Résultats : 394 texte(s)
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Liste
101
p. 2634-2636
MADRIGAL.
Début :
Enfin je l'ai vu sur la Scene, [...]
Mots clefs :
Cupidon, Comédiens-Français, Amours
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texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL.
MADRIGAL
Nfin je l'ai vu sur la Scène,
Ce petit Dieu tant renommê ,
Cupidon...Ah ! qu'il m'a charmé §
Pourroit-on refuser sa chaîne ǝ
Non ; et qui ne me croira pas ,
Qu'il aille éprouver ses appas.
Mais pour vous ,quel sujet d'allarmes ;
Beautez , dont il vantoit les charmes !
Il ne vous sert plus aujourd'hui ,
Et le fripon garde pour lui
Tous les coeurs que blessent ses armacy.
NOVEMBRE 1731. 2635.
3
AUTRE
•
Jeune Dangeville , à quoi bon ;
Prendre l'habit de Cupidon ?
Déja vous regnez dans Cythere ,
Ses Autels vous sont reservez ;
-Nous le sçavons , vous le sçavez ;
Les amours ont trahi leur Mere ,
Pour vous seule qui les bravez
De leur parure ils ont affaire
Sans besoin vous vous en servez.
N'empruntez jamais rien pour plaire ;
Car en fait d'appas vous avez ,
Bien au delà du necessaire.
AUTRE.
Sous l'habit et le nom de son charmant Epour,
Psiché vit Dangeville et sentit dans son ame ,
Les transports. les plus vifs , les désirs les plus
doux ,
Qu'éut jamais fait naître sa flame ;
Aussi tôt son coeur attendri ,
xpliqua librement sa surprise amoureuse ;
Heureusement pour le mari ,
L'erreur n'étoit pas dangereuse.
AUTRE.
Sous les atours de Cupidon ,
enus rencontrant Dangeville ,
La prit pour ce malin Garçon ,
Gvj La
26 36 MERCURE DE FRANCE
La méprise est assez facile.
Ah ! dit la Reine des Amours ,
Mon fils embellit tous les jours.
Les Comédiens François ont remis au
Théatre la Tragédie d'Ariane , de T. Corneille
, que le public voit avec grand plaisir.
La De Duclos est en possession depuis
long- temps d'y jouer le principal Rôle
dans la plus grande perfection.
Le 23. de ce mois , les mêmes Comédiens
donnerent la premiere Représentation
du Chevalier Bayard , Comédie Heroïque
de M. Autreau ; elle est bien écrite
et bien versifiée . On y trouve plusieurs
beaux caracteres , bien soutenus et beaucoup
d'interêt. Nous en parlerons plus
au long,
Nfin je l'ai vu sur la Scène,
Ce petit Dieu tant renommê ,
Cupidon...Ah ! qu'il m'a charmé §
Pourroit-on refuser sa chaîne ǝ
Non ; et qui ne me croira pas ,
Qu'il aille éprouver ses appas.
Mais pour vous ,quel sujet d'allarmes ;
Beautez , dont il vantoit les charmes !
Il ne vous sert plus aujourd'hui ,
Et le fripon garde pour lui
Tous les coeurs que blessent ses armacy.
NOVEMBRE 1731. 2635.
3
AUTRE
•
Jeune Dangeville , à quoi bon ;
Prendre l'habit de Cupidon ?
Déja vous regnez dans Cythere ,
Ses Autels vous sont reservez ;
-Nous le sçavons , vous le sçavez ;
Les amours ont trahi leur Mere ,
Pour vous seule qui les bravez
De leur parure ils ont affaire
Sans besoin vous vous en servez.
N'empruntez jamais rien pour plaire ;
Car en fait d'appas vous avez ,
Bien au delà du necessaire.
AUTRE.
Sous l'habit et le nom de son charmant Epour,
Psiché vit Dangeville et sentit dans son ame ,
Les transports. les plus vifs , les désirs les plus
doux ,
Qu'éut jamais fait naître sa flame ;
Aussi tôt son coeur attendri ,
xpliqua librement sa surprise amoureuse ;
Heureusement pour le mari ,
L'erreur n'étoit pas dangereuse.
AUTRE.
Sous les atours de Cupidon ,
enus rencontrant Dangeville ,
La prit pour ce malin Garçon ,
Gvj La
26 36 MERCURE DE FRANCE
La méprise est assez facile.
Ah ! dit la Reine des Amours ,
Mon fils embellit tous les jours.
Les Comédiens François ont remis au
Théatre la Tragédie d'Ariane , de T. Corneille
, que le public voit avec grand plaisir.
La De Duclos est en possession depuis
long- temps d'y jouer le principal Rôle
dans la plus grande perfection.
Le 23. de ce mois , les mêmes Comédiens
donnerent la premiere Représentation
du Chevalier Bayard , Comédie Heroïque
de M. Autreau ; elle est bien écrite
et bien versifiée . On y trouve plusieurs
beaux caracteres , bien soutenus et beaucoup
d'interêt. Nous en parlerons plus
au long,
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Résumé : MADRIGAL.
Le Mercure de France de novembre 1731 présente divers extraits de madrigaux et de nouvelles théâtrales. Un madrigal décrit le pouvoir envoûtant de Cupidon, capable de charmer et captiver les cœurs. Un autre madrigal célèbre la beauté et le charme naturel de la jeune Dangeville, qui n'a pas besoin d'artifices pour plaire. Un extrait relate une méprise où Psiché, déguisée en Cupidon, rencontre Dangeville et ressent des émotions intenses. Le texte mentionne également des représentations théâtrales, notamment la tragédie 'Ariane' de Pierre Corneille, interprétée par la Duclos, et la comédie héroïque 'Le Chevalier Bayard' de M. Autreau, appréciée pour son écriture et ses personnages bien définis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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102
p. 2636-2640
Le Phénix ou la fidelité mise à l'épreuve, [titre d'après la table]
Début :
Les Comédiens Italiens donnerent le 5. Novembre, une petite Piece en Vers libres [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Pièce en vers libres, Versification, Jardinier
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texteReconnaissance textuelle : Le Phénix ou la fidelité mise à l'épreuve, [titre d'après la table]
Les Comédiens Italiens donnerent le
Novembre , une petite Piece en Vers libres
, qui a pour titre , le Phenix , on la
Fidelite mise à l'épreuve. Cet Ouvrage ,
qui est le coup d'esssay de son Auteur ,
a été assez bien reçû pour l'engager à
continuer. La Versification n'en fait pas
le moindre prix , au jugement des connoisseurs
désinterressez ; en voici le Sujet.
Isabelle , femme de Cynthia , ayant appris
que son mari a fait nauffrage , et
NOVEMBRE. 1731. 2637
le croyant mort , se retire dans un Château
et s'y confine pour le reste de ses
jours . Ce Château est le lieu de la Scene.
Cynthio y arrive , Blaise , son Jardinier,
le prend pour un Revenant , mais enfin
rassuré et convaincu que c'est son
Maître lui- même , il lui apprend que sa
: femme a fait divorce avec le monde pour
se livrer toute entiere à la douleur que
sa mort prétenduë lui cause. Cynthio
n'est pas tout à fait content de cette marque
d'amour et de fidelité ; il veut mettre
: le coeur d'Isabelle à de nouvelles épreuves
; il ordonne au Jardinier de tenir son
: retour secret , et prie Mario , son ami ,
et son compagnon de voyage , de se travestir
en Prince et de mettre tout en
usage pour tenter la fidelité de son Epouse.
Mario blâme sa défiance et ne consent
qu'à regret à jouer le personnage qu'il
lui propose ; il s'y resout enfin , il se
presente à Isabelle avec toute la magnificence
qui doit accompagner le rang qu'il
se donne. Il fait étaler à ses yeux tout ce
- que la fortune peut avoir de plus séduisant
; il parle d'hymen , et sur tout d'amour
de la maniere la plus persuasive ,
d'autant mieux que la feinte chez lui est
devenue une verité ; tout cela n'ébranle
point la fidelité d'Isabelle ; il en rend un
boo
2838 MERCURE DE FRANCE
bon compte à son ami , et après lui avoir
avoué qu'il est veritablement devenu
amoureux de sa femme , il lui conseille
de s'en tenir à une épreuve si forte et
le prie de trouver bon qu'il le quitte pour
toujours , pour se guerir par l'absence des
impressions que les charmes d'Isabelle
Iont faites sur son coeur ; Cynthio n'est
pas encore satisfait , il veut faire une
derniere tentative ; il se travestir en Corsaire
, et prétend obtenir par la force ce
qu'on a refusé à l'Amour et au rang prétendu
de Mario. Cette derniere épreuve
a le sort de la précedente ; on l'a trouvée
la plus foible des deux ; l'Auteur doit
l'avoir senti lui- même ; mais il en avoit
besoin pour ménager une reconnoissance
qui a fait beaucoup de plaisir. La Piece
finit par une Fête de Matelots , dont
Cynthio régale sa fidelle Epouse. Arlequin
joue à peu près le même Rôle avec
sa femme Rosette 3 mais le succès en est
bien different ; Rosette lui fait tout au
moins une demie infidelité , et le force à
convenir qu'il a été justement payé de sa
curiosité impertinente.
Le 10. les mêmes Comédiens représen
terent à la Cour la Comédie de l'Amank
difficile de M. de la Mothe , qui fut suivie
de la petite Piece du Je ne sçai quoi , de
M.
NOVEMBRE. 1731. 2639
M. de Boissy. Ces deux Pieces furent trèsbien
représentées et firent beaucoup de
plaisir.
L'Académie Royale de Musique , continuë
toûjours avec un grand succès , les
Représentations de l'Opera d'Amadis
dans lequel la De Le Maure s'attire tous
les jours de nouveaux applaudissemens
par sa belle voix et par son jeu simple ,
noble et naturel . Il semble que le Rôle
d'Oriane , qui n'a jamais été si bien chanré
, à beaucoup près , soit fait pour cette
Acttice.
La Dile Camargo , qui n'avoit point
paru dans les premieres Représentations
de cetOpera , y dansa au commencement
de ce mois , deux Airs au quatrième Acte
, au grand contentement des Spectageurs.
Cette excellente Danseuse a voulu ,
sans doute , avoir quelque part au grand
succès de cet Opera.
Le 15. on remit au Théatre le Ballet
des Fêtes Venitiennes , pour être joué les
Jeudis , comme cela se pratique après
la S. Martin. On y a ajoûte une quatriéme
Entrée qui avoit été jouče en
Septembre 1721. intitulée l'Opera. Les
Vers sont toûjours de M. Danchet , et
la Musique de M. Campra , dont les Ouvrages
2640 MERCURE DE FRANCE
•
〃
vrages sont en possession d'être reçûs favorablement
du Public. La Dle Sallé ,
danse dans le Divertissement de cette Entrée
avec les graces que tout le monde
lui connoît ; et la De Camargo y brille
à son ordinaire , d'une maniere très- éclatante.
Le 11. Fête de S. Martin , la même
Académie donna le premier Bal public
qu'on donne tous les ans à pareil jour , et
qu'on continue pendant differens jours
jusqu'à l'Avent. On les reprend ordinairement
Novembre , une petite Piece en Vers libres
, qui a pour titre , le Phenix , on la
Fidelite mise à l'épreuve. Cet Ouvrage ,
qui est le coup d'esssay de son Auteur ,
a été assez bien reçû pour l'engager à
continuer. La Versification n'en fait pas
le moindre prix , au jugement des connoisseurs
désinterressez ; en voici le Sujet.
Isabelle , femme de Cynthia , ayant appris
que son mari a fait nauffrage , et
NOVEMBRE. 1731. 2637
le croyant mort , se retire dans un Château
et s'y confine pour le reste de ses
jours . Ce Château est le lieu de la Scene.
Cynthio y arrive , Blaise , son Jardinier,
le prend pour un Revenant , mais enfin
rassuré et convaincu que c'est son
Maître lui- même , il lui apprend que sa
: femme a fait divorce avec le monde pour
se livrer toute entiere à la douleur que
sa mort prétenduë lui cause. Cynthio
n'est pas tout à fait content de cette marque
d'amour et de fidelité ; il veut mettre
: le coeur d'Isabelle à de nouvelles épreuves
; il ordonne au Jardinier de tenir son
: retour secret , et prie Mario , son ami ,
et son compagnon de voyage , de se travestir
en Prince et de mettre tout en
usage pour tenter la fidelité de son Epouse.
Mario blâme sa défiance et ne consent
qu'à regret à jouer le personnage qu'il
lui propose ; il s'y resout enfin , il se
presente à Isabelle avec toute la magnificence
qui doit accompagner le rang qu'il
se donne. Il fait étaler à ses yeux tout ce
- que la fortune peut avoir de plus séduisant
; il parle d'hymen , et sur tout d'amour
de la maniere la plus persuasive ,
d'autant mieux que la feinte chez lui est
devenue une verité ; tout cela n'ébranle
point la fidelité d'Isabelle ; il en rend un
boo
2838 MERCURE DE FRANCE
bon compte à son ami , et après lui avoir
avoué qu'il est veritablement devenu
amoureux de sa femme , il lui conseille
de s'en tenir à une épreuve si forte et
le prie de trouver bon qu'il le quitte pour
toujours , pour se guerir par l'absence des
impressions que les charmes d'Isabelle
Iont faites sur son coeur ; Cynthio n'est
pas encore satisfait , il veut faire une
derniere tentative ; il se travestir en Corsaire
, et prétend obtenir par la force ce
qu'on a refusé à l'Amour et au rang prétendu
de Mario. Cette derniere épreuve
a le sort de la précedente ; on l'a trouvée
la plus foible des deux ; l'Auteur doit
l'avoir senti lui- même ; mais il en avoit
besoin pour ménager une reconnoissance
qui a fait beaucoup de plaisir. La Piece
finit par une Fête de Matelots , dont
Cynthio régale sa fidelle Epouse. Arlequin
joue à peu près le même Rôle avec
sa femme Rosette 3 mais le succès en est
bien different ; Rosette lui fait tout au
moins une demie infidelité , et le force à
convenir qu'il a été justement payé de sa
curiosité impertinente.
Le 10. les mêmes Comédiens représen
terent à la Cour la Comédie de l'Amank
difficile de M. de la Mothe , qui fut suivie
de la petite Piece du Je ne sçai quoi , de
M.
NOVEMBRE. 1731. 2639
M. de Boissy. Ces deux Pieces furent trèsbien
représentées et firent beaucoup de
plaisir.
L'Académie Royale de Musique , continuë
toûjours avec un grand succès , les
Représentations de l'Opera d'Amadis
dans lequel la De Le Maure s'attire tous
les jours de nouveaux applaudissemens
par sa belle voix et par son jeu simple ,
noble et naturel . Il semble que le Rôle
d'Oriane , qui n'a jamais été si bien chanré
, à beaucoup près , soit fait pour cette
Acttice.
La Dile Camargo , qui n'avoit point
paru dans les premieres Représentations
de cetOpera , y dansa au commencement
de ce mois , deux Airs au quatrième Acte
, au grand contentement des Spectageurs.
Cette excellente Danseuse a voulu ,
sans doute , avoir quelque part au grand
succès de cet Opera.
Le 15. on remit au Théatre le Ballet
des Fêtes Venitiennes , pour être joué les
Jeudis , comme cela se pratique après
la S. Martin. On y a ajoûte une quatriéme
Entrée qui avoit été jouče en
Septembre 1721. intitulée l'Opera. Les
Vers sont toûjours de M. Danchet , et
la Musique de M. Campra , dont les Ouvrages
2640 MERCURE DE FRANCE
•
〃
vrages sont en possession d'être reçûs favorablement
du Public. La Dle Sallé ,
danse dans le Divertissement de cette Entrée
avec les graces que tout le monde
lui connoît ; et la De Camargo y brille
à son ordinaire , d'une maniere très- éclatante.
Le 11. Fête de S. Martin , la même
Académie donna le premier Bal public
qu'on donne tous les ans à pareil jour , et
qu'on continue pendant differens jours
jusqu'à l'Avent. On les reprend ordinairement
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Résumé : Le Phénix ou la fidelité mise à l'épreuve, [titre d'après la table]
En novembre 1731, les Comédiens Italiens présentèrent la pièce en vers libres 'Le Phénix, ou la Fidélité mise à l'épreuve', premier essai de son auteur. Cette œuvre raconte l'histoire d'Isabelle, épouse de Cynthia, qui se retire dans un château après avoir appris la mort présumée de son mari. Cynthia, revenu, découvre qu'Isabelle s'est retirée du monde par fidélité. Pour tester sa fidélité, Cynthia ordonne à son jardinier de garder son retour secret et demande à son ami Mario de se déguiser en prince pour séduire Isabelle. Malgré les tentatives de Mario, Isabelle reste fidèle. Cynthia, insatisfait, se déguise ensuite en corsaire pour tenter de forcer Isabelle, mais échoue à nouveau. La pièce se termine par une fête de matelots. Parallèlement, Arlequin tente de tester la fidélité de Rosette, mais celle-ci lui fait une demi-infidélité. Le 10 novembre, les mêmes comédiens représentèrent à la cour 'L'Amant difficile' de M. de La Mothe et 'Le Je ne sçai quoi' de M. de Boissy, toutes deux très bien reçues. L'Académie Royale de Musique continua les représentations de l'opéra 'Amadis', où la De Le Maure reçut des applaudissements pour son rôle d'Oriane. La Dile Camargo dansa deux airs au quatrième acte. Le 15 novembre, le ballet 'Les Fêtes Vénitiennes' fut remis au théâtre avec une nouvelle entrée. Le 11 novembre, à la fête de Saint-Martin, l'Académie donna le premier bal public de l'année.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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103
p. 2852-2854
« Le 2 de ce mois, les Comédiens François, lurent dans leur assemblée une [...] »
Début :
Le 2 de ce mois, les Comédiens François, lurent dans leur assemblée une [...]
Mots clefs :
Troupe des comédiens italiens, Comédie héroïque, Tragédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 2 de ce mois, les Comédiens François, lurent dans leur assemblée une [...] »
LE 2 de ce mois , les Comédiens François
, lurent dans leur assemblée une
Tragedie nouvelle , du Chevalier Pellegrin
, sous le titre de Pélopée , qu'ils reÇurent
unanimement. On en dit beaucoup
de bien , sur tout on la trouve bien conduite
, bien écrite et avec un grand interêt,
Ils avoient reçu quelques jours avant
une autre Tragedie nouvelle , intitulée :
Eryphile , dont on dit aussi beaucoup de
bien . On n'en sçait pas l'Auteur.
Les mêmes Comédiens ont aussi reçu ,
et doiventjouer incessamment LeGlorieux ,
Comédie en Vers et en cinq Actes , de
M. Destouches , de l'Académie Françoise.
1. Vol.
La
DECEMBRE. 1731. 2893
La réputation de cet Auteur , fort connu
par diverses excellentes Pieces de Theatres
, répond de la bonté de celle - cy.
On a remis au Theatre la Tragédie de
Médée , de feu M. de Longepierre , dont
la Dlle Balicour joue le principal rôle, avec
beaucoup d'aplaudissemens.
On a repris aussi sur le même Théatre
la Piece en deux Actes , du Magnifique
de M.de la Motte , qui est tres -bien représentée
et extrémement goûtée du Public.
Les mêmes Comédiens donnerent le
Lundy 17 de ce mois , la premiere repré
sentation d'Erigonne , Tragédie de M. de
la Grange , que le Public reçut favora
blement. Nous en parlerons plus au long.
LeChevalier Bayard , Comédie Héroïque ,
representée sur la Scene Françoise , n'eut
pas le premier jour tout le succès qu'elle
mérite , par une Caballe faite à ce qu'on
prétend pour la faire tomber. Mais elle se
releva à la seconde représentation , où elle
fut mieux entendue. On y trouva plusieurs
beaux endroits et fort pathétiques ,
des sentimens trés convenables au Héros ,
et aux principaux personnages sur qui
tombe l'interêt de la Piece , et elle a toujours
été applaudie dans quelques représentations
suivantes. Malgré cela , l'Auteur
l'a retirée , pour y corriger quelques
I.Vol deffauts,
2854 MERCURE DE FRANCE
deffauts , qui ne venoient peut - être pas
tous de sa part , et pour la rendre plus digne
de sa matiere, qui doit interesser
tout honnête homme et tout bon François.
A la premiere occasion qui se presentera
de la rendre au Public , on espere
qu'on en sera encore plus satisfait.On trou
vera dans le second volume de ce mois
l'Extrait de cette Piece, telle qu'on l'a representée.
Le sieur Riccoboni , dit Lelio , cy - devant
premier Acteur de la Troupe des
Comédiens Italiens , ordinaires du Roy
la Dule son Epouse , et le sieur Riccoboni
leur fils, qui avoient quitté le Theatre en
1729. pour se retirer en Italie leur Patrie,
sont revenus en France depuis le mois de
Novembre dernier.
Le 26 du même mois , le sieur Lélio le
fils , reparut sur le Théatre Italien , et y
joua le rôle de Valere, dans la Comédie des
Amans réunis. Cet Acteur fut parfaitement
bien reçu du public et tres aplaudi.
Le 3 Decembre , la De Lélio reparut
aussi et joüa le rôle de Suivante , dans la
Comédie de la Surprise de l'Amour. Le
sieur Lélio son fils , joüa dans la même
Piece , le rôle de l'Amant. Ils ont été tous
les deux tres- bien reçus du public.
, lurent dans leur assemblée une
Tragedie nouvelle , du Chevalier Pellegrin
, sous le titre de Pélopée , qu'ils reÇurent
unanimement. On en dit beaucoup
de bien , sur tout on la trouve bien conduite
, bien écrite et avec un grand interêt,
Ils avoient reçu quelques jours avant
une autre Tragedie nouvelle , intitulée :
Eryphile , dont on dit aussi beaucoup de
bien . On n'en sçait pas l'Auteur.
Les mêmes Comédiens ont aussi reçu ,
et doiventjouer incessamment LeGlorieux ,
Comédie en Vers et en cinq Actes , de
M. Destouches , de l'Académie Françoise.
1. Vol.
La
DECEMBRE. 1731. 2893
La réputation de cet Auteur , fort connu
par diverses excellentes Pieces de Theatres
, répond de la bonté de celle - cy.
On a remis au Theatre la Tragédie de
Médée , de feu M. de Longepierre , dont
la Dlle Balicour joue le principal rôle, avec
beaucoup d'aplaudissemens.
On a repris aussi sur le même Théatre
la Piece en deux Actes , du Magnifique
de M.de la Motte , qui est tres -bien représentée
et extrémement goûtée du Public.
Les mêmes Comédiens donnerent le
Lundy 17 de ce mois , la premiere repré
sentation d'Erigonne , Tragédie de M. de
la Grange , que le Public reçut favora
blement. Nous en parlerons plus au long.
LeChevalier Bayard , Comédie Héroïque ,
representée sur la Scene Françoise , n'eut
pas le premier jour tout le succès qu'elle
mérite , par une Caballe faite à ce qu'on
prétend pour la faire tomber. Mais elle se
releva à la seconde représentation , où elle
fut mieux entendue. On y trouva plusieurs
beaux endroits et fort pathétiques ,
des sentimens trés convenables au Héros ,
et aux principaux personnages sur qui
tombe l'interêt de la Piece , et elle a toujours
été applaudie dans quelques représentations
suivantes. Malgré cela , l'Auteur
l'a retirée , pour y corriger quelques
I.Vol deffauts,
2854 MERCURE DE FRANCE
deffauts , qui ne venoient peut - être pas
tous de sa part , et pour la rendre plus digne
de sa matiere, qui doit interesser
tout honnête homme et tout bon François.
A la premiere occasion qui se presentera
de la rendre au Public , on espere
qu'on en sera encore plus satisfait.On trou
vera dans le second volume de ce mois
l'Extrait de cette Piece, telle qu'on l'a representée.
Le sieur Riccoboni , dit Lelio , cy - devant
premier Acteur de la Troupe des
Comédiens Italiens , ordinaires du Roy
la Dule son Epouse , et le sieur Riccoboni
leur fils, qui avoient quitté le Theatre en
1729. pour se retirer en Italie leur Patrie,
sont revenus en France depuis le mois de
Novembre dernier.
Le 26 du même mois , le sieur Lélio le
fils , reparut sur le Théatre Italien , et y
joua le rôle de Valere, dans la Comédie des
Amans réunis. Cet Acteur fut parfaitement
bien reçu du public et tres aplaudi.
Le 3 Decembre , la De Lélio reparut
aussi et joüa le rôle de Suivante , dans la
Comédie de la Surprise de l'Amour. Le
sieur Lélio son fils , joüa dans la même
Piece , le rôle de l'Amant. Ils ont été tous
les deux tres- bien reçus du public.
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Résumé : « Le 2 de ce mois, les Comédiens François, lurent dans leur assemblée une [...] »
En décembre 1731, les Comédiens Français ont présenté plusieurs nouvelles œuvres. Deux tragédies, 'Pélopée' du Chevalier Pellegrin et 'Éryphile' d'auteur inconnu, ont été bien accueillies. La comédie en vers 'Le Glorieux' de M. Destouches, membre de l'Académie Française, a également été reçue favorablement. La tragédie 'Médée' de M. de Longepierre, avec la Dlle Balicour dans le rôle principal, a été remise au théâtre avec succès. La pièce 'Le Magnifique' de M. de la Motte a été reprise et bien accueillie. Le 17 décembre, 'Érigone', tragédie de M. de la Grange, a été présentée pour la première fois et favorablement reçue. La comédie héroïque 'Le Chevalier Bayard' a connu un succès mitigé lors de sa première représentation en raison d'une cabale, mais a été mieux accueillie par la suite. L'auteur l'a retirée pour la corriger. Les acteurs italiens Riccoboni sont revenus en France en novembre et ont repris leurs rôles au théâtre italien, recevant un accueil favorable du public.
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104
p. 2853-2871
Arlequin Amadis, Extrait. [titre d'après la table]
Début :
Le 27 Novembre, les Comédiens Italiens donnerent la premiere représentation [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Masque, Enfers
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texteReconnaissance textuelle : Arlequin Amadis, Extrait. [titre d'après la table]
Le 27 Novembre , les Comédiens Italiens
donnerent la premiere représentation
d'une Parodie nouvelle , intitulée :
Arlequin Amadis , en un Acte et en Vaudevilles
' dont voici l'Extrait. Les Sieurs
Dominique etRomagnesi sont les Auteurs .
ACTEURS.
Amadis ,
Florestan
,
Arlequin,
La Dile Belmont.
Corisande La De Thomassin.
Oriane , La Dle Silvia.
Arcabonne , Le S Thevenot.
Arcalaus , Le S Romagnesi.
Urgande ,
La Dile la Lande.
L'ombre , D'Ardan Canele.
Captifs , un Géolier , Nimphes , Bergers,
Diables , &c.
Amadis arrive sur le Théatre , qui re
présente un Palais avec Florestan son frecelui
cy lui demande la cause de sa
tristesse ; Amadis répond sur l'air de l'Opera.
re ;
Paime , hélas ! c'est assez pour être malhes
reux,
Il ajoute qu'il aime Oriane , et qu'elle
l'a condamnée à ne la jamais revoir . Florestan
lui represente qu'il doit se consoler
I. Val. avec
2856 MERCURE DE FRANCE
avec la gloire : Amadis lui répond sur un
air de
Belphegor.
J'ai choisi la gloire pour guide ,
Et marchant sur les pas d'Alcide ,
Je cours imiter sa valeur
Je n'imite que sa folie ;
En cela seul j'ai le bonheur
D'être sa fidelle copie.
Amadis se retire , Florestan reste , et
Corisande paroît; ils témoignent tous deux
le plaisir qu'ils ont de se revoir. Oriane
loue la fidélité de Florestan et se plaint de
l'inconstance d'Amadis qui aime Briolanie.
Florestan veut la désabuser , en lui
disant le couplet suivant , sur l'air : Tis
n'as pas le pouvoir.
Il est l'ennemi redouté,
De l'infidelité,
Et puisqu'il punit les ingrats
Sans doute il ne l'est pase
Oriane:
Vous contez une belle histoire
Ce Héros suivant son désir ,
Punit les ingrats pour sa gloire;
Et les imite pour son plaisir.
1. Vol. Corisande
DECEMBRE 1731 2857
Corisande et Florestan.
On sort malaisement
D'un tendre engagement
Oriane.
Ah ! quel cruel tourment
D'avoir un volage amant !
Il accable votre coeur
D'une mortelle douleur,
Tous trois.
On sort malaisément
D'un tendre engagement,
Et lorsqu'on voit changer ,
Cela vous fait
enrager.
Corisande annonce des guerriers qui
viennent , dit- elle , se battre pour divertir
Oriane. Cette Princesse demande qui
les envoye: A quoi on répond qu'on ne le
sçait pas. Hé bien , ajoute Oriane , on n'a
qu'à les renvoyer , je ne veux point d'un divertissement
anonime ; fuivez- moi.
Le Théatre change et represente une
Forêt , dont les Arbres sont chargez des
dépouilles de ceux qu'Arcalans a vaincusi
on y voit au milieu un grand Pont : Arcabone
chante sur l'air : J'ai révé toute la
nait.
J. Vol. Amour
2858 MERCURE DE FRANCE
Amour que veux tu de moi ş
Mon coeur n'est pas fait pour toi.
Je veux inspirer l'effroi
C'est-là mon emploi .
'Amour que veux - tu de moi ,
Mon coeur n'est pas fait pour toi.
bis.
'Arcalaüs arrive et demande à sa soeur ;
quel est le sujet de sa mélancolie. Arcabonne
chante sur l'air : Ah ! Pierre; Ab
Pierre.
Par sa valeur guerriere
Un Héros tres- poli ,
Contre un Monstre en colere ,
Un jour prit mon parti ;
Mon frere , mon frere ,
J'étois morte sans lui.
Bon , les enchanteurs craignent - ils les
monstres? répondArcalaus . Arcabonne continuë
sur l'air : Le Masque tombe , et l'ox
voit la Coquette.
En rendant grace au vaillant personnage,
Je m'informai de son nom vainement ,
Mais remarquez le bel évenement ,
Son Casque tombe , et je vois son visage.
I.Vol. Arca
DECEMBRE. 1731. 2859
'Arcalais chante sur l'air : Aurois-je jamais
un Amant.
Délivrez- vous de l'esclavage ,
Où le traître amour
Vous engage
Dans ce jour
:
Vous qui commandez aux Enfers
Brisez donc vos fers.
Arcabonne.
Je les briserois ,
Si je le pouvois ,
Mais je ne sçaurois.
Arcalaus.
Songez-vous , ma soeur ,
Que la fureur ,
L'effroi , l'horreur
De votre coeur ,
Sont le
partage ,
Qu'Ardan
fut occis,
Par le felon Amadis.
Ah ! que le nom d'Amadis m'inspire de
rage , s'écrie Arcabonne . Ils chantent tous
deux , sur l'air : Lucas pour se moquer de
nous.
ALV Un
2860 MERCURE DE FRANCE
Un jour pour se mocquer de nous ,
Le perfide assomma notre malheureux frere ,
Mais à ton tour il doit sentir nos coups ? nos
coups.
Livrons -nous à notre colere ,
Ma chere :
Mon frere.
Oui , qu'il périsse le pendard ,
Ah ! qu'il est doux d'exercer la vengeance 3
Punissons plutôt que plus tard ,
Pour nous mocquer de lui , frapons , perçons sa
panse ,
Frappons , morbleu , frappons , perçons à grands
coups de Poignard.
Laissez- moi l'engager dans mes enchan
temens , dit Arcalaüs. Arcabone se retire.
Arcalaus au son de la simphonie , forme
avec sa baguerte plusieurs cercles magiques,
et voyant venir Amadis; ilfaut, ajoute-
t-il,qu'il foit bien malheureux pour tomber
ainsi dans les piegés que je lui dresse.Amadis
et Corisande se cherchent dans le
bois ; ils s'appellent , et se reconnoissent.
Arcalaus s'oppose au passage d'Amadis.
en lui chantant sur l'air du Chasseur,
Arrête
I.Vol
Amadis
Crois-tu m'effraiera
AreaDECEMBRE.
1731. 2861
Arcalaus.
Ce passage est en ma puissance ;
Voi ce magnifique attelier 3
Il est le prix de ma vaillance
Je dépouille icy tout guérier.
Amadis.
3
Voyez quelle insolence ,
J'ai toujours passé sans payer ,
Sur tous les Ponts de France.
1
Tu ne passeras pas sur celui- ci , lui répond
Arcalaüs: Nous allons voir, dit Amadis.
Arcalaüs le repousse . Corisande demande
du secours à Amadis . Arcalaüs la
fait saisir par des diables qui l'enlevent.
Amadis outré de colere , rosse Arcalaüs
et chante sur l'air : Les petits valent bien
Les grands .
Maraut , tu cherches ton malheur ,
Tu vas éprouver ma valeur.
Arcalaus.
Venez empêcher ma défaite ;
Messieurs les Démons , il est temps.
Amadis , après avoir battu Arcalaüs.
Les petits tourelourirette ,
Valent bien les grands.
1. Vol.
H Une
2862 MERCURE DE FRANCE
Une Troupe de Nimphes et de Bergers
forment une danse pour enchanter Amadis
qui prend une danseuse pour Orianen
lui disant : Tene , ma Mignone
vous avez si - bien dansé que je vous fais
present de mon épés . Bon , continuët-il , je
suis bien bête , et change :
ne,
Et lon lan la ,
Que fais -je la,
Est-ce avec cèla ,
Qu'on regale les Danseuses ?
La Nimphe emmene Amadis avec elle ;
le Théatre change et represente un palais
ruiné et des cachots. Cette décoration
, qui est de M. le Maire , a été tresbien
goutée , comme toutes celles qu'il a
faites pour le Théatre Italien.
Florestan , Corisande et les Captifs qui
sortent de leurs Cachots , se plaignent
des maux qu'ils souffrent Corisande
chante sur l'air : Tarare pompon.
}
Sont- ce là les liens que l'Hymen nous prépare
?
Encor si l'on étoit dans la même prison ,
On pourroit , sort Barbare !
Se faire une raison.
Mettez- nous-y •
I. Vol.
Le
DECEMBRE 1731. 2863.
Le Géolier.
Pompon.
Tarare ,
Arcabonne sous la figure d'un gros
Chat monstrueux , descend dans la prison
et dit le couplet qui suit , sur l'air :
On n'aime plus dans nos Forêts .
Sortez , trainez icy vos fers ,
Cessez vos plaintes ennuieuses.
Les Captifs.
Des maux que nous avons soufferts ,
Terminez les rigueurs affreuses.
Arcabonne , d'un air doux.
Vous allez cesser de souffrir ,
Mes enfans vous allez mourir.
Coriande , sur l'air de Griselidis.
Avec vous la mort même
A pour moi des appas.
Florestan.
C'est aussi mon systême.
Arcabonne.
Ne vous le dis -je pas.
1. Vol.
Hij Fo
2864 MERCURE DE FRANCE
Forestan & Corisande.
Oui , le trépas ,,"
Avec ce que l'on aime
Est doux à recevoir.
Arcabonne.
Vous allez voir.
Florestan et Corisande chantent encore
un Duo langouteux et passionné ce qui
donne lieu au couplet suivant. Arcabonne
chante sur l'air : F'ai le coeur tendre .
C'est trop entendre
•
Ce maudit refrain ,
J'ai le coeur tendre ,
Il ine inet en train ,
C'est trop entendre
Ce maudit refrain.
Arcabonne évoque l'ombre de son frere,
et chante.
Toi , qui n'es qu'un reste de cendre ,
Oh , oh
Dans ce noir tombeau
Reçois , et sans plus attendre ,
Oh , oh
Le joli cadeau ,
Du sang que je vais répandre.
1. Vol. L'Om
DECEMBRE . 1737. 2865.
L'ombre du fond de son tombeau, aches
vant l'air :
Oh , oh , oh
Tourelouribeau.
Quel hurlement ! s'écrie Arcabonne , je
Jure , mon frere , que dans un instant vous
serez satisfait.
L'ombre paroissant.
Tu vas trahir ton serment-
Menteuse bis.
Tu vas trahir ton serment .
Menteuse en ce moment
Ne vous fâchez pas , mon frere , lui die
Arcabonne , j'ai juré , cela doit vous suffire.
L'Ombre, sur l'air : Je suis toujours prête
à danser.
Ah! tu vas trahir tes sermens
Le jour me blesse , je retombe ;
Le grand air me fait mal aux dents.
Je me trouve mieux dans ma tombe
Tu me suivras dans peu de
temps
Que je t'attens ,
C'est aux
I Vol.
C'est aux enfers que je t'attens ,
enfers que je t'attens.
bis.
Hiij Allez
2866 MERCURE DE FRANCE
Allez-y toujours devant, lui répond Arcabonne
, on lui amene Amadis , qu'elle
veut immoler à sa vangeance ; mais elle
le reconnoît aussi-tôt pour le Héros qui
lui a sauvé la vie . Les armes lui tombent
des mains. Il n'est pasjuste , dit- elle , que
je tue un homme à qui j'ai tant d'obligation,
dites- vous-même , continuë t- elle ; la récom
pense de vos services , et j'y souscris . Amadis
demande qu'on donne la clef des champs
à tous ces malheureux. Il est dans l'instant
obéi ; Florestan , Corisande et tous les
Captifs sont mis en liberté. Arcabonne
dità Amadis de le suivre : Que j'aille seul
avec vous , lui dit Amadis : Je n'ose ; allons
, marchez petitgarçon , continuë Arcabonne.
Amadis chante sur l'air : Tandis
que je dresse.
Elle veut me faire
La bonne sorciere ,
Elle eut me faire
Payer leur rançon.
Arcabonne caressant Amadis,
Le joli garçon
Il est formé pour plaire.
Amadis à part.
Elle veut me faire
Payer leur rançon,
1. Vel.
Les
DECEMBRE. 1731 2867
Les Captifs se réjouissent de sortir d'esclavage.
Le Théatre change, et represente
lå Mer. Afcalaüs dit qu'il vient de faire
encore un enchantement qui leur livre
Oriane : Vous avez eu , ma soeur , bien du
plaisir à tuer Amadis , lui dit Arcalaus.
Arcabonne soupire et lui dit ingénuëment
qu'elle a trouvé dans son ennemi même
l'objet de son amour , et qu'à sa considération
, elle a donné la liberté à tous les
Captifs : Vous avez fait là une belle besogne,
répond Arcalaus , et chante sur l'air :
J'ai peur.
II vit donc ici.
Arcabonne
Oiii. •
Arcalaus.
Il est votre ami.
Arcabonne.
Oui,
Arcalans.
L'amour aujourd'hui
Vous parle donc pour lui.
Arcabonne.
Oui.
1. Vol. Hijij Arca2868
MERCURE DE FRANCE
Arcalaüs.
O foiblesse étrange ,
Prendre ainsi le change !
Arcabonne.
Plaignez une soeur ,
Qu'un tendre amour dérange,
Arca!aus.
La main me demange ;
Il faut que je vange
Sur vous mon bonneur
Ma honte et ma douleur..
Arcabonne.
J'ai peur.
Mais , ajoute Arcabonne , je sens que la
fureur l'emporte sur l'amour ; voici ma rivale
, vous allez voir tous les tours que je vais
luijouer. Oriane paroît . Arcalais vient lui :
dire qu'il a vaincu ce vainqueur invincible
: et que puisqu'elle le hait , elle doitêtre
bien contente . Il fait venir Amadis
qui paroît mort. Oriane se désespere , et
chante le couplet suivant , sur l'air ; J'ens.
tens déja le bruit des armes .
J'entens Amadis qui m'apelle ;
Pour gage certain de ma foy ,
I. Vol. Mon
DECEMBRE 1731 2869
Mon cher , dans la nuit éternelle ,
Je me précipite avec toi.
Elle tombe évanouies-
Amadis surun gazon .
Ah ! vertubleu , que ne vient - elle
S'évanouir auprès de moi.
Arcalais et Arcabonne se réjouissent :
du désespoir de ces deux amans ; aussi -tôt
on voit sur la mer un Rocher enflamé ; et
ensuite la grande Serpente , d'où sort U
gande , avec plusieurs femmes qui sont :
avec elle . Arcalaüs chante sur l'air : Je ne
suis flateur ni menteur.
D'où part ce spectacle nouveau ??
Arcabonne.
D'un pouvoir plus grand que le nôtre.
Arcalaus.
Est-ce un serpent ? Est-ce unvaisseau ?
Non
Arcabonne.
1 , non , ce n'est ni l'un ni l'autre,
Arcalaüs
Má soeur qu'est- ce donc que cela ? ?
1 Vol. Hy Arcani.
380 MERCURE DE FRANCE
Arcabonne.
Le Magazin de l'Opera.
Urgande enchante Arcabonne , et Arcalaüs
, et désenchante Oriane et Amadis , et
les mene avec elle; après avoir rendu à Arcabonne
et à Arcalaus l'usage de leurs
sens ; Arcabonne et Arcalaüs appellent les
démons de la terre à leur secours qui
combattent contre les démons de l'air, qui
obligent ceux de la terre à leur ceder la
victoire. Arcalaüs et Arcabonne se retirent
; le Theatre change et représente
l'Arc des loyaux Amans : Urgande conduit
avec elle Oriane et Amadis qu'elle a
racommodés ensemble. Si vous voulez ,
dit Amadis et Oriane , je passerai fous
l'Arc des loyaux Amans , pour vous prouver
ma fidelité : Non , non , répond Urgande
, cela seroit trop ennuyeux , passons
vite à la Chaconne. Les loyaux Amans
forment une danse avec leurs Amantes
en parodiant la Chaconne d'Amadis . La
Piece finit par un Vaudeville , dont le refraint
est :
Ce n'est plus le temps
Des loyaux Amans.
I. Vol.
•
Les
DECEMBRE 1731. 2872
Les mêmes Comédiens représenterent
le même jour une petite Piece nouvelle
en Prose , mêlée de Fables , qui a pour
titre , La Verité Fabuliste. Elle a été trèsgoûtée.
Comme on a cessé les Représentations
de cette Piece pour y ajoûter deux
Scenes nouvelles , on en parlera plus au
Jong quand elles auront paru .
On apprend de Naples , qu'on y répresente
l'Opera de Semiramis reconnue , avec
beaucoup de succès. On représente à
Londres l'Opera de Tamerlan , en Italien,
et à Vienne on répresenta le 27 du mois
dernier , devant L. M. I. sur le Théatre
du Palais , le nouvel Opera de Demetrius ,
pour lequel on a fait beaucoup de dé
penses et qui fut universellement applaudi
.
donnerent la premiere représentation
d'une Parodie nouvelle , intitulée :
Arlequin Amadis , en un Acte et en Vaudevilles
' dont voici l'Extrait. Les Sieurs
Dominique etRomagnesi sont les Auteurs .
ACTEURS.
Amadis ,
Florestan
,
Arlequin,
La Dile Belmont.
Corisande La De Thomassin.
Oriane , La Dle Silvia.
Arcabonne , Le S Thevenot.
Arcalaus , Le S Romagnesi.
Urgande ,
La Dile la Lande.
L'ombre , D'Ardan Canele.
Captifs , un Géolier , Nimphes , Bergers,
Diables , &c.
Amadis arrive sur le Théatre , qui re
présente un Palais avec Florestan son frecelui
cy lui demande la cause de sa
tristesse ; Amadis répond sur l'air de l'Opera.
re ;
Paime , hélas ! c'est assez pour être malhes
reux,
Il ajoute qu'il aime Oriane , et qu'elle
l'a condamnée à ne la jamais revoir . Florestan
lui represente qu'il doit se consoler
I. Val. avec
2856 MERCURE DE FRANCE
avec la gloire : Amadis lui répond sur un
air de
Belphegor.
J'ai choisi la gloire pour guide ,
Et marchant sur les pas d'Alcide ,
Je cours imiter sa valeur
Je n'imite que sa folie ;
En cela seul j'ai le bonheur
D'être sa fidelle copie.
Amadis se retire , Florestan reste , et
Corisande paroît; ils témoignent tous deux
le plaisir qu'ils ont de se revoir. Oriane
loue la fidélité de Florestan et se plaint de
l'inconstance d'Amadis qui aime Briolanie.
Florestan veut la désabuser , en lui
disant le couplet suivant , sur l'air : Tis
n'as pas le pouvoir.
Il est l'ennemi redouté,
De l'infidelité,
Et puisqu'il punit les ingrats
Sans doute il ne l'est pase
Oriane:
Vous contez une belle histoire
Ce Héros suivant son désir ,
Punit les ingrats pour sa gloire;
Et les imite pour son plaisir.
1. Vol. Corisande
DECEMBRE 1731 2857
Corisande et Florestan.
On sort malaisement
D'un tendre engagement
Oriane.
Ah ! quel cruel tourment
D'avoir un volage amant !
Il accable votre coeur
D'une mortelle douleur,
Tous trois.
On sort malaisément
D'un tendre engagement,
Et lorsqu'on voit changer ,
Cela vous fait
enrager.
Corisande annonce des guerriers qui
viennent , dit- elle , se battre pour divertir
Oriane. Cette Princesse demande qui
les envoye: A quoi on répond qu'on ne le
sçait pas. Hé bien , ajoute Oriane , on n'a
qu'à les renvoyer , je ne veux point d'un divertissement
anonime ; fuivez- moi.
Le Théatre change et represente une
Forêt , dont les Arbres sont chargez des
dépouilles de ceux qu'Arcalans a vaincusi
on y voit au milieu un grand Pont : Arcabone
chante sur l'air : J'ai révé toute la
nait.
J. Vol. Amour
2858 MERCURE DE FRANCE
Amour que veux tu de moi ş
Mon coeur n'est pas fait pour toi.
Je veux inspirer l'effroi
C'est-là mon emploi .
'Amour que veux - tu de moi ,
Mon coeur n'est pas fait pour toi.
bis.
'Arcalaüs arrive et demande à sa soeur ;
quel est le sujet de sa mélancolie. Arcabonne
chante sur l'air : Ah ! Pierre; Ab
Pierre.
Par sa valeur guerriere
Un Héros tres- poli ,
Contre un Monstre en colere ,
Un jour prit mon parti ;
Mon frere , mon frere ,
J'étois morte sans lui.
Bon , les enchanteurs craignent - ils les
monstres? répondArcalaus . Arcabonne continuë
sur l'air : Le Masque tombe , et l'ox
voit la Coquette.
En rendant grace au vaillant personnage,
Je m'informai de son nom vainement ,
Mais remarquez le bel évenement ,
Son Casque tombe , et je vois son visage.
I.Vol. Arca
DECEMBRE. 1731. 2859
'Arcalais chante sur l'air : Aurois-je jamais
un Amant.
Délivrez- vous de l'esclavage ,
Où le traître amour
Vous engage
Dans ce jour
:
Vous qui commandez aux Enfers
Brisez donc vos fers.
Arcabonne.
Je les briserois ,
Si je le pouvois ,
Mais je ne sçaurois.
Arcalaus.
Songez-vous , ma soeur ,
Que la fureur ,
L'effroi , l'horreur
De votre coeur ,
Sont le
partage ,
Qu'Ardan
fut occis,
Par le felon Amadis.
Ah ! que le nom d'Amadis m'inspire de
rage , s'écrie Arcabonne . Ils chantent tous
deux , sur l'air : Lucas pour se moquer de
nous.
ALV Un
2860 MERCURE DE FRANCE
Un jour pour se mocquer de nous ,
Le perfide assomma notre malheureux frere ,
Mais à ton tour il doit sentir nos coups ? nos
coups.
Livrons -nous à notre colere ,
Ma chere :
Mon frere.
Oui , qu'il périsse le pendard ,
Ah ! qu'il est doux d'exercer la vengeance 3
Punissons plutôt que plus tard ,
Pour nous mocquer de lui , frapons , perçons sa
panse ,
Frappons , morbleu , frappons , perçons à grands
coups de Poignard.
Laissez- moi l'engager dans mes enchan
temens , dit Arcalaüs. Arcabone se retire.
Arcalaus au son de la simphonie , forme
avec sa baguerte plusieurs cercles magiques,
et voyant venir Amadis; ilfaut, ajoute-
t-il,qu'il foit bien malheureux pour tomber
ainsi dans les piegés que je lui dresse.Amadis
et Corisande se cherchent dans le
bois ; ils s'appellent , et se reconnoissent.
Arcalaus s'oppose au passage d'Amadis.
en lui chantant sur l'air du Chasseur,
Arrête
I.Vol
Amadis
Crois-tu m'effraiera
AreaDECEMBRE.
1731. 2861
Arcalaus.
Ce passage est en ma puissance ;
Voi ce magnifique attelier 3
Il est le prix de ma vaillance
Je dépouille icy tout guérier.
Amadis.
3
Voyez quelle insolence ,
J'ai toujours passé sans payer ,
Sur tous les Ponts de France.
1
Tu ne passeras pas sur celui- ci , lui répond
Arcalaüs: Nous allons voir, dit Amadis.
Arcalaüs le repousse . Corisande demande
du secours à Amadis . Arcalaüs la
fait saisir par des diables qui l'enlevent.
Amadis outré de colere , rosse Arcalaüs
et chante sur l'air : Les petits valent bien
Les grands .
Maraut , tu cherches ton malheur ,
Tu vas éprouver ma valeur.
Arcalaus.
Venez empêcher ma défaite ;
Messieurs les Démons , il est temps.
Amadis , après avoir battu Arcalaüs.
Les petits tourelourirette ,
Valent bien les grands.
1. Vol.
H Une
2862 MERCURE DE FRANCE
Une Troupe de Nimphes et de Bergers
forment une danse pour enchanter Amadis
qui prend une danseuse pour Orianen
lui disant : Tene , ma Mignone
vous avez si - bien dansé que je vous fais
present de mon épés . Bon , continuët-il , je
suis bien bête , et change :
ne,
Et lon lan la ,
Que fais -je la,
Est-ce avec cèla ,
Qu'on regale les Danseuses ?
La Nimphe emmene Amadis avec elle ;
le Théatre change et represente un palais
ruiné et des cachots. Cette décoration
, qui est de M. le Maire , a été tresbien
goutée , comme toutes celles qu'il a
faites pour le Théatre Italien.
Florestan , Corisande et les Captifs qui
sortent de leurs Cachots , se plaignent
des maux qu'ils souffrent Corisande
chante sur l'air : Tarare pompon.
}
Sont- ce là les liens que l'Hymen nous prépare
?
Encor si l'on étoit dans la même prison ,
On pourroit , sort Barbare !
Se faire une raison.
Mettez- nous-y •
I. Vol.
Le
DECEMBRE 1731. 2863.
Le Géolier.
Pompon.
Tarare ,
Arcabonne sous la figure d'un gros
Chat monstrueux , descend dans la prison
et dit le couplet qui suit , sur l'air :
On n'aime plus dans nos Forêts .
Sortez , trainez icy vos fers ,
Cessez vos plaintes ennuieuses.
Les Captifs.
Des maux que nous avons soufferts ,
Terminez les rigueurs affreuses.
Arcabonne , d'un air doux.
Vous allez cesser de souffrir ,
Mes enfans vous allez mourir.
Coriande , sur l'air de Griselidis.
Avec vous la mort même
A pour moi des appas.
Florestan.
C'est aussi mon systême.
Arcabonne.
Ne vous le dis -je pas.
1. Vol.
Hij Fo
2864 MERCURE DE FRANCE
Forestan & Corisande.
Oui , le trépas ,,"
Avec ce que l'on aime
Est doux à recevoir.
Arcabonne.
Vous allez voir.
Florestan et Corisande chantent encore
un Duo langouteux et passionné ce qui
donne lieu au couplet suivant. Arcabonne
chante sur l'air : F'ai le coeur tendre .
C'est trop entendre
•
Ce maudit refrain ,
J'ai le coeur tendre ,
Il ine inet en train ,
C'est trop entendre
Ce maudit refrain.
Arcabonne évoque l'ombre de son frere,
et chante.
Toi , qui n'es qu'un reste de cendre ,
Oh , oh
Dans ce noir tombeau
Reçois , et sans plus attendre ,
Oh , oh
Le joli cadeau ,
Du sang que je vais répandre.
1. Vol. L'Om
DECEMBRE . 1737. 2865.
L'ombre du fond de son tombeau, aches
vant l'air :
Oh , oh , oh
Tourelouribeau.
Quel hurlement ! s'écrie Arcabonne , je
Jure , mon frere , que dans un instant vous
serez satisfait.
L'ombre paroissant.
Tu vas trahir ton serment-
Menteuse bis.
Tu vas trahir ton serment .
Menteuse en ce moment
Ne vous fâchez pas , mon frere , lui die
Arcabonne , j'ai juré , cela doit vous suffire.
L'Ombre, sur l'air : Je suis toujours prête
à danser.
Ah! tu vas trahir tes sermens
Le jour me blesse , je retombe ;
Le grand air me fait mal aux dents.
Je me trouve mieux dans ma tombe
Tu me suivras dans peu de
temps
Que je t'attens ,
C'est aux
I Vol.
C'est aux enfers que je t'attens ,
enfers que je t'attens.
bis.
Hiij Allez
2866 MERCURE DE FRANCE
Allez-y toujours devant, lui répond Arcabonne
, on lui amene Amadis , qu'elle
veut immoler à sa vangeance ; mais elle
le reconnoît aussi-tôt pour le Héros qui
lui a sauvé la vie . Les armes lui tombent
des mains. Il n'est pasjuste , dit- elle , que
je tue un homme à qui j'ai tant d'obligation,
dites- vous-même , continuë t- elle ; la récom
pense de vos services , et j'y souscris . Amadis
demande qu'on donne la clef des champs
à tous ces malheureux. Il est dans l'instant
obéi ; Florestan , Corisande et tous les
Captifs sont mis en liberté. Arcabonne
dità Amadis de le suivre : Que j'aille seul
avec vous , lui dit Amadis : Je n'ose ; allons
, marchez petitgarçon , continuë Arcabonne.
Amadis chante sur l'air : Tandis
que je dresse.
Elle veut me faire
La bonne sorciere ,
Elle eut me faire
Payer leur rançon.
Arcabonne caressant Amadis,
Le joli garçon
Il est formé pour plaire.
Amadis à part.
Elle veut me faire
Payer leur rançon,
1. Vel.
Les
DECEMBRE. 1731 2867
Les Captifs se réjouissent de sortir d'esclavage.
Le Théatre change, et represente
lå Mer. Afcalaüs dit qu'il vient de faire
encore un enchantement qui leur livre
Oriane : Vous avez eu , ma soeur , bien du
plaisir à tuer Amadis , lui dit Arcalaus.
Arcabonne soupire et lui dit ingénuëment
qu'elle a trouvé dans son ennemi même
l'objet de son amour , et qu'à sa considération
, elle a donné la liberté à tous les
Captifs : Vous avez fait là une belle besogne,
répond Arcalaus , et chante sur l'air :
J'ai peur.
II vit donc ici.
Arcabonne
Oiii. •
Arcalaus.
Il est votre ami.
Arcabonne.
Oui,
Arcalans.
L'amour aujourd'hui
Vous parle donc pour lui.
Arcabonne.
Oui.
1. Vol. Hijij Arca2868
MERCURE DE FRANCE
Arcalaüs.
O foiblesse étrange ,
Prendre ainsi le change !
Arcabonne.
Plaignez une soeur ,
Qu'un tendre amour dérange,
Arca!aus.
La main me demange ;
Il faut que je vange
Sur vous mon bonneur
Ma honte et ma douleur..
Arcabonne.
J'ai peur.
Mais , ajoute Arcabonne , je sens que la
fureur l'emporte sur l'amour ; voici ma rivale
, vous allez voir tous les tours que je vais
luijouer. Oriane paroît . Arcalais vient lui :
dire qu'il a vaincu ce vainqueur invincible
: et que puisqu'elle le hait , elle doitêtre
bien contente . Il fait venir Amadis
qui paroît mort. Oriane se désespere , et
chante le couplet suivant , sur l'air ; J'ens.
tens déja le bruit des armes .
J'entens Amadis qui m'apelle ;
Pour gage certain de ma foy ,
I. Vol. Mon
DECEMBRE 1731 2869
Mon cher , dans la nuit éternelle ,
Je me précipite avec toi.
Elle tombe évanouies-
Amadis surun gazon .
Ah ! vertubleu , que ne vient - elle
S'évanouir auprès de moi.
Arcalais et Arcabonne se réjouissent :
du désespoir de ces deux amans ; aussi -tôt
on voit sur la mer un Rocher enflamé ; et
ensuite la grande Serpente , d'où sort U
gande , avec plusieurs femmes qui sont :
avec elle . Arcalaüs chante sur l'air : Je ne
suis flateur ni menteur.
D'où part ce spectacle nouveau ??
Arcabonne.
D'un pouvoir plus grand que le nôtre.
Arcalaus.
Est-ce un serpent ? Est-ce unvaisseau ?
Non
Arcabonne.
1 , non , ce n'est ni l'un ni l'autre,
Arcalaüs
Má soeur qu'est- ce donc que cela ? ?
1 Vol. Hy Arcani.
380 MERCURE DE FRANCE
Arcabonne.
Le Magazin de l'Opera.
Urgande enchante Arcabonne , et Arcalaüs
, et désenchante Oriane et Amadis , et
les mene avec elle; après avoir rendu à Arcabonne
et à Arcalaus l'usage de leurs
sens ; Arcabonne et Arcalaüs appellent les
démons de la terre à leur secours qui
combattent contre les démons de l'air, qui
obligent ceux de la terre à leur ceder la
victoire. Arcalaüs et Arcabonne se retirent
; le Theatre change et représente
l'Arc des loyaux Amans : Urgande conduit
avec elle Oriane et Amadis qu'elle a
racommodés ensemble. Si vous voulez ,
dit Amadis et Oriane , je passerai fous
l'Arc des loyaux Amans , pour vous prouver
ma fidelité : Non , non , répond Urgande
, cela seroit trop ennuyeux , passons
vite à la Chaconne. Les loyaux Amans
forment une danse avec leurs Amantes
en parodiant la Chaconne d'Amadis . La
Piece finit par un Vaudeville , dont le refraint
est :
Ce n'est plus le temps
Des loyaux Amans.
I. Vol.
•
Les
DECEMBRE 1731. 2872
Les mêmes Comédiens représenterent
le même jour une petite Piece nouvelle
en Prose , mêlée de Fables , qui a pour
titre , La Verité Fabuliste. Elle a été trèsgoûtée.
Comme on a cessé les Représentations
de cette Piece pour y ajoûter deux
Scenes nouvelles , on en parlera plus au
Jong quand elles auront paru .
On apprend de Naples , qu'on y répresente
l'Opera de Semiramis reconnue , avec
beaucoup de succès. On représente à
Londres l'Opera de Tamerlan , en Italien,
et à Vienne on répresenta le 27 du mois
dernier , devant L. M. I. sur le Théatre
du Palais , le nouvel Opera de Demetrius ,
pour lequel on a fait beaucoup de dé
penses et qui fut universellement applaudi
.
Fermer
Résumé : Arlequin Amadis, Extrait. [titre d'après la table]
Le 27 novembre, les Comédiens Italiens ont présenté la première représentation de la parodie 'Arlequin Amadis' en un acte et en vaudevilles, écrite par les Sieurs Dominique et Romagnesi. La pièce met en scène plusieurs personnages, dont Amadis, Florestan, Arlequin, et Oriane. L'intrigue commence avec Amadis, qui explique à Florestan sa tristesse due à son amour pour Oriane, qui l'a condamné à ne plus la revoir. Florestan lui conseille de se consoler avec la gloire, mais Amadis préfère imiter la folie d'Alcide. La pièce se poursuit avec des interactions entre les personnages. Corisande et Florestan se réjouissent de se revoir. Oriane, quant à elle, se plaint de l'inconstance d'Amadis. Des guerriers apparaissent pour divertir Oriane, mais elle refuse un divertissement anonyme. Le théâtre change ensuite pour représenter une forêt où Arcabonne et Arcalaus discutent de leur mélancolie et de leur désir de vengeance contre Amadis. Arcalaus tente d'empêcher Amadis de passer un pont, mais Amadis le bat et libère Corisande. Plus tard, Arcabonne reconnaît Amadis comme le héros qui lui a sauvé la vie et le libère, ainsi que tous les captifs. Oriane, croyant Amadis mort, se désespère et tombe évanouie. Urgande intervient alors, enchante Arcabonne et Arcalaus, et désenchante Oriane et Amadis, les réunissant finalement. La pièce se termine par une danse parodique de la Chaconne d'Amadis et un vaudeville. Le même jour, les comédiens ont également représenté une petite pièce en prose mêlée de fables intitulée 'La Vérité Fabuliste', très appréciée du public. Par ailleurs, le texte mentionne des représentations d'opéras dans différentes villes européennes. À Naples, l'opéra 'Semiramis reconnue' rencontre un grand succès. À Londres, 'Tamerlan' est joué en italien. À Vienne, l'opéra 'Demetrius' est représenté le 27 du mois précédent devant Sa Majesté Impériale au théâtre du Palais. Cette production a nécessité des dépenses considérables et a été acclamée par le public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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105
p. 3024-3036
Spectacles, le Chevalier Bayard, Comédie [titre d'après la table]
Début :
Avec l'Extrait de la Comédie Héroïque du Chevalier Bayard, que [...]
Mots clefs :
Chevalier, Amour, Amitié, Maîtresse, Auteur, Monologue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Spectacles, le Chevalier Bayard, Comédie [titre d'après la table]
Aroique du Chevalier Bayard , que
nous avons annoncé dans le premier volume
du Mercure de ce mois , nous donnerons
ici quelques traits de l'Histoire ,
qui ont servi de matiere à cette Piece.
Au second Siege de Bresse , où la Ville.
fut prise d'assaut , une Mere éperdue se
jettant aux pieds de Bayard , lui offrit en
don sa maison , et tout ce qui étoit dedans
; lui demandant pour toute grace
qu'il conservât l'honneur de deux belles
Filles qu'elle avoit , sur quoi le Chevalier
prit tous les soins qu'il falloit pour
Jui mettre l'esprit en repos ; et , loin de
vouloir profiter de ses offres , il fit payer.
exactement tout ce que l'on prit dans le
II. Vol.
Logis
DECEMBRE 1731. 3025
1
Logis tant qu'il y resta ; et en sortant , il
partagea avec les deux Belles la rançon ,
le Pere et la Mere l'avoient contraint
d'accepter.
que
>
Plusieurs de nos Historiens ont rap-.
porté avec de grands Eloges sa continen
ce auprès d'une autre jeune et très-belle
personne , que sa Mere pressée par le
besoin avoit voulu livrer à ses plaisirs .
On dit qu'ayant apperçu en elle une véritable
douleur d'avoir été contrainte à
faire ce pas , il en fut si touché , et conserva
son honneur si exactement , qu'au
moment même qu'elle s'offrit à lui , quoi
qu'au milieu de la nuit , il la conduisit
chez une Dame de ses Parentes , à laquelle
il recommanda d'en avoir grand
soin , et l'en tira trois jours après pour
la marier , à ses propres dépens , à un
jeune homme qui la recherchoit , laissant
de plus , à la Mere de quoi la retirer de
la nécessité.
L'Auteur a réuni ces deux actions
pour accommoder la derniere au Théatre
avec décence , et il a pris le beau de celle-
cy pout faire le dénouement de sa
Piece.
De cette derniere Demoiselle on a fait
l'aînée des deux soeurs de Bresse . On lui
a donné , avec le nom de Julie , toutes,
II. Vol. les.
3026 MERCURE DE FRANCE
-
les belles qualitez qu'il falloit pour mériter
l'amour de Bayard . Et sous le nom
de Montfort , on a peint son Amant ,
un jeune Guerrier plein de valeur et de
mérite , et digne de devenir Ami intime
du Chevalier : voici la Fable de la Piecc ..
Le Seigneur Marc , Pere de Julie , et
son intime Ami , le Podestat , de la Ville
de Bresse , ouvrent là Scene . Celui - cy ,
Barbon très amoureux et très - jaloux ,
vient rendre visite à l'autre > pour le
prier de le faire parler au Chevalier
Bayard , son Hôte. On lui demande une
grosse rançon ; il veut la faire moderer.
Frontin paroit , ( c'est le Chirurgien , et
tout ensemble le Valet de Chambre de
Bayard . ) On s'informe à lui de l'état de
sa blessure ; Frontin , pour donner une
preuve qu'il en est bien guéri , dit qu'il
donne le Bal ce soir même aux deux
Soeurs , ce qui allarme la jalousie du Podestat.
Le Seigneur Marc , et lui sortent
pour aller trouver Bayard .
Pendant le séjour que fait Bayard chez
le Seigneur Marc , il devient amoureux
de Julie et Rival de Montfort sans le
sçavoir. Frontin , rusé Gascon , s'en apperçoit
, et en fait part à la Mere , femme
passionnée pour les François et pour tout
ce qui vient de France. Elle se fait une
IL Vol..
agréable,
DECEMBRE 1731. 3027
agréable idée des plaisirs que cet hymen
lui procureroit. Mais Frontin y voit un
grand obstacle ; c'est qu'il croit Montfort
aimé de Julie. Il n'y a point d'autre
moyen de la guérir , que de l'empêcherde
le voir , en le faisant passer pour mort.
La conjoncture est favorable pour ce des◄.
sein , et en effet , on le croit mort pendant
quelque temps dans le Logis ; mais
un incident qu'on va voir le ressuscitera .
Les filles paroissent seules. Clarice , la
Cadette , jeune Italienne très vive et
très- peu circonspecte , comme on est à
son âge , presse Julie de déclarer enfin
son amour à Montfort ; mais celle- cy ,
par prudence et par délicatesse craint
que cet aveu n'augmente la passion de
son Amant , qui n'est déja que trop vive ,
et dont elle prévoit le mauvais succès ,
par l'avarice de leur Pere;elle s'éforçe elle .
même d'éteindre som Amour. A l'appro
che du Podestat et de Bayard , elles se
retirent.
-
- Le Chevalier , après avoir promis au.
Podestat de parler en sa faveur , apprend
de lui , par hazard , que Montfort est
actuellement dans la Ville. Il est fortétonné
de n'avoir encore reçu aucune
visite de lui , après la tendre amitié qu'il
lui avoit autrefois témoignée. L'autre l'ex-
II. Vol.
cuse
3028 MERCURE DE FRANCE
euse sur quelques blessures qu'il a recues
à l'assaut , ( ce qu'il dit exprès pour écarter
l'idée de leur combat , ) mais dont il
le croit à present bien guéri , et en état
de sortir. Bayard , ¡ dans l'ardeur de le revoir
, fait partir sur le champ son Carosse,
`avec deux de ses Hommes d'Armes , pour
le conduire chez lui.
Le Chevalier reste seul , et attend Frontin.
Il fait connoître là qu'il aime Julie ,
mais qu'il veut s'embarquer prudemment
dans cet amour. Il a donné commission
secrette à Frontin de s'informer si ella
avoit le coeur libre ; il vient dans le moment
lui rendre réponse , et dans cette
Scene Frontin se confirme pleinement
par son adresse , dans l'opinion qu'it
avoit de l'amour de son Maître .
Le second Acte commence tristement.
Julie vient d'apprendre la mort de son
Amant , qu'elle croit certaine . Sa douleur
éclate. Montfort introduit au Logis , par
les Hommes d'Armes de Bayard , malgré
les soins de la Mere et de Frontin ,, entend
ses plaintes en secret , et apprend pour la
premiere fois qu'il est aimé. Clarice , en
la consolant à sa maniere , apperçoit
Montfort écoutant , et saisie de frayeur ,
prenant la réalité pour une apparition de
son ombre , elle s'enfuit avec de grands
Ha Vola cris
DECEMBRE
1731. 3029
cris. Julie plus courageuse , l'attend , et
reconnoit la fausseté de sa mort . Elle lui
marque d'abord quelque regret d'avoir
été entendue ; mais à la fin , dans une
Scene très tendre , elle cede aux raisons.
qu'elle a de l'aimer , blâme l'ingratitude
de ses Parens , lui recommande le secret
et l'exhorte à tout esperer de sa constance .
La Mere arrive , et très- surprise de les
trouver ensemble , après quelques réproches
, lui apprend que c'est pour le mettre
à couvert de la colere de Bayard , qu'elle
a fait courir elle-même le bruit de sa
mort . Qu'il se dispense de venir chez
elle , de crainte que le Chevalier ne découvre
en lui l'Auteur du Combat ; mais
le voyant arriver , elle se retire , ne pou
vant parer cette premiere visite .
L'enrrevue de deux Amis est fort tendre.
Le Chevalier s'informe d'abord du
succès d'un amour dont Montfort lui
avoit autrefois parlé ;; mmaaiiss apprenant
qu'il a perdu tous espoirs par l'avarice
d'un Pere , et qu'il ne songe plus au mariage,
Bayard le presse de changer de senti
ment. Il lui marque le regret qu'il a de
ne s'être pas marié à son âge , et de voir
finir en lui sa famille. Et sur ce que Monfort
lui rémontre qu'il est encore en état
d'y penser , il lui avoue qu'il y songe en
II. Vol. effet
3030 MERCURE DE FRANCE
effet , et qu'il a déja fait un choix qu'il·
lui déclarera dès qu'il verra quelque retour
de la part de la Belle. Touché de son
malheureux sort avec tant de mérite ,
son amitié s'échauffe pour lui de plus en
plus. Il lui promet de prendre soin désormais
lui- même de son avancement , et
de le mettre en état de vaincre l'avarice
du Père ; en effet il commence par le
faire son Lieutenant. Après cette faveur ,
il lui demande le nom de sa Maîtresse
que Monfort va lui dire , en le suppliant
auparavant de garder le secret qui leur
est important , et que sa Maîtresse lui a
fait jurer de ne jamais déclarer . Bayard
par discretion , l'arrête , et lui défend de
trahir son serment ; et par là , l'éclaircissement
est suspendu , et on est interessé
de voir Bayard s'efforcer de mettre
son Rival en état d'épouser sa propre
Maîtresse.
Le secret est prêt à tout moment à se
découvrir. Julie charmée de la faveur où
elle voit son Amant auprès du Chevalier,
et des marques sinceres d'amitié qu'elle
en reçoit elle - même , forme le dessein de
s'ouvrir à lui sur leur passion mutuelle
pour s'appuyer de son crédit sur l'esprit
de son avare Pere , dont il tient la fortune
entre ses mains . Elle choisit pour
II. Vol. cela
"
DECEMBRE . 1731. 3038
cela le temps du Bal qu'il donne , à ce
qu'on croit , en réjouissance du retour de
sa santé.
pas-
Au milieu de sa joye , Monfort lui vient
encore annoncer qu'il est sûr de faire sa
fortune dans quelques heures , par l'enlevement
d'un riche convoy qui doit
ser par le Pays Bressan ; il court chercher
le Chevalier pour lui demander les gens
dont il a besoin pour cette expédition.
Frontin armé de toutes Pieces , vient annoncer
par un récit gascon et comique ,
l'enlevement du convoy par lui et son
Compagnon Bayard .
Monfort arrive , il est au désespoir d'a
voir manqué l'occasion ; mais Julie , en
fille forte , le console , et redoublant sa
tendresse , rend bien - tôt le calme à son
coeur.
La nuit s'est passée dans l'intervale du
troisiéme au quatriéme Acte ; le Chevalier
qui ouvre le quatrième , ayant remarqué
le soir précedent à son retour ,
quelque chagrin sur le visage de Monfort
, s'informe de Frontin s'il n'en sçait
point la cause ; il apprend que c'est d'avoir
manqué le convoy. Bayard compatit
beaucoup à sa peine ; et le voyant arri
ver s'excuse de ne l'avoir pas mis au
moins de la partie , ne croyant pas sa
II. Vol. santé
3032 MERCURE DE FRANCE
>
santé assès rétablie pour l'exposer ainsi ;
mais pour le consoler , il lui en cede tout
le profit ; ( ce trait est de l'histoire ; ) et
pour lui donner une plus forte marque
d'amitié , lui ouvre tout son coeur et
lui apprend qu'il aime Julie . Monfort
est frappé du coup ; Bayard s'en apperçoit
, et l'attribuë à quelque reste de foi
blesse qui est passée sur le champ , dit
Monfort , qui s'efforce d'en cacher la
cause ; et son nouveau Rival lui dit avec
transport qu'il en va faire la demande au
Pere , aussi bien que celle de Clarice pour
St. Pol ; esperons , dit-il , de nous voir
bien tôt au comble de nos voeux , puisqu'à
present tu n'es plus en état d'être
refusé.
gue
· Monfort reste seul , dans un Monolotrès
- touchant exhale sa douleur. Julie
qui par Frontin a appris ce riche present
, vient au milieu de son désespoir
lui en marquer sa joye ; il a beau dissimuler
son chagrin , elle s'en apperçoit
et le poursuit pour en sçavoir la cause.
Bayard paroît avec le Seigneur Marc ,
qui lui accorde sa fille , mais qui réfuse
Clarice à S. Pol, parce qu'il s'est engagé de
donner au Podestat , sous peine d'un trèsgros
dédit , et se retire. St. Pol apprenant
le dédit et le réfus , ménace de faire per-
11. Vol
dre
DECEMBRE . 1931. 3033
are la tête au Podestat , s'il ne s'en désiste
, ayant trouvé dans ses Papiers des
preuves, qu'il a trempé dans la révolte de
Bresse ; mais le Chevalier , par bonté de
coeur , arréte sa colere , lui dit qu'il est
venu une Amnistie , et lui conseille seulement
de lui faire peur , pour en tirer lo
dédit. Et c'est ce que Frontin exécute ,
dans la Scene suivante, où le Pere est present
, où il apprend du Podestat , en colere
, que le Seigneur Marc trempe aussi
dans la Rebellion . Cet incident est préparéau
premiet Acte.
Cette découverte sert à Frontin , qui
conduit l'intrigue en faveur de son Maître
, à faire peur à la Mere à son tour ,
et l'oblige à presser son Epoux d'accorder
tout ce qu'elle lui demande , et pour leur
rançon , et pour la dot de ses Filles : ce
qu'elle obtient.
Julie ayant enfin appris d'un autre que
de Monfort l'amour de Bayard , lui en
fait un doux reproche . Son Amant , dans
cette Scene qui est très- tendre , la presse
par de bonnes et fortes raisons qui l'interessent
seule , à consentir à épouser le
Chevalier. Elle n'y peut répondre que
par des sentimens , et à la fin se détermine
à se jetter dans un saint azile , entre les
bras d'une sage Parente dont elle va im-
II. Vol. F plorer
3034 MERCURE DE FRANCE
plorer le secours , et d'y attendre le changement
de ses affaires.
ap-
La Mere survient qui entend sa réso
lution ; et pour l'en détourner lui
>
prend le péril où est son Pere. Monfort
la détermine lui-même au sacré devoir
de l'en retirer. Elle en prend la résolution
avec courage , dit un adieu trèsferme
et très touchant à Monfort ; la
Mere et lui se retirent , et la laissent seule
attendre la déclaration du Chevalier. Il
la lui vient faire d'un air assez gay , muni
de l'aveu de ses Parens , selon les moeurs
gauloises , mais pourtant en marquant un
peu de défiance. Elle l'assure qu'il doit
être sûr de lui plaire , venant , non-sculement
de la part de ses Parens , mais encore
de celle de Monfort , qui a acquis
sur elle autant de droit qu'ils en ont , en
lui sauvant l'honneur et la vie. Elle lui
déclare ensuite leur combat , et s'attendrit
au souvenir de l'état où Bayard l'avoit
mis. A ce récit , Bayard est frappé
d'étonnement et d'admiration , de l'effort
d'amitié de son Rival. Il est attendri luimême.
La Scene est trés- touchante. A la
fin il reste persuadé de la sincerité de Julie
, quipromet de l'aimer , et la prie d'aller
assurer le Pere du consentement qu'elle
donne à son bonheur , afin de le hâter.
11. Vol. Il
DECEMBRE. 1731. 3035
Il reste seul , et fait les réfléxions qu'un
homme aussi amoureux , mais aussi rai
sonnable que lui, doit faire. Il balance entre
l'amour et l'amitié , et pour l'aider à
se déterminer , ordonne à Frontin de faire
venir Monfort. St. Pol , qu'il a chargé de
faire les accords , vient lui annoncer que
tout est fini , et que la Mere va venir lui
présenter et rançon et dot. Elle arrive en
effet , et dans le temps qu'il lui rend graces
des genereux efforts qu'elle a faits en sa
faveur , Monfort paroît, à qui Bayard fait,
avec transport , part de son bonheur , en
lui demandant où en est le sien. Il répond
que sa Maîtresse , forcée par ses Parens ,
a couronné l'amour d'un plus digne Rival
, et que ne le quittant point par in,
constance , il n'a aucun sujet de s'en plaindre.
Puisque tu sors si content d'avec ta
Belle , lui dit Bayard , tu peux donc à present
me dire son nom; là- dessus Monfort le
prie de lui accorder de n'en parler jamais,
puisque ce n'est que par l'oubli qu'il peut
se consoler. Le Chevalier touché de Pétat
où il le voit , lui fait un reproche tendre
de lui avoir trop bien caché son amour ;
lui cede enfin Julie , partage la rançon
entre lui et St. Pol , et l'assure que l'amour
dans son coeur a laissé la place entiere à
l'amitié . Monfort pénetré de cette grace ,
II. Vol. Fij
se
036 MERCURE DE FRANCE
se jette à ses pieds. Il le releve , en le
priant de souffrir qu'il soit équitable à
son tour , et ne profite point d'un bien
qui lui appartient , et qu'il a acheté au
prix de son sang &c. et Julie finit la
Piece par un digne Eloge d'une action
héroïque , qui donne un Scipion à la
France .
Au reste , cette Piece est fort bien répresentée
par les Srs . Quinaut , Dufrene ,
Montmenil , Dangeville , Duchemin et
Armand , et par les Dlles La Motte , Labat
, et Quinaut , qui remplissent les
Rôles du Chevalier Bayard , de Monfort ,
de St. Pol , du Podestat , du Seigneur
Marc , et de Frontin , de Madame Marc ,
de Julie , et de Clarice.
"
Cette Comédie qui a eu six Représenta
tions , sera réjoüée ; l'Auteur travaille à
la rendre encore plus digne de son sujet ,
et de l'attention du Public.
nous avons annoncé dans le premier volume
du Mercure de ce mois , nous donnerons
ici quelques traits de l'Histoire ,
qui ont servi de matiere à cette Piece.
Au second Siege de Bresse , où la Ville.
fut prise d'assaut , une Mere éperdue se
jettant aux pieds de Bayard , lui offrit en
don sa maison , et tout ce qui étoit dedans
; lui demandant pour toute grace
qu'il conservât l'honneur de deux belles
Filles qu'elle avoit , sur quoi le Chevalier
prit tous les soins qu'il falloit pour
Jui mettre l'esprit en repos ; et , loin de
vouloir profiter de ses offres , il fit payer.
exactement tout ce que l'on prit dans le
II. Vol.
Logis
DECEMBRE 1731. 3025
1
Logis tant qu'il y resta ; et en sortant , il
partagea avec les deux Belles la rançon ,
le Pere et la Mere l'avoient contraint
d'accepter.
que
>
Plusieurs de nos Historiens ont rap-.
porté avec de grands Eloges sa continen
ce auprès d'une autre jeune et très-belle
personne , que sa Mere pressée par le
besoin avoit voulu livrer à ses plaisirs .
On dit qu'ayant apperçu en elle une véritable
douleur d'avoir été contrainte à
faire ce pas , il en fut si touché , et conserva
son honneur si exactement , qu'au
moment même qu'elle s'offrit à lui , quoi
qu'au milieu de la nuit , il la conduisit
chez une Dame de ses Parentes , à laquelle
il recommanda d'en avoir grand
soin , et l'en tira trois jours après pour
la marier , à ses propres dépens , à un
jeune homme qui la recherchoit , laissant
de plus , à la Mere de quoi la retirer de
la nécessité.
L'Auteur a réuni ces deux actions
pour accommoder la derniere au Théatre
avec décence , et il a pris le beau de celle-
cy pout faire le dénouement de sa
Piece.
De cette derniere Demoiselle on a fait
l'aînée des deux soeurs de Bresse . On lui
a donné , avec le nom de Julie , toutes,
II. Vol. les.
3026 MERCURE DE FRANCE
-
les belles qualitez qu'il falloit pour mériter
l'amour de Bayard . Et sous le nom
de Montfort , on a peint son Amant ,
un jeune Guerrier plein de valeur et de
mérite , et digne de devenir Ami intime
du Chevalier : voici la Fable de la Piecc ..
Le Seigneur Marc , Pere de Julie , et
son intime Ami , le Podestat , de la Ville
de Bresse , ouvrent là Scene . Celui - cy ,
Barbon très amoureux et très - jaloux ,
vient rendre visite à l'autre > pour le
prier de le faire parler au Chevalier
Bayard , son Hôte. On lui demande une
grosse rançon ; il veut la faire moderer.
Frontin paroit , ( c'est le Chirurgien , et
tout ensemble le Valet de Chambre de
Bayard . ) On s'informe à lui de l'état de
sa blessure ; Frontin , pour donner une
preuve qu'il en est bien guéri , dit qu'il
donne le Bal ce soir même aux deux
Soeurs , ce qui allarme la jalousie du Podestat.
Le Seigneur Marc , et lui sortent
pour aller trouver Bayard .
Pendant le séjour que fait Bayard chez
le Seigneur Marc , il devient amoureux
de Julie et Rival de Montfort sans le
sçavoir. Frontin , rusé Gascon , s'en apperçoit
, et en fait part à la Mere , femme
passionnée pour les François et pour tout
ce qui vient de France. Elle se fait une
IL Vol..
agréable,
DECEMBRE 1731. 3027
agréable idée des plaisirs que cet hymen
lui procureroit. Mais Frontin y voit un
grand obstacle ; c'est qu'il croit Montfort
aimé de Julie. Il n'y a point d'autre
moyen de la guérir , que de l'empêcherde
le voir , en le faisant passer pour mort.
La conjoncture est favorable pour ce des◄.
sein , et en effet , on le croit mort pendant
quelque temps dans le Logis ; mais
un incident qu'on va voir le ressuscitera .
Les filles paroissent seules. Clarice , la
Cadette , jeune Italienne très vive et
très- peu circonspecte , comme on est à
son âge , presse Julie de déclarer enfin
son amour à Montfort ; mais celle- cy ,
par prudence et par délicatesse craint
que cet aveu n'augmente la passion de
son Amant , qui n'est déja que trop vive ,
et dont elle prévoit le mauvais succès ,
par l'avarice de leur Pere;elle s'éforçe elle .
même d'éteindre som Amour. A l'appro
che du Podestat et de Bayard , elles se
retirent.
-
- Le Chevalier , après avoir promis au.
Podestat de parler en sa faveur , apprend
de lui , par hazard , que Montfort est
actuellement dans la Ville. Il est fortétonné
de n'avoir encore reçu aucune
visite de lui , après la tendre amitié qu'il
lui avoit autrefois témoignée. L'autre l'ex-
II. Vol.
cuse
3028 MERCURE DE FRANCE
euse sur quelques blessures qu'il a recues
à l'assaut , ( ce qu'il dit exprès pour écarter
l'idée de leur combat , ) mais dont il
le croit à present bien guéri , et en état
de sortir. Bayard , ¡ dans l'ardeur de le revoir
, fait partir sur le champ son Carosse,
`avec deux de ses Hommes d'Armes , pour
le conduire chez lui.
Le Chevalier reste seul , et attend Frontin.
Il fait connoître là qu'il aime Julie ,
mais qu'il veut s'embarquer prudemment
dans cet amour. Il a donné commission
secrette à Frontin de s'informer si ella
avoit le coeur libre ; il vient dans le moment
lui rendre réponse , et dans cette
Scene Frontin se confirme pleinement
par son adresse , dans l'opinion qu'it
avoit de l'amour de son Maître .
Le second Acte commence tristement.
Julie vient d'apprendre la mort de son
Amant , qu'elle croit certaine . Sa douleur
éclate. Montfort introduit au Logis , par
les Hommes d'Armes de Bayard , malgré
les soins de la Mere et de Frontin ,, entend
ses plaintes en secret , et apprend pour la
premiere fois qu'il est aimé. Clarice , en
la consolant à sa maniere , apperçoit
Montfort écoutant , et saisie de frayeur ,
prenant la réalité pour une apparition de
son ombre , elle s'enfuit avec de grands
Ha Vola cris
DECEMBRE
1731. 3029
cris. Julie plus courageuse , l'attend , et
reconnoit la fausseté de sa mort . Elle lui
marque d'abord quelque regret d'avoir
été entendue ; mais à la fin , dans une
Scene très tendre , elle cede aux raisons.
qu'elle a de l'aimer , blâme l'ingratitude
de ses Parens , lui recommande le secret
et l'exhorte à tout esperer de sa constance .
La Mere arrive , et très- surprise de les
trouver ensemble , après quelques réproches
, lui apprend que c'est pour le mettre
à couvert de la colere de Bayard , qu'elle
a fait courir elle-même le bruit de sa
mort . Qu'il se dispense de venir chez
elle , de crainte que le Chevalier ne découvre
en lui l'Auteur du Combat ; mais
le voyant arriver , elle se retire , ne pou
vant parer cette premiere visite .
L'enrrevue de deux Amis est fort tendre.
Le Chevalier s'informe d'abord du
succès d'un amour dont Montfort lui
avoit autrefois parlé ;; mmaaiiss apprenant
qu'il a perdu tous espoirs par l'avarice
d'un Pere , et qu'il ne songe plus au mariage,
Bayard le presse de changer de senti
ment. Il lui marque le regret qu'il a de
ne s'être pas marié à son âge , et de voir
finir en lui sa famille. Et sur ce que Monfort
lui rémontre qu'il est encore en état
d'y penser , il lui avoue qu'il y songe en
II. Vol. effet
3030 MERCURE DE FRANCE
effet , et qu'il a déja fait un choix qu'il·
lui déclarera dès qu'il verra quelque retour
de la part de la Belle. Touché de son
malheureux sort avec tant de mérite ,
son amitié s'échauffe pour lui de plus en
plus. Il lui promet de prendre soin désormais
lui- même de son avancement , et
de le mettre en état de vaincre l'avarice
du Père ; en effet il commence par le
faire son Lieutenant. Après cette faveur ,
il lui demande le nom de sa Maîtresse
que Monfort va lui dire , en le suppliant
auparavant de garder le secret qui leur
est important , et que sa Maîtresse lui a
fait jurer de ne jamais déclarer . Bayard
par discretion , l'arrête , et lui défend de
trahir son serment ; et par là , l'éclaircissement
est suspendu , et on est interessé
de voir Bayard s'efforcer de mettre
son Rival en état d'épouser sa propre
Maîtresse.
Le secret est prêt à tout moment à se
découvrir. Julie charmée de la faveur où
elle voit son Amant auprès du Chevalier,
et des marques sinceres d'amitié qu'elle
en reçoit elle - même , forme le dessein de
s'ouvrir à lui sur leur passion mutuelle
pour s'appuyer de son crédit sur l'esprit
de son avare Pere , dont il tient la fortune
entre ses mains . Elle choisit pour
II. Vol. cela
"
DECEMBRE . 1731. 3038
cela le temps du Bal qu'il donne , à ce
qu'on croit , en réjouissance du retour de
sa santé.
pas-
Au milieu de sa joye , Monfort lui vient
encore annoncer qu'il est sûr de faire sa
fortune dans quelques heures , par l'enlevement
d'un riche convoy qui doit
ser par le Pays Bressan ; il court chercher
le Chevalier pour lui demander les gens
dont il a besoin pour cette expédition.
Frontin armé de toutes Pieces , vient annoncer
par un récit gascon et comique ,
l'enlevement du convoy par lui et son
Compagnon Bayard .
Monfort arrive , il est au désespoir d'a
voir manqué l'occasion ; mais Julie , en
fille forte , le console , et redoublant sa
tendresse , rend bien - tôt le calme à son
coeur.
La nuit s'est passée dans l'intervale du
troisiéme au quatriéme Acte ; le Chevalier
qui ouvre le quatrième , ayant remarqué
le soir précedent à son retour ,
quelque chagrin sur le visage de Monfort
, s'informe de Frontin s'il n'en sçait
point la cause ; il apprend que c'est d'avoir
manqué le convoy. Bayard compatit
beaucoup à sa peine ; et le voyant arri
ver s'excuse de ne l'avoir pas mis au
moins de la partie , ne croyant pas sa
II. Vol. santé
3032 MERCURE DE FRANCE
>
santé assès rétablie pour l'exposer ainsi ;
mais pour le consoler , il lui en cede tout
le profit ; ( ce trait est de l'histoire ; ) et
pour lui donner une plus forte marque
d'amitié , lui ouvre tout son coeur et
lui apprend qu'il aime Julie . Monfort
est frappé du coup ; Bayard s'en apperçoit
, et l'attribuë à quelque reste de foi
blesse qui est passée sur le champ , dit
Monfort , qui s'efforce d'en cacher la
cause ; et son nouveau Rival lui dit avec
transport qu'il en va faire la demande au
Pere , aussi bien que celle de Clarice pour
St. Pol ; esperons , dit-il , de nous voir
bien tôt au comble de nos voeux , puisqu'à
present tu n'es plus en état d'être
refusé.
gue
· Monfort reste seul , dans un Monolotrès
- touchant exhale sa douleur. Julie
qui par Frontin a appris ce riche present
, vient au milieu de son désespoir
lui en marquer sa joye ; il a beau dissimuler
son chagrin , elle s'en apperçoit
et le poursuit pour en sçavoir la cause.
Bayard paroît avec le Seigneur Marc ,
qui lui accorde sa fille , mais qui réfuse
Clarice à S. Pol, parce qu'il s'est engagé de
donner au Podestat , sous peine d'un trèsgros
dédit , et se retire. St. Pol apprenant
le dédit et le réfus , ménace de faire per-
11. Vol
dre
DECEMBRE . 1931. 3033
are la tête au Podestat , s'il ne s'en désiste
, ayant trouvé dans ses Papiers des
preuves, qu'il a trempé dans la révolte de
Bresse ; mais le Chevalier , par bonté de
coeur , arréte sa colere , lui dit qu'il est
venu une Amnistie , et lui conseille seulement
de lui faire peur , pour en tirer lo
dédit. Et c'est ce que Frontin exécute ,
dans la Scene suivante, où le Pere est present
, où il apprend du Podestat , en colere
, que le Seigneur Marc trempe aussi
dans la Rebellion . Cet incident est préparéau
premiet Acte.
Cette découverte sert à Frontin , qui
conduit l'intrigue en faveur de son Maître
, à faire peur à la Mere à son tour ,
et l'oblige à presser son Epoux d'accorder
tout ce qu'elle lui demande , et pour leur
rançon , et pour la dot de ses Filles : ce
qu'elle obtient.
Julie ayant enfin appris d'un autre que
de Monfort l'amour de Bayard , lui en
fait un doux reproche . Son Amant , dans
cette Scene qui est très- tendre , la presse
par de bonnes et fortes raisons qui l'interessent
seule , à consentir à épouser le
Chevalier. Elle n'y peut répondre que
par des sentimens , et à la fin se détermine
à se jetter dans un saint azile , entre les
bras d'une sage Parente dont elle va im-
II. Vol. F plorer
3034 MERCURE DE FRANCE
plorer le secours , et d'y attendre le changement
de ses affaires.
ap-
La Mere survient qui entend sa réso
lution ; et pour l'en détourner lui
>
prend le péril où est son Pere. Monfort
la détermine lui-même au sacré devoir
de l'en retirer. Elle en prend la résolution
avec courage , dit un adieu trèsferme
et très touchant à Monfort ; la
Mere et lui se retirent , et la laissent seule
attendre la déclaration du Chevalier. Il
la lui vient faire d'un air assez gay , muni
de l'aveu de ses Parens , selon les moeurs
gauloises , mais pourtant en marquant un
peu de défiance. Elle l'assure qu'il doit
être sûr de lui plaire , venant , non-sculement
de la part de ses Parens , mais encore
de celle de Monfort , qui a acquis
sur elle autant de droit qu'ils en ont , en
lui sauvant l'honneur et la vie. Elle lui
déclare ensuite leur combat , et s'attendrit
au souvenir de l'état où Bayard l'avoit
mis. A ce récit , Bayard est frappé
d'étonnement et d'admiration , de l'effort
d'amitié de son Rival. Il est attendri luimême.
La Scene est trés- touchante. A la
fin il reste persuadé de la sincerité de Julie
, quipromet de l'aimer , et la prie d'aller
assurer le Pere du consentement qu'elle
donne à son bonheur , afin de le hâter.
11. Vol. Il
DECEMBRE. 1731. 3035
Il reste seul , et fait les réfléxions qu'un
homme aussi amoureux , mais aussi rai
sonnable que lui, doit faire. Il balance entre
l'amour et l'amitié , et pour l'aider à
se déterminer , ordonne à Frontin de faire
venir Monfort. St. Pol , qu'il a chargé de
faire les accords , vient lui annoncer que
tout est fini , et que la Mere va venir lui
présenter et rançon et dot. Elle arrive en
effet , et dans le temps qu'il lui rend graces
des genereux efforts qu'elle a faits en sa
faveur , Monfort paroît, à qui Bayard fait,
avec transport , part de son bonheur , en
lui demandant où en est le sien. Il répond
que sa Maîtresse , forcée par ses Parens ,
a couronné l'amour d'un plus digne Rival
, et que ne le quittant point par in,
constance , il n'a aucun sujet de s'en plaindre.
Puisque tu sors si content d'avec ta
Belle , lui dit Bayard , tu peux donc à present
me dire son nom; là- dessus Monfort le
prie de lui accorder de n'en parler jamais,
puisque ce n'est que par l'oubli qu'il peut
se consoler. Le Chevalier touché de Pétat
où il le voit , lui fait un reproche tendre
de lui avoir trop bien caché son amour ;
lui cede enfin Julie , partage la rançon
entre lui et St. Pol , et l'assure que l'amour
dans son coeur a laissé la place entiere à
l'amitié . Monfort pénetré de cette grace ,
II. Vol. Fij
se
036 MERCURE DE FRANCE
se jette à ses pieds. Il le releve , en le
priant de souffrir qu'il soit équitable à
son tour , et ne profite point d'un bien
qui lui appartient , et qu'il a acheté au
prix de son sang &c. et Julie finit la
Piece par un digne Eloge d'une action
héroïque , qui donne un Scipion à la
France .
Au reste , cette Piece est fort bien répresentée
par les Srs . Quinaut , Dufrene ,
Montmenil , Dangeville , Duchemin et
Armand , et par les Dlles La Motte , Labat
, et Quinaut , qui remplissent les
Rôles du Chevalier Bayard , de Monfort ,
de St. Pol , du Podestat , du Seigneur
Marc , et de Frontin , de Madame Marc ,
de Julie , et de Clarice.
"
Cette Comédie qui a eu six Représenta
tions , sera réjoüée ; l'Auteur travaille à
la rendre encore plus digne de son sujet ,
et de l'attention du Public.
Fermer
Résumé : Spectacles, le Chevalier Bayard, Comédie [titre d'après la table]
Le texte présente un résumé de l'histoire du Chevalier Bayard, en mettant en avant deux actions marquantes de sa vie. Lors du second siège de Bresse, une mère offrit sa maison et ses filles à Bayard pour préserver leur honneur. Bayard refusa les offres et paya pour tout ce qui fut pris dans la maison, partageant ensuite la rançon avec les filles. Une autre anecdote relate comment Bayard sauva l'honneur d'une jeune femme dont la mère l'avait offerte à lui. Touché par sa douleur, il la conduisit chez une parente et la maria à un jeune homme, offrant également de l'argent à la mère. L'auteur de la pièce a combiné ces deux actions pour créer une intrigue théâtrale. Dans la pièce, Julie, l'aînée des deux sœurs de Bresse, est amoureuse de Montfort, un jeune guerrier. Bayard, hôte du père de Julie, devient également amoureux de Julie sans le savoir. Frontin, le valet de Bayard, manipule la situation pour favoriser l'amour entre Julie et Montfort. La pièce se développe autour des intrigues et des malentendus entre les personnages, notamment la fausse nouvelle de la mort de Montfort et les efforts de Bayard pour aider son ami. Bayard finit par avouer son amour à Julie, mais elle lui révèle qu'elle aime Montfort. Touché par l'amitié de Montfort, Bayard accepte de les laisser se marier. La pièce se conclut par des révélations et des résolutions touchantes, mettant en avant les valeurs de l'honneur et de l'amitié. Dans une scène, Bayard convoque Montfort pour discuter de sa situation. St. Pol annonce que la mère de Julie va venir présenter la rançon et la dot pour sa libération. La mère arrive et Bayard la remercie pour ses efforts. Montfort apparaît et révèle que sa maîtresse l'a quitté pour un autre homme, mais il accepte cette situation avec dignité. Bayard, ému, lui demande le nom de sa maîtresse, mais Montfort préfère ne pas le divulguer pour se consoler plus facilement. Bayard, touché par la situation de Montfort, lui cède Julie et partage la rançon entre Montfort et St. Pol. Il affirme que l'amour a laissé place à l'amitié dans son cœur. Montfort, reconnaissant, se jette à ses pieds, mais Bayard le relève et insiste pour que Montfort profite du bien qu'il lui offre. La pièce se termine par un éloge de Julie sur l'action héroïque de Bayard. La pièce, intitulée 'Le Chevalier Bayard', est interprétée par des acteurs tels que Quinaut, Dufrene, Montmenil, Dangeville, Duchemin, Armand, ainsi que les demoiselles La Motte, Labat, et Quinaut. La comédie a eu six représentations et l'auteur travaille à l'améliorer pour une future réjouissance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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106
p. 3036-3044
Erigone, Tragédie, Extrait. [titre d'après la table]
Début :
On croit qu'Erigone, Tragédie de M. de la Grange, auroit eu un plus grand nombre [...]
Mots clefs :
Amour, Hymen, Reine, Échange, Cacher
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Erigone, Tragédie, Extrait. [titre d'après la table]
On croit qu'Erigone , Tragédie de M.de
la Grange , auroit eu un plus grand nombre
de Représentations , si l'Auteur eut
été à Paris , lorsqu'on a mis cette Piece
au Tréatre. Le cinquiéme Acte avoit bescin
de quelques changemens que le public
souhaitoit, ce qui n'auroit pas été bien
difficile à une main aussi habile et à un
genie aussi fécond en inventions Théatra-
II. Vol. les
1
S
DECEMBRE . 173. 3937
Ies ; nous allons remplir nos engagemens
avec le Public , par une courte Analyse
de ce Poëme.
Stenelus , Roy de Crete , et Androclide,
Ministre du Royaume d'Epire , ouvrent
La Scene . Ce premier a été fait prisonnier
par Attale , General des Epirotes & Fils
d'Androclide. Ce Roy captif a doublement
perdu sa liberté , il est devenu
amoureux de Nerée , fille d'Androclide.
Il la demande en mariage à son Pere, qui
refuse l'honneur qu'il lui fait par des rai
sons de politique. Il lui représente que
la guerre qui regne depuis si long- temps
entre les Crétois et les Epirotes , ne peut
se terminer plus heureusement que par
un Hymen , qui réunisse à jamais les Rois.
et les Sujets. Stenelus ne peut consentir à
cet hymen de politique ; l'Amour parle
plus haut que l'Ambition , et Nerée l'emporte
dans son coeur sur Erigone , toute
aimable et toute Reine qu'elle est.
Ce Prince ne pouvant obtenir d'An
droclide l'aveu qu'il lui demande en fa
veur de son amour , a recours à son Fils
Attale , et le prie de fléchir son Pere.
Attale témoigne son étonnement à Androclide
, sur le refus d'une Couronne
qu'un si grand Roy veut mettre sur la tête
de sa Fille. Androclide lui répond
Fiij qu'îïl
11. Vol.
3038 MERCURE DE FRANCE
qu'il doit préferer les interêts de sa Patrie
à l'aggrandissement de sa Maison , et
qu'il importe au salut ,de l'Epire que le-
Roy de Créte épouse Erigone.
Attale ne pouvant cacher l'amour qu'il
a pour cette Reine , se plaint à son Pere
de l'obstacle qu'une main aussi chere
que la sienne oppose à son bonheur.
Androclide lui répond que cet Hymen
qu'il souhaite avec tant d'ardeur , seroit
le plus grand malheur qui pût arriver à
fun et à l'autre ; il lui annonce que la
Reine doit les consulter tous deux sur le
choix d'un Epoux , et l'exhorte vivement
à la faire pancher du côté de Stenclus .
Stenelus et Nerée commencent le sea
cond Acte ; comme ils s'aiment réciproquement
, ils sont également affligez du
refus d'Androclide ; mais la vertu de l'Amante
lui fait rejetter comme un crime ,
ce que l'amour suggere à l'Amant.
Erigone ne fait connoître qu'à demi à
Nerée ce que produira le conseil d'Androclide
et d'Attale sur le choix d'un
nouveau Roy que ses Sujets lui demandent
avec empressement
.
La Scene deliberative qui suit est des
plus nouvelles au Theatre ; deux personnes
seules sont consultées , et sembleroient
ne devoir faire qu'un suffrage, si l'amour
II. Vol. ne
DECEMBR E. 1731. 3039
ne s'en mêloit pas ; le Pere et le Fils se
trouvent directement opposez , parce
qu'ils agissent par des motifs tout-à- fait
differens. Erigone expose en peu de mots
le sujet pour lequel elle les rassemble.Androclide
tâche de la porter à l'Hymen de
Stenelus , par des raisons tres - plausibles , et
Attale s'oppose respectueusement aux
avis de son Pere ; il dit tendrement à Erigone
que sans s'exposer à perdre un Sceptre
hereditaire , pour en chercher un
étranger , elle peut trouver un sujet , qui
toujours soumis à ses loix , raffermisse le
Trône où les Dieux l'ont placée. Erigone
dit à Androclide que ses conseils sont
plus prudens que ceux de son Fils ; mais
que ceux de son Fils sont plus flatteurs
pour elle. Son choix se détermine pour
Attale ; elle dit que l'appui d'un Trône.
est digne d'y monter. Elle ordonne à Androclide
d'aller tout préparer pour cette
grande fête , et d'assembler ses Etats pour
la rendre plus solemnelle : Elle se retire..
Androclide reproche à son fils son peu
de defference pour ses avis . Attale de son
côté se plaint de la rigueur d'un Pere
qui veut empêcher son Fils de s'élever à
la grandeur suprême. Androclide ne peut
plus lui cacher le fatal secfet ; il lui apprend
qu'Erigone est sa soeur , et lui ex-
II. Vot.
Fiiij pose
3040 MERCURE DE FRANCE
pose en peu de mots ce qui l'a obligé à
faire l'échange de sa fille contre celle du
dernier Roy du sang d'Achille ; il prie
Attale de s'absenter pour empêcher un
Hymen incestueux, et pour se guérir d'un
amour funeste ; Attale au désespoir s'y
détermine; ils sortent pour aller exécuter
ce qu'ils viennent de résoudre..
Au troisiéme Acte Stenelus implore le
secours d'Erigone pour fléchir la dureté
d'Androclide , qui lui refuse sa fille . Erigone
lui promet d'appuyer un projet si
glorieux pour le Pere et pour la Fille.
Nerée en pleurs , vient apprendre à Erigone
que son frere Attale est prêt à quisrer
l'Epire , et que le Vaisseau qui doit
l'en éloigner , ne tardera pas à mettre à la
voile. Erigone , aussi offensée que surprise
d'un départ si peu attendu , ordonne
qu'on s'y oppose ; Stenelus va lui -même
faire exécuter les ordres de cette Reime
affligée. Attale vient peu de temps
aprés ; et ne pouvant soutenir les reproches
qu'Erigone lui fait , il ne peut plus
s'empêcher de lui revéler l'affreux mystere
qui le force à renoncer à tout son
bonheur.
Androclide arrive au même instant et
lui coupe la parole.
Attale reconnoît la faute qu'il alloit fai-
II. Vol.
DECEMBRE. 1731. 3041
ee , si son Pere ne fut venu à son secours;
il aime mieux s'avoiier coupable de tous
les crimes que la colere d'Erigone lui impute
: Elle le traite en criminel d'Etat, et
ordonne qu'on l'arrête. Androclide jugeant
la fuite de son Fils plus necessaire
que jamais , interesse pour lui un fidele
ami , avec qui il va prendre des mesures
pour rompre les fers de son Fils et lui
ouvrir un chemin à la fuite.
Au quatriéme Acte , Nerée demande
la grace de son Frere à Erigone ; cette
Reine se croyant trahie , ou du moins
offensée,lui répond qu'Attale ne peut sauver
sa tête qu'en lui donnant la main.
Un Garde vient lui apporter un billet ;
qu'on a intercepté ; il est d'Androclide à
son Fils ; il l'exhorte. à fuir une soeuz
qu'il aime, et dont il est aimé. L'équivo
que produit par le nom de soeur , attire
les plus sanglans reproches à la vertueu
se Nerée; elle ne peut les soutenir et se re
tire , frappée d'un mortel désespoir.
On amene Attale à Erigone ; elle lui reproche
des crimes qu'il ignore , et dont
il n'est instruit que par le fatal billet que
la Reine lui met entre les mains ; la nécessité
où il se trouve de disculper sa
soeur , et de lui rendre toute sa gloire ,
L'oblige à ne plus rien,cacher. Il apprend
1. Vob .
Ev
3042 MERCURE DE FRANCE
à Erigone que c'est elle -même qu'Andro
clide a voulu désignerpar le nom de soeur;
ce coup est tout des plus frappans pour
elle , l'amour a beau gemir dans son coeur,
il faut l'immoler au devoir ; elle fait plus,
elle forme la noble résolution de rendreà
Nerée un Trône qu'elle croit lui ap .
partenir par les droits de la naissance.
5.
Erigone , qui à la fin du second Acte
a ordonné à Androclide d'assembler les
Grands de son Royaume , déclare au cinquiéme
Acte , en leur présence , que Nerée
est la légitime heritiere du Trône
d'Epire; cette déclaration est suivie d'une
contestation également noble et genereuse,
entre Nerée et Erigone ; elle est terminée
par l'arrivée d'Attale , dont la mere , jus .
qu'alors captive chez les Crétois , -vient
d'être renduë à sa patrie ; elle lui a déclaré
, que par un second échange qu'elle a
fait à l'insçu de son époux Androclide ,
elle a remis les choses dans l'ordre que la
justice demandoit : par ce second échange
qui fait le dénouement d'une Piece , dont
le premier avoit fait le noud , Erigone
Cessant d'être soeur d'Attale , le place sur-
Son Trône , et Stenelus partage celui de
Créte avec sa chere Netée.
Il ne nous reste plus qu'à faite part à nos
Lecteurs du jugement que le public a porté
1. Vole sur
DECEMBRE. 1731. 3043
presur
cette Tragedie.On en a trouvé le
mier Acte fort clair , par rapport à l'exposition
de ce qui s'est passé avant l'ac
tion Théatrale.
:
>
Le second a été généralement applaudi
et a paru un des plus interressans que M.
de la Grange ait encore mis sur la Scene :
le coup de Théatre du troisiéme n'a
pass
paru aussi frappant qu'il l'auroit été , si
Auteur ne nous en eut pas donné un
- semblable dans sa belle Tragédie d'Amasis.
La Lettre qui fait le plus bel incident
du quatrième , n'a pas eu tout le succès
que l'Auteur s'en étoit promis ; les Critiques
les plus séveres ne l'ont pris que
pour du remplissage ; cependant on est
convenu qu'il sert au progrès de l'action
principale , puisqu'il engage Attale à déclarer
à Erigone quelle est sa soeur. On a
admiré la cession du Trône , mais on auroit
voulu qu'Erigone fut sûre que Nerée
est celle avec qui elle a été échangée dans
le berceau , il n'auroit tenu qu'à l'Auteur
de l'en mieux instruire par Attale. Au
reste la versification a paruë négligée en
beaucoup d'endroits . Ces diverses observations
du public n'empêchent pas que:
M. de la Grande n'ait acquis une nouvelle
gloire , mais elles ont diminué le succès ,
de son ouvrage..
LL. Vol..
Avji
Au
3044 MERCURE DE FRANCE
Au reste cette Piece est fort bien représ
sentée. La Dlle Labat y joue le principal
Rôle avec toute l'intelligence , les graces
et la noblesse possible. La Dlle Gossin y
remplit très - bien celui de Nerée ; et ceux
d'Attale, d'Androclide et de Stenelus , sont
joüez , par les sieurs Dufresne , Sarrazin , et
Grandval
Les Comediens François représenterent à Vers
sailles le Mardi 4. Décembre , le Chevalier
Bayard et la réunion des Amours.
Le Jeudi 6. Britannicus et Crispin bel esprit.
Le 11. Démocrite et les Vacances .
Le
13. Andronic et le Baron de la Crasse.
Le 18. Jodelet Maître et Valet , et le Flo
rentin.
Le 20. Erigone , Tragedie , et l'Aveugle
Clairvoyant.
Le 29. L'homme à bonne fortune , et l'Usurier
Gentilhomme.
Lẹ 31. Mithridate , et le Port de Mer.
Le premier Decembre les Comédiens Italiensreprésenterent
à la Cour , le Faucon ou les Oyes
de Bocace , Comédie en trois Actes , qui fut sui
vie de la petite Piece de la Verité Fabuliste ,
qu'on a autant goutée à la Cour qu'à la Ville.
.
Le 15. ils y jouerent la Femme Jalouse , et
pour petite Piece , le Philosophe Dupe de l'Amour.
Le 22.
la Grange , auroit eu un plus grand nombre
de Représentations , si l'Auteur eut
été à Paris , lorsqu'on a mis cette Piece
au Tréatre. Le cinquiéme Acte avoit bescin
de quelques changemens que le public
souhaitoit, ce qui n'auroit pas été bien
difficile à une main aussi habile et à un
genie aussi fécond en inventions Théatra-
II. Vol. les
1
S
DECEMBRE . 173. 3937
Ies ; nous allons remplir nos engagemens
avec le Public , par une courte Analyse
de ce Poëme.
Stenelus , Roy de Crete , et Androclide,
Ministre du Royaume d'Epire , ouvrent
La Scene . Ce premier a été fait prisonnier
par Attale , General des Epirotes & Fils
d'Androclide. Ce Roy captif a doublement
perdu sa liberté , il est devenu
amoureux de Nerée , fille d'Androclide.
Il la demande en mariage à son Pere, qui
refuse l'honneur qu'il lui fait par des rai
sons de politique. Il lui représente que
la guerre qui regne depuis si long- temps
entre les Crétois et les Epirotes , ne peut
se terminer plus heureusement que par
un Hymen , qui réunisse à jamais les Rois.
et les Sujets. Stenelus ne peut consentir à
cet hymen de politique ; l'Amour parle
plus haut que l'Ambition , et Nerée l'emporte
dans son coeur sur Erigone , toute
aimable et toute Reine qu'elle est.
Ce Prince ne pouvant obtenir d'An
droclide l'aveu qu'il lui demande en fa
veur de son amour , a recours à son Fils
Attale , et le prie de fléchir son Pere.
Attale témoigne son étonnement à Androclide
, sur le refus d'une Couronne
qu'un si grand Roy veut mettre sur la tête
de sa Fille. Androclide lui répond
Fiij qu'îïl
11. Vol.
3038 MERCURE DE FRANCE
qu'il doit préferer les interêts de sa Patrie
à l'aggrandissement de sa Maison , et
qu'il importe au salut ,de l'Epire que le-
Roy de Créte épouse Erigone.
Attale ne pouvant cacher l'amour qu'il
a pour cette Reine , se plaint à son Pere
de l'obstacle qu'une main aussi chere
que la sienne oppose à son bonheur.
Androclide lui répond que cet Hymen
qu'il souhaite avec tant d'ardeur , seroit
le plus grand malheur qui pût arriver à
fun et à l'autre ; il lui annonce que la
Reine doit les consulter tous deux sur le
choix d'un Epoux , et l'exhorte vivement
à la faire pancher du côté de Stenclus .
Stenelus et Nerée commencent le sea
cond Acte ; comme ils s'aiment réciproquement
, ils sont également affligez du
refus d'Androclide ; mais la vertu de l'Amante
lui fait rejetter comme un crime ,
ce que l'amour suggere à l'Amant.
Erigone ne fait connoître qu'à demi à
Nerée ce que produira le conseil d'Androclide
et d'Attale sur le choix d'un
nouveau Roy que ses Sujets lui demandent
avec empressement
.
La Scene deliberative qui suit est des
plus nouvelles au Theatre ; deux personnes
seules sont consultées , et sembleroient
ne devoir faire qu'un suffrage, si l'amour
II. Vol. ne
DECEMBR E. 1731. 3039
ne s'en mêloit pas ; le Pere et le Fils se
trouvent directement opposez , parce
qu'ils agissent par des motifs tout-à- fait
differens. Erigone expose en peu de mots
le sujet pour lequel elle les rassemble.Androclide
tâche de la porter à l'Hymen de
Stenelus , par des raisons tres - plausibles , et
Attale s'oppose respectueusement aux
avis de son Pere ; il dit tendrement à Erigone
que sans s'exposer à perdre un Sceptre
hereditaire , pour en chercher un
étranger , elle peut trouver un sujet , qui
toujours soumis à ses loix , raffermisse le
Trône où les Dieux l'ont placée. Erigone
dit à Androclide que ses conseils sont
plus prudens que ceux de son Fils ; mais
que ceux de son Fils sont plus flatteurs
pour elle. Son choix se détermine pour
Attale ; elle dit que l'appui d'un Trône.
est digne d'y monter. Elle ordonne à Androclide
d'aller tout préparer pour cette
grande fête , et d'assembler ses Etats pour
la rendre plus solemnelle : Elle se retire..
Androclide reproche à son fils son peu
de defference pour ses avis . Attale de son
côté se plaint de la rigueur d'un Pere
qui veut empêcher son Fils de s'élever à
la grandeur suprême. Androclide ne peut
plus lui cacher le fatal secfet ; il lui apprend
qu'Erigone est sa soeur , et lui ex-
II. Vot.
Fiiij pose
3040 MERCURE DE FRANCE
pose en peu de mots ce qui l'a obligé à
faire l'échange de sa fille contre celle du
dernier Roy du sang d'Achille ; il prie
Attale de s'absenter pour empêcher un
Hymen incestueux, et pour se guérir d'un
amour funeste ; Attale au désespoir s'y
détermine; ils sortent pour aller exécuter
ce qu'ils viennent de résoudre..
Au troisiéme Acte Stenelus implore le
secours d'Erigone pour fléchir la dureté
d'Androclide , qui lui refuse sa fille . Erigone
lui promet d'appuyer un projet si
glorieux pour le Pere et pour la Fille.
Nerée en pleurs , vient apprendre à Erigone
que son frere Attale est prêt à quisrer
l'Epire , et que le Vaisseau qui doit
l'en éloigner , ne tardera pas à mettre à la
voile. Erigone , aussi offensée que surprise
d'un départ si peu attendu , ordonne
qu'on s'y oppose ; Stenelus va lui -même
faire exécuter les ordres de cette Reime
affligée. Attale vient peu de temps
aprés ; et ne pouvant soutenir les reproches
qu'Erigone lui fait , il ne peut plus
s'empêcher de lui revéler l'affreux mystere
qui le force à renoncer à tout son
bonheur.
Androclide arrive au même instant et
lui coupe la parole.
Attale reconnoît la faute qu'il alloit fai-
II. Vol.
DECEMBRE. 1731. 3041
ee , si son Pere ne fut venu à son secours;
il aime mieux s'avoiier coupable de tous
les crimes que la colere d'Erigone lui impute
: Elle le traite en criminel d'Etat, et
ordonne qu'on l'arrête. Androclide jugeant
la fuite de son Fils plus necessaire
que jamais , interesse pour lui un fidele
ami , avec qui il va prendre des mesures
pour rompre les fers de son Fils et lui
ouvrir un chemin à la fuite.
Au quatriéme Acte , Nerée demande
la grace de son Frere à Erigone ; cette
Reine se croyant trahie , ou du moins
offensée,lui répond qu'Attale ne peut sauver
sa tête qu'en lui donnant la main.
Un Garde vient lui apporter un billet ;
qu'on a intercepté ; il est d'Androclide à
son Fils ; il l'exhorte. à fuir une soeuz
qu'il aime, et dont il est aimé. L'équivo
que produit par le nom de soeur , attire
les plus sanglans reproches à la vertueu
se Nerée; elle ne peut les soutenir et se re
tire , frappée d'un mortel désespoir.
On amene Attale à Erigone ; elle lui reproche
des crimes qu'il ignore , et dont
il n'est instruit que par le fatal billet que
la Reine lui met entre les mains ; la nécessité
où il se trouve de disculper sa
soeur , et de lui rendre toute sa gloire ,
L'oblige à ne plus rien,cacher. Il apprend
1. Vob .
Ev
3042 MERCURE DE FRANCE
à Erigone que c'est elle -même qu'Andro
clide a voulu désignerpar le nom de soeur;
ce coup est tout des plus frappans pour
elle , l'amour a beau gemir dans son coeur,
il faut l'immoler au devoir ; elle fait plus,
elle forme la noble résolution de rendreà
Nerée un Trône qu'elle croit lui ap .
partenir par les droits de la naissance.
5.
Erigone , qui à la fin du second Acte
a ordonné à Androclide d'assembler les
Grands de son Royaume , déclare au cinquiéme
Acte , en leur présence , que Nerée
est la légitime heritiere du Trône
d'Epire; cette déclaration est suivie d'une
contestation également noble et genereuse,
entre Nerée et Erigone ; elle est terminée
par l'arrivée d'Attale , dont la mere , jus .
qu'alors captive chez les Crétois , -vient
d'être renduë à sa patrie ; elle lui a déclaré
, que par un second échange qu'elle a
fait à l'insçu de son époux Androclide ,
elle a remis les choses dans l'ordre que la
justice demandoit : par ce second échange
qui fait le dénouement d'une Piece , dont
le premier avoit fait le noud , Erigone
Cessant d'être soeur d'Attale , le place sur-
Son Trône , et Stenelus partage celui de
Créte avec sa chere Netée.
Il ne nous reste plus qu'à faite part à nos
Lecteurs du jugement que le public a porté
1. Vole sur
DECEMBRE. 1731. 3043
presur
cette Tragedie.On en a trouvé le
mier Acte fort clair , par rapport à l'exposition
de ce qui s'est passé avant l'ac
tion Théatrale.
:
>
Le second a été généralement applaudi
et a paru un des plus interressans que M.
de la Grange ait encore mis sur la Scene :
le coup de Théatre du troisiéme n'a
pass
paru aussi frappant qu'il l'auroit été , si
Auteur ne nous en eut pas donné un
- semblable dans sa belle Tragédie d'Amasis.
La Lettre qui fait le plus bel incident
du quatrième , n'a pas eu tout le succès
que l'Auteur s'en étoit promis ; les Critiques
les plus séveres ne l'ont pris que
pour du remplissage ; cependant on est
convenu qu'il sert au progrès de l'action
principale , puisqu'il engage Attale à déclarer
à Erigone quelle est sa soeur. On a
admiré la cession du Trône , mais on auroit
voulu qu'Erigone fut sûre que Nerée
est celle avec qui elle a été échangée dans
le berceau , il n'auroit tenu qu'à l'Auteur
de l'en mieux instruire par Attale. Au
reste la versification a paruë négligée en
beaucoup d'endroits . Ces diverses observations
du public n'empêchent pas que:
M. de la Grande n'ait acquis une nouvelle
gloire , mais elles ont diminué le succès ,
de son ouvrage..
LL. Vol..
Avji
Au
3044 MERCURE DE FRANCE
Au reste cette Piece est fort bien représ
sentée. La Dlle Labat y joue le principal
Rôle avec toute l'intelligence , les graces
et la noblesse possible. La Dlle Gossin y
remplit très - bien celui de Nerée ; et ceux
d'Attale, d'Androclide et de Stenelus , sont
joüez , par les sieurs Dufresne , Sarrazin , et
Grandval
Les Comediens François représenterent à Vers
sailles le Mardi 4. Décembre , le Chevalier
Bayard et la réunion des Amours.
Le Jeudi 6. Britannicus et Crispin bel esprit.
Le 11. Démocrite et les Vacances .
Le
13. Andronic et le Baron de la Crasse.
Le 18. Jodelet Maître et Valet , et le Flo
rentin.
Le 20. Erigone , Tragedie , et l'Aveugle
Clairvoyant.
Le 29. L'homme à bonne fortune , et l'Usurier
Gentilhomme.
Lẹ 31. Mithridate , et le Port de Mer.
Le premier Decembre les Comédiens Italiensreprésenterent
à la Cour , le Faucon ou les Oyes
de Bocace , Comédie en trois Actes , qui fut sui
vie de la petite Piece de la Verité Fabuliste ,
qu'on a autant goutée à la Cour qu'à la Ville.
.
Le 15. ils y jouerent la Femme Jalouse , et
pour petite Piece , le Philosophe Dupe de l'Amour.
Le 22.
Fermer
Résumé : Erigone, Tragédie, Extrait. [titre d'après la table]
La tragédie 'Erigone' de M. de la Grange aurait pu connaître plus de représentations si l'auteur avait été présent à Paris lors de sa mise en scène. Le cinquième acte nécessitait quelques modifications que le public souhaitait, ce qui aurait été facile à réaliser pour un auteur aussi habile et inventif. L'intrigue commence avec Stenelus, roi de Crète, captif d'Attale, général des Épirotes et fils d'Androclide, ministre du royaume d'Épire. Stenelus est amoureux de Nerée, fille d'Androclide, mais son père refuse le mariage pour des raisons politiques. Stenelus préfère Nerée à Erigone, la reine des Crétois. Il demande l'aide d'Attale pour convaincre son père, mais Androclide insiste sur l'importance de l'union entre Stenelus et Erigone pour la paix entre les Crétois et les Épirotes. Dans le deuxième acte, Stenelus et Nerée, malgré leur amour réciproque, sont affligés par le refus d'Androclide. Erigone révèle à Nerée les conseils d'Androclide et d'Attale concernant le choix d'un nouvel époux. Erigone choisit Attale, jugeant son soutien au trône digne de monter sur celui-ci. Au troisième acte, Stenelus implore l'aide d'Erigone pour fléchir Androclide. Nerée apprend qu'Attale est prêt à quitter l'Épire, ce qui surprend Erigone. Attale révèle à Erigone un secret funeste : Erigone est en réalité sa sœur. Androclide confirme cette révélation et ordonne à Attale de fuir pour éviter un mariage incestueux. Dans le quatrième acte, Nerée demande la grâce d'Attale à Erigone, qui exige qu'Attale se marie avec elle pour sauver sa tête. Un billet intercepté d'Androclide à Attale cause une confusion. Attale révèle qu'Erigone est sa sœur, ce qui la pousse à rendre le trône à Nerée. Au cinquième acte, Erigone déclare devant les grands du royaume que Nerée est l'héritière légitime du trône d'Épire. Une contestation noble et généreuse s'ensuit entre Nerée et Erigone. L'arrivée d'Attale, dont la mère captive chez les Crétois a été libérée, révèle un second échange qui rétablit l'ordre. Erigone, n'étant plus la sœur d'Attale, le place sur le trône, et Stenelus partage le trône de Crète avec Nerée. Le public a trouvé le premier acte clair et le second très intéressant. Le coup de théâtre du troisième acte a été jugé moins frappant en raison d'une similitude avec une autre tragédie de l'auteur. La lettre du quatrième acte, bien que critiquée, a été reconnue utile pour le progrès de l'action. La cession du trône a été admirée, mais on aurait souhaité plus de certitude sur l'identité de Nerée. La versification a été jugée négligée par endroits. Malgré ces critiques, M. de la Grange a acquis une nouvelle gloire avec cette pièce. La représentation a été bien accueillie, avec des acteurs tels que la Dlle Labat, la Dlle Gossin, et les sieurs Dufresne, Sarrazin, et Grandval.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
107
p. 137-146
SPECTACLES, Callirhoé, Opera, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
L'Académie Royale de Musique remit au Théâtre le 3. [...]
Mots clefs :
Callirhoé, Opéra, Académie royale de musique, Ballet, Actes, Décoration, Rôles, Habits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES, Callirhoé, Opera, Extrait, [titre d'après la table]
SPECTACLE S
La
'Académie Royale de Musique remit
au Théatre le 3. Janvier , la Tragé
die de Callirhoé. Le Poëme est de M. Roy,
et la Musique de M. Destouches , SurIntendant de la Musique du Roy. Cet
Opera fut donné pour la premiere fois le
27. Decembre 1712. il eut un succès des.
plus brillants ; il a été fort applaudi à la GY IGE
138 MERCURE DE FRANCE
reprises mais un peu moins que dans sa
naissance ; ce qui fait voir que les succès
plus ou moins éclatans , dépendent de
certaines circonstances dont on ne peut
donner de justes raisons. Comme cet Ouvrage est depuis vingt ans entre les mains
de tout le monde , nous n'en donnerons
qu'un Extrait des plus succincts.
Au Prologue , le Théatre représente
un lieu rempli d'armes differentes et deLauriers ; la Victoire y a assemblé des
Guerriers pour leur accorder les hon-.
neurs du Triomphe. La celebre journée
de Denain a donné lieu à ce Prologues
la Victoire y applaudit à des Guerriers
qu'elle sembloit avoir abandonnés depuis
quelque temps ; elle s'excuse par ces Vers.
Guerriers, ne craignez rien , je ne suis pas volage ,
Je vous aimai toujours ; mais quelque Dieu
jaloux ,
Devant mes yeux opposoit un nuage ,
En vain je vous cherchois , il m'éloignoit de yous :
Aux efforts de votre courage ,
Fai sçû vous reconnoître , et tout cede à vos
coups.
Astrée descend des Cieux , suivie des
Arts et des Plaisirs ; elle annonce la Paix
dont
JANVIER 1732. 139
dont elle donne la premiere gloire à la
Reine Anne ; la Victoire ajoûte ces Vers
à l'honneur du Héros de la France :
Au Héros glorieux dont je sers les desseins,
La Paix fut toûjours chere ;
Mais je voulois qu'elle eût des Palmes dans lea mains ;
La voilà digne de me plaire.
La Victoire et Astrée chantent ensemble ces quatre autres Vers :
Le plus sage des Héros ,
A sous ses Etendarts ramené la Victoire ;
Il peut goûter le repos ,
De l'aveu même de la Gloire..
La Suite de la Victoire , et celle d'A'strée , font le Divertissement de ce Pro--
logue.
Le Théatre représente le Temple de
Bacchus , au premier Acte. Callirboé ,
Princesse de Calydon , expose le Sujet de
la Piece par ce Monologue :
Onuit , témoin de mes soupirs secrets ,
Que ton ombre en ces lieux ne regne-t'elle en-- core !
Pourquoi l'impatiente Aurore ,
Ouvre-t'elle mes yeux aux funestes apprêts ,
G. vj D'un
140 MERCURE DE FRANCE
D'un Hymen que j'abhorre ?
Je vais donc m'engager à l'objet que je hais ,
Et je perds pour jamais un Amant que j'adore.
O nuit , &c.
La Reine de Calydon , mere de Callirhoé, vient déclarer à cette Princesse que
Coresus paroîtra bien- tôt pour recevoir sa
foy sur les Autels de Bacchus ; elle l'exhotte à se livrer toute entiere à son devoir et à ne plus penser à son amour
puisqu'Agenor, qui en étoit l'objet , n’esť
plus. Elle la quitte pour aller ordonner la
Céremonie Nuptiale.
Callirhoé se détermine à subir la Loy
que sa Mere et ses Peuples lui imposent,
quelque dure qu'elle la trouve.
Agenor qu'on croyoit mort , paroît aux
yeux de Callirhoé ; elle cache son amour
sous un simple mouvement de surprise.
Agenor lui explique ce qui a donné lieu
au bruit de sa mort ; mais il n'en peut
rien tirer de favorable pour son amour.
Il lui témoigne son étonnement par ces
Vers , qu'on a trouvez très- délicats :
Ayez-vous oublié , Princesse , que vos charmes,
Ont essayé sur moi leurs premiers coups ?
Votre pere expiroit , je recueillois vos larmes
Parmi le trouble et les allarmes ,
i
Vos
JANVIER. 1732.
14
Vos yeux brilloient déja de l'éclat le plus dour
Fappaisai des mutins les mouvemens jaloux ;
Ah ! ne jugiez -vous pas au succès de mes armes
Qu'un Amant combattoit pour vous ?
Callirhoé continue à se contraindre
elle ordonne à Agenor de sortir et lui
défend de la voir jamais.
La Reine , Coresus , et les Prêtres de
sa suite arrivent pour celebrer l'Hymen
qui fait l'action principale de ce premier
Acte. Coresus dit galamment à Calli
rhoć.
Dès Autels à vos beaux yeux
Je porterai mon hommage ,
Şans craindre, que ce partage ,
Offense jamais nos Dieux ;
J'adore en vous leur image.
La Suite de Coresus celebre la Fête de
cet Hymen ; Coresus s'approche de l'Autel avec Callirhoé ; il chante ces Vers :
Toi, qui pour éclairer le plus beau de mes jours ,
Pares le Ciel d'une clarté nouvelle
Soleil , à mes tendres amours
Tu me vérras aussi fidele ,
,
Que tu l'es à remplir ton cours..
Coresus commence le serment sur l'Autels
142: MERCURE DE FRANCE
rel; mais Callirhoé ne peut l'achever parce
qu'Agenor vientsemontrer à ses yeux; son:
aspect la fait évanouir , et par là le serment conjugal est interrompu au grand
regret de Coresus , de la Reine et des
Prêtres de Bacchus.
Au second Acte , le Théatre représente
Pavant- cour d'un Palais ; on voit à l'un
des côtez un Temple domestique.
Agenor se flate d'être aimé de Calli
thoć cette Princesse agitée de remordss
vient lui déclarer qu'elle veut achever
son Hymen , pour réparer le tort qu'elle
vient de faire à sa gloire : Agenor l'accuse de cruauté ; elle ne peut s'empêcherde lui faire connoître qu'il est la cause
de son malheur , et par consequent qu'il
est aimé. Agenor se jette à ses pieds pour
lui rendre graces d'un aveu si favorable.
Coresus surprend son Rival aux pieds de
son Amante ; il lui reproche son infidelité; elle lui répond fierement qu'elle nelui a rien promis , et se retire. Coresus
menace Agenor, qui lui répond avec une
intrépidité héroïque et le quitte.
Coresus invite les Prêtres de sa suite à vanger l'affront qu'on vient de
faire aux Autels en la personne de leur
Grand-Prêtre ; ils invoquent Bacchus et
lui demandent vangeance.Les Prêtres avec
desc
JANVIER. 1732. 1431
des flambeaux , font le Balet de cet Acte. ,
Le Théatre représente au troisiéme
Acte , un Temple rustique , consacré à
Pan. La Reine er Callirhoé déplorent less
malheurs dont Bacchus accable leurs Peu-.
ples , et en font une description très - tou--
chante. Après les plaintes , la Reine dit:
à sa fille qu'elle veut interroger l'Oracle ,
du Dieu des Forêts. Elle la quitte pour
aller donner ordre à ce qu'elle vient de se
proposer, et lui dit d'attendre Caresus
qu'elle a mandé , et de ne rien oublier.
pour le fléchir.
Coresus vient ; la Scene est vive entre
Callirhoé et lui ; ne pouvant rien obte
nir de lui , elle le menace de sa propre·
mort ; Coresus s'attendrit et lui promet
de ne rien oublier pour obtenir de Bac--
chus la grace d'un Peuple, expirant ; it
hui dit de consulter son Oracle , et la
quicte.
>
2
Le Ministre de Pan vient , on chante
des Hymnes à l'honneur de ce Dieu ,.
qui du fond du Théatre prononce cet:
Öracle.
Le calme à ces climats ne peut être rendú ,
Qu'au prix que les Destins veulent de votre zele
Que de Callirhoé le sang soit répandu ,
Ou celui d'un Amant qui s'offrira pour elle.
La
T44 MERCURE DE FRANCE
+
La Reine frémit de cet Oracle ; elle prio
le Grand Prêtre de le cacher au Peuple
et de le flater d'un plus heureux avenir.
Au quatriéme Acte la Décoration represente une Plaine bornée de Côteaux
fleuris. Callirhoé se prépare à la mort
avec constance. Agenor trompé par les
fausses esperances qu'on lui a données
d'un heureux changement , vient s'en
réjouir avec sa Princesse ; elle lui cache
son malheur autant qu'elle peut , mais
enfin elle lui déclare que les Dieux de
mandent son sang ; Agnenor furieux lui
proteste qu'il ne souffrira jamais un Sacrifice si barbare , et la quitte en lui di
sant ::
DeCoresus , que le crime s'expié ,
On me payera cher de m'avoir fait trembler..
Le bucher brule , et moi j'éteins sa flamme impie
Dans le sang du cruel qui veut vous immoler.
Mes amis sont tous prêts , ils suivront mon exemple ;
F'attaquerai vos Dieux , je briserai leur Temple,
Dût sa ruine m'accabler.
Une Troupe de Bergers et de Bergeres
viennent se réjouir du nouveau calme
dont ils jouissent; Callirhocleur dit qu'elle
va au Temple assurer leur bonheur ; ils
la
JANVIER. 1731. 145
la suivent. La Reine , qui survient , croit
qu'ils vont la conduire à l'Autel ; elle
leur reproche leur barbarie , les Bergers.
témoignent la douleur et l'effro, dont ils
sont saisis par un Choeur très- pathetique.
Agenor vient leur dire qu'il a appris
d'un des Ministres de Pan qu'un sang
moins précieux offert pour celui de la
Princesse , peut suffire aux Dieux ; il offre
le sien les Bergers applaudissent à sa
generosité et à son amour.
La Décoration du dernier Acte représente le Temple de Bacchus , orné pour
le Sacrifice de la Victime. Coresus prêt
à donner la mort à son Rival , qui veut
être immolé pour Callirhoé , ne sçait s'il
y doit consentir ; il craint de trahir sa
gloire et même son amour , puisqu'Age
nor sacrifié pour sa Princesse , n'en regnera que mieux dans son cœur..
Callithoé vient demander la mort à
Coresus , la Scene est très- vive et trèspathetique entre le Prêtre et la Victime..
Agenor arrive ; les Prêtres le menent
à l'Autel'; après une contestation trèstendre entre les deuxVictimes et Coresus;
ce dernier prend un parti noble et gene
reux , et leur dit :
Arrêtez; c'est à moi de choisir la Victime.
ER
146 MERCURE DE FRANCE
Endisant ces mots il se frappe et finit la
Tragédie par ces Vers adressez à Callirhoé:
Je sauve vos jours :
De vos malheurs, dcs miens , je termine le cours.
Vous pleurez; se peut- il que ce cœur s'atendrisse !
Je meurs content , mes feux ne vous troubleront
plus.
Approchez ; en mourant , que ma main vous unisse ;
Souvenez-vous de Coresus.
Cet Opera , au reste , est très- bien executé et très-bien remis pour le choix des
Rôles , pour les Décorations et les habits.
Les Balets du Sr.Blondi en sont variez et
executez dans la plus grande perfection ;
un Pas de Trois dansé par le sieur Dumoulin et les Dlles Camargo et Salé , est
un morceau aussi picquant et aussi agréable qu'on en ait vû à l'Opera. Deux trèsbons Poëtes ont celebré la danse de ces
deux inimitables personnes en cette ma- niere.
A
La
'Académie Royale de Musique remit
au Théatre le 3. Janvier , la Tragé
die de Callirhoé. Le Poëme est de M. Roy,
et la Musique de M. Destouches , SurIntendant de la Musique du Roy. Cet
Opera fut donné pour la premiere fois le
27. Decembre 1712. il eut un succès des.
plus brillants ; il a été fort applaudi à la GY IGE
138 MERCURE DE FRANCE
reprises mais un peu moins que dans sa
naissance ; ce qui fait voir que les succès
plus ou moins éclatans , dépendent de
certaines circonstances dont on ne peut
donner de justes raisons. Comme cet Ouvrage est depuis vingt ans entre les mains
de tout le monde , nous n'en donnerons
qu'un Extrait des plus succincts.
Au Prologue , le Théatre représente
un lieu rempli d'armes differentes et deLauriers ; la Victoire y a assemblé des
Guerriers pour leur accorder les hon-.
neurs du Triomphe. La celebre journée
de Denain a donné lieu à ce Prologues
la Victoire y applaudit à des Guerriers
qu'elle sembloit avoir abandonnés depuis
quelque temps ; elle s'excuse par ces Vers.
Guerriers, ne craignez rien , je ne suis pas volage ,
Je vous aimai toujours ; mais quelque Dieu
jaloux ,
Devant mes yeux opposoit un nuage ,
En vain je vous cherchois , il m'éloignoit de yous :
Aux efforts de votre courage ,
Fai sçû vous reconnoître , et tout cede à vos
coups.
Astrée descend des Cieux , suivie des
Arts et des Plaisirs ; elle annonce la Paix
dont
JANVIER 1732. 139
dont elle donne la premiere gloire à la
Reine Anne ; la Victoire ajoûte ces Vers
à l'honneur du Héros de la France :
Au Héros glorieux dont je sers les desseins,
La Paix fut toûjours chere ;
Mais je voulois qu'elle eût des Palmes dans lea mains ;
La voilà digne de me plaire.
La Victoire et Astrée chantent ensemble ces quatre autres Vers :
Le plus sage des Héros ,
A sous ses Etendarts ramené la Victoire ;
Il peut goûter le repos ,
De l'aveu même de la Gloire..
La Suite de la Victoire , et celle d'A'strée , font le Divertissement de ce Pro--
logue.
Le Théatre représente le Temple de
Bacchus , au premier Acte. Callirboé ,
Princesse de Calydon , expose le Sujet de
la Piece par ce Monologue :
Onuit , témoin de mes soupirs secrets ,
Que ton ombre en ces lieux ne regne-t'elle en-- core !
Pourquoi l'impatiente Aurore ,
Ouvre-t'elle mes yeux aux funestes apprêts ,
G. vj D'un
140 MERCURE DE FRANCE
D'un Hymen que j'abhorre ?
Je vais donc m'engager à l'objet que je hais ,
Et je perds pour jamais un Amant que j'adore.
O nuit , &c.
La Reine de Calydon , mere de Callirhoé, vient déclarer à cette Princesse que
Coresus paroîtra bien- tôt pour recevoir sa
foy sur les Autels de Bacchus ; elle l'exhotte à se livrer toute entiere à son devoir et à ne plus penser à son amour
puisqu'Agenor, qui en étoit l'objet , n’esť
plus. Elle la quitte pour aller ordonner la
Céremonie Nuptiale.
Callirhoé se détermine à subir la Loy
que sa Mere et ses Peuples lui imposent,
quelque dure qu'elle la trouve.
Agenor qu'on croyoit mort , paroît aux
yeux de Callirhoé ; elle cache son amour
sous un simple mouvement de surprise.
Agenor lui explique ce qui a donné lieu
au bruit de sa mort ; mais il n'en peut
rien tirer de favorable pour son amour.
Il lui témoigne son étonnement par ces
Vers , qu'on a trouvez très- délicats :
Ayez-vous oublié , Princesse , que vos charmes,
Ont essayé sur moi leurs premiers coups ?
Votre pere expiroit , je recueillois vos larmes
Parmi le trouble et les allarmes ,
i
Vos
JANVIER. 1732.
14
Vos yeux brilloient déja de l'éclat le plus dour
Fappaisai des mutins les mouvemens jaloux ;
Ah ! ne jugiez -vous pas au succès de mes armes
Qu'un Amant combattoit pour vous ?
Callirhoé continue à se contraindre
elle ordonne à Agenor de sortir et lui
défend de la voir jamais.
La Reine , Coresus , et les Prêtres de
sa suite arrivent pour celebrer l'Hymen
qui fait l'action principale de ce premier
Acte. Coresus dit galamment à Calli
rhoć.
Dès Autels à vos beaux yeux
Je porterai mon hommage ,
Şans craindre, que ce partage ,
Offense jamais nos Dieux ;
J'adore en vous leur image.
La Suite de Coresus celebre la Fête de
cet Hymen ; Coresus s'approche de l'Autel avec Callirhoé ; il chante ces Vers :
Toi, qui pour éclairer le plus beau de mes jours ,
Pares le Ciel d'une clarté nouvelle
Soleil , à mes tendres amours
Tu me vérras aussi fidele ,
,
Que tu l'es à remplir ton cours..
Coresus commence le serment sur l'Autels
142: MERCURE DE FRANCE
rel; mais Callirhoé ne peut l'achever parce
qu'Agenor vientsemontrer à ses yeux; son:
aspect la fait évanouir , et par là le serment conjugal est interrompu au grand
regret de Coresus , de la Reine et des
Prêtres de Bacchus.
Au second Acte , le Théatre représente
Pavant- cour d'un Palais ; on voit à l'un
des côtez un Temple domestique.
Agenor se flate d'être aimé de Calli
thoć cette Princesse agitée de remordss
vient lui déclarer qu'elle veut achever
son Hymen , pour réparer le tort qu'elle
vient de faire à sa gloire : Agenor l'accuse de cruauté ; elle ne peut s'empêcherde lui faire connoître qu'il est la cause
de son malheur , et par consequent qu'il
est aimé. Agenor se jette à ses pieds pour
lui rendre graces d'un aveu si favorable.
Coresus surprend son Rival aux pieds de
son Amante ; il lui reproche son infidelité; elle lui répond fierement qu'elle nelui a rien promis , et se retire. Coresus
menace Agenor, qui lui répond avec une
intrépidité héroïque et le quitte.
Coresus invite les Prêtres de sa suite à vanger l'affront qu'on vient de
faire aux Autels en la personne de leur
Grand-Prêtre ; ils invoquent Bacchus et
lui demandent vangeance.Les Prêtres avec
desc
JANVIER. 1732. 1431
des flambeaux , font le Balet de cet Acte. ,
Le Théatre représente au troisiéme
Acte , un Temple rustique , consacré à
Pan. La Reine er Callirhoé déplorent less
malheurs dont Bacchus accable leurs Peu-.
ples , et en font une description très - tou--
chante. Après les plaintes , la Reine dit:
à sa fille qu'elle veut interroger l'Oracle ,
du Dieu des Forêts. Elle la quitte pour
aller donner ordre à ce qu'elle vient de se
proposer, et lui dit d'attendre Caresus
qu'elle a mandé , et de ne rien oublier.
pour le fléchir.
Coresus vient ; la Scene est vive entre
Callirhoé et lui ; ne pouvant rien obte
nir de lui , elle le menace de sa propre·
mort ; Coresus s'attendrit et lui promet
de ne rien oublier pour obtenir de Bac--
chus la grace d'un Peuple, expirant ; it
hui dit de consulter son Oracle , et la
quicte.
>
2
Le Ministre de Pan vient , on chante
des Hymnes à l'honneur de ce Dieu ,.
qui du fond du Théatre prononce cet:
Öracle.
Le calme à ces climats ne peut être rendú ,
Qu'au prix que les Destins veulent de votre zele
Que de Callirhoé le sang soit répandu ,
Ou celui d'un Amant qui s'offrira pour elle.
La
T44 MERCURE DE FRANCE
+
La Reine frémit de cet Oracle ; elle prio
le Grand Prêtre de le cacher au Peuple
et de le flater d'un plus heureux avenir.
Au quatriéme Acte la Décoration represente une Plaine bornée de Côteaux
fleuris. Callirhoé se prépare à la mort
avec constance. Agenor trompé par les
fausses esperances qu'on lui a données
d'un heureux changement , vient s'en
réjouir avec sa Princesse ; elle lui cache
son malheur autant qu'elle peut , mais
enfin elle lui déclare que les Dieux de
mandent son sang ; Agnenor furieux lui
proteste qu'il ne souffrira jamais un Sacrifice si barbare , et la quitte en lui di
sant ::
DeCoresus , que le crime s'expié ,
On me payera cher de m'avoir fait trembler..
Le bucher brule , et moi j'éteins sa flamme impie
Dans le sang du cruel qui veut vous immoler.
Mes amis sont tous prêts , ils suivront mon exemple ;
F'attaquerai vos Dieux , je briserai leur Temple,
Dût sa ruine m'accabler.
Une Troupe de Bergers et de Bergeres
viennent se réjouir du nouveau calme
dont ils jouissent; Callirhocleur dit qu'elle
va au Temple assurer leur bonheur ; ils
la
JANVIER. 1731. 145
la suivent. La Reine , qui survient , croit
qu'ils vont la conduire à l'Autel ; elle
leur reproche leur barbarie , les Bergers.
témoignent la douleur et l'effro, dont ils
sont saisis par un Choeur très- pathetique.
Agenor vient leur dire qu'il a appris
d'un des Ministres de Pan qu'un sang
moins précieux offert pour celui de la
Princesse , peut suffire aux Dieux ; il offre
le sien les Bergers applaudissent à sa
generosité et à son amour.
La Décoration du dernier Acte représente le Temple de Bacchus , orné pour
le Sacrifice de la Victime. Coresus prêt
à donner la mort à son Rival , qui veut
être immolé pour Callirhoé , ne sçait s'il
y doit consentir ; il craint de trahir sa
gloire et même son amour , puisqu'Age
nor sacrifié pour sa Princesse , n'en regnera que mieux dans son cœur..
Callithoé vient demander la mort à
Coresus , la Scene est très- vive et trèspathetique entre le Prêtre et la Victime..
Agenor arrive ; les Prêtres le menent
à l'Autel'; après une contestation trèstendre entre les deuxVictimes et Coresus;
ce dernier prend un parti noble et gene
reux , et leur dit :
Arrêtez; c'est à moi de choisir la Victime.
ER
146 MERCURE DE FRANCE
Endisant ces mots il se frappe et finit la
Tragédie par ces Vers adressez à Callirhoé:
Je sauve vos jours :
De vos malheurs, dcs miens , je termine le cours.
Vous pleurez; se peut- il que ce cœur s'atendrisse !
Je meurs content , mes feux ne vous troubleront
plus.
Approchez ; en mourant , que ma main vous unisse ;
Souvenez-vous de Coresus.
Cet Opera , au reste , est très- bien executé et très-bien remis pour le choix des
Rôles , pour les Décorations et les habits.
Les Balets du Sr.Blondi en sont variez et
executez dans la plus grande perfection ;
un Pas de Trois dansé par le sieur Dumoulin et les Dlles Camargo et Salé , est
un morceau aussi picquant et aussi agréable qu'on en ait vû à l'Opera. Deux trèsbons Poëtes ont celebré la danse de ces
deux inimitables personnes en cette ma- niere.
A
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Résumé : SPECTACLES, Callirhoé, Opera, Extrait, [titre d'après la table]
Le texte présente la tragédie en musique 'Callirhoé', dont le poème est de M. Roy et la musique de M. Destouches, Surintendant de la Musique du Roi. Cette œuvre a été jouée pour la première fois le 27 décembre 1712 et a connu un succès éclatant. Le prologue célèbre la victoire de Denain et la paix, avec des personnages comme la Victoire et Astrée. L'intrigue principale suit Callirhoé, princesse de Calydon, qui doit se marier avec Coresus malgré son amour pour Agenor, que l'on croyait mort. Agenor réapparaît, mais Callirhoé doit se conformer aux attentes de sa mère et de son peuple. La pièce est marquée par des conflits émotionnels et des révélations dramatiques, notamment l'interruption du mariage par l'apparition d'Agenor et la menace de sacrifice divin. La tragédie se conclut par le sacrifice de Coresus, qui permet à Callirhoé et Agenor de se réunir. L'opéra est salué pour son exécution, ses décors, ses costumes et ses ballets, notamment ceux du sieur Blondy et un pas de trois dansé par le sieur Dumoulin et les demoiselles Camargo et Salé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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108
p. 146-147
MADRIGAL.
Début :
Ah ! Camargo, que vous êtes brillante ! [...]
Mots clefs :
Danse, Mademoiselle Sallé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL.
MADRIGA L.
H! Camargo , que vous êtes brillante !
Mais que Salé , grands Dieux ! est ravissante !
Que vos pas sont legers et que les siens sont doux !
Elle est inimitable , et vous êtes nouvelle :
Les
JANVIER. 1732. 147
Les Nymphes sautent comme vous ,
Mais les Graces dansent comme elle.
H! Camargo , que vous êtes brillante !
Mais que Salé , grands Dieux ! est ravissante !
Que vos pas sont legers et que les siens sont doux !
Elle est inimitable , et vous êtes nouvelle :
Les
JANVIER. 1732. 147
Les Nymphes sautent comme vous ,
Mais les Graces dansent comme elle.
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109
p. 147
AUTRE.
Début :
De ta danse active et legere, [...]
Mots clefs :
Danse, Mademoiselle Sallé
110
p. 147-149
« L'Académie Royale de Musique doit représenter au commencement du [...] »
Début :
L'Académie Royale de Musique doit représenter au commencement du [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Jephté, Comédiens-Français, Académie française, Représentations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Académie Royale de Musique doit représenter au commencement du [...] »
L'Académie Royale de Musique doit
représenter au commencement du Carême prochain , Jephté, Tragédie nouvelle,
elle n'avoit point encore donné de Sujec
tiré de l'Histoire Sainte- et l'on étoit
justement surpris que le plus noble Spectacle de l'Europe fût privé d'un genre
dont tous les autres Théatres s'étoient
mis si utilement en possession..
Les Comédiens François ont reçu une
petite Comédie en Prose , qu'ils vont
jouer incessamment , intitulée la Tontine,
de la composition de M. le Sage.
Ils ontaussi reçû une autre petite Piece en
Vers, qu'on donnera dans peu sans doute,
pour la jouer dans sa saison ; car elle est
intitulée l'Hyver.Elle est de M.DallinvalLe.
48 MERCURE DE FRANCE
Le Vendredi 18. de ce mois , on don'
na au Théatre François la premiere Re
présentation du Glorieux , Comédie en
Vers et en cinq Actes , de M. Destouches,
de l'Académie Françoise ; elle fut gene
ralement applaudie,etelle est tous les jours
plus goûtée par de très- nombreuses Assemblées ; on peut dire qu'elle fait autant
d'honneur à son Auteur qu'elle fait de
plaisir au Public. Nous n'oublierons pas
d'en parler plus amplement ; le Lecteur
y perdroit trop.
Les Comédiens François ont représenté
à Versailles le Mardi 8. Janvier , le Phi
losophe Marié , et Crispin Medecin.
Le Jeudi 10. Iphigenie , et Attendez- moi sous l'orme.
Le Mardi 15. l'Avare , et les Plaideurs.
Le Jeudi 17. Electre , et lesFolies amou
reuses.
;
Le Mardi 22. Andromaque , et Crispin
bel-esprit.
Le Jeudi 24 le Medisant , et l'Avocat Patelin.
Le Mardi 29. le Glorieux , qui a eû un
aussi grand succès à la Cour qu'à Paris ,
et le bon Soldat.
Le Jeudi 31. Amasis , et le Medecin
malgré lui..
Le
JANVIER 1732 149
Le 5. les Comédiens Italiens representerent à la Cour , le Dedain affecté , et la
Petite Piece des Paysans de Qualité.
Le 12. Colombine, Avocat Pouret Contre,
Piece de l'ancien Théatre Italien , et les
Effets du Depit.
Le 14. les mêmes Comédiens remirent
au Théatre la Vie est un Songe , TragiComédie Italienne , en cinq Actes , tirée
de l'Espagnol , sous le titre de La Vida
es Sueno. Le sieur Lélio le fils y a joué le
Rôle de Sigismond , qui est le principal
de la Piece , avec applaudissement.
Le 21. ils donnerent une Piece nou
velle , qui a pour titre , Danaus , Tragi-comédie en Vers et en trois Actes ,
avec trois Intermedes dont on parlera
plus au long.
Le 26. ils représenterent à la Cour les
Deux Arlequins et la Folle Raisonnable.
représenter au commencement du Carême prochain , Jephté, Tragédie nouvelle,
elle n'avoit point encore donné de Sujec
tiré de l'Histoire Sainte- et l'on étoit
justement surpris que le plus noble Spectacle de l'Europe fût privé d'un genre
dont tous les autres Théatres s'étoient
mis si utilement en possession..
Les Comédiens François ont reçu une
petite Comédie en Prose , qu'ils vont
jouer incessamment , intitulée la Tontine,
de la composition de M. le Sage.
Ils ontaussi reçû une autre petite Piece en
Vers, qu'on donnera dans peu sans doute,
pour la jouer dans sa saison ; car elle est
intitulée l'Hyver.Elle est de M.DallinvalLe.
48 MERCURE DE FRANCE
Le Vendredi 18. de ce mois , on don'
na au Théatre François la premiere Re
présentation du Glorieux , Comédie en
Vers et en cinq Actes , de M. Destouches,
de l'Académie Françoise ; elle fut gene
ralement applaudie,etelle est tous les jours
plus goûtée par de très- nombreuses Assemblées ; on peut dire qu'elle fait autant
d'honneur à son Auteur qu'elle fait de
plaisir au Public. Nous n'oublierons pas
d'en parler plus amplement ; le Lecteur
y perdroit trop.
Les Comédiens François ont représenté
à Versailles le Mardi 8. Janvier , le Phi
losophe Marié , et Crispin Medecin.
Le Jeudi 10. Iphigenie , et Attendez- moi sous l'orme.
Le Mardi 15. l'Avare , et les Plaideurs.
Le Jeudi 17. Electre , et lesFolies amou
reuses.
;
Le Mardi 22. Andromaque , et Crispin
bel-esprit.
Le Jeudi 24 le Medisant , et l'Avocat Patelin.
Le Mardi 29. le Glorieux , qui a eû un
aussi grand succès à la Cour qu'à Paris ,
et le bon Soldat.
Le Jeudi 31. Amasis , et le Medecin
malgré lui..
Le
JANVIER 1732 149
Le 5. les Comédiens Italiens representerent à la Cour , le Dedain affecté , et la
Petite Piece des Paysans de Qualité.
Le 12. Colombine, Avocat Pouret Contre,
Piece de l'ancien Théatre Italien , et les
Effets du Depit.
Le 14. les mêmes Comédiens remirent
au Théatre la Vie est un Songe , TragiComédie Italienne , en cinq Actes , tirée
de l'Espagnol , sous le titre de La Vida
es Sueno. Le sieur Lélio le fils y a joué le
Rôle de Sigismond , qui est le principal
de la Piece , avec applaudissement.
Le 21. ils donnerent une Piece nou
velle , qui a pour titre , Danaus , Tragi-comédie en Vers et en trois Actes ,
avec trois Intermedes dont on parlera
plus au long.
Le 26. ils représenterent à la Cour les
Deux Arlequins et la Folle Raisonnable.
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Résumé : « L'Académie Royale de Musique doit représenter au commencement du [...] »
En janvier 1732, l'Académie Royale de Musique prévoit de représenter 'Jephté', une tragédie tirée de l'Histoire Sainte, une première pour ce théâtre. Les Comédiens Français reçoivent deux nouvelles pièces : 'La Tontine' en prose de M. le Sage et 'L'Hyver' en vers de M. Dallinval. Le 18 janvier, la première représentation de 'Le Glorieux', une comédie en vers de M. Destouches, est acclamée par le public et les critiques. À Versailles, les Comédiens Français jouent plusieurs pièces entre le 8 et le 31 janvier, incluant 'Le Philosophe Marié', 'Crispin Médecin', 'Iphigénie', 'L'Avare', 'Andromaque', 'Le Glorieux' et 'Amasis'. Les Comédiens Italiens présentent également des œuvres à la Cour, comme 'Le Dedain affecté', 'Colombine', 'La Vie est un Songe' et 'Danaus', une tragicomédie en vers avec des intermèdes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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111
p. 347-350
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Nimes le 24. Decembre 1731. au sujet de quelques Comédies joüées dans cette Ville.
Début :
Les Officiers du Régiment du Maine Infanterie, dont un Bataillon [...]
Mots clefs :
Comédie, Officiers, Représentations, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Nimes le 24. Decembre 1731. au sujet de quelques Comédies joüées dans cette Ville.
SPECTACLES.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de
Nimes le 24 Decembre 1731. au sujet
de quelques Comédies jouées dans cette
Ville.
Es Officiers du Régiment du Maine
LEDInfanterie , dont un Bataillon est en
Garnison dans cette Ville , résolurent ,
pour divertir nos Dames , de leur donner la Comédie une fois la Semaine; ils
engagerent quelques jeunes gens de cette
Ville à seconder leur projet , et ainsi , secourus de notre plus brillante Jeunesse
ils se mirent en état de commencer ce
Divertissement.
Ils débuterent par la Comédie du Foiseur,
de M. Regnard , suivie de celle du Retour
imprévu , du même Auteur. Ces deux
Pieces furent jouées si parfaitement, qu'el-
-les attirerent à ces Mrs les justes applaudissemens qu'ils méritoient , et exciterent
si fort l'empressement du Public , qu'on
fut obligé de mettre une Garde considerable à la Porte , pour éloigner ceux qui
ne pouvant avoir des Billets d'entrée , tâGiiij choient
348 MERCURE DE FRANCE
choient de se glisser par force ou par
adresse. Ces Officiers se chargerent de
tous les frais du Spectacle , et ils n'épargnerent rien pour le rendre magnifique ,
Décorations , Illuminations, Symphonie,
tout répondoit au Jeu des Acteurs. Ils
distribuoient ordinairement cinq ou six
cent Billets , et ils étoient obligez d'en
refuser plus qu'ils n'en donnoient , le bon
ordre ne leur permettant pas d'en distribuer plus que la Sale de la Comédie
ne pouvoit contenir de monde. Jamais
Comédie n'a mieux mérité d'attirer les
Spectateurs. Je puis assurer hardiment
qu'il y a bien de ces Mrs qui seroient distingués au Théatre de Paris.
Ils nous donnerent ensuite des Représentations du Tartufe , du Medecin malgré
lui , de l'Avocat Patelin , du Légataire ,
du François à Londres , des Folies amoureuses , de Phedre , et Hypolite , &c. et
toutes ces Pieces furent jouées aussi parfaitement que la prémiere. Je ne vous
nommerai pas ceux qui se distinguerent
le plus , parce qu'il n'y en avoit point
qui ne remplît parfaitement son Rôle et
il faudroit les nommer tous. Ce qu'il y
a de plus surprenant , c'est que quoique
les Rôles de femmes fussent jouez par des
hommes, ceux qui les représentoient ,
imitoient
FEVRIER: 1732. 349
imitoient si bien le geste et le maintien
des femmes , qu'on ne pouvoit raisonnablement soupçonner que ce ne fussent pas de veritables Actrices.
Sous le nom des Officiers de la Garnison et de la Jeunesse de notre Ville ,
je ne dois point confondre un jeune
Gentilhomme d'Arles , qui s'étan trouvé
ici par hazard , fut prié de jouer quelques Rôles dans ces Comédies ; if ne
faut pas se faire honneur de ce qui ne
nous appartient pas. Ce jeune homme se
chargea du Rôle de Dorine dans la Comédie de Tartufe et de plusieurs autres
de ce caractere , qu'il joia avec tant de
grace , d'intelligence et de gout , que les
plus difficiles connoisseurs avouerent
qu'il n'y avoit que le Théatre de Paris
où l'on pût trouver une aussi bonne Actrice. Comme il étoit peu connu dans
cette Ville , il fut aisément pris pour une
femme ; il y eut même un Marchand de
la Ville à qui l'on eut beau assurer que
ce n'en étoit point une , il dit toujours
que cela ne pouvoit être , qu'on se mocquoit de lui , et s'obstina à parier , &c.
C'est cet admirable Acteur ou Actrice ,
( comme il vous plaira de l'appeller, ) qui
engagea la noble Troupe à représenter la
Tragédie de Phédre et Hypolite , dans
Gv laquelle
350 MERCURE DE FRANCE
laquelle il joua le Rôle de Phédre. Quelques applaudissemens qu'il eût déja reçûs
dans la Comédie , ceux qu'il mérita dans
ce nouveau genre , furent encore plus
vifs et plus universels , de sorte que le
Public n'a trouvé que bien peu d'exageration dans les Vers suivans , envoyez રે
cet Acteur , et ausquels il fit la réponse
que je joins au Compliment.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de
Nimes le 24 Decembre 1731. au sujet
de quelques Comédies jouées dans cette
Ville.
Es Officiers du Régiment du Maine
LEDInfanterie , dont un Bataillon est en
Garnison dans cette Ville , résolurent ,
pour divertir nos Dames , de leur donner la Comédie une fois la Semaine; ils
engagerent quelques jeunes gens de cette
Ville à seconder leur projet , et ainsi , secourus de notre plus brillante Jeunesse
ils se mirent en état de commencer ce
Divertissement.
Ils débuterent par la Comédie du Foiseur,
de M. Regnard , suivie de celle du Retour
imprévu , du même Auteur. Ces deux
Pieces furent jouées si parfaitement, qu'el-
-les attirerent à ces Mrs les justes applaudissemens qu'ils méritoient , et exciterent
si fort l'empressement du Public , qu'on
fut obligé de mettre une Garde considerable à la Porte , pour éloigner ceux qui
ne pouvant avoir des Billets d'entrée , tâGiiij choient
348 MERCURE DE FRANCE
choient de se glisser par force ou par
adresse. Ces Officiers se chargerent de
tous les frais du Spectacle , et ils n'épargnerent rien pour le rendre magnifique ,
Décorations , Illuminations, Symphonie,
tout répondoit au Jeu des Acteurs. Ils
distribuoient ordinairement cinq ou six
cent Billets , et ils étoient obligez d'en
refuser plus qu'ils n'en donnoient , le bon
ordre ne leur permettant pas d'en distribuer plus que la Sale de la Comédie
ne pouvoit contenir de monde. Jamais
Comédie n'a mieux mérité d'attirer les
Spectateurs. Je puis assurer hardiment
qu'il y a bien de ces Mrs qui seroient distingués au Théatre de Paris.
Ils nous donnerent ensuite des Représentations du Tartufe , du Medecin malgré
lui , de l'Avocat Patelin , du Légataire ,
du François à Londres , des Folies amoureuses , de Phedre , et Hypolite , &c. et
toutes ces Pieces furent jouées aussi parfaitement que la prémiere. Je ne vous
nommerai pas ceux qui se distinguerent
le plus , parce qu'il n'y en avoit point
qui ne remplît parfaitement son Rôle et
il faudroit les nommer tous. Ce qu'il y
a de plus surprenant , c'est que quoique
les Rôles de femmes fussent jouez par des
hommes, ceux qui les représentoient ,
imitoient
FEVRIER: 1732. 349
imitoient si bien le geste et le maintien
des femmes , qu'on ne pouvoit raisonnablement soupçonner que ce ne fussent pas de veritables Actrices.
Sous le nom des Officiers de la Garnison et de la Jeunesse de notre Ville ,
je ne dois point confondre un jeune
Gentilhomme d'Arles , qui s'étan trouvé
ici par hazard , fut prié de jouer quelques Rôles dans ces Comédies ; if ne
faut pas se faire honneur de ce qui ne
nous appartient pas. Ce jeune homme se
chargea du Rôle de Dorine dans la Comédie de Tartufe et de plusieurs autres
de ce caractere , qu'il joia avec tant de
grace , d'intelligence et de gout , que les
plus difficiles connoisseurs avouerent
qu'il n'y avoit que le Théatre de Paris
où l'on pût trouver une aussi bonne Actrice. Comme il étoit peu connu dans
cette Ville , il fut aisément pris pour une
femme ; il y eut même un Marchand de
la Ville à qui l'on eut beau assurer que
ce n'en étoit point une , il dit toujours
que cela ne pouvoit être , qu'on se mocquoit de lui , et s'obstina à parier , &c.
C'est cet admirable Acteur ou Actrice ,
( comme il vous plaira de l'appeller, ) qui
engagea la noble Troupe à représenter la
Tragédie de Phédre et Hypolite , dans
Gv laquelle
350 MERCURE DE FRANCE
laquelle il joua le Rôle de Phédre. Quelques applaudissemens qu'il eût déja reçûs
dans la Comédie , ceux qu'il mérita dans
ce nouveau genre , furent encore plus
vifs et plus universels , de sorte que le
Public n'a trouvé que bien peu d'exageration dans les Vers suivans , envoyez રે
cet Acteur , et ausquels il fit la réponse
que je joins au Compliment.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Nimes le 24. Decembre 1731. au sujet de quelques Comédies joüées dans cette Ville.
En décembre 1731, à Nîmes, les officiers du Régiment du Maine d'Infanterie organisèrent des représentations théâtrales hebdomadaires pour divertir les dames de la ville. Ils formèrent une troupe avec des jeunes gens locaux. Les premières pièces jouées furent 'Le Foiseur' et 'Le Retour imprévu' de Jean-François Regnard, qui furent très bien accueillies. La demande fut si grande qu'une garde fut nécessaire pour gérer l'afflux de spectateurs. Les officiers prirent en charge tous les frais, assurant des décorations, des illuminations et une symphonie de qualité. Ils distribuaient environ cinq ou six cents billets, mais en refusaient autant en raison des limites de la salle. Les représentations suivantes inclurent 'Le Tartufe', 'Le Médecin malgré lui', 'L'Avocat Patelin', 'Le Légataire', 'Le François à Londres', 'Les Folies amoureuses', 'Phèdre' et 'Hippolyte'. Un jeune gentilhomme d'Arles interpréta plusieurs rôles, notamment celui de Dorine dans 'Le Tartufe', et fut acclamé pour sa performance. Il encouragea également la troupe à jouer 'Phèdre et Hippolyte', où il interpréta le rôle de Phèdre, recevant des applaudissements universels.
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112
p. 350-354
STANCES, Envoyées à M. de M** le lendemain qu'il eut joué le Rôle de Phedre.
Début :
Ou suis-je? quelle voix plaintive [...]
Mots clefs :
Phèdre, Rôle, Comédien, Éloge, Congé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : STANCES, Envoyées à M. de M** le lendemain qu'il eut joué le Rôle de Phedre.
STANCES,
Envoyées à M. de M** le lendemain qu'il
eutjoué le Rôle de Phedre.
OuU suis-je ? quelle voix plaintive
Vient porter dans mon sein la pitié , la terreur ?
Je sens que mon ame attentive ,
Vase rassasier de plaisir et d'horreur.
装
M** tu paroîs sur la Scene ;
Je me livre à l'excès de mon ravissement ;
Mais que dis-je ? c'est Melpomene ;
J'en reconnois en toi les graces , l'agrément.
Quel gout ! quelle délicatesse !
Qu'en séduisant les cœurs , tu satisfais les yeux !
Jamais
FEVRIER 1732.
351
Jamais la tragique Déesse ,
Nous a-t'elle montré ton égal sous les Cieux ?
N
Le sentiment , le pathetique ,
Le grand , le naturel , les gestes et la voix,
La démarche noble , héroïque ,
Tu rassembles , M** tous ces dons à la fois.
諾
De ces dons la Nature avare
Sur toi seul aujourd'hui les verse à pleines mains;
Jouis de ce talent si rare ,
Que ton Art à jamais enchante les Humains !
DE
REPONSE.
E cet Eloge si flatteur ,
Dont Baron et la Lecouvreur ,
Auroient pû devenir jaloux avec justice ,
Et qui pourtant n'a rien qui m'éblouisse ,
Je connois le principe et je vois votre erreur.
Cher S*** à charmer les oreilles .
Accoutumé depuis long- temps ,
Vous avez crû devoir en mes foibles talens ,
Admirer les rares merveilles ,
Que trouve le Public dans le son séduisant
G vivj
Que
352 MERCURE DE FRANCE
Que d'un Instrument * indocile ,
( Sçait tirer votre main habile ,
Et quelle rend si ravissant ;
Pour louer un ami qui paroît sur la Scene ,
1
Vous avez crû que tandis qu'on disoit ,
Qu'en vous Amphion revivoit ,
Vous deviez tout au moins dire que Melpomene,
Sous mon nom , sous mon air ,
montroit.
a vos yeux st
On nous promettoit une Piece de cet
Acteur , qui , à ce qu'on assure , n'est
pas moins bon Auteur qu'excellent
Comédien ; mais des affaires indispensables l'ayant rappellé chez lui , il partit
au grand regret de toute la Ville et de
Pillustre Troupe : voici comme il prit
congé de l'Assemblée.
MESDAMES ET MESSIEURS ,
Si l'on peut s'excuser d'une témerité , c'est
sans doute par l'heureux succès qu'elle a eû,
• aussi n'est-ce que par là que j'ose me justifier de la mienne. Je me vois honoré de
vos applaudissemens lorsque tout sembloit
Coucourir à m'en priver.
Oser paroître devant tant de personnes
*L'Auteur des Vers qui précedent , joue excel- lemment du Violon,
éclairées
FEVRIER. 1732. 353 7
,
éclairées et d'un gout si délicat, se mêler parmi ces Acteurs inimitables , qui par tant de
justes titres , s'étoient déja fait admirer
sortir de son sexe et de son caractere ; emprunter un habit qui demande d'être accompagné de tant de graces , de délicatesse et
d'agrémens; se transformer ensuite devant la
plus brillante Assemblée que puisse former
le beau Sexe , et aux yeux d'une Compagnie choisie d'hommes accoutumez à ne voir
rien que d'aimable ; quelle suite de démar
ches témeraires ! y eut-il jamais entreprise
plus hardie , et ne faut - il pas pour la
former, s'aveugler jusqu'au point d'attendre quelqu'un de ces coups surprenans par
lesquels la fortune se plait quelquefois à aider
les audacieux ?
Que dis-je ? non , ce n'est point à une fortune aveugle que je dois de si doux succès ;
vous avez penetré le motif qui me guidoit
et vous avez applaudi à ce motif ; vous
ave aisementreconnu queje n'aspirois qu'an
bonheur de vous plaire , et vous m'avez
tout pardonné enfaveur d'une si noble envie,
ou peut-être cette genereuse amitié dont votreVille honore ma Patrie et dont nous avons
tant defois ressenti les plus doux effets , vous
fait croire que le titre de Citoyen d' Arles
me suffisoit pourmériter votre Approbation ;
mais soit que je ne doive tant d'applaudis- semens
134 MERCURE DE FRANCE
dissemens qu'aux faveurs du sort , soit que
vous ayez crû devoir récompenser ainsi le
desir de vous amuser; soit que vous ayez
voulu par là , donner une nouvelle marque
de votre affection pour mon Pays, et que ce ne
soit là qu'un pur effet de votre complaisance,
le souvenir ne m'en sera pas moins cher ,
jose le dire hautement etj'ai voulu vous en
assurer ; je rappellerai sans cesse avec joye
ces heureux jours où vos bonte ont éclaté
àmes yeux, et la plus vive reconnoissance
en sera àjamais gravée dans mon cœur.
Envoyées à M. de M** le lendemain qu'il
eutjoué le Rôle de Phedre.
OuU suis-je ? quelle voix plaintive
Vient porter dans mon sein la pitié , la terreur ?
Je sens que mon ame attentive ,
Vase rassasier de plaisir et d'horreur.
装
M** tu paroîs sur la Scene ;
Je me livre à l'excès de mon ravissement ;
Mais que dis-je ? c'est Melpomene ;
J'en reconnois en toi les graces , l'agrément.
Quel gout ! quelle délicatesse !
Qu'en séduisant les cœurs , tu satisfais les yeux !
Jamais
FEVRIER 1732.
351
Jamais la tragique Déesse ,
Nous a-t'elle montré ton égal sous les Cieux ?
N
Le sentiment , le pathetique ,
Le grand , le naturel , les gestes et la voix,
La démarche noble , héroïque ,
Tu rassembles , M** tous ces dons à la fois.
諾
De ces dons la Nature avare
Sur toi seul aujourd'hui les verse à pleines mains;
Jouis de ce talent si rare ,
Que ton Art à jamais enchante les Humains !
DE
REPONSE.
E cet Eloge si flatteur ,
Dont Baron et la Lecouvreur ,
Auroient pû devenir jaloux avec justice ,
Et qui pourtant n'a rien qui m'éblouisse ,
Je connois le principe et je vois votre erreur.
Cher S*** à charmer les oreilles .
Accoutumé depuis long- temps ,
Vous avez crû devoir en mes foibles talens ,
Admirer les rares merveilles ,
Que trouve le Public dans le son séduisant
G vivj
Que
352 MERCURE DE FRANCE
Que d'un Instrument * indocile ,
( Sçait tirer votre main habile ,
Et quelle rend si ravissant ;
Pour louer un ami qui paroît sur la Scene ,
1
Vous avez crû que tandis qu'on disoit ,
Qu'en vous Amphion revivoit ,
Vous deviez tout au moins dire que Melpomene,
Sous mon nom , sous mon air ,
montroit.
a vos yeux st
On nous promettoit une Piece de cet
Acteur , qui , à ce qu'on assure , n'est
pas moins bon Auteur qu'excellent
Comédien ; mais des affaires indispensables l'ayant rappellé chez lui , il partit
au grand regret de toute la Ville et de
Pillustre Troupe : voici comme il prit
congé de l'Assemblée.
MESDAMES ET MESSIEURS ,
Si l'on peut s'excuser d'une témerité , c'est
sans doute par l'heureux succès qu'elle a eû,
• aussi n'est-ce que par là que j'ose me justifier de la mienne. Je me vois honoré de
vos applaudissemens lorsque tout sembloit
Coucourir à m'en priver.
Oser paroître devant tant de personnes
*L'Auteur des Vers qui précedent , joue excel- lemment du Violon,
éclairées
FEVRIER. 1732. 353 7
,
éclairées et d'un gout si délicat, se mêler parmi ces Acteurs inimitables , qui par tant de
justes titres , s'étoient déja fait admirer
sortir de son sexe et de son caractere ; emprunter un habit qui demande d'être accompagné de tant de graces , de délicatesse et
d'agrémens; se transformer ensuite devant la
plus brillante Assemblée que puisse former
le beau Sexe , et aux yeux d'une Compagnie choisie d'hommes accoutumez à ne voir
rien que d'aimable ; quelle suite de démar
ches témeraires ! y eut-il jamais entreprise
plus hardie , et ne faut - il pas pour la
former, s'aveugler jusqu'au point d'attendre quelqu'un de ces coups surprenans par
lesquels la fortune se plait quelquefois à aider
les audacieux ?
Que dis-je ? non , ce n'est point à une fortune aveugle que je dois de si doux succès ;
vous avez penetré le motif qui me guidoit
et vous avez applaudi à ce motif ; vous
ave aisementreconnu queje n'aspirois qu'an
bonheur de vous plaire , et vous m'avez
tout pardonné enfaveur d'une si noble envie,
ou peut-être cette genereuse amitié dont votreVille honore ma Patrie et dont nous avons
tant defois ressenti les plus doux effets , vous
fait croire que le titre de Citoyen d' Arles
me suffisoit pourmériter votre Approbation ;
mais soit que je ne doive tant d'applaudis- semens
134 MERCURE DE FRANCE
dissemens qu'aux faveurs du sort , soit que
vous ayez crû devoir récompenser ainsi le
desir de vous amuser; soit que vous ayez
voulu par là , donner une nouvelle marque
de votre affection pour mon Pays, et que ce ne
soit là qu'un pur effet de votre complaisance,
le souvenir ne m'en sera pas moins cher ,
jose le dire hautement etj'ai voulu vous en
assurer ; je rappellerai sans cesse avec joye
ces heureux jours où vos bonte ont éclaté
àmes yeux, et la plus vive reconnoissance
en sera àjamais gravée dans mon cœur.
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Résumé : STANCES, Envoyées à M. de M** le lendemain qu'il eut joué le Rôle de Phedre.
Le texte est une série de stances et de réponses adressées à un acteur, M. de M**, après sa performance dans le rôle de Phèdre. L'auteur exprime son admiration pour la performance de M. de M**, soulignant ses talents exceptionnels et son interprétation remarquable. Les stances mettent en avant la voix, les gestes, la démarche et la présence scénique de l'acteur, le comparant à la muse de la tragédie, Melpomène. L'auteur reconnaît également les dons naturels et artistiques de M. de M**, le qualifiant de talent rare capable d'enchanter les humains. Dans sa réponse, M. de M** remercie l'auteur pour les éloges, mais attribue son succès à la bienveillance du public et à la générosité de l'auteur. Il exprime sa gratitude pour les applaudissements et la compréhension du public, qui a reconnu son désir de les divertir. M. de M** mentionne également qu'il a dû quitter la ville en raison d'affaires urgentes, au grand regret de la troupe et des spectateurs. Il conclut en exprimant sa reconnaissance et sa joie pour les moments partagés avec le public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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113
p. 354-355
BOUQUET. A Mad. de.... à Nîmes, presenté par M. de.... d'Arles en Provence.
Début :
Chacun, belle Charlotte, en ce jour si charmant, [...]
Mots clefs :
Bouquet, Fleurs, Hommage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BOUQUET. A Mad. de.... à Nîmes, presenté par M. de.... d'Arles en Provence.
BOUQUET
A Mad. de.... à Nîmes , presenté par
M. de .... d'Arles en Provence.
Hacun , belle Charlotte , en ce jour si char
mant,
Veut vous montrer son zele et son attachement:
L'un orne votre sein du doux émail de Flore ,
Que la Déesse a tout nouvellement ,
Pour un destin si beau, pris soin de faire éclore :
L'autre pour attendrir votre invincible cœur ,
Emprunte le secours d'une douce harmonie ;
Permettez qu'à mon tour je suive mon génie ,
Et que je puisse aussi signaler mon ardeur ;
* On avoit donné à cette Dame la veille de så
Fête une magnifique Serenade,
Je
FEVRIER 1132. 355
Je ne viens pas de fleurs couronner votre tête ;
Leur éclat passe en un moment ;
Ni par de tendres sons celebrer votre Fête ;
Autant en emporte le vent.
Non, j'ose vous offrir un plus durable hommage,
Par mes chants on sçaura jusques au dernier âge,
Que rien ne fut jamais aussi parfait que vous ,
Hors l'amour qu'à mon cœur font ressentir vos
coups.
A Mad. de.... à Nîmes , presenté par
M. de .... d'Arles en Provence.
Hacun , belle Charlotte , en ce jour si char
mant,
Veut vous montrer son zele et son attachement:
L'un orne votre sein du doux émail de Flore ,
Que la Déesse a tout nouvellement ,
Pour un destin si beau, pris soin de faire éclore :
L'autre pour attendrir votre invincible cœur ,
Emprunte le secours d'une douce harmonie ;
Permettez qu'à mon tour je suive mon génie ,
Et que je puisse aussi signaler mon ardeur ;
* On avoit donné à cette Dame la veille de så
Fête une magnifique Serenade,
Je
FEVRIER 1132. 355
Je ne viens pas de fleurs couronner votre tête ;
Leur éclat passe en un moment ;
Ni par de tendres sons celebrer votre Fête ;
Autant en emporte le vent.
Non, j'ose vous offrir un plus durable hommage,
Par mes chants on sçaura jusques au dernier âge,
Que rien ne fut jamais aussi parfait que vous ,
Hors l'amour qu'à mon cœur font ressentir vos
coups.
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Résumé : BOUQUET. A Mad. de.... à Nîmes, presenté par M. de.... d'Arles en Provence.
Un poème est adressé à Charlotte, dame de Nîmes, par M. de.... d'Arles. L'auteur exprime son attachement et lui offre des fleurs et une harmonie. La veille de sa fête, elle a reçu une sérénade. Il souhaite lui offrir un hommage durable à travers ses chants, témoignant de sa perfection et de l'amour qu'elle inspire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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114
p. 355-371
Le Glorieux, Comédie. Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Les Comédiens François ont donné avec grand succès, 22 Représentations [...]
Mots clefs :
Glorieux, Représentations, Comédie, Parterre, Scènes, Auteur, Lisimon, Pasquin, Mariage, Portrait
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Glorieux, Comédie. Extrait, [titre d'après la table]
Les Comédiens François ont donné
avecgrand succès , 22 Représentations du
Glorieux , Comédie en cinq Actes , en
Vers , de M. Destouches , depuis le 18 du
mois dernier , jusqu'à la fin de celui ci.
Jamais le Parterre n'a paru plus équitable; les beautez dont cette Comédie est
remplie , forcerent l'envie au silence ,
ou plutôt aux applaudissemens. Les deffauts que la critique la plus sévere a
cru y remarquer, sont balancez par de si
grands coups de Maître , qu'ils n'y sont
que comme des ombres au Tableau ; on
en jugera par cet Extrait.
Dans les premieres Scenes , l'Auteur
ne s'attache qu'à nous instruire de ce qui
est nécessaire pour l'intelligence. Lapremiere est entre une Suivante et un Valet.
Celle là sous le nom de Lisette , appartient à Isabelle , fille d'un riche Bourgeois,
et
356 MERCURE DE FRANCE.
et celui- ci , sous le nom de Pasquin , sert
le Comte de Tufiere , sur qui roule le caractere dominant de la Piece ; c'est- à-dire,
du Glorieux . Le panchant que Lisette a remarqué dans le cœur de sa Maîtresse, ou
plutôt son amie , en faveur du Comte de
Tufiere , l'authorise à sçavoir , s'il est digne de son amour et de son Hymen. Pasquin ne lui en fait pas un portrait trop
avantageux et ne dissimule point son vice
prédominant , qui est la vaine gloire.
L'Auteur a pris soin de couper cette
exposition , par une action qui met dans
un nouveau jour , ce que Pasquin ne fait
que réciter. Un Domestique du Glorieux,
appellé Lafleur , vient demander son
congé à Pasquin , comme Factoton de son
Maître ; cette demande est fondée sur
la deffense qu'on lui fait de parler, dans
laquelle il trouve un mépris , dont il ne
sçauroit s'accommoder ; il ajoûte qu'il aimeroit mieux une parole qu'une pistole
de la part d'un Maître. Cette Scene est
suivie d'une autre qui caracterise la prétendue soubrette. Lisimon , Pere de sa
Maîtresse , l'aime ; il lui fait des propo
sitions avantageuses , qui ne servent qu'à
faire connoître la vertu de celle qui les
rejette. Comme Lisimon la presse un peu
trop vivement , son Fils vient arrêter ses
trans
FEVRIER. 1732. 357
transports amoureux , sous un prétexte
de tendresse filiale , comme s'il prenoit
son amour pour une fiévre qui vient de
lui enflammer le sang ; le Pere amoureux
se retire tres mécontent de son Fils. A
peine est-il sorti , que ce Fils , Rival de
son Pere , parle d'amour à la fausse soubrette , elle lui déclare d'un ton ferme
qu'elle ne veut donner son cœur que par- devant Notaire.
>
Un vieillard , qui s'appelle Lycandre,
vient interrompre cette conversation ; le
jeune Amant se retire ; cette derniere Scene reveille l'attention des Spectateurs ; le
vieillard qui vient d'atriyer et que Lisette
connoît et honore , après avoir sondé son
cœur , lui déclare qu'elle est sortie d'un
Sang à pouvoir prétendre et même faire
honneur à la famille de Lisimon , par son
alliance ; il lui promet de lui en apprendre davantage incessamment; il s'informe
du caractere du Comte de Tufiere , et apprend avec un regret mortel , qu'il s'est
entierement livré à la vaine gloire.
Au second Acte , Lisette n'ose croire
ce que Lycandre vient de lui reveler , et
prend pour un beau songe l'illustre origine dont on l'a fait sortir ; elle ne peut
cependant en faire un mystere à son cher
Amant. C'est Valere,fils de Lisimon.ValeIC
358 MERCURE DE FRANCE
re est beaucoup plus crédule que sa Maî
tresse ; elle lui ordonne le secret , mais il
a beau le lui promettre,à peine apperçoitil sa sœur Isabelle , qu'il court à elle pour
le lui apprendre. Lisette lui impose silence ; il n'obéit qu'avec peine , et dità sa
sœur de ne traiter désormais Lisette qu'avec respect.
Isabelle ne sçait que comprendre du
respect que son Frere exige d'elle pour
une Suivante, cela lui fait soupçonner que
son Frere veut l'épouser en secret ; Lisette
ne lui revele rien , Isabelle lui avoue qu'elle
ne haït pas le Comte de Tufiere , malgré
le deffaut de vaine gloire qui devroit le
rendre indigne de lui plaire.
Philinte , amoureux d'Isabelle , vient
lui parler de son amour , mais il est si timide qu'il n'ose exprimer ses sentimens ;
Isabelle et Lisette le raillent tour à tour ,
elles le quittent enfin ; il fait connoître
son caractere de timidité qu'il ne sçauroit
vaincre. Un Laquais le prenant pour le
Comte de Tufiere lui apporte une Lettre
qu'il renvoye à son addresse ; Pasquin ,
Valet du Comte de Tufiete , et singe de
sa vaine gloire , reçoit cette Lettre avec
hauteur.
#
Le Comtede Tufiereparoît pour la premiere fois sur la Scene avec un grand
Cor-
FEVRIER 17320 359
Cortege; Pasquin lui parle de la Lettre
qu'on vient de remettre entre ses mains.
Son Maître lui dit qu'elle vient sans doute du petit Duc , ou de la Princesse, &c.
mais Pasquin lui ayant fait entendre que
c'est un Laquais assez mal vétu qui l'a apportée ; il ordonne , avec dédain , qu'on
Ja lise et qu'on lui en rende compre. Nous
omettons plusieurs particularitez , parce
qu'elles tiennent plutôt au caractere qu'à J'action Théatrale. Le Glorieux se fait lire
enfin la Lettre dont Pasquin lui a parlé ;
elle est pleine d'invectives contre son ridicule orgueil ; il n'en peut reconnoître let
caractere ; celui qui l'a écrite , lui déclare
qu'il aemprunté unemain étrangere, Cette
Lettre produira son effet dans le quatriéme Acte.
Lisimon vient , et par sa franchise et sa
familiarité bourgeoise il découvre la fierté
de son gendre futur ; il rabat de temps
en temps ses airs évaporez , et le force à
s'aller mettre à table en l'embrassant amicalement et en l'entraînant malgré lui.
Le Glorieux ouvre la Scene du troisiéme Acte avec Pasquin , à qui il dit , que
son beaupere futur est enchanté de lui
et qu'il le conduira insensiblement jusqu'au respect qu'il lui doit ; il ajoute que
son mariage avec Isabelle est arrêté.
Isa-
366 MERCURE DE FRANCE
Isabelle vient , suivie de Lisette ; elle
fait entendre au Glorieux , que quoique
son pere ait conclu le mariage , elle veut
connoître un peu mieux l'Epoux qui lui
est destiné ; Lisette veut appuyer ce que
Sa Maîtresse vient de dire ; le Glorieux ne
daigne pas lui répondre et la regarde même avec mépris ; il demande ironiquement à Isabelle , si elle ne s'explique jámais que par interprete.
Valere vient s'informer du mariage
qu'il vient d'apprendre ; le Glorieux lui
répond avec un orgueil qui l'oblige à lui
dire que l'Hymen projetté , n'est pas encore tout-à- fait arrêté , attendu que sa
Mere, bien loin d'y consentir , destine sa
Fille à Philinte ; au nom d'un tel Rival ,
le Glorieux redouble de fierté et de mépris; il prie Valere de dire à cet indigne
concurrent que s'il met le pied chez Isabelle , ils pourroient se voir de près. Valere lui promet de s'acquitter de la commission qu'il lui donne , et se retire.
Isabelle outrée de la hauteur avec laquelle le Comte de Tufiere vient de parler à son Frere, lui fait de vifs reproches
sur ce deffaut dominant ; elle charge Lisette d'achever la leçon , et le quitte.
Lisette remplit dignement la place que
sa Maîtresse lui laisse ; le Comte en est si
étonné
FEVRIER. 1732, 36r
étonné , qu'il n'a pas la force de repliquer un mot. Lisette le quitte,
Philinte , à qui Valere vient d'appren
dre le parfait mépris que le Glorieux a
fait éclater à son sujet , vient respectueu,
sement lui en demander raison ; cette
Scene est des plus originales. Le Glorieux
accepte le défi , ou plutôt la priere que
son humble Riyal lui fait de lui faire
l'honneur de se couper la gorge avec lui.
Ils mettent tous deux l'épée à la main.Lisimon accourt au bruit des Epées. Philinte lui dit que le respect le désarme et remet
son épée dans le fourreau, Lisimon reçoit
tres-mal sa politesse , et lui deffend de revenir chez lui, Philinte se retire après
avoir dit au Glorieux qu'il espere qu'il lu‡
fera l'honneur de lui rendre sa visite , et
qu'il tâchera de le bien recevoir.
Le Comte de Tufiere dit de nouvelles
impertinences à son futur Beaupere et le
quitte.
Lisimon choqué de tant d'orgueil, est
tenté de rompre le matiage ; mais la réfléxion qu'il fait , sur l'avantage que sa
femme tireroit de cette rupture , le confirme dans sa premiere résolution.
Le 4 Acte est sans contredit le plus interessant , le plus varié de la Piece , et qui
en a le plus assuré le succès. Il commence
par
362 MERCURE DE FRANCE par une Scene's
sur laquelle
nous ne nous
arrêterons
pas. La seconde
, ne contient
qu'un sage reproche
que Lisette
fait à Va
lere d'avoir
causé une querelle
entre le
Comte
et Philinte
. Valere voyant
approcher le même vieillard
, qui a interrompu sa premiere
conversation
avec sa chere
Lisette
, se retire , non sans marquer
du
dépit.
Lycandre surpris de retrouver Lisette
en tête à tête avec Valere , lui demande
si elle n'a pas quelque engagement de
cœur avec lui. Lisette rougit à cette demande. Elle avouë enfin non- seulement
que Valere l'aime , mais qu'elle le préfereroit à tout autre Amant si leurs conditions étoient égales. Lycandre lui confirmela promesse qu'il lui a déja faite de
lui apprendre son sort. Il commence par
lui apprendre ce qui a causé le malheur
de son pere; il en prend la source dans
l'orgueil de sa mere , qui par un affront
insigne qu'elle fit à une Dame, obligea les
deux maris à se battre ; il ajoute que son
Pere ayant tué son adversaire en brave
homme , fut calomnieusement accusé de
l'avoir assassiné, ce qui l'obligea à chercher un azyle en Angleterre , il ajoûte
que son pere touche à la fin de ses mal-'
heurs et que son innocence ya triom-
,
ther
}
FEVRIER 1732. 363
pher ; elle demande avec atendrissement,
où est ce cher et malheureux pere ; la reconnoissance est filée avec un art infini ;
Lycandre se découvre enfin pour son Pere;
la fausse Lisette se jette à ses pieds. Il luf
apprend que le Comte de Tufiere est son
Frere,et lui témoigne l'extrême regret qu'il
a d'apprendre qu'il n'a pas moins d'orgueil
que sa mère ; il se promet de le corriger et ordonne à sa Fille de rentrer et sur
tout de garder le silence sur le secret
qu'il vient de lui confier.
Lycandre demande à Pasquin s'il ne
pourroit point parler au Comte de Tufiere. Pasquin le voyant, en si mauvais
équipage , lui dit d'un air méprisant, qu'il
est en affaire et qu'il ne sçauroit le voir.-
Lycandre prend un ton de voix à faire.
rentrer Pasquin en lui même ; il convient
qu'il n'est qu'un sot et que l'exemple d'un
Maître orgueilleux l'a gâté. Lycandre lui
sçait bon gré de ce retour ; il lui dit d'aller dire à son Maître que celui qui le demande est le même qui lui a écrit tantôt
une Lettre. Pasquin lui répond , que le
porteur en a déja été payé , et qu'il ne lui
conseille pas de se montrer à ses yeux ,
après lui avoir écrit des véritez si dures à
digerer: Ne crains rien , lui répond le
Vieillard , tu le verras tres-pacifique er tres-
364 MERCURE DE FRANCE
tres modeste devant moi. Pasquin va
chercher son Maître, en disant qu'il s'en
lave les mains.
Lycandre en attendant son fils forme
quelques esperances d'amandement ; elles.
sont fondées sur le changement qu'il
vienr de remarquer dans son valet.
Le Glorieux vient enflammé de colere,
mais reconnoissant son pere en celui qu'il
vient chercher comme ennemi, il demeu
re interdit , au grand étonnement de Pasquin qui le trouve comme pétrifié ; il fait
sortir Pasquin , quoique Lycandre veuille
qu'il demeure , pour être témoin d'une
Scene si nouvelle à ses yeux.
Le Pere fait de sanglans reproches à son
Fils , qui s'excuse assez mal ; il lui deman
de , d'où vient qu'il fait sortir son Valet.
Voulez-vous , lui répond son Fils , que je
vous expose à quelque mépris. Non , ce
n'est point là ce que vous appréhendez ,
lui dit son pere ;
Vous craignez bien plutôt d'exposer ma misere,
>
Le Glorieux , voyant que son Pere exige de lui , s'il veut obtenir son pardon
qu'il vienne à l'instant le presenter dans
l'état où il est à Lisimon et à sa Fille , se
jette à ses pieds pour l'en détourner ; c'est
dans cette situation que son Pere lui dit
les
FEVRIER. 17320 365
les deux beaux Vers , que tout le monde
sçait par cœur , que nous rapporterons
plus bas.
Lisimon survient : il dit au Glorieux
que sa femme consent enfin à l'accepter
pour gendre ; que c'est à lui à faire quelques démarches et à lui rendre ses devoirs ; ce mot de devoir étonne le Glorieux ; son Pere lui fait une sage remontrance sur sa fierté hors de saison. Lisimon-surpris,lui demande qui est ce vieillard qui lui paroît si verd , il lui repond
tout bas , que c'est son Intendant : Lisimon demande au prétendu Intendant à
quoi peuvent monter les revenus duComte , &c. Le vieillard se retire , en disant
tout bas à son Fils, qu'il ne sçauroit mentir ; il dit pourtant à Lisimon qu'il n'a
qu'à conclure le mariage , et que bien- tôt iis seront tous contens.
Lisimon choqué de quelques nouveaux
airs de hauteur que le Glorieux prend en
core avec lui , le quitte en colere, en lui
disant de garder sa grandeur. Le Glorieux se détermine à faire tout ce qu'on
exige de lui , en disant , que sa mauvaise
fortune le réduit à fléchir devant l'Idole.
Valere se reproche devant Lisette , au
ve Acte , l'infidelité qu'elle l'a contraint
de faire à son ami Philinte , en parlant à
H sa
366 MERCURE DE FRANCE,
sa mere, en faveur du Comte de Tufiere,
Isabelle paroît encore incertaine sur le
consentement qu'on lui demande pour
'Hymen arrêté. Lisimon vient annoncer
que sa femme , devenue enfin plus traitable , a promis de signer le Contrat , il se
met en colere contre sa fille qui paroît
encore balancer.
Le Notaire vient , on dresse le Contrat , les noms et qualitez que le Comte de Tufiere se donne , achevent de remplir son caractere.
Lycandre , ou le Marquis de Tufiere ,
arrivé augrand regret de son Fils qui vouloit achever l'Hymen sans lui ; sa presence le rend confus , son pere s'en offense ;
et pour achever de le confondre , il le
menace de sa malediction , s'il ne tombe
à ses genoux; son Fils se jette à ses pieds,
il implore sa clemence, et abjure pour jamais son orgueil . Son Pere le voyant corrigé , lui apprend que le Roy vient de le
remettre dans la jouissance de tous ses
biens, après avoir connu son innocence et
puni l'imposture de ses accusateurs, La
Picce finit par un double Hymen ; Lisette
devient constante ; elle est reconnuë pour
Demoiselle. Le Comte de Tufiere proteste
Isabelle qu'il fera desormais toute sa
gloire de l'aimer et de meriter son cœur
ep sa main.
Mais
FEVRIER. 1732. 367
Mais pourmettre le Lecteur plus en état
de juger du mérite et de la Versification
de cette Piece , donnons quelques mor
ceaux qui en fassent connoître les divers
caracteres et l'é égance du stile dont elle
est écrite. Voici le Portrait que Pasquin
fait de son Maître , dans la 4 Scene du
premier Acte.
Sa politique
Est d'être toujours grave avec un domestique;
S'il lui disoit un mot , il croiroit s'abbaisser ,
Et qu'un Valet lui parle , il se fera chasser.
Enfin pour ébaucher en deux mots sa peinture ;
C'est l'homme le plus vain qu'ait produit la na- ture ,
Pour ses inférieurs , plein d'un mépris cho-
< quant ,
Avec ses égaux même , il prend l'air important
Si fier de ses ayeux , si fier de sa noblesse ,
Qu'il croit être icy-bas le seul de son espece.
Persuadé d'ailleurs de son habileté ,
Et décidant sur tout avec autorité ;
Se croyant en tout genre , un mérite suprême ,
Dédaignant tout le monde , et s'admirant lui- même;
En un mot , des mortels le plus impérieux ,
Et le plus suffisant et le plus glorieux.
Hij Zr
368 MERCURE DE FRANCE
LYSETT E.
Ab! que nous allons rire.
PASQUIN
LYSETTE.
Et de quoi donc
Son fasté ,
Ja fierté , ses hauteurs font un parfait contraste
Avec les qualitez de son humble rival ,
Qui n'oseroit parler de peur de parler mal ;
Qui par timidité , rougit comme une fille
Et qui, quoique fort riche et de noblefamille ,
Toujours rampant , craintif, et toujours con- certé ,
Prodigue les excès de sa civilité ,
Pour les moindres Valets , rempli de déférences
Et ne parlant jamais que par ses révérences.
Lycandre ferme le premier Acte, en di
sant à Lisette.
Jusqu'au revoir. Songez qu'une naissance illustre ,
Des sentimens du cœur reçoit son plus beau lus tre.
Pour les faire éclater , il est de sûrs moyens;
Et si le sort cruel vous a ravi vos biens ,
D'un plus rare trésor , enviant le partage ,
Soyez riche en vertus , c'est- là votre appad
page,
FEVRIER. 1732. 369
A la quatrième Scene du troisiéme Acte , Isabelle fait adroitement le portrait
du Comte à lui même , et n'oublie rien.
en même-temps pour lui persuader que la
modestie est toujours la marque du vrai
mérite.
LE COMT E.
De grace , à quel propos cette distinction ?
ISABELLE.
Je vous laisse le soin de l'application ,
Et de la modestie embrassant la défence ,
Je soutiens que par elle on voit la différence
Du mérite apparent , au mérite parfait ;
L'un veut toujours briller , l'autre brille en effet ,
Sans jamais y prétendre , et sans même le croire ;
L'un est superbe et vain , l'autre n'a point de
gloire ;
Le faux aime le bruit , le vrai craint d'éclater
L'un aspire aux egards , l'autre à les mériter ,
Je dirai plus. Les gens nez d'un sang respectable
Doivent se distinguer par un esprit affable ,
Liant , doux , complaisant , au lieu que la fierté ,
Est l'ordinaire effet d'un éclat emprunté.
La hauteur est par tout odieuse , importune ,
Avec la politesse , un homme de fortune.
Est mille fois plus grand , qu'un Grand toujours
gourmé,
Hiij D'un
370 MERCURE DE FRANCE
D'un limon précieux , se présumant formě.
Traitant avec dédain , et même avec rudesse
Tout ce qui lui paroît d'une moins noble espece
Croyant que l'on est tout , quand on est de son sang ,
Et croyant qu'on n'est rien , au dessous de son
rang.
Dans la Scene suivante , Lysette dit au
Comte :
Le discours d'Isabelle étoit votre portrait ,
Et son discernement vous a peint trait pour
trait.
Dût la gloire en souffrir , je ne sçaurois me taire.
Je ne vous dirai point , changez de caractére ,
Car ou n'en changé point , je ne le sçais que
trop.
Chassez le naturel , il revient au galop ;
Mais du moins , je vous dis , &c.
Lycandre parlant de Listmon , au quatriéme Acte , Scene 7.
On me l'a peint tout autre , et j'ai peine à vous croire ,
Tout ce discours ne tend qu'à cacher votre
gloire ;
Mais pour moi qui ne suis ni superbe , ni vain
Je prétends me montrer , et j'irai mon chemin .
Le
FEVRIER. 1732 378
Le Comte , l'empêchant de sortir.
Differez quelques jours ; la faveur n'est pas
grande ,
Je me jette à vos pieds , et je vous la demande.
.
LTCANDRE.
J'entends , la Vanité me déclare à genoux
Qu'un Pere infortuné n'est pas digne de vous.
Oui, oui , j'ai tout perdu par l'orgueil de ra
mere ,
Et tu n'as hérité de son caractere. que
Le Comte finit la Piece par ces six Vers.
Non, je n'aspire plus qu'à triompher de moy,
Du respect , de l'amour , je veux suivre la Loy.
Ils m'ont ouvert les yeux ; qu'ils m'aident à in vaincre ,
Il faut se faire aimer , on vient de m'en convaincre :
Et je sens que la gloire et la présomption
N'attirent que la haine et l'indignation
avecgrand succès , 22 Représentations du
Glorieux , Comédie en cinq Actes , en
Vers , de M. Destouches , depuis le 18 du
mois dernier , jusqu'à la fin de celui ci.
Jamais le Parterre n'a paru plus équitable; les beautez dont cette Comédie est
remplie , forcerent l'envie au silence ,
ou plutôt aux applaudissemens. Les deffauts que la critique la plus sévere a
cru y remarquer, sont balancez par de si
grands coups de Maître , qu'ils n'y sont
que comme des ombres au Tableau ; on
en jugera par cet Extrait.
Dans les premieres Scenes , l'Auteur
ne s'attache qu'à nous instruire de ce qui
est nécessaire pour l'intelligence. Lapremiere est entre une Suivante et un Valet.
Celle là sous le nom de Lisette , appartient à Isabelle , fille d'un riche Bourgeois,
et
356 MERCURE DE FRANCE.
et celui- ci , sous le nom de Pasquin , sert
le Comte de Tufiere , sur qui roule le caractere dominant de la Piece ; c'est- à-dire,
du Glorieux . Le panchant que Lisette a remarqué dans le cœur de sa Maîtresse, ou
plutôt son amie , en faveur du Comte de
Tufiere , l'authorise à sçavoir , s'il est digne de son amour et de son Hymen. Pasquin ne lui en fait pas un portrait trop
avantageux et ne dissimule point son vice
prédominant , qui est la vaine gloire.
L'Auteur a pris soin de couper cette
exposition , par une action qui met dans
un nouveau jour , ce que Pasquin ne fait
que réciter. Un Domestique du Glorieux,
appellé Lafleur , vient demander son
congé à Pasquin , comme Factoton de son
Maître ; cette demande est fondée sur
la deffense qu'on lui fait de parler, dans
laquelle il trouve un mépris , dont il ne
sçauroit s'accommoder ; il ajoûte qu'il aimeroit mieux une parole qu'une pistole
de la part d'un Maître. Cette Scene est
suivie d'une autre qui caracterise la prétendue soubrette. Lisimon , Pere de sa
Maîtresse , l'aime ; il lui fait des propo
sitions avantageuses , qui ne servent qu'à
faire connoître la vertu de celle qui les
rejette. Comme Lisimon la presse un peu
trop vivement , son Fils vient arrêter ses
trans
FEVRIER. 1732. 357
transports amoureux , sous un prétexte
de tendresse filiale , comme s'il prenoit
son amour pour une fiévre qui vient de
lui enflammer le sang ; le Pere amoureux
se retire tres mécontent de son Fils. A
peine est-il sorti , que ce Fils , Rival de
son Pere , parle d'amour à la fausse soubrette , elle lui déclare d'un ton ferme
qu'elle ne veut donner son cœur que par- devant Notaire.
>
Un vieillard , qui s'appelle Lycandre,
vient interrompre cette conversation ; le
jeune Amant se retire ; cette derniere Scene reveille l'attention des Spectateurs ; le
vieillard qui vient d'atriyer et que Lisette
connoît et honore , après avoir sondé son
cœur , lui déclare qu'elle est sortie d'un
Sang à pouvoir prétendre et même faire
honneur à la famille de Lisimon , par son
alliance ; il lui promet de lui en apprendre davantage incessamment; il s'informe
du caractere du Comte de Tufiere , et apprend avec un regret mortel , qu'il s'est
entierement livré à la vaine gloire.
Au second Acte , Lisette n'ose croire
ce que Lycandre vient de lui reveler , et
prend pour un beau songe l'illustre origine dont on l'a fait sortir ; elle ne peut
cependant en faire un mystere à son cher
Amant. C'est Valere,fils de Lisimon.ValeIC
358 MERCURE DE FRANCE
re est beaucoup plus crédule que sa Maî
tresse ; elle lui ordonne le secret , mais il
a beau le lui promettre,à peine apperçoitil sa sœur Isabelle , qu'il court à elle pour
le lui apprendre. Lisette lui impose silence ; il n'obéit qu'avec peine , et dità sa
sœur de ne traiter désormais Lisette qu'avec respect.
Isabelle ne sçait que comprendre du
respect que son Frere exige d'elle pour
une Suivante, cela lui fait soupçonner que
son Frere veut l'épouser en secret ; Lisette
ne lui revele rien , Isabelle lui avoue qu'elle
ne haït pas le Comte de Tufiere , malgré
le deffaut de vaine gloire qui devroit le
rendre indigne de lui plaire.
Philinte , amoureux d'Isabelle , vient
lui parler de son amour , mais il est si timide qu'il n'ose exprimer ses sentimens ;
Isabelle et Lisette le raillent tour à tour ,
elles le quittent enfin ; il fait connoître
son caractere de timidité qu'il ne sçauroit
vaincre. Un Laquais le prenant pour le
Comte de Tufiere lui apporte une Lettre
qu'il renvoye à son addresse ; Pasquin ,
Valet du Comte de Tufiete , et singe de
sa vaine gloire , reçoit cette Lettre avec
hauteur.
#
Le Comtede Tufiereparoît pour la premiere fois sur la Scene avec un grand
Cor-
FEVRIER 17320 359
Cortege; Pasquin lui parle de la Lettre
qu'on vient de remettre entre ses mains.
Son Maître lui dit qu'elle vient sans doute du petit Duc , ou de la Princesse, &c.
mais Pasquin lui ayant fait entendre que
c'est un Laquais assez mal vétu qui l'a apportée ; il ordonne , avec dédain , qu'on
Ja lise et qu'on lui en rende compre. Nous
omettons plusieurs particularitez , parce
qu'elles tiennent plutôt au caractere qu'à J'action Théatrale. Le Glorieux se fait lire
enfin la Lettre dont Pasquin lui a parlé ;
elle est pleine d'invectives contre son ridicule orgueil ; il n'en peut reconnoître let
caractere ; celui qui l'a écrite , lui déclare
qu'il aemprunté unemain étrangere, Cette
Lettre produira son effet dans le quatriéme Acte.
Lisimon vient , et par sa franchise et sa
familiarité bourgeoise il découvre la fierté
de son gendre futur ; il rabat de temps
en temps ses airs évaporez , et le force à
s'aller mettre à table en l'embrassant amicalement et en l'entraînant malgré lui.
Le Glorieux ouvre la Scene du troisiéme Acte avec Pasquin , à qui il dit , que
son beaupere futur est enchanté de lui
et qu'il le conduira insensiblement jusqu'au respect qu'il lui doit ; il ajoute que
son mariage avec Isabelle est arrêté.
Isa-
366 MERCURE DE FRANCE
Isabelle vient , suivie de Lisette ; elle
fait entendre au Glorieux , que quoique
son pere ait conclu le mariage , elle veut
connoître un peu mieux l'Epoux qui lui
est destiné ; Lisette veut appuyer ce que
Sa Maîtresse vient de dire ; le Glorieux ne
daigne pas lui répondre et la regarde même avec mépris ; il demande ironiquement à Isabelle , si elle ne s'explique jámais que par interprete.
Valere vient s'informer du mariage
qu'il vient d'apprendre ; le Glorieux lui
répond avec un orgueil qui l'oblige à lui
dire que l'Hymen projetté , n'est pas encore tout-à- fait arrêté , attendu que sa
Mere, bien loin d'y consentir , destine sa
Fille à Philinte ; au nom d'un tel Rival ,
le Glorieux redouble de fierté et de mépris; il prie Valere de dire à cet indigne
concurrent que s'il met le pied chez Isabelle , ils pourroient se voir de près. Valere lui promet de s'acquitter de la commission qu'il lui donne , et se retire.
Isabelle outrée de la hauteur avec laquelle le Comte de Tufiere vient de parler à son Frere, lui fait de vifs reproches
sur ce deffaut dominant ; elle charge Lisette d'achever la leçon , et le quitte.
Lisette remplit dignement la place que
sa Maîtresse lui laisse ; le Comte en est si
étonné
FEVRIER. 1732, 36r
étonné , qu'il n'a pas la force de repliquer un mot. Lisette le quitte,
Philinte , à qui Valere vient d'appren
dre le parfait mépris que le Glorieux a
fait éclater à son sujet , vient respectueu,
sement lui en demander raison ; cette
Scene est des plus originales. Le Glorieux
accepte le défi , ou plutôt la priere que
son humble Riyal lui fait de lui faire
l'honneur de se couper la gorge avec lui.
Ils mettent tous deux l'épée à la main.Lisimon accourt au bruit des Epées. Philinte lui dit que le respect le désarme et remet
son épée dans le fourreau, Lisimon reçoit
tres-mal sa politesse , et lui deffend de revenir chez lui, Philinte se retire après
avoir dit au Glorieux qu'il espere qu'il lu‡
fera l'honneur de lui rendre sa visite , et
qu'il tâchera de le bien recevoir.
Le Comte de Tufiere dit de nouvelles
impertinences à son futur Beaupere et le
quitte.
Lisimon choqué de tant d'orgueil, est
tenté de rompre le matiage ; mais la réfléxion qu'il fait , sur l'avantage que sa
femme tireroit de cette rupture , le confirme dans sa premiere résolution.
Le 4 Acte est sans contredit le plus interessant , le plus varié de la Piece , et qui
en a le plus assuré le succès. Il commence
par
362 MERCURE DE FRANCE par une Scene's
sur laquelle
nous ne nous
arrêterons
pas. La seconde
, ne contient
qu'un sage reproche
que Lisette
fait à Va
lere d'avoir
causé une querelle
entre le
Comte
et Philinte
. Valere voyant
approcher le même vieillard
, qui a interrompu sa premiere
conversation
avec sa chere
Lisette
, se retire , non sans marquer
du
dépit.
Lycandre surpris de retrouver Lisette
en tête à tête avec Valere , lui demande
si elle n'a pas quelque engagement de
cœur avec lui. Lisette rougit à cette demande. Elle avouë enfin non- seulement
que Valere l'aime , mais qu'elle le préfereroit à tout autre Amant si leurs conditions étoient égales. Lycandre lui confirmela promesse qu'il lui a déja faite de
lui apprendre son sort. Il commence par
lui apprendre ce qui a causé le malheur
de son pere; il en prend la source dans
l'orgueil de sa mere , qui par un affront
insigne qu'elle fit à une Dame, obligea les
deux maris à se battre ; il ajoute que son
Pere ayant tué son adversaire en brave
homme , fut calomnieusement accusé de
l'avoir assassiné, ce qui l'obligea à chercher un azyle en Angleterre , il ajoûte
que son pere touche à la fin de ses mal-'
heurs et que son innocence ya triom-
,
ther
}
FEVRIER 1732. 363
pher ; elle demande avec atendrissement,
où est ce cher et malheureux pere ; la reconnoissance est filée avec un art infini ;
Lycandre se découvre enfin pour son Pere;
la fausse Lisette se jette à ses pieds. Il luf
apprend que le Comte de Tufiere est son
Frere,et lui témoigne l'extrême regret qu'il
a d'apprendre qu'il n'a pas moins d'orgueil
que sa mère ; il se promet de le corriger et ordonne à sa Fille de rentrer et sur
tout de garder le silence sur le secret
qu'il vient de lui confier.
Lycandre demande à Pasquin s'il ne
pourroit point parler au Comte de Tufiere. Pasquin le voyant, en si mauvais
équipage , lui dit d'un air méprisant, qu'il
est en affaire et qu'il ne sçauroit le voir.-
Lycandre prend un ton de voix à faire.
rentrer Pasquin en lui même ; il convient
qu'il n'est qu'un sot et que l'exemple d'un
Maître orgueilleux l'a gâté. Lycandre lui
sçait bon gré de ce retour ; il lui dit d'aller dire à son Maître que celui qui le demande est le même qui lui a écrit tantôt
une Lettre. Pasquin lui répond , que le
porteur en a déja été payé , et qu'il ne lui
conseille pas de se montrer à ses yeux ,
après lui avoir écrit des véritez si dures à
digerer: Ne crains rien , lui répond le
Vieillard , tu le verras tres-pacifique er tres-
364 MERCURE DE FRANCE
tres modeste devant moi. Pasquin va
chercher son Maître, en disant qu'il s'en
lave les mains.
Lycandre en attendant son fils forme
quelques esperances d'amandement ; elles.
sont fondées sur le changement qu'il
vienr de remarquer dans son valet.
Le Glorieux vient enflammé de colere,
mais reconnoissant son pere en celui qu'il
vient chercher comme ennemi, il demeu
re interdit , au grand étonnement de Pasquin qui le trouve comme pétrifié ; il fait
sortir Pasquin , quoique Lycandre veuille
qu'il demeure , pour être témoin d'une
Scene si nouvelle à ses yeux.
Le Pere fait de sanglans reproches à son
Fils , qui s'excuse assez mal ; il lui deman
de , d'où vient qu'il fait sortir son Valet.
Voulez-vous , lui répond son Fils , que je
vous expose à quelque mépris. Non , ce
n'est point là ce que vous appréhendez ,
lui dit son pere ;
Vous craignez bien plutôt d'exposer ma misere,
>
Le Glorieux , voyant que son Pere exige de lui , s'il veut obtenir son pardon
qu'il vienne à l'instant le presenter dans
l'état où il est à Lisimon et à sa Fille , se
jette à ses pieds pour l'en détourner ; c'est
dans cette situation que son Pere lui dit
les
FEVRIER. 17320 365
les deux beaux Vers , que tout le monde
sçait par cœur , que nous rapporterons
plus bas.
Lisimon survient : il dit au Glorieux
que sa femme consent enfin à l'accepter
pour gendre ; que c'est à lui à faire quelques démarches et à lui rendre ses devoirs ; ce mot de devoir étonne le Glorieux ; son Pere lui fait une sage remontrance sur sa fierté hors de saison. Lisimon-surpris,lui demande qui est ce vieillard qui lui paroît si verd , il lui repond
tout bas , que c'est son Intendant : Lisimon demande au prétendu Intendant à
quoi peuvent monter les revenus duComte , &c. Le vieillard se retire , en disant
tout bas à son Fils, qu'il ne sçauroit mentir ; il dit pourtant à Lisimon qu'il n'a
qu'à conclure le mariage , et que bien- tôt iis seront tous contens.
Lisimon choqué de quelques nouveaux
airs de hauteur que le Glorieux prend en
core avec lui , le quitte en colere, en lui
disant de garder sa grandeur. Le Glorieux se détermine à faire tout ce qu'on
exige de lui , en disant , que sa mauvaise
fortune le réduit à fléchir devant l'Idole.
Valere se reproche devant Lisette , au
ve Acte , l'infidelité qu'elle l'a contraint
de faire à son ami Philinte , en parlant à
H sa
366 MERCURE DE FRANCE,
sa mere, en faveur du Comte de Tufiere,
Isabelle paroît encore incertaine sur le
consentement qu'on lui demande pour
'Hymen arrêté. Lisimon vient annoncer
que sa femme , devenue enfin plus traitable , a promis de signer le Contrat , il se
met en colere contre sa fille qui paroît
encore balancer.
Le Notaire vient , on dresse le Contrat , les noms et qualitez que le Comte de Tufiere se donne , achevent de remplir son caractere.
Lycandre , ou le Marquis de Tufiere ,
arrivé augrand regret de son Fils qui vouloit achever l'Hymen sans lui ; sa presence le rend confus , son pere s'en offense ;
et pour achever de le confondre , il le
menace de sa malediction , s'il ne tombe
à ses genoux; son Fils se jette à ses pieds,
il implore sa clemence, et abjure pour jamais son orgueil . Son Pere le voyant corrigé , lui apprend que le Roy vient de le
remettre dans la jouissance de tous ses
biens, après avoir connu son innocence et
puni l'imposture de ses accusateurs, La
Picce finit par un double Hymen ; Lisette
devient constante ; elle est reconnuë pour
Demoiselle. Le Comte de Tufiere proteste
Isabelle qu'il fera desormais toute sa
gloire de l'aimer et de meriter son cœur
ep sa main.
Mais
FEVRIER. 1732. 367
Mais pourmettre le Lecteur plus en état
de juger du mérite et de la Versification
de cette Piece , donnons quelques mor
ceaux qui en fassent connoître les divers
caracteres et l'é égance du stile dont elle
est écrite. Voici le Portrait que Pasquin
fait de son Maître , dans la 4 Scene du
premier Acte.
Sa politique
Est d'être toujours grave avec un domestique;
S'il lui disoit un mot , il croiroit s'abbaisser ,
Et qu'un Valet lui parle , il se fera chasser.
Enfin pour ébaucher en deux mots sa peinture ;
C'est l'homme le plus vain qu'ait produit la na- ture ,
Pour ses inférieurs , plein d'un mépris cho-
< quant ,
Avec ses égaux même , il prend l'air important
Si fier de ses ayeux , si fier de sa noblesse ,
Qu'il croit être icy-bas le seul de son espece.
Persuadé d'ailleurs de son habileté ,
Et décidant sur tout avec autorité ;
Se croyant en tout genre , un mérite suprême ,
Dédaignant tout le monde , et s'admirant lui- même;
En un mot , des mortels le plus impérieux ,
Et le plus suffisant et le plus glorieux.
Hij Zr
368 MERCURE DE FRANCE
LYSETT E.
Ab! que nous allons rire.
PASQUIN
LYSETTE.
Et de quoi donc
Son fasté ,
Ja fierté , ses hauteurs font un parfait contraste
Avec les qualitez de son humble rival ,
Qui n'oseroit parler de peur de parler mal ;
Qui par timidité , rougit comme une fille
Et qui, quoique fort riche et de noblefamille ,
Toujours rampant , craintif, et toujours con- certé ,
Prodigue les excès de sa civilité ,
Pour les moindres Valets , rempli de déférences
Et ne parlant jamais que par ses révérences.
Lycandre ferme le premier Acte, en di
sant à Lisette.
Jusqu'au revoir. Songez qu'une naissance illustre ,
Des sentimens du cœur reçoit son plus beau lus tre.
Pour les faire éclater , il est de sûrs moyens;
Et si le sort cruel vous a ravi vos biens ,
D'un plus rare trésor , enviant le partage ,
Soyez riche en vertus , c'est- là votre appad
page,
FEVRIER. 1732. 369
A la quatrième Scene du troisiéme Acte , Isabelle fait adroitement le portrait
du Comte à lui même , et n'oublie rien.
en même-temps pour lui persuader que la
modestie est toujours la marque du vrai
mérite.
LE COMT E.
De grace , à quel propos cette distinction ?
ISABELLE.
Je vous laisse le soin de l'application ,
Et de la modestie embrassant la défence ,
Je soutiens que par elle on voit la différence
Du mérite apparent , au mérite parfait ;
L'un veut toujours briller , l'autre brille en effet ,
Sans jamais y prétendre , et sans même le croire ;
L'un est superbe et vain , l'autre n'a point de
gloire ;
Le faux aime le bruit , le vrai craint d'éclater
L'un aspire aux egards , l'autre à les mériter ,
Je dirai plus. Les gens nez d'un sang respectable
Doivent se distinguer par un esprit affable ,
Liant , doux , complaisant , au lieu que la fierté ,
Est l'ordinaire effet d'un éclat emprunté.
La hauteur est par tout odieuse , importune ,
Avec la politesse , un homme de fortune.
Est mille fois plus grand , qu'un Grand toujours
gourmé,
Hiij D'un
370 MERCURE DE FRANCE
D'un limon précieux , se présumant formě.
Traitant avec dédain , et même avec rudesse
Tout ce qui lui paroît d'une moins noble espece
Croyant que l'on est tout , quand on est de son sang ,
Et croyant qu'on n'est rien , au dessous de son
rang.
Dans la Scene suivante , Lysette dit au
Comte :
Le discours d'Isabelle étoit votre portrait ,
Et son discernement vous a peint trait pour
trait.
Dût la gloire en souffrir , je ne sçaurois me taire.
Je ne vous dirai point , changez de caractére ,
Car ou n'en changé point , je ne le sçais que
trop.
Chassez le naturel , il revient au galop ;
Mais du moins , je vous dis , &c.
Lycandre parlant de Listmon , au quatriéme Acte , Scene 7.
On me l'a peint tout autre , et j'ai peine à vous croire ,
Tout ce discours ne tend qu'à cacher votre
gloire ;
Mais pour moi qui ne suis ni superbe , ni vain
Je prétends me montrer , et j'irai mon chemin .
Le
FEVRIER. 1732 378
Le Comte , l'empêchant de sortir.
Differez quelques jours ; la faveur n'est pas
grande ,
Je me jette à vos pieds , et je vous la demande.
.
LTCANDRE.
J'entends , la Vanité me déclare à genoux
Qu'un Pere infortuné n'est pas digne de vous.
Oui, oui , j'ai tout perdu par l'orgueil de ra
mere ,
Et tu n'as hérité de son caractere. que
Le Comte finit la Piece par ces six Vers.
Non, je n'aspire plus qu'à triompher de moy,
Du respect , de l'amour , je veux suivre la Loy.
Ils m'ont ouvert les yeux ; qu'ils m'aident à in vaincre ,
Il faut se faire aimer , on vient de m'en convaincre :
Et je sens que la gloire et la présomption
N'attirent que la haine et l'indignation
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Résumé : Le Glorieux, Comédie. Extrait, [titre d'après la table]
La pièce 'Le Glorieux', une comédie en cinq actes en vers de M. Destouches, a été représentée avec succès par les Comédiens Français du 18 du mois précédent jusqu'à la fin de celui-ci. Malgré quelques défauts mineurs, la pièce a été bien accueillie par le public grâce à des moments de grande qualité. L'intrigue commence avec une conversation entre Lisette, la suivante d'Isabelle, et Pasquin, le valet du Comte de Tufière. Lisette souhaite savoir si le Comte est digne de l'amour d'Isabelle. Pasquin décrit le Comte comme un homme dominé par la vaine gloire. Cette scène est interrompue par Lafleur, un domestique du Comte, qui demande son congé à Pasquin en raison du mépris qu'il ressent. Lisimon, le père d'Isabelle, tente de séduire Lisette, mais est interrompu par son fils Valère, qui révèle son propre amour pour Lisette. Lycandre, un vieillard, interrompt cette conversation et révèle à Lisette qu'elle est de noble origine. Il exprime son regret face à l'orgueil du Comte de Tufière. Au deuxième acte, Lisette partage cette révélation avec Valère, qui en informe Isabelle. Philinte, amoureux d'Isabelle, lui déclare timidement son amour. Le Comte de Tufière apparaît enfin, entouré de son cortège, et reçoit une lettre pleine d'invectives contre son orgueil. Lisimon, par sa franchise, contrarie la fierté du Comte. Le troisième acte montre le Comte discutant de son mariage avec Isabelle, qui souhaite mieux le connaître. Valère et Philinte se disputent à cause du Comte, et Lisimon est tenté de rompre le mariage. Le quatrième acte est le plus intéressant et varié. Lycandre révèle à Lisette qu'elle est sa fille et que son père, exilé en Angleterre, est innocent d'un crime. Le Comte, confronté par son père, reconnaît ses erreurs et accepte de changer. Lisimon, choqué par l'orgueil du Comte, finit par accepter le mariage après une remontrance de Lycandre. La pièce se termine par la rédemption du Comte, qui accepte de se soumettre aux exigences de sa future famille pour obtenir leur pardon. Le Comte de Tufière promet à Isabelle de l'aimer et de mériter son cœur. Deux mariages sont célébrés : celui d'Isabelle et du Comte, et celui de Lysette avec Valère, reconnue comme demoiselle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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115
p. 371-373
« Les Comédiens François ont donné sur la fin de ce [...] »
Début :
Les Comédiens François ont donné sur la fin de ce [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Comédiens-Italiens, Académie royale de musique, Ballet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François ont donné sur la fin de ce [...] »
Les Comédiens François ont donné sur
la fin de ce mois plusieurs Représentations de la Tontine ; petite Piece d'un Acte , fort bien écrite et dont le sujet est
assez plaisant. Un Médecin fondé de
grandes esperances d'un revenu consideHiiij table
372 MERCURE DE FRANCE
rable par le choix qu'il a fait d'un homme fort et robuste , sur la tête duquel il
a mis à la Tontine ; et qu'il prétend faire
vivre au moins cent ans , par le regime
qu'il lui fait observer, et par les autres secours de son Art.
Les mêmes Comédiens donneront avant
la fin de l'Hyver , la Tragedie d'Eriphile ,
de M. de Voltaire.
Ils ont remis au Théatre , depuis peu ,
la Tragédie d'Agrippa , ou le Faux Tiberinus , de M.Quinault, dont les Représentations font beaucoup de plaisir par l'art
admirable dont cette Piece est écrite et
conduite. Elle est aussi fort bien représentée. Le sieur de Grandval y remplit le
principal Rôle , et le sieur Sarrasin celui
de Tirene. La Dile Dufresne joue celui de
la Princesse , avec beaucoup d'intelligence , de feu et de précision.
Le 9 Février , les Comédiens Italiens
donnerent une petite Piece nouvelle, d'un
Acte en Vers,, avec des Divertissemens
intitulée La Critique , précédée d'un Prologue , qui a pour titre, l'Auteur Superstitieux. Ces deux Piéces sont de la composition de M. de Boissy , et ont été reçuës
. très favorablement du Public. Nous en
parlerons plus au long.
-
Le
FEVRIER 1732. 373
Le 12 Février , l'Académie Royale de
Musique , donna sur le Théatre de l'Ope
ra, le Divertissement qui avoit été représenté à la Cour , le 28 Janvier , on y a
joué l'Acte de l'Amour Saltinbanque , du
Balet des Fêtes Venitiennes , qui a été suivi des trois autres Actes , qui avoient été
joüez en présence de leurs Majestez. Ce
Divertissement a attiré de nombreuses assemblées , et a été parfaitement bien exécuté. La Dile Camargo a dansé un Tambourin à la fin de l'Acte du Bal , avec la
brillante vivacité , que tout le monde lui
connoît.
On donna les deux derniers jours de
Carnaval , le même Balet , qui fut suivi
du Divertissement de Pourceaugnac , deM.
de Lully ; Piece tres convenable au temps
qu'on l'a donnée , et dans lequel le sieur
Tribou , met autant de vivacité que de
gayeté.
1
Le Février , l'ouverture de la Foire
S. Germain fut faite par le Lieutenant General de Police, en la maniere accoutumée.
la fin de ce mois plusieurs Représentations de la Tontine ; petite Piece d'un Acte , fort bien écrite et dont le sujet est
assez plaisant. Un Médecin fondé de
grandes esperances d'un revenu consideHiiij table
372 MERCURE DE FRANCE
rable par le choix qu'il a fait d'un homme fort et robuste , sur la tête duquel il
a mis à la Tontine ; et qu'il prétend faire
vivre au moins cent ans , par le regime
qu'il lui fait observer, et par les autres secours de son Art.
Les mêmes Comédiens donneront avant
la fin de l'Hyver , la Tragedie d'Eriphile ,
de M. de Voltaire.
Ils ont remis au Théatre , depuis peu ,
la Tragédie d'Agrippa , ou le Faux Tiberinus , de M.Quinault, dont les Représentations font beaucoup de plaisir par l'art
admirable dont cette Piece est écrite et
conduite. Elle est aussi fort bien représentée. Le sieur de Grandval y remplit le
principal Rôle , et le sieur Sarrasin celui
de Tirene. La Dile Dufresne joue celui de
la Princesse , avec beaucoup d'intelligence , de feu et de précision.
Le 9 Février , les Comédiens Italiens
donnerent une petite Piece nouvelle, d'un
Acte en Vers,, avec des Divertissemens
intitulée La Critique , précédée d'un Prologue , qui a pour titre, l'Auteur Superstitieux. Ces deux Piéces sont de la composition de M. de Boissy , et ont été reçuës
. très favorablement du Public. Nous en
parlerons plus au long.
-
Le
FEVRIER 1732. 373
Le 12 Février , l'Académie Royale de
Musique , donna sur le Théatre de l'Ope
ra, le Divertissement qui avoit été représenté à la Cour , le 28 Janvier , on y a
joué l'Acte de l'Amour Saltinbanque , du
Balet des Fêtes Venitiennes , qui a été suivi des trois autres Actes , qui avoient été
joüez en présence de leurs Majestez. Ce
Divertissement a attiré de nombreuses assemblées , et a été parfaitement bien exécuté. La Dile Camargo a dansé un Tambourin à la fin de l'Acte du Bal , avec la
brillante vivacité , que tout le monde lui
connoît.
On donna les deux derniers jours de
Carnaval , le même Balet , qui fut suivi
du Divertissement de Pourceaugnac , deM.
de Lully ; Piece tres convenable au temps
qu'on l'a donnée , et dans lequel le sieur
Tribou , met autant de vivacité que de
gayeté.
1
Le Février , l'ouverture de la Foire
S. Germain fut faite par le Lieutenant General de Police, en la maniere accoutumée.
Fermer
Résumé : « Les Comédiens François ont donné sur la fin de ce [...] »
En février 1732, les Comédiens Français ont présenté 'La Tontine', une pièce en un acte relatant l'histoire d'un médecin cherchant à obtenir un revenu en choisissant un homme robuste pour une tontine. Ils prévoient également de jouer 'Ériphile' de Voltaire et ont remis en scène 'Agrippa, ou le Faux Tibérinus' de Quinault, avec les acteurs Grandval, Sarrasin et Dufresne. Le 9 février, les Comédiens Italiens ont présenté 'La Critique' et 'L'Auteur Superstitieux' de Boissy, bien accueillis par le public. Le 12 février, l'Académie Royale de Musique a donné un divertissement à l'Opéra incluant 'L'Amour Saltimbanque' et le ballet 'Les Fêtes Vénitiennes', avec une performance remarquée de la demoiselle Camargo. Les derniers jours du carnaval, 'Les Fêtes Vénitiennes' ont été suivis de 'Le Bourgeois Gentilhomme' de Lully, interprété par le sieur Tribou. La foire Saint-Germain a été ouverte le 1er février par le Lieutenant Général de Police.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
116
p. 373-380
L'Opera Comique. La Comédie sans hommes, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le 3., l'Opera Comique ouvrit son Théatre, qui est [...]
Mots clefs :
Opéra comique, Pièce, Théâtre, Acteurs, Rôles, Symphonie, Amant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Opera Comique. La Comédie sans hommes, &c. [titre d'après la table]
Le 3 , l'Opera Comique ouvrit son
Théatre , qui est toujours dans la ruë de
Bussi , partrois petites Pieces nouvelles ,
d'unActe chacune, et des Divertissemens,
Hv in-
374 MERCURE DE FRANCE
intitulées : Momus à Paris , le Nouveliste
"Dupé , et la Comédie sans hommes.
Le 13 , on donna une autre Piéce nouvelle , d'un Acte , qui a pour titre : le Pot
Pourri , Pantomime , précedé d'un Prologue. Cette Piece , dont l'idée est neuve et
fort plaisante, est joiiée en Scenes muettes,
et sur les paroles de differens Vaudevilles les plus connus ; la Simphonie en jouë
les Airs , et les Acteurs font entendre par
leurs gestes le sens et les paroles des Vaudevilles. Voicy le sujet du Prologue.
La Scene se passe sur le Théatre de
l'Opera Comique , où les Acteurs et les
Actrices se sont assemblés pour recevoir
une petite Piece d'un Acte , qu'un Auteur de Bordeaux doit leur présenter.
Cet Auteur , qui s'appelle M. de Consi
gnac , arrive un moment après et entre
d'un air familier ; il chante sur l'air : Le
Fameux Diogene.
Si dans votre Assemblée ,
Messieurs , j'entre d'emblée ,
N'en soyez point surpris
Je suis d'une Patrie ,
Où la ceremonie ?
N'est pas d'un fort grand prix
Un Acteur lui dit , que quand on vient
sous
FEVRIER 17320 375
sous les auspices des Muses , on est partout bien reçû. Cousignac chante sur
l'air: J'ai de l'excellent Elixir.
Amis , embrassez aujourd'hui ,
De vos Jeux le plus ferme appui
Je vous apporte avec ma Piece
L'antidote de la tristesse ;
Oui , mes enfans pour la guérir }
J'ai de l'admirable ,
J'ai de l'agréable ,
J'ai de l'excellent Elixir.
On lui dit qu'il ne faut point tant se
Hatter , que bien des Auteurs qui ont eû
une pareille confiance en ont été trèssouvent les dupes. Cousignac répond
qu'il est sûr de son Acte , et chante sur
Fair : Detous les Capucins du monde.
Lafaçon dont j'ai sçû l'écrire à
Est au-dessus de la Satire ,
Rien ne le sçauroit attaquer.
Ceci n'est point une hyperbole ,
Je défierois de critiquer ,
Dans tout l'Ouvrage une parole.
On lui demande s'il veut faire la lec
ture de sa Piece ; Cousignac répond qu'il
faut auparavant faire ses conventions
H vj
3-6 MERCURE DE FRANCE
1 °. Je veux , dit-il , que ma Piece soit
apprise , repetée et représentée aujourd'hui ,
sans cela rien defait. Tous les Acteurs lui
représentent que la chose est impossible
en si peu de temps , &c. Cousignac leur
dit que ce petit Morceau ne fatiguera ni
leur mémoire ni leur poitrine , qu'il est
fort simple, naturel et très- court. Il tire en
même-temps de sa poche un petit quarré
de papier qui contient , dit-il , toutes les
paroles de sa Piece. Il montre ensuite un
gros paquet qui renferme toute la Musique de son Acte nouveau. Les Acteurs
croyent qu'il veut plaisanter , mais Cousignac les rassure et leur dit que rien pe
doit les embarrasser , il chante sur l'air:
L'Amour est un voleur.
Il suffit pour cela ,
D'un peu d'intelligence ;
Sans gosier ni cadence ,
On l'executera.
Il ne faut qu'être preste,
A ce que l'Orchestre joueras
Et zeste , zeste , zeste ,
Chacun de vous l'exprimera ,
Avec le geste.
Nous allons , dit un des Acteurs , eri
risquer l'épreuve. Cousignac fait distribuer
FEVRIER. 1732. 377
buer les Rôles pour la Simphonie , et dit
à tous les Acteurs de le suivre pour les
mettre en état de jouer sur le champ et
pour leur en donner l'intelligence ; je
veux , dit-il , y faire un personnage. Il
finit par ce Couplet qu'il chante sur l'air :
Vivons pour ces fillettes.
Les bons impromptus , Cadedis , biso
Sont tous enfans de mon Pays.
Cà , que chacun entonne ,
Vivat , vivat , la Garonne :
Vivat et vivat , la Garonne.
Voici le sujet à peu près de la Piece
Pantomime pour l'intelligence des Scenes muettes, joüées par l'Orchestre et par les Acteurs.
Un Amant vient se plaindre pendant
la nuit sous le Balcon de sa Maîtresse ,
on joie l'air : Reveillez- vous , &c. elle
devient sensible à l'amour du Cavalier
et descend pour l'entretenir et pour lui
parler de plus près ; ils se déclarent réciproquement leur passion , toûjours avec
les gestes convenables aux paroles dont
la Simphonie joue les Airs.
La Suivante de la Mere', survient un
moment après pour annoncer à ces deux
Amans son arrivée ; cette Mere les surprend
378 MERCURE DE FRANCE
prend ensemble , querelle sa fille et l'emmene sans être touchée des plaintes de
son Amant. Le Valet du Cavalier trouve
son Maître désesperé de ce qui vient d'arriver ; celui- cy ordonne à son Valet de
chercher quelque expédient pour favoriser ses amours , &c.
La Mere , la Fille et la Suivante reviennent , la Fille fait de nouveaux efforts
pour engager sa Mere à accepter pour
Gendre l'Amant qu'elle aime ; elle est
infléxible et annonce à sa fille un autre
Epoux qu'elle lui a destiné. C'est un Campagnard, grand nigaud , à peu près comme M. Vivien de la Chaponardiere , qui
arrive sur ces entrefaites , accompagné
de son Valet , qui est aussi niais que son
Maître. L'Amant idiot fait une déclaration à sa Maîtresse , d'une maniere comique ; elle la reçoit avec mépris , ce qui
oblige la Mere de prendre le parti du
Campagnard et de l'emmener dans sa
Maison avec sa fille et la Suivante , pour
y conclure le mariage.
L'Amant aimé revient , et un moment
après son Rival sort de chez sa Maîtresse;
le premier veut obliger l'autre à mettre
l'épée à la main ; le Campagnard pense
mourir de frayeur ; la Suivante accourt
au bruit et empêche l'autre de pousser
plus
FEVRIER. 1732. -379
plus in la querelle , et se retire ; mais
il revient bien- tôt accompagné de la
Mere , qui est toûjours bien résoluë de
lui donner sa fille . Elle a fait venir même un Notaire. Dans le temps qu'on est
prêt à signer le Contrat , et que le Campagnard s'applaudit du bonheur dont il
croit bien-tôt jouir , l'Amant aimé vient
faire encore une tentative auprès de la
Mere , et lui fait voir une Lettre ( qui
a été supposée ) par laquelle on lui mande le gain d'un Procès qui le rend maître
de biens considerables , il la supplie de
lui accorder sa fille en mariage ; celle- cy
se joint aux instances de l'Amant aimé,
son Valet et la Soubrette se jettent aussi
aux pieds de la Mere , qui se rend enfin
à leurs prieres , le Campagnard se retire
peu content de son voyage. Les Valets
de l'Amant aimé et de l'autre se disputent ensuite la conquête de la Suivante ,
elle les met d'accord tous les deux sur le
champ , en leur déclarant qu'elle ne veut
ni l'un ni l'autre , et la Piece finit par un
très-joli Divertissement, dont la Musique
est toujours de M. Gillier.
Ces deux petites Pieces qui ont été reçûës très-favorablement du Public , sont
de la composition de M. Panard , Auteur
de celle des Petits Comediens , qui a cû
Un
380 MERCURE DE FRANCE
un si grand succès à la derniere Foire
S. Laurent , et qu'on a redemandée cette
année à la Foire S. Germain.
Théatre , qui est toujours dans la ruë de
Bussi , partrois petites Pieces nouvelles ,
d'unActe chacune, et des Divertissemens,
Hv in-
374 MERCURE DE FRANCE
intitulées : Momus à Paris , le Nouveliste
"Dupé , et la Comédie sans hommes.
Le 13 , on donna une autre Piéce nouvelle , d'un Acte , qui a pour titre : le Pot
Pourri , Pantomime , précedé d'un Prologue. Cette Piece , dont l'idée est neuve et
fort plaisante, est joiiée en Scenes muettes,
et sur les paroles de differens Vaudevilles les plus connus ; la Simphonie en jouë
les Airs , et les Acteurs font entendre par
leurs gestes le sens et les paroles des Vaudevilles. Voicy le sujet du Prologue.
La Scene se passe sur le Théatre de
l'Opera Comique , où les Acteurs et les
Actrices se sont assemblés pour recevoir
une petite Piece d'un Acte , qu'un Auteur de Bordeaux doit leur présenter.
Cet Auteur , qui s'appelle M. de Consi
gnac , arrive un moment après et entre
d'un air familier ; il chante sur l'air : Le
Fameux Diogene.
Si dans votre Assemblée ,
Messieurs , j'entre d'emblée ,
N'en soyez point surpris
Je suis d'une Patrie ,
Où la ceremonie ?
N'est pas d'un fort grand prix
Un Acteur lui dit , que quand on vient
sous
FEVRIER 17320 375
sous les auspices des Muses , on est partout bien reçû. Cousignac chante sur
l'air: J'ai de l'excellent Elixir.
Amis , embrassez aujourd'hui ,
De vos Jeux le plus ferme appui
Je vous apporte avec ma Piece
L'antidote de la tristesse ;
Oui , mes enfans pour la guérir }
J'ai de l'admirable ,
J'ai de l'agréable ,
J'ai de l'excellent Elixir.
On lui dit qu'il ne faut point tant se
Hatter , que bien des Auteurs qui ont eû
une pareille confiance en ont été trèssouvent les dupes. Cousignac répond
qu'il est sûr de son Acte , et chante sur
Fair : Detous les Capucins du monde.
Lafaçon dont j'ai sçû l'écrire à
Est au-dessus de la Satire ,
Rien ne le sçauroit attaquer.
Ceci n'est point une hyperbole ,
Je défierois de critiquer ,
Dans tout l'Ouvrage une parole.
On lui demande s'il veut faire la lec
ture de sa Piece ; Cousignac répond qu'il
faut auparavant faire ses conventions
H vj
3-6 MERCURE DE FRANCE
1 °. Je veux , dit-il , que ma Piece soit
apprise , repetée et représentée aujourd'hui ,
sans cela rien defait. Tous les Acteurs lui
représentent que la chose est impossible
en si peu de temps , &c. Cousignac leur
dit que ce petit Morceau ne fatiguera ni
leur mémoire ni leur poitrine , qu'il est
fort simple, naturel et très- court. Il tire en
même-temps de sa poche un petit quarré
de papier qui contient , dit-il , toutes les
paroles de sa Piece. Il montre ensuite un
gros paquet qui renferme toute la Musique de son Acte nouveau. Les Acteurs
croyent qu'il veut plaisanter , mais Cousignac les rassure et leur dit que rien pe
doit les embarrasser , il chante sur l'air:
L'Amour est un voleur.
Il suffit pour cela ,
D'un peu d'intelligence ;
Sans gosier ni cadence ,
On l'executera.
Il ne faut qu'être preste,
A ce que l'Orchestre joueras
Et zeste , zeste , zeste ,
Chacun de vous l'exprimera ,
Avec le geste.
Nous allons , dit un des Acteurs , eri
risquer l'épreuve. Cousignac fait distribuer
FEVRIER. 1732. 377
buer les Rôles pour la Simphonie , et dit
à tous les Acteurs de le suivre pour les
mettre en état de jouer sur le champ et
pour leur en donner l'intelligence ; je
veux , dit-il , y faire un personnage. Il
finit par ce Couplet qu'il chante sur l'air :
Vivons pour ces fillettes.
Les bons impromptus , Cadedis , biso
Sont tous enfans de mon Pays.
Cà , que chacun entonne ,
Vivat , vivat , la Garonne :
Vivat et vivat , la Garonne.
Voici le sujet à peu près de la Piece
Pantomime pour l'intelligence des Scenes muettes, joüées par l'Orchestre et par les Acteurs.
Un Amant vient se plaindre pendant
la nuit sous le Balcon de sa Maîtresse ,
on joie l'air : Reveillez- vous , &c. elle
devient sensible à l'amour du Cavalier
et descend pour l'entretenir et pour lui
parler de plus près ; ils se déclarent réciproquement leur passion , toûjours avec
les gestes convenables aux paroles dont
la Simphonie joue les Airs.
La Suivante de la Mere', survient un
moment après pour annoncer à ces deux
Amans son arrivée ; cette Mere les surprend
378 MERCURE DE FRANCE
prend ensemble , querelle sa fille et l'emmene sans être touchée des plaintes de
son Amant. Le Valet du Cavalier trouve
son Maître désesperé de ce qui vient d'arriver ; celui- cy ordonne à son Valet de
chercher quelque expédient pour favoriser ses amours , &c.
La Mere , la Fille et la Suivante reviennent , la Fille fait de nouveaux efforts
pour engager sa Mere à accepter pour
Gendre l'Amant qu'elle aime ; elle est
infléxible et annonce à sa fille un autre
Epoux qu'elle lui a destiné. C'est un Campagnard, grand nigaud , à peu près comme M. Vivien de la Chaponardiere , qui
arrive sur ces entrefaites , accompagné
de son Valet , qui est aussi niais que son
Maître. L'Amant idiot fait une déclaration à sa Maîtresse , d'une maniere comique ; elle la reçoit avec mépris , ce qui
oblige la Mere de prendre le parti du
Campagnard et de l'emmener dans sa
Maison avec sa fille et la Suivante , pour
y conclure le mariage.
L'Amant aimé revient , et un moment
après son Rival sort de chez sa Maîtresse;
le premier veut obliger l'autre à mettre
l'épée à la main ; le Campagnard pense
mourir de frayeur ; la Suivante accourt
au bruit et empêche l'autre de pousser
plus
FEVRIER. 1732. -379
plus in la querelle , et se retire ; mais
il revient bien- tôt accompagné de la
Mere , qui est toûjours bien résoluë de
lui donner sa fille . Elle a fait venir même un Notaire. Dans le temps qu'on est
prêt à signer le Contrat , et que le Campagnard s'applaudit du bonheur dont il
croit bien-tôt jouir , l'Amant aimé vient
faire encore une tentative auprès de la
Mere , et lui fait voir une Lettre ( qui
a été supposée ) par laquelle on lui mande le gain d'un Procès qui le rend maître
de biens considerables , il la supplie de
lui accorder sa fille en mariage ; celle- cy
se joint aux instances de l'Amant aimé,
son Valet et la Soubrette se jettent aussi
aux pieds de la Mere , qui se rend enfin
à leurs prieres , le Campagnard se retire
peu content de son voyage. Les Valets
de l'Amant aimé et de l'autre se disputent ensuite la conquête de la Suivante ,
elle les met d'accord tous les deux sur le
champ , en leur déclarant qu'elle ne veut
ni l'un ni l'autre , et la Piece finit par un
très-joli Divertissement, dont la Musique
est toujours de M. Gillier.
Ces deux petites Pieces qui ont été reçûës très-favorablement du Public , sont
de la composition de M. Panard , Auteur
de celle des Petits Comediens , qui a cû
Un
380 MERCURE DE FRANCE
un si grand succès à la derniere Foire
S. Laurent , et qu'on a redemandée cette
année à la Foire S. Germain.
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Résumé : L'Opera Comique. La Comédie sans hommes, &c. [titre d'après la table]
En février 1732, l'Opéra Comique a ouvert son théâtre rue de Bussi avec trois pièces nouvelles d'un acte chacune : 'Momus à Paris', 'Le Nouveliste Dupé' et 'La Comédie sans hommes'. Le 13 février, une autre pièce intitulée 'Le Pot Pourri' a été présentée. Cette pantomime, précédée d'un prologue, se distingue par son originalité et son humour. Elle est jouée en scènes muettes, accompagnées de vaudevilles connus, et les acteurs expriment les paroles par des gestes. Le prologue se déroule sur la scène de l'Opéra Comique, où les acteurs attendent la présentation d'une pièce par un auteur de Bordeaux, M. de Cousignac. Ce dernier arrive et chante des airs connus pour expliquer son enthousiasme et sa confiance en sa pièce. Les acteurs, sceptiques, lui demandent de lire sa pièce, mais Cousignac insiste pour qu'elle soit apprise et représentée le jour même. Il distribue les rôles et assure que la pièce est simple et courte. La pièce 'Le Pot Pourri' raconte l'histoire d'un amant qui se plaint sous le balcon de sa maîtresse. Ils se déclarent leur passion, mais la mère de la jeune femme les surprend et emmène sa fille. Un campagnard niais arrive ensuite, destiné à épouser la fille. L'amant véritable revient et tente de convaincre la mère, qui finit par accepter après avoir reçu une lettre annonçant une fortune pour l'amant. La pièce se termine par un divertissement musical. Les pièces ont été bien accueillies par le public et sont de la composition de M. Panard.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
117
p. 554-561
EXTRAIT de la Tragi-Comedie de Danaüs, de M. de Lisle, représentée sur le Théâtre de l'Hôtel de Bourgogne, le 21. Janvier 1732.
Début :
L'Auteur a conservé dans cette Piece toute l'Histoire [...]
Mots clefs :
Danaüs, Danaïdes, Tragicomédie, Hôtel de Bourgogone, Monologue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de la Tragi-Comedie de Danaüs, de M. de Lisle, représentée sur le Théâtre de l'Hôtel de Bourgogne, le 21. Janvier 1732.
SPECTACLES.
EXTRAIT de la Tragi-Comedie de
Danaüs , de M. de Lisle , représentée
sur le Théatre de l'Hôtel de Bourgogne ,
le 21. Janvier 1732.
L'AU
'Auteur a conservé dans cette Piece toute
l'Histoire des Danaïdes , elles y égorgent
leurs Epoux par l'ordre de Danaüs; la seule Hyper
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PUBLIC
LIBRARY
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, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
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, LENOX
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FOUNDATIONS
*
E
L
lew
MARS. 1732. 555
permnestre sauve Lincée ; et pour traiter d'ane
maniere nouvelle ce Sujet, qui est connu sur notre Théatre, l'Auteur n'y fait point paroître Lin
ée , qui cependant est le mobile de tout ce qui
se passe sur la Scene ; l'Episode d'Argée y pro- duit des interêts nouveaux et des situations toutes differentes de celles où jusqu'ici l'on a fait
voir Hypermnestre ; ce même Argée est supposé
fils de Gelanor, Roy d'Argos , et qui fut déposé
dans le temps que ses Sujets rebelles choisirent Danaus pour lui succeder. Ce jeune Prince ignore sa naissance ; et Créon , son Gouverneur, qui passe pour être son pere , en a seul te secret. I
est amoureux d'Hypermnestre , et il est aimé ;
Danaus qui lui doit une partie de ses victoires ,
l'avoit destiné à l'Hymen d'Hypermnestre , qu'il
n'a suspendu que pour envelopper dans la mort
de tous ses Neveux , celui dont l'Oracle l'avoit
inenacé le caractere d'Argée est grand et même
nouveau, sa generosité superieure à l'Amour et à
l'Ambition , se réunit naturellement avec les sentimens de devoir , ausquels Hypermnestre se livre absolument. On voit par tout dans cette Piece
une vertu épurée , opposée au crime et à l'injustice ; les innocens sont couronnez par la Catastrophe et les Criminels punis.
Cette Tragédie n'est qu'en trois Actes ; on n'y
a ajoûté des Intermedes que par rapport au Théatre Italien. Ils sont ingénieux et l'idée en est
nouvelle , ils composent une petite Comédie qui
naît du plus grand tragique ; elle présente une
ébauche des maux que les crimes des Grands font tomber sur le Public.
Quidquid delirant Reges , plectuntur Achivi.
L'Auteur fait jouer sur le même Sujet la Tra- G gédic
L
h
$56 MERCURE DE FRANCE
gédie à la Cour , et la Comédie à la Ville , et
chaque Acte tragique en produit un comique.
Au premier Acte , la Scene se passe dans la
nuit, et commence au moment que Danaus compte que ses Neveux sont morts. Créon et Idas ouvrent la Scene; le premier est un ancien Capitaine
du Roy Gelanor , et crû pere d'Argée , et l'autre
est aussi un vieux Officier attaché au même Roy.
Il revient de l'exil que sa fidelité pour son Prince
lui avoit attiré. Ces deux amis se retrouvent
dans Argos après une longue absence ; et dans le
détail de leurs avantures , ils exposent le Sujet
par l'Histoire de Gelanor et de Danaüs , celle
d'Argée , son amour pour Hypermnestre , et le
Mariage de cette Princesse avec Lincée , qui dé--
truit sans ressource toutes les esperances d'Argée.
Cete Scene finit par le récit que fait Créon d'un
prodige arrivé dans le Temple au moment de la solemnité du Mariage des Princes avec les Princesses , &c.
Danaus , accompagné d'Antenor , son Confi.
dent et Sacrificateur , apprend que ses Neveux
ont été égorgez ; il se livre à tous les remords
dont il est agité, rappelle à Antenor que c'est lui
qui par ses conseils l'a déterminé à ces forfaits .
Il appréhende que le Soleil ne découvre bientôt
aux Mortels les horreurs que les tenebres de la nuit
lui ont cachez. Il prévoit que son Frere ya bientot arriver avec toutes les forces de l'Egypte pour
venger la mort de ses fils , et il ajoûte qu'il veut
( en couronnant la tendresse d'Argée ) opposer
sa valeur aux efforts d'Egyptus , et qu'il a mandé cet Amant malheureux , &c.
Argée arrive , Danaus lui fait entrevoir qu'il
est sur le point d'être heureux. Argée en est fort
surpris, scachant que la Princesse est entre les
bras
MARS. 17320 557
bras de son Epoux.Danaüs lui rappelle l'histoire
de sa vie , et celle d'Egyptus , les raisons qui le
firent sortir de l'Egypte , et celles de la haine
qui étoit entre son Frere et lui ; et enfin comme il
est parvenu au Thrône d'Argos, où il se voit encore menacé par des nouveaux périls, &c. Argée
étonné de ce qu'il vient d'entendre , dit à Danaüs, que l'alliance qu'il vient de contracter avec
Egyptus , le met au dessus de tout ce que ses
ennemis pourroient entreprendre. Danaus lui
apprend enfin que l'Oracle l'a averti qu'il devoit
périr par la main d'un de ses Neveux , que c'est
pour le prévenir que sous les noms de Paix et
d'Hymenée , il les a attiré dans Argos , et que
ses filles viennent de les égorger.
Argée épouvanté , demande à Danaus si Hypermnestre a été capable d'un si noir attentat.Danaus lui fait entendre qu'elle lui rend par là son
cœur.
Argée déteste encore dans un Monologue le
crime de Danaus , il frémit de ce qu'il veut lui
rendre une Amante, teinte du sang de son Epoux,
il préfere la mort à cet hymen , et n'est sensible
qu'à la haine des forfaits , qui révoltent son ame contre la Princesse. Elle arrive ; il ne la voit
qu'avec horreur. La Princesse lui apprend qu'elle
a sauvé son Epoux, contre les Ordres du Roy;
quoiqu'il l'eut flaté de l'espoir d'épouser Argée.
Hypermnestre dit à Argée qu'elle n'a recours
qu'à sa générosité , pour sauver son rival. Argée
charmé de voir que la Princesse n'est point criminelle , se livre au plaisir de la voir toujours
digne de lui ; il veut seconder sa vertu , aux dépens de son amour et de sa vie , et part pour
exécuter ce gencreux dessein.
Dans le premier Intermede , Arlequin et EuGij phro
558 MERCURE DE FRANCE
phrosine sa future épouse , viennent au lever. de
l'Aurore , dans un Bois consacré à l'Hymen ; le
pere d'Euphrosine saisit la naissance d'un si
beau jour , pour achever leur hymen , trouvant
que l'aspect du Ciel est favorable à l'Amour. Il
en juge par l'Hymen des Princes d'Egypte ,
avec les Filles de Danaüs ; et appuye son jugement sur la réfléxion qu'il fait , que nous sommes necessairement entraînez par la destinée
nos Rois , et que nous partageons leurs malheurs comme leurs félicités. On chante, on danse ; mais dans le plus fort de la fête , la mere
d'Euphrosine vient apprendre que les Fils d'E
gyptus ont été tuez par leurs Epouses , &c. Arlequin fait divers Lazzis de frayeur , et prend la
fuite.
Au second Acte , Argée arrive , accompagné
de Créon. Ce Prince lit l'Acte public , par lequel
Géanor le reconnoît pour son fils. Créon lui apprend les raisons qu'il a eues de lui cacher sa nais- sance , et l'exhorte à profiter du crime de Danaus , pour remonter sur le Thrône ; il lui dit que
tous ses amis assiégent les Portes du Palais , et
qu'ils n'attendent que lui pour punir le Tyran.
Argée surmontant l'amour et l'ambition , lui répond que Danaus n'a point eu de part à l'exil de
son Pere , &c. qu'il doit toujours reconnoître
en lui le Pere d'Hypermnestre , qu'il veut même
le servir , puisque ce Prince lui offre encore ia
Princesse et l'Empire , et qu'il se déshonorerojt
s'il lui ravissoit avec la vie,des biens qu'il veut lui rendre , &c.
Créon admire la grandeur d'ame de ce Prince
et voulant le conserver pour le bien de sa Patrie
il sort pour donner le signal de l'attaque et faire
agir Lyncée contre Danaus , &c.
Danaus
MARS. 1732 559
き
Danaus entre avec un Officier qui lui apprend
que Lyncée est échapé , et qu'il l'a vû escorté
du seul Argée , et que le bruit se répand que ce
dernier est le fils de Gélanor. Danaus frappé de
ces circonstances, ordonne qu'on arrête Argée et
Créon , et fait chercher Hypermnestre. Danaus se livre ensuite à ses craintes et à ses temords.
Hypermnestre vient joindre Danaus. Ce Prin
ce lui demande si son Epoux est mort ou vivant. La Princesse répond fierement qu'elle l'a
sauvé. Danaus furieux , lui demande quelle ré- compense elle en attend ? La mort , dit- elle. Danaus la lui promet d'abord, mais combattu par la
crainte , il tâche finement de séduire la Princesse,
en lui faisant envisager que l'action de générosité qu'elle vient de faire , entraîne nécessairement
la mort de son pere , sans compter les malheurs
de sa patrie , par les efforts qu'Egyptus va faire'
pour vanger la mort de ses fils . Danaus toujours
irrité , lui dit encore qu'il est informé de tous ses crimes, et que c'est Argée qui a sauvé son Epoux.
Hypermnestre épouvantée , lui répond de ne pas
mettre le comble aux horreurs de son injustice ,
et que son crime seul suffit pour son supplice.
Antenor vient apprendre à Danaus que son Palais est attaqué. Ses Gardes forcés , et que son
Neveu est à la tête des conjurez , assemblez par
les soins de Créon. La Princesse étonnée des périls qui menacent son pere , le conjure d'avoir recours à la valeur d'Argée. Danaus furieux , lui
dit que pour épouvanter les Rebelles , il le va faire immoler à leurs yeux , et forme le dessein de la faire immoler elle - même sur l'Autel des Euménides ; il commande à ses Gardes de l'y conduire , il se retire pour aller s'opposer aux Rebelles , &c.
G iij Dans
560 MERCURE DE FRANCE.
Dans l'Intermede du second Acte, Arlequin armé
de toutes Pieces , paroît tremblant de peur, muni d'une Bouteille de vin ; comme il se croit en lieu
de sureté , il fait des réfléxions comiques et satiriques sur tout ce qui se passe actuellement dans
Argos. Dans le temps qu'il boit pour prendre
courage , un bruit de guerre , et les clameurs des
combatans l'interrompent ; il veut prendre la fuite , mais il est empêché par l'entrée de ces mêmes combattans , qui font un combat en forme
de Balet, dans lequel le parti de Danaüs est battu,
et celui d'Argée celebre la victoire par de nouvelles Danses. On apperçoit Arlequin , caché à
un coin du Théatre , qui contrefait le mort. Un des combattans lui enterre sa Bouteille et l'oblige de le suivre au combat. Arlequin dit en
s'en allant , que s'il y rencontre la Victoire , la.
peur ne manquera pas de la conduire sur ses pas.
Cette Scene est tres- comique et dans le vrai ca.
ractere d'Arlequin..
Le troisiéme Acte commence par un Monolo gue d'Hypermnestre ; elle a été conduite à l'Au
tel des Eumenides , pour y être sacrifiée ; elle
s'abandonne à sa douleur. Argée , dit- elle, va être
immolé pour elle , son Epoux est armé , et son
Pere va périr ; elle ne sçait pour qui faire des
vœux;quand Idas arrive , il lui apprend qu'Argée est sauvé , et que tout a changé de face. La
Princesse demande d'abord ce que son Pere et son
Epoux sont devenus ; Idas lui dit qu'il les a vûs.
engagez dans le combat , et lui en fait le détail
qu'Argée s'est armé avec précipitation et que
suivi de l'Elite de ses libérateurs , îl s'est mêlé
tout furieux , parmi les combattans. Hypermnestre craint d'abord que ce Prince n'ait dessein de se vanger de son Pere ; mais sa générosité la ras--
sure
MARS. 1732 561
sure. Elle ordonne à Idas de l'aller joindre dans
un si grand péril. Antenor arrive, suivi d'une Troupe supérieure , et se rend maître du Temple ; il dit à la Princesse qu'il faut qu'elle en ré- tire son Pere elle - même par son sang , puisque
c'est son infidelité qui cause tous ses malheurs et
que le Roy prêt à périr , veut que tous ses enne- mis l'emmenent aux enfers. La Princesse se détermine généreusement à la mort , et se jette au
pieds de l'Autel pour être immolée. Antenor fait son invocation , et dans le temps qu'il leve les
bras pour la sacrifier , Danaus arrive , blessé à
mort et soutenu par Argée et par Créon. Il dit
qu'un sang plus criminel doit appaiser les Dieux,
et ordonne aux Prêtres de sacrifier Antenor.
Danaus dit que c'est pour la premiere fois qu'il
entend ce que les Dieux commandent , et qu'en
périssant , il doit finir par un trait de justice. Il
apprend à Hypermnestrè que son Epoux ( qui l'a blessé à mort est mort de sa main , qu'Argée
Pa retiré ( lui Danaüs ) des mains de ceux qui
alloient lui ravir ce reste de vie. Il dit enfin à la
Princesse qu'elle est libre , par la mort de son
Epoux , et l'exhorte à épouser Argée. Danaus
expire avec tous les remors que la grandeur de ses crimes doivent lui causer.
L'arrivée d'Arlequin fait le troisième Intermede ; il revient du combat , fier et rempli de
lui même; son Monologue est fort comique. Euphrosine , sa Maîtresse , vient le joindre ; on ceTebre leur mariage par des Chants et des Danses
qui finissent la Picce. La Musique de ces trois
Intermedes , qui très - bien caractérisée , est de
la composition de M. Mouret.
EXTRAIT de la Tragi-Comedie de
Danaüs , de M. de Lisle , représentée
sur le Théatre de l'Hôtel de Bourgogne ,
le 21. Janvier 1732.
L'AU
'Auteur a conservé dans cette Piece toute
l'Histoire des Danaïdes , elles y égorgent
leurs Epoux par l'ordre de Danaüs; la seule Hyper
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
1
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YORK PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
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TILDEN
FOUNDATIONS
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L
lew
MARS. 1732. 555
permnestre sauve Lincée ; et pour traiter d'ane
maniere nouvelle ce Sujet, qui est connu sur notre Théatre, l'Auteur n'y fait point paroître Lin
ée , qui cependant est le mobile de tout ce qui
se passe sur la Scene ; l'Episode d'Argée y pro- duit des interêts nouveaux et des situations toutes differentes de celles où jusqu'ici l'on a fait
voir Hypermnestre ; ce même Argée est supposé
fils de Gelanor, Roy d'Argos , et qui fut déposé
dans le temps que ses Sujets rebelles choisirent Danaus pour lui succeder. Ce jeune Prince ignore sa naissance ; et Créon , son Gouverneur, qui passe pour être son pere , en a seul te secret. I
est amoureux d'Hypermnestre , et il est aimé ;
Danaus qui lui doit une partie de ses victoires ,
l'avoit destiné à l'Hymen d'Hypermnestre , qu'il
n'a suspendu que pour envelopper dans la mort
de tous ses Neveux , celui dont l'Oracle l'avoit
inenacé le caractere d'Argée est grand et même
nouveau, sa generosité superieure à l'Amour et à
l'Ambition , se réunit naturellement avec les sentimens de devoir , ausquels Hypermnestre se livre absolument. On voit par tout dans cette Piece
une vertu épurée , opposée au crime et à l'injustice ; les innocens sont couronnez par la Catastrophe et les Criminels punis.
Cette Tragédie n'est qu'en trois Actes ; on n'y
a ajoûté des Intermedes que par rapport au Théatre Italien. Ils sont ingénieux et l'idée en est
nouvelle , ils composent une petite Comédie qui
naît du plus grand tragique ; elle présente une
ébauche des maux que les crimes des Grands font tomber sur le Public.
Quidquid delirant Reges , plectuntur Achivi.
L'Auteur fait jouer sur le même Sujet la Tra- G gédic
L
h
$56 MERCURE DE FRANCE
gédie à la Cour , et la Comédie à la Ville , et
chaque Acte tragique en produit un comique.
Au premier Acte , la Scene se passe dans la
nuit, et commence au moment que Danaus compte que ses Neveux sont morts. Créon et Idas ouvrent la Scene; le premier est un ancien Capitaine
du Roy Gelanor , et crû pere d'Argée , et l'autre
est aussi un vieux Officier attaché au même Roy.
Il revient de l'exil que sa fidelité pour son Prince
lui avoit attiré. Ces deux amis se retrouvent
dans Argos après une longue absence ; et dans le
détail de leurs avantures , ils exposent le Sujet
par l'Histoire de Gelanor et de Danaüs , celle
d'Argée , son amour pour Hypermnestre , et le
Mariage de cette Princesse avec Lincée , qui dé--
truit sans ressource toutes les esperances d'Argée.
Cete Scene finit par le récit que fait Créon d'un
prodige arrivé dans le Temple au moment de la solemnité du Mariage des Princes avec les Princesses , &c.
Danaus , accompagné d'Antenor , son Confi.
dent et Sacrificateur , apprend que ses Neveux
ont été égorgez ; il se livre à tous les remords
dont il est agité, rappelle à Antenor que c'est lui
qui par ses conseils l'a déterminé à ces forfaits .
Il appréhende que le Soleil ne découvre bientôt
aux Mortels les horreurs que les tenebres de la nuit
lui ont cachez. Il prévoit que son Frere ya bientot arriver avec toutes les forces de l'Egypte pour
venger la mort de ses fils , et il ajoûte qu'il veut
( en couronnant la tendresse d'Argée ) opposer
sa valeur aux efforts d'Egyptus , et qu'il a mandé cet Amant malheureux , &c.
Argée arrive , Danaus lui fait entrevoir qu'il
est sur le point d'être heureux. Argée en est fort
surpris, scachant que la Princesse est entre les
bras
MARS. 17320 557
bras de son Epoux.Danaüs lui rappelle l'histoire
de sa vie , et celle d'Egyptus , les raisons qui le
firent sortir de l'Egypte , et celles de la haine
qui étoit entre son Frere et lui ; et enfin comme il
est parvenu au Thrône d'Argos, où il se voit encore menacé par des nouveaux périls, &c. Argée
étonné de ce qu'il vient d'entendre , dit à Danaüs, que l'alliance qu'il vient de contracter avec
Egyptus , le met au dessus de tout ce que ses
ennemis pourroient entreprendre. Danaus lui
apprend enfin que l'Oracle l'a averti qu'il devoit
périr par la main d'un de ses Neveux , que c'est
pour le prévenir que sous les noms de Paix et
d'Hymenée , il les a attiré dans Argos , et que
ses filles viennent de les égorger.
Argée épouvanté , demande à Danaus si Hypermnestre a été capable d'un si noir attentat.Danaus lui fait entendre qu'elle lui rend par là son
cœur.
Argée déteste encore dans un Monologue le
crime de Danaus , il frémit de ce qu'il veut lui
rendre une Amante, teinte du sang de son Epoux,
il préfere la mort à cet hymen , et n'est sensible
qu'à la haine des forfaits , qui révoltent son ame contre la Princesse. Elle arrive ; il ne la voit
qu'avec horreur. La Princesse lui apprend qu'elle
a sauvé son Epoux, contre les Ordres du Roy;
quoiqu'il l'eut flaté de l'espoir d'épouser Argée.
Hypermnestre dit à Argée qu'elle n'a recours
qu'à sa générosité , pour sauver son rival. Argée
charmé de voir que la Princesse n'est point criminelle , se livre au plaisir de la voir toujours
digne de lui ; il veut seconder sa vertu , aux dépens de son amour et de sa vie , et part pour
exécuter ce gencreux dessein.
Dans le premier Intermede , Arlequin et EuGij phro
558 MERCURE DE FRANCE
phrosine sa future épouse , viennent au lever. de
l'Aurore , dans un Bois consacré à l'Hymen ; le
pere d'Euphrosine saisit la naissance d'un si
beau jour , pour achever leur hymen , trouvant
que l'aspect du Ciel est favorable à l'Amour. Il
en juge par l'Hymen des Princes d'Egypte ,
avec les Filles de Danaüs ; et appuye son jugement sur la réfléxion qu'il fait , que nous sommes necessairement entraînez par la destinée
nos Rois , et que nous partageons leurs malheurs comme leurs félicités. On chante, on danse ; mais dans le plus fort de la fête , la mere
d'Euphrosine vient apprendre que les Fils d'E
gyptus ont été tuez par leurs Epouses , &c. Arlequin fait divers Lazzis de frayeur , et prend la
fuite.
Au second Acte , Argée arrive , accompagné
de Créon. Ce Prince lit l'Acte public , par lequel
Géanor le reconnoît pour son fils. Créon lui apprend les raisons qu'il a eues de lui cacher sa nais- sance , et l'exhorte à profiter du crime de Danaus , pour remonter sur le Thrône ; il lui dit que
tous ses amis assiégent les Portes du Palais , et
qu'ils n'attendent que lui pour punir le Tyran.
Argée surmontant l'amour et l'ambition , lui répond que Danaus n'a point eu de part à l'exil de
son Pere , &c. qu'il doit toujours reconnoître
en lui le Pere d'Hypermnestre , qu'il veut même
le servir , puisque ce Prince lui offre encore ia
Princesse et l'Empire , et qu'il se déshonorerojt
s'il lui ravissoit avec la vie,des biens qu'il veut lui rendre , &c.
Créon admire la grandeur d'ame de ce Prince
et voulant le conserver pour le bien de sa Patrie
il sort pour donner le signal de l'attaque et faire
agir Lyncée contre Danaus , &c.
Danaus
MARS. 1732 559
き
Danaus entre avec un Officier qui lui apprend
que Lyncée est échapé , et qu'il l'a vû escorté
du seul Argée , et que le bruit se répand que ce
dernier est le fils de Gélanor. Danaus frappé de
ces circonstances, ordonne qu'on arrête Argée et
Créon , et fait chercher Hypermnestre. Danaus se livre ensuite à ses craintes et à ses temords.
Hypermnestre vient joindre Danaus. Ce Prin
ce lui demande si son Epoux est mort ou vivant. La Princesse répond fierement qu'elle l'a
sauvé. Danaus furieux , lui demande quelle ré- compense elle en attend ? La mort , dit- elle. Danaus la lui promet d'abord, mais combattu par la
crainte , il tâche finement de séduire la Princesse,
en lui faisant envisager que l'action de générosité qu'elle vient de faire , entraîne nécessairement
la mort de son pere , sans compter les malheurs
de sa patrie , par les efforts qu'Egyptus va faire'
pour vanger la mort de ses fils . Danaus toujours
irrité , lui dit encore qu'il est informé de tous ses crimes, et que c'est Argée qui a sauvé son Epoux.
Hypermnestre épouvantée , lui répond de ne pas
mettre le comble aux horreurs de son injustice ,
et que son crime seul suffit pour son supplice.
Antenor vient apprendre à Danaus que son Palais est attaqué. Ses Gardes forcés , et que son
Neveu est à la tête des conjurez , assemblez par
les soins de Créon. La Princesse étonnée des périls qui menacent son pere , le conjure d'avoir recours à la valeur d'Argée. Danaus furieux , lui
dit que pour épouvanter les Rebelles , il le va faire immoler à leurs yeux , et forme le dessein de la faire immoler elle - même sur l'Autel des Euménides ; il commande à ses Gardes de l'y conduire , il se retire pour aller s'opposer aux Rebelles , &c.
G iij Dans
560 MERCURE DE FRANCE.
Dans l'Intermede du second Acte, Arlequin armé
de toutes Pieces , paroît tremblant de peur, muni d'une Bouteille de vin ; comme il se croit en lieu
de sureté , il fait des réfléxions comiques et satiriques sur tout ce qui se passe actuellement dans
Argos. Dans le temps qu'il boit pour prendre
courage , un bruit de guerre , et les clameurs des
combatans l'interrompent ; il veut prendre la fuite , mais il est empêché par l'entrée de ces mêmes combattans , qui font un combat en forme
de Balet, dans lequel le parti de Danaüs est battu,
et celui d'Argée celebre la victoire par de nouvelles Danses. On apperçoit Arlequin , caché à
un coin du Théatre , qui contrefait le mort. Un des combattans lui enterre sa Bouteille et l'oblige de le suivre au combat. Arlequin dit en
s'en allant , que s'il y rencontre la Victoire , la.
peur ne manquera pas de la conduire sur ses pas.
Cette Scene est tres- comique et dans le vrai ca.
ractere d'Arlequin..
Le troisiéme Acte commence par un Monolo gue d'Hypermnestre ; elle a été conduite à l'Au
tel des Eumenides , pour y être sacrifiée ; elle
s'abandonne à sa douleur. Argée , dit- elle, va être
immolé pour elle , son Epoux est armé , et son
Pere va périr ; elle ne sçait pour qui faire des
vœux;quand Idas arrive , il lui apprend qu'Argée est sauvé , et que tout a changé de face. La
Princesse demande d'abord ce que son Pere et son
Epoux sont devenus ; Idas lui dit qu'il les a vûs.
engagez dans le combat , et lui en fait le détail
qu'Argée s'est armé avec précipitation et que
suivi de l'Elite de ses libérateurs , îl s'est mêlé
tout furieux , parmi les combattans. Hypermnestre craint d'abord que ce Prince n'ait dessein de se vanger de son Pere ; mais sa générosité la ras--
sure
MARS. 1732 561
sure. Elle ordonne à Idas de l'aller joindre dans
un si grand péril. Antenor arrive, suivi d'une Troupe supérieure , et se rend maître du Temple ; il dit à la Princesse qu'il faut qu'elle en ré- tire son Pere elle - même par son sang , puisque
c'est son infidelité qui cause tous ses malheurs et
que le Roy prêt à périr , veut que tous ses enne- mis l'emmenent aux enfers. La Princesse se détermine généreusement à la mort , et se jette au
pieds de l'Autel pour être immolée. Antenor fait son invocation , et dans le temps qu'il leve les
bras pour la sacrifier , Danaus arrive , blessé à
mort et soutenu par Argée et par Créon. Il dit
qu'un sang plus criminel doit appaiser les Dieux,
et ordonne aux Prêtres de sacrifier Antenor.
Danaus dit que c'est pour la premiere fois qu'il
entend ce que les Dieux commandent , et qu'en
périssant , il doit finir par un trait de justice. Il
apprend à Hypermnestrè que son Epoux ( qui l'a blessé à mort est mort de sa main , qu'Argée
Pa retiré ( lui Danaüs ) des mains de ceux qui
alloient lui ravir ce reste de vie. Il dit enfin à la
Princesse qu'elle est libre , par la mort de son
Epoux , et l'exhorte à épouser Argée. Danaus
expire avec tous les remors que la grandeur de ses crimes doivent lui causer.
L'arrivée d'Arlequin fait le troisième Intermede ; il revient du combat , fier et rempli de
lui même; son Monologue est fort comique. Euphrosine , sa Maîtresse , vient le joindre ; on ceTebre leur mariage par des Chants et des Danses
qui finissent la Picce. La Musique de ces trois
Intermedes , qui très - bien caractérisée , est de
la composition de M. Mouret.
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Résumé : EXTRAIT de la Tragi-Comedie de Danaüs, de M. de Lisle, représentée sur le Théâtre de l'Hôtel de Bourgogne, le 21. Janvier 1732.
Le texte présente un extrait de la tragédie 'Danaüs' de M. de Lisle, représentée le 21 janvier 1732 à l'Hôtel de Bourgogne. L'auteur conserve l'histoire des Danaïdes, qui égorgent leurs époux sur ordre de Danaüs, à l'exception d'Hypermnestre qui sauve Lyncée. Pour renouveler le sujet, l'auteur ne fait pas apparaître Lyncée sur scène, bien qu'il soit le mobile de l'intrigue. L'épisode d'Argée, supposé fils de Gelanor, roi d'Argos, introduit de nouveaux intérêts et situations. Argée, ignorant sa véritable naissance, est amoureux d'Hypermnestre et réciproquement. Danaüs, qui lui doit des victoires, l'avait destiné à épouser Hypermnestre, mais a suspendu cette union pour inclure Argée dans la mort de ses neveux. La pièce met en avant la vertu opposée au crime et à l'injustice, avec une catastrophe où les innocents sont couronnés et les criminels punis. La tragédie est en trois actes, avec des intermèdes inspirés du théâtre italien. Chaque acte tragique produit un acte comique, illustrant les maux que les crimes des grands font subir au public. Dans le premier acte, la scène se déroule la nuit, au moment où Danaüs croit ses neveux morts. Créon et Idas, anciens officiers de Gelanor, discutent de l'histoire de Gelanor, de Danaüs, et de l'amour d'Argée pour Hypermnestre. Danaüs, accompagné d'Antenor, apprend la mort de ses neveux et exprime ses remords. Argée arrive, et Danaüs lui révèle l'oracle prédisant sa mort par un de ses neveux, et l'égorgement de ceux-ci par ses filles. Hypermnestre avoue à Argée avoir sauvé Lyncée, et Argée décide de la secourir. Les intermèdes comiques, avec des personnages comme Arlequin et Euphrosine, contrastent avec la tragédie principale. Dans le second acte, Argée, accompagné de Créon, lit un acte public reconnaissant sa filiation avec Gelanor. Créon l'exhorte à prendre le trône, mais Argée préfère servir Danaüs. Danaüs, apprenant l'échappée de Lyncée, ordonne l'arrestation d'Argée et de Créon. Hypermnestre est conduite à l'autel des Euménides pour être sacrifiée. Dans le troisième acte, Hypermnestre est sauvée par Argée, qui combat aux côtés de Danaüs. Danaüs, blessé à mort, ordonne le sacrifice d'Antenor et exhorte Hypermnestre à épouser Argée. La pièce se termine par le mariage d'Arlequin et Euphrosine, célébré par des chants et des danses.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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118
p. 561-571
La Tragédie d'Eriphile, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Le Vendredy, 7. de ce mois, on donna au Théatre [...]
Mots clefs :
Tragédie, Eryphile, Voltaire, Extrait
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La Tragédie d'Eriphile, Extrait, [titre d'après la table]
LeVendredy, 7. de ce mois , on donna
G iiij 30
562 MERCURE DE FRANCE
し
au Théatre François.la premiere Représentation de la Tragédie d'Eryphile , de
M. de Voltaire , que le Public a trouvée
pleine d'harmonie et d'élégance dans les
Vers et de pensées nobles et élevées, la diction en est mâle, et les traits heureux , les
descriptions, les images, les réfléxions, les
maximes neuves et hardies. Nous entrerons point dans quelques détails sur tout
cela, ainsi que sur le fonds et l'economie
de la Tradédie , qui est extrémement applaudie par de nombreuses assemblées.
Nous comptions ne donner l'Extrait
de ce Poëme que dans le mois d'Avril ,
mais le Memoire qu'on va lire , dans les
mêmes termes qu'il nous a été envoyé ,
nous dispense de ce soin. Nous ajouterons seulement que cette Tragédie est
parfaitement bien représentée par la Dile
Balicour , qui y jouë le principal Rôle, et
par les Srs Dufréne , Sarrazin et le Grand
qui remplissent ceux d'Alcmeon ; d'Hermogide et duGrand Prêtre. Voici le Memoire.
ERYPHILE est de la composition de l'illustre M.de Voltaire,connu dans l'Europe
comme le seul Poëte Epique de nos jours
et comme l'Auteur Tragique , qui , sans
contredit, est le plus précis dans les pensées et le plus harmonieux dans la diction ,
MARS. 1732. 563
་,
tion ; on peut encore ajoûter , depuis son
Histoire de Charles XII. qu'il est l'Historien de son siecle , le plus ingénieux er
le plus élegant ; son stile est plus vif et
plus nourri que celui de l'Abbé de Vertot , et les Refléxions sont aussi profondes et aussi bien liées au Sujet que celles
de l'Abbé de S. Réal. Il faut avouer la
verité , il n'y a eu personne dans l'Antiquité ni dans le temps present, qui se soit
distingué àla fois par tant de côtez, et qui
ait fait de bons Ouvrages dans des genres
si differens. M.de la Motteavoit vouluêtre
universel , mais avec bien de l'esprit , il
n'avoit réussi qu'à être médiocre dans bien
des genres , et ne s'étoit élevé au sublime
dans aucun. Il y a bien parû quand il voulut , pour dégradér l'Oedipe de M. de Voltaire , en donner un de sa façon. On vit en
cette occasion la difference de ces deux gé
nies, et tout le mérite de M.de la Motte le
laissa bien au- dessous de son jeune Rival.
Il paroît que le Sujet d'Eriphile est presque tout de l'invention de M. de Voltaire ; il n'a pris de la Fable autre chose
si-non quEriphile fut la cause de la mort
d'Amphiarus son mari , et fut tué part
Alcmeon son fils. Voilà sur quel fondement M. de Voltaire a construit une Tragédie dans un gout entierement nouveau.
Gv Jamais
564 MERCURE DE FRANCE
Jamais Piece ne fut plus vive et n'eut
plus d'action , sans devoir sa vivacité à
une multitude d'évenemens qui n'est que:
la ressource des Auteurs sans génie. L'Auteur a osé suivre le gout Grec ; on voit
dans sa Piece un Peuple assemblé devant
lequel on demande la Couronne ; l'Om--
bre d'Amphiarus apparoît sur le Théa
tre , on entend les cris de la mere et
ceux de son fils qui l'égorge. Et toutes.
ces hardiesses si neuves n'ont réüssi que
parce qu'elles sont conduites avec une:
extreme sagesse..
Vous voyez d'abord dans cette Piece si
originale , une femme qui avoue qu'elle:
a eû autrefois de la foiblesse pour un
Prince qui l'a trompée ; cette foiblesse :
a été cause de la mort de son mari et des
malheurs d'Argos. Cet Amant nommé
Hermogide , encouragé par les esperances
que lui a données la foible et malheureuse
Eriphile , a assassiné Amphiarus. En quels
Vers moelleux et patetiques cette triste.:
avanture est contée !
C'est cet âge fatal et sans experience ,
Ouvert aux passions , foible , plein d'imprudence
C'est cet âge indiscret qui fit tout mon malheur ;
Un traître avoit surpris le chemin de mon cœur.
P
Une::
C
MARS. 1732. 565
Une main impie ,
Ou plutôt má foiblesse a terminé sa vie.
Hermogide en secret immola sous ses coups ,
Le cruel tout couvert du sang de mon Epoux ,
Vint armé de ce fer , instrument de sa rage ,
Qui des droits à l'Empire étoit l'auguste gagey
Et d'un assassinat pour moi seul entrepris ,
Au pied de nos Autels il demanda le prix.
Grands Dieux ! qui m'inspirez mes remords le
gitimes ;
Mon cœur , vous le sçavez , n'est point fait
les crimes ;
Il est né vertueux .. .. je vis avec horreur
Lecoupable ennemi qui fut mon séducteurs
Je détestai l'Amour et le Trône et la vie. ·
pour
Voilà quel est le caractere coupable
et interressant de cette Princesse malheureuse ; les Dieux la punirent de sa
faute et empêcherent Hermogide d'en
cueillir le fruit. Argos fut desolée par des
Guerres Civiles ; les Oracles furent con--
sultez , ils ordonnerent que la Reine ne
chosit un Roy que lorsque deux Roys
seroient vaincus auprès d'Argos ; ils ajoûterent que ce jour seroit la fin de tant
de malheurs , mais qu'il en couteroit la
vie à Eriphile , et qu'elle mourroit de la
main mêmedu fils qu'elle avoit eu d'AmGvj phiarus.
"
1
566 MERCURE DE FRANCE
phiarus. La Reine fir alors éloigner ce fils
qui étoit dans sa tendre enfance ; elle le
tint dans l'ignorance de son rang , de
peur que l'envie de regner ne le portât
un jour à accomplir ces malédictions ct
à commettre un parricide. Cependant
après beaucoup de malheurs et de guerres,
le jour prédit arrive où deux Rois sont
vaincus par un jeune Guerrier , Licutenantd'Hermogide nomméAlcmeon.Voici
le temps où il faut nommer un Roy ;
Argos le demande, les Dieux Fordonnent.
Hermogide , à qui il ne manquoit que le
nom de Souverain , compte sur son pouvoir , sur la foiblesse de la Reine , et
même sur ses crimes ; il lui parle et la
fait trembler ; Eriphile qui consulte le
Ciel sur sa destinée , apprend que son
fils vit encore ; elle assemble les Chefs
et le Peuple ; elle déclare devant eux que
ce fils est vivant ; elle indique les lieux
qu'elle croit qu'il habite , et le nomme
Royenpresence même d'Hermogide. Cet
audacieuxPrince privé dans ce moment de
la Couronne où il touchoit , déclare publiquement à la Reine et au peuple , qu'il
a tué lui-même cet Enfant que les Dieux
réservoient au parricide. Il s'écrie devant
cette grande Assemblée.
J'atteste
MARS. 1732. 567
J'atteste mes Ayeux et ce jour qui m'éclaire ,
Que j'immolai le fils pour conserver la mere ;
Que si ce sang coupable a coulé sous mes coups,
J'ai prodigué le mien pour la Grece et pour yous.
Vous m'en devez le prix ; vous voulez tous us Maître ;
1
L'Oracle en promet un , je vais périr ou l'être ;
Je vais vanger mes droits contre un fils supposé;
Je vais rompre un vain charme à moi seul opposé.
Soldat par mes travaux et Roy par ma naissance,
De vingt ans de Combats j'attends la récompense,
Je vous ai tous servis ; ce rang des demi Dieux ,
Deffendu par mon bras , fondé par mes Ayeux ,
Cent fois teint de mon sang , doit être mon partage ;
Je le tiendrai de vous , de moi , de mon courage;
De ces Dieux dont je sors et qui seront pour moi.
Amis , suivez mes pas , et servez votre Roy.
A cette découverte affreuse , la Reine
menacée d'être détrônée par son ancien
Amant , privée de son fils et obligée de
faire un choix , se tourne vers Alcmeon ,
ce jeune Guerrier qu'elle aime en secret
malgré elle , et lui ordonnant de venger
son fils , le chosit pour son Epoux. Cet
Hymen à qui tout le Peuple applaudit ,
se prépare ; ces deux Amans heureux
vont
588 MERCURE DE FRANCE
vont s'unir au Temple , mais dans l'ins
tant qu'ils se vont donner la main, l'Om
bre d'Amphiarus sort de son Tombeau au
milieu du Tonnerre et des Eclairs , et
ordonne à Alcmeon de le venger de
sa mere. Cet ordre obscur et épou--
ventable , est un coup de foudre pour
Eriphile , pour Alcmeon , et pour le
Peuple.
Alcmeon qui n'a plus de mere , et
qui s'est toujours crû fils d'un Esclave ,
avoüe enfin ce secret humiliant; mais cet
aveu ne fait qu'augmenter l'horreur et
l'attendrissement de la Reine ; elle se ressouvient qu'elle a autrefois donné son
propre fils à élever à une Esclave. Pendant que la Reine et Alcmeon se font
mutuellement des questions qui les jettent dans un trouble nouveau , arrive
le Grand- Prêtre , une épée à la main ; lại
Reine reconnoît l'épée Royale d'Amphiarus ; c'est cette même épée dont Her.
mogide s'étoit emparé , et dont il avoit
percé le jeune Alcmeon dans son Berceau.
Voici, dit le Grand-Prêtre ::
Voici ce même fer qui frappa votre enfance ,
Qu'un cruel, malgré lui, Ministre du Destin ,
Troublé par ses forfaits , laissa dans votre sein,
Le Dieu qui dans le crime effraya cet Impie,
Qui
MARS. 1732. 5699
Qui fit trembler son bras , qui sauva votre vie , ›
Qui commande à la mort , ouvre et ferme le flane,,
Vange un meurtre par l'autre , et le sang par le
sang,
M'ordonna de garder ce fer toûjours funeste."
La Reine →
alors reconnoît son fils , mais
dans quel moment , dans quelle situation
nouvelle , lorsque ce fils est prêt de
l'épouser , et qu'il se trouve armé pour
l'immoler. Eriphile veut appaiser l'Ombre d'Amphiarus , elle va sur son Tombeau pour offrir un Sacrifice ; mais c'est
là que les Dieux l'attendent pour punir
une foiblesse criminelle par la vengeance
la plus terrible. Alcmeon possedé des Furies , tuë Hermogide sur cette Tombe ;;
et prenant sa mere pour Hermogide même , qui blessé à mort , lui demande :
la vie , il croit achever Hermogide et il
massacre sa mere qui expire dans ses bras,
en lui pardonnant sa mort , et en l'accablant des marques les plus touchantes de
sa tendresse maternelle.
Ce sujet a quelque chose d'Electre
ou plutôt de Clitermnestre tuée par Ores te; les anciens traitoient l'un et l'autre
indifféremment. Mais combien la manie.
re interessante dont M. de Voltaire a
ménagé cette: Tragédie est elle au-dessus
de l'attrocité de l'Electre, -
$70 MERCURE DE FRANCE
Il a sur tout donné à Eriphile , une
vie immortelle par les beaux Vers dont
elle est remplie. Voici ceux qui sont sur la
Naissance,qui ont reçû tant d'applaudissemens et qui ne sont pas cependant les
plus travaillez et les plus parfaits de la
Piece.
Eh! c'est ce qui m'accable et qui me désespere :
Il faut rougir de moi , trembler au nom d'un Pere ,
Me cacher par foiblesse aux moindres Citoyens,
Et reprocher ma vie à ceux dont je la tiens.
Préjugé malheureux , éclatante chimere ,
Que l'orgueil inventa , que, la fable révere ,
Dar qui j'ai vu languir le mérite abatu ,
Aux pieds d'un Prince indigne ou d'un Grand
sans vertu.
Les Mortels sont égaux ; ce n'est point la nais- sance,
C'est la seule vertu qui fait leur difference ,
C'est elle qui met l'homme au rang des demi Dieux ,
Et qui sert son Pays n'a pas besoin d'Ayeux.
Princes , Rois , la fortune a fait votre partage ;
Mes grandeurs sont à moi , mon sort est mon
ouvrage,
Et ces fers si honteux , ces fers où je nâquis ,
Je les ai fait porter aux mains des Ennemis ;
Je n'ai plus rien du Sang qui m'a donué la vie;
MARS.
571 1732.
Il a dans les Combats coulé pour la Patrie.
Je vois ce que je suis et non ce que je fus ,
Et croisvaloir au moins des Rois que j'ai vaincus
L. D. M.
G iiij 30
562 MERCURE DE FRANCE
し
au Théatre François.la premiere Représentation de la Tragédie d'Eryphile , de
M. de Voltaire , que le Public a trouvée
pleine d'harmonie et d'élégance dans les
Vers et de pensées nobles et élevées, la diction en est mâle, et les traits heureux , les
descriptions, les images, les réfléxions, les
maximes neuves et hardies. Nous entrerons point dans quelques détails sur tout
cela, ainsi que sur le fonds et l'economie
de la Tradédie , qui est extrémement applaudie par de nombreuses assemblées.
Nous comptions ne donner l'Extrait
de ce Poëme que dans le mois d'Avril ,
mais le Memoire qu'on va lire , dans les
mêmes termes qu'il nous a été envoyé ,
nous dispense de ce soin. Nous ajouterons seulement que cette Tragédie est
parfaitement bien représentée par la Dile
Balicour , qui y jouë le principal Rôle, et
par les Srs Dufréne , Sarrazin et le Grand
qui remplissent ceux d'Alcmeon ; d'Hermogide et duGrand Prêtre. Voici le Memoire.
ERYPHILE est de la composition de l'illustre M.de Voltaire,connu dans l'Europe
comme le seul Poëte Epique de nos jours
et comme l'Auteur Tragique , qui , sans
contredit, est le plus précis dans les pensées et le plus harmonieux dans la diction ,
MARS. 1732. 563
་,
tion ; on peut encore ajoûter , depuis son
Histoire de Charles XII. qu'il est l'Historien de son siecle , le plus ingénieux er
le plus élegant ; son stile est plus vif et
plus nourri que celui de l'Abbé de Vertot , et les Refléxions sont aussi profondes et aussi bien liées au Sujet que celles
de l'Abbé de S. Réal. Il faut avouer la
verité , il n'y a eu personne dans l'Antiquité ni dans le temps present, qui se soit
distingué àla fois par tant de côtez, et qui
ait fait de bons Ouvrages dans des genres
si differens. M.de la Motteavoit vouluêtre
universel , mais avec bien de l'esprit , il
n'avoit réussi qu'à être médiocre dans bien
des genres , et ne s'étoit élevé au sublime
dans aucun. Il y a bien parû quand il voulut , pour dégradér l'Oedipe de M. de Voltaire , en donner un de sa façon. On vit en
cette occasion la difference de ces deux gé
nies, et tout le mérite de M.de la Motte le
laissa bien au- dessous de son jeune Rival.
Il paroît que le Sujet d'Eriphile est presque tout de l'invention de M. de Voltaire ; il n'a pris de la Fable autre chose
si-non quEriphile fut la cause de la mort
d'Amphiarus son mari , et fut tué part
Alcmeon son fils. Voilà sur quel fondement M. de Voltaire a construit une Tragédie dans un gout entierement nouveau.
Gv Jamais
564 MERCURE DE FRANCE
Jamais Piece ne fut plus vive et n'eut
plus d'action , sans devoir sa vivacité à
une multitude d'évenemens qui n'est que:
la ressource des Auteurs sans génie. L'Auteur a osé suivre le gout Grec ; on voit
dans sa Piece un Peuple assemblé devant
lequel on demande la Couronne ; l'Om--
bre d'Amphiarus apparoît sur le Théa
tre , on entend les cris de la mere et
ceux de son fils qui l'égorge. Et toutes.
ces hardiesses si neuves n'ont réüssi que
parce qu'elles sont conduites avec une:
extreme sagesse..
Vous voyez d'abord dans cette Piece si
originale , une femme qui avoue qu'elle:
a eû autrefois de la foiblesse pour un
Prince qui l'a trompée ; cette foiblesse :
a été cause de la mort de son mari et des
malheurs d'Argos. Cet Amant nommé
Hermogide , encouragé par les esperances
que lui a données la foible et malheureuse
Eriphile , a assassiné Amphiarus. En quels
Vers moelleux et patetiques cette triste.:
avanture est contée !
C'est cet âge fatal et sans experience ,
Ouvert aux passions , foible , plein d'imprudence
C'est cet âge indiscret qui fit tout mon malheur ;
Un traître avoit surpris le chemin de mon cœur.
P
Une::
C
MARS. 1732. 565
Une main impie ,
Ou plutôt má foiblesse a terminé sa vie.
Hermogide en secret immola sous ses coups ,
Le cruel tout couvert du sang de mon Epoux ,
Vint armé de ce fer , instrument de sa rage ,
Qui des droits à l'Empire étoit l'auguste gagey
Et d'un assassinat pour moi seul entrepris ,
Au pied de nos Autels il demanda le prix.
Grands Dieux ! qui m'inspirez mes remords le
gitimes ;
Mon cœur , vous le sçavez , n'est point fait
les crimes ;
Il est né vertueux .. .. je vis avec horreur
Lecoupable ennemi qui fut mon séducteurs
Je détestai l'Amour et le Trône et la vie. ·
pour
Voilà quel est le caractere coupable
et interressant de cette Princesse malheureuse ; les Dieux la punirent de sa
faute et empêcherent Hermogide d'en
cueillir le fruit. Argos fut desolée par des
Guerres Civiles ; les Oracles furent con--
sultez , ils ordonnerent que la Reine ne
chosit un Roy que lorsque deux Roys
seroient vaincus auprès d'Argos ; ils ajoûterent que ce jour seroit la fin de tant
de malheurs , mais qu'il en couteroit la
vie à Eriphile , et qu'elle mourroit de la
main mêmedu fils qu'elle avoit eu d'AmGvj phiarus.
"
1
566 MERCURE DE FRANCE
phiarus. La Reine fir alors éloigner ce fils
qui étoit dans sa tendre enfance ; elle le
tint dans l'ignorance de son rang , de
peur que l'envie de regner ne le portât
un jour à accomplir ces malédictions ct
à commettre un parricide. Cependant
après beaucoup de malheurs et de guerres,
le jour prédit arrive où deux Rois sont
vaincus par un jeune Guerrier , Licutenantd'Hermogide nomméAlcmeon.Voici
le temps où il faut nommer un Roy ;
Argos le demande, les Dieux Fordonnent.
Hermogide , à qui il ne manquoit que le
nom de Souverain , compte sur son pouvoir , sur la foiblesse de la Reine , et
même sur ses crimes ; il lui parle et la
fait trembler ; Eriphile qui consulte le
Ciel sur sa destinée , apprend que son
fils vit encore ; elle assemble les Chefs
et le Peuple ; elle déclare devant eux que
ce fils est vivant ; elle indique les lieux
qu'elle croit qu'il habite , et le nomme
Royenpresence même d'Hermogide. Cet
audacieuxPrince privé dans ce moment de
la Couronne où il touchoit , déclare publiquement à la Reine et au peuple , qu'il
a tué lui-même cet Enfant que les Dieux
réservoient au parricide. Il s'écrie devant
cette grande Assemblée.
J'atteste
MARS. 1732. 567
J'atteste mes Ayeux et ce jour qui m'éclaire ,
Que j'immolai le fils pour conserver la mere ;
Que si ce sang coupable a coulé sous mes coups,
J'ai prodigué le mien pour la Grece et pour yous.
Vous m'en devez le prix ; vous voulez tous us Maître ;
1
L'Oracle en promet un , je vais périr ou l'être ;
Je vais vanger mes droits contre un fils supposé;
Je vais rompre un vain charme à moi seul opposé.
Soldat par mes travaux et Roy par ma naissance,
De vingt ans de Combats j'attends la récompense,
Je vous ai tous servis ; ce rang des demi Dieux ,
Deffendu par mon bras , fondé par mes Ayeux ,
Cent fois teint de mon sang , doit être mon partage ;
Je le tiendrai de vous , de moi , de mon courage;
De ces Dieux dont je sors et qui seront pour moi.
Amis , suivez mes pas , et servez votre Roy.
A cette découverte affreuse , la Reine
menacée d'être détrônée par son ancien
Amant , privée de son fils et obligée de
faire un choix , se tourne vers Alcmeon ,
ce jeune Guerrier qu'elle aime en secret
malgré elle , et lui ordonnant de venger
son fils , le chosit pour son Epoux. Cet
Hymen à qui tout le Peuple applaudit ,
se prépare ; ces deux Amans heureux
vont
588 MERCURE DE FRANCE
vont s'unir au Temple , mais dans l'ins
tant qu'ils se vont donner la main, l'Om
bre d'Amphiarus sort de son Tombeau au
milieu du Tonnerre et des Eclairs , et
ordonne à Alcmeon de le venger de
sa mere. Cet ordre obscur et épou--
ventable , est un coup de foudre pour
Eriphile , pour Alcmeon , et pour le
Peuple.
Alcmeon qui n'a plus de mere , et
qui s'est toujours crû fils d'un Esclave ,
avoüe enfin ce secret humiliant; mais cet
aveu ne fait qu'augmenter l'horreur et
l'attendrissement de la Reine ; elle se ressouvient qu'elle a autrefois donné son
propre fils à élever à une Esclave. Pendant que la Reine et Alcmeon se font
mutuellement des questions qui les jettent dans un trouble nouveau , arrive
le Grand- Prêtre , une épée à la main ; lại
Reine reconnoît l'épée Royale d'Amphiarus ; c'est cette même épée dont Her.
mogide s'étoit emparé , et dont il avoit
percé le jeune Alcmeon dans son Berceau.
Voici, dit le Grand-Prêtre ::
Voici ce même fer qui frappa votre enfance ,
Qu'un cruel, malgré lui, Ministre du Destin ,
Troublé par ses forfaits , laissa dans votre sein,
Le Dieu qui dans le crime effraya cet Impie,
Qui
MARS. 1732. 5699
Qui fit trembler son bras , qui sauva votre vie , ›
Qui commande à la mort , ouvre et ferme le flane,,
Vange un meurtre par l'autre , et le sang par le
sang,
M'ordonna de garder ce fer toûjours funeste."
La Reine →
alors reconnoît son fils , mais
dans quel moment , dans quelle situation
nouvelle , lorsque ce fils est prêt de
l'épouser , et qu'il se trouve armé pour
l'immoler. Eriphile veut appaiser l'Ombre d'Amphiarus , elle va sur son Tombeau pour offrir un Sacrifice ; mais c'est
là que les Dieux l'attendent pour punir
une foiblesse criminelle par la vengeance
la plus terrible. Alcmeon possedé des Furies , tuë Hermogide sur cette Tombe ;;
et prenant sa mere pour Hermogide même , qui blessé à mort , lui demande :
la vie , il croit achever Hermogide et il
massacre sa mere qui expire dans ses bras,
en lui pardonnant sa mort , et en l'accablant des marques les plus touchantes de
sa tendresse maternelle.
Ce sujet a quelque chose d'Electre
ou plutôt de Clitermnestre tuée par Ores te; les anciens traitoient l'un et l'autre
indifféremment. Mais combien la manie.
re interessante dont M. de Voltaire a
ménagé cette: Tragédie est elle au-dessus
de l'attrocité de l'Electre, -
$70 MERCURE DE FRANCE
Il a sur tout donné à Eriphile , une
vie immortelle par les beaux Vers dont
elle est remplie. Voici ceux qui sont sur la
Naissance,qui ont reçû tant d'applaudissemens et qui ne sont pas cependant les
plus travaillez et les plus parfaits de la
Piece.
Eh! c'est ce qui m'accable et qui me désespere :
Il faut rougir de moi , trembler au nom d'un Pere ,
Me cacher par foiblesse aux moindres Citoyens,
Et reprocher ma vie à ceux dont je la tiens.
Préjugé malheureux , éclatante chimere ,
Que l'orgueil inventa , que, la fable révere ,
Dar qui j'ai vu languir le mérite abatu ,
Aux pieds d'un Prince indigne ou d'un Grand
sans vertu.
Les Mortels sont égaux ; ce n'est point la nais- sance,
C'est la seule vertu qui fait leur difference ,
C'est elle qui met l'homme au rang des demi Dieux ,
Et qui sert son Pays n'a pas besoin d'Ayeux.
Princes , Rois , la fortune a fait votre partage ;
Mes grandeurs sont à moi , mon sort est mon
ouvrage,
Et ces fers si honteux , ces fers où je nâquis ,
Je les ai fait porter aux mains des Ennemis ;
Je n'ai plus rien du Sang qui m'a donué la vie;
MARS.
571 1732.
Il a dans les Combats coulé pour la Patrie.
Je vois ce que je suis et non ce que je fus ,
Et croisvaloir au moins des Rois que j'ai vaincus
L. D. M.
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Résumé : La Tragédie d'Eriphile, Extrait, [titre d'après la table]
Le 7 mars 1732, la tragédie 'Éryphile' de Voltaire fut représentée pour la première fois au Théâtre Français. Le public a salué l'harmonie et l'élégance des vers, ainsi que les pensées nobles et élevées. La diction fut décrite comme mâle, avec des traits heureux, des descriptions, des images, des réflexions, des maximes neuves et hardies. La pièce fut extrêmement applaudie par de nombreuses assemblées. Les acteurs principaux incluaient la Dile Balicour dans le rôle principal, ainsi que Dufréne, Sarrazin et le Grand, interprétant respectivement les rôles d'Alcméon, d'Hermogide et du Grand Prêtre. 'Éryphile' est une œuvre de Voltaire, reconnu comme le seul poète épique de son temps et l'auteur tragique le plus précis dans les pensées et le plus harmonieux dans la diction. Le sujet de la tragédie est presque entièrement de l'invention de Voltaire, qui a construit une tragédie dans un goût entièrement nouveau. La pièce est vive et pleine d'action sans recourir à une multitude d'événements. Elle suit le goût grec, avec des scènes comme l'apparition de l'ombre d'Amphiaraus et les cris de la mère et de son fils. L'intrigue raconte l'histoire d'Éryphile, une femme qui avoue avoir eu une faiblesse pour un prince qui l'a trompée, causant la mort de son mari et les malheurs d'Argos. Hermogide, l'amant d'Éryphile, a assassiné Amphiaraus. La pièce explore les conséquences de cette faiblesse et les malheurs qui en découlent, y compris les guerres civiles et les oracles qui prédisent la mort d'Éryphile de la main de son fils. La tragédie se conclut par un dénouement tragique où Alcmeon, le fils d'Éryphile, tue sa mère par erreur, croyant qu'elle est Hermogide.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
119
p. 571
« Le Samedi 15. de ce mois, les Comédiens François lûrent [...] »
Début :
Le Samedi 15. de ce mois, les Comédiens François lûrent [...]
Mots clefs :
Tragédie, Gustave Vasa
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Samedi 15. de ce mois, les Comédiens François lûrent [...] »
Le Samedi is. de ce mois , les Comédiens
François lûrent et reçurent dans leur Assemblée
unanimement, une Tragédie nouvelle de M.Piron,
qui a pour titre , Gustave Vasa
François lûrent et reçurent dans leur Assemblée
unanimement, une Tragédie nouvelle de M.Piron,
qui a pour titre , Gustave Vasa
Fermer
120
p. 571-588
Extrait de l'Opéra de Jephté, [titre d'après la table]
Début :
L'Académie Royale de Musique donna la premiere Representation de [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Jepthé, Tragédie, Théâtre, Prologue, Spectacle, Théâtre de l'Académie, Extrait, Musique, Ballet, Acteurs, Danse, Chant, Opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de l'Opéra de Jephté, [titre d'après la table]
L'Académie Royale de Musique donna
la premiere Representation de Jephie,
Tragédie , tirée de l'Ecriture sainte , le
premier Jeudy de Carême ; la nouveauté
du genre en avoit rendu le succès si
douteux, qu'on ne croioit pas qu'elle pût
être jouée deux fois ; cette prévention
presque générale n'a pas tenu contre les
beautez du Poëme et de la Musique , et
M. l'Abbé Pellegrin et M. de Monteclair qui en sont les Auteurs , peuvent
se vanter qu'il y a tres- peu d'Opéra que
le Public ait honoré de plus d'applaudissemens. Nos Lecteurs pourront juger du
Poëme par cet Extrait. Pour la Musique ,
les plus grands connoisseurs la trouvent
tres-digne de Lully , et on ne les contredit point.
Au Prologue , le Théatre représente
un lieu orné pour des Spectacles , c'està dire,
*
72 MERCURE DE FRANCE
à- dire , le Théatre même de l'Académie,
dont tous les Dieux fabuleux se sont em
parez , comme du seul Temple qui leur
reste depuis l'extinction du Paganisme :
Apollon invite Polhymnie et Terpsicore à
le seconder dans le dessein qu'il a de
maintenir le culte qu'on leur rend encore sur ce Théatre. Il s'exprime ainsi :
>
Vous , qu'avec Apollon , en ces lieux on adore,
Sçavante Polhymnie , aimable Terpsicore
Par vos chants , par vos jeux , secondez mes´ désirs ;
Ce Temple seul , nous reste encore ;
Faisons-y regner les plaisirs.
Les deux Muses exécutent ces ordres ;*
elles étalent , à l'envi , ce qu'elles ont de
plus flateur , pour séduire les mortels ;
mais leur regne n'est pas de longue durée; la Verité descend des Cieux , suivie
des vertus qui forment sa brillante Cour.
Elle leur parle ainsi :
Phantômes séduisans , Enfans de l'imposture
Osez-vous soûtenir ma clarté vivé et pure ›
Cachez, vous dans l'obscurité ,
Où mon brillant aspect vous plonge ;
Il est temps que la verité ,
Fasseévanouir le mensonge.
C'est
MARS. 1732. $73 .
C'est trop abuser l'Univers ;
Rentrez dans les Enfers.
Les faux Dieux , dont l'Ecriture dit :-
Dii autem Gentium dæmonia , sont forcez
de s'abîmer.
La verité expose le Sujet de la Tragédie qu'on va representer , par ces Vers
qu'elle addresse aux Vertus qui l'accompagnent.
Troupe , immortelle comme moy;
Vertus , ornez ces lieux pour un nouveau Spec tacle ;
Annoncez aux Mortels la redoutable loy,
Du Dieu seul , dont je suis l'Oracle 9.3
Retirez du Tombeau le malheureux Jephté ;,
Rappellez son vœu téméraire ;
Au soin d'instruire , ajoutez l'art de plaire
Vous pouvez adoucir votre sévérité ;
Mais qu'aucun faux brillant n'altere
La splendeur de la vérité.
Le Chœur des Vertus, Suivantes de la
Verité , l'invite à faire briller sur la Terre
sa celeste lumiere. Le Prologue finit par
cet éloge, d'autant plus beau qu'il est dans
la bouche de la Vérité même,
Un Roy qui me chérit dès l'âge le plus ten- dre ,
Bait
son
unique
soin
de marcher
sur
mes
pas.
M
$74 MERCURE DE FRANCE
Il veut qu'en ces heureux climats ,
Ma seule voix se fasse entendre.
Qu'il triomphe par moi , quand je regne par lui,
Que la terre , le ciel , qu'à l'envi tout conspires
Afaire fleurir un Empire ,
Dontje suis le plus ferme appuy.
La DileHerremens, qui remplit le Rôle
dè la Vérité , y réussit parfaitement; mais
passons à la Tragédie.
Le Théatre représente d'abord le Fleuve du Jourdain , dont les Flots séparent
l'Armée des Israëlites de celle des Ammonites.
Jephté ouvre la Scene ; il témoigne d'abort le plaisir qu'il a de revoir Maspha
sa chere Patrie , après un long exil ; la
tristesse succede à la joye quand il voit
les Etendards des Ammonites plantez sur
les bords du Jourd in.
Abdon , l'un des Officiers Généraux
de l'Armée Israëlite , lui vient ` annoncer que l'Arche sainte va paroître à la
tête des Troupes , dont on lui a donné le commandement. A cette heureuse nouvelle Jephté est transporté de joie et
rempli de confiance. C'est icy la Scene
d'exposition ; l'Auteur y apprend aux
Spectateurs des choses essentielles à sa
Piece, et qui servent de base à la situation
MARS. 1732. 57.5
tion la plus frappante ; sçavoir , qu'il n'a
point vû sa fille depuis son enfance ; et
qu'il ne veut la voir qu'après qu'il aura
rempli son premier devoir. Il s'exprime
ainsi :
La gloire du Seigneur, fait mon premier devoir;
Nos Tribus , mes Soldats , sont toute ma Fa- mille.
Quoi ? lui dit Abdon , l'amour ni le
sang , ne peut vous émouvoir ?
Jephte lui répond !
Dis plutôt que je me défie ,
D'un cœur trop prompt à s'attendrir ;
Non ; je ne veux rien voir qui m'attache à la vie,
Quand pour sauver mon Peuple , il faut vaincre ou mourir.
Le Grand Prêtre Phinée vient annoncer à Jephté que la voix du Seigneur confirme le choix que les Hebreux ont fait
de lui , pour regner sur eux ; il lui apprend qu'Ammon , Fils du Roy des Ammonites et Prisonnier dans Maspha, a corrompu la Tribu d'Ephraim , ce qui donné lieu à un très- beau duo:
Les Guerriers Israëlites , assemblez par
l'ordre de Jephté , viennent attendre
l'Arche sainte. Le Grand-Prêtre et Jephté
leur annoncent les prodiges que Dieu a
faits
$76 MERCURE DE FRANCE
faits en faveur de son Peuple. Les Guerriers se mêlent à ce récit. Voicy les Vers
qui forment ce beau Chœur , qui fait
Fadmiration de tout Paris.
Phinée.
Ennemis du Maître suprême ,
Redoutez son couroux vangeur
La Terre , l'Enfer , le Ciel même
Tout tremble devant le Seigneur.
Le Chœur répete : La terre , &c.
Phinée et Fephté.
Le Jourdain retourne en arriere
Le Soleil suspend sa carriere ;
La Mer désarme sa fureur ,
En faveur d'un Peuple qu'il aime.
Le Chœur reprend : La terre , &c.
Phinée et Jephté.
La bruyante Trompette , à l'égal du Tonnerre
Brise les Murs d'airain , jette les Tours par terre ,
Et déclare Israël vainqueur ;
Elle va porter la terreur
Chez l'Idolatre qui blasphême.
Le Chœur.
La Terre , l'Enfer , le Ciel même ,
Tout tremble devant le Seigneur.
L'Arche
MARS. 1732. 577
L'Arche paroît de loin aux yeux dụ
Grand- Prêtre ; il ordonne aux Guerriers
de détourner la vûë; un nuage lumineux
la couvre , comme il arriva la premiere
fois Moïse la voulut offrir aux yeux
duPeuple.
que
Abdon annonce à Jephté que les Ammonites viennent de fondre sur le Camp
des Israëlites. Jephté ordonne qu'on assemble ses Guerriers sous ses Etendards
au son de la Trompette sacrée ; et c'est
dans ce pressant péril qu'il fait ce serment.
Grand Dieu , sois attentif au serment que je fais
Contre tes Ennemis , si je soûtiens ta gloire ,
Le premier qu'à mes yeux offrira mon Palais
Sera sur tes Autels le prix de ma victoire.
Je jure de te l'immoler ;
C'est à toy de choisir le sang qui doit couler
A peine le serment est - il prononcé
que le Jourdain se sépare en deux , et
forme deux remparts , au travers desquels l'armée Israëlite passe au son des
Trompettes.
Au II. Acte , le Théatre représente le
Palais de Jephté ; Ammon ouvre la Scene. Abner, son confident , l'exhorte à
mettre à profit la liberté que la Tribu
d'Ephraim vient de lui rendre , et à se
sauver
3-8 MERCURE DE FRANCE
sauver d'un lieu où il périra, si Jephté revient victorieux. Ammon lui dit qu'il ne
sçauroit quitter Iphise , fille de Jephté ,
dont il est amoureux. Iphise vient ; Am-
'mon lui déclare son amour. Eile le veut
fuïr ; il la retient ; et comme il blaspheme
contre le Dieu des Hébreux , elle lui dit :
Arrête. A l'Univers craint de servir d'exemple ;
Outrage à ton gré tes faux Dieux
Mais au Dieu d'Israël ne livre point la guerre ,
Il régit la terte et les cieux.
;
+
Et sur le Sacrilege , il lance le tonnerrè ;
Tremble , son bras vangeur , est prêt à t'im.
moler.
Elle lui ordonne de se retirer ; il lui
obéit. Iphise fait connoître dans un Monologue l'amour qu'elle sent, malgré elle,
pour Ammon; elle s'exprime ainsi :
Mes yeux , éteignez dans vos larmes
Des feux qui dans mon cœur s'allument malgré moi.
Tu vois mes mortelles allarmes ,
Dieu puissant , j'ai recours à toy.
Pourquoi faut-il , hélas ! que je trouve des char- : mes
Dans un fatal panchant , condamné par ta loy ?
Mes yeux , &c.
Almasie , mere d'Iphise , vient s'affliger
avec
MARS. 1732. 579
avec sa fille , d'un songe terrible qu'elle
a fait , et dans lequel elle a vû tomber
la foudre sur elle : Iphise ne doute point.
que ce ne soit un châtiment que Dieu lui
destine pour la punir de son amour pour
un Idolâtre ; elle en fait un aveu à sa
mere à la fin de la Scene. Abdon leur annonce la victoire de Jephté ; les Peuples
viennent s'en réjouir dans leur Palais. Almasie ordonne à sa Fille de présider aux
jeux , tandis qu'elle va dans le Temple
rendre graces à Dieu d'une si heureuse
victoire. Iphise lui dit qu'elle ira bientôt l'y trouver dans un même esprit de
reconnoissance envers Dieu. Un bruit de
Trompettes annonce l'arrivée de Jephté;
les Peuples se mettent en état d'aller au
devant de lui ; Iphise ne peut s'empêcher
d'y aller à son tour ; elle le fait connoître
par ces Vers qu'elle addresse à Dieu :
Je ne puis résister à mon impatience ;
Seigneur , un seul moment , je ne veux que le voir ,
Et je vole où m'appelle un plus sacré devoir.
C'est-à- dire , au Temple, où elle a promis à sa mere de l'aller joindre.
Le Théatre représente au troisiéme Ac
te une avant- court du Palais de Jephté ,
ornée d'Arcs de Triomphe ; on y a élevé
H au
$80 MERCURE DE FRANCE
un Trône.Jephté troublé de son serment,
fait retirer tous ceux qui le suivent. 11
fait entendre qu'il a vû sa Victime et
qu'il n'a osé lui prononcer l'Arrêt de sa
mort. Il ne sçait pas que cette Victime
est sa propre fille. Il se représente, en frémissant , quelle eût été la rigueur de son
sort si son Epouse ou sa fille eussent paru
les premieres à ses yeux ; on lui à dit
qu'elles sont dans le Temple , ce qui le
met dans une entiere securité ; cependant
il plaint les parens de celle qu'il a vüe
la premiere par ces Vers :
O toi que mon ame attendrie ,
A laissé sans obstacle éloigner de ces lieux ,
Quel pleurs tu vas coûter aux Auteurs de ta vie,
S'il faut que je remplisse un serment odieux !
Almasie vient; Jephté la prie d'excuser
le trouble dont elle le trouve agité ; elle
lui confirme que sa fille est dans le Temple. Iphise arrives Jephté frémit en la
voyant , parce qu'il la reconnoît pour
celle qu'il a vûë la premiere ; mais de
quel coup n'est-il pas frappé quand il
entend ces mots d'Almasie!
Approchez- vous , ma fille,
. Cette situation à tiré des larmes ; voici
la fin de cette interessante Scene.
Iphise
MARS. 1732. 581
Iphise.
Votre présence m'est si chere ,
Pourquoi détournez-vous les yeux ?
Fephré.
Je devrois les fermer à la clarté des Cieux.
Iphise.
O mon pere , envers vous de quoi suis - je coupable?
Ai-je à vos yeux montré trop peu d'amour
Au bruit de votre heureux retour
J'ai volé la premiere.
Jephté.
Eh! c'est ce qui m'accable ;
Et mon malheur est confirmé.
Iphise.
Votre malheur ! Parlez ; quelle douleur vous
presse ?
Me reprochez vous ma tendresse a
Jephie.
Vous ne m'avez que trop aimé ?
Hela's !
Iphise.
Jephte.
Votre présence augmente mon supplices
Eloignez-vous.
Almasie.
Quelle est votre injustice !
Hij Jephti
•
82 MERCURE DE FRANCE
Jephte.
Otez-moi çet objet ; il me perce le cœur. &c.
La Scene entre Jephté et Almasie n'est
gueres moins interressante. Jephté lui
apprend son serment ; elle lui répond
avec transport :
Non , Dieu n'accepte pas un vœu si témeraire.
Mais pensez- vous, cruel, que nos saintes Tribus ,
Malgré vos ordres absolus ,
Ne conserveront pas une fille à sa mere?
Tout Israël lui servira de pere ,
·Puisqu'enfin vous ne l'êtes plus. &c.
Ce troisiéme Acte finit par cette leçon , que Phinée fait à Jephté , après la Fête du Couronnement.
Phinée.
“Jephté , si tu veux qu'on te craigne ,
La crainte du Seigneur doit regler tes projets.
Ce n'est pas toi , c'est Dieu qui regne ;
Sois le premier de ses Sujets.
Grave au fond de ton coeur sa parole éternelle ;
Tiens sans cesse tes yeux attachez sur sa Loy;
Dans ses sermens il est fidelle ;
Ne lui manque jamais de foy.
Ces dernieres paroles prononcées au
hazard
MA'R S. 1732. 58.3
hasard , rappellent à Jephté le fatal serment, et font finir l'Acte d'une maniere
plus interressante et plus propre à augmenter le péril.
Au quatriéme Acte , le Théatre représenteun Jardin, où Almasie a dit à sa fille
dans l'Acte précedent de l'aller attendre.
Iphise ouvre la Scene par ce Monologue
qui convient à sa situation.
Ruisseaux, qui serpentez sur ces fertiles bords ,
Allez loin de mes yeux répandre les trésors ,
Qu'on voit couler avec votre Onde.
Dans le cours de vos flots, l'un par l'autre chassez,
Ruisseaux , hélas ! vous me tracez ,
L'image des grandeurs du monde.
Ruisseaux , &c.
Les Bergers et les Bergeres des Rives
du Jourdain , viennent rendre hommage.
à la fille de leur nouveau Souverain , et lui
présentent les prémices de leurs Champs,
qu'elle rapporte à Dieu par ces Vers :
J'aime à voir vos soins empressez ;
Mais à l'Auteur de la Nature ,
Vos chants doivent être adressez.
Ces fruits , ces fleurs , cette verdure ,
Tout appartient à ce supréme Roy ;
Il en demande les prémices.
H iij Pour
$ 84 MERCURE DE FRANCE
J
Pour attirer sur vous des regards plus propices ,
Immolez-lui vos cœurs , c'est sa premiere Loys
Puissiez-vous dans vos Sacrifices *
Estre plus fidelle que moi !
Cetre Fête , qui est , sans contredit , l'a
plus gracieuse de la Piece , et qu'on compare , à bon droit , à celle du quatriéme
Acte de l'Opera de Roland, est interrompue par Almasie , qui après avoir fait
éloigner les Bergers , annonce à 1phise
qu'elle doit être sacrifiée. Voici comme
elle lui parle :
Par le Grand- Prêtre et par Jephté,
L'Eternel à mes yeux vient d'être consulté.
Que d'horreurs à la fois ! je tremble à te le dire.
Le Ciel gronde , l'Autel que je vois s'ébranler ,
Semble se refuser au sang qui doit couler.
Le Voile sacré se déchire ;
Le Grand-Prêtre saisi d'effroi ,
Jene un sombre regard sur ton pere et sur moi.
Vers l'Arche redoutable en tremblant il s'avanee;
Il l'interroge sur ton sort.
L'Arche garde un triste silence ,
Et ce silence est l'Arrêt de ta mort.
Iphise apprenant que són sang est le
prix de la victoire qui a sauvé le Peuple,
se
MARS. 173-2 585
se dévotie à la mort avec joye ; Almasie
sort pour aller du moins retarder le fatal
Sacrifice. Iphise refléchit sur sa triste situation par ce Monologue.
C'en est donc fait ! bientôt cette Terre, ces Cieux,
Ce Soleil , pourjamais tout se voile à mes yeux !
Malheureux un cœur qui se livre ,
Au vain bonheur qui vient s'offrir !
A peine je commence à vivre ,
Qu'il faut me résoudre à mourir.
Du comble des grandeurs dont l'éclat m'envi
ronne ,
Je cours d'un pas rapide à mes derniers instans;
Je ressemble à ces fleurs que l'Aquilon moissonne ?
Dès les premiers jours du Printemps.
Malheureux un cœur , &c.
L'Acte finit que une Scene les Con- par noisseurs trouvent la plus belle de la Piece. Ammon veut sauver Iphise ; elle refuse le secours qu'il vient lui offrir , soutenu de toute la Tribu d'Ephraïm ; le
désespoir d'Ammon qui veut perir , lui
arrache des sentimens qui Aattent l'amour dont il brule pour elle , mais elle
lui ôte toute esperance par ces Vers :
Apprens que pour sentir une fatale flamme ,
Un grand cœur n'est pas abbattu.
Hiiij L'A-
586 MERCURE DE FRANCE
L'Amour peut entrer dans une ame ,
Sans triompher de la vertu.
Ammon désesperé , lui dit qu'il entrera
dans le Temple , la vengeance à la main
elle se résout à aller se livrer à l'Autel
pour prévenir la fureur de son Amant.
Comme cet Extrait n'est déja que trop
long , nous ne dirons plus que ce qui concerne l'Action théatrale du V. Acte.
Jephté déplore sa situation , et la comparant à celle d'Abraham , il demande à
Dieu la même clémence qu'il fit autrefois éclater en faveur de ce Patriarche.
Iphise vient se livrer à l'Autel malgré le
Peuple qui veut la retenir ; la Scene envers son Pere est des plus touchantes.
Unbruit de guerre oblige Jephté à aller deffendre le Temple qu'Ammon assiege avec la Tribu d'Ephraïm. Ammon
entre dans la partie exterieure du Temple pour enlever Iphise ; elle se sauve
dans l'interieure. Ammon la suit jusques
dans le Sanctuaire , en blasphemant.
Jephté revient , l'épée à la main , et
voyant le Temple forcé , y veut entrer.
Phinée l'arrête, en lui disant, que le Dieu
des Armées n'a pas besoin du secours
d'un foible Mortel ; l'Ange Exterminateur descend dans un Globe de feu. Ammon
MARS. 1732.
587
mon par et les Rebelles font entendre
des voix mourantes qu'ils périssent tous.
•
On amene Iphise pour la sacrifier ; la
résignation de la fille , l'étonnement du
Grand-Prêtre , et la douleur du Pere et
de la Mere , font un tableau qui inspire
tout- à-la fois la pieté et la terreur. Iphise
est sauvée par une inspiration du GrandPrêtre , qui lui annonce que Dieu luj
fait grace en faveur de son repentir.
On a ajoûté une Fête en action de
grace , dont on convient que le Poëme n'avoit pas besoin pour s'assurer un succès des plus complets.
Au surplus cet Opera est executé d'une maniere à satisfaire les Spectateurs les
plus difficiles et les plus délicats. Le sieur
Chassé fait voir dans le premier Rôle ,
par l'expression de son jeu et par la fléxibilité de sa voix , qu'il est capable de
remplir avantageusement tous les Rôles
dont il voudra se charger. La Dile Antier
ne dément point la grande réputation
qu'elle s'est si justement acquise jusqu'aujourd'hui , et la Dile le Maure , dans le
Rôle d'Iphise , joint à la plus belle voix
du monde , toutes les graces , toute la
sensibilité et toute la noblesse qu'on peut
souhaiter. Tous les autres Acteurs , tant
chantans que dansans , se sont distinH v guez
588 MERCURE DE FRANCE
guez;et le sieurBlondi s'est fait un honneur
infini dans la composition d'un Balet, dont
le genre etoit inconnu à ses Prédeceseurs ;
les Diles Camargo et Salé , l'y ont secondé
avec leur legereté et leurs graces ordinaires. Nous apprenons que le succès de cet
Opera augmente de jour en jour , et le
Public se promet avec plaisir de le revoir
le Carême prochain.
la premiere Representation de Jephie,
Tragédie , tirée de l'Ecriture sainte , le
premier Jeudy de Carême ; la nouveauté
du genre en avoit rendu le succès si
douteux, qu'on ne croioit pas qu'elle pût
être jouée deux fois ; cette prévention
presque générale n'a pas tenu contre les
beautez du Poëme et de la Musique , et
M. l'Abbé Pellegrin et M. de Monteclair qui en sont les Auteurs , peuvent
se vanter qu'il y a tres- peu d'Opéra que
le Public ait honoré de plus d'applaudissemens. Nos Lecteurs pourront juger du
Poëme par cet Extrait. Pour la Musique ,
les plus grands connoisseurs la trouvent
tres-digne de Lully , et on ne les contredit point.
Au Prologue , le Théatre représente
un lieu orné pour des Spectacles , c'està dire,
*
72 MERCURE DE FRANCE
à- dire , le Théatre même de l'Académie,
dont tous les Dieux fabuleux se sont em
parez , comme du seul Temple qui leur
reste depuis l'extinction du Paganisme :
Apollon invite Polhymnie et Terpsicore à
le seconder dans le dessein qu'il a de
maintenir le culte qu'on leur rend encore sur ce Théatre. Il s'exprime ainsi :
>
Vous , qu'avec Apollon , en ces lieux on adore,
Sçavante Polhymnie , aimable Terpsicore
Par vos chants , par vos jeux , secondez mes´ désirs ;
Ce Temple seul , nous reste encore ;
Faisons-y regner les plaisirs.
Les deux Muses exécutent ces ordres ;*
elles étalent , à l'envi , ce qu'elles ont de
plus flateur , pour séduire les mortels ;
mais leur regne n'est pas de longue durée; la Verité descend des Cieux , suivie
des vertus qui forment sa brillante Cour.
Elle leur parle ainsi :
Phantômes séduisans , Enfans de l'imposture
Osez-vous soûtenir ma clarté vivé et pure ›
Cachez, vous dans l'obscurité ,
Où mon brillant aspect vous plonge ;
Il est temps que la verité ,
Fasseévanouir le mensonge.
C'est
MARS. 1732. $73 .
C'est trop abuser l'Univers ;
Rentrez dans les Enfers.
Les faux Dieux , dont l'Ecriture dit :-
Dii autem Gentium dæmonia , sont forcez
de s'abîmer.
La verité expose le Sujet de la Tragédie qu'on va representer , par ces Vers
qu'elle addresse aux Vertus qui l'accompagnent.
Troupe , immortelle comme moy;
Vertus , ornez ces lieux pour un nouveau Spec tacle ;
Annoncez aux Mortels la redoutable loy,
Du Dieu seul , dont je suis l'Oracle 9.3
Retirez du Tombeau le malheureux Jephté ;,
Rappellez son vœu téméraire ;
Au soin d'instruire , ajoutez l'art de plaire
Vous pouvez adoucir votre sévérité ;
Mais qu'aucun faux brillant n'altere
La splendeur de la vérité.
Le Chœur des Vertus, Suivantes de la
Verité , l'invite à faire briller sur la Terre
sa celeste lumiere. Le Prologue finit par
cet éloge, d'autant plus beau qu'il est dans
la bouche de la Vérité même,
Un Roy qui me chérit dès l'âge le plus ten- dre ,
Bait
son
unique
soin
de marcher
sur
mes
pas.
M
$74 MERCURE DE FRANCE
Il veut qu'en ces heureux climats ,
Ma seule voix se fasse entendre.
Qu'il triomphe par moi , quand je regne par lui,
Que la terre , le ciel , qu'à l'envi tout conspires
Afaire fleurir un Empire ,
Dontje suis le plus ferme appuy.
La DileHerremens, qui remplit le Rôle
dè la Vérité , y réussit parfaitement; mais
passons à la Tragédie.
Le Théatre représente d'abord le Fleuve du Jourdain , dont les Flots séparent
l'Armée des Israëlites de celle des Ammonites.
Jephté ouvre la Scene ; il témoigne d'abort le plaisir qu'il a de revoir Maspha
sa chere Patrie , après un long exil ; la
tristesse succede à la joye quand il voit
les Etendards des Ammonites plantez sur
les bords du Jourd in.
Abdon , l'un des Officiers Généraux
de l'Armée Israëlite , lui vient ` annoncer que l'Arche sainte va paroître à la
tête des Troupes , dont on lui a donné le commandement. A cette heureuse nouvelle Jephté est transporté de joie et
rempli de confiance. C'est icy la Scene
d'exposition ; l'Auteur y apprend aux
Spectateurs des choses essentielles à sa
Piece, et qui servent de base à la situation
MARS. 1732. 57.5
tion la plus frappante ; sçavoir , qu'il n'a
point vû sa fille depuis son enfance ; et
qu'il ne veut la voir qu'après qu'il aura
rempli son premier devoir. Il s'exprime
ainsi :
La gloire du Seigneur, fait mon premier devoir;
Nos Tribus , mes Soldats , sont toute ma Fa- mille.
Quoi ? lui dit Abdon , l'amour ni le
sang , ne peut vous émouvoir ?
Jephte lui répond !
Dis plutôt que je me défie ,
D'un cœur trop prompt à s'attendrir ;
Non ; je ne veux rien voir qui m'attache à la vie,
Quand pour sauver mon Peuple , il faut vaincre ou mourir.
Le Grand Prêtre Phinée vient annoncer à Jephté que la voix du Seigneur confirme le choix que les Hebreux ont fait
de lui , pour regner sur eux ; il lui apprend qu'Ammon , Fils du Roy des Ammonites et Prisonnier dans Maspha, a corrompu la Tribu d'Ephraim , ce qui donné lieu à un très- beau duo:
Les Guerriers Israëlites , assemblez par
l'ordre de Jephté , viennent attendre
l'Arche sainte. Le Grand-Prêtre et Jephté
leur annoncent les prodiges que Dieu a
faits
$76 MERCURE DE FRANCE
faits en faveur de son Peuple. Les Guerriers se mêlent à ce récit. Voicy les Vers
qui forment ce beau Chœur , qui fait
Fadmiration de tout Paris.
Phinée.
Ennemis du Maître suprême ,
Redoutez son couroux vangeur
La Terre , l'Enfer , le Ciel même
Tout tremble devant le Seigneur.
Le Chœur répete : La terre , &c.
Phinée et Fephté.
Le Jourdain retourne en arriere
Le Soleil suspend sa carriere ;
La Mer désarme sa fureur ,
En faveur d'un Peuple qu'il aime.
Le Chœur reprend : La terre , &c.
Phinée et Jephté.
La bruyante Trompette , à l'égal du Tonnerre
Brise les Murs d'airain , jette les Tours par terre ,
Et déclare Israël vainqueur ;
Elle va porter la terreur
Chez l'Idolatre qui blasphême.
Le Chœur.
La Terre , l'Enfer , le Ciel même ,
Tout tremble devant le Seigneur.
L'Arche
MARS. 1732. 577
L'Arche paroît de loin aux yeux dụ
Grand- Prêtre ; il ordonne aux Guerriers
de détourner la vûë; un nuage lumineux
la couvre , comme il arriva la premiere
fois Moïse la voulut offrir aux yeux
duPeuple.
que
Abdon annonce à Jephté que les Ammonites viennent de fondre sur le Camp
des Israëlites. Jephté ordonne qu'on assemble ses Guerriers sous ses Etendards
au son de la Trompette sacrée ; et c'est
dans ce pressant péril qu'il fait ce serment.
Grand Dieu , sois attentif au serment que je fais
Contre tes Ennemis , si je soûtiens ta gloire ,
Le premier qu'à mes yeux offrira mon Palais
Sera sur tes Autels le prix de ma victoire.
Je jure de te l'immoler ;
C'est à toy de choisir le sang qui doit couler
A peine le serment est - il prononcé
que le Jourdain se sépare en deux , et
forme deux remparts , au travers desquels l'armée Israëlite passe au son des
Trompettes.
Au II. Acte , le Théatre représente le
Palais de Jephté ; Ammon ouvre la Scene. Abner, son confident , l'exhorte à
mettre à profit la liberté que la Tribu
d'Ephraim vient de lui rendre , et à se
sauver
3-8 MERCURE DE FRANCE
sauver d'un lieu où il périra, si Jephté revient victorieux. Ammon lui dit qu'il ne
sçauroit quitter Iphise , fille de Jephté ,
dont il est amoureux. Iphise vient ; Am-
'mon lui déclare son amour. Eile le veut
fuïr ; il la retient ; et comme il blaspheme
contre le Dieu des Hébreux , elle lui dit :
Arrête. A l'Univers craint de servir d'exemple ;
Outrage à ton gré tes faux Dieux
Mais au Dieu d'Israël ne livre point la guerre ,
Il régit la terte et les cieux.
;
+
Et sur le Sacrilege , il lance le tonnerrè ;
Tremble , son bras vangeur , est prêt à t'im.
moler.
Elle lui ordonne de se retirer ; il lui
obéit. Iphise fait connoître dans un Monologue l'amour qu'elle sent, malgré elle,
pour Ammon; elle s'exprime ainsi :
Mes yeux , éteignez dans vos larmes
Des feux qui dans mon cœur s'allument malgré moi.
Tu vois mes mortelles allarmes ,
Dieu puissant , j'ai recours à toy.
Pourquoi faut-il , hélas ! que je trouve des char- : mes
Dans un fatal panchant , condamné par ta loy ?
Mes yeux , &c.
Almasie , mere d'Iphise , vient s'affliger
avec
MARS. 1732. 579
avec sa fille , d'un songe terrible qu'elle
a fait , et dans lequel elle a vû tomber
la foudre sur elle : Iphise ne doute point.
que ce ne soit un châtiment que Dieu lui
destine pour la punir de son amour pour
un Idolâtre ; elle en fait un aveu à sa
mere à la fin de la Scene. Abdon leur annonce la victoire de Jephté ; les Peuples
viennent s'en réjouir dans leur Palais. Almasie ordonne à sa Fille de présider aux
jeux , tandis qu'elle va dans le Temple
rendre graces à Dieu d'une si heureuse
victoire. Iphise lui dit qu'elle ira bientôt l'y trouver dans un même esprit de
reconnoissance envers Dieu. Un bruit de
Trompettes annonce l'arrivée de Jephté;
les Peuples se mettent en état d'aller au
devant de lui ; Iphise ne peut s'empêcher
d'y aller à son tour ; elle le fait connoître
par ces Vers qu'elle addresse à Dieu :
Je ne puis résister à mon impatience ;
Seigneur , un seul moment , je ne veux que le voir ,
Et je vole où m'appelle un plus sacré devoir.
C'est-à- dire , au Temple, où elle a promis à sa mere de l'aller joindre.
Le Théatre représente au troisiéme Ac
te une avant- court du Palais de Jephté ,
ornée d'Arcs de Triomphe ; on y a élevé
H au
$80 MERCURE DE FRANCE
un Trône.Jephté troublé de son serment,
fait retirer tous ceux qui le suivent. 11
fait entendre qu'il a vû sa Victime et
qu'il n'a osé lui prononcer l'Arrêt de sa
mort. Il ne sçait pas que cette Victime
est sa propre fille. Il se représente, en frémissant , quelle eût été la rigueur de son
sort si son Epouse ou sa fille eussent paru
les premieres à ses yeux ; on lui à dit
qu'elles sont dans le Temple , ce qui le
met dans une entiere securité ; cependant
il plaint les parens de celle qu'il a vüe
la premiere par ces Vers :
O toi que mon ame attendrie ,
A laissé sans obstacle éloigner de ces lieux ,
Quel pleurs tu vas coûter aux Auteurs de ta vie,
S'il faut que je remplisse un serment odieux !
Almasie vient; Jephté la prie d'excuser
le trouble dont elle le trouve agité ; elle
lui confirme que sa fille est dans le Temple. Iphise arrives Jephté frémit en la
voyant , parce qu'il la reconnoît pour
celle qu'il a vûë la premiere ; mais de
quel coup n'est-il pas frappé quand il
entend ces mots d'Almasie!
Approchez- vous , ma fille,
. Cette situation à tiré des larmes ; voici
la fin de cette interessante Scene.
Iphise
MARS. 1732. 581
Iphise.
Votre présence m'est si chere ,
Pourquoi détournez-vous les yeux ?
Fephré.
Je devrois les fermer à la clarté des Cieux.
Iphise.
O mon pere , envers vous de quoi suis - je coupable?
Ai-je à vos yeux montré trop peu d'amour
Au bruit de votre heureux retour
J'ai volé la premiere.
Jephté.
Eh! c'est ce qui m'accable ;
Et mon malheur est confirmé.
Iphise.
Votre malheur ! Parlez ; quelle douleur vous
presse ?
Me reprochez vous ma tendresse a
Jephie.
Vous ne m'avez que trop aimé ?
Hela's !
Iphise.
Jephte.
Votre présence augmente mon supplices
Eloignez-vous.
Almasie.
Quelle est votre injustice !
Hij Jephti
•
82 MERCURE DE FRANCE
Jephte.
Otez-moi çet objet ; il me perce le cœur. &c.
La Scene entre Jephté et Almasie n'est
gueres moins interressante. Jephté lui
apprend son serment ; elle lui répond
avec transport :
Non , Dieu n'accepte pas un vœu si témeraire.
Mais pensez- vous, cruel, que nos saintes Tribus ,
Malgré vos ordres absolus ,
Ne conserveront pas une fille à sa mere?
Tout Israël lui servira de pere ,
·Puisqu'enfin vous ne l'êtes plus. &c.
Ce troisiéme Acte finit par cette leçon , que Phinée fait à Jephté , après la Fête du Couronnement.
Phinée.
“Jephté , si tu veux qu'on te craigne ,
La crainte du Seigneur doit regler tes projets.
Ce n'est pas toi , c'est Dieu qui regne ;
Sois le premier de ses Sujets.
Grave au fond de ton coeur sa parole éternelle ;
Tiens sans cesse tes yeux attachez sur sa Loy;
Dans ses sermens il est fidelle ;
Ne lui manque jamais de foy.
Ces dernieres paroles prononcées au
hazard
MA'R S. 1732. 58.3
hasard , rappellent à Jephté le fatal serment, et font finir l'Acte d'une maniere
plus interressante et plus propre à augmenter le péril.
Au quatriéme Acte , le Théatre représenteun Jardin, où Almasie a dit à sa fille
dans l'Acte précedent de l'aller attendre.
Iphise ouvre la Scene par ce Monologue
qui convient à sa situation.
Ruisseaux, qui serpentez sur ces fertiles bords ,
Allez loin de mes yeux répandre les trésors ,
Qu'on voit couler avec votre Onde.
Dans le cours de vos flots, l'un par l'autre chassez,
Ruisseaux , hélas ! vous me tracez ,
L'image des grandeurs du monde.
Ruisseaux , &c.
Les Bergers et les Bergeres des Rives
du Jourdain , viennent rendre hommage.
à la fille de leur nouveau Souverain , et lui
présentent les prémices de leurs Champs,
qu'elle rapporte à Dieu par ces Vers :
J'aime à voir vos soins empressez ;
Mais à l'Auteur de la Nature ,
Vos chants doivent être adressez.
Ces fruits , ces fleurs , cette verdure ,
Tout appartient à ce supréme Roy ;
Il en demande les prémices.
H iij Pour
$ 84 MERCURE DE FRANCE
J
Pour attirer sur vous des regards plus propices ,
Immolez-lui vos cœurs , c'est sa premiere Loys
Puissiez-vous dans vos Sacrifices *
Estre plus fidelle que moi !
Cetre Fête , qui est , sans contredit , l'a
plus gracieuse de la Piece , et qu'on compare , à bon droit , à celle du quatriéme
Acte de l'Opera de Roland, est interrompue par Almasie , qui après avoir fait
éloigner les Bergers , annonce à 1phise
qu'elle doit être sacrifiée. Voici comme
elle lui parle :
Par le Grand- Prêtre et par Jephté,
L'Eternel à mes yeux vient d'être consulté.
Que d'horreurs à la fois ! je tremble à te le dire.
Le Ciel gronde , l'Autel que je vois s'ébranler ,
Semble se refuser au sang qui doit couler.
Le Voile sacré se déchire ;
Le Grand-Prêtre saisi d'effroi ,
Jene un sombre regard sur ton pere et sur moi.
Vers l'Arche redoutable en tremblant il s'avanee;
Il l'interroge sur ton sort.
L'Arche garde un triste silence ,
Et ce silence est l'Arrêt de ta mort.
Iphise apprenant que són sang est le
prix de la victoire qui a sauvé le Peuple,
se
MARS. 173-2 585
se dévotie à la mort avec joye ; Almasie
sort pour aller du moins retarder le fatal
Sacrifice. Iphise refléchit sur sa triste situation par ce Monologue.
C'en est donc fait ! bientôt cette Terre, ces Cieux,
Ce Soleil , pourjamais tout se voile à mes yeux !
Malheureux un cœur qui se livre ,
Au vain bonheur qui vient s'offrir !
A peine je commence à vivre ,
Qu'il faut me résoudre à mourir.
Du comble des grandeurs dont l'éclat m'envi
ronne ,
Je cours d'un pas rapide à mes derniers instans;
Je ressemble à ces fleurs que l'Aquilon moissonne ?
Dès les premiers jours du Printemps.
Malheureux un cœur , &c.
L'Acte finit que une Scene les Con- par noisseurs trouvent la plus belle de la Piece. Ammon veut sauver Iphise ; elle refuse le secours qu'il vient lui offrir , soutenu de toute la Tribu d'Ephraïm ; le
désespoir d'Ammon qui veut perir , lui
arrache des sentimens qui Aattent l'amour dont il brule pour elle , mais elle
lui ôte toute esperance par ces Vers :
Apprens que pour sentir une fatale flamme ,
Un grand cœur n'est pas abbattu.
Hiiij L'A-
586 MERCURE DE FRANCE
L'Amour peut entrer dans une ame ,
Sans triompher de la vertu.
Ammon désesperé , lui dit qu'il entrera
dans le Temple , la vengeance à la main
elle se résout à aller se livrer à l'Autel
pour prévenir la fureur de son Amant.
Comme cet Extrait n'est déja que trop
long , nous ne dirons plus que ce qui concerne l'Action théatrale du V. Acte.
Jephté déplore sa situation , et la comparant à celle d'Abraham , il demande à
Dieu la même clémence qu'il fit autrefois éclater en faveur de ce Patriarche.
Iphise vient se livrer à l'Autel malgré le
Peuple qui veut la retenir ; la Scene envers son Pere est des plus touchantes.
Unbruit de guerre oblige Jephté à aller deffendre le Temple qu'Ammon assiege avec la Tribu d'Ephraïm. Ammon
entre dans la partie exterieure du Temple pour enlever Iphise ; elle se sauve
dans l'interieure. Ammon la suit jusques
dans le Sanctuaire , en blasphemant.
Jephté revient , l'épée à la main , et
voyant le Temple forcé , y veut entrer.
Phinée l'arrête, en lui disant, que le Dieu
des Armées n'a pas besoin du secours
d'un foible Mortel ; l'Ange Exterminateur descend dans un Globe de feu. Ammon
MARS. 1732.
587
mon par et les Rebelles font entendre
des voix mourantes qu'ils périssent tous.
•
On amene Iphise pour la sacrifier ; la
résignation de la fille , l'étonnement du
Grand-Prêtre , et la douleur du Pere et
de la Mere , font un tableau qui inspire
tout- à-la fois la pieté et la terreur. Iphise
est sauvée par une inspiration du GrandPrêtre , qui lui annonce que Dieu luj
fait grace en faveur de son repentir.
On a ajoûté une Fête en action de
grace , dont on convient que le Poëme n'avoit pas besoin pour s'assurer un succès des plus complets.
Au surplus cet Opera est executé d'une maniere à satisfaire les Spectateurs les
plus difficiles et les plus délicats. Le sieur
Chassé fait voir dans le premier Rôle ,
par l'expression de son jeu et par la fléxibilité de sa voix , qu'il est capable de
remplir avantageusement tous les Rôles
dont il voudra se charger. La Dile Antier
ne dément point la grande réputation
qu'elle s'est si justement acquise jusqu'aujourd'hui , et la Dile le Maure , dans le
Rôle d'Iphise , joint à la plus belle voix
du monde , toutes les graces , toute la
sensibilité et toute la noblesse qu'on peut
souhaiter. Tous les autres Acteurs , tant
chantans que dansans , se sont distinH v guez
588 MERCURE DE FRANCE
guez;et le sieurBlondi s'est fait un honneur
infini dans la composition d'un Balet, dont
le genre etoit inconnu à ses Prédeceseurs ;
les Diles Camargo et Salé , l'y ont secondé
avec leur legereté et leurs graces ordinaires. Nous apprenons que le succès de cet
Opera augmente de jour en jour , et le
Public se promet avec plaisir de le revoir
le Carême prochain.
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Résumé : Extrait de l'Opéra de Jephté, [titre d'après la table]
L'Académie Royale de Musique présenta 'Jephte', une tragédie biblique, le premier jeudi de Carême. Malgré des doutes initiaux, l'œuvre fut acclamée pour la qualité de son poème et de sa musique, respectivement écrits par l'abbé Pellegrin et M. de Montéclair. Le prologue met en scène Apollon, Polhymnie et Terpsichore, interrompus par la Vérité et ses vertus, qui condamnent les faux dieux et annoncent le sujet de la tragédie. La pièce commence avec Jephté, qui exprime sa joie de revoir sa patrie, Maspha, mais sa tristesse en voyant les étendards des Ammonites. Abdon, un officier, lui annonce l'arrivée de l'Arche sainte. Jephté, déterminé à sauver son peuple, refuse de voir sa fille avant la bataille. Le Grand Prêtre Phinée confirme son choix et révèle la corruption de la tribu d'Éphraïm par Ammon. Les guerriers israéliens, inspirés par les prodiges de Dieu, se préparent au combat. Jephté fait un serment solennel, promettant d'immoler le premier être vivant qu'il verra à son retour. Dans le deuxième acte, Ammon, prisonnier, exprime son amour pour Iphise, la fille de Jephté. Iphise, déchirée entre son amour et sa loyauté envers Dieu, prie pour être délivrée de ses sentiments. Almasie, la mère d'Iphise, partage son inquiétude après un rêve prémonitoire. La victoire de Jephté est annoncée, et Iphise se rend au temple pour remercier Dieu. Le troisième acte montre Jephté troublé par son serment. Il voit Iphise, qu'il reconnaît comme la première personne qu'il a vue à son retour, et est accablé par la nécessité de l'immoler. Almasie et Iphise tentent de le réconforter, mais Jephté est déchiré entre son devoir et son amour paternel. Phinée rappelle à Jephté que ses actions doivent être guidées par la crainte de Dieu. Dans le quatrième acte, Iphise attend dans un jardin, exprimant sa détresse. Des bergers et bergères lui rendent hommage, et elle leur rappelle de louer Dieu pour leurs récoltes. La pièce se conclut sur cette note de dévotion et de sacrifice. Dans la scène suivante, Almasie annonce à Iphise qu'elle doit être sacrifiée. Le Grand-Prêtre, après avoir consulté l'Éternel, décide que le sang d'Iphise est le prix de la victoire. Iphise accepte son destin avec joie, tandis qu'Almasie tente de retarder le sacrifice. Iphise exprime sa tristesse et son acceptation de la mort dans un monologue. Ammon, amoureux d'Iphise, tente de la sauver, mais elle refuse son aide, affirmant que l'amour ne peut triompher de la vertu. Ammon, désespéré, menace de se venger. Dans le cinquième acte, Jephté déplore sa situation et demande clémence à Dieu. Iphise se livre à l'autel malgré les tentatives du peuple de la retenir. Une bataille éclate entre Ammon et Jephté, et Ammon est finalement vaincu par l'Ange Exterminateur. Iphise est amenée pour le sacrifice, mais elle est sauvée grâce à une inspiration du Grand-Prêtre, qui annonce que Dieu lui fait grâce en faveur de son repentir. L'opéra fut exécuté avec succès, avec des performances remarquables des acteurs, notamment Chassé, Dile Antier, et Dile le Maure dans le rôle d'Iphise. Le ballet, composé par le sieur Blondi, fut également salué pour son originalité et l'exécution des danseurs comme Camargo et Salé. Le public apprécia l'opéra et se promit de le revoir.
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121
p. 588-589
Offre des Comédiens François à l'Académie Françoise, [titre d'après la table]
Début :
Le Lundi troisiéme Mars, sept Députez des Comédiens François ayant [...]
Mots clefs :
Académie française, Comédiens-Français, Offre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Offre des Comédiens François à l'Académie Françoise, [titre d'après la table]
Le Lundi troisiéme Mars , sept Députez des
Comédiens François ayant fait avertir l'Académie , qu'ils étoient dans son Anti- Chambre et
qu'ils souhaitoient lui parler , elle les reçut de
la maniere qu'elle a coûtume de recevoir les Etrangers qui ont quelque chose à lui proposer. Les
Députez étant assis , M. Quinault l'aîné dit :
MESSIEURS
Il y a long-temps que nous desirions faire la dé- marche que nous faisons. La crainte d'un refus
nous à retenus jusqu'à present , mais aujourd'hui
que nous apprenons que vous ne dédaignerez pas
d'accepter l'entrée de notre Spectacle , nous venons
vous l'offrir. En l'acceptant vous nous honorerez
infinimen . Il ne nous reste plus , Messieurs , qu'a
vous supplier de nous venir entendre le plus souvent
qu'il vous sera possible et de nous faire part de vos lumieres dans les occasions où nous aurons besoin.
des secours d'une Compagnie aussi illustre et aussi
respectable que la vôtre.
L'Académicien qui ce jour-là présidoit à la
Compagnie , leur répondit, qu'elle entendoit avec
plaisir leur Compliment , qui passeroit dans be 1 monde
MARS, 1732. 589
monde pourune marque de leur reconnoissance;
que le progrès des Arts qu'elle cultive , a beaucoup contribué à la perfection où ils ont porté
leur Profession ; que les bons Acteurs font valoir les bonnes Pieces , mais que ce sont les bonnes Pieces qui forment les bons Acteurs , et que
la plus ancienne des Tragédies qui sont demeurées
au Théatre , est le Cid , qui parut peu de temps
après l'établissement de l'Académie Françoise."
Que ce sont les Ouvrages du grand Corneille
de Racine et de plusieurs autres Académiciens
qui ont fait changer de face au Théatre François,
assez grossier auparavant ; que depuis ce tempslà notre Scene s'est rendue digne de l'attention
des Etrangers mêmes , et qu'on voit en Allemagne et en d'autres Pays encore plus éloignez , des
Théatres François plus fréquentez , que ceux où
l'on représente des Pieces composées dans la Lan- gue vulgaire du lieu.
Celui qui présidoit à l'Académie finit son Discours, en disant , qu'au reste elle rendroit compte
aa Roy, son Protecteur , de l'offre obligeante qui lui étoit faite.
La réponse du Roy à l'Académie , a été que
S. M. trouvoit bon qu'elle acceptât l'offre des Comédiens François..
Comédiens François ayant fait avertir l'Académie , qu'ils étoient dans son Anti- Chambre et
qu'ils souhaitoient lui parler , elle les reçut de
la maniere qu'elle a coûtume de recevoir les Etrangers qui ont quelque chose à lui proposer. Les
Députez étant assis , M. Quinault l'aîné dit :
MESSIEURS
Il y a long-temps que nous desirions faire la dé- marche que nous faisons. La crainte d'un refus
nous à retenus jusqu'à present , mais aujourd'hui
que nous apprenons que vous ne dédaignerez pas
d'accepter l'entrée de notre Spectacle , nous venons
vous l'offrir. En l'acceptant vous nous honorerez
infinimen . Il ne nous reste plus , Messieurs , qu'a
vous supplier de nous venir entendre le plus souvent
qu'il vous sera possible et de nous faire part de vos lumieres dans les occasions où nous aurons besoin.
des secours d'une Compagnie aussi illustre et aussi
respectable que la vôtre.
L'Académicien qui ce jour-là présidoit à la
Compagnie , leur répondit, qu'elle entendoit avec
plaisir leur Compliment , qui passeroit dans be 1 monde
MARS, 1732. 589
monde pourune marque de leur reconnoissance;
que le progrès des Arts qu'elle cultive , a beaucoup contribué à la perfection où ils ont porté
leur Profession ; que les bons Acteurs font valoir les bonnes Pieces , mais que ce sont les bonnes Pieces qui forment les bons Acteurs , et que
la plus ancienne des Tragédies qui sont demeurées
au Théatre , est le Cid , qui parut peu de temps
après l'établissement de l'Académie Françoise."
Que ce sont les Ouvrages du grand Corneille
de Racine et de plusieurs autres Académiciens
qui ont fait changer de face au Théatre François,
assez grossier auparavant ; que depuis ce tempslà notre Scene s'est rendue digne de l'attention
des Etrangers mêmes , et qu'on voit en Allemagne et en d'autres Pays encore plus éloignez , des
Théatres François plus fréquentez , que ceux où
l'on représente des Pieces composées dans la Lan- gue vulgaire du lieu.
Celui qui présidoit à l'Académie finit son Discours, en disant , qu'au reste elle rendroit compte
aa Roy, son Protecteur , de l'offre obligeante qui lui étoit faite.
La réponse du Roy à l'Académie , a été que
S. M. trouvoit bon qu'elle acceptât l'offre des Comédiens François..
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Résumé : Offre des Comédiens François à l'Académie Françoise, [titre d'après la table]
Le 3 mars, sept députés des Comédiens Français rencontrèrent l'Académie Française pour proposer une collaboration. M. Quinault l'aîné exprima le désir des comédiens de travailler avec l'Académie et sollicita son soutien. L'académicien président accueillit favorablement cette initiative, soulignant que le progrès des arts avait perfectionné la profession des comédiens. Il cita 'Le Cid' de Corneille comme exemple de pièce encore jouée et mentionna l'impact des œuvres de Corneille, Racine et d'autres académiciens sur le théâtre français. Le président conclut en annonçant que l'Académie informerait le roi de cette offre, qui reçut une réponse favorable.
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122
p. 775-778
« Jamais le goût, pour la déclamation et les réprésentations Théâtrales [...] »
Début :
Jamais le goût, pour la déclamation et les réprésentations Théâtrales [...]
Mots clefs :
Allemagne, Amour des spectacles et de la musique, Russie, Opéra comique, Académie royale de musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Jamais le goût, pour la déclamation et les réprésentations Théâtrales [...] »
SPECT À CLE S.
' Amais le goût, pour la déclamation et
les, réprésentions Théatrales n'a été .
si fort ni si général , non seulement en
France , mais dans les Païs Etrangers. A
Paris et dans quelques belles Maisons de
Campagne des environs , on compte plus
de cinquante Théatres , fort bien ajustez
et ornez proprement , où des Sociétez
particulieres se font un plaisir de joüer´
des Piéces Tragiques et Comiques , avec
beaucoup d'intelligence et de finesse ; et
les gens de la premiere qualité s'en mêlent comme les Bourgeois. Quelqués sujets de l'un et de l'autre sexe , brillent part
de tres-heureux talens , et s'attirent des
applaudissemens bien meriteż ; une jeune
personne sur tout , du quartier du Lu--
xembourg, joue plusieurs Rôles avec
4
2
Gy tout
776 MERCURE DE FRANCE
tout le naturel , les graces et la noblesse
possible.
En Allemagne on se fait un grand
plaisir de ce même amusement ; et on apprend de Vienne , que le 13 du mois dernier quelquesCavaliers et Pages de la Cour
de l'Empereur, représenterent devantL.M.
Imp. uneComédie Italienne , qui fut fort
applaudie.
On écrit de Dresde qu'on y avoit joué
chez la Duchesse d'Holstein, en présence
du Roy de Pologne , une Comédie Françoise , intitulée : L'Ami de tout le monde ;
dont les principaux Rôles étoient remplis par les Comtesses de Bilinsken et de
Beuckling , par le Duc de Holstein , le
Pr. Lubomiski et le Comte Rutouski.
L'amour des Spectacles et de la Musique a enfin percé jusques dans le Nord.
On se pique à present en Russie de cultiver les beaux Arts , et la Czarine a donné
des ordres , pour faire construire incessemment à Petersbourg , une Salle et un
Théatre , pour y représenter l'Opéra.
Ce Bâtiment sera achevé vers les Fêtes.
de la Pentecôte , et on ouvrira ce Spectacle aussi-tôt que les Musiciens qu'on
fait
AVRIL. 1732. 777
fait venir d'Italie seront arrivez.
3
Le 3 Mars , l'Opera Comique joua une
Piéce nouvelle en un Acte , qui a pour
titre , les deux Eleves ; elle fut précédée
de l'Ecole des Amans , Piéce remise au
Théatre , et du Pot Pourry Pantomime
dont il a été parlé dans le dernier Mercure. Ces deux Pieces furent suivies du
Ballet Anglois Pantomime , exécuté par
les petits Comédiens , qui ont été trèsapplaudis , et singulierement le petit Sabotier , qui danse un pas de deux , avec
la petite Delle Cheret , avec autant de graces et de précision qu'on peut en attendre de deux enfans de leur âge.
Le 20 , on donna encore une petite Pie-
-ce nouvelle d'un Acte, avec un Divertis-
-sement , intitulée : Le Triomphe de l'ignorance, qui a été continué jusqu'au 29, jour
de la clôture du Théatre.
Le 24et le 29 Mars , l'Académie Koyale de Musique donna deux Réprésentations de l'Opéra d' Amadis , pour les Acteurs , comme cela se pratique toutes les
années avant la cloture du Théatre , le
brillant Pas de trois fut dansé à la fin J
par la De Camargo , et par les Sr. Dumoulin et Laval , avec un applaudissement general,
Gvj Or
778 MERCURE DE FRANCE
On a donné sur ce Théatre , le Mardi
21 de ce mois, la Tragedie deJephté, qu'on
avoit interrompuë pendant la Quinzaine
de Pâques. Cette Piéce est toujours hono
rée des mêmes applaudissemens..
Le Publica aussi applaudi aux nouveaux
ornemens , dont on a embelli la Salle de
l'Opera , dont nous pourrons parler plus.
au long,
Le S' Benozi , Vénitien, nouvel Acteur ,
frere de la Dlle Silvia , debuta , le 3 Mars,
sur le Theatre de l'Hôtel de Bourgogne ,
et y joüa le Rôle de Scaramouche , dans :
la Comédie de Colombine , Avocat pour &
contre ; il a joué encore le même Rôle ,
dans d'autres Piéces , dans lesquelles il a
été applaudi. Outre les talens que ce nouvel Acteur a pour le Theatres il est tresbon Musicien et tres- habile Symphoniste,,
pour le dessus de Violon.
' Amais le goût, pour la déclamation et
les, réprésentions Théatrales n'a été .
si fort ni si général , non seulement en
France , mais dans les Païs Etrangers. A
Paris et dans quelques belles Maisons de
Campagne des environs , on compte plus
de cinquante Théatres , fort bien ajustez
et ornez proprement , où des Sociétez
particulieres se font un plaisir de joüer´
des Piéces Tragiques et Comiques , avec
beaucoup d'intelligence et de finesse ; et
les gens de la premiere qualité s'en mêlent comme les Bourgeois. Quelqués sujets de l'un et de l'autre sexe , brillent part
de tres-heureux talens , et s'attirent des
applaudissemens bien meriteż ; une jeune
personne sur tout , du quartier du Lu--
xembourg, joue plusieurs Rôles avec
4
2
Gy tout
776 MERCURE DE FRANCE
tout le naturel , les graces et la noblesse
possible.
En Allemagne on se fait un grand
plaisir de ce même amusement ; et on apprend de Vienne , que le 13 du mois dernier quelquesCavaliers et Pages de la Cour
de l'Empereur, représenterent devantL.M.
Imp. uneComédie Italienne , qui fut fort
applaudie.
On écrit de Dresde qu'on y avoit joué
chez la Duchesse d'Holstein, en présence
du Roy de Pologne , une Comédie Françoise , intitulée : L'Ami de tout le monde ;
dont les principaux Rôles étoient remplis par les Comtesses de Bilinsken et de
Beuckling , par le Duc de Holstein , le
Pr. Lubomiski et le Comte Rutouski.
L'amour des Spectacles et de la Musique a enfin percé jusques dans le Nord.
On se pique à present en Russie de cultiver les beaux Arts , et la Czarine a donné
des ordres , pour faire construire incessemment à Petersbourg , une Salle et un
Théatre , pour y représenter l'Opéra.
Ce Bâtiment sera achevé vers les Fêtes.
de la Pentecôte , et on ouvrira ce Spectacle aussi-tôt que les Musiciens qu'on
fait
AVRIL. 1732. 777
fait venir d'Italie seront arrivez.
3
Le 3 Mars , l'Opera Comique joua une
Piéce nouvelle en un Acte , qui a pour
titre , les deux Eleves ; elle fut précédée
de l'Ecole des Amans , Piéce remise au
Théatre , et du Pot Pourry Pantomime
dont il a été parlé dans le dernier Mercure. Ces deux Pieces furent suivies du
Ballet Anglois Pantomime , exécuté par
les petits Comédiens , qui ont été trèsapplaudis , et singulierement le petit Sabotier , qui danse un pas de deux , avec
la petite Delle Cheret , avec autant de graces et de précision qu'on peut en attendre de deux enfans de leur âge.
Le 20 , on donna encore une petite Pie-
-ce nouvelle d'un Acte, avec un Divertis-
-sement , intitulée : Le Triomphe de l'ignorance, qui a été continué jusqu'au 29, jour
de la clôture du Théatre.
Le 24et le 29 Mars , l'Académie Koyale de Musique donna deux Réprésentations de l'Opéra d' Amadis , pour les Acteurs , comme cela se pratique toutes les
années avant la cloture du Théatre , le
brillant Pas de trois fut dansé à la fin J
par la De Camargo , et par les Sr. Dumoulin et Laval , avec un applaudissement general,
Gvj Or
778 MERCURE DE FRANCE
On a donné sur ce Théatre , le Mardi
21 de ce mois, la Tragedie deJephté, qu'on
avoit interrompuë pendant la Quinzaine
de Pâques. Cette Piéce est toujours hono
rée des mêmes applaudissemens..
Le Publica aussi applaudi aux nouveaux
ornemens , dont on a embelli la Salle de
l'Opera , dont nous pourrons parler plus.
au long,
Le S' Benozi , Vénitien, nouvel Acteur ,
frere de la Dlle Silvia , debuta , le 3 Mars,
sur le Theatre de l'Hôtel de Bourgogne ,
et y joüa le Rôle de Scaramouche , dans :
la Comédie de Colombine , Avocat pour &
contre ; il a joué encore le même Rôle ,
dans d'autres Piéces , dans lesquelles il a
été applaudi. Outre les talens que ce nouvel Acteur a pour le Theatres il est tresbon Musicien et tres- habile Symphoniste,,
pour le dessus de Violon.
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Résumé : « Jamais le goût, pour la déclamation et les réprésentations Théâtrales [...] »
En France et à l'étranger, le goût pour la déclamation et les représentations théâtrales était très prononcé. À Paris et dans les maisons de campagne environnantes, plus de cinquante théâtres accueillaient des sociétés particulières jouant des pièces tragiques et comiques. Des personnes de haut rang et des bourgeois y participaient, certains acteurs se distinguant par leur talent. En Allemagne, cet engouement était également présent. À Vienne, des cavaliers et des pages de la cour de l'empereur avaient représenté une comédie italienne applaudie par l'impératrice. À Dresde, une comédie française avait été jouée en présence du roi de Pologne, avec des rôles principaux interprétés par des comtesses et des ducs. En Russie, l'amour des spectacles et de la musique se développait, la czarine ayant ordonné la construction d'une salle et d'un théâtre à Petersbourg pour représenter l'opéra. À Paris, l'Opéra Comique avait joué plusieurs pièces, dont 'Les deux Élèves' et 'Le Triomphe de l'ignorance'. L'Académie Royale de Musique avait donné des représentations de l'opéra 'Amadis' et de la tragédie 'Jephté'. Le Vénitien S' Benozi avait débuté sur la scène de l'Hôtel de Bourgogne en jouant Scaramouche, recevant des applaudissements pour ses talents de musicien et symphoniste.
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123
p. 778-782
Le Triomphe de l'Amour, Piece nouvelle, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Les Comédiens Italiens donnerent le 12 Mars, la premiere Représentation [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Triomphe de l'Amour, Comédie
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texteReconnaissance textuelle : Le Triomphe de l'Amour, Piece nouvelle, Extrait, [titre d'après la table]
Les Comédiens. Italiens donnerent le
12 Mars , la premiere Représentation ‹
d'une Comédie en trois Actes , en Prose,
intitulée : Le Triomphe de l'Amour; cette
Piéce n'a pas eu le succès qu'elle méritoit;
c'est une des mieux intriguées qui soient
sorties de la plume de M. de Marivaux :
voicy un Argument qui doit tenir lieu d'Extrait.
Une
AVRIL. 1732. 779
Une jeune Princesse ,
amoureuse d'un
Prince opprimé , auquel un Philosophe
a donné un azyle chez lui , pour le dérober au péril qui menaceroit sa vie, sil
la passoit dans l'éclat qui convient à sa
naissance , se travestit en homme , pour s'introduire chez Hermocratè, ( c'est le nom
du Philosophe qui l'a élevé chez lui dès
sa plus tendre enfance. ) Ce Philosophe a
une sœur, appellée Léontine , d'une humeur encore plus austere. La Princesse déguisée sous le nom de Phocion , commence par mettre la sœur du Philosophe dans
ses interêts, en lui faisant croire qu'il l'aime, et que ce n'est que par le bruit de ses
perfections , qui lui tiennent lieu de tout
ce que la beauté a de plus piquant , qu'il
est venu la chercher dans saretraite; l'aústerité de cette prude est d'abord effarouchée ; elle ne sçauroit consentir à laisser
entrer et séjourner chez elle , un homme
dont elle est aimée ; mais l'amour qui
commence àtriompher de son cœur , lui
fait insensiblement oublier ce qu'elle doit
à sa gloire ; elle lui promet de faire con-- sentir Hermocrate son Frere , à le recevoir chez lui et à l'y souffrir pour quelques jours , par droit d'hospitalité ; ce
premier obstacle franchi , le prétendu
Phocion n'a pas beaucoup de peine à lier
4
›
un
الم
780 MERCURE DE FRANCE
1
un commerce d'amitié avec Agis , c'est le
nom de son amant ; cependant comme
tout est suspect aux yeux d'Hermocrate ,
ce Philosophe ne consent pas encore à recevoir Phocion dans sa retraite ; les jours
d'Agis lui sont trop chers pour le laisser
approcher de qui que ce soit ; nouvel embarras pour Phocion ; mais il a pourvû à
tout , et sa batterie est dressée de loin. Il a
une conversation avec Hermocrate: Autre
incident, par un hazard que l'Auteur a
pris soin d'expo.er dans la premiere Scene.
Hermocrate a vû Phocion depuis peu dans
la Forêt prochaine , sous les habits de son
sexe ; il reconnoît ses traits malgré son
travestissement ; le faut Cavalier a pris
ses mesures contre cet inconvenient; il se
donne pour ce qu'il est , et joue avec le
Frere le même Rôle qui lui a si -bien réüssi avec la sœur ; deux portraits qu'il a fait
faire de l'un er de l'autre , présentez à
propos , le font passer pour l'amant le
plus passionné , et l'amante la plus sincere qui fut jamais.
Egalement aimé de la Prude et du Phi-
-losophe , il ne lui reste plus que de l'être
de son cher Agis ; dans une Scene ingénieusement traitée , l'ami prétendu se déclare tendre amant; l'amitié d'Agis devient
amour , et l'amour produit en lui la jalousie
AVRIL. 1732 781
lousie dès qu'il apprend qu'Hermocrate
est aimé. Leonide , c'est le veritable nom
de la Princesse , n'a pas beaucoup de pei
ne à dissiper ses soupçons ; le nom de
fide que son Amant lui a donné dans sa
colere , nesert qu'à lui faire voir qu'elle
est aimée autant qu'elle aime.
per.
Le dénouement de cette avanture est
des plus Comiques. Léonide , pour écar
ter le Philosophe et sa sœur , leur dit de
l'aller attendre à Athénes , où elle doit
les épouser solemnellement ; ils se font
une confidence reciproque de leut amour
qu'ils cessent d'envisager comme une foiblesse. Léontine nomme son vainqueur
au Philosophe qui ne lui répond que par
un grand éclat de rire ; il lui dit que Phocion est une fille , et que c'est l'amour
qu'elle a pour lui qui l'a obligée à déguiser son sexe ; mais le pauvre Philosophe
est confondu à son tour , quand il aprend
de la bouche d'Agis , que c'est lui qui est
l'Amant favorisé et qui doit devenir son
heureux Epoux. Hermocrate a beau vouloir s'y opposer et prendre le ton de Maître ; on vient lui dire que sa Maison est
entourée de Soldats , commandez par le
Capitaine des Gardes de la Princesse. Léonide vient et se fait reconnoître pour la
Princesse de Sparthe ; elle rend à son cher
Agis ,
782 MERCURE DE FRANCE
Agis , Fils de Cléomene , le Thrône que
son Pere avoit usurpé sur lui. Voilà à peu
près le sujet de cette Comédie ; tout le
monde convient que les Scenes en sont
parfaitement bien dialoguées et remplies
de pensées et de sentimens ; mais on croit
que cette intrigue auroit encore mieux
convenuà une simple Bourgeoise qu'à une
Princesse de Sparthe.
Le 29 , les mêmes Comédiens donnerent la Tragi- Comédie de Samson , pour
la clôture du Théatre.
Le 21 Avril , ils rouvrirent le Théatre
par une Comédie-nouvelle en Vers et en
trois Actes , de la composition des sieurs,
Romagnesy et Lélio le fils , intitulée , les
Amusemens à la mode , précédée d'un Prologue. La Dile Silvia fit le complimen.
qu'on a accoutumé de faire toutes les an
nées à la rentrée du Théatre , lequel fut
fort applaudi , ainsi que la Piece dont on
parlera plus au long.
12 Mars , la premiere Représentation ‹
d'une Comédie en trois Actes , en Prose,
intitulée : Le Triomphe de l'Amour; cette
Piéce n'a pas eu le succès qu'elle méritoit;
c'est une des mieux intriguées qui soient
sorties de la plume de M. de Marivaux :
voicy un Argument qui doit tenir lieu d'Extrait.
Une
AVRIL. 1732. 779
Une jeune Princesse ,
amoureuse d'un
Prince opprimé , auquel un Philosophe
a donné un azyle chez lui , pour le dérober au péril qui menaceroit sa vie, sil
la passoit dans l'éclat qui convient à sa
naissance , se travestit en homme , pour s'introduire chez Hermocratè, ( c'est le nom
du Philosophe qui l'a élevé chez lui dès
sa plus tendre enfance. ) Ce Philosophe a
une sœur, appellée Léontine , d'une humeur encore plus austere. La Princesse déguisée sous le nom de Phocion , commence par mettre la sœur du Philosophe dans
ses interêts, en lui faisant croire qu'il l'aime, et que ce n'est que par le bruit de ses
perfections , qui lui tiennent lieu de tout
ce que la beauté a de plus piquant , qu'il
est venu la chercher dans saretraite; l'aústerité de cette prude est d'abord effarouchée ; elle ne sçauroit consentir à laisser
entrer et séjourner chez elle , un homme
dont elle est aimée ; mais l'amour qui
commence àtriompher de son cœur , lui
fait insensiblement oublier ce qu'elle doit
à sa gloire ; elle lui promet de faire con-- sentir Hermocrate son Frere , à le recevoir chez lui et à l'y souffrir pour quelques jours , par droit d'hospitalité ; ce
premier obstacle franchi , le prétendu
Phocion n'a pas beaucoup de peine à lier
4
›
un
الم
780 MERCURE DE FRANCE
1
un commerce d'amitié avec Agis , c'est le
nom de son amant ; cependant comme
tout est suspect aux yeux d'Hermocrate ,
ce Philosophe ne consent pas encore à recevoir Phocion dans sa retraite ; les jours
d'Agis lui sont trop chers pour le laisser
approcher de qui que ce soit ; nouvel embarras pour Phocion ; mais il a pourvû à
tout , et sa batterie est dressée de loin. Il a
une conversation avec Hermocrate: Autre
incident, par un hazard que l'Auteur a
pris soin d'expo.er dans la premiere Scene.
Hermocrate a vû Phocion depuis peu dans
la Forêt prochaine , sous les habits de son
sexe ; il reconnoît ses traits malgré son
travestissement ; le faut Cavalier a pris
ses mesures contre cet inconvenient; il se
donne pour ce qu'il est , et joue avec le
Frere le même Rôle qui lui a si -bien réüssi avec la sœur ; deux portraits qu'il a fait
faire de l'un er de l'autre , présentez à
propos , le font passer pour l'amant le
plus passionné , et l'amante la plus sincere qui fut jamais.
Egalement aimé de la Prude et du Phi-
-losophe , il ne lui reste plus que de l'être
de son cher Agis ; dans une Scene ingénieusement traitée , l'ami prétendu se déclare tendre amant; l'amitié d'Agis devient
amour , et l'amour produit en lui la jalousie
AVRIL. 1732 781
lousie dès qu'il apprend qu'Hermocrate
est aimé. Leonide , c'est le veritable nom
de la Princesse , n'a pas beaucoup de pei
ne à dissiper ses soupçons ; le nom de
fide que son Amant lui a donné dans sa
colere , nesert qu'à lui faire voir qu'elle
est aimée autant qu'elle aime.
per.
Le dénouement de cette avanture est
des plus Comiques. Léonide , pour écar
ter le Philosophe et sa sœur , leur dit de
l'aller attendre à Athénes , où elle doit
les épouser solemnellement ; ils se font
une confidence reciproque de leut amour
qu'ils cessent d'envisager comme une foiblesse. Léontine nomme son vainqueur
au Philosophe qui ne lui répond que par
un grand éclat de rire ; il lui dit que Phocion est une fille , et que c'est l'amour
qu'elle a pour lui qui l'a obligée à déguiser son sexe ; mais le pauvre Philosophe
est confondu à son tour , quand il aprend
de la bouche d'Agis , que c'est lui qui est
l'Amant favorisé et qui doit devenir son
heureux Epoux. Hermocrate a beau vouloir s'y opposer et prendre le ton de Maître ; on vient lui dire que sa Maison est
entourée de Soldats , commandez par le
Capitaine des Gardes de la Princesse. Léonide vient et se fait reconnoître pour la
Princesse de Sparthe ; elle rend à son cher
Agis ,
782 MERCURE DE FRANCE
Agis , Fils de Cléomene , le Thrône que
son Pere avoit usurpé sur lui. Voilà à peu
près le sujet de cette Comédie ; tout le
monde convient que les Scenes en sont
parfaitement bien dialoguées et remplies
de pensées et de sentimens ; mais on croit
que cette intrigue auroit encore mieux
convenuà une simple Bourgeoise qu'à une
Princesse de Sparthe.
Le 29 , les mêmes Comédiens donnerent la Tragi- Comédie de Samson , pour
la clôture du Théatre.
Le 21 Avril , ils rouvrirent le Théatre
par une Comédie-nouvelle en Vers et en
trois Actes , de la composition des sieurs,
Romagnesy et Lélio le fils , intitulée , les
Amusemens à la mode , précédée d'un Prologue. La Dile Silvia fit le complimen.
qu'on a accoutumé de faire toutes les an
nées à la rentrée du Théatre , lequel fut
fort applaudi , ainsi que la Piece dont on
parlera plus au long.
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Résumé : Le Triomphe de l'Amour, Piece nouvelle, Extrait, [titre d'après la table]
Le 12 mars, les Comédiens Italiens ont présenté la première représentation de la comédie en trois actes et en prose intitulée 'Le Triomphe de l'Amour' de Marivaux. Cette pièce, bien que bien construite, n'a pas rencontré le succès escompté. L'intrigue suit une jeune princesse, Léonide, amoureuse d'un prince opprimé, Agis. Ce dernier se réfugie chez un philosophe nommé Hermocrate. Pour se rapprocher du prince, Léonide se déguise en homme sous le nom de Phocion et gagne la confiance de Léontine, la sœur austère du philosophe. Phocion parvient à convaincre Léontine de l'accueillir, puis à se lier d'amitié avec Agis. Hermocrate, méfiant, refuse d'abord de recevoir Phocion. Cependant, Phocion révèle son identité à Hermocrate et à Léontine, utilisant des portraits pour prouver son amour. Léonide doit finalement révéler sa véritable identité pour écarter le philosophe et sa sœur. Elle les envoie à Athènes pour les épouser, révélant ainsi son amour pour Agis. Léonide se fait reconnaître comme la princesse de Sparthe et rend le trône à Agis, fils de Cléomène. La pièce est appréciée pour ses dialogues et ses pensées, mais certains estiment que l'intrigue aurait mieux convenu à une bourgeoise qu'à une princesse. Le 29 mars, les Comédiens Italiens ont joué la tragédie-comédie de 'Samson' pour la clôture du théâtre. Le 21 avril, ils ont rouvert le théâtre avec la comédie en vers 'Les Amusements à la mode' de Romagnesy et Lélio le fils.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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124
p. 782-783
« Le 29, les mêmes Comédiens donnerent la Tragi-Comédie de [...] »
Début :
Le 29, les mêmes Comédiens donnerent la Tragi-Comédie de [...]
Mots clefs :
Samson, Polyeucte, Eryphile
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 29, les mêmes Comédiens donnerent la Tragi-Comédie de [...] »
Le 29 , les mêmes Comédiens donnerent la Tragi- Comédie de Samson , pour
la clôture du Théatre.
Le 21 Avril , ils rouvrirent le Théatre
par une Comédie-nouvelle en Vers et en
trois Actes , de la composition des sieurs,
Romagnesy et Lélio le fils , intitulée , les
Amusemens à la mode , précédée d'un Prologue. La Dile Silvia fit le complimen.
qu'on a accoutumé de faire toutes les an
nées à la rentrée du Théatre , lequel fut
fort applaudi , ainsi que la Piece dont on
parlera plus au long.
Le même jour , les Comédiens François ouvrirent leur Sale par la Tragédie
de Polieucte , et par la petite Comédie de
l'Amour Diable, du feu sieur le Grand ,
qu'ils ont remise au Théatre.
Le Jeudy 24. de ce mois , on reprit lá
Tragédie d'Eryphile de M. de Voltaire ,
avec plusieurs changemens que le Public
AVRIL. 1732. 783
a approuvez. Le sieur Dufresne , prononça avant la Piece un Discours en Vers ,
composé par l'Auteur, qui fut fort applaudi.
la clôture du Théatre.
Le 21 Avril , ils rouvrirent le Théatre
par une Comédie-nouvelle en Vers et en
trois Actes , de la composition des sieurs,
Romagnesy et Lélio le fils , intitulée , les
Amusemens à la mode , précédée d'un Prologue. La Dile Silvia fit le complimen.
qu'on a accoutumé de faire toutes les an
nées à la rentrée du Théatre , lequel fut
fort applaudi , ainsi que la Piece dont on
parlera plus au long.
Le même jour , les Comédiens François ouvrirent leur Sale par la Tragédie
de Polieucte , et par la petite Comédie de
l'Amour Diable, du feu sieur le Grand ,
qu'ils ont remise au Théatre.
Le Jeudy 24. de ce mois , on reprit lá
Tragédie d'Eryphile de M. de Voltaire ,
avec plusieurs changemens que le Public
AVRIL. 1732. 783
a approuvez. Le sieur Dufresne , prononça avant la Piece un Discours en Vers ,
composé par l'Auteur, qui fut fort applaudi.
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Résumé : « Le 29, les mêmes Comédiens donnerent la Tragi-Comédie de [...] »
En avril 1732, plusieurs événements marquèrent le monde du théâtre. Le 29 avril, les comédiens jouèrent 'Samson' pour la clôture du théâtre. Le 21 avril, ils rouvrirent avec 'Les Amusements à la mode' et un prologue de la Dile Silvia. Les Comédiens Français ouvrirent avec 'Polyeucte' et 'L'Amour Diable'. Le 24 avril, 'Eryphile' de Voltaire fut reprise avec des changements approuvés. Le discours de Dufresne fut également applaudi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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125
p. 982-993
Amusemens à la mode, [titre d'après la table]
Début :
Le 21 Avril, les Comédiens Italiens donnerent la premiere Représentation [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Les Amusements à la mode, Romagnesi, Riccoboni, Comédie, Théâtre, Acteurs, Actes, Danse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Amusemens à la mode, [titre d'après la table]
SPECTACLES.
L
E 21 Avril , les Comédiens Italiens
donnerent la premiere Représentation
d'une Piece en trois - Actes, intitulée : Les
Amusemens àla mode. Cette Comédie
dont les Sieurs Romagnesy et Riccoboni
sont Auteurs , fut précédée d'un Prologue. Voici l'Extrait de cet Ouvrage , que
le Public a reçu tres- favorablement , en
ayant trouvé le titre bien rempli , a beaucoup d'égards , et heureusement saisi , car
on n'a jamais tant vû de gens de tous
Etats , se faire un amusement de jouer la
Comédie, &c.
Au Prologue , Le Théatre représente le Théatre même. La De Sylvia y
paroît assise dans un Fauteuil. Le St Romagnési vient interrompre sa profonde
rêverie, dont il-lui demande la cause ; elle
lui dit qu'elle pense tres- sérieusement à
la sottise qu'ils vont faire de donner une
si mauvaise Piéce au public ; Piece qu'ils
n'auroient jamais dû recevoir.Romagnesi
lui dit que c'est à juste titre qu'on l'a reçue, et la premiere raison qu'il en donne,
C'est qu'il en est l'Auteur. Sylvia témoigne
MAY. 1732 १६
gnë sa surprise , attendu le peu de bon
sens qui regne dans tout l'Ouvrage, Romagnesi ne croit pas pouvoir mieux imposer silence à sa critique , qu'en ajoûtant , qu'elle est interressée plus qu'elle ne
pense à épargner l'Ouvrage , puisque son
parent Riccoboni ya travaillé conjointement avec lui : La Piece n'est donc pas
mauvaise , répond Sylvia ; elle fait plus
elle se charge de faire un Compliment au
public , pour le prévenir en faveur de
Ouvrage. Ce Compliment a paru tresjoli , aussi bien que le Prologue. La Dile
Silvia restée seule , s'exprime ainsi :
si
MESSIEURS , c'est vainement qu'il
pense ,
Que j'ose me charger du soin
De lasser votre patience ;
Quelle que soit votre indulgence
Ce seroit la pousser trop loin ,
De la mésurer au besoin
Qu'en aura notre insuffisance.
D'ailleurs , je tenterois des efforts superflus
Et c'est en vain qu'on se propose ,
D'adoucir un Public que l'Ouvrage indispose
Il ne le siffle point , mais il n'y revient plus ,
C'est à peu près la même chose.
Il faut pourtant vous demander ,
Car vous sçavez que c'est l'usage ,
G iij Et
984 MERCURE DE FRANCE
Et si vous daignez m'accorder
Le bien dont je me fais la plus fateuse image
Tout autre sort au nôtre doit ceder;
C'est d'être convainca de notre ardent hom
mage
De croire , que le soin qui peut seul nous guider
but que votre suffrage ,
Que dis je il est notre unique partage ;
N'a
pour
In douter un moment , c'est nous déposseder
Des droits d'un si juste héritage.
Acteurs de la Piece.
Mr Oronte, pere de Lucile,le sieur Pagheti.
MmeOronte , mere de Lucile , la Dille Belmont.
1102 5
Eraste, Amant de Lucile, le St Theveneau.
Lucile , fille de Met de Mme Oronte , la
Dlla Sylvia.
Rigolet , amoureux de Lucile , le sieur
Sticotti.
Lisidor et Coqueluche , amis de Rigolet,
joüans la Comédie de même que Ri
golet , les sieurs Mario et Romagnesi.
Valentin , Valet d'Eraste , le sieur Lelio.
Spinette , suivante de Lucile,la Dile Lelio.
La Scene est dans la Maison de Monsieur Oronte.
Acte
M AY. 17327 98
Acte Scene ; Oronte veut marier sa fille à Mr
Rigolet , parce qu'il déclame bien ; Mate
Oronté qui a autánt d'aversion pour le
talent de déclamer, que son mari ya de
panchant, s'oppose à son choix; Mr Oronte lui dit qu'elle seroit d'accord avec lui ,
s'il panchoit du côté d'Eraste , pár la seule raison qu'il chante bien , parce qu'elle
aime le chant. Made Oronte lui répond
qu'elle ne donnera sa fille ni à lun, ni à
l'autre , et s'en va.
Mr et Mme Oronte ouvrent la
Oronte se plaint de l'indocilité de sa femme, Lucile vient,suivie de Spinette; elle demande à son pere, d'où peut venir sa có
lere: M'Oronte lui dit que ce n'est rien,
qu'il vient de quereller avec sa femme ,
qui , selon sa coûtume , n'est pas , de son
sentiment ; qu'il s'agit d'un mariage qu'il
vient de lui proposer. Lucile lui demande quel choix il a proposé à sa mere ; l'éloge que M'Oronte fait de l'époux qu'il
veut lui donner, persuadant à Lucile que
ce'ne peut être qu'Eraste ; elle y donne
un plein consentement ; mais dès qu'elle
est mieux éclaircie , elle lui fait entendre
qu'elle ne sçauroit aimer Rigolet. Oronte
fait valoir l'authorité de pere , et prétend
absolument qu'elle épouse celui qu'elle
fui destine.
Fiiij Lucile
986 MERCURE DE FRANCE
:
Lucile témoigne sa douleur à Spinette,
qui lui conseille de ne point obéir à son
Pere. Eraste survient. Lucile lui apprend
son malheur Valentin , Valet d'Eraste,
leur promet de parer ce coup fatal par un
stratagême qu'il vient d'imaginer.
Eraste , pour remercier Lucile des bontez qu'elle a pour lui , se jette à ses pieds,
Valentin se jette à son tour aux pieds de
Spinette.Oronte rentre et surprend le Maî
tre et le Valet dans cette posture tendre et
suppliante. Valentin lui veut persuader
que c'est une Scene de Tragedie que Lucile et Eraste répetent , et qu'il vient lui
même d'y ajouter un troisiéme personnage; c'est-à-dire , celui de César , surprenant Antoine aux pieds de Cléopatre. Ce
faux -fuyant plaît d'abord à M. Oronte
par rapport au panchant qu'il a pour le
Théatre , mais il ne change pas de résolution ; il dit à Madame Öronte qui survient , la situation où il a trouvé Eraste.
Madame Oronte trouve tres - mauvais
qu'Eraste soit entré sans se faire annoncer. Valentin lui répond que M. Oronte
vient de faire de même. Madame Oronte
les congédie tous.
Valentin reste et fait entendre à Mad.
Oronte que la victoire qu'elle prétend
remporter sur son mari n'est pas assez
com-
MAY. 17328 987
complette , si elle ne fait voir qu'elle est
la maîtresse absoluë , en mariant sa fille à
Eraste dont il rejette le choix. Madame.
Oronte lui dit qu'elle n'acceptera jamais
pour gendre un homme qui sçachant
qu'elle aime le chant , va chanter autre
part que chez elle. Valentin jugeant parlà que Madame Oronte est picquée de la
préférence qu'Eraste donne à une autre ,
Tui fait entendre que si son Maître chante chez sa tante, plutôt que chez elle, c'est
parce qu'elle l'a menace de le deshériter ,
S'il ne lui consacre tous ses Concerts ; il
ajoute que le péril de l'exhérédation néne l'a
pas empêché de se livrer enfin à son inelination , et qu'il étoit venu chez elle
pour la prier de vouloir entendre un Ope-
-ra qu'il vouloit faire représenter chez elle.
Au nom d'Opera, Mad. Oronte est transportée et dit à Valentin d'aller faire revenir son Maître ; Valentin qui ne croyoit
pas être pris au mot , paroît très embarrassé; il fait entendre à Mad. Oronte qu'il
craint qu'Eraste au désespoir n'ait déja
contremandé tous les Acteurs. Madame
Oronte le presse de les aller rassembler ;
Valentin enrage de s'être embarqué si
avant , mais il se détermine enfin à s'en
tirer comme il pourra , &c.
Ce premier Acte a paru un peu froid .
Gv mais
988 MERCURE DE FRANCES
maisil ne laisse pas d'être dans les regles ,.
et de promette du plaisir aux Spectateurs.
Les Auteurs leur tiendront parole dans le second.
3
Eraste et Valentin commencent ce se--
cond Acte : le Maître est fort irrité contre le Valet,de ce qu'il a promis un Opéra
à Mad. Oronte, et lui dit que puisquec'est
lui qui l'a mis dans cet embarras ; ce sera
lui-même qui l'en tirera ; Valentin convient de tout et sort avec son Maître,
pour aller chercher des Musiciens qu'il
compte de trouver tous assemblez chezDupuy; c'est un celebre Caffé. M. Oron--
te vient , suivi de son gendre futur pré--
tendu , de Lisidor , et de Coqueluche , l'un
Comédien , l'autre Auteur, Il se promet
beaucoup de plaisir à entendre déclamer
par Rigolet des Stances de Coqueluche.
3
Mad. Oronte survient avec Lucile. et
Spinette elles se préparent bien toutes &
trois à rire deces Originaux qu'elles trouvent avec M. Oronte. Rigolet fait son
compliment à Lucile , qui loin d'y prêter
attention , écoute l'éloge que Coquelu
che fait de son sçavoir. Rigolet déclame
les Stances de Coqueluche , dont le sujet
est Marius , se plaignant du sort qui l'a
abandonné , pour se ranger du parti de
Sylla; mais il gesticule si mal , que Coqueluche
M A Y. 1732. 989
fuche ne pouvant souffrir qu'on gâte son
ouvrage , se met en état de faire les gestes
à mesure que Rigolet ne fera que prononcer. Cette Scene a paru originale au Théatre , et a excité de grands éclats de rire.
Valentin vient donner un plat de son
métier , déguisé en Comédien; il embrasse Rigolet, comme étant un de ses plus
chers camarades ; il contrefait si-bien un
des meilleurs Acteurs de la Comédie Françoise , qu'on croit le voir lui- même ;
cette imitation a fait un honneur infini
au jeune Lélio , qui fait tous les jours de
nouveaux progrès dans sa profession ;
Rigolet passant pour Comédien , malgré
tout ce qu'il dit , pour détruire l'imposture , est congédié non seulement par
Mad. Oronte , mais par mári même
qui dit qu'il est si faché que sa femme
ait raison , qu'il ne veut plus désormais se
mêler de marier sa fille. Mad. Oronte se
charge de ce soin , et se déclaré pour Eraste. La Piece paroît dénoüée par cet inci- "
dent , et Valentin qui se fait connoître
pour ce qu'il est en effet, pourroit se dispenser de donner à Mad. Oronte l'Opéra
qu'il lui a promis; mais elle s'y attend et
il faut la satisfaire ; nous allons dire en
peu de mots de quoi il s'agit dans ce troisiéme Acte , qui à pour titre: Les Catasson
*
Gvj rophes
990 MERCURE DE FRANCE
trophes Lyri-tragi - Comiques. C'est une espece de Parodie de l'Opéra de Jephié , et
de la Tragédie d'Eryphile.
Acteurs
Le Roy, amoureux de Buquemeque , le
sieur Theveneau.
Amphigourie , fille du Roy , la De Sylvia.
Buquemeque , mere d'Albumazar , la D'leBelmont.
Albumazar , amant d'Amphigourie , le
sieur Romagnesi.
Venus , la Chanteuse.
Troupe de Guerriers , de Démons , &c.
Les noms Burlesques qu'on a pris soin
de donner aux Héros de cette Parodie ,
Lyri-tragi-Comique , n'ont pas fait prendre le change sur les deux sujets qui y
ont donné lieu ; on n'a pas osé nommer
les principaux personnages , mais on les
a trop bien indiquez , pour donner lieu
aux Spectateurs de s'y méprendre : En
voici un petit Extrait..
Buquemeque et Amphigourie se font
une confidence réciproque de leurs sentimens ; la premiere,destinée à épouser le
Roy, craint qu'il ne devienne volage après
'Hymen, et s'exprime ainsi :
&
Le
MAY. 17320 991
Le plus fidelle Amant ,
Du nœud le plus charmant ,
Quelquefois se dégage ;
Et le plus tendre Epoux ,
Dans un lieu moins doux,
Peut devenir volage.
La seconde fait entendre qu'elle craint
d'avoir fait une folie , en donnant son
cœur au Fils de cette même Buquemeque
à qui elle parle ; elle assaisonne ce petit aveu de cette maxime :
Quand l'Amour de sestraits nous blesse,
Nous ne sentons que son poison ;
S'il pouvoit suivre la raison
Auroit- il le com de foiblesse
Un bruit de Trompettes annonce le retour et la victoire du Roy et d'Albumazar ; ce sont les deu Héros pour lesquels
ces deux Amantes s'interessent ; après la
fetele Roy ordonne à tout le monde de "
se retirer , comme au commencement du
troisiéme Acte de Jephré , le seul Albumazar reste ; autre confidence réciproque
de sentimens , ils sont tous deux consternez ; l'un par un serment indiscret , a
promis aux Dieux de leur immoler sa
fille Buquemeque; voilà Jephté et Iphise 3
l'autre par l'ordre de l'ombre de son pere
}
doit
991 MERCURE DE FRANCE
doit donner la mort à sa mere ; voilà Alcméon et Eryphile ; un bruit infernal leur
fait dire à tous deux
C'est l'Enfer qui vient en ces lieux ,
Nous prier d'obéir aux Dieux. ·
Cette Entrée de Démons et l'arrivée de
Vénus n'ayant plus rien qu'on puisse ap--
peller Parodie , nous en épargnons le déTail aux Lecteurs, et nous nous contentons
de dire , que Buquemeque et Amphigourie en sont quittes pour la peur,parce que·
l'Amour combat pour elle's.
Les mêmes Comédiens doivent jouer
dans peu une Piece nouvelle , en 3 Actès,
avec un Divertissement, elle a pour titre :
LeTuteur Genereux , ou l' Amour trompé par
Papparence, dont on parlera plus au long. -
Le 1 May , le S Roland , originaire de
Provence , cy-devant premier Danseur du
feu Duc de Mantouë , qui l'avoit amené -
à Paris en 1704. et la De Roland sa fille,
née à Venise , âgée de 17 ans , parurent
pour la premiere fois sur le Theatre de
l'Hôtel de Bourgogne ; le premier exécuta une Danse comique et grotesque en
Païsan , qui fut applaudie du public. La Dile Roland dansa à la fin de la Pièce les
caracteres de la Danse , avec beaucoup . '
din
MAY 17323 9935
d'intelligence et de vivacité ; les Cabrioles et les Entrechats ne lui coutent rien ;
et quoiqu'elle ait encore bien des perfections à acquerir , le public qui la regarde
comme un tres-bon sujet, l'a fort applau
die. Il n'y a pas long-tems qu'elle a dansé
à l'Opéra de Londres et dans ceux des
Provinces de France. Outre ses talenspour la Danse , elle est encore bonne
Comédienne , ayant joué différens Rôles en François et en Italien dans diverses
Troupes.
L
E 21 Avril , les Comédiens Italiens
donnerent la premiere Représentation
d'une Piece en trois - Actes, intitulée : Les
Amusemens àla mode. Cette Comédie
dont les Sieurs Romagnesy et Riccoboni
sont Auteurs , fut précédée d'un Prologue. Voici l'Extrait de cet Ouvrage , que
le Public a reçu tres- favorablement , en
ayant trouvé le titre bien rempli , a beaucoup d'égards , et heureusement saisi , car
on n'a jamais tant vû de gens de tous
Etats , se faire un amusement de jouer la
Comédie, &c.
Au Prologue , Le Théatre représente le Théatre même. La De Sylvia y
paroît assise dans un Fauteuil. Le St Romagnési vient interrompre sa profonde
rêverie, dont il-lui demande la cause ; elle
lui dit qu'elle pense tres- sérieusement à
la sottise qu'ils vont faire de donner une
si mauvaise Piéce au public ; Piece qu'ils
n'auroient jamais dû recevoir.Romagnesi
lui dit que c'est à juste titre qu'on l'a reçue, et la premiere raison qu'il en donne,
C'est qu'il en est l'Auteur. Sylvia témoigne
MAY. 1732 १६
gnë sa surprise , attendu le peu de bon
sens qui regne dans tout l'Ouvrage, Romagnesi ne croit pas pouvoir mieux imposer silence à sa critique , qu'en ajoûtant , qu'elle est interressée plus qu'elle ne
pense à épargner l'Ouvrage , puisque son
parent Riccoboni ya travaillé conjointement avec lui : La Piece n'est donc pas
mauvaise , répond Sylvia ; elle fait plus
elle se charge de faire un Compliment au
public , pour le prévenir en faveur de
Ouvrage. Ce Compliment a paru tresjoli , aussi bien que le Prologue. La Dile
Silvia restée seule , s'exprime ainsi :
si
MESSIEURS , c'est vainement qu'il
pense ,
Que j'ose me charger du soin
De lasser votre patience ;
Quelle que soit votre indulgence
Ce seroit la pousser trop loin ,
De la mésurer au besoin
Qu'en aura notre insuffisance.
D'ailleurs , je tenterois des efforts superflus
Et c'est en vain qu'on se propose ,
D'adoucir un Public que l'Ouvrage indispose
Il ne le siffle point , mais il n'y revient plus ,
C'est à peu près la même chose.
Il faut pourtant vous demander ,
Car vous sçavez que c'est l'usage ,
G iij Et
984 MERCURE DE FRANCE
Et si vous daignez m'accorder
Le bien dont je me fais la plus fateuse image
Tout autre sort au nôtre doit ceder;
C'est d'être convainca de notre ardent hom
mage
De croire , que le soin qui peut seul nous guider
but que votre suffrage ,
Que dis je il est notre unique partage ;
N'a
pour
In douter un moment , c'est nous déposseder
Des droits d'un si juste héritage.
Acteurs de la Piece.
Mr Oronte, pere de Lucile,le sieur Pagheti.
MmeOronte , mere de Lucile , la Dille Belmont.
1102 5
Eraste, Amant de Lucile, le St Theveneau.
Lucile , fille de Met de Mme Oronte , la
Dlla Sylvia.
Rigolet , amoureux de Lucile , le sieur
Sticotti.
Lisidor et Coqueluche , amis de Rigolet,
joüans la Comédie de même que Ri
golet , les sieurs Mario et Romagnesi.
Valentin , Valet d'Eraste , le sieur Lelio.
Spinette , suivante de Lucile,la Dile Lelio.
La Scene est dans la Maison de Monsieur Oronte.
Acte
M AY. 17327 98
Acte Scene ; Oronte veut marier sa fille à Mr
Rigolet , parce qu'il déclame bien ; Mate
Oronté qui a autánt d'aversion pour le
talent de déclamer, que son mari ya de
panchant, s'oppose à son choix; Mr Oronte lui dit qu'elle seroit d'accord avec lui ,
s'il panchoit du côté d'Eraste , pár la seule raison qu'il chante bien , parce qu'elle
aime le chant. Made Oronte lui répond
qu'elle ne donnera sa fille ni à lun, ni à
l'autre , et s'en va.
Mr et Mme Oronte ouvrent la
Oronte se plaint de l'indocilité de sa femme, Lucile vient,suivie de Spinette; elle demande à son pere, d'où peut venir sa có
lere: M'Oronte lui dit que ce n'est rien,
qu'il vient de quereller avec sa femme ,
qui , selon sa coûtume , n'est pas , de son
sentiment ; qu'il s'agit d'un mariage qu'il
vient de lui proposer. Lucile lui demande quel choix il a proposé à sa mere ; l'éloge que M'Oronte fait de l'époux qu'il
veut lui donner, persuadant à Lucile que
ce'ne peut être qu'Eraste ; elle y donne
un plein consentement ; mais dès qu'elle
est mieux éclaircie , elle lui fait entendre
qu'elle ne sçauroit aimer Rigolet. Oronte
fait valoir l'authorité de pere , et prétend
absolument qu'elle épouse celui qu'elle
fui destine.
Fiiij Lucile
986 MERCURE DE FRANCE
:
Lucile témoigne sa douleur à Spinette,
qui lui conseille de ne point obéir à son
Pere. Eraste survient. Lucile lui apprend
son malheur Valentin , Valet d'Eraste,
leur promet de parer ce coup fatal par un
stratagême qu'il vient d'imaginer.
Eraste , pour remercier Lucile des bontez qu'elle a pour lui , se jette à ses pieds,
Valentin se jette à son tour aux pieds de
Spinette.Oronte rentre et surprend le Maî
tre et le Valet dans cette posture tendre et
suppliante. Valentin lui veut persuader
que c'est une Scene de Tragedie que Lucile et Eraste répetent , et qu'il vient lui
même d'y ajouter un troisiéme personnage; c'est-à-dire , celui de César , surprenant Antoine aux pieds de Cléopatre. Ce
faux -fuyant plaît d'abord à M. Oronte
par rapport au panchant qu'il a pour le
Théatre , mais il ne change pas de résolution ; il dit à Madame Öronte qui survient , la situation où il a trouvé Eraste.
Madame Oronte trouve tres - mauvais
qu'Eraste soit entré sans se faire annoncer. Valentin lui répond que M. Oronte
vient de faire de même. Madame Oronte
les congédie tous.
Valentin reste et fait entendre à Mad.
Oronte que la victoire qu'elle prétend
remporter sur son mari n'est pas assez
com-
MAY. 17328 987
complette , si elle ne fait voir qu'elle est
la maîtresse absoluë , en mariant sa fille à
Eraste dont il rejette le choix. Madame.
Oronte lui dit qu'elle n'acceptera jamais
pour gendre un homme qui sçachant
qu'elle aime le chant , va chanter autre
part que chez elle. Valentin jugeant parlà que Madame Oronte est picquée de la
préférence qu'Eraste donne à une autre ,
Tui fait entendre que si son Maître chante chez sa tante, plutôt que chez elle, c'est
parce qu'elle l'a menace de le deshériter ,
S'il ne lui consacre tous ses Concerts ; il
ajoute que le péril de l'exhérédation néne l'a
pas empêché de se livrer enfin à son inelination , et qu'il étoit venu chez elle
pour la prier de vouloir entendre un Ope-
-ra qu'il vouloit faire représenter chez elle.
Au nom d'Opera, Mad. Oronte est transportée et dit à Valentin d'aller faire revenir son Maître ; Valentin qui ne croyoit
pas être pris au mot , paroît très embarrassé; il fait entendre à Mad. Oronte qu'il
craint qu'Eraste au désespoir n'ait déja
contremandé tous les Acteurs. Madame
Oronte le presse de les aller rassembler ;
Valentin enrage de s'être embarqué si
avant , mais il se détermine enfin à s'en
tirer comme il pourra , &c.
Ce premier Acte a paru un peu froid .
Gv mais
988 MERCURE DE FRANCES
maisil ne laisse pas d'être dans les regles ,.
et de promette du plaisir aux Spectateurs.
Les Auteurs leur tiendront parole dans le second.
3
Eraste et Valentin commencent ce se--
cond Acte : le Maître est fort irrité contre le Valet,de ce qu'il a promis un Opéra
à Mad. Oronte, et lui dit que puisquec'est
lui qui l'a mis dans cet embarras ; ce sera
lui-même qui l'en tirera ; Valentin convient de tout et sort avec son Maître,
pour aller chercher des Musiciens qu'il
compte de trouver tous assemblez chezDupuy; c'est un celebre Caffé. M. Oron--
te vient , suivi de son gendre futur pré--
tendu , de Lisidor , et de Coqueluche , l'un
Comédien , l'autre Auteur, Il se promet
beaucoup de plaisir à entendre déclamer
par Rigolet des Stances de Coqueluche.
3
Mad. Oronte survient avec Lucile. et
Spinette elles se préparent bien toutes &
trois à rire deces Originaux qu'elles trouvent avec M. Oronte. Rigolet fait son
compliment à Lucile , qui loin d'y prêter
attention , écoute l'éloge que Coquelu
che fait de son sçavoir. Rigolet déclame
les Stances de Coqueluche , dont le sujet
est Marius , se plaignant du sort qui l'a
abandonné , pour se ranger du parti de
Sylla; mais il gesticule si mal , que Coqueluche
M A Y. 1732. 989
fuche ne pouvant souffrir qu'on gâte son
ouvrage , se met en état de faire les gestes
à mesure que Rigolet ne fera que prononcer. Cette Scene a paru originale au Théatre , et a excité de grands éclats de rire.
Valentin vient donner un plat de son
métier , déguisé en Comédien; il embrasse Rigolet, comme étant un de ses plus
chers camarades ; il contrefait si-bien un
des meilleurs Acteurs de la Comédie Françoise , qu'on croit le voir lui- même ;
cette imitation a fait un honneur infini
au jeune Lélio , qui fait tous les jours de
nouveaux progrès dans sa profession ;
Rigolet passant pour Comédien , malgré
tout ce qu'il dit , pour détruire l'imposture , est congédié non seulement par
Mad. Oronte , mais par mári même
qui dit qu'il est si faché que sa femme
ait raison , qu'il ne veut plus désormais se
mêler de marier sa fille. Mad. Oronte se
charge de ce soin , et se déclaré pour Eraste. La Piece paroît dénoüée par cet inci- "
dent , et Valentin qui se fait connoître
pour ce qu'il est en effet, pourroit se dispenser de donner à Mad. Oronte l'Opéra
qu'il lui a promis; mais elle s'y attend et
il faut la satisfaire ; nous allons dire en
peu de mots de quoi il s'agit dans ce troisiéme Acte , qui à pour titre: Les Catasson
*
Gvj rophes
990 MERCURE DE FRANCE
trophes Lyri-tragi - Comiques. C'est une espece de Parodie de l'Opéra de Jephié , et
de la Tragédie d'Eryphile.
Acteurs
Le Roy, amoureux de Buquemeque , le
sieur Theveneau.
Amphigourie , fille du Roy , la De Sylvia.
Buquemeque , mere d'Albumazar , la D'leBelmont.
Albumazar , amant d'Amphigourie , le
sieur Romagnesi.
Venus , la Chanteuse.
Troupe de Guerriers , de Démons , &c.
Les noms Burlesques qu'on a pris soin
de donner aux Héros de cette Parodie ,
Lyri-tragi-Comique , n'ont pas fait prendre le change sur les deux sujets qui y
ont donné lieu ; on n'a pas osé nommer
les principaux personnages , mais on les
a trop bien indiquez , pour donner lieu
aux Spectateurs de s'y méprendre : En
voici un petit Extrait..
Buquemeque et Amphigourie se font
une confidence réciproque de leurs sentimens ; la premiere,destinée à épouser le
Roy, craint qu'il ne devienne volage après
'Hymen, et s'exprime ainsi :
&
Le
MAY. 17320 991
Le plus fidelle Amant ,
Du nœud le plus charmant ,
Quelquefois se dégage ;
Et le plus tendre Epoux ,
Dans un lieu moins doux,
Peut devenir volage.
La seconde fait entendre qu'elle craint
d'avoir fait une folie , en donnant son
cœur au Fils de cette même Buquemeque
à qui elle parle ; elle assaisonne ce petit aveu de cette maxime :
Quand l'Amour de sestraits nous blesse,
Nous ne sentons que son poison ;
S'il pouvoit suivre la raison
Auroit- il le com de foiblesse
Un bruit de Trompettes annonce le retour et la victoire du Roy et d'Albumazar ; ce sont les deu Héros pour lesquels
ces deux Amantes s'interessent ; après la
fetele Roy ordonne à tout le monde de "
se retirer , comme au commencement du
troisiéme Acte de Jephré , le seul Albumazar reste ; autre confidence réciproque
de sentimens , ils sont tous deux consternez ; l'un par un serment indiscret , a
promis aux Dieux de leur immoler sa
fille Buquemeque; voilà Jephté et Iphise 3
l'autre par l'ordre de l'ombre de son pere
}
doit
991 MERCURE DE FRANCE
doit donner la mort à sa mere ; voilà Alcméon et Eryphile ; un bruit infernal leur
fait dire à tous deux
C'est l'Enfer qui vient en ces lieux ,
Nous prier d'obéir aux Dieux. ·
Cette Entrée de Démons et l'arrivée de
Vénus n'ayant plus rien qu'on puisse ap--
peller Parodie , nous en épargnons le déTail aux Lecteurs, et nous nous contentons
de dire , que Buquemeque et Amphigourie en sont quittes pour la peur,parce que·
l'Amour combat pour elle's.
Les mêmes Comédiens doivent jouer
dans peu une Piece nouvelle , en 3 Actès,
avec un Divertissement, elle a pour titre :
LeTuteur Genereux , ou l' Amour trompé par
Papparence, dont on parlera plus au long. -
Le 1 May , le S Roland , originaire de
Provence , cy-devant premier Danseur du
feu Duc de Mantouë , qui l'avoit amené -
à Paris en 1704. et la De Roland sa fille,
née à Venise , âgée de 17 ans , parurent
pour la premiere fois sur le Theatre de
l'Hôtel de Bourgogne ; le premier exécuta une Danse comique et grotesque en
Païsan , qui fut applaudie du public. La Dile Roland dansa à la fin de la Pièce les
caracteres de la Danse , avec beaucoup . '
din
MAY 17323 9935
d'intelligence et de vivacité ; les Cabrioles et les Entrechats ne lui coutent rien ;
et quoiqu'elle ait encore bien des perfections à acquerir , le public qui la regarde
comme un tres-bon sujet, l'a fort applau
die. Il n'y a pas long-tems qu'elle a dansé
à l'Opéra de Londres et dans ceux des
Provinces de France. Outre ses talenspour la Danse , elle est encore bonne
Comédienne , ayant joué différens Rôles en François et en Italien dans diverses
Troupes.
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Résumé : Amusemens à la mode, [titre d'après la table]
Le 21 avril, les Comédiens Italiens ont présenté pour la première fois la pièce en trois actes intitulée 'Les Amusemens à la mode', écrite par les sieurs Romagnesy et Riccoboni. Cette comédie, précédée d'un prologue, a été bien accueillie par le public, qui a trouvé le titre approprié et a noté l'engouement général pour le théâtre. Dans le prologue, Sylvia exprime ses doutes sur la qualité de la pièce, mais Romagnesy la rassure en affirmant qu'il en est l'auteur et que Riccoboni y a également contribué. Sylvia décide alors de complimenter le public pour les prévenir en faveur de l'œuvre. La pièce met en scène plusieurs personnages, dont Oronte, père de Lucile, qui souhaite marier sa fille à Rigolet en raison de ses talents de déclamateur. Mme Oronte, qui préfère le chant, s'oppose à ce mariage. Lucile, amoureuse d'Eraste, refuse également Rigolet. Valentin, valet d'Eraste, imagine un stratagème pour résoudre la situation. Le premier acte est jugé un peu froid mais prometteur. Le second acte voit Valentin promettre un opéra à Mme Oronte, ce qui conduit à des quiproquos et des révélations. La pièce se termine par une parodie lyrique et tragique, intitulée 'Les Catastrophes Lyri-tragi-comiques', qui parodie des œuvres célèbres. Les Comédiens Italiens doivent également jouer prochainement une nouvelle pièce intitulée 'Le Tuteur Généreux, ou l'Amour trompé par l'apparence'. Le 1er mai, le sieur Roland et sa fille, tous deux danseurs, ont fait leurs débuts sur la scène de l'Hôtel de Bourgogne, recevant des applaudissements pour leurs performances.
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126
p. 993-994
« Au commencement de ce mois, les Comédiens François ont remis [...] »
Début :
Au commencement de ce mois, les Comédiens François ont remis [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Opéra, Jepthé, Ballet des sens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Au commencement de ce mois, les Comédiens François ont remis [...] »
Au commencement de ce mois , les Co---
médiens François ont remis au Théatre la
Comédie en Vers et en 5 Actes , du Cu--
rieux Impertinent , de MrDestouches , que
le Public revoit avec beaucoup de plaisir."
Cette Piece, quoique la premiere de l'Au--
teur, n'est pas , à beaucoup près, la moin- ·
dre. Elle est parfaitement bien représen
tée par le S Quinaut , qui y jouë le principal Rôle , par les Diles Gossin et Quinaut, et par les S" la Thorilliere , Gran--
val, Poisson et Armand.
Le 14 les mêmes
Comédiens
remirent
au Théatre
la Tragédie
d'Habits
de Ma--
dame
Gomez
, qui
eut un fort
grand
suc
cès dans
sa nouveauté
en 1713.
Elle
n'avoit
jamais
été reprise
. Elle
est fort
ap
plaudie
994 MERCURE DE FRANCE
plaudie , sur tout aux situations interessantes du se Acte. Le S Granval yjouë
le principal Rôle ; le S Sarrazin y remplit celui du Roy , et les Des Duclos et Gossin ceux de la Reine et de la Princesse.
On continue à l'Opera les Representations deJephté, que le Public ne se lasse
pas de voir. Celle du Mardy , 13 Avril ,
fut honorée de la présence du Roy Stanislas , dont S. M. parut extrêmement satisfaite.
On répete actuellement le Balet des
Sens , Piece nouvelle , dont la Musique
est de M. Mouret , et le Poëme de M ....
On a appris de Londres , que le 8 de
ce mois au soir , plusieurs jeunes Gentils- Hommes du premier rang , dont le plus
âgé n'a pas 14 ans , représenterent dans
la Sale du Bal , au Palais de S. James , la
Tragédie de l'Empereur des Indes , ou la
Conquête du Méxique , par les Espagnols ,
en présence de L. M. et des Princes et
Princesses de la Famille Royale.
médiens François ont remis au Théatre la
Comédie en Vers et en 5 Actes , du Cu--
rieux Impertinent , de MrDestouches , que
le Public revoit avec beaucoup de plaisir."
Cette Piece, quoique la premiere de l'Au--
teur, n'est pas , à beaucoup près, la moin- ·
dre. Elle est parfaitement bien représen
tée par le S Quinaut , qui y jouë le principal Rôle , par les Diles Gossin et Quinaut, et par les S" la Thorilliere , Gran--
val, Poisson et Armand.
Le 14 les mêmes
Comédiens
remirent
au Théatre
la Tragédie
d'Habits
de Ma--
dame
Gomez
, qui
eut un fort
grand
suc
cès dans
sa nouveauté
en 1713.
Elle
n'avoit
jamais
été reprise
. Elle
est fort
ap
plaudie
994 MERCURE DE FRANCE
plaudie , sur tout aux situations interessantes du se Acte. Le S Granval yjouë
le principal Rôle ; le S Sarrazin y remplit celui du Roy , et les Des Duclos et Gossin ceux de la Reine et de la Princesse.
On continue à l'Opera les Representations deJephté, que le Public ne se lasse
pas de voir. Celle du Mardy , 13 Avril ,
fut honorée de la présence du Roy Stanislas , dont S. M. parut extrêmement satisfaite.
On répete actuellement le Balet des
Sens , Piece nouvelle , dont la Musique
est de M. Mouret , et le Poëme de M ....
On a appris de Londres , que le 8 de
ce mois au soir , plusieurs jeunes Gentils- Hommes du premier rang , dont le plus
âgé n'a pas 14 ans , représenterent dans
la Sale du Bal , au Palais de S. James , la
Tragédie de l'Empereur des Indes , ou la
Conquête du Méxique , par les Espagnols ,
en présence de L. M. et des Princes et
Princesses de la Famille Royale.
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Résumé : « Au commencement de ce mois, les Comédiens François ont remis [...] »
Au début du mois, les comédiens François ont présenté la comédie 'Le Curieux Impertinent' de Monsieur Destouches, bien accueillie par le public. Cette pièce en vers et en cinq actes, interprétée par des acteurs tels que Quinaut, Gossin, la Thorilliere, Granval, Poisson et Armand, est la première œuvre de l'auteur. Le 14 du même mois, ils ont joué la tragédie 'd'Habits' de Madame Gomez, qui avait connu un grand succès en 1713 et n'avait jamais été reprise depuis. Cette représentation a été particulièrement applaudie pour les situations intéressantes du cinquième acte, avec Granval, Sarrazin, Duclos et Gossin dans les rôles principaux. À l'Opéra, les représentations de 'Jephté' continuent de rencontrer un grand succès, avec la présence du roi Stanislas le 13 avril. Les répétitions du ballet 'Les Sens', avec une musique de Monsieur Mouret et un poème de Monsieur M., sont en cours. À Londres, le 8 du mois, plusieurs jeunes gentilshommes ont représenté la tragédie 'L'Empereur des Indes' au Palais de Saint James, en présence du roi et des membres de la famille royale.
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127
p. 1193-1195
« Les Embellissemens qu'on a faits depuis peu dans la [...] »
Début :
Les Embellissemens qu'on a faits depuis peu dans la [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Salle de l'Opéra, Loges
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Embellissemens qu'on a faits depuis peu dans la [...] »
SPECTACLE S.
Es Embellissemens qu'on a faits deLpuis peu dans la Sale de l'Opera , ordonnez par le Directeur de l'Académie
Royale de Musique , aux quarante- cinq
Loges , premieres , secondes et troisiémes , aux quatre Balcons et à l'Avant-.
Scene , qui font la distribution de cette
Sale , consistent sçavoir , au - dessus.
de la premiere Loge à droite , qui est
celle du Roy , on y a peint le Buste
d'Apollon ; à celle de la Reine , qui est
vis-à-vis , celui de Minerve ; ils sont suivis, sur la même ligne , des Panneaux des
secondes Loges , des Bustes des plus celebres Poëtes et des Muses , alternativement , ornez de Bas-reliefs , relatifs aux
Bustes en Médailles , qui forment le milieu superieur de chacune des premieres
Loges , peints en camaïeu ,
enfermez par
1. Vol. Gij des
1194 MERCURE DE FRANCE
des Guirlandes de fleurs de coloris , et
soutenus par des ornemens rehaussez d'or.
On voit sur les bases des premieres
Loges des Cartouches , entremêlez d'ornemens rehaussez d'or , aussi ornez de
Festons de fleurs de coloris , dans lesquels
sont des Trophées , des Attributs d'Apollon , de Minerve , des Muses et des
Poëtes , &c. Ce sont les principales parties qui font la Décoration des premieres
et secondes Loges ; les troisièmes sont
décorées d'ornemens convenables et dans
le même goût des autres ornemens.
Toutes les Loges sont séparées par des
Palmiers sur les montans , qui s'élevent
des Consoles et des Agrafes de Sculpture ;
le.tout rehaussé d'or ou doré en plein.
Les dedans et les Plafonds des Loges
sont feints de Damas et autres riches Etoffes , de même que les Plafonds des Compartimens , au milieu desquels sont des
Rosettes en saillie dorées en plein.
4
Le grand Rideau qui ferme le Théatre
presente à la vie un grand morceau de
coloris , dont les figures sont de la proportion d'environ sept pieds , la Bordure est rehaussée d'or , composée des
parties convenables au sujet. Apollon
y paroît au milieu d'une Gloire , sur
le devant de l'Autel des Sacrifices ; il
Lo Vol Y
JUIN. 1732. 1197
y est accompagné de differents Génies,
des Muses , &c. Le Dieu des Vers semble ordonner au Génie de l'Invention
désigné par le flambeau qu'il porte , d'alTer échauffer l'imagination de ses differens Génies , à qui Melpomene , Thalie ,
Erato et Terpsicore , ont confié leurs at
tributs.
Les Armes du Roy font le couronnement de la Bordure , elles sont accompagnées de branches de deux Palmiers ,
dont les troncs prennent leurs racines des
ornemens de la base de cette Bordure ,
et en montant forment un Plan circu
laire , varié au pourtour du Tableau ; aux
troncs des Palmiers qui sont entourez de
branches et de feuilles de Lauriers , sont
attachez quatre differens Trophées 3 sça -
voir, à droite ceux qui désignent l'Héroïque et le Pastoral , et au côté opposé
ceux du Lyrique et du Satirique. Le Serpent Pithon paroît sortir des ornemens
de cette Base , vaincu et rampant , ce qui
forme le milieu du Tableau.
Le Public a fort applaudi à ces nouveaux embellissemens , dont l'invention
et la prompte execution est dûë au sieur
le Maire , Peintre fort entendu , et qui
a déja réussi bien des fois dans ces sortes
d'Ouvrages.
1. Vol.
Es Embellissemens qu'on a faits deLpuis peu dans la Sale de l'Opera , ordonnez par le Directeur de l'Académie
Royale de Musique , aux quarante- cinq
Loges , premieres , secondes et troisiémes , aux quatre Balcons et à l'Avant-.
Scene , qui font la distribution de cette
Sale , consistent sçavoir , au - dessus.
de la premiere Loge à droite , qui est
celle du Roy , on y a peint le Buste
d'Apollon ; à celle de la Reine , qui est
vis-à-vis , celui de Minerve ; ils sont suivis, sur la même ligne , des Panneaux des
secondes Loges , des Bustes des plus celebres Poëtes et des Muses , alternativement , ornez de Bas-reliefs , relatifs aux
Bustes en Médailles , qui forment le milieu superieur de chacune des premieres
Loges , peints en camaïeu ,
enfermez par
1. Vol. Gij des
1194 MERCURE DE FRANCE
des Guirlandes de fleurs de coloris , et
soutenus par des ornemens rehaussez d'or.
On voit sur les bases des premieres
Loges des Cartouches , entremêlez d'ornemens rehaussez d'or , aussi ornez de
Festons de fleurs de coloris , dans lesquels
sont des Trophées , des Attributs d'Apollon , de Minerve , des Muses et des
Poëtes , &c. Ce sont les principales parties qui font la Décoration des premieres
et secondes Loges ; les troisièmes sont
décorées d'ornemens convenables et dans
le même goût des autres ornemens.
Toutes les Loges sont séparées par des
Palmiers sur les montans , qui s'élevent
des Consoles et des Agrafes de Sculpture ;
le.tout rehaussé d'or ou doré en plein.
Les dedans et les Plafonds des Loges
sont feints de Damas et autres riches Etoffes , de même que les Plafonds des Compartimens , au milieu desquels sont des
Rosettes en saillie dorées en plein.
4
Le grand Rideau qui ferme le Théatre
presente à la vie un grand morceau de
coloris , dont les figures sont de la proportion d'environ sept pieds , la Bordure est rehaussée d'or , composée des
parties convenables au sujet. Apollon
y paroît au milieu d'une Gloire , sur
le devant de l'Autel des Sacrifices ; il
Lo Vol Y
JUIN. 1732. 1197
y est accompagné de differents Génies,
des Muses , &c. Le Dieu des Vers semble ordonner au Génie de l'Invention
désigné par le flambeau qu'il porte , d'alTer échauffer l'imagination de ses differens Génies , à qui Melpomene , Thalie ,
Erato et Terpsicore , ont confié leurs at
tributs.
Les Armes du Roy font le couronnement de la Bordure , elles sont accompagnées de branches de deux Palmiers ,
dont les troncs prennent leurs racines des
ornemens de la base de cette Bordure ,
et en montant forment un Plan circu
laire , varié au pourtour du Tableau ; aux
troncs des Palmiers qui sont entourez de
branches et de feuilles de Lauriers , sont
attachez quatre differens Trophées 3 sça -
voir, à droite ceux qui désignent l'Héroïque et le Pastoral , et au côté opposé
ceux du Lyrique et du Satirique. Le Serpent Pithon paroît sortir des ornemens
de cette Base , vaincu et rampant , ce qui
forme le milieu du Tableau.
Le Public a fort applaudi à ces nouveaux embellissemens , dont l'invention
et la prompte execution est dûë au sieur
le Maire , Peintre fort entendu , et qui
a déja réussi bien des fois dans ces sortes
d'Ouvrages.
1. Vol.
Fermer
Résumé : « Les Embellissemens qu'on a faits depuis peu dans la [...] »
Le Directeur de l'Académie Royale de Musique a ordonné des embellissements récents dans la salle de l'Opéra. Les modifications concernent les loges, les balcons et l'avant-scène. Les loges du Roi et de la Reine sont ornées de bustes d'Apollon et de Minerve. Les secondes loges présentent des bustes de poètes célèbres et de Muses, accompagnés de bas-reliefs et de médailles en camaïeu. Les décorations incluent des guirlandes de fleurs, des ornements dorés et des cartouches avec des trophées et des attributs des divinités et des poètes. Les troisièmes loges sont décorées de manière similaire. Les loges sont séparées par des palmiers sculptés et dorés, et leurs intérieurs imitent des étoffes riches. Le grand rideau du théâtre montre Apollon entouré de génies et de Muses, avec les armes du Roi couronnant la bordure. Des palmiers et des trophées symbolisant différents genres poétiques sont présents, ainsi qu'un serpent Python vaincu. Le public a apprécié ces nouveaux embellissements, attribués au sieur le Maire, un peintre compétent.
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128
p. 1196-1210
Le Balet des Sens, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
L'Académie Royale de Musique, donna le 5. de ce [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Ballet des sens, Musique, Théâtre, Entrées, Prologue, Dessein, Camargo, Mademoiselle Sallé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Balet des Sens, Extrait, [titre d'après la table]
L'Académie Royale de Musique , donna le 5. de ce mois la premiere Repré
sentation du Ballet des Sens le Pu- , que
blic vit avec plaisir. Des cinq Entrées qui
composent ce Ballet , on n'en a joué que
trois , on fair esperer que les autres viendront successivement. M. Mouret en a
fait la Musique , dont on a parû très- sa◄
tisfait. Quantà l'Auteur du Poëme , comme il ne juge pas encore à propos de se
nommer , nous ne l'annoncerons que
lorsqu'il voudra bien jouir de sa gloire ;
en attendant , instruisons le Public de ce
qui concerne ce Ballet.
Au Prologue , le Théatre représente
l'Assemblée des Dieux ; ils s'unissent tous
en faveur des Mortels , assujettis aux infirmitez de la vie et à la fatalité de la
mort ; Venus est la Divinité qui paroît
s'interesser le plus dans leur sort ; voici
comme elle parle au Maître des Dieux :
Ton bras soutient contre l'effort des ans.
Les Arbres , les Rochers , de ta vaste puissance ,
Trop insensibles Monumens ;
Des Mers et des Forêts les divers habitans ,
Jouissent de tes dons , mais sans reconnoissance ;
Les Humains t'adressent leurs vœux ;
Ta gloire chaque jour s'accroît par leur hom mage ,
1. Vol. Pour
JUIN. 1732. 1197
Pourquoi ton plus parfait Ouvrage ,
Est-il le moins cher à tes yeux ?
Jupiter lui répond , que tel est l'ordre
du Destin , qui n'a pas voulu leur donner l'immortalité , de peur qu'ils ne bravassent les Dieux par ingratitude , au lieu
de les encenser par reconnoissance .
Mercure se joint à Venus pour obtenir du moins en faveur des Mortels , un
usage agréable des Sens. Jupiter leur répond qu'il craint qu'ils ne rendent ce don
pernicieux par d'injustes caprices ; il ne
laisse pas d'accorder ce qu'on lui demande , et s'explique ainsi :
Volez, charmans plaisirs , volez de toutes parts
Suivez chez les Mortels la Reine de Cythere ;
Brillez , enchantez leurs regards ;
Regnez, et que le Dieu des Arts ,
Vous embellisse et vous éclaire.
leurs Tous les Dieux témoignent par
danses la part qu'ils prennent au bonheur des hommes.
L'ODORAT. Premiere Entrée.
La Scene présente aux yeux les Jardins des Rois de Babilone. Clytie , Reine
de Babylone , commence par se plaindre
de l'inconstance du Soleil , qui après l'aI. Vol.
voir Giiij
1198 MERCURE DE FRANCE
voir quelque temps aimée , a porté ses
vœux à Leucothoé , sa sœur ; Enone , sa
Confidente , vient augmenter la haine
qu'elle a déja pour sa Řivale , en lui
prenant que l'ingrat dont elle se plaint
apva rendre sa nouvelle Maîtresse immortelle. Ce dernier trait porte le désespoir
dans le cœur de Clytie , et la fait parler
ainsi :
Prevenons cet affront ; seconde ma fúrie ;
Que le fer , le poison en délivre mes yeux ;
Il vient : elle se croit au comble de ses vœux ;
Mais ce plaisir sera le dernier de sa vie.
Leucothoć se plaint au Soleil de ce qu'il
la quitte si- tôt :il lui dit qu'il ne remonte
aux Cieuxque pour son propre interêt yet
que le Destin lui a promis de la rendre
immortelle; il ajoûte tendrement et galamment :
Nous unir à jamais , est le bien ou j'aspire ;
Non; dans tout l'Univers j'allume moins de feux
Que dans mon cœur n'en répandent vos yeux :
Pour les voir plus long- temps , ces beaux yeux
que j'adore ,
Je descends plus tard dans les Mers,
J'éveille plus matin l'Aurore ,
J'abbrege les nuits des hyvers.
I. Vol.
Ce
JUIN. 1732. 1199
Ce bel étalage que le Soleil fait de ses
feux , ne rassure pas Leucothoé ; ello lui
fait sentir qu'il a déja aimé sa sœur et
qu'il pourroit bien retourner à ses premieres chaînes ; le Soleil ne veut pas convenir qu'il ait déja été infidele , et par
un aveù tout des plus suspects, il lui div:
Clytie est votre sœuret votre Souveraine ;
Four votre sûreté j'adoucissois sa haine ;
Mais les Dieux vont enfin vous ouvrir leur séjour
Et vous ne craindrez plus une foible Mortelle ;
Je vais marquer au Ciel votre place nouvelle.
Le Soleil remonte aux Cieux , au grand
regret de la tendre Leucothoé. Elle fait
un. Monologue par lequel elle exprime
le desir empressé qu'elle a de revoir l'ob
jet de son amour.
Clytie vient faire avec elle une Scene
de dissimulation ; elle lui fait entendre
qu'elle ne songe plus au Soleil par ces
quatre Vers:
Pour rappeller un infidelle ,
Devons-nous perdre des soupirs ?
C'est nous couvrir d'une honte nouvelle
Et du volage encor redoubler les plaisirs.
Elle ne laisse pas de faire sentir à sa RIvale , qu'elle doit craindre le même sott
I. Kal. GAV qu'elle
1200 MERCURE DE FRANCE
qu'elle a éprouvés Leucothoé en est frappée. Clytie lui dit de l'aller attendre au
Temple , où elles se jureront une amitiééternelle ; et de peur que le Public ne
prenne le change sur sa prétendue sincerité , elle l'instruit de ses vrais sentimens.
par ce Vers :
Rivale que je hais , tu cours à ton supplice.
1
Enone vient lui montrer comme un
dépôt précieux , le Vase empoisonné qui
doit donner la mort à sa sœur ; Clytie
s'applaudit de sa prochaine vengeance
elle apperçoit la clarté renaissante du Soleil ; c'est ce qui la détermine à aller pres
ser l'execution de son barbare projet.
Le Soleil descend des Cieux ; les Heures qui forment sa Cour , forment aussi
la fête de cette premiere Entrée ; le So
leil y appelle les Babyloniens par ces quatre Vers :
Peuples de ces climats , celebrez ma conquête ;.
Dressez-lui les premiers Autels ;
Plaisirs , Amours , à cette Fête ,
Interessez les Dieux et les Mortels.
Pendant que le Soleil ordonne tranquil
lement l'Apothéose de son Amante ; Ĉlytie employe bien mieux des momens si
I. Vol. chers
JUIN. 1732. 1201
chers à sa vengeance ; il semble même
que le Soleil soit de concert avec elle ,
puisqu'il ne s'apperçoit de l'absence de
Leucothoé , que lorsqu'il n'est plus temps
d'empêcher sa mort ; voici quelle est sa
tardive reflexion :
Leucothoé devoit ici m'attendre ;
Qui peut la ravir à mes yeux ?
Cessez vos chants ; je ne puis les entendre ,
OCiel ! en quel état me la rendent les Dieux.
Ce qui donne lieu à ce dernier Vers ,
c'est l'arrivée de Leucothoé empoisonnée et expirante. Le Soleil ne reçoit plus
que ses derniers soupirs , et l'immortalité
que le Destin lui avoit promise pour elle,
se réduit à une métamorphose en l'Arbre
qui porte l'encens.
LE TOUCHER. Seconde Entrée.
Le Théatre représente le Temple de
Proserpine , au milieu duquel est la Statuë de Protesilas , Lardamie est aux pieds
de la Statue. Une Prêtresse de Proserpine
euvre la Scene par ces quatreVers :
Digne fille de Cerès ,
Reçoi les vœux d'un cœur tendre ;
Que l'objet de nos regrets ,
Puisse aujourd'hui les entendre
J. Vola G vj OFF
1202 MERCURE DE FRANCE
On voit bien que ce cœur tendre , c'èst
Laodamie , et que c'est Protesilas qui est
T'objet de ces tristes vœux. Après quelques autres Vers chantez alternativement
par la Prêtresse et par les Chœurs,et animez par des danses , Laodamie s'avance
sur le bord du Théatre , et expose le
sujet par ces. Vers.:
Illustre et cher Epour, non , non , la morg
cruelle ,
Ne sçauroit séparer nos cœurs ;
Tu respires encor dans ce Marbre fidelle ,
Qui trompe et nourrit mes douleurs ;
Je le touche, l'embrasse , et crois que j'y rap
pelle,
La vie , et nos chastes ardeurs.
Illustre et chér Epoux , &c.
Diomede , qui a quitté le Siege de Troye,
pour apporter à Laodamie l'épée et le
Diadême de Protesilas , tristes restes d'un
si cher Epoux , tâche de consoler cette
Reine gémissante; il ne s'en tient pas à
de simples complimens de condoleance,
un plus pressant motif l'a arraché au devoir que sa gloire et ses premiers sermens
lui imposaient; c'est l'amour qu'il avoit
conçu pour Laodamie , avant la mort de
Protesilas ; cette Epouse inconsolable est
si surprise et si irritée de l'aveu qu'il lui
en fair , qu'elle s'écrie :
JUIN. 1732. 1203
Qu'entends-je ? quels discours ! ô Ciel ! le puisje croire
Respectez-vous si peu mon amour et ma gloire
Diomede s'excuse du mieux qu'il peut;
mais voyant qu'il attaque un cœur plus
difficile à emporter que la Ville de Troye;
il renonce à la conquête que son amour
s'étoit proposée , pour retourner à celle
que lui présente sa gloire..
Après de nouveaux regrets ' de Laodamie, dont Proserpine est enfin touchées
cette Reine gagne tout , quand elle croit
tout perdu ; un orage soudain qui fait
tremblerla terre sous ses pas , et qui est
suivi de la foudre , abîme là Statuë de som
cher Epoux; ce nouveau malheur l'acca
ble, et lui fait dire :
ODieux ! ce Monument d'une flamme si belle
Devoit-il de la foudre attirer les éclats ?
J'ai tout perdu ; je languis , je chancelle ;
Le jour fuit ; j'entrevois les routes du trépas !
Elle tombe évanouie. Heureuse pamoi
son ! c'est dans ce même moment que
Proserpine sort des Enfers avec Protesilas , à qui elle dit : ."
Ouvre les yeux à la clarté celeste ;
Triomphe de la Mort, c'est le prix de tes feux-;-
L. Vol Bour
1204 MERCURE DE FRANCE
Pour Admete autrefois j'ai fait revivre Alceste ;
Tendre Epoux, je te rends à l'objet de tes vœux.
La Scene entre Laodamie revenuë de
son évanouissement , et Protesilas ressuscité , a paru très - touchante ; on n'a pas
bien compris comment cette Entrée peut convenir au toucher ; il n'est prequé question de ce Sens que dans ce Vers que nous
avons cité au sujet de la Statuë de Marbre :
Je le touche , l'embrasse , et crois que j'y rappelle
La vie et nos chastes ardeurs , &c.
Mais ce n'est point là , dit- on , ce qui
a ressuscité Protesilas ; c'est la bonté de.
Proserpine ; il est vrai que l'Auteur a prétendu encore nous parler du toucher dans
ces Vers que Laodamie dit à Diomede :
Voilà de mes plaisirs et l'objet et le gage:
Dans ces embrassemens je goute mille appas ;
Vous voyez dans ces traits sa fierté , son courage ;
Sa flamme dans ses yeux ne brille-t'elle pas à
Il semble de mon cœur entendre le langage,
Il semble qu'il me tend les bras.
Tout cela (continuënt les Critiques) nous
parle bien du toucher ; mais ce qu'on nous
en dit ne rend pas la vie au Héros de
I. Vol. Laodamie..
JUIN. 1732. 1205
Laodamie. Apparemment que l'Auteur a
eu ses raisons pour ne pas tirer son allegorie plus au clair ; imitons sa sagesse.
Les Ombres heureuses de la suite de
Proserpine , forment la Fête de cette Entrée, la Musique en a paruë très- touchante , mais plus convenable, dit- on , à une
Tragédie qu'à un Ballet.
LA VUE. Troisiéme Entrée.
Le Théatre représente une vaste Cam- pagne , bornée par des Côteaux fleuris.
Čet Acte a paru un des plus picquants
qu'on ait vûs dans ce genre ; on auroit
souhaité que tous ceux qui forment ce
nouveau Balet fussent sur le même ton..
L'Amour et Zephire exposent le sujet ; la
Dile le Maure représente l'Amour , et la
Die Petitpas fait le Rôle de Zephire. Jamais exposition de Piece n'a été si generalement applaudie ; les deux voix qui la
font sont des plus belles qu'on puisse entendre; la premiere n'eut jamais tant d'éclat , et l'autre a l'avantage de se soutenir à côté de son inimitable concurrente,
et de partager les suffrages avec elle. L'Amour à quitté son bandeau pour la pre
miere fois ; voici comment il expliqueP'impression que les couleurs font sur ses
yeux.
L. Vol. Mes
T206 MERCURE DE FRANCE
Mes yeux qu'un voilé épais a si long- temps cou
verts ,
S'ouvrent enfin à la lumiere ,
Cher Zephire , je crois voir naître l'Univers;
Je crois que le Soleil qui colore les Airs ,
Commence pour moi sa carriere.
Zephire l'exhorte par ces Vers à bien
user de la faveur que les Dieux viennent
de lui accorder , en lui donnant le précieux. usage de la vûë.
Songe à quel prix les Dieux t'accordent ces bienfaits.
Amour , quand ta main témeraire ,
Fait voler au hazard tes flammes et tes traits ,
Ton bandeau sert d'excuse aux mauxque tu peux
faire ;
L'excuse cesse desormais ;
C'est pour le bien des coeurs que le Destin t'éi
claire.
Dans la suite de cette Scene qui se sou
tient du commencement à la fin , l'Amour fait entendre qu'il aime Iris , voici
comment il s'exprime :
·
C'est entre la Terre et les Cieux ,
Que brille l'objet qui m'enchante :
Son Trône est un Arc radieux ,
Et toutes les couleurs qui séduisent les yeux,
L. Kol. Forment
JUIN 17320 1207
Forment sa parure éclatante ; ´´
C'est sur son front serein qu'on voit regner les
jeux ;
Sa presence toujours chérie et bienfaisante ,
Dissipe en un moment les orages affreux ;
C'est Iris , de Junon l'aimable Confidente.
A cet aveu Zephire cesse de craindre
d'avoir un Rival tel que l'Amour ; lés
ailes que le Destin leur a données à tous
deux , et d'autres traits de ressemblance lui faisoient appréhender que Flore ne le prit pour lui ; l'Auteur a imaginé
cette ressemblance , pour faire une Scenetrès-jolie entre l'Amour et Iris. Zephirequitte l'Amour pour aller prévenir Flore
sur cette ressemblance dont elle pourroit
être abusée.
L'Amour fait un beau Monologue.
sur les sentimens de son cœur , en voici
les quatre premiers Vers :
Enchantez mes regards , objets délicieux ,
Vous me dédommagez du séjour du Tonnerre ;-
Brillez , naissantes fleurs , vous êtes à la Terre ;.
Ce que
lés Astres sont aux Cieux.
Cette Scene est interrompue par un
orage qu'Iris vient dissiper ; elle paroît
sur l'Arc- en-Ciel , ce Trône radieux n'a
1. Vol jamais
1208 MERCURE DE FRANCE
jamais paru avec plus d'éclat. Voici le
premier compliment que lui fait l'Amour"
qu'elle prend pour l'inconstant Zephire.
Triomphez, belle Iris , tout ressent vos attraits ,
Et vos regards sont des beaux faits :
Vos couleurs font pâlir l'Aurore ;
Le Soleil éblouit , votre éclat est plus doux,;
Air , la Terre et les Cieux, tout s'embellit par vous.
La Versification du reste de cette Scene répond à ce gracieux début. Iris prenant l'Amour pour Zephire , le renvoye
à Flore , l'Amour est prêt à la détromper , mais il en est empêché par la brusque irruption d'Aquilon , son impetueux
Amant.Onauroit souhaité pour rendre cet
Acte plus parfait que la Scène de déclaration n'eut pas été interrompuë ; la reconnoissance qui ne vient que dans une autre Scene , auroit été plus vive et il n'étoit pas difficile de la filer avec art.
Zephire suivi de la Cour de Flore vient
faire le divertissement de cette troisiéme
Entrée : cette Fête est des plus riantes.
Nous ne parlerons point icy de la quatriéme ni de la cinquième Entrée, qui caracterisent les sens de l'Onie et du Goût ;
I. Vol nous
JUIN. 17320 1209
les
nous en rendrons compte quand elles auront été mises au Théatre , et nous ferons
part à nos Lecteurs des Observations du
Public , dont nous ne sommes que
Echos , quand il aura prononcé sur les
beautez et les deffauts qui peuvent se
trouver dans cet ouvrage.
Au Prologue, la DileErremans,le S*Chassé et le Sr Dumast remplissent les Rôles.
de Venus , de Jupiter et de Mercure.
Dans la premiere Entrée de l'Odorat, les
trois principaux Rôles de Lencothoé , de
Clitie et du Soleil , sont tres bien remplis.
par les Diles Lemaure et Antier , et par
le S Tribon.
Les Rôles de Laodamie , de Proserpine ,
de Protesilas et de Diomede sont parfaite
ment joüez par les Dules Pelissier et Julie ,
et par les S Chassé et Tribon:
Les Rôles d'Iris et d'Aquilon , à la 3 *
Entrée, sont remplis par la DeErremans,
et par le St Dun. Nous avons déja nommé les Diles Lemaure et Petitpas , en parlant de l'Amour et de Zéphire. Le triomphe de cette premiere est complet ;
il semble que le public n'ait des yeux et
des oreilles que pour elle.
Le dessein du Ballet , composé par le
S¹ Blondi , a été trouvé fort ingénieux et
I. Vol.
très-
1210 MERCURE DE FRANCE
tres-bien caracterisé , il est exécuté dans
la plus grande perfection , par les meilleurs sujets de l'Académie. La Dile Ferret
danse dans le Prologue; les S Dupré
Laval et la DeSalé , dans la premiere Entrée ; les Srs Dumoulin et Maltaires dans
la seconde , et les Srs Laval , Dumoulin et
Ja Dile Camargo dans la troisiéme.
sentation du Ballet des Sens le Pu- , que
blic vit avec plaisir. Des cinq Entrées qui
composent ce Ballet , on n'en a joué que
trois , on fair esperer que les autres viendront successivement. M. Mouret en a
fait la Musique , dont on a parû très- sa◄
tisfait. Quantà l'Auteur du Poëme , comme il ne juge pas encore à propos de se
nommer , nous ne l'annoncerons que
lorsqu'il voudra bien jouir de sa gloire ;
en attendant , instruisons le Public de ce
qui concerne ce Ballet.
Au Prologue , le Théatre représente
l'Assemblée des Dieux ; ils s'unissent tous
en faveur des Mortels , assujettis aux infirmitez de la vie et à la fatalité de la
mort ; Venus est la Divinité qui paroît
s'interesser le plus dans leur sort ; voici
comme elle parle au Maître des Dieux :
Ton bras soutient contre l'effort des ans.
Les Arbres , les Rochers , de ta vaste puissance ,
Trop insensibles Monumens ;
Des Mers et des Forêts les divers habitans ,
Jouissent de tes dons , mais sans reconnoissance ;
Les Humains t'adressent leurs vœux ;
Ta gloire chaque jour s'accroît par leur hom mage ,
1. Vol. Pour
JUIN. 1732. 1197
Pourquoi ton plus parfait Ouvrage ,
Est-il le moins cher à tes yeux ?
Jupiter lui répond , que tel est l'ordre
du Destin , qui n'a pas voulu leur donner l'immortalité , de peur qu'ils ne bravassent les Dieux par ingratitude , au lieu
de les encenser par reconnoissance .
Mercure se joint à Venus pour obtenir du moins en faveur des Mortels , un
usage agréable des Sens. Jupiter leur répond qu'il craint qu'ils ne rendent ce don
pernicieux par d'injustes caprices ; il ne
laisse pas d'accorder ce qu'on lui demande , et s'explique ainsi :
Volez, charmans plaisirs , volez de toutes parts
Suivez chez les Mortels la Reine de Cythere ;
Brillez , enchantez leurs regards ;
Regnez, et que le Dieu des Arts ,
Vous embellisse et vous éclaire.
leurs Tous les Dieux témoignent par
danses la part qu'ils prennent au bonheur des hommes.
L'ODORAT. Premiere Entrée.
La Scene présente aux yeux les Jardins des Rois de Babilone. Clytie , Reine
de Babylone , commence par se plaindre
de l'inconstance du Soleil , qui après l'aI. Vol.
voir Giiij
1198 MERCURE DE FRANCE
voir quelque temps aimée , a porté ses
vœux à Leucothoé , sa sœur ; Enone , sa
Confidente , vient augmenter la haine
qu'elle a déja pour sa Řivale , en lui
prenant que l'ingrat dont elle se plaint
apva rendre sa nouvelle Maîtresse immortelle. Ce dernier trait porte le désespoir
dans le cœur de Clytie , et la fait parler
ainsi :
Prevenons cet affront ; seconde ma fúrie ;
Que le fer , le poison en délivre mes yeux ;
Il vient : elle se croit au comble de ses vœux ;
Mais ce plaisir sera le dernier de sa vie.
Leucothoć se plaint au Soleil de ce qu'il
la quitte si- tôt :il lui dit qu'il ne remonte
aux Cieuxque pour son propre interêt yet
que le Destin lui a promis de la rendre
immortelle; il ajoûte tendrement et galamment :
Nous unir à jamais , est le bien ou j'aspire ;
Non; dans tout l'Univers j'allume moins de feux
Que dans mon cœur n'en répandent vos yeux :
Pour les voir plus long- temps , ces beaux yeux
que j'adore ,
Je descends plus tard dans les Mers,
J'éveille plus matin l'Aurore ,
J'abbrege les nuits des hyvers.
I. Vol.
Ce
JUIN. 1732. 1199
Ce bel étalage que le Soleil fait de ses
feux , ne rassure pas Leucothoé ; ello lui
fait sentir qu'il a déja aimé sa sœur et
qu'il pourroit bien retourner à ses premieres chaînes ; le Soleil ne veut pas convenir qu'il ait déja été infidele , et par
un aveù tout des plus suspects, il lui div:
Clytie est votre sœuret votre Souveraine ;
Four votre sûreté j'adoucissois sa haine ;
Mais les Dieux vont enfin vous ouvrir leur séjour
Et vous ne craindrez plus une foible Mortelle ;
Je vais marquer au Ciel votre place nouvelle.
Le Soleil remonte aux Cieux , au grand
regret de la tendre Leucothoé. Elle fait
un. Monologue par lequel elle exprime
le desir empressé qu'elle a de revoir l'ob
jet de son amour.
Clytie vient faire avec elle une Scene
de dissimulation ; elle lui fait entendre
qu'elle ne songe plus au Soleil par ces
quatre Vers:
Pour rappeller un infidelle ,
Devons-nous perdre des soupirs ?
C'est nous couvrir d'une honte nouvelle
Et du volage encor redoubler les plaisirs.
Elle ne laisse pas de faire sentir à sa RIvale , qu'elle doit craindre le même sott
I. Kal. GAV qu'elle
1200 MERCURE DE FRANCE
qu'elle a éprouvés Leucothoé en est frappée. Clytie lui dit de l'aller attendre au
Temple , où elles se jureront une amitiééternelle ; et de peur que le Public ne
prenne le change sur sa prétendue sincerité , elle l'instruit de ses vrais sentimens.
par ce Vers :
Rivale que je hais , tu cours à ton supplice.
1
Enone vient lui montrer comme un
dépôt précieux , le Vase empoisonné qui
doit donner la mort à sa sœur ; Clytie
s'applaudit de sa prochaine vengeance
elle apperçoit la clarté renaissante du Soleil ; c'est ce qui la détermine à aller pres
ser l'execution de son barbare projet.
Le Soleil descend des Cieux ; les Heures qui forment sa Cour , forment aussi
la fête de cette premiere Entrée ; le So
leil y appelle les Babyloniens par ces quatre Vers :
Peuples de ces climats , celebrez ma conquête ;.
Dressez-lui les premiers Autels ;
Plaisirs , Amours , à cette Fête ,
Interessez les Dieux et les Mortels.
Pendant que le Soleil ordonne tranquil
lement l'Apothéose de son Amante ; Ĉlytie employe bien mieux des momens si
I. Vol. chers
JUIN. 1732. 1201
chers à sa vengeance ; il semble même
que le Soleil soit de concert avec elle ,
puisqu'il ne s'apperçoit de l'absence de
Leucothoé , que lorsqu'il n'est plus temps
d'empêcher sa mort ; voici quelle est sa
tardive reflexion :
Leucothoé devoit ici m'attendre ;
Qui peut la ravir à mes yeux ?
Cessez vos chants ; je ne puis les entendre ,
OCiel ! en quel état me la rendent les Dieux.
Ce qui donne lieu à ce dernier Vers ,
c'est l'arrivée de Leucothoé empoisonnée et expirante. Le Soleil ne reçoit plus
que ses derniers soupirs , et l'immortalité
que le Destin lui avoit promise pour elle,
se réduit à une métamorphose en l'Arbre
qui porte l'encens.
LE TOUCHER. Seconde Entrée.
Le Théatre représente le Temple de
Proserpine , au milieu duquel est la Statuë de Protesilas , Lardamie est aux pieds
de la Statue. Une Prêtresse de Proserpine
euvre la Scene par ces quatreVers :
Digne fille de Cerès ,
Reçoi les vœux d'un cœur tendre ;
Que l'objet de nos regrets ,
Puisse aujourd'hui les entendre
J. Vola G vj OFF
1202 MERCURE DE FRANCE
On voit bien que ce cœur tendre , c'èst
Laodamie , et que c'est Protesilas qui est
T'objet de ces tristes vœux. Après quelques autres Vers chantez alternativement
par la Prêtresse et par les Chœurs,et animez par des danses , Laodamie s'avance
sur le bord du Théatre , et expose le
sujet par ces. Vers.:
Illustre et cher Epour, non , non , la morg
cruelle ,
Ne sçauroit séparer nos cœurs ;
Tu respires encor dans ce Marbre fidelle ,
Qui trompe et nourrit mes douleurs ;
Je le touche, l'embrasse , et crois que j'y rap
pelle,
La vie , et nos chastes ardeurs.
Illustre et chér Epoux , &c.
Diomede , qui a quitté le Siege de Troye,
pour apporter à Laodamie l'épée et le
Diadême de Protesilas , tristes restes d'un
si cher Epoux , tâche de consoler cette
Reine gémissante; il ne s'en tient pas à
de simples complimens de condoleance,
un plus pressant motif l'a arraché au devoir que sa gloire et ses premiers sermens
lui imposaient; c'est l'amour qu'il avoit
conçu pour Laodamie , avant la mort de
Protesilas ; cette Epouse inconsolable est
si surprise et si irritée de l'aveu qu'il lui
en fair , qu'elle s'écrie :
JUIN. 1732. 1203
Qu'entends-je ? quels discours ! ô Ciel ! le puisje croire
Respectez-vous si peu mon amour et ma gloire
Diomede s'excuse du mieux qu'il peut;
mais voyant qu'il attaque un cœur plus
difficile à emporter que la Ville de Troye;
il renonce à la conquête que son amour
s'étoit proposée , pour retourner à celle
que lui présente sa gloire..
Après de nouveaux regrets ' de Laodamie, dont Proserpine est enfin touchées
cette Reine gagne tout , quand elle croit
tout perdu ; un orage soudain qui fait
tremblerla terre sous ses pas , et qui est
suivi de la foudre , abîme là Statuë de som
cher Epoux; ce nouveau malheur l'acca
ble, et lui fait dire :
ODieux ! ce Monument d'une flamme si belle
Devoit-il de la foudre attirer les éclats ?
J'ai tout perdu ; je languis , je chancelle ;
Le jour fuit ; j'entrevois les routes du trépas !
Elle tombe évanouie. Heureuse pamoi
son ! c'est dans ce même moment que
Proserpine sort des Enfers avec Protesilas , à qui elle dit : ."
Ouvre les yeux à la clarté celeste ;
Triomphe de la Mort, c'est le prix de tes feux-;-
L. Vol Bour
1204 MERCURE DE FRANCE
Pour Admete autrefois j'ai fait revivre Alceste ;
Tendre Epoux, je te rends à l'objet de tes vœux.
La Scene entre Laodamie revenuë de
son évanouissement , et Protesilas ressuscité , a paru très - touchante ; on n'a pas
bien compris comment cette Entrée peut convenir au toucher ; il n'est prequé question de ce Sens que dans ce Vers que nous
avons cité au sujet de la Statuë de Marbre :
Je le touche , l'embrasse , et crois que j'y rappelle
La vie et nos chastes ardeurs , &c.
Mais ce n'est point là , dit- on , ce qui
a ressuscité Protesilas ; c'est la bonté de.
Proserpine ; il est vrai que l'Auteur a prétendu encore nous parler du toucher dans
ces Vers que Laodamie dit à Diomede :
Voilà de mes plaisirs et l'objet et le gage:
Dans ces embrassemens je goute mille appas ;
Vous voyez dans ces traits sa fierté , son courage ;
Sa flamme dans ses yeux ne brille-t'elle pas à
Il semble de mon cœur entendre le langage,
Il semble qu'il me tend les bras.
Tout cela (continuënt les Critiques) nous
parle bien du toucher ; mais ce qu'on nous
en dit ne rend pas la vie au Héros de
I. Vol. Laodamie..
JUIN. 1732. 1205
Laodamie. Apparemment que l'Auteur a
eu ses raisons pour ne pas tirer son allegorie plus au clair ; imitons sa sagesse.
Les Ombres heureuses de la suite de
Proserpine , forment la Fête de cette Entrée, la Musique en a paruë très- touchante , mais plus convenable, dit- on , à une
Tragédie qu'à un Ballet.
LA VUE. Troisiéme Entrée.
Le Théatre représente une vaste Cam- pagne , bornée par des Côteaux fleuris.
Čet Acte a paru un des plus picquants
qu'on ait vûs dans ce genre ; on auroit
souhaité que tous ceux qui forment ce
nouveau Balet fussent sur le même ton..
L'Amour et Zephire exposent le sujet ; la
Dile le Maure représente l'Amour , et la
Die Petitpas fait le Rôle de Zephire. Jamais exposition de Piece n'a été si generalement applaudie ; les deux voix qui la
font sont des plus belles qu'on puisse entendre; la premiere n'eut jamais tant d'éclat , et l'autre a l'avantage de se soutenir à côté de son inimitable concurrente,
et de partager les suffrages avec elle. L'Amour à quitté son bandeau pour la pre
miere fois ; voici comment il expliqueP'impression que les couleurs font sur ses
yeux.
L. Vol. Mes
T206 MERCURE DE FRANCE
Mes yeux qu'un voilé épais a si long- temps cou
verts ,
S'ouvrent enfin à la lumiere ,
Cher Zephire , je crois voir naître l'Univers;
Je crois que le Soleil qui colore les Airs ,
Commence pour moi sa carriere.
Zephire l'exhorte par ces Vers à bien
user de la faveur que les Dieux viennent
de lui accorder , en lui donnant le précieux. usage de la vûë.
Songe à quel prix les Dieux t'accordent ces bienfaits.
Amour , quand ta main témeraire ,
Fait voler au hazard tes flammes et tes traits ,
Ton bandeau sert d'excuse aux mauxque tu peux
faire ;
L'excuse cesse desormais ;
C'est pour le bien des coeurs que le Destin t'éi
claire.
Dans la suite de cette Scene qui se sou
tient du commencement à la fin , l'Amour fait entendre qu'il aime Iris , voici
comment il s'exprime :
·
C'est entre la Terre et les Cieux ,
Que brille l'objet qui m'enchante :
Son Trône est un Arc radieux ,
Et toutes les couleurs qui séduisent les yeux,
L. Kol. Forment
JUIN 17320 1207
Forment sa parure éclatante ; ´´
C'est sur son front serein qu'on voit regner les
jeux ;
Sa presence toujours chérie et bienfaisante ,
Dissipe en un moment les orages affreux ;
C'est Iris , de Junon l'aimable Confidente.
A cet aveu Zephire cesse de craindre
d'avoir un Rival tel que l'Amour ; lés
ailes que le Destin leur a données à tous
deux , et d'autres traits de ressemblance lui faisoient appréhender que Flore ne le prit pour lui ; l'Auteur a imaginé
cette ressemblance , pour faire une Scenetrès-jolie entre l'Amour et Iris. Zephirequitte l'Amour pour aller prévenir Flore
sur cette ressemblance dont elle pourroit
être abusée.
L'Amour fait un beau Monologue.
sur les sentimens de son cœur , en voici
les quatre premiers Vers :
Enchantez mes regards , objets délicieux ,
Vous me dédommagez du séjour du Tonnerre ;-
Brillez , naissantes fleurs , vous êtes à la Terre ;.
Ce que
lés Astres sont aux Cieux.
Cette Scene est interrompue par un
orage qu'Iris vient dissiper ; elle paroît
sur l'Arc- en-Ciel , ce Trône radieux n'a
1. Vol jamais
1208 MERCURE DE FRANCE
jamais paru avec plus d'éclat. Voici le
premier compliment que lui fait l'Amour"
qu'elle prend pour l'inconstant Zephire.
Triomphez, belle Iris , tout ressent vos attraits ,
Et vos regards sont des beaux faits :
Vos couleurs font pâlir l'Aurore ;
Le Soleil éblouit , votre éclat est plus doux,;
Air , la Terre et les Cieux, tout s'embellit par vous.
La Versification du reste de cette Scene répond à ce gracieux début. Iris prenant l'Amour pour Zephire , le renvoye
à Flore , l'Amour est prêt à la détromper , mais il en est empêché par la brusque irruption d'Aquilon , son impetueux
Amant.Onauroit souhaité pour rendre cet
Acte plus parfait que la Scène de déclaration n'eut pas été interrompuë ; la reconnoissance qui ne vient que dans une autre Scene , auroit été plus vive et il n'étoit pas difficile de la filer avec art.
Zephire suivi de la Cour de Flore vient
faire le divertissement de cette troisiéme
Entrée : cette Fête est des plus riantes.
Nous ne parlerons point icy de la quatriéme ni de la cinquième Entrée, qui caracterisent les sens de l'Onie et du Goût ;
I. Vol nous
JUIN. 17320 1209
les
nous en rendrons compte quand elles auront été mises au Théatre , et nous ferons
part à nos Lecteurs des Observations du
Public , dont nous ne sommes que
Echos , quand il aura prononcé sur les
beautez et les deffauts qui peuvent se
trouver dans cet ouvrage.
Au Prologue, la DileErremans,le S*Chassé et le Sr Dumast remplissent les Rôles.
de Venus , de Jupiter et de Mercure.
Dans la premiere Entrée de l'Odorat, les
trois principaux Rôles de Lencothoé , de
Clitie et du Soleil , sont tres bien remplis.
par les Diles Lemaure et Antier , et par
le S Tribon.
Les Rôles de Laodamie , de Proserpine ,
de Protesilas et de Diomede sont parfaite
ment joüez par les Dules Pelissier et Julie ,
et par les S Chassé et Tribon:
Les Rôles d'Iris et d'Aquilon , à la 3 *
Entrée, sont remplis par la DeErremans,
et par le St Dun. Nous avons déja nommé les Diles Lemaure et Petitpas , en parlant de l'Amour et de Zéphire. Le triomphe de cette premiere est complet ;
il semble que le public n'ait des yeux et
des oreilles que pour elle.
Le dessein du Ballet , composé par le
S¹ Blondi , a été trouvé fort ingénieux et
I. Vol.
très-
1210 MERCURE DE FRANCE
tres-bien caracterisé , il est exécuté dans
la plus grande perfection , par les meilleurs sujets de l'Académie. La Dile Ferret
danse dans le Prologue; les S Dupré
Laval et la DeSalé , dans la premiere Entrée ; les Srs Dumoulin et Maltaires dans
la seconde , et les Srs Laval , Dumoulin et
Ja Dile Camargo dans la troisiéme.
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Résumé : Le Balet des Sens, Extrait, [titre d'après la table]
Le 5 juin 1732, l'Académie Royale de Musique a présenté le ballet des 'Sens', composé de cinq entrées dont seules trois ont été jouées. La musique, composée par M. Mouret, a été très appréciée. L'auteur du poème est resté anonyme. Le prologue met en scène l'Assemblée des Dieux discutant du sort des mortels. Vénus s'intéresse particulièrement à leur bien-être. Jupiter explique que les mortels ne sont pas immortels pour éviter leur ingratitude. Mercure et Vénus demandent à Jupiter de leur accorder un usage agréable des sens. Jupiter accepte et invite les plaisirs à se répandre parmi les mortels. La première entrée, 'L'Odorat', se déroule dans les jardins des rois de Babylone. Clytie, reine de Babylone, se plaint de l'inconstance du Soleil, qui a porté ses vœux à Leucothoé. Jalouse, Clytie décide de se venger en empoisonnant sa rivale. Le Soleil, après avoir promis l'immortalité à Leucothoé, découvre trop tard sa mort et la transforme en arbre à encens. La deuxième entrée, 'Le Toucher', se passe dans le temple de Proserpine. Laodamie, veuve de Protesilas, pleure la perte de son époux. Diomède, amoureux de Laodamie, lui avoue ses sentiments, mais elle le repousse. Proserpine ressuscite Protesilas, touchée par la douleur de Laodamie. La troisième entrée, 'La Vue', se déroule dans une vaste campagne. L'Amour, ayant retrouvé la vue, exprime sa joie et son amour pour Iris. Zephire, craignant une ressemblance entre l'Amour et lui, prévient Flore. Iris apparaît sur l'arc-en-ciel et dissipe un orage. Iris, prenant l'Amour pour Zéphire, le renvoie à Flore. L'Amour est sur le point de la détromper, mais est interrompu par Aquilon, son amant impétueux. La scène de déclaration est interrompue, ce qui aurait pu rendre la reconnaissance plus vive. Zéphire, suivi de la cour de Flore, offre un divertissement riant lors de la troisième entrée. Les rôles principaux sont interprétés par des artistes renommés. Au prologue, les rôles de Vénus, Jupiter et Mercure sont tenus par les DileErremans, le Sr Chassé et le Sr Dumast. Dans la première entrée de l'odorat, Leucothoé, Clytie et le Soleil sont joués par les Diles Lemaure et Antier, et le Sr Tribon. Laodamie, Proserpine, Protesilas et Diomède sont interprétés par les Dules Pelissier et Julie, et les Srs Chassé et Tribon. Iris et Aquilon, à la troisième entrée, sont incarnés par la DileErremans et le Sr Dun. Le ballet, composé par le Sr Blondi, est exécuté avec perfection par les meilleurs sujets de l'Académie. Les danseurs mentionnés incluent la Dile Ferret, les Srs Dupré, Laval, la DeSalé, Dumoulin, Maltaires, Camargo et Ja. La première représentation a été un triomphe, captivant le public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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129
p. 1210-1211
« On mande de Londres qu'on y devoit représenter un [...] »
Début :
On mande de Londres qu'on y devoit représenter un [...]
Mots clefs :
Opéra, Comédiens-Français, Serments indiscrets, Procès des Sens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On mande de Londres qu'on y devoit représenter un [...] »
On mande de Londres qu'on y devoft
représenter un nouvel Opéra , intitulé :
La Restauration ou Rétablissement du Roy
Charles II. surle Thrône , ou la Vie et la
Mort de Cromwell; mais les Ministres du
Roy l'ayant fait examiner , on a jugé à
propos d'en deffendre la Répresentation.
Le Dimanche 8 de ce mois , les Comédiens François donnerent la premiere Représentation d'une Piéce de M' de Marivaux , sous le titre des Serments indiscrets,
en Prose et en 5 Actes. Elle a été interrompue par la maladie d'un Acteur.Nous
en parlerons plus au long.
Le Lundi 16 Juin , les mêmes Comé
diens donnerent une petite Piéce d'un
Acte en Vers,intitulée : Le Procès des Sens.
C'est une Critique fine , délicate et vive ,
du Balet des Sens qu'on joue à l'Opéra.
Elle a un tres- grand succès. Nous ne manL. Vol. querons
JU IN. 1732. 2TI
1
querons pas d'en rendre compteà nos Lecteurs , dans le second volume de ce mois
actuellement sous presse.
représenter un nouvel Opéra , intitulé :
La Restauration ou Rétablissement du Roy
Charles II. surle Thrône , ou la Vie et la
Mort de Cromwell; mais les Ministres du
Roy l'ayant fait examiner , on a jugé à
propos d'en deffendre la Répresentation.
Le Dimanche 8 de ce mois , les Comédiens François donnerent la premiere Représentation d'une Piéce de M' de Marivaux , sous le titre des Serments indiscrets,
en Prose et en 5 Actes. Elle a été interrompue par la maladie d'un Acteur.Nous
en parlerons plus au long.
Le Lundi 16 Juin , les mêmes Comé
diens donnerent une petite Piéce d'un
Acte en Vers,intitulée : Le Procès des Sens.
C'est une Critique fine , délicate et vive ,
du Balet des Sens qu'on joue à l'Opéra.
Elle a un tres- grand succès. Nous ne manL. Vol. querons
JU IN. 1732. 2TI
1
querons pas d'en rendre compteà nos Lecteurs , dans le second volume de ce mois
actuellement sous presse.
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Résumé : « On mande de Londres qu'on y devoit représenter un [...] »
À Londres, une pièce sur Charles II et Cromwell a été interdite. En France, le 8 juin, 'Les Serments indiscrets' de Marivaux a été joué pour la première fois, mais interrompu par la maladie d'un acteur. Le 16 juin, 'Le Procès des Sens' a connu un grand succès. Un compte rendu détaillé sera publié dans le second volume du mois.
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130
p. 1406-1407
SPECTACLES.
Début :
Le Samedi 28 de ce mois, on remit au Théatre [...]
Mots clefs :
Athalie, Tragédie, Racine, Zaïre, Voltaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES.
SPECTACLE S.
E Samedi 28 de ce mois , on remit au
Théatre François, la Tragedie d'Athalie, de Racine, dont le Public voit les Re
presentations avec beaucoup de plaisir.
La Dile Balicours y joue le principal Rôle.
Les Diles Duclos , Dangeville la jeune , et
Gossin, ceux de Josabet , de Zacharie , et
de Salomitk Ceux du Grand- Prêtre, d'Abner, de Mathan , &c. sont remplis par
les S Dufresne , Granval , le Grand , &c.
La jeune Dle la Traverse yjouë fort bien
celui de Foas.
II. Vol. Tout
JUIN. 173201487
$
Tout le monde sçait que les deux Tra
gedies d'Esther et d'Athalie , dont les sujets sont tirez de l'Ecriture Sainte , sont
les derniers Ouvrages de leur illustrè Auteur. Illes composa sous le regne de Louis
XIV. pour les Demoiselles de la Maison
Royale de S. Cyr , qui les représenterent
avec beaucoup d'intelligence , avec les
Chours. Athalie parut pour la première
fois sur le Théatre François , le 3 Mars
1716 , pendant le Carême ; on en retrancha les Chours. Elle eut un succès prodigieux . Me Desmares y joüoit le principal Rôle ; le S Beaubourg celui du GrandPrêtre ; et le S Ponteuil celui de Mathan.
Le 30 de ce mois , les Comédiens
François lûrent dans leur assemblée une
Tragédie nouvelle , intitulée Zaïre , de
la composition de Mr de Voltaire , qu'il
a faite , dit - on , en trois semaines , sans
qu'elle se sente de ce court espace de
temps. Oh assure au contraire qu'elle est
extrémement travaillée , pleine d'esprit
et de sentimens , et écrite dans la plus
grande élégance. C'est un sujet tiré de
I'Histoire des Croisades , &c. ,
Cette Piece sera jouée le mois prochain;
nous en rendrons compte exactement.
E Samedi 28 de ce mois , on remit au
Théatre François, la Tragedie d'Athalie, de Racine, dont le Public voit les Re
presentations avec beaucoup de plaisir.
La Dile Balicours y joue le principal Rôle.
Les Diles Duclos , Dangeville la jeune , et
Gossin, ceux de Josabet , de Zacharie , et
de Salomitk Ceux du Grand- Prêtre, d'Abner, de Mathan , &c. sont remplis par
les S Dufresne , Granval , le Grand , &c.
La jeune Dle la Traverse yjouë fort bien
celui de Foas.
II. Vol. Tout
JUIN. 173201487
$
Tout le monde sçait que les deux Tra
gedies d'Esther et d'Athalie , dont les sujets sont tirez de l'Ecriture Sainte , sont
les derniers Ouvrages de leur illustrè Auteur. Illes composa sous le regne de Louis
XIV. pour les Demoiselles de la Maison
Royale de S. Cyr , qui les représenterent
avec beaucoup d'intelligence , avec les
Chours. Athalie parut pour la première
fois sur le Théatre François , le 3 Mars
1716 , pendant le Carême ; on en retrancha les Chours. Elle eut un succès prodigieux . Me Desmares y joüoit le principal Rôle ; le S Beaubourg celui du GrandPrêtre ; et le S Ponteuil celui de Mathan.
Le 30 de ce mois , les Comédiens
François lûrent dans leur assemblée une
Tragédie nouvelle , intitulée Zaïre , de
la composition de Mr de Voltaire , qu'il
a faite , dit - on , en trois semaines , sans
qu'elle se sente de ce court espace de
temps. Oh assure au contraire qu'elle est
extrémement travaillée , pleine d'esprit
et de sentimens , et écrite dans la plus
grande élégance. C'est un sujet tiré de
I'Histoire des Croisades , &c. ,
Cette Piece sera jouée le mois prochain;
nous en rendrons compte exactement.
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Résumé : SPECTACLES.
Le 28 juin 1732, la tragédie 'Athalie' de Racine a été représentée au Théâtre François, rencontrant un grand succès auprès du public. Les rôles principaux étaient interprétés par la Dile Balicours (Athalie), les Diles Duclos, Dangeville la jeune, et Gossin (Josabet, Zacharie, et Salomith), ainsi que les S Dufresne, Granval, et le Grand (Grand-Prêtre, Abner, Mathan, etc.). La jeune Dile la Traverse jouait également bien le rôle de Foas. 'Athalie' et 'Esther', tirées de l'Écriture Sainte, sont les derniers ouvrages de Racine, composés pour les Demoiselles de la Maison Royale de Saint-Cyr sous le règne de Louis XIV. 'Athalie' a été jouée pour la première fois le 3 mars 1716, sans les chœurs, et a connu un succès prodigieux. Les rôles principaux étaient tenus par Me Desmares (Athalie), le S Beaubourg (Grand-Prêtre), et le S Ponteuil (Mathan). Le 30 juin, les Comédiens Français ont lu une nouvelle tragédie de Voltaire intitulée 'Zaïre', écrite en trois semaines. Cette pièce, tirée de l'Histoire des Croisades, est décrite comme extrêmement travaillée, pleine d'esprit et de sentiments, et écrite avec élégance. Elle sera jouée le mois suivant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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131
p. 1408-1417
LES SERMENS INDISCRETS, Comédie en Prose et en cinq Actes, de M. de Marivaux, representée pour la premiere fois au Théatre François, le 8 Juin.
Début :
Cette Piéce a d'abord éprouvé le sort de beaucoup [...]
Mots clefs :
Les Serments Indiscrets, Marivaux, Théâtre-Français, Damis, Lisette, Actes
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texteReconnaissance textuelle : LES SERMENS INDISCRETS, Comédie en Prose et en cinq Actes, de M. de Marivaux, representée pour la premiere fois au Théatre François, le 8 Juin.
LES SERMENS INDISCRETS
Comédie en Prose et en cing Actes , de
M. de Marivaux , representée pour la
premierefois au Théatre François , le &
Juin.
9
Cette Piéce a d'abord éprouvé le sort de
beaucoup d'autres; la premiere Représentation fût des plus tumultueuses , peutêtre auroit-elle été écoutée plus tranquille
ment , si elle avoit été donnée tout autre
jour qu'un Dimanche le Parterre des
jours de Fête est ordinairement plus impatient et plus turbulent que les autres ;
'Auteur en fit la triste expérience , et
quoique son dernier Acte fut le plus
beau , comme on l'a reconnu dans les
Représentations suivantes , on ne laissa
pas aux Acteurs la liberté de l'achever ;
le plus grand deffaut qu'on trouve dans
toute la Piéce , c'est de n'avoir pas assez.
d'action et trop d'esprit. Voici ce qui
concerne l'action..
Lucile , fille de M. Orgon , doit être mariée à Damis , fils de M. Ergaste. Ils ne se
sont jamais vûs , et d'ailleurs ils ont tous
deux une égale aversion pour le mariage.
Lucile paroît d'abord , écrivant une Lettre , qu'elle charge Lisette , sa Suivante
II. Vol. de
JUIN. 1732. 1409 •
de remettre entre les mains de Damis ,
dès qu'il sera arrivé. Lisette qui craint
que le changement d'état de sa Maîtresse
ne lui fasse perdre l'empire qu'elle a pris
sur elle , la confirme dans le dessein qu'elle a de ne perdre aucun engagement , et
de jouir autant qu'elle pourra de sa precieuse liberté..
Damis arrivé , Lucile se retire à son apa
proche , Lisette demeure pour s'acquitter de la commission que sa Maîtresse lui
a donnée. Elle est ravie d'apprendre que
le futur époux n'a pas moins d'aversion
pour tout ce qui s'appelle engagement ,
que sa future ; elle agit en Plénipotentiaire , et fait entendre à Damis que sa
Maîtresse se trouve heureusement dans
les mêmes dispositions que lui..
2
Lucile qui a écouté la conversation de
Damis et de Lisette , vient confirmer les
articles du Traité. Dámis la trouve si
belle , qu'il commence à se repentir en
secret de la résolution qu'il a formée
sans connoissance de cause ; la même cho--
se se passe à peu près dans le cœur de Lucile ; mais elle le cache avec plus de soin.-
Lisette qui a interêt à les faire perseverer
tous deux dans leur premiere résolution ,
les lie par un serment indiscret, et pourtant
réciproque. Damis , devenu jaloux aussi--
11. Vol, - Gay τον
1410 MERCURE DE FRANCE
•
tôt qu'amoureux , s'imagine que Lucile
n'auroit pas l'aversion qu'elle vient de lui
témoigner pour le mariage , si son cœur
n'avoit point d'engagement pour un autre que lui. Il craindroit de la rendre
malheureuse, s'il rompoit le serment qu'il
vient de lui faire , de rompre le mariage
que leurs Peres ont projetté sans les avoir
consultez ; c'est donc par probité qu'il
veut être fidele à son serment ; mais cette
probité se trouve un peu en deffaut dans
les nouvelles mesures qu'ils prennent
pour l'éxécution de leur dessein. Damis
promet de feindre de l'amour pour Phenice , stir cadette de Lucile ; on n'a pas
trouvé que cette feinte fût assez dans les
régles de l'honneur dont il paroît qu'il
se pique.
Le feint attachement de Damis pour
Phenice embarasse et afflige également
M. Orgon , et M. Ergaste ; le premier
est pere de Lucile et de Phenice , et l'autre eft pere de Damis. Frontin , qui s'est
acquis la même autorité sur Damis que
Lisette sur Lucile , se lie d'interêt avec
cette Suivante , et tous deux par le même motif se promettent de ne rien négli
ger pour empêcher le mariage de Damis
et de Lucile. Phenice , pour se disculper
envers sa sœur , vient dire à Frontin
II. Vol. en
JUIN 1732. 1411
en présence de Lisette , qu'elle ne veut
point absolument que Damis continue à
s'attacher à elle. Lisette se sert d'un artifice qui produit dans l'esprit de Phénice
l'effet qu'elle s'en eft promis. Elle lui dit
assez désobligemment qu'il n'y a point
de beauté qui ne doive baisser le pavillon devant celle de sa Maîtresse. Phenice
en a un dépit qu'elle ne peut dissimuler ,
et fait entendre, en se retirant,qu'on pourroit se repentir de l'injure qu'on vient
de lui faire. L'attachement que Damis
affecte pour Phenice , dérange le projet
d'hymen , dont M. Orgon et M. Ergaste
s'étoient flattez ; mais ils en forment un
nouveau pour se dédommager du mauvais succès du premier ; il n'y a , se disent-ils , pour former l'alliance que nous
avons concertée ensemble , qu'à changer
d'objet , et qu'à marier Damis avec Phenice , puisque leurs cœurs sont fait l'un
pour Fautre. Ce dernier projet n'est pas
plutôt arrangé qu'on travaille à le mettre
en éxécution. Damis et Lucile en sont
également allarmez ; Lucile par fierté le
fait moins paroître que son Amant, mais
elle en témoigne assez pour faire entendre à Lisette qu'elle est disgraciée , et
qu'elle pourroit bien être chassée. Frontin n'est point déconcerté , surtout de- H.Vol. G vj puis
1412 MERCURE DE FRANCE
2
puis qu'Ergaste lui a dit d'un ton ferme
que si son fils ne répare les chagrins qu'il
lui a causez par une prompte obéissance ,
il le punira , lui Frontin , des mauvais
conseils qu'il donne à son fils. Il lui commande de fui dire qu'il ne le verra jamais,,
et qu'il le desheritera , s'il n'épouse Phénice au deffaut de Lucile. Tous ces inconvéniens que Lisette et Frontin n'avoient pas prévus dans leur premiere
conspiration , les déterminent à changer
de batterie, et à contribuer de leur mieux
à ce même hymen qu'ils ont voulu empêcher ,, de sorte que cette même Lisette
qui avolt dit à M. Orgon , que Damis er
Lucile avoient un égal éloignement l'un
pour l'autre, est la plus ardente à faire
entendre tout le contraire ; elle fait plus
elle assûre Damis de l'amour que Lucile·
a pour lui. Damis doute de son bonheur ;.
Lisette acheve de le persuader. Frontin
lui porte un coup mortel , en lui disant
que son pere veut absolument qu'il épouse Phénice sur peine d'exheredation . II
ne sçait comment se tirer d'embarras avec
cette derniere , à qui Frontin et Lisette
ont déja annoncé qu'elle ne sert que de
prétexte ; elle en a d'abord été picquée au
-vif; mais pour son bonheur, ne s'étant pas
engagée trop avant avec ce feint Amant
·
11. Kol qui
JUIN 1732. 1413
Y
qui la joue , elle borne sa vengeance à lui
fire peur de l'hymen que son pere luiordonne. La scene qu'elle a avec lui fait
naître des incidens très- comiques. Elle lui
parle d'abord de son mariage avec lui comme d'une affaire conclue. Damis
loin d'en paroître embarrassé , lui dit
que c'est à elle à parer un coup si fatal'
-puisqu'elle lui à déja fait connoître
que son cœur est engagé ailleurs ;-
Phenice lui répond avec la même fer- meté affectée qu'elle ne lui a pas
dit alors ses véritables sentimens ; que
cet engagement prétendu dont elle lui
a parlé n'étoit qu'un prétexte pour ne
point déranger ce que son pere avoit réglé ; mais que depuis qu'elle a sçû qu'on
a résolu toute autre chose , elle n'a pas
Balancé à suivreson devoir , età le suivre
sans répugnance. Damis qui s'imagine.
qu'elle joue au plus fin avec lui , et qu'elle veut qu'il se charge lui-même de la
rupture de ce mariage , lui proteste qu'il
obeïra à son pere , et qu'il ne veut pas
courir le risque d'être desherité , en s'opposant à un établissement pour lequel il
ne se sent nulle répugnance. Pour le lui
mieux persuader, il lui dit qu'il n'est plus
temps de feindre , et qu'il l'aime veritablement il se jette à ses pieds pour
A
:
El Vol micux
1414 MERCURE DE FRANCE
mieux achever de la tromper et pour la
remercier de son obéissance à son pere;
M. Orgon et M. Ergaste le surprennent
dans cette posture suppliante ; ils en sont
charmez , et ne doutant point qu'ils ne
s'aiment , ils les quittent pour aller faire dresser le Contrat. Cet incident est suivi
d'un autre , qui fait encore plus de peine
à Damis ; il cesse de feindre, et suppliant.
Phénice de le tirer d'un si mauvais pas
il lui baise la main avec transport. Lucile arrive sur le champ , Damis se retire tout confus , la vindicative Phénice
jouit malignement de la jalousie de sa
sœur ; et après en avoir essuyé de vifs
reproches , elle se retire très - satisfaite
d'elle- même. Lisette vient porter un dernier coup à la jalousie de Lucile ; elle lui
avoue qu'elle s'est mépris: quand elle a
crû que Damis l'aimoit , et qu'elle a voulu le luii persuader; elle convient que Phénice en est aimée , et cet adroit mensonge n'est que pour l'obliger à lui avoüer
qu'elle aime Damis ; cet aveu décisif arrive enfin , il est même suivi d'une prie
re que sa Maîtresse est forcée de lui faire ,
d'aller trouver Damis , et de lui faire entendre qu'il estaimé , sans pourtant qu'il
paroisse qu'elle lui en ait fait confidence ,
encore moins qu'elle l'ait chargée de faire
11. Vol. une
JUIN. 1732. 1415
une démarche si humiliante pour sa fierté. Si l'Auteur eût encore voulu multiplier les incidens ingénieux , son esprit
n'eut pas manqué de ressources ; mais il
falloit enfin dénouer sa Piéce voici
comment il s'y prend dans son dernier
Acte.
Lucile , toujours persuadée que Damis
aime sa sœur , n'a point d'autre ressource
que de s'opposer à leur hymen ; elle se
plaint amérement à son pere de ce qu'il
lui fait l'injure de marier sa cadette avant
elle ; M. Orgon lui represente en bon pere l'injustice de sa plainte , d'autant mieux
qu'il n'a tenu qu'à elle d'accepter Damis
pour époux , et que Phénice ne reçoit sa
main qu'à son refus ; cette remontrance ,
toute juste qu'elle est , ne calme point
Lucile , elle dit à son pere qu'après l'affront qu'elle va essuyer , elle n'a point
d'autre parti à prendre qu'une clôture
éternelle. Phénice vient toute disposée à
finir le cours de sa petite vengeance ; l'amitié qu'elle a pour sa sœur ne peut souffrir qu'elle porte plus loin le ressentiment
qu'elle doit avoir du personnage qu'on
lui a fait jouer , en la faisant servir de
prétexte ; elle dit à Lucile qu'elle lui cede de bon cœur ce Damis avec qui il ne
tiendroit qu'à elle d'être unie ; l'esprit de
II. Vol. Lucile
1416 MERCURE DE FRANCE
Lucile est aigrie à un tel point , qu'elle
donne un mauvais sens à tout ce que sa
sœur lui peut dire de plus obligeant ;
Orgon ne sçachant plus comment mettre
d'accord ses deux filles , les quitte dans le
dessein d'achever le mariage concerté entre son ami Ergaste et lui , ce qui déses-
-pere de plus en plus la jalouse Lucile
elle accable sa sœur de reproches , dont
cette sœur maltraitée ne peut lui faire
sentir l'injustice. Damis arrive enfin , il
veut se retirer par respect , Phénice lui dic
d'approcher er lui ordonne de rendre
Hommage à son vainqueur , en se jettant
aux genoux de Lucile; cette scene qu'on
n'avoit point vûë à la premiere Représentation est jouée par ces trois Acteurs avec
toute la finesse et toute la précision qu'on
peut souhaitter au théatre ; Phénice rem
plit la fonction de médiatrice avec une
grace géneralement applaudie. Orgon et
Ergaste arrivent dans le dessein dé conclure le mariage entre Damis et Phénice ,
et sont agréablement surpris d'un changement auquel ils n'osoient s'attendre ,.
et qui remet toutes choses dans l'ordre
qu'ils s'étoient d'abord prescrit. Voilà
quelle est cette piéce qui a paruë d'abord
si mal reçûë , et qu'on n'a cessé d'applau--
dir depuis la seconde Représentation ; on
11.Vol. ne
JUIN. 17328 1417
ne désespere pas qu'elle n'ait dans la suite le sort de tant d'autres dont les commencemens ont été malheureux. Tous les
gens qui en jugent sans prévention conviennent qu'elle leur fait plaisir ; il est
vrai qu'ils souhaiteroient qu'il y eut plus
de consistance dans l'action , et moins.
d'expressions un peu trop recherchées.
dans le Dialogue ; en un mot, que l'esprit de l'Auteur fut moins abondant ;
c'est un défaut que d'avoir trop d'esprit ,
mais c'est un excès dont le reproche a
toujours quelque chose de flateur , et dont
on a bien de la peine à se corriger au
reste, on n'a guére mis au Théatre François de Piéce mieux jouée que celle-ci
le sieur Quinault l'aîné , la Elle Quinault,
sa sœur , parfaitement secondée des Dlle
Dangeville et Gossin , et de leurs autres
camarades , y brillent à qui mieux mieux,
et remplissent l'attente des Spectateurs
les plus difficiles et les plus délicats.
Comédie en Prose et en cing Actes , de
M. de Marivaux , representée pour la
premierefois au Théatre François , le &
Juin.
9
Cette Piéce a d'abord éprouvé le sort de
beaucoup d'autres; la premiere Représentation fût des plus tumultueuses , peutêtre auroit-elle été écoutée plus tranquille
ment , si elle avoit été donnée tout autre
jour qu'un Dimanche le Parterre des
jours de Fête est ordinairement plus impatient et plus turbulent que les autres ;
'Auteur en fit la triste expérience , et
quoique son dernier Acte fut le plus
beau , comme on l'a reconnu dans les
Représentations suivantes , on ne laissa
pas aux Acteurs la liberté de l'achever ;
le plus grand deffaut qu'on trouve dans
toute la Piéce , c'est de n'avoir pas assez.
d'action et trop d'esprit. Voici ce qui
concerne l'action..
Lucile , fille de M. Orgon , doit être mariée à Damis , fils de M. Ergaste. Ils ne se
sont jamais vûs , et d'ailleurs ils ont tous
deux une égale aversion pour le mariage.
Lucile paroît d'abord , écrivant une Lettre , qu'elle charge Lisette , sa Suivante
II. Vol. de
JUIN. 1732. 1409 •
de remettre entre les mains de Damis ,
dès qu'il sera arrivé. Lisette qui craint
que le changement d'état de sa Maîtresse
ne lui fasse perdre l'empire qu'elle a pris
sur elle , la confirme dans le dessein qu'elle a de ne perdre aucun engagement , et
de jouir autant qu'elle pourra de sa precieuse liberté..
Damis arrivé , Lucile se retire à son apa
proche , Lisette demeure pour s'acquitter de la commission que sa Maîtresse lui
a donnée. Elle est ravie d'apprendre que
le futur époux n'a pas moins d'aversion
pour tout ce qui s'appelle engagement ,
que sa future ; elle agit en Plénipotentiaire , et fait entendre à Damis que sa
Maîtresse se trouve heureusement dans
les mêmes dispositions que lui..
2
Lucile qui a écouté la conversation de
Damis et de Lisette , vient confirmer les
articles du Traité. Dámis la trouve si
belle , qu'il commence à se repentir en
secret de la résolution qu'il a formée
sans connoissance de cause ; la même cho--
se se passe à peu près dans le cœur de Lucile ; mais elle le cache avec plus de soin.-
Lisette qui a interêt à les faire perseverer
tous deux dans leur premiere résolution ,
les lie par un serment indiscret, et pourtant
réciproque. Damis , devenu jaloux aussi--
11. Vol, - Gay τον
1410 MERCURE DE FRANCE
•
tôt qu'amoureux , s'imagine que Lucile
n'auroit pas l'aversion qu'elle vient de lui
témoigner pour le mariage , si son cœur
n'avoit point d'engagement pour un autre que lui. Il craindroit de la rendre
malheureuse, s'il rompoit le serment qu'il
vient de lui faire , de rompre le mariage
que leurs Peres ont projetté sans les avoir
consultez ; c'est donc par probité qu'il
veut être fidele à son serment ; mais cette
probité se trouve un peu en deffaut dans
les nouvelles mesures qu'ils prennent
pour l'éxécution de leur dessein. Damis
promet de feindre de l'amour pour Phenice , stir cadette de Lucile ; on n'a pas
trouvé que cette feinte fût assez dans les
régles de l'honneur dont il paroît qu'il
se pique.
Le feint attachement de Damis pour
Phenice embarasse et afflige également
M. Orgon , et M. Ergaste ; le premier
est pere de Lucile et de Phenice , et l'autre eft pere de Damis. Frontin , qui s'est
acquis la même autorité sur Damis que
Lisette sur Lucile , se lie d'interêt avec
cette Suivante , et tous deux par le même motif se promettent de ne rien négli
ger pour empêcher le mariage de Damis
et de Lucile. Phenice , pour se disculper
envers sa sœur , vient dire à Frontin
II. Vol. en
JUIN 1732. 1411
en présence de Lisette , qu'elle ne veut
point absolument que Damis continue à
s'attacher à elle. Lisette se sert d'un artifice qui produit dans l'esprit de Phénice
l'effet qu'elle s'en eft promis. Elle lui dit
assez désobligemment qu'il n'y a point
de beauté qui ne doive baisser le pavillon devant celle de sa Maîtresse. Phenice
en a un dépit qu'elle ne peut dissimuler ,
et fait entendre, en se retirant,qu'on pourroit se repentir de l'injure qu'on vient
de lui faire. L'attachement que Damis
affecte pour Phenice , dérange le projet
d'hymen , dont M. Orgon et M. Ergaste
s'étoient flattez ; mais ils en forment un
nouveau pour se dédommager du mauvais succès du premier ; il n'y a , se disent-ils , pour former l'alliance que nous
avons concertée ensemble , qu'à changer
d'objet , et qu'à marier Damis avec Phenice , puisque leurs cœurs sont fait l'un
pour Fautre. Ce dernier projet n'est pas
plutôt arrangé qu'on travaille à le mettre
en éxécution. Damis et Lucile en sont
également allarmez ; Lucile par fierté le
fait moins paroître que son Amant, mais
elle en témoigne assez pour faire entendre à Lisette qu'elle est disgraciée , et
qu'elle pourroit bien être chassée. Frontin n'est point déconcerté , surtout de- H.Vol. G vj puis
1412 MERCURE DE FRANCE
2
puis qu'Ergaste lui a dit d'un ton ferme
que si son fils ne répare les chagrins qu'il
lui a causez par une prompte obéissance ,
il le punira , lui Frontin , des mauvais
conseils qu'il donne à son fils. Il lui commande de fui dire qu'il ne le verra jamais,,
et qu'il le desheritera , s'il n'épouse Phénice au deffaut de Lucile. Tous ces inconvéniens que Lisette et Frontin n'avoient pas prévus dans leur premiere
conspiration , les déterminent à changer
de batterie, et à contribuer de leur mieux
à ce même hymen qu'ils ont voulu empêcher ,, de sorte que cette même Lisette
qui avolt dit à M. Orgon , que Damis er
Lucile avoient un égal éloignement l'un
pour l'autre, est la plus ardente à faire
entendre tout le contraire ; elle fait plus
elle assûre Damis de l'amour que Lucile·
a pour lui. Damis doute de son bonheur ;.
Lisette acheve de le persuader. Frontin
lui porte un coup mortel , en lui disant
que son pere veut absolument qu'il épouse Phénice sur peine d'exheredation . II
ne sçait comment se tirer d'embarras avec
cette derniere , à qui Frontin et Lisette
ont déja annoncé qu'elle ne sert que de
prétexte ; elle en a d'abord été picquée au
-vif; mais pour son bonheur, ne s'étant pas
engagée trop avant avec ce feint Amant
·
11. Kol qui
JUIN 1732. 1413
Y
qui la joue , elle borne sa vengeance à lui
fire peur de l'hymen que son pere luiordonne. La scene qu'elle a avec lui fait
naître des incidens très- comiques. Elle lui
parle d'abord de son mariage avec lui comme d'une affaire conclue. Damis
loin d'en paroître embarrassé , lui dit
que c'est à elle à parer un coup si fatal'
-puisqu'elle lui à déja fait connoître
que son cœur est engagé ailleurs ;-
Phenice lui répond avec la même fer- meté affectée qu'elle ne lui a pas
dit alors ses véritables sentimens ; que
cet engagement prétendu dont elle lui
a parlé n'étoit qu'un prétexte pour ne
point déranger ce que son pere avoit réglé ; mais que depuis qu'elle a sçû qu'on
a résolu toute autre chose , elle n'a pas
Balancé à suivreson devoir , età le suivre
sans répugnance. Damis qui s'imagine.
qu'elle joue au plus fin avec lui , et qu'elle veut qu'il se charge lui-même de la
rupture de ce mariage , lui proteste qu'il
obeïra à son pere , et qu'il ne veut pas
courir le risque d'être desherité , en s'opposant à un établissement pour lequel il
ne se sent nulle répugnance. Pour le lui
mieux persuader, il lui dit qu'il n'est plus
temps de feindre , et qu'il l'aime veritablement il se jette à ses pieds pour
A
:
El Vol micux
1414 MERCURE DE FRANCE
mieux achever de la tromper et pour la
remercier de son obéissance à son pere;
M. Orgon et M. Ergaste le surprennent
dans cette posture suppliante ; ils en sont
charmez , et ne doutant point qu'ils ne
s'aiment , ils les quittent pour aller faire dresser le Contrat. Cet incident est suivi
d'un autre , qui fait encore plus de peine
à Damis ; il cesse de feindre, et suppliant.
Phénice de le tirer d'un si mauvais pas
il lui baise la main avec transport. Lucile arrive sur le champ , Damis se retire tout confus , la vindicative Phénice
jouit malignement de la jalousie de sa
sœur ; et après en avoir essuyé de vifs
reproches , elle se retire très - satisfaite
d'elle- même. Lisette vient porter un dernier coup à la jalousie de Lucile ; elle lui
avoue qu'elle s'est mépris: quand elle a
crû que Damis l'aimoit , et qu'elle a voulu le luii persuader; elle convient que Phénice en est aimée , et cet adroit mensonge n'est que pour l'obliger à lui avoüer
qu'elle aime Damis ; cet aveu décisif arrive enfin , il est même suivi d'une prie
re que sa Maîtresse est forcée de lui faire ,
d'aller trouver Damis , et de lui faire entendre qu'il estaimé , sans pourtant qu'il
paroisse qu'elle lui en ait fait confidence ,
encore moins qu'elle l'ait chargée de faire
11. Vol. une
JUIN. 1732. 1415
une démarche si humiliante pour sa fierté. Si l'Auteur eût encore voulu multiplier les incidens ingénieux , son esprit
n'eut pas manqué de ressources ; mais il
falloit enfin dénouer sa Piéce voici
comment il s'y prend dans son dernier
Acte.
Lucile , toujours persuadée que Damis
aime sa sœur , n'a point d'autre ressource
que de s'opposer à leur hymen ; elle se
plaint amérement à son pere de ce qu'il
lui fait l'injure de marier sa cadette avant
elle ; M. Orgon lui represente en bon pere l'injustice de sa plainte , d'autant mieux
qu'il n'a tenu qu'à elle d'accepter Damis
pour époux , et que Phénice ne reçoit sa
main qu'à son refus ; cette remontrance ,
toute juste qu'elle est , ne calme point
Lucile , elle dit à son pere qu'après l'affront qu'elle va essuyer , elle n'a point
d'autre parti à prendre qu'une clôture
éternelle. Phénice vient toute disposée à
finir le cours de sa petite vengeance ; l'amitié qu'elle a pour sa sœur ne peut souffrir qu'elle porte plus loin le ressentiment
qu'elle doit avoir du personnage qu'on
lui a fait jouer , en la faisant servir de
prétexte ; elle dit à Lucile qu'elle lui cede de bon cœur ce Damis avec qui il ne
tiendroit qu'à elle d'être unie ; l'esprit de
II. Vol. Lucile
1416 MERCURE DE FRANCE
Lucile est aigrie à un tel point , qu'elle
donne un mauvais sens à tout ce que sa
sœur lui peut dire de plus obligeant ;
Orgon ne sçachant plus comment mettre
d'accord ses deux filles , les quitte dans le
dessein d'achever le mariage concerté entre son ami Ergaste et lui , ce qui déses-
-pere de plus en plus la jalouse Lucile
elle accable sa sœur de reproches , dont
cette sœur maltraitée ne peut lui faire
sentir l'injustice. Damis arrive enfin , il
veut se retirer par respect , Phénice lui dic
d'approcher er lui ordonne de rendre
Hommage à son vainqueur , en se jettant
aux genoux de Lucile; cette scene qu'on
n'avoit point vûë à la premiere Représentation est jouée par ces trois Acteurs avec
toute la finesse et toute la précision qu'on
peut souhaitter au théatre ; Phénice rem
plit la fonction de médiatrice avec une
grace géneralement applaudie. Orgon et
Ergaste arrivent dans le dessein dé conclure le mariage entre Damis et Phénice ,
et sont agréablement surpris d'un changement auquel ils n'osoient s'attendre ,.
et qui remet toutes choses dans l'ordre
qu'ils s'étoient d'abord prescrit. Voilà
quelle est cette piéce qui a paruë d'abord
si mal reçûë , et qu'on n'a cessé d'applau--
dir depuis la seconde Représentation ; on
11.Vol. ne
JUIN. 17328 1417
ne désespere pas qu'elle n'ait dans la suite le sort de tant d'autres dont les commencemens ont été malheureux. Tous les
gens qui en jugent sans prévention conviennent qu'elle leur fait plaisir ; il est
vrai qu'ils souhaiteroient qu'il y eut plus
de consistance dans l'action , et moins.
d'expressions un peu trop recherchées.
dans le Dialogue ; en un mot, que l'esprit de l'Auteur fut moins abondant ;
c'est un défaut que d'avoir trop d'esprit ,
mais c'est un excès dont le reproche a
toujours quelque chose de flateur , et dont
on a bien de la peine à se corriger au
reste, on n'a guére mis au Théatre François de Piéce mieux jouée que celle-ci
le sieur Quinault l'aîné , la Elle Quinault,
sa sœur , parfaitement secondée des Dlle
Dangeville et Gossin , et de leurs autres
camarades , y brillent à qui mieux mieux,
et remplissent l'attente des Spectateurs
les plus difficiles et les plus délicats.
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Résumé : LES SERMENS INDISCRETS, Comédie en Prose et en cinq Actes, de M. de Marivaux, representée pour la premiere fois au Théatre François, le 8 Juin.
La pièce 'Les Sermens indiscrets' est une comédie en prose et en cinq actes de Marivaux, représentée pour la première fois au Théâtre Français le 6 juin. La première représentation fut tumultueuse en raison de l'impatience et de la turbulence du public un dimanche. La pièce a été critiquée pour manquer d'action et avoir trop d'esprit. L'intrigue principale concerne Lucile, fille de M. Orgon, et Damis, fils de M. Ergaste, qui doivent se marier malgré leur aversion mutuelle pour le mariage. Lucile écrit une lettre à Damis, confiée à sa suivante Lisette. Damis exprime également son aversion pour le mariage à Lisette. Lucile, ayant entendu la conversation, confirme leur accord. Lisette les lie par un serment réciproque de ne pas se marier. Damis, jaloux, feint d'aimer Phénice, la sœur cadette de Lucile, pour éviter le mariage. Cette feinte complique les plans des pères, qui décident alors de marier Damis à Phénice. Lisette et Frontin, le valet de Damis, initialement opposés au mariage, changent de stratégie pour éviter les conséquences. Phénice, initialement utilisée comme prétexte, se venge en jouant avec les sentiments de Damis. La pièce se dénoue lorsque Lucile, jalouse, s'oppose au mariage de Damis et Phénice. Phénice cède finalement Damis à Lucile, révélant ainsi la vérité. Les pères, agréablement surpris, concluent le mariage entre Lucile et Damis. La pièce, mal reçue initialement, a été applaudie par la suite. Les acteurs, notamment le sieur Quinault l'aîné, la demoiselle Quinault, la demoiselle Dangeville et Gossin, ont été particulièrement applaudis.
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132
p. 1417-1422
EXTRAIT du Procès des Sens.
Début :
Cette Comédie en un Acte en Vers est une forme [...]
Mots clefs :
Comédie, Extrait, Procès des Sens
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du Procès des Sens.
EXTRAITdu Procès des Sens.
Cette Comédie en un Acte en Vers est
une forme de Critique nouvelle , risquée:
heureusement sur un Théatre qui n'avoit
encore rien donné dans ce goût-là ; l'Auteur ne doit pas se repentir de cet essai 2
11. Vol. puis-
1418 MERCURE DE FRANCE
puisque le Public , loin de le regarder
comme une témerité , l'a honoré de ses
applaudissemens. Le Ballet des Sens a
donné occasion à la Comédie, où les Sens
personifiés sur la Scene Françoise , font
de courtes et justes Analyses des Entrées
qu'on leur a assignées sur la Scene Lyrique.
L'action du Procès des Sens se passe
dans les Jardins d'Hebé , où le Goût
trouve l'Amour établi Juge de la contestation par un Edit de Jupiter , apporté
par Mercure. L'Amour demande au Goût
quel sujet a pû brouiller les Sens ; le Goût
lui répond que l'Opera s'étant avisé de
leur faire chanter des Brunettes , et danser des Musettes , cela a occasionné cent
discours partiaux sur leurs prééminences ,
qui ont semé la division entr'eux . Il lui
rapporte de suite les décisions d'un Abbé d'un Caissier et d'un Gascon , et
ajoûte :
Seigneur Amour , Voilà
Comme tous cinq on nous balote.
L'Amour réplique :
Tous cinq , calculez bien , qui de cinq ôte deux ,
Reste trois en Eté ce nombre est plus heu- reux.
11. Vol. Ah!
A
JUIN... 17326 1479
Ah ! dit le Goût ,
Vous voulez badiner sur le Goût et l'Ouic
Que l'on a retranchés dans le nouveau Ballet ;
Quant à l'Acte du Goût qui pour moi pa- roîtra
Quand les jours baisseront , à moins que d'être souche ,
De mon retranchement rien l'on ne conclura ,
Sinon que l'Opera
Me garde pour la bonne bouche.
Un petit Amour vient annoncer l'Odorat , qui paroît chargé de fleurs , et se
caracterise par sa délicatesse sur lesOdeurs,
l'Ouie et la Vue le suivent de près. L'Amour se place sur son Tribunal , et les
Sens plaident alternativement leur cause :
nous ne donnerons pour échantillon des
traits de critique , que celui qui tombe
sur l'Acte où triomphe la Dlle le Maure.
L'Amour Chantant , ( dit l'Amour declamant )
Devroit être honteux ,
De son avanture nouvelle ,
Et ne pas s'en vanter comme il fait ; elle est
belle;
L'Opera complaisant détache son bandeau ,
Disant pour raison de son zele ,
Que son illuminé nouveau
II. Vol.
Va
#420 MERCURE DE FRANCE
*Varégler sa main témeraire,
C'est pour le bien descœurs que le Destin l'éclaire,
Quel usage fait- il de ce don précieux ?
De quoi s'occupe - t ilen ouvrant ses beaux
yeux ?
Semblable à l'Ecolier qui sort de la jaquette
• Il vole du facile an superficiel ,
Et le premier regard que notre Bambin jette ,
C'est pour admirer l'Arc- en- Ciel
Et se coiffer d'une Grisette.
Kris, Grisette !
La Vue.
L'Amour
Et qui pis est soubrette.
Dans le fort de la plus vive dispute des
Sens ; le Sens commun arrive ; le Public a
trouvé qu'il parle comme il doit parler.
Décision très glorieuse pour l'Auteur.
Voici la définition du bon Sens tel qu'il
la fait lui-même.
Sans éclat j'illumine
Mais j'illumine nettement ;
Je n'aventure rien; à pas lents je chemine ,..
Mais je chemine sûrement
Le Sens commun n'a pas toujours de grace fine
2. Vers du Balle
II. Vol. Le
JUIN. 1732. 1420
Mais il y a du solide , il pense éxactement
Enfin il est le jugement,
Il est l'esprit sensé que le vrai détermine ,
Que le Bon touche fortement ;
;
Et par fois l'Esprit vif n'est dans son enjou
ment
Que la sotise qui badine,
Le Sens commun expose qu'il craint
que les Sens ne s'approprient ses droits.en
détaillant les leurs. Sa Requête n'est pas
malfondée , tant sur le Théatre que dans
les conversations les plus éclairées ; il n'est
que trop ordinaire de confondre les opérations de l'Esprit avec celies des Sens.
Le Toucher qui s'est amusé , suivant sa
coûtume , ne paroît qu'après la sortie du
Sens commun et passe son tems et le
reste de l'Audience à badiner ; l'Amour
leve le siége , et finit par un compliment
dû aux Spectateurs , où il les invite à
faire durer le Procès des Sens , et à lui
rêter leurs lumieres pour lejuger bien.
La Dile Dangeville la jeune , qui remplit le Rôle de l'Amour , le joue avec
cette figure aimable et piquante , qui fait
si grand plaisir aux yeux , et avec toutes
les graces , la finesse et la legereté imaginable. Elle est très-bien secondée par les
II.Vol sieurs
122 MERCURE DE FRANCE
Srs Dangeville l'Oncle , Poissons, Montmesnil , qui y jouent les Rôles du Toucher , du Goût et du bon Sens , et par
ses autres Camarades , car la Piéce est
très-bien et très- vivement jouée.
Cette Comédie en un Acte en Vers est
une forme de Critique nouvelle , risquée:
heureusement sur un Théatre qui n'avoit
encore rien donné dans ce goût-là ; l'Auteur ne doit pas se repentir de cet essai 2
11. Vol. puis-
1418 MERCURE DE FRANCE
puisque le Public , loin de le regarder
comme une témerité , l'a honoré de ses
applaudissemens. Le Ballet des Sens a
donné occasion à la Comédie, où les Sens
personifiés sur la Scene Françoise , font
de courtes et justes Analyses des Entrées
qu'on leur a assignées sur la Scene Lyrique.
L'action du Procès des Sens se passe
dans les Jardins d'Hebé , où le Goût
trouve l'Amour établi Juge de la contestation par un Edit de Jupiter , apporté
par Mercure. L'Amour demande au Goût
quel sujet a pû brouiller les Sens ; le Goût
lui répond que l'Opera s'étant avisé de
leur faire chanter des Brunettes , et danser des Musettes , cela a occasionné cent
discours partiaux sur leurs prééminences ,
qui ont semé la division entr'eux . Il lui
rapporte de suite les décisions d'un Abbé d'un Caissier et d'un Gascon , et
ajoûte :
Seigneur Amour , Voilà
Comme tous cinq on nous balote.
L'Amour réplique :
Tous cinq , calculez bien , qui de cinq ôte deux ,
Reste trois en Eté ce nombre est plus heu- reux.
11. Vol. Ah!
A
JUIN... 17326 1479
Ah ! dit le Goût ,
Vous voulez badiner sur le Goût et l'Ouic
Que l'on a retranchés dans le nouveau Ballet ;
Quant à l'Acte du Goût qui pour moi pa- roîtra
Quand les jours baisseront , à moins que d'être souche ,
De mon retranchement rien l'on ne conclura ,
Sinon que l'Opera
Me garde pour la bonne bouche.
Un petit Amour vient annoncer l'Odorat , qui paroît chargé de fleurs , et se
caracterise par sa délicatesse sur lesOdeurs,
l'Ouie et la Vue le suivent de près. L'Amour se place sur son Tribunal , et les
Sens plaident alternativement leur cause :
nous ne donnerons pour échantillon des
traits de critique , que celui qui tombe
sur l'Acte où triomphe la Dlle le Maure.
L'Amour Chantant , ( dit l'Amour declamant )
Devroit être honteux ,
De son avanture nouvelle ,
Et ne pas s'en vanter comme il fait ; elle est
belle;
L'Opera complaisant détache son bandeau ,
Disant pour raison de son zele ,
Que son illuminé nouveau
II. Vol.
Va
#420 MERCURE DE FRANCE
*Varégler sa main témeraire,
C'est pour le bien descœurs que le Destin l'éclaire,
Quel usage fait- il de ce don précieux ?
De quoi s'occupe - t ilen ouvrant ses beaux
yeux ?
Semblable à l'Ecolier qui sort de la jaquette
• Il vole du facile an superficiel ,
Et le premier regard que notre Bambin jette ,
C'est pour admirer l'Arc- en- Ciel
Et se coiffer d'une Grisette.
Kris, Grisette !
La Vue.
L'Amour
Et qui pis est soubrette.
Dans le fort de la plus vive dispute des
Sens ; le Sens commun arrive ; le Public a
trouvé qu'il parle comme il doit parler.
Décision très glorieuse pour l'Auteur.
Voici la définition du bon Sens tel qu'il
la fait lui-même.
Sans éclat j'illumine
Mais j'illumine nettement ;
Je n'aventure rien; à pas lents je chemine ,..
Mais je chemine sûrement
Le Sens commun n'a pas toujours de grace fine
2. Vers du Balle
II. Vol. Le
JUIN. 1732. 1420
Mais il y a du solide , il pense éxactement
Enfin il est le jugement,
Il est l'esprit sensé que le vrai détermine ,
Que le Bon touche fortement ;
;
Et par fois l'Esprit vif n'est dans son enjou
ment
Que la sotise qui badine,
Le Sens commun expose qu'il craint
que les Sens ne s'approprient ses droits.en
détaillant les leurs. Sa Requête n'est pas
malfondée , tant sur le Théatre que dans
les conversations les plus éclairées ; il n'est
que trop ordinaire de confondre les opérations de l'Esprit avec celies des Sens.
Le Toucher qui s'est amusé , suivant sa
coûtume , ne paroît qu'après la sortie du
Sens commun et passe son tems et le
reste de l'Audience à badiner ; l'Amour
leve le siége , et finit par un compliment
dû aux Spectateurs , où il les invite à
faire durer le Procès des Sens , et à lui
rêter leurs lumieres pour lejuger bien.
La Dile Dangeville la jeune , qui remplit le Rôle de l'Amour , le joue avec
cette figure aimable et piquante , qui fait
si grand plaisir aux yeux , et avec toutes
les graces , la finesse et la legereté imaginable. Elle est très-bien secondée par les
II.Vol sieurs
122 MERCURE DE FRANCE
Srs Dangeville l'Oncle , Poissons, Montmesnil , qui y jouent les Rôles du Toucher , du Goût et du bon Sens , et par
ses autres Camarades , car la Piéce est
très-bien et très- vivement jouée.
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Résumé : EXTRAIT du Procès des Sens.
Le texte présente une critique de la comédie en un acte en vers intitulée 'Le Procès des Sens'. Cette œuvre, bien que risquée, a été bien accueillie par le public, qui l'a applaudie. L'action se déroule dans les jardins d'Hébé, où l'Amour, désigné juge par Jupiter, doit trancher une dispute entre les Sens. Cette querelle a été déclenchée par une représentation d'opéra où les Sens ont été mis en scène de manière controversée. Les Sens, personnifiés, plaident leur cause devant l'Amour. Le Goût explique que l'opéra a semé la division en faisant chanter et danser des personnages inappropriés. L'Amour suggère de réduire les Sens à trois pour simplifier la situation. Les Sens de l'Odorat, de l'Ouïe et de la Vue interviennent tour à tour, critiquant notamment une performance de la demoiselle Le Maure. Au cœur de la dispute, le Sens commun arrive et expose sa définition : il éclaire nettement et sûrement, sans éclat superflu. Il craint que les Sens ne s'approprient ses droits et rappelle l'importance de distinguer les opérations de l'esprit de celles des Sens. Le Toucher, dernier à intervenir, passe son temps à badiner. La pièce est jouée avec succès par des acteurs renommés, notamment la demoiselle Dangeville dans le rôle de l'Amour, qui est saluée pour son interprétation pleine de grâce et de finesse. L'Amour conclut en invitant le public à prolonger le débat et à partager leurs lumières pour juger la pièce.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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133
p. 1422
« Le 30. Juin, les Comédiens Italiens remirent au Théatre la [...] »
Début :
Le 30. Juin, les Comédiens Italiens remirent au Théatre la [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Colombine, Avocat pour ou Contre
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texteReconnaissance textuelle : « Le 30. Juin, les Comédiens Italiens remirent au Théatre la [...] »
Le 30. Juin , les Comédiens Italiens remirent au Théatre la Comédie de Colombine , Avocat Pour et Contre , en Prose et
en trois Actes , représentée dans sa nouveauté par les anciens Comédiens Italiens
en 1685. La De Roland , nouvelle Danseuse Italienne , dont on a parlé, y debuta.
pour la premiere fois par le Rôle de Colombine , qu'elle joua avec assez d'intelligence , ayant été applaudie du Public.
en trois Actes , représentée dans sa nouveauté par les anciens Comédiens Italiens
en 1685. La De Roland , nouvelle Danseuse Italienne , dont on a parlé, y debuta.
pour la premiere fois par le Rôle de Colombine , qu'elle joua avec assez d'intelligence , ayant été applaudie du Public.
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134
p. 1613-1614
« Au commencement de ce mois les Comédiens François ont remis [...] »
Début :
Au commencement de ce mois les Comédiens François ont remis [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, La Fausse Inconstance, Jodelet
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texteReconnaissance textuelle : « Au commencement de ce mois les Comédiens François ont remis [...] »
SPECTACLE S.
U commencement de ce mois les
AComédiens François ont remis au
Theatre , la Comédie du Chevalier à la
mode, dans laquelle la De Poisson ; épouse
1614 MERCURE DE FRANCE
du Sr Poisson , nouvellement reçûë , joüa
le Rôle de la Petite- Brune, avec beaucoup
d'applaudissement ; ainsi que l'Amoureu
se , dans la Comédie de Jodelet , Maître et
Valet , qu'on a aussi remis au Théatre, La
Dile le Grand , épouse du St le Grand , la
pareillement été reçûë dans la Troupe du
Roy , et elle a joué , avec applaudissement le Rôle de Salomith , dans la Tragédie d'Athalie , et celui d'Enone , dans
Phédre.
On repete et on jouera incessamment
la Tragédie nouvelle de M. de Voltaire.
Les mêmes Comédiens ont reçû une
Comédie en trois Actes , et en Vers , qui
a pour titre : La Fausse Inconstance : ls
la doivent jouer à Paris, pendant le voyage de la Cour à Fontainebleau. La Piece
est encore anonime ; nous en parleron's
en son temps.
U commencement de ce mois les
AComédiens François ont remis au
Theatre , la Comédie du Chevalier à la
mode, dans laquelle la De Poisson ; épouse
1614 MERCURE DE FRANCE
du Sr Poisson , nouvellement reçûë , joüa
le Rôle de la Petite- Brune, avec beaucoup
d'applaudissement ; ainsi que l'Amoureu
se , dans la Comédie de Jodelet , Maître et
Valet , qu'on a aussi remis au Théatre, La
Dile le Grand , épouse du St le Grand , la
pareillement été reçûë dans la Troupe du
Roy , et elle a joué , avec applaudissement le Rôle de Salomith , dans la Tragédie d'Athalie , et celui d'Enone , dans
Phédre.
On repete et on jouera incessamment
la Tragédie nouvelle de M. de Voltaire.
Les mêmes Comédiens ont reçû une
Comédie en trois Actes , et en Vers , qui
a pour titre : La Fausse Inconstance : ls
la doivent jouer à Paris, pendant le voyage de la Cour à Fontainebleau. La Piece
est encore anonime ; nous en parleron's
en son temps.
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Résumé : « Au commencement de ce mois les Comédiens François ont remis [...] »
Les Comédiens Français ont repris 'Le Chevalier à la mode' et 'Jodelet, Maître et Valet'. Madame de Poisson et Madame l'Amoureuse ont été acclamées. Madame le Grand a joué dans 'Athalie' et 'Phèdre'. La tragédie de Voltaire est en répétition. La comédie 'La Fausse Inconstance' sera jouée à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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135
p. 1614-1615
Vers pour la Dlle d'Angeville, [titre d'après la table]
Début :
M. Fuzelier, Auteur de la petite Comédie du Procès des [...]
Mots clefs :
Procès des Sens, Ouïe, Demoiselle Dangeville
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texteReconnaissance textuelle : Vers pour la Dlle d'Angeville, [titre d'après la table]
M. Fuzelier , Auteur de la petite Comédie du Procès des Sens , que le public
voit toujours avec plaisir , y a fait quelques changemens et augmentations , au
sujet de l'Entrée de l'Ouie, qu'on a donnée
à l'Opéra depuis peu, qui ont été applaudis. La Dile Dangeville , qui joue le principal Rôle , avec tant de finesse dans
cette Piéce , s'est attiré les justes éloges
qu'on va lire :
Pour-
JUILLET 32. 1615
Pourquoi tant differer , aimable Dangeville ,
Aprononcer dans le Procês des Sens
Le jugement peut-il paroître difficile
A qui peut , comme toy , consulter le bon sens ?
C'est faire trop long- temps injustice à la vûë ;
Surses quatre rivaux elle doit l'emporter,
Puisque sans elle en vain le Ciel t'auroit pourvûë ,
Des graces , des appas , que l'on voit t'escorter ;
Peut - être le Toucher auroit - il plus de charmes ,
Mais , hélas ! il m'est deffendu ;
La vue a seule droit qu'on lui rende les armes
Même en dépit de ta vertu ;
Je m'y tiens donc , d'autant qu'elle a cet avan
tage ,
Que c'est par elle que je voi,
Que l'on doit convenir , pour peu que l'on soit
sage,
•
Qu'Amour est moins Amour ques toi
voit toujours avec plaisir , y a fait quelques changemens et augmentations , au
sujet de l'Entrée de l'Ouie, qu'on a donnée
à l'Opéra depuis peu, qui ont été applaudis. La Dile Dangeville , qui joue le principal Rôle , avec tant de finesse dans
cette Piéce , s'est attiré les justes éloges
qu'on va lire :
Pour-
JUILLET 32. 1615
Pourquoi tant differer , aimable Dangeville ,
Aprononcer dans le Procês des Sens
Le jugement peut-il paroître difficile
A qui peut , comme toy , consulter le bon sens ?
C'est faire trop long- temps injustice à la vûë ;
Surses quatre rivaux elle doit l'emporter,
Puisque sans elle en vain le Ciel t'auroit pourvûë ,
Des graces , des appas , que l'on voit t'escorter ;
Peut - être le Toucher auroit - il plus de charmes ,
Mais , hélas ! il m'est deffendu ;
La vue a seule droit qu'on lui rende les armes
Même en dépit de ta vertu ;
Je m'y tiens donc , d'autant qu'elle a cet avan
tage ,
Que c'est par elle que je voi,
Que l'on doit convenir , pour peu que l'on soit
sage,
•
Qu'Amour est moins Amour ques toi
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Résumé : Vers pour la Dlle d'Angeville, [titre d'après la table]
Le texte décrit les modifications et ajouts réalisés par M. Fuzelier à sa pièce 'Le Procès des Sens', notamment l'entrée de l'Ouie à l'Opéra, qui ont été favorablement reçus par le public. La comédienne La Dangeville, qui joue le rôle principal, est particulièrement saluée pour sa finesse et ses éloges appropriés. Le texte inclut également un poème daté du 32 juillet 1615, qui célèbre les qualités de La Dangeville et la supériorité de la vue parmi les sens. Le poème souligne que, bien que le toucher puisse avoir des charmes, la vue est privilégiée car elle permet de voir et de reconnaître l'amour.
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136
p. 1615-1619
L'Entrée de l'Oüie, Opera, [titre d'après la table]
Début :
Le 8 Juillet, l'Académie Royale de Musique, qui continuë [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Ballet des sens, Ulysse, Ouïe, Sirène
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texteReconnaissance textuelle : L'Entrée de l'Oüie, Opera, [titre d'après la table]
Le 8 Juillet , l'Académie Royale de
Musique , qui continue toujours avec
beaucoup de succès , le Ballet des Sens' ,
supprima la deuxième Entrée, qui a pour
titre , le Toucher , et donna pour la pre
miere fois celle de l'Ouïe , qui a été reçuë
tres- favorablement dupublic. Nous avons Gvj don-
1616 MERCURE DE FRANCE
donné l'Extrait dans le dernier Mercure
des trois premieres Entrées ; voicy celuide l'Oue qu'on vient de faire paroître.
Le Théatre represente l'Isle des Syrenes; Ulisse et Orphée font la premiere
Scene :Orphée presse Ulisse de s'arracher
aux Piéges dangereux que les Sirenes tendent aux Mortels par la funeste douceur
de leurs chants. Ulisse lui dit que ce sont
là des Monstres qui lui restent à surmonter, pour mettre le comble à sa gloire. Il
prie Orphée d'aller rassûrer ses Grecs , et
de leur dire qu'ils quitteront bien- tôt ce
dangereux rivage.
Ulisse , tout occupé d'une voix mélodieuse qu'il a entendue,s'éloigne de l'Isle
des Sirenes, pour chercher encore le charme qui l'a frappé.
La Reine des Sirenes , suivie de ses
sœurs Leucosie et Partenope , n'ose consentir à la perte des malheureux que le sort a
conduits près d'elles. Ses sœurs ont beau
lui representer qu'un Oracle lui a prédit
qu'elle perdroit le jour et l'Empire, si un
seul Mortel échappoit à leur fureur. Ulisse
est plus fort dans son cœur que tous les
malheurs qui lui sont annoncez : Voicy
ce qu'elle leur répond ;
De ma raison , je chetche en vain l'usage ;
Je veux la rappeller , mais sur tous mes efforts ,
Ulisse
JUILLET. 1732. 1617
Ulisse a toujours l'avantage ;
Invisible et presente à l'aide d'un nuage,
Je le suis , je l'observe ; il entend mes transports,
Rougirai-je à ses yeux d'un indigne esclavage ?
S'il dédaigne mes feux , quel affront ? quels remords ?
L'immolerai- je , hélas ! si son cœur les partage à
Elle congédie ses sœurs , et leur defenfend de rien entreprendre sans son ordre
exprès.
La Reine refléchit sur la triste situation
où l'amour vient de la mettre : Ulisse attiré par sa voix , s'approche d'elle ; il la
prend d'abord pour une Déesse ; elle lui
répond, qu'il doit juger par ses larmes ,
qu'elle n'est qu'une Mortelle , et des plus
infortunées : Ulisse lui dit tendrement :
Reprochez - vous aux Dieux des rigueurs trop,
cruelles ?
D'un tendre Amant,pleurez-vous le trépas ?
De si beaux yeux ne pleurent pas
Des ingrats , ni des infidelles,
Il est aussi touché des charmes de ses
yeux , qu'il l'a été de la douceur de ses
chants; c'est ce qu'il lui exprime par ces
Vers:
Vosaccents en ces lieux, captivoient mon courage,
Je cherchois d'ou partoit le trait qui m'a blessé ;
Vos
4
1
1
1
1618 MERCURE DE FRANCE
Vos attraits sur mon cœur ont achevé l'ouvrage
Que vos chants avoient commencé.
La Sirene le presse de fuir des monstres
qui en veulent à sa vie ; elle se fait connoître pour leur Reine. Ulisse la prie de
le suivre dans ses Etats ; elle y consent
enfin, et va tout préparer pour leur fuite.
Les Sirenes et leur suite viennent enchanter Ulisse , et forment la fête de cet
Acte.
Orphée vient , et voyantà quel danger
Ulisse est exposé , il profite de son sommeil pour le faire transporter dans son
Vaisseau , armé du pouvoir d'Apollon ,
son Pere ; il transforme les Sirenes en
Rochers ; la Reine vient , prête à partir
avec Ulisse ; mais voïant son Vaisseau s'éloigner du rivage , elle se précipite dans
les flots , avec une grace , qui a donné
lieu à ce Madrigal.
Pelissier , flatteuse Sirene ,
Non , jamais au Théatre on n'a mieux exprimé ;
Le plaisir , la douleur , la tendresse et la haine ;
En toi , jusqu'à la mort , tout paroît animé ;
On diroit à te voir , dans les flots de Neptune
T'élancer , voler au trépas ,
Qu'un Triton, à bonne fortune ,
Va te recevoir dans ses bras.
La
-
JUILLET. 1732. 1619
La De Pellissier n'est pas la scule qui se
soit distinguée dans l'Acte de l'Ouïc ; le
S Chassé , et la Dlle Salé , lui en ont dis
puté la gloire ; l'un , par la beauté du
chant ; l'autre, par les graces de la danse
Musique , qui continue toujours avec
beaucoup de succès , le Ballet des Sens' ,
supprima la deuxième Entrée, qui a pour
titre , le Toucher , et donna pour la pre
miere fois celle de l'Ouïe , qui a été reçuë
tres- favorablement dupublic. Nous avons Gvj don-
1616 MERCURE DE FRANCE
donné l'Extrait dans le dernier Mercure
des trois premieres Entrées ; voicy celuide l'Oue qu'on vient de faire paroître.
Le Théatre represente l'Isle des Syrenes; Ulisse et Orphée font la premiere
Scene :Orphée presse Ulisse de s'arracher
aux Piéges dangereux que les Sirenes tendent aux Mortels par la funeste douceur
de leurs chants. Ulisse lui dit que ce sont
là des Monstres qui lui restent à surmonter, pour mettre le comble à sa gloire. Il
prie Orphée d'aller rassûrer ses Grecs , et
de leur dire qu'ils quitteront bien- tôt ce
dangereux rivage.
Ulisse , tout occupé d'une voix mélodieuse qu'il a entendue,s'éloigne de l'Isle
des Sirenes, pour chercher encore le charme qui l'a frappé.
La Reine des Sirenes , suivie de ses
sœurs Leucosie et Partenope , n'ose consentir à la perte des malheureux que le sort a
conduits près d'elles. Ses sœurs ont beau
lui representer qu'un Oracle lui a prédit
qu'elle perdroit le jour et l'Empire, si un
seul Mortel échappoit à leur fureur. Ulisse
est plus fort dans son cœur que tous les
malheurs qui lui sont annoncez : Voicy
ce qu'elle leur répond ;
De ma raison , je chetche en vain l'usage ;
Je veux la rappeller , mais sur tous mes efforts ,
Ulisse
JUILLET. 1732. 1617
Ulisse a toujours l'avantage ;
Invisible et presente à l'aide d'un nuage,
Je le suis , je l'observe ; il entend mes transports,
Rougirai-je à ses yeux d'un indigne esclavage ?
S'il dédaigne mes feux , quel affront ? quels remords ?
L'immolerai- je , hélas ! si son cœur les partage à
Elle congédie ses sœurs , et leur defenfend de rien entreprendre sans son ordre
exprès.
La Reine refléchit sur la triste situation
où l'amour vient de la mettre : Ulisse attiré par sa voix , s'approche d'elle ; il la
prend d'abord pour une Déesse ; elle lui
répond, qu'il doit juger par ses larmes ,
qu'elle n'est qu'une Mortelle , et des plus
infortunées : Ulisse lui dit tendrement :
Reprochez - vous aux Dieux des rigueurs trop,
cruelles ?
D'un tendre Amant,pleurez-vous le trépas ?
De si beaux yeux ne pleurent pas
Des ingrats , ni des infidelles,
Il est aussi touché des charmes de ses
yeux , qu'il l'a été de la douceur de ses
chants; c'est ce qu'il lui exprime par ces
Vers:
Vosaccents en ces lieux, captivoient mon courage,
Je cherchois d'ou partoit le trait qui m'a blessé ;
Vos
4
1
1
1
1618 MERCURE DE FRANCE
Vos attraits sur mon cœur ont achevé l'ouvrage
Que vos chants avoient commencé.
La Sirene le presse de fuir des monstres
qui en veulent à sa vie ; elle se fait connoître pour leur Reine. Ulisse la prie de
le suivre dans ses Etats ; elle y consent
enfin, et va tout préparer pour leur fuite.
Les Sirenes et leur suite viennent enchanter Ulisse , et forment la fête de cet
Acte.
Orphée vient , et voyantà quel danger
Ulisse est exposé , il profite de son sommeil pour le faire transporter dans son
Vaisseau , armé du pouvoir d'Apollon ,
son Pere ; il transforme les Sirenes en
Rochers ; la Reine vient , prête à partir
avec Ulisse ; mais voïant son Vaisseau s'éloigner du rivage , elle se précipite dans
les flots , avec une grace , qui a donné
lieu à ce Madrigal.
Pelissier , flatteuse Sirene ,
Non , jamais au Théatre on n'a mieux exprimé ;
Le plaisir , la douleur , la tendresse et la haine ;
En toi , jusqu'à la mort , tout paroît animé ;
On diroit à te voir , dans les flots de Neptune
T'élancer , voler au trépas ,
Qu'un Triton, à bonne fortune ,
Va te recevoir dans ses bras.
La
-
JUILLET. 1732. 1619
La De Pellissier n'est pas la scule qui se
soit distinguée dans l'Acte de l'Ouïc ; le
S Chassé , et la Dlle Salé , lui en ont dis
puté la gloire ; l'un , par la beauté du
chant ; l'autre, par les graces de la danse
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Résumé : L'Entrée de l'Oüie, Opera, [titre d'après la table]
Le 8 juillet, l'Académie Royale de Musique a supprimé la deuxième entrée du ballet 'Les Sens' intitulée 'Le Toucher' et a présenté pour la première fois celle de 'L'Ouïe', qui a été bien accueillie par le public. Le théâtre représentait l'île des Sirènes, où Ulisse et Orphée jouaient la première scène. Orphée incitait Ulisse à échapper aux pièges des Sirènes, mais Ulisse était attiré par leurs chants. La Reine des Sirènes, malgré les avertissements de ses sœurs, était incapable de résister à Ulisse. Elle le suivait, croyant qu'il pourrait partager ses sentiments. Ulisse, touché par ses charmes, acceptait de l'emmener. Cependant, Orphée, profitant du sommeil d'Ulisse, le transportait sur son vaisseau et transformait les Sirènes en rochers. La Reine des Sirènes, voyant le vaisseau s'éloigner, se précipitait dans les flots. Plusieurs artistes, dont Pelissier, Chassé et la Demoiselle Salé, se sont distingués lors de cette représentation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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137
p. 1619
« Le 26 Juillet, les Comédiens Italiens donnerent une petite Pièce [...] »
Début :
Le 26 Juillet, les Comédiens Italiens donnerent une petite Pièce [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Opéra comique, Ecole des Mères, Fille Sauvage, Sophie et Sigismond
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texteReconnaissance textuelle : « Le 26 Juillet, les Comédiens Italiens donnerent une petite Pièce [...] »
Le 26 Juillet , les Comédiens Italiens
donnerent une petite Piéce nouvelle , eà
un Acte en Prose , qui a pour titre l'E;
cole des Meres , avec un Divertissement.
Elle est de M.de Marivaux. Le Public l'a
reçuë tres favorablement. On en parlera
plus au long.
Le 7 Juillet, l'Opera Comique fit l'ou
verture de son Théatre de la Foire S.Lau
rent , par deux Pieces nouvelles , d'un
Acte chacune, avec des Divertissements
intitulées : Sophie et Sigismond, et la Fille
Sauvage , précédées d'un Prologue. C'est
le S' Hamoche , connu depuis tres- longtemps du public , sous le nom de Pierrot
qui est presentement l'Entrepreneur de
ce Theatre , et le St Gilliers compose la
Musique des Divertissemens, qui est toujours goûtée du public.
donnerent une petite Piéce nouvelle , eà
un Acte en Prose , qui a pour titre l'E;
cole des Meres , avec un Divertissement.
Elle est de M.de Marivaux. Le Public l'a
reçuë tres favorablement. On en parlera
plus au long.
Le 7 Juillet, l'Opera Comique fit l'ou
verture de son Théatre de la Foire S.Lau
rent , par deux Pieces nouvelles , d'un
Acte chacune, avec des Divertissements
intitulées : Sophie et Sigismond, et la Fille
Sauvage , précédées d'un Prologue. C'est
le S' Hamoche , connu depuis tres- longtemps du public , sous le nom de Pierrot
qui est presentement l'Entrepreneur de
ce Theatre , et le St Gilliers compose la
Musique des Divertissemens, qui est toujours goûtée du public.
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Résumé : « Le 26 Juillet, les Comédiens Italiens donnerent une petite Pièce [...] »
Le 26 juillet, les Comédiens Italiens ont joué 'L'École des Mères' de Marivaux. Le 7 juillet, l'Opéra Comique a inauguré son théâtre de la Foire Saint-Laurent avec 'Sophie et Sigismond' et 'La Fille Sauvage'. L'entrepreneur était S' Hamoche, et la musique était de St Gilliers. Les représentations ont été bien accueillies.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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138
p. 1816-1828
L'Opera Comique, Pieces nouvelles, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le Lundy 28 Juillet, l'Opéra Comique donna la premiere Représentation [...]
Mots clefs :
Opéra comique, Ballet des sens, Procès des Sens, Ballet, Intérêts de village, Scène, Danseur, Lanterne véridique, Air noté, Zaïre
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texteReconnaissance textuelle : L'Opera Comique, Pieces nouvelles, &c. [titre d'après la table]
PECTACLE S.
E Lundy 28 Juillet , l'Opéra ComiLque donna la premiere Représenta
tion de deux petites Pieces nouvelles
précédées d'un Prologue, dont la premie
re Scene se passe entre l'Instinct et la Nature. Celle-ci rend compte des soins qu'elle se donne pour la Réconciliation des
sens. Il est aisé de comprendre que toures les idées de ce Prologue ont rapport
au Ballet des Sens, et au Procès des Sens
représenté à la Comédie Françoise. La
Scene de la Nature et de l'Instinct est interrompuë par l'Opinion qui vient féliciter la Nature sur le racommodement
qu'elle projette ; la Nature congédie fort
naturellement l'Opinion , quoiqu'elle se
prétende sa Collégue dans l'Empire de
Î'Univers , fondée sur le Proverbe Italien: L'Opinione Regina del Mondo.L'Instinct revient dès que l'Opinion est sortie.
Un Amour arrive pour exhorter la Nature à terminer le Procès des Sens. Après
quelques questions , elle lui demande qui
des deux Amours à la mode il aime le
mieux. ( On sçait que ces deux Amours
sont la Dule d'Angeville et la Due le Maure. )
A O UST. 1732. 1817
re. ) L'Amour répond par ce Couplet, sur
Pair : Deux beaux yeux n'ont qu'à parler.
Bon , moy , j'entens tous les jours,
Cent Discours ,
Sur ces deux aimables Amours.
Sans me sembler fort téméraire ,
Şur leur mérite , on ne peut rien régler ,
Car l'un n'a qu'à chanter pour plaire ,
Et l'autre n'a qu'à parler.
Le Prologue finit par un Ballet , composé des Sens , et de leur suite.
La premiere Piece , intitulée : Les In
terets de Village , se passe dans un Village.
Chaton , Manceau , Sécrétaire du deffunt
Bailli , paroît d'abord avec Gripant , Record et son Confident , à qui en expliquant sa situation et ses vûes , il apprend
qu'il s'apperçoit qu'il est aimé de la veuve du Bailli , mais qu'il aime Agate sa
Niéce , promise à Piérot. Primò , dit - il
je veux épouser Agate , et pour y parvenir ,
la brouiller avec Piérot. 2° . Je veux pour
jouir toujours des Revenans- bons du Bailliage , me servir de l'ascendant que j'ai sur
l'esprit de Me Triolet , ( c'est la veuve)
pour l'engager à remettre sa Charge à un imbécile qui se contente de n'en posseder que.
G Le
1818 MERCURE DE FRANCE
Le Titre, comme faisoit le deffunt. Gripant
lui demande à quel heureux imbécile il
donnera la préférence. Chaton propose
d'abord Piérot , qu'il détacheroit d'Agate, en lui inspirant l'ambition d'être Bailli ; ensuite il parle de Grosdos , riche Fermier , glorieux de Village , capable de ser- vir à ses desseins.
La Veuve paroît et tâche de s'expliquer avec Chaton , qui feint de ne pas entendre son galimatias passionné. Elle le
quitte , en appercevant Piérot. Chaton
fait accroire à Piérot que la Veuve a du
penchant pour lui , et songe à supplanter sa Niéce; il ébranle la fidélité de Piérot
en lui exagerant les prérogatives de la
Charge de Bailli. Piérot sort presqu'inconstant ; et sur le champ Chaton ins
truit Agate des inconstances de son Rival , et lui déclare en même temps son
amour. Agate méprise cette déclaration
et s'afflige de l'infidelité de Piérot. Chaton après son départ , s'applaudit du succès de son mensonge , et ne perd pas l'esperance , malgré la rigueur d'Agate . Grosdos paroît, Chaton gagne sa confiance par
des respects et des soumissions ; il lui mes
dans la tête de devenir Bailli ; Grosdos le
retient pour son Secretaire, comme avoit
fait Piérot. Chaton dit: Je tiens Grosdos
dans
AOUST. 1732. 1819
dans mesfilets; je choisirai entre Piérot et lui,
suivant les dispositions de Mme Triolet. Il
est question à present de l'amener à mon but.
Elle vient; je veux faire rompre la glace par
Gripant ; allons lui donner mes instructions.
que
Dans la Scene suivante , Janot qui survient , apprend à la Veuve qu'on parle
dans le Village de l'envie que Grosdos a
d'être Bailly. Piérot arrive , et dit crument à la Baillive , qu'il la sçait amou
reuse de lui ; elle le détrompe , et conçoit de violens soupçons au sujet de Chaton Piérot declare être la cause
de son erreur. Agate paroît quand sa tante a quitté Piérot. Il veut lui cacher sa
courte inconstance par des démonstrations de tendresse ; Agate le rebute ironiquement; Piérot se flare d'un prompt
retour. Il apperçoit Grosdos, et reste pour
le narguer ; Grosdos lui conseille de le
respecter comme un homme qui va être
bien-tôt Bailly; cette nouvelle fait changer de ton à Piérot , qui s'humilie devant
le prétendu oncle d'Agate. Grosdos dir
qu'il consultera sur ceci son Secretaire
Chaton. Ouais , dit Piérot à part ; Cha
ton par tout ! je crois que le fripon nous
trompe tous. Mme Triolet qui vient , sans
être apperçue , de surprendre Chatonaux,
pieds de sa niéce , arrive en fureur , et 292003 Gij Agate
1820 MERCURE DE FRANCE
Agate qui survient , l'augmente en se
plaignant des importunitez de ce fourbe ; ils prennent tous le parti de se ca- cher derriere des arbres , en voyant paroître Chaton et Gripant, que Piérot seul
aborde ; il les fait parler à cœur ouvert ,
sur tous leurs interêts differens. Ils sont
tous détrompez par celui qui les avoit
tous abusez ; la veuve dépitée épouse
Grosdos, et donne Agate à Piérot. Cha
ton et Gripant se retirent avec l'audace
de deux fripons , et le Village assemblé
vient féliciter le nouveau Bailly , et cele
brer les deux mariages par des Danses ,
qui forment le Divertissement.
La 2 Piéce , intitulée : L'Epreuve des
Fées, est composée de plusieurs Scenes
Episodiques , qui se passent dans une
Grotte, destinée à l'Epreuve des Fées. La
Récipiendaire y donne audience aux per- sonnages , destinez pour lui demander
graces des conseils; et c'est sur les
Réponses qu'elle fait , que les Fées cathées dans les Rochers de la Grotte , jugent de sa capacité , et la reconnoissent
Fée,à la fin de l'épreuve on la renvoye.
des et
Dans la 2de Scene , Bagatelius , Philosophe, vient demander à Finette , ( c'est la
jeune Fée qu'on éprouve ) la connoissanse de la verité. Finette, fatiguée de ses
doctes
AOUST. 1732 1811
*
doctes clabauderies , le dotie d'une extinction de voix , et le renvoye presque
muet.
Le second Client est Jacot , Paisan, qui
supplie la Fée de lui accorder le don d'être toujours autant aimé de sa femme ,
qu'il l'est présentement : Finette lui promet que son front sera toujours aussi res
pecté qu'il l'est. Il faut sçavoir que par le
recit de Jacot, et par l'éloge même qu'il
fait de sa chere moitié ,il prouve lui- même, sans s'en appercevoir qu'elle ne lui
est point du tout fidelle.
Après le départ du crédule Jacot , paroît unejolie femme , nommée Araminte ,
qui demande le rétablissement de la réputation d'une de ses bonnes amies , qu'une
jmprudence a un peu timpanisée ; la Fée
l'oblige à conter l'aventure de son amic.
Araminte avoue que cette amie a été surprise avec son amant par son mari, et dans la chaleur de sa narration elle se coupe ,
et fait connoître qu'elle est l'Héroïne du Roman.
La derniere Scene , mêlée de critique et
dé Jeu de Théatre , est remplie par un
Danseur , toujours occupé de son talent ,
et toujours sacrifiant aux Graces : Voici
des Morceaux du Panégirique qu'il fait
du Gracieux.
Giij Jai
1822 MERCURE DE FRANCE
J'ai pour le Gracieux une ardeur infinie ,
Je voue au Gracieux mes Jambes , mon Génie ;
Non , sans le Gracieux , je ne puis faire un Pás,
Il gouverne mes pieds , il balance * mes Bras ,
* , il me panche *, il me tourne Il me pousse
il m'arrête,
Il me tient le menton, quand il leve la tête ¿
Etcomme le Soleil est le flambeau des cieux
MonAstre , à moi mon Astre est ...
Pierot.
La Gargouillade.
Le Danseur.
Quoi?
Le Gracieux.
Croit- on qu'il ne me suit que dans les Bergeries▸
Je fais au bord du Stix minauder les Furies ,
Et lorsque l'on me voit figurer en Démon ,
On croit, au Masque près, voir danser Céladon.
Si je suis en Guérrier qui sort d'une Bataille ,
Si pour la tendre Alceste à Sciros je ferraille ,
Une grace me met monEpée à la main ,
Sous cent habits divers on me déguise en vain
Peste ! on me reconnoît toûjours.... Ah ! c'esɛ lui- même ,
C'est lui , dit- on, c'est lui ; que sa garce est ex- trême !
****** L'Axis différents,
Londres
AOUST. 1732.` 1823
Londres mevit un jour sous un habit oblong,
En Sacrificateur , dansant un Cotillon ,
Quel Tapage ce fut ! c'étoit pis qu'un Tonnerret
De ce Cottillon-là , les Gourmets d'Angleterre,
Se souviendront long- temps...
Finette.
Et nous aussi , ma foy !
Pierot , à la Gargouillarde.
Votre Gracieux est souvent berné , je croi,
La Gargoüillade.
Vous croicz mal , pourvu que l'on danse avec
grace ,
Nal contresens ne choque , il n'est rien qui ne
passe ;
Jamais on n'analise un divertissement ;
Ou n'y demande point ni pourquoi , ni com- ment ;
J
Qu'on mette à la Françoise un Peuple de laGrece
Que l'on Coiffe en Bichon une grande Prêtresse,
Que la Sirene prête à massacrer les gens ,
Se prépare à leur mort par des Ballets galans ,
Cela n'est-il pas bien , dés que cela.sçait plaire
Pour les autres talens ce Juge si sévere ,
Qui rejette à son gré Thalie et ses bons mots,
Houspille Melpomene, et nargue ses Héros ;
Ce Public qui par tout veut de la convenance
Apour la danse seule une entiere indulgence ;
?
2
Güij
1824 MERCURE DE FRANCE一个
Lss Romains les plus grands , par lui sont ab- batus
Dans sa conduite , il a blâmé jusqu'à Brutus ,
Mais il a vû, revû , sans chicaner l'idée ,
Danser des Tambourins aux filles de Judée.
Et dans le Ballet neuf, avant qu'il fut rogné ,
Recousu , recrépi , frisoté , tignoné ,
Devant Protésilas , sortant du sombre Empire.
Des Trépassez dansoient , on l'a vû sans en rire
Et sans imaginer aucune absurdité
Dans ces Morts qui sautoient pour un réssuscité,
Piérot.
Si l'on ne rioit pas , on en avoit envie ;
Mais on ne le pouvoit ; observez, je vous prie ,
Me disoit un Frater , me lavant le Menton >
Que les Os du Gosier sont placez de façon ,
Qu'on ne peut à la fois rire et baailler... la bou che ;
Tres-distincte à marquer quel sentiment nous touche ,
S'ouvre en long, quand on baaille, en large quand
on rit ;
Vous voiez , sans avoir autant que moi d'esprit
Que le large et le long... que le long et le large...
Ne peuvent exercer au même instant leur charge.
Piérot , Physicien !
Finette.
Piered
AOUS T. 1732. 1825
Piérot.
Ouy, c'est le long qui fait
Que l'on ne rioit pas dans le nouveau Ballet.
Finette.
A la danse s'entend ; car à la Poësie
On rioit volontiers ; et quand Laodamie ,
Déplorant les malheurs de la viduité ,
Faisant sentir combien peze la chasteté
Sur le malheureux corps d'une veuve oppressée ,
t
Aux pieds d'une Statue ardamment carressée ,
De son époux deffunt alloit chercher l'ardeur ,
On disoit fy; c'est mal rappeller son Buveur.
Il réve !
Le Danseur.
Je descens sur un Port de Provence ;
De-là , tout en dansant je vois toute la France
Je me rens à Paris pour connoître le goût
D'un Peuple que j'entens préconiser par tout.
J'y trouve dans la danse un tumulte effroiable !
Chacun m'y yeut compter qu'un sujet admi-
›
rable ;
L'un pour le Gracieux , et l'autre pour le vif ,
Fait de ces deux talens un injuste tarif.
Deux Prodiges dansans que chacun idolâtre ,
Partageoient sans débat l'Empire du Théatre ,
I GY Mais
1826 MERCURE DE FRANCE
Mais on les désunit , et sur le moindre mot
L'une passe la Mer , l'autre court à Chaillot.
Leur départ nous allarme, et les Partis glapissents
De Doctes heurlemens les Caffez retentissent ;
Et dans l'Opéra même un Braillard à nos yeux,
Décide sans quartier ; loüangeur furieux ,
Au talent qu'il réprouve il déclare la guerre ;
Le Balcon s'en émeut , il trouble le parterre ,
Son souffle impur s'aigrit , l'air en est infecté ,
Le Flot qui l'apporta, recule épouvanté.
On implore aussi-tôt mon avis , on m'entoure
On fait silence, et moi, je répons cette Loure,&c
A
Le Danseur livré à son Entousiasme , se
met à danser, oublie ce qu'il venoit demander à la Fée , et sort en redoublant
ses Lazis de danse. Cet Acte est terminé
par une Fête champêtre , exécutée par des
Jardiniers et des Jardinieres , et par un
Vaudeville , qui termine la Piéce. En voiey quelques couplets :
Dans une fille bien apprise
J'aime une modeste rougeur ;
Le vermillon de la Cerise
Vaut-il celui de la pudeur ?
L'Amant avant son mariage
Est aussi sucré qu'un Brugnon:
Est-1
AOUST 173 . 1827
Est-il mari ? dans son ménage
Il est plus aigre qu'un Citron.
Barbons , Coquets , de bon sens vuides,
Cessez vos soupirs ennuyeux :
Jamais la neffle avec ses rides
Ne flata le goût et les yeux.
An Public.
Le bruit qui nous plaît davantage ,
Messieurs , quand nous ouvrons le bec ,
C'est sûrement votre suffrage ,
Mangerons-nous notre pain sec.
(
On trouvera l'Air notté au bas de la
Chanson.
Le 19 Aoust , le même Opéra Comique donna deux Piéces nouvelles , d'un
Acte chacune ; la premiere , intitulée :
La Lanterne Véridique, précédée d'un Prologue qui a pour titre : Le Réveil de POpera Comique. La seconde , Le Rival de
lui-même. Celle- ci est jouée par les Petits
Comédiens , qu'on a vûs avec plaisir ,
l'année passée à la même Foire S.Laurent.
Cette Piéce est encore précédée d'un Prologue , intitulé : Le Parterre Merveilleux.
Tous ces nouveaux Divertissemens ont été
G vj reçus
1828 MERCURE DE FRANCE
receus favorablement du public. On en
parlera plus au long.
Le Mercredi 13. de ce mois , les Comédiens François donnerent la premiere
Représentation de Zaire. Cette Piece fut
beaucoup critiquée , et encore plus applaudie. Nous entrions icy dans l'exposition , et les autres détails de ce Poëme ,
mais l'Auteur lui même nous dispense
de ce soin dans la Lettre qu'on va lire. Il
est inutile de faire sentir combien le Lecteur y gagnera ; nous y gagnons aussi ,
quoique l'illustre Poëte , en prodigant sa
modestie , ait trop pcu ménagé la nôtre.
E Lundy 28 Juillet , l'Opéra ComiLque donna la premiere Représenta
tion de deux petites Pieces nouvelles
précédées d'un Prologue, dont la premie
re Scene se passe entre l'Instinct et la Nature. Celle-ci rend compte des soins qu'elle se donne pour la Réconciliation des
sens. Il est aisé de comprendre que toures les idées de ce Prologue ont rapport
au Ballet des Sens, et au Procès des Sens
représenté à la Comédie Françoise. La
Scene de la Nature et de l'Instinct est interrompuë par l'Opinion qui vient féliciter la Nature sur le racommodement
qu'elle projette ; la Nature congédie fort
naturellement l'Opinion , quoiqu'elle se
prétende sa Collégue dans l'Empire de
Î'Univers , fondée sur le Proverbe Italien: L'Opinione Regina del Mondo.L'Instinct revient dès que l'Opinion est sortie.
Un Amour arrive pour exhorter la Nature à terminer le Procès des Sens. Après
quelques questions , elle lui demande qui
des deux Amours à la mode il aime le
mieux. ( On sçait que ces deux Amours
sont la Dule d'Angeville et la Due le Maure. )
A O UST. 1732. 1817
re. ) L'Amour répond par ce Couplet, sur
Pair : Deux beaux yeux n'ont qu'à parler.
Bon , moy , j'entens tous les jours,
Cent Discours ,
Sur ces deux aimables Amours.
Sans me sembler fort téméraire ,
Şur leur mérite , on ne peut rien régler ,
Car l'un n'a qu'à chanter pour plaire ,
Et l'autre n'a qu'à parler.
Le Prologue finit par un Ballet , composé des Sens , et de leur suite.
La premiere Piece , intitulée : Les In
terets de Village , se passe dans un Village.
Chaton , Manceau , Sécrétaire du deffunt
Bailli , paroît d'abord avec Gripant , Record et son Confident , à qui en expliquant sa situation et ses vûes , il apprend
qu'il s'apperçoit qu'il est aimé de la veuve du Bailli , mais qu'il aime Agate sa
Niéce , promise à Piérot. Primò , dit - il
je veux épouser Agate , et pour y parvenir ,
la brouiller avec Piérot. 2° . Je veux pour
jouir toujours des Revenans- bons du Bailliage , me servir de l'ascendant que j'ai sur
l'esprit de Me Triolet , ( c'est la veuve)
pour l'engager à remettre sa Charge à un imbécile qui se contente de n'en posseder que.
G Le
1818 MERCURE DE FRANCE
Le Titre, comme faisoit le deffunt. Gripant
lui demande à quel heureux imbécile il
donnera la préférence. Chaton propose
d'abord Piérot , qu'il détacheroit d'Agate, en lui inspirant l'ambition d'être Bailli ; ensuite il parle de Grosdos , riche Fermier , glorieux de Village , capable de ser- vir à ses desseins.
La Veuve paroît et tâche de s'expliquer avec Chaton , qui feint de ne pas entendre son galimatias passionné. Elle le
quitte , en appercevant Piérot. Chaton
fait accroire à Piérot que la Veuve a du
penchant pour lui , et songe à supplanter sa Niéce; il ébranle la fidélité de Piérot
en lui exagerant les prérogatives de la
Charge de Bailli. Piérot sort presqu'inconstant ; et sur le champ Chaton ins
truit Agate des inconstances de son Rival , et lui déclare en même temps son
amour. Agate méprise cette déclaration
et s'afflige de l'infidelité de Piérot. Chaton après son départ , s'applaudit du succès de son mensonge , et ne perd pas l'esperance , malgré la rigueur d'Agate . Grosdos paroît, Chaton gagne sa confiance par
des respects et des soumissions ; il lui mes
dans la tête de devenir Bailli ; Grosdos le
retient pour son Secretaire, comme avoit
fait Piérot. Chaton dit: Je tiens Grosdos
dans
AOUST. 1732. 1819
dans mesfilets; je choisirai entre Piérot et lui,
suivant les dispositions de Mme Triolet. Il
est question à present de l'amener à mon but.
Elle vient; je veux faire rompre la glace par
Gripant ; allons lui donner mes instructions.
que
Dans la Scene suivante , Janot qui survient , apprend à la Veuve qu'on parle
dans le Village de l'envie que Grosdos a
d'être Bailly. Piérot arrive , et dit crument à la Baillive , qu'il la sçait amou
reuse de lui ; elle le détrompe , et conçoit de violens soupçons au sujet de Chaton Piérot declare être la cause
de son erreur. Agate paroît quand sa tante a quitté Piérot. Il veut lui cacher sa
courte inconstance par des démonstrations de tendresse ; Agate le rebute ironiquement; Piérot se flare d'un prompt
retour. Il apperçoit Grosdos, et reste pour
le narguer ; Grosdos lui conseille de le
respecter comme un homme qui va être
bien-tôt Bailly; cette nouvelle fait changer de ton à Piérot , qui s'humilie devant
le prétendu oncle d'Agate. Grosdos dir
qu'il consultera sur ceci son Secretaire
Chaton. Ouais , dit Piérot à part ; Cha
ton par tout ! je crois que le fripon nous
trompe tous. Mme Triolet qui vient , sans
être apperçue , de surprendre Chatonaux,
pieds de sa niéce , arrive en fureur , et 292003 Gij Agate
1820 MERCURE DE FRANCE
Agate qui survient , l'augmente en se
plaignant des importunitez de ce fourbe ; ils prennent tous le parti de se ca- cher derriere des arbres , en voyant paroître Chaton et Gripant, que Piérot seul
aborde ; il les fait parler à cœur ouvert ,
sur tous leurs interêts differens. Ils sont
tous détrompez par celui qui les avoit
tous abusez ; la veuve dépitée épouse
Grosdos, et donne Agate à Piérot. Cha
ton et Gripant se retirent avec l'audace
de deux fripons , et le Village assemblé
vient féliciter le nouveau Bailly , et cele
brer les deux mariages par des Danses ,
qui forment le Divertissement.
La 2 Piéce , intitulée : L'Epreuve des
Fées, est composée de plusieurs Scenes
Episodiques , qui se passent dans une
Grotte, destinée à l'Epreuve des Fées. La
Récipiendaire y donne audience aux per- sonnages , destinez pour lui demander
graces des conseils; et c'est sur les
Réponses qu'elle fait , que les Fées cathées dans les Rochers de la Grotte , jugent de sa capacité , et la reconnoissent
Fée,à la fin de l'épreuve on la renvoye.
des et
Dans la 2de Scene , Bagatelius , Philosophe, vient demander à Finette , ( c'est la
jeune Fée qu'on éprouve ) la connoissanse de la verité. Finette, fatiguée de ses
doctes
AOUST. 1732 1811
*
doctes clabauderies , le dotie d'une extinction de voix , et le renvoye presque
muet.
Le second Client est Jacot , Paisan, qui
supplie la Fée de lui accorder le don d'être toujours autant aimé de sa femme ,
qu'il l'est présentement : Finette lui promet que son front sera toujours aussi res
pecté qu'il l'est. Il faut sçavoir que par le
recit de Jacot, et par l'éloge même qu'il
fait de sa chere moitié ,il prouve lui- même, sans s'en appercevoir qu'elle ne lui
est point du tout fidelle.
Après le départ du crédule Jacot , paroît unejolie femme , nommée Araminte ,
qui demande le rétablissement de la réputation d'une de ses bonnes amies , qu'une
jmprudence a un peu timpanisée ; la Fée
l'oblige à conter l'aventure de son amic.
Araminte avoue que cette amie a été surprise avec son amant par son mari, et dans la chaleur de sa narration elle se coupe ,
et fait connoître qu'elle est l'Héroïne du Roman.
La derniere Scene , mêlée de critique et
dé Jeu de Théatre , est remplie par un
Danseur , toujours occupé de son talent ,
et toujours sacrifiant aux Graces : Voici
des Morceaux du Panégirique qu'il fait
du Gracieux.
Giij Jai
1822 MERCURE DE FRANCE
J'ai pour le Gracieux une ardeur infinie ,
Je voue au Gracieux mes Jambes , mon Génie ;
Non , sans le Gracieux , je ne puis faire un Pás,
Il gouverne mes pieds , il balance * mes Bras ,
* , il me panche *, il me tourne Il me pousse
il m'arrête,
Il me tient le menton, quand il leve la tête ¿
Etcomme le Soleil est le flambeau des cieux
MonAstre , à moi mon Astre est ...
Pierot.
La Gargouillade.
Le Danseur.
Quoi?
Le Gracieux.
Croit- on qu'il ne me suit que dans les Bergeries▸
Je fais au bord du Stix minauder les Furies ,
Et lorsque l'on me voit figurer en Démon ,
On croit, au Masque près, voir danser Céladon.
Si je suis en Guérrier qui sort d'une Bataille ,
Si pour la tendre Alceste à Sciros je ferraille ,
Une grace me met monEpée à la main ,
Sous cent habits divers on me déguise en vain
Peste ! on me reconnoît toûjours.... Ah ! c'esɛ lui- même ,
C'est lui , dit- on, c'est lui ; que sa garce est ex- trême !
****** L'Axis différents,
Londres
AOUST. 1732.` 1823
Londres mevit un jour sous un habit oblong,
En Sacrificateur , dansant un Cotillon ,
Quel Tapage ce fut ! c'étoit pis qu'un Tonnerret
De ce Cottillon-là , les Gourmets d'Angleterre,
Se souviendront long- temps...
Finette.
Et nous aussi , ma foy !
Pierot , à la Gargouillarde.
Votre Gracieux est souvent berné , je croi,
La Gargoüillade.
Vous croicz mal , pourvu que l'on danse avec
grace ,
Nal contresens ne choque , il n'est rien qui ne
passe ;
Jamais on n'analise un divertissement ;
Ou n'y demande point ni pourquoi , ni com- ment ;
J
Qu'on mette à la Françoise un Peuple de laGrece
Que l'on Coiffe en Bichon une grande Prêtresse,
Que la Sirene prête à massacrer les gens ,
Se prépare à leur mort par des Ballets galans ,
Cela n'est-il pas bien , dés que cela.sçait plaire
Pour les autres talens ce Juge si sévere ,
Qui rejette à son gré Thalie et ses bons mots,
Houspille Melpomene, et nargue ses Héros ;
Ce Public qui par tout veut de la convenance
Apour la danse seule une entiere indulgence ;
?
2
Güij
1824 MERCURE DE FRANCE一个
Lss Romains les plus grands , par lui sont ab- batus
Dans sa conduite , il a blâmé jusqu'à Brutus ,
Mais il a vû, revû , sans chicaner l'idée ,
Danser des Tambourins aux filles de Judée.
Et dans le Ballet neuf, avant qu'il fut rogné ,
Recousu , recrépi , frisoté , tignoné ,
Devant Protésilas , sortant du sombre Empire.
Des Trépassez dansoient , on l'a vû sans en rire
Et sans imaginer aucune absurdité
Dans ces Morts qui sautoient pour un réssuscité,
Piérot.
Si l'on ne rioit pas , on en avoit envie ;
Mais on ne le pouvoit ; observez, je vous prie ,
Me disoit un Frater , me lavant le Menton >
Que les Os du Gosier sont placez de façon ,
Qu'on ne peut à la fois rire et baailler... la bou che ;
Tres-distincte à marquer quel sentiment nous touche ,
S'ouvre en long, quand on baaille, en large quand
on rit ;
Vous voiez , sans avoir autant que moi d'esprit
Que le large et le long... que le long et le large...
Ne peuvent exercer au même instant leur charge.
Piérot , Physicien !
Finette.
Piered
AOUS T. 1732. 1825
Piérot.
Ouy, c'est le long qui fait
Que l'on ne rioit pas dans le nouveau Ballet.
Finette.
A la danse s'entend ; car à la Poësie
On rioit volontiers ; et quand Laodamie ,
Déplorant les malheurs de la viduité ,
Faisant sentir combien peze la chasteté
Sur le malheureux corps d'une veuve oppressée ,
t
Aux pieds d'une Statue ardamment carressée ,
De son époux deffunt alloit chercher l'ardeur ,
On disoit fy; c'est mal rappeller son Buveur.
Il réve !
Le Danseur.
Je descens sur un Port de Provence ;
De-là , tout en dansant je vois toute la France
Je me rens à Paris pour connoître le goût
D'un Peuple que j'entens préconiser par tout.
J'y trouve dans la danse un tumulte effroiable !
Chacun m'y yeut compter qu'un sujet admi-
›
rable ;
L'un pour le Gracieux , et l'autre pour le vif ,
Fait de ces deux talens un injuste tarif.
Deux Prodiges dansans que chacun idolâtre ,
Partageoient sans débat l'Empire du Théatre ,
I GY Mais
1826 MERCURE DE FRANCE
Mais on les désunit , et sur le moindre mot
L'une passe la Mer , l'autre court à Chaillot.
Leur départ nous allarme, et les Partis glapissents
De Doctes heurlemens les Caffez retentissent ;
Et dans l'Opéra même un Braillard à nos yeux,
Décide sans quartier ; loüangeur furieux ,
Au talent qu'il réprouve il déclare la guerre ;
Le Balcon s'en émeut , il trouble le parterre ,
Son souffle impur s'aigrit , l'air en est infecté ,
Le Flot qui l'apporta, recule épouvanté.
On implore aussi-tôt mon avis , on m'entoure
On fait silence, et moi, je répons cette Loure,&c
A
Le Danseur livré à son Entousiasme , se
met à danser, oublie ce qu'il venoit demander à la Fée , et sort en redoublant
ses Lazis de danse. Cet Acte est terminé
par une Fête champêtre , exécutée par des
Jardiniers et des Jardinieres , et par un
Vaudeville , qui termine la Piéce. En voiey quelques couplets :
Dans une fille bien apprise
J'aime une modeste rougeur ;
Le vermillon de la Cerise
Vaut-il celui de la pudeur ?
L'Amant avant son mariage
Est aussi sucré qu'un Brugnon:
Est-1
AOUST 173 . 1827
Est-il mari ? dans son ménage
Il est plus aigre qu'un Citron.
Barbons , Coquets , de bon sens vuides,
Cessez vos soupirs ennuyeux :
Jamais la neffle avec ses rides
Ne flata le goût et les yeux.
An Public.
Le bruit qui nous plaît davantage ,
Messieurs , quand nous ouvrons le bec ,
C'est sûrement votre suffrage ,
Mangerons-nous notre pain sec.
(
On trouvera l'Air notté au bas de la
Chanson.
Le 19 Aoust , le même Opéra Comique donna deux Piéces nouvelles , d'un
Acte chacune ; la premiere , intitulée :
La Lanterne Véridique, précédée d'un Prologue qui a pour titre : Le Réveil de POpera Comique. La seconde , Le Rival de
lui-même. Celle- ci est jouée par les Petits
Comédiens , qu'on a vûs avec plaisir ,
l'année passée à la même Foire S.Laurent.
Cette Piéce est encore précédée d'un Prologue , intitulé : Le Parterre Merveilleux.
Tous ces nouveaux Divertissemens ont été
G vj reçus
1828 MERCURE DE FRANCE
receus favorablement du public. On en
parlera plus au long.
Le Mercredi 13. de ce mois , les Comédiens François donnerent la premiere
Représentation de Zaire. Cette Piece fut
beaucoup critiquée , et encore plus applaudie. Nous entrions icy dans l'exposition , et les autres détails de ce Poëme ,
mais l'Auteur lui même nous dispense
de ce soin dans la Lettre qu'on va lire. Il
est inutile de faire sentir combien le Lecteur y gagnera ; nous y gagnons aussi ,
quoique l'illustre Poëte , en prodigant sa
modestie , ait trop pcu ménagé la nôtre.
Fermer
Résumé : L'Opera Comique, Pieces nouvelles, &c. [titre d'après la table]
Le 28 juillet, l'Opéra Comique présenta deux nouvelles pièces précédées d'un prologue. Ce prologue mettait en scène la Nature et l'Instinct, interrompus par l'Opinion, qui fut congédiée par la Nature. L'Amour intervint ensuite pour encourager la Nature à conclure le procès des Sens, concluant par un ballet des Sens. La première pièce, 'Les Intérêts de Village', se déroulait dans un village. Chaton, secrétaire du défunt bailli, révélait ses plans pour épouser Agate, la nièce du bailli, et obtenir les revenus du bailliage. Il manipulait Piérot et Grosdos pour atteindre ses objectifs. Après diverses intrigues et malentendus, la veuve du bailli épousa Grosdos, et Agate fut unie à Piérot. Chaton et son complice Gripant furent démasqués et se retirèrent. La seconde pièce, 'L'Épreuve des Fées', se déroulait dans une grotte où une jeune fée, Finette, recevait des personnages pour les conseiller. Elle devait juger de leur capacité en fonction de ses réponses. Parmi les personnages, figuraient un philosophe, un paysan crédule, et une femme cherchant à rétablir la réputation d'une amie. La pièce se termina par une critique du théâtre et de la danse, illustrée par un danseur vantant son art. Le 19 août, l'Opéra Comique présenta deux autres pièces : 'La Lanterne Véridique' et 'Le Rival de lui-même', toutes deux précédées de prologues. Ces divertissements furent bien accueillis par le public. En 1828, le 'Mercure de France' mentionne que la pièce 'Zaire' des Comédiens Français a été reçue favorablement par le public. La première représentation a eu lieu le mercredi 13 du mois. La pièce a suscité de nombreuses critiques mais a également été largement applaudie. L'auteur de 'Zaire' a écrit une lettre qui dispense le 'Mercure de France' de l'exposer et de fournir d'autres détails sur le poème. L'auteur exprime sa modestie, ce qui est apprécié par le lecteur et les rédacteurs du 'Mercure de France'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
139
p. 1828-1843
LETTRE de M. de Voltaire, à M.D.L.R. sur la Tragedie de Zaïre.
Début :
Quoique pour l'ordinaire vous vouliez bien prendre la peine, Monsieur [...]
Mots clefs :
Zaïre, Tragédie, Sensibilité, Spectacle, Public, Comédiens, Passions, Bienséance, Vanité, Succès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. de Voltaire, à M.D.L.R. sur la Tragedie de Zaïre.
LETTRE de M. de Voltaire,à M.D.L.R.
sur la Tragedie de Zaïre.
Q
Uoique pour l'ordinaire vous vouliez bien prendre la peine , Monsieur , de faire les Extraits des Pieces nouvelles ; cependant vous me privez de cet
avantage , et vous voulez que ce soit moi
qui parle de Zaire. Il me semble que je
vois M. le Normand ou M. Cochin (a)
réduire un de leurs Clients à plaider luimême sa cause. L'entreprise est dangereuse , mais je vais mériter au moins la
(a ) Deux fameux Avocats.
con-
AOUST. 1732 1829
confiance quevous avez en moi par la sincerité avec laquelle je m'expliquerai.
Zaïre est la premiere Piece de Théatre
dans laquelle j'aye osé m'abandonner à
toute la sensibilité de mon cœur. C'est la
seule Tragédie tendre que j'aye faite. Je
croiois dans l'âge même des passions les
plus vives , que l'amour n'étoit point fait
pour le Théatre tragique. Je ne tegardois
cette foiblesse que comme un défaut char
mant, qui avillissoit l'Art des Sophocles;
les connoisseurs qui se plaisent plus à la
douceur élégante de Racine , qu'à la force de Corneille , me paroissoient ressembler aux Curieux qui préférent les nuditez du Correge, au chaste et noble Pinceau de Raphaël.
Le public qui fréquente les Spectacles,
est aujourd'hui plus que jamais dans le
goût du Correge. Il faut de la tendresse et
du sentiment ; c'est même ce que les Acteurs jouent le mieux. Vous trouverez
vingt Comédiens qui plairont dans An
dronic et dans Hypolite , et à peine un seul
qui réussisse dans Cinna et dans Horace.
Il a donc fallu me plier aux mœurs du
temps , et commencer tard à parler d'amour.
J'ai cherché au moins à couvrir cette
passion de toute la bienseance possible ,'
1830 MERCURE DE FRANCE
et pour l'annoblir j'ai voulu la mettre à
côté de ce que les hommes ont de plus res
pectable. L'idée me vint de faire contras
ter dans un même Tableau , d'un côté ,
l'honneur, la naissance , la patrie , la religion ; et de l'autre , l'amour le plus tendre et le plus malheureux ; les mœurs des Mahometans et celles des Chrétiens , la
Cour d'un Soudan , et celle d'un Roy de
France , et de faire paroître pour la premiere fois des François , sur la Scene Tra- gique. Je n'ai pris dans l'Histoire que I'Epoque de la Guerre de S. Loüis ; tout le
reste est entierement d'invention. L'Idée
de cette Piece étant si neuve et si fertile ,
s'arrangea d'elle- même ; et au lieu que le
plan d'Eriphile m'avoit beaucoup couté ,
celui de Zaïre fut fait en un seul jour, et
Fimagination , échauffée par l'interêt qui
regnoit dans ce plan , acheva la Piece en
vingt deux jours.
Il entre peut être un peu de vanité
dans cet aveu ( car où est l'artiste sans
amour propre , mais je devois cette
excuse au public , des fautes et des négligences qu'on a trouvées dans ma
Tragédie. Il auroit été mieux , sans
doute , d'attendre à la faire représenter ,
que j'en eusse châtié le stile mais des
raisons , dont il est inutile de fatiguer
Le
AOUST. 1732. 1831
le Public , n'ont pas permis qu'on differât. Voici , Monsieur , le sujet de cette
Piece.
Il
La Palestine avoir été enlevée aux Princes Chrétiens par le Conquerant Saladin.
Noradin , Tartate d'origine , s'en étoit
ensuite rendu maître. Õrosmane , fils de
Noradin , jeune homme plein de grandeur , de vertus et de passions , commen.
çoit à regner avec gloire dans Jérusalem.
Il avoit porté sur le Trône de la Syrie
la franchise et l'esprit de liberté de ses
Ancêtres. Il méprisoit les regles austeres
du Serrail , et n'affectoit point de se rendre invisible aux Etrangers et à ses Sujets, pour devenir plus respectable. If traitoit avec douceur les Esclaves Chrétiens , dont son Serrail et ses Etats étoient
remplis. Parmi ces Esclaves il s'étoit trouvé un enfant , pris autrefois au Sac de
Césarée , sous le Regne de Noradin. Cet
enfant ayant été racheté par des Chrétiens à l'âge de neuf ans , avoit été amené
en France au Roy S. Louis , qui avoit daigné prendre soin de son éducation et de
sa fortune. Il avoit pris en France le nom
de Nerestan ; et étant retourné en Syrie ,
il avoit été fait prisonnier encore une
fois , et avoit été enfermé parmi les Esclaves d'Orosmane. Il retrouva dans la
captivité
1832, MERCURE DE FRANCE 1
captivité une jeune personne avec qui
il avoit été prisonnier dans son enfance
lorsque les Chrétiens avoient perdu Césarée. Cette jeune personne à qui on avoit
donné le nom de Zaïre , ignoroit sa naissance , aussi bien que Nerestan et que
tous ces enfans de tribut qui sont enlevez
debonne heure des mains de leurs parens,
et qui ne connoissent de famille et de Patrie que le Serrail. Zaïre sçavoit seulement qu'elle étoit née Chrétienne. Nerestan et quelques autres Esclaves un peu
plus âgez qu'elle , l'en assuroient. Elle
avoit toûjours conservé un ornement qui
renfermoit une Croix , seule preuve qu'el
le eût de sa Religion. Une autre Esclave
nommée Fatime, née Chrétienne, et mise
au Serrail à l'âge de dix ans , tâchoit d'instruire Zaïre du peu qu'elle sçavoit de la
Religion de ses Peres. Le jeune Nerestan
qui avoit la liberté de voir Zaïre et Fatime , animé du zele qu'avoient alors les
Chevaliers François , touché d'ailleurs
pour Zaïre de la plus tendre amitié , la
disposoit au Christianisme. Il se proposa
de racheter Zaïre , Fatime et dix Cheva
liers Chrétiens , du bien qu'il avoit acquis
en France et de les amener à la Cour de
S. Louis. Il eut la hardiesse de demander
au Soudan Orosmane la permission.de
retourner
AOUST. *
1833 17322
retourner en France , sur sa seule parole
et le Sultan eut la générosité de le permettre. Nerestan partit et fut deux ans
hors de Jerusalem.
Cependant la beauté de Zaïre croissoit
avec son âge , et la naïveté touchante de
son caractere , la rendoit encore plus almable que sa beauté. Orosmane la vit et
kui parla. Un cœur comme le sien ne
pouvoit l'aimer qu'éperdument. Il résolut de bannir la molesse qui avoit effeminé tant de Rois de l'Asie et d'avoir
dans Zaïre un ami , une maîtresse , une
femme , qui lui tiendroit lieu de tous les
plaisirs , et qui partageroit son cœur avec les devoirs d'un Prince et d'un Guerrier.'
Les foibles idées du Christianisme , tracées à peine dans le cœur de Zaïre , s'éyauoüirent bien-tôt à la vûë du Soudan ;
elle l'aima autant qu'elle en étoit aimée ,
sans que l'ambition se mêlât en rien à la
pureté de sa tendresse.
›
Nerestan ne revenoit point de France.
Zaïre ne voyoit qu'Orosmane et son
amour. Elle étoit prête d'épouser le Sultan lorsque le jeune François arrive.
Orosmane le fait entrer en présence même de Zaïre. Nerestan apportoit avec la
rançon de Zaïre et de Fatime , celle de
dix Chevaliers qu'il devoit choisir. J'ai satisfait
1834 MERCURE DE FRANCE
satisfait à mes sermens , dit- il au Soudan,
C'est à toi de tenir ta prom sse , de me
remettre Zaïre , Fatime et les dix Che
valiers ; mais apprends que j'ai épuisé ma
fortune à payer leur rançon. Une pauvreté noble est tout ce qui me reste ; je
ne puis me racheter moi- même ; e viens
me remettre dans tes fers. Le Soudan ,
satisfait du grand courage de ce Chrétien , et né pour être plus genereux encore , lui rendit toutes les rançons qu'il
apportoit , lui donna cent Chevaliers au
lieu de dix et le combla de présens ; mais
il lui fit entendre que Zaïre n'étoit pas
faite pour être rachetée , et qu'elle étoit
d'un prix au- dessus de toutes les rançons.
Il refusa aussi de lui rendre parmi les
Chevaliers qu'il délivroit , un Prince de
Lusignan , fait Esclave depuis long-temps
dans Cesarée.
Ce Lusignan , le dernier de la Branche
des Rois de Jerusalem , étoit un Vieil.
lard respecté dans l'Orient , l'amour de
tous les Chrétiens , et dont le nom seul
pouvoit être dangereux aux Sarrasins,
C'étoit lui principalement que Nerestan
avoit voulu racheter. Il parut devant
Orosmane accablé du refus qu'on lui faisoit de Lusignan et de Zaïre. Le Soudan
remarqua ce trouble ; il sentit dès ce moment
AOUST. 1732. 1835-
mentun commencement de jalousie que
la génerosité de son caractere lui fit étouf
fer. Cependant il ordonna que les cent
Chevaliers fussent prêts à partir le lendemain avec Nerestan.
*
Zaïre , sur le point d'être Sultane , vou
lut donner au moins à Nerestan une preu
ve de sa reconnoissance. Elle se jette aux
pieds d'Orosmane pour obtenir la liberté
du vieux Lusignan. Orosmane ne pouvoit
rien refuser à Zaïre. On alla tirer Lusignan
des fers. Les Chrétiens délivrez étoient
avec Nerestan dans les Appartemens exterieurs du Serrail ; ils pleuroient la destinée de Lusignan , sur tout le Chevalier
de Chatillon , ami tendre de ce malheureux Prince , ne pouvoit se résoudre à ac
cepter une liberté qu'on refusoit à son
ami et à son Maître , lorsque Zaïre arrive
et leur amené celui qu'ils n'esperoient
plus.
Lusignan , ébloui de la lumiere qu'il
revoyoit après vingt années de prison ,
pouvant se soutenir à peine , ne sçachant
où il est et où on le conduit. Voyant
enfin qu'il étoit avec des François et reconnoissant Chatillon , s'abandonna à
cette joye mêlée d'amertume , que les
malheureux éprouvent dans leurs consolations. Il demande à qui il doit sa délivrance
1836 MERCURE DE FRANCE
livrance. Zaïre prend la parole en lui présentant Nerestan ; c'est à ce jeune François , dit-elle , que vous et tous les Chrétiens , devez votre liberté. Alors le Vieillard apprend que Nerestan a été élevé.
dans le Serrail avec Zaire , et se tournant vers eux : hélas ! dit-il , puisque !
vous avez pitié de mes malheurs , achevez votre ouvrage , instruisez- moi du sort de mes enfans. Deux me furent enlevez au berceau , lorsque je fus pris dans
Césarée ; deux autres furent massacrez de
vant moi avec leur mere. O mes fils ! ô
Martirs ! veillez du haut du Ciel sur mes
autres enfans , s'ils sont vivans encore.
Helas ! j'ai sçû que mon dernier fils et
ma fille, furent conduits dans ce Serrail.
Vous qui m'écoutez , Nerestan , Zaïre ,
Chatillon , n'avez- vous nulle connoissance de ces tristes restes du Sang de Godefroy et de Lusignan.
Au milieu de ces questions , qui déja
remuoient le cœur de Nerestan et de Zaïre; Lusignan apperçut au bras de Zaïre
un ornement qui renfermoit une Croix,
Il se souvint que l'on avoit mis cette parure à sa fille lorsqu'on la portoit au Baptême ; Chatillon l'en avoit ornée lui-même , et Zaïre lui avoit été arrachée de
ses bras avant d'être baptisée. La ressemblance
A O UST. 1732 1837
blance des traits , l'âge , toutes les circonstances , une cicatrice de la blessure
que son jeune fils avoit reçue , tout confirme à Lusignan qu'il est pere encore; et
la Nature parlant à la fois au cœur de
tous les trois , et s'expliquant par des
larmes Embrassez- moi , mes chers enfans , s'écria Lusignan , et revoyez votre
-pere. Zaïre et Nerestan ne pouvoient s'arracher de ses bras. Mais helas ! dit ce Vieil-
-lard infortuné , goûterai- je une joye pure.
Grand Dieu qui me rends ma fille , me
la rends-tu Chrétienne ? Zaïre rougit et
frémit à ces paroles. Lusignan vit sa honte et son malheur , et Za ire avoua qu'elle
étoit Musulmane. La douleur , la Religion et la Nature , donnerent en ce moment des forces à Lusignan ; il embrassa sa fille et lui montrant d'une main
Je Tombeau de Jesus- Christ et le Ciel de
l'autre , animé de son desespoir , de son
zele , aidé de tant de Chrétiens , de son
fils et du Dieu qui l'inspire , il touche
sa fille , il l'ébranle , elle se jette à ses
pieds et lui promet d'être Chrétienne.
Au moment arrive un Officier du Serrail qui sépare Zaïre de son père et de
son frere et qui arrête tous les Chevaliers François. Cette rigueur inopinée
étoit le fruit d'un Conseil qu'on venoit
f
de
838 MERCURE DE FRANCE
de tenir en présence d'Orosmane. Là
Flotte de S. Louis étoit partie de Chipre,
et on craignoit pour les Côtes de Sirie ;
mais un second Courier ayant apporté
la nouvelle du départ de S. Louis pour
l'Egypte. Orosmane fut rassuré ; il étoit
lui- même ennemi du Soudan d'Egypte.
Ainsi n'ayant rien à craindre ni du Roy.
ni des François qui étoient à Jerusalem , il commanda qu'on les renvoyât
leur Roy,et ne songea plus qu'à réparer
par la pompe et la magnificence de son
mariage la rigueur dont il avoit usé envers Zaïre.
,
Pendant que le Mariage se préparoit,
Zaïre désolée demanda au Soudan la
permission de revoir Nerestan encore une
fois. Orosmane , trop heureux de trouver une occasion de plaire à Zaïre , eut
l'indulgence de permettre cette entrevûë. Nerestan revit donc Zaire , mais ce
fut pour lui apprendre que son pere étoit
prêt d'expirer, qu'il mouroit entre la joye
d'avoir retrouvé ses enfans et l'amertume
d'ignorer si Zaïre seroit Chrétienne , et
qu'il lui ordonnoit en mourant d'être baptisée ce jour-là même de la main du Ponrife de Jerusalem. Zaïre attendrie et vain
cuë, promit tout et jura à son frere qu'elle
ne trahiroit point le sang dont elle étoir née,
A OUST. 17328 7829
née , qu'elle seroit Chrétienne , qu'elle
n'epouseroit point Orosmane , qu'elle ne
prendroit aucun parti avant que d'avoir
été baptisée.
A peine avoit-elle prononcé ce ser,
ment , qu'Orosmane , plus amoureux et
plus aimé que jamais , vient la prendre
pour la conduire à la Mosquée. Jamais
on n'eut le cœur plus déchiré que Zaïre ;
elle étoit partagée entre son Dieu , sa famille , son nom qui la retenoient , et le
plus aimable de tous les hommes qui l'a,
doroit. Elle ne se connut plus ; elle ceda
à la douleur et s'échapa des mains de son
Amant, le quittant avec désespoir et le
laissant dans l'accablement de la surprise,
de la douleur et de la colere.
Les impressions de jalousie se reveil
lerent dans le cœur d'Orosmane. L'orgueil les empêcha de paroître , et l'amour
Ics adoucit. Il prit la fuite de Zaïre pour
un caprice , pour un artifice innocent,
pour la crainte naturelle à une jeune fille,
pour toute autre chose , enfin, que pour
une trahison . Il vit encore Zaïre , lui
pardonna et l'aima plus que jamais, L'a
mour de Zaïre augmentoit par la tendresse indulgente de son Amant. Elle se
jette en larmes à ses genoux , le supplie
de differer le Mariagejusqu'au lendemain
Elle
1840 MERCURE DE FRANCE
>
Elle comptoit que son frere seroit alors
parti , qu'elle auroit reçû le Baptême ,
que Dieu lui donneroit la force de résister. Elle se flattoit même quelquefois
que la Religion Chrétienne lui permettroit d'aimer un homme si tendre si
genereux , si vertueux , à qui il ne manquoit que d'être Chrétien. Frappée de
toutes ces idées , elle parloit à Orosmane
avec une tendresse si naïve et une douleur si vraye , qu'Orosmane ceda encore
et lui accorda le sacrifice de vivre sans
elle ce jour-là. Il étoit sur d'être aimé;
il étoit heureux dans cette idée et fermoit les yeux sur le reste.
f Cependant dans les premiers mouvemens de jalousie , il avoit ordonné que
le Serrail fût fermé à tous les Chrétiens.
Nerestan trouvant le Serrail fermé et n'en
soupçonnant pas la cause , écrivit une
Lettre pressante à Zaïre ; il lui mandoit
de lui ouvrir une porte secrette qui conduisoit vers la Mosquée , et lui recommandoit d'être fidelle.
La Lettre tomba entre les mains d'un
Garde qui la porta à Orosmane. Le Soudan en crut à peine ses yeux. Il se vit
trahi ; il ne douta pas de son malheur et
du crime de Zaïre. Avoir comblé un
Etranger , un Captif de bienfaits ; avoir
donné
A O UST. 17327 184r
donné son cœur , sa Couronne à une fille
Esclave ; lui avoir tout sacrifié ; ne vivre
que pour elle , et en être trahi pour ce
Captif même; être trompé par les appa
rences du plus tendre amour ; éprouver
en un moment ce que l'Amour a de plus
violent, ce que l'ingratitude a de plus noir,
ce que la perfidie a de plus traître : c'étoit, sans doute , un état horrible. Mais
Orosmane aimoit, et il souhaitoit de trouver Zaïre innocente. Il lui fait rendre ce
Billet par un Esclave inconnu. Il se flattoit que Zaïre pouvoit ne point écouter
Nerestan ; Nerestan seul lui paroissoit
coupable. Il ordonne qu'on l'arrête et
qu'on l'enchaîne. Et il va à l'heure et à
la place du rendez- vous , attendre l'effet
de la Lettre.
La Lettre est rendue à Zaïre , elle la
lit en tremblant; et après avoir long- tems
hesité , elle dit enfin à l'Esclave , qu'elle
attendra Nerestan , et donne ordre qu'on
l'introduise. L'Esclave rend compte de
tout à Orosmane.
Le malheureux Soudan tombe dans
l'excès d'une douleur mêlée de fureur et
de larmes. Il tire son poignard , et il
pleure, Zaïre vient au rendez- vous dans
T'obscurité de la nuit. Orosmane entend
sa voix et son poignard lui échappe. Elle
H approche
4842 MERCURE DE FRANCE
approche , elle appelle Nerestan ; et à ce
nom Orosmane la poignarde.
Dans l'instant on lui amene Nerestan
enchaîné avec Fatime, complice de Zaïre.
Orosmane hors de lui , s'adresse à Nerestan , en le nommant son Rival : C'est
toi qui m'arraches Zaïre , dit- il ; regardela avant que de mourir ; que ton supplice
Commence par le sien ; regarde- la , te
dis-je. Nerestan approche de ce corps expirant. Ah! que vois-je ! ah ! ma sœur !
barbare , qu'as- tu fait .... A ce mot de
sœur, Orosmane est comme un homme
qui revient d'un songe funeste ; il connoît son erreur ; il voit ce qu'il a perdu;
il est trop abîmé dans l'horreur de son
état pour se plaindre. Nerestan et Fatime
lui parlent ; mais de tout ce qu'ils disent
il n'entend autre chose, si-non qu'il étoit
aimé. Il prononce le nom de Zaïre , il
court à elle , on l'arrête , il retombe dans
l'engourdissement de son desespoir.Qu'ordonnes-tu de moi? lui dit Nerestan. Le
Soudan , après un long silence , fait ôter
les fers, à Nerestan , le comble de largesses , lui et tous les Chrétiens , et se
tue auprès de Zaïre.
Voilà , Monsieur le Plan exact de la
conduite de cette Tragédie que j'expose
avec toutes ses fautes. Je suis bien loin
de
A O UST. 17328 1845
de m'enorgueillir du succès passager de
quelques Représentations. Qui ne connoît
Fillusion du Théatre ? Qui ne sçait qu'une
situation interessante , mais triviale , une
nouvauté brillante et hazardée , la seule
voix d'une Actrice , suffisent pour tromper quelque temps le Public. Quelle distance immense entre un Ouvrage souffert
au Théatre et un bon Ouvrage! j'en sens
malheureusement toute la difference. Je
vois combien il est difficile de réussir au
gré des Connoisseurs. Je ne suis pas plus
indulgent qu'eux pour moi- même; et si
j'ose travailler , c'est que mon goût extrême pour cet Art, l'emporte encore sur
la connoissance que j'ai de monpeu de talent. Je suis , &c
sur la Tragedie de Zaïre.
Q
Uoique pour l'ordinaire vous vouliez bien prendre la peine , Monsieur , de faire les Extraits des Pieces nouvelles ; cependant vous me privez de cet
avantage , et vous voulez que ce soit moi
qui parle de Zaire. Il me semble que je
vois M. le Normand ou M. Cochin (a)
réduire un de leurs Clients à plaider luimême sa cause. L'entreprise est dangereuse , mais je vais mériter au moins la
(a ) Deux fameux Avocats.
con-
AOUST. 1732 1829
confiance quevous avez en moi par la sincerité avec laquelle je m'expliquerai.
Zaïre est la premiere Piece de Théatre
dans laquelle j'aye osé m'abandonner à
toute la sensibilité de mon cœur. C'est la
seule Tragédie tendre que j'aye faite. Je
croiois dans l'âge même des passions les
plus vives , que l'amour n'étoit point fait
pour le Théatre tragique. Je ne tegardois
cette foiblesse que comme un défaut char
mant, qui avillissoit l'Art des Sophocles;
les connoisseurs qui se plaisent plus à la
douceur élégante de Racine , qu'à la force de Corneille , me paroissoient ressembler aux Curieux qui préférent les nuditez du Correge, au chaste et noble Pinceau de Raphaël.
Le public qui fréquente les Spectacles,
est aujourd'hui plus que jamais dans le
goût du Correge. Il faut de la tendresse et
du sentiment ; c'est même ce que les Acteurs jouent le mieux. Vous trouverez
vingt Comédiens qui plairont dans An
dronic et dans Hypolite , et à peine un seul
qui réussisse dans Cinna et dans Horace.
Il a donc fallu me plier aux mœurs du
temps , et commencer tard à parler d'amour.
J'ai cherché au moins à couvrir cette
passion de toute la bienseance possible ,'
1830 MERCURE DE FRANCE
et pour l'annoblir j'ai voulu la mettre à
côté de ce que les hommes ont de plus res
pectable. L'idée me vint de faire contras
ter dans un même Tableau , d'un côté ,
l'honneur, la naissance , la patrie , la religion ; et de l'autre , l'amour le plus tendre et le plus malheureux ; les mœurs des Mahometans et celles des Chrétiens , la
Cour d'un Soudan , et celle d'un Roy de
France , et de faire paroître pour la premiere fois des François , sur la Scene Tra- gique. Je n'ai pris dans l'Histoire que I'Epoque de la Guerre de S. Loüis ; tout le
reste est entierement d'invention. L'Idée
de cette Piece étant si neuve et si fertile ,
s'arrangea d'elle- même ; et au lieu que le
plan d'Eriphile m'avoit beaucoup couté ,
celui de Zaïre fut fait en un seul jour, et
Fimagination , échauffée par l'interêt qui
regnoit dans ce plan , acheva la Piece en
vingt deux jours.
Il entre peut être un peu de vanité
dans cet aveu ( car où est l'artiste sans
amour propre , mais je devois cette
excuse au public , des fautes et des négligences qu'on a trouvées dans ma
Tragédie. Il auroit été mieux , sans
doute , d'attendre à la faire représenter ,
que j'en eusse châtié le stile mais des
raisons , dont il est inutile de fatiguer
Le
AOUST. 1732. 1831
le Public , n'ont pas permis qu'on differât. Voici , Monsieur , le sujet de cette
Piece.
Il
La Palestine avoir été enlevée aux Princes Chrétiens par le Conquerant Saladin.
Noradin , Tartate d'origine , s'en étoit
ensuite rendu maître. Õrosmane , fils de
Noradin , jeune homme plein de grandeur , de vertus et de passions , commen.
çoit à regner avec gloire dans Jérusalem.
Il avoit porté sur le Trône de la Syrie
la franchise et l'esprit de liberté de ses
Ancêtres. Il méprisoit les regles austeres
du Serrail , et n'affectoit point de se rendre invisible aux Etrangers et à ses Sujets, pour devenir plus respectable. If traitoit avec douceur les Esclaves Chrétiens , dont son Serrail et ses Etats étoient
remplis. Parmi ces Esclaves il s'étoit trouvé un enfant , pris autrefois au Sac de
Césarée , sous le Regne de Noradin. Cet
enfant ayant été racheté par des Chrétiens à l'âge de neuf ans , avoit été amené
en France au Roy S. Louis , qui avoit daigné prendre soin de son éducation et de
sa fortune. Il avoit pris en France le nom
de Nerestan ; et étant retourné en Syrie ,
il avoit été fait prisonnier encore une
fois , et avoit été enfermé parmi les Esclaves d'Orosmane. Il retrouva dans la
captivité
1832, MERCURE DE FRANCE 1
captivité une jeune personne avec qui
il avoit été prisonnier dans son enfance
lorsque les Chrétiens avoient perdu Césarée. Cette jeune personne à qui on avoit
donné le nom de Zaïre , ignoroit sa naissance , aussi bien que Nerestan et que
tous ces enfans de tribut qui sont enlevez
debonne heure des mains de leurs parens,
et qui ne connoissent de famille et de Patrie que le Serrail. Zaïre sçavoit seulement qu'elle étoit née Chrétienne. Nerestan et quelques autres Esclaves un peu
plus âgez qu'elle , l'en assuroient. Elle
avoit toûjours conservé un ornement qui
renfermoit une Croix , seule preuve qu'el
le eût de sa Religion. Une autre Esclave
nommée Fatime, née Chrétienne, et mise
au Serrail à l'âge de dix ans , tâchoit d'instruire Zaïre du peu qu'elle sçavoit de la
Religion de ses Peres. Le jeune Nerestan
qui avoit la liberté de voir Zaïre et Fatime , animé du zele qu'avoient alors les
Chevaliers François , touché d'ailleurs
pour Zaïre de la plus tendre amitié , la
disposoit au Christianisme. Il se proposa
de racheter Zaïre , Fatime et dix Cheva
liers Chrétiens , du bien qu'il avoit acquis
en France et de les amener à la Cour de
S. Louis. Il eut la hardiesse de demander
au Soudan Orosmane la permission.de
retourner
AOUST. *
1833 17322
retourner en France , sur sa seule parole
et le Sultan eut la générosité de le permettre. Nerestan partit et fut deux ans
hors de Jerusalem.
Cependant la beauté de Zaïre croissoit
avec son âge , et la naïveté touchante de
son caractere , la rendoit encore plus almable que sa beauté. Orosmane la vit et
kui parla. Un cœur comme le sien ne
pouvoit l'aimer qu'éperdument. Il résolut de bannir la molesse qui avoit effeminé tant de Rois de l'Asie et d'avoir
dans Zaïre un ami , une maîtresse , une
femme , qui lui tiendroit lieu de tous les
plaisirs , et qui partageroit son cœur avec les devoirs d'un Prince et d'un Guerrier.'
Les foibles idées du Christianisme , tracées à peine dans le cœur de Zaïre , s'éyauoüirent bien-tôt à la vûë du Soudan ;
elle l'aima autant qu'elle en étoit aimée ,
sans que l'ambition se mêlât en rien à la
pureté de sa tendresse.
›
Nerestan ne revenoit point de France.
Zaïre ne voyoit qu'Orosmane et son
amour. Elle étoit prête d'épouser le Sultan lorsque le jeune François arrive.
Orosmane le fait entrer en présence même de Zaïre. Nerestan apportoit avec la
rançon de Zaïre et de Fatime , celle de
dix Chevaliers qu'il devoit choisir. J'ai satisfait
1834 MERCURE DE FRANCE
satisfait à mes sermens , dit- il au Soudan,
C'est à toi de tenir ta prom sse , de me
remettre Zaïre , Fatime et les dix Che
valiers ; mais apprends que j'ai épuisé ma
fortune à payer leur rançon. Une pauvreté noble est tout ce qui me reste ; je
ne puis me racheter moi- même ; e viens
me remettre dans tes fers. Le Soudan ,
satisfait du grand courage de ce Chrétien , et né pour être plus genereux encore , lui rendit toutes les rançons qu'il
apportoit , lui donna cent Chevaliers au
lieu de dix et le combla de présens ; mais
il lui fit entendre que Zaïre n'étoit pas
faite pour être rachetée , et qu'elle étoit
d'un prix au- dessus de toutes les rançons.
Il refusa aussi de lui rendre parmi les
Chevaliers qu'il délivroit , un Prince de
Lusignan , fait Esclave depuis long-temps
dans Cesarée.
Ce Lusignan , le dernier de la Branche
des Rois de Jerusalem , étoit un Vieil.
lard respecté dans l'Orient , l'amour de
tous les Chrétiens , et dont le nom seul
pouvoit être dangereux aux Sarrasins,
C'étoit lui principalement que Nerestan
avoit voulu racheter. Il parut devant
Orosmane accablé du refus qu'on lui faisoit de Lusignan et de Zaïre. Le Soudan
remarqua ce trouble ; il sentit dès ce moment
AOUST. 1732. 1835-
mentun commencement de jalousie que
la génerosité de son caractere lui fit étouf
fer. Cependant il ordonna que les cent
Chevaliers fussent prêts à partir le lendemain avec Nerestan.
*
Zaïre , sur le point d'être Sultane , vou
lut donner au moins à Nerestan une preu
ve de sa reconnoissance. Elle se jette aux
pieds d'Orosmane pour obtenir la liberté
du vieux Lusignan. Orosmane ne pouvoit
rien refuser à Zaïre. On alla tirer Lusignan
des fers. Les Chrétiens délivrez étoient
avec Nerestan dans les Appartemens exterieurs du Serrail ; ils pleuroient la destinée de Lusignan , sur tout le Chevalier
de Chatillon , ami tendre de ce malheureux Prince , ne pouvoit se résoudre à ac
cepter une liberté qu'on refusoit à son
ami et à son Maître , lorsque Zaïre arrive
et leur amené celui qu'ils n'esperoient
plus.
Lusignan , ébloui de la lumiere qu'il
revoyoit après vingt années de prison ,
pouvant se soutenir à peine , ne sçachant
où il est et où on le conduit. Voyant
enfin qu'il étoit avec des François et reconnoissant Chatillon , s'abandonna à
cette joye mêlée d'amertume , que les
malheureux éprouvent dans leurs consolations. Il demande à qui il doit sa délivrance
1836 MERCURE DE FRANCE
livrance. Zaïre prend la parole en lui présentant Nerestan ; c'est à ce jeune François , dit-elle , que vous et tous les Chrétiens , devez votre liberté. Alors le Vieillard apprend que Nerestan a été élevé.
dans le Serrail avec Zaire , et se tournant vers eux : hélas ! dit-il , puisque !
vous avez pitié de mes malheurs , achevez votre ouvrage , instruisez- moi du sort de mes enfans. Deux me furent enlevez au berceau , lorsque je fus pris dans
Césarée ; deux autres furent massacrez de
vant moi avec leur mere. O mes fils ! ô
Martirs ! veillez du haut du Ciel sur mes
autres enfans , s'ils sont vivans encore.
Helas ! j'ai sçû que mon dernier fils et
ma fille, furent conduits dans ce Serrail.
Vous qui m'écoutez , Nerestan , Zaïre ,
Chatillon , n'avez- vous nulle connoissance de ces tristes restes du Sang de Godefroy et de Lusignan.
Au milieu de ces questions , qui déja
remuoient le cœur de Nerestan et de Zaïre; Lusignan apperçut au bras de Zaïre
un ornement qui renfermoit une Croix,
Il se souvint que l'on avoit mis cette parure à sa fille lorsqu'on la portoit au Baptême ; Chatillon l'en avoit ornée lui-même , et Zaïre lui avoit été arrachée de
ses bras avant d'être baptisée. La ressemblance
A O UST. 1732 1837
blance des traits , l'âge , toutes les circonstances , une cicatrice de la blessure
que son jeune fils avoit reçue , tout confirme à Lusignan qu'il est pere encore; et
la Nature parlant à la fois au cœur de
tous les trois , et s'expliquant par des
larmes Embrassez- moi , mes chers enfans , s'écria Lusignan , et revoyez votre
-pere. Zaïre et Nerestan ne pouvoient s'arracher de ses bras. Mais helas ! dit ce Vieil-
-lard infortuné , goûterai- je une joye pure.
Grand Dieu qui me rends ma fille , me
la rends-tu Chrétienne ? Zaïre rougit et
frémit à ces paroles. Lusignan vit sa honte et son malheur , et Za ire avoua qu'elle
étoit Musulmane. La douleur , la Religion et la Nature , donnerent en ce moment des forces à Lusignan ; il embrassa sa fille et lui montrant d'une main
Je Tombeau de Jesus- Christ et le Ciel de
l'autre , animé de son desespoir , de son
zele , aidé de tant de Chrétiens , de son
fils et du Dieu qui l'inspire , il touche
sa fille , il l'ébranle , elle se jette à ses
pieds et lui promet d'être Chrétienne.
Au moment arrive un Officier du Serrail qui sépare Zaïre de son père et de
son frere et qui arrête tous les Chevaliers François. Cette rigueur inopinée
étoit le fruit d'un Conseil qu'on venoit
f
de
838 MERCURE DE FRANCE
de tenir en présence d'Orosmane. Là
Flotte de S. Louis étoit partie de Chipre,
et on craignoit pour les Côtes de Sirie ;
mais un second Courier ayant apporté
la nouvelle du départ de S. Louis pour
l'Egypte. Orosmane fut rassuré ; il étoit
lui- même ennemi du Soudan d'Egypte.
Ainsi n'ayant rien à craindre ni du Roy.
ni des François qui étoient à Jerusalem , il commanda qu'on les renvoyât
leur Roy,et ne songea plus qu'à réparer
par la pompe et la magnificence de son
mariage la rigueur dont il avoit usé envers Zaïre.
,
Pendant que le Mariage se préparoit,
Zaïre désolée demanda au Soudan la
permission de revoir Nerestan encore une
fois. Orosmane , trop heureux de trouver une occasion de plaire à Zaïre , eut
l'indulgence de permettre cette entrevûë. Nerestan revit donc Zaire , mais ce
fut pour lui apprendre que son pere étoit
prêt d'expirer, qu'il mouroit entre la joye
d'avoir retrouvé ses enfans et l'amertume
d'ignorer si Zaïre seroit Chrétienne , et
qu'il lui ordonnoit en mourant d'être baptisée ce jour-là même de la main du Ponrife de Jerusalem. Zaïre attendrie et vain
cuë, promit tout et jura à son frere qu'elle
ne trahiroit point le sang dont elle étoir née,
A OUST. 17328 7829
née , qu'elle seroit Chrétienne , qu'elle
n'epouseroit point Orosmane , qu'elle ne
prendroit aucun parti avant que d'avoir
été baptisée.
A peine avoit-elle prononcé ce ser,
ment , qu'Orosmane , plus amoureux et
plus aimé que jamais , vient la prendre
pour la conduire à la Mosquée. Jamais
on n'eut le cœur plus déchiré que Zaïre ;
elle étoit partagée entre son Dieu , sa famille , son nom qui la retenoient , et le
plus aimable de tous les hommes qui l'a,
doroit. Elle ne se connut plus ; elle ceda
à la douleur et s'échapa des mains de son
Amant, le quittant avec désespoir et le
laissant dans l'accablement de la surprise,
de la douleur et de la colere.
Les impressions de jalousie se reveil
lerent dans le cœur d'Orosmane. L'orgueil les empêcha de paroître , et l'amour
Ics adoucit. Il prit la fuite de Zaïre pour
un caprice , pour un artifice innocent,
pour la crainte naturelle à une jeune fille,
pour toute autre chose , enfin, que pour
une trahison . Il vit encore Zaïre , lui
pardonna et l'aima plus que jamais, L'a
mour de Zaïre augmentoit par la tendresse indulgente de son Amant. Elle se
jette en larmes à ses genoux , le supplie
de differer le Mariagejusqu'au lendemain
Elle
1840 MERCURE DE FRANCE
>
Elle comptoit que son frere seroit alors
parti , qu'elle auroit reçû le Baptême ,
que Dieu lui donneroit la force de résister. Elle se flattoit même quelquefois
que la Religion Chrétienne lui permettroit d'aimer un homme si tendre si
genereux , si vertueux , à qui il ne manquoit que d'être Chrétien. Frappée de
toutes ces idées , elle parloit à Orosmane
avec une tendresse si naïve et une douleur si vraye , qu'Orosmane ceda encore
et lui accorda le sacrifice de vivre sans
elle ce jour-là. Il étoit sur d'être aimé;
il étoit heureux dans cette idée et fermoit les yeux sur le reste.
f Cependant dans les premiers mouvemens de jalousie , il avoit ordonné que
le Serrail fût fermé à tous les Chrétiens.
Nerestan trouvant le Serrail fermé et n'en
soupçonnant pas la cause , écrivit une
Lettre pressante à Zaïre ; il lui mandoit
de lui ouvrir une porte secrette qui conduisoit vers la Mosquée , et lui recommandoit d'être fidelle.
La Lettre tomba entre les mains d'un
Garde qui la porta à Orosmane. Le Soudan en crut à peine ses yeux. Il se vit
trahi ; il ne douta pas de son malheur et
du crime de Zaïre. Avoir comblé un
Etranger , un Captif de bienfaits ; avoir
donné
A O UST. 17327 184r
donné son cœur , sa Couronne à une fille
Esclave ; lui avoir tout sacrifié ; ne vivre
que pour elle , et en être trahi pour ce
Captif même; être trompé par les appa
rences du plus tendre amour ; éprouver
en un moment ce que l'Amour a de plus
violent, ce que l'ingratitude a de plus noir,
ce que la perfidie a de plus traître : c'étoit, sans doute , un état horrible. Mais
Orosmane aimoit, et il souhaitoit de trouver Zaïre innocente. Il lui fait rendre ce
Billet par un Esclave inconnu. Il se flattoit que Zaïre pouvoit ne point écouter
Nerestan ; Nerestan seul lui paroissoit
coupable. Il ordonne qu'on l'arrête et
qu'on l'enchaîne. Et il va à l'heure et à
la place du rendez- vous , attendre l'effet
de la Lettre.
La Lettre est rendue à Zaïre , elle la
lit en tremblant; et après avoir long- tems
hesité , elle dit enfin à l'Esclave , qu'elle
attendra Nerestan , et donne ordre qu'on
l'introduise. L'Esclave rend compte de
tout à Orosmane.
Le malheureux Soudan tombe dans
l'excès d'une douleur mêlée de fureur et
de larmes. Il tire son poignard , et il
pleure, Zaïre vient au rendez- vous dans
T'obscurité de la nuit. Orosmane entend
sa voix et son poignard lui échappe. Elle
H approche
4842 MERCURE DE FRANCE
approche , elle appelle Nerestan ; et à ce
nom Orosmane la poignarde.
Dans l'instant on lui amene Nerestan
enchaîné avec Fatime, complice de Zaïre.
Orosmane hors de lui , s'adresse à Nerestan , en le nommant son Rival : C'est
toi qui m'arraches Zaïre , dit- il ; regardela avant que de mourir ; que ton supplice
Commence par le sien ; regarde- la , te
dis-je. Nerestan approche de ce corps expirant. Ah! que vois-je ! ah ! ma sœur !
barbare , qu'as- tu fait .... A ce mot de
sœur, Orosmane est comme un homme
qui revient d'un songe funeste ; il connoît son erreur ; il voit ce qu'il a perdu;
il est trop abîmé dans l'horreur de son
état pour se plaindre. Nerestan et Fatime
lui parlent ; mais de tout ce qu'ils disent
il n'entend autre chose, si-non qu'il étoit
aimé. Il prononce le nom de Zaïre , il
court à elle , on l'arrête , il retombe dans
l'engourdissement de son desespoir.Qu'ordonnes-tu de moi? lui dit Nerestan. Le
Soudan , après un long silence , fait ôter
les fers, à Nerestan , le comble de largesses , lui et tous les Chrétiens , et se
tue auprès de Zaïre.
Voilà , Monsieur le Plan exact de la
conduite de cette Tragédie que j'expose
avec toutes ses fautes. Je suis bien loin
de
A O UST. 17328 1845
de m'enorgueillir du succès passager de
quelques Représentations. Qui ne connoît
Fillusion du Théatre ? Qui ne sçait qu'une
situation interessante , mais triviale , une
nouvauté brillante et hazardée , la seule
voix d'une Actrice , suffisent pour tromper quelque temps le Public. Quelle distance immense entre un Ouvrage souffert
au Théatre et un bon Ouvrage! j'en sens
malheureusement toute la difference. Je
vois combien il est difficile de réussir au
gré des Connoisseurs. Je ne suis pas plus
indulgent qu'eux pour moi- même; et si
j'ose travailler , c'est que mon goût extrême pour cet Art, l'emporte encore sur
la connoissance que j'ai de monpeu de talent. Je suis , &c
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Résumé : LETTRE de M. de Voltaire, à M.D.L.R. sur la Tragedie de Zaïre.
Dans sa lettre à M. D.L.R., Voltaire discute de sa tragédie 'Zaïre'. Il explique qu'il a dû parler lui-même de cette pièce, faute d'extrait par un avocat. Voltaire présente 'Zaïre' comme la première œuvre où il a exprimé la sensibilité de son cœur, contrairement à ses croyances antérieures sur l'amour au théâtre tragique. Cette approche est justifiée par les goûts du public contemporain, qui préfère la tendresse et le sentiment. Voltaire a cherché à couvrir la passion amoureuse de bienséance et à l'anoblir en la mettant en contraste avec des valeurs respectables comme l'honneur, la naissance, la patrie et la religion. L'action se déroule en Palestine, sous le règne d'Orosmane, fils de Noradin. Orosmane, un jeune homme vertueux, traite avec douceur les esclaves chrétiens. Parmi eux se trouvent Zaïre et Nerestan, deux enfants chrétiens élevés en France et capturés à nouveau. Zaïre, ignorant ses origines, est instruite dans la foi chrétienne par une esclave nommée Fatime. Nerestan, animé par le zèle des chevaliers français, cherche à racheter Zaïre et d'autres chrétiens pour les ramener en France. Orosmane, tombé amoureux de Zaïre, décide de l'épouser. Cependant, Nerestan revient et demande la libération de Zaïre et d'autres chevaliers. Orosmane refuse de libérer Zaïre, mais libère les chevaliers et Nerestan. Zaïre, sur le point d'épouser Orosmane, obtient la libération du vieux Lusignan, un prince de Lusignan. Lusignan, reconnaissant Zaïre et Nerestan comme ses enfants, les supplie de lui révéler le sort de ses autres enfants. Zaïre avoue être musulmane, mais promet de se convertir au christianisme sous la pression de son père. La pièce se complique lorsque des nouvelles de la flotte de Louis XIV inquiètent Orosmane, qui finit par autoriser le départ des chrétiens. Zaïre, après avoir promis à son père de se convertir, est confrontée à Orosmane, qui ignore encore sa décision. Zaïre, déchirée entre son amour pour Orosmane et ses obligations familiales et religieuses, finit par quitter Orosmane dans un moment de désespoir. Orosmane, malgré des sentiments de jalousie, pardonne à Zaïre et accepte de différer leur mariage. Cependant, une lettre de Nerestan, demandant à Zaïre de lui ouvrir une porte secrète, tombe entre les mains d'Orosmane. Ce dernier, croyant à une trahison, ordonne l'arrestation de Nerestan et attend Zaïre à un rendez-vous. Zaïre, pensant rencontrer Nerestan, est poignardée par Orosmane lorsqu'elle appelle son frère. Orosmane réalise alors son erreur et, après un moment de désespoir, libère Nerestan et se tue auprès de Zaïre.
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140
p. 1843-1845
Ballet des Sens, Entrée du Goût, [titre d'après la table]
Début :
Le 14 Aoust, l'Académie Royale de Musique, qui represente toujours le Ballet [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Ballet des sens, Entrée, Goût
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texteReconnaissance textuelle : Ballet des Sens, Entrée du Goût, [titre d'après la table]
Le 14 Aoust , l'Académie Royale de
Musique , qui represente toujours le Ballet des Sens, et qui avoit déja supprimé la
premiere Entrée , qui a pour titre, le Tou
cher , supprima encore celle qui a pour
titre , la Vue , et donna pour la premiere
fois celle du Goût. En voici le sujet.
Le Théatre represente une Campagne
dont la vue est bornée par le Temple de
Jupiter , et par la Ville de Carie. Cephise,
Suivante d'Erigone , presse sa Maîtresse
sur le choix d'un Epoux , que son Peuple
Hij attend
"
1844 MERCURE DE FRANCE
attend avec impatience ; elle lui demande , lequel d'entre les Dieux ou demiDieux qui lui font la cour , aura la préférence ; elle lui nomme au hazard, Pan,
Faune , Silvain et Vertumné ; elle s'arrête
un peu plus sur un jeune conquerant ,
qui n'a point d'autre nom que celui de
vainqueur des Indiens. Erigonne lui répond :
Fille de Jupiter , l'Olimpe m'est promis ,
Mais tu sçais qu'à ce rang l'Oracle met un prix!
Il veut qu'à mes sujets, je choisisse pour Maître,
L'Amant dont le pouvoir se fera mieux connoître
Par les bienfaits les plus chéris.
Leur bonheur et le mien à moi seule est remis.
Elle se deffend du soupçon de Céphise
au sujet du Vainqueur des Indes , qui n'étant qu'un simple mortel , ne sçauroit
l'élever aux Cieux. Bacchus vient se plaindre à Erigone du mépris qu'elle fait de
sa flamme , et de la préférence qu'elle
donne à quelque heureux Rival. Erigone
lui déçlare ses sentimens par ces Vers :
Je sçais que votre bras sçut enchaîner des Rois ;
Je sçais que plus d'un Trône étoit à votre
* choix ,
Et je sens tout le prix d'un pareil sacrifice ;
Mais ne m'accusez point d'une aveugle injustice;
Un
AOUST. 1732. 1845
Un devoir trop imperieux ,
A fixé mes destins , il faut que je choisisse ,
Un Epoux qui m'éleve aux Cieux.
Les Cariens s'assemblent pour appren
dre le choix de leur Reine , entre les
Dieux dont elle est aimée : Erigone leur
fait entendre que leur bonheur fera le
sien ; que son cœur se déclarera pour celui qui sera leur plus aimable bienfaiteur ,
et sort pour aller consulter l'Oracle de
Jupiter , pour un choix si important.
Bacchus implore le secours de Jupiter
son Pere ; le Tonnerre gronde , le Théatre change ; et au lieu du Temple de Jupiter , on ne voit plus que des Treilles ,
chargées de Pampres et de Raisins ; les
Egipans , les Bacchantes , et les Peuples
forment la Fête , où l'on celebre le Dieu
du vin.
Bacchus se fait connoître à Erigone
pour Fils de Jupiter , et obtient la préfé
rence sur tous ses Rivaux.
Musique , qui represente toujours le Ballet des Sens, et qui avoit déja supprimé la
premiere Entrée , qui a pour titre, le Tou
cher , supprima encore celle qui a pour
titre , la Vue , et donna pour la premiere
fois celle du Goût. En voici le sujet.
Le Théatre represente une Campagne
dont la vue est bornée par le Temple de
Jupiter , et par la Ville de Carie. Cephise,
Suivante d'Erigone , presse sa Maîtresse
sur le choix d'un Epoux , que son Peuple
Hij attend
"
1844 MERCURE DE FRANCE
attend avec impatience ; elle lui demande , lequel d'entre les Dieux ou demiDieux qui lui font la cour , aura la préférence ; elle lui nomme au hazard, Pan,
Faune , Silvain et Vertumné ; elle s'arrête
un peu plus sur un jeune conquerant ,
qui n'a point d'autre nom que celui de
vainqueur des Indiens. Erigonne lui répond :
Fille de Jupiter , l'Olimpe m'est promis ,
Mais tu sçais qu'à ce rang l'Oracle met un prix!
Il veut qu'à mes sujets, je choisisse pour Maître,
L'Amant dont le pouvoir se fera mieux connoître
Par les bienfaits les plus chéris.
Leur bonheur et le mien à moi seule est remis.
Elle se deffend du soupçon de Céphise
au sujet du Vainqueur des Indes , qui n'étant qu'un simple mortel , ne sçauroit
l'élever aux Cieux. Bacchus vient se plaindre à Erigone du mépris qu'elle fait de
sa flamme , et de la préférence qu'elle
donne à quelque heureux Rival. Erigone
lui déçlare ses sentimens par ces Vers :
Je sçais que votre bras sçut enchaîner des Rois ;
Je sçais que plus d'un Trône étoit à votre
* choix ,
Et je sens tout le prix d'un pareil sacrifice ;
Mais ne m'accusez point d'une aveugle injustice;
Un
AOUST. 1732. 1845
Un devoir trop imperieux ,
A fixé mes destins , il faut que je choisisse ,
Un Epoux qui m'éleve aux Cieux.
Les Cariens s'assemblent pour appren
dre le choix de leur Reine , entre les
Dieux dont elle est aimée : Erigone leur
fait entendre que leur bonheur fera le
sien ; que son cœur se déclarera pour celui qui sera leur plus aimable bienfaiteur ,
et sort pour aller consulter l'Oracle de
Jupiter , pour un choix si important.
Bacchus implore le secours de Jupiter
son Pere ; le Tonnerre gronde , le Théatre change ; et au lieu du Temple de Jupiter , on ne voit plus que des Treilles ,
chargées de Pampres et de Raisins ; les
Egipans , les Bacchantes , et les Peuples
forment la Fête , où l'on celebre le Dieu
du vin.
Bacchus se fait connoître à Erigone
pour Fils de Jupiter , et obtient la préfé
rence sur tous ses Rivaux.
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Résumé : Ballet des Sens, Entrée du Goût, [titre d'après la table]
Le 14 août, l'Académie Royale de Musique présenta pour la première fois le ballet 'le Goût', supprimant les entrées 'le Toucher' et 'la Vue'. La scène se déroule dans une campagne près du Temple de Jupiter et de la ville de Carie. Céphise, suivante d'Érigone, encourage sa maîtresse à choisir un époux, attendu par le peuple. Érigone mentionne plusieurs prétendants, dont Pan, Faune, Silvain, Vertumné et un jeune conquérant vainqueur des Indiens. Elle explique que l'Oracle exige qu'elle choisisse un maître dont le pouvoir se manifestera par les bienfaits les plus chéris. Bacchus se plaint à Érigone de son mépris et de la préférence donnée à un rival. Érigone répond qu'un devoir impérieux l'oblige à choisir un époux qui l'élève aux Cieux. Les Cariens s'assemblent pour connaître le choix de leur reine, qui consultera l'Oracle de Jupiter. Bacchus implore Jupiter, son père, et le théâtre se transforme en une fête célébrant le dieu du vin. Bacchus se révèle comme le fils de Jupiter et obtient la préférence sur ses rivaux.
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141
p. 1845-1846
« Le 14 Aoust, les Comédiens Italiens remirent au Théatre la Comédie Héroïque, [...] »
Début :
Le 14 Aoust, les Comédiens Italiens remirent au Théatre la Comédie Héroïque, [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Jeux Olympiques, Comédie héroïque
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texteReconnaissance textuelle : « Le 14 Aoust, les Comédiens Italiens remirent au Théatre la Comédie Héroïque, [...] »
Le 14 Aoust , les Comédiens Italiens
remirent au Théatre la Comédie Héroïque
en Vers et en trois Actes , des Jeux Olympiques , ou le Prince Malade. Cette Piece
qui est de M. de la Grange ,fut donnée pour
la premierefois , en Novembre 1729, et fut
H iij requë
1846 MERCURE DE FRANCE
reçûë tres-favorablement du public ; la reprise afait beaucoup de plaisir, parla ma
niere vive et précise , avec laquelle cette
Piece est representée. Les Jeux Olympiques
font le principal Divertissement dela Piece.
La De Roland y danse une Entrée en Magicienne , avec une vivacité et une légèreté
surprenante; elle acquiert tous les jours de
nouvelles perfections . Le S* Lélio , qui jouë
le principal Rôle dans cette Piece , danse
aussi à lafin du dernier Divertissement une
Entrée , qui a été très- applaudie.
Nous avons donné dans le Mercure de
Novembre 1729. un Extrait de la piece de
Divertissemens et des Décorations.
remirent au Théatre la Comédie Héroïque
en Vers et en trois Actes , des Jeux Olympiques , ou le Prince Malade. Cette Piece
qui est de M. de la Grange ,fut donnée pour
la premierefois , en Novembre 1729, et fut
H iij requë
1846 MERCURE DE FRANCE
reçûë tres-favorablement du public ; la reprise afait beaucoup de plaisir, parla ma
niere vive et précise , avec laquelle cette
Piece est representée. Les Jeux Olympiques
font le principal Divertissement dela Piece.
La De Roland y danse une Entrée en Magicienne , avec une vivacité et une légèreté
surprenante; elle acquiert tous les jours de
nouvelles perfections . Le S* Lélio , qui jouë
le principal Rôle dans cette Piece , danse
aussi à lafin du dernier Divertissement une
Entrée , qui a été très- applaudie.
Nous avons donné dans le Mercure de
Novembre 1729. un Extrait de la piece de
Divertissemens et des Décorations.
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Résumé : « Le 14 Aoust, les Comédiens Italiens remirent au Théatre la Comédie Héroïque, [...] »
Le 14 août, les Comédiens Italiens ont joué 'Les Jeux Olympiques, ou le Prince Malade', une comédie héroïque en vers de M. de la Grange. Créée en novembre 1729, la pièce a été bien accueillie. La danseuse De Roland et l'acteur Lélio ont été applaudis pour leurs performances. Le Mercure de France a publié des extraits des divertissements et des décorations.
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142
p. 2009-2017
Tragédie et Ballet, et Décoration du College de Louis Le Grand, [titre d'après la table]
Début :
Le Mercredy 6 Aoust, on representa au College de LOUIS LE GRAND, la Tragédie [...]
Mots clefs :
Danse, Collège de Louis le Grand, Sennacherib, Tragédie, Ballet, Danse, Décoration
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tragédie et Ballet, et Décoration du College de Louis Le Grand, [titre d'après la table]
SPECTACLE S.
E Mercredy 6 Aoust, on representa au
LE ›
gédie de Sennacherib , Roy des Assiriens ,
pour la distribution des Prix. En voici le
sujet.
SENNACHERIB ayant perdu devant Jerusalemi
18f000 hommes, tuez dans une nuit, par la main
d'un Ange , retourna à Ninive plein de fureur et
de confusion. Il crut que ce malheur lui étoit are
rivé , parce que son Dieu tutelaire étoit irrité.
Tandis qu'il songeoit à se le rendre favorable , il
fut immolé au pied de son Idole , par ses deux
fils aînez , Adramelech et Sarasar, 45 jours après
la défaite de fon Armée. Liv. 4. des Rois. c . 19.
Tob. c. I.
Ainsi s'accomplit la Prophetie faite par Isaic
au Roy Ezechias , environ deux mois auparavant. Ifa. c. 37.
La Tradition des Hébreux rapportée par S.Jerôme , est que Sennacherib vouloit immoler ses deux fils pour fléchir son Dieu par ce Sacrifice ,
que ceux- ci le prévinrent et lui porterent les coupsqu'il leur destinoit.
. On suppose , comme il est vrai- semblable
que Sennacherib vouloit fléchir son Dieu pour tenter une seconde fois la conquête de Jeru- salem,
La Scene est à Ninive , dans le Palais
du Roy.
Fiij La
2010 MERCURE DE FRANCE
*
Le Ballet qui fut dansé après la Tragé
'die , porte pour titre : Histoire de la Danse. Voici le dessein et la division de ce
Ballet.
Comme on ne sçauroit donner dans un
seul Ballet tout ce qui concerne la Danse,
`on se borne icy à en exposer la naissance
et les quatres âges.
›
te
La Danse , selon le sentiment de la
plupart des Auteurs , doit son origine
aux Egyptiens ; on croit qu'elle est née
de l'observation des Planettes ; comme
elle. sert à exprimer les differentes passions des hommes , et sur tout celles qui
ont la joye pour principe , on la suppose
presqu'aussi ancienne que le monde , parce que les passions attachées à l'humanité
ont existé plus ou moins dans tous les
temps.
Dans la premiere Entrée , des Bergers ,
forment des pas sur le mouvement des
Airs champêtres,avant même que les Ins
trumens de Musique soient inventez.Dans
la seconde , des Personnes de différentes
conditions dansent plus méthodiquement,
au son des Instrumens, nouvellement inventez. De la naissance de la Danse on
passe à ses quatre différens âges.
Pre-
SEPTEMBR E. 1732. 2013
Premier âge de la Danse.
Les Egyptiens sont les Peuples chez qui
la Danse ait fait de plus grands progrès
l'Histoire leur donne l'honneur de l'avoir
inventée , et de l'avoir employée à plu sieurs différens usages.
"
Danse Astronomique.
Des Astronomes Egyptiens , après avoir
rendu hommage au Soleil , observent le
cours des Astres et leurs Eclipses , avec
des Tubes ; ce qui est exprimé par leurs
Danses.
Danse Magique.
Des Magiciens évoquent les ombres dos
Morts,
Danse Idolatrique.
Dans cette Danse, les habitans des Villes et des Champs adorent les Divinitez
de leurs Païs , sous la figure de divers animaux.
Second âge de la Danse.
Les Grecs ont la gloire d'avoir inven
té , ou du moins perfectionné tous les
beaux Arts , et sur tout la Danse.
Fiiij Danse
2012 MERCURE DE FRANCE
Danse Politique et Militaire.
Licurgue établit une Danse politique
dans Lacédémone , pour concilier tous les
Membres de l'Etat ; les Citoyens de differens âges et de differentes conditions ,
se mêlent ensemble. Les Lacédémoniens
avoient déja introduit chez eux la Danse
Militaire , pour se représenter l'image des
combats comme un jeu.
Danse de Fête solemnelle.
La Danse faisoit une des principales Fêtes des Thébains ; on represente
dans cette Entrée les Orgies ; on en retranche toute image de licence , à la fureur près.
Danse Théatrale.
Les Poëtes Athéniens introduisirent la
Danse dans leurs Pieces ; on donne dans
cette Entrée l'idée d'une Scene Tragique
et d'une Scene Comique , dans le gout
d'Euripide et d'Aristophane.
Troisiéme âge de la Danse.
Les Romains n'eurent pas beaucoup
d'estime pour la Danse ; l'Art Militaire
leur fit long-temps oublier tous les Arts
pacifiques , et ce ne fut que sous les Empercurs
SEPTEMBRE. 1752. 2013:
pereurs que la Danse occupa un Peuple
oisif et amolli , à qui on vouloit faire
oublier son ancienne liberté.
Danse Triomphale:
Les Saliens , Prêtres de Mars , furent
admis dans les Marches de Triomphes ;
c'est cette Danse guerriere qu'on exprime dans cette premiere Entrée.
Danse Italique. s *
Les Pantomimes , Sérieux et Comiques,
furent inventez sous Auguste; on en donne icy.une légere idée; pour rendre cette
Danse plus intelligible aux Spectateurs
on a choisi les Caracteres Comiques ,
qui leur sont les plus connus , préférablement à ceux des Comédies Romaines.
Danse d'Animaux.
On prend pour modeles de cette Danse
les Sibarites , Peuples de la basse Italie ,
qui eurent tant de passion pour la Danse,
qu'ils y firent entrer leurs Chevaux , et
d'autres animaux.
Quatrième âge de la Danse, sous les Nations
modernes, et principalement sous
lés François.
On appelle Nations modernes , celles
Fy qui
2014 MERCURE DE FRANCE
qui ont été démembrées de l'Empire
Romain, Elles ont toutes cultivé la Dan-'
> chacune selon son génie ; aucun de
ces Peuples ne s'y est tant distingué que
les François.
Bal de Ceremonie. abs
Un Prince donne un Bal aux Seigneurs
de sa Cour , ou à des Etrangers de dis
tinction , arrivez de divers Païs.
Bal de Spectacle.
La France, qui a reçu de l'Italie les Ballets avec Machines , a beaucoup encheri
sur elle dans ce genre de Spectacle ; c'est
ce qu'on représente dans cette Entrée.
Bal Bourgeois.
Des Bourgeois et des Artisans forment
une espece de Mascarade , où chacun est
admis , sans distinction .
La Danse des Academies Litteraires.
Les Danses figurées ont été introduites
dans plusieurs Académies littéraires. On
y represente des Ballets nouveaux ou historiques , pour relever la solemnité d'un
Spectacle établi et souvent fondé par des
Rois , pour distribuer avec éclat des Prix
à la jeunesse qu'on y éleve dans l'étude
des Belles Lettres,
Apollon
SEPTEMBRE. 1732. 2015
Apollon , Minerve et Mercure distri- buent des Couronnes de Laurier aux Eleves qui se sont distinguez dans les Exercices Litteraires.
La jeunesse couronnée , exprime par la
Danse , le plaisir qu'elle ressent du Prix
glorieux qu'elle a remporté.
Des Bergers ont chanté des Vers dans
la premiere Entrée de l'ouverture; nous en
donnerons une légere idée par ceux qu'on
va voir.
Bergers , qu'un doux repos assemble ,
Venez sous ces tendres Ormeaux
Nous y devons former ensemble
Des jeux innocens et nouveaux..
C'est icy que la Danse ,
Va prendre sa naissance.
Sur mes chants composez vos pas ;
Que tous les mouvemens de vos pieds, de vosbras
D'accord avec ma voix , en suivent la cadance.
Que sans voltiger ,
Les naïves Graces ,
Marchent sur vos traces,
D'un pas coulant et leger , &c.
La Décoration de ce grand et pompeux Spec
tacle , representoit une grande Cour exterieure
d'un Palais magnifique,d'Ordre composite , for- mant un plan circulaire de cent pieds de face , et:
faisant par la Perspective 150 pieds de circonfe- F vj rence
2016 MERCURE DE FRANCE
rence sur 35 pieds d'élévation. Au milieu est un
corps avancé , soutenu par des Colonnes et Pilastres de breche violette; les Chapiteaux et Bases
en or. Dans les entre-Colonnes sont placez des Grouppes de Figures de Marbre blanc sur des
piedestaux de forme ronde : sçavoir , à la droite,
MédéeJason; à la gauche le Sacrifice d'Iphigenie.
Sur les devants de la partie circulaire,à la droite
Oedipe qui se perce les yeux ; à la gauche , Her- rule sur le bucher ; sur le devant de ces deux extrêmitez sont des Amphitheatres terminés par une Balustrade , en forme de demi-fer à cheval ,
au bas de laquelle on voit les Statues des deux
plus fameux Poëtes Grecs ; sçavoir , à la droite
Sophocle; à la gauche Euripide. ?
Au milieu de la Décoration est une grande et magnifique Arcade surmontée des Armes de
France , soutenues par des Génies , au travers
de laquelle on apperçoit un grand Salon cintré ,
soutenu par des colonnes couplées , et dans les
deux passages , aux côtez des Galeries ingénieusement percées d'une Architecture noble et simple , ornée de Bustes sur des scabellons ; au- dessus des quatre Groupes de colonnes , sont dea
trophées de Guerre , et sur les corps avancez qui terminent les côtez de la Décoration des Trophées de Poësie en or , ainsi que les Armes du
Roi et les autres Trophées et Consolles qui sont
sous la Corniche , sur laquelle est une Balustrade
qui régne au pourtour de cette magnifique Ordonnance.
ges
M. Le Maire , déja connu par plusieurs ouvrade cette espece qui ont eu l'applaudissement
du Public . est Auteur de celui- ci , qui a été fort
approuvé. L'Estampe qu'il en a fait graver avec soin
SEPTEMBRE. 1732. 2017
soin , se vend chez lui dans la Cour des Quinze
Vingts.
E Mercredy 6 Aoust, on representa au
LE ›
gédie de Sennacherib , Roy des Assiriens ,
pour la distribution des Prix. En voici le
sujet.
SENNACHERIB ayant perdu devant Jerusalemi
18f000 hommes, tuez dans une nuit, par la main
d'un Ange , retourna à Ninive plein de fureur et
de confusion. Il crut que ce malheur lui étoit are
rivé , parce que son Dieu tutelaire étoit irrité.
Tandis qu'il songeoit à se le rendre favorable , il
fut immolé au pied de son Idole , par ses deux
fils aînez , Adramelech et Sarasar, 45 jours après
la défaite de fon Armée. Liv. 4. des Rois. c . 19.
Tob. c. I.
Ainsi s'accomplit la Prophetie faite par Isaic
au Roy Ezechias , environ deux mois auparavant. Ifa. c. 37.
La Tradition des Hébreux rapportée par S.Jerôme , est que Sennacherib vouloit immoler ses deux fils pour fléchir son Dieu par ce Sacrifice ,
que ceux- ci le prévinrent et lui porterent les coupsqu'il leur destinoit.
. On suppose , comme il est vrai- semblable
que Sennacherib vouloit fléchir son Dieu pour tenter une seconde fois la conquête de Jeru- salem,
La Scene est à Ninive , dans le Palais
du Roy.
Fiij La
2010 MERCURE DE FRANCE
*
Le Ballet qui fut dansé après la Tragé
'die , porte pour titre : Histoire de la Danse. Voici le dessein et la division de ce
Ballet.
Comme on ne sçauroit donner dans un
seul Ballet tout ce qui concerne la Danse,
`on se borne icy à en exposer la naissance
et les quatres âges.
›
te
La Danse , selon le sentiment de la
plupart des Auteurs , doit son origine
aux Egyptiens ; on croit qu'elle est née
de l'observation des Planettes ; comme
elle. sert à exprimer les differentes passions des hommes , et sur tout celles qui
ont la joye pour principe , on la suppose
presqu'aussi ancienne que le monde , parce que les passions attachées à l'humanité
ont existé plus ou moins dans tous les
temps.
Dans la premiere Entrée , des Bergers ,
forment des pas sur le mouvement des
Airs champêtres,avant même que les Ins
trumens de Musique soient inventez.Dans
la seconde , des Personnes de différentes
conditions dansent plus méthodiquement,
au son des Instrumens, nouvellement inventez. De la naissance de la Danse on
passe à ses quatre différens âges.
Pre-
SEPTEMBR E. 1732. 2013
Premier âge de la Danse.
Les Egyptiens sont les Peuples chez qui
la Danse ait fait de plus grands progrès
l'Histoire leur donne l'honneur de l'avoir
inventée , et de l'avoir employée à plu sieurs différens usages.
"
Danse Astronomique.
Des Astronomes Egyptiens , après avoir
rendu hommage au Soleil , observent le
cours des Astres et leurs Eclipses , avec
des Tubes ; ce qui est exprimé par leurs
Danses.
Danse Magique.
Des Magiciens évoquent les ombres dos
Morts,
Danse Idolatrique.
Dans cette Danse, les habitans des Villes et des Champs adorent les Divinitez
de leurs Païs , sous la figure de divers animaux.
Second âge de la Danse.
Les Grecs ont la gloire d'avoir inven
té , ou du moins perfectionné tous les
beaux Arts , et sur tout la Danse.
Fiiij Danse
2012 MERCURE DE FRANCE
Danse Politique et Militaire.
Licurgue établit une Danse politique
dans Lacédémone , pour concilier tous les
Membres de l'Etat ; les Citoyens de differens âges et de differentes conditions ,
se mêlent ensemble. Les Lacédémoniens
avoient déja introduit chez eux la Danse
Militaire , pour se représenter l'image des
combats comme un jeu.
Danse de Fête solemnelle.
La Danse faisoit une des principales Fêtes des Thébains ; on represente
dans cette Entrée les Orgies ; on en retranche toute image de licence , à la fureur près.
Danse Théatrale.
Les Poëtes Athéniens introduisirent la
Danse dans leurs Pieces ; on donne dans
cette Entrée l'idée d'une Scene Tragique
et d'une Scene Comique , dans le gout
d'Euripide et d'Aristophane.
Troisiéme âge de la Danse.
Les Romains n'eurent pas beaucoup
d'estime pour la Danse ; l'Art Militaire
leur fit long-temps oublier tous les Arts
pacifiques , et ce ne fut que sous les Empercurs
SEPTEMBRE. 1752. 2013:
pereurs que la Danse occupa un Peuple
oisif et amolli , à qui on vouloit faire
oublier son ancienne liberté.
Danse Triomphale:
Les Saliens , Prêtres de Mars , furent
admis dans les Marches de Triomphes ;
c'est cette Danse guerriere qu'on exprime dans cette premiere Entrée.
Danse Italique. s *
Les Pantomimes , Sérieux et Comiques,
furent inventez sous Auguste; on en donne icy.une légere idée; pour rendre cette
Danse plus intelligible aux Spectateurs
on a choisi les Caracteres Comiques ,
qui leur sont les plus connus , préférablement à ceux des Comédies Romaines.
Danse d'Animaux.
On prend pour modeles de cette Danse
les Sibarites , Peuples de la basse Italie ,
qui eurent tant de passion pour la Danse,
qu'ils y firent entrer leurs Chevaux , et
d'autres animaux.
Quatrième âge de la Danse, sous les Nations
modernes, et principalement sous
lés François.
On appelle Nations modernes , celles
Fy qui
2014 MERCURE DE FRANCE
qui ont été démembrées de l'Empire
Romain, Elles ont toutes cultivé la Dan-'
> chacune selon son génie ; aucun de
ces Peuples ne s'y est tant distingué que
les François.
Bal de Ceremonie. abs
Un Prince donne un Bal aux Seigneurs
de sa Cour , ou à des Etrangers de dis
tinction , arrivez de divers Païs.
Bal de Spectacle.
La France, qui a reçu de l'Italie les Ballets avec Machines , a beaucoup encheri
sur elle dans ce genre de Spectacle ; c'est
ce qu'on représente dans cette Entrée.
Bal Bourgeois.
Des Bourgeois et des Artisans forment
une espece de Mascarade , où chacun est
admis , sans distinction .
La Danse des Academies Litteraires.
Les Danses figurées ont été introduites
dans plusieurs Académies littéraires. On
y represente des Ballets nouveaux ou historiques , pour relever la solemnité d'un
Spectacle établi et souvent fondé par des
Rois , pour distribuer avec éclat des Prix
à la jeunesse qu'on y éleve dans l'étude
des Belles Lettres,
Apollon
SEPTEMBRE. 1732. 2015
Apollon , Minerve et Mercure distri- buent des Couronnes de Laurier aux Eleves qui se sont distinguez dans les Exercices Litteraires.
La jeunesse couronnée , exprime par la
Danse , le plaisir qu'elle ressent du Prix
glorieux qu'elle a remporté.
Des Bergers ont chanté des Vers dans
la premiere Entrée de l'ouverture; nous en
donnerons une légere idée par ceux qu'on
va voir.
Bergers , qu'un doux repos assemble ,
Venez sous ces tendres Ormeaux
Nous y devons former ensemble
Des jeux innocens et nouveaux..
C'est icy que la Danse ,
Va prendre sa naissance.
Sur mes chants composez vos pas ;
Que tous les mouvemens de vos pieds, de vosbras
D'accord avec ma voix , en suivent la cadance.
Que sans voltiger ,
Les naïves Graces ,
Marchent sur vos traces,
D'un pas coulant et leger , &c.
La Décoration de ce grand et pompeux Spec
tacle , representoit une grande Cour exterieure
d'un Palais magnifique,d'Ordre composite , for- mant un plan circulaire de cent pieds de face , et:
faisant par la Perspective 150 pieds de circonfe- F vj rence
2016 MERCURE DE FRANCE
rence sur 35 pieds d'élévation. Au milieu est un
corps avancé , soutenu par des Colonnes et Pilastres de breche violette; les Chapiteaux et Bases
en or. Dans les entre-Colonnes sont placez des Grouppes de Figures de Marbre blanc sur des
piedestaux de forme ronde : sçavoir , à la droite,
MédéeJason; à la gauche le Sacrifice d'Iphigenie.
Sur les devants de la partie circulaire,à la droite
Oedipe qui se perce les yeux ; à la gauche , Her- rule sur le bucher ; sur le devant de ces deux extrêmitez sont des Amphitheatres terminés par une Balustrade , en forme de demi-fer à cheval ,
au bas de laquelle on voit les Statues des deux
plus fameux Poëtes Grecs ; sçavoir , à la droite
Sophocle; à la gauche Euripide. ?
Au milieu de la Décoration est une grande et magnifique Arcade surmontée des Armes de
France , soutenues par des Génies , au travers
de laquelle on apperçoit un grand Salon cintré ,
soutenu par des colonnes couplées , et dans les
deux passages , aux côtez des Galeries ingénieusement percées d'une Architecture noble et simple , ornée de Bustes sur des scabellons ; au- dessus des quatre Groupes de colonnes , sont dea
trophées de Guerre , et sur les corps avancez qui terminent les côtez de la Décoration des Trophées de Poësie en or , ainsi que les Armes du
Roi et les autres Trophées et Consolles qui sont
sous la Corniche , sur laquelle est une Balustrade
qui régne au pourtour de cette magnifique Ordonnance.
ges
M. Le Maire , déja connu par plusieurs ouvrade cette espece qui ont eu l'applaudissement
du Public . est Auteur de celui- ci , qui a été fort
approuvé. L'Estampe qu'il en a fait graver avec soin
SEPTEMBRE. 1732. 2017
soin , se vend chez lui dans la Cour des Quinze
Vingts.
Fermer
Résumé : Tragédie et Ballet, et Décoration du College de Louis Le Grand, [titre d'après la table]
Le spectacle 'La Tragédie de Sennacherib, Roy des Assiriens' a été représenté le mercredi 6 août pour la distribution des prix. L'histoire met en scène la défaite de Sennacherib devant Jérusalem, où il perdit 18 000 hommes en une nuit. De retour à Ninive, il fut assassiné par ses deux fils aînés, Adramelech et Sarasar, 45 jours après la défaite. Cette tragédie accomplissait une prophétie d'Isaïe au roi Ézéchias. Selon la tradition hébraïque rapportée par Saint Jérôme, Sennacherib voulait sacrifier ses fils pour apaiser son dieu, mais ceux-ci le tuèrent avant. Le spectacle se déroulait à Ninive, dans le palais du roi. Après la tragédie, un ballet intitulé 'Histoire de la Danse' fut présenté. Ce ballet retraçait la naissance et les quatre âges de la danse. Les Égyptiens sont crédités de l'origine de la danse, qui servait à exprimer les passions humaines. Le ballet se divisait en plusieurs entrées représentant différents âges et styles de danse, des bergers aux danses modernes en France. La décoration du spectacle représentait une cour extérieure d'un palais magnifique, avec diverses statues et trophées. L'auteur de la décoration, M. Le Maire, est connu pour ses œuvres appréciées du public. Une estampe de la décoration était disponible à la vente.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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143
p. 2017-2025
EXTRAIT de l'Ecole des Meres, Comédie en Prose, en un Acte, de M. de Marivaux, representée pour la premiere fois sur le Théatre Italien. le 26 Juillet 1732.
Début :
Cette intrigue se passe entre Mme Argante, Angelique, sa fille, Lizette, [...]
Mots clefs :
Ecole des Mères, Marivaux, Théâtre italien, Lisette, Angélique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de l'Ecole des Meres, Comédie en Prose, en un Acte, de M. de Marivaux, representée pour la premiere fois sur le Théatre Italien. le 26 Juillet 1732.
EXTRAITde l'Ecole des Meres , Comédie en Prose , en un Acte , de M. de
Marivaux , representée pour la premiere
fois sur le Théatre Italien , le 26 Juilles
1732.
CErre
intrigue.se
Ette intrigue se passe entre Mme Argante , Angelique , sa fille , Lizette ,
sa Suivante , Eraste, Amant d'Angelique,
sous le nom de la Ramée , Damis , pere
d'Eraste est aussi Amant d'Angelique ,
Frontin et Champagne , Valets de Mme Argante et de Damis, La Scene est dans l'Appartement de Mme Argante.
Eraste travesti en Valet commence la
Piece avec Lisette , laquelle veut lui menager un entretien avec Angelique, dont
il est autant aimé qu'il l'aime. Frontin
Valet de Me Argante , arrive et se défie
du prêtendu parantage du faux la Ramée avec Lizette , dont il est amoureux
et le prend sur un ton qui oblige Lisette
à le mettre dans la confidence ; il se charge de l'entrevûë qu'il s'agit de ménager
à Eraste , qui veut parer le mariage qu'on
est prêt à conclure entre son Amante et
le vieux Damis , c'est un nom que le peré d'Eraste a pris pour dérober la connoissance
H
2018 MERCURE DE FRANCE
noissance de son futur Hymen à tout le
monde , et sur tout à son fils , quoiqu'il
ne sçache pas encore qu'il est son Rival
et Rival aimé.
Mme Argante vient ; le faux la Ramée
ne pouvant se retirer sans se rendre suspect , Frontin le fait passer pourun Cousin qui cherche condirion ; Mme Argante
le trouvant bien fait, lui ordonne de rester dans la maison , et lui promet de le
mettre au service de M. Damis. Mme Argante demande à Lisette dans quelles dispositions elle trouve sa fille Angelique ;
Lisette lui répond d'une maniere à ne répondre de rien : voici la fin de la Scene:
entre la Maîtresse et la Suivante..
Md. Argante.
M. Damis est un peu vieux , à la verité ,
mais doux, complaisant , attentif, aimable.
Lisette.
Aimable ! prenez donc garde , Madame ; il a
soixante ans,
Mad. Argante.
Il est bien question de l'âge d'un mari avec une fille élevée comme la mienne.
Lisette.
Oh! s'il n'en est pas question avec Mademoi selle
SEPTEMBRE. 1732. 2619
selle votre fille , il n'y aura guere eu de prodige de cette force-là.
Mad. Argante.
Qu'entendez-vous avec votre prodige ?
Lisette.
J'entends qu'il faut le plus qu'on peut , mettre la vertu des gens son aise , et que celle d'Ange
lique ne le sera pas sans fatigue.
Mad.
Argante.
Vous avez de sottes idées , Lisette ; les inspi- rez-vous à ma fillers
Lisette.
Oh que non , Madame ; elle les trouvera bien,
sans que je m'en mêle.
Mad, Argante.
Hé pourquoi , de l'humeur dont elle est ,
seroit- elle pas heureuse ?
Lisette,
1
ne
C'est qu'elle ne sera point de l'humeur dont
yous dites ; cette humeur- là n'est nulle part.
Mad. Aviante.
Il faudroit qu'elle l'eût bien difficile , si elle
ne s'accommodoit pas d'un homme qui l'a dorera ,
Lisette.
On adore mal à son âge.
Mad.
2020 MERCURE DE FRANCE
Mad. Argante.
Qui ira audevant de tous ses desirs.
Lisette.
Ils seront donc bien modestes , &c.
>
L'arrivée d'Angelique interrompt la
suite de cette conversation ; ce rôle est
joué par la Dule Sylvia avec une grace et
une intelligence qu'on ne sauroit trop
admirer ; comme c'est un rôle d'Agnés
elle y met une ingenuité qui enchante les
Spectateurs ; et cette ingenuité est accompagnée, coup sur coup, de profondes
révérences qui la caracterisent d'une maniere à n'y reconnoître que la simple nature , quoique ce ne soit pas sans y mettre un art infini. Voici quelques morceaux
de la Scene qui se passe entr'elle et sa mere.
Mad. Argante.
Vous voyez , ma fille , ce que je fais aujour
d'hui pour vous ; ne tenez-vous pas compte
ma tendresse du mariage que je vous procure &
Angelique faisant la réverence.
Je ferai tout ce qui vous plaira , ma mere.
Ma . Argante.
Je vous demande si vous me sçavez gré da
parti
SEPTEMBRE. 1732 2021
parti que je vous donne , &c. allons ; répondez ,
ma fille.
Angelique.
Vous mel'ordonnez donc ?
Mad. Argante.
Qui, sans doute. Voyons ; n'êtes-vous pas satisfaite de votre sort ?
Angelique.
Mais.
Mad. Argante.
Quoi ? mais ! je veux qu'on me réponde raisonnablement ; je m'attendois à votre reconnoissance , et non pas à des mais...
Angelique saluant.
Je n'en dirai plus , ma mere.
Mad. Argante.
Je vous dispense des révérences ; dites-moi ce
que vous pensez.
Ce queje pense
Angelique.
Mad. Argante.
Oui , comment regardez-vous le mariage en
question ?
! Mais,
Angelique.
Mad. Argante.
Toujours des mais !
Am
2022 MERCURE DE FRANCE
Angelique.
Je vous demande pardon ; je n'y songeois pas ,
ma Mere , &c.
Toute cette Scene , qui est à peu près
sur le même ton, fait beaucoup de plaisir ,
tant de la part de l'Auteur , que de l'Actrice. La De Sylvia ne parle pas toujours
avec la même innocence dans le reste de
cette Piéce ; elle est très hardie quand elle
s'entretient avec Lisette , le Lecteur en
pourra aisément juger par ce commencement de Scene.
Lisette.
Eh bien? Mademoiselle , à quoi en êtes - vous ?
Angelique.
J'en suis à m'affliger , comme tu vois,
Lisette.
Qu'avez-vous dit à votre Mere !
Angelique.
Hé tout ce qu'elle a voulu.
4
Lisette.
Vous épouserez donc Monsieur Damis
Angelique.
Moi , l'épouser ! je t'assûre que non c'est
bien assez qu'il m'épouse.
Lisette,
SEPTEMBRE. 1732. 2023
>
Lisette.
Oui mais vous n'en serez pas moins sa femme.
sant "
Angelique.
Hé bien; ma Mere n'a qu'à l'aimer pour nous
deux ; car pour moi je n'aimerai jamais qu'Eraste , &c, c'est lui qui est aimable , qui est complai
et non pas ce Monsieur Damis , que ma
mere a été prendre je ne sçai où , qui feroit bien
mieux d'être mon grand pere , que mon mari ,
qui me glace quand il me parle , et qui m'appelle
toujours ma belle personne , comme si on s'embarassoit beaucoup d'être belle ou laide avec lui ;
au lieu que tout ce que me dit Eraste est si touchant ; on voit que c'est du fond du cœur qu'il parle ; et j'aimerois mieux être sa femme huit
jours , que de l'être toute ma vie de l'autre
&c.
On vient annoncer à Angelique qu'un
Laquais d'Eraste a une Lettre à lui rendrę
de la part de cet Amant si tendrement ai
mé ; elle marque un tendre empressement;
mais son activité éclate bien plus quand
elle voit Eraste même à ses pieds après la
lecture de sa Lettre , &c. Comme cet Extrait commence à devenir un peu trop
long pour une Piéce en un Acte , nous ne
parlerons plus que de ce qui concerne l'action théatrale.
Le faux Damis , pere de Léandre vient
pour
2024 MERCURE DE FRANCE
pour épouser Angelique ; il prie Mad.
Argante de lui permettre un moment
d'entretien avec sa future Epouse. C'est
dans cet entretien qu'Angelique lui avoüc.
avecsa naïveté ordinaire qu'elle ne l'aime,
pas ; il apprend même,qu'elle en aime un
autre , et à la faveur d'un rendez- vous
nocturne , il reconnoît cet Amant aimé
pour son fils. Cette nuit donne lieu à
beaucoup de méprises , qui finissent par
des lumieres que Madame Argante fait
apporter. Le pere se rendant justice , et
d'ailleurs attendri pour son fils , conseille
àMad. Argante de rendre ces deux Amans
heureux , elle y consent. On commence
une Fête que Damis avoit fait préparer
pour lui-même ; il consent qu'elle serve
pour le mariage de son fils avec Angelique ; Lisette est aussi récompensée pour
avoir contribué au mariage d'Eraste ;
Mad: Argante consent qu'elle épouse son
cher Frontin ; la Piéce finit par des Danses et des Divertissemens , dont la Musi
que , qui a été goûtée , est de M. Mouret : voici deux Couplets du Vaudeville
qui termine le Divertissement.
Si mes soins pouvoient t'engager
Me dit un jour le beau Sylvandre,
D'un air tendre
Que
SEPTEMBRE, 1732 2025
Que ferois-tu ? dis-je au Berger?
Il demeura comme un Idole ,
Et ne répondit pas un mot.
Le grand sot !
Il faut l'envoyer à l'Ecole,
L'autre jour à Nicole il prit ,
Une vapeur auprès de Blaise ,
Sur sa chaise :
La pauvre enfant s'évanouit ;
Blaise , pour secourir Nicole ,
Fut chercher du monde aussi- tôt ;
Le nigaut !
Il faut l'envoyer à l'Ecole,
La Dile Roland et le sieur Lelio ont
dansé dans ce Divertissement un Pas de
Deux, composé d'une Loure et d'un Tambourin , avec toute la justesse et la vivacité possible , et ont été généralement ap
plaudis ; cette nouvelle Danseuse est de
plus en plus goûtée du Public.
Marivaux , representée pour la premiere
fois sur le Théatre Italien , le 26 Juilles
1732.
CErre
intrigue.se
Ette intrigue se passe entre Mme Argante , Angelique , sa fille , Lizette ,
sa Suivante , Eraste, Amant d'Angelique,
sous le nom de la Ramée , Damis , pere
d'Eraste est aussi Amant d'Angelique ,
Frontin et Champagne , Valets de Mme Argante et de Damis, La Scene est dans l'Appartement de Mme Argante.
Eraste travesti en Valet commence la
Piece avec Lisette , laquelle veut lui menager un entretien avec Angelique, dont
il est autant aimé qu'il l'aime. Frontin
Valet de Me Argante , arrive et se défie
du prêtendu parantage du faux la Ramée avec Lizette , dont il est amoureux
et le prend sur un ton qui oblige Lisette
à le mettre dans la confidence ; il se charge de l'entrevûë qu'il s'agit de ménager
à Eraste , qui veut parer le mariage qu'on
est prêt à conclure entre son Amante et
le vieux Damis , c'est un nom que le peré d'Eraste a pris pour dérober la connoissance
H
2018 MERCURE DE FRANCE
noissance de son futur Hymen à tout le
monde , et sur tout à son fils , quoiqu'il
ne sçache pas encore qu'il est son Rival
et Rival aimé.
Mme Argante vient ; le faux la Ramée
ne pouvant se retirer sans se rendre suspect , Frontin le fait passer pourun Cousin qui cherche condirion ; Mme Argante
le trouvant bien fait, lui ordonne de rester dans la maison , et lui promet de le
mettre au service de M. Damis. Mme Argante demande à Lisette dans quelles dispositions elle trouve sa fille Angelique ;
Lisette lui répond d'une maniere à ne répondre de rien : voici la fin de la Scene:
entre la Maîtresse et la Suivante..
Md. Argante.
M. Damis est un peu vieux , à la verité ,
mais doux, complaisant , attentif, aimable.
Lisette.
Aimable ! prenez donc garde , Madame ; il a
soixante ans,
Mad. Argante.
Il est bien question de l'âge d'un mari avec une fille élevée comme la mienne.
Lisette.
Oh! s'il n'en est pas question avec Mademoi selle
SEPTEMBRE. 1732. 2619
selle votre fille , il n'y aura guere eu de prodige de cette force-là.
Mad. Argante.
Qu'entendez-vous avec votre prodige ?
Lisette.
J'entends qu'il faut le plus qu'on peut , mettre la vertu des gens son aise , et que celle d'Ange
lique ne le sera pas sans fatigue.
Mad.
Argante.
Vous avez de sottes idées , Lisette ; les inspi- rez-vous à ma fillers
Lisette.
Oh que non , Madame ; elle les trouvera bien,
sans que je m'en mêle.
Mad, Argante.
Hé pourquoi , de l'humeur dont elle est ,
seroit- elle pas heureuse ?
Lisette,
1
ne
C'est qu'elle ne sera point de l'humeur dont
yous dites ; cette humeur- là n'est nulle part.
Mad. Aviante.
Il faudroit qu'elle l'eût bien difficile , si elle
ne s'accommodoit pas d'un homme qui l'a dorera ,
Lisette.
On adore mal à son âge.
Mad.
2020 MERCURE DE FRANCE
Mad. Argante.
Qui ira audevant de tous ses desirs.
Lisette.
Ils seront donc bien modestes , &c.
>
L'arrivée d'Angelique interrompt la
suite de cette conversation ; ce rôle est
joué par la Dule Sylvia avec une grace et
une intelligence qu'on ne sauroit trop
admirer ; comme c'est un rôle d'Agnés
elle y met une ingenuité qui enchante les
Spectateurs ; et cette ingenuité est accompagnée, coup sur coup, de profondes
révérences qui la caracterisent d'une maniere à n'y reconnoître que la simple nature , quoique ce ne soit pas sans y mettre un art infini. Voici quelques morceaux
de la Scene qui se passe entr'elle et sa mere.
Mad. Argante.
Vous voyez , ma fille , ce que je fais aujour
d'hui pour vous ; ne tenez-vous pas compte
ma tendresse du mariage que je vous procure &
Angelique faisant la réverence.
Je ferai tout ce qui vous plaira , ma mere.
Ma . Argante.
Je vous demande si vous me sçavez gré da
parti
SEPTEMBRE. 1732 2021
parti que je vous donne , &c. allons ; répondez ,
ma fille.
Angelique.
Vous mel'ordonnez donc ?
Mad. Argante.
Qui, sans doute. Voyons ; n'êtes-vous pas satisfaite de votre sort ?
Angelique.
Mais.
Mad. Argante.
Quoi ? mais ! je veux qu'on me réponde raisonnablement ; je m'attendois à votre reconnoissance , et non pas à des mais...
Angelique saluant.
Je n'en dirai plus , ma mere.
Mad. Argante.
Je vous dispense des révérences ; dites-moi ce
que vous pensez.
Ce queje pense
Angelique.
Mad. Argante.
Oui , comment regardez-vous le mariage en
question ?
! Mais,
Angelique.
Mad. Argante.
Toujours des mais !
Am
2022 MERCURE DE FRANCE
Angelique.
Je vous demande pardon ; je n'y songeois pas ,
ma Mere , &c.
Toute cette Scene , qui est à peu près
sur le même ton, fait beaucoup de plaisir ,
tant de la part de l'Auteur , que de l'Actrice. La De Sylvia ne parle pas toujours
avec la même innocence dans le reste de
cette Piéce ; elle est très hardie quand elle
s'entretient avec Lisette , le Lecteur en
pourra aisément juger par ce commencement de Scene.
Lisette.
Eh bien? Mademoiselle , à quoi en êtes - vous ?
Angelique.
J'en suis à m'affliger , comme tu vois,
Lisette.
Qu'avez-vous dit à votre Mere !
Angelique.
Hé tout ce qu'elle a voulu.
4
Lisette.
Vous épouserez donc Monsieur Damis
Angelique.
Moi , l'épouser ! je t'assûre que non c'est
bien assez qu'il m'épouse.
Lisette,
SEPTEMBRE. 1732. 2023
>
Lisette.
Oui mais vous n'en serez pas moins sa femme.
sant "
Angelique.
Hé bien; ma Mere n'a qu'à l'aimer pour nous
deux ; car pour moi je n'aimerai jamais qu'Eraste , &c, c'est lui qui est aimable , qui est complai
et non pas ce Monsieur Damis , que ma
mere a été prendre je ne sçai où , qui feroit bien
mieux d'être mon grand pere , que mon mari ,
qui me glace quand il me parle , et qui m'appelle
toujours ma belle personne , comme si on s'embarassoit beaucoup d'être belle ou laide avec lui ;
au lieu que tout ce que me dit Eraste est si touchant ; on voit que c'est du fond du cœur qu'il parle ; et j'aimerois mieux être sa femme huit
jours , que de l'être toute ma vie de l'autre
&c.
On vient annoncer à Angelique qu'un
Laquais d'Eraste a une Lettre à lui rendrę
de la part de cet Amant si tendrement ai
mé ; elle marque un tendre empressement;
mais son activité éclate bien plus quand
elle voit Eraste même à ses pieds après la
lecture de sa Lettre , &c. Comme cet Extrait commence à devenir un peu trop
long pour une Piéce en un Acte , nous ne
parlerons plus que de ce qui concerne l'action théatrale.
Le faux Damis , pere de Léandre vient
pour
2024 MERCURE DE FRANCE
pour épouser Angelique ; il prie Mad.
Argante de lui permettre un moment
d'entretien avec sa future Epouse. C'est
dans cet entretien qu'Angelique lui avoüc.
avecsa naïveté ordinaire qu'elle ne l'aime,
pas ; il apprend même,qu'elle en aime un
autre , et à la faveur d'un rendez- vous
nocturne , il reconnoît cet Amant aimé
pour son fils. Cette nuit donne lieu à
beaucoup de méprises , qui finissent par
des lumieres que Madame Argante fait
apporter. Le pere se rendant justice , et
d'ailleurs attendri pour son fils , conseille
àMad. Argante de rendre ces deux Amans
heureux , elle y consent. On commence
une Fête que Damis avoit fait préparer
pour lui-même ; il consent qu'elle serve
pour le mariage de son fils avec Angelique ; Lisette est aussi récompensée pour
avoir contribué au mariage d'Eraste ;
Mad: Argante consent qu'elle épouse son
cher Frontin ; la Piéce finit par des Danses et des Divertissemens , dont la Musi
que , qui a été goûtée , est de M. Mouret : voici deux Couplets du Vaudeville
qui termine le Divertissement.
Si mes soins pouvoient t'engager
Me dit un jour le beau Sylvandre,
D'un air tendre
Que
SEPTEMBRE, 1732 2025
Que ferois-tu ? dis-je au Berger?
Il demeura comme un Idole ,
Et ne répondit pas un mot.
Le grand sot !
Il faut l'envoyer à l'Ecole,
L'autre jour à Nicole il prit ,
Une vapeur auprès de Blaise ,
Sur sa chaise :
La pauvre enfant s'évanouit ;
Blaise , pour secourir Nicole ,
Fut chercher du monde aussi- tôt ;
Le nigaut !
Il faut l'envoyer à l'Ecole,
La Dile Roland et le sieur Lelio ont
dansé dans ce Divertissement un Pas de
Deux, composé d'une Loure et d'un Tambourin , avec toute la justesse et la vivacité possible , et ont été généralement ap
plaudis ; cette nouvelle Danseuse est de
plus en plus goûtée du Public.
Fermer
Résumé : EXTRAIT de l'Ecole des Meres, Comédie en Prose, en un Acte, de M. de Marivaux, representée pour la premiere fois sur le Théatre Italien. le 26 Juillet 1732.
L'intrigue de 'L'École des Mères' de Marivaux se déroule dans l'appartement de Mme Argante, impliquant plusieurs personnages clés : Mme Argante, Angelique, sa fille, Lizette, la suivante d'Angelique, Eraste, l'amant d'Angelique déguisé en valet sous le nom de la Ramée, et Damis, le père d'Eraste également amoureux d'Angelique sous un faux nom. Frontin et Champagne, valets respectifs de Mme Argante et de Damis, jouent également des rôles importants. Eraste, déguisé, cherche à rencontrer Angelique avec l'aide de Lizette. Frontin découvre la supercherie et aide Eraste à organiser une entrevue. Eraste souhaite empêcher le mariage entre Angelique et Damis, qui se fait passer pour un homme plus jeune. Mme Argante arrive et prend Eraste pour un cousin, décidé de le garder à son service. Une conversation entre Mme Argante et Lizette révèle les réticences d'Angelique à épouser Damis en raison de son âge. Angelique exprime son amour pour Eraste et son refus d'épouser Damis. Damis, sous son faux nom, demande à rencontrer Angelique et découvre qu'elle aime Eraste. Lors d'un rendez-vous nocturne, il reconnaît Eraste comme son fils. Après des malentendus, Mme Argante accepte de rendre les deux amants heureux. La pièce se termine par une fête où Eraste et Angelique se marient, et Lizette épouse Frontin. La musique et les danses concluent la pièce.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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144
p. 2026-2033
EXTRAIT des Piéces représentées à l'Opéra Comique le 19 Août, elles sont de la composition de M. Carolet. Le Prologue a pour titre le Réveil de l'Opéra Comique.
Début :
Le Théatre représente une Guinguette. Les Acteurs paroissent au fond [...]
Mots clefs :
Opéra comique, Carolet, Symphonie extravagante, Danse, Prologue, Air
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT des Piéces représentées à l'Opéra Comique le 19 Août, elles sont de la composition de M. Carolet. Le Prologue a pour titre le Réveil de l'Opéra Comique.
EXTRAIT des Piéces représentées à l'Opéra Comique le 19 Août , elles sont de
la composition de M. Carolet. Le Prologue a pour titre le Réveil de l'Opéra
Comique.
LE
E Théatre représente une Guinguette. Les Acteurs paroissent au fond
du Théatre endormis sur les Tables , de
même que Colombine et l'Opéra Comique
personnifié. Ils se réveillent au bruit d'u
ne Symphonie extravagante. La premiere Scene est une Parodie du Prologue d'Amadis de Gaule. L'Opéra Comique , Colombine chantent ensemble.
Ah! j'entends un bruit qui nous presse
De nous rassembler tous ;
Le charme cesse ,
Eveillons-nous.
Esprits empressés à nous nuire ,
Vous , qui nous avez mis dans cet état af- freux ,
Votre soin pourroit nous réduire
A fermer désormais la porte de nos Jeux.
Que Momus annonce au Parterre ,
La fin de notre accablement i
Brûlez
SEPTEMBR E. 1732. 2027
Brillez Eclairs , grondez Tonnere ,
Sappez ce Cabaret jusques au fondement.
Le Tonnere tombe et réduit en poudre toute la Guinguette ; le Théatre' s'éclaire , les Danseurs se réjouissent à leur
réveil : la Folie arrive; la Sagesse qui sur
vient , prétend l'emporter sur elle , mais
on la chasse. Une jeune personne paroît
et se plaint a l'Opéra Comique qu'elle à
perdu la Sagesse en entrant à la Foire ;
cette Scene occasionne une morale plaisante ; la Folie la console de cette perte ,
et la reçoit Actrice. Ce Prologue finit par
une Danse de Fous et de Poctes , et par
un Vaudeville dont voici quelques Couplets.
Loin de nous l'Amant ennuyeux ,
Qui de grands mots remplit l'oreille ;
L'Amant badin réussit mieux ;›
Le sage endort , le fou réveille.
Dans l'époux tout est sérieux ,
Fut-il la plus rare merveille ;
Dans l'Amant tout est gracieux,
Le sage cadort , &c.
La Lanterne véridique , Piéce en un
Acte, est dans un goût métaphysique.
Le
7
2028 MERCURE DE FRANCE
Le Théâtre represente le Parnasse et
ses avenues ; Apollon est surpris d'y trouver Mercure , il lui déclare qu'il a résolu
de confondre les faux Sçavans et de
leur faire connoître la portée de leur génie. Il charge Mercure de leur ordonner
de se rendre au Parnasse. Mercure obéit
comme Messager des Dieux ; la Fortune
personifiée paroît , Apollon en est sur
pris , elle lui dit qu'elle ne vient au Parnasse que par hazard , puisque le Parnasse n'est point le lieu de sa résidence , elle
témoigne à Apollon son mépris pour la
Science. Diogene paroît ensuite avec sa
Lanterne , il l'offre à Apollon pour lui
aider à connoître à fond les génies subal
ternes dont il se plaint. Apollon la reçoit ;
Diogene fait une Scene comique , &c.
Mercure arrive , et dit à Apollon qu'il
a trouvé dans certains Caffés de Paris les
Sçavans en question . Apollon le charge
de donner audience pour lui , en lui remettant la Lanterne de Diogene , et après
lui en avoirappris les proprietez merveil
leuses.
Les faux Sçavans arrivent entr'autres
une jeune fille qui se croit Poëte , et qui
ne fait des Vers que parce qu'elle est
amoureuse. Un Auteur qui croit exceller
en tout , et qui n'est que plagiaire. Ceste Scene
SEPTEMBRE. 1732. 2029
Scene est parfaitement renduë par le
sieur Droin , habile Acteur. Un petit Maî
tre , soi- disant bel esprit , et qui n'est
qu'un fat. Une femme qui se pique de
posseder la Satyre , et qui n'est que médisante. Ensuite paroît le Suisse de la Troupe , qui croit en cette qualité avoir la
quintessence de l'esprit. Mercure , qui au
nom d'Apollon a confondu tous les faux
Sçavans , donne la Palme au Suisse ; il
trouvé en lui un bon sens naturel qui le
charme. La Scene du Suisse à été joüée
par le sieur Duperier avec applaudissement. L'Acte finit par un Divertissement
composé de Suisses et de François , et par
ún Vaudeville dans ces goûts- là , que le
Suisse dit être de sa composition : on en
va juger.
Le Suisse.
On blâme à tort notre façon ;
Nous ne suivons pas le caprice,
Un Suisse entend toujours raison ,
Puisque la raison est un Suisse.
1 Tel Plumet courtise un tendron
En vrai fat dans une coulisse ,
Qui souvent n'a pas le teston
our graisser la patte du Suisse.
G Si
2030 MERCURE DE FRANCE
Si Bacchus n'inspire Apollon,
Une Piéce est toujours trop grave,
Pour briller au sacré Vallon ,
Il faut descendre dans la cave,
On trouvera l'Airgravé de ce Vaudeville,
an bas de la Chanson.
Le Parterre merveilleux sert de Prologue
à l'Acte des petits Comédiens..
Le Théatre représente les Jardins d'un
Serrail; une jeune Esclaye ouvre la Scene ;
elle se plaint à sa Suivante de l'absence de
son Amant, qui est un Cavalier François;
l'Amant paroît ; le Bostangy qui écoute
leur conversation les effraye ; mais il les
rassûre , et déclare à la Suivante qu'il l'ai-,
me. Il offre à la jeune Esclave de favoriser
son évasion ; et pour lui prouver qu'il
peut même quelque chose de plus , il fait
sortir sur le champ de la terre six grands
Pots de fleurs , qui disparoissent aussi- tôt,'
et font voir à leur place six enfans qui représentent une Piece en Vers , intitulée
le Rival de lui-même dont voici le
sujet.
د
Orgon a une fille unique nommée Julie
promise à Eraste. Le mariage doit se conclure le jour même ; mais Orgon reçoit
une Lettre du pere d'Eraste , crû mor
depuis
SEPTEMBRE. 17 32. 2031
•
depuis très - long- tems. Orgon qui veut
éprouver l'amour d'Eraste pour sa fille
feint de vouloir changer de résolution ;
il montre cette Lettre à Eraste , qui y
celui de son voyant un autre nom que
pere , fulmine contre Orgon , lequel s'excuse sur un ancien engagement contracté
entre ce vieillard et lui au sujet de leurs
enfans. Eraste qui apprend par cette Lettre que Julie voit tous les jours le fils de
Pamphile , nom du prétendu vieillard signé dans la Lettre , et que Loüison , Suivante de Julie , conduit cette intrigue
déplore sa malheureuse situation ; Crispin,
son valet , se livre à l'exemple de son
Maître , à des excès de jalousie contre
Loüison. Julie et Loüison sont surprises
de se voir traiter d'infidéles par deux
Amans qu'elles aiment tendrement. Eraste qui a appris par Orgon que son prétendu rival doit arriver le soir même et épouser Julie , l'attend de picd ferme pour
l'immoler à sa rage ; au moment qu'il
menace,le pere , qui avoit pris le nom de
Pamphile au lieu de celui d'Orgon , paroît , embrasse son fils , lui conte l'artifice innocent dont il s'est servi pour le
surprendre , et lui assurer de gros biens
avec la possession de Julie. Crispin rassuré de son côté dit à son Maître qu'il doit
Gij 1 se
1631 MERCURE DE FRANCE
se tranquilliser , et qu'il n'a point d'autre
Rival que lui-même. La Piéce finit par
un Divertissement , aussi éxécuté par les
petits Comédiens qui ont representé la
Piéce d'une maniere à se faire applaudir,
Voici quelques Couplets.
Crispin.
Je suis petit Comédien ,
A mon jeu vous le voyez bien
Mais près de l'aimable Lutine ,
Dont l'œil fripon , me porte au cœur
Tirelironfa , tourelontontine ,
deviendrois un grand Acteur,
Fulie.
L'Amour est un Comédien
Qui nous façonne en moins d'un rien ;
Envain notre cœur se mutine ,
Contre cet aimable Vainqueur ;
Tirelironfa , tourelontontine ;
L'Amour en fait un grand Acteur,
Eraste.
L'Amour , à mes tendres desirs ,
Prépare les plus doux plaisirs ;
A présent rien ne me chagrine ,
Charmé du don de votre cœur ,
Tire
SEPTEMBRE. 1732; 2033
Tirelironfa , tourelontontine ;
Je promets d'être un grandActeur.
Loüison au Public.
Messieurs , je connois à vos yeux ,
Que d'ici vous sortez joyeux ;
Faites-nous toujours bonne mine.
Ah ! quel plaisir pour un Auteur ,
Tirelironfa , tourelontontine ,
Quand il entend claquer l'Acteur.
Le 5. le même Opéra Comique donna
la premiere Représentation d'une petite
Piéce en un Acte , avec des Divertissemens , qui a pour titre les Vandanges de
Champagne , qui a été goûtée.
la composition de M. Carolet. Le Prologue a pour titre le Réveil de l'Opéra
Comique.
LE
E Théatre représente une Guinguette. Les Acteurs paroissent au fond
du Théatre endormis sur les Tables , de
même que Colombine et l'Opéra Comique
personnifié. Ils se réveillent au bruit d'u
ne Symphonie extravagante. La premiere Scene est une Parodie du Prologue d'Amadis de Gaule. L'Opéra Comique , Colombine chantent ensemble.
Ah! j'entends un bruit qui nous presse
De nous rassembler tous ;
Le charme cesse ,
Eveillons-nous.
Esprits empressés à nous nuire ,
Vous , qui nous avez mis dans cet état af- freux ,
Votre soin pourroit nous réduire
A fermer désormais la porte de nos Jeux.
Que Momus annonce au Parterre ,
La fin de notre accablement i
Brûlez
SEPTEMBR E. 1732. 2027
Brillez Eclairs , grondez Tonnere ,
Sappez ce Cabaret jusques au fondement.
Le Tonnere tombe et réduit en poudre toute la Guinguette ; le Théatre' s'éclaire , les Danseurs se réjouissent à leur
réveil : la Folie arrive; la Sagesse qui sur
vient , prétend l'emporter sur elle , mais
on la chasse. Une jeune personne paroît
et se plaint a l'Opéra Comique qu'elle à
perdu la Sagesse en entrant à la Foire ;
cette Scene occasionne une morale plaisante ; la Folie la console de cette perte ,
et la reçoit Actrice. Ce Prologue finit par
une Danse de Fous et de Poctes , et par
un Vaudeville dont voici quelques Couplets.
Loin de nous l'Amant ennuyeux ,
Qui de grands mots remplit l'oreille ;
L'Amant badin réussit mieux ;›
Le sage endort , le fou réveille.
Dans l'époux tout est sérieux ,
Fut-il la plus rare merveille ;
Dans l'Amant tout est gracieux,
Le sage cadort , &c.
La Lanterne véridique , Piéce en un
Acte, est dans un goût métaphysique.
Le
7
2028 MERCURE DE FRANCE
Le Théâtre represente le Parnasse et
ses avenues ; Apollon est surpris d'y trouver Mercure , il lui déclare qu'il a résolu
de confondre les faux Sçavans et de
leur faire connoître la portée de leur génie. Il charge Mercure de leur ordonner
de se rendre au Parnasse. Mercure obéit
comme Messager des Dieux ; la Fortune
personifiée paroît , Apollon en est sur
pris , elle lui dit qu'elle ne vient au Parnasse que par hazard , puisque le Parnasse n'est point le lieu de sa résidence , elle
témoigne à Apollon son mépris pour la
Science. Diogene paroît ensuite avec sa
Lanterne , il l'offre à Apollon pour lui
aider à connoître à fond les génies subal
ternes dont il se plaint. Apollon la reçoit ;
Diogene fait une Scene comique , &c.
Mercure arrive , et dit à Apollon qu'il
a trouvé dans certains Caffés de Paris les
Sçavans en question . Apollon le charge
de donner audience pour lui , en lui remettant la Lanterne de Diogene , et après
lui en avoirappris les proprietez merveil
leuses.
Les faux Sçavans arrivent entr'autres
une jeune fille qui se croit Poëte , et qui
ne fait des Vers que parce qu'elle est
amoureuse. Un Auteur qui croit exceller
en tout , et qui n'est que plagiaire. Ceste Scene
SEPTEMBRE. 1732. 2029
Scene est parfaitement renduë par le
sieur Droin , habile Acteur. Un petit Maî
tre , soi- disant bel esprit , et qui n'est
qu'un fat. Une femme qui se pique de
posseder la Satyre , et qui n'est que médisante. Ensuite paroît le Suisse de la Troupe , qui croit en cette qualité avoir la
quintessence de l'esprit. Mercure , qui au
nom d'Apollon a confondu tous les faux
Sçavans , donne la Palme au Suisse ; il
trouvé en lui un bon sens naturel qui le
charme. La Scene du Suisse à été joüée
par le sieur Duperier avec applaudissement. L'Acte finit par un Divertissement
composé de Suisses et de François , et par
ún Vaudeville dans ces goûts- là , que le
Suisse dit être de sa composition : on en
va juger.
Le Suisse.
On blâme à tort notre façon ;
Nous ne suivons pas le caprice,
Un Suisse entend toujours raison ,
Puisque la raison est un Suisse.
1 Tel Plumet courtise un tendron
En vrai fat dans une coulisse ,
Qui souvent n'a pas le teston
our graisser la patte du Suisse.
G Si
2030 MERCURE DE FRANCE
Si Bacchus n'inspire Apollon,
Une Piéce est toujours trop grave,
Pour briller au sacré Vallon ,
Il faut descendre dans la cave,
On trouvera l'Airgravé de ce Vaudeville,
an bas de la Chanson.
Le Parterre merveilleux sert de Prologue
à l'Acte des petits Comédiens..
Le Théatre représente les Jardins d'un
Serrail; une jeune Esclaye ouvre la Scene ;
elle se plaint à sa Suivante de l'absence de
son Amant, qui est un Cavalier François;
l'Amant paroît ; le Bostangy qui écoute
leur conversation les effraye ; mais il les
rassûre , et déclare à la Suivante qu'il l'ai-,
me. Il offre à la jeune Esclave de favoriser
son évasion ; et pour lui prouver qu'il
peut même quelque chose de plus , il fait
sortir sur le champ de la terre six grands
Pots de fleurs , qui disparoissent aussi- tôt,'
et font voir à leur place six enfans qui représentent une Piece en Vers , intitulée
le Rival de lui-même dont voici le
sujet.
د
Orgon a une fille unique nommée Julie
promise à Eraste. Le mariage doit se conclure le jour même ; mais Orgon reçoit
une Lettre du pere d'Eraste , crû mor
depuis
SEPTEMBRE. 17 32. 2031
•
depuis très - long- tems. Orgon qui veut
éprouver l'amour d'Eraste pour sa fille
feint de vouloir changer de résolution ;
il montre cette Lettre à Eraste , qui y
celui de son voyant un autre nom que
pere , fulmine contre Orgon , lequel s'excuse sur un ancien engagement contracté
entre ce vieillard et lui au sujet de leurs
enfans. Eraste qui apprend par cette Lettre que Julie voit tous les jours le fils de
Pamphile , nom du prétendu vieillard signé dans la Lettre , et que Loüison , Suivante de Julie , conduit cette intrigue
déplore sa malheureuse situation ; Crispin,
son valet , se livre à l'exemple de son
Maître , à des excès de jalousie contre
Loüison. Julie et Loüison sont surprises
de se voir traiter d'infidéles par deux
Amans qu'elles aiment tendrement. Eraste qui a appris par Orgon que son prétendu rival doit arriver le soir même et épouser Julie , l'attend de picd ferme pour
l'immoler à sa rage ; au moment qu'il
menace,le pere , qui avoit pris le nom de
Pamphile au lieu de celui d'Orgon , paroît , embrasse son fils , lui conte l'artifice innocent dont il s'est servi pour le
surprendre , et lui assurer de gros biens
avec la possession de Julie. Crispin rassuré de son côté dit à son Maître qu'il doit
Gij 1 se
1631 MERCURE DE FRANCE
se tranquilliser , et qu'il n'a point d'autre
Rival que lui-même. La Piéce finit par
un Divertissement , aussi éxécuté par les
petits Comédiens qui ont representé la
Piéce d'une maniere à se faire applaudir,
Voici quelques Couplets.
Crispin.
Je suis petit Comédien ,
A mon jeu vous le voyez bien
Mais près de l'aimable Lutine ,
Dont l'œil fripon , me porte au cœur
Tirelironfa , tourelontontine ,
deviendrois un grand Acteur,
Fulie.
L'Amour est un Comédien
Qui nous façonne en moins d'un rien ;
Envain notre cœur se mutine ,
Contre cet aimable Vainqueur ;
Tirelironfa , tourelontontine ;
L'Amour en fait un grand Acteur,
Eraste.
L'Amour , à mes tendres desirs ,
Prépare les plus doux plaisirs ;
A présent rien ne me chagrine ,
Charmé du don de votre cœur ,
Tire
SEPTEMBRE. 1732; 2033
Tirelironfa , tourelontontine ;
Je promets d'être un grandActeur.
Loüison au Public.
Messieurs , je connois à vos yeux ,
Que d'ici vous sortez joyeux ;
Faites-nous toujours bonne mine.
Ah ! quel plaisir pour un Auteur ,
Tirelironfa , tourelontontine ,
Quand il entend claquer l'Acteur.
Le 5. le même Opéra Comique donna
la premiere Représentation d'une petite
Piéce en un Acte , avec des Divertissemens , qui a pour titre les Vandanges de
Champagne , qui a été goûtée.
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Résumé : EXTRAIT des Piéces représentées à l'Opéra Comique le 19 Août, elles sont de la composition de M. Carolet. Le Prologue a pour titre le Réveil de l'Opéra Comique.
Le 19 août, l'Opéra Comique a présenté des pièces composées par M. Carolet. Le prologue, intitulé 'Le Réveil de l'Opéra Comique', se déroule dans une guinguette où les acteurs, Colombine et l'Opéra Comique personnifié, se réveillent au son d'une symphonie extravagante. La première scène est une parodie du prologue d'Amadis de Gaule, avec des chants et des dialogues entre l'Opéra Comique et Colombine. Une tempête détruit la guinguette, et la Folie apparaît, chassant la Sagesse. Une jeune personne se plaint d'avoir perdu la Sagesse à la foire, et la Folie la console en la recevant comme actrice. Le prologue se termine par une danse de fous et de poètes, et un vaudeville. La pièce 'La Lanterne véridique' se déroule au Parnasse, où Apollon, surpris par la présence de Mercure, lui demande de confondre les faux savants. La Fortune et Diogène apparaissent, offrant leur aide à Apollon. Mercure trouve les faux savants dans des cafés parisiens et les confond grâce à la lanterne de Diogène. Parmi les faux savants, on trouve une jeune fille amoureuse, un plagiaire, un fat, une médisante, et un Suisse. Mercure donne la palme au Suisse pour son bon sens naturel. La pièce se termine par un divertissement et un vaudeville. Le prologue 'Le Parterre merveilleux' représente les jardins d'un sérail. Une esclave se plaint de l'absence de son amant français, qui apparaît ensuite. Le bostangy, après les avoir rassurés, offre à l'esclave de favoriser son évasion et fait apparaître six enfants qui représentent une pièce en vers intitulée 'Le Rival de lui-même'. Cette pièce raconte l'histoire d'Orgon, de sa fille Julie, et d'Eraste, dont le père feint d'être mort pour tester l'amour d'Eraste. Après des malentendus et des révélations, la pièce se termine par un divertissement exécuté par les petits comédiens.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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145
p. 2033-2034
« Les Comédiens François ont remis au Théatre la Parisienne, petite Comédie de [...] »
Début :
Les Comédiens François ont remis au Théatre la Parisienne, petite Comédie de [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, La Parisienne, Dancourt, L'Indiscret, Voltaire, Montfleury
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François ont remis au Théatre la Parisienne, petite Comédie de [...] »
Les Comédiens François ont remis au
Théatre la Parisienne , petite Comédie de
feu M. Dancourt , que le Public revoit
avec plaisir. Nous en avons parlé au mois
d'Août 1725. p. 1869. tems auquel on
l'a repris.
Ils ont aussi remis l'Indiscret , Comédie
de M. de Voltaire , dont nous avons donné l'Extrait dans le second Volume du
Mercure de Septembre 1725. p. 2276.
Le Lundi 15 de ce mois , les mêmes
Comédiens donnerent la premicre ReGiij pré
2034 MERCURE DE FRANCE
présentation de la Fausse Inconstance
Comédie en trois Actes , et en Vers
dont nous parlerons plus au long.
Ils vont donner la Sœur Ridicule , Comédie en quatre Actes , de Montfleury.
Il y a plus de 25 ans que cette Piéce n'a
été representée , on la connoissoit sous le
titre du Comédien Poëte , en quatre Actes
et un Prologue. A la place de ce Prologue qu'on a retranché , on donnera un
nouveau Prologue en Vers , dont les principaux Personnages sont la Ressource et
le Caprice personnifiez.
Théatre la Parisienne , petite Comédie de
feu M. Dancourt , que le Public revoit
avec plaisir. Nous en avons parlé au mois
d'Août 1725. p. 1869. tems auquel on
l'a repris.
Ils ont aussi remis l'Indiscret , Comédie
de M. de Voltaire , dont nous avons donné l'Extrait dans le second Volume du
Mercure de Septembre 1725. p. 2276.
Le Lundi 15 de ce mois , les mêmes
Comédiens donnerent la premicre ReGiij pré
2034 MERCURE DE FRANCE
présentation de la Fausse Inconstance
Comédie en trois Actes , et en Vers
dont nous parlerons plus au long.
Ils vont donner la Sœur Ridicule , Comédie en quatre Actes , de Montfleury.
Il y a plus de 25 ans que cette Piéce n'a
été representée , on la connoissoit sous le
titre du Comédien Poëte , en quatre Actes
et un Prologue. A la place de ce Prologue qu'on a retranché , on donnera un
nouveau Prologue en Vers , dont les principaux Personnages sont la Ressource et
le Caprice personnifiez.
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Résumé : « Les Comédiens François ont remis au Théatre la Parisienne, petite Comédie de [...] »
Les Comédiens François ont repris 'La Parisienne' de Dancourt et 'L'Indiscret' de Voltaire au Théâtre la Parisienne. Ils ont présenté 'La Fausse Inconstance' le 15 du mois et prévoient 'La Sœur Ridicule' de Montfleury, avec un nouveau prologue en vers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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146
p. 2034-2035
Scylla, Tragédie en musique, [titre d'après la table]
Début :
Le Jeudi 11 de ce mois, l'Académie Royale de Musique remit au Théâtre Scylla, [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Ballet, Scylla, Opéra
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texteReconnaissance textuelle : Scylla, Tragédie en musique, [titre d'après la table]
Le Jeudi 11 de ce mois > l'Académie
Royale de Musique remit au Théatre Scylla , Tragédie representée dans sa nouveauté au mois de Septembre 1701. et reprise en Octobre 1720. Le Poëme et la
Musique sont de M. Duché et de M.Theobalde.Nous en donnerons l'Extrait en parlant de l'xécution. Nous ajoûterons seulement ici que cet Opéra est très bien remis , bien habillé et bien décoré. Un
morceau sur tout , cssentiel à caracteriser
le lieu de la Scene , a été trouvé admirable ; c'est la représentation du Tombeau
de Tiresie , d'une Architecture rustique ,
simple , noble et vraie. Les gens du meilleur goût n'y désirent rien pour le colo- ris
SEPTEMBRE. 1732. 2035
ris , pour la juste distribution des lumieres
et des ombres , pour le relief des différentesparties , et pour l'effet du tout ensemble.
,
Le Balet est très- bien composé par le
sieur Blondi , et très - varié. Les airs de
Violons y sont harmonieux , dansans
d'une très- grande beauté , et caracterisez
au mieux principalement la fameuse
Passacaille du second Acte , qui est un
morceau au- dessus de tout ce que nous
avons vû en ce genre. La Musique en général est fort goûtée et mérite de l'être ,
le Poëme ne l'est pas tant.
Royale de Musique remit au Théatre Scylla , Tragédie representée dans sa nouveauté au mois de Septembre 1701. et reprise en Octobre 1720. Le Poëme et la
Musique sont de M. Duché et de M.Theobalde.Nous en donnerons l'Extrait en parlant de l'xécution. Nous ajoûterons seulement ici que cet Opéra est très bien remis , bien habillé et bien décoré. Un
morceau sur tout , cssentiel à caracteriser
le lieu de la Scene , a été trouvé admirable ; c'est la représentation du Tombeau
de Tiresie , d'une Architecture rustique ,
simple , noble et vraie. Les gens du meilleur goût n'y désirent rien pour le colo- ris
SEPTEMBRE. 1732. 2035
ris , pour la juste distribution des lumieres
et des ombres , pour le relief des différentesparties , et pour l'effet du tout ensemble.
,
Le Balet est très- bien composé par le
sieur Blondi , et très - varié. Les airs de
Violons y sont harmonieux , dansans
d'une très- grande beauté , et caracterisez
au mieux principalement la fameuse
Passacaille du second Acte , qui est un
morceau au- dessus de tout ce que nous
avons vû en ce genre. La Musique en général est fort goûtée et mérite de l'être ,
le Poëme ne l'est pas tant.
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Résumé : Scylla, Tragédie en musique, [titre d'après la table]
Le 11 octobre 1732, l'Académie Royale de Musique a présenté la tragédie 'Scylla' au Théâtre. Cette œuvre, initialement créée en septembre 1701 et reprise en octobre 1720, est le fruit du poème de M. Duché et de la musique de M. Théobalde. La production est saluée pour sa mise en scène, ses costumes et ses décors. Le Tombeau de Tirésias est particulièrement remarqué pour son architecture rustique, simple, noble et vraie. Les experts apprécient la distribution des couleurs, des lumières et des ombres, ainsi que le relief et l'effet global. Le ballet, composé par le sieur Blondi, est varié et les airs de violons sont harmonieux et dansants. La passacaille du second acte est particulièrement remarquable. La musique est globalement très appréciée, bien que le poème le soit moins.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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147
p. 2035
« On apprend d'Allemagne qu'on représenta à la Cour Impériale à Lintz, le 28. [...] »
Début :
On apprend d'Allemagne qu'on représenta à la Cour Impériale à Lintz, le 28. [...]
Mots clefs :
Asile de l'amour, Caldara, Allemagne, Opéra
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texteReconnaissance textuelle : « On apprend d'Allemagne qu'on représenta à la Cour Impériale à Lintz, le 28. [...] »
On apprend d'Allemagne qu'on représenta à la Cour Impériale à Lintz , le 28. du mois dernier , à l'occasion de l'Anniversaire de la Naissance de l'Impératrice, un Opéra qui a pour titre l'Azile de l'Amour , de la composition du sieur Antoine Caldara , Sous- Maître de la Chapelle de Musique de l'Empereur.
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148
p. 2221-2224
La Mere Jalouse, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le 19 Septembre, l'Opera Comique, donna la premiere Représentation [...]
Mots clefs :
La Mère Jalouse, Mariage, Chants, Danses, Vaudeville, Opéra comique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La Mere Jalouse, &c. [titre d'après la table]
Ldonna le premiere Représentation
E 19 Septembre , l'Opera Comique
d'une Piéce nouvelle en un Acte , qui a
pour titre la MereJalouse , dont voici le
sujet.
Pierot et Olivette expliquent d'abord le
Caractere de la MereJalouse , qui regarde
sa fille de travers à cause qu'elle est plus
jeune qu'elle , et qui a dessein de lui enlever Clitandre , son Amant. Araminte
mere d'Henriette paroît , et laisse voir à
Pierot et à Olivette son inclination pour
l'adorateur de sa fille ; Clitandre arrive et
parle à Araminte de son Mariage avec
Henriette , comme d'une cerémonie fort
prochaine la mere amoureuse soupire"
et enfin déclare sans façon son amour à
son Gendre futur , qui se retire fort chagrin et fort confus. Araminte confie ses
nouveaux tourmens à Olivette , qui ne
l'épargne pas , et lui remontre impitoyaFiij ble
222 MERCURE DE FRANCE
blement qu'Henriette convient mieux
qu'elle à Clitandre. Araminte sort , et
Henriette apprend, en arrivant, avec étonnement et avec douleur qu'elle a sa mere
pour Rivale. Clitandre survient ; ils tiennent conseil sur le péril que court leur
tendresse , et Henriette s'abandonne enticrement à la conduite de Clitandre , qui
ne sçait que résoudre ; il fait part de son
chagrin à un Financier de ses amis qui le
raille sur sa constance , et lui conseille le
célibat. Il chante sur l'air: Le plaisirpasse
la peine.
Reste garçon , mon cher Clitandre ,
L'Hymen n'est pas un Dieu bien tendre ;
La peine passe le plaisir.
Mais quand on méprise la chaîne
De ce Dieu qui fait tant souffrir ,
Le plaisir passe la peine.
Après les plaisanteries , le spirituel Fi
nancier propose à Clitandre de feindre
de l'amour pour Araminte , tandis que
lui demandera sa fille en mariage , et qu'il
arrangera cette intrigue avec le Notaire.
Cette idée se réalise dans le moment. Hen
riette qui n'est pas prévenuë en est accablée ; Araminte accorde sa fille au Financier, qui sort pour aller achever son projet.
OCTOBRE. 1732. 2223
jet. Clitandre reste seul troublé du cha
grin que sa feinte inconstance vient de
Causer à l'aimable Henriette. Olivette
l'avertit que sa Maîtresse est seule dans sa
chambre , et que sa mere est allée chez
le Notaire avec le Financier... l'Eveillé
Paysan du Château d'Araminte , qui est
venu pour la prier des Vendanges , apprend son Mariage avec Clitandre , et en
raisonne avec Olivette. Le Notaire dénoue l'intrigue en apportant le Contract,
où Araminte a signé comme mere d'Henriette qu'elle a marié à Clitandre , et le
Financier s'applaudit d'avoir imaginé cette ruse. Le Divertissement termine l'Acte
par des chants de Danses , et du Vaudeville dont voici les Couplets. Il est gravé
avec la Chanson.
Vieille,qui prend jeune Mari
Doit s'attendre au Charivari
Dans son ménage ;
Jeune,qui prend un v ieux barbon
N'a pas un meilleur carillon ,
C'est-là l'usage.
生
Femme,qui trompé son Mari ,
Ne fait jamais charivari
Dans son ménage :
Fiiij Fem
2224 MERCURE DE FRANCE
Femme, dont la vertu tient bon ,
A chaque instant fait carillon ;
C'est-là l'usage.
Un Traitant par tout est cheri ;
Il ne fait point charivari
Dans un ménage.
C'est le Perou d'une maison ,
11 paye faisant carillon ;
C'est-là l'usage.
M
L'Amant qui veut être Mari ,
Dit qu'il hait le charivari
Dans le ménage ;
Mais est- il époux tout de bon
Pour un rien il fait carillon
C'est- là l'usage.
Epoux , l'aspect d'un Favori ,
Cause toujours charivari
Dans un ménage.
Femmes, suivez cette leçon ;
A bas bruit faites carillon ;
C'est- là l'usage
E 19 Septembre , l'Opera Comique
d'une Piéce nouvelle en un Acte , qui a
pour titre la MereJalouse , dont voici le
sujet.
Pierot et Olivette expliquent d'abord le
Caractere de la MereJalouse , qui regarde
sa fille de travers à cause qu'elle est plus
jeune qu'elle , et qui a dessein de lui enlever Clitandre , son Amant. Araminte
mere d'Henriette paroît , et laisse voir à
Pierot et à Olivette son inclination pour
l'adorateur de sa fille ; Clitandre arrive et
parle à Araminte de son Mariage avec
Henriette , comme d'une cerémonie fort
prochaine la mere amoureuse soupire"
et enfin déclare sans façon son amour à
son Gendre futur , qui se retire fort chagrin et fort confus. Araminte confie ses
nouveaux tourmens à Olivette , qui ne
l'épargne pas , et lui remontre impitoyaFiij ble
222 MERCURE DE FRANCE
blement qu'Henriette convient mieux
qu'elle à Clitandre. Araminte sort , et
Henriette apprend, en arrivant, avec étonnement et avec douleur qu'elle a sa mere
pour Rivale. Clitandre survient ; ils tiennent conseil sur le péril que court leur
tendresse , et Henriette s'abandonne enticrement à la conduite de Clitandre , qui
ne sçait que résoudre ; il fait part de son
chagrin à un Financier de ses amis qui le
raille sur sa constance , et lui conseille le
célibat. Il chante sur l'air: Le plaisirpasse
la peine.
Reste garçon , mon cher Clitandre ,
L'Hymen n'est pas un Dieu bien tendre ;
La peine passe le plaisir.
Mais quand on méprise la chaîne
De ce Dieu qui fait tant souffrir ,
Le plaisir passe la peine.
Après les plaisanteries , le spirituel Fi
nancier propose à Clitandre de feindre
de l'amour pour Araminte , tandis que
lui demandera sa fille en mariage , et qu'il
arrangera cette intrigue avec le Notaire.
Cette idée se réalise dans le moment. Hen
riette qui n'est pas prévenuë en est accablée ; Araminte accorde sa fille au Financier, qui sort pour aller achever son projet.
OCTOBRE. 1732. 2223
jet. Clitandre reste seul troublé du cha
grin que sa feinte inconstance vient de
Causer à l'aimable Henriette. Olivette
l'avertit que sa Maîtresse est seule dans sa
chambre , et que sa mere est allée chez
le Notaire avec le Financier... l'Eveillé
Paysan du Château d'Araminte , qui est
venu pour la prier des Vendanges , apprend son Mariage avec Clitandre , et en
raisonne avec Olivette. Le Notaire dénoue l'intrigue en apportant le Contract,
où Araminte a signé comme mere d'Henriette qu'elle a marié à Clitandre , et le
Financier s'applaudit d'avoir imaginé cette ruse. Le Divertissement termine l'Acte
par des chants de Danses , et du Vaudeville dont voici les Couplets. Il est gravé
avec la Chanson.
Vieille,qui prend jeune Mari
Doit s'attendre au Charivari
Dans son ménage ;
Jeune,qui prend un v ieux barbon
N'a pas un meilleur carillon ,
C'est-là l'usage.
生
Femme,qui trompé son Mari ,
Ne fait jamais charivari
Dans son ménage :
Fiiij Fem
2224 MERCURE DE FRANCE
Femme, dont la vertu tient bon ,
A chaque instant fait carillon ;
C'est-là l'usage.
Un Traitant par tout est cheri ;
Il ne fait point charivari
Dans un ménage.
C'est le Perou d'une maison ,
11 paye faisant carillon ;
C'est-là l'usage.
M
L'Amant qui veut être Mari ,
Dit qu'il hait le charivari
Dans le ménage ;
Mais est- il époux tout de bon
Pour un rien il fait carillon
C'est- là l'usage.
Epoux , l'aspect d'un Favori ,
Cause toujours charivari
Dans un ménage.
Femmes, suivez cette leçon ;
A bas bruit faites carillon ;
C'est- là l'usage
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Résumé : La Mere Jalouse, &c. [titre d'après la table]
Le 19 septembre, l'Opéra Comique a présenté 'La Mère Jalouse', une pièce en un acte. L'intrigue tourne autour d'Araminte, la mère jalouse d'Henriette, qui convoite Clitandre, le fiancé de sa fille. Pierrot et Olivette révèlent le caractère possessif d'Araminte. Clitandre, en discutant avec Araminte de son mariage imminent avec Henriette, découvre les sentiments amoureux d'Araminte à son égard. Confuse et chagrinée, Araminte confie ses tourments à Olivette, qui lui rappelle que Henriette convient mieux à Clitandre. Henriette apprend avec douleur qu'Araminte est sa rivale. Clitandre, désemparé, consulte un financier qui lui suggère de feindre l'amour pour Araminte tout en arrangeant le mariage d'Henriette avec lui-même. Henriette est accablée par cette feinte, mais le financier obtient l'accord d'Araminte. Le notaire dénoue l'intrigue en révélant que le contrat de mariage unit Henriette et Clitandre. La pièce se termine par des chants et des danses, accompagnés d'un vaudeville commentant les usages matrimoniaux.
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Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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149
p. 2224-2231
Le Cheveu. Parodie de Scylla. [titre d'après la table]
Début :
Le 25 Septembre le même Opera Comique donna la premiere Représentation [...]
Mots clefs :
Opéra comique, Scylla, Parodie, Cheveu, Représentation
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texteReconnaissance textuelle : Le Cheveu. Parodie de Scylla. [titre d'après la table]
Le 25 Septembre le même Opera Comique
OCTOBRE. 1732. 2225
mique donna la premiere Représentation
du Cheveu , Parodie de Scylla , éxecutée
par les petits Comédiens. La Scene ouvre
par Doris, qui dit à Scylla :Il y a une heure
que je vous cherche , qui diantre auroit cri
vous trouver ici dans le beau milieu de la
campagne , et près du camp des ennemis ?
est-ce là une promenade pour une Princesse
assiegée ? Doris lui apprend que la paix
va se conclure entre le Roi Nisus , Pere
de la Princesse ambulante , et Minos , et
même que son Mariage pourra s'achever
avec Dardanus , à qui elle est promise
cette nouvelle réjouit peu Scylla , qui
avoüe franchement à sa Confidente qu'elle est charmée du Roi de Crete , et de la
grace qu'il avoit en tuant les Sujets de
son Pere. Dardanus arrive et confirme la
nouvelle de la paix et de son Mariage.
Scylla le reçoit assez froidement , et lui
dit à propos de rien , sur l'air : Cela m'est
bien dur.
Mon Pere , du Dieu de la Guerre ,
Est le fils le mieux partagé ;
Il n'est aucun Roi sur la terre
Qui soit si bien avantagé ;
Un seul Cheveu -le rend invulnerable ,
Quel poil admirable !
Fv Ni
2226 MERCURE DE FRANCE
Nisus peut se battre à coup
Il a le cuir dur.
sûr;
Ovide , par parentese , nous apprend
que le Cheveu qui établissoit l'invulnerabilité de Nisus étoit couleur de pourpre ;
Scylla , après quelques mauvaises défaites
se retire en voyant Capis et Dardanus
qui ne s'apperçoit pas que c'est lui seul
qu'elle fuit ; il la suit pourtant impitoya
blement. Capis apprend à sa Confidente
Ismene , qu'elle est jalouse de Scylla , et
amoureuse de Dardanus ; Il n'est rien , lui
répond Ismene , que je nefasse pour votre
service , et chante sur l'air : Tourelontonton.
Dans votre Cour où j'ai reçû la vie ,
On m'a donné bonne éducation ,
Partant je sçai joliment la Magie ,
Et de l'Enfer j'ai la protection ,
Et tourelontonton ,
De notre diablerie
Je vous ferai voir un échantillon.
Capis qui doit être accoûtumée aux
Fêtes infernales ( puisqu'elle a une Sorciere pour Femme de chambre ) refuse la
galanterie d'Ismene , et reste pour être
témoin de la succinte cérémonie qui se fait
OCTOBRE 1732. 2227
fait en plein vent pour jurer la paix que
Nisus , Minos et Dardanus se promettent, le verre à la main. Leur serment est
interrompu par le Tonnere , et qui pis
est par la pluye. Les Princes mouillés
prennentle parti d'aller consulter l'Oracle
de Pallas sur cette subite ondée. Scylla
revient dans cette campagne cherie , où
Minos la trouve et lui reproche son indévotion.
Princesse , quel sujet dans ce lieu vous arrête ?
Le peuple court en foule au Temple de Pallas.
و
,
1
Ensuite il lui parle en jaloux de Dardanus. Scylla qui est sincere outre mesure , ne le laisse pas long- tems dans
l'erreur et l'instruit charitablement de
P'amour qu'elle ressent pour lui , et enfin lui promet d'obtenir de son pere Ni- sus qu'il differe son Mariage. Minos
content d'un si heureux début , quitte
Scylla qui est abordée par Capis ; Scylla
laisse deviner à Capis qu'elle n'aime pas
trop Dardanus , et se sépare d'elle séchement. Capis conjure sa Sorciere domestique de se servir de sa noire science pour
sçavoir positivement le destin de sa tendresse , qui à l'Opéra est pompeusement
et inutilement éclaircie par une évocation
F vj pos-
2228 MERCURE DE FRANCE
و
postiche. Ismene foraine se refuse à
cette ridicule opération en s'écriant
quelle imagination ! A-t-on jamais chargé
le Diable d'une déclaration d'amour ? et
chante sur l'air : J'enjurerois presque sur sa
laideur.
Je n'aurai pas la sotte fantaisie
De remuer tout l'Enfer pour un rien
Et d'évoquer l'ombre de Tirésie
Pour dire un mot que je dirai fort bien .
Elle tient sur le champ sa parole , et
déclare intelligiblement à Dardanus la
passion de Capis , qui est reçûë , Dieu
sçait ce qui fait dire à la Reine rebutée , sur l'air du nouveau monde...
J'admire l'opération
De notre déclaration !
Dardanus assez peu s'y prête s
Il la reçoit tout aussi mal ,
Que si par un charme infernal ;
Un mort obligeant l'avoit faite.
Minos et Scylla reviennent faire une
Scene très- singuliere , puisque la Tréve
est rompuë ; Minos se trouve dans une
Ville ennemie , et y fait l'amour en veritable Chevalier errant ; quelle étourderie
pour
OCTOBRE. 1732 2229
pourMinos , qui devoit être après sa mort
un flegmatique Juge des Enfers ! il part
désesperé , et la Princesse , allarmée du
péril qu'il va courir en se battant contre
l'invulnerable Nisus , éxamine quel reméde elle apportera dans cette dangereuse conjoncture; elle se détermine enfin contre son Pere en fille qui n'a
jugés. Allons , dit-elle ,
pas de préPuisqu'un cheveu rend Nisus invincible ,
Qu'il soit rasé : mettons tous ses cheveux i
bas...
Mais quel conte ! non sible ,
non, cela
n'est pas pos
Un cheveu braveroit cent et cent coutelas .
Sur l'air : Pour voir comment ça fera.
".
O Dieux ! sont- ce là de vos soins ;
Comment voulés- vous qu'on les nomme ?
Quoi d'un Poil de plus ou de moins
Dépendroit la valeur d'un homme
Il faut couper ce cheveu là
Pour voir un peu comment ça fera.
Cette louable résolution est d'abord ac
complie , après pourtant que la paix et la
discorde ont fourni des épisodes em
brouillés et mal cousus ; la Princesse ,
après.
2230 MERCURE DE FRANCE
après avoir tondu son pere , sent l'énormité de son crime , qui lui est détaillé par
Doris dans un seul Couplet qui contient
une liste de morts à l'instar de l'Opera ;
Scylla s'empoisonne , et Minos vient à
propos pour la voir mourir. Le poison
n'empêche pas l'agonisante d'avoir une
assez longue conversation avec le prudent Minos ; ah ! lui dit- elle :
L'arsenic dans le corps , pâle foible mou
rante ›
>
Je veux jaser autant que la Scylla chantante.
Viens , soutiens -moi , Doris , car ce petit vi- lain ,
>
Songe-t'il seulement à me donner la main ?
C'est ainsi qu'un Heros trépasse sur la Scene
Qu'il gobe du poison , qu'il perce sa bedaine ,
On le laisse languir et crever comme un chien ,
Ou sans Orvietan , ou sans Chirurgien ;
Et le Vainqueur orné des Palmes les plus belles ,
Ne voit à son trépas qu'un moucheur de chan- delles.
Minos.
C'est la régle au Théatre , on a beau se blesser ,
Personne ne s'occupe à vous faire panser...
Mais vous agonisés , je crois , et je l'endure
Sans
OCTOBRE. 1732. 2238
Sans risquer , par honneur , la moindre égrati→
gnure.
C'est mon Rôle ceci.
Scylla.
Dites du moins un mor.
Minos.
J'imite l'Opera, je m'en vais comme un sot.
En chantant , ô grands Dieux, trop soigneux de
ma gloire ,
Ce n'est donc qu'un Cheveu que coûte ma victoire.
Scylla.
Ce n'est donc qu'un Cheveu qui fait mourir.
Scylla ,
Ce n'est donc qu'un Cheveu qui lie un Opera
OCTOBRE. 1732. 2225
mique donna la premiere Représentation
du Cheveu , Parodie de Scylla , éxecutée
par les petits Comédiens. La Scene ouvre
par Doris, qui dit à Scylla :Il y a une heure
que je vous cherche , qui diantre auroit cri
vous trouver ici dans le beau milieu de la
campagne , et près du camp des ennemis ?
est-ce là une promenade pour une Princesse
assiegée ? Doris lui apprend que la paix
va se conclure entre le Roi Nisus , Pere
de la Princesse ambulante , et Minos , et
même que son Mariage pourra s'achever
avec Dardanus , à qui elle est promise
cette nouvelle réjouit peu Scylla , qui
avoüe franchement à sa Confidente qu'elle est charmée du Roi de Crete , et de la
grace qu'il avoit en tuant les Sujets de
son Pere. Dardanus arrive et confirme la
nouvelle de la paix et de son Mariage.
Scylla le reçoit assez froidement , et lui
dit à propos de rien , sur l'air : Cela m'est
bien dur.
Mon Pere , du Dieu de la Guerre ,
Est le fils le mieux partagé ;
Il n'est aucun Roi sur la terre
Qui soit si bien avantagé ;
Un seul Cheveu -le rend invulnerable ,
Quel poil admirable !
Fv Ni
2226 MERCURE DE FRANCE
Nisus peut se battre à coup
Il a le cuir dur.
sûr;
Ovide , par parentese , nous apprend
que le Cheveu qui établissoit l'invulnerabilité de Nisus étoit couleur de pourpre ;
Scylla , après quelques mauvaises défaites
se retire en voyant Capis et Dardanus
qui ne s'apperçoit pas que c'est lui seul
qu'elle fuit ; il la suit pourtant impitoya
blement. Capis apprend à sa Confidente
Ismene , qu'elle est jalouse de Scylla , et
amoureuse de Dardanus ; Il n'est rien , lui
répond Ismene , que je nefasse pour votre
service , et chante sur l'air : Tourelontonton.
Dans votre Cour où j'ai reçû la vie ,
On m'a donné bonne éducation ,
Partant je sçai joliment la Magie ,
Et de l'Enfer j'ai la protection ,
Et tourelontonton ,
De notre diablerie
Je vous ferai voir un échantillon.
Capis qui doit être accoûtumée aux
Fêtes infernales ( puisqu'elle a une Sorciere pour Femme de chambre ) refuse la
galanterie d'Ismene , et reste pour être
témoin de la succinte cérémonie qui se fait
OCTOBRE 1732. 2227
fait en plein vent pour jurer la paix que
Nisus , Minos et Dardanus se promettent, le verre à la main. Leur serment est
interrompu par le Tonnere , et qui pis
est par la pluye. Les Princes mouillés
prennentle parti d'aller consulter l'Oracle
de Pallas sur cette subite ondée. Scylla
revient dans cette campagne cherie , où
Minos la trouve et lui reproche son indévotion.
Princesse , quel sujet dans ce lieu vous arrête ?
Le peuple court en foule au Temple de Pallas.
و
,
1
Ensuite il lui parle en jaloux de Dardanus. Scylla qui est sincere outre mesure , ne le laisse pas long- tems dans
l'erreur et l'instruit charitablement de
P'amour qu'elle ressent pour lui , et enfin lui promet d'obtenir de son pere Ni- sus qu'il differe son Mariage. Minos
content d'un si heureux début , quitte
Scylla qui est abordée par Capis ; Scylla
laisse deviner à Capis qu'elle n'aime pas
trop Dardanus , et se sépare d'elle séchement. Capis conjure sa Sorciere domestique de se servir de sa noire science pour
sçavoir positivement le destin de sa tendresse , qui à l'Opéra est pompeusement
et inutilement éclaircie par une évocation
F vj pos-
2228 MERCURE DE FRANCE
و
postiche. Ismene foraine se refuse à
cette ridicule opération en s'écriant
quelle imagination ! A-t-on jamais chargé
le Diable d'une déclaration d'amour ? et
chante sur l'air : J'enjurerois presque sur sa
laideur.
Je n'aurai pas la sotte fantaisie
De remuer tout l'Enfer pour un rien
Et d'évoquer l'ombre de Tirésie
Pour dire un mot que je dirai fort bien .
Elle tient sur le champ sa parole , et
déclare intelligiblement à Dardanus la
passion de Capis , qui est reçûë , Dieu
sçait ce qui fait dire à la Reine rebutée , sur l'air du nouveau monde...
J'admire l'opération
De notre déclaration !
Dardanus assez peu s'y prête s
Il la reçoit tout aussi mal ,
Que si par un charme infernal ;
Un mort obligeant l'avoit faite.
Minos et Scylla reviennent faire une
Scene très- singuliere , puisque la Tréve
est rompuë ; Minos se trouve dans une
Ville ennemie , et y fait l'amour en veritable Chevalier errant ; quelle étourderie
pour
OCTOBRE. 1732 2229
pourMinos , qui devoit être après sa mort
un flegmatique Juge des Enfers ! il part
désesperé , et la Princesse , allarmée du
péril qu'il va courir en se battant contre
l'invulnerable Nisus , éxamine quel reméde elle apportera dans cette dangereuse conjoncture; elle se détermine enfin contre son Pere en fille qui n'a
jugés. Allons , dit-elle ,
pas de préPuisqu'un cheveu rend Nisus invincible ,
Qu'il soit rasé : mettons tous ses cheveux i
bas...
Mais quel conte ! non sible ,
non, cela
n'est pas pos
Un cheveu braveroit cent et cent coutelas .
Sur l'air : Pour voir comment ça fera.
".
O Dieux ! sont- ce là de vos soins ;
Comment voulés- vous qu'on les nomme ?
Quoi d'un Poil de plus ou de moins
Dépendroit la valeur d'un homme
Il faut couper ce cheveu là
Pour voir un peu comment ça fera.
Cette louable résolution est d'abord ac
complie , après pourtant que la paix et la
discorde ont fourni des épisodes em
brouillés et mal cousus ; la Princesse ,
après.
2230 MERCURE DE FRANCE
après avoir tondu son pere , sent l'énormité de son crime , qui lui est détaillé par
Doris dans un seul Couplet qui contient
une liste de morts à l'instar de l'Opera ;
Scylla s'empoisonne , et Minos vient à
propos pour la voir mourir. Le poison
n'empêche pas l'agonisante d'avoir une
assez longue conversation avec le prudent Minos ; ah ! lui dit- elle :
L'arsenic dans le corps , pâle foible mou
rante ›
>
Je veux jaser autant que la Scylla chantante.
Viens , soutiens -moi , Doris , car ce petit vi- lain ,
>
Songe-t'il seulement à me donner la main ?
C'est ainsi qu'un Heros trépasse sur la Scene
Qu'il gobe du poison , qu'il perce sa bedaine ,
On le laisse languir et crever comme un chien ,
Ou sans Orvietan , ou sans Chirurgien ;
Et le Vainqueur orné des Palmes les plus belles ,
Ne voit à son trépas qu'un moucheur de chan- delles.
Minos.
C'est la régle au Théatre , on a beau se blesser ,
Personne ne s'occupe à vous faire panser...
Mais vous agonisés , je crois , et je l'endure
Sans
OCTOBRE. 1732. 2238
Sans risquer , par honneur , la moindre égrati→
gnure.
C'est mon Rôle ceci.
Scylla.
Dites du moins un mor.
Minos.
J'imite l'Opera, je m'en vais comme un sot.
En chantant , ô grands Dieux, trop soigneux de
ma gloire ,
Ce n'est donc qu'un Cheveu que coûte ma victoire.
Scylla.
Ce n'est donc qu'un Cheveu qui fait mourir.
Scylla ,
Ce n'est donc qu'un Cheveu qui lie un Opera
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Résumé : Le Cheveu. Parodie de Scylla. [titre d'après la table]
Le 25 septembre 1732, l'Opéra Comique présente 'Le Cheveu', une parodie de 'Scylla'. La pièce commence avec Doris cherchant Scylla près du camp ennemi. Doris annonce à Scylla que la paix sera conclue entre le roi Nisus, père de Scylla, et Minos, permettant ainsi le mariage de Scylla avec Dardanus. Scylla avoue à Doris son attirance pour Minos et admire sa grâce. Dardanus arrive et confirme la nouvelle de la paix et du mariage, mais Scylla le reçoit froidement. Scylla exprime son admiration pour le cheveu invulnérable de Nisus, qui le rend invincible. Après quelques défaites, Scylla fuit en voyant Capis et Dardanus. Capis révèle à Ismene, sa confidente jalouse de Scylla et amoureuse de Dardanus, qu'elle est prête à tout pour lui. Ismene propose ses services magiques, mais Capis refuse et assiste à la cérémonie de paix entre Nisus, Minos et Dardanus. Leur serment est interrompu par un orage, les poussant à consulter l'oracle de Pallas. Scylla rencontre Minos, qui lui reproche son indévotion et sa jalousie envers Dardanus. Scylla avoue son amour pour Minos et promet de différer son mariage avec Dardanus. Minos, content, quitte Scylla, qui est ensuite abordée par Capis. Capis, jalouse, conjure sa sorcière domestique pour connaître le destin de sa tendresse. Ismene refuse d'évoquer les morts pour une déclaration d'amour et révèle la passion de Capis à Dardanus, qui la reçoit mal. Minos et Scylla reviennent alors que la trêve est rompue. Minos, désespéré, part se battre contre Nisus. Scylla décide de raser le cheveu invulnérable de son père pour sauver Minos. Après avoir accompli cet acte, Scylla se sent coupable et s'empoisonne. Minos la trouve agonisante et ils ont une longue conversation avant sa mort. Scylla critique la règle du théâtre où les héros meurent sans soins, et Minos part en chantant, soulignant l'absurdité de sa victoire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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150
p. 2231-2237
L'Allure. Compliment. [titre d'après la table]
Début :
Le 27. on donna sur le même Théatre la premiere Représentation de l'Allure. [...]
Mots clefs :
L'Allure, Représentation, Mode, Goût, Théâtre, Ballet
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texteReconnaissance textuelle : L'Allure. Compliment. [titre d'après la table]
Le 27. on donna sur le même Theatre.
la premiete Représentation de l'Allure.
La fortune de ce mot l'a presque suivie
sur le Théatre , et l'Allure personifiée
a fort réussi.
La Scene ouvre par la Mode et le Goût,
qui paroît triste ; la Mode lui demande
le sujet de son chagrin... Il lui cite le
dernier affront qu'il a reçû à Paris sous le
nom d'Ergone dans le Ballet des Sens , et
chante :
Helas
2232 MERCURE DE FRANCE
Helas en plein Parterre ,
Le Goût s'est vû , ma chere ,
Siffler à l'Opera.
Ecoutez , lui dit la Mode , vous ne serés
plus guére suivi. Le Caprice fait mieux ses
affaires que vous ; il a une fille bâtarde nouvellement établie ici qui vous coupe l'herbe
sous le pied , elle s'appelle l' Allure.
Le Goût se récrie sur ce nom pitoyable
et sur l'imbecilité enfantine du Public ,
qui s'amuse souvent , sans sçavoir pourquoi,d'un rien , qui n'est pas même ingé- nieux. La mode insiste sur les miracles de
l'Allure.
Par tout l'Allure est nécessaire :
Une Vieille veut- elle plaire ?
L'Allure vient à son secours ;
Tel que pour sincere on renomme ,
Sans l'Allure seroit toujours
Connu pour un malhonnête homme.
Le goût piqué , prend congé de Paris ;
dont il n'est pas content , et n'a pas tort.
L'Allure paroît , qui est extrêmement
complimentée par la Mode. Elle reste
seule sur le Théatre ; un Campagnard
l'aborde , et la prie de façonner ses deux
filles qu'il lui présente : l'Allure les interroge , et les trouvent dignes de son atten
OCTOBRE. 1732: 2235
tention et de figurer dans la bonne Ville
de Paris ; voici , dit- elle
manque. Air de Joconde.
Un peu moins d'ingénuité
Et des façons plus fieres ,
Une fine naïveté
Sur les tendres matieres ;
C'est le manége qu'à Paris ,
Un chacun nomme Allure ,
Et qui procure à tant d'Iris
Le bien et la parure.
tout ce qui leur
Au Campagnard succede un Auteur
qui vient demander à l'Allure le don de
plaire à l'Opera Comique.
L'Auteur est suivi d'une Plaideuse Normande , qui implore à son tour la protection de l'Allure , pour engager ses Juges
dans ses interêts. Après la Plaideuse paroît une jeune et jolie Procureuse , mariée à un vieux jaloux ; elle expose son
sort dans le Couplet suivant sur l'air
De la Syrene du Ballet des Sens.
D'un époux je subis les loix ,
Si l'Amour en eût fait le choix ,
Cet époux auroit l'art de plaire. . .
Je maudis monsort mille fois ;
Si l'Himen a tant de rigueurs ,
.
Pour-
2234 MERCURE DE FRANCE
Pourquoi donc force- t'on nos cœurs
A donner à ce Dieu sévere
La plus belle des fleurs ?
Les beaux jours sont pour les Amans,
Les Epoux n'ont que des tourmens ,
Des malheurs toujours renaissans ,
Et des maux plus ou moins rebutans.
D'un époux je subis , &c...
Les maris sont toujours jaloux ;
Avec eux il n'est point de charmes ;
Ils font sentir leur couroux ;
Dieu d'Himen , te rend- on les armes ♪
On est tourmenté ,
Plus d'amour , adieu la liberté .
D'un époux , je subis , &c.
Une Comédienne de Campagne qui
veut débuter à Paris , se présente ensuite
et dit:
'Ah ! j'ai brillé dans plus d'un Rôle ,
Mais Paris veut de grands talens.
L'Allure.
Oui , c'est une excellente Ecole
Pour se former en peu de tems.
Vous réussirés , je vous jure ;
Du Théatre voici l'Allure :
་
Suivés
OCTOBRE. 1732. 2235
Suivés bien ce principe-là ,
Résistés... jusqu'à ce point-là.
Ces derniers mots se chantent en faisant le lazzi de compter de l'argent. La
Comédienne céde la place à un Paysan
qui
demande
à
l'Allure
d'ôter
à sa
petite
femme
ce
que
les
autres
vont
chercher
à
son
Audience
. Un
Fiacre
yvre
le chasse
et
conte
ses
proüesses
de
Cocher
à la
Déesse
nouvelle
.
Un Maître de Ballet des bords de la
Garone couronne l'œuvre par ses gasconades , voici comme il commence , air :
Quand Iris pron plaisir à boire.
A mes talens , aimable Allure ,
Répondés , je vous en conjure ,
Je suis le Heros de mon Art ;
Mes pas divins me font assés connoître
Ceux que je fais même au hazard ,
Sont des pas où l'Amour a part ,
De tous les cœurs je suis le maître.
Il donne à l'Allure un Ballet de sa composition , qui est terminé
ville suivant.
par le VaudeAujourd'hui pour faire figure,
On se passe fort bien d'esprit ;
Qu'un faquin porte la dorure
2236 MERCURE DE FRANCE
On trouve bon tout ce qu'il dit ,
En lui qu'est-ce qu'on applaudit
C'estl'Allure.
>
Plus d'un Fat , rempli de roture ,
Que la fortune a mis fur pié ,
Cache de sa naissance obscure ,
Anos yeux plus de la moitié ,
A chacun il feroit pitié ,
Sans l'Allure.
Un Amant qui craint la coëffure ,
Que portent nombre de Maris ,
Epouse fille qui lui jure ,
Que sa vertu n'a point de prix
Qui fait que ce Benès est pris è
C'est l'Allure.
Une Iris , qui cent fois vous jure ,
Que ses feux sont toujours constans
Saisit la premiere avanture ,
Que l'amour offre à ses talens ,
Qu'est-ce qui trompe tant d'Amans ?
C'est l'Allure.
Un Cocher de Fiacre.
Qu'un Galant presne ma voiture ,
Et
OCTOBRE. 1732 2237.
Et me faffe sortir Paris ,
Je me mocque de l'avanture ;
S'il vient à bout de son Iris ,
Il ne dispute point du prix ;
C'est l'Allure.
1
Au Public.
Lorsque le Public nous censure ,
il prononce équitablement ;
La Piece qu'on croît la plus sûre ,
Reçoit un fâcheux compliment ,
Consultons son discernement
C'est l'Allure.
Couplet du Gascon , sur l'air de l' Allure.
C'est dans notre Païs ,
Cadedis ;
Qu'on voit vriller l'Allure ;
Sans un teston ,
Par tout un Gascon
Vit à son aise , et fait le fanfaron ,
Voilà du Païs
L'Allure ,
Mes Cousis ,
Du Païs ,
Cousis ,
C'est l'Allure.
la premiete Représentation de l'Allure.
La fortune de ce mot l'a presque suivie
sur le Théatre , et l'Allure personifiée
a fort réussi.
La Scene ouvre par la Mode et le Goût,
qui paroît triste ; la Mode lui demande
le sujet de son chagrin... Il lui cite le
dernier affront qu'il a reçû à Paris sous le
nom d'Ergone dans le Ballet des Sens , et
chante :
Helas
2232 MERCURE DE FRANCE
Helas en plein Parterre ,
Le Goût s'est vû , ma chere ,
Siffler à l'Opera.
Ecoutez , lui dit la Mode , vous ne serés
plus guére suivi. Le Caprice fait mieux ses
affaires que vous ; il a une fille bâtarde nouvellement établie ici qui vous coupe l'herbe
sous le pied , elle s'appelle l' Allure.
Le Goût se récrie sur ce nom pitoyable
et sur l'imbecilité enfantine du Public ,
qui s'amuse souvent , sans sçavoir pourquoi,d'un rien , qui n'est pas même ingé- nieux. La mode insiste sur les miracles de
l'Allure.
Par tout l'Allure est nécessaire :
Une Vieille veut- elle plaire ?
L'Allure vient à son secours ;
Tel que pour sincere on renomme ,
Sans l'Allure seroit toujours
Connu pour un malhonnête homme.
Le goût piqué , prend congé de Paris ;
dont il n'est pas content , et n'a pas tort.
L'Allure paroît , qui est extrêmement
complimentée par la Mode. Elle reste
seule sur le Théatre ; un Campagnard
l'aborde , et la prie de façonner ses deux
filles qu'il lui présente : l'Allure les interroge , et les trouvent dignes de son atten
OCTOBRE. 1732: 2235
tention et de figurer dans la bonne Ville
de Paris ; voici , dit- elle
manque. Air de Joconde.
Un peu moins d'ingénuité
Et des façons plus fieres ,
Une fine naïveté
Sur les tendres matieres ;
C'est le manége qu'à Paris ,
Un chacun nomme Allure ,
Et qui procure à tant d'Iris
Le bien et la parure.
tout ce qui leur
Au Campagnard succede un Auteur
qui vient demander à l'Allure le don de
plaire à l'Opera Comique.
L'Auteur est suivi d'une Plaideuse Normande , qui implore à son tour la protection de l'Allure , pour engager ses Juges
dans ses interêts. Après la Plaideuse paroît une jeune et jolie Procureuse , mariée à un vieux jaloux ; elle expose son
sort dans le Couplet suivant sur l'air
De la Syrene du Ballet des Sens.
D'un époux je subis les loix ,
Si l'Amour en eût fait le choix ,
Cet époux auroit l'art de plaire. . .
Je maudis monsort mille fois ;
Si l'Himen a tant de rigueurs ,
.
Pour-
2234 MERCURE DE FRANCE
Pourquoi donc force- t'on nos cœurs
A donner à ce Dieu sévere
La plus belle des fleurs ?
Les beaux jours sont pour les Amans,
Les Epoux n'ont que des tourmens ,
Des malheurs toujours renaissans ,
Et des maux plus ou moins rebutans.
D'un époux je subis , &c...
Les maris sont toujours jaloux ;
Avec eux il n'est point de charmes ;
Ils font sentir leur couroux ;
Dieu d'Himen , te rend- on les armes ♪
On est tourmenté ,
Plus d'amour , adieu la liberté .
D'un époux , je subis , &c.
Une Comédienne de Campagne qui
veut débuter à Paris , se présente ensuite
et dit:
'Ah ! j'ai brillé dans plus d'un Rôle ,
Mais Paris veut de grands talens.
L'Allure.
Oui , c'est une excellente Ecole
Pour se former en peu de tems.
Vous réussirés , je vous jure ;
Du Théatre voici l'Allure :
་
Suivés
OCTOBRE. 1732. 2235
Suivés bien ce principe-là ,
Résistés... jusqu'à ce point-là.
Ces derniers mots se chantent en faisant le lazzi de compter de l'argent. La
Comédienne céde la place à un Paysan
qui
demande
à
l'Allure
d'ôter
à sa
petite
femme
ce
que
les
autres
vont
chercher
à
son
Audience
. Un
Fiacre
yvre
le chasse
et
conte
ses
proüesses
de
Cocher
à la
Déesse
nouvelle
.
Un Maître de Ballet des bords de la
Garone couronne l'œuvre par ses gasconades , voici comme il commence , air :
Quand Iris pron plaisir à boire.
A mes talens , aimable Allure ,
Répondés , je vous en conjure ,
Je suis le Heros de mon Art ;
Mes pas divins me font assés connoître
Ceux que je fais même au hazard ,
Sont des pas où l'Amour a part ,
De tous les cœurs je suis le maître.
Il donne à l'Allure un Ballet de sa composition , qui est terminé
ville suivant.
par le VaudeAujourd'hui pour faire figure,
On se passe fort bien d'esprit ;
Qu'un faquin porte la dorure
2236 MERCURE DE FRANCE
On trouve bon tout ce qu'il dit ,
En lui qu'est-ce qu'on applaudit
C'estl'Allure.
>
Plus d'un Fat , rempli de roture ,
Que la fortune a mis fur pié ,
Cache de sa naissance obscure ,
Anos yeux plus de la moitié ,
A chacun il feroit pitié ,
Sans l'Allure.
Un Amant qui craint la coëffure ,
Que portent nombre de Maris ,
Epouse fille qui lui jure ,
Que sa vertu n'a point de prix
Qui fait que ce Benès est pris è
C'est l'Allure.
Une Iris , qui cent fois vous jure ,
Que ses feux sont toujours constans
Saisit la premiere avanture ,
Que l'amour offre à ses talens ,
Qu'est-ce qui trompe tant d'Amans ?
C'est l'Allure.
Un Cocher de Fiacre.
Qu'un Galant presne ma voiture ,
Et
OCTOBRE. 1732 2237.
Et me faffe sortir Paris ,
Je me mocque de l'avanture ;
S'il vient à bout de son Iris ,
Il ne dispute point du prix ;
C'est l'Allure.
1
Au Public.
Lorsque le Public nous censure ,
il prononce équitablement ;
La Piece qu'on croît la plus sûre ,
Reçoit un fâcheux compliment ,
Consultons son discernement
C'est l'Allure.
Couplet du Gascon , sur l'air de l' Allure.
C'est dans notre Païs ,
Cadedis ;
Qu'on voit vriller l'Allure ;
Sans un teston ,
Par tout un Gascon
Vit à son aise , et fait le fanfaron ,
Voilà du Païs
L'Allure ,
Mes Cousis ,
Du Païs ,
Cousis ,
C'est l'Allure.
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Résumé : L'Allure. Compliment. [titre d'après la table]
Le 27 octobre 1732, la première représentation de la pièce 'L'Allure' a eu lieu sur une scène théâtrale et a rencontré un succès notable. L'œuvre met en scène 'L'Allure' personnifiée, qui obtient un bon accueil. La scène initiale présente la Mode et le Goût. Ce dernier est triste car il a été sifflé à l'Opéra lors du ballet des Sens, où il était connu sous le nom d'Ergone. La Mode informe le Goût que le Caprice et sa fille bâtarde, 'L'Allure', sont désormais plus populaires. Mécontent, le Goût décide de quitter Paris. 'L'Allure' apparaît alors et est complimentée par la Mode. Elle rencontre ensuite divers personnages, chacun sollicitant son aide pour réussir dans leurs domaines respectifs. Parmi eux, un campagnard souhaite façonner ses filles pour qu'elles puissent briller à Paris, un auteur désire plaire à l'Opéra Comique, une plaideuse normande, une jeune procureuse mariée à un époux jaloux, une comédienne de campagne, un paysan, un cocher de fiacre ivre, et un maître de ballet gascon. La pièce se conclut par une réflexion sur l'importance de 'L'Allure' dans la société parisienne, soulignant comment elle permet aux individus de masquer leurs défauts et de se faire valoir.
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