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1
p. 59-63
L'HORLOGE DES AMANS.
Début :
Il s'en fait beaucoup d'autres dans le monde dont / Apres la declaration [...]
Mots clefs :
Occasion, Heure, Amant, Désirs, Entreprise
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texteReconnaissance textuelle : L'HORLOGE DES AMANS.
l s'en
fait beaucoup d'autres dans le monde dont on ne ditmot, &il
n'eſt point de Belle qui n'ait fon heure dangereuſe quand les A- mans s'attachentàl'obſerver. Les
Prudes meſmes ne s'en fauvent
pas. Voyez ce qu'un Expert ſur cette matiere en a ingénieuſe-- ment écritdepuis peu..
38 LE MERCVRE
L'HORLOGE DES AMANS..
APres la declaration
Qui marque une ſincere & tendre paſſion,
Quandla Belle devient reſvenſe,
L'occaſionſe montre heureuse ;
Etsi l' Amant a de l'esprit ,
Il endoitfairefon profit.
L'heure où l'Amantse racommode Eft toûjours une beure commode ,
On veut se racquiter du temps qu'on a
perdu,
Et la Belle estant appaisée ,
Lecœurpoursemontrer de bonnefoyredu,
Nousrendtoute entrepriſe aisée,
Ce moment ſi chery des Hommes &des Dieux,
Eft en Chiffres d'amour écrit dedans les
yeux Decellepourqui l'on foûpire,
Etbien heureux qui l'y peut lire.
GALANT. 39
Vne Femme dansle couroux.
Oùla met un Mary jaloux ,
Aux deſirs d'un Amant est rarement cruelle.
L'occafion deſevanger Eſt une occaſion trop belle ,
Et l'heure du Dépit , l'eſt ſouvent diu Berger.
Siparmy la réjoüiffance
D'une Feste donnée en quelque beau Iar- din
Celle que vousaimez lors que moins on ypense,
S'éclipse &disparoiſt ſoudain ,
Suivez-la , l'amourſe declare ,
Ce n'est pasfansdeſſein que la Belles'égare.
UneFiere veut du respect,
Cherche dansſa conduite un Amant cir- confpect ,
Et qui contre lamédiſance Entous lieuxprenne sa defence;
Son honneurſauvéde ces coups
Sedefendra mal contrevous..
40 LE MERCVRE
Cellequele chagrin dévore ,
Qui ne vit que dans un grand düeil ,
Etd'une cendre qu'elle adore
Semble n'aimer que le cercüeil ,
Quoyqu'onla croyeinconfolable ,
N'estpastoûjours inexorable .
La douleur n'estant point vertu,
Nefournit quedefoibles armes ,
Et l'amour est mal combatu
Par la langueur &par les larmes.
Comme ſouvent la peine irrite le defir,
Pour objet de vos vœux s'il vous plaist dechoisir Quelque Prade à vos yeux aimable,
Nevous allarmezpoint deſa grandefroi- -deur
Parvossoins, vosrespects montrez luy voſtre ardeur,
Et laiſſez faire au temps , il la rendra traitable ,
Elle ne croira pas en avoir moinsd'hon--
neur
Pour donner à l'amour uneplace en fon foncœur..
fait beaucoup d'autres dans le monde dont on ne ditmot, &il
n'eſt point de Belle qui n'ait fon heure dangereuſe quand les A- mans s'attachentàl'obſerver. Les
Prudes meſmes ne s'en fauvent
pas. Voyez ce qu'un Expert ſur cette matiere en a ingénieuſe-- ment écritdepuis peu..
38 LE MERCVRE
L'HORLOGE DES AMANS..
APres la declaration
Qui marque une ſincere & tendre paſſion,
Quandla Belle devient reſvenſe,
L'occaſionſe montre heureuse ;
Etsi l' Amant a de l'esprit ,
Il endoitfairefon profit.
L'heure où l'Amantse racommode Eft toûjours une beure commode ,
On veut se racquiter du temps qu'on a
perdu,
Et la Belle estant appaisée ,
Lecœurpoursemontrer de bonnefoyredu,
Nousrendtoute entrepriſe aisée,
Ce moment ſi chery des Hommes &des Dieux,
Eft en Chiffres d'amour écrit dedans les
yeux Decellepourqui l'on foûpire,
Etbien heureux qui l'y peut lire.
GALANT. 39
Vne Femme dansle couroux.
Oùla met un Mary jaloux ,
Aux deſirs d'un Amant est rarement cruelle.
L'occafion deſevanger Eſt une occaſion trop belle ,
Et l'heure du Dépit , l'eſt ſouvent diu Berger.
Siparmy la réjoüiffance
D'une Feste donnée en quelque beau Iar- din
Celle que vousaimez lors que moins on ypense,
S'éclipse &disparoiſt ſoudain ,
Suivez-la , l'amourſe declare ,
Ce n'est pasfansdeſſein que la Belles'égare.
UneFiere veut du respect,
Cherche dansſa conduite un Amant cir- confpect ,
Et qui contre lamédiſance Entous lieuxprenne sa defence;
Son honneurſauvéde ces coups
Sedefendra mal contrevous..
40 LE MERCVRE
Cellequele chagrin dévore ,
Qui ne vit que dans un grand düeil ,
Etd'une cendre qu'elle adore
Semble n'aimer que le cercüeil ,
Quoyqu'onla croyeinconfolable ,
N'estpastoûjours inexorable .
La douleur n'estant point vertu,
Nefournit quedefoibles armes ,
Et l'amour est mal combatu
Par la langueur &par les larmes.
Comme ſouvent la peine irrite le defir,
Pour objet de vos vœux s'il vous plaist dechoisir Quelque Prade à vos yeux aimable,
Nevous allarmezpoint deſa grandefroi- -deur
Parvossoins, vosrespects montrez luy voſtre ardeur,
Et laiſſez faire au temps , il la rendra traitable ,
Elle ne croira pas en avoir moinsd'hon--
neur
Pour donner à l'amour uneplace en fon foncœur..
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Résumé : L'HORLOGE DES AMANS.
Le texte explore diverses stratégies pour gérer les situations amoureuses. Il souligne que toute femme peut être observée et que les amants doivent saisir les opportunités favorables. Après une déclaration sincère, l'amant doit profiter de l'instant où la belle est réceptive, notamment lors de la réconciliation, moment propice où elle est apaisée et prête à montrer sa bonne foi. Les femmes en colère, souvent cruelles, peuvent être apaisées par la réjouissance d'une fête. Si une femme aimée disparaît, l'amant doit la suivre, car elle ne s'égare pas sans raison. Une femme fière cherche respect et défense contre la médisance, et son honneur se défend mal contre un amant dévoué. Enfin, une femme dévorée par le chagrin, bien que semblant inébranlable, peut être touchée par l'amour. L'amant doit montrer son ardeur avec soin et respect, laissant le temps rendre la femme aimée plus traitable sans qu'elle perde son honneur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 195-270
AVANTURE.
Début :
Le Heros de cette Histoire fut trouver il y a quelques jours [...]
Mots clefs :
Dame, Bal, Bras, Femme, Ami, Masque, Bal de l'Opéra, Opéra, Yeux, Souper, Douceur, Argent, Vie, Homme, Temps, Main, Chaise, Heure, Logis
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texteReconnaissance textuelle : AVANTURE.
AVANTVKE.
! ;
* Le Héros de cette Hiftoirc
fut trouver il y a quelques jours
un de Ces Amis, à quiil fie
part de cette nouvelle, cet
Amy la conta à un autre, cet
autre à d'autres encore, & enfin
par bricole elle est venuë
jufqua moy, & je vous la
rends telle à peu prés qu'on
me l'a contée*, s'il n'y a ni vcrité
ni vray- semblance
J
je
m'en lave les mains, ce fera la
faute de ceux qui l'ont inventée.
Cependant je vous diray
par parenthese
,
qu'elle est
embellie de noms & de circonstances
qui luy donnent
des qualitcz que la Fable n'a
pas. Si j'avois pris la liberté
d'y mettre des faits de ma fa-,
çan, je luy aurois donné une
autre face. Que cela foit dit
en passant pour l'apologie de
la venté de cette Hifloire, &
retournons à son Heros que
nousvenonsde laiflerçhezfon
: Amy, prest à luy faire la conifdence
des choses merveillcu.
les que vous allez lire.
• Jeforcis,die-il,il yahuic
jours à minuit de chez moy,
pour me rendre au Bal de t'Opéra.
J'écois(eul,aflezmélancolique,
& non sans raison.
Enfin masqué fous un ample
domino, j'encray dans la fallc
du Bal, où je trouvay une
nombreuse & brillante Aflembléc.
J'y fis plusieurs cours sans
parler à personne
y
ennuyé à
la fin, & ires las de toutes ces
allées & venuës
,
je fus me
camper dans une loge, ou je
trouvay une place commode
pour dormir à mon aise, si le
coeur m'en diroit; je méditois
déjàferieufcmcnc cette partie
lorsque je me reconnus à côté
d'une femme, quimalgré son
extrême attention à se cacher,
me parut jeune & de bon aloy.
Le relie des Masques qui
éroient dans la loge, gardoic
aufli bien que moy un profondsîlence,
& personne ne
s'avifoit de se détacher du par.
terre pour venir nous conter
fleurette.
Piqué de me voir dans une
compagnie si dcfoejvrée, )'effayay
de lier conversation
avec le Mafquc qui étoic à
côté de moy. Il (croit inutile
& messeant même, luy dis-je,
de vous offrir des rafraîchiffemens
:vous ne m'avez pas l'air
assezéchauffé, beau Mafcjue,
pour en avoir besoins & vous
obfcrvcz icy un silence aussi
religieux que si vous étiez dans
un dortoir de Nones. Je ne
sçay pas trop bien où je fuis.
me répondit.elle, tout ce que
je voy dans cette faite me réjouie,
m'ébloiiit,métonne,
cette confusion me plaît; mais
l'ced n'y peut suivre personne,
& j'ay de puissantes raisons
pour enrager de cette inconvenienc
Ah! je vous entends,
lu.y dis je, vous faites apparemment
icy le Critique, ou l'ACtrologue.
Ouï, reprit- elle
avec vivacité, & je fuis bien
trompée si les mouvemens que
fc donne vostre femme dans
ce parrerrc, ne m'apprennent
pas le point le plus certain de
vostre horoscope. Il y a prés
de trois ans que vous l'avez
épousée, elle a de la naiflancc,
elle en jeune & johe, vous
faires le périr M.uftre, vous en
contez aux belles, elle de son
côcé, est aujourd'huy femme
à bonnes fortunes; mais elle en
a plus que vous, mon bon
amy, mais clic en a plus que
vous. Ma femme, luydis je,
Metfque, vous vous trompez,
je ne fuis pas marié.Vous mentcz,
reprit-elle biufquement,
vous elles le Marquis de **
& vous estes homme d'épée,
de robe & de Finance; mais
je ne (<jay pourquoy vous vous
ciles avilé de m'attaquer de
conversation. Je ne pensois
pas feulement que vous fuflîcz
au monde, lor sque vous avez
pris la peine de venir m'arracher
les veritez que je viens de
vous dire. Il vous a plû de
faire le fpcétateur habIle, &à
moy de vous conrcmpJer, je
vous ay reconnu, maintenant
reconnoiflcz moy ,
si vous
pouvez. Mais j'ayautrechose
à faire icy que de continuer
cette conversion, & le temps
que je perds à vous entretenir,
me dcrobe peut estre une découverte
dont le succés m'intereffe
bien plus que votreembarras
ne me divertic. Apres
ce que je viens d'entendre, luy
répondis je, il fjudroit que je
n'eusse pss le feos commun,
pour me resoudre à vous quitter
sans vous connoiltre. J ay
mauvaifc opinion, me dit-elle,
des foins que vous prendrez
pour y réiïffir. Ne vous donnez
, croyez moy , aucun
mouvement là dessus,& fongez
feulement pour vôtre propre
interert à empêcher que
vôtre femme ne forte d'icy
avec ce domino bleu qui 1uy
donne la main. Les bonnes
gens gagnent le chemin de la
porte,il n'est pas encore trois
heuresils pourroicnt bien
rentrer avant six. A la venté
vous n'en feriez ni plus mal
,
ni mieux à vollrc aise y mais
profitez de l'avis si vous voulez.
A ce rccir qui n'éroic que trop
vray ,
lesKornes me montoi.ntvifibhment
à la tête. Je ne fçavois
que dire, ny quel parti prendre&
j'ignore encore ce que
je fcrois devenu,fimonMafque
ne m'eûtaidé à cacher aux
yeux de cet Argus le desordre
de ma contenance. J Allez néanmoins
, me ditelle,
où plus d'une raison
vous appelle. J"lY pirié du
trouble où je vous voy. Faites
ce que vous avez à faire, &
foytz sur de me retrouver ici.
:J: Ces paro!es meraflurerent,
je forcis de cette loge,je fus
brufquernent me placer entre
ma femme & son amant,je
la pris par la main dont clic
s'appuyoït sur luyJe rentrainay
dans un coin de la salle,
& press à lui dire toutes les duretez
que le dépit & la honte
me metroient à la bouche,je
jettay les yeux sur la loge ou
j'avois l'aissé l'inconnue qui
I
m'avoit si cruellement infiruir,
mais ne la revoyant plus, je
quittay ma femme avec autant
de précipitation que j'avois
marqué d'empressement pour
l'arracher des mains de son
guide. Je fendislapreslea & je
me hâcay autant qu'il fut en
mon pouvoir de reconnoiftrc
toutes les avenuës d'un heuoù
je venois dapprendre deschoses
si extraordinaires; mais le
rcfultat de tous les foins que je
me donnay le reste de cette
nuit, fut que je perdis de vûë
mon masque, mon épouse &
son amant.Enragé du mauvais
succés detoutecetteavanture,
je me jettay dans unechaise&
me fis porter chez moy. Mon
laquais en entrant me donna
un billet qu'on venoit de le
charger de me rendre. Je le lûs
sur lefcalicr. En voicy lestermes.
Vous Avez eslé cette nuit au
Bltl Avec de grandsdtjpins qui
n'ont abouti a rten, en deux heures
tvousnousj/ cjltsméprisplusieursfois
,une inquiétude tffcryAbleafuiVt
ces méprifts. Eftesnous
un homme à donner dans
tous les panneaux qu'on voudra
vous tendre? eft-ce beflife f efl-ce
ignorance ? eflâyek du moins
Àêtreplus heureux LuncJy.
Il ne me manquoit que ce
billet pour achever de me tourner
la cervc lle. Cependant
j'allay à l'appartement démon
epouse
, je la trouvay dans
son lit enfevelic dans un profond
lommcil. Sa femme de
chambre
,
Ces gens couchez à
leur ordinaire: j'evclllay tout
le monde, je fis un vacarme
épouvantable. Je demanday à
ma femme à quelle heure elle
écoic rentrée, elle me répondit
froidement qu'elle ne fçavoic
ceque je lui voulois dire,&
qu'elle n'étoitpassortie. Tous
mes domestiques jurèrent
qu'ellc s'estoit couchée un moment
aprèf sm'a, voir vu partir
pour le bal,ils ajoutèrent même
qu'elle leur avoir donné
dans son lit des ordres pour le
lendemain matin.. Enfin rien
de
dece qu'on me dit chcz moy
ne s'accordoic avec ce que je
croyois qu'onm'avoic démontré
à l'Opera. La feule chofc
sur tout que je ne pouvois pas
comprendre 5c'étoitladocilrré
de ce masque qui avoir foufferc
tranquillement que je lu y arrachasse
la main de ma femme.
La raison venant à la fin au
secours demesemportemens,
j'eflTiyay de me persuader que
tout ce quej'a, vois vu1\ & entendu
n'estois qu'un tour de bal
que quelque personne quime
connoifloic particulièrement
avoir essayé de me jouer ; mais
les discours quemavoit tenus
ce maudit lutin que j'avois été
imprudemment agaccrJIX qui
m'avoit reconnu sans ctire
aidé d'aucun signal,démontoienemonraisonnement.
Je
me couchay en un mot au
milieu de tous ces embarras r'
mai,s je commençois a, peine a,
m'endormir que le démon qui
me talonnoit me fie rendre un
fécond billet par un inconnu
qui dit à un de mes gens qu'il
citoit pour moy d'une confcquence
extrême de le lire à
l'heuremême
,
& qui s'enfuie
avec tant dadrtfle & de diligcnce
pendant le temps qu'on
lTIit à me l'apporter
,
qu'il me
fut impoflible de le faire fuivre.-
Voicy le conçcnudeccc
importact biller., ;.
