Résultats : 4 texte(s)
Détail
Liste
1
p. 2016-2022
LE VENDANGEUR. TRIOLETS POUR LE MOIS DE SEPTEMBRE, DIALOGUE. Cupidon, Chasseur. Septembre, Vendangeur.
Début :
Cupidon. Te voilà plaisamment bâti, [...]
Mots clefs :
Cupidon, Septembre, Vendangeur, Vin, Beau, Gibier, Lieux, Amour, Emploi, Mets
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE VENDANGEUR. TRIOLETS POUR LE MOIS DE SEPTEMBRE, DIALOGUE. Cupidon, Chasseur. Septembre, Vendangeur.
LE VENDANGEUR.
TRIOLETS POUR LE MOIS DE SEPTEMBRE,
DIALOGUE.
Cupidon, Chaffeur. Septembre , Vendangeur,
Cupidon.
Te voilà plaiſamment bati ,
Fils aîné de la riche Automne !
Avec ton Sur- tout de Couti ,
Te voilà plaiſamment bâti !
Vas-tu , d'Arlequin Apprenti ,
Joüer quelque Scene bouffonne ?
Te voilà plaiſamment bati ,
Fils aîné de la riche Autonne !
Septen bre.
L'emploi que j'exerce eſt plus beau ,
Que le tien , de chaſſer aux Cailles ,
De coucher en joüe un Perdreau ;
L'emploi que j'exerce eſt plus beau :
Je vais preſſer du Vin nouveau ,
Pour remplir mes vieilles futailles :
✓ L'Emploi que j'exerce eft plus beau
Que le tien , de Chaffer aux Cailles.
Cupidon
SEPTEMBRE. 1727. 2017
Cupidon
Ami, c'eſt un mets excellent ,
Qu'un Gibier dodu , jeune &tendre ,
Bien en ſaiſon , bien fucculent ,
Ami , c'eſt un mets excellent ;
Sur tout , s'il eſt pris en, volant ,
Après quelque peine à le prendre :
Ami , c'eſt un mets excellent ,
Qu'un Gibier dodu , jeune &tendre.
Septembre.
い
Ton Gibier vient à mes Appeaux ,
Lorſque tu commences , j'acheve ;
Sans rôder par monts & par vaux ,
Ton Gibier vient à mes Appeaux ,
Et tel entame les Gâteaux ,
Qui ſouvent n'en a pas la féve:
Ton Gibier vient à mes Appeaux ,
Lorſque tu commences ,j'acheve
י
Cupidon.
1
Ol qu'il nous donne de plaiſirs !
Un jeune objet quand il s'engage ,
Qu'il nous rend foupirs pour soupirs ,
O! qu'il nous donne de plaifirs
Dvj Portant
2018 MERCURE DE FRANCE,
Portant pour cacher ſes defirs ,
Belle main, fur- plus beau visage cit
O ! qu'il nous donne de plaiſirs ,
Un jeune objet, quand il s'engage.
e
Septembre.
122
Paroli , mon cher Cupidon ,
L
A tes ſoupirs & tes oeillades,
Quand ma bonne & groffe Dondon ,
Paroli , mon cher Cupidon.
Dans l'attente d'un autre don,
Me rend razades pour razades
Faroli , mon cher Cupidon ,
A tes foupirs & tes oeillades.
1
Cupidon.
Si ton ufage étoit conftant
J'aurois du vin l'ame charmée ;
J'ain ercis, à boire d'autant ,
Si ton uſage étoit conftant ;
Mais ton vin vieux eſt ſans montant
Et ton nouveau peche en fumée :
Si ton iſage étoit conſtant,
J'aurois du vin l'ame charmée.
10
T
(
1
SepSEPTEMBRE.
1727. 2019
Septembre.
Satisfais-moi ſur ces deux points ,
Qui tiennent mon choix en balance ,
A tes enſeignes je me joins;
Satisfais-moi fur ces deux points :
Nouvelle amour veut trop de foins
Vieille amour a trop d'indolence : .
Satisfais-moi ſur ces deux points ,
Qui tiennent mon choix en Balance.
Cupidon.
Groffier , il te feroit beau voir ,
Barbouillé d'écume & de lie,
Poiffé de Raifin blanc & noir ,
Groffier , il te feroit beau voir
Te mettre en amoureux devoir ,
Près d'une Bacchante jolie ;
Groffier, il te feroit beau voir ,
Barbouillé d'écume & de lie !
Septembre.
Sans ma Liqueur , dans un Feſtin ,
Onne connoît point l'allégreffe ;
Tes douceurs font du Chicotin ,
1
Sans
2020 MERCURE DE FRANCE:
Sans ma Liqueur dans un Feſtin :
L'Amour n'y tient point lieu de vin
Le vin y tient lieu de tendreſſe :
Sans ma liqueur , dans un Feſtin ,
Onne connoît point l'allegreſſe.
Cupidon.
Le Palais de Perſépolis , ( a )
Par toi fume encor ſous fa cendre;
C'eſt l'un de tes exploits jolis ,
Le Palais de Perſépolis ;
Nous devons ſes murs démolis ,
Aux fureurs du vin d'Alexandre :
Le Palais de Perſépolis ,
Par toi fume encor ſous ſa cendre.
Septembre.
De votre modération ,
Parle en tous lieux la voix publique
Fable , Hiſtoire, font mention
De votre modération ;
Et l'embraſement d'Ilion , ( 6 )
En eft foul la preuve autentique
(a) Brulé dans une débauche d'Alexandre.
(b) Troye ruinée au sujet des amours de
Paris pour Helene.
De
SEPTEMBRE. 1727. 2023
De votre moderation ,
Parle en tous lieux la voix publique.
Cupidon.
Tu m'as payé. Juſqu'à revoir :
Tous deux nous voilà quitte-à-quitte,
Si ſur ton toît j'ai fait pleuvoir ,
Tu m'as payé. Juſqu'à revoir.
O ! que vous avez le cul noir ,
Diſoit la Poële à la Marmite!
Tum'as payé. Juſqu'à revoir ;
Tous deux nous voilà quitte- à- quitte.
Septembre.
Tous deux nous avons nos accès ,
Temperez de quelque intervale 3
Ne nous faiſons point de procès ,
Tous deux nous avons nos accès :
L'Amour & le vin fans excès ,
C'eft la Pierre Philoſophale :
Tous deux nous avons nos accès,
Temperez de quelque intervale.
Cupidon.
Je cherche des lieux découverts ,
Où je puiſſe approcher ma chaffe ,
Fu
2022 MERCURE DE FRANCE.
L
Fût-ce dans le fond des Deſerts ,
Je cherche des lieux découverts :
Dans ces grands Paniers je me perds , *
Comme un Perdreau ſous la Tiraffe :
Je cherche des lieux découverts ,
Où je puiſſe approcher ma Chaffe.
Septembre.
Moi , je rejoins ma chere Eglé ,
Qui n'a ni Panier ni Fontange ,
Mais le corps droit , l'eſprit reglé ;
Moi , je rejoins ma chere Eglé ,
Dontde pied blanc & potelé ,
Foule mon coeur & ma Ven lange :
Moi , je rejoins ma chere Eglé ,
Qui n'a ni Panier ni Fontange.
* Mode trop connuë , & trop long- temps.
DE SENECE'.
TRIOLETS POUR LE MOIS DE SEPTEMBRE,
DIALOGUE.
Cupidon, Chaffeur. Septembre , Vendangeur,
Cupidon.
Te voilà plaiſamment bati ,
Fils aîné de la riche Automne !
Avec ton Sur- tout de Couti ,
Te voilà plaiſamment bâti !
Vas-tu , d'Arlequin Apprenti ,
Joüer quelque Scene bouffonne ?
Te voilà plaiſamment bati ,
Fils aîné de la riche Autonne !
Septen bre.
L'emploi que j'exerce eſt plus beau ,
Que le tien , de chaſſer aux Cailles ,
De coucher en joüe un Perdreau ;
L'emploi que j'exerce eſt plus beau :
Je vais preſſer du Vin nouveau ,
Pour remplir mes vieilles futailles :
✓ L'Emploi que j'exerce eft plus beau
Que le tien , de Chaffer aux Cailles.
Cupidon
SEPTEMBRE. 1727. 2017
Cupidon
Ami, c'eſt un mets excellent ,
Qu'un Gibier dodu , jeune &tendre ,
Bien en ſaiſon , bien fucculent ,
Ami , c'eſt un mets excellent ;
Sur tout , s'il eſt pris en, volant ,
Après quelque peine à le prendre :
Ami , c'eſt un mets excellent ,
Qu'un Gibier dodu , jeune &tendre.
Septembre.
い
Ton Gibier vient à mes Appeaux ,
Lorſque tu commences , j'acheve ;
Sans rôder par monts & par vaux ,
Ton Gibier vient à mes Appeaux ,
Et tel entame les Gâteaux ,
Qui ſouvent n'en a pas la féve:
Ton Gibier vient à mes Appeaux ,
Lorſque tu commences ,j'acheve
י
Cupidon.
1
Ol qu'il nous donne de plaiſirs !
Un jeune objet quand il s'engage ,
Qu'il nous rend foupirs pour soupirs ,
O! qu'il nous donne de plaifirs
Dvj Portant
2018 MERCURE DE FRANCE,
Portant pour cacher ſes defirs ,
Belle main, fur- plus beau visage cit
O ! qu'il nous donne de plaiſirs ,
Un jeune objet, quand il s'engage.
e
Septembre.
122
Paroli , mon cher Cupidon ,
L
A tes ſoupirs & tes oeillades,
Quand ma bonne & groffe Dondon ,
Paroli , mon cher Cupidon.
Dans l'attente d'un autre don,
Me rend razades pour razades
Faroli , mon cher Cupidon ,
A tes foupirs & tes oeillades.
1
Cupidon.
Si ton ufage étoit conftant
J'aurois du vin l'ame charmée ;
J'ain ercis, à boire d'autant ,
Si ton uſage étoit conftant ;
Mais ton vin vieux eſt ſans montant
Et ton nouveau peche en fumée :
Si ton iſage étoit conſtant,
J'aurois du vin l'ame charmée.
10
T
(
1
SepSEPTEMBRE.
1727. 2019
Septembre.
Satisfais-moi ſur ces deux points ,
Qui tiennent mon choix en balance ,
A tes enſeignes je me joins;
Satisfais-moi fur ces deux points :
Nouvelle amour veut trop de foins
Vieille amour a trop d'indolence : .
Satisfais-moi ſur ces deux points ,
Qui tiennent mon choix en Balance.
Cupidon.
Groffier , il te feroit beau voir ,
Barbouillé d'écume & de lie,
Poiffé de Raifin blanc & noir ,
Groffier , il te feroit beau voir
Te mettre en amoureux devoir ,
Près d'une Bacchante jolie ;
Groffier, il te feroit beau voir ,
Barbouillé d'écume & de lie !
Septembre.
Sans ma Liqueur , dans un Feſtin ,
Onne connoît point l'allégreffe ;
Tes douceurs font du Chicotin ,
1
Sans
2020 MERCURE DE FRANCE:
Sans ma Liqueur dans un Feſtin :
L'Amour n'y tient point lieu de vin
Le vin y tient lieu de tendreſſe :
Sans ma liqueur , dans un Feſtin ,
Onne connoît point l'allegreſſe.
Cupidon.
Le Palais de Perſépolis , ( a )
Par toi fume encor ſous fa cendre;
C'eſt l'un de tes exploits jolis ,
Le Palais de Perſépolis ;
Nous devons ſes murs démolis ,
Aux fureurs du vin d'Alexandre :
Le Palais de Perſépolis ,
Par toi fume encor ſous ſa cendre.
Septembre.
De votre modération ,
Parle en tous lieux la voix publique
Fable , Hiſtoire, font mention
De votre modération ;
Et l'embraſement d'Ilion , ( 6 )
En eft foul la preuve autentique
(a) Brulé dans une débauche d'Alexandre.
(b) Troye ruinée au sujet des amours de
Paris pour Helene.
De
SEPTEMBRE. 1727. 2023
De votre moderation ,
Parle en tous lieux la voix publique.
Cupidon.
Tu m'as payé. Juſqu'à revoir :
Tous deux nous voilà quitte-à-quitte,
Si ſur ton toît j'ai fait pleuvoir ,
Tu m'as payé. Juſqu'à revoir.
O ! que vous avez le cul noir ,
Diſoit la Poële à la Marmite!
Tum'as payé. Juſqu'à revoir ;
Tous deux nous voilà quitte- à- quitte.
Septembre.
Tous deux nous avons nos accès ,
Temperez de quelque intervale 3
Ne nous faiſons point de procès ,
Tous deux nous avons nos accès :
L'Amour & le vin fans excès ,
C'eft la Pierre Philoſophale :
Tous deux nous avons nos accès,
Temperez de quelque intervale.
Cupidon.
Je cherche des lieux découverts ,
Où je puiſſe approcher ma chaffe ,
Fu
2022 MERCURE DE FRANCE.
L
Fût-ce dans le fond des Deſerts ,
Je cherche des lieux découverts :
Dans ces grands Paniers je me perds , *
Comme un Perdreau ſous la Tiraffe :
Je cherche des lieux découverts ,
Où je puiſſe approcher ma Chaffe.
Septembre.
Moi , je rejoins ma chere Eglé ,
Qui n'a ni Panier ni Fontange ,
Mais le corps droit , l'eſprit reglé ;
Moi , je rejoins ma chere Eglé ,
Dontde pied blanc & potelé ,
Foule mon coeur & ma Ven lange :
Moi , je rejoins ma chere Eglé ,
Qui n'a ni Panier ni Fontange.
* Mode trop connuë , & trop long- temps.
DE SENECE'.
Fermer
Résumé : LE VENDANGEUR. TRIOLETS POUR LE MOIS DE SEPTEMBRE, DIALOGUE. Cupidon, Chasseur. Septembre, Vendangeur.
Le texte présente un dialogue sous forme de triolets entre Cupidon, dieu de l'amour, et Septembre, le vendangeur. Chacun vante les mérites de ses activités respectives. Cupidon se félicite de la chasse au gibier et des plaisirs amoureux, soulignant que ces activités procurent des joies intenses. Septembre, quant à lui, met en avant la beauté de son métier de vendangeur et la production de vin nouveau, affirmant que sans vin, il n'y a pas de joie dans les festins. Il insiste également sur le fait que l'amour ne remplace pas le vin. Le dialogue révèle une interaction où Cupidon reconnaît que le gibier vient aux appâts de Septembre lorsque l'amour commence, mais il insiste sur les plaisirs que l'amour procure. Septembre, de son côté, affirme que sans vin, les festins perdent de leur joie et que l'amour ne peut pas remplacer le vin. Le dialogue se termine par une reconnaissance mutuelle de leurs accès respectifs, tempérés par des intervalles, et par la recherche de lieux appropriés pour leurs activités. Cupidon préfère les lieux découverts pour chasser, tandis que Septembre rejoint sa chère Églé, appréciant sa simplicité et sa régularité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 17-21
LA SAINTE ANDRÉ. ODE A M. Desbois, Grand-Bailly du Masconnois.
Début :
Vous voici de retour, solemnité sacrée, [...]
Mots clefs :
Saint André, Vainqueur, André Demeaux, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA SAINTE ANDRÉ. ODE A M. Desbois, Grand-Bailly du Masconnois.
LA SAINT
Y
ANDRE
ODE
A M. Desbois , Grand- Bailly
du Masconnois.
Ous voici de retour , solemnité sacrée a
yous qui renaissez tous les ans ,
Où la mémoire révérée.
Du vainqueur de Patras * , triomphera dės tems
* Patras Ville. Achaïe, où Saint Andréfuse
martyrisé Bv Jour
18 MERCURE DE FRANCE:
Jour heureux , où les destinées
Offroient à nos désirs les momens les plus doux
Vous revenez , hélas ! et mes jeunes années
Ne reviennent point avec vous ?
33
La Fête étoit fondée , et la magnificenceD'André Demeaux , votre Filleul ,
Grand Saint , se fut fait conscience
Dans ce jour solemnel , d'avoir mangé tout seula ,
Alors une terrible guerre
Dépeuploit le païs de Perdrix , de Poulets ,
Le Vin Rosé de Nuits , et le Gris de Tonnere.
N'étoient que le Vin des Valets..
C'étoit en ce moment, où de flots de Razade
Le plancher étoit inondé ,
Dont le plus fin des camarades
Avoient subtilement le danger éludé ,
Une telle supercherie
Dont je m'accuse icy , me venoit à propos ;
Moins de valeur Bachique , et plus de tricherie ,
C'est ainsi qu'on fait de vieux os.
Toujours du fond des pots , la fine raillerie ,
Sur les Verres alloit fotant ;
Sur Célimene, et sur Sylvie ,
Les
JANVIER, 1732. 19
Les Convives joyeux tiroient à bout portant s
Toutefois dans leur hardiesse ,
Les plus déterminez sçavoient se moderer ,
Leurs mots les plus tranchans n'emportoient
point la pièce ,
On ne faisoit que s'effleurer.
Qu'êtes- vous devenus , Beuveurs infatigables
Demeaux , Ruffé , Sarron , Gondras ,
Terreur des Celliers et des Tables ,
Et tant d'autres Acteurs que je ne nomme pas- 2
Hélas ! la Parque impétueuse ,
Atrop précipité votre fatal instant ,
Et vous a refusé la santé précieuse
A qui vous buviez tant et tantsVous que par excellence on nommoit vieille
Barbe ,
Et dont sur le Bacchique Mont
On cut pû faire une légende
Comme ont fit autrefois des Bandes de Piémont
De tant de graces assorties
Notre avenir ingrat ne dirà pas un mot ,
Sivotre nom ne refte écrit sur les parties
Du fameux Traiteur Rayetot
Bvi Pours
20 MERCURE DE FRANCE
Pour moi , simple Soldat de votre compagnie
Je voudrois par tout l'Univers
Porter votre gloire infinie
Si le monde poly faisoit cas de mes. Vers.
Mais , que mes desseins réussissent
Malheureux que je suis pourrois-je me flater
ne puis aller loin , car mes jambes mollissent ,
Et ne veulent plus me porter.
Sur l'exemple fameux de notre Chefde Bande,
Nous nous régalions tour à tour ,
Et payant la joyeuse offrande
De la plus sombre nuit nous faisions un beau
jour.
Ainsi , tout le long de l'année,
Par un enchantement que nous prenions en gré
Nous nous renouvellions, et de chaque journée
Nous faisions une saint André,
vous , Sage des Bois , qui dans notre assem
blée
Daigniés vous trouver quelquefois.
Sans que confuse ni troublée
Jamais votre raison s'écartât de ses Loix,
Avouez que dans mes saillies
Vous trouviez les bons mots bien souvent desait son
Et
1
JANVIER. 1732.
qu'il vient dans un temps de certaines folies
Qui valent mieux que la raison.
Si de quelques regrets ce temps passé vous:tomche
Convenez- en de bonne foy
Et malgré la vertu farouche
Donnes quelques momens pour le plaindre avec
moy,
Ces momens si dignes d'envie -
Pour les revoir si gais , et si bien policez ,
Je donnerois , Bailly , cinquante ans de ma vie
Du moins s'entend des ans passez..
DE SENEC
Y
ANDRE
ODE
A M. Desbois , Grand- Bailly
du Masconnois.
Ous voici de retour , solemnité sacrée a
yous qui renaissez tous les ans ,
Où la mémoire révérée.
Du vainqueur de Patras * , triomphera dės tems
* Patras Ville. Achaïe, où Saint Andréfuse
martyrisé Bv Jour
18 MERCURE DE FRANCE:
Jour heureux , où les destinées
Offroient à nos désirs les momens les plus doux
Vous revenez , hélas ! et mes jeunes années
Ne reviennent point avec vous ?
33
La Fête étoit fondée , et la magnificenceD'André Demeaux , votre Filleul ,
Grand Saint , se fut fait conscience
Dans ce jour solemnel , d'avoir mangé tout seula ,
Alors une terrible guerre
Dépeuploit le païs de Perdrix , de Poulets ,
Le Vin Rosé de Nuits , et le Gris de Tonnere.
N'étoient que le Vin des Valets..
C'étoit en ce moment, où de flots de Razade
Le plancher étoit inondé ,
Dont le plus fin des camarades
Avoient subtilement le danger éludé ,
Une telle supercherie
Dont je m'accuse icy , me venoit à propos ;
Moins de valeur Bachique , et plus de tricherie ,
C'est ainsi qu'on fait de vieux os.
Toujours du fond des pots , la fine raillerie ,
Sur les Verres alloit fotant ;
Sur Célimene, et sur Sylvie ,
Les
JANVIER, 1732. 19
Les Convives joyeux tiroient à bout portant s
Toutefois dans leur hardiesse ,
Les plus déterminez sçavoient se moderer ,
Leurs mots les plus tranchans n'emportoient
point la pièce ,
On ne faisoit que s'effleurer.
Qu'êtes- vous devenus , Beuveurs infatigables
Demeaux , Ruffé , Sarron , Gondras ,
Terreur des Celliers et des Tables ,
Et tant d'autres Acteurs que je ne nomme pas- 2
Hélas ! la Parque impétueuse ,
Atrop précipité votre fatal instant ,
Et vous a refusé la santé précieuse
A qui vous buviez tant et tantsVous que par excellence on nommoit vieille
Barbe ,
Et dont sur le Bacchique Mont
On cut pû faire une légende
Comme ont fit autrefois des Bandes de Piémont
De tant de graces assorties
Notre avenir ingrat ne dirà pas un mot ,
Sivotre nom ne refte écrit sur les parties
Du fameux Traiteur Rayetot
Bvi Pours
20 MERCURE DE FRANCE
Pour moi , simple Soldat de votre compagnie
Je voudrois par tout l'Univers
Porter votre gloire infinie
Si le monde poly faisoit cas de mes. Vers.
Mais , que mes desseins réussissent
Malheureux que je suis pourrois-je me flater
ne puis aller loin , car mes jambes mollissent ,
Et ne veulent plus me porter.
Sur l'exemple fameux de notre Chefde Bande,
Nous nous régalions tour à tour ,
Et payant la joyeuse offrande
De la plus sombre nuit nous faisions un beau
jour.
Ainsi , tout le long de l'année,
Par un enchantement que nous prenions en gré
Nous nous renouvellions, et de chaque journée
Nous faisions une saint André,
vous , Sage des Bois , qui dans notre assem
blée
Daigniés vous trouver quelquefois.
Sans que confuse ni troublée
Jamais votre raison s'écartât de ses Loix,
Avouez que dans mes saillies
Vous trouviez les bons mots bien souvent desait son
Et
1
JANVIER. 1732.
qu'il vient dans un temps de certaines folies
Qui valent mieux que la raison.
Si de quelques regrets ce temps passé vous:tomche
Convenez- en de bonne foy
Et malgré la vertu farouche
Donnes quelques momens pour le plaindre avec
moy,
Ces momens si dignes d'envie -
Pour les revoir si gais , et si bien policez ,
Je donnerois , Bailly , cinquante ans de ma vie
Du moins s'entend des ans passez..
DE SENEC
Fermer
Résumé : LA SAINTE ANDRÉ. ODE A M. Desbois, Grand-Bailly du Masconnois.
Le texte est une ode dédiée à M. Desbois, Grand-Bailly du Masconnois, à l'occasion de la fête de la Saint-André. L'auteur exprime sa nostalgie face à l'impossibilité de retrouver ses jeunes années, malgré le retour annuel de la fête. Il évoque la fondation de cette célébration et la magnificence d'André Demeaux, qui avait dû manger seul en raison d'une guerre ayant appauvri la région. L'auteur se remémore les moments de convivialité passés, où les convives savaient se modérer malgré leur hardiesse. Il déplore la disparition de nombreux compagnons de beuverie, emportés par la Parque impétueuse, et regrette que leur mémoire ne soit plus célébrée. Il exprime son désir de perpétuer leur gloire, mais reconnaît ses limites physiques. L'auteur admire la sagesse de M. Desbois, qui savait apprécier les bons mots et les folies de ces moments. Il conclut en exprimant son regret pour ce temps passé et son désir de revivre ces instants de gaieté et de convivialité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 875-882
PARODIE de la premiere Ode d'Horace, à S. E. M. le Cardinal de Fleury. / Ode.
Début :
Seigneur, tous tant que nous sommes, [...]
Mots clefs :
Horace, Esprit, France, Estime, Cardinal de Fleury, Mécène
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PARODIE de la premiere Ode d'Horace, à S. E. M. le Cardinal de Fleury. / Ode.
PARODIE de la premiere Ode d'Horace
à S. E. M. le Cardinal de Fleury..
Espoir
des bons et le mien
Si ce n'est impertinence ,
De se mettre en concurrenceAvec tant de gens de bien. )
Cardinal , dont les épaules ,
A supporter un grand poids ,
Par son seul et digne choix ,
Aident au Maître des Gaules ;
Pour délasser un moment
L'Atlas que chargent nos Poles ,
De mes simples babioles ,
Prenez en gré l'enjoüment ,
Et souffrez que je vous trace
En traits marquez et suivis ,
De l'ingenieux Horace ,
Le Mecenas atavis.
ODE
$76 MERCURE DE FRANCE
Seigneur ,
O D E.
Eigneur tous tant que nous sommes
Chaque esprit a ses objets ;
Chaque cœur chez tous les hommes ,
Forme differens projets :
L'ambition dominante ,
Est des Grands qu'elle régente ,.
La fougueuse passion ,
Pendant que la Petitesse ,
Soupire après la Richesse,
Ou la réputation.,
L'un , qui d'un desir modeste ,
N'eut jamais le cœur atteint ,
Voudroit voir- briller sa veste
Du Portrait de l'Esprit Saint.
Une secrete amertume ,
Le devore et le consume ;
C'est sa tribulation ,
De voir cet honneur sublime ,
Orner des gens qu'il estime
D'une moindre extraction.
L'autre respire la guerre ;:
C'est son ébat , c'est son jeu;
Aux quatre coins de la Terre ,
IF
MAY.
1732. 877
I brule de voir le feu.
La longue Paix qui nous berce ,
Est une longue traverse ,
Pour son esprit martial ,
Qui ne méditant que Palmes ,
Se promet en temps moins calmes ,"
Un Bâton de: Maréchal..
Ce troisiéme qui s'adonne ,
A des desseins plus pieux ;
C'est un suppôt de Sorbonne ,
Beau parleur , air gracieux :-
Approuvé de l'Ordinaire
H se fourre dans la Chaire ,
Habile homme et prêchant mal ,
Et flatant sa suffisance ;
Pour sa moindre récompense ,
D'un riche Anneau Pastoral..
Vous , que les doctes Pucelles ,
N'ont point honte d'ennuyer ,
Leurs promesses infidelles ,
Ne tendent qu'à vous jouer ;
Montez sur vos grands Cothurnes ,
De vos fatigues nocturnes
Les fruits seront corrompus ;
Car malgré vos longues veilles ,
Des
178 MERCURE DE FRANCE
Des Racines , des Corneilles ,
Les grands moules sont rompus.
Celui-cy paroît plus sage,
Qui se picquant moins d'esprit
Ne donne qué sur bon gage,
Les sornettes qu'il écrit. ~
Tout coup vaille ; rien n'importe ;
Pourvû qu'on paye à la porte ,.
Tout lui semble indifferent ;.
Permis à de plus habiles ,
De fronder les Vaudevilles ,
De la Foire S. Laurent.
Tel d'une Idolé adorée ,
Fait tout son amusement ,-
Et des jeux de Cytherée ,
Son plaisir et son tourment.
Tel autre dans sa misere,
Croupit et se desespere ,
Pour entasser force écus
,
;
Pendant qu'un Beuveur se flatte ;
De trouver Perse et Surate
Dans la Tonne de Bacchus.
* Allusion à la maniere des Hollandois de
compter les richesses par Tonnes d'or. Surate est un
Port fameux du Mogol , où se fait le plus riche
Commerce de l'Orient.
J'aurois
MAY. 1732.
879
J'aurois , Seigneur , trop d'affaires ,
Si j'essayois d'imiter ,
Tous les divers caracteres,
Qu'Horace aime à debiter ;
Cette stérile abondance ,
Lasseroit la patience ,
Et me rendroit odieux,;
Pour acquerir quelque estime ,
Le sage Orateur supprime ,
Tout verbiage ennuyeux.
Oque j'aurois d'éloquence ,
S'il m'étoit permis un jour,
De détailler à la France ,
Votre zele et votre amour?
Mais quoi ! votre modestie ,
Prendroit ma Muse à partie ,
Et la feroit échouer.
Fiere vertu , qui s'offense
Et nous impose silence ,
Quand nous osons vous louer.
Mais tandis que je me tuë,
A rimer , tant bien que mal ,
Je sens que je perds de vuë ,
Mon charmant Original.
Notre Horace રેà son Mecens
Sou-
880 MERCURE DE FRANCE
Soutient que de l'hyppocrene ,
Le bien seul l'enrichira ,
Et qu'un homme qui s'applique ,
A devenir bon Lyrique ,
Aux Etoiles touchera.
Pour moi qui du cher Parnasse ,
Me suis toujours défié ,
Comme on fait d'un tas de glace ,
Où l'on affeoit mal son pié;
Mon Style le plus superbe ,
Fût-il Racan ou Malherbe ,
Mes plus pathétiques traits ,
N'ont jamais eu la puissance ,
D'augmenter mon opulence ,
D'une charge de Cotrets.
Souhaitons par compagnie,
Non pas,
illustre FLEURY ,
D'Euterpe ou de Polymnie ,
D'être estimé favori :
Ma Muse est bien plus discrete ;
Mais tout ce qu'elle souhaite ,
Son unique ambition ,
C'est , dans cette âpre froidure ,
D'obtenir une doublure ,
Pour ma mince Pension .
Que
MA Y.. 1732.
882
Que si vous m'êtes propice ,
LOUIS , le meilleur des Rois ,
Par faveur ou par justice,
Ecoutera votre voix ;
Remontrez- lui , grand Ministre ,
Que l'hyver sera sinistre ,
Pour les Vieillards.catherreux ;
Pour qui les severes Parques ,
Ont cotté sur leurs Remarques. ,
Huit fois dix et cinq fois deux.
DE SENECE.
à S. E. M. le Cardinal de Fleury..
Espoir
des bons et le mien
Si ce n'est impertinence ,
De se mettre en concurrenceAvec tant de gens de bien. )
Cardinal , dont les épaules ,
A supporter un grand poids ,
Par son seul et digne choix ,
Aident au Maître des Gaules ;
Pour délasser un moment
L'Atlas que chargent nos Poles ,
De mes simples babioles ,
Prenez en gré l'enjoüment ,
Et souffrez que je vous trace
En traits marquez et suivis ,
De l'ingenieux Horace ,
Le Mecenas atavis.
ODE
$76 MERCURE DE FRANCE
Seigneur ,
O D E.
Eigneur tous tant que nous sommes
Chaque esprit a ses objets ;
Chaque cœur chez tous les hommes ,
Forme differens projets :
L'ambition dominante ,
Est des Grands qu'elle régente ,.
La fougueuse passion ,
Pendant que la Petitesse ,
Soupire après la Richesse,
Ou la réputation.,
L'un , qui d'un desir modeste ,
N'eut jamais le cœur atteint ,
Voudroit voir- briller sa veste
Du Portrait de l'Esprit Saint.
Une secrete amertume ,
Le devore et le consume ;
C'est sa tribulation ,
De voir cet honneur sublime ,
Orner des gens qu'il estime
D'une moindre extraction.
L'autre respire la guerre ;:
C'est son ébat , c'est son jeu;
Aux quatre coins de la Terre ,
IF
MAY.
1732. 877
I brule de voir le feu.
La longue Paix qui nous berce ,
Est une longue traverse ,
Pour son esprit martial ,
Qui ne méditant que Palmes ,
Se promet en temps moins calmes ,"
Un Bâton de: Maréchal..
Ce troisiéme qui s'adonne ,
A des desseins plus pieux ;
C'est un suppôt de Sorbonne ,
Beau parleur , air gracieux :-
Approuvé de l'Ordinaire
H se fourre dans la Chaire ,
Habile homme et prêchant mal ,
Et flatant sa suffisance ;
Pour sa moindre récompense ,
D'un riche Anneau Pastoral..
Vous , que les doctes Pucelles ,
N'ont point honte d'ennuyer ,
Leurs promesses infidelles ,
Ne tendent qu'à vous jouer ;
Montez sur vos grands Cothurnes ,
De vos fatigues nocturnes
Les fruits seront corrompus ;
Car malgré vos longues veilles ,
Des
178 MERCURE DE FRANCE
Des Racines , des Corneilles ,
Les grands moules sont rompus.
Celui-cy paroît plus sage,
Qui se picquant moins d'esprit
Ne donne qué sur bon gage,
Les sornettes qu'il écrit. ~
Tout coup vaille ; rien n'importe ;
Pourvû qu'on paye à la porte ,.
Tout lui semble indifferent ;.
Permis à de plus habiles ,
De fronder les Vaudevilles ,
De la Foire S. Laurent.
Tel d'une Idolé adorée ,
Fait tout son amusement ,-
Et des jeux de Cytherée ,
Son plaisir et son tourment.
Tel autre dans sa misere,
Croupit et se desespere ,
Pour entasser force écus
,
;
Pendant qu'un Beuveur se flatte ;
De trouver Perse et Surate
Dans la Tonne de Bacchus.
* Allusion à la maniere des Hollandois de
compter les richesses par Tonnes d'or. Surate est un
Port fameux du Mogol , où se fait le plus riche
Commerce de l'Orient.
J'aurois
MAY. 1732.
879
J'aurois , Seigneur , trop d'affaires ,
Si j'essayois d'imiter ,
Tous les divers caracteres,
Qu'Horace aime à debiter ;
Cette stérile abondance ,
Lasseroit la patience ,
Et me rendroit odieux,;
Pour acquerir quelque estime ,
Le sage Orateur supprime ,
Tout verbiage ennuyeux.
Oque j'aurois d'éloquence ,
S'il m'étoit permis un jour,
De détailler à la France ,
Votre zele et votre amour?
Mais quoi ! votre modestie ,
Prendroit ma Muse à partie ,
Et la feroit échouer.
Fiere vertu , qui s'offense
Et nous impose silence ,
Quand nous osons vous louer.
Mais tandis que je me tuë,
A rimer , tant bien que mal ,
Je sens que je perds de vuë ,
Mon charmant Original.
Notre Horace રેà son Mecens
Sou-
880 MERCURE DE FRANCE
Soutient que de l'hyppocrene ,
Le bien seul l'enrichira ,
Et qu'un homme qui s'applique ,
A devenir bon Lyrique ,
Aux Etoiles touchera.
Pour moi qui du cher Parnasse ,
Me suis toujours défié ,
Comme on fait d'un tas de glace ,
Où l'on affeoit mal son pié;
Mon Style le plus superbe ,
Fût-il Racan ou Malherbe ,
Mes plus pathétiques traits ,
N'ont jamais eu la puissance ,
D'augmenter mon opulence ,
D'une charge de Cotrets.
Souhaitons par compagnie,
Non pas,
illustre FLEURY ,
D'Euterpe ou de Polymnie ,
D'être estimé favori :
Ma Muse est bien plus discrete ;
Mais tout ce qu'elle souhaite ,
Son unique ambition ,
C'est , dans cette âpre froidure ,
D'obtenir une doublure ,
Pour ma mince Pension .
Que
MA Y.. 1732.
882
Que si vous m'êtes propice ,
LOUIS , le meilleur des Rois ,
Par faveur ou par justice,
Ecoutera votre voix ;
Remontrez- lui , grand Ministre ,
Que l'hyver sera sinistre ,
Pour les Vieillards.catherreux ;
Pour qui les severes Parques ,
Ont cotté sur leurs Remarques. ,
Huit fois dix et cinq fois deux.
DE SENECE.
Fermer
Résumé : PARODIE de la premiere Ode d'Horace, à S. E. M. le Cardinal de Fleury. / Ode.
Le texte est une parodie de la première Ode d'Horace dédiée à S. E. M. le Cardinal de Fleury. L'auteur commence par exprimer son espoir de ne pas être impertinent en se comparant à des personnes de bien. Il loue ensuite le Cardinal pour son soutien au roi de France et lui offre une œuvre légère destinée à le divertir. L'auteur décrit diverses ambitions humaines, telles que l'ambition des grands, le désir de richesse, la quête de réputation, l'aspiration à des honneurs religieux, ou encore le goût pour la guerre et les distinctions militaires. Il critique également ceux qui se consacrent à des études doctes mais stériles. L'auteur conclut en exprimant son admiration pour Horace et son mécène, tout en soulignant modestement que ses propres écrits n'ont jamais enrichi leur auteur. Il souhaite simplement obtenir une augmentation de sa pension pour mieux affronter l'hiver.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4
p. 2929-2933
A MADAME d'Hurigny, sur le souhait qu'elle avoit fait à l'Auteur pour son Etrenne, de vivre cent ans. EPITRE
Début :
Vous m'ordonnez, sage Uranie, [...]
Mots clefs :
Vivre, Cent ans, Souhait, Sage, Uranie, Siècle, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME d'Hurigny, sur le souhait qu'elle avoit fait à l'Auteur pour son Etrenne, de vivre cent ans. EPITRE
A MADAME d'Hurigny , sur le
souhait qu'elle avoit fait à l- Auteur
pour son Etrenne , de vivre cent ans.
EPIT RE..
Vous m'oi donnez , sage Uranie
De vivre cent ans bien comptez ;
Souhait qui plaît à mon génie ;
Pourquoi j'y résiste ; écoutez.
Je suis en chemin pour le faire.
Mon âge touche presque au but z
Mais le dessein est témeraire ,
Si jamais un dessein le fut.
Sçavez-vous ce que dit l'Histoire ,
De ces souhaits exhorbitans ?
C'est , dit- elle , la Mer à boire ,
Que tâcher à vivre cent ans.
Aujourd'hui les forces humaines ,
Ne nous permettent rien d'égal ,
Compter son âge par centaines ,
C'est un souhait Patriarchal.
Nos vieux Peres à longue haleine ,
De la vie eurent les gros lots ,
Et la Genese est toute pleine ,
De Mathusalems et d'Enocs ,
Un siecle n'étoit qu'amusette ;
Puisqu'un enfant jeune vieillard ,
A cent ans portoit la jacquette ,
II. Val Hr Us
2930 MERCURE DE FRANCE
1
Et jouoit à colin maillard .
Le Déluge aux longues années ,
Mit un clou pour les arrêter ,
Et par ses eaux empoisonnées ,
Les obligea de décompter.
Pourquoi voulez -vous que je vive
n'ont vécu tant de gens , Plus que
A qui la Parque fugitive ,
Fit subir ses ordres urgents ?
Un siecle ! David grand Prophete ,
Grand Compilateur de Pseautiers ,
Grand Roy , grand Guerrier , grand Poëte ,
A peine parvtnt aux deux tiers.
A quatre-vingst , Pinfirmerie ,
A soixante et dix ; c'est assez ,
Il mit ces bornes à la vie ,
Et fit lui - même son procès.
Mais retournons dans notre Sphere;
Sans nous faufiler aux Herps ;
Vivre cent ans est une affaire
Où je coucherois un peu gros.
*
Et quand je mordrois à la grappe ,
Par l'espoir d'un doux avenir ,
Quand Millet mon cher Esculape
Pourroit m'y faire parvenir ,
Garantiroit-il ma vieillesse
De langueur , d'assoupissement ,
* Habile Medecin de Mâcon.
J. Vel.
:
N
DECEMBRE. 1733. 2931
Ni de l'importune foiblesse,
Qui me prive du mouvement ?
Mes héritiers au coeur si tendre ,
Bien que je leur paroisse cher ,
Pourroient-ils par fois se deffendre ,
D'enrager entre cuir et chair a
Mes gens à rente viagere ,
En déboursant le premier son ,
Font cette dévote priere
Le diable. emporte le vieux fou.
» Quand sa mort pourroit à merveille ,
» De ce tribut nous liberer ,
» Plus qu'un Cerf , plus qu'une Corneille ,
» Il vit pour nous désesperer .
Venons aux Dames respectables ,
Dont je tiens à vie un taudis ,
Elles sont assez charitables
Pour me souhaiter Paradis.
Je n'entends parler des Discretes ,
Leur esprit n'est pas si badin ,
Mais les jeunes Soeurs , les folettes ,
Qui soupirent pour mon Jardin.
Sage Uranie , ainsi je n'ose ,
A vos voeux joindre mon desir ,
Puisque ma longue vie est cause
De cent chagrins pour un plaisir.
Les ans sont mauvaises Patentes ,
Pour donner de grands artributs ,
1 I. Vol. Pas-
Hvj
2932 MERCURE DE FRANCE
Pascal à peine en vecut trente ,
Et la Bruyere guere plus.
Cependant , armé de constance ,
Je porte ces fardeaux pesants ,
Suppliant d'avoir patience ,
Mes débiteurs et mes Enfans.
Si quelque chose me travaille ,
Je laisse tout à l'abandon;
Je fais des Vers , vaille que vaille,
Et je trouve encor le vin bon.
Si par hazard je suis en doute ,
Pour quelque symptôme fievreux ,
J'appelle un Medecin , l'écoute ;
Puis je fais tout ce que je veux.
Si ma Méthode est salutaire ,
Pour vivre un siecle , plus ou moins.
Vous obéir est une affaire ,
Où je veux mettre tous mes soins.
C'est à vous aimable Uranie ,
Qu'il convient de vivre cent ans ;
Quand leur course en sera finie ,
Nos Neveux pleureront long- temps.
Vous êtes sage , riche et belle ,
Bienfaisante et pleine d'esprit ,
Le Ciel vous fit sur un modele ,
Qu'il ne montre que quand il rit.
Qui tous vos talens voudroit suivre,
Il ne finiroit d'aujourd'hui
L
II. Vol.
DECEMBR E. 1733. 2932
Obon coeur ! 8 coeur , bon à vivre !
Bon pour vous , et bon pour autrui !
DE SENECE'.
souhait qu'elle avoit fait à l- Auteur
pour son Etrenne , de vivre cent ans.
EPIT RE..
Vous m'oi donnez , sage Uranie
De vivre cent ans bien comptez ;
Souhait qui plaît à mon génie ;
Pourquoi j'y résiste ; écoutez.
Je suis en chemin pour le faire.
Mon âge touche presque au but z
Mais le dessein est témeraire ,
Si jamais un dessein le fut.
Sçavez-vous ce que dit l'Histoire ,
De ces souhaits exhorbitans ?
C'est , dit- elle , la Mer à boire ,
Que tâcher à vivre cent ans.
Aujourd'hui les forces humaines ,
Ne nous permettent rien d'égal ,
Compter son âge par centaines ,
C'est un souhait Patriarchal.
Nos vieux Peres à longue haleine ,
De la vie eurent les gros lots ,
Et la Genese est toute pleine ,
De Mathusalems et d'Enocs ,
Un siecle n'étoit qu'amusette ;
Puisqu'un enfant jeune vieillard ,
A cent ans portoit la jacquette ,
II. Val Hr Us
2930 MERCURE DE FRANCE
1
Et jouoit à colin maillard .
Le Déluge aux longues années ,
Mit un clou pour les arrêter ,
Et par ses eaux empoisonnées ,
Les obligea de décompter.
Pourquoi voulez -vous que je vive
n'ont vécu tant de gens , Plus que
A qui la Parque fugitive ,
Fit subir ses ordres urgents ?
Un siecle ! David grand Prophete ,
Grand Compilateur de Pseautiers ,
Grand Roy , grand Guerrier , grand Poëte ,
A peine parvtnt aux deux tiers.
A quatre-vingst , Pinfirmerie ,
A soixante et dix ; c'est assez ,
Il mit ces bornes à la vie ,
Et fit lui - même son procès.
Mais retournons dans notre Sphere;
Sans nous faufiler aux Herps ;
Vivre cent ans est une affaire
Où je coucherois un peu gros.
*
Et quand je mordrois à la grappe ,
Par l'espoir d'un doux avenir ,
Quand Millet mon cher Esculape
Pourroit m'y faire parvenir ,
Garantiroit-il ma vieillesse
De langueur , d'assoupissement ,
* Habile Medecin de Mâcon.
J. Vel.
:
N
DECEMBRE. 1733. 2931
Ni de l'importune foiblesse,
Qui me prive du mouvement ?
Mes héritiers au coeur si tendre ,
Bien que je leur paroisse cher ,
Pourroient-ils par fois se deffendre ,
D'enrager entre cuir et chair a
Mes gens à rente viagere ,
En déboursant le premier son ,
Font cette dévote priere
Le diable. emporte le vieux fou.
» Quand sa mort pourroit à merveille ,
» De ce tribut nous liberer ,
» Plus qu'un Cerf , plus qu'une Corneille ,
» Il vit pour nous désesperer .
Venons aux Dames respectables ,
Dont je tiens à vie un taudis ,
Elles sont assez charitables
Pour me souhaiter Paradis.
Je n'entends parler des Discretes ,
Leur esprit n'est pas si badin ,
Mais les jeunes Soeurs , les folettes ,
Qui soupirent pour mon Jardin.
Sage Uranie , ainsi je n'ose ,
A vos voeux joindre mon desir ,
Puisque ma longue vie est cause
De cent chagrins pour un plaisir.
Les ans sont mauvaises Patentes ,
Pour donner de grands artributs ,
1 I. Vol. Pas-
Hvj
2932 MERCURE DE FRANCE
Pascal à peine en vecut trente ,
Et la Bruyere guere plus.
Cependant , armé de constance ,
Je porte ces fardeaux pesants ,
Suppliant d'avoir patience ,
Mes débiteurs et mes Enfans.
Si quelque chose me travaille ,
Je laisse tout à l'abandon;
Je fais des Vers , vaille que vaille,
Et je trouve encor le vin bon.
Si par hazard je suis en doute ,
Pour quelque symptôme fievreux ,
J'appelle un Medecin , l'écoute ;
Puis je fais tout ce que je veux.
Si ma Méthode est salutaire ,
Pour vivre un siecle , plus ou moins.
Vous obéir est une affaire ,
Où je veux mettre tous mes soins.
C'est à vous aimable Uranie ,
Qu'il convient de vivre cent ans ;
Quand leur course en sera finie ,
Nos Neveux pleureront long- temps.
Vous êtes sage , riche et belle ,
Bienfaisante et pleine d'esprit ,
Le Ciel vous fit sur un modele ,
Qu'il ne montre que quand il rit.
Qui tous vos talens voudroit suivre,
Il ne finiroit d'aujourd'hui
L
II. Vol.
DECEMBR E. 1733. 2932
Obon coeur ! 8 coeur , bon à vivre !
Bon pour vous , et bon pour autrui !
DE SENECE'.
Fermer
Résumé : A MADAME d'Hurigny, sur le souhait qu'elle avoit fait à l'Auteur pour son Etrenne, de vivre cent ans. EPITRE
Le poème est adressé à Madame d'Hurigny, qui avait souhaité que l'auteur vive cent ans. L'auteur exprime son scepticisme, soulignant que cette longévité est exceptionnelle et réservée à des figures bibliques comme Mathusalem et Énoch. Il note que même des personnages illustres comme David n'ont pas atteint cet âge. L'auteur évoque les inconvénients de la vieillesse, tels que la faiblesse et la dépendance, ainsi que les désagréments pour les héritiers et débiteurs. Il reconnaît cependant que Madame d'Hurigny, en raison de sa sagesse, sa beauté et sa bonté, serait la personne idéale pour atteindre cet âge. L'auteur reste humble face à ce souhait, tout en honorant les qualités de Madame d'Hurigny.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer