Résultats : 5002 texte(s)
Accéder à la liste des types de textes ou des types de paratextes.
Détail
Liste
3401
p. 124
« OBSERVATIONS sur l'Histoire Naturelle, sur la Physique & sur la Peinture [...] »
Début :
OBSERVATIONS sur l'Histoire Naturelle, sur la Physique & sur la Peinture [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « OBSERVATIONS sur l'Histoire Naturelle, sur la Physique & sur la Peinture [...] »
OBSERVATIONS sur l'Histoire Naturelle,
sur la Physique & sur la Peinture
avec des planches imprimées en couleur.
Tome premier, II. Partie. A Paris, chez
Drlaguetie, rue S. Jacques à l'Olivier.
M. Gautier, si célebre par ses planches
Anatomiques en couleur, a cru avoir des
expériences propres à renverser le sistême
de Newton sur les couleurs, & il les a pu-
bliées. Après cet ouvrage, il a entrepris
celui que nous annonçons & qui doit for-
mer quatre-vingr volumes & peut-être da-
vantage. On trouvera dans les deux pre-
miers, outre de nouvelles objections con-
tre le Philosophe Anglois, quelques ob-
servations très-intéressantes. Nous avons
été plus frappés de celles qui roulent sur
les hermaphrodites, & sur les animaux
qui engendrent sans femelles.
sur la Physique & sur la Peinture
avec des planches imprimées en couleur.
Tome premier, II. Partie. A Paris, chez
Drlaguetie, rue S. Jacques à l'Olivier.
M. Gautier, si célebre par ses planches
Anatomiques en couleur, a cru avoir des
expériences propres à renverser le sistême
de Newton sur les couleurs, & il les a pu-
bliées. Après cet ouvrage, il a entrepris
celui que nous annonçons & qui doit for-
mer quatre-vingr volumes & peut-être da-
vantage. On trouvera dans les deux pre-
miers, outre de nouvelles objections con-
tre le Philosophe Anglois, quelques ob-
servations très-intéressantes. Nous avons
été plus frappés de celles qui roulent sur
les hermaphrodites, & sur les animaux
qui engendrent sans femelles.
Fermer
Résumé : « OBSERVATIONS sur l'Histoire Naturelle, sur la Physique & sur la Peinture [...] »
L'œuvre 'Observations sur l'Histoire Naturelle, sur la Physique & sur la Peinture' de M. Gautier, éditée à Paris chez Drlaguetie, inclut des expériences contestant le système de Newton sur les couleurs. Gautier prévoit une série de quatre-vingts volumes. Les deux premiers volumes présentent des objections contre Newton et des observations sur les hermaphrodites et les animaux se reproduisant sans femelles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3402
p. 124-125
« EXTRAIT de la premiere partie de l'art de la Guerre, de M. le Maréchal de Puysegur, [...] »
Début :
EXTRAIT de la premiere partie de l'art de la Guerre, de M. le Maréchal de Puysegur, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « EXTRAIT de la premiere partie de l'art de la Guerre, de M. le Maréchal de Puysegur, [...] »
EXTRAIT de la premiere partie de l'art
de la Guerre, de M. le Maréchal de Puysegur,
avec des Observations & des Ré-
flexions traitées en abregé. Par M. le Ba-
ron de Traverse, Chevalier de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis, Capitaine
au Regiment des Gardes Suisses, & Briga-
dier des Armées du Roi. A Paris, chez
MAI. 1752. 125
Jomber:, rue Dauphine, & Hochereau l'ai-
né, quai de Conti.
de la Guerre, de M. le Maréchal de Puysegur,
avec des Observations & des Ré-
flexions traitées en abregé. Par M. le Ba-
ron de Traverse, Chevalier de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis, Capitaine
au Regiment des Gardes Suisses, & Briga-
dier des Armées du Roi. A Paris, chez
MAI. 1752. 125
Jomber:, rue Dauphine, & Hochereau l'ai-
né, quai de Conti.
Fermer
3403
p. 125
« Tout le monde se souvient encore des observations sur l'Esprit des Loix, Par M. [...] »
Début :
Tout le monde se souvient encore des observations sur l'Esprit des Loix, Par M. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Tout le monde se souvient encore des observations sur l'Esprit des Loix, Par M. [...] »
Tout le monde se souvient encore des
observations sur l'Esprit des Loix, Par M.
l'Abbé de la Porte; elles rouloient sur la
Religion, la Motale, la Politique, la Ju-
risprudence & le commerce. Nous venons
de recevoir de Province une réponse à ces
observations. Elle est sans nom de Ville &
d'Imprimeur. L'Auteur qu on nous assure
être un jeune Négociant a bien de la net-
teté, beaucoup de sagacité & une très-
bonne Métaphysique. Nous croyons que
le sublime & profond Auteur de l'Esprit
des Loix ne désavouera pas, un Apologiste
aussi éclairé & aussi sage.
observations sur l'Esprit des Loix, Par M.
l'Abbé de la Porte; elles rouloient sur la
Religion, la Motale, la Politique, la Ju-
risprudence & le commerce. Nous venons
de recevoir de Province une réponse à ces
observations. Elle est sans nom de Ville &
d'Imprimeur. L'Auteur qu on nous assure
être un jeune Négociant a bien de la net-
teté, beaucoup de sagacité & une très-
bonne Métaphysique. Nous croyons que
le sublime & profond Auteur de l'Esprit
des Loix ne désavouera pas, un Apologiste
aussi éclairé & aussi sage.
Fermer
Résumé : « Tout le monde se souvient encore des observations sur l'Esprit des Loix, Par M. [...] »
L'Abbé de la Porte critique 'L'Esprit des Lois'. Une réponse anonyme, attribuée à un jeune négociant, est saluée pour sa clarté et sa sagesse. L'auteur de 'L'Esprit des Lois' pourrait approuver ce défenseur éclairé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3404
p. 125-127
« LETTRES sur la Mineralogie & la Métallurgie pratiques, traduites de Langlois [sic] [...] »
Début :
LETTRES sur la Mineralogie & la Métallurgie pratiques, traduites de Langlois [sic] [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRES sur la Mineralogie & la Métallurgie pratiques, traduites de Langlois [sic] [...] »
LETTRES sur la Mineralogie & la Métallurgie
pratiques, traduites de Langlois [sic]
de M. Diederick-Wessel-Linden. A Paris,
chez Durand, & Pissot, 1752. 1 vol. in-11.
La premiere Lettre roule sur les con-
noissances préliminaires que doivent ac-
querir ceux qui se destinent à la conduite
& à la fouille des mines, telles entr'autres
que celles qui résultent de l'examen com-
paré de toutes les matières minerales quol-
les qu'elles soient, & des essais docimasti-
ques. La Geographie souterraine n est pas
Fiij
126 MERCUREDEFRAMCE.
moins nécessaire: c'est, pour ains. parles,
l'Anatomie de la terre qui fait découvrur
les veines, les rameaux & les lits métalli-
ques. L'Auteur passe de là à l'usage de la
baguette, non de celle dont la puissance &
les vertus sont si décriées, mais à l'usage
d'une autre baguette dont la composition
minerale & végétale tout ensemble indi-
quera les métaux: cette composition doit
etre appelléo, aimani métallique, & pent
servir à indiquer tel ou tel métal parti-
culier.
La seconde Lettre donne des préceptes
excellens, sur la conduite du feu, de l'air,
& de leur agens utiles ou dangereux, fui-
vant l'habileté de la main qui les régit. On.
y trouve ensuito des observations interes-
santes sur la réduction des métaux en
chaux, & la réduction de leur chaux en
métal. La théorie de l'Architecture des
fourneaux, la docimacie, la précipitation,
le départ & un nombre d'autres opérations
sur les matières dont on tire les métaux,
& sur les métaux eux mêmes sont expli-
quées coincidemment dans les principes
de Hahl de Kunkel & d'autres Chymistes
distingués; dont il paroît que l'Auteur a
fait une étude approfondie.
La troisiéme Lettre roule sur la maniere
de réduire en fistême raifonné la Minera-
MAI.
127
1752.
logie & la Métallurgie, & sur les difficul-
tés qui s'y opposent.
On trouve dans la quatrième un détail
d'expériences sur la découverte du moyen
que l'Auteur propose pour préserver les
vaisseaux des vers qui les rongent. Les in-
sectes transplantés des Mers de l'nde dans
nos climats y causent des ravages si affreux
qu on ne doit rien négliger pour les ex-
terminer. Les Hollandois y sont plus in-
terressés que toutes les autres nations;
mais toutes les puissances maritimes y ont
un très grand intérêt.
L'ouvrage dont nous venons de don-
ner une idée, est bien fait, sans verbiage,
& sans écarts. Le traducteur l'a rendu d'un
stile facile & avec l'élégance que compor-
tent les matieres de Physique. Il nest
point de François un peu instruit qui ne
scache à quel point nous avons besoin des
lumieres des etrangers en fait de Minera-
logie & de Métallurgie, & qui ne doive
recevoir avec reconnoissance le present
que nous annonçons.
pratiques, traduites de Langlois [sic]
de M. Diederick-Wessel-Linden. A Paris,
chez Durand, & Pissot, 1752. 1 vol. in-11.
La premiere Lettre roule sur les con-
noissances préliminaires que doivent ac-
querir ceux qui se destinent à la conduite
& à la fouille des mines, telles entr'autres
que celles qui résultent de l'examen com-
paré de toutes les matières minerales quol-
les qu'elles soient, & des essais docimasti-
ques. La Geographie souterraine n est pas
Fiij
126 MERCUREDEFRAMCE.
moins nécessaire: c'est, pour ains. parles,
l'Anatomie de la terre qui fait découvrur
les veines, les rameaux & les lits métalli-
ques. L'Auteur passe de là à l'usage de la
baguette, non de celle dont la puissance &
les vertus sont si décriées, mais à l'usage
d'une autre baguette dont la composition
minerale & végétale tout ensemble indi-
quera les métaux: cette composition doit
etre appelléo, aimani métallique, & pent
servir à indiquer tel ou tel métal parti-
culier.
La seconde Lettre donne des préceptes
excellens, sur la conduite du feu, de l'air,
& de leur agens utiles ou dangereux, fui-
vant l'habileté de la main qui les régit. On.
y trouve ensuito des observations interes-
santes sur la réduction des métaux en
chaux, & la réduction de leur chaux en
métal. La théorie de l'Architecture des
fourneaux, la docimacie, la précipitation,
le départ & un nombre d'autres opérations
sur les matières dont on tire les métaux,
& sur les métaux eux mêmes sont expli-
quées coincidemment dans les principes
de Hahl de Kunkel & d'autres Chymistes
distingués; dont il paroît que l'Auteur a
fait une étude approfondie.
La troisiéme Lettre roule sur la maniere
de réduire en fistême raifonné la Minera-
MAI.
127
1752.
logie & la Métallurgie, & sur les difficul-
tés qui s'y opposent.
On trouve dans la quatrième un détail
d'expériences sur la découverte du moyen
que l'Auteur propose pour préserver les
vaisseaux des vers qui les rongent. Les in-
sectes transplantés des Mers de l'nde dans
nos climats y causent des ravages si affreux
qu on ne doit rien négliger pour les ex-
terminer. Les Hollandois y sont plus in-
terressés que toutes les autres nations;
mais toutes les puissances maritimes y ont
un très grand intérêt.
L'ouvrage dont nous venons de don-
ner une idée, est bien fait, sans verbiage,
& sans écarts. Le traducteur l'a rendu d'un
stile facile & avec l'élégance que compor-
tent les matieres de Physique. Il nest
point de François un peu instruit qui ne
scache à quel point nous avons besoin des
lumieres des etrangers en fait de Minera-
logie & de Métallurgie, & qui ne doive
recevoir avec reconnoissance le present
que nous annonçons.
Fermer
Résumé : « LETTRES sur la Mineralogie & la Métallurgie pratiques, traduites de Langlois [sic] [...] »
L'ouvrage 'Lettres sur la Minéralogie & la Métallurgie pratiques' a été traduit par Diederick-Wessel-Linden et publié à Paris en 1752. La première lettre explore les compétences requises pour l'exploitation des mines, y compris l'analyse des matières minérales et les essais docimastiques. Elle compare la géographie souterraine à l'anatomie de la terre et mentionne l'utilisation d'une baguette pour détecter les métaux. La deuxième lettre fournit des directives sur la gestion du feu et de l'air dans les processus métallurgiques, ainsi que des observations sur la réduction des métaux en chaux et vice versa, en s'appuyant sur les travaux de chimistes comme Hahl et Kunkel. La troisième lettre aborde la structuration rationnelle de la minéralogie et de la métallurgie, ainsi que les défis associés. La quatrième lettre décrit des expériences pour protéger les vaisseaux des vers marins, un problème crucial pour les puissances maritimes. L'ouvrage est loué pour sa clarté et son style élégant, visant à informer les lecteurs français sur des sujets de minéralogie et de métallurgie où les connaissances étrangères sont précieuses.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3405
p. 127-129
« MOURAT & Turquia, Histoire Afriquaine par Mademoiselle de L***. à [...] »
Début :
MOURAT & Turquia, Histoire Afriquaine par Mademoiselle de L***. à [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « MOURAT & Turquia, Histoire Afriquaine par Mademoiselle de L***. à [...] »
MOURAT & Turquia, Histoire Afriquaine
par Mademoiselle de L***. à
Londres chez Clement, & se trouve à Paris
chez Duchesne, rue S. Jacques.
Ce sont quatre ou cinqe nouvelles, dé-
F 1ij
128 MERCURE DE FRANCE.
centes, assez bien imaginées, sagement
écrites. L'Histoire de Sophie nous a paru
la plus intéressante. Nous allons transcrire
l'Epitre dédicatoire.
A la plus belle.
Allez, mon livre, allez dans les plus belles mains,
Celle à qui je vous offre est aisée à connoître;
Chez elle, à chaque instant, on voit les Graces
naître,
Et s'il vous faut des signes plus certains,
Elle a l'air séduisant & tendre
Une taille de Nimphe, un souris enchanteur.
Un regard.. quel regard! il porte droit au cœur
Allez, vous ne sçauriez à présent vous méprendre-
Si jadis, dans l'antiquité
Le nom flatteur de la plus belle
Divisa la troupe immortelle:
Ici, le prix de la beauté
Ne pourroit être disputé.
Que votre empressement à mon zèle réponde
Partez, prenez un noble essor. . . ..
Vous allez donc fixer les plus beaux yeux du
monde
Que de Mortels enviroient votre sort!
Mais briguez, s'il se peut, un plus raré avantage,
De son goût délicat demandez le suffrage:
Plus par des sentimens que par des tours heureux,
MAI.
1752.
129
Peignez-lui les douleurs d'un cour tendre & sin-
cere:
Ah! Si vous obtenez le bonheur de lui plaire,
Ce succès comblera votre gloire & mes voeux.
par Mademoiselle de L***. à
Londres chez Clement, & se trouve à Paris
chez Duchesne, rue S. Jacques.
Ce sont quatre ou cinqe nouvelles, dé-
F 1ij
128 MERCURE DE FRANCE.
centes, assez bien imaginées, sagement
écrites. L'Histoire de Sophie nous a paru
la plus intéressante. Nous allons transcrire
l'Epitre dédicatoire.
A la plus belle.
Allez, mon livre, allez dans les plus belles mains,
Celle à qui je vous offre est aisée à connoître;
Chez elle, à chaque instant, on voit les Graces
naître,
Et s'il vous faut des signes plus certains,
Elle a l'air séduisant & tendre
Une taille de Nimphe, un souris enchanteur.
Un regard.. quel regard! il porte droit au cœur
Allez, vous ne sçauriez à présent vous méprendre-
Si jadis, dans l'antiquité
Le nom flatteur de la plus belle
Divisa la troupe immortelle:
Ici, le prix de la beauté
Ne pourroit être disputé.
Que votre empressement à mon zèle réponde
Partez, prenez un noble essor. . . ..
Vous allez donc fixer les plus beaux yeux du
monde
Que de Mortels enviroient votre sort!
Mais briguez, s'il se peut, un plus raré avantage,
De son goût délicat demandez le suffrage:
Plus par des sentimens que par des tours heureux,
MAI.
1752.
129
Peignez-lui les douleurs d'un cour tendre & sin-
cere:
Ah! Si vous obtenez le bonheur de lui plaire,
Ce succès comblera votre gloire & mes voeux.
Fermer
Résumé : « MOURAT & Turquia, Histoire Afriquaine par Mademoiselle de L***. à [...] »
Le texte présente l'œuvre 'Mourat & Turquie, Histoire Afriquaine' rédigée par Mademoiselle de L***. Cet ouvrage est disponible à Londres chez Clement et à Paris chez Duchesne, rue Saint-Jacques. Il comprend quatre ou cinq nouvelles, bien imaginées et sagement écrites. L'histoire de Sophie est particulièrement soulignée comme étant la plus intéressante. Le livre inclut également une épître dédicatoire adressée à une femme décrite comme la plus belle. Cette épître met en avant les charmes et les qualités de la dédicataire, soulignant sa beauté, son air séduisant et tendre, ainsi que son regard captivant. L'auteur exprime le souhait que son livre soit apprécié par cette femme, espérant que ses sentiments sincères trouveront grâce à ses yeux. L'épître est datée de mai 1752.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3406
p. 129
« LETTRE d'un Curé de Paris à un de ses amis sur la suppression des bancs dans les [...] »
Début :
LETTRE d'un Curé de Paris à un de ses amis sur la suppression des bancs dans les [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRE d'un Curé de Paris à un de ses amis sur la suppression des bancs dans les [...] »
LETTRE d'un Curé de Paris à un de ses
amis sur la suppression des bancs dans les
Eglises Paroissiales. A Paris chez Desprez,
& Cavelier, 1752. Brochure in-4 de 12-
pages.
L'Auteur de cette Leitre, dit pour la
conservation des bancs dans les Paroistes,
des choses qui nous ont paru très-fensées;
ce qu'il ajoute contre le trasic qu'on fait
des chaises dans les Eglises nous paroît si-
évident que nous ne doutons pas que le
Magistrat ne réprime un jout un abus qui
devient tous les jours plus criant. Un des
plus célèbres Prédicateurs de Paris n'a ja-
mais voulû permettre qu'on abusât de sa-
réputation pour encherir les places dans les
lieux où il prêchoit: il est honteux pour le
fiecle, qu on soit réduit à remarques certe-
pratique. comme une singularité.
amis sur la suppression des bancs dans les
Eglises Paroissiales. A Paris chez Desprez,
& Cavelier, 1752. Brochure in-4 de 12-
pages.
L'Auteur de cette Leitre, dit pour la
conservation des bancs dans les Paroistes,
des choses qui nous ont paru très-fensées;
ce qu'il ajoute contre le trasic qu'on fait
des chaises dans les Eglises nous paroît si-
évident que nous ne doutons pas que le
Magistrat ne réprime un jout un abus qui
devient tous les jours plus criant. Un des
plus célèbres Prédicateurs de Paris n'a ja-
mais voulû permettre qu'on abusât de sa-
réputation pour encherir les places dans les
lieux où il prêchoit: il est honteux pour le
fiecle, qu on soit réduit à remarques certe-
pratique. comme une singularité.
Fermer
Résumé : « LETTRE d'un Curé de Paris à un de ses amis sur la suppression des bancs dans les [...] »
En 1752, un curé parisien publie une brochure défendant les bancs dans les églises paroissiales. Il critique la vente abusive de chaises et loue un prédicateur ayant refusé que sa réputation augmente les prix des places. Il déplore que cette attitude soit exceptionnelle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3407
p. 129-131
« MEMOIRE sur les Manuscrits de M. Ducange. in 4o. 30 pages. [...] »
Début :
MEMOIRE sur les Manuscrits de M. Ducange. in 4o. 30 pages. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « MEMOIRE sur les Manuscrits de M. Ducange. in 4o. 30 pages. [...] »
MEMOIRE sur les Manuscrits de M. Ducange.
in 4o. 30 pages.
M. Ducange a été regarde jusqu'ici par
toute l'Eutopo comme un Historien cou-
F.
130 MERCURE DE FRANCE.
ronné, un Geographe exact, un Juriscon-
sulte profond, un Généalogiste éclairé,
un critique sage, un antiquaire scavant &
pleinement versé dans la connoisiance des
Médailles & des Inscriptions. Il scavoi:
presque toures les langues; il possedoit à
fond les Belles-Lertres, & il avoit puisé
dans un nombre infini de Manuscrits &
de piéces originales des connoissances sur
les moeurs & sur les usages des siecles les
plus obscurs. Les doctes préfaces de ses
Glossaires paro issoient une preuve de son-
génie Philosophique, & ce qu'on pouvoit
lire en leur genre de plus beau pour le
fond & pour le stile.
Lorsqu on portoit un jugement si favora-
ble du sçavoir de M. Ducange, on ne con-
noissoit peut-être que la moindre partie de
ses travaux. M. d'Aubigni, son neveu, à
force de dépenses, de soins & d'applica-
tion, est parvenu à rassembler les Manus-
crits épars de cet homme illustre & à les
mettre en ordre. Les titres seuls de ces
Manuscrits remplissent le Mémoire que
nous annonçons. S'ils n'étoient pas écrits
de la main même de l'Auteur, on ne pour-
roit pas se persuader qu'ils fussent de lui,
quoiqu'il y regne une érudition variée &
choisie qui ne pourroit pas être aisément.
d'un autit.
MAI. 1732.
131
Ces trésors sont heureusement tombés
dans des mains capables d'en rendre un bon
compte au public. C'est une nouvelle que
nous annonçons avec plaifir aux sçavans
de toutes les nations, aux François sur-
tout qui y ont un intérent particulier: pres-
que tous les Manuscrits de M. Ducange
ont pour objet l'Histoire de France.
in 4o. 30 pages.
M. Ducange a été regarde jusqu'ici par
toute l'Eutopo comme un Historien cou-
F.
130 MERCURE DE FRANCE.
ronné, un Geographe exact, un Juriscon-
sulte profond, un Généalogiste éclairé,
un critique sage, un antiquaire scavant &
pleinement versé dans la connoisiance des
Médailles & des Inscriptions. Il scavoi:
presque toures les langues; il possedoit à
fond les Belles-Lertres, & il avoit puisé
dans un nombre infini de Manuscrits &
de piéces originales des connoissances sur
les moeurs & sur les usages des siecles les
plus obscurs. Les doctes préfaces de ses
Glossaires paro issoient une preuve de son-
génie Philosophique, & ce qu'on pouvoit
lire en leur genre de plus beau pour le
fond & pour le stile.
Lorsqu on portoit un jugement si favora-
ble du sçavoir de M. Ducange, on ne con-
noissoit peut-être que la moindre partie de
ses travaux. M. d'Aubigni, son neveu, à
force de dépenses, de soins & d'applica-
tion, est parvenu à rassembler les Manus-
crits épars de cet homme illustre & à les
mettre en ordre. Les titres seuls de ces
Manuscrits remplissent le Mémoire que
nous annonçons. S'ils n'étoient pas écrits
de la main même de l'Auteur, on ne pour-
roit pas se persuader qu'ils fussent de lui,
quoiqu'il y regne une érudition variée &
choisie qui ne pourroit pas être aisément.
d'un autit.
MAI. 1732.
131
Ces trésors sont heureusement tombés
dans des mains capables d'en rendre un bon
compte au public. C'est une nouvelle que
nous annonçons avec plaifir aux sçavans
de toutes les nations, aux François sur-
tout qui y ont un intérent particulier: pres-
que tous les Manuscrits de M. Ducange
ont pour objet l'Histoire de France.
Fermer
Résumé : « MEMOIRE sur les Manuscrits de M. Ducange. in 4o. 30 pages. [...] »
Le mémoire sur les manuscrits de M. Ducange, publié en format in-4° et comptant 30 pages, met en lumière ses multiples compétences : historien, géographe, juriste, généalogiste, critique et antiquaire. Ducange maîtrisait plusieurs langues, possédait une vaste culture littéraire et des connaissances approfondies sur les mœurs et usages des siècles obscurs grâce à l'étude de nombreux manuscrits originaux. Ses préfaces de glossaires étaient reconnues pour leur profondeur philosophique et leur excellence stylistique. Jusqu'alors, seuls certains aspects de ses travaux étaient connus. Son neveu, M. d'Aubigny, a rassemblé et organisé ses manuscrits dispersés, révélant ainsi une érudition variée et choisie. Le mémoire liste les titres de ces manuscrits, principalement axés sur l'histoire de France, suscitant un grand intérêt parmi les savants de toutes les nations, notamment les Français.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3408
p. 131
« On écrit de Berlin qu'on y imprime environ trois cens lettres de Madame de Maintenon. [...] »
Début :
On écrit de Berlin qu'on y imprime environ trois cens lettres de Madame de Maintenon. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On écrit de Berlin qu'on y imprime environ trois cens lettres de Madame de Maintenon. [...] »
On écrit de Berlin qu'on y imprime environ
trois cens lettres de Madame de Maintenon.
Ce recueil sera surement curicux
par la matiere & par la forme. Il y a appa-
rence que l'Editeur constatera l'autenticité
de son Manuscrit, & qu'il ne laissera sur
un point aussi important aucun nuage.
trois cens lettres de Madame de Maintenon.
Ce recueil sera surement curicux
par la matiere & par la forme. Il y a appa-
rence que l'Editeur constatera l'autenticité
de son Manuscrit, & qu'il ne laissera sur
un point aussi important aucun nuage.
Fermer
3409
p. 131
« ABAILARD & ELOISE, Pièce dramatique en vers libres & en cinq actes. Par M. [...] »
Début :
ABAILARD & ELOISE, Pièce dramatique en vers libres & en cinq actes. Par M. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ABAILARD & ELOISE, Pièce dramatique en vers libres & en cinq actes. Par M. [...] »
ABAILARD & ELOISE, Pièce dramatique
en vers libres & en cinq actes. Par M.
Guis. A Londres, & se trouve à Paris 1752.
en vers libres & en cinq actes. Par M.
Guis. A Londres, & se trouve à Paris 1752.
Fermer
3410
p. 131-132
« DISCOURS sur les avantages des Sciences & des Arts, prononcé dans l'assemblée [...] »
Début :
DISCOURS sur les avantages des Sciences & des Arts, prononcé dans l'assemblée [...]
Mots clefs :
Sciences, Lyon, Genève, Jean-Jacques Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DISCOURS sur les avantages des Sciences & des Arts, prononcé dans l'assemblée [...] »
DISCOURS fur les avantages des Sciences
& des Arts , prononcé dans l'affemblée
publique de l'Académie des Sciences &
Belles Lettres de Lyon, le 22 Juin 1751 , -
avec la réponse de Jean J. Rouleau , citoyen
de Geneve . A Geneve chez Barillot
82 fils ,- 1732 , in 8 °. 130. pag. -
་་ ་
Le difcours Iu à Lyon a paru pour
premiere fois dans le Mercure il y a plu
ไม่
F: vi
ijź MERCURE DEFRANCE.
fieurs mois , & nous avons dit fans flatterie
l'impreffion qu'il avoit faite dans le
public. La réponſe de M. Rouffeau nous
paroît fupérieure à tout ce qu'il a écrit fur
l'importante queftion qui l'occupe depuis
long-tems : fes expreffions font , à ce que
nous croyons , plus énergiques , fes images
plus vives , fes raifonnemens plus preffans,
Les principes plus dévelopés . Le tableau
qu'il trace de nos meurs eft affreux ; s'il
n'eft pas reffemblant , l'accufation eft on
ne peut pas plus odieuſe ; mais s'il l'eft nous
fommes bien corrompus. Le caractere de
M. Rouffeau donne malheureuſement du
poids à la fatyre : c'eſt un homme vrai &
éclairé.
& des Arts , prononcé dans l'affemblée
publique de l'Académie des Sciences &
Belles Lettres de Lyon, le 22 Juin 1751 , -
avec la réponse de Jean J. Rouleau , citoyen
de Geneve . A Geneve chez Barillot
82 fils ,- 1732 , in 8 °. 130. pag. -
་་ ་
Le difcours Iu à Lyon a paru pour
premiere fois dans le Mercure il y a plu
ไม่
F: vi
ijź MERCURE DEFRANCE.
fieurs mois , & nous avons dit fans flatterie
l'impreffion qu'il avoit faite dans le
public. La réponſe de M. Rouffeau nous
paroît fupérieure à tout ce qu'il a écrit fur
l'importante queftion qui l'occupe depuis
long-tems : fes expreffions font , à ce que
nous croyons , plus énergiques , fes images
plus vives , fes raifonnemens plus preffans,
Les principes plus dévelopés . Le tableau
qu'il trace de nos meurs eft affreux ; s'il
n'eft pas reffemblant , l'accufation eft on
ne peut pas plus odieuſe ; mais s'il l'eft nous
fommes bien corrompus. Le caractere de
M. Rouffeau donne malheureuſement du
poids à la fatyre : c'eſt un homme vrai &
éclairé.
Fermer
Résumé : « DISCOURS sur les avantages des Sciences & des Arts, prononcé dans l'assemblée [...] »
Le discours sur les avantages des Sciences et des Arts, prononcé par Jean-Jacques Rousseau à l'Académie des Sciences et Belles Lettres de Lyon le 22 juin 1751, avait été publié précédemment dans le Mercure de France et avait reçu un accueil favorable. Rousseau, citoyen de Genève, y explore une question importante qu'il étudie depuis longtemps. Sa réponse est saluée pour ses expressions énergiques, ses images vives, ses raisonnements persuasifs et ses principes bien développés. Dans ce texte, Rousseau décrit les mœurs contemporaines de manière critique, les qualifiant d'affreuses. Si son tableau ne reflète pas la réalité, l'accusation reste grave ; sinon, cela indique une corruption profonde de la société. Le caractère authentique et éclairé de Rousseau renforce la crédibilité de sa satire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3411
p. 132
« DISSERTATION sur l'origine de la maladie vénérienne, pour prouver que le [...] »
Début :
DISSERTATION sur l'origine de la maladie vénérienne, pour prouver que le [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DISSERTATION sur l'origine de la maladie vénérienne, pour prouver que le [...] »
DISSERTATION sur l'origine de la maladie
vénérienne, pour prouver que le
mal n est pas venu d'Amérique, mais qu'il
a commencé en Europe par une Epidemie.
A Paris, chez Durand & Pissat. fils 17521
in 12. 110. pag.
vénérienne, pour prouver que le
mal n est pas venu d'Amérique, mais qu'il
a commencé en Europe par une Epidemie.
A Paris, chez Durand & Pissat. fils 17521
in 12. 110. pag.
Fermer
3412
p. 132-133
« LETTRES de Ninon de Lenclos au Marquis de Sevigné, augmentées de sa vie [...] »
Début :
LETTRES de Ninon de Lenclos au Marquis de Sevigné, augmentées de sa vie [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRES de Ninon de Lenclos au Marquis de Sevigné, augmentées de sa vie [...] »
LETTRES de Ninon de Lenclos au Marquis
de Sevigné, augmentées de sa vie
& de 43. lettres. AAAmsterdam, chez Fran-
cois Joli- 1752, deux volumes in 16.
La nouvelle Edition des Lettres de Mlle-
da Lenelos commence par un avertiste-
MAI.
1752.
13.3
ment fort sage & fort modeste: l'Auteur
avoue qu'il a mérité quelques-uns des re-
proches qu'on lui a faits, il ne les mérite
plus, & il se justisie très-bien sur les autres.
La Préface est suivie d'une vie de Mlle de
Lenclos: on ne dit pas tout ce qu'on scait
de cette femme illustre; mais on y dit tout
ce qui mérite d'être dit, où il doit être dit,
& comme il doit être dit. Plusieurs des Let-
tres qui se trouvent dans les premieres Edi-
tions, ont été racourcies, allongées, sup-
primées, transposéès. Les nouvelles lettres.
sont la 8. 20. 32. 35. 41. 44. 45. 48. 49.
59. 60. 61. 62. 65. 66. & depuis la 74 jus-
qu'à la derniere. Ceux qui voudroient ju-
ger l'ouvrage tel qu'il est aujourd'hui par-
idée qu'ilss'en sont formée d'abord, ne lui-
rendroient pas justice; les idées en sont
maintenant mieux. liées, les sentimens plus,
voluptueux., les expresssons. plus justes &
plus correctes, & le dénouement plus-
heureux.
de Sevigné, augmentées de sa vie
& de 43. lettres. AAAmsterdam, chez Fran-
cois Joli- 1752, deux volumes in 16.
La nouvelle Edition des Lettres de Mlle-
da Lenelos commence par un avertiste-
MAI.
1752.
13.3
ment fort sage & fort modeste: l'Auteur
avoue qu'il a mérité quelques-uns des re-
proches qu'on lui a faits, il ne les mérite
plus, & il se justisie très-bien sur les autres.
La Préface est suivie d'une vie de Mlle de
Lenclos: on ne dit pas tout ce qu'on scait
de cette femme illustre; mais on y dit tout
ce qui mérite d'être dit, où il doit être dit,
& comme il doit être dit. Plusieurs des Let-
tres qui se trouvent dans les premieres Edi-
tions, ont été racourcies, allongées, sup-
primées, transposéès. Les nouvelles lettres.
sont la 8. 20. 32. 35. 41. 44. 45. 48. 49.
59. 60. 61. 62. 65. 66. & depuis la 74 jus-
qu'à la derniere. Ceux qui voudroient ju-
ger l'ouvrage tel qu'il est aujourd'hui par-
idée qu'ilss'en sont formée d'abord, ne lui-
rendroient pas justice; les idées en sont
maintenant mieux. liées, les sentimens plus,
voluptueux., les expresssons. plus justes &
plus correctes, & le dénouement plus-
heureux.
Fermer
Résumé : « LETTRES de Ninon de Lenclos au Marquis de Sevigné, augmentées de sa vie [...] »
Le document traite d'une édition de 1752 des 'Lettres de Ninon de Lenclos au Marquis de Sévigné', publiée à Amsterdam par François Joli. Cette édition comprend la vie de Ninon de Lenclos et 43 lettres supplémentaires. L'ouvrage s'ouvre par un avertissement où l'auteur répond à certains reproches et se justifie sur d'autres points. La préface est suivie d'une biographie de Ninon de Lenclos, qui se concentre uniquement sur les aspects pertinents de sa vie. Par rapport aux éditions précédentes, plusieurs lettres ont été modifiées, raccourcies, supprimées ou réorganisées. Les nouvelles lettres ajoutées portent les numéros 8, 20, 32, 35, 41, 44, 45, 48, 49, 59, 60, 61, 62, 65, 66 et de la 74 à la dernière. Les lecteurs sont invités à évaluer l'ouvrage dans son état actuel pour apprécier les améliorations apportées, telles qu'une meilleure cohérence des idées, des sentiments plus voluptueux, des expressions plus justes et un dénouement plus heureux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3413
p. 133-134
« HISTOIRE de Maurice Comte de Saxe, Maréchal-Général des Camps & Armées [...] »
Début :
HISTOIRE de Maurice Comte de Saxe, Maréchal-Général des Camps & Armées [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE de Maurice Comte de Saxe, Maréchal-Général des Camps & Armées [...] »
HISTOIRE de Maurice Comte de Saxe,
Maréchal-Général des Camps & Armées
de Sa Majesté Très-Chrétienne, Duc élu
de Curlande & de Semigalle, Chevalier-
des Ordres de Pologne & de Saxe. A
Aittan. 1752, trois volumes in 12..
Dinjies hiO
134 MERCUREDEFRANCE.
Les Lecteurs qui ne sont pas disposés à
se contenter d'une compilation de Gazet-
tes, de Déclarations, de Manifestes, & c.
peuvent se dispenser de lire l'Ouvrage que
nous annonçons; il paroit que cen est pas
pour eux que l'Auteur a écrit.
Maréchal-Général des Camps & Armées
de Sa Majesté Très-Chrétienne, Duc élu
de Curlande & de Semigalle, Chevalier-
des Ordres de Pologne & de Saxe. A
Aittan. 1752, trois volumes in 12..
Dinjies hiO
134 MERCUREDEFRANCE.
Les Lecteurs qui ne sont pas disposés à
se contenter d'une compilation de Gazet-
tes, de Déclarations, de Manifestes, & c.
peuvent se dispenser de lire l'Ouvrage que
nous annonçons; il paroit que cen est pas
pour eux que l'Auteur a écrit.
Fermer
Résumé : « HISTOIRE de Maurice Comte de Saxe, Maréchal-Général des Camps & Armées [...] »
L'ouvrage 'Histoire de Maurice Comte de Saxe', publié en 1752 en trois volumes, est dédié à Maurice de Saxe, Maréchal-Général des armées du roi de France, Duc élu de Courlande et de Semigalle, et Chevalier des Ordres de Pologne et de Saxe. Il ne vise pas les lecteurs intéressés par les compilations de gazettes et manifestes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3414
p. 134
« OEUVRES de feu M. Cochin, Ecuyer, Avocat au Parlement, contenant le recueil [...] »
Début :
OEUVRES de feu M. Cochin, Ecuyer, Avocat au Parlement, contenant le recueil [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « OEUVRES de feu M. Cochin, Ecuyer, Avocat au Parlement, contenant le recueil [...] »
OEUVRES de feu M. Cochin, Ecuyer,
Avocat au Parlement, contenant le recueil
de ses Mémoires & Consultations,
Tome II. A Paris, chez de Nully, Li-
braire, Grande Salle du Palais, du côté
de la Cour des Aydes, à l'Ecu de France.
& à la Palme 1752. Vol. in-4°. qui se
vend relié en veau 10 liv. ainsi que le 1er
Tome.
On a joint à la fin de ce second Volu-
me les décisions de la plus grande partie
des affaires contenues dans les Tomes i & z
de ces Ouvrages; ce qui les fera rechercher
de plus en plus, ce nouveau Volume con-
tient de très-belles causes & un nombre de-
Gonsultations fort scavantes, le 3e Tome
est sous la Presse.
Avocat au Parlement, contenant le recueil
de ses Mémoires & Consultations,
Tome II. A Paris, chez de Nully, Li-
braire, Grande Salle du Palais, du côté
de la Cour des Aydes, à l'Ecu de France.
& à la Palme 1752. Vol. in-4°. qui se
vend relié en veau 10 liv. ainsi que le 1er
Tome.
On a joint à la fin de ce second Volu-
me les décisions de la plus grande partie
des affaires contenues dans les Tomes i & z
de ces Ouvrages; ce qui les fera rechercher
de plus en plus, ce nouveau Volume con-
tient de très-belles causes & un nombre de-
Gonsultations fort scavantes, le 3e Tome
est sous la Presse.
Fermer
Résumé : « OEUVRES de feu M. Cochin, Ecuyer, Avocat au Parlement, contenant le recueil [...] »
Le document présente les œuvres posthumes de M. Cochin, avocat au Parlement, publiées en 1752 à Paris par de Nully. Elles comprennent des mémoires et consultations juridiques en plusieurs tomes. Le deuxième tome, en format in-4°, est vendu relié en veau pour dix livres. Il inclut des décisions sur les affaires des deux premiers tomes, des causes remarquables et des consultations savantes. Le troisième tome est en cours d'impression.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3415
p. 134-135
« TRAITÉ de la vente des immeubles par décret, avec un recueil des Edits, [...] »
Début :
TRAITÉ de la vente des immeubles par décret, avec un recueil des Edits, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « TRAITÉ de la vente des immeubles par décret, avec un recueil des Edits, [...] »
TRAITÉ de la vente des immeubles
par décret, avec un recueil des Edits,
Déclarations & Reglemens des Couis-
souveraines sur ce sujet. Nouvelle Edi-
tion, revûë, corrigée & augmeniée,
PAL. M. Louis. de Hericourt, Avocat
MAI. 1752. 135
au Parlement. A Paris, chez la Veuve Ca-
velter, rue Saint Jacques, au Lys d'or,
& au Palais chez de Nully, à l'Ecu de
France & à. la Palme, 1752, Volume
in-4°. relié en veau 12. liv.
par décret, avec un recueil des Edits,
Déclarations & Reglemens des Couis-
souveraines sur ce sujet. Nouvelle Edi-
tion, revûë, corrigée & augmeniée,
PAL. M. Louis. de Hericourt, Avocat
MAI. 1752. 135
au Parlement. A Paris, chez la Veuve Ca-
velter, rue Saint Jacques, au Lys d'or,
& au Palais chez de Nully, à l'Ecu de
France & à. la Palme, 1752, Volume
in-4°. relié en veau 12. liv.
Fermer
3416
p. 135
« TRAITÉ du pouvoir du Magistrat politique concernant les choses sacrées, traduit [...] »
Début :
TRAITÉ du pouvoir du Magistrat politique concernant les choses sacrées, traduit [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « TRAITÉ du pouvoir du Magistrat politique concernant les choses sacrées, traduit [...] »
TRAITÉ du pouvoir du Magistrat politique
concernant les choses sacrées, traduit
du latin de Grotius; Vol. in- 12 im-
primé à Londres, & se trouve à Paris,
chez G. Martin, Libraire rue S. Jacques.
C'est un Ouvrage important dont nous ren-
drons compte quelque jour.
concernant les choses sacrées, traduit
du latin de Grotius; Vol. in- 12 im-
primé à Londres, & se trouve à Paris,
chez G. Martin, Libraire rue S. Jacques.
C'est un Ouvrage important dont nous ren-
drons compte quelque jour.
Fermer
3417
p. 135
« HISTOIRE Navale d'Angleterre, traduite de l'Anglois de Lediart. 3 Volumes [...] »
Début :
HISTOIRE Navale d'Angleterre, traduite de l'Anglois de Lediart. 3 Volumes [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE Navale d'Angleterre, traduite de l'Anglois de Lediart. 3 Volumes [...] »
HISTOIRE Navale d'Angleterre, traduite
de l'Anglois de Lediart. 3 Volumes
in. - 4. chez le même Libraire.
de l'Anglois de Lediart. 3 Volumes
in. - 4. chez le même Libraire.
Fermer
3418
p. 135
« ELEMENS d'Hippiatrique, ou nouveaux principes sur la connoissance & la medecine [...] »
Début :
ELEMENS d'Hippiatrique, ou nouveaux principes sur la connoissance & la medecine [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ELEMENS d'Hippiatrique, ou nouveaux principes sur la connoissance & la medecine [...] »
ELEMENS d'Hippiatrique, ou nouveaux
principes sur la connoissance & la medecine
des chevaux, par M. Bourgelat, Ecuyer
du Roi. 2. Vol. in 8°. chez ie même Li-
braire.
principes sur la connoissance & la medecine
des chevaux, par M. Bourgelat, Ecuyer
du Roi. 2. Vol. in 8°. chez ie même Li-
braire.
Fermer
3419
p. 135-136
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
Début :
L'éloignement d'un Auteur ne manque guéres, Monsieur, d'être préjudiciable à l'impression [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du Mercure.
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
L'éloignement d'un Auteur ne manque guéres,
Monsieur, d'être préjudiciable à l'impression
de ses ouvrages. Je m'en suis ap-
perçu en parcourant les deux Brochures
intitulées Systême du vrai bonheur, & Ess.i
sur la perfection, que j'ai reçues seulement
y ai trouxé des
de purs quelques jouts.
136 MERCURE DEFRANCE.
erreurs typographiques, qui pourroient
faire croire que le François est une langue
tout-à-fait étrangere pour moi, & dont
quelques-unes forment des contrefens des-
agréables. Telles sont dans l'Essai sur la
perfection, p. 9. prince, pour principe,
Cencore cela est- il aisé à redresser,) mais
surtout. pr. 66 sujet de ceite sorte de désordre
pour exemt de, &c. compenser, pour com-
poser, p. 78. ce qui me paroit aise de prou-
ver, pour ce qu'il &c. C'est le premier
coup d'oeil qui m'a découvert ces fautes;
& j'en trouverois sans doute, si je faisois-
une lecture attentive de ces deux Ecrits.
Comme vous avez eu la bonté, Monsieur,
d'en parler dans un de vos derniers Mer-
cures de l'année passée, oserai- je vous
prier de. placer à la fin de quelqu'un de
ceux qui parcissent actuellement ce mo: de
lettre, où je serai ravi qu'on croye en mê-
me tems les afsurances de la considération
distinguée avec laquelle j'ai l'honneur-
d'être ,.
FORMEY.
Berlin le 14. Mars 1752.
L'éloignement d'un Auteur ne manque guéres,
Monsieur, d'être préjudiciable à l'impression
de ses ouvrages. Je m'en suis ap-
perçu en parcourant les deux Brochures
intitulées Systême du vrai bonheur, & Ess.i
sur la perfection, que j'ai reçues seulement
y ai trouxé des
de purs quelques jouts.
136 MERCURE DEFRANCE.
erreurs typographiques, qui pourroient
faire croire que le François est une langue
tout-à-fait étrangere pour moi, & dont
quelques-unes forment des contrefens des-
agréables. Telles sont dans l'Essai sur la
perfection, p. 9. prince, pour principe,
Cencore cela est- il aisé à redresser,) mais
surtout. pr. 66 sujet de ceite sorte de désordre
pour exemt de, &c. compenser, pour com-
poser, p. 78. ce qui me paroit aise de prou-
ver, pour ce qu'il &c. C'est le premier
coup d'oeil qui m'a découvert ces fautes;
& j'en trouverois sans doute, si je faisois-
une lecture attentive de ces deux Ecrits.
Comme vous avez eu la bonté, Monsieur,
d'en parler dans un de vos derniers Mer-
cures de l'année passée, oserai- je vous
prier de. placer à la fin de quelqu'un de
ceux qui parcissent actuellement ce mo: de
lettre, où je serai ravi qu'on croye en mê-
me tems les afsurances de la considération
distinguée avec laquelle j'ai l'honneur-
d'être ,.
FORMEY.
Berlin le 14. Mars 1752.
Fermer
Résumé : LETTRE à l'Auteur du Mercure.
Dans une lettre datée du 14 mars 1752, Formey signale des erreurs typographiques présentes dans deux brochures : 'Système du vrai bonheur' et 'Essai sur la perfection'. Il mentionne des fautes telles que 'prince' écrit à la place de 'principe' et 'Cencore' au lieu de 'Cependant'. Ces erreurs pourraient laisser penser qu'il maîtrise mal la langue française. Formey demande à l'auteur du Mercure de France de publier cette lettre pour corriger ces impressions erronées et exprime sa considération distinguée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3420
p. 137-147
D[i]ssertation où l'on examine les droits de la mélodie & de l'harmonie, pour servir de réponse aux réflexions de M. de Serre, inserées dans le Mercure de Janvier. Par M. Blainville.
Début :
Le but de M. Serre dans ses deux réponses étoit apparemment ou de [...]
Mots clefs :
Harmonie, M. de Serre, Mélodie, Mode, Musique, Chant, Chants, Basse, Tierce, Quinte, Nature, Compositeur, Octave, Art
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : D[i]ssertation où l'on examine les droits de la mélodie & de l'harmonie, pour servir de réponse aux réflexions de M. de Serre, inserées dans le Mercure de Janvier. Par M. Blainville.
BEAUX - ARTS.
Deffertation où l'on examine les droits de ba
mélodie de l'harmonie , pour fervir de
réponse aux réflexions de M. de Serre , inferées
dans le Mercure de Janvier. Par
M. Blainville.
LE but de M.de Serre dans les deux
réponses étoit apparemment ou de
m'éclaircir , ou d'amufer le public . La prenie
re , fous le nom de Philetius , très- laconique
, ne m'a rien appris ; la feconde,
fous le nom propre de l'Auteur , plus éten
duë , ne m'a pas inftruit davantage ; mais
peut-être ont- elles toutes deux amuſé d'autres
Lecteurs ; Ainfi foit il.
J'ai avancé que la mélodie avoit beaucoup
plus de pouvoir fur l'oreille que
T'harmonie , & M. de Serre en eft fort
furpris. Il n'a vraisemblablement
fait là
deffus qu'une femi- réflexion, & c'est ce qu'il
eft bon de lui montrer.
La mélodie naît de l'enchainement de
plufieurs fons qui forment les chants &
que l'harmonie fortifie par d'autres fons
ajoutés , mais ces derniers. ne s'ajoûrent
qu'après le chant imaginé , & celui qui
138 MERCURE DE FRANCE.
chercheroit un clrant fur une baffe donnée,
reffembleroit à peu près à celui qui rempliroit
des bouts rimés. C'eft au chant à
fuggérer l'harmonie , & non pas à l'harmonie
à fuggerer les chants.
Faire une baffe , y ajuster un - deffus ,
mettre des paroles fur ce deffus , voilà ce
qu'on pourroit appeller commencer le deffein
d'une figure par le pied d'eftal , & l'achever
par la tête. On peut quelquefois
fe propofer , tant en peinture qu'en Mufique
, ces efpeces de défis , & même s'en
tirer heureufement ; mais ce n'eft pas la
marche ordinaire du génie. La nature entraine
d'abord & prefqu'invinciblement
le Compofiteur dans les routes de la mélodie
, furtout quand il eft plein du ſujet
qu'il veut rendre , mais M. de Serre n'eft
pas obligé d'avoir fenti cet attrait mufical
, ni par conféquent d'en tirer toutes
les vérités qui en découlent. L'harmonie
eft fille de l'expérience & de l'art ; la mélodie
eft fille de la nature & du génie Les
charmes de celle - ci fe font fentir aux perfonnes
les moins expérimentées ; l'habi
tude feule apprend à fentir & à goûter
F'harmonie. La plus belle harmonie trouble
les oreilles qui n'y font pas faites. Un
payfan ne pourra fupporter l'enfemble d'un
duo de flûtesdont les parties l'auront émerMA
I. 1.752. 139
t
veillé tour-à- tour ; & puiſque j'en fuis fue
eet article , on me permettra de rapporter
l'idée d'un homme de lettres qui m'a
toujours paru fort jufte ; c'eft qu'il y auroit
un moyen de rendre un enfant excellent
juge en Mulique , fans lui faire lire ou
chanter une note . Pour cet effet , il faudroit
qu'il y eût dans fon éducation une
partie muficale ; cette partie confifteroit à
lui faire entendre avec atttention un beau
folo , de lui répéter ce folo , jufqu'à ce quele
chant lui en fût extrêmement familier ;
d'y joindre alors un accompagnement de
quelques notes difperfées , & mifes en des .
endroits firares & fi choifis, que le chant de
deffus n'en fût prefque point alteré ; de rendre
enfuite Faccompagnement un peu plus :
fuivi, puis tout- à fait continu ; enfin con-
: tinu , & chantant,pour accoutumer ainfi fes.
jeunes oreilles à faifir diftinctement deux.
parties à la fois , puis trois , quatre ; &
à la longue à juger très-folidement d'un
choeur entier , facilité qu'elles n'acquereront
jamais , tant qu'elles feront abandondonnées
à elles - mêmes , & qu'on ne les
conduira infenfiblement de la notion .
du fimple , à celle du compofé .
pas
Je prie M. de Serre de confidérer que
cet exercice eft prefque fuperflu pour la
mélodie , furtout lorfque les chants font140
MERCUREDE FRANCE:
faciles & naturels , & qu'un Compofiteur
ne s'eft pas propofé de faire preuve d'habileté
en traverfant avec rapiditéune fuite
demodulations bizares moins afforties par
le goût , qu'amenées & contraintes par la
connnoiffance de l'art. J'ai entendu raconter
du célébre M. Geminiani , que quand
il avoit un adagio touchant & pathetique
à compofer, il commençoit par fe recueillir
en lui- même , à fe repréfenter les plus
grands malheurs , la mort de fes enfans
le défefpoir de fa femme , l'incendie de fa
maifon , l'abandon de tous les amis , &
que quand il étoit bien affecté de toutes
ces cruelles peintures , alors il prenoit føn
violon & fe livroit aux lugubres images
errantes dans fon imagination. M. de Serre
croit - il , en bonne foi , que ce fût l'harmonie
qui occupoit alors principalement
le célébreMuficien dont je viens de parler.
M. de Serre ne manquera pas de me dire
que le fon confidéré phyfiquement n'exifte
point feul & que fes vibrations l'offrent
toujours avec fa tierce , fa quinte & fon
octave. Il me dira encore que ce fon
donné , paffe de préférence à fa quinte ,
à fa tierce , &c. . . . . mmaaiiss que réfulteroit-
il de ce phénomene ? Que nous tenons
de la naure la mélodie , qu'elle nous
Luggére l'harmonie , & qu'elle nous pré-
...
MAL. 1752. 141
f
Tente la route de plufieurs fons à la fois ;
c'est là tout; mais un Compofiteur fait-il
un morceau de mélodie ? Forme-t -il des
chants ? Il ne fuit alors que fon génie ;
fes tours de chant font reguliers , ils
produiront une belle modulation , une
belle harmonie ; fi le morceau manque
par la mélodie tout l'édifice s'écroulera
; le Compofiteur aura beau fe tourmenter,
mettre confonances fur diffonances
, diflonances fur confonances , multiplier
les traits , parcourir des modulations
, le tout fera fort fçavant & fort
mauvais.
Veut-on qu'une Mufique foit belle ?
Que le chant en foit bien conçû , qu'il
ait un caractere de force & de vérité ; que
cette expreflion donne lieu à des cordes
d'harmonie & à des modulations piquantes
, à des détails d'harmonie naturelle, & c.
tous ces acceffoires acheveront la peinture.
Voilà les fleurs que l'art doit apprendre à
cueillir: c'eftce qu'onpourroit appellerdars
un tableau,fonds de payfage , architecture ,
draperies , & autres parties fubordonnées ,
qui avec le coloris, complexent l'harmonie
du tableau . Mais c'eft aux traits du deffein ,
aux caracteres des figures , à la nature du
Lujet , aux contours agréables à donner
de l'expreffion aux têtes , du gefte aux fi142
, MERCURE DE FRANCE.
gures , de la vie au tout. Voilà la mélodie
, le refte n'eft que d'accompagnement
& d'harmonie. M. de Serre peut voir par
l'attention que j'ai à tirer mes comparai
fons de fon talent , combien je ferois flatté
qu'il m'entendît . ·
参
En un mot , eft ce la rime en poëfie ,
la cadence des fillabes , l'harmonie du vers
qui forment la poësie , ou plutôt le ftile ,
les penfées , les images , les expreffions ,
les peintures ? Combien de morceaux de
mufique où le chant nous ravit , & où les
parties d'accompagnement méritent à pei
ne notre attention ? Les accompagnemens
dans tous les arts d'imitation ne font beauté
, qu'autant qu'ils ajoûtent à l'expreffion
des parties principales. Je conviens qu'en
mufique ce n'eft pas du concours de ces deux
fources qu'il peut fortir un tout également
fatisfaisant pour l'efprit & pour l'organe ;
mais je n'ai garde de prendre l'acceffoire
pour le principal.
Ceft dans le deffein de perfectionner la
mélodie & l'harmonie que j'ai propofé un
troifiéme mode : j'ai cru que ce mode donnoit
plus de liberté , plus de variété & dans
les parties principales & dans les fubordonnées
; que le paffage d'un accord à un autre
, la différence du majeur au mineur
dans la tierce , le progrès d'un femi- ton à
1
MAI. 7752. 143
T'octave déterminoient notre oreille en faveur
de tel ou tel mode ; les intervalles de
tierce , quarte ou quinte donnés par la
nature , le progrès d'un ton à l'octave ,
auroient le même privilege , qu'on me
fçauroit quelque gré d'avoir indiqué un
moyen de paffer fans embarras à travers
une fuite de modulations indécifes où l'on
avoit été juſqu'à préſent très expofé à s'égarer
, &c. ... . Telle a été la baſe fur
laquelle j'ai établi le mode mixte ; quelques
Connoiffeurs , entre lefquels je me
fais un honneur de citer M. Rouffeau de
Geneve , ont approuvé ma tentative ; les
autres pourront peut-être dans la fuite en -
juger mieux , fur des morceaux propres
à ce genre , que fur les raifons de mes cenfeurs
qui ne m'ont jufqu'à préfent para ni
affez fortes ni affez claires , pour me faire
changer d'avis .
د
Je fupplie M. de Serre une autre fois de
bannir de fes écrits fur la Mufique , Donquichotte
, la Myologie , la Phyfiologie.
l'Aftronomie , le flux & reflux de la Mer ,
qui n'y ont que faire , & de fonger que
tout cet étalage ne tend gueres à prouver
qu'un mode eft bon ou mauvais. Lorfque
je l'entends débuter en ces termes , le fon
mi eft le pricipal du mode lami ; & c'eft le
centre harmonique dans amila ; elami &
7
144 MERCURE DE FRANCE.
amila ne différe que par le choix du fon
initial qui dans un des cas eft mi, & la dans
l'autre j'efpérai que ce début fimple &
rélatif à l'art , nous meneroit à quelque
chofe ; mais point du tout , il s'écarte
bientôt de fa route pour m'entraîner tout
à traver champs au tribunal de l'harmonie.
Je conviens que ce tribunal eft bon , mais
ne me paroît pas competent ici , & je
rois pouvoir m'en tenir à celui de la méodie
, jufquà ce qu'il plaife à M. de Serre
le me détromper.
J'ajoûterai feulement que le fyftème des
atins avoit douze modes ; que ces modes
A réduifoient à deux , auffi-tôt que l'harnie
fe fut arrogé l'empire fur la
lodie ; alors il ne refta prefque plus de
iges de la Mufique ancienne , elle perbeaucoup
de fa richeffe , mais elle ne
t aucun de fes admirateurs. Quelle
... bizarrerie de ces admirateurs! Ils continuent
d'attribuer à cette Mufique ancien
ne les effets les plus inouis ; ils ne ceffent
de rabaiffer la nôtre par les éloges qu'ils
lui donnent ; ce font des plaintes , des regrets
, des comparaifons odieufes que nos
plus beaux morceaux n'interrompent point;
& lorfqu'un moderne s'élance du chemin
batu & cherche à rouvrir les fources abandonnées
des prodiges de la Mufique ancienne
,
MAI. 17526 145
cienne, il ne rencontre que des ironies, des
injures , des critiques , des contradictions ,
& c.. qu'on nous dife une bonne fois que la
Mufique des anciens étoit déteftable , afin
que nous ceffions de courir en vain après des
chants perdus qui ne méritent pas la peine
d'être retrouvés , ou fi l'on perfifte à foûtenir
que la Mufique moderne a beaucoup
3 gagner dans cette recherche , qu'on applaudiffe
donc à nos efforts & qu'on nous
encourage .
En attendant que le Public fente cette
contradiction de fes jugemens , M. de
Serre me permettra de lui repréfenter , à
lui qui n'eft pas un homme de la foule , à
lui qui a des oreilles ; que l'adoption du
mode mixte augmente notre fond , n’altere
point nos principes , & ne nous induit
en aucune erreur ; que je m'en fuis
fervi avec fuccés ; qu'un autre pourra s'en
fervir avec le même avantage au moins ;
qu'étant de plus grandes reflources que
l'Enfarmonique qui ne nous fournit que
des paffages , il feroit ridicule de le prof
crire , lui qui nous fournit des chants fuivis
; que mon exemple n'autorifera perfonne
à prendte pour initiales d'autres
notes de l'octave , & abigarer notre Mufique
d'une foule de modes inconnus ;
qu'il eft démontré que le mode mixte eft
G
146 MERCURE DE FRANCE.
J
1
foit
le feul qu'on puiffe ajoûter aux deux
autres ; que toute autre initiale qu'on prît,
il en résulteroit une gamme trop vicieuſe
pour la mélodie , foit pour l'harmo
nie ; & qu'il eft même furprenant qu'on
n'ait pas employé contre le mode d'Elami ,
les raifons par lefquelles j'ai rejette les autres
gammes .
On a abandonné le mode plagal , dit
M. Broffard , & on s'en eft tenu à l'autentique
, parce que le premier étoit comme
le collateral de celui- ci , & naiffoit , pour
ainfi dire , de fon extenfion . Quand M.
de Serre fe feroit appuié de cette autorité ,
je ne m'en tiendrois pas pour mieux combattu
. Il ne s'agit ici ni de l'opinion de M.
Broffard , ni de celle de M. de Serre , ni
de la mienne , mais du fentiment de l'organe
& de la raifon ; & la fuppreffion du
mode plagal ne la juftifie nullement .
Je paffe enfin aux propofitions qui terminent
le dernier écrit de M. de Serre. Il
dit qu'un accord diffonant porte toujours
fur un doubleffon fondamental. Qu'il me
foit permis de lui demander :
1. Quels font les deux fondamentaux
de l'accord de feptumi de la dominante
tonique fol , dans le ton de ut , fol , fi ,
re , fa.
2. Pourquoi dans la progreffion fonMA
I. 1752:
147
damentale , il fe trouve de fa à fi , un
intervalle de fauffe quinte en defcendant ,
ou de triton en montant , deux intervalles
contraires à la mélodie.
3°. Quelle forte d'accord peut joindre
en montant , la dominante à la fixiéme note
, & cette fixiéme à la fenfible.
4°. Pourquoi dans les progreffions de
tierce , quarte ou quinte , le deffus eft
dans un mode & la baffe dans un autre.
5°. Pourquoi un deffus pris féparément
& fuppofé comme baffe , comporte une
harmonie qui n'eft plus la même , quand on
vient à y faire une baffe continue.
Je ne connois perfonne à qui je puiſſe
m'adreffer à plus jufte titre qu'à M. de
Serre qui paroît étudier l'harmonie en Philofophe
; mais qu'il me permette de l'avertir
que s'il fe propofe de m'éclairer moi &
beaucoup d'autres chetifs Muficiens , gens
ignares & non lettres comme moi , il faut
qu'il ait la bonté de changer de ton ; de
defcendre en notre faveur des hautes regions
où il fe plaît à planer au- delà de notre
vûë, & de marcher terre à terre ,
terre , fans
quoi les oracles continuant de nous être
inintelligibles , je me croirai difpenfé de
l'interroger & de lui répondre..
Deffertation où l'on examine les droits de ba
mélodie de l'harmonie , pour fervir de
réponse aux réflexions de M. de Serre , inferées
dans le Mercure de Janvier. Par
M. Blainville.
LE but de M.de Serre dans les deux
réponses étoit apparemment ou de
m'éclaircir , ou d'amufer le public . La prenie
re , fous le nom de Philetius , très- laconique
, ne m'a rien appris ; la feconde,
fous le nom propre de l'Auteur , plus éten
duë , ne m'a pas inftruit davantage ; mais
peut-être ont- elles toutes deux amuſé d'autres
Lecteurs ; Ainfi foit il.
J'ai avancé que la mélodie avoit beaucoup
plus de pouvoir fur l'oreille que
T'harmonie , & M. de Serre en eft fort
furpris. Il n'a vraisemblablement
fait là
deffus qu'une femi- réflexion, & c'est ce qu'il
eft bon de lui montrer.
La mélodie naît de l'enchainement de
plufieurs fons qui forment les chants &
que l'harmonie fortifie par d'autres fons
ajoutés , mais ces derniers. ne s'ajoûrent
qu'après le chant imaginé , & celui qui
138 MERCURE DE FRANCE.
chercheroit un clrant fur une baffe donnée,
reffembleroit à peu près à celui qui rempliroit
des bouts rimés. C'eft au chant à
fuggérer l'harmonie , & non pas à l'harmonie
à fuggerer les chants.
Faire une baffe , y ajuster un - deffus ,
mettre des paroles fur ce deffus , voilà ce
qu'on pourroit appeller commencer le deffein
d'une figure par le pied d'eftal , & l'achever
par la tête. On peut quelquefois
fe propofer , tant en peinture qu'en Mufique
, ces efpeces de défis , & même s'en
tirer heureufement ; mais ce n'eft pas la
marche ordinaire du génie. La nature entraine
d'abord & prefqu'invinciblement
le Compofiteur dans les routes de la mélodie
, furtout quand il eft plein du ſujet
qu'il veut rendre , mais M. de Serre n'eft
pas obligé d'avoir fenti cet attrait mufical
, ni par conféquent d'en tirer toutes
les vérités qui en découlent. L'harmonie
eft fille de l'expérience & de l'art ; la mélodie
eft fille de la nature & du génie Les
charmes de celle - ci fe font fentir aux perfonnes
les moins expérimentées ; l'habi
tude feule apprend à fentir & à goûter
F'harmonie. La plus belle harmonie trouble
les oreilles qui n'y font pas faites. Un
payfan ne pourra fupporter l'enfemble d'un
duo de flûtesdont les parties l'auront émerMA
I. 1.752. 139
t
veillé tour-à- tour ; & puiſque j'en fuis fue
eet article , on me permettra de rapporter
l'idée d'un homme de lettres qui m'a
toujours paru fort jufte ; c'eft qu'il y auroit
un moyen de rendre un enfant excellent
juge en Mulique , fans lui faire lire ou
chanter une note . Pour cet effet , il faudroit
qu'il y eût dans fon éducation une
partie muficale ; cette partie confifteroit à
lui faire entendre avec atttention un beau
folo , de lui répéter ce folo , jufqu'à ce quele
chant lui en fût extrêmement familier ;
d'y joindre alors un accompagnement de
quelques notes difperfées , & mifes en des .
endroits firares & fi choifis, que le chant de
deffus n'en fût prefque point alteré ; de rendre
enfuite Faccompagnement un peu plus :
fuivi, puis tout- à fait continu ; enfin con-
: tinu , & chantant,pour accoutumer ainfi fes.
jeunes oreilles à faifir diftinctement deux.
parties à la fois , puis trois , quatre ; &
à la longue à juger très-folidement d'un
choeur entier , facilité qu'elles n'acquereront
jamais , tant qu'elles feront abandondonnées
à elles - mêmes , & qu'on ne les
conduira infenfiblement de la notion .
du fimple , à celle du compofé .
pas
Je prie M. de Serre de confidérer que
cet exercice eft prefque fuperflu pour la
mélodie , furtout lorfque les chants font140
MERCUREDE FRANCE:
faciles & naturels , & qu'un Compofiteur
ne s'eft pas propofé de faire preuve d'habileté
en traverfant avec rapiditéune fuite
demodulations bizares moins afforties par
le goût , qu'amenées & contraintes par la
connnoiffance de l'art. J'ai entendu raconter
du célébre M. Geminiani , que quand
il avoit un adagio touchant & pathetique
à compofer, il commençoit par fe recueillir
en lui- même , à fe repréfenter les plus
grands malheurs , la mort de fes enfans
le défefpoir de fa femme , l'incendie de fa
maifon , l'abandon de tous les amis , &
que quand il étoit bien affecté de toutes
ces cruelles peintures , alors il prenoit føn
violon & fe livroit aux lugubres images
errantes dans fon imagination. M. de Serre
croit - il , en bonne foi , que ce fût l'harmonie
qui occupoit alors principalement
le célébreMuficien dont je viens de parler.
M. de Serre ne manquera pas de me dire
que le fon confidéré phyfiquement n'exifte
point feul & que fes vibrations l'offrent
toujours avec fa tierce , fa quinte & fon
octave. Il me dira encore que ce fon
donné , paffe de préférence à fa quinte ,
à fa tierce , &c. . . . . mmaaiiss que réfulteroit-
il de ce phénomene ? Que nous tenons
de la naure la mélodie , qu'elle nous
Luggére l'harmonie , & qu'elle nous pré-
...
MAL. 1752. 141
f
Tente la route de plufieurs fons à la fois ;
c'est là tout; mais un Compofiteur fait-il
un morceau de mélodie ? Forme-t -il des
chants ? Il ne fuit alors que fon génie ;
fes tours de chant font reguliers , ils
produiront une belle modulation , une
belle harmonie ; fi le morceau manque
par la mélodie tout l'édifice s'écroulera
; le Compofiteur aura beau fe tourmenter,
mettre confonances fur diffonances
, diflonances fur confonances , multiplier
les traits , parcourir des modulations
, le tout fera fort fçavant & fort
mauvais.
Veut-on qu'une Mufique foit belle ?
Que le chant en foit bien conçû , qu'il
ait un caractere de force & de vérité ; que
cette expreflion donne lieu à des cordes
d'harmonie & à des modulations piquantes
, à des détails d'harmonie naturelle, & c.
tous ces acceffoires acheveront la peinture.
Voilà les fleurs que l'art doit apprendre à
cueillir: c'eftce qu'onpourroit appellerdars
un tableau,fonds de payfage , architecture ,
draperies , & autres parties fubordonnées ,
qui avec le coloris, complexent l'harmonie
du tableau . Mais c'eft aux traits du deffein ,
aux caracteres des figures , à la nature du
Lujet , aux contours agréables à donner
de l'expreffion aux têtes , du gefte aux fi142
, MERCURE DE FRANCE.
gures , de la vie au tout. Voilà la mélodie
, le refte n'eft que d'accompagnement
& d'harmonie. M. de Serre peut voir par
l'attention que j'ai à tirer mes comparai
fons de fon talent , combien je ferois flatté
qu'il m'entendît . ·
参
En un mot , eft ce la rime en poëfie ,
la cadence des fillabes , l'harmonie du vers
qui forment la poësie , ou plutôt le ftile ,
les penfées , les images , les expreffions ,
les peintures ? Combien de morceaux de
mufique où le chant nous ravit , & où les
parties d'accompagnement méritent à pei
ne notre attention ? Les accompagnemens
dans tous les arts d'imitation ne font beauté
, qu'autant qu'ils ajoûtent à l'expreffion
des parties principales. Je conviens qu'en
mufique ce n'eft pas du concours de ces deux
fources qu'il peut fortir un tout également
fatisfaisant pour l'efprit & pour l'organe ;
mais je n'ai garde de prendre l'acceffoire
pour le principal.
Ceft dans le deffein de perfectionner la
mélodie & l'harmonie que j'ai propofé un
troifiéme mode : j'ai cru que ce mode donnoit
plus de liberté , plus de variété & dans
les parties principales & dans les fubordonnées
; que le paffage d'un accord à un autre
, la différence du majeur au mineur
dans la tierce , le progrès d'un femi- ton à
1
MAI. 7752. 143
T'octave déterminoient notre oreille en faveur
de tel ou tel mode ; les intervalles de
tierce , quarte ou quinte donnés par la
nature , le progrès d'un ton à l'octave ,
auroient le même privilege , qu'on me
fçauroit quelque gré d'avoir indiqué un
moyen de paffer fans embarras à travers
une fuite de modulations indécifes où l'on
avoit été juſqu'à préſent très expofé à s'égarer
, &c. ... . Telle a été la baſe fur
laquelle j'ai établi le mode mixte ; quelques
Connoiffeurs , entre lefquels je me
fais un honneur de citer M. Rouffeau de
Geneve , ont approuvé ma tentative ; les
autres pourront peut-être dans la fuite en -
juger mieux , fur des morceaux propres
à ce genre , que fur les raifons de mes cenfeurs
qui ne m'ont jufqu'à préfent para ni
affez fortes ni affez claires , pour me faire
changer d'avis .
د
Je fupplie M. de Serre une autre fois de
bannir de fes écrits fur la Mufique , Donquichotte
, la Myologie , la Phyfiologie.
l'Aftronomie , le flux & reflux de la Mer ,
qui n'y ont que faire , & de fonger que
tout cet étalage ne tend gueres à prouver
qu'un mode eft bon ou mauvais. Lorfque
je l'entends débuter en ces termes , le fon
mi eft le pricipal du mode lami ; & c'eft le
centre harmonique dans amila ; elami &
7
144 MERCURE DE FRANCE.
amila ne différe que par le choix du fon
initial qui dans un des cas eft mi, & la dans
l'autre j'efpérai que ce début fimple &
rélatif à l'art , nous meneroit à quelque
chofe ; mais point du tout , il s'écarte
bientôt de fa route pour m'entraîner tout
à traver champs au tribunal de l'harmonie.
Je conviens que ce tribunal eft bon , mais
ne me paroît pas competent ici , & je
rois pouvoir m'en tenir à celui de la méodie
, jufquà ce qu'il plaife à M. de Serre
le me détromper.
J'ajoûterai feulement que le fyftème des
atins avoit douze modes ; que ces modes
A réduifoient à deux , auffi-tôt que l'harnie
fe fut arrogé l'empire fur la
lodie ; alors il ne refta prefque plus de
iges de la Mufique ancienne , elle perbeaucoup
de fa richeffe , mais elle ne
t aucun de fes admirateurs. Quelle
... bizarrerie de ces admirateurs! Ils continuent
d'attribuer à cette Mufique ancien
ne les effets les plus inouis ; ils ne ceffent
de rabaiffer la nôtre par les éloges qu'ils
lui donnent ; ce font des plaintes , des regrets
, des comparaifons odieufes que nos
plus beaux morceaux n'interrompent point;
& lorfqu'un moderne s'élance du chemin
batu & cherche à rouvrir les fources abandonnées
des prodiges de la Mufique ancienne
,
MAI. 17526 145
cienne, il ne rencontre que des ironies, des
injures , des critiques , des contradictions ,
& c.. qu'on nous dife une bonne fois que la
Mufique des anciens étoit déteftable , afin
que nous ceffions de courir en vain après des
chants perdus qui ne méritent pas la peine
d'être retrouvés , ou fi l'on perfifte à foûtenir
que la Mufique moderne a beaucoup
3 gagner dans cette recherche , qu'on applaudiffe
donc à nos efforts & qu'on nous
encourage .
En attendant que le Public fente cette
contradiction de fes jugemens , M. de
Serre me permettra de lui repréfenter , à
lui qui n'eft pas un homme de la foule , à
lui qui a des oreilles ; que l'adoption du
mode mixte augmente notre fond , n’altere
point nos principes , & ne nous induit
en aucune erreur ; que je m'en fuis
fervi avec fuccés ; qu'un autre pourra s'en
fervir avec le même avantage au moins ;
qu'étant de plus grandes reflources que
l'Enfarmonique qui ne nous fournit que
des paffages , il feroit ridicule de le prof
crire , lui qui nous fournit des chants fuivis
; que mon exemple n'autorifera perfonne
à prendte pour initiales d'autres
notes de l'octave , & abigarer notre Mufique
d'une foule de modes inconnus ;
qu'il eft démontré que le mode mixte eft
G
146 MERCURE DE FRANCE.
J
1
foit
le feul qu'on puiffe ajoûter aux deux
autres ; que toute autre initiale qu'on prît,
il en résulteroit une gamme trop vicieuſe
pour la mélodie , foit pour l'harmo
nie ; & qu'il eft même furprenant qu'on
n'ait pas employé contre le mode d'Elami ,
les raifons par lefquelles j'ai rejette les autres
gammes .
On a abandonné le mode plagal , dit
M. Broffard , & on s'en eft tenu à l'autentique
, parce que le premier étoit comme
le collateral de celui- ci , & naiffoit , pour
ainfi dire , de fon extenfion . Quand M.
de Serre fe feroit appuié de cette autorité ,
je ne m'en tiendrois pas pour mieux combattu
. Il ne s'agit ici ni de l'opinion de M.
Broffard , ni de celle de M. de Serre , ni
de la mienne , mais du fentiment de l'organe
& de la raifon ; & la fuppreffion du
mode plagal ne la juftifie nullement .
Je paffe enfin aux propofitions qui terminent
le dernier écrit de M. de Serre. Il
dit qu'un accord diffonant porte toujours
fur un doubleffon fondamental. Qu'il me
foit permis de lui demander :
1. Quels font les deux fondamentaux
de l'accord de feptumi de la dominante
tonique fol , dans le ton de ut , fol , fi ,
re , fa.
2. Pourquoi dans la progreffion fonMA
I. 1752:
147
damentale , il fe trouve de fa à fi , un
intervalle de fauffe quinte en defcendant ,
ou de triton en montant , deux intervalles
contraires à la mélodie.
3°. Quelle forte d'accord peut joindre
en montant , la dominante à la fixiéme note
, & cette fixiéme à la fenfible.
4°. Pourquoi dans les progreffions de
tierce , quarte ou quinte , le deffus eft
dans un mode & la baffe dans un autre.
5°. Pourquoi un deffus pris féparément
& fuppofé comme baffe , comporte une
harmonie qui n'eft plus la même , quand on
vient à y faire une baffe continue.
Je ne connois perfonne à qui je puiſſe
m'adreffer à plus jufte titre qu'à M. de
Serre qui paroît étudier l'harmonie en Philofophe
; mais qu'il me permette de l'avertir
que s'il fe propofe de m'éclairer moi &
beaucoup d'autres chetifs Muficiens , gens
ignares & non lettres comme moi , il faut
qu'il ait la bonté de changer de ton ; de
defcendre en notre faveur des hautes regions
où il fe plaît à planer au- delà de notre
vûë, & de marcher terre à terre ,
terre , fans
quoi les oracles continuant de nous être
inintelligibles , je me croirai difpenfé de
l'interroger & de lui répondre..
Fermer
Résumé : D[i]ssertation où l'on examine les droits de la mélodie & de l'harmonie, pour servir de réponse aux réflexions de M. de Serre, inserées dans le Mercure de Janvier. Par M. Blainville.
M. Blainville réagit aux propos de M. de Serre sur les droits de la mélodie et de l'harmonie en musique. Il affirme que la mélodie, issue de l'enchaînement naturel des sons formant les chants, exerce une influence plus puissante sur l'oreille que l'harmonie, qui renforce ces sons par des ajouts. La mélodie, considérée comme naturelle et géniale, précède l'harmonie, fruit de l'expérience et de l'art. Pour illustrer ce point, Blainville cite l'exemple d'un paysan incapable de tolérer un duo de flûtes harmonieux. Il propose une méthode pour former un jeune critique musical en l'entraînant à distinguer plusieurs parties musicales simultanément. Blainville critique ceux qui favorisent les modulations complexes au détriment des mélodies naturelles, mentionnant Geminiani qui composait des adagios en s'inspirant de ses malheurs personnels. Il soutient que la beauté musicale repose sur un chant bien conçu, exprimant force et vérité, et que l'harmonie et les modulations doivent enrichir cette expression. Le texte aborde également les éléments principaux et secondaires dans les arts, soulignant l'importance des éléments fondamentaux pour exprimer l'essence d'une œuvre. Blainville introduit le 'mode mixte', qu'il juge offrant plus de liberté et de variété, approuvé par des experts comme Rousseau de Genève. Il critique l'idéalisation excessive de la musique ancienne et défend son mode mixte comme enrichissant la musique sans altérer ses principes fondamentaux. Il rejette les autres gammes comme trop nuisibles pour la mélodie et l'harmonie. Enfin, Blainville conteste la suppression du mode plagal et pose des questions critiques sur les propositions de M. de Serre concernant les fondamentaux des accords, les intervalles mélodiques et les progressions harmoniques. Il demande des explications plus claires et accessibles pour les musiciens moins érudits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3421
p. 147-148
« Le Public n'a pas oublié encore l'agréable fête du premier Acte du Carnaval [...] »
Début :
Le Public n'a pas oublié encore l'agréable fête du premier Acte du Carnaval [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Public n'a pas oublié encore l'agréable fête du premier Acte du Carnaval [...] »
Le Public n'a pas oublié encore l'agréable fête du premier Acte du Carnaval
..
G.ij.
148 MERCURE DE FRANCE.
du Parnasse. M. de S. Aubin a saisi dans
son tableau le caractere comique que M.
Lani avoit donné à son ballet, & M. Ba-
san a bien rendu son original.
..
G.ij.
148 MERCURE DE FRANCE.
du Parnasse. M. de S. Aubin a saisi dans
son tableau le caractere comique que M.
Lani avoit donné à son ballet, & M. Ba-
san a bien rendu son original.
Fermer
3422
p. 148
« Le même Peintre & le même Graveur ont réuni leurs talens pour nous donner la [...] »
Début :
Le même Peintre & le même Graveur ont réuni leurs talens pour nous donner la [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le même Peintre & le même Graveur ont réuni leurs talens pour nous donner la [...] »
Le même Peintre & le même Graveur
ont réuni leurs talens pour nous donner la
Guinguette, divertissement pantomime du
théatre Italien, composé par M. de Hesse.
C'est une imagination Flamande, rendue
dans le goût Flamand.
ont réuni leurs talens pour nous donner la
Guinguette, divertissement pantomime du
théatre Italien, composé par M. de Hesse.
C'est une imagination Flamande, rendue
dans le goût Flamand.
Fermer
3423
p. 148
« MONSIEUR le Marquis de Voyer a dans son magnifique Cabinet un Tableau de [...] »
Début :
MONSIEUR le Marquis de Voyer a dans son magnifique Cabinet un Tableau de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « MONSIEUR le Marquis de Voyer a dans son magnifique Cabinet un Tableau de [...] »
MONSIEUR le Marquis de Voyer a dans
son magnifique Cabinet un Tableau de
Wouvermens, intitulé Cavalier du manège,
M. Moyreau qui est en possession de ten-
dre & de bien rendre les meilleurs quyra-
ges de ce grand Peintre, vient de grayer
ce beau tableau. C'est le 70 de sa suue.
Cet habile Graveur demeure rue des Ma-
thurins, la 4 Porte cochere à gauche en
entrant par la rue de la Harpe.
son magnifique Cabinet un Tableau de
Wouvermens, intitulé Cavalier du manège,
M. Moyreau qui est en possession de ten-
dre & de bien rendre les meilleurs quyra-
ges de ce grand Peintre, vient de grayer
ce beau tableau. C'est le 70 de sa suue.
Cet habile Graveur demeure rue des Ma-
thurins, la 4 Porte cochere à gauche en
entrant par la rue de la Harpe.
Fermer
3424
p. 148-149
« On a vu dans différens Mercures quelques contestations assez vives entre MM. [...] »
Début :
On a vu dans différens Mercures quelques contestations assez vives entre MM. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On a vu dans différens Mercures quelques contestations assez vives entre MM. [...] »
On a vu dans différens Mercures quelques
contestations assez vives entre MM.
le Roi l'ainé fils & le Paute, à l'occasion
d'une nouvelle pendule à une roue qui a
fait du bruit & quij en devoit faire. M. le
Roi se disoit seul inventeur de la pendule;
149
1752.
MAI.
M. le Paute prétendoit y avoir fait quel-
ques changemens. Le premier vient de
faire imprimer un Acte public qui ne laisse
aucun nuage fur ses droits; mais le second
a répandu un mémoire dans lequel il sou-
tient que le célébre M. Rivard revendi-
que cette découverte. Toutes ces préten-
tions prouvent que la nouvelle pendule
doit avoir un grand mérite.
contestations assez vives entre MM.
le Roi l'ainé fils & le Paute, à l'occasion
d'une nouvelle pendule à une roue qui a
fait du bruit & quij en devoit faire. M. le
Roi se disoit seul inventeur de la pendule;
149
1752.
MAI.
M. le Paute prétendoit y avoir fait quel-
ques changemens. Le premier vient de
faire imprimer un Acte public qui ne laisse
aucun nuage fur ses droits; mais le second
a répandu un mémoire dans lequel il sou-
tient que le célébre M. Rivard revendi-
que cette découverte. Toutes ces préten-
tions prouvent que la nouvelle pendule
doit avoir un grand mérite.
Fermer
Résumé : « On a vu dans différens Mercures quelques contestations assez vives entre MM. [...] »
En 1752, M. le Roi et M. le Paute se disputent la paternité d'une pendule à une roue. M. le Roi affirme en être l'inventeur, tandis que M. le Paute revendique des modifications majeures. M. le Roi publie un acte officiel pour affirmer ses droits. M. le Paute mentionne que M. Rivard revendique aussi cette invention.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3425
p. 149-150
« Il vient d'être mis au jour par Gaignot Me Teneur de livres à Nantes trois cartes [...] »
Début :
Il vient d'être mis au jour par Gaignot Me Teneur de livres à Nantes trois cartes [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il vient d'être mis au jour par Gaignot Me Teneur de livres à Nantes trois cartes [...] »
Il vient d'être mis au jour par Gaignot
Me Teneur de livres à Nantes trois cartes
de Cabinet ou Tarifs contenans la réduc-
tion des Monnoyes étrangeres des princi-
pales Places de l'Europe, depuis le plus
bas prix de change jusqu'au plus haut, en
argent de France, & la réduction de l'ar-
gent de France en Monnoye étrangere;
lesquelles cartes se vendent à Paris, chez
Aubert, rue S. Jacques, au papillon; à
Nantes, chez l'Auteur, rue Derdre, &
chez Tanqueray, grande-rue, vis- à -vis
la rue des Jésuites. Le même Auteur espé-
re dans peu mettre au jour deux Mappe-
mondes contenans la correspondance des
poids & aulnages d'Europe, d'Asie, d'A-
frique & d'Amérique, & trois autres
livres, 1. Le guide de Commerce.
2. L'Arithmétique supputée. 3°. L'utilité
du Commerce contenant l'instruction &
G iij
150 MERCUREDE FRANCE.
opérations des changes & rechanges étran-
gers & de la teneur des livtes de compte
à parties doubles & simples avec modé-
les, &c.
Me Teneur de livres à Nantes trois cartes
de Cabinet ou Tarifs contenans la réduc-
tion des Monnoyes étrangeres des princi-
pales Places de l'Europe, depuis le plus
bas prix de change jusqu'au plus haut, en
argent de France, & la réduction de l'ar-
gent de France en Monnoye étrangere;
lesquelles cartes se vendent à Paris, chez
Aubert, rue S. Jacques, au papillon; à
Nantes, chez l'Auteur, rue Derdre, &
chez Tanqueray, grande-rue, vis- à -vis
la rue des Jésuites. Le même Auteur espé-
re dans peu mettre au jour deux Mappe-
mondes contenans la correspondance des
poids & aulnages d'Europe, d'Asie, d'A-
frique & d'Amérique, & trois autres
livres, 1. Le guide de Commerce.
2. L'Arithmétique supputée. 3°. L'utilité
du Commerce contenant l'instruction &
G iij
150 MERCUREDE FRANCE.
opérations des changes & rechanges étran-
gers & de la teneur des livtes de compte
à parties doubles & simples avec modé-
les, &c.
Fermer
Résumé : « Il vient d'être mis au jour par Gaignot Me Teneur de livres à Nantes trois cartes [...] »
Me Teneur, libraire à Nantes, a publié 'Trois cartes de cabinet ou tarifs', contenant des tableaux de conversion des monnaies européennes. Le livre est disponible à Paris et Nantes. Prochainement, il publiera des mappemondes sur les poids et mesures mondiaux, ainsi que trois autres ouvrages sur le commerce et la comptabilité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3426
p. 150-152
DEVISES Pour les jettons de l'année 1752.
Début :
TRESOR ROYAL. Une Fontaine dont l'eau découle. Légende. Fluit [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DEVISES Pour les jettons de l'année 1752.
DEVISES
Pour les jettons de l'année 1752.
TRESOR ROYAL.
Une Fontaine dont l'eau découle. Légende.
Fluit aeternumque ministrat. Elle coule
sans se tarir. Exergue. Trésor Royal. 1752.
PARTIES CASUELLES.
Une Riviere formée par des torrens. Lé-
gende. Ex fortuitis crescit. Elle se forme
par les hazards. Exergue, Parties Casuelles.
1752.
MAISON DE LA REINE.
L'étoile Polaire. Légende, Cœlis hæ-
ret, Terris lucet. Fixée au Ciel, elle brille
sur la Terre. Exergue, Maison de la Reine.
1752.
MAISON DE MADAME LA
DAUPHINE.
Un grenadier en fleur cultivé par un
Amour. Légende. Nec vota fefellit. Il n'a
7—
JETTONUDELANNEE1752.
III
Gad
Gnus ongkii
1752
IV
VIII
VI
N
EA
1782
XI.
IX
Tor.
a
1732
.
JRnen Ser
—
G
- --
151
1752.
MAI.
point trompé nos vœux. Exergue, Maison
de Madame la Dauphine. 1752.
CHAMBRE AUX DENIERS.
Un soleil sortant de l'horison. Légende.
Vrbis & orbis laetitia. Il. fait la joye de la
ville & du monde entier. Exergue, Cham-
bre aux Deniers. 1752.
EXTRAORDINAIRE DES GUERRES.
Le Dieu Mats qui marche à grands pas
guidé par un génie qui l'éclaire de son
flambeau. Legende. Doctus iter melius. Il lui
montre la meilleure route. Exergue, Ex-
traordinaire des Guerres. 1752.
ORDINAIRE DES GUERRES.
La Déesse de la Paix appuyée sur Mars.
Légende. Sic fulta, perennis. Elle est plus
stable avec un tel appui. Exergue. Ordinai-
re des Guerres. 1752.
MARINE.
Un nid d'Alcion sur la Mer calme, au-
dessus une troupe de jeunes Alcyons pre-
nant l'essor avec leur mere. Légende. Gau-
det prole nova. Elle se réjouit de voir sa
nouvelle race. Exergue, Marine. 1752.
LES COLONIES.
Mercure, Dieu du Commerce, avec son
G iiij
Uigstzes be0O
3
172 MERCUREDE FRANCE.
Caducée orné de fleurs de lys, volant au-
dessus de l'Ocean. Légende. Vtrique facit
commercia Mundo. Il unit le commerce des
deux Mondes. Exergue. Colonies. 1752.
BATIMENS DU ROY.
Minerve dans l'attitude d'une personne
qui pense, le coude appuyé sut une table
où sont quelques instrumens d'Archirectu-
re. Légende. Molitur grandia. Elle projet-
te de grandes choses. Exergue. Batimens du
Roi. 1752.
ARTILLERIE.
Le Soleil sortant de l'horison, & sur la
gauche un nuage d'où part la foudre, ce
qui étoit d'un heureux présage chez les
Romains. Légende, Hujus in ortu intonuit
laevum. A son lever il a tonné à gauche.
Exergue. Artillerie. 1752.
Pour les jettons de l'année 1752.
TRESOR ROYAL.
Une Fontaine dont l'eau découle. Légende.
Fluit aeternumque ministrat. Elle coule
sans se tarir. Exergue. Trésor Royal. 1752.
PARTIES CASUELLES.
Une Riviere formée par des torrens. Lé-
gende. Ex fortuitis crescit. Elle se forme
par les hazards. Exergue, Parties Casuelles.
1752.
MAISON DE LA REINE.
L'étoile Polaire. Légende, Cœlis hæ-
ret, Terris lucet. Fixée au Ciel, elle brille
sur la Terre. Exergue, Maison de la Reine.
1752.
MAISON DE MADAME LA
DAUPHINE.
Un grenadier en fleur cultivé par un
Amour. Légende. Nec vota fefellit. Il n'a
7—
JETTONUDELANNEE1752.
III
Gad
Gnus ongkii
1752
IV
VIII
VI
N
EA
1782
XI.
IX
Tor.
a
1732
.
JRnen Ser
—
G
- --
151
1752.
MAI.
point trompé nos vœux. Exergue, Maison
de Madame la Dauphine. 1752.
CHAMBRE AUX DENIERS.
Un soleil sortant de l'horison. Légende.
Vrbis & orbis laetitia. Il. fait la joye de la
ville & du monde entier. Exergue, Cham-
bre aux Deniers. 1752.
EXTRAORDINAIRE DES GUERRES.
Le Dieu Mats qui marche à grands pas
guidé par un génie qui l'éclaire de son
flambeau. Legende. Doctus iter melius. Il lui
montre la meilleure route. Exergue, Ex-
traordinaire des Guerres. 1752.
ORDINAIRE DES GUERRES.
La Déesse de la Paix appuyée sur Mars.
Légende. Sic fulta, perennis. Elle est plus
stable avec un tel appui. Exergue. Ordinai-
re des Guerres. 1752.
MARINE.
Un nid d'Alcion sur la Mer calme, au-
dessus une troupe de jeunes Alcyons pre-
nant l'essor avec leur mere. Légende. Gau-
det prole nova. Elle se réjouit de voir sa
nouvelle race. Exergue, Marine. 1752.
LES COLONIES.
Mercure, Dieu du Commerce, avec son
G iiij
Uigstzes be0O
3
172 MERCUREDE FRANCE.
Caducée orné de fleurs de lys, volant au-
dessus de l'Ocean. Légende. Vtrique facit
commercia Mundo. Il unit le commerce des
deux Mondes. Exergue. Colonies. 1752.
BATIMENS DU ROY.
Minerve dans l'attitude d'une personne
qui pense, le coude appuyé sut une table
où sont quelques instrumens d'Archirectu-
re. Légende. Molitur grandia. Elle projet-
te de grandes choses. Exergue. Batimens du
Roi. 1752.
ARTILLERIE.
Le Soleil sortant de l'horison, & sur la
gauche un nuage d'où part la foudre, ce
qui étoit d'un heureux présage chez les
Romains. Légende, Hujus in ortu intonuit
laevum. A son lever il a tonné à gauche.
Exergue. Artillerie. 1752.
Fermer
Résumé : DEVISES Pour les jettons de l'année 1752.
En 1752, divers jettons ont été émis pour représenter différentes institutions et fonctions royales. Le 'Trésor Royal' est symbolisé par une fontaine à eau éternelle, représentant une ressource inépuisable. Les 'Parties Casuelles' montrent une rivière formée par des torrents, signifiant une croissance aléatoire. La 'Maison de la Reine' est représentée par l'étoile Polaire, fixe et brillante. La 'Maison de Madame la Dauphine' présente un grenadier en fleur cultivé par un Amour, indiquant des vœux réalisés. La 'Chambre aux Deniers' utilise l'image d'un soleil levant apportant joie à la ville et au monde. L''Extraordinaire des Guerres' montre le dieu Mars guidé par un génie éclairant. L''Ordinnaire des Guerres' illustre la déesse de la Paix appuyée sur Mars, soulignant la stabilité. La 'Marine' est symbolisée par un nid d'Alcyons sur une mer calme, exprimant la joie d'une nouvelle génération. Les 'Colonies' sont représentées par Mercure unissant les deux mondes par le commerce. Les 'Batimens du Roy' montrent Minerve projetant de grandes choses. Enfin, l''Artillerie' utilise l'image du soleil levant accompagné d'un nuage de foudre, un présage heureux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3427
p. 163-164
« L'Académie Royale de Musique a donné à la rentrée, la Guirlande, Pigmalion [...] »
Début :
L'Académie Royale de Musique a donné à la rentrée, la Guirlande, Pigmalion [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Académie Royale de Musique a donné à la rentrée, la Guirlande, Pigmalion [...] »
L'Académie Royale de Musique a donné
à la rentrée, la Guirlande, Pigmalion
& Zelindor, & elle continuera à les donner
les Dimanches, les Mardis & les Vendre-
dis, jusqu au deux du mois de Mai qu'elle
remettra au théatre Daphnis & Cloé. M.
Godar qui vient de l'Opera de Bordeaux
a débuté le 11 dans le rolle de Pigmalion.
Le Public a trouvé ce nouvel Acteur Mu-
sicien, on est même convenu assez géné-
ralement qu'il avoit de l'adresse; son or-
gane n'a pas été jugé si favorablement,
les vrais & grands connoisseurs nen espé-
rent pas beaucoup. M. Jeliotte & Mlle
Fel continuent à jouer d'une maniere
ravissante dans Zelindor, Ouvrage déli-
cieux.
Omphale est devenu l'Opera des Jeudis.
L'intérêt qu'on prend aux progrès de M.
Gelin, a attire un peu de monde. Le
nouvel Alcide n'a pas l'expression, la no-
blesse, les attitudes vraiment sublimes de
l'ancien, un des plus grands Acteurs qu'il y
ait jamais eu à l'Opéra; mais il a une très-bel-
le voix, la figure théatrale, plus de fierté
164 MERCURE DE FRANCE.
& d'aisance qu'on n'est en droit d'en exi-
ger d'un talent naissant. Nous devons dire
à M. Gelin au nom du Public, qu'avec
des réflexions, du travail, & les conseils
des gens de goût & de l'art, de M. de Chas-
sé sur tout, il deviendra un Acteur du
premier ordre.
à la rentrée, la Guirlande, Pigmalion
& Zelindor, & elle continuera à les donner
les Dimanches, les Mardis & les Vendre-
dis, jusqu au deux du mois de Mai qu'elle
remettra au théatre Daphnis & Cloé. M.
Godar qui vient de l'Opera de Bordeaux
a débuté le 11 dans le rolle de Pigmalion.
Le Public a trouvé ce nouvel Acteur Mu-
sicien, on est même convenu assez géné-
ralement qu'il avoit de l'adresse; son or-
gane n'a pas été jugé si favorablement,
les vrais & grands connoisseurs nen espé-
rent pas beaucoup. M. Jeliotte & Mlle
Fel continuent à jouer d'une maniere
ravissante dans Zelindor, Ouvrage déli-
cieux.
Omphale est devenu l'Opera des Jeudis.
L'intérêt qu'on prend aux progrès de M.
Gelin, a attire un peu de monde. Le
nouvel Alcide n'a pas l'expression, la no-
blesse, les attitudes vraiment sublimes de
l'ancien, un des plus grands Acteurs qu'il y
ait jamais eu à l'Opéra; mais il a une très-bel-
le voix, la figure théatrale, plus de fierté
164 MERCURE DE FRANCE.
& d'aisance qu'on n'est en droit d'en exi-
ger d'un talent naissant. Nous devons dire
à M. Gelin au nom du Public, qu'avec
des réflexions, du travail, & les conseils
des gens de goût & de l'art, de M. de Chas-
sé sur tout, il deviendra un Acteur du
premier ordre.
Fermer
Résumé : « L'Académie Royale de Musique a donné à la rentrée, la Guirlande, Pigmalion [...] »
L'Académie Royale de Musique a présenté 'La Guirlande', 'Pigmalion' et 'Zelindor' pour la rentrée. Ces spectacles sont programmés les dimanches, mardis et vendredis jusqu'au 2 mai, date à laquelle 'Daphnis et Cloé' sera repris. M. Godar, nouvellement arrivé de l'Opéra de Bordeaux, a interprété Pigmalion à partir du 11 avril. Son jeu a été salué, mais sa voix a reçu des avis partagés. Dans 'Zelindor', M. Jéliotte et Mlle Fel continuent de se distinguer. 'Omphale' est maintenant joué les jeudis, attirant un public curieux des progrès de M. Gelin. Bien que ce dernier manque d'expression et de noblesse par rapport à son prédécesseur, il possède une belle voix et une présence scénique prometteuse. Le public espère que, avec du travail et les conseils de personnes compétentes comme M. de Chassé, M. Gelin pourra s'améliorer.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3428
p. 164-172
« Nous croyons devoir rendre compte ici d'un évenement fort glorieux pour notre [...] »
Début :
Nous croyons devoir rendre compte ici d'un évenement fort glorieux pour notre [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Nous croyons devoir rendre compte ici d'un évenement fort glorieux pour notre [...] »
Nous croyons devoir rendre compte ici
d'un évenement fort glorieux pour notre
théatre lyrique, & très flatteur pour Mrs
de Cahusac & Rameau. On a traduit en
vers Italiens l'Opéra de Zoroastre, & il
a été représenté pendant le carnaval der-
nier avec grande magnificence & beaucoup
de succès sur le théatre Royal de Dresde.
Nous allons mettre sous les yeux de nos
Lecteurs quelques morceaux de l'original,
& de la traduction. On sera par là a por-
tée de juger de sa fidélité & de son élé-
gance.
Scene premiere,
Acte premier.
Zopire.
De vos enchantemens la force est invincible,
Le pouvoir qu'Ariman a remis en vos mains,
De sa vaste puissance est l'image terrible
Kous avez à ses piés entraîné les humains.
MAI. 1752.
165
Abramane.
Ce pouvoir éclatant ne touche plus mon ame
Que l'appas d'un trône est flatteur !
Ce seul bien manque à ma grandeur,
Et mon ambition qui s'irrite & s'enslamme
Le présente sans cesse aux desirs de mon cœur.
Traduction Italienne.
Zopiro.
Degli alti tuoi incantamenti
E invincibil la forza:
Come potra sottarssi à colpi tuoi»
Il poter che Arimano te concesso
Di sua vasta potenza e imagin vera
Tu proſtrati à suoi piedi
Conducesti i mortali.
Abramano.
Lalma mia
Fini di compiacersi
D'un si vasto poter. La mente al trono
Alzo, & lo scorgo di splendor si pieno
Che non occhio sereno
Non posso rimirar la mia grandezza
Priva de fregi suoi. Non passa instante
In cui la gloria mia
Non mirifacci alcor ch'ei sol mi manca.
166 MERCUREDE FRANCE.
Scene seconde.
Abramane.
Princesse, avec Phoeres la tirannie expire,
Ses yeux étoient couverts d'un funeste bandeau;
Et nos Dieux qu'il croyoit détruire
L'ont conduit à pas lents dans la nuit du tombeau.
Abramano.
Principessa, alla fin la tirannia
Con Feres gia s'estinse.
Erano gl'occhi suoi
D'una benda coperti atra, & funesta,
Ei nostri sommi Dei,
Che distrugger credea, l'anno condotto
All' orror della morte à lento passo.
Au second Acte nous avons trouvé une
Scene entieré d'une grande beauté. Nous
croyons devoir la transcrire avec celle de
l'original.
Zoroastre entouré de peuples sauvages.
Ces retraites sont les aziles
De l'innocence & de la paix.
Peuples, puissiez-vous desormais
N'y trouver que des jours tranquilles.
D'un Dieu mastre des Dieux, & pere des hu-
mains,
MA I. 1752.
167
Vous avez reconnu la puissance suprême
A ces traits éclatans dont il s'est peint lui-même
Dans les Ouvrages de ses mains,
Abenis, Cenide, les Chœurs.
Le bruit effrayant du tonnerre,
Le feu rapide des éclairs
Abenis, Cenide.
L'haleine des Zephirs qui parfume les airs,
Les fleurs qui brillent sur la terre,
Les Chœurs.
Tout retrace sa gloire aux yeux de l'univers,
Zoroastre.
Un trône éclatant de lumiere
Aux mortels éblouis dérobe envain ses traits,
Pour le bonheur du monde il remplit sa cartiere;
Il est l'ame & l'amour de la nature entiere
Par sa flamme & par ses bienfaits.
Traduction.
Zoroastro.
Questi dolci ritiri son le stanze,
Doue regnano insieme
L'innocenza e la pace.
In questi dalma quiete: alberghi veri,
168 MERCUREDE FRANCE.
Popoli fortunati, mai non giunga
Rea ambizione ad agitarvi il core,
Quivi possiate al sine
Passar tranquilli giorni e liete l'ore.
Riconoscete la potenza estrema
D'un Dio, che agl' atri Dei sourano impera,
Gran Padre de mortali il rannisaste
All' opre eccelse delle mani sue
Ne' portentosi segni che miraste.
I dubii nostri es tinse
Et se stesso depinsse.
Abenide.
Nel tuono spaventoso
Del suo fulmin tremendo
Nel rapido chiarore del baleno
L'immenso suo poter mostrossi appieno.
Cenide.
Nello spirao soave
De Zephiri adorosi
Ne vaghi fior che adornano il terreno
L'immenso suo poter mostrossi appieno.
Zoroastro.
Un trono rilucente,
Seggio divin d'un immortal splendore
Non può à longo eclar i preggi suoi.
Dag
MA
1752. 169
I.
Dagl' Esperii discosti ai lidi eoi
Pergran sorte del mondo
..
Compie la sua carriera:
Egli e l'alma & l'amore
Della natura intiera,
E la luce, e le fiame sue divine
Fortunati adorate
I benefici suoi non han confine.
A ces grands morceaux nous pensons
devoir joindre quelques détails de pur
agrément, dont les images riantes sem-
bient faites pour la Langue Italienne, &
que M. de Cahusac a heureusement tra-
cées dans la nôtre.
Cenide.
Dans nos bois le cœeur nous con duit,
On ne s'unit que quand on aime,
Et c'est pour aimer qu'on s'unit.
Une tendresse extrême
Précede l'himen & le suit.
On le prendroit pour l'amour même
Et l'amour s'en applaudit.
Cenida.
Ne nostti bosehi ei richiama il core
E l'amor, che ei unisce
H
170 MERCURE DEFRANCE.
E noi ei uniam per conservarei amore.
Indicibil dolezze
..:
Estreme tenerezze
Precedono Imeneo.
E lo segnono tutte inqueste selue.
Sembra l'amore istesso,
E lieto amor ridente.
Se ne fa gloria, e dall attor consonte.
*"
Zoroastre.
.)
A vos vœeux l'amour se présente
Sous les traits riants du plaisir.
....
est le prix d'une flamme constante,
Le bonheui
..* ../.
Il faut se fixer pour jouir.
*. ..... *
).)
Le Papillon & le Zephir
Ne voltigentique dans l'attente
De la fleur cherie & brillante
Qui pour eux doit s'épanouir.
Le tuisseau murmure & serpente
Jusqu'au séjour qui lui présente
L'onde à laquelle il doit s'unir.
Zoroastro.
Nel mezzo delle Gioie ei Dei piaceti
Favorevol l'amor ai delio vostri,
Triomphante festeggia;
Una fiama constante in premio ottiene
Nella felicitade un vero bene.
20 by
.
MAI.
1752.
171
Lephiro dolce spira
Farfalla errante gira,
E in premio all innocente cor desio
Mirano alfin spuntat l'amato fiore.
Picciol ruscel con mormorio soave
Veloce eorre alla bramata riva
Del fumicello, a cui giunger se deve,
Ed al fine l'arriva.
C'est ainsi que l'on trouve dans toute la
traduction, l'esprit de l'ouvrage original
rendu avec un coloris ou fort ou aimable,
& M. Casanuova qui en est l'Auteur, fait
assez voir qu'il est capable de produire par
lui-même des Poëmes dignes d'être lus.
On a suivi litteralement dans la re-
présentation le plan des décorations, la
forme des ballets, & l'arrangement des
machines, dont l'enchaînement & la va-
riété ont frappé à Paris en 1749 tous los
Connoisseurs, & on S'est servi pour les
danses, composées par M. Pitrot premiet
danseur, & compositeur des ballets du
Roi de Pologne, & pour les ariettes & le
dernier choeur, de la Musique du Signor
. *
Adam.
Ontre le beau choeur, tremble, tremble,
fui nos pas, du premier acte sur lequel oh
a mis une traduction italienne très-bien
adaptée au chant & au dessein, on a con-
Hi
172 MERCURE DEFRANCE.
servé encore tous les grands tableaux de
Musique de l'Opéra François, comme par
exemple, la marche sublime pour l'adora-
tion du Soleil levant du second Acte, &
on a débuté par l'ouverture, dont on a
donné une explication en tête de l'ouvra-
ge traduite du François.
Ainsi, graces aux talens singuliers de
M. de Cahusac pour un genre aussi difficile
que peu connu, & à la reputation extraor-
dinaire de M. Rameau, la France partage
avec deux de ses Auteurs modetnes un
honneur, dont nos Poëtes lyriques &
nos Musiciens n avoient pas encore joui.
Nous sommes flattés de pouvoir, dans
une occasion aussi brillante, rendre justi-
ce à un ouvrage qui a attiré dans sa nou-
veauté, de si fortes représentations.
Il y a apparence que cet évenement ne
refroidira pas le desir répandu depuis long.
tems dans le public, pour la reprise de cet
Opéra. On assure que le Poëte & le Musi-
icien ont travaillé de concert pour y a joû-
ter encore de nouvelles beautés. Puissent-
elles, pour l'honneur de l'Art, égaler la
ptécision, la clarté, la noblesse du pre-
mier Acte, & la force sublime & conti-
nue du quatrième.
d'un évenement fort glorieux pour notre
théatre lyrique, & très flatteur pour Mrs
de Cahusac & Rameau. On a traduit en
vers Italiens l'Opéra de Zoroastre, & il
a été représenté pendant le carnaval der-
nier avec grande magnificence & beaucoup
de succès sur le théatre Royal de Dresde.
Nous allons mettre sous les yeux de nos
Lecteurs quelques morceaux de l'original,
& de la traduction. On sera par là a por-
tée de juger de sa fidélité & de son élé-
gance.
Scene premiere,
Acte premier.
Zopire.
De vos enchantemens la force est invincible,
Le pouvoir qu'Ariman a remis en vos mains,
De sa vaste puissance est l'image terrible
Kous avez à ses piés entraîné les humains.
MAI. 1752.
165
Abramane.
Ce pouvoir éclatant ne touche plus mon ame
Que l'appas d'un trône est flatteur !
Ce seul bien manque à ma grandeur,
Et mon ambition qui s'irrite & s'enslamme
Le présente sans cesse aux desirs de mon cœur.
Traduction Italienne.
Zopiro.
Degli alti tuoi incantamenti
E invincibil la forza:
Come potra sottarssi à colpi tuoi»
Il poter che Arimano te concesso
Di sua vasta potenza e imagin vera
Tu proſtrati à suoi piedi
Conducesti i mortali.
Abramano.
Lalma mia
Fini di compiacersi
D'un si vasto poter. La mente al trono
Alzo, & lo scorgo di splendor si pieno
Che non occhio sereno
Non posso rimirar la mia grandezza
Priva de fregi suoi. Non passa instante
In cui la gloria mia
Non mirifacci alcor ch'ei sol mi manca.
166 MERCUREDE FRANCE.
Scene seconde.
Abramane.
Princesse, avec Phoeres la tirannie expire,
Ses yeux étoient couverts d'un funeste bandeau;
Et nos Dieux qu'il croyoit détruire
L'ont conduit à pas lents dans la nuit du tombeau.
Abramano.
Principessa, alla fin la tirannia
Con Feres gia s'estinse.
Erano gl'occhi suoi
D'una benda coperti atra, & funesta,
Ei nostri sommi Dei,
Che distrugger credea, l'anno condotto
All' orror della morte à lento passo.
Au second Acte nous avons trouvé une
Scene entieré d'une grande beauté. Nous
croyons devoir la transcrire avec celle de
l'original.
Zoroastre entouré de peuples sauvages.
Ces retraites sont les aziles
De l'innocence & de la paix.
Peuples, puissiez-vous desormais
N'y trouver que des jours tranquilles.
D'un Dieu mastre des Dieux, & pere des hu-
mains,
MA I. 1752.
167
Vous avez reconnu la puissance suprême
A ces traits éclatans dont il s'est peint lui-même
Dans les Ouvrages de ses mains,
Abenis, Cenide, les Chœurs.
Le bruit effrayant du tonnerre,
Le feu rapide des éclairs
Abenis, Cenide.
L'haleine des Zephirs qui parfume les airs,
Les fleurs qui brillent sur la terre,
Les Chœurs.
Tout retrace sa gloire aux yeux de l'univers,
Zoroastre.
Un trône éclatant de lumiere
Aux mortels éblouis dérobe envain ses traits,
Pour le bonheur du monde il remplit sa cartiere;
Il est l'ame & l'amour de la nature entiere
Par sa flamme & par ses bienfaits.
Traduction.
Zoroastro.
Questi dolci ritiri son le stanze,
Doue regnano insieme
L'innocenza e la pace.
In questi dalma quiete: alberghi veri,
168 MERCUREDE FRANCE.
Popoli fortunati, mai non giunga
Rea ambizione ad agitarvi il core,
Quivi possiate al sine
Passar tranquilli giorni e liete l'ore.
Riconoscete la potenza estrema
D'un Dio, che agl' atri Dei sourano impera,
Gran Padre de mortali il rannisaste
All' opre eccelse delle mani sue
Ne' portentosi segni che miraste.
I dubii nostri es tinse
Et se stesso depinsse.
Abenide.
Nel tuono spaventoso
Del suo fulmin tremendo
Nel rapido chiarore del baleno
L'immenso suo poter mostrossi appieno.
Cenide.
Nello spirao soave
De Zephiri adorosi
Ne vaghi fior che adornano il terreno
L'immenso suo poter mostrossi appieno.
Zoroastro.
Un trono rilucente,
Seggio divin d'un immortal splendore
Non può à longo eclar i preggi suoi.
Dag
MA
1752. 169
I.
Dagl' Esperii discosti ai lidi eoi
Pergran sorte del mondo
..
Compie la sua carriera:
Egli e l'alma & l'amore
Della natura intiera,
E la luce, e le fiame sue divine
Fortunati adorate
I benefici suoi non han confine.
A ces grands morceaux nous pensons
devoir joindre quelques détails de pur
agrément, dont les images riantes sem-
bient faites pour la Langue Italienne, &
que M. de Cahusac a heureusement tra-
cées dans la nôtre.
Cenide.
Dans nos bois le cœeur nous con duit,
On ne s'unit que quand on aime,
Et c'est pour aimer qu'on s'unit.
Une tendresse extrême
Précede l'himen & le suit.
On le prendroit pour l'amour même
Et l'amour s'en applaudit.
Cenida.
Ne nostti bosehi ei richiama il core
E l'amor, che ei unisce
H
170 MERCURE DEFRANCE.
E noi ei uniam per conservarei amore.
Indicibil dolezze
..:
Estreme tenerezze
Precedono Imeneo.
E lo segnono tutte inqueste selue.
Sembra l'amore istesso,
E lieto amor ridente.
Se ne fa gloria, e dall attor consonte.
*"
Zoroastre.
.)
A vos vœeux l'amour se présente
Sous les traits riants du plaisir.
....
est le prix d'une flamme constante,
Le bonheui
..* ../.
Il faut se fixer pour jouir.
*. ..... *
).)
Le Papillon & le Zephir
Ne voltigentique dans l'attente
De la fleur cherie & brillante
Qui pour eux doit s'épanouir.
Le tuisseau murmure & serpente
Jusqu'au séjour qui lui présente
L'onde à laquelle il doit s'unir.
Zoroastro.
Nel mezzo delle Gioie ei Dei piaceti
Favorevol l'amor ai delio vostri,
Triomphante festeggia;
Una fiama constante in premio ottiene
Nella felicitade un vero bene.
20 by
.
MAI.
1752.
171
Lephiro dolce spira
Farfalla errante gira,
E in premio all innocente cor desio
Mirano alfin spuntat l'amato fiore.
Picciol ruscel con mormorio soave
Veloce eorre alla bramata riva
Del fumicello, a cui giunger se deve,
Ed al fine l'arriva.
C'est ainsi que l'on trouve dans toute la
traduction, l'esprit de l'ouvrage original
rendu avec un coloris ou fort ou aimable,
& M. Casanuova qui en est l'Auteur, fait
assez voir qu'il est capable de produire par
lui-même des Poëmes dignes d'être lus.
On a suivi litteralement dans la re-
présentation le plan des décorations, la
forme des ballets, & l'arrangement des
machines, dont l'enchaînement & la va-
riété ont frappé à Paris en 1749 tous los
Connoisseurs, & on S'est servi pour les
danses, composées par M. Pitrot premiet
danseur, & compositeur des ballets du
Roi de Pologne, & pour les ariettes & le
dernier choeur, de la Musique du Signor
. *
Adam.
Ontre le beau choeur, tremble, tremble,
fui nos pas, du premier acte sur lequel oh
a mis une traduction italienne très-bien
adaptée au chant & au dessein, on a con-
Hi
172 MERCURE DEFRANCE.
servé encore tous les grands tableaux de
Musique de l'Opéra François, comme par
exemple, la marche sublime pour l'adora-
tion du Soleil levant du second Acte, &
on a débuté par l'ouverture, dont on a
donné une explication en tête de l'ouvra-
ge traduite du François.
Ainsi, graces aux talens singuliers de
M. de Cahusac pour un genre aussi difficile
que peu connu, & à la reputation extraor-
dinaire de M. Rameau, la France partage
avec deux de ses Auteurs modetnes un
honneur, dont nos Poëtes lyriques &
nos Musiciens n avoient pas encore joui.
Nous sommes flattés de pouvoir, dans
une occasion aussi brillante, rendre justi-
ce à un ouvrage qui a attiré dans sa nou-
veauté, de si fortes représentations.
Il y a apparence que cet évenement ne
refroidira pas le desir répandu depuis long.
tems dans le public, pour la reprise de cet
Opéra. On assure que le Poëte & le Musi-
icien ont travaillé de concert pour y a joû-
ter encore de nouvelles beautés. Puissent-
elles, pour l'honneur de l'Art, égaler la
ptécision, la clarté, la noblesse du pre-
mier Acte, & la force sublime & conti-
nue du quatrième.
Fermer
Résumé : « Nous croyons devoir rendre compte ici d'un évenement fort glorieux pour notre [...] »
Le texte décrit la traduction en italien de l'opéra 'Zoroastre' de Jean-Philippe Rameau, qui a été présenté avec succès au théâtre royal de Dresde lors du dernier carnaval. La traduction, effectuée par M. Casanuova, est louée pour sa fidélité et son élégance. L'opéra comprend plusieurs scènes marquantes. Dans la première scène de l'acte premier, les pouvoirs de Zoroastre et l'ambition d'Abramane sont mis en avant. La deuxième scène de cet acte évoque la fin de la tyrannie de Phoeres. L'acte II montre Zoroastre célébrant la puissance divine et la paix parmi des peuples sauvages. La mise en scène respecte scrupuleusement le plan des décorations, les ballets et les machines, qui avaient déjà impressionné à Paris en 1749. Les danses sont composées par M. Pitrot, tandis que les ariettes et le dernier chœur sont tirés de la musique du Signor Adam. Le chœur 'tremble, tremble, fuis nos pas' du premier acte est particulièrement apprécié pour sa traduction adaptée au chant. La représentation inclut également des morceaux célèbres de l'Opéra Français, comme la marche pour l'adoration du Soleil levant du second acte. L'ouverture de l'opéra est traduite du français. Le texte exprime la satisfaction de rendre justice à cet ouvrage innovant et anticipe une reprise avec de nouvelles beautés ajoutées par le poète et le musicien.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3429
p. 172-174
« Les Comédiens François ont fait la cloture de leur théatre par Athalie & l'Oracle, [...] »
Début :
Les Comédiens François ont fait la cloture de leur théatre par Athalie & l'Oracle, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François ont fait la cloture de leur théatre par Athalie & l'Oracle, [...] »
Les Comédiens François ont fait la cloture de leur théatre par Athalie & l'Oracle,
MAI. 1752.
173
& l'ouverture par Polieucte & les
Précieuses. M. le Kain a fait le compliment
dans la premiere de ces occasions, & M.
de Belcourt dans la seconde. Athalie le
chef-d'œeuvre d'un Auteur accoutumé à
nous attendrir, a excité notre admiration;
& Polieucte le chef-d'œeuvre d'un autre
génie accoutumè à notre admiration, nous
a arraché des larmes. Le public nous per-
mettra de lui rappeller à l'occasion de ces
piéces deux Anecdotes assez singulieres.
Athalie fut d'abord mal reçue, on di-
soit que c'étoit un sujet de dévotion des-
tiné à amuser des enfans: Un Prêtre & un
enfant en étoient, disoit-on, les princi-
paux objets. Desptéaux tint bon. Il osa
soûtenir qu'Athalie étoit le chef-d'œeuvre
& du Poëte & de la Tragédie, & que le
public tôt ou tard y reviendroit. Il fut feul
de son avis, & malgré sa prédiction, Ra-
cine mourut persuadé qu il avoit manqué
son sujet; parce que la froideur du public
pour cette Tragédie, lui fit croire qu'il
n avoit pas scum la rendre intéressante. Cet-
te piéce faite pour S. Cyr, n'avoit jamais
été jouée par les Comediens. M. le Duc
d'Orléans Regent du Royaume, voulut
connoître quel effet elle produiroit sur le
théatre, & malgré la clause insérée dans
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
le Privilège, ordonna aux Comediens
de la jouer. Le succès fut étonnant; & les
premieres représentations faites à la Cour,
donnoient un nouveau prix à cette Piéce,
parce que le Roi étoit à peu près de l'âge
de Joas.
Avant que l'on jouât Polieucte, Cor-
neille le lut à l'Hôtel de Rambouillet, sou-
verain Tribunal des affaires d'esprit en
ce tems-là; la piéce y fut applaudie autant
que le demandoit la bienséance & la gran-
de réputation que l'Auteur avoit déja. Mais
quelques jours après, Voiture vint trou-
ver Corneille, & prit des tours fort déli-
cats, pour lui dire que Polieucte n'avoit
pas réussi comme il pensoit, que sur toui
le Christianisme avoit déplu: Corneille
allarmé, voulut retirer sa piéce d'entre les
mains des Comediens qui l'apprenoient;
mais enfin il la leur laissa sut la parole
d'un d'entr'eux qui n'y jouoit point.
MAI. 1752.
173
& l'ouverture par Polieucte & les
Précieuses. M. le Kain a fait le compliment
dans la premiere de ces occasions, & M.
de Belcourt dans la seconde. Athalie le
chef-d'œeuvre d'un Auteur accoutumé à
nous attendrir, a excité notre admiration;
& Polieucte le chef-d'œeuvre d'un autre
génie accoutumè à notre admiration, nous
a arraché des larmes. Le public nous per-
mettra de lui rappeller à l'occasion de ces
piéces deux Anecdotes assez singulieres.
Athalie fut d'abord mal reçue, on di-
soit que c'étoit un sujet de dévotion des-
tiné à amuser des enfans: Un Prêtre & un
enfant en étoient, disoit-on, les princi-
paux objets. Desptéaux tint bon. Il osa
soûtenir qu'Athalie étoit le chef-d'œeuvre
& du Poëte & de la Tragédie, & que le
public tôt ou tard y reviendroit. Il fut feul
de son avis, & malgré sa prédiction, Ra-
cine mourut persuadé qu il avoit manqué
son sujet; parce que la froideur du public
pour cette Tragédie, lui fit croire qu'il
n avoit pas scum la rendre intéressante. Cet-
te piéce faite pour S. Cyr, n'avoit jamais
été jouée par les Comediens. M. le Duc
d'Orléans Regent du Royaume, voulut
connoître quel effet elle produiroit sur le
théatre, & malgré la clause insérée dans
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
le Privilège, ordonna aux Comediens
de la jouer. Le succès fut étonnant; & les
premieres représentations faites à la Cour,
donnoient un nouveau prix à cette Piéce,
parce que le Roi étoit à peu près de l'âge
de Joas.
Avant que l'on jouât Polieucte, Cor-
neille le lut à l'Hôtel de Rambouillet, sou-
verain Tribunal des affaires d'esprit en
ce tems-là; la piéce y fut applaudie autant
que le demandoit la bienséance & la gran-
de réputation que l'Auteur avoit déja. Mais
quelques jours après, Voiture vint trou-
ver Corneille, & prit des tours fort déli-
cats, pour lui dire que Polieucte n'avoit
pas réussi comme il pensoit, que sur toui
le Christianisme avoit déplu: Corneille
allarmé, voulut retirer sa piéce d'entre les
mains des Comediens qui l'apprenoient;
mais enfin il la leur laissa sut la parole
d'un d'entr'eux qui n'y jouoit point.
Fermer
Résumé : « Les Comédiens François ont fait la cloture de leur théatre par Athalie & l'Oracle, [...] »
En mai 1752, les Comédiens Français ont conclu leur saison avec 'Athalie' et 'L'Oracle', et l'ont inaugurée avec 'Polyeucte' et 'Les Précieuses'. M. Le Kain et M. de Belcourt ont prononcé des discours lors des premières représentations. 'Athalie', de Racine, a été admirée par le public, tandis que 'Polyeucte', de Corneille, a ému les spectateurs. 'Athalie' avait initialement été mal reçue pour son caractère religieux, mais Despréaux l'a défendue comme un chef-d'œuvre. Racine est décédé en pensant avoir échoué avec cette pièce. Elle n'avait jamais été jouée par les Comédiens Français jusqu'à ce que le duc d'Orléans ordonne sa représentation, qui fut un succès, notamment à la cour. Avant la représentation de 'Polyeucte', Corneille l'a lu à l'Hôtel de Rambouillet, où elle a été bien accueillie. Cependant, Voiture a informé Corneille que le thème chrétien avait déplu, ce qui a alarmé l'auteur. Corneille a envisagé de retirer la pièce mais l'a finalement laissée aux Comédiens sur la parole d'un acteur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3430
p. 174-175
« M. Bourg a paru Mardi 12 Avril, au théatre François pour la premiere fois. Il [...] »
Début :
M. Bourg a paru Mardi 12 Avril, au théatre François pour la premiere fois. Il [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M. Bourg a paru Mardi 12 Avril, au théatre François pour la premiere fois. Il [...] »
M. Bourg a paru Mardi 12 Avril, au
théatre François pour la premiere fois. Il
a choisi pour son début la Métromanie &
les Vendanges de Surêne, & dans ces
denx Comedies les roles de Francaleu
& de Thibaut. Le nouvel Acteur s'est ren-
du justice en ne se montrant qu'une fois au
public qui lui doit pourtant le plaisic d'a-
MAI.
1752. 179
voir revu la Métromanie. Cette piéce vrai-
ment originale, dont l'ordonnance est fort
belle, qui réunit le comique des détails
au comique beaucoup plus rare de situa-
tion, où les plaisanteries naissent toujours
du fond du sujet, & qui est écrite aveo
beaucoup de force & de naturel, n est pas
jouée aussi souvent qu'elle devroit l'être.
Tous les Spectateurs ont été frappés à la
derniere représentation du jeu vif, ingé-
nieux, plein d'anthousiasme de M. Grand-
val; il nous semble que la vérité de l'ac-
tion de M. Sarrasin a échapé à la multitu-
de. Nous ne craignons pas de dire que l'i-
magination ne va pas plus loin que le ta-
lent de ce dernier Acteur, lorsqu'il est bien
placé.
théatre François pour la premiere fois. Il
a choisi pour son début la Métromanie &
les Vendanges de Surêne, & dans ces
denx Comedies les roles de Francaleu
& de Thibaut. Le nouvel Acteur s'est ren-
du justice en ne se montrant qu'une fois au
public qui lui doit pourtant le plaisic d'a-
MAI.
1752. 179
voir revu la Métromanie. Cette piéce vrai-
ment originale, dont l'ordonnance est fort
belle, qui réunit le comique des détails
au comique beaucoup plus rare de situa-
tion, où les plaisanteries naissent toujours
du fond du sujet, & qui est écrite aveo
beaucoup de force & de naturel, n est pas
jouée aussi souvent qu'elle devroit l'être.
Tous les Spectateurs ont été frappés à la
derniere représentation du jeu vif, ingé-
nieux, plein d'anthousiasme de M. Grand-
val; il nous semble que la vérité de l'ac-
tion de M. Sarrasin a échapé à la multitu-
de. Nous ne craignons pas de dire que l'i-
magination ne va pas plus loin que le ta-
lent de ce dernier Acteur, lorsqu'il est bien
placé.
Fermer
Résumé : « M. Bourg a paru Mardi 12 Avril, au théatre François pour la premiere fois. Il [...] »
Le 12 avril, M. Bourg a interprété les rôles de Francaleu dans 'La Métromanie' et de Thibaut dans 'Les Vendanges de Surène' au théâtre François. 'La Métromanie' se distingue par son originalité et sa structure soignée, combinant le comique des détails et des situations. La pièce, écrite avec force et naturel, mérite d'être jouée plus souvent. Lors de la dernière représentation, M. Grandval a été félicité pour son jeu vif, ingénieux et enthousiaste. En revanche, la performance de M. Sarrasin, bien que juste lorsqu'il est bien placé, n'a pas retenu l'attention du public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3431
p. 175
« Les Comediens François ont donné Jeudi 20 Avril la premiere représentation [...] »
Début :
Les Comediens François ont donné Jeudi 20 Avril la premiere représentation [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comediens François ont donné Jeudi 20 Avril la premiere représentation [...] »
Les Comediens François ont donné
Jeudi 20 Avril la premiere représentation
de Cosroés, Tragédie de M. Mauger. Cet-
te nouveauté n'a été jouée qu'une fois.
Jeudi 20 Avril la premiere représentation
de Cosroés, Tragédie de M. Mauger. Cet-
te nouveauté n'a été jouée qu'une fois.
Fermer
3432
p. 175
« Les Comediens Italiens ont donné pour la cloture & l'ouverture de leur théatre [...] »
Début :
Les Comediens Italiens ont donné pour la cloture & l'ouverture de leur théatre [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comediens Italiens ont donné pour la cloture & l'ouverture de leur théatre [...] »
Les Comediens Italiens ont donné
pour la cloture & l'ouverture de leur théatre
Fanfale, parodie d'Omphale. Mlle
Favart a fait les deux complimens.
pour la cloture & l'ouverture de leur théatre
Fanfale, parodie d'Omphale. Mlle
Favart a fait les deux complimens.
Fermer
3433
p. 176-187
CONCERT SPIRITUEL.
Début :
Le Concert spirituel est devenu cette année un spectacle très agréable pour le public, une [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL.
CONCERT SPIRITUEL.
Le Concert spirituel est devenu cette année
un spectacle très agréable pour le public, une
école fort instructive pour les Musiciens & les
Compositeurs, & une source féconde d'observa-
tions & de plaisir pour les amateurs de la Musi-
que.
On y a rassemblé plusieurs nouveautés tiès
piquantes, & on y a porté jusqu'à la perfec-
tion l'exécution d'une fort grande quantité de
morceaux extrémement brillans. L'ordre, l'en-
chaînement, la variété des differentes parties
dont ce spectacle a été composé, lui ont donné
nne, espece d'action & de vie. On y couroir en
foule, on en sortoit enchanté; à peine s'est-on
aperçu cette année de la cessation des autres
spectacles de Paris.
Nous en allons donner un détail jour par jour.
Il rappellera à ceux de nos Lecteurs qui y ont
assisté, le souvenit du plaisir qu'ils ont goûté
& il donnera aux autres une idée de celui qu'ils
ont perdu.
Le Concert du jour de la Passion commença
par une grande simphonie: elle fut suivie pat
Domine in virtute tua; Motet à deux chœurs
de M. Cordelet, Maî: te de musique de l'Eglise
Saint Germain l'Auxerrois; cet ouvrage est esti-
mé & mérite de l'être.
Messieurs Pla Espagnols, jouerent un con-
certo de hautbois de leur composition. Leur jeu est
la perfection même; ils ont été retenus à la
Chapelle & à la Chambre du Roi.
Mlle Bourgeois & M. Gelin, chanterent
177
MAI.
1752.
Cantemus Domino, petit motet de Mouret. Une
grande maladie que cette Chanteuse venoit d'es-
suyer a un peu retardé les progrès qu'on avoit
d'abord cru pouvoir en attendre, & que sa belle
voix fait désirer. M. Gelin:a été plus heureux.
Le public qui esperoit beaucoup de sa voix & de
son talent, voit avec unè espèce de transport que
ses esperances sont au moment d'être complete-
:
ment remplies.
M. Canavas joua seul avec élegance, & le con-
cert linit par le Dominus regnavis, motet à
grand chœur de M. Mondonville, dans lequel
Mlle Fel & M. Richer, Page de la Musique du
Roi, exécuterent le Duo parata sedes. Cet ai-
mable enfant n'a que onze ans. Sa voix est brillan-
te, légere, juste, & flutée, & son chant de fort,
bon goût.
Le Samedi vingt- cinq Mars, jour de l'Annon-
ciation, le concert fut composé d'une grande
simphonie, du motet Lauda Jerusaiem, de la
composition de feu l'Abbé Gaveau, d'une sim-
phonie à grand chœur de M. Guillemain qui est
en possession de plaire; du Cantemus Domino,
exécuté par Mlle Bourgeois & M. Gelin, d'un,
Concerto de hautbois de Mrs Pla, & du Cæli enar-
rant, dans lequel M. Benoît chanta d'une ma-
niere admirable le beau recit In sole, & Mlle.
Fel & le jeune Richer, le Duo Non sunt loquela
neque sermones, d'une façon ravissante.
Le ving. six Mars jour des Rameaux, on debura
par une grande simphonie qui fut suivie du Venite
axultemus de M. d'A vesne, ordinaire de l'Aca-
démie Royale de Musique. Ce motet a déja
de la célebrité, on estime surtout le piemier té-
cit, le choeur avec lequel il est lié, & le choeur
Luoniam ipsim mare, qui feroit honneut aux
HV
178 MERCURE. DE FRANCE.
plus grands maîtres; mais on y désire un récit de
basse qui coupe les deun premiers chœeurs. Mrs
Pla jouerent ensuite un Concerto de leur compo-
sition, qui sit place au Diligam de Gilles. Mlle Bour-
geois y chanta le récit Beata gens de la Lande qui
aété ajouté à ce motet. M. Canavas joua un Con-
certo. M. Richer chanta une ariete latine de la
composition de M. Blanchard, Maître de Mu-
sique de la Chapelle du Roi, à qui ce jeune Page-
doit son éducation; & le concert finit par le
De profundis, un des beaux motets de M. Mon-
donville, & celui peut-être dans lequel il y a
le chant le plus agréable & le plus neuf. Mlle
Fel y chanta le récit Quia apud Dominum
avec une perfection dont elle seule est capa-
bte.
Le Lundi Saint 27. après une simphonie, om
exécuta le motet Beatus quem Elegisti, de Gilles.
Madame Wendling, Cantatrice de la musique
du Prince regnant des deux Ponts, chanta un
premier air Italien, & M. Vendling son mari, de
la même musique, exécuta un Concerto de flute,
après lequel elle chanta un deurième air beaucoup
plus agréable que le premier. La voix de cette jeu-
ne Cantatrice n'est pas formée encore, mais elle
a de l'exécution. Son mari plut généralemont par
l'expression & par le fini qu'il mit dans differens
traits de son Concerto. M. Geosfroy joua une
Sonate de violon avec la plus singuliere assuran-
ce, & le concert finit par le Magnus Dominus de
M. Mondonville.
Le Mardi Saint 28. Mars, on fit l'ouverture du
concert par une grande simphonie de M. Martin,
Musicien estimé & qui a tous les talens qu'il fant
pour se faire un grand nom, si trop de timidité &
de nodestie ne l'airête mal à propos au nilicu de
MAI. 1752.
179
li. catriere. On exécuta ensuite un De profundis
nouveau, daus lequel on trouva plusieurs mor-
ceaux d'un goût aimable & très rate dans sus com-
positeurs par état. M. Pla l'asné, joua un Con-
certo de sa composition sur le Psalterion, que
fon frere cadet accompagna avec le violon.
On voit par là que ces deux Musiciens sont des
sujets capables de procurer des plaisirs de plus d'un
genre, & qu'ils lont dignes de Paccueil dont le
public, tonjoulis juste, les honore. Le jeune
M. Richer chanta sa jolie atiete, & le concert fut
terminé par le Deminus rognavit.
Le Mercredi 29 Mars aptès la simphonie or-
dinaire, on entendit avec plaisit le fameux Misc-
vere de la Lande. Un concerto des deux hautbois.
Inclina Domine, petit motet de M. Martin,
chanté fort bien par M. Gelin. Un Concerto jouò
avec beancoup de facilité, pat M. Dupont, &
& De prefondis de M. Mondonville.
Le Jeudi 30. Mars, la simphonie fut suivie du
Caniato. Motet à grand choeur, de M. Martin.
Cet ouvrage just fie ce que nous avons dit plus
kaut de ce Compositeur. Après ce moter M.
Langlois, haute contre nouvelle, chanta le
Benedictus Dominus, petit motet de Mouret. On
lui a trouvé une grande voix, des sons pleins,
forts & nourris, peu de timbre, point d'art,
le haut de la voix difficile, & les sentimens sem-
blent partages sur les esperances que l'on doit
en concevoir; peut-être no juge-t on ce debutant
que sur la forme, il y a des Connoisseurs, &
en grand nombre, qui prétendent que l'instru-
ment est trouvé, & qu'il ne manque que l'ait pou
le rendre tel qu'on le soubaite.