Voùs êtes sans douteaprefent
defimauvaife humeur,&votre
e[prit.eif-siremeli d'incertitudeque
(oyt_ ce que vqHj voyeZ&enten-
4e% ne fertquaaugmenter l'embarras
où vous ejkss maiscroje%-
tnoy -, dépiquek vous Lundj en
youj ;retrouvantau^Bal , Vous
y verre7, le Mafquc qui vous a
défilécettenuitpresl à vous ren- -
drelecalme que vousaeekperdg.-
-14
Ce billu fieun effetbizarre
sur nioiicfprIr & comme si
j'enavois deuattendre d'autres
, malgrél'extrême besoin
que j'avois derepos, cordonnay
à mesgens de me faire parler
à tous ceux qui viendroienc
me -
demander. Cet ordre
ridicule fut suivià la lettre
,
& je fus si bien interrompu de
de quart d'heure en quart
d heure par la foulédesimportuns
à qui ma por te fut ouverte
, que je ne pus fermerl'oeil ;
mais l'efperancc de retrouver
mon masque le lendemain,qui
fraie le Lundy en queflion:,
me conlola de tous ces inconvenicncs.
Enfin 1 heure du Bal
arriva. Je fus des premiers à
m'y rendre fous un dégutfement
qui ne pur pas me cacher
long temps aux yeux de la
pcitonne à qui j'avois affaire;
mais je fus encore la dupe de
certe précaution
, & la facilite
qu'on eue à me reconnoistre,
mVxpoCa à me faire chagriner,
harceler pendant deux heures
pao tous les ma fques qui me
reconnurent. En un mot ne
sçat tnnt plus comment m'y
prendre pour me sauver de ce
débordementd'importuniteZi
j'eus«coursàJa loge où j'avoiscûdeux
jours auparavanr,
un entretien si bizarre, je m'y
campay à côcé d'un petit
vieillardsi bien déguisé, qu'il
n'yavoit rien dans le bal de si
indéchirable que ce masque.
LeCiel, me dit-il
, en tremblottant
, vous gard de touc
malenconrre
,
beau Marquisj
&qu'il vous prefervc d'avoir
aujourd'huy comme avanc
hier un ennetni redoutable à
vos trousses. Ah. pour le coup,
je vous tiens"lui répondis-je,
cher masque
,
& vous ne mcchaperez
pascette fois comme
vous ave^fait l'autre. J'ay,rcprit-
il, dans les rides qui paroiffent
sur mon front, & dans
le nombre des ans qui commencent
à glacer mes veines,
un faufeonduir qui me met à
couvert de toutes vos pourfuites
: & toutccqui pourroic
vous en revenir de vos démarchcs
s ne feroit que la honte
d'avoir si malemployé vostre
temps. Croyez-moy retournez
là bas. Il s'y paffedes choses
dignes de vostre curiosité
9
& ce petit pelotonoù vous ne
voyez que trois masques s'entretient
maintenant d'affaires
très ferieufcs. En voilà deux
autres qui fc disent des douceurs
en termes de politique,
parce qu'ils ne parlent pas
d'autre langige peut estre
,
&
qui s'érrangleroient s'ils se rcconnoitloient.
Pour celuy quevous
voyez avec ce domino
feuille-morte
, gagner la
porte avec tant d'efforts,c'est
qu'il corige d'avoir donné
trop à mordre au Mifquequi
le fuit Je ne vous fais faire cespetitesobservations
que parce
que j'ay la demangcaifon des
vieilles gens, qui feroient au
desespoir de ne pas diretourcc
quelles sçavent
, pour faire
preuve
preuve de pénétration avec
tout ce qui s'osse e à leurs yeux;
maisvostre diferetion m'efl:
connue, & vous ferez un bon
usage de cette: confidence.
Non, luy dis-je, je ne defeendray
pas là bas, je n'y ai, nulle
affaire
,
& rien ne m'interesse
au monde comme le plailîr de
m'entretenir avec vous. Vous
m'avez la dcrniere fois précipité
dans un abifmc d'inquietudes
r' , 3 vous m'avez exposé a
de très fâcheuses avantures,
& si ce n'eûc été la crainte de
vous perdre
, je ne (çay comment
je ferois forci de tous les
embarras oa vous m'aviez engge1
. EEn e1\ccs vous quitte a
prefenc, me dit mon Vieillard.
Oui,luy répondis je, du moins
j'efjtercde1être bientôr)maIDtenant
que je fuis avec vous.
Que vous tftjs simple, repritil,
de chercher à vous tour*
inenter sur nouveaux frais,
vous n'êtes pas plutôt forti
d'un piège, quevous redonnez
dans un autre; &.Ji vous
-fcaviez quelle cfpccc de Mafque
je fuis, vousce(Tenezbientôt
d'estreaussi curieux que
vous l'estes.Vous avez, luy
dis-je
,
beau faire
,
soyez un
homme, une femme, un Démon
,un Ange, il faut abfolument
que je vous connoisse ;
à celane tienne) reprit ce méchant
vieillard, puirqu'il ne
faut quecela pour vous fatisfaire,
rendons nousconfidence
pour confidence, dites-moi
pourquoy vous vous donnez
tous lesjours tant de foins inutiles
pour la Maîtrcfle de ce
Duc qui ne vous aime aflurément
pas , & pourquoyvous
,voyez d'un oeil si complaifanc
les affiduitez du Chevalier de
* * auprès de vostre femme ;
après cela si vous me payez de
quelque bonne ration
,
je,nè
differeray pas davantageàvous
declarcr qui je fuis. Vous md
parlez ici, lui dis- je, des deux
choies du monde qui m'incereflenc
le plus; mais j'apprehende
que ma réponsesur les
questions que vous venez de
Ille proposer, ne me jettt: dans
un détail trop serieux, & que
cette convention,ne vous dérobe
tout le platlir que vous
vous promettiez ici.Rsfleurez
vous sur ce qui me regarde,
me dit le Masque, & toute la
<rrace que je vous demande,
c'est de n'estre avec moy ni rimide,
ni menteur. Vous mettez
à" cc que je voy J
luy répondis
je,condition sur COIldjcion
; mais puifqu'il en faut
paffer rpar cc qui vous plaist
:J ccoûctz MOY.
-r Il y a trois ans que je fuis
marié) comme vqus me l'avez
fort bien reproché avanthie*
jlay épousé par interest,
mà'fcmme,sanslaconnoiftrc;
j'ayvécu avec elle sans amour,
ôcloriquéj'ay fait le dclicat ou
le jaloux (ur ses petites affaires,
ce n'aefté que dansta crainte
du scanda-Ie,&que parce que
jiay cru fotement que le monde
ne rcfpcdtcroïc pas mon si..
lencc;niats j'ayététa dupe de
monintention, Il je n'ay paru
jaloux de ma femme qu'à
ceux qui n'ont jamais eu l'occasson
j ni la volonté de parler
d'elle J'étois avant de l'époufer
amoureux de la belle Mademoiselle
de S*** je l'ay
vû avec douleur tomber entre.
les mains du Comte de M**
qui n'a certainement jamais
paffé pour un trop honneste
homme. Le Duc de. s'cil
mis enfoire sur les rangs ,
&;!
atifluoft qu'il s'est monrré,tnu-.
te la tenduflede la bellea p-uu
eftrc la recompense de sa première
démarche. Le Cheva-
Ker que vous venez de me
nommer,& que vous me dites
eftrc si bien avec ma femme
,
voulut, à son tour, tenrcr
de luy plaire; mais foie
qu'il trouva trop d'obstacles à
furmontcr
,
foie qu'iln'eue
pbaosuatd z d'amour, il en agit au
d'un mois avec elle, en
homm: rebuté de ses foins. J'ai
moi meme favorisé sa retraite,
& j'ay mieux aimé, je vous l'avouë
,
le voir maistre du coeur
de mon Epouse
, que l'Amant
de ma Maiftrefle. Enfin de
tous les hommes que j'avois
vu soupirer pour elle) nul ne
m'avoie paru plus redoutable
que Iuy.Nc vous étonnez donc
pas t
si n'ayant pû me défaire
ducruel attachementquej'ay
pour Midemoifelle de S* * 4*
j'ay tout sacrifié pouréloigner
d'elle le rival que je craignois
& que j'efbmols davantage.Ec
voila justement ce qui fait tout
voilre crime à mon égard, reprit
mon Misque, vous venez
de me faire le plus étrange
aveu du monde, & je ferois
peut estrecapable d'un retour
de bonté pour vous, si je ne
vous regardois pas après cettc
déclaration, comme l'Auteu;
de tous mes malheurs. Jejouiroisà
present de toute la tcndresse
d'un homme qui m'est
plus cher que ma vie, je pofiedcrois'
fcule en un mot le coeur
du Chevalier, si vous n'aviez
pas vous- même
,
crud que
vous estes
,
conduit mon Amant
jufqucs dans les bras de
vostre femme. Je fus aulH
é1pouvantéd, de r cette réponse
que si la foudre fut tombée à
mes pieds. Cependant un moment
après avoir reconnu cet
impitoyable Masque,jejuy
dis tout cc que l'amour & le
dcfefpoir me mirent de plus
touchant à la bouche; mais inflexible
a mes prières, elle finie
nofirc entretien par ces dernières
paroles. Je vous ay fufiffamment
inquieté dans ces
deux bals, où je vous ay saic
un détail raisonnable de vos
affaires & des miennes. Je fuis
contente de tous les ressorts
que j'ay fait jouer pour vous
chagriner; mais je perdrois
tout le mérité de mon ftratagênie,
si je ne vous dl.ffendois
pas abfolumenr de me revoir
jamais, sans le Chevalier, & si
vous ne prenez pas doreinavant
toutes les mesures qui
vous conviennent pour luy interdire
honnêtement l'cntrée
de voflrc maison. Voila à quel
prix vous pouvez encore pretendreàmonamiiié.
Adieu Je
fis de vains efforts pour la retenir)
tUeme quitta brufquement
& me la-fla le Ioifir de
faire a mon alse les plus Cotes
reflexions du monde sur elle,
sur ses Amants, sur ma femme
& sur moy.
Voilà enfin où j'en fuis,moncher
ami,aidez moy de vos
conseils,de déterminez moy
sur le partiqueje dois prendre
dans une pareille conjoncture.
C'cftle plus grand fetvicc
Ul
Êl a Ica
que vouspuifluez rendre à
l'homme du moade qui vous
aime le mieux, , j Alorssonamiluyconfeillajf
,
d'éloigner le Chevalier, d'oublier
sa Muitreffe, & dVffayerj
de bien vivre avec sa femme5,
maisil ne fuie nil'unml'autre
de ces con feilsq^'I pouvoir
s'épargner la peinedcj.uydemander
avec tanr d'inllance:•
& je pouvoir peut estre aufli
raifonnablcment mépargner
celle de vous faire un si siJete
rccic dune pareille hliloire;
mais que voukz-vous Mèrcurc
ciYun babillard, & tant qu'il
aura desavanturcs de cette cfpece
à vous conter , on lui
couperoitpuroit la langue,
qui de l'obliger à setaire.
Pendant quenous sommes
sur lechapitre dubal,en voicy
encore des nouvtllcs-, auffibicnneftra
t-il plusttnls d'en
parler après l'ami carême.
-
Le bruit court qu'une nuit,
dont je ne fcjay pas la date, un
masque trèsaccort
,
des plus
fpiriruds,& des mieux inftruics
des affaires du monde, tomba
par hazard entre les mains d'un
Masque de certaine confîdcr
ration, qui l'interrogea avec
tant de prefcncedcfprit & de
vivacité
,
qu'il lui fie dire prefque
tout ce qu'il avoit dans
l'ame. On ajoute qu'après plulieursdécouvertcs
importantes
leMafque charmé de l'cfprit&
du bon raitonnement de celui
qui venoit de l'cnrretenir ,fie
pluficurs efforts obligeants.
pour l'ergager à fc faire coninoiflrc,
que ce Marque résista
avec une opiniâtreté invincible
aux choies graticufes que lui
disoit le Masque curieux,&
-qu'enfinaprès plu ficurs plaintes
gepereufes d'une pareille
obtlination à fccacher ;; il
avoir consenti malgré luy à le
taiff-f aller*maisqu'au même
temps il avoir dépêché deux
autres Mafqucs
, avec pricrc
de l'éclairer desiprés,qu'il lui
futjf autant que cela dépendroit
de leurs foins & de leur
vigilance ) impossibled'échaper
à leurs yeux. Le Mafquc
examiné Tentant bien par la
qualité des choses qu'ilavoic
dites, & qu'entrant dans le
bal, il avoit(ans doute à dire,
qu'onnemaneperoit pas de le
fuivrc,& dele reconnoiftrcs'il
n'y mettroit bon ordre, avoïc
pris de justes mesures contre
, larigueur de cette obligeante
recherche.Ainsichfortanrde
l'Opéra a la pointe dujour
* il enfilaà piedla rue S. Honoré
il alla julqu'auprés de S. Roch,
oùil trouva deux bons chevauxavec
un Valet qui l'artendott.
Il se saisit à Tinflant
de celuy qui luy étojc dcfliné;
il souhaita le bon jour à fcs
Argus.
Et d'unfautsurla'felle, il marqua
[ondépart.
Je ne sçay si la lecture de
ces
ces petites avantures vous en
^uy,e» pour moy je f'çay bien
que je. ne. mcnnuye pas cn-j
cojedeVQus les écrire, & je
t - .4 conctusdpia/qu'ayjnt de gré,:
beaucoup- pi:lus de peinej0que
vous n'avez de patience, je fuis
endroitdevousenconter cn- i w..i.i,i
core.* J .-11 "','1") 'Lw.J1*uh*xy P.ari -«> sest »dc >*-J-iijajilVijled^rnoni\.,lm.j.. jl.apl1v1iscommodepourroute'
forted'cfpécecfcet
eikL''honi- aj?As<Ma-.
'Y^Pîl!?(yt«,'laCo
quette, les (ôr-s raisonneurs,
les fades Comédiens & les
mauvais Auteurs, y font tous
les jours relevez par gens qui
leur ressemblent, ou qui les
imitent de si près, queles nouveaux
venus sur la Scene, y"
font lelendemain oublier ceux
qui la veille étoient sur les
rangs. En un mot dans cette
graniDdeVll'c> toujoursun
clouchdjp l'autre Il n'y tll, par
exemple , presqùe plus parlé
desAvanturcs que vous venez
de lire, quoy quViles 1 foienc
toutes fraîches; celléque je
vais vous conter y fait encore
du bruic. La voicy.
UiiEtrangerriiafqué, pouf
le moins comme le beau Berger
Céladon, s'avise une certaine
nuit, assez & trop malencontreuje
pour luy,daller au
bal de l'Opera. Il a à peine fait
le tour de la salle que ses yeux
fone ébloüis des charmes de la
divine Assée. Transporté de
l'éclat de tant d'appas, il se
jette à Ces piedsr il luy tient
dans son jargon des difeours
tendres, qu'oncqtics mortel
n'accompagnâtde pareils foupirs
dans tout l'EmpiredeCythere.
Enfin prcfqueauflienyvré
d'amour que de vin, il jure
à ce charmant objet dont les
beaux yeux l'c£JHa.:ncntJ, un
amour éternelil fc donne à
tous les diables, pour luy perfuader
l'ardeur dont il brûle
poooiunrdeelle; mais la cruelle, bien
vouloir l'en croire sur
la foy de ses sermens, s'arrache
de ses mains, après l'avoir
inhumainement maltraité, rebpté
&culbuté. Alors confus
& dcfefperé de ce barbare
ptocedé, il se releve, & court
en chancelant après cette fierc
& outrecuidée beauté. En chcÍ:
nin,un Masqueirréprochable
&i vigoureux l'anête. Qu'eftcc,
dit- ilJ écumant de courtoux,
& d'où te vierir cette
audace, Malque,de marrêter.
Je ne le fais, luy répond l'autre,
que pour vôtre inecrefl:,
vous persecutez icy un Mass
que digne d'un traitement plus
honnête. Eh que t'importe,
répond letranger? je n'ay
point là-dessus de contc a' te
rendre, luy dit l'autre, & tu
dois te contenter de la prière
que je te fais de laitier ce Mafque
en repos. Moy dit-il,
avec plus d'emportement encore,
nojjïnfirpointles Dames
moy eflretouchcufspress à bAifir
les piedsdes Madamesjnuis moy
! J : ';-
- --
ejlre bon pour les hommes, A
cette plaisante repartie,s'élève
un éclat de rire auxenvirons;
qui achevc de le mettre hors
de. rnefure :il dit aufli tost au
Marque qui lavoit arrêté, qu'il
Veut avoir raison de cet affront)
qu'en un mot il veut fc
battre avec luy. Vous navez
vraymenr pas tort, luy die
l'autre, & je fuis tout prest a
vous donner cette petite fatisfaérion;
mais outre que trop
de gens ont vu icy cette avanture,
& qu'on ne nous JailIèroit
pas le champ libre, il cft
bon de vous dire que je fuis,
avec des Dames que la bienséance
ne me permet pas de
quitter, & que j'ay à prefcnc
de fortes ratfonspour ne pas
rh'aller battre; mais fldemain
au matin vous en voulez découdre,
vous n'avezqu'à dire,
je vais écrire mon nom, ma
demeure,& l'heure du rendez-;.
vous sur vos tablettes. Alors
l'Etranger en tira desa poche
une belle paire, qu'il remit entre
les mains du Marque-qui
lu'-. partait,8z qui ne prévoyant
pas qu'une pareille
avanture pût avoir aucune fuite
, y mit à tout hazard la
demeure"d'un bravehomme
dont le nomluy étoit connu,
& rcndant les tablettes à l'E.
trangcr,tuyafEgna le rendezvousà
huit' heures du matin.
Icy finit la première feene, Se
teparties s'en allerenr.
Le lendemain à l'heure marquée,
l'Etranger viÇr'éTes tablettes,&
le faitgUid^rjuf-[
qu'à la .porte de thomme a.
qui il: croit avoir affaire. Il
monte à sa chambré
,
il le.
trouve dans fôn lit encore,
bien endormi.Comràcnt
Adoyifieur,luydit-il,vousdor- me^,encore!nevousfoHvene^- *- , vous
vouspas 4e la paroleque vous
triave-^donnée hier au Bal. Ma
foy, Monsieur,luydit l'aucrc,
je ne vous connois pas fcu lcmentje
ne vous ay envéritéjamais
vu Mauvaise défaite,
reprend l'Etranger,vous
m'ave'{ promis de vous battre
contre moy , &vous netes qu'un
poltron. Si vous ne forte^ du lit
touta l'heure,je vais vous passer
mmoonnéeppéeer.aauu,trtAra1vJeCrsrSduucocorprpss..
Attendez, Monsieur
,
luy répondit
l'homme si bien atta,
que, vous av(z raison, je ne
m'en fouvenois pas; & quoyque
je n'ayc pas mis les pieds
dans le Bal
,
cela n'empêche
pasqueje n'aye tres- 1ericiiCernent
affaire avec vous. Aittn.
dtzdonc
,
s'il vous plailt, un
momentque je (ois h.ibille, &
nous irons ensemble ouil vous
plaira. Alotsil le jetca du haut
en bas de son ht, & au bout
d'un momentildekcndit dans
la rue, en chauflc & en pourpoint
;& l'épée au côté,il
luivit son aggrctfeur.
Non loin de cette misson
ils trouvèrent une place où ils
dégénèrent en gens que de
grands inrerefts animoient à
soûtenir leur bon droit. Le
combat fut vif&langlant,&
après pluficurs belles cftocades,
où les combattants-donnerent
des preuvesd'uneadreffc
& d'une valeur .siafipie ).le
malheureux Etranger,reccuc
trois coups d'épee dans le
corps de la main d'un homme
quine l'avoit jamais veu ,
qui
* ne lui avoit jamais parlé .&
quiluidit enfinr-ns'cfforçint
de luy rendre tous lestons
officesqui dépendoicnt de ses
foins ; le diable m'emporte,
Monsieur,sije vous cannOIs.
Le masque qu'on dit avoir
donné, sans nuldeifein 3-occa.
fion à cette avanture, & qui-a
du cofté du mérité
,
de rcfprit&
de la valeur perTonnelle,
la réputation d'un homme
sans reproche, envoya avertir
celui dont il avoirdonné l'a.
dreflç,dene porter l'affaire i
aucune extrémité
,
supposé
qu'il prie envie à 1 JEtranger de
lui rendrevisite
, ce qui ne lui
paroiflbit pas vrày fcmblable,
ÔCencasdefaillie4defufpendietout
jusqu'àcequ'ileût
autrement de ses nouvelles.
Mais le viéèorieuxlui fit direl
Tinftanc pour toute réponse
s qu'ilrecevoit ravis trop tard
,
& que l'affaire étoit faite.
Pour moy je ne donne cette
nouvelle que pour un bruit de
Ville qui peut n'avoir aucun
fondement devérité, & que je
conte feulement sur le rapporc
-du public. Je vous réponds
plus hardiment de la vérité de
celle-ci, j'en ferois même caution
,
s'ilenétoit besoin.
Lanuit de l'avanture preccdente
,
arriva celle qui fuir.
Le portrait de mon Héros,
est d'abord h piece la plusnccelTjire
à l'intelligence de cctrc
hltoire. M. Verno
,
jeune
homme de cette VIlle,à crins
noirs, fils d'un perequi a fait
& qui fart encore bien du bruit
dans la robe,peut avoir i J.
à z6. ans, sa taillecfi un peu
au dessous de la mediocrc,mais
bien priffc, sa phïfionomieest
desplusrevenantes,ses yeux
font noirs &bien ouverts, sa
bouche est belle, vermeille &
bien meublée,lçs coukurs de
sonvifarge font vives' & frai..
ches
,
& toute sa figure est
a(Hzreguliere
,
joint à cela
qu'il a la jambe belle, le bon
air du monde, &lefprit fort
drné. M'. de Verno
,
dis je,se
, trouvant [clon sa coûtumc,
au feal4c l'Qpe.U'j fous un
domino de
:
tafetaj rayé,
qu',une Dcmoifellccharmantc
bienfaite& très aimable lui
^yovi prêté iSi.quidepuis par
1-JiabiLpde qu'onamendetercvoir
açftesurnommél'^fne
?ay<â,apfésa.voirgalopé»!a»fallc
cSllUenfin,àTcxcmplcide
Je»^laïquesquivontàïçeBtoauls,
&.placer. dans uneilag£, où
après quelques çiviliicz fort
cav.iliçrcs&. ircsèufuécs dans
ce pays ,il attaquaisDame
qui Ce trouva fous sa.main. La
grande experience qu'il a dans
cesaflembléeSjluy mit d'abord
un joli compliment à la bouche;
la Dame y répondit ca
femme defpric, & la converfanon
fut Joûcenue avec tant
de vivacité de part & d'autre
qu'ils t en vinrent jusqù-à fedésir
de (e demafqucr;, ce que
la Dame ne voulut pas faire la
première. Cependant elle le
pna d'ôter son M .fqu,= & luy
dit pour le déterminer àavoir
cette complaisance
,
si je vous
reconnois
,
je vous Tavoikray
debonne foy,& je vousdonne
ma parole de me démasquer à
mon tour. Vcrno bien assuré
que la vue de sa figure ne l'expoferoit
point au,malheur de
n'cltre pas regardé de bonoeil,
ne fcle.tic pas dire davantage,,
il osta ton ma sque, & montra,
une mine si gracieuse
v que la
Dame ne pûc s'empêcher de
luy marquer toucie gi équ'elle,
se (çivoit dc(acurioficéi néanmoins
elle luy dit d'un ton de
voix-mal afiûé
,
qu'elle ne le.
connoilïoitpas. Qiumporte*,
luyirépondicVerno
J.
le malheur
que j'ay de neftie pas
connu de vous, n'ôtc rten de
nos conditions,& vous n'en
estes pas moins obligcede vous
démasquer, puifquc vous m'avtz
donnévostre parole dclc
£n>e
,
des que je vous en amrois
donné l'exemple. Je ne
vous réfuteray pas, luy répondit-
elle, avec toute la douceur
imaginable, de Citisfaireà cet
ar&icfe denostre traité ; mais
que vous en reviendra c ilautre
chose que le malin plaifode
me priver de t'avantage que
me donne le masque. Vous
mêliez fpÏf dés que vous maurez
vûc,croyezmoy ,nefou,
haitez pas de mevoir. Non,
Madame, luy dit Verno, tous
ces détours font inutiles. Vous
avez sur voftrc parole conrracte
avec moy un engagement
auquel il faut absolument que
vous vous soumettiez
,
& je
ne vous laifleray pas un moment
de repos, que vous n'y
ayiez latisfait Hé bien, Moniteur,
vous-le voulez, il faut
vous contenter ; & en ôtant
son malquc-, mer reconnoiffcs.
vous,ajouta-1 elle: Oüy,
Madame, loy dit-il, d'un air
d'impatience, je vous recon.
nois pour la plus charmante &
la plus aimable personne du
monde, je vous ay vûë cent
fois,&j'ay toute ma vie foucalté
de vous revoir -, je me
souviens même qu il y a quelques,
années, un Dimanche de
la Puffion,je danfayavec vous
dans un Bal aux chandelles;
chez un Maistre à danser qui
demeuroit alors au troifiemc
Appartement d'une petite maison
dans la rue Djuphine. Madame
de * * dont le nom &
les appas ont fait depuis beaucou
pde fracasà Paris, eftoic
avec vous; vous estiez bien
belle alors, mais vous l'cftes
encore mille foisdavantage.La
Dame convint de cette circonfiance,&
de quelques autres
dont Verno luy rafraichic
lamémoire ,& ci surces
petits détails, h.confunce s'é.
tablit si bien entre eux,qu'ils
se promirent de bonne foy de
se revoir, & se tinrent parole.
Entffjt,désle lendemainmatin
l'heureuxVernoreccut un
billet dontvoicy le conttnu.
Jt' confinsque vous me voyie%
-aujourd'huycomme je vous l'ay
promis hier; mais il faudra que
lafille que je vous envoyév^us
amene ce joir a six heures chez,
rnoy , em, je vousdtjf.nds devous
faire future par vofire Laquai?.
Si vous pouviez vous imaginer
combien fayde mesures à garder,
Dous me Ifaurit^ ungré infinide
cette démarche. Réponde^moy
sur le dos de ce biUer.
Verno mit auflicoft la plume
à la main,& sur le dos dudit
billet il écrivit ces tendres
mots.
Je baise, ma belle Reine, avec
mille transports d'amour les obli.
géantes ryprétieujeslignes que
i/oflre main a daignemécrire.
feray tout ce que vous m"ordonnez
de faire; mais vous esses
bun cruelle, en me redemandant
ce billet; de me ravir cr cher (y
unique gage de toute ma tendre/Te.
Le double billetfut rendu
frWemcntvla Soubrerte rcvint
à i'hurc marquée,cilo
monta en siicrc avec Verno,
& enfin ilsarrivèrent au logis
deU Dume quiles rcq-jt de la
ttùillfure^race du monde.
: La prcraiere chose que fit
Verno en entrant dans l'appartenunrde
laDame
,
fut
d'en confiJerer les meubles.
Ils luy parurent d'un go.,il exquis
, & ne contribuèrent pas
peu à augmenter la bonne opinion
qu'il avoir conçuë au bal
de la bellepersonne dont la
douceur luy failoit esperer en
si peu de temps, de si grands
avantages, qu'ils'étourdifToic
d'avancedel'image de sa félicice
Laconversation de cette
beauté charmoicXesoreilles,
ses. grâces ébloiïifloient ses
yeux; tout celadloit beau&
bon, mais il y avoit dans cette
chambre bien autrechofequi
fervoir à émouvoirsa concupi
scence. Deux gros bras d'argent
fortement attachez aux
deux costez d'un trumeau
,
sur
la cheminée où ils se éhdUffÓJcnr"
attiroienc de temps en
temps toute son attention, un
beau diamant au doigt de sa
cherc
cherc & charmante maiflrcffc.
une montre d'or,destabaticres
du même métal, tout cela
luy Câusoit des diftra&ions fréquentes,
qu'on prenoit heureu
sement en bonne parr. En*
fin après bicades protestations
d'un amour éternel
,
l'heure
de (e separer estant venuë
)
il
exigea son entrée franche &
libre dans cette maison quand
bon luy sembleroit,il l'obtint
à condition qu'il feroic roûjours
bien-fagCj ille promit à
la mode des Amans, & s'en
alla. Le lendemain au matin
on luy envoya dire de ne pas
manquer d'y retourner à la
même heure qu'il y avoir este
la veille, ce qu'il fie avec plaisir.
Souperons-nous aujourd'huiy
ensemble, Madame
, die-il, en entrant, & aurezvous
lat cruauté de me renvoyer
sans souper comme
touS riez fait hier.Si je foupc
fcy;jdvais congédier mon la-
°..qtrais & luy dire de venir me
reprendre à l'heure qu'il vous
Oaita, sinon, ce n'est pas la
peint qu'il s'en aille. Mais,
Monsieur, luy ditelle, je ne
ftis nullement preparée à cela:
Madimoifcllc Dupons, appellanç
sa Fille de chambre, Monsieur
me demande à souper,
voyez si la Cuifinierc a quelquechofe
à nousdoqncr
)
&
dites-luy quelle, vienne me
parler.La Cuisiniere arriva &
répondit qu'il y avoir raifonnoblement
deqqpy manger.
-,Vernore.fta,& (onValet gnaçqijU.piudence tdc
la Fillç dpjçhwbre.
Jene.sçay
ce qu'ils dirent&
firent en attendant le souper
P4^n$n*ç après *r.)aisjefç*j§
bien que vers les- deux heures
après minuit, la Dame trouvantfnpins
de vivacité dans la
converfanon de sonAmant,
jetca les yeux sur une Montre
qui cftoitattachécîà un clou
de sa cheminéef & fie. remarquer
à Vernoqti'H efidit dêja
bien tard ,"& par cohfccjucnç
temps de s'en aller. Vous faites
là une belle oblervation :
luy dit il, Madamejvoila à
present la plus belle- hefuredu
bal, donnons nous*en le plai- J
Íir sans, sortir d'icy, & commençons
par mettre cette
Montre en Masque. Aussi roll:
illa prit & tourna du cossé de
•
Ja muraille Jecoftê quimarquoit
les heures. Alors il s'émancipa
julqu'à prendre Lie
petites ou de grandes hbertez
dont on nes'offensa point. Il
fut chemin failanr, grondé,
caresse, menacé, repoûsse doucement
)
& le jà'ur vint. Dés
que la Dame s'en apperçur,elle
le fâcha vrayment bien fort*
Comment, Monsieur,luy.dic-.
elle, courant.à sa M-oncrc,,ori
vous verra sortir de chez moy
à.sept heures du matin L que
dira-mut le voifinaçe.? Vous
voil a bien allarraée,Madame,
reprit-il. je n'ay qu'àenfortic
à fepr heures du foir ; mais
/ous avez- là une maudite
Montreque je veux punir des
mauvais avis qu'elle vous donne
, & de dépit se jettant sur
çllc,comme s'il eue voulu la
bxifer
: Non,u1,
l'i.,
mage des heures que l'imprudence
vous annonce, ncmpoifonnera
plus ma felicité.
Ah,Monneur, luy dit cette
Bellecfltayéede (on emportés
ment, je consens à ne lare*
voir de ma vie, maisépargnezla
ne:1a brifez pas, & dérobez-
la iplutoft pour jamais à
mes yeux. Non, Madame,
non, reprit il, vous ne la rcverrezplus
: mais après tout,
est ce à (es caprices a decider
de mon fort, & parce qu'elle
vous a annoncé quil cfioit
sept heures,quoy qu'iln'y ait
au gré de mon coeur qu'uiv
inllant que je fuis avec vous
me condamnerez
- vous sur sa
depositionîNon, mon cher,
luy dit la Dame,aussi bien puis- ne je me resoudre à vous
lmeettre à l'heure qu'ilcft hors mamaison.
-
La montre étoicdéja à bon
compte dans la poche de Verio;
mais les bras d'argent luy
enoient furieufetnent
au
oeuf, & il avoit dans sa
cbambreuncheuftrumeau auquel
par le secours de ces bras,
il foubaitoic de piêccr main
forte; il dit là dellus Icsc hofcs
du monde les plus éloquentes
Il dormir enfuie, il s'éveilla,
reparla damour, dina
& rejoupira. pour lesdits bras
avec tant de (uccrs, que son
valec fut chargé du foin d'efi
aller renforcer fon- trumeau.
Dix mille proreftations- d'une
fiJclité étemelle firent les honneurs
de son remerciement
mais il n'avoir ny diamant ny
tabatierc, & la conque fie de
ces chofcs écoic rclcrvéc pour
le
le jour au quel sa Dame dévoi-e
aller voir l'effet que (es bras
faisoient sur sa cheminée. Ce
qui fut executé dans l'ordre
suivant.
Il y a cinq jours qu'en un parfait négligé elle lerendit
surles onze heures du matin
au logis de son amant, qui la
reçûtavec justice comme la
Reine des Amours; elledîna
chezluy,oùileutavecelle des
procédez si obligeants, qu'elle
luy auroit donnéjusqu'à sa
chemise. oh!pourcelailfaut
avouer que cette Dame n'a pas le vice des autres, qui font
devrayes lang suëssrien n'est
si genercux qu'clleellaa depuis
son avanture du bal, nippé
& nippe encore de toutes
picces son heureux amant, il
eil: jeune,almable & tendre;
elle est riche, belle & amoureuse
à la rage. Que de charmes
! que de plaisirs! & quel
bonheur pour ce coupleamoureux
,
pourvû que cela dure
J'ay appris tant d'autres
avantures singulieres qui onc
pris naissance aux bals de l'Opera
qu'il faudroit faire un
recueil particulier pour les
conter. Ce qui mcrcfteàvous
c a ce sujet;c'clt qu'il n'y a
rfonnc qui ait esté à ces bals,
i ne louë Mcflicurs de Chauit
& Duchesne Syndics de
)pera, sur les commodieez; :agréments & le bon ordre
cet établiflement. Les foins
les attentions qu'ils prenne
pour leurs fpeétaclcs
,
jr attirent generalerncnt les
êmes louanges. Ils ont rcmis
:puis cinq semaines sur leur
heatre la Tragedie d'Alceste.
teR un Opera de M.de Lulîy,
Jnt tout le monde admire &
Imirera toûjours la beauré.
y arriva un Jeudy 10. de ce
mois, un événement des plus
-
extraordinaires.
Al'endroit de cet Opéra,
oùun Aâteur chante, rost ou
tard ilfautpajSer dans maBaf(ji4ei
un Machmifteselaifli tomber
du haut d'un pont au-dessus
des décorations
,
sur l'une des
planches qui fervent à former
les flots sur lesquels est la Barque
à Caron. Ses reins & sa
tête essuyerent le choc, avec
tant de violence qu'une planv
che en fut brifée
,
& soncrâne
entammé,onl'emporta à Pinftant
& on le saigna : on lemit>
çnfuite dans une chaise à por.
tcurs; mais tous les malheurs
de cette journée n'étoient pas
finis pour luy : à peine ses porteurs
furent au tournant' du
cul de sac de FOpcra
, que la
chaise dans laquelle il écoir,
se défonça enticremcnr ; & le
pauvre homme se trouva fubitement
,& par une féconlde
chûce
,
aflîssurle pave: on le
remit dans une autre chaise
qui à la fin le porta chez luy.
Voilà ce qu'il y a de plus
commun dans cetteavanturc,
quoy que cela foit assez rare:
en voicy l'extraor dinaire. Ccc
homme a 77. ans, & mainteuanc
il se porte àmerveille.
! ;
* Le Héros de cette Hiftoirc
fut trouver il y a quelques jours
un de Ces Amis, à quiil fie
part de cette nouvelle, cet
Amy la conta à un autre, cet
autre à d'autres encore, & enfin
par bricole elle est venuë
jufqua moy, & je vous la
rends telle à peu prés qu'on
me l'a contée*, s'il n'y a ni vcrité
ni vray- semblance
J
je
m'en lave les mains, ce fera la
faute de ceux qui l'ont inventée.
Cependant je vous diray
par parenthese
,
qu'elle est
embellie de noms & de circonstances
qui luy donnent
des qualitcz que la Fable n'a
pas. Si j'avois pris la liberté
d'y mettre des faits de ma fa-,
çan, je luy aurois donné une
autre face. Que cela foit dit
en passant pour l'apologie de
la venté de cette Hifloire, &
retournons à son Heros que
nousvenonsde laiflerçhezfon
: Amy, prest à luy faire la conifdence
des choses merveillcu.
les que vous allez lire.
• Jeforcis,die-il,il yahuic
jours à minuit de chez moy,
pour me rendre au Bal de t'Opéra.
J'écois(eul,aflezmélancolique,
& non sans raison.
Enfin masqué fous un ample
domino, j'encray dans la fallc
du Bal, où je trouvay une
nombreuse & brillante Aflembléc.
J'y fis plusieurs cours sans
parler à personne
y
ennuyé à
la fin, & ires las de toutes ces
allées & venuës
,
je fus me
camper dans une loge, ou je
trouvay une place commode
pour dormir à mon aise, si le
coeur m'en diroit; je méditois
déjàferieufcmcnc cette partie
lorsque je me reconnus à côté
d'une femme, quimalgré son
extrême attention à se cacher,
me parut jeune & de bon aloy.
Le relie des Masques qui
éroient dans la loge, gardoic
aufli bien que moy un profondsîlence,
& personne ne
s'avifoit de se détacher du par.
terre pour venir nous conter
fleurette.
Piqué de me voir dans une
compagnie si dcfoejvrée, )'effayay
de lier conversation
avec le Mafquc qui étoic à
côté de moy. Il (croit inutile
& messeant même, luy dis-je,
de vous offrir des rafraîchiffemens
:vous ne m'avez pas l'air
assezéchauffé, beau Mafcjue,
pour en avoir besoins & vous
obfcrvcz icy un silence aussi
religieux que si vous étiez dans
un dortoir de Nones. Je ne
sçay pas trop bien où je fuis.
me répondit.elle, tout ce que
je voy dans cette faite me réjouie,
m'ébloiiit,métonne,
cette confusion me plaît; mais
l'ced n'y peut suivre personne,
& j'ay de puissantes raisons
pour enrager de cette inconvenienc
Ah! je vous entends,
lu.y dis je, vous faites apparemment
icy le Critique, ou l'ACtrologue.
Ouï, reprit- elle
avec vivacité, & je fuis bien
trompée si les mouvemens que
fc donne vostre femme dans
ce parrerrc, ne m'apprennent
pas le point le plus certain de
vostre horoscope. Il y a prés
de trois ans que vous l'avez
épousée, elle a de la naiflancc,
elle en jeune & johe, vous
faires le périr M.uftre, vous en
contez aux belles, elle de son
côcé, est aujourd'huy femme
à bonnes fortunes; mais elle en
a plus que vous, mon bon
amy, mais clic en a plus que
vous. Ma femme, luydis je,
Metfque, vous vous trompez,
je ne fuis pas marié.Vous mentcz,
reprit-elle biufquement,
vous elles le Marquis de **
& vous estes homme d'épée,
de robe & de Finance; mais
je ne (<jay pourquoy vous vous
ciles avilé de m'attaquer de
conversation. Je ne pensois
pas feulement que vous fuflîcz
au monde, lor sque vous avez
pris la peine de venir m'arracher
les veritez que je viens de
vous dire. Il vous a plû de
faire le fpcétateur habIle, &à
moy de vous conrcmpJer, je
vous ay reconnu, maintenant
reconnoiflcz moy ,
si vous
pouvez. Mais j'ayautrechose
à faire icy que de continuer
cette conversion, & le temps
que je perds à vous entretenir,
me dcrobe peut estre une découverte
dont le succés m'intereffe
bien plus que votreembarras
ne me divertic. Apres
ce que je viens d'entendre, luy
répondis je, il fjudroit que je
n'eusse pss le feos commun,
pour me resoudre à vous quitter
sans vous connoiltre. J ay
mauvaifc opinion, me dit-elle,
des foins que vous prendrez
pour y réiïffir. Ne vous donnez
, croyez moy , aucun
mouvement là dessus,& fongez
feulement pour vôtre propre
interert à empêcher que
vôtre femme ne forte d'icy
avec ce domino bleu qui 1uy
donne la main. Les bonnes
gens gagnent le chemin de la
porte,il n'est pas encore trois
heuresils pourroicnt bien
rentrer avant six. A la venté
vous n'en feriez ni plus mal
,
ni mieux à vollrc aise y mais
profitez de l'avis si vous voulez.
A ce rccir qui n'éroic que trop
vray ,
lesKornes me montoi.ntvifibhment
à la tête. Je ne fçavois
que dire, ny quel parti prendre&
j'ignore encore ce que
je fcrois devenu,fimonMafque
ne m'eûtaidé à cacher aux
yeux de cet Argus le desordre
de ma contenance. J Allez néanmoins
, me ditelle,
où plus d'une raison
vous appelle. J"lY pirié du
trouble où je vous voy. Faites
ce que vous avez à faire, &
foytz sur de me retrouver ici.
:J: Ces paro!es meraflurerent,
je forcis de cette loge,je fus
brufquernent me placer entre
ma femme & son amant,je
la pris par la main dont clic
s'appuyoït sur luyJe rentrainay
dans un coin de la salle,
& press à lui dire toutes les duretez
que le dépit & la honte
me metroient à la bouche,je
jettay les yeux sur la loge ou
j'avois l'aissé l'inconnue qui
I
m'avoit si cruellement infiruir,
mais ne la revoyant plus, je
quittay ma femme avec autant
de précipitation que j'avois
marqué d'empressement pour
l'arracher des mains de son
guide. Je fendislapreslea & je
me hâcay autant qu'il fut en
mon pouvoir de reconnoiftrc
toutes les avenuës d'un heuoù
je venois dapprendre deschoses
si extraordinaires; mais le
rcfultat de tous les foins que je
me donnay le reste de cette
nuit, fut que je perdis de vûë
mon masque, mon épouse &
son amant.Enragé du mauvais
succés detoutecetteavanture,
je me jettay dans unechaise&
me fis porter chez moy. Mon
laquais en entrant me donna
un billet qu'on venoit de le
charger de me rendre. Je le lûs
sur lefcalicr. En voicy lestermes.
Vous Avez eslé cette nuit au
Bltl Avec de grandsdtjpins qui
n'ont abouti a rten, en deux heures
tvousnousj/ cjltsméprisplusieursfois
,une inquiétude tffcryAbleafuiVt
ces méprifts. Eftesnous
un homme à donner dans
tous les panneaux qu'on voudra
vous tendre? eft-ce beflife f efl-ce
ignorance ? eflâyek du moins
Àêtreplus heureux LuncJy.
Il ne me manquoit que ce
billet pour achever de me tourner
la cervc lle. Cependant
j'allay à l'appartement démon
epouse
, je la trouvay dans
son lit enfevelic dans un profond
lommcil. Sa femme de
chambre
,
Ces gens couchez à
leur ordinaire: j'evclllay tout
le monde, je fis un vacarme
épouvantable. Je demanday à
ma femme à quelle heure elle
écoic rentrée, elle me répondit
froidement qu'elle ne fçavoic
ceque je lui voulois dire,&
qu'elle n'étoitpassortie. Tous
mes domestiques jurèrent
qu'ellc s'estoit couchée un moment
aprèf sm'a, voir vu partir
pour le bal,ils ajoutèrent même
qu'elle leur avoir donné
dans son lit des ordres pour le
lendemain matin.. Enfin rien
de
dece qu'on me dit chcz moy
ne s'accordoic avec ce que je
croyois qu'onm'avoic démontré
à l'Opera. La feule chofc
sur tout que je ne pouvois pas
comprendre 5c'étoitladocilrré
de ce masque qui avoir foufferc
tranquillement que je lu y arrachasse
la main de ma femme.
La raison venant à la fin au
secours demesemportemens,
j'eflTiyay de me persuader que
tout ce quej'a, vois vu1\ & entendu
n'estois qu'un tour de bal
que quelque personne quime
connoifloic particulièrement
avoir essayé de me jouer ; mais
les discours quemavoit tenus
ce maudit lutin que j'avois été
imprudemment agaccrJIX qui
m'avoit reconnu sans ctire
aidé d'aucun signal,démontoienemonraisonnement.
Je
me couchay en un mot au
milieu de tous ces embarras r'
mai,s je commençois a, peine a,
m'endormir que le démon qui
me talonnoit me fie rendre un
fécond billet par un inconnu
qui dit à un de mes gens qu'il
citoit pour moy d'une confcquence
extrême de le lire à
l'heuremême
,
& qui s'enfuie
avec tant dadrtfle & de diligcnce
pendant le temps qu'on
lTIit à me l'apporter
,
qu'il me
fut impoflible de le faire fuivre.-
Voicy le conçcnudeccc
importact biller., ;.
Voùs êtes sans douteaprefent
defimauvaife humeur,&votre
e[prit.eif-siremeli d'incertitudeque
(oyt_ ce que vqHj voyeZ&enten-
4e% ne fertquaaugmenter l'embarras
où vous ejkss maiscroje%-
tnoy -, dépiquek vous Lundj en
youj ;retrouvantau^Bal , Vous
y verre7, le Mafquc qui vous a
défilécettenuitpresl à vous ren- -
drelecalme que vousaeekperdg.-
-14
Ce billu fieun effetbizarre
sur nioiicfprIr & comme si
j'enavois deuattendre d'autres
, malgrél'extrême besoin
que j'avois derepos, cordonnay
à mesgens de me faire parler
à tous ceux qui viendroienc
me -
demander. Cet ordre
ridicule fut suivià la lettre
,
& je fus si bien interrompu de
de quart d'heure en quart
d heure par la foulédesimportuns
à qui ma por te fut ouverte
, que je ne pus fermerl'oeil ;
mais l'efperancc de retrouver
mon masque le lendemain,qui
fraie le Lundy en queflion:,
me conlola de tous ces inconvenicncs.
Enfin 1 heure du Bal
arriva. Je fus des premiers à
m'y rendre fous un dégutfement
qui ne pur pas me cacher
long temps aux yeux de la
pcitonne à qui j'avois affaire;
mais je fus encore la dupe de
certe précaution
, & la facilite
qu'on eue à me reconnoistre,
mVxpoCa à me faire chagriner,
harceler pendant deux heures
pao tous les ma fques qui me
reconnurent. En un mot ne
sçat tnnt plus comment m'y
prendre pour me sauver de ce
débordementd'importuniteZi
j'eus«coursàJa loge où j'avoiscûdeux
jours auparavanr,
un entretien si bizarre, je m'y
campay à côcé d'un petit
vieillardsi bien déguisé, qu'il
n'yavoit rien dans le bal de si
indéchirable que ce masque.
LeCiel, me dit-il
, en tremblottant
, vous gard de touc
malenconrre
,
beau Marquisj
&qu'il vous prefervc d'avoir
aujourd'huy comme avanc
hier un ennetni redoutable à
vos trousses. Ah. pour le coup,
je vous tiens"lui répondis-je,
cher masque
,
& vous ne mcchaperez
pascette fois comme
vous ave^fait l'autre. J'ay,rcprit-
il, dans les rides qui paroiffent
sur mon front, & dans
le nombre des ans qui commencent
à glacer mes veines,
un faufeonduir qui me met à
couvert de toutes vos pourfuites
: & toutccqui pourroic
vous en revenir de vos démarchcs
s ne feroit que la honte
d'avoir si malemployé vostre
temps. Croyez-moy retournez
là bas. Il s'y paffedes choses
dignes de vostre curiosité
9
& ce petit pelotonoù vous ne
voyez que trois masques s'entretient
maintenant d'affaires
très ferieufcs. En voilà deux
autres qui fc disent des douceurs
en termes de politique,
parce qu'ils ne parlent pas
d'autre langige peut estre
,
&
qui s'érrangleroient s'ils se rcconnoitloient.
Pour celuy quevous
voyez avec ce domino
feuille-morte
, gagner la
porte avec tant d'efforts,c'est
qu'il corige d'avoir donné
trop à mordre au Mifquequi
le fuit Je ne vous fais faire cespetitesobservations
que parce
que j'ay la demangcaifon des
vieilles gens, qui feroient au
desespoir de ne pas diretourcc
quelles sçavent
, pour faire
preuve
preuve de pénétration avec
tout ce qui s'osse e à leurs yeux;
maisvostre diferetion m'efl:
connue, & vous ferez un bon
usage de cette: confidence.
Non, luy dis-je, je ne defeendray
pas là bas, je n'y ai, nulle
affaire
,
& rien ne m'interesse
au monde comme le plailîr de
m'entretenir avec vous. Vous
m'avez la dcrniere fois précipité
dans un abifmc d'inquietudes
r' , 3 vous m'avez exposé a
de très fâcheuses avantures,
& si ce n'eûc été la crainte de
vous perdre
, je ne (çay comment
je ferois forci de tous les
embarras oa vous m'aviez engge1
. EEn e1\ccs vous quitte a
prefenc, me dit mon Vieillard.
Oui,luy répondis je, du moins
j'efjtercde1être bientôr)maIDtenant
que je fuis avec vous.
Que vous tftjs simple, repritil,
de chercher à vous tour*
inenter sur nouveaux frais,
vous n'êtes pas plutôt forti
d'un piège, quevous redonnez
dans un autre; &.Ji vous
-fcaviez quelle cfpccc de Mafque
je fuis, vousce(Tenezbientôt
d'estreaussi curieux que
vous l'estes.Vous avez, luy
dis-je
,
beau faire
,
soyez un
homme, une femme, un Démon
,un Ange, il faut abfolument
que je vous connoisse ;
à celane tienne) reprit ce méchant
vieillard, puirqu'il ne
faut quecela pour vous fatisfaire,
rendons nousconfidence
pour confidence, dites-moi
pourquoy vous vous donnez
tous lesjours tant de foins inutiles
pour la Maîtrcfle de ce
Duc qui ne vous aime aflurément
pas , & pourquoyvous
,voyez d'un oeil si complaifanc
les affiduitez du Chevalier de
* * auprès de vostre femme ;
après cela si vous me payez de
quelque bonne ration
,
je,nè
differeray pas davantageàvous
declarcr qui je fuis. Vous md
parlez ici, lui dis- je, des deux
choies du monde qui m'incereflenc
le plus; mais j'apprehende
que ma réponsesur les
questions que vous venez de
Ille proposer, ne me jettt: dans
un détail trop serieux, & que
cette convention,ne vous dérobe
tout le platlir que vous
vous promettiez ici.Rsfleurez
vous sur ce qui me regarde,
me dit le Masque, & toute la
<rrace que je vous demande,
c'est de n'estre avec moy ni rimide,
ni menteur. Vous mettez
à" cc que je voy J
luy répondis
je,condition sur COIldjcion
; mais puifqu'il en faut
paffer rpar cc qui vous plaist
:J ccoûctz MOY.
-r Il y a trois ans que je fuis
marié) comme vqus me l'avez
fort bien reproché avanthie*
jlay épousé par interest,
mà'fcmme,sanslaconnoiftrc;
j'ayvécu avec elle sans amour,
ôcloriquéj'ay fait le dclicat ou
le jaloux (ur ses petites affaires,
ce n'aefté que dansta crainte
du scanda-Ie,&que parce que
jiay cru fotement que le monde
ne rcfpcdtcroïc pas mon si..
lencc;niats j'ayététa dupe de
monintention, Il je n'ay paru
jaloux de ma femme qu'à
ceux qui n'ont jamais eu l'occasson
j ni la volonté de parler
d'elle J'étois avant de l'époufer
amoureux de la belle Mademoiselle
de S*** je l'ay
vû avec douleur tomber entre.
les mains du Comte de M**
qui n'a certainement jamais
paffé pour un trop honneste
homme. Le Duc de. s'cil
mis enfoire sur les rangs ,
&;!
atifluoft qu'il s'est monrré,tnu-.
te la tenduflede la bellea p-uu
eftrc la recompense de sa première
démarche. Le Cheva-
Ker que vous venez de me
nommer,& que vous me dites
eftrc si bien avec ma femme
,
voulut, à son tour, tenrcr
de luy plaire; mais foie
qu'il trouva trop d'obstacles à
furmontcr
,
foie qu'iln'eue
pbaosuatd z d'amour, il en agit au
d'un mois avec elle, en
homm: rebuté de ses foins. J'ai
moi meme favorisé sa retraite,
& j'ay mieux aimé, je vous l'avouë
,
le voir maistre du coeur
de mon Epouse
, que l'Amant
de ma Maiftrefle. Enfin de
tous les hommes que j'avois
vu soupirer pour elle) nul ne
m'avoie paru plus redoutable
que Iuy.Nc vous étonnez donc
pas t
si n'ayant pû me défaire
ducruel attachementquej'ay
pour Midemoifelle de S* * 4*
j'ay tout sacrifié pouréloigner
d'elle le rival que je craignois
& que j'efbmols davantage.Ec
voila justement ce qui fait tout
voilre crime à mon égard, reprit
mon Misque, vous venez
de me faire le plus étrange
aveu du monde, & je ferois
peut estrecapable d'un retour
de bonté pour vous, si je ne
vous regardois pas après cettc
déclaration, comme l'Auteu;
de tous mes malheurs. Jejouiroisà
present de toute la tcndresse
d'un homme qui m'est
plus cher que ma vie, je pofiedcrois'
fcule en un mot le coeur
du Chevalier, si vous n'aviez
pas vous- même
,
crud que
vous estes
,
conduit mon Amant
jufqucs dans les bras de
vostre femme. Je fus aulH
é1pouvantéd, de r cette réponse
que si la foudre fut tombée à
mes pieds. Cependant un moment
après avoir reconnu cet
impitoyable Masque,jejuy
dis tout cc que l'amour & le
dcfefpoir me mirent de plus
touchant à la bouche; mais inflexible
a mes prières, elle finie
nofirc entretien par ces dernières
paroles. Je vous ay fufiffamment
inquieté dans ces
deux bals, où je vous ay saic
un détail raisonnable de vos
affaires & des miennes. Je fuis
contente de tous les ressorts
que j'ay fait jouer pour vous
chagriner; mais je perdrois
tout le mérité de mon ftratagênie,
si je ne vous dl.ffendois
pas abfolumenr de me revoir
jamais, sans le Chevalier, & si
vous ne prenez pas doreinavant
toutes les mesures qui
vous conviennent pour luy interdire
honnêtement l'cntrée
de voflrc maison. Voila à quel
prix vous pouvez encore pretendreàmonamiiié.
Adieu Je
fis de vains efforts pour la retenir)
tUeme quitta brufquement
& me la-fla le Ioifir de
faire a mon alse les plus Cotes
reflexions du monde sur elle,
sur ses Amants, sur ma femme
& sur moy.
Voilà enfin où j'en fuis,moncher
ami,aidez moy de vos
conseils,de déterminez moy
sur le partiqueje dois prendre
dans une pareille conjoncture.
C'cftle plus grand fetvicc
Ul
Êl a Ica
que vouspuifluez rendre à
l'homme du moade qui vous
aime le mieux, , j Alorssonamiluyconfeillajf
,
d'éloigner le Chevalier, d'oublier
sa Muitreffe, & dVffayerj
de bien vivre avec sa femme5,
maisil ne fuie nil'unml'autre
de ces con feilsq^'I pouvoir
s'épargner la peinedcj.uydemander
avec tanr d'inllance:•
& je pouvoir peut estre aufli
raifonnablcment mépargner
celle de vous faire un si siJete
rccic dune pareille hliloire;
mais que voukz-vous Mèrcurc
ciYun babillard, & tant qu'il
aura desavanturcs de cette cfpece
à vous conter , on lui
couperoitpuroit la langue,
qui de l'obliger à setaire.
Pendant quenous sommes
sur lechapitre dubal,en voicy
encore des nouvtllcs-, auffibicnneftra
t-il plusttnls d'en
parler après l'ami carême.
-
Le bruit court qu'une nuit,
dont je ne fcjay pas la date, un
masque trèsaccort
,
des plus
fpiriruds,& des mieux inftruics
des affaires du monde, tomba
par hazard entre les mains d'un
Masque de certaine confîdcr
ration, qui l'interrogea avec
tant de prefcncedcfprit & de
vivacité
,
qu'il lui fie dire prefque
tout ce qu'il avoit dans
l'ame. On ajoute qu'après plulieursdécouvertcs
importantes
leMafque charmé de l'cfprit&
du bon raitonnement de celui
qui venoit de l'cnrretenir ,fie
pluficurs efforts obligeants.
pour l'ergager à fc faire coninoiflrc,
que ce Marque résista
avec une opiniâtreté invincible
aux choies graticufes que lui
disoit le Masque curieux,&
-qu'enfinaprès plu ficurs plaintes
gepereufes d'une pareille
obtlination à fccacher ;; il
avoir consenti malgré luy à le
taiff-f aller*maisqu'au même
temps il avoir dépêché deux
autres Mafqucs
, avec pricrc
de l'éclairer desiprés,qu'il lui
futjf autant que cela dépendroit
de leurs foins & de leur
vigilance ) impossibled'échaper
à leurs yeux. Le Mafquc
examiné Tentant bien par la
qualité des choses qu'ilavoic
dites, & qu'entrant dans le
bal, il avoit(ans doute à dire,
qu'onnemaneperoit pas de le
fuivrc,& dele reconnoiftrcs'il
n'y mettroit bon ordre, avoïc
pris de justes mesures contre
, larigueur de cette obligeante
recherche.Ainsichfortanrde
l'Opéra a la pointe dujour
* il enfilaà piedla rue S. Honoré
il alla julqu'auprés de S. Roch,
oùil trouva deux bons chevauxavec
un Valet qui l'artendott.
Il se saisit à Tinflant
de celuy qui luy étojc dcfliné;
il souhaita le bon jour à fcs
Argus.
Et d'unfautsurla'felle, il marqua
[ondépart.
Je ne sçay si la lecture de
ces
ces petites avantures vous en
^uy,e» pour moy je f'çay bien
que je. ne. mcnnuye pas cn-j
cojedeVQus les écrire, & je
t - .4 conctusdpia/qu'ayjnt de gré,:
beaucoup- pi:lus de peinej0que
vous n'avez de patience, je fuis
endroitdevousenconter cn- i w..i.i,i
core.* J .-11 "','1") 'Lw.J1*uh*xy P.ari -«> sest »dc >*-J-iijajilVijled^rnoni\.,lm.j.. jl.apl1v1iscommodepourroute'
forted'cfpécecfcet
eikL''honi- aj?As<Ma-.
'Y^Pîl!?(yt«,'laCo
quette, les (ôr-s raisonneurs,
les fades Comédiens & les
mauvais Auteurs, y font tous
les jours relevez par gens qui
leur ressemblent, ou qui les
imitent de si près, queles nouveaux
venus sur la Scene, y"
font lelendemain oublier ceux
qui la veille étoient sur les
rangs. En un mot dans cette
graniDdeVll'c> toujoursun
clouchdjp l'autre Il n'y tll, par
exemple , presqùe plus parlé
desAvanturcs que vous venez
de lire, quoy quViles 1 foienc
toutes fraîches; celléque je
vais vous conter y fait encore
du bruic. La voicy.
UiiEtrangerriiafqué, pouf
le moins comme le beau Berger
Céladon, s'avise une certaine
nuit, assez & trop malencontreuje
pour luy,daller au
bal de l'Opera. Il a à peine fait
le tour de la salle que ses yeux
fone ébloüis des charmes de la
divine Assée. Transporté de
l'éclat de tant d'appas, il se
jette à Ces piedsr il luy tient
dans son jargon des difeours
tendres, qu'oncqtics mortel
n'accompagnâtde pareils foupirs
dans tout l'EmpiredeCythere.
Enfin prcfqueauflienyvré
d'amour que de vin, il jure
à ce charmant objet dont les
beaux yeux l'c£JHa.:ncntJ, un
amour éternelil fc donne à
tous les diables, pour luy perfuader
l'ardeur dont il brûle
poooiunrdeelle; mais la cruelle, bien
vouloir l'en croire sur
la foy de ses sermens, s'arrache
de ses mains, après l'avoir
inhumainement maltraité, rebpté
&culbuté. Alors confus
& dcfefperé de ce barbare
ptocedé, il se releve, & court
en chancelant après cette fierc
& outrecuidée beauté. En chcÍ:
nin,un Masqueirréprochable
&i vigoureux l'anête. Qu'eftcc,
dit- ilJ écumant de courtoux,
& d'où te vierir cette
audace, Malque,de marrêter.
Je ne le fais, luy répond l'autre,
que pour vôtre inecrefl:,
vous persecutez icy un Mass
que digne d'un traitement plus
honnête. Eh que t'importe,
répond letranger? je n'ay
point là-dessus de contc a' te
rendre, luy dit l'autre, & tu
dois te contenter de la prière
que je te fais de laitier ce Mafque
en repos. Moy dit-il,
avec plus d'emportement encore,
nojjïnfirpointles Dames
moy eflretouchcufspress à bAifir
les piedsdes Madamesjnuis moy
! J : ';-
- --
ejlre bon pour les hommes, A
cette plaisante repartie,s'élève
un éclat de rire auxenvirons;
qui achevc de le mettre hors
de. rnefure :il dit aufli tost au
Marque qui lavoit arrêté, qu'il
Veut avoir raison de cet affront)
qu'en un mot il veut fc
battre avec luy. Vous navez
vraymenr pas tort, luy die
l'autre, & je fuis tout prest a
vous donner cette petite fatisfaérion;
mais outre que trop
de gens ont vu icy cette avanture,
& qu'on ne nous JailIèroit
pas le champ libre, il cft
bon de vous dire que je fuis,
avec des Dames que la bienséance
ne me permet pas de
quitter, & que j'ay à prefcnc
de fortes ratfonspour ne pas
rh'aller battre; mais fldemain
au matin vous en voulez découdre,
vous n'avezqu'à dire,
je vais écrire mon nom, ma
demeure,& l'heure du rendez-;.
vous sur vos tablettes. Alors
l'Etranger en tira desa poche
une belle paire, qu'il remit entre
les mains du Marque-qui
lu'-. partait,8z qui ne prévoyant
pas qu'une pareille
avanture pût avoir aucune fuite
, y mit à tout hazard la
demeure"d'un bravehomme
dont le nomluy étoit connu,
& rcndant les tablettes à l'E.
trangcr,tuyafEgna le rendezvousà
huit' heures du matin.
Icy finit la première feene, Se
teparties s'en allerenr.
Le lendemain à l'heure marquée,
l'Etranger viÇr'éTes tablettes,&
le faitgUid^rjuf-[
qu'à la .porte de thomme a.
qui il: croit avoir affaire. Il
monte à sa chambré
,
il le.
trouve dans fôn lit encore,
bien endormi.Comràcnt
Adoyifieur,luydit-il,vousdor- me^,encore!nevousfoHvene^- *- , vous
vouspas 4e la paroleque vous
triave-^donnée hier au Bal. Ma
foy, Monsieur,luydit l'aucrc,
je ne vous connois pas fcu lcmentje
ne vous ay envéritéjamais
vu Mauvaise défaite,
reprend l'Etranger,vous
m'ave'{ promis de vous battre
contre moy , &vous netes qu'un
poltron. Si vous ne forte^ du lit
touta l'heure,je vais vous passer
mmoonnéeppéeer.aauu,trtAra1vJeCrsrSduucocorprpss..
Attendez, Monsieur
,
luy répondit
l'homme si bien atta,
que, vous av(z raison, je ne
m'en fouvenois pas; & quoyque
je n'ayc pas mis les pieds
dans le Bal
,
cela n'empêche
pasqueje n'aye tres- 1ericiiCernent
affaire avec vous. Aittn.
dtzdonc
,
s'il vous plailt, un
momentque je (ois h.ibille, &
nous irons ensemble ouil vous
plaira. Alotsil le jetca du haut
en bas de son ht, & au bout
d'un momentildekcndit dans
la rue, en chauflc & en pourpoint
;& l'épée au côté,il
luivit son aggrctfeur.
Non loin de cette misson
ils trouvèrent une place où ils
dégénèrent en gens que de
grands inrerefts animoient à
soûtenir leur bon droit. Le
combat fut vif&langlant,&
après pluficurs belles cftocades,
où les combattants-donnerent
des preuvesd'uneadreffc
& d'une valeur .siafipie ).le
malheureux Etranger,reccuc
trois coups d'épee dans le
corps de la main d'un homme
quine l'avoit jamais veu ,
qui
* ne lui avoit jamais parlé .&
quiluidit enfinr-ns'cfforçint
de luy rendre tous lestons
officesqui dépendoicnt de ses
foins ; le diable m'emporte,
Monsieur,sije vous cannOIs.
Le masque qu'on dit avoir
donné, sans nuldeifein 3-occa.
fion à cette avanture, & qui-a
du cofté du mérité
,
de rcfprit&
de la valeur perTonnelle,
la réputation d'un homme
sans reproche, envoya avertir
celui dont il avoirdonné l'a.
dreflç,dene porter l'affaire i
aucune extrémité
,
supposé
qu'il prie envie à 1 JEtranger de
lui rendrevisite
, ce qui ne lui
paroiflbit pas vrày fcmblable,
ÔCencasdefaillie4defufpendietout
jusqu'àcequ'ileût
autrement de ses nouvelles.
Mais le viéèorieuxlui fit direl
Tinftanc pour toute réponse
s qu'ilrecevoit ravis trop tard
,
& que l'affaire étoit faite.
Pour moy je ne donne cette
nouvelle que pour un bruit de
Ville qui peut n'avoir aucun
fondement devérité, & que je
conte feulement sur le rapporc
-du public. Je vous réponds
plus hardiment de la vérité de
celle-ci, j'en ferois même caution
,
s'ilenétoit besoin.
Lanuit de l'avanture preccdente
,
arriva celle qui fuir.
Le portrait de mon Héros,
est d'abord h piece la plusnccelTjire
à l'intelligence de cctrc
hltoire. M. Verno
,
jeune
homme de cette VIlle,à crins
noirs, fils d'un perequi a fait
& qui fart encore bien du bruit
dans la robe,peut avoir i J.
à z6. ans, sa taillecfi un peu
au dessous de la mediocrc,mais
bien priffc, sa phïfionomieest
desplusrevenantes,ses yeux
font noirs &bien ouverts, sa
bouche est belle, vermeille &
bien meublée,lçs coukurs de
sonvifarge font vives' & frai..
ches
,
& toute sa figure est
a(Hzreguliere
,
joint à cela
qu'il a la jambe belle, le bon
air du monde, &lefprit fort
drné. M'. de Verno
,
dis je,se
, trouvant [clon sa coûtumc,
au feal4c l'Qpe.U'j fous un
domino de
:
tafetaj rayé,
qu',une Dcmoifellccharmantc
bienfaite& très aimable lui
^yovi prêté iSi.quidepuis par
1-JiabiLpde qu'onamendetercvoir
açftesurnommél'^fne
?ay<â,apfésa.voirgalopé»!a»fallc
cSllUenfin,àTcxcmplcide
Je»^laïquesquivontàïçeBtoauls,
&.placer. dans uneilag£, où
après quelques çiviliicz fort
cav.iliçrcs&. ircsèufuécs dans
ce pays ,il attaquaisDame
qui Ce trouva fous sa.main. La
grande experience qu'il a dans
cesaflembléeSjluy mit d'abord
un joli compliment à la bouche;
la Dame y répondit ca
femme defpric, & la converfanon
fut Joûcenue avec tant
de vivacité de part & d'autre
qu'ils t en vinrent jusqù-à fedésir
de (e demafqucr;, ce que
la Dame ne voulut pas faire la
première. Cependant elle le
pna d'ôter son M .fqu,= & luy
dit pour le déterminer àavoir
cette complaisance
,
si je vous
reconnois
,
je vous Tavoikray
debonne foy,& je vousdonne
ma parole de me démasquer à
mon tour. Vcrno bien assuré
que la vue de sa figure ne l'expoferoit
point au,malheur de
n'cltre pas regardé de bonoeil,
ne fcle.tic pas dire davantage,,
il osta ton ma sque, & montra,
une mine si gracieuse
v que la
Dame ne pûc s'empêcher de
luy marquer toucie gi équ'elle,
se (çivoit dc(acurioficéi néanmoins
elle luy dit d'un ton de
voix-mal afiûé
,
qu'elle ne le.
connoilïoitpas. Qiumporte*,
luyirépondicVerno
J.
le malheur
que j'ay de neftie pas
connu de vous, n'ôtc rten de
nos conditions,& vous n'en
estes pas moins obligcede vous
démasquer, puifquc vous m'avtz
donnévostre parole dclc
£n>e
,
des que je vous en amrois
donné l'exemple. Je ne
vous réfuteray pas, luy répondit-
elle, avec toute la douceur
imaginable, de Citisfaireà cet
ar&icfe denostre traité ; mais
que vous en reviendra c ilautre
chose que le malin plaifode
me priver de t'avantage que
me donne le masque. Vous
mêliez fpÏf dés que vous maurez
vûc,croyezmoy ,nefou,
haitez pas de mevoir. Non,
Madame, luy dit Verno, tous
ces détours font inutiles. Vous
avez sur voftrc parole conrracte
avec moy un engagement
auquel il faut absolument que
vous vous soumettiez
,
& je
ne vous laifleray pas un moment
de repos, que vous n'y
ayiez latisfait Hé bien, Moniteur,
vous-le voulez, il faut
vous contenter ; & en ôtant
son malquc-, mer reconnoiffcs.
vous,ajouta-1 elle: Oüy,
Madame, loy dit-il, d'un air
d'impatience, je vous recon.
nois pour la plus charmante &
la plus aimable personne du
monde, je vous ay vûë cent
fois,&j'ay toute ma vie foucalté
de vous revoir -, je me
souviens même qu il y a quelques,
années, un Dimanche de
la Puffion,je danfayavec vous
dans un Bal aux chandelles;
chez un Maistre à danser qui
demeuroit alors au troifiemc
Appartement d'une petite maison
dans la rue Djuphine. Madame
de * * dont le nom &
les appas ont fait depuis beaucou
pde fracasà Paris, eftoic
avec vous; vous estiez bien
belle alors, mais vous l'cftes
encore mille foisdavantage.La
Dame convint de cette circonfiance,&
de quelques autres
dont Verno luy rafraichic
lamémoire ,& ci surces
petits détails, h.confunce s'é.
tablit si bien entre eux,qu'ils
se promirent de bonne foy de
se revoir, & se tinrent parole.
Entffjt,désle lendemainmatin
l'heureuxVernoreccut un
billet dontvoicy le conttnu.
Jt' confinsque vous me voyie%
-aujourd'huycomme je vous l'ay
promis hier; mais il faudra que
lafille que je vous envoyév^us
amene ce joir a six heures chez,
rnoy , em, je vousdtjf.nds devous
faire future par vofire Laquai?.
Si vous pouviez vous imaginer
combien fayde mesures à garder,
Dous me Ifaurit^ ungré infinide
cette démarche. Réponde^moy
sur le dos de ce biUer.
Verno mit auflicoft la plume
à la main,& sur le dos dudit
billet il écrivit ces tendres
mots.
Je baise, ma belle Reine, avec
mille transports d'amour les obli.
géantes ryprétieujeslignes que
i/oflre main a daignemécrire.
feray tout ce que vous m"ordonnez
de faire; mais vous esses
bun cruelle, en me redemandant
ce billet; de me ravir cr cher (y
unique gage de toute ma tendre/Te.
Le double billetfut rendu
frWemcntvla Soubrerte rcvint
à i'hurc marquée,cilo
monta en siicrc avec Verno,
& enfin ilsarrivèrent au logis
deU Dume quiles rcq-jt de la
ttùillfure^race du monde.
: La prcraiere chose que fit
Verno en entrant dans l'appartenunrde
laDame
,
fut
d'en confiJerer les meubles.
Ils luy parurent d'un go.,il exquis
, & ne contribuèrent pas
peu à augmenter la bonne opinion
qu'il avoir conçuë au bal
de la bellepersonne dont la
douceur luy failoit esperer en
si peu de temps, de si grands
avantages, qu'ils'étourdifToic
d'avancedel'image de sa félicice
Laconversation de cette
beauté charmoicXesoreilles,
ses. grâces ébloiïifloient ses
yeux; tout celadloit beau&
bon, mais il y avoit dans cette
chambre bien autrechofequi
fervoir à émouvoirsa concupi
scence. Deux gros bras d'argent
fortement attachez aux
deux costez d'un trumeau
,
sur
la cheminée où ils se éhdUffÓJcnr"
attiroienc de temps en
temps toute son attention, un
beau diamant au doigt de sa
cherc
cherc & charmante maiflrcffc.
une montre d'or,destabaticres
du même métal, tout cela
luy Câusoit des diftra&ions fréquentes,
qu'on prenoit heureu
sement en bonne parr. En*
fin après bicades protestations
d'un amour éternel
,
l'heure
de (e separer estant venuë
)
il
exigea son entrée franche &
libre dans cette maison quand
bon luy sembleroit,il l'obtint
à condition qu'il feroic roûjours
bien-fagCj ille promit à
la mode des Amans, & s'en
alla. Le lendemain au matin
on luy envoya dire de ne pas
manquer d'y retourner à la
même heure qu'il y avoir este
la veille, ce qu'il fie avec plaisir.
Souperons-nous aujourd'huiy
ensemble, Madame
, die-il, en entrant, & aurezvous
lat cruauté de me renvoyer
sans souper comme
touS riez fait hier.Si je foupc
fcy;jdvais congédier mon la-
°..qtrais & luy dire de venir me
reprendre à l'heure qu'il vous
Oaita, sinon, ce n'est pas la
peint qu'il s'en aille. Mais,
Monsieur, luy ditelle, je ne
ftis nullement preparée à cela:
Madimoifcllc Dupons, appellanç
sa Fille de chambre, Monsieur
me demande à souper,
voyez si la Cuifinierc a quelquechofe
à nousdoqncr
)
&
dites-luy quelle, vienne me
parler.La Cuisiniere arriva &
répondit qu'il y avoir raifonnoblement
deqqpy manger.
-,Vernore.fta,& (onValet gnaçqijU.piudence tdc
la Fillç dpjçhwbre.
Jene.sçay
ce qu'ils dirent&
firent en attendant le souper
P4^n$n*ç après *r.)aisjefç*j§
bien que vers les- deux heures
après minuit, la Dame trouvantfnpins
de vivacité dans la
converfanon de sonAmant,
jetca les yeux sur une Montre
qui cftoitattachécîà un clou
de sa cheminéef & fie. remarquer
à Vernoqti'H efidit dêja
bien tard ,"& par cohfccjucnç
temps de s'en aller. Vous faites
là une belle oblervation :
luy dit il, Madamejvoila à
present la plus belle- hefuredu
bal, donnons nous*en le plai- J
Íir sans, sortir d'icy, & commençons
par mettre cette
Montre en Masque. Aussi roll:
illa prit & tourna du cossé de
•
Ja muraille Jecoftê quimarquoit
les heures. Alors il s'émancipa
julqu'à prendre Lie
petites ou de grandes hbertez
dont on nes'offensa point. Il
fut chemin failanr, grondé,
caresse, menacé, repoûsse doucement
)
& le jà'ur vint. Dés
que la Dame s'en apperçur,elle
le fâcha vrayment bien fort*
Comment, Monsieur,luy.dic-.
elle, courant.à sa M-oncrc,,ori
vous verra sortir de chez moy
à.sept heures du matin L que
dira-mut le voifinaçe.? Vous
voil a bien allarraée,Madame,
reprit-il. je n'ay qu'àenfortic
à fepr heures du foir ; mais
/ous avez- là une maudite
Montreque je veux punir des
mauvais avis qu'elle vous donne
, & de dépit se jettant sur
çllc,comme s'il eue voulu la
bxifer
: Non,u1,
l'i.,
mage des heures que l'imprudence
vous annonce, ncmpoifonnera
plus ma felicité.
Ah,Monneur, luy dit cette
Bellecfltayéede (on emportés
ment, je consens à ne lare*
voir de ma vie, maisépargnezla
ne:1a brifez pas, & dérobez-
la iplutoft pour jamais à
mes yeux. Non, Madame,
non, reprit il, vous ne la rcverrezplus
: mais après tout,
est ce à (es caprices a decider
de mon fort, & parce qu'elle
vous a annoncé quil cfioit
sept heures,quoy qu'iln'y ait
au gré de mon coeur qu'uiv
inllant que je fuis avec vous
me condamnerez
- vous sur sa
depositionîNon, mon cher,
luy dit la Dame,aussi bien puis- ne je me resoudre à vous
lmeettre à l'heure qu'ilcft hors mamaison.
-
La montre étoicdéja à bon
compte dans la poche de Verio;
mais les bras d'argent luy
enoient furieufetnent
au
oeuf, & il avoit dans sa
cbambreuncheuftrumeau auquel
par le secours de ces bras,
il foubaitoic de piêccr main
forte; il dit là dellus Icsc hofcs
du monde les plus éloquentes
Il dormir enfuie, il s'éveilla,
reparla damour, dina
& rejoupira. pour lesdits bras
avec tant de (uccrs, que son
valec fut chargé du foin d'efi
aller renforcer fon- trumeau.
Dix mille proreftations- d'une
fiJclité étemelle firent les honneurs
de son remerciement
mais il n'avoir ny diamant ny
tabatierc, & la conque fie de
ces chofcs écoic rclcrvéc pour
le
le jour au quel sa Dame dévoi-e
aller voir l'effet que (es bras
faisoient sur sa cheminée. Ce
qui fut executé dans l'ordre
suivant.
Il y a cinq jours qu'en un parfait négligé elle lerendit
surles onze heures du matin
au logis de son amant, qui la
reçûtavec justice comme la
Reine des Amours; elledîna
chezluy,oùileutavecelle des
procédez si obligeants, qu'elle
luy auroit donnéjusqu'à sa
chemise. oh!pourcelailfaut
avouer que cette Dame n'a pas le vice des autres, qui font
devrayes lang suëssrien n'est
si genercux qu'clleellaa depuis
son avanture du bal, nippé
& nippe encore de toutes
picces son heureux amant, il
eil: jeune,almable & tendre;
elle est riche, belle & amoureuse
à la rage. Que de charmes
! que de plaisirs! & quel
bonheur pour ce coupleamoureux
,
pourvû que cela dure
J'ay appris tant d'autres
avantures singulieres qui onc
pris naissance aux bals de l'Opera
qu'il faudroit faire un
recueil particulier pour les
conter. Ce qui mcrcfteàvous
c a ce sujet;c'clt qu'il n'y a
rfonnc qui ait esté à ces bals,
i ne louë Mcflicurs de Chauit
& Duchesne Syndics de
)pera, sur les commodieez; :agréments & le bon ordre
cet établiflement. Les foins
les attentions qu'ils prenne
pour leurs fpeétaclcs
,
jr attirent generalerncnt les
êmes louanges. Ils ont rcmis
:puis cinq semaines sur leur
heatre la Tragedie d'Alceste.
teR un Opera de M.de Lulîy,
Jnt tout le monde admire &
Imirera toûjours la beauré.
y arriva un Jeudy 10. de ce
mois, un événement des plus
-
extraordinaires.
Al'endroit de cet Opéra,
oùun Aâteur chante, rost ou
tard ilfautpajSer dans maBaf(ji4ei
un Machmifteselaifli tomber
du haut d'un pont au-dessus
des décorations
,
sur l'une des
planches qui fervent à former
les flots sur lesquels est la Barque
à Caron. Ses reins & sa
tête essuyerent le choc, avec
tant de violence qu'une planv
che en fut brifée
,
& soncrâne
entammé,onl'emporta à Pinftant
& on le saigna : on lemit>
çnfuite dans une chaise à por.
tcurs; mais tous les malheurs
de cette journée n'étoient pas
finis pour luy : à peine ses porteurs
furent au tournant' du
cul de sac de FOpcra
, que la
chaise dans laquelle il écoir,
se défonça enticremcnr ; & le
pauvre homme se trouva fubitement
,& par une féconlde
chûce
,
aflîssurle pave: on le
remit dans une autre chaise
qui à la fin le porta chez luy.
Voilà ce qu'il y a de plus
commun dans cetteavanturc,
quoy que cela foit assez rare:
en voicy l'extraor dinaire. Ccc
homme a 77. ans, & mainteuanc
il se porte àmerveille.
Fermer
3
p. 1926-1934
LETTRE de M. Pierre LE ROY, Horloger, de la Société des Arts, demeurant à Paris, au milieu de la Place Dauphine : Description d'une Pendule à Ressorts, marquant et sonnant le temps vrai.
Début :
Le zéle que vous avez, Monsieur, pour la perfection de l'Horlogerie, m'engage [...]
Mots clefs :
Temps vrai, Mois, Minutes, Heure, Pendules, Ressorts, Levier, Plan, Soleil, Pendules à ressorts, Société des arts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Pierre LE ROY, Horloger, de la Société des Arts, demeurant à Paris, au milieu de la Place Dauphine : Description d'une Pendule à Ressorts, marquant et sonnant le temps vrai.
LETTRE de M. Pierre LE ROW,
Horloger , de la Société des Arts demeurant
à Paris , au milieu de la Place
Dauphine : Description d'une Pendule à
Ressorts , marquant et sonnant le temps
*
vrai.
L
gage
E zéle que vous avez,Monsieur, pour
la perfection de l'Horlogerie , m'enà
satisfaire votre curiosité sur ce
que vous m'avez demandé au sujet de
la Pendule à ressort que j'ai présentée à
notre Société.
Cette Pendule marque et sonne le temps
vrai , d'une maniere assez simple , pour
dire qu'elle n'est pas plus composée que
les autres Pendules à ressort ; elle marque
aussi le jour du mois , avec presque autant
de simplicité , n'y ayant qu'une
Roue de plus pour le faire marquer , au
lieu qu'aux autres Pendules qui le marquent
, il y a 3 Roues et 2 Pignons.
Avant que d'entreprendre de faire marquer
et sonner le temps vrai aux Pendules
à ressort , leur justesse ne me paroissant
pas suffisante pour y appliquer le
temps vrai aussi utilement qu'on l'auroit
pû souhaitter , je me suis attaché à augmenter
SEPTEMBRE. 1733
1927
•
gmenter cette justesse . Pour y parvenir ,
j'ai imaginé une nouvelle maniere de
faire les Palettes de la Verge du Balancier,
qui rendent les frottemens des dents
de la Roue , de rencontrer sur ces Palettes
, beaucoup plus doux et moins susceptibles
de changement , et qui rend de
plus la justesse de l'échappement beaucoup
plus durable.
2
J'ai aussi trouvé le moïen de rendre
plus égale l'action du grand ressort sur
le mouvement de la Pendule. Par ce
moïen , outre que la justesse est encore.
augmentée , il est moins sujet à se rompre
par l'effort qu'il souffre en le remontant
; l'imaginai cet expédient en 1725 ,
et je l'appliquai à une Pendule que je fis
pour la Cour d'Espagne , dont la justesse
fut reconnue par M. Dosembrai . Il la
garda un mois et demi chez lui pour l'observer
, étant un des Commissaires nommez
par l'Académie des Sciences , à
l'examen de cette Pendule , à laquelle il
y avoit plusieurs autres particularitez ,
dont je vous ferai part une autre fois.
Quand j'eus trouvé le moïen d'augmenter
la justesse des Pendules à ressort , je
me déterminai d'autant plus volontiers
à leur faire marquer et sonner le temps.
vrai , que je remarquai que le Public ti-
B iij reroit
ย
1928 MERCURE DE FRANCE
reroit beaucoup plus d'utilité de l'application
du temps vrai aux Pendules à
ressort , qu'aux Pendules à secondes
parce que la plupart des personnes qui
se servent de Pendules à secondes , sont
versées dans les Sciences , et n'ont besoin
que du temps moïen pour avoir le temps
vrai ; car ils savent toujours bien , quand
ils veulent s'en donner la peine , ajouter
au temps moïen , ou en retrancher la différence
nécessaire, pour trouver le temps
vrai ; au lieu que presque toutes les personnes
qui se servent de Pendules à ressort
, ne sçachant ce que c'est que cette
différence , qu'on nomme ordinairement
Equation de l'Horloge ( qu'il faut ôter
ou ajouter ) ne peuvent presque jamais
avoir le temps vrai ; ce qui est souvent
cause que, quoique leurs Pendules soient
bien reglées sur le temps moïen , ils
croyent cependant qu'elles ne vont pas
bien , parce qu'ils leur attribuent les variétez
du Soleil. Cela les engage à hausser
ou baisser mal à propos la Lentille
du Pendule Or cette méprise est cause
qu'au lieu de les régler , ils les déreglent
du temps moïen , d'où dépend toute la
justesse du temps vrai, et par conséquent
ils les disposent en certains temps à s'écarter
encore davantage du temps vrai.
Si
SEPTEMBRE. 1733. 1929
Si leurs Pendules marquoient le temps
vrai , il leur seroit facile d'éviter cet inconvenient
quand elles viendroient à se
dérégler ; car comme une Pendule qui
marque le temps vrai , n'est autre chofe
qu'une Pendule qui marque l'heure du
Soleil ; il leur suffiroit pour sçavoir s'il
faudroit hausser ou baisser la Lentille
de voir sur le Soleil , si elle auroit avancé
ou retardé ; au lieu que pour regler
une Pendule qui marque le temps moïen,
il faut necessairement remarquer le temps
qu'on l'a mise à l'heure , et ajouter l'é
quation à la quantité des minutes marquées
par leur Eguille , ou la retrancher,
selon qu'elle est additive ou soustractive ,
autrement on ne peut pas , pour la regler
, sçavoir s'il faut hausser ou abbaisser
la Lentille. Quand même la plupart des
personnes qui ont des Pendules à ressort .
sçauroient ajouter au temps moïen , ou
retrancher la quantité de l'équation , il
est aisé de sentir qu'il leur seroit toujours
beaucoup plus avantageux qu'elles
marquassent le temps vrai; d'autant plus
que l'équation changeant journellement
de quantité , il faut toutes les fois qu'on
veut sçavoir l'heure vraie , avoir l'embarras
de faire , pour ainsi dire , une espece
de calcul, ou prendre la peine d'aller
Biiij cher1930
MERCURE DE FRANCE
chercher un Cadran Solaire , ou une Méridienne
.
Outre cet embarras , il y a des Saisons
où le Soleil est long- temps sans paroître,
sur tout dans les mois de Novembre, Décembre
et Janvier , où l'on auroit cependant
le plus de besoin de le voir souvent
pour remettre sa Pendule à l'heure
parce qu'il retarde dans ces trois mois
d'environ trente et une minutes.
Malgré cela , presque tout le monde
et même la plupart des Horlogers , ne
pouvant s'accoutumer à ajouter au temps
moyen , ni à en retrancher l'équation , ne
peuvent pas avoir d'autre ressource pour
mettre leurs Pendules à l'heure , que celle
de les remettre sur le Soleil, par conséquent
l'on ne doit pas être surpris de
voir la plupart des Pendules si mal à
l'heure dans l'espace de ces trois mois.
Il est donc évident par les raisons que
je viens de dire , que l'utilité des Pendules
à ressort se trouve considérablement
augmentée , en leur faisant marquer et
sonner le temps vrai ; dautant qu'elles
ne seront pas plus sujettes à se déranger
que les autres Pendules , étant aussi simples
,comme vous l'allez voir par la Description
qui suit :
Il y a deux Cadrans à cette Pendule ;
Le
SEPTEMBRE . 1733. 1931
le premier est fixe comme celui des Pendules
ordinaires ; il ne sert de même qu'à
marquer les heures et les minutes du tems.
moyen ou temps égal.
Le second Cadran renferme le premier,
et est mobile ; il sert à marquer le temps
vrai , par le moyen de plusieurs chifres
qui sont gravez sur ce Cadran , au - delà
des minutes et des deux index . Ces chifies
sont les jours des mois , entre lesquels
il y a environ une minute d'équation
, c'est- à dire , les jours entre lesquels
le Soleil avance ou tarde d'environ
une minute.
Pour que la Pendule marque et sonne
le temps vrai, il faut premierement faire
tourner le jour du mois sous la ligne de
foy de l'index qui convient au mois où
l'on est , et mettre ensuite l'éguille des
minutes juste à l'heure du Soleil sur le
Cadran mobile . Après cela , pour qu'elle
le marque toujours , il faudra seulement
avoir le soin de faire tourner le jour du
mois où l'on est sous l'index ; j'ai dit l'index
qui convient , parce que celui d'embas
sert pour les jours des mois , depuis
le commencement d'Octobre , jusqu'à la
fin de May , et celui d'en haut sert pour
le reste des autres mois.
En mettant les jours du mois sous la
ligne B v
1932 MERCURE DE FRANCE
•
ligne de foy de l'index , comme il est
expliqué , vous faites avancer ou tarder
le Cadran mobile de la même quantité
que le Soleil a avancé ou tardé, et la sonnerie
avance ou tarde de la même quantité
; parce que cette sonnerie est disposée
de façon qu'elle ne peut sonner que
lorsque l'éguille des minutes est arrivée
à 6c minuses et à 30 minutes de ce cadran,
en quelque position qu'il se trouve.
Pour que l'on ne soit pas obligé d'ou
vrir la porte de la Pendule , pour faire
tourner le jour du mois sur l'index , j'ai
imaginé une petite rouë dentée , qui engraine
en angles droits dans les dents
que j'ai faites autour de la circonference
du Cadran mobile . L'arbre de cette rouë
qui traverse de part en part le côté droit
de la Boëte , porte à son extrêmité un
Bouton gaudroné , qui lui est fixé, et qui
sort hors de la Boëte; par le moyen de ce
Bouton l'on fait tourner avec la main
à droit ou à gauche cette petite Rouë, et
par conséquent le Cadran mobile , pour
mettre le jour du mois sous la ligne de
foy de l'Index , sans qu'il faille ouvrir
la porte.
Ainsi ,outre qu'on évite la peine d'ouvrir
la porte de la Pendule , les Cadrans
conserveront bien plus long- temps leur
propreté.
SEPTEMBRE. 1733. 1933
Pour leur faire sonner le temps vrai
j'ai fait un Lévier , que le Cadran mobi-
Je emporte avec lui.Ce Lévier a un mouvement
perpendiculaire au Plan du Cadran.
L'extrémité de ce Lévier porte un Cera
cle dont le centre répond toujours au centre
du Cadran, et la circonférence à la détente
de la sonnerie , qui est en plan incliné
, en sorte que ce Lévier ne sçauroit
être levé sans glisser sous le plan incliné
de la détente , ce qui la fait lever.
La circonférence de ce Cercle porte un
Plan incliné, dont l'extêmité répond toujours
à 60 minutes du Cadran mobile ,
quelque mouvement qu'on donne à ce
Cadran.
La Rouë de minutes , au lieu de Chevilles,
porte deux Plans inclinez ; un pour
l'heure et l'autre pour la demie. L'extrêmité
de ces deux Plans est dans la direction
de l'éguille. Un de ces Plans rencontrant
le Plan incliné du Lévier , le fait
lever , et fait par conséquent lever la dé
tente de la sonnerie.
Comme l'extrêmité du Plan incliné du
Lévier , répond toujours à 60 minutes
du Cadran mobile , et que les Plans in
clinez de la Rouë de minutes sont dans
la direction de l'éguille ; le Plan incliné
B vj du
1934 MERCURE DE FRANCE
du levier ne peut se dégager de celui de
l'heure que quand l'éguille est arrivée à
60 minutes de ce Cadran , ni de celu
de la demie heure, que quand cette éguille
est arrivée à 30 minutes.
Si - tôt que ce Plan est dégagé de celui
de la Rouë de minutes , le Lévier et la
Détente retombent , et la Pendule sonne
le temps vrai
Horloger , de la Société des Arts demeurant
à Paris , au milieu de la Place
Dauphine : Description d'une Pendule à
Ressorts , marquant et sonnant le temps
*
vrai.
L
gage
E zéle que vous avez,Monsieur, pour
la perfection de l'Horlogerie , m'enà
satisfaire votre curiosité sur ce
que vous m'avez demandé au sujet de
la Pendule à ressort que j'ai présentée à
notre Société.
Cette Pendule marque et sonne le temps
vrai , d'une maniere assez simple , pour
dire qu'elle n'est pas plus composée que
les autres Pendules à ressort ; elle marque
aussi le jour du mois , avec presque autant
de simplicité , n'y ayant qu'une
Roue de plus pour le faire marquer , au
lieu qu'aux autres Pendules qui le marquent
, il y a 3 Roues et 2 Pignons.
Avant que d'entreprendre de faire marquer
et sonner le temps vrai aux Pendules
à ressort , leur justesse ne me paroissant
pas suffisante pour y appliquer le
temps vrai aussi utilement qu'on l'auroit
pû souhaitter , je me suis attaché à augmenter
SEPTEMBRE. 1733
1927
•
gmenter cette justesse . Pour y parvenir ,
j'ai imaginé une nouvelle maniere de
faire les Palettes de la Verge du Balancier,
qui rendent les frottemens des dents
de la Roue , de rencontrer sur ces Palettes
, beaucoup plus doux et moins susceptibles
de changement , et qui rend de
plus la justesse de l'échappement beaucoup
plus durable.
2
J'ai aussi trouvé le moïen de rendre
plus égale l'action du grand ressort sur
le mouvement de la Pendule. Par ce
moïen , outre que la justesse est encore.
augmentée , il est moins sujet à se rompre
par l'effort qu'il souffre en le remontant
; l'imaginai cet expédient en 1725 ,
et je l'appliquai à une Pendule que je fis
pour la Cour d'Espagne , dont la justesse
fut reconnue par M. Dosembrai . Il la
garda un mois et demi chez lui pour l'observer
, étant un des Commissaires nommez
par l'Académie des Sciences , à
l'examen de cette Pendule , à laquelle il
y avoit plusieurs autres particularitez ,
dont je vous ferai part une autre fois.
Quand j'eus trouvé le moïen d'augmenter
la justesse des Pendules à ressort , je
me déterminai d'autant plus volontiers
à leur faire marquer et sonner le temps.
vrai , que je remarquai que le Public ti-
B iij reroit
ย
1928 MERCURE DE FRANCE
reroit beaucoup plus d'utilité de l'application
du temps vrai aux Pendules à
ressort , qu'aux Pendules à secondes
parce que la plupart des personnes qui
se servent de Pendules à secondes , sont
versées dans les Sciences , et n'ont besoin
que du temps moïen pour avoir le temps
vrai ; car ils savent toujours bien , quand
ils veulent s'en donner la peine , ajouter
au temps moïen , ou en retrancher la différence
nécessaire, pour trouver le temps
vrai ; au lieu que presque toutes les personnes
qui se servent de Pendules à ressort
, ne sçachant ce que c'est que cette
différence , qu'on nomme ordinairement
Equation de l'Horloge ( qu'il faut ôter
ou ajouter ) ne peuvent presque jamais
avoir le temps vrai ; ce qui est souvent
cause que, quoique leurs Pendules soient
bien reglées sur le temps moïen , ils
croyent cependant qu'elles ne vont pas
bien , parce qu'ils leur attribuent les variétez
du Soleil. Cela les engage à hausser
ou baisser mal à propos la Lentille
du Pendule Or cette méprise est cause
qu'au lieu de les régler , ils les déreglent
du temps moïen , d'où dépend toute la
justesse du temps vrai, et par conséquent
ils les disposent en certains temps à s'écarter
encore davantage du temps vrai.
Si
SEPTEMBRE. 1733. 1929
Si leurs Pendules marquoient le temps
vrai , il leur seroit facile d'éviter cet inconvenient
quand elles viendroient à se
dérégler ; car comme une Pendule qui
marque le temps vrai , n'est autre chofe
qu'une Pendule qui marque l'heure du
Soleil ; il leur suffiroit pour sçavoir s'il
faudroit hausser ou baisser la Lentille
de voir sur le Soleil , si elle auroit avancé
ou retardé ; au lieu que pour regler
une Pendule qui marque le temps moïen,
il faut necessairement remarquer le temps
qu'on l'a mise à l'heure , et ajouter l'é
quation à la quantité des minutes marquées
par leur Eguille , ou la retrancher,
selon qu'elle est additive ou soustractive ,
autrement on ne peut pas , pour la regler
, sçavoir s'il faut hausser ou abbaisser
la Lentille. Quand même la plupart des
personnes qui ont des Pendules à ressort .
sçauroient ajouter au temps moïen , ou
retrancher la quantité de l'équation , il
est aisé de sentir qu'il leur seroit toujours
beaucoup plus avantageux qu'elles
marquassent le temps vrai; d'autant plus
que l'équation changeant journellement
de quantité , il faut toutes les fois qu'on
veut sçavoir l'heure vraie , avoir l'embarras
de faire , pour ainsi dire , une espece
de calcul, ou prendre la peine d'aller
Biiij cher1930
MERCURE DE FRANCE
chercher un Cadran Solaire , ou une Méridienne
.
Outre cet embarras , il y a des Saisons
où le Soleil est long- temps sans paroître,
sur tout dans les mois de Novembre, Décembre
et Janvier , où l'on auroit cependant
le plus de besoin de le voir souvent
pour remettre sa Pendule à l'heure
parce qu'il retarde dans ces trois mois
d'environ trente et une minutes.
Malgré cela , presque tout le monde
et même la plupart des Horlogers , ne
pouvant s'accoutumer à ajouter au temps
moyen , ni à en retrancher l'équation , ne
peuvent pas avoir d'autre ressource pour
mettre leurs Pendules à l'heure , que celle
de les remettre sur le Soleil, par conséquent
l'on ne doit pas être surpris de
voir la plupart des Pendules si mal à
l'heure dans l'espace de ces trois mois.
Il est donc évident par les raisons que
je viens de dire , que l'utilité des Pendules
à ressort se trouve considérablement
augmentée , en leur faisant marquer et
sonner le temps vrai ; dautant qu'elles
ne seront pas plus sujettes à se déranger
que les autres Pendules , étant aussi simples
,comme vous l'allez voir par la Description
qui suit :
Il y a deux Cadrans à cette Pendule ;
Le
SEPTEMBRE . 1733. 1931
le premier est fixe comme celui des Pendules
ordinaires ; il ne sert de même qu'à
marquer les heures et les minutes du tems.
moyen ou temps égal.
Le second Cadran renferme le premier,
et est mobile ; il sert à marquer le temps
vrai , par le moyen de plusieurs chifres
qui sont gravez sur ce Cadran , au - delà
des minutes et des deux index . Ces chifies
sont les jours des mois , entre lesquels
il y a environ une minute d'équation
, c'est- à dire , les jours entre lesquels
le Soleil avance ou tarde d'environ
une minute.
Pour que la Pendule marque et sonne
le temps vrai, il faut premierement faire
tourner le jour du mois sous la ligne de
foy de l'index qui convient au mois où
l'on est , et mettre ensuite l'éguille des
minutes juste à l'heure du Soleil sur le
Cadran mobile . Après cela , pour qu'elle
le marque toujours , il faudra seulement
avoir le soin de faire tourner le jour du
mois où l'on est sous l'index ; j'ai dit l'index
qui convient , parce que celui d'embas
sert pour les jours des mois , depuis
le commencement d'Octobre , jusqu'à la
fin de May , et celui d'en haut sert pour
le reste des autres mois.
En mettant les jours du mois sous la
ligne B v
1932 MERCURE DE FRANCE
•
ligne de foy de l'index , comme il est
expliqué , vous faites avancer ou tarder
le Cadran mobile de la même quantité
que le Soleil a avancé ou tardé, et la sonnerie
avance ou tarde de la même quantité
; parce que cette sonnerie est disposée
de façon qu'elle ne peut sonner que
lorsque l'éguille des minutes est arrivée
à 6c minuses et à 30 minutes de ce cadran,
en quelque position qu'il se trouve.
Pour que l'on ne soit pas obligé d'ou
vrir la porte de la Pendule , pour faire
tourner le jour du mois sur l'index , j'ai
imaginé une petite rouë dentée , qui engraine
en angles droits dans les dents
que j'ai faites autour de la circonference
du Cadran mobile . L'arbre de cette rouë
qui traverse de part en part le côté droit
de la Boëte , porte à son extrêmité un
Bouton gaudroné , qui lui est fixé, et qui
sort hors de la Boëte; par le moyen de ce
Bouton l'on fait tourner avec la main
à droit ou à gauche cette petite Rouë, et
par conséquent le Cadran mobile , pour
mettre le jour du mois sous la ligne de
foy de l'Index , sans qu'il faille ouvrir
la porte.
Ainsi ,outre qu'on évite la peine d'ouvrir
la porte de la Pendule , les Cadrans
conserveront bien plus long- temps leur
propreté.
SEPTEMBRE. 1733. 1933
Pour leur faire sonner le temps vrai
j'ai fait un Lévier , que le Cadran mobi-
Je emporte avec lui.Ce Lévier a un mouvement
perpendiculaire au Plan du Cadran.
L'extrémité de ce Lévier porte un Cera
cle dont le centre répond toujours au centre
du Cadran, et la circonférence à la détente
de la sonnerie , qui est en plan incliné
, en sorte que ce Lévier ne sçauroit
être levé sans glisser sous le plan incliné
de la détente , ce qui la fait lever.
La circonférence de ce Cercle porte un
Plan incliné, dont l'extêmité répond toujours
à 60 minutes du Cadran mobile ,
quelque mouvement qu'on donne à ce
Cadran.
La Rouë de minutes , au lieu de Chevilles,
porte deux Plans inclinez ; un pour
l'heure et l'autre pour la demie. L'extrêmité
de ces deux Plans est dans la direction
de l'éguille. Un de ces Plans rencontrant
le Plan incliné du Lévier , le fait
lever , et fait par conséquent lever la dé
tente de la sonnerie.
Comme l'extrêmité du Plan incliné du
Lévier , répond toujours à 60 minutes
du Cadran mobile , et que les Plans in
clinez de la Rouë de minutes sont dans
la direction de l'éguille ; le Plan incliné
B vj du
1934 MERCURE DE FRANCE
du levier ne peut se dégager de celui de
l'heure que quand l'éguille est arrivée à
60 minutes de ce Cadran , ni de celu
de la demie heure, que quand cette éguille
est arrivée à 30 minutes.
Si - tôt que ce Plan est dégagé de celui
de la Rouë de minutes , le Lévier et la
Détente retombent , et la Pendule sonne
le temps vrai
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Résumé : LETTRE de M. Pierre LE ROY, Horloger, de la Société des Arts, demeurant à Paris, au milieu de la Place Dauphine : Description d'une Pendule à Ressorts, marquant et sonnant le temps vrai.
Pierre Le Row, horloger à Paris, présente dans sa lettre une pendule à ressorts innovante capable de marquer et de sonner le temps vrai. Cette pendule, tout en étant aussi simple que les autres modèles à ressorts, intègre une roue supplémentaire pour indiquer le jour du mois. Pour améliorer la précision des pendules à ressorts, Le Row a mis au point une nouvelle méthode de fabrication des palettes de la verge du balancier, réduisant ainsi les frottements et augmentant la durabilité de l'échappement. Il a également trouvé un moyen de rendre l'action du grand ressort plus égale, ce qui améliore la justesse et réduit les risques de rupture. Le Row met en avant l'importance du temps vrai pour le public, soulignant que la plupart des utilisateurs de pendules à ressorts ignorent l'équation de l'horloge, ce qui les empêche d'obtenir le temps vrai. Les pendules à ressorts marquant le temps vrai évitent les erreurs courantes liées à la régulation des pendules sur le temps moyen. La pendule de Le Row est équipée de deux cadrans : un fixe pour les heures et les minutes du temps moyen, et un mobile pour le temps vrai. Le cadran mobile est ajusté quotidiennement pour compenser les variations de l'équation du temps. Un mécanisme permet de tourner le cadran mobile sans ouvrir la pendule, conservant ainsi la propreté des cadrans. Pour la sonnerie du temps vrai, un levier et un cercle incliné actionnent la détente de la sonnerie, assurant que la pendule sonne aux heures et demi-heures exactes du temps vrai.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 1141-1144
EXTRAIT du Mémoire lû par M. d'Onsenbray, à la rentrée de l'Académie, du 5 May dernier.
Début :
M. d'Onsenbray a lû un Memoire touchant la Description et les usages [...]
Mots clefs :
Académie royale des sciences, M. d'Ons-en-Bray, Vents, Machine, Vent, Heure, Pendule, Papier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du Mémoire lû par M. d'Onsenbray, à la rentrée de l'Académie, du 5 May dernier.
EXTRAIT du Mémoire lû par
M. d'Onsenbray , à la rentrée de l'Académie
, dus May dernier.
D'Onsenbray a lû un Memoire
M. touchant la Description et les usages
d'une Machine qui marque continuellement
sur le papier non seulement
les vents qu'il a fait , et à quelle heure
chacun a commencé et fini , mais aussi
leurs differentes vitesses ou forces relatives.
Après avoir exposé brièvement les
avantages qu'on retireroit de la connoissance
des impulsions du vent tant pour
la navigation que pour les Moulins ;
M. d'Onsenbray ajoute , que le plus sûr
moyen qui lui ait paru pour parvenir à
cette connoissance , étoit d'imaginer des
Machines propres à faire toutes les expériences
nécessaires sur les vents.
Entre cinq Machines differentes que
M.d'Onsenbray a imaginées et fait exécuter
pour déterminer les forces absoluës et
relatives des vents , et connoître toutes
- leurs varietez , il s'est contenté d'annoncer
les quatre premieres , se réservant
d'en donner les Descriptions dans les as-
. 1Vol. I E sem1142.
MERCURE DE FRANCE
semblez particulieres de l'Académie pour
ne décrire que la cinquiéme Machine
comme la plus complette , et à laquelle il
a donné le nom d'Anemometre à Pendule.
"
Entre plusieurs Auteurs qui ont travaillé
et écrit sur les vents , M. d'Onsenbray
parle de deux Anemometres décrits
par M. Wolf et par Georges Leutman
il ajoute que le Chancelier Bacon a fait
connoître dans son Histoire des vents les
avantages qu'on retireroit d'avoir des observations
et des expériences suivies sur
les varietez des vents et faires par diffe-
Lens observateurs dans differens pays ;
Enfin il cite à cette occasion plusieurs autres
Auteurs qui ont écrit sur les vents
et entre autres la dissertation du Pere
Sarrabat Jesuite , sur les causes et les variations
des vents , ouvrage qui a remporté
le prix de l'Académie de Bordeaux
en 1730.
,
L'Anemometre décrit par M. d'Onsenbray
est nommé à Pendule , étant composé
de deux parties principales qui sont
menées par la roue des heures d'une Pendule
placée entre les deux ; chaque partie
devide sur des bobines une bande de
papier.
M. d'Onsenbray distingue trois moteurs
pour
faire aller toute la Machine ; le pre-
1 Vol, mier
JUIN. 1734 1143
mier est la Pendule dont nous venons de
parler , le second est l'action du vent sur
une girouette dont le bas de la tige porte
un Čilindre qui a 32 pointes placez en
forme d'Helice pour les 32 rumbs ou airs
de vent. Ces pointes servent de crayon et
marquent par des traits sur le papier de
la partie à droite de la Pendule les vents
qui ont regné et leur durée. Le troisiéme
Moteur est l'action du vent sur les îles
d'un Moulin horisontal dont le nombre
des tours se trouve marqué par des points
de 400 en 400. tours sur le papier de la
partie à gauche de la Machine ; ainsi on
connoît sur cette partie les differentes viresses
ou forces relatives des vents par le
plus ou le moins de tours du Moulin
pendant chaque quart d'heure.
Enfin nous ajouterons seulement encore
car il n'est pas possible de faire sentir
tout leMechanisme de cette Machine sans
figure , ) que les papiers des deux parties
se trouvent divisez par des points de
quart d'heure en quart d'heure , pour
connoître l'heure des changements de
direction et de force du vent.
Ce qu'il y a de plus singulier à cet Anemometre
, c'est qu'on n'a pas besoin de
se tenir auprès pour observer , et qu'on
trouvera marqué sur les papiers tous les
I Vol.
E ij
chan
1144 MERCURE DE FRANCE
•
changements qui seront arrivez pendant
les 24 heures , soit de direction , soit de
vitesse du vent , l'heure de ces changements
et la durée de chaque vent ; on
verra, par exemple,à quelle heure un vent
a commencé à souffler son nom ou sa
direction , sa vitesse relative , combien il
aura continué , et combien se sera passé
de temps sans qu'il y ait eu de vent.
,
M. d'Onsenbray a tâché dans la construction
de son Anemometre de le rendre
tel , qu'il instruise de tout ce qu'on
peut avoir besoin et envie de sçavoir par
raport aux vents ; il se placera dans une
Chambre ou un Cabinet où il fera ornement,
sans qu'on soit obligé de le tenir à
l'air , en conduisant comme aux Cadrans
à vent ordinaires la tige de la Giroüete et
le cordon du Moulin le long du mur
le toît .
M. d'Onsenbray , à la rentrée de l'Académie
, dus May dernier.
D'Onsenbray a lû un Memoire
M. touchant la Description et les usages
d'une Machine qui marque continuellement
sur le papier non seulement
les vents qu'il a fait , et à quelle heure
chacun a commencé et fini , mais aussi
leurs differentes vitesses ou forces relatives.
Après avoir exposé brièvement les
avantages qu'on retireroit de la connoissance
des impulsions du vent tant pour
la navigation que pour les Moulins ;
M. d'Onsenbray ajoute , que le plus sûr
moyen qui lui ait paru pour parvenir à
cette connoissance , étoit d'imaginer des
Machines propres à faire toutes les expériences
nécessaires sur les vents.
Entre cinq Machines differentes que
M.d'Onsenbray a imaginées et fait exécuter
pour déterminer les forces absoluës et
relatives des vents , et connoître toutes
- leurs varietez , il s'est contenté d'annoncer
les quatre premieres , se réservant
d'en donner les Descriptions dans les as-
. 1Vol. I E sem1142.
MERCURE DE FRANCE
semblez particulieres de l'Académie pour
ne décrire que la cinquiéme Machine
comme la plus complette , et à laquelle il
a donné le nom d'Anemometre à Pendule.
"
Entre plusieurs Auteurs qui ont travaillé
et écrit sur les vents , M. d'Onsenbray
parle de deux Anemometres décrits
par M. Wolf et par Georges Leutman
il ajoute que le Chancelier Bacon a fait
connoître dans son Histoire des vents les
avantages qu'on retireroit d'avoir des observations
et des expériences suivies sur
les varietez des vents et faires par diffe-
Lens observateurs dans differens pays ;
Enfin il cite à cette occasion plusieurs autres
Auteurs qui ont écrit sur les vents
et entre autres la dissertation du Pere
Sarrabat Jesuite , sur les causes et les variations
des vents , ouvrage qui a remporté
le prix de l'Académie de Bordeaux
en 1730.
,
L'Anemometre décrit par M. d'Onsenbray
est nommé à Pendule , étant composé
de deux parties principales qui sont
menées par la roue des heures d'une Pendule
placée entre les deux ; chaque partie
devide sur des bobines une bande de
papier.
M. d'Onsenbray distingue trois moteurs
pour
faire aller toute la Machine ; le pre-
1 Vol, mier
JUIN. 1734 1143
mier est la Pendule dont nous venons de
parler , le second est l'action du vent sur
une girouette dont le bas de la tige porte
un Čilindre qui a 32 pointes placez en
forme d'Helice pour les 32 rumbs ou airs
de vent. Ces pointes servent de crayon et
marquent par des traits sur le papier de
la partie à droite de la Pendule les vents
qui ont regné et leur durée. Le troisiéme
Moteur est l'action du vent sur les îles
d'un Moulin horisontal dont le nombre
des tours se trouve marqué par des points
de 400 en 400. tours sur le papier de la
partie à gauche de la Machine ; ainsi on
connoît sur cette partie les differentes viresses
ou forces relatives des vents par le
plus ou le moins de tours du Moulin
pendant chaque quart d'heure.
Enfin nous ajouterons seulement encore
car il n'est pas possible de faire sentir
tout leMechanisme de cette Machine sans
figure , ) que les papiers des deux parties
se trouvent divisez par des points de
quart d'heure en quart d'heure , pour
connoître l'heure des changements de
direction et de force du vent.
Ce qu'il y a de plus singulier à cet Anemometre
, c'est qu'on n'a pas besoin de
se tenir auprès pour observer , et qu'on
trouvera marqué sur les papiers tous les
I Vol.
E ij
chan
1144 MERCURE DE FRANCE
•
changements qui seront arrivez pendant
les 24 heures , soit de direction , soit de
vitesse du vent , l'heure de ces changements
et la durée de chaque vent ; on
verra, par exemple,à quelle heure un vent
a commencé à souffler son nom ou sa
direction , sa vitesse relative , combien il
aura continué , et combien se sera passé
de temps sans qu'il y ait eu de vent.
,
M. d'Onsenbray a tâché dans la construction
de son Anemometre de le rendre
tel , qu'il instruise de tout ce qu'on
peut avoir besoin et envie de sçavoir par
raport aux vents ; il se placera dans une
Chambre ou un Cabinet où il fera ornement,
sans qu'on soit obligé de le tenir à
l'air , en conduisant comme aux Cadrans
à vent ordinaires la tige de la Giroüete et
le cordon du Moulin le long du mur
le toît .
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Résumé : EXTRAIT du Mémoire lû par M. d'Onsenbray, à la rentrée de l'Académie, du 5 May dernier.
M. d'Onsenbray a soumis un mémoire à l'Académie détaillant une invention appelée 'Anémomètre à Pendule', conçue pour enregistrer les vents, leurs directions, leurs durées et leurs forces relatives. Cet appareil se compose de deux parties principales, toutes deux actionnées par une pendule. La première partie utilise une girouette équipée d'un cylindre à 32 pointes pour enregistrer les directions des vents. La seconde partie mesure les forces des vents grâce à un moulin horizontal. Les données sont marquées sur des bandes de papier divisées en quarts d'heure, permettant ainsi de suivre les variations de direction et de force des vents sans nécessiter une observation continue. M. d'Onsenbray cite plusieurs auteurs ayant travaillé sur les vents, tels que M. Wolf, Georges Leutman et le Chancelier Bacon. L'Anémomètre peut être installé dans une chambre ou un cabinet, avec les éléments sensibles exposés à l'extérieur pour capter les vents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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