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Détail
Liste
1
p. 184-190
Magnifique Repas donné à Son Altesse Royale par M. le Duc d'Aumont. [titre d'après la table]
Début :
En vous faisant le Détail de ce qui s'estoit passé [...]
Mots clefs :
Hôtel d'Aumont, Duc d'Aumont, Concerts, Table
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texteReconnaissance textuelle : Magnifique Repas donné à Son Altesse Royale par M. le Duc d'Aumont. [titre d'après la table]
En vous faiſant le Détail de
ce qui s'eſtoit paſſé au Mariage de M le Marquisde Beringhen,
il me fouvient , Madame , que je vous parlay de la beauté de 'Hôtel d'Aumont , &de la magnificence des Meubles qui en font les ornemens. Monfieur &
Madamey furent il y a quelques
jours , accompagnez de quanti- té de Perſonnes Illuftres de la
Cour de l'un &de l'autre Sexe.
M le Duc d'Aumontles reçeut d'une maniere qui le rendoit digne de l'honneur qu'ils luy faifoient. Leurs A. Royales pri- rent grand plaifir à voir les rare- tez qui ſe trouvent dans cetHôtel, &apres avoir entendu deux
GALANT. 117
1
differents Concerts de Claveffins , de Tuorbes , de Luts & de Voix , qu'on avoit diſpoſez en divers Appartemens , Elles fu- rent regalées d'un magnifique Souper , ſervy d'une façon ex- traordinaire. La Table eſtoit
une maniere de Croiſſant en
demy Octogone. Il y avoit vingt Couverts. Monfieur &Madame
prirent place à la face de l'Oc- rogone oppoſée au Buffet qui eſtoit d'une richeſſe ſurprenan- te. Les Dames ſe placerent aux deux coſtez de la Table , à ſça- voir , Madame la Comteſſe de
Soiffons , Madame la Ducheffe
de Boüillon , Madame la Princeffe de Monaco , madame la
Mareſchale de la Mothe Gouvernante des Enfans de France,
Madame la Ducheſſe de Ventadour , madame la mareſchale
118 LEMERCVRE
de la Ferté , Madame la Comteſſe de Louvigny , madame la Marquiſe de la Ferté , madame la marquiſe de Beringhen ,Mademoiselle de Grançay , &plu- ſieurs autres Dames de la pre- miere Qualité. Il y avoit une ſeconde Table àdix-huit Couverts pour Monfieur le Grand,
Monfieur le Chevalier de Lorraine , Monfieur l'Archeveſque de Rheims , Monfieur le Duc
de Villeroy , Monfieur le Che- valier de Matignon , Monfieur le Marquis de Saucour , &d'autres Perſonnes du plus haut Rang.
Les Apartemens eſtoientéclai- rez d'un tres-grand nombre de Luftres , & les Tables furent
ſervies avec une propretez ad- mirable. On ne pouvoitmoins attendre du ſoin & de la vigi- lancedu SieurRenaut , Maiſtreد
GALANT. 119
א
→
2.
d'Hoſtel de Monfieur le Duc
d'Aumont. Pendant le ſoupé les Haut-bois , les Violons , les
Timbales , les Trompetes , &
toute forte d'autres Inſtrumens,
formerent un Concert qui donna un fort grand plaifir à Leurs Alteſſes Royales. Auſſi ſorti- -rent-elles tres-fatisfaites & de
la magnificence du Repas , &
des manieres de celuy qui le - donnoit.
ce qui s'eſtoit paſſé au Mariage de M le Marquisde Beringhen,
il me fouvient , Madame , que je vous parlay de la beauté de 'Hôtel d'Aumont , &de la magnificence des Meubles qui en font les ornemens. Monfieur &
Madamey furent il y a quelques
jours , accompagnez de quanti- té de Perſonnes Illuftres de la
Cour de l'un &de l'autre Sexe.
M le Duc d'Aumontles reçeut d'une maniere qui le rendoit digne de l'honneur qu'ils luy faifoient. Leurs A. Royales pri- rent grand plaifir à voir les rare- tez qui ſe trouvent dans cetHôtel, &apres avoir entendu deux
GALANT. 117
1
differents Concerts de Claveffins , de Tuorbes , de Luts & de Voix , qu'on avoit diſpoſez en divers Appartemens , Elles fu- rent regalées d'un magnifique Souper , ſervy d'une façon ex- traordinaire. La Table eſtoit
une maniere de Croiſſant en
demy Octogone. Il y avoit vingt Couverts. Monfieur &Madame
prirent place à la face de l'Oc- rogone oppoſée au Buffet qui eſtoit d'une richeſſe ſurprenan- te. Les Dames ſe placerent aux deux coſtez de la Table , à ſça- voir , Madame la Comteſſe de
Soiffons , Madame la Ducheffe
de Boüillon , Madame la Princeffe de Monaco , madame la
Mareſchale de la Mothe Gouvernante des Enfans de France,
Madame la Ducheſſe de Ventadour , madame la mareſchale
118 LEMERCVRE
de la Ferté , Madame la Comteſſe de Louvigny , madame la Marquiſe de la Ferté , madame la marquiſe de Beringhen ,Mademoiselle de Grançay , &plu- ſieurs autres Dames de la pre- miere Qualité. Il y avoit une ſeconde Table àdix-huit Couverts pour Monfieur le Grand,
Monfieur le Chevalier de Lorraine , Monfieur l'Archeveſque de Rheims , Monfieur le Duc
de Villeroy , Monfieur le Che- valier de Matignon , Monfieur le Marquis de Saucour , &d'autres Perſonnes du plus haut Rang.
Les Apartemens eſtoientéclai- rez d'un tres-grand nombre de Luftres , & les Tables furent
ſervies avec une propretez ad- mirable. On ne pouvoitmoins attendre du ſoin & de la vigi- lancedu SieurRenaut , Maiſtreد
GALANT. 119
א
→
2.
d'Hoſtel de Monfieur le Duc
d'Aumont. Pendant le ſoupé les Haut-bois , les Violons , les
Timbales , les Trompetes , &
toute forte d'autres Inſtrumens,
formerent un Concert qui donna un fort grand plaifir à Leurs Alteſſes Royales. Auſſi ſorti- -rent-elles tres-fatisfaites & de
la magnificence du Repas , &
des manieres de celuy qui le - donnoit.
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Résumé : Magnifique Repas donné à Son Altesse Royale par M. le Duc d'Aumont. [titre d'après la table]
Le Duc et la Duchesse d'Aumont reçurent des personnalités illustres de la cour à l'Hôtel d'Aumont. Les invités admirèrent les raretés de l'hôtel et assistèrent à des concerts de clavecins, théorbes, luths et voix dans divers appartements. Un somptueux souper fut ensuite servi. La table principale, en forme de croissant demi-octogonal, accueillait vingt convives, dont le Duc et la Duchesse d'Aumont, ainsi que plusieurs dames de haute qualité. Une seconde table, avec dix-huit couverts, était réservée à des personnalités de haut rang, telles que le Grand, le Chevalier de Lorraine et l'Archevêque de Reims. Les appartements étaient illuminés par de nombreux lustres, et les tables étaient servies avec une propreté admirable. Pendant le souper, divers instruments de musique jouèrent un concert qui plut beaucoup aux Altesses Royales. Elles quittèrent l'Hôtel d'Aumont très satisfaites de la magnificence du repas et de l'accueil.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 25-42
ODE. A M. le Duc d'Aumont.
Début :
Exaucez ma reconnoissace, [...]
Mots clefs :
Duc d'Aumont, Zèle, Crime, Justice, Presse Batave, Mensonge, Louanges
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texteReconnaissance textuelle : ODE. A M. le Duc d'Aumont.
O D E.
A M.le Duc d'Aumont.
Exaucez ma reconnoiffance ,
Muſes , pour l'illuftre d'Au- Vimont
Dans mon fein verfez l'abondance
Desrichefles dufacréMont.
Mon zele ne peut plus attendre ;
Venez, c'eft trop long- tems
fufpendre
Juillet 17.12.
C
·26 MERCURE
Les hommages que je lui
dois :
Mon ami , qu'accufoit le
crime ,
Sentit fon fecours magnanime ,
Et j'ai pris le bienfait fur
moy.
Souveraines de l'harmonie,
J'implore moins vôtre fayeur
Pour faire briller mon getronie ,pi
Que pour faire parler mon
cœur.
Quand magloire vous follicite
GALANT.
27
Taifez vous ; quand mon
cœur s'acquitte ,
Prodiguez -moy les plus
beaux traits.
Meurent tous les fruits de
ma lyre ,
N'en fauvez que ce que
m'inſpire
Le reffentiment des bienfaits.
Il eſt un ſejour où preſide
L'infatiable vanité ,
D'où la policeffe perfide
A banni la fincerité ;
Où , par la crainte mercenaire ,
Cij
28 MERCURE
La justice eft comme.étrangere
Immolée aux moindres égards ;
Où le grand art de ſe ſeduire,
L'art de fe flater pour ſe
nuire ,
Tient lieu lui feul de tous
les arts.
Eloge plus vrai que croyable!
C'eft dans ce fejour dangereux
Que d'Aumont eft fimple,
équitable ,
GALANT. 29
Sincere , tendre & genereux ; ว
C'est là qu'au devoir attentive ,
Sa bouche prudemment
naïve
Ne fçait ni nuire , ni flater :
Du moins à fa candeur dif
crete
Applaudit l'eſtime ſecrete
De qui n'ofe pas l'imiter.
Ambitieux, d'ameheroïque
Dépouillez le nom faftueux ;
De mon autorité ftoïque
Je le decerne au vertueux ;
C iij
30 MERCURE
Al'hommequi libre &fans
crainte ,
Aufejour même de la feinte
Ofe fe montrer ce qu'il eft ;
Qui n'a , modele prefque
unique ,
Que le devoir pour politique ,
Et que l'honneur pour interêt.
Je rappelle ce jour funeſte ,
Où d'étonnement abbatu ,
NouveauPilade, pour Ore
fte ,
D'Aumont , j'implorai ta
vertu !
GALANT.
31
Contre Finnocence attaqué ,
La haine en juſtice maf
quée
Avoit répandu fon poifon ;
Et je tremblois que fur
même
toySon hipocrite ftratagême
N'eût pris les droits de la
raiſon.
Mais quelle ardeur, quelle
éloquence
Me prêtoit alors l'amitié !
Soudain je gagne à l'innocence
C iiij
32 MERCURE
Ton zele enſemble &ta pi .
tié. 1
Je te vois conjurer l'orage ;
Tu parles, déja ton fuffrage
Nous rend une foule d'amis ;
Déja ton infaillible zele
A la prevention rebele
Predit l'oracle de Themis. 1
Elle a
prononcé , le men-
" oup #fonge,," airp
Artifan de fon propre affront,
Dans le Tartare fe replonge,
GALANT.
33
La rage au fein , la honte
Mais
au front.
ne peut que
ouvrage *
du noir
Dont il avoit armé fa rage
S'aneantir le fouvenir!
Ainfi que le nom d'Erof
: trate
Ce libelle profcrit fe flate
De percer encor l'avenir.
Vers impofteurs , qu'à la
vengeance
Dicta l'imprudence fa fœur,
* Vers diffamatoires faußement
imputez à M. Saurin.