On entendit apiès cette haute contre, um
Concerto dont le sond est un bruit de chasse fort
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
ingenieux de Mes Pla & ils ne laisserent rien à desi-
rer ni dans la douceur des sons, ni dans la délica-
tesse des traits, ni dans le tour & la justesse de
leur exécution. Le jeune Richer chanta ensuite
son ariete, & Mlle Fel exécuta un ait Italien
nouveau de la composition de M. Pla l'aîné, qui
l'accompagna du hautbois.
Cet air est plein de chant, & les traits d'imitation,
& d'assaut entre la voix & l'istrument qui en sont
tavissans, furent rendus par l'organe le plus
sonore, le plus flexible, & par un haubois qui
ressemble presque à cet organe charmant, : &
peut-être unique. Les connoisseurs furent contens
de la composition & charmés de l'exécution.
Ceux des Auditeurs, qui regardent les Arts com-
me faisant partie de la gloire d'une Nation
étoient flattés de ce que nous jouissons en France
d'une Chanteuse qui a réuni toutes les recherches
de l'Art au talent le plus décidé qu'ait jamais
accordé la Nature. Le concet finit par le Deli-
gam, motet à grand chœur, de feu l'Abbé
Madin.
Le Vendredi Saint, on donna après une grande
simphonie, le M.serere de la Lande, l'ariete du
jeune Page, lepetit motet Inclina ad me, chan-
té par M. Gelin, l'air Italien dont on vient
de parler, & le De profondis de M. Mondon-
ville.
Ces morceaux furent coupés par une simphonie
nouvelle. L'Auteur ne s'est point découvert
mais son talent & son goût our éclaté dans cette
composition, digne des plus excellens Maîtres.
Le dessein en est grand & hafmonieux. La partie
du milieu est d'un chant très ag. éable, & il finit
pir deux menuets d'une gaite fort saillante & la
plus noble.
MAI.
1752. 181
M. Gavinies qu'un accident avoit depuis quel-
que tems empêché de jouer du violon, reparut ce
jour la & fut accueilli comme son talent distin-
gué le mérite. On ose assurer qu'il ne manque
rien à ce jeune Virtuoso de ce que la Nature peut
accorder. Le feu, le son, la bardiesse, la pré-
cision, il a tous les talens; mais à 24 ans il est
impossible d'avoir toute l'instruction. Les Arts
sont infinis; un voyage de peu d'années seroit
très utile à M. Gavinies; qu'il juge lui-même des
plaisirs qu'il donnera un jour à la France par
ceux qu'il sent bien qu'il lui procure aujour-
d'hui.
Le Samedi Saint le concert commença pat une
simphonie à timballes & trompettes de M. Plessi
cadet. On exécuta ensuite le Cantate de M. d'Aves-
ne, un concerto de havibois, le Consitemini
patit motet de M. Cordelet, un concerto de M,
Mondonville accompagné de voix, & le Cæli
enarrant.
Mlle l'Etienne debuta ce jour là dans le Consitemini
sa voix n'est point encore formée, ses traits ne sodt
point finis, sa cadence n'est point developpée,
mais elle a le germe de toutes ces choses, & on
découvre de plus dans son chant cette précision,
& ce principe de goût qui décelent le talent: les
Connoisseurs en conçoivent des espérances, elle
est musicien ne & attent l'hiver prochain pour avois
seize ans.
Le concerto de M. Mondonville dont on vient
de parler, mérite un détail particuliet; c'est
une idée qui a paru piquante; tout ce qui est
d'imagination dans les Atts doit êtrè précieux
aux Amateurs; les preiniers pas versune route
nouvelle, découvrent des pays inconnus.
Ce sont la véritablement les coups de genie.
iS2 MERCURE DE FRANGE.
M. Mondonville a imaginé qu'un Concelto
seroit plus agréable, parce qu'il seroit plus varie,
si on y joignoit aux differens instrumens, qui
pour l'ordinaire l'exécutent, les differentes voiz
qui répondent à ces instrumens. Il est parti de-la
pour donner une premiere partie au violon &
une seconde à une voix capable de rendre, en
imitation, tous les traits de l'instrument. Les
choeurs lui ont seivi pout les parties de basse,
de haute contre, de taille; ainsi son concerto une
sois composé, il a pris en canevas, des patoles
latines dont le sens répond à) l'expression de sa
musique. On ne doit douter de rien avec Mlle
Fel; elle a cette espece de voix finguliere, cette
exécution sure, cette précision, cettej intelligence
nécessaites pour un pareil dessein, & M Gavinies
ctoit le violon le plus propre à le seconder.
On a donc entendu, après un debut hardi de
iout l'orchestre, un presto exécuté par la voix &
le violon, & les chœeurs tantôt doux & tantôt
forts qui formoient un accompagnement aussi
nouveau qu'agréable. L'Adagio a cté joue par le
violon seul. M. Gavinies en a tendu le chant
avec une expression charmante. Deux tambourins
qui formoient l'Allegro terminoient ce concerto-
ingénieux, & la joye du chant de ces deux mor-
ceaux passa dans toute l'assemblée.
Les Connoisseurs ont regardé comme un coup-
de maître, une basse qui s'unit avec les bassons
dans l'Adagio. Un passage très heureux du majeur
au mineur, & de celui ci au premier dans
l'Allegro. Ils ne cessent de louer l'idée des dour
& des forts, des chœeurs qui produisent l'effet le
plus singulier & les plus, agréable, & ils se re-
Gient sur l'exécution hardie de Mlle Fel, dont
l'organe flexible se prête avec tant de facilité
MAI.
1752.
183.
à des traits que jusqu'à elle, on avoit cru impo-
possibles à li voix.
Le jour de Pâques l'assemblée fut des plus bril-
lautes: une grande simphonie, le Diligam, de
Gilles, un Duo de hautbois, le Laudatepueri, pe-
tit motet de Finco, chanté par Mlle Fel, un solo
de M. Gavinies, & le Venite exultemus de M.
Mondonville furent les morceaux qui compose-
rent un des plus agréables concents qu'il soit pos-
siblo d'entendre.
Le Lundi un Regina Coli, motet mnouveau de-
M. Giraud de l'Académie Royale de musique,
ouvrit le concert d'abord après une grande sim-
phonie. La maniere dont le public a teçu ce nou-
vel ouvrage ne paroit pas devoir décourager l'Au-
tęur. Il fut suivi du petit motet Usquequo de Mouret,
que chanta Mlle Bourgeois, d'un Duo de haut-
bois, du petit Motet Consitemini Domino, que-
Mlle l'Etienne & M. Richet exécuterent avec-
beaucoup d'agrément & de precision, d'un con-
certo de M. Gavinies, & du Bonum est de M.
Mondonville.
Une grande Simphonie de M. Caraffe, ordinaire
de la Chambre du Roi, servit d'ouverture au Con-
cert du Mardi 4. Ayril, elle fut applaudie.
On exécuta ensuite un Motet de M. Richer dans.
lequel le jeune Page son sils chanta de la maniere
la plus agréable. M. Langlois exécuta le petit Mo-
tet Benedictus. M. Gavinies joua un Concerto;
Mlle Bourgeois & M. Gelin chanterent le Cante-
mus Domino, Mlle Fel exécuta pour la troisiéme
fois l'air Italien accompagné de M. Pla l'aîné,
& passa de cet air rempli de la plus vive legéreté
au Ploremus du Venite de M. Mondonville, qui est
le morceau le plus pathetique peut-être de notra.
Musique, & qu'olle chanta de la manicre la plus
ies O
184. MERCURE DE FRANCE.
tonchante. C'est par ce Motet qu'on termina ce
beau Concert.
Le Vendredi 7 Avril, le Concert commença
par une Simphonie, le Motet Deus noster de M.
Cordelet l'a suivit & fut très applaudi.
Mlle Gautier débuta d'abord après dans le
Cantate, petit Motet de Mouret; elle montra de
.
la voix & assez de facilité.
Un Conoerto de haut-bois précéda le perit
Motet Consitemini, qui fut exécuté par Mlle l'E-
tienne, & M.; Richer. Cette jeune chanteuse y
sit voir des progtès, & l'aimable Page y reçut de
nouve aux applaudissemens.
On exécuta ensuite le nouveau Con certo de M.
Mondonville, qu'on entendit avec le plus grand
plaisit, & le Nist Dominus du même Auteur termi-
*.
na le Concert.
Une circonstance qui peut servit à l'émulation,
en faisant honneur à l'art, & qui, par ces motiss
mérite d'être raportée, rendit encore ce jour-là,
plus surp renante la bonne exécution du Concerro
de M. Mondonville. La partie sur laquelle Mile
Fel devoit chanter se trouva perdue, & dans cette
position pressée, c'est sur le premier brouillon très-
brouillé de l'Auteur que Mlle Fel chercha & scut
demeler la partie qu'elle devoit exécuter.
On peut juger par tout ce qu'on vient de rap-
porter que les Concerts ont eu dans le public une
grande faveur. Aussi le dernier qui fut donné le
9 Avril, jour de Quasimodo, & dans lequel il
parut qu'on cherchoit à rencherir sur tous les au-
tres, attira-t. il une foule extraordinaire.
Il fut composé d'une Simphonie de M. Mon-
donville, du Cali enarrant, du Contemus, de Mou-
ret, que chanta M. Gelin, d'un Concetto de flûtes
exécuté par M. Taillard, du Laudote pueri, de
joogl
MAI. 1752. 185
Fioco, dans lequel Mlle Fel déploya tontes les
graces de sa voix, & toutes les finesses de l'art,
d'un Concerto de hautbois, dont le chant
agréable & pastoral, reunit tous les suffrages en
faveur de MM. Pla. Cette composition fait assez
sentir combien il leur sera facile d'allier au saillant
de la Musique Italienne, l'amenité de la Fran-
çoise.
Ce Concerto fut suivi de celui de M. Mon-
donville accompagné de voix, & le Concert fi-
nit pat le Venite exultemus, du même Auteur. Le
beau recit Quoniam Deus magnus, fut chanté pat
M. l'Abbé Malines avec cette voix sonore, for-
te, & expressive, qui depuis long. tems lui attite
dans ce récit les plus grands applandissemens, &
Mlle Fel rendit, avec une onction aussi touchante
& aussi sublime que le morceau lui-même, le
grand Tableau du Venite adoremus, qui est & seta
toujours la base de la réputation de M. Mondon-
ville. Le charme du public ne pouroit pas croître,
& il ne falloit pas moins que M. Jeliote pout le
continuer. Il n'avoit point été annoncé, & il
chanta avec la force, l'art, l'expression, & la
noblesse dont il est capable, le récit Sicut in
ex acerbatione.
Les Spectateurs jouissoient dans le même tems
des talens qui leur sont les plus chers. Ils expri-
merent leut satisfaction par des applaudissemens
extrêmes, & M. Jeliote dut sentir le prix flat-
teur que le public met toujours aux surprises
agréobles qu'on a la galanterie de lui donner.
Tel a été le Spectacle dont Paris s'est occupé
pendant trois semaines On y a entendu des com-
positions excellentes de plusicurs genres, & en
grand nombre. On y a vu des taleus naissans qui
qui promettent des succes, & on a joui des soins.
196 MERCURE DEFRANCE.
des recherches, des travaux de ceux qui avoient
déja paru, & que l'émulation a mis en état de
rempht les espérances que leurs premiers pas
avoient données.
M. Gelin qui est celui de tous qui paroît avan-
cer avec le plus de rapidité, vient de jouir du fruit
de ses peines. Sa reconnoissance nous assure de
nouveaux efforts & de nouveaux plaisirs.
MM. Pla sont parfaits dans les genres qu'ils
connoissent, & ils ont tout ce qu'il faut pour le
devenir dans celui dont ils vont s instruire. Leurs
compositions sont pleines de feu & de génie; ils
n'ont, pour faire les délices de la Nation, qu'à
ajouter les r chesses d'un nouvel art à toutes celles
qu'ils possedent déja, & qui sont moins des obs-
tacles, que des moyens pour acquerir le goût
Frarçois qui leur n'anque.
Le jeune M. Richer va rapporter à Versailles
dans le sein de ses Maî res, les témo: gnages d'af-
fection dont Paris l'a honoré malgré sa jeunesse
ils ont été trop vifs, pour qu'il les oublie. Ils ger-
meront sans doure dans son couir, & ils ranime-
ront son zéle, & son émulation. Sa jolie voix
n'est peut-être qu'une fleur passagere; mais peut-
être aussi cette fleur donnera-t-elle des fruits de
plus d'une es éce dans une autre saison.
Si Mlle l'Etienne cultive ses dispositions, l'art
pourra supléer ce que la nature semble avoir réfu-
fé à son organe. Elle est jeune & Musicienne; sa
voix peut achever de se dévoiler. Le dernier jour
même qu'on l'a entendue, elle sembloit avoir ac-
quis un espêce de dévéloppement, & elle parut
en effet plus sonore. Que ne peut pas un travail
opiniâtre, secondé du zéle des bons Maîtres !
Qu'elle écoute, qu'elle étudie, qu'elle admite
saus cesse Mlle Fel. Ce sont les modeles pasfait
*.
* *
MAI. 1752.
187
qui peuvent seuls former les grands talens.
On ne parle point ici en particulier de l'admi-
nistration du Spectacle dont on vient de rendre
compte. Les faits qu'on a rapportés ne sont pour,
elle que des éloges, & l'affluence du public est,
une récompense aussi juste, qu'utile des peines
qu'on s'est données pour lui rendre cette admi-
nistration agréable.
Le Concert spirituel est devenu cette année
un spectacle très agréable pour le public, une
école fort instructive pour les Musiciens & les
Compositeurs, & une source féconde d'observa-
tions & de plaisir pour les amateurs de la Musi-
que.
On y a rassemblé plusieurs nouveautés tiès
piquantes, & on y a porté jusqu'à la perfec-
tion l'exécution d'une fort grande quantité de
morceaux extrémement brillans. L'ordre, l'en-
chaînement, la variété des differentes parties
dont ce spectacle a été composé, lui ont donné
nne, espece d'action & de vie. On y couroir en
foule, on en sortoit enchanté; à peine s'est-on
aperçu cette année de la cessation des autres
spectacles de Paris.
Nous en allons donner un détail jour par jour.
Il rappellera à ceux de nos Lecteurs qui y ont
assisté, le souvenit du plaisir qu'ils ont goûté
& il donnera aux autres une idée de celui qu'ils
ont perdu.
Le Concert du jour de la Passion commença
par une grande simphonie: elle fut suivie pat
Domine in virtute tua; Motet à deux chœurs
de M. Cordelet, Maî: te de musique de l'Eglise
Saint Germain l'Auxerrois; cet ouvrage est esti-
mé & mérite de l'être.
Messieurs Pla Espagnols, jouerent un con-
certo de hautbois de leur composition. Leur jeu est
la perfection même; ils ont été retenus à la
Chapelle & à la Chambre du Roi.
Mlle Bourgeois & M. Gelin, chanterent
177
MAI.
1752.
Cantemus Domino, petit motet de Mouret. Une
grande maladie que cette Chanteuse venoit d'es-
suyer a un peu retardé les progrès qu'on avoit
d'abord cru pouvoir en attendre, & que sa belle
voix fait désirer. M. Gelin:a été plus heureux.
Le public qui esperoit beaucoup de sa voix & de
son talent, voit avec unè espèce de transport que
ses esperances sont au moment d'être complete-
:
ment remplies.
M. Canavas joua seul avec élegance, & le con-
cert linit par le Dominus regnavis, motet à
grand chœur de M. Mondonville, dans lequel
Mlle Fel & M. Richer, Page de la Musique du
Roi, exécuterent le Duo parata sedes. Cet ai-
mable enfant n'a que onze ans. Sa voix est brillan-
te, légere, juste, & flutée, & son chant de fort,
bon goût.
Le Samedi vingt- cinq Mars, jour de l'Annon-
ciation, le concert fut composé d'une grande
simphonie, du motet Lauda Jerusaiem, de la
composition de feu l'Abbé Gaveau, d'une sim-
phonie à grand chœur de M. Guillemain qui est
en possession de plaire; du Cantemus Domino,
exécuté par Mlle Bourgeois & M. Gelin, d'un,
Concerto de hautbois de Mrs Pla, & du Cæli enar-
rant, dans lequel M. Benoît chanta d'une ma-
niere admirable le beau recit In sole, & Mlle.
Fel & le jeune Richer, le Duo Non sunt loquela
neque sermones, d'une façon ravissante.
Le ving. six Mars jour des Rameaux, on debura
par une grande simphonie qui fut suivie du Venite
axultemus de M. d'A vesne, ordinaire de l'Aca-
démie Royale de Musique. Ce motet a déja
de la célebrité, on estime surtout le piemier té-
cit, le choeur avec lequel il est lié, & le choeur
Luoniam ipsim mare, qui feroit honneut aux
HV
178 MERCURE. DE FRANCE.
plus grands maîtres; mais on y désire un récit de
basse qui coupe les deun premiers chœeurs. Mrs
Pla jouerent ensuite un Concerto de leur compo-
sition, qui sit place au Diligam de Gilles. Mlle Bour-
geois y chanta le récit Beata gens de la Lande qui
aété ajouté à ce motet. M. Canavas joua un Con-
certo. M. Richer chanta une ariete latine de la
composition de M. Blanchard, Maître de Mu-
sique de la Chapelle du Roi, à qui ce jeune Page-
doit son éducation; & le concert finit par le
De profundis, un des beaux motets de M. Mon-
donville, & celui peut-être dans lequel il y a
le chant le plus agréable & le plus neuf. Mlle
Fel y chanta le récit Quia apud Dominum
avec une perfection dont elle seule est capa-
bte.
Le Lundi Saint 27. après une simphonie, om
exécuta le motet Beatus quem Elegisti, de Gilles.
Madame Wendling, Cantatrice de la musique
du Prince regnant des deux Ponts, chanta un
premier air Italien, & M. Vendling son mari, de
la même musique, exécuta un Concerto de flute,
après lequel elle chanta un deurième air beaucoup
plus agréable que le premier. La voix de cette jeu-
ne Cantatrice n'est pas formée encore, mais elle
a de l'exécution. Son mari plut généralemont par
l'expression & par le fini qu'il mit dans differens
traits de son Concerto. M. Geosfroy joua une
Sonate de violon avec la plus singuliere assuran-
ce, & le concert finit par le Magnus Dominus de
M. Mondonville.
Le Mardi Saint 28. Mars, on fit l'ouverture du
concert par une grande simphonie de M. Martin,
Musicien estimé & qui a tous les talens qu'il fant
pour se faire un grand nom, si trop de timidité &
de nodestie ne l'airête mal à propos au nilicu de
MAI. 1752.
179
li. catriere. On exécuta ensuite un De profundis
nouveau, daus lequel on trouva plusieurs mor-
ceaux d'un goût aimable & très rate dans sus com-
positeurs par état. M. Pla l'asné, joua un Con-
certo de sa composition sur le Psalterion, que
fon frere cadet accompagna avec le violon.
On voit par là que ces deux Musiciens sont des
sujets capables de procurer des plaisirs de plus d'un
genre, & qu'ils lont dignes de Paccueil dont le
public, tonjoulis juste, les honore. Le jeune
M. Richer chanta sa jolie atiete, & le concert fut
terminé par le Deminus rognavit.
Le Mercredi 29 Mars aptès la simphonie or-
dinaire, on entendit avec plaisit le fameux Misc-
vere de la Lande. Un concerto des deux hautbois.
Inclina Domine, petit motet de M. Martin,
chanté fort bien par M. Gelin. Un Concerto jouò
avec beancoup de facilité, pat M. Dupont, &
& De prefondis de M. Mondonville.
Le Jeudi 30. Mars, la simphonie fut suivie du
Caniato. Motet à grand choeur, de M. Martin.
Cet ouvrage just fie ce que nous avons dit plus
kaut de ce Compositeur. Après ce moter M.
Langlois, haute contre nouvelle, chanta le
Benedictus Dominus, petit motet de Mouret. On
lui a trouvé une grande voix, des sons pleins,
forts & nourris, peu de timbre, point d'art,
le haut de la voix difficile, & les sentimens sem-
blent partages sur les esperances que l'on doit
en concevoir; peut-être no juge-t on ce debutant
que sur la forme, il y a des Connoisseurs, &
en grand nombre, qui prétendent que l'instru-
ment est trouvé, & qu'il ne manque que l'ait pou
le rendre tel qu'on le soubaite.
On entendit apiès cette haute contre, um
Concerto dont le sond est un bruit de chasse fort
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
ingenieux de Mes Pla & ils ne laisserent rien à desi-
rer ni dans la douceur des sons, ni dans la délica-
tesse des traits, ni dans le tour & la justesse de
leur exécution. Le jeune Richer chanta ensuite
son ariete, & Mlle Fel exécuta un ait Italien
nouveau de la composition de M. Pla l'aîné, qui
l'accompagna du hautbois.
Cet air est plein de chant, & les traits d'imitation,
& d'assaut entre la voix & l'istrument qui en sont
tavissans, furent rendus par l'organe le plus
sonore, le plus flexible, & par un haubois qui
ressemble presque à cet organe charmant, : &
peut-être unique. Les connoisseurs furent contens
de la composition & charmés de l'exécution.
Ceux des Auditeurs, qui regardent les Arts com-
me faisant partie de la gloire d'une Nation
étoient flattés de ce que nous jouissons en France
d'une Chanteuse qui a réuni toutes les recherches
de l'Art au talent le plus décidé qu'ait jamais
accordé la Nature. Le concet finit par le Deli-
gam, motet à grand chœur, de feu l'Abbé
Madin.
Le Vendredi Saint, on donna après une grande
simphonie, le M.serere de la Lande, l'ariete du
jeune Page, lepetit motet Inclina ad me, chan-
té par M. Gelin, l'air Italien dont on vient
de parler, & le De profondis de M. Mondon-
ville.
Ces morceaux furent coupés par une simphonie
nouvelle. L'Auteur ne s'est point découvert
mais son talent & son goût our éclaté dans cette
composition, digne des plus excellens Maîtres.
Le dessein en est grand & hafmonieux. La partie
du milieu est d'un chant très ag. éable, & il finit
pir deux menuets d'une gaite fort saillante & la
plus noble.
MAI.
1752. 181
M. Gavinies qu'un accident avoit depuis quel-
que tems empêché de jouer du violon, reparut ce
jour la & fut accueilli comme son talent distin-
gué le mérite. On ose assurer qu'il ne manque
rien à ce jeune Virtuoso de ce que la Nature peut
accorder. Le feu, le son, la bardiesse, la pré-
cision, il a tous les talens; mais à 24 ans il est
impossible d'avoir toute l'instruction. Les Arts
sont infinis; un voyage de peu d'années seroit
très utile à M. Gavinies; qu'il juge lui-même des
plaisirs qu'il donnera un jour à la France par
ceux qu'il sent bien qu'il lui procure aujour-
d'hui.
Le Samedi Saint le concert commença pat une
simphonie à timballes & trompettes de M. Plessi
cadet. On exécuta ensuite le Cantate de M. d'Aves-
ne, un concerto de havibois, le Consitemini
patit motet de M. Cordelet, un concerto de M,
Mondonville accompagné de voix, & le Cæli
enarrant.
Mlle l'Etienne debuta ce jour là dans le Consitemini
sa voix n'est point encore formée, ses traits ne sodt
point finis, sa cadence n'est point developpée,
mais elle a le germe de toutes ces choses, & on
découvre de plus dans son chant cette précision,
& ce principe de goût qui décelent le talent: les
Connoisseurs en conçoivent des espérances, elle
est musicien ne & attent l'hiver prochain pour avois
seize ans.
Le concerto de M. Mondonville dont on vient
de parler, mérite un détail particuliet; c'est
une idée qui a paru piquante; tout ce qui est
d'imagination dans les Atts doit êtrè précieux
aux Amateurs; les preiniers pas versune route
nouvelle, découvrent des pays inconnus.
Ce sont la véritablement les coups de genie.
iS2 MERCURE DE FRANGE.
M. Mondonville a imaginé qu'un Concelto
seroit plus agréable, parce qu'il seroit plus varie,
si on y joignoit aux differens instrumens, qui
pour l'ordinaire l'exécutent, les differentes voiz
qui répondent à ces instrumens. Il est parti de-la
pour donner une premiere partie au violon &
une seconde à une voix capable de rendre, en
imitation, tous les traits de l'instrument. Les
choeurs lui ont seivi pout les parties de basse,
de haute contre, de taille; ainsi son concerto une
sois composé, il a pris en canevas, des patoles
latines dont le sens répond à) l'expression de sa
musique. On ne doit douter de rien avec Mlle
Fel; elle a cette espece de voix finguliere, cette
exécution sure, cette précision, cettej intelligence
nécessaites pour un pareil dessein, & M Gavinies
ctoit le violon le plus propre à le seconder.
On a donc entendu, après un debut hardi de
iout l'orchestre, un presto exécuté par la voix &
le violon, & les chœeurs tantôt doux & tantôt
forts qui formoient un accompagnement aussi
nouveau qu'agréable. L'Adagio a cté joue par le
violon seul. M. Gavinies en a tendu le chant
avec une expression charmante. Deux tambourins
qui formoient l'Allegro terminoient ce concerto-
ingénieux, & la joye du chant de ces deux mor-
ceaux passa dans toute l'assemblée.
Les Connoisseurs ont regardé comme un coup-
de maître, une basse qui s'unit avec les bassons
dans l'Adagio. Un passage très heureux du majeur
au mineur, & de celui ci au premier dans
l'Allegro. Ils ne cessent de louer l'idée des dour
& des forts, des chœeurs qui produisent l'effet le
plus singulier & les plus, agréable, & ils se re-
Gient sur l'exécution hardie de Mlle Fel, dont
l'organe flexible se prête avec tant de facilité
MAI.
1752.
183.
à des traits que jusqu'à elle, on avoit cru impo-
possibles à li voix.
Le jour de Pâques l'assemblée fut des plus bril-
lautes: une grande simphonie, le Diligam, de
Gilles, un Duo de hautbois, le Laudatepueri, pe-
tit motet de Finco, chanté par Mlle Fel, un solo
de M. Gavinies, & le Venite exultemus de M.
Mondonville furent les morceaux qui compose-
rent un des plus agréables concents qu'il soit pos-
siblo d'entendre.
Le Lundi un Regina Coli, motet mnouveau de-
M. Giraud de l'Académie Royale de musique,
ouvrit le concert d'abord après une grande sim-
phonie. La maniere dont le public a teçu ce nou-
vel ouvrage ne paroit pas devoir décourager l'Au-
tęur. Il fut suivi du petit motet Usquequo de Mouret,
que chanta Mlle Bourgeois, d'un Duo de haut-
bois, du petit Motet Consitemini Domino, que-
Mlle l'Etienne & M. Richet exécuterent avec-
beaucoup d'agrément & de precision, d'un con-
certo de M. Gavinies, & du Bonum est de M.
Mondonville.
Une grande Simphonie de M. Caraffe, ordinaire
de la Chambre du Roi, servit d'ouverture au Con-
cert du Mardi 4. Ayril, elle fut applaudie.
On exécuta ensuite un Motet de M. Richer dans.
lequel le jeune Page son sils chanta de la maniere
la plus agréable. M. Langlois exécuta le petit Mo-
tet Benedictus. M. Gavinies joua un Concerto;
Mlle Bourgeois & M. Gelin chanterent le Cante-
mus Domino, Mlle Fel exécuta pour la troisiéme
fois l'air Italien accompagné de M. Pla l'aîné,
& passa de cet air rempli de la plus vive legéreté
au Ploremus du Venite de M. Mondonville, qui est
le morceau le plus pathetique peut-être de notra.
Musique, & qu'olle chanta de la manicre la plus
ies O
184. MERCURE DE FRANCE.
tonchante. C'est par ce Motet qu'on termina ce
beau Concert.
Le Vendredi 7 Avril, le Concert commença
par une Simphonie, le Motet Deus noster de M.
Cordelet l'a suivit & fut très applaudi.
Mlle Gautier débuta d'abord après dans le
Cantate, petit Motet de Mouret; elle montra de
.
la voix & assez de facilité.
Un Conoerto de haut-bois précéda le perit
Motet Consitemini, qui fut exécuté par Mlle l'E-
tienne, & M.; Richer. Cette jeune chanteuse y
sit voir des progtès, & l'aimable Page y reçut de
nouve aux applaudissemens.
On exécuta ensuite le nouveau Con certo de M.
Mondonville, qu'on entendit avec le plus grand
plaisit, & le Nist Dominus du même Auteur termi-
*.
na le Concert.
Une circonstance qui peut servit à l'émulation,
en faisant honneur à l'art, & qui, par ces motiss
mérite d'être raportée, rendit encore ce jour-là,
plus surp renante la bonne exécution du Concerro
de M. Mondonville. La partie sur laquelle Mile
Fel devoit chanter se trouva perdue, & dans cette
position pressée, c'est sur le premier brouillon très-
brouillé de l'Auteur que Mlle Fel chercha & scut
demeler la partie qu'elle devoit exécuter.
On peut juger par tout ce qu'on vient de rap-
porter que les Concerts ont eu dans le public une
grande faveur. Aussi le dernier qui fut donné le
9 Avril, jour de Quasimodo, & dans lequel il
parut qu'on cherchoit à rencherir sur tous les au-
tres, attira-t. il une foule extraordinaire.
Il fut composé d'une Simphonie de M. Mon-
donville, du Cali enarrant, du Contemus, de Mou-
ret, que chanta M. Gelin, d'un Concetto de flûtes
exécuté par M. Taillard, du Laudote pueri, de
joogl
MAI. 1752. 185
Fioco, dans lequel Mlle Fel déploya tontes les
graces de sa voix, & toutes les finesses de l'art,
d'un Concerto de hautbois, dont le chant
agréable & pastoral, reunit tous les suffrages en
faveur de MM. Pla. Cette composition fait assez
sentir combien il leur sera facile d'allier au saillant
de la Musique Italienne, l'amenité de la Fran-
çoise.
Ce Concerto fut suivi de celui de M. Mon-
donville accompagné de voix, & le Concert fi-
nit pat le Venite exultemus, du même Auteur. Le
beau recit Quoniam Deus magnus, fut chanté pat
M. l'Abbé Malines avec cette voix sonore, for-
te, & expressive, qui depuis long. tems lui attite
dans ce récit les plus grands applandissemens, &
Mlle Fel rendit, avec une onction aussi touchante
& aussi sublime que le morceau lui-même, le
grand Tableau du Venite adoremus, qui est & seta
toujours la base de la réputation de M. Mondon-
ville. Le charme du public ne pouroit pas croître,
& il ne falloit pas moins que M. Jeliote pout le
continuer. Il n'avoit point été annoncé, & il
chanta avec la force, l'art, l'expression, & la
noblesse dont il est capable, le récit Sicut in
ex acerbatione.
Les Spectateurs jouissoient dans le même tems
des talens qui leur sont les plus chers. Ils expri-
merent leut satisfaction par des applaudissemens
extrêmes, & M. Jeliote dut sentir le prix flat-
teur que le public met toujours aux surprises
agréobles qu'on a la galanterie de lui donner.
Tel a été le Spectacle dont Paris s'est occupé
pendant trois semaines On y a entendu des com-
positions excellentes de plusicurs genres, & en
grand nombre. On y a vu des taleus naissans qui
qui promettent des succes, & on a joui des soins.
196 MERCURE DEFRANCE.
des recherches, des travaux de ceux qui avoient
déja paru, & que l'émulation a mis en état de
rempht les espérances que leurs premiers pas
avoient données.
M. Gelin qui est celui de tous qui paroît avan-
cer avec le plus de rapidité, vient de jouir du fruit
de ses peines. Sa reconnoissance nous assure de
nouveaux efforts & de nouveaux plaisirs.
MM. Pla sont parfaits dans les genres qu'ils
connoissent, & ils ont tout ce qu'il faut pour le
devenir dans celui dont ils vont s instruire. Leurs
compositions sont pleines de feu & de génie; ils
n'ont, pour faire les délices de la Nation, qu'à
ajouter les r chesses d'un nouvel art à toutes celles
qu'ils possedent déja, & qui sont moins des obs-
tacles, que des moyens pour acquerir le goût
Frarçois qui leur n'anque.
Le jeune M. Richer va rapporter à Versailles
dans le sein de ses Maî res, les témo: gnages d'af-
fection dont Paris l'a honoré malgré sa jeunesse
ils ont été trop vifs, pour qu'il les oublie. Ils ger-
meront sans doure dans son couir, & ils ranime-
ront son zéle, & son émulation. Sa jolie voix
n'est peut-être qu'une fleur passagere; mais peut-
être aussi cette fleur donnera-t-elle des fruits de
plus d'une es éce dans une autre saison.
Si Mlle l'Etienne cultive ses dispositions, l'art
pourra supléer ce que la nature semble avoir réfu-
fé à son organe. Elle est jeune & Musicienne; sa
voix peut achever de se dévoiler. Le dernier jour
même qu'on l'a entendue, elle sembloit avoir ac-
quis un espêce de dévéloppement, & elle parut
en effet plus sonore. Que ne peut pas un travail
opiniâtre, secondé du zéle des bons Maîtres !
Qu'elle écoute, qu'elle étudie, qu'elle admite
saus cesse Mlle Fel. Ce sont les modeles pasfait
*.
* *
MAI. 1752.
187
qui peuvent seuls former les grands talens.
On ne parle point ici en particulier de l'admi-
nistration du Spectacle dont on vient de rendre
compte. Les faits qu'on a rapportés ne sont pour,
elle que des éloges, & l'affluence du public est,
une récompense aussi juste, qu'utile des peines
qu'on s'est données pour lui rendre cette admi-
nistration agréable.
Fermer
Résumé : CONCERT SPIRITUEL.
Le Concert Spirituel de 1752 a été acclamé pour son agrément, son caractère instructif et les plaisirs qu'il a offerts aux amateurs de musique. Il a présenté plusieurs nouveautés et une exécution impeccable de nombreux morceaux brillants. Le public, nombreux, a été charmé par l'ordre, l'enchaînement et la variété des différentes parties. Le concert du jour de la Passion a débuté par une symphonie suivie du 'Domine in virtute tua' de Cordelet. Les frères Pla ont interprété un concerto de hautbois, et Mlle Bourgeois et M. Gelin ont chanté 'Cantemus Domino' de Mouret. Le concert s'est conclu par le 'Dominus regnavit' de Mondonville, avec un duo interprété par Mlle Fel et M. Richer. Les jours suivants, le concert a inclus des œuvres telles que 'Lauda Jerusalem' de l'Abbé Gaveau, des symphonies de Guillemain, et des motets de d'Avesne et Gilles. Des artistes comme Madame Wendling, M. Geosfroy et M. Dupont ont également contribué avec des performances notables. Les motets de Mondonville ont souvent clôturé les concerts. Lors de la semaine sainte, plusieurs événements musicaux ont eu lieu. Une haute-contre nommée Langlois a interprété le 'Benedictus Dominus' de Mouret, suscitant des avis partagés. Un concerto de Pla et une ariette du jeune Richer ont été salués. Le Vendredi Saint, le 'Miserere' de La Lande et le 'De profundis' de Mondonville ont été interprétés. Le Samedi Saint, le concert a commencé par une symphonie de Plessy cadet, suivie d'une cantate de d'Avesnes et d'un concerto de Mondonville. Le jour de Pâques, le concert a inclus des œuvres comme le 'Diligam' de Gilles et le 'Venite exultemus' de Mondonville. Les jours suivants, des symphonies et des motets de divers compositeurs ont été joués, avec des performances remarquées de Mlle Fel, M. Gelin et M. Jeliote. Les spectateurs ont exprimé leur satisfaction par des applaudissements. Le texte mentionne également deux jeunes talents, M. Richer et Mlle Étienne. M. Richer, malgré sa jeunesse, a reçu des témoignages d'affection. Mlle Étienne, bien que sa voix manque de certaines qualités naturelles, montre des progrès notables et est encouragée à continuer de travailler sous la guidance de maîtres compétents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3434
p. 187-192
LETTRE. De M. Grimm à M. l'Abbé Raynal, sur les remarques au sujet de sa lettre d'Omphale. A Paris ; le jour de Pâques, 2 Avril 1752, à la sortie du Concert.
Début :
Permettez, Monsieur, que je m'adresse à vous pour faire mes remerciemens à l'inconnu qui, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE. De M. Grimm à M. l'Abbé Raynal, sur les remarques au sujet de sa lettre d'Omphale. A Paris ; le jour de Pâques, 2 Avril 1752, à la sortie du Concert.
LETTRE.
De M. Grimm à M. l'Abbé Raynal, sur
les remarques au sujet de sa lettre d'Omphale.
A Paris ; le jour de Pâques, 2
Avril 1752, à la sortie du Concert.
Permettez, Monsieur, que je m'adresse à vous
pour faire mes remerciemens à l'inconnu qui,
par une suite de sa déférence pour vos conseils,
a bien voulu enrichit ma lettre fur Omphale de ses
remarques, & sur tout au public qui a daigné juger
avec indulgence une Brochure dans laquelle il n'a,
pu trouver d'autre mérite qu'un grand zéle pour la-
vérité, & pour le bien de l'art. Comme on est
toujours timide quand on hazarde des principes
qui ne peuvent pas être du goût de tout le mon-
de; j'avoue que le jugement trop favorable que
vous en avez bien voulu porter, ne m'avoit point
entiérement rassuré; j'avois besoin des temarques
qui viennent de paroître, pour m'affermir dana
tout ce que j'avois dit.
Cependant la reconnoissance que je dois à l'Au-
teur ne m'empêchera pas de relever l'injustice
188 MERCURE DE FRANCE.
qu'il a faite à un hom ne de mérite, qu'il me per-
mettra du moins d'appeller mon Contemporain.
J'ose aussi l'assurer que je n'accorde pas aussi legé-
rement qu'il semble le croire, des places autour
du grand Pergolese, & que M. Adolphati, sans
avoir assez de célébrité pour mériter son suffrage
a un titre bien plus précieux pout être placé à co-
té de ce génie sublime. Ce ti:re, c'est son talent
& les preuves de son talent, ce sont les mor-
ceaux.
Che non mi disse un di, &c.
Siete barbare amate Stelle, &c.
Scherza, il Nocchier talora, &c.
Tu vuoi ch' io viva, o cara, &c.
Ch' io mai vi, possa lasciar d' amare, &c.
D'un genio che m' Accende
Et trente autres qu'apparemmeut l'Auteur des re-
marques ne connoît pas. J'ai cru devoir cet éclair-
cissement sur le mérite de M. Adolphati. Je ne me
pardonnerois pas d'avoir donné, quoique fort in-
directement, occasion à un artêt injuste pronon-
cé sans ménagement contre un homme dont le
génie est fait pour s'attiret l'admiration & les
suffrages de tous les gens d'esprit & de goût; du-
moins de ceux, qui se mélant de juger les Mu-
ficiens, sont obligés de se connoître en Musique.
En attendant que M. Adolphati mérite (par sa
célébrité l'estime de son Cenleur, je suis bien aise
de lui apprendre que ce Musicien vient d'avoir
pour la seconde fois un succès très-brillant à
l'Opéra de Genes, & en même tems un autre non
moins flatteur à Modene.
J'ose aussi l'assurer que je connois, peut-être
1751. 189
MAI.
sintant que lui les ouvrages, le mérite & le ta-
lent de M. Hasse & de M. Hendel mes Contem-
porains & mes Compatriotes, & que je suis tout
aussi glorieux que M. Hasse peut l'être lui- même
du tire de Saxon par excellence que les Italiens
lui ont donné, & qu'à leur imitation M. de Vol-
taire a conféré en France au Heros du fiécle. Si
j'avois cru pouvoir placer cet Artiste célébre à
côté de Pergolese (a) j'aurois été trop jaloux de
la gloire de ma Patrie pour y manquer. Mais ac
cabler les grands talens de louanges excessives &
outrées sans y attacher de sens ni de vérité,
c'est les outrager plûtôt que les honorer.
Au reste je nai pas voulu designer tous les
Autels d'un Temple assez décoré par les simples
noms qui s'y trouvent. J'avois mis peu d'art a sa
construction, & l'Auteur des remarques releve
avec raison, ma négligence. Quand, par exem-
ple, je parle de la façon dont Mlle Fel chante
l'Italien, je n'ai pas voulu dire qu'elle avoit fait
je ne sçais quelles découvertes, j'ai voulu dire fini-
plement que les Etiangers; (6) & entr'autres
(a) Tout le monde reconnoit le merite de Dan-
court & de Dufresny, mais personne ne s' est avise
de les placer à coté de Moliere aussi sublime aans son
genre, que le grand Corneille l'est quelquefois dans
le sien; tout comme I latée est aussi sublime dans le sien,
que Zo roastre dans un autre.
(b) C'ast-à- dire les Connoisseurs; car les Etran-
gers qui se melent de parler de Musique par air, ont
déja décidé avant que d'entendre, qu'une voix Fran-
çoise & sur tout la premiere voix Françoise, ne scau-
voit que très mal chanter l'Italion. Comme il n'y a
iei que lo nom qui les cheque, s' ils l'aiment mieux,
vous l'appellerons désormais la voix Euro péenne.
itized by Goog
190 MERCURE DE FRANCE.
mon Compatriote M. Hasse, outre une articula,
tion très-heureuse, & une expression très-agréa-
ble, lui trouvent je ne sçais quoi d'original dans son
chant, qui sans être précisément le goût de nos
voix Italiennes, convient très-bien au génie de
cette Musique; & si l'Auteur des remarques de-
mande en quoi consiste cette maniere originale
je lui dirai que Mlle Fel la doit à son organe
le plus siagulier & le plus égal que je connoisse.
C'est avec une voix par tout également franche
& legere qu'elle parcourt deux gammes & demie;
mais la nature qui lui a accordé cette faveur, n'en
est pas prodigue, & les voix ordinaires sont obli-
gées d'y suppléer par l'att. Voilà ce qu'on fait en
Italie & en France, avec cette différence que nos
voix ont trouvé le secret d'aller, sans être fran-
ches, par tout avec la même facilité, & de char-
mer l'oreille par le goût qu'elles scavent mettre
dans leurs tours & dans leurs passages; & qu'en
France on y supplée par des cris effectivement
très-capables d'affecter l'oreille par leur fremis-
sement sinistre.
J'ose l'assuret encore que je sçais un peu ce
que c'est que déclamer en Musique & que je viens
d'entendre au Concert le plus beau morceau de
déclamation qui existe. C'est le recit: Venite ado-
remus, chanté & déclamé par Mlle Fel d'une ma-
niere sublime & celeste, c'est-à-dire, convenable
au caractere que l'Auteur lui a donné; & je n'ai
pas non plus laissé échapper le petit morceau: Ho-
die si vocem ejus audieritis, qui ne sert que de transi-
tion à la reprise; mais qui est un modele de la plus
noble déclamation, & un trait de génie anquel
je n'ai rien trouvé de ressemblant dans tout ce
que j'ai entendu de Musique. Mais je veux qu'une
déclamation pathétique me déchire le cœur &
non pas les oreilles.
191
MAI.175
J'ose enfin l'assurer que personne n'admire plus
que moi le talent de l'Eleve du grand Tartinitz
mais je n'ai pas cru devoir rappellet au public ua
évenement qu'il pourroit trouver aujourd'hpi
beaucoup plus humiliant pour son goût, qu'il
ne le fut alors pour le talent de Monueur
Pagin.
Ce que je voudrois toujours rappeller an public,
dont je voudrois le temercier sans cesse, & à quoi
je croi que les Philosophes ont contribué, c'est
la justice qu'il trend aux vrais talens, c'est l'ad-
miration avec laquelle il a écouté cette semaine
les ches-d'oouvres de M. de Mondonville, c'est le
susfrage dont il a honoté ces deux hautbois (a)
singuliers, c'est la maniere dont il napplaudi aux
progrès de M. Gelin & à l'expression noble & pa-
phetique de cette autre basse-taillo admirable (6).
C'est l'enthousi isme si juste qu'il a marqué aujour-
d'hui après le morceau: A solis ortu, du petit
Motet de Focco, chanté d'unè n sniere si neu-
ve & si digne de cette voix qui sçait chanter; c'est-
enfin la façon dont il a accueilli-& encouragé un
enfant charmant; (c) qui a chanté différens
(a) MM. Pla, freres, de la Musique du Roi
dEspagne.
.
(b)M. Benoit,
(c) M. Richer Page de la Musique de la Cha-
pille du Roi, Souhaitons que cet enfant ne soche ja-
mais chanter la Musique de Lully, s'il est vrai
comme l'Auteur des remarques sur ma lettre le prè-
tand, qu'il faille des cris & des efforts pour la ren-
ddre; & prions ceux à qui sa jeunasse est confiée, de
me pas gater en lui un don aussi précieux que le
gout naturel; soit pur das cadonces trop fréquentes
dont le chant François fourmille, & qui ne servent
Mastres vOO
392 MERCURE DEFRANCE.
morceaux sans cris, sans efforts, avec justesse,
avec aisance & sur tout avec un goût très remar-
quable à son âge & dans son pays.
J'ai l'honneur d'être, &c.
3
qu'a ganter les voix & a fatiguer les oreilles; soit
par des morcenux qui ne sont pas faits pour être chan-
tés & que le public est d'ailleurs tout accoutumè à
ontendre executer en cris. En un mot, c'est l'arieite
de M. l'Abbé Blanchard qu'il nous a si bien chantée
& le Duo Non sunt loquelæ, dans le Motet Coli
enatrant que je prie ses Maitres de prendre pour mo-
dele duns le choix: de ses merceaux.
De M. Grimm à M. l'Abbé Raynal, sur
les remarques au sujet de sa lettre d'Omphale.
A Paris ; le jour de Pâques, 2
Avril 1752, à la sortie du Concert.
Permettez, Monsieur, que je m'adresse à vous
pour faire mes remerciemens à l'inconnu qui,
par une suite de sa déférence pour vos conseils,
a bien voulu enrichit ma lettre fur Omphale de ses
remarques, & sur tout au public qui a daigné juger
avec indulgence une Brochure dans laquelle il n'a,
pu trouver d'autre mérite qu'un grand zéle pour la-
vérité, & pour le bien de l'art. Comme on est
toujours timide quand on hazarde des principes
qui ne peuvent pas être du goût de tout le mon-
de; j'avoue que le jugement trop favorable que
vous en avez bien voulu porter, ne m'avoit point
entiérement rassuré; j'avois besoin des temarques
qui viennent de paroître, pour m'affermir dana
tout ce que j'avois dit.
Cependant la reconnoissance que je dois à l'Au-
teur ne m'empêchera pas de relever l'injustice
188 MERCURE DE FRANCE.
qu'il a faite à un hom ne de mérite, qu'il me per-
mettra du moins d'appeller mon Contemporain.
J'ose aussi l'assurer que je n'accorde pas aussi legé-
rement qu'il semble le croire, des places autour
du grand Pergolese, & que M. Adolphati, sans
avoir assez de célébrité pour mériter son suffrage
a un titre bien plus précieux pout être placé à co-
té de ce génie sublime. Ce ti:re, c'est son talent
& les preuves de son talent, ce sont les mor-
ceaux.
Che non mi disse un di, &c.
Siete barbare amate Stelle, &c.
Scherza, il Nocchier talora, &c.
Tu vuoi ch' io viva, o cara, &c.
Ch' io mai vi, possa lasciar d' amare, &c.
D'un genio che m' Accende
Et trente autres qu'apparemmeut l'Auteur des re-
marques ne connoît pas. J'ai cru devoir cet éclair-
cissement sur le mérite de M. Adolphati. Je ne me
pardonnerois pas d'avoir donné, quoique fort in-
directement, occasion à un artêt injuste pronon-
cé sans ménagement contre un homme dont le
génie est fait pour s'attiret l'admiration & les
suffrages de tous les gens d'esprit & de goût; du-
moins de ceux, qui se mélant de juger les Mu-
ficiens, sont obligés de se connoître en Musique.
En attendant que M. Adolphati mérite (par sa
célébrité l'estime de son Cenleur, je suis bien aise
de lui apprendre que ce Musicien vient d'avoir
pour la seconde fois un succès très-brillant à
l'Opéra de Genes, & en même tems un autre non
moins flatteur à Modene.
J'ose aussi l'assurer que je connois, peut-être
1751. 189
MAI.
sintant que lui les ouvrages, le mérite & le ta-
lent de M. Hasse & de M. Hendel mes Contem-
porains & mes Compatriotes, & que je suis tout
aussi glorieux que M. Hasse peut l'être lui- même
du tire de Saxon par excellence que les Italiens
lui ont donné, & qu'à leur imitation M. de Vol-
taire a conféré en France au Heros du fiécle. Si
j'avois cru pouvoir placer cet Artiste célébre à
côté de Pergolese (a) j'aurois été trop jaloux de
la gloire de ma Patrie pour y manquer. Mais ac
cabler les grands talens de louanges excessives &
outrées sans y attacher de sens ni de vérité,
c'est les outrager plûtôt que les honorer.
Au reste je nai pas voulu designer tous les
Autels d'un Temple assez décoré par les simples
noms qui s'y trouvent. J'avois mis peu d'art a sa
construction, & l'Auteur des remarques releve
avec raison, ma négligence. Quand, par exem-
ple, je parle de la façon dont Mlle Fel chante
l'Italien, je n'ai pas voulu dire qu'elle avoit fait
je ne sçais quelles découvertes, j'ai voulu dire fini-
plement que les Etiangers; (6) & entr'autres
(a) Tout le monde reconnoit le merite de Dan-
court & de Dufresny, mais personne ne s' est avise
de les placer à coté de Moliere aussi sublime aans son
genre, que le grand Corneille l'est quelquefois dans
le sien; tout comme I latée est aussi sublime dans le sien,
que Zo roastre dans un autre.
(b) C'ast-à- dire les Connoisseurs; car les Etran-
gers qui se melent de parler de Musique par air, ont
déja décidé avant que d'entendre, qu'une voix Fran-
çoise & sur tout la premiere voix Françoise, ne scau-
voit que très mal chanter l'Italion. Comme il n'y a
iei que lo nom qui les cheque, s' ils l'aiment mieux,
vous l'appellerons désormais la voix Euro péenne.
itized by Goog
190 MERCURE DE FRANCE.
mon Compatriote M. Hasse, outre une articula,
tion très-heureuse, & une expression très-agréa-
ble, lui trouvent je ne sçais quoi d'original dans son
chant, qui sans être précisément le goût de nos
voix Italiennes, convient très-bien au génie de
cette Musique; & si l'Auteur des remarques de-
mande en quoi consiste cette maniere originale
je lui dirai que Mlle Fel la doit à son organe
le plus siagulier & le plus égal que je connoisse.
C'est avec une voix par tout également franche
& legere qu'elle parcourt deux gammes & demie;
mais la nature qui lui a accordé cette faveur, n'en
est pas prodigue, & les voix ordinaires sont obli-
gées d'y suppléer par l'att. Voilà ce qu'on fait en
Italie & en France, avec cette différence que nos
voix ont trouvé le secret d'aller, sans être fran-
ches, par tout avec la même facilité, & de char-
mer l'oreille par le goût qu'elles scavent mettre
dans leurs tours & dans leurs passages; & qu'en
France on y supplée par des cris effectivement
très-capables d'affecter l'oreille par leur fremis-
sement sinistre.
J'ose l'assuret encore que je sçais un peu ce
que c'est que déclamer en Musique & que je viens
d'entendre au Concert le plus beau morceau de
déclamation qui existe. C'est le recit: Venite ado-
remus, chanté & déclamé par Mlle Fel d'une ma-
niere sublime & celeste, c'est-à-dire, convenable
au caractere que l'Auteur lui a donné; & je n'ai
pas non plus laissé échapper le petit morceau: Ho-
die si vocem ejus audieritis, qui ne sert que de transi-
tion à la reprise; mais qui est un modele de la plus
noble déclamation, & un trait de génie anquel
je n'ai rien trouvé de ressemblant dans tout ce
que j'ai entendu de Musique. Mais je veux qu'une
déclamation pathétique me déchire le cœur &
non pas les oreilles.
191
MAI.175
J'ose enfin l'assurer que personne n'admire plus
que moi le talent de l'Eleve du grand Tartinitz
mais je n'ai pas cru devoir rappellet au public ua
évenement qu'il pourroit trouver aujourd'hpi
beaucoup plus humiliant pour son goût, qu'il
ne le fut alors pour le talent de Monueur
Pagin.
Ce que je voudrois toujours rappeller an public,
dont je voudrois le temercier sans cesse, & à quoi
je croi que les Philosophes ont contribué, c'est
la justice qu'il trend aux vrais talens, c'est l'ad-
miration avec laquelle il a écouté cette semaine
les ches-d'oouvres de M. de Mondonville, c'est le
susfrage dont il a honoté ces deux hautbois (a)
singuliers, c'est la maniere dont il napplaudi aux
progrès de M. Gelin & à l'expression noble & pa-
phetique de cette autre basse-taillo admirable (6).
C'est l'enthousi isme si juste qu'il a marqué aujour-
d'hui après le morceau: A solis ortu, du petit
Motet de Focco, chanté d'unè n sniere si neu-
ve & si digne de cette voix qui sçait chanter; c'est-
enfin la façon dont il a accueilli-& encouragé un
enfant charmant; (c) qui a chanté différens
(a) MM. Pla, freres, de la Musique du Roi
dEspagne.
.
(b)M. Benoit,
(c) M. Richer Page de la Musique de la Cha-
pille du Roi, Souhaitons que cet enfant ne soche ja-
mais chanter la Musique de Lully, s'il est vrai
comme l'Auteur des remarques sur ma lettre le prè-
tand, qu'il faille des cris & des efforts pour la ren-
ddre; & prions ceux à qui sa jeunasse est confiée, de
me pas gater en lui un don aussi précieux que le
gout naturel; soit pur das cadonces trop fréquentes
dont le chant François fourmille, & qui ne servent
Mastres vOO
392 MERCURE DEFRANCE.
morceaux sans cris, sans efforts, avec justesse,
avec aisance & sur tout avec un goût très remar-
quable à son âge & dans son pays.
J'ai l'honneur d'être, &c.
3
qu'a ganter les voix & a fatiguer les oreilles; soit
par des morcenux qui ne sont pas faits pour être chan-
tés & que le public est d'ailleurs tout accoutumè à
ontendre executer en cris. En un mot, c'est l'arieite
de M. l'Abbé Blanchard qu'il nous a si bien chantée
& le Duo Non sunt loquelæ, dans le Motet Coli
enatrant que je prie ses Maitres de prendre pour mo-
dele duns le choix: de ses merceaux.
Fermer
Résumé : LETTRE. De M. Grimm à M. l'Abbé Raynal, sur les remarques au sujet de sa lettre d'Omphale. A Paris ; le jour de Pâques, 2 Avril 1752, à la sortie du Concert.
Dans une lettre datée du 2 avril 1752, Grimm remercie l'Abbé Raynal pour ses commentaires sur sa lettre précédente concernant Omphale. Grimm exprime sa reconnaissance envers l'indulgence des lecteurs et avoue une certaine timidité à aborder des sujets controversés. Il défend le talent du musicien Adolphati, soulignant ses récents succès à Gênes et Modène, et admire les œuvres de Hasse et Handel. Grimm précise que sa lettre n'avait pas pour objectif de désigner tous les artistes d'un temple musical et reconnaît une certaine négligence dans sa rédaction. Grimm mentionne la manière unique dont Mlle Fel interprète l'italien, appréciée par des experts comme Hasse, et décrit la qualité exceptionnelle de sa voix. Il évoque également une performance musicale remarquable de Mlle Fel, qualifiée de 'modèle de la plus noble déclamation' et de 'trait de génie'. Le texte discute ensuite des réactions du public face à diverses performances musicales. Grimm admire le talent de plusieurs artistes, notamment Mondonville, les frères Pla, Benoît, et le jeune chanteur Richer. Il espère que Richer ne sera pas gâté par des cadences fréquentes et des cris inutiles, et recommande certaines œuvres comme modèles à suivre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3435
p. *194-194
DE COPPENHAGUE, le 4 Mars.
Début :
Il paroit une nouvelle Ordonnance du Roi, pour diminuer la longueur & les frais des procédures. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE COPPENHAGUE, le 4 Mars.
DE COPPENHAGUE, le 4 Mars.
Il paroit une nouvelle Ordonnance du Roi,
pour diminuer la longueur & les frais des procédures.
Sa Majesté donnant une attention singuliére
au progiès des Arts, le Comte de Molx, chargé
de ce Département, ne néglige rien pour exciter
l'émulation des Artistes, & sur-tout pour faire
fleurir les Ecoles de Peinture & de Sculpture,
établies en cette Capitale. On fit le 20 & le 25 du
mois dernier dans ces deux Ecoles la distribution
des prix, à laquelle la plupart des Min stres Etran-
gers & des autres personnes de distinction assisie-
rent. La Chambre des Finances a résolu d'affer-
mer pour cinq ans la chasse des Faucons.
Il paroit une nouvelle Ordonnance du Roi,
pour diminuer la longueur & les frais des procédures.
Sa Majesté donnant une attention singuliére
au progiès des Arts, le Comte de Molx, chargé
de ce Département, ne néglige rien pour exciter
l'émulation des Artistes, & sur-tout pour faire
fleurir les Ecoles de Peinture & de Sculpture,
établies en cette Capitale. On fit le 20 & le 25 du
mois dernier dans ces deux Ecoles la distribution
des prix, à laquelle la plupart des Min stres Etran-
gers & des autres personnes de distinction assisie-
rent. La Chambre des Finances a résolu d'affer-
mer pour cinq ans la chasse des Faucons.
Fermer
Résumé : DE COPPENHAGUE, le 4 Mars.
Le 4 mars, une ordonnance royale réduit la durée et les coûts des procédures judiciaires. Le roi soutient les arts, notamment via le Comte de Molx qui encourage les écoles de peinture et de sculpture à Copenhague. Des distributions de prix y ont eu lieu les 20 et 25 février. La Chambre des Finances affermit la chasse aux faucons pour cinq ans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3436
p. 213-215
AUTRE AVIS. POMPES de puits de nouvelle invention, proposees au Public par le sieur N. Thillaye, Pompier du Roi, demeurant à Rouen.
Début :
Le sieur Thillaye déja fort connu pour avoir beaucoup perfectionné les Pompes à incendies, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE AVIS. POMPES de puits de nouvelle invention, proposees au Public par le sieur N. Thillaye, Pompier du Roi, demeurant à Rouen.
AUTRE AVIS.
POMPES de puits de nouvelle invention,
proposees au Public par le sieur N. Thillaye,
Pompier du Roi, demeurant à Rouen.
Le sieur Thillaye déja fort connu pour avoir
beaucoup perfectionné les Pompes à incendies,
donne avis qu'il s'est appliqué à construire de nou-
velles Pompes pour tirer de l'eau des puits avec
beaucoup plus de facilité qu'on n'a fait jusqu'ici
tant pour la force qu'il y faut employer, que pour
avoir une plus grande quantité d'eau.
Les Pompes qu'il presente pour cet usage, sont
de deux especes, la premiere est aspirante, & peut
avoir lieu pour tous les puits qui ne passent pas la
profondeur de trente pieds.
La seconde est aspirante & foulante, & tire l'eau
des Puits très-profonds avec une légere force dont
une personne est capable, tant pour monter l'eau
sur une terrasse devant une maison, que pour un
réservoir qui ensuite la distribue où l'on veut.
Cette sorte de Pompe n'a rien d'embarassant par
sa construction, ni de désagréable à la vue, elle
peut même servir d'ornement dans une Basse-cout,
oog
214 MERCURE DE FRANCE.
Elle a de plus un avantage bien grand & sans
exemple, c'est celui de pouvoir servit à éteindie
un incendie dans la maison où elle est posée, avec
un tiès-petit changement. On n'a pas besoin de
s'étendre sur le prix de cette double utilité dans
une maison.
Le sieur Thillaye fera pendant tout le cours du
mois de Mai la démonstration de ses Pompes chez
les RR. PP. Feuillans, rue St. Honoré à Paris, od
il a un Magazin de Pompes à incendies de diffe-
rentes grandeurs, & qui peuvent produire pat
heure depuis six muids d'eau jusqu'à trente. On
peut juger de l'effet que trente muids d'eau doi-
vent produire sur l'incendie le plus fort. Outre
cette utilité, elles sont encore très commodes
pour arroser les jardins, écheniller les arbres frui-
tiers, & pour faire monter l'eau dans des apparte-
mens où on en a besoin pour des bains.
Cette démonstration se fera l'après-midi, depuis
trois heures jusqu'à sept, & l'Auteur donnera à
ses frais, pour la satisfaction des curieux, les ex-
pétiences de ses Pompes à incendies les samedis
sur les cinq à six heures. Il n'en pourra donner les
autres jours les expériences qu'à ceux qui en fe-
ront acquisition, ou qui payeront la peine des per-
sonnes qui les feront agir.
Apt ès le mois de Mai, on pourra s'adresser à
l'Auteur à Rouen, ou au sieur Barbier son seul
Commissionnaire, rue des Vieux Augustins chez
un Tonnelier à Paris, qui satisfera à tous égards.
Nous ignorons quelle sera la destinée des nou-
velles Pompes qu'annonce M. Thillaye, mais le
préjugé doit être en leur faveur. Ses Pompes à in-
cendies réussissent prodigieusement, & nous avons
ontre nos mains des certificats bien forts & bien
—
MAI.
1752.
215
raisonnés en leur faveur. Le public ne peut trop
encourager un aussi habile homme que M. Thil-
laye. Tout ce qu'il propose merite au moins
d'être yû.
POMPES de puits de nouvelle invention,
proposees au Public par le sieur N. Thillaye,
Pompier du Roi, demeurant à Rouen.
Le sieur Thillaye déja fort connu pour avoir
beaucoup perfectionné les Pompes à incendies,
donne avis qu'il s'est appliqué à construire de nou-
velles Pompes pour tirer de l'eau des puits avec
beaucoup plus de facilité qu'on n'a fait jusqu'ici
tant pour la force qu'il y faut employer, que pour
avoir une plus grande quantité d'eau.
Les Pompes qu'il presente pour cet usage, sont
de deux especes, la premiere est aspirante, & peut
avoir lieu pour tous les puits qui ne passent pas la
profondeur de trente pieds.
La seconde est aspirante & foulante, & tire l'eau
des Puits très-profonds avec une légere force dont
une personne est capable, tant pour monter l'eau
sur une terrasse devant une maison, que pour un
réservoir qui ensuite la distribue où l'on veut.
Cette sorte de Pompe n'a rien d'embarassant par
sa construction, ni de désagréable à la vue, elle
peut même servir d'ornement dans une Basse-cout,
oog
214 MERCURE DE FRANCE.
Elle a de plus un avantage bien grand & sans
exemple, c'est celui de pouvoir servit à éteindie
un incendie dans la maison où elle est posée, avec
un tiès-petit changement. On n'a pas besoin de
s'étendre sur le prix de cette double utilité dans
une maison.
Le sieur Thillaye fera pendant tout le cours du
mois de Mai la démonstration de ses Pompes chez
les RR. PP. Feuillans, rue St. Honoré à Paris, od
il a un Magazin de Pompes à incendies de diffe-
rentes grandeurs, & qui peuvent produire pat
heure depuis six muids d'eau jusqu'à trente. On
peut juger de l'effet que trente muids d'eau doi-
vent produire sur l'incendie le plus fort. Outre
cette utilité, elles sont encore très commodes
pour arroser les jardins, écheniller les arbres frui-
tiers, & pour faire monter l'eau dans des apparte-
mens où on en a besoin pour des bains.
Cette démonstration se fera l'après-midi, depuis
trois heures jusqu'à sept, & l'Auteur donnera à
ses frais, pour la satisfaction des curieux, les ex-
pétiences de ses Pompes à incendies les samedis
sur les cinq à six heures. Il n'en pourra donner les
autres jours les expériences qu'à ceux qui en fe-
ront acquisition, ou qui payeront la peine des per-
sonnes qui les feront agir.
Apt ès le mois de Mai, on pourra s'adresser à
l'Auteur à Rouen, ou au sieur Barbier son seul
Commissionnaire, rue des Vieux Augustins chez
un Tonnelier à Paris, qui satisfera à tous égards.
Nous ignorons quelle sera la destinée des nou-
velles Pompes qu'annonce M. Thillaye, mais le
préjugé doit être en leur faveur. Ses Pompes à in-
cendies réussissent prodigieusement, & nous avons
ontre nos mains des certificats bien forts & bien
—
MAI.
1752.
215
raisonnés en leur faveur. Le public ne peut trop
encourager un aussi habile homme que M. Thil-
laye. Tout ce qu'il propose merite au moins
d'être yû.
Fermer
Résumé : AUTRE AVIS. POMPES de puits de nouvelle invention, proposees au Public par le sieur N. Thillaye, Pompier du Roi, demeurant à Rouen.
Nicolas Thillaye, pompier du Roi résidant à Rouen, a mis au point de nouvelles pompes pour extraire l'eau des puits. Ces pompes offrent une meilleure utilisation et une plus grande quantité d'eau. Il existe deux types de pompes : la première, aspirante, convient aux puits jusqu'à trente pieds de profondeur ; la seconde, aspirante et foulante, permet de puiser l'eau des puits très profonds avec une force minimale, adaptée pour alimenter des terrasses ou des réservoirs. Cette dernière peut aussi être utilisée pour éteindre des incendies après quelques ajustements. Elle est esthétique et peut orner une basse-cour. Thillaye organise des démonstrations de ses pompes chez les Révérends Pères Feuillans, rue Saint-Honoré à Paris, durant le mois de mai, de 15h à 19h, avec des expériences spécifiques les samedis à 18h. Les pompes sont également utiles pour arroser les jardins, traiter les arbres fruitiers et fournir de l'eau pour les bains. Après mai, les intéressés peuvent contacter Thillaye à Rouen ou son commissionnaire, le sieur Barbier, rue des Vieux Augustins à Paris. Les pompes à incendie de Thillaye sont reconnues pour leur efficacité, et le public est encouragé à soutenir cet inventeur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3437
p. 171
« REFUTATION du discours du Citoyen de Genéve qui a remporté le prix de l'Académie de [...] »
Début :
REFUTATION du discours du Citoyen de Genéve qui a remporté le prix de l'Académie de [...]
Mots clefs :
Réfutation, Discours, Jean-Jacques Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « REFUTATION du discours du Citoyen de Genéve qui a remporté le prix de l'Académie de [...] »
REFUTATION du difcours du Citoyen de
Genéve qui a remporté le prix de l'Académie de
Dijon en l'année 1750 , par un Académicien de
la même Ville . A Londres , & le trouve à Paris
chez plufieurs Libraires.
C'estun écrit à deux colonnes ; on voit le difcours
d'un côté & la réfutation de l'autre . De tou
tes les Critiques qu'on a faites de l'ouvrage de M.
Roufleau , c'est la plus détaillée , & la plus propre
par la méthode qui y eft obfervée à faire décou
vrir la vérité . Ceux qui s'occupent de cette importante
controverſe , doivent joindre à la lecture de
l'ouvrage que nous leur annonçons la réponſe de
cinq ou fix pages qu'y a fait M. Rouffeau & qui fe
trouve chez Piffot : C'est toujours le même courage
, la même force & la même véhémence .
Genéve qui a remporté le prix de l'Académie de
Dijon en l'année 1750 , par un Académicien de
la même Ville . A Londres , & le trouve à Paris
chez plufieurs Libraires.
C'estun écrit à deux colonnes ; on voit le difcours
d'un côté & la réfutation de l'autre . De tou
tes les Critiques qu'on a faites de l'ouvrage de M.
Roufleau , c'est la plus détaillée , & la plus propre
par la méthode qui y eft obfervée à faire décou
vrir la vérité . Ceux qui s'occupent de cette importante
controverſe , doivent joindre à la lecture de
l'ouvrage que nous leur annonçons la réponſe de
cinq ou fix pages qu'y a fait M. Rouffeau & qui fe
trouve chez Piffot : C'est toujours le même courage
, la même force & la même véhémence .
Fermer
Résumé : « REFUTATION du discours du Citoyen de Genéve qui a remporté le prix de l'Académie de [...] »
Un académicien de Dijon a publié à Londres une réfutation détaillée du discours de Rousseau, primé en 1750. L'ouvrage oppose les textes originaux et les critiques. Pour comprendre la controverse, il est conseillé de lire la réponse de Rousseau, disponible chez Piffot, marquée par son courage et sa véhémence.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3438
p. 80-102
DISCOURS Qui a été lû dans une Séance de l'Académie des Jeux-Floraux, tenuë le 21 Mars 1752. pour la réception de M. Basin, Conseiller au Parlement ; par M. de Ponsan, Trésorier de France, un des Académiciens.
Début :
MESSIEURS, Il n'est rien de si généralement reconnu que [...]
Mots clefs :
Académie des Jeux floraux, Lettres, Compagnie, Qualités, Académies, Esprit, Moeurs, Homme, Mérite, Académie, Confrères, Sujet, Compagnies littéraires, Homme sociable, Avantages, Honneur, Égards, Offenses, Paroles, Belles-lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS Qui a été lû dans une Séance de l'Académie des Jeux-Floraux, tenuë le 21 Mars 1752. pour la réception de M. Basin, Conseiller au Parlement ; par M. de Ponsan, Trésorier de France, un des Académiciens.
DISCOURS
Qui a été lû dans une Séance de l'Académie
des Jeux Floraux, tenuë le 2 1 Mars 1752.
pour la réception de M. Rafin , Confeiller
au Parlement ; par M. de Ponfan , Tréſorier
de France , un des Académiciens.
MESSIEURS ,
Il n'eft rien de fi géneralement reconnu
que l'utilité des Académies ; on a fait voir
dans plufieurs Ouvrages que les Corps Litteraires
procurent de grands avantages à
l'Empire des Lettres , & ce qu'on a dit fur
ce fujet fe juftifie tous les jours par autant
d'experiences qu'il y a d'Académies . Mais
plus l'utilité des Académies eft démontrée,
plus il importe de foutenir les exercices
d'où naiffent tous ces avantages.
Pour y parvenir dans cette Compagnie,
il faut fur-tout s'attacher à réparer folidement
nos trop fréquentes pertes. Il n'eft
rien de plus effentiel pour maintenir l'ancien
éclat de cette Académie , que de nommer
des fujets dignes de fuccéder aux Confreres
qu'elle a le malheur de perdre ; fans
cette attention tout ce qu'on pourroit faire
JUILLET. 1752. 8 &
à fon avantage feroit entierement inutile ;
fe négliger fur cet article important , c'eft
anéantir ce Corps litteraire & le faper par
les fondemens.
Ces réflexions m'ont déterminé d'examiner
aujourd'hui quelles font les qualités
que doivent avoir les fujets propres à remplir
les places de Mainteneurs.
Je me flate , Meffieurs , de mériter votre
attention par l'importance & la nouveauté
de cette matiere ; perfonne que je fçache
ne l'a encore traitée.
Si l'Académie pouvoit efperer d'être auffi
heureufe à l'avenir fur le choix de fes
Confreres qu'elle l'a été jufqu'à préfent ,
rien ne feroit plus évidemment inutile que
de parler fur ce fujer. Les dernieres nominations
fourniffent de nouvelles preuves de
fon extrême bonheur dans les élections .
Le génie qui depuis plus de quatre fiécles
foutient avec honneur cette célébre
Compagnie , ne l'abandonne jamais dans
ces occafions importantes ; il a toujours
écarté malgré les follicitations & les brigues
tout ce qui auroit pû ternir fa gloire.
Nous éprouvons en ce jour les utiles , les
agréables effets de fa favorable protection ;
en fournirois avec plaifir des preuves
victorieufes s'il m'étoit permis d'empiétes
fur les droits de M. le Modérateur.
D.Y
82 MERCURE DE FRANCE.
Continuons , Meffieurs , de faire de bons
choix , il importe beaucoup de ne pas nous.
laiffer furprendre par des apparences quelquefois
trompeufes , les méprifes font fur
cette matiere d'une grande conféquence
elles deviennent irréparables.
Aucune confidération ne doit nous empêcher
d'examiner fi les Prétendans ont
toutes les qualités néceffaires pour être
admis dans cette Compagnie.
Mais , me dira-t'on , quelles font ces
qualités ne fuffit- il pas d'avoir cultivé
les Belles Lettres & de les aimer ?
Non , Meffieurs , cela ne fuffit pas ; vous
fçavez mieux que moi qu'il faut encore
avoir des moeurs douces & faciles , & polféder
ce qu'on appelle dans le monde le
fçavoir vivres fcience rare , plus difficile
à acquerir & tout au moins auffi néceffaire
dans les Compagnies académiques
que le bon goût & les connoiffances hu
maines.
On peut à tout âge fe perfectionner
dans l'étude des Belles- Lettres ; mais la
politeffe ne s'acquiert gueres que dans la
jeuneffe , c'est le fruit d'une heureuſe naiffance
, accompagnée d'une excellente édu
cation , bien difficile à prendre fi l'on ne
fréquente un peu jeune les, bonnes compagnies.
JUILLET.
1732 83:
Ce n'eſt
que par l'ufage du monde qu'on
peut acquerir des manieres de vivre , d'a
gir & de parler , civiles , polies & honnê
tes ; fans ce fecours on conferve prefque
Foujours des moeurs rudes & groffieres ,
on manque aux égards & aux bienséances ;,
on s'oublie jufqu'à tenir à fes confreres
des difcours defobligeans , qui les déterminent
quelquefois à s'éloigner de nos
affemblées .
Les perfonnes les mieux élevées font:
fouvent peu endurantes ; remplies d'atten
tions envers tout le monde , elles ont droit
d'être plus fenfibles quand on les offenſe .
Il faut remarquer , Meffieurs , qu'aucun
motif intéreffant n'engage à l'affiduité dans
les Académies ; de là vient qu'on prend
aifément le parti de fair les occafions d'ef
fuyer des propos impolis : un homme
fage & délicat ne veut s'expofer ni à les
fouffrir , ni à la néceffité de les repouffer .
Cet objet a paru fi important à notre
fage Légiflateur , dont la bonté , la douceur
&la politeffe faifoit le caractere dominant ,
qu'il a jugé néceffaire d'établir une Loi
bien rigoureufe. Voici comment il s'explique
à l'article 22 des Statuts qu'il a dreffés
pour cette Compagnie , & que Louis XIV.
a autorifés par fes Lettres Patentes.
Si quelqu'un de ce Corps offenfe le Chan-
Dvj.
84 MERCURE DE FRANCE.
celier ou un des Mainteneurs ou des Maîtres,
il pourra être exclu du Corps.
Vous voyez , Meffieurs , que pour des
paroles outrageufes on encourt une peine
des plus griéves , que feroit- ce fi cette of
fenfe étoit fous les yeux du Public ?
M. de Laloubere n'a pas prévu ce cas ,
il a cru fans doute qu'il n'étoit pas poffible
qu'un Membre de cette Compagnie pût jamais
être Auteur d'un Ecrit injurieux , it
n'a craint que ce qui peut quelquefois
échaper dans la vivacité & le feu de la
difpute.
Le prudent Réformateur de nos Jeux a
cru également inutile d'exclure du nombre
des Propofés pour remplir une place vacante
, tous ceux qui auroient eu la témérité
de parler ou d'écrire contre la Compagnie
ou contre quelqu'un de ceux qui
la compofent ; il a fans doute jugé que
la fage Loi qui exclut du Corps celui qui
offenfe le Chancelier ou un des Mainteneurs
, en interdit l'entrée à toutes les perfonnes
qui feroient tombées dans un des
cas que je viens d'expofer. Pourroit- on
penfer d'y admettre un fujet qui devroit en
être exclu s'il en étoit ?
Mais fi l'Anteur d'une offenfe publique
contre une Académie ou quelqu'un des
Académiciens.ofoit y folliciter une place,
JUILLET. 1752. 85
he feroit-on pas bien furpris de fon au
dace ? Tous les Membres de cette Compagnie
fe croiroient fans doute obligés d'en
défendre les intérêts , & d'époufer ceux
d'un Confrere offenfé ; ils feroient fes vengeurs
s'il avoit la générofité d'étouffer fon
jufte reffentiment.
L'honneur du Corps & les égards que ſe
doivent les Particuliers qui le compofent,.
fuffiroient non feulement pour refufer les
fuffrages à ce téméraire Prétendant , mais.
pour l'exclure à jamais du nombre des
Propofés.
Etre en pareil cas favorable à l'offenfeur,
ce feroit lui applaudir & fe déclarer complice
de fa faute , ce feroit lui accorder
une grace dans le tems qu'il mériteroit
répréhension , ce feroit faire une nouvelle
injure à un Confrere à laquelle il devroit
être plus fenfible qu'à la premiere , & qui
le banniroir fans doute pour toujours des
Séances Académiques.
Gardons- nous , Meffieurs , de donner entrée
dans cette Compagnie à des Sujets
qui puiffent être incompatibles avec quel
qu'un ou plufieurs de nous. En acquerant
de nouveaux Mainteneurs , ne manquons
jamais à ce qui eft dû aux anciens; évitons
avec foin de multiplier les moyens de perdre
nos. Confreres ; ne nous privons pas.
86 MERCURE DE FRANCE.
de leur préfence, tandis que nous pouvons
enjouir, l'inexorable mort doit feule nous .
en féparer.
Pour prévenir les divifions dans les
Corps Littéraires , on doit être extrêmement
attentif à n'y donner entrée qu'à des
Sujets dont l'efprit foit d'un bon caractere,
& qui aient des moeurs faciles & agréables ; -
ees précieufes qualités font dans toutes les
Académies auffi effentielles que les talens.
Aucun motif ne doit engager d'intro--
duire dans ces afyles de la douceur & de
la paix , ni les faifeurs de Libelles , ni ces›
perfonnes dont les propos indifcrets &
hardis peuvent faire craindre de voir naî→
tre des diffentions & des troubles ; la faute
la plus legere doit allarmer ; tour peut être
en ce genre fuffifant pour donner l'exclufron.
Y a- t'il rien à ménager pour ne pas
courir le rifque de fe trouver un jour
dans la cruelle néceffité de procéder extraor
dinairement contre un Confrere ?
$
Il eft de la prudence des Académies de
n'expofer pas à ce danger ces efprits critiques
& malins ; c'eft un bonheur pour
eux & pour toutes les Sociétés Littéraires
qu'ils ayent fait connoître leur caractere.
avant d'y être reçus. Il vaut bien mieux
n'être pas admis dans un Corps que d'en
être retranché , car fuivant la penſée d'Q--
vide ,
JUILLET. 87 1752 1952 .
Turpiùs ejicitur quàm non admittitur hofpes..
Pour fixer nos idées d'une maniere exacte
& préciſe fur tout ce que nous devons
confiderer dans le choix de nos Confreres,,
il faut faire attention à ce qui nous a été
preferit fur ce fujet important dans l'arti
cle 26 de nos Statuts , il s'explique en ces
termes ::
La place d'un Mainteneur doit être remplie
par un homme de mérite , fociable
aimant les Lettres.
Ce peu de paroles renferment un grand
fens ; elles comprennent tout ce qu'on..
peut defirer dans un excellent Académi
cien , il ne faut qu'en pénétrer toute l'étenduë
Un homme de mérite digne d'occuper:
une place dans cette Compagnie , eft un
homme qui poffède un heureux affemblage..
des principales qualités naturelles & ac-.
quifes de l'efprit & du coeur.
Cette définition renferme tout ce qu'on
doit entendre par un homme de mérite
relativement à tous les Corps Académiques.
Il y a des qualités qui font un riche pré
fent de la Nature , & que nous tenons de
fa liberalité ; il en eft d'autres dont nous
fommes redevables au travail & à l'étude ; ,
88 MERCURE DE FRANCE.
elles fe prêtent toutes de mutuels fecours
l'art perfectionne les qualités naturelles
mais fes préceptes feroient vains & inutiles
s'ils n'étoient pas fecondés par d'heureufes
difpofitions. L'efprit eft une pierre
précieufe qui a befoin de la main du Lapidaire
pour jetter tout fon feu.
Ce que je dis des qualités de l'efprit , on
peut le dire également de celles du coeur ,
les unes & les autres doivent être mifes
en oeuvre pour briller de tout fon éclat.
C'est le concours & l'affemblage de tout
tes ces qualités bien cultivées qui forment
cet homme de mérite , propre à remplir
la place d'un Mainteneur , & c'eft ce qui
doit déterminer les fuffrages dans tous
les Corps Littéraires pour en réparer dignement
les pertes.
Notre Législateur ajoûte que cet homme
de mérite doit être fociable , qualité qui
en fuppofe un grand nombre d'autres.
Pour être fociable dans une Académie ib
faut fur-tout avoir des moeurs , c'eft le premier
fondement de toute fociété parmi les
honnêtes gens. Il faut avoir les inclinations
bierifaifantes , une humeur affable , un ef◄
prit doux , un naturel facile & complai
fant, qui tend toujours d'un bon & agréas
ble commerce.
Un homme fociable eft celui qui pofléde
JUILLET. 1752. 89
le précieux fecret de fçavoir vivre avec
les perfonnes qui ne le font pas , & de ſe
ménager avec toutes fortes de caracteres ;
fes manieres font toujours accompagnées
d'égards , & les difcours remplis de politeffe
.
Il fçait combattre le fentiment de fes
Confreres fans altercation ; il eft auffi fatisfait
de fe rendre à leur avis que de les
ramener au fien , la vérité ne l'offenfe
jamais , il l'écoute toujours avec plaifir ,
elle lui eft également précieufe , foit qu'on
la lui faffe connoître , foit qu'il la découvre
; il l'embraffe avec le même empreffement
d'où qu'elle parte ; il ne difpute que
pour l'éclaircir & la faire briller de tout
fon éclat.
Un homme fociable eft fur- tout l'ennemi
juré de toutes fortes de malignité , il détefte
la médiſance & la calomnie , jamais
il ne lui échape ni dans fes paroles ni
dans les écrits des traits piquans & injurieux.
La qualité d'homme fociable ne fçauroit
compâtir avec les vices qui troublent
le repos public , & dont la peine eft d'être
banni de la fociété.
Enfin , Meffieurs , cet homme de mérite
fociable , pour être digne d'occuper une
place dans cette Compagnie , doit aimer
les Lettres.
90 MERCURE DE FRANCE.
Quoique ce goût bien cultivé foit ef
fentiellement ce qui conftitue un véritable
Académicien , il faut remarquer que c'eſt
néanmoins la derniere chofe dont il eft
ici parlé.
Notre Légiflateur plein de droiture &
de probité , a eu l'attention de placer les
qualités de l'ame à la tête du portrait qu'il
nous a tracé d'un Mainteneur digne de
ce titre ; il a voulu fans doute nous faire
entendre par là qu'elles doivent tenir par
tout le premier rang , & que dans nos
élections l'amour & la connoiffance des
Lettres ne peuvent fixer notre choix que
lorfque ces avantages fe trouvent heureutement
raffemblés dans le même fujet avec
les vertus de l'ame & les qualités du
coeur.
Je ne puis , Meffieurs , me difpenfer pour
l'honneur de toutes les Académies de rapporter
ici ce qu'a dit à leur avantage l'Au
teur du Difcours couronné à Dijon l'année
derniere.
Ce bel efprit qui a répandu & prodigué
tant d'éloquence pour décrier les Sciences,
a fait voir feulement d'une maniere brillante
qu'on peut abufer des meilleures cho-.
fes. Mais voulant rendre juftice aux Compagnies
Académiques , il s'eft expliqué en
Ces termes..
JUILLET. 1752. 9%
Les Sociétés Littéraires , dit- il , font
chargées à la fois du dangereux dépôt
» des connoiffances humaines & du dépôt
» facré des moeurs ; elles ont attention d'en
» maintenir chez elles toute la pureté , &
» de l'exiger dans les Membres qu'elles,
» reçoivent.
"
»
» Ces fages inftitutions , ajoûte-t'il , fervent
de frein aux gens de lettres ; afpirant
tous à l'honneur d'être admis dans.
les Académies , ils veilleront fur eux-
» mêmes , & tâcheront de s'en rendre di
» gnes par des ouvrages utiles , & furtout
par des moeurs irréprochables.
M. Rouffeau malgré fon déchaînement
contre les Arts & les Sciences , a épargné
les Corps Littéraires , en faveur de leur
utilité pour les bonnes moeurs ; ſes ménagemens
& les égards pour les Académies
ne pouvoient pas avoir une caufe ni plus:
honorable ni plus glorieufe.
N'oublions donc jamais , Meffieurs , en
nommant aux places. vacantes , que nous
#devons conferver avec foin ce dépôt facré
des moeurs dont nous fommes dépofitaires
, ne le confions qu'en de mains fûres ,
évitons de nous relâcher fur cet article
capital .
3
La crainte d'émouffer ce précieux frein
qui contient les Gens de fettres ,, & qui
92 MERCURE DE FRANCE...
les oblige de veiller fur eux- mêmes, doit
exciter toute notre attention pour refufer
conftamment l'entrée de cette Compagnie
à tous les Sujets que ce puiffant frein n'a
pas été capable de contenir .
Ne perdons jamais de vûë , que les con
noiffances humaines ne peuvent mériter
notre attention qu'autant qu'elles fe trouvent
réunies avec des moeurs irréprocha
bles , avec beaucoup de prudence , de difcrétion
& de fagetle dans les écrits , dans
les paroles & dans les actions.
Ces maximes ont toujours été inviolables
dans toutes les Académies , elles en
ont exclu de nos jours un Littérateur périodique,
de beaucoup de mérite , mais noté
par fon indifcrétion & fa malignité.
Ce petit épiſode ne me fait pas oublier,
Meffieurs , qu'il me reste à vous parler de
cette partie effentielle d'un Académicien,
qui confifte à fe connoître en Eloquence
& en Poëfie.
M. de Laloubere s'eft contenté de dire
que pour mériter une place de Mainteneur
il faut aimer les Lettres. Ce peu de
paroles lui ont paru fuffifantes , parce qu'il
n'ignotoit pas que quand on aime ces précieux
Arts , il n'eft rien de plus attrayant
que le plaifir de les cultiver , & que cette
culture dirigée par de bonnes études , eft
JUILLET. 1752. .9 $
E rarement infructueufe ; les vrais amateurs
des Lettres font toujours d'excellens Académiciens.
ད་
Cette inclination eft ordinairement accompagnée
des talens néceffaires pour faire
de grands progrès dans les Sciences ; ces
progrès donnent de nouvelles forces à ce
noble penchant , on s'attache malgré foi
à ce que l'on entend , on n'abandonne jamais
ce que l'on aime.
pour N'apréhendons pas que l'affection
les Belles -Lettres foit volage & paffagere
chez les perfonnes de goût & de génie ,
il feroit plutôt à craindre qu'elles s'y adonnaffent
avec trop d'ardeur , & jufqu'à négliger
les Sciences de leur état.
Tout ce que notre Législateur nous à
preferit fur le choix d'un Mainteneur at
toujours été très- fidelement obfervé dans
cette Compagnie , nous n'aurions rien à
défirer fi nous pouvions jouir de tous nos
Confreres , mais nous voyons avec regret
que quelques- uns ne font par leur abfence
utiles à l'Académie que pour décorer fa
lifte , & lui faire honneur dans les villes
où ils ont fixé leur féjour. Plufieurs autres
que nous voyons rarement o nt de très- légitimes
excufes , les raifons qui nous privent
de leur préfence font des éloges pour:
sux ; les fonctions de leurs charges rem96
MERCURE DEFRANCE.
guliere érudition que par leur profond fça
voir dans la ſcience du Droit & de la Ju
risprudence.
Les noms des Minuts , des Dufaurs , des
Bertiers , des Catels , des Fieubets , & d'un
grand nombre d'autres font gravés dans le
Temple de Mémoire , ils ont été célébrés
par tous les Auteurs qui ont élevé des
monumens à la gloire des amateurs des
Lettres.
Ces refpectables & fçavans Magiftrats qui
étoient des Aigles aauu PPaallaaiiss ,, auroient pû
être en même tems des ornemens de l'A-
- cadémie Françoife , ils auroient tenu leur
place avec diftinction & dans l'Areopage
& fur le Parnaffe. Themis & les Mufes les
occupoient tour à tour dès leurs plus tendres
années .
Car , Meffieurs, l'étude des Belles Lettres
dans laquelle on peut toujours le perfectionner,
ne sçauroit être commencée dans
cet âge fait pour jouir des avantages qu'elle
procure ; il faut en avoir pris dans la jeuneffe
le goût & les principes , il feroit fans,
cela bien difficile d'y faire des progrès dans
un âge un peu avancé , l'ignorance déter- .
mine alors à regarder comme peu néceffaire
un art dont on ignore les premiers
élemens. On fait ordinairement peu de cas
des Sciences pour lesquelles on ne fe fent
aucune
JUILLET.
17528 97
aucune difpofition ni aptitude , & dont
on n'a aucune teinture.
•
Mais le don de la parole , l'art d'écrire
avec quelque pureté de ftile & de diction
feroient des avantages vains , quelquefois
dangereux , s'ils n'étoient pas accompagnés
de beaucoup de capacité ; les armes trèsnéceffaires
pour combattre font d'un foible
fecours fans la force & le courage.
>
J'ajoute , Meffieurs , que le profond fçavoir
fourniroit des alimens à l'erreur , s'il
n'étoit pas dirigé par la jufteffe de l'efptit.
Cette précieufe qualité eft plus rare que
les talens , il eft plus difficile de l'acquerir
que les connoiffances , c'eft un riche préfent
de la Nature dont elle n'eft pas prodigue.
Tout le monde croit le poffeder
parce que perfonne n'en peut fentir la
privation. L'efprit faux ne fe connoit pas
lui - même s'il fe connoiffoit , il cefferoit
d'être faux , fes lumieres font trop
bornées ou trop vaftes , le jour ne l'éclaire
pas , ou il l'offufque & l'éblouit , la lenteur
& la fougue de l'efprit égarent également,
l'un n'arrive pas au terme , l'autre va audelà
, & lorſqu'on paffe le but , dit Montagne
, on y touche auffi peu , que quand
on n'y arrive pas .
Ce défaut eft la fource d'une infinité de
défordres dans la fociété , il fe fair princi-
E
98 MERCURE DE FRANCE.
palement fentir dans les corps , & plus ils
font nombreux ,plus il y devient dominant .
C'eft la fauffeté de l'efprit qui fait fourmiller
les procès , & qui fournit du travail
à toutes les Jurifdictions , ce défaut
eft caule qu'on foutient les droits les plus
injuftes , & que les Arrêts juftifient fouvent
la témérité des plaideurs.
Dans toutes les Compagnies quelquesuns
des Membres , faute de juſteſſe , n'en
connoiffent pas les véritables intérêts ,
quelques autres en les connoiffant les facrifient
à des intérêts particuliers . Ceux
qui ont de bonnes vues & une volonté
conftante de les fuivre fe trouvant en petit
nombre , on ne doit pas être furpris que
les corps prennent rarement le bon parti
dans leurs délibérations ; de- là vient que.
la République Romaine dans les tems les
plus difficiles remettoit toute l'autorité
entre les mains d'un Dictateur.
Quand on a reçu de la Nature ce précieux
fondement de toute forte de connoiffances
, qui confifte dans la jufſteſſe de
l'efprit , on ne doit rien négliger pour entretenir
& fortifier cette heureufe difpofition.
Il feroit aifé de faire voir combien les
Belles - Lettres peuvent être utiles à cet
ufage ; on s'accoutume en les cultivant à >
JUILLET. 1752. 99
former des raifonnemens qui faffenr fenur
la jufte liaifon que les conféquences ont
avec les principes : ce n'eft pas là ou les
termes de l'art peuvent tenir lieu de preuves
, il n'eft pas permis de s'envelopper
dans de mifterieufes obfcurités. La clarté
& l'évidence eft ce qu'on exige principalement
dans les ouvrages d'efprit & de
littérature , tout ce qui manque de cette
qualité effentielle eft toujours réprouvé.
J'abandonne brufquement cette matiére
qu'il feroit très important d'approfondir
pour l'avantage de ces perfonnes que leur
mérite rend très- dignes d'être défabufées
de leurs préventions ; mais ce fujet mêneroit
aujourd'hui trop loin , & je ne puis
me difpenfer de dire encore un mot de nos
élections qui font mon principal objet
dans cette féance .
J'ai parlé , Meffieurs , des qualités néceffaires
pour être admis dans les Académies,
& de celles qui en doivent exclure , j'ajoute
qu'aucun de nous ne devroit le déterminer
fur le choix d'un fujet & prendre
à coeur fon élection , fans être affuré
que ce fujet eft en général agréable & à la
Compagnie & à celui qui en remplit la
premiere place . Conviendroit-il à un particulier
d'entreprendre de nous donner un
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
Confrere fans avoir pris cette fage précaution.
Permettez moi , Meffieurs , d'obferver
encore que quand on nomme dans un jour
d'élection les afpirans à une place vacante,
on ne parle que de leurs bonnes qualités ,
mille confidérations engagent alors à garder
le filence fur tout ce qui ne feroit pas
à leur avantage
.
Les circonfpections & les égards ont
fait des progrès dans nos moeurs , à mefure
que les chofes dignes de blâme le font
multipliées ; à proportion qu'il y a eu à cacher,
on a étendu les bienféances de déguifer
& de fe taire , ce qu'on condamne en
fecret eft fouvent la matiére des éloges
publics.
•
De- là vient , Meffieurs , que nous ne devons
pas nous attendre un jour d'élection
d'être informés de ce qu'il conviendroit
de fçavoir fur les fujets propofés. C'eſt à
chacun de nous en particulier de découvrir
à l'avance par des informations fecrettes
leurs inclinations & leur caractere , tâchons
de les connoître avant de les nommer.
Gardons-nous fur tout , je le répete encore
une fois , gardons- nous , Meffieurs , de
nous laiffer impofer par les qualités de
JUILLET . 1752. ΤΟΥ
l'efprit , par les lumieres & les connoiffan
ces , n'héfitons pas de compter pour rien
tous ces avantages quand ils ne contribuent
pas à la beauté de l'ame..N'oublions jamais
que dans tous les Corps l'enquête de vie &
moeurs précede toujours l'examen du réci
piendaire.
Les Compagnies littéraires , fur tout
celles qui ont les mêmes occupations que
l'Académie Françoife , ont toujours été expofées
aux railleries indifcretes & aux
iniques improbations. Sur cet article la.
Province & la Capitale éprouvent le même
fort , nous ne pouvons éviter , autant
qu'il eft poffible , la cenfure du Public
qu'en nommant aux places vacantes des
perfonnes dignes de l'eftime publique &
par leurs vertus & par leurs talens .
Les Académies qui fe multiplient tous
les jours au grand avantage des lettres , ſont
les feuls Corps dans lefquels la vénalité ne
s'eft pas encore introduite ; ils ont par là
un grand avantage pour
être bien compofés
, & s'ils ne l'étoient pas , ils ne pourroient
l'imputer qu'à eux mêmes , & en
cela le blâme & la critique du Public ne
feroient pas injuftes à leur égard .
Pour rappeller en finiffant toutes nos
obligations fur le choix d'un Académicien
digne de ce titre , il fuffit de dire que nous
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
devons avoir une grande attention d'élire
des Sujets que la Nature ait favorisés des
biens de l'efprit , mais furtout des biens de
l'ame , & qui ayent donné avec fuccès tous
leurs foins à cultiver ces précieux biens.
C'eft la Loi qu'on doit fuivre dans toutes
les Académies ; elle a été obſervée juſqu'au
jour prefent avec beaucoup d'exactitude
dans cette Compagnie. Vous en
fourniffez , Meffieurs, les preuves victorieufes
, & je fournis l'exception qui confirme
cette belle régle.
Qui a été lû dans une Séance de l'Académie
des Jeux Floraux, tenuë le 2 1 Mars 1752.
pour la réception de M. Rafin , Confeiller
au Parlement ; par M. de Ponfan , Tréſorier
de France , un des Académiciens.
MESSIEURS ,
Il n'eft rien de fi géneralement reconnu
que l'utilité des Académies ; on a fait voir
dans plufieurs Ouvrages que les Corps Litteraires
procurent de grands avantages à
l'Empire des Lettres , & ce qu'on a dit fur
ce fujet fe juftifie tous les jours par autant
d'experiences qu'il y a d'Académies . Mais
plus l'utilité des Académies eft démontrée,
plus il importe de foutenir les exercices
d'où naiffent tous ces avantages.
Pour y parvenir dans cette Compagnie,
il faut fur-tout s'attacher à réparer folidement
nos trop fréquentes pertes. Il n'eft
rien de plus effentiel pour maintenir l'ancien
éclat de cette Académie , que de nommer
des fujets dignes de fuccéder aux Confreres
qu'elle a le malheur de perdre ; fans
cette attention tout ce qu'on pourroit faire
JUILLET. 1752. 8 &
à fon avantage feroit entierement inutile ;
fe négliger fur cet article important , c'eft
anéantir ce Corps litteraire & le faper par
les fondemens.
Ces réflexions m'ont déterminé d'examiner
aujourd'hui quelles font les qualités
que doivent avoir les fujets propres à remplir
les places de Mainteneurs.
Je me flate , Meffieurs , de mériter votre
attention par l'importance & la nouveauté
de cette matiere ; perfonne que je fçache
ne l'a encore traitée.
Si l'Académie pouvoit efperer d'être auffi
heureufe à l'avenir fur le choix de fes
Confreres qu'elle l'a été jufqu'à préfent ,
rien ne feroit plus évidemment inutile que
de parler fur ce fujer. Les dernieres nominations
fourniffent de nouvelles preuves de
fon extrême bonheur dans les élections .
Le génie qui depuis plus de quatre fiécles
foutient avec honneur cette célébre
Compagnie , ne l'abandonne jamais dans
ces occafions importantes ; il a toujours
écarté malgré les follicitations & les brigues
tout ce qui auroit pû ternir fa gloire.
Nous éprouvons en ce jour les utiles , les
agréables effets de fa favorable protection ;
en fournirois avec plaifir des preuves
victorieufes s'il m'étoit permis d'empiétes
fur les droits de M. le Modérateur.
D.Y
82 MERCURE DE FRANCE.
Continuons , Meffieurs , de faire de bons
choix , il importe beaucoup de ne pas nous.
laiffer furprendre par des apparences quelquefois
trompeufes , les méprifes font fur
cette matiere d'une grande conféquence
elles deviennent irréparables.
Aucune confidération ne doit nous empêcher
d'examiner fi les Prétendans ont
toutes les qualités néceffaires pour être
admis dans cette Compagnie.
Mais , me dira-t'on , quelles font ces
qualités ne fuffit- il pas d'avoir cultivé
les Belles Lettres & de les aimer ?
Non , Meffieurs , cela ne fuffit pas ; vous
fçavez mieux que moi qu'il faut encore
avoir des moeurs douces & faciles , & polféder
ce qu'on appelle dans le monde le
fçavoir vivres fcience rare , plus difficile
à acquerir & tout au moins auffi néceffaire
dans les Compagnies académiques
que le bon goût & les connoiffances hu
maines.
On peut à tout âge fe perfectionner
dans l'étude des Belles- Lettres ; mais la
politeffe ne s'acquiert gueres que dans la
jeuneffe , c'est le fruit d'une heureuſe naiffance
, accompagnée d'une excellente édu
cation , bien difficile à prendre fi l'on ne
fréquente un peu jeune les, bonnes compagnies.
JUILLET.
1732 83:
Ce n'eſt
que par l'ufage du monde qu'on
peut acquerir des manieres de vivre , d'a
gir & de parler , civiles , polies & honnê
tes ; fans ce fecours on conferve prefque
Foujours des moeurs rudes & groffieres ,
on manque aux égards & aux bienséances ;,
on s'oublie jufqu'à tenir à fes confreres
des difcours defobligeans , qui les déterminent
quelquefois à s'éloigner de nos
affemblées .
Les perfonnes les mieux élevées font:
fouvent peu endurantes ; remplies d'atten
tions envers tout le monde , elles ont droit
d'être plus fenfibles quand on les offenſe .
Il faut remarquer , Meffieurs , qu'aucun
motif intéreffant n'engage à l'affiduité dans
les Académies ; de là vient qu'on prend
aifément le parti de fair les occafions d'ef
fuyer des propos impolis : un homme
fage & délicat ne veut s'expofer ni à les
fouffrir , ni à la néceffité de les repouffer .
Cet objet a paru fi important à notre
fage Légiflateur , dont la bonté , la douceur
&la politeffe faifoit le caractere dominant ,
qu'il a jugé néceffaire d'établir une Loi
bien rigoureufe. Voici comment il s'explique
à l'article 22 des Statuts qu'il a dreffés
pour cette Compagnie , & que Louis XIV.
a autorifés par fes Lettres Patentes.
Si quelqu'un de ce Corps offenfe le Chan-
Dvj.
84 MERCURE DE FRANCE.
celier ou un des Mainteneurs ou des Maîtres,
il pourra être exclu du Corps.
Vous voyez , Meffieurs , que pour des
paroles outrageufes on encourt une peine
des plus griéves , que feroit- ce fi cette of
fenfe étoit fous les yeux du Public ?
M. de Laloubere n'a pas prévu ce cas ,
il a cru fans doute qu'il n'étoit pas poffible
qu'un Membre de cette Compagnie pût jamais
être Auteur d'un Ecrit injurieux , it
n'a craint que ce qui peut quelquefois
échaper dans la vivacité & le feu de la
difpute.
Le prudent Réformateur de nos Jeux a
cru également inutile d'exclure du nombre
des Propofés pour remplir une place vacante
, tous ceux qui auroient eu la témérité
de parler ou d'écrire contre la Compagnie
ou contre quelqu'un de ceux qui
la compofent ; il a fans doute jugé que
la fage Loi qui exclut du Corps celui qui
offenfe le Chancelier ou un des Mainteneurs
, en interdit l'entrée à toutes les perfonnes
qui feroient tombées dans un des
cas que je viens d'expofer. Pourroit- on
penfer d'y admettre un fujet qui devroit en
être exclu s'il en étoit ?
Mais fi l'Anteur d'une offenfe publique
contre une Académie ou quelqu'un des
Académiciens.ofoit y folliciter une place,
JUILLET. 1752. 85
he feroit-on pas bien furpris de fon au
dace ? Tous les Membres de cette Compagnie
fe croiroient fans doute obligés d'en
défendre les intérêts , & d'époufer ceux
d'un Confrere offenfé ; ils feroient fes vengeurs
s'il avoit la générofité d'étouffer fon
jufte reffentiment.
L'honneur du Corps & les égards que ſe
doivent les Particuliers qui le compofent,.
fuffiroient non feulement pour refufer les
fuffrages à ce téméraire Prétendant , mais.
pour l'exclure à jamais du nombre des
Propofés.
Etre en pareil cas favorable à l'offenfeur,
ce feroit lui applaudir & fe déclarer complice
de fa faute , ce feroit lui accorder
une grace dans le tems qu'il mériteroit
répréhension , ce feroit faire une nouvelle
injure à un Confrere à laquelle il devroit
être plus fenfible qu'à la premiere , & qui
le banniroir fans doute pour toujours des
Séances Académiques.
Gardons- nous , Meffieurs , de donner entrée
dans cette Compagnie à des Sujets
qui puiffent être incompatibles avec quel
qu'un ou plufieurs de nous. En acquerant
de nouveaux Mainteneurs , ne manquons
jamais à ce qui eft dû aux anciens; évitons
avec foin de multiplier les moyens de perdre
nos. Confreres ; ne nous privons pas.
86 MERCURE DE FRANCE.
de leur préfence, tandis que nous pouvons
enjouir, l'inexorable mort doit feule nous .
en féparer.
Pour prévenir les divifions dans les
Corps Littéraires , on doit être extrêmement
attentif à n'y donner entrée qu'à des
Sujets dont l'efprit foit d'un bon caractere,
& qui aient des moeurs faciles & agréables ; -
ees précieufes qualités font dans toutes les
Académies auffi effentielles que les talens.
Aucun motif ne doit engager d'intro--
duire dans ces afyles de la douceur & de
la paix , ni les faifeurs de Libelles , ni ces›
perfonnes dont les propos indifcrets &
hardis peuvent faire craindre de voir naî→
tre des diffentions & des troubles ; la faute
la plus legere doit allarmer ; tour peut être
en ce genre fuffifant pour donner l'exclufron.
Y a- t'il rien à ménager pour ne pas
courir le rifque de fe trouver un jour
dans la cruelle néceffité de procéder extraor
dinairement contre un Confrere ?
$
Il eft de la prudence des Académies de
n'expofer pas à ce danger ces efprits critiques
& malins ; c'eft un bonheur pour
eux & pour toutes les Sociétés Littéraires
qu'ils ayent fait connoître leur caractere.
avant d'y être reçus. Il vaut bien mieux
n'être pas admis dans un Corps que d'en
être retranché , car fuivant la penſée d'Q--
vide ,
JUILLET. 87 1752 1952 .
Turpiùs ejicitur quàm non admittitur hofpes..
Pour fixer nos idées d'une maniere exacte
& préciſe fur tout ce que nous devons
confiderer dans le choix de nos Confreres,,
il faut faire attention à ce qui nous a été
preferit fur ce fujet important dans l'arti
cle 26 de nos Statuts , il s'explique en ces
termes ::
La place d'un Mainteneur doit être remplie
par un homme de mérite , fociable
aimant les Lettres.
Ce peu de paroles renferment un grand
fens ; elles comprennent tout ce qu'on..
peut defirer dans un excellent Académi
cien , il ne faut qu'en pénétrer toute l'étenduë
Un homme de mérite digne d'occuper:
une place dans cette Compagnie , eft un
homme qui poffède un heureux affemblage..
des principales qualités naturelles & ac-.
quifes de l'efprit & du coeur.
Cette définition renferme tout ce qu'on
doit entendre par un homme de mérite
relativement à tous les Corps Académiques.
Il y a des qualités qui font un riche pré
fent de la Nature , & que nous tenons de
fa liberalité ; il en eft d'autres dont nous
fommes redevables au travail & à l'étude ; ,
88 MERCURE DE FRANCE.
elles fe prêtent toutes de mutuels fecours
l'art perfectionne les qualités naturelles
mais fes préceptes feroient vains & inutiles
s'ils n'étoient pas fecondés par d'heureufes
difpofitions. L'efprit eft une pierre
précieufe qui a befoin de la main du Lapidaire
pour jetter tout fon feu.
Ce que je dis des qualités de l'efprit , on
peut le dire également de celles du coeur ,
les unes & les autres doivent être mifes
en oeuvre pour briller de tout fon éclat.
C'est le concours & l'affemblage de tout
tes ces qualités bien cultivées qui forment
cet homme de mérite , propre à remplir
la place d'un Mainteneur , & c'eft ce qui
doit déterminer les fuffrages dans tous
les Corps Littéraires pour en réparer dignement
les pertes.
Notre Législateur ajoûte que cet homme
de mérite doit être fociable , qualité qui
en fuppofe un grand nombre d'autres.
Pour être fociable dans une Académie ib
faut fur-tout avoir des moeurs , c'eft le premier
fondement de toute fociété parmi les
honnêtes gens. Il faut avoir les inclinations
bierifaifantes , une humeur affable , un ef◄
prit doux , un naturel facile & complai
fant, qui tend toujours d'un bon & agréas
ble commerce.
Un homme fociable eft celui qui pofléde
JUILLET. 1752. 89
le précieux fecret de fçavoir vivre avec
les perfonnes qui ne le font pas , & de ſe
ménager avec toutes fortes de caracteres ;
fes manieres font toujours accompagnées
d'égards , & les difcours remplis de politeffe
.
Il fçait combattre le fentiment de fes
Confreres fans altercation ; il eft auffi fatisfait
de fe rendre à leur avis que de les
ramener au fien , la vérité ne l'offenfe
jamais , il l'écoute toujours avec plaifir ,
elle lui eft également précieufe , foit qu'on
la lui faffe connoître , foit qu'il la découvre
; il l'embraffe avec le même empreffement
d'où qu'elle parte ; il ne difpute que
pour l'éclaircir & la faire briller de tout
fon éclat.
Un homme fociable eft fur- tout l'ennemi
juré de toutes fortes de malignité , il détefte
la médiſance & la calomnie , jamais
il ne lui échape ni dans fes paroles ni
dans les écrits des traits piquans & injurieux.
La qualité d'homme fociable ne fçauroit
compâtir avec les vices qui troublent
le repos public , & dont la peine eft d'être
banni de la fociété.
Enfin , Meffieurs , cet homme de mérite
fociable , pour être digne d'occuper une
place dans cette Compagnie , doit aimer
les Lettres.
90 MERCURE DE FRANCE.
Quoique ce goût bien cultivé foit ef
fentiellement ce qui conftitue un véritable
Académicien , il faut remarquer que c'eſt
néanmoins la derniere chofe dont il eft
ici parlé.
Notre Légiflateur plein de droiture &
de probité , a eu l'attention de placer les
qualités de l'ame à la tête du portrait qu'il
nous a tracé d'un Mainteneur digne de
ce titre ; il a voulu fans doute nous faire
entendre par là qu'elles doivent tenir par
tout le premier rang , & que dans nos
élections l'amour & la connoiffance des
Lettres ne peuvent fixer notre choix que
lorfque ces avantages fe trouvent heureutement
raffemblés dans le même fujet avec
les vertus de l'ame & les qualités du
coeur.
Je ne puis , Meffieurs , me difpenfer pour
l'honneur de toutes les Académies de rapporter
ici ce qu'a dit à leur avantage l'Au
teur du Difcours couronné à Dijon l'année
derniere.
Ce bel efprit qui a répandu & prodigué
tant d'éloquence pour décrier les Sciences,
a fait voir feulement d'une maniere brillante
qu'on peut abufer des meilleures cho-.
fes. Mais voulant rendre juftice aux Compagnies
Académiques , il s'eft expliqué en
Ces termes..
JUILLET. 1752. 9%
Les Sociétés Littéraires , dit- il , font
chargées à la fois du dangereux dépôt
» des connoiffances humaines & du dépôt
» facré des moeurs ; elles ont attention d'en
» maintenir chez elles toute la pureté , &
» de l'exiger dans les Membres qu'elles,
» reçoivent.
"
»
» Ces fages inftitutions , ajoûte-t'il , fervent
de frein aux gens de lettres ; afpirant
tous à l'honneur d'être admis dans.
les Académies , ils veilleront fur eux-
» mêmes , & tâcheront de s'en rendre di
» gnes par des ouvrages utiles , & furtout
par des moeurs irréprochables.
M. Rouffeau malgré fon déchaînement
contre les Arts & les Sciences , a épargné
les Corps Littéraires , en faveur de leur
utilité pour les bonnes moeurs ; ſes ménagemens
& les égards pour les Académies
ne pouvoient pas avoir une caufe ni plus:
honorable ni plus glorieufe.
N'oublions donc jamais , Meffieurs , en
nommant aux places. vacantes , que nous
#devons conferver avec foin ce dépôt facré
des moeurs dont nous fommes dépofitaires
, ne le confions qu'en de mains fûres ,
évitons de nous relâcher fur cet article
capital .
3
La crainte d'émouffer ce précieux frein
qui contient les Gens de fettres ,, & qui
92 MERCURE DE FRANCE...
les oblige de veiller fur eux- mêmes, doit
exciter toute notre attention pour refufer
conftamment l'entrée de cette Compagnie
à tous les Sujets que ce puiffant frein n'a
pas été capable de contenir .
Ne perdons jamais de vûë , que les con
noiffances humaines ne peuvent mériter
notre attention qu'autant qu'elles fe trouvent
réunies avec des moeurs irréprocha
bles , avec beaucoup de prudence , de difcrétion
& de fagetle dans les écrits , dans
les paroles & dans les actions.
Ces maximes ont toujours été inviolables
dans toutes les Académies , elles en
ont exclu de nos jours un Littérateur périodique,
de beaucoup de mérite , mais noté
par fon indifcrétion & fa malignité.
Ce petit épiſode ne me fait pas oublier,
Meffieurs , qu'il me reste à vous parler de
cette partie effentielle d'un Académicien,
qui confifte à fe connoître en Eloquence
& en Poëfie.
M. de Laloubere s'eft contenté de dire
que pour mériter une place de Mainteneur
il faut aimer les Lettres. Ce peu de
paroles lui ont paru fuffifantes , parce qu'il
n'ignotoit pas que quand on aime ces précieux
Arts , il n'eft rien de plus attrayant
que le plaifir de les cultiver , & que cette
culture dirigée par de bonnes études , eft
JUILLET. 1752. .9 $
E rarement infructueufe ; les vrais amateurs
des Lettres font toujours d'excellens Académiciens.
ད་
Cette inclination eft ordinairement accompagnée
des talens néceffaires pour faire
de grands progrès dans les Sciences ; ces
progrès donnent de nouvelles forces à ce
noble penchant , on s'attache malgré foi
à ce que l'on entend , on n'abandonne jamais
ce que l'on aime.
pour N'apréhendons pas que l'affection
les Belles -Lettres foit volage & paffagere
chez les perfonnes de goût & de génie ,
il feroit plutôt à craindre qu'elles s'y adonnaffent
avec trop d'ardeur , & jufqu'à négliger
les Sciences de leur état.
Tout ce que notre Législateur nous à
preferit fur le choix d'un Mainteneur at
toujours été très- fidelement obfervé dans
cette Compagnie , nous n'aurions rien à
défirer fi nous pouvions jouir de tous nos
Confreres , mais nous voyons avec regret
que quelques- uns ne font par leur abfence
utiles à l'Académie que pour décorer fa
lifte , & lui faire honneur dans les villes
où ils ont fixé leur féjour. Plufieurs autres
que nous voyons rarement o nt de très- légitimes
excufes , les raifons qui nous privent
de leur préfence font des éloges pour:
sux ; les fonctions de leurs charges rem96
MERCURE DEFRANCE.
guliere érudition que par leur profond fça
voir dans la ſcience du Droit & de la Ju
risprudence.
Les noms des Minuts , des Dufaurs , des
Bertiers , des Catels , des Fieubets , & d'un
grand nombre d'autres font gravés dans le
Temple de Mémoire , ils ont été célébrés
par tous les Auteurs qui ont élevé des
monumens à la gloire des amateurs des
Lettres.
Ces refpectables & fçavans Magiftrats qui
étoient des Aigles aauu PPaallaaiiss ,, auroient pû
être en même tems des ornemens de l'A-
- cadémie Françoife , ils auroient tenu leur
place avec diftinction & dans l'Areopage
& fur le Parnaffe. Themis & les Mufes les
occupoient tour à tour dès leurs plus tendres
années .
Car , Meffieurs, l'étude des Belles Lettres
dans laquelle on peut toujours le perfectionner,
ne sçauroit être commencée dans
cet âge fait pour jouir des avantages qu'elle
procure ; il faut en avoir pris dans la jeuneffe
le goût & les principes , il feroit fans,
cela bien difficile d'y faire des progrès dans
un âge un peu avancé , l'ignorance déter- .
mine alors à regarder comme peu néceffaire
un art dont on ignore les premiers
élemens. On fait ordinairement peu de cas
des Sciences pour lesquelles on ne fe fent
aucune
JUILLET.
17528 97
aucune difpofition ni aptitude , & dont
on n'a aucune teinture.
•
Mais le don de la parole , l'art d'écrire
avec quelque pureté de ftile & de diction
feroient des avantages vains , quelquefois
dangereux , s'ils n'étoient pas accompagnés
de beaucoup de capacité ; les armes trèsnéceffaires
pour combattre font d'un foible
fecours fans la force & le courage.
>
J'ajoute , Meffieurs , que le profond fçavoir
fourniroit des alimens à l'erreur , s'il
n'étoit pas dirigé par la jufteffe de l'efptit.
Cette précieufe qualité eft plus rare que
les talens , il eft plus difficile de l'acquerir
que les connoiffances , c'eft un riche préfent
de la Nature dont elle n'eft pas prodigue.
Tout le monde croit le poffeder
parce que perfonne n'en peut fentir la
privation. L'efprit faux ne fe connoit pas
lui - même s'il fe connoiffoit , il cefferoit
d'être faux , fes lumieres font trop
bornées ou trop vaftes , le jour ne l'éclaire
pas , ou il l'offufque & l'éblouit , la lenteur
& la fougue de l'efprit égarent également,
l'un n'arrive pas au terme , l'autre va audelà
, & lorſqu'on paffe le but , dit Montagne
, on y touche auffi peu , que quand
on n'y arrive pas .
Ce défaut eft la fource d'une infinité de
défordres dans la fociété , il fe fair princi-
E
98 MERCURE DE FRANCE.
palement fentir dans les corps , & plus ils
font nombreux ,plus il y devient dominant .
C'eft la fauffeté de l'efprit qui fait fourmiller
les procès , & qui fournit du travail
à toutes les Jurifdictions , ce défaut
eft caule qu'on foutient les droits les plus
injuftes , & que les Arrêts juftifient fouvent
la témérité des plaideurs.
Dans toutes les Compagnies quelquesuns
des Membres , faute de juſteſſe , n'en
connoiffent pas les véritables intérêts ,
quelques autres en les connoiffant les facrifient
à des intérêts particuliers . Ceux
qui ont de bonnes vues & une volonté
conftante de les fuivre fe trouvant en petit
nombre , on ne doit pas être furpris que
les corps prennent rarement le bon parti
dans leurs délibérations ; de- là vient que.
la République Romaine dans les tems les
plus difficiles remettoit toute l'autorité
entre les mains d'un Dictateur.
Quand on a reçu de la Nature ce précieux
fondement de toute forte de connoiffances
, qui confifte dans la jufſteſſe de
l'efprit , on ne doit rien négliger pour entretenir
& fortifier cette heureufe difpofition.
Il feroit aifé de faire voir combien les
Belles - Lettres peuvent être utiles à cet
ufage ; on s'accoutume en les cultivant à >
JUILLET. 1752. 99
former des raifonnemens qui faffenr fenur
la jufte liaifon que les conféquences ont
avec les principes : ce n'eft pas là ou les
termes de l'art peuvent tenir lieu de preuves
, il n'eft pas permis de s'envelopper
dans de mifterieufes obfcurités. La clarté
& l'évidence eft ce qu'on exige principalement
dans les ouvrages d'efprit & de
littérature , tout ce qui manque de cette
qualité effentielle eft toujours réprouvé.
J'abandonne brufquement cette matiére
qu'il feroit très important d'approfondir
pour l'avantage de ces perfonnes que leur
mérite rend très- dignes d'être défabufées
de leurs préventions ; mais ce fujet mêneroit
aujourd'hui trop loin , & je ne puis
me difpenfer de dire encore un mot de nos
élections qui font mon principal objet
dans cette féance .
J'ai parlé , Meffieurs , des qualités néceffaires
pour être admis dans les Académies,
& de celles qui en doivent exclure , j'ajoute
qu'aucun de nous ne devroit le déterminer
fur le choix d'un fujet & prendre
à coeur fon élection , fans être affuré
que ce fujet eft en général agréable & à la
Compagnie & à celui qui en remplit la
premiere place . Conviendroit-il à un particulier
d'entreprendre de nous donner un
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
Confrere fans avoir pris cette fage précaution.
Permettez moi , Meffieurs , d'obferver
encore que quand on nomme dans un jour
d'élection les afpirans à une place vacante,
on ne parle que de leurs bonnes qualités ,
mille confidérations engagent alors à garder
le filence fur tout ce qui ne feroit pas
à leur avantage
.
Les circonfpections & les égards ont
fait des progrès dans nos moeurs , à mefure
que les chofes dignes de blâme le font
multipliées ; à proportion qu'il y a eu à cacher,
on a étendu les bienféances de déguifer
& de fe taire , ce qu'on condamne en
fecret eft fouvent la matiére des éloges
publics.
•
De- là vient , Meffieurs , que nous ne devons
pas nous attendre un jour d'élection
d'être informés de ce qu'il conviendroit
de fçavoir fur les fujets propofés. C'eſt à
chacun de nous en particulier de découvrir
à l'avance par des informations fecrettes
leurs inclinations & leur caractere , tâchons
de les connoître avant de les nommer.
Gardons-nous fur tout , je le répete encore
une fois , gardons- nous , Meffieurs , de
nous laiffer impofer par les qualités de
JUILLET . 1752. ΤΟΥ
l'efprit , par les lumieres & les connoiffan
ces , n'héfitons pas de compter pour rien
tous ces avantages quand ils ne contribuent
pas à la beauté de l'ame..N'oublions jamais
que dans tous les Corps l'enquête de vie &
moeurs précede toujours l'examen du réci
piendaire.
Les Compagnies littéraires , fur tout
celles qui ont les mêmes occupations que
l'Académie Françoife , ont toujours été expofées
aux railleries indifcretes & aux
iniques improbations. Sur cet article la.
Province & la Capitale éprouvent le même
fort , nous ne pouvons éviter , autant
qu'il eft poffible , la cenfure du Public
qu'en nommant aux places vacantes des
perfonnes dignes de l'eftime publique &
par leurs vertus & par leurs talens .
Les Académies qui fe multiplient tous
les jours au grand avantage des lettres , ſont
les feuls Corps dans lefquels la vénalité ne
s'eft pas encore introduite ; ils ont par là
un grand avantage pour
être bien compofés
, & s'ils ne l'étoient pas , ils ne pourroient
l'imputer qu'à eux mêmes , & en
cela le blâme & la critique du Public ne
feroient pas injuftes à leur égard .
Pour rappeller en finiffant toutes nos
obligations fur le choix d'un Académicien
digne de ce titre , il fuffit de dire que nous
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
devons avoir une grande attention d'élire
des Sujets que la Nature ait favorisés des
biens de l'efprit , mais furtout des biens de
l'ame , & qui ayent donné avec fuccès tous
leurs foins à cultiver ces précieux biens.
C'eft la Loi qu'on doit fuivre dans toutes
les Académies ; elle a été obſervée juſqu'au
jour prefent avec beaucoup d'exactitude
dans cette Compagnie. Vous en
fourniffez , Meffieurs, les preuves victorieufes
, & je fournis l'exception qui confirme
cette belle régle.
Fermer
Résumé : DISCOURS Qui a été lû dans une Séance de l'Académie des Jeux-Floraux, tenuë le 21 Mars 1752. pour la réception de M. Basin, Conseiller au Parlement ; par M. de Ponsan, Trésorier de France, un des Académiciens.
Le discours de M. de Ponfan, Trésorier de France, prononcé à l'Académie des Jeux Floraux le 21 mars 1752, met en lumière l'importance des académies et la nécessité de maintenir leur excellence. Les académies apportent de grands avantages à l'Empire des Lettres, et leur utilité est régulièrement confirmée par les expériences. Pour préserver cet éclat, il est crucial de remplacer dignement les membres décédés par des successeurs compétents, dotés de compétences littéraires, de mœurs douces et d'un savoir-vivre. M. de Ponfan insiste sur la sélection de candidats possédant des qualités morales essentielles, développées durant la jeunesse grâce à une bonne éducation et à la fréquentation de bonnes compagnies. Une loi rigoureuse, approuvée par Louis XIV, prévoit l'exclusion des membres offensants pour garantir le respect et la politesse au sein de l'académie. Les critères de sélection mettent en avant la protection de l'honneur et de la paix au sein de l'institution. Les talents seuls ne suffisent pas ; les qualités morales, telles que la sociabilité, la bienveillance et la douceur, sont essentielles. Les statuts de l'Académie stipulent que les membres doivent être des hommes de mérite, sociables et aimant les lettres. Le texte souligne également l'importance de la probité, de la sociabilité et de l'amour des lettres. Les sociétés littéraires doivent maintenir la pureté des connaissances humaines et des mœurs, incitant les littérateurs à produire des œuvres utiles et à avoir des mœurs irréprochables. Les élections académiques doivent privilégier la beauté de l'âme et la moralité des candidats. Le texte aborde les défis rencontrés par les compagnies littéraires et les académies face aux moqueries et aux critiques injustifiées. Pour éviter la censure publique, il est essentiel de désigner des personnes dignes et talentueuses pour occuper les postes disponibles. Les académies, bien que nombreuses et bénéfiques pour les lettres, doivent rester exemptes de corruption afin de préserver leur intégrité. Leur composition repose sur leur propre vigilance, et toute critique publique serait légitime en cas de mauvais choix.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3439
p. 154-160
« La premiere Planche de la Chapelle des Enfans trouvés est enfin terminée. Cette [...] »
Début :
La premiere Planche de la Chapelle des Enfans trouvés est enfin terminée. Cette [...]
Mots clefs :
Enfants trouvés, Receveur général des finances, Duc, Souscripteurs, Marchand, Maître des requêtes, Jean-Jacques Rousseau, Étienne Fessard
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La premiere Planche de la Chapelle des Enfans trouvés est enfin terminée. Cette [...] »
La premiere Planche de la Chapelle des
Enfans trouvés eft enfin terminée . Cette
nouvelle ne peut être indifférente ni pour
les Soufcripteurs ni pour le Public . Une en
treprife auffi confidérable mérite une attention
férieufe , & M. Feffard doit plutôt
fouhaiter que craindre un examen rigou
reux de fon travail . Le fuffrage de pluficus
JUILLET. 1752. 153
connoiffeurs fort difficiles nous autorife à
prononcer hautement que c'eft un bel
Ouvrage , & que l'habile Graveur qui l'a
commencé ne peut le fair trop τότ pour
fa gloire & pour le plaifir des amateurs .
Les Soufcripteurs qui fe plaignent fi fouvent
avec raifon qu'ils ont été trompés ,
fe loueront fûrement de M. Feffard ; fes
Planches auront plus de hauteur & de largeur
qu'il ne l'avoit promis , & le papier
en fera beaucoup plus beau .
Noms des Soufcripteurs pour la Gravure
de la Chapelle des Enfans trouvés.
Madame Geofrain , ruë S. Honoré .
MESSIEURS ,
De Bachaumont , aux Filles S. Thomas:
Schreiber , Aumônier de l'Ambaffade Danoife
, rue des Francs - Bourgeois.
Wafferfchlebe , chargé des affaires de
Sa Majesté Danoife.
Thibouft , Imprimeur du Roy , Place do
Cambray.
Joullain , Marchand d'Eftampes , Quai
de la Megifferie , 2 .
Madame Duronceray , Porte S. Honoré
MESSIEURS ,
Le Marquis de Croifmate , rue S. Nicaife
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
Watelet , Receveur général des Finances,
rue du Sentier.
De la Live de Bellegarde , Fermier géné
ral , rue S. Honoré.
Lorimier fils , rue de Vendôme.
Mylord Clare , ruë de Séve .
Le Chevalier de Breteüil , ruë de Séve .
Le Duc de Chevreufe, ruë S. Dominique.
D'Ormeflon du Cheray , Confeiller au
Parlement , Place Royale.
Boutin fils , Receveur général des Finances
, ruë de Richelieu .
Boutin de la Columiere , Maître des Requêtes
, rue de Richelieu .
1
De Julienne pere , aux Gobelins..
De Boullogne fils , Maître des Requêtes,
ruë Neuve des Petits Champs.
Watelet , Receveur général des Finan
ces , 2 .
Le Comte de Caylus , à l'Orangerie.
Le Duc de Luynes , rue S. Dominique.
Boutin fils , Receveur général des Finances
, 4 .
De Selle , Tréforier général de la Marine.
Le Duc de Bethune , à l'Hôtel de Charoft..
Le Roy de Pologne , Electeur de Saxe..
Le Comte de Bruhl , premier Miniſtre
du Roy de Pologne.
Monfieur le Baron de Thiers , Place de
Vendôme..
JUILLET. 172. 157'
Madame Le Daulceur , rue de Richelieu.
MESSIEURS ,
De la Haye , Fermier général , à l'Hôtel
de Bretonvilliers.
Spinhirn , Secrétaire des Ambaſſades de
Pologne.
Wafferfchlebe , chargé des affaires de
Sa Majesté Danoiſe , 3 .
Le Commandeur d'Egrieux , ruë de Berri.
Dubocage , rue de la Sourdiere.
Madame de la Popliniere , ruë de Ven
tadour.
MESSIEURS ,
Corberon , Confeiller d'Etat.
L'Abbé Chevalier , rue S. Thomas diz :
Louvre.
Moreau , Avocat du Roy au Châtelet .
Dulivier , Député au Confeil du Com
merce , ruë Therefe .
Gamard , Avocat , rue Ste . Croix de la
Bretonnerie.
Gaucherel fils , Marchand , rue des Bour
donnois.
D'Argouges , Maître des Requêtes , ruë
Bourribour .
Ducheſne , Prévôt des Bâtimens du Roy.
158 MERCURE DE FRANCE
MESSIEURS ,
Bonnert de Saint - Remy , Directeur géné
ral des Fermes , à Chalons.
De Bofe , de l'Académie Françoife , Cub
de- fac du Coq .
Thirouft d'Arconville , Préfident au Par
lement , Cul- de - fac des Blancs- Manteaux.
Le Duc de Saint- Agnan , Quai des Théa
tins.
Dubrocard , Secrétaire du Gouvernement
de Bourgogne.
D'Expilly , Libraire , rue S. Jacques , 2 .
De Champigny , Confeiller au Parlement
, rue S. Martin .
Le Duc de Beauvilliers , rue des Saints
Peres.
De Caumont , de l'Oratoire.
Bombarde , ruë de l'Univerfité.
Lallemant de Nantouillet , Fermier gé
néral , ruë Neuve S. Auguftin.
Lallemant de Bets , Fermier général , mê
me ruë.
Fraifier , Directeur général des Fortifica
tions de la Province de Bretagne , à Breft.-
L'Abbé Langeraie.
Brochant , Marchand , ruë de l'Arbre-fec.
De Pifain , Maître des Comptes , ruë
Montmartre.
L'Abbé Soucier,
JUILLET. 1752 159
MESSIEURS ,
L'Abbé Turaudin , Chanoine à Boulogne
fur mer.
Barrois , Libraire , Quai des Auguftins.
Dupleix , rue des Capucines , près le
Boulevard ,
Franqueil , Receveur général des Finances
de Metz & Alface , rue Plâtriere.
Madame la Marquife de Pompadour , 2 .
MESSIEURS ,
Le Chevalier Valory , rue des Capucines.
Herbert.
Remy de l'Académie de S. Luc , ruë
Percée.
Bruté , Curé de S. Bénoît.
Lambert , Vicaire de S. Severin .
De Dachelet , Fermier général , ruë S
Honoré.
De Grimond , Avocat au Parlement , rue
S. Martin .
De Grammont , rue des Tournelles .
Le Président de Cotte , aux Galleries du
Louvre.
Duchefne , Sous Infpecteur des Ponts &
Chauffées , rue Geoffroy - Langevin ..
Trelaguet , Sous - Infpecteur des Ponts &
Chauffées , rue S. Martin.
160 MERCURE DE FRANCE
MESSIEURS ,
Louis - François - Gabriël d'Orléans la
Mothe , Evêque d'Amiens .
De Lafont , Employé aux Fermes.-
Monfeigneur le Duc d'Orléans .
Rouffeau , rue des deux Ecus .
Le Baron de Scheffer , rue Taranne..
Le Marquis de Voyer d'Argenfon.
L'Abbé Caron , Chanoine d'Amiens.
Le Duc de Chaulnes , rue d'Enfer. -
Phillippe , Ecuyer.
Bellet , au Havre.
Bailly , Garde des Tableaux de la Cou
ronne , aux Galleries du Louvre .
De l'Efperonniere , rue Thevenot .
Enfans trouvés eft enfin terminée . Cette
nouvelle ne peut être indifférente ni pour
les Soufcripteurs ni pour le Public . Une en
treprife auffi confidérable mérite une attention
férieufe , & M. Feffard doit plutôt
fouhaiter que craindre un examen rigou
reux de fon travail . Le fuffrage de pluficus
JUILLET. 1752. 153
connoiffeurs fort difficiles nous autorife à
prononcer hautement que c'eft un bel
Ouvrage , & que l'habile Graveur qui l'a
commencé ne peut le fair trop τότ pour
fa gloire & pour le plaifir des amateurs .
Les Soufcripteurs qui fe plaignent fi fouvent
avec raifon qu'ils ont été trompés ,
fe loueront fûrement de M. Feffard ; fes
Planches auront plus de hauteur & de largeur
qu'il ne l'avoit promis , & le papier
en fera beaucoup plus beau .
Noms des Soufcripteurs pour la Gravure
de la Chapelle des Enfans trouvés.
Madame Geofrain , ruë S. Honoré .
MESSIEURS ,
De Bachaumont , aux Filles S. Thomas:
Schreiber , Aumônier de l'Ambaffade Danoife
, rue des Francs - Bourgeois.
Wafferfchlebe , chargé des affaires de
Sa Majesté Danoife.
Thibouft , Imprimeur du Roy , Place do
Cambray.
Joullain , Marchand d'Eftampes , Quai
de la Megifferie , 2 .
Madame Duronceray , Porte S. Honoré
MESSIEURS ,
Le Marquis de Croifmate , rue S. Nicaife
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
Watelet , Receveur général des Finances,
rue du Sentier.
De la Live de Bellegarde , Fermier géné
ral , rue S. Honoré.
Lorimier fils , rue de Vendôme.
Mylord Clare , ruë de Séve .
Le Chevalier de Breteüil , ruë de Séve .
Le Duc de Chevreufe, ruë S. Dominique.
D'Ormeflon du Cheray , Confeiller au
Parlement , Place Royale.
Boutin fils , Receveur général des Finances
, ruë de Richelieu .
Boutin de la Columiere , Maître des Requêtes
, rue de Richelieu .
1
De Julienne pere , aux Gobelins..
De Boullogne fils , Maître des Requêtes,
ruë Neuve des Petits Champs.
Watelet , Receveur général des Finan
ces , 2 .
Le Comte de Caylus , à l'Orangerie.
Le Duc de Luynes , rue S. Dominique.
Boutin fils , Receveur général des Finances
, 4 .
De Selle , Tréforier général de la Marine.
Le Duc de Bethune , à l'Hôtel de Charoft..
Le Roy de Pologne , Electeur de Saxe..
Le Comte de Bruhl , premier Miniſtre
du Roy de Pologne.
Monfieur le Baron de Thiers , Place de
Vendôme..
JUILLET. 172. 157'
Madame Le Daulceur , rue de Richelieu.
MESSIEURS ,
De la Haye , Fermier général , à l'Hôtel
de Bretonvilliers.
Spinhirn , Secrétaire des Ambaſſades de
Pologne.
Wafferfchlebe , chargé des affaires de
Sa Majesté Danoiſe , 3 .
Le Commandeur d'Egrieux , ruë de Berri.
Dubocage , rue de la Sourdiere.
Madame de la Popliniere , ruë de Ven
tadour.
MESSIEURS ,
Corberon , Confeiller d'Etat.
L'Abbé Chevalier , rue S. Thomas diz :
Louvre.
Moreau , Avocat du Roy au Châtelet .
Dulivier , Député au Confeil du Com
merce , ruë Therefe .
Gamard , Avocat , rue Ste . Croix de la
Bretonnerie.
Gaucherel fils , Marchand , rue des Bour
donnois.
D'Argouges , Maître des Requêtes , ruë
Bourribour .
