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Personnes exerçant cette activité, avec leurs éventuels coauteurs :
101
p. 1047-1053
L'ENVIE. ODE.
Début :
Quels sont ces bords où la Nature [...]
Mots clefs :
Envie, Lieux, Bords
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texteReconnaissance textuelle : L'ENVIE. ODE.
L'EN VI E.
OD E.
Uels sont ces bords où la Nature
Languit et paroît expirer ;
Au fond d'une Caverne obscure ,
J'entens gémir et soupirer ;
Des Serpens en gardent l'entrée ,
Dans cette demeure abhorrée ,
L'Eclair me précede et me suit ,
I. Vol. A ij
La
1048 MERCURE DE FRANCE
La Foudre gronde , je frissonne ;
Ciel , quel jour affreux m'environne
Ah ! rendez- moi plutôt la nuit.
Un Autel dressé par les crimes ,
D'abord épouvente mes yeux;
Le sang des plus nobles Victimes ,
Est l'encens qui fume en ces Lieux ;
L'horrible Envie est la Déesse ,
A qui cet hommage s'adresse ;
C'est ici son fatal séjour ;
Sur son front habitent les craintes ,
L'erreur sur ses levres éteintes
Et son sein nourrit un Vautour.
諾
Ses Sujets partagent sa peine ,
Aux mêmes tourmens condamnez ,
Devant cette superbe Reine
Ils sont à regret prosternez ;
La pâle langueur les consume ,
Soit que l'Astre du jour s'allume ,
Ou soit qu'il éteigne ses feux ,
Ils vivent en proye aux allarmes ;
L'abondance excite leurs larmes ;
>
La joye est un tourment pour eux.
諾
C'est par les désordres du monde
E
I. Vol.
Qu'on
JUIN. 1049 1734.
Qu'on peut compter tes attentats ,
Furie en cruautez féconde ,
Les ravages marquent tes pas ;
En des lieux où l'horreur réside ,
Où l'affreuse Hécate préside ,
Ta rage aux Enfers a recours ,
Et dans son aveugle folie ,
Des charmes de la Thessalie
Elle emprunte les noirs secours.
Elle arme la haine cruelle
'Au pied d'un funeste Tombeau ,
La Discorde au regard rebelle ,
Lui prête un sinistre flambeau ;
Dans une Coupe séduisante ,
Ici , la trahison présente ,
Les Poisons par toi préparez ,
Le masque de l'hypocrisie
Là , déguise ta frénesic ,
Et rend tes coups plus assurez.
La Cour est le fameux Théatre
De tes ambitieux projets ;
D'un rang plus haut , vile idolâtre ,
Tu le brigues par des forfaits ;
Tu l'obtiens sous de noirs auspices ;
Victime de tes artifices ,
1. Vol
A iij
Le
Togo MERCURE DE FRANCE
Le mérite n'a point d'appui ;
Tu t'applaudis quand il succombe ;
Mais sur toi quelquefois retombe]
Le Trait qu'on lançoit contre lui.. De
SK
Eh quoi les Peuples les plus sages ,
A tes soupçons ouvrent leurs coeurs ;
Athênes sur des bords sauvages ,
Relegue ses Enfans vainqueurs ;
Miltiade , peut - on le croire ?
Des Grecs n'a cherché que la gloire
Et meurt dans les fers à Paros ,
Quand ton injustice décide ,
L'éclat d'une valeur rapide
Est un crime pour un Héros.
Il rend le fils suspect au Père , (a)
Surena vainqueur à son Roy , (b)
L'Epoux d'Aprippine à Tibere , (c)
Qu'avilit la honteuse Loy ;
Atteint de ton poison funeste
Uu Sexe dont le front modeste
Ne respire que la douceur ,
Contre une Rivale trop belle
(a ) Nicomede à Prusias .
(b) Surena , Favori d'Orode , Roy des Parthes.
(c ) Germanicus.
I. Vol. Porte
JUIN.
1734 TOSI
Porte sa vengeance immortelle ,
Jusqu'à la barbare fareus.
Qu'entends-je , quels Oiseaux funebres
Par d'odieux croassemens ,
Vont insulter les Morts celebres
Dans le repos des Monumens !
Cessez vos éternels murmures ;
Loin de ces lieux , Races impures ;
Vos cris se perdent dans les Airs ;
Les Homeres et les Virgiles ,
Sont malgré l'effort des Zoïles ,
Les délices de l'Univers.
Faut-il que du sacré Permesse ,
L'Envie ose infecter les Eaux ›
Faut-il qu'une lâche foiblesse ,
Flétrisse d'illustres Rivaux ?
Mais que peuvent toutes ces ligues ,
Ces complots secrets , ces intrigues ,
Ce sont des Torrens dans leurs cours ;
Leurs flots grossis bien - tôt décroissent ,
Les Censeurs jaloux disparoissent ;
Et le beau triomphe toujours.
Cherchons des Athletes insignes.
Plus la victoire suit leurs pas ,
1. I. Vol. A iiij
Plus
1052 MERCURE DE FRANCE
Plus de nos efforts ils sont dignes ;
Leur gloire ennoblit nos Combats ,
C'est par des chef- d'oeuvres durables ,
Et non par des Ecrits coupables ,
Que nous devons la disputer ;
Jamais les Triomphes des autres
Ne pourront obscurcir les nôtres ,
Si nous sçavons en mériter.
諾
>,
L'émulation est permise ;
Elle sert au progrès des Arts ,
Soutient une noble entreprise ,
Nous anime dans les hazards ;
On lui doit les plus grands courages
On lui doit ces rares Ouvrages
Que respecteront nos neveux ;
L'ardeur de vaincre est légitime ;
Mais elle fait regner l'estime
Sur des Concurrens genereux.
Rentre dans l'infernal Empire ;
Monstre digne de son horreur ;
Ta fuite , au jour que je respire ,
Rendra sa premiere splendeur ;
Traîne sur les bords du Cocyte
Ta haine pour le vrai mérite ,
Tes chagrins , ta honte , tes fers ,
I. Vol.
JUIN. 1053
1734-
Et voy la Vertu orissante
Braver ta fureur impuissante ,
Dans les Cieux qui lui sont ouverts.
Ah pereat livor dum´scandit ad athera virtus .
Par M. l'Abbé Poncy de Neuville.
OD E.
Uels sont ces bords où la Nature
Languit et paroît expirer ;
Au fond d'une Caverne obscure ,
J'entens gémir et soupirer ;
Des Serpens en gardent l'entrée ,
Dans cette demeure abhorrée ,
L'Eclair me précede et me suit ,
I. Vol. A ij
La
1048 MERCURE DE FRANCE
La Foudre gronde , je frissonne ;
Ciel , quel jour affreux m'environne
Ah ! rendez- moi plutôt la nuit.
Un Autel dressé par les crimes ,
D'abord épouvente mes yeux;
Le sang des plus nobles Victimes ,
Est l'encens qui fume en ces Lieux ;
L'horrible Envie est la Déesse ,
A qui cet hommage s'adresse ;
C'est ici son fatal séjour ;
Sur son front habitent les craintes ,
L'erreur sur ses levres éteintes
Et son sein nourrit un Vautour.
諾
Ses Sujets partagent sa peine ,
Aux mêmes tourmens condamnez ,
Devant cette superbe Reine
Ils sont à regret prosternez ;
La pâle langueur les consume ,
Soit que l'Astre du jour s'allume ,
Ou soit qu'il éteigne ses feux ,
Ils vivent en proye aux allarmes ;
L'abondance excite leurs larmes ;
>
La joye est un tourment pour eux.
諾
C'est par les désordres du monde
E
I. Vol.
Qu'on
JUIN. 1049 1734.
Qu'on peut compter tes attentats ,
Furie en cruautez féconde ,
Les ravages marquent tes pas ;
En des lieux où l'horreur réside ,
Où l'affreuse Hécate préside ,
Ta rage aux Enfers a recours ,
Et dans son aveugle folie ,
Des charmes de la Thessalie
Elle emprunte les noirs secours.
Elle arme la haine cruelle
'Au pied d'un funeste Tombeau ,
La Discorde au regard rebelle ,
Lui prête un sinistre flambeau ;
Dans une Coupe séduisante ,
Ici , la trahison présente ,
Les Poisons par toi préparez ,
Le masque de l'hypocrisie
Là , déguise ta frénesic ,
Et rend tes coups plus assurez.
La Cour est le fameux Théatre
De tes ambitieux projets ;
D'un rang plus haut , vile idolâtre ,
Tu le brigues par des forfaits ;
Tu l'obtiens sous de noirs auspices ;
Victime de tes artifices ,
1. Vol
A iij
Le
Togo MERCURE DE FRANCE
Le mérite n'a point d'appui ;
Tu t'applaudis quand il succombe ;
Mais sur toi quelquefois retombe]
Le Trait qu'on lançoit contre lui.. De
SK
Eh quoi les Peuples les plus sages ,
A tes soupçons ouvrent leurs coeurs ;
Athênes sur des bords sauvages ,
Relegue ses Enfans vainqueurs ;
Miltiade , peut - on le croire ?
Des Grecs n'a cherché que la gloire
Et meurt dans les fers à Paros ,
Quand ton injustice décide ,
L'éclat d'une valeur rapide
Est un crime pour un Héros.
Il rend le fils suspect au Père , (a)
Surena vainqueur à son Roy , (b)
L'Epoux d'Aprippine à Tibere , (c)
Qu'avilit la honteuse Loy ;
Atteint de ton poison funeste
Uu Sexe dont le front modeste
Ne respire que la douceur ,
Contre une Rivale trop belle
(a ) Nicomede à Prusias .
(b) Surena , Favori d'Orode , Roy des Parthes.
(c ) Germanicus.
I. Vol. Porte
JUIN.
1734 TOSI
Porte sa vengeance immortelle ,
Jusqu'à la barbare fareus.
Qu'entends-je , quels Oiseaux funebres
Par d'odieux croassemens ,
Vont insulter les Morts celebres
Dans le repos des Monumens !
Cessez vos éternels murmures ;
Loin de ces lieux , Races impures ;
Vos cris se perdent dans les Airs ;
Les Homeres et les Virgiles ,
Sont malgré l'effort des Zoïles ,
Les délices de l'Univers.
Faut-il que du sacré Permesse ,
L'Envie ose infecter les Eaux ›
Faut-il qu'une lâche foiblesse ,
Flétrisse d'illustres Rivaux ?
Mais que peuvent toutes ces ligues ,
Ces complots secrets , ces intrigues ,
Ce sont des Torrens dans leurs cours ;
Leurs flots grossis bien - tôt décroissent ,
Les Censeurs jaloux disparoissent ;
Et le beau triomphe toujours.
Cherchons des Athletes insignes.
Plus la victoire suit leurs pas ,
1. I. Vol. A iiij
Plus
1052 MERCURE DE FRANCE
Plus de nos efforts ils sont dignes ;
Leur gloire ennoblit nos Combats ,
C'est par des chef- d'oeuvres durables ,
Et non par des Ecrits coupables ,
Que nous devons la disputer ;
Jamais les Triomphes des autres
Ne pourront obscurcir les nôtres ,
Si nous sçavons en mériter.
諾
>,
L'émulation est permise ;
Elle sert au progrès des Arts ,
Soutient une noble entreprise ,
Nous anime dans les hazards ;
On lui doit les plus grands courages
On lui doit ces rares Ouvrages
Que respecteront nos neveux ;
L'ardeur de vaincre est légitime ;
Mais elle fait regner l'estime
Sur des Concurrens genereux.
Rentre dans l'infernal Empire ;
Monstre digne de son horreur ;
Ta fuite , au jour que je respire ,
Rendra sa premiere splendeur ;
Traîne sur les bords du Cocyte
Ta haine pour le vrai mérite ,
Tes chagrins , ta honte , tes fers ,
I. Vol.
JUIN. 1053
1734-
Et voy la Vertu orissante
Braver ta fureur impuissante ,
Dans les Cieux qui lui sont ouverts.
Ah pereat livor dum´scandit ad athera virtus .
Par M. l'Abbé Poncy de Neuville.
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Résumé : L'ENVIE. ODE.
Le poème décrit les méfaits de l'Envie, personnifiée comme une déesse malfaisante. L'auteur commence par dépeindre un lieu sombre et effrayant, gardé par des serpents, où réside l'Envie. Cet endroit est marqué par la peur, l'erreur et la souffrance. Les sujets de l'Envie partagent sa peine et vivent dans une constante alarme, trouvant même la joie tourmentante. L'Envie est responsable des désordres du monde, semant la haine, la trahison et l'hypocrisie, notamment à la cour. Elle manipule les soupçons et les injustices, comme dans le cas de Miltiade, un héros grec injustement emprisonné. Elle affecte également les relations familiales et conjugales, provoquant des vengeances imméritées. Le poème critique ceux qui osent attaquer les grands écrivains comme Homère et Virgile, comparant ces attaques à des torrents qui finissent par décroître. Il encourage l'émulation positive et le progrès des arts, soulignant que la véritable gloire vient des œuvres durables et non des écrits malveillants. L'Envie est finalement chassée, permettant à la vertu de triompher et de briller dans les cieux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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102
p. 1128-1130
AU R P. GRESSET, de la Compagnie de Jesus, Professeur de Réthorique au College de Rouen, Auteur des Poësies qui paroissent sous le nom de M. G.
Début :
O Toi, dont la Musette tendre, [...]
Mots clefs :
Gresset, Berger, Couronne, Pouvoir, Heureux
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texteReconnaissance textuelle : AU R P. GRESSET, de la Compagnie de Jesus, Professeur de Réthorique au College de Rouen, Auteur des Poësies qui paroissent sous le nom de M. G.
AVR P. GRESSET , de la Compagnie
de Jesus , Professeur de Réthorique au
· College de Rouen , Auteur des Poësies
qui paroissent sous le nom de M. G.
O
T
Toi , dont la Musette tendre ;
Se fait admirer sur ces bords ,
Heureux Berger , ne puis- je apprendre
Le doux pouvoir de tes accords ?
1. Vol Quel
·
JUI N.
1120
1734.
Quel charme , Dieux , quelle harmonie
Résulte de tes sons touchans !
Chez toi les Airs du Berger d'Italie
Trouvent encor de nouveaux agrémens
Venez , Déesses d'Hypocresne ,
Venez , que vos regards surpris
Trouvent aux Rives de la Seine ,
Théocrite et Virgile en un seul réunis.
Voyez un Berger plein de charmes ,
Entouré des Ris et des Jeux :
Voyez l'Amour verser des larmes
De ne pouvoir se mêler avec eux.
Mais quel est ce profond silence !
Tout est sensible à ses accens ;
Les arbres même en marquent la cadence
Par d'heureux mouvemens.
Fuyez ô stupide vulgaire ,
Fuyez et respectez ce B rger desormais
Ses sons pour vous sont un mystere
Que vous ne comprendrez jamais.
Fuyez. Que vois- je ? Euterpe et Polymnie
Ont déjà couronné son front ,
Et la Troupe sçavante à l'instant réunie ,
Part , disparoît , revole au double Mont,
I. Vol. Berges
1130 MERCURE DE FRANCE
Berger , jouis d'une Couronne
Que jamais la faveur ne nous fit remporter
Quand les neuf Soeurs , quand Phébus nous la
donne
En vain voudroit- on nous l'ôter.
Je sçai que contre toi milie sots du Parnasse ,
Se sont élevez dans ces Lieux ;
Mais après tout , qu'a produit cette audace ?
Leurs propres traits se sont tournez contre eux.
L'Abbé Debecdelievre, ,
son Ecolier.
de Jesus , Professeur de Réthorique au
· College de Rouen , Auteur des Poësies
qui paroissent sous le nom de M. G.
O
T
Toi , dont la Musette tendre ;
Se fait admirer sur ces bords ,
Heureux Berger , ne puis- je apprendre
Le doux pouvoir de tes accords ?
1. Vol Quel
·
JUI N.
1120
1734.
Quel charme , Dieux , quelle harmonie
Résulte de tes sons touchans !
Chez toi les Airs du Berger d'Italie
Trouvent encor de nouveaux agrémens
Venez , Déesses d'Hypocresne ,
Venez , que vos regards surpris
Trouvent aux Rives de la Seine ,
Théocrite et Virgile en un seul réunis.
Voyez un Berger plein de charmes ,
Entouré des Ris et des Jeux :
Voyez l'Amour verser des larmes
De ne pouvoir se mêler avec eux.
Mais quel est ce profond silence !
Tout est sensible à ses accens ;
Les arbres même en marquent la cadence
Par d'heureux mouvemens.
Fuyez ô stupide vulgaire ,
Fuyez et respectez ce B rger desormais
Ses sons pour vous sont un mystere
Que vous ne comprendrez jamais.
Fuyez. Que vois- je ? Euterpe et Polymnie
Ont déjà couronné son front ,
Et la Troupe sçavante à l'instant réunie ,
Part , disparoît , revole au double Mont,
I. Vol. Berges
1130 MERCURE DE FRANCE
Berger , jouis d'une Couronne
Que jamais la faveur ne nous fit remporter
Quand les neuf Soeurs , quand Phébus nous la
donne
En vain voudroit- on nous l'ôter.
Je sçai que contre toi milie sots du Parnasse ,
Se sont élevez dans ces Lieux ;
Mais après tout , qu'a produit cette audace ?
Leurs propres traits se sont tournez contre eux.
L'Abbé Debecdelievre, ,
son Ecolier.
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Résumé : AU R P. GRESSET, de la Compagnie de Jesus, Professeur de Réthorique au College de Rouen, Auteur des Poësies qui paroissent sous le nom de M. G.
Le texte décrit une œuvre poétique dédiée à un berger musicien, probablement un pseudonyme du Père Gresset, professeur de rhétorique au Collège de Rouen. La poésie vante les charmes et l'harmonie des mélodies du berger, comparées à celles des bergers italiens. Elle évoque les figures mythologiques de Théocrite et Virgile, et dépeint le berger entouré de joie et d'amour, ainsi que d'un silence respectueux, même les arbres suivant la cadence de sa musique. Le poème met en garde le 'vulgaire' contre l'incompréhension de cette musique, réservée aux initiés. Les muses Euterpe et Polymnie couronnent le berger, symbolisant la reconnaissance de son talent. Malgré les critiques des 'sots du Parnasse', le berger conserve sa couronne, offerte par les neuf sœurs et Phébus, et reste inébranlable face aux attaques. L'œuvre est dédiée à l'Abbé Debecdelievre, ancien élève de Gresset.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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104
p. 2193
ENIGME.
Début :
Tout en naissant je meurs, & mourant pour éclore, [...]
Mots clefs :
Temps
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E..
Tout en naissant je meurs , & mourant pous
éclore ,
Je suis & ne suis plus , & je revis encore ;
En revenant toujours , je ne reviens jamais ;
Je meurs , c'est pour toujours, & toujours je renais
Tout & rien est à moi , je donné comme j'ôte ;
Je fais & détruis tout , mais ce n'est pas ma faute ;
C'est mon destin ; par moi les plus profonds secrets
Sont pénétrés ; mon cours abolit les forfaits ;
Quelquefois je flechis une Beauté cruelle ,
Mais quelquefois aussi je la rends infidelle :
Du vice & des vertus je deviens le tombeau ,
Et plus souvent encor je leur sers de flambeau ;
On ne pourroit sans moi faire aucune entreprise ;
Le Sage sçait mon prix & le sot me méprise ;
Les plus heureux Mortels sont tous maîtres de moi;
Ce n'est qu'aux malheureux que je donne la loi ;
Le Scelerat , sans moi , ne peut faire son crime ;
Le Poëte sans moi ne peut trouver sa rime:
Devinez qui je suis , Lecteurs embarrassés ;
Vous ne pouvez sans moi , c'est vous en dire assés.
Par M. l'Abbé Pagés.
Tout en naissant je meurs , & mourant pous
éclore ,
Je suis & ne suis plus , & je revis encore ;
En revenant toujours , je ne reviens jamais ;
Je meurs , c'est pour toujours, & toujours je renais
Tout & rien est à moi , je donné comme j'ôte ;
Je fais & détruis tout , mais ce n'est pas ma faute ;
C'est mon destin ; par moi les plus profonds secrets
Sont pénétrés ; mon cours abolit les forfaits ;
Quelquefois je flechis une Beauté cruelle ,
Mais quelquefois aussi je la rends infidelle :
Du vice & des vertus je deviens le tombeau ,
Et plus souvent encor je leur sers de flambeau ;
On ne pourroit sans moi faire aucune entreprise ;
Le Sage sçait mon prix & le sot me méprise ;
Les plus heureux Mortels sont tous maîtres de moi;
Ce n'est qu'aux malheureux que je donne la loi ;
Le Scelerat , sans moi , ne peut faire son crime ;
Le Poëte sans moi ne peut trouver sa rime:
Devinez qui je suis , Lecteurs embarrassés ;
Vous ne pouvez sans moi , c'est vous en dire assés.
Par M. l'Abbé Pagés.
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105
p. 2627-2628
ENIGME.
Début :
Fruit du desordre, & de la prévoyance, [...]
Mots clefs :
Clef
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Fruit du desordre , & de la prévoyance ;
Je fers l'Homme à fa honte , & pour fon affûrance.
Du Pauvre je fubis la loi ,
Et les Richeffes font fous moi.
La Prudence eft ma Mere & le crime eft mon Pere ,
J'ai la crainte pour Soeur , & le repos pour Frere .
Je caufe , & j'interromps le bonheur des Amans ;
E iij
2628 MERCURE DE FRANCE
Il faut , pour me former, tous les quatre Elemens.
A l'Avare , au Jaloux je fuis très - néceffaire
Et pour tout dire enfin , avant que de me taire
Ami Lecteur , cherche-moi bien ,>
Tout Enigme avec moi n'eft rien .
L'Abbé Pagés.
Fruit du desordre , & de la prévoyance ;
Je fers l'Homme à fa honte , & pour fon affûrance.
Du Pauvre je fubis la loi ,
Et les Richeffes font fous moi.
La Prudence eft ma Mere & le crime eft mon Pere ,
J'ai la crainte pour Soeur , & le repos pour Frere .
Je caufe , & j'interromps le bonheur des Amans ;
E iij
2628 MERCURE DE FRANCE
Il faut , pour me former, tous les quatre Elemens.
A l'Avare , au Jaloux je fuis très - néceffaire
Et pour tout dire enfin , avant que de me taire
Ami Lecteur , cherche-moi bien ,>
Tout Enigme avec moi n'eft rien .
L'Abbé Pagés.
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109
p. 132-133
LOGOGRYPHE.
Début :
Pour déguiser ici mon nom, [...]
Mots clefs :
Royaume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPHE.
Pour déguifer ici mon nom ,
Je vais prendre mainte figure :
Mais ne me quitte pas ; par la combinaiſon
Tu pourras aifément dévoiler ma nature.
Sept pieds compofent ma ſtructure ,
Lecteur , je fuis avec raifon ,
Cette
JANVIER . 1742
133
Cette refpectable partie
2410
Qui fert à diftinguer l'Homme de l'Animal ,
Chofe qu'à rendre exacte , en fait de Poëfie ,
Souvent on a beaucoup de mal ;
Ville célebre en Italie ;
Don du Ciel aux Mortels toûjours très - précieuz
Peuple groffier ; ton de Mufique ;!
Saint fameux ; Oifeau domestique ;
Prince refpe &table à nos yeux ;
Deux Pronoms ; Element bizarre :
Verbe Latin , connu dans l'Empue amoureux ,
Quand aux pieds de Clóris on déclare ſes feux ;
Métal favori de l'Avare ; re
Arbre dont les tendrès rameaux ?
13
Font goûter au Printems un agréable ombrage ;
Endroit qui bordant les ruiffeaux ,
Etale mille Fleurs d'un charmant affemblage .
Sous ces differens traits tu peux m'apercevoir .
Je finis , cher Lecteur ; adieu , jufqu'au revoir.
L'Abbé Gaudet.
Pour déguifer ici mon nom ,
Je vais prendre mainte figure :
Mais ne me quitte pas ; par la combinaiſon
Tu pourras aifément dévoiler ma nature.
Sept pieds compofent ma ſtructure ,
Lecteur , je fuis avec raifon ,
Cette
JANVIER . 1742
133
Cette refpectable partie
2410
Qui fert à diftinguer l'Homme de l'Animal ,
Chofe qu'à rendre exacte , en fait de Poëfie ,
Souvent on a beaucoup de mal ;
Ville célebre en Italie ;
Don du Ciel aux Mortels toûjours très - précieuz
Peuple groffier ; ton de Mufique ;!
Saint fameux ; Oifeau domestique ;
Prince refpe &table à nos yeux ;
Deux Pronoms ; Element bizarre :
Verbe Latin , connu dans l'Empue amoureux ,
Quand aux pieds de Clóris on déclare ſes feux ;
Métal favori de l'Avare ; re
Arbre dont les tendrès rameaux ?
13
Font goûter au Printems un agréable ombrage ;
Endroit qui bordant les ruiffeaux ,
Etale mille Fleurs d'un charmant affemblage .
Sous ces differens traits tu peux m'apercevoir .
Je finis , cher Lecteur ; adieu , jufqu'au revoir.
L'Abbé Gaudet.
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110
p. 309-310
AUTRE.
Début :
Je ne suis pas un Art d'une extrême noblesse, [...]
Mots clefs :
Agriculture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE..
E ne fuis pas un Art d'une extrême nobleftë
Je nourris cependant les Peuples & les Rois :
Loin du luxe & de la molleffe
Je forme le Ruftique à pratiquer mes Loix.
De tout tems , une fauffe gloire
Ne m'a pas fait hair du refte des Mortels ,
Ex
316 MERCURE DE FRANCE
Et l'on voyoit jadis, fans ternir leur mémoire ,
Les Généraux Romains , des bras de la Victoire
Venir encenfer més Autels.
Onze pieds de mon nom compoſent la meſure ;
Analyſe ma découpure ,
Du prémier trait , Lecteur , je t'offre un Elément ,
Un Oifeau dont le vol perce le firmament ,
Armé des Indiens , un Infecte incommode ,
Un Inftrument fort à la mode
Chés les Partifans d'Apollon ;
De la Gamme le ſecond ton ;
L'heureux féjour où Ganiméde
Verfe le doux Nectar fur la table des Dieux ;
Un Saint ; un mal affreux , qui fans un prompe
remede ,
A l'Univers entier nous rendroit odieux .
Mon pinceau pourroit bien t'en fournir davantage ;
Mais ce qui n'eft que badinage ,
Par fa confufion rebuteroit l'efprit ;
Si tu veux avec foin fuputer cet ouvrage ,
Cher Lecteur , cela te fuffit..
L'Abbé Gandet.
E ne fuis pas un Art d'une extrême nobleftë
Je nourris cependant les Peuples & les Rois :
Loin du luxe & de la molleffe
Je forme le Ruftique à pratiquer mes Loix.
De tout tems , une fauffe gloire
Ne m'a pas fait hair du refte des Mortels ,
Ex
316 MERCURE DE FRANCE
Et l'on voyoit jadis, fans ternir leur mémoire ,
Les Généraux Romains , des bras de la Victoire
Venir encenfer més Autels.
Onze pieds de mon nom compoſent la meſure ;
Analyſe ma découpure ,
Du prémier trait , Lecteur , je t'offre un Elément ,
Un Oifeau dont le vol perce le firmament ,
Armé des Indiens , un Infecte incommode ,
Un Inftrument fort à la mode
Chés les Partifans d'Apollon ;
De la Gamme le ſecond ton ;
L'heureux féjour où Ganiméde
Verfe le doux Nectar fur la table des Dieux ;
Un Saint ; un mal affreux , qui fans un prompe
remede ,
A l'Univers entier nous rendroit odieux .
Mon pinceau pourroit bien t'en fournir davantage ;
Mais ce qui n'eft que badinage ,
Par fa confufion rebuteroit l'efprit ;
Si tu veux avec foin fuputer cet ouvrage ,
Cher Lecteur , cela te fuffit..
L'Abbé Gandet.
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111
p. 1382-1383
LOGOGRYPHE.
Début :
Pour te prouver, Lecteur, jusqu'où va ma tendresse, [...]
Mots clefs :
Idolâtrie
112
p. 2466
LOGOGRYPHE.
Début :
Dans le coeur des Mortels, Lecteur, je prends naissance ; [...]
Mots clefs :
Courage
113
p. 2663-2664
LOGOGRYPHE.
Début :
Dans le déguisement réside ma puissance ; [...]
Mots clefs :
Logogriphe
114
p. 320
AUTRE.
Début :
Je suis être que la Peinture [...]
Mots clefs :
Vide
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
J E fuis être que la Peinture
Tenteroit vainement d'expofer à tes yeux ;
J'exifte , cher Lecteur , fans forme ni figure ;
Chés moi tout eft confus , tout eft mistérieux ,
Et plus d'un efprit curieux
N'a jamais juſqu'ici dévoilé ma nature .
Aux regards des humairs toujours imperceptible
Sans me voir , aisément on connoît où je fuis ,
Je rends pour la bouteille un bûveur infenfible ,
Et de tous les tonneaux , objets les plus chéris ,
J'en forme avec le tems l'objet de les mépris.
Dans cinq lettres , Lecteur , je trouve l'Exiſtence ,
Voici tout mon produit : être dont la puiſſance
Dans l'Univers entier s'éleve des Autels ;
Don très-précieux aux Mortels ,
Je finis ; fous ces traits découvre ma ſubſtance .
L'Abbé Gaudet
J E fuis être que la Peinture
Tenteroit vainement d'expofer à tes yeux ;
J'exifte , cher Lecteur , fans forme ni figure ;
Chés moi tout eft confus , tout eft mistérieux ,
Et plus d'un efprit curieux
N'a jamais juſqu'ici dévoilé ma nature .
Aux regards des humairs toujours imperceptible
Sans me voir , aisément on connoît où je fuis ,
Je rends pour la bouteille un bûveur infenfible ,
Et de tous les tonneaux , objets les plus chéris ,
J'en forme avec le tems l'objet de les mépris.
Dans cinq lettres , Lecteur , je trouve l'Exiſtence ,
Voici tout mon produit : être dont la puiſſance
Dans l'Univers entier s'éleve des Autels ;
Don très-précieux aux Mortels ,
Je finis ; fous ces traits découvre ma ſubſtance .
L'Abbé Gaudet
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115
p. 510-511
LOGOGRYPHE.
Début :
Chef-d'oeuvre d'un Dieu respectable, [...]
Mots clefs :
Corps
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRY PHE.
*
Hef- d'oeuvre d'un Dieu reſpectable ,
De l'Honimie tellement je fais inféparable ,
Qu'il ne peut pas vivre fans moi ;
D'être avec lui fans ceffe , au lit comme à la
table
Le fort jufqu'au tombeau me fait fubir la Loi .
Une fyllabe , ami forme mon appanage ;
Combine fans perdre courage ;
Dans cinq lettres pour le certain ,
MA R S 17437 jit
Tu trouveras un mot Latin ,
Qui du Corps nous dépeint la plus noble partie
Une Ville célebre aux Confins d'Arabie ;
Un animal connu par fa malpropreté ;
Un écueil , en mer redouté ;
Ce dont le Laboureur fend le fein de la Terre ;
Un métal , objet de nos voeux.
Vainement de mon nom je te fais un myſtere ;
Depuis long-tems , Lecteur , tu me tiens fous les
yeux.
L'Abbé Gaudet
*
Hef- d'oeuvre d'un Dieu reſpectable ,
De l'Honimie tellement je fais inféparable ,
Qu'il ne peut pas vivre fans moi ;
D'être avec lui fans ceffe , au lit comme à la
table
Le fort jufqu'au tombeau me fait fubir la Loi .
Une fyllabe , ami forme mon appanage ;
Combine fans perdre courage ;
Dans cinq lettres pour le certain ,
MA R S 17437 jit
Tu trouveras un mot Latin ,
Qui du Corps nous dépeint la plus noble partie
Une Ville célebre aux Confins d'Arabie ;
Un animal connu par fa malpropreté ;
Un écueil , en mer redouté ;
Ce dont le Laboureur fend le fein de la Terre ;
Un métal , objet de nos voeux.
Vainement de mon nom je te fais un myſtere ;
Depuis long-tems , Lecteur , tu me tiens fous les
yeux.
L'Abbé Gaudet
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116
p. 712-713
LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis d'un naturel sauvage, [...]
Mots clefs :
Misanthrope
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRY PHE.
JE
E fuis d'un naturel fauvage ,
Et l'ennemi juré de tout le Genre humain ;
Les noirs foucis font peints fur mon vifage ;
Jamais pour moi Clotos ne file un jour ferein .
Tout me chagrine , tout m'irrite ;
Je fuis toute focieté ;
Ainfi , caché comme un Hermite ,
Mon féjour est l'obſcurité.
Si tu ne peux , Lecteur , à ces traits me connoître ,
Voici des fignes plus certains .
Je fuis de tout Pays , j'ai des pieds, j'ai des mains ;
Dix lettres compofent mon être ;
J'offre, à qui les combine , une des doctes Soeurs ;
Le plus joli des mois ; la plus belle des fleurs ;
Le Dieu des bois ; ce qu'aux grands jours de Fête
Un Prélat porte fur la tête ;
L'Arbriffeau que chérit la Mere des Amours ;
Petit Oifeau mignon , fort commun de nos jours ;
Un Juge de l'Empire , où regnent les ténebres ;
Un Fleuve fort connu ; deux Villes fort célebres ;
Un compofé des préfens de Cérès ;
Un Métal , qui toujours eut de puiffans attraits ;
Le Pere infortuné du raviffeur d'Helene ;
Le Dieu qui préfide aux combats ;
Enfie
AVRIL. 1743 713
Enfin , Lecteur , une inhumaine ,
A qui tu n'échaperas pas.
Par M. l'Abbé H *** ¸ de Tours.
JE
E fuis d'un naturel fauvage ,
Et l'ennemi juré de tout le Genre humain ;
Les noirs foucis font peints fur mon vifage ;
Jamais pour moi Clotos ne file un jour ferein .
Tout me chagrine , tout m'irrite ;
Je fuis toute focieté ;
Ainfi , caché comme un Hermite ,
Mon féjour est l'obſcurité.
Si tu ne peux , Lecteur , à ces traits me connoître ,
Voici des fignes plus certains .
Je fuis de tout Pays , j'ai des pieds, j'ai des mains ;
Dix lettres compofent mon être ;
J'offre, à qui les combine , une des doctes Soeurs ;
Le plus joli des mois ; la plus belle des fleurs ;
Le Dieu des bois ; ce qu'aux grands jours de Fête
Un Prélat porte fur la tête ;
L'Arbriffeau que chérit la Mere des Amours ;
Petit Oifeau mignon , fort commun de nos jours ;
Un Juge de l'Empire , où regnent les ténebres ;
Un Fleuve fort connu ; deux Villes fort célebres ;
Un compofé des préfens de Cérès ;
Un Métal , qui toujours eut de puiffans attraits ;
Le Pere infortuné du raviffeur d'Helene ;
Le Dieu qui préfide aux combats ;
Enfie
AVRIL. 1743 713
Enfin , Lecteur , une inhumaine ,
A qui tu n'échaperas pas.
Par M. l'Abbé H *** ¸ de Tours.
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117
p. 1551-1566
LETTRE de M. l'Abbé L. au R. P. D. Timothée Veyrel, Prieur de S. Evroul en Normandie, au sujet des Ouvrages de Gui Aretin, avec quelques Remarques en faveur de la mémoire de ce célebre Musicien.
Début :
Vous possedez, M. R. P. dans votre Abbaye un Manuscrit complet des [...]
Mots clefs :
Guido d'Arezzo, Gui Arétin, Chant, Sons, Noms, Temps, Notes, Lettres, Lettre, Corde, Nom, Gamme, Maître, Monocorde, Ouvrages, Mémoire, Commencement, Religieux, Peine, Chanter
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. l'Abbé L. au R. P. D. Timothée Veyrel, Prieur de S. Evroul en Normandie, au sujet des Ouvrages de Gui Aretin, avec quelques Remarques en faveur de la mémoire de ce célebre Musicien.
L Е TTR Е de M. l'Abbé L. au R. P. D.
Timothée Veyrel , Trieur de S. Evroul en
Normandie , au fujet des Ouvrages de Gui
Aretin, avec quelques Remarques en faveur
de la mémoire de ce celebre Aíuficien.
VOus políedez, M. R. P. dans votre
Abbaye un Manufcrit complet dee
OEuvres de Gui Aretin , fçavant Mufickn du
commencement de l'onzième fiéefc ; Se en
cela vous ères plus riche que les bibliothè
ques qui n'en ont que des fragmens , par le
moven defquels on ne peut connoître qu'im
parfaitement cet Auteur. Le terns eft venu,'
ce me ièmble , de rendre les Ouvrages de ce
grand Muficien plus communs qn-'ils ne le
font , & je fuis perfuadé que dès-lors que je
vous aurai expoie ce qui a été écrit depuis
peu contre la mémoire de ce Religieux, vous
voudrez bien prendre la peine de vous faire
inftruire de ce qui eft confervé à la Bihliothé- -
que du Roi, des OEuvres Muficales de Gui; •
pour y fournir ce qui y manque, afín que lea
Curieux de Paris puiflenc y avoir recour»
dans le befoin.
Vous n'aurez peut-être connu le nouveau
Livre de M. Roufleau, intitulé 1 Dijfertatua
fur.
MERCURE DE FRANCE
fnr la Mttpque moderne, que par l'Extraie
qu'en donnent les Journaux. Le grand nom
bre fc fera repofé , qHant au Syftême de la
maniere de chiffrer le Chant , fur ce que l'é
vénement & la fuite du tems pourront en
apprendrc.Mais je ne croi pas qu'aucun Journalifte
ait rapporté les propres termes de M.
Rouifeau.» Il n'eft pas aifé , dit-il , page i.
»» de fçavoir préciièment en quel état étoit la
» Mufiquc , quand Gui d'Arczze s'avifa de
»fupprimer tous les caradéres que l'on y
»remployoit, pour leur fubftituer les Notes
» qui font en .ufage aujourd'hui. Ce qu'il y a
» de vraifcmblable , eft que les premiers ca-
» ractéres étoient 1« mêmes avec lefquels
»»les anciens Grecs exprimoient cette Mufi-
» que mervolitufe , de laquelle , quoiqu'on
» endife ,1a nôtre n'approchera jamais, quant
» à fes effet": , Sc ce qu'il y a de fur, c'eft que
>» Gui rendu un fort mauvais fervicc à la Mu-
» fique i &c qu'il eft fâcheux pour nous qu'il
»» n'ait pas trouvé en foH chemin des Mufi-
» ciens lu(TÎ indociles que ceux d'aujourd'hui.
Plus bas, il s'étonne qu'on ne falTe pasau-_
jourd'hui pour la perfection de la Mufique ,
ее ¡ue Gui d'Arezxe a fait pour la gâter.
Il ine piroíó que M. Rouifeau n'a pas connu
fufhTamment Gui Aretin avant que d'entre
prendre d'en parler. Il auroit pû fe mettre au>
lait de 1д fituation où étoit l'arc d'écrire le
Chant
JUI LLE T. i74y; ijjj
Chant avant le terns de ce Religieux , en
confultant le Livre de votre Confrere Dorrt
Jacques le Clercq , imprimé à Paris , in 4.
en 1675. mais s'il a négligé de cirer même
le petit Livre du Pere SouhairryjCordeliefj je
fuis plus étonné qu'il air ignoré que Dom le
Clercq a fait graver des morceaux de Chant
notés , fuivantl'ufige obfervé avant le fiécle
de Gui Arerin , par le moyendc'quels on voit
qu'à la vérité les fept premieres lettres de
l'Alphabet Larin ont fervi à defigner les fons
dans le Chant Romain , mais qu'il y avoir en
même-tems des Notes de différentes foimes
qu'on plaçoit fur les paroles , à des diftances
arbitraires.Les lettres a, b, c, d. e, f g, éroient
les fept noms des fons ; les Notes quarrées
ou en équerre ou à queue, ou un fïmple trait
de plume tiré perpendiculairement , ou bien,
finiffant en crofle , avec des points entremê
lés étoient les Notes de ces fiécles , fans li
gnes ni fans clefs. Ainfi un même fon , quirevenoit
de tems en tems, étoit placé à la
fantaifie du Noteur ou Notatcur , de ma
niere que des Ecoliers à qui on avoir fait
chanter les fons de la Gamme a,b,c,d,e,f,g ,.
par intervalles disjoints , ne lçavoient plus à
quoi s'en tenir,& il étoit néceflaire à tout mo
ment que le Maître les remît en chemin , &
retraçât à leur mémoire, que tel figne devoir
produire le fon- b , celui-ci le fon d , cet
autre
tj54 MERCURE DE FRANCE
autre le fon f. Par exemple , fur l'Introït S№
luit , leur ayant dit que le premier fon étoic
le fon d,ils voyoient confufément que le fou
fuivant dévoie être plus aigu , mais ils né fçavoyent
pas de combien il devoit l'être ni
s'il falloit du d. proceder au g. ou à l'a» Il
falloit que le Maître prît la peine de
prononcer toujours la lettre de la Note qui
enindiquok le fon, de la faire fonner ou de
la voix ou fur fon Monocorde, Infiniment
alors fort ûfité , où la touche des Ion*
étoient marquée par le moyen des bandes de
différentes couleurs , alternativement. Si le
Maître s'en difpenfoit , tout à coup les Eco
liers fortoîent de leur chemin. Si pour s'éxemptercette
peine, il écrivoit les lettres fous
les .Notes » ou s'il fe contentoit d'employer
les ièpt lettres fur le Texte . les Ecoliers
avoient,àla vérité, des guides devant eux ,
mais c'étoient encore des guides muets, pout
ainfi-dire, &c qui ne repréfentoient qu'obfcu-'
rémentle fon, dont la lignification leur ctoie
attachée.
Que fit Gui Aretin ? Ce grand Maître , £
forée de travailler à infinuer & inculquer lç
Chant à la mémeirc des jeunes Moines de
Pompofc , s'apperçût qu'ils le rctenoiênt plus
aifément en voyant où il plaçoit fon doigt
fur le Monocorde,, pour former chaque fou
de la Gamme , qu'il vouloit qu'ils rendirent
confor
JUILLET.. 1743. 155 j
coRÍormcment aux Notes de la Pièce de
Chant qui étoit à exécuter. Il conclut de-là,
que l'imagination des Ecoliers feroit beau
coup foulagée & même invariablement fixée,
fi fur chaque fyllabe. du Texte à chanter , il
repréfentoit le (Monocorde , au moins par
extrait. Ainfi ^ par exemple , pour Pin-'
rroît Statuit , il imagina de figurer d'abord
fc'—гЩ-Ц- m И
puis _ puis —
Sta- tu • it , Sc ainfi da rede;
C'eft ainfi que fe forma ce qu'on' appella de
puis, une portée ou une pattée de la longueur
d'une ligne de paroles , par le moyen des
différentes repréfentations de la touche du
Monocorde, jointes & réunies enfemble. Ott
lui donna depuis le nom d'échelle , à caulè
de la reflemblancff.
Dès- lors, on put hardiment fe fer vir des
termes clairs de monter & de defeendre , de
chant haut 5 de chant bas, au lieu qu'aupara
vant on n'emplovoit que les termes obfcurs de
chant aigu, de chzut grave t aller dams
aller dans Je grave.
A mefure que cette clarté devint fenfiblc
clic fit plaifir aux gens portés pour le pro
grès des Sciences , & elle défbht ceux qui
apparemment auroient été bien aifes que le
Chant fût refté difficile à apprendre , foit afin
«l'être regardés comme des Maîtres néceflai
m^é MERCURE ÜE FRANCE
íes , (bit afin de mériter plus long tems PIich
noraire dû à leurs peines. Je ne vous appren
drai rien de nouveau , M. R. P. vous ères à
la lource. Mais qu'il me foit permis de faire
afage de ce que Dom le Clereq , & depuis
lui , Dom Mabillon ont ptiblié d'après votre
Manufcrit,
Ce ne fut pas en ce que Gui Aretin enfcigna
à commencer l'oAave par le fon С , faiîànt
fuivrc ainii les fignes en montant, с cl
*> f,g, a, b,c, qu'il rendit la Science du Chant
Grégorien ( alors qualifié Mufique ) plus aifee
à apprendre ; il contrevint en cela à l'étymologie
du mot de Gamme , qui étoit venue
de ce que le G,fc trenivoit au haut des fept let
tres , quand la plus balTe ou la plus graveé roic
la lettr с a ; ce qui faifoit alors a, b, с , d . e ¿
f, g. Ce ne fut pas non plus de ce qu'il ima-<
gina de donner de nouveaux noms aux tons li
gnifiés précédemment parjCjdjCjCgja/çavoir,
ut , ré, mi, fa, fol, la , lefqucls noms il prit au
commencement de chaque hemiftiche de la
premiere Strophe àUt tpteant taxis. Mais la
facilité vint de ce que fur chaque fyllabc de
la parole , ceux qni chantoient , voyoient à
3uel dégre ou à quel étage , pour ainfi-dire , ils
evoient porter leur voix: car il retint l'ufagc
des trois lettres anciennes , fçavoir , la lettre
C, qu'il plaça au commencement de la corde
•ù il vouloit qu'oH fit former ce qu'ilappel*.
loic
JUILLET. Î743. 1557
bit ttt ; la lettre F , qu'il plaça au commence
ment de la corde où il vouloit qu'on fit fonnetfa,
c'eftce qu'on a depuis appelle les Clefs
du Chinr , & enfin la lettre b, qui éroit deftinée
dans certains cas à être placée dans le
degré immédiatement inférieur à la corde c ,
pour fignifier que de cette corde с à la corde
l , l'intervalle étoit d'un ton. J'avouerai ce
pendant qu'il reftoit uncchofe à dçfirer dans
les nouveaux noms que Gui Aretin donnoit^
aux fons de la Gamme. On fait naturellement
fept fons confécutifs , jufqu'à ce qu'on attei
gne le huitième , appelle communément
Octave. Gui ne jugea à propos d'employer
que fix noms* il en reftoit un à fuppléer3& ce
fut en quoi peut-être les ennemis de ce Reli
gieux auraient été mieux fondés à combattre
fa Méthode , comme infuififante. Mais je me
doute que fi on examinoit exactement fes-
Ouvrages , on verrait qu'il ne fe conrentoit
pas de ces fix fyllabes ut re mi fa fol la , &
qu'il y en avoit une feptiéme qu'il faifoit pro
noncer be, dont le figne étoit % ou ï. Ainfi
voici quelle étoit l'Odave de Gui Aretin :
Ш re mifa fol la beut.
Quelques-uns de ceux, qui remarquèrent
que les quatre fons d'enhaut, ne font proporrionellement
pris } que la repetition des
quatre fons d'en bas,ne voulant retenir aucun
nom tiré d'une des fept premieres lettres feules
155» MERCURE Dt FRANCE
de l'alphabet , s'aviferent de propofer , com
me plus convenable , lorfqu'il y auroir , par
exemple , felon notre ufage »Auel, cette
progrcflîon à faire ,
ut re mi fa fol la fi ut ré mi ,
s'aviferent , dis- je , de propofer de chanter^
Ut re mi fa Jet la mifa Jol la.
'Ce fut ce qu'on appella chanter par les
muances , parce qu'avant que, de retrou
ver le fon huitième ou octave , on reprènoit
, pouf fignifier des fons qui larendiüenC
complette , des noms déjà employés une
fois s ces repetitions de noms avec muance
ott changement de fon, ctoient très-in
commodes , & cependant elles fubfifterent
jufqu'à ce qu'un particulier vainquit
Î'entêterrrent qu'on avoit de ne pa's don
ner le nom de ié гп feptiéme fon , &
vint à bout d'éliminer la répétition de la
fylhbe mi , en lui fubftiruant la fyllabc ß.
Mais pen reviens à dire , que tout cela
n'a pas dû être imputé à Gui Aretin , qui
fburnifiant fix. noms nouveaux , & confervant
le feptiéme , donnoit de quoi fatisfaire
les commençans. Il ne reftoit rien
que de clair dans fon Syftême , parce que
le feptiémede íes foni ctoit figuré ou J| ou
t , felon le different ion qu'il convenoit de
former dans l'intervalle du U à l'ut. L'é
chelle quiregnoit fur h parole d'un côté
JUILLET. 1743. » 15
fe la page à l'autre , fot un Ibulagemenc
admirable. Le Chant Grégorien fut appris
en peu de tems par les enfans de Choeur de
l'Eglife d"Arre«zo , & un petit enfant en fçût
pkis en un mois que les vieillards les pius
âgés de tous les autres Pays, (a) En effet
quand même un С hantjp eût vécu cent
ans , il n'auroit pû encore au bout du
íiécle fe tirer lui tout feul d'une An
tienne ( b ) Le Pape Jean XX. ayant
oui parler de ce prodige, fit venir à Ro
me le Moine Gui , avec l'Antiphonier no^
té à fa manière , pour s'affûrer lui même
de h vérité. Ce Souverain Pontife s'étanc
fait expliquer les nouvelles régies par l'Au
teur même, & ayant un peu refléchi deiTus 3
prit l'Antiphonier, fit l'ciTai fur un Verfct
qui éroit nouveau pour lui : il le chan
ta faus faute f & l'apprit à l'heure même .
( a ) Ectlefi» { Aretint ) etiatn pueri in modula»-
di /htdio perfeiles ahotum quarunque lócorum fitpi-
T»nt (enes, puide Ер. ad fheostald. Ер. Arft.
Quiitm eorum imitation» cloordt noflrarum no.
tarum uju exercitati ante unius tnenfis fpatiun invifes
inauditos cantus ita primo intuitu indubit agi
ter can:abant , ut maximum fpeäaculum plurimi*
plièrent. Ibid.
{ b ) Maximi dolui de noßris canforibus qui etß
centum annis in canendi ßudio perfeverent , numquam
temen -utl minimam Antipbenam per fe valent tfferre.
Ibid. -
ts¿o MERCURE DE FRANCE
en préfence du Réligieux. ( с ) Si c'eft-là
rendre un fort mauvais fervice к la Mtißque
, Ci c'eft-là gâter l'Art d'enfeigner le
Chant , je ne fçais pas cömmen^ il falloic
-qu'il s'y prit , pour réuflîr au goût de
M. Roufleau.
Il cft vrai que ces témoignages nous font
tranfmis par l'Auteur même ; mais ne convenoit-
il pas qu'd fe défendit contre fes
«mules que la jaloufic animoit plutôt qu'un
zélé véritable , felon qu'il fut facile de s'en
appercevoir i Auflî arriva-t'il que ces adverfaires
voyant le progrès immenfe que
fit le nouveau iecrct de peindre le Chant
& de l'apprendre , n'oferent rien écrire
contre Gui , à qui ils (è virent obligés de
laifler le champ libre.
J'allois finir ici cette Lettre , M. R. P.
lorfqu'un de vos Confreres , qui vifire affi-,
dûment tous les Manufcrits du Berry ,
pour donner l'Hiftoire de cette Province,
a eu la bonté de me faire part de quel
ques Extraits plus amples des Ouvra-
( с ) Tontifex noflrum velut tjuoddam frodigium
revolvcns Antifhonardum , prtfixasque ruminans re
gulas , non frius deßitit , яш de loco in que fedebat
aècejjtt , donec unum verficulum inaudnum volt
eempos edifeeret , ut quod vix créditai in aliis , tam
fubito in fe recognofeeret. Guido Ер. ad Michael
* Annal. Benei T. IV. P. 314.
JUILLET. 1743. i56i
gcs du même A retin , fur un Manuicrit
conicrvc dans l'Abbaye de Chezalbenoîr,
Je fuis perfuadé que vous avez déjà ceci
dans la collection qui eft parmi les Ma*
nuferits de S. Evroul. Je ne vous prie d'y
faire attention , qu'afin de nous confirmer
de plus en plus dans le fentiment que
Gui Aretin rendit un très- grand fervice à
J'Eglife & à tous les Chantres , en in
ventant une nouvelle manière claire & aifée
, de noter le Chant. La connoiiTance de
cette Science étoit fi obfcure & fi em
brouillée , que Gui fe vit obligé de dire
que de fon tems les Chantres » étoient
- les plus infenfés ou les plus à plaindre
»de tous les hommes, (л) Dans tousles
» Arts communément, dit il, on en apprend
» plus de foi-même que les Maîtres n'en ont
» enfeigné. Les enfans ayant appris à lire lg
{a) Temporibus noßris jupir omnes homines fatui
funt cantores. In omni enim arte plura funt valdi
qui. fenfu neßro eognofeimus qutm que. à magiflro
iidicimus. Ferfecio enim folo Pfaiterio , «mnium i:~
brorum Uniones cognofeunt puertdi ¡ (¡p Agricultu
re feientiam fubito intelligunt ruflici. <3jui enim
unam vineam future , unam arbufculam inferere
unum aßnum enerare cognovit , ßcut in in uno fá
cil , in omnibus ßmiliter , auf etiam melius facit fr
mon dubitat. Miferabiles autem cantores eorumque
olijcipuli , etiamfi per centum annos quotidie décan
tent , nunquam per fi fine mag'tßro vel parvulam
cant abunt Antiphonarn , &c.
. » Pfautier j
%fíi MERCURE DE FRANCE
*> Pfcaurier , lifcnt après cela feuls tou-
» tes fortes de Livres. Les Payfans ap-
» prennent en peu de lems Jes travaux de
" la Campagne. Quand ils fçavent railler
» une Vigne , planter ou enter un Arbre -,
» charger une Bête , Us fe règlent fur ce
» qu'ils ont fait une fois , pour Je faire tou-
» jours de même , & quelquefois encore
» mieux ; & ils font fùrs de réuilîr. Mais
» pour ce qui eft des miferables Chantres
n & de leurs Difciples , quand même ils
» chanteraient tous les jours pendant cent
h ans , jamais ils ne feront en état de
» chanter d'eux-mêmes, & fans le fecours
» du Maître , la moindre petite Antienne. . .
»> Et ce qui cft plus fatal , c'eft que plu-
» lleurs Clerps & Moines , voyant qu'ils
» perdent leur tems, en elïayant d'appren-
» dre à chanter , négligent l'aififtançe à
» l'Office Divin. En effet, ajoute- с il , lorf-
» qu'on l'entend célébrer, il femble qu'on
» voyc des gens difputer les uns con-
» tre les autres j à peine deux voix font-
9 elles à l'unifon f Le Difcipje ne s'açcpr-
» de ni avec fon Maître , ni avec fon Condifciple.
La maniere de noter , inventée
oar Arerin , remédia à rout cela ; le Chant
Grégorien , qui étoit la principale Mufique
de ces tems là , fut appris facile
ment , & fut chanté à l'unifon fans difcordance
¿
JUILLET. 174 3: 1 5 if j
cordance & même avec goût : & ce fût
cette facilité qui fit naître tous les rafinemens
qu'on trouva depuis. Que M. Rouffeau
ait donc la bonté d'effacer de fon
Livre , que Gui Aretin rendu un fon mau
vais fervice à 1л M fique , & qu'il eft à
propos de faire pour fa Perfection y ce
que Gui d'Arezze л fait four la gâter.
Enfin , que ce même Gui apprit aux hom
mes à chanter difficilement. Toutes ces Propofirions
étant taulîcs , ne peuvent que
défigurer un Livre, où l'Auteur tait profeifion
de vouloir dire la vérité : l'expérience fit
voir évidemment que le Chant étoit de
venu infiniment plus aifé à apprendre рас
fa méthode , que par les précédentes: c'eil
le feul Fait que j'ai entrepris de prouver ,
Si qui me proîr très bien établi par les
témoignages tirés des Ouvrages du tems
même de l'invention. Cette méthode con
tinuera , & acquerrera de nouvelles per
fections avec le tems. Loin qu'elle perde
de fon mérite , je fuis témoin qu'un fçavant
Magiibat de Pans a enchéri, deilus en don
nant des noms aux onze femitons qui fonC
entre l'ut inférieur à l'ut fupérieur } c'eftà-
dire , qu'outre les noms de re mi fajol
laß, il a admis les trois fyllabes ma fi fa t
de l'Annphonicr de Paris , auxquelles il
en a joint deux de fa fa$on , l'un pour l'ut
E dieze ,
i5¿4 MERCURE DE FRANCE
dièze , & l'autre pour Je fol dièze. Ces
multiplications de noms , qui font fi légiti
mes , que j'ai fi fort fouhaittés , & qui ferviroient
fi utilement à s'entendre claire
ment les uns les autres , lorfqu'on parle
de tranfpofitions de Chant , font bien op-
•pofées à la prétendue Amplification que
}A. RouiTeau propofe. L'idée qui m'eft ve
nue de peindre aux yeux des enfans qui corn»
mencent à apprendre le chantóles diftances
icelles des cordes de l'ancienne échelle d'Aretin
, & que j'ai communiquée au Pu
blie il y a deux ans , n'y eft pas moins
oppoféc. Ainfi , M. K, P. vous voyez que
je fuis jntereilé à foutenir ce que j'ai ima
giné pour la plus grande facilité de ceux qui
feront ufage de l'échelle d'Aretin, J'accor
derai Ыеп que les chiffres 1.2. 3 4.. 5. ¡S . 7.
rciTemblenr à ces fept premières lettres de
l'Alphabet Latin a b с de fg , & c'eft parce
qu'elles ne leur reiTemblent que trop, que
je prétends que l'une des méthodes n'elt
pas plus commode que l'autre , pour enfeigner
le Chant d'une manjéic claire
palpable , & intelligible aux enfans qui
commi ncent , & qui font , pour ainfi dire,
a la Croij: de par Dieu de la Mu fique.
Comme donc l'ufage d'employer feulement
les fept premières lettres de l'AlphabeC
Latin t a été reprouvé pour fpn infiiffifan•
.,y,î\U I;L i E T-, : Д743.\ ... ij;<5.
ce , iL y a tout lieu de craindre que lern"
ploi desfept premiers chiffres n'ait le même
ïorrj il en fera de ce leptiéme. comme des No
tes de Tiron , qu'on employe pour écrire
en abrégé , & écrire aulîj vite que l'O
rateur qui prononçoic un Difcours : on s'en
iervjra pour épargner le papier , pour évi
ter de former un Volume de ce qui peut
être cont.nu- eu quelques, pages -, pour en
voyer aulii beaucoup d'airs notés dans une
iimplc Lettre. On en agira ainfi de Maî
tre à Maître , mais non de Maître à éco
lier , & je ne croirai jamais qu'il le trouve4
(fes écoliers , qui n'ayant aucune teinrurc
de Chant, & qui étant absolument neufs
dans cet Art , apprennent facilement ' à
chanter (implement par i. 2 .}. 4 5 .6. 7.
fans échelle ; ou s'il s'en trouve , je ioutiens
que ces enrans auroit nr appris encore beau
coup plus facilement par la méthode
de l'Echelle- de 1 Gui * Arétin , *ték¿> qu'elle
a été perfectionné* ju(ques!ici & qu'elle
pourra l'être encore par la fuite.
Il ne me rede plus, M. R. P, qu'à vous
demander , fi vone Manufcnjde Gui Arctin
, eil aulli riche en Figu.es, que Ce
lui que je viens -de découvrir à Chezalbenoît
j c'eft-à-dire , fi on y trouve des
Figures de Jou urs de toute forte d'inftrumens
, à commencer par de petites do-
• » E ij ches,
tff& MERCURE DE>RANCE
ches, & qui font qualifiés Percujfíonales ¿
Tetjßbiles , Inflatiles f &c. Cela cft afféf
digne d'atrenuon dans le Manufcrit de
Çhezalbenoîr f que l'on dit être du XI,
ou XII. fiéclc. ,Ел même rems , fquffrez
que je vous prie de faire examiner, fi en
Quelque endroit de votre Exemplaire i Gui
eft appelle Guide Augens Aretinus , com
me le Pere de Monttaucon l'appelle dans
les Tables de fon Ouvrage , intitulé Bibliothec*
Bibliotbpcarum. И peut fe faire qu'il y
ait eû un Guido Augcnfis qui ait écrit fur ia,
Mufique , & que la reiTemblancc du nom foie
caufe que des deux on n'en aura fait qu'un;
J'ai l'honneur d'être , &c.
A I tris , ce 3« Juin t 1743.
Timothée Veyrel , Trieur de S. Evroul en
Normandie , au fujet des Ouvrages de Gui
Aretin, avec quelques Remarques en faveur
de la mémoire de ce celebre Aíuficien.
VOus políedez, M. R. P. dans votre
Abbaye un Manufcrit complet dee
OEuvres de Gui Aretin , fçavant Mufickn du
commencement de l'onzième fiéefc ; Se en
cela vous ères plus riche que les bibliothè
ques qui n'en ont que des fragmens , par le
moven defquels on ne peut connoître qu'im
parfaitement cet Auteur. Le terns eft venu,'
ce me ièmble , de rendre les Ouvrages de ce
grand Muficien plus communs qn-'ils ne le
font , & je fuis perfuadé que dès-lors que je
vous aurai expoie ce qui a été écrit depuis
peu contre la mémoire de ce Religieux, vous
voudrez bien prendre la peine de vous faire
inftruire de ce qui eft confervé à la Bihliothé- -
que du Roi, des OEuvres Muficales de Gui; •
pour y fournir ce qui y manque, afín que lea
Curieux de Paris puiflenc y avoir recour»
dans le befoin.
Vous n'aurez peut-être connu le nouveau
Livre de M. Roufleau, intitulé 1 Dijfertatua
fur.
MERCURE DE FRANCE
fnr la Mttpque moderne, que par l'Extraie
qu'en donnent les Journaux. Le grand nom
bre fc fera repofé , qHant au Syftême de la
maniere de chiffrer le Chant , fur ce que l'é
vénement & la fuite du tems pourront en
apprendrc.Mais je ne croi pas qu'aucun Journalifte
ait rapporté les propres termes de M.
Rouifeau.» Il n'eft pas aifé , dit-il , page i.
»» de fçavoir préciièment en quel état étoit la
» Mufiquc , quand Gui d'Arczze s'avifa de
»fupprimer tous les caradéres que l'on y
»remployoit, pour leur fubftituer les Notes
» qui font en .ufage aujourd'hui. Ce qu'il y a
» de vraifcmblable , eft que les premiers ca-
» ractéres étoient 1« mêmes avec lefquels
»»les anciens Grecs exprimoient cette Mufi-
» que mervolitufe , de laquelle , quoiqu'on
» endife ,1a nôtre n'approchera jamais, quant
» à fes effet": , Sc ce qu'il y a de fur, c'eft que
>» Gui rendu un fort mauvais fervicc à la Mu-
» fique i &c qu'il eft fâcheux pour nous qu'il
»» n'ait pas trouvé en foH chemin des Mufi-
» ciens lu(TÎ indociles que ceux d'aujourd'hui.
Plus bas, il s'étonne qu'on ne falTe pasau-_
jourd'hui pour la perfection de la Mufique ,
ее ¡ue Gui d'Arezxe a fait pour la gâter.
Il ine piroíó que M. Rouifeau n'a pas connu
fufhTamment Gui Aretin avant que d'entre
prendre d'en parler. Il auroit pû fe mettre au>
lait de 1д fituation où étoit l'arc d'écrire le
Chant
JUI LLE T. i74y; ijjj
Chant avant le terns de ce Religieux , en
confultant le Livre de votre Confrere Dorrt
Jacques le Clercq , imprimé à Paris , in 4.
en 1675. mais s'il a négligé de cirer même
le petit Livre du Pere SouhairryjCordeliefj je
fuis plus étonné qu'il air ignoré que Dom le
Clercq a fait graver des morceaux de Chant
notés , fuivantl'ufige obfervé avant le fiécle
de Gui Arerin , par le moyendc'quels on voit
qu'à la vérité les fept premieres lettres de
l'Alphabet Larin ont fervi à defigner les fons
dans le Chant Romain , mais qu'il y avoir en
même-tems des Notes de différentes foimes
qu'on plaçoit fur les paroles , à des diftances
arbitraires.Les lettres a, b, c, d. e, f g, éroient
les fept noms des fons ; les Notes quarrées
ou en équerre ou à queue, ou un fïmple trait
de plume tiré perpendiculairement , ou bien,
finiffant en crofle , avec des points entremê
lés étoient les Notes de ces fiécles , fans li
gnes ni fans clefs. Ainfi un même fon , quirevenoit
de tems en tems, étoit placé à la
fantaifie du Noteur ou Notatcur , de ma
niere que des Ecoliers à qui on avoir fait
chanter les fons de la Gamme a,b,c,d,e,f,g ,.
par intervalles disjoints , ne lçavoient plus à
quoi s'en tenir,& il étoit néceflaire à tout mo
ment que le Maître les remît en chemin , &
retraçât à leur mémoire, que tel figne devoir
produire le fon- b , celui-ci le fon d , cet
autre
tj54 MERCURE DE FRANCE
autre le fon f. Par exemple , fur l'Introït S№
luit , leur ayant dit que le premier fon étoic
le fon d,ils voyoient confufément que le fou
fuivant dévoie être plus aigu , mais ils né fçavoyent
pas de combien il devoit l'être ni
s'il falloit du d. proceder au g. ou à l'a» Il
falloit que le Maître prît la peine de
prononcer toujours la lettre de la Note qui
enindiquok le fon, de la faire fonner ou de
la voix ou fur fon Monocorde, Infiniment
alors fort ûfité , où la touche des Ion*
étoient marquée par le moyen des bandes de
différentes couleurs , alternativement. Si le
Maître s'en difpenfoit , tout à coup les Eco
liers fortoîent de leur chemin. Si pour s'éxemptercette
peine, il écrivoit les lettres fous
les .Notes » ou s'il fe contentoit d'employer
les ièpt lettres fur le Texte . les Ecoliers
avoient,àla vérité, des guides devant eux ,
mais c'étoient encore des guides muets, pout
ainfi-dire, &c qui ne repréfentoient qu'obfcu-'
rémentle fon, dont la lignification leur ctoie
attachée.
Que fit Gui Aretin ? Ce grand Maître , £
forée de travailler à infinuer & inculquer lç
Chant à la mémeirc des jeunes Moines de
Pompofc , s'apperçût qu'ils le rctenoiênt plus
aifément en voyant où il plaçoit fon doigt
fur le Monocorde,, pour former chaque fou
de la Gamme , qu'il vouloit qu'ils rendirent
confor
JUILLET.. 1743. 155 j
coRÍormcment aux Notes de la Pièce de
Chant qui étoit à exécuter. Il conclut de-là,
que l'imagination des Ecoliers feroit beau
coup foulagée & même invariablement fixée,
fi fur chaque fyllabe. du Texte à chanter , il
repréfentoit le (Monocorde , au moins par
extrait. Ainfi ^ par exemple , pour Pin-'
rroît Statuit , il imagina de figurer d'abord
fc'—гЩ-Ц- m И
puis _ puis —
Sta- tu • it , Sc ainfi da rede;
C'eft ainfi que fe forma ce qu'on' appella de
puis, une portée ou une pattée de la longueur
d'une ligne de paroles , par le moyen des
différentes repréfentations de la touche du
Monocorde, jointes & réunies enfemble. Ott
lui donna depuis le nom d'échelle , à caulè
de la reflemblancff.
Dès- lors, on put hardiment fe fer vir des
termes clairs de monter & de defeendre , de
chant haut 5 de chant bas, au lieu qu'aupara
vant on n'emplovoit que les termes obfcurs de
chant aigu, de chzut grave t aller dams
aller dans Je grave.
A mefure que cette clarté devint fenfiblc
clic fit plaifir aux gens portés pour le pro
grès des Sciences , & elle défbht ceux qui
apparemment auroient été bien aifes que le
Chant fût refté difficile à apprendre , foit afin
«l'être regardés comme des Maîtres néceflai
m^é MERCURE ÜE FRANCE
íes , (bit afin de mériter plus long tems PIich
noraire dû à leurs peines. Je ne vous appren
drai rien de nouveau , M. R. P. vous ères à
la lource. Mais qu'il me foit permis de faire
afage de ce que Dom le Clereq , & depuis
lui , Dom Mabillon ont ptiblié d'après votre
Manufcrit,
Ce ne fut pas en ce que Gui Aretin enfcigna
à commencer l'oAave par le fon С , faiîànt
fuivrc ainii les fignes en montant, с cl
*> f,g, a, b,c, qu'il rendit la Science du Chant
Grégorien ( alors qualifié Mufique ) plus aifee
à apprendre ; il contrevint en cela à l'étymologie
du mot de Gamme , qui étoit venue
de ce que le G,fc trenivoit au haut des fept let
tres , quand la plus balTe ou la plus graveé roic
la lettr с a ; ce qui faifoit alors a, b, с , d . e ¿
f, g. Ce ne fut pas non plus de ce qu'il ima-<
gina de donner de nouveaux noms aux tons li
gnifiés précédemment parjCjdjCjCgja/çavoir,
ut , ré, mi, fa, fol, la , lefqucls noms il prit au
commencement de chaque hemiftiche de la
premiere Strophe àUt tpteant taxis. Mais la
facilité vint de ce que fur chaque fyllabc de
la parole , ceux qni chantoient , voyoient à
3uel dégre ou à quel étage , pour ainfi-dire , ils
evoient porter leur voix: car il retint l'ufagc
des trois lettres anciennes , fçavoir , la lettre
C, qu'il plaça au commencement de la corde
•ù il vouloit qu'oH fit former ce qu'ilappel*.
loic
JUILLET. Î743. 1557
bit ttt ; la lettre F , qu'il plaça au commence
ment de la corde où il vouloit qu'on fit fonnetfa,
c'eftce qu'on a depuis appelle les Clefs
du Chinr , & enfin la lettre b, qui éroit deftinée
dans certains cas à être placée dans le
degré immédiatement inférieur à la corde c ,
pour fignifier que de cette corde с à la corde
l , l'intervalle étoit d'un ton. J'avouerai ce
pendant qu'il reftoit uncchofe à dçfirer dans
les nouveaux noms que Gui Aretin donnoit^
aux fons de la Gamme. On fait naturellement
fept fons confécutifs , jufqu'à ce qu'on attei
gne le huitième , appelle communément
Octave. Gui ne jugea à propos d'employer
que fix noms* il en reftoit un à fuppléer3& ce
fut en quoi peut-être les ennemis de ce Reli
gieux auraient été mieux fondés à combattre
fa Méthode , comme infuififante. Mais je me
doute que fi on examinoit exactement fes-
Ouvrages , on verrait qu'il ne fe conrentoit
pas de ces fix fyllabes ut re mi fa fol la , &
qu'il y en avoit une feptiéme qu'il faifoit pro
noncer be, dont le figne étoit % ou ï. Ainfi
voici quelle étoit l'Odave de Gui Aretin :
Ш re mifa fol la beut.
Quelques-uns de ceux, qui remarquèrent
que les quatre fons d'enhaut, ne font proporrionellement
pris } que la repetition des
quatre fons d'en bas,ne voulant retenir aucun
nom tiré d'une des fept premieres lettres feules
155» MERCURE Dt FRANCE
de l'alphabet , s'aviferent de propofer , com
me plus convenable , lorfqu'il y auroir , par
exemple , felon notre ufage »Auel, cette
progrcflîon à faire ,
ut re mi fa fol la fi ut ré mi ,
s'aviferent , dis- je , de propofer de chanter^
Ut re mi fa Jet la mifa Jol la.
'Ce fut ce qu'on appella chanter par les
muances , parce qu'avant que, de retrou
ver le fon huitième ou octave , on reprènoit
, pouf fignifier des fons qui larendiüenC
complette , des noms déjà employés une
fois s ces repetitions de noms avec muance
ott changement de fon, ctoient très-in
commodes , & cependant elles fubfifterent
jufqu'à ce qu'un particulier vainquit
Î'entêterrrent qu'on avoit de ne pa's don
ner le nom de ié гп feptiéme fon , &
vint à bout d'éliminer la répétition de la
fylhbe mi , en lui fubftiruant la fyllabc ß.
Mais pen reviens à dire , que tout cela
n'a pas dû être imputé à Gui Aretin , qui
fburnifiant fix. noms nouveaux , & confervant
le feptiéme , donnoit de quoi fatisfaire
les commençans. Il ne reftoit rien
que de clair dans fon Syftême , parce que
le feptiémede íes foni ctoit figuré ou J| ou
t , felon le different ion qu'il convenoit de
former dans l'intervalle du U à l'ut. L'é
chelle quiregnoit fur h parole d'un côté
JUILLET. 1743. » 15
fe la page à l'autre , fot un Ibulagemenc
admirable. Le Chant Grégorien fut appris
en peu de tems par les enfans de Choeur de
l'Eglife d"Arre«zo , & un petit enfant en fçût
pkis en un mois que les vieillards les pius
âgés de tous les autres Pays, (a) En effet
quand même un С hantjp eût vécu cent
ans , il n'auroit pû encore au bout du
íiécle fe tirer lui tout feul d'une An
tienne ( b ) Le Pape Jean XX. ayant
oui parler de ce prodige, fit venir à Ro
me le Moine Gui , avec l'Antiphonier no^
té à fa manière , pour s'affûrer lui même
de h vérité. Ce Souverain Pontife s'étanc
fait expliquer les nouvelles régies par l'Au
teur même, & ayant un peu refléchi deiTus 3
prit l'Antiphonier, fit l'ciTai fur un Verfct
qui éroit nouveau pour lui : il le chan
ta faus faute f & l'apprit à l'heure même .
( a ) Ectlefi» { Aretint ) etiatn pueri in modula»-
di /htdio perfeiles ahotum quarunque lócorum fitpi-
T»nt (enes, puide Ер. ad fheostald. Ер. Arft.
Quiitm eorum imitation» cloordt noflrarum no.
tarum uju exercitati ante unius tnenfis fpatiun invifes
inauditos cantus ita primo intuitu indubit agi
ter can:abant , ut maximum fpeäaculum plurimi*
plièrent. Ibid.
{ b ) Maximi dolui de noßris canforibus qui etß
centum annis in canendi ßudio perfeverent , numquam
temen -utl minimam Antipbenam per fe valent tfferre.
Ibid. -
ts¿o MERCURE DE FRANCE
en préfence du Réligieux. ( с ) Si c'eft-là
rendre un fort mauvais fervice к la Mtißque
, Ci c'eft-là gâter l'Art d'enfeigner le
Chant , je ne fçais pas cömmen^ il falloic
-qu'il s'y prit , pour réuflîr au goût de
M. Roufleau.
Il cft vrai que ces témoignages nous font
tranfmis par l'Auteur même ; mais ne convenoit-
il pas qu'd fe défendit contre fes
«mules que la jaloufic animoit plutôt qu'un
zélé véritable , felon qu'il fut facile de s'en
appercevoir i Auflî arriva-t'il que ces adverfaires
voyant le progrès immenfe que
fit le nouveau iecrct de peindre le Chant
& de l'apprendre , n'oferent rien écrire
contre Gui , à qui ils (è virent obligés de
laifler le champ libre.
J'allois finir ici cette Lettre , M. R. P.
lorfqu'un de vos Confreres , qui vifire affi-,
dûment tous les Manufcrits du Berry ,
pour donner l'Hiftoire de cette Province,
a eu la bonté de me faire part de quel
ques Extraits plus amples des Ouvra-
( с ) Tontifex noflrum velut tjuoddam frodigium
revolvcns Antifhonardum , prtfixasque ruminans re
gulas , non frius deßitit , яш de loco in que fedebat
aècejjtt , donec unum verficulum inaudnum volt
eempos edifeeret , ut quod vix créditai in aliis , tam
fubito in fe recognofeeret. Guido Ер. ad Michael
* Annal. Benei T. IV. P. 314.
JUILLET. 1743. i56i
gcs du même A retin , fur un Manuicrit
conicrvc dans l'Abbaye de Chezalbenoîr,
Je fuis perfuadé que vous avez déjà ceci
dans la collection qui eft parmi les Ma*
nuferits de S. Evroul. Je ne vous prie d'y
faire attention , qu'afin de nous confirmer
de plus en plus dans le fentiment que
Gui Aretin rendit un très- grand fervice à
J'Eglife & à tous les Chantres , en in
ventant une nouvelle manière claire & aifée
, de noter le Chant. La connoiiTance de
cette Science étoit fi obfcure & fi em
brouillée , que Gui fe vit obligé de dire
que de fon tems les Chantres » étoient
- les plus infenfés ou les plus à plaindre
»de tous les hommes, (л) Dans tousles
» Arts communément, dit il, on en apprend
» plus de foi-même que les Maîtres n'en ont
» enfeigné. Les enfans ayant appris à lire lg
{a) Temporibus noßris jupir omnes homines fatui
funt cantores. In omni enim arte plura funt valdi
qui. fenfu neßro eognofeimus qutm que. à magiflro
iidicimus. Ferfecio enim folo Pfaiterio , «mnium i:~
brorum Uniones cognofeunt puertdi ¡ (¡p Agricultu
re feientiam fubito intelligunt ruflici. <3jui enim
unam vineam future , unam arbufculam inferere
unum aßnum enerare cognovit , ßcut in in uno fá
cil , in omnibus ßmiliter , auf etiam melius facit fr
mon dubitat. Miferabiles autem cantores eorumque
olijcipuli , etiamfi per centum annos quotidie décan
tent , nunquam per fi fine mag'tßro vel parvulam
cant abunt Antiphonarn , &c.
. » Pfautier j
%fíi MERCURE DE FRANCE
*> Pfcaurier , lifcnt après cela feuls tou-
» tes fortes de Livres. Les Payfans ap-
» prennent en peu de lems Jes travaux de
" la Campagne. Quand ils fçavent railler
» une Vigne , planter ou enter un Arbre -,
» charger une Bête , Us fe règlent fur ce
» qu'ils ont fait une fois , pour Je faire tou-
» jours de même , & quelquefois encore
» mieux ; & ils font fùrs de réuilîr. Mais
» pour ce qui eft des miferables Chantres
n & de leurs Difciples , quand même ils
» chanteraient tous les jours pendant cent
h ans , jamais ils ne feront en état de
» chanter d'eux-mêmes, & fans le fecours
» du Maître , la moindre petite Antienne. . .
»> Et ce qui cft plus fatal , c'eft que plu-
» lleurs Clerps & Moines , voyant qu'ils
» perdent leur tems, en elïayant d'appren-
» dre à chanter , négligent l'aififtançe à
» l'Office Divin. En effet, ajoute- с il , lorf-
» qu'on l'entend célébrer, il femble qu'on
» voyc des gens difputer les uns con-
» tre les autres j à peine deux voix font-
9 elles à l'unifon f Le Difcipje ne s'açcpr-
» de ni avec fon Maître , ni avec fon Condifciple.
La maniere de noter , inventée
oar Arerin , remédia à rout cela ; le Chant
Grégorien , qui étoit la principale Mufique
de ces tems là , fut appris facile
ment , & fut chanté à l'unifon fans difcordance
¿
JUILLET. 174 3: 1 5 if j
cordance & même avec goût : & ce fût
cette facilité qui fit naître tous les rafinemens
qu'on trouva depuis. Que M. Rouffeau
ait donc la bonté d'effacer de fon
Livre , que Gui Aretin rendu un fon mau
vais fervice à 1л M fique , & qu'il eft à
propos de faire pour fa Perfection y ce
que Gui d'Arezze л fait four la gâter.
Enfin , que ce même Gui apprit aux hom
mes à chanter difficilement. Toutes ces Propofirions
étant taulîcs , ne peuvent que
défigurer un Livre, où l'Auteur tait profeifion
de vouloir dire la vérité : l'expérience fit
voir évidemment que le Chant étoit de
venu infiniment plus aifé à apprendre рас
fa méthode , que par les précédentes: c'eil
le feul Fait que j'ai entrepris de prouver ,
Si qui me proîr très bien établi par les
témoignages tirés des Ouvrages du tems
même de l'invention. Cette méthode con
tinuera , & acquerrera de nouvelles per
fections avec le tems. Loin qu'elle perde
de fon mérite , je fuis témoin qu'un fçavant
Magiibat de Pans a enchéri, deilus en don
nant des noms aux onze femitons qui fonC
entre l'ut inférieur à l'ut fupérieur } c'eftà-
dire , qu'outre les noms de re mi fajol
laß, il a admis les trois fyllabes ma fi fa t
de l'Annphonicr de Paris , auxquelles il
en a joint deux de fa fa$on , l'un pour l'ut
E dieze ,
i5¿4 MERCURE DE FRANCE
dièze , & l'autre pour Je fol dièze. Ces
multiplications de noms , qui font fi légiti
mes , que j'ai fi fort fouhaittés , & qui ferviroient
fi utilement à s'entendre claire
ment les uns les autres , lorfqu'on parle
de tranfpofitions de Chant , font bien op-
•pofées à la prétendue Amplification que
}A. RouiTeau propofe. L'idée qui m'eft ve
nue de peindre aux yeux des enfans qui corn»
mencent à apprendre le chantóles diftances
icelles des cordes de l'ancienne échelle d'Aretin
, & que j'ai communiquée au Pu
blie il y a deux ans , n'y eft pas moins
oppoféc. Ainfi , M. K, P. vous voyez que
je fuis jntereilé à foutenir ce que j'ai ima
giné pour la plus grande facilité de ceux qui
feront ufage de l'échelle d'Aretin, J'accor
derai Ыеп que les chiffres 1.2. 3 4.. 5. ¡S . 7.
rciTemblenr à ces fept premières lettres de
l'Alphabet Latin a b с de fg , & c'eft parce
qu'elles ne leur reiTemblent que trop, que
je prétends que l'une des méthodes n'elt
pas plus commode que l'autre , pour enfeigner
le Chant d'une manjéic claire
palpable , & intelligible aux enfans qui
commi ncent , & qui font , pour ainfi dire,
a la Croij: de par Dieu de la Mu fique.
Comme donc l'ufage d'employer feulement
les fept premières lettres de l'AlphabeC
Latin t a été reprouvé pour fpn infiiffifan•
.,y,î\U I;L i E T-, : Д743.\ ... ij;<5.
ce , iL y a tout lieu de craindre que lern"
ploi desfept premiers chiffres n'ait le même
ïorrj il en fera de ce leptiéme. comme des No
tes de Tiron , qu'on employe pour écrire
en abrégé , & écrire aulîj vite que l'O
rateur qui prononçoic un Difcours : on s'en
iervjra pour épargner le papier , pour évi
ter de former un Volume de ce qui peut
être cont.nu- eu quelques, pages -, pour en
voyer aulii beaucoup d'airs notés dans une
iimplc Lettre. On en agira ainfi de Maî
tre à Maître , mais non de Maître à éco
lier , & je ne croirai jamais qu'il le trouve4
(fes écoliers , qui n'ayant aucune teinrurc
de Chant, & qui étant absolument neufs
dans cet Art , apprennent facilement ' à
chanter (implement par i. 2 .}. 4 5 .6. 7.
fans échelle ; ou s'il s'en trouve , je ioutiens
que ces enrans auroit nr appris encore beau
coup plus facilement par la méthode
de l'Echelle- de 1 Gui * Arétin , *ték¿> qu'elle
a été perfectionné* ju(ques!ici & qu'elle
pourra l'être encore par la fuite.
Il ne me rede plus, M. R. P, qu'à vous
demander , fi vone Manufcnjde Gui Arctin
, eil aulli riche en Figu.es, que Ce
lui que je viens -de découvrir à Chezalbenoît
j c'eft-à-dire , fi on y trouve des
Figures de Jou urs de toute forte d'inftrumens
, à commencer par de petites do-
• » E ij ches,
tff& MERCURE DE>RANCE
ches, & qui font qualifiés Percujfíonales ¿
Tetjßbiles , Inflatiles f &c. Cela cft afféf
digne d'atrenuon dans le Manufcrit de
Çhezalbenoîr f que l'on dit être du XI,
ou XII. fiéclc. ,Ел même rems , fquffrez
que je vous prie de faire examiner, fi en
Quelque endroit de votre Exemplaire i Gui
eft appelle Guide Augens Aretinus , com
me le Pere de Monttaucon l'appelle dans
les Tables de fon Ouvrage , intitulé Bibliothec*
Bibliotbpcarum. И peut fe faire qu'il y
ait eû un Guido Augcnfis qui ait écrit fur ia,
Mufique , & que la reiTemblancc du nom foie
caufe que des deux on n'en aura fait qu'un;
J'ai l'honneur d'être , &c.
A I tris , ce 3« Juin t 1743.
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Résumé : LETTRE de M. l'Abbé L. au R. P. D. Timothée Veyrel, Prieur de S. Evroul en Normandie, au sujet des Ouvrages de Gui Aretin, avec quelques Remarques en faveur de la mémoire de ce célebre Musicien.
Timothée Veyrel écrit au R. P. pour discuter des œuvres de Gui Aretin, musicien du début du XIe siècle. L'abbaye du destinataire possède un manuscrit complet des œuvres de Gui Aretin, contrairement aux autres bibliothèques qui ne détiennent que des fragments. Veyrel souhaite rendre ces œuvres plus accessibles et demande au destinataire de consulter les œuvres musicales de Gui conservées à la bibliothèque du Roi pour compléter celles de l'abbaye. Veyrel critique un livre récent de M. Roufleau, 'Dissertation sur la musique moderne', qui conteste les contributions de Gui Aretin à la musique. Roufleau affirme que Gui Aretin a remplacé les caractères anciens de la musique par les notes modernes sans connaître précisément l'état de la musique à cette époque. Veyrel souligne que Roufleau n'a pas suffisamment étudié Gui Aretin et aurait dû consulter des ouvrages comme celui de Jacques le Clercq ou les travaux du Père Souhairy. Le texte décrit les méthodes anciennes de notation musicale, utilisant les sept premières lettres de l'alphabet latin pour désigner les sons et diverses formes de notes sans lignes ni clés. Gui Aretin a innové en représentant les positions des doigts sur le monocorde directement sur les syllabes du texte à chanter, facilitant ainsi l'apprentissage des jeunes moines. Cette méthode a conduit à la création des portées musicales, appelées 'échelles'. Gui Aretin est crédité d'avoir rendu le chant grégorien plus accessible en utilisant les lettres C, F, et b pour indiquer les positions des notes sur une corde. Il utilisait six syllabes (ut, ré, mi, fa, sol, la) et une septième syllabe optionnelle (be ou si). Sa méthode permit aux enfants du chœur de l'église d'Arrezzo d'apprendre rapidement le chant grégorien, impressionnant ainsi le pape Jean XXII qui adopta cette méthode. Le texte mentionne des critiques adressées à Gui, notamment par M. Roufleau, mais souligne que sa méthode a été bénéfique pour l'Église et les chantres. Un manuscrit trouvé dans l'abbaye de Chezal-Benoît confirme l'importance de la contribution de Gui. Le texte se termine par une demande à M. R. P. d'examiner un manuscrit de Chezalbenoît, riche en figures et illustrations d'instruments de musique, et de vérifier s'il contient des références à Guido Augens Aretinus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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118
p. 1764-1777
RÉPONSE de M. l'Abbé Berthault, Auteur du Quadrille des Enfans, à la Lettre de M. de Launay, insérée dans le Mercure de Janvier 1744.
Début :
MA Réponse à votre Lettre, M. vient un peu tard, mais n'en soyez point [...]
Mots clefs :
Méthode, Figures, Enfants, Ouvrage, Apprendre, Pierre Pipoulain-Delaunay, Lire, Lecture
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de M. l'Abbé Berthault, Auteur du Quadrille des Enfans, à la Lettre de M. de Launay, insérée dans le Mercure de Janvier 1744.
REPONSE de M. l'Abbé Berthault ,
Auteur du Quadrille des Enfans , à la Lettre
de M. de Launay , inferée dans le Mercure
de Fanvier 1744.
MA
A Réponse à votre Lettre , M. vient
un peu tard , mais n'en foyez point
fâché ; ce retardement m'a laiffé le loifir d'achever
un Ouvrage qui vous convaincra, de
même que le Public , que mon Syſtême de
lecture n'a pas la moindre reffemblance avec
celui dont vous avez hérité de M.votre Pere.
Vous êtes furpris de ce qu'en publiant l'idée
& le plan de na Méthode de lecture ,
je n'aye fait aucune mention de celle de
M. Py- Poulain de Launay , votre Pere ,
parce que vous prétendez que cette derniere
eft précisément celle que j'ai annoncée .
Je vous dirai d'abord qu'il ne feroit pas
étonnant que je n'euffe eu aucune connoiffancede
la Méthode de M. Py- Poulain , lorſque
je formai le plan de la mienne, Son Ouvrage
fut, imprimé en 1719 , mais il n'en
étoit pas content lui - même ; il mourut
avant que de le refondre ; le peu d'Exemplaires
qu'il en avoit fait imprimer,ne furent
pas débités , & fa Méthode demeura inconnu
A OUST. 1744.
1765
connue au Public. Je ne parle que d'après
vous. Ce ne fut qu'en 1742 qu'elle commença
à fe faire connoître par l'Edition
que vous en donnâtes , après l'avoir réformée
& perfectionnée , comme vous nous
l'avez appris vous-même . Mais le projet de
la mienne étoit conçû avant ce tems - là . **
Cela foit dit en paffant; paffons aux preuves
de votre accufation. 1 ° . Vous dites que
fi je fais prononcer be , ce , de , & c. au lieu
de bé , cé , dé , & c. M. votre Pere l'a fait de
même; premier point de reffemblance . Mais
M. de Launay eft-il le premier qui ait eu
cette idée ? Pourquoi voudriez - vous que
j'aye appris cela de lui,plutôt que de l'Auteur
de la Grammairegénérale & raisonnée, imprimée
en 1660 , qui peut-être a fervi de guide
en cela à M. votre Pere lui-même ? Car cet
Auteur dans le Chapitre 6 de la premiere
partie , donne aux Lettres cette dénomination
, & il a été fuivi par la plupart des Ecrivains
qui font venus après lui. Vous conviendrez
donc qu'on ne peut raisonnable-
*Voyez la Préface de cet Ouvrage , publié par les
foins de M. de Launay , fils , en 1742 , page 3.
** Cet Ouvrage eft intitulé , la Théorie & la Pratique
du nouveau Quadrille des Enfans , ou d'une nouvelle
Méthode pour apprendre à lire par le moyen de
160 Figures , contenues en 8 Planches , &c. Il fe vend
chés Jacques Vincent , ruë S. Severin , à l'Ange .
Cij
ment
1768 MERCURE DEFRANCE.
14
de Louvain , que je vous indique ; * depuis
la page 2 jufqu'à la 12 , vous en trouverez
plufieurs. L'Ouvrage a paru en 1717 , avant
celui de M. votre Pere , mais fi vous voulez
faire une plus ample moiffon , jettez les yeux
fur les Regles de la Prononciation pour la Lan-¸
gue Françoife, par M. B. Paris, 1711 ,fur les
Principes de l'Ortographe Françoife , Paris ,
1725 , & fur le Traité de l'Ortographe Françoife
du Sr le Roy, ou fi vous voulez , contentezvous
de parcourir le Livre de M. Hindret ,
imprimé en 1688 , fous ce titre : L'art de
prononcer & de bien parler la Langue Françoife
, & réimprimé en 1696 ; vous y remarquerez
prefque tous les fons de la Méthode
que vous avez fait connoître au Public , &
plufieurs autres dont vous pourrez faire votre
profit. C'est un Ouvrage que M. votre
Pere a pû confulter . L'accufera-t'on de plagiat
?
Secondement , fuffit- il que ma Méthode
employe quelques fons qui fe trouvent dans
celle de M. Py- Poulain , pour être en droit
d'affurer que ces deux Méthodes ne different
point ? L'ufage que j'en fais eft- il le même?
C'est ce qu'il faudroit montrer, & que vous
ne montrerez jamais . Non , M. ne croyez
* Principia Lingua Burgundica felectis Hiftoria exemplis
exornata per Anton. Francifc. de Pratel, &c. Brivellis,
1717.
pas
A O UST. 1744 . 1769
que
pas que mes Principes foient les mêmes
ceux de feu M. votre Pere . L'analogic qui
regne dans ma Méthode eft totalement differente
de celle qui domine dans l'Ouvrage
de M. Py- Poulain ; daignez faire la comparaifon
de celui que je publie , pour enfeigner
la théorie & la pratique de ma Méthode
, & du fien ; je fuis fûr que vous conviendrez
que notre plan n'eft pas le même ,
que nos vûës font tout-à-fait differentes , &
que nous fuivons l'un & l'autre une route
bien oppofée. Vous pourrez remarquer 1 °.
les combinaiſons dont une Lettre eft fufcep
tible . 2 °. Une infinité d'exemples
, pour affermir
les Enfans fur la diftinction des pluriers
& des finguliers , tant des Verbes que
des Noms adjectifs & fubftantifs. 3 ° . Des
Tables de mots , propres à donner auxEnfans
la facilité de joindre les nrots les uns
aux autres ; habitude qu'ils n'acquerroient
autrement qu'avec beaucoup de peine, 4°.
Tous les fons répétés , tant en Lettres majufcules
, qu'en Lettres Italiques , avec plufieurs
Piéces de Lecture , pour exercer les
Enfans fur ces deux Caractéres , afin d'éviter
les défauts de toutes les autres Méthodes
, qui m'apprennent aux Enfans qu'à lire
le Caractére Romain , défaut qui dégoûte le
Public de ces Méthodes , & dont la vôtre
C v n'eſt
1770 MERCURE DE FRANCE.
n'eft pas exempte . 4° . N'attendez de moi
aucune réponse à ce que vous ajoûtez , que
je combine & que j'arrange les fyllabes d'une
maniere differente de toutes les Méthodes qui
ont paru jufqu'ici , ce que M. votre Pere a
fait , dites- vous , de la même maniere . Car
je vous avouë que je ne fçais ce que vous.
voulez dire ; tout ce que je puis vous affûrer
, c'eft que ma Méthode eft auffi différen
te de celle de M. Py -Poulain , quoiqu'elle
renferme quelques fons qui me font communs
avec lui , que la fienne différe des anciennes
, quoiqu'elle en renferme tous les
fons.
5°. Nous voici arrivés à un article important
, & qui fait le caractere diftinctif de
ma Méthode de celles qui l'ont précédée ;
c'eft d'avoir imaginé de peindre en quelque
forte les fons & les fyllabes de la Langue
, pour les faire retenir par le moyen de
figures gravées ; mais , fi l'on vous en croit ,
je ne fuis encore ici que le Copiſte de M.
Py-Poulain car il y a plus de vingt - cing
ans , dites- vous , que M. de Launay , mon
Pere fe fervoit de figures pour apprendre à
lire.
Voilà une Anecdocte curieufe ; d'où l'avez-
vous déterrée ? Je fuis un peu furpris
que vous alléguiez ce fait , fans en donner
de
AOUS T. 1744. 17711
de
preuve ; vous nous renvoyez au Mémoire
de M. Danguy , & vous fçavezbien
que ce fait n'y eft nullement prouvé ;
vous voulez donc qu'on vous en croye fur
votre parole. Je ne m'y oppofe pas , pourvû
que vous ne mne faffiez pas un crime d'avoir
ignoré avec toute la terre , lorfque je publiai
le plan de ma Méthode , une chofe que
vous & M. Danguy deviez reveler dans
la fuite ; mais , M. eft- il bien poffible que
M. votre pere en faifant part au public de
fes idées , ait oublié de lui communiquer
cette partie de fon fyftême ? Car dans l'Ou
vrage qu'il a publié , il n'y a pas un feul miot,
qui puiffe faire foupçonner qu'il fe foit jamais
avifé de fe fervir de figures pour ap
prendre à lire ; vous avez vous- même donné
une feconde Edition de cet Ouvrage ; vous
avez réformé quelques-unes des idées de
F'Auteur , & en avez perfectionné quelques
autres. C'est vous-même qui nous l'apprenez
vous défapprouvez d'ailleurs l'ufage
des figures pour apprendre à lire , & vous
n'avez point averti que vous aviez réformé
le fyftême de M. votre pere fur un article
auffi important;que cela eft modefte ! Après
cela , pouvois-je fçavoir qu'en peignant les
fons de la Langue par des figures , dont les
objets font familiers aux Enfans , je ne fai-
Cvj
fois
1772 MERCURE DE FRANCE.
fois fuivre les traces de M. de Launay ? que
& avec quelle raifon pouvez - vous vous
plaindre , fi je ne lui
pas fait honneur
d'une découverte dont je ne pouvois fçavoir
qu'il fût le pere , & dont vraisembla
blement le Public refufera encore de lui accorder
la gloire , fi vous ne vous efforcez
de la lui affurer par des preuves convainquantes
?
Pour moi , je me contente de l'aveu que
vous faites , que les figures de feu M. votre
étoient differentes des miennes ; il fapere
tiguoit fans doute les Enfans mal- à- propos ,
en les obligeant à mettre dans leur tête deux
idées en même-tems , celle de la figure &
celle de la fyllabe ; peut- être fes figures
étoient tirées de la Fable ou de l'Hiftoire :
s'eft-il fervi d'un Janus à deux vifages pour
exprimer le fon ge , du Cefte de Venus pour
ft , d'Acteon changé en Cerf pour fe , de la
Barque à Caron pour que , comme dernierement
M.l'Abbé Danguy a voulu l'entreprendre,
contre les droits de mon privilége.Si cela
eft , je conviens que fa Méthode manquoit
de fimplicité , & qu'il furchargeoit inutile
ment la mémoire de fes éléves. C'étoit vouloir
leur apprendre une choſe par le moyen
d'une autre , qui ne leur étoit pas plus connuë
: il falloit leur apprendre plufieurs faits
Hif
AOUST. 1744. 1773
exempte
Hiftoriques ou Fabuleux pour leur faire re
tenir un feul fon de la Langue ; que d'idées
ne falloit- il pas mettre dans leur tête en
même-tems heureuſement ma Méthode eft
de ce défaut ; elle n'oblige point
Les Enfans à fe charger la mémoire de deux
idées en même- tems. Comme je n'employe
que des objets qui leur font familiers , tels
que font Eventail , Montre , Liv , Soleil
&c. elle ne fait que fe fervir des idées qu'ils
ont déja , fans que je m'en fois mêlé , pour
leur faire retenir des fons que je veux leur
apprendre. S'il eft vrai que M. de Eaunay
ait employé des figures pour apprendre
à lire , je fuis bien aife de l'avoir ignoré
& je m'eftime heureux que ma Méthode
foit en ce point fi différente de la fienne.
Que M. Py - Poulain jouiffe donc de
la gloire qu'il a méritée, en publiant ſa Méthode
de lecture , & vous de celle que vous
avez pû acquérir à la réformer & à la perfectionner
; je ne fuis point affés injufte pour
vouloir m'attribuer , ou partager avec vous
les éloges qu'elle a reçus de nos Sçavans ;
mais convenez auffi que ceux dont on a honoré
la Méthode que j'ai annoncée , ne vous
touchent ni directement ni indirectement ; des
Cenfeurs publics ne l'ont préconisée , que
parce qu'ils lui ont vû operer des merveilles ;
or , remarquez que ces prodiges , qui ont
étonné
1774 MERCURE DE FRANCE.
étonné , n'ont été opérés que par une Méthode
, qui , par l'ufage qu'on y fait de plufieurs
figures, n'eft propre , felon vous , qu'à
fatiguer inutilement les Enfans , & à retarder
leurs progrès à quoi penfiez -vous donc,
quand vous avez cru pouvoir faire honneur
à votre Méthode , & de ces Merveilles , &
des éloges qui en ont été la fuite ? Quelle
contradiction !
Vous me reprochez , après M. Dand'introduire
une réforme dans l'ortoguy
,
graphe , & d'écrire Cen pour Sang. Dange
pour Dogue. C'est une méprife qui ne vous
fait pas honneur ; en voici l'origine . Ces
fyllabes Ang & Og , quoique compofées de
différentes lettres , rendent le même fon
c'est pourquoi j'ai cru devoir les peindre
par une même figure. J'en dis autant de ces
autres , San & Cen. Mais il ne s'enfuit pas.
de-là que j'écrive Dangue , au lieu de Dogue ,
ni Cenguin , au lieu de Sanguin . Vous voyez
à quoi on s'expofe , quand on s'aviſe de
ler d'une matiere qu'on n'entend pas ; pour
moi je ne me fuis jamais avifé de réformer
fur cet article les anciens ufages , & il ne
m'arrivera certainement jamais de propofer
d'écrire Cien ,Cat , Ceval , jamê , Anglê , ils
èmê , Pijon , axès , fuxès , egziler , otorifer ,
& c. au lieu de Chien , Chat , Cheval, jamais,
par-
An
AOUST. 1744.
$775
Anglois , ils aimoient , Pigeon , accès , fuccès ,
exiler , autorifer , &c. comme vous l'avez
fait dans le Plan nouveau d'ortographe que
vous avez publié , pag. 178 , 179 , 182 ,
194 , 210.
Au refte , M. étoit-il néceffaire de troubler
la cendre des morts , & de faire paroître ſur
la Scéne une perfonne qui n'eft plus & que
je regrette , pour avoir occafion de lâcher
quelques traits de mauvaiſe plaifanterie ? à
Dieu ne plaife qu'elles me déterminent à
rompre le filence que je me fuis impofé du
vivant même de feu M. l'Abbé Danguy.
Un refte d'amitié pour un jeune homme à qui
je n'ai jamais ceffé de rendre tous les fervices
qui ont dépendu de moi ; l'efperance bien fondée
que j'avois conçue de fon retour , les regrets
•·qu'il a fait paroître àfa mort , pour en avoir fi
mal ufe avec moi , font des motifs trop preſſans,
qui m'obligent encore à me taire. J'avoue , qu'il
m'a beaucoup coûté dans le tems de me détermi
ner au filence , mais il me coûtera
pen
nant de le garder , & l'occafion favorable de
vous rendre vos plaifanteries , ne fera pas capable
de mele faire rompre.
mainte-
C'est même à regret que je releverai ce que
vous avancez , que M. D. a dit à des perfonnes
refpectables, que je lui avois avoué que
votre Méthode n'étoit autre que la mienne ;
qu'il
1776 MERCURE DE FRANCE.
qu'il l'ait dit , ou non , cela m'inquiéte fort
peu. Mais comment avez- vous ofe alleguer en
preuve des faits de cette nature , qu'il eft impoffible
de vérifier ? car enfin il s'agit defçavoir
s'il eft vrai quej'ayejamais fait un pareil aveu;
comment aurois-je pû le faire ? connoiſſois -je
affés peu les principes de ma Méthode & ceux
de la vôtre , pour ignorer l'extrême différence
qu'il y a entre les uns & les autres ?
Voilà , M. les réfléxions que j'ai cru devoir
publier pour répondre à votre Lettre ;
j'augure trop bien des difpofitions favora
bles où je vous vois maintenant à l'égard de
ma Méthode , puifque vous effayez de vous
l'approprier , pour ne pas les feconder ;
déja vous en goûtez le fond ; c'eft beaucoup ;
il ne vous refte plus qu'un pas à faire ; il ne
s'agit que d'approuver l'ufage que je fais des
figures ; rien n'eft plus aife ; le facrifice que
vous ferez pour cela de vos préjugés ne ſera
pas grand.
Je m'attens que bien- tôt vous ferez connoître
que vous êtes docile à la voix de la
Raifon , & que vous fçavez rendre hommage
à la vérité. Penfez - y. Je fuis , & c.
Je perfifte dans les mêmes fentimens que
je vous marquai dans une vifite dont vous
m'honorâtes un jour , fans vous faire connoître.
Vous voulûtes parier que je ne ferois
jamais
AOUST. 1744.
1777
jamais lire en un mois , par le moyen de ma
Méthode & de mes figures , comme je l'a
vois annoncé ; j'acceptai le défi , & vous
propofai de dépofer chacun pareille fomme
raifonnable chés un Notaire ; fi mon Effai
réuffit , vous difois-je , j'ai gagné , finon j'ai
perdu . Ne trouvez pas mauvais , s'il vous
plaît , que dorénavant je ne réponde point
vos Lettres , fi vous m'en adrellez encore ,
que vous n'acceptiez la propofition que
vous m'avez obligé de vous faire.
Je profite de cette occafion pour avertir
le public que ceux , qui enfeignent fuivant
les principes de ma Méthode , s'offrent d'enfeigner
gratis pendant quinze jours , & au
cas qu'au bout de ce tems- là les parens ne
foient pas contens des progrès , ils pourront
remercier les Maîtres : finon , ils feront
obligés de s'en tenir au marché dont ils feront
convenus. L'expérience confirme que
cette Méthode eft très-propre à apprendre
aux Etrangers à bien prononcer le François
, & à réformer leur accent en très- peu
de tems.
Voilà ma nouvelle adreſſe , au cas que vous
vouliez , M. me venir trouver pour m'annoncer
que vous acceptez le défi que je vous fais.
L'Abbé Berthaud , rue de Richelieu , visà-
vis celle de Villedot.
Auteur du Quadrille des Enfans , à la Lettre
de M. de Launay , inferée dans le Mercure
de Fanvier 1744.
MA
A Réponse à votre Lettre , M. vient
un peu tard , mais n'en foyez point
fâché ; ce retardement m'a laiffé le loifir d'achever
un Ouvrage qui vous convaincra, de
même que le Public , que mon Syſtême de
lecture n'a pas la moindre reffemblance avec
celui dont vous avez hérité de M.votre Pere.
Vous êtes furpris de ce qu'en publiant l'idée
& le plan de na Méthode de lecture ,
je n'aye fait aucune mention de celle de
M. Py- Poulain de Launay , votre Pere ,
parce que vous prétendez que cette derniere
eft précisément celle que j'ai annoncée .
Je vous dirai d'abord qu'il ne feroit pas
étonnant que je n'euffe eu aucune connoiffancede
la Méthode de M. Py- Poulain , lorſque
je formai le plan de la mienne, Son Ouvrage
fut, imprimé en 1719 , mais il n'en
étoit pas content lui - même ; il mourut
avant que de le refondre ; le peu d'Exemplaires
qu'il en avoit fait imprimer,ne furent
pas débités , & fa Méthode demeura inconnu
A OUST. 1744.
1765
connue au Public. Je ne parle que d'après
vous. Ce ne fut qu'en 1742 qu'elle commença
à fe faire connoître par l'Edition
que vous en donnâtes , après l'avoir réformée
& perfectionnée , comme vous nous
l'avez appris vous-même . Mais le projet de
la mienne étoit conçû avant ce tems - là . **
Cela foit dit en paffant; paffons aux preuves
de votre accufation. 1 ° . Vous dites que
fi je fais prononcer be , ce , de , & c. au lieu
de bé , cé , dé , & c. M. votre Pere l'a fait de
même; premier point de reffemblance . Mais
M. de Launay eft-il le premier qui ait eu
cette idée ? Pourquoi voudriez - vous que
j'aye appris cela de lui,plutôt que de l'Auteur
de la Grammairegénérale & raisonnée, imprimée
en 1660 , qui peut-être a fervi de guide
en cela à M. votre Pere lui-même ? Car cet
Auteur dans le Chapitre 6 de la premiere
partie , donne aux Lettres cette dénomination
, & il a été fuivi par la plupart des Ecrivains
qui font venus après lui. Vous conviendrez
donc qu'on ne peut raisonnable-
*Voyez la Préface de cet Ouvrage , publié par les
foins de M. de Launay , fils , en 1742 , page 3.
** Cet Ouvrage eft intitulé , la Théorie & la Pratique
du nouveau Quadrille des Enfans , ou d'une nouvelle
Méthode pour apprendre à lire par le moyen de
160 Figures , contenues en 8 Planches , &c. Il fe vend
chés Jacques Vincent , ruë S. Severin , à l'Ange .
Cij
ment
1768 MERCURE DEFRANCE.
14
de Louvain , que je vous indique ; * depuis
la page 2 jufqu'à la 12 , vous en trouverez
plufieurs. L'Ouvrage a paru en 1717 , avant
celui de M. votre Pere , mais fi vous voulez
faire une plus ample moiffon , jettez les yeux
fur les Regles de la Prononciation pour la Lan-¸
gue Françoife, par M. B. Paris, 1711 ,fur les
Principes de l'Ortographe Françoife , Paris ,
1725 , & fur le Traité de l'Ortographe Françoife
du Sr le Roy, ou fi vous voulez , contentezvous
de parcourir le Livre de M. Hindret ,
imprimé en 1688 , fous ce titre : L'art de
prononcer & de bien parler la Langue Françoife
, & réimprimé en 1696 ; vous y remarquerez
prefque tous les fons de la Méthode
que vous avez fait connoître au Public , &
plufieurs autres dont vous pourrez faire votre
profit. C'est un Ouvrage que M. votre
Pere a pû confulter . L'accufera-t'on de plagiat
?
Secondement , fuffit- il que ma Méthode
employe quelques fons qui fe trouvent dans
celle de M. Py- Poulain , pour être en droit
d'affurer que ces deux Méthodes ne different
point ? L'ufage que j'en fais eft- il le même?
C'est ce qu'il faudroit montrer, & que vous
ne montrerez jamais . Non , M. ne croyez
* Principia Lingua Burgundica felectis Hiftoria exemplis
exornata per Anton. Francifc. de Pratel, &c. Brivellis,
1717.
pas
A O UST. 1744 . 1769
que
pas que mes Principes foient les mêmes
ceux de feu M. votre Pere . L'analogic qui
regne dans ma Méthode eft totalement differente
de celle qui domine dans l'Ouvrage
de M. Py- Poulain ; daignez faire la comparaifon
de celui que je publie , pour enfeigner
la théorie & la pratique de ma Méthode
, & du fien ; je fuis fûr que vous conviendrez
que notre plan n'eft pas le même ,
que nos vûës font tout-à-fait differentes , &
que nous fuivons l'un & l'autre une route
bien oppofée. Vous pourrez remarquer 1 °.
les combinaiſons dont une Lettre eft fufcep
tible . 2 °. Une infinité d'exemples
, pour affermir
les Enfans fur la diftinction des pluriers
& des finguliers , tant des Verbes que
des Noms adjectifs & fubftantifs. 3 ° . Des
Tables de mots , propres à donner auxEnfans
la facilité de joindre les nrots les uns
aux autres ; habitude qu'ils n'acquerroient
autrement qu'avec beaucoup de peine, 4°.
Tous les fons répétés , tant en Lettres majufcules
, qu'en Lettres Italiques , avec plufieurs
Piéces de Lecture , pour exercer les
Enfans fur ces deux Caractéres , afin d'éviter
les défauts de toutes les autres Méthodes
, qui m'apprennent aux Enfans qu'à lire
le Caractére Romain , défaut qui dégoûte le
Public de ces Méthodes , & dont la vôtre
C v n'eſt
1770 MERCURE DE FRANCE.
n'eft pas exempte . 4° . N'attendez de moi
aucune réponse à ce que vous ajoûtez , que
je combine & que j'arrange les fyllabes d'une
maniere differente de toutes les Méthodes qui
ont paru jufqu'ici , ce que M. votre Pere a
fait , dites- vous , de la même maniere . Car
je vous avouë que je ne fçais ce que vous.
voulez dire ; tout ce que je puis vous affûrer
, c'eft que ma Méthode eft auffi différen
te de celle de M. Py -Poulain , quoiqu'elle
renferme quelques fons qui me font communs
avec lui , que la fienne différe des anciennes
, quoiqu'elle en renferme tous les
fons.
5°. Nous voici arrivés à un article important
, & qui fait le caractere diftinctif de
ma Méthode de celles qui l'ont précédée ;
c'eft d'avoir imaginé de peindre en quelque
forte les fons & les fyllabes de la Langue
, pour les faire retenir par le moyen de
figures gravées ; mais , fi l'on vous en croit ,
je ne fuis encore ici que le Copiſte de M.
Py-Poulain car il y a plus de vingt - cing
ans , dites- vous , que M. de Launay , mon
Pere fe fervoit de figures pour apprendre à
lire.
Voilà une Anecdocte curieufe ; d'où l'avez-
vous déterrée ? Je fuis un peu furpris
que vous alléguiez ce fait , fans en donner
de
AOUS T. 1744. 17711
de
preuve ; vous nous renvoyez au Mémoire
de M. Danguy , & vous fçavezbien
que ce fait n'y eft nullement prouvé ;
vous voulez donc qu'on vous en croye fur
votre parole. Je ne m'y oppofe pas , pourvû
que vous ne mne faffiez pas un crime d'avoir
ignoré avec toute la terre , lorfque je publiai
le plan de ma Méthode , une chofe que
vous & M. Danguy deviez reveler dans
la fuite ; mais , M. eft- il bien poffible que
M. votre pere en faifant part au public de
fes idées , ait oublié de lui communiquer
cette partie de fon fyftême ? Car dans l'Ou
vrage qu'il a publié , il n'y a pas un feul miot,
qui puiffe faire foupçonner qu'il fe foit jamais
avifé de fe fervir de figures pour ap
prendre à lire ; vous avez vous- même donné
une feconde Edition de cet Ouvrage ; vous
avez réformé quelques-unes des idées de
F'Auteur , & en avez perfectionné quelques
autres. C'est vous-même qui nous l'apprenez
vous défapprouvez d'ailleurs l'ufage
des figures pour apprendre à lire , & vous
n'avez point averti que vous aviez réformé
le fyftême de M. votre pere fur un article
auffi important;que cela eft modefte ! Après
cela , pouvois-je fçavoir qu'en peignant les
fons de la Langue par des figures , dont les
objets font familiers aux Enfans , je ne fai-
Cvj
fois
1772 MERCURE DE FRANCE.
fois fuivre les traces de M. de Launay ? que
& avec quelle raifon pouvez - vous vous
plaindre , fi je ne lui
pas fait honneur
d'une découverte dont je ne pouvois fçavoir
qu'il fût le pere , & dont vraisembla
blement le Public refufera encore de lui accorder
la gloire , fi vous ne vous efforcez
de la lui affurer par des preuves convainquantes
?
Pour moi , je me contente de l'aveu que
vous faites , que les figures de feu M. votre
étoient differentes des miennes ; il fapere
tiguoit fans doute les Enfans mal- à- propos ,
en les obligeant à mettre dans leur tête deux
idées en même-tems , celle de la figure &
celle de la fyllabe ; peut- être fes figures
étoient tirées de la Fable ou de l'Hiftoire :
s'eft-il fervi d'un Janus à deux vifages pour
exprimer le fon ge , du Cefte de Venus pour
ft , d'Acteon changé en Cerf pour fe , de la
Barque à Caron pour que , comme dernierement
M.l'Abbé Danguy a voulu l'entreprendre,
contre les droits de mon privilége.Si cela
eft , je conviens que fa Méthode manquoit
de fimplicité , & qu'il furchargeoit inutile
ment la mémoire de fes éléves. C'étoit vouloir
leur apprendre une choſe par le moyen
d'une autre , qui ne leur étoit pas plus connuë
: il falloit leur apprendre plufieurs faits
Hif
AOUST. 1744. 1773
exempte
Hiftoriques ou Fabuleux pour leur faire re
tenir un feul fon de la Langue ; que d'idées
ne falloit- il pas mettre dans leur tête en
même-tems heureuſement ma Méthode eft
de ce défaut ; elle n'oblige point
Les Enfans à fe charger la mémoire de deux
idées en même- tems. Comme je n'employe
que des objets qui leur font familiers , tels
que font Eventail , Montre , Liv , Soleil
&c. elle ne fait que fe fervir des idées qu'ils
ont déja , fans que je m'en fois mêlé , pour
leur faire retenir des fons que je veux leur
apprendre. S'il eft vrai que M. de Eaunay
ait employé des figures pour apprendre
à lire , je fuis bien aife de l'avoir ignoré
& je m'eftime heureux que ma Méthode
foit en ce point fi différente de la fienne.
Que M. Py - Poulain jouiffe donc de
la gloire qu'il a méritée, en publiant ſa Méthode
de lecture , & vous de celle que vous
avez pû acquérir à la réformer & à la perfectionner
; je ne fuis point affés injufte pour
vouloir m'attribuer , ou partager avec vous
les éloges qu'elle a reçus de nos Sçavans ;
mais convenez auffi que ceux dont on a honoré
la Méthode que j'ai annoncée , ne vous
touchent ni directement ni indirectement ; des
Cenfeurs publics ne l'ont préconisée , que
parce qu'ils lui ont vû operer des merveilles ;
or , remarquez que ces prodiges , qui ont
étonné
1774 MERCURE DE FRANCE.
étonné , n'ont été opérés que par une Méthode
, qui , par l'ufage qu'on y fait de plufieurs
figures, n'eft propre , felon vous , qu'à
fatiguer inutilement les Enfans , & à retarder
leurs progrès à quoi penfiez -vous donc,
quand vous avez cru pouvoir faire honneur
à votre Méthode , & de ces Merveilles , &
des éloges qui en ont été la fuite ? Quelle
contradiction !
Vous me reprochez , après M. Dand'introduire
une réforme dans l'ortoguy
,
graphe , & d'écrire Cen pour Sang. Dange
pour Dogue. C'est une méprife qui ne vous
fait pas honneur ; en voici l'origine . Ces
fyllabes Ang & Og , quoique compofées de
différentes lettres , rendent le même fon
c'est pourquoi j'ai cru devoir les peindre
par une même figure. J'en dis autant de ces
autres , San & Cen. Mais il ne s'enfuit pas.
de-là que j'écrive Dangue , au lieu de Dogue ,
ni Cenguin , au lieu de Sanguin . Vous voyez
à quoi on s'expofe , quand on s'aviſe de
ler d'une matiere qu'on n'entend pas ; pour
moi je ne me fuis jamais avifé de réformer
fur cet article les anciens ufages , & il ne
m'arrivera certainement jamais de propofer
d'écrire Cien ,Cat , Ceval , jamê , Anglê , ils
èmê , Pijon , axès , fuxès , egziler , otorifer ,
& c. au lieu de Chien , Chat , Cheval, jamais,
par-
An
AOUST. 1744.
$775
Anglois , ils aimoient , Pigeon , accès , fuccès ,
exiler , autorifer , &c. comme vous l'avez
fait dans le Plan nouveau d'ortographe que
vous avez publié , pag. 178 , 179 , 182 ,
194 , 210.
Au refte , M. étoit-il néceffaire de troubler
la cendre des morts , & de faire paroître ſur
la Scéne une perfonne qui n'eft plus & que
je regrette , pour avoir occafion de lâcher
quelques traits de mauvaiſe plaifanterie ? à
Dieu ne plaife qu'elles me déterminent à
rompre le filence que je me fuis impofé du
vivant même de feu M. l'Abbé Danguy.
Un refte d'amitié pour un jeune homme à qui
je n'ai jamais ceffé de rendre tous les fervices
qui ont dépendu de moi ; l'efperance bien fondée
que j'avois conçue de fon retour , les regrets
•·qu'il a fait paroître àfa mort , pour en avoir fi
mal ufe avec moi , font des motifs trop preſſans,
qui m'obligent encore à me taire. J'avoue , qu'il
m'a beaucoup coûté dans le tems de me détermi
ner au filence , mais il me coûtera
pen
nant de le garder , & l'occafion favorable de
vous rendre vos plaifanteries , ne fera pas capable
de mele faire rompre.
mainte-
C'est même à regret que je releverai ce que
vous avancez , que M. D. a dit à des perfonnes
refpectables, que je lui avois avoué que
votre Méthode n'étoit autre que la mienne ;
qu'il
1776 MERCURE DE FRANCE.
qu'il l'ait dit , ou non , cela m'inquiéte fort
peu. Mais comment avez- vous ofe alleguer en
preuve des faits de cette nature , qu'il eft impoffible
de vérifier ? car enfin il s'agit defçavoir
s'il eft vrai quej'ayejamais fait un pareil aveu;
comment aurois-je pû le faire ? connoiſſois -je
affés peu les principes de ma Méthode & ceux
de la vôtre , pour ignorer l'extrême différence
qu'il y a entre les uns & les autres ?
Voilà , M. les réfléxions que j'ai cru devoir
publier pour répondre à votre Lettre ;
j'augure trop bien des difpofitions favora
bles où je vous vois maintenant à l'égard de
ma Méthode , puifque vous effayez de vous
l'approprier , pour ne pas les feconder ;
déja vous en goûtez le fond ; c'eft beaucoup ;
il ne vous refte plus qu'un pas à faire ; il ne
s'agit que d'approuver l'ufage que je fais des
figures ; rien n'eft plus aife ; le facrifice que
vous ferez pour cela de vos préjugés ne ſera
pas grand.
Je m'attens que bien- tôt vous ferez connoître
que vous êtes docile à la voix de la
Raifon , & que vous fçavez rendre hommage
à la vérité. Penfez - y. Je fuis , & c.
Je perfifte dans les mêmes fentimens que
je vous marquai dans une vifite dont vous
m'honorâtes un jour , fans vous faire connoître.
Vous voulûtes parier que je ne ferois
jamais
AOUST. 1744.
1777
jamais lire en un mois , par le moyen de ma
Méthode & de mes figures , comme je l'a
vois annoncé ; j'acceptai le défi , & vous
propofai de dépofer chacun pareille fomme
raifonnable chés un Notaire ; fi mon Effai
réuffit , vous difois-je , j'ai gagné , finon j'ai
perdu . Ne trouvez pas mauvais , s'il vous
plaît , que dorénavant je ne réponde point
vos Lettres , fi vous m'en adrellez encore ,
que vous n'acceptiez la propofition que
vous m'avez obligé de vous faire.
Je profite de cette occafion pour avertir
le public que ceux , qui enfeignent fuivant
les principes de ma Méthode , s'offrent d'enfeigner
gratis pendant quinze jours , & au
cas qu'au bout de ce tems- là les parens ne
foient pas contens des progrès , ils pourront
remercier les Maîtres : finon , ils feront
obligés de s'en tenir au marché dont ils feront
convenus. L'expérience confirme que
cette Méthode eft très-propre à apprendre
aux Etrangers à bien prononcer le François
, & à réformer leur accent en très- peu
de tems.
Voilà ma nouvelle adreſſe , au cas que vous
vouliez , M. me venir trouver pour m'annoncer
que vous acceptez le défi que je vous fais.
L'Abbé Berthaud , rue de Richelieu , visà-
vis celle de Villedot.
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Résumé : RÉPONSE de M. l'Abbé Berthault, Auteur du Quadrille des Enfans, à la Lettre de M. de Launay, insérée dans le Mercure de Janvier 1744.
L'abbé Berthault réagit à une lettre de M. de Launay, publiée dans le Mercure de janvier 1744, qui critiquait sa méthode de lecture. Berthault distingue sa méthode de celle de M. Py-Poulain de Launay, le père de M. de Launay, dont la méthode avait été publiée en 1719 et reformée en 1742. Berthault affirme que son propre projet de méthode existait avant cette date, réfutant ainsi toute accusation de plagiat. Il souligne que la prononciation des lettres 'be', 'ce', 'de', etc., n'est pas une innovation de M. Py-Poulain, mais une pratique décrite dans des ouvrages antérieurs comme la 'Grammaire générale & raisonnée' de 1660. Berthault met en avant les différences fondamentales entre sa méthode et celle de M. Py-Poulain. Il utilise des figures pour enseigner les sons et les syllabes, les combinaisons de lettres, et des tables de mots. De plus, il intègre des objets familiers aux enfants, comme un éventail ou le soleil, pour faciliter l'apprentissage. Berthault nie avoir proposé des changements orthographiques radicaux et regrette que la controverse ait été relancée pour critiquer sa méthode. Dans des lettres datées de 1776 et 1777, Berthault discute des différences entre sa méthode et celle de son interlocuteur. Il propose un pari pour démontrer l'efficacité de sa méthode et invite le public à la tester gratuitement pendant quinze jours. Il fournit également sa nouvelle adresse pour toute communication future.
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119
p. 1823
EXPLICATION des deux Logogryphes du Mercure de Juin, premier volume. Par M. l'Abbé D. S. J.
Début :
QUI peut sçavoir quel est ton but, [...]
Mots clefs :
Ut, ré, mi, fa, sol, la, si, ut, Arbitre
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texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION des deux Logogryphes du Mercure de Juin, premier volume. Par M. l'Abbé D. S. J.
EXPLICATION des deux Logogry
phes du Mercure de Juin , premier volume .
Par M. l'Abbé D. S. 7.
Q
Ui peur fçavoir quel eft ton but,
Ou des Vers ou de l'harmonie
Car fçais- tu moins la Poëfie ,
Qu'ut , re , mi ,fa ,fol „ la , fi , ut ?
Quiconque , à jufte titre ,
Veut paffer pour fçavant ,
Doit du goût & du ſentiment
Etre cenfé l'Arbitre.
phes du Mercure de Juin , premier volume .
Par M. l'Abbé D. S. 7.
Q
Ui peur fçavoir quel eft ton but,
Ou des Vers ou de l'harmonie
Car fçais- tu moins la Poëfie ,
Qu'ut , re , mi ,fa ,fol „ la , fi , ut ?
Quiconque , à jufte titre ,
Veut paffer pour fçavant ,
Doit du goût & du ſentiment
Etre cenfé l'Arbitre.
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120
p. 2351
CANTATILLE Sur l'heureux retour de la Reine à Versailles.
Début :
QUEL éclat vient frapper nos yeux ! [...]
Mots clefs :
Reine, Retour, Éclat, Concert, Marie Antier
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texteReconnaissance textuelle : CANTATILLE Sur l'heureux retour de la Reine à Versailles.
CANTATILLE
Sur l'heureux retour de la Reine à Versailles.
QUel éclat vient frapper nos yeux !
Muſes, raſſemblez -vous, c'eſt notre aimable Reine,
Un trop funeſte ſort lui fit quitter ces Lieux ;
Unheureux deſtin l'y ramene .
Chantons; livrons nos coeurs aux tranſports les plus
doux;
C'eſt ici qu'elle vient attendre
Le retour fortuné de ſon Auguſte Epoux ;
Malgré ſes ennemis, de ſa Grandeur jaloux,
La Victoire va nous le rendre .
Que ſur la Terre & ſur les flots
Afes plus chers déſirs à l'envi tout réponde;
Le Ciel nous donna ce Héros
Pour la félicité du Monde..
Les Vers de cette Cantatille ſont de M. l'Abb
Pellegrin, miſe en Muſique par M. de Blamont ,
Sur- Intendant de la Muſique du Roi. Elle a été
exécutée à Verſailles au Concert de la Reine , &
chantée par Mile Antier le 23 de ce mois. Gette
célebre Actrice,dont on a eu occafion pluſieurs fois
de parler avec éloge , n'a rien perdu de l'éclat de ſa
voix, quoique retirée du Théatre. Elle a été honorée
des éloges de la Reine& de ceux de toute la
Cour,
Sur l'heureux retour de la Reine à Versailles.
QUel éclat vient frapper nos yeux !
Muſes, raſſemblez -vous, c'eſt notre aimable Reine,
Un trop funeſte ſort lui fit quitter ces Lieux ;
Unheureux deſtin l'y ramene .
Chantons; livrons nos coeurs aux tranſports les plus
doux;
C'eſt ici qu'elle vient attendre
Le retour fortuné de ſon Auguſte Epoux ;
Malgré ſes ennemis, de ſa Grandeur jaloux,
La Victoire va nous le rendre .
Que ſur la Terre & ſur les flots
Afes plus chers déſirs à l'envi tout réponde;
Le Ciel nous donna ce Héros
Pour la félicité du Monde..
Les Vers de cette Cantatille ſont de M. l'Abb
Pellegrin, miſe en Muſique par M. de Blamont ,
Sur- Intendant de la Muſique du Roi. Elle a été
exécutée à Verſailles au Concert de la Reine , &
chantée par Mile Antier le 23 de ce mois. Gette
célebre Actrice,dont on a eu occafion pluſieurs fois
de parler avec éloge , n'a rien perdu de l'éclat de ſa
voix, quoique retirée du Théatre. Elle a été honorée
des éloges de la Reine& de ceux de toute la
Cour,
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Résumé : CANTATILLE Sur l'heureux retour de la Reine à Versailles.
Le texte décrit une cantate intitulée 'Sur l'heureux retour de la Reine à Versailles', célébrant le retour de la Reine à Versailles après une absence causée par un malheur. L'œuvre exprime la joie et l'émotion suscitée par cet événement. La Reine attend le retour de son époux, le roi, malgré les ennemis jaloux de sa grandeur. La victoire assure ce retour, et le roi est présenté comme un héros envoyé par le ciel pour le bonheur du monde. Les paroles de la cantate sont écrites par l'abbé Pellegrin et la musique composée par Monsieur de Blamont, surintendant de la musique du roi. La cantate a été interprétée à Versailles lors du concert de la Reine, le 23 du mois, par Mademoiselle Antier, une actrice retirée du théâtre. Sa performance a été saluée par la Reine et toute la cour pour la qualité de sa voix.
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122
p. 79-83
JANUS, ALLÉGORIE. A M. de Vaumale, Commissaire des Guerres. Par M. l'Abbé Clément, Chanoine de St. Louis du Louvre.
Début :
Voici le tems où la cérémonie, [...]
Mots clefs :
Janus, Voix, Coeur, Esprit, M. de Vacon, Mort
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JANUS, ALLÉGORIE. A M. de Vaumale, Commissaire des Guerres. Par M. l'Abbé Clément, Chanoine de St. Louis du Louvre.
JANUS,
ALLÉGORIE.
A M. de Vaumale, Commissaire des Guerres.
Par M. l'Abbé Clément, Chanoine
de St. Louis du Louvre.
Voici le tems où la cérémonie,
Renouvellant son antique manie
Va cajoler la Ville & les Fauxbourgs
Par l'art caché qui regne en ses discours:
Vous la verrez feitile en fariboles
Vous amorcer pat miéleuses paroles
Et debiter pour métal précieux
Tout le clinquant qu'elle étale à vos yeux:
Amour coquet, préside à sa toilette,
Et les couleurs qu'en secret elle achette,
D'un teint ridé remplissant les fossés,
Font refleurir ses attraits effacés.
Galans atours composent sa parure
Robbe garnie & brillante guipure,
Fine dentelle & scarboncles de Stias*
Lui tieunent lieu de jeunesse & d'appas.
Sa voix flatteuse, organe de la feinte
De la candeur a si bien pris l'empreinte
Que les plus fins se verroient attrapés
Fameux Compositeur de fausses pierras,
Dii
80 MERCUREDE FRANCE.
A ses propos de louanges jaspés
S'ils ne sçavoient qu'en ces jours hypocrites
Avec la fraude elle fait ses visites
Et que ses vœux ne sont qu'un complimeni
Quo l'esprit dicte & que le cœur dément.
Du vieux Janus qui l'a tient à ses gages
Avec le ton elle a les deux visages;
L'un gracieux vous fera les yeux doux,
L'autre sournois se mocquera de vous:
Tout est masqué dans ce qui la compose,
Pointe au-dedans, au-dehors tout est rose:
Dans tous les lieux où l'orgueil l'introduit
Vieux Ecuyer, l'usage la conduit.
Fatuité la précéde & l'annonce
Patelinage apprête sa réponse
L'ennui sectet, l'embarras, le dédain,
Vont à sa suite & grossissent son train.
A ses côtés marche la courtoisie
Qui distillant l'insipide ambroisie
Dont l'Italie inventa le secret,
A tout venant en fait boire à long trait;
Malheur à ceux que seduit son yvresse,
Ils seront pris aux pièges qu'elle dresse:
Défiez vous, ami, de sa boisson
Sous la douceur est caché le poison.
La Déité dont elle est le cortège
De longue main la fit à ce manége:
Sous un tel maitre on n'apprend que trop biei
zed by
FEVRIER.
1752.
A déguiser sa voix & son maintien.
Ses favoris qu'elle traite en esclaves
Lui sont soumis & portent ses entraves;
Polis comnie elle & comme elle menteurs,
De son jargon parfaits imitateurs
Aux complimens ils joignent les caresses,
Et le serment garantit leurs promesses,
Mais au besoin éprouvez ces amis,
Ils ne font rien de ce qu'ils ont promis.
De telles gens ce monde ici fourmille,
Et moins d'épics tombent sous la faucille,
Lorsque Cerés ordonne la Moisson;
Grands & petits parlent à l'unisson.
Quoy! direz-vous, ce temps périodique
N'est- il donc fait que pour la politique
Et l'artifice animant les Mortels
Les force-t-il d'abattre tes Autels
Sincérité non, la bonté céleste
N'a pas permis cet attentat funeste:
Sous ses parvis la naive candeur
D'un peu d'encens reçoit encore l'odeur,
S'il est des cœurs couvetts d'enluminure
Tous ne sont pas livrés à l'imposture:
Nous possedons de ses hommes sans faud
Dont la vertu ne connoît point d'écart,
Qui Sectateurs du vrai qui les maxtise
Sont révoltés au seul nom de furptise,
Et des humains une foible moitié
DV
30
gitized by
81
82 MERCUREDE FRANCE.
Marche soumise aux loix de l'amitié;
On lit encor dans ses courtes annales
Les tendres noms des C. ... des Vaumales,
Dont la franchise & la sincérité
Font le procès à la duplicité.
Depuis long-temps ses plus saintes maximes
De leur esprit ont passe dans leurs rimes;
La vérité simple dans leuis discours
En a banni les obliques détours:
Aujourd'hui même & leur voix & leur plume
Suivent le cœur & non pas la coutume:
De leurs souhaits le Ciel même est garant
L'estime en eux les reçoit & les rend:
Avec le vrai toujours d'intelligence
Leur bouche dit ce que leur esprit pense.
Dès leur jeunesse un illustre Pasteur
Par ses bontés avoit gagné leur cœur;
De l'écouter se faisant une étude,
Ils nourtissoient pour lui leur gratitude;
Le Ciel jaloux vient de les désunir,
Vacon n'est plus: leurs plaisirs vont finit,
Dans ce Prelat ils regrettent un Pere,
Un ami tendre, un Conseiller sincere,
Leur ame entiere en proie au sentiment
Dans les soupirs cherche un soulagement:
Leur triste voix que la douleur rend tendre
Par ses accens va téveiller sa cendre.
M. de Vacon, Eveque d'Apt mort au mois de
Decembre 1751.
oogle
FEVRIER
1752.
Que maint ingrat dans sa fourbe nourri,
Qui du vivant de ce Prélat chéri
Préconisoit ses bienfaits & sa gloire,
Lors qu'il est mort, attaque sa memoire !
L'horreur publique & nos justes mépris
De sa noirceur doivent erre le prix:
Tant do vertus, un zele si sublime
Dans ses progrès artentoient trop le crime;
Vacon expire, ah! l'obstacle est levé
Le vice éclate, il n'est plus observé.
Tristes climats, 6 ma chere Patrie
Dont sa tendresse excitoit l'industrie
Par les secours que sa prodigue main
Sécretement répandoit dans ton sein.
Qui désormais touché de ta misere
Dans tes besoins te tiendra lieu de Pere)
En attendant qu'un digne Successeur
Dans ses vertus nous retrace son cœur,
Par l'amitié rassemblés l'un & l'autre
Sur le tombeau de ce nouvel Apôtre
Qii de la mort vient de subit les lois,
A la douleur consacrons notre voiz,
ALLÉGORIE.
A M. de Vaumale, Commissaire des Guerres.
Par M. l'Abbé Clément, Chanoine
de St. Louis du Louvre.
Voici le tems où la cérémonie,
Renouvellant son antique manie
Va cajoler la Ville & les Fauxbourgs
Par l'art caché qui regne en ses discours:
Vous la verrez feitile en fariboles
Vous amorcer pat miéleuses paroles
Et debiter pour métal précieux
Tout le clinquant qu'elle étale à vos yeux:
Amour coquet, préside à sa toilette,
Et les couleurs qu'en secret elle achette,
D'un teint ridé remplissant les fossés,
Font refleurir ses attraits effacés.
Galans atours composent sa parure
Robbe garnie & brillante guipure,
Fine dentelle & scarboncles de Stias*
Lui tieunent lieu de jeunesse & d'appas.
Sa voix flatteuse, organe de la feinte
De la candeur a si bien pris l'empreinte
Que les plus fins se verroient attrapés
Fameux Compositeur de fausses pierras,
Dii
80 MERCUREDE FRANCE.
A ses propos de louanges jaspés
S'ils ne sçavoient qu'en ces jours hypocrites
Avec la fraude elle fait ses visites
Et que ses vœux ne sont qu'un complimeni
Quo l'esprit dicte & que le cœur dément.
Du vieux Janus qui l'a tient à ses gages
Avec le ton elle a les deux visages;
L'un gracieux vous fera les yeux doux,
L'autre sournois se mocquera de vous:
Tout est masqué dans ce qui la compose,
Pointe au-dedans, au-dehors tout est rose:
Dans tous les lieux où l'orgueil l'introduit
Vieux Ecuyer, l'usage la conduit.
Fatuité la précéde & l'annonce
Patelinage apprête sa réponse
L'ennui sectet, l'embarras, le dédain,
Vont à sa suite & grossissent son train.
A ses côtés marche la courtoisie
Qui distillant l'insipide ambroisie
Dont l'Italie inventa le secret,
A tout venant en fait boire à long trait;
Malheur à ceux que seduit son yvresse,
Ils seront pris aux pièges qu'elle dresse:
Défiez vous, ami, de sa boisson
Sous la douceur est caché le poison.
La Déité dont elle est le cortège
De longue main la fit à ce manége:
Sous un tel maitre on n'apprend que trop biei
zed by
FEVRIER.
1752.
A déguiser sa voix & son maintien.
Ses favoris qu'elle traite en esclaves
Lui sont soumis & portent ses entraves;
Polis comnie elle & comme elle menteurs,
De son jargon parfaits imitateurs
Aux complimens ils joignent les caresses,
Et le serment garantit leurs promesses,
Mais au besoin éprouvez ces amis,
Ils ne font rien de ce qu'ils ont promis.
De telles gens ce monde ici fourmille,
Et moins d'épics tombent sous la faucille,
Lorsque Cerés ordonne la Moisson;
Grands & petits parlent à l'unisson.
Quoy! direz-vous, ce temps périodique
N'est- il donc fait que pour la politique
Et l'artifice animant les Mortels
Les force-t-il d'abattre tes Autels
Sincérité non, la bonté céleste
N'a pas permis cet attentat funeste:
Sous ses parvis la naive candeur
D'un peu d'encens reçoit encore l'odeur,
S'il est des cœurs couvetts d'enluminure
Tous ne sont pas livrés à l'imposture:
Nous possedons de ses hommes sans faud
Dont la vertu ne connoît point d'écart,
Qui Sectateurs du vrai qui les maxtise
Sont révoltés au seul nom de furptise,
Et des humains une foible moitié
DV
30
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81
82 MERCUREDE FRANCE.
Marche soumise aux loix de l'amitié;
On lit encor dans ses courtes annales
Les tendres noms des C. ... des Vaumales,
Dont la franchise & la sincérité
Font le procès à la duplicité.
Depuis long-temps ses plus saintes maximes
De leur esprit ont passe dans leurs rimes;
La vérité simple dans leuis discours
En a banni les obliques détours:
Aujourd'hui même & leur voix & leur plume
Suivent le cœur & non pas la coutume:
De leurs souhaits le Ciel même est garant
L'estime en eux les reçoit & les rend:
Avec le vrai toujours d'intelligence
Leur bouche dit ce que leur esprit pense.
Dès leur jeunesse un illustre Pasteur
Par ses bontés avoit gagné leur cœur;
De l'écouter se faisant une étude,
Ils nourtissoient pour lui leur gratitude;
Le Ciel jaloux vient de les désunir,
Vacon n'est plus: leurs plaisirs vont finit,
Dans ce Prelat ils regrettent un Pere,
Un ami tendre, un Conseiller sincere,
Leur ame entiere en proie au sentiment
Dans les soupirs cherche un soulagement:
Leur triste voix que la douleur rend tendre
Par ses accens va téveiller sa cendre.
M. de Vacon, Eveque d'Apt mort au mois de
Decembre 1751.
oogle
FEVRIER
1752.
Que maint ingrat dans sa fourbe nourri,
Qui du vivant de ce Prélat chéri
Préconisoit ses bienfaits & sa gloire,
Lors qu'il est mort, attaque sa memoire !
L'horreur publique & nos justes mépris
De sa noirceur doivent erre le prix:
Tant do vertus, un zele si sublime
Dans ses progrès artentoient trop le crime;
Vacon expire, ah! l'obstacle est levé
Le vice éclate, il n'est plus observé.
Tristes climats, 6 ma chere Patrie
Dont sa tendresse excitoit l'industrie
Par les secours que sa prodigue main
Sécretement répandoit dans ton sein.
Qui désormais touché de ta misere
Dans tes besoins te tiendra lieu de Pere)
En attendant qu'un digne Successeur
Dans ses vertus nous retrace son cœur,
Par l'amitié rassemblés l'un & l'autre
Sur le tombeau de ce nouvel Apôtre
Qii de la mort vient de subit les lois,
A la douleur consacrons notre voiz,
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Résumé : JANUS, ALLÉGORIE. A M. de Vaumale, Commissaire des Guerres. Par M. l'Abbé Clément, Chanoine de St. Louis du Louvre.
L'allégorie 'JANUS', dédiée à M. de Vaumale, Commissaire des Guerres, est écrite par l'Abbé Clément, Chanoine de Saint-Louis du Louvre. Elle met en scène une figure allégorique utilisant des discours trompeurs et des apparences séduisantes pour dissimuler sa véritable nature hypocrite. Cette figure, comparée au dieu Janus, possède deux visages : l'un gracieux et l'autre moqueur. Elle est entourée de flatteurs et de courtisans qui, bien qu'ils semblent loyaux, ne tiennent pas leurs promesses. L'allégorie met en garde contre cette duplicité, soulignant que malgré la prévalence de l'hypocrisie, la sincérité et la bonté existent encore. L'auteur cite des exemples de personnes sincères et vertueuses, notamment les familles C... et Vaumale, qui pratiquent la franchise et la sincérité. Ces individus ont été influencés par un pasteur illustre, M. de Vacon, évêque d'Apt, décédé en décembre 1751. Sa perte est profondément regrettée par ceux qui l'ont connu. Le texte critique également les ingrats qui attaquent la mémoire de ce prélat après sa mort, soulignant que ses vertus et son zèle avaient un impact positif sur la société.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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123
p. 71-72
DISCOURS Prononcé par M. l'Abbé de Pomponne, Doyen du Conseil d'Etat, Commandeur-Chancelier-Surintendant des Finances des Ordres du Roi, le jour de la Purification, pour la réception de M. le Prince de Condé, nommé par Sa Majesté Chevalier de ses Ordres le premier Janvier de cette année.
Début :
SIRE, Ce jour destiné à la réception de M. le [...]
Mots clefs :
Prince de Condé, Réception, Majesté, Ordres, Héros
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texteReconnaissance textuelle : DISCOURS Prononcé par M. l'Abbé de Pomponne, Doyen du Conseil d'Etat, Commandeur-Chancelier-Surintendant des Finances des Ordres du Roi, le jour de la Purification, pour la réception de M. le Prince de Condé, nommé par Sa Majesté Chevalier de ses Ordres le premier Janvier de cette année.
DISCOURS
Prononcé par M. l'Abbé de Pomponne,
Doyen du Conseil d'Etat, Commandeur-Chancelier-Surintendant
des Finances des
Ordres du Roi, le jour de la Purification,
pour la réception de M. le Prince de
Condé, nommé par Sa Majesté Chevalier
de ses Ordres le premier Janvier de cette
année.
SIRE,
Ce jour destiné à la réception de M. le
Prince de Condé est un de ces jours
heureux qui ocquiert im nouveau lustre à
l'ordre du S. Esprit, en le décorant d'un
Prince de votee Sang.
M. le Prince de Condé a satisfait
SIRE, anx preuves de Religion ordon-
nées par les Statuts.
Les bontés dont ses illustres ayeux ont
honoré mes ancêtres, s'étant perpetuées
jusqu'à moi, je croirois, SIRE, man-
quer au devoir & à la reconnoissance si je
ne prositois de l'occasion présente pour
rappeller à la mémoire de Votre Majesté,
—
72 MERCURE DE FRANCE.
ces Héros de la branche de Condé, & en-
tr'autres ce Héros de Rocroy, de Nor-
linghen, de Lens, de Senef, &c. dont les
exploits glorieux feront toujours l'admira-
tion de la posterité & annoncent un ave-
nit favorable au digne heritier qui le re-
presente aujourd'hui comme une suite né-
cessaire de ses heureuses qualités naturel-
les & de son excellente éducation.
M. le Prince de Condé attend que Votre
Majesté veuille bien ordonner de l'intro-
duire auprès d'elle pour commencer la cé-
rémonie de sa réception.
Prononcé par M. l'Abbé de Pomponne,
Doyen du Conseil d'Etat, Commandeur-Chancelier-Surintendant
des Finances des
Ordres du Roi, le jour de la Purification,
pour la réception de M. le Prince de
Condé, nommé par Sa Majesté Chevalier
de ses Ordres le premier Janvier de cette
année.
SIRE,
Ce jour destiné à la réception de M. le
Prince de Condé est un de ces jours
heureux qui ocquiert im nouveau lustre à
l'ordre du S. Esprit, en le décorant d'un
Prince de votee Sang.
M. le Prince de Condé a satisfait
SIRE, anx preuves de Religion ordon-
nées par les Statuts.
Les bontés dont ses illustres ayeux ont
honoré mes ancêtres, s'étant perpetuées
jusqu'à moi, je croirois, SIRE, man-
quer au devoir & à la reconnoissance si je
ne prositois de l'occasion présente pour
rappeller à la mémoire de Votre Majesté,
—
72 MERCURE DE FRANCE.
ces Héros de la branche de Condé, & en-
tr'autres ce Héros de Rocroy, de Nor-
linghen, de Lens, de Senef, &c. dont les
exploits glorieux feront toujours l'admira-
tion de la posterité & annoncent un ave-
nit favorable au digne heritier qui le re-
presente aujourd'hui comme une suite né-
cessaire de ses heureuses qualités naturel-
les & de son excellente éducation.
M. le Prince de Condé attend que Votre
Majesté veuille bien ordonner de l'intro-
duire auprès d'elle pour commencer la cé-
rémonie de sa réception.
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Résumé : DISCOURS Prononcé par M. l'Abbé de Pomponne, Doyen du Conseil d'Etat, Commandeur-Chancelier-Surintendant des Finances des Ordres du Roi, le jour de la Purification, pour la réception de M. le Prince de Condé, nommé par Sa Majesté Chevalier de ses Ordres le premier Janvier de cette année.
L'Abbé de Pomponne, Doyen du Conseil d'État et Commandeur-Chancelier-Surintendant des Finances des Ordres du Roi, a prononcé un discours lors de la réception du Prince de Condé, nommé Chevalier de l'Ordre du Saint-Esprit le 1er janvier. Cet événement est d'une grande importance pour l'Ordre, renforcée par l'entrée d'un Prince de sang royal. Le Prince de Condé a satisfait aux exigences religieuses de l'Ordre. L'Abbé de Pomponne a exprimé sa reconnaissance pour les faveurs accordées à ses ancêtres par les aïeux du Prince de Condé et a rappelé les exploits glorieux des héros de la branche de Condé, notamment à Rocroy, Nordlingen, Lens et Seneffe. Ces actions héroïques laissent présager un avenir prometteur pour le Prince de Condé, héritier de ces qualités et de cette éducation exemplaire. Le Prince attend désormais l'ordre du Roi pour commencer la cérémonie de sa réception.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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123
125
p. 110
ENIGME.
Début :
Je suis, Lecteur, un instrument [...]
Mots clefs :
Plume
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
JE fuis ,Lecteur , un inftrument
Que chacun à fon gré manie.
Je fers fouvent à la manie ,
Et je fais plus d'un mécontent.
Je duis à l'homme de pratique ,
Marchand & Ecclefiaftique .
A tous je fuis d'utilité ,
Et dans tout pays ufité.
Si tu veux fçavoir ma ftructure ;
Côtés Pelus , un pied fendu
Feront toute mon encoulure :
A fort bas prix je ſuis vendu.
Puis-je , Lecteur , mieux me dépeindre?
Non. Telle eft ma condition :
Telle ma définition .
Parle ; car je cefle de feindre.
Par l'Abbé, de VINCHEGUERL
JE fuis ,Lecteur , un inftrument
Que chacun à fon gré manie.
Je fers fouvent à la manie ,
Et je fais plus d'un mécontent.
Je duis à l'homme de pratique ,
Marchand & Ecclefiaftique .
A tous je fuis d'utilité ,
Et dans tout pays ufité.
Si tu veux fçavoir ma ftructure ;
Côtés Pelus , un pied fendu
Feront toute mon encoulure :
A fort bas prix je ſuis vendu.
Puis-je , Lecteur , mieux me dépeindre?
Non. Telle eft ma condition :
Telle ma définition .
Parle ; car je cefle de feindre.
Par l'Abbé, de VINCHEGUERL
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127
p. 110-111
LOGOGRIPHE.
Début :
De Grece originaire, en France [...]
Mots clefs :
Sympathie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRIPHE.
LOGO GRIPH E.
DE Grece
originaire , en France ,
Ami Lecteur , j'ai pris naiſſance :
Quoiqu'amour & fa foeur tous deux foient mes
enfans ,
Dans leurs écrits nombre de gens
Ofent nier mon exiſtence.
Je forme à chaque inftant quelque lien nouveau s
J'ai fouvent la vertu pour mere ,
Plus fouvent le coeur eft mon pere➤
Toujours le vice eft mon berceau.
C'en eft affez déja pour me connoître
Aton fecours il ne fert rien peut- être
D'appeller la combinaison ;
Auffi t'en laiſſai- je le maître .
Neuf lettres compoſent mon nom .
On y trouve un des mois de la belle faifon =
Une riviere en Angleterre ,
Ce que n'ont point ies gens de guerre ,
Deux des fils de celui qui repeuplant la terre
S'ennivra le premier , dit- on ;
Un Royaume dans l'Inde , un des fupports de
l'homme ;
Terre connue de l'Aftronôme ,
Et pour la Lune employé fort fouvent ;
Ce qui vaut mieux qu'amour , ce qui fert plus
qu'amant.
NOVEMBRE. 1752. ILE
Ce que Tirfis en courtisant Sylvie
Défire d'être uniquement ;
Du monde entier une partie ,
Un Oracle fameux , un Opera charmant ,
Une Déeffe qui jamais
Ne dormoit jadis au Palais ;
De l'abeille une herbe chérie ;
Ce qu'un Carthefien retranche aux animaux;:
Du chat la premiere défenſe ;
Le plus grand jafeur des oiſeaux ;
Et le noeud d'une médifance.
Je pourrois ajoûter , Lecteur ,
Certain foupir qui ne vient pas du coeur ,
C'eft par refpect pour toi que je l'oublie
De t'ennuyer & t'offenler j'ai peur :
Je ne fuis pas comme l'Auteur
Du Logogryphe Euchariftie.
L'Abbé le Douarin ,
de Dingé en S. Malo.
DE Grece
originaire , en France ,
Ami Lecteur , j'ai pris naiſſance :
Quoiqu'amour & fa foeur tous deux foient mes
enfans ,
Dans leurs écrits nombre de gens
Ofent nier mon exiſtence.
Je forme à chaque inftant quelque lien nouveau s
J'ai fouvent la vertu pour mere ,
Plus fouvent le coeur eft mon pere➤
Toujours le vice eft mon berceau.
C'en eft affez déja pour me connoître
Aton fecours il ne fert rien peut- être
D'appeller la combinaison ;
Auffi t'en laiſſai- je le maître .
Neuf lettres compoſent mon nom .
On y trouve un des mois de la belle faifon =
Une riviere en Angleterre ,
Ce que n'ont point ies gens de guerre ,
Deux des fils de celui qui repeuplant la terre
S'ennivra le premier , dit- on ;
Un Royaume dans l'Inde , un des fupports de
l'homme ;
Terre connue de l'Aftronôme ,
Et pour la Lune employé fort fouvent ;
Ce qui vaut mieux qu'amour , ce qui fert plus
qu'amant.
NOVEMBRE. 1752. ILE
Ce que Tirfis en courtisant Sylvie
Défire d'être uniquement ;
Du monde entier une partie ,
Un Oracle fameux , un Opera charmant ,
Une Déeffe qui jamais
Ne dormoit jadis au Palais ;
De l'abeille une herbe chérie ;
Ce qu'un Carthefien retranche aux animaux;:
Du chat la premiere défenſe ;
Le plus grand jafeur des oiſeaux ;
Et le noeud d'une médifance.
Je pourrois ajoûter , Lecteur ,
Certain foupir qui ne vient pas du coeur ,
C'eft par refpect pour toi que je l'oublie
De t'ennuyer & t'offenler j'ai peur :
Je ne fuis pas comme l'Auteur
Du Logogryphe Euchariftie.
L'Abbé le Douarin ,
de Dingé en S. Malo.
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128
p. 104-106
LOGOGRYPHE.
Début :
Fille de la noire imposture, [...]
Mots clefs :
Hypocrisie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRY PH E.
Fille Ille de la noire impoſture ,
J'ai l'art de tromper les mortels ;
Et pour rendre fur eux ma victoire plus fêre ,
Je répands mon venin en face des autels.
De mon corps , cher Lecteur , je fais l'analyfe ,
Quelle foule d'objets divers !
Dans leur nombre confus , moi- même je me
perds.
J'offre d'abord un lieu fort voifin de l'Eglife ,
Où fe tenoient les pénitens ,
Par refpect pour nos faints mystérese
( Ils font paffés ces heureux tems. )
L'effet qu'opérent les clyftéres ;
De deux infectes précieux
Les ouvrages très- curieux ;
Une race parmi les hommes ,
Qui fans efprit & fanstalens ,
Sans mérite & fans agrémens ,
Brillent dans le fiécle od nous ſommes.
Ce dont affez fouvent manque un original ,
La marque d'une joye ; un précieux métal ;
Un inftrument qui fert au fiége d'une ville ;
Le plus fot animal de la gent volatile ;
Un oileau qui , dit on , fut caufe d'un grand deuils
Ce qui mene fouvent un malade au cercueil ;
DECEMBRE. 1753 .
IOS
Une brillante fleur & l'arbre qui la porte ;
Une liqueur qui reconforte ;
Un objet de rare beauté ,
A qui Venus , par jalouſie ,
Ora la vie ,
Mais qui de Jupiter eut l'immortalité.
Mon fein renferme auffi des Ifles ,
Royaumes , Rivieres & Villes ;
L'objet principal d'un Roman ;
Dux Nymphes pour qui le Dieu Pan
Brûla d'une flamme indifcrete ;
L'une des deux peu fatisfaite ,
Répondit mal à fon ardeur ;
L'autre à fes defirs moins rébelle ,
Fut à la vérité fidelle ;
Mais Borée lui fit reffentir la fureur.
Un des lieux où l'on rend hommage
A l'incomparable Cypris ;
Un docte & fameux perfonnage ,
Phénix des fublimes efprits ;.
Une illuftre Dame Romaine ,
Qui faisant pour la vie humaine
Paroître un généreux mépris ,
Choifit une mort peu commune ;
Un Dieu marin , fils de Neptune;
Un nom que la mere des Dieux
Doit à nos foins officieux
Pour les foibles humains : un feuve très- célébre;
Nepenfez pas que ce foit l'Ebre ,
Ev
106 MERCURE DEFRANCE.
Encer moins le Wolga , mais un fleuve dont l'eau
D'un téméraire Dieu fut jadis le tombeau.
L'Abbé de M....
A Beauvais , ce 16 Août 1753 .
Fille Ille de la noire impoſture ,
J'ai l'art de tromper les mortels ;
Et pour rendre fur eux ma victoire plus fêre ,
Je répands mon venin en face des autels.
De mon corps , cher Lecteur , je fais l'analyfe ,
Quelle foule d'objets divers !
Dans leur nombre confus , moi- même je me
perds.
J'offre d'abord un lieu fort voifin de l'Eglife ,
Où fe tenoient les pénitens ,
Par refpect pour nos faints mystérese
( Ils font paffés ces heureux tems. )
L'effet qu'opérent les clyftéres ;
De deux infectes précieux
Les ouvrages très- curieux ;
Une race parmi les hommes ,
Qui fans efprit & fanstalens ,
Sans mérite & fans agrémens ,
Brillent dans le fiécle od nous ſommes.
Ce dont affez fouvent manque un original ,
La marque d'une joye ; un précieux métal ;
Un inftrument qui fert au fiége d'une ville ;
Le plus fot animal de la gent volatile ;
Un oileau qui , dit on , fut caufe d'un grand deuils
Ce qui mene fouvent un malade au cercueil ;
DECEMBRE. 1753 .
IOS
Une brillante fleur & l'arbre qui la porte ;
Une liqueur qui reconforte ;
Un objet de rare beauté ,
A qui Venus , par jalouſie ,
Ora la vie ,
Mais qui de Jupiter eut l'immortalité.
Mon fein renferme auffi des Ifles ,
Royaumes , Rivieres & Villes ;
L'objet principal d'un Roman ;
Dux Nymphes pour qui le Dieu Pan
Brûla d'une flamme indifcrete ;
L'une des deux peu fatisfaite ,
Répondit mal à fon ardeur ;
L'autre à fes defirs moins rébelle ,
Fut à la vérité fidelle ;
Mais Borée lui fit reffentir la fureur.
Un des lieux où l'on rend hommage
A l'incomparable Cypris ;
Un docte & fameux perfonnage ,
Phénix des fublimes efprits ;.
Une illuftre Dame Romaine ,
Qui faisant pour la vie humaine
Paroître un généreux mépris ,
Choifit une mort peu commune ;
Un Dieu marin , fils de Neptune;
Un nom que la mere des Dieux
Doit à nos foins officieux
Pour les foibles humains : un feuve très- célébre;
Nepenfez pas que ce foit l'Ebre ,
Ev
106 MERCURE DEFRANCE.
Encer moins le Wolga , mais un fleuve dont l'eau
D'un téméraire Dieu fut jadis le tombeau.
L'Abbé de M....
A Beauvais , ce 16 Août 1753 .
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129
p. 105-107
LOGOGRYPHE.
Début :
A me voir, cher Lecteur, tout le monde s'empresse ; [...]
Mots clefs :
Printemps
130
p. 79-80
LOGOGRYPHE.
Début :
Quoique je sois fort & méchant, [...]
Mots clefs :
Poivre
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
Uoique je fois fort & méchant , Joique
On m'aime ; je ne fçais comment.
Je fuis petit de ma nature ,
Je porte avec moi la brûlure ;
Je mets le feu dans les palais ,
Et malgré mes vilains forfaits ,
(Ce qui doit paroître incroyable )
Oh me demande à chaque table.
On craint de toucher un ragoût
Sans avoir confulté mon goût.
Lecteur , je dois mon exiſtence
A fix lettres de conféquence.
Compofes , décompoſes-moi ,
Bientôt tu trouveras de quoi
Soulager l'humaine mifere ;
C'est ce métal fi précieux ;
Ah ! j'en dis plus que je ne veux.
Un fruit dont le goût flate l'homme ,
Qui va de pair avec la pomme
Ce qu'on regrette de quitter.
Ce qui nous fert pour tranfpirer.
J'offre un oifeau , dont le plumage
Fait l'ornement & l'avantage.
Un des fept pechés capitaux ,
D iiij
So MERCURE DE FRANCE.
Ce qu'il faut craindre dans fes maux.“
Enfin ce mortel , dont l'image
Paroît peu néceffaire au fage ;
Qui content de fon petit train
Refuſe l'or . Un fac à vin ;
Une note de conféquence.
Une... Je fais ma révérence.
L'Abbé Ren *
Uoique je fois fort & méchant , Joique
On m'aime ; je ne fçais comment.
Je fuis petit de ma nature ,
Je porte avec moi la brûlure ;
Je mets le feu dans les palais ,
Et malgré mes vilains forfaits ,
(Ce qui doit paroître incroyable )
Oh me demande à chaque table.
On craint de toucher un ragoût
Sans avoir confulté mon goût.
Lecteur , je dois mon exiſtence
A fix lettres de conféquence.
Compofes , décompoſes-moi ,
Bientôt tu trouveras de quoi
Soulager l'humaine mifere ;
C'est ce métal fi précieux ;
Ah ! j'en dis plus que je ne veux.
Un fruit dont le goût flate l'homme ,
Qui va de pair avec la pomme
Ce qu'on regrette de quitter.
Ce qui nous fert pour tranfpirer.
J'offre un oifeau , dont le plumage
Fait l'ornement & l'avantage.
Un des fept pechés capitaux ,
D iiij
So MERCURE DE FRANCE.
Ce qu'il faut craindre dans fes maux.“
Enfin ce mortel , dont l'image
Paroît peu néceffaire au fage ;
Qui content de fon petit train
Refuſe l'or . Un fac à vin ;
Une note de conféquence.
Une... Je fais ma révérence.
L'Abbé Ren *
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131
p. 52-53
LOGOGRYPHE.
Début :
Quel trouble agite mon cerveau ? [...]
Mots clefs :
Marguillier
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYP HE.
Uel trouble agite mon cerveau ?
Ma dignité n'eft qu'un fardeau ;
Je me ruine pour l'Eglife ,
Saintement on m'y dévalife ;
On ne me parle que d'argent ,
Pour l'infirme ou pour l'indigent.
A l'Offrande , nouvelle aubaine :
Ilfaut , pour baifer la
patene
Tirer ...Je n'aurois point fini
Si je.... tu diras à ceci
Eh ! mais , chaque fête on t'encenfe.
Hélas ! je m'en pafferois bien .
C'eſt plutôt ma bourſe , je penſe :
Encenfe t'on ceux qui n'ont rien ?
Lecteur , tu peux me reconnoître .
Onze pieds foutiennent mon être ;
Si tu fçais la combinaiſon ,
Je renferme ce trifte fon
Qu'on rend à la fin de la vie :
Un chien fait à la venerie.
Trois tons. Un Saint . Un mal honteux.
Le nom d'un affaffin fameux ;
L'inftrument dont jadis Orphée
Charma le Styx & l'Elifée .
AVRIL.
1755. 53
Un terrein que bat l'océan ,
Le lit où fouffrit Saint Laurent ;
Un outil de menuiferie ,
Un autre pour la broderie.
Un vice ennemi du repos ,
Un endroit connu pour les eaux ,
Pour fes jardins , & fa machine.
La fubftance fimple & divine ,
Dont nous empruntons les refforts .
Une eau croupie , un jeu d'efforts
A qui l'on donne une étendue
Sablée , unie , entretenue.
Cette fenêtre où le pécheur
Se découvre à fon Confeffeur .
Une terre molle & fragile.
Ce qui rend un navire agile.
Un outil qui ronge fans dents.
La ville où fut élu Pontife
Le patron des petits enfans.
Lecteur , voilà mon Logogryphe.
X
L'Abbé Renaudor.
Uel trouble agite mon cerveau ?
Ma dignité n'eft qu'un fardeau ;
Je me ruine pour l'Eglife ,
Saintement on m'y dévalife ;
On ne me parle que d'argent ,
Pour l'infirme ou pour l'indigent.
A l'Offrande , nouvelle aubaine :
Ilfaut , pour baifer la
patene
Tirer ...Je n'aurois point fini
Si je.... tu diras à ceci
Eh ! mais , chaque fête on t'encenfe.
Hélas ! je m'en pafferois bien .
C'eſt plutôt ma bourſe , je penſe :
Encenfe t'on ceux qui n'ont rien ?
Lecteur , tu peux me reconnoître .
Onze pieds foutiennent mon être ;
Si tu fçais la combinaiſon ,
Je renferme ce trifte fon
Qu'on rend à la fin de la vie :
Un chien fait à la venerie.
Trois tons. Un Saint . Un mal honteux.
Le nom d'un affaffin fameux ;
L'inftrument dont jadis Orphée
Charma le Styx & l'Elifée .
AVRIL.
1755. 53
Un terrein que bat l'océan ,
Le lit où fouffrit Saint Laurent ;
Un outil de menuiferie ,
Un autre pour la broderie.
Un vice ennemi du repos ,
Un endroit connu pour les eaux ,
Pour fes jardins , & fa machine.
La fubftance fimple & divine ,
Dont nous empruntons les refforts .
Une eau croupie , un jeu d'efforts
A qui l'on donne une étendue
Sablée , unie , entretenue.
Cette fenêtre où le pécheur
Se découvre à fon Confeffeur .
Une terre molle & fragile.
Ce qui rend un navire agile.
Un outil qui ronge fans dents.
La ville où fut élu Pontife
Le patron des petits enfans.
Lecteur , voilà mon Logogryphe.
X
L'Abbé Renaudor.
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132
p. 118-129
REPONSE DE M. L'ABBÉ V. A M. LE P. H.
Début :
Le suffrage d'un homme comme vous, Monsieur, a quelque chose de si séduisant [...]
Mots clefs :
Droit de Régale, Abbé, Églises, Fiefs, Bénéfices, Seigneur, Maître, Terres, Rois
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE DE M. L'ABBÉ V. A M. LE P. H.
REPONSE DE M. L'ABBÉ V.
A M. LE P. H.
e
E fuffrage d'un homme comme vous ,
Monfieur , & quelque chofe de fi féduifant
, qu'à da lecture de la lettre dont
vous m'honorez , j'ai prefque été tenté de
me croire un perfonnage . Mais je me connois
, & cette connoiffance ne m'a laiffé
appercevoir dans vos politeffes qu'un excès
de bonté qui veut encourager un novice
, plus recommendable par fa bonne
volonté que par fes talens. Vous me permettez
de vous faire quelques nouvelles
obfervations fur le point qui nous divife :
j'ufe de la permiffion , moins cependant
pour difputer que pour chercher le vrai ,
qui feul doit être notre guide . C'eſt unt
écolier qui confulte fon maître ; & quel
maître ? Un nouveau Sallufte , mais plus
clair dans fa briéveté fententieufe , un au- -
tre Velleius Paterculus plus inftructif &
auffi délicat dans fes portraits , le digne
éleve enfin du goût , & le favori des graces.
L'Abbé Velly ne fait point remonter
l'origine des fiefs , ftrictement dit , jufqu'aux
premiers fiécles de la monarchie :
il convient avec l'illuftre auteur du nouvel
AVRIL. 1755. 119
abrégé chronologique de notre hiftoire
que ce n'eft que fous le foible regne de
Charles le Simple qu'on les voit tels qu'ils
font aujourd'hui. Charles le Chauve les
avoit , pour ainfi dire , préparés par le fameux
capitulaire (a ) qui ordonne que
fi après la mort quelqu'un de fes fideles
veut renoncerau monde , il pourra
laiffer tous fes emplois à fon fils , ou à ce
lui de fes parens qu'il voudra choisir pour
fon fucceffeurs ce qui étoit établir une.
efpece d'hérédité dans les offices , & les
rendre en quelque forte propres & patri
moniaux. sidst 201 160 2000
Mais en même tems qu'il abandonne ce
point , qui demanderoit pour être éclairci
plus de tems & plus de connoiffances , il fe
croit sautorifé à foutenir qu'il y avoit fous
la premiere race des efpeces de poffeffions
qui tenoient beaucoup de la nature féodale
, quelque nom qu'on veuille leur don
ner , terres , feigneuries , bénéfices ou fiefs.
Pafquier ( b) les appelle Bénéfices , & cite
pour exemple Clovis , qui inveftit le Com
te Auréliens de la feigneurie de Melun.
Loifeau ( a ) ne craint point de les nommer
( a ) Capitul . 10. apud Duch . tom. 2. p. 463 .
( b ) Recherch. de la France , tom. 1. c. liv. 2
16. p. 130.
(c) Loyf. des Offices feod. ch. z . p. 99.
120 MERCURE DE FRANCE:
»
fiefs , & les fait auffi anciens que la monarchie
: voici fes propres termes. » Ce
peuple victorieux ( les Francs ) partagea
& diftribua les terres de fa conquête ; il
» les attribua à titre & condition de fief à
» fes Capitaines , tant pour récompenfe de
leur mérite , que pour tenir deformais
» lieu de gages à leur office , attendu que
» ces Capitaines étoient leurs uniques Ma-
» giftrats. Ceux- ci , ajoute- t-il , baillerent
»à leurs foldats certaines terres à même
»titre de fief , c'est- à- dire , à la charge de
» les affifter toujours en guerre ; & ces fe-
"conds fiefs finiffoient du commencement,
» ainfi que les premiers , par la mort du
» vaffal . Mais comme toutes chofes ten-
» dent & s'établiſſent enfin à la propriété
» à fucceffion de tems on vint à confidé-
» rer que c'étoit une cruauté d'ôter le fief
» aux enfans d'un pauvre foldat bien méri
» té , qui ne leur avoit laiffé aucun autre
»bien , & partant on s'accoutuma à les re
و د
bailler par pitié à l'un defdits enfans ,
» tel qu'il plaifoit au feigneur d'en grati-
» fier . Puis ce fut un droit commun que
les enfans mâles fuccéderoient tous en-
» femble au fief du pere. Mais les filles &
» les collatéraux n'y fuccédoient point ...
» Nous avons à la fin admis indiftincte-
» ment les fucceffions collatérales des fiefs,
même
AVRIL. 1755. 121
>
même au profit des filles en défaut
» toutefois de mâle en pareil dégré il
» nous eft cependant refté quelque chofe
» de notre ancienne rigueur , à fçavoir
qu'à toutes mutations de fiefs , il eft dit
» ouvert & fans homme , c'est - à- dire va-
» cant au refpect du Seigneur , lequel ſe
»peut remettre dans icelui & en jouir com-
» me réuni à fon domaine , jufqu'à ce qu'il
» ſe préſente un fucceffeur qui vienne le
» couvrir & relever , & fe déclarer hom-
» me & vaffal du Seigneur ; & quand il
» tombe en fucceffion collatérale , ou en
❤aliénation , quelle qu'elle foit , il le faut
racheter du Seigneur par certains droits
» qu'on lui paye.
Ce paffage un peu long , mais effentiel.
à la juftification du fyftême attaqué , n'eſt
rien autre chofe qu'une paraphrafe du premier
titre des fiefs : Antiquiffimo tempore poterat
Dominus auferre rem infeudum datam :
deinde obfervatum eft , ut ad vitam fidelis
produceretur produceretur. Il en réfulte deux chofes ,
la premiere qu'il n'eft point de l'effence du
fief d'être héréditaire & patrimonial , mais
d'être tenu fous certaine redevance ; la feconde
, que l'Abbé Velly en tirant l'origine
de la Régale de la nature du droit
féodal , lui donne la même antiquité qu'à
la Monarchie : antiquiffimo tempore. Nous
F
122 MERCURE DE FRANCE.
avons d'ailleurs plufieurs monumens qui
prouvent que même avant le regne de
Charles le Simple , les Evêques ( fans dou
te ceux qui étoient foumis à la Régale )
fe reconnoiffoient hommes , tenanciers ,
feudataires , ou bénéficiers du Prince. On
lit dans un poëme manufcrit de Philippe
Mouskes , intitulé : Hiftoire des François ,
& cité par Ducange ( d )',
Et caskuns Veſques premerains ( e ) ,
Dou Roi de France , joint ſes mains
Prent fon Régale por droiture ,
Et fes hom eft de teneure,
On remarquera
que l'historien
poete
parle de la coutume obfervée fous Chilpéric.
Nous voyons encore quelque choſe de
plus marqué dans une formule de ferment
prêté fous Charles le Chauve
(f) » Moi
" Hincmar
, Evêque de Laon , promets
d'être à jamais fidele & obéillant
, felon
le devoir de mon miniftere
, à Charles ,
» mon maître & mon Seigneur
, comme
» un homme doit l'être à fon Seigneur , &
( d ) Au mot Regalia.
(e ) C'est -à-dire premiers , principaux , fans
doute par
les fiefs qu'ils tenoient de la Couronne. On difoit autrefois Prematie au lieu de Primatię,
(ƒ) Continúat. Aimoin . 1. 5 : c. 21 .
AVRIL 1755. 123
un Evêque à fon Roi » . Ici l'homme &
l'Evêque font diftingués , de même que
le fuzerain & le Souverain : Sicut homo fue
feniori , & Epifcopus fuo Regi.
On objecte que les fiefs font de tous les
pays , & que les feuls Rois de France ont
droit de Régale ; mais l'objection tombe
d'elle-même , s'il eft vrai que les autres
Souverains en ont joui anciennement. On
lit dans Orderic Vital ( g ) , » qu'à la mort
» des Prélats & des Archimandrites , les
» Satellites du Roi d'Angleterre s'empa-
>> roient des terres de leur Eglife , qu'ils
» réuniffoient au domaine pour trois ans ,
quelquefois plus d'où il arrivoit que
» le troupeau , deftitué de Paſteur , étoit
expofé à la morfure des loups » . Qu'on
life l'hiftoire des divifions du facerdoce
& de l'Empire ( b ) , on y verra ces juftes
plaintes mille fois répétées. Les Empereurs
& les Rois d'Angleterre avoient donc anciennement
droit de mettre en leur main
le temporel des Prélatures vacantes par
mort : ce qui n'eft autre chofe que le droit
de Régale. Pourquoi ne l'ont-ils plus ? &
comment ont- ils laiffé perdre une fi glorieufe
prérogative ? c'eft ce qui n'eft point
de notre fujer. La gloire de nos Rois eft
( g ) Liv. 10. p. 763.
(h) Arnold. Lubec. 1. 3. c. 16..!
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
d'avoir eu en même tems , & affez de fermeté
pour fe maintenir dans la poffeffion
d'un privilege né & établi avec la Monarchie
, & affez de religion pour n'en point
abufer.
Mais , dira t- on , M. Audoul , célébré
Avocat , dans fon traité de la Régale , tire
l'origine de cette noble prérogative , du
canon VII du premier concile d'Orléans
& M. Ifali , autre oracle du barreau ,
dans l'approbation qu'il a donnée à cet
ouvrage , affure que ce fyftême eft prouvé
par des faits fi certains , qu'il n'eft pas
poffible d'y refifter. L'Abbé Velly honore
affurément ces deux grandes lumieres :
mais il les admire encore plus , & confeſſe
ingénument qu'il n'a pas d'affez bons
yeux pour voir ce qu'ils ont vû. Il tient
actuellement en main le Concile d'Or
léans , il lit le feptiéme canon ( b ) , & n'y
apperçoit qu'une défenfe aux Abbés , aux
Prêtres , aux Clercs , & aux Religieux
d'aller en Cour , fans la permiffion & la
recommendation de l'Evêque , pour obrenir
des bénéfices. Abbatibus , Prefbiteris ,
omnique Clero , vel in religionis profeffione
viventibus , fine difcuffione vel commendatione
Epifcoporum , pro pretendis Beneficiis ¿
(h ) Concil. tom. 4. p. 1406,
AVRIL. · 17.55. 125
ad domnos venire non liceat. Quodfi quifquam
prafumpferit , tam diu fui honore &
communione privetur , donec per pænitentiam
plenam ejus fatisfactionem facerdos accipiat.
Il recommence donc une lecture
déja refléchie de tout le Concile , & trouve
enfin dans de cinquième canon ces mots
qu'on prétend facramentaux , quidquid in
fructibus. Voici comme ce decret eft conçu :
( i ) De oblationibus vel agris quos domnus
Rex Ecclefiis fuo munere conferre dignatus
eft , vel adhuc , non habentibus , Deo infpirante
, contulerit , ipforum agrorum vel Ecclefiarum
immunitate conceffa , id effe juftif
fimum definimus , ut in reparationibus Ecclefiarum
alimoniis facerdotum & pauperum
, vel redemptionibus captivorum , quidquid
Deus in fructibus dare dignatusfuerit ,
expendatur , & Clerici in adjutorium Ecclefiaftici
operis conftringantur. Quod fi aliquis
facerdotum ad hanc curam minus follicius
ac devotus extiterit , publicè à comprovincialibus
Epifcopis confundatur. Quod fi nec tali
confufione correxerit , donec emendet errorem,
communione fratrum habeatur indignus . Il
faut avouer que c'eft
peu communes
que avoir des lumieres
de trouver les vrais
principes de la Régale dans ce ftatut plus
( i ) Ibid. Can. V. p. 1405 , 1406.
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
}
religieux qué politique. M. Fleury & tous
les hiftoriens eccléfiaftiques n'y découvrent
qu'une fage attention de l'Eglife à prévemir
fes miniftres , que les biens qu'ils tiennent
de la libéralité de nos Rois ne leur
ont point été donnés pour en faire l'ufage
qu'il leur plairoit ; mais qu'ils doivent employer
tout ce que Dieu leur donne audelà
du néceffaire , à la reparation des
Eglifes , à l'entretien des Prêtres & des
pauvres , ou enfin au rachat des captifs.
L'Abbé Velly pourroit même en tirer une
induction favorable à fon fyftême . Les
conceffions de nos Rois en faveur du Clergé
étoient donc , ou conditionnelles , ou
pures & fimples , c'eft- à - dire , ou affujet
ties à certaines redevances , ou affranchies
de toure fervitude : de là cette diftinction
des Eglifes qui vaquoient ou ne vaquoient
point en Régale.
On répond que les Gens du Roi , M.
Molé & M. Bignon , dans leur avis donné
en 1633 & en 1638 , difent qu'il doit être
tenu pour conftant , que la Régale eft univerfelle
, & a lieu dans toutes les Eglifes
du Royaume , comme étant un droit non
feulement inhérent à la perfonne facrée
de nos Rois , mais auffi uni & incorporé
à la Couronne , né & établi avec elle.
L'Abbé Velly fent toute l'importance de
AVRIL 1755 127
cette objection , & combien il eft délicat
d'avoir à fe défendre contre des autorités
toujours refpectables , & quelquefois terribles.
Auffi n'entreprendra- t- il pas d'y répondre
: c'eft Pafquier ( k ) qui plaidera fa
caufe , & parlera pour lui. Tous les
Archevêchés & Evêchés de France , dit
» ce célébre Jurifconfulte , ne font eftimés
" tomber en Régale , vacation d'iceux avenant
: ores que quelques- uns eftiment le
» contraire, Opinion de prime face plaufible
pour favorifer les droits du Roi ;
mais erronée , bien qu'elle ne foit deſtituée
de bons parrains. Car Maitre Jean
» le Bouteiller en fa fomme rurale , l'efti-
»ma ainfi & de notre tems , M. de Pibrac
, Avocat du Roi au Parlement , la
voulut faire paffer par Edict , mais il en
fur dedict . Il ne faut rien ôter à l'Eglife
pour le donner par une nouveauté à nos
» Rois , ni leur ôter pour le donner à l'Eglife.
Or que toutes les Eglifes Cathédrales
ne tombent en Régale , nous avons
plufieurs Ordonnances qui le nous enfeignent.
Celle de Philippe le Bel , en
" 1302 , porte entr'autres articles ( 4 ).
» Item , quantum ad Regalias quas nos 5
(k ) Recherch. de la France , tom . 1. 1. 3. chap.
37. p. 303 .
(1 ) Apud de Lauriere , tom. 1. Ordinat. p. 359.
Fiv
18 MERCURE DE FRANCE.
» prædeceffores noftri , confuervimus percipere
in aliquibus Ecclefiis Regni noftri ,
quando eas vacare contigit : & Louis XII
dit expreffément dans fon édit de l'an
» 1499 , nous défendons à tous nos Officiers
»qu'ès Archevêchés , Abbayes , & autres bénéfices
de notre Royaume , efquels n'avons
droit de Régale , ils ne fe mettent dedans ni
» ès fortes places , finon ès bénéfices & fortes
» places qui feroient affifes ès pays
limitrophes
de notre Royaume. Bref, qui foutient
le contraire eft plutôt un flateur de Cour ,
qu'un Jurifconfulte François. sy b
+
P
On peut encore confulter les actes du
fecond Concile général de Lyon , qui autorife
la Régale dans les Eglifes où elle
étoit établie par la fondation ou par quelque
coutume ancienne ( m ) , mais qui dé,
fend de l'introduire dans celles où elle n'étoit
pas reçue. Quant aux Eglifes qui vaquoient,
ou ne vaquoient point en Régale ,
on en trouvera la lifte dans le Traité de
l'ufage des fiefs ( n ) , par M. Bruffel. Au
refte , le fentiment de M. le Préfident Hénaut
fur l'univerfalité de cette prérogative
unique de nos Rois , eft appuyée far de
grandes autorités , & pour me fervir des
termes de Pafquier , a de très bons parreins.
( m ) Tom. XI. Concil. Confid. 13. de Elect.
( a ) Tom. I. pag. 292 & 293.·
AVRIL. 1755 129
,
Le celebre auteur du nouvel abrégé chronologique
de notre hiftoire , mérite affurément
une place diftinguée parmi les plus
illuftres , tels que les Pibracs , les Molés :
les Bignons , noms confacrés à l'immortalité.
Voilà , Monfieur , fur quels fondemens
fai bâti mon fyftême de l'origine de la
Régale , & en même tems une partie des
faifons qui peuvent fervir à ma juſtification
. J'ai cru devoir vous les expofer , pour
répondre à la bienveillance dont vous
m'honorez je les foumers à vos lumieres ,
toujours prêt à rendre au plus judicieux &
au plus élégant de nos hiftoriens , l'hom
mage qu'un difciple doit à fon maître. Ik
ne me refte qu'à vous faire d'humbles re
mercimens de m'avoir procuré l'occafion
de faire paroître les fentimens , & c.
*
Medspaſt nad ubqkeretek VELLY.
A M. LE P. H.
e
E fuffrage d'un homme comme vous ,
Monfieur , & quelque chofe de fi féduifant
, qu'à da lecture de la lettre dont
vous m'honorez , j'ai prefque été tenté de
me croire un perfonnage . Mais je me connois
, & cette connoiffance ne m'a laiffé
appercevoir dans vos politeffes qu'un excès
de bonté qui veut encourager un novice
, plus recommendable par fa bonne
volonté que par fes talens. Vous me permettez
de vous faire quelques nouvelles
obfervations fur le point qui nous divife :
j'ufe de la permiffion , moins cependant
pour difputer que pour chercher le vrai ,
qui feul doit être notre guide . C'eſt unt
écolier qui confulte fon maître ; & quel
maître ? Un nouveau Sallufte , mais plus
clair dans fa briéveté fententieufe , un au- -
tre Velleius Paterculus plus inftructif &
auffi délicat dans fes portraits , le digne
éleve enfin du goût , & le favori des graces.
L'Abbé Velly ne fait point remonter
l'origine des fiefs , ftrictement dit , jufqu'aux
premiers fiécles de la monarchie :
il convient avec l'illuftre auteur du nouvel
AVRIL. 1755. 119
abrégé chronologique de notre hiftoire
que ce n'eft que fous le foible regne de
Charles le Simple qu'on les voit tels qu'ils
font aujourd'hui. Charles le Chauve les
avoit , pour ainfi dire , préparés par le fameux
capitulaire (a ) qui ordonne que
fi après la mort quelqu'un de fes fideles
veut renoncerau monde , il pourra
laiffer tous fes emplois à fon fils , ou à ce
lui de fes parens qu'il voudra choisir pour
fon fucceffeurs ce qui étoit établir une.
efpece d'hérédité dans les offices , & les
rendre en quelque forte propres & patri
moniaux. sidst 201 160 2000
Mais en même tems qu'il abandonne ce
point , qui demanderoit pour être éclairci
plus de tems & plus de connoiffances , il fe
croit sautorifé à foutenir qu'il y avoit fous
la premiere race des efpeces de poffeffions
qui tenoient beaucoup de la nature féodale
, quelque nom qu'on veuille leur don
ner , terres , feigneuries , bénéfices ou fiefs.
Pafquier ( b) les appelle Bénéfices , & cite
pour exemple Clovis , qui inveftit le Com
te Auréliens de la feigneurie de Melun.
Loifeau ( a ) ne craint point de les nommer
( a ) Capitul . 10. apud Duch . tom. 2. p. 463 .
( b ) Recherch. de la France , tom. 1. c. liv. 2
16. p. 130.
(c) Loyf. des Offices feod. ch. z . p. 99.
120 MERCURE DE FRANCE:
»
fiefs , & les fait auffi anciens que la monarchie
: voici fes propres termes. » Ce
peuple victorieux ( les Francs ) partagea
& diftribua les terres de fa conquête ; il
» les attribua à titre & condition de fief à
» fes Capitaines , tant pour récompenfe de
leur mérite , que pour tenir deformais
» lieu de gages à leur office , attendu que
» ces Capitaines étoient leurs uniques Ma-
» giftrats. Ceux- ci , ajoute- t-il , baillerent
»à leurs foldats certaines terres à même
»titre de fief , c'est- à- dire , à la charge de
» les affifter toujours en guerre ; & ces fe-
"conds fiefs finiffoient du commencement,
» ainfi que les premiers , par la mort du
» vaffal . Mais comme toutes chofes ten-
» dent & s'établiſſent enfin à la propriété
» à fucceffion de tems on vint à confidé-
» rer que c'étoit une cruauté d'ôter le fief
» aux enfans d'un pauvre foldat bien méri
» té , qui ne leur avoit laiffé aucun autre
»bien , & partant on s'accoutuma à les re
و د
bailler par pitié à l'un defdits enfans ,
» tel qu'il plaifoit au feigneur d'en grati-
» fier . Puis ce fut un droit commun que
les enfans mâles fuccéderoient tous en-
» femble au fief du pere. Mais les filles &
» les collatéraux n'y fuccédoient point ...
» Nous avons à la fin admis indiftincte-
» ment les fucceffions collatérales des fiefs,
même
AVRIL. 1755. 121
>
même au profit des filles en défaut
» toutefois de mâle en pareil dégré il
» nous eft cependant refté quelque chofe
» de notre ancienne rigueur , à fçavoir
qu'à toutes mutations de fiefs , il eft dit
» ouvert & fans homme , c'est - à- dire va-
» cant au refpect du Seigneur , lequel ſe
»peut remettre dans icelui & en jouir com-
» me réuni à fon domaine , jufqu'à ce qu'il
» ſe préſente un fucceffeur qui vienne le
» couvrir & relever , & fe déclarer hom-
» me & vaffal du Seigneur ; & quand il
» tombe en fucceffion collatérale , ou en
❤aliénation , quelle qu'elle foit , il le faut
racheter du Seigneur par certains droits
» qu'on lui paye.
Ce paffage un peu long , mais effentiel.
à la juftification du fyftême attaqué , n'eſt
rien autre chofe qu'une paraphrafe du premier
titre des fiefs : Antiquiffimo tempore poterat
Dominus auferre rem infeudum datam :
deinde obfervatum eft , ut ad vitam fidelis
produceretur produceretur. Il en réfulte deux chofes ,
la premiere qu'il n'eft point de l'effence du
fief d'être héréditaire & patrimonial , mais
d'être tenu fous certaine redevance ; la feconde
, que l'Abbé Velly en tirant l'origine
de la Régale de la nature du droit
féodal , lui donne la même antiquité qu'à
la Monarchie : antiquiffimo tempore. Nous
F
122 MERCURE DE FRANCE.
avons d'ailleurs plufieurs monumens qui
prouvent que même avant le regne de
Charles le Simple , les Evêques ( fans dou
te ceux qui étoient foumis à la Régale )
fe reconnoiffoient hommes , tenanciers ,
feudataires , ou bénéficiers du Prince. On
lit dans un poëme manufcrit de Philippe
Mouskes , intitulé : Hiftoire des François ,
& cité par Ducange ( d )',
Et caskuns Veſques premerains ( e ) ,
Dou Roi de France , joint ſes mains
Prent fon Régale por droiture ,
Et fes hom eft de teneure,
On remarquera
que l'historien
poete
parle de la coutume obfervée fous Chilpéric.
Nous voyons encore quelque choſe de
plus marqué dans une formule de ferment
prêté fous Charles le Chauve
(f) » Moi
" Hincmar
, Evêque de Laon , promets
d'être à jamais fidele & obéillant
, felon
le devoir de mon miniftere
, à Charles ,
» mon maître & mon Seigneur
, comme
» un homme doit l'être à fon Seigneur , &
( d ) Au mot Regalia.
(e ) C'est -à-dire premiers , principaux , fans
doute par
les fiefs qu'ils tenoient de la Couronne. On difoit autrefois Prematie au lieu de Primatię,
(ƒ) Continúat. Aimoin . 1. 5 : c. 21 .
AVRIL 1755. 123
un Evêque à fon Roi » . Ici l'homme &
l'Evêque font diftingués , de même que
le fuzerain & le Souverain : Sicut homo fue
feniori , & Epifcopus fuo Regi.
On objecte que les fiefs font de tous les
pays , & que les feuls Rois de France ont
droit de Régale ; mais l'objection tombe
d'elle-même , s'il eft vrai que les autres
Souverains en ont joui anciennement. On
lit dans Orderic Vital ( g ) , » qu'à la mort
» des Prélats & des Archimandrites , les
» Satellites du Roi d'Angleterre s'empa-
>> roient des terres de leur Eglife , qu'ils
» réuniffoient au domaine pour trois ans ,
quelquefois plus d'où il arrivoit que
» le troupeau , deftitué de Paſteur , étoit
expofé à la morfure des loups » . Qu'on
life l'hiftoire des divifions du facerdoce
& de l'Empire ( b ) , on y verra ces juftes
plaintes mille fois répétées. Les Empereurs
& les Rois d'Angleterre avoient donc anciennement
droit de mettre en leur main
le temporel des Prélatures vacantes par
mort : ce qui n'eft autre chofe que le droit
de Régale. Pourquoi ne l'ont-ils plus ? &
comment ont- ils laiffé perdre une fi glorieufe
prérogative ? c'eft ce qui n'eft point
de notre fujer. La gloire de nos Rois eft
( g ) Liv. 10. p. 763.
(h) Arnold. Lubec. 1. 3. c. 16..!
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
d'avoir eu en même tems , & affez de fermeté
pour fe maintenir dans la poffeffion
d'un privilege né & établi avec la Monarchie
, & affez de religion pour n'en point
abufer.
Mais , dira t- on , M. Audoul , célébré
Avocat , dans fon traité de la Régale , tire
l'origine de cette noble prérogative , du
canon VII du premier concile d'Orléans
& M. Ifali , autre oracle du barreau ,
dans l'approbation qu'il a donnée à cet
ouvrage , affure que ce fyftême eft prouvé
par des faits fi certains , qu'il n'eft pas
poffible d'y refifter. L'Abbé Velly honore
affurément ces deux grandes lumieres :
mais il les admire encore plus , & confeſſe
ingénument qu'il n'a pas d'affez bons
yeux pour voir ce qu'ils ont vû. Il tient
actuellement en main le Concile d'Or
léans , il lit le feptiéme canon ( b ) , & n'y
apperçoit qu'une défenfe aux Abbés , aux
Prêtres , aux Clercs , & aux Religieux
d'aller en Cour , fans la permiffion & la
recommendation de l'Evêque , pour obrenir
des bénéfices. Abbatibus , Prefbiteris ,
omnique Clero , vel in religionis profeffione
viventibus , fine difcuffione vel commendatione
Epifcoporum , pro pretendis Beneficiis ¿
(h ) Concil. tom. 4. p. 1406,
AVRIL. · 17.55. 125
ad domnos venire non liceat. Quodfi quifquam
prafumpferit , tam diu fui honore &
communione privetur , donec per pænitentiam
plenam ejus fatisfactionem facerdos accipiat.
Il recommence donc une lecture
déja refléchie de tout le Concile , & trouve
enfin dans de cinquième canon ces mots
qu'on prétend facramentaux , quidquid in
fructibus. Voici comme ce decret eft conçu :
( i ) De oblationibus vel agris quos domnus
Rex Ecclefiis fuo munere conferre dignatus
eft , vel adhuc , non habentibus , Deo infpirante
, contulerit , ipforum agrorum vel Ecclefiarum
immunitate conceffa , id effe juftif
fimum definimus , ut in reparationibus Ecclefiarum
alimoniis facerdotum & pauperum
, vel redemptionibus captivorum , quidquid
Deus in fructibus dare dignatusfuerit ,
expendatur , & Clerici in adjutorium Ecclefiaftici
operis conftringantur. Quod fi aliquis
facerdotum ad hanc curam minus follicius
ac devotus extiterit , publicè à comprovincialibus
Epifcopis confundatur. Quod fi nec tali
confufione correxerit , donec emendet errorem,
communione fratrum habeatur indignus . Il
faut avouer que c'eft
peu communes
que avoir des lumieres
de trouver les vrais
principes de la Régale dans ce ftatut plus
( i ) Ibid. Can. V. p. 1405 , 1406.
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
}
religieux qué politique. M. Fleury & tous
les hiftoriens eccléfiaftiques n'y découvrent
qu'une fage attention de l'Eglife à prévemir
fes miniftres , que les biens qu'ils tiennent
de la libéralité de nos Rois ne leur
ont point été donnés pour en faire l'ufage
qu'il leur plairoit ; mais qu'ils doivent employer
tout ce que Dieu leur donne audelà
du néceffaire , à la reparation des
Eglifes , à l'entretien des Prêtres & des
pauvres , ou enfin au rachat des captifs.
L'Abbé Velly pourroit même en tirer une
induction favorable à fon fyftême . Les
conceffions de nos Rois en faveur du Clergé
étoient donc , ou conditionnelles , ou
pures & fimples , c'eft- à - dire , ou affujet
ties à certaines redevances , ou affranchies
de toure fervitude : de là cette diftinction
des Eglifes qui vaquoient ou ne vaquoient
point en Régale.
On répond que les Gens du Roi , M.
Molé & M. Bignon , dans leur avis donné
en 1633 & en 1638 , difent qu'il doit être
tenu pour conftant , que la Régale eft univerfelle
, & a lieu dans toutes les Eglifes
du Royaume , comme étant un droit non
feulement inhérent à la perfonne facrée
de nos Rois , mais auffi uni & incorporé
à la Couronne , né & établi avec elle.
L'Abbé Velly fent toute l'importance de
AVRIL 1755 127
cette objection , & combien il eft délicat
d'avoir à fe défendre contre des autorités
toujours refpectables , & quelquefois terribles.
Auffi n'entreprendra- t- il pas d'y répondre
: c'eft Pafquier ( k ) qui plaidera fa
caufe , & parlera pour lui. Tous les
Archevêchés & Evêchés de France , dit
» ce célébre Jurifconfulte , ne font eftimés
" tomber en Régale , vacation d'iceux avenant
: ores que quelques- uns eftiment le
» contraire, Opinion de prime face plaufible
pour favorifer les droits du Roi ;
mais erronée , bien qu'elle ne foit deſtituée
de bons parrains. Car Maitre Jean
» le Bouteiller en fa fomme rurale , l'efti-
»ma ainfi & de notre tems , M. de Pibrac
, Avocat du Roi au Parlement , la
voulut faire paffer par Edict , mais il en
fur dedict . Il ne faut rien ôter à l'Eglife
pour le donner par une nouveauté à nos
» Rois , ni leur ôter pour le donner à l'Eglife.
Or que toutes les Eglifes Cathédrales
ne tombent en Régale , nous avons
plufieurs Ordonnances qui le nous enfeignent.
Celle de Philippe le Bel , en
" 1302 , porte entr'autres articles ( 4 ).
» Item , quantum ad Regalias quas nos 5
(k ) Recherch. de la France , tom . 1. 1. 3. chap.
37. p. 303 .
(1 ) Apud de Lauriere , tom. 1. Ordinat. p. 359.
Fiv
18 MERCURE DE FRANCE.
» prædeceffores noftri , confuervimus percipere
in aliquibus Ecclefiis Regni noftri ,
quando eas vacare contigit : & Louis XII
dit expreffément dans fon édit de l'an
» 1499 , nous défendons à tous nos Officiers
»qu'ès Archevêchés , Abbayes , & autres bénéfices
de notre Royaume , efquels n'avons
droit de Régale , ils ne fe mettent dedans ni
» ès fortes places , finon ès bénéfices & fortes
» places qui feroient affifes ès pays
limitrophes
de notre Royaume. Bref, qui foutient
le contraire eft plutôt un flateur de Cour ,
qu'un Jurifconfulte François. sy b
+
P
On peut encore confulter les actes du
fecond Concile général de Lyon , qui autorife
la Régale dans les Eglifes où elle
étoit établie par la fondation ou par quelque
coutume ancienne ( m ) , mais qui dé,
fend de l'introduire dans celles où elle n'étoit
pas reçue. Quant aux Eglifes qui vaquoient,
ou ne vaquoient point en Régale ,
on en trouvera la lifte dans le Traité de
l'ufage des fiefs ( n ) , par M. Bruffel. Au
refte , le fentiment de M. le Préfident Hénaut
fur l'univerfalité de cette prérogative
unique de nos Rois , eft appuyée far de
grandes autorités , & pour me fervir des
termes de Pafquier , a de très bons parreins.
( m ) Tom. XI. Concil. Confid. 13. de Elect.
( a ) Tom. I. pag. 292 & 293.·
AVRIL. 1755 129
,
Le celebre auteur du nouvel abrégé chronologique
de notre hiftoire , mérite affurément
une place diftinguée parmi les plus
illuftres , tels que les Pibracs , les Molés :
les Bignons , noms confacrés à l'immortalité.
Voilà , Monfieur , fur quels fondemens
fai bâti mon fyftême de l'origine de la
Régale , & en même tems une partie des
faifons qui peuvent fervir à ma juſtification
. J'ai cru devoir vous les expofer , pour
répondre à la bienveillance dont vous
m'honorez je les foumers à vos lumieres ,
toujours prêt à rendre au plus judicieux &
au plus élégant de nos hiftoriens , l'hom
mage qu'un difciple doit à fon maître. Ik
ne me refte qu'à vous faire d'humbles re
mercimens de m'avoir procuré l'occafion
de faire paroître les fentimens , & c.
*
Medspaſt nad ubqkeretek VELLY.
Fermer
Résumé : REPONSE DE M. L'ABBÉ V. A M. LE P. H.
L'abbé V. répond à une lettre de M. le P. H., reconnaissant sa bonté mais affirmant être un novice. Il accepte de discuter du point qui les divise pour chercher la vérité et loue M. le P. H. en le comparant à des historiens célèbres comme Salluste et Velleius Paterculus. L'abbé V. aborde l'origine des fiefs, affirmant qu'ils n'apparaissent pas aux premiers siècles de la monarchie mais sous le règne de Charles le Simple. Charles le Chauve avait préparé leur établissement par un capitulaire permettant l'hérédité des offices. Cependant, il reconnaît l'existence de possessions féodales sous la première race, appelées bénéfices par Pasquier et fiefs par Loiseleur. Les Francs distribuaient les terres à titre de fief à leurs capitaines et soldats, avec la charge de les assister en guerre. Ces fiefs finissaient à la mort du vassal, mais sont devenus héréditaires par pitié pour les enfants des soldats méritants. Les successions collatérales et les filles ont été admises plus tard, mais certaines rigueurs anciennes subsistent, comme le droit du seigneur de récupérer le fief en l'absence d'héritier. L'abbé V. conclut que le fief n'est pas héréditaire par essence mais tenu sous redevance. Il cite des exemples historiques et des textes pour appuyer ses arguments, notamment des poèmes et des formules de serment d'évêques sous les rois francs. Le texte traite également de la coutume de la régale, une pratique ancienne qui ne doit pas être introduite dans les régions où elle n'était pas déjà établie. La liste des églises concernées par cette coutume peut être trouvée dans le traité de l'usage des fiefs par M. Bruffel. Le sentiment du Président Hénaut sur l'universalité de cette prérogative royale est soutenu par de grandes autorités, et les termes de Pasquier confirment cette opinion. En avril 1755, l'auteur rend hommage à un célèbre historien, auteur d'un abrégé chronologique de l'histoire de France, le plaçant parmi les illustres noms comme Pibrac, Molé et Bignon. L'auteur expose les fondements de son système sur l'origine de la régale et les raisons qui peuvent justifier sa position, exprimant sa gratitude pour la bienveillance et les lumières de son interlocuteur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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133
p. 26-27
QUATRAIN.
Début :
Le célébre La Tour, l'ornement de notre âge, [...]
Mots clefs :
Maurice-Quentin de La Tour, Peintre du roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUATRAIN.
M. de la Tour , Peintre du Roi , ayant
fait préfent de fon portrait à M. l'Abbé
Mangenot , ce dernier a confacré fa reconnoiffance
par ce quatrain , qu'il a mis
au bas.
QUATRAIN.
Le célébre La Tour , l'ornement de notre âge ,
M'a donné fon portrait : j'en connois tout le
prix.
Pour les beaux arts , quel avantage
Si tous les grands talens careffoient les petits !
M. l'Abbé Mangenot parle trop modeftement
de ſes talens , ils font connus par
plufieurs pieces de poëfie très - agréables ;
le fentiment y regne autant que l'efprit.
* Ce portrait a été copié par le fieur Monjoye ,
fon éleve , d'après celui qui a été expofé au Lou
VIC .
MA I. 27 1755.
Il eft auteur d'une églogue charmante , qui
a été couronnée à Touloufe par l'Académie
des Jeux Floraux , & qu'on a fauſlement
attribuée à l'Abbé de Grécourt : elle
commence par cet hémiftiche , Sur la fin
d'un beau jour , & c.
fait préfent de fon portrait à M. l'Abbé
Mangenot , ce dernier a confacré fa reconnoiffance
par ce quatrain , qu'il a mis
au bas.
QUATRAIN.
Le célébre La Tour , l'ornement de notre âge ,
M'a donné fon portrait : j'en connois tout le
prix.
Pour les beaux arts , quel avantage
Si tous les grands talens careffoient les petits !
M. l'Abbé Mangenot parle trop modeftement
de ſes talens , ils font connus par
plufieurs pieces de poëfie très - agréables ;
le fentiment y regne autant que l'efprit.
* Ce portrait a été copié par le fieur Monjoye ,
fon éleve , d'après celui qui a été expofé au Lou
VIC .
MA I. 27 1755.
Il eft auteur d'une églogue charmante , qui
a été couronnée à Touloufe par l'Académie
des Jeux Floraux , & qu'on a fauſlement
attribuée à l'Abbé de Grécourt : elle
commence par cet hémiftiche , Sur la fin
d'un beau jour , & c.
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Résumé : QUATRAIN.
M. de la Tour, peintre du Roi, a offert son portrait à l'Abbé Mangenot, qui a exprimé sa gratitude par un quatrain. L'Abbé Mangenot est reconnu pour ses talents poétiques. Le portrait a été copié par Monjoye, élève de M. de la Tour, d'après une œuvre exposée au Louvre en 1755. L'Abbé est aussi l'auteur d'une églogue couronnée à Toulouse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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134
p. 59
REMERCIMENT à M. le Maréchal Duc de Biron par M. l'Abbé Ducasse d'Apilly, Conseiller en la Cour des Aides, pour un présent qu'il en avoit reçu.
Début :
Biron perdit toujours à suivre son grand coeur ; [...]
Mots clefs :
Remerciement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMERCIMENT à M. le Maréchal Duc de Biron par M. l'Abbé Ducasse d'Apilly, Conseiller en la Cour des Aides, pour un présent qu'il en avoit reçu.
REMERCIMENT à M. le Maréchal
Duc de Biron
د
par
M.
l'Abbé
Ducaffe
d' Apilly
, Confeil- ler en la Cour
des Aides
, pour
un
préfent
qu'il
en avoit
reçu
.
Biron
Iron perdit toujours à fuivre fon grand coeurs
Landau lui coûte un bras pour voler à la gloire , '
Appilly fes jambons , fes citrons , fa liqueur.
Un héros n'a jamais gagné que dans l'hiſtoire.
Duc de Biron
د
par
M.
l'Abbé
Ducaffe
d' Apilly
, Confeil- ler en la Cour
des Aides
, pour
un
préfent
qu'il
en avoit
reçu
.
Biron
Iron perdit toujours à fuivre fon grand coeurs
Landau lui coûte un bras pour voler à la gloire , '
Appilly fes jambons , fes citrons , fa liqueur.
Un héros n'a jamais gagné que dans l'hiſtoire.
Fermer
135
p. 159-167
Lettre de M. l'Abbé de J*** à M. le Chevalier de *** sur les prétrifications d'Albert en Picardie.
Début :
MONSIEUR, de retour depuis quelque tems dans ma patrie, j'ai saisi [...]
Mots clefs :
Pétrifications, Curiosité, Pierre, Eaux , Rivière
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de M. l'Abbé de J*** à M. le Chevalier de *** sur les prétrifications d'Albert en Picardie.
HISTOIRE NATURELLE.
Lettre de M. l'Abbé J *** à M. le Chevalier
de *** fur les pétrifications d'Albert
en Picardie.
M
ONSIEUR , de retour depuis quel
que tems dans ma patrie , j'ai faifi
le premier moment de loifir pour fatisfaire
ma curiofité fur un des plus finguliers jeux
de la nature . Les pétrifications que l'on a
découvertes depuis peu dans la petite ville
d'Albert font ici trop de bruit pour ne
pas avoir excité l'avidité d'un homme
pour qui l'étude de la Phyfique aura toujours
mille attraits : c'eft cet efprit de re
cherche qui me conduifit au commence
ment du Carême dernier dans cette ville.
Avant que de defcendre dans le fouterrein
où font les pétrifications , je mefurai
* Ces remarques font deM. l'Abbé de la Cailler
160 MERCURE DE FRANCE.
par le moyen du puits , la profondeur de
la carriere , & , déduction faite de la diftance
de l'eau au niveau du terrein où elles
fe trouvent , je comptai trente-fix pieds &
plus. Je crus d'abord que je pouvois m'être
trompé , parce qu'avant mon voyage d'Albert
j'avois vu dans l'almanach d'Amiens
, que cette carriere de pétrification
étoit à vingt pieds de profondeur ; mais je
recommençai mon opération en préfence
de plufieurs témoins , & ils furent obligés
de reconnoître avec moi l'erreur de l'almanach.
Quand je ne donne même que tremte
- fix pieds à cette carriere , je ne parle
que
de la hauteur du terrein de la cour ,
dans laquelle eft l'ouverture du puits ; car
la partie de la pétrification qui s'étend
fous le jardin , peut avoir quarante-huit à
cinquante pieds.
Affuré de mon opération , je defcendis
dans la cave du propriétaire ; elle peut
avoir environ dix - huit à vingt pieds de
profondeur , & ne préfente rien qui foit
digne d'attention . De cette cave je parvins,
par un escalier commode , dans le corps
de la carriere ; j'y fus d'abord furpris de
l'abondance , de la variété & de la beauté
de ce phénomene terreftre. Je remarquai
dans un espace de cent quinze pieds de
* Article d'Albert.
JUI N. 1755. 161
long , & d'environ cinq à fix pieds de Iarge
, une voûte de pétrifications , composée
d'un nombre infini de rofeaux , d'argenti
*e * , de mouffe & de plufieurs herbes ma
récageufes. Un tronc d'arbre , d'où fortent
plufieurs branches qui s'élevent dans un
grouppe de rofeaux pétrifiés , attira furtout
mes regards , par la groffeur des bran
ches , qui peuvent avoir environ quinze
pouces de circonférence ; on peut juger de
la hauteur , & par conféquent de la beauté
de ce morceau. Il feroit à fouhaiter
que
quelqu'un voulût faire la dépenfe néceſſaire
pour le féparer des rofeaux & autres
herbes qui l'enfeveliffent.
Afin de pouvoir plus facilement décou
vrir la caufe de ce jeu de la nature , j'ai
confideré avec foin les différentes efpéces
de terre que la tranchée laiffe voir. J'en
remarquai d'abord une blanche & légere ,
dans laquelle fe trouve les rofeaux & les
herbes qui forment le fond de la pétrifica
tion ; plus bas je découvris une autre ter
re plus brune & plus forte , dans laquelle
je trouvai quelques morceaux de rofeaux
caffés & pétrifiés : ces rofeaux font plus
lourds , plus ferrés & plus bruns que ceux
de la pétrification fupérieure. Deffous
certe terre brune je trouvai une eſpèce de
*Merbe aquatique .
162 MERCURE DE FRANCE.
fable , tantôt gris , tantôt brun. Quelques
morceaux de rofeau que j'ai tirés de ces
deux fortes de fable font encore plus pefans
& plus denfes que ceux dont je viens
de vous parler ; j'en ai même découvert
qui reffemblent au grès & au marbre.
Enfin deffous ces efpéces différentes de
terre j'apperçus un banc de glaife , qui
peut avoir fept à huit pouces d'épaiffeur ,
& même dans quelques endroits davantage.
Cette glaife eft d'un brun très - noir
& contient une efpéce d'huile très- graffe :
elle reffemble parfaitement à cette terre
d'Angleterre dont on fe fert pour dégraiffer
les étoffes on pourroit auffi la mettre
en ufage pour nettoyer les métaux & les
polir ; ceux que j'ai frottés avec cette glai
fe font devenus très clairs.
;
C'eft dans cet intervalle qui eft entre
les rofeaux & cette glaife , qu'on trouve
certains coquillages dont j'ai ramaſſé de
trois efpéces les plus curieux font ceux
qui s'élevent en pyramides . On découvre
auffi plufieurs de ces coquillages entre les
branches de rofeaux pétrifiés. Je regarde
cette glaife dont je viens de parler comme
la matrice de la pétrification ; c'est elle
qui a arrêté & amaffé les eaux qui ont dé->
aché les principes les plus déliés des diffé
rentes terres fous lefquelles ces rofeaux &
JUIN. 1755. 163
ces herbes fe font trouvés enfevelis , & qui
les ont portés & fixés dans les pores de ces
mêmes rofeaux.
J'ai cherché en vain de la fougere dans
cette carriere immenfe. Malgré l'obſervation
annoncée dans l'almanach d'Amiens ,
je n'ai rien trouvé qui parût approcher de
cette plante , dont l'épaiffeur , la longueur
& la bordure des feuilles feroient cependant
fort aifées à diftinguer ; je crois même
qu'il n'y en a jamais eu dans ce fouterrein :
en voici la raifon . La fougere ne vient
que dans les endroits fecs & fablonneux :
or avant le remuement des terres qui a
dû néceffairement fe faire dans l'endroit
où eft actuellement Albert , le terrein où
eft la pétrification n'étoit qu'un marais peu
élevé au-deffus de la riviere ; c'étoit dans
ce marais que regnoit le foffé dont les rofeaux
& les herbes pétrifiés forment le phé
noméne qui occupe aujourdhui les Phyfi
ciens. Il n'est donc pas probable qu'une
plante qui ne fe nourrit que de fable ait
pû pouffer dans la fange & dans l'eau dont
ce foffé étoit fans doute arrofé : peut-être
que ces premiers obfervateurs ont pris Par
gentine pour de la fougere pétrifiée.
Je m'apperçois que j'entre infenfiblement
dans l'origine & dans la caufe de ces
pétrifications. Je connois trop toute la dif
164 MERCURE DE FRANCE.
ficulté d'une pareille entreprife , pour ne
pas fouhaiter de pouvoir me difpenfer
d'entamer cette difcuffion . Il eſt bien plus
aifé de rapporter ce qu'on a vû que de
retracer le chemin que l'Auteur de la nature
a fuivi dans fes productions extraordinaires
: auffije vous prie , Monfieur , de regarder
ce que je vais ajouter , comme l'opi
nion qui m'a paru la plus fimple & la plus
conforme à la vue du local : je fouhaiterois
même que ce que je vous ai rapporté de ce
prodige naturel , ainfi que les conjectures
avec lefquelles je finirai cette lettre , puiffent
affez piquer votre curiofité
pour vous
engager à faire le voyage d'Albert ; vous
y trouverez des objets dignes de votre attention
, & je jouirai du doux plaifir de
vous faire les honneurs de ma parrie..
J'aurois été affez tenté d'abord de reculer
l'origine de ces pétrifications jufqu'au tems
du déluge , & de l'attribuer à cette immenſe
révolution que fes eaux dûrent produire
fur la furface de notre globe , fi quelques
obfervations ne m'avoient déterminé à ne
placer l'époque de cette merveille qu'au
tems où les premiers Seigneurs d'Albert firent
bâtir le fort & la ville : alors il fallut
applanir la colline fur la pente de laquelle
la ville eft placée ; c'eft ce qu'on ne put
faire qu'en comblant une partie du marais
JUIN. 1755 165
qui fe trouvoit deffous , avec les terres
qu'on coupa un peu au- deffus de la naiffance
de la colline : il eft aifé de s'en
appercevoir
par la petite riviere ( appellée
Ancre ) qui arrofe aujourd'hui les environs
de la ville . Cette riviere couloit autrefois
le long d'une partie de la montagne
fur un plan à peu près également ineliné
, tandis qu'elle fe trouve à préfent
obligée , en quittant la ville , de defcendre
dans le marais voifin par une * caſcade de
près de foixante pieds . Lorfqu'on a voulu
bâtir Albert , on a donc été forcé de changer
le lit, de cette riviere jufqu'à l'endroit
de la cafcade , & de lui en tracer un beaucoup
fupérieur pour la commodité de la
2
nouvelle habitation.
Avant ce tems la carriere de pétrification
n'étoit qu'un foflé creufé dans cette
partie de la prairie , préfentement comblée
, & qui alloit fe joindre au premier
fit de la riviere ; c'eft ce que confirme la
figne que décrit la carriere . Semblable à
cés petits ravins que les eaux forment dans
les terres , où à ces foffés qu'on creufe dans
les prés pour les arrofer , elle s'étend en
ferpentant du midi au nord . Il paroît donc
évident que c'eft au bouleversement du
Cette cafcade naturelle eft une des plus belles
qu'on puiffe voir.
166 MERCURE DE FRANCE:
terrein & aux nouvelles eaux qui ont coulé
à travers ces terres , qu'on doit attribuer
la caufe de la pétrification des rofeaux &
des autres herbes qui fe font trouvés couverts
par ces terres. Les eaux , en filtrant
dans les terres nouvellement remuées , en
ont détaché une infinité de petits corpufcules
de pierre qui ſe ſont inférés & coagulés
dans les différentes matières dont
nous venons de parler ; ce qui , en confervant
la forme extérieure , a fait autant de
pierres qu'il s'eft trouvé de rofeaux &
d'herbes propres à recevoir ces principes
pétrifians.
C'eſt ainfi que Peau de la fontaine d'Arcueil
dépofe fur fon propre lit les principes
de pierre qu'elle a détachés dans la
montagne d'où elle tire fon origine , &
qu'elle roule avec elle : ce dépôt eft fi confidérable
qu'on eft de tems en tems obligé
de nettoyer les canaux qui la conduisent
depuis Arcueil jufqu'à Paris;la croûte qu'on
en tire n'eft autre chofe que l'amas des
petits corpufcules de pierre qu'elle dépoſe,
& dont la coagulation forme une pierre
véritable .
Si les eaux d'Arcueil fe pétrifient pour
ainfi dire elles-mêmes , pourquoi celles
qui roulent de femblables principes de
pierre ne pourroient-elles pas les dépofer
JUIN . 1755
167
dans les pores ouverts des roféaux & d'autres
plantes , & en former de véritables
pierres 2
Pour découvrir fi le principe pétrifiant
n'a été que paffager , ou s'il réfide encore
dans ce fouterrein , j'ai confeillé au propriétaire
d'enterrer plufieurs petits chiens
& chats dans la terre qui fe trouve audeffus
de la glaife : on pourra auffi y mettre
des rofeaux non pétrifiés , qu'il faudra
vifiter de tems en tems.
Cette découverte véritablement digne
de la curiofité des Phyficiens , eſt ſituée
dans le milieu du fauxbourg de la ville , du
côté de la porte qui conduit à Amiens.
Je ne fçaurois trop me louer de la complaifance
de M. de Calogne qui en eft le propriétaire
; c'eſt en fouillant dans fa cave
pour en tirer de la pierre , qu'il a trouvé
ce tréfor caché...
J'ai l'honneur d'être , & c.
A Amiens , ce 8 Avril 1755;
Lettre de M. l'Abbé J *** à M. le Chevalier
de *** fur les pétrifications d'Albert
en Picardie.
M
ONSIEUR , de retour depuis quel
que tems dans ma patrie , j'ai faifi
le premier moment de loifir pour fatisfaire
ma curiofité fur un des plus finguliers jeux
de la nature . Les pétrifications que l'on a
découvertes depuis peu dans la petite ville
d'Albert font ici trop de bruit pour ne
pas avoir excité l'avidité d'un homme
pour qui l'étude de la Phyfique aura toujours
mille attraits : c'eft cet efprit de re
cherche qui me conduifit au commence
ment du Carême dernier dans cette ville.
Avant que de defcendre dans le fouterrein
où font les pétrifications , je mefurai
* Ces remarques font deM. l'Abbé de la Cailler
160 MERCURE DE FRANCE.
par le moyen du puits , la profondeur de
la carriere , & , déduction faite de la diftance
de l'eau au niveau du terrein où elles
fe trouvent , je comptai trente-fix pieds &
plus. Je crus d'abord que je pouvois m'être
trompé , parce qu'avant mon voyage d'Albert
j'avois vu dans l'almanach d'Amiens
, que cette carriere de pétrification
étoit à vingt pieds de profondeur ; mais je
recommençai mon opération en préfence
de plufieurs témoins , & ils furent obligés
de reconnoître avec moi l'erreur de l'almanach.
Quand je ne donne même que tremte
- fix pieds à cette carriere , je ne parle
que
de la hauteur du terrein de la cour ,
dans laquelle eft l'ouverture du puits ; car
la partie de la pétrification qui s'étend
fous le jardin , peut avoir quarante-huit à
cinquante pieds.
Affuré de mon opération , je defcendis
dans la cave du propriétaire ; elle peut
avoir environ dix - huit à vingt pieds de
profondeur , & ne préfente rien qui foit
digne d'attention . De cette cave je parvins,
par un escalier commode , dans le corps
de la carriere ; j'y fus d'abord furpris de
l'abondance , de la variété & de la beauté
de ce phénomene terreftre. Je remarquai
dans un espace de cent quinze pieds de
* Article d'Albert.
JUI N. 1755. 161
long , & d'environ cinq à fix pieds de Iarge
, une voûte de pétrifications , composée
d'un nombre infini de rofeaux , d'argenti
*e * , de mouffe & de plufieurs herbes ma
récageufes. Un tronc d'arbre , d'où fortent
plufieurs branches qui s'élevent dans un
grouppe de rofeaux pétrifiés , attira furtout
mes regards , par la groffeur des bran
ches , qui peuvent avoir environ quinze
pouces de circonférence ; on peut juger de
la hauteur , & par conféquent de la beauté
de ce morceau. Il feroit à fouhaiter
que
quelqu'un voulût faire la dépenfe néceſſaire
pour le féparer des rofeaux & autres
herbes qui l'enfeveliffent.
Afin de pouvoir plus facilement décou
vrir la caufe de ce jeu de la nature , j'ai
confideré avec foin les différentes efpéces
de terre que la tranchée laiffe voir. J'en
remarquai d'abord une blanche & légere ,
dans laquelle fe trouve les rofeaux & les
herbes qui forment le fond de la pétrifica
tion ; plus bas je découvris une autre ter
re plus brune & plus forte , dans laquelle
je trouvai quelques morceaux de rofeaux
caffés & pétrifiés : ces rofeaux font plus
lourds , plus ferrés & plus bruns que ceux
de la pétrification fupérieure. Deffous
certe terre brune je trouvai une eſpèce de
*Merbe aquatique .
162 MERCURE DE FRANCE.
fable , tantôt gris , tantôt brun. Quelques
morceaux de rofeau que j'ai tirés de ces
deux fortes de fable font encore plus pefans
& plus denfes que ceux dont je viens
de vous parler ; j'en ai même découvert
qui reffemblent au grès & au marbre.
Enfin deffous ces efpéces différentes de
terre j'apperçus un banc de glaife , qui
peut avoir fept à huit pouces d'épaiffeur ,
& même dans quelques endroits davantage.
Cette glaife eft d'un brun très - noir
& contient une efpéce d'huile très- graffe :
elle reffemble parfaitement à cette terre
d'Angleterre dont on fe fert pour dégraiffer
les étoffes on pourroit auffi la mettre
en ufage pour nettoyer les métaux & les
polir ; ceux que j'ai frottés avec cette glai
fe font devenus très clairs.
;
C'eft dans cet intervalle qui eft entre
les rofeaux & cette glaife , qu'on trouve
certains coquillages dont j'ai ramaſſé de
trois efpéces les plus curieux font ceux
qui s'élevent en pyramides . On découvre
auffi plufieurs de ces coquillages entre les
branches de rofeaux pétrifiés. Je regarde
cette glaife dont je viens de parler comme
la matrice de la pétrification ; c'est elle
qui a arrêté & amaffé les eaux qui ont dé->
aché les principes les plus déliés des diffé
rentes terres fous lefquelles ces rofeaux &
JUIN. 1755. 163
ces herbes fe font trouvés enfevelis , & qui
les ont portés & fixés dans les pores de ces
mêmes rofeaux.
J'ai cherché en vain de la fougere dans
cette carriere immenfe. Malgré l'obſervation
annoncée dans l'almanach d'Amiens ,
je n'ai rien trouvé qui parût approcher de
cette plante , dont l'épaiffeur , la longueur
& la bordure des feuilles feroient cependant
fort aifées à diftinguer ; je crois même
qu'il n'y en a jamais eu dans ce fouterrein :
en voici la raifon . La fougere ne vient
que dans les endroits fecs & fablonneux :
or avant le remuement des terres qui a
dû néceffairement fe faire dans l'endroit
où eft actuellement Albert , le terrein où
eft la pétrification n'étoit qu'un marais peu
élevé au-deffus de la riviere ; c'étoit dans
ce marais que regnoit le foffé dont les rofeaux
& les herbes pétrifiés forment le phé
noméne qui occupe aujourdhui les Phyfi
ciens. Il n'est donc pas probable qu'une
plante qui ne fe nourrit que de fable ait
pû pouffer dans la fange & dans l'eau dont
ce foffé étoit fans doute arrofé : peut-être
que ces premiers obfervateurs ont pris Par
gentine pour de la fougere pétrifiée.
Je m'apperçois que j'entre infenfiblement
dans l'origine & dans la caufe de ces
pétrifications. Je connois trop toute la dif
164 MERCURE DE FRANCE.
ficulté d'une pareille entreprife , pour ne
pas fouhaiter de pouvoir me difpenfer
d'entamer cette difcuffion . Il eſt bien plus
aifé de rapporter ce qu'on a vû que de
retracer le chemin que l'Auteur de la nature
a fuivi dans fes productions extraordinaires
: auffije vous prie , Monfieur , de regarder
ce que je vais ajouter , comme l'opi
nion qui m'a paru la plus fimple & la plus
conforme à la vue du local : je fouhaiterois
même que ce que je vous ai rapporté de ce
prodige naturel , ainfi que les conjectures
avec lefquelles je finirai cette lettre , puiffent
affez piquer votre curiofité
pour vous
engager à faire le voyage d'Albert ; vous
y trouverez des objets dignes de votre attention
, & je jouirai du doux plaifir de
vous faire les honneurs de ma parrie..
J'aurois été affez tenté d'abord de reculer
l'origine de ces pétrifications jufqu'au tems
du déluge , & de l'attribuer à cette immenſe
révolution que fes eaux dûrent produire
fur la furface de notre globe , fi quelques
obfervations ne m'avoient déterminé à ne
placer l'époque de cette merveille qu'au
tems où les premiers Seigneurs d'Albert firent
bâtir le fort & la ville : alors il fallut
applanir la colline fur la pente de laquelle
la ville eft placée ; c'eft ce qu'on ne put
faire qu'en comblant une partie du marais
JUIN. 1755 165
qui fe trouvoit deffous , avec les terres
qu'on coupa un peu au- deffus de la naiffance
de la colline : il eft aifé de s'en
appercevoir
par la petite riviere ( appellée
Ancre ) qui arrofe aujourd'hui les environs
de la ville . Cette riviere couloit autrefois
le long d'une partie de la montagne
fur un plan à peu près également ineliné
, tandis qu'elle fe trouve à préfent
obligée , en quittant la ville , de defcendre
dans le marais voifin par une * caſcade de
près de foixante pieds . Lorfqu'on a voulu
bâtir Albert , on a donc été forcé de changer
le lit, de cette riviere jufqu'à l'endroit
de la cafcade , & de lui en tracer un beaucoup
fupérieur pour la commodité de la
2
nouvelle habitation.
Avant ce tems la carriere de pétrification
n'étoit qu'un foflé creufé dans cette
partie de la prairie , préfentement comblée
, & qui alloit fe joindre au premier
fit de la riviere ; c'eft ce que confirme la
figne que décrit la carriere . Semblable à
cés petits ravins que les eaux forment dans
les terres , où à ces foffés qu'on creufe dans
les prés pour les arrofer , elle s'étend en
ferpentant du midi au nord . Il paroît donc
évident que c'eft au bouleversement du
Cette cafcade naturelle eft une des plus belles
qu'on puiffe voir.
166 MERCURE DE FRANCE:
terrein & aux nouvelles eaux qui ont coulé
à travers ces terres , qu'on doit attribuer
la caufe de la pétrification des rofeaux &
des autres herbes qui fe font trouvés couverts
par ces terres. Les eaux , en filtrant
dans les terres nouvellement remuées , en
ont détaché une infinité de petits corpufcules
de pierre qui ſe ſont inférés & coagulés
dans les différentes matières dont
nous venons de parler ; ce qui , en confervant
la forme extérieure , a fait autant de
pierres qu'il s'eft trouvé de rofeaux &
d'herbes propres à recevoir ces principes
pétrifians.
C'eſt ainfi que Peau de la fontaine d'Arcueil
dépofe fur fon propre lit les principes
de pierre qu'elle a détachés dans la
montagne d'où elle tire fon origine , &
qu'elle roule avec elle : ce dépôt eft fi confidérable
qu'on eft de tems en tems obligé
de nettoyer les canaux qui la conduisent
depuis Arcueil jufqu'à Paris;la croûte qu'on
en tire n'eft autre chofe que l'amas des
petits corpufcules de pierre qu'elle dépoſe,
& dont la coagulation forme une pierre
véritable .
Si les eaux d'Arcueil fe pétrifient pour
ainfi dire elles-mêmes , pourquoi celles
qui roulent de femblables principes de
pierre ne pourroient-elles pas les dépofer
JUIN . 1755
167
dans les pores ouverts des roféaux & d'autres
plantes , & en former de véritables
pierres 2
Pour découvrir fi le principe pétrifiant
n'a été que paffager , ou s'il réfide encore
dans ce fouterrein , j'ai confeillé au propriétaire
d'enterrer plufieurs petits chiens
& chats dans la terre qui fe trouve audeffus
de la glaife : on pourra auffi y mettre
des rofeaux non pétrifiés , qu'il faudra
vifiter de tems en tems.
Cette découverte véritablement digne
de la curiofité des Phyficiens , eſt ſituée
dans le milieu du fauxbourg de la ville , du
côté de la porte qui conduit à Amiens.
Je ne fçaurois trop me louer de la complaifance
de M. de Calogne qui en eft le propriétaire
; c'eſt en fouillant dans fa cave
pour en tirer de la pierre , qu'il a trouvé
ce tréfor caché...
J'ai l'honneur d'être , & c.
A Amiens , ce 8 Avril 1755;
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Résumé : Lettre de M. l'Abbé de J*** à M. le Chevalier de *** sur les prétrifications d'Albert en Picardie.
L'Abbé J *** adresse une lettre au Chevalier de *** pour discuter des pétrifications découvertes à Albert, en Picardie. De retour dans sa région natale, il se rend sur place pour examiner ces formations. Il mesure la profondeur de la carrière à environ trente-six pieds, rectifiant ainsi une erreur présente dans l'almanach d'Amiens. Dans la carrière, il observe une voûte de pétrifications composée de roseaux, d'argile, de mousse et d'herbes, ainsi qu'un tronc d'arbre pétrifié avec des branches imposantes. L'Abbé examine différentes couches de terre et note la présence de roseaux pétrifiés et de coquillages. Il identifie une couche de glaire noire et grasse, qu'il considère comme la matrice des pétrifications. Contrairement à ce que mentionne l'almanach, il ne trouve pas de fougère. Il explique que le terrain était autrefois un marais. Il suggère que les pétrifications datent de la construction du fort et de la ville d'Albert, lorsque le terrain a été modifié pour construire la ville. Les eaux ont alors filtré à travers les terres remuées, déposant des particules de pierre qui ont pétrifié les roseaux et les herbes. Il compare ce phénomène à celui observé dans la fontaine d'Arcueil. L'Abbé propose d'enterrer des animaux et des roseaux non pétrifiés pour observer si le processus de pétrification se poursuit. Il exprime sa gratitude envers M. de Calogne, propriétaire du site, qui a découvert les pétrifications en fouillant sa cave.
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136
p. 61-62
LOGOGRYPHE.
Début :
Le génie enfanta trois freres, [...]
Mots clefs :
Matadors
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
Le génie E génie enfanta trois freres
De la fortune ils font les favoris :
T
Nés pour la paix, ils font dans des partis contrairess
Jufques aux-Rois tout leur devient foumis.
Ils font bien forts , fur- tout s'ils fe trouvent unist
Mais hélas ! l'union entre freres eſt rare.
A chaque inftant on les fépare ,
Et chaque inftant ils font l'un de l'autre ennemis.
L'aîné des trois fur les autres domine ;
Il combat malgré lui fouvent à fa ruine.
On voit toujours varier le fecond ,
Et
>
le nom. la forme & pour
pour
Le troifieme
le fuît avec moins de puiffance
,
Mais il ne peut changer jamais.
Tu les dois , cher lecteur , reconnoître à ces
... traits.
Non , pas encoreh bien , fouilles dans leur fubaftance
: italapai 19 aniq hat
Ils ont neuf pieds , chacun n'en a que huit
Combine-les ; 'tu trouves cent chimeres
Que le caprice forme , & qu'après il détruit :
Un des fils de Noë : un bien que notre mere
Ne nous livra que pour notre malheur ;
Les principes de tout ( fi l'on croit Epicure ) :
Certain morceau d'architecture :
;
62 MERCURE DE FRANCE.
Un prifonnier d'Eole , un arbre , une faveur ;
Ce qui pouffe un vaiffeau ; un animal ſauvage :
Ce qu'on rafine à la table des Roiss
Un Dieu d'horreur & de carnage ,
Avec les attributs ; une planete , un mois ;
Le nom d'un métal en chymie ;
Un homme dont tu tiens & la mort & la vie
Ce que tu cherches maintenant shpirt
Un être en qui Dieu grava fon empreinte # !!
Ce qui fert dans un jea ; une étoffe , un inſtant 17
Qu'un philofophe attend fans defir & fans crainte :
Un peuple de qui Phaëton 17 .
Fit changer la couleur ; les enfans d'Apollon]
Qui nourriffent Paifance & périffent fans elle : 1
Ce qui fait quelquefois prendre femme moins
belle 1907 3 omnc al quog
Un globe lumineux ; ce que montre un fûyards I
Du monde entier la capitales::
Une peine d'enfer, terrible & fans égale T
Les foutiens de nos corps ; ce qui roule au hazard :
L'empire de Neptune, une piece lyrique , coM
Je n'y ſçais plus enfin qu'une note en muſique.
abole S
Par M. PAbbé M ***
Le génie E génie enfanta trois freres
De la fortune ils font les favoris :
T
Nés pour la paix, ils font dans des partis contrairess
Jufques aux-Rois tout leur devient foumis.
Ils font bien forts , fur- tout s'ils fe trouvent unist
Mais hélas ! l'union entre freres eſt rare.
A chaque inftant on les fépare ,
Et chaque inftant ils font l'un de l'autre ennemis.
L'aîné des trois fur les autres domine ;
Il combat malgré lui fouvent à fa ruine.
On voit toujours varier le fecond ,
Et
>
le nom. la forme & pour
pour
Le troifieme
le fuît avec moins de puiffance
,
Mais il ne peut changer jamais.
Tu les dois , cher lecteur , reconnoître à ces
... traits.
Non , pas encoreh bien , fouilles dans leur fubaftance
: italapai 19 aniq hat
Ils ont neuf pieds , chacun n'en a que huit
Combine-les ; 'tu trouves cent chimeres
Que le caprice forme , & qu'après il détruit :
Un des fils de Noë : un bien que notre mere
Ne nous livra que pour notre malheur ;
Les principes de tout ( fi l'on croit Epicure ) :
Certain morceau d'architecture :
;
62 MERCURE DE FRANCE.
Un prifonnier d'Eole , un arbre , une faveur ;
Ce qui pouffe un vaiffeau ; un animal ſauvage :
Ce qu'on rafine à la table des Roiss
Un Dieu d'horreur & de carnage ,
Avec les attributs ; une planete , un mois ;
Le nom d'un métal en chymie ;
Un homme dont tu tiens & la mort & la vie
Ce que tu cherches maintenant shpirt
Un être en qui Dieu grava fon empreinte # !!
Ce qui fert dans un jea ; une étoffe , un inſtant 17
Qu'un philofophe attend fans defir & fans crainte :
Un peuple de qui Phaëton 17 .
Fit changer la couleur ; les enfans d'Apollon]
Qui nourriffent Paifance & périffent fans elle : 1
Ce qui fait quelquefois prendre femme moins
belle 1907 3 omnc al quog
Un globe lumineux ; ce que montre un fûyards I
Du monde entier la capitales::
Une peine d'enfer, terrible & fans égale T
Les foutiens de nos corps ; ce qui roule au hazard :
L'empire de Neptune, une piece lyrique , coM
Je n'y ſçais plus enfin qu'une note en muſique.
abole S
Par M. PAbbé M ***
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137
p. 52-55
Comparaison d'Homere & de Virgile, par M. l'Abbé Trublet.
Début :
Homere est plus poëte, Virgile est un poëte plus parfait. [...]
Mots clefs :
Homère, Virgile, Comparaison , Défauts, Poète, Poésie
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texteReconnaissance textuelle : Comparaison d'Homere & de Virgile, par M. l'Abbé Trublet.
Comparaison d'Homere & de Virgile , par
M. l'Abbé Trublet.
Omere eft plus poëte , Virgile eft un
H poëte plus parfait.
Le premier poffede dans un dégré plus
éminent quelques - unes des qualités que
demande la poëfie ; le fecond réunit un
plus grand nombre de ces qualités , & elles
fe trouvent toutes chez lui dans la proportion
la plus exacte .
L'un caufe un plaifir plus vif , l'autre un
plaifir plus doux.
Il est encore plus vrai de la beauté de
l'efprit que de celle du vifage , qu'une forte
d'irrégularité la rend plus piquante.
L'homme de génie eft plus frappé d'Homere
, l'homme de goût eft plus touché de
Virgile.
SEPTEMBRE. 1755. 53
On admire plus le premier , on eftime
plus le fecond.
Il y a plus d'or dans Homere ; ce qu'il y
en a dans Virgile , eft plus pur & plus poli .
Celui - ci a voulu être poëte , & il l'a
pu celui- là ne pouvoit ne le point être.
Si Virgile ne s'étoit point adonné à la
poëfie , on n'auroit peut- être point foupçonné
qu'il étoit très - capable d'y réuffir.
Si , par impoffible, Homere, méconnoiffant
fon talent pour la poëfie , eût d'abord travaillé
dans un autre genre , la voix publique
l'auroit bientôt averti de fa méprife
ou peut - être feulement de fa modeftie :
on lui eût dit qu'il étoit capable de quelque
chofe de plus.
Homere eft un des plus grands génies
qui ayent jamais été ; Virgile eft un des
plus accomplis.
L'Eneïde vaut mieux que l'Iliade , mais "
Homere valoit mieux que Virgile.
Une grande partie des défauts de l'Iliade
font ceux du fiécle d'Homere ; les défauts
de l'Eneïde font ceux de Virgile.
il y a plus de fautes dans l'Iliade & plus
de défauts dans l'Eneïde.
Ecrivant aujourd'hui , Homere ne feroit
pas les fautes qu'il a faites ; Virgile auroit
encore fes défauts .
On doit Virgile à Homere : On ignore fi
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
celui - ci a eu des modeles , mais on fent
qu'il pouvoit s'en paffer.
Il y a plus de talent & d'abondance
dans Homere , plus d'art & de choix dans
Virgile.
L'un & l'autre font peintres ; ils peignent
toute la nature , & le coloris eft
admirable dans tous les deux ; mais il eft
plus gracieux dans Virgile , & plus vif
dans Homere.
Homere s'eft plus attaché que Virgile à
peindre les hommes , les caracteres , les
moeurs ; il eft plus moral ; & c'eſt- là à
mon gré , le principal avantage du poëte
grec fur le poëte latin. La morale de Vir
gile eft peut- être meilleure ; & c'eft le mérite
de fon fiécle , l'effet des lumieres acquifes
d'âge en âge : Mais Hamere a plus
de morale , & c'eft en lui un mérite propre
& perfonnel , l'effet de fon tour d'efprit
particulier.
Virgile a farpaffé Homere dans le deffein
& dans l'ordonnance.
Il viendra plutôt un Virgile qu'un Homere.
Nous ne devons point craindre les
que
fautes d'Homere fe renouvellent , un écolier
les éviteroit. Mais qui nous rendra fes
beautés ?
Il me femble que plufieurs des traits de
SEPTEMBRE. 1755. 55
ce parallele pourroient entrer dans celui
de Corneille & de Racine.
M. l'Abbé Trublet.
Omere eft plus poëte , Virgile eft un
H poëte plus parfait.
Le premier poffede dans un dégré plus
éminent quelques - unes des qualités que
demande la poëfie ; le fecond réunit un
plus grand nombre de ces qualités , & elles
fe trouvent toutes chez lui dans la proportion
la plus exacte .
L'un caufe un plaifir plus vif , l'autre un
plaifir plus doux.
Il est encore plus vrai de la beauté de
l'efprit que de celle du vifage , qu'une forte
d'irrégularité la rend plus piquante.
L'homme de génie eft plus frappé d'Homere
, l'homme de goût eft plus touché de
Virgile.
SEPTEMBRE. 1755. 53
On admire plus le premier , on eftime
plus le fecond.
Il y a plus d'or dans Homere ; ce qu'il y
en a dans Virgile , eft plus pur & plus poli .
Celui - ci a voulu être poëte , & il l'a
pu celui- là ne pouvoit ne le point être.
Si Virgile ne s'étoit point adonné à la
poëfie , on n'auroit peut- être point foupçonné
qu'il étoit très - capable d'y réuffir.
Si , par impoffible, Homere, méconnoiffant
fon talent pour la poëfie , eût d'abord travaillé
dans un autre genre , la voix publique
l'auroit bientôt averti de fa méprife
ou peut - être feulement de fa modeftie :
on lui eût dit qu'il étoit capable de quelque
chofe de plus.
Homere eft un des plus grands génies
qui ayent jamais été ; Virgile eft un des
plus accomplis.
L'Eneïde vaut mieux que l'Iliade , mais "
Homere valoit mieux que Virgile.
Une grande partie des défauts de l'Iliade
font ceux du fiécle d'Homere ; les défauts
de l'Eneïde font ceux de Virgile.
il y a plus de fautes dans l'Iliade & plus
de défauts dans l'Eneïde.
Ecrivant aujourd'hui , Homere ne feroit
pas les fautes qu'il a faites ; Virgile auroit
encore fes défauts .
On doit Virgile à Homere : On ignore fi
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
celui - ci a eu des modeles , mais on fent
qu'il pouvoit s'en paffer.
Il y a plus de talent & d'abondance
dans Homere , plus d'art & de choix dans
Virgile.
L'un & l'autre font peintres ; ils peignent
toute la nature , & le coloris eft
admirable dans tous les deux ; mais il eft
plus gracieux dans Virgile , & plus vif
dans Homere.
Homere s'eft plus attaché que Virgile à
peindre les hommes , les caracteres , les
moeurs ; il eft plus moral ; & c'eſt- là à
mon gré , le principal avantage du poëte
grec fur le poëte latin. La morale de Vir
gile eft peut- être meilleure ; & c'eft le mérite
de fon fiécle , l'effet des lumieres acquifes
d'âge en âge : Mais Hamere a plus
de morale , & c'eft en lui un mérite propre
& perfonnel , l'effet de fon tour d'efprit
particulier.
Virgile a farpaffé Homere dans le deffein
& dans l'ordonnance.
Il viendra plutôt un Virgile qu'un Homere.
Nous ne devons point craindre les
que
fautes d'Homere fe renouvellent , un écolier
les éviteroit. Mais qui nous rendra fes
beautés ?
Il me femble que plufieurs des traits de
SEPTEMBRE. 1755. 55
ce parallele pourroient entrer dans celui
de Corneille & de Racine.
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Résumé : Comparaison d'Homere & de Virgile, par M. l'Abbé Trublet.
Le texte compare les poètes Homère et Virgile. Homère est décrit comme un poète vif et irrégulier, capable de provoquer un plaisir intense et d'impressionner les hommes de génie. Ses qualités poétiques sont éminentes mais inégales. L'Iliade contient des passages brillants mais aussi des fautes, reflétant les défauts de son époque. Homère est considéré comme un génie supérieur, plus moral, et attaché à dépeindre les hommes et leurs mœurs. Virgile, en revanche, est perçu comme un poète plus parfait et doux, touchant davantage les hommes de goût. Il excelle dans l'art et le choix, et a surpassé Homère dans la définition et l'ordonnance de ses œuvres. L'Énéide est mieux structurée mais porte les défauts de son auteur. Le texte conclut que, bien que les fautes d'Homère soient évitables, ses beautés sont inimitables.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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138
p. 57-64
Lettre de M. l'Abbé A. P. J. à M. l'Abbé de B***.
Début :
Monsieur, vous avez beau regarder comme une plaisanterie le projet [...]
Mots clefs :
Prédicateurs, Mémoire, Discours, Méthode, Évangile
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de M. l'Abbé A. P. J. à M. l'Abbé de B***.
Lettre de M. l'Abbé A. P. J. à M. l'Abbé
de B ***.
Mconte une
Onfieur , vous avez beau regarder
comme une plaifanterie
le projet
que j'ai conçu , d'engager les Prédicateurs
à réciter leurs fermons , le papier en main ;
plus je penfe à cette nouvelle méthode ,
depuis que je vous en ai parlé pour la
premiere fois , plus j'y découvre d'avantages.
Je ne me cache point à moi même
les obftacles qu'il faudra furmonter . L'habitude
dans laquelle on eft depuis longtems
de prêcher par mémoire , fera difficile
à détruire , même chez une nation
fi portée d'ailleurs à changer de modes ;
mais nous avons vû des révolutions
plus
confidérables
, foit dans les fciences , foit
dans les moeurs, pour ne pas efperer celleci
malgré les contradicteurs
.
Ст
58 MERCURE DE FRANCE.
Je fçais qu'il ne fera jamais permis à
aucun prédicateur de changer le fond &
la matière des inftructions qu'ils doivent
annoncer aux peuples. Comme la Religion
eft invariable , fes maximes doivent
être inaltérables. Plût à Dieu qu'on eût
confervé de nos jours , en annonçant l'Evangile
, cette noble fimplicité qui en faifoit
autrefois & la force & la gloire ! mais
quelle différence des difcours des premiers
Apôtres avec ceux de leurs derniers fucceffeurs
! C'étoit autrefois aux pieds de la
Croix , & dans la méditation des diverfes
Ecritures , que les miniftres de la parole
du Seigneur puifoient les réflexions pathétiques
dont ils entretenoient fouvent
les fideles , réflexions que le zéle accompagnoit
, que l'exemple foutenoit , & que
la grace du Tout - puiffant faifoit fructifier.
Comme ils n'avoient d'autre objet
que celui d'étendre le royaume de Jefus-
Chrift , ils parloient felon que l'Efprit
divin , dont ils étoient animés , les infpiroit
; & des milliers de Juifs , de
Grecs , de Romains , & d'étrangers convertis
devenoient le fruit de leurs conquêtes
, & la récompenfe de leurs travaux
évangéliques .
Préfentement au contraire il femble que
nos Prédicateurs, contens des anciens proOCTOBRE.
1755. 59
grès de la religion , ne cherchent plus quà
faire admirer l'efprit & les graces de fes
Miniftres ; ce n'eft plus , pour la plûpart ,
dans les fources facrées qu'ils étudient les
oracles qu'ils nous débitent ; & comment
pourroient-ils fe fervit utilement de l'Ecriture
& des Peres dans les difcours qu'ils
compofent fur des ridicules de fociété ?
Auffi quel eft le fruit de ces portraits prophanes
, finon les vains applaudiffemens
de ces gens oififs , que la célébrité d'un
Prédicateur attire dans nos temples , &
que l'amufement y retient ? Perfuadés qu'il
leur fuffit de plaire à un peuple qu'ils devroient
inftruire , ces Miniftres frivoles fe
font eux-mêmes impofés un joug pefant ,
que des auditeurs délicats & critiques
ont bientôt fçu aggraver. Si ces derniers
les ont difpenfé de jetter de la folidité
& de l'onction dans leurs difcours , que
de talens n'en ont- ils pas exigé je veux
dire les agrémens de la figure , les graces
de la voix , la régularité des geftes , l'étendue
de la mémoire , la délicateffe des
expreffions , la fineffe des penfées , vains
ornemens plus propres à éblouir qu'à toucher
!
Or , dites - moi , Monfieur , comment
voulez-vous qu'un Prédicateur continuellement
occupé à compofer fon vifage , à
Cvj
60
MERCURE DE FRANCE.
animer fes bras , à modifier agréablement
les refforts de fa langue , & à inférer dans
une mémoire ingrate de magnifiques lambeaux
aufquels il n'a fouvent prêté qu'une
brillante coûture , foit propre à infpirer
de l'horreur pour le vice contre lequel il
doit tonner , ou à faire chérir la vertu
qu'il doit canonifer ?
Quoique je fois le premier à foutenir qu'il
ne fera jamais permis de toucher au fond
de la doctrine & de la morale de l'Evangile
, dois- je craindre de découvrir une nouvelle
méthode pour en publier les préceptes
& les maxîmes , fur tout fi cette nouvelle
forme eft plus facile & plus avantageufe
? Non , Monfieur ; & pour peu que
vous vouliez faire attention aux raifons
fur lefquelles je la fonde , vous conviendrez
vous - même de fon utilité. Ne vaudroit
il pas mieux qu'un Curé , occupé
pendant la plus grande partie de la femaine
à défervir une nombreuſe paroiffe ,
employât le peu de tems que la vifite des
malades , & les autres foins du gouvernement
fpirituel demandent de lui , à compofer
pour chaque Dimanche une folide
& inftructive homélie , que de le voir
paffer ce même tems à inférer dans fon
cerveau un prône de parade ? Quels fruits
peuvent faire les inftructions d'un pasteur
›
OCTOBRE 1755 . 61
qui fe borne à quelques points particuliers
de la morale évangélique , & dont
les difcours font par conféquent fi fouvent
répétés , que certain, paroiffiens affidus
feroient en état de les réciter à leur
tour ?
Au contraire , en permettant aux Prédicateurs
, & fur- tout à ceux qui font à la
tête des Paroiffes , d'avoir dans la chaire
le papier à la main , on leur laiffera le
tems de méditer les divines Ectitures ,
de s'inftruire dans les ouvrages des Saints
Peres , & par conféquent , de compofer
pour chaque femaine des homélies toujours
nouvelles ils pourront même par
ce moyen enfeigner fucceffivement un
corps de doctrine fuivie , repaffer toutes
les vérités de la religion , & en expofer
tous les devoirs . On fe plaint tous les jours
que le peuple n'eft pas inftruit ; & comment
peut- il l'être , lorfque les Prédicateurs
refférés dans un cercle étroit de matieres
frappantes , négligent ces fujets effentiels
fur lefquels le tems qu'ils perdent
à apprendre leurs difcours par mémoire ,
ne leur permet pas de travailler ? N'en doutez
pas , Monfieur : Voilà une des principales
caufes de l'ignorance des fidéles ;
& le feul moyen efficace pour y remédier ,
c'eft de leur procurer un plus grand nom62
MERCURE DE FRANCE.
bre d'inftructions , en diminuant le travail
de ceux que le Seigneur a deſtiné
pour les éclairer.
Je dis plus outre l'utilité générale que
produira la nouvelle méthode d'annoncer
l'Evangile , elle aura encore l'avantage
d'être plus agréable pour l'auditeur . Qu'un
Prédicateur peu fûr de fa mémoire fe trouble
, & qu'il foit fur le point de refter
court , que de tourmens , que d'embarras
dans l'auditoire ! mais quels font les Orateurs
Chrétiens , à qui une mémoire ingrate
ou volage , n'ait jamais joué de pareils
tours ? Combien même de jeunes
Prédicateurs , dégoûtés par un début peu
flateur de ce côté , ont abandonné un miniftere
dans lequel il fe feroient cependant
diftingués ?
N'allez pas me dire ici , Monfieur , qu'on
rira de voir un Eccléfiaftique lire d'un ton
modefte une folide inftruction . Pourquoi
riroit- on plutôt dans nos temples que dans
nos barreaux ? Ne voyons - nous pas tous
les jours dans ces dernieres affemblées les
plus célébres Avocats, le mémoire en main ,
foutenir les droits de l'orphélin , & mettre
la veuve à l'abri des ufurpateurs ? On
rira moins , Monfieur , à la lecture d'un fermon
chrétiennement appuyé fur les preuves
tirées de l'Ecriture & de la tradition ,
OCTOBRE . 1755 . 63
qu'on ne feroit en droit de le faire ( fi la
majefté du lieu le permettoit ) au récit par
mémoire de ces piéces théatrales , faites
pour nourrir en même tems , & l'amour
propre du miniftre , & la curiofité de l'auditeur
.
J'exhorte donc les Prédicateurs à fecouer
le joug du préjugé & à facrifier au
bien général le petit talent d'hommes de
mémoire. Vous appréhendez , dites- vous ,
qu'il n'en foit ici comme du confeil des
rats . Tous les intéreffés ne manqueront
pas d'approuver l'avis ; mais qui attachera
le grélot ? Qui les plus fages , & les plus
zélés. Que des Griffet , par exemple , que
des Sanfaric commencent à nous enfeigner
le papier à la main . Qui d'entre les auditeurs
ofera les tourner en ridicule ? Qui
d'entre leurs confreres ne fe fera pas gloire
de marcher fur leurs traces ? Qui feroit
même plus propre que vous , Monfieur
à faire réuflir un projet , dans lequel je
n'envifage que l'utilité publique ?
Je recommande enfin à ceux qui nous
donnent des préceptes fur l'éloquence de
la chaire , d'infifter moins fur le brillant
que fur la folidité . A quoi fert de fe conformer
aux régles prefcrites dans l'éloquence
* dis corps , tandis qu'on ignore l'éloquen-
* Ouvrage tout nouveau.
64 MERCURE DE FRANCE.
ce des moeurs , & celle du ciel 2
J'ai l'honneur d'être , & c.
Ce i5 Juillet 1755-
de B ***.
Mconte une
Onfieur , vous avez beau regarder
comme une plaifanterie
le projet
que j'ai conçu , d'engager les Prédicateurs
à réciter leurs fermons , le papier en main ;
plus je penfe à cette nouvelle méthode ,
depuis que je vous en ai parlé pour la
premiere fois , plus j'y découvre d'avantages.
Je ne me cache point à moi même
les obftacles qu'il faudra furmonter . L'habitude
dans laquelle on eft depuis longtems
de prêcher par mémoire , fera difficile
à détruire , même chez une nation
fi portée d'ailleurs à changer de modes ;
mais nous avons vû des révolutions
plus
confidérables
, foit dans les fciences , foit
dans les moeurs, pour ne pas efperer celleci
malgré les contradicteurs
.
Ст
58 MERCURE DE FRANCE.
Je fçais qu'il ne fera jamais permis à
aucun prédicateur de changer le fond &
la matière des inftructions qu'ils doivent
annoncer aux peuples. Comme la Religion
eft invariable , fes maximes doivent
être inaltérables. Plût à Dieu qu'on eût
confervé de nos jours , en annonçant l'Evangile
, cette noble fimplicité qui en faifoit
autrefois & la force & la gloire ! mais
quelle différence des difcours des premiers
Apôtres avec ceux de leurs derniers fucceffeurs
! C'étoit autrefois aux pieds de la
Croix , & dans la méditation des diverfes
Ecritures , que les miniftres de la parole
du Seigneur puifoient les réflexions pathétiques
dont ils entretenoient fouvent
les fideles , réflexions que le zéle accompagnoit
, que l'exemple foutenoit , & que
la grace du Tout - puiffant faifoit fructifier.
Comme ils n'avoient d'autre objet
que celui d'étendre le royaume de Jefus-
Chrift , ils parloient felon que l'Efprit
divin , dont ils étoient animés , les infpiroit
; & des milliers de Juifs , de
Grecs , de Romains , & d'étrangers convertis
devenoient le fruit de leurs conquêtes
, & la récompenfe de leurs travaux
évangéliques .
Préfentement au contraire il femble que
nos Prédicateurs, contens des anciens proOCTOBRE.
1755. 59
grès de la religion , ne cherchent plus quà
faire admirer l'efprit & les graces de fes
Miniftres ; ce n'eft plus , pour la plûpart ,
dans les fources facrées qu'ils étudient les
oracles qu'ils nous débitent ; & comment
pourroient-ils fe fervit utilement de l'Ecriture
& des Peres dans les difcours qu'ils
compofent fur des ridicules de fociété ?
Auffi quel eft le fruit de ces portraits prophanes
, finon les vains applaudiffemens
de ces gens oififs , que la célébrité d'un
Prédicateur attire dans nos temples , &
que l'amufement y retient ? Perfuadés qu'il
leur fuffit de plaire à un peuple qu'ils devroient
inftruire , ces Miniftres frivoles fe
font eux-mêmes impofés un joug pefant ,
que des auditeurs délicats & critiques
ont bientôt fçu aggraver. Si ces derniers
les ont difpenfé de jetter de la folidité
& de l'onction dans leurs difcours , que
de talens n'en ont- ils pas exigé je veux
dire les agrémens de la figure , les graces
de la voix , la régularité des geftes , l'étendue
de la mémoire , la délicateffe des
expreffions , la fineffe des penfées , vains
ornemens plus propres à éblouir qu'à toucher
!
Or , dites - moi , Monfieur , comment
voulez-vous qu'un Prédicateur continuellement
occupé à compofer fon vifage , à
Cvj
60
MERCURE DE FRANCE.
animer fes bras , à modifier agréablement
les refforts de fa langue , & à inférer dans
une mémoire ingrate de magnifiques lambeaux
aufquels il n'a fouvent prêté qu'une
brillante coûture , foit propre à infpirer
de l'horreur pour le vice contre lequel il
doit tonner , ou à faire chérir la vertu
qu'il doit canonifer ?
Quoique je fois le premier à foutenir qu'il
ne fera jamais permis de toucher au fond
de la doctrine & de la morale de l'Evangile
, dois- je craindre de découvrir une nouvelle
méthode pour en publier les préceptes
& les maxîmes , fur tout fi cette nouvelle
forme eft plus facile & plus avantageufe
? Non , Monfieur ; & pour peu que
vous vouliez faire attention aux raifons
fur lefquelles je la fonde , vous conviendrez
vous - même de fon utilité. Ne vaudroit
il pas mieux qu'un Curé , occupé
pendant la plus grande partie de la femaine
à défervir une nombreuſe paroiffe ,
employât le peu de tems que la vifite des
malades , & les autres foins du gouvernement
fpirituel demandent de lui , à compofer
pour chaque Dimanche une folide
& inftructive homélie , que de le voir
paffer ce même tems à inférer dans fon
cerveau un prône de parade ? Quels fruits
peuvent faire les inftructions d'un pasteur
›
OCTOBRE 1755 . 61
qui fe borne à quelques points particuliers
de la morale évangélique , & dont
les difcours font par conféquent fi fouvent
répétés , que certain, paroiffiens affidus
feroient en état de les réciter à leur
tour ?
Au contraire , en permettant aux Prédicateurs
, & fur- tout à ceux qui font à la
tête des Paroiffes , d'avoir dans la chaire
le papier à la main , on leur laiffera le
tems de méditer les divines Ectitures ,
de s'inftruire dans les ouvrages des Saints
Peres , & par conféquent , de compofer
pour chaque femaine des homélies toujours
nouvelles ils pourront même par
ce moyen enfeigner fucceffivement un
corps de doctrine fuivie , repaffer toutes
les vérités de la religion , & en expofer
tous les devoirs . On fe plaint tous les jours
que le peuple n'eft pas inftruit ; & comment
peut- il l'être , lorfque les Prédicateurs
refférés dans un cercle étroit de matieres
frappantes , négligent ces fujets effentiels
fur lefquels le tems qu'ils perdent
à apprendre leurs difcours par mémoire ,
ne leur permet pas de travailler ? N'en doutez
pas , Monfieur : Voilà une des principales
caufes de l'ignorance des fidéles ;
& le feul moyen efficace pour y remédier ,
c'eft de leur procurer un plus grand nom62
MERCURE DE FRANCE.
bre d'inftructions , en diminuant le travail
de ceux que le Seigneur a deſtiné
pour les éclairer.
Je dis plus outre l'utilité générale que
produira la nouvelle méthode d'annoncer
l'Evangile , elle aura encore l'avantage
d'être plus agréable pour l'auditeur . Qu'un
Prédicateur peu fûr de fa mémoire fe trouble
, & qu'il foit fur le point de refter
court , que de tourmens , que d'embarras
dans l'auditoire ! mais quels font les Orateurs
Chrétiens , à qui une mémoire ingrate
ou volage , n'ait jamais joué de pareils
tours ? Combien même de jeunes
Prédicateurs , dégoûtés par un début peu
flateur de ce côté , ont abandonné un miniftere
dans lequel il fe feroient cependant
diftingués ?
N'allez pas me dire ici , Monfieur , qu'on
rira de voir un Eccléfiaftique lire d'un ton
modefte une folide inftruction . Pourquoi
riroit- on plutôt dans nos temples que dans
nos barreaux ? Ne voyons - nous pas tous
les jours dans ces dernieres affemblées les
plus célébres Avocats, le mémoire en main ,
foutenir les droits de l'orphélin , & mettre
la veuve à l'abri des ufurpateurs ? On
rira moins , Monfieur , à la lecture d'un fermon
chrétiennement appuyé fur les preuves
tirées de l'Ecriture & de la tradition ,
OCTOBRE . 1755 . 63
qu'on ne feroit en droit de le faire ( fi la
majefté du lieu le permettoit ) au récit par
mémoire de ces piéces théatrales , faites
pour nourrir en même tems , & l'amour
propre du miniftre , & la curiofité de l'auditeur
.
J'exhorte donc les Prédicateurs à fecouer
le joug du préjugé & à facrifier au
bien général le petit talent d'hommes de
mémoire. Vous appréhendez , dites- vous ,
qu'il n'en foit ici comme du confeil des
rats . Tous les intéreffés ne manqueront
pas d'approuver l'avis ; mais qui attachera
le grélot ? Qui les plus fages , & les plus
zélés. Que des Griffet , par exemple , que
des Sanfaric commencent à nous enfeigner
le papier à la main . Qui d'entre les auditeurs
ofera les tourner en ridicule ? Qui
d'entre leurs confreres ne fe fera pas gloire
de marcher fur leurs traces ? Qui feroit
même plus propre que vous , Monfieur
à faire réuflir un projet , dans lequel je
n'envifage que l'utilité publique ?
Je recommande enfin à ceux qui nous
donnent des préceptes fur l'éloquence de
la chaire , d'infifter moins fur le brillant
que fur la folidité . A quoi fert de fe conformer
aux régles prefcrites dans l'éloquence
* dis corps , tandis qu'on ignore l'éloquen-
* Ouvrage tout nouveau.
64 MERCURE DE FRANCE.
ce des moeurs , & celle du ciel 2
J'ai l'honneur d'être , & c.
Ce i5 Juillet 1755-
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Résumé : Lettre de M. l'Abbé A. P. J. à M. l'Abbé de B***.
La lettre de l'Abbé A. P. J. à l'Abbé de B *** introduit une nouvelle méthode pour les prédicateurs, consistant à réciter leurs sermons en ayant le texte en main. L'auteur reconnaît les obstacles, notamment l'habitude de prêcher par mémoire, mais espère une révolution dans les pratiques religieuses, similaire à celles observées dans les sciences et les mœurs. Il souligne l'importance de conserver les maximes religieuses invariablement tout en améliorant la méthode de leur transmission. L'Abbé critique les sermons actuels, qui se concentrent souvent sur l'esprit et les grâces des ministres plutôt que sur la simplicité et la force des premiers apôtres. Il déplore que les prédicateurs modernes cherchent à plaire plutôt qu'à instruire, se concentrant sur des aspects superficiels comme l'apparence et la voix. Cette approche frivole impose un joug pesant aux prédicateurs, qui doivent répondre aux attentes critiques des auditeurs. L'auteur propose que les prédicateurs, surtout ceux à la tête des paroisses, utilisent le papier pour lire leurs homélies. Cela leur permettrait de méditer les Écritures et les œuvres des Saints Pères, et de composer des sermons nouveaux chaque semaine. Cette méthode réduirait l'ignorance parmi les fidèles, qui bénéficieraient de plus d'instructions. De plus, elle éviterait les embarras causés par les erreurs de mémoire des prédicateurs. L'Abbé compare cette pratique à celle des avocats, qui utilisent des notes en plaidant. Il exhorte les prédicateurs à abandonner le préjugé contre la lecture des sermons et à adopter cette méthode pour le bien général. Il recommande également aux enseignants de l'éloquence de la chaire de privilégier la solidité plutôt que le brillant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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139
p. 6-9
FABLE A un Ami qui veut se reléguer en Province, & prendre le parti du Couvent. L'ARBRISSEAU.
Début :
Tu vas quitter Paris, cher D***, & le cloître [...]
Mots clefs :
Arbrisseau, Couvent, Bonheur
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texteReconnaissance textuelle : FABLE A un Ami qui veut se reléguer en Province, & prendre le parti du Couvent. L'ARBRISSEAU.
FABLE
A un Ami qui veut fe reléguer en Province ;
prendre le parti du Couvent .
L'AR BRISSE A U.
Tuvas quitter Paris , cher D*** , & le cloftre U
A pour toi des appas que je ne puis connoître à
NOVEMBRE. 1755 7
Oui , pour t'en détourner mes foins font fuperflus.
Mais tu te flattes donc qu'en ton couvent reclus ,
Tu goûteras en paix les douceurs de la vie ;
Qu'un bonheur fans mêlange , exemt de toute
envie ,
Contentera tes voeux , remplira tes deffeins ,
Et fera fur toi feul lever des jours fereins ?
Cependant on le dit : la raifon d'ordinaire
N'habite pas longtems chez la gent folitaire.
Tel qui trop tôt du monde veut fortir ,
Souvent trop tard pourra s'en repentir.
J'avance pour preuve une fable ,
Rends- là pour toi moins applicable.
Un arbriffeau planté par la nature ,
Déja fort , & riche en verdure ,
Voyoit dans un jardin d'autres arbres rangés ,
Elagués avec art , très-bien fymétriſés :
Pourquoi , dit-il , fous les yeux d'un bon maître,
D'être foigné comme eux , n'ai-je pas le bonheur ?
Profiterois-je moins ? que fçait -on è mieux peutêtre.
Hélas ! un tronc touffu , des branches fans honneur
,
De la feve qui m'a fait naître
Vont épuifer tout le meilleur.
En lieu bien clos , à l'abri des tempêtes ,
Sans crainte ils élevent leurs têtes.
Sont-ils trop altérés ; on leur rend la fraîcheur :
Bref, à chaque maladie
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
En tout tems on rémédie.
Pour moi , je languis de maigreur ;
Les faifons , les vents , les chaleurs ,
Cent & cent maux me font à craindre ;
Oui , toujours le pauvre arbre alloit encor fe .....
plaindre ,
Des pores de l'écorce il couloit quelques pleurs :"
Le fort trompa bien ſon attente.
Chemin faifant , le voifin jardinier
Le voit , l'admire , & le tranfplante ,
L'arrofe , comme il faut , l'engraiffe de fumier.
Quinze jours écoulés , notre arbre avoit pris terre,
S'eftimant fort heureux . Il fallut le tailler.
De fes rameaux fourchus il ſe voit dépouiller ;
Et pour le redreffer , on lui livre la guerre :
Bientôt ce n'est plus qu'un tronc nu .
Il avoit defiré de tous fes maux le pire ;
Plein de regret il gémit , il foupire ,
Et maudit un bonheur qu'il n'avoit point connu .
Ami , tu fçais à quoi mon recit fe termine.
Le Monaftere eft ce verger charmant ,
Ou , fous la fage difcipline ,
Un béat vit tranquillement.
Il eft content , dis- tu : certes , je le veux croire ;
Dans fa condition on a mille agrémens.
Mais s'il l'a pris fans choix , la robe blanche ou
noire
Ne change point les fentimens.
Le tendre arbriffeau , c'eft toi- même ;
NOVEMBRE . 1755 .
Tu hais le monde , & tu fuis fes plaifirs :
Le froc te femble un bien fuprême.
Ah ! je t'arrête trop ; cours , vole à tes défirs.
Mais quand fous un dur eſclavage
Tu fentiras enfin gémir ta liberté ;
Quand une obéiffance aveugle & fans partage ,
Condamnera ta moindre volonté ;
Alors ..... mais je veux taire un trifte & vain préfage
;
Suis ta vocation : c'eft l'avis le plus fage.
Si Dieu te parle , il veut être écouté ;
Mais il ne parle pas , s'il n'eft bien confulté.
L'Abbé BOUCHE .
A un Ami qui veut fe reléguer en Province ;
prendre le parti du Couvent .
L'AR BRISSE A U.
Tuvas quitter Paris , cher D*** , & le cloftre U
A pour toi des appas que je ne puis connoître à
NOVEMBRE. 1755 7
Oui , pour t'en détourner mes foins font fuperflus.
Mais tu te flattes donc qu'en ton couvent reclus ,
Tu goûteras en paix les douceurs de la vie ;
Qu'un bonheur fans mêlange , exemt de toute
envie ,
Contentera tes voeux , remplira tes deffeins ,
Et fera fur toi feul lever des jours fereins ?
Cependant on le dit : la raifon d'ordinaire
N'habite pas longtems chez la gent folitaire.
Tel qui trop tôt du monde veut fortir ,
Souvent trop tard pourra s'en repentir.
J'avance pour preuve une fable ,
Rends- là pour toi moins applicable.
Un arbriffeau planté par la nature ,
Déja fort , & riche en verdure ,
Voyoit dans un jardin d'autres arbres rangés ,
Elagués avec art , très-bien fymétriſés :
Pourquoi , dit-il , fous les yeux d'un bon maître,
D'être foigné comme eux , n'ai-je pas le bonheur ?
Profiterois-je moins ? que fçait -on è mieux peutêtre.
Hélas ! un tronc touffu , des branches fans honneur
,
De la feve qui m'a fait naître
Vont épuifer tout le meilleur.
En lieu bien clos , à l'abri des tempêtes ,
Sans crainte ils élevent leurs têtes.
Sont-ils trop altérés ; on leur rend la fraîcheur :
Bref, à chaque maladie
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
En tout tems on rémédie.
Pour moi , je languis de maigreur ;
Les faifons , les vents , les chaleurs ,
Cent & cent maux me font à craindre ;
Oui , toujours le pauvre arbre alloit encor fe .....
plaindre ,
Des pores de l'écorce il couloit quelques pleurs :"
Le fort trompa bien ſon attente.
Chemin faifant , le voifin jardinier
Le voit , l'admire , & le tranfplante ,
L'arrofe , comme il faut , l'engraiffe de fumier.
Quinze jours écoulés , notre arbre avoit pris terre,
S'eftimant fort heureux . Il fallut le tailler.
De fes rameaux fourchus il ſe voit dépouiller ;
Et pour le redreffer , on lui livre la guerre :
Bientôt ce n'est plus qu'un tronc nu .
Il avoit defiré de tous fes maux le pire ;
Plein de regret il gémit , il foupire ,
Et maudit un bonheur qu'il n'avoit point connu .
Ami , tu fçais à quoi mon recit fe termine.
Le Monaftere eft ce verger charmant ,
Ou , fous la fage difcipline ,
Un béat vit tranquillement.
Il eft content , dis- tu : certes , je le veux croire ;
Dans fa condition on a mille agrémens.
Mais s'il l'a pris fans choix , la robe blanche ou
noire
Ne change point les fentimens.
Le tendre arbriffeau , c'eft toi- même ;
NOVEMBRE . 1755 .
Tu hais le monde , & tu fuis fes plaifirs :
Le froc te femble un bien fuprême.
Ah ! je t'arrête trop ; cours , vole à tes défirs.
Mais quand fous un dur eſclavage
Tu fentiras enfin gémir ta liberté ;
Quand une obéiffance aveugle & fans partage ,
Condamnera ta moindre volonté ;
Alors ..... mais je veux taire un trifte & vain préfage
;
Suis ta vocation : c'eft l'avis le plus fage.
Si Dieu te parle , il veut être écouté ;
Mais il ne parle pas , s'il n'eft bien confulté.
L'Abbé BOUCHE .
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Résumé : FABLE A un Ami qui veut se reléguer en Province, & prendre le parti du Couvent. L'ARBRISSEAU.
L'Abbé Bouche adresse une fable à un ami envisageant de quitter Paris pour entrer dans un couvent. Il utilise l'allégorie d'un arbrisseau envieux des arbres bien soignés dans un jardin voisin. Cet arbrisseau, après avoir été transplanté et taillé, regrette son sort. L'auteur compare cette situation à celle de son ami, qui pourrait regretter sa décision de rejoindre un couvent. Il souligne que la vie monastique, bien que paisible, ne modifie pas les sentiments et les aspirations d'une personne. L'auteur conseille à son ami de suivre sa véritable vocation, mais de bien réfléchir avant de prendre une telle décision.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
140
p. 168-184
Lettre de M. l'Abbé J*** à M. le Chevalier de B*** sur les pétrifications d'Albert.
Début :
Monsieur, je n'aurois jamais pensé à répondre aux remarques critiques [...]
Mots clefs :
Pétrifications, Pieds, Eau, Coquillages, Fougère, Hauteur, Profondeur, Cascade, Puits, Roseaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de M. l'Abbé J*** à M. le Chevalier de B*** sur les pétrifications d'Albert.
Lettre de M. l'Abbé J *** à M. le Chevalier
de B *** fur les pétrifications d'Albert.
Onfieur , je n'aurois jamais penſé à
répondre aux remarques critiques
que le prétendu Obfervateur de Peronne a
fait inférer dans le Mercure de Juillet dernier
, fi vous n'aviez pas exigé de moi cette
preuve de complaifance. Je n'avois même
fait
DECEMBRE 1755. 169
fait jufqu'alors que me divertir avec mes
amis des découvertes qui rempliffent fa
lettre. Je croyois que le parti le plus raifonnable
étoit de voir d'un oeil indifférent
cer adverfaire , m'imaginant bien que le
public judicieux ne manqueroit pas , en
comparant la differtation avec la critique ,
de me rendre juſtice ; mais vous me confeillez
de répliquer , parce que vous craignez
dites - vous , Monfieur , que l'imputation
de faux , dont on m'accuſe , ne faſſe
impreffionfur ceux qui ne font pas en état de
faire la difference d'un obfervateur attentif ,
d'avec un critique auffi prévenu que peu
éclairé : Il eft , ajoutez - vous , des accufations
qu'il n'est pas permis à un Auteur de
négliger , telle qu'eft en particulier celle d'avoir
trahi la vérité.
,
Perfuadé de la jufteffe de cette réflexion
, je vais examiner , Monfieur , avec
la plus exacte recherche les remarques du
critique.
Reprenons , Monfieur , les fix articles.
de l'anonyme de Peronne .
1°. Il fe trompe , lorfqu'il avoue avec
moi , que l'eau du puits du fieur Decalogne
eft effectivement à trente- cing pieds jusqu'à
fon niveau . Je n'ai pas dit cela dans ma
defcription , puifque je me fuis fervi du
terme de déduction faite du niveau de l'ean
11. Vol.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
à celui de la carriere. Si l'Anonyme avoit
mefuré exactement la hauteur du puits depuis
le rez-de- chauffée de la cour jufqu'au
niveau de l'eau , il auroit trouvé trentehuit
pieds , fur lefquels , pour avoir la
jufte profondeur de la carrière de pétrifications
, au niveau du commencement de
fon ouverture , il faut ôter fept pieds , ce
qui fait trente-un pieds pour la hauteur
de cette carriere du niveau de la cour , au
niveau de fon entrée ; mais comme de
l'entrée de la carriere de pétrifications jufque
vers le milieu , il y a une pente douce
qui peut avoir quatre pieds , qu'il faut
joindre avec les trente- un pieds déja ſuppofés
, j'ai eu raifon d'avancer dans ma
differtation , que la carriere de pétrifications
avoit environ 35 à 36 pieds de profondeur.
Ce qui a trompé l'Anonyme de
Peronne , ( ce qui trompe encore tous les
jours plufieurs de ceux que la curiofité ,
plutôt que l'amour de la recherche, conduit
à Albert ) c'eft qu'il a confondu la car
riere dans laquelle le propriétaire a commencé
à tirer de la pierre , laquelle carriere
n'a en effet à fon entrée que vingtquatre
pieds de profondeur , c'est - à - dire
quatorze , depuis le niveau de la cour jufques
dans la cave du propriétaire , & dix
du niveau de cette cave au niveau de la
DECEMBRE. 1755. 171
premiere carriere ; mais pour avoir la véritable
profondeur de la carriere dans laquelle
fe trouvent les pétrifications , il
falloit de plus mefurer l'efcalier de terre
qui conduit de la premiere carriere de
pierres jufques dans celle de pétrifications,
& il auroit trouvé qu'il y a fept pieds ; ce
qui , ajouté aux vingt- quatre déja connus,
donne trente-un pieds de profondeur : enfin
il falloit remarquer & ajouter à ces
trente-un pieds les quatre pieds de pente
que la carriere de pétrifications a depuis le
niveau du fol de fon entrée , jufques vers
fon milieu , ce qui , avec les trente- un
pieds , produit les trente - cinq pieds de
profondeur que j'ai affignés à la carriere
de pétrifications. Ce n'eft pas avec moins.
de raifon que j'ai ajouté dans ma differta-,
tion , que la partie de la pétrification qui
s'étend fous le jardin , eft bien plus profonde
, par rapport au niveau du jardin.
Si l'Anonyme de Peronne s'étoit donné la
peine de paffer dans ce jardin , & d'obferver
que pour y parvenir , il faut monter
un efcalier de pierre qui porte plus de dix
pieds au-deffus du niveau de la cour , &
que de plus le terrein du jardin va en montant
depuis fon entrée jufqu'au foffé qui
le borne à fon extrêmité , il ne fe feroit
pas embrouillé dans une prétendue dé-
Hij ,
172 MERCURE DE FRANCE.
monſtration inutile par rapport à la queftion
préfente , & parfaitement contraire
aux principes d'une bonne Phyfique. Je dis
d'abord inutile par rapport à la queſtion
préfente , puifque ne donnant que trentecinq
pieds de profondeur à la carriere de
pétrifications , dans fon niveau le plus bas ,
comparé avec la profondeur du niveau de
l'eau du puits au niveau de la cour , l'eau
du puits qui eft à trente- huit pieds de profondeur
, ne peut pas , dans mon obfervation
, pénétrer dans la carriere & la remplir
d'eau ; ce que l'Anonyme prétend cependant
devoir arriver dans mon fentiment.
Je dis en fecond lieu , que quand
bien même la carriere feroit plus profonde
que le niveau de l'eau du puits , il pourroit
encore fe faire que la carriere n'en fût pas
plus humide : Il ne faut qu'une couche de
glaife pour retenir l'eau : C'eft ce qu'on
remarque dans quelques maifons où les
caves font plus profondes que les puits qui
en font voilins . Je m'étonne même que
l'habitant d'une ville auffi environnée
d'eau , comme l'eft Peronne , n'ait pas remarqué
qu'il y a chez lui beaucoup de
caves , dont le niveau eft inférieur à celui
des étangs & des foffés remplis d'eau , qui
en font cependant très- proches . Enfin , fi
l'Anonyme avoit quelque connoiffance de
DECEMBRE. 1755. 173
l'origine des fontaines , & des miracles
naturels que les eaux ramaffées dans les
différens réfervoirs des montagnes , produifent
dans ces fontaines ( 1 ) minérales ,
qui , prenant leurs fources dans la même
montagne , & coulant par des canaux voifins
les uns des autres , confervent cependant
des qualités différentes , il n'auroit
pas raifonné fur un principe auffi faux en
bonne Phyfique , qu'éloigné du point de
la queftion préfente.
2º. On ne voit pas quel peut être le but de
l'Anonyme de Peronne. Qu'entend-il , lorfqu'il
dit , que les ponts qui font fur la riviere
d'Albert , n'ont pas , à vue d'oeil , plus de dix
piedsfous voute ? Parle- t'il de la hauteur du
milieu de l'arche des ponts au niveau de
l'eau , ou du niveau de l'eau au fond de la
riviere ? Au reste qu'il entende ce qu'il voudra
par cette phraſe inintelligible , quid ad
me? Que m'importe cette hauteur dont je
n'ai point parlé dans ma differtation, & qui
eft auffi étrangere à mon fyftême , que ce
( 1 ) Si l'Anonyme ne veut point aller faire cette
remarque à Forges , il lui fera facile de fatisfaire
fa curiofité à Corbie . Il verra dans cette ville
voifine de Peronne, trois fontaines minérales, différentes
dans leurs dégrés , conler cependant à
trois pieds de diſtance les unes des autres , fans fe
confondre.
· H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
que l'Anonyme de Peronne ajoute, lorſqu'il
dit que la riviere eft pleine de fources ? Encore
une fois quel rapport ces deux obfervations
ont-elles avec ce que j'ai avancé
? Pourvu que depuis l'endroit où l'on
a commencé à couper les terres de la colline
pour bâtir la ville & le fort d'Albert
, on ait tracé un nouveau lit à la riviere
pour la faire couler en forme de canal
, autour de la nouvelle habitation , &
la faire paffer dans la ville. Que m'importe
qu'elle ait à vue d'oeil dix pieds fous voute
, & qu'ellefoit pleine de fources ? il fuffit
d'examiner le cours de cette riviere lorfqu'elle
paffe autour & dans Albert , & en
particulier à l'endroit où elle coule à côté
de la place , fous quelques -maifons , pour
fe perfuader qu'elle n'eft pas là dans fon
lit naturel , & qu'elle forme un canal factice
: Voilà où tend & où fe borne mon
obfervation fur cette riviere.
3°. La troifieme remarque de l'Anonyme
de Peronne n'eft pas moins inutile que la
feconde. En difant , que les terres de la pétrification
font de différentes nuances brunes
, mais qu'il eft vrai qu'elles blanchiſſent
à l'air , que prétend- it contre mon obfervation
? S'il avoit eu l'attention de remarquer
qu'il n'y a que la glaiſe qui blanchit
à l'air , en perdant une partie de cette hui-
1
DECEMBRE. 1755. 175
.
le graffe dont elle eft emprégnée , ce
qui n'arrive pas aux autres couches de terres
, ni aux pétrifications , il nous auroit
épargné une remarque auffi fauffe qu'inutile.
-
4°. Je placerois la quatrieme remarque
de l'Anonyme de Peronne dans le même
dégré d'inutilité que les deux précédentes
, fi elle ne m'avoit pas donné occafion
dans le dernier voyage que je viens de
faire à Albert , de chercher des coquillages
avec plus d'attention que la premiere
fois , & par là de faire une découverte
nouvelle . L'Anonyme de Peronne m'accufe
de paroître infinuer que les coquillages
qu'on trouve dans la carriere , font pétrifiés
, tandis qu'ils font au naturel : mais
où ai - je dit dans ma differtation que ces
coquillages font pétrifiés ? où ai - je infinué
cette affertion ? Au contraire , en envoyant
à quelques perfonnes diftinguées , & en
particulier à Monfieur le Duc de Chaulnes
, des morceaux de ces pétrifications ,
j'ai toujours fait remarquer que les coquillages
inférés dans les rofeaux & autres
herbes pétrifiées , étoient , ainfi
que ceux
que j'ai envoyés féparément , fans aucun
changement vifible . D'ailleurs , il n'y a
rien dans ma differtation qui puiffe faire
ſoupçonner que j'aie voulu infinuer que
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE
ces coquillages font pétrifiés. C'est dans
cet intervalle qui eft entre les rofeaux & la
glaife , ai - je dit , qu'on trouve certains coquillages
dont j'ai ramaffé de trois efpeces.
Les plus curieux font ceux qui s'élevent en
pyramides : on découvre auffi de ces coquil-
Lages entre les branches des rofeaux pétrifiés.
Voilà , Monfieur , les termes dont je me
fuis fervi. Je vous demande préfentement
fi un homme qui connoît la force de fa
langue , peut tirer de cet endroit , qui eft
le feul dans lequel je parle des coquillages,
que j'ai voulu infinuer qu'ils font pétrifiés
? J'ajouterai ici la nouvelle découverte
que j'ai faite de plufieurs coquillages
incruftés d'une matiere de pierre qui leur
eft intimement adhérent , fans cependant
pénétrer dans leurs pores . J'en ai rapporté
plufieurs , & entr'autres deux d'une grandeur
affez confidérable . A la vue de cette
découverte , je me fuis perfuadé que le
principe pétrifiant , qui a roulé & qui roule
encore ( comme je le dirai à la fin de
cette lettre ) dans cette carriere , ne s'eft
attaché qu'aux corps , dont les pores ont
été propres pour le recevoir , & que les
coquillages étant compofés d'une matiere
ferrée , ce principe n'a pu que s'attacher
autour d'eux fans les pénétrer .
5 °. L'Anonyme de Peronne regarde
DECEMBRE. 1755 177
fans doute la cinquieme remarque , comme
une des plus importantes de toutes
celles qu'il a faites fur ma differtation ,
parce qu'elle femble venger l'honneur
d'un Almanach qu'il paroît vouloir défendre
envers & contre tous. En difant dans
mes obfervations que c'étoit en vain que
j'avois cherché de la fougere pétrifiée dans
la carriere , d'Albert , j'ai rapporté les raifons
pour lefquelles je n'en ai pas même
dû trouver. L'Anonyme de Peronne ne dit
pas qu'il y en ait trouvé , ce qu'il falloit
cependant avancer pour foutenir l'honneur
de l'Almanach d'Amiens : c'eſt un fait fur
lequel il devoit prononcer hardiment , fi
réellement il a été plus heureux que moi
dans cette recherche. Mais au lieu de
finir la difpute par une affirmation , il fe
retranche fur des raifons de convenance
qui ne prouvent que mieux la foibleffe de
fa caufe. Il m'accufe de ne pas avoir bien
vifité les marais d'Albert , parce que , ditil
, fi je l'avois fait avec attention , j'y aurois
trouvé des fougeres. La raifon qu'il en apporte
, c'eft qu'il y a des arbres ,
fol eft fablonneux. En vérité peut-on raifonner
de la forte ? Parce que dans la partie
fupérieure d'un marais il pourra fe
trouver du fable & de la fougere ( ce qui
cependant n'eſt pas ordinaire , puifque les
ق ب
que
le
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
marais font toujours des terreins fangeux)
doit-il s'enfuivre qu'il y en ait aufli dans
la partie baile de ces mêmes marais , furtout
fi on y fuppofe un ruiffeau rempli
d'eau ? La preuve tirée des arbres qui fe
trouvent dans les marais d'Albert , pour
appuyer la poffibilité de la fougere dans
la carriere de pétrifications , n'eft - elle pas
encore auffi rifible que contraire à l'expérience
? Ne voit- on pas tous les jours dans
les marais & autour des prés , de l'ofier ,
des faules , des peupliers , & d'autres arbres
qui fe plaifent dans les terreins humides
, fans que pour cela on trouve de
la fougere dans ces mêmes marais & dans
ces mêmes prés ? Ce feroit perdre le tems
inutilement que de s'arrêter davantage à
répondre férieufement à une pareille remarque.
Il fuffit de la réduire à fa jufte
valeur , en difant d'après l'Anonyme de
Peronne , que partout où il y a des arbres ,
il doit y avoir de la J fougere , pour en fentir
tout le faux & tout le ridicule.
Quelques magnifiques morceaux de pétrifications
que j'ai choifis dans le corps
de la carriere , furtout dans l'endroit où
l'on m'a affuré que les obfervateurs cités
dans l'almanach d'Amiens , & quelques
autres curieux , ont depuis vifité la carriere
, me convainquent de plus en plus
DECEMBRE. 1755. 179
que ce qu'ils ont pris pour de la fougere ,
n'eft que de l'argentine : la grandeur ,
l'arrangement & la forme des feuilles fautent
manifeftement aux yeux. Tous ceux
qui m'ont honoré de leur vifite depuis
mon retour d'Albert , ont reconnu cette
vérité . J'ai cependant trouvé un connoiffeur
, qui d'abord ne vouloit reconnoître ,
dans ces différens grouppes de pétrifications
, ni argentine , ni fougere , ni aucune
autre herbe pétrifiée. Il les regardoit
comme une pure ftalagmite fi connue dans
la lithologie , mais fes doutes fe font bientôt
diffipés , lorfque je lui ai fait remarquer
à la bafe de chaque morceau les trous
des fibres qui fe confervent vuides dans
toutes les plantes pétrifiées , ce qui les diftingue
de la pure ftalagmite. Enfin , Monfieur
, je me fuis encore appliqué de bonne
foi , pendant l'efpace de plufieurs heures ,
à chercher de la fougere pétrifiée , fans
avoir été plus heureux qu'à mon premier
voyage. Après un fcrupuleux examen fait
en préfence de plufieurs témoins refpectables
, puis-je ne pas refter dans mon in
crédulité fur la fougere pétrifiée , juſqu'à
ce que quelqu'un de ceux qui ont eu le
bonheur d'en trouver , me faffe la grace
de m'en montrer ? A ce prix je fuis prêt à
tout croire.
H vj
1So MERCURE DE FRANCE.
6º. La derniere remarque de l'Anonyme
de Peronne regarde la hauteur de la
calcade d'Albert. J'ai donné dans ma differtation
environ foixante pieds à cette magnifique
cafcade : C'eft fur cette meſure
que l'Anonyme s'écrie , qu'il faut fçavoir
exagérer pour lui donner cette hauteur , &
me confeille de retourner fur les lieux , la
toife à la main, pour donner des dimenfions
juftes. Comme il eft probable qu'il a fait
ce voyage , au lieu de cette exclamation
qui ne dit rien , il lui étoit facile , en donnant
la juſte mefure de la caſcade , de détromper
le public qu'il fuppofe que j'ai
abufe : car ou l'Anonyme a mefuré la cafcade,
ou il ne l'a pas mefurée. S'il s'eft contenté
de la toifer à vue d'oeil , comme il
avoue lui-même avoir mefuré les ponts qui
font fur la riviere d'Albert , il n'a pas droit
d'attaquer la meſure que j'ai donnée à cette
cafcade. Si au contraire il a mefuré
exactement la cafcade , il y a dû trouver
cinquante-fept pieds de hauteur perpendiculaire.
Il a donc compris qu'il manqueroit
l'occafion de me badiner , & de me
donner l'avis de retourner à Albert , s'il
affignoit la véritable mefure de la cafcade.
Malgré le peu d'exactitude vifible de l'Anonyme
de Peronne , j'ai fuivi fon confeil.
J'ai retourné fur les lieux , & dans la
1
DECEMBRE . 1755 181
crainte de m'être trompé la premiere fois
j'ai mefuré la caſcade : j'y ai trouvé cinquante-
fept pieds de hauteur perpendiculaire
du niveau du bord fupérieur au niveau
de l'eau d'enbas , & foixante- fept
pieds en fuivant la pente. Cette double.
mefure eft conforme à celle de M. de la
Combe ( 1 ) , qui a eu occafion de faire travailler
plufieurs fois à cette cafcade.
Jugez à préfent , Monfieur , de quel
côté eft l'erreur , & à qui doit s'appliquer
à plus jufte titre le reproche que l'Anonyme
de Peronne m'a adreffé au commencement
de fa lettre. Qu'il me foit permis de
rétorquer contre lui - même l'argument
qu'il m'a fi injuſtement adreffé. De quelque
façon qu'on enrichiſſe la République des Lettres
( ne fût - ce que par de petites remarques
) il faut être vrai ; & c'est ce qui manque
à un Auteur qui , animé de la feule
envie de contredire , donne au public des
obfervations dont les unes font abfolument
fauffes , & les autres auffi inutiles
que ridicules. En effet , quand bien même
celles de fes remarques qui paroiffent les
moins étrangeres à la caufe des pétrifications
, feroient vraies , que s'enfuivroit-il
contre le fyftême que j'ai établi , & fur la
(1 ) Prevôt Général de la Maréchauffée de Pi
cardic.
182 MERCURE DE FRANCE.
caufe & fur l'origine de ce phénomene naturel
? En fuppofant , par exemple , avec
l'Anonyme de Peronne , que la carriere
de pétrifications ne feroit qu'à vingt - deux
pieds de profondeur , & que la cafcade
n'auroit pas cinquante- fept pieds de hau
teur perpendiculaire , que conclure contre
mon fentiment ? Au contraire , n'est - il pas
vifible que moins la carriere auroit de
profondeur & la cafcade de hauteur , plus
mon opinion devient foutenable , puifque
dèflors le remuement des terres fur lefquelles
elle eft appuyée, a dû être moins confidérable
? Mais il falloit à l'Anonyme de
Peronne une connoiffance plus étendue de
la Phyfique pour fentir cette vérité.
Jufqu'à préfent mon fyftême refte donc,
Monfieur , dans fon entier. Ce n'eft pas
au reste que j'aie envie de le foutenir avec
cette opiniâtreté que le préjugé feul peut
donner , & que nouveau Pancrace , je fois
difpofé à le défendre ( 1 ) pugnis & calcibus ,
unguibus & roftro Non , Monfieur , mais
jufqu'à ce qu'on me donne des remarques
plus certaines & plus conféquentes que
celles de l'Anonyme de Peronne , je ne
crois pas devoir en changer. Au refte , fi
l'envie de contredire le prend dorénavant ,
(1 ) Le Mariage forcé.
DECEMBR E. 1755 183
il aura beau jeu ; je le laifferai parler ſeul .
Les ouvrages polémiques ne font agréables
qu'à ceux qui ne fçavent pas s'occuper plus
utilement . Il me fuffit d'avoir montré que
c'est à tort que l'Anonyme de Peronne
m'accufe de faux.
Je ne nierai pas cependant qu'outre
la découverte des coquillages incrultés , je
ne fois redevable à l'Anonyme d'une nouvelle
obſervation , puifque fans lui je neferois
pas retourné fur les lieux. Vers le
milieu de la carriere , fur la droite en allant
, je fentis , environ à la hauteur de
deux pieds & demi de terre , quelque cho
fe d'humide & de mol . Ayant approché
ma lumiere de cet endroit , j'y apperçus
une cavité , de laquelle j'ai retiré quelques
morceaux de rofeaux qui étoient encore
dans un état actuel de pétrification : Ces
morceaux reffembloient à une pâte trèsmolle
. Ceux que j'ai apportés à l'air , fe
font un peu affermis , mais pas affez cependant
pour être tranfportables . Ce qui
m'avoit paru mol & humide au bord de la
tranchée , n'étoit qu'un petit banc de glaife
, fur laquelle il y avoit encore un peu
d'eau qui couloit des morceaux de rofeaux
qui fe pétrifioient. Cette derniere décou
verte m'a confirmé dans l'opinion dans
laquelle j'étois déja , que le principe pé184
MERCURE DE FRANCE .
trifiant réfide encore actuellement dans
cette carriere : Ainfi , Monfieur , je penſe
que les morceaux de bois , de rofeaux , &
que d'autres corps dont les pores fe trouveront
analogues aux corpufcules pierreux
qui roulent dans ce fouterrein , pourront
réellement fe pétrifier , pourvu qu'on ait
foin de les mettre immédiatement au - deffus
de la glaife.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Amiens , ce 28 Août 1755.
de B *** fur les pétrifications d'Albert.
Onfieur , je n'aurois jamais penſé à
répondre aux remarques critiques
que le prétendu Obfervateur de Peronne a
fait inférer dans le Mercure de Juillet dernier
, fi vous n'aviez pas exigé de moi cette
preuve de complaifance. Je n'avois même
fait
DECEMBRE 1755. 169
fait jufqu'alors que me divertir avec mes
amis des découvertes qui rempliffent fa
lettre. Je croyois que le parti le plus raifonnable
étoit de voir d'un oeil indifférent
cer adverfaire , m'imaginant bien que le
public judicieux ne manqueroit pas , en
comparant la differtation avec la critique ,
de me rendre juſtice ; mais vous me confeillez
de répliquer , parce que vous craignez
dites - vous , Monfieur , que l'imputation
de faux , dont on m'accuſe , ne faſſe
impreffionfur ceux qui ne font pas en état de
faire la difference d'un obfervateur attentif ,
d'avec un critique auffi prévenu que peu
éclairé : Il eft , ajoutez - vous , des accufations
qu'il n'est pas permis à un Auteur de
négliger , telle qu'eft en particulier celle d'avoir
trahi la vérité.
,
Perfuadé de la jufteffe de cette réflexion
, je vais examiner , Monfieur , avec
la plus exacte recherche les remarques du
critique.
Reprenons , Monfieur , les fix articles.
de l'anonyme de Peronne .
1°. Il fe trompe , lorfqu'il avoue avec
moi , que l'eau du puits du fieur Decalogne
eft effectivement à trente- cing pieds jusqu'à
fon niveau . Je n'ai pas dit cela dans ma
defcription , puifque je me fuis fervi du
terme de déduction faite du niveau de l'ean
11. Vol.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
à celui de la carriere. Si l'Anonyme avoit
mefuré exactement la hauteur du puits depuis
le rez-de- chauffée de la cour jufqu'au
niveau de l'eau , il auroit trouvé trentehuit
pieds , fur lefquels , pour avoir la
jufte profondeur de la carrière de pétrifications
, au niveau du commencement de
fon ouverture , il faut ôter fept pieds , ce
qui fait trente-un pieds pour la hauteur
de cette carriere du niveau de la cour , au
niveau de fon entrée ; mais comme de
l'entrée de la carriere de pétrifications jufque
vers le milieu , il y a une pente douce
qui peut avoir quatre pieds , qu'il faut
joindre avec les trente- un pieds déja ſuppofés
, j'ai eu raifon d'avancer dans ma
differtation , que la carriere de pétrifications
avoit environ 35 à 36 pieds de profondeur.
Ce qui a trompé l'Anonyme de
Peronne , ( ce qui trompe encore tous les
jours plufieurs de ceux que la curiofité ,
plutôt que l'amour de la recherche, conduit
à Albert ) c'eft qu'il a confondu la car
riere dans laquelle le propriétaire a commencé
à tirer de la pierre , laquelle carriere
n'a en effet à fon entrée que vingtquatre
pieds de profondeur , c'est - à - dire
quatorze , depuis le niveau de la cour jufques
dans la cave du propriétaire , & dix
du niveau de cette cave au niveau de la
DECEMBRE. 1755. 171
premiere carriere ; mais pour avoir la véritable
profondeur de la carriere dans laquelle
fe trouvent les pétrifications , il
falloit de plus mefurer l'efcalier de terre
qui conduit de la premiere carriere de
pierres jufques dans celle de pétrifications,
& il auroit trouvé qu'il y a fept pieds ; ce
qui , ajouté aux vingt- quatre déja connus,
donne trente-un pieds de profondeur : enfin
il falloit remarquer & ajouter à ces
trente-un pieds les quatre pieds de pente
que la carriere de pétrifications a depuis le
niveau du fol de fon entrée , jufques vers
fon milieu , ce qui , avec les trente- un
pieds , produit les trente - cinq pieds de
profondeur que j'ai affignés à la carriere
de pétrifications. Ce n'eft pas avec moins.
de raifon que j'ai ajouté dans ma differta-,
tion , que la partie de la pétrification qui
s'étend fous le jardin , eft bien plus profonde
, par rapport au niveau du jardin.
Si l'Anonyme de Peronne s'étoit donné la
peine de paffer dans ce jardin , & d'obferver
que pour y parvenir , il faut monter
un efcalier de pierre qui porte plus de dix
pieds au-deffus du niveau de la cour , &
que de plus le terrein du jardin va en montant
depuis fon entrée jufqu'au foffé qui
le borne à fon extrêmité , il ne fe feroit
pas embrouillé dans une prétendue dé-
Hij ,
172 MERCURE DE FRANCE.
monſtration inutile par rapport à la queftion
préfente , & parfaitement contraire
aux principes d'une bonne Phyfique. Je dis
d'abord inutile par rapport à la queſtion
préfente , puifque ne donnant que trentecinq
pieds de profondeur à la carriere de
pétrifications , dans fon niveau le plus bas ,
comparé avec la profondeur du niveau de
l'eau du puits au niveau de la cour , l'eau
du puits qui eft à trente- huit pieds de profondeur
, ne peut pas , dans mon obfervation
, pénétrer dans la carriere & la remplir
d'eau ; ce que l'Anonyme prétend cependant
devoir arriver dans mon fentiment.
Je dis en fecond lieu , que quand
bien même la carriere feroit plus profonde
que le niveau de l'eau du puits , il pourroit
encore fe faire que la carriere n'en fût pas
plus humide : Il ne faut qu'une couche de
glaife pour retenir l'eau : C'eft ce qu'on
remarque dans quelques maifons où les
caves font plus profondes que les puits qui
en font voilins . Je m'étonne même que
l'habitant d'une ville auffi environnée
d'eau , comme l'eft Peronne , n'ait pas remarqué
qu'il y a chez lui beaucoup de
caves , dont le niveau eft inférieur à celui
des étangs & des foffés remplis d'eau , qui
en font cependant très- proches . Enfin , fi
l'Anonyme avoit quelque connoiffance de
DECEMBRE. 1755. 173
l'origine des fontaines , & des miracles
naturels que les eaux ramaffées dans les
différens réfervoirs des montagnes , produifent
dans ces fontaines ( 1 ) minérales ,
qui , prenant leurs fources dans la même
montagne , & coulant par des canaux voifins
les uns des autres , confervent cependant
des qualités différentes , il n'auroit
pas raifonné fur un principe auffi faux en
bonne Phyfique , qu'éloigné du point de
la queftion préfente.
2º. On ne voit pas quel peut être le but de
l'Anonyme de Peronne. Qu'entend-il , lorfqu'il
dit , que les ponts qui font fur la riviere
d'Albert , n'ont pas , à vue d'oeil , plus de dix
piedsfous voute ? Parle- t'il de la hauteur du
milieu de l'arche des ponts au niveau de
l'eau , ou du niveau de l'eau au fond de la
riviere ? Au reste qu'il entende ce qu'il voudra
par cette phraſe inintelligible , quid ad
me? Que m'importe cette hauteur dont je
n'ai point parlé dans ma differtation, & qui
eft auffi étrangere à mon fyftême , que ce
( 1 ) Si l'Anonyme ne veut point aller faire cette
remarque à Forges , il lui fera facile de fatisfaire
fa curiofité à Corbie . Il verra dans cette ville
voifine de Peronne, trois fontaines minérales, différentes
dans leurs dégrés , conler cependant à
trois pieds de diſtance les unes des autres , fans fe
confondre.
· H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
que l'Anonyme de Peronne ajoute, lorſqu'il
dit que la riviere eft pleine de fources ? Encore
une fois quel rapport ces deux obfervations
ont-elles avec ce que j'ai avancé
? Pourvu que depuis l'endroit où l'on
a commencé à couper les terres de la colline
pour bâtir la ville & le fort d'Albert
, on ait tracé un nouveau lit à la riviere
pour la faire couler en forme de canal
, autour de la nouvelle habitation , &
la faire paffer dans la ville. Que m'importe
qu'elle ait à vue d'oeil dix pieds fous voute
, & qu'ellefoit pleine de fources ? il fuffit
d'examiner le cours de cette riviere lorfqu'elle
paffe autour & dans Albert , & en
particulier à l'endroit où elle coule à côté
de la place , fous quelques -maifons , pour
fe perfuader qu'elle n'eft pas là dans fon
lit naturel , & qu'elle forme un canal factice
: Voilà où tend & où fe borne mon
obfervation fur cette riviere.
3°. La troifieme remarque de l'Anonyme
de Peronne n'eft pas moins inutile que la
feconde. En difant , que les terres de la pétrification
font de différentes nuances brunes
, mais qu'il eft vrai qu'elles blanchiſſent
à l'air , que prétend- it contre mon obfervation
? S'il avoit eu l'attention de remarquer
qu'il n'y a que la glaiſe qui blanchit
à l'air , en perdant une partie de cette hui-
1
DECEMBRE. 1755. 175
.
le graffe dont elle eft emprégnée , ce
qui n'arrive pas aux autres couches de terres
, ni aux pétrifications , il nous auroit
épargné une remarque auffi fauffe qu'inutile.
-
4°. Je placerois la quatrieme remarque
de l'Anonyme de Peronne dans le même
dégré d'inutilité que les deux précédentes
, fi elle ne m'avoit pas donné occafion
dans le dernier voyage que je viens de
faire à Albert , de chercher des coquillages
avec plus d'attention que la premiere
fois , & par là de faire une découverte
nouvelle . L'Anonyme de Peronne m'accufe
de paroître infinuer que les coquillages
qu'on trouve dans la carriere , font pétrifiés
, tandis qu'ils font au naturel : mais
où ai - je dit dans ma differtation que ces
coquillages font pétrifiés ? où ai - je infinué
cette affertion ? Au contraire , en envoyant
à quelques perfonnes diftinguées , & en
particulier à Monfieur le Duc de Chaulnes
, des morceaux de ces pétrifications ,
j'ai toujours fait remarquer que les coquillages
inférés dans les rofeaux & autres
herbes pétrifiées , étoient , ainfi
que ceux
que j'ai envoyés féparément , fans aucun
changement vifible . D'ailleurs , il n'y a
rien dans ma differtation qui puiffe faire
ſoupçonner que j'aie voulu infinuer que
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE
ces coquillages font pétrifiés. C'est dans
cet intervalle qui eft entre les rofeaux & la
glaife , ai - je dit , qu'on trouve certains coquillages
dont j'ai ramaffé de trois efpeces.
Les plus curieux font ceux qui s'élevent en
pyramides : on découvre auffi de ces coquil-
Lages entre les branches des rofeaux pétrifiés.
Voilà , Monfieur , les termes dont je me
fuis fervi. Je vous demande préfentement
fi un homme qui connoît la force de fa
langue , peut tirer de cet endroit , qui eft
le feul dans lequel je parle des coquillages,
que j'ai voulu infinuer qu'ils font pétrifiés
? J'ajouterai ici la nouvelle découverte
que j'ai faite de plufieurs coquillages
incruftés d'une matiere de pierre qui leur
eft intimement adhérent , fans cependant
pénétrer dans leurs pores . J'en ai rapporté
plufieurs , & entr'autres deux d'une grandeur
affez confidérable . A la vue de cette
découverte , je me fuis perfuadé que le
principe pétrifiant , qui a roulé & qui roule
encore ( comme je le dirai à la fin de
cette lettre ) dans cette carriere , ne s'eft
attaché qu'aux corps , dont les pores ont
été propres pour le recevoir , & que les
coquillages étant compofés d'une matiere
ferrée , ce principe n'a pu que s'attacher
autour d'eux fans les pénétrer .
5 °. L'Anonyme de Peronne regarde
DECEMBRE. 1755 177
fans doute la cinquieme remarque , comme
une des plus importantes de toutes
celles qu'il a faites fur ma differtation ,
parce qu'elle femble venger l'honneur
d'un Almanach qu'il paroît vouloir défendre
envers & contre tous. En difant dans
mes obfervations que c'étoit en vain que
j'avois cherché de la fougere pétrifiée dans
la carriere , d'Albert , j'ai rapporté les raifons
pour lefquelles je n'en ai pas même
dû trouver. L'Anonyme de Peronne ne dit
pas qu'il y en ait trouvé , ce qu'il falloit
cependant avancer pour foutenir l'honneur
de l'Almanach d'Amiens : c'eſt un fait fur
lequel il devoit prononcer hardiment , fi
réellement il a été plus heureux que moi
dans cette recherche. Mais au lieu de
finir la difpute par une affirmation , il fe
retranche fur des raifons de convenance
qui ne prouvent que mieux la foibleffe de
fa caufe. Il m'accufe de ne pas avoir bien
vifité les marais d'Albert , parce que , ditil
, fi je l'avois fait avec attention , j'y aurois
trouvé des fougeres. La raifon qu'il en apporte
, c'eft qu'il y a des arbres ,
fol eft fablonneux. En vérité peut-on raifonner
de la forte ? Parce que dans la partie
fupérieure d'un marais il pourra fe
trouver du fable & de la fougere ( ce qui
cependant n'eſt pas ordinaire , puifque les
ق ب
que
le
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
marais font toujours des terreins fangeux)
doit-il s'enfuivre qu'il y en ait aufli dans
la partie baile de ces mêmes marais , furtout
fi on y fuppofe un ruiffeau rempli
d'eau ? La preuve tirée des arbres qui fe
trouvent dans les marais d'Albert , pour
appuyer la poffibilité de la fougere dans
la carriere de pétrifications , n'eft - elle pas
encore auffi rifible que contraire à l'expérience
? Ne voit- on pas tous les jours dans
les marais & autour des prés , de l'ofier ,
des faules , des peupliers , & d'autres arbres
qui fe plaifent dans les terreins humides
, fans que pour cela on trouve de
la fougere dans ces mêmes marais & dans
ces mêmes prés ? Ce feroit perdre le tems
inutilement que de s'arrêter davantage à
répondre férieufement à une pareille remarque.
Il fuffit de la réduire à fa jufte
valeur , en difant d'après l'Anonyme de
Peronne , que partout où il y a des arbres ,
il doit y avoir de la J fougere , pour en fentir
tout le faux & tout le ridicule.
Quelques magnifiques morceaux de pétrifications
que j'ai choifis dans le corps
de la carriere , furtout dans l'endroit où
l'on m'a affuré que les obfervateurs cités
dans l'almanach d'Amiens , & quelques
autres curieux , ont depuis vifité la carriere
, me convainquent de plus en plus
DECEMBRE. 1755. 179
que ce qu'ils ont pris pour de la fougere ,
n'eft que de l'argentine : la grandeur ,
l'arrangement & la forme des feuilles fautent
manifeftement aux yeux. Tous ceux
qui m'ont honoré de leur vifite depuis
mon retour d'Albert , ont reconnu cette
vérité . J'ai cependant trouvé un connoiffeur
, qui d'abord ne vouloit reconnoître ,
dans ces différens grouppes de pétrifications
, ni argentine , ni fougere , ni aucune
autre herbe pétrifiée. Il les regardoit
comme une pure ftalagmite fi connue dans
la lithologie , mais fes doutes fe font bientôt
diffipés , lorfque je lui ai fait remarquer
à la bafe de chaque morceau les trous
des fibres qui fe confervent vuides dans
toutes les plantes pétrifiées , ce qui les diftingue
de la pure ftalagmite. Enfin , Monfieur
, je me fuis encore appliqué de bonne
foi , pendant l'efpace de plufieurs heures ,
à chercher de la fougere pétrifiée , fans
avoir été plus heureux qu'à mon premier
voyage. Après un fcrupuleux examen fait
en préfence de plufieurs témoins refpectables
, puis-je ne pas refter dans mon in
crédulité fur la fougere pétrifiée , juſqu'à
ce que quelqu'un de ceux qui ont eu le
bonheur d'en trouver , me faffe la grace
de m'en montrer ? A ce prix je fuis prêt à
tout croire.
H vj
1So MERCURE DE FRANCE.
6º. La derniere remarque de l'Anonyme
de Peronne regarde la hauteur de la
calcade d'Albert. J'ai donné dans ma differtation
environ foixante pieds à cette magnifique
cafcade : C'eft fur cette meſure
que l'Anonyme s'écrie , qu'il faut fçavoir
exagérer pour lui donner cette hauteur , &
me confeille de retourner fur les lieux , la
toife à la main, pour donner des dimenfions
juftes. Comme il eft probable qu'il a fait
ce voyage , au lieu de cette exclamation
qui ne dit rien , il lui étoit facile , en donnant
la juſte mefure de la caſcade , de détromper
le public qu'il fuppofe que j'ai
abufe : car ou l'Anonyme a mefuré la cafcade,
ou il ne l'a pas mefurée. S'il s'eft contenté
de la toifer à vue d'oeil , comme il
avoue lui-même avoir mefuré les ponts qui
font fur la riviere d'Albert , il n'a pas droit
d'attaquer la meſure que j'ai donnée à cette
cafcade. Si au contraire il a mefuré
exactement la cafcade , il y a dû trouver
cinquante-fept pieds de hauteur perpendiculaire.
Il a donc compris qu'il manqueroit
l'occafion de me badiner , & de me
donner l'avis de retourner à Albert , s'il
affignoit la véritable mefure de la cafcade.
Malgré le peu d'exactitude vifible de l'Anonyme
de Peronne , j'ai fuivi fon confeil.
J'ai retourné fur les lieux , & dans la
1
DECEMBRE . 1755 181
crainte de m'être trompé la premiere fois
j'ai mefuré la caſcade : j'y ai trouvé cinquante-
fept pieds de hauteur perpendiculaire
du niveau du bord fupérieur au niveau
de l'eau d'enbas , & foixante- fept
pieds en fuivant la pente. Cette double.
mefure eft conforme à celle de M. de la
Combe ( 1 ) , qui a eu occafion de faire travailler
plufieurs fois à cette cafcade.
Jugez à préfent , Monfieur , de quel
côté eft l'erreur , & à qui doit s'appliquer
à plus jufte titre le reproche que l'Anonyme
de Peronne m'a adreffé au commencement
de fa lettre. Qu'il me foit permis de
rétorquer contre lui - même l'argument
qu'il m'a fi injuſtement adreffé. De quelque
façon qu'on enrichiſſe la République des Lettres
( ne fût - ce que par de petites remarques
) il faut être vrai ; & c'est ce qui manque
à un Auteur qui , animé de la feule
envie de contredire , donne au public des
obfervations dont les unes font abfolument
fauffes , & les autres auffi inutiles
que ridicules. En effet , quand bien même
celles de fes remarques qui paroiffent les
moins étrangeres à la caufe des pétrifications
, feroient vraies , que s'enfuivroit-il
contre le fyftême que j'ai établi , & fur la
(1 ) Prevôt Général de la Maréchauffée de Pi
cardic.
182 MERCURE DE FRANCE.
caufe & fur l'origine de ce phénomene naturel
? En fuppofant , par exemple , avec
l'Anonyme de Peronne , que la carriere
de pétrifications ne feroit qu'à vingt - deux
pieds de profondeur , & que la cafcade
n'auroit pas cinquante- fept pieds de hau
teur perpendiculaire , que conclure contre
mon fentiment ? Au contraire , n'est - il pas
vifible que moins la carriere auroit de
profondeur & la cafcade de hauteur , plus
mon opinion devient foutenable , puifque
dèflors le remuement des terres fur lefquelles
elle eft appuyée, a dû être moins confidérable
? Mais il falloit à l'Anonyme de
Peronne une connoiffance plus étendue de
la Phyfique pour fentir cette vérité.
Jufqu'à préfent mon fyftême refte donc,
Monfieur , dans fon entier. Ce n'eft pas
au reste que j'aie envie de le foutenir avec
cette opiniâtreté que le préjugé feul peut
donner , & que nouveau Pancrace , je fois
difpofé à le défendre ( 1 ) pugnis & calcibus ,
unguibus & roftro Non , Monfieur , mais
jufqu'à ce qu'on me donne des remarques
plus certaines & plus conféquentes que
celles de l'Anonyme de Peronne , je ne
crois pas devoir en changer. Au refte , fi
l'envie de contredire le prend dorénavant ,
(1 ) Le Mariage forcé.
DECEMBR E. 1755 183
il aura beau jeu ; je le laifferai parler ſeul .
Les ouvrages polémiques ne font agréables
qu'à ceux qui ne fçavent pas s'occuper plus
utilement . Il me fuffit d'avoir montré que
c'est à tort que l'Anonyme de Peronne
m'accufe de faux.
Je ne nierai pas cependant qu'outre
la découverte des coquillages incrultés , je
ne fois redevable à l'Anonyme d'une nouvelle
obſervation , puifque fans lui je neferois
pas retourné fur les lieux. Vers le
milieu de la carriere , fur la droite en allant
, je fentis , environ à la hauteur de
deux pieds & demi de terre , quelque cho
fe d'humide & de mol . Ayant approché
ma lumiere de cet endroit , j'y apperçus
une cavité , de laquelle j'ai retiré quelques
morceaux de rofeaux qui étoient encore
dans un état actuel de pétrification : Ces
morceaux reffembloient à une pâte trèsmolle
. Ceux que j'ai apportés à l'air , fe
font un peu affermis , mais pas affez cependant
pour être tranfportables . Ce qui
m'avoit paru mol & humide au bord de la
tranchée , n'étoit qu'un petit banc de glaife
, fur laquelle il y avoit encore un peu
d'eau qui couloit des morceaux de rofeaux
qui fe pétrifioient. Cette derniere décou
verte m'a confirmé dans l'opinion dans
laquelle j'étois déja , que le principe pé184
MERCURE DE FRANCE .
trifiant réfide encore actuellement dans
cette carriere : Ainfi , Monfieur , je penſe
que les morceaux de bois , de rofeaux , &
que d'autres corps dont les pores fe trouveront
analogues aux corpufcules pierreux
qui roulent dans ce fouterrein , pourront
réellement fe pétrifier , pourvu qu'on ait
foin de les mettre immédiatement au - deffus
de la glaife.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Amiens , ce 28 Août 1755.
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Résumé : Lettre de M. l'Abbé J*** à M. le Chevalier de B*** sur les pétrifications d'Albert.
L'Abbé J*** répond à des critiques formulées par un anonyme de Peronne concernant ses observations sur les pétrifications d'Albert. Il explique qu'il n'avait pas initialement l'intention de répliquer, mais il le fait à la demande du Chevalier de B***. L'Abbé conteste les accusations de faux et de trahison de la vérité, affirmant que le public judicieux saura lui rendre justice. L'Abbé examine les remarques de l'anonyme point par point. Premièrement, il corrige les erreurs de mesure de la profondeur de la carrière de pétrifications, expliquant que l'anonyme a confondu plusieurs carrières et n'a pas pris en compte la pente et les escaliers. Deuxièmement, il ignore les observations sur la hauteur des ponts et le cours de la rivière, car elles sont sans rapport avec ses observations. Troisièmement, il note que les différentes nuances des terres de pétrification ne contredisent pas ses observations. Quatrièmement, il clarifie qu'il n'a jamais affirmé que les coquillages trouvés dans la carrière étaient pétrifiés, mais qu'ils sont naturels. Cinquièmement, il réfute l'accusation de ne pas avoir bien visité les marais d'Albert pour y trouver de la fougère pétrifiée, jugeant la remarque ridicule et sans fondement. Le texte relate une discussion scientifique concernant des observations faites dans une carrière et une cascade à Albert. L'auteur affirme que ce qui a été pris pour de la fougère pétrifiée est en réalité de l'argentine, une conclusion soutenue par plusieurs visiteurs et un examen minutieux des feuilles. Un connaisseur a d'abord douté, mais ses doutes ont été dissipés par la présence de trous de fibres dans les pétrifications, distinguant ainsi l'argentine de la stalagmite. L'auteur mentionne également une controverse sur la hauteur de la cascade d'Albert. Il avait initialement mesuré environ soixante pieds, mais un anonyme de Peronne a contesté cette mesure. L'auteur a donc refait les mesures, trouvant cinquante-sept pieds de hauteur perpendiculaire et soixante-sept pieds en suivant la pente, confirmant ainsi ses précédentes observations. L'auteur rejette les critiques de l'anonyme, soulignant que ses remarques sont souvent fausses ou inutiles. Il note que, même si certaines observations de l'anonyme sont correctes, elles ne remettent pas en cause son système sur les pétrifications. Il mentionne également une découverte de roseliers en cours de pétrification, confirmant la présence d'un principe pétrifiant actif dans la carrière. L'auteur conclut en exprimant sa disponibilité à changer d'avis face à des remarques plus certaines et conséquentes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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141
p. 218
VERS Faits par M. l'Abbé de Lataignant, pour MADAME ; prononcés par Mademoiselle de Bethisy, de Meziere.
Début :
Madame, Dieux ! quelle est ma surprise extrême : [...]
Mots clefs :
Adélaïde
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texteReconnaissance textuelle : VERS Faits par M. l'Abbé de Lataignant, pour MADAME ; prononcés par Mademoiselle de Bethisy, de Meziere.
VERS
Faits par M. l'Abbé de Lataignant , pour
MADAME prononcés par Mademoiselle
de Bethify , de Meziere .
: 20
MADAME ,
Dieux ! quelle eft ma furpriſe extrême :
Que de grace ! que de beauté !
Et quel air de divinité !
Eft - ce donc à Flore elle-même
Que je viens offrir un bouquet ?
Tout dans un fi charmant objet
Etonne mon ame timide :
Mais fon regard plein de douceur ,
Anime & raffure mon coeur.
Cédons au tranfport qui me guide ,
Suivons une innocente ardeur ;
C'est l'adorable Adélaide.
Faits par M. l'Abbé de Lataignant , pour
MADAME prononcés par Mademoiselle
de Bethify , de Meziere .
: 20
MADAME ,
Dieux ! quelle eft ma furpriſe extrême :
Que de grace ! que de beauté !
Et quel air de divinité !
Eft - ce donc à Flore elle-même
Que je viens offrir un bouquet ?
Tout dans un fi charmant objet
Etonne mon ame timide :
Mais fon regard plein de douceur ,
Anime & raffure mon coeur.
Cédons au tranfport qui me guide ,
Suivons une innocente ardeur ;
C'est l'adorable Adélaide.
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142
p. 219
VERS Faits par M. l'Abbé de Lataignant, pour Monseigneur le Dauphin; prononcés par Mademoiselle d'Aguillon.
Début :
Monseigneur, L'illustre Mere des Ayeux, [...]
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texteReconnaissance textuelle : VERS Faits par M. l'Abbé de Lataignant, pour Monseigneur le Dauphin; prononcés par Mademoiselle d'Aguillon.
VERS
Faits par M. l'Abbé de Lataignant , pour
Monfeigneur le Dauphin ; prononcés par
Mademoiselle d'Aiguillon.
MONSEIGNEUR ,
L'Illuftre Mere des Ayeux ,
Dont vous fuivez fi bien l'exemple ,
Clotilde , qui du haut des Cieux ,
Et vous admire & vous contemple ,
A qui votre zele pieux
A fait dédier ce faint Temple ,
Me députe exprès en ces lieux
Pour vous exprimer par ma bouche
Combien cet hommage la touche ;
Et que pour répondre à vos voeux ,
Elle adopte avec complaisance
Get azyle de l'innocence
Bâti par vos foins généreux.
Cette augufte Reine de France
Efpere qu'avec bienveillance
Toujours vous nous protégerez ,
Et que vous nous honorerez
Quelquefois de votre préfence.
Faits par M. l'Abbé de Lataignant , pour
Monfeigneur le Dauphin ; prononcés par
Mademoiselle d'Aiguillon.
MONSEIGNEUR ,
L'Illuftre Mere des Ayeux ,
Dont vous fuivez fi bien l'exemple ,
Clotilde , qui du haut des Cieux ,
Et vous admire & vous contemple ,
A qui votre zele pieux
A fait dédier ce faint Temple ,
Me députe exprès en ces lieux
Pour vous exprimer par ma bouche
Combien cet hommage la touche ;
Et que pour répondre à vos voeux ,
Elle adopte avec complaisance
Get azyle de l'innocence
Bâti par vos foins généreux.
Cette augufte Reine de France
Efpere qu'avec bienveillance
Toujours vous nous protégerez ,
Et que vous nous honorerez
Quelquefois de votre préfence.
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Résumé : VERS Faits par M. l'Abbé de Lataignant, pour Monseigneur le Dauphin; prononcés par Mademoiselle d'Aguillon.
Mademoiselle d'Aiguillon adresse un poème à Monseigneur le Dauphin, évoquant Clotilde, une ancêtre admirative. Clotilde remercie pour le temple édifié par le Dauphin et se réjouit de l'asile d'innocence créé. Elle espère que le Dauphin continuera à les protéger et à les honorer.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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143
p. 220
VERS Faits par M. l'Abbé de Lataignant, pour Monseigneur le Dauphin, qui devoient être prononcés par Mlle de Guerchy.
Début :
Monseigneur, De simples Vierges consacrées [...]
Mots clefs :
Vers, Compliments
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texteReconnaissance textuelle : VERS Faits par M. l'Abbé de Lataignant, pour Monseigneur le Dauphin, qui devoient être prononcés par Mlle de Guerchy.
VERS
Faits par M. l'Abbé de Lataignant pour
Monseigneur le Dauphin , qui devoient
être prononcés par Mlle de Guerchy..
MONSEIGNEUR ,
DE fimples Vierges confacrées
A louer Dieu feul en tout temps ;
De ce faint devoir pénétrées
Ignorent l'art des complimens ;
Dans ce féjour de l'innocence ,
On ne connoit d'autre éloquence
Que ces tranfports refpectueux
De zele & de reconnoiffance
Que vous pouvez lire en nos yeux ,
Et qu'infpire votre préfence
Aux ames pures de ces lieux,
Le Fils du plus grand Roi du monde ;
Notre bienfaiteur , notre appui ,
Vient nous vifiter aujourd'hui :
Que les Clairons & les Trompettes
Annoncent partout fes hauts fairs.
Nos voix dans ces faintes retraites
Ne publiront que les bienfaits.
Faits par M. l'Abbé de Lataignant pour
Monseigneur le Dauphin , qui devoient
être prononcés par Mlle de Guerchy..
MONSEIGNEUR ,
DE fimples Vierges confacrées
A louer Dieu feul en tout temps ;
De ce faint devoir pénétrées
Ignorent l'art des complimens ;
Dans ce féjour de l'innocence ,
On ne connoit d'autre éloquence
Que ces tranfports refpectueux
De zele & de reconnoiffance
Que vous pouvez lire en nos yeux ,
Et qu'infpire votre préfence
Aux ames pures de ces lieux,
Le Fils du plus grand Roi du monde ;
Notre bienfaiteur , notre appui ,
Vient nous vifiter aujourd'hui :
Que les Clairons & les Trompettes
Annoncent partout fes hauts fairs.
Nos voix dans ces faintes retraites
Ne publiront que les bienfaits.
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Résumé : VERS Faits par M. l'Abbé de Lataignant, pour Monseigneur le Dauphin, qui devoient être prononcés par Mlle de Guerchy.
L'Abbé de Lataignant compose un poème pour Monseigneur le Dauphin, récité par Mlle de Guerchy. Les vierges consacrées expriment leur admiration et leur gratitude envers le Dauphin, fils du roi. Elles manifestent leur respect et célèbrent sa visite, promettant de proclamer ses bienfaits depuis leurs retraites saintes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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144
p. 35-67
SUITE sur M. de Fontenelle, par M. l'Abbé Trublet.
Début :
XII. LORSQUE dans les Mercures précédens, j'ai indiqué plusieurs morceaux de [...]
Mots clefs :
Fontenelle, Voltaire, M. Rousseau, Bernard de La Monnoye, Lettre, Abbé, Ouvrage, Prix, Poète, Homme, Oracles, Lettres, Musique, Remarques, Recueil, Opéra, Critique, Paroles, Journal, Esprit, Vérité, Magie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE sur M. de Fontenelle, par M. l'Abbé Trublet.
SUITE fur M. de Fontenelle ,• par
XII.
M.TAbbé Trublet.
LORSQUE
ORSQUE dans les Mercures précédens
, j'ai indiqué plufieurs morceaux de
M. de F. tant en profe qu'en vers , & tant
imprimés que manufcrits , qui ne fe trouvent
point dans la derniere édition de fes
Euvres , je ne les connoiffois pas encore
tous , & peut-être ne les connois- je pas
tous encore . Voici ceux qui font venus
depuis à ma connoiffance . Je commence
par les imprimés.
1º . J'ai parlé dans le premier volume
du Mercure d'Avril , page 76 , d'un Poëme
compofé par M. de F , pour le prix de l'Académie
Françoife en 1675 , par confé
quent lorfque l'Auteur n'avoit encore que
18 ans , & j'ai dit que le prix fut remporté
par M. de la Monnoye. Le fujet étoit : La
gloire des Armes & des Lettres fous Louis
XIV. On ne doute point que ce Poëme në
foit de M. de F , puifqu'il y mit fon nom ,
comme on peut le voir dans le Recueil de
l'Académie de ladite année .
Mais il n'eft pas moins fûr qu'il compo
fa encore , à la vérité en gardant l'anony
me , pour le prix de 1677. J'ai trouvé .
Bvj.
36 MERCURE DE FRANCE.
parmi fes papiers une copie de ce fecond
Poëme , apoftillée de fa main , & je me
fuis reffouvenu qu'il m'en avoit parlé.
Aufff l'a - t'on mis , avec plufieurs autres
pieces du même Auteur , dans le Recueil
périodique que j'ai indiqué premier volume
du Mercure d'Avril , p . 74 , & qui a
pour titre , Le petit Réfervoir , & c. Le fujer
de 1677 étoit , L'éducation de Monseigneur
le Dauphin. M. de F. fut encore vaincu par
M. de la Monnoye. ( 1 );
( 1 ) En 1714 , & ainfi au même âge de 20 ans
M. de Voltaire compofa pour le prix de l'Académie,
& fut vaincu par un homme bien inférieur
à M. de la Monnoye , par l'Abbé du Jarry, Le
Poëme couronné , au deffous du médiocre , du
côté de la poésie , étoit encore gâté par une méprife
qui fuppofoit dans le Poëte une ignorance
groffiere en matiere de phyfique & même de
fimple géographie. Un de fes vers commençoit
par Poles , glacés , brûlans , &c . Le Vainqueur fut
très-plaifanté dans le temps , furtout par le vaincu;
& comme de pareilles occafions de plaifanter
ne laiffent pas que d'être rares , M. de V. eft revenu
plufieurs fois à la charge. Cela n'a pas empêché
que le Poëme , imprimé d'abord avec fes
poles glacés & fes poles brûlans , dans le Recueil de
PAcadémie de 1714 , ne l'ait encore été de même:
dans celui de toutes les Pieces couronnées jufqu'en
1747. Cependant l'Abbé du Jarry avoit
Gorrigé fa méprife dès 1715 ; & dans le Recueil
qu'il donna alors de fes Poéfies , parmi lesquelles
Le trouve ſon Poëme , au lieu de poles , il mit ch
SEPTEMBRE. 1757: 37
Page 79 du même Mercure , j'ai indiqué
un autre Recueil contenant beaumats
. Ce dernier mot eft jufte ; mais l'autre étoit
plus poétique , parce qu'il eft moins commun ; &
voilà , fans doute , ce qui le fit préférer au Poëte.
Il feroit aifé de citer plufieurs autres exemples ,
à la vérité un peu moins forts , de la préférence
donnée par des Poëtes célebres fur le mot propre
& jufte , à un mot plus harmonieux , plus noble ,
moins ufité , & par- là , difent- ils , plus poétique ,
mais fouvent très -impropre , & fur cela voici une
petite anecdote affez plaifante.
Un jeune Poëte vint lire à feu M. Danchet des
vers , qu'il avoit faits fur la maîtreffe ; la piece
débutoit ainfi :
Maifon, qui renfermez l'objet de mon amour , &c.
Danchet interrompit le Lecteur avec vivacité.
Maiſon eft bas , lui dit-il , trop commun du moins ..
Il y en a tant d'autres à choisir . Mettez palais ,
beaux lieux , &c . Mais , repliqua le Poëte , c'est
une maison de force.
Pour revenir à l'Abbé du Jarry , dont je n'aurois
peut être jamais d'autre occafion de parler , fi
pourtant celle- ci en eft une , je dirai en paffant
que ce mauvais Poëte a fait quelques vers trèsheureux
; ceux- ci , par exemple , dans un Poëme
couronné par l'Académie en 1679. Le fujet étoit ::
Que la victoire a toujours rendu le Roi plus facile
à la paix. Après avoir dit que ceux des Princes
ligués contre S. M. que leur impuiffance avoit
prudemment engagés à fe foumettre , en avoient:
été épargnés , au lieu que ceux qui avoient cru
pouvoir lui réfifter , étoient tombés fous fes coups
38 MERCURE DE FRANCE .
coup de pieces de M. de F. & imprimé au
commencement de cette année , fous le
vengeurs , le Poëte ajoute cette comparaiſon à la
fois fi jufte & fi poétique :
Pareils à ces rofeaux qu'on voit baiſſant la tête ,
Réfifter par foibleffe aux coups de la tempête ,
Pendant quejusqu'aux cieux les cedres élevés ,
Satisfont par leur chûte aux vents qu'ils ont bravés.
Qu'on me permette de citer encore du même
Poëte deux autres beaux vers , mais d'un carac
tere différent . Ils fe trouvent dans une Epître ou
l'Auteur annonçoit à un ami qu'il alloit prendre
le parti d'une entiere retraite. Elle finit ainfi :
Caché dans ma retraite , & comme enfeveli ,
De quelques jours j'avance un éternel oubli.
L'Abbé du Jarry remporta encore le prix de
l'Académie en 1683 , ou du moins il le partagea
avec M. de la Monnoye . Les deux pieces ayant eu
un égal nombre de fuffrages , l'Académie fit frapper
deux Médailles , chacune valant moitié du
prix , & elles furent données aux deux Auteurs.
C'eft l'unique fois que ce partage eft arrivé .
L'Abbé du Jarry étoit Prédicateur , & il a fait
imprimer des Panégyriques & des Oraifons funebres
, qui , fans être du premier mérite , ont des
beautés , entr'autres l'Oraifon funebre de M. Fléchier.
N'eft il pas fingulier qu'un Orateur de profeffion
ait remporté des prix de Poésie , plutôt que
des prix d'Eloquence ? La même chofe eft arrivée
à M. l'Abbé Séguy , à Paris & à Toulouſe. Ce fait
dit bien des chofes , fi c'étoit ici le lieu de les
י
SEPTEMBRE. 1757. 39
titre de Porte-feuille , & c. On y trouve
(tom. 2 , p. 72 ) , après les deux Lettres de
Mademoiſelle de Launay & de M. de F.
dire , & pourroit être le fujet d'une bonne Differ
tation littéraire. Très - peu de Prédicateurs de réputation
ont remporté des prix d'Eloquence dans
les Académies. Je ne me rappelle même que le
P. Rainaud , de l'Oratoire (1 ) . Beaucoup de Poëtes
très-médiocres , pour ne pas dire davantage ,
ont remporté des prix de Poéfie . Je ne nommerai
que le Poëte Gacon . En général , la profe des
Recueils académiques eft fupérieure aux vers
qu'on y trouve , & la raiſon n'en eft pas feulement
que les vers font plus difficiles que la profe , &
que néanmoins le Lecteur y eft plus difficile auffi ;
c'eft encore parce que les meilleurs efprits font
plutôt profateurs que Poëtes. Cette propofition
paroîtra peut- être un paradoxe , même à de bons
efprits , & paroîtra certainement un blafphême à
la plupart des Poëtes. Je me flatte pourtant que
les plus eftimables feront de mon avis dans le
fonds de leur coeur , du moins ceux qui écrivent
auffi -bien en profe qu'en vers , & , par exemple ,
M. de Voltaire . J'ai toujours penfé , & en le penfant
j'ai cru lui faire honneur , qu'il n'étoit pas
auffi éloigné de l'opinion de M. de la Motte fur
les vers , qu'il l'a paru dans ce qu'il a écrit pour
la combattre , ou que du moins il s'en eft fort
rapproché depuis. Quant à M. de F , il feroit
fuperflu de dire qu'il en étoit abfolument , quoique
, comme M. de la Motte , il aimât auffi beaucoup
les vers , & peut- être même plus que la
poésie.
(1) Il eft forti cette année de cette Congrégation
40 MERCURE DE FRANCE .
fur l'aventure de Mlle Tétar , & avant
une Réponſe de M. de F. à une Lettre de
M. de Voltaire , écrite de Sully ( 1 ) , on y
trouve , dis je , mais fans nom d'Auteur ,
un Poëme fur Le foin que le Roi prend de
( 1 ) M. de V. a fait imprimer fa Lettre & une
partie de la Réponse de M. de F. dans plufieurs
éditions de fes OEuvres . Dans la derniere , où elle
eft en entier ( t. 2 , p. 238 ) , à un vers près , mais
le meilleur de la piece , il a ajouté cette note :
« Cette Réponse de M. de Fontenelle eft très-
» mauvaiſe ; il en fit une autre adreffée à Mada-
» me la Maréchale de Villars , qui vaut beaucoup
» mieux , & dans laquelle eft ce vers : Il faut des
» hochets pour tout âge. Mais nous n'avons pu
retrouver cette piece. »
On ne comprend rien à cette note.
r°. Le vers n'eft pas cité exactement
de V , & M. de F. avoit dit :
Il eft des hochets pour tout âge.
2º. Ce vers étoit après ceux- ci :
J'avouerai bien , & j'en enrage ,
Que le fçavoir & la raison
Ne font auffi qu'un badinage ,
Mais badinage de Grifon ;
Il eft des hochets pour tout âge.
par M..
3. On ne connoit point la Réponſe adreffée
à Madame la Maréchale de Villars.
4º. Celle à M. de V , la feule qui exiſte , eft
wès- défigurée dans l'édition de Geneve „ 1756,
SEPTEMBRE . 1757. 41
l'éducation de la Nobleffe dans fes Places &
dans S. Cyr. C'est le fujet que donna l'Académie
Françoiſe en 1687. Si je connoiffois
l'Editeur de ce Recueil , je lui demanderois
s'il croit ce Poëme de M. de F , &
fur quelles preuves il le croit ; car M. de
F. ne m'en a jamais rien dit. Quoi qu'il en
foit , l'Ouvrage ne me paroît pas indigne
de lui , & j'y trouve affez fa maniere. Cependant
le prix fut donné à une Ode de
Mlle Deshoulieres , fille de la célebre Dame
de ce nom. Comme celle - ci ne mourut
qu'en 1694 , & âgée feulement de 56 ans ;
elle cut peut- être grande part , du moins
par fes confeils , à la Piece couronnée , fi
même elle n'en eft pas l'unique & véritable
Auteur. L'Ode me paroît pourtant inférieure
au Poëme, & je doute que l'Académie de
1757 jugeât comme celle de 1687. Mais
peut-être que l'infériorité de l'Ode fut
excufée , ou même moins fentie , parce
que l'Auteur y déclaroit fon fexe , & qu'on
fçut qu'il ne trompoit point .
Dans un fuperbe enclos , où la fageffe habite ,
Où l'on fuit des vertus les fentiers épineux ,
D'un âge plein d'erreurs mon foible fexe évite
Les égaremens dangereux.
D'ailleurs, il ne faut qu'un très- mauvais
vers pour faire manquer le prix à une pie
142 MERCURE DE FRANCE.
ce meilleure , à tout prendre , que celle
-qu'on lui prefere . Or il y en a un trèsmauvais
dans le Poëme. L'Auteur parlant
des Compagnies de Cadets créées en 1682 ,
dit :
Tous ces jeunes Guerriers inftruits de ce qu'ils
doivent
Au bras qui les foutient , au fecours qu'ils reçoi
vent ;
Fiers de porter le nom d'éleves d'un Héros ,
Brûlent de quitter l'ombre & le fein du repos.
De fes nobles leçons qu'il leur demande compte,
Que fa justice excite une vengeance prompte ,
Ils partent , &c.
Voilà , je le répete , un bien mauvais
vers , & on fçait d'autant moins ce que
fignifie excite , qu'il paroît d'abord' fignifier
quelque chofe. Quelqu'un de mes Lecteur
dit fans doute que ce n'eft là qu'une
faute d'impreffion , une faute auffi aiſée à
corriger qu'à appercevoir , & qu'il faut
lire exige au lieu d'excite. Je le penfe auffi .
Cependant cette faute fe trouve , & dans
le Recueil de l'Académie , & dans le Portefeuille
, &c. N'étoit - elle donc point dans
le manufcrit même fur lequel la piece fut
jugée , & ainfi une faute , non du Poëte
fans doute , mais de fon Copifte , plutôt
que de l'Imprimeur
SEPTEMBRE . 1757. 43
Si ce Poëte eft M. de F , & qu'il eût
été couronné , il eût obtenu en 1687 la
double couronne des vers & de la profe ;
car il remporta le prix d'Eloquence par
fon Difcoursfur la patience. C'eft peut- être
une raifon de lui attribuer le Poëme. M.
de F. penfoit dès-lors à fe préfenter pour
l'Académie , & s'y préfenta en effet l'année
fuivante , quoique , comme on le fçait , il
n'ait été élu qu'en 1691. Or deux prix en
deux genres , remportés dans la même année
, auroient ajouté un titre à tous ceux
qu'il avoit déja ; & ce nouveau titre ,
quoique le plus foible , pouvoit bien paroître
le plus fort .
Je demande pardon d'un détail auffi
minutieux ; mais il intéreffe peut - être M.
de F.
2º. Lettre en réponſe à une autre , qui
contenoit une difficulté contre un endroit
de la pluralité des Mondes. J'ai les deux
Lettres.
3. Eclairciffemens fur la premiere partie
de l'extrait que les Auteurs du Journal
Littéraire avoient donné des Elémens de la
géométrie de l'Infini. Ces Eclairciffemens
font dans le tome 16 de ce Journal.
On voit par ces deux écrits , & par un
troifieme dont je parlerai plus bas , que
M. de F. n'étoit pas auffi décidé qu'on l'a
44 MERCURE DE FRANCE.
dit , à ne répondre à aucune critique ; il
auroit eu tort de l'être. Il l'étoit néanmoins
à l'égard des critiques d'ouvrages
de pur agrément. Quoique dans ce dernier
cas , une réponſe puiffe être fort
agréable , utile même par les principes de
goût qu'on y aura répandus , elle eft ordinairement
fuperflue ou inutile à l'ouvrage
critiqué. S'il eft bon , la critique ne lui a
pas fait grand mal , ou ne lui a fait qu'un
mal paffager. S'il eft mauvais ou médiocre
, une réponse à une critique qui l'a
prouvé tel , ne lui fera aucun bien. D'ail
leurs , les critiques de cette efpece d'ouvrages
ne font fouvent que des plaifanteries
, des railleries , & l'on n'y pourroit
guere répondre que par d'autres. Mais celles-
ci , fuffent -elles meilleures , & couvriffent-
elles l'agreffeur du ridicule qu'il a
voulu donner , il y auroit encore plus à
perdre qu'à gagner pour le fage. ( 1 )
( 1 ) Voir la Lettre à M. L. M. D. S. A. à la tête
du Jugement de Pluton fur les Dialogues des Morts.
Ce Jugement eft une véritable critique de ces
Dialogues , & M. de F. ne le donna point fous
fon nom . La Lettre que je cite eft fignée D. H.
J'ignore fi les lettres initiales de l'adreffe , indiquent
un nom & un homme réels . S'il s'agiffoit
d'un Ouvrage très - poftérieur au Jugement de
Pluton ( il parut en 1684 ) , je ne balancerois pas
à croire que la lettre qui le précede eft adreffée
SEPTEMBRE. 1757. $
>
45
Quant aux critiques d'ouvrages
de
fcience , il eft fouvent utile & même né- >
ceffaire d'y répondre
, lorfqu'on
eft en
état de le bien faire ; & on le doit à la vérité
, furtout fi c'eft une vérité importante
, autant qu'à fa propre réputation . Si
M. de F. ne repliqua point au P. Baltus
on en devine aifément les raifons . Feu M.
du Marfais avoit repliqué pour M. de F ,
non feulement fans y être invité
lui
, par
mais encore malgré lui . Le P. le Tellier empêcha
que fon livre ne fût imprimé . M. de
F. m'a conté que lifant la Réponse du P.
Baltus ( c'eft le titre de l'ouvrage
) , trouvant
à chaque page qu'une replique feroit
très-aifée , & l'envie de la faire devenant
de moment en moment plus forte ,
il avoit fermé le livre de peur de fuccomber
à la tentation , & pris la réfolution
de n'en pas achever la lecture. Il m'a
affuré qu'il l'avoit tenue , & qu'il n'avoit
jamais lu l'ouvrage en entier . En cette
matiere , comme en quelques
autres , la
fuite eft fouvent pour les plus forts l'unique
moyen de vaincre . ( 1 )
à M. le Marquis de Saint- Aulaire , fi lié depuis
avec M. de F. mais je doute qu'il le fût déjà en
1684 , puifque M. de F. ne s'étoit pas encore fixé
à Paris.
(1 ) Voici ce que M. de F. écrivit là deffus lo
46 MERCURE DE FRANCE.
Il y a plus encore , M. de F. n'avoit aucun
empreſſement pour lire ce qu'on écri-
3 Août 1707 au célebre M. le Clerc , qui dans la
Bibliotheque choisie ( t . 13 , 1707 ) avoit pris la
défenſe de l'Hiftoire des Oracles contre la Réponse
du P: Baltus.
€ « Je ne répondrai point au Jéfuite de Stras-
» bourg , quoique je ne croye pas l'entrepriſe im-
» poffible ; mais l'Hiftoire de l'Académie des Scien-
» ces me donne trop d'occupation , & tourne
>> toutes mes études fur des matieres trop diffé-
-rentes de celles - là . Ce feroit plutôt à M. Van-
» Dale à répondre qu'à moi ; je ne fuis que fon
» interprete , & il eft mon garant. Enfin je n'ai
» point du tout l'humeur polémique , & toutes les
querelles me déplaifent . J'aime mieux que le
» Diable ait été Prophete , puifque le P. Jéfuite
» le veut , & qu'il croit cela plus orthodoxe. ر د<<
Je ne crois pas que cette Lettre ait été imprimée.
Je la tiens de M. Boullier , qui l'a tirée de la
Bibliotheque des Remontrans à Amſterdam. Il
croit qu'on y en conferve encore quelques autres
de la même main ; je les lui ai demandées.
a pour
L'article de la Bibliotheque choisie auquel a
rapport la Lettre de M. de F. à M. le Clerc ,
titre : Remarques fur le démêlé qui eft entre M. de
Fontenelle , Auteur de l'Histoire des Oracles , &
le P. Baltus , Jéſuite , Auteur de la Réponse à
cette Hiftoire , &c. le Journaliſte donne ces remarques
comme l'ouvrage d'un autre ; je les crois de
lui- même , & on le foupçonneroit à la maniere
feule dont il en parle en les annonçant. Dailleurs,
fes autres Ouvrages y font cités plufieurs fois . Enfin ,
la plupart de ces Remarques font très- bonnes & trèsjudicieuſes.
Cet Auteur , quel qu'il foit, dit dès le
SEPTEMBRE . 1757. 47
voit contre lui ; il ne le lifoit que lorfque
le hazard le faifoit tomber entre fes mains,
α
commencement de fon écrit , « qu'ily a pu avoir des
>>- oracles véritablement rendus par desDémons, ou
» par des Intelligences qui font au deffus de la na-
» ture humaine , quoiqu'il ne doute point que des
>> hommes n'aient fouvent été les auteurs des ré-
» ponfes qu'on attribuoit à ces Intelligences . » Il en
conclur que M. de F. & le Pere B. font allés, chacun »
de fon côté, un peu trop loin. Mais quand il vient
au détail , il eft prefque toujours pour M. de F ,
& le défend prefque furtout contre le Pere B.
De plus , il ne parle jamais du premier qu'avec
beaucoup d'eftime , & peut- être ne ménage-t'il
affez le fecond . Mais M. le Clerc étoit Protef
tant. D'ailleurs le Pere B. avoit auffi trop peu
ménagé M. de F, & l'Auteur des Remarques l'en
blâme en plus d'un endroit . Je n'en citerai qu'un.
pas
* «
« Notre Auteur , dit celui des Remarques , qui
Ds'adreffe perpétuellement à M. de F , comme s'il
Dle fermonoit , & qui lui parle avec beaucoup
» d'autorité , gliffe en divers endroits des fuppofitions
, comme fi c'étoient des vérités claires
>>& fe met à le cenfurer avec gravité , comme fi
» le ton dont on dit les chofes , fervoit à les rendre
démonftratives . Je crois que M. de F. s'en
plaindra , au moins à fes amis , s'il ne le fait
» publiquement. Cet habile homme , &c . »
Cette louange d'habile hømme revient plus d'une
fois. Mais en voici une qui caractériſe encore plus
précisément M. de F. Le Pere B. ayant avancé qu'il
ne voyoit pas ce que l'Auteur de l'Hiftoire des Oracles
pourroit répondre à &c . celui des Remarques ,
dit : Je m'imagine qu'un homme d'un efprit auffi
v pénétrant & auffi éclairé que lui , ne manquera
a
110.
48 MERCURE DE FRANCE.
& ce hazard étoit affez rare . Traité avec
beaucoup d'égards dans les fociétés qu'il
» pas de replique , s'il veut fe donner la peine d'en
» chercher. Mais je répondrai pour lui , en atten :
» tendant , que , &c. »
Dans les nouvelles de la République des Lettres,
Mai 1687 , article premier , on trouve une Lettre
de M. Van- Dale à un de fes amis au fujet de
'Hiftoire des Oracles. En voici le début :"
« J'ai lu avec bien du plaifir l'Hiftoire des Ora-h
» cles faite par unAuteur François, où je fuis copié :
» fidélement. J'approuve la liberté qu'il s'eft don
» née de tourner ce que j'avois avancé dans mes
» deux Differtations fur ce fujet , au génie de fai
» Nation.
>> Celui de nos peuples eft un peu différent : ils
» fe défient furieufement du tour de l'efprit & dès
» graces du langage , & ne fe fatiguent point , en
» matiere de faits conteftés , du nombre des preu-
» ves , pourvu qu'elles foient folides & finceres.<
» Je fuis fort fatisfait que l'ingénieux Auteur des
» Dialogues des Morts ait jugé les miennes de cette
» nature , & qu'il ait eu la bonté de les appuyer
» de beaucoup des fiennes , qui font convain-
>> cantes & judicieuſes. Il eft vrai qu'il change
» & renverſe terriblement toute l'économie de
» mon Ouvrage , dont il témoigne dans la préface
avoir eu d'abord le deffein de fe rendre feule
» ment le Traducteur . »
Deftruit , adificat , mutat quadrata rotundis.
» Mais loin de le trouver mauvais , je le loue
» d'avoir facilité la connoiffance de cette impor-
» tante queſtion aux honnêtes gens de l'un & de
fréquentoit 2
SEPTEMBRE . 1757. 49
fréquentoit , égards qu'il s'attiroit autant
par ceux qu'il avoit lui -même , que par fa
>> l'autre fexe de fon pays , & j'avoue qu'il a eu
» raifon de les décharger de la peine de lire quan-
» tité de citations ennuyeuſes. Mais ce fçavant &
» galant homme me pardonnera fi je dis qu'il a
» oublié des chofes importantes , & qui pouvoient
» être plus décifives & moins ennuyeufes que
» d'autres , dont il a fait emploi dans fon Ouvra-
» ge. C'eft peut - être un malheur pour la cauſe
» qu'il foutient avec moi , qu'il ne foit pas dans
» un pays de liberté car je ne puis imputer à
>> une autre raiſon le filence qu'il a gardé , où les
» déguifemens qui femblent l'avoir commandé
» faits de conféquence. »>
M. Van-Dale explique enfuite en quoi confiftent
ce filence & ces déguisemens . « M. de F , dit-
» il , paffe l'éponge fur ce que j'avois écrit des
livres Sybillins.... Il n'a point voulu toucher
» à la vifite que Saül , troublé d'eſprit , rendit
» la prétendue Magicienne d'Endor . Ces deux
» faits de fi grand éclat où la fourberie une fois
» bien prouvée , porte un fi grand coup à toutes
» les autres que nous combattons , méritoient- ils
» d'être enfèvelis dans un fi profond filence par
» notre Auteur ? >>
M. Van-Dale examine de nouveau ces deux
faits , principalement le dernier.
Il dit plus bas : « Je fuis bien loin de mon
>> compte , fi notre Auteur a parlé fincérement
» lorsqu'il a dit dans fa Préface: Je déclare que fous
» le nom d'Oracles , je ne prétens point comprendre
» la magie , dont il eft indubitable que le Démon
» fe mêle. . . . En vérité cet habile homme a trop
» de lumieres pour ne pas voir que l'un n'eft pas
C
go MERCURE DE FRANCE.
grande réputation & la confidération dont
il jouiffoit , on n'alloit guere lui dire ,
» mieux fondé que l'autre. » C'eft- à- dire , la
magie que les Oracles.
Il cite enfuite plufieurs paffages des Anciens ,
par lefquels on voit qu'ils regardoient la magie
comme une fourberie. Il cite entr'autres Ciceron
& Pline.
« Après cela , continue M. Van-Dale , com-
» ment notre Auteur qui les avoit lus fans doute ,
» a-t'il écrit fi hardiment que les habiles Payens
» regardoient la magie d'un autre ceil que les
>> Oracles » ;
M. Van-Dale ne comprend pas que M. de F,
ait voulu prouver par l'autorité des Poëtes , furtout
de Lucain , que la magie s'exerçoit par
l'intervention du Diable . « Où en fera- t'on , dit-
>> il , fi l'on croit de bonne foi Virgile , lorfqu'il
» dit ( Eglogue 8 ) que les vers ou les charmes font
» defcendre la Lune des Cieux ? &c, »
Enfin M. Van-Dale dit nettement que fi on
laiffe la magie aux Démons , on ne peut pas leur
ôter les Oracles.
Mais fi le témoignage des Poëtes & des beaux
efprits n'eft d'aucun poids , lorfqu'ils paroiffent
croire aux Magiciens , aux Devins , & c. il n'en
eft pas de même , felon M. Van- Dale , lorfqu'ils
s'en moquent & de ceux qui y croient , furtout
s'ils le font publiquement , & avec la permiffion
du Magiftrat ; car il réfulte de- là non feulement
que l'opinion immolée à la rifée publique , n'eſt
qu'une fottife populaire ; mais encore que ceux
qui ont l'autorité en main , ont penſé qu'il étoit
utile d'en défabufer le peuple , quoiqu'il ne le fût
peut-être pas de lui ôter tous fes préjugés,
SEPTEMBRE. 1757 .
sr
quoiqu'on l'eût pu fans lui faire beaucoup
de peine , qu'il couroit une Epigramme
contre lui ; qu'il étoit malignement attaqué
dans une brochure , &c . & de fon côté
il ne faifoit guere de queftions relatives à
lui-même & à fes écrits. Il n'avoit point
cette curiofité , fi vive dans la plupart des
Auteurs , de fçavoir le mal qu'on dit de
M. Van-Dale cite donc avec complaifance le
Livre intitulé , le Comte de Gabalis & la Comédie
de la Devinereffe. « Je ne compte pas pour rien ,
» dit-il , ce qui a été joué publiquement , à Paris
» même , dans cette Comédie ; car j'y trouve une
» partie des fecrets de ces fourbes , affez agréa
» blement découverts. »
On fçait que le fçavant Pere Thomaffin ( & M.
de F. n'a pas manqué de le citer ) avoit déclaré en
termes formels dans la Méthode d'étudier & d'enfeigner
chrétiennement les Poetes : « Que les Ora-
» cles n'étoient que des impoftures où les hom-
» mes fe trompoient les uns les autres par des
» paroles obfcures & à double fens. »
Le Journal des Sçavans donna en 1707 un extrait
fort étendu du Livre du Pere Baltus. « On a laiffé
» jouir M. de F. pendant 20 ans, dit le Journaliſte ,
», de toute la gloire qu'il pouvoit recueillir d'un
>> Ouvrage où il occupoit agréablement le Pu-
» blic , fans prétendre le moins du monde inté
» reffer le Chriftianifme. Quel Ecrivain , après
» une fi longue poffeffion , ne croiroit fon fenti
» ment à couvert de la cenfure ? Voici pourtant
» un Adverfaire qui vient d'entrer en lice contre
» M. de F , au fujet des Oracles. Il traite l'affaire
» fur un ton fort férieux , &c . »
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
leurs Ouvrages ( car ils fçavent bien qu'on
en dit toujours ) , de le fçavoir exactement
& dans le plus grand détail , & furtout de
connoître ceux qui le difent. Auffi ignoroit-
il jufqu'à l'exiftence de plufieurs de
ces Epigrammes & de ces brochures ; & il
l'a quelquefois dit , mais fimplement & fans
malice, à leurs Auteurs mêmes, qui perfuadés
qu'il ne pouvoit ignorerqu'ils avoient
écrit contre lui , venoient lui en marquer
leur repentir vrai ou faux. J'en connois
un entr'autres qui fut très - fâché d'avoir été
apprendre à M. de F. ce qu'il n'auroit jamais
fçu fans lui , & bien plus piqué encore
qu'il ne le fçût pas.
4°. Deux lettres fur le Tutoiement parmi
celles de M. Vernet fur le même fujet.
en 1752. Ce recueil eft très connu , &
mérite de l'être . Il s'agiffoit de fçavoir
fi dans les traductions Françoifes de la bible
, il faut conferver le tutoiement de l'original
. M. de F. eſt pour l'affirmative , &
ainfi de l'avis de M. Vernet qui l'avoit confulté
( 1 ) . Comme les lettres de M. Vernet ,
imprimées à la Haye , ne font pas entre
les mains de tout le monde , je citerai un
morceau d'une de celles de M. de F.
(1 ) Bayle penfoit autrement. Voyez parmi fes
Lettres la 80 & la fuivante,
SEPTEMBRE . 1757. 53
و د
و ر
"Notre Vous étant undéfaut des Lan-
>> gues modernes , il ne faut point cho-
" quer la nature en général , & l'efprit de
l'ouvrage en particulier , pour fuivre ce
» défaut. Je crois que ces remarques au-
» roient lieu à l'égard de tout livre facré
» d'une Religion quelconque , comme l'Al-
» coran , les livres Religieux des Guebres ,
» &c. Comme la nature de ces livres , eft
» de devoir être refpectés , il fera toujours
bon de leur faire garder le caractere
original , & de ne leur jamais donner
des tours d'expreffion populaire. L'exemple
de nos traducteurs qui ont affecté
» le beau langage , ne doit pas plus être
fuivi que celui du Prédicateur du Specta-
» teur Anglois , qui difoit , que , s'il ne
craignoit pas de manquer à la politeffe, &
» aux égards qu'il devoit avoir pour fes
» Auditeurs , il prendroit la liberté de
» leur dire que leurs déportemens les méneroient
tout droit en enfer.
ور
ور
"
و د
و د
s
"
"3 "
M. de Montesquieu , confulté auffi par
M. Vernet , avoit répondu comme M. de
F , & s'étoit déclaré pour le Tutoiement.
Cet avis fut attaqué par des Proteftans même
, quoiqu'ils duffent plutôt en être que
des Catholiques , entr'autres par l'Auteur
de l'écrit intitulé , Remarques fur une dif
fertation qui traite de l'ufage du toi & du
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
vous dans une verfion de la bible . Cet écrit
très bien fait , eft daré de Geneve , premier
Juin 1752 , & fe trouve dans la Bibliotheque
impartiale ( 1 ) , même année , tome
fix , troifieme partie , page 307. L'Auteur
des Remarques n'avoit garde de ne pas
répondre à deux fuffrages d'auffi grand
poids que ceux de MM. de M. & de F. Le
premier ne l'embarraffe guere. L'Auteur des
Lettres Perfannes , dit-il , avec son goût
oriental , ne pouvoit manquer d'être pour le
toi.
M. de F. l'embarraffe davantage , & il
ne l'expédie pas ainfi en un mot. Je rapporterai
néanmoins le paffage en entier ,
quoi qu'un peu long , parce que M. de F.
y eft affez bien caractériſé ; j'ajoute , parce
qu'il y eft juſtement critiqué. J'ai déja
donné plus d'une preuve de fincérité fur
fon compte. Voici donc le paffage.
"
« Le fuffrage de M. de F. n'eft pas fi aifé
à expliquer. S'il avoit
paru s'échauffer
pour les anciens " on pourroit
croire
qu'il regarde
leur toi comme
quelque
chofe de facré qu'il falloit conferver
,
(1 ) C'est le titre d'un Journal imprimé en Hol-
Lande , & ainfi peu répandu en France. M. Formey
, Secretaire de l'Académie de Pruffe , étoit
d'abord feul à le faire . Il y travaille encore aujour
d'hui , mais il aplufi curs affociés,
;
SEPTEMBRE . 1757. 55
23
furtout dans nos verfions de la bible :
» mais dans la fameufe difpute des An-
» ciens & des Modernes , il ne parut point
» un admirateur outré de tout ce qui nous
» vient de l'antiquité. Je crois donc que fa
réponſe a été dictée par la politeffe ; elle
n'eft pas même fi décifive qu'on voudroit
» nous le perfuader. Celui qui l'avoit
» confulté , l'avoit averti , en lui propo-
» fant la queftion , que nous voulions gar-
» der le Tutoiement , foit quand Dieu parle
» à l'homme, foit quand l'homme s'adreſſe
» à Dieu. Qu'a donc fait M. de F ? Il a ex-
» cufé le vous des Catholiques , & approuvé
également notre Toi ; mais il
conclut que le mieux , feroit de s'en te-
» nir uniformément , ou à l'un ou à l'au-
»tre. On en a inféré que pour des gens
» réfolus à retenir le Tutoiement dans une
partie de la verfion , comme en parlant
, à Dieu , on doit le retenir partout , pour
» éviter la bigarrure .
D
"
"
» Il paroît dans cette réponſe de M. de
» F. qu'il a analiſé la queſtion en vrai Phi
» lofophe ; mais on n'y trouve pas tout-à-
» fait le bon critique. En voici un exemple.
Dans une traduction de l'Ecriture
» Sainte , dit-il , Dien ne dira jamais nous
» au lieu de je : il est trop effentiellement un
»feul ; c'est là ſa ſuprême élévation. Com-
23
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
" ment M. de F. veut- il donc qu'on tra-
» duife , faisons l'homme à notre image ? Et à
» l'occafion de la tour de Babel ; defcendons
» & confondons leur langage ( 1 ) . Mais s'il
ne s'eft pas bien fouvenu de fa Geneſe , en
écrivant fa réponſe , il paroît , comme je
l'ai déja remarqué , qu'il n'a pas oublié
»fa politeffe ordinaire.
»
»
30
و د
» Un homme d'efprit me difoit à l'occafion
de cette lettre , qu'on devoit faire
peu de fonds fur ces fuffrages mendiés ;
" que quand il lui importeroit d'en avoir
» des pays étrangers , il fe faifoit fort d'en
» être toujours bien pouryu ; que tout dépend
de la maniere de propofer le fenti-
» ment qu'on veut faire approuver . Dès
qu'on paroît s'y intéreffer beaucoup , le
fçavant que vous confultez , pour peu
» qu'il fçache vivre , fe gardera bien de
» vous contredire .
و ر
ود
ور
"
»
» Il s'agiroit donc de fçavoir fi on a confulté
M. de F. avec beaucoup de fang
» froid , ou fi on lui aura paru s'affection-
» ner beaucoup pour le Toi . C'eft fur quoi
» nous n'avons que des conjectures. Mais
» à en juger par les écrits que nous avons
» vus , l'Auteur s'étoit fort échauffé fur
» fon fujet. »
- ( 1 ) Gen. I , 26. XI , 7.
SEPTEMBRE. 1757. 57
5. Traductions en profe de plufieurs Cantates
& airs Italiens . Elles furent faites
pour le concert Italien qui fe tenoit en
1724 , chez M. Crozat , le cadet , & qui
fe tint depuis dans une falle du château des
Thuilleries. J'étois le bel efprit de ce concert,
difoit quelquefois , M. de F. Comme il
ne fut tiré que peu d'exemplaires du livre
qui contenoit ces traductions avec l'Italien
a côté; qu'il ne fut donné qu'aux afſociés ,
& qu'ainfi il eſt aujourd'hui très - rare , j'en
mettrai ici l'avertiffement qui eft trèscourt.
و د
« Ces Ariettes Italiennes ayant été déta-
" chées d'un grand nombre de différens
» opera , il faut fuppofer qu'elles avoient
" aux fujets & aux fituations des pieces ,
» un rapport qu'on ne découvre plus dans
» la plupart qu'affez imparfaitement.
"
" On n'a traduit ces paroles que pour
" faire mieux goûter les airs qui les expriment
, fouvent attachés aux mots ; &
» par cette raifon , on a rendu la tradue-
» tion la plus littérale qu'il fût poffible ,
quoiqu'elle puiffe en cet état n'être pas
>> affez avantageufe aux Poëtes.
"
Mais on fçait que le génie des deux
» langues , l'Italienne & la Françoiſe ,
» eft très différent , & que furtout en
matiere d'amour & de galanterie , dont
·
C v
58 MERCURE DE FRANCE.
il est principalement queſtion ici , leur
ftyle ne reffemble prefque point. »
"
En voici bien la preuve dans l'Ariette
fuivante :
Col raggio placido della speranza
Lamia cofianza
Lufinghi in me :
Cofi queft'anima di più non chiede ,
Che la fua fede ,
La fua mercè.
Tu flantes ma conftance de quelque doux
rayon d'espoir. Je ne demande rien de plus
pour récompenfe que ma fidelité même .
Ce n'est pas feulement en matiere d'amour
& de galanterie , que le génie des
deux langues ou plutôt des deux Nations
, eft différent ; c'eft en toute matiere.
Voici , par exemple , ce que dit
un Pere , qui après avoir perdu un fils
qui lui étoit très cher , avoit encore
éprouvé les plus cruels malheurs.
-
Vieni , o morte ; il fine è giunto
Del mortal mio grave efiglio ;
Non tardar , ch'è tempo omai.
Se nonfirfe , cifù in quel punto
Che uccidefti il caro figlio ;
Che d'aller non viſſi mai.
SEPTEMBRE. 1757. 59
Viens , ô mort , viens finir pour moi le
trifte exil de cette vie mortelle , ne differe pas ,
il est temps. Si ce n'eft que ce temps arriva
lorfque tu m'enlevas mon cherfils , je n'ai pas
vécu depuis ce moment.
Voici d'autres paroles qui feroient affez
françoifes , fi nous aimions autant les
comparaifons dans nos opera , que les Italiens
les aiment dans les leurs
, parce
qu'elles donnent lieu au muficien de peindre
& de briller.
Bramofo cacciatore
Seguendo và
La preda fugitiva ș
Alfin l'arriva ,
E ottien quel che bramò :
Ma quando fiegue un core
Crudel beltà ,
Ha innanzi ognor l'aspetto
Del caro oggetto ,
Ed ottener non può.
Un Chaffeur ardent pourfuit fa proie fugitive
; enfin il la joint , & obtient ce qu'il a
defiré mais quand on pourſuit une beauté
cruelle , on a à toute heure devant les yeux le
bien que
l'on defire avec ardeur , & on ne
Peut l'obtenir
.
Les Italiens préferent les images fortes
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
& terribles à celles qui font douces & gracieuſes.
C'est qu'ils aiment ce qu'ils appellent
Strepitofa mufica , une mufique
bruyante. Voici un morceau du premier
genre.
Le profonde vie dell' onde
Dammi , o ciel ! di rifolcar
El mio nome, e l'ardimento ,
Di Spavento
Empia ancora i liti , e'l mar ;
E farò ch' il fangue scorra ,
Frà quel liquido elemento ,
I miei torti à vendicar.
O ciel ! accorde moi de fillonner encore le
vafte fein des ondes. Que mon nom & mon
audace rempliffent encore d'épouvanto les rivages
& les mers ; & je vangerai mes injures
en faifant couler lefang fur ce liquide élement.
Au refte , le choix de ces airs ayant été
fait fur la beauté de la mufique , & non
fur celle des paroles , il ne feroit pas julte
d'en tirer une conféquence générale contre
les paroles des airs Italiens , furtout
contre celles des fcenes , & des poëmes
pris en leur entier , furtout encore contre
les poemes d'Apoftolo-zeno , & de l'Abbé
Metaftafio , les uns & les autres très- eſtimés
, principalement les derniersplus conSEPTEMBRE
. 1757 .
61
par la
nus ici que les premiers , du moins
belle traduction de M. Richelet. ( 1 ) Cependant
, en Italie comme en France , le Poëte
qui doit toujours tant de complaifance au
Muficien , lui doit des facrifices dans les
paroles des airs proprement dits , des grands
airs, & qu'ainfi ( pour le remarquer en paffant
) , nous appellons très- improprement
Ariettes . Il faut que ces paroles ne foient que
des mots bien lyriques ; & moins le fens
en fera fort de penfée & même de fentiment,
plus la mufique pourra en être forte ,
par une harmonie plus travaillée , une
mélodie plus variée , & une mefure plus
exacte dans l'exécution . Avec des mots qui
ne difent rien , la mufique vocale a toute
la liberté de l'inftrumentale.
M. de F. n'étoit point parvenu à goûter
la mufique Italienne autant que la Françoife
; mais il étoit affez porté à croire
qu'il avoit tort , & que la feule premiere
habitude lui faifoit prendre plus de plaifir
à la mufique Françoife qu'à l'Italienne . Il
( 1 ) Les Journaliſtes de Trévoux ont donné
Pextrait de quelques- uns des plus beaux Opera de
Metaftafio , non fur la traduction Françoife , mais.
fur l'original Italien . Ils ont même traduit en vers
les morceaux qu'ils ont cités. Voyez le premier
volume du Journal de Janvier , & ceux de Fevrier
& de Mars 175Z+
62 MERCURE DE FRANCE.
featoit d'une façon & jugeoit de l'autre :
peu de gens en ont la force. Il faut néan-.
moins l'avoir pour être Philofophe ; le
fentiment eft quelquefois auffi trompeur
que les fens.
La difpute fur les deux Mufiques avoir
commencé avec le fiecle , par un petit ouvrage
que l'Abbé Raguenet avoit compofé.
à fon retour d'Italie , & qu'il avoit intitulé
; Parallele des François & des Italiens an
fujet de la mufique & des opera M. de F.
en avoit été le Cenfeur ; & fon nom ne fûtil
pas au bas de l'approbation , on auroit
pu le reconnoître , ou du moins le foupçonner
, à la maniere dont elle eſt tournée.
Je crois , dit- il , que ce parallele fera
bien reçu du public , pourvu qu'il foit capable.
d'équité.
M. de Freneufe ( 1 ) écrivit contre l'ouvrage
, l'Auteur , l'Approbateur , & enfuite
contre M. Andry , qui d'abord favorable
au défenfeur de la mufique Françoife
dans le Journal des Sçavans , ceffa de
l'être lorfque l'Abbé Raguenet eut repondu,
& que M. de Frenenfe eut repliqué. Je ne
connois guere d'écrits plus vifs , plus
amers , & plus malins , que ceux que M.
(1 ) Jean- Laurent le Cerf de la Vieville-de Fre
neufe , Garde des Sceaux du Parlement de Noxmandie.
SEPTEMBRE. 1757. 63
de Frenenfe publia à cette occafion. Il n'étoit
pourtant qu'Amateur , & non Artiſte ;
mais il étoit amateur juſqu'à la paffion.
Extrême en tout , il aima l'étude avec la
même ardeur , & s'y livra avec le même
excès ; delà fa mort dans la fleur de fon
âge ( 1 ) . M. de F. qui l'avoit va à Rouen , &
depuis à Paris , m'a dit que fi quelqu'un ,
par une vivacité & une fenfibilité extrêmes,
avoit jamais mérité le nom de fou , de
fou complet , de fou par la tête & par le
coeur , c'étoit ce M. de Freneufe. Mais
comme la folie n'exclut que la raifon &
non l'efprit qu'elle fuppoferoit plutôt , M.
de Freneufe en avoit beaucoup , & même
tant , pour me fervir du mot de Sorbiere ,
qu'il n'avoit pas le fens commun. ( 2)
Sa comparaifon de la musique Italienne &
Françoife ( c'eſt le titre de fon Livre contre
celui de l'Abbé Raguenet ) iuftifie parfaite
ment le portrait que M. de F. m'a fait de
l'Auteur.
Cependant ce Livre eft curieux par un
grand nombre d'anecdores fur l'Opera
François , Acteurs & Actrices , Poëtes &
Muficiens , & c. On l'a réimprimé en Hollande
à la fuire de l'Ouvrage intitulé ,
( 1 ) Né en 1674 , il mourut en 1707 ,
33 ans.
(2) Sarberiana , page 97.
âgé de
64 MERCURE DE FRANCE .
Hiftoire de la Musique & de fes effets , en
2 vol. in- 12. Il commence à la moitié du
premier volume , & forme encore tout le
fecond. (1)
Je me fouviens qu'après la Lettre de M.
Rouffeau de Geneve fur la Mufique , dans le
fort de la difpute qu'elle renouvella , &
lorfqu'on préparoit l'Opera de Roland ,
rappellant à M. de F. l'approbation qu'il
avoit donnée au Parallele , & c. je lui
dis que cet Opera pourroit bien n'avoir pas
aujourd'hui autant de fuccès qu'il en avoit
eu autrefois , parce que les partiſans de la
muſique Italienne & des Bouffons , avoient
prédit qu'il tomberoit ; qu'ils mettoient
tout en oeuvre pour l'accompliffement de
leur prédiction ; qu'ils étoient en trèsgrand
nombre , peu adroits à la vérité, mais
très- ardens , en un mot de vrais Freneuſes ;
qu'enfin il y avoit parmi eux des gens de
beaucoup de réputation & de mérite , &
très-fupérieurs aux Raguenets ; qu'au refte
cet Abbé avoit eu aufli fon coin de folie ,
( 1 ) On trouvera de grands détails fur M. de
Freneuſe , & fur fa diſpute avec l'Abbé Raguenet
& M. Andry , dans une Lettre d'un Religieux Bémédictin
de la Congrégation de S. Maur , imprimée
dans le Mercure d'Avril 1726. Ce Bénédictin eſt
Dom Lecerf, frere de M. de Freneuse , & Auteur
de la Bibliotheque des Ecrivains de la Congréga
sion,
SEPTEMBRE. 1757. 69
ود
puifqu'il finit par fe couper la gorge, & c . ( 1 )
Eh bien , me dit M. de F , quand j'eus
tout dit , ( car il laiffoit volontiers tout dire,
& à moi- même. ) « J'applique mon approbation
du Paralelle à l'Opera de Ro-
» land. Il est très- beau , & je prédis à mon
» tour qu'il réuffira , pourvu que le public
»foit capable d'équité. » Il réuffit en effet ;
mais , foit habitude , foit équité dans le
public , l'une & l'autre furent bien fecondées
, à ce que j'ai entendu dire , par l'excellent
Acteur ( M. de Chaffé ) qui joua le
rôle de Roland.
ود
Du premier Juin.
J'en étois là , lorfque j'ai reçu l'autre
petit livre que j'avois demandé au Public
avec celui des Doutes fur les caufes occafionnelles
, je veux dire , le retour des pieces
choifies , &c. ( 2) J'y ai trouvé ce qui me
le faifoit defirer , de bonnes réflexions d'un
zélé Malebranchifte fur le livre des Doutes ,
&c. une réponse de M. de F. à ces Réflexions
, adreffée en forme de lettre à
leur Auteur , & enfin une replique de celui-
ci. Ces trois pieces font curieuſes , &
(1 ) On fçait qu'il fe la coupa avec fon rafoir.
Il étoit dans l'ufage de fe rafer lui- même .
(2) Premier volume du Mercure d'Avril , p . 65,
ligne derniere.
66 MERCURE DE FRANCE.
on les joindra au livre des Doutes , & c.
dans le fupplément des OEuvres de M. de F.
Le Malébranchifte fon adverfaire , le traite,
fans le connoître , avec toutes fortes d'égards
.
J'ai obligation du retour des pieces choifies
, &c. à M. Thierriat , dont je n'étois
point connu , non plus que de M. l'Abbé
Polonceau Recteur de l'Univerfité de
Rheims. M. T. enfeigne les humanités à
S. Florentin en Bourgogne ; & par la lettre
qu'il a bien voulu m'écrire en m'envoyant
le livre , il me paroît très- capable de les
bien enfeigner.
Jufqu'à préfent je ne connois pas d'autres
petits écrits imprimés de M. de F ,
qu'on puiffe réimprimer par fupplément
aux huit volumes de fes (Euvres. Dans le
Mercure prochain je parlerai des manuf
crits mais j'annonce d'avance que ce ne
font guere que des fragmens plus ou moins
confi lerables , des Ouvrages imparfaits , &
que prefque aucun n'eft entier , foit que
M. de F. ne les ait pas achevés , foit qu'il
en eût perdu quelques feuillets ; car c'eſt
quelquefois le commencement qui manque.
Je prie ceux qui pourroient en avoir
quelques uns , en tout ou en partie , de
vouloir bien me les remettre . Il m'a dit
plus d'une fois qu'il en avoit prêtés qu'on
SEPTEMBRE . 1757. 67
pas
ne lui avoit point rendus , & qu'il n'avoit
même redemandés . Auffi fenfible qu'un
autre , malgré toute fa philofophie , aufort
de fes Ouvrages imprimés , il étoit aſſez
indifférent à celui de fes manufcrits , du
moins lorfqu'ils étoient eux- mêmes indifférens
, & qu'ils ne traitoient pas de certaines
matieres délicates. Il m'a conté
qu'en ayant lu un de ce dernier genre à
feu M. le Régent , le Prince le lui demanda
pour le lire lui - même à tête reposée.
M. de F. refufa ; le Prince infifta , & promit
un fecret inviolable & une prompte
reftitution. M. de F. ne fe laiffant point
gagner , je vous le jure , dit Son Alteſſe
Royale. M. de F. fe taifoit , mais fon filence
étoit un refus .... Je vous le jure ,
foi de Prince.... Silence encore... Foi de
Gentilhomme. M. de F. céda , mais depuis
il redemanda en vain fon manufcrit. Il n'y
penfoit plus , lorfque long - temps après
étant allé faire fa cour à S. A. R , qu'il ne
trouva pas feule , elle le fit paffer dans
fon cabinet . M. de F. apperçut fon manuf
crit fur un bureau , le mit dans fa poche
& n'en dit rien au Prince . Il n'en fut plus
parlé.
La fuite pour un autre Mercure,
XII.
M.TAbbé Trublet.
LORSQUE
ORSQUE dans les Mercures précédens
, j'ai indiqué plufieurs morceaux de
M. de F. tant en profe qu'en vers , & tant
imprimés que manufcrits , qui ne fe trouvent
point dans la derniere édition de fes
Euvres , je ne les connoiffois pas encore
tous , & peut-être ne les connois- je pas
tous encore . Voici ceux qui font venus
depuis à ma connoiffance . Je commence
par les imprimés.
1º . J'ai parlé dans le premier volume
du Mercure d'Avril , page 76 , d'un Poëme
compofé par M. de F , pour le prix de l'Académie
Françoife en 1675 , par confé
quent lorfque l'Auteur n'avoit encore que
18 ans , & j'ai dit que le prix fut remporté
par M. de la Monnoye. Le fujet étoit : La
gloire des Armes & des Lettres fous Louis
XIV. On ne doute point que ce Poëme në
foit de M. de F , puifqu'il y mit fon nom ,
comme on peut le voir dans le Recueil de
l'Académie de ladite année .
Mais il n'eft pas moins fûr qu'il compo
fa encore , à la vérité en gardant l'anony
me , pour le prix de 1677. J'ai trouvé .
Bvj.
36 MERCURE DE FRANCE.
parmi fes papiers une copie de ce fecond
Poëme , apoftillée de fa main , & je me
fuis reffouvenu qu'il m'en avoit parlé.
Aufff l'a - t'on mis , avec plufieurs autres
pieces du même Auteur , dans le Recueil
périodique que j'ai indiqué premier volume
du Mercure d'Avril , p . 74 , & qui a
pour titre , Le petit Réfervoir , & c. Le fujer
de 1677 étoit , L'éducation de Monseigneur
le Dauphin. M. de F. fut encore vaincu par
M. de la Monnoye. ( 1 );
( 1 ) En 1714 , & ainfi au même âge de 20 ans
M. de Voltaire compofa pour le prix de l'Académie,
& fut vaincu par un homme bien inférieur
à M. de la Monnoye , par l'Abbé du Jarry, Le
Poëme couronné , au deffous du médiocre , du
côté de la poésie , étoit encore gâté par une méprife
qui fuppofoit dans le Poëte une ignorance
groffiere en matiere de phyfique & même de
fimple géographie. Un de fes vers commençoit
par Poles , glacés , brûlans , &c . Le Vainqueur fut
très-plaifanté dans le temps , furtout par le vaincu;
& comme de pareilles occafions de plaifanter
ne laiffent pas que d'être rares , M. de V. eft revenu
plufieurs fois à la charge. Cela n'a pas empêché
que le Poëme , imprimé d'abord avec fes
poles glacés & fes poles brûlans , dans le Recueil de
PAcadémie de 1714 , ne l'ait encore été de même:
dans celui de toutes les Pieces couronnées jufqu'en
1747. Cependant l'Abbé du Jarry avoit
Gorrigé fa méprife dès 1715 ; & dans le Recueil
qu'il donna alors de fes Poéfies , parmi lesquelles
Le trouve ſon Poëme , au lieu de poles , il mit ch
SEPTEMBRE. 1757: 37
Page 79 du même Mercure , j'ai indiqué
un autre Recueil contenant beaumats
. Ce dernier mot eft jufte ; mais l'autre étoit
plus poétique , parce qu'il eft moins commun ; &
voilà , fans doute , ce qui le fit préférer au Poëte.
Il feroit aifé de citer plufieurs autres exemples ,
à la vérité un peu moins forts , de la préférence
donnée par des Poëtes célebres fur le mot propre
& jufte , à un mot plus harmonieux , plus noble ,
moins ufité , & par- là , difent- ils , plus poétique ,
mais fouvent très -impropre , & fur cela voici une
petite anecdote affez plaifante.
Un jeune Poëte vint lire à feu M. Danchet des
vers , qu'il avoit faits fur la maîtreffe ; la piece
débutoit ainfi :
Maifon, qui renfermez l'objet de mon amour , &c.
Danchet interrompit le Lecteur avec vivacité.
Maiſon eft bas , lui dit-il , trop commun du moins ..
Il y en a tant d'autres à choisir . Mettez palais ,
beaux lieux , &c . Mais , repliqua le Poëte , c'est
une maison de force.
Pour revenir à l'Abbé du Jarry , dont je n'aurois
peut être jamais d'autre occafion de parler , fi
pourtant celle- ci en eft une , je dirai en paffant
que ce mauvais Poëte a fait quelques vers trèsheureux
; ceux- ci , par exemple , dans un Poëme
couronné par l'Académie en 1679. Le fujet étoit ::
Que la victoire a toujours rendu le Roi plus facile
à la paix. Après avoir dit que ceux des Princes
ligués contre S. M. que leur impuiffance avoit
prudemment engagés à fe foumettre , en avoient:
été épargnés , au lieu que ceux qui avoient cru
pouvoir lui réfifter , étoient tombés fous fes coups
38 MERCURE DE FRANCE .
coup de pieces de M. de F. & imprimé au
commencement de cette année , fous le
vengeurs , le Poëte ajoute cette comparaiſon à la
fois fi jufte & fi poétique :
Pareils à ces rofeaux qu'on voit baiſſant la tête ,
Réfifter par foibleffe aux coups de la tempête ,
Pendant quejusqu'aux cieux les cedres élevés ,
Satisfont par leur chûte aux vents qu'ils ont bravés.
Qu'on me permette de citer encore du même
Poëte deux autres beaux vers , mais d'un carac
tere différent . Ils fe trouvent dans une Epître ou
l'Auteur annonçoit à un ami qu'il alloit prendre
le parti d'une entiere retraite. Elle finit ainfi :
Caché dans ma retraite , & comme enfeveli ,
De quelques jours j'avance un éternel oubli.
L'Abbé du Jarry remporta encore le prix de
l'Académie en 1683 , ou du moins il le partagea
avec M. de la Monnoye . Les deux pieces ayant eu
un égal nombre de fuffrages , l'Académie fit frapper
deux Médailles , chacune valant moitié du
prix , & elles furent données aux deux Auteurs.
C'eft l'unique fois que ce partage eft arrivé .
L'Abbé du Jarry étoit Prédicateur , & il a fait
imprimer des Panégyriques & des Oraifons funebres
, qui , fans être du premier mérite , ont des
beautés , entr'autres l'Oraifon funebre de M. Fléchier.
N'eft il pas fingulier qu'un Orateur de profeffion
ait remporté des prix de Poésie , plutôt que
des prix d'Eloquence ? La même chofe eft arrivée
à M. l'Abbé Séguy , à Paris & à Toulouſe. Ce fait
dit bien des chofes , fi c'étoit ici le lieu de les
י
SEPTEMBRE. 1757. 39
titre de Porte-feuille , & c. On y trouve
(tom. 2 , p. 72 ) , après les deux Lettres de
Mademoiſelle de Launay & de M. de F.
dire , & pourroit être le fujet d'une bonne Differ
tation littéraire. Très - peu de Prédicateurs de réputation
ont remporté des prix d'Eloquence dans
les Académies. Je ne me rappelle même que le
P. Rainaud , de l'Oratoire (1 ) . Beaucoup de Poëtes
très-médiocres , pour ne pas dire davantage ,
ont remporté des prix de Poéfie . Je ne nommerai
que le Poëte Gacon . En général , la profe des
Recueils académiques eft fupérieure aux vers
qu'on y trouve , & la raiſon n'en eft pas feulement
que les vers font plus difficiles que la profe , &
que néanmoins le Lecteur y eft plus difficile auffi ;
c'eft encore parce que les meilleurs efprits font
plutôt profateurs que Poëtes. Cette propofition
paroîtra peut- être un paradoxe , même à de bons
efprits , & paroîtra certainement un blafphême à
la plupart des Poëtes. Je me flatte pourtant que
les plus eftimables feront de mon avis dans le
fonds de leur coeur , du moins ceux qui écrivent
auffi -bien en profe qu'en vers , & , par exemple ,
M. de Voltaire . J'ai toujours penfé , & en le penfant
j'ai cru lui faire honneur , qu'il n'étoit pas
auffi éloigné de l'opinion de M. de la Motte fur
les vers , qu'il l'a paru dans ce qu'il a écrit pour
la combattre , ou que du moins il s'en eft fort
rapproché depuis. Quant à M. de F , il feroit
fuperflu de dire qu'il en étoit abfolument , quoique
, comme M. de la Motte , il aimât auffi beaucoup
les vers , & peut- être même plus que la
poésie.
(1) Il eft forti cette année de cette Congrégation
40 MERCURE DE FRANCE .
fur l'aventure de Mlle Tétar , & avant
une Réponſe de M. de F. à une Lettre de
M. de Voltaire , écrite de Sully ( 1 ) , on y
trouve , dis je , mais fans nom d'Auteur ,
un Poëme fur Le foin que le Roi prend de
( 1 ) M. de V. a fait imprimer fa Lettre & une
partie de la Réponse de M. de F. dans plufieurs
éditions de fes OEuvres . Dans la derniere , où elle
eft en entier ( t. 2 , p. 238 ) , à un vers près , mais
le meilleur de la piece , il a ajouté cette note :
« Cette Réponse de M. de Fontenelle eft très-
» mauvaiſe ; il en fit une autre adreffée à Mada-
» me la Maréchale de Villars , qui vaut beaucoup
» mieux , & dans laquelle eft ce vers : Il faut des
» hochets pour tout âge. Mais nous n'avons pu
retrouver cette piece. »
On ne comprend rien à cette note.
r°. Le vers n'eft pas cité exactement
de V , & M. de F. avoit dit :
Il eft des hochets pour tout âge.
2º. Ce vers étoit après ceux- ci :
J'avouerai bien , & j'en enrage ,
Que le fçavoir & la raison
Ne font auffi qu'un badinage ,
Mais badinage de Grifon ;
Il eft des hochets pour tout âge.
par M..
3. On ne connoit point la Réponſe adreffée
à Madame la Maréchale de Villars.
4º. Celle à M. de V , la feule qui exiſte , eft
wès- défigurée dans l'édition de Geneve „ 1756,
SEPTEMBRE . 1757. 41
l'éducation de la Nobleffe dans fes Places &
dans S. Cyr. C'est le fujet que donna l'Académie
Françoiſe en 1687. Si je connoiffois
l'Editeur de ce Recueil , je lui demanderois
s'il croit ce Poëme de M. de F , &
fur quelles preuves il le croit ; car M. de
F. ne m'en a jamais rien dit. Quoi qu'il en
foit , l'Ouvrage ne me paroît pas indigne
de lui , & j'y trouve affez fa maniere. Cependant
le prix fut donné à une Ode de
Mlle Deshoulieres , fille de la célebre Dame
de ce nom. Comme celle - ci ne mourut
qu'en 1694 , & âgée feulement de 56 ans ;
elle cut peut- être grande part , du moins
par fes confeils , à la Piece couronnée , fi
même elle n'en eft pas l'unique & véritable
Auteur. L'Ode me paroît pourtant inférieure
au Poëme, & je doute que l'Académie de
1757 jugeât comme celle de 1687. Mais
peut-être que l'infériorité de l'Ode fut
excufée , ou même moins fentie , parce
que l'Auteur y déclaroit fon fexe , & qu'on
fçut qu'il ne trompoit point .
Dans un fuperbe enclos , où la fageffe habite ,
Où l'on fuit des vertus les fentiers épineux ,
D'un âge plein d'erreurs mon foible fexe évite
Les égaremens dangereux.
D'ailleurs, il ne faut qu'un très- mauvais
vers pour faire manquer le prix à une pie
142 MERCURE DE FRANCE.
ce meilleure , à tout prendre , que celle
-qu'on lui prefere . Or il y en a un trèsmauvais
dans le Poëme. L'Auteur parlant
des Compagnies de Cadets créées en 1682 ,
dit :
Tous ces jeunes Guerriers inftruits de ce qu'ils
doivent
Au bras qui les foutient , au fecours qu'ils reçoi
vent ;
Fiers de porter le nom d'éleves d'un Héros ,
Brûlent de quitter l'ombre & le fein du repos.
De fes nobles leçons qu'il leur demande compte,
Que fa justice excite une vengeance prompte ,
Ils partent , &c.
Voilà , je le répete , un bien mauvais
vers , & on fçait d'autant moins ce que
fignifie excite , qu'il paroît d'abord' fignifier
quelque chofe. Quelqu'un de mes Lecteur
dit fans doute que ce n'eft là qu'une
faute d'impreffion , une faute auffi aiſée à
corriger qu'à appercevoir , & qu'il faut
lire exige au lieu d'excite. Je le penfe auffi .
Cependant cette faute fe trouve , & dans
le Recueil de l'Académie , & dans le Portefeuille
, &c. N'étoit - elle donc point dans
le manufcrit même fur lequel la piece fut
jugée , & ainfi une faute , non du Poëte
fans doute , mais de fon Copifte , plutôt
que de l'Imprimeur
SEPTEMBRE . 1757. 43
Si ce Poëte eft M. de F , & qu'il eût
été couronné , il eût obtenu en 1687 la
double couronne des vers & de la profe ;
car il remporta le prix d'Eloquence par
fon Difcoursfur la patience. C'eft peut- être
une raifon de lui attribuer le Poëme. M.
de F. penfoit dès-lors à fe préfenter pour
l'Académie , & s'y préfenta en effet l'année
fuivante , quoique , comme on le fçait , il
n'ait été élu qu'en 1691. Or deux prix en
deux genres , remportés dans la même année
, auroient ajouté un titre à tous ceux
qu'il avoit déja ; & ce nouveau titre ,
quoique le plus foible , pouvoit bien paroître
le plus fort .
Je demande pardon d'un détail auffi
minutieux ; mais il intéreffe peut - être M.
de F.
2º. Lettre en réponſe à une autre , qui
contenoit une difficulté contre un endroit
de la pluralité des Mondes. J'ai les deux
Lettres.
3. Eclairciffemens fur la premiere partie
de l'extrait que les Auteurs du Journal
Littéraire avoient donné des Elémens de la
géométrie de l'Infini. Ces Eclairciffemens
font dans le tome 16 de ce Journal.
On voit par ces deux écrits , & par un
troifieme dont je parlerai plus bas , que
M. de F. n'étoit pas auffi décidé qu'on l'a
44 MERCURE DE FRANCE.
dit , à ne répondre à aucune critique ; il
auroit eu tort de l'être. Il l'étoit néanmoins
à l'égard des critiques d'ouvrages
de pur agrément. Quoique dans ce dernier
cas , une réponſe puiffe être fort
agréable , utile même par les principes de
goût qu'on y aura répandus , elle eft ordinairement
fuperflue ou inutile à l'ouvrage
critiqué. S'il eft bon , la critique ne lui a
pas fait grand mal , ou ne lui a fait qu'un
mal paffager. S'il eft mauvais ou médiocre
, une réponse à une critique qui l'a
prouvé tel , ne lui fera aucun bien. D'ail
leurs , les critiques de cette efpece d'ouvrages
ne font fouvent que des plaifanteries
, des railleries , & l'on n'y pourroit
guere répondre que par d'autres. Mais celles-
ci , fuffent -elles meilleures , & couvriffent-
elles l'agreffeur du ridicule qu'il a
voulu donner , il y auroit encore plus à
perdre qu'à gagner pour le fage. ( 1 )
( 1 ) Voir la Lettre à M. L. M. D. S. A. à la tête
du Jugement de Pluton fur les Dialogues des Morts.
Ce Jugement eft une véritable critique de ces
Dialogues , & M. de F. ne le donna point fous
fon nom . La Lettre que je cite eft fignée D. H.
J'ignore fi les lettres initiales de l'adreffe , indiquent
un nom & un homme réels . S'il s'agiffoit
d'un Ouvrage très - poftérieur au Jugement de
Pluton ( il parut en 1684 ) , je ne balancerois pas
à croire que la lettre qui le précede eft adreffée
SEPTEMBRE. 1757. $
>
45
Quant aux critiques d'ouvrages
de
fcience , il eft fouvent utile & même né- >
ceffaire d'y répondre
, lorfqu'on
eft en
état de le bien faire ; & on le doit à la vérité
, furtout fi c'eft une vérité importante
, autant qu'à fa propre réputation . Si
M. de F. ne repliqua point au P. Baltus
on en devine aifément les raifons . Feu M.
du Marfais avoit repliqué pour M. de F ,
non feulement fans y être invité
lui
, par
mais encore malgré lui . Le P. le Tellier empêcha
que fon livre ne fût imprimé . M. de
F. m'a conté que lifant la Réponse du P.
Baltus ( c'eft le titre de l'ouvrage
) , trouvant
à chaque page qu'une replique feroit
très-aifée , & l'envie de la faire devenant
de moment en moment plus forte ,
il avoit fermé le livre de peur de fuccomber
à la tentation , & pris la réfolution
de n'en pas achever la lecture. Il m'a
affuré qu'il l'avoit tenue , & qu'il n'avoit
jamais lu l'ouvrage en entier . En cette
matiere , comme en quelques
autres , la
fuite eft fouvent pour les plus forts l'unique
moyen de vaincre . ( 1 )
à M. le Marquis de Saint- Aulaire , fi lié depuis
avec M. de F. mais je doute qu'il le fût déjà en
1684 , puifque M. de F. ne s'étoit pas encore fixé
à Paris.
(1 ) Voici ce que M. de F. écrivit là deffus lo
46 MERCURE DE FRANCE.
Il y a plus encore , M. de F. n'avoit aucun
empreſſement pour lire ce qu'on écri-
3 Août 1707 au célebre M. le Clerc , qui dans la
Bibliotheque choisie ( t . 13 , 1707 ) avoit pris la
défenſe de l'Hiftoire des Oracles contre la Réponse
du P: Baltus.
€ « Je ne répondrai point au Jéfuite de Stras-
» bourg , quoique je ne croye pas l'entrepriſe im-
» poffible ; mais l'Hiftoire de l'Académie des Scien-
» ces me donne trop d'occupation , & tourne
>> toutes mes études fur des matieres trop diffé-
-rentes de celles - là . Ce feroit plutôt à M. Van-
» Dale à répondre qu'à moi ; je ne fuis que fon
» interprete , & il eft mon garant. Enfin je n'ai
» point du tout l'humeur polémique , & toutes les
querelles me déplaifent . J'aime mieux que le
» Diable ait été Prophete , puifque le P. Jéfuite
» le veut , & qu'il croit cela plus orthodoxe. ر د<<
Je ne crois pas que cette Lettre ait été imprimée.
Je la tiens de M. Boullier , qui l'a tirée de la
Bibliotheque des Remontrans à Amſterdam. Il
croit qu'on y en conferve encore quelques autres
de la même main ; je les lui ai demandées.
a pour
L'article de la Bibliotheque choisie auquel a
rapport la Lettre de M. de F. à M. le Clerc ,
titre : Remarques fur le démêlé qui eft entre M. de
Fontenelle , Auteur de l'Histoire des Oracles , &
le P. Baltus , Jéſuite , Auteur de la Réponse à
cette Hiftoire , &c. le Journaliſte donne ces remarques
comme l'ouvrage d'un autre ; je les crois de
lui- même , & on le foupçonneroit à la maniere
feule dont il en parle en les annonçant. Dailleurs,
fes autres Ouvrages y font cités plufieurs fois . Enfin ,
la plupart de ces Remarques font très- bonnes & trèsjudicieuſes.
Cet Auteur , quel qu'il foit, dit dès le
SEPTEMBRE . 1757. 47
voit contre lui ; il ne le lifoit que lorfque
le hazard le faifoit tomber entre fes mains,
α
commencement de fon écrit , « qu'ily a pu avoir des
>>- oracles véritablement rendus par desDémons, ou
» par des Intelligences qui font au deffus de la na-
» ture humaine , quoiqu'il ne doute point que des
>> hommes n'aient fouvent été les auteurs des ré-
» ponfes qu'on attribuoit à ces Intelligences . » Il en
conclur que M. de F. & le Pere B. font allés, chacun »
de fon côté, un peu trop loin. Mais quand il vient
au détail , il eft prefque toujours pour M. de F ,
& le défend prefque furtout contre le Pere B.
De plus , il ne parle jamais du premier qu'avec
beaucoup d'eftime , & peut- être ne ménage-t'il
affez le fecond . Mais M. le Clerc étoit Protef
tant. D'ailleurs le Pere B. avoit auffi trop peu
ménagé M. de F, & l'Auteur des Remarques l'en
blâme en plus d'un endroit . Je n'en citerai qu'un.
pas
* «
« Notre Auteur , dit celui des Remarques , qui
Ds'adreffe perpétuellement à M. de F , comme s'il
Dle fermonoit , & qui lui parle avec beaucoup
» d'autorité , gliffe en divers endroits des fuppofitions
, comme fi c'étoient des vérités claires
>>& fe met à le cenfurer avec gravité , comme fi
» le ton dont on dit les chofes , fervoit à les rendre
démonftratives . Je crois que M. de F. s'en
plaindra , au moins à fes amis , s'il ne le fait
» publiquement. Cet habile homme , &c . »
Cette louange d'habile hømme revient plus d'une
fois. Mais en voici une qui caractériſe encore plus
précisément M. de F. Le Pere B. ayant avancé qu'il
ne voyoit pas ce que l'Auteur de l'Hiftoire des Oracles
pourroit répondre à &c . celui des Remarques ,
dit : Je m'imagine qu'un homme d'un efprit auffi
v pénétrant & auffi éclairé que lui , ne manquera
a
110.
48 MERCURE DE FRANCE.
& ce hazard étoit affez rare . Traité avec
beaucoup d'égards dans les fociétés qu'il
» pas de replique , s'il veut fe donner la peine d'en
» chercher. Mais je répondrai pour lui , en atten :
» tendant , que , &c. »
Dans les nouvelles de la République des Lettres,
Mai 1687 , article premier , on trouve une Lettre
de M. Van- Dale à un de fes amis au fujet de
'Hiftoire des Oracles. En voici le début :"
« J'ai lu avec bien du plaifir l'Hiftoire des Ora-h
» cles faite par unAuteur François, où je fuis copié :
» fidélement. J'approuve la liberté qu'il s'eft don
» née de tourner ce que j'avois avancé dans mes
» deux Differtations fur ce fujet , au génie de fai
» Nation.
>> Celui de nos peuples eft un peu différent : ils
» fe défient furieufement du tour de l'efprit & dès
» graces du langage , & ne fe fatiguent point , en
» matiere de faits conteftés , du nombre des preu-
» ves , pourvu qu'elles foient folides & finceres.<
» Je fuis fort fatisfait que l'ingénieux Auteur des
» Dialogues des Morts ait jugé les miennes de cette
» nature , & qu'il ait eu la bonté de les appuyer
» de beaucoup des fiennes , qui font convain-
>> cantes & judicieuſes. Il eft vrai qu'il change
» & renverſe terriblement toute l'économie de
» mon Ouvrage , dont il témoigne dans la préface
avoir eu d'abord le deffein de fe rendre feule
» ment le Traducteur . »
Deftruit , adificat , mutat quadrata rotundis.
» Mais loin de le trouver mauvais , je le loue
» d'avoir facilité la connoiffance de cette impor-
» tante queſtion aux honnêtes gens de l'un & de
fréquentoit 2
SEPTEMBRE . 1757. 49
fréquentoit , égards qu'il s'attiroit autant
par ceux qu'il avoit lui -même , que par fa
>> l'autre fexe de fon pays , & j'avoue qu'il a eu
» raifon de les décharger de la peine de lire quan-
» tité de citations ennuyeuſes. Mais ce fçavant &
» galant homme me pardonnera fi je dis qu'il a
» oublié des chofes importantes , & qui pouvoient
» être plus décifives & moins ennuyeufes que
» d'autres , dont il a fait emploi dans fon Ouvra-
» ge. C'eft peut - être un malheur pour la cauſe
» qu'il foutient avec moi , qu'il ne foit pas dans
» un pays de liberté car je ne puis imputer à
>> une autre raiſon le filence qu'il a gardé , où les
» déguifemens qui femblent l'avoir commandé
» faits de conféquence. »>
M. Van-Dale explique enfuite en quoi confiftent
ce filence & ces déguisemens . « M. de F , dit-
» il , paffe l'éponge fur ce que j'avois écrit des
livres Sybillins.... Il n'a point voulu toucher
» à la vifite que Saül , troublé d'eſprit , rendit
» la prétendue Magicienne d'Endor . Ces deux
» faits de fi grand éclat où la fourberie une fois
» bien prouvée , porte un fi grand coup à toutes
» les autres que nous combattons , méritoient- ils
» d'être enfèvelis dans un fi profond filence par
» notre Auteur ? >>
M. Van-Dale examine de nouveau ces deux
faits , principalement le dernier.
Il dit plus bas : « Je fuis bien loin de mon
>> compte , fi notre Auteur a parlé fincérement
» lorsqu'il a dit dans fa Préface: Je déclare que fous
» le nom d'Oracles , je ne prétens point comprendre
» la magie , dont il eft indubitable que le Démon
» fe mêle. . . . En vérité cet habile homme a trop
» de lumieres pour ne pas voir que l'un n'eft pas
C
go MERCURE DE FRANCE.
grande réputation & la confidération dont
il jouiffoit , on n'alloit guere lui dire ,
» mieux fondé que l'autre. » C'eft- à- dire , la
magie que les Oracles.
Il cite enfuite plufieurs paffages des Anciens ,
par lefquels on voit qu'ils regardoient la magie
comme une fourberie. Il cite entr'autres Ciceron
& Pline.
« Après cela , continue M. Van-Dale , com-
» ment notre Auteur qui les avoit lus fans doute ,
» a-t'il écrit fi hardiment que les habiles Payens
» regardoient la magie d'un autre ceil que les
>> Oracles » ;
M. Van-Dale ne comprend pas que M. de F,
ait voulu prouver par l'autorité des Poëtes , furtout
de Lucain , que la magie s'exerçoit par
l'intervention du Diable . « Où en fera- t'on , dit-
>> il , fi l'on croit de bonne foi Virgile , lorfqu'il
» dit ( Eglogue 8 ) que les vers ou les charmes font
» defcendre la Lune des Cieux ? &c, »
Enfin M. Van-Dale dit nettement que fi on
laiffe la magie aux Démons , on ne peut pas leur
ôter les Oracles.
Mais fi le témoignage des Poëtes & des beaux
efprits n'eft d'aucun poids , lorfqu'ils paroiffent
croire aux Magiciens , aux Devins , & c. il n'en
eft pas de même , felon M. Van- Dale , lorfqu'ils
s'en moquent & de ceux qui y croient , furtout
s'ils le font publiquement , & avec la permiffion
du Magiftrat ; car il réfulte de- là non feulement
que l'opinion immolée à la rifée publique , n'eſt
qu'une fottife populaire ; mais encore que ceux
qui ont l'autorité en main , ont penſé qu'il étoit
utile d'en défabufer le peuple , quoiqu'il ne le fût
peut-être pas de lui ôter tous fes préjugés,
SEPTEMBRE. 1757 .
sr
quoiqu'on l'eût pu fans lui faire beaucoup
de peine , qu'il couroit une Epigramme
contre lui ; qu'il étoit malignement attaqué
dans une brochure , &c . & de fon côté
il ne faifoit guere de queftions relatives à
lui-même & à fes écrits. Il n'avoit point
cette curiofité , fi vive dans la plupart des
Auteurs , de fçavoir le mal qu'on dit de
M. Van-Dale cite donc avec complaifance le
Livre intitulé , le Comte de Gabalis & la Comédie
de la Devinereffe. « Je ne compte pas pour rien ,
» dit-il , ce qui a été joué publiquement , à Paris
» même , dans cette Comédie ; car j'y trouve une
» partie des fecrets de ces fourbes , affez agréa
» blement découverts. »
On fçait que le fçavant Pere Thomaffin ( & M.
de F. n'a pas manqué de le citer ) avoit déclaré en
termes formels dans la Méthode d'étudier & d'enfeigner
chrétiennement les Poetes : « Que les Ora-
» cles n'étoient que des impoftures où les hom-
» mes fe trompoient les uns les autres par des
» paroles obfcures & à double fens. »
Le Journal des Sçavans donna en 1707 un extrait
fort étendu du Livre du Pere Baltus. « On a laiffé
» jouir M. de F. pendant 20 ans, dit le Journaliſte ,
», de toute la gloire qu'il pouvoit recueillir d'un
>> Ouvrage où il occupoit agréablement le Pu-
» blic , fans prétendre le moins du monde inté
» reffer le Chriftianifme. Quel Ecrivain , après
» une fi longue poffeffion , ne croiroit fon fenti
» ment à couvert de la cenfure ? Voici pourtant
» un Adverfaire qui vient d'entrer en lice contre
» M. de F , au fujet des Oracles. Il traite l'affaire
» fur un ton fort férieux , &c . »
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
leurs Ouvrages ( car ils fçavent bien qu'on
en dit toujours ) , de le fçavoir exactement
& dans le plus grand détail , & furtout de
connoître ceux qui le difent. Auffi ignoroit-
il jufqu'à l'exiftence de plufieurs de
ces Epigrammes & de ces brochures ; & il
l'a quelquefois dit , mais fimplement & fans
malice, à leurs Auteurs mêmes, qui perfuadés
qu'il ne pouvoit ignorerqu'ils avoient
écrit contre lui , venoient lui en marquer
leur repentir vrai ou faux. J'en connois
un entr'autres qui fut très - fâché d'avoir été
apprendre à M. de F. ce qu'il n'auroit jamais
fçu fans lui , & bien plus piqué encore
qu'il ne le fçût pas.
4°. Deux lettres fur le Tutoiement parmi
celles de M. Vernet fur le même fujet.
en 1752. Ce recueil eft très connu , &
mérite de l'être . Il s'agiffoit de fçavoir
fi dans les traductions Françoifes de la bible
, il faut conferver le tutoiement de l'original
. M. de F. eſt pour l'affirmative , &
ainfi de l'avis de M. Vernet qui l'avoit confulté
( 1 ) . Comme les lettres de M. Vernet ,
imprimées à la Haye , ne font pas entre
les mains de tout le monde , je citerai un
morceau d'une de celles de M. de F.
(1 ) Bayle penfoit autrement. Voyez parmi fes
Lettres la 80 & la fuivante,
SEPTEMBRE . 1757. 53
و د
و ر
"Notre Vous étant undéfaut des Lan-
>> gues modernes , il ne faut point cho-
" quer la nature en général , & l'efprit de
l'ouvrage en particulier , pour fuivre ce
» défaut. Je crois que ces remarques au-
» roient lieu à l'égard de tout livre facré
» d'une Religion quelconque , comme l'Al-
» coran , les livres Religieux des Guebres ,
» &c. Comme la nature de ces livres , eft
» de devoir être refpectés , il fera toujours
bon de leur faire garder le caractere
original , & de ne leur jamais donner
des tours d'expreffion populaire. L'exemple
de nos traducteurs qui ont affecté
» le beau langage , ne doit pas plus être
fuivi que celui du Prédicateur du Specta-
» teur Anglois , qui difoit , que , s'il ne
craignoit pas de manquer à la politeffe, &
» aux égards qu'il devoit avoir pour fes
» Auditeurs , il prendroit la liberté de
» leur dire que leurs déportemens les méneroient
tout droit en enfer.
ور
ور
"
و د
و د
s
"
"3 "
M. de Montesquieu , confulté auffi par
M. Vernet , avoit répondu comme M. de
F , & s'étoit déclaré pour le Tutoiement.
Cet avis fut attaqué par des Proteftans même
, quoiqu'ils duffent plutôt en être que
des Catholiques , entr'autres par l'Auteur
de l'écrit intitulé , Remarques fur une dif
fertation qui traite de l'ufage du toi & du
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
vous dans une verfion de la bible . Cet écrit
très bien fait , eft daré de Geneve , premier
Juin 1752 , & fe trouve dans la Bibliotheque
impartiale ( 1 ) , même année , tome
fix , troifieme partie , page 307. L'Auteur
des Remarques n'avoit garde de ne pas
répondre à deux fuffrages d'auffi grand
poids que ceux de MM. de M. & de F. Le
premier ne l'embarraffe guere. L'Auteur des
Lettres Perfannes , dit-il , avec son goût
oriental , ne pouvoit manquer d'être pour le
toi.
M. de F. l'embarraffe davantage , & il
ne l'expédie pas ainfi en un mot. Je rapporterai
néanmoins le paffage en entier ,
quoi qu'un peu long , parce que M. de F.
y eft affez bien caractériſé ; j'ajoute , parce
qu'il y eft juſtement critiqué. J'ai déja
donné plus d'une preuve de fincérité fur
fon compte. Voici donc le paffage.
"
« Le fuffrage de M. de F. n'eft pas fi aifé
à expliquer. S'il avoit
paru s'échauffer
pour les anciens " on pourroit
croire
qu'il regarde
leur toi comme
quelque
chofe de facré qu'il falloit conferver
,
(1 ) C'est le titre d'un Journal imprimé en Hol-
Lande , & ainfi peu répandu en France. M. Formey
, Secretaire de l'Académie de Pruffe , étoit
d'abord feul à le faire . Il y travaille encore aujour
d'hui , mais il aplufi curs affociés,
;
SEPTEMBRE . 1757. 55
23
furtout dans nos verfions de la bible :
» mais dans la fameufe difpute des An-
» ciens & des Modernes , il ne parut point
» un admirateur outré de tout ce qui nous
» vient de l'antiquité. Je crois donc que fa
réponſe a été dictée par la politeffe ; elle
n'eft pas même fi décifive qu'on voudroit
» nous le perfuader. Celui qui l'avoit
» confulté , l'avoit averti , en lui propo-
» fant la queftion , que nous voulions gar-
» der le Tutoiement , foit quand Dieu parle
» à l'homme, foit quand l'homme s'adreſſe
» à Dieu. Qu'a donc fait M. de F ? Il a ex-
» cufé le vous des Catholiques , & approuvé
également notre Toi ; mais il
conclut que le mieux , feroit de s'en te-
» nir uniformément , ou à l'un ou à l'au-
»tre. On en a inféré que pour des gens
» réfolus à retenir le Tutoiement dans une
partie de la verfion , comme en parlant
, à Dieu , on doit le retenir partout , pour
» éviter la bigarrure .
D
"
"
» Il paroît dans cette réponſe de M. de
» F. qu'il a analiſé la queſtion en vrai Phi
» lofophe ; mais on n'y trouve pas tout-à-
» fait le bon critique. En voici un exemple.
Dans une traduction de l'Ecriture
» Sainte , dit-il , Dien ne dira jamais nous
» au lieu de je : il est trop effentiellement un
»feul ; c'est là ſa ſuprême élévation. Com-
23
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
" ment M. de F. veut- il donc qu'on tra-
» duife , faisons l'homme à notre image ? Et à
» l'occafion de la tour de Babel ; defcendons
» & confondons leur langage ( 1 ) . Mais s'il
ne s'eft pas bien fouvenu de fa Geneſe , en
écrivant fa réponſe , il paroît , comme je
l'ai déja remarqué , qu'il n'a pas oublié
»fa politeffe ordinaire.
»
»
30
و د
» Un homme d'efprit me difoit à l'occafion
de cette lettre , qu'on devoit faire
peu de fonds fur ces fuffrages mendiés ;
" que quand il lui importeroit d'en avoir
» des pays étrangers , il fe faifoit fort d'en
» être toujours bien pouryu ; que tout dépend
de la maniere de propofer le fenti-
» ment qu'on veut faire approuver . Dès
qu'on paroît s'y intéreffer beaucoup , le
fçavant que vous confultez , pour peu
» qu'il fçache vivre , fe gardera bien de
» vous contredire .
و ر
ود
ور
"
»
» Il s'agiroit donc de fçavoir fi on a confulté
M. de F. avec beaucoup de fang
» froid , ou fi on lui aura paru s'affection-
» ner beaucoup pour le Toi . C'eft fur quoi
» nous n'avons que des conjectures. Mais
» à en juger par les écrits que nous avons
» vus , l'Auteur s'étoit fort échauffé fur
» fon fujet. »
- ( 1 ) Gen. I , 26. XI , 7.
SEPTEMBRE. 1757. 57
5. Traductions en profe de plufieurs Cantates
& airs Italiens . Elles furent faites
pour le concert Italien qui fe tenoit en
1724 , chez M. Crozat , le cadet , & qui
fe tint depuis dans une falle du château des
Thuilleries. J'étois le bel efprit de ce concert,
difoit quelquefois , M. de F. Comme il
ne fut tiré que peu d'exemplaires du livre
qui contenoit ces traductions avec l'Italien
a côté; qu'il ne fut donné qu'aux afſociés ,
& qu'ainfi il eſt aujourd'hui très - rare , j'en
mettrai ici l'avertiffement qui eft trèscourt.
و د
« Ces Ariettes Italiennes ayant été déta-
" chées d'un grand nombre de différens
» opera , il faut fuppofer qu'elles avoient
" aux fujets & aux fituations des pieces ,
» un rapport qu'on ne découvre plus dans
» la plupart qu'affez imparfaitement.
"
" On n'a traduit ces paroles que pour
" faire mieux goûter les airs qui les expriment
, fouvent attachés aux mots ; &
» par cette raifon , on a rendu la tradue-
» tion la plus littérale qu'il fût poffible ,
quoiqu'elle puiffe en cet état n'être pas
>> affez avantageufe aux Poëtes.
"
Mais on fçait que le génie des deux
» langues , l'Italienne & la Françoiſe ,
» eft très différent , & que furtout en
matiere d'amour & de galanterie , dont
·
C v
58 MERCURE DE FRANCE.
il est principalement queſtion ici , leur
ftyle ne reffemble prefque point. »
"
En voici bien la preuve dans l'Ariette
fuivante :
Col raggio placido della speranza
Lamia cofianza
Lufinghi in me :
Cofi queft'anima di più non chiede ,
Che la fua fede ,
La fua mercè.
Tu flantes ma conftance de quelque doux
rayon d'espoir. Je ne demande rien de plus
pour récompenfe que ma fidelité même .
Ce n'est pas feulement en matiere d'amour
& de galanterie , que le génie des
deux langues ou plutôt des deux Nations
, eft différent ; c'eft en toute matiere.
Voici , par exemple , ce que dit
un Pere , qui après avoir perdu un fils
qui lui étoit très cher , avoit encore
éprouvé les plus cruels malheurs.
-
Vieni , o morte ; il fine è giunto
Del mortal mio grave efiglio ;
Non tardar , ch'è tempo omai.
Se nonfirfe , cifù in quel punto
Che uccidefti il caro figlio ;
Che d'aller non viſſi mai.
SEPTEMBRE. 1757. 59
Viens , ô mort , viens finir pour moi le
trifte exil de cette vie mortelle , ne differe pas ,
il est temps. Si ce n'eft que ce temps arriva
lorfque tu m'enlevas mon cherfils , je n'ai pas
vécu depuis ce moment.
Voici d'autres paroles qui feroient affez
françoifes , fi nous aimions autant les
comparaifons dans nos opera , que les Italiens
les aiment dans les leurs
, parce
qu'elles donnent lieu au muficien de peindre
& de briller.
Bramofo cacciatore
Seguendo và
La preda fugitiva ș
Alfin l'arriva ,
E ottien quel che bramò :
Ma quando fiegue un core
Crudel beltà ,
Ha innanzi ognor l'aspetto
Del caro oggetto ,
Ed ottener non può.
Un Chaffeur ardent pourfuit fa proie fugitive
; enfin il la joint , & obtient ce qu'il a
defiré mais quand on pourſuit une beauté
cruelle , on a à toute heure devant les yeux le
bien que
l'on defire avec ardeur , & on ne
Peut l'obtenir
.
Les Italiens préferent les images fortes
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
& terribles à celles qui font douces & gracieuſes.
C'est qu'ils aiment ce qu'ils appellent
Strepitofa mufica , une mufique
bruyante. Voici un morceau du premier
genre.
Le profonde vie dell' onde
Dammi , o ciel ! di rifolcar
El mio nome, e l'ardimento ,
Di Spavento
Empia ancora i liti , e'l mar ;
E farò ch' il fangue scorra ,
Frà quel liquido elemento ,
I miei torti à vendicar.
O ciel ! accorde moi de fillonner encore le
vafte fein des ondes. Que mon nom & mon
audace rempliffent encore d'épouvanto les rivages
& les mers ; & je vangerai mes injures
en faifant couler lefang fur ce liquide élement.
Au refte , le choix de ces airs ayant été
fait fur la beauté de la mufique , & non
fur celle des paroles , il ne feroit pas julte
d'en tirer une conféquence générale contre
les paroles des airs Italiens , furtout
contre celles des fcenes , & des poëmes
pris en leur entier , furtout encore contre
les poemes d'Apoftolo-zeno , & de l'Abbé
Metaftafio , les uns & les autres très- eſtimés
, principalement les derniersplus conSEPTEMBRE
. 1757 .
61
par la
nus ici que les premiers , du moins
belle traduction de M. Richelet. ( 1 ) Cependant
, en Italie comme en France , le Poëte
qui doit toujours tant de complaifance au
Muficien , lui doit des facrifices dans les
paroles des airs proprement dits , des grands
airs, & qu'ainfi ( pour le remarquer en paffant
) , nous appellons très- improprement
Ariettes . Il faut que ces paroles ne foient que
des mots bien lyriques ; & moins le fens
en fera fort de penfée & même de fentiment,
plus la mufique pourra en être forte ,
par une harmonie plus travaillée , une
mélodie plus variée , & une mefure plus
exacte dans l'exécution . Avec des mots qui
ne difent rien , la mufique vocale a toute
la liberté de l'inftrumentale.
M. de F. n'étoit point parvenu à goûter
la mufique Italienne autant que la Françoife
; mais il étoit affez porté à croire
qu'il avoit tort , & que la feule premiere
habitude lui faifoit prendre plus de plaifir
à la mufique Françoife qu'à l'Italienne . Il
( 1 ) Les Journaliſtes de Trévoux ont donné
Pextrait de quelques- uns des plus beaux Opera de
Metaftafio , non fur la traduction Françoife , mais.
fur l'original Italien . Ils ont même traduit en vers
les morceaux qu'ils ont cités. Voyez le premier
volume du Journal de Janvier , & ceux de Fevrier
& de Mars 175Z+
62 MERCURE DE FRANCE.
featoit d'une façon & jugeoit de l'autre :
peu de gens en ont la force. Il faut néan-.
moins l'avoir pour être Philofophe ; le
fentiment eft quelquefois auffi trompeur
que les fens.
La difpute fur les deux Mufiques avoir
commencé avec le fiecle , par un petit ouvrage
que l'Abbé Raguenet avoit compofé.
à fon retour d'Italie , & qu'il avoit intitulé
; Parallele des François & des Italiens an
fujet de la mufique & des opera M. de F.
en avoit été le Cenfeur ; & fon nom ne fûtil
pas au bas de l'approbation , on auroit
pu le reconnoître , ou du moins le foupçonner
, à la maniere dont elle eſt tournée.
Je crois , dit- il , que ce parallele fera
bien reçu du public , pourvu qu'il foit capable.
d'équité.
M. de Freneufe ( 1 ) écrivit contre l'ouvrage
, l'Auteur , l'Approbateur , & enfuite
contre M. Andry , qui d'abord favorable
au défenfeur de la mufique Françoife
dans le Journal des Sçavans , ceffa de
l'être lorfque l'Abbé Raguenet eut repondu,
& que M. de Frenenfe eut repliqué. Je ne
connois guere d'écrits plus vifs , plus
amers , & plus malins , que ceux que M.
(1 ) Jean- Laurent le Cerf de la Vieville-de Fre
neufe , Garde des Sceaux du Parlement de Noxmandie.
SEPTEMBRE. 1757. 63
de Frenenfe publia à cette occafion. Il n'étoit
pourtant qu'Amateur , & non Artiſte ;
mais il étoit amateur juſqu'à la paffion.
Extrême en tout , il aima l'étude avec la
même ardeur , & s'y livra avec le même
excès ; delà fa mort dans la fleur de fon
âge ( 1 ) . M. de F. qui l'avoit va à Rouen , &
depuis à Paris , m'a dit que fi quelqu'un ,
par une vivacité & une fenfibilité extrêmes,
avoit jamais mérité le nom de fou , de
fou complet , de fou par la tête & par le
coeur , c'étoit ce M. de Freneufe. Mais
comme la folie n'exclut que la raifon &
non l'efprit qu'elle fuppoferoit plutôt , M.
de Freneufe en avoit beaucoup , & même
tant , pour me fervir du mot de Sorbiere ,
qu'il n'avoit pas le fens commun. ( 2)
Sa comparaifon de la musique Italienne &
Françoife ( c'eſt le titre de fon Livre contre
celui de l'Abbé Raguenet ) iuftifie parfaite
ment le portrait que M. de F. m'a fait de
l'Auteur.
Cependant ce Livre eft curieux par un
grand nombre d'anecdores fur l'Opera
François , Acteurs & Actrices , Poëtes &
Muficiens , & c. On l'a réimprimé en Hollande
à la fuire de l'Ouvrage intitulé ,
( 1 ) Né en 1674 , il mourut en 1707 ,
33 ans.
(2) Sarberiana , page 97.
âgé de
64 MERCURE DE FRANCE .
Hiftoire de la Musique & de fes effets , en
2 vol. in- 12. Il commence à la moitié du
premier volume , & forme encore tout le
fecond. (1)
Je me fouviens qu'après la Lettre de M.
Rouffeau de Geneve fur la Mufique , dans le
fort de la difpute qu'elle renouvella , &
lorfqu'on préparoit l'Opera de Roland ,
rappellant à M. de F. l'approbation qu'il
avoit donnée au Parallele , & c. je lui
dis que cet Opera pourroit bien n'avoir pas
aujourd'hui autant de fuccès qu'il en avoit
eu autrefois , parce que les partiſans de la
muſique Italienne & des Bouffons , avoient
prédit qu'il tomberoit ; qu'ils mettoient
tout en oeuvre pour l'accompliffement de
leur prédiction ; qu'ils étoient en trèsgrand
nombre , peu adroits à la vérité, mais
très- ardens , en un mot de vrais Freneuſes ;
qu'enfin il y avoit parmi eux des gens de
beaucoup de réputation & de mérite , &
très-fupérieurs aux Raguenets ; qu'au refte
cet Abbé avoit eu aufli fon coin de folie ,
( 1 ) On trouvera de grands détails fur M. de
Freneuſe , & fur fa diſpute avec l'Abbé Raguenet
& M. Andry , dans une Lettre d'un Religieux Bémédictin
de la Congrégation de S. Maur , imprimée
dans le Mercure d'Avril 1726. Ce Bénédictin eſt
Dom Lecerf, frere de M. de Freneuse , & Auteur
de la Bibliotheque des Ecrivains de la Congréga
sion,
SEPTEMBRE. 1757. 69
ود
puifqu'il finit par fe couper la gorge, & c . ( 1 )
Eh bien , me dit M. de F , quand j'eus
tout dit , ( car il laiffoit volontiers tout dire,
& à moi- même. ) « J'applique mon approbation
du Paralelle à l'Opera de Ro-
» land. Il est très- beau , & je prédis à mon
» tour qu'il réuffira , pourvu que le public
»foit capable d'équité. » Il réuffit en effet ;
mais , foit habitude , foit équité dans le
public , l'une & l'autre furent bien fecondées
, à ce que j'ai entendu dire , par l'excellent
Acteur ( M. de Chaffé ) qui joua le
rôle de Roland.
ود
Du premier Juin.
J'en étois là , lorfque j'ai reçu l'autre
petit livre que j'avois demandé au Public
avec celui des Doutes fur les caufes occafionnelles
, je veux dire , le retour des pieces
choifies , &c. ( 2) J'y ai trouvé ce qui me
le faifoit defirer , de bonnes réflexions d'un
zélé Malebranchifte fur le livre des Doutes ,
&c. une réponse de M. de F. à ces Réflexions
, adreffée en forme de lettre à
leur Auteur , & enfin une replique de celui-
ci. Ces trois pieces font curieuſes , &
(1 ) On fçait qu'il fe la coupa avec fon rafoir.
Il étoit dans l'ufage de fe rafer lui- même .
(2) Premier volume du Mercure d'Avril , p . 65,
ligne derniere.
66 MERCURE DE FRANCE.
on les joindra au livre des Doutes , & c.
dans le fupplément des OEuvres de M. de F.
Le Malébranchifte fon adverfaire , le traite,
fans le connoître , avec toutes fortes d'égards
.
J'ai obligation du retour des pieces choifies
, &c. à M. Thierriat , dont je n'étois
point connu , non plus que de M. l'Abbé
Polonceau Recteur de l'Univerfité de
Rheims. M. T. enfeigne les humanités à
S. Florentin en Bourgogne ; & par la lettre
qu'il a bien voulu m'écrire en m'envoyant
le livre , il me paroît très- capable de les
bien enfeigner.
Jufqu'à préfent je ne connois pas d'autres
petits écrits imprimés de M. de F ,
qu'on puiffe réimprimer par fupplément
aux huit volumes de fes (Euvres. Dans le
Mercure prochain je parlerai des manuf
crits mais j'annonce d'avance que ce ne
font guere que des fragmens plus ou moins
confi lerables , des Ouvrages imparfaits , &
que prefque aucun n'eft entier , foit que
M. de F. ne les ait pas achevés , foit qu'il
en eût perdu quelques feuillets ; car c'eſt
quelquefois le commencement qui manque.
Je prie ceux qui pourroient en avoir
quelques uns , en tout ou en partie , de
vouloir bien me les remettre . Il m'a dit
plus d'une fois qu'il en avoit prêtés qu'on
SEPTEMBRE . 1757. 67
pas
ne lui avoit point rendus , & qu'il n'avoit
même redemandés . Auffi fenfible qu'un
autre , malgré toute fa philofophie , aufort
de fes Ouvrages imprimés , il étoit aſſez
indifférent à celui de fes manufcrits , du
moins lorfqu'ils étoient eux- mêmes indifférens
, & qu'ils ne traitoient pas de certaines
matieres délicates. Il m'a conté
qu'en ayant lu un de ce dernier genre à
feu M. le Régent , le Prince le lui demanda
pour le lire lui - même à tête reposée.
M. de F. refufa ; le Prince infifta , & promit
un fecret inviolable & une prompte
reftitution. M. de F. ne fe laiffant point
gagner , je vous le jure , dit Son Alteſſe
Royale. M. de F. fe taifoit , mais fon filence
étoit un refus .... Je vous le jure ,
foi de Prince.... Silence encore... Foi de
Gentilhomme. M. de F. céda , mais depuis
il redemanda en vain fon manufcrit. Il n'y
penfoit plus , lorfque long - temps après
étant allé faire fa cour à S. A. R , qu'il ne
trouva pas feule , elle le fit paffer dans
fon cabinet . M. de F. apperçut fon manuf
crit fur un bureau , le mit dans fa poche
& n'en dit rien au Prince . Il n'en fut plus
parlé.
La fuite pour un autre Mercure,
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Résumé : SUITE sur M. de Fontenelle, par M. l'Abbé Trublet.
L'abbé Trublet évoque les œuvres de Bernard le Bouyer de Fontenelle et divers concours académiques. En 1675 et 1677, Fontenelle participa à des concours de l'Académie française sans succès, battu par M. de la Monnoye. Voltaire, à 20 ans, perdit également un concours en 1714. L'abbé du Jarry, malgré une réputation de mauvais poète, remporta plusieurs prix. Les prédicateurs obtenaient souvent des prix de poésie plutôt que d'éloquence. En 1687, l'Académie française proposa un sujet sur l'éducation des jeunes filles, remporté par Mlle Deshoulières. Fontenelle, élu à l'Académie en 1691, évita les polémiques littéraires et exprima son désintérêt pour les querelles. Cependant, il fut impliqué dans une controverse littéraire avec l'auteur des 'Remarques'. Dans les 'Nouvelles de la République des Lettres', M. Van Dale commenta l''Histoire des Oracles' de Fontenelle, notant des omissions et des interprétations erronées. Van Dale critiqua Fontenelle pour avoir ignoré des preuves contre la magie et les oracles. En 1757, un texte aborda les attitudes de Fontenelle face aux critiques littéraires. Il ignorait souvent les critiques et appréciait des œuvres révélant des impostures. En 1752, une controverse sur le tutoiement dans les traductions françaises de la Bible opposa Fontenelle à d'autres intellectuels. Fontenelle défendait le maintien du tutoiement pour respecter l'original, une position contestée par des protestants. Le texte traite également d'une controverse linguistique sur l'usage du tutoiement et du vouvoiement dans les traductions de l'Écriture Sainte. Fontenelle proposa d'unifier l'usage pour éviter la confusion. Il mentionne aussi des traductions de cantates et d'airs italiens pour un concert en 1724 chez M. Crozat. Une autre partie du texte discute de la controverse entre la musique italienne et française au XVIIIe siècle. Fontenelle, bien qu'il préférait la musique française, reconnaissait la valeur de la musique italienne. La dispute débuta avec un ouvrage de l'Abbé Raguenet, critiqué par M. de Freneuil. Le texte évoque également le succès prédit de l'opéra 'Roland' et l'approbation de l'œuvre 'Parallèle à l'Opéra de Roland'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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145
p. 57-59
AUTRE.
Début :
Mon nom seul, dans l'âme du Sage, [...]
Mots clefs :
Fanatisme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
MOND Ó N nom feul , dans l'âme du Sage ,
Imprimé une juſte terreur.
Sous un mafque impofant , exerçant ma fureur ,
Des malheurs les plus grands je retrace l'image :
Enfin je fuis un monftre affreux .
Dans la main de celui qui lance le Tonnerre ,
Sâchez -le , habitans de la terre ,
Il n'eft fléau plus dangereux .
Rien ne peut échapper à ma jalouſe rage;
Cv
58 MERCURE DE FRANCE
Un aveugle tranfport fait mon unique loi ,.
Et fouvent j'entraîne avec moi
La mort, le fang & le carnage.
Que dis-je , il eft peu de climats ,
Où ma déteftable manie ,
N'ait excité le peuple à d'étranges combats
Témoins , & l'Europe & l'Afic.
Du fang , comme de l'amitié ,
J'étouffe le cri reſpectable ;
Quelquefois même fans pitié ,
Pour l'objet le plus cher , je fuis inexorable.
Fuis donc , me dites-vous , Lecteur ,
Monftre garde- toi de paroître:
Tu ne me remplis que d'horreur ,
Et je commence à te connoître.
Hé bien , foit ; achevez. Dans la combinaiſon
Dès neufpieds feulement qui compoſent mon être,
Vous trouverez d'abord ce qu'en une maiſon
On apperçoit bientôt quand on déplaît au Maîtres
Dans l'Inde , un Royaume fameux ;
De plus , une douce monture ;
Un nom commun aux Bienheureux ;
L'espéce humaine en mignature ;
L'arrière- petit-fils du plus fage des Rois 5.
Le mont d'où l'Eternel , dans l'éclat redoutable
De la gloire , aux Hébreux voulut dicter les loix
Un Héréfiarque exécrable ;
Du bien , l'ennemi furieux
Toujours amans, toujours aimes : Surlafoi
W
W
d'une tendre amie Vous n'êtes jamais allar =
W
- més: Parmi vous la plus courte absence
Finitpar le pluspromptretour , Toujours la
vive impatienceVous prete l'aile de l'amour.
Gravepar M Charpentie.
Imprimépar Tournelle
Louré.
8
Que d'une felicite pure Vousjouis
W
-sés dans vos plaisirs, Bergers dont la sim
W
-ple.nature Forme et remplit tous les de=
= sirsjamais lafortune volage Ne corrompt
W
de sidoux transports: L'amour seul obtient
votre hommage, C'est le Dieu de tous vostre
Majeur. W
-sors . Sans trouble vous passes
W
la vi
DECEMBRE. 1760 12
Une Rivière en Franconie ;
Chez les Juifs un nom odieux -
Du Monde une belle parties
Un membre du corps ; un fléau
De l'Egypte jadis , la Ville capitale
Ce qui refte de l'homme , en entrant au tombeau
L'Office dont l'heure fatale
Fait gémir le Chanoine , & l'arrache au repos
De Noé l'un des fils; une étoffe eftimable ;
Et pour finir tous ces propos , "
Chez les gens de bon goût , un être infupporabler
Par M.l'Abbé RIMBER F.
MOND Ó N nom feul , dans l'âme du Sage ,
Imprimé une juſte terreur.
Sous un mafque impofant , exerçant ma fureur ,
Des malheurs les plus grands je retrace l'image :
Enfin je fuis un monftre affreux .
Dans la main de celui qui lance le Tonnerre ,
Sâchez -le , habitans de la terre ,
Il n'eft fléau plus dangereux .
Rien ne peut échapper à ma jalouſe rage;
Cv
58 MERCURE DE FRANCE
Un aveugle tranfport fait mon unique loi ,.
Et fouvent j'entraîne avec moi
La mort, le fang & le carnage.
Que dis-je , il eft peu de climats ,
Où ma déteftable manie ,
N'ait excité le peuple à d'étranges combats
Témoins , & l'Europe & l'Afic.
Du fang , comme de l'amitié ,
J'étouffe le cri reſpectable ;
Quelquefois même fans pitié ,
Pour l'objet le plus cher , je fuis inexorable.
Fuis donc , me dites-vous , Lecteur ,
Monftre garde- toi de paroître:
Tu ne me remplis que d'horreur ,
Et je commence à te connoître.
Hé bien , foit ; achevez. Dans la combinaiſon
Dès neufpieds feulement qui compoſent mon être,
Vous trouverez d'abord ce qu'en une maiſon
On apperçoit bientôt quand on déplaît au Maîtres
Dans l'Inde , un Royaume fameux ;
De plus , une douce monture ;
Un nom commun aux Bienheureux ;
L'espéce humaine en mignature ;
L'arrière- petit-fils du plus fage des Rois 5.
Le mont d'où l'Eternel , dans l'éclat redoutable
De la gloire , aux Hébreux voulut dicter les loix
Un Héréfiarque exécrable ;
Du bien , l'ennemi furieux
Toujours amans, toujours aimes : Surlafoi
W
W
d'une tendre amie Vous n'êtes jamais allar =
W
- més: Parmi vous la plus courte absence
Finitpar le pluspromptretour , Toujours la
vive impatienceVous prete l'aile de l'amour.
Gravepar M Charpentie.
Imprimépar Tournelle
Louré.
8
Que d'une felicite pure Vousjouis
W
-sés dans vos plaisirs, Bergers dont la sim
W
-ple.nature Forme et remplit tous les de=
= sirsjamais lafortune volage Ne corrompt
W
de sidoux transports: L'amour seul obtient
votre hommage, C'est le Dieu de tous vostre
Majeur. W
-sors . Sans trouble vous passes
W
la vi
DECEMBRE. 1760 12
Une Rivière en Franconie ;
Chez les Juifs un nom odieux -
Du Monde une belle parties
Un membre du corps ; un fléau
De l'Egypte jadis , la Ville capitale
Ce qui refte de l'homme , en entrant au tombeau
L'Office dont l'heure fatale
Fait gémir le Chanoine , & l'arrache au repos
De Noé l'un des fils; une étoffe eftimable ;
Et pour finir tous ces propos , "
Chez les gens de bon goût , un être infupporabler
Par M.l'Abbé RIMBER F.
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146
p. 74-75
ENIGME.
Début :
Nous sommes vingt, qu'en quatre classes [...]
Mots clefs :
Ongles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
ous fommes vingt, qu'en quatre claffes
On a fagement partagés ;
Et tellement fommes rangés
Que jamais ne perdons nos places ,
Et n'avons aucun mouvement.
Mais , fi pourtant , par avanture
Nous éprouvons l'ébranlement ,
C'eft un affez mauvais augure .
Pour mieux expliquer notre fort ,
Il faut obferver , que d'ufage
Dix de nous renfermés , cinq à cinq dans un Fort ,
FEVRIER. 1761 : 75
Pour la moitié du jour fubiffent l'esclavage.
Les dix autres au demeurant ,
Qu'on réſerve pour la parade ,
Quoique toujours fans mouvement ,
Font mainte & mainte promenade.
Le fâcheux eft que bien fouvent ,
Notre Maître , inhumainement ,
Nous fait paffer par le tranchant
Du fer impitoyable :
Mais malheur pour quiconque,avant cet accident,
Eprouve de nos parts un affaut redoutable !
Par M. l'Abbé RIMBERT .
ous fommes vingt, qu'en quatre claffes
On a fagement partagés ;
Et tellement fommes rangés
Que jamais ne perdons nos places ,
Et n'avons aucun mouvement.
Mais , fi pourtant , par avanture
Nous éprouvons l'ébranlement ,
C'eft un affez mauvais augure .
Pour mieux expliquer notre fort ,
Il faut obferver , que d'ufage
Dix de nous renfermés , cinq à cinq dans un Fort ,
FEVRIER. 1761 : 75
Pour la moitié du jour fubiffent l'esclavage.
Les dix autres au demeurant ,
Qu'on réſerve pour la parade ,
Quoique toujours fans mouvement ,
Font mainte & mainte promenade.
Le fâcheux eft que bien fouvent ,
Notre Maître , inhumainement ,
Nous fait paffer par le tranchant
Du fer impitoyable :
Mais malheur pour quiconque,avant cet accident,
Eprouve de nos parts un affaut redoutable !
Par M. l'Abbé RIMBERT .
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148
p. 69
ENIGME.
Début :
On vous propose une maison [...]
Mots clefs :
Fiacre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
N vous propoſe une maiſon
A louer en toute faifon ;
Elle a deux portes , trois fenêtres ;
Elle peut loger quatre Maîtres ,
Et même cinq en un befoin ;
Deux caves , un grenier à foin ;
Peut-être le quartier pourroit vous en déplaire .
En ce cas le Propriétaire ,
Avec fa verge d'Enchanteur ,
Et certains mots qui vous font peur ,
Enlévera maiſon , meubles & Locataire ,
Qu'auffitôt il tranſportera
Dans le quartier qu'il vous plaira.
On reconnoît l'hôtel célébre
A fon écriteau fingulier ,
Tiré de Barême & d'Algébre.
On voit dans le Calendrier
Son nom & celui du Sorcier.
N vous propoſe une maiſon
A louer en toute faifon ;
Elle a deux portes , trois fenêtres ;
Elle peut loger quatre Maîtres ,
Et même cinq en un befoin ;
Deux caves , un grenier à foin ;
Peut-être le quartier pourroit vous en déplaire .
En ce cas le Propriétaire ,
Avec fa verge d'Enchanteur ,
Et certains mots qui vous font peur ,
Enlévera maiſon , meubles & Locataire ,
Qu'auffitôt il tranſportera
Dans le quartier qu'il vous plaira.
On reconnoît l'hôtel célébre
A fon écriteau fingulier ,
Tiré de Barême & d'Algébre.
On voit dans le Calendrier
Son nom & celui du Sorcier.
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149
p. 35
VERS sur le Tableau du ROI, représenté par les VERTUS.
Début :
PAR l'ingénieux artifice [...]
Mots clefs :
Louis, Pinceau, Optique, Amour, Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS sur le Tableau du ROI, représenté par les VERTUS.
VERS fur le Tableau du ROI , repréfenté
par
PA
les VERTUS .
AR l'ingénieux artifice
Et de l'optique & du pinceau ,
Les Vertus , & furtout la Bonté , la Juftice ;
De Louis offrent le tableau.
Si dans un autre perſpective ,
On peignoit les coeurs des François ;
De ces coeurs réunis la peinture native
De l'Amour offriroit les traits.
Par M. l'Abbé AUBERT .
par
PA
les VERTUS .
AR l'ingénieux artifice
Et de l'optique & du pinceau ,
Les Vertus , & furtout la Bonté , la Juftice ;
De Louis offrent le tableau.
Si dans un autre perſpective ,
On peignoit les coeurs des François ;
De ces coeurs réunis la peinture native
De l'Amour offriroit les traits.
Par M. l'Abbé AUBERT .
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150
p. 149
VERS à S. A. S. Mgr le Prince LOUIS DE ROHAN, Coadjuteur de Strasbourg, sur sa convalescence.
Début :
Du trépas Ministre perfide, [...]
Mots clefs :
Prince, Respect, Zèle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS à S. A. S. Mgr le Prince LOUIS DE ROHAN, Coadjuteur de Strasbourg, sur sa convalescence.
VERS à S. A. S. Mgr le Prince
LOUIS DE ROHAN , Coadjuteur
de Strasbourg, fur fa convalefcence .
Du trépas Miniftre perfide ,
Un fouffe empoisonné , par fon progrès rapide ,
Alloit vous enlever au printemps de vos jours ;
Mais , du mortel venin pour arrêter le cours,
Votre Compagne & votre Guide ,
Minerve oppoſe ſon Egide,
Et des Cieux la Santé vient à votre ſecours,
Ah! puiffe auprès de vous fe fixer l'immortelle !
PRINCE , fi l'amitié , le reſpect & le zélé
Pouvoient la fuppléer , vous vivriez toujours.
Par M. l'Abbé DANGERVILLE.
LOUIS DE ROHAN , Coadjuteur
de Strasbourg, fur fa convalefcence .
Du trépas Miniftre perfide ,
Un fouffe empoisonné , par fon progrès rapide ,
Alloit vous enlever au printemps de vos jours ;
Mais , du mortel venin pour arrêter le cours,
Votre Compagne & votre Guide ,
Minerve oppoſe ſon Egide,
Et des Cieux la Santé vient à votre ſecours,
Ah! puiffe auprès de vous fe fixer l'immortelle !
PRINCE , fi l'amitié , le reſpect & le zélé
Pouvoient la fuppléer , vous vivriez toujours.
Par M. l'Abbé DANGERVILLE.
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Résumé : VERS à S. A. S. Mgr le Prince LOUIS DE ROHAN, Coadjuteur de Strasbourg, sur sa convalescence.
Louis de Rohan adresse un poème à un prince convalescent après une tentative d'empoisonnement. Minerve et la santé venue des cieux ont protégé et guéri le prince. Le poète souhaite une santé immortelle pour le prince et affirme que l'amitié, le respect et le zèle pourraient assurer son éternité. Le poème est signé par l'Abbé Dangerville.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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