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1
p. 159-175
EPITRE CHAGRINE, AU R. P. de la Chaise.
Début :
Des marques de pieté aussi éclatantes que celles dont je / Sous le debris de vos attraits [...]
Mots clefs :
Coeur, Dévots, Imposteurs, Intérêt, Hypocrite, Louis, Péché, Cabale, Débauche, Ciel
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE CHAGRINE, AU R. P. de la Chaise.
Des marques de picté auffi
éclatantes que celles dont je
viens de vous parler, font d'une grande édification pour
les peuples. Heureux qui ne
les donne point par hypocrific , & qui eft dans l'ame
ce qu'il paroiſt au dehors . Si
ceux qui ont le cœur veritablement touché des veritez
que la Religion nous enfei-
160 MERCURE
gne font tres eftimables , il
n'y a rien de plus dangereux
que les faux Deyors , qui
n'ayant en veuë que leurs interefts , font feulement pieux
par grimace , & trouvent l'art
de faire fervir à leurs paffions
les apparences trompeufes
qu'ils employent pour perfuader que l'Esprit de Dieu regle
leur conduite. Vous verrez
leur caractere admirablement
dépeint dans l'excellent Ouvrage que vous allez lite . Il
eft de l'Illuftre Madame des
Houlieres , que la beauté de
fes Vers , & le tour heureux
GALANT. 161
& delicat qu'elle donne à fes
penfées , mettent au deffus de
toute loüange.
SS22222252 SSE2527
EPITRE CHAGRINE,
Au R. P. de la Chaife.
SONSOus le debris de vos attraits
Voulez- vous demeurer toujours enfe--
velie ?
M'aditquelqu'un , d'un nom quepar
raifon je tais ,
Qui s'est imaginé que mamélancolie
Vient moins d'une fanté dés longtemps affaiblie,
Que du reproche amer qu'en fecres
je me fais ,
Mars 1692
162 MERCURE
De n'eftre plus affezjolie
Pourfaire naiftre encor quelque tendre folie
Frivole honneur , fur quòy je ne
comptayjamais.
2
Apprenez , me difoit ce quelqu'un
Anonime ,
Que lorsque ce qu'on ade beau
Eftdu ou des maux devenu la temps victime ,
Il faut , pour acquerir une nouvelle
eftime,
Se faire un merite nouveau;
Que c'eft ne vivre plus que de vi.
vre inutile;
?
Qu'ilfaut dans quelque rang
qu'onfait,
Que jusqu'au dernierjour une perJonne babile
Tienne au monde par quelque endroit.
GALANT. 163
Vous nerépondez point ! d'où vient
voftrefilence?
Il vient , luy dis-je alors exprés pour
découvrir
où tendoit cette belle &fage remontrance.
De ce qu'en moy-mefmeje pense
Quel merite nouveau je pourrois ac--
querir.
Je n'en vois points tant jefuis
fotte.
Abus , s'êcria-t-il ! bé, devenez devote.
Ne le devient-on pas à la ville , à la
Cour?
Moy devote ! qui moy ?m'écriay-je à
mon tour
L'efprit bleßé d'un terme employé
d'ordinaire
Lors que d'un Hypocrite onparle avic
détour?
Oij
164 MERCURE
Ony , vous, repliqua-t-il ; vous ne
Scauriez mieux faire
De la devotion ayez moins defrayeur.
Elle eft rude pour le vulgaire,
Mais pour nous il ne faut qu'un peu
d'exterieur.
Allez pourfoutenir le devot caractere,
Il n'en coutera pas beaucoup à vostre
cœur. 2
Tout ce que la fortune a pour vous.
d'injustices
Par là pourroitfe réparer.
·Regardez vos Parens vieillir fans
Benefices.
Songez qu'à voftre Epoux cinquante
ans defervices
N'ont encor pû rien procurer;
Qu'un tas de Creanciers à votre
portegronde,
Et que chez les Devots , biens , honneurs. tout abonde.
GALANT. 165
Que la mode eftpour eux , & peus
longtemps durer,
Et qu'outre ces raisons fur quoy cha
cunfe fonde,
Vous aurez droit de cenfurer
Les actions de tout le monde.
S
Allons doucement, s'il vousplaift,,
Luy dis-je , &fupposé qu'à vos leçonsfidelle
Fe prenne aux jeux du monde une
forme nouvelle
Par une raifon d'intereft ,
LOVIS , éclairé comme il eft,
Quoy que vous vfiezmepromettre,
Connoiftra ma fourbe; il penetre
Au delà de ce qui paroift.
Aquoy m'aura fervy, ma devote grimace,
Qu'à m'en faire moins eftimer;
Malheur dont la fimple menace.
166 MERCURE
Plus
quela mort peut m'alarmer?
S
Quand, me repliqua-t- il , on eft à
voftre place ,
Il nefautpas avoir tant de précaution ;
Mais dûtpour vous lefort-ne changer
point deface,
Certain air de devotion ,
Lorsque l'on n'estplusjeune , a toû→
jours bonne grace;
Redoublez votre attention.
Voyez quel privilege au noftre peut
atteindre.
Avec des mots choifis auffi doux que
le miel;
Sur les gens d'un merite à craindre
on répand àgrandsflots lefiel.
On peut impunément pour l'intereft
du Ciel
Eire dur, fe vanger ,faire des injufti
ces.
GALANT. 167.
Tout n'eft pour les Devots quepeché
veniel.
Nous fçavons en vertu transformer
tous les vices ,
De ladevotion c'est là l'effentiel.
2
Taifez- vous , Scelerat , m'écriay-je
irritée ,
Tout commerce eft fini pour jamais.
entre nous.
Fen aurois avec un Athée,
Millefois pluftoft qu'avec vous.
Mais tandis qu'en difcours ma colere
s'exhale ,
Ce faux, ce dangereux Ami ,
Sort de mon cabinet , traverse cham
bre &falle
D'un air brufque & confus , d'un
pas mal affermi ,
Et me laiffe une horreur , qu'aucune
horreur n'égale.
168 MERCURE
Ah ! c'est unDevot de cabale,
Mais qui ne fait encor fon mestier
qu'à demi.
Il faut de l'art au choix des raiſons
qu'on eftale.
Auffi les habiles Devots
Selon lesgens ont leur morale ,
Et nefe livrentpas ainfimalàpropos,
2
Qu'ilsfont à redouter ! Sur une bagatelle
Leurdonne-t- on le moindre ennui,
Leur vangeance est toujours cruelle.
On n'apoint avec eux de legere querelle..
Fafche-t-on un Devot , c'eft Dien
qu'on fafche en luy.
Ces Apoftre du temps , qui des premiers Apoftres
Nenousfontpoint r effouvenir,
Pardonnent
GALANT.. 169
Pardonnent bien moins que nous
autres.
Contr'eux vent-onfe maintenir,
Empefcher qu'à leurs biens ils ne
joignent les noftres ,
C'est une impieté qu'on ne peut trop
punit.
De la Religion c'est ainsi qu'ils fe
joüent ,
Ils ont un air pieux répandu fur le
front
Que leurs actions defavouënt ,
Ils fontfauxen tout ce qu'ilsfont.
2
Le mestierde Devot, ou plustoft d'Hypocrite,
Devient presque toujours la reſource
des
gens,
Qu'une longue débauche a rendus.
indigens;
Des. Femmes que là beauté quitte ,
Mars 1692 P
170 MERCURE
Ou qui d'un mauvais bruit n'ontpú
Sepreferver,
Dés
Et de ceux qui pour s'élever
N'ont qu'un mediocre merite.
que du Cagotifme on fait profeffion,
De tout ce qu'on a fait la memoire
s'efface.
C'eft fur la réputation
Un excellent vernis qu'on paffè.
Sijepouvois trouver d'affe noires
couleurs ,
Que j'aimerais à faire une fidelle
image
Du fondde leurs perfides cœurs,
Moy qui hais le fard dans les
mœurs
Encor plus quefurle visage,
Et quifçais tous les tours que mettent
en usage
Nosplus celebres impoßicurs !
GALANT. 171
Quelplaifir pourmoy! quellejoye,
De demafquer ces fcelerats ,
Aquile vray merite eft tous lesjours
en proye
Et qui pour l'accabler par une feure
voye
De l'intereft du Ciel couvrent leurs
attentats !
2
Mais, me pourradire un Critique,
Voftre efprit s'égare , arrestez
Quandpour les faux Devots voftre
haine s'explique,
Songez bien contre vous quelles gens
vous mettez.
Pour affaiblir les coups quefur eux
vous portez ,
Ils vous peindront au Roy comme
une libertine.
Je fremisdes ennuis que vous vous
appreftez.
Pij
172 MERCURE
Croyez- moy, contre vous que rien ne
les chagrine.
2
Non, non, dirois-je à ce Cenfeur,
Je fuis leur ennemie , &fais gloire
de l'eftre ,
Et s'ils ofoientfur moy répandre leur
noirceur ,
Quelque Ouvrage pourroit paroi
Stre,
Où je les traiterois avec moins de
douccur ,
Etpar leurs noms enfinje les ferois
connoiftre.
Hé quoy donc,parce que le Roy
Detoutes les vertus donne de grands
exemples,
Quepieux , charitable , affidu dans
nosTemples ,
Il aime le Seigneur , lefert de bonne
foy›
GALANT. 173
Que pour les interests il foûtiens
feul la guerre,
Qu'il a planté la Croix aux deux
bouts de la terre ,
Et
que des libertins il fut toujours
l'effroy ,
On n'ofera parler contre les Hypocrites ?
Hé, qu'ont-ils de commun avec un
un tel Heros ?
Cenfeur , fur ce que vous me dites
Fay Sprit dans un plein repos.
2
Ovous, qui de Louis heureux &facré guide ,
Luy difpenfez du Ciel les celeftes
trefors ,
Vous dont la pietéfolide,
Loin d'étaler aux yeux de faftueux
dehors ,
Et d'avoir d'indifcrets tranfports,
Piij
174 MERCURE
Et pourjuger d'autruy toujours lente
& timide,
Vous enfin dont la probité
Dufang dont vous fortez égale la
noblesse ,
Daignez auprés du Prince aider la
verité,
Si quelque Hypocrite irrité
En luy parlant de moy la bliffe.
De mafoy , de mes mœurs vous éftes
fatisfait.
Vous ne l'eftes pas tant, peut- eftre,
De mafoumiffion pour le Souverain
Eftre,
Dans les maux que fouvent la furtune mefait';
Mais fije nefuis pas dans un eftat
parfait,
Je sens quej'y voudrois bien eftre.
Ony, je voudrois pouvoir , comme
vous le voulez,
GALANT. 175.
Sanctifier les maux qui me livrent
la guerre.
Ah! que mon cœur n'est- il de ces
cœurs ifolez
Qui par aucun endroit ne tiennent
à la terre,
Quifont à leurs devoirsfans referve immolez,
A qui la Grace affure une pleine victoire ,
Es qui d'un divin feu brûlez,
A la poffeffion de l'Eternelle Gloire
Ne font pas en vain appellez!
éclatantes que celles dont je
viens de vous parler, font d'une grande édification pour
les peuples. Heureux qui ne
les donne point par hypocrific , & qui eft dans l'ame
ce qu'il paroiſt au dehors . Si
ceux qui ont le cœur veritablement touché des veritez
que la Religion nous enfei-
160 MERCURE
gne font tres eftimables , il
n'y a rien de plus dangereux
que les faux Deyors , qui
n'ayant en veuë que leurs interefts , font feulement pieux
par grimace , & trouvent l'art
de faire fervir à leurs paffions
les apparences trompeufes
qu'ils employent pour perfuader que l'Esprit de Dieu regle
leur conduite. Vous verrez
leur caractere admirablement
dépeint dans l'excellent Ouvrage que vous allez lite . Il
eft de l'Illuftre Madame des
Houlieres , que la beauté de
fes Vers , & le tour heureux
GALANT. 161
& delicat qu'elle donne à fes
penfées , mettent au deffus de
toute loüange.
SS22222252 SSE2527
EPITRE CHAGRINE,
Au R. P. de la Chaife.
SONSOus le debris de vos attraits
Voulez- vous demeurer toujours enfe--
velie ?
M'aditquelqu'un , d'un nom quepar
raifon je tais ,
Qui s'est imaginé que mamélancolie
Vient moins d'une fanté dés longtemps affaiblie,
Que du reproche amer qu'en fecres
je me fais ,
Mars 1692
162 MERCURE
De n'eftre plus affezjolie
Pourfaire naiftre encor quelque tendre folie
Frivole honneur , fur quòy je ne
comptayjamais.
2
Apprenez , me difoit ce quelqu'un
Anonime ,
Que lorsque ce qu'on ade beau
Eftdu ou des maux devenu la temps victime ,
Il faut , pour acquerir une nouvelle
eftime,
Se faire un merite nouveau;
Que c'eft ne vivre plus que de vi.
vre inutile;
?
Qu'ilfaut dans quelque rang
qu'onfait,
Que jusqu'au dernierjour une perJonne babile
Tienne au monde par quelque endroit.
GALANT. 163
Vous nerépondez point ! d'où vient
voftrefilence?
Il vient , luy dis-je alors exprés pour
découvrir
où tendoit cette belle &fage remontrance.
De ce qu'en moy-mefmeje pense
Quel merite nouveau je pourrois ac--
querir.
Je n'en vois points tant jefuis
fotte.
Abus , s'êcria-t-il ! bé, devenez devote.
Ne le devient-on pas à la ville , à la
Cour?
Moy devote ! qui moy ?m'écriay-je à
mon tour
L'efprit bleßé d'un terme employé
d'ordinaire
Lors que d'un Hypocrite onparle avic
détour?
Oij
164 MERCURE
Ony , vous, repliqua-t-il ; vous ne
Scauriez mieux faire
De la devotion ayez moins defrayeur.
Elle eft rude pour le vulgaire,
Mais pour nous il ne faut qu'un peu
d'exterieur.
Allez pourfoutenir le devot caractere,
Il n'en coutera pas beaucoup à vostre
cœur. 2
Tout ce que la fortune a pour vous.
d'injustices
Par là pourroitfe réparer.
·Regardez vos Parens vieillir fans
Benefices.
Songez qu'à voftre Epoux cinquante
ans defervices
N'ont encor pû rien procurer;
Qu'un tas de Creanciers à votre
portegronde,
Et que chez les Devots , biens , honneurs. tout abonde.
GALANT. 165
Que la mode eftpour eux , & peus
longtemps durer,
Et qu'outre ces raisons fur quoy cha
cunfe fonde,
Vous aurez droit de cenfurer
Les actions de tout le monde.
S
Allons doucement, s'il vousplaift,,
Luy dis-je , &fupposé qu'à vos leçonsfidelle
Fe prenne aux jeux du monde une
forme nouvelle
Par une raifon d'intereft ,
LOVIS , éclairé comme il eft,
Quoy que vous vfiezmepromettre,
Connoiftra ma fourbe; il penetre
Au delà de ce qui paroift.
Aquoy m'aura fervy, ma devote grimace,
Qu'à m'en faire moins eftimer;
Malheur dont la fimple menace.
166 MERCURE
Plus
quela mort peut m'alarmer?
S
Quand, me repliqua-t- il , on eft à
voftre place ,
Il nefautpas avoir tant de précaution ;
Mais dûtpour vous lefort-ne changer
point deface,
Certain air de devotion ,
Lorsque l'on n'estplusjeune , a toû→
jours bonne grace;
Redoublez votre attention.
Voyez quel privilege au noftre peut
atteindre.
Avec des mots choifis auffi doux que
le miel;
Sur les gens d'un merite à craindre
on répand àgrandsflots lefiel.
On peut impunément pour l'intereft
du Ciel
Eire dur, fe vanger ,faire des injufti
ces.
GALANT. 167.
Tout n'eft pour les Devots quepeché
veniel.
Nous fçavons en vertu transformer
tous les vices ,
De ladevotion c'est là l'effentiel.
2
Taifez- vous , Scelerat , m'écriay-je
irritée ,
Tout commerce eft fini pour jamais.
entre nous.
Fen aurois avec un Athée,
Millefois pluftoft qu'avec vous.
Mais tandis qu'en difcours ma colere
s'exhale ,
Ce faux, ce dangereux Ami ,
Sort de mon cabinet , traverse cham
bre &falle
D'un air brufque & confus , d'un
pas mal affermi ,
Et me laiffe une horreur , qu'aucune
horreur n'égale.
168 MERCURE
Ah ! c'est unDevot de cabale,
Mais qui ne fait encor fon mestier
qu'à demi.
Il faut de l'art au choix des raiſons
qu'on eftale.
Auffi les habiles Devots
Selon lesgens ont leur morale ,
Et nefe livrentpas ainfimalàpropos,
2
Qu'ilsfont à redouter ! Sur une bagatelle
Leurdonne-t- on le moindre ennui,
Leur vangeance est toujours cruelle.
On n'apoint avec eux de legere querelle..
Fafche-t-on un Devot , c'eft Dien
qu'on fafche en luy.
Ces Apoftre du temps , qui des premiers Apoftres
Nenousfontpoint r effouvenir,
Pardonnent
GALANT.. 169
Pardonnent bien moins que nous
autres.
Contr'eux vent-onfe maintenir,
Empefcher qu'à leurs biens ils ne
joignent les noftres ,
C'est une impieté qu'on ne peut trop
punit.
De la Religion c'est ainsi qu'ils fe
joüent ,
Ils ont un air pieux répandu fur le
front
Que leurs actions defavouënt ,
Ils fontfauxen tout ce qu'ilsfont.
2
Le mestierde Devot, ou plustoft d'Hypocrite,
Devient presque toujours la reſource
des
gens,
Qu'une longue débauche a rendus.
indigens;
Des. Femmes que là beauté quitte ,
Mars 1692 P
170 MERCURE
Ou qui d'un mauvais bruit n'ontpú
Sepreferver,
Dés
Et de ceux qui pour s'élever
N'ont qu'un mediocre merite.
que du Cagotifme on fait profeffion,
De tout ce qu'on a fait la memoire
s'efface.
C'eft fur la réputation
Un excellent vernis qu'on paffè.
Sijepouvois trouver d'affe noires
couleurs ,
Que j'aimerais à faire une fidelle
image
Du fondde leurs perfides cœurs,
Moy qui hais le fard dans les
mœurs
Encor plus quefurle visage,
Et quifçais tous les tours que mettent
en usage
Nosplus celebres impoßicurs !
GALANT. 171
Quelplaifir pourmoy! quellejoye,
De demafquer ces fcelerats ,
Aquile vray merite eft tous lesjours
en proye
Et qui pour l'accabler par une feure
voye
De l'intereft du Ciel couvrent leurs
attentats !
2
Mais, me pourradire un Critique,
Voftre efprit s'égare , arrestez
Quandpour les faux Devots voftre
haine s'explique,
Songez bien contre vous quelles gens
vous mettez.
Pour affaiblir les coups quefur eux
vous portez ,
Ils vous peindront au Roy comme
une libertine.
Je fremisdes ennuis que vous vous
appreftez.
Pij
172 MERCURE
Croyez- moy, contre vous que rien ne
les chagrine.
2
Non, non, dirois-je à ce Cenfeur,
Je fuis leur ennemie , &fais gloire
de l'eftre ,
Et s'ils ofoientfur moy répandre leur
noirceur ,
Quelque Ouvrage pourroit paroi
Stre,
Où je les traiterois avec moins de
douccur ,
Etpar leurs noms enfinje les ferois
connoiftre.
Hé quoy donc,parce que le Roy
Detoutes les vertus donne de grands
exemples,
Quepieux , charitable , affidu dans
nosTemples ,
Il aime le Seigneur , lefert de bonne
foy›
GALANT. 173
Que pour les interests il foûtiens
feul la guerre,
Qu'il a planté la Croix aux deux
bouts de la terre ,
Et
que des libertins il fut toujours
l'effroy ,
On n'ofera parler contre les Hypocrites ?
Hé, qu'ont-ils de commun avec un
un tel Heros ?
Cenfeur , fur ce que vous me dites
Fay Sprit dans un plein repos.
2
Ovous, qui de Louis heureux &facré guide ,
Luy difpenfez du Ciel les celeftes
trefors ,
Vous dont la pietéfolide,
Loin d'étaler aux yeux de faftueux
dehors ,
Et d'avoir d'indifcrets tranfports,
Piij
174 MERCURE
Et pourjuger d'autruy toujours lente
& timide,
Vous enfin dont la probité
Dufang dont vous fortez égale la
noblesse ,
Daignez auprés du Prince aider la
verité,
Si quelque Hypocrite irrité
En luy parlant de moy la bliffe.
De mafoy , de mes mœurs vous éftes
fatisfait.
Vous ne l'eftes pas tant, peut- eftre,
De mafoumiffion pour le Souverain
Eftre,
Dans les maux que fouvent la furtune mefait';
Mais fije nefuis pas dans un eftat
parfait,
Je sens quej'y voudrois bien eftre.
Ony, je voudrois pouvoir , comme
vous le voulez,
GALANT. 175.
Sanctifier les maux qui me livrent
la guerre.
Ah! que mon cœur n'est- il de ces
cœurs ifolez
Qui par aucun endroit ne tiennent
à la terre,
Quifont à leurs devoirsfans referve immolez,
A qui la Grace affure une pleine victoire ,
Es qui d'un divin feu brûlez,
A la poffeffion de l'Eternelle Gloire
Ne font pas en vain appellez!
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Résumé : EPITRE CHAGRINE, AU R. P. de la Chaise.
Le texte explore la distinction entre la véritable piété et l'hypocrisie religieuse, mettant en garde contre les faux dévots qui exploitent la religion pour des intérêts personnels. Ces hypocrites sont décrits comme dangereux, utilisant des apparences trompeuses pour convaincre les autres de leur dévotion sincère. L'auteur mentionne un ouvrage de Madame des Houlières, appréciant la beauté de ses vers et la délicatesse de ses pensées. Ensuite, une épître adressée au R. P. de la Chaise est présentée. Une voix anonyme suggère à l'auteur de se faire un nouveau mérite pour acquérir une nouvelle estime, en devenant dévote par intérêt. L'auteur refuse, trouvant le terme 'dévote' offensant et associé à l'hypocrisie. La voix anonyme insiste sur les avantages matériels et sociaux de la dévotion, mais l'auteur reste sceptique, craignant que sa feinte dévotion ne soit démasquée par le roi Louis, connu pour sa piété et son discernement. L'auteur exprime son désir de sanctifier ses maux et de vivre dans un état parfait, tout en reconnaissant ses imperfections. Le texte critique sévèrement les faux dévots, les décrivant comme des personnes qui utilisent la religion pour masquer leurs vices et leurs intérêts égoïstes. Il exprime le souhait de démasquer ces hypocrites et de révéler leur véritable nature.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 1859-1862
LETTRE de M ... sur la Médisance.
Début :
Que pensez-vous, Monsieur, de mon Projet ? j'entreprens de critiquer le [...]
Mots clefs :
Médisance, Beau sexe, Belle conversation, Esprit satirique, Calomnie, Cabale, Faux zèle, Hypocrites
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M ... sur la Médisance.
LETTRE de M... sur la Médisance.
QProjet ?
Ue pensez- vous , Monsieur, de mon
Projet ? j'entreprens de critiquer le
pernicieux usage de la Médisance qui s'est
introduit dans les Conversations , et qui
se fortifie chaque jour par le plaisir que
certaines personnes semblent y trouver.
Je n'examinerai point lequel des deux !
Sexes a le plus contribué au mal , mais i
je n'oserois me persuader que le nôtre y
ait beaucoup de part : quoiqu'il en soit ,
j'avois souvent formé le dessein de vous
en porter mes plaintes comme à un Spectateur
chargé en quelque maniere , du
soin de corriger les deffauts- des hommes,
en faisant sentir leur ridicule ; mais , je
Craignois que le beau Sexe ne prît ma
démarche
5
1860 MERCURE DE FRANCE
démarche pour une entreprise sur ses droits :
vous n'ignorez pas que ce Corps est aussi
dangereux que respectable , ainsi je n'osois
m'opposer ouvertement à ses maximes
et à ses usages ; mais la Conversation
dont j'ai été témoin dans une de ces Societez
médisantes , me fait aujourd'hui
braver tous les dangers .
Je me trouvai dernierement chez Celimene
, auprès de laquelle se rassemblent
certaines Dames douées de cet esprit satirique
, qu'elles nomment Esprit fait
pour la belle Conversation , je ne fus point
scandalisé de les entendre débuter par des
traits de raillerie , sur leurs voisines et sur
leurs amies , par une critique des Ajustemens
, et par l'éloge des profusions en
habits , dentelles , &c. servant à la parure;
ce qui excita mon étonnement , c'est le
déchaînement de cette aimable Societé sur
l'origine , les moeurs et la fortune de trois
honnêtes Familles , qu'à peine elles connoissoient
et que je connois parfaitement.
Je m'élevai contre la calomnie , je fus repoussé
par les cris tumultueux et emportez
de cette Cabales j'étois sur le point
de me deffendre par la retraite , lorsqu'une
de ces belles Babillardes se chargea
de me prouver qu'il étoit permis à
son Sexe de déchirer impunément tous
les
A O UST . 1731 1861
les Objets que son imagination lui présentoit
, elle se servit pour cela de deux
propositions qui vous paroîtront aussi -
nouvelles qu'à moi ; la premiere , que le
beau Sexe peut se livrer indifferemment
à la câlomnie & à la médisance , parce
que les traits qu'il lance ne font aucune
impression ; sans doute , suivant le proverbe
vulgaire ( c'est une femme qui
parle. )
La seconde proposition étoit fondée sur
un faux zele pour la verité. La Dame
soutint que la calomnie et la médisance
n'étoient autre chose que le langage du
yrai et du , naturel , et que ceux qui n'en
faisoient point usage étoient ennemis jurez
de la verité , et des hypocrites qui ne
devoient trouver accès ni place dans les
societez ; je vous avoüerai que ce raisonnement
m'avoit échauffé au point de vouloir
répondre avec plus de vivacité que
je n'avois été attaqué , lorsqu'une de ces
Dames se jetta sur sa propre famille et
sur le principe , qu'il ne falloit pas
épargner son sang ; une troisième enfin
ne cherchant qu'à maintenir les prétendus
privileges de son Sexe , me dit
la médisance et la calomnie étoient un
de ses plus beaux appanages , et que par
consequent ma surprise étoit une espece
d'at B
même
que
7862 MERCURE DE FRANCE
d'attentat qu'on ne devoit point me pardonner
,je fus forcé par cette déclaration
de battre en retraite , et de laisser cette .
charmante Assemblée déliberer sur le
choix de mon supplice.
Je vous fais part de cette avanture ;
Monsieur , parce que le mal augmente
tous les jours , et que ce poison paroît si
subtil , qu'à peine les personnes raisonnables
des deux Sexes , peuvent- ils s'en
garantir j'espere que sur ma dénonciation
quelque plume charitable et éloquente
fera sentir toute l'horreur de ce genre
d'amusement et de plaisir , et travaillera
à détourner le beau Sexe d'un penchant
si funeste.
QProjet ?
Ue pensez- vous , Monsieur, de mon
Projet ? j'entreprens de critiquer le
pernicieux usage de la Médisance qui s'est
introduit dans les Conversations , et qui
se fortifie chaque jour par le plaisir que
certaines personnes semblent y trouver.
Je n'examinerai point lequel des deux !
Sexes a le plus contribué au mal , mais i
je n'oserois me persuader que le nôtre y
ait beaucoup de part : quoiqu'il en soit ,
j'avois souvent formé le dessein de vous
en porter mes plaintes comme à un Spectateur
chargé en quelque maniere , du
soin de corriger les deffauts- des hommes,
en faisant sentir leur ridicule ; mais , je
Craignois que le beau Sexe ne prît ma
démarche
5
1860 MERCURE DE FRANCE
démarche pour une entreprise sur ses droits :
vous n'ignorez pas que ce Corps est aussi
dangereux que respectable , ainsi je n'osois
m'opposer ouvertement à ses maximes
et à ses usages ; mais la Conversation
dont j'ai été témoin dans une de ces Societez
médisantes , me fait aujourd'hui
braver tous les dangers .
Je me trouvai dernierement chez Celimene
, auprès de laquelle se rassemblent
certaines Dames douées de cet esprit satirique
, qu'elles nomment Esprit fait
pour la belle Conversation , je ne fus point
scandalisé de les entendre débuter par des
traits de raillerie , sur leurs voisines et sur
leurs amies , par une critique des Ajustemens
, et par l'éloge des profusions en
habits , dentelles , &c. servant à la parure;
ce qui excita mon étonnement , c'est le
déchaînement de cette aimable Societé sur
l'origine , les moeurs et la fortune de trois
honnêtes Familles , qu'à peine elles connoissoient
et que je connois parfaitement.
Je m'élevai contre la calomnie , je fus repoussé
par les cris tumultueux et emportez
de cette Cabales j'étois sur le point
de me deffendre par la retraite , lorsqu'une
de ces belles Babillardes se chargea
de me prouver qu'il étoit permis à
son Sexe de déchirer impunément tous
les
A O UST . 1731 1861
les Objets que son imagination lui présentoit
, elle se servit pour cela de deux
propositions qui vous paroîtront aussi -
nouvelles qu'à moi ; la premiere , que le
beau Sexe peut se livrer indifferemment
à la câlomnie & à la médisance , parce
que les traits qu'il lance ne font aucune
impression ; sans doute , suivant le proverbe
vulgaire ( c'est une femme qui
parle. )
La seconde proposition étoit fondée sur
un faux zele pour la verité. La Dame
soutint que la calomnie et la médisance
n'étoient autre chose que le langage du
yrai et du , naturel , et que ceux qui n'en
faisoient point usage étoient ennemis jurez
de la verité , et des hypocrites qui ne
devoient trouver accès ni place dans les
societez ; je vous avoüerai que ce raisonnement
m'avoit échauffé au point de vouloir
répondre avec plus de vivacité que
je n'avois été attaqué , lorsqu'une de ces
Dames se jetta sur sa propre famille et
sur le principe , qu'il ne falloit pas
épargner son sang ; une troisième enfin
ne cherchant qu'à maintenir les prétendus
privileges de son Sexe , me dit
la médisance et la calomnie étoient un
de ses plus beaux appanages , et que par
consequent ma surprise étoit une espece
d'at B
même
que
7862 MERCURE DE FRANCE
d'attentat qu'on ne devoit point me pardonner
,je fus forcé par cette déclaration
de battre en retraite , et de laisser cette .
charmante Assemblée déliberer sur le
choix de mon supplice.
Je vous fais part de cette avanture ;
Monsieur , parce que le mal augmente
tous les jours , et que ce poison paroît si
subtil , qu'à peine les personnes raisonnables
des deux Sexes , peuvent- ils s'en
garantir j'espere que sur ma dénonciation
quelque plume charitable et éloquente
fera sentir toute l'horreur de ce genre
d'amusement et de plaisir , et travaillera
à détourner le beau Sexe d'un penchant
si funeste.
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Résumé : LETTRE de M ... sur la Médisance.
La lettre aborde le projet de son auteur de critiquer la médisance, un vice croissant dans les conversations. L'auteur ne cherche pas à désigner quel sexe contribue le plus à ce mal, mais souhaite révéler le ridicule de ce comportement à un spectateur chargé de corriger les défauts humains. Lors d'une visite chez Célimène, l'auteur observe des dames se moquant de leurs voisines et amies, critiquant leurs tenues et louant les profusions en habits et dentelles. Elles se permettent également de juger l'origine, les mœurs et la fortune de trois familles qu'elles connaissent à peine. L'auteur condamne la calomnie, mais est repoussé par les cris tumultueux des dames. L'une d'elles affirme que le beau sexe peut se livrer à la médisance impunément et que cela constitue le langage du vrai et du naturel. L'auteur, forcé de battre en retraite, partage cette aventure pour sensibiliser à l'horreur de ce penchant funeste et espère qu'une plume charitable et éloquente saura détourner le beau sexe de ce vice.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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