34 MERCURE
Que forgerent d'intelli
gence
L'effronterie & la noirceur ;
Qui pour fel & pour harmonie
Ne prêtez à la calomnie
Qu'un choix brutal de mots
pervers :
F'apprens que la preſſe Batave ,
Au mépris des mœurs qu'
elle brave ,
Va vous montrer à l'univers.
L'Auteu: qui de l'eau duCocyte
GALANT.
35.
Vous écrivit dans fa fureur ,
Rit fans doute , & fe felicite
D'en voir multiplier l'horreur.
Il croit qu'ainfi dans tous
les âges
Vontfe répandre les outrages
Dont il a voulu nous flé
trir ;
Que de ſes menfonges ciniques
Vont naître ces foupçons
iniques
Que la malice'aime à nourrir.
36 MERCURE
Oui , ce perfide eſpoir le
Aate ,
Mais il le flate vainement ;
En vous trop d'impudence
éclate ,
Vôtre propre excés vous
dément.
Dés qu'à l'innocence la rime
Veut que vous imputiez un
crime ,
Le crime eft d'abord imputé,
Et vôtre imprudente impofture
Ne donne pas même à l'inJure
•
GALANT.
Un faux air de la verité.
37
D'autres fiecles pourront
nous croire...
Non, non , pour les en garantir
Mes vers plus fûrs de la memoire ,
Iront par-tout vous démentir.
Mais qui vous lira ? quel
courage
Pourra d'une fi noire ima-
.ge.
Suivre le tiffu rebutant ?
Ce n'eft que gibet , rouë &
flâme ,
38 MERCURE
Objets qu'à vôtre pere infâme
Peint fon remords impenitent.
Vôtre pere... non, je m'abüſe ,
Et vous n'êtes qu'un avorton
Né de la lyre d'une Muſe,
Surpriſe un jour par AleЄton.
La Mufe s'étoit endormie ;
Alecton des enfers vomie
Profite du moment fatal:
Elle ofe manier la lire ;
GALANT.
39
C'est vous , fons menteurs ,
qu'elle en tire ,
Digne eflay du monftre infernal.
Soudain le ferpent , la couleuvre ,
De fa tête affreux ornemens,
Applaudiffent à ce chef21 22 d'œuvre d
Par leurs horribles fifflemens :
Mais l'Echo n'oſa rien reSoolony dire;ryl whil
Le Faune fuit , & le Satyre
40 MERCURE
Saifi d'horreur l'interrompit.
A ce bruit la Muſe éveil
lée
Ne reprit fa lyre foüillée
Que pour le brifer de dépit.
Tu le vois , d'Aumont , je
m'égare ,
Et c'eft de l'aveu des neuf
Sœurs
Quej'imite Horace & Pindare ,
Mes Lyriques predeceffeurs.
Si fur la foy de leur uſage
L'écart
GALANT.
41
L'écart même fermoit l'ouvrage ,
Il n'en feroit que plus goûté : Lia
Mais pardonne, Muſe Thebaine ,
Mon zele à d'Aumont me
ramene ;
J'aime mieux perdre une
beauté.
Que Mnemofine immortalife
Et tes bienfaits & mon encens ;
Qu'à jamais l'univers me
life ,
Fuillet
17120
D
42 MERCURE
Penetré de ce que je fens.
Si mes vers n'ont pas la
puiffance
D'infpirer tout ce que je
penfe,
Ils n'ont pas fait affez pour
toy ;
Et, malgré l'orgueil du Parnaffe ,
Charmé , j'y cederai ma
place
Aqui te louëra mieux
moy.
que
A M.le Duc d'Aumont.
Exaucez ma reconnoiffance ,
Muſes , pour l'illuftre d'Au- Vimont
Dans mon fein verfez l'abondance
Desrichefles dufacréMont.
Mon zele ne peut plus attendre ;
Venez, c'eft trop long- tems
fufpendre
Juillet 17.12.
C
·26 MERCURE
Les hommages que je lui
dois :
Mon ami , qu'accufoit le
crime ,
Sentit fon fecours magnanime ,
Et j'ai pris le bienfait fur
moy.
Souveraines de l'harmonie,
J'implore moins vôtre fayeur
Pour faire briller mon getronie ,pi
Que pour faire parler mon
cœur.
Quand magloire vous follicite
GALANT.
27
Taifez vous ; quand mon
cœur s'acquitte ,
Prodiguez -moy les plus
beaux traits.
Meurent tous les fruits de
ma lyre ,
N'en fauvez que ce que
m'inſpire
Le reffentiment des bienfaits.
Il eſt un ſejour où preſide
L'infatiable vanité ,
D'où la policeffe perfide
A banni la fincerité ;
Où , par la crainte mercenaire ,
Cij
28 MERCURE
La justice eft comme.étrangere
Immolée aux moindres égards ;
Où le grand art de ſe ſeduire,
L'art de fe flater pour ſe
nuire ,
Tient lieu lui feul de tous
les arts.
Eloge plus vrai que croyable!
C'eft dans ce fejour dangereux
Que d'Aumont eft fimple,
équitable ,
GALANT. 29
Sincere , tendre & genereux ; ว
C'est là qu'au devoir attentive ,
Sa bouche prudemment
naïve
Ne fçait ni nuire , ni flater :
Du moins à fa candeur dif
crete
Applaudit l'eſtime ſecrete
De qui n'ofe pas l'imiter.
Ambitieux, d'ameheroïque
Dépouillez le nom faftueux ;
De mon autorité ftoïque
Je le decerne au vertueux ;
C iij
30 MERCURE
Al'hommequi libre &fans
crainte ,
Aufejour même de la feinte
Ofe fe montrer ce qu'il eft ;
Qui n'a , modele prefque
unique ,
Que le devoir pour politique ,
Et que l'honneur pour interêt.
Je rappelle ce jour funeſte ,
Où d'étonnement abbatu ,
NouveauPilade, pour Ore
fte ,
D'Aumont , j'implorai ta
vertu !
GALANT.
31
Contre Finnocence attaqué ,
La haine en juſtice maf
quée
Avoit répandu fon poifon ;
Et je tremblois que fur
même
toySon hipocrite ftratagême
N'eût pris les droits de la
raiſon.
Mais quelle ardeur, quelle
éloquence
Me prêtoit alors l'amitié !
Soudain je gagne à l'innocence
C iiij
32 MERCURE
Ton zele enſemble &ta pi .
tié. 1
Je te vois conjurer l'orage ;
Tu parles, déja ton fuffrage
Nous rend une foule d'amis ;
Déja ton infaillible zele
A la prevention rebele
Predit l'oracle de Themis. 1
Elle a
prononcé , le men-
" oup #fonge,," airp
Artifan de fon propre affront,
Dans le Tartare fe replonge,
GALANT.
33
La rage au fein , la honte
Mais
au front.
ne peut que
ouvrage *
du noir
Dont il avoit armé fa rage
S'aneantir le fouvenir!
Ainfi que le nom d'Erof
: trate
Ce libelle profcrit fe flate
De percer encor l'avenir.
Vers impofteurs , qu'à la
vengeance
Dicta l'imprudence fa fœur,
* Vers diffamatoires faußement
imputez à M. Saurin.
34 MERCURE
Que forgerent d'intelli
gence
L'effronterie & la noirceur ;
Qui pour fel & pour harmonie
Ne prêtez à la calomnie
Qu'un choix brutal de mots
pervers :
F'apprens que la preſſe Batave ,
Au mépris des mœurs qu'
elle brave ,
Va vous montrer à l'univers.
L'Auteu: qui de l'eau duCocyte
GALANT.
35.
Vous écrivit dans fa fureur ,
Rit fans doute , & fe felicite
D'en voir multiplier l'horreur.
Il croit qu'ainfi dans tous
les âges
Vontfe répandre les outrages
Dont il a voulu nous flé
trir ;
Que de ſes menfonges ciniques
Vont naître ces foupçons
iniques
Que la malice'aime à nourrir.
36 MERCURE
Oui , ce perfide eſpoir le
Aate ,
Mais il le flate vainement ;
En vous trop d'impudence
éclate ,
Vôtre propre excés vous
dément.
Dés qu'à l'innocence la rime
Veut que vous imputiez un
crime ,
Le crime eft d'abord imputé,
Et vôtre imprudente impofture
Ne donne pas même à l'inJure
•
GALANT.
Un faux air de la verité.
37
D'autres fiecles pourront
nous croire...
Non, non , pour les en garantir
Mes vers plus fûrs de la memoire ,
Iront par-tout vous démentir.
Mais qui vous lira ? quel
courage
Pourra d'une fi noire ima-
.ge.
Suivre le tiffu rebutant ?
Ce n'eft que gibet , rouë &
flâme ,
38 MERCURE
Objets qu'à vôtre pere infâme
Peint fon remords impenitent.
Vôtre pere... non, je m'abüſe ,
Et vous n'êtes qu'un avorton
Né de la lyre d'une Muſe,
Surpriſe un jour par AleЄton.
La Mufe s'étoit endormie ;
Alecton des enfers vomie
Profite du moment fatal:
Elle ofe manier la lire ;
GALANT.
39
C'est vous , fons menteurs ,
qu'elle en tire ,
Digne eflay du monftre infernal.
Soudain le ferpent , la couleuvre ,
De fa tête affreux ornemens,
Applaudiffent à ce chef21 22 d'œuvre d
Par leurs horribles fifflemens :
Mais l'Echo n'oſa rien reSoolony dire;ryl whil
Le Faune fuit , & le Satyre
40 MERCURE
Saifi d'horreur l'interrompit.
A ce bruit la Muſe éveil
lée
Ne reprit fa lyre foüillée
Que pour le brifer de dépit.
Tu le vois , d'Aumont , je
m'égare ,
Et c'eft de l'aveu des neuf
Sœurs
Quej'imite Horace & Pindare ,
Mes Lyriques predeceffeurs.
Si fur la foy de leur uſage
L'écart
GALANT.
41
L'écart même fermoit l'ouvrage ,
Il n'en feroit que plus goûté : Lia
Mais pardonne, Muſe Thebaine ,
Mon zele à d'Aumont me
ramene ;
J'aime mieux perdre une
beauté.
Que Mnemofine immortalife
Et tes bienfaits & mon encens ;
Qu'à jamais l'univers me
life ,
Fuillet
17120
D
42 MERCURE
Penetré de ce que je fens.
Si mes vers n'ont pas la
puiffance
D'infpirer tout ce que je
penfe,
Ils n'ont pas fait affez pour
toy ;
Et, malgré l'orgueil du Parnaffe ,
Charmé , j'y cederai ma
place
Aqui te louëra mieux
moy.
que
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Résumé : ODE. A M. le Duc d'Aumont.
Dans une lettre poétique datée de juillet 1712, adressée à M. le Duc d'Aumont, l'auteur exprime sa reconnaissance et son admiration pour la générosité et le soutien du duc. Il rappelle un épisode où le duc a aidé un ami injustement accusé, démontrant ainsi sa magnanimité et son sens de la justice. L'auteur invoque les Muses non pour sa propre gloire, mais pour exprimer sa gratitude. Le texte critique un lieu où règnent la vanité et la flatterie, et où la sincérité est absente. Il loue le duc d'Aumont pour sa simplicité, son équité, sa sincérité, sa tendresse et sa générosité, même dans un environnement hypocrite. L'auteur évoque un épisode où le duc a défendu l'innocence contre la haine et la calomnie, gagnant ainsi de nombreux amis par son zèle et sa piété. La lettre dénonce également des vers diffamatoires attribués à M. Saurin, qualifiés d'imposture et de calomnie. L'auteur affirme que ces écrits ne pourront jamais ternir la réputation du duc et que ses propres vers serviront à démentir les accusations. Il conclut en exprimant son admiration pour le duc et en reconnaissant que ses vers ne peuvent pleinement exprimer sa gratitude.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 223-224
« Le 22. Decembre le sieur Danchet fut recu à la [...] »
Début :
Le 22. Decembre le sieur Danchet fut recu à la [...]
Mots clefs :
Académie française, Duc d'Aumont, Accouchée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 22. Decembre le sieur Danchet fut recu à la [...] »
Le 22. Decembre le sieur
Danchet futrecuà laplace vacante dans l'Académie Françoise
,
par le deceds de l'Abbé Talmant
,
il fit un tres beau discours,
auquel l'Abbé Regnier
Des Marais, Secretaire perpetuel répondit avec beaucoup d'éloquence.
LeDuc d'Aumont partit
le 17. Decembre pouraller
en Angleterre.
Le sieur Prior, Plenipo-
tentiaire d'Angleterre en
arrivé depuis quelques
jours.
Onmande deLuneville que le 12 Décembre la
Duchesse de Lorraine estoit
accouchée d'un fils
Danchet futrecuà laplace vacante dans l'Académie Françoise
,
par le deceds de l'Abbé Talmant
,
il fit un tres beau discours,
auquel l'Abbé Regnier
Des Marais, Secretaire perpetuel répondit avec beaucoup d'éloquence.
LeDuc d'Aumont partit
le 17. Decembre pouraller
en Angleterre.
Le sieur Prior, Plenipo-
tentiaire d'Angleterre en
arrivé depuis quelques
jours.
Onmande deLuneville que le 12 Décembre la
Duchesse de Lorraine estoit
accouchée d'un fils
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4
p. 268-272
Entrée du Duc d'Aumont, Ambassadeur Extraordinaire à la Cour de Londres.
Début :
Mercredy 12. Juillet le Duc d'Aumont, Ambassadeur Extraordinaire de France [...]
Mots clefs :
Duc d'Aumont, Londres, Ambassadeur extraordinaire, Cérémonie, Reine, Cavalcade, Carrosse, Acclamations, Audience Royale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Entrée du Duc d'Aumont, Ambassadeur Extraordinaire à la Cour de Londres.
Entrée du DHCijiumont,
dmbdfiadur Extraordinare
à la Cour de Londres.
Mercredy12. Juillet 1c
Duc d'Aumont, Ambassadeur
Extraordinaire de France
fit son Entrée publique à
Londres. Il fût recju à Greenvich
par le Comte dc;
Scarfdale que la Reine de la
Grande Breragne avoit nom
mé pour faire les honneurs
Il par le Maistrede Ceremonies;
ensuite il fut conduit
dans la Barge de la
Reine à la Tour,reçû &
complimenté par le Gouverneur.
& salué par une déchar
ge detoute l Artillerie.
La Cavalcade commença
vers les quatre heures aprés
midy a la Tour, & traver sa
la Ville. Le Ministre estoit
dans un Carosse de la Reine
avec le sieur Nadal, Secretaire
de l'Ambassade & lc
Ministre des Ceremonies.
Le Carosse estoit precedé
de huit Officiers de son Excellence
à cheval, de quatre
Suisses à Cheval, de trente
Valets de pieds, douze
Pages à Cheval, & d'un
grand nombrc de Gentilshommes
Cheval. l estoit suivi d'un autre
Carosse de la Reine aussi à
six chevaux, par cinq autres
tres-magnifiques de ce Ministre,
attelez chacun de
huit chevaux richement harnachez
, & par plus de cinquante,
à six chevaux, des
principaux Seigneurs.
II y avoir pres de cent:
hommes habillez d'une magnifiquc
livrec: Ccrrc En- ;
treeest une des plus belles
gp'on aic jamais vue.
Son Excellence arriva sur
les six heures au Palais de
Sommerset aux acclamations
d'un nombreindini de peuple
à qui il fit de grandes
largesses.
II fut reçû par le Capitaine
à la teste de la Garde
qui ettoit sous les armes, &
conduit dans l'appartement
par le Maistre des Ceremonies
où il fut complimenté
par Lord Windsor de la
part de la Reine, & regale
magnifiqucmcnt avec toute
sa suire pendant trois jours
aux dépens de sa Majesté.
Le 1 5 Sa Majeste la Reine
de la Grande Bretagne luy
donna Audiance au Palais
de S. James.
dmbdfiadur Extraordinare
à la Cour de Londres.
Mercredy12. Juillet 1c
Duc d'Aumont, Ambassadeur
Extraordinaire de France
fit son Entrée publique à
Londres. Il fût recju à Greenvich
par le Comte dc;
Scarfdale que la Reine de la
Grande Breragne avoit nom
mé pour faire les honneurs
Il par le Maistrede Ceremonies;
ensuite il fut conduit
dans la Barge de la
Reine à la Tour,reçû &
complimenté par le Gouverneur.
& salué par une déchar
ge detoute l Artillerie.
La Cavalcade commença
vers les quatre heures aprés
midy a la Tour, & traver sa
la Ville. Le Ministre estoit
dans un Carosse de la Reine
avec le sieur Nadal, Secretaire
de l'Ambassade & lc
Ministre des Ceremonies.
Le Carosse estoit precedé
de huit Officiers de son Excellence
à cheval, de quatre
Suisses à Cheval, de trente
Valets de pieds, douze
Pages à Cheval, & d'un
grand nombrc de Gentilshommes
Cheval. l estoit suivi d'un autre
Carosse de la Reine aussi à
six chevaux, par cinq autres
tres-magnifiques de ce Ministre,
attelez chacun de
huit chevaux richement harnachez
, & par plus de cinquante,
à six chevaux, des
principaux Seigneurs.
II y avoir pres de cent:
hommes habillez d'une magnifiquc
livrec: Ccrrc En- ;
treeest une des plus belles
gp'on aic jamais vue.
Son Excellence arriva sur
les six heures au Palais de
Sommerset aux acclamations
d'un nombreindini de peuple
à qui il fit de grandes
largesses.
II fut reçû par le Capitaine
à la teste de la Garde
qui ettoit sous les armes, &
conduit dans l'appartement
par le Maistre des Ceremonies
où il fut complimenté
par Lord Windsor de la
part de la Reine, & regale
magnifiqucmcnt avec toute
sa suire pendant trois jours
aux dépens de sa Majesté.
Le 1 5 Sa Majeste la Reine
de la Grande Bretagne luy
donna Audiance au Palais
de S. James.
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Résumé : Entrée du Duc d'Aumont, Ambassadeur Extraordinaire à la Cour de Londres.
Le 12 juillet, le Duc d'Aumont, Ambassadeur Extraordinaire de France, fit son entrée publique à Londres. Il fut d'abord reçu à Greenwich par le Comte de Scarfdale, nommé par la Reine de Grande-Bretagne. Ensuite, il fut conduit à la Tour de Londres, où il fut accueilli par le Gouverneur et salué par une décharge d'artillerie. Vers seize heures, la cavalcade débuta, traversant la ville. Le Duc d'Aumont voyageait dans un carrosse de la Reine, accompagné du sieur Nadal et du ministre des cérémonies. Le cortège comprenait huit officiers à cheval, quatre Suisses, trente valets de pied, douze pages à cheval, et de nombreux gentilshommes. Près de cent hommes étaient vêtus de livrées magnifiques. Le Duc arriva au Palais de Somerset vers dix-huit heures, acclamé par une foule à qui il fit de grandes largesses. Il fut reçu par le capitaine de la garde et complimenté par Lord Windsor au nom de la Reine. Il fut régalé magnifiquement pendant trois jours aux dépens de Sa Majesté. Le 15 juillet, la Reine de Grande-Bretagne accorda une audience au Duc d'Aumont au Palais de Saint James.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 73-106
Relation de l'entrée de M. le Duc d'Aumont, Ambassadeur extraordinaire de France, à Londres le 20. Juillet 1713.
Début :
LETTRE DE LONDRES. J'ai reçû, Monsieur, vos deux lettres [...]
Mots clefs :
Duc d'Aumont, Londres, Reine, Ambassadeur, Honneurs, Réception, Magnificence, Festivités, Protocole , Couronnement, Voitures
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texteReconnaissance textuelle : Relation de l'entrée de M. le Duc d'Aumont, Ambassadeur extraordinaire de France, à Londres le 20. Juillet 1713.
Comme on n'avoit
pas dans le Mercure precedent
une relation exacte
ni étenduë de cctte
if , A cntree, on n'en a pu
dire que deux mots en
attendant celle-ci.
Relation de fentréede M. le
Ducd'Aamont, /fmbdfiach ur
extraordinaire de Francey à
Londres lelO. JuilLt 1713.
LETTRE DE LONDRES.
J'ai reçu, Monsieur,vos
deux lettres du 2. & du 9.
Juillet; & pour satisfaire
avant toutes choses à vôtre
curiosité sur l'entrée publique
de Monsieur le Duc
d'Aumont ,
j'aurail'honneur
de vous dire que ce
fut Mercredi IL. de ce mois,
& le premier du vieux stile.
Nous nous étions tous rendus
à Grenwich
,
dans la
maison de MonsieurRobinfon,
Capitaine du yacth
qui nous a amenez de France.
Monsieur le Duc y avoit
envoyé dés la veille
tous ses Officiers pour y
preparer un magnifique déjeuner.
Entre midi & une
heure Milord Comte de
Skardel, accompagné de
six Gentilshommes de la
Chambre privée de la Reine,
vint faire à Son Excellence
compliment sur son
heureuse arrivée dans le
Royaume.Monsieur le Duc
descendit trois marches de
l'escalier pour le recevoir,
& lui donna la droite jusqu'à
la chambre,où il y
avoit deux fauteüils, six
chaises pour les six GentilsbOiTImes,
&une autre chaise
à main gauche, & un peu
derriere le fateüil de M.le
Duc, pour M. le Chevalier
Cotherel Maître des Ceremonies.
LeComte eut la
place d'honneur, & se couvrit
avec sa suite. Il n'y eut
de nôtre part que M. le
Duc & le Maître des Ceremonies
qui furent assis &
couverts.
D'abord aprés le compliment
Son Excellence proposa
à Messieurs les Anglois
d'aller déjeûner, & leur
donna toûjours la droite
jusqu'à la salle de l'ambigu,
qui fut des plus somptueux,
sur deux tables de quarante
couverts, où l'on ne s'assit
pas, chacun mangeant debout&
àla placeoù il [e
trouva. Sur les trois heures
on sortit de la maison de
M. Robinson, & depuis ce
moment-làles François eurent
toujours la droite. On
traversa
, pour gagner le
port, plusieurs rues parsemées
de fleurs & lacour de
l'Hôtel desInvalides,oùl'on
trouvalessoldats sous les
armes,les tambours battant
aux champs
,
le Gouverneur
à la premiere porte
avec tous les Officiers, qui
vinrent faire cortege à M.
l'Ambassadeur. Toutes les
berges de la Reine étoient
la à nous attendre. Rien
n'est plus propre, ni plus
galant; ce n'est en dehors
que sculpture & dorure, &
le dedans est tapissé de velours.
Celle où entra M. le
Duc, avec le Milord qui le
conduisoit, étoit superbe ôc
doréejusqual'eau:ellen'avoit
jamais servi à aucun
Ambassadeur. Tous les
yacths de la Reine, moüillez
prés de Grenvvich
, avoient
arboré tous leurs
pavillons;il y en avoit tout
le long des cordages, &
j'en comptai à un seul plus
de cinquante qui jouent au
gré des vents. Ils saluerent
de tous leurs canons la bergede
Son Excellence, &
tous les autres bâtimens
dont la Tamise est couverteétoient
pleins de monde
jusqu'au haut des mats:
ce n'étoient que chapeaux
en Tair, & que cris reÏrerez
de hous,.boufàyJ hou.
J&y.
- On arriva vers les qua- treheures au pied de la
Tour de Londres. Milord
Comte de Northampton,
Connêtable de la Tour,fiiivi
du Commandant Se des
principaux,Officiers, se
trouva au bas de l'escalier
du gay pour recevoir M.le
Duc, & lui presenter la
main au sortir de sa berge.
Il lui fit compliment de la
part de la Reine, & le conduisit
au carosse de Sa Majesté.
C'est un honneur qui
n'avoit pas encore eu d'exemple,
& nul Ambassadeur
n'avoit été reçu jusqu'apresentque
par le
Commandant de la Tour.
Tout le quay étoit bordé
par les gardes de la Reine,
la bayonnette au bout du
fil11
,
les enseignes déployées,
les tambours battant
aux champs, tous les
Officiers à leurs places &
saluant de l'esponton:autre
distinction sans exemple.
&qui n'a été accordée qu'à
M. le Duc d'Aumont.
Quand on sortit de la
Tour, tout le canon nous
falua au nombre de cent
quatre pieces. Voici l'ordreque
l'on garda.
Ilyavoit à la tête une
trentaine d'Anglois parfaitement
bien montez; ce
sont les marchands & les
ouvriers qui fournissent
l'Hôtel de Son Excellence.
Ils étoient suivis des gardes
de M. le Chevalier Maréchal
de la Maison de la Reine,
qu'ils precedoient,
M. le Chevalier Englich,
Maréchal des Ceremonies
lequel étoit dans le carossey
de Milord Comte de Skardel,
par où commençoit la
marche.
Ensuite les quatre Suisses
de M. le Duc sur des che,-
vaux,& aprés eux les trente
valets de pied de M. le
Duc,qui n'a voulu que si
feule Maison, & n'a pas
pris un seul homme de parade.
Ensuite deux écuyers sur
les plus beaux chevaux
d'Angleterre, à la tête de
douze pages, tous Gentilshoninles,
parmi lesquels il
y ades Chevaliers de Malte.
Entre les deux files de
leurs chevaux il y avoit un
Ecuyer à cheval pour les
conduire.
Six palfreniers à cheval,
qui menoient des chevaux
de main;deux autres Gentilshommes
de Son Excellence
marchoient à cheval
immédiatement devant le
carosse de la Reine, dans
lequel étoit M. l'Ambassadcur
, Milord Comte de
Skardel,nommé Ambassadeur
à la Cour de Vienne,
le Secretaire de nôtreambassade,
& le Maître des
Ceremonies.
Un second carosse de la
Reine pour les six Gentilshommes
de sa Chambre, le
carosse du corps de Son Excellence,
attelé de huit chevaux
gris- pommelez, couverts
de harnois dorez, les
crins tressez de rubans cramoisy
, avec des aigrettes
de plume sur la tête. Ce carosse
était vuide,toutes les
glaces levées, suivi de quatre
carosses à huitchevaux,
appartenans à Son Excellence,
& de cinq auti es carossesàsix
chevaux appartenans
à des Gentilshommes
de sa fuite, dont les cochers
& portillons avoienc
la livrée de M.le Duc. Tous
les domestiques de ces
Gentilshommes accompagnoient
à pied ces dix carosses
:
ils étoient habillez
de surtous rouges, uniformes,
& formoient une
nombreuse livrée.
Aprés toute cette pompe
suivoient les carosses à six
chevaux des SeigneursTorris
qui y avoient envoyé
tous leurs gens, & je crois
qu'il y avoit bien cinquante
carosses.
En arrivant à Sommerset
House Son Excellence trouva
dans la cour unecompagnie
des Gardes de la Reine
fous les armes, comme
à la Tour, & toutes les
trompettes de Sa Majesté,
qui avec les timbales &
tambours sonnoientdes
fanfares sur la retraiTe. Il
ne fut plus permis à qui que
ce soit de nôtre livrée d'entrer
dans les appartemens,
& Son Excellence n'eut
plus d'autres Officiers que
ceux de la Reine. La salle
des Gardes se trouva bordée
de trente ou quarante
Hoquetons en toque & en
habits de ceremonie,lahalebardc
à la main, & ils
n'en font pas fortis jusqu'à
Samedi après l'audience.
Le Comte de Skardel
conduisit M. le Duc dans
son appartement, & l'en
mit en possession; & après
lui avoir fait un second
compliment au nom de la
Reine, M. l'Ambassadeur
le reconduisit jusqua sa
chaise à porteurs, en lui
donnant à son tour la main.
Un moment aprés arriva
Milord Comte de Vvindfor,
que Son Excellence
alla recevoir jusques dans
la
la première salle, en lui
donnant la droite ôc la place
dhonneur dans la chambre
d'audience. Le Comte
s'assît, & se couvrit en même
temps que M. le Duc,
à qui il fit compliment de
la part de Sa Majeste
;
aprés
quoy Son Excellence, en
lui donnant toujours la
main, l'alla reconduire jusqu'à
sa chaise.
Toute la soirée se passa
à recevoir des visites ou
des complimens. A dixheures
le Maître d'Hôtel de la
Reine vint avertir Son Excellence
que le souper étoÍr
servi. On n'a jamais rien vû
de plus magnifique. C'étoit
une table longue, dont un
bout donnoit fous le dais i
avec un seul couvert b cadenat,
&un fauteüil de velours
pour M. le Duc, qui
étoit seul à ce bout-là. Plus
bas des deux côtez, &à
une assez grandedistance,
etoient vingt-quatre couverts
, où saffirent sur des
chaises de natte à rAn
gloise Milord Skardel à la
droite, &Milord Vvin¥or
à la gauche, d'autres Milords
après eux, le Maître
des Ceremonies, le premier
Controlleur de la Maison
de la Reine, & dans le
reste des places ce qu'il y
put tenir de Gentilshommes
François. Son Excellence
a toujours été servie
à verre couvert & en vermeildoré
par les mêmes
Officiers qui ont l'honneur
de servir la Reine. C'étoient
les Hoquetons qui
portoient les plats couverts,
& les Gentilshommes servans
qui les mettoient sur
la table. Pendant tout le
repas les trompettesnont
pascesse de sonner: on a
bû toutes les fois à la santé
du Roy,& celle de Sa Majessé
Britannique, & celle
du Roy d'Espagne. Ces santez
ont été bûës debout &
à découvert. Ensuite on a
bû les santez de Monseigneur
le Dauphin, de
Monseigneur le Duc de
Berry, de Monsieur le
Duc d'Orléans, & de Milord
Grand Tresorier. Je
vous avouë que toutes ces
santez n'accommodoient
pas lamienne: c'étoit un
vin de Volney très vif, ou
un fin vin de Champagne,
qu'il faloit boire pur & à
plein verre. Il y a eu six
repas servis avec cette magnificence
,
sans compter
une autre table de plus de
quarante couverts pour les
autres Gentilshommes,qui
ne pouvoienr tenir tous à
celle de M. le Duc. Cette
table,dont M.le Maréchal
des Ceremonies faisoit les
honneurs,étoit servie comme
la premiere par lesOfficiers
de Sa Majesté. Cette
grande Princcesse
, qui ne
dédaigne pas d'entrer dans
les moindres détailsen nôtre
faveur; a donné ordre
qu'on servît la plupart des
plats à la Françoise
,
& a
bien voulu envoyer en
France chercher toutes fortes
de vins, de confitures
seches & liquides.
Outre ces deux grandes
tables, il y en a eu une autre
pour les douze pages &
leurs gouverneurs, servie
avec la mêmesomptuosité.
Enfin l'on peut dire
que tout a répondu à la
magnificence d'une si grande
Reine, & que toute la
fête a été veritablement
royale.
Le Samedi l'aprésdînée,
sur les six heures du soir,
Milord Comte de Salisburi
est venu prendre M.l'Ambaffadeur
pour le conduire
à l'audience publique. Il a
été reçu avec les mêmes
honneurs que les deux autres
Comtes, & la pompe
a été la même que celle du
Mercredi, même cortege,
mêmeséquipages,mêmes
carosses, & même foule à
nous voir passer, & même
ardeur à [e battre pour rzmasser
l'argent du gencreux
Ambassadeur.
A la porte de saint James
Son Excellence a été
reçûë par le Chevalier Maréchal
, par le Maréchal
des Ceremonies, ôc par le
Concierge du Palais, avec
leurs bâtons de commandement
à la main, les Gardes
de Sa Majesté fous les
armes,enseignes déployées,
les Officiers saluant
,
&
les tambours battant aux
champs, même dans le Palais
de la Reine.
Les
Lesvalets de pied de Son
Excellence ont été rangez -
en haye tout le long de l'escalier,
les pages ont entré
dans la salle des Gardes.
M. le Duc a été conduit
dans la Chambre du Conseil,
en attendant que toute
sa fuite fût rassemblée:alors
un Chevalier est venu ravertir
que la Reine éroie
sur son trône, c'est à dire
dans un fauteüil
,
sur une
estrade fous son dais. On a
traversé la salle des Hoquetons
, leur Commandant à
leur tête, qui a conduit Son
Excellence jusqu'à la salle
des Gentilshommes Pensionnaires
magnifiquement
vétus, tous en haye, tenant
leurs hallebardes dorées.
Milord Duc de Beaufort,
leur Capitaine
) a reçû
l'Ambassadeur à la porte de
la salle, & l'a conduit jusqu'à
la Chambre de la Reine,
à la porte de laquelle
tous les Gentilshommes
François qui precedoient
Son Excellence se sont ouverts
pour la laisser entrer
la premiere entre le Comte
de Salisbury & M. le Chevalier
Cook, Vicechambellan
,
faisant les fonctions
en l'absence de M. le
Duc de Shrevvsbury grand
Chambellan.
M. le Duc a fait une premiere
reverence dés l'entrée
de la chambre, une seconde
au milieu, & une
troisiéme aux pieds de la
Reine. Le ceremonial vouloit
que Sa Majesté se levât
à la seconde
: mais l'incommodité
de la Reine & la foiblesse
de ses jambes ne le
lui a pas permis. Avant l'audience
Sa Majestéavoit fait
écrireàSon Excellencepar
MilordDarmouth premier
Secretaire d'Etat une lettre
d'émeute
,
qui a suppléé
à la rigueur du ceremonial.
