CHANSON EN
DIALOGUE.
A
Le Paysan.
H voici bian d'une autre affaire .
Et j'allons voir un biau fracas ;
Il n'eft , ma foi , rien für la terre
A comparer à STANISLAS ;
Aufli l'on s'écrie ,
D'une ame ravie ,
Dès qu'on en parle , ou qu'on le voit
C'eſt un grand Roi , c'eſt un bon Roi !
Le
Citoyen .
Eft-il un feul trait dans l'Hiftoire
Semblable à cet événement !
Un Roi confacre la mémoire
D'un autre Roi de fon vivant :
Dans fa capitale ,
Lui-même il l'inſtale ,
Sur l'airain il grave la foi ,
Qu'on doit au Roi , qu'on doit au Roi.
Le
Paysan.
Palfangué , le joli vacarme !
Quand monté fur un biau cheval ,
En habit d'or le zéro d'arme
Entonnera le chant Royal !
Déja
JANVIER . 1756. 73
Déja l'on s'écrie ,
D'une ame ravie ,
Vive le Roi , vive le Roi ,
Vive le Roi , vive le Roi !
Le Citoyen.
On bat aux champs , le Roi s'avance :
La joie eft peinte fur fon front ;
Tout s'embellit par la préfence ,
Et tout retentit de fon nom ;
La France attendrie ,
L'Europe ravie ,
Le monde entier dit comme moi :
C'eſt un grand Roi , c'eſt un bon Roi.
Le Paysan.
J'aimons d'entendre la fanfare
De la trompette & du tambour ,
Moufquets , canons , qual tintamare !
Allons , crions à notre tour ,
D'une ame ravie ,
D'une ame attendrie ,
Vive le Roi , vive le Roi !
"
Oh le grand Roi ! oh le bon Roi !
Le Citoyen.
Au nom de l'heureuſe Auftrafie ,
Nos Magiftrats vont dignement
Faire au pere de la Patrie
Un folemnel remerciment
II.Vol. D
74
MERCURE DE FRANCE.
D'une ame ravie ,
Comme eux l'on s'écrie ,
Qu'il eft doux de fuivre la loi
De ce grand Roi , de ce bon Roi !
Le Paysan.
Par refpect tous nos gens de guerre
Baiffont devant lui leurs drapiaux ,
Et nous , ne fçachant comment faire ,
Je jettons en l'air nos chapiaux ;
D'une ame ravie ,
D'une ame attendrie ,
Tout chacun crie ainfi
que
Vive le Roi , vive le Roi !
moi ;
Le Citoyen.
(1) De notre docte Académie ,
Je vois l'un & l'autre Orateur ,
Avec une grace infinie ,
Plaire à l'efprit , parler au coeur ,
Auffi l'on s'écrie
D'une ame ravie ,
( 1 ) M. le Comte de Breffey , Meftre de Camp de
Cavalerie , ancien Capitaine des Gardes du Corps,
Directeur actuel de la Société Royale de Nanci ,
harangua le Roi au nom de la Compagnie.
M. le Comte de Treffan , Lieutenant Général
des Armées du Roi , prononça le Diſcours relatif
à la folemnité de la Dédicace . Ce Diſcours eft im
primé dans le Mercure précédent .
JANVIER. 1756. 75
Tous enſemble , & tous d'une voix,
Ainfi l'on doit parler aux Rois !
Le Paysan.
Que notre Gendre a bonne mine ,
Sur fon pié d'étal tout mâbré :
Du haut de fa gloire il domine
Où fon biau pere eſt adoré ;
Auffi l'on s'écrie
D'une ame ravie ,
En bon Lorrains , en vieux Gaulois ,'
Vivent nos Rois , vivent nos Loir !
Le Citoyen.
Quelle touchante fymphonie !
J'entens les vieillards , les enfans ,
Joindre leurs voeux à l'harmonie
Des plus beaux fons , des plus doux chants ;
Leur ame ravie ,
Leur ame attendrie
Chante les plus chéris des Rois ,
Tous d'une voix , tous d'une voix.
Le Payfan.
L'allégreffe feroit parfaite ,
Si les deux Rois étion préfan ,
Ne pouvant être de la fête ,
LOUIS envoy fon Régiman ;
Auffi l'on s'écrie ,
D'une ame ravie ,
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Tout comme aux champs de Fontenoi ,
Vive le Roi , vive le Roi !
Le Citoyen.
Pour faire aimer dans tous les âges ,
Le doux empire des Titus ,
En bronze on grave leurs images ,
Leurs noms , leurs bienfaits , leurs vertus ;
C'eft fur ce modèle ,
Qu'aujourd'hui le zèle
Grave les traits de notre Roi ,
De ce grand Roi , de ce bon Roi.
Le Paysan.
Sur un biau tiatre en dorures ,
J'ons vu des Dames , des Monfieux ;
Qui danfiont comme des peintures ,
Qui difcouriont , on ne peut mieux ;
D'une ame ravie ,
D'une ame attendrie ,
Tretous difiont de notre Roi ,
C'est un grand Roi , c'eſt un bon Roi ,
Le Citoyen.
Il retrace le caractere
De tous nos Princes bienfaifans ;
La Patrie en lui trouve un pere ,
Tous les fujets font fes enfans :
Auffi l'on s'écrie ,
D'une ame attendrie ,
JANVIER. 1756. 77
Qu'un peuple est heureux fous la loi
D'un fi bon Roi , d'un fi bon Roi !
Le Paysan.
Morgué , c'eft un grand politique ,
Je fons heureux , il eſt content :
Pour cela voici fa rubrique ,
Il a nos coeurs , j'ons fon argent ;
Auffi chacun crie ,
D'une ame ravie ,
Que béni foit notre bon Roi !
C'eft un vrai Roi , c'eſt ´un vrai Roi
Le Citoyen.
(1 )Faut-il parler , faut-il écrire
Faut-il converfer finement .?
Tout ce qui vient de lui refpire
L'efprit , le gout , le fentiment ;
Auffi Pon s'écrie ,
D'un ame ravie ,
Qu'il penfe en fage , & parle en Roi !
L'habile Roi , l'aimable Roi !
Le Paysan.
J'avons compté ( chofe incroyable )
( z ) J'avons compté cent bâtimens ,
(1) Voyez la voix libre du Citoyen , le Difcours
d'un anonyme à la Société Royale de Nancy , la Réfutation
du Citoyen de Genève , c.
(2) Il y a ici une erreur de calcul dans le comp.
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
Très-vaftes , d'un gout admirable ,
Finis & payés dans trois ans ;
Auffi l'on s'écrie ,
Eft- ce par magie ,
Que l'on voit tout ce que l'on voit ?
Le riche Roi , qu'un ſage Roi !
Le Citoyen.
1
(1 ) C'est lui , qui de ces édifices ,
Fit les defleins , traça les plans ;
Ce n'est que d'après les efquiffes ,
Qu'on vit éclorre les talens :
Auffi l'on s'écrie ,
Quoi ! juſqu'au génie ,
Jufqu'aux Arts il donne la loi ?
C'eft plus qu'un Roi , c'est plus qu'un Roi.
Le Payfan.
Jarni , l'on dit qu'il eft Chimiste ,
( 2 ) Tout ce qu'il fait eft furprenant ,
te du Payfan , car on ne compte que quatre-vinge
dix-neuf Edifices nouvellement conftruits par le
Roi , même en y comprenant les deux nouvelles
Portes de la Ville , les deux Arcs de triomphe &
les Bâtimens pour loger tous les Officiers de la
Garniſon.
(1 ) C'eft le Roi de Pologne qui conçut l'idée
& donna de fa main l'Efquiffe du Kiofque & du
Treffle de Luneville , du Château & du Sallon de
Chanteux , du Pavillon Royal & du Pont de Commercy.
(2) Voyez le Rocher organique & hydrauliJANVIER.
1756. 79
Qu'avec l'Artifte il eft Artiste ,
Qu'il boute à quia le Sçavant ;
Auffi fans envie ,
Chacun d'eux s'écrie ,
Certe , il en fçait plus long que moi !
En tout , ma foi , c'eſt un grand Roi !
Le Citoyen.
Mais quel éclat ! mille fufées
Changent la nuit en un beau jour !
En foleils , en pluie , en trophées ,
Des feux renaiffent tour à tour ;
Auffi l'on s'écrie ,
D'une ame ravie ,
Tout brille au gré de notre Roi ,
De ce grand Roi , de ce bon Roi!
Le
Paysan.
Pargoy , j'ons fait bonne jornée ,
Sans travailler , j'ons de l'argent ;
Ils le jetiont à la poignée ;
J'ons attrapé dix écus blan ,
Çà , chantons victoire ,
Voici de quoi boire :
Buvons à la fanté du Roi ,
De ce grand Roi , de ce bon Roi.
que de Luneville , le Bateau de nouvelle conftruction
, qui par le moyen du feu remonte les Rivieres
, les diverfes machines pour varier la chute des
eaux & faciliter l'élévation des poids.
Div
To
MERCURE DE FRANCE
Le
Citoyen.
Que l'arbitre des deſtinées ,
Veille fur fes précieux jours !
Et qu'aux dépens de nos années ,
Il en prolonge l'heureux cours !
D'une ame ravie ,
Que long- tems on crie ,
Dans la Lorraine & le Barrois ,
Vivent nos Rois , vivent nos Rois !
Le Paysan.
Vive la France & la Lorraine !
Vive LOUIS plus de cent ans !
Vive la chere & digne Reyne !
Ses enfans & petits enfans !
Le
Citoyen.
D'une ame attendrie , "
Le Paysan.
D'une ame ravie ,
Le
Citoyen.
Chantons ,
Le Paysan.
Crions ,
Les deux
enfemble.
Tous à la fois ,
Vivent nos Rois , vivent nos Rois ↓