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1951
p. 154
ENIGME. Par M. CHANSIERGES.
Début :
On connoit sur mon front mon âge & ma Patrie : [...]
Mots clefs :
Louis d'or
1952
p. 138
ENIGME. Par M. Constant, Ingenieur des menus plaisirs de Sa Majesté.
Début :
Cinq femelles me font, quand le hazard les joint : [...]
Mots clefs :
Quinte majeure
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME. Par M. Constant, Ingenieur des menus plaisirs de Sa Majesté.
ENIGM E.
Par M. Conftant , Ingenieur des menus
plaifirs de Sa Majesté.
Cinq femelles me font , quand le hazard les
Joint :
J'exifte par leur affemblage ,
Sans lequel je n'existe pint.
Jene vaux qu'aprés certain point ,
Quoique je vaille davantage.
J'ai de quoi mettre au defelpoir
Et faire perdre patience ,
Aqui voit dans fes mains la Royale puiffance
Reconnoître un plus grand pouvoir ;
Mais , ma cruauté n'eft pas moindre ,
Lorfque par l'effet du hazard ,
Une moitié de moi , fans pouvoir fe rejoindre ,
Se fepare de l'autre & le tient à l'écart .
Par M. Conftant , Ingenieur des menus
plaifirs de Sa Majesté.
Cinq femelles me font , quand le hazard les
Joint :
J'exifte par leur affemblage ,
Sans lequel je n'existe pint.
Jene vaux qu'aprés certain point ,
Quoique je vaille davantage.
J'ai de quoi mettre au defelpoir
Et faire perdre patience ,
Aqui voit dans fes mains la Royale puiffance
Reconnoître un plus grand pouvoir ;
Mais , ma cruauté n'eft pas moindre ,
Lorfque par l'effet du hazard ,
Une moitié de moi , fans pouvoir fe rejoindre ,
Se fepare de l'autre & le tient à l'écart .
Fermer
1953
p. 159-160
La Riviere & le Torrent, FABLE. Par M. de la Labat.
Début :
Le Torrent le plus fier qu'eût jamais vû l'Eté, [...]
Mots clefs :
Rivière, Torrent
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texteReconnaissance textuelle : La Riviere & le Torrent, FABLE. Par M. de la Labat.
La Riviere & le Torrent
FABLE
L
Par M. de la Labat.
E Torrent le plus fier qu'eût jamais v
l'Eté ,
Surpris de la tranquillité
D'une pacifique Riviere,
Luiconfeilloit un jour , à fa maniere ,
De ne pas s'endormir dans cette oifiveté.
Quoi ,dit-il, dans tes bords fans ceffe prifonniere ,
Veux-tu fuivre le même cours ,
Et te refoudre à voir toûjours
Tes Eaux langu ffates & mornes ?
Quitte un lâche repos où ta vertu mollit ;
Que ces champs fpacieux déformais foient ton lit
Et ces Monts éloignez , tes rives & tes bornes?
A ces difcours de Conquerant
Le beau Fleuve répond d'un air bien different a
Mon Onde , toûjours calme & pure
De mille bien-faire miécieu
r
Enrichit ces aimables lieux
Et l'on voit l'art & la nature,
De leur plus riante parure
Imbellir à leur tour mes bords délicieux.
Plus nous faifons de bien , plus nous donnons de
preuves
D'une veritable grandeur ;
Maispaffons là-deffus. Je veux qu'entretes Fleaves
Onadmire un jour ma largeur,
Bien-tôt l'aride Canicule
Viendroit târir ces Mers fans profondeur;
Et faire évanouir ma gloire ridicule.
Vous-même, vous en faites foi :
Vos flots unis en tombantdes montagnes
Rempliffoient tout d'épouvante & d'effroi.
prefent difperfez dans ces vakes Campagnes
Niij
LE MERCURE
160
Apeine peuvent ils avancer jufqu'à moi ?
Qu'a gagné vôtre orgueil à ces nobles ravages ?
Voudriez-vous mefaire aller fans fruit
Gardez
Détruire mes propres ouvrages
Pourun peu d'éclat & de bruit?
pourvospareils qu'un tel honneur féduiz
Vôtre héroïfmechimerique.
La Riviereparloit en fage Politique,
L'Attila des Torrens târit avant la nuit.
FABLE
L
Par M. de la Labat.
E Torrent le plus fier qu'eût jamais v
l'Eté ,
Surpris de la tranquillité
D'une pacifique Riviere,
Luiconfeilloit un jour , à fa maniere ,
De ne pas s'endormir dans cette oifiveté.
Quoi ,dit-il, dans tes bords fans ceffe prifonniere ,
Veux-tu fuivre le même cours ,
Et te refoudre à voir toûjours
Tes Eaux langu ffates & mornes ?
Quitte un lâche repos où ta vertu mollit ;
Que ces champs fpacieux déformais foient ton lit
Et ces Monts éloignez , tes rives & tes bornes?
A ces difcours de Conquerant
Le beau Fleuve répond d'un air bien different a
Mon Onde , toûjours calme & pure
De mille bien-faire miécieu
r
Enrichit ces aimables lieux
Et l'on voit l'art & la nature,
De leur plus riante parure
Imbellir à leur tour mes bords délicieux.
Plus nous faifons de bien , plus nous donnons de
preuves
D'une veritable grandeur ;
Maispaffons là-deffus. Je veux qu'entretes Fleaves
Onadmire un jour ma largeur,
Bien-tôt l'aride Canicule
Viendroit târir ces Mers fans profondeur;
Et faire évanouir ma gloire ridicule.
Vous-même, vous en faites foi :
Vos flots unis en tombantdes montagnes
Rempliffoient tout d'épouvante & d'effroi.
prefent difperfez dans ces vakes Campagnes
Niij
LE MERCURE
160
Apeine peuvent ils avancer jufqu'à moi ?
Qu'a gagné vôtre orgueil à ces nobles ravages ?
Voudriez-vous mefaire aller fans fruit
Gardez
Détruire mes propres ouvrages
Pourun peu d'éclat & de bruit?
pourvospareils qu'un tel honneur féduiz
Vôtre héroïfmechimerique.
La Riviereparloit en fage Politique,
L'Attila des Torrens târit avant la nuit.
Fermer
1954
p. 165
ENIGME De M. le Marquis de Neuvie.
Début :
Autrefois dans mes jeunes ans [...]
Mots clefs :
Gants
1955
p. 165
Autre de M. le Chevalier de la Grange, Officier de Marine
Début :
Si je suis fruit ou non, c'est encore à sçavoir : [...]
Mots clefs :
Truffe
1956
p. 146
ENIGME Par M. l'Abbé de Soüillac.
Début :
Je me produis chez les humains [...]
Mots clefs :
Fusée
1957
p. 71-84
Lettre à Monsieur Buchet : Contenant la Traduction de quelques endroits d'un Livre Anglois intitulé : Le Causeur, ou les Veilles du sieur Isaac Bixerstaff.
Début :
MONSIEUR, Je vous envoye ce que vous m'avez demandé, [...]
Mots clefs :
Homme, Bien, Vie, Rire, Café, Traduction, Mort, Public, Mari, Amis, Anglais, Style, Neige, Ridicule
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre à Monsieur Buchet : Contenant la Traduction de quelques endroits d'un Livre Anglois intitulé : Le Causeur, ou les Veilles du sieur Isaac Bixerstaff.
Lettre à Monfieur Buchet :
Contenant la Traduction de quelques en
droits d'un Livre Anglois intitulé : Le
Caufeur , ou les Veilles du fieur Iſaac
Bixerſtaff.
MONSIEUR ,
Je vous envoye ce que vous m'avez de
mmandé , mais je crains que vous n'en foyés
pas auffi content que vous avés cru. Vous
allez trouver de longues phrafes , des expreffions
hazardées , & peut- être des Anglicifmes
Ce n'eft pas tout , la maniere
de penfer vous paroîtra même bizarre.
Vous ferez choqué de l'Original & de la
Traduction , à moins que vous ne vous
prêtiez à tout ce que je m'en vais vous
dire.
L'Auteur,qui eft M. le Chevalier Steele,
celui à qui nous devons le Spectateur,
fe donne ici pour un vieux Aftrologue
Devin de profeffion , de plus Jurifconfulte ,
& Medecin. Un homme de cette efpece
doit parler d'une maniere peu commune ;
il eft impoffible de s'éloigner de la façon
de vivre de la plufpart des hommes , fans
72 LE MERCURE
2-
s'éloigner de leur façon de parler.
Voila pour l'Auteur , voici pour moi
Le ftile du Caufeur , eft tiffu d'expreffions
fertes & chargées , avec des mots hazardez
même en Anglois , la plus libre de toutes
les Langues. Il ne faut pas auffi vous déguifer
que tout cela a trés-bien réuffi en
Angleterre , & que fi ma Traduction n'eſt
pas goûtée en France , ce ne fera pas une
veritable Traduction . Cependant , il a
fallu traduire & non pas compofer . C'est
pourquoi j'ai cru devoir prendre un ftile
approchant du fien. A l'égard des Anglicifmes
, s'il y en a , je voudrois qu'ils fuffent
des fautes heureufes , & qu'on pûr
furmonter la mauvaife honte qui nous empêche
de prendre chez nos voifins ce qui
nous accommode , dans le tems qu'ils fe
font un merite de s'approprier ce que nous.
avons à leur bienféance.
J'ai peut -être imité de certaines negligences
qu'on ne me paffera point ; mais je fuis
perfuadé que le fens ne fçauroit être trop à
fon aife dans nos paroles , & que la trop
grande exactitude le gêne fouvent .
2
Entrons maintenant dans les vûës de M.
Ifaac Bickerstaff: Vous fçaurez d'abord
qu'il paroiffoit une demie feuille de fes
Veilles , trois fois la femaine , & qu'on les
diftribuoit dans les Caffez comme les Ga-'
zettes .
Dés l'entrée de fon Ouvrage , il approu
ve
DE SEPTEMBRE. 73
ve beaucoup les Gazettes ; mais , ajoutet'il
, comme il y a plufieurs bons Citoyens
à qui le zele du bien public fait negliger
leurs affaires, pour aller raifonner fur celles.
de l'Etat , il femble que ces Journaux
devroient être faits pour eux preferablement:
aux autres . Et d'autant que ces Meffieurs
ont d'ordinaire beaucoup de zele & peu de
connoiffance , c'est une oeuvie également
charitable & neceffaire, que de leur fournir
de quoi penfer aprés avoir lu. C'eft le deffein
de ce Journal , qui traittera de toutes
les matieres qui me tomberont fous la main.
Il promet d'y en inferer pour le beau
Sexe , puifque c'eft en fon honneur qu'il
a pris le titre de Caufeur.
Enfuite il dit , que tous les articles de
Galanterie feront datez du Caffé de White:
Ceux qui regardent la Poëfie , du Caffé
de Will: Ceux d'érudition , du Caffé
Grec : Qu'à l'égard des Nouvelles étrangeres
& domeftiques , elles viendront du
Caffé de S. James ; & que tout ce qu'il
aura à dire fur d'autres matieres , fera daté
de fon appartement.
Il finit en badinant fur les frais qu'il eft
obligé de faire en liqueurs & en tabac
d'Elpagne , pour entretenir de bonnes
correfpondances dans tous ces Caffez ; &
fur le don de prédire les chofes futures ,
dont il n'ofe faire que trés peu d'ufage ,
peur d'offenfer fes Superieurs.
Septembre 1719.
de
G
$4
LE
MERCURE
Aprés cette petite préparation , il ne me
refte qu'une chofe à dire , c'eſt que je n'ai
pas prétendu vous donner ici les plus beaux
endroits ; ce font les premiers morceaux
détachez que j'ai trouvé en parcourant le
Livre , & même j'ai été obligé d'y retran
cher bien des chofes . Dans la fuite je
pourrai vous en envoyer d'autres .
Si l'on condamne l'Auteur fur ma Traduction
, on aura tort ; fi l'on approuve
P'un & l'autre , je n'y veux d'autre gloire
que celle de vous avoir fait plaifir , &
d'être reputé , Monfieur , V.T. H. &
T. O. ferviteur L ***
Au Caffé de White.
Une Dame inconnuë me fit l'autre jour
l'honneur de me venir voir. Elle paroiffoit
âgée d'environ trente ans ; brune , mais
trés agreable : La fanté brilloit fur fon
vifage , & fes yeux avoient une certaine
vivacité qui ne convenoit guéres , felon
moi , au ton plaintif dont elle commençoit
à me parler. Je ne fçai fi elle s'en apperçut
, mais tout à coup elle baiffa la vue &
me dit , Monfieur Bickerstaff, vous voyez
devant vous la plus malheureufe de toutes
les Femmes . Comme vous avez la reputa
tion d'être auffi grand Jurifconfulte qu'Af
trologue ou Medecin , je viens implorer
Nos confeils & votre fecours , pour me
DE SEPTEMBRE. -75
faire obtenir la caffation d'un Mariage qui
doit être nul par toutes les loix du monde.
Madame , répondis -je , fi vous attendez
quelque fecours de moi , ayez la bonté de
vous expliquer nettement fur tous vos
griefs . Je ne croyois pas , Monfieur , repliqua-
t'elle , qu'il fût befoin de la moitié
de votre fcience , pour deviner ce qui
peut porter une Femme à fe feparer de fon
Mari. Cela eft vrai , Madame , repartisje,
mais il n'eft pas ici queftion de deviner,
on n'établit pas un Procés fur des conjec
tures : Quand on fçauroit même tout ce
que vous avez à dire , cela ne vous avavanroit
de rien , à moins que vous ne le difiez
vous- même. Alors , fe cachant le vifage
de fon éventail , mon Mari , dit- elle , n'eft
pas plus Mari ( ici elle ne put retenir fes
larmes ) que les Italiens qui chantent à
l'Opera.
Madame , lui dis- je , les Loix peuvent
apporter du remede à vôtre affliction ;
mais envifagez les mortifications que vous
aurez à effuyer , fi vous la rendez publique.
Pourrez - vous foûtenir la rifée de toute
une Cour , les reflexions licentieufes
des Avocats , & fur tout les couleurs qu'on
donnera dans le monde à votre conduite ?
. Combien peu , dira-t'on , cette Dame
fçavoit moderer fes defirs ! J'allois continuer
, mais elle me dit avec quelque émotion
, Monfieur Bickerftaff , je vous ai
Gij
76 LE MERCURE
donné demie Guinée en entrant , afin de
fçavoir vôtre avis fur la maniere dont je
dois m'y prendre, pour obtenir un divorce,
& afin d'apprendre ce qui me doit arriver :
C'eft à vous de voir . Oh , Madame , interrompis-
je ! vous ferez fatisfaite dites
moi , s'il vous plaît , quel âge a vôtre Mari
Ila , répondit la belle affligée , cinquante
ans & il y en a quinze que nous
fommes mariez. Mais , Madame , lui disje
, il auroit fallu vous plaindre plûtôt ,
n'aviez-vous pas des Parens , des Parens , des Amis
aufquels vous puiffiez vous fier ? Helas ,
répondit- elle , il n'a été ainfi que depuis
quinze jours !
Je vous avoue que ma gravité fut démontée
à cette fois , & que je ne pus
m'empêcher de rite. Je lui dis que les
Loix ne pouvoient remedier à de tefs malheurs
; mais cela ne la fatisfit point ; elle
fortit en me difant qu'elle s'adrefferoit à
un jeune Legifte d'Oxford , qui a cent fois
plus de fçavoir que moi , & que toute ma
Famille enfemble. C'eft ainfi que j'ai
perdu ma Cliente. Cependant , fi cette ennuyeufe
narration pouvoit empêcher Paftorella
d'époufer un homme qui eft plus
vieux qu'elle de vingt ans , je confentirois
volontiers , & cela, pour le falut d'une belle
perfonne , que mon fçavoir fût decrié, &
qu'on reliât mes Prédictions avec l'Almamach
de Milan.
DE SEPTEMBRE. 77
Au Caffé de Will.
Je me fuis fouvent plaint ici des Lettres
de compliment. Les François ont cette
mauvaife maniere , & qui pis eft , ils rendent
public ce qui ne vaut rien en particu
lier. Ces complimens , qui ont paflé jufques
chez nous par contagion , ont rendu
les entretiens des Amis abfens de fort
рей
de profit & d'inftruction . C'eft pourquoi
j'ai toûjours demandé à mes Amis de m'écrire
de maniere à me faire fouhaiter d'être
avec eux , plûtôt que de me proteſter
qu'ils fouhaitent fort d'être avec moi. Par
ce moyen , j'ai un recueil de Lettres , de
la plupart des parties du monde , qui font,
pour ainfi dire , du cru du terroir , autant
que les plantes qui y croiffent. Un de
mes Amis qui voyageoit , m'en a écrit
plufieurs de cette efpece ; en voici une
entr'autres , qui ne me déplait pas trop .
"
Mon cher Monfieur ;
Je croy que voici la premiere fois qu'on
vous écrit de la moyenne Region de l'air :
pour ne pas vous tenir en fufpens , c'est du
Sommet de la plus haute Montagne de Suiffe,
fur laquelle je friffonne maintenant au milieu
des glaces & des neiges éternelles dont je
fuis environné. J'ai peine à ne pas dater
G
78
LE
MERCURE
ma Lettre du mois de Decembre , quoiqu'on
veuille me foutenir que c'eft ici le premier
Aouft . Mon encre gele au fort de la Canicule.
En recompenfe j'ai le plaifir de voir
divers Paifages de neige , quifont les plus
jolis du monde. Cette neige est aufi durable
que le marbre ; me voici fur un tas qui
s'éboula du tems de Charlemagne ou de Pepin
le bref, à ce qu'on
qu'on dit partradition.
Les Habitans ne font pas une des moindres
curiofitez du Païs . Dans leurjeuneffe ,
ils fe louent à leurs Voifins , & ceux qui
font à l'épreuve du mousquet jufqu'à cinquante
ans , reviennent avec l'argent qu'ils
ont gagné & les membres qu'ils ont de refte,
achever leurs jours parmi leurs Montagnes
natales. Un des Gentilshommes du lien , qui en a été quitte
pour
un oeil , m'a dit par
maniere
de vanterie
, qu'il y avoit
à prefent
Sept jambes
de bois dans fa Famille
, &
que depuis
fept generations
, on n'avoit
enterré
aucun
mâle
de fa branche
tout à la fois. Vous
trouverez
peut-être mon ftile
auffi
extraordinaire
que tout cela ; mais
Souvenez
- vous qu'il eft dit dans une de nos Comedies
, que les gens
qui parlent
fur les
nuages
, ne doivent
pas être affervi
à mettre
du fens dans leurs
difcours
. Je me croi en droit
d'ufer
du même
privilege
, moi qui
voy les nuages
au deßous
de moi. En quelque
lieu que je fois , je ferai toûjours
, &c.
DE SEPTEMBRE. 79
Je voudrois que dans un Païs où l'on a
des materiaux fi commodes , on érigeât
des Statues de neige à ces Heros mutilez
qui reviennent de la guerre. Ce feroit des
monumens qui pafferoient jufqu'à la poſte-
Fité la plus éloignée.
Au Caffé de Will.
M. Dactile a déployé fon éloquence ce
foir fur le talent de tourner les chofes en
ridicule. Il difoit trés juftement qu'il s'y
feucontroit d'ordinaire quelque chofe de
trop bas pour la focieté des honnêtes gens
à moins qu'on ne le modifiât felon les circonftances
des perfonnes , du tems & du
lieu. Un honnête homme , continua- t'il ,
doit fe fervir de ce talent comme de fon
épée , pour fa feule défeufe , & jamais offenfivement
, à moins que ce ne foit pour
dévoiler l'impofture & l'affectation . Mais
on a fi fort méconnu cette faculté , que le
burlefque dans lequel eft travefti Virgile ,
a paffé de nos jours pour de l'efprit , &
que les plus nobles penſées qui foient jamais
entrées dans le coeur de l'homme , ont été
miſes au niveau de la groffiereté & de la
bouffonnerie . Suivant les regles de la juftice
aucun homme ne devroit être tourné en ridicule
, à caufe de fes imperfections , s'il
ne veut se faire valoir par les qualitez qui
lui manquent. C'eft ainfi que les Poltrons
Giiij
LE MERCURE
qui fe cachent fous un air fier & infolent,
& les Pedans qui penſent montrer la profondeur
de leur fçavoir par une fombre
gravité , font également les dignes objets
de nôtre rifée : Non qu'ils foient en euxmêmes
ridicules par leur manque de coura
ge ou par la foibleffe de leur entendement ,
mais à caufe qu'ils femblent ne pas fentir
le rang qu'ils tiennent dans la vie , & qu'ils
fe placent malheureuſement avec ceux dont
le merite répand trop de jour fur leurs défauts.
Il faut obſerver d'un autre côté que le rire
êtant l'effet de la raiſon , on devroit chaffer
des honnêtes compagnies ceux qui rient
fans raifon.... Ha , ha , dit Guillaume
Truby , qui étoit auprés de nous , eft- ce
qu'on voudra me faire rire par regle & par
methode ? Voyez - vous , répondit Homphroy
Finet , c'est que vous êtes grandement
trompé : Vous pouvez à la verité
faire beaucoup de bruit , & perfonne ne
peut empêcher un Gentilhomme Anglois
de mouvoir fon vifage à fa fantaifie ; mais
fur ma parole , ce bruit que vous faites -là
en ouvrant la bouche , cette agitation d'ef
tomac que vous foulagez en vous tenant les
côtez tout cela n'eft point tire. Le rire
eft de plus grande importance que vous ne
penfez , & je vous dirai en fecret , que
vous n'avez ri de vôtre vie › que je crains
même que vous ne riez jamais , à moins
DE SEPTEMBRE.
de vous faire guérir de ces convulfions.
Truby nous quitta , & quand il fut à deux
pas de nous fort bien , dit-il , vous êtes
d'étranges perfonnes ; en même tems il fit
un autre éclat de rire.
Les Trubys font gens benevoles , ils
rient de gure amitié avec autant de plaifir
que ceux qui rient malicieufement .
Ainfi quand on les voit prendre la figure
d'un homme qui rit ; cela ne vient que de
cette bienveillance generale qui eft née
avec eux. Les Finets ne font que fourire
des chofes les plus plaifantes , & les fentent
bien plus vivement. Je fçai que La
Hargne enrage quand Truby luirit au nez;
mais queTruby eclate de rire en me voyant,
je connois que ce rire , ou fi vous voulez
ce bruit inanimé , qui en d'autres feroit
rire , ne vient que de l'abondante joye
qu'il a de me voir . Mais j'examinerai plus
au long cette matiere dans mon Traité de
fofcitation , du rire & du ridicule.
De mon Apartement.
, Il m'en a coûté bien des foins & des
meditations pour ranger les gens fous les
dénominations qui leur font propres , &
felon leurs caracteres refpectifs . Mon travail
, d'un côté , a eû un fuccés inefperé
& de l'autre , il a été fort negligé . Car ,
quoique j'aye beaucoup de Lecteurs , j'ai
82 LE MERCURE
trés peu de Profelytes. Il faut certaine
ment que cela vienne de la fauffe opinion
qu'on a que mes écrits font plûtôt deſtinez
à l'amufement , qu'à l'inftruction du Public.
J'ai commencé mes EEffflaayyss par décla
rer que je voulois reprefenter le genre humain
tout autrement qu'on n'a fait jufqu'ici
; & j'ai avancé que toute vie inutile
ne feroit plus appellée vie dans mes écrits .
Mais de peur que ma doctrine ne paroiſſe
frivole & fantalque aux gens non lettrez ,
& que ce ne foit peut- être la cauſe du peu
de progrés qu'elle a fait ; qu'on me permette
de developer l'antiquité & la fageffe de
ma premiere propofition , à fçavoir , que
tout homme fans merite , e un homme
mort. Cette notion eft auffi ancienne que
Pitagore. Dés qu'un de fes Difciples fe
laffoit d'étudier l'art de fe rendre utile
11
144471
aux hommes & qu'il abandonnoit fon
Ecole , pour aller vivre dans Poifiver
les autres Difciples le tenoient pour mort
on devoit faire fes funerailles, lui élever un
tombeau avec des infcriptions qui fiffent
fouvenir les compagnons qu'ils étoient
mortels comme lui . Je pourrois appuyer
cette doctrine par l'exemple même des Hebreux
, & par des autorités facrées que je
laiffe à mediter à mes lecteurs , ils pourront
voir aisément dans quel fens on applique
les termes de mort & de vivant aux
hommes, felon qu'ils font bons ou mauvais .
DE SEPTEMBRE. 83'
C'eft là-deffus que j'ai dreffé mon ſyſtême
de l'exiftence , que l'on va voir ici , à
l'ufage des vivans & des morts ; mais furtout
des derniers que j'exhorte à y faire
toute l'attention poffible , fupofé qu'ils
foient capables d'attention .
و
?
Au nombre des morts font compriſes .
toutes perfonnes de quelque rang ou quali
té qu'elles foient , qui employent la plus
grande partie de leur tems à manger & à
boire afin d'entretenir cette existence imaginaire
qu'ils nomment leur vie , ou à
decorer ces ombres , ces apparitions que
le vulgaire prend pour des vrais hommes
& de vraies femmes. En un mot quiconque
refide dans ce bas monde fans y avoir
des affaires , & qui ne fonge point à quel
propos il y a été envoyé , eft felon moi
bien & dûment trepaffe , & je fouhaite
qu'on l'eftime tel. Les vivans font ceux
feulement qui s'appliquent à fe perfec
tionner l'efprit & le coeur , encore ne leur
compterai-je pour moment de vie que ceux
qu'ils auront employez ainfi . Par là nous
trouverons que les plus longues vies ne
confiftent qu'en très peu de mois , & que
la plus grande partie de la Terre eft entierement
depeuplée. Selon ce Syftême ,
il y
a des gens qui font nez à l'âge de vingt
ans , d'autres à trente , d'autres à foixante ,
& d'autres environ une heure avant mou¬
rir. Bien plus nous en verrons des multi84
LE MERCURE
>
tudes qui meurent avant que de naître
nous verrons plufieurs morts fe fourer parmi
les vivans, & figurer aux yeux des ignorans
mieux que ceux qui font pleins de
vie & de fante. Cependant , comme il peut
y avoir beaucoup de bons fujets , payant
les taxes , & vivant paisiblement chez
eux , qui ne font pas encore nez ou qui
font morts depuis longtemps , j'exhorte les
premiers à venir au monde , & je laiffe
aux autres la voye de la refurrection . Je
dis ceci en partie pour l'amour d'une perfonne
qui a publié depuis peu un avertif
fement , dans lequel elle fe fert de certaines
expreffions qu'il n'eft pas de la bienfeance à
un Mort de proferer , c'eft mon défunt
ami Jean Partridge, qui conclut l'avertiffe
ment de fon Almanac pour l'année pro
chaine par la note fuivante.
D'autant qu'il a été induftrieufement repandu
dans le Public par le nommé Ifaac
Bickerstaff , & autres , pour prevenir le'
debit de cet Almanac, que Jean Patridge,
étoit mört , cecy eft pour informer Tes
bons Compatriotes qu'il eft encore en vie
& en fanté , & que ceux qui avoient faic
courir ce bruit, font des Fripons
Contenant la Traduction de quelques en
droits d'un Livre Anglois intitulé : Le
Caufeur , ou les Veilles du fieur Iſaac
Bixerſtaff.
MONSIEUR ,
Je vous envoye ce que vous m'avez de
mmandé , mais je crains que vous n'en foyés
pas auffi content que vous avés cru. Vous
allez trouver de longues phrafes , des expreffions
hazardées , & peut- être des Anglicifmes
Ce n'eft pas tout , la maniere
de penfer vous paroîtra même bizarre.
Vous ferez choqué de l'Original & de la
Traduction , à moins que vous ne vous
prêtiez à tout ce que je m'en vais vous
dire.
L'Auteur,qui eft M. le Chevalier Steele,
celui à qui nous devons le Spectateur,
fe donne ici pour un vieux Aftrologue
Devin de profeffion , de plus Jurifconfulte ,
& Medecin. Un homme de cette efpece
doit parler d'une maniere peu commune ;
il eft impoffible de s'éloigner de la façon
de vivre de la plufpart des hommes , fans
72 LE MERCURE
2-
s'éloigner de leur façon de parler.
Voila pour l'Auteur , voici pour moi
Le ftile du Caufeur , eft tiffu d'expreffions
fertes & chargées , avec des mots hazardez
même en Anglois , la plus libre de toutes
les Langues. Il ne faut pas auffi vous déguifer
que tout cela a trés-bien réuffi en
Angleterre , & que fi ma Traduction n'eſt
pas goûtée en France , ce ne fera pas une
veritable Traduction . Cependant , il a
fallu traduire & non pas compofer . C'est
pourquoi j'ai cru devoir prendre un ftile
approchant du fien. A l'égard des Anglicifmes
, s'il y en a , je voudrois qu'ils fuffent
des fautes heureufes , & qu'on pûr
furmonter la mauvaife honte qui nous empêche
de prendre chez nos voifins ce qui
nous accommode , dans le tems qu'ils fe
font un merite de s'approprier ce que nous.
avons à leur bienféance.
J'ai peut -être imité de certaines negligences
qu'on ne me paffera point ; mais je fuis
perfuadé que le fens ne fçauroit être trop à
fon aife dans nos paroles , & que la trop
grande exactitude le gêne fouvent .
2
Entrons maintenant dans les vûës de M.
Ifaac Bickerstaff: Vous fçaurez d'abord
qu'il paroiffoit une demie feuille de fes
Veilles , trois fois la femaine , & qu'on les
diftribuoit dans les Caffez comme les Ga-'
zettes .
Dés l'entrée de fon Ouvrage , il approu
ve
DE SEPTEMBRE. 73
ve beaucoup les Gazettes ; mais , ajoutet'il
, comme il y a plufieurs bons Citoyens
à qui le zele du bien public fait negliger
leurs affaires, pour aller raifonner fur celles.
de l'Etat , il femble que ces Journaux
devroient être faits pour eux preferablement:
aux autres . Et d'autant que ces Meffieurs
ont d'ordinaire beaucoup de zele & peu de
connoiffance , c'est une oeuvie également
charitable & neceffaire, que de leur fournir
de quoi penfer aprés avoir lu. C'eft le deffein
de ce Journal , qui traittera de toutes
les matieres qui me tomberont fous la main.
Il promet d'y en inferer pour le beau
Sexe , puifque c'eft en fon honneur qu'il
a pris le titre de Caufeur.
Enfuite il dit , que tous les articles de
Galanterie feront datez du Caffé de White:
Ceux qui regardent la Poëfie , du Caffé
de Will: Ceux d'érudition , du Caffé
Grec : Qu'à l'égard des Nouvelles étrangeres
& domeftiques , elles viendront du
Caffé de S. James ; & que tout ce qu'il
aura à dire fur d'autres matieres , fera daté
de fon appartement.
Il finit en badinant fur les frais qu'il eft
obligé de faire en liqueurs & en tabac
d'Elpagne , pour entretenir de bonnes
correfpondances dans tous ces Caffez ; &
fur le don de prédire les chofes futures ,
dont il n'ofe faire que trés peu d'ufage ,
peur d'offenfer fes Superieurs.
Septembre 1719.
de
G
$4
LE
MERCURE
Aprés cette petite préparation , il ne me
refte qu'une chofe à dire , c'eſt que je n'ai
pas prétendu vous donner ici les plus beaux
endroits ; ce font les premiers morceaux
détachez que j'ai trouvé en parcourant le
Livre , & même j'ai été obligé d'y retran
cher bien des chofes . Dans la fuite je
pourrai vous en envoyer d'autres .
Si l'on condamne l'Auteur fur ma Traduction
, on aura tort ; fi l'on approuve
P'un & l'autre , je n'y veux d'autre gloire
que celle de vous avoir fait plaifir , &
d'être reputé , Monfieur , V.T. H. &
T. O. ferviteur L ***
Au Caffé de White.
Une Dame inconnuë me fit l'autre jour
l'honneur de me venir voir. Elle paroiffoit
âgée d'environ trente ans ; brune , mais
trés agreable : La fanté brilloit fur fon
vifage , & fes yeux avoient une certaine
vivacité qui ne convenoit guéres , felon
moi , au ton plaintif dont elle commençoit
à me parler. Je ne fçai fi elle s'en apperçut
, mais tout à coup elle baiffa la vue &
me dit , Monfieur Bickerstaff, vous voyez
devant vous la plus malheureufe de toutes
les Femmes . Comme vous avez la reputa
tion d'être auffi grand Jurifconfulte qu'Af
trologue ou Medecin , je viens implorer
Nos confeils & votre fecours , pour me
DE SEPTEMBRE. -75
faire obtenir la caffation d'un Mariage qui
doit être nul par toutes les loix du monde.
Madame , répondis -je , fi vous attendez
quelque fecours de moi , ayez la bonté de
vous expliquer nettement fur tous vos
griefs . Je ne croyois pas , Monfieur , repliqua-
t'elle , qu'il fût befoin de la moitié
de votre fcience , pour deviner ce qui
peut porter une Femme à fe feparer de fon
Mari. Cela eft vrai , Madame , repartisje,
mais il n'eft pas ici queftion de deviner,
on n'établit pas un Procés fur des conjec
tures : Quand on fçauroit même tout ce
que vous avez à dire , cela ne vous avavanroit
de rien , à moins que vous ne le difiez
vous- même. Alors , fe cachant le vifage
de fon éventail , mon Mari , dit- elle , n'eft
pas plus Mari ( ici elle ne put retenir fes
larmes ) que les Italiens qui chantent à
l'Opera.
Madame , lui dis- je , les Loix peuvent
apporter du remede à vôtre affliction ;
mais envifagez les mortifications que vous
aurez à effuyer , fi vous la rendez publique.
Pourrez - vous foûtenir la rifée de toute
une Cour , les reflexions licentieufes
des Avocats , & fur tout les couleurs qu'on
donnera dans le monde à votre conduite ?
. Combien peu , dira-t'on , cette Dame
fçavoit moderer fes defirs ! J'allois continuer
, mais elle me dit avec quelque émotion
, Monfieur Bickerftaff , je vous ai
Gij
76 LE MERCURE
donné demie Guinée en entrant , afin de
fçavoir vôtre avis fur la maniere dont je
dois m'y prendre, pour obtenir un divorce,
& afin d'apprendre ce qui me doit arriver :
C'eft à vous de voir . Oh , Madame , interrompis-
je ! vous ferez fatisfaite dites
moi , s'il vous plaît , quel âge a vôtre Mari
Ila , répondit la belle affligée , cinquante
ans & il y en a quinze que nous
fommes mariez. Mais , Madame , lui disje
, il auroit fallu vous plaindre plûtôt ,
n'aviez-vous pas des Parens , des Parens , des Amis
aufquels vous puiffiez vous fier ? Helas ,
répondit- elle , il n'a été ainfi que depuis
quinze jours !
Je vous avoue que ma gravité fut démontée
à cette fois , & que je ne pus
m'empêcher de rite. Je lui dis que les
Loix ne pouvoient remedier à de tefs malheurs
; mais cela ne la fatisfit point ; elle
fortit en me difant qu'elle s'adrefferoit à
un jeune Legifte d'Oxford , qui a cent fois
plus de fçavoir que moi , & que toute ma
Famille enfemble. C'eft ainfi que j'ai
perdu ma Cliente. Cependant , fi cette ennuyeufe
narration pouvoit empêcher Paftorella
d'époufer un homme qui eft plus
vieux qu'elle de vingt ans , je confentirois
volontiers , & cela, pour le falut d'une belle
perfonne , que mon fçavoir fût decrié, &
qu'on reliât mes Prédictions avec l'Almamach
de Milan.
DE SEPTEMBRE. 77
Au Caffé de Will.
Je me fuis fouvent plaint ici des Lettres
de compliment. Les François ont cette
mauvaife maniere , & qui pis eft , ils rendent
public ce qui ne vaut rien en particu
lier. Ces complimens , qui ont paflé jufques
chez nous par contagion , ont rendu
les entretiens des Amis abfens de fort
рей
de profit & d'inftruction . C'eft pourquoi
j'ai toûjours demandé à mes Amis de m'écrire
de maniere à me faire fouhaiter d'être
avec eux , plûtôt que de me proteſter
qu'ils fouhaitent fort d'être avec moi. Par
ce moyen , j'ai un recueil de Lettres , de
la plupart des parties du monde , qui font,
pour ainfi dire , du cru du terroir , autant
que les plantes qui y croiffent. Un de
mes Amis qui voyageoit , m'en a écrit
plufieurs de cette efpece ; en voici une
entr'autres , qui ne me déplait pas trop .
"
Mon cher Monfieur ;
Je croy que voici la premiere fois qu'on
vous écrit de la moyenne Region de l'air :
pour ne pas vous tenir en fufpens , c'est du
Sommet de la plus haute Montagne de Suiffe,
fur laquelle je friffonne maintenant au milieu
des glaces & des neiges éternelles dont je
fuis environné. J'ai peine à ne pas dater
G
78
LE
MERCURE
ma Lettre du mois de Decembre , quoiqu'on
veuille me foutenir que c'eft ici le premier
Aouft . Mon encre gele au fort de la Canicule.
En recompenfe j'ai le plaifir de voir
divers Paifages de neige , quifont les plus
jolis du monde. Cette neige est aufi durable
que le marbre ; me voici fur un tas qui
s'éboula du tems de Charlemagne ou de Pepin
le bref, à ce qu'on
qu'on dit partradition.
Les Habitans ne font pas une des moindres
curiofitez du Païs . Dans leurjeuneffe ,
ils fe louent à leurs Voifins , & ceux qui
font à l'épreuve du mousquet jufqu'à cinquante
ans , reviennent avec l'argent qu'ils
ont gagné & les membres qu'ils ont de refte,
achever leurs jours parmi leurs Montagnes
natales. Un des Gentilshommes du lien , qui en a été quitte
pour
un oeil , m'a dit par
maniere
de vanterie
, qu'il y avoit
à prefent
Sept jambes
de bois dans fa Famille
, &
que depuis
fept generations
, on n'avoit
enterré
aucun
mâle
de fa branche
tout à la fois. Vous
trouverez
peut-être mon ftile
auffi
extraordinaire
que tout cela ; mais
Souvenez
- vous qu'il eft dit dans une de nos Comedies
, que les gens
qui parlent
fur les
nuages
, ne doivent
pas être affervi
à mettre
du fens dans leurs
difcours
. Je me croi en droit
d'ufer
du même
privilege
, moi qui
voy les nuages
au deßous
de moi. En quelque
lieu que je fois , je ferai toûjours
, &c.
DE SEPTEMBRE. 79
Je voudrois que dans un Païs où l'on a
des materiaux fi commodes , on érigeât
des Statues de neige à ces Heros mutilez
qui reviennent de la guerre. Ce feroit des
monumens qui pafferoient jufqu'à la poſte-
Fité la plus éloignée.
Au Caffé de Will.
M. Dactile a déployé fon éloquence ce
foir fur le talent de tourner les chofes en
ridicule. Il difoit trés juftement qu'il s'y
feucontroit d'ordinaire quelque chofe de
trop bas pour la focieté des honnêtes gens
à moins qu'on ne le modifiât felon les circonftances
des perfonnes , du tems & du
lieu. Un honnête homme , continua- t'il ,
doit fe fervir de ce talent comme de fon
épée , pour fa feule défeufe , & jamais offenfivement
, à moins que ce ne foit pour
dévoiler l'impofture & l'affectation . Mais
on a fi fort méconnu cette faculté , que le
burlefque dans lequel eft travefti Virgile ,
a paffé de nos jours pour de l'efprit , &
que les plus nobles penſées qui foient jamais
entrées dans le coeur de l'homme , ont été
miſes au niveau de la groffiereté & de la
bouffonnerie . Suivant les regles de la juftice
aucun homme ne devroit être tourné en ridicule
, à caufe de fes imperfections , s'il
ne veut se faire valoir par les qualitez qui
lui manquent. C'eft ainfi que les Poltrons
Giiij
LE MERCURE
qui fe cachent fous un air fier & infolent,
& les Pedans qui penſent montrer la profondeur
de leur fçavoir par une fombre
gravité , font également les dignes objets
de nôtre rifée : Non qu'ils foient en euxmêmes
ridicules par leur manque de coura
ge ou par la foibleffe de leur entendement ,
mais à caufe qu'ils femblent ne pas fentir
le rang qu'ils tiennent dans la vie , & qu'ils
fe placent malheureuſement avec ceux dont
le merite répand trop de jour fur leurs défauts.
Il faut obſerver d'un autre côté que le rire
êtant l'effet de la raiſon , on devroit chaffer
des honnêtes compagnies ceux qui rient
fans raifon.... Ha , ha , dit Guillaume
Truby , qui étoit auprés de nous , eft- ce
qu'on voudra me faire rire par regle & par
methode ? Voyez - vous , répondit Homphroy
Finet , c'est que vous êtes grandement
trompé : Vous pouvez à la verité
faire beaucoup de bruit , & perfonne ne
peut empêcher un Gentilhomme Anglois
de mouvoir fon vifage à fa fantaifie ; mais
fur ma parole , ce bruit que vous faites -là
en ouvrant la bouche , cette agitation d'ef
tomac que vous foulagez en vous tenant les
côtez tout cela n'eft point tire. Le rire
eft de plus grande importance que vous ne
penfez , & je vous dirai en fecret , que
vous n'avez ri de vôtre vie › que je crains
même que vous ne riez jamais , à moins
DE SEPTEMBRE.
de vous faire guérir de ces convulfions.
Truby nous quitta , & quand il fut à deux
pas de nous fort bien , dit-il , vous êtes
d'étranges perfonnes ; en même tems il fit
un autre éclat de rire.
Les Trubys font gens benevoles , ils
rient de gure amitié avec autant de plaifir
que ceux qui rient malicieufement .
Ainfi quand on les voit prendre la figure
d'un homme qui rit ; cela ne vient que de
cette bienveillance generale qui eft née
avec eux. Les Finets ne font que fourire
des chofes les plus plaifantes , & les fentent
bien plus vivement. Je fçai que La
Hargne enrage quand Truby luirit au nez;
mais queTruby eclate de rire en me voyant,
je connois que ce rire , ou fi vous voulez
ce bruit inanimé , qui en d'autres feroit
rire , ne vient que de l'abondante joye
qu'il a de me voir . Mais j'examinerai plus
au long cette matiere dans mon Traité de
fofcitation , du rire & du ridicule.
De mon Apartement.
, Il m'en a coûté bien des foins & des
meditations pour ranger les gens fous les
dénominations qui leur font propres , &
felon leurs caracteres refpectifs . Mon travail
, d'un côté , a eû un fuccés inefperé
& de l'autre , il a été fort negligé . Car ,
quoique j'aye beaucoup de Lecteurs , j'ai
82 LE MERCURE
trés peu de Profelytes. Il faut certaine
ment que cela vienne de la fauffe opinion
qu'on a que mes écrits font plûtôt deſtinez
à l'amufement , qu'à l'inftruction du Public.
J'ai commencé mes EEffflaayyss par décla
rer que je voulois reprefenter le genre humain
tout autrement qu'on n'a fait jufqu'ici
; & j'ai avancé que toute vie inutile
ne feroit plus appellée vie dans mes écrits .
Mais de peur que ma doctrine ne paroiſſe
frivole & fantalque aux gens non lettrez ,
& que ce ne foit peut- être la cauſe du peu
de progrés qu'elle a fait ; qu'on me permette
de developer l'antiquité & la fageffe de
ma premiere propofition , à fçavoir , que
tout homme fans merite , e un homme
mort. Cette notion eft auffi ancienne que
Pitagore. Dés qu'un de fes Difciples fe
laffoit d'étudier l'art de fe rendre utile
11
144471
aux hommes & qu'il abandonnoit fon
Ecole , pour aller vivre dans Poifiver
les autres Difciples le tenoient pour mort
on devoit faire fes funerailles, lui élever un
tombeau avec des infcriptions qui fiffent
fouvenir les compagnons qu'ils étoient
mortels comme lui . Je pourrois appuyer
cette doctrine par l'exemple même des Hebreux
, & par des autorités facrées que je
laiffe à mediter à mes lecteurs , ils pourront
voir aisément dans quel fens on applique
les termes de mort & de vivant aux
hommes, felon qu'ils font bons ou mauvais .
DE SEPTEMBRE. 83'
C'eft là-deffus que j'ai dreffé mon ſyſtême
de l'exiftence , que l'on va voir ici , à
l'ufage des vivans & des morts ; mais furtout
des derniers que j'exhorte à y faire
toute l'attention poffible , fupofé qu'ils
foient capables d'attention .
و
?
Au nombre des morts font compriſes .
toutes perfonnes de quelque rang ou quali
té qu'elles foient , qui employent la plus
grande partie de leur tems à manger & à
boire afin d'entretenir cette existence imaginaire
qu'ils nomment leur vie , ou à
decorer ces ombres , ces apparitions que
le vulgaire prend pour des vrais hommes
& de vraies femmes. En un mot quiconque
refide dans ce bas monde fans y avoir
des affaires , & qui ne fonge point à quel
propos il y a été envoyé , eft felon moi
bien & dûment trepaffe , & je fouhaite
qu'on l'eftime tel. Les vivans font ceux
feulement qui s'appliquent à fe perfec
tionner l'efprit & le coeur , encore ne leur
compterai-je pour moment de vie que ceux
qu'ils auront employez ainfi . Par là nous
trouverons que les plus longues vies ne
confiftent qu'en très peu de mois , & que
la plus grande partie de la Terre eft entierement
depeuplée. Selon ce Syftême ,
il y
a des gens qui font nez à l'âge de vingt
ans , d'autres à trente , d'autres à foixante ,
& d'autres environ une heure avant mou¬
rir. Bien plus nous en verrons des multi84
LE MERCURE
>
tudes qui meurent avant que de naître
nous verrons plufieurs morts fe fourer parmi
les vivans, & figurer aux yeux des ignorans
mieux que ceux qui font pleins de
vie & de fante. Cependant , comme il peut
y avoir beaucoup de bons fujets , payant
les taxes , & vivant paisiblement chez
eux , qui ne font pas encore nez ou qui
font morts depuis longtemps , j'exhorte les
premiers à venir au monde , & je laiffe
aux autres la voye de la refurrection . Je
dis ceci en partie pour l'amour d'une perfonne
qui a publié depuis peu un avertif
fement , dans lequel elle fe fert de certaines
expreffions qu'il n'eft pas de la bienfeance à
un Mort de proferer , c'eft mon défunt
ami Jean Partridge, qui conclut l'avertiffe
ment de fon Almanac pour l'année pro
chaine par la note fuivante.
D'autant qu'il a été induftrieufement repandu
dans le Public par le nommé Ifaac
Bickerstaff , & autres , pour prevenir le'
debit de cet Almanac, que Jean Patridge,
étoit mört , cecy eft pour informer Tes
bons Compatriotes qu'il eft encore en vie
& en fanté , & que ceux qui avoient faic
courir ce bruit, font des Fripons
Fermer
1958
p. 168-169
ENIGME. Par M. Dumont, de Montbrisson en Forest.
Début :
J'ay, sans avoir de Frere, un grand nombre de Soeurs, [...]
Mots clefs :
Râpe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME. Par M. Dumont, de Montbrisson en Forest.
ENIGM E.
Par M. Dumont , de Montbriffon
en Foreft.
J.
Ay , fans avoir de Frere , un grand
nombre de Soeurs ,
De diverfe figure & diverfes couleurs :
De même qu'un Couvent , nous poffedons
des grilles ,
Sans pourtant enfermer jamais aucunes
filles.
J'imite le Moulin , fans meule & fans reffort
D'OCTO BR E. 169
Sans faire tant de bruit , & fans beaucoup
d'effort ,
Plus aisément que lui je feai réduire en
poudre
Un Eftre compofe , qu'il ne pourroit pas
moudre.
Si ce dernier manquoit , je ferois au néant ;
Et cependant je fuis toujours fon monument :
Par mille endroits divers qu'envain fa force
irrite ,
Il fe détruit lui-même & il fe precipite ;
Il me fait quelquefois plier fous fes grands.
coups ;
?
Mais plus il eft violent , & mieux j'en
viens à bout :
Du milieu de mon corps . l'on retire fa cendre.
Une urne la recoit ; mais loin de la deffendre
,
Liberale d'un bien qu'elle tient dans fon
e fein,
Pour la laiffer ravir , elle l'ouvre
à deßein ;
Ayant
ainfi détruit
celui qui m'a fait
naître ,
Trés fouvent en lambeaux , on me fait dif
paroître,
Par M. Dumont , de Montbriffon
en Foreft.
J.
Ay , fans avoir de Frere , un grand
nombre de Soeurs ,
De diverfe figure & diverfes couleurs :
De même qu'un Couvent , nous poffedons
des grilles ,
Sans pourtant enfermer jamais aucunes
filles.
J'imite le Moulin , fans meule & fans reffort
D'OCTO BR E. 169
Sans faire tant de bruit , & fans beaucoup
d'effort ,
Plus aisément que lui je feai réduire en
poudre
Un Eftre compofe , qu'il ne pourroit pas
moudre.
Si ce dernier manquoit , je ferois au néant ;
Et cependant je fuis toujours fon monument :
Par mille endroits divers qu'envain fa force
irrite ,
Il fe détruit lui-même & il fe precipite ;
Il me fait quelquefois plier fous fes grands.
coups ;
?
Mais plus il eft violent , & mieux j'en
viens à bout :
Du milieu de mon corps . l'on retire fa cendre.
Une urne la recoit ; mais loin de la deffendre
,
Liberale d'un bien qu'elle tient dans fon
e fein,
Pour la laiffer ravir , elle l'ouvre
à deßein ;
Ayant
ainfi détruit
celui qui m'a fait
naître ,
Trés fouvent en lambeaux , on me fait dif
paroître,
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1959
p. 170
AUTRE. Par le même.
Début :
De l'humide Element je recoi ma naissance ; [...]
Mots clefs :
Sel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE. Par le même.
AUTR E.
Par le même.
DE l'humide Element je recoi ma
naiffance ;
Le Dieu de la lumiere y a beaucoup de
part.
La Terre me produit quelquefois par
zart :
ha-
L'Epigramme fans moi paroît fans élegance.
J'excitte l'appetit & je forme le goût ;
Et ce dernier fans moi feroit très infipide.
Perfonne ne me hait , je fuis receu partout
;
Certain Peuple pourtant d'une loi trop
gide
ri-
Me chaffe de chez lui , & ſe paſſe de moi .
J'ai des Gardes armez , même plus que le
Roi ,
Des Commis , des Bureaux , des Juges, des
Juftices.
L'on m'empl ye fouvent contre les malefices
,
En me faifant rentrer dans celle d'où je
fors.
Son nom n'est point le mien , ni celui de
mon pere!
Qui comme elle jamais ne me donne la mort.
Par le même.
DE l'humide Element je recoi ma
naiffance ;
Le Dieu de la lumiere y a beaucoup de
part.
La Terre me produit quelquefois par
zart :
ha-
L'Epigramme fans moi paroît fans élegance.
J'excitte l'appetit & je forme le goût ;
Et ce dernier fans moi feroit très infipide.
Perfonne ne me hait , je fuis receu partout
;
Certain Peuple pourtant d'une loi trop
gide
ri-
Me chaffe de chez lui , & ſe paſſe de moi .
J'ai des Gardes armez , même plus que le
Roi ,
Des Commis , des Bureaux , des Juges, des
Juftices.
L'on m'empl ye fouvent contre les malefices
,
En me faifant rentrer dans celle d'où je
fors.
Son nom n'est point le mien , ni celui de
mon pere!
Qui comme elle jamais ne me donne la mort.
Fermer
1960
p. 184
ENIGME Par le même.
Début :
Vous qui comptez en vain sur une longue vie, [...]
Mots clefs :
Bouteille de savon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME Par le même.
ENIGME
Par le même .
Ous qui comptez en vain fur une longue vie ,
Détournez vos regards fur moy pour un moment ;
Vous pourrez découvrir une image accomplie
D'un eftre qui paroit , & fuit en un inftant.
Devinez qui je fuis ; une goute d'eau pure
Me donne la naissance , & mefert d'aliment.
Rien n'est plus beau que moy dans toute la nature ,
Et je reçoisfans ceffe un nouvel agrément :
Je fuis ou rouge, ou bleüe , ou noire ,& toujours ronde;
Je prends mille couleurs , je ne vis que d'air:
Je change à tous momens : ma figure eft le monde :
Dès qu'on m'agite trop, je fuis comme un éclair.
Je deviens ce qu'on veut : je fuis große , ou petite.
Qu'on me touche , auſſi- tôt j'échappe aux curieux s
Mais je laiffe toujours des marques de ma fuite ,
Et des que je finis , j'en avertis les yeux.
Je meurs pre que en naißant : je nefais que paroître;
Je ne fuis déja pluss voilà quel eft mon fort.
Et comme un peu de vent est l'auteur de mon eftre,
De mêmeunpeu de vent eft l'auteur de ma mort,
Par le même .
Ous qui comptez en vain fur une longue vie ,
Détournez vos regards fur moy pour un moment ;
Vous pourrez découvrir une image accomplie
D'un eftre qui paroit , & fuit en un inftant.
Devinez qui je fuis ; une goute d'eau pure
Me donne la naissance , & mefert d'aliment.
Rien n'est plus beau que moy dans toute la nature ,
Et je reçoisfans ceffe un nouvel agrément :
Je fuis ou rouge, ou bleüe , ou noire ,& toujours ronde;
Je prends mille couleurs , je ne vis que d'air:
Je change à tous momens : ma figure eft le monde :
Dès qu'on m'agite trop, je fuis comme un éclair.
Je deviens ce qu'on veut : je fuis große , ou petite.
Qu'on me touche , auſſi- tôt j'échappe aux curieux s
Mais je laiffe toujours des marques de ma fuite ,
Et des que je finis , j'en avertis les yeux.
Je meurs pre que en naißant : je nefais que paroître;
Je ne fuis déja pluss voilà quel eft mon fort.
Et comme un peu de vent est l'auteur de mon eftre,
De mêmeunpeu de vent eft l'auteur de ma mort,
Fermer
1961
p. 185-186
AUTRE Par M. de la T.
Début :
D'une assez bizarre figure [...]
Mots clefs :
Tire-bouchon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE Par M. de la T.
AUTRE
Par M. de la T.
Done
Une affez bizarrefigure
Mon corpsfe trouve composé
D'en tracer ici la peinture ,
Il ne fera pas fort aisé.
Je fuis de petite ſtructure ,
Le p'us fouvent fabriqué de métal ,
Que l'on voit aux humains eftre utile &fatal.
Dans ma tête est une ouverture
Qui mefert à ferrer mon pié ;
One fpirale aiguë en forme la tournure ;
Ilfe brife par la moitié.
Par elle il donne la torture
A mainte legere coëffure
Qu'elle gate & rompt fans pitié.
Par moy l'on declare la guerre
Aux triftes foucis , aux chagrins s
Et par moy coule fur la terre
On don quifut toujours precieux aux humains.
Je luyfais un libre paſſage ,
Et je délivre de prifon
D'amour le vray contrepoifon..
Dans les plaifirs je fuis d'usages
De maint objet & fragile & mignon
Dont près de moy la refifiance eſt vaines
Avec unpeu d'effort j'enleve le signon-
OL
186 LE MERCURE
Qui loin de s'en fächer me paye de ma peine :
Lorſqu'en le décoiffant , pour may coule ſa veine.
Certain petit éclat , certain fon tout charmant ,
S'entend alors , dont le doux bruit réveille
Etflatte & réjouit l'oreille ,
Mieux que le plus doux inftrument.
Amans , enviez ma fortune;
Je fçais décoiffer en unjour ,
Plus d'une blonde d'une brune.
Quant aux fages beautez j'ay fait aſſez ma cours
La vive , la brillante , afort fouventfon tour
Mais cet excès ne m'est jamais nuiſible :
Je n'en fens aucun repentir ,
A lapeine comme au plaiſir
On me voit toujours inſenſible i
J'en donnefans en reffentir.
Par M. de la T.
Done
Une affez bizarrefigure
Mon corpsfe trouve composé
D'en tracer ici la peinture ,
Il ne fera pas fort aisé.
Je fuis de petite ſtructure ,
Le p'us fouvent fabriqué de métal ,
Que l'on voit aux humains eftre utile &fatal.
Dans ma tête est une ouverture
Qui mefert à ferrer mon pié ;
One fpirale aiguë en forme la tournure ;
Ilfe brife par la moitié.
Par elle il donne la torture
A mainte legere coëffure
Qu'elle gate & rompt fans pitié.
Par moy l'on declare la guerre
Aux triftes foucis , aux chagrins s
Et par moy coule fur la terre
On don quifut toujours precieux aux humains.
Je luyfais un libre paſſage ,
Et je délivre de prifon
D'amour le vray contrepoifon..
Dans les plaifirs je fuis d'usages
De maint objet & fragile & mignon
Dont près de moy la refifiance eſt vaines
Avec unpeu d'effort j'enleve le signon-
OL
186 LE MERCURE
Qui loin de s'en fächer me paye de ma peine :
Lorſqu'en le décoiffant , pour may coule ſa veine.
Certain petit éclat , certain fon tout charmant ,
S'entend alors , dont le doux bruit réveille
Etflatte & réjouit l'oreille ,
Mieux que le plus doux inftrument.
Amans , enviez ma fortune;
Je fçais décoiffer en unjour ,
Plus d'une blonde d'une brune.
Quant aux fages beautez j'ay fait aſſez ma cours
La vive , la brillante , afort fouventfon tour
Mais cet excès ne m'est jamais nuiſible :
Je n'en fens aucun repentir ,
A lapeine comme au plaiſir
On me voit toujours inſenſible i
J'en donnefans en reffentir.
Fermer
1962
p. 147-148
AUTRE. Par M. B....
Début :
Si l'homme eût conservé l'innocence premiere, [...]
Mots clefs :
Chandelier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE. Par M. B....
AUTRE .
Par M. B ....
>
S1 l'homme eût confervé l'innocence premiere ,
Il m'eût erigé des Autels-
Nij
148
MERCURE
LE
Pour les biens infinis que je fais aux mortels ,
En pertant partout la lumiere.
L'a-t'il * fait? me dira t'on , non ;
Il a conspiré ma ruine ; .
Et ce n'est plus qu'à la cuisine
Qu'on connoît aujourd'huy nom nom :
Si ce n'est peut estre à l'Eglife ,
Qui ne veut point de nouveauté
Où mon nom est encor resté ,
Partout ailleurs il me déguiſe.
Il m'appelle d'un nom nouveau
Malgré cet étrange caprice ,
Ou bien plutôt cette injustice ,
Je le conduit jufqu'au tombeau .
Par M. B ....
>
S1 l'homme eût confervé l'innocence premiere ,
Il m'eût erigé des Autels-
Nij
148
MERCURE
LE
Pour les biens infinis que je fais aux mortels ,
En pertant partout la lumiere.
L'a-t'il * fait? me dira t'on , non ;
Il a conspiré ma ruine ; .
Et ce n'est plus qu'à la cuisine
Qu'on connoît aujourd'huy nom nom :
Si ce n'est peut estre à l'Eglife ,
Qui ne veut point de nouveauté
Où mon nom est encor resté ,
Partout ailleurs il me déguiſe.
Il m'appelle d'un nom nouveau
Malgré cet étrange caprice ,
Ou bien plutôt cette injustice ,
Je le conduit jufqu'au tombeau .
Fermer
1963
p. 130-131
PREMIERE ENIGME.
Début :
Je supplée au defaut de l'ingrate Nature, [...]
Mots clefs :
Canne à lorgnette
1964
p. 1161
PREMIERE ENIGME.
Début :
J'ai l'ame droite & le corps tout lustré, [...]
Mots clefs :
Violon
1965
p. 1161
SECONDE ENIGME.
Début :
Autrement qu'un Prophete en son divin écrit, [...]
Mots clefs :
Énigme
1966
p. 35-38
ARIANE, ET BACCHUS. CANTATE.
Début :
Ariane adoroit le volage Thesée ; [...]
Mots clefs :
Bacchus, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARIANE, ET BACCHUS. CANTATE.
ARIANE, ET BACCHUS,
CANTATE.
Riane adoroitle volage Thesée;
. Il répondit lt>ng.temps' â ses foins afc.
íídus:
ïííaìs d'un amour 17 doux , fa constance est lassées
- H l'abandonne feule en des lieux inconnus i
Pans son cruel dépit , certe amante abusée ,
Exprime par ces mots ses regrets superflus , '
Implorant, mais en vain , la tendresse passée^
#un amant qui la fuit , & ne l'écoute plus* '
m
Plus' cruel que le íìinotaiire', .
Tu ris , ingrat ,de mes douleurs t'
Tu me trahis , & je t'adore ,
Tu m'abandonnes , & je meurst
Je n'exige plus que tu m'aimes ,
La haine est trop forte en ton coeur :
Ah ! pour prix de mes feux extrêmes ,'
Viens., prends pitié dé mon malheur.
MERCURE DE FRANCEPlus
crueí, &c.
Oui , dans mon desespoir , le seul [bien qui me
reste
Cestvous ,ô mort , je vole au.devant de vos'
coups ;
Venez mè délivrer du jour que je deteste',
ies malheureux humains né redoutent que
VOUS}'
Mais l'amour a rendu mon destin si funeste ,'
Qne le plus grand des maux me semblera trbpí
doux.
as.
Mais quel Dieu fait fremir les ondes ?
Quel éclat embellit les mers ?
Jusques dans leurs grottes profondes,'
lies Tritons font charmés par les plus doux
concerts,
Sur ces bords écartés Bacchus descend luimême;
les ris & les amours' volent devant ses pas ^
Ariane , quel est votre bonheur extrême !
Pour vous feule les Dieux visitent ces climats.
Regnez , adorable mortelle
Vous
JANVIER i7i?. w
Vous triomphez du plus. charmant des Dieux j
Rendez graces à l'iníidellc
Qui vous assure un fort íi glorieux.
m
Lorsqu'un mortd vous abandonne,
Vous enchaînez le coeur des immortels j
Si vous perdez une couronne
Tout l'univers vous dresse des autel»,
r . . ... . *
m
&egnex, &c.
X'amour de la plus douce chaîne ,
Unit ces illustres amans.,
Bacchus changea la plus affreuse peine
En des plaisirs durables & charmans.
Atiane jouit d'une gloire immortelle,
Sa couronne à l'instant s'éleve jusqu'aux cieuxt
Elle y brille à jamais d'une clarté nouvelle ,
JMonument éternel d'uníqrt si glorieux.
m
Si vos amans brisent leurs chaînes,
Beautez , n'implorez que Bacchus j
Courez , courez , noyez v.os peines ,
Pans les flots charmans de ion jus.
3i MERCURE DE FRANCE.
m
.L'amour toujours rempli d'aUarmes,
Tourmente les plus tendres coeurs j
Bacchus lui prête mille charmes^
Ou console de ses rigueursm
Si vos amans , &c.
Par M. P....
CANTATE.
Riane adoroitle volage Thesée;
. Il répondit lt>ng.temps' â ses foins afc.
íídus:
ïííaìs d'un amour 17 doux , fa constance est lassées
- H l'abandonne feule en des lieux inconnus i
Pans son cruel dépit , certe amante abusée ,
Exprime par ces mots ses regrets superflus , '
Implorant, mais en vain , la tendresse passée^
#un amant qui la fuit , & ne l'écoute plus* '
m
Plus' cruel que le íìinotaiire', .
Tu ris , ingrat ,de mes douleurs t'
Tu me trahis , & je t'adore ,
Tu m'abandonnes , & je meurst
Je n'exige plus que tu m'aimes ,
La haine est trop forte en ton coeur :
Ah ! pour prix de mes feux extrêmes ,'
Viens., prends pitié dé mon malheur.
MERCURE DE FRANCEPlus
crueí, &c.
Oui , dans mon desespoir , le seul [bien qui me
reste
Cestvous ,ô mort , je vole au.devant de vos'
coups ;
Venez mè délivrer du jour que je deteste',
ies malheureux humains né redoutent que
VOUS}'
Mais l'amour a rendu mon destin si funeste ,'
Qne le plus grand des maux me semblera trbpí
doux.
as.
Mais quel Dieu fait fremir les ondes ?
Quel éclat embellit les mers ?
Jusques dans leurs grottes profondes,'
lies Tritons font charmés par les plus doux
concerts,
Sur ces bords écartés Bacchus descend luimême;
les ris & les amours' volent devant ses pas ^
Ariane , quel est votre bonheur extrême !
Pour vous feule les Dieux visitent ces climats.
Regnez , adorable mortelle
Vous
JANVIER i7i?. w
Vous triomphez du plus. charmant des Dieux j
Rendez graces à l'iníidellc
Qui vous assure un fort íi glorieux.
m
Lorsqu'un mortd vous abandonne,
Vous enchaînez le coeur des immortels j
Si vous perdez une couronne
Tout l'univers vous dresse des autel»,
r . . ... . *
m
&egnex, &c.
X'amour de la plus douce chaîne ,
Unit ces illustres amans.,
Bacchus changea la plus affreuse peine
En des plaisirs durables & charmans.
Atiane jouit d'une gloire immortelle,
Sa couronne à l'instant s'éleve jusqu'aux cieuxt
Elle y brille à jamais d'une clarté nouvelle ,
JMonument éternel d'uníqrt si glorieux.
m
Si vos amans brisent leurs chaînes,
Beautez , n'implorez que Bacchus j
Courez , courez , noyez v.os peines ,
Pans les flots charmans de ion jus.
3i MERCURE DE FRANCE.
m
.L'amour toujours rempli d'aUarmes,
Tourmente les plus tendres coeurs j
Bacchus lui prête mille charmes^
Ou console de ses rigueursm
Si vos amans , &c.
Par M. P....
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Résumé : ARIANE, ET BACCHUS. CANTATE.
La cantate 'Ariane, et Bacchus' relate la douleur et le désespoir d'Ariane, abandonnée par Thésée. Elle souhaite la mort pour échapper à sa souffrance. Bacchus apparaît alors et lui manifeste son amour, transformant sa peine en bonheur et lui offrant une gloire immortelle. Ariane, adorée par un dieu, voit sa couronne s'élever jusqu'aux cieux, symbolisant sa nouvelle vie glorieuse et éternelle. La cantate se conclut par un conseil aux beautés abandonnées de se tourner vers Bacchus pour noyer leurs peines dans son vin et trouver consolation dans ses plaisirs. L'amour, bien que tourmentant, peut être adouci par les charmes de Bacchus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1967
p. 50-56
EXTRAIT d'une Lettre de l'Auteur du voyage de Syrie & du Mont-Liban, imprimé à Paris chez Cailleau, en l'année 1722. pour servir de réponse à l'Ecrit qui a paru dans le Mercure du mois de Novembre dernier, sous le nom du sieur Paul Lucas.
Début :
L'écrit dont vous me parlez, Monsieur, ne demande pas une grande [...]
Mots clefs :
Oronte, Syrie, Lucas, Laodicée, Mer, Voyageur, Ville, Rivière
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre de l'Auteur du voyage de Syrie & du Mont-Liban, imprimé à Paris chez Cailleau, en l'année 1722. pour servir de réponse à l'Ecrit qui a paru dans le Mercure du mois de Novembre dernier, sous le nom du sieur Paul Lucas.
EXTRAIT d'une Lettre de l'Auteur du
voyage de Syrie & du Mont-Liban ,
, imprimé a Paris chez. Cailleau , en
rannée T72Z. pour servir de réponse à
l'Ecrit qui a paru dam le Mercure du
mois de Novembre dernier , fous le nom
du Jïeur Paul Lucas. . ,
L'Ecrit dont vous me parlez , Mon~
sieur , ne demande pas une grande
attention ; on ne peut Je regarder que
comme un fruit dé la prévention & de
l'amour propre , mais il suffit que vous
daigniez vous y interesser , en faveur dé?
la verité, pour m'engager à rompre le
silence que j'avois résolu de garder. J'ai
donné dans le Mercure du mois de sep
tembre dernier une Dissertation íùr une.
Medaille de la Ville d'Apamée y dans la
quelle il est beaucoup prié du Fleuve
Oronte , lequel , comme je le prouve ,a
été un íùjet d'erreur à quelques Au
teurs distinguez dans la Republique des
Lettres , à commencer par Pline qui a
erré dès fa source. J'ai de plus fait connoître
en palTànt une erreur des Editeurs
- du Dictionnaire Historique dans la po
sition d' A pamée , & en finissant) 'ai pris
1»
TA Si V I £ R 1724. fi
la liberté de parler aussi d'une méprise
-de M. Paul Lucas , au íûjet du même
Fleuve , méprise deux fois repetée dans
ía Relation , & qu'on s'efforce neanmoins
de défendre , & de soutenir dans l'Hcric
inferé dans le Mercure.
Ce voyageur en décrivant les ruines
de Laodicée , aujourd'hui nommée Lataquie
Se son territoire , prétend qu'il y
paslè un bras de l'Oronte, qui arrose,.
dit-il , en .íerpentant une bonne partie.
de tout ce pays , &c en allant par terra
de Lataquie à Tripoli , c'est.à.dire , en/
s'éloignant toujours davantage de l'O
ronte , il le retrouve encore íiir íà rou
te. Quand nous eûmes marché environ
ïïne heure, dit l'Auteur , nous paffâmes
l'Oronte fur un très.beau pont. Voilà,
dis-je, ee qu'il prétend, & je prétends
précisément touc le contraire ; car je
soutiens que ce Fleuve ne se divise point,.
qu'il ne forme aucun bras , & qu'il pafle
au moins à quinze lieuës loin de la Ville,.
& des campagnes que M. Lucas lui fait
arroser. Je prétends aussi quepour-sça*
Voir qui de lui ou de moi íê trompe , il
n'est pas neceslaire de faire le voyage de
Syrie , & je vous prens . Moníieur , pour
}age de la contestation . & avec vous tou
tes les personnes d'un certain esprit qui
iïont ma lettre.
5* MERCURE DE FRANCE.
Voici d'abord à quoi se réduiíent les'
preuves de nôtre Voyageur. J'ay appris ,
dit. il, des habitans de Laodicée ,fue la
riviere en question étoit un bras de P Ci
ronte, 8c plus bas dans le même écrit. J'ai
traversé plusieurs fois cette partie de la
Syrie , j'ai été a. l'embouchure de cette ri
viere par mer en venant de- Tmrtoufe , je
Vai pafie fur un beau pont en allant par
terre a Tripoli. Je m'abstiens ici de réfle
xions fur la qualité de ces preuves , afin.
d'abreger , & pour laisler aux vôtres.
une plus grande liberté.
Mes preuves feront un peu plus éten
dues , quoique réduites à d'étroites bor
nes ; mais je me flatte que vous les trourerez
d'une autre eípece. Je n'aflure
lien íur des oiti-dire r. & si je me donne
moi-même pour témoin de ce que j'arance
, mon témoignage fera si solide
ment appuyé , que je crois que l'ignorance
íeule ,.Se l'entêtement , feront en
droit de ne pas s'y rendre.
Vous fçavez , Monsieur ,. mieux que
personne ce qui me donna lieu de par
courir l'Oronte depuis íâ source jusqu'à
la mer. J'en ai instruit le public dans
deux ditserens ouvrages , vous fçavez
de plus que j'ai fait cîtte course , Se dtefíè
la Carte en question. avec l'un des plus
habiles hommes du pays., &. des: plus
doctes
doctes parmi les Maronites , que le. Pa*
triarche Etienne , dont il étoit Secretaireì
rn'avoit bien voulu donner , pour m'accompagner
par tout où j'aurois des éclair*
eissemens à prendre, ÔC des memoires à
verifier fur le Liban, & fur la Syrie
Maritime. C'est le même que vous ayez
Vu à Paris en l'année 1 701* envoyé à làr
Gour par le Patriarche pour des affaires
importantes de fa nation , le même enfin
dont il est parlé fur la. fin dû second vo
lume de mon voyage. J'ose vous assu
rer que rien ne nous est éthapé fur le
fait dont il s'agit ici , & que nous n'avoní
point vû que l'Oronte íè diviíe dans au
cun endroit de son cours..
Et comment l'aurions.nous Vu ^ Mon
sieur, puisque de tous les Auteurs que
j'ai lus , Historiens , Geographes , Voya.*
geurs, &c. anciens & modernes , qui
ont parlé de ce Pleuve , & de la Ville de
Laodicée , aucun n'a observé la division
íoutenuë par M.. Lucas', Se le passage
prétendu d'un de íès bras par les lieux
marquez dans fa- Relation. Ils s'accor
dent au contraire. tous à conduire l'Oronte
fans division , & à le faire tomber
enfin dans la Mer presque en droite li^
gne au defïous díAntiôche.
Il seroit aussi ennuyeux qu'indisertt
de vous taire de longues; citations de ces
.y. An
f4 MERCURE DÉ FRANCE.
Auteurs , une feule autorité nous suffira,
Hiais elle est ici d'un merite particulier ;
e'est celle d'Abulfeda Prince ou Sultan
de Hamah en Syrie > Historien & Geographe
Arabe sort estimé. Il y a dans la
Bibliotheque du Roy un beau manuscrit
de sa Geographie &. jJai quelque obli
gation à M. Lucas de m'avoir engagé par
là contestation , à consulter cet Auteur
sur le cours de l'Oronte , & fur la Syrie
Maritime , qu'il de voit connoître mieux
qu'un autre 3 la Syrie , où il a regné ,
comme je viens de le dire étant son
propre pays. Auíïï entre.t'il là.deslus
dans un grand détail , mais il. ne dit
liulle part que l'Oronte à qui ii donne
trois diíFerens noms , se divise & forme'
quelque bras de riviere. il le fuit avec
exactitude depuis son origine jusqu'à la'
Mer , nommant tous les lieux qu'il arroíe
, décrivant tous ses contours ^ & fixant
enfin son embouchure au mime lieu oit
fous les Aufeurs, qui en ont parlé avant
& après lui , l'ònt reconnuë , c'est.à.dire,-
à Seleucie, dont il nous donne auffi ta
position Astronomique.
Le même Auteur parle auffi de Laòdi-.
eée, ou L.ìta^uie , Se de ses environs , en
parcourant la côte de la Mer de Syrie.
C'était , Monsieur , le lieu de reconnoître
& de aomnjer ce bias de l'Oronte
(pis
JANVIER 171* ff
«ruì , íêlon M. Lucas , arrose touc ce
pays. Cependant il n'en dit rien , il ne
ait pas même positivement qu'il y ait.
une riviere près de Laodicée , se conten
tant de remarquer qu'il y a des eaux aux
en virons , qui rendent le pays humide Sc
fertile , & certainement Abulfeda a raiiòn
; car qu'est.ce en effet que la rivieie
, méprisée & omise par plusieurs Geo- '
graphes , qui paíîe aux environs de cette
(Ville ? si ce n'est une eípece de Torrent,
«lui Tans avoir rien de commun avec PO.
lonte , prentì son origine dans cette par
tie de montagnes , marquée dans nôtre
Carte , Se qui par l'abondance des pluyess
la fonte des neiges , & la jonction de
quelques ruiíseaux , s'enfle , groísit & se
«écharge enfin dans la Mer de Syrie ,
comme toutes les rivieres , & les autres
torrens , qu'on trouve fur cette côte.
Ainsi , Monsieur, si dans nôtre Carte
nous nous sommes contentez de marquer.,
auprès de Laodicée , une riviere de cette
.qualité, fâns lui donner de nom , il ne
s'enfuit pas, comme le veut M. Lucas,
que ce soit un bras de l'Oronte , qui nous
a été inconnu , &c. U y a fur toute cette
côte une grande quantité de ces préten
dues rivieres, qui n'ont aucun nom , Se
comme parle un Voyageur * moderne des '
* Henry MaundreU , Voyageur Angles
«n ií96. PluS
j<í ftfeRCUKE DE FRANCE,
plus éclairez , qui les a toutes remarquées
avec foin. Ces rivieres des montagnes font
d'ordinaire très.peu considerables , mais
les grossis fluyes les enflent .tellement , Sec-
Enfin ce que dit M. Lucas de la riviere
d'Arquis , qui lui est inconnue' , de la
transpoíition prétendue de trois autres
rivieres dans nôtre description , & le reste
de sa critique ; tout cela , dis.je , n'est
pas mieux fondé que ce qu'il a prétendu
fur l'Orònte., Se vous en conviendrez ,
Monsieur , quand vous aurez lu ce que
je vous prepare là.delfus , Se qui entrera
naturellement dans la réponse que je
Vous dois, fur le Fleuve Sabbathique des
Juifs, qui vient auffi du Liban, Se íùr le
monument érigé par un Roy de Syrie s
fur|les bords du Fleuve Lycus. Cette Let
tre n'est déja que trop. longue ; je ren-.
voye tout ce qui me resteroit à dire fur
cette matiere au troisième volume de
mon voyage de Syrie & du Mont.Liban^
qui est déja bien avancé , Se à la Carte
generale du même pays , qui fera à la
tête de ce volume.
Je fuis y Monsieur , Sec
'A' Paris t ce 15. Decembre 1723.
voyage de Syrie & du Mont-Liban ,
, imprimé a Paris chez. Cailleau , en
rannée T72Z. pour servir de réponse à
l'Ecrit qui a paru dam le Mercure du
mois de Novembre dernier , fous le nom
du Jïeur Paul Lucas. . ,
L'Ecrit dont vous me parlez , Mon~
sieur , ne demande pas une grande
attention ; on ne peut Je regarder que
comme un fruit dé la prévention & de
l'amour propre , mais il suffit que vous
daigniez vous y interesser , en faveur dé?
la verité, pour m'engager à rompre le
silence que j'avois résolu de garder. J'ai
donné dans le Mercure du mois de sep
tembre dernier une Dissertation íùr une.
Medaille de la Ville d'Apamée y dans la
quelle il est beaucoup prié du Fleuve
Oronte , lequel , comme je le prouve ,a
été un íùjet d'erreur à quelques Au
teurs distinguez dans la Republique des
Lettres , à commencer par Pline qui a
erré dès fa source. J'ai de plus fait connoître
en palTànt une erreur des Editeurs
- du Dictionnaire Historique dans la po
sition d' A pamée , & en finissant) 'ai pris
1»
TA Si V I £ R 1724. fi
la liberté de parler aussi d'une méprise
-de M. Paul Lucas , au íûjet du même
Fleuve , méprise deux fois repetée dans
ía Relation , & qu'on s'efforce neanmoins
de défendre , & de soutenir dans l'Hcric
inferé dans le Mercure.
Ce voyageur en décrivant les ruines
de Laodicée , aujourd'hui nommée Lataquie
Se son territoire , prétend qu'il y
paslè un bras de l'Oronte, qui arrose,.
dit-il , en .íerpentant une bonne partie.
de tout ce pays , &c en allant par terra
de Lataquie à Tripoli , c'est.à.dire , en/
s'éloignant toujours davantage de l'O
ronte , il le retrouve encore íiir íà rou
te. Quand nous eûmes marché environ
ïïne heure, dit l'Auteur , nous paffâmes
l'Oronte fur un très.beau pont. Voilà,
dis-je, ee qu'il prétend, & je prétends
précisément touc le contraire ; car je
soutiens que ce Fleuve ne se divise point,.
qu'il ne forme aucun bras , & qu'il pafle
au moins à quinze lieuës loin de la Ville,.
& des campagnes que M. Lucas lui fait
arroser. Je prétends aussi quepour-sça*
Voir qui de lui ou de moi íê trompe , il
n'est pas neceslaire de faire le voyage de
Syrie , & je vous prens . Moníieur , pour
}age de la contestation . & avec vous tou
tes les personnes d'un certain esprit qui
iïont ma lettre.
5* MERCURE DE FRANCE.
Voici d'abord à quoi se réduiíent les'
preuves de nôtre Voyageur. J'ay appris ,
dit. il, des habitans de Laodicée ,fue la
riviere en question étoit un bras de P Ci
ronte, 8c plus bas dans le même écrit. J'ai
traversé plusieurs fois cette partie de la
Syrie , j'ai été a. l'embouchure de cette ri
viere par mer en venant de- Tmrtoufe , je
Vai pafie fur un beau pont en allant par
terre a Tripoli. Je m'abstiens ici de réfle
xions fur la qualité de ces preuves , afin.
d'abreger , & pour laisler aux vôtres.
une plus grande liberté.
Mes preuves feront un peu plus éten
dues , quoique réduites à d'étroites bor
nes ; mais je me flatte que vous les trourerez
d'une autre eípece. Je n'aflure
lien íur des oiti-dire r. & si je me donne
moi-même pour témoin de ce que j'arance
, mon témoignage fera si solide
ment appuyé , que je crois que l'ignorance
íeule ,.Se l'entêtement , feront en
droit de ne pas s'y rendre.
Vous fçavez , Monsieur ,. mieux que
personne ce qui me donna lieu de par
courir l'Oronte depuis íâ source jusqu'à
la mer. J'en ai instruit le public dans
deux ditserens ouvrages , vous fçavez
de plus que j'ai fait cîtte course , Se dtefíè
la Carte en question. avec l'un des plus
habiles hommes du pays., &. des: plus
doctes
doctes parmi les Maronites , que le. Pa*
triarche Etienne , dont il étoit Secretaireì
rn'avoit bien voulu donner , pour m'accompagner
par tout où j'aurois des éclair*
eissemens à prendre, ÔC des memoires à
verifier fur le Liban, & fur la Syrie
Maritime. C'est le même que vous ayez
Vu à Paris en l'année 1 701* envoyé à làr
Gour par le Patriarche pour des affaires
importantes de fa nation , le même enfin
dont il est parlé fur la. fin dû second vo
lume de mon voyage. J'ose vous assu
rer que rien ne nous est éthapé fur le
fait dont il s'agit ici , & que nous n'avoní
point vû que l'Oronte íè diviíe dans au
cun endroit de son cours..
Et comment l'aurions.nous Vu ^ Mon
sieur, puisque de tous les Auteurs que
j'ai lus , Historiens , Geographes , Voya.*
geurs, &c. anciens & modernes , qui
ont parlé de ce Pleuve , & de la Ville de
Laodicée , aucun n'a observé la division
íoutenuë par M.. Lucas', Se le passage
prétendu d'un de íès bras par les lieux
marquez dans fa- Relation. Ils s'accor
dent au contraire. tous à conduire l'Oronte
fans division , & à le faire tomber
enfin dans la Mer presque en droite li^
gne au defïous díAntiôche.
Il seroit aussi ennuyeux qu'indisertt
de vous taire de longues; citations de ces
.y. An
f4 MERCURE DÉ FRANCE.
Auteurs , une feule autorité nous suffira,
Hiais elle est ici d'un merite particulier ;
e'est celle d'Abulfeda Prince ou Sultan
de Hamah en Syrie > Historien & Geographe
Arabe sort estimé. Il y a dans la
Bibliotheque du Roy un beau manuscrit
de sa Geographie &. jJai quelque obli
gation à M. Lucas de m'avoir engagé par
là contestation , à consulter cet Auteur
sur le cours de l'Oronte , & fur la Syrie
Maritime , qu'il de voit connoître mieux
qu'un autre 3 la Syrie , où il a regné ,
comme je viens de le dire étant son
propre pays. Auíïï entre.t'il là.deslus
dans un grand détail , mais il. ne dit
liulle part que l'Oronte à qui ii donne
trois diíFerens noms , se divise & forme'
quelque bras de riviere. il le fuit avec
exactitude depuis son origine jusqu'à la'
Mer , nommant tous les lieux qu'il arroíe
, décrivant tous ses contours ^ & fixant
enfin son embouchure au mime lieu oit
fous les Aufeurs, qui en ont parlé avant
& après lui , l'ònt reconnuë , c'est.à.dire,-
à Seleucie, dont il nous donne auffi ta
position Astronomique.
Le même Auteur parle auffi de Laòdi-.
eée, ou L.ìta^uie , Se de ses environs , en
parcourant la côte de la Mer de Syrie.
C'était , Monsieur , le lieu de reconnoître
& de aomnjer ce bias de l'Oronte
(pis
JANVIER 171* ff
«ruì , íêlon M. Lucas , arrose touc ce
pays. Cependant il n'en dit rien , il ne
ait pas même positivement qu'il y ait.
une riviere près de Laodicée , se conten
tant de remarquer qu'il y a des eaux aux
en virons , qui rendent le pays humide Sc
fertile , & certainement Abulfeda a raiiòn
; car qu'est.ce en effet que la rivieie
, méprisée & omise par plusieurs Geo- '
graphes , qui paíîe aux environs de cette
(Ville ? si ce n'est une eípece de Torrent,
«lui Tans avoir rien de commun avec PO.
lonte , prentì son origine dans cette par
tie de montagnes , marquée dans nôtre
Carte , Se qui par l'abondance des pluyess
la fonte des neiges , & la jonction de
quelques ruiíseaux , s'enfle , groísit & se
«écharge enfin dans la Mer de Syrie ,
comme toutes les rivieres , & les autres
torrens , qu'on trouve fur cette côte.
Ainsi , Monsieur, si dans nôtre Carte
nous nous sommes contentez de marquer.,
auprès de Laodicée , une riviere de cette
.qualité, fâns lui donner de nom , il ne
s'enfuit pas, comme le veut M. Lucas,
que ce soit un bras de l'Oronte , qui nous
a été inconnu , &c. U y a fur toute cette
côte une grande quantité de ces préten
dues rivieres, qui n'ont aucun nom , Se
comme parle un Voyageur * moderne des '
* Henry MaundreU , Voyageur Angles
«n ií96. PluS
j<í ftfeRCUKE DE FRANCE,
plus éclairez , qui les a toutes remarquées
avec foin. Ces rivieres des montagnes font
d'ordinaire très.peu considerables , mais
les grossis fluyes les enflent .tellement , Sec-
Enfin ce que dit M. Lucas de la riviere
d'Arquis , qui lui est inconnue' , de la
transpoíition prétendue de trois autres
rivieres dans nôtre description , & le reste
de sa critique ; tout cela , dis.je , n'est
pas mieux fondé que ce qu'il a prétendu
fur l'Orònte., Se vous en conviendrez ,
Monsieur , quand vous aurez lu ce que
je vous prepare là.delfus , Se qui entrera
naturellement dans la réponse que je
Vous dois, fur le Fleuve Sabbathique des
Juifs, qui vient auffi du Liban, Se íùr le
monument érigé par un Roy de Syrie s
fur|les bords du Fleuve Lycus. Cette Let
tre n'est déja que trop. longue ; je ren-.
voye tout ce qui me resteroit à dire fur
cette matiere au troisième volume de
mon voyage de Syrie & du Mont.Liban^
qui est déja bien avancé , Se à la Carte
generale du même pays , qui fera à la
tête de ce volume.
Je fuis y Monsieur , Sec
'A' Paris t ce 15. Decembre 1723.
Fermer
Résumé : EXTRAIT d'une Lettre de l'Auteur du voyage de Syrie & du Mont-Liban, imprimé à Paris chez Cailleau, en l'année 1722. pour servir de réponse à l'Ecrit qui a paru dans le Mercure du mois de Novembre dernier, sous le nom du sieur Paul Lucas.
L'auteur réagit à une critique de Paul Lucas publiée dans le Mercure de novembre 1723, concernant une dissertation sur une médaille de la ville d'Apamée parue dans le Mercure de septembre 1723. L'auteur conteste les affirmations de Lucas sur le fleuve Oronte, notamment que ce dernier se divise en bras et passe près de Laodicée, aujourd'hui Lattaquié. Lucas avait décrit les ruines de Laodicée en mentionnant qu'un bras de l'Oronte arrose la région. L'auteur, appuyé par ses propres observations et celles d'Abulfeda, un historien et géographe arabe, soutient que l'Oronte ne se divise pas en bras. Il a parcouru le fleuve depuis sa source jusqu'à la mer en compagnie d'un guide maronite compétent et n'a jamais observé de division du fleuve. L'auteur critique les preuves de Lucas, jugées basées sur des ouï-dire et des observations superficielles. Il conclut en promettant de développer ses arguments dans le troisième volume de son voyage de Syrie et du Mont-Liban.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1967
1968
p. 60-66
LETTRE d'un Gentilhomme de Bourgogne écrite à M. Moreau de Mautour.
Début :
Je vous ai caché jusques à present, Monsieur, le dessein que j'avois de [...]
Mots clefs :
Dijon, Compagnie de la Mère-Folle, Institution, Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE d'un Gentilhomme de Bourgogne écrite à M. Moreau de Mautour.
LETTRE d'un Gentilhomme de Bjurgorgne
écrite à Ai. ' Aíereau
de Asautour.'
JE vous ai caché juíques à present 3.
Monsieur , le dessein que j'avois de
rechercher des Memoires, cane fur l'o-/
rígine de la Fête des Foiix , que fur celle;
de l'Institution de la Compagnie de la
Mere Folle de Dijon , dont vous avez
òiïi parler souvent. Je ne me flattois pas
malgré mes recherches de trouver íur.
cette matiere- ses éclàirciûemehs que j'ai
découvert ; c'est ce qui m'engage aujour
d'hui à rompre le silence fur cet article.
Je formai le dessein de cette recherche,
par rapport à la découvertë que je hV
d'une repreíentation.d'ui>Chat parfaite
ment bien figure, ayant poHr tête le-.Cliariot
de la Mere.Folle de Dijon , lequel
est le' dernier qui parut en cette Ville
l'an I 6icr. & duquel il est fait mention
dans une Relation imprimée à Dijon en:
8. par Paillot , ayant pour titre : Re
cit de ce qui s'est passe à Dijon pour
l'heureuse naissance de' Moníeigneur le
Dauphin , depuis Loiiis XIV.
Je m'affermis d'autant plus volontiers.
dans
J A N V I E R 1724. $s
ans Ce dessein que dès 1^95 . j'avois vÇt
'Etendajrt original , dont cette Compa-
;nie de la Mere.Foll.e de Dijon se 1erroit
loríqu'elle marchoit par la Ville les
ours de ré|oiiifl"ances.
Il y a lieu même de cqnclure qu'il íp
lortoit à des Processions -que cette Com-
»agnje avoit coutume de faire , & cela par
aport à un Bâton qui se portoit pareil.-
ement à ces Aísemblées , duquel ainíi
[ue du Ghariot, & de l'Etendart, j'ai
íonné des representations au naturel
lans mes Memoires.
.Ces preuves réelles se íoutiennent pa,r
ieux écrits authentiques ; sçavoir, la con-
Srmacion accordée^ à celui qui étoit Bâ.
onnier de cette societé , par le Duc da
3ourgogne Philippe le Bon en 1454. &
meacçordéeen 1482. par Jean d'Amboj-
"e , Evêque de Langres , alors Lieutenant
raur le Roy en Bourgogne, conjointemen t
tyec Jean de Baudricourt Gouverneur
le la Province , à la requête du Protoîotaire
des Fqìix. Les Lettres du Duc
Reliées de son íceau en cir£ verte , & les
tutres lignées de l'Evêque & du Gou
verneur , & scellées du Iceau de leurs
irmes en cire rouge , se conservent en ori
gnal dans le Trésor de la Sainte Cha-
Delle de Dijon.
De ces deux titres qui ne laissent plys
sGt MERCURE DE FRANCE.
.doute sur cette Institution , il resulte
,qu'on en doit chercher la íôurce dans ua
;temps plus reculé.
L'Institution de la Compagnie de la
Mere.Folle de Dijon peut s'attribuer l'an
<tç 8.1. auquel un certain Adolphe, Comte
de Cléves , établit dans ses Etats une
Societé qu'il nomma la Société des Fous ^
►laquelle ctoit composée de $6. Gehtil-
.jiommes , la traduction de la Patente in£.
titutive de cette Societé se trouve dans
l'Histoire des Ordres Religieux , com- '
.posée par le Pere Helpot du Tiers.Or
dre de S. François , dit Picpus , mort à
Paris en 1716.
Comme il íè trouve tant de .rapport
.entre les Regles & les Statuts de cette
Societé de Cleves , & celles qui s'obíèrj-
. -voient par la Societé de Dijon , j'ai cru
pouvoir dire avec aíTez de probabilité
que celle.ci avoit pû prendre naiflance
de l'autre , & cela fondé fui ce que les
Princes de la Maiíon de Cleves ont con
tracté de grandes alliances avec celles
.des Ducs de Bourgogne , dans la Cour
desquels ils étoient le plus souvent , &
que d'ailleurs un nommé Engilbert ,
«tant pour lors Gouverneur de Bourgo
gne , qui pourroit bien étant du. temps
.de Cleves , avoir introduit à Dijon cette
même Societé qui étoit dans son pays. .
JANVIER 1724, 6%
L'on peut encore tirer la source de cet
établislement sur .ce qui se pratiquoit k
Autun „ corame le raporèe le Secretaire
jRhotarius dans son Registre , qui com
mence en 141 1. & finit en 14.16. où iji
est parlé de la Fête de? Foux. Il le dit
fol. I 0 qu'à la Fcte dite Follorum , on
.conduisoit un âne , & que l'on chantoit
Jié > tire âne , hé , hé , &c. que plusieurs
alloient à l'Eglise déguisez , 8c avec des
habits grotesques , ce qui fut défendu
.depuis &c abrogé.
Au surplus l'existence de cette Com
pagnie de Sainteté folle , qui étoit com
posée en partie d'Infanterie., 8c en par
tie de Cavalerie , le confirme par l'orir
ginal du Çuidon .qui se portpit lors
qu'elle étoit en marche. Duquef j'ai fait
joindre la representation à mes memoi
res. J'y ai fait joindre de plus Je Bonnet
des trois couleurs, jaune , rouge Se vert f
<jue portaient les Aslociez en ladite Com
pagnie , dont les habillemens devoient
.être de même , mais dont les pfficiers se
.distinguoient par la forme de l'habit , 8c
la. qualité des étoffes , les galons , & l'arfangement
des grelots & des sonnettes,.
Toutes ces curiositez se sont trouvées
.chez plusieurs particuliers de la Ville de
Dijon.
Le Chef de cette Compagnie qui s'appelloit
,P4 MERCURE DE FRANCE.
^pelloit Merç- Folle, avoit Sa. Cour com
posée d'Officiers de même que les Prin
ces 8c les Souverains ont la leur , & on
ne pouvoit pas faire aucune Montrée 3
( c'est ainsi que le nommoit les Merches
de cette Compagnie, ) ni le -service ,des
habirs des trois couleurs, íàns la per
miísion de ce Chef : ce qui resuite d'une
Lettre écrite à ce sujet en 1617. au sieur
des Champs , pour lors Mere.Folle, de
laquelle Lettre ensemble5 de celle des
invitations qui sefaisoient, íòit en generai*
soit en particulier , la teneur est inserée
dans les Memoires.
.Les jugemens qui se .rendoient par le
Chef étoient Souverains , & executez
nonobstant l'appel , Se le Parlement les a
tous confirmez , lorsque les appels y ont
été portez ; ce qui se trouve verifiez par
un Arrest du 6. Fevrier 1^79. par les
conclusions que prit le Fiscal vert, c'é
tait le Procureur Fiscal de cette Com
pagnie.
Au surplus les Convocations , les Re
ceptions , les Jugemens , Se autres Actes,
tie même que les entretiens pendant que
duroient les Assemblées devoient se faire
en vers burlesques ou comiques , en la
jnaniere & en la forme que je les ai dé
crites dans mes Memoires , même jus
qu'aux Lettres qu'on s'écrivoit l'un à
l'autre
JANVIER 1724- 6%
l'autre , comme celles écrites .au sieur
des Champs en Se 1617.
Enfin pour ne rien omettre de tous les
éclaircistemens qui me fout venus fur
l'existence de cette Compagnie , j'ai in
feré tout au long dans le petit ouvrage
les Lettres de reception de feu Jean de
VandeneíTe du mois de Mars 1604. qui
étoit gendre dudit sieur des Champs , Se
ayeul du sieur Gaspard de Vandenesle ,
qui m'a communiqué des Mémoires très.
curieux fur cet article.
Au reste , on ne recevoit en cette Com
pagnie , quoique composée de plus de
500. hommes, que des notables, tant des
.Cours Superieures , que de la Bourgeoi
sie de la Ville > Se des environs des periônnes
de la plus haute consideration , y
. reçurent en 162.6. le Bonnet, &: la Ma-
.rolle par les mains du sieur des Champs*
Mere-Folle.
Leurs Lettres Patentes sont iníêrées
dans mes Memoires avec les deslèins fi
gurez des Sceaux ; Se pour achever tout
ce que j'ai allegué au sujet de cette So
cieté de la Mere.Folle à Dijon, j'ai rap
porté ce qu'en a écrit íe P. Menestrier,
Jesuite dans lòn Livre des Repreíêntar
tions en Musique , ancienne & moderne.
Si cette Compagnie a eu des agrémens
<îans son origine , on peut dire qu'elle
D a
64 MERCURE DE FRANCE.
a eu ses chagrins dans la fuite , je rap
porte à ce íujet les Arrests de la Cour p
rendus le 18. Janvier 1552. le 16. Juin
1578. 16. Avril 16 1 6. 31. Janvier \6i6.
Ils m'ont été communiquez par plusieurs
personnes de consideration de la Ville de
Dijon.
Enfin , par un Arrest rendu le il.
Juillet i 630. en la Ville de Lion , &
homologué au Parlement de Dijon le xy.
du même mois, cette Compagnie fut en
tierement abolie fous de grosses peines.
Voilà, Monsieur, tous les eclaircilïer.
mens que j'ai découverts fur les deu£
Societez , & le produit des foins qu'il a
fallu prendre pour rassembler des preu
ves aussi solides qu'elles le font dans l'ou
vrage même je souhaite ppxe cela
puiíîè vous amuser un moment , & vous
prouver de plus en plus les .sentiment
d'estime avec lesquels j'ai l'honneur d'ê
tre , &c. Monsieur , vôtre très-humble,
Se très.obéifíànt serviteur.
écrite à Ai. ' Aíereau
de Asautour.'
JE vous ai caché juíques à present 3.
Monsieur , le dessein que j'avois de
rechercher des Memoires, cane fur l'o-/
rígine de la Fête des Foiix , que fur celle;
de l'Institution de la Compagnie de la
Mere Folle de Dijon , dont vous avez
òiïi parler souvent. Je ne me flattois pas
malgré mes recherches de trouver íur.
cette matiere- ses éclàirciûemehs que j'ai
découvert ; c'est ce qui m'engage aujour
d'hui à rompre le silence fur cet article.
Je formai le dessein de cette recherche,
par rapport à la découvertë que je hV
d'une repreíentation.d'ui>Chat parfaite
ment bien figure, ayant poHr tête le-.Cliariot
de la Mere.Folle de Dijon , lequel
est le' dernier qui parut en cette Ville
l'an I 6icr. & duquel il est fait mention
dans une Relation imprimée à Dijon en:
8. par Paillot , ayant pour titre : Re
cit de ce qui s'est passe à Dijon pour
l'heureuse naissance de' Moníeigneur le
Dauphin , depuis Loiiis XIV.
Je m'affermis d'autant plus volontiers.
dans
J A N V I E R 1724. $s
ans Ce dessein que dès 1^95 . j'avois vÇt
'Etendajrt original , dont cette Compa-
;nie de la Mere.Foll.e de Dijon se 1erroit
loríqu'elle marchoit par la Ville les
ours de ré|oiiifl"ances.
Il y a lieu même de cqnclure qu'il íp
lortoit à des Processions -que cette Com-
»agnje avoit coutume de faire , & cela par
aport à un Bâton qui se portoit pareil.-
ement à ces Aísemblées , duquel ainíi
[ue du Ghariot, & de l'Etendart, j'ai
íonné des representations au naturel
lans mes Memoires.
.Ces preuves réelles se íoutiennent pa,r
ieux écrits authentiques ; sçavoir, la con-
Srmacion accordée^ à celui qui étoit Bâ.
onnier de cette societé , par le Duc da
3ourgogne Philippe le Bon en 1454. &
meacçordéeen 1482. par Jean d'Amboj-
"e , Evêque de Langres , alors Lieutenant
raur le Roy en Bourgogne, conjointemen t
tyec Jean de Baudricourt Gouverneur
le la Province , à la requête du Protoîotaire
des Fqìix. Les Lettres du Duc
Reliées de son íceau en cir£ verte , & les
tutres lignées de l'Evêque & du Gou
verneur , & scellées du Iceau de leurs
irmes en cire rouge , se conservent en ori
gnal dans le Trésor de la Sainte Cha-
Delle de Dijon.
De ces deux titres qui ne laissent plys
sGt MERCURE DE FRANCE.
.doute sur cette Institution , il resulte
,qu'on en doit chercher la íôurce dans ua
;temps plus reculé.
L'Institution de la Compagnie de la
Mere.Folle de Dijon peut s'attribuer l'an
<tç 8.1. auquel un certain Adolphe, Comte
de Cléves , établit dans ses Etats une
Societé qu'il nomma la Société des Fous ^
►laquelle ctoit composée de $6. Gehtil-
.jiommes , la traduction de la Patente in£.
titutive de cette Societé se trouve dans
l'Histoire des Ordres Religieux , com- '
.posée par le Pere Helpot du Tiers.Or
dre de S. François , dit Picpus , mort à
Paris en 1716.
Comme il íè trouve tant de .rapport
.entre les Regles & les Statuts de cette
Societé de Cleves , & celles qui s'obíèrj-
. -voient par la Societé de Dijon , j'ai cru
pouvoir dire avec aíTez de probabilité
que celle.ci avoit pû prendre naiflance
de l'autre , & cela fondé fui ce que les
Princes de la Maiíon de Cleves ont con
tracté de grandes alliances avec celles
.des Ducs de Bourgogne , dans la Cour
desquels ils étoient le plus souvent , &
que d'ailleurs un nommé Engilbert ,
«tant pour lors Gouverneur de Bourgo
gne , qui pourroit bien étant du. temps
.de Cleves , avoir introduit à Dijon cette
même Societé qui étoit dans son pays. .
JANVIER 1724, 6%
L'on peut encore tirer la source de cet
établislement sur .ce qui se pratiquoit k
Autun „ corame le raporèe le Secretaire
jRhotarius dans son Registre , qui com
mence en 141 1. & finit en 14.16. où iji
est parlé de la Fête de? Foux. Il le dit
fol. I 0 qu'à la Fcte dite Follorum , on
.conduisoit un âne , & que l'on chantoit
Jié > tire âne , hé , hé , &c. que plusieurs
alloient à l'Eglise déguisez , 8c avec des
habits grotesques , ce qui fut défendu
.depuis &c abrogé.
Au surplus l'existence de cette Com
pagnie de Sainteté folle , qui étoit com
posée en partie d'Infanterie., 8c en par
tie de Cavalerie , le confirme par l'orir
ginal du Çuidon .qui se portpit lors
qu'elle étoit en marche. Duquef j'ai fait
joindre la representation à mes memoi
res. J'y ai fait joindre de plus Je Bonnet
des trois couleurs, jaune , rouge Se vert f
<jue portaient les Aslociez en ladite Com
pagnie , dont les habillemens devoient
.être de même , mais dont les pfficiers se
.distinguoient par la forme de l'habit , 8c
la. qualité des étoffes , les galons , & l'arfangement
des grelots & des sonnettes,.
Toutes ces curiositez se sont trouvées
.chez plusieurs particuliers de la Ville de
Dijon.
Le Chef de cette Compagnie qui s'appelloit
,P4 MERCURE DE FRANCE.
^pelloit Merç- Folle, avoit Sa. Cour com
posée d'Officiers de même que les Prin
ces 8c les Souverains ont la leur , & on
ne pouvoit pas faire aucune Montrée 3
( c'est ainsi que le nommoit les Merches
de cette Compagnie, ) ni le -service ,des
habirs des trois couleurs, íàns la per
miísion de ce Chef : ce qui resuite d'une
Lettre écrite à ce sujet en 1617. au sieur
des Champs , pour lors Mere.Folle, de
laquelle Lettre ensemble5 de celle des
invitations qui sefaisoient, íòit en generai*
soit en particulier , la teneur est inserée
dans les Memoires.
.Les jugemens qui se .rendoient par le
Chef étoient Souverains , & executez
nonobstant l'appel , Se le Parlement les a
tous confirmez , lorsque les appels y ont
été portez ; ce qui se trouve verifiez par
un Arrest du 6. Fevrier 1^79. par les
conclusions que prit le Fiscal vert, c'é
tait le Procureur Fiscal de cette Com
pagnie.
Au surplus les Convocations , les Re
ceptions , les Jugemens , Se autres Actes,
tie même que les entretiens pendant que
duroient les Assemblées devoient se faire
en vers burlesques ou comiques , en la
jnaniere & en la forme que je les ai dé
crites dans mes Memoires , même jus
qu'aux Lettres qu'on s'écrivoit l'un à
l'autre
JANVIER 1724- 6%
l'autre , comme celles écrites .au sieur
des Champs en Se 1617.
Enfin pour ne rien omettre de tous les
éclaircistemens qui me fout venus fur
l'existence de cette Compagnie , j'ai in
feré tout au long dans le petit ouvrage
les Lettres de reception de feu Jean de
VandeneíTe du mois de Mars 1604. qui
étoit gendre dudit sieur des Champs , Se
ayeul du sieur Gaspard de Vandenesle ,
qui m'a communiqué des Mémoires très.
curieux fur cet article.
Au reste , on ne recevoit en cette Com
pagnie , quoique composée de plus de
500. hommes, que des notables, tant des
.Cours Superieures , que de la Bourgeoi
sie de la Ville > Se des environs des periônnes
de la plus haute consideration , y
. reçurent en 162.6. le Bonnet, &: la Ma-
.rolle par les mains du sieur des Champs*
Mere-Folle.
Leurs Lettres Patentes sont iníêrées
dans mes Memoires avec les deslèins fi
gurez des Sceaux ; Se pour achever tout
ce que j'ai allegué au sujet de cette So
cieté de la Mere.Folle à Dijon, j'ai rap
porté ce qu'en a écrit íe P. Menestrier,
Jesuite dans lòn Livre des Repreíêntar
tions en Musique , ancienne & moderne.
Si cette Compagnie a eu des agrémens
<îans son origine , on peut dire qu'elle
D a
64 MERCURE DE FRANCE.
a eu ses chagrins dans la fuite , je rap
porte à ce íujet les Arrests de la Cour p
rendus le 18. Janvier 1552. le 16. Juin
1578. 16. Avril 16 1 6. 31. Janvier \6i6.
Ils m'ont été communiquez par plusieurs
personnes de consideration de la Ville de
Dijon.
Enfin , par un Arrest rendu le il.
Juillet i 630. en la Ville de Lion , &
homologué au Parlement de Dijon le xy.
du même mois, cette Compagnie fut en
tierement abolie fous de grosses peines.
Voilà, Monsieur, tous les eclaircilïer.
mens que j'ai découverts fur les deu£
Societez , & le produit des foins qu'il a
fallu prendre pour rassembler des preu
ves aussi solides qu'elles le font dans l'ou
vrage même je souhaite ppxe cela
puiíîè vous amuser un moment , & vous
prouver de plus en plus les .sentiment
d'estime avec lesquels j'ai l'honneur d'ê
tre , &c. Monsieur , vôtre très-humble,
Se très.obéifíànt serviteur.
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Résumé : LETTRE d'un Gentilhomme de Bourgogne écrite à M. Moreau de Mautour.
Un gentilhomme de Bjurgorgne écrit à M. de Aíereau pour partager ses découvertes sur l'origine de la Fête des Fous et de la Compagnie de la Mere Folle de Dijon. Il a trouvé des représentations et des documents authentiques, tels qu'un chariot et un étendard, liés à cette compagnie. Les preuves incluent des confirmations accordées par le Duc de Bourgogne Philippe le Bon en 1454 et par Jean d'Amboise, Évêque de Langres, en 1482. Ces documents sont conservés dans le Trésor de la Sainte Chapelle de Dijon. L'auteur attribue l'origine de cette compagnie à une période antérieure et décrit ses activités, notamment des processions et des déguisements grotesques. Il rapporte également des arrestations et l'abolition de la compagnie en 1630. L'auteur souhaite que ces informations amusent et intéressent M. de Aíereau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1969
p. 67-69
LE SONGE. CANTATE à voix seule, mise en Musique par le sieur Bordier.
Début :
Je goûtois du sommeil les attraits gracieux. [...]
Mots clefs :
Amour, Songe, Sommeil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE SONGE. CANTATE à voix seule, mise en Musique par le sieur Bordier.
LE S O N G E.
.ÇANTATE à voix seule # w>//è f«
Musique par le peur Bordicr* .
ÏE goûtais du sommeil les attraits gracier
Ses tranquilles pavots suspendoient met '
allarmes ,
Lorsqu'un Songe enchanteur vint offrir ì
mes yeux ,
,Iris , l'aimable Iris, dent j'adore les chármes.
Etok.il fous le Ciel un mortel plus heureux!
Je lui parlois d* amour , elle daignoit m'en j
tendre^
A mes empreísemens elle sembloit se rendre' ,
.Et par ces mots flateurs , elle approuvoií
mes feux.
Tircis, je cede à ta constance.
Tu triomphes de ma fierté;
. Il est temps que je récompeníe, .,
Tes foins , & ta fidelité.
.C'est assez éprouver ta flamme ,
Je connois u sincere ardeur ,
. Dij L'a
Ht MERCURE DE FRANCE;
L'amour qui regne sur ton ame ,
S'ell rendu maître de mon coeuç.
A cet aveu si doux de la jeune $eigere ,
Que je m'applaudiflçis ! qUe je fus enchantés
Non , non , le fort du Iljeu qui lance te
Tonnerre,
N'étoit pas comparable à ma felicité !
s
Illusion douce & trompeuíç,
Pourquoi flattes.tu mes desirs }
Helas ! à mon ame amoureuíe ,
Que tu vas couter de soupirs !
Pour ce 'délicieux mensonge ^
sommeil , tes mqmens sont trop courju«
Je ne puis voir Iris qu'en songe ,
Ah ! laisse.moi rêver toujours.
Mais déja c'en est fait , Morphée inexorable ,
Va bien.tôt dissiper les douceurs que je fensi
Il dérobe à mes yeux 4e Fantôme adorable ^
De l'objet qui charme mes sens.
Un songe qu'amour fait pajofae ,
Peut
JANVIER; tjxj. es
î*eut offrir un plaifir charmant 5
Mais pour n'être heureux qu'un moment
H vaudroit mieux ne le pais être.
lorsqu'on droit voir une inhumaine
Répondre à notre vive ardeur ,
L'instant qui chaste notre erreur a!
Sert à redoubler notre peine.
Le Maire.
.ÇANTATE à voix seule # w>//è f«
Musique par le peur Bordicr* .
ÏE goûtais du sommeil les attraits gracier
Ses tranquilles pavots suspendoient met '
allarmes ,
Lorsqu'un Songe enchanteur vint offrir ì
mes yeux ,
,Iris , l'aimable Iris, dent j'adore les chármes.
Etok.il fous le Ciel un mortel plus heureux!
Je lui parlois d* amour , elle daignoit m'en j
tendre^
A mes empreísemens elle sembloit se rendre' ,
.Et par ces mots flateurs , elle approuvoií
mes feux.
Tircis, je cede à ta constance.
Tu triomphes de ma fierté;
. Il est temps que je récompeníe, .,
Tes foins , & ta fidelité.
.C'est assez éprouver ta flamme ,
Je connois u sincere ardeur ,
. Dij L'a
Ht MERCURE DE FRANCE;
L'amour qui regne sur ton ame ,
S'ell rendu maître de mon coeuç.
A cet aveu si doux de la jeune $eigere ,
Que je m'applaudiflçis ! qUe je fus enchantés
Non , non , le fort du Iljeu qui lance te
Tonnerre,
N'étoit pas comparable à ma felicité !
s
Illusion douce & trompeuíç,
Pourquoi flattes.tu mes desirs }
Helas ! à mon ame amoureuíe ,
Que tu vas couter de soupirs !
Pour ce 'délicieux mensonge ^
sommeil , tes mqmens sont trop courju«
Je ne puis voir Iris qu'en songe ,
Ah ! laisse.moi rêver toujours.
Mais déja c'en est fait , Morphée inexorable ,
Va bien.tôt dissiper les douceurs que je fensi
Il dérobe à mes yeux 4e Fantôme adorable ^
De l'objet qui charme mes sens.
Un songe qu'amour fait pajofae ,
Peut
JANVIER; tjxj. es
î*eut offrir un plaifir charmant 5
Mais pour n'être heureux qu'un moment
H vaudroit mieux ne le pais être.
lorsqu'on droit voir une inhumaine
Répondre à notre vive ardeur ,
L'instant qui chaste notre erreur a!
Sert à redoubler notre peine.
Le Maire.
Fermer
Résumé : LE SONGE. CANTATE à voix seule, mise en Musique par le sieur Bordier.
Dans un rêve, le narrateur voit Iris, une personne qu'il aime, qui répond favorablement à ses avances amoureuses. Iris déclare céder à sa constance et reconnaître son amour sincère, ce qui procure au narrateur une grande joie et félicité. Cependant, il prend conscience que ce bonheur est une illusion et que le réveil sera douloureux. Il regrette la brièveté des moments agréables du rêve et la rapidité avec laquelle Morphée, le dieu du sommeil, dissipe ces douceurs. Le narrateur exprime son désir de continuer à rêver pour voir Iris, mais reconnaît que ces songes ne font qu'accroître sa peine lorsqu'il se réveille et doit affronter la réalité de son amour non partagé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1970
p. 69-80
EXTRAIT d'une Lettre écrite par M. Jean Frederic Guib, Docteur ès Droits, à M. le Marquis de ... sur l'origine & les Antiquitez de la Ville d'Orange.
Début :
C'est une tradition dans ce Pays qu'Orange a été fondée en même temps [...]
Mots clefs :
Orange, Colonie, Mars, Empereur, Romains, Médaille, Hercule, Théâtre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite par M. Jean Frederic Guib, Docteur ès Droits, à M. le Marquis de ... sur l'origine & les Antiquitez de la Ville d'Orange.
EXTRAIT esune Lettre écrite par
M. Jean Frederic Guib , DoEleur h
Droits i a M. le Marquis de .. . fur
l'origine & les Antie/uiteT^dc la Pille
d'Orange.
C'Est une tradition dans ce Pays qù'O.
' range a été- fondée en même temps
qu'Avignon , 8c que ces deux Villes doi
vent leur origine aux Phocéens ou Grecs
Asiatiques ; mais c'est une chose bien dif
ficile , pour ne pas dire impossible , que
de vouloir aujourd'hui marquer précisé
ment letemps auquel elles ont été fon
dées. Pline le Naturaliste , livre j. chap.
5'. en parlant des Villes de l'Italie qui lui
D iij de
70 MERCURE DE FRANCË.
de voit être un païs très.connu, puisque'
c' étoit la pártie'du monde la plus polie 8e
la plus éclairée, & danslaquelle même if
étoit né , avojie néanmoins qu'il lui sera;
très.difficile de fixer la situation des Vil
les d'Italie sic de marquer leur origine y.
Nec Jitus origine/que persequi facile esi..
Si un Ecrivain de cette importance con-'
feslè une telle chose à l'égard des Villes
de l'Italie, comment sera.t-il poslible au-'
jourd'hui qu'il s'est écoulé ún si grand
nombre de siecles, de pouvoir désigner le
tems de la fondation de la plupart des an
ciennes Villes- de ces Provinces habitées
par des Peuples qui n'a voient aucun soiiv
d'écrire les évenemens dignes d'être tranCrriìs
à la posterité.
Tout ce donc qu'on peut dire rest qu'en.
l'année (a ) six cens avant la nailîàncer
de notre Seigneur Jeíùs.Çhrist , des Habitans
de Phocée , ville de l'Ionie dans l'A
sie Mineure , étant sortis de leur Patrie,
vinrent fonder la ville de Marseille, &
que dans la fuite d'autres Phocéens étant
également venus à Marseille , ils sorti
rent de cette Ville , qui étoit déja extrê
mement peuplée & fonderent les Villes
de Nice, d'Antibes , d'Agde, & peutêtre
même la Ville d'Orange , &c. Mais
( a ) Cette année concourt avec la premiere
année de la 4j- Oiimpiade.
y A N V I E R tin. f t 7t
fòit que ces Phocéens en ayent été les
fondateurs ou qu'ils y ayent seulement en
voyé Une Colonie , on peut aíîurer qu'O
range n'a commencée d'être opulente Se
renommée que depuis qu'elle fut assu
jettie à la domination Romaine > car envi
ron ans avant l'Ere vulgaire , cet
te Ville n'étoit encore qu'un Bourg. Je
me fonde íurce que Tite.Live parlant du
pais que nous habitons a écrit dans le Li
vre li. chap. 28. que dans ce tems-là les
Gaulois de la Rite gauche du Rhône ,
habitoient dans les Bourgs. La Ville d'O
range qui par fa situation ne se trouve
éloignée du Rhône que d'une lieùë , ne
pou voit pas être , íuivant les apparences ,
ni plus puissante , ni d'une plus vaste
étendue que les habitations des peuples
du voisinage.
Environ cent vingt.quatre ans avant la
riaiíïànce de notre Sauveur , les Romains
étant sollicitez par les Marfeillois de leur
envoyer des Troupes pour les secourir ,
ils profiterent habilement de cette occa
sion , & ayant eu le bonheur. de battre les
ennemis dans deux grandes 8c celebres
batailles , la conquête de la^rovence , du
Languedoc , de la Savoye & du Dauphiné,
fût à peu . près le fruit de leurs vic
toires. Le Territoire de cette Ville ayant
été le Théatre fur lequel ces mémorables
* biii) se
7i MERCURE DÉ FRANCE'.
& glorieuses actions s'étoient paslées , lô$
Romains pour éterniser des faits si con
siderables y firent construire notre Arc de
Triomphe , comme je l'ai prouvé dans la
Diísertation qui a été inserée dans le Mer
cure de Paris du- mois de Decembre 17 1 iJ.
page 1 8c fui v. Voilà l'origine de cette
particuliere prédilection & de ce tendre
attachement que ces- superbes Vainqueurs
ont toujours depuis ce tems-là cherement
conservé pour cette Ville.
Elle est devenue Colonie Romaine en1.
viron 4 5. ans avant k naissance de Jesus1.
Christ par le ministere de Tibere Neron
Pere de l'Empereur Tibere ; car ce fut
fous les auspices de ce grand Homme
que des soldats de la seconde legion
vinrent dans cette Ville , de lui' procure'.
lent par.là le nom à'Araitfio Secunda^
normn:
L'an (Í4.0U environ de l'Ere vulgaire
les Romains auraient envoyé une seconde
Colonie dansicette Ville, si ce que Goltzius
a écrit étoit veritable. Cet antiquaire
assure dans son Trésor des Medailles qu'if
y a une Medaille de l'Empereur Neron
sûr laquelle op lit ces paroles íuivantes .•
Colonia 'Araufìo Secnndanornm cohortis
55. viluntariomm.. Ce qui signifierait
que sous le regne de cet Empereur on
envoya dans cette Ville une Colonie pri*
J A NV 1ER 1724.. 73
se des soldats de la cohorte }}. de la ( a )
íeconde legion. Mais comme Pillustre
M. de Peirescn'a jamais pu deterrer une
semblable Medaille , quelques recherches
qu'il ait faites , au rapport de Gaiîèndi in
vita Peiresk.it, f*g. 4.5. il y a lieu de
soupçonner que Goltzius ne s'est pas ex
primé avec l'exactitude convenable. Ce
pendant je ne voudrois pas assurer que
cette Medaille n'ait jamais existé, il peut
bien être que M. de Peireíc arec toutes
ses recherches , n'aura pas trouvé ce qu'un
heureux hazard pouîroit procurer à un;
Curieux de Medailles. Geui qui ont cette
paflìon doivent ^enflammer d'une nou
velle ardeur pour tâcher de découvrir'
une piece d'une si grande rareté , Se ilsr
seroient bien pavez de leurs peines &de
leurs foins par le plaisir de posseder une
Medaille qui auroit été inconnue à une
personne d'un merite auísi distingué que
M. dePeirefo
Quoiqu'il en soit les Romains ayant ho
noré cette Ville d'une Colonie Militaire,
ils lui accorderent les privileges & les'
prérogatives qui y étoient attachez. Au-'
lu.gelíe,au livre 1 6. chap. ij. de Ces
Nuits Attiques , a judicieusement remar
qué que les Colonies étoient en petit une
( a ) La Legion n'étoh ordinairement divi
sée qu'en dix cohortes.
D v image
74 MERCURE DE FRANCE.
image & une representation de la. ma
jesté & de l'opulence dela ville de Rome^
Amplimdinem, Majestatemque Populi Ro
mani Colonie quasi effigies parva ,
jìmulacraque ejfe qu&iam "jidentur. Pair
consequent Orange avoit des Pontifes
ponr regler toutes les affaires concer
nant la Religion , des AugureS qui observoient
le tems favorable pour com
mencer quelque affaire > íoit par le vol ,
chant , ou le manger des oiíeaux , des
Aruspices pour predire l'avenir en re
gardant les entrailles des Victimes, dejf
Ceníeurs , pour regler les moeurs , re
trancher les abus , faite le dénombre
ment des Citoyens & leur assigner un
rang à proportion de leur revenu y des
Quêteurs ou Trésoriers pour exiger Se
avoir foin des deniers publics > des Ediles
pour veiller à la conservation des Edifices
publics tant Saints que Profanes , pour
avoir l'oeil à l'entretien des grands che
mins , des Ponts , des Bains publics, des
Aqueducs , &c pour taxer les Denrées
qui íè vendoient dans les places publi
ques , pour punir ceux qui usoient de.
faux poids & de faussés meíùres , &c.
Les Romains en relevant de cette ma
nière la gloire de cette Ville par la créa
tion de ses dignitez , n'oublierent pas auffi
de l'embellir par un grand nombre de
íôm
/ Â tftf ï' É R 1724. 7 f
íomptueux Bâtimens , des Temples dé
diez à Mars (a) , Diane , Hercule , &c.
furent des preuves de leur zele pour le
culte de ces fausses Divinitez ; des sbains
publics & particuliers , des pavez à la
Mosaïque , des Arenes , un Capitole, urt
Champ de Mars , un Théatre & des
Aqueducs , furent des marques de leur
luxe ou de leur magnificence. Ce qui
nous reste aujourd'hui de ces ouvrages ,
ne nous fait pas moins admirer la somp
tuosité du Bâtiment que l'excellent genie
de ceux qui précedoient à la construction
de ces travaux si utiles 8c si necessaires
aux peuples qui étoient soumis à leur
domination.'
Je passerois de beaucoup les bornes
que je me fuis prescrites dans cet abregé,
íî je parlois avec l'étenduë necessaire de
tous ces divers Edifices ; cependant je ne
fìjaurois m'empêcher d'en dire quelque
chose , quand ce ne seroit que pour indi
ques l'état dans lequel on les voit pré
sentement.
Les Temples de Mars , de Diane &
d'Hercule sont àpreíènt entierement dé
truits. Les Uns assurent que le Temple
de Diane étoit situé à l'endroit où est au-
(a) Il y a des gens qui croyent que les Tem
ples de Mars , & d'Hercule furent bâtis avant
qu'Orange devint Colonie Romaine. .
76. MERCURE DE FRANCE.
jourd'hui l'Eglise Cathedrale ; les autres
disent qu'il étoit fur le derriere du logis
des trois Oranges ; mais d'autres préten
dent qu'en ce dernier endroit l'on voyoit
les Temples de Mars , & d'Hercule , 8c
que dehors la Ville , à la plaine appellée
Martignan , il y a voit un autre Temple
coníàcré au Dieu Mars.
Les Bains publics se trouvent mainte
nant éloignez d'environ 250. pas de la
Porte de Tourre. Ce n'est presque plus
des mazures r nommées vulgairement la
Tour. Ronde.
Les Arenes iônt entierement détruites;.
elles étoient placées dans une Terre à eni
viron 460. pas de la Porte de Saint Mar
tin. C'ëtoit là que les Gladiateurs se battoient
avant. la construction de notre
Theatre. .
Le Capitole , qui étoit ainsi appelle ,
parce qu'il étoit situé dans un lieu le
plus. élevé de la Ville , étoit placé íùr
notre Montagne , ca r Orange étoit four
lors située partie fur la Montagne & par
tie dans la plaine. C'est dáns cet endroit
que deux Magistrats appeliez' Diiumvirs
rendoient la Justice ; oh les éliïòit ctu
corps des Decurions qui étoient à peu
près ce que font à present nos Coníeil
lers politiques. If qui non fit Deciino
JDmmviraut , vd aliis honoribus fungl
non.
JANVIER 17*4. 77.
non potest. liv, 7. $. 2. íF. de Dccurion. SS
filiis eorum. Decuriones , dit le Jurifcon-.
fuite Pomponius au §. 5. de la loi 239^
du Titre du Digeste de verbor. fignif..
Quidam diílos aiunt ex eo , quod initio ^
cum coloni» deduceretur , decima part
eorum , qui' dncerenturconfilii' publici gra-'
ri* y conscribi solita fit.
Le Champ de Mars étoit situé dans l'en-'
droit où est aujourd'hui le Couvent des
Religieux Capucins -, qui étroit autrefois'
le Fau xbourg Saint Florent, & aupara
vant le Bourg de la Clastre. C'étoitdans'
ce champ qu'on s'éxerçoit à la course, à'
la lutte, à tirer de l'arc 3 &c. qu'on bruloit
les corps y Sec.
Notre Théatre appelle communément'
le Cirque servait pour les courses des'
chariots , les combats des Gladiateurs &
des bêtes feroces , & poiír donner les'
naumachies pr ie moyen de l'eau que:
l'on' y faiíòit venir en abondance , toutes'
l«s fois qu'on le fouhaittoit , erî ouvrant
des conduits destinez à cet usage. lia 108.' .
pieds de hauteur & 124. de largeur. Je
dirai ailleurs qu'il a été bâti sous le re
gne de l'Empereur Adrien , environ 121,
ans après la naissance de notre di via
Sauveur.
L'Aqueduc avort son origine à quel
ques lieues de cette Ville dans le Terxoir
f* MERCURE DE FRANCE.
roir de Malauslenne , petite Ville dit
Gomtat. Il íerroit à conduire l'eau qui
étoit nécessaire pour les bains 8c pour les
naumachíes , &c. Oh en voit encore des
débris assez considerables.
Si à tous ces' precieux restes ont joint
les bas.reliefs., les pavez à la Moíàïque ,
Sec. qui se voient chez diyers particu
liers, on'J conviendra facilement qu'O
range devoit être une Ville bien magni
fique & bien opulente. Quelle perte
n'est.ce pas pour la" Republique des Let
tres , n quelque Auteur ancien avoit
entrepris une Deícription exacte & fi
dele de cette Ville dans le tems qu'elle
étoit dans íà íplendeur , qu'un tel Ou
vrage ne soit pas parvenu juíqu'à nous ?
Combien de Coutumes & de ceremonies,
tant íàcrées que prophaites , qui étoient
usitées parmi les Romains , & qui nous
sont à present inconnues , n'apprendrions-.
rtous pas par' la lecture d'un semblable
Ouvrage? Plus l'Auteur auroit été judi
cieux ,& plus nous y découvririons des
faits curieux & interessons, La perle de'
Cleopatre qui fut mise aux oreilles de
la Statue de la Déesse Venus, ou la cassette
ornée de pierreries dans laquelle Alexan
dre le Grand mettoit les Ouvrages d'Homere
, ne seroient pas capable de payer
an tel Livre. Si on étoit assez heureux
.:u* pour
JANVÍER ^724. ff
jjoíseder une semblable production , on
auroic le plaisir de voir d'une maniere
claire & convaincante que les Sorligers ,
les Saumajflès , les Menage, les Spon ,
les Voíïïus les Spanheim , les Dacier ,
& en un mot, que la plupart de ceux
qui se sont attachez à expliquer les Antiquitez
Romaines , ont heureuíement ren
contre la verité , & nous ne serions plus
dans l'incertitude s'ils se sont quelque.,
fois trompez dans leurs raisonnemens,
ou dans leurs conjectures..
Les autres Anciens qui ont parlé d'O
range l'ont fait d!une maniere si succinte,
que cela ne donne pas de grands éclaireiflèmens
à ceux qui font une étude par
ticuliere de l'Histoire ancienne de cette
Ville. On en powrra juger , si on lit ce
que les Auteurs suivans en ont dit.
Strabon , celebre Geographe , qui vi-
Voit sous les regnes des Empereurs Au
guste & Tibere , est le plus ancien Au
teur qui ait fait mention d'Orange.
Pomponius Mela qui vivoit.íôus le
regne de l'empereur Claude a aussi par.r
lé de cette Ville.
Pline le Naturaliste en a également
parlé. Il vivoit fous le regne de l'Empe
reur Vespaíîen.
Pcolemée , le Prince des Astronomes
qui fleurissoit sous le regne de l'Empe
reur
U MERCURE- DE FRANCE.
reur Adrien a pareillement sait mention
de cette Ville , de même que l'Itinéraire
que l'on attribuè' à l'Empereur Anto.,
nin , &c.
Peut.être ne íèroit-if pas inutile avant
que de finir de donner l'étimologie du
nomà'Orange. Je le ferois avec plaisir,
íì je ne croyois qu'il y a trop d'incertitu
de dans cette science , pour pouvoir s'y
arrêter avec quelque fondement. Une
rencontre , un rien sont quelquefois les
motifs du nom que l'on donne à une.
Ville ; qu'on aille après cela donner une
raison de ce qui est un pur effet du hazard.
Ainsi ,. Monsieur , j'aime mieux
employer le peu d'espace qui me reste à
vous supplier très.humblement de me
pardonner la liberté que j'ai priíê de
mettre vôtre illustre nom à la tête de
cet Écrit,. &c. ;
A Orange >.cé r. Septembre. ìjì jì
M. Jean Frederic Guib , DoEleur h
Droits i a M. le Marquis de .. . fur
l'origine & les Antie/uiteT^dc la Pille
d'Orange.
C'Est une tradition dans ce Pays qù'O.
' range a été- fondée en même temps
qu'Avignon , 8c que ces deux Villes doi
vent leur origine aux Phocéens ou Grecs
Asiatiques ; mais c'est une chose bien dif
ficile , pour ne pas dire impossible , que
de vouloir aujourd'hui marquer précisé
ment letemps auquel elles ont été fon
dées. Pline le Naturaliste , livre j. chap.
5'. en parlant des Villes de l'Italie qui lui
D iij de
70 MERCURE DE FRANCË.
de voit être un païs très.connu, puisque'
c' étoit la pártie'du monde la plus polie 8e
la plus éclairée, & danslaquelle même if
étoit né , avojie néanmoins qu'il lui sera;
très.difficile de fixer la situation des Vil
les d'Italie sic de marquer leur origine y.
Nec Jitus origine/que persequi facile esi..
Si un Ecrivain de cette importance con-'
feslè une telle chose à l'égard des Villes
de l'Italie, comment sera.t-il poslible au-'
jourd'hui qu'il s'est écoulé ún si grand
nombre de siecles, de pouvoir désigner le
tems de la fondation de la plupart des an
ciennes Villes- de ces Provinces habitées
par des Peuples qui n'a voient aucun soiiv
d'écrire les évenemens dignes d'être tranCrriìs
à la posterité.
Tout ce donc qu'on peut dire rest qu'en.
l'année (a ) six cens avant la nailîàncer
de notre Seigneur Jeíùs.Çhrist , des Habitans
de Phocée , ville de l'Ionie dans l'A
sie Mineure , étant sortis de leur Patrie,
vinrent fonder la ville de Marseille, &
que dans la fuite d'autres Phocéens étant
également venus à Marseille , ils sorti
rent de cette Ville , qui étoit déja extrê
mement peuplée & fonderent les Villes
de Nice, d'Antibes , d'Agde, & peutêtre
même la Ville d'Orange , &c. Mais
( a ) Cette année concourt avec la premiere
année de la 4j- Oiimpiade.
y A N V I E R tin. f t 7t
fòit que ces Phocéens en ayent été les
fondateurs ou qu'ils y ayent seulement en
voyé Une Colonie , on peut aíîurer qu'O
range n'a commencée d'être opulente Se
renommée que depuis qu'elle fut assu
jettie à la domination Romaine > car envi
ron ans avant l'Ere vulgaire , cet
te Ville n'étoit encore qu'un Bourg. Je
me fonde íurce que Tite.Live parlant du
pais que nous habitons a écrit dans le Li
vre li. chap. 28. que dans ce tems-là les
Gaulois de la Rite gauche du Rhône ,
habitoient dans les Bourgs. La Ville d'O
range qui par fa situation ne se trouve
éloignée du Rhône que d'une lieùë , ne
pou voit pas être , íuivant les apparences ,
ni plus puissante , ni d'une plus vaste
étendue que les habitations des peuples
du voisinage.
Environ cent vingt.quatre ans avant la
riaiíïànce de notre Sauveur , les Romains
étant sollicitez par les Marfeillois de leur
envoyer des Troupes pour les secourir ,
ils profiterent habilement de cette occa
sion , & ayant eu le bonheur. de battre les
ennemis dans deux grandes 8c celebres
batailles , la conquête de la^rovence , du
Languedoc , de la Savoye & du Dauphiné,
fût à peu . près le fruit de leurs vic
toires. Le Territoire de cette Ville ayant
été le Théatre fur lequel ces mémorables
* biii) se
7i MERCURE DÉ FRANCE'.
& glorieuses actions s'étoient paslées , lô$
Romains pour éterniser des faits si con
siderables y firent construire notre Arc de
Triomphe , comme je l'ai prouvé dans la
Diísertation qui a été inserée dans le Mer
cure de Paris du- mois de Decembre 17 1 iJ.
page 1 8c fui v. Voilà l'origine de cette
particuliere prédilection & de ce tendre
attachement que ces- superbes Vainqueurs
ont toujours depuis ce tems-là cherement
conservé pour cette Ville.
Elle est devenue Colonie Romaine en1.
viron 4 5. ans avant k naissance de Jesus1.
Christ par le ministere de Tibere Neron
Pere de l'Empereur Tibere ; car ce fut
fous les auspices de ce grand Homme
que des soldats de la seconde legion
vinrent dans cette Ville , de lui' procure'.
lent par.là le nom à'Araitfio Secunda^
normn:
L'an (Í4.0U environ de l'Ere vulgaire
les Romains auraient envoyé une seconde
Colonie dansicette Ville, si ce que Goltzius
a écrit étoit veritable. Cet antiquaire
assure dans son Trésor des Medailles qu'if
y a une Medaille de l'Empereur Neron
sûr laquelle op lit ces paroles íuivantes .•
Colonia 'Araufìo Secnndanornm cohortis
55. viluntariomm.. Ce qui signifierait
que sous le regne de cet Empereur on
envoya dans cette Ville une Colonie pri*
J A NV 1ER 1724.. 73
se des soldats de la cohorte }}. de la ( a )
íeconde legion. Mais comme Pillustre
M. de Peirescn'a jamais pu deterrer une
semblable Medaille , quelques recherches
qu'il ait faites , au rapport de Gaiîèndi in
vita Peiresk.it, f*g. 4.5. il y a lieu de
soupçonner que Goltzius ne s'est pas ex
primé avec l'exactitude convenable. Ce
pendant je ne voudrois pas assurer que
cette Medaille n'ait jamais existé, il peut
bien être que M. de Peireíc arec toutes
ses recherches , n'aura pas trouvé ce qu'un
heureux hazard pouîroit procurer à un;
Curieux de Medailles. Geui qui ont cette
paflìon doivent ^enflammer d'une nou
velle ardeur pour tâcher de découvrir'
une piece d'une si grande rareté , Se ilsr
seroient bien pavez de leurs peines &de
leurs foins par le plaisir de posseder une
Medaille qui auroit été inconnue à une
personne d'un merite auísi distingué que
M. dePeirefo
Quoiqu'il en soit les Romains ayant ho
noré cette Ville d'une Colonie Militaire,
ils lui accorderent les privileges & les'
prérogatives qui y étoient attachez. Au-'
lu.gelíe,au livre 1 6. chap. ij. de Ces
Nuits Attiques , a judicieusement remar
qué que les Colonies étoient en petit une
( a ) La Legion n'étoh ordinairement divi
sée qu'en dix cohortes.
D v image
74 MERCURE DE FRANCE.
image & une representation de la. ma
jesté & de l'opulence dela ville de Rome^
Amplimdinem, Majestatemque Populi Ro
mani Colonie quasi effigies parva ,
jìmulacraque ejfe qu&iam "jidentur. Pair
consequent Orange avoit des Pontifes
ponr regler toutes les affaires concer
nant la Religion , des AugureS qui observoient
le tems favorable pour com
mencer quelque affaire > íoit par le vol ,
chant , ou le manger des oiíeaux , des
Aruspices pour predire l'avenir en re
gardant les entrailles des Victimes, dejf
Ceníeurs , pour regler les moeurs , re
trancher les abus , faite le dénombre
ment des Citoyens & leur assigner un
rang à proportion de leur revenu y des
Quêteurs ou Trésoriers pour exiger Se
avoir foin des deniers publics > des Ediles
pour veiller à la conservation des Edifices
publics tant Saints que Profanes , pour
avoir l'oeil à l'entretien des grands che
mins , des Ponts , des Bains publics, des
Aqueducs , &c pour taxer les Denrées
qui íè vendoient dans les places publi
ques , pour punir ceux qui usoient de.
faux poids & de faussés meíùres , &c.
Les Romains en relevant de cette ma
nière la gloire de cette Ville par la créa
tion de ses dignitez , n'oublierent pas auffi
de l'embellir par un grand nombre de
íôm
/ Â tftf ï' É R 1724. 7 f
íomptueux Bâtimens , des Temples dé
diez à Mars (a) , Diane , Hercule , &c.
furent des preuves de leur zele pour le
culte de ces fausses Divinitez ; des sbains
publics & particuliers , des pavez à la
Mosaïque , des Arenes , un Capitole, urt
Champ de Mars , un Théatre & des
Aqueducs , furent des marques de leur
luxe ou de leur magnificence. Ce qui
nous reste aujourd'hui de ces ouvrages ,
ne nous fait pas moins admirer la somp
tuosité du Bâtiment que l'excellent genie
de ceux qui précedoient à la construction
de ces travaux si utiles 8c si necessaires
aux peuples qui étoient soumis à leur
domination.'
Je passerois de beaucoup les bornes
que je me fuis prescrites dans cet abregé,
íî je parlois avec l'étenduë necessaire de
tous ces divers Edifices ; cependant je ne
fìjaurois m'empêcher d'en dire quelque
chose , quand ce ne seroit que pour indi
ques l'état dans lequel on les voit pré
sentement.
Les Temples de Mars , de Diane &
d'Hercule sont àpreíènt entierement dé
truits. Les Uns assurent que le Temple
de Diane étoit situé à l'endroit où est au-
(a) Il y a des gens qui croyent que les Tem
ples de Mars , & d'Hercule furent bâtis avant
qu'Orange devint Colonie Romaine. .
76. MERCURE DE FRANCE.
jourd'hui l'Eglise Cathedrale ; les autres
disent qu'il étoit fur le derriere du logis
des trois Oranges ; mais d'autres préten
dent qu'en ce dernier endroit l'on voyoit
les Temples de Mars , & d'Hercule , 8c
que dehors la Ville , à la plaine appellée
Martignan , il y a voit un autre Temple
coníàcré au Dieu Mars.
Les Bains publics se trouvent mainte
nant éloignez d'environ 250. pas de la
Porte de Tourre. Ce n'est presque plus
des mazures r nommées vulgairement la
Tour. Ronde.
Les Arenes iônt entierement détruites;.
elles étoient placées dans une Terre à eni
viron 460. pas de la Porte de Saint Mar
tin. C'ëtoit là que les Gladiateurs se battoient
avant. la construction de notre
Theatre. .
Le Capitole , qui étoit ainsi appelle ,
parce qu'il étoit situé dans un lieu le
plus. élevé de la Ville , étoit placé íùr
notre Montagne , ca r Orange étoit four
lors située partie fur la Montagne & par
tie dans la plaine. C'est dáns cet endroit
que deux Magistrats appeliez' Diiumvirs
rendoient la Justice ; oh les éliïòit ctu
corps des Decurions qui étoient à peu
près ce que font à present nos Coníeil
lers politiques. If qui non fit Deciino
JDmmviraut , vd aliis honoribus fungl
non.
JANVIER 17*4. 77.
non potest. liv, 7. $. 2. íF. de Dccurion. SS
filiis eorum. Decuriones , dit le Jurifcon-.
fuite Pomponius au §. 5. de la loi 239^
du Titre du Digeste de verbor. fignif..
Quidam diílos aiunt ex eo , quod initio ^
cum coloni» deduceretur , decima part
eorum , qui' dncerenturconfilii' publici gra-'
ri* y conscribi solita fit.
Le Champ de Mars étoit situé dans l'en-'
droit où est aujourd'hui le Couvent des
Religieux Capucins -, qui étroit autrefois'
le Fau xbourg Saint Florent, & aupara
vant le Bourg de la Clastre. C'étoitdans'
ce champ qu'on s'éxerçoit à la course, à'
la lutte, à tirer de l'arc 3 &c. qu'on bruloit
les corps y Sec.
Notre Théatre appelle communément'
le Cirque servait pour les courses des'
chariots , les combats des Gladiateurs &
des bêtes feroces , & poiír donner les'
naumachies pr ie moyen de l'eau que:
l'on' y faiíòit venir en abondance , toutes'
l«s fois qu'on le fouhaittoit , erî ouvrant
des conduits destinez à cet usage. lia 108.' .
pieds de hauteur & 124. de largeur. Je
dirai ailleurs qu'il a été bâti sous le re
gne de l'Empereur Adrien , environ 121,
ans après la naissance de notre di via
Sauveur.
L'Aqueduc avort son origine à quel
ques lieues de cette Ville dans le Terxoir
f* MERCURE DE FRANCE.
roir de Malauslenne , petite Ville dit
Gomtat. Il íerroit à conduire l'eau qui
étoit nécessaire pour les bains 8c pour les
naumachíes , &c. Oh en voit encore des
débris assez considerables.
Si à tous ces' precieux restes ont joint
les bas.reliefs., les pavez à la Moíàïque ,
Sec. qui se voient chez diyers particu
liers, on'J conviendra facilement qu'O
range devoit être une Ville bien magni
fique & bien opulente. Quelle perte
n'est.ce pas pour la" Republique des Let
tres , n quelque Auteur ancien avoit
entrepris une Deícription exacte & fi
dele de cette Ville dans le tems qu'elle
étoit dans íà íplendeur , qu'un tel Ou
vrage ne soit pas parvenu juíqu'à nous ?
Combien de Coutumes & de ceremonies,
tant íàcrées que prophaites , qui étoient
usitées parmi les Romains , & qui nous
sont à present inconnues , n'apprendrions-.
rtous pas par' la lecture d'un semblable
Ouvrage? Plus l'Auteur auroit été judi
cieux ,& plus nous y découvririons des
faits curieux & interessons, La perle de'
Cleopatre qui fut mise aux oreilles de
la Statue de la Déesse Venus, ou la cassette
ornée de pierreries dans laquelle Alexan
dre le Grand mettoit les Ouvrages d'Homere
, ne seroient pas capable de payer
an tel Livre. Si on étoit assez heureux
.:u* pour
JANVÍER ^724. ff
jjoíseder une semblable production , on
auroic le plaisir de voir d'une maniere
claire & convaincante que les Sorligers ,
les Saumajflès , les Menage, les Spon ,
les Voíïïus les Spanheim , les Dacier ,
& en un mot, que la plupart de ceux
qui se sont attachez à expliquer les Antiquitez
Romaines , ont heureuíement ren
contre la verité , & nous ne serions plus
dans l'incertitude s'ils se sont quelque.,
fois trompez dans leurs raisonnemens,
ou dans leurs conjectures..
Les autres Anciens qui ont parlé d'O
range l'ont fait d!une maniere si succinte,
que cela ne donne pas de grands éclaireiflèmens
à ceux qui font une étude par
ticuliere de l'Histoire ancienne de cette
Ville. On en powrra juger , si on lit ce
que les Auteurs suivans en ont dit.
Strabon , celebre Geographe , qui vi-
Voit sous les regnes des Empereurs Au
guste & Tibere , est le plus ancien Au
teur qui ait fait mention d'Orange.
Pomponius Mela qui vivoit.íôus le
regne de l'empereur Claude a aussi par.r
lé de cette Ville.
Pline le Naturaliste en a également
parlé. Il vivoit fous le regne de l'Empe
reur Vespaíîen.
Pcolemée , le Prince des Astronomes
qui fleurissoit sous le regne de l'Empe
reur
U MERCURE- DE FRANCE.
reur Adrien a pareillement sait mention
de cette Ville , de même que l'Itinéraire
que l'on attribuè' à l'Empereur Anto.,
nin , &c.
Peut.être ne íèroit-if pas inutile avant
que de finir de donner l'étimologie du
nomà'Orange. Je le ferois avec plaisir,
íì je ne croyois qu'il y a trop d'incertitu
de dans cette science , pour pouvoir s'y
arrêter avec quelque fondement. Une
rencontre , un rien sont quelquefois les
motifs du nom que l'on donne à une.
Ville ; qu'on aille après cela donner une
raison de ce qui est un pur effet du hazard.
Ainsi ,. Monsieur , j'aime mieux
employer le peu d'espace qui me reste à
vous supplier très.humblement de me
pardonner la liberté que j'ai priíê de
mettre vôtre illustre nom à la tête de
cet Écrit,. &c. ;
A Orange >.cé r. Septembre. ìjì jì
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite par M. Jean Frederic Guib, Docteur ès Droits, à M. le Marquis de ... sur l'origine & les Antiquitez de la Ville d'Orange.
La lettre de M. Jean Frédéric Guib explore l'origine et les antécédents de la ville d'Orange. Selon une tradition locale, Orange et Avignon auraient été fondées simultanément par les Phocéens, des Grecs asiatiques. Cependant, la date exacte de leur fondation reste incertaine. Pline le Naturaliste, bien que familier avec l'Italie, reconnaissait la difficulté de déterminer l'origine des villes italiennes, rendant la datation des villes provençales encore plus complexe. En 600 avant J.-C., des habitants de Phocée fondèrent Marseille, et d'autres Phocéens établirent ensuite Nice, Antibes, Agde, et peut-être Orange. Orange ne devint prospère et renommée qu'après être passée sous domination romaine. Environ 124 ans avant J.-C., les Romains, sollicités par les Marseillais, battirent les ennemis et conquirent la Provence, le Languedoc, la Savoie et le Dauphiné. Orange, située près du Rhône, était alors un simple bourg. Les Romains construisirent un arc de triomphe à Orange pour commémorer leurs victoires. La ville devint une colonie romaine environ 45 ans avant J.-C., sous le règne de Tibère Néron. Les Romains y envoyèrent des soldats de la seconde légion, lui donnant le nom de Colonia Arausio Secunda. Une médaille de Néron mentionnerait une seconde colonie, mais son authenticité est douteuse. Orange bénéficia de privilèges et de dignités romaines, incluant des pontifes, augures, aruspices, censeurs, questeurs, et édiles. Les Romains embellirent la ville avec des temples, des bains, des arènes, un théâtre, et des aqueducs. Aujourd'hui, plusieurs de ces structures sont détruites ou en ruine, mais des vestiges subsistent, témoignant de la grandeur passée d'Orange. Les auteurs anciens comme Strabon, Pomponius Mela, et Pline le Naturaliste ont mentionné Orange, mais leurs descriptions sont succinctes et ne fournissent que peu d'éclairages sur l'histoire ancienne de la ville. Le texte mentionne également Ptolémée, décrit comme le 'Prince des Astronomes' vivant sous le règne d'un empereur non nommé, ainsi qu'Adrien et un itinéraire attribué à l'empereur Antonin. L'auteur exprime son intention de donner l'étymologie du nom 'Orange', mais il hésite en raison des incertitudes dans cette science. Il conclut en s'excusant pour la liberté prise de mentionner le nom illustre d'une personne à la tête de son écrit. Le texte est daté du 21 septembre et provient d'Orange.
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1971
p. 81-82
EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs du Mercure, par M. l'Abbé de Vienne, Chanoine de la Cathedrale de Châlons en Champagne, le 22. Decembre 1723.
Début :
J'ay l'honneur de vous informer, Messieurs, d'un évenement qui a eu [...]
Mots clefs :
Corps
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs du Mercure, par M. l'Abbé de Vienne, Chanoine de la Cathedrale de Châlons en Champagne, le 22. Decembre 1723.
£ JT7*^ AIT d'une Lettre écrits au»
Auteurs' du Mercure , par Ai. l'Abbé
de sienne , Chanoine de la Cathedrale'
de Châlons en Champagne , le 2 z.'
Decembre 1723.
J'Ay l'honneur dé vous informer ,
Messieurs , d'un évenement qui a eu
pour témoins. tous les habitans de cette
Ville, &c que j'ai vu moi.même dans
toutes les circonstances que je vais vous
détailler.
On trouva le 14V du present mois da
decembre 1725. en l'Eglise Paroissiale
de S. Alpin , un corps sain & entier'
après vingt. trois ans, & quelque mois
de sepulture ; les yeu* 8c lèvres qui íònt
les parties les plus délicates 3 & par con-
Itquent les plus sujettes à corruption',
n'avoient aucune apparence de pourririture',
se visage étoit si peu changé ,
que l'on reconnut sans peine les traits de;
M. Braux du Locton , vivant" Ecuyer ,
President du Bureau des Trésoriers do
France en Champagne. On raisonna dif
feremment fur un fait aussi singulier m
les uns le regardent comme la récom^
pense du merite & de la vertu du dé
font ?
#2 MERCURE DE FRAN
funt, qui en effet a vécu en bon""Chrérien
, & en honnête homme , d'autre»
l'attribuent à une veine de terre ; mais
ce dernierjfentiment me paroît peu plau.<
íible attendu que le terrain de cette
Eglise est très.humide , & que d'ailleurs
l'on n'a jamais trouvé fous la tombe de
la Famille des Braux de corps sain dans
aucune de lès parties , peu de temps mê
me après avoir été inhumé. Au reste.
Messieurs , quelque cause que puiJïe avoir
un' effet aussi extraordinaire , je l'ai crû
digne de l'attention des curieux. Je fuis,
&c.
Auteurs' du Mercure , par Ai. l'Abbé
de sienne , Chanoine de la Cathedrale'
de Châlons en Champagne , le 2 z.'
Decembre 1723.
J'Ay l'honneur dé vous informer ,
Messieurs , d'un évenement qui a eu
pour témoins. tous les habitans de cette
Ville, &c que j'ai vu moi.même dans
toutes les circonstances que je vais vous
détailler.
On trouva le 14V du present mois da
decembre 1725. en l'Eglise Paroissiale
de S. Alpin , un corps sain & entier'
après vingt. trois ans, & quelque mois
de sepulture ; les yeu* 8c lèvres qui íònt
les parties les plus délicates 3 & par con-
Itquent les plus sujettes à corruption',
n'avoient aucune apparence de pourririture',
se visage étoit si peu changé ,
que l'on reconnut sans peine les traits de;
M. Braux du Locton , vivant" Ecuyer ,
President du Bureau des Trésoriers do
France en Champagne. On raisonna dif
feremment fur un fait aussi singulier m
les uns le regardent comme la récom^
pense du merite & de la vertu du dé
font ?
#2 MERCURE DE FRAN
funt, qui en effet a vécu en bon""Chrérien
, & en honnête homme , d'autre»
l'attribuent à une veine de terre ; mais
ce dernierjfentiment me paroît peu plau.<
íible attendu que le terrain de cette
Eglise est très.humide , & que d'ailleurs
l'on n'a jamais trouvé fous la tombe de
la Famille des Braux de corps sain dans
aucune de lès parties , peu de temps mê
me après avoir été inhumé. Au reste.
Messieurs , quelque cause que puiJïe avoir
un' effet aussi extraordinaire , je l'ai crû
digne de l'attention des curieux. Je fuis,
&c.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs du Mercure, par M. l'Abbé de Vienne, Chanoine de la Cathedrale de Châlons en Champagne, le 22. Decembre 1723.
Le 14 décembre 1725, à Châlons en Champagne, un corps intact a été découvert dans l'église paroissiale de Saint-Alpin après vingt-trois ans de sépulture. Le visage de M. Braux du Locton, écuyer et président du Bureau des Trésoriers de France en Champagne, était parfaitement reconnaissable, sans trace de décomposition. Les habitants ont réagi différemment : certains ont vu cela comme une récompense pour sa vertu et sa foi chrétienne, tandis que d'autres ont évoqué une particularité du terrain, bien que cette explication soit moins convaincante. Le terrain de l'église est humide, et aucune autre tombe de la famille Braux n'a montré de signes similaires de conservation. L'Abbé Chanoine de la Cathédrale de Châlons a jugé cet événement digne d'intérêt et a décidé de le relater dans le Mercure de France.
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1972
p. 84-85
EXPLICATION des trois Enigmes du Mercure de Decembre 1723.
Début :
Iris, dont mon coeur suit les loix, [...]
Mots clefs :
Joconde, Chaise à porteurs, Premier jour de l'an, Terre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION des trois Enigmes du Mercure de Decembre 1723.
EXPLÍC ATIÚ N d'ei trois Énigmes
du Mercure de Decembre 1
Sur l'Air de Joconde.
J Ris , dont mon coeur íiùt les Ioix 1
Veut qu'aujourd'hui j'explique ,
Leí
ÎANVI ER i724. |R
Les Enigmes du dernier rrtois^
En langage Lyrigue.
Tous mes foins doiyent aspirer ,
Au bonheur de lui plaire ,
Tâchons donc de les penetrer^,
Et de la satisfaire.
Je vais en définir le Plan ,
.Sur le ton de Joconde.,
la premiere(est le jour de l'juij
la terre estla seconde ;
On doit par la Chaise à Porteûrí
Expliquer la troisième ,
Tous Oedipes Speculateurs ,
Deyinero.nt de même,.
]je Maire.
du Mercure de Decembre 1
Sur l'Air de Joconde.
J Ris , dont mon coeur íiùt les Ioix 1
Veut qu'aujourd'hui j'explique ,
Leí
ÎANVI ER i724. |R
Les Enigmes du dernier rrtois^
En langage Lyrigue.
Tous mes foins doiyent aspirer ,
Au bonheur de lui plaire ,
Tâchons donc de les penetrer^,
Et de la satisfaire.
Je vais en définir le Plan ,
.Sur le ton de Joconde.,
la premiere(est le jour de l'juij
la terre estla seconde ;
On doit par la Chaise à Porteûrí
Expliquer la troisième ,
Tous Oedipes Speculateurs ,
Deyinero.nt de même,.
]je Maire.
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Résumé : EXPLICATION des trois Enigmes du Mercure de Decembre 1723.
Le texte explique les trois énigmes du Mercure de décembre 1724 sur l'air de Joconde. La première énigme traite du jour du jugement, la seconde concerne la terre, et la troisième doit être expliquée par la Chaise à Porteur. Tous les 'Oedipes Speculateurs' devinent de la même manière, selon le Maire.
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1973
p. 85-86
AUTRE explication de la premiere Enigme. Par un Gascon.
Début :
Le premier jour de l'An, est l'aîné de ses freres, [...]
Mots clefs :
Avare
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE explication de la premiere Enigme. Par un Gascon.
AVTRE exp'ication de la premiere
Enigme. Pasr un Gascqn.
LE premier jour de l'An, est l'aîné de ses
freres,
Il est plus desiré des enfans que des peres •
Et l'avare le haït avec juste raison ,
Pour lui , le mot d'étrenne est un fâcheux
lanfeage, Ainfi
té MERCURE DE FRANCE.
Ainsi mon oncle riche, avare & vieux garçon,
.Quand je .vais en ce jour le voir selon fusage.
Me dit pour m'jétrenner , mon neveu soyez
sage:
.Cadedis , est.ce là contenter un Gascon f
Par M. A. *.**
Enigme. Pasr un Gascqn.
LE premier jour de l'An, est l'aîné de ses
freres,
Il est plus desiré des enfans que des peres •
Et l'avare le haït avec juste raison ,
Pour lui , le mot d'étrenne est un fâcheux
lanfeage, Ainfi
té MERCURE DE FRANCE.
Ainsi mon oncle riche, avare & vieux garçon,
.Quand je .vais en ce jour le voir selon fusage.
Me dit pour m'jétrenner , mon neveu soyez
sage:
.Cadedis , est.ce là contenter un Gascon f
Par M. A. *.**
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1974
p. 148-153
ETAT de la Maison de Monsieur le Duc d'Orleans, premier Prince du Sang, reglé par la Declaration du Roy, en datte du 6. Janvier 1724.
Début :
Loüis, &c. à tous ceux, &c. l'affection singuliere que nous avons pour [...]
Mots clefs :
Duc d'Orléans, Officiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ETAT de la Maison de Monsieur le Duc d'Orleans, premier Prince du Sang, reglé par la Declaration du Roy, en datte du 6. Janvier 1724.
ETAT de. la Maifin de Monsieur le Duc
d'Orleans , premier Prince du Sang ,
reglé par la Declaration du Roy , m
datte du 6 -Janvier 1724.
LOiïis,&c. à tous ceux , &c. l'affec
tion singuliere que nous avons pournôtre
très.cher , & très.amé Oncle y
Louis d'Orleans , Duc d'Orleans , . nous.
avoit fait desirer de pouvoir lui conti
nuer la même Maiíôn qu'a voit feu nôtre.
très-cher , & très-amé Oncle le lDuc
d'Orleans son pere ; mais l'ordre de.
tout temps établi pour le premier Prin
ce de nôtre Sang , nous obligeant de fui.*
vre les Etats < de ceux: qui ont précedem
ment tenu ce haut rang , en fixant fa
Maison au même nombre d'Officiers ;
Nous y avons seulement ajouté quelques
titres que nous avons jugé plus convesables
, & voulant qu*ils jouissent des
Privileges de nos Officiers commensaux :
à ces cauíes , &c. 8c de nôtre grace fpe.-
ciale, pleine puissance , Se autorité Roya
le, Nous avons dit & declaré, Se par. ces
Pre
J A N< V Ï^E R 17I4. re
presentes signées de nôtre main , disons ,
declarons , voulons , nous plaît , que les
Officiers dont fera com potée la Maison
de nôtredit Onde le Duc d'Orleans ,
comprise dans l'Etat cy.attaché sous le
contre-seel de nôtre Chancellerie, jouis
sent dorénavant de tous tels & semblables
Privileges dent nos Officiers DomestiÍ^
ues & Coqrmeníâux ont droit de jeiiir
uivantnos Edits, Declarations, Ordon
nances & Reglemens faits fur ce íujet. .
.Voulons qu'à cet effet l'état qui íèra arrê
té par nôtredit Oncle des Officiers qui
composoront à l'avenir fa Maison , soit
mis au Greffe de nôtre Cour des Aydes,
pourvu qu'il soit conforme à celui atta
ché à ces Presentes. Si donnons , &c-
Etat du nombre des Officiers , Gentilhom
mes , Gens du Conseil , Domestiques
& Commensaux , dont le Roy veut <^iie
leanr, Dite d'Orleans , de Valois , de
Chartres , de Nemours , & Monts en-
Jier , fin Oncle, soit composée en l'an
née 1724; pour jouir des Privilège!
des Commensaux.
Un Premier Gentilhomme de la
Chambre.
8. Gentilhommes de la Ghambre.
EZ. Gentilhommes ordinaires.
la Maison de Monsieur
:l!5<> MERCURE DE FRANCE,
. 2. Confesseur & Predicateur.
. . 4. Aumôniers.
z. Secretaires des CommandemènS.
j. Secretaires , & Intendans de« Fi
nances.,
8. Gens du Conseil:
S. Secretaires ordinaires.
1 . Secretaire des Langues.
2. Secretaires du Conseil.
I . Agçnt d'affaires.
i . Garde Archives.
i . Premier Maître.d'Hotel»-
é. Maîtres-d'Hôtel.
I. Tresorier General.
12. Gentilhommes íêrvans*'
8. Contrôleurs.
4. Medecins, -
4. Chirurgiens.
4. Apoticaires.
1. Chirurgien Operateur'.
4 Barbiers.
r". Premier Valet de Chambres7
l!2. Valets de Chambre.
4. Valets de Garderobe.
4. Garçons d« Garderobe.
4 Porte- Manteaux.
r. Tailleur.
4. Huissiers de la Chambrè.
4. Huissiers du Cabinet.
4. Huissiers de l'Antichambre.
j!* Trompette.
J A NVIER 1714.:
t. Brodeur. .
r. Gantier Parfumeur. ^
2. Tapissiers.
r. Horlogeur.
2. Orfèvres.
r. Peintre.
2. Merciers,
ï . Marchand Lingeri.
1 . Lavandier.
4. Chefs de Panneterie.
' i. Aydes de Panneterie.
2. Sommiers de Panneterié.'
4. Chefs d'Echansonnerie.
a . Aydes d'Echaníònnerie.
as. Sommiers d'Echaníônneríe,
4. Chefs de Fruiterie.
2. Aydes de Fruiterie.
2. Sommiers de Fruiterie;
4. Ecuyers de Cuisine.
4. Aydes de Cuisine.
4. En fans de Cuisine.
4. Porteurs en Cuisine-.
1. Pâtissier.
V Boulanger.
2. Pourvoyeur.
I . Garde Vaisíelle.
f. Sommier de Vaisselle..
J. Premier Ecuyer.
4. Ecuyersi
4;. Maréchaux des Logis.
4. Fourier.s des Logis. .
tfç» MERCURE DE FRANCE.
** Fouriers de l'Ecurie.
I. Argentier de l'Ecurie.
I'. Tailleur de l'Ecurie,
r. Armurier.
2 . Maréchaux des Forges.-
i . Setlier.Caroffier.
i. Bourlier.
ì. CeinturierV-
1 . Fourbisseur.
1 . Eperonniers.
4. Maîtres Palefreniers.
2 . Cochers.
2. Postillons.'
1 . Concierge Garde Meubles de l'E
curie-.
1. Gouverneur des Pages.
1. Chapelain des Pages & del'Ecurie;
1. Maître de Mathematiques. .
1. Maître d'Armes.
1. Maître d'Exercices.
2. Maître Valets des Pages. .
1. Libraire-Imprimeur.
Gentilhommes de la- Venerie. .
6. Veneurs.
3 . Gentilhommes de la Fauconnerie. .
2 . Fauconniers,
i, Cordonnier.
1. Architecte..
1. Maître Maçon,
il Menuisier.
.1. VÌWÌCT<. .
JÁNVVER vf*4 1J5
l. Serrurier.
4. Suiíïès.
Total 166.' Officiers;
'Augmentation pour la Maison de Mada
me la Duchejfe d'Orleans , par Decla
ration du Roy du ^.Decembre 171$',.
Gcns du Conseil.
i:. Conseillers..
I. Secretaire ordinaire..
x. Agens d' Afíàires.
1. Tresorier General J M* Nicolas
Grandjean.
Gardes françaises..
t. Exempt, Commandant auffi les Gar^'
des Suiíïes.
t. Maréchal des Eogis.'
I. Brigadier.
. 12. Gardes Françoiíès.
t. Clerc du Guet.
Gardes Suisset.
6. Gardes Suiíïès.
r. Clerc du Guet.
d'Orleans , premier Prince du Sang ,
reglé par la Declaration du Roy , m
datte du 6 -Janvier 1724.
LOiïis,&c. à tous ceux , &c. l'affec
tion singuliere que nous avons pournôtre
très.cher , & très.amé Oncle y
Louis d'Orleans , Duc d'Orleans , . nous.
avoit fait desirer de pouvoir lui conti
nuer la même Maiíôn qu'a voit feu nôtre.
très-cher , & très-amé Oncle le lDuc
d'Orleans son pere ; mais l'ordre de.
tout temps établi pour le premier Prin
ce de nôtre Sang , nous obligeant de fui.*
vre les Etats < de ceux: qui ont précedem
ment tenu ce haut rang , en fixant fa
Maison au même nombre d'Officiers ;
Nous y avons seulement ajouté quelques
titres que nous avons jugé plus convesables
, & voulant qu*ils jouissent des
Privileges de nos Officiers commensaux :
à ces cauíes , &c. 8c de nôtre grace fpe.-
ciale, pleine puissance , Se autorité Roya
le, Nous avons dit & declaré, Se par. ces
Pre
J A N< V Ï^E R 17I4. re
presentes signées de nôtre main , disons ,
declarons , voulons , nous plaît , que les
Officiers dont fera com potée la Maison
de nôtredit Onde le Duc d'Orleans ,
comprise dans l'Etat cy.attaché sous le
contre-seel de nôtre Chancellerie, jouis
sent dorénavant de tous tels & semblables
Privileges dent nos Officiers DomestiÍ^
ues & Coqrmeníâux ont droit de jeiiir
uivantnos Edits, Declarations, Ordon
nances & Reglemens faits fur ce íujet. .
.Voulons qu'à cet effet l'état qui íèra arrê
té par nôtredit Oncle des Officiers qui
composoront à l'avenir fa Maison , soit
mis au Greffe de nôtre Cour des Aydes,
pourvu qu'il soit conforme à celui atta
ché à ces Presentes. Si donnons , &c-
Etat du nombre des Officiers , Gentilhom
mes , Gens du Conseil , Domestiques
& Commensaux , dont le Roy veut <^iie
leanr, Dite d'Orleans , de Valois , de
Chartres , de Nemours , & Monts en-
Jier , fin Oncle, soit composée en l'an
née 1724; pour jouir des Privilège!
des Commensaux.
Un Premier Gentilhomme de la
Chambre.
8. Gentilhommes de la Ghambre.
EZ. Gentilhommes ordinaires.
la Maison de Monsieur
:l!5<> MERCURE DE FRANCE,
. 2. Confesseur & Predicateur.
. . 4. Aumôniers.
z. Secretaires des CommandemènS.
j. Secretaires , & Intendans de« Fi
nances.,
8. Gens du Conseil:
S. Secretaires ordinaires.
1 . Secretaire des Langues.
2. Secretaires du Conseil.
I . Agçnt d'affaires.
i . Garde Archives.
i . Premier Maître.d'Hotel»-
é. Maîtres-d'Hôtel.
I. Tresorier General.
12. Gentilhommes íêrvans*'
8. Contrôleurs.
4. Medecins, -
4. Chirurgiens.
4. Apoticaires.
1. Chirurgien Operateur'.
4 Barbiers.
r". Premier Valet de Chambres7
l!2. Valets de Chambre.
4. Valets de Garderobe.
4. Garçons d« Garderobe.
4 Porte- Manteaux.
r. Tailleur.
4. Huissiers de la Chambrè.
4. Huissiers du Cabinet.
4. Huissiers de l'Antichambre.
j!* Trompette.
J A NVIER 1714.:
t. Brodeur. .
r. Gantier Parfumeur. ^
2. Tapissiers.
r. Horlogeur.
2. Orfèvres.
r. Peintre.
2. Merciers,
ï . Marchand Lingeri.
1 . Lavandier.
4. Chefs de Panneterie.
' i. Aydes de Panneterie.
2. Sommiers de Panneterié.'
4. Chefs d'Echansonnerie.
a . Aydes d'Echaníònnerie.
as. Sommiers d'Echaníônneríe,
4. Chefs de Fruiterie.
2. Aydes de Fruiterie.
2. Sommiers de Fruiterie;
4. Ecuyers de Cuisine.
4. Aydes de Cuisine.
4. En fans de Cuisine.
4. Porteurs en Cuisine-.
1. Pâtissier.
V Boulanger.
2. Pourvoyeur.
I . Garde Vaisíelle.
f. Sommier de Vaisselle..
J. Premier Ecuyer.
4. Ecuyersi
4;. Maréchaux des Logis.
4. Fourier.s des Logis. .
tfç» MERCURE DE FRANCE.
** Fouriers de l'Ecurie.
I. Argentier de l'Ecurie.
I'. Tailleur de l'Ecurie,
r. Armurier.
2 . Maréchaux des Forges.-
i . Setlier.Caroffier.
i. Bourlier.
ì. CeinturierV-
1 . Fourbisseur.
1 . Eperonniers.
4. Maîtres Palefreniers.
2 . Cochers.
2. Postillons.'
1 . Concierge Garde Meubles de l'E
curie-.
1. Gouverneur des Pages.
1. Chapelain des Pages & del'Ecurie;
1. Maître de Mathematiques. .
1. Maître d'Armes.
1. Maître d'Exercices.
2. Maître Valets des Pages. .
1. Libraire-Imprimeur.
Gentilhommes de la- Venerie. .
6. Veneurs.
3 . Gentilhommes de la Fauconnerie. .
2 . Fauconniers,
i, Cordonnier.
1. Architecte..
1. Maître Maçon,
il Menuisier.
.1. VÌWÌCT<. .
JÁNVVER vf*4 1J5
l. Serrurier.
4. Suiíïès.
Total 166.' Officiers;
'Augmentation pour la Maison de Mada
me la Duchejfe d'Orleans , par Decla
ration du Roy du ^.Decembre 171$',.
Gcns du Conseil.
i:. Conseillers..
I. Secretaire ordinaire..
x. Agens d' Afíàires.
1. Tresorier General J M* Nicolas
Grandjean.
Gardes françaises..
t. Exempt, Commandant auffi les Gar^'
des Suiíïes.
t. Maréchal des Eogis.'
I. Brigadier.
. 12. Gardes Françoiíès.
t. Clerc du Guet.
Gardes Suisset.
6. Gardes Suiíïès.
r. Clerc du Guet.
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Résumé : ETAT de la Maison de Monsieur le Duc d'Orleans, premier Prince du Sang, reglé par la Declaration du Roy, en datte du 6. Janvier 1724.
Le document expose l'organisation de la Maison du Duc d'Orléans, premier Prince du Sang, régularisée par une déclaration royale du 6 janvier 1724. Le roi manifeste son affection pour son oncle, Louis d'Orléans, Duc d'Orléans, et souhaite lui accorder une Maison similaire à celle de son père. Cependant, les traditions royales imposent de maintenir le nombre d'officiers conforme à ceux des prédécesseurs. Le roi ajoute quelques titres jugés plus appropriés et accorde aux nouveaux officiers les privilèges des officiers commensaux. Le texte décrit la composition de la Maison du Duc d'Orléans pour l'année 1724, incluant divers officiers, gentilshommes, domestiques et commensaux. Parmi eux, on trouve des gentilshommes de la Chambre, des secrétaires, des gens du conseil, des maîtres d'hôtel, des médecins, des chirurgiens, des valets de chambre, des huissiers, des écuyers, des maréchaux des logis, des fourriers, des palefreniers, et d'autres fonctions spécifiques. Le total des officiers est de 166. Une augmentation pour la Maison de Madame la Duchesse d'Orléans est également mentionnée par une déclaration royale du 2 décembre 1718. Cette augmentation inclut des gens du conseil, des conseillers, un secrétaire ordinaire, un agent d'affaires, un trésorier général, des gardes françaises et suisses.
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1975
p. 177-179
DECRET Du Roy d'Espagne, Philippe V. du nom, contenant la résolution que S. M. a prise, d'abandonner le Gouvernement de ses Etats, & de le remettre au Prince des Asturies, son Fils aîné.
Début :
Ayant, depuis quatre ans, fait de serieuses & mûres reflexions sur les [...]
Mots clefs :
Espagne, Prince des Asturies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DECRET Du Roy d'Espagne, Philippe V. du nom, contenant la résolution que S. M. a prise, d'abandonner le Gouvernement de ses Etats, & de le remettre au Prince des Asturies, son Fils aîné.
ÓECR ET
Jbn Roy cTEjspagne , Philippe V. du nom 5
contenant la résolution que S. As. a prise
d'abandonner le Gouvernement de sesx
Etau , & de le remettre an Prince des
jisturies , son Fils aîné.
. '
,
'
. ) .
AYant , depuis quatre ans, fait de se*
rieuses & mûres reflexions fur le»
miíères de cette vie, en me rapellant les
infirmités^ les guerres .& les troubles qu'il
a plu à Dieu de me faire éprouver dans
les vingt-trois afinéiás de mon Regne;con-
/îderanr auísi que mon Fils aîné , Prince.
juré d'Espagne ,. íê trouve dans un âge.
suffisant, déja maíié y Se avec la capacité,.
le jugement , & les qualités propres pour
régir 6c gouverner avec succès & justice.
cette Monarchie, j.'ai resolu d'en abandon
ner abíolument la jc.uislance ôc la condui*
se , y renonçant , & à tous les. Etats
Royaumes , Se Seigneuries qui la compo
sent , en faveur dudit Prince Dom Louis,
mon Fils aîné, & de me retirer avec la.
Reine , en qui j'ai trouvé une prompte
disposition & volonté à m'accompaíner^
avec plaisir, dans ce Palais Se lieu
* As*
7* MERCURE DE FRANCE;
de St. Ildepho*se , pour servir Dieu ; Se
débaraísé d'autres foins , penser à la mort,.
& travailler à mon íàlut. J'en fais parc
au Conseil , âfirt. qu'il s'en tienne pour in
struit, qu'il en donne avis aux personne*
qu'il conviendra , & que cette resolution
parvienne a la connoiflanée de tous. Au'
Palais de Saint Ildefonfe , le i Janvier
Í724. Signé y moi LE R O Y.
Cette Lettre fut adressée au Marquis de
Miraval , Gouverneur du Conseil , & luedans
ledit Côníèil le i6:. dudit mois , en*
presence du Prince des Asturies , &C de;
tous les Grands , qui y furent mandés.
. Ensuite on fit la lecture dès- der.nieres'
volontez du Roi , en forme de Lettre.
ádreiFée à fon:Fils , par' laquelle il l'ex
horte à bien gouverner, & lui recom
mande les Princes ses freres, la Reine'
son épouse, ia Reine Douairiere, qui est
à Bayonne , Se plusieurs Seigneurs. Pen- .
dant laquelle lecture le Prince des Astu-'
ries fondant en larmes , donna toutes'
les marques de íensibilité qu'un bon fils!
peut donner en pareille occasion.
• Aussi.tôt que le Roi d'Espagne eût si-'
gné le Decret que l'on vient de raporterl
S. M. chargea le Marquis de Grimaldor
d'aller à l'Eícurial faire part de fa resolu
tion au Prince des Asttiriss ,. lequel fic.
apeller
JANVIER 1724,. i.fy;
ápeller les Infants , & les Grands du
Royaume qui se trou voient à la Cour ,
poursigner,en leur presence, l'Acte d'ac-;
ceptation de la Couronne, & du Gouver
nement.
Jbn Roy cTEjspagne , Philippe V. du nom 5
contenant la résolution que S. As. a prise
d'abandonner le Gouvernement de sesx
Etau , & de le remettre an Prince des
jisturies , son Fils aîné.
. '
,
'
. ) .
AYant , depuis quatre ans, fait de se*
rieuses & mûres reflexions fur le»
miíères de cette vie, en me rapellant les
infirmités^ les guerres .& les troubles qu'il
a plu à Dieu de me faire éprouver dans
les vingt-trois afinéiás de mon Regne;con-
/îderanr auísi que mon Fils aîné , Prince.
juré d'Espagne ,. íê trouve dans un âge.
suffisant, déja maíié y Se avec la capacité,.
le jugement , & les qualités propres pour
régir 6c gouverner avec succès & justice.
cette Monarchie, j.'ai resolu d'en abandon
ner abíolument la jc.uislance ôc la condui*
se , y renonçant , & à tous les. Etats
Royaumes , Se Seigneuries qui la compo
sent , en faveur dudit Prince Dom Louis,
mon Fils aîné, & de me retirer avec la.
Reine , en qui j'ai trouvé une prompte
disposition & volonté à m'accompaíner^
avec plaisir, dans ce Palais Se lieu
* As*
7* MERCURE DE FRANCE;
de St. Ildepho*se , pour servir Dieu ; Se
débaraísé d'autres foins , penser à la mort,.
& travailler à mon íàlut. J'en fais parc
au Conseil , âfirt. qu'il s'en tienne pour in
struit, qu'il en donne avis aux personne*
qu'il conviendra , & que cette resolution
parvienne a la connoiflanée de tous. Au'
Palais de Saint Ildefonfe , le i Janvier
Í724. Signé y moi LE R O Y.
Cette Lettre fut adressée au Marquis de
Miraval , Gouverneur du Conseil , & luedans
ledit Côníèil le i6:. dudit mois , en*
presence du Prince des Asturies , &C de;
tous les Grands , qui y furent mandés.
. Ensuite on fit la lecture dès- der.nieres'
volontez du Roi , en forme de Lettre.
ádreiFée à fon:Fils , par' laquelle il l'ex
horte à bien gouverner, & lui recom
mande les Princes ses freres, la Reine'
son épouse, ia Reine Douairiere, qui est
à Bayonne , Se plusieurs Seigneurs. Pen- .
dant laquelle lecture le Prince des Astu-'
ries fondant en larmes , donna toutes'
les marques de íensibilité qu'un bon fils!
peut donner en pareille occasion.
• Aussi.tôt que le Roi d'Espagne eût si-'
gné le Decret que l'on vient de raporterl
S. M. chargea le Marquis de Grimaldor
d'aller à l'Eícurial faire part de fa resolu
tion au Prince des Asttiriss ,. lequel fic.
apeller
JANVIER 1724,. i.fy;
ápeller les Infants , & les Grands du
Royaume qui se trou voient à la Cour ,
poursigner,en leur presence, l'Acte d'ac-;
ceptation de la Couronne, & du Gouver
nement.
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Résumé : DECRET Du Roy d'Espagne, Philippe V. du nom, contenant la résolution que S. M. a prise, d'abandonner le Gouvernement de ses Etats, & de le remettre au Prince des Asturies, son Fils aîné.
Le roi Philippe V d'Espagne décide d'abandonner le gouvernement de ses États au profit de son fils aîné, le Prince des Asturies. Après quatre années de réflexion sur les épreuves subies durant son règne, Philippe V juge son fils apte à gouverner. Il lui remet la justice et la conduite de la monarchie, ainsi que tous les États, royaumes et seigneuries. Le roi et la reine se retirent au Palais de Saint Ildefonse pour se consacrer à la vie spirituelle. Cette décision est annoncée le 1er janvier 1724 au Conseil et aux personnes concernées par le Marquis de Miraval. Le Prince des Asturies, ému, montre sa sensibilité. Par la suite, le roi charge le Marquis de Grimaldi d'informer le Prince et de faire signer l'acte d'acceptation de la couronne en présence des Infants et des Grands du royaume.
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1976
p. 184
APPROBATION.
Début :
J'ay lû par ordre de Monseigneur le Garde des Sceaux le Mercure de France du mois [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
AP P <ROB ATIO N.
'Ay lû par ordre de Monseigneur le Garde
des Sceaux le Mercure 1 4e Fr»nee du mois
de janvier , & j'ajr crû qu'on pouvoit en
permettre rimprcíupn. A Paris , le 10. dp
Fcvriet *7M.
' * . ; tHARDZO.M.
'Ay lû par ordre de Monseigneur le Garde
des Sceaux le Mercure 1 4e Fr»nee du mois
de janvier , & j'ajr crû qu'on pouvoit en
permettre rimprcíupn. A Paris , le 10. dp
Fcvriet *7M.
' * . ; tHARDZO.M.
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1977
p. 1913-1917
EXTRAIT d'une autre Lettre curieuse, écrite aussi de Malthe dans le même temps, sur un Phénomene de Medecine.
Début :
Or écoutez, Seigneurs, petits & grands, l'Histoire del Medico dell' [...]
Mots clefs :
Eau, Glace, Douleurs, Fièvres, Capucin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une autre Lettre curieuse, écrite aussi de Malthe dans le même temps, sur un Phénomene de Medecine.
EXTRAIT d'une autre Lettrecurieufe,
écriteauffi deMalthe dans le mêmetemps,
JurunPhénomene de Medecine.
R écoutez , Seigneurs , petits &
grands , l'Hiftoire del Medico dell'
acqua fresca: un Prêtre Sicilien , fils
d'un Apoticaire , Docteur en Medecine,
Chimifte de réputation , & de plus Ca
pucin pour le falut de fon ame , eft ici
depuis fix femaines. Il a par charité , par
vanité ou par malice contre la Faculté
´entrepris de guerir les maux qu'on croit
inconnus aux Medecins: voici le fait.
Le Comte Beveren , Allemand , étoit
depuis trois ans affligé d'une palpitation
de cœur avec des mouvemens convul
fifs , un froid à la poitrine qui ne lui
permettoit pas dans la canicule , de fouf--
frir l'air quoique très chaud. Il étoit
toûjours couvert d'une fourrure fur la
peau , & à l'avenant vêtu de veſtes & de
furtouts outre cet affortiment de jour
il étoit très-chaudement couché , & il
ne pouvoit la nuit fous fes couvertu
res fortir le doigt fans être gelé , &
en avoir des convulfions. Le Capucin
Cij
d'entrée dejeu,le dépouille de fes inuti
les/
1914 MERCURE DE FRANCE.
les furtouts , le mit à l'air , & avec de
l'eau commune à la glace & prefque
gelée, fait en 24. heures , que le Comte
Beveren ne connoît plus la foibleffe de
fa poitrine , nile froid ordinaire dont il
étoit tourmenté , eft fans convulfions ,
1
dort à merveille, & fetrouve déja com
me gueri ; fes palpitations fontfort di
minuées. C'eſt l'ouvrage de cinq ſemai
nes. Nota que tous les Medecins de Fran
ce, d'Angleterre & d'Allemagne conful
tez , n'ont rien connu à ce mal. Ils ont
feulement tenu les difcours ordinaires .
un épaiffement du fang , &c. mais de
remede point du tout.
Le CommandeurGuarrena,Piémontois,
livréparla facultéà ladifcretion d'un po
lipeou Schirre,formé ou non, mais placé
àcôtédufoye en long, &fi dur qu'il n'o
béïffoit pas à la main;exterieurement mar
qué avec tous les fimptômes d'un homme
farci d'obftructions ; un corps fec, exte
nué , face livide , &c. par l'effet de l'eau,
le Schirre fe ramolit , 15. jours après il
fentit toute forte de douleurs. La dureté
s'eft diffipée à mesure que dans fes uri
nes on voyoit des matieres comme de la
craye & vifqueufes,à couper avec le cou
teau. M. Guarrena eft revenu de fes laffi
tudes , fon vifage a repris couleur, & ilfe
trouve guerri. Maux de têtes, migraines,
cha
SEPTEMBRE 1724. 1915
chaleurs d'entrailles , diarrées inveterées,
n'ont fait que blanchir fous l'eau glacée.
Un Prêtre atteint de la fiévre maligne
en trois jours a été fur pied : la fiévre
fut prife dans le commencement , &'dès
qu'ellefut declarée maligne.
UnEſpagnol, Page du Grand-Maître,
abandonné par fon Medecin , & après
avoir reçu les Sacremens , fut dans trois
jours fans fiévre par le fecours du Ca
pucin. Il leprit dans cet état , fit ouvrir
les fenêtres , & lui fit avaler de l'eau à la
glace.
Il prétend guerir les hidropifies avec
l'eau en très-peu de temps , & a propofé
qu'on lui donnât de tels malades.
Le Bailly Ruffo fe trouvant attaqué
d'une fiévre violente, avec une diarréeen
tenefme , & des douleurs affieufes , rien
ne le foulagea. Il fit venir le Capucin &
prit l'eau. Dès les premieres 24. heu
res , plus de fiévre, moins de douleurs.
Le lendemain fa diarrée augmenta &
fit de la matiere verte en abondance ;
le troifiéme jour nous l'avons vû chez
le Grand-Maître. J'en fus tout étonné, je
l'avois vû le matin dans fon lit.
Tout ce que je vous écris , mon cher
Bailly , eft de vifu & auditu : je ne
fuis pas prévenu en faveur de l'eau , je
ne la croyois bonne que pour rinfer nos
ver
C iij
1916 MERCURE DE FRANCE.
verres, & pour laver les égouts.
Voici fa maniere de traiter. Onfait ra
fraîchir l'eau à force de glacé ou de nei
ge, autant qu'elle peut l'être , & vous
en buvez trois grands gobelets le matin ,
& dansle cours de la journée jufques à
35. On ne mange point, fur-tout les pre
miers jours. Lorfqu'on fe trouvefoible
au lieu d'alimens , il donne deux ou trois
verres d'eau le foir , avec deux ou trois
jaunes d'oeufs. Dans la fuite on mange
plus ou moins un demi poulet , un petit
pigeon , deux ou trois onces de macar
rons de Sicile, felon l'état où le Capucin
trouve fon malade. Plus ou moins d'eau ,
plus ou moins d'alimens. Il ne quitté
pas fes malades , & obferve continuelle
ment leur poulx. L'effet de l'eau eſt dé
donner , ou des maux de tête , ou dés
chaleurs extrêmes , ou des douleurs dans
les entrailles , même la diarrée , & de
Vous renouveller tous vos anciens maux.
Voici le remede pour la diarrée il
vous coule des lavemens d'eau à la glacë,
& fait boire dans l'inftant, ainſi que pour
les douleurs d'entrailles , & vous fait
frotter le ventre avec de la glace. Pour
les chaleurs de même , il frotte avec de la
glace la tête & l'eftomach. Si c'eft fciati
que qui fe renouvelle ou rumatifine
friction fur la partie avec cette glace.
Ecce
SEPTEMBRE 1724. 1917
Ecce homo, jugez- en, j'ai vû , je vois
tous les jours ce que j'écris ; il traite ſes
malades fans intereft. Ce Religieux a
de l'efprit , l'air guai , confolant & de
confiance. Je lui ai propofé l'eau pour
mesyeux, il m'afait efperer d'autres re
medes pour fortifier les nerfs optiques ,
j'en uferai s'ils font externes , s'il m'en
propofe d'autres , chiſta benè nonſi mo
ve, mafanté eftparfaite,fon graffo ,fref
co comecarne di vitella. Honorez-moi de
vos ordres dans les quatre mois que je.
ferai encore ici ; heureux fi je pouvois
prouver à vôtre Excellence le tendre &
refpectueux attachement de fon très
humble & très obéiffant ferviteur F. P.
écriteauffi deMalthe dans le mêmetemps,
JurunPhénomene de Medecine.
R écoutez , Seigneurs , petits &
grands , l'Hiftoire del Medico dell'
acqua fresca: un Prêtre Sicilien , fils
d'un Apoticaire , Docteur en Medecine,
Chimifte de réputation , & de plus Ca
pucin pour le falut de fon ame , eft ici
depuis fix femaines. Il a par charité , par
vanité ou par malice contre la Faculté
´entrepris de guerir les maux qu'on croit
inconnus aux Medecins: voici le fait.
Le Comte Beveren , Allemand , étoit
depuis trois ans affligé d'une palpitation
de cœur avec des mouvemens convul
fifs , un froid à la poitrine qui ne lui
permettoit pas dans la canicule , de fouf--
frir l'air quoique très chaud. Il étoit
toûjours couvert d'une fourrure fur la
peau , & à l'avenant vêtu de veſtes & de
furtouts outre cet affortiment de jour
il étoit très-chaudement couché , & il
ne pouvoit la nuit fous fes couvertu
res fortir le doigt fans être gelé , &
en avoir des convulfions. Le Capucin
Cij
d'entrée dejeu,le dépouille de fes inuti
les/
1914 MERCURE DE FRANCE.
les furtouts , le mit à l'air , & avec de
l'eau commune à la glace & prefque
gelée, fait en 24. heures , que le Comte
Beveren ne connoît plus la foibleffe de
fa poitrine , nile froid ordinaire dont il
étoit tourmenté , eft fans convulfions ,
1
dort à merveille, & fetrouve déja com
me gueri ; fes palpitations fontfort di
minuées. C'eſt l'ouvrage de cinq ſemai
nes. Nota que tous les Medecins de Fran
ce, d'Angleterre & d'Allemagne conful
tez , n'ont rien connu à ce mal. Ils ont
feulement tenu les difcours ordinaires .
un épaiffement du fang , &c. mais de
remede point du tout.
Le CommandeurGuarrena,Piémontois,
livréparla facultéà ladifcretion d'un po
lipeou Schirre,formé ou non, mais placé
àcôtédufoye en long, &fi dur qu'il n'o
béïffoit pas à la main;exterieurement mar
qué avec tous les fimptômes d'un homme
farci d'obftructions ; un corps fec, exte
nué , face livide , &c. par l'effet de l'eau,
le Schirre fe ramolit , 15. jours après il
fentit toute forte de douleurs. La dureté
s'eft diffipée à mesure que dans fes uri
nes on voyoit des matieres comme de la
craye & vifqueufes,à couper avec le cou
teau. M. Guarrena eft revenu de fes laffi
tudes , fon vifage a repris couleur, & ilfe
trouve guerri. Maux de têtes, migraines,
cha
SEPTEMBRE 1724. 1915
chaleurs d'entrailles , diarrées inveterées,
n'ont fait que blanchir fous l'eau glacée.
Un Prêtre atteint de la fiévre maligne
en trois jours a été fur pied : la fiévre
fut prife dans le commencement , &'dès
qu'ellefut declarée maligne.
UnEſpagnol, Page du Grand-Maître,
abandonné par fon Medecin , & après
avoir reçu les Sacremens , fut dans trois
jours fans fiévre par le fecours du Ca
pucin. Il leprit dans cet état , fit ouvrir
les fenêtres , & lui fit avaler de l'eau à la
glace.
Il prétend guerir les hidropifies avec
l'eau en très-peu de temps , & a propofé
qu'on lui donnât de tels malades.
Le Bailly Ruffo fe trouvant attaqué
d'une fiévre violente, avec une diarréeen
tenefme , & des douleurs affieufes , rien
ne le foulagea. Il fit venir le Capucin &
prit l'eau. Dès les premieres 24. heu
res , plus de fiévre, moins de douleurs.
Le lendemain fa diarrée augmenta &
fit de la matiere verte en abondance ;
le troifiéme jour nous l'avons vû chez
le Grand-Maître. J'en fus tout étonné, je
l'avois vû le matin dans fon lit.
Tout ce que je vous écris , mon cher
Bailly , eft de vifu & auditu : je ne
fuis pas prévenu en faveur de l'eau , je
ne la croyois bonne que pour rinfer nos
ver
C iij
1916 MERCURE DE FRANCE.
verres, & pour laver les égouts.
Voici fa maniere de traiter. Onfait ra
fraîchir l'eau à force de glacé ou de nei
ge, autant qu'elle peut l'être , & vous
en buvez trois grands gobelets le matin ,
& dansle cours de la journée jufques à
35. On ne mange point, fur-tout les pre
miers jours. Lorfqu'on fe trouvefoible
au lieu d'alimens , il donne deux ou trois
verres d'eau le foir , avec deux ou trois
jaunes d'oeufs. Dans la fuite on mange
plus ou moins un demi poulet , un petit
pigeon , deux ou trois onces de macar
rons de Sicile, felon l'état où le Capucin
trouve fon malade. Plus ou moins d'eau ,
plus ou moins d'alimens. Il ne quitté
pas fes malades , & obferve continuelle
ment leur poulx. L'effet de l'eau eſt dé
donner , ou des maux de tête , ou dés
chaleurs extrêmes , ou des douleurs dans
les entrailles , même la diarrée , & de
Vous renouveller tous vos anciens maux.
Voici le remede pour la diarrée il
vous coule des lavemens d'eau à la glacë,
& fait boire dans l'inftant, ainſi que pour
les douleurs d'entrailles , & vous fait
frotter le ventre avec de la glace. Pour
les chaleurs de même , il frotte avec de la
glace la tête & l'eftomach. Si c'eft fciati
que qui fe renouvelle ou rumatifine
friction fur la partie avec cette glace.
Ecce
SEPTEMBRE 1724. 1917
Ecce homo, jugez- en, j'ai vû , je vois
tous les jours ce que j'écris ; il traite ſes
malades fans intereft. Ce Religieux a
de l'efprit , l'air guai , confolant & de
confiance. Je lui ai propofé l'eau pour
mesyeux, il m'afait efperer d'autres re
medes pour fortifier les nerfs optiques ,
j'en uferai s'ils font externes , s'il m'en
propofe d'autres , chiſta benè nonſi mo
ve, mafanté eftparfaite,fon graffo ,fref
co comecarne di vitella. Honorez-moi de
vos ordres dans les quatre mois que je.
ferai encore ici ; heureux fi je pouvois
prouver à vôtre Excellence le tendre &
refpectueux attachement de fon très
humble & très obéiffant ferviteur F. P.
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1978
p. 2150
ENIGME Du même Auteur.
Début :
De ma nature immobile je suis, [...]
Mots clefs :
Ballon
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME Du même Auteur.
ENIGME
Du même Auteur.
E ma nature immobile je fuis ,
& ne puis :
Nuire à aucun je ne veux ,
Mais fi l'on veut en frapant m'affaillir ,
L'on me verra fur les maiſons faillir ,
Hommes heurter , prendre forces nouvelles ,
Sans pieds fauter , même vôler fans aîles ,
Fuffent- ils cent contre moi amaffez ,
Je les vous rends tous vaincus & laffez :
Car plus de coups je fens parmi le trouble ,
Plus fuis difpoft , plus ma force redouble ,
Craignant trop plus les maux de l'avenir ,
Que je ne fays les prefens foutenir.
Moi qui jadis avois forme de bête ,
Suis tranfmué en forme d'une tête :
Et qui paiffoit bonnes herbes fouvent ,
Vivre me faut à cette heure du vent ,
Duquel je fuis porté & foutenu ,
Finablement qui bien m'aura connu ,
Prendra de moi grand ébahiffement ,
Ne me voyant fin ni commencement.
Du même Auteur.
E ma nature immobile je fuis ,
& ne puis :
Nuire à aucun je ne veux ,
Mais fi l'on veut en frapant m'affaillir ,
L'on me verra fur les maiſons faillir ,
Hommes heurter , prendre forces nouvelles ,
Sans pieds fauter , même vôler fans aîles ,
Fuffent- ils cent contre moi amaffez ,
Je les vous rends tous vaincus & laffez :
Car plus de coups je fens parmi le trouble ,
Plus fuis difpoft , plus ma force redouble ,
Craignant trop plus les maux de l'avenir ,
Que je ne fays les prefens foutenir.
Moi qui jadis avois forme de bête ,
Suis tranfmué en forme d'une tête :
Et qui paiffoit bonnes herbes fouvent ,
Vivre me faut à cette heure du vent ,
Duquel je fuis porté & foutenu ,
Finablement qui bien m'aura connu ,
Prendra de moi grand ébahiffement ,
Ne me voyant fin ni commencement.
Fermer
1979
p. 2353-2357
LETTRE écrite de Malthe le 28. Juillet 1724. contenant les suites du Remede de l'Eau à la glace.
Début :
Je fus saisis ces jours passez d'une colique vers le soir, & je passai la nuit [...]
Mots clefs :
Eau, Remède, Douleurs, Urines
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Malthe le 28. Juillet 1724. contenant les suites du Remede de l'Eau à la glace.
LETTRE écrite de Malthe le 28. Juillet
1724. contenantlesfuites du Remede
de l'Eau à laglace.
E fus faifis ces jours paffez d'une co
lique vers le foir, & je paffai lanuit
dans des douleurs vives à me rouler fur
monlit. Jebus le matin deux pots d'eau
à la glace , je dînai legerement , j'en pris
encoretrois pots avantquede mecoucher
fans manger. Mes douleurs furent appai
fées. Le lendemain aprèsavoir bû encore
deuxpots à 5. heures du matin, je rendis
beauccoup de matieres brûlées & j'urinai
beaucoup. Deflors plus de colique : j'ai
repris ma vie ordinaire. Ce remede gue
rit tous cours de ventre inveteré , flux
de fang,, fciatique & rumatifme ; nous
en avons déja 50. épreuves. Le Bailly
Semagnes dans les vives douleurs de la
goutte s'eft frotté avec de la glace , & a
mis de l'eau gêlée & des linges moüil
lez fur la partie affligée ; dans deux heu
res
2354 MERCURE DE FRANCE.
res les douleurs ont ceflé. Le Grand
Maître qui fe mocquoit du remede com
mence à y avoir foi , & a obligé le Ca
pucin de s'arrêter ici.
Au refte cette eau glacée ne fe donne
pas fans art, il ne veut entreprendre
perfonne dans la canicule , fon attention
eft d'éviter les fueurs pour que l'effet fe
1
fafle par les felles & par les urines ; il
prétend précipiter les humeurs peccan
tes , & éviter qu'elles ne fe mêlent avec
le fang. Il connoît aux ongles & au poulx
le progrès de l'eau , & double ou dimi
nue la doze fur les indications que lui
fournit la nature. Il traite tous fes mala
des differemment , les uns mangent
foir & matin dès le premier jour , &
furtout des macarrons avec du fromage
cuits à l'eau , & des œufs frais , le jaune
feulement. Il a d'autres malades qui font
15. jours & 3.femaines fans manger ab
folument. 11 en a deux de ma connoif
fance actuellement à la * Camarade, qui
yfont fans manger, l'un depuis 17. jours,
& l'autre depuis 11.
Balbani et maigre à faire peur, &
Caftriofi eft fort gras , & avec des dou
leurs vives , ils ne mangeront pas fi
tôt. Le Capucin m'a dit qu'il avoit traité
un Prêtre quifut d'abord 57. jours fans
Hôpital de Malthe.
man
NOVEMBRE 1724. 2355
manger , il le fit manger enfuite 8. ou
10. jours, & finit fa cure par une diette
de 40. jours c'étoit un homme aban
donné de toute la Medecine. Le Comte
Beuveren , & le Commandeur Guarre
nafont à merveille , ainfi que tous ceux
qu'il a entrepris. Le fils de Dorel atta
qué d'un flux d'urine , & fi foible qu'il
le fallut porter à la Camarade fur fon lit,
marcha le troifiéme jour , & va par tout
aujourd'hui.
Le petit Page Efpagnol eft fans fiévre ,
&fepromene. Il vous expedie une fié
vre en 3. jours ; mais il vous défend de
fuer & devous échauffer ; il prétend que
l'eau a plus d'effet l'Hiver & dans les
pays froids. Tous les Medecins d'ici font
étonnez , & s'étudient à prefent à pene
trer le fecret. Il fe conduit , comme nous
l'avons dit , par l'indication du poulx &
des ongles. Il force à boire ceux qui y
repugnent, & ôte l'eau à ceux qui la
fouhaitent , & ne la leur donne que par
mefure , & dans de certains temps, la
nuit & le jour.
Le 30. du mois paffé le Chevalier de
Serinchan extenué par des chaleurs d'en
trailles & dans les reins , a rendu des
urines fi chaudes & fi brûlantes, que les
pots de chambre de verre fe cafloient. It
eft revenu dans fabonne couleur , & il
fera
2356 MERCURE DE FRANCE.
fera hors des remedes dès que les urines
qui perdent peu à peu de leur chaleur ,
feront au degré ordinaire. Le petit Page
dont j'ai déja parlé , abandonné des Me
decins ordinaires , & qui fe promene au
jourd'hui a été dans le même cas ; fes
urines étoient brûlantes. Le Capucin
vient de dire au Grand-Maître qu'il fe
faifoit fort de guerir un Portugais , nom
méPichotte , qui eft de retour de Mont
pellier depuis fix femaines. Il a une tu
meur dans le ventre groffe comme la for
me d'un Chapeau avecun vifage de cire
jaune.
1
Hier aufoir le Comte Beuveren rendit
par le bas la matiere d'un autre abfcès
fecond effet extraordinaire de l'eau
glacée. Si cet homme reprend fa ſanté,
c'eſtun vrai miracle de ce remede , il eft
à merveilles jufqu'à prefent & fans pal
pitation. Le Page Efpagnol s'embarque
demain pour Alicant enbonne fanté.
Le Chevalier de Romagere le cadet
eft actuellement dans un commencement
d'hydropifie , il a les jambes enflées &
les bourſes pleines d'eau. Le Capucin l'a
affuré qu'il le gueriroit , & que l'eau
étoit sûre pour ce mal ; ajoûtant qu'il en
avoit cent épreuves. Enfin ce bon Pere
m'a dit qu'ila délivré une femme prête
à mourir, ne pouvant accoucher d'un
enfant
1
NOVEMBRE 1724. 2357
enfant mort , le tout en lui faifant boire
de l'eau glacée
1724. contenantlesfuites du Remede
de l'Eau à laglace.
E fus faifis ces jours paffez d'une co
lique vers le foir, & je paffai lanuit
dans des douleurs vives à me rouler fur
monlit. Jebus le matin deux pots d'eau
à la glace , je dînai legerement , j'en pris
encoretrois pots avantquede mecoucher
fans manger. Mes douleurs furent appai
fées. Le lendemain aprèsavoir bû encore
deuxpots à 5. heures du matin, je rendis
beauccoup de matieres brûlées & j'urinai
beaucoup. Deflors plus de colique : j'ai
repris ma vie ordinaire. Ce remede gue
rit tous cours de ventre inveteré , flux
de fang,, fciatique & rumatifme ; nous
en avons déja 50. épreuves. Le Bailly
Semagnes dans les vives douleurs de la
goutte s'eft frotté avec de la glace , & a
mis de l'eau gêlée & des linges moüil
lez fur la partie affligée ; dans deux heu
res
2354 MERCURE DE FRANCE.
res les douleurs ont ceflé. Le Grand
Maître qui fe mocquoit du remede com
mence à y avoir foi , & a obligé le Ca
pucin de s'arrêter ici.
Au refte cette eau glacée ne fe donne
pas fans art, il ne veut entreprendre
perfonne dans la canicule , fon attention
eft d'éviter les fueurs pour que l'effet fe
1
fafle par les felles & par les urines ; il
prétend précipiter les humeurs peccan
tes , & éviter qu'elles ne fe mêlent avec
le fang. Il connoît aux ongles & au poulx
le progrès de l'eau , & double ou dimi
nue la doze fur les indications que lui
fournit la nature. Il traite tous fes mala
des differemment , les uns mangent
foir & matin dès le premier jour , &
furtout des macarrons avec du fromage
cuits à l'eau , & des œufs frais , le jaune
feulement. Il a d'autres malades qui font
15. jours & 3.femaines fans manger ab
folument. 11 en a deux de ma connoif
fance actuellement à la * Camarade, qui
yfont fans manger, l'un depuis 17. jours,
& l'autre depuis 11.
Balbani et maigre à faire peur, &
Caftriofi eft fort gras , & avec des dou
leurs vives , ils ne mangeront pas fi
tôt. Le Capucin m'a dit qu'il avoit traité
un Prêtre quifut d'abord 57. jours fans
Hôpital de Malthe.
man
NOVEMBRE 1724. 2355
manger , il le fit manger enfuite 8. ou
10. jours, & finit fa cure par une diette
de 40. jours c'étoit un homme aban
donné de toute la Medecine. Le Comte
Beuveren , & le Commandeur Guarre
nafont à merveille , ainfi que tous ceux
qu'il a entrepris. Le fils de Dorel atta
qué d'un flux d'urine , & fi foible qu'il
le fallut porter à la Camarade fur fon lit,
marcha le troifiéme jour , & va par tout
aujourd'hui.
Le petit Page Efpagnol eft fans fiévre ,
&fepromene. Il vous expedie une fié
vre en 3. jours ; mais il vous défend de
fuer & devous échauffer ; il prétend que
l'eau a plus d'effet l'Hiver & dans les
pays froids. Tous les Medecins d'ici font
étonnez , & s'étudient à prefent à pene
trer le fecret. Il fe conduit , comme nous
l'avons dit , par l'indication du poulx &
des ongles. Il force à boire ceux qui y
repugnent, & ôte l'eau à ceux qui la
fouhaitent , & ne la leur donne que par
mefure , & dans de certains temps, la
nuit & le jour.
Le 30. du mois paffé le Chevalier de
Serinchan extenué par des chaleurs d'en
trailles & dans les reins , a rendu des
urines fi chaudes & fi brûlantes, que les
pots de chambre de verre fe cafloient. It
eft revenu dans fabonne couleur , & il
fera
2356 MERCURE DE FRANCE.
fera hors des remedes dès que les urines
qui perdent peu à peu de leur chaleur ,
feront au degré ordinaire. Le petit Page
dont j'ai déja parlé , abandonné des Me
decins ordinaires , & qui fe promene au
jourd'hui a été dans le même cas ; fes
urines étoient brûlantes. Le Capucin
vient de dire au Grand-Maître qu'il fe
faifoit fort de guerir un Portugais , nom
méPichotte , qui eft de retour de Mont
pellier depuis fix femaines. Il a une tu
meur dans le ventre groffe comme la for
me d'un Chapeau avecun vifage de cire
jaune.
1
Hier aufoir le Comte Beuveren rendit
par le bas la matiere d'un autre abfcès
fecond effet extraordinaire de l'eau
glacée. Si cet homme reprend fa ſanté,
c'eſtun vrai miracle de ce remede , il eft
à merveilles jufqu'à prefent & fans pal
pitation. Le Page Efpagnol s'embarque
demain pour Alicant enbonne fanté.
Le Chevalier de Romagere le cadet
eft actuellement dans un commencement
d'hydropifie , il a les jambes enflées &
les bourſes pleines d'eau. Le Capucin l'a
affuré qu'il le gueriroit , & que l'eau
étoit sûre pour ce mal ; ajoûtant qu'il en
avoit cent épreuves. Enfin ce bon Pere
m'a dit qu'ila délivré une femme prête
à mourir, ne pouvant accoucher d'un
enfant
1
NOVEMBRE 1724. 2357
enfant mort , le tout en lui faifant boire
de l'eau glacée
Fermer
1980
p. 2605
PREMIERE ENIGME. Par M. ***
Début :
Quoique douce, quoique polie, [...]
Mots clefs :
Lardoire
1981
p. 2606-2607
SECONDE ENIGME. Du même.
Début :
Je suis par ma figure un symbole du monde, [...]
Mots clefs :
Savonnette
1983
p. 626-627
ENIGME A THETIS.
Début :
Comme sujet de vôtre Empire, [...]
Mots clefs :
Poisson d'avril
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME A THETIS.
ENIGME A THETIS.
Omme fujet de vôtre Empire ,
Ecoutez- moi , Thetis, fans badiner,
Quoique je femble fait pour rire ,
Pour rire avec raiſon , il faut me deviner.
Je ne fuis pas forti de l'onde ,
Quoiqu'il femble que j'en fois né ,
Je n'ai feuilles , ni fleurs , mais je fuis deftiné ,
Chaque printemps à revenir au mond :.
J'inspire divers mouvemens ,
Dès que je commence à paroître ,
Je fais des gens chagrins , & j'en faits des
contents ,
Ce n'eft plus rien , quand on peut me connoître.
QuelMARS
1725 .
627
Quelquefois au plus indolent ,
Je fais faire une longue courſe ,
Mais quand on ignore ma fource ,
1
L'on fait dans fes projets un inutile plan .
Ennemi de la verité ,
On ne laiffe pas de me croire ,
Et je tire toute ma gloire ,
De mon peu de fincerité.
Je trompe les plus gens de bien ,
Sans crainte que l'on me puniffe ,
Et quand on connoît ma malice ,
L'on eft fot , & l'on ne dit rien .
Omme fujet de vôtre Empire ,
Ecoutez- moi , Thetis, fans badiner,
Quoique je femble fait pour rire ,
Pour rire avec raiſon , il faut me deviner.
Je ne fuis pas forti de l'onde ,
Quoiqu'il femble que j'en fois né ,
Je n'ai feuilles , ni fleurs , mais je fuis deftiné ,
Chaque printemps à revenir au mond :.
J'inspire divers mouvemens ,
Dès que je commence à paroître ,
Je fais des gens chagrins , & j'en faits des
contents ,
Ce n'eft plus rien , quand on peut me connoître.
QuelMARS
1725 .
627
Quelquefois au plus indolent ,
Je fais faire une longue courſe ,
Mais quand on ignore ma fource ,
1
L'on fait dans fes projets un inutile plan .
Ennemi de la verité ,
On ne laiffe pas de me croire ,
Et je tire toute ma gloire ,
De mon peu de fincerité.
Je trompe les plus gens de bien ,
Sans crainte que l'on me puniffe ,
Et quand on connoît ma malice ,
L'on eft fot , & l'on ne dit rien .
Fermer
1984
p. 1335-1347
LETTRE écrite de Malte le 6. May 1725. à S. E. M. le Bailly de Mesmes, Ambassadeur de la Religion à la Cour de France, sur la certitude des operations du remede de l'eau à la glace.
Début :
VOUS souhaités, Monsieur, d'être éxactement informé des operations de [...]
Mots clefs :
Eau, Remède, Malades, Guérir, Signe, Capucin, Commandeur, Glace, Religion, Médecins, Fièvre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Malte le 6. May 1725. à S. E. M. le Bailly de Mesmes, Ambassadeur de la Religion à la Cour de France, sur la certitude des operations du remede de l'eau à la glace.
LETTRE écrite de Malte le 6. May
1725. à S. E. M. le Bailly de Mef.
mes , Ambaffadeur de la Religion à la
CourdeFrance, fur la certitude desope
rations du remede de l'eau à la glace.
OUSfouhaités , Monfieur , d'être
éxactement informé des operations
de l'Eau à la glace. Nous en avons été
auffi étonnés que Vous pouvez l'être
en France & dans toute l'Europe. Il faut
2. vol.
1336 MERCURE DE FRANCE.
à l'avance vous affurer que tous ceux
de ma connoiffance qui ont pris ce re
mede , jouiffent aujourd'hui d'une parfai
te fanté je fuis perfuadé même qu'ils
nerefuferont pointde figner cette Lettre ;
difpenfes moi , feulement de me ſervir
des termes de l'Art ; il m'eſt permis de
les ignorer refufés auffi , du moins ,
mon nom à l'impreffion , & fur cepied
là , je vais vous rendre compte de tout
ce que j'ai veu.
Le R. Pere Bernardo Maria de Caftro
giaanne , Capucin Sicilien , vint à Malte
les premiers jours de Mai 1724. pour
paffer à Venife. On nous écrivit de Pa
lerme qu'il faifoit des Cures merveilleu
fes en donnant de l'eau à la glace. Il fut
follicitépar plufieurs Chevaliers malades
& il entreprit d'en guerir quelques uns.
Ils fe logerent tous à la Camaradeavec
le Capucin , qui étoit à portée de les
voir la nuit & le jour. Illes traita tous
d'une maniere differente , c'est-à-dire ,
pour le manger , & pour leur donner
de l'eau plus ou moins , le jour ou la
nuit ; mais dans les premiers jours la
diete fût generale : Nous avons vû des
malades être 25. & 30 jours fans man
ger abfolument , ne beuvant que de l'eau
glacée ; & ceux à qui il permettoit de
* Hopital deMalte.
2.vol.
manger
JUIN 1725.
1337
manger n'étoient nourris que de fixjau
nes d'œuf par jour il donnoit à d'au
tres des Macarons cuits à l'eau , avec
du fromage rapé , d'autres mangeoient le
foir & le matin de la viande. Cette ma
niere irreguliere de conduire fes malades
déconcerta tous nos Medecins.
Le Commandeur Baron de Beveren,
Allemand , fouffroitdepuis long-tems des
palpitations , & une oppreffion de cœur
fi violente, qu'il reftoit fouvent , & long
,
>
tems fans connoiffance & avec des
fueurs froides infaportables. Ces accidens
le prenoient ordinairement la nuit : il
étoit fûr , lorfqu'il mettoit les brashors
du lit de ne pouvoir plus les réchauffer ,
il étoit obligé pendant la Canicule de
porter des Camifoles , & d'être vêtu
comme dans l'Hiver. Il avoit eprouvé a
Londres , à Vienne , en Lorraine , & à
Rome,toutefortede remedes inutilement;
fon teint étoit plombé & livide , & fes
forces diminuoient tous les jours. L'eau
à la glacefit réfoudre un abfcès qu'il avoit
audeffous dela region du cœur,qu'il vuida
partie par les vomiffemens & le refte par
en bas. Il étoit d'une fi grande puanteur
qu'on nepouvoit en approcher. Ilfut très
mal pendant l'operation ; mais en conti
nuant deprendre de l'eau, la playe que l'ab
fcèsavoit faite en dedans , & qui étoitfort
I. vol.
dou
1338 MERCURE DE FRANCE:
douloureufe , fe confolida ; il ne fentit
plus la douleur fixe qu'il avoit à la poi
trine depuis 20 ans. Enfin il fe porte à
merveilles à prefent ; il a paffé l'hiver
›
fans manteau fon teint eft frais & fes
forces font revenues. Il eſt âgé de 56.
ans. Cet article eft figné de fa main le
Commandeur Baron de Beverens. Nous
avons vu l'original ainfi quetous les au
tres dont on va parler.
Le Commandeur Rovero dit Guarena
Piémontois , étoit abandonné des Mede
cins ; fon fang, difoient-ils , trop rempli
d'acides circuloit avec peine , & avoit
fait un dépoft audeffus & au bas dufoye,
ce qui caufoit une dureté qui refiſtoit à
la main & qui s'élevoit fur la peau ;
foit que ce fut un Schirre ou autre cho
fe. Il avoit la couleur livide , & les
jambes enflées , tout cela depuis plus.
d'un an. L'eauglacée a détaché cette ma
tiere par les urines ; on a obfervé qu'elle
étoit blanche , & que fechée au Soleil
elle fe reduifoit en poudre trés-menuë.
Le Schirre s'eft diffipé & ce Comman
deur fe porte mieux qu'il n'a fait de fa
vie ; il eft âgé de 50 ans & a auffi figné
de fa main. Il Comendatorefra Pietro Ro
vero di Guarena.
Le Commandeur Gianne Nobile , de
Trapano , a été délivré par l'eau d'une
I. val
coli
JUIN 1725.
colique nephretique , des vertiges , &
d'une grande foibleſſe d'eſtomac ; il fejoi
1339
gnoit à tout cela des vapeurs qu'on ne
connoît ici que fous le nomde Flattus. 11
255. ans. Signé:Fin'oggi, grace al Signor
doppo voti mei: non ho sentito nefun dolore.
IlCommendator de Neriti.
Le Commandeur André di Giovanni
de Meffine , a été gueri d'une foibleffe
& d'un branlement de tête qui eftoit ac
compagnéd'uneferofitéqui affoibliffoit fa
veuc , il avoit auffi des palpitations de
cour & deschaleurs d'entrailles , le bras
droit comme perclus , l'autre fort foible ,
& les jambes engourdies , il joüit à pre
fent d'uneparfaitefanté , à 45. ans : & a
figné, F. Andrea di Giovanni.
Le ChevalierJofeph de Vafconcellos ;
Portugais , âgé de 25 ans , avoit depuis
deux ans une Diarée , avec une douleur
continuelle de tête & d'eftomac , & depuis
trois ans des palpitations de cœur , avec
le col enflé. Il fe porte aujourd'hui très
bien par le même remede & eft fur le
point de s'embarquer fur les Navires de
la Religion. Signéle ChevalierdeVafcon
cellos.
Le Chevalier Narducci de Luques
âgé de 35 ans , a été pareillement gue
ri en peu de jours d'une diffenterie ac
.compagnée de fievre. Signé le Chevalier
Le
Narducci.
1340 MERCURE DE FRANCE.
Le Chevalier de Seraïnchamps , de
Lorraine , âgé de 38 ans , avoit de très
violentes chaleurs d'entrailles & dans les
reinsdepuis dix ans ,aprèsavoirpris l'eau
glacée pendant48 jours , fesurines furent
fibrulantes qu'elles cafferent trois pots
de chambre de verre tout de fuite &
que les matieres qu'il rendoit le foir parو
les felles , bouilloient & fermentoient
encore le lendemain , il avoitde plus des
douleurs dans les reins , destournoyemens
detête, une chaleur immoderéeaux pieds,
&unefoiblefledans lesjambes ; cependant
il est gros & gras aujourd'hui & fe porte
à merveilles. Signé le Chevalier de Se
rainchamps.
Le Chevalier de S.Leger, deNorman
die , & le Chevalier Petrucci de Sienne,
le premier âgéde 38. ans & le 2 de 28.
ont été l'un & l'autre gueris par le même
remede , d'unehumeuracidedont ils fouf
froientdepuis quelques années ce qui cau
foit à l'un des vertiges avec le ventreten
du , & àl'autreune douleur fixe à la tête
ils font tousdeux en merfur les vaiffeaux
de la Religion.
Le Bailly D. Fabritio Ruffo , Napoli
tain , a été gueri en trois jours d'une vio
lente colique , accompagnée d'une groffe
fiévre, & quelque tems après d'une dou
leur dans les mufcles très-vive ; il fe
2.vol.
porte
JUIN 1725.
1341
porte aujourd'hui très-bien & a 55. ans.
Signé F. Fabritio Ruffo.
Le Chevalier Orighi Romain & le
Chevalier Marco Gironda de Bari, lepre
mier malade d'une Diffenterie & le 2.
d'une enflure aux jambes & fouvent au
refte du corps , depuis long-tems , ont
été auffi gueris ; enforte qu'ils font tous
deux actuellement à la mer pour le fer
yice de la Religion , l'un âgé de 2 2. ans
& l'autre de 35.
Michel-Ange Dorel, Prêtre, tourmen
té d'un flux d'urine , & enfin abandonné
des Medecins , a été fi bien gueri par le
même remede , qu'il eftactuellement en
Sicile,où il est allé prendre l'air , âgé de
de 36 ans. Signé Dorel: pourmon fils,qui
eft abfent,étant alléen Sicile changer d'air.
LeComte Trautshon Allemand , a été
délivré par l'eau glacée d'une migraine
qui le tourmentoit.depuis plufieurs an
nées ; ileft âgé de 25. ans. Signé Comte
de Trautshon...
Le fieur Fortunato Xebaras , Maltois,
âgé de so ans , s'eft delivré par le mê.
me moyen d'une grande perte de fang ,
caufée par les hemorroïdes,
les hemorroïdes, enforte qu'il
en perdoit deux & troislivres à la fois
& d'unegrande foibleffe d'eftomac ; les
Medecins l'avoient abandonné. Cequi eft
attefté dans l'original par le Comman
2, vol.
D deur.
1342 MERCURE DE FRANCE.
deurd'Argouges, en ces termes : J'attefte
comme témoin oculaire la guerifon dudit
Xebaras. Signé le Commandeur d'Ar
gouges..
Le Chevalier Pietro Sarzana , Eſpa
gnol , Page de Son Alteffe Emin. âgé
de 15 ans , a été auffi gueri par l'eau
glacée d'une fievre maligne avec délire,
une toux feche , & dupourpre ; enforte
que lesMedecins l'avoient abandonné. Il
eft actuellement en Espagne en bonne
fanté. Cet article eft attefté de la maniere
2
Le
qui fuit : Par le Commandeur Rovero
de Guarena. Signé Fra Pietro Romero de
Guarena teftimonio di vista.
Chevalier LeonardMarfilli de Sien
ne auf Page de Son Alteffe Emin,
âgé de14ans , a été pareillement délivré
& enpeu dejours d'unefievre continuë
accompagnée d'une douleur de côté ; il
eft actuellement dans fon pays..
Le Commandeur d'Argouges , Fran
çois , âgéde 32 ans , a été.gueri par le
même remede , d'une humeur âcre &
bilieufe qui enflammoit fes yeux, tout
પ્રવ
autre remede n'ayant pû le foulager ; &
dernierement il le fut encore par l'eau
glacée endeux jours , d'un mal fort à la
modeici depuis deux mois , que je crois
être une ebullition de fang , & qu'on
nomme à Malte Pourpourina. On a les
a. al.
mêmes
JUIN 1725.
1343
mêmes fymptomes que dans la petite ve
role & fouvent la fievre. Signele Com
mandeur d'Argouges.
Le Chevalier de Revel de Nice , âgé
de 18ans , après 28 joursde fievre ma
ligne interne , qu'on ne connût pas d'a
bord, a été auffi gueri par notre Mede
cin , & le porte fi bien qu'il eftactuel
lement fur les Vaiffeaux de la Religion.
Cet article eft attefté par le Chevalier
Provane fon oncle. Signé le Chevalier
Provane , en absence de mon néven.
Le fils du Comte Pretiofi , Maltois ,
âgé ſeulement de 6 ans , fut attaqué d'une
fievre continue qui le mit à deux doigts
de la mort l'eau à la glace l'a parfaite
ment gueri , au grand étonnement des
Médecins qui l'avoient abandonné. Ce
même enfant eut trois mois après la pe
tite verole, le Capucin luidonna le méme
remede , mais bien differemment ; car à
mefure qu'il vomiffoit , il lui en faiſoit
prendre jour & nuit. 48 heures après la
premiereprife , la petite verole parut ,
elle s'enfla , fecha , & tomba enfin le
troifiéme jour , fans qu'on ait fenti au
cune mauvaiſe odeur , ni qu'elle ait creu
fé la peau.Il auroit pufortir le quatrième
jour. Le Pere de l'enfant a figné de cette
maniere. Il Contepor miofiglio Pretiosy.
Le Chevalier de Levi , François , at
2. vol.
Dij taqué
1344 MERCURE DE FRANCE.
taqué d'une fievre maligne , abandonné
des Medecins & fans connoiffance , aété
auffi gueri en peude tems.Comme il étoit
malade à l'Infirmerie , S. Alteffe Emin.
obligea les Medecins d'en répondre
ou de le remettre entre les mains du P.د
Capucia , cequ'ils firent ; il fe porteaurs
jourd'hui parfaitementbien,âgé de20ans.
Signé le Chevalier de Levi.n
Le Commandeur Staxi, âgé de 45 ans,
ayant oui parler du Capucin , eft revenu
d'Efpagne a Malte,& a été gueri par fon
remede d'une humeur âcre , dontil étoit
tourmenté depuis long-tems , tousles au
tres remedes luiayant été inutiles. Il avoit
le vifage d'un rouge noirâtre , fon teint
eft revenu & ilfeporte à merveille.
Unhommeaccabléde maux veneriens,
s'avifa de prendre de lui-même l'eau à
la glace fous un autre pretexte ; mais
s'étant declaré au Capucin, celui-cichan
gea feulement la maniere delui donner
l'eau. Elle le faifoit fuer regulierement
une heure & demie tous les matins , &
le refte du jour il trembloit de froid ; il
a été enfin parfaitement gueri. Il ne faut
pas oublier que cette cure a été faite
}
dans le mois de Janvier ; & ce n'eft pas
la feule de cette effece.
Ily aeuplufieurs Chevaliers & d'au
tres perfonnes qui ont été delivrées de
leurs
2. vole.
JUIN 1725.
leurs infirmités par ce même remede ;
mais je crois , Monfieur , qu'il feroit inu
tile de vous en faire un plus long detail.
1345
f
La maniere dont le P. Capucin don
ne l'eau glacée à fes malades , eft, com
me j'ai déja dit , differente , felon les
maux , l'âge & le temperament du
malade maison aobfervé qu'il veut que
tous les malades prennent l'air , les fenê
tres & les portes ouvertes , qu'ils foient
peu couverts ; avec la tête razée, fouvent
fans bonnet , même dans lesfievres ma
1
lignes. Le Chevalier de Revel qui en
eftoit attaqué , marchoit nuds pieds & la
tête razée. Dès qu'il put fe foutenir,ilfut
purgé avecun Melond'eauàlaglace, fans
fouffrirde tranchées & fort doucement.
LeCommandeurGuarena Piedmontois
fe trouva perclus d'unejambe dans letems
de fa cure , & il fut gueri par des fric
tions de glace. Le Medecin en fait faire
fur latête & fur l'eftomac , felon l'état
où il voit les malades ; il ordonne auffi
des lavemens d'eau à la glace , qui font
des effets merveilleux.
Tout le monde a vû ici ce que j'ai
l'honneur de vous écrire. Vous compre
nez affez que les Medecins n'ont rien
oublié au commencement pour décrédi
ter le remede ; mais les Certificats qu'ils
ont efté obligez de fournir aux malades
2. vol.
Dilj
aban
1346 MERCURE DE FRANCE.
abandonnez & remis au Capuçin , lejuſ
tifient parfaitement.
Il faut cependant convenir que l'eau à
la glace n'empêche pas de mourir ceux
qui font, pourainfi dire,frappezdemort
ou quiont attendu trop long-tems : nous
enavonsdeux outrois exemples. M. Bou
garel , Pretre Conventuel, mourut en
moins de trois jours d'une fievre ardente
caufée par un coup de foleil : le Capu
cin dit d'abord, en le voyant , qu'il avoit
befoin de recevoir les Sacremens
,
&
qu'il eftoit prefque inutile de lui donner
Feau à laglace, Le BaillyDuantemourut
auffi en trois jours d'une retention d'uri
ne & d'une inflammation interne : fans
parlerdu Chevalier Caftrioti ; il eft vrai
qu'il lui furvint une attaque d'Apople
xie, & d'autres accidents qui le mirent
C
au tombeau aubout de so. jours.
Le P. Capucin eftfils d'un Apotiquai
re qui eft aufli Docteuren Medecine, &
grand Chymifte ; il quittala pratique or
dinaire de la Medecine pour traiter fes
malades avec l'eau glacée. Il a un frere
Medecin à Saragoffe , qui doit s'embar
quer inceffamment avec toute lafamille
pour venir s'établir ici , avec 300 écus
de penfion , , que Son Alteffe Emin. lui
fait donner , & il traitera à fon profit
les malades quiprendront l'eau à laglace,
2. vol.
car
1347
JUIN 1725.
car il donne ce remede commefonfrere
Je Capucin.
Celui-ci a propofé aux Medecins d'en-,
treprendre de traiter, à leur maniere-or
dinaire , cent malades , & que fi fur ce
nombre , ils en fauvent feulement dix , il
prétend, lui, en guerir 60. plus furement
& enmoins de tems d'un pareil nombre
de cent, à qui il donnera l'eau à la gla
ce. J'oubliois de vous dire que le Capu
cin défend à fes malades de s'echauffer
& de fepromener aufoleil , pour évi
ter la fueur.
Vous recevrez la relation de la cere
monie de l'Eftoc par le Secretaire des
Commandemens de Son Alteffe Emin.
Les Galeres fe préparent pour le retour
du Mgre. On croit que le General ira à
Rome. Nous attendons avec impatience
des nouvelles de France. Si vous croyés
devoir montrer les certificats autentiques
fur les guerifons operées par Teau gla
cée à S. A. S. M. le Duc, vous enêtes
leMaître. Lefrere du Capucinvient d'ar
river. J'ai l'honneur d'eftre avec un par
fait attachement de V. Excellence le très
humble & très-obeiffant Serviteur, F. P.
1725. à S. E. M. le Bailly de Mef.
mes , Ambaffadeur de la Religion à la
CourdeFrance, fur la certitude desope
rations du remede de l'eau à la glace.
OUSfouhaités , Monfieur , d'être
éxactement informé des operations
de l'Eau à la glace. Nous en avons été
auffi étonnés que Vous pouvez l'être
en France & dans toute l'Europe. Il faut
2. vol.
1336 MERCURE DE FRANCE.
à l'avance vous affurer que tous ceux
de ma connoiffance qui ont pris ce re
mede , jouiffent aujourd'hui d'une parfai
te fanté je fuis perfuadé même qu'ils
nerefuferont pointde figner cette Lettre ;
difpenfes moi , feulement de me ſervir
des termes de l'Art ; il m'eſt permis de
les ignorer refufés auffi , du moins ,
mon nom à l'impreffion , & fur cepied
là , je vais vous rendre compte de tout
ce que j'ai veu.
Le R. Pere Bernardo Maria de Caftro
giaanne , Capucin Sicilien , vint à Malte
les premiers jours de Mai 1724. pour
paffer à Venife. On nous écrivit de Pa
lerme qu'il faifoit des Cures merveilleu
fes en donnant de l'eau à la glace. Il fut
follicitépar plufieurs Chevaliers malades
& il entreprit d'en guerir quelques uns.
Ils fe logerent tous à la Camaradeavec
le Capucin , qui étoit à portée de les
voir la nuit & le jour. Illes traita tous
d'une maniere differente , c'est-à-dire ,
pour le manger , & pour leur donner
de l'eau plus ou moins , le jour ou la
nuit ; mais dans les premiers jours la
diete fût generale : Nous avons vû des
malades être 25. & 30 jours fans man
ger abfolument , ne beuvant que de l'eau
glacée ; & ceux à qui il permettoit de
* Hopital deMalte.
2.vol.
manger
JUIN 1725.
1337
manger n'étoient nourris que de fixjau
nes d'œuf par jour il donnoit à d'au
tres des Macarons cuits à l'eau , avec
du fromage rapé , d'autres mangeoient le
foir & le matin de la viande. Cette ma
niere irreguliere de conduire fes malades
déconcerta tous nos Medecins.
Le Commandeur Baron de Beveren,
Allemand , fouffroitdepuis long-tems des
palpitations , & une oppreffion de cœur
fi violente, qu'il reftoit fouvent , & long
,
>
tems fans connoiffance & avec des
fueurs froides infaportables. Ces accidens
le prenoient ordinairement la nuit : il
étoit fûr , lorfqu'il mettoit les brashors
du lit de ne pouvoir plus les réchauffer ,
il étoit obligé pendant la Canicule de
porter des Camifoles , & d'être vêtu
comme dans l'Hiver. Il avoit eprouvé a
Londres , à Vienne , en Lorraine , & à
Rome,toutefortede remedes inutilement;
fon teint étoit plombé & livide , & fes
forces diminuoient tous les jours. L'eau
à la glacefit réfoudre un abfcès qu'il avoit
audeffous dela region du cœur,qu'il vuida
partie par les vomiffemens & le refte par
en bas. Il étoit d'une fi grande puanteur
qu'on nepouvoit en approcher. Ilfut très
mal pendant l'operation ; mais en conti
nuant deprendre de l'eau, la playe que l'ab
fcèsavoit faite en dedans , & qui étoitfort
I. vol.
dou
1338 MERCURE DE FRANCE:
douloureufe , fe confolida ; il ne fentit
plus la douleur fixe qu'il avoit à la poi
trine depuis 20 ans. Enfin il fe porte à
merveilles à prefent ; il a paffé l'hiver
›
fans manteau fon teint eft frais & fes
forces font revenues. Il eſt âgé de 56.
ans. Cet article eft figné de fa main le
Commandeur Baron de Beverens. Nous
avons vu l'original ainfi quetous les au
tres dont on va parler.
Le Commandeur Rovero dit Guarena
Piémontois , étoit abandonné des Mede
cins ; fon fang, difoient-ils , trop rempli
d'acides circuloit avec peine , & avoit
fait un dépoft audeffus & au bas dufoye,
ce qui caufoit une dureté qui refiſtoit à
la main & qui s'élevoit fur la peau ;
foit que ce fut un Schirre ou autre cho
fe. Il avoit la couleur livide , & les
jambes enflées , tout cela depuis plus.
d'un an. L'eauglacée a détaché cette ma
tiere par les urines ; on a obfervé qu'elle
étoit blanche , & que fechée au Soleil
elle fe reduifoit en poudre trés-menuë.
Le Schirre s'eft diffipé & ce Comman
deur fe porte mieux qu'il n'a fait de fa
vie ; il eft âgé de 50 ans & a auffi figné
de fa main. Il Comendatorefra Pietro Ro
vero di Guarena.
Le Commandeur Gianne Nobile , de
Trapano , a été délivré par l'eau d'une
I. val
coli
JUIN 1725.
colique nephretique , des vertiges , &
d'une grande foibleſſe d'eſtomac ; il fejoi
1339
gnoit à tout cela des vapeurs qu'on ne
connoît ici que fous le nomde Flattus. 11
255. ans. Signé:Fin'oggi, grace al Signor
doppo voti mei: non ho sentito nefun dolore.
IlCommendator de Neriti.
Le Commandeur André di Giovanni
de Meffine , a été gueri d'une foibleffe
& d'un branlement de tête qui eftoit ac
compagnéd'uneferofitéqui affoibliffoit fa
veuc , il avoit auffi des palpitations de
cour & deschaleurs d'entrailles , le bras
droit comme perclus , l'autre fort foible ,
& les jambes engourdies , il joüit à pre
fent d'uneparfaitefanté , à 45. ans : & a
figné, F. Andrea di Giovanni.
Le ChevalierJofeph de Vafconcellos ;
Portugais , âgé de 25 ans , avoit depuis
deux ans une Diarée , avec une douleur
continuelle de tête & d'eftomac , & depuis
trois ans des palpitations de cœur , avec
le col enflé. Il fe porte aujourd'hui très
bien par le même remede & eft fur le
point de s'embarquer fur les Navires de
la Religion. Signéle ChevalierdeVafcon
cellos.
Le Chevalier Narducci de Luques
âgé de 35 ans , a été pareillement gue
ri en peu de jours d'une diffenterie ac
.compagnée de fievre. Signé le Chevalier
Le
Narducci.
1340 MERCURE DE FRANCE.
Le Chevalier de Seraïnchamps , de
Lorraine , âgé de 38 ans , avoit de très
violentes chaleurs d'entrailles & dans les
reinsdepuis dix ans ,aprèsavoirpris l'eau
glacée pendant48 jours , fesurines furent
fibrulantes qu'elles cafferent trois pots
de chambre de verre tout de fuite &
que les matieres qu'il rendoit le foir parو
les felles , bouilloient & fermentoient
encore le lendemain , il avoitde plus des
douleurs dans les reins , destournoyemens
detête, une chaleur immoderéeaux pieds,
&unefoiblefledans lesjambes ; cependant
il est gros & gras aujourd'hui & fe porte
à merveilles. Signé le Chevalier de Se
rainchamps.
Le Chevalier de S.Leger, deNorman
die , & le Chevalier Petrucci de Sienne,
le premier âgéde 38. ans & le 2 de 28.
ont été l'un & l'autre gueris par le même
remede , d'unehumeuracidedont ils fouf
froientdepuis quelques années ce qui cau
foit à l'un des vertiges avec le ventreten
du , & àl'autreune douleur fixe à la tête
ils font tousdeux en merfur les vaiffeaux
de la Religion.
Le Bailly D. Fabritio Ruffo , Napoli
tain , a été gueri en trois jours d'une vio
lente colique , accompagnée d'une groffe
fiévre, & quelque tems après d'une dou
leur dans les mufcles très-vive ; il fe
2.vol.
porte
JUIN 1725.
1341
porte aujourd'hui très-bien & a 55. ans.
Signé F. Fabritio Ruffo.
Le Chevalier Orighi Romain & le
Chevalier Marco Gironda de Bari, lepre
mier malade d'une Diffenterie & le 2.
d'une enflure aux jambes & fouvent au
refte du corps , depuis long-tems , ont
été auffi gueris ; enforte qu'ils font tous
deux actuellement à la mer pour le fer
yice de la Religion , l'un âgé de 2 2. ans
& l'autre de 35.
Michel-Ange Dorel, Prêtre, tourmen
té d'un flux d'urine , & enfin abandonné
des Medecins , a été fi bien gueri par le
même remede , qu'il eftactuellement en
Sicile,où il est allé prendre l'air , âgé de
de 36 ans. Signé Dorel: pourmon fils,qui
eft abfent,étant alléen Sicile changer d'air.
LeComte Trautshon Allemand , a été
délivré par l'eau glacée d'une migraine
qui le tourmentoit.depuis plufieurs an
nées ; ileft âgé de 25. ans. Signé Comte
de Trautshon...
Le fieur Fortunato Xebaras , Maltois,
âgé de so ans , s'eft delivré par le mê.
me moyen d'une grande perte de fang ,
caufée par les hemorroïdes,
les hemorroïdes, enforte qu'il
en perdoit deux & troislivres à la fois
& d'unegrande foibleffe d'eftomac ; les
Medecins l'avoient abandonné. Cequi eft
attefté dans l'original par le Comman
2, vol.
D deur.
1342 MERCURE DE FRANCE.
deurd'Argouges, en ces termes : J'attefte
comme témoin oculaire la guerifon dudit
Xebaras. Signé le Commandeur d'Ar
gouges..
Le Chevalier Pietro Sarzana , Eſpa
gnol , Page de Son Alteffe Emin. âgé
de 15 ans , a été auffi gueri par l'eau
glacée d'une fievre maligne avec délire,
une toux feche , & dupourpre ; enforte
que lesMedecins l'avoient abandonné. Il
eft actuellement en Espagne en bonne
fanté. Cet article eft attefté de la maniere
2
Le
qui fuit : Par le Commandeur Rovero
de Guarena. Signé Fra Pietro Romero de
Guarena teftimonio di vista.
Chevalier LeonardMarfilli de Sien
ne auf Page de Son Alteffe Emin,
âgé de14ans , a été pareillement délivré
& enpeu dejours d'unefievre continuë
accompagnée d'une douleur de côté ; il
eft actuellement dans fon pays..
Le Commandeur d'Argouges , Fran
çois , âgéde 32 ans , a été.gueri par le
même remede , d'une humeur âcre &
bilieufe qui enflammoit fes yeux, tout
પ્રવ
autre remede n'ayant pû le foulager ; &
dernierement il le fut encore par l'eau
glacée endeux jours , d'un mal fort à la
modeici depuis deux mois , que je crois
être une ebullition de fang , & qu'on
nomme à Malte Pourpourina. On a les
a. al.
mêmes
JUIN 1725.
1343
mêmes fymptomes que dans la petite ve
role & fouvent la fievre. Signele Com
mandeur d'Argouges.
Le Chevalier de Revel de Nice , âgé
de 18ans , après 28 joursde fievre ma
ligne interne , qu'on ne connût pas d'a
bord, a été auffi gueri par notre Mede
cin , & le porte fi bien qu'il eftactuel
lement fur les Vaiffeaux de la Religion.
Cet article eft attefté par le Chevalier
Provane fon oncle. Signé le Chevalier
Provane , en absence de mon néven.
Le fils du Comte Pretiofi , Maltois ,
âgé ſeulement de 6 ans , fut attaqué d'une
fievre continue qui le mit à deux doigts
de la mort l'eau à la glace l'a parfaite
ment gueri , au grand étonnement des
Médecins qui l'avoient abandonné. Ce
même enfant eut trois mois après la pe
tite verole, le Capucin luidonna le méme
remede , mais bien differemment ; car à
mefure qu'il vomiffoit , il lui en faiſoit
prendre jour & nuit. 48 heures après la
premiereprife , la petite verole parut ,
elle s'enfla , fecha , & tomba enfin le
troifiéme jour , fans qu'on ait fenti au
cune mauvaiſe odeur , ni qu'elle ait creu
fé la peau.Il auroit pufortir le quatrième
jour. Le Pere de l'enfant a figné de cette
maniere. Il Contepor miofiglio Pretiosy.
Le Chevalier de Levi , François , at
2. vol.
Dij taqué
1344 MERCURE DE FRANCE.
taqué d'une fievre maligne , abandonné
des Medecins & fans connoiffance , aété
auffi gueri en peude tems.Comme il étoit
malade à l'Infirmerie , S. Alteffe Emin.
obligea les Medecins d'en répondre
ou de le remettre entre les mains du P.د
Capucia , cequ'ils firent ; il fe porteaurs
jourd'hui parfaitementbien,âgé de20ans.
Signé le Chevalier de Levi.n
Le Commandeur Staxi, âgé de 45 ans,
ayant oui parler du Capucin , eft revenu
d'Efpagne a Malte,& a été gueri par fon
remede d'une humeur âcre , dontil étoit
tourmenté depuis long-tems , tousles au
tres remedes luiayant été inutiles. Il avoit
le vifage d'un rouge noirâtre , fon teint
eft revenu & ilfeporte à merveille.
Unhommeaccabléde maux veneriens,
s'avifa de prendre de lui-même l'eau à
la glace fous un autre pretexte ; mais
s'étant declaré au Capucin, celui-cichan
gea feulement la maniere delui donner
l'eau. Elle le faifoit fuer regulierement
une heure & demie tous les matins , &
le refte du jour il trembloit de froid ; il
a été enfin parfaitement gueri. Il ne faut
pas oublier que cette cure a été faite
}
dans le mois de Janvier ; & ce n'eft pas
la feule de cette effece.
Ily aeuplufieurs Chevaliers & d'au
tres perfonnes qui ont été delivrées de
leurs
2. vole.
JUIN 1725.
leurs infirmités par ce même remede ;
mais je crois , Monfieur , qu'il feroit inu
tile de vous en faire un plus long detail.
1345
f
La maniere dont le P. Capucin don
ne l'eau glacée à fes malades , eft, com
me j'ai déja dit , differente , felon les
maux , l'âge & le temperament du
malade maison aobfervé qu'il veut que
tous les malades prennent l'air , les fenê
tres & les portes ouvertes , qu'ils foient
peu couverts ; avec la tête razée, fouvent
fans bonnet , même dans lesfievres ma
1
lignes. Le Chevalier de Revel qui en
eftoit attaqué , marchoit nuds pieds & la
tête razée. Dès qu'il put fe foutenir,ilfut
purgé avecun Melond'eauàlaglace, fans
fouffrirde tranchées & fort doucement.
LeCommandeurGuarena Piedmontois
fe trouva perclus d'unejambe dans letems
de fa cure , & il fut gueri par des fric
tions de glace. Le Medecin en fait faire
fur latête & fur l'eftomac , felon l'état
où il voit les malades ; il ordonne auffi
des lavemens d'eau à la glace , qui font
des effets merveilleux.
Tout le monde a vû ici ce que j'ai
l'honneur de vous écrire. Vous compre
nez affez que les Medecins n'ont rien
oublié au commencement pour décrédi
ter le remede ; mais les Certificats qu'ils
ont efté obligez de fournir aux malades
2. vol.
Dilj
aban
1346 MERCURE DE FRANCE.
abandonnez & remis au Capuçin , lejuſ
tifient parfaitement.
Il faut cependant convenir que l'eau à
la glace n'empêche pas de mourir ceux
qui font, pourainfi dire,frappezdemort
ou quiont attendu trop long-tems : nous
enavonsdeux outrois exemples. M. Bou
garel , Pretre Conventuel, mourut en
moins de trois jours d'une fievre ardente
caufée par un coup de foleil : le Capu
cin dit d'abord, en le voyant , qu'il avoit
befoin de recevoir les Sacremens
,
&
qu'il eftoit prefque inutile de lui donner
Feau à laglace, Le BaillyDuantemourut
auffi en trois jours d'une retention d'uri
ne & d'une inflammation interne : fans
parlerdu Chevalier Caftrioti ; il eft vrai
qu'il lui furvint une attaque d'Apople
xie, & d'autres accidents qui le mirent
C
au tombeau aubout de so. jours.
Le P. Capucin eftfils d'un Apotiquai
re qui eft aufli Docteuren Medecine, &
grand Chymifte ; il quittala pratique or
dinaire de la Medecine pour traiter fes
malades avec l'eau glacée. Il a un frere
Medecin à Saragoffe , qui doit s'embar
quer inceffamment avec toute lafamille
pour venir s'établir ici , avec 300 écus
de penfion , , que Son Alteffe Emin. lui
fait donner , & il traitera à fon profit
les malades quiprendront l'eau à laglace,
2. vol.
car
1347
JUIN 1725.
car il donne ce remede commefonfrere
Je Capucin.
Celui-ci a propofé aux Medecins d'en-,
treprendre de traiter, à leur maniere-or
dinaire , cent malades , & que fi fur ce
nombre , ils en fauvent feulement dix , il
prétend, lui, en guerir 60. plus furement
& enmoins de tems d'un pareil nombre
de cent, à qui il donnera l'eau à la gla
ce. J'oubliois de vous dire que le Capu
cin défend à fes malades de s'echauffer
& de fepromener aufoleil , pour évi
ter la fueur.
Vous recevrez la relation de la cere
monie de l'Eftoc par le Secretaire des
Commandemens de Son Alteffe Emin.
Les Galeres fe préparent pour le retour
du Mgre. On croit que le General ira à
Rome. Nous attendons avec impatience
des nouvelles de France. Si vous croyés
devoir montrer les certificats autentiques
fur les guerifons operées par Teau gla
cée à S. A. S. M. le Duc, vous enêtes
leMaître. Lefrere du Capucinvient d'ar
river. J'ai l'honneur d'eftre avec un par
fait attachement de V. Excellence le très
humble & très-obeiffant Serviteur, F. P.
Fermer
1985
p. 2248
PREMIERE ENIGME.
Début :
On voit en l'air une maison, [...]
Mots clefs :
Toile d'araignée
1986
p. 1403-1409
LETTRE de Monsieur *** écrite à Mademoiselle de *** au sujet de la Lettre sur les bons Mots. / ENIGME.
Début :
J'Avois déja lû d'une fois, Mademoiselle, la Lettre sur les bons Mots, / Quoique j'aye un très-petit corps, [...]
Mots clefs :
Clef, Bons mots, Mademoiselle , Plaisir, Sujet, Madame, Princesse, Agrément, Conversations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de Monsieur *** écrite à Mademoiselle de *** au sujet de la Lettre sur les bons Mots. / ENIGME.
LETTRE de Monfieur *** écrite à
Mademoiſelle de *** au fujet de la
Lettre fur les bons Mots.
J
'Avois déja lû plus d'une fois , Mademoiselle
, la Lettre fur les bons Mots,
inferée dans le Mercure du mols d'Avril
dernier , lorfque Madame la Marquife
de la S✶✶ dont le merite & les talens de
l'efprit égalent les avantages de la naiſfance
, me dit que vous en étes l'Autrice.
Cette illuftre Dame ne m'a , pour
2. vol. E v Ainfi
1404 MERCURE DE FRANCE .
ainfi dire , rien appris de nouveau , elle
n'a fait au contraire que me confirmer
dans les preffentimens où j'étois déja ;
car fans trop faire le devin , j'y avois reconnu
votre capacité , quelque peine que
vous euffiez prife de la cacher : le ftile aifé
& coulant avec lequel elle est écrite ,
ne m'avoit preſque laiffé aucun ſujet de
douter , que cette Lettre ne fut fortie de
votre plume. Sans être tout-à- fait affeuré
d'où elle partoit , je l'ai lûë avec plaifir ;
elle m'a diverti extrêmement , & je fuis
perfuadé que beaucoup de perfonnes auront
eu le même agrément que moi , tant
vous fçavez donner le bon tour , & l'affaifonnement
, pour ainsi dire , aux chofes
les plus communes.
Qui , Mademoiselle , il eft permis ,
comme vous l'avez fi judicieuſement remarqué
, pendant certains momens de
loifir , & furtout pendant le repas , de fe
donner carriere dans la converfation .
Nous voyons que les Anciens introduifoient
dans leurs feftins des gens dont
l'emploi étoit de dire fans préparation
des chofes plaifantes , pour réjouir les
Convives ; c'eſt ce que nous voyons particulierement
dans le banquet de Xenophon.
Il eft neceffaire d'interrompre fes
Occupations ferieufes , ce qui ne ſe fait
pas à plufieurs reprifes , dit un Anteur ,
2. vol. ge
JUIN. 1726. 1405
ne peut durer , le repos foulage le corps ,
lui redonne des forces , & en ceci , je
ne fçaurois être du fentiment de M. Pafcal
, qui dit dans le Recueil de fes penfées
, Difeurs de bons mots , mauvais caracteres.
Les bons Mots d'un certain genre ,
font au contraire agréables , ils font utiles
, ils font même , fi je l'ofe dire , neceffaires.
Les regles que vous donnez
pour paroître dans les converfations
font très-judicieufes , & très - loüables',
& je ne doute nullement que quiconque
les mettra en pratique , ne s'attire , comme
vous le dites , l'eftime & la confi
deration de tout le monde .
Nous avons plufieurs exemples dans
l'antiquité , que les bons Mots ont toujours
fait l'agrément des converfations,
& qu'on s'eft fait un plaifir de les recueillir
dans tous les temps , chez les Na
tions policées , & c. Les Grecs & les
Romains ont témoigné le cas qu'ils en
faifoient , par le foin qu'ils ont eu de
les ramaffer , & de les citer dans leurs
écrits . Plutarque , l'an des meilleurs
Hiftoriens de l'Antiquité , eft fort exact
à rapporter tous ceux des Hommes ' illuftres
dont il a écrit les vies. Ce font
comme autant de fleurs qu'il répand fur
leurs tombeaux , & qui font l'un des
2. vol. E vi prin
2
1405 MERCURE DE FRANCE.
principaux ornemens de fon Ouvrage
Diogene Laerce , qui a écrit la vie des
Philofophes , l'a imité en cela , & tout
le monde convient que le petit Recueil
que nous a laiffé Valere Maxime , approche
affez de ce deffein .
C
Rien donc n'eft plus propre que les
bons Mots , à faire connoître le genie &
le caractere des perfonnes ; on y remarque
la vivacité , la fubtilité , & même
la naïveté de leur efprit. En voici quelques
exemples .
:
›
Le frere de Ciceron , interrogé par
Philippe pourquoi il aboyoit , c'eft ,
répondit- il , parce que je vois un larron.
Comme on bâtifloit la façade du
Palais , où fe tient le Parlement de ....
un Payfan étoit attentif à regarder travailler
Un Procureur , qui s'en alloit
au Palais avec quantité de facs à la main,
s'approcha de lui , & lui dit en raillant:
Compere , je parie que vous ne comprenez
pas ce que c'eft que ce lieu où l'on
bâtit. Non , Monfieur , je voudrais vous
le demander : c'eft un Moulin , répon
dit le Procureur ; vous avez raifon , repliqui
le Manant , en le regardant , car
je vois que les Afnes y portent des
facs..
En voici un autre d'une grande naïveté
. Une Dame pallant fur un Pont
2. vol.
allez
JUIN. 1726. 1407
affez large , pour qu'il n'y eut point de
danger , demanda à un Payfan , pourquoi
on n'y avoit pas mis de garde - fous :
hé , Madame , répondit le Payfan , on ne
fçavoit pas que vous deviez y paffer.
Je ne m'apperçois pas , qu'infenfiblement
je m'éloigne de mon fujet , & que
ma Lettre , par laquelle j'ai feulement
prétendu vous marquer , Mademoiſelle,
le plaifir que j'ai reifenti à la lecture de
la votre,commence à devenir longue, vous
n'avez rien laiffé à defirer fur ce fujet ;
vous avez fort bien fait connoître l'agrément
& l'utilité qu'on pouvoit retirer
des bons Mots . Ainfi, je ne doute point ,
qu'on ne fe faffe un plaifir d'en envoyer
aux Auteurs du Mercure , & qu'ils ne
s'en fallent un eux- mêmes , de les inferer
dans leur Journal . Tout ce que je
- pourrois donc dire à prefent fur ce fujet
feroit fuperflu. Je vais cependant encore
joindre ici quelques bons Mots .
Lorfque M. l'Abbé D *** , dont les
connoiffances font fort bornées , eût été
choisi pour être Bibliothecaire de ... la
nouvelle en étant venue dans une Compagnie
, où il y avoit plufieurs Dames ,
une d'entre- ellesdit , que c'étoit lui confier
un tréfor , auquel il ne toucheroit
point. Une autre perfonne ajoûta , avec
autant de fpiritualité , que c'étoit un Ser-
2. vol. rail
1408 MERCUR DEE FRANCE.
rail que l'on donnoit à garder à un Eunuque
.
On a dit de Mademoiſelle *** qui
avoit le teint plus que bafané , & qui
portoit un habit vert , que c'étoit une
Corneille dans un Pré.
Le Marquis de .... fort connu à la
Cour par fes faillies agréables , & par
fes plaifanteries ingenieuſes , paria un
jour contre quelques Courtifans , qu'en
donnant la main à une grande Princeffe,
dont il avoit l'honneur d'être Ecuyer , il
la lui ferreroit fi fort , qu'elle feroit obligée
de crier , ou de fe plaindre tout haut.
En effet , en menant un jour la Princeffe
à la Meffe , il lui ferra fi fort les
doigts , qu'elle cria fort haut : ab ! vous
me bleffez. Alors le Marquis , fans s'émouvoir
, fe tourna du côté des parieurs,
qui fuivoient ; & élevant fa voix , leur
dit , Melkers , vous l'avez entendu,
Meffieurs
cela fuffit. Qu'est - ce que cela veut dire,
demanda da Princeffe ? Je vous demande
pardon , Madame , répondit le Marquis
, mais vous venez de me faire gagner
cent pistoles. La Princeffe ayant
voulu fçavoir comment , ne put s'empê
cher d'en rire beaucoup : mais , dit- elle,
vous avez tort , car vous n'aviez qu'à
m'avertir de votre gageure , & fans être
obligé de me faire du mal , j'aurois crié ,
•
2. vol.
S
JUIN. 1726. 1409
& vous auriez également gagné . Non ,
Madame , reprit l'Ecuyer , je n'aurois
pas gagné de bon jeu , & en confcience
j'aurois été obligé à reftitution .
Mais comme je crains fort de vous énnuyer
, Mademoiſelle , je fuivrai le précepte
des gens qui fçavent leur monde.
Je vais finir. Vous avez cependant tellement
paru prendre plaifir aux Enigmes
, que je ne puis m'empêcher de vous
en envoyer une , que je prends la liberté
de vous propofer , vous priant de m'en
dite votre fentiment ; je le fais d'autant
plus volontiers , qu'elle me paroît telle
que vous me les demandiez autrefois ,
quand j'avois le bonheur d'être à portée
de profiter de vos converfations .
ENIGME.
Quoique j'aye un très- petit corps ,
Il ne faut pas qu'on y régarde ,
Pourvû que mon Maître me garde ,
Je garde bien tous les trefors.
Je n'ai plus qu'à vous affeurer , qu'on
ne peut être avec plus d'eftime & de
refpect que moi , Mademoiſelle , votre
très-humble , & obéïffant , & c.
~A Renancourt le 15. Mai 1726.
Mademoiſelle de *** au fujet de la
Lettre fur les bons Mots.
J
'Avois déja lû plus d'une fois , Mademoiselle
, la Lettre fur les bons Mots,
inferée dans le Mercure du mols d'Avril
dernier , lorfque Madame la Marquife
de la S✶✶ dont le merite & les talens de
l'efprit égalent les avantages de la naiſfance
, me dit que vous en étes l'Autrice.
Cette illuftre Dame ne m'a , pour
2. vol. E v Ainfi
1404 MERCURE DE FRANCE .
ainfi dire , rien appris de nouveau , elle
n'a fait au contraire que me confirmer
dans les preffentimens où j'étois déja ;
car fans trop faire le devin , j'y avois reconnu
votre capacité , quelque peine que
vous euffiez prife de la cacher : le ftile aifé
& coulant avec lequel elle est écrite ,
ne m'avoit preſque laiffé aucun ſujet de
douter , que cette Lettre ne fut fortie de
votre plume. Sans être tout-à- fait affeuré
d'où elle partoit , je l'ai lûë avec plaifir ;
elle m'a diverti extrêmement , & je fuis
perfuadé que beaucoup de perfonnes auront
eu le même agrément que moi , tant
vous fçavez donner le bon tour , & l'affaifonnement
, pour ainsi dire , aux chofes
les plus communes.
Qui , Mademoiselle , il eft permis ,
comme vous l'avez fi judicieuſement remarqué
, pendant certains momens de
loifir , & furtout pendant le repas , de fe
donner carriere dans la converfation .
Nous voyons que les Anciens introduifoient
dans leurs feftins des gens dont
l'emploi étoit de dire fans préparation
des chofes plaifantes , pour réjouir les
Convives ; c'eſt ce que nous voyons particulierement
dans le banquet de Xenophon.
Il eft neceffaire d'interrompre fes
Occupations ferieufes , ce qui ne ſe fait
pas à plufieurs reprifes , dit un Anteur ,
2. vol. ge
JUIN. 1726. 1405
ne peut durer , le repos foulage le corps ,
lui redonne des forces , & en ceci , je
ne fçaurois être du fentiment de M. Pafcal
, qui dit dans le Recueil de fes penfées
, Difeurs de bons mots , mauvais caracteres.
Les bons Mots d'un certain genre ,
font au contraire agréables , ils font utiles
, ils font même , fi je l'ofe dire , neceffaires.
Les regles que vous donnez
pour paroître dans les converfations
font très-judicieufes , & très - loüables',
& je ne doute nullement que quiconque
les mettra en pratique , ne s'attire , comme
vous le dites , l'eftime & la confi
deration de tout le monde .
Nous avons plufieurs exemples dans
l'antiquité , que les bons Mots ont toujours
fait l'agrément des converfations,
& qu'on s'eft fait un plaifir de les recueillir
dans tous les temps , chez les Na
tions policées , & c. Les Grecs & les
Romains ont témoigné le cas qu'ils en
faifoient , par le foin qu'ils ont eu de
les ramaffer , & de les citer dans leurs
écrits . Plutarque , l'an des meilleurs
Hiftoriens de l'Antiquité , eft fort exact
à rapporter tous ceux des Hommes ' illuftres
dont il a écrit les vies. Ce font
comme autant de fleurs qu'il répand fur
leurs tombeaux , & qui font l'un des
2. vol. E vi prin
2
1405 MERCURE DE FRANCE.
principaux ornemens de fon Ouvrage
Diogene Laerce , qui a écrit la vie des
Philofophes , l'a imité en cela , & tout
le monde convient que le petit Recueil
que nous a laiffé Valere Maxime , approche
affez de ce deffein .
C
Rien donc n'eft plus propre que les
bons Mots , à faire connoître le genie &
le caractere des perfonnes ; on y remarque
la vivacité , la fubtilité , & même
la naïveté de leur efprit. En voici quelques
exemples .
:
›
Le frere de Ciceron , interrogé par
Philippe pourquoi il aboyoit , c'eft ,
répondit- il , parce que je vois un larron.
Comme on bâtifloit la façade du
Palais , où fe tient le Parlement de ....
un Payfan étoit attentif à regarder travailler
Un Procureur , qui s'en alloit
au Palais avec quantité de facs à la main,
s'approcha de lui , & lui dit en raillant:
Compere , je parie que vous ne comprenez
pas ce que c'eft que ce lieu où l'on
bâtit. Non , Monfieur , je voudrais vous
le demander : c'eft un Moulin , répon
dit le Procureur ; vous avez raifon , repliqui
le Manant , en le regardant , car
je vois que les Afnes y portent des
facs..
En voici un autre d'une grande naïveté
. Une Dame pallant fur un Pont
2. vol.
allez
JUIN. 1726. 1407
affez large , pour qu'il n'y eut point de
danger , demanda à un Payfan , pourquoi
on n'y avoit pas mis de garde - fous :
hé , Madame , répondit le Payfan , on ne
fçavoit pas que vous deviez y paffer.
Je ne m'apperçois pas , qu'infenfiblement
je m'éloigne de mon fujet , & que
ma Lettre , par laquelle j'ai feulement
prétendu vous marquer , Mademoiſelle,
le plaifir que j'ai reifenti à la lecture de
la votre,commence à devenir longue, vous
n'avez rien laiffé à defirer fur ce fujet ;
vous avez fort bien fait connoître l'agrément
& l'utilité qu'on pouvoit retirer
des bons Mots . Ainfi, je ne doute point ,
qu'on ne fe faffe un plaifir d'en envoyer
aux Auteurs du Mercure , & qu'ils ne
s'en fallent un eux- mêmes , de les inferer
dans leur Journal . Tout ce que je
- pourrois donc dire à prefent fur ce fujet
feroit fuperflu. Je vais cependant encore
joindre ici quelques bons Mots .
Lorfque M. l'Abbé D *** , dont les
connoiffances font fort bornées , eût été
choisi pour être Bibliothecaire de ... la
nouvelle en étant venue dans une Compagnie
, où il y avoit plufieurs Dames ,
une d'entre- ellesdit , que c'étoit lui confier
un tréfor , auquel il ne toucheroit
point. Une autre perfonne ajoûta , avec
autant de fpiritualité , que c'étoit un Ser-
2. vol. rail
1408 MERCUR DEE FRANCE.
rail que l'on donnoit à garder à un Eunuque
.
On a dit de Mademoiſelle *** qui
avoit le teint plus que bafané , & qui
portoit un habit vert , que c'étoit une
Corneille dans un Pré.
Le Marquis de .... fort connu à la
Cour par fes faillies agréables , & par
fes plaifanteries ingenieuſes , paria un
jour contre quelques Courtifans , qu'en
donnant la main à une grande Princeffe,
dont il avoit l'honneur d'être Ecuyer , il
la lui ferreroit fi fort , qu'elle feroit obligée
de crier , ou de fe plaindre tout haut.
En effet , en menant un jour la Princeffe
à la Meffe , il lui ferra fi fort les
doigts , qu'elle cria fort haut : ab ! vous
me bleffez. Alors le Marquis , fans s'émouvoir
, fe tourna du côté des parieurs,
qui fuivoient ; & élevant fa voix , leur
dit , Melkers , vous l'avez entendu,
Meffieurs
cela fuffit. Qu'est - ce que cela veut dire,
demanda da Princeffe ? Je vous demande
pardon , Madame , répondit le Marquis
, mais vous venez de me faire gagner
cent pistoles. La Princeffe ayant
voulu fçavoir comment , ne put s'empê
cher d'en rire beaucoup : mais , dit- elle,
vous avez tort , car vous n'aviez qu'à
m'avertir de votre gageure , & fans être
obligé de me faire du mal , j'aurois crié ,
•
2. vol.
S
JUIN. 1726. 1409
& vous auriez également gagné . Non ,
Madame , reprit l'Ecuyer , je n'aurois
pas gagné de bon jeu , & en confcience
j'aurois été obligé à reftitution .
Mais comme je crains fort de vous énnuyer
, Mademoiſelle , je fuivrai le précepte
des gens qui fçavent leur monde.
Je vais finir. Vous avez cependant tellement
paru prendre plaifir aux Enigmes
, que je ne puis m'empêcher de vous
en envoyer une , que je prends la liberté
de vous propofer , vous priant de m'en
dite votre fentiment ; je le fais d'autant
plus volontiers , qu'elle me paroît telle
que vous me les demandiez autrefois ,
quand j'avois le bonheur d'être à portée
de profiter de vos converfations .
ENIGME.
Quoique j'aye un très- petit corps ,
Il ne faut pas qu'on y régarde ,
Pourvû que mon Maître me garde ,
Je garde bien tous les trefors.
Je n'ai plus qu'à vous affeurer , qu'on
ne peut être avec plus d'eftime & de
refpect que moi , Mademoiſelle , votre
très-humble , & obéïffant , & c.
~A Renancourt le 15. Mai 1726.
Fermer
1987
p. 1410
DEUXIÈME ENIGME.
Début :
Je ne sçaurois servir sans un guide éclairé, [...]
Mots clefs :
Aiguille du cadran solaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DEUXIÈME ENIGME.
DEUXIE'ME ENIGME
JE
E ne fçaurois fervir fans un guide éclairé ,
Ma fille par fes foins va d'un pas meſuré ;
Mon corps étroit & long, toujours en efcla
vage ,
Eft expofé fans ceffe à tout vent , à l'orage ,
Tantôt la tête en haut , tantôt la tête en bas ,
De côté , de travers , cela n'importe pas ;
Selon le temps , le lieu , ma puiffance eſt bornée
:
De differens atours ma demeure eft ornée ;
Mes fujets fous mes yeux font rangez avec
art ,
Chacun felon fon rang , & ma poſture ,
Et fuivant un deſtin contraire à la Nature ,
La jeuneſſe a chez-moi le pas fur le vieillard ;
Au refte , remarquez , Lecteur , mon indulgence
,
Chacun a tour à tour ſon heure d'audience.
Par M. C. Germaiſe.
JE
E ne fçaurois fervir fans un guide éclairé ,
Ma fille par fes foins va d'un pas meſuré ;
Mon corps étroit & long, toujours en efcla
vage ,
Eft expofé fans ceffe à tout vent , à l'orage ,
Tantôt la tête en haut , tantôt la tête en bas ,
De côté , de travers , cela n'importe pas ;
Selon le temps , le lieu , ma puiffance eſt bornée
:
De differens atours ma demeure eft ornée ;
Mes fujets fous mes yeux font rangez avec
art ,
Chacun felon fon rang , & ma poſture ,
Et fuivant un deſtin contraire à la Nature ,
La jeuneſſe a chez-moi le pas fur le vieillard ;
Au refte , remarquez , Lecteur , mon indulgence
,
Chacun a tour à tour ſon heure d'audience.
Par M. C. Germaiſe.
Fermer
1988
p. 945-946
PREMIERE ENIGME.
Début :
Quoi ! du sein de ma mere on m'arrache vivant, [...]
Mots clefs :
Mai
1989
p. 1758-1761
TRIOLETS POUR LE MOIS DE JUIN.
Début :
Des Fleurs, des Fleurs à pleines mains, [...]
Mots clefs :
Juin, Fleurs, Mois, Baronne d'Igé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRIOLETS POUR LE MOIS DE JUIN.
TRIOLETS POUR LE MOIS DE JUIN.
Des Fleurs , des Fleurs à pleines mains,
Juin va paroître fur la Scene ;
Qu'on en jonche tous les chemins.
Des Fleurs ,des Fleurs à pleines mains,
Depuis leTybre des Romains
Jufqu'aux Rivages de la Seine :
Des Fleurs, des Fleurs à pleines mains ,
Juinva paroître fur la Scene.
Les Elemens font tous d'accord;
Il n'eft Frimats ni Canicule;
Paifible eft le Tyran du Nord,
Les Elemens font tous d'accord:
La nuit paroît, & fuit d'abord ,
Tout
AOUT. 1727. 1759
Tout eft Soleil ou Crépuscule :
Les Elemens fonttous d'accord>
Il n'eft Frimas ni Canicule.
Cette Déeffe fans Mari,
Qu'on peintavec face cornuë,
Pour baifer fon Berger cheri ,
Cette Déeffe fans Mari;
Ce fut dans cemois favori
Qu'elle defcendit de la Nuë,
Cette Déeffe fans Mari,
Qu'on peint avec face cornuë.
L'Aurore fit le même tour ;
La Belle enverfe encor des larmes;
Pour fonCéphale au point du jour,
L'Aurore fit le même tour;
Malheur auVieillard que l'Amour
Embarque avecde jeunes charmes !
L'Aurore fit le même tour ,
LaBelle enverfe encor deslarmes
Ce joli Juin tant celebré,
Eft un Compere fort alerte;
C
1760 MERCURE DEFRANCE.
Il fçait prendre le temps en gré,
Ce joli Juin tant celebré;
S'il rencontre Bergere au Pré,
Il lui donne la cotte verte ,
Cejoli Juin tant celebré
Eft un Comperefort alerte.
Les deux beaux mois font bien unis,
Ils n'entrent jamais en difpute:
Comme Corfaires de Tunis ,
Les deux beaux mois font bien unis:
Leur accord eft d'un beau vernis,
May deffine & Juin execute,
Les deux beaux mois font bien unis
Et n'entrentjamais en difpute.
Mettez , Belles , vos Bagnolets ,
Voici le temps qu'on court aux Fraiſes;
Couvrez vos gorges de colets ,
Mertez , Belles , vos Bagnolets ;
On vous fricaffe des poulets,
Amours, fans briffer, font fadaiſes,
Mettez, Belles, vos Bagnolets ,
Voici letemps qu'on court auxFraiſes.
Sur
A OUT. 1717. 1761
Sur les herbes de la Saint Jean ,
Ne comptez point, je vous en prie;
Duppe eft l'Amant qui fait fon plan
Sur les herbes de la Saint Jean:
Quatre onces d'or, fix marcs d'argent,
C'eft la fine forcellerie ,
Sur les herbes de la Saint Jean ,
Necomptez point , je vous en prie.
Des Fleurs , des Fleurs à pleines mains,
Juin va paroître fur la Scene ;
Qu'on en jonche tous les chemins.
Des Fleurs ,des Fleurs à pleines mains,
Depuis leTybre des Romains
Jufqu'aux Rivages de la Seine :
Des Fleurs, des Fleurs à pleines mains ,
Juinva paroître fur la Scene.
Les Elemens font tous d'accord;
Il n'eft Frimats ni Canicule;
Paifible eft le Tyran du Nord,
Les Elemens font tous d'accord:
La nuit paroît, & fuit d'abord ,
Tout
AOUT. 1727. 1759
Tout eft Soleil ou Crépuscule :
Les Elemens fonttous d'accord>
Il n'eft Frimas ni Canicule.
Cette Déeffe fans Mari,
Qu'on peintavec face cornuë,
Pour baifer fon Berger cheri ,
Cette Déeffe fans Mari;
Ce fut dans cemois favori
Qu'elle defcendit de la Nuë,
Cette Déeffe fans Mari,
Qu'on peint avec face cornuë.
L'Aurore fit le même tour ;
La Belle enverfe encor des larmes;
Pour fonCéphale au point du jour,
L'Aurore fit le même tour;
Malheur auVieillard que l'Amour
Embarque avecde jeunes charmes !
L'Aurore fit le même tour ,
LaBelle enverfe encor deslarmes
Ce joli Juin tant celebré,
Eft un Compere fort alerte;
C
1760 MERCURE DEFRANCE.
Il fçait prendre le temps en gré,
Ce joli Juin tant celebré;
S'il rencontre Bergere au Pré,
Il lui donne la cotte verte ,
Cejoli Juin tant celebré
Eft un Comperefort alerte.
Les deux beaux mois font bien unis,
Ils n'entrent jamais en difpute:
Comme Corfaires de Tunis ,
Les deux beaux mois font bien unis:
Leur accord eft d'un beau vernis,
May deffine & Juin execute,
Les deux beaux mois font bien unis
Et n'entrentjamais en difpute.
Mettez , Belles , vos Bagnolets ,
Voici le temps qu'on court aux Fraiſes;
Couvrez vos gorges de colets ,
Mertez , Belles , vos Bagnolets ;
On vous fricaffe des poulets,
Amours, fans briffer, font fadaiſes,
Mettez, Belles, vos Bagnolets ,
Voici letemps qu'on court auxFraiſes.
Sur
A OUT. 1717. 1761
Sur les herbes de la Saint Jean ,
Ne comptez point, je vous en prie;
Duppe eft l'Amant qui fait fon plan
Sur les herbes de la Saint Jean:
Quatre onces d'or, fix marcs d'argent,
C'eft la fine forcellerie ,
Sur les herbes de la Saint Jean ,
Necomptez point , je vous en prie.
Fermer
1990
p. 1764-1769
EGLOGUE EN TRIOLETS. LE BAIN.
Début :
Daphnis. Tircis. / D. Veut-on renouveller ce jeu, [...]
Mots clefs :
Tircis, Daphnis, Eau, Chaleur, Baronne d'Igé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EGLOGUE EN TRIOLETS. LE BAIN.
EGLOGUE EN TRIOLETS.
LE BAIN.
Daphnis.
1
Tircis.
D. Veut-on renouveller ce jeu,
Quimit dujour le Char en cendres?
Août violent , fous ton aveu,
Veut-onrenouveller ce jeu?
Tunousfaits vivre dans le feu,
Nous prens-tu pour des Salamandes?
Veut-on renouveller cejeu ,
Qui mit du jourle Char en cendres?
T. Vous vous en ſeriezbien paſſez,
Bergers de la paifible Sône,
D'Aftres nouveaux auCiel placez ,
Vousvousenferiez bien paffez.
Point nevous auroit fricaffez,
Le Chien enragé d'Erigone ;
Vous vous enferiez bien paffez,
Bergers de la paifible Sône.
D.
AOUT. 1727 1769
D. Courons,Tircis , courons aubain
Pourynoyer la Canicule;
Conte d'enfans, qu'ilſoit mal fain ,
Courons, Tircis, courons au bain.
Quandona leremedeen main,
Il faut en ufer fans fcrupule;
Courons, Tircis, courons aubain,
Poury noyer la Canicule.
T. O ciel!nous fommesprévenus !
N'apperçois-tu pas nos Bergeres?
Outoute la Cour deVenus ?
O ciel ! nousfommes prévenus!
Que de charmans corps demi-nuds ,
Font honte aux Ondes les plus claires↓
O ciel! nous fommes prévenus!
N'apperçois-tu pas nos Bergeres ?
Voi les cheveux noirs de Philis ,
Qui s'échappentſousſa coëffure;
L'eau ne les a point ramollis,
Voi les cheveux noirs de Philis;
Sur uncolplus blanc que les Lis,
Contrafte leur brune frifure:
Ciiij Voy
1766 MERCURE DE FRANCE
Voilescheveux noirs dePhilis,
Qui s'échappent fous fa coëffure.
D. Qui pourroit ne pas fuccomber
Aux traits du fein naiffant d'Iole ?
Si ce mouchoir pouvoit tomber !
Qui pourroit ne pasfuccomber?
Mais quoi? Pour nous ledérober,
Le jaloux contr'elle fe cole!
Qui pourroit ne pasfuccomber
Aux traits du fein naiffant d'Iole ?
La minaudiere Mégiſto
Fait-elle pas mourir de rire?
C'eft la Chouette du Hameau ;
La minaudiere Mégiſto ;`
Elle trempe fes pieds dans l'eau,
La trouvefroide & feretire,
La minaudiere Mégiſto ,
Fait-elle pas mourir de rire?
T. D'où vient qu'Aminthe eft à l'écart
Gardant les habits d'un air triſte ,
L'efprit diftrait & l'oeil hagard,
D'où
A OUT. 17277 1767
D'où vient qu'Aminthe eſt à l'écart ?
N'auroit-elle point pris de part
Al'avanture de Califte? *
D'où vient qu'Aminthe eft à l'écart,
Gardant les habits d'un air triſte ?
D. Quel eft cefpectacle nouveau?
Parmi ces Beautez , quel divorce?
Quels cris aubout de cebateau?
Quel eft ce fpectacle nouveau?
C'eſt la jeune Eglé qui craint l'eau,
Et qu'Iris fait plonger par force,
Quel est ce spectacle nouveau ,
Parmi ces Beautez , quel divorce?
Admire un peu, mon cher Tircis
L'enjoûment de ce badinage!
Aumilieu de la Troupe affis,
Admireun peu, mon cher Tircis;
Aux Graces, les Jeux & lesRis
*
Jettent de l'eau par le viſage :
Admire un peu, mon cher Tircís,
L'Enjoûment de ce badinage!
Califto, Nymphe de Diane, reconnuëgroße
dans unbain,
CY La
1768 MERCURE DE FRANCE.
La nuit afort grande raiſon ,
Denepointmontrer fes étoiles;
Foible pour la comparaiſon
La nuit a beaucoup de raiſon ;
Elle étend fur notre horiſon
Toute l'épaiffeur de ſes voiles ,
Lanuit abeaucoup de raiſon,
De nepoint montrer les étoilles.
T. Lebeſoin de nous retirer
Nous rappelle dans nos Cabanes's
Acteon doit nous inſpirer
Lebefoin de nous retirer.
Evitons de nous attirer
La colere de nos Dianes:
Le befoin de nous retirer
Nous rappelle dans nos Cabanes.
D. Août, pour temperer ta chaleur,
Oùpeu s'en faut que l'on ne fonde>
Nous accourions, hauts en couleur ,
Août, pour temperer ta chaleur ;
Nous avons trouvé par malheur ,
Desflammes dans lefeinde l'Onde;
Août,
A OUT 1727. 1769
Août, pour temperer ta chaleur,
Où peu s'en faut que l'on ne fonde.
LE BAIN.
Daphnis.
1
Tircis.
D. Veut-on renouveller ce jeu,
Quimit dujour le Char en cendres?
Août violent , fous ton aveu,
Veut-onrenouveller ce jeu?
Tunousfaits vivre dans le feu,
Nous prens-tu pour des Salamandes?
Veut-on renouveller cejeu ,
Qui mit du jourle Char en cendres?
T. Vous vous en ſeriezbien paſſez,
Bergers de la paifible Sône,
D'Aftres nouveaux auCiel placez ,
Vousvousenferiez bien paffez.
Point nevous auroit fricaffez,
Le Chien enragé d'Erigone ;
Vous vous enferiez bien paffez,
Bergers de la paifible Sône.
D.
AOUT. 1727 1769
D. Courons,Tircis , courons aubain
Pourynoyer la Canicule;
Conte d'enfans, qu'ilſoit mal fain ,
Courons, Tircis, courons au bain.
Quandona leremedeen main,
Il faut en ufer fans fcrupule;
Courons, Tircis, courons aubain,
Poury noyer la Canicule.
T. O ciel!nous fommesprévenus !
N'apperçois-tu pas nos Bergeres?
Outoute la Cour deVenus ?
O ciel ! nousfommes prévenus!
Que de charmans corps demi-nuds ,
Font honte aux Ondes les plus claires↓
O ciel! nous fommes prévenus!
N'apperçois-tu pas nos Bergeres ?
Voi les cheveux noirs de Philis ,
Qui s'échappentſousſa coëffure;
L'eau ne les a point ramollis,
Voi les cheveux noirs de Philis;
Sur uncolplus blanc que les Lis,
Contrafte leur brune frifure:
Ciiij Voy
1766 MERCURE DE FRANCE
Voilescheveux noirs dePhilis,
Qui s'échappent fous fa coëffure.
D. Qui pourroit ne pas fuccomber
Aux traits du fein naiffant d'Iole ?
Si ce mouchoir pouvoit tomber !
Qui pourroit ne pasfuccomber?
Mais quoi? Pour nous ledérober,
Le jaloux contr'elle fe cole!
Qui pourroit ne pasfuccomber
Aux traits du fein naiffant d'Iole ?
La minaudiere Mégiſto
Fait-elle pas mourir de rire?
C'eft la Chouette du Hameau ;
La minaudiere Mégiſto ;`
Elle trempe fes pieds dans l'eau,
La trouvefroide & feretire,
La minaudiere Mégiſto ,
Fait-elle pas mourir de rire?
T. D'où vient qu'Aminthe eft à l'écart
Gardant les habits d'un air triſte ,
L'efprit diftrait & l'oeil hagard,
D'où
A OUT. 17277 1767
D'où vient qu'Aminthe eſt à l'écart ?
N'auroit-elle point pris de part
Al'avanture de Califte? *
D'où vient qu'Aminthe eft à l'écart,
Gardant les habits d'un air triſte ?
D. Quel eft cefpectacle nouveau?
Parmi ces Beautez , quel divorce?
Quels cris aubout de cebateau?
Quel eft ce fpectacle nouveau?
C'eſt la jeune Eglé qui craint l'eau,
Et qu'Iris fait plonger par force,
Quel est ce spectacle nouveau ,
Parmi ces Beautez , quel divorce?
Admire un peu, mon cher Tircis
L'enjoûment de ce badinage!
Aumilieu de la Troupe affis,
Admireun peu, mon cher Tircis;
Aux Graces, les Jeux & lesRis
*
Jettent de l'eau par le viſage :
Admire un peu, mon cher Tircís,
L'Enjoûment de ce badinage!
Califto, Nymphe de Diane, reconnuëgroße
dans unbain,
CY La
1768 MERCURE DE FRANCE.
La nuit afort grande raiſon ,
Denepointmontrer fes étoiles;
Foible pour la comparaiſon
La nuit a beaucoup de raiſon ;
Elle étend fur notre horiſon
Toute l'épaiffeur de ſes voiles ,
Lanuit abeaucoup de raiſon,
De nepoint montrer les étoilles.
T. Lebeſoin de nous retirer
Nous rappelle dans nos Cabanes's
Acteon doit nous inſpirer
Lebefoin de nous retirer.
Evitons de nous attirer
La colere de nos Dianes:
Le befoin de nous retirer
Nous rappelle dans nos Cabanes.
D. Août, pour temperer ta chaleur,
Oùpeu s'en faut que l'on ne fonde>
Nous accourions, hauts en couleur ,
Août, pour temperer ta chaleur ;
Nous avons trouvé par malheur ,
Desflammes dans lefeinde l'Onde;
Août,
A OUT 1727. 1769
Août, pour temperer ta chaleur,
Où peu s'en faut que l'on ne fonde.
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1991
p. 2015
A MADAME LA BARONNE D'IGÉ. MADRIGAL, Fait ensuite d'une maladie.
Début :
Les services que je vous rends, [...]
Mots clefs :
Convalescence, Baronne d'Igé, Malade, Triolets
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texteReconnaissance textuelle : A MADAME LA BARONNE D'IGÉ. MADRIGAL, Fait ensuite d'une maladie.
A MADAME LA BARONNE D'IGE' ,
MADRIGAL,
Fait ensuite d'une maladie.
L
Es ſervices que je vous rends ,
Sont d'une affez grande importance
Quand nous ne ferions point parens ,
Pour vous intereſſer à ma convalefcence :
Il ſemble que mes maux vous foient indiffe
rens ,
Et c'eſt ce que m'annonce un rigoureux filence.
Cependant , belle Igé , quand je ne ſerai plus ,
A faute d'une douce oeillade ,
Qui pourroit du trèpas préſerver un Malade ,
Vous connoîtrez les biens que vous aurez
perdus .
Onpeut vous donner ſerenade,
Ou vous écrire des Poulets ,
On peut, s'il vous en prend envie,
Devant vons danſer des Balets ;
Mais , quand j'aurai perdu la vie ,
Qui vous fera des Triolets ?
MADRIGAL,
Fait ensuite d'une maladie.
L
Es ſervices que je vous rends ,
Sont d'une affez grande importance
Quand nous ne ferions point parens ,
Pour vous intereſſer à ma convalefcence :
Il ſemble que mes maux vous foient indiffe
rens ,
Et c'eſt ce que m'annonce un rigoureux filence.
Cependant , belle Igé , quand je ne ſerai plus ,
A faute d'une douce oeillade ,
Qui pourroit du trèpas préſerver un Malade ,
Vous connoîtrez les biens que vous aurez
perdus .
Onpeut vous donner ſerenade,
Ou vous écrire des Poulets ,
On peut, s'il vous en prend envie,
Devant vons danſer des Balets ;
Mais , quand j'aurai perdu la vie ,
Qui vous fera des Triolets ?
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Résumé : A MADAME LA BARONNE D'IGÉ. MADRIGAL, Fait ensuite d'une maladie.
Le texte est un madrigal adressé à la Baronne d'Igé. L'auteur y exprime ses services et déplore son indifférence face à sa maladie. Il prévient qu'elle regrettera son silence après sa mort, car personne ne pourra lui offrir les mêmes attentions. Il souligne l'unicité de ses triolets, qu'elle ne pourra plus recevoir après sa disparition.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1992
p. 2016-2022
LE VENDANGEUR. TRIOLETS POUR LE MOIS DE SEPTEMBRE, DIALOGUE. Cupidon, Chasseur. Septembre, Vendangeur.
Début :
Cupidon. Te voilà plaisamment bâti, [...]
Mots clefs :
Cupidon, Septembre, Vendangeur, Vin, Beau, Gibier, Lieux, Amour, Emploi, Mets
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texteReconnaissance textuelle : LE VENDANGEUR. TRIOLETS POUR LE MOIS DE SEPTEMBRE, DIALOGUE. Cupidon, Chasseur. Septembre, Vendangeur.
LE VENDANGEUR.
TRIOLETS POUR LE MOIS DE SEPTEMBRE,
DIALOGUE.
Cupidon, Chaffeur. Septembre , Vendangeur,
Cupidon.
Te voilà plaiſamment bati ,
Fils aîné de la riche Automne !
Avec ton Sur- tout de Couti ,
Te voilà plaiſamment bâti !
Vas-tu , d'Arlequin Apprenti ,
Joüer quelque Scene bouffonne ?
Te voilà plaiſamment bati ,
Fils aîné de la riche Autonne !
Septen bre.
L'emploi que j'exerce eſt plus beau ,
Que le tien , de chaſſer aux Cailles ,
De coucher en joüe un Perdreau ;
L'emploi que j'exerce eſt plus beau :
Je vais preſſer du Vin nouveau ,
Pour remplir mes vieilles futailles :
✓ L'Emploi que j'exerce eft plus beau
Que le tien , de Chaffer aux Cailles.
Cupidon
SEPTEMBRE. 1727. 2017
Cupidon
Ami, c'eſt un mets excellent ,
Qu'un Gibier dodu , jeune &tendre ,
Bien en ſaiſon , bien fucculent ,
Ami , c'eſt un mets excellent ;
Sur tout , s'il eſt pris en, volant ,
Après quelque peine à le prendre :
Ami , c'eſt un mets excellent ,
Qu'un Gibier dodu , jeune &tendre.
Septembre.
い
Ton Gibier vient à mes Appeaux ,
Lorſque tu commences , j'acheve ;
Sans rôder par monts & par vaux ,
Ton Gibier vient à mes Appeaux ,
Et tel entame les Gâteaux ,
Qui ſouvent n'en a pas la féve:
Ton Gibier vient à mes Appeaux ,
Lorſque tu commences ,j'acheve
י
Cupidon.
1
Ol qu'il nous donne de plaiſirs !
Un jeune objet quand il s'engage ,
Qu'il nous rend foupirs pour soupirs ,
O! qu'il nous donne de plaifirs
Dvj Portant
2018 MERCURE DE FRANCE,
Portant pour cacher ſes defirs ,
Belle main, fur- plus beau visage cit
O ! qu'il nous donne de plaiſirs ,
Un jeune objet, quand il s'engage.
e
Septembre.
122
Paroli , mon cher Cupidon ,
L
A tes ſoupirs & tes oeillades,
Quand ma bonne & groffe Dondon ,
Paroli , mon cher Cupidon.
Dans l'attente d'un autre don,
Me rend razades pour razades
Faroli , mon cher Cupidon ,
A tes foupirs & tes oeillades.
1
Cupidon.
Si ton ufage étoit conftant
J'aurois du vin l'ame charmée ;
J'ain ercis, à boire d'autant ,
Si ton uſage étoit conftant ;
Mais ton vin vieux eſt ſans montant
Et ton nouveau peche en fumée :
Si ton iſage étoit conſtant,
J'aurois du vin l'ame charmée.
10
T
(
1
SepSEPTEMBRE.
1727. 2019
Septembre.
Satisfais-moi ſur ces deux points ,
Qui tiennent mon choix en balance ,
A tes enſeignes je me joins;
Satisfais-moi fur ces deux points :
Nouvelle amour veut trop de foins
Vieille amour a trop d'indolence : .
Satisfais-moi ſur ces deux points ,
Qui tiennent mon choix en Balance.
Cupidon.
Groffier , il te feroit beau voir ,
Barbouillé d'écume & de lie,
Poiffé de Raifin blanc & noir ,
Groffier , il te feroit beau voir
Te mettre en amoureux devoir ,
Près d'une Bacchante jolie ;
Groffier, il te feroit beau voir ,
Barbouillé d'écume & de lie !
Septembre.
Sans ma Liqueur , dans un Feſtin ,
Onne connoît point l'allégreffe ;
Tes douceurs font du Chicotin ,
1
Sans
2020 MERCURE DE FRANCE:
Sans ma Liqueur dans un Feſtin :
L'Amour n'y tient point lieu de vin
Le vin y tient lieu de tendreſſe :
Sans ma liqueur , dans un Feſtin ,
Onne connoît point l'allegreſſe.
Cupidon.
Le Palais de Perſépolis , ( a )
Par toi fume encor ſous fa cendre;
C'eſt l'un de tes exploits jolis ,
Le Palais de Perſépolis ;
Nous devons ſes murs démolis ,
Aux fureurs du vin d'Alexandre :
Le Palais de Perſépolis ,
Par toi fume encor ſous ſa cendre.
Septembre.
De votre modération ,
Parle en tous lieux la voix publique
Fable , Hiſtoire, font mention
De votre modération ;
Et l'embraſement d'Ilion , ( 6 )
En eft foul la preuve autentique
(a) Brulé dans une débauche d'Alexandre.
(b) Troye ruinée au sujet des amours de
Paris pour Helene.
De
SEPTEMBRE. 1727. 2023
De votre moderation ,
Parle en tous lieux la voix publique.
Cupidon.
Tu m'as payé. Juſqu'à revoir :
Tous deux nous voilà quitte-à-quitte,
Si ſur ton toît j'ai fait pleuvoir ,
Tu m'as payé. Juſqu'à revoir.
O ! que vous avez le cul noir ,
Diſoit la Poële à la Marmite!
Tum'as payé. Juſqu'à revoir ;
Tous deux nous voilà quitte- à- quitte.
Septembre.
Tous deux nous avons nos accès ,
Temperez de quelque intervale 3
Ne nous faiſons point de procès ,
Tous deux nous avons nos accès :
L'Amour & le vin fans excès ,
C'eft la Pierre Philoſophale :
Tous deux nous avons nos accès,
Temperez de quelque intervale.
Cupidon.
Je cherche des lieux découverts ,
Où je puiſſe approcher ma chaffe ,
Fu
2022 MERCURE DE FRANCE.
L
Fût-ce dans le fond des Deſerts ,
Je cherche des lieux découverts :
Dans ces grands Paniers je me perds , *
Comme un Perdreau ſous la Tiraffe :
Je cherche des lieux découverts ,
Où je puiſſe approcher ma Chaffe.
Septembre.
Moi , je rejoins ma chere Eglé ,
Qui n'a ni Panier ni Fontange ,
Mais le corps droit , l'eſprit reglé ;
Moi , je rejoins ma chere Eglé ,
Dontde pied blanc & potelé ,
Foule mon coeur & ma Ven lange :
Moi , je rejoins ma chere Eglé ,
Qui n'a ni Panier ni Fontange.
* Mode trop connuë , & trop long- temps.
DE SENECE'.
TRIOLETS POUR LE MOIS DE SEPTEMBRE,
DIALOGUE.
Cupidon, Chaffeur. Septembre , Vendangeur,
Cupidon.
Te voilà plaiſamment bati ,
Fils aîné de la riche Automne !
Avec ton Sur- tout de Couti ,
Te voilà plaiſamment bâti !
Vas-tu , d'Arlequin Apprenti ,
Joüer quelque Scene bouffonne ?
Te voilà plaiſamment bati ,
Fils aîné de la riche Autonne !
Septen bre.
L'emploi que j'exerce eſt plus beau ,
Que le tien , de chaſſer aux Cailles ,
De coucher en joüe un Perdreau ;
L'emploi que j'exerce eſt plus beau :
Je vais preſſer du Vin nouveau ,
Pour remplir mes vieilles futailles :
✓ L'Emploi que j'exerce eft plus beau
Que le tien , de Chaffer aux Cailles.
Cupidon
SEPTEMBRE. 1727. 2017
Cupidon
Ami, c'eſt un mets excellent ,
Qu'un Gibier dodu , jeune &tendre ,
Bien en ſaiſon , bien fucculent ,
Ami , c'eſt un mets excellent ;
Sur tout , s'il eſt pris en, volant ,
Après quelque peine à le prendre :
Ami , c'eſt un mets excellent ,
Qu'un Gibier dodu , jeune &tendre.
Septembre.
い
Ton Gibier vient à mes Appeaux ,
Lorſque tu commences , j'acheve ;
Sans rôder par monts & par vaux ,
Ton Gibier vient à mes Appeaux ,
Et tel entame les Gâteaux ,
Qui ſouvent n'en a pas la féve:
Ton Gibier vient à mes Appeaux ,
Lorſque tu commences ,j'acheve
י
Cupidon.
1
Ol qu'il nous donne de plaiſirs !
Un jeune objet quand il s'engage ,
Qu'il nous rend foupirs pour soupirs ,
O! qu'il nous donne de plaifirs
Dvj Portant
2018 MERCURE DE FRANCE,
Portant pour cacher ſes defirs ,
Belle main, fur- plus beau visage cit
O ! qu'il nous donne de plaiſirs ,
Un jeune objet, quand il s'engage.
e
Septembre.
122
Paroli , mon cher Cupidon ,
L
A tes ſoupirs & tes oeillades,
Quand ma bonne & groffe Dondon ,
Paroli , mon cher Cupidon.
Dans l'attente d'un autre don,
Me rend razades pour razades
Faroli , mon cher Cupidon ,
A tes foupirs & tes oeillades.
1
Cupidon.
Si ton ufage étoit conftant
J'aurois du vin l'ame charmée ;
J'ain ercis, à boire d'autant ,
Si ton uſage étoit conftant ;
Mais ton vin vieux eſt ſans montant
Et ton nouveau peche en fumée :
Si ton iſage étoit conſtant,
J'aurois du vin l'ame charmée.
10
T
(
1
SepSEPTEMBRE.
1727. 2019
Septembre.
Satisfais-moi ſur ces deux points ,
Qui tiennent mon choix en balance ,
A tes enſeignes je me joins;
Satisfais-moi fur ces deux points :
Nouvelle amour veut trop de foins
Vieille amour a trop d'indolence : .
Satisfais-moi ſur ces deux points ,
Qui tiennent mon choix en Balance.
Cupidon.
Groffier , il te feroit beau voir ,
Barbouillé d'écume & de lie,
Poiffé de Raifin blanc & noir ,
Groffier , il te feroit beau voir
Te mettre en amoureux devoir ,
Près d'une Bacchante jolie ;
Groffier, il te feroit beau voir ,
Barbouillé d'écume & de lie !
Septembre.
Sans ma Liqueur , dans un Feſtin ,
Onne connoît point l'allégreffe ;
Tes douceurs font du Chicotin ,
1
Sans
2020 MERCURE DE FRANCE:
Sans ma Liqueur dans un Feſtin :
L'Amour n'y tient point lieu de vin
Le vin y tient lieu de tendreſſe :
Sans ma liqueur , dans un Feſtin ,
Onne connoît point l'allegreſſe.
Cupidon.
Le Palais de Perſépolis , ( a )
Par toi fume encor ſous fa cendre;
C'eſt l'un de tes exploits jolis ,
Le Palais de Perſépolis ;
Nous devons ſes murs démolis ,
Aux fureurs du vin d'Alexandre :
Le Palais de Perſépolis ,
Par toi fume encor ſous ſa cendre.
Septembre.
De votre modération ,
Parle en tous lieux la voix publique
Fable , Hiſtoire, font mention
De votre modération ;
Et l'embraſement d'Ilion , ( 6 )
En eft foul la preuve autentique
(a) Brulé dans une débauche d'Alexandre.
(b) Troye ruinée au sujet des amours de
Paris pour Helene.
De
SEPTEMBRE. 1727. 2023
De votre moderation ,
Parle en tous lieux la voix publique.
Cupidon.
Tu m'as payé. Juſqu'à revoir :
Tous deux nous voilà quitte-à-quitte,
Si ſur ton toît j'ai fait pleuvoir ,
Tu m'as payé. Juſqu'à revoir.
O ! que vous avez le cul noir ,
Diſoit la Poële à la Marmite!
Tum'as payé. Juſqu'à revoir ;
Tous deux nous voilà quitte- à- quitte.
Septembre.
Tous deux nous avons nos accès ,
Temperez de quelque intervale 3
Ne nous faiſons point de procès ,
Tous deux nous avons nos accès :
L'Amour & le vin fans excès ,
C'eft la Pierre Philoſophale :
Tous deux nous avons nos accès,
Temperez de quelque intervale.
Cupidon.
Je cherche des lieux découverts ,
Où je puiſſe approcher ma chaffe ,
Fu
2022 MERCURE DE FRANCE.
L
Fût-ce dans le fond des Deſerts ,
Je cherche des lieux découverts :
Dans ces grands Paniers je me perds , *
Comme un Perdreau ſous la Tiraffe :
Je cherche des lieux découverts ,
Où je puiſſe approcher ma Chaffe.
Septembre.
Moi , je rejoins ma chere Eglé ,
Qui n'a ni Panier ni Fontange ,
Mais le corps droit , l'eſprit reglé ;
Moi , je rejoins ma chere Eglé ,
Dontde pied blanc & potelé ,
Foule mon coeur & ma Ven lange :
Moi , je rejoins ma chere Eglé ,
Qui n'a ni Panier ni Fontange.
* Mode trop connuë , & trop long- temps.
DE SENECE'.
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Résumé : LE VENDANGEUR. TRIOLETS POUR LE MOIS DE SEPTEMBRE, DIALOGUE. Cupidon, Chasseur. Septembre, Vendangeur.
Le texte présente un dialogue sous forme de triolets entre Cupidon, dieu de l'amour, et Septembre, le vendangeur. Chacun vante les mérites de ses activités respectives. Cupidon se félicite de la chasse au gibier et des plaisirs amoureux, soulignant que ces activités procurent des joies intenses. Septembre, quant à lui, met en avant la beauté de son métier de vendangeur et la production de vin nouveau, affirmant que sans vin, il n'y a pas de joie dans les festins. Il insiste également sur le fait que l'amour ne remplace pas le vin. Le dialogue révèle une interaction où Cupidon reconnaît que le gibier vient aux appâts de Septembre lorsque l'amour commence, mais il insiste sur les plaisirs que l'amour procure. Septembre, de son côté, affirme que sans vin, les festins perdent de leur joie et que l'amour ne peut pas remplacer le vin. Le dialogue se termine par une reconnaissance mutuelle de leurs accès respectifs, tempérés par des intervalles, et par la recherche de lieux appropriés pour leurs activités. Cupidon préfère les lieux découverts pour chasser, tandis que Septembre rejoint sa chère Églé, appréciant sa simplicité et sa régularité.
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1995
p. 2988
LOGOGRYPHE.
Début :
J'ay deux tiers en Espagne & l'autre en Italie ; [...]
Mots clefs :
Potage
1996
p. 102
PREMIERE ENIGME.
Début :
Je suis grand ou petit, & ma taille varie, [...]
Mots clefs :
Soulier
1997
p. 102-103
Deuxiéme Enigme.
Début :
Quoique soeurs, nous marchons en des rangs inégaux : [...]
Mots clefs :
Notes de musique
1998
p. 103
Troisiéme Enigme.
Début :
J'ai vû, j'en suis témoin croïable, [...]
Mots clefs :
Ramoneur
1999
p. 103-104
Quatriéme Enigme.
Début :
Nous sommes un peuple de freres, [...]
Mots clefs :
Livres
2000
p. 104-105
Cinquiéme Enigme.
Début :
Je garde un grand trésor. Pour qui ? je n'en sçais rien ; [...]
Mots clefs :
Pucelle