M le Duc se couvrit un
moment pour la forme, &
prononça son compliment
en presentant ses lettres de
creance. Sa Majesté y répondit
trés- gracieusement
en Anglois, que le Maître
de Ceremonie interpreta;
après quoy Son Excellence
se retira, en faisant trois
reverences aux mêmes endroits
qu'en entrant, en
marchant en arriere jusqu'à
la sortie de la chambre.
On a été reconduit avec
tous les honneurs qu'on avoit
reçus en entrant,&
l'on est revenu au Palais de
Sommerfet dans le même
ordre qu'on en étoit forci.
Aprés que le Milord Comte
de Salisbury eut ramené
M. le Duc dans son appartement,
Son Excellence lui
donna la main, & le reconduisit
en cortege jusqu'à sa
chaise.
Le lendemaindeson aa
dience étant allé à Kinsinp
on faire sa cour à la Reine
, il lui demanda une grace
, qu'il supplia instamment
Sa Majesté de ne lui
pas refuser. La Reine le lui
promit, & Son Excellence
lui dit qu'ilavoitappris que
SSaaMajestéavoit donné or- ~i !c ité avoir ordre
qu'on achetâtpour elle
enHollandeunattelagede
chevaux gris- pommelez ;
qu'il en avoit neuf qu'on
avoit trouvez passables
; ôc
qu'ilsupplioittrés-humblement
Sa Majesté de les accepter
:
osant lui dire qu'
Elle ne pouvoit s'en défendre
après la parole qu'Elle
lui avoit fait l'honneur de
lui donner. La Reine, qui
ne s'attendoit pas à accorder
une pareille grace, parut
un moment interdite ;
mais d'abord d'un visage riant Elle lui répondiot:
Monfeur le Duc,il n'y a
pas moyen de refuser une offre
faite d'une maniere si engageAnte;
d'un autre j'y pfnJerois
4 deux jots: mais devotre
part je reçois tout avec
grand plaisir. Vousjugez
bien que les neuf chevaux
avec leurs parures n'ont pas
tardé à être conduits à Kinsington.
Ce sont les plus
beaux qu'on ait vûs ici, &
les neuf ont coûté en Hollande
dix mil francs. Vous
reconnoissez là les manieres
de M. le Duc d'Aumont.
Avanthier il y eut à Londres
une fête fort solemnelle
pour le Te Deum en
musique, chanté à S. Paul
en actions de graces de la
paix. La Reine ne put s'y
trouver; ce qui diminua
beaucoup de la beautéde
la cavalcade: mais tous les
Meilleurs du Parlement de
l'une & l'aurre Chambre s'y
ren dirent tous en cortege
dans leurscarosses, que les
Torris avoient rendus fort
brillans. Le soir Se toute la
nuit il y eut des feux dans
la ville, & toutes les fenêtres
éclairées. Ceux qui n'y
mirent pas de lumieress'exposoient
à voirbriser leurs
vitres
,
& il n'yen a gueres
de celles-ci qui ayent echa<
péà la tumultueuse rejoüissance
de la mable: c'est ainsi
qu'onappelle la populace
de Londres, qui ces joursla
est la maîtresse, &' que
nulle puissance n'a le droit
ni la force dereprimer. Il
y eut cette nuit là deux fort
beaux feux d'artifice; l'un
dans Hoborn pour la ville,
& l'autre pour la Reine sur
la Tamise, entre Sommerset
& Vvitheal.
pas dans le Mercure precedent
une relation exacte
ni étenduë de cctte
if , A cntree, on n'en a pu
dire que deux mots en
attendant celle-ci.
Relation de fentréede M. le
Ducd'Aamont, /fmbdfiach ur
extraordinaire de Francey à
Londres lelO. JuilLt 1713.
LETTRE DE LONDRES.
J'ai reçu, Monsieur,vos
deux lettres du 2. & du 9.
Juillet; & pour satisfaire
avant toutes choses à vôtre
curiosité sur l'entrée publique
de Monsieur le Duc
d'Aumont ,
j'aurail'honneur
de vous dire que ce
fut Mercredi IL. de ce mois,
& le premier du vieux stile.
Nous nous étions tous rendus
à Grenwich
,
dans la
maison de MonsieurRobinfon,
Capitaine du yacth
qui nous a amenez de France.
Monsieur le Duc y avoit
envoyé dés la veille
tous ses Officiers pour y
preparer un magnifique déjeuner.
Entre midi & une
heure Milord Comte de
Skardel, accompagné de
six Gentilshommes de la
Chambre privée de la Reine,
vint faire à Son Excellence
compliment sur son
heureuse arrivée dans le
Royaume.Monsieur le Duc
descendit trois marches de
l'escalier pour le recevoir,
& lui donna la droite jusqu'à
la chambre,où il y
avoit deux fauteüils, six
chaises pour les six GentilsbOiTImes,
&une autre chaise
à main gauche, & un peu
derriere le fateüil de M.le
Duc, pour M. le Chevalier
Cotherel Maître des Ceremonies.
LeComte eut la
place d'honneur, & se couvrit
avec sa suite. Il n'y eut
de nôtre part que M. le
Duc & le Maître des Ceremonies
qui furent assis &
couverts.
D'abord aprés le compliment
Son Excellence proposa
à Messieurs les Anglois
d'aller déjeûner, & leur
donna toûjours la droite
jusqu'à la salle de l'ambigu,
qui fut des plus somptueux,
sur deux tables de quarante
couverts, où l'on ne s'assit
pas, chacun mangeant debout&
àla placeoù il [e
trouva. Sur les trois heures
on sortit de la maison de
M. Robinson, & depuis ce
moment-làles François eurent
toujours la droite. On
traversa
, pour gagner le
port, plusieurs rues parsemées
de fleurs & lacour de
l'Hôtel desInvalides,oùl'on
trouvalessoldats sous les
armes,les tambours battant
aux champs
,
le Gouverneur
à la premiere porte
avec tous les Officiers, qui
vinrent faire cortege à M.
l'Ambassadeur. Toutes les
berges de la Reine étoient
la à nous attendre. Rien
n'est plus propre, ni plus
galant; ce n'est en dehors
que sculpture & dorure, &
le dedans est tapissé de velours.
Celle où entra M. le
Duc, avec le Milord qui le
conduisoit, étoit superbe ôc
doréejusqual'eau:ellen'avoit
jamais servi à aucun
Ambassadeur. Tous les
yacths de la Reine, moüillez
prés de Grenvvich
, avoient
arboré tous leurs
pavillons;il y en avoit tout
le long des cordages, &
j'en comptai à un seul plus
de cinquante qui jouent au
gré des vents. Ils saluerent
de tous leurs canons la bergede
Son Excellence, &
tous les autres bâtimens
dont la Tamise est couverteétoient
pleins de monde
jusqu'au haut des mats:
ce n'étoient que chapeaux
en Tair, & que cris reÏrerez
de hous,.boufàyJ hou.
J&y.
- On arriva vers les qua- treheures au pied de la
Tour de Londres. Milord
Comte de Northampton,
Connêtable de la Tour,fiiivi
du Commandant Se des
principaux,Officiers, se
trouva au bas de l'escalier
du gay pour recevoir M.le
Duc, & lui presenter la
main au sortir de sa berge.
Il lui fit compliment de la
part de la Reine, & le conduisit
au carosse de Sa Majesté.
C'est un honneur qui
n'avoit pas encore eu d'exemple,
& nul Ambassadeur
n'avoit été reçu jusqu'apresentque
par le
Commandant de la Tour.
Tout le quay étoit bordé
par les gardes de la Reine,
la bayonnette au bout du
fil11
,
les enseignes déployées,
les tambours battant
aux champs, tous les
Officiers à leurs places &
saluant de l'esponton:autre
distinction sans exemple.
&qui n'a été accordée qu'à
M. le Duc d'Aumont.
Quand on sortit de la
Tour, tout le canon nous
falua au nombre de cent
quatre pieces. Voici l'ordreque
l'on garda.
Ilyavoit à la tête une
trentaine d'Anglois parfaitement
bien montez; ce
sont les marchands & les
ouvriers qui fournissent
l'Hôtel de Son Excellence.
Ils étoient suivis des gardes
de M. le Chevalier Maréchal
de la Maison de la Reine,
qu'ils precedoient,
M. le Chevalier Englich,
Maréchal des Ceremonies
lequel étoit dans le carossey
de Milord Comte de Skardel,
par où commençoit la
marche.
Ensuite les quatre Suisses
de M. le Duc sur des che,-
vaux,& aprés eux les trente
valets de pied de M. le
Duc,qui n'a voulu que si
feule Maison, & n'a pas
pris un seul homme de parade.
Ensuite deux écuyers sur
les plus beaux chevaux
d'Angleterre, à la tête de
douze pages, tous Gentilshoninles,
parmi lesquels il
y ades Chevaliers de Malte.
Entre les deux files de
leurs chevaux il y avoit un
Ecuyer à cheval pour les
conduire.
Six palfreniers à cheval,
qui menoient des chevaux
de main;deux autres Gentilshommes
de Son Excellence
marchoient à cheval
immédiatement devant le
carosse de la Reine, dans
lequel étoit M. l'Ambassadcur
, Milord Comte de
Skardel,nommé Ambassadeur
à la Cour de Vienne,
le Secretaire de nôtreambassade,
& le Maître des
Ceremonies.
Un second carosse de la
Reine pour les six Gentilshommes
de sa Chambre, le
carosse du corps de Son Excellence,
attelé de huit chevaux
gris- pommelez, couverts
de harnois dorez, les
crins tressez de rubans cramoisy
, avec des aigrettes
de plume sur la tête. Ce carosse
était vuide,toutes les
glaces levées, suivi de quatre
carosses à huitchevaux,
appartenans à Son Excellence,
& de cinq auti es carossesàsix
chevaux appartenans
à des Gentilshommes
de sa fuite, dont les cochers
& portillons avoienc
la livrée de M.le Duc. Tous
les domestiques de ces
Gentilshommes accompagnoient
à pied ces dix carosses
:
ils étoient habillez
de surtous rouges, uniformes,
& formoient une
nombreuse livrée.
Aprés toute cette pompe
suivoient les carosses à six
chevaux des SeigneursTorris
qui y avoient envoyé
tous leurs gens, & je crois
qu'il y avoit bien cinquante
carosses.
En arrivant à Sommerset
House Son Excellence trouva
dans la cour unecompagnie
des Gardes de la Reine
fous les armes, comme
à la Tour, & toutes les
trompettes de Sa Majesté,
qui avec les timbales &
tambours sonnoientdes
fanfares sur la retraiTe. Il
ne fut plus permis à qui que
ce soit de nôtre livrée d'entrer
dans les appartemens,
& Son Excellence n'eut
plus d'autres Officiers que
ceux de la Reine. La salle
des Gardes se trouva bordée
de trente ou quarante
Hoquetons en toque & en
habits de ceremonie,lahalebardc
à la main, & ils
n'en font pas fortis jusqu'à
Samedi après l'audience.
Le Comte de Skardel
conduisit M. le Duc dans
son appartement, & l'en
mit en possession; & après
lui avoir fait un second
compliment au nom de la
Reine, M. l'Ambassadeur
le reconduisit jusqua sa
chaise à porteurs, en lui
donnant à son tour la main.
Un moment aprés arriva
Milord Comte de Vvindfor,
que Son Excellence
alla recevoir jusques dans
la
la première salle, en lui
donnant la droite ôc la place
dhonneur dans la chambre
d'audience. Le Comte
s'assît, & se couvrit en même
temps que M. le Duc,
à qui il fit compliment de
la part de Sa Majeste
;
aprés
quoy Son Excellence, en
lui donnant toujours la
main, l'alla reconduire jusqu'à
sa chaise.
Toute la soirée se passa
à recevoir des visites ou
des complimens. A dixheures
le Maître d'Hôtel de la
Reine vint avertir Son Excellence
que le souper étoÍr
servi. On n'a jamais rien vû
de plus magnifique. C'étoit
une table longue, dont un
bout donnoit fous le dais i
avec un seul couvert b cadenat,
&un fauteüil de velours
pour M. le Duc, qui
étoit seul à ce bout-là. Plus
bas des deux côtez, &à
une assez grandedistance,
etoient vingt-quatre couverts
, où saffirent sur des
chaises de natte à rAn
gloise Milord Skardel à la
droite, &Milord Vvin¥or
à la gauche, d'autres Milords
après eux, le Maître
des Ceremonies, le premier
Controlleur de la Maison
de la Reine, & dans le
reste des places ce qu'il y
put tenir de Gentilshommes
François. Son Excellence
a toujours été servie
à verre couvert & en vermeildoré
par les mêmes
Officiers qui ont l'honneur
de servir la Reine. C'étoient
les Hoquetons qui
portoient les plats couverts,
& les Gentilshommes servans
qui les mettoient sur
la table. Pendant tout le
repas les trompettesnont
pascesse de sonner: on a
bû toutes les fois à la santé
du Roy,& celle de Sa Majessé
Britannique, & celle
du Roy d'Espagne. Ces santez
ont été bûës debout &
à découvert. Ensuite on a
bû les santez de Monseigneur
le Dauphin, de
Monseigneur le Duc de
Berry, de Monsieur le
Duc d'Orléans, & de Milord
Grand Tresorier. Je
vous avouë que toutes ces
santez n'accommodoient
pas lamienne: c'étoit un
vin de Volney très vif, ou
un fin vin de Champagne,
qu'il faloit boire pur & à
plein verre. Il y a eu six
repas servis avec cette magnificence
,
sans compter
une autre table de plus de
quarante couverts pour les
autres Gentilshommes,qui
ne pouvoienr tenir tous à
celle de M. le Duc. Cette
table,dont M.le Maréchal
des Ceremonies faisoit les
honneurs,étoit servie comme
la premiere par lesOfficiers
de Sa Majesté. Cette
grande Princcesse
, qui ne
dédaigne pas d'entrer dans
les moindres détailsen nôtre
faveur; a donné ordre
qu'on servît la plupart des
plats à la Françoise
,
& a
bien voulu envoyer en
France chercher toutes fortes
de vins, de confitures
seches & liquides.
Outre ces deux grandes
tables, il y en a eu une autre
pour les douze pages &
leurs gouverneurs, servie
avec la mêmesomptuosité.
Enfin l'on peut dire
que tout a répondu à la
magnificence d'une si grande
Reine, & que toute la
fête a été veritablement
royale.
Le Samedi l'aprésdînée,
sur les six heures du soir,
Milord Comte de Salisburi
est venu prendre M.l'Ambaffadeur
pour le conduire
à l'audience publique. Il a
été reçu avec les mêmes
honneurs que les deux autres
Comtes, & la pompe
a été la même que celle du
Mercredi, même cortege,
mêmeséquipages,mêmes
carosses, & même foule à
nous voir passer, & même
ardeur à [e battre pour rzmasser
l'argent du gencreux
Ambassadeur.
A la porte de saint James
Son Excellence a été
reçûë par le Chevalier Maréchal
, par le Maréchal
des Ceremonies, ôc par le
Concierge du Palais, avec
leurs bâtons de commandement
à la main, les Gardes
de Sa Majesté fous les
armes,enseignes déployées,
les Officiers saluant
,
&
les tambours battant aux
champs, même dans le Palais
de la Reine.
Les
Lesvalets de pied de Son
Excellence ont été rangez -
en haye tout le long de l'escalier,
les pages ont entré
dans la salle des Gardes.
M. le Duc a été conduit
dans la Chambre du Conseil,
en attendant que toute
sa fuite fût rassemblée:alors
un Chevalier est venu ravertir
que la Reine éroie
sur son trône, c'est à dire
dans un fauteüil
,
sur une
estrade fous son dais. On a
traversé la salle des Hoquetons
, leur Commandant à
leur tête, qui a conduit Son
Excellence jusqu'à la salle
des Gentilshommes Pensionnaires
magnifiquement
vétus, tous en haye, tenant
leurs hallebardes dorées.
Milord Duc de Beaufort,
leur Capitaine
) a reçû
l'Ambassadeur à la porte de
la salle, & l'a conduit jusqu'à
la Chambre de la Reine,
à la porte de laquelle
tous les Gentilshommes
François qui precedoient
Son Excellence se sont ouverts
pour la laisser entrer
la premiere entre le Comte
de Salisbury & M. le Chevalier
Cook, Vicechambellan
,
faisant les fonctions
en l'absence de M. le
Duc de Shrevvsbury grand
Chambellan.
M. le Duc a fait une premiere
reverence dés l'entrée
de la chambre, une seconde
au milieu, & une
troisiéme aux pieds de la
Reine. Le ceremonial vouloit
que Sa Majesté se levât
à la seconde
: mais l'incommodité
de la Reine & la foiblesse
de ses jambes ne le
lui a pas permis. Avant l'audience
Sa Majestéavoit fait
écrireàSon Excellencepar
MilordDarmouth premier
Secretaire d'Etat une lettre
d'émeute
,
qui a suppléé
à la rigueur du ceremonial.
M le Duc se couvrit un
moment pour la forme, &
prononça son compliment
en presentant ses lettres de
creance. Sa Majesté y répondit
trés- gracieusement
en Anglois, que le Maître
de Ceremonie interpreta;
après quoy Son Excellence
se retira, en faisant trois
reverences aux mêmes endroits
qu'en entrant, en
marchant en arriere jusqu'à
la sortie de la chambre.
On a été reconduit avec
tous les honneurs qu'on avoit
reçus en entrant,&
l'on est revenu au Palais de
Sommerfet dans le même
ordre qu'on en étoit forci.
Aprés que le Milord Comte
de Salisbury eut ramené
M. le Duc dans son appartement,
Son Excellence lui
donna la main, & le reconduisit
en cortege jusqu'à sa
chaise.
Le lendemaindeson aa
dience étant allé à Kinsinp
on faire sa cour à la Reine
, il lui demanda une grace
, qu'il supplia instamment
Sa Majesté de ne lui
pas refuser. La Reine le lui
promit, & Son Excellence
lui dit qu'ilavoitappris que
SSaaMajestéavoit donné or- ~i !c ité avoir ordre
qu'on achetâtpour elle
enHollandeunattelagede
chevaux gris- pommelez ;
qu'il en avoit neuf qu'on
avoit trouvez passables
; ôc
qu'ilsupplioittrés-humblement
Sa Majesté de les accepter
:
osant lui dire qu'
Elle ne pouvoit s'en défendre
après la parole qu'Elle
lui avoit fait l'honneur de
lui donner. La Reine, qui
ne s'attendoit pas à accorder
une pareille grace, parut
un moment interdite ;
mais d'abord d'un visage riant Elle lui répondiot:
Monfeur le Duc,il n'y a
pas moyen de refuser une offre
faite d'une maniere si engageAnte;
d'un autre j'y pfnJerois
4 deux jots: mais devotre
part je reçois tout avec
grand plaisir. Vousjugez
bien que les neuf chevaux
avec leurs parures n'ont pas
tardé à être conduits à Kinsington.
Ce sont les plus
beaux qu'on ait vûs ici, &
les neuf ont coûté en Hollande
dix mil francs. Vous
reconnoissez là les manieres
de M. le Duc d'Aumont.
Avanthier il y eut à Londres
une fête fort solemnelle
pour le Te Deum en
musique, chanté à S. Paul
en actions de graces de la
paix. La Reine ne put s'y
trouver; ce qui diminua
beaucoup de la beautéde
la cavalcade: mais tous les
Meilleurs du Parlement de
l'une & l'aurre Chambre s'y
ren dirent tous en cortege
dans leurscarosses, que les
Torris avoient rendus fort
brillans. Le soir Se toute la
nuit il y eut des feux dans
la ville, & toutes les fenêtres
éclairées. Ceux qui n'y
mirent pas de lumieress'exposoient
à voirbriser leurs
vitres
,
& il n'yen a gueres
de celles-ci qui ayent echa<
péà la tumultueuse rejoüissance
de la mable: c'est ainsi
qu'onappelle la populace
de Londres, qui ces joursla
est la maîtresse, &' que
nulle puissance n'a le droit
ni la force dereprimer. Il
y eut cette nuit là deux fort
beaux feux d'artifice; l'un
dans Hoborn pour la ville,
& l'autre pour la Reine sur
la Tamise, entre Sommerset
& Vvitheal.
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Résumé : Relation de l'entrée de M. le Duc d'Aumont, Ambassadeur extraordinaire de France, à Londres le 20. Juillet 1713.
Le texte décrit plusieurs événements liés à la visite du Duc d'Aumont, ambassadeur extraordinaire de France à Londres, en juillet 1713. Le 10 juillet, le Duc d'Aumont arrive à Greenwich où il est accueilli par Milord Comte de Skardel et six gentilshommes de la Chambre privée de la Reine. Après un déjeuner somptueux, ils se rendent à la Tour de Londres, où le Duc est reçu par Milord Comte de Northampton. La procession inclut des gardes, des valets de pied, des pages, et des carrosses ornés. À Somerset House, le Duc est accueilli par une compagnie des Gardes de la Reine et reçoit des visites toute la soirée. Un souper magnifique est servi, et des santés sont portées au Roi de France, à la Reine Britannique, et à d'autres personnalités. Le lendemain, le Duc assiste à une audience publique avec la Reine, qui est reçue dans un fauteuil sur une estrade sous son dais. Le Duc prononce son compliment avant de se retirer. La Reine, en raison de son incommodité, ne se lève pas mais répond gracieusement. Le Duc retourne ensuite à Somerset House avec les mêmes honneurs. Le texte mentionne également deux autres événements. Premièrement, le Duc d'Aumont offre neuf chevaux gris-pommelés à la Reine, estimés à dix mille francs en Hollande. La Reine accepte l'offre en raison de la manière engageante dont elle est faite. Les chevaux, jugés parmi les plus beaux, sont conduits à Kensington. Deuxièmement, une fête solennelle est organisée à Londres pour célébrer la paix par un Te Deum à l'église Saint-Paul. La Reine ne peut y assister, ce qui diminue la splendeur de la cavalcade. Cependant, les membres du Parlement des deux chambres y participent en cortège dans des carrosses brillamment décorés. La nuit est marquée par des feux d'artifice et des illuminations obligatoires. La populace londonienne, appelée la 'mable', profite de l'occasion pour se livrer à des réjouissances tumultueuses. Deux feux d'artifice sont tirés, l'un pour la ville à Hoborn et l'autre pour la Reine sur la Tamise.
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6
p. 107-111
Compliment de son Excellence M. le Duc d'Aumont à la Reine de la Grande Bretagne, à sa premiere audience publique.
Début :
MADAME, C'est un moment bien illustre pour moy que celui-ci [...]
Mots clefs :
Duc d'Aumont, Compliment, Reine de Grande-Bretagne, Paix, Union
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Compliment de son Excellence M. le Duc d'Aumont à la Reine de la Grande Bretagne, à sa premiere audience publique.
Compliment de Son Excellence
M.le Duc d'Aumont
à la Reine de la
Grande Bretagne, à sa
premiere audience pu
blique,
-
MADAME,
C'ejî un moment bien illussre
pour moy quecelui ci:
dans laplus heureuse tTplus
brillante conjoncture j'ai
l'honneur de rendre à Vbtrt
MaJfjlé, de la part du Roy
mon Maitre) des témoignages
publiques de tous /f< fcntimem
qui t'attachent à votre Per- (nne sacrée. Les évtmmens
Jt me longueguerre b n'ont rien
i,
fris sur L'amitié que lhe~: liens
du Jang lui ont ln/pirée) ni
sur ctte haute confédération
qui efl due aux qualité% performelles
,
plus refpeélables
que la majesté des titres, &
que toute la puissance du
trône.
Ces fentimens3 Madame,
ont été mutuels; & l'intelligence
qu'ils ont formée entre
les deux Couronnes a dijjîpe
(esprojets des partis, def&rme
les nations de la terrey changé
la (ace des Ffiâts
,
donné de
nouveaux Rots à l'Europef
& affermi, si je l'ose aire,
la gloire même de Votre Mt.
jtflé Par des conditions dont
Elle a été l'arbitre Elle procure
le bonheur de Jes fu/ers
y
J'a.
vantagedmtJ-esalite^ C&
couronne en même temps les
grands tY mémorables evenemens
de Jon regne, dont
l'antiquiténa pas montré
J'extmple, 0* nouveaux mê.
mhe lsuirjlae tbrônee otùhre.gn4
LA France accoutumée a
trouver dans /es malheurs de
la gloire C? des rejjources , n'en bénira pas moins les con.
feils de Vôtre Majeflé. Elle
a refû avec de vives acclamations
la nouvelle d'une paix
dont la moderation st) la bonne
joy,exercées de part & d'autre
avec émulation
}
ont tranche
toutes les diffculttz &
levé tous les objlac/es.
Ces vertus, si rares dans
lestraiteZJ ont étéréciproques
dans le cours de la dermere
négociation , & elles font
devenues le ptefage (F le
fondement d'uneferme union9
qui dépose entre les mains de
Votre Majesté & dans ctllts
du Roy mon Maître la balance
de touteJ les PuiJJmcei
de tEurope.
M.le Duc d'Aumont
à la Reine de la
Grande Bretagne, à sa
premiere audience pu
blique,
-
MADAME,
C'ejî un moment bien illussre
pour moy quecelui ci:
dans laplus heureuse tTplus
brillante conjoncture j'ai
l'honneur de rendre à Vbtrt
MaJfjlé, de la part du Roy
mon Maitre) des témoignages
publiques de tous /f< fcntimem
qui t'attachent à votre Per- (nne sacrée. Les évtmmens
Jt me longueguerre b n'ont rien
i,
fris sur L'amitié que lhe~: liens
du Jang lui ont ln/pirée) ni
sur ctte haute confédération
qui efl due aux qualité% performelles
,
plus refpeélables
que la majesté des titres, &
que toute la puissance du
trône.
Ces fentimens3 Madame,
ont été mutuels; & l'intelligence
qu'ils ont formée entre
les deux Couronnes a dijjîpe
(esprojets des partis, def&rme
les nations de la terrey changé
la (ace des Ffiâts
,
donné de
nouveaux Rots à l'Europef
& affermi, si je l'ose aire,
la gloire même de Votre Mt.
jtflé Par des conditions dont
Elle a été l'arbitre Elle procure
le bonheur de Jes fu/ers
y
J'a.
vantagedmtJ-esalite^ C&
couronne en même temps les
grands tY mémorables evenemens
de Jon regne, dont
l'antiquiténa pas montré
J'extmple, 0* nouveaux mê.
mhe lsuirjlae tbrônee otùhre.gn4
LA France accoutumée a
trouver dans /es malheurs de
la gloire C? des rejjources , n'en bénira pas moins les con.
feils de Vôtre Majeflé. Elle
a refû avec de vives acclamations
la nouvelle d'une paix
dont la moderation st) la bonne
joy,exercées de part & d'autre
avec émulation
}
ont tranche
toutes les diffculttz &
levé tous les objlac/es.
Ces vertus, si rares dans
lestraiteZJ ont étéréciproques
dans le cours de la dermere
négociation , & elles font
devenues le ptefage (F le
fondement d'uneferme union9
qui dépose entre les mains de
Votre Majesté & dans ctllts
du Roy mon Maître la balance
de touteJ les PuiJJmcei
de tEurope.
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Résumé : Compliment de son Excellence M. le Duc d'Aumont à la Reine de la Grande Bretagne, à sa premiere audience publique.
Lors d'une première audience publique, le Duc d'Aumont adresse un compliment à la Reine de Grande-Bretagne, transmettant les témoignages d'affection du Roi de France. Malgré les conflits passés, l'amitié entre les deux couronnes subsiste, fondée sur des qualités personnelles et une haute alliance. Cette intelligence mutuelle a transformé les États européens, donné de nouveaux rois et renforcé la gloire de la Reine. La France, habituée à trouver de la gloire dans les malheurs, bénit les conseils de la Reine et salue la nouvelle d'une paix modérée. Les vertus réciproques observées lors des négociations ont établi une union solide, plaçant la balance des puissances européennes entre les mains de la Reine et du Roi de France.
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7
p. 111-118
Nouvelles d'Angleterre.
Début :
On écrit de Londres que le General Evans partit le [...]
Mots clefs :
Londres, Duc d'Aumont, Escadre, Reine, Parlement, Paix, Ministres, Médaille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles d'Angleterre.
Nouvelles d'Angleterre.
On écrit de Londres que
le GeneralEvans partit le
20. Juillet pour aller à Douvres
casser les regimens de
Pocock, de Nevvton 8c
d'Evans, qui doivent y être
arrivez de Flandres; que
le 24. tous les artificiers avoient
été envoyez à Vvol
vvich pour charger de*
bombes, & preparer d'autres
artifices pour l'escadre
qui est vers l'embouchure
de la Tamise
,
qui devoit
partir incessamment pour
aller joindre une escadre
Hollandoise,& faire ensemble
voile vers la mer Baltique,
afin d'obliger les Puissances
du Nord à faire la
paix; quenéanmoins les
Ministres des Etats,garans
des traitez de Vvestphalie,
de Travvendal & de Raenstadt,
travailloient à engager
les parties interessées à
un
en accommodement à l'amiable,
ou à les y contraindre
par la force;quele 17.
la Reine, qui joüit d'une
parfaite santé, étoit reve.,
nuë de Kensington au Palais
de saint James, d'où
elle alla à la Chambre des
Pairs ; que les Communes
s'y étant rendues
3
elle donna
son confenremenr à
l'acte pour faire circuler
douze mille livressterlin de
billets de l'Echiquier, 6c
pour lever cinq cent mille
livres sterlin destinées à
payer les dettes de la liste
civile, & à plusieurs autres
actes ;qu'ensuite elle avoic
fait une harangue aux deux
Chambres, dans laquelle
elle avoit declaré qu'elle
étoit venuë pour terminer
cette seance
;
qu'elle les
avoit remerciez des subsides
qu'ils lui avoient cidevant
accordez,&qui lui
avoient fourni les moyens
de soûtenir la guerre & de
conclure une paix avantageuse
;
qu'elle leur avoit
recommandé de faire connoître
à toute la nation les
biens qui lui en reviennent
& de tâcher de détruire les
divisionsfomentées avec
tant d'artifice, qu'il étoit
necessaire de faire voir
l'amour qu'on avoir pour la
patrie, en se réunissant
pour prévenir la malice
des personnes mal intentionnées,
& détrompant
ceux qui étoient abuiez
j
que rien ne pouvoir maintenir
la paix, que de s'attacher
fermement au gouvernement
dans l'Eglise &
dans l'Etat; qu'on ne pouvoir
faire fond que sur ceux
qui ont ces sentimens:
qu'elle esperoit trouver
l'hyver prochain son Parlement
resolu d'agir dans
les mêmes principes. Aprés
quoy Sa Majesté Britannique
retourna en chaise au
Palais de saint James. Elle
étoit suivie par ses Dames
d'honneur dans son carosse
de parade, attelé de six des
beaux chevaux dont le Duc
d'Aumont lui a fait present.
Son Excellence, accompagnée
de plusieurs Gentilshommes
de [a. fuite ,
suivoit avec deux de ses
magnifiquescarosses. La
Reine a fait distribuer aux -
membres des deux Chambres
des medailles d'or,
qu'elle avoir fait fraper
pour la paix, du poids de
trois guinées & demie chacune.
Milord Compton,Evêque
de Londres, mourut le
18. Juillet, après quelques
jours de maladie, âgé de
quatre-vingt-un an.
La Comtesse Doüairiere
de Salisbury mourut le 19.
au soir.
• Le 25.le Duc d'Aumont
donna un grand bal aux
Seigneurs & aux Dames de
la Cour, & autres personnes
de distinction
;
il fit
distribuer pour les masques
deux mille billets, dont il
envoya cinquante à Milord
Maire pour en disposer.
On y servit des rafraîchissemens
en abondance, &
tout se passa avec beaucoup
d'ordre & de magnificence.
On écrit de Londres que
le GeneralEvans partit le
20. Juillet pour aller à Douvres
casser les regimens de
Pocock, de Nevvton 8c
d'Evans, qui doivent y être
arrivez de Flandres; que
le 24. tous les artificiers avoient
été envoyez à Vvol
vvich pour charger de*
bombes, & preparer d'autres
artifices pour l'escadre
qui est vers l'embouchure
de la Tamise
,
qui devoit
partir incessamment pour
aller joindre une escadre
Hollandoise,& faire ensemble
voile vers la mer Baltique,
afin d'obliger les Puissances
du Nord à faire la
paix; quenéanmoins les
Ministres des Etats,garans
des traitez de Vvestphalie,
de Travvendal & de Raenstadt,
travailloient à engager
les parties interessées à
un
en accommodement à l'amiable,
ou à les y contraindre
par la force;quele 17.
la Reine, qui joüit d'une
parfaite santé, étoit reve.,
nuë de Kensington au Palais
de saint James, d'où
elle alla à la Chambre des
Pairs ; que les Communes
s'y étant rendues
3
elle donna
son confenremenr à
l'acte pour faire circuler
douze mille livressterlin de
billets de l'Echiquier, 6c
pour lever cinq cent mille
livres sterlin destinées à
payer les dettes de la liste
civile, & à plusieurs autres
actes ;qu'ensuite elle avoic
fait une harangue aux deux
Chambres, dans laquelle
elle avoit declaré qu'elle
étoit venuë pour terminer
cette seance
;
qu'elle les
avoit remerciez des subsides
qu'ils lui avoient cidevant
accordez,&qui lui
avoient fourni les moyens
de soûtenir la guerre & de
conclure une paix avantageuse
;
qu'elle leur avoit
recommandé de faire connoître
à toute la nation les
biens qui lui en reviennent
& de tâcher de détruire les
divisionsfomentées avec
tant d'artifice, qu'il étoit
necessaire de faire voir
l'amour qu'on avoir pour la
patrie, en se réunissant
pour prévenir la malice
des personnes mal intentionnées,
& détrompant
ceux qui étoient abuiez
j
que rien ne pouvoir maintenir
la paix, que de s'attacher
fermement au gouvernement
dans l'Eglise &
dans l'Etat; qu'on ne pouvoir
faire fond que sur ceux
qui ont ces sentimens:
qu'elle esperoit trouver
l'hyver prochain son Parlement
resolu d'agir dans
les mêmes principes. Aprés
quoy Sa Majesté Britannique
retourna en chaise au
Palais de saint James. Elle
étoit suivie par ses Dames
d'honneur dans son carosse
de parade, attelé de six des
beaux chevaux dont le Duc
d'Aumont lui a fait present.
Son Excellence, accompagnée
de plusieurs Gentilshommes
de [a. fuite ,
suivoit avec deux de ses
magnifiquescarosses. La
Reine a fait distribuer aux -
membres des deux Chambres
des medailles d'or,
qu'elle avoir fait fraper
pour la paix, du poids de
trois guinées & demie chacune.
Milord Compton,Evêque
de Londres, mourut le
18. Juillet, après quelques
jours de maladie, âgé de
quatre-vingt-un an.
La Comtesse Doüairiere
de Salisbury mourut le 19.
au soir.
• Le 25.le Duc d'Aumont
donna un grand bal aux
Seigneurs & aux Dames de
la Cour, & autres personnes
de distinction
;
il fit
distribuer pour les masques
deux mille billets, dont il
envoya cinquante à Milord
Maire pour en disposer.
On y servit des rafraîchissemens
en abondance, &
tout se passa avec beaucoup
d'ordre & de magnificence.
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Résumé : Nouvelles d'Angleterre.
Le texte décrit des événements récents en Angleterre. Le général Evans a quitté Londres le 20 juillet pour Douvres afin de disperser les régiments de Pocock, Newton et Evans, arrivés de Flandres. Le 24 juillet, des artificiers ont été envoyés à Woolwich pour préparer des bombes et autres artifices pour une escadre près de l'embouchure de la Tamise. Cette escadre devait rejoindre une escadre hollandaise pour se diriger vers la mer Baltique et forcer les puissances du Nord à faire la paix. Cependant, les ministres des États garants des traités de Westphalie, Travendal et Raenstadt travaillent à un accommodement à l'amiable ou par la force. Le 17 juillet, la Reine, en parfaite santé, s'est rendue du palais de Kensington au palais de Saint James. Elle a donné son consentement à plusieurs actes, dont un pour émettre des billets de l'Échiquier et lever des fonds pour payer les dettes civiles. Elle a ensuite harangué les deux Chambres, les remerciant pour les subsides accordés et les encourageant à unir la nation pour maintenir la paix et soutenir le gouvernement. La Reine a distribué des médailles d'or aux membres des deux Chambres pour célébrer la paix. Milord Compton, évêque de Londres, est décédé le 18 juillet à l'âge de quatre-vingt-un ans après une courte maladie. La comtesse douairière de Salisbury est décédée le 19 juillet au soir. Le 25 juillet, le duc d'Aumont a organisé un grand bal à la cour, distribuant des billets pour les masques et offrant des rafraîchissements en abondance.
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8
p. 104-108
Nouvelles d'Angleterre.
Début :
On mande de Londres que la Reine a donné au [...]
Mots clefs :
Reine, Comte de Seafield, Duc d'Aumont, Royaume d'Écosse, Élections, Anglicans
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles d'Angleterre.
Nouvelles dAnglettrrt.
Onmande de.Londres
que la Reine a donné au
Comte de Seafield la Charge
deChancelier du Royaume
d'Ecosse,&au Comte
de Marr celle de Secretaire
d'Estatpour le même pays ;
qu'il y avoit eu à Vvindsor
un grand conseil
,
dans lequel
le Duc de Schrevvsbury
avoit été déclaré Viceroy
d'Irlande, conservant
sa Charge de grand
Chambellan
; que le n, Septembre le Chevalier
Cotterel
,
Maître des Ceremonies,
alla porter au
Duc d'Aumont, Ambassadeur
extraordinaire de
France, le present de la
Reine, qui est un portrait
de Sa Majesté,enrichi de
diamans d'un très-grand
prix;que le 24. le Duc d'Aumont
alla à Vvindsorla remercier,
& prendre congé
d'elle; que le Comte d'Oxford,
grand Tresorier,avoit
donnéil y a quelques jours
ses ordres pour payer à
Chatam les équipages de
douze vaisseaux de guerre
qjii y sont, & de cinq autres
qui sont à Plimouth,
afin de les congedier & de
soulager l'Estat de cette dépense
; & qu'il avoir en
voyé le 6. d'Octobre, fous
une bonne escorte
, une
somme considerable à
Vvolvvich & à Deptford,
pour payer les équipages
de cinq vaisseaux de guerre
qu'on veut aussi licentier.
Que les élections conti
nuoient dans les Provinces
à l'avantage des Anglicans;
qu'on avoir même remarquéque
de quarante- quatre
députez que la Province
de Cornoüaille choisit, il
y en avoit trente de ce parti,
& quatorzeseulement
pour celui des Vvighsj-Oâ
écrit de Bristol, que le jour
qu'on y travailloit aux élevions
dans la halle où od
a coûtumede lesfaire,le
peuplesesoûleva contre les Vvighs & les enchassa,
ôc que s'étant retirerdans
la maison d'un marchand
voisin,il les y poursuivit,
ôcy fit beaucoup de dommage
avant que les Magisxrats
pussent ymettre or^
4re.
Onmande de.Londres
que la Reine a donné au
Comte de Seafield la Charge
deChancelier du Royaume
d'Ecosse,&au Comte
de Marr celle de Secretaire
d'Estatpour le même pays ;
qu'il y avoit eu à Vvindsor
un grand conseil
,
dans lequel
le Duc de Schrevvsbury
avoit été déclaré Viceroy
d'Irlande, conservant
sa Charge de grand
Chambellan
; que le n, Septembre le Chevalier
Cotterel
,
Maître des Ceremonies,
alla porter au
Duc d'Aumont, Ambassadeur
extraordinaire de
France, le present de la
Reine, qui est un portrait
de Sa Majesté,enrichi de
diamans d'un très-grand
prix;que le 24. le Duc d'Aumont
alla à Vvindsorla remercier,
& prendre congé
d'elle; que le Comte d'Oxford,
grand Tresorier,avoit
donnéil y a quelques jours
ses ordres pour payer à
Chatam les équipages de
douze vaisseaux de guerre
qjii y sont, & de cinq autres
qui sont à Plimouth,
afin de les congedier & de
soulager l'Estat de cette dépense
; & qu'il avoir en
voyé le 6. d'Octobre, fous
une bonne escorte
, une
somme considerable à
Vvolvvich & à Deptford,
pour payer les équipages
de cinq vaisseaux de guerre
qu'on veut aussi licentier.
Que les élections conti
nuoient dans les Provinces
à l'avantage des Anglicans;
qu'on avoir même remarquéque
de quarante- quatre
députez que la Province
de Cornoüaille choisit, il
y en avoit trente de ce parti,
& quatorzeseulement
pour celui des Vvighsj-Oâ
écrit de Bristol, que le jour
qu'on y travailloit aux élevions
dans la halle où od
a coûtumede lesfaire,le
peuplesesoûleva contre les Vvighs & les enchassa,
ôc que s'étant retirerdans
la maison d'un marchand
voisin,il les y poursuivit,
ôcy fit beaucoup de dommage
avant que les Magisxrats
pussent ymettre or^
4re.
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Résumé : Nouvelles d'Angleterre.
Le texte décrit plusieurs événements politiques et diplomatiques en Angleterre et en Écosse. La Reine a nommé le Comte de Seafield au poste de Chancelier du Royaume d'Écosse et le Comte de Marr au poste de Secrétaire d'État pour l'Écosse. Un grand conseil s'est tenu à Windsor, où le Duc de Schrewsbury a été désigné Viceroy d'Irlande tout en conservant sa charge de grand Chambellan. Le 1er septembre, le Chevalier Cotterel a remis au Duc d'Aumont, Ambassadeur extraordinaire de France, un portrait de la Reine enrichi de diamants. Le 24 septembre, le Duc d'Aumont a rendu visite à la Reine à Windsor pour la remercier et prendre congé. Le Comte d'Oxford, grand Trésorier, a ordonné le paiement des équipages de dix-sept vaisseaux de guerre afin de les licencier et réduire les dépenses de l'État. Les élections dans les provinces favorisent les Anglicans, avec par exemple trente députés sur quarante-quatre élus en Cornouaille appartenant à ce parti. À Bristol, une émeute a éclaté contre les Whigs, causant des dommages avant que les magistrats n'interviennent.
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9
p. 279-281
Nouvelles de Paris.
Début :
Le Roy a donné le Gouvernement d'Alsace, vacant par [...]
Mots clefs :
Alsace, Parlement, Gouvernement, Ambassade , Cardinal de Noailles, Angleterre, Duc d'Aumont
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Paris.
Nouvelles de Paris.
Le Roy a donné le Gouvernement
d'Alsace, vacant
par la mort du Duc de Mazarin,
au Maréchal de Huxelles.
Le 1 3. Novembrel'ouverture
du Parlement se fit avec
les ceremonies ordinaires. La
Messe fut célébrée par l'Evêque
de Lavaur, qui fit enfuire
un compliment, auquel
le sieur de Mesmes, premier
President répondit fort éloquemmenr.
Le Duc d'Aumont en arrivé
de ion Ambassade d'Angleterre.
& il a salué Sa Majesté
qui l'a reçu très favoriblement.
Le 30. on chanta leTe
Deum dans l'Eglise Metro- j
politaine en Action de Gra- :
ces de la Prise de la Ville & f
les Forts de Fribourg. Le
Cardinal de Noailles,Arche-
Le Roy a donné le Gouvernement
d'Alsace, vacant
par la mort du Duc de Mazarin,
au Maréchal de Huxelles.
Le 1 3. Novembrel'ouverture
du Parlement se fit avec
les ceremonies ordinaires. La
Messe fut célébrée par l'Evêque
de Lavaur, qui fit enfuire
un compliment, auquel
le sieur de Mesmes, premier
President répondit fort éloquemmenr.
Le Duc d'Aumont en arrivé
de ion Ambassade d'Angleterre.
& il a salué Sa Majesté
qui l'a reçu très favoriblement.
Le 30. on chanta leTe
Deum dans l'Eglise Metro- j
politaine en Action de Gra- :
ces de la Prise de la Ville & f
les Forts de Fribourg. Le
Cardinal de Noailles,Arche-
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Résumé : Nouvelles de Paris.
Le roi a nommé le maréchal de Huxelles gouverneur d'Alsace. Le Parlement a été ouvert le 13 novembre avec des cérémonies traditionnelles. Le duc d'Aumont est revenu d'Angleterre. Le 30 novembre, un Te Deum a célébré la prise de Fribourg, présidé par le cardinal de Noailles.
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