Ducheſne , Prévôt des Bâtimens du Roy.
158 MERCURE DE FRANCE
MESSIEURS ,
Bonnert de Saint - Remy , Directeur géné
ral des Fermes , à Chalons.
De Bofe , de l'Académie Françoife , Cub
de- fac du Coq .
Thirouft d'Arconville , Préfident au Par
lement , Cul- de - fac des Blancs- Manteaux.
Le Duc de Saint- Agnan , Quai des Théa
tins.
Dubrocard , Secrétaire du Gouvernement
de Bourgogne.
D'Expilly , Libraire , rue S. Jacques , 2 .
De Champigny , Confeiller au Parlement
, rue S. Martin .
Le Duc de Beauvilliers , rue des Saints
Peres.
De Caumont , de l'Oratoire.
Bombarde , ruë de l'Univerfité.
Lallemant de Nantouillet , Fermier gé
néral , ruë Neuve S. Auguftin.
Lallemant de Bets , Fermier général , mê
me ruë.
Fraifier , Directeur général des Fortifica
tions de la Province de Bretagne , à Breft.-
L'Abbé Langeraie.
Brochant , Marchand , ruë de l'Arbre-fec.
De Pifain , Maître des Comptes , ruë
Montmartre.
L'Abbé Soucier,
JUILLET. 1752 159
MESSIEURS ,
L'Abbé Turaudin , Chanoine à Boulogne
fur mer.
Barrois , Libraire , Quai des Auguftins.
Dupleix , rue des Capucines , près le
Boulevard ,
Franqueil , Receveur général des Finances
de Metz & Alface , rue Plâtriere.
Madame la Marquife de Pompadour , 2 .
MESSIEURS ,
Le Chevalier Valory , rue des Capucines.
Herbert.
Remy de l'Académie de S. Luc , ruë
Percée.
Bruté , Curé de S. Bénoît.
Lambert , Vicaire de S. Severin .
De Dachelet , Fermier général , ruë S
Honoré.
De Grimond , Avocat au Parlement , rue
S. Martin .
De Grammont , rue des Tournelles .
Le Président de Cotte , aux Galleries du
Louvre.
Duchefne , Sous Infpecteur des Ponts &
Chauffées , rue Geoffroy - Langevin ..
Trelaguet , Sous - Infpecteur des Ponts &
Chauffées , rue S. Martin.
160 MERCURE DE FRANCE
MESSIEURS ,
Louis - François - Gabriël d'Orléans la
Mothe , Evêque d'Amiens .
De Lafont , Employé aux Fermes.-
Monfeigneur le Duc d'Orléans .
Rouffeau , rue des deux Ecus .
Le Baron de Scheffer , rue Taranne..
Le Marquis de Voyer d'Argenfon.
L'Abbé Caron , Chanoine d'Amiens.
Le Duc de Chaulnes , rue d'Enfer. -
Phillippe , Ecuyer.
Bellet , au Havre.
Bailly , Garde des Tableaux de la Cou
ronne , aux Galleries du Louvre .
De l'Efperonniere , rue Thevenot .
Fermer
Résumé : « La premiere Planche de la Chapelle des Enfans trouvés est enfin terminée. Cette [...] »
Le texte annonce l'achèvement de la première planche de la gravure de la Chapelle des Enfants trouvés, une réalisation jugée notable tant pour les souscripteurs que pour le public. Cette œuvre, exécutée par M. Feffard, a été saluée par des connaisseurs pour sa qualité et son excellence. Les souscripteurs, souvent déçus par des promesses non tenues, seront cette fois satisfaits, car les planches présentent des dimensions plus grandes et un papier de meilleure qualité que prévu. Le texte énumère également les noms des souscripteurs, qui incluent des personnalités influentes telles que Madame Geoffrin, le Marquis de Croismare, Watelet, le Duc de Chevreuse et Madame de Pompadour. Parmi eux se trouvent également d'autres nobles, ecclésiastiques, fonctionnaires et artistes. Ces souscripteurs proviennent de divers milieux et occupent des postes prestigieux au sein de la société française du XVIIIe siècle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3440
p. 90-92
DESAVEU De l'Académie de Dijon, au sujet de la Réfutation attribuée faussement à l'un de ses Membres.
Début :
L'Académie de Dijon a vû avec surprise dans une Lettre imprimée de M. Rousseau, [...]
Mots clefs :
Académie des sciences et belles-lettres de Dijon, Jean-Jacques Rousseau, Discours, Réfutation, Académicien, Désaveu, Pseudonyme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DESAVEU De l'Académie de Dijon, au sujet de la Réfutation attribuée faussement à l'un de ses Membres.
DESAVE U
De l'Académie de Dijon , au sujet de la Ré
futation attribuée fauffement à l'un
de fes Membres.
' Académie de Dijon a vû avec ſurpriſe
L'dansuneLetreimprimée de ff.
feau , qu'il paroiffoit une brochure intitu
lée : Difcours qui a remporté le prix de l'Académie
de Dijon en 1750, accompagné d'une
réfutation de ce difcours par un Académicien
de Dijon qui lui a refufe fon fuffrage.
L'Académie fçait parfaitement que fes
décifions , ainfi que celles des autres Académies
du Royaume reffortiffent au Tribunal
du Public , elle, n'auroit pas relevé
la réfutation qu'elle défavoue , fi fon Auteur
, plus occupé du plaifir de critiquer
que du foin de faire une bonne critique ,
n'avoit crû , en fe déguifant fous une dé
nomination qui ne lui eft pas duë , interreffer
le Public dans une querelle qui n'a
que trop duré , ou tout au moins lui laiſſer
entrevoir quelque femence de divifion
dans cette fociété , tandis que ceux qui l'a
compofent , uniquement occupés à la reAOUST
. 1752. 91
cherche du vrai , le difcutent fans aigreur
& fans fe livrer à ces haines de parti qui
font ordinairement le réſultat des difputes -
littéraires .
Ils fçavent tous le reſpect qui eft dû aux
chofes jugées , la force qu'elles doivent
avoir parmi eux , & combien il feroit indécent
que dans une affemblée de gens de
Lettres un particulier s'avifât de réfuter
par écrit une décision qui auroit paffé conrre
fon avis.
Il paroit par la lettre de M. Rouſſeau
que ce prétendu Académicien de Dijon
n'a pas les premieres notions du local d'une
Académie où il prétend qu'il occupe une
place , lorfqu'il parle de fa Terre & de fes
Fermiers de Picardie , puifque en fait il eft
faux qu'aucun Académicien de Dijon poſfede
un pouce de terre dans cette Provin
ce. L'Académie défavoue donc formellement
l'Auteur Pfeudonyme , & fa réfutation
attribuée à l'un de fes membres par une
fauffeté indigne d'un homme qui fait profeffion
des Lettres , & que rien n'obligeoit
à fe maſquer .
Mais de quelque plume que parte cet
ouvrage , & quelqu'ait pû être le deffein de
celui qui l'a compofé , il fera toujours honneur
au Difcours de M. Rouſſeau , qui
ufant de la liberté des problêmes ( la feule
92 MERCURE DE FRANCE.
voye propre à éclaircir la vérité ) a eu affez
de courage pour en foutenir le parti , & à
l'Académie qui a eu affez de bonne - foi
pour la couronner.
PETIT , Secretaire
A Dijon le zz de l'Académie des Scien
Juin 1752. ces de Dijon.
De l'Académie de Dijon , au sujet de la Ré
futation attribuée fauffement à l'un
de fes Membres.
' Académie de Dijon a vû avec ſurpriſe
L'dansuneLetreimprimée de ff.
feau , qu'il paroiffoit une brochure intitu
lée : Difcours qui a remporté le prix de l'Académie
de Dijon en 1750, accompagné d'une
réfutation de ce difcours par un Académicien
de Dijon qui lui a refufe fon fuffrage.
L'Académie fçait parfaitement que fes
décifions , ainfi que celles des autres Académies
du Royaume reffortiffent au Tribunal
du Public , elle, n'auroit pas relevé
la réfutation qu'elle défavoue , fi fon Auteur
, plus occupé du plaifir de critiquer
que du foin de faire une bonne critique ,
n'avoit crû , en fe déguifant fous une dé
nomination qui ne lui eft pas duë , interreffer
le Public dans une querelle qui n'a
que trop duré , ou tout au moins lui laiſſer
entrevoir quelque femence de divifion
dans cette fociété , tandis que ceux qui l'a
compofent , uniquement occupés à la reAOUST
. 1752. 91
cherche du vrai , le difcutent fans aigreur
& fans fe livrer à ces haines de parti qui
font ordinairement le réſultat des difputes -
littéraires .
Ils fçavent tous le reſpect qui eft dû aux
chofes jugées , la force qu'elles doivent
avoir parmi eux , & combien il feroit indécent
que dans une affemblée de gens de
Lettres un particulier s'avifât de réfuter
par écrit une décision qui auroit paffé conrre
fon avis.
Il paroit par la lettre de M. Rouſſeau
que ce prétendu Académicien de Dijon
n'a pas les premieres notions du local d'une
Académie où il prétend qu'il occupe une
place , lorfqu'il parle de fa Terre & de fes
Fermiers de Picardie , puifque en fait il eft
faux qu'aucun Académicien de Dijon poſfede
un pouce de terre dans cette Provin
ce. L'Académie défavoue donc formellement
l'Auteur Pfeudonyme , & fa réfutation
attribuée à l'un de fes membres par une
fauffeté indigne d'un homme qui fait profeffion
des Lettres , & que rien n'obligeoit
à fe maſquer .
Mais de quelque plume que parte cet
ouvrage , & quelqu'ait pû être le deffein de
celui qui l'a compofé , il fera toujours honneur
au Difcours de M. Rouſſeau , qui
ufant de la liberté des problêmes ( la feule
92 MERCURE DE FRANCE.
voye propre à éclaircir la vérité ) a eu affez
de courage pour en foutenir le parti , & à
l'Académie qui a eu affez de bonne - foi
pour la couronner.
PETIT , Secretaire
A Dijon le zz de l'Académie des Scien
Juin 1752. ces de Dijon.
Fermer
Résumé : DESAVEU De l'Académie de Dijon, au sujet de la Réfutation attribuée faussement à l'un de ses Membres.
L'Académie de Dijon réagit à une lettre publiée dans le Mercure de France, annonçant une brochure intitulée 'Discours qui a remporté le prix de l'Académie de Dijon en 1750' ainsi qu'une réfutation attribuée à un académicien. L'Académie souligne que ses décisions sont soumises au jugement du public et déplore la critique destructrice de l'auteur anonyme, qui cherche à semer la division. Elle rappelle le respect dû aux décisions académiques et l'indécence de les contester publiement. L'auteur anonyme montre une méconnaissance de la composition de l'Académie, notamment en mentionnant des éléments inexacts concernant la Picardie. L'Académie désavoue formellement cet auteur et sa réfutation, qualifiant son action de tromperie indigne. Cependant, elle reconnaît la valeur du discours de Jean-Jacques Rousseau et salue la bonne foi de l'Académie qui l'a couronné.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3441
p. 168-178
Extrait du Duc de Foix, Tragédie de M. de Voltaire.
Début :
Nous n'avons fait qu'annoncer cette Piéce dans le dernier Mercure, parce que [...]
Mots clefs :
Amélie, Duc de Foix, Vamir, Prince, Frère, Acte, Amour, Ami, Ville, Sentiments, Officier, Prisonnier, Annoncer, Troupes, Passion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait du Duc de Foix, Tragédie de M. de Voltaire.
Extrait du Duc de Foix , Tragédie
de M. de Voltaire.
Nous n'avons fait qu'annoncer cette
Piéce dans le dernier Mercure , parce que
nous comptions qu'elle feroit bientôt imprimée
; comme l'impreffion eft peut - être
encore éloignée , nous allons extraire ce
que nous en avons pû recueillir pendant
le cours des repréſentations.
Thierri , Roi de France , étoit un Monarque
foible & effeminé , qui fe laiſſoit
gouverner par Pepin , Maire du Palais.
Le Miniftre abufoit de fa faveur , pour
humilier tout ce que l'Etat & la Cour
avoient de plus diftingué.
Le Duc de Foix , Prince altier & impetueux
, ne pouvant plus fupporter une tyrannie
dont il étoit principalement la victime
, fe révolta contre le Roi , fit alliance
avec les Maures qui inondoient alors les
Pays méridionaux de l'Europe , & fe retira
à Foix , Ville Capitale de fon appanage.
Pendant la guerre , Vamir , frere du
Duc de Foix , qui étoit refté fidéle au Roi,
devint amoureux d'Amélie de Comminge,
&
OCTOBRE. 1752. 169
& s'en fit aimer. Amelie fe refugia à Leucate , perite
ville du Languedoc , où Vamit devoit la joindre
pour l'époufer . Les Maurés dans leurs courfes
fuiprirent Leucate , pillerent la Ville , & enicverent
Amélie . Le Duc de Foix la retira des mains
ia fit des raviffeurs , lui ſauva l'honneur & la vie ,
conduire à Foix , & conçut pour elle l'amour ie
plus violent . Lifois , Seigneur attaché au Duc
de Foix, trouva le moyen , malgré les Troupes du
Roi , de fe rendre auprès du Duc , pour le fecou
rir ou périr avec lui. Lifoisavoit offert fon hommage
à Amélie dans des tems plus heureux ; mais
s'appercevant fur le champ de l'ardente paffion
du Duc, il prend le parti de renoncer à la conquête
, & de fervir fon ami .
C'est ici le commencement de l'action.
Amélie repréfente à Lifois que les tems de difcordes
& de guerres civiles , ne font pas propres
pour l'Hymenée , & qu'il devoit engager le Duc
à fe foumettre au Roi ; Lifois qui n'eft dans le
parti contraire , qu'à caufe de fon amitié pour le
Duc , dit qu'il va tout tenter pour le faire rentrer
dans l'obéiflance qu'il doit à fon Souverain , il
exhorte Amélie à couronner la tendreffe du Duc ,
il lui fait valoir les avantages d'une pareille union ,
il vante enfuite les vertus du Prince , fans cacher
Les défauts , & juſtifie ſon attachement pour lui
par ces Vers.
Eh qui fçauroit , Madame , où placer ces fervices ,
S'il ne nous falloit fuivre & ne chérir jamais
Que des coeurs fans foibleffe , ou des Princes par
faits.
J'ai facrifié , ajoûte - t'il à Amélie, les fentimens
que vous m'avez infpirés , non pas au Prince ,
car je l'aurois bravé , mais à mon ami.
H
170 MERCURE DE FRANCE .
:
Après le départ de Lifois , Amélie dit à Thaife
fa confidente , qu'elle ne peut répondre à l'amour
du Duc , que Vamir fon frere , a toute fa tendiefle
, & qu'ils fe font promis une foi réciproque
Amélie appercevant le Duc fe retire , le
Prince en eft furpris , il fait refter Thaife , & lui
ordonne d'annoncer à Amelie , qu'elle doit fe dif
pofer à lui donner la main dans le jour ; il refte
feul avec Lifois , qui , après lui avoir rendu compte
de l'état de l'armée fait de fortes instances pour
le déterminer à faire la paix avec le Roi. Le Duc
ne veut rien écouter & s'écrie ,
De Pepin fon tyran , je crains peu la colere ,
Je déteste un fujet qui croit m'intimider ,
Et je méprife un Roi qui n'ofe commander .
Lifois affligé de l'inflexibilité du Duc , & de
l'excès de fa paffion pour Amélie , lui dit :
Il faut à fon ami montrer fon injuftice ,
L'éclairer , l'arrêter au bord du précipice ,
Je l'ai dit , je l'ai fait malgré votre couroux ,
Vous y voulez tomber , & j'y tombe avec vous.
Après un court monologue du Duc de Foix qui
commence le ſecond Acte , Amélie paroît qui veut
l'éviter ; mais le Prince l'arrête , lui renouvelie
fes hommages , & la preffe d'accepter fa main.
Amélie refufe fes offies , en difant que les ayeux
ont tous été fidéles à leurs Souverains , qu'ils ont
verfé leur fang pour la patrie & qu'elle ne peut
fe réfoudre à époufer l'auteur d'une guerre civile .
Le Due furieux , loue ironiquement la politiOCTOBRE
. 1752. 171
tique & le zele heroïque d'Amélie ; elle perfifte
dans fon refus , & lui confeille de fuivre en tant
les avis de Lifois. A ce nom , le Duc qui eft ombrageux
, prend de la jaloufie contre fon ami ; Lifois
furvient dans le moment , & furpris de trouwer
au Prince un air fombre & chagrin , il lui en
demande la raifon ; le Duc ne peut diffimu'er
fa jalousie , Lifois eft indigné & fe juftifie d'un
ton de vérité & de perfuafion qui défabufe entierement
le Duc . Lifois ajoûte :
S'il eft quelque rival qui vous ofe outrager ,
Tout mon fang eft à vous , & je cours vous vanger.
Le Prince fe plaint de l'obftacle que lui oppofe
Amelie , Lifois bien loin de la blâmer , prend la
défenfe , & fait de nouvelles remontrances au Duc
fur faréfiftance au Roi dont il prévoit le triomphe.
Le pur fang de Clovis , eft toujours adoré ,
Tôt ou tard , il faudra que de ce Trônc ſacré ,
Les rameaux divifés , & courbés par l'orage ,
Plus unis & plus beaux , foient notre unique ombrage.
Le Duc fe rend enfin , mais ce n'est que pour
plaire à Amelie , il deviendra vestueux par elle , &
tous les fentimens deviendront les fiens : Lifois ne
peut s'empêcher de lui dire qu'un fi grand changement
devroit appartenir plutôt au heros qu'à
Pamant.
Mais fi d'un fi grand coeur une femme difpole
L'effet en eft trop , pour en blâmer la caufe beau
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Un Officier des Gardes vient apprendre que les
Troupes du Roi le préparent à attaquer la Ville ,
le Duc ne veut plus entendre parler de paix , &
part pour combattre les ennemis ; Lifois le fuit en
proteftant que fi le Duc périt , il ne lui furvivra pas .
On apprend au commencement du troifiéme
Acte que les Troupes du Roi ont été repouflées ,
& que leur Chef eft fait prifonnier. Ce prifonnier
eft Vamir qui n'avoit follicité l'honneur du Commandement
que pour recouvrer fa maitielle , il eft
auffi idolâtre & aufli jaloux d'Amelie que le Duc.
Vamir ne veut pas fe faire connoître , Lifois qui
Paccompagne refpe&te for fecret , & le laiffe avec
fon confident. Vamir déplore alors la trifte fituation
, il croit Amelie infidele , il tremble d'apprendre
fon union avec fou frete , il eft prifonnier
de fon rival. Que de malheurs à la fois ! Cependant
le Duc qui a fenti je ne fçais quel trouble
en combattant le Genéral des Troupes du Roi ,
veut fçavoir quel eft le prifonnier qui eft en fa
puiflance , il est étonné de reconnoître Vamir ,
lui fait de tendres reproches de ce qu'il fert fes
ennemis ; il lui donne de vifs témoignages d'ami
tié , & lui promet de faire la paix avec le Roi , &
fait venir Amelie qui doit être le gage de la réconciliation
des deux freres , & de la foumiffion du
Duc à fon Souverain . Amelie arrive , quelle furprife
pour elle de rencontrer fon amant ? Nouvelvelles
offres d'hymen de la part du Duc à Amelie ,
& nouveau refus de cette fidéle amante , qui n'eft
Occupée que de Vamir ; il faut pourtant qu'elle
déclare fes vrais fentimens , & elle avoue fon penchant
pour Vamir . Le Duc entre dans une fureur
inexprimable , Vamir n'eft pas plus tranquile ,
& protefte avec vehemence qu'il perdra plutôt le
jour que de céder Amelie , qu'il est lié avec elle
OCTOBRE. 1752 . 173
par un ferment folemnel , & il renouvelle ce ferment
en préfence du Dus , par ces deux beaux
Vers de fituation.
A la face des Cieux , je lui donne ma for
Je te fais de nos voeux le témoin malgré toi ,
Lifois vient annoncer au Duc que le peuple fe
révolte au nom de fon frere , la fureur du Prince
redouble encore , s'il eft poffible , & il fort eri
ordonnant à Lifois de lui répondre de Vamir. Lifois
effrayé de la rage du Duc en demande le fujet
à Vamir , l'amour caufe toutes ces horreurs ,
lui répond Vamir : Ciel , réplique Lifois pénétré
de douleur , l'amour doit il donc être l'ame des
actions des Princes , anéantira - t'il les plus nobles
deffeins ?
Lifois termine le troifiéme Acte en faiſant Vamir
prifonnier fur la parole.
Vamir ne s'occupe plus que du foin de voir
Amelie qui de fon côté à le même défir , ils confirment
leurs fermens de s'aimer éternellement.
Amelie exhorte Vamir à prendre la fuite pour éviter
la perfécution de fon frere ; Vamir oppofe la
parole qu'ila donnée à Lifois & conjure Amelie
de partir feule ; le Duc les furprend dans ce tendre
entretien , fa fureur & la jalouffe parviennent aut
comble , il menace Vamir de la mort , & dit à
Amelie de le fuivre fur le champ à l'autel ; la vie
de ce perfide , en parlant de fon frere , eft à ce
prix. Vamir la prie avec la plus vive inftance de
tout facrifier plutôt que d'accepter les offres de
fon rival : Amelie ne voit , n'entend que Vamic
& continue de réfifter au Duc qui ordonne qu'on ,
entraine fon frere à la Tour : Amelie effrayée
fort de fa modération ordinaire , & fait une im-
Hij
174 MERCURE DE FRANCE.
précation des plus fortes contre le Duc. Lifois
furvient , elle s'adreffe à lui , c'eft fon feul recours
, le Duc la fait éloigner & refte feul avec
Lifois , il prend la réfolution de faire affaffiner
fon frere. Lifois indigné d'un crime & atroce , le
lui réprefente dans toute fon étendue , & avec
toute la vigueur dont il eft capable ; le Duc eft
dars un état fi violent qu'il ne peut rien écouter ,
il charge même Lifois d'un ordre fi inhumain , qui
n'a garde d'accepter un emploi fi odieux , le Duc
lui dit qu'il le croyoit fon ami , mais qu'il n'eft
qu'un ingrat : Lifois remarquant que le Prince ne
fe connoit plus , feint de confentir à cet horrible
attentat , dans la crainte que le Duc ne cho:fiffe
un autre Miniftre de fa vengeance , il lui demande
en même tenis le commandement abfolu dans l'armée
, & même fur les Maures , & il l'obtient.
Le Duc dans la premiere Scene du cinquième
Acte , fait connoftre qu'il ne fe fie pas à Lifois ,
il a chargé un bras plus sûr de l'exécution de fon
- forfait , & s'adreflant à un Officier de fes Gardes,
il lui demande fi le foldat qui doit aller à la Tour
a fatisfait à fon ordre , l'Officier en répond &
fort pour retourner à fon pofte . Le Duc livré à
toutes les réflexions d'un homme qui n'eſt pas
accoutumé au crime , commence à fe repentir
il est également tourmenté par l'amour , par la
vengeance & par les remords , il fe rappelle les
jours de fon enfance , jours purs & heureux , ou
fon frere & lui , n'avoient qu'un même fentiment
, qu'une égale tendreffe , & tâchant l'inſtant
d'après , de juftifier fa cruauté il s'écrie ,
Mais lui-même il m'attaque , il brave ma colere ,
Il me trompe , il me hait ... n'importe il eft mon
frere.
OCTOBRE. 1752. 175
A ce nom il déteſte fon fatal amour , & le péril
de Vamir le fait frémir , l'Officier de fes Gardes
rentre pour lui dire que la Ville eft en fureté ,
cela ne l'intéreffe plus , il n'eft occupé que du falut
de fon frere , change l'ordre qu'il a donné contre.
lui , & s'informe avec vivacité de ce que fait Lifois
, & de ce qui fe paffe à la Tour ; l'Officier
lui répond qu'il vient de voir emporter par ordre
de Lifois un cadavre tout fanglant hors la Tour
Le Duc qui ne peut pas douter de la confommation
de fon crime , tombe dans un fauteuil , privé
, pour ainfi dire , de tout fentiment. Amélie
vient lui annoncer qu'elle s'eft déterminée à acceptet
fa main pour fauver les jours de Vamir. Le
Duc ne répond que par fes larmes : Amélie eſt
faifie d'un mortel effroi , le Duc pénétré d'horreur
lui arrache l'ame par ces mors : Madame , it
n'eft plus tems. Amélie confternée ne fait point de
plaintes inutiles , elle veut feulement voir
fon amant , l'embraffer & mourir. Le Duc veut
fe percer le fein aux yeux d'Amélie , Lifois furvient
, & lui retient le bras , le Duc lui reproche
fon fecours , & fon obéiance avec impétuofité e
Amélie éclate , & marque fon indignation ; Lifois
fe défend fur les ordres réitérés & abſolus
qu'il a reçus ; mais les regrets du Prince lui faifant
connoître que le moment heureux eſt arrivé ,
la confolation & la joye fuccédent aux allarmes &
à la terreur par ces Vers que Lifois adreſſe au Duc
& à Amélic.
Je peux donc m'expliquer , je peux donc vous
apprendre ,
Que de vous même enfin , Lifois fçait vous déf
fendic.
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
Connoiffez - moi , Madame , & calmez vos douleurs
,•
Vous gardez vos remords , & vous fechez vos
pleurs :
Que ce jour à tous trois , foit un jour falutaire.
Venez , paroiffez Prince , embrallez votre frere.
La préfence de Vamir & les fentimens de reconnoillance
que le Duc & Amélie témoignent
à l'envi au genereux Lifois , d'un fervice fi fignalé
, forment un Tableau des plus frappans qu'on
ait vu au Théatre. Lifois les inftruit de la manie
re dont il a fauvé Vamir ; c'eft en frappant le foldat
qui avoit été chargé après lui d'un ordre barbare.
Le Duc de Foix triomphe de lui - même , fe
foumet au Roi , & céde Amélie en déclatant qu'il
en eft plus épris que jamais.
Il nous tefte à rendre compte des fentimens du
Public , fur cet Ouvrage digne de la réputation
éclatante de M. de Voltaire , mais inférieur à Alzire
, comme Bajazet l'eſt à Athalie .
Le premier Acte eft froid , & ne prépare pas
à un grand interêt , parce que l'expofition n'en est
pas affez claire , furtout dans un fujet d'inven
tion ; le Spectateur fouhaiteroit être mieux inftruit
des motifs de la vengeance & de l'emportement
du Duc de Foix contre Thierri , ainfi que de la
naiffance & des progrès de la paffion d'Amelie pour
Vamir , qui fans le charme de la fimpatie , ne mérite
pas d'être préféré . Le fecond Acte eft applaudi
avec juftice , la Scene de jaloufie entre le Duc
de Foix & Lifois , quoique le prétexte en foir le
ger , eft extrêmement belle. Le commencement
OCTOBRE. 1752. 177
& le milieu du troifiéme Acte font très - chauds , la
fin eft languillante . Le quatriéme eft ferré , il excite
une grande attention , & conduit naturellement
au cinquiéme qui produit les plus grands effets
de la Tragédie . On eft effrayé dans les premieres
Scenes , & tout le monde s'attendrit aux
dernieres.
Les ames froides & tranquilles , & plufieurs critiques
condamnent le caractere du Duc de Foix g
il est outré ; ce n'eft point un François , c'eſt un
Barbare ; nous ne balançons point à dire que non
feulement ce caractere eft vraisemblable , mais
qu'il eft pris dans la nature & par conféquent de
toutes les nations. C'est ainsi qu'aiment la plupart
de ceux qui font fupérieurs aux autres , & qui font
en droit de commander ; quand leur paffion eft a
dente , ils s'en laiffent dominer , & veulent que
rien ne leur réfifte . Nous ofons même foutenir que
le perfonnage du Duc de Foix eft une école de
moeurs pour la jeunelle fougueufe qui fe livre fans
réferve à fes penchans ; la feule critique raifonnable
qu'on en puifle faire , c'eft que fon repentig
n'eft peut- être pas affez préparé.Amélie n'eft qu'amante
, elle a toujours raiſon relativement à fa
tendreffe , mais elle ne fait pas verter des larmes ;
Vamir intereffe peu . L'objet de l'Auteur a été fans
doute de réunir toute l'attention & tout l'interêt
des Spectateurs fur le Duc de Foix qui a les principes
de toutes les vertus , mais qui eft égaré par fes
paffions. Racine a fait la même chofe dans Phédre
à qui il atout facrifié. On ne s'occupe point
d'Aricie.
Nous n'avons point entendu faire de critiques:
fur le rolle de Lifois , qui forme un contrafte parfait
avec celui du Duc de Foix . Ce caractere eft admi .
rable , & neuf au Théatre. Ce n'eft ni Acomatai
Burthus , c'eft Lifois ,
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
Le file de Fouvrage eft enchanteur , naturel &
affez foutenu, les beautés qu'on appelle de détail ,
ne font point
de M. de Voltaire.
Nous n'avons fait qu'annoncer cette
Piéce dans le dernier Mercure , parce que
nous comptions qu'elle feroit bientôt imprimée
; comme l'impreffion eft peut - être
encore éloignée , nous allons extraire ce
que nous en avons pû recueillir pendant
le cours des repréſentations.
Thierri , Roi de France , étoit un Monarque
foible & effeminé , qui fe laiſſoit
gouverner par Pepin , Maire du Palais.
Le Miniftre abufoit de fa faveur , pour
humilier tout ce que l'Etat & la Cour
avoient de plus diftingué.
Le Duc de Foix , Prince altier & impetueux
, ne pouvant plus fupporter une tyrannie
dont il étoit principalement la victime
, fe révolta contre le Roi , fit alliance
avec les Maures qui inondoient alors les
Pays méridionaux de l'Europe , & fe retira
à Foix , Ville Capitale de fon appanage.
Pendant la guerre , Vamir , frere du
Duc de Foix , qui étoit refté fidéle au Roi,
devint amoureux d'Amélie de Comminge,
&
OCTOBRE. 1752. 169
& s'en fit aimer. Amelie fe refugia à Leucate , perite
ville du Languedoc , où Vamit devoit la joindre
pour l'époufer . Les Maurés dans leurs courfes
fuiprirent Leucate , pillerent la Ville , & enicverent
Amélie . Le Duc de Foix la retira des mains
ia fit des raviffeurs , lui ſauva l'honneur & la vie ,
conduire à Foix , & conçut pour elle l'amour ie
plus violent . Lifois , Seigneur attaché au Duc
de Foix, trouva le moyen , malgré les Troupes du
Roi , de fe rendre auprès du Duc , pour le fecou
rir ou périr avec lui. Lifoisavoit offert fon hommage
à Amélie dans des tems plus heureux ; mais
s'appercevant fur le champ de l'ardente paffion
du Duc, il prend le parti de renoncer à la conquête
, & de fervir fon ami .
C'est ici le commencement de l'action.
Amélie repréfente à Lifois que les tems de difcordes
& de guerres civiles , ne font pas propres
pour l'Hymenée , & qu'il devoit engager le Duc
à fe foumettre au Roi ; Lifois qui n'eft dans le
parti contraire , qu'à caufe de fon amitié pour le
Duc , dit qu'il va tout tenter pour le faire rentrer
dans l'obéiflance qu'il doit à fon Souverain , il
exhorte Amélie à couronner la tendreffe du Duc ,
il lui fait valoir les avantages d'une pareille union ,
il vante enfuite les vertus du Prince , fans cacher
Les défauts , & juſtifie ſon attachement pour lui
par ces Vers.
Eh qui fçauroit , Madame , où placer ces fervices ,
S'il ne nous falloit fuivre & ne chérir jamais
Que des coeurs fans foibleffe , ou des Princes par
faits.
J'ai facrifié , ajoûte - t'il à Amélie, les fentimens
que vous m'avez infpirés , non pas au Prince ,
car je l'aurois bravé , mais à mon ami.
H
170 MERCURE DE FRANCE .
:
Après le départ de Lifois , Amélie dit à Thaife
fa confidente , qu'elle ne peut répondre à l'amour
du Duc , que Vamir fon frere , a toute fa tendiefle
, & qu'ils fe font promis une foi réciproque
Amélie appercevant le Duc fe retire , le
Prince en eft furpris , il fait refter Thaife , & lui
ordonne d'annoncer à Amelie , qu'elle doit fe dif
pofer à lui donner la main dans le jour ; il refte
feul avec Lifois , qui , après lui avoir rendu compte
de l'état de l'armée fait de fortes instances pour
le déterminer à faire la paix avec le Roi. Le Duc
ne veut rien écouter & s'écrie ,
De Pepin fon tyran , je crains peu la colere ,
Je déteste un fujet qui croit m'intimider ,
Et je méprife un Roi qui n'ofe commander .
Lifois affligé de l'inflexibilité du Duc , & de
l'excès de fa paffion pour Amélie , lui dit :
Il faut à fon ami montrer fon injuftice ,
L'éclairer , l'arrêter au bord du précipice ,
Je l'ai dit , je l'ai fait malgré votre couroux ,
Vous y voulez tomber , & j'y tombe avec vous.
Après un court monologue du Duc de Foix qui
commence le ſecond Acte , Amélie paroît qui veut
l'éviter ; mais le Prince l'arrête , lui renouvelie
fes hommages , & la preffe d'accepter fa main.
Amélie refufe fes offies , en difant que les ayeux
ont tous été fidéles à leurs Souverains , qu'ils ont
verfé leur fang pour la patrie & qu'elle ne peut
fe réfoudre à époufer l'auteur d'une guerre civile .
Le Due furieux , loue ironiquement la politiOCTOBRE
. 1752. 171
tique & le zele heroïque d'Amélie ; elle perfifte
dans fon refus , & lui confeille de fuivre en tant
les avis de Lifois. A ce nom , le Duc qui eft ombrageux
, prend de la jaloufie contre fon ami ; Lifois
furvient dans le moment , & furpris de trouwer
au Prince un air fombre & chagrin , il lui en
demande la raifon ; le Duc ne peut diffimu'er
fa jalousie , Lifois eft indigné & fe juftifie d'un
ton de vérité & de perfuafion qui défabufe entierement
le Duc . Lifois ajoûte :
S'il eft quelque rival qui vous ofe outrager ,
Tout mon fang eft à vous , & je cours vous vanger.
Le Prince fe plaint de l'obftacle que lui oppofe
Amelie , Lifois bien loin de la blâmer , prend la
défenfe , & fait de nouvelles remontrances au Duc
fur faréfiftance au Roi dont il prévoit le triomphe.
Le pur fang de Clovis , eft toujours adoré ,
Tôt ou tard , il faudra que de ce Trônc ſacré ,
Les rameaux divifés , & courbés par l'orage ,
Plus unis & plus beaux , foient notre unique ombrage.
Le Duc fe rend enfin , mais ce n'est que pour
plaire à Amelie , il deviendra vestueux par elle , &
tous les fentimens deviendront les fiens : Lifois ne
peut s'empêcher de lui dire qu'un fi grand changement
devroit appartenir plutôt au heros qu'à
Pamant.
Mais fi d'un fi grand coeur une femme difpole
L'effet en eft trop , pour en blâmer la caufe beau
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Un Officier des Gardes vient apprendre que les
Troupes du Roi le préparent à attaquer la Ville ,
le Duc ne veut plus entendre parler de paix , &
part pour combattre les ennemis ; Lifois le fuit en
proteftant que fi le Duc périt , il ne lui furvivra pas .
On apprend au commencement du troifiéme
Acte que les Troupes du Roi ont été repouflées ,
& que leur Chef eft fait prifonnier. Ce prifonnier
eft Vamir qui n'avoit follicité l'honneur du Commandement
que pour recouvrer fa maitielle , il eft
auffi idolâtre & aufli jaloux d'Amelie que le Duc.
Vamir ne veut pas fe faire connoître , Lifois qui
Paccompagne refpe&te for fecret , & le laiffe avec
fon confident. Vamir déplore alors la trifte fituation
, il croit Amelie infidele , il tremble d'apprendre
fon union avec fou frete , il eft prifonnier
de fon rival. Que de malheurs à la fois ! Cependant
le Duc qui a fenti je ne fçais quel trouble
en combattant le Genéral des Troupes du Roi ,
veut fçavoir quel eft le prifonnier qui eft en fa
puiflance , il est étonné de reconnoître Vamir ,
lui fait de tendres reproches de ce qu'il fert fes
ennemis ; il lui donne de vifs témoignages d'ami
tié , & lui promet de faire la paix avec le Roi , &
fait venir Amelie qui doit être le gage de la réconciliation
des deux freres , & de la foumiffion du
Duc à fon Souverain . Amelie arrive , quelle furprife
pour elle de rencontrer fon amant ? Nouvelvelles
offres d'hymen de la part du Duc à Amelie ,
& nouveau refus de cette fidéle amante , qui n'eft
Occupée que de Vamir ; il faut pourtant qu'elle
déclare fes vrais fentimens , & elle avoue fon penchant
pour Vamir . Le Duc entre dans une fureur
inexprimable , Vamir n'eft pas plus tranquile ,
& protefte avec vehemence qu'il perdra plutôt le
jour que de céder Amelie , qu'il est lié avec elle
OCTOBRE. 1752 . 173
par un ferment folemnel , & il renouvelle ce ferment
en préfence du Dus , par ces deux beaux
Vers de fituation.
A la face des Cieux , je lui donne ma for
Je te fais de nos voeux le témoin malgré toi ,
Lifois vient annoncer au Duc que le peuple fe
révolte au nom de fon frere , la fureur du Prince
redouble encore , s'il eft poffible , & il fort eri
ordonnant à Lifois de lui répondre de Vamir. Lifois
effrayé de la rage du Duc en demande le fujet
à Vamir , l'amour caufe toutes ces horreurs ,
lui répond Vamir : Ciel , réplique Lifois pénétré
de douleur , l'amour doit il donc être l'ame des
actions des Princes , anéantira - t'il les plus nobles
deffeins ?
Lifois termine le troifiéme Acte en faiſant Vamir
prifonnier fur la parole.
Vamir ne s'occupe plus que du foin de voir
Amelie qui de fon côté à le même défir , ils confirment
leurs fermens de s'aimer éternellement.
Amelie exhorte Vamir à prendre la fuite pour éviter
la perfécution de fon frere ; Vamir oppofe la
parole qu'ila donnée à Lifois & conjure Amelie
de partir feule ; le Duc les furprend dans ce tendre
entretien , fa fureur & la jalouffe parviennent aut
comble , il menace Vamir de la mort , & dit à
Amelie de le fuivre fur le champ à l'autel ; la vie
de ce perfide , en parlant de fon frere , eft à ce
prix. Vamir la prie avec la plus vive inftance de
tout facrifier plutôt que d'accepter les offres de
fon rival : Amelie ne voit , n'entend que Vamic
& continue de réfifter au Duc qui ordonne qu'on ,
entraine fon frere à la Tour : Amelie effrayée
fort de fa modération ordinaire , & fait une im-
Hij
174 MERCURE DE FRANCE.
précation des plus fortes contre le Duc. Lifois
furvient , elle s'adreffe à lui , c'eft fon feul recours
, le Duc la fait éloigner & refte feul avec
Lifois , il prend la réfolution de faire affaffiner
fon frere. Lifois indigné d'un crime & atroce , le
lui réprefente dans toute fon étendue , & avec
toute la vigueur dont il eft capable ; le Duc eft
dars un état fi violent qu'il ne peut rien écouter ,
il charge même Lifois d'un ordre fi inhumain , qui
n'a garde d'accepter un emploi fi odieux , le Duc
lui dit qu'il le croyoit fon ami , mais qu'il n'eft
qu'un ingrat : Lifois remarquant que le Prince ne
fe connoit plus , feint de confentir à cet horrible
attentat , dans la crainte que le Duc ne cho:fiffe
un autre Miniftre de fa vengeance , il lui demande
en même tenis le commandement abfolu dans l'armée
, & même fur les Maures , & il l'obtient.
Le Duc dans la premiere Scene du cinquième
Acte , fait connoftre qu'il ne fe fie pas à Lifois ,
il a chargé un bras plus sûr de l'exécution de fon
- forfait , & s'adreflant à un Officier de fes Gardes,
il lui demande fi le foldat qui doit aller à la Tour
a fatisfait à fon ordre , l'Officier en répond &
fort pour retourner à fon pofte . Le Duc livré à
toutes les réflexions d'un homme qui n'eſt pas
accoutumé au crime , commence à fe repentir
il est également tourmenté par l'amour , par la
vengeance & par les remords , il fe rappelle les
jours de fon enfance , jours purs & heureux , ou
fon frere & lui , n'avoient qu'un même fentiment
, qu'une égale tendreffe , & tâchant l'inſtant
d'après , de juftifier fa cruauté il s'écrie ,
Mais lui-même il m'attaque , il brave ma colere ,
Il me trompe , il me hait ... n'importe il eft mon
frere.
OCTOBRE. 1752. 175
A ce nom il déteſte fon fatal amour , & le péril
de Vamir le fait frémir , l'Officier de fes Gardes
rentre pour lui dire que la Ville eft en fureté ,
cela ne l'intéreffe plus , il n'eft occupé que du falut
de fon frere , change l'ordre qu'il a donné contre.
lui , & s'informe avec vivacité de ce que fait Lifois
, & de ce qui fe paffe à la Tour ; l'Officier
lui répond qu'il vient de voir emporter par ordre
de Lifois un cadavre tout fanglant hors la Tour
Le Duc qui ne peut pas douter de la confommation
de fon crime , tombe dans un fauteuil , privé
, pour ainfi dire , de tout fentiment. Amélie
vient lui annoncer qu'elle s'eft déterminée à acceptet
fa main pour fauver les jours de Vamir. Le
Duc ne répond que par fes larmes : Amélie eſt
faifie d'un mortel effroi , le Duc pénétré d'horreur
lui arrache l'ame par ces mors : Madame , it
n'eft plus tems. Amélie confternée ne fait point de
plaintes inutiles , elle veut feulement voir
fon amant , l'embraffer & mourir. Le Duc veut
fe percer le fein aux yeux d'Amélie , Lifois furvient
, & lui retient le bras , le Duc lui reproche
fon fecours , & fon obéiance avec impétuofité e
Amélie éclate , & marque fon indignation ; Lifois
fe défend fur les ordres réitérés & abſolus
qu'il a reçus ; mais les regrets du Prince lui faifant
connoître que le moment heureux eſt arrivé ,
la confolation & la joye fuccédent aux allarmes &
à la terreur par ces Vers que Lifois adreſſe au Duc
& à Amélic.
Je peux donc m'expliquer , je peux donc vous
apprendre ,
Que de vous même enfin , Lifois fçait vous déf
fendic.
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
Connoiffez - moi , Madame , & calmez vos douleurs
,•
Vous gardez vos remords , & vous fechez vos
pleurs :
Que ce jour à tous trois , foit un jour falutaire.
Venez , paroiffez Prince , embrallez votre frere.
La préfence de Vamir & les fentimens de reconnoillance
que le Duc & Amélie témoignent
à l'envi au genereux Lifois , d'un fervice fi fignalé
, forment un Tableau des plus frappans qu'on
ait vu au Théatre. Lifois les inftruit de la manie
re dont il a fauvé Vamir ; c'eft en frappant le foldat
qui avoit été chargé après lui d'un ordre barbare.
Le Duc de Foix triomphe de lui - même , fe
foumet au Roi , & céde Amélie en déclatant qu'il
en eft plus épris que jamais.
Il nous tefte à rendre compte des fentimens du
Public , fur cet Ouvrage digne de la réputation
éclatante de M. de Voltaire , mais inférieur à Alzire
, comme Bajazet l'eſt à Athalie .
Le premier Acte eft froid , & ne prépare pas
à un grand interêt , parce que l'expofition n'en est
pas affez claire , furtout dans un fujet d'inven
tion ; le Spectateur fouhaiteroit être mieux inftruit
des motifs de la vengeance & de l'emportement
du Duc de Foix contre Thierri , ainfi que de la
naiffance & des progrès de la paffion d'Amelie pour
Vamir , qui fans le charme de la fimpatie , ne mérite
pas d'être préféré . Le fecond Acte eft applaudi
avec juftice , la Scene de jaloufie entre le Duc
de Foix & Lifois , quoique le prétexte en foir le
ger , eft extrêmement belle. Le commencement
OCTOBRE. 1752. 177
& le milieu du troifiéme Acte font très - chauds , la
fin eft languillante . Le quatriéme eft ferré , il excite
une grande attention , & conduit naturellement
au cinquiéme qui produit les plus grands effets
de la Tragédie . On eft effrayé dans les premieres
Scenes , & tout le monde s'attendrit aux
dernieres.
Les ames froides & tranquilles , & plufieurs critiques
condamnent le caractere du Duc de Foix g
il est outré ; ce n'eft point un François , c'eſt un
Barbare ; nous ne balançons point à dire que non
feulement ce caractere eft vraisemblable , mais
qu'il eft pris dans la nature & par conféquent de
toutes les nations. C'est ainsi qu'aiment la plupart
de ceux qui font fupérieurs aux autres , & qui font
en droit de commander ; quand leur paffion eft a
dente , ils s'en laiffent dominer , & veulent que
rien ne leur réfifte . Nous ofons même foutenir que
le perfonnage du Duc de Foix eft une école de
moeurs pour la jeunelle fougueufe qui fe livre fans
réferve à fes penchans ; la feule critique raifonnable
qu'on en puifle faire , c'eft que fon repentig
n'eft peut- être pas affez préparé.Amélie n'eft qu'amante
, elle a toujours raiſon relativement à fa
tendreffe , mais elle ne fait pas verter des larmes ;
Vamir intereffe peu . L'objet de l'Auteur a été fans
doute de réunir toute l'attention & tout l'interêt
des Spectateurs fur le Duc de Foix qui a les principes
de toutes les vertus , mais qui eft égaré par fes
paffions. Racine a fait la même chofe dans Phédre
à qui il atout facrifié. On ne s'occupe point
d'Aricie.
Nous n'avons point entendu faire de critiques:
fur le rolle de Lifois , qui forme un contrafte parfait
avec celui du Duc de Foix . Ce caractere eft admi .
rable , & neuf au Théatre. Ce n'eft ni Acomatai
Burthus , c'eft Lifois ,
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
Le file de Fouvrage eft enchanteur , naturel &
affez foutenu, les beautés qu'on appelle de détail ,
ne font point
Fermer
Résumé : Extrait du Duc de Foix, Tragédie de M. de Voltaire.
La tragédie 'Le Duc de Foix' de Voltaire met en scène le Duc de Foix, un prince rebelle contre le roi Thierry, manipulé par Pepin. Le Duc s'allie avec les Maures et, durant la guerre, son frère Vamir tombe amoureux d'Amélie de Comminge. Le Duc sauve Amélie et en tombe amoureux, mais elle reste fidèle à Vamir. Lifois, loyal au Duc, renonce à ses sentiments pour Amélie. Le Duc insiste pour épouser Amélie, mais elle refuse. Les troupes royales capturent Vamir, qui, en prison, soupçonne Amélie d'infidélité. Le Duc découvre que Vamir est son frère et tente une réconciliation, mais Amélie refuse toujours de l'épouser. Furieux, le Duc ordonne l'emprisonnement de Vamir. Amélie supplie Vamir de fuir, mais il refuse par loyauté envers Lifois. Le Duc ordonne l'assassinat de Vamir, mais Lifois désobéit. Tourmenté, le Duc annule l'ordre. Amélie accepte d'épouser le Duc pour sauver Vamir, mais apprend trop tard sa mort. La pièce est appréciée pour certains actes, notamment le second et le début du troisième, bien que le premier acte soit jugé froid et confus. Le quatrième acte est sérieux et captivant, menant à un cinquième acte émouvant. Le personnage du Duc de Foix est critiqué pour son extrémité, mais défendu comme représentatif des passions humaines. Amélie est décrite comme une amante sans profondeur, tandis que Lifois est salué pour son caractère admirable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3442
p. 173-182
CONCERTS ET COMEDIES à Fontainebleau.
Début :
Le Mercredi 18 Octobre on donna le Devin de Village, qui fut précédé de l'Avare amoureux [...]
Mots clefs :
Sieur Vestris, Village, Rivière, Cadet, Amour, Divertissement, Charles-Simon Favart, Jean-Jacques Rousseau, Génies, Lyonnais
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERTS ET COMEDIES à Fontainebleau.
CONCERTS ET COMEDIES
à Fontaineblean.
E Mercredi 18 Octobre on donna le Devin de
Village , qui fut précédé de l'Avare amoureux
& d'Arcagambis. Entre cette derniere Piéce & le
Devin de Village , la Dlle Puvigné danfa les Fantaifies
du fieur Rebel le Pere .
Le Devin de Village eft un Intermede nouveau,
dont les paroles & la Mufique font du fieur Rouf
feau de Genève , connu par le fameux Diſcours
de l'Académie de Dijon , Cet Ouvrage eut un fuccès
auffi brillant que complet. Le fieur Rouffeau
comme Poëte en mettant fur la Scene un racommodement
entre deux Amans de Village , ne s'eft
pas attaché feulement à employer leur Grammaire
, il a parlé leur langage , & comme Muficien
, il a eflayé un genre de Mufique nouveau
fimple & nait , & d'une expreffion convenable à
fon fujet. Les gens de l'Art ont fur tout remarqué
le goût & les agrémens qu'il a trouvé le fecret
de répandre dans les accompagnemens faits
d'une maniere très- neuve pour ce pays - ci . Ils
n'ont pas moins adm ré la perfection avec laquelle
cet Acte a été exécuté par la Dlie Fel & le fitur
Jeliotte Cet Acte fut fuivi d'un Divertiffement
très -brillant compofé de plufieurs Airs de violen
des Opera du fieur Rameau , de deux Ariettes
tirées des Talens lyriques & des Fêtes de l'himen ,
& de l'Amour , de l'Ariette de Pigmalion & d'u
ne Pantomime du fieur d'Auvergne , Auteur des
Amours de Tempé qu'on joue actuellement . Les
Diles Lani , Pavigné , Veftris , & les fieurs La.
ni & Veftris on danfé les différens pas de ce Diver-
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
siffement. Le fuccès de Devin de Village à Fon
tainebleau , fait eſperer aux Amateurs que l'Académie
Royale de Mufique ne tardera pas de le don
mer far fon Theâtre nous nous réfervons d'en
rendre alors un compte plus exact & plus détaillé .
Le Samedi 21 , on donna Fanfale , Parodie
d'Omphale , des feurs Favart & Marcouville .
* précédée de l'Heureux naufrage , piéce Italienne.
Le Lundi 23 , Concert chez la Reine . La Dlle
Violenta Veftris y chanta plufieurs Ariettes Italiennes
, avec un très grand fuccès . Les fieurs
Pla , réuffirent auffi beaucoup dans l'exécution de
plufieurs Concerto de Hautbois ; l'aîné des deur
freres joua du Tympanon avec applaudiffement.
Le Mardi 24 , on donna par ordre du Roi ,
une feconde repréſentation du Devin de Village :
cet Ouvrage n'eut pas moins de fuccès que la premiere
fois , & l'exécution en fut encore plus
parfaite.
Le Jeudi 26 , on donna l'Inconnu , Comédie en
cinq Actes , de Thomas Corneille , dont les Rôles
étoient ainfi diftribués .
Le Marquis ,
La Montagne ,
Le Chevalier ,
Le Vicomte ,
Sieurs Grandval.
Armand .
Drouin.
Poiffon.
Un petit Bohémien , Vifintini , fils.
La Comteffe , Dlles Gauffin .
Olimpe ,
Grandval.
Virgine ,
La Jeuneffe,
L'Amour ,
Dangeville.
Riviere.
Foulquier
DECEMBRE. 1752. 175
Cette Piéce a toujours été regardée comme la
plus propre à amener des Divertiffemens : ils ont
fouffert des changemens dans les différentes repréfentations
qu'on en a données. Voici l'idée de
ceux qui viennent d'être exécutés .
PREMIER DIVERTISSEMENT.
L'Amour & la Jeunesse .
Un nouveau Dialogue entre l'Amour & la
Jeuuele amenoit un Divertiffement éxécuté par
ces Divinités & par leur fuite.
l'Amour,
la Dile Foulquier .
Suite de l'Amour.
Srs
Vifintini ,
Langerville ,
Des Combes ,
La Jeuneffe ,
la Dile Riviere.
Suite de la Jeunele.
Diles
Prud homme ,
Foulquier ,
Riviere , cadete .
II. DIVERTISSEMENT.
Cette fête étoit des plus galantes . Un buffet
fomptueux & une Table fplendidement fervie ,
étoient dreffés fous des berceaux dorés , autour
defquels s'entrelaffoient des guirlandes de fleurs
transparentes.
Comus , Dieu de la bonne chere , invitoit les
Sujets à raflembler tout ce qui pouvoit fournir un
repas délicieux . Des Jardiniers chargés de corbeilles
de fleurs vinrent fe ranger fur les ailes ;
Cerès , Diane , Pomone & Flore , parurent fucceffivement
à la tête de leurs Cadrilles : Bacchus ,
s'avançoit à fon tour , fuivi de Buveurs & de Bacchantes
qui célébroient des Orgies en tenant des
Coupes précieules; toutes ces Divinités & leur fuite
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
allerent enrichir le buffet de leurs dons .
Alots Comus préfenta la main à la Comteffe &
dans l'inftant qu'il la conduifoit à la table , les Heurs
que portoient les Jardiniers , s'éleverent des cor.
beilles , & formerent de grands berceaux , fous
lefque's pafferent la Comtefle &fa compagnie.
La nouveauté de coup d'oeil caufa une furprife
& une admiration générale . Les berceaux varioient
leurs formes à mesure que les Danfeurs
formoient de nouvelles figures fous les différentes
allées de ces cabinets mouvans .
Comus ,
Un fuivant de Co.
mus chantant ,
La Riviere ,
Lépi , Cader ,
SrA rmand.
Sr Jeliote.
JARDINIERS.
Balletti , Cadet ,
Berthelot ,
Betrin , aîné ,
Bertrin , cadet ,
LES SIEURS
Barois
Gougis ,
Rouffeau ,
Riviere , cadet,
Desbroffes ,
Ch..mpville.
Cerès , Dlle Riviere .
Mrs
Vifintini ,
Langerville .
Suite.
Diles
Prud'homme ,
Foulquier.
Diane , Dile Camille.
Suite.
Die Riviere , Cadette.
Diles Chevrier,
Sr La Combre ,
Flore ,
Tomone,
Favart.
DECEMBRE.
1752. 177,
Suite.
Diles Deheffe , Goton , Maffon..
Bacchus , Sr Lépy , aîné.
Suite.
SIEURS
Desmartins , Langerville ,
Malot , La Combre,
Vinzintini , Foulquier.
III DIVERTISSEMENT.
Les Bobêmiens.
On ne changea prefque rien à l'idée de ce Di
vertillement ; mais on ne conferva des Airs qui y
étoient employés , que la Sarabande ..
Une Bohémiene ,
Un Bohémien chantant ,
*
Sr Armand.
Sr Jeliote..
BALLET.
Dlle Puvigné , Sr Lépy , aîné , Dlle Reix
Sieurs
Barois ,
Roufleau ,
Gougis ,
Balletti ,
Bertrin , aîné ,
Bertrin cadet..
Suite..
Diles.
Favart ,
Camille ,
Deheffe ,.
Riviere ,
Goton ,
Maflon.
IV . DIVERTISSEMENT
Le Sylphe
Le Monologue de Zirphé , & la Scéne qui le
HV
178 MERCURE DE FRANCE.
fuit , formoient le fujet de ce Divertiffement , &
s'y trouvoient fi heureusement placés qu'ils fembloient
avoir été faits pour la Piéce .
Le Ballet que ces Scénes amenoient n'étoit pas
moins brillant ,
Zelindor , Roi des Sylphes , s'étant fait connoître
à Zirphé , invitoit les peuples élementaires
à célébrer le bonheur , dont elle couronnoit fon
amour auffi- tôt on voyoit fucceffivement les
Génies de l'Eau , de l'Air & du Feu Le Génie de
la Terre paroilloit au milieu , ces Génies s'unirent
, en confervant toujours leurs caracteres , &
formerent un pas de fept égal , & peut- être fupérieur
à tout ce qu'on a vû de plus noble & de plus
parfait en ce genre .
Le Comédien , Sr Amand.
Zelindor ,
Zirphé ,
Sr Jeliote.
Dlle Chevalier,
GENIES ELEMENTAIRES.
Génie de la Terre , Sr Dupré.
Genies de l'Eau ,
Génies de la Terre ,
Génies du Feu ,
Sr Veftris, Dile Veftris.
Sr Laval , fils. Dlle Pu
vigné,
Sr Lani , Dlle Lani.
V. DIVERTISSEMENT.
Une nôce de Village formoit autrefois ce diver
tiffement , on y en a fubftitué un autre qui amene
également le dénouement de la Piéce , & dont
l'objet eft de peindre les tranfports de joie que
l'heureuſe convalefcence de Monfeigneur le Dau
phin a fait naître dans tous les coeurs.
DECEMBRE . 1752 . 179
ACTEURS CHANT ANS.
Les Sieurs Jeliote , Poirier . Dile Coupé.
BALLET,
BERGERS ET BERGERES.
Sr Veftris , Dlle Veftris.
Sicurs
Lionnois
Diles
Lionnois ,
Laval , fils ,
L'Epi , aîné ,
Gallini ,
La Batte ,
Chevrier ,
Marquife ,
Seigneur du Village ,
Sieur Dupré.
Dame du Village ,
Dile Salé.
HABITAN S.
Sieurs Lani , Beat ; Diles Lani , Reix .
Sieurs
Gougis ,
Rouleau ,
Barois ,
Diles
Coraline ,
De Heffe ,
Coraline ,
La Riviere ,
Un Suiffe ,
Un Bedean ,
Un Barbier ,
Un Magifter,
Un Meunier ,...
Un Nouricier ,
Une Meuniere ,
Une Nourrice ,
Favart.
Bertrin ,
Bertrin , cadet
Berthelot ,
Lariviere ,
L'Epi , cadet ;
Balletti , cadet ;,
Dile Goton ,
Dile Maſſon .
On admira égalément dans ce Spectacle la
Hvj:
180 MERCURE DE FRANCE.
goût & la magnificence des habits & l'élegance
des décorations , le jeu des Acteurs , la perfection
du chant , des danfes & de l'orchestre , enfin rout
répondoit aux foins que l'on s'étoit donné pour
l'exécution de cette fête chacun concouroit à
Penvi pour la rendre parfaite , & le plaifir qui
maillot de cet accord général , fit dire aux Etrangers
que dans toute l'Europe on ne pouvoit raf
fembler plus de talent , ni donner de Spectacles
plus pompeux & plus agréables .
Le Sr Francoeur , Sur Intendant dela Mufique
de la Chambre du Roi , en furvivance du Sieur de
Blamont , conduifoit l'orchestre en fon abfence ,
& avoit fait un choix heureux d'airs de fimphonie
du Sieur Rameau , & des plus grands Maîtres.
dont il avoit formé une fuite pour les diverafle
mens,
Les Ballets étoient de la compofition du Sieur
de Laval , Maître & Compofiteur des Ballets du
Roi , il avoit été fecondé par le Sieur DeRefle
dans la partie qui éroit exécutée par les Danfeurs
de la Comédie Italienne.
Les habits avoient été exécutés fur les deffeins
du Sieur Martin , Deffinateur de l'Opéra & du
Sieur Roquet.
Le Sr Jeliote , fi célébre par fes valens , s'eft encore
furpaflé en cette occafion ; il a chanté desAriettes
dans tous les Divertiffemens , & la façon dont
Ja Dlle Chevalier & lui ont exécuté le Sylphe , a
fait fentir toutes les beautés de cet ouvrage fi eftimé
, dont les paroles font du Sieur Demoncrif,
& la Mufique des Sieurs Rebel & Francoeur.
Le Sieur Dupré fit voir dans le pas de fept dent
on a donné le détail , toute la nobleffe , les graces
& la perfection qui le font regarder comme le
plus grand Danfeur qui ait jamais paru ; il danſa
DECEMBRE.
1752. 181
avec la Dile Salé dans le dernier Divertiffement ,
une courante & des menuets avec cette noble fimplicité
qu'il eft fi difficile d'acquérir.
Les Sieurs Lani , Veftris , Lionnois , Laval ,
fils , & les Diles Puvigné , Lani , Veftris , Lionnois
& Reix , fe font tous furpatlé chacun dans
fon genre.
Le Sieur Favart avoit compofé les paroles des
dialogues de l'Amour & de la Jeuneffe dans le
premier Acte , & des autres Scénes qui amenaient
ou formoient les nouveaux
Divertiflemeas.
Le Samedi 28 , le Grondeur de Brueys & Palaprat,
& le Sicilien de Moliere , avec fes agrémens
Dans le premier Divertiflement , on exécuta un trio
de Lulli qui fut chanté par les SieursJeliote , Benoit
& Poirier , dans le fecond , la Dile Salé danía une
muzette & des paffepieds ; on vit avec autant de
plaifir que d'étonnement , que le tems qu'elle
avoit été fans paroître , n'avoit rien diminué de fes
graces ni de la legereté. Le Sieur Veftris danfa
dans le même Divertiffement une chaconne , où
il fit voir des talens qui le perfectionnent tous les
jours de plus en plus.
Dans le troifiéme Divertiffement , les Des
Salé & Veftris, & le Sieur Veftris , donnerent un
pas de trois qui fut généralement approuvé.
Lundi 30 , Rome fauvée , Tragédie du Sieur de
Voltaire ; & le Cocu imaginaire , de Moliere ,
Entre les deux Pieces les caracteres de la danfe
furent exécutés par le Sieur & Dile Veftris , qui
mériteren des éloges de toute la Cour.
Le Jeudi 2 Novembre , l'Andrienne , Comédie
de Baron , & le Confentement forcé , du Sieur
Guyot de Merville . Entre les deux Piéces le Sieur
Lionnois & la Dlle . Lionnois danferent un pas de
deux en Polonais.
1S2 MERCUREDE FRANCE.
Le Samedi 4 , le Roi ordonna une ſeconde res
préſentation de l'Inconnu .
Le Lundi 6 , Berenice , Tragédie de Racine ,
& le Rendez- vous du Sieur Fagan , fuivi d'un
autre Spectacle , d'autant plus agréable qu'il étoit
moins attendu . Toute la face du Théatre changea
. On vit d'abord de grandes rozes & des mozaiqnes
d'artifice , dont les formes varioient à
chaque inftant , & des foleils dont les feux de differentes
couleurs fe fuccédoient rapideinent , &
toujours avec une égale prècifion . Cette éclatante
décoration difparut , & laifla voir un vafte Pa-
Jais tranfparent , éclairé par des feux nouveaux.
Lorfqu'on ent joui quelques minutes de la richefle
de ce coup d'oeil , le Palais fe transforma & devint
un grand Cabinet de la Chine qui s'élevoit
jufqu'au ceintre du Théatre . Ce Cabinet étoit
orné de figures Chinoifes tranfparentes & d'or
nemens en découpures. Ces differens changemens
fe firent avec une promptitude furprenante , & les
feux étoient fi bien réglés qu'une partie n'avoit
avantage fur l'autre que par la gradation que l'Artifte
avoit menagée . Ce feu d'artifice étoit de la
compofition des Sieurs Ruggieri , Artificiers Italiens.
Le Mardi 7 ,, le Diable boiteux , Canevas
Italien , & Tyrcis & Doriftée , Parodie d'Acis
& Galatée , du Sieur Favart. La Dlle Salé y danía.
fupérieurement.
à Fontaineblean.
E Mercredi 18 Octobre on donna le Devin de
Village , qui fut précédé de l'Avare amoureux
& d'Arcagambis. Entre cette derniere Piéce & le
Devin de Village , la Dlle Puvigné danfa les Fantaifies
du fieur Rebel le Pere .
Le Devin de Village eft un Intermede nouveau,
dont les paroles & la Mufique font du fieur Rouf
feau de Genève , connu par le fameux Diſcours
de l'Académie de Dijon , Cet Ouvrage eut un fuccès
auffi brillant que complet. Le fieur Rouffeau
comme Poëte en mettant fur la Scene un racommodement
entre deux Amans de Village , ne s'eft
pas attaché feulement à employer leur Grammaire
, il a parlé leur langage , & comme Muficien
, il a eflayé un genre de Mufique nouveau
fimple & nait , & d'une expreffion convenable à
fon fujet. Les gens de l'Art ont fur tout remarqué
le goût & les agrémens qu'il a trouvé le fecret
de répandre dans les accompagnemens faits
d'une maniere très- neuve pour ce pays - ci . Ils
n'ont pas moins adm ré la perfection avec laquelle
cet Acte a été exécuté par la Dlie Fel & le fitur
Jeliotte Cet Acte fut fuivi d'un Divertiffement
très -brillant compofé de plufieurs Airs de violen
des Opera du fieur Rameau , de deux Ariettes
tirées des Talens lyriques & des Fêtes de l'himen ,
& de l'Amour , de l'Ariette de Pigmalion & d'u
ne Pantomime du fieur d'Auvergne , Auteur des
Amours de Tempé qu'on joue actuellement . Les
Diles Lani , Pavigné , Veftris , & les fieurs La.
ni & Veftris on danfé les différens pas de ce Diver-
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
siffement. Le fuccès de Devin de Village à Fon
tainebleau , fait eſperer aux Amateurs que l'Académie
Royale de Mufique ne tardera pas de le don
mer far fon Theâtre nous nous réfervons d'en
rendre alors un compte plus exact & plus détaillé .
Le Samedi 21 , on donna Fanfale , Parodie
d'Omphale , des feurs Favart & Marcouville .
* précédée de l'Heureux naufrage , piéce Italienne.
Le Lundi 23 , Concert chez la Reine . La Dlle
Violenta Veftris y chanta plufieurs Ariettes Italiennes
, avec un très grand fuccès . Les fieurs
Pla , réuffirent auffi beaucoup dans l'exécution de
plufieurs Concerto de Hautbois ; l'aîné des deur
freres joua du Tympanon avec applaudiffement.
Le Mardi 24 , on donna par ordre du Roi ,
une feconde repréſentation du Devin de Village :
cet Ouvrage n'eut pas moins de fuccès que la premiere
fois , & l'exécution en fut encore plus
parfaite.
Le Jeudi 26 , on donna l'Inconnu , Comédie en
cinq Actes , de Thomas Corneille , dont les Rôles
étoient ainfi diftribués .
Le Marquis ,
La Montagne ,
Le Chevalier ,
Le Vicomte ,
Sieurs Grandval.
Armand .
Drouin.
Poiffon.
Un petit Bohémien , Vifintini , fils.
La Comteffe , Dlles Gauffin .
Olimpe ,
Grandval.
Virgine ,
La Jeuneffe,
L'Amour ,
Dangeville.
Riviere.
Foulquier
DECEMBRE. 1752. 175
Cette Piéce a toujours été regardée comme la
plus propre à amener des Divertiffemens : ils ont
fouffert des changemens dans les différentes repréfentations
qu'on en a données. Voici l'idée de
ceux qui viennent d'être exécutés .
PREMIER DIVERTISSEMENT.
L'Amour & la Jeunesse .
Un nouveau Dialogue entre l'Amour & la
Jeuuele amenoit un Divertiffement éxécuté par
ces Divinités & par leur fuite.
l'Amour,
la Dile Foulquier .
Suite de l'Amour.
Srs
Vifintini ,
Langerville ,
Des Combes ,
La Jeuneffe ,
la Dile Riviere.
Suite de la Jeunele.
Diles
Prud homme ,
Foulquier ,
Riviere , cadete .
II. DIVERTISSEMENT.
Cette fête étoit des plus galantes . Un buffet
fomptueux & une Table fplendidement fervie ,
étoient dreffés fous des berceaux dorés , autour
defquels s'entrelaffoient des guirlandes de fleurs
transparentes.
Comus , Dieu de la bonne chere , invitoit les
Sujets à raflembler tout ce qui pouvoit fournir un
repas délicieux . Des Jardiniers chargés de corbeilles
de fleurs vinrent fe ranger fur les ailes ;
Cerès , Diane , Pomone & Flore , parurent fucceffivement
à la tête de leurs Cadrilles : Bacchus ,
s'avançoit à fon tour , fuivi de Buveurs & de Bacchantes
qui célébroient des Orgies en tenant des
Coupes précieules; toutes ces Divinités & leur fuite
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
allerent enrichir le buffet de leurs dons .
Alots Comus préfenta la main à la Comteffe &
dans l'inftant qu'il la conduifoit à la table , les Heurs
que portoient les Jardiniers , s'éleverent des cor.
beilles , & formerent de grands berceaux , fous
lefque's pafferent la Comtefle &fa compagnie.
La nouveauté de coup d'oeil caufa une furprife
& une admiration générale . Les berceaux varioient
leurs formes à mesure que les Danfeurs
formoient de nouvelles figures fous les différentes
allées de ces cabinets mouvans .
Comus ,
Un fuivant de Co.
mus chantant ,
La Riviere ,
Lépi , Cader ,
SrA rmand.
Sr Jeliote.
JARDINIERS.
Balletti , Cadet ,
Berthelot ,
Betrin , aîné ,
Bertrin , cadet ,
LES SIEURS
Barois
Gougis ,
Rouffeau ,
Riviere , cadet,
Desbroffes ,
Ch..mpville.
Cerès , Dlle Riviere .
Mrs
Vifintini ,
Langerville .
Suite.
Diles
Prud'homme ,
Foulquier.
Diane , Dile Camille.
Suite.
Die Riviere , Cadette.
Diles Chevrier,
Sr La Combre ,
Flore ,
Tomone,
Favart.
DECEMBRE.
1752. 177,
Suite.
Diles Deheffe , Goton , Maffon..
Bacchus , Sr Lépy , aîné.
Suite.
SIEURS
Desmartins , Langerville ,
Malot , La Combre,
Vinzintini , Foulquier.
III DIVERTISSEMENT.
Les Bobêmiens.
On ne changea prefque rien à l'idée de ce Di
vertillement ; mais on ne conferva des Airs qui y
étoient employés , que la Sarabande ..
Une Bohémiene ,
Un Bohémien chantant ,
*
Sr Armand.
Sr Jeliote..
BALLET.
Dlle Puvigné , Sr Lépy , aîné , Dlle Reix
Sieurs
Barois ,
Roufleau ,
Gougis ,
Balletti ,
Bertrin , aîné ,
Bertrin cadet..
Suite..
Diles.
Favart ,
Camille ,
Deheffe ,.
Riviere ,
Goton ,
Maflon.
IV . DIVERTISSEMENT
Le Sylphe
Le Monologue de Zirphé , & la Scéne qui le
HV
178 MERCURE DE FRANCE.
fuit , formoient le fujet de ce Divertiffement , &
s'y trouvoient fi heureusement placés qu'ils fembloient
avoir été faits pour la Piéce .
Le Ballet que ces Scénes amenoient n'étoit pas
moins brillant ,
Zelindor , Roi des Sylphes , s'étant fait connoître
à Zirphé , invitoit les peuples élementaires
à célébrer le bonheur , dont elle couronnoit fon
amour auffi- tôt on voyoit fucceffivement les
Génies de l'Eau , de l'Air & du Feu Le Génie de
la Terre paroilloit au milieu , ces Génies s'unirent
, en confervant toujours leurs caracteres , &
formerent un pas de fept égal , & peut- être fupérieur
à tout ce qu'on a vû de plus noble & de plus
parfait en ce genre .
Le Comédien , Sr Amand.
Zelindor ,
Zirphé ,
Sr Jeliote.
Dlle Chevalier,
GENIES ELEMENTAIRES.
Génie de la Terre , Sr Dupré.
Genies de l'Eau ,
Génies de la Terre ,
Génies du Feu ,
Sr Veftris, Dile Veftris.
Sr Laval , fils. Dlle Pu
vigné,
Sr Lani , Dlle Lani.
V. DIVERTISSEMENT.
Une nôce de Village formoit autrefois ce diver
tiffement , on y en a fubftitué un autre qui amene
également le dénouement de la Piéce , & dont
l'objet eft de peindre les tranfports de joie que
l'heureuſe convalefcence de Monfeigneur le Dau
phin a fait naître dans tous les coeurs.
DECEMBRE . 1752 . 179
ACTEURS CHANT ANS.
Les Sieurs Jeliote , Poirier . Dile Coupé.
BALLET,
BERGERS ET BERGERES.
Sr Veftris , Dlle Veftris.
Sicurs
Lionnois
Diles
Lionnois ,
Laval , fils ,
L'Epi , aîné ,
Gallini ,
La Batte ,
Chevrier ,
Marquife ,
Seigneur du Village ,
Sieur Dupré.
Dame du Village ,
Dile Salé.
HABITAN S.
Sieurs Lani , Beat ; Diles Lani , Reix .
Sieurs
Gougis ,
Rouleau ,
Barois ,
Diles
Coraline ,
De Heffe ,
Coraline ,
La Riviere ,
Un Suiffe ,
Un Bedean ,
Un Barbier ,
Un Magifter,
Un Meunier ,...
Un Nouricier ,
Une Meuniere ,
Une Nourrice ,
Favart.
Bertrin ,
Bertrin , cadet
Berthelot ,
Lariviere ,
L'Epi , cadet ;
Balletti , cadet ;,
Dile Goton ,
Dile Maſſon .
On admira égalément dans ce Spectacle la
Hvj:
180 MERCURE DE FRANCE.
goût & la magnificence des habits & l'élegance
des décorations , le jeu des Acteurs , la perfection
du chant , des danfes & de l'orchestre , enfin rout
répondoit aux foins que l'on s'étoit donné pour
l'exécution de cette fête chacun concouroit à
Penvi pour la rendre parfaite , & le plaifir qui
maillot de cet accord général , fit dire aux Etrangers
que dans toute l'Europe on ne pouvoit raf
fembler plus de talent , ni donner de Spectacles
plus pompeux & plus agréables .
Le Sr Francoeur , Sur Intendant dela Mufique
de la Chambre du Roi , en furvivance du Sieur de
Blamont , conduifoit l'orchestre en fon abfence ,
& avoit fait un choix heureux d'airs de fimphonie
du Sieur Rameau , & des plus grands Maîtres.
dont il avoit formé une fuite pour les diverafle
mens,
Les Ballets étoient de la compofition du Sieur
de Laval , Maître & Compofiteur des Ballets du
Roi , il avoit été fecondé par le Sieur DeRefle
dans la partie qui éroit exécutée par les Danfeurs
de la Comédie Italienne.
Les habits avoient été exécutés fur les deffeins
du Sieur Martin , Deffinateur de l'Opéra & du
Sieur Roquet.
Le Sr Jeliote , fi célébre par fes valens , s'eft encore
furpaflé en cette occafion ; il a chanté desAriettes
dans tous les Divertiffemens , & la façon dont
Ja Dlle Chevalier & lui ont exécuté le Sylphe , a
fait fentir toutes les beautés de cet ouvrage fi eftimé
, dont les paroles font du Sieur Demoncrif,
& la Mufique des Sieurs Rebel & Francoeur.
Le Sieur Dupré fit voir dans le pas de fept dent
on a donné le détail , toute la nobleffe , les graces
& la perfection qui le font regarder comme le
plus grand Danfeur qui ait jamais paru ; il danſa
DECEMBRE.
1752. 181
avec la Dile Salé dans le dernier Divertiffement ,
une courante & des menuets avec cette noble fimplicité
qu'il eft fi difficile d'acquérir.
Les Sieurs Lani , Veftris , Lionnois , Laval ,
fils , & les Diles Puvigné , Lani , Veftris , Lionnois
& Reix , fe font tous furpatlé chacun dans
fon genre.
Le Sieur Favart avoit compofé les paroles des
dialogues de l'Amour & de la Jeuneffe dans le
premier Acte , & des autres Scénes qui amenaient
ou formoient les nouveaux
Divertiflemeas.
Le Samedi 28 , le Grondeur de Brueys & Palaprat,
& le Sicilien de Moliere , avec fes agrémens
Dans le premier Divertiflement , on exécuta un trio
de Lulli qui fut chanté par les SieursJeliote , Benoit
& Poirier , dans le fecond , la Dile Salé danía une
muzette & des paffepieds ; on vit avec autant de
plaifir que d'étonnement , que le tems qu'elle
avoit été fans paroître , n'avoit rien diminué de fes
graces ni de la legereté. Le Sieur Veftris danfa
dans le même Divertiffement une chaconne , où
il fit voir des talens qui le perfectionnent tous les
jours de plus en plus.
Dans le troifiéme Divertiffement , les Des
Salé & Veftris, & le Sieur Veftris , donnerent un
pas de trois qui fut généralement approuvé.
Lundi 30 , Rome fauvée , Tragédie du Sieur de
Voltaire ; & le Cocu imaginaire , de Moliere ,
Entre les deux Pieces les caracteres de la danfe
furent exécutés par le Sieur & Dile Veftris , qui
mériteren des éloges de toute la Cour.
Le Jeudi 2 Novembre , l'Andrienne , Comédie
de Baron , & le Confentement forcé , du Sieur
Guyot de Merville . Entre les deux Piéces le Sieur
Lionnois & la Dlle . Lionnois danferent un pas de
deux en Polonais.
1S2 MERCUREDE FRANCE.
Le Samedi 4 , le Roi ordonna une ſeconde res
préſentation de l'Inconnu .
Le Lundi 6 , Berenice , Tragédie de Racine ,
& le Rendez- vous du Sieur Fagan , fuivi d'un
autre Spectacle , d'autant plus agréable qu'il étoit
moins attendu . Toute la face du Théatre changea
. On vit d'abord de grandes rozes & des mozaiqnes
d'artifice , dont les formes varioient à
chaque inftant , & des foleils dont les feux de differentes
couleurs fe fuccédoient rapideinent , &
toujours avec une égale prècifion . Cette éclatante
décoration difparut , & laifla voir un vafte Pa-
Jais tranfparent , éclairé par des feux nouveaux.
Lorfqu'on ent joui quelques minutes de la richefle
de ce coup d'oeil , le Palais fe transforma & devint
un grand Cabinet de la Chine qui s'élevoit
jufqu'au ceintre du Théatre . Ce Cabinet étoit
orné de figures Chinoifes tranfparentes & d'or
nemens en découpures. Ces differens changemens
fe firent avec une promptitude furprenante , & les
feux étoient fi bien réglés qu'une partie n'avoit
avantage fur l'autre que par la gradation que l'Artifte
avoit menagée . Ce feu d'artifice étoit de la
compofition des Sieurs Ruggieri , Artificiers Italiens.
Le Mardi 7 ,, le Diable boiteux , Canevas
Italien , & Tyrcis & Doriftée , Parodie d'Acis
& Galatée , du Sieur Favart. La Dlle Salé y danía.
fupérieurement.
Fermer
Résumé : CONCERTS ET COMEDIES à Fontainebleau.
Du 18 au 26 octobre, plusieurs spectacles ont été présentés à Fontainebleau. Le 18 octobre, 'Le Devin du Village' de Jean-Jacques Rousseau a été joué, précédé de 'L'Avare amoureux' et 'Arcagambis'. La demoiselle Puvigné a interprété 'Les Fantaisies' du sieur Rebel père entre les pièces. 'Le Devin du Village', avec des paroles et une musique de Rousseau, a connu un grand succès grâce à son langage et sa musique simples et expressifs. Les rôles principaux étaient interprétés par la demoiselle Fel et le sieur Jéliotte. Le spectacle a été suivi de morceaux de Rameau et d'autres airs célèbres. Le 21 octobre, 'Fanfale', une parodie d''Omphale' de Favart et Marcouville, a été présentée, précédée de 'L'Heureux naufrage'. Le 23 octobre, un concert chez la Reine a vu la demoiselle Violente Vestris chanter des ariettes italiennes, tandis que les sieurs Pla ont joué des concertos de hautbois et l'aîné des frères a joué du tympanon. Le 24 octobre, 'Le Devin du Village' a été rejoué sur ordre du roi. Le 26 octobre, 'L'Inconnu' de Thomas Corneille a été joué, avec une distribution incluant les demoiselles Gauffin, Dangeville, Rivière, et Foullquier, ainsi que les sieurs Grandval, Armand, Drouin, et Poisson. La pièce a inclus plusieurs divertissements, notamment des dialogues entre l'Amour et la Jeunesse. En décembre 1752, une série de divertissements et de représentations théâtrales ont eu lieu. Le premier divertissement mettait en scène Zelindor, roi des Sylphes, et Zirphé, avec la participation des génies des éléments dansant un pas de sept. Les acteurs principaux étaient le Sr Amand, le Sr Jeliote, la Dlle Chevalier, et le Sr Dupré. Un second divertissement remplaçait une noce de village pour célébrer la convalescence du Dauphin. Les spectacles étaient remarquables par leur goût, leur magnificence, et l'élégance des décorations. La musique était dirigée par le Sr Francoeur, utilisant des airs de Rameau et d'autres maîtres. Les ballets étaient composés par le Sr de Laval et le Sr DeRefle. Les costumes étaient conçus par le Sr Martin et le Sr Roquet. Parmi les pièces jouées figuraient 'Le Grondeur' de Brueys et Palaprat, 'Le Sicilien' de Molière, 'Roméo et Juliette' de Voltaire, 'Le Cocu imaginaire' de Molière, et 'Bérénice' de Racine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3443
p. 156-161
« M. Rousseau de Geneve vient de faire imprimer chez Pissot, Narcisse ou l'Amant [...] »
Début :
M. Rousseau de Geneve vient de faire imprimer chez Pissot, Narcisse ou l'Amant [...]
Mots clefs :
Narcisse, Public, Pièce, Force, Vertu, Peuples, Écrits, Jean-Jacques Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M. Rousseau de Geneve vient de faire imprimer chez Pissot, Narcisse ou l'Amant [...] »
M. Rousseau de Geneve vient de faire:
imprimer chez Pissot,Narcisse ou l'Amant
de Luimême,Comédie qu'il fit jouer par
les Comédiens François, le 18Décembre'
de l'annéederniere. Il a mis à la tête de
sa piéce une Préface , dans laquelle il rappelle
avec la force, le courage & la véhémence
qu'on lui connoir
,
les principes ÔC
les conséquences de son sistême. Illa finit
ainn.
» Mais quand ce peuple est une fois cor-
» rompu à un certain point, soit que les;
» sciencesyayent contribuéounon, faut-
« il les bannir ou l'en préserver pour le
» rendre meilleur ou l'empêcher de cftve-
» nir pire? C'est une autre question, dans;
» laquelle je me fuis positivement déclaré
» pour la négative. Car, premierement.,
»puisqu'un Peuplevicieux ne revient j.
» maisà la vertu, il ne s'agir pas derendre
»»
bons ceux qui ne le sont plus, mais de
» conserver tels ceux qui ont le bonheur
» de l'être. En second licu, les mêmes eau..
» ses qui ont corrompu les Peuples servent
quelquefois à prévenir une plus grande
»corruption ;c'estainsique celui qui s'est
»> gâté k. tempéramment par un usage in,
» discret de la medecine,eÍl' forcé de re-
»courir encore aux- Médecins pour secon-
»server 1& vie; & c'est ainsique les Arts,
)J'8cles Sciences, aprèsavoir fait éclore
»les viceS', font nécessaires pour lesempê-
» cher de se tourner au ÇJ.ime;,eUes les
» couvrent au moins d'un vernis qui ne
«permet pasau poison de s'exhaler aussi
» librement;elles détruisent la vertu,mais
..fIles en laissent le simulacre' public qui
ss est toujours une belle chose. Elles intro-
» dussent à saplace la politesse & les bien-
» séances
, & la crainte de paroître mé-
» chant: elles substituent celles de paroîm
tre riclieute.
»Mon avisest donc, & je l'ai déja dit
»plus d'une fois, de laisser subsister
,
85
«•même d'entretenir avec soin les Acadé-
» mies, les Collèges
,
les Universités, les
»Bibliothèques,lesSpectacles & tous les
»autres amusemens qui peuventfaire
» quelque diversion àlaméchanceté des
« hommes,& lesempêcher d'occuper leur
» oisiveté à des choses plus dangereuses.
» Car dans une contrée oùil ne seroit plus
»question d'honnêtes gens ni de bonnes-
»moeurs,il vaudroit encore mieux vivre-
".avec des fripons qu'avec des brigands.
»Je demande maintenant où est la conê*
U-adiftion de cultiver moi-même des»
goûts dont j'approuve le progrès? Il ne
»s'agit plus
de
porter les Peuples à bien
» faire, il faut feulement les distraire de
» faire mal; il faut les occuper à des niai-
» series pour les détourner des mauvaises
» actions il faut les amuser au lieu de les
71 prêcher. Si mes écrits ont édifié le petit
» nombre des bons, je leur ai fait tour le-
» bien qui dépendoit de moi, & c'est peur-
Ȑtre les servir utilement encore que d'os-
» frir aux autres des objets de distraction
» qui lesempêchent de songer à eux. Je
»m'estimerois trop heureux d'avoir tous
« les jours une piéce à faire lissier, si je
Ji pouvois contenir pendant deux heures
,à les mauvais desseins d'un seul des Speéb-
» teurs, & sauver l'honneur de la fille ou-
» de la femme de (on ami
à
le secret de fort
» consident, ou la fortune de son créan-
Il cier. Lorsqu'il n'y a plus de moeurs,it'
» ne faut songer qu'à la police; & l'on
« sçait assezque la musique & les specta-
« des en sont un des plus importans objets.
- » S'il reste quelque difficulté à ma jufti-
, fication,j'ose le dire hardiment,ce n'est
» vis-à-vis, ni du public ni de mes adver-
»saires;c'estvis à vis de moi seul : car
9* ce n'est qu'en m'observant moi-même-
»q,ne je puis juger si je dois me complus
dans iepem nombre,& £mttt*
name est en état de soutenir le faix des
» exercices littéraires. J'en ai sentiplus
« d'une fois le danger; plus d'une fois js
»les ai abandonnés dans le dessein de ne
» les plus reprendre,& renonçant à leur
»charme séductur, j'ai sacrifié à la paix
» de mon coeur les seuls plaisirs qui pou-
» voientencore le flatter. Si dans les lan-
» gueurs qui m'accablent
,
si sur la fin d'u-
« ne carriere pénible & douloureuse, j'ai
93
osé les reprendre encore quelques mo-
)J mens pour charmer mes maux, je crois
» au moins n'y avoirmis ni assez d'intérêt
o ni assez de prétentions pour mériter à
*>cet égard les justes reproches que j'ai
» faits aux gens de lettres.
JJ11 me lalloit une épreuve pour ache-
» ver la connoissance de moimême,& jo
>3 l'ai faite sans balancer. Après avoir re-
»connu la situation de mon ame dans les
*i succès littéraires
,
il me restoit à l'exami-
3)nitr dans les revers. Je sçais maintenant
» qu'enpenser,&je puis mettre le public
» au
pire.
Ma piece aeule sortqu'elle mérltol
t& que j'avois prévu; nmis à l'en-
« nui près qu'elle m'acausé je :Srti de
«la representation bien plus emitenr de
,l');'.()i,& à plusjuste titte que si elle eú
» étii-si.
i,*?Je confdllc doaçà. ceux qui fan: Ë.
J)ardcns à chercher des reprocherà me
» faire,deVouloir mieuxétudier mes prin-
J* cipes
, & mieux observer IDa: conduite,
» avant que de m'y taxer de coutradiction
,,& d'inconséquence. S'ils s'apperçoivenc
jamais que je commence àbriguer les
» suffrages du public, ou que je tire va-
» nité d'avoir fait de jolieschansons
, ou
» que je rougisse d'avoir écrit de mauvaise
ses Comédicy, ou que je cherche à nui-
»re à la gloire de mes Concurrens, on
Jt' que j'assecte de mal parler des grands
» hommes de mon siécle
, pour tâcher de
» m'élever à leur ni veau, en les tabaissant
» au mien, ou que j'aspire à des placeS".
» d'Académie,ou que j'aille fairema cour
» aux femmes qui donnent le ton ou que
a j'encense la sottise des Grands, ou que
» ceffane de vouloir vivre dutravail de
» mes mains, je tienne à ignominie le mé-
» tier que je me fuis choisi,& fasse des
» pas vers la fonune; s'ils remarquent en
« un mot que l'amour de la réputation me
» fasse oublier celui de la vertu,je les prie
» de m'erravenir & même publiquement.
» 8c j^l^tiporomets de jetter à l'infianraw
» feu mês écrits- & mes livru, & de conn
venir de toutes les erreurs qu'il leur
» plaira de me reprocher. ; *En attendant, j'écrirai des livre?j#
* ferai des vers &a de la musique> sij'en
: ai le talent, le tems, la force ôe la vôw
a lonté;jecontinuerai de dire rrès- fran-
*chement tout le mal qJJe je pensedes
»Lettres & de ceux qui les cultivent, &
i croirai n'en valoir pas moins pour cela.
» Il est vrai qu'on pourra dire quelque
ojour: cet ennemi si déclaré des Sciences
p & des AnS", fît pourtant & publia des
» Piecesde Théâtre;& ce discours fera
,.
* je l'avoue,une Satyre, non de moi,
D mais de mon siécle,
imprimer chez Pissot,Narcisse ou l'Amant
de Luimême,Comédie qu'il fit jouer par
les Comédiens François, le 18Décembre'
de l'annéederniere. Il a mis à la tête de
sa piéce une Préface , dans laquelle il rappelle
avec la force, le courage & la véhémence
qu'on lui connoir
,
les principes ÔC
les conséquences de son sistême. Illa finit
ainn.
» Mais quand ce peuple est une fois cor-
» rompu à un certain point, soit que les;
» sciencesyayent contribuéounon, faut-
« il les bannir ou l'en préserver pour le
» rendre meilleur ou l'empêcher de cftve-
» nir pire? C'est une autre question, dans;
» laquelle je me fuis positivement déclaré
» pour la négative. Car, premierement.,
»puisqu'un Peuplevicieux ne revient j.
» maisà la vertu, il ne s'agir pas derendre
»»
bons ceux qui ne le sont plus, mais de
» conserver tels ceux qui ont le bonheur
» de l'être. En second licu, les mêmes eau..
» ses qui ont corrompu les Peuples servent
quelquefois à prévenir une plus grande
»corruption ;c'estainsique celui qui s'est
»> gâté k. tempéramment par un usage in,
» discret de la medecine,eÍl' forcé de re-
»courir encore aux- Médecins pour secon-
»server 1& vie; & c'est ainsique les Arts,
)J'8cles Sciences, aprèsavoir fait éclore
»les viceS', font nécessaires pour lesempê-
» cher de se tourner au ÇJ.ime;,eUes les
» couvrent au moins d'un vernis qui ne
«permet pasau poison de s'exhaler aussi
» librement;elles détruisent la vertu,mais
..fIles en laissent le simulacre' public qui
ss est toujours une belle chose. Elles intro-
» dussent à saplace la politesse & les bien-
» séances
, & la crainte de paroître mé-
» chant: elles substituent celles de paroîm
tre riclieute.
»Mon avisest donc, & je l'ai déja dit
»plus d'une fois, de laisser subsister
,
85
«•même d'entretenir avec soin les Acadé-
» mies, les Collèges
,
les Universités, les
»Bibliothèques,lesSpectacles & tous les
»autres amusemens qui peuventfaire
» quelque diversion àlaméchanceté des
« hommes,& lesempêcher d'occuper leur
» oisiveté à des choses plus dangereuses.
» Car dans une contrée oùil ne seroit plus
»question d'honnêtes gens ni de bonnes-
»moeurs,il vaudroit encore mieux vivre-
".avec des fripons qu'avec des brigands.
»Je demande maintenant où est la conê*
U-adiftion de cultiver moi-même des»
goûts dont j'approuve le progrès? Il ne
»s'agit plus
de
porter les Peuples à bien
» faire, il faut feulement les distraire de
» faire mal; il faut les occuper à des niai-
» series pour les détourner des mauvaises
» actions il faut les amuser au lieu de les
71 prêcher. Si mes écrits ont édifié le petit
» nombre des bons, je leur ai fait tour le-
» bien qui dépendoit de moi, & c'est peur-
Ȑtre les servir utilement encore que d'os-
» frir aux autres des objets de distraction
» qui lesempêchent de songer à eux. Je
»m'estimerois trop heureux d'avoir tous
« les jours une piéce à faire lissier, si je
Ji pouvois contenir pendant deux heures
,à les mauvais desseins d'un seul des Speéb-
» teurs, & sauver l'honneur de la fille ou-
» de la femme de (on ami
à
le secret de fort
» consident, ou la fortune de son créan-
Il cier. Lorsqu'il n'y a plus de moeurs,it'
» ne faut songer qu'à la police; & l'on
« sçait assezque la musique & les specta-
« des en sont un des plus importans objets.
- » S'il reste quelque difficulté à ma jufti-
, fication,j'ose le dire hardiment,ce n'est
» vis-à-vis, ni du public ni de mes adver-
»saires;c'estvis à vis de moi seul : car
9* ce n'est qu'en m'observant moi-même-
»q,ne je puis juger si je dois me complus
dans iepem nombre,& £mttt*
name est en état de soutenir le faix des
» exercices littéraires. J'en ai sentiplus
« d'une fois le danger; plus d'une fois js
»les ai abandonnés dans le dessein de ne
» les plus reprendre,& renonçant à leur
»charme séductur, j'ai sacrifié à la paix
» de mon coeur les seuls plaisirs qui pou-
» voientencore le flatter. Si dans les lan-
» gueurs qui m'accablent
,
si sur la fin d'u-
« ne carriere pénible & douloureuse, j'ai
93
osé les reprendre encore quelques mo-
)J mens pour charmer mes maux, je crois
» au moins n'y avoirmis ni assez d'intérêt
o ni assez de prétentions pour mériter à
*>cet égard les justes reproches que j'ai
» faits aux gens de lettres.
JJ11 me lalloit une épreuve pour ache-
» ver la connoissance de moimême,& jo
>3 l'ai faite sans balancer. Après avoir re-
»connu la situation de mon ame dans les
*i succès littéraires
,
il me restoit à l'exami-
3)nitr dans les revers. Je sçais maintenant
» qu'enpenser,&je puis mettre le public
» au
pire.
Ma piece aeule sortqu'elle mérltol
t& que j'avois prévu; nmis à l'en-
« nui près qu'elle m'acausé je :Srti de
«la representation bien plus emitenr de
,l');'.()i,& à plusjuste titte que si elle eú
» étii-si.
i,*?Je confdllc doaçà. ceux qui fan: Ë.
J)ardcns à chercher des reprocherà me
» faire,deVouloir mieuxétudier mes prin-
J* cipes
, & mieux observer IDa: conduite,
» avant que de m'y taxer de coutradiction
,,& d'inconséquence. S'ils s'apperçoivenc
jamais que je commence àbriguer les
» suffrages du public, ou que je tire va-
» nité d'avoir fait de jolieschansons
, ou
» que je rougisse d'avoir écrit de mauvaise
ses Comédicy, ou que je cherche à nui-
»re à la gloire de mes Concurrens, on
Jt' que j'assecte de mal parler des grands
» hommes de mon siécle
, pour tâcher de
» m'élever à leur ni veau, en les tabaissant
» au mien, ou que j'aspire à des placeS".
» d'Académie,ou que j'aille fairema cour
» aux femmes qui donnent le ton ou que
a j'encense la sottise des Grands, ou que
» ceffane de vouloir vivre dutravail de
» mes mains, je tienne à ignominie le mé-
» tier que je me fuis choisi,& fasse des
» pas vers la fonune; s'ils remarquent en
« un mot que l'amour de la réputation me
» fasse oublier celui de la vertu,je les prie
» de m'erravenir & même publiquement.
» 8c j^l^tiporomets de jetter à l'infianraw
» feu mês écrits- & mes livru, & de conn
venir de toutes les erreurs qu'il leur
» plaira de me reprocher. ; *En attendant, j'écrirai des livre?j#
* ferai des vers &a de la musique> sij'en
: ai le talent, le tems, la force ôe la vôw
a lonté;jecontinuerai de dire rrès- fran-
*chement tout le mal qJJe je pensedes
»Lettres & de ceux qui les cultivent, &
i croirai n'en valoir pas moins pour cela.
» Il est vrai qu'on pourra dire quelque
ojour: cet ennemi si déclaré des Sciences
p & des AnS", fît pourtant & publia des
» Piecesde Théâtre;& ce discours fera
,.
* je l'avoue,une Satyre, non de moi,
D mais de mon siécle,
Fermer
Résumé : « M. Rousseau de Geneve vient de faire imprimer chez Pissot, Narcisse ou l'Amant [...] »
Jean-Jacques Rousseau, également connu sous le nom de M. Rousseau de Genève, a publié la comédie 'Narcisse ou l'Amant de lui-même' chez l'imprimeur Pissot. Cette œuvre a été jouée par les Comédiens Français le 18 décembre précédent. Dans la préface, Rousseau aborde la question des sciences et des arts, affirmant qu'ils ne peuvent pas réformer un peuple vicieux mais peuvent aider à préserver la vertu dans une société corrompue. Il les compare à des remèdes nécessaires pour éviter une corruption plus profonde. Rousseau suggère de maintenir les académies, collèges, universités, bibliothèques et spectacles afin de détourner les hommes de leurs méchancetés. Il préfère vivre parmi des fripons plutôt que des brigands. Il justifie ses écrits comme des moyens de distraire les gens de leurs mauvaises intentions plutôt que de les moraliser. Rousseau exprime des doutes sur sa capacité à poursuivre ses activités littéraires en raison des risques et des sacrifices requis pour préserver sa tranquillité d'esprit. Il se déclare prêt à affronter les critiques et à défendre ses principes et sa conduite. Il invite ses lecteurs à signaler toute erreur dans ses œuvres et promet de les corriger. Rousseau affirme qu'il continuera à critiquer les lettres et ceux qui les cultivent. Il anticipe les critiques concernant sa propre production théâtrale malgré son opposition aux sciences et aux arts, reconnaissant que cela pourrait être vu comme une satire de son époque.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3444
p. 161-177
EXTRAIT DE NARCISSE.
Début :
ACTEURS. LISIMON, VALERE, LUCINDE, { Enfans de Lisimon. ANGELIQUE, LEANDRE, { Frere [...]
Mots clefs :
Angélique, Valère, Lucinde, Narcisse, Portrait, Léandre, Frontin, Coeur, Frère, Marton, Femmes, Maître, Honte, Grâces, Femme, Homme, Aimer, Belle, Original, Sentiments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT DE NARCISSE.
EXTRAIT DE NARCISSE.
AcriuRi
1.1SIM'0Nt'
VALERE,<£^IFIMONI»
1t:OCniDE, t nratlS e A.,ll1mOn.,
AANNGG-EELL I1QQ.:UU EE>,. C Frere &ScL-ur,puLE
ANDRE, l pilles ddeeLLiisfiimmoonn",
MÂ}R:TON:', Suivante..
FRONTIN, Valet de Valere.-
LLaaSS'ceenneeeejfdans:Fappartement de Valere;, LE but de l'Autheur aété depeindre
decorriger, s'ilétoit possible "le'
zidicule affreux des petits Maîtres, qui
préférent leur figure & leurs prétendues
graces à celles des plus jolies femmes. Lucinde,
Soeur de Valete,un de ces êtres
méprisables, veut faireensorte de leguérit
de ses travers , en le faisant peindre en
femme. Elle commence la pièce avec Martin
qui est du secret.
Lucinde.
» Je viens de voir mon Frere se promet
ner dans le jardin; hâtons-nous avant
»son retour, de placer son portrait sur sa
» toMillettea. rton.
» Le voiBt-Mademoiselle
,
changé dans
r« ses ajustemens de manière à le rendre I
'u méconnoissable,quoiqu'il soit le plny
» joli homme du monde,il brille ici est
J) femme encore avec de nouvelles graces
Lucinde.
» Valere est par sa délicatesse & l'affectation
de sa parure,une espéce de fem-
» me cachée fous les habits d'homme,&
» ce portrait ainsi travesti
,
semble moins
» le déguiser, que le rendre à son état nais
turel.
Jlîarton.
» Eh bien, où est le mal?Puisque les
» femmes cherchent aujourd'hui à le rapiu
procher des hommes,n'est-il pasconp.
venable que ceux ci fassent la moitiédu
chemin, & qu'ils tachent de gagner en
agrémens autant qu'elles en solidité ?
Graces à la mode, tout s'en mettra plus
aisément de niveau.
Lucinde.
Je ne puis me faire à des modes aussi
ridiculespeut-être notre sexe aura-t-il
> le bonheur de n'en plairepasmoins,
» quoi qu'i l dev ienne plus estimable;mais
» pour les hommes je plains leur aveugle-
» ment : que prétend cette jeunesse étour-
»die en usurpant tous nos droits: Espe-
» rent. ils de mieux plaire aux femmes er
03 s'efforçant de leur rellembler.
Maxtor?.
» Pour celui-là ils auroient tort, 6c les
» femmes se haïssent trop mutuellement
» pour aimer ce qui leur ressemble; mais
» revenons au portrait, ne craignez-vous
si point que cette petite raillerie ne fâche
»M. le Chevalier?
Lucinde.
» Non
,
Marron,mon frere est naturel-
» lement bon
,
il est même raisonnable
,
à
» son défaut près; il sentira qu'en lui fai-
» sant par ce portrait un reproche muet &
» badin, je n'ai songé qu'à le guérir d'un
si travers qui choque jusqu'a cette rendre
Angélique,cette aimable pupille de
30 mon Pere que Valere épouse aujourd'hui
»c'est lui rendre servicequede torigt t les défautsde son Amant, & tu (JSi
» combienj'ai besoin des soins de cette
« chere amie pour me délivrer de Léandre
» son ecre que mon pere veut aussi me I
» faire époMngaertro.n.,.|
si Si bien que ce jeune inconnu, ét ]
» Cléonte
, que vous vîtes l'Eté dernier à
» Poissy
, vous rient toujours au coeur ?
Lucinde.
» Je ne m'en défends point, je compte,
» même sur la parole qu'ilm'a donnée de
»> reparoître bientôt& sur la promesse que
»m'a faite Angélique d'engager son frerés r
oa renoncer à moi. !
Marton !
» Bon renoncer! songez que Vos yeux
»auront plus de force pour ferrercet en-
»gagement, qu'Angélique n'en fçautfoit!
J) avoir pour le rLomprue. cinde.j
»Sans disputér sur tes flatteries, je rtf
Ji) diraiquecommeLéandre ne m'a jamaijM
» vue, il seroit aisé à sa soeur de le prtvcJ
Jt nir, & de lui faire entendre que ne pou-
» Vant être heureux avec une femme dont
»le coeur est engagé ailleurs, il ne fçait-
>> roit mieuxfaire que de s'en dégager
*» pat un refushonnêt.
r' Marton. ,
» Un refus honnête ! ah Madame refu-
»
fer unefemme faite comme vous avec
quarante mille écus,c'est une honnêteté
> dont jamais Léandre ne (era capable.
àpart. Si elle sçavoit que Léandre 8c
»
Cléonte ne sont que la même personne ,
»un telrefus changeroit bientôtd'épia
thete.
Lucinde.
» Ah ! Marton
,
j'entends du bruit, cai)
chons vite ce porrrait, c'est mon frere
Il qui revient, & en nous amusant à jaser ,
Il nous nous sommesôté le loisir d'exe'cLi.
IJ ter notre projet.
Marton.
» Non,c'est Angélique.
Angélique est auflj du secret; mais com
me elle aime tendrement Valere
,
elle appréhende
de l'indisposer contre elle, s'il
sçait qu'elle a contribué à l'exposer à la
raillerie ;elle conjure donc Lucinde de
changer de résolution ; Lucinde dit qu'elle
ne veut pas perdre les frais de son
industrie ,& s'offre à courir feule les risquesdusucces
, en proposant à Angélique
de n'être que témoin & non complice
On entend la voix de Valere ; & Lucinde
met le portrait sur sa toilette; Valere
arriy« avec Frontin,Sc annonce toa
caractère par des propos pleins de faculté
& d'imprtinence; appercevant le porj
trait,ilse récrie sur la beauté de sa proi
pre figure sans la reconnoître,&
deman
de à Frontin où il a pris ce portrait: Frojv*
tin lui dit qu'il ne sçait ce que c'est -, Vaj
lere n'a garde de le croire. Les petits maî.,
-
tres n'ont la tête remplie que de bonnel
fortunes. Il se félicite en considérant let
portrait
,
d'avoir fait une auHi brillante
conquêtecontinuant sur le même ton
g
il demande à Frontin le nom dela belle <
(
Frontin quiareconnu son Maître luisais
son propre portrait en disant, que c'c
une personne bien minaudiere
,
bien coquette
, en un mot un petit maître femelles
qu'il a été à son service,qu'il en ajeçu
beaucoup de Couflf-,ts.; que malgré cela il
est toujours son trèshumble serviteur
„ mais que cette fille ne se nomme point
Valere prend les discours de Frontin pouss
du Galimathias
,
& se fait habiller afin de
découvrir l'original du portraitpourlequel
il se sent épris d'une passion violenter il ne
peut cependant s'empêcher de songer à
,
Angélique qu'ilaimoit & qu'il doit epoufer
dans le jour; mais l'idée d'Angélique ne
pouvant l'arrêter, un contre-tems fâcheu»
l'arrivée de ioii pere le forçe derester. Li:
timon PtilbÚlu. violent: c'elf lui Util
arrêté le mariage. Valere a beau demander
un délai. Lifimon le quitte en lui disant
qu'il veut être obéi. Valere outré de l'inflexibilité
de son Pere
,
sort l'instant d'après
pour tâcher de trouver l'objet qui lui
a paru si beau. Angéliquearrive avec
Marron. Cette derniere s'égaïeaux dépens
de Valere qui est devenu tout-à-coup
amoureux de sa figure, Angélique quiaime
, ne sçauroit rire des plaisanteriesqu'on
fait sur son Amant. Marton croyant mieux
trouver son compte avec Lucinde qui furvient
veut lui faire le recit des ridicules
de Valere; mais Lucinde a bien d'autres
choses en tête; elle a rencontré son Pere
qui lui a ordonné de se disposer à donner
la main à Léandre. Elle ignore toujours
que ce Léandre est le même que Cléonte
& Angélique , ne ladesabusepoint. Lucinde
rentre chez Lisimon pour le supplier de
ne point contraindre son inclination. Angélique
dit ensuiteàMarton que si elle
se plaît à joiiir pendant quelques instans
del'inquiétudede Lucinde,c'est pour lui
en rendre l'événement plus doux ; quelle
autre vengeance,ajoûte t-elle, pourroic
être autorisée par l'amitié ? Marron quitte
Angélique pour rejoindre Lucinde. Angélique
appercevant Valere qui regarde
amoureusement le portrait en question
»
commence à craindre deperdre son coeur:surtout
quand Valere continuant deconsidérer le portrait,
dit d'un ton animé: »' Que de graces !
Quête
1) traits! Que cela est enchanté!Que cela est divin !
» ah,qu'Angélique ne le flate pas de soutenir la
P» comparaison avec tant de charmes!
Angélique ,faifijjc.nt le portrait.
» Je n'ai garde assurément,mais qu'ilmesoit
»» permis de partager votre admiration, la con-
;.) noissance des charmes de cette heureuse rivalç
»adoucira du moins la honte de ma défaite.
Valere,
:»O.Ciel!
Angtlique.
Qu'avez-vous donc? vous paroissez tout in.
»terdit: je n'aurais jamais cru qu'un petit-maître ,
o., fdrjj aisé à déconteVnancer.alere.
30 Ah! cruelle
, vous connoissez toutl'amendant
.',que vous avez sur moi, &c vous m'outragez sans
»que je puisse répondre.
Angélique.
:nC'eÍ1- fort mal fait, en vérité, & réguliere-
P-à ment,vous devriez me dire des injures.Allez,
M Chevalier, j'ai pitié de votre embarras, voilà
ïavctre portrait, & je fuis d'autant moins fâchée
JO.que vous en aimiez l'original,que vos sentimens
1, sont sur ce point tout-à-fait d'accord avec les
»miens.
Plilere.
M Quoi, vous connoissez la personne !
Angélique.
»Non feulement je la connais, mais je puis
3.1 vous dire qu'elle est ce que j'ai de plus cher au
» monde.
Valere.
Valere.
»Vraiment voici dunouveau, & le langage
"«yçft un peu singulierdans la bouche d'une rivale.
Ar.^é'icjne.
» Je ne sçais, mais il est sincére. à pw. S'il se
4b pique ,je triomphe.
l'aJerc,
» Elle a donc bien du mérite?
-
Ar^eltfae.
r> Il ne tient qu'à elle d'en avoir infiniment.
Viilcye,
» Point de défauts,sans doute »
An^êlique.
»' Oh beaucoup! c'est une petite personne bisar-
«te, capricieuse éventée ,étourdie, volage
,
&
J, surtout d'une vanité insuportable; mais quoi elle
*3 en aimable avec tout cela, & je vous prédis d'a-
» vance que vous l'aimerez jusqu'au tombeau.
Valere.
» Vous y consentez donc?
Angélique.
»Oui:
Valere.
io Cela ne vous fâchera point
.Angéltque.
93 Non: Valere, à part.
s' Son indifference me desespére: haut. Oserai-
«jeme flatter qu'en ma faveur, vous voudrez
» bien resserrer encore votre union avec elle.
Angélique.
» C'est tout ce que je demande.
Valcre outré.
» Vous dites tout cela avec une tranquillité
r> qui ms charme.
Angélique.
»Comment donc! vous vous plaigniez tout à-
»> l'heure de mon enjouement, & à present vous
» vous fâchez de mon fang froid, je ne (pis plus
» quel ton prendre avec vous.
Valere
,
b.¡J.
»Jecréve de dépit; haut: Mademoiselle m'ac- »corderat-eilela faveur de me faire faireco-
» noissance avec elle.
Angélique.
» Voilà par exemple un genre de service que je
s, fuis sûre que vous n'attendez pas de moi ; mais
); je veux passer votre espérance
,
&je vous le'prQ
a:> wiets encore.
Valcre,
» Ce fera bientôt,aumoins.
Angélique,
Je
Peut-être dès aujourd'hui.
Valere.
a3 Je n'y puis plus tecir. Ilveut s'enaller.
Angélique à part.
» Je commence à bien augurer de tout cd, il
a) atrop de dépit pour n'avoir plus d'amour:haut.
'Û.!\ allez-vous, Valere?
Valere.
» Je vois que ma presence vous gêne ,,,.je vais
is vous céder la place.
Angélique.
» Ah point, je vais me retirer moi-même. Il
».q'dl pas iuec queje vous chasse de chez vous.
Valere*
v JÎ Allez,allez, souvenez-vous,que qui li'aimfc
»rien ne mérite pas d'être aimé. Angélique.
2) II vaut encore mieux n'aimer rien que d'être
It amoureux de foi même. pf, re ,
seul.
»Amoureux de sou-même:est-ce ancrime de
»sentir un peu ce qu'on vaut ? J«^Vuis cependant
» bien piqué; est il possible qu'on perde un amant
»comme moi sans douleur? On diroit qu'elle me
*3 regarde comme un homme ordinaire: hélas je
>5 l'nt: déguise envain le troublé de mon coeur, &
*> je crains de l'aimer encore après son inconstance;
mais non tour mon coeur n'est qu'à ce
n charmant objet ! courons tenter de nouvelles re- »Cherches
,
& joignons au soin de faire mon bon
heur celui d'exciter la jalousie d'Angélique,
» mais voiciFrontin.
Illui demande envain des nouveïs de la belle
inconnue. Fronrin est ivre, ne fait que b¿g":¡T
& au lieu d'instruire son Maître, il excite sa colere.
Lucinde survient aprèsledépart de Valere
dont elle estinquiéte; elie abeau interrogerFro,ntin
,il n'est pas en état de lui répondre; cependant
il apprend à Lucinde que son Maître est amoureux
de sa ressemblance. Lucinde craignant l'indiscrétion
de Frontin, lui donne encore de quoi
boire, malgrél'état on il est pour l'engager à se
taire. L'inquiétude que ressent Lucinde- de l'égarement
de son frere, ne l'empêche pas de songer à
ses propres affaires;elle soupire pourCléont;&
veutabsolument qu'Angélique la débarrasse de la
recherche de Léandre, Angélique plaisante avec elle en attendant le retour de celui qui doit la détromper.
Il arrive 5c Lucinde lui marque son contencement
de l'épreuve qu'il lui a fait efluyer^
Léandre remercie sa soeur d'avoir longé à son bonheur
; & dans le rems qu'il lui baise la mais V..
iere paroît
,
& dit à Angélique
Que ma présence ne vous gêne point; COnls:
menr,Mademoiselle, je ne connoiiîois pas ton-
"tes vos conquêtes, ni l'heureux objet de votre
»>préférer.ce,6c j'aurai soin de me souvenir par
»•> i.urv.ne,qu'après avoir (ollF'ré le plus confié
t/ur.nient Valere a été le plus maltraité.
And:!It
« Ce feroit mieux fait que vous ne pensèz, Se
»»vousauuezeneffet besoinde quelques levons
demodeitie.
Valcyt.
« Quoi, vous orc2 joindre la raillerie à l'outrage
,
& vous avez le front de vous applaudir, quand
a vous devriez mourir de honte!
Angclicjne.
« Ah
vous vous fâchez, je vous laisse
,
mepaslesinjures. la je n'ai- t*Valcrt, ge
si Non,
vous demeurerez, il faut que je jouisse
; de toute votre honte.
Angélique.
1.h bien, joulflez.
Vtilire.
3 Car j'espere que vous n'aurez pas la hardiesse
« de tenter votre Juftincacion,
Angélique.
N'ayez pas peur.
Valert.
»• Eh que oui ; ne vous flacez pas que je conserve
» encore les moindres sentimens envoue faveur.
An!l,éliqu!.
}>
Mon opinion là-dessus ne changera rien à la
»chose.
VaW.
» Je vous déclare que je ne veux plus avoifpouf
t;rous que de la haine.
Angélique.
C'est fort bien fait.
VzIcïstirant!cpir.'r.nt.
- Er voici déformais l'uniqueob]^: J;motl
amour.
sîngèliqiic,
h Vous avez r.itfon,& moi je vous déclare que j'âipeut Menfisur, n;:mtl'ant jon freye, un atta-
»îchement quin'est de guère inférieurau 1. t»pourl'originaldeesportrait.
Palert.
» L'ingrate ! il ne me reste plus qu'à mourir.
y}t.gèUefut%
*>Valere^écoutez
:
j'ai pitié de l'état 0\\j vous
t) vois, vous devez convenir que vous êtes le plus
injufie des hommes de vous compoiter ainsi sur
j une apparence d'infidéliré dont vous m'avez »vouf-même donné l'exemple, mais ma bonté
."eu[ bien encore aujourd'hui pailer par-dellus
vos travers.
Va1ere.
«Vous verrez qu'on me fera la grâce de me
» pAardonnner.gélique., » En vérité, vous ne le méritezguère,je vais
:1, cependant vous apprendre à que! prix je puis
» m'y résoudre; vous m'avez ci devant témoigné
des sentimens que j'ai payés d'un retour trop
tendre pour un ingrat. Malgré cela vous m'a-
.v vez indignement outragée par un amour Ci[txa-
»vagant conçu sur un simpleportrait.avectoUt
»la legereté, & l'ose dire toute l'étourderie de
votren âge & de votre caractère; il n'est pas
»'tems d'examiner si j'ai dû vous imiter, & ce
n'tft pas à vous qui êtes coupable qu'il convient'
dioit deblâmer ma conduite.
ralere.
Ce n'est pas à moi! GrandDieu niais voyons
»»où tendent ces beaux discours.
Angélique.
« Le voici Je vous ai dit que je connossois
»>l'objet de votre nouvel amour,&cela tft vrai :
» j'ai ajouté que jel'aimois ten^renient, &ce-'d
« n'e st encoie que trop vrai; en vous avouant son
»> nu r!re ,
je ne vous ai point déguisé ses défauts)
»> j'aifaitplus, jevousaipromisdelefairecon-
» ¡,;oÍue, & je vous eng.ge ma parole de vous le
•3 faire connoîcre dès aujourd'hui, des cette heure-
»même;car je vous avertis qu'il est plus prèsde
vous que vous ne pensez.
Valere.
.) Qu'entens je? quoi là ?
singé!ijue.
, 33 Ne m'interrompez point,je vous prie; enfin
*> lavéritémeforce à vous répéter que cette pel.
:t;> sonne vous aime avec ardeur,& je puis vous ré.
*> pondre de son attachement comme du mien
»3 propre: c'efi à vous maintenant de choisir en-
:J,rre elle & moi celle à qui vous destinez votre
« tenditffe;choiifilez,Chevalier, maisclioififfcz
« 4s cet instant & faq> retour.
Maton.
aj Le voilà ma foi bien embairafle, l'alternaIJ'riv-
e est plaifjnte : croyez-moi, M;siar. cboi-
» filTez le portrait, c'est le moyen d'être à l'abri-
« deslivaux.
Lucinie.
Ah,Valere,faut.il balancer siiong-tems peut
» suivre les impressions du coeur?
Valere aux pieds d'Angélique jettant le
portraIt.
t:I C'en est fait,vous avez vaincu, belle An-
»'gélique,Se je sens combien les sentimens qui
naissentdu caprice font inférieursà ceux que
»*ous inspirer. Marton ramasse le périrait
,
mais
hélas quand tout mon coeur revient à vous
puis-je me flater qu'il me ramènera le votre ?
Angélique.
** Vous pourrez juger de ma reconnoissance par
t, le sacrifice que vous venez de me faire,levez-
»Îvo-us Valere & cordidérez bien ces traits.
Lèandre regardant aujjt.
Attendez donc,rnais je cro's reconnoître cet- objet là
; c'est oui ma foi,c'etflui.
Qui lui
Valere.
,
» Quilui? ditesdoncelle,c'ec'nes:t une femnmie àà
»' qui je renonce, commeàtoutes les femmes de
» l'Univers,sur qui Angélique l'emportera ten-
1) jours.
Angélique.
Qui, Valere ,ç'étoit une femme jusqu'ici,mais
»j'espére que déformais ce fera un homme fu-
S3 périeuràces petites foiblesses qui dégradoient
»son sexe & son caractère.
Valere,
» Dans quelle étrange surptisé vous me jettez Angélique.nie Ietteir
Vousdévriez' d'autant moins méconnoître:
»cet objet que vous avez en avec lui le corn-
»merce le plus intime, & qu'assurémenton ne
*> vous accusera pas de l'avoir négligé.
Valere.
M Ah ! que vois-je ?
»Lachose n'est-ellepas claire, vous voyez le
t) portrait & voilà l'original.
Valere,
» O Ciel, & je ne meurs pas de honte !
:Al.dlOn.
SI Eh
,
Monsieur, vous êtes peut-être le (eul de
»votre ordre,qui la connoinez.
Angélique,
» Ingrat! avois-je toit de dire que je Connoifïbi$
»» l'original de ce portrait ?
Valere.
» Et moi je ne veux plus l'aimer, que parce
JOqü'll vous adore.
4 - 1 :nr6r:"Jn-::,
M Vous voulez bien que pour affermirnotreré-
M conciliation, je vous presenteLéandre tuon
sa frere.
Lèjndrc.
i,, Souffrez, Monsieur.
Valere.
M Dieux! quel comblede félicité! quoimême
»> quand j'étais ingrat, Angélique n'étoit pas infi-
93 delle ? Lucinde.
M Que je prens de part à votre bonheur! & que
» le mien en est augmenté!
~L'simonarrivant
» Ah vous voici tous rassemblés fort à propos.
S] Valere & Lucinde ayant tous demrretire à leurs
- mariages
,
~j'avois d'abord résolude les y con-
»traindre, mais j'ai réfléchi qu'il faut quelquefois
- être bon pere , & que la violence ne fait pas
10 toujours des mariages heureux: j'ai donc pris le
:II:! parti de rompredès aujourd'hui tout ce qui avoir
30 èté arrêté,& voici les nouveaux arrangemens
quej'y substitue. Angélique m'épousera,LulO
cinde ira dans un Couvent : VJkre fera deshé-
71 rité,& quant à vous Léandre
, vous prendrez pa-
*»tiexice
,
s'il vous plait. -
Les enfans & les pupilles de Lisimon sont d'abord
interdits, mais ensuite, revenus à eux-mêmes
ils lui disent qu'ils sont prêts de conclure les ma~
riages qu'il avoit arrêtés. Lisimon croyant qae.
leur obeissancene provient que dela crainte des
violences dont il les a menacez,s'écrie,>5ceq
*> c'est qu'un coup d'autorité frappé à propos.
VaUre termine la piece en disant à Anc.élilu,
»Venez, belle Angélique,vous m'avez guéri
« d'un ridicule qui faisoit la honte de ma jeunesse,
»&jevaisdesormais éprouver près de vousque
» quand on a bien, on ne songe plus à soi-
» même.
AcriuRi
1.1SIM'0Nt'
VALERE,<£^IFIMONI»
1t:OCniDE, t nratlS e A.,ll1mOn.,
AANNGG-EELL I1QQ.:UU EE>,. C Frere &ScL-ur,puLE
ANDRE, l pilles ddeeLLiisfiimmoonn",
MÂ}R:TON:', Suivante..
FRONTIN, Valet de Valere.-
LLaaSS'ceenneeeejfdans:Fappartement de Valere;, LE but de l'Autheur aété depeindre
decorriger, s'ilétoit possible "le'
zidicule affreux des petits Maîtres, qui
préférent leur figure & leurs prétendues
graces à celles des plus jolies femmes. Lucinde,
Soeur de Valete,un de ces êtres
méprisables, veut faireensorte de leguérit
de ses travers , en le faisant peindre en
femme. Elle commence la pièce avec Martin
qui est du secret.
Lucinde.
» Je viens de voir mon Frere se promet
ner dans le jardin; hâtons-nous avant
»son retour, de placer son portrait sur sa
» toMillettea. rton.
» Le voiBt-Mademoiselle
,
changé dans
r« ses ajustemens de manière à le rendre I
'u méconnoissable,quoiqu'il soit le plny
» joli homme du monde,il brille ici est
J) femme encore avec de nouvelles graces
Lucinde.
» Valere est par sa délicatesse & l'affectation
de sa parure,une espéce de fem-
» me cachée fous les habits d'homme,&
» ce portrait ainsi travesti
,
semble moins
» le déguiser, que le rendre à son état nais
turel.
Jlîarton.
» Eh bien, où est le mal?Puisque les
» femmes cherchent aujourd'hui à le rapiu
procher des hommes,n'est-il pasconp.
venable que ceux ci fassent la moitiédu
chemin, & qu'ils tachent de gagner en
agrémens autant qu'elles en solidité ?
Graces à la mode, tout s'en mettra plus
aisément de niveau.
Lucinde.
Je ne puis me faire à des modes aussi
ridiculespeut-être notre sexe aura-t-il
> le bonheur de n'en plairepasmoins,
» quoi qu'i l dev ienne plus estimable;mais
» pour les hommes je plains leur aveugle-
» ment : que prétend cette jeunesse étour-
»die en usurpant tous nos droits: Espe-
» rent. ils de mieux plaire aux femmes er
03 s'efforçant de leur rellembler.
Maxtor?.
» Pour celui-là ils auroient tort, 6c les
» femmes se haïssent trop mutuellement
» pour aimer ce qui leur ressemble; mais
» revenons au portrait, ne craignez-vous
si point que cette petite raillerie ne fâche
»M. le Chevalier?
Lucinde.
» Non
,
Marron,mon frere est naturel-
» lement bon
,
il est même raisonnable
,
à
» son défaut près; il sentira qu'en lui fai-
» sant par ce portrait un reproche muet &
» badin, je n'ai songé qu'à le guérir d'un
si travers qui choque jusqu'a cette rendre
Angélique,cette aimable pupille de
30 mon Pere que Valere épouse aujourd'hui
»c'est lui rendre servicequede torigt t les défautsde son Amant, & tu (JSi
» combienj'ai besoin des soins de cette
« chere amie pour me délivrer de Léandre
» son ecre que mon pere veut aussi me I
» faire époMngaertro.n.,.|
si Si bien que ce jeune inconnu, ét ]
» Cléonte
, que vous vîtes l'Eté dernier à
» Poissy
, vous rient toujours au coeur ?
Lucinde.
» Je ne m'en défends point, je compte,
» même sur la parole qu'ilm'a donnée de
»> reparoître bientôt& sur la promesse que
»m'a faite Angélique d'engager son frerés r
oa renoncer à moi. !
Marton !
» Bon renoncer! songez que Vos yeux
»auront plus de force pour ferrercet en-
»gagement, qu'Angélique n'en fçautfoit!
J) avoir pour le rLomprue. cinde.j
»Sans disputér sur tes flatteries, je rtf
Ji) diraiquecommeLéandre ne m'a jamaijM
» vue, il seroit aisé à sa soeur de le prtvcJ
Jt nir, & de lui faire entendre que ne pou-
» Vant être heureux avec une femme dont
»le coeur est engagé ailleurs, il ne fçait-
>> roit mieuxfaire que de s'en dégager
*» pat un refushonnêt.
r' Marton. ,
» Un refus honnête ! ah Madame refu-
»
fer unefemme faite comme vous avec
quarante mille écus,c'est une honnêteté
> dont jamais Léandre ne (era capable.
àpart. Si elle sçavoit que Léandre 8c
»
Cléonte ne sont que la même personne ,
»un telrefus changeroit bientôtd'épia
thete.
Lucinde.
» Ah ! Marton
,
j'entends du bruit, cai)
chons vite ce porrrait, c'est mon frere
Il qui revient, & en nous amusant à jaser ,
Il nous nous sommesôté le loisir d'exe'cLi.
IJ ter notre projet.
Marton.
» Non,c'est Angélique.
Angélique est auflj du secret; mais com
me elle aime tendrement Valere
,
elle appréhende
de l'indisposer contre elle, s'il
sçait qu'elle a contribué à l'exposer à la
raillerie ;elle conjure donc Lucinde de
changer de résolution ; Lucinde dit qu'elle
ne veut pas perdre les frais de son
industrie ,& s'offre à courir feule les risquesdusucces
, en proposant à Angélique
de n'être que témoin & non complice
On entend la voix de Valere ; & Lucinde
met le portrait sur sa toilette; Valere
arriy« avec Frontin,Sc annonce toa
caractère par des propos pleins de faculté
& d'imprtinence; appercevant le porj
trait,ilse récrie sur la beauté de sa proi
pre figure sans la reconnoître,&
deman
de à Frontin où il a pris ce portrait: Frojv*
tin lui dit qu'il ne sçait ce que c'est -, Vaj
lere n'a garde de le croire. Les petits maî.,
-
tres n'ont la tête remplie que de bonnel
fortunes. Il se félicite en considérant let
portrait
,
d'avoir fait une auHi brillante
conquêtecontinuant sur le même ton
g
il demande à Frontin le nom dela belle <
(
Frontin quiareconnu son Maître luisais
son propre portrait en disant, que c'c
une personne bien minaudiere
,
bien coquette
, en un mot un petit maître femelles
qu'il a été à son service,qu'il en ajeçu
beaucoup de Couflf-,ts.; que malgré cela il
est toujours son trèshumble serviteur
„ mais que cette fille ne se nomme point
Valere prend les discours de Frontin pouss
du Galimathias
,
& se fait habiller afin de
découvrir l'original du portraitpourlequel
il se sent épris d'une passion violenter il ne
peut cependant s'empêcher de songer à
,
Angélique qu'ilaimoit & qu'il doit epoufer
dans le jour; mais l'idée d'Angélique ne
pouvant l'arrêter, un contre-tems fâcheu»
l'arrivée de ioii pere le forçe derester. Li:
timon PtilbÚlu. violent: c'elf lui Util
arrêté le mariage. Valere a beau demander
un délai. Lifimon le quitte en lui disant
qu'il veut être obéi. Valere outré de l'inflexibilité
de son Pere
,
sort l'instant d'après
pour tâcher de trouver l'objet qui lui
a paru si beau. Angéliquearrive avec
Marron. Cette derniere s'égaïeaux dépens
de Valere qui est devenu tout-à-coup
amoureux de sa figure, Angélique quiaime
, ne sçauroit rire des plaisanteriesqu'on
fait sur son Amant. Marton croyant mieux
trouver son compte avec Lucinde qui furvient
veut lui faire le recit des ridicules
de Valere; mais Lucinde a bien d'autres
choses en tête; elle a rencontré son Pere
qui lui a ordonné de se disposer à donner
la main à Léandre. Elle ignore toujours
que ce Léandre est le même que Cléonte
& Angélique , ne ladesabusepoint. Lucinde
rentre chez Lisimon pour le supplier de
ne point contraindre son inclination. Angélique
dit ensuiteàMarton que si elle
se plaît à joiiir pendant quelques instans
del'inquiétudede Lucinde,c'est pour lui
en rendre l'événement plus doux ; quelle
autre vengeance,ajoûte t-elle, pourroic
être autorisée par l'amitié ? Marron quitte
Angélique pour rejoindre Lucinde. Angélique
appercevant Valere qui regarde
amoureusement le portrait en question
»
commence à craindre deperdre son coeur:surtout
quand Valere continuant deconsidérer le portrait,
dit d'un ton animé: »' Que de graces !
Quête
1) traits! Que cela est enchanté!Que cela est divin !
» ah,qu'Angélique ne le flate pas de soutenir la
P» comparaison avec tant de charmes!
Angélique ,faifijjc.nt le portrait.
» Je n'ai garde assurément,mais qu'ilmesoit
»» permis de partager votre admiration, la con-
;.) noissance des charmes de cette heureuse rivalç
»adoucira du moins la honte de ma défaite.
Valere,
:»O.Ciel!
Angtlique.
Qu'avez-vous donc? vous paroissez tout in.
»terdit: je n'aurais jamais cru qu'un petit-maître ,
o., fdrjj aisé à déconteVnancer.alere.
30 Ah! cruelle
, vous connoissez toutl'amendant
.',que vous avez sur moi, &c vous m'outragez sans
»que je puisse répondre.
Angélique.
:nC'eÍ1- fort mal fait, en vérité, & réguliere-
P-à ment,vous devriez me dire des injures.Allez,
M Chevalier, j'ai pitié de votre embarras, voilà
ïavctre portrait, & je fuis d'autant moins fâchée
JO.que vous en aimiez l'original,que vos sentimens
1, sont sur ce point tout-à-fait d'accord avec les
»miens.
Plilere.
M Quoi, vous connoissez la personne !
Angélique.
»Non feulement je la connais, mais je puis
3.1 vous dire qu'elle est ce que j'ai de plus cher au
» monde.
Valere.
Valere.
»Vraiment voici dunouveau, & le langage
"«yçft un peu singulierdans la bouche d'une rivale.
Ar.^é'icjne.
» Je ne sçais, mais il est sincére. à pw. S'il se
4b pique ,je triomphe.
l'aJerc,
» Elle a donc bien du mérite?
-
Ar^eltfae.
r> Il ne tient qu'à elle d'en avoir infiniment.
Viilcye,
» Point de défauts,sans doute »
An^êlique.
»' Oh beaucoup! c'est une petite personne bisar-
«te, capricieuse éventée ,étourdie, volage
,
&
J, surtout d'une vanité insuportable; mais quoi elle
*3 en aimable avec tout cela, & je vous prédis d'a-
» vance que vous l'aimerez jusqu'au tombeau.
Valere.
» Vous y consentez donc?
Angélique.
»Oui:
Valere.
io Cela ne vous fâchera point
.Angéltque.
93 Non: Valere, à part.
s' Son indifference me desespére: haut. Oserai-
«jeme flatter qu'en ma faveur, vous voudrez
» bien resserrer encore votre union avec elle.
Angélique.
» C'est tout ce que je demande.
Valcre outré.
» Vous dites tout cela avec une tranquillité
r> qui ms charme.
Angélique.
»Comment donc! vous vous plaigniez tout à-
»> l'heure de mon enjouement, & à present vous
» vous fâchez de mon fang froid, je ne (pis plus
» quel ton prendre avec vous.
Valere
,
b.¡J.
»Jecréve de dépit; haut: Mademoiselle m'ac- »corderat-eilela faveur de me faire faireco-
» noissance avec elle.
Angélique.
» Voilà par exemple un genre de service que je
s, fuis sûre que vous n'attendez pas de moi ; mais
); je veux passer votre espérance
,
&je vous le'prQ
a:> wiets encore.
Valcre,
» Ce fera bientôt,aumoins.
Angélique,
Je
Peut-être dès aujourd'hui.
Valere.
a3 Je n'y puis plus tecir. Ilveut s'enaller.
Angélique à part.
» Je commence à bien augurer de tout cd, il
a) atrop de dépit pour n'avoir plus d'amour:haut.
'Û.!\ allez-vous, Valere?
Valere.
» Je vois que ma presence vous gêne ,,,.je vais
is vous céder la place.
Angélique.
» Ah point, je vais me retirer moi-même. Il
».q'dl pas iuec queje vous chasse de chez vous.
Valere*
v JÎ Allez,allez, souvenez-vous,que qui li'aimfc
»rien ne mérite pas d'être aimé. Angélique.
2) II vaut encore mieux n'aimer rien que d'être
It amoureux de foi même. pf, re ,
seul.
»Amoureux de sou-même:est-ce ancrime de
»sentir un peu ce qu'on vaut ? J«^Vuis cependant
» bien piqué; est il possible qu'on perde un amant
»comme moi sans douleur? On diroit qu'elle me
*3 regarde comme un homme ordinaire: hélas je
>5 l'nt: déguise envain le troublé de mon coeur, &
*> je crains de l'aimer encore après son inconstance;
mais non tour mon coeur n'est qu'à ce
n charmant objet ! courons tenter de nouvelles re- »Cherches
,
& joignons au soin de faire mon bon
heur celui d'exciter la jalousie d'Angélique,
» mais voiciFrontin.
Illui demande envain des nouveïs de la belle
inconnue. Fronrin est ivre, ne fait que b¿g":¡T
& au lieu d'instruire son Maître, il excite sa colere.
Lucinde survient aprèsledépart de Valere
dont elle estinquiéte; elie abeau interrogerFro,ntin
,il n'est pas en état de lui répondre; cependant
il apprend à Lucinde que son Maître est amoureux
de sa ressemblance. Lucinde craignant l'indiscrétion
de Frontin, lui donne encore de quoi
boire, malgrél'état on il est pour l'engager à se
taire. L'inquiétude que ressent Lucinde- de l'égarement
de son frere, ne l'empêche pas de songer à
ses propres affaires;elle soupire pourCléont;&
veutabsolument qu'Angélique la débarrasse de la
recherche de Léandre, Angélique plaisante avec elle en attendant le retour de celui qui doit la détromper.
Il arrive 5c Lucinde lui marque son contencement
de l'épreuve qu'il lui a fait efluyer^
Léandre remercie sa soeur d'avoir longé à son bonheur
; & dans le rems qu'il lui baise la mais V..
iere paroît
,
& dit à Angélique
Que ma présence ne vous gêne point; COnls:
menr,Mademoiselle, je ne connoiiîois pas ton-
"tes vos conquêtes, ni l'heureux objet de votre
»>préférer.ce,6c j'aurai soin de me souvenir par
»•> i.urv.ne,qu'après avoir (ollF'ré le plus confié
t/ur.nient Valere a été le plus maltraité.
And:!It
« Ce feroit mieux fait que vous ne pensèz, Se
»»vousauuezeneffet besoinde quelques levons
demodeitie.
Valcyt.
« Quoi, vous orc2 joindre la raillerie à l'outrage
,
& vous avez le front de vous applaudir, quand
a vous devriez mourir de honte!
Angclicjne.
« Ah
vous vous fâchez, je vous laisse
,
mepaslesinjures. la je n'ai- t*Valcrt, ge
si Non,
vous demeurerez, il faut que je jouisse
; de toute votre honte.
Angélique.
1.h bien, joulflez.
Vtilire.
3 Car j'espere que vous n'aurez pas la hardiesse
« de tenter votre Juftincacion,
Angélique.
N'ayez pas peur.
Valert.
»• Eh que oui ; ne vous flacez pas que je conserve
» encore les moindres sentimens envoue faveur.
An!l,éliqu!.
}>
Mon opinion là-dessus ne changera rien à la
»chose.
VaW.
» Je vous déclare que je ne veux plus avoifpouf
t;rous que de la haine.
Angélique.
C'est fort bien fait.
VzIcïstirant!cpir.'r.nt.
- Er voici déformais l'uniqueob]^: J;motl
amour.
sîngèliqiic,
h Vous avez r.itfon,& moi je vous déclare que j'âipeut Menfisur, n;:mtl'ant jon freye, un atta-
»îchement quin'est de guère inférieurau 1. t»pourl'originaldeesportrait.
Palert.
» L'ingrate ! il ne me reste plus qu'à mourir.
y}t.gèUefut%
*>Valere^écoutez
:
j'ai pitié de l'état 0\\j vous
t) vois, vous devez convenir que vous êtes le plus
injufie des hommes de vous compoiter ainsi sur
j une apparence d'infidéliré dont vous m'avez »vouf-même donné l'exemple, mais ma bonté
."eu[ bien encore aujourd'hui pailer par-dellus
vos travers.
Va1ere.
«Vous verrez qu'on me fera la grâce de me
» pAardonnner.gélique., » En vérité, vous ne le méritezguère,je vais
:1, cependant vous apprendre à que! prix je puis
» m'y résoudre; vous m'avez ci devant témoigné
des sentimens que j'ai payés d'un retour trop
tendre pour un ingrat. Malgré cela vous m'a-
.v vez indignement outragée par un amour Ci[txa-
»vagant conçu sur un simpleportrait.avectoUt
»la legereté, & l'ose dire toute l'étourderie de
votren âge & de votre caractère; il n'est pas
»'tems d'examiner si j'ai dû vous imiter, & ce
n'tft pas à vous qui êtes coupable qu'il convient'
dioit deblâmer ma conduite.
ralere.
Ce n'est pas à moi! GrandDieu niais voyons
»»où tendent ces beaux discours.
Angélique.
« Le voici Je vous ai dit que je connossois
»>l'objet de votre nouvel amour,&cela tft vrai :
» j'ai ajouté que jel'aimois ten^renient, &ce-'d
« n'e st encoie que trop vrai; en vous avouant son
»> nu r!re ,
je ne vous ai point déguisé ses défauts)
»> j'aifaitplus, jevousaipromisdelefairecon-
» ¡,;oÍue, & je vous eng.ge ma parole de vous le
•3 faire connoîcre dès aujourd'hui, des cette heure-
»même;car je vous avertis qu'il est plus prèsde
vous que vous ne pensez.
Valere.
.) Qu'entens je? quoi là ?
singé!ijue.
, 33 Ne m'interrompez point,je vous prie; enfin
*> lavéritémeforce à vous répéter que cette pel.
:t;> sonne vous aime avec ardeur,& je puis vous ré.
*> pondre de son attachement comme du mien
»3 propre: c'efi à vous maintenant de choisir en-
:J,rre elle & moi celle à qui vous destinez votre
« tenditffe;choiifilez,Chevalier, maisclioififfcz
« 4s cet instant & faq> retour.
Maton.
aj Le voilà ma foi bien embairafle, l'alternaIJ'riv-
e est plaifjnte : croyez-moi, M;siar. cboi-
» filTez le portrait, c'est le moyen d'être à l'abri-
« deslivaux.
Lucinie.
Ah,Valere,faut.il balancer siiong-tems peut
» suivre les impressions du coeur?
Valere aux pieds d'Angélique jettant le
portraIt.
t:I C'en est fait,vous avez vaincu, belle An-
»'gélique,Se je sens combien les sentimens qui
naissentdu caprice font inférieursà ceux que
»*ous inspirer. Marton ramasse le périrait
,
mais
hélas quand tout mon coeur revient à vous
puis-je me flater qu'il me ramènera le votre ?
Angélique.
** Vous pourrez juger de ma reconnoissance par
t, le sacrifice que vous venez de me faire,levez-
»Îvo-us Valere & cordidérez bien ces traits.
Lèandre regardant aujjt.
Attendez donc,rnais je cro's reconnoître cet- objet là
; c'est oui ma foi,c'etflui.
Qui lui
Valere.
,
» Quilui? ditesdoncelle,c'ec'nes:t une femnmie àà
»' qui je renonce, commeàtoutes les femmes de
» l'Univers,sur qui Angélique l'emportera ten-
1) jours.
Angélique.
Qui, Valere ,ç'étoit une femme jusqu'ici,mais
»j'espére que déformais ce fera un homme fu-
S3 périeuràces petites foiblesses qui dégradoient
»son sexe & son caractère.
Valere,
» Dans quelle étrange surptisé vous me jettez Angélique.nie Ietteir
Vousdévriez' d'autant moins méconnoître:
»cet objet que vous avez en avec lui le corn-
»merce le plus intime, & qu'assurémenton ne
*> vous accusera pas de l'avoir négligé.
Valere.
M Ah ! que vois-je ?
»Lachose n'est-ellepas claire, vous voyez le
t) portrait & voilà l'original.
Valere,
» O Ciel, & je ne meurs pas de honte !
:Al.dlOn.
SI Eh
,
Monsieur, vous êtes peut-être le (eul de
»votre ordre,qui la connoinez.
Angélique,
» Ingrat! avois-je toit de dire que je Connoifïbi$
»» l'original de ce portrait ?
Valere.
» Et moi je ne veux plus l'aimer, que parce
JOqü'll vous adore.
4 - 1 :nr6r:"Jn-::,
M Vous voulez bien que pour affermirnotreré-
M conciliation, je vous presenteLéandre tuon
sa frere.
Lèjndrc.
i,, Souffrez, Monsieur.
Valere.
M Dieux! quel comblede félicité! quoimême
»> quand j'étais ingrat, Angélique n'étoit pas infi-
93 delle ? Lucinde.
M Que je prens de part à votre bonheur! & que
» le mien en est augmenté!
~L'simonarrivant
» Ah vous voici tous rassemblés fort à propos.
S] Valere & Lucinde ayant tous demrretire à leurs
- mariages
,
~j'avois d'abord résolude les y con-
»traindre, mais j'ai réfléchi qu'il faut quelquefois
- être bon pere , & que la violence ne fait pas
10 toujours des mariages heureux: j'ai donc pris le
:II:! parti de rompredès aujourd'hui tout ce qui avoir
30 èté arrêté,& voici les nouveaux arrangemens
quej'y substitue. Angélique m'épousera,LulO
cinde ira dans un Couvent : VJkre fera deshé-
71 rité,& quant à vous Léandre
, vous prendrez pa-
*»tiexice
,
s'il vous plait. -
Les enfans & les pupilles de Lisimon sont d'abord
interdits, mais ensuite, revenus à eux-mêmes
ils lui disent qu'ils sont prêts de conclure les ma~
riages qu'il avoit arrêtés. Lisimon croyant qae.
leur obeissancene provient que dela crainte des
violences dont il les a menacez,s'écrie,>5ceq
*> c'est qu'un coup d'autorité frappé à propos.
VaUre termine la piece en disant à Anc.élilu,
»Venez, belle Angélique,vous m'avez guéri
« d'un ridicule qui faisoit la honte de ma jeunesse,
»&jevaisdesormais éprouver près de vousque
» quand on a bien, on ne songe plus à soi-
» même.
Fermer
Résumé : EXTRAIT DE NARCISSE.
Dans la pièce 'Narcisse', Lucinde, sœur de Valère, cherche à corriger les manières affectées de son frère en le faisant peindre déguisé en femme. Elle place le portrait sur sa toilette et discute avec Martin, son valet, de ses intentions. Lucinde trouve Valère trop délicat et affecté, espérant que cette ruse le guérira de ses travers pour plaire à Angélique, sa pupille et future épouse. Lucinde est également attachée à Cléonte, un jeune homme rencontré à Poissy, et compte sur Angélique pour convaincre Valère de renoncer à elle. Lorsqu'Angélique arrive, elle exprime des réserves sur le projet de Lucinde, craignant de déplaire à Valère. Lucinde décide de prendre le risque seule. Valère entre avec Frontin, son valet, et admire le portrait sans reconnaître qu'il s'agit de lui-même. Frontin reconnaît le portrait et le décrit comme une femme coquette. Intrigué, Valère décide de découvrir l'identité de cette femme et sort, malgré ses sentiments pour Angélique et l'opposition de son père au mariage. Valère découvre que la personne du portrait est Cléonte déguisé en Léandre. Angélique accepte de faciliter leur union, désespérant Valère. Lucinde apprend de Frontin que Valère est amoureux de quelqu'un qui lui ressemble. Inquiète, elle tente de faire taire Frontin. Lucinde demande ensuite à Angélique de l'aider à se débarrasser de Léandre. Angélique révèle à Valère qu'elle connaît l'objet de son amour et qu'elle l'aime également. Valère choisit Angélique et rejette le portrait de la femme qu'il aimait auparavant, révélant que c'était Léandre déguisé. Simon, le père, annonce qu'il laisse ses enfants choisir leurs mariages. Il propose qu'Angélique épouse Valère, que Lucinde entre dans un couvent, et que Léandre parte. Les enfants acceptent les arrangements initiaux, prouvant l'autorité de Simon. Valère exprime sa gratitude envers Angélique pour l'avoir aidé à surmonter un ridicule de sa jeunesse et affirme qu'il sera désormais heureux avec elle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3445
p. 179-194
EXTRAIT De la frivolité, Comédie en un Acte & en vers, de M. de Boissy.
Début :
L'Esprit de frivolité, dont le nom même étoit ignoré il y a vingt ans, a fait par degrés tant [...]
Mots clefs :
Frivolité, Français, Opéra, Esprit, Suisse, Paris, Marquis, Madame, Pièce, Arlequin, Comédie, Musique, Anglaise, Amant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT De la frivolité, Comédie en un Acte & en vers, de M. de Boissy.
EXTRAIT
De lafrivolité,Comédie en un Aile & en
vers , de M. de Boissy.
, dont le nom mêmeétoit
L'Esprit de frivolité
ignoré il y a vingt ans, a fait par degrés tant
de progrès en France
,
qu'il est devenu
, pour ainfL
dire, le caractere, ou du moins la fantaisie de la
Nation. Elle a d'abord protégé tous les Arts & les
ralens agréables,elle s'enestinstruite pour (on,
amusement: voilà le bon emploi. Mais ensuite
s'appliquant sérieusement àce qu'ils ont de fri
vole, elle en a fait sa premiere occupation
, 5C
:voilà l'abus. Etcom
bientôt son affaire capitale
me de l'abus on passe ordinairement à l'excès,
son goût a redoublé pour eux èè; qu'ils ont paru
siccessivement sous un habit étranger, au point
q-uil a dégeneré en tlUnle,!-{ qu'il les a préferes
~auxsenspropres.C'est cenouveauridicule,ou
plutôt ce mal épidemique que l'Auteur a eu lc
courage d'attaquer en plein Théâtre
,
mais avec
toute la circonspection d'un prudent Médecin ,
qui ménage son malade & tâche de l'égayer pour
le guérir plus Jurement. Le spécifiqne a heureu
sement réiifll
; le François, qui parmi ses bonnes
qualités a celle d'entendre parfaitement la rail
lerie, & de rire le premier de les écarts,s'est
prêté à la plaisanterie de la meilleure grâce du
monde.U a senti que laleçon n'avoir rien d'offen
sant, & qu'elle étoit vraiment philosophique ;
sous,
un air de badinage ill'a goûtée en conséquence;
, le plus unanime &le
plus fouteru
,
est le prix dont il l'a généreusement
& le succès le plus grand
payée. Exempledigne d'être imité par plusieurs
de ses voisins, donc la vertu n'est pas desouffrir
patiemment qu'on le badine en public
, même
pour son utilité. Pam
aoublié dans cette occa
sion que laPiéceétoit jouée auThéâtre Italien,,
où il est du mauvais ton de trouver bonne une
Comédie Françoise. Il a jugé l'ouvrage par lui
même
, & lui a accordé toutel'estimequ'ileût p:
ebrenir dans la bouche des Afteurs du fauxbourg
Saint-Germain. Mais ce qu'il y a de plus lfnrreur
pour M de Body, c'est que laCour & la Vi!:e
ont témoigné tout haut qu'elles croient charmées
probité
de sa réussite; le talent a recueilli le fruit de la
plaisir rare Se pur dont jouissent peu
,
d'Ecrivair.s.
L'Hyverouvre la Piéce avec laFrivolicé,qui
lui fait compliment sur sa parure il lui répond
qu'il s'est paré exprès pourelle, & qu'il étoit im
patient de la revoir.
Pour vous., dit-il ,
j'étens mesdroits sur toutes les
[airons;
Je racourcis PAutoomc, & Couventje recule:
lesrofes du Printems, qu'allarment mes glaçons.
Je fais trembler l'Eté
,
quelque feu qui le brûle,
Et pour vous je ramene ici les aquilons
Dans le fort de la canicule.
Elle lui fait entendre qu'il fait murmurer Paris,
f\f cet empressement qui le géle, ajourant cepense
dant qu'il est sa faisonfavorire, puisqu'il rap
pelle tous les ris & les jeux avec lui. Ensuite elle
é:ab!ic son pouvoir
; j'ai pris, dit-elle
, les traits
d'une jeune veuve de finance, & je résiste dans.,
son richeHôtel.
J'attire ici toute la France ,
Dont je suis la divinité
Legere, vive
;
,gaye, étourdie &coquette»
Je fixe L*s ddirs de ce peuple brillant.
Les ris composent seuls le culte qu'il me rend ; >•
Et mon autel est ma toilette
Où jereçois les verux en minaudant.
Le Magistrat que je délasse
,
Vient me rendre le soir son hommagebadin
AuMilitaire il dispute la place
;
De mon premier Menin;
Et le jeune Marquis qui tous deux les Curpasse
Sur.lebeau sexe même
,a le pas dans ma Cour )
Il taille mes ponpons, il leur donne la grace,
Et j'en fais macoiff-'i/e
L'Hyverlaq-iitre
,
,
ou ma Dame d'atour.
, eu l'assurant qu'il va rar-"
fcmbier tous les plains de sa suite pour venir avec
«ixcélt.b:v'ributetour. M, Fauster, qw.e'iuij,,.
Suisse instruit,vient le premier rendre bommage
à la Frivolué, il établit ainsi son caractere.
Madame
, vous voyez un Socrate moderne,
Qui, pour ne rien sçavoir
, étudia vingt ans
Et qui honteux d'avoir perdu son tems
De dépit est parti de Berne
,
,
Pour devenir en France un aimable ignorant.
,
Tout ce que j'ai, Madame
, appris certainement i
C'est qu'ici-bas tour est frivole
,
Que la réalité n'est que l'amusement,
Etpour apprendre promptement
Cejoli sçavoir-là
Tout est
, je viens à votre école.
La Frivolité lui répond qu'il prend le bon parti.
dit-ellefournis à mon éventail , le sage
,
comme le sou est au rang de mes sujets.
Et l'Anglois si profond
, ouqui passe pour tel,
Creuse dans le frivole
,
& tombe dans le vuide.
Le François qui tout haut s'honore de mes sers.
Est plus raisonnable & moins dupe
Son esprit leger ne s'occupe
Qu'à parer ses dehors
;
, à varier ses jeux,
Qu'à goûter le plaisir, sans rechercher sa cause ,
Et qu'à prendre en passaut
la fleur de chaque.
chose ;
Par ce systême avantageux
Ilenestplus aimable
,& cent fois plus heureu
Le Suirre luidit que pour l'imiter
,il compose
aa-roman.qa'il vientlui. dédier&,q'ilj'"r.i:..c:l:1
hnoisd'un style fortléger.LaFfivolitcparoîc
surprise d'un honneur si rare, & lui demande le,
litre de l'ouvrage.
:;'elt, réplique-t'il, le Suisse qui rêve, ou la Phi
losophie,
Réduite à rien par un homme d'esprit.
•
•
»
•-••
Ce paradoxe vous étonne.
Et choque ouvertement le proverbe reçu.
La Frivolitélui avoue franchementque l'erprit.
n'estpas une vertu donc on soupçonne ceux de
son pays.
Cleti-li
, reprend
il, ce que j'aicombattu dans
nu Iliéfacel'efpiit comme le Soleil répand fo
lumiere par tout égaiemeot, onle uaofplaotc.C:Il.
commerçant..
il s'embarqu sur mer
,franchit les Dardanelles,
,
Et circulecommel'argent.
Voilà pourquoichaque peuple varie ::.:
Entrafiquant dans les autres climats
Il en prend l'air, les façons
,
,
Communique le sien à ces mêmes Etats.
, le génie
Les mœurs ainsi par tout se mêlent en partie
;
Et forment par degiés un morde tout nouveau.-.
L'Europe maintenant, & qui plus est l'Asie ,
iiosyeuxundifférenttableau;
c: beau sexe n'est plus esclave en Italie,
Et l'on boit du vin en Turquie;
En France l'on s'est mis à l'eau
l'on faitdes vesi
ceRuilU,
Votre commerce
, ajoute-t'il
, & vosouvrages
nous ontpolis; & nous prenons desarmes chez
vous pour vous vaincre unjour. On parle votre,
idiome dans tous les pays.
Comme celui de Rome & de la Gréce
A Coppenhague on le professe;
Er j'J(qu'en Amérique il fait des beaux esprits.
La révolution n'est pas si loin qu'on pense
Notre bon goût se forme
,
, & le votre commence
A s'altérer dans vos écrits.
Le Sçavant parmi vous tombé dans le mépris ,
Fait dans le Nord sa résidence,
Et pour les Arts qu'il récompense ,
Berlin déjale dispute à Paris.
Nous n'estimons pas moins, interrompt-elle ;
l'aqfiraic que l'agréable.
Neuton plus que Dupré nous paroît admirable ,
Et l'Electricté nous frappe uniquement
Ses invincibles coups
:
, qui tiennent de la sable
Commeceux de l'Amour
, exercent à présent
Un empire aussî fort qu'il est inexpliquable
Nous l'employons univesellement,
Et dans notre fureur
,
, jusqu'au feu du tonnerte,
,
Nous électrisons tout impitoyablement.
Nouveaux Titans
, dans cette guerre
Nous voulons désarmer le Roi du Firmament,
,
*»•- 1.
Et soumettre le Ciel au pouvoirde la terre,
».
,
Pour l'éruditiondont la lourdeur accable
Si nous la négligeons, le mal n'dl: pas bien
grand.
Le gros sçavoir fait un pédant,
;
L'espritlui seul fait l'hommeaimable
Qui chez nous dl le vrai sçavant.
M. Fausterrépond que l'esprit en faitpartous.
La Frivolité le persisle un peu là-dessus. Il répli
que àcette ironie
,que nos piéces comme nos
p/opoi, font les Susses les héros de la bêcHe, &
les chargent d'un vieux ridicule quin'existeplus
que dans notre idée, & qu'il vient prendre sa re
vanche.
Comme Berne, dit-il, Paris 4 ses originaux.
Cette Ville qui toujours tranche,
Ne doit pas se mocquer de nos treize Cantons,
Madame
,Se vosMarquis valent bien nos Barons.
UneAngloisesurvient, il s'éloigne un momens.
, qui est le nom de cetteEtrangere ,
Miss Blar
vient prendre congé de la Frivolité , & se plaint de
ce que l'air de Paris a augmenté s'espritnoir qui
la tourmente, au lieudelediminuer. M.Fausster
s'avance à ce propos
, & lui fait offre en qualité
de Médecin des Dames, de la guérir la Frivolité
se joint à lui, & dit à Mis Blar qu'il faut se dis
siper
:Eh!
le moyen, repart-elle?rien ne m'a
muse & tout m'enauye; M.Fauster luipropose
de prendre un amant pour son Médecin. Elle dit
:.
que le reméde estpire que le mal. Vous l'ave!:,'
donc essayé,réplique-t-il Non pas à Londres.
tépand-cile,
M. Fauster.
En France
,Miledi, l'auriez-vous éprouvé ?
MissBlar.
Metaire, c'est assez répondre.
LaFrivolité.
Chere Miss, votre cœur s'en est-il bien trouvé ?
Miss Blar.
Au mieux le premier jour, je crus alors renaître.
Pour la premiere fois le jour me parut beau,
Et je goûtaile bon-heur d'être.
Le second jour mon plaisir s'altéra
,
Mon amant fut absent
,
mon cœur en soupira.
Le troisiéme il revint, & chassa ce nuage.
Le quatriéme, il parut moinsardent,
Et mon amour troublé s'allarma vivement.
Le cinquième il devint volage ,
Et tout mon bonheur disparut,
En quatre mots
, voilà mon histoire finie;
Tout calculé bien justement.
Je n'ai vécu quetrois joursdans ma vie.
La Frivolité lui demande le nom de son amant,
elle dit que c'est son savois ;ce fripon de Mar
quis, qu'elle lui a fait connoître.
Elle ajoute qu'elle atoujours confervé eHae,
Went sa sagesse, malgré tout son amour.
Al.Fanfter.
C'estun effort bien surptenant.
Miss Blr.
Monsieur, particulierement
Dans une fille de spectacle.
MFauster paroît surpris, & lui avoue qu'il la
oyoitMiledi.
MissBlar.
Souvent je le suisau Théatre.
M. Fauster.
ous pourriezl'être ailleurs,par un litre plus
fort.
}¡1i;1BLuo
°
m,avecamun Milord;
Lmai; je ne
lotre profession à Londre est gloiseuse
,
fne Atteiee de nom
, quandelle est vertueuse, ]
eutaspirerchez nous an patti le plus grand)
)n y rougit du vice & non pas du talent.
Jt1. b'aufier.
Si vous jouez la Comédie
En
pluGeurs langues ,
moi,j'en.faisfacilement.
••••••
Tout à coup dans moncœur jesensnaîtrepour
vous,
Mestris, une estime amoureuse.
Il se jette à ses ,genoux..
AsisBlar.
Our faites-vous
Jii.
Fauster.
Devant «neA&riîe fameuse,
On Auteur doit toujours fléchir les deux genouz.
MissBlar, qui voit venir le Marquis
,
oblige le
Suisse de se lever, & s'éloigne avec lui
, pourap-'
prendre sans être vue, quelle raison amene son
persi se.
Le Marquis entre transporté dejoie,&vient
annoncer à la Faivoliré qu'ils ne partiront point,
4
qu'ils vont lesrevoir qu'ils vont les entendre.
Quidrie,">'4cr.e-t'elle?le Marquis pour défi-4
gner les Bousons,parodre alors l'air que chante M.
Manelli d,Ha la 's"fva padrona ,fem?reineomrajîi,
si & no. La
Frivolité
de son côté partageant
son transport
,chante ASerpintPensoreta, & UJ
Jardiniere de la fausse Suivante ibtgnfio. C'est
danç cette Scéne toute de jeu
,
, cd Mad. Favard
qui joue la Frivolité ,
déployé tout son ralent
pour la Parodie. Le Marquis termine la Scéne,
tft. faisant éclazzer son goût pour Serpilla, qu'il
exprimeparcetpatôdiedecelui de uno diilo.
basso, basso
,duMaître de Musique.
Ecoutez, tout bas, toutbas,
Je fuis fou de ses appas;
Et pour faire un grand fracas,
Nous irons tous à l'Opéra.
Ma main la cla ,
claquera.
*>
MissBlar, s'approchant&l'interrompant
Quel secret,dites-v-ous-là ?
Je disois que je vous adore, répond le Marqiufr
abarrassé. Non,répliqua-t'elle c'est Serpilla
Ine vous aimez; elle le presse en même tenis de
rononcer sur le choix, qu'elle ne veut point de
attage.
Le Uargtiii.
: ne prononce point entre Londre& Florence,
te vos divers talens je ne puis me passer ,
apprends à chanter d elle & de vous à penser.
M. Fauster s'écrie à cette décision , voilà bien
: François.
ontransport l'autrejour étoit l'anglomanie,
u-dessus de Corneille il mettoit sa Kespir ;
Une nouvelle frénésie
Aujourd'hui vient de le (aiftr,
C'.:llla fureur des accords d'Italie.
Le Marquis protesse qu'il veut les établir tout
cul,
et qu'il veut qu'à leur gloire un Autel soit dreÍfé.
Sur les derniers débris & d'Armide & d'islé.
M. Fauter l'apostrophe ainsi
:
François dénaturé
, quel transport vous égare
CesOpéra du sentiment,
Dont la mélodie est si tendre ,
Vous les sacrifîez
,Monsieur.
Le MarquiJ.
Oui, forcément.
4ous n'avons plusd'Acteurs aujourd'huipour les
rendre
;
te dernier desRomainsest prêt à nous quitter.
Miss Blaar sourient qu'il est indécent de rire ]
l'Opéra. Le Marquis répond que l'indécence
,
l'Opéra est dans la mauvaise Musique
plus noble cft celle quial'approbation desam
,
& que
reurs.
M-'JfÏÏlar.
Tous ces prétendus amateurs
Qui la vantent par air avec un son
le aî.re-,
AParisenfontleshonneur.
Sans avoir bien souvent celui de la connoître.
La Frivolité s'adressant àM Fattfïer+
Monsieur est d'une Nation,
Qui toujours neutre agit îans passion
;
Je m'en rapporte à lui ,
quM décide la chose.
M. Fœulhrprononce.
Votre Opéra Parisien
Me fait priser Lulli
,
mais Quinaut davantage,
L'intérêt de la Scène est son premier soutien,
Et le Poëte (çJtt si bien
* "De la tendresse exprimer le langage,
Que le cœur avec lui devient Musicien.
A l'égard du chant italique
,
Comme j'ai calculé ses accords séducteurs;
,d'unoell
,
Etvû sonaction
J'applaudis tout haut la musique,
E* ris tout basdujeudesesActeurs.
Miss Blar témoigne, qu'elle sortmoins trlfl
après ce jugement. Le Marquis lui dit guM r.ej
bitre pas sa main pour la conduire
, qu'elle
,qui saisivive.
a un
meilleur EcuyerdansM.Fauster
mentcette occasion pour se déclarer. Il se ré
crie dans son transport :
Que l'hymen nous unisse
!
Nous sommes faits pour nous lier,
La raison est Angloise
,
& le bon sens est Suisse.
Le Marquis.
Etl'esprit est François, qui n'en est pointjaloux.
Ii sist compliment à l'époux,
Quand samaîtressese marie ,:
Sûr que le lendemain
,
appaifant son courroux,
Elle sera sa bonne amie.
Mij]BlaraM.Fausser.
Monsieur, je vous donne ma main.
Pourvous qui tournez tout,Marquis ,en raillerie.
Vous n'aurez point de lendemain.
La Frivolité.
Vouspartez mécontente.
, ,
.A--il!/BlMr..
Oui, puisqu'il faut répondre.
•
Vos speciales changés ne sont plus une école.
On ne voir plusregner chez eux
Qu'un plagiat qui me désole ,
Ec qu'un déplacement affreux.
C'est l'Opéra que par tout on copie
;
Cn chante au Théâtre François,
*
Des vers bouffis faits pour mugir exprès.
Où comme lui plutôt on crie
X-a troupe Italienne en tout le
parodie,
Et lui dérobant ses moutons,
Ne quitte plus la bergerie
;
Pour avoir sa revanche il a pris leurs bouffons.
Tout paroîttravesti,toutest lazzis
,chantons.
Comme on outre le jen ,
l'on chaigelamusique
Et tout Paris n'est plus qu'un Opéra Comique.
A4. Flluficr en s'en allant.
5
Pour étrebien, Messieurs
çois,
,resteztoujours Fran.
N'imitez que vous-même & vous ferez parfaits.
Revenant.
3fe reviens sur mes pas vous dire une nouvelle , *
Tout à coup il se levé une aurore si belle ,
Qu'elle a rendu le jour à votre chant.
Je vous en félicite
, adieu
,
bon jour
, bon an.
Ces troisScénes duSuisse
,del'Angloise
,da
Marquis & de la Fuvolté, quoiqu'elles parois
sent épisodiques composent un tout si bien lié,
qu'on ne peut les séparer sans détruirele corps
de la Pièce. Ellesforment un nœud par l'incident
du Marquis
, &un dénouement par le mariage de
Miss Blar avec M. Fiuller. Mlle Sylvia rend
;MDehesserpréssente le
l'Angloise parfaitement
Suisse avec beaucoupd'intelligence, & MlleFa
vard mer beaucoup d'art & ce grace dans le rôle
de la Frivolité, le principalde la Piéce.
11rIc;a
Après leur départ
, la Frivolité dit au Marquis,
que pour combattre le succès de Tiron & l'Au
rore,
il faut célébrer leurs favoris par un duo;
le Marquis veut que cesoit par un trio
,de la
façon d'un Serin de Bergame
,
qui est Arlequin
déguisé en chanteur. Il arrive tout en désordre ,
& fait la description d'uncombat ridicule que les
deux partis se sont livré au Cat1, où il a étélui
même très-maltraité. On l'a prispourlemusico
, sur quoi la Frivolité lui demande
des bouffons
Seriez-vous en effet ce fausses si vanté?
.ArLequin.
1\08, Madame
0
, je suisune taille accomplie.
:
:
Le Marquis ajoute
Qu'il compose lui seul des Opéraburlesques
Qu'il fait des vct4 Gascons, des airs Toscans,
Et des Ballets TellJeIqus,
Arlequin.
J'en tiens de sûrs garans.
Voilà pour vous
,Madame
,
Et voici pour nous trois un morceau triomphant.
, une chanson d'élite
La Frivolité.
Pour assurer la réullîre
Il faut l'accompagner d'un Ballet Allemand.
,
Arlequin,
En attendant, Madame
, un Danseur Moscovite.
La Frivolité chante.
AIR.
Comme
al'auselprèsolniou,
Mon cor clido , que sa pietat,
Ausî que sa piou , piou ,
Per aber la libertat.
Cet air est suivi d'un trio,chantéparlaFri
volité
,le Marquis,&Arlequin,qui sortent tous
trois à reculons, en saluantJe Public à la manière
des bouffons, Un Ballet Allemand termine la Pié
ce. 1: est de la composition deM.Dehesse
,&
mérite les applaudissemens qu'il reçoit du Par
terre.
La Musique de l'Ariette Gasconne, est de M.
Blaise
; elle lui fait honneur. Mad. Favart qui la
chante
,
lui prête de nouvelles beautés.
Voici des vers anonymes qu'on aenvoyés à
M. deBoissysur sa Pièce, ils ne doivent pas être
oubliés.
Dans les couleurs de la Nature
Les Graces trempent tes pinceaux,
Et la Raison d'une main sûre ,
Ordonne & finit tes tableaux
Ton génie, à chaque parole
Exprime une moralité.
Boissy
,
dans ta frivolité,
,
;
Le titre seul tient du frivole.
C'étoit le 17 de ce mois la douzièmereprésen
tation ,elle alloit àprès de quatre mille francs,
La Pièce a été jouée deux fois à la Cour avec le
même succès qu'à laVille. C'estunediftinttion
d'autant plus flatteuse,que les Comédiens Ita
liens depuis long rems Wy représentent plus de
Pièces Françoises
De lafrivolité,Comédie en un Aile & en
vers , de M. de Boissy.
, dont le nom mêmeétoit
L'Esprit de frivolité
ignoré il y a vingt ans, a fait par degrés tant
de progrès en France
,
qu'il est devenu
, pour ainfL
dire, le caractere, ou du moins la fantaisie de la
Nation. Elle a d'abord protégé tous les Arts & les
ralens agréables,elle s'enestinstruite pour (on,
amusement: voilà le bon emploi. Mais ensuite
s'appliquant sérieusement àce qu'ils ont de fri
vole, elle en a fait sa premiere occupation
, 5C
:voilà l'abus. Etcom
bientôt son affaire capitale
me de l'abus on passe ordinairement à l'excès,
son goût a redoublé pour eux èè; qu'ils ont paru
siccessivement sous un habit étranger, au point
q-uil a dégeneré en tlUnle,!-{ qu'il les a préferes
~auxsenspropres.C'est cenouveauridicule,ou
plutôt ce mal épidemique que l'Auteur a eu lc
courage d'attaquer en plein Théâtre
,
mais avec
toute la circonspection d'un prudent Médecin ,
qui ménage son malade & tâche de l'égayer pour
le guérir plus Jurement. Le spécifiqne a heureu
sement réiifll
; le François, qui parmi ses bonnes
qualités a celle d'entendre parfaitement la rail
lerie, & de rire le premier de les écarts,s'est
prêté à la plaisanterie de la meilleure grâce du
monde.U a senti que laleçon n'avoir rien d'offen
sant, & qu'elle étoit vraiment philosophique ;
sous,
un air de badinage ill'a goûtée en conséquence;
, le plus unanime &le
plus fouteru
,
est le prix dont il l'a généreusement
& le succès le plus grand
payée. Exempledigne d'être imité par plusieurs
de ses voisins, donc la vertu n'est pas desouffrir
patiemment qu'on le badine en public
, même
pour son utilité. Pam
aoublié dans cette occa
sion que laPiéceétoit jouée auThéâtre Italien,,
où il est du mauvais ton de trouver bonne une
Comédie Françoise. Il a jugé l'ouvrage par lui
même
, & lui a accordé toutel'estimequ'ileût p:
ebrenir dans la bouche des Afteurs du fauxbourg
Saint-Germain. Mais ce qu'il y a de plus lfnrreur
pour M de Body, c'est que laCour & la Vi!:e
ont témoigné tout haut qu'elles croient charmées
probité
de sa réussite; le talent a recueilli le fruit de la
plaisir rare Se pur dont jouissent peu
,
d'Ecrivair.s.
L'Hyverouvre la Piéce avec laFrivolicé,qui
lui fait compliment sur sa parure il lui répond
qu'il s'est paré exprès pourelle, & qu'il étoit im
patient de la revoir.
Pour vous., dit-il ,
j'étens mesdroits sur toutes les
[airons;
Je racourcis PAutoomc, & Couventje recule:
lesrofes du Printems, qu'allarment mes glaçons.
Je fais trembler l'Eté
,
quelque feu qui le brûle,
Et pour vous je ramene ici les aquilons
Dans le fort de la canicule.
Elle lui fait entendre qu'il fait murmurer Paris,
f\f cet empressement qui le géle, ajourant cepense
dant qu'il est sa faisonfavorire, puisqu'il rap
pelle tous les ris & les jeux avec lui. Ensuite elle
é:ab!ic son pouvoir
; j'ai pris, dit-elle
, les traits
d'une jeune veuve de finance, & je résiste dans.,
son richeHôtel.
J'attire ici toute la France ,
Dont je suis la divinité
Legere, vive
;
,gaye, étourdie &coquette»
Je fixe L*s ddirs de ce peuple brillant.
Les ris composent seuls le culte qu'il me rend ; >•
Et mon autel est ma toilette
Où jereçois les verux en minaudant.
Le Magistrat que je délasse
,
Vient me rendre le soir son hommagebadin
AuMilitaire il dispute la place
;
De mon premier Menin;
Et le jeune Marquis qui tous deux les Curpasse
Sur.lebeau sexe même
,a le pas dans ma Cour )
Il taille mes ponpons, il leur donne la grace,
Et j'en fais macoiff-'i/e
L'Hyverlaq-iitre
,
,
ou ma Dame d'atour.
, eu l'assurant qu'il va rar-"
fcmbier tous les plains de sa suite pour venir avec
«ixcélt.b:v'ributetour. M, Fauster, qw.e'iuij,,.
Suisse instruit,vient le premier rendre bommage
à la Frivolué, il établit ainsi son caractere.
Madame
, vous voyez un Socrate moderne,
Qui, pour ne rien sçavoir
, étudia vingt ans
Et qui honteux d'avoir perdu son tems
De dépit est parti de Berne
,
,
Pour devenir en France un aimable ignorant.
,
Tout ce que j'ai, Madame
, appris certainement i
C'est qu'ici-bas tour est frivole
,
Que la réalité n'est que l'amusement,
Etpour apprendre promptement
Cejoli sçavoir-là
Tout est
, je viens à votre école.
La Frivolité lui répond qu'il prend le bon parti.
dit-ellefournis à mon éventail , le sage
,
comme le sou est au rang de mes sujets.
Et l'Anglois si profond
, ouqui passe pour tel,
Creuse dans le frivole
,
& tombe dans le vuide.
Le François qui tout haut s'honore de mes sers.
Est plus raisonnable & moins dupe
Son esprit leger ne s'occupe
Qu'à parer ses dehors
;
, à varier ses jeux,
Qu'à goûter le plaisir, sans rechercher sa cause ,
Et qu'à prendre en passaut
la fleur de chaque.
chose ;
Par ce systême avantageux
Ilenestplus aimable
,& cent fois plus heureu
Le Suirre luidit que pour l'imiter
,il compose
aa-roman.qa'il vientlui. dédier&,q'ilj'"r.i:..c:l:1
hnoisd'un style fortléger.LaFfivolitcparoîc
surprise d'un honneur si rare, & lui demande le,
litre de l'ouvrage.
:;'elt, réplique-t'il, le Suisse qui rêve, ou la Phi
losophie,
Réduite à rien par un homme d'esprit.
•
•
»
•-••
Ce paradoxe vous étonne.
Et choque ouvertement le proverbe reçu.
La Frivolitélui avoue franchementque l'erprit.
n'estpas une vertu donc on soupçonne ceux de
son pays.
Cleti-li
, reprend
il, ce que j'aicombattu dans
nu Iliéfacel'efpiit comme le Soleil répand fo
lumiere par tout égaiemeot, onle uaofplaotc.C:Il.
commerçant..
il s'embarqu sur mer
,franchit les Dardanelles,
,
Et circulecommel'argent.
Voilà pourquoichaque peuple varie ::.:
Entrafiquant dans les autres climats
Il en prend l'air, les façons
,
,
Communique le sien à ces mêmes Etats.
, le génie
Les mœurs ainsi par tout se mêlent en partie
;
Et forment par degiés un morde tout nouveau.-.
L'Europe maintenant, & qui plus est l'Asie ,
iiosyeuxundifférenttableau;
c: beau sexe n'est plus esclave en Italie,
Et l'on boit du vin en Turquie;
En France l'on s'est mis à l'eau
l'on faitdes vesi
ceRuilU,
Votre commerce
, ajoute-t'il
, & vosouvrages
nous ontpolis; & nous prenons desarmes chez
vous pour vous vaincre unjour. On parle votre,
idiome dans tous les pays.
Comme celui de Rome & de la Gréce
A Coppenhague on le professe;
Er j'J(qu'en Amérique il fait des beaux esprits.
La révolution n'est pas si loin qu'on pense
Notre bon goût se forme
,
, & le votre commence
A s'altérer dans vos écrits.
Le Sçavant parmi vous tombé dans le mépris ,
Fait dans le Nord sa résidence,
Et pour les Arts qu'il récompense ,
Berlin déjale dispute à Paris.
Nous n'estimons pas moins, interrompt-elle ;
l'aqfiraic que l'agréable.
Neuton plus que Dupré nous paroît admirable ,
Et l'Electricté nous frappe uniquement
Ses invincibles coups
:
, qui tiennent de la sable
Commeceux de l'Amour
, exercent à présent
Un empire aussî fort qu'il est inexpliquable
Nous l'employons univesellement,
Et dans notre fureur
,
, jusqu'au feu du tonnerte,
,
Nous électrisons tout impitoyablement.
Nouveaux Titans
, dans cette guerre
Nous voulons désarmer le Roi du Firmament,
,
*»•- 1.
Et soumettre le Ciel au pouvoirde la terre,
».
,
Pour l'éruditiondont la lourdeur accable
Si nous la négligeons, le mal n'dl: pas bien
grand.
Le gros sçavoir fait un pédant,
;
L'espritlui seul fait l'hommeaimable
Qui chez nous dl le vrai sçavant.
M. Fausterrépond que l'esprit en faitpartous.
La Frivolité le persisle un peu là-dessus. Il répli
que àcette ironie
,que nos piéces comme nos
p/opoi, font les Susses les héros de la bêcHe, &
les chargent d'un vieux ridicule quin'existeplus
que dans notre idée, & qu'il vient prendre sa re
vanche.
Comme Berne, dit-il, Paris 4 ses originaux.
Cette Ville qui toujours tranche,
Ne doit pas se mocquer de nos treize Cantons,
Madame
,Se vosMarquis valent bien nos Barons.
UneAngloisesurvient, il s'éloigne un momens.
, qui est le nom de cetteEtrangere ,
Miss Blar
vient prendre congé de la Frivolité , & se plaint de
ce que l'air de Paris a augmenté s'espritnoir qui
la tourmente, au lieudelediminuer. M.Fausster
s'avance à ce propos
, & lui fait offre en qualité
de Médecin des Dames, de la guérir la Frivolité
se joint à lui, & dit à Mis Blar qu'il faut se dis
siper
:Eh!
le moyen, repart-elle?rien ne m'a
muse & tout m'enauye; M.Fauster luipropose
de prendre un amant pour son Médecin. Elle dit
:.
que le reméde estpire que le mal. Vous l'ave!:,'
donc essayé,réplique-t-il Non pas à Londres.
tépand-cile,
M. Fauster.
En France
,Miledi, l'auriez-vous éprouvé ?
MissBlar.
Metaire, c'est assez répondre.
LaFrivolité.
Chere Miss, votre cœur s'en est-il bien trouvé ?
Miss Blar.
Au mieux le premier jour, je crus alors renaître.
Pour la premiere fois le jour me parut beau,
Et je goûtaile bon-heur d'être.
Le second jour mon plaisir s'altéra
,
Mon amant fut absent
,
mon cœur en soupira.
Le troisiéme il revint, & chassa ce nuage.
Le quatriéme, il parut moinsardent,
Et mon amour troublé s'allarma vivement.
Le cinquième il devint volage ,
Et tout mon bonheur disparut,
En quatre mots
, voilà mon histoire finie;
Tout calculé bien justement.
Je n'ai vécu quetrois joursdans ma vie.
La Frivolité lui demande le nom de son amant,
elle dit que c'est son savois ;ce fripon de Mar
quis, qu'elle lui a fait connoître.
Elle ajoute qu'elle atoujours confervé eHae,
Went sa sagesse, malgré tout son amour.
Al.Fanfter.
C'estun effort bien surptenant.
Miss Blr.
Monsieur, particulierement
Dans une fille de spectacle.
MFauster paroît surpris, & lui avoue qu'il la
oyoitMiledi.
MissBlar.
Souvent je le suisau Théatre.
M. Fauster.
ous pourriezl'être ailleurs,par un litre plus
fort.
}¡1i;1BLuo
°
m,avecamun Milord;
Lmai; je ne
lotre profession à Londre est gloiseuse
,
fne Atteiee de nom
, quandelle est vertueuse, ]
eutaspirerchez nous an patti le plus grand)
)n y rougit du vice & non pas du talent.
Jt1. b'aufier.
Si vous jouez la Comédie
En
pluGeurs langues ,
moi,j'en.faisfacilement.
••••••
Tout à coup dans moncœur jesensnaîtrepour
vous,
Mestris, une estime amoureuse.
Il se jette à ses ,genoux..
AsisBlar.
Our faites-vous
Jii.
Fauster.
Devant «neA&riîe fameuse,
On Auteur doit toujours fléchir les deux genouz.
MissBlar, qui voit venir le Marquis
,
oblige le
Suisse de se lever, & s'éloigne avec lui
, pourap-'
prendre sans être vue, quelle raison amene son
persi se.
Le Marquis entre transporté dejoie,&vient
annoncer à la Faivoliré qu'ils ne partiront point,
4
qu'ils vont lesrevoir qu'ils vont les entendre.
Quidrie,">'4cr.e-t'elle?le Marquis pour défi-4
gner les Bousons,parodre alors l'air que chante M.
Manelli d,Ha la 's"fva padrona ,fem?reineomrajîi,
si & no. La
Frivolité
de son côté partageant
son transport
,chante ASerpintPensoreta, & UJ
Jardiniere de la fausse Suivante ibtgnfio. C'est
danç cette Scéne toute de jeu
,
, cd Mad. Favard
qui joue la Frivolité ,
déployé tout son ralent
pour la Parodie. Le Marquis termine la Scéne,
tft. faisant éclazzer son goût pour Serpilla, qu'il
exprimeparcetpatôdiedecelui de uno diilo.
basso, basso
,duMaître de Musique.
Ecoutez, tout bas, toutbas,
Je fuis fou de ses appas;
Et pour faire un grand fracas,
Nous irons tous à l'Opéra.
Ma main la cla ,
claquera.
*>
MissBlar, s'approchant&l'interrompant
Quel secret,dites-v-ous-là ?
Je disois que je vous adore, répond le Marqiufr
abarrassé. Non,répliqua-t'elle c'est Serpilla
Ine vous aimez; elle le presse en même tenis de
rononcer sur le choix, qu'elle ne veut point de
attage.
Le Uargtiii.
: ne prononce point entre Londre& Florence,
te vos divers talens je ne puis me passer ,
apprends à chanter d elle & de vous à penser.
M. Fauster s'écrie à cette décision , voilà bien
: François.
ontransport l'autrejour étoit l'anglomanie,
u-dessus de Corneille il mettoit sa Kespir ;
Une nouvelle frénésie
Aujourd'hui vient de le (aiftr,
C'.:llla fureur des accords d'Italie.
Le Marquis protesse qu'il veut les établir tout
cul,
et qu'il veut qu'à leur gloire un Autel soit dreÍfé.
Sur les derniers débris & d'Armide & d'islé.
M. Fauter l'apostrophe ainsi
:
François dénaturé
, quel transport vous égare
CesOpéra du sentiment,
Dont la mélodie est si tendre ,
Vous les sacrifîez
,Monsieur.
Le MarquiJ.
Oui, forcément.
4ous n'avons plusd'Acteurs aujourd'huipour les
rendre
;
te dernier desRomainsest prêt à nous quitter.
Miss Blaar sourient qu'il est indécent de rire ]
l'Opéra. Le Marquis répond que l'indécence
,
l'Opéra est dans la mauvaise Musique
plus noble cft celle quial'approbation desam
,
& que
reurs.
M-'JfÏÏlar.
Tous ces prétendus amateurs
Qui la vantent par air avec un son
le aî.re-,
AParisenfontleshonneur.
Sans avoir bien souvent celui de la connoître.
La Frivolité s'adressant àM Fattfïer+
Monsieur est d'une Nation,
Qui toujours neutre agit îans passion
;
Je m'en rapporte à lui ,
quM décide la chose.
M. Fœulhrprononce.
Votre Opéra Parisien
Me fait priser Lulli
,
mais Quinaut davantage,
L'intérêt de la Scène est son premier soutien,
Et le Poëte (çJtt si bien
* "De la tendresse exprimer le langage,
Que le cœur avec lui devient Musicien.
A l'égard du chant italique
,
Comme j'ai calculé ses accords séducteurs;
,d'unoell
,
Etvû sonaction
J'applaudis tout haut la musique,
E* ris tout basdujeudesesActeurs.
Miss Blar témoigne, qu'elle sortmoins trlfl
après ce jugement. Le Marquis lui dit guM r.ej
bitre pas sa main pour la conduire
, qu'elle
,qui saisivive.
a un
meilleur EcuyerdansM.Fauster
mentcette occasion pour se déclarer. Il se ré
crie dans son transport :
Que l'hymen nous unisse
!
Nous sommes faits pour nous lier,
La raison est Angloise
,
& le bon sens est Suisse.
Le Marquis.
Etl'esprit est François, qui n'en est pointjaloux.
Ii sist compliment à l'époux,
Quand samaîtressese marie ,:
Sûr que le lendemain
,
appaifant son courroux,
Elle sera sa bonne amie.
Mij]BlaraM.Fausser.
Monsieur, je vous donne ma main.
Pourvous qui tournez tout,Marquis ,en raillerie.
Vous n'aurez point de lendemain.
La Frivolité.
Vouspartez mécontente.
, ,
.A--il!/BlMr..
Oui, puisqu'il faut répondre.
•
Vos speciales changés ne sont plus une école.
On ne voir plusregner chez eux
Qu'un plagiat qui me désole ,
Ec qu'un déplacement affreux.
C'est l'Opéra que par tout on copie
;
Cn chante au Théâtre François,
*
Des vers bouffis faits pour mugir exprès.
Où comme lui plutôt on crie
X-a troupe Italienne en tout le
parodie,
Et lui dérobant ses moutons,
Ne quitte plus la bergerie
;
Pour avoir sa revanche il a pris leurs bouffons.
Tout paroîttravesti,toutest lazzis
,chantons.
Comme on outre le jen ,
l'on chaigelamusique
Et tout Paris n'est plus qu'un Opéra Comique.
A4. Flluficr en s'en allant.
5
Pour étrebien, Messieurs
çois,
,resteztoujours Fran.
N'imitez que vous-même & vous ferez parfaits.
Revenant.
3fe reviens sur mes pas vous dire une nouvelle , *
Tout à coup il se levé une aurore si belle ,
Qu'elle a rendu le jour à votre chant.
Je vous en félicite
, adieu
,
bon jour
, bon an.
Ces troisScénes duSuisse
,del'Angloise
,da
Marquis & de la Fuvolté, quoiqu'elles parois
sent épisodiques composent un tout si bien lié,
qu'on ne peut les séparer sans détruirele corps
de la Pièce. Ellesforment un nœud par l'incident
du Marquis
, &un dénouement par le mariage de
Miss Blar avec M. Fiuller. Mlle Sylvia rend
;MDehesserpréssente le
l'Angloise parfaitement
Suisse avec beaucoupd'intelligence, & MlleFa
vard mer beaucoup d'art & ce grace dans le rôle
de la Frivolité, le principalde la Piéce.
11rIc;a
Après leur départ
, la Frivolité dit au Marquis,
que pour combattre le succès de Tiron & l'Au
rore,
il faut célébrer leurs favoris par un duo;
le Marquis veut que cesoit par un trio
,de la
façon d'un Serin de Bergame
,
qui est Arlequin
déguisé en chanteur. Il arrive tout en désordre ,
& fait la description d'uncombat ridicule que les
deux partis se sont livré au Cat1, où il a étélui
même très-maltraité. On l'a prispourlemusico
, sur quoi la Frivolité lui demande
des bouffons
Seriez-vous en effet ce fausses si vanté?
.ArLequin.
1\08, Madame
0
, je suisune taille accomplie.
:
:
Le Marquis ajoute
Qu'il compose lui seul des Opéraburlesques
Qu'il fait des vct4 Gascons, des airs Toscans,
Et des Ballets TellJeIqus,
Arlequin.
J'en tiens de sûrs garans.
Voilà pour vous
,Madame
,
Et voici pour nous trois un morceau triomphant.
, une chanson d'élite
La Frivolité.
Pour assurer la réullîre
Il faut l'accompagner d'un Ballet Allemand.
,
Arlequin,
En attendant, Madame
, un Danseur Moscovite.
La Frivolité chante.
AIR.
Comme
al'auselprèsolniou,
Mon cor clido , que sa pietat,
Ausî que sa piou , piou ,
Per aber la libertat.
Cet air est suivi d'un trio,chantéparlaFri
volité
,le Marquis,&Arlequin,qui sortent tous
trois à reculons, en saluantJe Public à la manière
des bouffons, Un Ballet Allemand termine la Pié
ce. 1: est de la composition deM.Dehesse
,&
mérite les applaudissemens qu'il reçoit du Par
terre.
La Musique de l'Ariette Gasconne, est de M.
Blaise
; elle lui fait honneur. Mad. Favart qui la
chante
,
lui prête de nouvelles beautés.
Voici des vers anonymes qu'on aenvoyés à
M. deBoissysur sa Pièce, ils ne doivent pas être
oubliés.
Dans les couleurs de la Nature
Les Graces trempent tes pinceaux,
Et la Raison d'une main sûre ,
Ordonne & finit tes tableaux
Ton génie, à chaque parole
Exprime une moralité.
Boissy
,
dans ta frivolité,
,
;
Le titre seul tient du frivole.
C'étoit le 17 de ce mois la douzièmereprésen
tation ,elle alloit àprès de quatre mille francs,
La Pièce a été jouée deux fois à la Cour avec le
même succès qu'à laVille. C'estunediftinttion
d'autant plus flatteuse,que les Comédiens Ita
liens depuis long rems Wy représentent plus de
Pièces Françoises
Fermer
Résumé : EXTRAIT De la frivolité, Comédie en un Acte & en vers, de M. de Boissy.
Le texte présente 'La Frivolité', une comédie en vers écrite par M. de Boissy, qui critique la frivolité prédominante en France. Cette œuvre, représentée au Théâtre Italien, a été favorablement accueillie par le public, la cour et la ville. La pièce met en scène un dialogue entre l'Hiver et la Frivolité, cette dernière se vantant de son influence sur divers aspects de la société française, attirant magistrats, militaires et jeunes marquis. Un Suisse, incarnant un Socrate moderne, affirme que l'amusement est la seule réalité, et la Frivolité reconnaît la sagesse du Français qui préfère jouir des plaisirs sans chercher leur cause. 'La Frivolité' explore également les échanges culturels et les influences réciproques entre différents pays européens et l'Amérique. Les personnages notent des changements dans les mœurs, tels que l'émancipation des femmes en Italie et la consommation de vin en Turquie. Le commerce et les armes européens influencent d'autres régions, et la langue française est parlée dans de nombreux pays. Une révolution culturelle est en marche, avec le bon goût se formant en Europe tandis que celui des autres commence à s'altérer. Les savants européens trouvent refuge à Berlin, qui rivalise avec Paris dans les arts. La pièce se conclut par une célébration avec des airs burlesques et des danses, louant la musique et les performances, notamment celles de Madame Favart. 'La Frivolité' a connu un grand succès, avec douze représentations et des représentations à la cour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3446
p. 163
« L'Académie Royale de Musique a donné le Jeudi-gras, premier Mars, la [...] »
Début :
L'Académie Royale de Musique a donné le Jeudi-gras, premier Mars, la [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Académie Royale de Musique a donné le Jeudi-gras, premier Mars, la [...] »
L'A
'Académie Royale de Mufique a donné
le Jeudi-gras , premier Mars , la
premiere repréſentation du Jaloux corrigé ,
Opéra bouffon en un Acte , & du Devin
de Village , Intermede. On trouvera dans
un des précédens Mercures l'extrait du Jaloux
corrigé ; nous allons donner celui du
Devin de Village .
'Académie Royale de Mufique a donné
le Jeudi-gras , premier Mars , la
premiere repréſentation du Jaloux corrigé ,
Opéra bouffon en un Acte , & du Devin
de Village , Intermede. On trouvera dans
un des précédens Mercures l'extrait du Jaloux
corrigé ; nous allons donner celui du
Devin de Village .
Fermer
3447
p. 163-174
EXTRAIT DU DEVIN DE VILLAGE.
Début :
COLIN. M. Jeliotte. COLETTE. Mlle Fel. LE DEVIN. M. Cuvillier. [...]
Mots clefs :
Colin, Colette, Devin, Coeur, Amour, Bonheur, Divertissement, Berger, Musique, Intermède, Village, Aimer, Serviteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT DU DEVIN DE VILLAGE.
EXTRAIT
DU DEVIN DE VILLAGE,
ACTEUR S.
COLIN.
COLETTE.
LE DEVIN.
M. Feliotte.
Mlle Fel.
M. Cuvillier.
Colette & avere la Scene par
Olette foupirant & s'effuyant les yeux
>
un Monologue qui peint fa naïveté , fa
tendreffe pour Colin , & la douleur qu'el
le reffent de fon infidelité .
J'ai perdu tout mon bonheur ,.
164 MERCURE DE FRANCE .
J'ai perdu mon ferviteur
Colin me délaifle ,
Hélas il a pû changer !
Je voudrois n'y plus fonger :
J'y fonge fans ceffe.
J'ai perdu mon ferviteur ,
J'ai perdu tout mon bonheur,
Colin me délaiffe.
Il m'aimoit autrefois , & ce fut mon malheur ;
Mais quelle eft donc celle qu'il me préfere ?
Elle est donc bien charmante ! Imprudente berge
re ,
Ne crains- tu point les maux que j'éprouve en ce
jour ?
Colin à pû changer, tu peux avoir ton tour.
Que me fert d'y rêver fans ceffe ,
Rien ne peut guérir mon amour
Et tout augmente ma triftefle :
J'ai perdu mon ferviteur ,
J'ai perdu tout mon bonheur ,
Colin me délaiffe.
Colette va trouver le Devin du canton
, pour fçavoir le fort de fon amour ,
& tandis que le Devin s'avance gravement ,
Colette compte dans fa main de la monoye
; puis elle la plie dans un papier &
la préfente au Devin , après avoir un peu
hélité à l'aborder.
AVRI L.
165
1753.
Colette d'un air timide.
Perdrai - je Colin fans retour ?
Dites-moi s'il faut que je meure.
Le Devin apprend à Colette que la Da
me du lieu , moins belle , mais plus adroite
qu'elle , a fçû par des préfens captiver
Colin , qui aime à fe parer. Il lui fait ef
perer en même tems qu'il le ramenera à fes
pieds.
Colette.
Si des galans de la Ville
J'euffe écouté les difcours ,
Ah qu'il m'eût été facile
De former d'autres amours !
Mife en riche Demoiselle
Je brillerois tous les jours ,
De rubans , & de dentelle
Je chargerois mes atours.
Pour l'amour de l'infidele ,
J'ai refuſé mon bonheur :
J'aimois mieux être moins belle ;
Et lui conferver mon coeur.
Le Devin.
Je vous rendrai le fien , ce fera mon ouvrage ;
Yous , àle mieux garder appliquez tous vos foins,
Pour vous faire aimer davantage ,
Feignez d'aimer un peu moins,
L'Amour croît s'il s'inquiette ,
166 MERCURE DE FRANCE
Il s'endort s'il eft content ,
La bergere un peu coquette
Rend le berger plus conftant.
Colette promet de s'abandonner aux
fages leçons du Devin , qui après fon départ
, fait connoître dans un Monologue
qu'il la trompe , & que toute la fcience n'eſt
fondée que fur ce qu'il a appris de Colin :
ce Berger vient le trouver & lui dire qu'il
quitte la Dame du lieu , & préfere Colette
à des biens fuperflus.
Le Devin.
Colin , il n'eft plus tems , & Colette t'oublie
Colin.
Elle m'oublie , & Ciel ! Colette a pû changer,
Le Devin
Elle eft femme , jeune & jolie
Manqueroit-elle à ſe venger ?
Colin.
Non , Colette n'eft point trompeufe ;
Elle m'a promis la foi ,
Peut-elle être l'amoureufe
D'un autre berger que moi ?
Le Devin lui annonce que ce n'eft point
un berger , mais un beau Monfieur de la
Ville que Colette lui préfere ; Colin demande
en grace au Devin de lui apprendre
AVRI L. 1753. 167
coup affreux qu'il re- le moyen d'éviter le
doute , le Devin lui ordonne de le laiffer
feul un moment confulter ; il tire enfuite
de fa poche un Livre de grimoire ,
un petit bâton de Jacob , avec lefquels il
fait un charme. De jeunes payſannes qui
venoient le confulter laiffent tomber leurs
préfens , & le fauvent toutes effrayées en
voyant fes contorfions . Il dit après à Colin
que le charme eft fait , & que Colette
va paroître.
Colin.
A l'appailer pourrai -je parvenir ?
Hélas ! voudra-t- elle m'entendre
Le Devin.
Avec un coeur fidele & tendre
On a droit de tout obtenir.
à part.
Sur ce qu'elle doit dire allons la prévenir.
Colin refté feul , fe livre à l'efperance
de pofféder Colette qu'il regarde comme
le fouverain bien.
Quand on ſçait aimer & plaire ,
A-t-on befoin d'autre bien ?
Rends-moi ton coeur , mabergere
Colin t'a renda le fien,
Mon chalumeau , ma boulette
168 MERCURE DE FRANCE.
Soyez mes feules grandeurs ,
Ma parure eft ma Colette ,
Mes trésors font fes faveurs.
Qué de Seigneurs d'importance
Voudroient bien avoir fa foi !
Malgré toute leur puiſſance
Ils font moins heureux que moi.
Colette arrive parée , Colin l'apperce→
vant ne fçait s'il doit fuir , ou lui parler ,
& après avoir bien héſité , il l'aborde d'un
ton radouci , & d'un air moitié riant , &
moitié embaraflé.
Ma Colette , êtes- vous fâchée ?
Je fuis Colin , daignez me regarder,
Colette.
Colin m'aimoit , Colin m'étoit fidele ,
Je vous regarde , & ne vois plus Colin.
Colin.
Mon coeur n'a point changé ; mon erreur trop
cruelle
Venoit d'un fort jetté par quelque efprit malin
Le Devin l'a détruit , je fuis malgré l'envie
Toujours Colin , toujours plus amoureux.
Colette.
Par un fort à mon tour , je me fens poursuivie
Le Devin n'y peut rien.
Colin.
Que je fuis malheureux!
Colette.
AVRIL.
169 1753.
- Colette.
D'un amant plus conftant ,
Colin.
Votre infidélité ,
Ah de ma mort fuivie ,
Colette .
Vos foins font fuperflus , ´
Non , Colin , je ne t'aime plus.
Colin.
Ta foi ne m'eft point ravie :
Non , confulte mieux ton coeur ,
Toi-même en in'ôtant la vie ,
Tu perdrois tout ton bonheur .
Hélas !
Colette à part.
à Colin.
Non , vous m'avez trahie ,
Vos foins fout fuperflus ,
Non , Colin , je ne t'aime plus.
Colin.
C'en eft donc fait , vous voulez que je meure ,
Et je vais pour jamais m'éloigner du hameau .
Colette rappellant Colin qui s'éloigne lentement
.
Colin
Colin.
Quoi?
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Colette.
Tu me fuis ?
Colin.
Faut -il que je demeure ,
Pour vous voir un amant nouveau ?
Colette,
Tant qu'à mon Colin j'ai fçû plaire ,
Mon fort combloit mes défirs .
Colin.
Quand je plaifois à ma bergete ,
Je vivois dans les plaifirs .
Colette.
Depuis que fon coeur me méprife ,
Un autre a gagné le mien .
Colin.
Après le doux noeud qu'elle briſe ,
Seroit- il un autre bien !
D'un ton penétré.
Ma Colette fe dégage.
Colette.
Je crains un amant volage .
Enſemble.
Je me dégage à mon tour ,
Mon coeur devenu paifitle ,
Oublira , s'il eft poffible ,
AVRI L. 1753.
171
cher
Que tu lui fus
un jour.
chere
Colin.
Quelque bonheur qu'on me promette
Dans les noeuds qui me font offerts ,
J'euffe encor préféré Colette
A tous les biens de l'univers .
Colette.
Quoiqu'un Seigneur jeune , aimable ,
Me parle aujourd'hui d'amour
Colin m'eût femblé préférable
A tout l'éclat de la Cour.
Colin tendrement.
Ah Colette !.
Colette avec unfoupir.
Ah berger volage !
Faut-il t'aimer , malgré moi !
Colin fe jette aux pieds de Colette , elle
lui fait remarquer à fon chapeau un ru
ban fort riche qu'il a reçu de la Dame.
Colin le jette avec dédain ; Colette lui en
donne un plus fimple dont elle étoit parée
, & qu'il reçoit avec tranfport.
A jamais Colin
Enfemble.
je t'engage ,
t'engage ,
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Mon
Son
}
coeur &
{
ma
foi.
fa
Qu'un doux mariage
M'unifle avec toi :
Aimons toujours fans partage ,
Que l'amour foit notre loi .
Le Devin revient en leur difant qu'il
les a délivrés d'un cruel maléfice ; ils lui
offrent chacun un préfent , & le Devin
recevant des deux mains , leur répond galamment
qu'il eft affez payé s'ils font heurcux
.
Le Divertiffement commence par un
Choeur , & Colin chante cette Romance
au milieu du Divertiffement.
Dans ma cabane obfcure
Toujours loucis nouveaux ,
Vent , Soleil , ou froidure ,
Toujours peines & travaux :
Colette , ma bergere ,
Si tu viens l'habiter ,
Colin dans fa chaumiere
N'a rien à regretter.
Des champs , de la prairie
Retournant chaque foir ;
Chaque foir plus chérie
Je viendrai te revoir :
AVRIL.
1753. 173
Du Soleil dans nos plaines
Devançant le retour ,
Je charmerai mes peines ,
En chantant notre amour.
Les paroles du Jaloux corrigé font de M. Coler
& la Mufique de M. Blavet. Le Récitatif de cet
Intermede François , eft à peu près dans le goût
du récitatif Italien , autant du moins que la différence
des Langues a pú le permettre ; & malgré
la prévention prefque générale de notre Nation
contre le récitatit Italien , il n'a point paru que
les Spectateurs ayent été extrêmement choqués
de ce premier effai . Les Ariettes de l'Intermede
ne font autre chofe que des parodies des meilleures
Ariettes de la Serva Padrone , du Joueur , & du
Maitre de Musique ; & quoique tranfplantées ,
pour ainfi dire , elles ont été trouvées en général
agréables , entr'autres celle de l'Echo , celle
de Non , non , Madame Orgon , & celle du Due.
On a trouvé dans le Divertiffement , qui eft en
entier de M. Blavet , de bons airs de violon , & le
Vaudeville fur tout a très-bien réuffi .
Le Public a été aflez jufte pour ne pas trouver
mauvais que M. Manelli & Mile Tonelli , qui
jouoient , l'un le rôle de M. Orgon , & l'autre
celui de Suzon , & qui chantoient du François
pour la premiere fois de leur vie , euffent une
prononciation finguliere : leur jeu a été d'ailleurs
affez vif. Mlle Victoire chargée du rôle de Mad .
Orgon , y a mis beaucoup de fineffe , de naturel
d'efprit & de bonne plaifanterie. Cet effai a été
affez heureux pour qu'on puiffe efperer que la jeune
Actrice fera retirée de la danfe où elle eft peu
néceflaire , pour le chant où elle fera fort utile..
Les amateurs nous ont paru fouhaiter générale-
Hinj
174 MERCURE DE FRANCE.
ment ce changement . L'exécution du Divertiffement
qui eft fort gai , a répondu à celle du refte
de l'Intermede , & Mrs Hyacinthe & Laval s'y
font diftingués , ainfi que Mlle Raix & M. Beat .
Les Paroles & la Mufique du Devin du Village
, font de M. Rouleau de Genève , fi connu
par le Difcours de Dijon , & par les autres Ouvrages
qui en ont été la fuite . Cet Intermede qui
avoit été joué à Fontainebleau au mois d'Octobre
dernier avec un fuccès prefque inoui , à été
bien reçu à Paris. La multitude a trouvé les chants
de cet Intermede très agréables , & les gens d'efprit
ont remarqué de plus dans fa Mufique une
fineffe , une vérité , une naïveté d'expreffion fort
rares . Mile Fel & M. Jeliotte y ont fait aux (pectateurs
, le même plaifir qu'ils ont coutume de
faire dans les rôles dont ils font chargés , & on
a fort regretté qu'ils ayent été doublés fi - tôt . Dans
le Divertiffement on a fur tout goûté la Pantomime
, dont la Mufique a paru pleine de caractère
, & dont la danfe parfaitement bien adaptée à
la Mufique , a été très bien exécutée par Mlle
Raix & par Mrs Veftris & Lani.
Le Mardi 11 , on a retiré le Jaloux corrigé après
fix repréfentations , & on continue à donner le
Devin du Village , précédé de la Serva Padrona , &
fuivi du Maître de Musique , deux Intermedes Italiens
qui avoient beaucoup réuffi dans la nouveauté
, & qui continuent à réuffir beaucoup dans
la reprife. Le Divertiffement que M. Blavet avoit
fait pour le Jaloux corrigé , termine agréablement
le nouveau Spectacle. Mr Delatour & Mlle
Jaquet , jouent les roles de Colin & de Collete
dans le Devin du Village.
DU DEVIN DE VILLAGE,
ACTEUR S.
COLIN.
COLETTE.
LE DEVIN.
M. Feliotte.
Mlle Fel.
M. Cuvillier.
Colette & avere la Scene par
Olette foupirant & s'effuyant les yeux
>
un Monologue qui peint fa naïveté , fa
tendreffe pour Colin , & la douleur qu'el
le reffent de fon infidelité .
J'ai perdu tout mon bonheur ,.
164 MERCURE DE FRANCE .
J'ai perdu mon ferviteur
Colin me délaifle ,
Hélas il a pû changer !
Je voudrois n'y plus fonger :
J'y fonge fans ceffe.
J'ai perdu mon ferviteur ,
J'ai perdu tout mon bonheur,
Colin me délaiffe.
Il m'aimoit autrefois , & ce fut mon malheur ;
Mais quelle eft donc celle qu'il me préfere ?
Elle est donc bien charmante ! Imprudente berge
re ,
Ne crains- tu point les maux que j'éprouve en ce
jour ?
Colin à pû changer, tu peux avoir ton tour.
Que me fert d'y rêver fans ceffe ,
Rien ne peut guérir mon amour
Et tout augmente ma triftefle :
J'ai perdu mon ferviteur ,
J'ai perdu tout mon bonheur ,
Colin me délaiffe.
Colette va trouver le Devin du canton
, pour fçavoir le fort de fon amour ,
& tandis que le Devin s'avance gravement ,
Colette compte dans fa main de la monoye
; puis elle la plie dans un papier &
la préfente au Devin , après avoir un peu
hélité à l'aborder.
AVRI L.
165
1753.
Colette d'un air timide.
Perdrai - je Colin fans retour ?
Dites-moi s'il faut que je meure.
Le Devin apprend à Colette que la Da
me du lieu , moins belle , mais plus adroite
qu'elle , a fçû par des préfens captiver
Colin , qui aime à fe parer. Il lui fait ef
perer en même tems qu'il le ramenera à fes
pieds.
Colette.
Si des galans de la Ville
J'euffe écouté les difcours ,
Ah qu'il m'eût été facile
De former d'autres amours !
Mife en riche Demoiselle
Je brillerois tous les jours ,
De rubans , & de dentelle
Je chargerois mes atours.
Pour l'amour de l'infidele ,
J'ai refuſé mon bonheur :
J'aimois mieux être moins belle ;
Et lui conferver mon coeur.
Le Devin.
Je vous rendrai le fien , ce fera mon ouvrage ;
Yous , àle mieux garder appliquez tous vos foins,
Pour vous faire aimer davantage ,
Feignez d'aimer un peu moins,
L'Amour croît s'il s'inquiette ,
166 MERCURE DE FRANCE
Il s'endort s'il eft content ,
La bergere un peu coquette
Rend le berger plus conftant.
Colette promet de s'abandonner aux
fages leçons du Devin , qui après fon départ
, fait connoître dans un Monologue
qu'il la trompe , & que toute la fcience n'eſt
fondée que fur ce qu'il a appris de Colin :
ce Berger vient le trouver & lui dire qu'il
quitte la Dame du lieu , & préfere Colette
à des biens fuperflus.
Le Devin.
Colin , il n'eft plus tems , & Colette t'oublie
Colin.
Elle m'oublie , & Ciel ! Colette a pû changer,
Le Devin
Elle eft femme , jeune & jolie
Manqueroit-elle à ſe venger ?
Colin.
Non , Colette n'eft point trompeufe ;
Elle m'a promis la foi ,
Peut-elle être l'amoureufe
D'un autre berger que moi ?
Le Devin lui annonce que ce n'eft point
un berger , mais un beau Monfieur de la
Ville que Colette lui préfere ; Colin demande
en grace au Devin de lui apprendre
AVRI L. 1753. 167
coup affreux qu'il re- le moyen d'éviter le
doute , le Devin lui ordonne de le laiffer
feul un moment confulter ; il tire enfuite
de fa poche un Livre de grimoire ,
un petit bâton de Jacob , avec lefquels il
fait un charme. De jeunes payſannes qui
venoient le confulter laiffent tomber leurs
préfens , & le fauvent toutes effrayées en
voyant fes contorfions . Il dit après à Colin
que le charme eft fait , & que Colette
va paroître.
Colin.
A l'appailer pourrai -je parvenir ?
Hélas ! voudra-t- elle m'entendre
Le Devin.
Avec un coeur fidele & tendre
On a droit de tout obtenir.
à part.
Sur ce qu'elle doit dire allons la prévenir.
Colin refté feul , fe livre à l'efperance
de pofféder Colette qu'il regarde comme
le fouverain bien.
Quand on ſçait aimer & plaire ,
A-t-on befoin d'autre bien ?
Rends-moi ton coeur , mabergere
Colin t'a renda le fien,
Mon chalumeau , ma boulette
168 MERCURE DE FRANCE.
Soyez mes feules grandeurs ,
Ma parure eft ma Colette ,
Mes trésors font fes faveurs.
Qué de Seigneurs d'importance
Voudroient bien avoir fa foi !
Malgré toute leur puiſſance
Ils font moins heureux que moi.
Colette arrive parée , Colin l'apperce→
vant ne fçait s'il doit fuir , ou lui parler ,
& après avoir bien héſité , il l'aborde d'un
ton radouci , & d'un air moitié riant , &
moitié embaraflé.
Ma Colette , êtes- vous fâchée ?
Je fuis Colin , daignez me regarder,
Colette.
Colin m'aimoit , Colin m'étoit fidele ,
Je vous regarde , & ne vois plus Colin.
Colin.
Mon coeur n'a point changé ; mon erreur trop
cruelle
Venoit d'un fort jetté par quelque efprit malin
Le Devin l'a détruit , je fuis malgré l'envie
Toujours Colin , toujours plus amoureux.
Colette.
Par un fort à mon tour , je me fens poursuivie
Le Devin n'y peut rien.
Colin.
Que je fuis malheureux!
Colette.
AVRIL.
169 1753.
- Colette.
D'un amant plus conftant ,
Colin.
Votre infidélité ,
Ah de ma mort fuivie ,
Colette .
Vos foins font fuperflus , ´
Non , Colin , je ne t'aime plus.
Colin.
Ta foi ne m'eft point ravie :
Non , confulte mieux ton coeur ,
Toi-même en in'ôtant la vie ,
Tu perdrois tout ton bonheur .
Hélas !
Colette à part.
à Colin.
Non , vous m'avez trahie ,
Vos foins fout fuperflus ,
Non , Colin , je ne t'aime plus.
Colin.
C'en eft donc fait , vous voulez que je meure ,
Et je vais pour jamais m'éloigner du hameau .
Colette rappellant Colin qui s'éloigne lentement
.
Colin
Colin.
Quoi?
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Colette.
Tu me fuis ?
Colin.
Faut -il que je demeure ,
Pour vous voir un amant nouveau ?
Colette,
Tant qu'à mon Colin j'ai fçû plaire ,
Mon fort combloit mes défirs .
Colin.
Quand je plaifois à ma bergete ,
Je vivois dans les plaifirs .
Colette.
Depuis que fon coeur me méprife ,
Un autre a gagné le mien .
Colin.
Après le doux noeud qu'elle briſe ,
Seroit- il un autre bien !
D'un ton penétré.
Ma Colette fe dégage.
Colette.
Je crains un amant volage .
Enſemble.
Je me dégage à mon tour ,
Mon coeur devenu paifitle ,
Oublira , s'il eft poffible ,
AVRI L. 1753.
171
cher
Que tu lui fus
un jour.
chere
Colin.
Quelque bonheur qu'on me promette
Dans les noeuds qui me font offerts ,
J'euffe encor préféré Colette
A tous les biens de l'univers .
Colette.
Quoiqu'un Seigneur jeune , aimable ,
Me parle aujourd'hui d'amour
Colin m'eût femblé préférable
A tout l'éclat de la Cour.
Colin tendrement.
Ah Colette !.
Colette avec unfoupir.
Ah berger volage !
Faut-il t'aimer , malgré moi !
Colin fe jette aux pieds de Colette , elle
lui fait remarquer à fon chapeau un ru
ban fort riche qu'il a reçu de la Dame.
Colin le jette avec dédain ; Colette lui en
donne un plus fimple dont elle étoit parée
, & qu'il reçoit avec tranfport.
A jamais Colin
Enfemble.
je t'engage ,
t'engage ,
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Mon
Son
}
coeur &
{
ma
foi.
fa
Qu'un doux mariage
M'unifle avec toi :
Aimons toujours fans partage ,
Que l'amour foit notre loi .
Le Devin revient en leur difant qu'il
les a délivrés d'un cruel maléfice ; ils lui
offrent chacun un préfent , & le Devin
recevant des deux mains , leur répond galamment
qu'il eft affez payé s'ils font heurcux
.
Le Divertiffement commence par un
Choeur , & Colin chante cette Romance
au milieu du Divertiffement.
Dans ma cabane obfcure
Toujours loucis nouveaux ,
Vent , Soleil , ou froidure ,
Toujours peines & travaux :
Colette , ma bergere ,
Si tu viens l'habiter ,
Colin dans fa chaumiere
N'a rien à regretter.
Des champs , de la prairie
Retournant chaque foir ;
Chaque foir plus chérie
Je viendrai te revoir :
AVRIL.
1753. 173
Du Soleil dans nos plaines
Devançant le retour ,
Je charmerai mes peines ,
En chantant notre amour.
Les paroles du Jaloux corrigé font de M. Coler
& la Mufique de M. Blavet. Le Récitatif de cet
Intermede François , eft à peu près dans le goût
du récitatif Italien , autant du moins que la différence
des Langues a pú le permettre ; & malgré
la prévention prefque générale de notre Nation
contre le récitatit Italien , il n'a point paru que
les Spectateurs ayent été extrêmement choqués
de ce premier effai . Les Ariettes de l'Intermede
ne font autre chofe que des parodies des meilleures
Ariettes de la Serva Padrone , du Joueur , & du
Maitre de Musique ; & quoique tranfplantées ,
pour ainfi dire , elles ont été trouvées en général
agréables , entr'autres celle de l'Echo , celle
de Non , non , Madame Orgon , & celle du Due.
On a trouvé dans le Divertiffement , qui eft en
entier de M. Blavet , de bons airs de violon , & le
Vaudeville fur tout a très-bien réuffi .
Le Public a été aflez jufte pour ne pas trouver
mauvais que M. Manelli & Mile Tonelli , qui
jouoient , l'un le rôle de M. Orgon , & l'autre
celui de Suzon , & qui chantoient du François
pour la premiere fois de leur vie , euffent une
prononciation finguliere : leur jeu a été d'ailleurs
affez vif. Mlle Victoire chargée du rôle de Mad .
Orgon , y a mis beaucoup de fineffe , de naturel
d'efprit & de bonne plaifanterie. Cet effai a été
affez heureux pour qu'on puiffe efperer que la jeune
Actrice fera retirée de la danfe où elle eft peu
néceflaire , pour le chant où elle fera fort utile..
Les amateurs nous ont paru fouhaiter générale-
Hinj
174 MERCURE DE FRANCE.
ment ce changement . L'exécution du Divertiffement
qui eft fort gai , a répondu à celle du refte
de l'Intermede , & Mrs Hyacinthe & Laval s'y
font diftingués , ainfi que Mlle Raix & M. Beat .
Les Paroles & la Mufique du Devin du Village
, font de M. Rouleau de Genève , fi connu
par le Difcours de Dijon , & par les autres Ouvrages
qui en ont été la fuite . Cet Intermede qui
avoit été joué à Fontainebleau au mois d'Octobre
dernier avec un fuccès prefque inoui , à été
bien reçu à Paris. La multitude a trouvé les chants
de cet Intermede très agréables , & les gens d'efprit
ont remarqué de plus dans fa Mufique une
fineffe , une vérité , une naïveté d'expreffion fort
rares . Mile Fel & M. Jeliotte y ont fait aux (pectateurs
, le même plaifir qu'ils ont coutume de
faire dans les rôles dont ils font chargés , & on
a fort regretté qu'ils ayent été doublés fi - tôt . Dans
le Divertiffement on a fur tout goûté la Pantomime
, dont la Mufique a paru pleine de caractère
, & dont la danfe parfaitement bien adaptée à
la Mufique , a été très bien exécutée par Mlle
Raix & par Mrs Veftris & Lani.
Le Mardi 11 , on a retiré le Jaloux corrigé après
fix repréfentations , & on continue à donner le
Devin du Village , précédé de la Serva Padrona , &
fuivi du Maître de Musique , deux Intermedes Italiens
qui avoient beaucoup réuffi dans la nouveauté
, & qui continuent à réuffir beaucoup dans
la reprife. Le Divertiffement que M. Blavet avoit
fait pour le Jaloux corrigé , termine agréablement
le nouveau Spectacle. Mr Delatour & Mlle
Jaquet , jouent les roles de Colin & de Collete
dans le Devin du Village.
Fermer
Résumé : EXTRAIT DU DEVIN DE VILLAGE.
Dans le 'Devin du Village', Colette, blessée par l'infidélité de Colin, consulte un devin qui lui révèle que Colin a été séduit par une autre femme et lui conseille de feindre l'indifférence. Informé par le devin que Colette le préfère à un autre homme, Colin tente de la reconquérir. Cependant, Colette, suivant le conseil du devin, affirme ne plus l'aimer. Les deux personnages expriment alors leur souffrance et leur désir de se libérer mutuellement. Le texte mentionne également la pièce de théâtre 'Le Jaloux corrigé', avec des paroles de M. Coler et la musique de M. Blavet. Cette pièce inclut un intermède français au style récitatif italien, bien accueilli par le public. Les ariettes sont des parodies d'œuvres célèbres comme 'La Serva Padrone' et 'Le Joueur'. Le divertissement musical, composé par M. Blavet, est apprécié pour ses airs de violon et son vaudeville. Les acteurs M. Manelli, Mlle Tonelli et Mlle Victoire sont salués pour leurs performances. La pièce 'Le Devin du Village' connaît un grand succès à Paris après avoir triomphé à Fontainebleau. Les chants et la musique de cette œuvre sont loués pour leur finesse et leur naïveté. Les acteurs Mlle Fel et M. Jéliotte sont particulièrement remarqués. Le spectacle se termine par un divertissement de M. Blavet, et les rôles de Colin et Colette sont interprétés par M. Delatour et Mlle Jaquet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3448
p. 174-175
« Les Comédiens François ont remis au Théatre le Mercredi 28 Février, la Force du naturel, Comédie [...] »
Début :
Les Comédiens François ont remis au Théatre le Mercredi 28 Février, la Force du naturel, Comédie [...]
Mots clefs :
Théâtre, Comédie, Comédiens-Français, Opéra-Comique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François ont remis au Théatre le Mercredi 28 Février, la Force du naturel, Comédie [...] »
Les Comédiens François ont remis au Théatre
A VRI L. 1753. 175
le Mercredi 28 Février , la Force du naturel , Comédie
en Vers , & en cinq Actes , de M. Nericaut
Deftouches ; elle a eu cinq repréſentations .
Le Public a revû avec beaucoup de plaifir fur
le même Théatre le Lundi cinq Mars & les jours
fuivans , l'Impertinent , Comédie en Vets & en un
Acte , de M. Defmabis , qui avoit été jouée en
1750 avec un grand fuccès : le principal rôle de
cette Piéce eft rendu dans la plus grande perfection
par M. Grandval , Acteur inimitable pour les
rôles de ce genre.
L'Opéra Comique a donné le Mardi 13 du
mois dernier , la premiere repréſentation du Safffant,
Piece nouvelle en un Acte , qui réuffit fort .
A VRI L. 1753. 175
le Mercredi 28 Février , la Force du naturel , Comédie
en Vers , & en cinq Actes , de M. Nericaut
Deftouches ; elle a eu cinq repréſentations .
Le Public a revû avec beaucoup de plaifir fur
le même Théatre le Lundi cinq Mars & les jours
fuivans , l'Impertinent , Comédie en Vets & en un
Acte , de M. Defmabis , qui avoit été jouée en
1750 avec un grand fuccès : le principal rôle de
cette Piéce eft rendu dans la plus grande perfection
par M. Grandval , Acteur inimitable pour les
rôles de ce genre.
L'Opéra Comique a donné le Mardi 13 du
mois dernier , la premiere repréſentation du Safffant,
Piece nouvelle en un Acte , qui réuffit fort .
Fermer
Résumé : « Les Comédiens François ont remis au Théatre le Mercredi 28 Février, la Force du naturel, Comédie [...] »
En février 1753, les Comédiens Français ont joué 'La Force du naturel' de Nericault Destouches cinq fois. Le public a aussi apprécié 'L'Impertinent' de Desmahis, avec M. Grandval, les 5 et 6 mars. L'Opéra Comique a présenté 'Le Savetier' le 13 mars.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3449
p. 163-171
CONCERTS SPIRITUELS.
Début :
Le Concert a attiré plus de monde dans la quinzaine de Pâques, qu'il ne [...]
Mots clefs :
Motet à grand choeur, Concert, Chanter, Motet, Musique, Jouer, M. Mondoville, Symphonie, Morceaux, Concerto, Petit motet, Chapelle, Salve Regina, Jean-Jacques Rousseau, M. Carminati
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERTS SPIRITUELS.
CONCERTS SPIRITUELS.
L
E Concert a attiré plus de monde
dans la quinzaine de Pâque , qu'il ne
l'avoit fait les années précédentes. On va
voir par le détail des différens morceaux
qui y ont été exécutés , que ce fuccès étoit
dû aux foins & au goût des Directeurs.
Nous ne ferons qu'indiquer ce qui eft
164 MERCURE DE FRANCE
connu ; nous nous arrêterons un peu plus
fur les nouveautés.
Le Concert du Dimache huit , jour de
la Paffion, commença par une Symphonie;
enfuite Deus , venerunt gentes , nouvea
Motet de M. Fanton , qui fut affez mal
exécuté. Une fymphonie de M.Guillemain,
Ordinaire de la Mufique du Roi . M. Al
banefe , de la Mufique de la Chapelle du
Roi , chanta très agréablement deux morceaux
Italiens bien choisis , le 1 del Signot
Caputy , le 2º de M. Haffe . M. Carminati,
Venitien , établi à Lyon , joua un Concerró
de violon , & a joué plufieurs fois
depuis. Les Connoiffeurs l'ont fort goûté ,
& le Public a trouvé fon jeu fort précis &
fort fage. Le Concert finit par Bonum eft,
Motet à grand choeur , de M. Mondon
ville.
Le Concert du Vendredi de la Paffion,
13 Avril , commença par la premiere ouverture
des fymphonies de M. Martin ; enfuite
Deprofundis , Motet à grand choeur
de M. Mion , qui ne réuffit point : une
fymphonie à cor- de- chaffe. M. Gelin chanta
Inclina Domine ,' petit motet de M. Martin.
M. Carminati joua un Concerto de
violon . M. Albanefe chanta avec beaucoup
de goût & de naturel , deux beaux
morceaux Italiens. Le premier , del SiJUIN.
1753. 165
gnor Pergolefi , le deuxième , del Signor
Romani . Le Concert finit par Magnus Dominus
, motet à grand choeur de M. Mondonville,
Le Concert du Dimanche des Rameaux,
quinze Avril , commença par une Symphonie
; enfuite Cantate Domino , canticum
novum , motet à grand choeur de M. Martin.
M. Albanele chanta deux morceaux
Italiens. M. Gaviniés joua feul & bien,
M. Richer , Page de la Mufique de la Chapelle
du Roi , qui fit les délices de tour
Paris l'an dernier , chanta une Ariette fort
agréable de M. l'Abbé Blanchard. On
trouva que fon goût n'avoit pas diminué
que fa voix s'étoit fortifiée . Le Concert
finit parDe profundis , motet à grand choeur
de M, Mondonville.
&
?
Le Lundi feize , le Concert commença
par une fymphonie. On donna enfuite
pour la premiere fois , le Stabat mater
del Signor Pergolefi , motet fi célebre dans
toute l'Europe , & qui depuis qu'on l'avoit
annoncé , fixoit l'attention de tout
Paris . Cet Ouvrage fur mieux reçu des
Connoiffeurs que de la multitude. Les
morceaux qui ont le plus réuffi font le
Prélude admirable , par lequel ouvre le
motet , le Stabat Mater en Duo , & le
Récit Vidit fuum dulcem natum. Il ne pa164
MERCURE DE FRANCE
P
connu ; nous nous arrêterons un peu plus
fur les nouveautés.
Le Concert du Dimache huit , jour de
la Paffion , commença par une Symphonie;
enfuite Deus , venerunt gentes , nouveau
Motet de M. Fanton , qui fut affez mal
exécuté. Une fymphonie de M.Guillemain,
Ordinaire de la Mufique du Roi . M. Albanefe
, de la Mufique de la Chapelle du
Roi , chanta très agréablement deux morceaux
Italiens bien choisis , le 1 del Signor
Caputy , le 2º de M. Haffe . M. Carminati,
Venitien , établi à Lyon , joua un Concerró
de violon , & a joué plufieurs fois
depuis. Les Connoiffeurs l'ont fort goûté ,
& le Public a trouvé fon jeu fort précis &
fort fage. Le Concert finit par Bonum eft ,
Motet à grand choeur , de M. Mondonville.
Le Concert du Vendredi de la Paffion ,
13 Avril , commença par la premiere ouverture
des fymphonies de M. Martin ; enfuite
De profundis , Motet à grand choeur
de M. Mion , qui ne réuffit point : une
fymphonie à cor-de- chaffe. M. Gelin chanta
Inclina Domine ,' petit motet de M. Martin.
M. Carminati joua un Concerto de
violon . M. Albanefe chanta avec beaucoup
de goût & de naturel , deux beaux
morceaux Italiens . Le premier , del Si
JUIN. 1753 . 165
gnor Pergolefi , le deuxième , del Signor
Romani. Le Concert finit par Magnus Dominus
, motet à grand choeur de M. Mondonville,
Le Concert du Dimanche des Rameaux,
quinze Avril , commença par une Symphonie
; enfuite Cantate Domino , canticum
novum , motet à grand choeur de M. Martin.
M. Albanele chanta deux morceaux
Italiens . M. Gaviniés joua feul & bien.
M. Richer , Page de la Mufique de la Chapelle
du Roi , qui fit les délices de tour
Paris l'an dernier , chanta une Ariette fort
agréable de M. l'Abbé Blanchard . On
trouva que fon goût n'avoit pas diminué
que fa voix s'étoit fortifiée. Le Concert
finit parDe profundis , motet à grand choeur
de M. Mondonville ,
&
Le Lundi feize , le Concert commença
par une fymphonie. On donna enfuite
pour la premiere fois , le Stabat mater ,
del Signor Pergolefi , motet fi célebre dans
toute l'Europe , & qui depuis qu'on l'avoit
annoncé , fixoit l'attention de tout
Paris . Cet Ouvrage fur mieux reçu des
Connoiffeurs que de la multitude. Les
morceaux qui ont le plus réuffi font le
Prélude admirable , par lequel ouvre le
motet , le Stabat Mater en Duo , & le
Récit Vidit fuum dulcem natum . Il ne pa166
MERCURE DE FRANCE.
que
roît pas poffible de pouffer plus loin l'expreffion
de la douleur & de la tendreſſe ,
le Muficien l'a fait dans ces morceaux.
Mais ce qui eft peut- être plus admirable encore
, parce que cela étoit plus difficile ,
c'eft l'art qu'il a eu de varier le mouvement
dans les différens morceaux de fon motet
fans varier l'expreffion . Par exemple dans
le fecond morceau Cujus animam gementem
, qui eft fur un mouvement afſez vif,
le Muficien a fçû mettre une expreffion de
douleur , que les Connoiffeurs y ont bien
fentie , & qui n'a peut- être pas été rendu
par l'exécution auffi parfaitement qu'elle
pouvoit l'être. On auroit défiré aufli qu'à
la place de la fugue Fac ut erdeat cor
meum , qui a fait peu d'effet au Concert
on eût fubftitué le duo Quis eft homo ,
non fleret , qui n'eft pas inférieur aux plus
beaux morceaux du Motet. Quoiqu'il en
foit de ces obfervations , le fuccès du Sta- ·
bat a été affez grand pour qu'on l'ait don
né cinq jours de fuite , & pour qu'il air
été redemandé une fixième fois. Ce Moter
a été exécuté par Mrs Dota & Albaneſe
Italiens , de la Mufique du Roi.
1
qui
Le Concert du Mardi commença par
une fymphonie à cors- de- chaffe , enfuite
le Stabat. Mlle Davaux débuta dans Magna
eft gloria ejus , morceau tiré du moter
JUIN. 1.753. 167
Domine in virtute tuâ , de M. de Lalande.
Mlle Dayaux eft un fujet de la plus grande
& de la plus rare efpérance : la voix eft
nette , franche , naturelle , fenfible & fonore.
On ne doit pas craindre que ce ta
lent fe gâte comme nous en avons vû ſe
gâter tant d'autres : les arrangemens qui
ont été pris pour la perfectionner font trèsfages
, & formeront , felon toutes les apparences
, pour l'Opéra un fujet dont ila
très- grand befoin . Après que M. Carminati
eut joué un Concerto , Mlle Fel
chanta , comme elle feule fçait chanter ,
Salve Regina , petit motet de M. Rouffeau,
Auteur du Devin du Village , & du Diſcours
de Dijon. On a trouvé dans ce Motet
beaucoup de chant & d'expreflion , &
les Connoiffeurs défirent que M. Rouffeau
continue à enrichir la Littérature & la
Mufique Françoife & Latine par fes Ouvrages.
Mercredi le Concert commença par
une Symphonie, M. Dota & M. Albanefe
chanterent Stabat Mater , del Signor Pergolef
; enfuite Diligam te , motet à grandchoeur
de M. Gilles , dans lequel Mlle
Bouroux chanta Beata gens , morceau ajoûté
de M. de Lalande . M. Gaviniès joua
feul. Le Concert finit par De profundis
no tet à grand choeur de M, Mondonville.
168 MERCURE DE FRANCE.
Jeudi le Concert commença par une
fymphonie , dans laquelle M. Peria & M.
Grillet donnerent du cors. M. Dota & M.
Albaneſe , Ordinaires de la Mufique de la
Chapelle du Roi , chanterent Stabat Ma
ter , del Signor Pergolefi. Mlle Davau
chanta Magna eft gloria ejus , morceau tiré
d'un moter de M. de Lalande , Domine in
virtute tua, M. Carminati joua un Concerto.
Mile Fel chanta Salve Regina , petit
moter nouveau de M. Rouffeau . Le Ĉoncert
finit par Diligam te , motet à grand
choeur de M. Madin,
Vendredi , le Concert commença par
une fymphonie ; enfuite le Stabat Mater,
del Signor Pergolefi , chanté par M, Dota
& Albaneſe , Ordinaires de la Mufique de
la Chapelle du Roi, Mlle Duperey & M,
Gelin chanterent Cantemus Domino , petit
motet de M, Mouret. M. Gaviniés joua
feul . Mile Davaux chanta Magna eft gloria
ejus , morceau tiré d'un motet de M. de
Lalande , Domine in virtute tuâ, Le Concert
finit par De profundis , motet à grand
choeur de M. Mondonville ,
Samedi le Concert commença par une
fymphonie à tymballes & trompettes de
M. Pleffi cadet , de l'Académie Royale de
Mufique : enfuite Cantate , motet à grand
choeur , à timballes & trompettes , de M,
Davelne ,
JUI N. 1753. 169
Daveſne , de l'Académie Royale de Mufique.
Mlle Duperey chanta fort bien Regina
Cali , petit moret de M. Mouret . Mlle Fel
& M. Gaviniés exécuterent un concerto
accompagné de voix , de la compofition de
M. Mondonville. Le Concert finit par Co-
Li enarrant , motet à grand choeur du même
Auteur.
:
Dimanche , jour de Pâques , le Concert
commença par une fymphonie de M. Geminiani
enfuite Domine in virtute tuâ ,
motet à deux choeurs de M. Cordelet . M.
Albanefe chanta un air Italien . M.Taillard
joua fort agréablement un concerto de flûte.
Mlle Duperey & M. Richer , Page de la
Mufique de la Chapelle du Roi , chante .
rent Confitemini Domino , petit motet de
M. Cordeler. M. Gaviniés joua feul . Mlle
Fel chanta Laudate pueri Dominum , petit
moret de M. Fiocio . Le Concert finit par
Venite exultemus , motet à grand choeur de
M. Mondonville.
' Lundi de Pâques , le Concert commença
par une fymphonie , enfuite Deus venerunt
gentes , motet à grand choeur de M.
Fanton . M. Richer , Page de la Mufique
de la Chapelle du Roi , chanta une ariette
nouvelle de M. l'Abbé Blanchard. M.
Piffet le fils , joua un concerto de violon .
M. Albaneſe chanta une ariette Italienne.
1. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE:
M. Carminati joua un concerto . Le Con
cert finit par Bonum eft , motet à grand
choeur de M. Mondonville .
Mardi , le Concert commença par une
fymphonie nouvelle à cors- de - chaſſe , de
M. ***. Enfuite Jubilate Deo , motet nouveau
à grand choeur de M. Martin . M.
Moria joua un concerto de violon . M. Richer
, Page de la Mufique du Roi , chanta
une ariette nouvelle & bien faite de M.
l'Abbé Blanchard . M. Carminati joua un
concerto. Mlle Davaux chanta Magna eft
gloria ejus , récit tiré d'un motet de M. Lalande
, Domine in virtute tuâ. Le Concert
finit par Nifi Dominus , motet à grand choeur
de M. Mondonville,
Vendredi , le Concert commença par
une fymphonie à cors- de - chaffe . M. Dota
& M. Albanefe , Ordinaires de la Mufique
de la Chapelle du Roi , chanterent
Stabat Mater , del Signor Pergolefi . Mlle
Dubut chanta Jubilate Deo , petit motet.
Mlle Fel & M. Gaviniés exécuterent un
concerto accompagné de voix , de la compofition
de M. Mondonville . Mlle Davaux
chanta Venite exultemus , petit motet
de M. Mouret. Le Concert finit par Dominus
regnavit , motet à grand choeur de M.
Mondonville.
Dimanche , jour de Quafimodo , le`
JUIN. 1753. 171
Concert commença par la premiere Sonate
des Piéccs de Clavecin de M. Mondonville
, enfuite Cali enarrant , motet à grand
choeur du même Auteur . M. Gelin chanta
Cantemus Domino, petit motet. M. Albanefe
chanta un air Italien . M. Taillard joua
un concerto de flûte . Mlle Duperey & M.
Richer , Page de la Mufique de la Chapelle
du Roi , chanterent Confitemini Domino ,
petit motet de M. Cordelet. Mlle Davaux.
chanta Venite exultemus , petit motet de
M. Mouret. M. Gaviniés joua feul . Mlle
Fel chanta Salve Regina , petit motet de
M. Rouffeau. Le Concert finit par Venite
exultemus , motet à grand choeur de M.
Mondonville.
L
E Concert a attiré plus de monde
dans la quinzaine de Pâque , qu'il ne
l'avoit fait les années précédentes. On va
voir par le détail des différens morceaux
qui y ont été exécutés , que ce fuccès étoit
dû aux foins & au goût des Directeurs.
Nous ne ferons qu'indiquer ce qui eft
164 MERCURE DE FRANCE
connu ; nous nous arrêterons un peu plus
fur les nouveautés.
Le Concert du Dimache huit , jour de
la Paffion, commença par une Symphonie;
enfuite Deus , venerunt gentes , nouvea
Motet de M. Fanton , qui fut affez mal
exécuté. Une fymphonie de M.Guillemain,
Ordinaire de la Mufique du Roi . M. Al
banefe , de la Mufique de la Chapelle du
Roi , chanta très agréablement deux morceaux
Italiens bien choisis , le 1 del Signot
Caputy , le 2º de M. Haffe . M. Carminati,
Venitien , établi à Lyon , joua un Concerró
de violon , & a joué plufieurs fois
depuis. Les Connoiffeurs l'ont fort goûté ,
& le Public a trouvé fon jeu fort précis &
fort fage. Le Concert finit par Bonum eft,
Motet à grand choeur , de M. Mondon
ville.
Le Concert du Vendredi de la Paffion,
13 Avril , commença par la premiere ouverture
des fymphonies de M. Martin ; enfuite
Deprofundis , Motet à grand choeur
de M. Mion , qui ne réuffit point : une
fymphonie à cor- de- chaffe. M. Gelin chanta
Inclina Domine ,' petit motet de M. Martin.
M. Carminati joua un Concerto de
violon . M. Albanefe chanta avec beaucoup
de goût & de naturel , deux beaux
morceaux Italiens. Le premier , del SiJUIN.
1753. 165
gnor Pergolefi , le deuxième , del Signor
Romani . Le Concert finit par Magnus Dominus
, motet à grand choeur de M. Mondonville,
Le Concert du Dimanche des Rameaux,
quinze Avril , commença par une Symphonie
; enfuite Cantate Domino , canticum
novum , motet à grand choeur de M. Martin.
M. Albanele chanta deux morceaux
Italiens. M. Gaviniés joua feul & bien,
M. Richer , Page de la Mufique de la Chapelle
du Roi , qui fit les délices de tour
Paris l'an dernier , chanta une Ariette fort
agréable de M. l'Abbé Blanchard. On
trouva que fon goût n'avoit pas diminué
que fa voix s'étoit fortifiée . Le Concert
finit parDe profundis , motet à grand choeur
de M, Mondonville.
&
?
Le Lundi feize , le Concert commença
par une fymphonie. On donna enfuite
pour la premiere fois , le Stabat mater
del Signor Pergolefi , motet fi célebre dans
toute l'Europe , & qui depuis qu'on l'avoit
annoncé , fixoit l'attention de tout
Paris . Cet Ouvrage fur mieux reçu des
Connoiffeurs que de la multitude. Les
morceaux qui ont le plus réuffi font le
Prélude admirable , par lequel ouvre le
motet , le Stabat Mater en Duo , & le
Récit Vidit fuum dulcem natum. Il ne pa164
MERCURE DE FRANCE
P
connu ; nous nous arrêterons un peu plus
fur les nouveautés.
Le Concert du Dimache huit , jour de
la Paffion , commença par une Symphonie;
enfuite Deus , venerunt gentes , nouveau
Motet de M. Fanton , qui fut affez mal
exécuté. Une fymphonie de M.Guillemain,
Ordinaire de la Mufique du Roi . M. Albanefe
, de la Mufique de la Chapelle du
Roi , chanta très agréablement deux morceaux
Italiens bien choisis , le 1 del Signor
Caputy , le 2º de M. Haffe . M. Carminati,
Venitien , établi à Lyon , joua un Concerró
de violon , & a joué plufieurs fois
depuis. Les Connoiffeurs l'ont fort goûté ,
& le Public a trouvé fon jeu fort précis &
fort fage. Le Concert finit par Bonum eft ,
Motet à grand choeur , de M. Mondonville.
Le Concert du Vendredi de la Paffion ,
13 Avril , commença par la premiere ouverture
des fymphonies de M. Martin ; enfuite
De profundis , Motet à grand choeur
de M. Mion , qui ne réuffit point : une
fymphonie à cor-de- chaffe. M. Gelin chanta
Inclina Domine ,' petit motet de M. Martin.
M. Carminati joua un Concerto de
violon . M. Albanefe chanta avec beaucoup
de goût & de naturel , deux beaux
morceaux Italiens . Le premier , del Si
JUIN. 1753 . 165
gnor Pergolefi , le deuxième , del Signor
Romani. Le Concert finit par Magnus Dominus
, motet à grand choeur de M. Mondonville,
Le Concert du Dimanche des Rameaux,
quinze Avril , commença par une Symphonie
; enfuite Cantate Domino , canticum
novum , motet à grand choeur de M. Martin.
M. Albanele chanta deux morceaux
Italiens . M. Gaviniés joua feul & bien.
M. Richer , Page de la Mufique de la Chapelle
du Roi , qui fit les délices de tour
Paris l'an dernier , chanta une Ariette fort
agréable de M. l'Abbé Blanchard . On
trouva que fon goût n'avoit pas diminué
que fa voix s'étoit fortifiée. Le Concert
finit parDe profundis , motet à grand choeur
de M. Mondonville ,
&
Le Lundi feize , le Concert commença
par une fymphonie. On donna enfuite
pour la premiere fois , le Stabat mater ,
del Signor Pergolefi , motet fi célebre dans
toute l'Europe , & qui depuis qu'on l'avoit
annoncé , fixoit l'attention de tout
Paris . Cet Ouvrage fur mieux reçu des
Connoiffeurs que de la multitude. Les
morceaux qui ont le plus réuffi font le
Prélude admirable , par lequel ouvre le
motet , le Stabat Mater en Duo , & le
Récit Vidit fuum dulcem natum . Il ne pa166
MERCURE DE FRANCE.
que
roît pas poffible de pouffer plus loin l'expreffion
de la douleur & de la tendreſſe ,
le Muficien l'a fait dans ces morceaux.
Mais ce qui eft peut- être plus admirable encore
, parce que cela étoit plus difficile ,
c'eft l'art qu'il a eu de varier le mouvement
dans les différens morceaux de fon motet
fans varier l'expreffion . Par exemple dans
le fecond morceau Cujus animam gementem
, qui eft fur un mouvement afſez vif,
le Muficien a fçû mettre une expreffion de
douleur , que les Connoiffeurs y ont bien
fentie , & qui n'a peut- être pas été rendu
par l'exécution auffi parfaitement qu'elle
pouvoit l'être. On auroit défiré aufli qu'à
la place de la fugue Fac ut erdeat cor
meum , qui a fait peu d'effet au Concert
on eût fubftitué le duo Quis eft homo ,
non fleret , qui n'eft pas inférieur aux plus
beaux morceaux du Motet. Quoiqu'il en
foit de ces obfervations , le fuccès du Sta- ·
bat a été affez grand pour qu'on l'ait don
né cinq jours de fuite , & pour qu'il air
été redemandé une fixième fois. Ce Moter
a été exécuté par Mrs Dota & Albaneſe
Italiens , de la Mufique du Roi.
1
qui
Le Concert du Mardi commença par
une fymphonie à cors- de- chaffe , enfuite
le Stabat. Mlle Davaux débuta dans Magna
eft gloria ejus , morceau tiré du moter
JUIN. 1.753. 167
Domine in virtute tuâ , de M. de Lalande.
Mlle Dayaux eft un fujet de la plus grande
& de la plus rare efpérance : la voix eft
nette , franche , naturelle , fenfible & fonore.
On ne doit pas craindre que ce ta
lent fe gâte comme nous en avons vû ſe
gâter tant d'autres : les arrangemens qui
ont été pris pour la perfectionner font trèsfages
, & formeront , felon toutes les apparences
, pour l'Opéra un fujet dont ila
très- grand befoin . Après que M. Carminati
eut joué un Concerto , Mlle Fel
chanta , comme elle feule fçait chanter ,
Salve Regina , petit motet de M. Rouffeau,
Auteur du Devin du Village , & du Diſcours
de Dijon. On a trouvé dans ce Motet
beaucoup de chant & d'expreflion , &
les Connoiffeurs défirent que M. Rouffeau
continue à enrichir la Littérature & la
Mufique Françoife & Latine par fes Ouvrages.
Mercredi le Concert commença par
une Symphonie, M. Dota & M. Albanefe
chanterent Stabat Mater , del Signor Pergolef
; enfuite Diligam te , motet à grandchoeur
de M. Gilles , dans lequel Mlle
Bouroux chanta Beata gens , morceau ajoûté
de M. de Lalande . M. Gaviniès joua
feul. Le Concert finit par De profundis
no tet à grand choeur de M, Mondonville.
168 MERCURE DE FRANCE.
Jeudi le Concert commença par une
fymphonie , dans laquelle M. Peria & M.
Grillet donnerent du cors. M. Dota & M.
Albaneſe , Ordinaires de la Mufique de la
Chapelle du Roi , chanterent Stabat Ma
ter , del Signor Pergolefi. Mlle Davau
chanta Magna eft gloria ejus , morceau tiré
d'un moter de M. de Lalande , Domine in
virtute tua, M. Carminati joua un Concerto.
Mile Fel chanta Salve Regina , petit
moter nouveau de M. Rouffeau . Le Ĉoncert
finit par Diligam te , motet à grand
choeur de M. Madin,
Vendredi , le Concert commença par
une fymphonie ; enfuite le Stabat Mater,
del Signor Pergolefi , chanté par M, Dota
& Albaneſe , Ordinaires de la Mufique de
la Chapelle du Roi, Mlle Duperey & M,
Gelin chanterent Cantemus Domino , petit
motet de M, Mouret. M. Gaviniés joua
feul . Mile Davaux chanta Magna eft gloria
ejus , morceau tiré d'un motet de M. de
Lalande , Domine in virtute tuâ, Le Concert
finit par De profundis , motet à grand
choeur de M. Mondonville ,
Samedi le Concert commença par une
fymphonie à tymballes & trompettes de
M. Pleffi cadet , de l'Académie Royale de
Mufique : enfuite Cantate , motet à grand
choeur , à timballes & trompettes , de M,
Davelne ,
JUI N. 1753. 169
Daveſne , de l'Académie Royale de Mufique.
Mlle Duperey chanta fort bien Regina
Cali , petit moret de M. Mouret . Mlle Fel
& M. Gaviniés exécuterent un concerto
accompagné de voix , de la compofition de
M. Mondonville. Le Concert finit par Co-
Li enarrant , motet à grand choeur du même
Auteur.
:
Dimanche , jour de Pâques , le Concert
commença par une fymphonie de M. Geminiani
enfuite Domine in virtute tuâ ,
motet à deux choeurs de M. Cordelet . M.
Albanefe chanta un air Italien . M.Taillard
joua fort agréablement un concerto de flûte.
Mlle Duperey & M. Richer , Page de la
Mufique de la Chapelle du Roi , chante .
rent Confitemini Domino , petit motet de
M. Cordeler. M. Gaviniés joua feul . Mlle
Fel chanta Laudate pueri Dominum , petit
moret de M. Fiocio . Le Concert finit par
Venite exultemus , motet à grand choeur de
M. Mondonville.
' Lundi de Pâques , le Concert commença
par une fymphonie , enfuite Deus venerunt
gentes , motet à grand choeur de M.
Fanton . M. Richer , Page de la Mufique
de la Chapelle du Roi , chanta une ariette
nouvelle de M. l'Abbé Blanchard. M.
Piffet le fils , joua un concerto de violon .
M. Albaneſe chanta une ariette Italienne.
1. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE:
M. Carminati joua un concerto . Le Con
cert finit par Bonum eft , motet à grand
choeur de M. Mondonville .
Mardi , le Concert commença par une
fymphonie nouvelle à cors- de - chaſſe , de
M. ***. Enfuite Jubilate Deo , motet nouveau
à grand choeur de M. Martin . M.
Moria joua un concerto de violon . M. Richer
, Page de la Mufique du Roi , chanta
une ariette nouvelle & bien faite de M.
l'Abbé Blanchard . M. Carminati joua un
concerto. Mlle Davaux chanta Magna eft
gloria ejus , récit tiré d'un motet de M. Lalande
, Domine in virtute tuâ. Le Concert
finit par Nifi Dominus , motet à grand choeur
de M. Mondonville,
Vendredi , le Concert commença par
une fymphonie à cors- de - chaffe . M. Dota
& M. Albanefe , Ordinaires de la Mufique
de la Chapelle du Roi , chanterent
Stabat Mater , del Signor Pergolefi . Mlle
Dubut chanta Jubilate Deo , petit motet.
Mlle Fel & M. Gaviniés exécuterent un
concerto accompagné de voix , de la compofition
de M. Mondonville . Mlle Davaux
chanta Venite exultemus , petit motet
de M. Mouret. Le Concert finit par Dominus
regnavit , motet à grand choeur de M.
Mondonville.
Dimanche , jour de Quafimodo , le`
JUIN. 1753. 171
Concert commença par la premiere Sonate
des Piéccs de Clavecin de M. Mondonville
, enfuite Cali enarrant , motet à grand
choeur du même Auteur . M. Gelin chanta
Cantemus Domino, petit motet. M. Albanefe
chanta un air Italien . M. Taillard joua
un concerto de flûte . Mlle Duperey & M.
Richer , Page de la Mufique de la Chapelle
du Roi , chanterent Confitemini Domino ,
petit motet de M. Cordelet. Mlle Davaux.
chanta Venite exultemus , petit motet de
M. Mouret. M. Gaviniés joua feul . Mlle
Fel chanta Salve Regina , petit motet de
M. Rouffeau. Le Concert finit par Venite
exultemus , motet à grand choeur de M.
Mondonville.
Fermer
Résumé : CONCERTS SPIRITUELS.
Durant la quinzaine de Pâques, les concerts spirituels ont attiré un public nombreux grâce à la qualité des œuvres et aux choix des directeurs. Plusieurs concerts mémorables ont été organisés. Le dimanche de la Passion, le concert a commencé par une symphonie et le motet 'Deus, venerunt gentes' de M. Fanton, mal exécuté. M. Albanese a chanté des morceaux italiens, et M. Carminati a joué un concerto de violon apprécié. Le concert s'est terminé par 'Bonum est' de M. Mondonville. Le vendredi de la Passion, le concert a débuté avec une ouverture de M. Martin et le motet 'De profundis' de M. Mion, qui n'a pas réussi. M. Carminati et M. Albanese ont interprété des morceaux italiens, et le concert s'est conclu par 'Magnus Dominus' de M. Mondonville. Le dimanche des Rameaux, le concert a commencé par une symphonie et le motet 'Cantate Domino' de M. Martin. M. Richer a chanté une ariette de l'Abbé Blanchard, et le concert s'est terminé par 'De profundis' de M. Mondonville. Le lundi suivant, le 'Stabat mater' de Pergolèse a été présenté pour la première fois, apprécié notamment pour son prélude et le 'Stabat Mater en Duo'. Du 1 au 17 juin 1753, plusieurs concerts ont été organisés, souvent commençant par des symphonies. Le 'Stabat Mater' de Pergolèse a été interprété par MM. Dotta et Albanese. Mlle Davaux a débuté avec 'Magna est gloria ejus' du motet 'Domine in virtute tua' de Lalande, et a été saluée pour sa voix. Mlle Fel a chanté 'Salve Regina' de Rousseau. Les concerts ont inclus des œuvres de divers compositeurs tels que Gilles, Madin, Mondonville, Mouret, et Davelne. Des solistes comme M. Carminati, M. Gaviniés, et M. Taillard ont joué des concertos. Le programme variait chaque jour, incluant des motets, des cantates, et des airs italiens. Le succès du 'Stabat' a été notable, avec des représentations supplémentaires demandées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3450
p. 5-11
LETTRE De J. J. Rousseau de Geneve, à M. l'Abbé Raynal.
Début :
Je crois, Monsieur, que vous verrez avec plaisir l'extrait ci-joint d'une lettre [...]
Mots clefs :
Cuivre, Métal, Étamage, Guillaume-François Rouelle, Batterie, Public, Usage, Vaisseaux, Extrait, Cuisine, Chimistes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE De J. J. Rousseau de Geneve, à M. l'Abbé Raynal.
LETTRE
De J. J. Rouffeau de Geneve , à M. l'Abbé
Raynal.
JE
E crois , Monfieur , que vous verrez
avec plaifir l'extrait ci- joint d'une lettre
de Stockolm , que la perfonne à qui
elle eft adreffée me charge de vous prier
d'inferer dans le Mercure. L'objet en eft
de la derniere importance pour la vie des
hommes ; & plus la négligence du public
eft exceffive à cet égard , plus les citoyens
éclairés doivent redoubler de zéle & d'activité
pour la vaincre.
Tous les Chymiftes de l'Europe nous
avertiffent depuis long - tems des mortelles
qualités du cuivre , & des dangers aufquels
on s'expofe en faifant ufage de ce pernicieux
métal dans les batteries de cuifine .
M. Rouelle , de l'Académie des Sciences ,
eft celui de tous qui en a démontré le plus
fenfiblement les funeftes effers , & qui s'en
eft plaint avec le plus de véhémence . M.
Thierri , Docteur en Médecine , a réuni
dans une fçavante Thefe qu'il foutint en
1749 fous la préfidence de M. Falconet
une multitude de preuves capables d'ef-
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
frayer tout homme raifonnable qui fair
quelque cas de fa vie & de celle de fes
concitoyens. Ces Phyficiens ont fait voir
que le verd de gris où le cuivre diffous
eft un poifon violent , dont l'effet eſt toujours
accompagné de fymptômes affreux ;
que la vapeur même de ce métal eft dangereufe
, puifque les Ouvriers qui le travaillent
, font fujets à diverfes maladies
mortelles ou habituelles ; que toutes les
menftrues , les graiffes , les fels , & l'eau
même , diffolvent le cuivre , & en font du
verd- de gris ; que l'étamage le plus exact
ne fait que diminuer cette diffolution
que l'étaim qu'on emploie dans cet étamage
n'eft pas lui- même exemt de danger,
malgré l'ufage indifcret qu'on a fait jufqu'à
préfent de ce métal , & que ce danger
eft plus grand ou moindre , felon les diffé
rens étaims qu'on emploie , en raifon de
l'arfenic qui entre dans leur compofition ,
ou du plomb qui entre dans leur alliage
( a ) ; que même en fuppofant à l'étamage
une précaution fuffifante , c'eft une im-
( a ) Que le plomb diffous foit un poifon , les
accidens funeftes que caufent tous les jours les
vins falfifiés avec de la litharge , ne le prouvent
que trop Ainfi pour employer ce métal avec ſu →
reté , il eft important de bien connoître quels font
fes diflolvans qui l'attaquent.
JUILLET. 1753 . T
prudence inpardonnable de faire dépendre
la vie & la fanté des hommes d'une
lame d'étaim très- déliée , qui s'ufe trèspromptement
( a ) , & de l'exactitude des
Domestiques & des Cuifiniers , qui rejertent
d'ordinaire les vaiffeaux récemment
étamés , à cauſe du mauvais goût que donnent
les matieres employées à l'étamage :
ils ont fait voir combien d'accidens affreux
produits par le cuivre , font attribués
tous les jours à des caufes toutes différentes
; ils ont prouvé qu'une multitude
de gens périffent , & qu'un plus grand
nombre encore font attaqués de mille
différentes maladies , par l'ufage de ce métal
dans nos cuiſines & dans nos fontaines,
fans fe douter eux mêmes de la véritable.
caufe de leurs maux . Cependant quoique
la manufacture d'uftenfiles de fer battu &
étamé , qui, eft établie au fauxbourg Saint
Antoine , offre des moyens faciles de fub-
( a ) Il eft aifé de démontrer que de quelque
maniere qu'on s'y prenne , on ne fçauroit dans
les ufages des vaiffeaux de cuifine , s'aflurer pour
un feul jour de l'étamage le plus folide. Car
comme l'étain entre en fufion à un degré de feu
fort inférieur à celui de la graiffe bouillante ,
tes les fois qu'un Cuifinier fait rouffir du beure ,
I ne lui eft pas poffible de garantir de la fufion
quelque partie de l'étamage , ni par conséquent
le ragoût , du contact du cuivre.
tou-
A iiij
S MERCURE DE FRANCE.
ftituer dans les cuifines une batterie moins
difpendieufe , auffi commode que celle de
cuivre , & parfaitement faine , au moins
quant au métal principal , l'indolence ordinaire
aux hommes fur les chofes qui leur
font véritablement utiles , & les petites
maximes que la pareffe invente fur les
ufages établis , fur tout quand ils font mau.
vais , n'ont encore laiffé faire que peu de
progrès aux fages avis des Chymiftes , &
n'ont profcrit le cuivre que de peu de cuifines.
La répugnance des Cuifiniers à employer
d'autres vaiffeaux que ceux qu'ils
connoiffent , eft un obftacle dont on ne
fent toute la force que quand on connoit
la pareffe & la gourmandife des Maîtres.
Chacun fçait que la fociété abonde en gens :
qui préferent l'indolence au repos , & le
plaifir au bonheur ; mais on a bien de la
peine à concevoir qu'il y en ait qui aiment
mieux s'expofer à périr , eux & toute leur
famille , dans des tourmens affreux , qu'à
manger un ragoût brûlé .
Il faut raifonner avec les fages , mais
jamais avec le public. Il y a long- tems
qu'on a comparé la multitude à un troupeau
de moutons ; il lui faut des exemples
au lieu de raifons , car chacun craint beaucoup
plus d'être ridicule que d'être four
ou méchant. D'ailleurs dans toutes les
JUILLE T. 1753. 9
chofes qui concernent l'intérêt commun
prefque tous jugeant d'après leurs propres
maximes , s'attachent moins à examiner la
force des preuves qu'à pénétrer les motifs
fecrets de celui qui les propofe : par
exemple , beaucoup d'honnêtes lecteurs
foupçonneroient volontiers qu'avec de
l'argent le Chef de la fabrique de fer battu
ou l'Auteur des fontaines domestiques
excitent mon zéle en cette occafion ; défance
aflez naturelle dans un fiécle de
charlatannerie , où les plus grands fripons
ont toujours l'intérêt public à la bouche .
L'exemple eft en ceci plus perfuafif que le
raifonnement , parce que la même défiance
ayant vraisemblablement dû naître auf
dans l'efprit des autres , on eft porté .
croire que ceux qu'elle n'a point empêchés
d'adopter ce que l'on propofe , ont trouvé
pour cela des raifons décifives. Ainfi au
lieu de m'arrêter à montrer combien il eft
abfurde , même dans le doute , de laiffer
dans fa cuifine des uftenfiles fufpects de
poiſon , il vaut mieux dire que M. Duverney
vient d'ordonner une batterie de
fer pour l'Ecole militaire ; que M. le Prince
de Conti a banni tout le cuivre de la
fienne ; que M. le Duc de Duras , Ambaffa
deur en Espagne , en a fait autant , &
fon Cuisinier qu'il confulta là -deffus , lus
』་ .
que
MERCURE DE FRANCE.
dit nettement que tous ceux de fon métier
qui ne s'accommodoient pas de la batterie
de fer tout auffi bien que de celle de cuivre
, étoient des ignorans ou des gens de
mauvaiſe volonté. Plufieurs particuliers
ont fuivi cet exemple , que les perfonnes
éclairées qui m'ont remis l'extrait ci - joint ,
ont donné depuis long- tems , fans que leur
table fe fente le moins du monde de ce
changement que par la confiance , avec laquelle
on peut manger d'excellens ragoûts
très bien préparés dans des vaiffeaux de
fer.
Mais que peut- on mettre fous les yeux
du public de plus frappant que cet extrait
même ? S'il y avoit au monde une Nation
qui dût s'oppofer à l'expulfion du cuivre ,
c'eft certainement la Suéde , dont les mines
de ce métal font la principale richeffe , &
dont les Peuples en général idolâtrent leurs.
anciens ufages. C'eft pourtant ce Royaume
fi riche en cuivre , qui donne l'exemple
aux autres , d'ôter à ce métal , tous les em
plois qui le rendent dangereux & qui intéreffent
la vie des citoyens ; ce font ces
Peuples fi attachés à leurs vieilles pratiques
, qui renoncent fans peine à une multitude
de commodités qu'ils retireroient
de leurs mines , dès que la raifon & l'au
torité des fages leur montrent le rif ques
JUILLET. 17530 II
que l'ufage indifcret de ce métal leur fait
courir. Je voudrois pouvoir efpérer qu'un
fi falutaire exemple fera fuivi dans le refte
de l'Europe , où l'on ne doit pas avoir la
même répugnance à profcrire , au moins
dans les cuifines , un métal qu'on tire de
dehors. Je voudrois que les avertiffemens.
publics des Philofophes & des Gens de
lettres réveillaffent les Peuples fur les dangers
de toute efpéce aufquels leur impru
dence les expole , & rappellaffent plus
fouvent à tous les Souverains que le foin
de la confervation des hommes n'eft pas
feulement leur premier devoir , mais auffi
leur plus grand intérêt .
Je fuis , Monfieur , &c.
De J. J. Rouffeau de Geneve , à M. l'Abbé
Raynal.
JE
E crois , Monfieur , que vous verrez
avec plaifir l'extrait ci- joint d'une lettre
de Stockolm , que la perfonne à qui
elle eft adreffée me charge de vous prier
d'inferer dans le Mercure. L'objet en eft
de la derniere importance pour la vie des
hommes ; & plus la négligence du public
eft exceffive à cet égard , plus les citoyens
éclairés doivent redoubler de zéle & d'activité
pour la vaincre.
Tous les Chymiftes de l'Europe nous
avertiffent depuis long - tems des mortelles
qualités du cuivre , & des dangers aufquels
on s'expofe en faifant ufage de ce pernicieux
métal dans les batteries de cuifine .
M. Rouelle , de l'Académie des Sciences ,
eft celui de tous qui en a démontré le plus
fenfiblement les funeftes effers , & qui s'en
eft plaint avec le plus de véhémence . M.
Thierri , Docteur en Médecine , a réuni
dans une fçavante Thefe qu'il foutint en
1749 fous la préfidence de M. Falconet
une multitude de preuves capables d'ef-
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
frayer tout homme raifonnable qui fair
quelque cas de fa vie & de celle de fes
concitoyens. Ces Phyficiens ont fait voir
que le verd de gris où le cuivre diffous
eft un poifon violent , dont l'effet eſt toujours
accompagné de fymptômes affreux ;
que la vapeur même de ce métal eft dangereufe
, puifque les Ouvriers qui le travaillent
, font fujets à diverfes maladies
mortelles ou habituelles ; que toutes les
menftrues , les graiffes , les fels , & l'eau
même , diffolvent le cuivre , & en font du
verd- de gris ; que l'étamage le plus exact
ne fait que diminuer cette diffolution
que l'étaim qu'on emploie dans cet étamage
n'eft pas lui- même exemt de danger,
malgré l'ufage indifcret qu'on a fait jufqu'à
préfent de ce métal , & que ce danger
eft plus grand ou moindre , felon les diffé
rens étaims qu'on emploie , en raifon de
l'arfenic qui entre dans leur compofition ,
ou du plomb qui entre dans leur alliage
( a ) ; que même en fuppofant à l'étamage
une précaution fuffifante , c'eft une im-
( a ) Que le plomb diffous foit un poifon , les
accidens funeftes que caufent tous les jours les
vins falfifiés avec de la litharge , ne le prouvent
que trop Ainfi pour employer ce métal avec ſu →
reté , il eft important de bien connoître quels font
fes diflolvans qui l'attaquent.
JUILLET. 1753 . T
prudence inpardonnable de faire dépendre
la vie & la fanté des hommes d'une
lame d'étaim très- déliée , qui s'ufe trèspromptement
( a ) , & de l'exactitude des
Domestiques & des Cuifiniers , qui rejertent
d'ordinaire les vaiffeaux récemment
étamés , à cauſe du mauvais goût que donnent
les matieres employées à l'étamage :
ils ont fait voir combien d'accidens affreux
produits par le cuivre , font attribués
tous les jours à des caufes toutes différentes
; ils ont prouvé qu'une multitude
de gens périffent , & qu'un plus grand
nombre encore font attaqués de mille
différentes maladies , par l'ufage de ce métal
dans nos cuiſines & dans nos fontaines,
fans fe douter eux mêmes de la véritable.
caufe de leurs maux . Cependant quoique
la manufacture d'uftenfiles de fer battu &
étamé , qui, eft établie au fauxbourg Saint
Antoine , offre des moyens faciles de fub-
( a ) Il eft aifé de démontrer que de quelque
maniere qu'on s'y prenne , on ne fçauroit dans
les ufages des vaiffeaux de cuifine , s'aflurer pour
un feul jour de l'étamage le plus folide. Car
comme l'étain entre en fufion à un degré de feu
fort inférieur à celui de la graiffe bouillante ,
tes les fois qu'un Cuifinier fait rouffir du beure ,
I ne lui eft pas poffible de garantir de la fufion
quelque partie de l'étamage , ni par conséquent
le ragoût , du contact du cuivre.
tou-
A iiij
S MERCURE DE FRANCE.
ftituer dans les cuifines une batterie moins
difpendieufe , auffi commode que celle de
cuivre , & parfaitement faine , au moins
quant au métal principal , l'indolence ordinaire
aux hommes fur les chofes qui leur
font véritablement utiles , & les petites
maximes que la pareffe invente fur les
ufages établis , fur tout quand ils font mau.
vais , n'ont encore laiffé faire que peu de
progrès aux fages avis des Chymiftes , &
n'ont profcrit le cuivre que de peu de cuifines.
La répugnance des Cuifiniers à employer
d'autres vaiffeaux que ceux qu'ils
connoiffent , eft un obftacle dont on ne
fent toute la force que quand on connoit
la pareffe & la gourmandife des Maîtres.
Chacun fçait que la fociété abonde en gens :
qui préferent l'indolence au repos , & le
plaifir au bonheur ; mais on a bien de la
peine à concevoir qu'il y en ait qui aiment
mieux s'expofer à périr , eux & toute leur
famille , dans des tourmens affreux , qu'à
manger un ragoût brûlé .
Il faut raifonner avec les fages , mais
jamais avec le public. Il y a long- tems
qu'on a comparé la multitude à un troupeau
de moutons ; il lui faut des exemples
au lieu de raifons , car chacun craint beaucoup
plus d'être ridicule que d'être four
ou méchant. D'ailleurs dans toutes les
JUILLE T. 1753. 9
chofes qui concernent l'intérêt commun
prefque tous jugeant d'après leurs propres
maximes , s'attachent moins à examiner la
force des preuves qu'à pénétrer les motifs
fecrets de celui qui les propofe : par
exemple , beaucoup d'honnêtes lecteurs
foupçonneroient volontiers qu'avec de
l'argent le Chef de la fabrique de fer battu
ou l'Auteur des fontaines domestiques
excitent mon zéle en cette occafion ; défance
aflez naturelle dans un fiécle de
charlatannerie , où les plus grands fripons
ont toujours l'intérêt public à la bouche .
L'exemple eft en ceci plus perfuafif que le
raifonnement , parce que la même défiance
ayant vraisemblablement dû naître auf
dans l'efprit des autres , on eft porté .
croire que ceux qu'elle n'a point empêchés
d'adopter ce que l'on propofe , ont trouvé
pour cela des raifons décifives. Ainfi au
lieu de m'arrêter à montrer combien il eft
abfurde , même dans le doute , de laiffer
dans fa cuifine des uftenfiles fufpects de
poiſon , il vaut mieux dire que M. Duverney
vient d'ordonner une batterie de
fer pour l'Ecole militaire ; que M. le Prince
de Conti a banni tout le cuivre de la
fienne ; que M. le Duc de Duras , Ambaffa
deur en Espagne , en a fait autant , &
fon Cuisinier qu'il confulta là -deffus , lus
』་ .
que
MERCURE DE FRANCE.
dit nettement que tous ceux de fon métier
qui ne s'accommodoient pas de la batterie
de fer tout auffi bien que de celle de cuivre
, étoient des ignorans ou des gens de
mauvaiſe volonté. Plufieurs particuliers
ont fuivi cet exemple , que les perfonnes
éclairées qui m'ont remis l'extrait ci - joint ,
ont donné depuis long- tems , fans que leur
table fe fente le moins du monde de ce
changement que par la confiance , avec laquelle
on peut manger d'excellens ragoûts
très bien préparés dans des vaiffeaux de
fer.
Mais que peut- on mettre fous les yeux
du public de plus frappant que cet extrait
même ? S'il y avoit au monde une Nation
qui dût s'oppofer à l'expulfion du cuivre ,
c'eft certainement la Suéde , dont les mines
de ce métal font la principale richeffe , &
dont les Peuples en général idolâtrent leurs.
anciens ufages. C'eft pourtant ce Royaume
fi riche en cuivre , qui donne l'exemple
aux autres , d'ôter à ce métal , tous les em
plois qui le rendent dangereux & qui intéreffent
la vie des citoyens ; ce font ces
Peuples fi attachés à leurs vieilles pratiques
, qui renoncent fans peine à une multitude
de commodités qu'ils retireroient
de leurs mines , dès que la raifon & l'au
torité des fages leur montrent le rif ques
JUILLET. 17530 II
que l'ufage indifcret de ce métal leur fait
courir. Je voudrois pouvoir efpérer qu'un
fi falutaire exemple fera fuivi dans le refte
de l'Europe , où l'on ne doit pas avoir la
même répugnance à profcrire , au moins
dans les cuifines , un métal qu'on tire de
dehors. Je voudrois que les avertiffemens.
publics des Philofophes & des Gens de
lettres réveillaffent les Peuples fur les dangers
de toute efpéce aufquels leur impru
dence les expole , & rappellaffent plus
fouvent à tous les Souverains que le foin
de la confervation des hommes n'eft pas
feulement leur premier devoir , mais auffi
leur plus grand intérêt .
Je fuis , Monfieur , &c.
Fermer
Résumé : LETTRE De J. J. Rousseau de Geneve, à M. l'Abbé Raynal.
La lettre de J. J. Rouffeau de Genève à l'Abbé Raynal met en garde contre les dangers du cuivre dans les ustensiles de cuisine. Les chimistes européens, notamment M. Rouelle et le Dr Thierri, ont identifié les propriétés toxiques du cuivre, qui peut se dissoudre et former du vert-de-gris, un poison violent. Les vapeurs de cuivre sont également nocives pour les ouvriers. L'étamage, censé protéger le cuivre, est inefficace à long terme et peut contenir de l'arsenic ou du plomb. Les accidents liés au cuivre sont souvent mal diagnostiqués, et beaucoup ignorent la véritable cause de leurs maladies. Malgré l'existence d'alternatives comme les batteries de fer battu et étamé, la résistance au changement et la paresse freinent leur adoption. Les cuisiniers préfèrent les ustensiles de cuivre familiers, et le public suit des exemples plutôt que des raisons. La méfiance rend difficile la promotion de nouvelles pratiques, même fondées sur des preuves solides. La transition vers le fer dans les cuisines est motivée par des raisons de sécurité. Des figures influentes comme M. Duverney, le Prince de Conti et le Duc de Duras ont adopté cette pratique. Le Mercure de France critique ceux qui persistent à utiliser le cuivre, les qualifiant d'ignorants ou de malveillants. De nombreux particuliers ont suivi cet exemple sans problème. La Suède, malgré ses richesses en cuivre, a abandonné son usage dans les cuisines pour des raisons de sécurité. L'auteur espère que cet exemple sera suivi en Europe et que les avertissements des philosophes sensibiliseront les peuples aux dangers de l'imprudence, rappelant aux souverains leur devoir de protéger leurs sujets.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer