,
a conçu pour JULIE une paffion qu'il
lui a déclarée ; ce qui l'a déterminé à
prier fon Père de la retirer dès le foir
même de la maifon du Comte . VERVILLE
vient trouver JULIE , fçachant
M.A I. 1763. 163
ge
qu'elle eft l'amie d'ANGÉLIQUE. La
confiance avec laquelle il l'interrofur
le caractère de fon amie , eft ,
dit il , l'effet du fentiment dont il a été
prévenu pour elle à la première vue;il lui
déclare en même - temps avec un regret
affez vif, que fon oncle feul a tout fait ,
& que malgré lui , on a promis fa main
& fa foi pour ANGÉLIQUE . JULIE fe
défend de répondre aux queftions de
VERVILLE ; elle lui confeille de juger
plutôt par lui-même. Celui - ci lui repréfente
que la pétulance de fon oncle ne
lui laiffe pas efpérer qu'il confente à aucun
délai , & qu'il faudra peut- être conclure
dès le lendemain ; qu'en fe dédifant
au moment de la conclufion , il ſe trouveroit
chargé de tous les torts de la rupture ,
au lieu que s'il étoit inftruit que l'orgueil
d'ANGÉLIQUE fût révolté de ce mariage
, il pourroit faire défifter fon oncle
dans le tems furtout où la bile de ce
vieillard eft déja irritée contre les procédés
de toute cette famille. JULIE cédant
à cette raifon , ne peut plus lui cacher
qu'en effet ANGÉLIQUE eft nourrie dès
fon enfance des préjugés de la nobleffe ;
elle fe retire après cet aveu , quoique.
VERVILLE veuille la retenir.
Le Comte vient avec ORGON & la
164 MERCURE DE FRANCE.
Comteffe ; celle - ci n'eft point informée
des engagemens du Comte , qui l'exhorte
tout bas à ne rien brufquer. Quelques
fragmens de cette Scène en apprendront
les raifons & peindront le caractère
d'ORGON .
ORGON.
» Je difois donc , qu'iffu de parens ordinaires ,
» Je ne puis me vanter des honneurs de mes pères.
» Et que tout bonnement , commerçans comme
» moi ,
» Ils n'ont fait parler d'eux que par leur bonnefoi ;
Titre qui devroit bien être en ligne de compte ,
» Avant les qualités de Marquis & de Comte :
» Mais la fottiſe humaine en ordonne autrement.
LA COMTESSE répond avec mépris , en difant :
· Il feroit beau vraiment
» Qu'on vit au même rang, fans nulle différence,
>> Marcher & gens titrés , & commerce & finance.
ORGON . - ·.
→ Ne.craignez rien , Madame ; allez , vous garde-
>> rez
Ces frivoles honneurs par l'orgueil confacrés.
Quant à moi je ferai conſiſter ma nobleſſe
» A me montrer exact à tenir ma promeſſe ;
>>
M A I. 1763 . 165
» A ne point m'arroger un droit humiliant
Sur les Sots qui pourroient me prêter de l'argent,
» Et m'affranchir furtout du chagrin, de la honte
» Qu'un huiffier.
LE COMTE , bus à Orgon.
»Ah ! paix donc.
ORGON.
» Vous m'entendez , cher Comte ;
» Il eft fâcheux fans doute , il faut en convenir ,
» Qu'un Seigneur de chez lui ne puiffe pas fortir ;
» Sans craindre qu'un Sergent avec fa digne eſcorte
» Au mépris de fon rang ne l'enleve à fa porte.
LE COMTE , bas à Orgon.
» Vous voulez donc me perdre ?
ORGON.
» Oh ! que non.
LA COMTESSE.
ORGON.
»Que dit -il?
»Je conviens que le trait ne feroit pas civil :
Mais quand on pouffe à bout....
LE COMTE , à Orgon. part.
» Epargnez-moi .....j'enrage.
166 MERCURE DE FRANCE.
VERVILLE à part.
J'imagine à la fin entendre ce langage.
ORGON à la Comteffe.
>> Vous neconcevez rien , Madame , à ces propos ?
LA COMTESSE.
Non ; & pour dire vrai , je les trouve affez
» fots.
Sans doute.
ORGON, riant.
LA COMTESSE.
Et n'y vois point quel eft le mot pour rire.
ORGON .
Vous n'avez pas la clef de ce que je veux dire :
» Mais le Comte , s'il veut , pourra vous mettre au
≫ fait , &c.
ORGON revient à fon projet de mariage
dont il preffe la conclufion ; la Comteffe
continue fes dédains. Lorfqu'elle eft
retirée , le Comte cherche à l'excufer auprès
d'ORGON , fur ce qu'il n'avoit pas
encore communiqué fes engagemens à la
Comteffe. Le vieil oncle menace de
M A I.. 1763, 167
faire repentir le Comte de fes procédés,
s'il ne tient promptement fa parole.
» Eh quoi ! ſuffira-t-il qu'une fuite d'Ayeux
» Nous ait tranſmis un nom qu'ils ont rendu fa
›› meux ,
›› Pour nous autoriſer à manquer de parole ?
» Des titres & du rang l'avantage frivole
» Peut- il donner ainſi l'indigne faculté
>>.De ſe moquer des Loix de la Société !
VERVILLE s'étonne avec raifon
que
fon oncle s'obftine à la conclufion de
ce mariage mal-afforti ; celui- ci en donne
la raison & apprend le noeud des
engagemens du Comte qui lui doit cent
inille écus d'argent prêté dans fes preffans
befoins. ORGON dit que comptant
peu fur le recouvrement de cette dette,
cela lui avoit fait naître le projet de
confondre leurs communs intérêts en
uniffant fon neveu à la fille du Comte .
Il convient qu'il avoit peut-être fait en
cela une fottife, mais que le Comte ayant
paru d'abord accepter ce parti avec
empreſſement & reconnoiffance , il ne
veut pas en avoir le démenti.
Dans le temps que JULIE vient d'avoir
une explication avec le Chevalier
168 MERCURE DE FRANCE .
en préfence d'ANGÉLIQUE fur les mo
tifs de fa retraite , la Comteffe vient fe
plaindre à fes enfans , des égards que
marque le Comte leur Père pour ORGON.
Elle parle fort mal de l'oncle &
du neveu ; elle accufe même le dernier
d'avoir auffi peu d'efprit que de monde ;
ANGÉLIQUE paroît vouloir le juftifier
à cet égard. Sa mère la foupçonne de
prévention en faveur de VERVILLE ;
ANGÉLIQUE S'en défend , en affurant
que , fans lui faire injuftice , elle fçait
fe refpecter & connoît trop l'intervalle
que le fort a ' mis entr'elle & ce jeune
homme. La Comteffe le voit paroître &
fe propofe de le congédier définitivement.
On peut juger par le caractère
de cette Comteffe , avec quelle hauteur
elle traite VERVILLE dans cette Scène
; celui - ci n'employe jamais qu'une
honnêteté qui , fans l'avilir , feroit fentir
à tout autre qu'à cette femme prévenue
, combien il mériteroit d'autres
procédés ; il s'adreffe à ANGELIQUE
elle-même pour fçavoir fes fentimens
fur lefquels il promet de régler fes démarches
auprès du Comte fon Père.
ANGÉLIQUE héfite de répondre
; elle en eft difpenfée par l'arrivée
du Comte & d'ORGON.
Ce
M A T. 1762. 169
Ce dernier annonce à la Comteffe
que tout étant oublié de fa part fur
la réfiftance qu'on avoit apportée au
mariage de fon neveu , neveu , on va travailler
dans l'inftant au contrat . La Comteffe
fe récrie contre cette alliance ; le
Comte la preffe de plus en plus d'y confentir
. ORGON reproche au Comte la
foibleffe avec laquelle il écoute les propos
de fa femme & de fon fils. VERVILLE
veut engager fon oncle à folliciter
les fuffrages d'ANGÉLIQUE . Or-
GON traite cela de Jargon de Cythère ,
dont il fe moque , en ajoûtant que l'opulence
aura bientôt confolé ANGÉLIQUE
du frivole avantage d'un titre
faftueux...
» Une bonne maiſon où régne l'abondance
>> Vaut bien à tous égards la trompeufe elégance
De ces Palais brillans , où l'or partout femé
>> Infulte aux Créanciers d'un Seigneur affamé ;
Et qu'il eft plus flatteur d'obliger tout le monde,
» Et d'être de bienfaits une fource féconde ,
>> Que d'avoir le talent fi commun aujourd'hui
» De faire grand fracas , mais aux dépens d'autrui.
A quoi le
plus de vérité
Chevalier répond avec
que
de décence .
» Eh ! comment voulez -vous que faffſe la nobleſſe ?
H
170 MERCURE DE FRANCE.
(
+
» Tout l'or eft dans les mains des gens de votre
» efpéce ,
Pour avoir notre part , nous n'avons qu'un
» moyen ;
C'eft d'emprunter beaucoup ,& de ne rendre rien.
Le Comte refté feul avec la Comteffe
& fes enfans , les inftruit enfin
de la néceffité de cette alliance qui
teur paroiffoit fi bizarre . Si cet obſtiné
vieillard réalifoit les menaces de le pourfuivre
; dans l'inftant tous ces autres
Créanciers dévoreroient le refte de fa
fortune & ne lui laifferoient
• 33 Que la honte & l'ennui
>> Que l'orgueil abbaiffé doit traîner après lui .
Il preffe fa fille de fe prêter à cet
hymen qui peut feul le tirer d'embarras.
La Comteffe , allarmée de perdre
le fafte qui fait feul fon bonheur , change
à l'inftant de façon de penfer , elle
trouve alors VERVILLE fort aimable ,
Oncle un peu bourgeois , mais au
fond eftimable : la reconnoiffance , ditelle
, la décide ; on pourra décorer VERVILLE
de quelque grande charge ,
acheter un Régiment au Chevalier , que
'on fera payer au bon- homme d'Oncle ;
MAI. 1763 . 171
tout cela lui donne alors beaucoup d'impatience
de voir conclure cette utile alliance.
Tout étant d'accord , VERVILLE
n'en devient que plus inquiet fur le mariage
qu'il va contracter avec ANGÉ-
LIQUE . En confultant fon coeur , il reconnoît
que l'impreffion qu'a faite fur
lui JULIE , eft la caufe la plus forte de
fon irréfolution . ORGON le furprend
dans cette rêverie ; lui reproche fa nonchalance
dans cette conjoncture , lui
parle avantageufement d'ANGELIQUE,
dont il efpére que l'on fubjuguera la
raifon, Il lui affure toute fa fucceffion ,
& par d'autres arrangemens , en attendant
, il lui fait envisager la certitude
d'une vie fort agréable , & interrompt
ainfi les remercîmens de fon
neveu Set 173
» Va , va , je te difpenfe
D'étaler les tranfports de ta reconnoillance.
» Quand elle eft véritable , on s'en apperçoit bien;
» Quand elle ne l'eft pas , les grands mots ne font
>>rien.
Un vieil Officier furvient, VERVILLE
le reconnoît & l'annonce à fon oncle
- pour celui à qui il doit fa fortune par
-le recouvrement de fon portefeuille.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
ORGON l'embraffe avec cordialité. Ce
vieillard leur dit qu'il font trop de cas
d'une chofe ordinaire ; il leur apprend
qu'il s'appelle LYSIMON , qu'il eft ancien
militaire , peu riche , & père de Ju-
LIE. ORGON le félicite fur le mérite de
fa fille elle paroît dans ce moment ,
VERVILLE s'empreffe en allant à elle
de lui témoigner la reconnoiffance qu'il
doit à fon père . Celui- ci continuant toujours
de fe défendre modeftement , engage
l'oncle & le neveu à fe taire fur
une action auffi commune que la fienne.
VERVILLE en prend occafion d'exprimer
ce qu'il fent pour JULIE .
Par générofité vous m'impoſez filence ;
J'y foufcris : mais pour moi , quel chagrin
» quand je penſe
» Qu'il n'eft aucun moyen qui puiffe m'acquitter,
(regardant Julie . )
» Ou qu'il n'en feroit qu'un queje ne puis tenter !
î
Ces derniers mots deVERVILLE éclairent
LYSIMON ; refté feul avec fa fille
il l'interroge fur fes difpofitions à l'égard
de VERVILLE ; JULIE les laiffe entrevoir
par l'empreffement qu'elle marque
de hâter fa retraite ; fon père l'applaudit
d'oppofer tant de raifons à un pen-
1
MAI. 1763. 173
chant qui pourroit être fi fatal à fon
bonheur. ANGÉLIQUE , qui furvient
lui reproche inutilement la réfolution où
elle cft de fe féparer d'elle ; elle ne peut
croire que ce foit la paffion de fon frère
qui la porte à cet éloignement . JULIE
dit que fon père fçait tous fes fentimens
& connoît comme elle la néceffité de
la réfolution qu'elle a prife . Elle parle
à ANGÉLIQUE de fon prochain mariage
; celle - ci découvre à cet égard fes
vrais fentimens fur le prétendu aviliffement
dans lequel elle croit que la plon
geroit cette alliance ; ce fentiment eft
combattu par Julie : mais ANGÉLIQUE
s'explique déterminément fur le compte
de VERVILLE.
Sans mépris , je ne veux point de lui
Je ne fuis point injufte , & je conviens d'avance
»Que j'ai quelque regret qu'il n'ait point de naif-
30
»fance ;
Mais je ne connois rien qui couvre ce défaut.
ORGON vient, un écrain de diamans à
la main , qu'il préfente fans façon à ANGÉLIQUE
; elle paroît fort choquée du
titre de fa niéce qu'il lui donne par avance
, & ſe refuſe à prendre l'écrain , ce
qui fcandalife fort ORGON. Dans le mo-
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
ment où JULIE cherche à excufer ANGÉLIQUE
fur ce refus , arrive la Comteffe
qui trouve l'écrain fort beau,& félicite
fa fille fur la magnificence avec
laquelle elle fera parée. ORGON dit
qu'il eft fort aife d'avoir fait connoiffance
avec le Marchand qui lui a vendu
les diamans ; il en fait un éloge que nous
nous reprocherions de fouftraire au
Lecteur.
Tout refpire chez lui la vertu , la décence.
Il eſt riche vraiment , & la fimplicité
» Régne dans fa maiſon avec l'honnêteté,
Ses ayeux ont de père en fils dans cette Ville
Depuis cent cinquante ans le même domicile
Et quoiqu'il pût fort bien donner à fes enfans.
De quoi leur procurer des états plus brillans ,
>> Dans fa profeffion il veut les faire vivre ;
Et fon fils à quinze ans tient déjà longrand livre.
» Sa femme me paroît une femme d'honneur ,
> Pleine de fentimens , de bon fens , de candeur..
»Je dois la préfenter quelque jour à ma nićce.
ANGELIQUE , à part.
>> Croit-il que je verrois des gens de cette eſpéce ?
» Je fuis au défefpoir ! ১১
Ce peu de mots décide la folle manie
M A 1. 1763. 175
d'ANGÉLIQUE; ORGON préfente LYSIMON
à la Comteffe , comme le bienfaiteur
de fon neveu ; la franchiſe net
lui permet pas de fe taire fur la morgue
& la hauteur qu'il remarque dans
ANGÉLIQUE , & que tout naturellement
il dit qu'elle tient de fes parens, mais dont
il efpérede la guérir par la fuite. ANGÉLIQUEpiquée
de ce reproche fe défend contre
ORGON de l'orgueil dont il l'accuſe ;
elle prétend que les gens du commun
ne cherchent à détruire l'intervalle qui
les fépare des grands, que par amourpropre
.
Jaloux de notre état , cette philofophie
Eft ordinairement le mafque de l'envie ,
» Qui , juſqu'à la grandeur ne pouvant s'élever ;
>>Jufques à fon néant voudroit la ravaler.
Elle continue , en déclarant très - ouvertement
à ORGON que cette alliance
ne fera jamais qu'un effort de raiſon
de fa part & l'effet de fa foumiffion
pour fon père ; ce qui détermine ORGON
à rompre entiérement , malgré les
efforts que fait la Comteffe , pour
calmer fa colère.
» Non , ( dit-il , ) je ne veux pas lui faire violence ;
&
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE .
> Et je commence à voir que Verville a raiſon
» Ce feroit fur fes jours répandre le poiſon
"Que de l'affocier avec une Princeffe
» Qui le regarderoit du haut de la nobleſſe.
Le Comte furvient , qui cherche à le
calmer , en excufant fa fille , dont il
fe rend caution, On a mandé le Notaire
. ORGON céde par bonté , n'ayant
pas , dit- il , le don de tenir fa colère.
ANGÉLIQUE murmure tout bas , ORGON
s'en offenfe & menace encore de
rompre ; mais elle fait une promeffe authentique
d'obéiffance qui racommode
tout. Le Comte la fait remarquer à ORGON
; ce dernier protefte que les égards
qu'on aura pour lui régleront fes procédés
; qu'il ne veut plus être humilié; que
VERVILLE , il eſt vrai , eft honoré par
ce mariage , mais qu'il ne fe foumettra
pas à d'éternels mépris
» Ne vous y trompez pas , ( pourfuit- il , ) · les gens
>> de notre eſpéce ,
Sans ces vieux parchemins de l'antique nobleſſe
» Comme elle , à mille égards ont droit de fe flat-
» ter
» De fervir la patrie & d'en bien mériter.
A Bordeaux vous verriez vous- même , mon che
22 Comte
M A I. 1763. 177
» Si mon état me doit inſpirer de la honte.
» Vous verriez Officiers , Soldats & Matelots
»Entretenus par moi fur nombre de Vaiffeaux ,
Par leurs travaux heureux enrichir la Province
» Et fouvent aux dépens des ennemis du Prince,
» Enfin fi notre étoile , en fecondant nos foins ,
»Nous a donné des biens par- delà nos beſoins ,
Ils ne font pas le fruit d'une induſtrie obſcure.
Leur fource ne fut point l'avarice , l'ufure ,
L'art d'apauvrir le Peuple & de tromper le Ror..
» Tous ces honteux moyens font inconnus de moi.
A travers les dangers j'ai conquis ma fortune ,
-59
00
Qu'à mes concitoyens j'ai fçu rendre commune,
» Cela vaut bien, je crois , la noble oifiveté
» D'un Seigneur orgueilleux bouffi de qualité ,
» Et qui prétend qu'en lui tout le Public révère
→ Cet honneur fi douteux d'être fils de fon père.
»J'ai dit : allons figner . Mais retenez furtout
Qu'il feroit dangereux de me pouffer à bouts
Tout prêt pour la fignature , le Comte
s'eft retiré précipitament avec le
Notaire ; ce Seigneur fe félicite d'avoirtrouvé
un moyen de rembourfer ORGON
, & de lui ôter par là tous les
droits qu'il avoit fur lui ; il en fait part :
à la Conteffe . Elle marque d'abord
toute fa joie d'être débarraffée d'une
alliance qui répugnoit tant à fa vanité.
Hv
178 MERCURE DE FRANCE .
Mais comme le Comte lui dit en même
temps que le moyen d'abforber cette
créance , n'eft qu'en en contractant une
<nouvelle , & que cela laiffe toujours fa
fortune auffi engagée qu'auparavant ; da
crainte d'aller habiter un vieux Château
fait que la Comteffe exhorte fon
mari à tenir fa parole . Cependant le
Comte l'ayant affurée qu'à tout événement
, il n'eft pas plus difpofé qu'elle à
la retraite ; elle rechange encore de fentiment
; elle confent avec plaifir que
l'on rompe ce mariage . VERVILLE qui
vient de la part de fon oncle chercher
le Comte & fçavoir la raison de ce
nouveau délai , reçoit fon congé du
Comte avec la politeffe la plus méprifante.
LYSIMON , préfent à cet entretien
, marque à VERVILLE toute fa
furpriſe & fon indignation fur l'ingråtitude
du Comte & de la Comteffe .
VERVILLE faifit cette occafion pour
déclarer à LYSIMON le defir d'obtenir
JULIE .
•
1
Il le preffe de confentir à fon bonheur
, mais il croit devoir l'avertir que
pour un temps le hazard le prive de la
moitié du bien contenu dans le potefeuille
qu'il lui a remis . LYSIMON répond
que le plus ou le moins eft égal
M A I. 1763 . 179
lorfqu'on eft au- deffus des befoins ; mais
il demande feulement que l'on différe
cet hymen qui auroit l'air d'une vengeance
& d'un projet concerté.ORGON
avoit prévenu les defirs de fon neveu à
l'égard du mariage avec JULLE ; il eſt
enchanté que leurs idées fe trouvent fi
conformes. LYSIMON oppofe les mêmes
raiſons pour différer , qu'il avoit
données à VERVILLE ; mais elles ont
peu de poids fur ORGON. JULIE vient
elle-même ; c'eft l'oncle de VERVILLE,
c'eft le bon ORGON , piqué , qui ſe
charge de la déclaration de fon neveu
pour JULIE, & qui en fait lui - même la
demande. VERVILLE , encore incertain
des difpofitions de JULIE , a lieu
d'être fatisfait des affurances honnêtes
de LYSIMON. La fille achéve de combler
l'espoir de cet Amant inquiet &
délicat en difant :
(
L'obéis , mais Monfieur , jamais l'obéiffance
» N'a trouvé dans un coeur fi peu de réſiſtance .
ORGON apperçoit le Comte , & , ditil
, fes cent mille écus.
En effet le Comte apporte des effets
pour la valeur de cette fomme . En regardant
ces papiers , ORGON marque
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
de la furpriſe & demande au Comte
de qui il les tient . En même temps ik
demande à VERVILLE s'il n'avoit pas
ces mêmes effets en arrivant de Bordaux
? VERVILLE en convient , & répond
qu'il en a difpofé , qu'apparemment
ces billets ont paffé en différentes
mains . ORGON eft par-là confirmé
dans fes foupçons & reconnoît que
fon neveu a fait prêter au Comte cette
fomme pour le remboursement de fa
créance . Le Notaire qui arrive éclaircit
ce mystère en déclarant que VERVILLE
lui a remis ces effets. ORGON
approuve l'action de fon neveu qui l'a
tiré de fon yvreffe. Il veut qu'il rende
au Comte l'obligation qu'il avoit de la valeur
des billets . Le Comte eft confondu..
ORGON , pour ſe vanger,lui apprend que
le mariage de VERVILLE eft arrêté avec
JULIE . Elle y met pour condition
qu'ORGON confirmera au contraire le
projet de VERVILLE en faveur du
Comte. ORGON refufe d'y confentir ;
VERVILLE demande de fon côté qu'il
mette au moins quelque délai à fes
pourfuites contre le Comte; ORGONréfiſte
encore;JULIE déclare ne pouvoir confentir
à s'allier avec lui , s'il veut perfécuter
fes bienfaiteurs. VERVILLE fe
M A I. 1763.
18t
,
joint à JULIE ; ORGON fe laiffe fléchir
, & rend fon neveu le maître de
difpofer de fes effets en renonçant
même à la dette ainfi qu'à la famille
du Comte . Ce dernier fortant de fa
confufion , reconnoît fon aveuglement,
confeffe ne mériter aucune grace de
la part d'ORGON , & follicite cependant
la continuation de fon amitié ; il
ordonne au Notaire de vendre tous
les biens qu'il pofféde encore pour l'acquitter
envers ORGON .
" Non que de fes bienfaits ( dit - il y
Le fouvenir me paffe & s'efface jamais,
Il embraffe ORGON , qui dans l'excès
de fa tendreffe , dit au Comte :
" Ah ! fi c'eſt là l'orgueil que la Nobleffe inſpire
» Par combien de refpects aurai- je à réparer
» Tout ce que le dépit m'avoit fait proférer ? ...
32. Oubliez ...
Le Comte l'engage à faire chez lui la
nôce de VERVILLE & de JULIE .
22.
ORGON termine la Piéce par ces vers.
Soit : mais d'un vain eſpoir vous vous êtes flatta,
Si vous comptez me vaincre en générosité,
182 MERCURE DE FRANCE .
OBSERVATIONS.
CETTE Piéce a des beautés qui ont mérité le fuc
cès d'applaudiffemens qu'elle a eu & qui en même-
temps ont donné beaucoup de curiofité ſur le
nom de l'Auteur , lequel perfifte conſtamment à
refter anonyme. Le Lecteur a dû remarquer dans
ce que nous avons rapporté des détails de la Comédie
du Négociant une forte d'énergie , qui n'eft
pas commune aux Dramatiques du temps. Il a
dû remarquer auffi dans la verfification un tour ,
qui a laiffé foupçonner qu'elle pourroit être l'ouvrage
de quelqu'Auteur expérimenté dans le ftyle
propre à la Comédie. Quelques négligences dans
cette verfification , ont déconcerté les conjectures
, fans néanmoins les détruire , parce qu'il yen
a de fi peu conciliables avec les grands traits ré
pandus dans le corps de la Piéce , que l'on feroit
tenté de regarder ces négligences comme volontairement
affectées.
Puifque nous fommes entraînés à parler du
coloris de ce Drame avant de traiter du fonds
de l'action & de la conduite ; nous placerons ici
l'obfervation faite par tous les Connoiffeurs fur
T'extrême différence de juftelle qui fe trouve entre
la manière dont on y fait parler les perfonnages de
qualité d'avec celle qui caractériſe les commerçans
ou les perfonnages bourgeois . Autant ces
derniers font bien vus & rendus avec vérité, autant
les autres paroiffent n'avoir été qu'apperçus de fort
loin & chargés par l'imagination des couleurs les
plus groffieres non pas qu'il n'y ait dans la nature
morale de ces caractères trop véritablement
ſemblables a ce qu'on en dit ; mais l'expreffion
n'en eft pas à beaucoup près auffi dure que
M A I. 1763. 183
telles , dont fe fert P'Auteur de cette Comédie.
11 eft vrai que l'yvreffe de la naiffance & la haute
chimère de la diſtance des conditions , peuvent
aveugler & n'aveuglent que trop ordinainent
ceux qu'elles diftinguent , au même degré que
tetre Comédie nous préfente toute la famille des
Bruyancourts ; mais il n'eft pas vrai que ce travers
fe manifefte avec une infolence auſſi outrée
que l'Auteur a mis dans tous ces Perſonnages ,
fans diftinction d'âge , de fexe , & de fituation .
Ce travers , dans les retraites obfcures de la campagne
a fans doute & doit avoir des nuances d'autant
plus âpres , qu'il eft fouvent la feule vengeance
que certains hommes peuvent prendre de la mifère
réelle de leur vie ; mais dans la poſition où
l'Auteur met les Bruyancourts , la politeffe , ce
miel perfide qui couvre l'aiguillon de l'orgueil ,
fait à l'amour- propre des inferieurs , ( ou de ce
qui eft réputé tel , ) des bleffures peut - être plus
profondes , mais dont les coups font bien moins
groffiers que dans cette Comédie .
Paffant à la conftitution du Drame , nous
croyons avoir remarqué , que l'on a trouvé le
fondement de l'action & du dénoûment. porter
à faux étant établi fur un prétendu bienfait , qui ,
dans la vérité des principes & même de nos ufages
"encore exiſtans, n'eſt qu'un devoir d'exactitude de la
part de LYSIMON , auquel tout homme d'une probité
ordinaire ne peut manquer , fans le dégrader
à fes propres yeux & fans rifquer d'être à jamais
déshonoré ; ainfi tout l'édifice établi fur le
prétendu merveilleux du caractère de ce vieil Officier
, tombe à cette réfléxion , & par conféquent
tombe en même temps une grande partie de
l'action de cette Piéce .
On ne peut pas fe diffimuler plus facilement
184 MERCURE DE FRANCE .
1
l'embarras & le froid que jette dans la marché
de cette action , l'épifodique paffion du Chevalier
pour JULIE ; & ce qu'elle complique , fans
néceté pour l'intrigue & fans effet pour le dénoùment
; car ce dénoûment , dépendant de la
paffion fecrette de VERVILLE , de l'oppofition du
caractère de cette honnête & douce JULIE avec le
caractère infupportable de la fuperbe ANGÉLIQUE ,
que fait la fantaisie du Chevalier , que fait la fage
réfiftance de JULIE ?
C'eft peut-être à ce que nous venons d'obſerver
& à quelques autres parties de la conduite de
cette Comédie , qu'on doit attribuer ce qu'il a
manqué de vivacité dans fon fuccès . Nous croyons
devoir compter au nombre des beautés de cette
Piéce tout le rôle du vieil commerçant ORGON ,
fait en apparence fur le modèle de quelques caractères
qui ont contribué au ſuccès de Pièces célébres
, que nous admirons encore , tels que le
Glorieux & d'autres excellens Ouvrages du même
Auteur. On remarque cependant une fupériorité
dans le caractère d'ORGON ,, d'autant plus
précieuſe , qu'il eſt auffi comique & plus vif encore
que ceux dont nous voulons parler , fans
être borné à la brufque franchiſe du ton , on pourroit
dire peut- être du jargon . Celui - ci au contraire
eft plein de chofes , plein d'idées , & des vérités
les plus effentielles Nous ne pourrions fans injuſtice
nous diſpenſer d'ajouter , que ce caractère , rendu
par M. Préville reçoit auffi des talens de la fineffe &
de l'inimitable intelligence de cet Auteur , une
tranfcendance , fi l'on peut dire , fur les caractères
à peu près du même genre, qu'on avoit vu jouer autrefois
, qui donne à ce rôle- ci , toute la perfection
dont il eft fufceptible , & qui ne doit néanmoins.
rien faire perdre des éloges que méritele Poëte.
M. A I. 1763. 185
Le caractére de VERVILLE , honnête , ferme ,
toujours modefte & jamais bas ni rampant , plein
de raiſon & de fentiment , eft encore dans cette
Piéce , une des chofes qui mérite des louanges à
jufte titre , & qui fait autant d'honneur à l'efprit
& à l'âme de l'Auteur qu'à l'intelligence de l'Acteur*
qui l'a rendu auffi intéreffant qu'il pouvoit être
* M. Belcourt.
Le 22 Avril une Actrice nouvelle a
débuté dans l'Enfant Prodigue & dans
le Procureur arbitre par les rôles de Mde
Croupillac & de la Baronne , dans lef
quels elle a eu des applaudiffemens.
Nous ne pouvons nous difpenfer
d'inférer la Lettre fuivante , d'autant que
l'Auteur nous paroît diſpoſé à la publier
par une autre voie .
ou LE NÉGOCIANT , Comédie en
cinq Actes & en Vers , repréſentée
par les Comédiens François pour la
première fois le Lundi 18 Avril 1763 ,
AUTEUR ANONY ME .
PERSONNAGES. ACTEURS.
LE COMTE DE BRUYAN
COURT. M. Brifart.
LA COMTESSE. Mlle Drouin
ANGÉLIQUE , Fille du Comte &
de la Comteffe. Mlle Hus.
LE CHEVALIER , Frère d'Angélique.
M. Molé.
JULIE , Amie d'Angélique . Mlle Préville.
LISIMON , Père de Julie . M. Dubois.
à Angélique.
Comte ..
VERVILLE , Commerçant deſtiné
ORGON , Oncle de Verville.
DUBOIS , Vales - de- Chambre du
JASMIN , Valet de Verville.
UN NOTAIRE.
La Scène eft à Paris chez le Comte
M. Belcour.
M. Préville .
M. Dauberval.
M, Bouret
160 MERCURE DE FRANCE.
VERVILLE , en arrivant de Bordeaux
à Paris pour conclure le mariage
projetté par fon oncle avec la fille du
Comte de BRUYANCOURT , a perdu
le portefeuille qui contenoit toute fa
fortune. Cet accident l'avoit retenu pendant
un mois caché dans une auberge
à Paris. Il avoit envoyé fon valet JASMIN
fur la route faire des perquifitions.
Un vieillard refpectable avoit rapporté
à VERVILLE ce précieux portefeuille ,
fans vouloir recevoir de lui aucune
marque de reconnoiffance , ni même
lui dire fon nom. Auffitôt que VERVILLE
a recouvré fa fortune , il ſe préfente
dans la maifon du Comte pour
exécuter les ordres de fon oncle.
C'est dans ce moment , & avant que
d'avoir vu le Père d'ANGÉLIQUE que
commence l'action de la Piéce . JASMIN
rend compte de l'inutilité de fes recherches
, fur quoi VERVILLE le confole
en lui apprenant l'action du vieillard
de laquelle il exagére beaucoup le mérite.
Quelques détails fur l'impertinence
des Domeftiques du Comte préviennent
fur le caractère des parens d'ANGELIQUE.
La Scène du CHEVALIER
DE BRUYANCOURT avec VER
M A I. 1763.
161
VILLE confirme encore davantage cette
expofition. Ce Chevalier déclare à '
VERVILLE très-durement qu'il doit renoncer
à l'honneur de s'allier à fa
famille , & qu'il fera bien de s'en défifter
volontairement , pour éviter l'affront
d'un refus abfolu.
VERVILLE répond avec la plus grande
fermeté , qu'il étoit par lui- même fort
éloigné de courir les hazards d'une pareille
alliance ; qu'il ne s'y prêtoit que
pour obéir aux ordres d'un Oncle auquel
il doit tout , mais que le ton abfolu
du Chevalier détermine fon irréfolution
, & qu'il eft difpofé à faire voir
au Comte le plus grand empreffement
pour terminer cette affaire ; le Comte
père d'ANGÉLIQUE , ne fait pas un
accueil plus favorable à VERVILLE.
On annonce au Comte l'arrivée d'un
homme dont la figure , les manières ,
& furtout la familiarité , paroiffent fort
extraordinaires à toute fa maifon . Il reconnoît
avec chagrin ORGON , l'oncle
de Verville ; l'impatience le fait paroître
pour venir chercher le Comte & fon
neveu ; il anonce dès fon entrée fon caractère
vif , libre & franc ; il croit fon
neveu déja inſtallé dans la maiſon ; il
eft fort étonné du froid qu'il remarque .
R
162 MERCURE DE FRANCE.
entre le Comte & lui , encore plus de ce
que ce neveu a pa Té un mois à Paris fins
s'être préfenté chez le Comte & fans
avoir avancé l'affaire de fon mariage ;
VERVILLE dit qu'il lui en apprendra
la caufe. Pour réparer le temps perdu
par la goutte qui l'a empêché d'arriver
plutôt, ORGON veut aller complimenter
la Comteffe & fa niéce future ....
Et , ( dit-il au Comte , ) cela feroit fait déja ;
>> fi ma figure
» Eût eu le don de plaire à Meſſieurs vos Valets ;
Maisje n'ai jamais pu me procurer d'accès , &c.
Il a rencontré JULIE qu'il prenoit
pour ANGÉLIQUE , & illa trouvée fort
à fon gré ; mais il apprend du Comte,
que cette JULIE eft une amie d'ANGEEIQUE
; qu'elle eft fille d'un Officier ,
homme de qualité , fort maltraité de la
fortune . Il emmene le Comte fort embarraffé
de cet hôte incommode.
Le Chevalier , frère d'ANGÉLIQUE ,
a conçu pour JULIE une paffion qu'il
lui a déclarée ; ce qui l'a déterminé à
prier fon Père de la retirer dès le foir
même de la maifon du Comte . VERVILLE
vient trouver JULIE , fçachant
M.A I. 1763. 163
ge
qu'elle eft l'amie d'ANGÉLIQUE. La
confiance avec laquelle il l'interrofur
le caractère de fon amie , eft ,
dit il , l'effet du fentiment dont il a été
prévenu pour elle à la première vue;il lui
déclare en même - temps avec un regret
affez vif, que fon oncle feul a tout fait ,
& que malgré lui , on a promis fa main
& fa foi pour ANGÉLIQUE . JULIE fe
défend de répondre aux queftions de
VERVILLE ; elle lui confeille de juger
plutôt par lui-même. Celui - ci lui repréfente
que la pétulance de fon oncle ne
lui laiffe pas efpérer qu'il confente à aucun
délai , & qu'il faudra peut- être conclure
dès le lendemain ; qu'en fe dédifant
au moment de la conclufion , il ſe trouveroit
chargé de tous les torts de la rupture ,
au lieu que s'il étoit inftruit que l'orgueil
d'ANGÉLIQUE fût révolté de ce mariage
, il pourroit faire défifter fon oncle
dans le tems furtout où la bile de ce
vieillard eft déja irritée contre les procédés
de toute cette famille. JULIE cédant
à cette raifon , ne peut plus lui cacher
qu'en effet ANGÉLIQUE eft nourrie dès
fon enfance des préjugés de la nobleffe ;
elle fe retire après cet aveu , quoique.
VERVILLE veuille la retenir.
Le Comte vient avec ORGON & la
164 MERCURE DE FRANCE.
Comteffe ; celle - ci n'eft point informée
des engagemens du Comte , qui l'exhorte
tout bas à ne rien brufquer. Quelques
fragmens de cette Scène en apprendront
les raifons & peindront le caractère
d'ORGON .
ORGON.
» Je difois donc , qu'iffu de parens ordinaires ,
» Je ne puis me vanter des honneurs de mes pères.
» Et que tout bonnement , commerçans comme
» moi ,
» Ils n'ont fait parler d'eux que par leur bonnefoi ;
Titre qui devroit bien être en ligne de compte ,
» Avant les qualités de Marquis & de Comte :
» Mais la fottiſe humaine en ordonne autrement.
LA COMTESSE répond avec mépris , en difant :
· Il feroit beau vraiment
» Qu'on vit au même rang, fans nulle différence,
>> Marcher & gens titrés , & commerce & finance.
ORGON . - ·.
→ Ne.craignez rien , Madame ; allez , vous garde-
>> rez
Ces frivoles honneurs par l'orgueil confacrés.
Quant à moi je ferai conſiſter ma nobleſſe
» A me montrer exact à tenir ma promeſſe ;
>>
M A I. 1763 . 165
» A ne point m'arroger un droit humiliant
Sur les Sots qui pourroient me prêter de l'argent,
» Et m'affranchir furtout du chagrin, de la honte
» Qu'un huiffier.
LE COMTE , bus à Orgon.
»Ah ! paix donc.
ORGON.
» Vous m'entendez , cher Comte ;
» Il eft fâcheux fans doute , il faut en convenir ,
» Qu'un Seigneur de chez lui ne puiffe pas fortir ;
» Sans craindre qu'un Sergent avec fa digne eſcorte
» Au mépris de fon rang ne l'enleve à fa porte.
LE COMTE , bas à Orgon.
» Vous voulez donc me perdre ?
ORGON.
» Oh ! que non.
LA COMTESSE.
ORGON.
»Que dit -il?
»Je conviens que le trait ne feroit pas civil :
Mais quand on pouffe à bout....
LE COMTE , à Orgon. part.
» Epargnez-moi .....j'enrage.
166 MERCURE DE FRANCE.
VERVILLE à part.
J'imagine à la fin entendre ce langage.
ORGON à la Comteffe.
>> Vous neconcevez rien , Madame , à ces propos ?
LA COMTESSE.
Non ; & pour dire vrai , je les trouve affez
» fots.
Sans doute.
ORGON, riant.
LA COMTESSE.
Et n'y vois point quel eft le mot pour rire.
ORGON .
Vous n'avez pas la clef de ce que je veux dire :
» Mais le Comte , s'il veut , pourra vous mettre au
≫ fait , &c.
ORGON revient à fon projet de mariage
dont il preffe la conclufion ; la Comteffe
continue fes dédains. Lorfqu'elle eft
retirée , le Comte cherche à l'excufer auprès
d'ORGON , fur ce qu'il n'avoit pas
encore communiqué fes engagemens à la
Comteffe. Le vieil oncle menace de
M A I.. 1763, 167
faire repentir le Comte de fes procédés,
s'il ne tient promptement fa parole.
» Eh quoi ! ſuffira-t-il qu'une fuite d'Ayeux
» Nous ait tranſmis un nom qu'ils ont rendu fa
›› meux ,
›› Pour nous autoriſer à manquer de parole ?
» Des titres & du rang l'avantage frivole
» Peut- il donner ainſi l'indigne faculté
>>.De ſe moquer des Loix de la Société !
VERVILLE s'étonne avec raifon
que
fon oncle s'obftine à la conclufion de
ce mariage mal-afforti ; celui- ci en donne
la raison & apprend le noeud des
engagemens du Comte qui lui doit cent
inille écus d'argent prêté dans fes preffans
befoins. ORGON dit que comptant
peu fur le recouvrement de cette dette,
cela lui avoit fait naître le projet de
confondre leurs communs intérêts en
uniffant fon neveu à la fille du Comte .
Il convient qu'il avoit peut-être fait en
cela une fottife, mais que le Comte ayant
paru d'abord accepter ce parti avec
empreſſement & reconnoiffance , il ne
veut pas en avoir le démenti.
Dans le temps que JULIE vient d'avoir
une explication avec le Chevalier
168 MERCURE DE FRANCE .
en préfence d'ANGÉLIQUE fur les mo
tifs de fa retraite , la Comteffe vient fe
plaindre à fes enfans , des égards que
marque le Comte leur Père pour ORGON.
Elle parle fort mal de l'oncle &
du neveu ; elle accufe même le dernier
d'avoir auffi peu d'efprit que de monde ;
ANGÉLIQUE paroît vouloir le juftifier
à cet égard. Sa mère la foupçonne de
prévention en faveur de VERVILLE ;
ANGÉLIQUE S'en défend , en affurant
que , fans lui faire injuftice , elle fçait
fe refpecter & connoît trop l'intervalle
que le fort a ' mis entr'elle & ce jeune
homme. La Comteffe le voit paroître &
fe propofe de le congédier définitivement.
On peut juger par le caractère
de cette Comteffe , avec quelle hauteur
elle traite VERVILLE dans cette Scène
; celui - ci n'employe jamais qu'une
honnêteté qui , fans l'avilir , feroit fentir
à tout autre qu'à cette femme prévenue
, combien il mériteroit d'autres
procédés ; il s'adreffe à ANGELIQUE
elle-même pour fçavoir fes fentimens
fur lefquels il promet de régler fes démarches
auprès du Comte fon Père.
ANGÉLIQUE héfite de répondre
; elle en eft difpenfée par l'arrivée
du Comte & d'ORGON.
Ce
M A T. 1762. 169
Ce dernier annonce à la Comteffe
que tout étant oublié de fa part fur
la réfiftance qu'on avoit apportée au
mariage de fon neveu , neveu , on va travailler
dans l'inftant au contrat . La Comteffe
fe récrie contre cette alliance ; le
Comte la preffe de plus en plus d'y confentir
. ORGON reproche au Comte la
foibleffe avec laquelle il écoute les propos
de fa femme & de fon fils. VERVILLE
veut engager fon oncle à folliciter
les fuffrages d'ANGÉLIQUE . Or-
GON traite cela de Jargon de Cythère ,
dont il fe moque , en ajoûtant que l'opulence
aura bientôt confolé ANGÉLIQUE
du frivole avantage d'un titre
faftueux...
» Une bonne maiſon où régne l'abondance
>> Vaut bien à tous égards la trompeufe elégance
De ces Palais brillans , où l'or partout femé
>> Infulte aux Créanciers d'un Seigneur affamé ;
Et qu'il eft plus flatteur d'obliger tout le monde,
» Et d'être de bienfaits une fource féconde ,
>> Que d'avoir le talent fi commun aujourd'hui
» De faire grand fracas , mais aux dépens d'autrui.
A quoi le
plus de vérité
Chevalier répond avec
que
de décence .
» Eh ! comment voulez -vous que faffſe la nobleſſe ?
H
170 MERCURE DE FRANCE.
(
+
» Tout l'or eft dans les mains des gens de votre
» efpéce ,
Pour avoir notre part , nous n'avons qu'un
» moyen ;
C'eft d'emprunter beaucoup ,& de ne rendre rien.
Le Comte refté feul avec la Comteffe
& fes enfans , les inftruit enfin
de la néceffité de cette alliance qui
teur paroiffoit fi bizarre . Si cet obſtiné
vieillard réalifoit les menaces de le pourfuivre
; dans l'inftant tous ces autres
Créanciers dévoreroient le refte de fa
fortune & ne lui laifferoient
• 33 Que la honte & l'ennui
>> Que l'orgueil abbaiffé doit traîner après lui .
Il preffe fa fille de fe prêter à cet
hymen qui peut feul le tirer d'embarras.
La Comteffe , allarmée de perdre
le fafte qui fait feul fon bonheur , change
à l'inftant de façon de penfer , elle
trouve alors VERVILLE fort aimable ,
Oncle un peu bourgeois , mais au
fond eftimable : la reconnoiffance , ditelle
, la décide ; on pourra décorer VERVILLE
de quelque grande charge ,
acheter un Régiment au Chevalier , que
'on fera payer au bon- homme d'Oncle ;
MAI. 1763 . 171
tout cela lui donne alors beaucoup d'impatience
de voir conclure cette utile alliance.
Tout étant d'accord , VERVILLE
n'en devient que plus inquiet fur le mariage
qu'il va contracter avec ANGÉ-
LIQUE . En confultant fon coeur , il reconnoît
que l'impreffion qu'a faite fur
lui JULIE , eft la caufe la plus forte de
fon irréfolution . ORGON le furprend
dans cette rêverie ; lui reproche fa nonchalance
dans cette conjoncture , lui
parle avantageufement d'ANGELIQUE,
dont il efpére que l'on fubjuguera la
raifon, Il lui affure toute fa fucceffion ,
& par d'autres arrangemens , en attendant
, il lui fait envisager la certitude
d'une vie fort agréable , & interrompt
ainfi les remercîmens de fon
neveu Set 173
» Va , va , je te difpenfe
D'étaler les tranfports de ta reconnoillance.
» Quand elle eft véritable , on s'en apperçoit bien;
» Quand elle ne l'eft pas , les grands mots ne font
>>rien.
Un vieil Officier furvient, VERVILLE
le reconnoît & l'annonce à fon oncle
- pour celui à qui il doit fa fortune par
-le recouvrement de fon portefeuille.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
ORGON l'embraffe avec cordialité. Ce
vieillard leur dit qu'il font trop de cas
d'une chofe ordinaire ; il leur apprend
qu'il s'appelle LYSIMON , qu'il eft ancien
militaire , peu riche , & père de Ju-
LIE. ORGON le félicite fur le mérite de
fa fille elle paroît dans ce moment ,
VERVILLE s'empreffe en allant à elle
de lui témoigner la reconnoiffance qu'il
doit à fon père . Celui- ci continuant toujours
de fe défendre modeftement , engage
l'oncle & le neveu à fe taire fur
une action auffi commune que la fienne.
VERVILLE en prend occafion d'exprimer
ce qu'il fent pour JULIE .
Par générofité vous m'impoſez filence ;
J'y foufcris : mais pour moi , quel chagrin
» quand je penſe
» Qu'il n'eft aucun moyen qui puiffe m'acquitter,
(regardant Julie . )
» Ou qu'il n'en feroit qu'un queje ne puis tenter !
î
Ces derniers mots deVERVILLE éclairent
LYSIMON ; refté feul avec fa fille
il l'interroge fur fes difpofitions à l'égard
de VERVILLE ; JULIE les laiffe entrevoir
par l'empreffement qu'elle marque
de hâter fa retraite ; fon père l'applaudit
d'oppofer tant de raifons à un pen-
1
MAI. 1763. 173
chant qui pourroit être fi fatal à fon
bonheur. ANGÉLIQUE , qui furvient
lui reproche inutilement la réfolution où
elle cft de fe féparer d'elle ; elle ne peut
croire que ce foit la paffion de fon frère
qui la porte à cet éloignement . JULIE
dit que fon père fçait tous fes fentimens
& connoît comme elle la néceffité de
la réfolution qu'elle a prife . Elle parle
à ANGÉLIQUE de fon prochain mariage
; celle - ci découvre à cet égard fes
vrais fentimens fur le prétendu aviliffement
dans lequel elle croit que la plon
geroit cette alliance ; ce fentiment eft
combattu par Julie : mais ANGÉLIQUE
s'explique déterminément fur le compte
de VERVILLE.
Sans mépris , je ne veux point de lui
Je ne fuis point injufte , & je conviens d'avance
»Que j'ai quelque regret qu'il n'ait point de naif-
30
»fance ;
Mais je ne connois rien qui couvre ce défaut.
ORGON vient, un écrain de diamans à
la main , qu'il préfente fans façon à ANGÉLIQUE
; elle paroît fort choquée du
titre de fa niéce qu'il lui donne par avance
, & ſe refuſe à prendre l'écrain , ce
qui fcandalife fort ORGON. Dans le mo-
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
ment où JULIE cherche à excufer ANGÉLIQUE
fur ce refus , arrive la Comteffe
qui trouve l'écrain fort beau,& félicite
fa fille fur la magnificence avec
laquelle elle fera parée. ORGON dit
qu'il eft fort aife d'avoir fait connoiffance
avec le Marchand qui lui a vendu
les diamans ; il en fait un éloge que nous
nous reprocherions de fouftraire au
Lecteur.
Tout refpire chez lui la vertu , la décence.
Il eſt riche vraiment , & la fimplicité
» Régne dans fa maiſon avec l'honnêteté,
Ses ayeux ont de père en fils dans cette Ville
Depuis cent cinquante ans le même domicile
Et quoiqu'il pût fort bien donner à fes enfans.
De quoi leur procurer des états plus brillans ,
>> Dans fa profeffion il veut les faire vivre ;
Et fon fils à quinze ans tient déjà longrand livre.
» Sa femme me paroît une femme d'honneur ,
> Pleine de fentimens , de bon fens , de candeur..
»Je dois la préfenter quelque jour à ma nićce.
ANGELIQUE , à part.
>> Croit-il que je verrois des gens de cette eſpéce ?
» Je fuis au défefpoir ! ১১
Ce peu de mots décide la folle manie
M A 1. 1763. 175
d'ANGÉLIQUE; ORGON préfente LYSIMON
à la Comteffe , comme le bienfaiteur
de fon neveu ; la franchiſe net
lui permet pas de fe taire fur la morgue
& la hauteur qu'il remarque dans
ANGÉLIQUE , & que tout naturellement
il dit qu'elle tient de fes parens, mais dont
il efpérede la guérir par la fuite. ANGÉLIQUEpiquée
de ce reproche fe défend contre
ORGON de l'orgueil dont il l'accuſe ;
elle prétend que les gens du commun
ne cherchent à détruire l'intervalle qui
les fépare des grands, que par amourpropre
.
Jaloux de notre état , cette philofophie
Eft ordinairement le mafque de l'envie ,
» Qui , juſqu'à la grandeur ne pouvant s'élever ;
>>Jufques à fon néant voudroit la ravaler.
Elle continue , en déclarant très - ouvertement
à ORGON que cette alliance
ne fera jamais qu'un effort de raiſon
de fa part & l'effet de fa foumiffion
pour fon père ; ce qui détermine ORGON
à rompre entiérement , malgré les
efforts que fait la Comteffe , pour
calmer fa colère.
» Non , ( dit-il , ) je ne veux pas lui faire violence ;
&
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE .
> Et je commence à voir que Verville a raiſon
» Ce feroit fur fes jours répandre le poiſon
"Que de l'affocier avec une Princeffe
» Qui le regarderoit du haut de la nobleſſe.
Le Comte furvient , qui cherche à le
calmer , en excufant fa fille , dont il
fe rend caution, On a mandé le Notaire
. ORGON céde par bonté , n'ayant
pas , dit- il , le don de tenir fa colère.
ANGÉLIQUE murmure tout bas , ORGON
s'en offenfe & menace encore de
rompre ; mais elle fait une promeffe authentique
d'obéiffance qui racommode
tout. Le Comte la fait remarquer à ORGON
; ce dernier protefte que les égards
qu'on aura pour lui régleront fes procédés
; qu'il ne veut plus être humilié; que
VERVILLE , il eſt vrai , eft honoré par
ce mariage , mais qu'il ne fe foumettra
pas à d'éternels mépris
» Ne vous y trompez pas , ( pourfuit- il , ) · les gens
>> de notre eſpéce ,
Sans ces vieux parchemins de l'antique nobleſſe
» Comme elle , à mille égards ont droit de fe flat-
» ter
» De fervir la patrie & d'en bien mériter.
A Bordeaux vous verriez vous- même , mon che
22 Comte
M A I. 1763. 177
» Si mon état me doit inſpirer de la honte.
» Vous verriez Officiers , Soldats & Matelots
»Entretenus par moi fur nombre de Vaiffeaux ,
Par leurs travaux heureux enrichir la Province
» Et fouvent aux dépens des ennemis du Prince,
» Enfin fi notre étoile , en fecondant nos foins ,
»Nous a donné des biens par- delà nos beſoins ,
Ils ne font pas le fruit d'une induſtrie obſcure.
Leur fource ne fut point l'avarice , l'ufure ,
L'art d'apauvrir le Peuple & de tromper le Ror..
» Tous ces honteux moyens font inconnus de moi.
A travers les dangers j'ai conquis ma fortune ,
-59
00
Qu'à mes concitoyens j'ai fçu rendre commune,
» Cela vaut bien, je crois , la noble oifiveté
» D'un Seigneur orgueilleux bouffi de qualité ,
» Et qui prétend qu'en lui tout le Public révère
→ Cet honneur fi douteux d'être fils de fon père.
»J'ai dit : allons figner . Mais retenez furtout
Qu'il feroit dangereux de me pouffer à bouts
Tout prêt pour la fignature , le Comte
s'eft retiré précipitament avec le
Notaire ; ce Seigneur fe félicite d'avoirtrouvé
un moyen de rembourfer ORGON
, & de lui ôter par là tous les
droits qu'il avoit fur lui ; il en fait part :
à la Conteffe . Elle marque d'abord
toute fa joie d'être débarraffée d'une
alliance qui répugnoit tant à fa vanité.
Hv
178 MERCURE DE FRANCE .
Mais comme le Comte lui dit en même
temps que le moyen d'abforber cette
créance , n'eft qu'en en contractant une
<nouvelle , & que cela laiffe toujours fa
fortune auffi engagée qu'auparavant ; da
crainte d'aller habiter un vieux Château
fait que la Comteffe exhorte fon
mari à tenir fa parole . Cependant le
Comte l'ayant affurée qu'à tout événement
, il n'eft pas plus difpofé qu'elle à
la retraite ; elle rechange encore de fentiment
; elle confent avec plaifir que
l'on rompe ce mariage . VERVILLE qui
vient de la part de fon oncle chercher
le Comte & fçavoir la raison de ce
nouveau délai , reçoit fon congé du
Comte avec la politeffe la plus méprifante.
LYSIMON , préfent à cet entretien
, marque à VERVILLE toute fa
furpriſe & fon indignation fur l'ingråtitude
du Comte & de la Comteffe .
VERVILLE faifit cette occafion pour
déclarer à LYSIMON le defir d'obtenir
JULIE .
•
1
Il le preffe de confentir à fon bonheur
, mais il croit devoir l'avertir que
pour un temps le hazard le prive de la
moitié du bien contenu dans le potefeuille
qu'il lui a remis . LYSIMON répond
que le plus ou le moins eft égal
M A I. 1763 . 179
lorfqu'on eft au- deffus des befoins ; mais
il demande feulement que l'on différe
cet hymen qui auroit l'air d'une vengeance
& d'un projet concerté.ORGON
avoit prévenu les defirs de fon neveu à
l'égard du mariage avec JULLE ; il eſt
enchanté que leurs idées fe trouvent fi
conformes. LYSIMON oppofe les mêmes
raiſons pour différer , qu'il avoit
données à VERVILLE ; mais elles ont
peu de poids fur ORGON. JULIE vient
elle-même ; c'eft l'oncle de VERVILLE,
c'eft le bon ORGON , piqué , qui ſe
charge de la déclaration de fon neveu
pour JULIE, & qui en fait lui - même la
demande. VERVILLE , encore incertain
des difpofitions de JULIE , a lieu
d'être fatisfait des affurances honnêtes
de LYSIMON. La fille achéve de combler
l'espoir de cet Amant inquiet &
délicat en difant :
(
L'obéis , mais Monfieur , jamais l'obéiffance
» N'a trouvé dans un coeur fi peu de réſiſtance .
ORGON apperçoit le Comte , & , ditil
, fes cent mille écus.
En effet le Comte apporte des effets
pour la valeur de cette fomme . En regardant
ces papiers , ORGON marque
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
de la furpriſe & demande au Comte
de qui il les tient . En même temps ik
demande à VERVILLE s'il n'avoit pas
ces mêmes effets en arrivant de Bordaux
? VERVILLE en convient , & répond
qu'il en a difpofé , qu'apparemment
ces billets ont paffé en différentes
mains . ORGON eft par-là confirmé
dans fes foupçons & reconnoît que
fon neveu a fait prêter au Comte cette
fomme pour le remboursement de fa
créance . Le Notaire qui arrive éclaircit
ce mystère en déclarant que VERVILLE
lui a remis ces effets. ORGON
approuve l'action de fon neveu qui l'a
tiré de fon yvreffe. Il veut qu'il rende
au Comte l'obligation qu'il avoit de la valeur
des billets . Le Comte eft confondu..
ORGON , pour ſe vanger,lui apprend que
le mariage de VERVILLE eft arrêté avec
JULIE . Elle y met pour condition
qu'ORGON confirmera au contraire le
projet de VERVILLE en faveur du
Comte. ORGON refufe d'y confentir ;
VERVILLE demande de fon côté qu'il
mette au moins quelque délai à fes
pourfuites contre le Comte; ORGONréfiſte
encore;JULIE déclare ne pouvoir confentir
à s'allier avec lui , s'il veut perfécuter
fes bienfaiteurs. VERVILLE fe
M A I. 1763.
18t
,
joint à JULIE ; ORGON fe laiffe fléchir
, & rend fon neveu le maître de
difpofer de fes effets en renonçant
même à la dette ainfi qu'à la famille
du Comte . Ce dernier fortant de fa
confufion , reconnoît fon aveuglement,
confeffe ne mériter aucune grace de
la part d'ORGON , & follicite cependant
la continuation de fon amitié ; il
ordonne au Notaire de vendre tous
les biens qu'il pofféde encore pour l'acquitter
envers ORGON .
" Non que de fes bienfaits ( dit - il y
Le fouvenir me paffe & s'efface jamais,
Il embraffe ORGON , qui dans l'excès
de fa tendreffe , dit au Comte :
" Ah ! fi c'eſt là l'orgueil que la Nobleffe inſpire
» Par combien de refpects aurai- je à réparer
» Tout ce que le dépit m'avoit fait proférer ? ...
32. Oubliez ...
Le Comte l'engage à faire chez lui la
nôce de VERVILLE & de JULIE .
22.
ORGON termine la Piéce par ces vers.
Soit : mais d'un vain eſpoir vous vous êtes flatta,
Si vous comptez me vaincre en générosité,
182 MERCURE DE FRANCE .
OBSERVATIONS.
CETTE Piéce a des beautés qui ont mérité le fuc
cès d'applaudiffemens qu'elle a eu & qui en même-
temps ont donné beaucoup de curiofité ſur le
nom de l'Auteur , lequel perfifte conſtamment à
refter anonyme. Le Lecteur a dû remarquer dans
ce que nous avons rapporté des détails de la Comédie
du Négociant une forte d'énergie , qui n'eft
pas commune aux Dramatiques du temps. Il a
dû remarquer auffi dans la verfification un tour ,
qui a laiffé foupçonner qu'elle pourroit être l'ouvrage
de quelqu'Auteur expérimenté dans le ftyle
propre à la Comédie. Quelques négligences dans
cette verfification , ont déconcerté les conjectures
, fans néanmoins les détruire , parce qu'il yen
a de fi peu conciliables avec les grands traits ré
pandus dans le corps de la Piéce , que l'on feroit
tenté de regarder ces négligences comme volontairement
affectées.
Puifque nous fommes entraînés à parler du
coloris de ce Drame avant de traiter du fonds
de l'action & de la conduite ; nous placerons ici
l'obfervation faite par tous les Connoiffeurs fur
T'extrême différence de juftelle qui fe trouve entre
la manière dont on y fait parler les perfonnages de
qualité d'avec celle qui caractériſe les commerçans
ou les perfonnages bourgeois . Autant ces
derniers font bien vus & rendus avec vérité, autant
les autres paroiffent n'avoir été qu'apperçus de fort
loin & chargés par l'imagination des couleurs les
plus groffieres non pas qu'il n'y ait dans la nature
morale de ces caractères trop véritablement
ſemblables a ce qu'on en dit ; mais l'expreffion
n'en eft pas à beaucoup près auffi dure que
M A I. 1763. 183
telles , dont fe fert P'Auteur de cette Comédie.
11 eft vrai que l'yvreffe de la naiffance & la haute
chimère de la diſtance des conditions , peuvent
aveugler & n'aveuglent que trop ordinainent
ceux qu'elles diftinguent , au même degré que
tetre Comédie nous préfente toute la famille des
Bruyancourts ; mais il n'eft pas vrai que ce travers
fe manifefte avec une infolence auſſi outrée
que l'Auteur a mis dans tous ces Perſonnages ,
fans diftinction d'âge , de fexe , & de fituation .
Ce travers , dans les retraites obfcures de la campagne
a fans doute & doit avoir des nuances d'autant
plus âpres , qu'il eft fouvent la feule vengeance
que certains hommes peuvent prendre de la mifère
réelle de leur vie ; mais dans la poſition où
l'Auteur met les Bruyancourts , la politeffe , ce
miel perfide qui couvre l'aiguillon de l'orgueil ,
fait à l'amour- propre des inferieurs , ( ou de ce
qui eft réputé tel , ) des bleffures peut - être plus
profondes , mais dont les coups font bien moins
groffiers que dans cette Comédie .
Paffant à la conftitution du Drame , nous
croyons avoir remarqué , que l'on a trouvé le
fondement de l'action & du dénoûment. porter
à faux étant établi fur un prétendu bienfait , qui ,
dans la vérité des principes & même de nos ufages
"encore exiſtans, n'eſt qu'un devoir d'exactitude de la
part de LYSIMON , auquel tout homme d'une probité
ordinaire ne peut manquer , fans le dégrader
à fes propres yeux & fans rifquer d'être à jamais
déshonoré ; ainfi tout l'édifice établi fur le
prétendu merveilleux du caractère de ce vieil Officier
, tombe à cette réfléxion , & par conféquent
tombe en même temps une grande partie de
l'action de cette Piéce .
On ne peut pas fe diffimuler plus facilement
184 MERCURE DE FRANCE .
1
l'embarras & le froid que jette dans la marché
de cette action , l'épifodique paffion du Chevalier
pour JULIE ; & ce qu'elle complique , fans
néceté pour l'intrigue & fans effet pour le dénoùment
; car ce dénoûment , dépendant de la
paffion fecrette de VERVILLE , de l'oppofition du
caractère de cette honnête & douce JULIE avec le
caractère infupportable de la fuperbe ANGÉLIQUE ,
que fait la fantaisie du Chevalier , que fait la fage
réfiftance de JULIE ?
C'eft peut-être à ce que nous venons d'obſerver
& à quelques autres parties de la conduite de
cette Comédie , qu'on doit attribuer ce qu'il a
manqué de vivacité dans fon fuccès . Nous croyons
devoir compter au nombre des beautés de cette
Piéce tout le rôle du vieil commerçant ORGON ,
fait en apparence fur le modèle de quelques caractères
qui ont contribué au ſuccès de Pièces célébres
, que nous admirons encore , tels que le
Glorieux & d'autres excellens Ouvrages du même
Auteur. On remarque cependant une fupériorité
dans le caractère d'ORGON ,, d'autant plus
précieuſe , qu'il eſt auffi comique & plus vif encore
que ceux dont nous voulons parler , fans
être borné à la brufque franchiſe du ton , on pourroit
dire peut- être du jargon . Celui - ci au contraire
eft plein de chofes , plein d'idées , & des vérités
les plus effentielles Nous ne pourrions fans injuſtice
nous diſpenſer d'ajouter , que ce caractère , rendu
par M. Préville reçoit auffi des talens de la fineffe &
de l'inimitable intelligence de cet Auteur , une
tranfcendance , fi l'on peut dire , fur les caractères
à peu près du même genre, qu'on avoit vu jouer autrefois
, qui donne à ce rôle- ci , toute la perfection
dont il eft fufceptible , & qui ne doit néanmoins.
rien faire perdre des éloges que méritele Poëte.
M. A I. 1763. 185
Le caractére de VERVILLE , honnête , ferme ,
toujours modefte & jamais bas ni rampant , plein
de raiſon & de fentiment , eft encore dans cette
Piéce , une des chofes qui mérite des louanges à
jufte titre , & qui fait autant d'honneur à l'efprit
& à l'âme de l'Auteur qu'à l'intelligence de l'Acteur*
qui l'a rendu auffi intéreffant qu'il pouvoit être
* M. Belcourt.
Le 22 Avril une Actrice nouvelle a
débuté dans l'Enfant Prodigue & dans
le Procureur arbitre par les rôles de Mde
Croupillac & de la Baronne , dans lef
quels elle a eu des applaudiffemens.
Nous ne pouvons nous difpenfer
d'inférer la Lettre fuivante , d'autant que
l'Auteur nous paroît diſpoſé à la publier
par une autre voie .
Fermer
Résumé : EXTRAIT du BIENFAIT RENDU, OU LE NÉGOCIANT, Comédie en cinq Actes & en Vers, représentée par les Comédiens François pour la première fois le Lundi 18 Avril 1763.
La pièce 'Le Bienfait rendu' est une comédie en cinq actes représentée pour la première fois le 18 avril 1763. Elle met en scène plusieurs personnages, dont le Comte de Bruyan, la Comtesse, leur fille Angélique, le Chevalier, Julie, Lisimon, Verville, Orgon, Dubois, Jasmin et un notaire. L'intrigue commence lorsque Verville, arrivé de Bordeaux à Paris pour un mariage arrangé avec Angélique, perd son portefeuille contenant sa fortune. Un mois plus tard, il le récupère grâce à un vieillard anonyme. Verville se présente chez le Comte pour exécuter les ordres de son oncle Orgon, mais le Chevalier et le Comte refusent cette alliance. Orgon, impatient, rencontre Julie qu'il confond avec Angélique. Le Chevalier, amoureux de Julie, demande à son père de la retirer de la maison. Verville révèle à Julie qu'il doit se marier avec Angélique sur ordre de son oncle. Julie, après avoir révélé les préjugés nobles d'Angélique, quitte Verville. Les discussions entre les personnages révèlent les différences sociales et les motivations financières derrière le mariage. Orgon souhaite l'union pour des raisons économiques, car le Comte lui doit une somme importante. La Comtesse et le Chevalier montrent du mépris envers cette alliance. Orgon insiste sur l'importance de tenir sa promesse, tandis que le Comte est contraint par ses dettes. La Comtesse traite Verville avec mépris, mais Angélique tente de le défendre. Finalement, Orgon annonce que le contrat de mariage sera signé malgré les résistances. Cependant, des tensions surgissent lorsque Verville exprime son amour pour Julie. Lysimon, reconnaissant envers Verville, minimise son geste. Julie accepte finalement de se marier avec Verville, et Orgon approuve cette union. La pièce se conclut par la résolution des conflits familiaux et l'acceptation des unions basées sur les sentiments plutôt que sur les intérêts financiers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
65
p. 212-213
AVIS AU PUBLIC.
Début :
Le Sieur David, demeurant à Paris, rue & à l'Hôtel Sainte Anne, [...]
Mots clefs :
Guérison, Maux de dents, Maux de tête, Topique, Approbation, Succès, Eau spiritueuse, Douleurs, Symptômes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS AU PUBLIC.
AVIS AU PUBLIC.
Le Sieur DAVID , demeurant à Paris , rue
& à l'Hôtel Sainte Anne , Butte S. Roch , au troiféme
, continue toujours avec permiffion , approbation
, & avec fuccès , comme on l'a dit dans :
le Volume de Septembre dernier , de guérir dans
l'inftant & pour toujours , avec un nouveau fecret
& reméde , toutes fortes de maux de dents quelque
gâtées qu'elles foient , fans qu'il faille les ar
racher , ainfi que les fluxions , maux de tête , nfîgraines
& rhumes de cerveau , fans qu'il entre
rien dans la bouche ni dans le corps.
C'eft avec un topique que l'on s'applique le foir
en fe couchant , far l'artère temporal du côté de
la douleur. Il ne tient point à la peau , & ne lui
fait aucun dommage ni marque , fitôt qu'il eft
appliqué la douleur le paffe fans retour ; il procu.
re un fommeil paifible , pendant lequel il fe fait
une tranſpiration douce ; & au réveil on eft guém .
pour toujours.
On en fait prendre chez lui de toutes les Proj.
M A I. 1763. 213
vinces , y ayant guéri ainfi qu'à Paris quantité de
perfonnes de confidération , qui certaines de fon
éfficacité, en ont fait provifion par précaution , afin
d'être guéris autfitôt que le mal les furprendra . It
le donne gratis aux pauvres , & il vend chez lui
fols chaque emplâtre. 24
. Comme les maux de dents prennent à toutes
heures de la journée , & que l'on ne peut pas toujours
aller fe coucher ; afin que l'on puiffe vaquer
à fes affaires en attendant le foir , il a une eau
fpiritueufe d'une nouvelle compofition , qui eft incorruptible
, très - agréable au goût & à l'odorat ,
qui a les propriétés de faire pafler dans la minute
les douleurs de dents les plus vives , de guérir les
gencives gonflées , de faire tranſpirer les férofités ,
raffermir les dents qui branlent , & empêcher la
continuation de la carrie. Beaucoup de perfonnes
s'en fervent fans être incommodées , pour avoir
toujours les gencives & les dents faines . Il y a
des bouteilles à 24 f. à 3 1. & à 6 1. Il donne la
manière de s'en fervir ainfi que du topique.
Le Sieur DAVID , demeurant à Paris , rue
& à l'Hôtel Sainte Anne , Butte S. Roch , au troiféme
, continue toujours avec permiffion , approbation
, & avec fuccès , comme on l'a dit dans :
le Volume de Septembre dernier , de guérir dans
l'inftant & pour toujours , avec un nouveau fecret
& reméde , toutes fortes de maux de dents quelque
gâtées qu'elles foient , fans qu'il faille les ar
racher , ainfi que les fluxions , maux de tête , nfîgraines
& rhumes de cerveau , fans qu'il entre
rien dans la bouche ni dans le corps.
C'eft avec un topique que l'on s'applique le foir
en fe couchant , far l'artère temporal du côté de
la douleur. Il ne tient point à la peau , & ne lui
fait aucun dommage ni marque , fitôt qu'il eft
appliqué la douleur le paffe fans retour ; il procu.
re un fommeil paifible , pendant lequel il fe fait
une tranſpiration douce ; & au réveil on eft guém .
pour toujours.
On en fait prendre chez lui de toutes les Proj.
M A I. 1763. 213
vinces , y ayant guéri ainfi qu'à Paris quantité de
perfonnes de confidération , qui certaines de fon
éfficacité, en ont fait provifion par précaution , afin
d'être guéris autfitôt que le mal les furprendra . It
le donne gratis aux pauvres , & il vend chez lui
fols chaque emplâtre. 24
. Comme les maux de dents prennent à toutes
heures de la journée , & que l'on ne peut pas toujours
aller fe coucher ; afin que l'on puiffe vaquer
à fes affaires en attendant le foir , il a une eau
fpiritueufe d'une nouvelle compofition , qui eft incorruptible
, très - agréable au goût & à l'odorat ,
qui a les propriétés de faire pafler dans la minute
les douleurs de dents les plus vives , de guérir les
gencives gonflées , de faire tranſpirer les férofités ,
raffermir les dents qui branlent , & empêcher la
continuation de la carrie. Beaucoup de perfonnes
s'en fervent fans être incommodées , pour avoir
toujours les gencives & les dents faines . Il y a
des bouteilles à 24 f. à 3 1. & à 6 1. Il donne la
manière de s'en fervir ainfi que du topique.
Fermer
Résumé : AVIS AU PUBLIC.
L'avis public annonce que le Sieur DAVID, résidant à Paris, rue de l'Hôtel Sainte Anne, Butte S. Roch, propose un remède secret pour soigner divers maux. Ce traitement guérit instantanément et durablement les maux de dents, les fluxions, maux de tête, névralgies et rhumes de cerveau, sans intervention chirurgicale ni ingestion. Le remède consiste en un topique appliqué sur l'artère temporale du côté douloureux avant le coucher. Ce topique soulage immédiatement la douleur, permet un sommeil paisible et une guérison définitive au réveil. DAVID fournit ce remède dans toutes les provinces et à Paris, où de nombreuses personnes de renom en ont fait provision. Il offre également ce traitement gratuitement aux pauvres et vend des emplâtres à 24 francs chacun. Pour les douleurs dentaires imprévues, il propose une eau spiritueuse incorruptible, agréable au goût et à l'odorat, qui soulage instantanément les douleurs dentaires, guérit les gencives gonflées, raffermit les dents branlantes et prévient la carie. Cette eau est disponible en bouteilles de 24, 3 et 6 francs, et DAVID fournit les instructions pour son utilisation ainsi que pour le topique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
66
p. 106-108
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
ÉSSAIS historiques sur Paris, de M. de Saintfoix, troisiéme édition, revue, [...]
Mots clefs :
Essais historiques, Succès, Consolateur, Impôt, Économie politique, Histoire militaire, Langage de la religion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES .
ÉSSAIS hiſtoriques fur Paris , de M.
de Saintfoix , troifiéme édition , revue ,
corrigée & augmentée , 4 vol. in- 12 .
Londres , 1763 ; & ſe trouvent à Paris ,
chez Duchesne , Libraire , rue S. Jac
JUI N. 1763. 107
ques , au-deſſous de la Fontaine S. Benoît
, au Temple du Goût.
Le ſuccès des premières Editions de
cet Ouvrage où l'utile & l'agréable ſe
trouvent également répandus , eſt un
fùr garant de l'accueil que doit attendre
celle-ci de la part du Public. On vend
à part un Supplément pour les perfonnes
qui ont l'Edition en trois volumes.
Nous en donnerons l'Extrait dans le
Mercure prochain.
1
LE CONSOLATEUR , pour ſervir de
réponſe à la théorie de l'Impôt , & autres
écrits fur FEconomie Politique.
Par M. E B. de S. S... in- 12 . Bruxelles,
1763 ; & fe trouve à Paris , chez. Valleyre
Père , rue S. Severin , vis-à-vis le
Portail de l'Eglife , à l'Annonciation.
Tout bon Citoyen jugera ce Livre
digne de ſon titre ;& nous ne tarderons
pas d'en rendre compte,
RECUEIL de Lettres , pour fervir
d'éclairciſſement à l'Histoire Militaire
du régne de Louis XIV. Tomes 5 &
6. in-12. La Haye, 1763; & ſe trouve à
Paris, chez Antoine Boudet, Imprimeur
du Roi , rue S. Jacques , à la Bible d'or.
Les Amateurs de notre hiſtoire , &
Evi
108 MERCURE DE FRANCE.
furtout ceux qui connoiffent le mérite
de cette collection , ne pourront qu'applaudir
au zéle très-louable des Continuateurs
de cet Ouvrage.
LE LANGAGE de la Religion , par
l'Auteur du Langage de la Raifon.
Intonuit de Calo Dominus , & Altiffimus
dedit vocem fuam. Pl. 17. v. 15 .
In - 12 . Paris , 1763. Chez Nyon , Libraire
, quai des Auguſtins,à l'Occafion.
ÉSSAIS hiſtoriques fur Paris , de M.
de Saintfoix , troifiéme édition , revue ,
corrigée & augmentée , 4 vol. in- 12 .
Londres , 1763 ; & ſe trouvent à Paris ,
chez Duchesne , Libraire , rue S. Jac
JUI N. 1763. 107
ques , au-deſſous de la Fontaine S. Benoît
, au Temple du Goût.
Le ſuccès des premières Editions de
cet Ouvrage où l'utile & l'agréable ſe
trouvent également répandus , eſt un
fùr garant de l'accueil que doit attendre
celle-ci de la part du Public. On vend
à part un Supplément pour les perfonnes
qui ont l'Edition en trois volumes.
Nous en donnerons l'Extrait dans le
Mercure prochain.
1
LE CONSOLATEUR , pour ſervir de
réponſe à la théorie de l'Impôt , & autres
écrits fur FEconomie Politique.
Par M. E B. de S. S... in- 12 . Bruxelles,
1763 ; & fe trouve à Paris , chez. Valleyre
Père , rue S. Severin , vis-à-vis le
Portail de l'Eglife , à l'Annonciation.
Tout bon Citoyen jugera ce Livre
digne de ſon titre ;& nous ne tarderons
pas d'en rendre compte,
RECUEIL de Lettres , pour fervir
d'éclairciſſement à l'Histoire Militaire
du régne de Louis XIV. Tomes 5 &
6. in-12. La Haye, 1763; & ſe trouve à
Paris, chez Antoine Boudet, Imprimeur
du Roi , rue S. Jacques , à la Bible d'or.
Les Amateurs de notre hiſtoire , &
Evi
108 MERCURE DE FRANCE.
furtout ceux qui connoiffent le mérite
de cette collection , ne pourront qu'applaudir
au zéle très-louable des Continuateurs
de cet Ouvrage.
LE LANGAGE de la Religion , par
l'Auteur du Langage de la Raifon.
Intonuit de Calo Dominus , & Altiffimus
dedit vocem fuam. Pl. 17. v. 15 .
In - 12 . Paris , 1763. Chez Nyon , Libraire
, quai des Auguſtins,à l'Occafion.
Fermer
Résumé : ANNONCES DE LIVRES.
En 1763, plusieurs ouvrages ont été annoncés. 'Essais historiques sur Paris' de M. de Saintfoix est en troisième édition, revue, corrigée et augmentée, disponible à Londres et à Paris chez Duchesne. Le succès des précédentes éditions assure une réception positive. Un supplément est prévu pour les possesseurs de l'édition en trois volumes, avec un extrait à paraître dans le prochain Mercure. 'Le Consolateur', traitant de la théorie de l'impôt et d'autres sujets économiques, est écrit par M. E B. de S. S. et publié à Bruxelles, disponible à Paris chez Valleyre Père. Cet ouvrage est considéré comme méritant son titre. Le 'Recueil de Lettres' visant à éclaircir l'histoire militaire du règne de Louis XIV, tomes 5 et 6, est publié à La Haye et disponible à Paris chez Antoine Boudet. Les passionnés d'histoire apprécieront l'effort des continuateurs de cette œuvre. Enfin, 'Le Langage de la Religion' par l'auteur du 'Langage de la Raison' est publié à Paris chez Nyon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
67
p. 211-212
« Le Sieur Maille, habile Distillateur dont nous annonçons de temps en temps [...] »
Début :
Le Sieur Maille, habile Distillateur dont nous annonçons de temps en temps [...]
Mots clefs :
Distillateur, Compositions, Vinaigre, Succès, Vente, Goût, Hygiène dentaire, Ulcères, Caries, Boutons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Sieur Maille, habile Distillateur dont nous annonçons de temps en temps [...] »
Le Sieur MAILLE , habile Diſtillateur dont nous
annonçons de temps en temps quelques nouvelles
compofitions , avertit les perfonnes qui partent
pour les Ifles , & qui auront envie d'emporter de
fes différens Vinaigres ,dont l'ufage eft fi néceffaire
aux Ifles , qu'elles peuvent le faire fans craindre
que le tranfport quelqu'éloigné qu'il foit , puiffe
les corrompre. Il continue avec fuccès la vente
du Courier de Cythere , liqueur nouvelle qui par
la délicateffe de fon goûr , peut paffer pour une
des meilleures qui ayent paru jufqu'à préfent , &
débite avec autant de fuccès le Ratafiat des Sultannes
& le Ċaffis blanc , qui a la propriété de
fortifier l'eftomach , & de faciliter la digeftion.
Le Vinaigre Romain , qu'il diftribue pour conferver
les dents , les blanchir , arrêter le progrès de
la Carie, en préferver les dents , faines , raffermir
112 MERCURE DE FRANCE.
dans leurs alvéoles celles qui peuvent être ébran→
lées , guérir les petits chancres & les ulceres de la
bouche , adoucir l'haleine & rafraîchir les lévres 7.
remplit conftamment toutes ces propriétes . Il débite
auffi différens Vinaigres pour guérir les dartres
farineuſes & les boutons , noircir les cheveux
roux ou blancs , ôter les taches & mafques de
couche , blanchir le vifage & empêcher les rides.
de la peau ; & le Vinaigre des quatre voleurs ,
préfervatif excellent contre tout air contagieux.
On trouve encore chez lui des liqueurs & des Eaux
d'odeurs de toute eſpéce , & deux cens fortes de
Vinaigres , foit pour l'ufage de la table , foit pour
celui du bain & de la toilette. Pour le Courrier de
Cythere & les autres liqueurs , il faut s'adreffer à
fon Magafin à Sèvre près de Paris , route de Verfailles;
& pour les Vinaigres en fa Maifon à Paris ,
rue S. André- des- Arcs, la troifiéme Porte cochere
à droite. Le prix des bouteilles de pinte de Caffis
blanc eft de 4 liv. celui du Ratafiat des Sultannesde
6 liv. & celui du Courier de Cythere de 8 liv.
les moindres bouteilles de Vinaigre pour les dents
ou autres ufages font de 3 liv . En écrivant une
lettre d'Avis au fieur Maille , ' foit à Paris , ſoit à
Sèvre , & moyennant la remiſe de l'argent par la
Pofte, le tour franc de Port , il fait exactement
tous les envois qu'on demande , avec les inftructions
néceffaires.
annonçons de temps en temps quelques nouvelles
compofitions , avertit les perfonnes qui partent
pour les Ifles , & qui auront envie d'emporter de
fes différens Vinaigres ,dont l'ufage eft fi néceffaire
aux Ifles , qu'elles peuvent le faire fans craindre
que le tranfport quelqu'éloigné qu'il foit , puiffe
les corrompre. Il continue avec fuccès la vente
du Courier de Cythere , liqueur nouvelle qui par
la délicateffe de fon goûr , peut paffer pour une
des meilleures qui ayent paru jufqu'à préfent , &
débite avec autant de fuccès le Ratafiat des Sultannes
& le Ċaffis blanc , qui a la propriété de
fortifier l'eftomach , & de faciliter la digeftion.
Le Vinaigre Romain , qu'il diftribue pour conferver
les dents , les blanchir , arrêter le progrès de
la Carie, en préferver les dents , faines , raffermir
112 MERCURE DE FRANCE.
dans leurs alvéoles celles qui peuvent être ébran→
lées , guérir les petits chancres & les ulceres de la
bouche , adoucir l'haleine & rafraîchir les lévres 7.
remplit conftamment toutes ces propriétes . Il débite
auffi différens Vinaigres pour guérir les dartres
farineuſes & les boutons , noircir les cheveux
roux ou blancs , ôter les taches & mafques de
couche , blanchir le vifage & empêcher les rides.
de la peau ; & le Vinaigre des quatre voleurs ,
préfervatif excellent contre tout air contagieux.
On trouve encore chez lui des liqueurs & des Eaux
d'odeurs de toute eſpéce , & deux cens fortes de
Vinaigres , foit pour l'ufage de la table , foit pour
celui du bain & de la toilette. Pour le Courrier de
Cythere & les autres liqueurs , il faut s'adreffer à
fon Magafin à Sèvre près de Paris , route de Verfailles;
& pour les Vinaigres en fa Maifon à Paris ,
rue S. André- des- Arcs, la troifiéme Porte cochere
à droite. Le prix des bouteilles de pinte de Caffis
blanc eft de 4 liv. celui du Ratafiat des Sultannesde
6 liv. & celui du Courier de Cythere de 8 liv.
les moindres bouteilles de Vinaigre pour les dents
ou autres ufages font de 3 liv . En écrivant une
lettre d'Avis au fieur Maille , ' foit à Paris , ſoit à
Sèvre , & moyennant la remiſe de l'argent par la
Pofte, le tour franc de Port , il fait exactement
tous les envois qu'on demande , avec les inftructions
néceffaires.
Fermer
Résumé : « Le Sieur Maille, habile Distillateur dont nous annonçons de temps en temps [...] »
Le texte décrit les produits et services du Sieur Maille, un distillateur réputé. Maille propose une gamme de vinaigres et de liqueurs, dont le Courier de Cythère, le Ratafiat des Sultannes et le Cassis blanc, connu pour ses bienfaits sur la digestion. Le Vinaigre Romain est utilisé pour la conservation des dents, le traitement des petits chancres et ulcères buccaux, et l'adoucissement de l'haleine. D'autres vinaigres sont destinés à traiter les dartres farineuses, noircir les cheveux, ôter les taches, blanchir le visage et prévenir les rides. Le Vinaigre des quatre voleurs est recommandé comme préservatif contre les airs contagieux. Maille offre également diverses liqueurs et eaux de senteur, ainsi que deux cents sortes de vinaigres pour la table, le bain et la toilette. Les produits sont disponibles à son magasin à Sèvres ou à Paris, rue Saint-André-des-Arts. Les prix varient selon les articles, et Maille assure l'envoi des commandes par la poste moyennant le paiement à l'avance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
68
p. 84-111
THÉATRE de M. FAVART, Ou Recueil des Comédies, Parodies & Opéra-Comiques, qu'il a donnés jusqu'à ce jour, avec les Airs, Rondes & Vaudevilles notés dans chaque Pièce. Nouvelle édition ; en huit Volumes in-8° Paris, 1763, chez Duchesne, Libraire, rue Saint-Jacques, au Temple du Goût.
Début :
LE Théâtre de M. Favart, si piquant par sa singularité, par la variété des compositions [...]
Mots clefs :
Opéra, Parodie, Pièce, Théâtre, Comique, Vaudevilles, Succès, Couplets
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : THÉATRE de M. FAVART, Ou Recueil des Comédies, Parodies & Opéra-Comiques, qu'il a donnés jusqu'à ce jour, avec les Airs, Rondes & Vaudevilles notés dans chaque Pièce. Nouvelle édition ; en huit Volumes in-8° Paris, 1763, chez Duchesne, Libraire, rue Saint-Jacques, au Temple du Goût.
THEATRE de M. FAVART , Ou
Recueil des Comédies , Parodies &
Opéra - Comiques , qu'il a donnés
jufqu'à ce jour , avec les Airs, Rondes
& Vaudevilles notés dans chaque
Pièce. Nouvelle édition ; en huit Vo-
Lumes in-8 ° Paris , 1763 , chez Duchefne
, Libraire , rue Saint-Jacques,
au Temple du Goût..
LE Théâtre de M. Favart, fi piquant
par fa fingularité , par la variété des com
'AQUST. 1763. 85
pofitions , & par les agrémens répandus
dans toutes celles qu'il nous préſente ,
réunit prèfque tous les genres qui , depuis
trente ans , ont fait l'objet des
Spe&acles. Opéra-Comiques , Parodies ,
Comédies Lyriques , Paftorales , Piéces
de fentimens, & c, tout ce que le Théâtre
Italien & celui de la Foire ont produit
de plus ingénieux dans les nouveaux
genres qui s'y font introduits fucceffivement
, fe trouve ici raffemblé. Ainfi
ceux qui voudront connoître les divers.
génies de ces deux Théâtres , dans la
durée du temps qu'embraffe la collection
de fes Ouvrages , les y reconnoîtront
fans peine , parce qu'il leur a
fouvent donné le ton , au lieu de le prendre
; ce qui montre , dans cet agréable
Écrivain , une ſupériorité de talens qu'on
ne met plus en queftion . L'hiftoire des
productions de M. Favart , eft donc en
quelque forte celle des deux Théâtres
auxquels il s'eft le plus attaché , & l'on
verra qu'aucun Auteur n'a mieux réuffi
à varier nos amufemens à ces deux
Spectacies.
De ces genres de compofition fi différens
, fi difparates , & qui fans doute
demandoient une grande foupleffe d'ef
prit , conclura-t-on qu'il a déféré à l'inſ86
MERCURE DE FRANCE.
tabilité de nos goûts , à l'inconftance
naturelle qui nous emporte rapidement
vers tous les objets où nous croyons voir
quelque lueur de nouveauté ? Il nous
femble au moins qu'on doit faire une
diftinction , que nous laifferons développer
à ceux qui en auront le loiſir. Il
y a un Goût indépendant de nos moeurs
& de notre génie , une forte de fentiment
général qui fixe par- tout les idées du
beau , du bon , du mauvais , fous quelque
forme qu'ils fe produifent ; & c'eftlà
le Goût , abfolument dit , Goût uniforme
& invariable chez tous les Peuples
où font cultivés les Lettres & les Arts.
Il y a un Goût national , qui tient entièrement
à nos moeurs , au caractère général
, à nos préjugés , & dont toutes
nos productions , tous nos jugemens
ont plus ou moins l'empreinte. Ce Goût
national peut fe modifier , & fe modifie
en effet chez nous plus que chez tous les
autres Peuples. De- là tous ces goûts
paffagers , dont les viciffitudes , courtes
& foudaines , influent d'une manière fi
fenfible fur nos amufemens en tout
genre.
M. Favart eft venu , fi on l'ofe dire
dans le temps critique de la plus grande
effervefcence , de la plus grande mobiAOUST.
1763. 87
lité de ce goût fi léger , fi fugitif , A
difficile à fixer , & il s'eft voué aux deux
Théâtres où fon inconftance eſt le plus
marquée. Il a commencé par celui de
la Foire , connu fous le nom d'Opéra-
Comique , & c'eft-là qu'il a fait fes premieres
armes. Mais voyons en quel état
étoit alors ce Spectacle .
*
Le Théâtre de la Foire , formé en
partie des débris de l'ancien Théâtre
Italien qui fut fupprimé en 1697 , s'établit
fous différens noms , vers le commencement
du fiécle ; mais ce fut
fous la Régence ( en 1719 ou 1720 )
qu'il prit , avec une forme plus conſtante
& plus régulière , le nom d'Opéra-Comique.
On pourroit cependant lui trouver
une origine bien plus ancienne ,
fondée fur deux Piéces peu connues , &
qui font dans le cabinet de M. Favart.
L'une eft intitulée la Comédie des Chan
fons , & imprimée à Paris , chez Touffaint
Quinet , au Palais en 1640. L'au
tre, qui a pour titre l'Inconftant Vaincu,
* La réunion de l'Opéra-Comique à la Comédie
Italienne , l'a fait revenir en quelque forte à
fes premiers élémens ; & l'on n'a guères fait autre
chofe que reftituer à celle- ci ce qui en avoit été
démembré . La fente comparaifon du Théâtre de
Gherardi avec celui dela Foire , fuffira pour juftifier
cette réfléxion .
88 MERCURE DE FRANCE.
eft une Paftorale en chanfons : elle parut
environ vingt ans après la première , &
elle eft imprimée à Paris , chez Etienne
Loyfon , en 1661 .
» n'a
-
» La Comédie des Chanfons ( aux
» termes de l'Avertiffement qu'on y
» lit ) , faite de piéces rapportées où l'on
pas ajouté un mot , eft une efpéce
» de Mofaïque compofée de Vaudevilles
» & d'Airs de Cour , comme on diſoit
alors ». Voilà donc bien formellement
l'Opéra- Comique tenté dès 1640 , & en
même temps la Parodie. Car ( au moins
fuivant l'Editeur ) , autre que dans
» cette Comédie il n'y a pas un mot qui
» ne foit un vers ou un couplet de quel-
» que chanfon tel en eft l'artifice
» qu'une chanfon ridicule répond fou-
» vent à une des plus férieuſes , & une
» vieille à une nouvelle ». Au refte ,
cette Piéce , quoiqu'imprimée avec privilége
du Roi , eft extrêmement licencieuſe
, fans moeurs , fans intérêt , fans
intrigue. On y peint des amours földatefques
, une jeune fille très-libertine
qui fe trouve groffe , & qui eft toujours
dans le cas d'une occafion prochaine..
Enfin , elle n'a d'autre mérite que de
dater de plus d'un fiécle , & de nous.
avoir confervé quelques couplets paffa
bles pour le temps..
AOUST. 1763. 89
, L'Inconftant Vaincu malgré les
grands Airs dont cette Piéce eft compofée
, malgré le férieux des amours
qu'elle repréfente , vaut encore moins
que la premiére. On a voulu l'égayer ,
en y introduifant une forte de Goinfre
ou d'ivrogne toujours cloué au cabaret
, & une eſpèce d'amant tranfi , qui ,
pour fe dépiquer du mauvais fuccès de
fes très-froides amours , prend le même
parti : mais tout cela du plus bas comique
& fans aucun fel.
Quelle que foit l'origine de l'Opéra-
Comique , il s'accrédita dans ces tems
de vertige , où le fyftême ayant confondu
tous les états , par dès fortunes
auffi étranges que rapides , entraînoit
néceffairement la corrupsion du goût
& des moeurs. Ce Spectacle , alors
très - licentieux , ne faifoit que par
* Cé SpeЯacle , fi analogue au fond de gaie
té , au génie chantant qui caractérisent la Nation
, a fûrement précédé les Opéra Bouffons
d'Italie. La Pomone de l'Abbé Perrin , ( où
les Satyres de la fuite de Priape voulant embraffer
les Filles de Lamfaque , celles - ci fe
changent en autant de buiffons d'épines ; les
premiers Opéra de Quinaut , Cadmus & Al
cefte , mêlés de Seénes (comiques , le Pourceaugnac
de Moliere , & quelques ; divertiffemens du
même, fembloient avoir indiqué ce genre.
90 MERCURE DE FRANCE.
ler à- peu-près le langage des fociétés :
fa licence , par conféquent , devoit moins
être imputée aux Auteurs qui en fouilloient
leurs écrits , qu'au Public même
dont il falloit malheureufement flater la
dépravation , pour l'attirer & obtenir
fon fuffrage.
Le Sage , Dorneval , Fufelier, & quelques
autres bons Ecrivains , tenterent
d'annoblir l'Opéra - Comique. Ils commencerent
à le purger des obfcénités
les plus groffières , ou du moins à y
introduire , avec plus de fineffe & plus
d'art , le goût de la bonne plaifanterie .
S'ils ne purent pas remplir entierement
leur objet , c'eft que l'on étoit prévenu
qu'une liberté cynique conftituoit ce
genre , & qu'elle en devoit être le
caractère diftin &tif. Le vice étoit trop
enraciné ; il falloit du temps pour le
détruire , & ce n'eft que par degrés
qu'on eft parvenu à rendre ce Spectacle
digne des honnêtes gens. Cependant il
fut dès les premiers temps l'Ecole de nos
meilleurs Comiques , qui tous s'effay erent
dans ce genre. Mais pour en bien
diftinguer les caractères , il faut le divifer
en quatre Ages.
Un Greffier de la Ville , aidé de quelAOUST.
1763. 91
ques amis , commença à mêler des couplets
dans des Scènes empruntées du
Théâtre Italien , ou compofées dans le
goût de ce Théâtre. L'Abbé Pelegrin,
qui n'avoit encore fait que des Cantiques
Spirituels , qu'on pouvoit eftimer, mais
qu'on payoit mal , crut être mieux récompenfé
en confacrant fes talens Lyriques
au genre profane . Il fit le premier
pour la Foire quelques Pièces en
Vaudevilles ; & comme ce Spectacle
étoit livré à toute la licence que les
moeurs toléroient alors , il n'y épargna
pas le gros fel . C'eft à ce temps qu'on
peut rapporter le premier Age de l'Opéra-
Comique. Le Sage , Dorneval , Fufelier,
la Font , le Grand , & l'Auteur de la
Métromanie, qui foutinrent affez longtemps
fa fortune , appartiennent à ce
premier âge. Quelques - unes de leurs
productions fe reffentoient peut - être
encore de la liberté des chanfons de
Blot , & des groffes gaietés de Dancourt,
qui femble avoir auffi contribué à donner
le ton au Théâtre de la Foire ; mais
on vit du moins percer l'efprit , le bon
goût dans ce qu'ils hafarderent de plus
libre. La Philofophie même s'en mêla :
le Sage en fit entrer des traits dans les
92 MERCURE DE FRANCE .
Pèlerins de la Mecque , & dans quelques
autres Piéces .
Nous fixerons le fecond Age de l'Opera-
Comique au premier temps de M.
Pannard , qui eft celui de Fagan , de
Boiffi , de Carolet , & du début de M.
Favart. M. Pannard , à ce Théâtre , fit
principalement rire la Morale , & perfonne
ne l'a fi bien préfentée fous le
mafque de l'amufant Vaudeville . Caro
let auffi mince Ecrivain qu'obfcène
Comique,ne doit jamais être cité. Quant
aux fieurs Fagan & Boiffy , ils ne prélu→
derent à ce Spectacle que pour s'élever
aux compofitions agréables qu'ils donnerent
depuis aux deux autres. Les premières
Pièces de M. Favart déceloient
déjà fon goût pour le Sentiment , & c'eſt-
,
* Ce Couplet de la Pièce intitulée l'Espéranse
, quoiqu'un peu tourné au fophifme , a més
rité d'être retenu..
Demain eft un jour qui fuit ;
Dont on ne voit point l'exiſtence ;
Au milieu de chaque nuit ,
Il' perd fon nom dans fa naiſſance ;
Quand on croit s'afflurer de lui ,
On trouve que c'eſt Aujourd'hui.
Jüfqu'à préfent aucun Humain.
N'a pu voir arriver demain...
A O UST. 1763. 93
là proprement le genre qu'il a introduit
dans un Spectacle où l'on n'en voyoir
prèfque aucune trace.
2
Le troifiéme Age de l'Opéra - Comique
ne s'étend guères au-delà des deux
principaux Auteurs qui l'ont feuls , àpeu-
près , rempli. M. Favard & le fieur
Vadé fembloient s'être partagé le Spectacle.
Le dernier eft communément regardé
comme l'Inventeur du Genre
Poiffard , & il en eft du moins le Coryphée.
Mais comme le génie ou le talent
particulier d'un Acteur détermine affez
fouvent le goût des compofitions , M.
Favart avoit éffayé ce genre dans les
Bateliers de Saint Cloud , où le Sr
Leclufe rendoit fi naïvement le langage
& le maintien des gens de rivière . On
pourroit même le faire remonter juſqu'à
'Impromptu du Pont -Neuf, donné par
M. Pannard en 1729 , à l'occafion de
la Naiffance de Mgr le Dauphin *.
Dans le quatriéme & dernier Age de
L'Impromptu du Pont-Neufnous rappelle un
fait intérellant , dont il eft bien jufte de faire honneur
à M. Pannard. C'eft lui qui a été le premier
l'organe d'un fentiment imprimé dans tous les
coeurs des François , qui , dans le Vaudeville des
Fêtes Sincères , repréſentées à la Cour en 1744
devant la Reine , a nommé le Roi LOUIS LE
BIEN-AIMÉ,
94 MERCURE DE FRANCE .
l'Opéra-Comique , on voit encore figurer
M. -Favart , & commencer M. Sedaine
, qui par le choix fingulier de fes
fujets , par la conduite de fes Drames &
l'efprit naturel qu'il y fait entrer , a le
mérite , aujourd'hui f rare , d'avoir un
genre à lui , d'être original. Cet Age eſt
celui des Pièces à Ariettes , dont on
peut fixer la première époque à la Parodie
de Raton & Rofette , donnée au
Théâtre Italien par M. Favart en 1753.
Les Troqueurs, de Vadé, mis en Mufique
par M. Dauvergne , font le premier éffai
dans ce genre fait au Théâtre de la Foíre ,
& cet éffai fut trop heureux pour n'être
pas très - promptement imité , comme
on imite parmi nous,avec une espéce de
fureur. De là toutes ces mauvaiſes rapfodies
que leur charivari mufical fait
aujourd'hui paffer dans la foule , mais
qui ne font point illufion à ceux dont
tout l'efprit n'eft pas dans l'oreille.
Si M. Favart , en entrant dans la carrière
, trouva l'Opera - Comique en train
de s'épurer quant au goût & aux moeurs,
il y avoit encore bien de l'ouvrage à
faire , & il a plus contribué que perfonne
à y attacher la décence fi néceffaire
dans tous les amuſemens publics , qui
ne peuvent qu'y gagner de toutes faAOUST.
1762 . 95
cons * . Car quoiqu'en difent les liber
tins , on l'a décidé depuis long- temps:
* Puifque l'occafion fe préfente , rendons au
Sieur Monnet la juftice qu'on ne fçauroit lui
refufer. C'eft à lui que l'Opéra- Comique a dû
le bon ordre , la décence extérieure , & même
l'éclat qui dans les derniers temps l'avoit
élevé au rang des Spectacles réglés . Il obtine
en 1743 , pour fix ans , le Privilége de l'Opé
ra-Comique , & commença par folliciter une
Ordonnance du Roi pour en écarter la Livrée ,
qui de tous temps étoit en polleflion du Parterre.
Il décora très proprement la Salle , n'épargna
rien pour former un bon Orqueftre ,
changea toute la face du Spectacle , & porta
dans toutes fes parties cette intelligence & ce
goût dont il a donné tant de preuves . Tour Paris
vint en foule applaudir aux nouveaux agrémens
d'un Théâtre qui s'annobliffoit de jour en jour,
C'eft dans l'Ambigu de la Folie , ( Parodie des Indes
Galantes , de M. Favart ) qu'il donna à la
Foire S. Laurent même année 1743 ) qu'on vit
éclorre les ralens de trois grands Sujets , Mlle Pu
vigné , Mlle Lany & M. Noverre ;ils danferent le
Pas-de-Trois de l'Acte des Fleurs. La Foire S.
Germain fuivante fut encore plus brillante que
la
premiere. L'Acajou de M. Favart joué d'original
par de bons Acteurs formés au goût du nouveau
Théâtre , eut un fuccès étonnant , & le fieur Monnet
y contribua beaucoup par la dépense qu'il fit
pour cette Pièce. Enfin tel fut le fuccès des deux
Foires , qu'il excita la jaloufie . On infpira à M.
Berger, alors Directeur de l'Opéra , de faire réfi
lier le bail du fieur Monnet, & celui- ci n'eut que
l'honneur d'avoir bien monté le Spectacle qui fit
96 MERCURE DE FRANCE.
ce neft jamais que faute d'efprit , & furtout
d'imagination , quon ne fçait rien
voiler , que l'on voile mal , que l'on defcend
même à ces froides équivoques ,
beaucoup plus méprifables fans doute ,
que toutes les nudités Gauloifes dont
notre délicateffe rougit.
M. Favart étoit fort jeune alors ; car ce
fut en 1734 , à la foire S. Germain , qu'il
donna fa premiere Pièce intitulée les
Deux Jumelles. Cette Pièce en enfanta
plufieurs autres , & prèfque toutes les
années , depuis cette époque , ont été
marquées par de nouvelles productions.
Le Génie de l'Opéra-Comique , & l'Enlévement
Précipité ( 2 Actes ) donné en
1735 ; le nouveau Parnaffe ( 1 Ace ) ,
la Dragonne (2 A&tes ) , l'Amour& l'Innocence
, Ballet entremêlé de Scènes dont
l'idée eft de M. de Verriere , en 1736 ;
le Vaudeville , Prologue , la Pièce fans
titre ou le Prince Nocturne ( 1 Acte ) ,
& Mariane ( 1 A&te ) , en fociété avec
pendant quelques années l'amufement le plus pi
quant de la Capitale. En 1752 , le fieur Monnet
reprit le bail de l'Opéra- Comique , qu'il a continué
jufques & compris 1757. Dans cette même
année 1752, il fit conftruire à fes frais à la Foire
S. Laurent le plus joli Théâtre , & le mieux entendu
peut-être, qu'il y ait en France.
M.
AOUST. 1763 . 97
*
M. Pannard, en 1737 ; * le Bal Bourgeois
( 1 Ade ) , en 1738 ; * Moulinet
Premier , les Réjouiffances Publiques ,
Pièce mêlée d'Intermédes , Harmonide,
Parodie de l'Opéra de Zaïde , ( 3 A&tes) ,
& les Fêtes Villageoifes , ( 2 Actes ) avec
un Prologue , en 1739 ; Pyrame &
Thifbé , Parodie de l'Opéra du même
titre , la Servante Juftifiée , la Barriere
du Parnaffe ou la Mufe Chanfon
niere , les Recrues de l'Opéra- Comique ,
les Epoux , fur un fond procuré par M.
Parmentier , & * les Jeunes Mariés ( 5
Actes ) , en 1740 : voilà vingt Pièces
qui précéderent la Chercheufe d'Esprit ,
& dont on n'a confervé que les quatre
Pièces marquées d'une étoile.
en
LA CHERCHEUSE D'ESPRIT
1741 , développa tous les talens de l'Auteur
, & lui affura le premier rang dans
ce genre de compofition . Cette Pièce
fut fuive dans la même année ( 1741 )
de la Joye , 1 A&te ; de Farinette , Parodie
de Proferpine , 1 Acte ; du Bacha
d'Alger , 1 A&te ; * des Bateliers de
Saint Cloud , I A&te ; des Valets , où
M. Valois d'Orville a eu pait , 1 Acte ;
& en 1742 , de la Fauffe Duegne ,
Sujet fourni par M. Parmentier , en 2
Actes. Ce font fix Pièces à ajouter au
E
98 MERCURE DE FRANCE
dénombrement des productions de l'Aas
teur.
Long-temps avant ces Effais de M.
Favart ( on diftinguera bien les Pièces
que nous ne comprenons point fous le
not d'Effais ) , le Théâtre Italien s'étoit
enrichi d'un nouveau genre , de LA PARODIE
* , qui , felon toutes les apparences
, en l'état où nous l'avons au
jourd'hui , ne nous vient pas directe
ment des Grecs qui l'ont inventée , ou
a bien pris le goût de notre terroir.
M. l'Abbé Sallier , qui voyoit ces
Grecs d'affez près , avoit découvert chez
eux quatre efpèces de Parodies , qu'il
réduit à deux principales , à la Parodie
fimple & narrative , & à la Parodie Dramatique
**. Nous nous fommes emparé
de ces deux - là , & il prétend que
la dernière, c'eft- à-dire la Parodie Théâ
* Ce mot , tout Grec , eft compofé de masa &
du fubftantif on chant . Or la prépoſition Para ,
qui modifie tant de mots Grecs , attache à la fois
à celui-ci une idée de reflemblance & une idée
d'oppofition .
L'invention de celle - ci eft attribuée à Hégé
mon, de Thafus , Ifle de la Mer Egée , lequel
dans la 91. Olympiade apporta une Parodie Dramarique
, au lieu d'une Comédie ordinaire , pour
Ja diftribution des prix qui fe faifoit dans les Jeux
publics.
AO UST. 1763. 99
trale , devient entre les mains de la Critique
le flambeau dont on éclaire les défauts
d'un Auteur qui avoit furpris
l'admiration *. La Motte n'étoit pas
de cet avis. A l'occafion de la Parodie
d'Inès , dont il fut beaucoup trop piqué
pour un homme qui entendoit fi
bien raillerie , il fit un Difcours fur les
Parodies , où il les repréfente comme
une Mode Françoife , fille d'un badinage
dangereux , amufement malin des
efprits fuperficiels. Fufelier lui répondit
vivement dans un Difcours ingénieux
fervant de Préface au Recueil des
Parodies de la Comédie Italienne , publié
chez Briaffonen 1738,& il ne manqua
pas de fe prevaloir de l'autorité du
Sçavant contre le Bel- Efprit qui croyoit
peut-être de bonne foi la Parodie née
Françoife.
Quoique la Motte & fes partifans en
puffent dire , on continuoit de goûter
la Parodie Dramatique , & tous les Opéra
anciens ou nouveaux toutes les
Tragédies nouvelles , payoient un tribut
aux Parodistes. M. Favart fe partagea
donc entre ce genre & l'Opéra- Comique
, & il excella dans l'un & dans
** Mémoires de l'Académie des Infcription &
Belles-Lettres , tom.z. pag. 398.
#
E ij
foo MERCURE DE FRANCE.
"
mo
l'autre. Ce font principalement ces deux
genres qui conftituent fon Théâtre , &
nous allons indiquer les Pièces dont les
huit Tomes font compofés.
IL étoit jufte de donner le pas aux
Pièces du Théâtre Italien , & elles rempliffent
quatre volumes, tant de Parodies
que d'autres Pièces Lyriques.
LES Parodies font : 1° . Hyppolite &
Aricie , Parodie de l'Opéra du même
nom , 1 Acte , 1742.
2º. Les Amans inquiets , Parodie de
Thétis & Pélée ; 1 A&te , 1751.-
3°. Les Indes Danfantes , Parodie
des Indes Galantes , font : le Turc généreux
, les Incas du Perou , & la Fête
des Fleurs , 1751 ; avec les Airs & Vaudevilles
notés .
4°. Fanfale , Parodie d'Omphale , &
les Divertiffemens , avec M. de Marcouville
, 1752.
5. Tyrcis & Doriftée, Parodie d'Acis
& Galatée , 1 Acte , 1752.
6°. Baioco & Serpilla , Parodie du
Joueur , Interméde Italien , 3 Actes ,
avec les Ariettes notées , 1753. Le fond
de cette Pièce n'appartient pas à M. Fail
eft de Dominique & Romagnefi
Des Bouffon's Italiens repréfenterent
en 1728 ou 1729 , fur le Théâtre de
l'Opéra , plufieurs Intermédes qui eu .
vart ;
AOUST. 1763.
101
,
Don
7 9
tent du fuccès & entr'autres
Mico e Lefbina , Baioco e Serpilla . Les
deux Auteurs que nous venous de nommer
parodierent ces dernieres Pièces
en faifant un mêlange de François &'
d'Italien . En 1753 , de nouveaux Bouffons
d'Italie s'inftallerent encore fur la
Scène Lyrique , & leurs fuccès ont
fait parmi nous une révolution dans
l'Art Mufical. Les Bouffons profcrits ,
il y eut un déchaînement prefque général
contre la Mufique Italienne ; mais
en s'élevant contre cette Mufique , on
l'imitoit infenfiblement , & fon génie
eft devenu à préfent le nôtre . On peut
auffi rapporter à cette époque la naiffance
des Pièces à Ariettes. M. Sodi , Muficien
Italien , faifit cette circonftance ,
pour faire de la Mufique nouvelle fur.
l'ancienne Parodie de Baioco e Serpilla ;
mais comme les Paroles ne convenoient
plus au goût actuel du Théâtre M.
Favart reprit l'Ouvrage fous oeuvre ,
& le mit dans la forme où il eft dans
ce Recueil .
?
2.
7°. Raton & Rosette ou la Vengeance
Inutile Parodie de Titon &
l'Aurore , avec les Ariettes Italiennes
& les Vaudevilles , 1 A&te , 1753 .
8°. Zéphire & Fleurette , Parodie de
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
l'Acte de Zélindor , avec MM. Pannard
& Laujon , 1754.
9°. Les Chinois , Parodie del Cinefe ,
& les Ariettes notées , 1 Acte , avec M.
Naigeon , 1756.
10°. La Noce Interrompue , Parodie
d'Alcefte , 3 A&tes , 1758.
11 °. Petrine , Parodie de Proferpine,
1 Acte , avec Divertiffement & Vaudevilles
, 1759. M. Sedaine y a fait quelques
couplets.
On n'a point compris dans ce Recueil
une Parodie de Dardanus , faite en
fociété avec M. Pannard,
LES Comédies & Pièces Lyriques , au
nombre de huit, font:
Don Quichotte chez la Ducheffe , Ballet
Comique en 3 Actes , repréfenté par
l'Académie Royale de Mufique en 1743.
La Mufique eft de M. Boifmortier. Mlle
Claironjouoit à l'Opéra dans cette Pièce.
Les Amours Champêtres , Paftorale
r A&te , 1751 .
91
0
La Coquette Trompée , Comédie Lyrique
, repréfentée à Fontainebleau fur
le Théâtre de la Cour , en 1753 , & enfuite
à Paris par l'Académie Royale de
Mufique , en 1758 , 1 A&te. La Mufique
eft de M. Dauvergne.
La Bohemienne Comédie en vers ,
mêlée d'Ariettes , & traduite de la ZinAOUST.
1763. 103
gara , Intermède Italien , 2 Actes , avec
la Mufique des Ariettes , 1755.
Le Caprice Amoureux , ou Ninette à
la Cour , Pièce en 2 Actes , mêlée d'Ariettes
, repréſentée en 1755 , en 3 A&tes ,
& réduite à 2 en 1756. Toutes les Ariettes
notées font jointes ici à la Pièce.
La Soirée des Boulevards , Ambigu
Comique mêlé de Scènes , de Chants
& de Danfes , ( Pièce très-gaie & trèsamufante
, ) 1759 .
Supplément à la Soirée des Boulevards ,
compofé de neuf Scènes , avec Divertiffement
& Vaudeville , 1759 .
Soliman Second , Comédie en 3 Actes
en vers , très- bien écrite , & dont
le fuccès a été fi foutenu , fi marqué .
Le cinquiéme Tome de ce Recueil
contient les Ouvrages de Madame Fa
vart. On fent bien qu'en la nommant ,
c'eft nommer auffi fon mari , dont il
eft aifé de reconnoître le ftyle ; mais
entre époux de bonne intelligence , les
talens & les agrémens de l'efprit doivent
entrer dans la communauté. Madame
Favart , à portée de puifer à la
fource le goût des fentimens délicats
avec l'art de les exprimer , réunit danc
le talent de la compofition à ceux de
l'action . De là les fix Piéces qui rem-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
pliffent ce Volume . Ces Piéces confiftent
1 ° . en quatre Parodies , qui font :
Les Amours de Baftien & Baftienne ,
où M. Harny a eu part . C'eſt une Parodie
du Devin de Village , fur laquelle il
fuffira d'obferver qu'aucune Piéce n'a
été jouée fi long-temps , ni fi conftamment
redemandée; en forte que les Co.
médiens fe font plutôt laffés de la redonner
fi fouvent , que les Spectateurs de la
revoir après une infinité de repréſentations
, Acte , 1753.
Les Enforcelés , ou Jeannot & Jeannette
, Pièce à laquelle ont travaillé MM.
Guerin & Harny. C'eft une espèce de
Parodie de la Surprife de l'Amours
1 Acte , 1757.
La Fille malgardée
ou le Pédans
Amoureux
, Parodie de la Provençale
,
1 A&te , 1758.
La Fortune au Village , Parodie de
l'A&e d'Eglé, 1 Acte , 1760.
2º . En deux Pièces Lyriques , chacune
d'un A&te , fçavoir :
La Fête d'Amour, ou Lucas & Colinette,
efpéce de Paftorale , précédée d'un
Prologue , & augmentée ici de la Mufique.
Annette & Lubin , Comédie en vers ,
dont le Sujet est tiré des Contes Moraux
A O UST. 1763 . 105
de M. Marmontel. Le Théâtre retentit ,
encore des applaudiffemens qu'a reçu
cette derniere Piéce , & la plupart des
Couplets , ou des petits Airs ont paffé
des plus agréables bouches dans celles
du Peuple : c'eft , je crois , tout dire.
LES 6e , 7e. & 8° . Tome. comprennent
le Théâtre de la Foire. On y trouve
trois Parodies.
Moulinet Premier , Parodie de Mahomet
Second , Tragédie du fieur de la
Noue , 1 A&te , 1739.
Théfée , nouvelle Parodie de l'Opéra
de ce nom , faite en fociété avec MM.
Laujon & Parvi , 1 A&te , 1745. On lit.
dans le Calendrier des Théâtres , ( qui
fe vend chez Duchefne , rue S. Jacques ).
fixiéme partie , année 1757 , p. 110. une
anecdote affez plaifante , arrivée à l'occafion
de cette Pièce .
L'Amour Impromptu , Parodie de
l'Acte d'Eglé des Talens Lyriques , &
Acte , 1756.
LES Opéra- Comiques , au nombre,
de 20 , font :
La Servante Juftifiée , Sujet tiré des
Contes de la Fontaine , & très- bien rendu
; en fociété avec le fieur Fagan,
1 A&te , 1740.
La Chercheufe d'Esprit , Pièce char-
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
mante , bien faite en tous points , &
felon nous le chef- d'oeuvre de ce
Théâtre , 1 A&te , 1741 .
,
Le Prix de Cythère , avec un Protogue
, en fociété avec M. le Marquis de
P. 1 Acte , 1742.
Le Coq de Village , 1 Acte , 1743 .
C'eft le ftratagême dont on prétend
qu'ufa le Syndic d'un Village , pour
fouftraire à l'événement du fort un garçon
qui tiroit à la Milice . Ce Sujet eft
ingénieufement accommodé au Théâtre ,
& l'on n'oubliera jamais le charmant
couplet des Fleurs. Mlle Beaumenard ,
parut pour la première fois dans cette .
Pièce , fous le rôle de Gogo , qui fut fait
pour elle.
Les Bateliers de Saint Cloud , 1 Acte ,
1741 & 1744 .
La Coquette fans le fçavoir , avec M.
Rouffeau de Touloufe , 1 Acte , 1750.
Acajou , 3 Actes , 1752 & 1753. Cette
Pièce , tirée du Conte d'Acajou de M.
Duclos , eft pleine d'efprit & affaifonnée
de bon fel Attique. Elle fut d'abord
jouée en profe mêlée de couplets , en
1744 , à la Foire S. Germain . Après la
défenfe faite à l'Opéra- Comique de parler
, on la redonna toute en Vaudevilles
à la Foire S. Laurent , & fur le Théâtre
de l'Opera . Acajou , dans la nouveauté,
AQUST. 1763. 107
attira un concours fi prodigieux qué , le
jour de la Clôture du Théâtre , la bar
rière qui féparoit le Parquet du Parter
re fut brifée.
Les Amours Grivois , ou l'Ecole des
'Amours Grivois , Divertiffement Flamand
en 1 Ace , 1744 , en fociété avec
MM. de la Garde & le Seurre. C'eſt dans
cette Pièce , qui eft d'une grande gaiete,
que la Dlle Darimath rendoit fi naïvement
cette Ronde : Mon p'tit coeur , vous
n' m'aimez guères , &c. Le fieur Dourdet
, & la Dlie Sauvage ( ma Mie Babichony
firent aufli beaucoup de
plaifir fous les caractères de Niais &
de Niaife.
Le Bal de Strasbourg , Divertiffement
Allemand par la même fociété
1 A&te , 1744. Cette Pièce donnée à
l'cccafion du rétabliffement de la fanté
du Roi , ne pouvoit manquer dans les
circonftances , d'être fort agréablement
reçue. Mais ce qui en fit le principal
fuccès , c'eft le Vaudeville touchant de
la Scène du Courier , dont les ppaarroles
& l'air font de M. Favart , & que
toute l'Affemblée chantoit du plus grand
zéle avec les Acteurs. Il lui valut une
députation des Dames de la Halle
avec un préfent de fleurs & de fruits.
i
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
L'Amour au Village , 1 A&e , 17451
C'eſt le fond d'un Opéra -Comique du
fieur Carolet , qui avoit pour titre, l'A
mour Payfan. M. Favart n'avoue point
cette Pièce , quoiqu'il l'ait refondue , &
qu'il y ait mis plufieurs Vaudevilles &
des Scènes nouvelles .
Cythère Affiégée, 1 Acte. Cette Pièce
fut d'abord faite en profe & couplets paz
l'Auteur , en fociété avec M. Fagan , &
repréſentée à Paris à l'ouverture de la
Foire Saint Laurent 1738. Depuis elle
fut entierement refondue par M. Favars
pour la Troupe des Comédiens de Bruxelles
, & repréſentée en 1748. Enfin elle
a été donnée à Paris fur le Théâtre de
la Foire en 1754.
Les Jeunes Maries I Acte . Cette
Pièce parut dès 1740 ;. & elle a été
reprife à toutes les époques de l'Opéra-
Comique
Les Nymphes de Diane , 1 A&te . Cet
Opéra-Comique fut joué d'abord en
vers & couplets , & même imprimé en
Flandres , en 1748. L'Auteur l'ayant
remis tout en Vaudevilles pour le Théâtre
de la Foire , il y fut repréfenté en
1755.
Le Mariage par Efcalade , 1 Acte
1756. Cette Pièce fut faite à l'occafion
A O UST. 1763. 100
de la Prife de Port- Mahon , & d'une.
Fête particuliere qui avoit été préparée
pour le retour de M. le Maréchal Duc
de Richelieu .
La Répétition Interrompue , en fociété
avec M. Pannard , 1 A&te , 1735 .
M. Favart fit une nouvelle intrigue à
cette Pièce lorfqu'elle fut remife au
Théâtre , fous le titre du Petit - Maître
malgré lui , en 1757 .
La Parodie au Parnaffe , 1 A&te ,
1759 , Satyre ingénieufe & très - fine.
M. Favart n'avoue point cette Pièce ,
telle qu'elle eft imprimée ici , quoique
le fond , le quadre , la plus grande partie
des couplets , & prèfque tous les
détails lui appartiennent. Un Anonyme
ayant eu , on ne fçait comment , une
copie de cet Opéra - Comique ; repréfenté
en 1740 fous le titre de la Barrière
du Parnaffe ou de la Mufe Chanfonniere
, & ne fçachant pas que M..
Favart en étoit l'Auteur , crut pouvoir
fe l'approprier. Il inféra la critique des
Ouvrages Dramatiques qui paroiffoient
alors, critique un peu trop vive , &
qu'affurément M. Favart , qui n'y eſt
pas ménagé lui -même au fujet de Petrine
, ne fe feroit pas permife . La Scène
de Diogene eft une Perfonnalité , &
110 MERCURE DE FRANCE.
l'on n'en trouvera dans aucune des pro
ductions de notre Auteur. On avoit
judicieufement retranché cette Scène à
la Repréſentation : elle n'auroit pas dû
reparoître ici .
Le Retour de l'Opéra - Comique , I
A&te , 1759.
Le Départ de l'Opéra- Comique ; Compliment
, 1 A&te , 1759.
La Refource des Théâtres , 1 Acte ,
1760. Il n'appartient dans cette Pièce à
M. Favart que le Vaudeville des Portraits
à la Mode , dont il a fait l'Air &
les Paroles ; mais ce Vaudeville a fait
prèfque feul tout le fuccès de la Pièce .
Le Bal Bourgeois , Pièce mêlée d'Afiettes
, en 1 Acte , représentée en 1738,
& imprimée avec quelques changemens
en 1762 .
On peut ajouter à cette Lifte cinq
Pièces qui n'ont pas été imprimées ,
fçavoir :
Les Vendanges d'Argenteuil , Opéra-
Comique , joué en 1742 ; les Vendanges
de Tempe ; l'Ile d'Anticyre , la
Folie , Médecin de l'efprit , & l' Aftrologue
de Village , repréfentés en 1744.
Et que nous pourrions encore la groffir
de beaucoup d'autres productions !
telles que la Cour de Marbre , Diver
AO UST. 1763 .
117
tiffement en 1 A &te , fait pour les Petits
Appartemens , en fociété avec M. de la
Garde ; les Nouveaux Intermédes , &
les Divertiffemens de l'Inconnu , exécutés
à Fontainebleau ; un Prologue fur
les Victoires du Roi , & les Comédiens en
Flandres , Comédie en 3 Actes & c. &c.
M. Favart a certainement fait plus de
150 Drames, donnés tant fous fon nom ,
que fous des noms étrangers. Il a encore
tenté heureufement d'autres genres
, & fes effais dans la Poëfie Héroïque
lui ont fait remporter des prix aux Jeux
Floraux en 1734. Un de ces Poëmes , a
pour titre , la France délivrée par la
Pucelle d'Orléans ; il le fit à l'âge au
plus de vingt ans.
Recueil des Comédies , Parodies &
Opéra - Comiques , qu'il a donnés
jufqu'à ce jour , avec les Airs, Rondes
& Vaudevilles notés dans chaque
Pièce. Nouvelle édition ; en huit Vo-
Lumes in-8 ° Paris , 1763 , chez Duchefne
, Libraire , rue Saint-Jacques,
au Temple du Goût..
LE Théâtre de M. Favart, fi piquant
par fa fingularité , par la variété des com
'AQUST. 1763. 85
pofitions , & par les agrémens répandus
dans toutes celles qu'il nous préſente ,
réunit prèfque tous les genres qui , depuis
trente ans , ont fait l'objet des
Spe&acles. Opéra-Comiques , Parodies ,
Comédies Lyriques , Paftorales , Piéces
de fentimens, & c, tout ce que le Théâtre
Italien & celui de la Foire ont produit
de plus ingénieux dans les nouveaux
genres qui s'y font introduits fucceffivement
, fe trouve ici raffemblé. Ainfi
ceux qui voudront connoître les divers.
génies de ces deux Théâtres , dans la
durée du temps qu'embraffe la collection
de fes Ouvrages , les y reconnoîtront
fans peine , parce qu'il leur a
fouvent donné le ton , au lieu de le prendre
; ce qui montre , dans cet agréable
Écrivain , une ſupériorité de talens qu'on
ne met plus en queftion . L'hiftoire des
productions de M. Favart , eft donc en
quelque forte celle des deux Théâtres
auxquels il s'eft le plus attaché , & l'on
verra qu'aucun Auteur n'a mieux réuffi
à varier nos amufemens à ces deux
Spectacies.
De ces genres de compofition fi différens
, fi difparates , & qui fans doute
demandoient une grande foupleffe d'ef
prit , conclura-t-on qu'il a déféré à l'inſ86
MERCURE DE FRANCE.
tabilité de nos goûts , à l'inconftance
naturelle qui nous emporte rapidement
vers tous les objets où nous croyons voir
quelque lueur de nouveauté ? Il nous
femble au moins qu'on doit faire une
diftinction , que nous laifferons développer
à ceux qui en auront le loiſir. Il
y a un Goût indépendant de nos moeurs
& de notre génie , une forte de fentiment
général qui fixe par- tout les idées du
beau , du bon , du mauvais , fous quelque
forme qu'ils fe produifent ; & c'eftlà
le Goût , abfolument dit , Goût uniforme
& invariable chez tous les Peuples
où font cultivés les Lettres & les Arts.
Il y a un Goût national , qui tient entièrement
à nos moeurs , au caractère général
, à nos préjugés , & dont toutes
nos productions , tous nos jugemens
ont plus ou moins l'empreinte. Ce Goût
national peut fe modifier , & fe modifie
en effet chez nous plus que chez tous les
autres Peuples. De- là tous ces goûts
paffagers , dont les viciffitudes , courtes
& foudaines , influent d'une manière fi
fenfible fur nos amufemens en tout
genre.
M. Favart eft venu , fi on l'ofe dire
dans le temps critique de la plus grande
effervefcence , de la plus grande mobiAOUST.
1763. 87
lité de ce goût fi léger , fi fugitif , A
difficile à fixer , & il s'eft voué aux deux
Théâtres où fon inconftance eſt le plus
marquée. Il a commencé par celui de
la Foire , connu fous le nom d'Opéra-
Comique , & c'eft-là qu'il a fait fes premieres
armes. Mais voyons en quel état
étoit alors ce Spectacle .
*
Le Théâtre de la Foire , formé en
partie des débris de l'ancien Théâtre
Italien qui fut fupprimé en 1697 , s'établit
fous différens noms , vers le commencement
du fiécle ; mais ce fut
fous la Régence ( en 1719 ou 1720 )
qu'il prit , avec une forme plus conſtante
& plus régulière , le nom d'Opéra-Comique.
On pourroit cependant lui trouver
une origine bien plus ancienne ,
fondée fur deux Piéces peu connues , &
qui font dans le cabinet de M. Favart.
L'une eft intitulée la Comédie des Chan
fons , & imprimée à Paris , chez Touffaint
Quinet , au Palais en 1640. L'au
tre, qui a pour titre l'Inconftant Vaincu,
* La réunion de l'Opéra-Comique à la Comédie
Italienne , l'a fait revenir en quelque forte à
fes premiers élémens ; & l'on n'a guères fait autre
chofe que reftituer à celle- ci ce qui en avoit été
démembré . La fente comparaifon du Théâtre de
Gherardi avec celui dela Foire , fuffira pour juftifier
cette réfléxion .
88 MERCURE DE FRANCE.
eft une Paftorale en chanfons : elle parut
environ vingt ans après la première , &
elle eft imprimée à Paris , chez Etienne
Loyfon , en 1661 .
» n'a
-
» La Comédie des Chanfons ( aux
» termes de l'Avertiffement qu'on y
» lit ) , faite de piéces rapportées où l'on
pas ajouté un mot , eft une efpéce
» de Mofaïque compofée de Vaudevilles
» & d'Airs de Cour , comme on diſoit
alors ». Voilà donc bien formellement
l'Opéra- Comique tenté dès 1640 , & en
même temps la Parodie. Car ( au moins
fuivant l'Editeur ) , autre que dans
» cette Comédie il n'y a pas un mot qui
» ne foit un vers ou un couplet de quel-
» que chanfon tel en eft l'artifice
» qu'une chanfon ridicule répond fou-
» vent à une des plus férieuſes , & une
» vieille à une nouvelle ». Au refte ,
cette Piéce , quoiqu'imprimée avec privilége
du Roi , eft extrêmement licencieuſe
, fans moeurs , fans intérêt , fans
intrigue. On y peint des amours földatefques
, une jeune fille très-libertine
qui fe trouve groffe , & qui eft toujours
dans le cas d'une occafion prochaine..
Enfin , elle n'a d'autre mérite que de
dater de plus d'un fiécle , & de nous.
avoir confervé quelques couplets paffa
bles pour le temps..
AOUST. 1763. 89
, L'Inconftant Vaincu malgré les
grands Airs dont cette Piéce eft compofée
, malgré le férieux des amours
qu'elle repréfente , vaut encore moins
que la premiére. On a voulu l'égayer ,
en y introduifant une forte de Goinfre
ou d'ivrogne toujours cloué au cabaret
, & une eſpèce d'amant tranfi , qui ,
pour fe dépiquer du mauvais fuccès de
fes très-froides amours , prend le même
parti : mais tout cela du plus bas comique
& fans aucun fel.
Quelle que foit l'origine de l'Opéra-
Comique , il s'accrédita dans ces tems
de vertige , où le fyftême ayant confondu
tous les états , par dès fortunes
auffi étranges que rapides , entraînoit
néceffairement la corrupsion du goût
& des moeurs. Ce Spectacle , alors
très - licentieux , ne faifoit que par
* Cé SpeЯacle , fi analogue au fond de gaie
té , au génie chantant qui caractérisent la Nation
, a fûrement précédé les Opéra Bouffons
d'Italie. La Pomone de l'Abbé Perrin , ( où
les Satyres de la fuite de Priape voulant embraffer
les Filles de Lamfaque , celles - ci fe
changent en autant de buiffons d'épines ; les
premiers Opéra de Quinaut , Cadmus & Al
cefte , mêlés de Seénes (comiques , le Pourceaugnac
de Moliere , & quelques ; divertiffemens du
même, fembloient avoir indiqué ce genre.
90 MERCURE DE FRANCE.
ler à- peu-près le langage des fociétés :
fa licence , par conféquent , devoit moins
être imputée aux Auteurs qui en fouilloient
leurs écrits , qu'au Public même
dont il falloit malheureufement flater la
dépravation , pour l'attirer & obtenir
fon fuffrage.
Le Sage , Dorneval , Fufelier, & quelques
autres bons Ecrivains , tenterent
d'annoblir l'Opéra - Comique. Ils commencerent
à le purger des obfcénités
les plus groffières , ou du moins à y
introduire , avec plus de fineffe & plus
d'art , le goût de la bonne plaifanterie .
S'ils ne purent pas remplir entierement
leur objet , c'eft que l'on étoit prévenu
qu'une liberté cynique conftituoit ce
genre , & qu'elle en devoit être le
caractère diftin &tif. Le vice étoit trop
enraciné ; il falloit du temps pour le
détruire , & ce n'eft que par degrés
qu'on eft parvenu à rendre ce Spectacle
digne des honnêtes gens. Cependant il
fut dès les premiers temps l'Ecole de nos
meilleurs Comiques , qui tous s'effay erent
dans ce genre. Mais pour en bien
diftinguer les caractères , il faut le divifer
en quatre Ages.
Un Greffier de la Ville , aidé de quelAOUST.
1763. 91
ques amis , commença à mêler des couplets
dans des Scènes empruntées du
Théâtre Italien , ou compofées dans le
goût de ce Théâtre. L'Abbé Pelegrin,
qui n'avoit encore fait que des Cantiques
Spirituels , qu'on pouvoit eftimer, mais
qu'on payoit mal , crut être mieux récompenfé
en confacrant fes talens Lyriques
au genre profane . Il fit le premier
pour la Foire quelques Pièces en
Vaudevilles ; & comme ce Spectacle
étoit livré à toute la licence que les
moeurs toléroient alors , il n'y épargna
pas le gros fel . C'eft à ce temps qu'on
peut rapporter le premier Age de l'Opéra-
Comique. Le Sage , Dorneval , Fufelier,
la Font , le Grand , & l'Auteur de la
Métromanie, qui foutinrent affez longtemps
fa fortune , appartiennent à ce
premier âge. Quelques - unes de leurs
productions fe reffentoient peut - être
encore de la liberté des chanfons de
Blot , & des groffes gaietés de Dancourt,
qui femble avoir auffi contribué à donner
le ton au Théâtre de la Foire ; mais
on vit du moins percer l'efprit , le bon
goût dans ce qu'ils hafarderent de plus
libre. La Philofophie même s'en mêla :
le Sage en fit entrer des traits dans les
92 MERCURE DE FRANCE .
Pèlerins de la Mecque , & dans quelques
autres Piéces .
Nous fixerons le fecond Age de l'Opera-
Comique au premier temps de M.
Pannard , qui eft celui de Fagan , de
Boiffi , de Carolet , & du début de M.
Favart. M. Pannard , à ce Théâtre , fit
principalement rire la Morale , & perfonne
ne l'a fi bien préfentée fous le
mafque de l'amufant Vaudeville . Caro
let auffi mince Ecrivain qu'obfcène
Comique,ne doit jamais être cité. Quant
aux fieurs Fagan & Boiffy , ils ne prélu→
derent à ce Spectacle que pour s'élever
aux compofitions agréables qu'ils donnerent
depuis aux deux autres. Les premières
Pièces de M. Favart déceloient
déjà fon goût pour le Sentiment , & c'eſt-
,
* Ce Couplet de la Pièce intitulée l'Espéranse
, quoiqu'un peu tourné au fophifme , a més
rité d'être retenu..
Demain eft un jour qui fuit ;
Dont on ne voit point l'exiſtence ;
Au milieu de chaque nuit ,
Il' perd fon nom dans fa naiſſance ;
Quand on croit s'afflurer de lui ,
On trouve que c'eſt Aujourd'hui.
Jüfqu'à préfent aucun Humain.
N'a pu voir arriver demain...
A O UST. 1763. 93
là proprement le genre qu'il a introduit
dans un Spectacle où l'on n'en voyoir
prèfque aucune trace.
2
Le troifiéme Age de l'Opéra - Comique
ne s'étend guères au-delà des deux
principaux Auteurs qui l'ont feuls , àpeu-
près , rempli. M. Favard & le fieur
Vadé fembloient s'être partagé le Spectacle.
Le dernier eft communément regardé
comme l'Inventeur du Genre
Poiffard , & il en eft du moins le Coryphée.
Mais comme le génie ou le talent
particulier d'un Acteur détermine affez
fouvent le goût des compofitions , M.
Favart avoit éffayé ce genre dans les
Bateliers de Saint Cloud , où le Sr
Leclufe rendoit fi naïvement le langage
& le maintien des gens de rivière . On
pourroit même le faire remonter juſqu'à
'Impromptu du Pont -Neuf, donné par
M. Pannard en 1729 , à l'occafion de
la Naiffance de Mgr le Dauphin *.
Dans le quatriéme & dernier Age de
L'Impromptu du Pont-Neufnous rappelle un
fait intérellant , dont il eft bien jufte de faire honneur
à M. Pannard. C'eft lui qui a été le premier
l'organe d'un fentiment imprimé dans tous les
coeurs des François , qui , dans le Vaudeville des
Fêtes Sincères , repréſentées à la Cour en 1744
devant la Reine , a nommé le Roi LOUIS LE
BIEN-AIMÉ,
94 MERCURE DE FRANCE .
l'Opéra-Comique , on voit encore figurer
M. -Favart , & commencer M. Sedaine
, qui par le choix fingulier de fes
fujets , par la conduite de fes Drames &
l'efprit naturel qu'il y fait entrer , a le
mérite , aujourd'hui f rare , d'avoir un
genre à lui , d'être original. Cet Age eſt
celui des Pièces à Ariettes , dont on
peut fixer la première époque à la Parodie
de Raton & Rofette , donnée au
Théâtre Italien par M. Favart en 1753.
Les Troqueurs, de Vadé, mis en Mufique
par M. Dauvergne , font le premier éffai
dans ce genre fait au Théâtre de la Foíre ,
& cet éffai fut trop heureux pour n'être
pas très - promptement imité , comme
on imite parmi nous,avec une espéce de
fureur. De là toutes ces mauvaiſes rapfodies
que leur charivari mufical fait
aujourd'hui paffer dans la foule , mais
qui ne font point illufion à ceux dont
tout l'efprit n'eft pas dans l'oreille.
Si M. Favart , en entrant dans la carrière
, trouva l'Opera - Comique en train
de s'épurer quant au goût & aux moeurs,
il y avoit encore bien de l'ouvrage à
faire , & il a plus contribué que perfonne
à y attacher la décence fi néceffaire
dans tous les amuſemens publics , qui
ne peuvent qu'y gagner de toutes faAOUST.
1762 . 95
cons * . Car quoiqu'en difent les liber
tins , on l'a décidé depuis long- temps:
* Puifque l'occafion fe préfente , rendons au
Sieur Monnet la juftice qu'on ne fçauroit lui
refufer. C'eft à lui que l'Opéra- Comique a dû
le bon ordre , la décence extérieure , & même
l'éclat qui dans les derniers temps l'avoit
élevé au rang des Spectacles réglés . Il obtine
en 1743 , pour fix ans , le Privilége de l'Opé
ra-Comique , & commença par folliciter une
Ordonnance du Roi pour en écarter la Livrée ,
qui de tous temps étoit en polleflion du Parterre.
Il décora très proprement la Salle , n'épargna
rien pour former un bon Orqueftre ,
changea toute la face du Spectacle , & porta
dans toutes fes parties cette intelligence & ce
goût dont il a donné tant de preuves . Tour Paris
vint en foule applaudir aux nouveaux agrémens
d'un Théâtre qui s'annobliffoit de jour en jour,
C'eft dans l'Ambigu de la Folie , ( Parodie des Indes
Galantes , de M. Favart ) qu'il donna à la
Foire S. Laurent même année 1743 ) qu'on vit
éclorre les ralens de trois grands Sujets , Mlle Pu
vigné , Mlle Lany & M. Noverre ;ils danferent le
Pas-de-Trois de l'Acte des Fleurs. La Foire S.
Germain fuivante fut encore plus brillante que
la
premiere. L'Acajou de M. Favart joué d'original
par de bons Acteurs formés au goût du nouveau
Théâtre , eut un fuccès étonnant , & le fieur Monnet
y contribua beaucoup par la dépense qu'il fit
pour cette Pièce. Enfin tel fut le fuccès des deux
Foires , qu'il excita la jaloufie . On infpira à M.
Berger, alors Directeur de l'Opéra , de faire réfi
lier le bail du fieur Monnet, & celui- ci n'eut que
l'honneur d'avoir bien monté le Spectacle qui fit
96 MERCURE DE FRANCE.
ce neft jamais que faute d'efprit , & furtout
d'imagination , quon ne fçait rien
voiler , que l'on voile mal , que l'on defcend
même à ces froides équivoques ,
beaucoup plus méprifables fans doute ,
que toutes les nudités Gauloifes dont
notre délicateffe rougit.
M. Favart étoit fort jeune alors ; car ce
fut en 1734 , à la foire S. Germain , qu'il
donna fa premiere Pièce intitulée les
Deux Jumelles. Cette Pièce en enfanta
plufieurs autres , & prèfque toutes les
années , depuis cette époque , ont été
marquées par de nouvelles productions.
Le Génie de l'Opéra-Comique , & l'Enlévement
Précipité ( 2 Actes ) donné en
1735 ; le nouveau Parnaffe ( 1 Ace ) ,
la Dragonne (2 A&tes ) , l'Amour& l'Innocence
, Ballet entremêlé de Scènes dont
l'idée eft de M. de Verriere , en 1736 ;
le Vaudeville , Prologue , la Pièce fans
titre ou le Prince Nocturne ( 1 Acte ) ,
& Mariane ( 1 A&te ) , en fociété avec
pendant quelques années l'amufement le plus pi
quant de la Capitale. En 1752 , le fieur Monnet
reprit le bail de l'Opéra- Comique , qu'il a continué
jufques & compris 1757. Dans cette même
année 1752, il fit conftruire à fes frais à la Foire
S. Laurent le plus joli Théâtre , & le mieux entendu
peut-être, qu'il y ait en France.
M.
AOUST. 1763 . 97
*
M. Pannard, en 1737 ; * le Bal Bourgeois
( 1 Ade ) , en 1738 ; * Moulinet
Premier , les Réjouiffances Publiques ,
Pièce mêlée d'Intermédes , Harmonide,
Parodie de l'Opéra de Zaïde , ( 3 A&tes) ,
& les Fêtes Villageoifes , ( 2 Actes ) avec
un Prologue , en 1739 ; Pyrame &
Thifbé , Parodie de l'Opéra du même
titre , la Servante Juftifiée , la Barriere
du Parnaffe ou la Mufe Chanfon
niere , les Recrues de l'Opéra- Comique ,
les Epoux , fur un fond procuré par M.
Parmentier , & * les Jeunes Mariés ( 5
Actes ) , en 1740 : voilà vingt Pièces
qui précéderent la Chercheufe d'Esprit ,
& dont on n'a confervé que les quatre
Pièces marquées d'une étoile.
en
LA CHERCHEUSE D'ESPRIT
1741 , développa tous les talens de l'Auteur
, & lui affura le premier rang dans
ce genre de compofition . Cette Pièce
fut fuive dans la même année ( 1741 )
de la Joye , 1 A&te ; de Farinette , Parodie
de Proferpine , 1 Acte ; du Bacha
d'Alger , 1 A&te ; * des Bateliers de
Saint Cloud , I A&te ; des Valets , où
M. Valois d'Orville a eu pait , 1 Acte ;
& en 1742 , de la Fauffe Duegne ,
Sujet fourni par M. Parmentier , en 2
Actes. Ce font fix Pièces à ajouter au
E
98 MERCURE DE FRANCE
dénombrement des productions de l'Aas
teur.
Long-temps avant ces Effais de M.
Favart ( on diftinguera bien les Pièces
que nous ne comprenons point fous le
not d'Effais ) , le Théâtre Italien s'étoit
enrichi d'un nouveau genre , de LA PARODIE
* , qui , felon toutes les apparences
, en l'état où nous l'avons au
jourd'hui , ne nous vient pas directe
ment des Grecs qui l'ont inventée , ou
a bien pris le goût de notre terroir.
M. l'Abbé Sallier , qui voyoit ces
Grecs d'affez près , avoit découvert chez
eux quatre efpèces de Parodies , qu'il
réduit à deux principales , à la Parodie
fimple & narrative , & à la Parodie Dramatique
**. Nous nous fommes emparé
de ces deux - là , & il prétend que
la dernière, c'eft- à-dire la Parodie Théâ
* Ce mot , tout Grec , eft compofé de masa &
du fubftantif on chant . Or la prépoſition Para ,
qui modifie tant de mots Grecs , attache à la fois
à celui-ci une idée de reflemblance & une idée
d'oppofition .
L'invention de celle - ci eft attribuée à Hégé
mon, de Thafus , Ifle de la Mer Egée , lequel
dans la 91. Olympiade apporta une Parodie Dramarique
, au lieu d'une Comédie ordinaire , pour
Ja diftribution des prix qui fe faifoit dans les Jeux
publics.
AO UST. 1763. 99
trale , devient entre les mains de la Critique
le flambeau dont on éclaire les défauts
d'un Auteur qui avoit furpris
l'admiration *. La Motte n'étoit pas
de cet avis. A l'occafion de la Parodie
d'Inès , dont il fut beaucoup trop piqué
pour un homme qui entendoit fi
bien raillerie , il fit un Difcours fur les
Parodies , où il les repréfente comme
une Mode Françoife , fille d'un badinage
dangereux , amufement malin des
efprits fuperficiels. Fufelier lui répondit
vivement dans un Difcours ingénieux
fervant de Préface au Recueil des
Parodies de la Comédie Italienne , publié
chez Briaffonen 1738,& il ne manqua
pas de fe prevaloir de l'autorité du
Sçavant contre le Bel- Efprit qui croyoit
peut-être de bonne foi la Parodie née
Françoife.
Quoique la Motte & fes partifans en
puffent dire , on continuoit de goûter
la Parodie Dramatique , & tous les Opéra
anciens ou nouveaux toutes les
Tragédies nouvelles , payoient un tribut
aux Parodistes. M. Favart fe partagea
donc entre ce genre & l'Opéra- Comique
, & il excella dans l'un & dans
** Mémoires de l'Académie des Infcription &
Belles-Lettres , tom.z. pag. 398.
#
E ij
foo MERCURE DE FRANCE.
"
mo
l'autre. Ce font principalement ces deux
genres qui conftituent fon Théâtre , &
nous allons indiquer les Pièces dont les
huit Tomes font compofés.
IL étoit jufte de donner le pas aux
Pièces du Théâtre Italien , & elles rempliffent
quatre volumes, tant de Parodies
que d'autres Pièces Lyriques.
LES Parodies font : 1° . Hyppolite &
Aricie , Parodie de l'Opéra du même
nom , 1 Acte , 1742.
2º. Les Amans inquiets , Parodie de
Thétis & Pélée ; 1 A&te , 1751.-
3°. Les Indes Danfantes , Parodie
des Indes Galantes , font : le Turc généreux
, les Incas du Perou , & la Fête
des Fleurs , 1751 ; avec les Airs & Vaudevilles
notés .
4°. Fanfale , Parodie d'Omphale , &
les Divertiffemens , avec M. de Marcouville
, 1752.
5. Tyrcis & Doriftée, Parodie d'Acis
& Galatée , 1 Acte , 1752.
6°. Baioco & Serpilla , Parodie du
Joueur , Interméde Italien , 3 Actes ,
avec les Ariettes notées , 1753. Le fond
de cette Pièce n'appartient pas à M. Fail
eft de Dominique & Romagnefi
Des Bouffon's Italiens repréfenterent
en 1728 ou 1729 , fur le Théâtre de
l'Opéra , plufieurs Intermédes qui eu .
vart ;
AOUST. 1763.
101
,
Don
7 9
tent du fuccès & entr'autres
Mico e Lefbina , Baioco e Serpilla . Les
deux Auteurs que nous venous de nommer
parodierent ces dernieres Pièces
en faifant un mêlange de François &'
d'Italien . En 1753 , de nouveaux Bouffons
d'Italie s'inftallerent encore fur la
Scène Lyrique , & leurs fuccès ont
fait parmi nous une révolution dans
l'Art Mufical. Les Bouffons profcrits ,
il y eut un déchaînement prefque général
contre la Mufique Italienne ; mais
en s'élevant contre cette Mufique , on
l'imitoit infenfiblement , & fon génie
eft devenu à préfent le nôtre . On peut
auffi rapporter à cette époque la naiffance
des Pièces à Ariettes. M. Sodi , Muficien
Italien , faifit cette circonftance ,
pour faire de la Mufique nouvelle fur.
l'ancienne Parodie de Baioco e Serpilla ;
mais comme les Paroles ne convenoient
plus au goût actuel du Théâtre M.
Favart reprit l'Ouvrage fous oeuvre ,
& le mit dans la forme où il eft dans
ce Recueil .
?
2.
7°. Raton & Rosette ou la Vengeance
Inutile Parodie de Titon &
l'Aurore , avec les Ariettes Italiennes
& les Vaudevilles , 1 A&te , 1753 .
8°. Zéphire & Fleurette , Parodie de
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
l'Acte de Zélindor , avec MM. Pannard
& Laujon , 1754.
9°. Les Chinois , Parodie del Cinefe ,
& les Ariettes notées , 1 Acte , avec M.
Naigeon , 1756.
10°. La Noce Interrompue , Parodie
d'Alcefte , 3 A&tes , 1758.
11 °. Petrine , Parodie de Proferpine,
1 Acte , avec Divertiffement & Vaudevilles
, 1759. M. Sedaine y a fait quelques
couplets.
On n'a point compris dans ce Recueil
une Parodie de Dardanus , faite en
fociété avec M. Pannard,
LES Comédies & Pièces Lyriques , au
nombre de huit, font:
Don Quichotte chez la Ducheffe , Ballet
Comique en 3 Actes , repréfenté par
l'Académie Royale de Mufique en 1743.
La Mufique eft de M. Boifmortier. Mlle
Claironjouoit à l'Opéra dans cette Pièce.
Les Amours Champêtres , Paftorale
r A&te , 1751 .
91
0
La Coquette Trompée , Comédie Lyrique
, repréfentée à Fontainebleau fur
le Théâtre de la Cour , en 1753 , & enfuite
à Paris par l'Académie Royale de
Mufique , en 1758 , 1 A&te. La Mufique
eft de M. Dauvergne.
La Bohemienne Comédie en vers ,
mêlée d'Ariettes , & traduite de la ZinAOUST.
1763. 103
gara , Intermède Italien , 2 Actes , avec
la Mufique des Ariettes , 1755.
Le Caprice Amoureux , ou Ninette à
la Cour , Pièce en 2 Actes , mêlée d'Ariettes
, repréſentée en 1755 , en 3 A&tes ,
& réduite à 2 en 1756. Toutes les Ariettes
notées font jointes ici à la Pièce.
La Soirée des Boulevards , Ambigu
Comique mêlé de Scènes , de Chants
& de Danfes , ( Pièce très-gaie & trèsamufante
, ) 1759 .
Supplément à la Soirée des Boulevards ,
compofé de neuf Scènes , avec Divertiffement
& Vaudeville , 1759 .
Soliman Second , Comédie en 3 Actes
en vers , très- bien écrite , & dont
le fuccès a été fi foutenu , fi marqué .
Le cinquiéme Tome de ce Recueil
contient les Ouvrages de Madame Fa
vart. On fent bien qu'en la nommant ,
c'eft nommer auffi fon mari , dont il
eft aifé de reconnoître le ftyle ; mais
entre époux de bonne intelligence , les
talens & les agrémens de l'efprit doivent
entrer dans la communauté. Madame
Favart , à portée de puifer à la
fource le goût des fentimens délicats
avec l'art de les exprimer , réunit danc
le talent de la compofition à ceux de
l'action . De là les fix Piéces qui rem-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
pliffent ce Volume . Ces Piéces confiftent
1 ° . en quatre Parodies , qui font :
Les Amours de Baftien & Baftienne ,
où M. Harny a eu part . C'eſt une Parodie
du Devin de Village , fur laquelle il
fuffira d'obferver qu'aucune Piéce n'a
été jouée fi long-temps , ni fi conftamment
redemandée; en forte que les Co.
médiens fe font plutôt laffés de la redonner
fi fouvent , que les Spectateurs de la
revoir après une infinité de repréſentations
, Acte , 1753.
Les Enforcelés , ou Jeannot & Jeannette
, Pièce à laquelle ont travaillé MM.
Guerin & Harny. C'eft une espèce de
Parodie de la Surprife de l'Amours
1 Acte , 1757.
La Fille malgardée
ou le Pédans
Amoureux
, Parodie de la Provençale
,
1 A&te , 1758.
La Fortune au Village , Parodie de
l'A&e d'Eglé, 1 Acte , 1760.
2º . En deux Pièces Lyriques , chacune
d'un A&te , fçavoir :
La Fête d'Amour, ou Lucas & Colinette,
efpéce de Paftorale , précédée d'un
Prologue , & augmentée ici de la Mufique.
Annette & Lubin , Comédie en vers ,
dont le Sujet est tiré des Contes Moraux
A O UST. 1763 . 105
de M. Marmontel. Le Théâtre retentit ,
encore des applaudiffemens qu'a reçu
cette derniere Piéce , & la plupart des
Couplets , ou des petits Airs ont paffé
des plus agréables bouches dans celles
du Peuple : c'eft , je crois , tout dire.
LES 6e , 7e. & 8° . Tome. comprennent
le Théâtre de la Foire. On y trouve
trois Parodies.
Moulinet Premier , Parodie de Mahomet
Second , Tragédie du fieur de la
Noue , 1 A&te , 1739.
Théfée , nouvelle Parodie de l'Opéra
de ce nom , faite en fociété avec MM.
Laujon & Parvi , 1 A&te , 1745. On lit.
dans le Calendrier des Théâtres , ( qui
fe vend chez Duchefne , rue S. Jacques ).
fixiéme partie , année 1757 , p. 110. une
anecdote affez plaifante , arrivée à l'occafion
de cette Pièce .
L'Amour Impromptu , Parodie de
l'Acte d'Eglé des Talens Lyriques , &
Acte , 1756.
LES Opéra- Comiques , au nombre,
de 20 , font :
La Servante Juftifiée , Sujet tiré des
Contes de la Fontaine , & très- bien rendu
; en fociété avec le fieur Fagan,
1 A&te , 1740.
La Chercheufe d'Esprit , Pièce char-
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
mante , bien faite en tous points , &
felon nous le chef- d'oeuvre de ce
Théâtre , 1 A&te , 1741 .
,
Le Prix de Cythère , avec un Protogue
, en fociété avec M. le Marquis de
P. 1 Acte , 1742.
Le Coq de Village , 1 Acte , 1743 .
C'eft le ftratagême dont on prétend
qu'ufa le Syndic d'un Village , pour
fouftraire à l'événement du fort un garçon
qui tiroit à la Milice . Ce Sujet eft
ingénieufement accommodé au Théâtre ,
& l'on n'oubliera jamais le charmant
couplet des Fleurs. Mlle Beaumenard ,
parut pour la première fois dans cette .
Pièce , fous le rôle de Gogo , qui fut fait
pour elle.
Les Bateliers de Saint Cloud , 1 Acte ,
1741 & 1744 .
La Coquette fans le fçavoir , avec M.
Rouffeau de Touloufe , 1 Acte , 1750.
Acajou , 3 Actes , 1752 & 1753. Cette
Pièce , tirée du Conte d'Acajou de M.
Duclos , eft pleine d'efprit & affaifonnée
de bon fel Attique. Elle fut d'abord
jouée en profe mêlée de couplets , en
1744 , à la Foire S. Germain . Après la
défenfe faite à l'Opéra- Comique de parler
, on la redonna toute en Vaudevilles
à la Foire S. Laurent , & fur le Théâtre
de l'Opera . Acajou , dans la nouveauté,
AQUST. 1763. 107
attira un concours fi prodigieux qué , le
jour de la Clôture du Théâtre , la bar
rière qui féparoit le Parquet du Parter
re fut brifée.
Les Amours Grivois , ou l'Ecole des
'Amours Grivois , Divertiffement Flamand
en 1 Ace , 1744 , en fociété avec
MM. de la Garde & le Seurre. C'eſt dans
cette Pièce , qui eft d'une grande gaiete,
que la Dlle Darimath rendoit fi naïvement
cette Ronde : Mon p'tit coeur , vous
n' m'aimez guères , &c. Le fieur Dourdet
, & la Dlie Sauvage ( ma Mie Babichony
firent aufli beaucoup de
plaifir fous les caractères de Niais &
de Niaife.
Le Bal de Strasbourg , Divertiffement
Allemand par la même fociété
1 A&te , 1744. Cette Pièce donnée à
l'cccafion du rétabliffement de la fanté
du Roi , ne pouvoit manquer dans les
circonftances , d'être fort agréablement
reçue. Mais ce qui en fit le principal
fuccès , c'eft le Vaudeville touchant de
la Scène du Courier , dont les ppaarroles
& l'air font de M. Favart , & que
toute l'Affemblée chantoit du plus grand
zéle avec les Acteurs. Il lui valut une
députation des Dames de la Halle
avec un préfent de fleurs & de fruits.
i
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
L'Amour au Village , 1 A&e , 17451
C'eſt le fond d'un Opéra -Comique du
fieur Carolet , qui avoit pour titre, l'A
mour Payfan. M. Favart n'avoue point
cette Pièce , quoiqu'il l'ait refondue , &
qu'il y ait mis plufieurs Vaudevilles &
des Scènes nouvelles .
Cythère Affiégée, 1 Acte. Cette Pièce
fut d'abord faite en profe & couplets paz
l'Auteur , en fociété avec M. Fagan , &
repréſentée à Paris à l'ouverture de la
Foire Saint Laurent 1738. Depuis elle
fut entierement refondue par M. Favars
pour la Troupe des Comédiens de Bruxelles
, & repréſentée en 1748. Enfin elle
a été donnée à Paris fur le Théâtre de
la Foire en 1754.
Les Jeunes Maries I Acte . Cette
Pièce parut dès 1740 ;. & elle a été
reprife à toutes les époques de l'Opéra-
Comique
Les Nymphes de Diane , 1 A&te . Cet
Opéra-Comique fut joué d'abord en
vers & couplets , & même imprimé en
Flandres , en 1748. L'Auteur l'ayant
remis tout en Vaudevilles pour le Théâtre
de la Foire , il y fut repréfenté en
1755.
Le Mariage par Efcalade , 1 Acte
1756. Cette Pièce fut faite à l'occafion
A O UST. 1763. 100
de la Prife de Port- Mahon , & d'une.
Fête particuliere qui avoit été préparée
pour le retour de M. le Maréchal Duc
de Richelieu .
La Répétition Interrompue , en fociété
avec M. Pannard , 1 A&te , 1735 .
M. Favart fit une nouvelle intrigue à
cette Pièce lorfqu'elle fut remife au
Théâtre , fous le titre du Petit - Maître
malgré lui , en 1757 .
La Parodie au Parnaffe , 1 A&te ,
1759 , Satyre ingénieufe & très - fine.
M. Favart n'avoue point cette Pièce ,
telle qu'elle eft imprimée ici , quoique
le fond , le quadre , la plus grande partie
des couplets , & prèfque tous les
détails lui appartiennent. Un Anonyme
ayant eu , on ne fçait comment , une
copie de cet Opéra - Comique ; repréfenté
en 1740 fous le titre de la Barrière
du Parnaffe ou de la Mufe Chanfonniere
, & ne fçachant pas que M..
Favart en étoit l'Auteur , crut pouvoir
fe l'approprier. Il inféra la critique des
Ouvrages Dramatiques qui paroiffoient
alors, critique un peu trop vive , &
qu'affurément M. Favart , qui n'y eſt
pas ménagé lui -même au fujet de Petrine
, ne fe feroit pas permife . La Scène
de Diogene eft une Perfonnalité , &
110 MERCURE DE FRANCE.
l'on n'en trouvera dans aucune des pro
ductions de notre Auteur. On avoit
judicieufement retranché cette Scène à
la Repréſentation : elle n'auroit pas dû
reparoître ici .
Le Retour de l'Opéra - Comique , I
A&te , 1759.
Le Départ de l'Opéra- Comique ; Compliment
, 1 A&te , 1759.
La Refource des Théâtres , 1 Acte ,
1760. Il n'appartient dans cette Pièce à
M. Favart que le Vaudeville des Portraits
à la Mode , dont il a fait l'Air &
les Paroles ; mais ce Vaudeville a fait
prèfque feul tout le fuccès de la Pièce .
Le Bal Bourgeois , Pièce mêlée d'Afiettes
, en 1 Acte , représentée en 1738,
& imprimée avec quelques changemens
en 1762 .
On peut ajouter à cette Lifte cinq
Pièces qui n'ont pas été imprimées ,
fçavoir :
Les Vendanges d'Argenteuil , Opéra-
Comique , joué en 1742 ; les Vendanges
de Tempe ; l'Ile d'Anticyre , la
Folie , Médecin de l'efprit , & l' Aftrologue
de Village , repréfentés en 1744.
Et que nous pourrions encore la groffir
de beaucoup d'autres productions !
telles que la Cour de Marbre , Diver
AO UST. 1763 .
117
tiffement en 1 A &te , fait pour les Petits
Appartemens , en fociété avec M. de la
Garde ; les Nouveaux Intermédes , &
les Divertiffemens de l'Inconnu , exécutés
à Fontainebleau ; un Prologue fur
les Victoires du Roi , & les Comédiens en
Flandres , Comédie en 3 Actes & c. &c.
M. Favart a certainement fait plus de
150 Drames, donnés tant fous fon nom ,
que fous des noms étrangers. Il a encore
tenté heureufement d'autres genres
, & fes effais dans la Poëfie Héroïque
lui ont fait remporter des prix aux Jeux
Floraux en 1734. Un de ces Poëmes , a
pour titre , la France délivrée par la
Pucelle d'Orléans ; il le fit à l'âge au
plus de vingt ans.
Fermer
69
p. 211-212
« Mademoiselle Desmoulins, par Brévet & Privilége confirmé par deux Arrêts du Parlement [...] »
Début :
Mademoiselle Desmoulins, par Brévet & Privilége confirmé par deux Arrêts du Parlement [...]
Mots clefs :
Suc de réglisse, Pâte de guimauve, Secret, Arrêts, Privilèges, Succès, Propriétés, Usage, Fortifiant, Soins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Mademoiselle Desmoulins, par Brévet & Privilége confirmé par deux Arrêts du Parlement [...] »
Mademoiſelle DesMoULINs, par Brévet & Pri
vilége confirmé par deux Arrêts du Parlement du
17 Mai & du 4 Septembre r747, depuis plus de ,
ſoixante ans, compoſe & diſtribue le véritable Suc
de Régliſſe & Pâte de Guimauve ſans ſucre ; Se
cret qu'elle ſeule tient par feue Mde ſa Mère, de
Mlle Guy, Angloiſe, fille unique décédée a Paris
en 1714, ayant ſurvêcu plus de vingt ans à M. ſ n
Père, qui avoit inventé ledit Secret, étant premier
Médecin de Charles II. Roi d'Angleterre. Cir
conſtance qui prouve évidemment que Mlle Cyra
no, demeurant rue S. Honoré, & qui contrefait
leſdits Suc & Pâte, en impoſe au Public, quand
elle dit être fille de feu M. Guy,après la mort du
quel Mlle ſa Fille eſt venue a Paris faire valoir ſon
Secret. Ladite Dlle Cyrano a tout-au-plus quaran
te ans. Pourquoi, dans les Arrêts que la Demoi
ſelle Desmoulins a obtenus contre elle, a-t-elle
changé ce nom de Guy en celui de Cyrano ? C'eſt
qu'étant mariée à Paris, il étoit facile de trou
-...2->>º
2 12 MERCURE DE FRANCE.
- i
# !
| | .
,
,
ver ſon acte de mariage qui prouve le contraire
· Malgré les détours dont a uſé la Demoiſelle Cyra
no, Mlle Desmoulins continue avec ſuccès d'en
débiter à Paris, a la Cour de France, & dans tou
tes les Cours de l'Europe, de l'aveu & approbation
de MM. les Prenmiers Médecins du Roi & de la Fa
culté de Paris , leſquels s'en ſervent eux-mêmes,
& l'ordonnent à leurs malades.
Pivpriitis & uſages dudit Sue & Pâte.
Il guérit le Rhûme, fortifie la Poitrine, dégage
la Parole enrouée, & arrête le Crachement de ang
Les Pulmoniques & Aſthmatiques,& les Perſonnes
ſujettes à la Pituite s'en trouvent fort ſoulagées. Il
eſt fort utile à ceux qui ont la Poitrine & la Gorge
ſéche. On peut en uſer en tout temps, le jour &
la nuit, devant & après le repas. On peut les
tranſporter par-tout, & les garder long-temps,
ſans qu'ils ſe gâtent jamais , ni qu'ils per
dent rien de leur qualité. Comme d'autres Per
ſonnes ſe font vantées d'avoir acheté ſon Se
cret, Mlle Desmoulins certifie ne l'avoir vendu
ni donné à perſonne. Sa Marchandiſe ne ſe
débite point ailleurs que chez elle, où l'on trou
vera les Arrêts du Parlement publiés & affichés en
1747, aux dépens de Mlle Cyrano, par leſquels il
lui eſt défendu d'ajouter le nom de Guy à ſon
nom propre. Le prix dudit Suc & Pâte eſt de huit
livres la livre. . -
Mademoiſelle DEsMoULINs demeure rue du
Cimetiere S. André-des-Arts, la première porte
quarrée à droite en ſortant du Cloître, chez Mlle
CHARME ToN , au ſecond.
vilége confirmé par deux Arrêts du Parlement du
17 Mai & du 4 Septembre r747, depuis plus de ,
ſoixante ans, compoſe & diſtribue le véritable Suc
de Régliſſe & Pâte de Guimauve ſans ſucre ; Se
cret qu'elle ſeule tient par feue Mde ſa Mère, de
Mlle Guy, Angloiſe, fille unique décédée a Paris
en 1714, ayant ſurvêcu plus de vingt ans à M. ſ n
Père, qui avoit inventé ledit Secret, étant premier
Médecin de Charles II. Roi d'Angleterre. Cir
conſtance qui prouve évidemment que Mlle Cyra
no, demeurant rue S. Honoré, & qui contrefait
leſdits Suc & Pâte, en impoſe au Public, quand
elle dit être fille de feu M. Guy,après la mort du
quel Mlle ſa Fille eſt venue a Paris faire valoir ſon
Secret. Ladite Dlle Cyrano a tout-au-plus quaran
te ans. Pourquoi, dans les Arrêts que la Demoi
ſelle Desmoulins a obtenus contre elle, a-t-elle
changé ce nom de Guy en celui de Cyrano ? C'eſt
qu'étant mariée à Paris, il étoit facile de trou
-...2->>º
2 12 MERCURE DE FRANCE.
- i
# !
| | .
,
,
ver ſon acte de mariage qui prouve le contraire
· Malgré les détours dont a uſé la Demoiſelle Cyra
no, Mlle Desmoulins continue avec ſuccès d'en
débiter à Paris, a la Cour de France, & dans tou
tes les Cours de l'Europe, de l'aveu & approbation
de MM. les Prenmiers Médecins du Roi & de la Fa
culté de Paris , leſquels s'en ſervent eux-mêmes,
& l'ordonnent à leurs malades.
Pivpriitis & uſages dudit Sue & Pâte.
Il guérit le Rhûme, fortifie la Poitrine, dégage
la Parole enrouée, & arrête le Crachement de ang
Les Pulmoniques & Aſthmatiques,& les Perſonnes
ſujettes à la Pituite s'en trouvent fort ſoulagées. Il
eſt fort utile à ceux qui ont la Poitrine & la Gorge
ſéche. On peut en uſer en tout temps, le jour &
la nuit, devant & après le repas. On peut les
tranſporter par-tout, & les garder long-temps,
ſans qu'ils ſe gâtent jamais , ni qu'ils per
dent rien de leur qualité. Comme d'autres Per
ſonnes ſe font vantées d'avoir acheté ſon Se
cret, Mlle Desmoulins certifie ne l'avoir vendu
ni donné à perſonne. Sa Marchandiſe ne ſe
débite point ailleurs que chez elle, où l'on trou
vera les Arrêts du Parlement publiés & affichés en
1747, aux dépens de Mlle Cyrano, par leſquels il
lui eſt défendu d'ajouter le nom de Guy à ſon
nom propre. Le prix dudit Suc & Pâte eſt de huit
livres la livre. . -
Mademoiſelle DEsMoULINs demeure rue du
Cimetiere S. André-des-Arts, la première porte
quarrée à droite en ſortant du Cloître, chez Mlle
CHARME ToN , au ſecond.
Fermer
Résumé : « Mademoiselle Desmoulins, par Brévet & Privilége confirmé par deux Arrêts du Parlement [...] »
Le document relate une controverse entre Mademoiselle Desmoulins et Mademoiselle Cyrano au sujet de la fabrication et de la distribution de suc de réglisse et de pâte de guimauve sans sucre. Mademoiselle Desmoulins affirme posséder un secret de fabrication transmis par sa mère, héritière de M. Guy, médecin de Charles II d'Angleterre. Elle est soutenue par des arrêts du Parlement de 1747, qui interdisent à Mademoiselle Cyrano d'utiliser le nom de Guy. Cette dernière est accusée de contrefaire les produits et de tromperie en se prétendant fille de M. Guy. Mademoiselle Desmoulins continue de vendre ses produits à Paris, à la cour de France et dans diverses cours européennes, avec l'approbation des premiers médecins du roi et de la Faculté de Paris. Ses produits sont recommandés pour soigner le rhume, fortifier la poitrine, dégager la parole enrouée et soulager les pulmoniques et les asthmatiques. Ils peuvent être utilisés à tout moment et se conservent bien. Mademoiselle Desmoulins vend ses produits au prix de huit livres la livre et réside rue du Cimetière Saint-André-des-Arts, chez Mademoiselle Charme Ton. Elle certifie n'avoir jamais vendu ni donné son secret à quiconque.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
70
p. 210-211
« Le sieur Roussel donne avis au Public qu'il a trouvé un Reméde efficace [...] »
Début :
Le sieur Roussel donne avis au Public qu'il a trouvé un Reméde efficace [...]
Mots clefs :
Remède, Topique, Pieds, Maux, Amputation, Vertus, Pansement, Guérison, Succès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le sieur Roussel donne avis au Public qu'il a trouvé un Reméde efficace [...] »
LE fieur ROUSSEL donne avis au Public quila
trouvé un Reméde efficace pour les cors des
pieds. Juſqu'ici ces maux avoient paru ne pas
devoir mériter une attention particulière , &
Pon s'eſt contenté de chercher dans les ſecrets
douteux de quelques Empyriques un foulagement
, trop ſouvent inutilement attendu. Il ſuf
fifoit , en diminuant leur volume par l'amputation
d'en rendre les douleurs un peu plus fup
portables. Beaucoup de perſonnes , ou riſquoient
les inconvéniens dangereux qui réſultent tous les
jours de pareilles opérations , ou aimolent mieux
fouffrir les maux que cauſent les Cors , plutôt que
* Les actes qui la conſtituentfont des 13 Octobre
1763 & 6 Avril 1764.
AOUST. 1764. 211
d'endurer la compreſſion ou l'introduction d'aucun
corps étranger. Aujourd'hui l'expérience a fait
trouver un Topique auſſi sûr contre ce mal , qu'il
eſt aiſé à employer. Un morceau de toile noire ,
ou de foie , enduit du médicament dont il s'agit a,
la vertu d'ôter très-promptement la douleur des
Cors , de les amollir , & de les faire mourir par
fucceſſion de temps . On en forme une Emplâtre
un peu plus large que le mal , que l'on enveloppe
d'une bandelette. Au boutde huit jours on peut
lever cepremier appareil , & remettre une autre
Emplâtre pour autant de temps. Ce Reméde eft
auffi efficace pour les Verrues ou Poireaux , ayant
foin d'en relever l'Emplâtre , d'en fubſtituer une
autre à la place , tous les deux jours , pendant
l'eſpace de huit ou dix jours.
Un grand nombre de perſonnes ont été par
faitement guéries par l'ufage de ce Topique ; en
tr'autres
,
M. de la Place Auteur du Mercure , rue
Fromenteau.
-M. Baret , Maître de Langues de la Cour de
Munich , actuellement à Paris , rue S. Etienne
des Grès , près le Collège de Lyſieux .
M. David , Marchand Mercier & Négociant ,
rueBeaurepaire.
M. & Madame Thibault , Maître Plombier ,
rue S. Sauveur.
Madame de Mongeville , Maréchale de
rue Camp Couture Ste Catherine. 1
Mademoiſelle
vis le Maréchal.
Tumerie , rue de Limoge , vis-à-
La demeure du Sieur ROUSSEL eft rue Jeande-
l'Epine près la Grève , chez M. Dumon au S.
Efprit.
trouvé un Reméde efficace pour les cors des
pieds. Juſqu'ici ces maux avoient paru ne pas
devoir mériter une attention particulière , &
Pon s'eſt contenté de chercher dans les ſecrets
douteux de quelques Empyriques un foulagement
, trop ſouvent inutilement attendu. Il ſuf
fifoit , en diminuant leur volume par l'amputation
d'en rendre les douleurs un peu plus fup
portables. Beaucoup de perſonnes , ou riſquoient
les inconvéniens dangereux qui réſultent tous les
jours de pareilles opérations , ou aimolent mieux
fouffrir les maux que cauſent les Cors , plutôt que
* Les actes qui la conſtituentfont des 13 Octobre
1763 & 6 Avril 1764.
AOUST. 1764. 211
d'endurer la compreſſion ou l'introduction d'aucun
corps étranger. Aujourd'hui l'expérience a fait
trouver un Topique auſſi sûr contre ce mal , qu'il
eſt aiſé à employer. Un morceau de toile noire ,
ou de foie , enduit du médicament dont il s'agit a,
la vertu d'ôter très-promptement la douleur des
Cors , de les amollir , & de les faire mourir par
fucceſſion de temps . On en forme une Emplâtre
un peu plus large que le mal , que l'on enveloppe
d'une bandelette. Au boutde huit jours on peut
lever cepremier appareil , & remettre une autre
Emplâtre pour autant de temps. Ce Reméde eft
auffi efficace pour les Verrues ou Poireaux , ayant
foin d'en relever l'Emplâtre , d'en fubſtituer une
autre à la place , tous les deux jours , pendant
l'eſpace de huit ou dix jours.
Un grand nombre de perſonnes ont été par
faitement guéries par l'ufage de ce Topique ; en
tr'autres
,
M. de la Place Auteur du Mercure , rue
Fromenteau.
-M. Baret , Maître de Langues de la Cour de
Munich , actuellement à Paris , rue S. Etienne
des Grès , près le Collège de Lyſieux .
M. David , Marchand Mercier & Négociant ,
rueBeaurepaire.
M. & Madame Thibault , Maître Plombier ,
rue S. Sauveur.
Madame de Mongeville , Maréchale de
rue Camp Couture Ste Catherine. 1
Mademoiſelle
vis le Maréchal.
Tumerie , rue de Limoge , vis-à-
La demeure du Sieur ROUSSEL eft rue Jeande-
l'Epine près la Grève , chez M. Dumon au S.
Efprit.
Fermer
Résumé : « Le sieur Roussel donne avis au Public qu'il a trouvé un Reméde efficace [...] »
Le document présente la découverte d'un remède efficace contre les cors des pieds par le Sieur ROUSSEL. Jusqu'alors, ces affections étaient souvent négligées ou traitées par des méthodes inefficaces, comme l'amputation. Le nouveau traitement consiste en un emplâtre fabriqué à partir d'un morceau de toile noire ou de foie, enduit d'un médicament spécifique. Cet emplâtre doit être appliqué sur le cor, enveloppé d'une bandelette, et changé tous les huit jours. Le remède est également efficace contre les verrues, nécessitant un changement de l'emplâtre tous les deux jours pendant huit à dix jours. Plusieurs personnes ont été guéries grâce à ce traitement, notamment M. de la Place, M. Baret, M. David, M. et Madame Thibault, Madame de Mongeville et Mademoiselle Tumerie. Le Sieur ROUSSEL réside rue Jean-de-l'Épine près la Grève, chez M. Dumon au Saint-Esprit.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
71
p. 92-101
OEUVRES de Théâtre de M. GUYOT DE MERVILLE. A Paris, chez la veuve DUCHESNE, rue Saint Jacques, au temple du goût ; 1766 : avec approbation & privilége du Roi : 3 vol. in-12.
Début :
C'EST ici la première édition complette du théâtre de M. Guyot de Merville. [...]
Mots clefs :
Comédie, Voltaire, Auteur, Théâtre, Genève, Succès, Comédiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OEUVRES de Théâtre de M. GUYOT DE MERVILLE. A Paris, chez la veuve DUCHESNE, rue Saint Jacques, au temple du goût ; 1766 : avec approbation & privilége du Roi : 3 vol. in-12.
OEUVRES de Théâtre de M. GUYOT DE
MERVILLE. A Paris , chez la veuve
DUCHESNE , rue Saint Jacques ,
temple du goût ; 1766 : avec approbation
& privilége du Roi : 3 vol. in- 12 .
C'EST ici la première édition complette
du théâtre de M. Guyot de Merville.
Il ne manque à ce recueil que trois tragédies
, qui n'ont été ni repréſentées ni
imprimées , & qui en effet ne méritoient
point de l'être. On les a trouvées dans
les papiers de l'Auteur après fa mort ,
ainfi que quelques poéfies fugitives que
l'ou n'a pas cru devoir inférer dans la
collection de fon théâtre ; elles ne répondent
ni à fa réputation , ni au mérite
de fes autres ouvrages . Ces trois tragédies
font Achille à Troyes , Manlius Torquatus
, & Sallufte. L'Auteur les compofa
dans fa jeuneffe ; & le refus qu'elles ef
fuyèrent de la part des Comédiens , fut
la première fource des querelles qu'il eut
avec plufieurs Acteurs de la Comédie
Françoife. Ces querelles , toujours trèsFEVRIER
1766: 93
vives de fa part , le dégoûtèrent enfin du
théâtre , & peut-être même de fa patrie ,
qu'il quitta pour fe livrer à fon goût pour
les voyages
.
Michel Guyot de Merville étoit né à
Verfailles , le premier de Février de l'année
1696. Il donna fa première comédie
les Mafcarades amoureufes , au théâtre
Italien , le 4 Août 1736 ; & elle y fut
reçue avec applaudiffement. C'eft la première
pièce dans le goût de Molière , qui
ait paru fur ce théâtre. Elle eft bien conduite
; l'intrigue nous en paroît fimple
& ingénieufe , les caractères vrais & foutenus
, les fentimens bien placés , & fur
le ton de la bonne comédie. :
L'Editeur n'a point trouvé dans les
manufcrits de M. de Merville , une pièce
jouée fous fon nom à la Comédie Italienne
, le 3 Décembre de la même année
en voici le fujet. Elle eft intitulée
les Amans affortis fans le favoir. Deux
amis , dont l'un a un fils & l'autre, une
fille , ont formé la réfolution de marier
enfemble ces jeunes gens , lorfqu'ils au
ront atteint l'âge convenable. Différens
accidens font que ces enfans fe trouvent
perdus. Le hafard les réunit dans le même
lieu ils deviennent amoureux l'un de
l'autre ; & enfin ils font reconnus de leurs
94 MERCURE DE FRANCE .
parens , qui accompliffent le mariage projetté.
Cette pièce n'eut point de fuccès ;
'Auteur la retira à la feconde repréfentation
, & ne la fit point imprimer.
L'année fuivante , 9 Février , il donna
fur le même théâtre les Impromptus de
l'Amour , dont le fuccès le confola de
la chûte des Amans affortis ; & à la
Comédie Françoife , le io Octobre , la
comédie héroïque d'Achille à Scyros , où
les connoiffeurs trouvèrent beaucoup d'ef
prit , des fituations bien imaginées , du
jeu de théâtre , un tragique intéreſſant
joint à un comique décent , & en général
, une affez belle verfification. L'Auteur
rend compte , dans fa préface , de
la nature de ce poëme , qui tient un milieu
entre la tragédie & la comédie , c'eſtà-
dire , qui eft dans le genre tragi- comique.
Le Confentementforce , pièce jouée pour
la première fois , par les Comédiens François
, le 13 Août 1738 , eft , à próprement
parler , le triomphe de M. de Merville.
Cette petite comédie , qui eft reſtée
eut dans fa nouveauté le fuccès le plus
Alatteur.
Elle fut fuivie la même année , 3 I
Octobre, fur le même théâtre , des Epoux
réunis comédie en cinq actes , On y
FEVRIER 1766. 95
trouva , dans le temps , une gradation
d'intérêt bien ménagée , d'où naît le plaifir
de la furprife , qui ne fauroit être étouffé ,
parce que le dénouement a été prévu
d'une manière incertaine & vague. Cette
pièce n'eut cependant pas un grand fuccès
dans fa nouveauté , parce qu'elle fut
donnée pendant le voyage de Fontainebleau
, temps auquel les bons Acteurs
jouent rarement à Paris. Heureuſement
la preffe redreffa les torts du parterre , autant
que les préjugés femés dans le Public
peuvent être réformés.
L'Auteur travailloit indiftinctement
pour les François ou pour les Italiens. II
fit jouer par ces derniers , le 11 Juin 1742 ,
la comédie du Dédit inutile ou les
Vieillards intérelés. Il eft vrai qu'elle
fut refufée au théâtre François ; & c'eſt
encore une des caufes de cette haine
éternelle de M. de Merville contre les
Acteurs principaux de ce fpectacle , auxquels
il n'offrit plus aucune de fes pièces .
11 fe dévoua uniquement à la Comédie
Italienne , & fit paroître deux mois après ,
le 2 Août , les Dieux traveftis , ou l'exil
d'Apollon, Cette petite pièce , en un acte ,
envers , précédée d'un prologue , fut trèsapplaudie
, & n'a cependant été imprimée
pour la première fois , que dans cette
édition.
96 MERCURE DE FRANCE.
Quoique la comédie intitulée , le Roman
, ne paroiffe ici que fous le nom de
M. Guyot de Merville , il eft conſtant
néanmoins que M. Procope y a eu beaucoup
de part. Ce dernier l'avoit composée
en profe il la communiqua à M. de
Merville , qui y fit des changemens dans
l'intrigue & dans l'arrangement des fcènes.
Elle fut repréfentée le 22 Mai 1743 , &
reçue avec affez d'applaudiffement , quoiqu'on
en défapprouvât le dénouement.
L'Apparence trompeufe , donnée l'année
fuivante , le 2 Mars , eft , fans contredit ,
la meilleure pièce que M. de Merville
ait donnée à la Comédie Italienne . Quelques-
uns la préfèrent au Confentement
forcé, fi accueilli au théâtre François . Rien
n'eft plus naturel & plus heureux que
cette petite comédie en un acte. Le dialogue
eft par-tout vif & agréable , &
lé plan bien trace & bien rempli . On en
a condamné le dénouement , qui s'annonce
dé lui- même.
Le 20 Août de la même année , l'Auteur
fitjouer avec fuccès les Talens déplacés,
qui le brouillèrent avec les Italiens . Depuis
cette époque aucune de fes pièces n'a
été repréſentée , ni même imprimée . On
les trouve pour la première fois dans cette
édition ; & nous croyons qu'elles pourroient
FEVRIER 1766. 97
roient être bien reçues du Public , fi les
Comédiens entreprenoient de les mettre
au théâtre. Elles font intitulées , le Jugement
téméraire , les Tracafferies ou le
Mariage fuppofé , le Triomphe de l'Amour
& du Hazard , la Coquette punie. Nous
n'en portons aucun jugement , pour ne
point prévenir celui du parterre , s'il arrive
qu'elles foient repréfentées .
On a joint aux ouvrages de théâtre
de M. Guyot de Merville , quelques pièces
fugitives , qui font l'élite de celles qu'il
a laiffées en mourant , & qui euffent ai
fément formé un volume. On a cru ne
devoir faire ufage que de ce qu'il auroit
publié lui-même , s'il n'eût confulté que
fa réputation . On lui attribue une comédie
jouée au théâtre François en 1739 , fous
le titre du Médecin de l'efprit , & qui
ne fut repréfentée qu'une fois. On le dit
auffi auteur de l'Hiftoire, littéraire de l'Europe
, publiée en 1726 , & d'un Voyage
d'Italie , en deux volumes .
Après avoir parlé des ouvrages qui ont
mérité à M. de Merville une place diftinguée
dans l'hiftoire de notre théâtre , nous
croyons ne pouvoir mieux faire connoître
fon caractère , qu'en terminant cette analyfe
par une lettre d'un Gentilhomme
Suiffe de fes amis , avec qui M. de Mer-
E
98 MERCURE DE FRANCE.
ville a paffé les dernières années de fa vie ;
elle eft écrite d'un ftyle fi intéreffant , que
nous ne nous permettons pas d'y faire de
changement.
93
« M. de Merville , dit l'Auteur de
» cette lettre , vint en Suiffe vers l'an
" 1750 ou 1751 ; le hafard me procura
» fa connoiffance : il me fit une vifite ici
» dans ma campagne : il y revint enfuite
plufieurs fois paffer quelques jours &
quelques femaines. Nos liaifons fe for-
» mèrent infenfiblement. Son efprit , fes
" talens , fon caractère , fes malheurs m'af-
» fectèrent. Je m'apperçus qu'il avoit dans
» l'âme de cuifans chagrins qui l'oceupoient
beaucoup, quoiqu'il en parlât affez
» peu. Sa femme , & une fille qu'il ai-
» moit très-tendrement , en étoient les
ود
"
principaux objets . Il en avoit fait le
» fujet d'une de fes comédies , qu'il ne
» lifoit jamais fans répandre des larmes :
» c'eft , fi je me le rappelle bien , le Confentement
forcé. Sa fortune , fans doute
» dérangée , y contribuoit ; l'interruption
" des fonctions des Cours de juftice de
Paris , lors des derniers troubles , met-
粉
33
" toit obftacle à la perception de fes petites
rentes. Les Comédiens l'avoient
» traversé
pour la repréſentation de plufieurs
pièces de théâtre , & par-là lui
FEVRIER 1766. 99
ور
ور
و د
و د
» avoient êté , fes reffources. Une gou-
» vernante infidelle avoit abufé de fa
» confiance ; & ces revers réunis formoient
» un tout qui ne le mettoit point dans
» une affiette tranquille. Agité & inquiet
» à la fuite de tant de traverſes , il chercha
» à faire diverfion à fon ennui . Il alla
» à Francfort, en Hollande , en Provence ,
» à Lyon ; revint enfin à Genève dans
» le deffein de s'y fixer , & m'écrivit de
» tous ces différens lieux. Il fut , à fon
paffage à Lyon , que M. de Voltaire ,
» qui y étoit en même temps , vencit
» auffi s'établir à Genève. Il s'étoit brouillé
» avec lui au fujet d'une pièce que Rouffeau
» & l'Abbé des Fontaines lui avoient fuggérée
. Il craignit que M. de Voltaire
» n'en eût confervé du reffentiment , &
» que leur commun féjour dans cette
» Ville ne donnât lieu à quelques défagrémens.
Il fe détermina donc à faire
»les avances de la réconciliation , & lui
» envoya dans cette vue , avant fon dé-
» part de Lyon , des vers que le porteur
» ne put lui remettre , parce qu'il le trouva
parti . M. de Merville les lui adreffa
» à Genève : mais cette démarche fut fans
» effet ; & quoique M. de Voltaire ne
» lui eût point répondu , il ne laiffa
deux ou trois jours après fon arrivée
"9
و د
و د
و د
ود
"
pas ,
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
ور
ور
20
"
ود
"
و د
و ر
*
» à Genève , de lui faire une vifite . Il
» en fut reçu poliment , mais froidement .
» De là il vint paffer huit ou dix jours
» chez moi . Quand il fut de retour à
Genève , il mit ordre à fes affaires , fit
» le bilan de fes dettes & de fes meubles :
» l'un compenfoit & acquittoit l'autre . Il
» mit ce bilan fur fa table , fortit de la
», maifon qu'il habitoit , le vendredi 23
» Mai 1755 , n'emporta avec lui qu'une
mauvaiſe capotte , laiffa fes habits , fon
épée & tous les effets pour le paiement
de fes créanciers , écrivit plufieurs let-
» tres ; une , entre autres , à un Magiftrat
» pour l'exécution de fes volontés ; &
il fortit en difant qu'on ne l'attendît
» pas pour le lendemain . Quelques jours
», s'écoulèrent fans qu'il reparût. Son hôte
» en fut furpris. Il m'écrivit pour favoir
» s'il ne feroit pas revenu chez moi. Vers
» ce même temps on trouva un homme
» mort au bord du lac de Genève fur
,, les terres de Savoie . La réunion de ces
» circonftanees fit dire que c'étoit lui ;
» voilà l'origine du bruit qui fe répandit
» que M. de Merville s'étoit noyé . Sur
» ces entrefaites je reçus fa lettre d'adieu .
» Je m'informai de fon fort fans en rien
apprendre de pofitif. Les uns l'ont dit
mort ; d'autres ont affuré qu'il s'étoit
39
و ر
و و
30
»
FEVRIER 1766. ΙΟΙ
» retiré dans un couvent au pays de Gex
» à deux ou trois lieues de Genève. J'ai
ور
ور
appris depuis qu'il étoit mort , & qu'on
» le favoit par M. le Réfident de France ,
» avec qui il avoit été en relation. On a
» vendu fes effets , comme il l'avoit or-
» donné ; & par ce moyen fes dettes ont
» été acquittées. Vous voyez dans toute
fa conduite la candeur , la droiture &
» la probité d'un honnête homme , digne
» affùrément d'être regretté ; & en mon
particulier , j'ai pris une part bien fincère
à fes infortunes. Il avoit fait une
critique des oeuvres de M. de Voltaire ,
» que j'ai parcourue ; un autre ouvrage
qu'il appelloit l'Esprit d'Horace , & un
» troisième intitulé les Veillées de Vénus » .
MERVILLE. A Paris , chez la veuve
DUCHESNE , rue Saint Jacques ,
temple du goût ; 1766 : avec approbation
& privilége du Roi : 3 vol. in- 12 .
C'EST ici la première édition complette
du théâtre de M. Guyot de Merville.
Il ne manque à ce recueil que trois tragédies
, qui n'ont été ni repréſentées ni
imprimées , & qui en effet ne méritoient
point de l'être. On les a trouvées dans
les papiers de l'Auteur après fa mort ,
ainfi que quelques poéfies fugitives que
l'ou n'a pas cru devoir inférer dans la
collection de fon théâtre ; elles ne répondent
ni à fa réputation , ni au mérite
de fes autres ouvrages . Ces trois tragédies
font Achille à Troyes , Manlius Torquatus
, & Sallufte. L'Auteur les compofa
dans fa jeuneffe ; & le refus qu'elles ef
fuyèrent de la part des Comédiens , fut
la première fource des querelles qu'il eut
avec plufieurs Acteurs de la Comédie
Françoife. Ces querelles , toujours trèsFEVRIER
1766: 93
vives de fa part , le dégoûtèrent enfin du
théâtre , & peut-être même de fa patrie ,
qu'il quitta pour fe livrer à fon goût pour
les voyages
.
Michel Guyot de Merville étoit né à
Verfailles , le premier de Février de l'année
1696. Il donna fa première comédie
les Mafcarades amoureufes , au théâtre
Italien , le 4 Août 1736 ; & elle y fut
reçue avec applaudiffement. C'eft la première
pièce dans le goût de Molière , qui
ait paru fur ce théâtre. Elle eft bien conduite
; l'intrigue nous en paroît fimple
& ingénieufe , les caractères vrais & foutenus
, les fentimens bien placés , & fur
le ton de la bonne comédie. :
L'Editeur n'a point trouvé dans les
manufcrits de M. de Merville , une pièce
jouée fous fon nom à la Comédie Italienne
, le 3 Décembre de la même année
en voici le fujet. Elle eft intitulée
les Amans affortis fans le favoir. Deux
amis , dont l'un a un fils & l'autre, une
fille , ont formé la réfolution de marier
enfemble ces jeunes gens , lorfqu'ils au
ront atteint l'âge convenable. Différens
accidens font que ces enfans fe trouvent
perdus. Le hafard les réunit dans le même
lieu ils deviennent amoureux l'un de
l'autre ; & enfin ils font reconnus de leurs
94 MERCURE DE FRANCE .
parens , qui accompliffent le mariage projetté.
Cette pièce n'eut point de fuccès ;
'Auteur la retira à la feconde repréfentation
, & ne la fit point imprimer.
L'année fuivante , 9 Février , il donna
fur le même théâtre les Impromptus de
l'Amour , dont le fuccès le confola de
la chûte des Amans affortis ; & à la
Comédie Françoife , le io Octobre , la
comédie héroïque d'Achille à Scyros , où
les connoiffeurs trouvèrent beaucoup d'ef
prit , des fituations bien imaginées , du
jeu de théâtre , un tragique intéreſſant
joint à un comique décent , & en général
, une affez belle verfification. L'Auteur
rend compte , dans fa préface , de
la nature de ce poëme , qui tient un milieu
entre la tragédie & la comédie , c'eſtà-
dire , qui eft dans le genre tragi- comique.
Le Confentementforce , pièce jouée pour
la première fois , par les Comédiens François
, le 13 Août 1738 , eft , à próprement
parler , le triomphe de M. de Merville.
Cette petite comédie , qui eft reſtée
eut dans fa nouveauté le fuccès le plus
Alatteur.
Elle fut fuivie la même année , 3 I
Octobre, fur le même théâtre , des Epoux
réunis comédie en cinq actes , On y
FEVRIER 1766. 95
trouva , dans le temps , une gradation
d'intérêt bien ménagée , d'où naît le plaifir
de la furprife , qui ne fauroit être étouffé ,
parce que le dénouement a été prévu
d'une manière incertaine & vague. Cette
pièce n'eut cependant pas un grand fuccès
dans fa nouveauté , parce qu'elle fut
donnée pendant le voyage de Fontainebleau
, temps auquel les bons Acteurs
jouent rarement à Paris. Heureuſement
la preffe redreffa les torts du parterre , autant
que les préjugés femés dans le Public
peuvent être réformés.
L'Auteur travailloit indiftinctement
pour les François ou pour les Italiens. II
fit jouer par ces derniers , le 11 Juin 1742 ,
la comédie du Dédit inutile ou les
Vieillards intérelés. Il eft vrai qu'elle
fut refufée au théâtre François ; & c'eſt
encore une des caufes de cette haine
éternelle de M. de Merville contre les
Acteurs principaux de ce fpectacle , auxquels
il n'offrit plus aucune de fes pièces .
11 fe dévoua uniquement à la Comédie
Italienne , & fit paroître deux mois après ,
le 2 Août , les Dieux traveftis , ou l'exil
d'Apollon, Cette petite pièce , en un acte ,
envers , précédée d'un prologue , fut trèsapplaudie
, & n'a cependant été imprimée
pour la première fois , que dans cette
édition.
96 MERCURE DE FRANCE.
Quoique la comédie intitulée , le Roman
, ne paroiffe ici que fous le nom de
M. Guyot de Merville , il eft conſtant
néanmoins que M. Procope y a eu beaucoup
de part. Ce dernier l'avoit composée
en profe il la communiqua à M. de
Merville , qui y fit des changemens dans
l'intrigue & dans l'arrangement des fcènes.
Elle fut repréfentée le 22 Mai 1743 , &
reçue avec affez d'applaudiffement , quoiqu'on
en défapprouvât le dénouement.
L'Apparence trompeufe , donnée l'année
fuivante , le 2 Mars , eft , fans contredit ,
la meilleure pièce que M. de Merville
ait donnée à la Comédie Italienne . Quelques-
uns la préfèrent au Confentement
forcé, fi accueilli au théâtre François . Rien
n'eft plus naturel & plus heureux que
cette petite comédie en un acte. Le dialogue
eft par-tout vif & agréable , &
lé plan bien trace & bien rempli . On en
a condamné le dénouement , qui s'annonce
dé lui- même.
Le 20 Août de la même année , l'Auteur
fitjouer avec fuccès les Talens déplacés,
qui le brouillèrent avec les Italiens . Depuis
cette époque aucune de fes pièces n'a
été repréſentée , ni même imprimée . On
les trouve pour la première fois dans cette
édition ; & nous croyons qu'elles pourroient
FEVRIER 1766. 97
roient être bien reçues du Public , fi les
Comédiens entreprenoient de les mettre
au théâtre. Elles font intitulées , le Jugement
téméraire , les Tracafferies ou le
Mariage fuppofé , le Triomphe de l'Amour
& du Hazard , la Coquette punie. Nous
n'en portons aucun jugement , pour ne
point prévenir celui du parterre , s'il arrive
qu'elles foient repréfentées .
On a joint aux ouvrages de théâtre
de M. Guyot de Merville , quelques pièces
fugitives , qui font l'élite de celles qu'il
a laiffées en mourant , & qui euffent ai
fément formé un volume. On a cru ne
devoir faire ufage que de ce qu'il auroit
publié lui-même , s'il n'eût confulté que
fa réputation . On lui attribue une comédie
jouée au théâtre François en 1739 , fous
le titre du Médecin de l'efprit , & qui
ne fut repréfentée qu'une fois. On le dit
auffi auteur de l'Hiftoire, littéraire de l'Europe
, publiée en 1726 , & d'un Voyage
d'Italie , en deux volumes .
Après avoir parlé des ouvrages qui ont
mérité à M. de Merville une place diftinguée
dans l'hiftoire de notre théâtre , nous
croyons ne pouvoir mieux faire connoître
fon caractère , qu'en terminant cette analyfe
par une lettre d'un Gentilhomme
Suiffe de fes amis , avec qui M. de Mer-
E
98 MERCURE DE FRANCE.
ville a paffé les dernières années de fa vie ;
elle eft écrite d'un ftyle fi intéreffant , que
nous ne nous permettons pas d'y faire de
changement.
93
« M. de Merville , dit l'Auteur de
» cette lettre , vint en Suiffe vers l'an
" 1750 ou 1751 ; le hafard me procura
» fa connoiffance : il me fit une vifite ici
» dans ma campagne : il y revint enfuite
plufieurs fois paffer quelques jours &
quelques femaines. Nos liaifons fe for-
» mèrent infenfiblement. Son efprit , fes
" talens , fon caractère , fes malheurs m'af-
» fectèrent. Je m'apperçus qu'il avoit dans
» l'âme de cuifans chagrins qui l'oceupoient
beaucoup, quoiqu'il en parlât affez
» peu. Sa femme , & une fille qu'il ai-
» moit très-tendrement , en étoient les
ود
"
principaux objets . Il en avoit fait le
» fujet d'une de fes comédies , qu'il ne
» lifoit jamais fans répandre des larmes :
» c'eft , fi je me le rappelle bien , le Confentement
forcé. Sa fortune , fans doute
» dérangée , y contribuoit ; l'interruption
" des fonctions des Cours de juftice de
Paris , lors des derniers troubles , met-
粉
33
" toit obftacle à la perception de fes petites
rentes. Les Comédiens l'avoient
» traversé
pour la repréſentation de plufieurs
pièces de théâtre , & par-là lui
FEVRIER 1766. 99
ور
ور
و د
و د
» avoient êté , fes reffources. Une gou-
» vernante infidelle avoit abufé de fa
» confiance ; & ces revers réunis formoient
» un tout qui ne le mettoit point dans
» une affiette tranquille. Agité & inquiet
» à la fuite de tant de traverſes , il chercha
» à faire diverfion à fon ennui . Il alla
» à Francfort, en Hollande , en Provence ,
» à Lyon ; revint enfin à Genève dans
» le deffein de s'y fixer , & m'écrivit de
» tous ces différens lieux. Il fut , à fon
paffage à Lyon , que M. de Voltaire ,
» qui y étoit en même temps , vencit
» auffi s'établir à Genève. Il s'étoit brouillé
» avec lui au fujet d'une pièce que Rouffeau
» & l'Abbé des Fontaines lui avoient fuggérée
. Il craignit que M. de Voltaire
» n'en eût confervé du reffentiment , &
» que leur commun féjour dans cette
» Ville ne donnât lieu à quelques défagrémens.
Il fe détermina donc à faire
»les avances de la réconciliation , & lui
» envoya dans cette vue , avant fon dé-
» part de Lyon , des vers que le porteur
» ne put lui remettre , parce qu'il le trouva
parti . M. de Merville les lui adreffa
» à Genève : mais cette démarche fut fans
» effet ; & quoique M. de Voltaire ne
» lui eût point répondu , il ne laiffa
deux ou trois jours après fon arrivée
"9
و د
و د
و د
ود
"
pas ,
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
ور
ور
20
"
ود
"
و د
و ر
*
» à Genève , de lui faire une vifite . Il
» en fut reçu poliment , mais froidement .
» De là il vint paffer huit ou dix jours
» chez moi . Quand il fut de retour à
Genève , il mit ordre à fes affaires , fit
» le bilan de fes dettes & de fes meubles :
» l'un compenfoit & acquittoit l'autre . Il
» mit ce bilan fur fa table , fortit de la
», maifon qu'il habitoit , le vendredi 23
» Mai 1755 , n'emporta avec lui qu'une
mauvaiſe capotte , laiffa fes habits , fon
épée & tous les effets pour le paiement
de fes créanciers , écrivit plufieurs let-
» tres ; une , entre autres , à un Magiftrat
» pour l'exécution de fes volontés ; &
il fortit en difant qu'on ne l'attendît
» pas pour le lendemain . Quelques jours
», s'écoulèrent fans qu'il reparût. Son hôte
» en fut furpris. Il m'écrivit pour favoir
» s'il ne feroit pas revenu chez moi. Vers
» ce même temps on trouva un homme
» mort au bord du lac de Genève fur
,, les terres de Savoie . La réunion de ces
» circonftanees fit dire que c'étoit lui ;
» voilà l'origine du bruit qui fe répandit
» que M. de Merville s'étoit noyé . Sur
» ces entrefaites je reçus fa lettre d'adieu .
» Je m'informai de fon fort fans en rien
apprendre de pofitif. Les uns l'ont dit
mort ; d'autres ont affuré qu'il s'étoit
39
و ر
و و
30
»
FEVRIER 1766. ΙΟΙ
» retiré dans un couvent au pays de Gex
» à deux ou trois lieues de Genève. J'ai
ور
ور
appris depuis qu'il étoit mort , & qu'on
» le favoit par M. le Réfident de France ,
» avec qui il avoit été en relation. On a
» vendu fes effets , comme il l'avoit or-
» donné ; & par ce moyen fes dettes ont
» été acquittées. Vous voyez dans toute
fa conduite la candeur , la droiture &
» la probité d'un honnête homme , digne
» affùrément d'être regretté ; & en mon
particulier , j'ai pris une part bien fincère
à fes infortunes. Il avoit fait une
critique des oeuvres de M. de Voltaire ,
» que j'ai parcourue ; un autre ouvrage
qu'il appelloit l'Esprit d'Horace , & un
» troisième intitulé les Veillées de Vénus » .
Fermer
Résumé : OEUVRES de Théâtre de M. GUYOT DE MERVILLE. A Paris, chez la veuve DUCHESNE, rue Saint Jacques, au temple du goût ; 1766 : avec approbation & privilége du Roi : 3 vol. in-12.
Michel Guyot de Merville, né à Versailles en 1696, est un auteur dramatique dont les œuvres théâtrales ont été publiées en 1766 à Paris. Cette édition comprend la majorité de ses pièces, à l'exception de trois tragédies non représentées ni imprimées : 'Achille à Troyes', 'Manlius Torquatus' et 'Salluste'. Ces œuvres, écrites durant sa jeunesse, ont suscité des conflits avec des acteurs de la Comédie Française, poussant Merville à abandonner le théâtre et à quitter la France pour voyager. Merville a débuté sa carrière théâtrale en 1736 avec 'Les Mascarades amoureuses', saluée pour son style moliéresque. Suivirent 'Les Amans affrontés sans le savoir', retirée après une seule représentation, et 'Les Impromptus de l'Amour', qui connurent un succès modéré. La même année, il présenta 'Achille à Scyros', une tragédie comique bien accueillie. En 1738, 'Le Consentement forcé' fut un triomphe, suivi de 'Les Époux réunis', appréciée par la presse malgré un accueil mitigé lors de sa première représentation. Merville a également écrit pour le théâtre Italien, avec des pièces comme 'Le Dédit inutile' et 'Les Dieux travestis'. Sa collaboration avec Procope sur 'Le Roman' et 'L'Apparence trompeuse' fut notable, cette dernière étant particulièrement bien reçue. Cependant, 'Les Talens déplacés' en 1744 provoqua une rupture avec les acteurs italiens, mettant fin à ses représentations et publications jusqu'à l'édition de 1766. Parmi ses autres œuvres, on trouve plusieurs comédies telles que 'Le Jugement téméraire', 'Les Tracafferies ou le Mariage supposé', 'Le Triomphe de l'Amour & du Hazard', et 'La Coquette punie'. Il a également écrit 'Le Médecin de l'esprit', joué une seule fois au théâtre Français en 1739, ainsi que 'L'Histoire littéraire de l'Europe' publiée en 1726 et un 'Voyage d'Italie' en deux volumes. Merville a rencontré un gentilhomme suisse vers 1750 ou 1751, renforçant leur amitié au fil des visites. Il a été marqué par des chagrins personnels et des difficultés financières. Il a voyagé en Europe, rencontrant Voltaire à Lyon, avec qui il eut une querelle littéraire. Après avoir réglé ses affaires et ses dettes à Genève, Merville disparut mystérieusement. Des rumeurs parlèrent de sa mort par noyade, mais il est possible qu'il se soit retiré dans un couvent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
72
p. 174-193
OPÉRA.
Début :
Le vendredi, 6 mai, on a donné la première représentation de la Vénitienne, [...]
Mots clefs :
Amour, Coeur, Opéra, Plaisirs, Ardeur , Musique, Succès, Plaisir, Monologue, Théâtre, Noeuds, Divertissement, Air, Rôle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OPÉRA.
OPÉRA.
La vendredi , 6 mai , on a donné là
première repréſentation de la Vénitienne ,
comédie ballet en trois actes , poëme de
feu M. la Motte * , remis en mutique
par M. d'Auvergne , Surintendant de la
Mulique du Roi . Le fuccès de cet opéra
parut d'abord très - équivoque ; mais dans
parut
le cours des repréſentations fubféquentes ,
le public a femblé prendre plaifir à rendre
de plus en plus juftice aux talens reconnus
du célèbre Compofiteur qui n'a pas
craint de redonner l'être à ce drame , fufceptible
en effet des plus grandes beautés
muficales , quoique d'un genre à effuyer
bien des contradictions. L'impartialité que
nous nous faifons un devoir d'obferver
dans nos jugemens , nous oblige de conve
* Cet opéra , dont l'ancienne muſique eſt de
la Barre , fut joué , pour la première fois , le 26
mai 1705. On ne l'avoit point repris depuis .
JUIN 1768 . 175
nir que le fond de cer opéra , quelque,
faillantes qu'en foient les paroles , a feul
contribué à balancer les fuffrages. Nous
ne prétendons point attaquer le préjugé
établi en faveur des anciens poëmes ; mais
nous ne pouvons diffimuler que le goût ,
à force de mers délicats , eft devenu difficile
, & que , blâfé fur la magie de l'efprit
, il ne fe laiffe plus piquer que par
l'intérêt. Trop de refpect pour les anciennes
productions eft auffi nuifible au progrès
des lettres qu'une exceffive indulgence
pour les nouvelles. L'analyfe que nous
allons faire de la Vénitienne pourra peut- être
juftifier le peu d'accueil que le public lui
a fait le premier jour qu'elle a reparu.
ACTEURS.
ISABELLE ,
LEONORE ,
OCTAVE ,
Mde L'ARRIVÉE.
Mlle BEAU MESNIL.
M. LE GROS.
ISMÉNIDE, Dévinereffe , Mlle DUBOIS.
ZERBIN , valet d'O CTAVE
, M. L'ARRIVÉE.
SPINETTE , fuivante
d'ISABELLE , Mlle ROSALIE.
ACTE PREMIER.
La théâtre repréſente des jardins , &
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
dans l'éloignement la place de Saint-Marc
Léonore ouvre la fcène par ce monologue.
Tendres plaifirs , charmans amours ,
Ah ! que n'ai - je plutôt fenti votre puiffance !
Deviez -vous , dans l'indifférence ,
Laiffer couler mes plus beaux jours ?
Du moins gardons -nous bien d'éteindre
Les feux que dans mon coeur l'amour daigne
allumer :
Au lieu de m'en laiffer charmer ,
Falloit-il perdre , hélas ! tant de temps à les
craindre ?
Tendres plaifirs , &c.
La mufique de ce monologue , d'un
genre très- agréable , a été vivement fentie
& généralement applaudie. Isabelle furvient
avec Spinette , fa fuivante. Elle
accufe Léonore , qui eft fon amie , d'ingratitude
& de trahifon. Quoi ! lui ditelle
,
L'amant qui m'aimoit vous adore ,
Et votre coeur reçoit les infidèles voeux ?
Léonore la défabuſe , en s'expliquant
ainfi :
C'est dans les premiers jeux que me fit voir Octavež
Que la paix fortit de mon coeur.
Un inconnu fut mon vainqueur.
JUIN 1768. 177
D'un feul de fes regards mon coeur fut enchanté ;
Le mafque me cacha le refte de fes charmes.
· •
Il me parle à ces jeux que vous me reprochez.
Elle eſpère de voir enfin fes traits dans
le bal qui fe prépare . Cet aveu tranquilife
Ifabelle. Léonore la quitte en lui difant ,
au fujet d'Octave :
Je vais encor , par de nouveaux refus
Servir votre amour & ma flâme.
Ffabelle , dans la fcène qui fuit , apprend
à Spinette quel eft cet inconnu dont Léo
More s'eft éprife.
Lorfque de mon amant
Je vis l'inconftance fatale ,
Je le fuivis par-tout fous un déguisement
Qui m'a livré le coeur de ma rivale...
Elle charge Spinette d'obferver les pas
d'Octave & de l'inftruire de toutes fes
démarches. Spinette , feule , chante cette
ariette , que nous citons comme une des
plus agréables de cet opéra
De mille amans en vain nous recevons les voeux
On les perd fans retour en terminant leur peine
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Les perfides brifent leurs noeuds
Dès qu'ils ont formé notre chaîne.
On ne foupire long- temps ,
Que pour des beautés cruelles :
Les peines font les coeurs conftans ,
Les plaifirs font les infidèles.
Spinette entend venir Octave ; elle fe
cache pour l'obferver. Léonore rentre fur
la fcène avec lui : ils chantent un duo
contraſté dont la mufique eft d'un très - bel
effet . Léonore renvoye Octave à Ifabelle ,
& ne lui promet que des mépris. Il ne
paroît alarmé ni de fon courroux ni de
fon indifférence . Leur difpute eft interrompue
par l'arrivée d'une troupe de barquerolles
qui forment un divertiffement ,
dans lequel on applaudit , avec un plaifir
toujours nouveau , MM. Lani & Dauberval
, & Miles Allard & Peflin * . MM.
Malter & Le Grand , Mlle Mion & Dervieux
s'y diftinguent auffi & recueillent en
même temps des fuffrages unanimes. Les
* Nous obferverons ici , avec plaifir , que
Mlle Peflin , toujours applaudie avec juſtice , l'a
fur- tout été univerfellement dans le beau pas de
deux qu'elle danfe avec M. Dauberval ; & que les
foins & les avis de cet excellent Danfeur l'ont
mife au point de partager très -fouvent les éloges
que l'on doit toujours à Mlle Allard.
JUIN 1768. 179
19
airs de ce divertiffement , entr'autrès , ce- :
lui des barquerolles , compofé de huit
couplets , font honneur au goût & au
génie de M. d'Auvergne . Zerbin conduit
la fête , après laquelle Octave preffe encore
Léonore de fe rendre , & n'eft pas mieux
écouté qu'auparavant. Fatigué de fes méptis
, il fe difpofe à aller confulter Ifménide
, réfolu d'apprendre de cette Magicienne
quel fera le fuccès de fon amour.
Spinette, qui s'eft toujours tenue cachée
pour l'épier , reparoît dès qu'elle le voit
parti , & annonce qu'elle va révéler à fa
maîtreffe le deffein du perfide.
ACTE I I.
Le théâtre repréfente un antre éclairé
par une lampe. , Octave , déguifé en valet ,
& Zerbin en noble Vénitien , arrivent
près de l'antre d'Ifménide. Zerbin tremble
& chancéle à l'aspect de cette demeure
infernale. Il dit à fon maître , qui s'en apperçoit
:
Pour braver les périls où votre amour m'engage ,
J'ai voulu de Bacchus emprunter le fecours ;
Dans fa liqueur j'ai cherché du courage ,
Mais je fens bien que j'en manque toujours.
e.
L'objet du déguisement qu'Octave a
H vj
180 , MERCURE DE FRANCE.
pris & a fair prendre à Zerbin eft d'éprou
ver la fcience des deyins ; il veut voir s'il
s'y laifferont tromper . Il va les avertir &
oblige fon valet de refter feul devant la
caverne. Le jus de Bacchus dont Zerbin
a cru devoir s'enivrer , par une fage précaution,,
ne l'enhardit point ; au contraire ,
fa cervelle n'en eft que plus troublée. Il
croit voir des fpectres & des monftres
horribles , il croit entendre des cris & des
hurlemens affreux ; il s'imagine qu'un
géant furieux eft prêt à le frapper. Il fe
recommande à Bacchus ; il fe plaint que
ce Dieu ne lui ait prêté que d'impuiffantes
armes ; enfin il s'endort après avoir fait
fur les charmes du fommeil cette réflexion
que l'on pourroit trouver trop philofophique
pour un homme de fa forte & pour la
fituation où il fe trouve , mais qui n'en
préfente pas moins une vérité des plus
frappantes.
'
Que le fort des mortels eft' pen digne d'envie !
Les plus doux plaifirs de la vie ,
Sont de n'en point fentir les maux.
Tout ce monologue , qui commence par
un récitatif obligé , eft rendu par le muficien
d'une manière fublime . Ce morceau
& digne de la réputation de fon auteur ,
3JUIN • 180
1768.
eft un des plus beaux que l'on ait entendus
jufqu'ici fur ce théâtre. Ifabelle , voyant
Zerbin couvert des habits de fon maître
& le trouvant endormi , le prend pour
Octave. Son monologue , qui commence
auffi par un récitatif obligé , eft fuivi d'un
air de mouvement qui peint très - bien la
fureur qui l'agite. Elle va pour ôter le
poignard de Zerbin & s'en frapper ; il fe
réveille , elle le reconnoît ; il lui apprend
qu'Octave eft actuellement occupé à confulter
Ifménide fur fa nouvelle ardeur..
Ifabelle , appercevant fon amant qui fort
de l'antre avec la Devinereffe , dit en à
parte :
Je veux les écouter..
Leur difcours m'apprendra ce que je dois tenter.
Ifménide , accompagnée d'Octave , s'avance
avec une troupe de Devins & de
Devinereffes. Ifabelle les obferve fans être
vue. Octave , pour embarraffer Ifménide ,
lui parle ainfi :
Vous , pour qui l'avenir n'a rien d'impénétrable ,,
Qui des plus . fombres coeurs percez tous les détours
Vous favez qui de nous cherche votre fecours ,
M
IS MENIDE à part.
?
Malgré leur myſtère ,,
En les intimidant tâchons à juger d'eux..
&C
182 MERCURE DE FRANCE.
Elle obferve leurs mouvemens & continue
de la forte :
Les démons à ma voix vont paroître en ces lieux.
Pourrez- vous foutenir leur terrible préſence ?
OCTAVE.
Parlez , je ne crains rien .
ZERBIN.
Moi , je crains tout , ô dieux !
La fermeté du maître & la frayeur du
valet les décéle l'un & l'autre aux yeux de
la Devinereffe , qui dit à Octave , en montrant
Zerbin :
Vous me cherchez vous ſeul &vous êtes fon maître.
OCTAVE.
Vous favez quel deffein en ce lieu me conduit ?
ISMENIDE embarraffée.
Souvent. l'amour...
ZERBIN,
T
Ciel ! quel démon l'inftruit ?
IS MÉNID E.
L'amour vous fait fentir les plus rudes atteintes,
འ །
ZERBIN.
Chaque mot redouble mes craintes !
IS Li
JUIN 1768. 183
Ainfi la peur indifcrette de Zerbin ſeconde
l'adrefle d'Iſménide & l'aide à deviner
ce qui fe paffe dans le coeur d'Octave.
Il la prie de l'éclaircir fur le fort que le
Ciel réſerve à fon amour. Elle ordonne à
fes Miniftres de célébrer leurs affreux myftères.
Les Devins font leurs cérémonies
magiques. Les danfes font entremêlées de
chants. On remarque , dans ce divertiffement
, deux choeurs infernaux qui ne cédent
en rien à ceux même qui ont le plus
illuftré l'incomparable Rameau. Ifménide ,
après les cérémonies , fait éteindre les
Bambeaux & la lampe qui éclaire l'antre .
Elle prévient Octave qu'il va être inftruit
de fon fort. A la faveur de l'obfcurité
Ifabelle fort de l'endroit où elle étoit cachée
, & prononce elle -même cet oracle :
Octave , romps tes nouveaux fers ,
Je tiens le fer levé fur ton coeur infidèle ;
Cette nuit , avec moi , je t'entraîne aux enfers ,
Si ce jour ne te voit fous les loix d'Iſabelle.
Ifménide & les Devins , furpris de ce
qu'ils entendent , font eux - mêmes faifis
de frayeur & fortent précipitamment avec
Octave & Zerbin .
ISABELLE feule,
Toi , qui m'as infpirée , achève ton ouvrage ,
Amour ! c'eft à toi feul de me rendre un volage.
184 MERCURE DE FRANCE.
Rien n'eft plus ingénieux certainement
que l'idée de cette fcène & de la précédente
; mais on a trouvé que la magie
en étoit trop noire pour un drame qui
porte le titre de comédie- ballet. Il est vrai
qu'elle ne diffère point de celle de nos plus
fombres tragédies lyriques. La Devinereffe
s'y préfente avec tout l'appareil effrayant
des Circe & des Médée. Cependant , en
réfléchiffant fur l'intrigue de ce poëme ,
il eft facile de fentir que , fi l'Auteur eût
voulu répandre fur fa magie des nuances
plus gaies , il eût manqué tout l'effet de
fes deux fcènes. La teinte qu'il a prife
étoit abfolument néceffaire au fil de fon
action qu'il a développée avec un art infini.
La richeffe d'invention qui brille dans cet
acte eft demeurée en pure perte pour lui
faute d'avoir mieux concilié l'intérêt des
fpectateurs avec celui de fes perfonnages.
Le fujet de la confultation d'Octave eft trop
peu grave pour une fi grande profufion
de couleurs fombres. D'ailleurs , le mêlange
de férieux , de comique & de tragique
déplaît toujours partout où il fe
Trouve. Les plaifanteries de Zerbin devant
une Magicienne de l'afpect le plus redou
table n'ont point été goûtées. On ne s'eft.
point prêté à la néceffité de ces difparates
pour le jeu de l'action. Ce qui prouve que
JUIN 1768 . 185
1
ce n'eft pas toujours par les effets du génie
que l'on réuffit à plaire.
Le ballet de cet acte , qui eft de la compofition
de M. Laval , & dans lequel il
danfe lui-même avec une force & une
vivacité qui le laiffent fans rivaux dans ce
genre , eft très-bien exécuté.
ACTE I I I.
Le théâtre repréfente un fallon préparé
pour un bal. Léonore feule commence
l'acte par cet air , dont les paroles charmantes
ne font pas exprimées par la mufique
avec des grâces moins piquantes.
Quand je revois l'objet de mes amours ,
Le temps s'enfuit d'une viteffe extrême ;
Mais , hélas il fufpend fon cours ,
Quand je ne vois plus ce que j'aime,
O temps fervez mieux nos defirs ;
Réparez de l'amour les rigueurs inhumaines
Arrêtez-vous pour fixer les plaifirs ,
Volez pour abréger les peines.
Octave revient encore lui parler d'a
mour.
L'amour feul ( lui dit- il ) peut nous fatisfaire
Le plus doux plaifir eft d'aimer ,
Et le plus fenfible eft de plaire.
186 MERCURE DE FRANCE.
-
Ifabelle , mafquée & déguifée en Vénitien
, paroît avec une troupe de mafques.
Léonore , qui reconnoît en elle l'objet dont
elle eft préoccupée , ne cherche plus qu'à
éloigner Octave . Elle le charge d'aller
avertir Ifabelle que les jeux font prêts.
OCTAVE.
Eh ! pourquoi voulez - vous qu'elle foit de ces jeux?
LÉONORE.
Allez , vous dis - je , je le veux ;
Et ne revenez pas fans elle .
OCTAVE , à part.
Quels foupçons viennent m'agiter !
Demeurons , & fachons s'il s'y faut arrêter.
Ifabelle , en s'amufant de la méprife de
Léonore , continue de lui faire la cour.
Son déguiſement donne lieu aux équivoques
les plus ingénieufes. Léonore l'engage
a fe démafquer , & les refus d'Ifabelle ont
l'air de partir d'une modeftie outrée. Léonore
en prend occafion de l'accufer de ne
vouloir que fe divertir à fes dépens , ce
qu'elle lui fait entendre par ce vers :
Vos refus ne font voir qu'une ardeur bien légère.
JUIN 1768. 187
ISABELLE.
Mon coeur brûle de mille feux ,
La conftance & l'amour y triomphent enſemble.
Non , dans tout l'empire amoureux ,
Vous ne trouverez point d'amant qui me reffemble.
Elle ajoute qu'elle craint qu'Octave ne
la féchiffe , ce qui foutient toujours le
ton d'équivoque dont Léonore eft la dupe .
Elle répond à Iſabelle :
N'êtes-vous pas le feul de qui l'ardeur m'enchante
?
Je voudrois être encor mille fois plus charmante;
Mais je voudrois ne l'être qu'a vos yeux.
Cette scène est terminée par un trèsjoli
duo où elles fe jurent une ardeur
éternelle. Octave , furieux . fe montre dans
le moment & fait à Léonore tous les reproches
que la colère peut dicter.
ISABELL B.
Calmez le tranſport qui vous guide.
Peut-être qu'Isabelle eſt cachée en ces lieux :
Ne rougirez - vous point de montrer à les yeux
Ce défefpoir perfide ?
Octave , outré de fe voir plaifanter par
188 MERCURE DE FRANCE.
un rival , menace de le tuer. Léonore ;
effrayée , veut l'appaifer. Sa colère n'en
devient que plus forte , ce qui oblige Ifabelle
de fe faire reconnoître. En ôtant fon
mafque d'une main , & de l'autre tirant
fon poignard , elle lui dit :
Connois- moi donc , perfide , & frappè , fi tu
l'ofes.
LÉONORE & OCTAVE,
Que vois-je ?
LÉONORE.
Amour ! à quels maux tu m'expoſes !
Elle fort. Ifabelle , reftée feule avec
Octave , ne met plus de bornes à fon dépit.
L'habit qu'elle porte lui infpire un courage
héroïque. De l'air le plus impétueux
& le plus décidé , ollo adreffe ce difcours
à Octave :
Qui te retient , ingrat ? fui ton reffentiment.
Sois mon vainqueur ou ma victime ;
Que l'un de nous périffe en ce moment .
Perfide ! vien combler ton crime ,
Ou recevoir ton châtiment.
Octave ne fait que répondre à ce défi .
Elle prend enfuite un ton plus doux &
JUIN 1768. 189
l'invite à reprendre fes premiers noeuds.
Touché de tant d'amour , il ne peut réfifter
à la flamme qu'il fent renaître pour
elle dans fon coeur. Ils fe réconcilient , &
le bal commence . Ifabelle , Octave & Zerbin
chantent chacun une ariette pendant la
fête , dans laquelle danfent M. Gardel ,
Miles Guimard , & Affelin , avec tous
les applaudiffemens qu'ils font dans
l'habitude de recueillir. MM. Lani &
Dauberval , & Miles Allard & Peflin y
exécutent auffi , en pas de quatre , une
pantomime de Tirrolois . La célébrité des
talens de ces quatre fujets nous difpenfe
d'en faire l'éloge . Le divertiffement eft
terminé par une contredanfe à laquelle fe
joint le pas de quatre ci -deffus.
On peut juger par cet extrait que le
dénouement de ce poëme n'étoit point
affez heureux pour exciter de grands applaudiffemens.
Léonore eft une jeune perfonne
aimable , douce & tendre , dont le
coeur ne fent rien pour Octave , mais s'eſt
laiffé prévenir en faveur d'un objet qui ,
quoique fous le mafque , n'en a pas moins
eu le fecret de lui plaire . N'étant ni fourbe ,
ni coquette , ni fière , ni envieuſe , elle ne
mérite point d'être la victime de la ſupercherie
d'Ifabelle. On ne fauroit non plus
pardonner à celle- ci le tour qu'elle joue à
190 MERCURE DE FRANCE.
"
fon amie. Cette méchanceté détruit tout
l'intérêt que l'on pourroit prendre à l'injure
que lui fait fon amant , & empêche
que l'on ne partage fon bonheur lorfqu'elle
l'a ramené dans fes fers. Octave , de fon
côté , revient à elle dans une circonſtance
très- défavorable. On ne peut lui favoir
gré de l'oubli fubit qu'il fait de Léonore
il femble qu'il ait encore peur du poignard
dont Habelle l'a menacé.
La prompte fuite de Léonore` , en reconnoiffant
Ifabelle , toute naturelle qu'elle
étoit , excitoit toujours des rumeurs. On
a cru devoir remédier à ce défaut en changeant
ainfi le dénouement. On fait refter
Léonore après qu'elle a dit :
Amour à quels maux tu m'expoſes !
Et c'est devant elle qu'Ifabelle dit à
Odave :
Qui te retient , ingrat , &c.
A recevoir ton châtiment,
LÉONORE à ISABELLE.
Qu'un fentiment plus doux déformais vous anime.
Sous ce déguisement vous furprîtes mon coeur;
Pour m'en venger je veux votre bonheur.
( Montrant Octave. )
Rendez-lui votre amour , & mon âme eſt contente.
1
JUIN 1768. 191
OCTAVE À ISABELLE.
Ah ! fuis-je digne encor de vous offrir des voeux ?
ISABELLE.
Je devrois te punir d'avoir trahi més feux ;
Mais je fens malgré moi ma colère mourante,
Rens le calme à mon coeur , reprens tes premiers
noeuds.
Ne vois en moi qu'une fidèle amante ;
N'y vois plus de rival heureux.
OCTAVE.
Tant d'amour pénétre mon âme.
Plus charmé que jamais je tombe à vos genoux ;
Accordez le pardon d'une infidèle flâme ,
A celle dont mon coeur brûle à jamais pour vous.
ISABELLE.
Ah ! je fuis trop heureuſe !
Остаув .
Adorable Ifabelle !
LÉONORE.
Vous m'enchantez par des tranfports fi doux !
Les Interlocuteurs reprennent en trio le
joli duo qu'Isabelle & Léonore ont chanté
192 MERCURE DE FRANCE.
dans la fcène III de cet acte , & que nous
tranfcritons ici.
LÉONORE.
Suivez l'amour qui vous appelle .
ISABELLE à OCTAVE.
Il enchaîne nos coeurs de fes noeuds les plus beaux;
LEONORE.
Que votre ardeur foit éternelle.
ISABELLE & OCTAV E.
Que notre ardeur foit éternelle ,
Et nos plaifirs toujours nouveaux .
Il n'eft pas étonnant que les détails charmans
dont cet ouvrage eft rempli aient féduit
M. Dauvergne à la lecture , & il eſt
très -excufable de s'être aveuglé fur fes défauts
; mais il y a tout lieu d'efpérer que
les beautés de la mufique , plus admirée
de jour en jour , répareront fuffisamment
les torts du Poëte."
Depuis qu'on joue cet opéra , Mile Rofalie
a quitté le rôle de Spinette qu'elle a
chanté avec autant d'agrément & de lége
reté , qu'elle a mis de fineffe & de vérité
dans celui de Léonore , où elle a remplacé
Mlle Beauménil qui a été forcée de quitter
par
JUIN 1768 . 123
་
par une indifpofition qui l'empêche encore
de reparoître.
Mile Ritter a remplacé Mlle Rofaliedans
le rôle de Spinette , & n'a point démenti
le fuccès qu'elle a eu lors de fon
début .
Mlle Dubois , à la feconde repréfentation
, a été remplacée par Mlle Duplan
dans le rôle d'Ifménide ; & M. Larrivée
par MM . Durand & Caffagnade dans celuž
de Zerbin.
Mlle Duranci chante maintenant , avec
beaucoup de fuccès , le rôle d'Iſabelle que
Mde l'Arrivée a quitté pour s'occuper de
celui d'Alcimadure , dont on répéte l'opéra ,
traduit en françois par M. de Mondonville ,
auteur de la mufique , & que
l'on compte
donner mardi7 de ce mois , pour la première
fois.
La vendredi , 6 mai , on a donné là
première repréſentation de la Vénitienne ,
comédie ballet en trois actes , poëme de
feu M. la Motte * , remis en mutique
par M. d'Auvergne , Surintendant de la
Mulique du Roi . Le fuccès de cet opéra
parut d'abord très - équivoque ; mais dans
parut
le cours des repréſentations fubféquentes ,
le public a femblé prendre plaifir à rendre
de plus en plus juftice aux talens reconnus
du célèbre Compofiteur qui n'a pas
craint de redonner l'être à ce drame , fufceptible
en effet des plus grandes beautés
muficales , quoique d'un genre à effuyer
bien des contradictions. L'impartialité que
nous nous faifons un devoir d'obferver
dans nos jugemens , nous oblige de conve
* Cet opéra , dont l'ancienne muſique eſt de
la Barre , fut joué , pour la première fois , le 26
mai 1705. On ne l'avoit point repris depuis .
JUIN 1768 . 175
nir que le fond de cer opéra , quelque,
faillantes qu'en foient les paroles , a feul
contribué à balancer les fuffrages. Nous
ne prétendons point attaquer le préjugé
établi en faveur des anciens poëmes ; mais
nous ne pouvons diffimuler que le goût ,
à force de mers délicats , eft devenu difficile
, & que , blâfé fur la magie de l'efprit
, il ne fe laiffe plus piquer que par
l'intérêt. Trop de refpect pour les anciennes
productions eft auffi nuifible au progrès
des lettres qu'une exceffive indulgence
pour les nouvelles. L'analyfe que nous
allons faire de la Vénitienne pourra peut- être
juftifier le peu d'accueil que le public lui
a fait le premier jour qu'elle a reparu.
ACTEURS.
ISABELLE ,
LEONORE ,
OCTAVE ,
Mde L'ARRIVÉE.
Mlle BEAU MESNIL.
M. LE GROS.
ISMÉNIDE, Dévinereffe , Mlle DUBOIS.
ZERBIN , valet d'O CTAVE
, M. L'ARRIVÉE.
SPINETTE , fuivante
d'ISABELLE , Mlle ROSALIE.
ACTE PREMIER.
La théâtre repréſente des jardins , &
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
dans l'éloignement la place de Saint-Marc
Léonore ouvre la fcène par ce monologue.
Tendres plaifirs , charmans amours ,
Ah ! que n'ai - je plutôt fenti votre puiffance !
Deviez -vous , dans l'indifférence ,
Laiffer couler mes plus beaux jours ?
Du moins gardons -nous bien d'éteindre
Les feux que dans mon coeur l'amour daigne
allumer :
Au lieu de m'en laiffer charmer ,
Falloit-il perdre , hélas ! tant de temps à les
craindre ?
Tendres plaifirs , &c.
La mufique de ce monologue , d'un
genre très- agréable , a été vivement fentie
& généralement applaudie. Isabelle furvient
avec Spinette , fa fuivante. Elle
accufe Léonore , qui eft fon amie , d'ingratitude
& de trahifon. Quoi ! lui ditelle
,
L'amant qui m'aimoit vous adore ,
Et votre coeur reçoit les infidèles voeux ?
Léonore la défabuſe , en s'expliquant
ainfi :
C'est dans les premiers jeux que me fit voir Octavež
Que la paix fortit de mon coeur.
Un inconnu fut mon vainqueur.
JUIN 1768. 177
D'un feul de fes regards mon coeur fut enchanté ;
Le mafque me cacha le refte de fes charmes.
· •
Il me parle à ces jeux que vous me reprochez.
Elle eſpère de voir enfin fes traits dans
le bal qui fe prépare . Cet aveu tranquilife
Ifabelle. Léonore la quitte en lui difant ,
au fujet d'Octave :
Je vais encor , par de nouveaux refus
Servir votre amour & ma flâme.
Ffabelle , dans la fcène qui fuit , apprend
à Spinette quel eft cet inconnu dont Léo
More s'eft éprife.
Lorfque de mon amant
Je vis l'inconftance fatale ,
Je le fuivis par-tout fous un déguisement
Qui m'a livré le coeur de ma rivale...
Elle charge Spinette d'obferver les pas
d'Octave & de l'inftruire de toutes fes
démarches. Spinette , feule , chante cette
ariette , que nous citons comme une des
plus agréables de cet opéra
De mille amans en vain nous recevons les voeux
On les perd fans retour en terminant leur peine
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Les perfides brifent leurs noeuds
Dès qu'ils ont formé notre chaîne.
On ne foupire long- temps ,
Que pour des beautés cruelles :
Les peines font les coeurs conftans ,
Les plaifirs font les infidèles.
Spinette entend venir Octave ; elle fe
cache pour l'obferver. Léonore rentre fur
la fcène avec lui : ils chantent un duo
contraſté dont la mufique eft d'un très - bel
effet . Léonore renvoye Octave à Ifabelle ,
& ne lui promet que des mépris. Il ne
paroît alarmé ni de fon courroux ni de
fon indifférence . Leur difpute eft interrompue
par l'arrivée d'une troupe de barquerolles
qui forment un divertiffement ,
dans lequel on applaudit , avec un plaifir
toujours nouveau , MM. Lani & Dauberval
, & Miles Allard & Peflin * . MM.
Malter & Le Grand , Mlle Mion & Dervieux
s'y diftinguent auffi & recueillent en
même temps des fuffrages unanimes. Les
* Nous obferverons ici , avec plaifir , que
Mlle Peflin , toujours applaudie avec juſtice , l'a
fur- tout été univerfellement dans le beau pas de
deux qu'elle danfe avec M. Dauberval ; & que les
foins & les avis de cet excellent Danfeur l'ont
mife au point de partager très -fouvent les éloges
que l'on doit toujours à Mlle Allard.
JUIN 1768. 179
19
airs de ce divertiffement , entr'autrès , ce- :
lui des barquerolles , compofé de huit
couplets , font honneur au goût & au
génie de M. d'Auvergne . Zerbin conduit
la fête , après laquelle Octave preffe encore
Léonore de fe rendre , & n'eft pas mieux
écouté qu'auparavant. Fatigué de fes méptis
, il fe difpofe à aller confulter Ifménide
, réfolu d'apprendre de cette Magicienne
quel fera le fuccès de fon amour.
Spinette, qui s'eft toujours tenue cachée
pour l'épier , reparoît dès qu'elle le voit
parti , & annonce qu'elle va révéler à fa
maîtreffe le deffein du perfide.
ACTE I I.
Le théâtre repréfente un antre éclairé
par une lampe. , Octave , déguifé en valet ,
& Zerbin en noble Vénitien , arrivent
près de l'antre d'Ifménide. Zerbin tremble
& chancéle à l'aspect de cette demeure
infernale. Il dit à fon maître , qui s'en apperçoit
:
Pour braver les périls où votre amour m'engage ,
J'ai voulu de Bacchus emprunter le fecours ;
Dans fa liqueur j'ai cherché du courage ,
Mais je fens bien que j'en manque toujours.
e.
L'objet du déguisement qu'Octave a
H vj
180 , MERCURE DE FRANCE.
pris & a fair prendre à Zerbin eft d'éprou
ver la fcience des deyins ; il veut voir s'il
s'y laifferont tromper . Il va les avertir &
oblige fon valet de refter feul devant la
caverne. Le jus de Bacchus dont Zerbin
a cru devoir s'enivrer , par une fage précaution,,
ne l'enhardit point ; au contraire ,
fa cervelle n'en eft que plus troublée. Il
croit voir des fpectres & des monftres
horribles , il croit entendre des cris & des
hurlemens affreux ; il s'imagine qu'un
géant furieux eft prêt à le frapper. Il fe
recommande à Bacchus ; il fe plaint que
ce Dieu ne lui ait prêté que d'impuiffantes
armes ; enfin il s'endort après avoir fait
fur les charmes du fommeil cette réflexion
que l'on pourroit trouver trop philofophique
pour un homme de fa forte & pour la
fituation où il fe trouve , mais qui n'en
préfente pas moins une vérité des plus
frappantes.
'
Que le fort des mortels eft' pen digne d'envie !
Les plus doux plaifirs de la vie ,
Sont de n'en point fentir les maux.
Tout ce monologue , qui commence par
un récitatif obligé , eft rendu par le muficien
d'une manière fublime . Ce morceau
& digne de la réputation de fon auteur ,
3JUIN • 180
1768.
eft un des plus beaux que l'on ait entendus
jufqu'ici fur ce théâtre. Ifabelle , voyant
Zerbin couvert des habits de fon maître
& le trouvant endormi , le prend pour
Octave. Son monologue , qui commence
auffi par un récitatif obligé , eft fuivi d'un
air de mouvement qui peint très - bien la
fureur qui l'agite. Elle va pour ôter le
poignard de Zerbin & s'en frapper ; il fe
réveille , elle le reconnoît ; il lui apprend
qu'Octave eft actuellement occupé à confulter
Ifménide fur fa nouvelle ardeur..
Ifabelle , appercevant fon amant qui fort
de l'antre avec la Devinereffe , dit en à
parte :
Je veux les écouter..
Leur difcours m'apprendra ce que je dois tenter.
Ifménide , accompagnée d'Octave , s'avance
avec une troupe de Devins & de
Devinereffes. Ifabelle les obferve fans être
vue. Octave , pour embarraffer Ifménide ,
lui parle ainfi :
Vous , pour qui l'avenir n'a rien d'impénétrable ,,
Qui des plus . fombres coeurs percez tous les détours
Vous favez qui de nous cherche votre fecours ,
M
IS MENIDE à part.
?
Malgré leur myſtère ,,
En les intimidant tâchons à juger d'eux..
&C
182 MERCURE DE FRANCE.
Elle obferve leurs mouvemens & continue
de la forte :
Les démons à ma voix vont paroître en ces lieux.
Pourrez- vous foutenir leur terrible préſence ?
OCTAVE.
Parlez , je ne crains rien .
ZERBIN.
Moi , je crains tout , ô dieux !
La fermeté du maître & la frayeur du
valet les décéle l'un & l'autre aux yeux de
la Devinereffe , qui dit à Octave , en montrant
Zerbin :
Vous me cherchez vous ſeul &vous êtes fon maître.
OCTAVE.
Vous favez quel deffein en ce lieu me conduit ?
ISMENIDE embarraffée.
Souvent. l'amour...
ZERBIN,
T
Ciel ! quel démon l'inftruit ?
IS MÉNID E.
L'amour vous fait fentir les plus rudes atteintes,
འ །
ZERBIN.
Chaque mot redouble mes craintes !
IS Li
JUIN 1768. 183
Ainfi la peur indifcrette de Zerbin ſeconde
l'adrefle d'Iſménide & l'aide à deviner
ce qui fe paffe dans le coeur d'Octave.
Il la prie de l'éclaircir fur le fort que le
Ciel réſerve à fon amour. Elle ordonne à
fes Miniftres de célébrer leurs affreux myftères.
Les Devins font leurs cérémonies
magiques. Les danfes font entremêlées de
chants. On remarque , dans ce divertiffement
, deux choeurs infernaux qui ne cédent
en rien à ceux même qui ont le plus
illuftré l'incomparable Rameau. Ifménide ,
après les cérémonies , fait éteindre les
Bambeaux & la lampe qui éclaire l'antre .
Elle prévient Octave qu'il va être inftruit
de fon fort. A la faveur de l'obfcurité
Ifabelle fort de l'endroit où elle étoit cachée
, & prononce elle -même cet oracle :
Octave , romps tes nouveaux fers ,
Je tiens le fer levé fur ton coeur infidèle ;
Cette nuit , avec moi , je t'entraîne aux enfers ,
Si ce jour ne te voit fous les loix d'Iſabelle.
Ifménide & les Devins , furpris de ce
qu'ils entendent , font eux - mêmes faifis
de frayeur & fortent précipitamment avec
Octave & Zerbin .
ISABELLE feule,
Toi , qui m'as infpirée , achève ton ouvrage ,
Amour ! c'eft à toi feul de me rendre un volage.
184 MERCURE DE FRANCE.
Rien n'eft plus ingénieux certainement
que l'idée de cette fcène & de la précédente
; mais on a trouvé que la magie
en étoit trop noire pour un drame qui
porte le titre de comédie- ballet. Il est vrai
qu'elle ne diffère point de celle de nos plus
fombres tragédies lyriques. La Devinereffe
s'y préfente avec tout l'appareil effrayant
des Circe & des Médée. Cependant , en
réfléchiffant fur l'intrigue de ce poëme ,
il eft facile de fentir que , fi l'Auteur eût
voulu répandre fur fa magie des nuances
plus gaies , il eût manqué tout l'effet de
fes deux fcènes. La teinte qu'il a prife
étoit abfolument néceffaire au fil de fon
action qu'il a développée avec un art infini.
La richeffe d'invention qui brille dans cet
acte eft demeurée en pure perte pour lui
faute d'avoir mieux concilié l'intérêt des
fpectateurs avec celui de fes perfonnages.
Le fujet de la confultation d'Octave eft trop
peu grave pour une fi grande profufion
de couleurs fombres. D'ailleurs , le mêlange
de férieux , de comique & de tragique
déplaît toujours partout où il fe
Trouve. Les plaifanteries de Zerbin devant
une Magicienne de l'afpect le plus redou
table n'ont point été goûtées. On ne s'eft.
point prêté à la néceffité de ces difparates
pour le jeu de l'action. Ce qui prouve que
JUIN 1768 . 185
1
ce n'eft pas toujours par les effets du génie
que l'on réuffit à plaire.
Le ballet de cet acte , qui eft de la compofition
de M. Laval , & dans lequel il
danfe lui-même avec une force & une
vivacité qui le laiffent fans rivaux dans ce
genre , eft très-bien exécuté.
ACTE I I I.
Le théâtre repréfente un fallon préparé
pour un bal. Léonore feule commence
l'acte par cet air , dont les paroles charmantes
ne font pas exprimées par la mufique
avec des grâces moins piquantes.
Quand je revois l'objet de mes amours ,
Le temps s'enfuit d'une viteffe extrême ;
Mais , hélas il fufpend fon cours ,
Quand je ne vois plus ce que j'aime,
O temps fervez mieux nos defirs ;
Réparez de l'amour les rigueurs inhumaines
Arrêtez-vous pour fixer les plaifirs ,
Volez pour abréger les peines.
Octave revient encore lui parler d'a
mour.
L'amour feul ( lui dit- il ) peut nous fatisfaire
Le plus doux plaifir eft d'aimer ,
Et le plus fenfible eft de plaire.
186 MERCURE DE FRANCE.
-
Ifabelle , mafquée & déguifée en Vénitien
, paroît avec une troupe de mafques.
Léonore , qui reconnoît en elle l'objet dont
elle eft préoccupée , ne cherche plus qu'à
éloigner Octave . Elle le charge d'aller
avertir Ifabelle que les jeux font prêts.
OCTAVE.
Eh ! pourquoi voulez - vous qu'elle foit de ces jeux?
LÉONORE.
Allez , vous dis - je , je le veux ;
Et ne revenez pas fans elle .
OCTAVE , à part.
Quels foupçons viennent m'agiter !
Demeurons , & fachons s'il s'y faut arrêter.
Ifabelle , en s'amufant de la méprife de
Léonore , continue de lui faire la cour.
Son déguiſement donne lieu aux équivoques
les plus ingénieufes. Léonore l'engage
a fe démafquer , & les refus d'Ifabelle ont
l'air de partir d'une modeftie outrée. Léonore
en prend occafion de l'accufer de ne
vouloir que fe divertir à fes dépens , ce
qu'elle lui fait entendre par ce vers :
Vos refus ne font voir qu'une ardeur bien légère.
JUIN 1768. 187
ISABELLE.
Mon coeur brûle de mille feux ,
La conftance & l'amour y triomphent enſemble.
Non , dans tout l'empire amoureux ,
Vous ne trouverez point d'amant qui me reffemble.
Elle ajoute qu'elle craint qu'Octave ne
la féchiffe , ce qui foutient toujours le
ton d'équivoque dont Léonore eft la dupe .
Elle répond à Iſabelle :
N'êtes-vous pas le feul de qui l'ardeur m'enchante
?
Je voudrois être encor mille fois plus charmante;
Mais je voudrois ne l'être qu'a vos yeux.
Cette scène est terminée par un trèsjoli
duo où elles fe jurent une ardeur
éternelle. Octave , furieux . fe montre dans
le moment & fait à Léonore tous les reproches
que la colère peut dicter.
ISABELL B.
Calmez le tranſport qui vous guide.
Peut-être qu'Isabelle eſt cachée en ces lieux :
Ne rougirez - vous point de montrer à les yeux
Ce défefpoir perfide ?
Octave , outré de fe voir plaifanter par
188 MERCURE DE FRANCE.
un rival , menace de le tuer. Léonore ;
effrayée , veut l'appaifer. Sa colère n'en
devient que plus forte , ce qui oblige Ifabelle
de fe faire reconnoître. En ôtant fon
mafque d'une main , & de l'autre tirant
fon poignard , elle lui dit :
Connois- moi donc , perfide , & frappè , fi tu
l'ofes.
LÉONORE & OCTAVE,
Que vois-je ?
LÉONORE.
Amour ! à quels maux tu m'expoſes !
Elle fort. Ifabelle , reftée feule avec
Octave , ne met plus de bornes à fon dépit.
L'habit qu'elle porte lui infpire un courage
héroïque. De l'air le plus impétueux
& le plus décidé , ollo adreffe ce difcours
à Octave :
Qui te retient , ingrat ? fui ton reffentiment.
Sois mon vainqueur ou ma victime ;
Que l'un de nous périffe en ce moment .
Perfide ! vien combler ton crime ,
Ou recevoir ton châtiment.
Octave ne fait que répondre à ce défi .
Elle prend enfuite un ton plus doux &
JUIN 1768. 189
l'invite à reprendre fes premiers noeuds.
Touché de tant d'amour , il ne peut réfifter
à la flamme qu'il fent renaître pour
elle dans fon coeur. Ils fe réconcilient , &
le bal commence . Ifabelle , Octave & Zerbin
chantent chacun une ariette pendant la
fête , dans laquelle danfent M. Gardel ,
Miles Guimard , & Affelin , avec tous
les applaudiffemens qu'ils font dans
l'habitude de recueillir. MM. Lani &
Dauberval , & Miles Allard & Peflin y
exécutent auffi , en pas de quatre , une
pantomime de Tirrolois . La célébrité des
talens de ces quatre fujets nous difpenfe
d'en faire l'éloge . Le divertiffement eft
terminé par une contredanfe à laquelle fe
joint le pas de quatre ci -deffus.
On peut juger par cet extrait que le
dénouement de ce poëme n'étoit point
affez heureux pour exciter de grands applaudiffemens.
Léonore eft une jeune perfonne
aimable , douce & tendre , dont le
coeur ne fent rien pour Octave , mais s'eſt
laiffé prévenir en faveur d'un objet qui ,
quoique fous le mafque , n'en a pas moins
eu le fecret de lui plaire . N'étant ni fourbe ,
ni coquette , ni fière , ni envieuſe , elle ne
mérite point d'être la victime de la ſupercherie
d'Ifabelle. On ne fauroit non plus
pardonner à celle- ci le tour qu'elle joue à
190 MERCURE DE FRANCE.
"
fon amie. Cette méchanceté détruit tout
l'intérêt que l'on pourroit prendre à l'injure
que lui fait fon amant , & empêche
que l'on ne partage fon bonheur lorfqu'elle
l'a ramené dans fes fers. Octave , de fon
côté , revient à elle dans une circonſtance
très- défavorable. On ne peut lui favoir
gré de l'oubli fubit qu'il fait de Léonore
il femble qu'il ait encore peur du poignard
dont Habelle l'a menacé.
La prompte fuite de Léonore` , en reconnoiffant
Ifabelle , toute naturelle qu'elle
étoit , excitoit toujours des rumeurs. On
a cru devoir remédier à ce défaut en changeant
ainfi le dénouement. On fait refter
Léonore après qu'elle a dit :
Amour à quels maux tu m'expoſes !
Et c'est devant elle qu'Ifabelle dit à
Odave :
Qui te retient , ingrat , &c.
A recevoir ton châtiment,
LÉONORE à ISABELLE.
Qu'un fentiment plus doux déformais vous anime.
Sous ce déguisement vous furprîtes mon coeur;
Pour m'en venger je veux votre bonheur.
( Montrant Octave. )
Rendez-lui votre amour , & mon âme eſt contente.
1
JUIN 1768. 191
OCTAVE À ISABELLE.
Ah ! fuis-je digne encor de vous offrir des voeux ?
ISABELLE.
Je devrois te punir d'avoir trahi més feux ;
Mais je fens malgré moi ma colère mourante,
Rens le calme à mon coeur , reprens tes premiers
noeuds.
Ne vois en moi qu'une fidèle amante ;
N'y vois plus de rival heureux.
OCTAVE.
Tant d'amour pénétre mon âme.
Plus charmé que jamais je tombe à vos genoux ;
Accordez le pardon d'une infidèle flâme ,
A celle dont mon coeur brûle à jamais pour vous.
ISABELLE.
Ah ! je fuis trop heureuſe !
Остаув .
Adorable Ifabelle !
LÉONORE.
Vous m'enchantez par des tranfports fi doux !
Les Interlocuteurs reprennent en trio le
joli duo qu'Isabelle & Léonore ont chanté
192 MERCURE DE FRANCE.
dans la fcène III de cet acte , & que nous
tranfcritons ici.
LÉONORE.
Suivez l'amour qui vous appelle .
ISABELLE à OCTAVE.
Il enchaîne nos coeurs de fes noeuds les plus beaux;
LEONORE.
Que votre ardeur foit éternelle.
ISABELLE & OCTAV E.
Que notre ardeur foit éternelle ,
Et nos plaifirs toujours nouveaux .
Il n'eft pas étonnant que les détails charmans
dont cet ouvrage eft rempli aient féduit
M. Dauvergne à la lecture , & il eſt
très -excufable de s'être aveuglé fur fes défauts
; mais il y a tout lieu d'efpérer que
les beautés de la mufique , plus admirée
de jour en jour , répareront fuffisamment
les torts du Poëte."
Depuis qu'on joue cet opéra , Mile Rofalie
a quitté le rôle de Spinette qu'elle a
chanté avec autant d'agrément & de lége
reté , qu'elle a mis de fineffe & de vérité
dans celui de Léonore , où elle a remplacé
Mlle Beauménil qui a été forcée de quitter
par
JUIN 1768 . 123
་
par une indifpofition qui l'empêche encore
de reparoître.
Mile Ritter a remplacé Mlle Rofaliedans
le rôle de Spinette , & n'a point démenti
le fuccès qu'elle a eu lors de fon
début .
Mlle Dubois , à la feconde repréfentation
, a été remplacée par Mlle Duplan
dans le rôle d'Ifménide ; & M. Larrivée
par MM . Durand & Caffagnade dans celuž
de Zerbin.
Mlle Duranci chante maintenant , avec
beaucoup de fuccès , le rôle d'Iſabelle que
Mde l'Arrivée a quitté pour s'occuper de
celui d'Alcimadure , dont on répéte l'opéra ,
traduit en françois par M. de Mondonville ,
auteur de la mufique , & que
l'on compte
donner mardi7 de ce mois , pour la première
fois.
Fermer
Résumé : OPÉRA.
Le 6 mai, la première représentation de 'La Vénitienne', comédie-ballet en trois actes, a eu lieu. Le poème original de La Motte a été réorchestré par M. d'Auvergne. Initialement, le succès de l'opéra était incertain, mais le public a progressivement apprécié les talents du compositeur. L'opéra, joué pour la première fois en 1705, n'avait pas été repris depuis. Malgré des paroles imparfaites, le fond de l'œuvre a contribué à équilibrer les avis. Le texte met en garde contre le respect excessif des anciennes productions et l'indulgence excessive envers les nouvelles. L'opéra raconte l'histoire d'Isabelle, Léonore, Octave et leurs serviteurs. Léonore regrette d'avoir tardé à céder à l'amour. Isabelle accuse Léonore d'infidélité, mais Léonore explique aimer un inconnu rencontré lors de jeux. Isabelle, déguisée, a séduit cet inconnu, qui est Octave. Spinette, la suivante d'Isabelle, observe Octave et Léonore. Léonore repousse Octave, qui consulte alors la devineresse Isménide. Spinette informe Isabelle des intentions d'Octave. Dans le second acte, Octave et Zerbin, déguisés, se rendent chez Isménide. Zerbin, ivre, tremble face à l'antre de la magicienne. Zerbin s'endort et rêve de spectres et de monstres. Isabelle tente de se suicider mais reconnaît Zerbin avant d'agir. Zerbin révèle qu'Octave consulte Isménide. Isabelle écoute leur conversation. Isménide prononce un oracle prédisant la mort d'Octave s'il ne revient pas à Isabelle. Terrifiés, ils fuient. Isabelle reste seule, espérant que l'amour lui rendra son amant. Dans la pièce, Léonore tente d'éloigner Isabelle d'Octave. Isabelle joue avec les sentiments de Léonore. Octave, jaloux, menace le prétendu rival. Ils se réconcilient et le bal commence avec des danses et des chants. En juin 1768, une pièce montre Octave et Isabelle se réconcilier. Léonore se réjouit de leur réconciliation. Plusieurs changements de distribution sont mentionnés, notamment Mlle Rosalie remplaçant Mlle Ritter dans le rôle de Léonore.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
73
p. 67-69
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
Le succès des Barmécides a été celui de tout Ouvrage dont l'Auteur aura malheureusement [...]
Mots clefs :
Tragédie, Couplets, Succès, Public, Journal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE
FRANÇOISE.
Le fuccès des Barmécides a été celui de
tout Ouvrage dont l'Auteur aura malheu
reufement à combattre la prévention &
l'animofité. Conteſté d'abord, il a depuis
toujours été en croiffant. Cette Tragédie
à chaque repréſentation a été plus fuivie
& plus goutée , en même temps qu'elle
étoit mieux exécutée . Les Acteurs qui
avoient paru troublés à la première repréfentation
, ont repris toute leur force
& déployé tous leurs talens. On connoît ,
depuis long - temps , ceux de Mrs Brizard
& Molé . Je leur dois des remercimens
de leur zèle ; & l'énergie qu'ils ont
mife dans leur jeu a réuni les fuffrages du
public , dont l'expreffion ne pouvoit être
plus marquée : il n'a manqué à Mde. Veftris
qu'un meilleur rôle. A l'égard de M.
de Larive , celui d'Aaron lui fait le plus
grand honneur , & fera certainement une
des époques de fa réputation . Le talent
d'un Acteur ne fe manifefte jamais mieux
MERCURE
que
que dans les rôles nouveaux pour lefquels
il n'y a point de tradition.
La feptième repréfentation dont je viens
d'être témoin au moment où j'écris , auroit
fuffi feule pour me donner le courage
& la force qu'exige le pénible travail de la
révifion d'une Tragédie . Le public plus
nombreux qu'il ne l'avoit encore été , fembloit
par les applaudiffemens les plus vifs
& les plus multipliés , vouloir me confoler
des perfécutions odieufes que j'éprouve
depuis long -temps , & les complaintes , les
fatyres , les farces , &c. prouvent le fuccès
& ne le troublent pas.
Je faifis cette occafion de juftifier M.
Monvel , par un témoignage public , des
foupçons élevés contre lui au fujet des couplets
imprimés dans le Journal de Paris
deux jours après la première repréſentation
des Barmécides. Il m'a très-pofitivement
affuré qu'il n'en étoit point l'Auteur , &
m'a témoigné même le plus grand chagrin
qu'on l'en crut capable. En effet , un
pareil procédé ne s'accorderoit guère avec
fes talens & fes fuccès. Quant à M. Maurine
qui réclame ces couplets , je n'ai point
l'honneur de le connoître ; mais puifqu'il
nous annonce qu'il travaille à une Tragédie
, je le félicite d'être fi gai , & puifqu'il
nous apprend qu'il n'a que dix-fept ans ,
je le félicite de fes grandes connoiſſances ,
DE FRANCE. 69
de fes grandes entrepriſes , & fur-tout de
débuter fi noblement dans la carrière des
Lettres. Il me permet de chanfonner la
première Tragédie qu'il fera , parce que ,
dit-il , il ne fort rien de parfait de la main
des hommes. Je le félicite encore de fon extrême
modeſtie ; mais je lui promets fans
peine de ne jamais faire de couplets contre
les Tragédies. Il fe plaint que les fiens n'ont
pas été mis en entier dans le Journal de
Paris. I eft vrai qu'ils ont généralement
paru trop courts. Pour le dédommager de
cet excès de brièveté & de concifion , je
lui offrirois volontiers d'en inférer une nouvelle
édition dans le Mercure , fi je ne
craignois de faire un tort notable au Journal
de Paris à qui appartient de fondation
tout ce qu'on écrit contre moi , lettre , couplets
, épigramme , conte , allégorie , &c.
Enfin tout ce que ces Meffieurs impriment
journellement & toujours avec la décence ,
l'impartialité , la bonne foi , la justice dont
ils font profeffion , & dont perfonne ne
s'avifera jamais de douter.
FRANÇOISE.
Le fuccès des Barmécides a été celui de
tout Ouvrage dont l'Auteur aura malheu
reufement à combattre la prévention &
l'animofité. Conteſté d'abord, il a depuis
toujours été en croiffant. Cette Tragédie
à chaque repréſentation a été plus fuivie
& plus goutée , en même temps qu'elle
étoit mieux exécutée . Les Acteurs qui
avoient paru troublés à la première repréfentation
, ont repris toute leur force
& déployé tous leurs talens. On connoît ,
depuis long - temps , ceux de Mrs Brizard
& Molé . Je leur dois des remercimens
de leur zèle ; & l'énergie qu'ils ont
mife dans leur jeu a réuni les fuffrages du
public , dont l'expreffion ne pouvoit être
plus marquée : il n'a manqué à Mde. Veftris
qu'un meilleur rôle. A l'égard de M.
de Larive , celui d'Aaron lui fait le plus
grand honneur , & fera certainement une
des époques de fa réputation . Le talent
d'un Acteur ne fe manifefte jamais mieux
MERCURE
que
que dans les rôles nouveaux pour lefquels
il n'y a point de tradition.
La feptième repréfentation dont je viens
d'être témoin au moment où j'écris , auroit
fuffi feule pour me donner le courage
& la force qu'exige le pénible travail de la
révifion d'une Tragédie . Le public plus
nombreux qu'il ne l'avoit encore été , fembloit
par les applaudiffemens les plus vifs
& les plus multipliés , vouloir me confoler
des perfécutions odieufes que j'éprouve
depuis long -temps , & les complaintes , les
fatyres , les farces , &c. prouvent le fuccès
& ne le troublent pas.
Je faifis cette occafion de juftifier M.
Monvel , par un témoignage public , des
foupçons élevés contre lui au fujet des couplets
imprimés dans le Journal de Paris
deux jours après la première repréſentation
des Barmécides. Il m'a très-pofitivement
affuré qu'il n'en étoit point l'Auteur , &
m'a témoigné même le plus grand chagrin
qu'on l'en crut capable. En effet , un
pareil procédé ne s'accorderoit guère avec
fes talens & fes fuccès. Quant à M. Maurine
qui réclame ces couplets , je n'ai point
l'honneur de le connoître ; mais puifqu'il
nous annonce qu'il travaille à une Tragédie
, je le félicite d'être fi gai , & puifqu'il
nous apprend qu'il n'a que dix-fept ans ,
je le félicite de fes grandes connoiſſances ,
DE FRANCE. 69
de fes grandes entrepriſes , & fur-tout de
débuter fi noblement dans la carrière des
Lettres. Il me permet de chanfonner la
première Tragédie qu'il fera , parce que ,
dit-il , il ne fort rien de parfait de la main
des hommes. Je le félicite encore de fon extrême
modeſtie ; mais je lui promets fans
peine de ne jamais faire de couplets contre
les Tragédies. Il fe plaint que les fiens n'ont
pas été mis en entier dans le Journal de
Paris. I eft vrai qu'ils ont généralement
paru trop courts. Pour le dédommager de
cet excès de brièveté & de concifion , je
lui offrirois volontiers d'en inférer une nouvelle
édition dans le Mercure , fi je ne
craignois de faire un tort notable au Journal
de Paris à qui appartient de fondation
tout ce qu'on écrit contre moi , lettre , couplets
, épigramme , conte , allégorie , &c.
Enfin tout ce que ces Meffieurs impriment
journellement & toujours avec la décence ,
l'impartialité , la bonne foi , la justice dont
ils font profeffion , & dont perfonne ne
s'avifera jamais de douter.
Fermer
Résumé : COMÉDIE FRANÇOISE.
La tragédie 'Les Barmécides' a connu un succès croissant, initialement contestée mais de plus en plus appréciée lors des représentations suivantes. Les acteurs Brizard et Molé ont été particulièrement salués, tandis que Madame Vestris aurait mérité un rôle plus avantageux. Monsieur de Larive a excellé dans le rôle d'Aaron, marquant un tournant dans sa carrière. La septième représentation, avec un public nombreux et enthousiaste, a consolidé la confiance de l'auteur malgré les critiques et persécutions. L'auteur défend Monsieur Monvel, injustement accusé d'avoir écrit des couplets critiques dans le Journal de Paris. Monvel a nié ces accusations et exprimé son chagrin. L'auteur félicite également Monsieur Maurine, un jeune auteur de 17 ans travaillant sur une tragédie, pour ses ambitions et sa modestie. Il souligne l'impartialité et la décence du Journal de Paris dans la publication des critiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
74
p. 138-141
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
Le Jeudi 22 Novembre, on a donné la première représentation de la Nouvelle Omphale, [...]
Mots clefs :
Comédie, Conte, Camille, Musique, Floquet, Scène, Mari, Succès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Jeudi 22 Novembre , on a donné la
première repréſentation de la Nouvelle Omphale
, Comédie en trois Actes & en profe ,
mêlée d'ariettes , mufique de M. Floquet.
Prefque tous nos Lecteurs connoiffent ,
fans doute , le Conte de Senécé , qui a pour
Titre : Camille, ou la manière defiler le parfait
Amour. C'est ce Conte agréable , quoiqu'un
pen long , qui a fourni l'idée de la Nou
velle Omphale. Dans le Conte de Senécé , la
Scène fe palle au temps de Charlemagne ;
le mari de Camille eft jaloux ; un enchanteur
lai fait préfent d'une figure de cire blanche ,
dont la couleur doit fe conferver pure f
Camille eft fage , & devenir noire fi elle est
infidelle.
Un étourdi qui fe faifoit connoître ,
Par fes grands airs , pour homme écervelé ,
Et qu'à la Cour on nommoit Petit- Maître ;
Vieux fobriquet qui s'eft renouvelés,
gage tous fes biens contre le mari de Ca
mille , qu'il faura plaire à celle - ci , &
rendre volage. Il part du camp de Charle
DE FRANCE. 139
magne , arrive , fait fa déclaration , fe laiffe
enfermer dans une tour , fous l'efpérance
d'un rendez - vous , y eft retenu & obligé
de filer une quenouille pour n'y pas mou
rir de faim. Après avoir été ainfi joué ,
bafoué & ruiné de tous fes biens , le fat eft
promené dans le camp de Charlemagne une
quenouille au côté . Dans la Comédie dont
nous parlons , la Scène eft placée fous le
règne de Henri IV. Il n'y a ni jaloufie , mi
figure de cire , ni enchanteur , & la punition.
du Petit- Maître n'eft pas , à beaucoup près
auffi dure que dans le Conte , puifqu'il re
vient de fon erreur , fait l'aveu de fes torts ,
continue d'être l'ami de M. de Montandre ,
( c'eft le nom du mari ) & que Camille le
nomine fon Chevalier, Tout ceci excepté ,
la marche de la Comédie eft à peu près celle
du Conte , & il eft trop connu pour que
nous entrions dans des détails plus étendus.
·
Le plus grand reproche que l'on puiffe
faire à l'Auteur de cet Ouvrage , c'eft
d'avoir cherché un fujet qui n'étoit réellement
pas propre au Théâtre , qui n'étoit
fufceptible que d'un très petit intérêt , &
dont le dénouement devoit être tout- à la→
fois brufqué & prévu par le Spectateur. Un
autre reproche affez grave , eft celui qu'ont
fait en général les gens du monde au but, de
cet Ouvrage , qui en effet n'eft point moral.
On a vu avec peine fur la Scène Françoife un
jeune fat arriver chez fon ami , & de fon
propre aveu , dans l'intention de féduire fa
140
MERCURE
femme. Si les moeurs privées deviennent
tous les jours plus mauvaiſes , au moins
faut- il que les moeurs publiques foient
bonnes , ou le paroiffent. Au refte , le
ftyle de cette Comédie eft facile &
naturel , quelquefois un peu négligé ; le
dialogue eft vrai , vif & preffé : en un mot,
on peut préfuiner qu'avec un fujet plus heu
reux l'Anteur auroit eu un fuccès plus
décidé. La mufique fait honneur à M. Floquet
; quoique peut- être on puiffe lui reprocher
un ton trop uniforme. Quelques
morceaux ont de l'efprit & de la grâce. Les
accompagnemens nous ont paru quelque
fois un peu chargés ; mais ils font d'un
très- bon ftyle , & annoncent un Compofiteur
eftimable. Le finálé du fecond Acte a
fait un plaifir univerfel , & nous le regardons
en effet comme un excellent morcean
de mufique. Nous ne finirons pas fans
avoir félicité M. Floquet du courage qu'il a eu
de ne point admettre dans fon orchestre ces
inftrumens bruyans ou aigus que l'on place
par- tout & à propos de tout depuis quel
que temps , & fur l'emploi defquels le charlatanifme
ou la médiocrité fondent une partie
des fuccès qu'ils obtiennent auprès des
ignorans , dont ils eftiment tant les fuffrages.
N. B. Le peu d'efpace qui nous reftoit à
remplir, ne nous a pas permis de parler ici du
Début de M. Larochelle ; nous en parlerons
dans le prochain Mercure , ainfi queda Vieux
Garçon , Comédie en cinq Actes & en vers;
DE FRANCE. 141
repréſentée le 16 de ce mois , avec un fuccès
équivoque.
LE Jeudi 22 Novembre , on a donné la
première repréſentation de la Nouvelle Omphale
, Comédie en trois Actes & en profe ,
mêlée d'ariettes , mufique de M. Floquet.
Prefque tous nos Lecteurs connoiffent ,
fans doute , le Conte de Senécé , qui a pour
Titre : Camille, ou la manière defiler le parfait
Amour. C'est ce Conte agréable , quoiqu'un
pen long , qui a fourni l'idée de la Nou
velle Omphale. Dans le Conte de Senécé , la
Scène fe palle au temps de Charlemagne ;
le mari de Camille eft jaloux ; un enchanteur
lai fait préfent d'une figure de cire blanche ,
dont la couleur doit fe conferver pure f
Camille eft fage , & devenir noire fi elle est
infidelle.
Un étourdi qui fe faifoit connoître ,
Par fes grands airs , pour homme écervelé ,
Et qu'à la Cour on nommoit Petit- Maître ;
Vieux fobriquet qui s'eft renouvelés,
gage tous fes biens contre le mari de Ca
mille , qu'il faura plaire à celle - ci , &
rendre volage. Il part du camp de Charle
DE FRANCE. 139
magne , arrive , fait fa déclaration , fe laiffe
enfermer dans une tour , fous l'efpérance
d'un rendez - vous , y eft retenu & obligé
de filer une quenouille pour n'y pas mou
rir de faim. Après avoir été ainfi joué ,
bafoué & ruiné de tous fes biens , le fat eft
promené dans le camp de Charlemagne une
quenouille au côté . Dans la Comédie dont
nous parlons , la Scène eft placée fous le
règne de Henri IV. Il n'y a ni jaloufie , mi
figure de cire , ni enchanteur , & la punition.
du Petit- Maître n'eft pas , à beaucoup près
auffi dure que dans le Conte , puifqu'il re
vient de fon erreur , fait l'aveu de fes torts ,
continue d'être l'ami de M. de Montandre ,
( c'eft le nom du mari ) & que Camille le
nomine fon Chevalier, Tout ceci excepté ,
la marche de la Comédie eft à peu près celle
du Conte , & il eft trop connu pour que
nous entrions dans des détails plus étendus.
·
Le plus grand reproche que l'on puiffe
faire à l'Auteur de cet Ouvrage , c'eft
d'avoir cherché un fujet qui n'étoit réellement
pas propre au Théâtre , qui n'étoit
fufceptible que d'un très petit intérêt , &
dont le dénouement devoit être tout- à la→
fois brufqué & prévu par le Spectateur. Un
autre reproche affez grave , eft celui qu'ont
fait en général les gens du monde au but, de
cet Ouvrage , qui en effet n'eft point moral.
On a vu avec peine fur la Scène Françoife un
jeune fat arriver chez fon ami , & de fon
propre aveu , dans l'intention de féduire fa
140
MERCURE
femme. Si les moeurs privées deviennent
tous les jours plus mauvaiſes , au moins
faut- il que les moeurs publiques foient
bonnes , ou le paroiffent. Au refte , le
ftyle de cette Comédie eft facile &
naturel , quelquefois un peu négligé ; le
dialogue eft vrai , vif & preffé : en un mot,
on peut préfuiner qu'avec un fujet plus heu
reux l'Anteur auroit eu un fuccès plus
décidé. La mufique fait honneur à M. Floquet
; quoique peut- être on puiffe lui reprocher
un ton trop uniforme. Quelques
morceaux ont de l'efprit & de la grâce. Les
accompagnemens nous ont paru quelque
fois un peu chargés ; mais ils font d'un
très- bon ftyle , & annoncent un Compofiteur
eftimable. Le finálé du fecond Acte a
fait un plaifir univerfel , & nous le regardons
en effet comme un excellent morcean
de mufique. Nous ne finirons pas fans
avoir félicité M. Floquet du courage qu'il a eu
de ne point admettre dans fon orchestre ces
inftrumens bruyans ou aigus que l'on place
par- tout & à propos de tout depuis quel
que temps , & fur l'emploi defquels le charlatanifme
ou la médiocrité fondent une partie
des fuccès qu'ils obtiennent auprès des
ignorans , dont ils eftiment tant les fuffrages.
N. B. Le peu d'efpace qui nous reftoit à
remplir, ne nous a pas permis de parler ici du
Début de M. Larochelle ; nous en parlerons
dans le prochain Mercure , ainfi queda Vieux
Garçon , Comédie en cinq Actes & en vers;
DE FRANCE. 141
repréſentée le 16 de ce mois , avec un fuccès
équivoque.
Fermer
Résumé : COMÉDIE ITALIENNE.
Le 22 novembre, la comédie 'Nouvelle Omphale' a été présentée pour la première fois. Cette œuvre en trois actes et en prose, mêlée d'ariettes, est composée par M. Floquet et s'inspire du conte de Sénèque 'Camille, ou la manière de filer le parfait Amour'. Dans le conte original, Camille, mariée à un homme jaloux, doit prouver sa fidélité à l'aide d'une figure de cire. Dans la comédie, l'action se déroule sous le règne de Henri IV. Le personnage de Petit-Maître tente de séduire Camille mais reconnaît ses erreurs et reste ami avec le mari de Camille, qui le nomme chevalier. Les critiques estiment que le sujet n'était pas adapté au théâtre et manquait d'intérêt. Ils jugent également le but de l'œuvre immoral. Le style est décrit comme facile et naturel, bien que parfois négligé. Le dialogue est vrai, vif et pressé. La musique de M. Floquet est appréciée, notamment le final du second acte. M. Floquet est félicité pour avoir évité les instruments bruyants ou aigus dans son orchestre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
75
p. 90-96
« NOUVEAU Traité d'Architecture-Pratique, concernant la manière de bâtir solidement, avec les [...] »
Début :
NOUVEAU Traité d'Architecture-Pratique, concernant la manière de bâtir solidement, avec les [...]
Mots clefs :
Paris, Prix, Tablettes de bouillon, Auteur, Libraire, Ouvrage, Femmes, Volumes, Broché, Clavecin, Architecture, Observations, Public, Succès, Avantages, Temps, Contes, Figures
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « NOUVEAU Traité d'Architecture-Pratique, concernant la manière de bâtir solidement, avec les [...] »
Novv EAv Traité d'Architecture-Pratique , con>
cernant la manière de bâtir ſoiidement, avec les
Obſervations néceſſaires ſur le choix, la qualités
l'emploi & le prix des matériaux, ſur le ſalaire de
chaque eſpèce d'Ouvriers ; ſuivi d'un Traité de Géo
mé rie, par J. F. Mourcy, Appareilieut, Inſpecteur
& Toiſeur des Bâtimens du Roi. 1 Vol. in - S°.,
avec huit Planchès, Il contient la maçonnerie, char-,
pente, couverture , brique , carrelage , fouille de
terre glaiſe, vuidange, pavés de grès & blocage. .
Cet Ouvrage utile aux Gens de l'Art & aux Par
ticuliers qui ont à conſtruire à neuf ou en répara
tions a été imprimé & p blié au mois d'Avril der
nier; c'eſt à ce moment même que la vente s'en eſt
trouvée tout-à-coup arrêtée par la mort de l'Auteur.
La Perſonne qui eſt reſtée chargée d'en ſuivre le
débit, ayant moins d'égard au profit qu'à l'extrême
utilité dont cet Ouvrage eſt jugé devoir être aux
Élèves d'Architecture, & même aux Quvriers, a cru
devoir le fixer au prix ie plus bas. c'eſt pourquoi elle
prévient le Public que ce Livre continuera de ſe
débiter au prix de 4 liv. broché & ; liv. rclié. A
I, E , F R A N C E. 91
Paris, chez la Veuve de l'Auteur, rue S. Antoine,
au coin de celle de Jouy; chez M. Mareux, & chez
L. Cellot, Imprimeur- Libraire, rue des grands Au
guſtins ; Alexandre Jombert jeune, Libraire, rue
Dauphine, n°. 1 1 6 ; Prauit, quai de Gêvres.
PR é c 1 s de la Prononciation Angloiſe pour les
voyelles ſirples a, e, i, o, u, y, en proſe & en
vers, à l'uſage des Dames, par M. Drobecq, Mem
bre du Muſée de Paris, & Correſpondant du Cercfe
des Philadelphes du Cap François ; Brochure de
16 pages in-8°. A Paris, chez l'Auteur, rue Dau
phine, au Muſée de Paris. -
C'eſt le comrnentcment d'un Ouvrage dont l'Au
teur donnera la ſuite, ſi ce premier Eſſai plaît aux
Amateurs des Langues étrangères.
CoN Frss roN générale de l'année 178 ;, Bro
chure in-16 de 46 pages. A Iſpahan; & ſe trouve à
Paris, chez Buiſſon, Libraire, hôtel de Meſgrigny,
rue des Poitevins. - -
· Le but de cette bagatelle eſt de faire paſſer en
revue ſous la forme d'une Confeſſion faite pour l'an
née 1785, avant de mourir les principaux faits dont
elle a été le témoin. On y trouve des traits d'eſprit
& de gaîté. -
DE s Mºyens de conſerver la ſanté des Blancs &
des Nigres aux Antilles ou climats chauds & humides
de l Amérique.in-8°. A St-Domingue; & ſe trouve à
Paris, chez Méquignon l'aîné, Libraire, rue des
Cordelicrs. - # 1
Cet Ouvrage a été fait ſur les lieux mêmes ; ce
qui eſt un préjugé, pour les obſervations que
rapporte l'Auteur, & pour les méthodes curative1
qu'il indique. -
92 | | | M E R C U R E ,
- rAB L ETTEs de Bouillon, économiques, propres
aux uſages domeſtiques & pour la Marine. A Paris,
chez le ſieur de Lavoiepierre, rue Saint Honoré,
hôtel des Américains. Prix, 8 liv. la livre ou les
trente-deux Tablettes. - -
· On ſait que le ſieur de Lavoiepierre a toujours .
eu pour objet de procurer au Public les comeſtibles
qui peuvent lui être utiles ou agréables, & ſon zèle
induſtrieux a toujours obtenu la confiance du Public.
Ayant reconnu l'utilité des Tablettes de Bouillon, il
s'eſt appliqué à leur fabrication, & ſon ſuccès ne lui
A laiſſoit plus rien à deſirer quant à la qualité; mais le
prix exceſſif auquel il étoit obligé de les vendre, l'a
déterminé à rechercher un pays cu les viandes fuiſent
abondantes, à bas prix & d'une excellente qualité.
Ayant trouvé ces avantages dans le fond du Nord,
il y a formé avec un de ſes Correſpondaiis, à qui il
a ccmmuniqué ſes procédés, un établiſſement pour
-
: -
la compoſiion de ces Tablettes.
Avantages des Tablettes de Bouillon. On peut,
par leur moyen, ſeprocurer en un mom nt, partout
ou l'on ſe trouve, un Bouillon ou un Pota e auſſi
ſain & auſſi agréable que ie Bouillon le mieux fait.
Elles ſoutiennent le paſſage de l'Equat ur, & ſe con
ſervent pluſieurs années en les tenant renfermées &
au ſec dans les b ëtes avec leſquelles on les vend. .
La manière de les employer eſt ſimple & facile. Il
ne s'agit que de me tre une Tablette dc demi-once
pour chaque demi - ſeptier ( ou demie livre) d'eau
bouilante , y ajoutant une pincée de ſel ; on remue
avec la cuiller, & le Bouillon eſt fait. L'on en fait
une ſoupe ou un lºotage à ſa volonté. #
Outre les avantages ci d ſſus, les circonſtances
où ces Tablettes peuvent être utiles ſont à l'infini,
puiſqu'elles peuvent toujours remp'acer le Bouillon,
& † elies ſervent dans bien des cas où le Beuillon
n'eſt pas ſuffiſant.
D E F R A N C E. , 3.
Le Bouillon ordinaire eſt ſouvent foible & plat,
parce qu'on n'y a pas mis aſſez de viande; ou parce
qu'elle n'a pas été cuite aſſe g temps , on y fait
fondre une ou deux de ces Tablettes ; & le Bouillon
reprend du corps & du goût, & c. - -
" Les perſonnes qui en demanderont, voudront bien
joindie à leur lettre en mandat ſur quelque maiſon
à Paris, pour en recevoir le payement. |
TRAITÉ de la Pêche, ou l'Art de ſoumettre les
Poiſſons à l empire de l'homme, par M. Buc'hcz,
Auteur de diff rens Ouvrages économiques, Volume
, in-12. P1ir, 2 liv. broche. A Paris, chez Guillot,
Libraire, rue Saizt Jacques.
SIG e VARr, dédié aux Ames ſenſibles; Roman
traduit de l'Allemand, par M. de Lavaux. A Paris,
chez Volland, Libraire, quai des Auguſtins.
Sigevart, le plus jeune des fils d'un Bailli d'un
petit Vi lage de Souabe, deſtiné dès fa première jeu
neſſe par ſon gcût & la volonté de ſes parens, à la
Profeſſion Religieuſe chez les Capucins de leur Vil
lage, partit de chez lui pour aller faire ſes premières
études à Hambourg : de-là il paſſa dans l'Univerſité
d'Ingolſtad, où il ſe prit d'une vive paſſion pour la
filie d'un Conſeiller auquel il avoit été recommandé:
ce goût lui fit bisetôt oublier ſa première deſtina- .
tion ; il rechercha les moyers de vivre dans le
monde, & de s'unir avec l'objet qui avoit fait naître
& qui partageoit ſon amour. Les divers événemens
que Sigevart épreuva pendant le cours de ſes études,
& le maiheureux ſuccès de ſes amours, le contrai
gnirent de revenir à ſes anciens projets, & à prendre
i'habit de Capucin. On voit qu'il n'y a rien de mer
veilleux dans ce plan. Les divers événemens qui for
ment l'Cuvrage,excitent de temps en temps la cu
rioſité; mais on n'y remarque rien, pas même le
- M E R C U R. E -
: ſtyle, qui puiſſe faire mettre ce Roman au-deſſus de
la claſſe ſi nombreuſe de ceux qui ſe font lire avec
quelque plaiſir, & dont il ne reſte rien dans la mé
moire. • * .
, -
L E s Femmes comme il convient de les voir, ou
Appelgu de ce que les Femmes ont été, de ce qu'elles
ſont & de ce qu'elles pourroient être. A Londres , &
ſe trouve à Paris, paſſage des Jacobins, rue Saint
Jacques. - - -
Les Hommes & les Femmes ont, en ſortant des
mains de la Nature, les mêmes moyens & les mêmes
diſpoſitions, & la ſeule éducation occaſionne les dif
férences qu'il y a entre les deux ſexes : voilà ce que
l'Auteur vcudroit prouver dans la première Partie de
ſon Ouvrage. · · · · · - · s
La deuxième contient la nomenclature de toutes
les Femmes qui ſe ſont rendues célèbres chez les
divers Peuples. - - -
La troiſième préſente l'examen particulier de ce
que les Femmes ſont actuellement en France, & de
ce qu'elics pourroient y être ; er fin l'Auteur propoſe
un Etabliſiement au moyen duquel les Femmes
ſeroient aſſociées à la gloire de leurs maris, & pour
roieñt par conſéquent partager avec eux les Hon
neurs, les Grades, les Cordons, &c. On ſait com
bien on a déjà écrit, & combien on pourroit écrire
encore ſur cette matière, même après avoir lu cet
Ouvrage, qui nous a paru ne contenir aucune
vue nouvelle. Nous croyors d'ailleurs que quel
ques-uns des moyens qu'il propoſe en élevant un
ſexe, humilieroient bien l'autre Il ſeroit plaiſant
· en effet de voir une femme Maréchale de France,
, & décorée du Ccrdon Bleu, tandis que ſon mari
aurcit à peine la Croix de S. Louis. ' ' »
PARIs & la Province, çt, Choix des plus beaux
D E- F R A N C E.' 95
Monumens d'Architecture anciens & modernes ent
France, deſſiné par M. Teſtard, & gravé en cou
leur par J. A. Lecampion, quartier de la Cité, Prix,
6 liv. A Paris, chez l'Auteur , rue Saint Jacques,
n°. 8 , & Leſclapart, Libraire , rue du Rcule,
n°. I I. -
Cette première Livraiſon nous a paru bien exécu
tée, & l'on y lit des explications qui offrent des dé
tails curieux & des obſervations piquantes.
L E Cabinet des Fées, ou Colleciien choiſie dºs
Contes des Fées & autres Cortes merveilleux ornés
de Figures, treizième Livraiſºn, Tomes XXV &
XXVI , contenant les nouveaux Contes Orientaux
· par M le Comte de Caylus , les Contes de Mont
crif, la Reine fantaſque de J. J Rouſſeau, la Belle
& la Bête, & les Veilléesde Theſſalie.
- Cette Collection formera 3 1 Volumes in 8°.,
dont le prix eſt de 3 liv. 12 ſols le Volume broché
avec 3 Planches. -
Le ſuccès qu'elle a obtenu a engagé l'Editeur à
prendre des arrangemens pour une autre Edition en
3 1 Volumes in-12 avec les mêmes Figures de l'in
· 8°., dont le prix eſt de 2 liv. 8 ſols le Volume
broché, & pour une autre Edition en 3 1 Volumes
in 12 ſans Figures, dont le prix eſt de 1 liv. 1 5 ſols
· le Volume broché. Il en paroît actuellement 1 2 Vol.
On s'inſcrit pour les diverſes Editions à Paris,
chez Ci1chet, Libraire-Editeur des OEuvres de le
' Sage & Prévoſt; & à Genève, chez Barde , Mauget
& Compagnie , Imprimeurs-Libraires.
Nota. On prévient M M. les Souſcripteurs qu'il
y aura un Supplément de ſix Volumes qu'on aura
la liberté de prendre ou de laiſſer. Au moyen de ce
· Supplément , la Collectionentière aura 3 6 Volumes
tant in-8°. qu'in - 12, ſans y comprendre un ou
deux Volumes de Notices ſur la Vie des Auteurs.
96 M E R C U R E
: Nvx # Ros 28 à 33 des Feuilles de Terpſychore
pour la Harpe & pour le Clavecin , contenant la
Romance de Nina , &c. Prix, 1 liv. 4 ſols chaque
Cahier. Abonnement pour cinquante-deux Numéros
3o liv. pour chaque Inſtrument. A Paris, chez Cou
ſineau père & fils, Luthiers de la Reine, rue des
Poulies. - - - -
- _ - # # # # # # | | | | | | |
TRro concertant pour le Clavecin , F/ûte &
Alto, par M. A. Kuhn, OEuvre V. Prix, 3 liv.
12 ſols, faiſant le Numéro 3o du Journal-de Pièces
de Clavecin par différens Auteurs. — Trois Sonates
pour le Clavecin , Violon & Violonceile, par M.
Joſeph Hayden, OEuvre XLV, neuvième Livre de
Clavecin. Prix, 7 liv. 4 ſols. — Six Romances &
ſix Rondeaux pour le Piano ou la Harpe, deux
Violons ad libitum , par M. Julien Navoigille,
GEuvre IV. Prix, 7 liv. 4 ſols. A Paris, cbez M.
Boyer, Marchand de Muſique, rue de Richelieu,
ancien Café de Foy, & Mme Lemenu, rue du
Roule, à la Clef d'or.
cernant la manière de bâtir ſoiidement, avec les
Obſervations néceſſaires ſur le choix, la qualités
l'emploi & le prix des matériaux, ſur le ſalaire de
chaque eſpèce d'Ouvriers ; ſuivi d'un Traité de Géo
mé rie, par J. F. Mourcy, Appareilieut, Inſpecteur
& Toiſeur des Bâtimens du Roi. 1 Vol. in - S°.,
avec huit Planchès, Il contient la maçonnerie, char-,
pente, couverture , brique , carrelage , fouille de
terre glaiſe, vuidange, pavés de grès & blocage. .
Cet Ouvrage utile aux Gens de l'Art & aux Par
ticuliers qui ont à conſtruire à neuf ou en répara
tions a été imprimé & p blié au mois d'Avril der
nier; c'eſt à ce moment même que la vente s'en eſt
trouvée tout-à-coup arrêtée par la mort de l'Auteur.
La Perſonne qui eſt reſtée chargée d'en ſuivre le
débit, ayant moins d'égard au profit qu'à l'extrême
utilité dont cet Ouvrage eſt jugé devoir être aux
Élèves d'Architecture, & même aux Quvriers, a cru
devoir le fixer au prix ie plus bas. c'eſt pourquoi elle
prévient le Public que ce Livre continuera de ſe
débiter au prix de 4 liv. broché & ; liv. rclié. A
I, E , F R A N C E. 91
Paris, chez la Veuve de l'Auteur, rue S. Antoine,
au coin de celle de Jouy; chez M. Mareux, & chez
L. Cellot, Imprimeur- Libraire, rue des grands Au
guſtins ; Alexandre Jombert jeune, Libraire, rue
Dauphine, n°. 1 1 6 ; Prauit, quai de Gêvres.
PR é c 1 s de la Prononciation Angloiſe pour les
voyelles ſirples a, e, i, o, u, y, en proſe & en
vers, à l'uſage des Dames, par M. Drobecq, Mem
bre du Muſée de Paris, & Correſpondant du Cercfe
des Philadelphes du Cap François ; Brochure de
16 pages in-8°. A Paris, chez l'Auteur, rue Dau
phine, au Muſée de Paris. -
C'eſt le comrnentcment d'un Ouvrage dont l'Au
teur donnera la ſuite, ſi ce premier Eſſai plaît aux
Amateurs des Langues étrangères.
CoN Frss roN générale de l'année 178 ;, Bro
chure in-16 de 46 pages. A Iſpahan; & ſe trouve à
Paris, chez Buiſſon, Libraire, hôtel de Meſgrigny,
rue des Poitevins. - -
· Le but de cette bagatelle eſt de faire paſſer en
revue ſous la forme d'une Confeſſion faite pour l'an
née 1785, avant de mourir les principaux faits dont
elle a été le témoin. On y trouve des traits d'eſprit
& de gaîté. -
DE s Mºyens de conſerver la ſanté des Blancs &
des Nigres aux Antilles ou climats chauds & humides
de l Amérique.in-8°. A St-Domingue; & ſe trouve à
Paris, chez Méquignon l'aîné, Libraire, rue des
Cordelicrs. - # 1
Cet Ouvrage a été fait ſur les lieux mêmes ; ce
qui eſt un préjugé, pour les obſervations que
rapporte l'Auteur, & pour les méthodes curative1
qu'il indique. -
92 | | | M E R C U R E ,
- rAB L ETTEs de Bouillon, économiques, propres
aux uſages domeſtiques & pour la Marine. A Paris,
chez le ſieur de Lavoiepierre, rue Saint Honoré,
hôtel des Américains. Prix, 8 liv. la livre ou les
trente-deux Tablettes. - -
· On ſait que le ſieur de Lavoiepierre a toujours .
eu pour objet de procurer au Public les comeſtibles
qui peuvent lui être utiles ou agréables, & ſon zèle
induſtrieux a toujours obtenu la confiance du Public.
Ayant reconnu l'utilité des Tablettes de Bouillon, il
s'eſt appliqué à leur fabrication, & ſon ſuccès ne lui
A laiſſoit plus rien à deſirer quant à la qualité; mais le
prix exceſſif auquel il étoit obligé de les vendre, l'a
déterminé à rechercher un pays cu les viandes fuiſent
abondantes, à bas prix & d'une excellente qualité.
Ayant trouvé ces avantages dans le fond du Nord,
il y a formé avec un de ſes Correſpondaiis, à qui il
a ccmmuniqué ſes procédés, un établiſſement pour
-
: -
la compoſiion de ces Tablettes.
Avantages des Tablettes de Bouillon. On peut,
par leur moyen, ſeprocurer en un mom nt, partout
ou l'on ſe trouve, un Bouillon ou un Pota e auſſi
ſain & auſſi agréable que ie Bouillon le mieux fait.
Elles ſoutiennent le paſſage de l'Equat ur, & ſe con
ſervent pluſieurs années en les tenant renfermées &
au ſec dans les b ëtes avec leſquelles on les vend. .
La manière de les employer eſt ſimple & facile. Il
ne s'agit que de me tre une Tablette dc demi-once
pour chaque demi - ſeptier ( ou demie livre) d'eau
bouilante , y ajoutant une pincée de ſel ; on remue
avec la cuiller, & le Bouillon eſt fait. L'on en fait
une ſoupe ou un lºotage à ſa volonté. #
Outre les avantages ci d ſſus, les circonſtances
où ces Tablettes peuvent être utiles ſont à l'infini,
puiſqu'elles peuvent toujours remp'acer le Bouillon,
& † elies ſervent dans bien des cas où le Beuillon
n'eſt pas ſuffiſant.
D E F R A N C E. , 3.
Le Bouillon ordinaire eſt ſouvent foible & plat,
parce qu'on n'y a pas mis aſſez de viande; ou parce
qu'elle n'a pas été cuite aſſe g temps , on y fait
fondre une ou deux de ces Tablettes ; & le Bouillon
reprend du corps & du goût, & c. - -
" Les perſonnes qui en demanderont, voudront bien
joindie à leur lettre en mandat ſur quelque maiſon
à Paris, pour en recevoir le payement. |
TRAITÉ de la Pêche, ou l'Art de ſoumettre les
Poiſſons à l empire de l'homme, par M. Buc'hcz,
Auteur de diff rens Ouvrages économiques, Volume
, in-12. P1ir, 2 liv. broche. A Paris, chez Guillot,
Libraire, rue Saizt Jacques.
SIG e VARr, dédié aux Ames ſenſibles; Roman
traduit de l'Allemand, par M. de Lavaux. A Paris,
chez Volland, Libraire, quai des Auguſtins.
Sigevart, le plus jeune des fils d'un Bailli d'un
petit Vi lage de Souabe, deſtiné dès fa première jeu
neſſe par ſon gcût & la volonté de ſes parens, à la
Profeſſion Religieuſe chez les Capucins de leur Vil
lage, partit de chez lui pour aller faire ſes premières
études à Hambourg : de-là il paſſa dans l'Univerſité
d'Ingolſtad, où il ſe prit d'une vive paſſion pour la
filie d'un Conſeiller auquel il avoit été recommandé:
ce goût lui fit bisetôt oublier ſa première deſtina- .
tion ; il rechercha les moyers de vivre dans le
monde, & de s'unir avec l'objet qui avoit fait naître
& qui partageoit ſon amour. Les divers événemens
que Sigevart épreuva pendant le cours de ſes études,
& le maiheureux ſuccès de ſes amours, le contrai
gnirent de revenir à ſes anciens projets, & à prendre
i'habit de Capucin. On voit qu'il n'y a rien de mer
veilleux dans ce plan. Les divers événemens qui for
ment l'Cuvrage,excitent de temps en temps la cu
rioſité; mais on n'y remarque rien, pas même le
- M E R C U R. E -
: ſtyle, qui puiſſe faire mettre ce Roman au-deſſus de
la claſſe ſi nombreuſe de ceux qui ſe font lire avec
quelque plaiſir, & dont il ne reſte rien dans la mé
moire. • * .
, -
L E s Femmes comme il convient de les voir, ou
Appelgu de ce que les Femmes ont été, de ce qu'elles
ſont & de ce qu'elles pourroient être. A Londres , &
ſe trouve à Paris, paſſage des Jacobins, rue Saint
Jacques. - - -
Les Hommes & les Femmes ont, en ſortant des
mains de la Nature, les mêmes moyens & les mêmes
diſpoſitions, & la ſeule éducation occaſionne les dif
férences qu'il y a entre les deux ſexes : voilà ce que
l'Auteur vcudroit prouver dans la première Partie de
ſon Ouvrage. · · · · · - · s
La deuxième contient la nomenclature de toutes
les Femmes qui ſe ſont rendues célèbres chez les
divers Peuples. - - -
La troiſième préſente l'examen particulier de ce
que les Femmes ſont actuellement en France, & de
ce qu'elics pourroient y être ; er fin l'Auteur propoſe
un Etabliſiement au moyen duquel les Femmes
ſeroient aſſociées à la gloire de leurs maris, & pour
roieñt par conſéquent partager avec eux les Hon
neurs, les Grades, les Cordons, &c. On ſait com
bien on a déjà écrit, & combien on pourroit écrire
encore ſur cette matière, même après avoir lu cet
Ouvrage, qui nous a paru ne contenir aucune
vue nouvelle. Nous croyors d'ailleurs que quel
ques-uns des moyens qu'il propoſe en élevant un
ſexe, humilieroient bien l'autre Il ſeroit plaiſant
· en effet de voir une femme Maréchale de France,
, & décorée du Ccrdon Bleu, tandis que ſon mari
aurcit à peine la Croix de S. Louis. ' ' »
PARIs & la Province, çt, Choix des plus beaux
D E- F R A N C E.' 95
Monumens d'Architecture anciens & modernes ent
France, deſſiné par M. Teſtard, & gravé en cou
leur par J. A. Lecampion, quartier de la Cité, Prix,
6 liv. A Paris, chez l'Auteur , rue Saint Jacques,
n°. 8 , & Leſclapart, Libraire , rue du Rcule,
n°. I I. -
Cette première Livraiſon nous a paru bien exécu
tée, & l'on y lit des explications qui offrent des dé
tails curieux & des obſervations piquantes.
L E Cabinet des Fées, ou Colleciien choiſie dºs
Contes des Fées & autres Cortes merveilleux ornés
de Figures, treizième Livraiſºn, Tomes XXV &
XXVI , contenant les nouveaux Contes Orientaux
· par M le Comte de Caylus , les Contes de Mont
crif, la Reine fantaſque de J. J Rouſſeau, la Belle
& la Bête, & les Veilléesde Theſſalie.
- Cette Collection formera 3 1 Volumes in 8°.,
dont le prix eſt de 3 liv. 12 ſols le Volume broché
avec 3 Planches. -
Le ſuccès qu'elle a obtenu a engagé l'Editeur à
prendre des arrangemens pour une autre Edition en
3 1 Volumes in-12 avec les mêmes Figures de l'in
· 8°., dont le prix eſt de 2 liv. 8 ſols le Volume
broché, & pour une autre Edition en 3 1 Volumes
in 12 ſans Figures, dont le prix eſt de 1 liv. 1 5 ſols
· le Volume broché. Il en paroît actuellement 1 2 Vol.
On s'inſcrit pour les diverſes Editions à Paris,
chez Ci1chet, Libraire-Editeur des OEuvres de le
' Sage & Prévoſt; & à Genève, chez Barde , Mauget
& Compagnie , Imprimeurs-Libraires.
Nota. On prévient M M. les Souſcripteurs qu'il
y aura un Supplément de ſix Volumes qu'on aura
la liberté de prendre ou de laiſſer. Au moyen de ce
· Supplément , la Collectionentière aura 3 6 Volumes
tant in-8°. qu'in - 12, ſans y comprendre un ou
deux Volumes de Notices ſur la Vie des Auteurs.
96 M E R C U R E
: Nvx # Ros 28 à 33 des Feuilles de Terpſychore
pour la Harpe & pour le Clavecin , contenant la
Romance de Nina , &c. Prix, 1 liv. 4 ſols chaque
Cahier. Abonnement pour cinquante-deux Numéros
3o liv. pour chaque Inſtrument. A Paris, chez Cou
ſineau père & fils, Luthiers de la Reine, rue des
Poulies. - - - -
- _ - # # # # # # | | | | | | |
TRro concertant pour le Clavecin , F/ûte &
Alto, par M. A. Kuhn, OEuvre V. Prix, 3 liv.
12 ſols, faiſant le Numéro 3o du Journal-de Pièces
de Clavecin par différens Auteurs. — Trois Sonates
pour le Clavecin , Violon & Violonceile, par M.
Joſeph Hayden, OEuvre XLV, neuvième Livre de
Clavecin. Prix, 7 liv. 4 ſols. — Six Romances &
ſix Rondeaux pour le Piano ou la Harpe, deux
Violons ad libitum , par M. Julien Navoigille,
GEuvre IV. Prix, 7 liv. 4 ſols. A Paris, cbez M.
Boyer, Marchand de Muſique, rue de Richelieu,
ancien Café de Foy, & Mme Lemenu, rue du
Roule, à la Clef d'or.
Fermer
Résumé : « NOUVEAU Traité d'Architecture-Pratique, concernant la manière de bâtir solidement, avec les [...] »
Le document présente plusieurs ouvrages et publications variés. Le 'Traité d'Architecture-Pratique' de J. F. Mourcy, publié en avril, traite des techniques de construction, des matériaux utilisés et des salaires des ouvriers. La vente de cet ouvrage a été interrompue par le décès de l'auteur, mais il reste disponible à un prix réduit pour son utilité auprès des élèves et des ouvriers. Le 'Précis de la Prononciation Angloise' de M. Drobecq est un guide destiné aux dames pour maîtriser les voyelles simples en prose et en vers. La 'Confession générale de l'année 1785' est une brochure humoristique qui récapitule les événements marquants de cette année. L'ouvrage 'Des Moyens de conserver la santé des Blancs & des Nigres aux Antilles' repose sur des observations locales. Les 'Tablettes de Bouillon' de Lavoiepierre sont des produits économiques et pratiques pour préparer rapidement du bouillon, utiles en voyage ou en cuisine. Le 'Traité de la Pêche' de M. Buc'hcz explore l'art de capturer les poissons. Le roman 'Sigevart', traduit de l'allemand par M. de Lavaux, raconte l'histoire d'un jeune homme destiné à la vie religieuse mais qui tombe amoureux et choisit une autre voie, avant de revenir à ses intentions initiales pour devenir capucin. L'ouvrage 'Les Femmes comme il convient de les voir' examine les différences entre les sexes, attribuées à l'éducation, et propose une nomenclature des femmes célèbres ainsi qu'un établissement où les femmes partageraient les honneurs et les grades avec leurs maris, une idée jugée controversée. Le texte mentionne également des publications sur l'architecture française, une collection de contes des fées, et diverses partitions musicales pour harpe et clavecin, avec des détails sur les prix et les éditeurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer