Résultats : 1163 texte(s)
Détail
Liste
551
p. 2241-2247
ITALIE.
Début :
L'Archevêque de Saltzbourg ayant écrit d'Allemagne que les Habitans de plusieurs Bourgs, [...]
Mots clefs :
Congrégation, Archevêque, Chanoine, Traité
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texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
'Archevêque de Saltzbourg ayant écrit d'Al-
L'lemagne que les Habitans de plusieurs Bourgs,
Villages et Hameaux de son Diocese, qu'on croyoit
Catholiques , s'étoient déclarez Luthériens , et
qu'ils avoient demandé, les armes à la main, qu'on
feur accordât le libre exercice de leur Religion ;
Ja Congregation de Propaganda Fide s'est assemblée
plusieurs fois pour chercher les moyens
de prévenir ce mal , et le bruit court qu'il a été
résolu d'exhorter l'Archevêque de Saltzbourg à
rappeller quelques Religieux et Ecclesiastiques
Seculiers des endroits dont les Habitans se sont
soulevez , et d'y en envoyer d'autres qui seroient
peut-être plus agréables à ces Peuples . On a ordonné
de réciter une Collecte à la Messe dans
toutes les Eglises de Rome , pour demander à
Dieu qu'il daigne ramener ces heretiques dans le
sein de l'Eglise.
Par les Lettres de Bruxelles , on apprend que
I cet
2242 MERCURE DE FRANCE
cet Archevêque avoit accordé à ses Sujets révol
rez un terme de 15. jours pour se déclarer ou
vertement Catholiques ou Luthériens ; qu'il avoit
permis à ces derniers de vendre leurs Effets, et de
se retirer où ils voudroient que plusieurs de ces
Revoltez étoient rentrez dans leur devoir, et qu'ils
avoient demandé seulement quelque diminution
des Impositions qu'on leur fait payer ; que d'autres
s'étoient soumis sans aucune condition , er
que les plus obstinés prenoient le party de se re
tirer .
Le Chanoine Articone , dont la tête a été mise
à prix par la République de Genes , est arrivé à
Rome de l'Isle de Corse, chargé des pleins pou →
voirs des Mécontens de cette Isle , pour traiter
leur accommodement avec la République par la
médiation du Pape.
Dans le Consistoire secret que le Papė tint le
6. Août , le Cardinal Otthoboni proposa PAB
baye de S. Pierre de Poultiers , Diocèse de Langres
, pour l'Abbé de Cantin : il préconisa en
suite M. Etienne Blascowich , Prêtre de Spalatro,
pour l'Evêché de Macarseka ; l'Abbé de Sesmaisons
, pour l'Abbaye de N. Dame de Ham, Diocese
de Noyon'; B'Abbé Joly de Fleury , pour
cèlle de S. Pierre de Chezy , Diocèse de Soissons;
ét l'Abbé de Pins de Roquefort , pour celle de
N. D. de Senanques , Diocèse de Cavaillon.
M. Coscia , frere du Cardinal de ce nom , est
encore prisonnier au Château S. Ange ; son jugement
diffinitif n'est pas encore prononcé, mais
il a été suspendu de toutes les Fonctions Sacerdotales.
•
1
On a appris que le Duc Coscia étoit allé à
Naples avec son Epouse ; que le Cardinal Coscia
les avoit vus pabliquement ; que le Duc faisoit
travailler
SEPTEMBRE. 1731. 2243
travailler à une magnifique Livrée , et qu'il avoit
fait mettre ses Armes sur la Porte du Palais qu'il
a fait loüer ; et on mande de Naples , que sur la
fin du mois dernier , le Cardinal Coscia reçut la
plus grande partie de ce qui lui étoit dû par les
Fermiers de ses Benefices , quoique le Nonce du
Pape eut fait saisir ses revenus ; mais le Conseil
Collateral a déclaré nulle cette saisie , que le
Nonce avoit crû pouvoir faire sur des Benefices
situez dans le Royaume de Naples sans la permission
de ce Conseil.
On écrit de Rome , que le 22. Août on y af
ficha un Decret de la Congregation de Non Nullis
, par lequel le Cardinal Coscia est déclaré
incapable d'exercer aucune Jurisdiction dans l'étendue
de ses Benefices , avec défenses à lui d'y
contrevenir , sous peine d'excommunication ma
jeure , et même de plus grande peine que le Pape
se réserve de prononcer.
On a appris par les dernieres Lettres de Naples,
que le Fiscal , le Notaire et le Curseur de la Nonciature
avoient reçû ordre de la part de l'Empefeur
de sortir dans trois jours de la Ville , et
dans huit du Royaume de Naples , pour avoir ,
sans une permission expresse du Conseil Colla
teral , arrêté et visité les voitures qui y ont con
duit le Cardinal Coscia ; que les Vicaires Generaux
du Diocèse d'Aversa et de celui de Capote ,
Commissaires déleguez du Nonce du Pape
avoient reçu de pareils ordres.
>
On apprend de Florence , que le Pere Ascanio ,'
Dominicain , a dépêché un Courier à Seville pour
y porter la Copie du Traité particulier qu'il a signé
avec le Grand Duc , par lequel Traité on assure
que ce Prince recevra l'Infant . Don Carlos
en qualité de Prrince Heredtaire de Toscane ; que
I ij Ics
2244 MERCURE
DE FRANCE
les Magistrats , les Ministres , les Commandans .
des Places lui prêteront serment de fidelité en
cette qualité ; que l'Infant Don Carlos heritera
de tous les biens allodiaux appartenans au Grand
Duc , à l'exception de ceux de Ravenne et d'Urbin
, dont les revenus sont destinez à l'entretien
de l'Electrice Douairiere Palatine , à laquelle on
laissera la liberté de disposer de ses Effets mobi- ,
liaires comme elle le jugera à propos ; que l'In
fant Don Carlos demeurera chargé de toutes les
dettes contractées par le Grand Duc et par ses
Prédecesseurs , et payera toutes les Pensions et
Gratifications qu'il pourra faire en mourant à
ses Officiers ; qu'en cas que le Grand Duc vienne
à mourir , l'Electrice Doüairiere Palatine sera
Tutrice de Infant Don Carlos jusqu'à ce qu'il
ait atteint l'âge de 18. ans.
Le Juif Fonseca , fameux Banquier de Constantinople
, qui est arrivé le mois dernier à Florence
avec son fils , pour se faire baisser la cataracte
, eut le 21. Août une Audience du Grand
Duc qui lui a envoyé deux de ses Carosses pour
son usage pendant tout le temps qu'il restera dans
cette Ville.
On a fait à Parme tous les préparatifs neces
saires pour les Couches de la Duchesse Douairiere.
Tous les Ministres Etrangers qui doivent
assister aux Couches de cette Princesse , sont ar
rivez , et on leur a construit des chambres au
tour de la sienne , afin qu'ils soient plus à portée
de se trouver à la naissance du Prince ou de la
Princesse qu'elle mettra au monde.
On a appris en dernier lieu que le Marquis de
Monteleon , Ambassadeur du Roy d'Espagne à
Venise , lequel est actuellement à Parme , y a
protesté au nom de S. M. Catholique contre la
grossesse
SEPTEMBRE 2245
1731. •
grossesse de la Duchesse Douairiere de Parme ,
et en même temps il a sommé, avec les formalitez
ordinaires, le General Stampa de faire sortir
des Duchez de Parme et de Plaisance , les troupes
Imperiales qui y sont , conformément au
dernier Traité de Vienne ; sur quoi ce General a
dépêché un Courier pour avoir les derniers ordres
de S. M. Imperiale.
On à reçu avis de Turin , que le Roy Victor
Amedée y étoit arrivé le 20. d'Août , et qu'on
croyoit qu'il feroit dorênavant son séjour dans
les environs de cette Ville .
Le 6. Août , on fit partir de Genes , avec un
vent favorable , le Convoy qui a transporté les
Troupes Auxiliaires de l'Empereur dans l'Isle de
Corse. Le Comte de Daun , fils du Gouverneur
General du Milanez , est allé avec les Troupes
de cette expedition.
Le Convoy arriva le 9. à la Bastia, et le débarquement
des Troupes et de l'Artillerie se fit le
même jour. Le 10. le Colonel , Velas à la tête
de 800, Genois , soutenus d'un détachement de
Troupes Imperiales , commandé par le General
Wachtendonc , fit une sortie sur les Rebelles qui
assiegeoient la Ville , et qui ayant abandonné
Jeurs retranchemens , se retirerent dans les montagnes
aprés avoir perdu environ 400. hommes.
On prit leur Canon , leurs Munitions de guerre
et leurs Provisions. Le 11. on exécuta plusieurs
de ces Rebelles qui avoient été pris la veille. Le
14. le General Wachtendone, à la tête de 2 500.
hommes , attaqua un Corps de Rebelles de 4000 .
hommes retranchez à Foriano . La plupart pri
rent la fuite , et les autres furent passez au fil de
l'épée ; leurs Magazins furent pillez et ensuite
brûlez ; parce qu'on ne pouvoit ni les consom»
I iij mer
2246 MERCURE DE FRANCE
mer ,
à la Bastia.
ni les transporter
Les Rebelles de ce Poste ayant été poursuivis
le long de la Côte par deux Compagnies de Hussars
, furent obligez de se précipiter dans un Marais
où la plupart ont péri. Le 15. le General
Wachtendonc retourna à la Bastia , où on tint un
Conseil de Guerre pour déliberer si on attaqueroit
les Rebelles dans leurs montagnes , ou si on se
contenteroit de les avoir chassez de la plaine.
On écrit de Genes que la Republique avoit accordé
une Amnistie generale aux Rebelles de l'Isle
de Corse, qui dans le terme de six semaines quitteront
les armes, et rentreront dans leur devoir,
et qu'elle n'avoit excepté de cette grace que
quelques Chefs dont la tête a été mise à prix.
Les dernieres Lettres de Genes portent , que M.
Doria , Commissaire General de l'Isle de Corse,
partit le 20. d'Août pour la Bastia avec un grand
nombre de jeune Noblesse Genoise qui va servir
comme Volontaire dans les Troupes de la Ré
publique.
C
On écrit de la Bastia que l'Armée de la Répu
blique s'étant fort augmentée par la jonction des
Corses Rebelles qui se sont soumis , s'étoit emparée
du Port de S. Firenzo sans aucune résis
tance ; que les Rebelles qui gardoient ce Poste
avoient pris la fuite avec tant de précipitation ,
que les Hussars n'avoient pú les joindres qu'a
prés cette Expedition , l'Armée s'étoit mise en
marche pour le Quartier de Vescovado , où les
Rebelles étoient retranchez , et qu'on ne doutoir
pas qu'elle ne les chassât des postes qu'ils y occupoient.
On apprend par d'autres Lettres arrivées depuis
, qu'un detachement de l'Armée s'étoit saisi
de la famille du nommé Alexandrini , l'un des
sept
SEPTEMBRE . 1731. 2247
sept Chefs des Rebelles , qu'on l'avoit envoyée à
La Bastia , et que l'Armée étoit revenue dans les
environs de cette Ville , sans avoir pû rien entreprendre
sur le quartier de Vescovado.
Il se répand un bruit qu'on travaille aux Préliminaires
d'un Traité d'accommodement entre
sette Republique et les Rebelles , et que dans peu
ce Traité sera signé.
'Archevêque de Saltzbourg ayant écrit d'Al-
L'lemagne que les Habitans de plusieurs Bourgs,
Villages et Hameaux de son Diocese, qu'on croyoit
Catholiques , s'étoient déclarez Luthériens , et
qu'ils avoient demandé, les armes à la main, qu'on
feur accordât le libre exercice de leur Religion ;
Ja Congregation de Propaganda Fide s'est assemblée
plusieurs fois pour chercher les moyens
de prévenir ce mal , et le bruit court qu'il a été
résolu d'exhorter l'Archevêque de Saltzbourg à
rappeller quelques Religieux et Ecclesiastiques
Seculiers des endroits dont les Habitans se sont
soulevez , et d'y en envoyer d'autres qui seroient
peut-être plus agréables à ces Peuples . On a ordonné
de réciter une Collecte à la Messe dans
toutes les Eglises de Rome , pour demander à
Dieu qu'il daigne ramener ces heretiques dans le
sein de l'Eglise.
Par les Lettres de Bruxelles , on apprend que
I cet
2242 MERCURE DE FRANCE
cet Archevêque avoit accordé à ses Sujets révol
rez un terme de 15. jours pour se déclarer ou
vertement Catholiques ou Luthériens ; qu'il avoit
permis à ces derniers de vendre leurs Effets, et de
se retirer où ils voudroient que plusieurs de ces
Revoltez étoient rentrez dans leur devoir, et qu'ils
avoient demandé seulement quelque diminution
des Impositions qu'on leur fait payer ; que d'autres
s'étoient soumis sans aucune condition , er
que les plus obstinés prenoient le party de se re
tirer .
Le Chanoine Articone , dont la tête a été mise
à prix par la République de Genes , est arrivé à
Rome de l'Isle de Corse, chargé des pleins pou →
voirs des Mécontens de cette Isle , pour traiter
leur accommodement avec la République par la
médiation du Pape.
Dans le Consistoire secret que le Papė tint le
6. Août , le Cardinal Otthoboni proposa PAB
baye de S. Pierre de Poultiers , Diocèse de Langres
, pour l'Abbé de Cantin : il préconisa en
suite M. Etienne Blascowich , Prêtre de Spalatro,
pour l'Evêché de Macarseka ; l'Abbé de Sesmaisons
, pour l'Abbaye de N. Dame de Ham, Diocese
de Noyon'; B'Abbé Joly de Fleury , pour
cèlle de S. Pierre de Chezy , Diocèse de Soissons;
ét l'Abbé de Pins de Roquefort , pour celle de
N. D. de Senanques , Diocèse de Cavaillon.
M. Coscia , frere du Cardinal de ce nom , est
encore prisonnier au Château S. Ange ; son jugement
diffinitif n'est pas encore prononcé, mais
il a été suspendu de toutes les Fonctions Sacerdotales.
•
1
On a appris que le Duc Coscia étoit allé à
Naples avec son Epouse ; que le Cardinal Coscia
les avoit vus pabliquement ; que le Duc faisoit
travailler
SEPTEMBRE. 1731. 2243
travailler à une magnifique Livrée , et qu'il avoit
fait mettre ses Armes sur la Porte du Palais qu'il
a fait loüer ; et on mande de Naples , que sur la
fin du mois dernier , le Cardinal Coscia reçut la
plus grande partie de ce qui lui étoit dû par les
Fermiers de ses Benefices , quoique le Nonce du
Pape eut fait saisir ses revenus ; mais le Conseil
Collateral a déclaré nulle cette saisie , que le
Nonce avoit crû pouvoir faire sur des Benefices
situez dans le Royaume de Naples sans la permission
de ce Conseil.
On écrit de Rome , que le 22. Août on y af
ficha un Decret de la Congregation de Non Nullis
, par lequel le Cardinal Coscia est déclaré
incapable d'exercer aucune Jurisdiction dans l'étendue
de ses Benefices , avec défenses à lui d'y
contrevenir , sous peine d'excommunication ma
jeure , et même de plus grande peine que le Pape
se réserve de prononcer.
On a appris par les dernieres Lettres de Naples,
que le Fiscal , le Notaire et le Curseur de la Nonciature
avoient reçû ordre de la part de l'Empefeur
de sortir dans trois jours de la Ville , et
dans huit du Royaume de Naples , pour avoir ,
sans une permission expresse du Conseil Colla
teral , arrêté et visité les voitures qui y ont con
duit le Cardinal Coscia ; que les Vicaires Generaux
du Diocèse d'Aversa et de celui de Capote ,
Commissaires déleguez du Nonce du Pape
avoient reçu de pareils ordres.
>
On apprend de Florence , que le Pere Ascanio ,'
Dominicain , a dépêché un Courier à Seville pour
y porter la Copie du Traité particulier qu'il a signé
avec le Grand Duc , par lequel Traité on assure
que ce Prince recevra l'Infant . Don Carlos
en qualité de Prrince Heredtaire de Toscane ; que
I ij Ics
2244 MERCURE
DE FRANCE
les Magistrats , les Ministres , les Commandans .
des Places lui prêteront serment de fidelité en
cette qualité ; que l'Infant Don Carlos heritera
de tous les biens allodiaux appartenans au Grand
Duc , à l'exception de ceux de Ravenne et d'Urbin
, dont les revenus sont destinez à l'entretien
de l'Electrice Douairiere Palatine , à laquelle on
laissera la liberté de disposer de ses Effets mobi- ,
liaires comme elle le jugera à propos ; que l'In
fant Don Carlos demeurera chargé de toutes les
dettes contractées par le Grand Duc et par ses
Prédecesseurs , et payera toutes les Pensions et
Gratifications qu'il pourra faire en mourant à
ses Officiers ; qu'en cas que le Grand Duc vienne
à mourir , l'Electrice Doüairiere Palatine sera
Tutrice de Infant Don Carlos jusqu'à ce qu'il
ait atteint l'âge de 18. ans.
Le Juif Fonseca , fameux Banquier de Constantinople
, qui est arrivé le mois dernier à Florence
avec son fils , pour se faire baisser la cataracte
, eut le 21. Août une Audience du Grand
Duc qui lui a envoyé deux de ses Carosses pour
son usage pendant tout le temps qu'il restera dans
cette Ville.
On a fait à Parme tous les préparatifs neces
saires pour les Couches de la Duchesse Douairiere.
Tous les Ministres Etrangers qui doivent
assister aux Couches de cette Princesse , sont ar
rivez , et on leur a construit des chambres au
tour de la sienne , afin qu'ils soient plus à portée
de se trouver à la naissance du Prince ou de la
Princesse qu'elle mettra au monde.
On a appris en dernier lieu que le Marquis de
Monteleon , Ambassadeur du Roy d'Espagne à
Venise , lequel est actuellement à Parme , y a
protesté au nom de S. M. Catholique contre la
grossesse
SEPTEMBRE 2245
1731. •
grossesse de la Duchesse Douairiere de Parme ,
et en même temps il a sommé, avec les formalitez
ordinaires, le General Stampa de faire sortir
des Duchez de Parme et de Plaisance , les troupes
Imperiales qui y sont , conformément au
dernier Traité de Vienne ; sur quoi ce General a
dépêché un Courier pour avoir les derniers ordres
de S. M. Imperiale.
On à reçu avis de Turin , que le Roy Victor
Amedée y étoit arrivé le 20. d'Août , et qu'on
croyoit qu'il feroit dorênavant son séjour dans
les environs de cette Ville .
Le 6. Août , on fit partir de Genes , avec un
vent favorable , le Convoy qui a transporté les
Troupes Auxiliaires de l'Empereur dans l'Isle de
Corse. Le Comte de Daun , fils du Gouverneur
General du Milanez , est allé avec les Troupes
de cette expedition.
Le Convoy arriva le 9. à la Bastia, et le débarquement
des Troupes et de l'Artillerie se fit le
même jour. Le 10. le Colonel , Velas à la tête
de 800, Genois , soutenus d'un détachement de
Troupes Imperiales , commandé par le General
Wachtendonc , fit une sortie sur les Rebelles qui
assiegeoient la Ville , et qui ayant abandonné
Jeurs retranchemens , se retirerent dans les montagnes
aprés avoir perdu environ 400. hommes.
On prit leur Canon , leurs Munitions de guerre
et leurs Provisions. Le 11. on exécuta plusieurs
de ces Rebelles qui avoient été pris la veille. Le
14. le General Wachtendone, à la tête de 2 500.
hommes , attaqua un Corps de Rebelles de 4000 .
hommes retranchez à Foriano . La plupart pri
rent la fuite , et les autres furent passez au fil de
l'épée ; leurs Magazins furent pillez et ensuite
brûlez ; parce qu'on ne pouvoit ni les consom»
I iij mer
2246 MERCURE DE FRANCE
mer ,
à la Bastia.
ni les transporter
Les Rebelles de ce Poste ayant été poursuivis
le long de la Côte par deux Compagnies de Hussars
, furent obligez de se précipiter dans un Marais
où la plupart ont péri. Le 15. le General
Wachtendonc retourna à la Bastia , où on tint un
Conseil de Guerre pour déliberer si on attaqueroit
les Rebelles dans leurs montagnes , ou si on se
contenteroit de les avoir chassez de la plaine.
On écrit de Genes que la Republique avoit accordé
une Amnistie generale aux Rebelles de l'Isle
de Corse, qui dans le terme de six semaines quitteront
les armes, et rentreront dans leur devoir,
et qu'elle n'avoit excepté de cette grace que
quelques Chefs dont la tête a été mise à prix.
Les dernieres Lettres de Genes portent , que M.
Doria , Commissaire General de l'Isle de Corse,
partit le 20. d'Août pour la Bastia avec un grand
nombre de jeune Noblesse Genoise qui va servir
comme Volontaire dans les Troupes de la Ré
publique.
C
On écrit de la Bastia que l'Armée de la Répu
blique s'étant fort augmentée par la jonction des
Corses Rebelles qui se sont soumis , s'étoit emparée
du Port de S. Firenzo sans aucune résis
tance ; que les Rebelles qui gardoient ce Poste
avoient pris la fuite avec tant de précipitation ,
que les Hussars n'avoient pú les joindres qu'a
prés cette Expedition , l'Armée s'étoit mise en
marche pour le Quartier de Vescovado , où les
Rebelles étoient retranchez , et qu'on ne doutoir
pas qu'elle ne les chassât des postes qu'ils y occupoient.
On apprend par d'autres Lettres arrivées depuis
, qu'un detachement de l'Armée s'étoit saisi
de la famille du nommé Alexandrini , l'un des
sept
SEPTEMBRE . 1731. 2247
sept Chefs des Rebelles , qu'on l'avoit envoyée à
La Bastia , et que l'Armée étoit revenue dans les
environs de cette Ville , sans avoir pû rien entreprendre
sur le quartier de Vescovado.
Il se répand un bruit qu'on travaille aux Préliminaires
d'un Traité d'accommodement entre
sette Republique et les Rebelles , et que dans peu
ce Traité sera signé.
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Résumé : ITALIE.
En Italie, l'archevêque de Salzbourg a signalé que des habitants de plusieurs localités de son diocèse, initialement catholiques, se sont déclarés luthériens et ont exigé le libre exercice de leur religion par la force. La Congrégation de Propaganda Fide a réagi en exhortant l'archevêque à rappeler certains religieux et à en envoyer d'autres plus acceptables. Une collecte a été ordonnée dans les églises de Rome pour prier le retour des hérétiques. L'archevêque avait accordé un délai de 15 jours à ses sujets pour se déclarer catholiques ou luthériens, permettant aux luthériens de vendre leurs biens et de partir. Certains révoltés sont revenus dans le devoir, demandant une diminution des impôts, tandis que d'autres se sont soumis sans condition et que les plus obstinés ont choisi de partir. À Rome, le chanoine Articone, recherché par la République de Gênes, est arrivé de Corse avec des pouvoirs pour négocier un accord avec la République par l'intermédiaire du Pape. Plusieurs nominations ecclésiastiques ont été proposées lors d'un consistoire secret. Le frère du cardinal Coscia reste prisonnier au Château Saint-Ange, suspendu de toutes fonctions sacerdotales. À Naples, le duc Coscia et son épouse ont été vus publiquement, et le cardinal Coscia a récupéré une grande partie de ses revenus malgré une saisie ordonnée par le nonce du Pape. Un décret a déclaré le cardinal Coscia incapable d'exercer toute juridiction dans ses bénéfices, sous peine d'excommunication. Le fiscal, le notaire et le curseur de la nonciature ont été ordonnés de quitter Naples pour avoir arrêté et visité les voitures du cardinal sans permission. À Florence, le père Ascanio, dominicain, a envoyé un courrier à Séville avec un traité stipulant que l'Infant Don Carlos héritera de la Toscane et des biens allodiaux du Grand-Duc, à l'exception de Ravenne et d'Urbino. Le banquier juif Fonseca a été reçu en audience par le Grand-Duc de Florence. À Parme, des préparatifs ont été faits pour les couches de la duchesse douairière. L'ambassadeur d'Espagne a protesté contre sa grossesse et sommé le général Stampa de faire sortir les troupes impériales des duchés de Parme et de Plaisance. Le roi Victor-Amédée est arrivé à Turin et y résidera. À Gênes, des troupes auxiliaires de l'Empereur ont été transportées en Corse, où des combats ont eu lieu contre les rebelles. La République de Gênes a accordé une amnistie générale aux rebelles corses, à l'exception de quelques chefs, et des négociations pour un traité d'accommodement sont en cours.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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552
p. 2247-2249
ESPAGNE.
Début :
Le Comte de Charni, Lieutenant General des Armées du Roy, qui doit commander les [...]
Mots clefs :
Comte, Escadre anglaise, Frégates
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE,
E Comte de Charni , Lieutenant General des
Larmos du Roy,qui doit commander les
6000. Espagnols qu'on transportera en Italie
est arrivé de son Gouvernement de Ceuta , et Sa
M. lui a fait remettre ses instructions.
L'Escadre Angloise, commandée par le Vice-
Amiral Wager , et qui est composée de 12. Vaisseaux
de guerre et de trois Fregates , est arrivée
dans la Baye de Cadix , avec quelques autres Vaisseaux
Anglois qui venoient de Gibraltar.
Quelques Vaisseaux Espagnols de l'Escadre du
Comte de Clavijo , ayant pris il y a quelque
temps le Vaisseau le S. Charles de Gibraltar , qui
avoit à bord des Maures allant d'Alger à Tetuan
avec des Marchandises ; le Roy a envoyé des ordres
pour faire rendre ce Vaisseau et tous les Passagers
qui étoient dessus.
S. M. Catholique a accordé en même temps à
la Compagnie de la Mer du Sud la restitution
d'une somme considerable qu'on lui avoit saisie
pendant les derniers troubles.
Les Regimens que le Roy a nommez pour
être transportez en Italie , sont ceux de Castille ,
de Lombardie , de Naples et de Bourgogne , de
deux Bataillons chacun , un Regiment Suisse ,
I iiij
aussi
2248 MERCURE DE FRANCE
aussi de deux Bataillons , et le Regiment de Ba
tavia Dragons ; de trois Escadrons , faisant ensemble
dix Bataillons et trois Escadrons. Le
Comte de Charny , Lieutenant General et Commandant
, aura sous lui en qualité de Marêchaux
de Camp , le Marquis de Pozzoblanco , le Marquis
de Châteaufort , le Duc de Castro Pinhano
et le Marquis de Torre Major,
Le Comte de Sant - Estevan , Chevalier des Ordres
du Roy Très- Chrétien , et Grand Ecuyer
du Prince des Asturies , a été nommé par le Roy
' Espagne pour accompagner l'Infant Don Carles
en Italie , où il demeurera auprès de ce Prince
pendant sa Minorité , en qualité de son Gouver
neur. Sa Charge de Grand Ecuyer du Prince des
Asturies lui est conservée, i
On écrit de Seville , que M. de Patino alla le
25. Août dîner avec l'Amiral Wager , il vit trois
Vaisseaux Anglois dont il fut trés- content ; le
-lendemain il mena ce General voir sa Garaca ; il
lui donna à dîner à bord de la Galice , Vaisseau
de 70. Canons , et il lui en fit voir trois d'Espagne
de 80. 70. et 64. que les Anglois trouverent
Trés-beaux .
*
La Flotte d'Espagne doit être composée de
25. Vaisseaux , sçavoir , 11. de Cadiz , 8. du
-Ferol , qu'on attend à chaque instant , et 6. qui
sont à Cartagene , grands et petits , et tout doit
être prêt pour le 15. Septembre , qu'on se rendra
à Barcelone , où se doit faire l'Embarquement
des 6000. Espagnols
Le Marquis Mary a les honneurs de Capitaine
General , pour être en grade égal avec l'Amiral
Anglois , et il a fait arborer Pavillon quarré au
grand mast du Vaissau la Sainte Isabelle de 80.
Canons. Il est décidé que les Anglois n'aurout
que
SEPTEMBRE. 1731. 2249
que douze Vaisseaux et trois Fregates. Ils sont
partis le 27. pour Gibraltar , où ils embarquent
deux Bataillons , n'ayant amené aucunes troupes
d'Angleterre .
E Comte de Charni , Lieutenant General des
Larmos du Roy,qui doit commander les
6000. Espagnols qu'on transportera en Italie
est arrivé de son Gouvernement de Ceuta , et Sa
M. lui a fait remettre ses instructions.
L'Escadre Angloise, commandée par le Vice-
Amiral Wager , et qui est composée de 12. Vaisseaux
de guerre et de trois Fregates , est arrivée
dans la Baye de Cadix , avec quelques autres Vaisseaux
Anglois qui venoient de Gibraltar.
Quelques Vaisseaux Espagnols de l'Escadre du
Comte de Clavijo , ayant pris il y a quelque
temps le Vaisseau le S. Charles de Gibraltar , qui
avoit à bord des Maures allant d'Alger à Tetuan
avec des Marchandises ; le Roy a envoyé des ordres
pour faire rendre ce Vaisseau et tous les Passagers
qui étoient dessus.
S. M. Catholique a accordé en même temps à
la Compagnie de la Mer du Sud la restitution
d'une somme considerable qu'on lui avoit saisie
pendant les derniers troubles.
Les Regimens que le Roy a nommez pour
être transportez en Italie , sont ceux de Castille ,
de Lombardie , de Naples et de Bourgogne , de
deux Bataillons chacun , un Regiment Suisse ,
I iiij
aussi
2248 MERCURE DE FRANCE
aussi de deux Bataillons , et le Regiment de Ba
tavia Dragons ; de trois Escadrons , faisant ensemble
dix Bataillons et trois Escadrons. Le
Comte de Charny , Lieutenant General et Commandant
, aura sous lui en qualité de Marêchaux
de Camp , le Marquis de Pozzoblanco , le Marquis
de Châteaufort , le Duc de Castro Pinhano
et le Marquis de Torre Major,
Le Comte de Sant - Estevan , Chevalier des Ordres
du Roy Très- Chrétien , et Grand Ecuyer
du Prince des Asturies , a été nommé par le Roy
' Espagne pour accompagner l'Infant Don Carles
en Italie , où il demeurera auprès de ce Prince
pendant sa Minorité , en qualité de son Gouver
neur. Sa Charge de Grand Ecuyer du Prince des
Asturies lui est conservée, i
On écrit de Seville , que M. de Patino alla le
25. Août dîner avec l'Amiral Wager , il vit trois
Vaisseaux Anglois dont il fut trés- content ; le
-lendemain il mena ce General voir sa Garaca ; il
lui donna à dîner à bord de la Galice , Vaisseau
de 70. Canons , et il lui en fit voir trois d'Espagne
de 80. 70. et 64. que les Anglois trouverent
Trés-beaux .
*
La Flotte d'Espagne doit être composée de
25. Vaisseaux , sçavoir , 11. de Cadiz , 8. du
-Ferol , qu'on attend à chaque instant , et 6. qui
sont à Cartagene , grands et petits , et tout doit
être prêt pour le 15. Septembre , qu'on se rendra
à Barcelone , où se doit faire l'Embarquement
des 6000. Espagnols
Le Marquis Mary a les honneurs de Capitaine
General , pour être en grade égal avec l'Amiral
Anglois , et il a fait arborer Pavillon quarré au
grand mast du Vaissau la Sainte Isabelle de 80.
Canons. Il est décidé que les Anglois n'aurout
que
SEPTEMBRE. 1731. 2249
que douze Vaisseaux et trois Fregates. Ils sont
partis le 27. pour Gibraltar , où ils embarquent
deux Bataillons , n'ayant amené aucunes troupes
d'Angleterre .
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Résumé : ESPAGNE.
En 1731, l'Espagne prépare une expédition militaire en Italie. Le Comte de Charny, Lieutenant Général, doit commander 6000 soldats espagnols, incluant les régiments de Castille, Lombardie, Naples, Bourgogne, un régiment suisse et les Batavia Dragons. L'escadre anglaise, dirigée par le Vice-Amiral Wager, composée de 12 vaisseaux de guerre et trois frégates, est arrivée à Cadix. Des vaisseaux espagnols ont capturé le 'S. Charles' à Gibraltar, transportant des Maures et des marchandises entre Alger et Tétouan. Le roi a ordonné la restitution du vaisseau et des passagers. Il a également autorisé la restitution d'une somme saisie par la Compagnie de la Mer du Sud. Le Comte de Charny sera assisté par plusieurs maréchaux de camp, dont le Marquis de Pozzoblanco et le Duc de Castro Pinhano. Le Comte de Sant-Estevan accompagnera l'Infant Don Carles en Italie et servira de gouverneur pendant sa minorité. À Séville, M. de Patino a rencontré l'Amiral Wager et lui a montré plusieurs vaisseaux espagnols. La flotte espagnole, composée de 25 vaisseaux, doit être prête pour le 15 septembre et se rendre à Barcelone pour l'embarquement des troupes. Le Marquis Mary a reçu les honneurs de Capitaine Général pour être en grade égal avec l'Amiral anglais. Les Anglais n'auront que douze vaisseaux et trois frégates, et ils ont embarqué deux bataillons à Gibraltar sans troupes supplémentaires d'Angleterre.
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553
p. 2256-2261
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le premier de ce mois, on célébra avec les cérémonies accoutumées, [...]
Mots clefs :
Abbaye royale de Saint-Denis, Chevalier, Duc, Rançon des Français, Royaume de Maroc, Marseille, Versailles
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
L
و oncélébraEpremierdecemois
avec les cérémonies accoutumées
dans l'Eglise de l'Abbaye Royale de S.
Denis , le Service solemnel qui s'y fair
tous les ans pour le repos de l'Ame du
feu Roi Louis XIV. L'Evêque de Lavaur
officia pontificalement : le Duc du Maine,
le Prince de Dombes , le Comte d'Eu et
le Comte de Toulouse y assisterent
ainsi que plusieurs Seigneurs de la Cour..
Le Roi a accordé au Duc de la Tremoille
, l'un des premiers Gentilhommes.
de la Chambre , l'agrément du Regiment
de Champagne , dont le Chevalier
de Tessé , qui en étoit Colonel , a donné
sa démission , et le Regiment d'Infanterie
qu'avoit le Duc de la Tremoille , a été
accordé au fils aîné du Comte de Tessé
premier Ecuyer de la Reine
Le
SEPTEMBRE. 1731. 2257
Le 27. du mois dernier , 34. Esclaves
François , rachetez à Constantinople par
les Peres Mathurins , de l'Ordre de la Ste.
Trinité , débarquerent à Marseille pour
se rendre à Paris , et de - là en leurs Pays,
Les autres députez du même Ordre
sont partis pour Cadix .. pour traiter
aussi de la rançon des François , détenus
au Royaume de Maroc.
>
On écrit de Marseille , qu'il y étoit arri
vé un accident bien triste . Il y avoit plus
dedeux ans que le Capitaine Grason en
étoit sorti avec son Vaisseau pour la côte
de Guinée et on étoit fort en peine sur
son sujet , lorsqu'on apprît enfin le 29.
Août qu'il venoit d'arriver aux Isles de
Marseille , fort content de son expédition
qui a eû tout le succès possible. C'est la
coûtume quand les Bâtimens entrent dans
la Baye , de saluer le Fort de Nôtre-
Dame de la Garde. En rendant ce salut
un des Canons creva , tua le Capitaine
avec deux hommes de son équipage , et
blessa le Capitaine en second. Une heure
après , le Vaisseau entra dans le Port.
Le 8 Sept. Fête de la Nat. de la Vierge,
il y eût Concert spirituel au Château des
Tuilleries. On y chanta le Motet Landa
Fe2258
MERCURE DE FRANCE
Jerusalem , de l'Abbé Gaveau , qui est un
excellent morceau de Musique. La Demoiselle
Petitpas chanta seule un petir
Motet nouveau du Sieur Le Maire , qui
fût très-goûté , de même qu'un autre à
deux voix chanté par les Demoiselles
Lenner , de la Musique du Roy , et Petitpas
et après plusieurs Pieces de simphonie
, éxecutées avec tout autant de
vivacité que de précision , le Concert fut
terminé par le Confitemini , Motet de M.
de Lalande.
Le Roy a accordé l'agrément de la
Charge de Président à Mortier , vacante
par la mort de Mr. de Maisons , à Mr.
Talon Avocat Général du Parlement ,
et Sa Majesté a donné la Charge d'Avo-
'cat General à Mr. Joly de Fleury , Fils
aîné du Procureur Général.
C
Le 16. le Duc de S. Aignan , Chevalier
des Ordres du Roy , et son Ambassadeur
à Rome , prit congé de Sa Majesté
pour s'y rendre. Il partira dans les
premiers jours d'Octobre par Marseille
où tes Galeres qui doivent le passer à
Civitavechia , sont prêtes..
-9
Le 19. après midy , le Roy fit auprès
de la grande avenue du Château de Versailles
:
SEPTEMBRE . 1731. 2259
sailles , la révûë du Regiment de Dragons
d'Orleans , à la tête duquel étoit le Duc
d'Orleans. Le Regiment défila et fit plusieurs
mouvemens devant Sa Majesté , qui
en parût très contente , et il vint ensuite
passer devant la Reine , qui étoit avec
Monseigneur le Dauphin sur le Balcon de
l'appartement des Princesses d'Orleans,
Le Roi Stanislas et la Reine son Epouse
, qui sont venus incognito passer quelques
jours à Versailles , avec la Reine
leur fille en partirent le 19. de ce mois
pour retourner à Chambord. Pendant
leur séjour à la Cour , le Roy les a vûs
plusieurs fois chez la Reine .
,
Le 25. la Lotterie de la Compagnie
des Indes , établie. pour le remboursé
ment des Actions fût tirée en la ma
niere accoûtumée à l'Hôtel de la Compagnie
. La liste des Numeros gagnans
des Actions et dixième d'Actions , qui
doivent être remboursées , faisant en tout
le nombre de 309. Actions et un dixième
d'Action. Il y a un Nota sur la liste de
ce mois , qui fait voir pourquoi on a été
obligé de tirer un dixième d'Action
de plus .
Au mois d'Août dernier , il y eût differents
2260 MERCURE DE FRANCE
ferents Concerts chez la Reine. M. de
Blamont , Sur- Intendant de la Músique
du Roy de Semestre , fit chanter à chaque
Concert un Acte seulement de l'Opera
de Bellerophon , à cause de la Promenade.
Les Demoiselles Courrasier , Barbier
et Roblin chanterent les principaux
Rôles , et les Sieurs Godonnerche , Dangerville
et Petillot , ceux du Roy , de
Bellerophon et d'Amisodar.
Le 3. Septembre , on chanta le Prolo
gue et le premier Acte d'Atys , le Sieur
d'Angerville fit le Rôle du Temps dans
le Prologue , et celui d'Idas dans la Piece.
Le Sr. Petillot chanta le Rôle d'Atyr
et la Dlle. Lenner celui de Sangaride.
Le 15 , on continua le même Opera
par le second et troisiéme Acte . La Dile
Antier chanta le Rôlle de Cybelle , et le
Sr. Chassé celui de Celenus et du Sommeil.
La Dlle. Antier ayant infiniment brillé
dans ce Rôle eût ensuite l'honneur
d'être présentée au Roy Stanislas , et à
la Reine son Epouse , qui la reçûrent
avec une bonté distinguée , et lui marquerent
leur satisfaction par les témoignages
les plus gracieux.
>
Le 25 , le Comte Maffey , Amdassadeur
Extr. du Roy de Sardaigne , eût
une
SEPTEMBRE 1731. 2261
,
une Audience particuliere du Roy , dans
laquelle il prit congé de S. M étant
conduit par le Chevalier de Sainctot
Introducteur des Ambassadeurs , qui le
conduisit ensuite à l'Audience de la Relne
et à celle de Monseigneur le Dauphin
, de Monseigneur le Duc d'Anjou
et de Mesdames de France. '
L
و oncélébraEpremierdecemois
avec les cérémonies accoutumées
dans l'Eglise de l'Abbaye Royale de S.
Denis , le Service solemnel qui s'y fair
tous les ans pour le repos de l'Ame du
feu Roi Louis XIV. L'Evêque de Lavaur
officia pontificalement : le Duc du Maine,
le Prince de Dombes , le Comte d'Eu et
le Comte de Toulouse y assisterent
ainsi que plusieurs Seigneurs de la Cour..
Le Roi a accordé au Duc de la Tremoille
, l'un des premiers Gentilhommes.
de la Chambre , l'agrément du Regiment
de Champagne , dont le Chevalier
de Tessé , qui en étoit Colonel , a donné
sa démission , et le Regiment d'Infanterie
qu'avoit le Duc de la Tremoille , a été
accordé au fils aîné du Comte de Tessé
premier Ecuyer de la Reine
Le
SEPTEMBRE. 1731. 2257
Le 27. du mois dernier , 34. Esclaves
François , rachetez à Constantinople par
les Peres Mathurins , de l'Ordre de la Ste.
Trinité , débarquerent à Marseille pour
se rendre à Paris , et de - là en leurs Pays,
Les autres députez du même Ordre
sont partis pour Cadix .. pour traiter
aussi de la rançon des François , détenus
au Royaume de Maroc.
>
On écrit de Marseille , qu'il y étoit arri
vé un accident bien triste . Il y avoit plus
dedeux ans que le Capitaine Grason en
étoit sorti avec son Vaisseau pour la côte
de Guinée et on étoit fort en peine sur
son sujet , lorsqu'on apprît enfin le 29.
Août qu'il venoit d'arriver aux Isles de
Marseille , fort content de son expédition
qui a eû tout le succès possible. C'est la
coûtume quand les Bâtimens entrent dans
la Baye , de saluer le Fort de Nôtre-
Dame de la Garde. En rendant ce salut
un des Canons creva , tua le Capitaine
avec deux hommes de son équipage , et
blessa le Capitaine en second. Une heure
après , le Vaisseau entra dans le Port.
Le 8 Sept. Fête de la Nat. de la Vierge,
il y eût Concert spirituel au Château des
Tuilleries. On y chanta le Motet Landa
Fe2258
MERCURE DE FRANCE
Jerusalem , de l'Abbé Gaveau , qui est un
excellent morceau de Musique. La Demoiselle
Petitpas chanta seule un petir
Motet nouveau du Sieur Le Maire , qui
fût très-goûté , de même qu'un autre à
deux voix chanté par les Demoiselles
Lenner , de la Musique du Roy , et Petitpas
et après plusieurs Pieces de simphonie
, éxecutées avec tout autant de
vivacité que de précision , le Concert fut
terminé par le Confitemini , Motet de M.
de Lalande.
Le Roy a accordé l'agrément de la
Charge de Président à Mortier , vacante
par la mort de Mr. de Maisons , à Mr.
Talon Avocat Général du Parlement ,
et Sa Majesté a donné la Charge d'Avo-
'cat General à Mr. Joly de Fleury , Fils
aîné du Procureur Général.
C
Le 16. le Duc de S. Aignan , Chevalier
des Ordres du Roy , et son Ambassadeur
à Rome , prit congé de Sa Majesté
pour s'y rendre. Il partira dans les
premiers jours d'Octobre par Marseille
où tes Galeres qui doivent le passer à
Civitavechia , sont prêtes..
-9
Le 19. après midy , le Roy fit auprès
de la grande avenue du Château de Versailles
:
SEPTEMBRE . 1731. 2259
sailles , la révûë du Regiment de Dragons
d'Orleans , à la tête duquel étoit le Duc
d'Orleans. Le Regiment défila et fit plusieurs
mouvemens devant Sa Majesté , qui
en parût très contente , et il vint ensuite
passer devant la Reine , qui étoit avec
Monseigneur le Dauphin sur le Balcon de
l'appartement des Princesses d'Orleans,
Le Roi Stanislas et la Reine son Epouse
, qui sont venus incognito passer quelques
jours à Versailles , avec la Reine
leur fille en partirent le 19. de ce mois
pour retourner à Chambord. Pendant
leur séjour à la Cour , le Roy les a vûs
plusieurs fois chez la Reine .
,
Le 25. la Lotterie de la Compagnie
des Indes , établie. pour le remboursé
ment des Actions fût tirée en la ma
niere accoûtumée à l'Hôtel de la Compagnie
. La liste des Numeros gagnans
des Actions et dixième d'Actions , qui
doivent être remboursées , faisant en tout
le nombre de 309. Actions et un dixième
d'Action. Il y a un Nota sur la liste de
ce mois , qui fait voir pourquoi on a été
obligé de tirer un dixième d'Action
de plus .
Au mois d'Août dernier , il y eût differents
2260 MERCURE DE FRANCE
ferents Concerts chez la Reine. M. de
Blamont , Sur- Intendant de la Músique
du Roy de Semestre , fit chanter à chaque
Concert un Acte seulement de l'Opera
de Bellerophon , à cause de la Promenade.
Les Demoiselles Courrasier , Barbier
et Roblin chanterent les principaux
Rôles , et les Sieurs Godonnerche , Dangerville
et Petillot , ceux du Roy , de
Bellerophon et d'Amisodar.
Le 3. Septembre , on chanta le Prolo
gue et le premier Acte d'Atys , le Sieur
d'Angerville fit le Rôle du Temps dans
le Prologue , et celui d'Idas dans la Piece.
Le Sr. Petillot chanta le Rôle d'Atyr
et la Dlle. Lenner celui de Sangaride.
Le 15 , on continua le même Opera
par le second et troisiéme Acte . La Dile
Antier chanta le Rôlle de Cybelle , et le
Sr. Chassé celui de Celenus et du Sommeil.
La Dlle. Antier ayant infiniment brillé
dans ce Rôle eût ensuite l'honneur
d'être présentée au Roy Stanislas , et à
la Reine son Epouse , qui la reçûrent
avec une bonté distinguée , et lui marquerent
leur satisfaction par les témoignages
les plus gracieux.
>
Le 25 , le Comte Maffey , Amdassadeur
Extr. du Roy de Sardaigne , eût
une
SEPTEMBRE 1731. 2261
,
une Audience particuliere du Roy , dans
laquelle il prit congé de S. M étant
conduit par le Chevalier de Sainctot
Introducteur des Ambassadeurs , qui le
conduisit ensuite à l'Audience de la Relne
et à celle de Monseigneur le Dauphin
, de Monseigneur le Duc d'Anjou
et de Mesdames de France. '
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Résumé : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
En septembre 1731, plusieurs événements marquants ont eu lieu à la cour de France. Le 1er septembre, un service solennel en mémoire du roi Louis XIV a été célébré à l'Abbaye Royale de Saint-Denis, officié par l'évêque de Lavaur et en présence de dignitaires. Le roi a accordé au Duc de la Tremoille le régiment de Champagne et au fils aîné du Comte de Tessé un régiment d'infanterie. Le 27 août, 34 esclaves français, rachetés à Constantinople par les Pères Mathurins, ont débarqué à Marseille pour retourner en France. D'autres membres de l'Ordre de la Sainte-Trinité se sont rendus à Cadix pour négocier la rançon de Français détenus au Maroc. À Marseille, un accident tragique a eu lieu le 29 août : le capitaine Grason et deux membres de son équipage ont été tués par l'explosion d'un canon lors de l'entrée de leur vaisseau dans la baie. Le 8 septembre, un concert spirituel a été organisé au Château des Tuileries, incluant des motets de l'Abbé Gaveau et du Sieur Le Maire. Le roi a nommé M. Talon Président à Mortier et M. Joly de Fleury Avocat Général. Le Duc de Saint-Aignan, ambassadeur à Rome, a pris congé du roi pour partir à Rome via Marseille. Le 19 septembre, le roi a passé en revue le régiment de dragons d'Orléans à Versailles. Le roi Stanislas et la reine son épouse, incognito à Versailles avec la reine leur fille, sont repartis pour Chambord. Le 25 septembre, la lotterie de la Compagnie des Indes a été tirée pour rembourser les actions. En août, plusieurs concerts ont eu lieu chez la reine, incluant des extraits de l'opéra Bellerophon. Le 3 septembre, des extraits d'Atys ont été chantés, avec la participation de plusieurs chanteurs renommés. La demoiselle Antier, ayant brillé dans son rôle, a été présentée au roi Stanislas et à la reine. Le 25 septembre, le Comte Maffey, ambassadeur du roi de Sardaigne, a pris congé du roi et de la famille royale.
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554
p. 2261-2266
Nouvel Evêque de Dijon, et Mandement &c. [titre d'après la table]
Début :
M. Jean Bouhier, nouvel Evêque de Dijon, fût sacré le Dimanche 16. de ce [...]
Mots clefs :
Évêque, Dijon, Érection, Église collégiale de Saint-Étienne, Chantre
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texteReconnaissance textuelle : Nouvel Evêque de Dijon, et Mandement &c. [titre d'après la table]
M. Jean Bouhier , nouvel Evêque de
Dijon , fût sacré le Dimanche 16. de ce
mois , par M. l'Archevêque de Paris dans
la Chapelle de l'Archevêché , assisté des
Ev. de S. Papoul et de Tarbes. Il prêta
serment le 23. enrre les mains de S. M.
Le Roi avoit demandé au Pape l'érection
de cet Evêché , dès l'année 1723
et y avoit nommé le même Abbé Bouhier
, qui étoit Doyen de la Sainte Chapelle
de Dijon . On a établi le Siege de
cet Evêché dans l'Eglise Collegiale de
S. Etienne de la même Ville ; et on lui a
donné pour revenu les Manses Abba◄
tiales de S. Etienne et de Bese. "
Il s'est fait presqu'en même temps un
autre établissement d'un autre genre dans
la même Province de Bourgogne ; c'est
l'érection d'un Chapitre dans l'Eglise
Prieurale Nôtre Dame de la Ville de
Semur, Capitale du Pays d'Auxois , Dio-
-
cèse
2262 MERCURE DE FRANCE
cèse d'Autun comme cette Eglise est
de Fondation Royale , et magnifiquement
bâtie , le Roy en fit solliciter à
Rome dès 1724. la sécularisation , et l'érection
en Collegiale. Le Pape accorda la
demande du Roy , au mois de Septembre
de l'année passée ; et il en a fait expédier
la Bulle le mois de Juin dernier.
Ce Chapitre doit être composé d'une
Dignité de Doyen , d'un Personnat de
Chantre , et de dix autres Prebendes Canoniales
simples. Le Roy par son Brevet
du 12. Octobre 1724. pour contribuer
à la Dotation de ce nouveau Chapitre
, a consenti à l'union du Prieuré de
Bar , qui étoit de sa nomination , dans
le même Diocèse d'Autun , à ladite Eglise
, en se reservant la disposition du Personnat
de Chantre avec sa Prébende
Canoniale , et de trois autres Prebendes .
Canoniales simples dont Sa Majesté
vient de disposer pour la premiere fois.
Le Prieur de cette Eglise , D. N. Maurel,
est fait par la Bulle , Doyen de ce nouveau
Chapitre.
>
Voici le Mandement du Vicaire Général
de Dijon , pour faire des Prieres &c.
A
.
NTOINE Bernard Gagne , Prêtre , Docteur
en Théologie , Doyen de l'Eglise Cathédrale
de S. Etienne de Dijon , Vicaire Général
SEPTEMBRE. 1731. 2263
ral et Official de Monseigneur l'Illustrissime et
Révérendissime Jean Bouhier , premier Evêque
de Dijon ; Au Clergé Séculier et Régulier , et à
tous les Fidéles de ce nouveau Diocèse : Salut en
J. C. Nôtre-Seigneur .
C'est Dieu , Mes très - chers Freres , qui donne
dans sa Miséricorde des Evêques selon son
coeur , pour dispenser le Pain de vie et la Science
du Salut ? C'est lui qui disposant des Thrones
et des Couronnes , place de sa main sur les premiers
Siéges de l'Eglise ceux qu'il destine à cons
duire et à juger les Tribus d'Israël ; c'est sur
eux que le Prince des Pasteurs se répose de la sû
reté de son Troupeau ; ils sont le sel de la Terre
qui n'éprouve point la corruption , mais qui
en garantit ; la lumiere du monde qui ne s'éteint
point , mais qui forme le beau jour de la Foi
au milieu des ténébres de ce siècle , des Anges
Tutelaires , des Esprits agissans , occupez de la
sollicitude des Eglises. Le don d'un bon Pasteur,
d'un Saint Evêque , est le plus riche present de
la magnificence du Seigneur , et la marque la
plus sensible de sa protection sur un Peuple qu'il
veut favoriser ; elle va vous éclairer , Mes Freres
, cette lumiere brillante , cette grace qui sera
la source des bienfaits les plus signalez . Eglise
naissante , vous êtes sur le point d'éprouver les
complaisances de vôtre céleste Epoux ; il vous
réservoit dans ses trésors un Evêque formé pour
vous , comme vous venez d'être formés pour
lui. Pontife pris d'entre vous il est établi
pour
vous auprès de Dieu , en tout ce qui regarde son
culte et la sanctification de vos ames il est le
premier qui se presente à vous avec le titre et là
tendresse d'un Pere ; puissiez - vous être reçûs
les premiers dans son sein avec l'amour et la do→
>
cilité
2264 MERCURE DE FRANCE
>
cilité des Enfans ! Oüy , Mes Freres , nous le
répetons avec une sainte joye , élevé qu'il est à
l'Episcopat,par le choix d'un Roy plein de sagesse
et de zele pour la Religion , qui s'est rendu sensible
à nos voeux empressez et à nos justes désirs ;
il est donné pour Peré à la Patrie dont il tient
la naissance il en a fait la gloire et l'honneur
dans les Dignitez qu'il a remplies ; il en va être
l'édification et la félicité dans les travaux de l'Apostolat
, qu'il entreprend pour elle ; mais pour
consacrer par l'esprit de J. C. des sentimens fondez
dans la Nature , et si justement meritez ; au
même jour que nôtre Prélat doit s'incliner sous
la main des Pontifes pour recevoir l'Onction sacrée
, et la plénitude du Sacerdoce , prosternonsnous
devant la Majesté toute- puissante , afin
qu'elle répande sur lui les abondantes effusions
de sa Grace. Que les cris du Troupeau soient
portez avec les voeux du Pasteur jusqu'au Trône
suprême ! Que la fumée de l'Encens et l'odeur
du Sacrifice s'élevent de l'Autel , et pénétrent les
Cieux , pour attirer les dons qui font les saints
Evêques , et les benedictions du Chef qui se répandent
sur le corps auquel il préside ! Enfin
mettons-nous en état par les dispositions de nos
coeurs , et par la ferveur de nos Prieres , de voir
renouveller parmi nous ce qui se passa lorsque
le Grand-Prêtre parût pour la premiere fois dans
le Tabernacle avec l'éclat et la splendeur du
Vêtement Sacré , tel ,dit l'Ecriture , qu'il n'y en
avoit jamais eû de semblable en Majesté : Sie
pulchra non fuerunt antè ipsum talia ad originem.
Tout Israël étoit dans la terreur et le
respect autour du Tabernacle , où Moyse luymême
n'osoit entrer : Nec poterat Moyses ingredi
tectum foederis ; tandis que l'Huile sainte
>
couloit
SEPTEMBRE . 1731. 2265
:
couloit de la main du Prophête sur la tête du
Pontife Fundens super caput Aaron unxit
eum et consecravit , et que du haut des Cieux ,
le Seigneur applaudissoit par des miracles à
l'onction de son Christ et à la Religion de son
Peuple Operuit nubes Tabernaculum testimonii
, et gloria Domini implevit illud.
A ces Causes , après en avoir conféré avec nos
Vénérables Freres les Chanoines et Chapitre de
l'Eglise Cathédrale ; Nous ordonnons que le
Dimanche seize Septembre , jour fixé pour la
cérémonie du Sacre de Monseigneur l'Illustrissime
et Réverendissime Jean Bouhier , premier
Evêque de Dijon , le Très- Saint Sacrement sera
exposé au son de toutes les cloches dans toutes
les Eglises de la Ville , exemptes ou non exemptes
, depuis sept heures du matin jusqu'à six
heures du soir , et dans celles de la Campagne ,
pendant la Grand'Messe et les Vêpres seule
ment ; qu'on chantera pour l'exposition, Sa
lutaris Hostia , &c. puis le Ps. 131. Memento ,
Domine David. le . Elegit eum Dominus &c.
et l'Oraison pro electo Episcopo ; qu'à l'heure
convenable il sera célébré une Messe solemnelle
comme elle est marquée dans le Missel Romain ,
In Anniversario Electionis seu Consecrationis
Episcopi , avec mémoire du Dimanche , ce qui
sera observé dans toutes les Messes basses ; que le
soir pour la Benediction , on chantera l'Hymne
Pange lingua , le y. et l'Oraison du Très - Saint
Sacrement , le R. Posui adjutorium super Potentem
, avec le Gloria Patri &c. le . et l'Oraison
comme cy- dessus , Pro electo Episcopo ;
le Ps . xix. Exaudiat te Dominus , avec la Collecte
pour le Roy aprés la Benediction on
chantera le Te Deum , suivi de deux Oraisons de
K
?
la
2266 MERCURE DE FRANCE
la Sainte Trinité , et d'Actions de Graces au son
de toutes les Cloches , qui annonceront la veille
à midi et à sept heures du soir cette sainte Cé¬
rémonie.
Nous invitons tous les Fidéles de s'unir aux
Ministres du Sanctuaire , dans les voeux et sacrifices
qu'ils offriront , en se disposant eux - mêmes
pour participer en ce jour à la Divine Eucharistie
, qui est le lien sacré et le centre de l'u
nion du Pasteur au Troupeau.
Conservons , mes très-chers Freres une réconnoissance
éternelle , et un respect sincere
pour cette Roche précieuse dont nous avons été
taillez , la sainte Eglise de Langres qui nous a
enfantez et nourris en J. C. Eglise si vénerable .
par son antiquité , par ses titres par tant de
saints Evêques qui l'ont gouvernée , et par l'illustre
Prélat qui occupe aujourd'hui le Siege
Et sera nôtre present Mandement publié le
Dimanche , précedent aux Prônes des Paroisses
et affiché aux Portes des Eglises . Donné à Dijon,
sous nôtre seing , celui du Secretaire de Monsei
gneur l'Evêque , et le contrescel de ses armes
ce 6. Septembre 1731. Gagne Vicaire General.
Mathieu , Secretaire.
Dijon , fût sacré le Dimanche 16. de ce
mois , par M. l'Archevêque de Paris dans
la Chapelle de l'Archevêché , assisté des
Ev. de S. Papoul et de Tarbes. Il prêta
serment le 23. enrre les mains de S. M.
Le Roi avoit demandé au Pape l'érection
de cet Evêché , dès l'année 1723
et y avoit nommé le même Abbé Bouhier
, qui étoit Doyen de la Sainte Chapelle
de Dijon . On a établi le Siege de
cet Evêché dans l'Eglise Collegiale de
S. Etienne de la même Ville ; et on lui a
donné pour revenu les Manses Abba◄
tiales de S. Etienne et de Bese. "
Il s'est fait presqu'en même temps un
autre établissement d'un autre genre dans
la même Province de Bourgogne ; c'est
l'érection d'un Chapitre dans l'Eglise
Prieurale Nôtre Dame de la Ville de
Semur, Capitale du Pays d'Auxois , Dio-
-
cèse
2262 MERCURE DE FRANCE
cèse d'Autun comme cette Eglise est
de Fondation Royale , et magnifiquement
bâtie , le Roy en fit solliciter à
Rome dès 1724. la sécularisation , et l'érection
en Collegiale. Le Pape accorda la
demande du Roy , au mois de Septembre
de l'année passée ; et il en a fait expédier
la Bulle le mois de Juin dernier.
Ce Chapitre doit être composé d'une
Dignité de Doyen , d'un Personnat de
Chantre , et de dix autres Prebendes Canoniales
simples. Le Roy par son Brevet
du 12. Octobre 1724. pour contribuer
à la Dotation de ce nouveau Chapitre
, a consenti à l'union du Prieuré de
Bar , qui étoit de sa nomination , dans
le même Diocèse d'Autun , à ladite Eglise
, en se reservant la disposition du Personnat
de Chantre avec sa Prébende
Canoniale , et de trois autres Prebendes .
Canoniales simples dont Sa Majesté
vient de disposer pour la premiere fois.
Le Prieur de cette Eglise , D. N. Maurel,
est fait par la Bulle , Doyen de ce nouveau
Chapitre.
>
Voici le Mandement du Vicaire Général
de Dijon , pour faire des Prieres &c.
A
.
NTOINE Bernard Gagne , Prêtre , Docteur
en Théologie , Doyen de l'Eglise Cathédrale
de S. Etienne de Dijon , Vicaire Général
SEPTEMBRE. 1731. 2263
ral et Official de Monseigneur l'Illustrissime et
Révérendissime Jean Bouhier , premier Evêque
de Dijon ; Au Clergé Séculier et Régulier , et à
tous les Fidéles de ce nouveau Diocèse : Salut en
J. C. Nôtre-Seigneur .
C'est Dieu , Mes très - chers Freres , qui donne
dans sa Miséricorde des Evêques selon son
coeur , pour dispenser le Pain de vie et la Science
du Salut ? C'est lui qui disposant des Thrones
et des Couronnes , place de sa main sur les premiers
Siéges de l'Eglise ceux qu'il destine à cons
duire et à juger les Tribus d'Israël ; c'est sur
eux que le Prince des Pasteurs se répose de la sû
reté de son Troupeau ; ils sont le sel de la Terre
qui n'éprouve point la corruption , mais qui
en garantit ; la lumiere du monde qui ne s'éteint
point , mais qui forme le beau jour de la Foi
au milieu des ténébres de ce siècle , des Anges
Tutelaires , des Esprits agissans , occupez de la
sollicitude des Eglises. Le don d'un bon Pasteur,
d'un Saint Evêque , est le plus riche present de
la magnificence du Seigneur , et la marque la
plus sensible de sa protection sur un Peuple qu'il
veut favoriser ; elle va vous éclairer , Mes Freres
, cette lumiere brillante , cette grace qui sera
la source des bienfaits les plus signalez . Eglise
naissante , vous êtes sur le point d'éprouver les
complaisances de vôtre céleste Epoux ; il vous
réservoit dans ses trésors un Evêque formé pour
vous , comme vous venez d'être formés pour
lui. Pontife pris d'entre vous il est établi
pour
vous auprès de Dieu , en tout ce qui regarde son
culte et la sanctification de vos ames il est le
premier qui se presente à vous avec le titre et là
tendresse d'un Pere ; puissiez - vous être reçûs
les premiers dans son sein avec l'amour et la do→
>
cilité
2264 MERCURE DE FRANCE
>
cilité des Enfans ! Oüy , Mes Freres , nous le
répetons avec une sainte joye , élevé qu'il est à
l'Episcopat,par le choix d'un Roy plein de sagesse
et de zele pour la Religion , qui s'est rendu sensible
à nos voeux empressez et à nos justes désirs ;
il est donné pour Peré à la Patrie dont il tient
la naissance il en a fait la gloire et l'honneur
dans les Dignitez qu'il a remplies ; il en va être
l'édification et la félicité dans les travaux de l'Apostolat
, qu'il entreprend pour elle ; mais pour
consacrer par l'esprit de J. C. des sentimens fondez
dans la Nature , et si justement meritez ; au
même jour que nôtre Prélat doit s'incliner sous
la main des Pontifes pour recevoir l'Onction sacrée
, et la plénitude du Sacerdoce , prosternonsnous
devant la Majesté toute- puissante , afin
qu'elle répande sur lui les abondantes effusions
de sa Grace. Que les cris du Troupeau soient
portez avec les voeux du Pasteur jusqu'au Trône
suprême ! Que la fumée de l'Encens et l'odeur
du Sacrifice s'élevent de l'Autel , et pénétrent les
Cieux , pour attirer les dons qui font les saints
Evêques , et les benedictions du Chef qui se répandent
sur le corps auquel il préside ! Enfin
mettons-nous en état par les dispositions de nos
coeurs , et par la ferveur de nos Prieres , de voir
renouveller parmi nous ce qui se passa lorsque
le Grand-Prêtre parût pour la premiere fois dans
le Tabernacle avec l'éclat et la splendeur du
Vêtement Sacré , tel ,dit l'Ecriture , qu'il n'y en
avoit jamais eû de semblable en Majesté : Sie
pulchra non fuerunt antè ipsum talia ad originem.
Tout Israël étoit dans la terreur et le
respect autour du Tabernacle , où Moyse luymême
n'osoit entrer : Nec poterat Moyses ingredi
tectum foederis ; tandis que l'Huile sainte
>
couloit
SEPTEMBRE . 1731. 2265
:
couloit de la main du Prophête sur la tête du
Pontife Fundens super caput Aaron unxit
eum et consecravit , et que du haut des Cieux ,
le Seigneur applaudissoit par des miracles à
l'onction de son Christ et à la Religion de son
Peuple Operuit nubes Tabernaculum testimonii
, et gloria Domini implevit illud.
A ces Causes , après en avoir conféré avec nos
Vénérables Freres les Chanoines et Chapitre de
l'Eglise Cathédrale ; Nous ordonnons que le
Dimanche seize Septembre , jour fixé pour la
cérémonie du Sacre de Monseigneur l'Illustrissime
et Réverendissime Jean Bouhier , premier
Evêque de Dijon , le Très- Saint Sacrement sera
exposé au son de toutes les cloches dans toutes
les Eglises de la Ville , exemptes ou non exemptes
, depuis sept heures du matin jusqu'à six
heures du soir , et dans celles de la Campagne ,
pendant la Grand'Messe et les Vêpres seule
ment ; qu'on chantera pour l'exposition, Sa
lutaris Hostia , &c. puis le Ps. 131. Memento ,
Domine David. le . Elegit eum Dominus &c.
et l'Oraison pro electo Episcopo ; qu'à l'heure
convenable il sera célébré une Messe solemnelle
comme elle est marquée dans le Missel Romain ,
In Anniversario Electionis seu Consecrationis
Episcopi , avec mémoire du Dimanche , ce qui
sera observé dans toutes les Messes basses ; que le
soir pour la Benediction , on chantera l'Hymne
Pange lingua , le y. et l'Oraison du Très - Saint
Sacrement , le R. Posui adjutorium super Potentem
, avec le Gloria Patri &c. le . et l'Oraison
comme cy- dessus , Pro electo Episcopo ;
le Ps . xix. Exaudiat te Dominus , avec la Collecte
pour le Roy aprés la Benediction on
chantera le Te Deum , suivi de deux Oraisons de
K
?
la
2266 MERCURE DE FRANCE
la Sainte Trinité , et d'Actions de Graces au son
de toutes les Cloches , qui annonceront la veille
à midi et à sept heures du soir cette sainte Cé¬
rémonie.
Nous invitons tous les Fidéles de s'unir aux
Ministres du Sanctuaire , dans les voeux et sacrifices
qu'ils offriront , en se disposant eux - mêmes
pour participer en ce jour à la Divine Eucharistie
, qui est le lien sacré et le centre de l'u
nion du Pasteur au Troupeau.
Conservons , mes très-chers Freres une réconnoissance
éternelle , et un respect sincere
pour cette Roche précieuse dont nous avons été
taillez , la sainte Eglise de Langres qui nous a
enfantez et nourris en J. C. Eglise si vénerable .
par son antiquité , par ses titres par tant de
saints Evêques qui l'ont gouvernée , et par l'illustre
Prélat qui occupe aujourd'hui le Siege
Et sera nôtre present Mandement publié le
Dimanche , précedent aux Prônes des Paroisses
et affiché aux Portes des Eglises . Donné à Dijon,
sous nôtre seing , celui du Secretaire de Monsei
gneur l'Evêque , et le contrescel de ses armes
ce 6. Septembre 1731. Gagne Vicaire General.
Mathieu , Secretaire.
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Résumé : Nouvel Evêque de Dijon, et Mandement &c. [titre d'après la table]
En 1731, deux événements significatifs ont marqué la province de Bourgogne. Le 16 septembre, Jean Bouhier a été sacré évêque de Dijon par l'archevêque de Paris, assisté des évêques de Saint-Papoul et de Tarbes. Cette nomination avait été demandée par le roi au pape dès 1723 pour l'érection de cet évêché. Le siège épiscopal a été établi dans l'église collégiale Saint-Étienne de Dijon, avec les revenus des manse abbatiales de Saint-Étienne et de Bese. Parallèlement, en 1724, le roi avait sollicité la sécularisation et l'érection en collégiale de l'église prieurale Notre-Dame de Semur, capitale du pays d'Auxois, diocèse d'Autun. Le pape a accordé cette demande en septembre 1730, et la bulle a été expédiée en juin 1731. Ce nouveau chapitre est composé d'une dignité de doyen, d'un personnat de chantre, et de dix autres prébendes canoniales simples. Le roi a contribué à la dotation de ce chapitre en unissant le prieuré de Bar à cette église, tout en se réservant la disposition de certaines prébendes. Le vicaire général de Dijon, Antoine Bernard Gagne, a publié un mandement appelant à des prières et des cérémonies pour célébrer le sacre de Jean Bouhier. Il a souligné l'importance de ce nouvel évêque pour le diocèse naissant et a invité tous les fidèles à participer aux offices religieux prévus pour le jour du sacre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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555
p. 2380-2384
Oeuvres de M de S. Evremont, [titre d'après la table]
Début :
OEUVRES de M. de S. Evremond, publiées sur les Manuscrits, avec la vie de [...]
Mots clefs :
Manuscrits, Figures gravées, Anecdotes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Oeuvres de M de S. Evremont, [titre d'après la table]
OEUVRES de M. de S. Evremond , publiées
sur les Manuscrits , avec la vie de
Auteur , par M. Des Maizeaux , Membre
de la Societé Royale . Quatrième Edition ;
revue , corrigée et augmentée. Enrichie de figures
gravées par B. Picart le Romain. A
Amsterdam chez Covens et Mortier.
17.6. 5. vol. in 12:
,
On
OCTOBRE. - 1731. 2385
On trouve dans cet Article une énumeration
de toutes les differentes Editions
, bonnes ou falcifiées , qui se sont
faites de cet Ouvrage en differens endroits.
On y trouve aussi les avantages
que cette Edition peut avoir sur les autres.
M. Des Maizeaux a mis la vie de M.
de S. Evremond à la tête. Il y a beaucoup
d'Anecdotes qu'il dit tenir de M. de S.
Evremond même. L'Editeur a fait entres
dans cette vie l'Histoire ou le Catalogue
raisonné des Ouvrages de cet Auteur. Il
a ajoûté dans cette Edition plusieurs Pieces
qui ne se trouvent point dans les
autres.
A la suite de ce . Article , le Journaliste
en a placé un autre qui regarde
aussi quelques Ouvrages de M. de S. Evremond
, donnez au Public par le même
Editeur. En voici leTitre seulement . Mé-
Lange curieux des meilleures Pieces attribuées
à M. de S. Evremond , et de quelques au
tres Ouvrages rares ou nouveaux . Troisiéme
Edition , où l'on a retranché plusieurs Pieces
pour en ajoûter de plus interessantes , enrichie
de figures gravées par B. Picart le Romain.
A Amsterdam chez Covens et
Mortier , 1726. 2. vol . 12.
و
. Lettres à M. Mead , Docteur en Medecine
, touchant une nouvelle Edition de l'Histoire
2382 MERCURE DE FRANCE
toire de M. de Thon , traduites de l'Anglois.
A Londres , 1729. in 12. de 44 :
pages pour la premiere Lettre , et de 61 .
pour
la seconde.
M. Buckley est l'Auteur de ces Lettres
qui parurent en Anglois en 1728. C'est
lui- même qui a entrepris cette Edition .
Voici le Plan sur lequel il travaille . It
donnera pour Texte l'Edition toute entiere
de Lingelsheim , à qui M. de Thou
avoit envoyé peu de temps avant sa mort
une copie de son ouvrage , que Lingelsheim
fit imprimer à Geneve en 1620.
L'Editeur mettra au bas des pages les diverses
Leçons des Editions qui se firent à
Paris pendant la vie dè l'Auteur , et dont
celles de Francfort ne furent durant ca
temps - là que d'infideles copies . Il distinguera
,
à
de même les corrections et les Additions
que MM. Dupuy et Rigault
qui M. de Thou avoit confié par son Testament
, le soin de publier son Histoire ,
ont eu soin de faire dans i'Edition de Geneve
, dans laquelle il s'étoit glissé quantité
de fautes . Ces additions et ces corrections
faites par les Executeurs du Testament
de M. de Thou sur les papiers
qu'il leur avoit laissés , paroîtront à la
marge , à moins qu'elles ne regardent
seulement que des fautes de Copiste ou
,
d'I'm
OCTOBRE . 1731 2383
d'Imprimeur , ce qui dès là ne sera point
distingué du Texte ; il accompagnera
tout cela d'un Recücil , suivant l'ordre
des temps
, de Lettres imprimées et manuscrites
, qui contiennent des particula
ritez au sujet des changemens , corrections
, censures &c. de l'Histoire de Mr.
de Thou , pendant que l'Auteur fût en
vie mais ce qui n'est pas de moindre
importance , c'est une Interprétation authentique
écrite de la propre main de M.
Pierre Dupuy , des noms propres que M..
de Thou à déguisés à dessein , dont M.
Buckley enrichit son Edition.
On apprend dans les Nouvelles Litte
raires , que M. G. Merville et Dander
Kloot ont imprimé sur la copie de Paris ,
les oeuvres diverses de M. de la Fontaine,
en 4. petits Volumes. On trouve dans
cette Edition ses Oeuvres posthumes ,
plusieurs Pieces tirées de divers Recüeils,
et d'autres qui n'ont jamais paru , et que
l'on a eues des amis de M. de la Fontaine,
et de la Veuve de son Fils .
On a imprimé à Geneve une Réfutation
d'un Officier , mort au service des
Hollandois , de l'Hypothese de M. Ru→
chat , Professeur en Droit et en Histoire ,
de l'Académie de Lausanne , sur la
ques
tion
2384 MERCURE DE FRANCE
, tion si un particulier peut s'engager au
service d'un Prince Etranger sans s'informer
de la justice ou de l'injustice de la Guerre
qu'il a sur les bras ; et si un Souverain peut
fournir des Troupes aux deux Paris opposez.
On apprend de Valence en Espagne ;
que MM. de Mayans et Bordafar ons
traduit de l'Italien en Espagnol , le Monde
trompé par les Medecins de Joseph
Gafola.
sur les Manuscrits , avec la vie de
Auteur , par M. Des Maizeaux , Membre
de la Societé Royale . Quatrième Edition ;
revue , corrigée et augmentée. Enrichie de figures
gravées par B. Picart le Romain. A
Amsterdam chez Covens et Mortier.
17.6. 5. vol. in 12:
,
On
OCTOBRE. - 1731. 2385
On trouve dans cet Article une énumeration
de toutes les differentes Editions
, bonnes ou falcifiées , qui se sont
faites de cet Ouvrage en differens endroits.
On y trouve aussi les avantages
que cette Edition peut avoir sur les autres.
M. Des Maizeaux a mis la vie de M.
de S. Evremond à la tête. Il y a beaucoup
d'Anecdotes qu'il dit tenir de M. de S.
Evremond même. L'Editeur a fait entres
dans cette vie l'Histoire ou le Catalogue
raisonné des Ouvrages de cet Auteur. Il
a ajoûté dans cette Edition plusieurs Pieces
qui ne se trouvent point dans les
autres.
A la suite de ce . Article , le Journaliste
en a placé un autre qui regarde
aussi quelques Ouvrages de M. de S. Evremond
, donnez au Public par le même
Editeur. En voici leTitre seulement . Mé-
Lange curieux des meilleures Pieces attribuées
à M. de S. Evremond , et de quelques au
tres Ouvrages rares ou nouveaux . Troisiéme
Edition , où l'on a retranché plusieurs Pieces
pour en ajoûter de plus interessantes , enrichie
de figures gravées par B. Picart le Romain.
A Amsterdam chez Covens et
Mortier , 1726. 2. vol . 12.
و
. Lettres à M. Mead , Docteur en Medecine
, touchant une nouvelle Edition de l'Histoire
2382 MERCURE DE FRANCE
toire de M. de Thon , traduites de l'Anglois.
A Londres , 1729. in 12. de 44 :
pages pour la premiere Lettre , et de 61 .
pour
la seconde.
M. Buckley est l'Auteur de ces Lettres
qui parurent en Anglois en 1728. C'est
lui- même qui a entrepris cette Edition .
Voici le Plan sur lequel il travaille . It
donnera pour Texte l'Edition toute entiere
de Lingelsheim , à qui M. de Thou
avoit envoyé peu de temps avant sa mort
une copie de son ouvrage , que Lingelsheim
fit imprimer à Geneve en 1620.
L'Editeur mettra au bas des pages les diverses
Leçons des Editions qui se firent à
Paris pendant la vie dè l'Auteur , et dont
celles de Francfort ne furent durant ca
temps - là que d'infideles copies . Il distinguera
,
à
de même les corrections et les Additions
que MM. Dupuy et Rigault
qui M. de Thou avoit confié par son Testament
, le soin de publier son Histoire ,
ont eu soin de faire dans i'Edition de Geneve
, dans laquelle il s'étoit glissé quantité
de fautes . Ces additions et ces corrections
faites par les Executeurs du Testament
de M. de Thou sur les papiers
qu'il leur avoit laissés , paroîtront à la
marge , à moins qu'elles ne regardent
seulement que des fautes de Copiste ou
,
d'I'm
OCTOBRE . 1731 2383
d'Imprimeur , ce qui dès là ne sera point
distingué du Texte ; il accompagnera
tout cela d'un Recücil , suivant l'ordre
des temps
, de Lettres imprimées et manuscrites
, qui contiennent des particula
ritez au sujet des changemens , corrections
, censures &c. de l'Histoire de Mr.
de Thou , pendant que l'Auteur fût en
vie mais ce qui n'est pas de moindre
importance , c'est une Interprétation authentique
écrite de la propre main de M.
Pierre Dupuy , des noms propres que M..
de Thou à déguisés à dessein , dont M.
Buckley enrichit son Edition.
On apprend dans les Nouvelles Litte
raires , que M. G. Merville et Dander
Kloot ont imprimé sur la copie de Paris ,
les oeuvres diverses de M. de la Fontaine,
en 4. petits Volumes. On trouve dans
cette Edition ses Oeuvres posthumes ,
plusieurs Pieces tirées de divers Recüeils,
et d'autres qui n'ont jamais paru , et que
l'on a eues des amis de M. de la Fontaine,
et de la Veuve de son Fils .
On a imprimé à Geneve une Réfutation
d'un Officier , mort au service des
Hollandois , de l'Hypothese de M. Ru→
chat , Professeur en Droit et en Histoire ,
de l'Académie de Lausanne , sur la
ques
tion
2384 MERCURE DE FRANCE
, tion si un particulier peut s'engager au
service d'un Prince Etranger sans s'informer
de la justice ou de l'injustice de la Guerre
qu'il a sur les bras ; et si un Souverain peut
fournir des Troupes aux deux Paris opposez.
On apprend de Valence en Espagne ;
que MM. de Mayans et Bordafar ons
traduit de l'Italien en Espagnol , le Monde
trompé par les Medecins de Joseph
Gafola.
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Résumé : Oeuvres de M de S. Evremont, [titre d'après la table]
Le document traite de diverses publications et éditions d'œuvres littéraires et historiques. Il commence par mentionner les œuvres de M. de Saint-Évremond, publiées par M. Des Maizeaux. Cette édition inclut une biographie de l'auteur et des pièces inédites, enrichies de figures gravées par B. Picart. Elle est publiée à Amsterdam chez Covens et Mortier. Le texte énumère également les différentes éditions de ces œuvres, en soulignant les avantages de cette édition par rapport aux autres. Un autre article du document aborde une édition intitulée 'Mélange curieux des meilleures pièces attribuées à M. de Saint-Évremond', également publiée par M. Des Maizeaux à Amsterdam chez Covens et Mortier en 1726. Cette édition est enrichie de nouvelles pièces et de figures gravées par B. Picart. Le document mentionne aussi des lettres de M. Buckley à M. Mead concernant une nouvelle édition de l'histoire de M. de Thou. Cette édition utilise le texte de Lingelsheim, imprimé à Genève en 1620, et inclut des corrections et des additions faites par MM. Dupuy et Rigault, exécuteurs testamentaires de M. de Thou. L'éditeur prévoit également d'inclure un recueil de lettres et une interprétation authentique des noms propres déguisés par M. de Thou. Enfin, le texte note la publication des œuvres diverses de M. de La Fontaine à Paris, incluant des œuvres posthumes et des pièces inédites. Il mentionne également une réfutation de l'hypothèse de M. Ruchat sur des questions de droit et d'histoire, publiée à Genève, ainsi qu'une traduction en espagnol du 'Monde trompé par les médecins' de Joseph Gafola, réalisée par MM. de Mayans et Bordafar en Espagne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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556
p. 2407-2411
« On mande de Barcelonne, que la petite Verole est devenuë epidemique cette année dans [...] »
Début :
On mande de Barcelonne, que la petite Verole est devenuë epidemique cette année dans [...]
Mots clefs :
Petite vérole, Catalogne, Bonnet de Docteur en Théologie, Tremblement de terre, Estampe, Violon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On mande de Barcelonne, que la petite Verole est devenuë epidemique cette année dans [...] »
On mande de Barcelonne , que la petite Ve
role est devenue epidemique cette année dans
toute la Catalogne , qu'elle attaque toutes sortes
de Personnes et à tout âge mais qu'elle n'est
pas mortelle. On mande au contraire de Milan
que la même maladie y fait de grands ravages ,
et qu'il y est mort depuis quelque temps plus de
3000. Enfans,
-
On apprend de Lisbonne , que le 31. Aoust ,
le P. Pierre de la Conception , Religieux du
Tiers Ordre de S. François , reçût le Bonnet
de Docteur en Theologie dans l'Université de
Coimbre. C'est le premier Religieux de l'Ordre
de S. François qui ait été reçû Docteur
› non.
seulement dans cette Université , mais dans toutes
les autres du Royaume de Portugal : il eût
pour Parrain le P. Manuel de S. Jerome , Provincial
du Tiers-Ordre de S. François en Por
tugal.
Les Académies Litteraires se multiplient ent
Portugal ; outre celle de l'Histoire établie à Lisbonne
et celle de Guimaraens , qui a publić :
depuis peu diverses Pieces de Poësie , qui sont
fort applaudies , il vient de s'en établir une nou◄
velle dans la Ville de Braga.
2408 MERCURE DE FRANCE
On apprend en même temps de la Ville de
Chaves en Portugal , que le 8. Août on y avoit
essuyé une Tempête affreuse , qui s'étoit formée
autour d'une Montagne voisine de cette Ville ,
qu'en très-peu de temps la Riviere d'Avelans
s'étoit tellement enflée par la Pluye , que dans
l'espace de trois heures elle avoit entrainé toutes
les Maisons voisines , déraciné tous les Arbres
et fait perir une partie des Habitans.
?
Le Comte d'Orrery , sçavant Anglois , mort
depuis peu , a laissé à l'Université d'Oxford ,
sa belle Bibliotheque qu'on estime 6000. livres
sterlings.
On apprend de la Haye , que le Docteur Desaguliers
y donne depuis le mois dernier , un
cours de Philosophie experimentale , auquel assistent
un grand nombre de Personnes de distinction
le Duc de Lorraine , aussi curieux que
versé dans ce genre de Science , l'a honoré plusieurs
fois de sa presence.
::
On a appris en dernier lieu de la Chine ,
que le Tremblement de Terre dont nous avons
déja parlé , arrivé à Pekim et aux environs , le
30. Septembre 1730. à dix heures trois quarts
fût si violent et si subit , qu'il ne
de se mettre en su-
>
le
temps
›
du matin
donna à personne
reté. Au moment qu'on l'apperçût on vît les
Maisons tomber : l'effort se faisoit par- dessous ,
et les Murailles s'élevoient comme si ç'eût été
l'effet d'une Mine. La premiere sécoussé qui fût
P'unique violente ne dura qu'une minute , et
dans ce peu de temps elle renversa la moitié de
la Ville de Pekin. On compte déja plus de cent
mille personnes qui ont péri
OCTOBRE. 1731. 2409
A quatre lieues au Nord de Pekin , la Terre
s'est ouverte ; il en est sorti une fumée ou un
Brouillard épais ; la Terre s'est trouvée ensuite
couverte d'une eau noire en un endroit , jaúnatre
dans un autre , noire et rougeatre
ailleurs e
un gros Village appellé Tcha - ho a été entie
rement abîmé.
>
"
2
On n'est pas encore sans crainte le Tremblement
n'êtant pas fini. Le jour qu'il commença
, il y eût huit ou neuf secousses mais legeres
; depuis le 30. Septembre jusqu'au 12. d'Öctobre
, il y en cût 23. Lorsque a premiere secousse
se fit sentir P'Empereur étoit dans une
Barque sur un Canal de ses Jardins ; il se prosterna
aussi tôt , acora l'Esprit du Ciel , et l'invoqua
, en s'accusant et attribuant ce fleau du
Ciel à sa négligence dans le Gouvernement. .
>
On écrit de Florence , que le Riposodi Rafaele
paroît imprimé avec de nouvelles figures. C'est
un Dialogue sur la Feinture et la Sculpture ,
très bien écrit et très estimé où l'on traitte
de l'invention , de la disposition , du choix des
attitudes , du dessein et du coloris.
>
Il paroît une nouvelle Estampe dont le
sujet est la Ceremonie du Mariage de Louis
XIV avec Marie Therese d'Autriche. Elle est
de parei le grandeur des six qui ont déja paru ,
dont cinq sont gravées par le celebre SEBASTIEN
LE CLERC , la sixiéme representant l'Entrevuë
des deux Rois Louis XIV. et Philippe IV. Roi
d'Espagne , et celle qui donne lieu à cet article
sont du Sieur Jeorat , d'après aes Tableaux de
Ja composition de M. Le Brun ces deux dernieres
Estampes se vendent chez ledit Jcorat ,
•
Graveur
AIO MERCURE DE FRANCE
>
Graveur , ruë S. Jacques , vis - à- vis les Mathu
rins au Livre d'Or. On trouve aussi chez lui
beaucoup d'Estampes du même Sebastien Le
Clerc , son Beau Pere ; cet avis est d'autant plus
necessaire , que l'on expose en Public quantité
de copies des ouvrages de cet excellent Maître ;
et qu'à deux entr'autres ( l'Académie des Sciences
et des beaux Arts , et l'Entrée d'Alexandre
dans Babilone ) pour les rendre plus conformes
aux Originales , on en a imité jusqu'aux dedicaces
avec le nom de l'Auteur , exactitude , à la
verité , dont le motif est aussi visible que condamnable
par les honnêtes gens et par les cu
rieux intelligens.
Le Sieur le Blanc , Fondeur du Roy , extrê
mement connu par les beaux Ouvrages qu'il fair
d'un Métal de sa composition , couleur d'Or ,
qu'on a bien de la peine à distinguer du vrai or ,
nous prie d'avertir le Public , qu'il est trompé
tous les jours par de méchants Ouvriers , qui
veulent imiter sa composition et son travail , se
Bervant même de son nom pour vendre de mauvaises
Marchandises. Le Sr. le Blanc fait depuis
dix ans un grand débit de ses ouvrages , qu'on
peut voir chez le Roy , chez les Princes et chez
quantité de Seigneurs de la Ville et de la Cour,
Il demeure dans le Cloître S. Germain l'Au
xerrois.
Les Curieux trouveront chez lui quantité d'ouvrages
de goût , utiles et agréables , comme ornemens
de toute espece , Boucles , Pommes de
Cannes , Gardes d'Epées , Tabatieres , Garnitures
de Boutons , Flambeaux , Toilettes , Bras
Lustres , sur-tout de Table , Grilles à feu , & c.
Le
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
O IL
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
.
Le
OCTOBRE. 1731. 2411
Le Sieur Aubert , Intendant de la Musique
de S. A. S. M. le Duc , vient de donner au Public
un quatriéme Livre de Sonnates ; les Ouvra➡
,
de cet Auteur sont très recherchez. Il suffira
de dire qu'il a sçû joindre dans ce dernier , le
beau chant et les au neuf. On le peut
graces
executer sur la Flute comme sur le Violon ; il
donnera aussi dans le cours de l'Hyver prochain
sa quatriéme suite de Concert de Simphonie ;
on trouvera tous ses ouvrages chez le Sr. Boivin,
rue S. Honoré , à laregle d'or , le Sr. le Clerc ,
rue du Roule , à la Croix d'or , et chez l'Auteur
ruë S. Honoré , vis - à- vis la ruë de Gre➡
nelle , aux Dames de France. Il fera les envois
en Province tels qu'on les souhaittera , en lui
écrivant et lui marquant une adresse exacte.
Le prix de ce Livre de Sonnates est de 8. liv.
et celui de ses Concerts de Symphonie est de
3. liv. 12. fols.
› Papillon , Graveur en bois ruë S. Louis ,
près le Palais , à Paris , donne avis que le petit
Almanach de Paris , pour l'Année 1732. sera
augmenté et embelli de plusieurs choses curieuses.
Avec deux nouvelles planches des mois
qui feront la moitié de l'Année complette .
role est devenue epidemique cette année dans
toute la Catalogne , qu'elle attaque toutes sortes
de Personnes et à tout âge mais qu'elle n'est
pas mortelle. On mande au contraire de Milan
que la même maladie y fait de grands ravages ,
et qu'il y est mort depuis quelque temps plus de
3000. Enfans,
-
On apprend de Lisbonne , que le 31. Aoust ,
le P. Pierre de la Conception , Religieux du
Tiers Ordre de S. François , reçût le Bonnet
de Docteur en Theologie dans l'Université de
Coimbre. C'est le premier Religieux de l'Ordre
de S. François qui ait été reçû Docteur
› non.
seulement dans cette Université , mais dans toutes
les autres du Royaume de Portugal : il eût
pour Parrain le P. Manuel de S. Jerome , Provincial
du Tiers-Ordre de S. François en Por
tugal.
Les Académies Litteraires se multiplient ent
Portugal ; outre celle de l'Histoire établie à Lisbonne
et celle de Guimaraens , qui a publić :
depuis peu diverses Pieces de Poësie , qui sont
fort applaudies , il vient de s'en établir une nou◄
velle dans la Ville de Braga.
2408 MERCURE DE FRANCE
On apprend en même temps de la Ville de
Chaves en Portugal , que le 8. Août on y avoit
essuyé une Tempête affreuse , qui s'étoit formée
autour d'une Montagne voisine de cette Ville ,
qu'en très-peu de temps la Riviere d'Avelans
s'étoit tellement enflée par la Pluye , que dans
l'espace de trois heures elle avoit entrainé toutes
les Maisons voisines , déraciné tous les Arbres
et fait perir une partie des Habitans.
?
Le Comte d'Orrery , sçavant Anglois , mort
depuis peu , a laissé à l'Université d'Oxford ,
sa belle Bibliotheque qu'on estime 6000. livres
sterlings.
On apprend de la Haye , que le Docteur Desaguliers
y donne depuis le mois dernier , un
cours de Philosophie experimentale , auquel assistent
un grand nombre de Personnes de distinction
le Duc de Lorraine , aussi curieux que
versé dans ce genre de Science , l'a honoré plusieurs
fois de sa presence.
::
On a appris en dernier lieu de la Chine ,
que le Tremblement de Terre dont nous avons
déja parlé , arrivé à Pekim et aux environs , le
30. Septembre 1730. à dix heures trois quarts
fût si violent et si subit , qu'il ne
de se mettre en su-
>
le
temps
›
du matin
donna à personne
reté. Au moment qu'on l'apperçût on vît les
Maisons tomber : l'effort se faisoit par- dessous ,
et les Murailles s'élevoient comme si ç'eût été
l'effet d'une Mine. La premiere sécoussé qui fût
P'unique violente ne dura qu'une minute , et
dans ce peu de temps elle renversa la moitié de
la Ville de Pekin. On compte déja plus de cent
mille personnes qui ont péri
OCTOBRE. 1731. 2409
A quatre lieues au Nord de Pekin , la Terre
s'est ouverte ; il en est sorti une fumée ou un
Brouillard épais ; la Terre s'est trouvée ensuite
couverte d'une eau noire en un endroit , jaúnatre
dans un autre , noire et rougeatre
ailleurs e
un gros Village appellé Tcha - ho a été entie
rement abîmé.
>
"
2
On n'est pas encore sans crainte le Tremblement
n'êtant pas fini. Le jour qu'il commença
, il y eût huit ou neuf secousses mais legeres
; depuis le 30. Septembre jusqu'au 12. d'Öctobre
, il y en cût 23. Lorsque a premiere secousse
se fit sentir P'Empereur étoit dans une
Barque sur un Canal de ses Jardins ; il se prosterna
aussi tôt , acora l'Esprit du Ciel , et l'invoqua
, en s'accusant et attribuant ce fleau du
Ciel à sa négligence dans le Gouvernement. .
>
On écrit de Florence , que le Riposodi Rafaele
paroît imprimé avec de nouvelles figures. C'est
un Dialogue sur la Feinture et la Sculpture ,
très bien écrit et très estimé où l'on traitte
de l'invention , de la disposition , du choix des
attitudes , du dessein et du coloris.
>
Il paroît une nouvelle Estampe dont le
sujet est la Ceremonie du Mariage de Louis
XIV avec Marie Therese d'Autriche. Elle est
de parei le grandeur des six qui ont déja paru ,
dont cinq sont gravées par le celebre SEBASTIEN
LE CLERC , la sixiéme representant l'Entrevuë
des deux Rois Louis XIV. et Philippe IV. Roi
d'Espagne , et celle qui donne lieu à cet article
sont du Sieur Jeorat , d'après aes Tableaux de
Ja composition de M. Le Brun ces deux dernieres
Estampes se vendent chez ledit Jcorat ,
•
Graveur
AIO MERCURE DE FRANCE
>
Graveur , ruë S. Jacques , vis - à- vis les Mathu
rins au Livre d'Or. On trouve aussi chez lui
beaucoup d'Estampes du même Sebastien Le
Clerc , son Beau Pere ; cet avis est d'autant plus
necessaire , que l'on expose en Public quantité
de copies des ouvrages de cet excellent Maître ;
et qu'à deux entr'autres ( l'Académie des Sciences
et des beaux Arts , et l'Entrée d'Alexandre
dans Babilone ) pour les rendre plus conformes
aux Originales , on en a imité jusqu'aux dedicaces
avec le nom de l'Auteur , exactitude , à la
verité , dont le motif est aussi visible que condamnable
par les honnêtes gens et par les cu
rieux intelligens.
Le Sieur le Blanc , Fondeur du Roy , extrê
mement connu par les beaux Ouvrages qu'il fair
d'un Métal de sa composition , couleur d'Or ,
qu'on a bien de la peine à distinguer du vrai or ,
nous prie d'avertir le Public , qu'il est trompé
tous les jours par de méchants Ouvriers , qui
veulent imiter sa composition et son travail , se
Bervant même de son nom pour vendre de mauvaises
Marchandises. Le Sr. le Blanc fait depuis
dix ans un grand débit de ses ouvrages , qu'on
peut voir chez le Roy , chez les Princes et chez
quantité de Seigneurs de la Ville et de la Cour,
Il demeure dans le Cloître S. Germain l'Au
xerrois.
Les Curieux trouveront chez lui quantité d'ouvrages
de goût , utiles et agréables , comme ornemens
de toute espece , Boucles , Pommes de
Cannes , Gardes d'Epées , Tabatieres , Garnitures
de Boutons , Flambeaux , Toilettes , Bras
Lustres , sur-tout de Table , Grilles à feu , & c.
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OCTOBRE. 1731. 2411
Le Sieur Aubert , Intendant de la Musique
de S. A. S. M. le Duc , vient de donner au Public
un quatriéme Livre de Sonnates ; les Ouvra➡
,
de cet Auteur sont très recherchez. Il suffira
de dire qu'il a sçû joindre dans ce dernier , le
beau chant et les au neuf. On le peut
graces
executer sur la Flute comme sur le Violon ; il
donnera aussi dans le cours de l'Hyver prochain
sa quatriéme suite de Concert de Simphonie ;
on trouvera tous ses ouvrages chez le Sr. Boivin,
rue S. Honoré , à laregle d'or , le Sr. le Clerc ,
rue du Roule , à la Croix d'or , et chez l'Auteur
ruë S. Honoré , vis - à- vis la ruë de Gre➡
nelle , aux Dames de France. Il fera les envois
en Province tels qu'on les souhaittera , en lui
écrivant et lui marquant une adresse exacte.
Le prix de ce Livre de Sonnates est de 8. liv.
et celui de ses Concerts de Symphonie est de
3. liv. 12. fols.
› Papillon , Graveur en bois ruë S. Louis ,
près le Palais , à Paris , donne avis que le petit
Almanach de Paris , pour l'Année 1732. sera
augmenté et embelli de plusieurs choses curieuses.
Avec deux nouvelles planches des mois
qui feront la moitié de l'Année complette .
Fermer
Résumé : « On mande de Barcelonne, que la petite Verole est devenuë epidemique cette année dans [...] »
En 1731, plusieurs événements historiques et culturels marquants ont eu lieu. En Catalogne, une épidémie de variole est devenue endémique, affectant toutes les classes d'âge sans être mortelle. À Milan, la variole a causé la mort de plus de 3000 enfants. Au Portugal, le Père Pierre de la Conception a obtenu le bonnet de docteur en théologie à l'Université de Coimbre, devenant le premier religieux de l'Ordre de Saint-François à recevoir ce titre dans le pays. Les académies littéraires se sont multipliées avec de nouvelles créations à Braga et Guimaraens. À Chaves, une tempête a causé des ravages et entraîné la mort de nombreux habitants. Le Comte d'Orrery a légué sa bibliothèque à l'Université d'Oxford. À La Haye, le Docteur Desaguliers a donné des cours de philosophie expérimentale, fréquentés par des personnalités distinguées. En Chine, un violent tremblement de terre a frappé Pékin, causant la mort de plus de cent mille personnes et des destructions massives. À Florence, un dialogue sur la peinture et la sculpture a été publié. Une nouvelle estampe représentant le mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse d'Autriche a été mise en vente. Le fondeur Le Blanc a averti contre les contrefaçons de ses œuvres. Le musicien Aubert a publié un quatrième livre de sonates et annoncé une suite de concerts pour l'hiver prochain. Enfin, le graveur Papillon a annoncé l'augmentation et l'embellissement de l'Almanach de Paris pour l'année 1732.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
557
p. 2440-2446
ITALIE.
Début :
Dans le Consistoire du 3. Septembre, le cardinal Ottoboni proposa l'Abbaye de [...]
Mots clefs :
Consistoire, Lyon, Diocèse, Infant d'Espagne, Cardinal, Troupe, Conseil collatéral de Naples
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
Ans le Consistoire du 3. Septembre , le
Dcardinal Ottoboni proposa l'Abbaye de
Nôtre-Dame de Ham Diocèse de Noyon
pour l'Abbé de Sesmaisons ; il préconisa ensuite
I'Evêque de Noyon pour l'Archevêché de Lyon
P'Abbé de S. Simon pour l'Evêché de Noyon
et l'Abbé de Laubrieres pour l'Evêché de
Soissons.
› A la fin du Consistoire le Pape par une
grace particuliere ' , accorda le Pallium à l'Evêque
de Marseille.
Dans le Consistoire tenu au Quirinal le 240.
Septembre , le Cardinal Orthoboni , Protecteur
des affaires de France › proposa l'Evêché de
Mackarska pour M. Etienne Blascowich , Prêtre
du Diocèse de Spalatro ; l'Abbaye de N. D. de
Canderly , Ordre de Citeaux , Diocèse d'Alby ,
pour l'Abbé de Foucaud ; celle de Dalone
même Ordre , Diocèse de Limoges , pour l'Abbé
de Vignau , et celle de Senanques , même Ordre
, Diocêse de Cavaillon' › pour l'Abbé de
Pins de Roquefort. Il préconisa ensuite l'Abbé
de Tilly pour l'Evêché d'Orange , et l'Archevêque
de Narbonne pour l'Abbaye de Bonneval
, Ordre de Citeaux , Diocèse de Rodez
Le 27. du même mois , le Pape tint un autre
ConOCTOBRE.
1731 : 2441
Consistoire public , dans lequel S. S. donna le
Chapeau de Cardinal à Joseph Firrao , Napolitain
, Evêque d'Aversa et à Antoine - Xavier
Gentile , Romain , Archevêque de Petra.
>
L'Abbé Segardi a été nommé pour porter
le Bonnet au Cardinal Vincent Bichi de Sienne,
Archevêque de Laodicée , cy-devant Nonce en
Portugal ; l'Abbé Pasch au Cardinal Sinibald
Doria , Genois , Archevêque de Benevent , et
M. Altoviti au Cardinal Antoine Guadagni ,
Carme Déchaussé de Elorence Neveu de S. St
et à present Evêque d'Arezzo .
Le 18. Septembre , on reçût avis à Rome que
la Duchesse Douairiere de Parme n'êtant point
grosse , M. Oddi , Commissaire du Pape , avoit
fait afficher des Actes de prise de Possession an
nom de S. S. par lesquels il étoit declaré que
les Duchés de Parme et de Plaisance étant Fiefs
relevant du S. Siege , il étoit deffendu aux Peuples
de ces Duchés de reconnoître d'autre Souverain
que le Pape ; mais que le General Stampa,
Commissaire de l'Empereur
"
et son Ministre
Plénipotentiaire , avoit pris possession de ce
même Duché au nom de l'Infant Don Carlos ,
et fait ôter les Actes affichés par les soins de
' M. Oddi.
3
On écrit de Venise , que la Duchesse Douairiere
de Parme étoit retournée auprès du Duc
de Modene son Pere et que le General Stampa
avoit donné des Ordres pour la reception de
F'Infant Don Carlos .
,
>
Par d'autres avis " on a appris que la même
Duchesse Douairiere de Parme avoit declaré
le 13. Septembre qu'elle n'étoit point grosse ,
que le lendemain le General Stampa avoit pris
possession des Duchés de Parme et de Plaisance
Hiij au
2442 MERCURE DE FRANCE
au nom de l'Infant d'Espagne Don Carlos ; qu'
Notaire Imperial , accompagné d'autres Officiers -
de Justice , avoit la l'Edit publié à cet effet daz
Balcon de la maison du Gouverneur de Parme ,
qui est situé sur la grande Place de cette Ville
od il y avoit an grand concours de Peuple , er
que le même jour ce General avoit écrit à tous
Jes Magistrats des Tribunaux de ces Duchés
de continuer les fonctions de leurs Charges
jusqu'à nouvel ordre.
La citation faite au Cardinal Coscia , de comparoître
devant la Congregation de Non Nullis
étant prête à expirer , ce Cardinal a envoyé á
Rome des Certificats de ses Medecins à Naples ,
qui déclarent qu'il est au lit par la Goûte , et
qu'il n'est pas en état de faire le Voyage.
Le 1. Octobre > on publia un Decret de la
Congregation de Non Nullis ; par lequel tous
les Benefices du Cardinal Coscia sont déclarez
vacants , et à la nomination de S. S.
La Donation que le feu Pape Benoît XIII.
avoit faite au Seminaire de Montalto , de quelques
revenus affectés au soulagement des Pauvres
de la même Ville a été annullée le
par
Pape
>
}
On ajoûte que le Commandant d'Ajaccio
avoit défait un Corps de Rebelles , qui s'étoient
assemblés à Mazzanaz , que depuis la Garnison
de la même Ville avoit fait une sortie dans
Laquelle elle avoit tué plusieurs Rebelles , et
leur avoit pris quantité de Chevaux et d'autres
Bestiaux.
Le bruit court que l'Empereur a resolu de
terminer par un Ttaité , les differends de cette
Republique avec les Rebelles de Corse , et qu'on
avoit dépêché de Vienne un Courier chargé
d'InsOCTOBRE.
1731 2443
d'Instructions pout le General Wachtendoncs ,
qui commande les Troupes de S. M. 1. dans
cette Isle.
3.
, pour
Le Courier depêché par le Cardinal Alexandre
Albani , à Turin informer le Roy de
·Sardaigne de ce qui s'étoit passé dans le Consistoire
ou le Pape supprima les Privileges accordés
à de Prince sous le précedept Pontificat , remint
le 3 à Rome , et le bruit s'est répandu adepuis ,
que le Roy de Sardaigne avoit declaré qu'il
étoit inutile de penser à aucun accommode-
• ment ; qu'il croyoit que le Pape n'avoit pas
Te pouvoir de supprimer une Bulle de son Prédecesseur
et qu'il étoit resolu de se servir de
cette Bulle pour demeurer en possession de tout
ce que le feu Pape lui avoit accordé.
>
la Le Duc Cesarini a obtenu du Pape per-
`mission d'emprunter 22000. Ecus dans les
Monts de Piété , pour achever la construction
-de son Nouveau Theatre.
Le bruit court à Rome , que le Cardinal
d'Althan , qui y doit atriver dans peu , et loger
dans le Palais du Cardinal Belluga , s'est attiré
la disgrace de l'Empereur , pour avoir deffendu
aux Protestans de son Diocèse d'épouser des
filles de leur Secte , et pour avoir voulu des
obliger de faire baptiser leurs Enfans par des
Ecclesiastiques Catholiques , quoique par les Constitutions de l'Empire ils eussent des Privileges
contraires ; pour éviter que ces Innovations
n'excitâssent quelques désordres dans ce
Diocèse , S. M. I supprime par un Edit toutes
Jes Ordonnances de ce Cardinal.
Le Cardinal Bentivoglio ayant reçu de Seville
les pleins pouvoirs du Roy d'Espagne , pour
prendre possession au nom de l'Infant Don
Hiiij Carlos
2444 MERCURE DE FRANCE
Carlos , des Biens Allodiaux dépendans du Do
ché de Parme , qui sont situez a Rome et dans
P'Etat Ecclesiastique , ce Cardinal fit faire le
22. Septembre cette prise de Possession par
PAvocat Ferruci , assisté d'un Notaire et d'au
tres Officiers de Justice ; et le 29. cette Emimence
alla en grand Cortege prendre possession
du Palais Farnese au nom de l'Infant Don
Carlos.
>
>
Le Tribunal de la Rote se rassembla le premier
d'Octobre , selon la coûtume , et l'Abbé de
Gamaches , Auditeur de Rote pour la France ,
en fit l'ouverture par un Discours trés- éloquent.
M. Charles Fornary , arriva à Genes le 13 .
du mois dernier , rapporta au grand Conseil ,
que pendant les pluyes continuelles qui tomboient
depuis plusieurs jours dans l'Isle de Corse,
il avoit été impossible de poursuivre les Re
belles dans le quartier de Vescovado mais
qu'un Détachement des Troupes de la Republique
leur avoit enlevé beaucoup de Bestiaux ,
et fait un grand nombre de Prisonniers ; que
la Garnison d'Ajaccio avoit fait aussi plusieurs
sorties contre les Rebelles , et qu'elle avoit toujours
emporté sur eux quelque avantage ; que
la Republique de Genes avoit envoyé dans cette
Isle une Compagnie de Grisons de 200. hommes
, et qu'elle frettoit des Bâtiments pour le
transport de plusieurs autres Compagnies qu'on
leve actuellement chez les Grisons , dont on
devoit former un Regiment. Elle a obtenu de
l'Empereur le second Corps de Troupes qu'elle
lui a fait demander , composé d'un Bataillon
du Regiment d'Oneille , d'un autre du Regiment
de Walsegg , de deux Compagnies des
Grenadiers de ces Regimens , d'une Compagnie
détachée
OCTOBRE 1731. 2445
" détachée de 6o . Hommes et de 150. Hussars.
Ces Troupes partirent de Genes le 24. Septembre
, embarquées sur un Convoy de transport ,
qui doit être arrivé à la Bastia.
Les dernieres Nouvelles de Genes portent
les 2000. hommes de Troupes Imperiales
dont on a parlé , ont débarqué à la Bastia ,
d'où ils ont marché depuis pour aller joindre
le premier Corps de Troupes que l'Empereur
avoit accordé à cette Republique . !
Le Don gratuit de 300000. Ducats , offerts
à l'Empereur par les differentes Communautez
de la Ville de Naples n'a pas été accepté ,
et S. M. I. a déclaré qu'elle avoit besoin cette
aunée d'une Somme de 485 mille florins pour
l'entretien de ses Troupes.
On apprend de Naples , qu'on y avoit publié
un Ordre de l'Empereur , qui deffend aux Offi
ciers de la Nonciature de passer
à pied ,
cheval , ou en voiture devant le Palais du Conseil
Collateral , sous peine d'encourir son indignation
; que ce Conseil avoit fait publier des
Lettres inhibitoires , par lesquelles il ordonne
à tous les Amodiateurs , Receveurs , Agens , ou
Administrateurs des Biens Ecclesiastiques et Seculiers
du Cardinal Coscia , de lui remettre incessamment
les revenus qu'ils ont reçûs depuis:
la saisie qui a été faite par le Nonce du Pape ,
sans qu'il leur soit permis de retarder leurs .
Payemens , sous pretexte de la peine d'excommunication
dont ils ont été menacez.
On meuble actuellement à Rome le Palais
Bonelli pour le Duc de S. Aignan , Ambassa→
deur du Roi T. Ch ,
Le 9. Septembre , il y eut à Rome une
Congrégation extraordinaire , composée des
H Car2446
MERCURE DE FRANCE
Cardinaux Imperiali , Davia , Corsini , Gri
maldi , et Aldobrandini , au sujet des Officiers
de la Nonciature de Naples , que l'Empereur
a exilés.
Le Conseil Collateral de Naples prétend
que le Nonce du Pape lui remette les procedures
qu'il a faites contre le Cardinal Coscia , qui
ont été déclarées nulles , ayant été commencées
à l'insçu de ce Tribunal er sans avoir demandé
le consentement de l'Empereur.
>
Il est aussi survenu de grands differends
entre ce Conseil et le nouvel Archevêque de
Benevent , au sujet de la convocation d'un Synode
que ce Prélat a indiqué sans la permission
de ce Conseil , et il a été deffendu aux Curés
et aux autres Beneficiers de la partie du Diocèse
de Benevent qui est située dans le Royaume
de Naples , d'y assister , sous peine de la saisie
de leur Temporel.
Ans le Consistoire du 3. Septembre , le
Dcardinal Ottoboni proposa l'Abbaye de
Nôtre-Dame de Ham Diocèse de Noyon
pour l'Abbé de Sesmaisons ; il préconisa ensuite
I'Evêque de Noyon pour l'Archevêché de Lyon
P'Abbé de S. Simon pour l'Evêché de Noyon
et l'Abbé de Laubrieres pour l'Evêché de
Soissons.
› A la fin du Consistoire le Pape par une
grace particuliere ' , accorda le Pallium à l'Evêque
de Marseille.
Dans le Consistoire tenu au Quirinal le 240.
Septembre , le Cardinal Orthoboni , Protecteur
des affaires de France › proposa l'Evêché de
Mackarska pour M. Etienne Blascowich , Prêtre
du Diocèse de Spalatro ; l'Abbaye de N. D. de
Canderly , Ordre de Citeaux , Diocèse d'Alby ,
pour l'Abbé de Foucaud ; celle de Dalone
même Ordre , Diocèse de Limoges , pour l'Abbé
de Vignau , et celle de Senanques , même Ordre
, Diocêse de Cavaillon' › pour l'Abbé de
Pins de Roquefort. Il préconisa ensuite l'Abbé
de Tilly pour l'Evêché d'Orange , et l'Archevêque
de Narbonne pour l'Abbaye de Bonneval
, Ordre de Citeaux , Diocèse de Rodez
Le 27. du même mois , le Pape tint un autre
ConOCTOBRE.
1731 : 2441
Consistoire public , dans lequel S. S. donna le
Chapeau de Cardinal à Joseph Firrao , Napolitain
, Evêque d'Aversa et à Antoine - Xavier
Gentile , Romain , Archevêque de Petra.
>
L'Abbé Segardi a été nommé pour porter
le Bonnet au Cardinal Vincent Bichi de Sienne,
Archevêque de Laodicée , cy-devant Nonce en
Portugal ; l'Abbé Pasch au Cardinal Sinibald
Doria , Genois , Archevêque de Benevent , et
M. Altoviti au Cardinal Antoine Guadagni ,
Carme Déchaussé de Elorence Neveu de S. St
et à present Evêque d'Arezzo .
Le 18. Septembre , on reçût avis à Rome que
la Duchesse Douairiere de Parme n'êtant point
grosse , M. Oddi , Commissaire du Pape , avoit
fait afficher des Actes de prise de Possession an
nom de S. S. par lesquels il étoit declaré que
les Duchés de Parme et de Plaisance étant Fiefs
relevant du S. Siege , il étoit deffendu aux Peuples
de ces Duchés de reconnoître d'autre Souverain
que le Pape ; mais que le General Stampa,
Commissaire de l'Empereur
"
et son Ministre
Plénipotentiaire , avoit pris possession de ce
même Duché au nom de l'Infant Don Carlos ,
et fait ôter les Actes affichés par les soins de
' M. Oddi.
3
On écrit de Venise , que la Duchesse Douairiere
de Parme étoit retournée auprès du Duc
de Modene son Pere et que le General Stampa
avoit donné des Ordres pour la reception de
F'Infant Don Carlos .
,
>
Par d'autres avis " on a appris que la même
Duchesse Douairiere de Parme avoit declaré
le 13. Septembre qu'elle n'étoit point grosse ,
que le lendemain le General Stampa avoit pris
possession des Duchés de Parme et de Plaisance
Hiij au
2442 MERCURE DE FRANCE
au nom de l'Infant d'Espagne Don Carlos ; qu'
Notaire Imperial , accompagné d'autres Officiers -
de Justice , avoit la l'Edit publié à cet effet daz
Balcon de la maison du Gouverneur de Parme ,
qui est situé sur la grande Place de cette Ville
od il y avoit an grand concours de Peuple , er
que le même jour ce General avoit écrit à tous
Jes Magistrats des Tribunaux de ces Duchés
de continuer les fonctions de leurs Charges
jusqu'à nouvel ordre.
La citation faite au Cardinal Coscia , de comparoître
devant la Congregation de Non Nullis
étant prête à expirer , ce Cardinal a envoyé á
Rome des Certificats de ses Medecins à Naples ,
qui déclarent qu'il est au lit par la Goûte , et
qu'il n'est pas en état de faire le Voyage.
Le 1. Octobre > on publia un Decret de la
Congregation de Non Nullis ; par lequel tous
les Benefices du Cardinal Coscia sont déclarez
vacants , et à la nomination de S. S.
La Donation que le feu Pape Benoît XIII.
avoit faite au Seminaire de Montalto , de quelques
revenus affectés au soulagement des Pauvres
de la même Ville a été annullée le
par
Pape
>
}
On ajoûte que le Commandant d'Ajaccio
avoit défait un Corps de Rebelles , qui s'étoient
assemblés à Mazzanaz , que depuis la Garnison
de la même Ville avoit fait une sortie dans
Laquelle elle avoit tué plusieurs Rebelles , et
leur avoit pris quantité de Chevaux et d'autres
Bestiaux.
Le bruit court que l'Empereur a resolu de
terminer par un Ttaité , les differends de cette
Republique avec les Rebelles de Corse , et qu'on
avoit dépêché de Vienne un Courier chargé
d'InsOCTOBRE.
1731 2443
d'Instructions pout le General Wachtendoncs ,
qui commande les Troupes de S. M. 1. dans
cette Isle.
3.
, pour
Le Courier depêché par le Cardinal Alexandre
Albani , à Turin informer le Roy de
·Sardaigne de ce qui s'étoit passé dans le Consistoire
ou le Pape supprima les Privileges accordés
à de Prince sous le précedept Pontificat , remint
le 3 à Rome , et le bruit s'est répandu adepuis ,
que le Roy de Sardaigne avoit declaré qu'il
étoit inutile de penser à aucun accommode-
• ment ; qu'il croyoit que le Pape n'avoit pas
Te pouvoir de supprimer une Bulle de son Prédecesseur
et qu'il étoit resolu de se servir de
cette Bulle pour demeurer en possession de tout
ce que le feu Pape lui avoit accordé.
>
la Le Duc Cesarini a obtenu du Pape per-
`mission d'emprunter 22000. Ecus dans les
Monts de Piété , pour achever la construction
-de son Nouveau Theatre.
Le bruit court à Rome , que le Cardinal
d'Althan , qui y doit atriver dans peu , et loger
dans le Palais du Cardinal Belluga , s'est attiré
la disgrace de l'Empereur , pour avoir deffendu
aux Protestans de son Diocèse d'épouser des
filles de leur Secte , et pour avoir voulu des
obliger de faire baptiser leurs Enfans par des
Ecclesiastiques Catholiques , quoique par les Constitutions de l'Empire ils eussent des Privileges
contraires ; pour éviter que ces Innovations
n'excitâssent quelques désordres dans ce
Diocèse , S. M. I supprime par un Edit toutes
Jes Ordonnances de ce Cardinal.
Le Cardinal Bentivoglio ayant reçu de Seville
les pleins pouvoirs du Roy d'Espagne , pour
prendre possession au nom de l'Infant Don
Hiiij Carlos
2444 MERCURE DE FRANCE
Carlos , des Biens Allodiaux dépendans du Do
ché de Parme , qui sont situez a Rome et dans
P'Etat Ecclesiastique , ce Cardinal fit faire le
22. Septembre cette prise de Possession par
PAvocat Ferruci , assisté d'un Notaire et d'au
tres Officiers de Justice ; et le 29. cette Emimence
alla en grand Cortege prendre possession
du Palais Farnese au nom de l'Infant Don
Carlos.
>
>
Le Tribunal de la Rote se rassembla le premier
d'Octobre , selon la coûtume , et l'Abbé de
Gamaches , Auditeur de Rote pour la France ,
en fit l'ouverture par un Discours trés- éloquent.
M. Charles Fornary , arriva à Genes le 13 .
du mois dernier , rapporta au grand Conseil ,
que pendant les pluyes continuelles qui tomboient
depuis plusieurs jours dans l'Isle de Corse,
il avoit été impossible de poursuivre les Re
belles dans le quartier de Vescovado mais
qu'un Détachement des Troupes de la Republique
leur avoit enlevé beaucoup de Bestiaux ,
et fait un grand nombre de Prisonniers ; que
la Garnison d'Ajaccio avoit fait aussi plusieurs
sorties contre les Rebelles , et qu'elle avoit toujours
emporté sur eux quelque avantage ; que
la Republique de Genes avoit envoyé dans cette
Isle une Compagnie de Grisons de 200. hommes
, et qu'elle frettoit des Bâtiments pour le
transport de plusieurs autres Compagnies qu'on
leve actuellement chez les Grisons , dont on
devoit former un Regiment. Elle a obtenu de
l'Empereur le second Corps de Troupes qu'elle
lui a fait demander , composé d'un Bataillon
du Regiment d'Oneille , d'un autre du Regiment
de Walsegg , de deux Compagnies des
Grenadiers de ces Regimens , d'une Compagnie
détachée
OCTOBRE 1731. 2445
" détachée de 6o . Hommes et de 150. Hussars.
Ces Troupes partirent de Genes le 24. Septembre
, embarquées sur un Convoy de transport ,
qui doit être arrivé à la Bastia.
Les dernieres Nouvelles de Genes portent
les 2000. hommes de Troupes Imperiales
dont on a parlé , ont débarqué à la Bastia ,
d'où ils ont marché depuis pour aller joindre
le premier Corps de Troupes que l'Empereur
avoit accordé à cette Republique . !
Le Don gratuit de 300000. Ducats , offerts
à l'Empereur par les differentes Communautez
de la Ville de Naples n'a pas été accepté ,
et S. M. I. a déclaré qu'elle avoit besoin cette
aunée d'une Somme de 485 mille florins pour
l'entretien de ses Troupes.
On apprend de Naples , qu'on y avoit publié
un Ordre de l'Empereur , qui deffend aux Offi
ciers de la Nonciature de passer
à pied ,
cheval , ou en voiture devant le Palais du Conseil
Collateral , sous peine d'encourir son indignation
; que ce Conseil avoit fait publier des
Lettres inhibitoires , par lesquelles il ordonne
à tous les Amodiateurs , Receveurs , Agens , ou
Administrateurs des Biens Ecclesiastiques et Seculiers
du Cardinal Coscia , de lui remettre incessamment
les revenus qu'ils ont reçûs depuis:
la saisie qui a été faite par le Nonce du Pape ,
sans qu'il leur soit permis de retarder leurs .
Payemens , sous pretexte de la peine d'excommunication
dont ils ont été menacez.
On meuble actuellement à Rome le Palais
Bonelli pour le Duc de S. Aignan , Ambassa→
deur du Roi T. Ch ,
Le 9. Septembre , il y eut à Rome une
Congrégation extraordinaire , composée des
H Car2446
MERCURE DE FRANCE
Cardinaux Imperiali , Davia , Corsini , Gri
maldi , et Aldobrandini , au sujet des Officiers
de la Nonciature de Naples , que l'Empereur
a exilés.
Le Conseil Collateral de Naples prétend
que le Nonce du Pape lui remette les procedures
qu'il a faites contre le Cardinal Coscia , qui
ont été déclarées nulles , ayant été commencées
à l'insçu de ce Tribunal er sans avoir demandé
le consentement de l'Empereur.
>
Il est aussi survenu de grands differends
entre ce Conseil et le nouvel Archevêque de
Benevent , au sujet de la convocation d'un Synode
que ce Prélat a indiqué sans la permission
de ce Conseil , et il a été deffendu aux Curés
et aux autres Beneficiers de la partie du Diocèse
de Benevent qui est située dans le Royaume
de Naples , d'y assister , sous peine de la saisie
de leur Temporel.
Fermer
Résumé : ITALIE.
En septembre et octobre 1731, plusieurs événements ecclésiastiques et politiques marquants se sont produits. Le 3 septembre, lors d'un consistoire, le cardinal Ottoboni proposa diverses nominations, notamment l'Abbaye de Notre-Dame de Ham pour l'Abbé de Sesmaisons, l'Évêque de Noyon pour l'Archevêché de Lyon, l'Abbé de Saint-Simon pour l'Évêché de Noyon, et l'Abbé de Laubrières pour l'Évêché de Soissons. Le Pape accorda également le Pallium à l'Évêque de Marseille. Le 24 septembre, lors d'un autre consistoire, le cardinal Ottoboni proposa plusieurs autres nominations, dont l'Évêché de Mackarska pour Étienne Blascowich, l'Abbaye de Notre-Dame de Canderly pour l'Abbé de Foucaud, l'Abbaye de Dalone pour l'Abbé de Vignau, et l'Abbaye de Sénanques pour l'Abbé de Pins de Roquefort. Il préconisa également l'Abbé de Tilly pour l'Évêché d'Orange et l'Archevêque de Narbonne pour l'Abbaye de Bonneval. Le 27 septembre, le Pape attribua le chapeau de cardinal à Joseph Firrao et Antoine-Xavier Gentile. Des tensions politiques émergèrent concernant les Duchés de Parme et de Plaisance. La Duchesse Douairière de Parme déclara ne pas être enceinte, permettant au Général Stampa de prendre possession des duchés au nom de l'Infant Don Carlos, malgré les actes de prise de possession affichés par le Commissaire du Pape, M. Oddi. En Corse, des opérations militaires furent menées contre des rebelles, et des troupes impériales furent envoyées pour renforcer la garnison d'Ajaccio. Il fut également rapporté que l'Empereur envisageait un traité pour résoudre les différends avec les rebelles corses. À Rome, le Duc Césarini obtint la permission d'emprunter des fonds pour achever la construction de son théâtre. Le Cardinal d'Althan, en disgrâce auprès de l'Empereur, vit ses ordonnances supprimées. Le Cardinal Bentivoglio prit possession de biens allodiaux au nom de l'Infant Don Carlos. Le Tribunal de la Rote se rassembla le 1er octobre, et des nouvelles militaires concernant la Corse furent rapportées. À Naples, des ordres de l'Empereur et des lettres inhibitoires furent publiés, et des différends surgirent entre le Conseil Collateral et le nouvel Archevêque de Benevent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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558
p. [2450]-2456
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le Comte de Saxe a presenté au Roy sept petits Chevaux noirs, tous d'une [...]
Mots clefs :
Chevaux noirs, Lieutenant général, Pastorale héroïque, Concert
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
E Comte de Saxe a presenté au Roy
Lept petitsChevaux noirs , tous d'une
forme très- agréable et d'une extreme vivacité
, qui n'ont de hauteur que 26 à 27.
pouces . Ils sont destinez pour Monsei
gneur le Dauphin . S. M. en parut trèssatisfaite
. Elle les vit dans la grande cour
du Chenil à Versailles. Il y en avoit six
d'attelez à un petit Phaeton , mené par
le Comte de Saxe , avec un Postillon.
Il les a fait venir expressément d'une fle
de
OCTOBRE. 1731. 2455
de la Mer Baltique , pour la destination
qu'il en a faite.
Le Roy a donné au Comte de Muret ,
Lieutenant General de ses Armées, Grand-
Croix de l'Ordre Royal et Militaire de
S. Louis , le Gouvernement de Thionville,
la mort de M. de Brilhac .
vacant par
Le 26. Septembre , il y eut un Concert
à Marly , chez la Reine . M. de Blamont ,
Sur- Intendant de la Musique du Roy , fit
chanter la fin de l'Opera d'Arys , dont
les Actes precedens avoient été chantez
à Versailles .
Le 3. Octobre , la Reine voulut enten
dre la Pastorale Heroïque d'Endimion
dont les paroles sont de M. de Fontenelle,
et la Musique de M. de Blamont , qui fit
executer le premier et le second Acte 31
la Dile Pelissier chanta le Rôle de Diane,
avec d'aussi grands applaudissemens qu'elle
en avoit eu à l'Opera . La Die Lenner fit
celui d'Ismene , et chanta dans la plus
grande perfection . Les Diles Courvassier
et Minier , chanterent ceux de Licoris ,
Nymphe de Diane , et d'une Bergere. Le
sieur Petillot , qui a une très - belle voix ,
fit le Rôle d'Endimion , et ceux de Pan
et du Satyre , furent chantez par les sieurs
Dan2452
MERCURE DE FRANCE
Dangerville et le Prince . Le sieur Mauraire
y sonna les Fanfares pour Diane, &c.
Le 1o. on chanta le troisiéme Acte et
partie du quatriême ; le reste et le cinquiéme
Acte fut chanté au prochain
Concert. La Dlle Lenner chanta avec beau
coup d'applaudissement et dans le goût
de l'Auteur , le Monologue de Sombre
Forêt , et les autres Morceaux où il y
a des Flutes , furent accompagnez par les
sicurs Optetaire le Romain , Pieche et
Lucas. La Dile Robelin , chanta tes Parodies
du troisiéme Acte avec toute la préeision
convenable à ces petits Airs.
Le 12. la De Pelissier commença le
Concert par le Monologue du quatrième
Acte. La Dlle Lenner chanta ceux de
l'Amour et d'Ismene. Toute la Pastorale
fut executée avec beaucoup de feu et de
précision. Cette Piece sera imprimée et
distribuée le mois prochain .
Le 15. on chanta à Versailles le Prologue
et le premier Acte d'Armide. La
Die Antier , qui a chanté le principal
Rôle , s'y est distinguée à son ordinaire .
Les Dies Robelin et Courvassier , ont fait
ceux des deux Confidentes , et ceux de
Renaud et d'Idraot ont été chantez par
les sieurs Petillot et d'Angerville.
Le 20. on continua le même Opera par
le
OCTOBR E. 1731. 2455 .
le second et le troisiéme Acte. Le sieur
le Cler , nouvellement reçû à la Musique
du Roy , pour y chanter la Taille , fit
le Rôle de la Haine , avec beaucoup d'applaudissement
.
Le 22. on chanta le 4. et le cinquiémo
Acte.
Le 24. le Concert commença par le
Prologue et le premier Acte de Théthis
et Pelée , les Diles Julie et Minier , firent
les Rôles de la Nuit et de la Victoire , dans
le Prologue , la Dlle Antier celui de Thétis,
dans la Piece , et la Dule Lenner , celui
de Doris. La Dlle Drouin chanta la Can-
-tatille de Regne , belle Thetis , &c. et plus
infiniment. Le sieur Chassé fit le Rôle de
Neptune , et le sieur le Prince , celui du
Soleil , dans le Prologue.
Le 20 et le 25. de ce mois , les. Comediens
François représenterent à la Cour la
Tragédie de Romulus et la Comédie du
Chevalier à la mode .
Le 16. Octobre , il y cut à l'Abbaye
Royale de S. Antoine , Ordre de Cîteaux ,
une grande Ceremonie à l'occasion de la
Profession de Madame de Pontual , Fi--
leulle de S. A. S. Madame de Bourbon ,.
Abbesse. S. A. S. Madame la Duchesse la
jeune , lui fit l'honneur de lui donner le
Voile
2454 MERCURE DE FRANCE
Voile , avec cette grace et cette pieté que
toute la France admire en elle.M. Pernot,
Docteur en Théologie de la Faculté de
Paris , Abbé General de l'Ordre de Citeaux
, celebra la Messe pontificalements
M. le Curé de S. Paul y fit un très- beau
Discours sur l'excellence des engagemens
de la Religion , et sur la fidelite que l'on
devoit avoir à les remplir. Après le premier
Evangile,M. l'Abbé de Citeaux vint
à la Grille , et avant de recevoir les voeux
de la Demoiselle , il lui représenta encore
ses devoirs avec force et avec dignité.
On a rémarqué que ce Prélat , en lui développant
l'ordre de la Providence sur
elle dans le choix que Dieu avoit fait
d'une auguste et vertueuse Princesse pour.
répondre pour elle sur les Fonts sacrez
du Baptême , avoit saisi avec beaucoup de
délicatesse cette circonstance pour faire un
Compliment aux deux Princesses, qui fut
extrêmement goûté de toute l'Assemblée
laquelle étoit très nombreuse et bien choisic.
Le 22. de ce mois , les Carmes Déchaussez
firent chanter un Te Deum solemnek
dans leur Eglise , auquel l'Archevêque de
Besançon officia , à Poccasion de là Promotion
au Cardinalat de M. Guadagni ,
Evêque d'Arezzo en Toscane , Religieux
de
OCTOBRE. 1731. 245
de leur Ordre et neveu du Pape , cy-devant
connu sous le nom du Pere Jean
Antoine de S. Bernard . Ce nouveau Cardinal
qui se nommoit dans le Monde
Bernard Caetan , est fils de Donat Marie,
Marquis de Guadagni , Florentin , et de
Marie- Magdeleine Corsini , soeur du Pape;
il nâquit à Florence le 14, Septembre
1674. et étant entré dans l'Ordre des
Carmes Déchaussez , il fit Profession à
Arezzo le 11. Novembre 1700. Après
avoir été Maître des Novices , plusieurs
fois Prieur du Convent de Florence , et
Provincial de la Province , il fut nommé
Evêque d'Arezzo en 1725. par le Pape
Benoît XIII . et Sacré en sa presence dans
l'Eglise della Scala des Carmes Déchaussez
de Rome.
Le 25. la Loterie de la Compagnie des
Indes , établie pour le Remborsement des
Actions , fut tirée en la maniere accoûttumée
à l'Hôtel de la Compagnie. La
Liste des Numeros gagnans des Actions
et Dixièmes d'Actions , qui doivent être
remboursées , a été renduë publique , faisant
en tout le nombre de 309. Actions,
On a reçû avis de Seville , que l'Infant
Don Carlos en étoit parti le 20. d'Octobre
2456 MERCURE DE FRANCE
tobre pour se rendre en Italie , et le Mar
quis de Castallar a été chargé par S. M.
Ĉat. de demander au Roi de trouver bon
que l'Infant Don Carlos passât par le
Roussillon , par le Languedoc et par la
Provence.
E Comte de Saxe a presenté au Roy
Lept petitsChevaux noirs , tous d'une
forme très- agréable et d'une extreme vivacité
, qui n'ont de hauteur que 26 à 27.
pouces . Ils sont destinez pour Monsei
gneur le Dauphin . S. M. en parut trèssatisfaite
. Elle les vit dans la grande cour
du Chenil à Versailles. Il y en avoit six
d'attelez à un petit Phaeton , mené par
le Comte de Saxe , avec un Postillon.
Il les a fait venir expressément d'une fle
de
OCTOBRE. 1731. 2455
de la Mer Baltique , pour la destination
qu'il en a faite.
Le Roy a donné au Comte de Muret ,
Lieutenant General de ses Armées, Grand-
Croix de l'Ordre Royal et Militaire de
S. Louis , le Gouvernement de Thionville,
la mort de M. de Brilhac .
vacant par
Le 26. Septembre , il y eut un Concert
à Marly , chez la Reine . M. de Blamont ,
Sur- Intendant de la Musique du Roy , fit
chanter la fin de l'Opera d'Arys , dont
les Actes precedens avoient été chantez
à Versailles .
Le 3. Octobre , la Reine voulut enten
dre la Pastorale Heroïque d'Endimion
dont les paroles sont de M. de Fontenelle,
et la Musique de M. de Blamont , qui fit
executer le premier et le second Acte 31
la Dile Pelissier chanta le Rôle de Diane,
avec d'aussi grands applaudissemens qu'elle
en avoit eu à l'Opera . La Die Lenner fit
celui d'Ismene , et chanta dans la plus
grande perfection . Les Diles Courvassier
et Minier , chanterent ceux de Licoris ,
Nymphe de Diane , et d'une Bergere. Le
sieur Petillot , qui a une très - belle voix ,
fit le Rôle d'Endimion , et ceux de Pan
et du Satyre , furent chantez par les sieurs
Dan2452
MERCURE DE FRANCE
Dangerville et le Prince . Le sieur Mauraire
y sonna les Fanfares pour Diane, &c.
Le 1o. on chanta le troisiéme Acte et
partie du quatriême ; le reste et le cinquiéme
Acte fut chanté au prochain
Concert. La Dlle Lenner chanta avec beau
coup d'applaudissement et dans le goût
de l'Auteur , le Monologue de Sombre
Forêt , et les autres Morceaux où il y
a des Flutes , furent accompagnez par les
sicurs Optetaire le Romain , Pieche et
Lucas. La Dile Robelin , chanta tes Parodies
du troisiéme Acte avec toute la préeision
convenable à ces petits Airs.
Le 12. la De Pelissier commença le
Concert par le Monologue du quatrième
Acte. La Dlle Lenner chanta ceux de
l'Amour et d'Ismene. Toute la Pastorale
fut executée avec beaucoup de feu et de
précision. Cette Piece sera imprimée et
distribuée le mois prochain .
Le 15. on chanta à Versailles le Prologue
et le premier Acte d'Armide. La
Die Antier , qui a chanté le principal
Rôle , s'y est distinguée à son ordinaire .
Les Dies Robelin et Courvassier , ont fait
ceux des deux Confidentes , et ceux de
Renaud et d'Idraot ont été chantez par
les sieurs Petillot et d'Angerville.
Le 20. on continua le même Opera par
le
OCTOBR E. 1731. 2455 .
le second et le troisiéme Acte. Le sieur
le Cler , nouvellement reçû à la Musique
du Roy , pour y chanter la Taille , fit
le Rôle de la Haine , avec beaucoup d'applaudissement
.
Le 22. on chanta le 4. et le cinquiémo
Acte.
Le 24. le Concert commença par le
Prologue et le premier Acte de Théthis
et Pelée , les Diles Julie et Minier , firent
les Rôles de la Nuit et de la Victoire , dans
le Prologue , la Dlle Antier celui de Thétis,
dans la Piece , et la Dule Lenner , celui
de Doris. La Dlle Drouin chanta la Can-
-tatille de Regne , belle Thetis , &c. et plus
infiniment. Le sieur Chassé fit le Rôle de
Neptune , et le sieur le Prince , celui du
Soleil , dans le Prologue.
Le 20 et le 25. de ce mois , les. Comediens
François représenterent à la Cour la
Tragédie de Romulus et la Comédie du
Chevalier à la mode .
Le 16. Octobre , il y cut à l'Abbaye
Royale de S. Antoine , Ordre de Cîteaux ,
une grande Ceremonie à l'occasion de la
Profession de Madame de Pontual , Fi--
leulle de S. A. S. Madame de Bourbon ,.
Abbesse. S. A. S. Madame la Duchesse la
jeune , lui fit l'honneur de lui donner le
Voile
2454 MERCURE DE FRANCE
Voile , avec cette grace et cette pieté que
toute la France admire en elle.M. Pernot,
Docteur en Théologie de la Faculté de
Paris , Abbé General de l'Ordre de Citeaux
, celebra la Messe pontificalements
M. le Curé de S. Paul y fit un très- beau
Discours sur l'excellence des engagemens
de la Religion , et sur la fidelite que l'on
devoit avoir à les remplir. Après le premier
Evangile,M. l'Abbé de Citeaux vint
à la Grille , et avant de recevoir les voeux
de la Demoiselle , il lui représenta encore
ses devoirs avec force et avec dignité.
On a rémarqué que ce Prélat , en lui développant
l'ordre de la Providence sur
elle dans le choix que Dieu avoit fait
d'une auguste et vertueuse Princesse pour.
répondre pour elle sur les Fonts sacrez
du Baptême , avoit saisi avec beaucoup de
délicatesse cette circonstance pour faire un
Compliment aux deux Princesses, qui fut
extrêmement goûté de toute l'Assemblée
laquelle étoit très nombreuse et bien choisic.
Le 22. de ce mois , les Carmes Déchaussez
firent chanter un Te Deum solemnek
dans leur Eglise , auquel l'Archevêque de
Besançon officia , à Poccasion de là Promotion
au Cardinalat de M. Guadagni ,
Evêque d'Arezzo en Toscane , Religieux
de
OCTOBRE. 1731. 245
de leur Ordre et neveu du Pape , cy-devant
connu sous le nom du Pere Jean
Antoine de S. Bernard . Ce nouveau Cardinal
qui se nommoit dans le Monde
Bernard Caetan , est fils de Donat Marie,
Marquis de Guadagni , Florentin , et de
Marie- Magdeleine Corsini , soeur du Pape;
il nâquit à Florence le 14, Septembre
1674. et étant entré dans l'Ordre des
Carmes Déchaussez , il fit Profession à
Arezzo le 11. Novembre 1700. Après
avoir été Maître des Novices , plusieurs
fois Prieur du Convent de Florence , et
Provincial de la Province , il fut nommé
Evêque d'Arezzo en 1725. par le Pape
Benoît XIII . et Sacré en sa presence dans
l'Eglise della Scala des Carmes Déchaussez
de Rome.
Le 25. la Loterie de la Compagnie des
Indes , établie pour le Remborsement des
Actions , fut tirée en la maniere accoûttumée
à l'Hôtel de la Compagnie. La
Liste des Numeros gagnans des Actions
et Dixièmes d'Actions , qui doivent être
remboursées , a été renduë publique , faisant
en tout le nombre de 309. Actions,
On a reçû avis de Seville , que l'Infant
Don Carlos en étoit parti le 20. d'Octobre
2456 MERCURE DE FRANCE
tobre pour se rendre en Italie , et le Mar
quis de Castallar a été chargé par S. M.
Ĉat. de demander au Roi de trouver bon
que l'Infant Don Carlos passât par le
Roussillon , par le Languedoc et par la
Provence.
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Résumé : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
En octobre 1731, plusieurs événements notables ont eu lieu à la cour de France. Le comte de Saxe a offert au roi six petits chevaux noirs destinés au Dauphin, qui ont été appréciés par Sa Majesté. Le roi a également nommé le comte de Muret lieutenant général de ses armées et gouverneur de Thionville, succédant à M. de Brilhac. Des concerts et représentations théâtrales ont animé les résidences royales de Marly et Versailles. Le 26 septembre, un concert a été donné à Marly, clôturé par la fin de l'opéra d'Arys. Le 3 octobre, la reine a assisté à la pastorale héroïque d'Endimion, avec des performances remarquées de la demoiselle Pelissier et de la demoiselle Lenner. Les 10, 12 et 15 octobre, des extraits de cette pastorale et de l'opéra Armide ont été exécutés, avec des interprètes tels que la demoiselle Antier et le sieur Petillot. Le 20 octobre, les comédiens français ont joué la tragédie de Romulus et la comédie du Chevalier à la mode à la cour. Le 16 octobre, une cérémonie de profession religieuse a eu lieu à l'abbaye royale de Saint-Antoine, où Madame de Pontchartrain a reçu le voile des mains de Madame la Duchesse de Bourbon. Le 22 octobre, les Carmes déchaussés ont célébré un Te Deum pour la promotion au cardinalat de M. Guadagni, évêque d'Arezzo et neveu du pape. Le 25 octobre, la loterie de la Compagnie des Indes a été tirée, remboursant 309 actions. Enfin, il a été annoncé que l'Infant Don Carlos se rendait en Italie en passant par le Roussillon, le Languedoc et la Provence.
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559
p. 2541-2549
ELOGE de M. de Lavaur, celebre Avocat. Lettre écrite par M. B. B. à M. de S. Aigne, Conseiller de la Cour des Aides de Clermont.
Début :
Je viens, Monsieur, répandre dans vôtre sein la juste douleur que me [...]
Mots clefs :
Éloge, Écuyer, Avocat, Seigneur, Jurisprudence, Gentilhomme ordinaire du roi, Arbitre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELOGE de M. de Lavaur, celebre Avocat. Lettre écrite par M. B. B. à M. de S. Aigne, Conseiller de la Cour des Aides de Clermont.
ELOGE de M. de Lavaur , celebre Avocat.
Lettre écrite
›
par
M. B. B. à M..de
Conseiller de la Cour des
S.
Aigne
Aides de Clermont
.
E viens , Monsieur , répandre dans
vôtre sein la juste douleur que me
cause la mort de M. de Lavaur , Ecuyer,
Seigneur de la Boisse , Avocat au Parlement
de Paris ; l'illustre défunt m'a
honoré de son amitié pendant toute sa
vie Sa mort arrivée à S. Cere le 8 Avril
dernier après avoir fait le sujet de mes
larmes exige , ce me semble , quelque
chose de plus de ma reconnoissance . Voici
, Monsieur , un leger crayon de sa
vie , pour honorer en quelque façon sa
mémoire et pour la satisfaction de ses
Amis , entre lesquels vous tenez un des
premiers rangs.
,
3
Guillaume de Lavaur étoit né à Saint
Cere dans la Vicomté de Turenne en
Querci , le 11. Juin 1653. Paul , son
Pere , Avocat au Parlement de Toulouse,
étoit très habile dans sa Profession. Il
aimoit singulierement l'étude des Belles--
Lettres
et il → inspira cet amour à son
-
Fils..
2542 MERCURE DE FRANCE
Fils. Ses lumieres , son experience , sa
probité lui meriterent la confiance du
Public ; et il fut très- estimé dans sa Patrie
, à laquelle il rendit des services importans
,
et dont la memoire est encore
récente. Il descendoit d'un Cadet des Seigneurs
de Lavaur , Maison considerable
et des plus anciennes du Querci.
,
,
Guillaume son digne Fils , la rendra
encore plus célebre. A peine eût- il fini
son Droit à Toulouse , que son Pere jaloux
de son éducation , l'envoya à Paris
pour suivre le Barreaut et pour s'y former
sur les grands modeles de ce tems-là .
Nôtre jeune Avocat ne s'appliqua pas
seulement à la Jurisprudence , mais il
fit encore de grands progrès dans l'étude
des Belles- Letttes , pour lesquelles il avoit
beaucoup de goût et de talent. Son ap
plication infatigable la sagesse de sa
conduite , la bonté de ses moeurs
manieres nobles , polies , genereuses lui
firent des amis de distinction . Les affaires
de sa Famille l'ayant obligé de retourner
en Province , il épousa Marie-
Charlotte Maynard , Fille de Charles
Gentilhomme ordinaire du Roy , et Petite-
Fille de François , Président à Aurillac
en Auvergne , Secretaire de la
Reine Marguerite , et honoré avant sa
ses
J'
most
NOVEMBRE 1731. 254
mort d'un Brevet de Conseiller d'Etat :
mais beaucoup plus connu par les ouvrages
dont il a enrichi le Public.
M. de Lavaur se trouva attaché à
S. Cere ,
par la tendresse qu'il avoit
pour cette digne Epouse , par ses affaires
domestiques , et par la délicatesse de sa
santé , qui ne se soutenoit que par un
grand regime de vie. Il ne s'absenta
du Querci , que pour un Voyage qu'il
fut obligé de faire à Paris en 1700, et
pour quelques autres voyages de nécessité
qu'il fit à Toulouze , où l'on n'oublia
rien pour le retenir.
>
و
Il étoit le Conseil , l'Arbitre , l'Oracle
du Païs. Sa maison étoit ouverte à tous
et à toute heure sur- tout aux Pauvres
et aux Affligés ausquels il accordoit
volontiers son secours et une bonne partie
de son revenu qui étoit considerable.
L'Illustre Fenelon , Archevêque de
Cambrai , le Duc de Bouillon , et plusieurs
personnes du premier rang et d'un
goût exquis , connoissant la solidité de
son mérite , lui donnerent leur confiance
la plus intime et la plus étroite.
Aussi parfait Chrétien , que bon Citoyen
, il donnoit chaque jour un temps
considerable à la priere et à la lecture
de l'Ecriture , des Peres , et de la Morale
Chré
2544 MERCURE DE FRANCE
›
Chrétienne. Sa religion et sa pieté étoient
la regle de ses Etudes : et ses Etudes l'affermissoient
dans sa Religion , et n'altererent
jamais sa pieté. Tout éclairé qu'il
étoit il vivoit dans une merveilleuse
simplicité , religieux dans les moindres
de ses actions , aussi -bien que dans les
plus grandes , il étoit exact et fidele à
toutes les pratiques de la Religion , assidu
à sa Paroisse attaché à son Pasteur
, que la noblesse de son extraction
lui rendoit moins recommandable , que
la pureté de sa Doctrine et de ses moeurs.
,
,
M. de Lavaur joignit à cette haute pieté
une profonde érudition . Il étoit Philosophe
, Orateur , et Poëte. Il sçavoit
parfaitement le Grec et l'Hebreu , et
toutes les finesses de la Langue Latine.
Pour ce qui est de nôtre Langue la
pureté et la beauté de son élocution , le
choix , l'arrangement , l'harmonie de ses
expressions , la hardiesse et la magnificence
de ses figures , la rapidité de son
éloquence , l'artifice de sa composition ,
Ia beauté de ses discours ne laissoient
rien à desirer.
Quelque attaché qu'il fut aux devoirs
de son état , il trouvoit encore assez de
Toisir pour cultiver l'étude des Sciences.
En 1726. il fit imprimer chez E. Ganeau-,
PHisNOVEMBRE
1731. 2545
> J
Histoire secrete de Neron , ou le Festin
de Trimalcion traduit de Petrone avec
des Notes historiques , in 12 de 446. pages ,
sans le Discours préliminaire qui en remplit
72. Les quatre premieres ne sont
qu'une Traduction du Portrait que Tacite
fait de Petrone , au livre xvj . de ses
'Annales. La suite de ce discours est trèsrecherchée
, on y trouve des remarques
curieuses sur les affranchis , sur les factions
, les jeux et leurs couleurs , sur les
Sevirs , sur les habits et les noms des Romains
, et sur les Sesterces. La Traduction
de l'Histoire est pure et élegante : on
trouve une Critique exacte dans les notes:
elles sont courtes et dégagées de tout
fatras d'érudition , et l'on ne peut s'em- >
pêcher de convenir que personne n'a
mieux pénetré que lui le sens de Petrone
; il est entré parfaitement bien dans
le Plan de son Auteur ; il a conservé
dans sa version les beautez presque inimitables
de l'Original , sans lui rien faire
perdre de ses traits , de ses couleurs , de
son prix ; il fait sentir par tout la finesse
de ses tours et la délicatesse de ses pensées
et si Petrone a été nommé Autor
›
in obscoenitate purus , ne pourroit-on pas
appeller le sçavant Traducteur qui l'a si
bien épuré , en retranchant toutes les
obsce-
1
2546 MERCURE DE FRANCE
obscenités , Purissimus impurissimi Auctoris
Interpres ?
Un autre ouvrage plus considerable de
M. de L. est intitulé : Conférence de la
Fable avec l'Histoire Sainte où l'on voit
›
>
que les grandes Fables le culte et les mysteres
du Paganisme ne sont que des Copies
alterées des Histoires , des Usages , et des
Traditions des Hebreux 2. vol . in 12. le
premier de 96. pages , sans le Discourspréliminaire
qui en contient 122. Le second
tome est de 361. pages . M. le Cardinal
de Fleury a bien voulu être le Mecene
de ce Livre , et ce n'est pas une approbation
mediocre pour l'ouvrage , ni
une petite louange pour l'Auteur , qui ,
d'ailleurs a tout-à - fait bien rempli son
dessein , lequel se trouve heureusement
exprimé dès le Frontispice
par ce passage
du I. livre des Macchabées
, c. 3. v. 48.
expanserunt libros legis , de quibus scrutabantur
gentes similitudinem
simulachrorum
suorum & c.
>
Avant lui , Steuchus , Evêque de Kisanie
, qui vivoit au milieu du xvj . siécle
, Bochard dans sa Géographie sacrée
M. Huet , Evêque d'Avranches , dans sa
Démonstration Evangelique , et le Pere
Thomassin , dans sa méthode d'étudier
les Poëtes , avoient travaillé après Eusebe
aux
NOVEMBRE 1731. 2547
aux Remarques de quelques traits de ressemblance
entre les personnages du vieux
Testament , et les Dieux du Paganisme .
M. de Lavaur a poussé ces recherches
plus loin , et il a découvert heureusement
la ressemblance des avantures et de la
vie des plus célebres personnages de la
Fable , avec ceux de nos saintes Ecritures.
Il prouve solidement , que les Fables
du Paganisme ne sont qu'une copie alterée
de la Religion , et par ce moyen
il établit le droit d'aînesse , et l'autorité
des livres divins sur les inventions des
hommes , de la verité sur le mensonge ,
de la vraie Religion et de la vraie Divinité
sur les fausses , qui n'en sont qu'une
imitation corrompue. Il démontre clairement
l'origine du Paganisme , sortie du
sein de Dieu même , sans que les Payens
s'en soient apperçûs ; il établit évidemment
la conformité des Fables avec les
Textes sacrés , et développe si nettement
les Metaphores des Auteurs Profanes
qu'on diroit qu'il a conferé avec les plus:
illustres morts de l'antiquité , pour nous
apprendre le vrai sens de leurs Enigmes.
Le témoignage de M. l'Abbé Raguer
me sera un bon et solide garand de ce
que je viens d'avancer. M. de Lavaur
dit-il , dans son approbation , fait paroître
2548 MERCURE DE FRANCE
foître dans cet ouvrage beaucoup d'éru-
»dition , un zele extrême pour les inte-
→ rêts de la verité , et une grande saga-
» cité à découvrir les traces précieuses de
» la Tradition des Hebreux parmi les té-
>> nebres du Paganisme. Il fait par tout
>> sentir l'autorité supprimée des livres
» sacrez , et par des conjectures ordinai-
» rement très heureuses , et par les mo-
» numens les plus acréditez de ceux qui
»> ne sembloient s'être instruits dans les
» Divines Ecritures , que pour les alterer ,
» suivant l'égarement de leur esprit , et
» la corruption de leur coeur.
Cet homme digne de l'immortalité
nous a laissé non - seulement ces deuxbeaux
ouvrages , mais encore trois fils ,
qui sont la gloire et la couronne d'un
tel Pere. Pierre - Louis de Lavaur son
aîné , Trésorier de France , disputa au
sortir des Ecoles une Chaire de Droit dans
l'Université de Cahors , et s'il ne l'ob
rint pas
›
pas , par un coup de faveur qui la
fit donner à son concurrent , il la mérita
suivant la justice que lui rendirent les
Sçavans desinteressez qui assisterent à
cette dispute. Il s'est allié aux meilleures
Maisons du Querci , par son mariage
avec Dame Elisabeth de Banze. Il suit
Les traces de son Pere , par son application
NOVEMBRE. 1731. 2549
tion à la Jurisprudence et aux Belles-
Lettres.
Philippe , son puîné , est Chanoine
de S. Sernin à Toulouse , et Syndic du
Chapitre , ce qui n'est pas une petite
distinction .
Le troisiéme Fils est François , Sieur
de l'Ort , il a eu soin de l'Edition du Livre
de la Conférence , qu'il a fait imprimer
à Paris , chez Cailleau 1730. 11
est premier Secretaire de M. le Marquis
de Fenelon Ambassadeur du Roy en
Hollande. J'ai l'honneur d'être , Mon
sieur , & c.
Ce 1. May 1731,
Lettre écrite
›
par
M. B. B. à M..de
Conseiller de la Cour des
S.
Aigne
Aides de Clermont
.
E viens , Monsieur , répandre dans
vôtre sein la juste douleur que me
cause la mort de M. de Lavaur , Ecuyer,
Seigneur de la Boisse , Avocat au Parlement
de Paris ; l'illustre défunt m'a
honoré de son amitié pendant toute sa
vie Sa mort arrivée à S. Cere le 8 Avril
dernier après avoir fait le sujet de mes
larmes exige , ce me semble , quelque
chose de plus de ma reconnoissance . Voici
, Monsieur , un leger crayon de sa
vie , pour honorer en quelque façon sa
mémoire et pour la satisfaction de ses
Amis , entre lesquels vous tenez un des
premiers rangs.
,
3
Guillaume de Lavaur étoit né à Saint
Cere dans la Vicomté de Turenne en
Querci , le 11. Juin 1653. Paul , son
Pere , Avocat au Parlement de Toulouse,
étoit très habile dans sa Profession. Il
aimoit singulierement l'étude des Belles--
Lettres
et il → inspira cet amour à son
-
Fils..
2542 MERCURE DE FRANCE
Fils. Ses lumieres , son experience , sa
probité lui meriterent la confiance du
Public ; et il fut très- estimé dans sa Patrie
, à laquelle il rendit des services importans
,
et dont la memoire est encore
récente. Il descendoit d'un Cadet des Seigneurs
de Lavaur , Maison considerable
et des plus anciennes du Querci.
,
,
Guillaume son digne Fils , la rendra
encore plus célebre. A peine eût- il fini
son Droit à Toulouse , que son Pere jaloux
de son éducation , l'envoya à Paris
pour suivre le Barreaut et pour s'y former
sur les grands modeles de ce tems-là .
Nôtre jeune Avocat ne s'appliqua pas
seulement à la Jurisprudence , mais il
fit encore de grands progrès dans l'étude
des Belles- Letttes , pour lesquelles il avoit
beaucoup de goût et de talent. Son ap
plication infatigable la sagesse de sa
conduite , la bonté de ses moeurs
manieres nobles , polies , genereuses lui
firent des amis de distinction . Les affaires
de sa Famille l'ayant obligé de retourner
en Province , il épousa Marie-
Charlotte Maynard , Fille de Charles
Gentilhomme ordinaire du Roy , et Petite-
Fille de François , Président à Aurillac
en Auvergne , Secretaire de la
Reine Marguerite , et honoré avant sa
ses
J'
most
NOVEMBRE 1731. 254
mort d'un Brevet de Conseiller d'Etat :
mais beaucoup plus connu par les ouvrages
dont il a enrichi le Public.
M. de Lavaur se trouva attaché à
S. Cere ,
par la tendresse qu'il avoit
pour cette digne Epouse , par ses affaires
domestiques , et par la délicatesse de sa
santé , qui ne se soutenoit que par un
grand regime de vie. Il ne s'absenta
du Querci , que pour un Voyage qu'il
fut obligé de faire à Paris en 1700, et
pour quelques autres voyages de nécessité
qu'il fit à Toulouze , où l'on n'oublia
rien pour le retenir.
>
و
Il étoit le Conseil , l'Arbitre , l'Oracle
du Païs. Sa maison étoit ouverte à tous
et à toute heure sur- tout aux Pauvres
et aux Affligés ausquels il accordoit
volontiers son secours et une bonne partie
de son revenu qui étoit considerable.
L'Illustre Fenelon , Archevêque de
Cambrai , le Duc de Bouillon , et plusieurs
personnes du premier rang et d'un
goût exquis , connoissant la solidité de
son mérite , lui donnerent leur confiance
la plus intime et la plus étroite.
Aussi parfait Chrétien , que bon Citoyen
, il donnoit chaque jour un temps
considerable à la priere et à la lecture
de l'Ecriture , des Peres , et de la Morale
Chré
2544 MERCURE DE FRANCE
›
Chrétienne. Sa religion et sa pieté étoient
la regle de ses Etudes : et ses Etudes l'affermissoient
dans sa Religion , et n'altererent
jamais sa pieté. Tout éclairé qu'il
étoit il vivoit dans une merveilleuse
simplicité , religieux dans les moindres
de ses actions , aussi -bien que dans les
plus grandes , il étoit exact et fidele à
toutes les pratiques de la Religion , assidu
à sa Paroisse attaché à son Pasteur
, que la noblesse de son extraction
lui rendoit moins recommandable , que
la pureté de sa Doctrine et de ses moeurs.
,
,
M. de Lavaur joignit à cette haute pieté
une profonde érudition . Il étoit Philosophe
, Orateur , et Poëte. Il sçavoit
parfaitement le Grec et l'Hebreu , et
toutes les finesses de la Langue Latine.
Pour ce qui est de nôtre Langue la
pureté et la beauté de son élocution , le
choix , l'arrangement , l'harmonie de ses
expressions , la hardiesse et la magnificence
de ses figures , la rapidité de son
éloquence , l'artifice de sa composition ,
Ia beauté de ses discours ne laissoient
rien à desirer.
Quelque attaché qu'il fut aux devoirs
de son état , il trouvoit encore assez de
Toisir pour cultiver l'étude des Sciences.
En 1726. il fit imprimer chez E. Ganeau-,
PHisNOVEMBRE
1731. 2545
> J
Histoire secrete de Neron , ou le Festin
de Trimalcion traduit de Petrone avec
des Notes historiques , in 12 de 446. pages ,
sans le Discours préliminaire qui en remplit
72. Les quatre premieres ne sont
qu'une Traduction du Portrait que Tacite
fait de Petrone , au livre xvj . de ses
'Annales. La suite de ce discours est trèsrecherchée
, on y trouve des remarques
curieuses sur les affranchis , sur les factions
, les jeux et leurs couleurs , sur les
Sevirs , sur les habits et les noms des Romains
, et sur les Sesterces. La Traduction
de l'Histoire est pure et élegante : on
trouve une Critique exacte dans les notes:
elles sont courtes et dégagées de tout
fatras d'érudition , et l'on ne peut s'em- >
pêcher de convenir que personne n'a
mieux pénetré que lui le sens de Petrone
; il est entré parfaitement bien dans
le Plan de son Auteur ; il a conservé
dans sa version les beautez presque inimitables
de l'Original , sans lui rien faire
perdre de ses traits , de ses couleurs , de
son prix ; il fait sentir par tout la finesse
de ses tours et la délicatesse de ses pensées
et si Petrone a été nommé Autor
›
in obscoenitate purus , ne pourroit-on pas
appeller le sçavant Traducteur qui l'a si
bien épuré , en retranchant toutes les
obsce-
1
2546 MERCURE DE FRANCE
obscenités , Purissimus impurissimi Auctoris
Interpres ?
Un autre ouvrage plus considerable de
M. de L. est intitulé : Conférence de la
Fable avec l'Histoire Sainte où l'on voit
›
>
que les grandes Fables le culte et les mysteres
du Paganisme ne sont que des Copies
alterées des Histoires , des Usages , et des
Traditions des Hebreux 2. vol . in 12. le
premier de 96. pages , sans le Discourspréliminaire
qui en contient 122. Le second
tome est de 361. pages . M. le Cardinal
de Fleury a bien voulu être le Mecene
de ce Livre , et ce n'est pas une approbation
mediocre pour l'ouvrage , ni
une petite louange pour l'Auteur , qui ,
d'ailleurs a tout-à - fait bien rempli son
dessein , lequel se trouve heureusement
exprimé dès le Frontispice
par ce passage
du I. livre des Macchabées
, c. 3. v. 48.
expanserunt libros legis , de quibus scrutabantur
gentes similitudinem
simulachrorum
suorum & c.
>
Avant lui , Steuchus , Evêque de Kisanie
, qui vivoit au milieu du xvj . siécle
, Bochard dans sa Géographie sacrée
M. Huet , Evêque d'Avranches , dans sa
Démonstration Evangelique , et le Pere
Thomassin , dans sa méthode d'étudier
les Poëtes , avoient travaillé après Eusebe
aux
NOVEMBRE 1731. 2547
aux Remarques de quelques traits de ressemblance
entre les personnages du vieux
Testament , et les Dieux du Paganisme .
M. de Lavaur a poussé ces recherches
plus loin , et il a découvert heureusement
la ressemblance des avantures et de la
vie des plus célebres personnages de la
Fable , avec ceux de nos saintes Ecritures.
Il prouve solidement , que les Fables
du Paganisme ne sont qu'une copie alterée
de la Religion , et par ce moyen
il établit le droit d'aînesse , et l'autorité
des livres divins sur les inventions des
hommes , de la verité sur le mensonge ,
de la vraie Religion et de la vraie Divinité
sur les fausses , qui n'en sont qu'une
imitation corrompue. Il démontre clairement
l'origine du Paganisme , sortie du
sein de Dieu même , sans que les Payens
s'en soient apperçûs ; il établit évidemment
la conformité des Fables avec les
Textes sacrés , et développe si nettement
les Metaphores des Auteurs Profanes
qu'on diroit qu'il a conferé avec les plus:
illustres morts de l'antiquité , pour nous
apprendre le vrai sens de leurs Enigmes.
Le témoignage de M. l'Abbé Raguer
me sera un bon et solide garand de ce
que je viens d'avancer. M. de Lavaur
dit-il , dans son approbation , fait paroître
2548 MERCURE DE FRANCE
foître dans cet ouvrage beaucoup d'éru-
»dition , un zele extrême pour les inte-
→ rêts de la verité , et une grande saga-
» cité à découvrir les traces précieuses de
» la Tradition des Hebreux parmi les té-
>> nebres du Paganisme. Il fait par tout
>> sentir l'autorité supprimée des livres
» sacrez , et par des conjectures ordinai-
» rement très heureuses , et par les mo-
» numens les plus acréditez de ceux qui
»> ne sembloient s'être instruits dans les
» Divines Ecritures , que pour les alterer ,
» suivant l'égarement de leur esprit , et
» la corruption de leur coeur.
Cet homme digne de l'immortalité
nous a laissé non - seulement ces deuxbeaux
ouvrages , mais encore trois fils ,
qui sont la gloire et la couronne d'un
tel Pere. Pierre - Louis de Lavaur son
aîné , Trésorier de France , disputa au
sortir des Ecoles une Chaire de Droit dans
l'Université de Cahors , et s'il ne l'ob
rint pas
›
pas , par un coup de faveur qui la
fit donner à son concurrent , il la mérita
suivant la justice que lui rendirent les
Sçavans desinteressez qui assisterent à
cette dispute. Il s'est allié aux meilleures
Maisons du Querci , par son mariage
avec Dame Elisabeth de Banze. Il suit
Les traces de son Pere , par son application
NOVEMBRE. 1731. 2549
tion à la Jurisprudence et aux Belles-
Lettres.
Philippe , son puîné , est Chanoine
de S. Sernin à Toulouse , et Syndic du
Chapitre , ce qui n'est pas une petite
distinction .
Le troisiéme Fils est François , Sieur
de l'Ort , il a eu soin de l'Edition du Livre
de la Conférence , qu'il a fait imprimer
à Paris , chez Cailleau 1730. 11
est premier Secretaire de M. le Marquis
de Fenelon Ambassadeur du Roy en
Hollande. J'ai l'honneur d'être , Mon
sieur , & c.
Ce 1. May 1731,
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Résumé : ELOGE de M. de Lavaur, celebre Avocat. Lettre écrite par M. B. B. à M. de S. Aigne, Conseiller de la Cour des Aides de Clermont.
Guillaume de Lavaur, avocat renommé, est loué dans une lettre de M. B. B. adressée à un conseiller de la Cour des Aides de Clermont. Né le 11 juin 1653 à Saint-Céré dans la vicomté de Turenne en Quercy, Guillaume était le fils de Paul de Lavaur, avocat au Parlement de Toulouse, reconnu pour son talent et son amour des lettres. Guillaume suivit les pas de son père en étudiant le droit à Toulouse, puis à Paris, où il se forma au barreau. Il se distingua par son sérieux, sa sagesse et ses manières distinguées, gagnant ainsi des amis influents. De retour en province, il épousa Marie-Charlotte Maynard, fille d'un gentilhomme du Roi. Malgré une santé fragile, il devint une figure influente à Saint-Céré, conseillant et aidant les pauvres. Il était respecté par des personnalités telles que l'archevêque Fénelon et le duc de Bouillon. Sa piété et son érudition étaient remarquables; il maîtrisait le grec, l'hébreu et le latin, et était également poète et orateur. En 1726, il publia 'Histoire secrète de Néron' et en 1730, 'Conférence de la Fable avec l'Histoire Sainte', ouvrage approuvé par le cardinal de Fleury. Ce livre démontre que les fables païennes sont des copies altérées des histoires hébraïques, établissant ainsi la supériorité des textes sacrés. M. de Lavaur eut trois fils : Pierre-Louis, trésorier de France et juriste; Philippe, chanoine à Toulouse; et François, secrétaire de l'ambassadeur du Roi en Hollande. La lettre se conclut par des marques de respect et d'admiration pour l'illustre défunt.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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560
p. 2549-2551
ODE Sur le respect dû aux Eglises. Pavete ad Sanctuarium meum.
Début :
Du redoutable éclat de sa magnificence [...]
Mots clefs :
Magnificence, Mortels coupables, Asile, Vengeance, Pénitent, Profanateurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE Sur le respect dû aux Eglises. Pavete ad Sanctuarium meum.
ODE
Sur le respect dû aux Eglises,
Pavete ad Sanctuarium meum.
U redoutable éclat de sa magnificence
Le Seigneur autrefois marchoit environné ;
Les Eclairs et la Foudre annonçoient sa presence
Au Peuple prosterné.
Mais
2550 MERCURE DE FRANCE
Mais aujourd'hui voilant sous des ombres palpables
Les rayons de sa gloire à nos trop foibles yeux,
Ce même Dieu descend chez les mortels coupables
Le
Pour écouter leurs voeux.
témps est un azile où regne la Clemence
1
De nos gémissemens dés qu'elle entend la voix ;
Elle arrache les traits des mains de la vengeance
Qui lui cede ses droits.
Mais je frémis > ô Ciel ! quel attentat , quel
crime !
'Anges , le voyez -vous sans en être irrités ?
L'hommeaux pieds des Autels insulte à la victime
De ses iniquités ,
Des objets indécens , des discours sacrileges
Ravissent au très-haut les coeurs de toutes parts
L'innocence aux abois ne trouve que
Dans ses plus saints Remparts.
des piéges
Est- ce avec tant d'orgueil , de vanité , d'audace ,
Que l'humble Penitent y porte ses remords ?
D'un
NOVEMBRE. 1731. 2551
D'un Chef anéanti croit - il obtenir grace
Sous ces pompeux dehors ?
Nous tremblons à l'aspect des Princes de la
Terre ,
Leur Trône est entouré des vils adorateurs ;
Et l'on ne voit aux pieds du Maître du Tonnerre
Que des Prophanateurs,
Faut-il que l'Eternel arrache nos hommages
Par l'horreur et l'effroi dans un coeur égaré ?
d'un libre amour sous de tendres , non › Non
images
Il veut être honoré.
Pour être moins terrible , est-il moins respec
table ?
Un Dieu nous traite en pere , aimons - le donc
en fils.
Sa tendresse doit- elle , ô Mortel exécrable
Enhardir tes mépris ≥
Dieu vangera son culte , il t'observe en silence à
Inexorable Juge à l'instant du trépas ,
Ainsi que sa bonté sa colere est immense ;
Crains les coups de son braş.
Sur le respect dû aux Eglises,
Pavete ad Sanctuarium meum.
U redoutable éclat de sa magnificence
Le Seigneur autrefois marchoit environné ;
Les Eclairs et la Foudre annonçoient sa presence
Au Peuple prosterné.
Mais
2550 MERCURE DE FRANCE
Mais aujourd'hui voilant sous des ombres palpables
Les rayons de sa gloire à nos trop foibles yeux,
Ce même Dieu descend chez les mortels coupables
Le
Pour écouter leurs voeux.
témps est un azile où regne la Clemence
1
De nos gémissemens dés qu'elle entend la voix ;
Elle arrache les traits des mains de la vengeance
Qui lui cede ses droits.
Mais je frémis > ô Ciel ! quel attentat , quel
crime !
'Anges , le voyez -vous sans en être irrités ?
L'hommeaux pieds des Autels insulte à la victime
De ses iniquités ,
Des objets indécens , des discours sacrileges
Ravissent au très-haut les coeurs de toutes parts
L'innocence aux abois ne trouve que
Dans ses plus saints Remparts.
des piéges
Est- ce avec tant d'orgueil , de vanité , d'audace ,
Que l'humble Penitent y porte ses remords ?
D'un
NOVEMBRE. 1731. 2551
D'un Chef anéanti croit - il obtenir grace
Sous ces pompeux dehors ?
Nous tremblons à l'aspect des Princes de la
Terre ,
Leur Trône est entouré des vils adorateurs ;
Et l'on ne voit aux pieds du Maître du Tonnerre
Que des Prophanateurs,
Faut-il que l'Eternel arrache nos hommages
Par l'horreur et l'effroi dans un coeur égaré ?
d'un libre amour sous de tendres , non › Non
images
Il veut être honoré.
Pour être moins terrible , est-il moins respec
table ?
Un Dieu nous traite en pere , aimons - le donc
en fils.
Sa tendresse doit- elle , ô Mortel exécrable
Enhardir tes mépris ≥
Dieu vangera son culte , il t'observe en silence à
Inexorable Juge à l'instant du trépas ,
Ainsi que sa bonté sa colere est immense ;
Crains les coups de son braş.
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Résumé : ODE Sur le respect dû aux Eglises. Pavete ad Sanctuarium meum.
L''ODE' est un poème qui exalte le respect dû aux églises et à la divinité. Il commence par rappeler la majesté divine passée, marquée par des phénomènes spectaculaires comme les éclairs et la foudre. Aujourd'hui, Dieu se montre plus clément et accessible, prêt à écouter les prières des hommes. Cependant, le poète exprime son indignation face aux profanations et aux insultes commises par les hommes aux pieds des autels. Il dénonce l'orgueil et l'audace de ceux qui se présentent humblement en pénitents tout en étant remplis de vanité. Le poème critique également ceux qui ne respectent pas Dieu malgré sa tendresse paternelle, soulignant que Dieu observera et jugera les hommes avec sévérité. Il conclut en appelant à craindre la colère divine et à honorer Dieu avec un amour sincère.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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561
p. 2568-2572
A M. BOUHIER, Nommé premier Evêque de Dijon. ODE.
Début :
Dieu, dont la bonté féconde, [...]
Mots clefs :
Dieu, Bonté féconde, Miracles, Lyre, Zèle, Censure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. BOUHIER, Nommé premier Evêque de Dijon. ODE.
A M. BOUHIER ,
Nommé premier Evêque de Dijon.
ODE.
Dieu , dont la bonté féconde ,
Par des Miracles divers ,
Remplissant la Terre et l'Onde ,
Embrasse tout l'Univers :
Fais retentir sur ma Lyre ,
Ce qu'un saint amour m'inspire ,
En un jour si plein d'attraits.
J'encourage le Fidele ,
A s'enflammer d'un beau zele ,
Pour celebrer tes bienfaits.
Je n'irai point au Parnasse ,
Pour y chercher des accords.
Je n'ai pas besoin d'Horace y
Pour animer mes efforts.
Je suis la verité pure ,
Et méprisant la censure ,
Je
NOVEMBRE. 1731 ° 2569
Je publie avec éclat ,
Du grand BоUHIER la noblesse ,
Les Vertus et la Sagesse ,
Qui l'ont fait notre Prélat.
Je consacre les prémices ;
Du feu qui saisit mon coeur ,
A faire sous ses auspices ,
L'essai de ma noble ardeur.
'Aux vertus qu'il fit paroître ,
Depuis qu'on le put connoître ,
J'offre un légitime encens .
Heureux ! si ma voix timide ,
Dans le transport qui me guide ,
Exprime ce que je sens !
Comme on voit une Fontaine ,
Par le secours de ses Eaux ,
'Arroser toute une Plaine
Et former mille Ruisseaux :
BOUHIER , ainsi ta Famille ,
Ici se répand et brille ;
De Dijon elle est l'honneur
Du Peuple la Protectrice
De l'Orphelin la Nourrice ,
De tous elle est le bonheur.
Combien
2570 MERCURE DE FRANCE
Combien en a- t'on vû naître
De Guerriers et de Héros ?
Que de Magistrats paroître ,
Pour remplir nos Tribunaux !
Dans le Sénat équitable ,
Dans les Combats redoutable
Son lustre éclata toûjours .
Du Peuple , des Grands , chérie,
Elle fit de sa Patrie ,
Et la gloire et les amours.
Tu suis noblement les traces ,
De tes illustres Ayeux ;
graces ,
Que de vertus , que de
Tu fais briller à nos yeux !
Quant à la Cour on t'honore ;
A tous tu parois encore ,
Bien plus grand par ta vertu
Que par le glorieux Titre ,
Et par la brillante Mitre ,
Dont Louis t'a revétu.
Le courage que te donne
Ton amour pour l'équité
Te fait la ferme Colomne ,
Qui soutient la verité
Thémis , à qui tu sçûs plaire ,
Te fit dans son Sanctuaire ,
・
1
L'inNOVEMBRE
1731. 2579.
L'Interprete de ses Loix ;
Te mit en main sa Balance ;
Et sûre de ta prudence ,
T'abandonna tous ses droits.
C'est de toi que la Province ,
A reçû tant de bienfaits ,
Par toi , son AUGUSTE PRINCE ,
Comble nos plus doux souhaits.
A ton zele infatigable ,
La Bourgogne est redevable ,
De ces sçavantes leçons ,
Qui dans une illustre Ecole ,
De Gratien , de Barthole ,
Instruisent les Nourrissons.
La vertu toûjours entiere
Depuis long-temps éclatoit ;
Dans l'Eglise ta lumiere ,
De plus en plus s'augmentoit
Il étoit temps que la France ,
Vît placer en évidence ,
Ton Chandelier sur l'Autel ,
Que la divine Sagesse ,
Accomplissant sa promesse ,
Rendit ton nom immortel.
Plus ta vertu favorite ,
Te
2572 MERCURE DE FRANCE
Te faisoit fuir la grandeur ;
Plus le prix qu'elle mérite ,
Fera briller ta splendeur.
C'est ainsi que sur la Terre
La main qui tient le Tonnerre
Exalte l'humilité :
Cette humilité profonde ,
Trouve son prix dans le monde ;
Comme dans l'Eternité.
L *. B *.
Nommé premier Evêque de Dijon.
ODE.
Dieu , dont la bonté féconde ,
Par des Miracles divers ,
Remplissant la Terre et l'Onde ,
Embrasse tout l'Univers :
Fais retentir sur ma Lyre ,
Ce qu'un saint amour m'inspire ,
En un jour si plein d'attraits.
J'encourage le Fidele ,
A s'enflammer d'un beau zele ,
Pour celebrer tes bienfaits.
Je n'irai point au Parnasse ,
Pour y chercher des accords.
Je n'ai pas besoin d'Horace y
Pour animer mes efforts.
Je suis la verité pure ,
Et méprisant la censure ,
Je
NOVEMBRE. 1731 ° 2569
Je publie avec éclat ,
Du grand BоUHIER la noblesse ,
Les Vertus et la Sagesse ,
Qui l'ont fait notre Prélat.
Je consacre les prémices ;
Du feu qui saisit mon coeur ,
A faire sous ses auspices ,
L'essai de ma noble ardeur.
'Aux vertus qu'il fit paroître ,
Depuis qu'on le put connoître ,
J'offre un légitime encens .
Heureux ! si ma voix timide ,
Dans le transport qui me guide ,
Exprime ce que je sens !
Comme on voit une Fontaine ,
Par le secours de ses Eaux ,
'Arroser toute une Plaine
Et former mille Ruisseaux :
BOUHIER , ainsi ta Famille ,
Ici se répand et brille ;
De Dijon elle est l'honneur
Du Peuple la Protectrice
De l'Orphelin la Nourrice ,
De tous elle est le bonheur.
Combien
2570 MERCURE DE FRANCE
Combien en a- t'on vû naître
De Guerriers et de Héros ?
Que de Magistrats paroître ,
Pour remplir nos Tribunaux !
Dans le Sénat équitable ,
Dans les Combats redoutable
Son lustre éclata toûjours .
Du Peuple , des Grands , chérie,
Elle fit de sa Patrie ,
Et la gloire et les amours.
Tu suis noblement les traces ,
De tes illustres Ayeux ;
graces ,
Que de vertus , que de
Tu fais briller à nos yeux !
Quant à la Cour on t'honore ;
A tous tu parois encore ,
Bien plus grand par ta vertu
Que par le glorieux Titre ,
Et par la brillante Mitre ,
Dont Louis t'a revétu.
Le courage que te donne
Ton amour pour l'équité
Te fait la ferme Colomne ,
Qui soutient la verité
Thémis , à qui tu sçûs plaire ,
Te fit dans son Sanctuaire ,
・
1
L'inNOVEMBRE
1731. 2579.
L'Interprete de ses Loix ;
Te mit en main sa Balance ;
Et sûre de ta prudence ,
T'abandonna tous ses droits.
C'est de toi que la Province ,
A reçû tant de bienfaits ,
Par toi , son AUGUSTE PRINCE ,
Comble nos plus doux souhaits.
A ton zele infatigable ,
La Bourgogne est redevable ,
De ces sçavantes leçons ,
Qui dans une illustre Ecole ,
De Gratien , de Barthole ,
Instruisent les Nourrissons.
La vertu toûjours entiere
Depuis long-temps éclatoit ;
Dans l'Eglise ta lumiere ,
De plus en plus s'augmentoit
Il étoit temps que la France ,
Vît placer en évidence ,
Ton Chandelier sur l'Autel ,
Que la divine Sagesse ,
Accomplissant sa promesse ,
Rendit ton nom immortel.
Plus ta vertu favorite ,
Te
2572 MERCURE DE FRANCE
Te faisoit fuir la grandeur ;
Plus le prix qu'elle mérite ,
Fera briller ta splendeur.
C'est ainsi que sur la Terre
La main qui tient le Tonnerre
Exalte l'humilité :
Cette humilité profonde ,
Trouve son prix dans le monde ;
Comme dans l'Eternité.
L *. B *.
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Résumé : A M. BOUHIER, Nommé premier Evêque de Dijon. ODE.
Le texte est une ode dédiée à M. Bouhier, nommé premier évêque de Dijon en novembre 1731. L'auteur exprime sa dévotion et son admiration pour Bouhier, soulignant ses vertus, sa sagesse et sa noblesse. La famille de Bouhier est célèbre pour avoir produit des guerriers, des héros et des magistrats, toujours chérie par le peuple et les grands. Bouhier est loué pour suivre les traces de ses ancêtres et pour être honoré à la cour non seulement pour son titre, mais surtout pour sa vertu. Sa passion pour l'équité et la justice lui a valu la confiance de Thémis, la déesse de la justice. La province de Bourgogne lui doit de nombreux bienfaits, notamment des leçons savantes dispensées dans une école illustre. L'auteur conclut en affirmant que la vertu de Bouhier, malgré son humilité, le mènera à une splendeur éternelle, exaltée par la main divine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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562
p. 2581-2584
L'ADORATION DES MAGES. POEME.
Mots clefs :
Adoration, Mages, Bethléem, Sceau, Vérité, Cantiques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'ADORATION DES MAGES. POEME.
L'ADORATION DES MAGES .
J
POEM E.
E chante les saints Rois qui des bords de l'Asie
,
Vinrent à Bethéem adorer le Messie ,
Et qui par
leur respects , leur amour et leur foy ,
Furent marquez du Sceau de la nouvelle loy.
!
O toi , divin rayon qui leur servit de guide
Esprit , qui rassuras leur démarche timide ,
Tu peus seul mé guider dans un si grand dessein,
Sans ton secours ma voix s'éforceroit en vain ,
Source de verité prête - moi ton langage ,
Que chacun dans mes vers admire ton ouvrage
Ce jour , cet heureux jour si long- tems attendu
Ne tient plus des humains le bonheur suspendu ,
Les Chantres immortels des celebrès portiques ,
Du Redempteur qui naît entonnent des Cantiques
L'Univers attentif applaudit aux Concerts
Dont la sainte harmonie éclate dans les airs.
Tout anonce sa gloire, et qui peut méconnoître ,
Le Sauveur d'Israël que la terre voit naître ?
Trois Rois , chéris du Dieu , qui répand ses
bienfaits ,
'Aperçoivent , ravis , le signal de la paix ,
2
E iij Es
2582 MERCURE DE FRANCE
Et par l'heureux secours d'un brillant caractere
Pénétrent le secret de l'auguste Myftere.
Le germe de la foy qui fructifie en eux ,
Les assure dèslors du succès de leurs veux ,
Et versant dans leurs coeurs une allégresse extrême,
Soumet à leur devoir , l'orgueil du diadême ,
Ils partent de ces bords , que d'un oeil tout rian
Embell it le Soleil , sorti de l'Orient ;
Le rayon répandu sous la voute azurée
Vient tracer à leurs yeux une route assurée,
Déja Sion les voit , cherchant le nouveau né ,
Rassembler autour d'eux , un grand peuple éton
né ,
Ils parlent et soudain Jérusalem se trouble ,
D'Herode , soupçonneux , l'épouvante redouble ;
Il consulte , effrayé , les Docteurs de la Loy ,
Mais leur réponse encore augmente son effroy ;
Et reveille en son coeur sa fureur homicide.
Le traitre cependant , sous un dehors perfide ,
Voit les Mages , s'informe , et cachant dans son
sein ,
Du plus noir attentat , le barbare dessein
Béthléem, leur dit - il , est l'endrolt où l'on pense.
Que le CHRIST des Hébreux peut avoir pris naissance
,
Allez lui rendre hommage , Hérode avec sa Cour,
Pour l'aller adorer , attend votre retour.
Cet Ennemi juré , de la race chérie ,
ComNOVEMBRE.
1731. 258 ž
Comme un loup ravissant , qu'anime la furie
Dans son piége bien - tôt croit tenir cet enfant ,,
Immolê sous les coups d'un Couteau triom
phant.
Ministre des enfers , ton esperance est vaine ;
Celui qui s'est soumis à la nature humaine ,
Est le Fils du Tres- haut , le même dont la voix "
Commande à l'Univers , et fait trembler les Rois
Son Berceau ne craint rien de tes mains criminelles
,
Un Chérubin le garde à l'ombre de ses aîles,
L'horreur d'un tel complot a fait pâlir les
cieux.
Hâtez - vous , sages Rois , d'abandonner ces
lieux ,
De vos pieds chancelans secouez la poussiere ;
Le rayon éclipsé , redonne sa lumiere.
Les Mages transportez d'amour et de plaisir ,
Découvrent le séjour , objet de leur désir .
Le celeste flambeau sur Béthléem s'arrête:
Son éclat est fixé sur une humble retraite ,
Là, se montre à leurs yeux l'enfant emmailloté
Entouré des rayons de sa divinité ;
Quel spectacle admirable ? Eh! quelle main puissante
Fait agir à l'instant la grace triomphante !
Leur coeur est devenu le
rampart de la foy ;
Les Mages transportez reconnoissent leur Roy ;
Et du Verbe fait chair , l'éclatante victoire ,
E iiij Et 1
2584 MERCURE DE FRANCE
Couronne l'Eternel d'une nouvelle gloire ,
Ces zélez courtisans ; ces illustres rivaux ,
Changez par l'Esprit Saint en des hommes nouveaux
,
Vont répandre chez eux la semence feconde ,
Qui doit de ses erreurs purifier le monde ;
Les Gentils au vrai Dieu consacrent leurs Autels ,
Entraînent avec eux le reste des mortels ;
Le Très- Haut s'applaudit , et pour prix de leur
zelę ,
Dans les Cieux leur prépare une Palme immortelle
.
J
POEM E.
E chante les saints Rois qui des bords de l'Asie
,
Vinrent à Bethéem adorer le Messie ,
Et qui par
leur respects , leur amour et leur foy ,
Furent marquez du Sceau de la nouvelle loy.
!
O toi , divin rayon qui leur servit de guide
Esprit , qui rassuras leur démarche timide ,
Tu peus seul mé guider dans un si grand dessein,
Sans ton secours ma voix s'éforceroit en vain ,
Source de verité prête - moi ton langage ,
Que chacun dans mes vers admire ton ouvrage
Ce jour , cet heureux jour si long- tems attendu
Ne tient plus des humains le bonheur suspendu ,
Les Chantres immortels des celebrès portiques ,
Du Redempteur qui naît entonnent des Cantiques
L'Univers attentif applaudit aux Concerts
Dont la sainte harmonie éclate dans les airs.
Tout anonce sa gloire, et qui peut méconnoître ,
Le Sauveur d'Israël que la terre voit naître ?
Trois Rois , chéris du Dieu , qui répand ses
bienfaits ,
'Aperçoivent , ravis , le signal de la paix ,
2
E iij Es
2582 MERCURE DE FRANCE
Et par l'heureux secours d'un brillant caractere
Pénétrent le secret de l'auguste Myftere.
Le germe de la foy qui fructifie en eux ,
Les assure dèslors du succès de leurs veux ,
Et versant dans leurs coeurs une allégresse extrême,
Soumet à leur devoir , l'orgueil du diadême ,
Ils partent de ces bords , que d'un oeil tout rian
Embell it le Soleil , sorti de l'Orient ;
Le rayon répandu sous la voute azurée
Vient tracer à leurs yeux une route assurée,
Déja Sion les voit , cherchant le nouveau né ,
Rassembler autour d'eux , un grand peuple éton
né ,
Ils parlent et soudain Jérusalem se trouble ,
D'Herode , soupçonneux , l'épouvante redouble ;
Il consulte , effrayé , les Docteurs de la Loy ,
Mais leur réponse encore augmente son effroy ;
Et reveille en son coeur sa fureur homicide.
Le traitre cependant , sous un dehors perfide ,
Voit les Mages , s'informe , et cachant dans son
sein ,
Du plus noir attentat , le barbare dessein
Béthléem, leur dit - il , est l'endrolt où l'on pense.
Que le CHRIST des Hébreux peut avoir pris naissance
,
Allez lui rendre hommage , Hérode avec sa Cour,
Pour l'aller adorer , attend votre retour.
Cet Ennemi juré , de la race chérie ,
ComNOVEMBRE.
1731. 258 ž
Comme un loup ravissant , qu'anime la furie
Dans son piége bien - tôt croit tenir cet enfant ,,
Immolê sous les coups d'un Couteau triom
phant.
Ministre des enfers , ton esperance est vaine ;
Celui qui s'est soumis à la nature humaine ,
Est le Fils du Tres- haut , le même dont la voix "
Commande à l'Univers , et fait trembler les Rois
Son Berceau ne craint rien de tes mains criminelles
,
Un Chérubin le garde à l'ombre de ses aîles,
L'horreur d'un tel complot a fait pâlir les
cieux.
Hâtez - vous , sages Rois , d'abandonner ces
lieux ,
De vos pieds chancelans secouez la poussiere ;
Le rayon éclipsé , redonne sa lumiere.
Les Mages transportez d'amour et de plaisir ,
Découvrent le séjour , objet de leur désir .
Le celeste flambeau sur Béthléem s'arrête:
Son éclat est fixé sur une humble retraite ,
Là, se montre à leurs yeux l'enfant emmailloté
Entouré des rayons de sa divinité ;
Quel spectacle admirable ? Eh! quelle main puissante
Fait agir à l'instant la grace triomphante !
Leur coeur est devenu le
rampart de la foy ;
Les Mages transportez reconnoissent leur Roy ;
Et du Verbe fait chair , l'éclatante victoire ,
E iiij Et 1
2584 MERCURE DE FRANCE
Couronne l'Eternel d'une nouvelle gloire ,
Ces zélez courtisans ; ces illustres rivaux ,
Changez par l'Esprit Saint en des hommes nouveaux
,
Vont répandre chez eux la semence feconde ,
Qui doit de ses erreurs purifier le monde ;
Les Gentils au vrai Dieu consacrent leurs Autels ,
Entraînent avec eux le reste des mortels ;
Le Très- Haut s'applaudit , et pour prix de leur
zelę ,
Dans les Cieux leur prépare une Palme immortelle
.
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Résumé : L'ADORATION DES MAGES. POEME.
Le poème 'L'Adoration des Mages' relate l'arrivée des Rois Mages d'Asie à Bethléem pour adorer le Messie. Guidés par un rayon divin et une étoile brillante, ils découvrent la naissance du Christ. Leur foi et leur respect les conduisent à Bethléem, où ils trouvent l'enfant emmailloté. Leur cœur est transformé par l'Esprit Saint, et ils repartent pour répandre la foi. À Jérusalem, leur arrivée trouble Hérode, qui consulte les Docteurs de la Loi et dissimule ses intentions meurtrières en les envoyant à Bethléem. Le Christ est protégé par un chérubin. Les Mages reconnaissent leur Roi et purifient le monde de ses erreurs. Les Gentils consacrent leurs autels au vrai Dieu, et le Très-Haut leur prépare une palme immortelle dans les Cieux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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563
p. 2600-605
Rituel du Diocèse de Blois, [titre d'après la table]
Début :
RITUEL du Diocèse de Blois, publié par l'autorité de Monseigneur Jean-François-Paul de Caumartin [...]
Mots clefs :
Images, Instructions, Mandement, Société civile, Rituel, Cérémonie religieuse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Rituel du Diocèse de Blois, [titre d'après la table]
RITUEL du Diocèse de Blois , publié
par l'autorité de Monseigneur Jean- François
- Paul de Caumartin Evêque de
Blois. Volume in 4. d'environ 640. pages.
Prix dix livres . Se vend à Paris • chez
Barthelemy Alix , Libraire , ruë S. Facques
, près la Fontaine S. Severin an
Griffon.
,
Le Rituel de Blois est formé sur le
plan et dans le goût des plus excellens
Rituels qui ont paru en France. Chaque
Action ou Ceremonie Religieuse est précedée
d'une Instruction qui exprime ce
qu'il y a de plus interessant pour le Dogme
, la Morale et la Discipline. On y
ajoûte des Exhortations , lorsque les circonstances
le demandent. On y trouve
des Formules pour annoncer aux Prônes
les principaux Mysteres et Fêtes de l'Année.
On s'est exactement conformé aux
Ordonnances de nos Rois , et à la Juris
prudence des Cours Seculieres . Et comme
le Mariage est un des engagemens les
plus importants pour l'Eglise et pour la
Societé Civile , l'Instruction qui précede
l'Administration de ce Sacrement , a été
particulierement communiquée et concertée
avec des Personnes de la Magistrature
et du Barreau très -respectables
et très -éclairées.
Dans
NOVEMBRE . 1731. 2601
tructions
......
Dans le magnifique Mandement qui
sert de Préface au Rituel , M. l'Evêque de
Blois explique ainsi l'ordre et la méthode
qu'on y a suivis Nous avons consulté
plusieurs Personnes pieuses et éclairées . C'est
sur leurs avis , pris dans un grand nombre
de Conférences , qu'ont été dressées les Insque
le Rituel renferme. Nous nous
sommes assujettis autant qu'il s'est trouvé
possible , aux Usages de l'Eglise Romaine
dont les Rits sont reçûs et respectez dans
PEglise Gallicane depuis tant de siécles
Nous nous sommes conformez avec respect
aux Déclarations du Clergé de France , qui
pouvoient y avoir rapport ...... Sur divers
Points de Discipline , Nous avons exactement
observé les Ordonnances de nos Rois
Protecteurs et Executeurs des saints Canons ,
et la Jurisprudence des Cours Seculieres du
Royaume..... Le Rituel que nous vous presentons
continue ce Prélat , n'est point
un simple Recueil de Rits et de Ceremonies ;
chaque Instruction vous donnera une exposition
abregée et précise du Dogme , de la
Morale , de la Discipline , qui ont quelque
rapport au Point qui est traité.
›
1
INSTRUCTIONS tirées du Rituel de
Blois , in 12. 2. vol. petit papier. Prix 3 .
liv. 10. sols. Se vend à Paris , chez le
ême Libraire. F IMA2602
MERCURE DE FRANCI
1
IMAGES DES HEROS ET DES GRAND
HOMMES DE L'ANTIQUITE' , gravées su
les Médailles Antiques de Banini
par Picard le Romain. vol . in 4. et s
vend chez J. Jombert , Libraire , ruë de i
Bucherie proche les Ecoles de Med.
cine.
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LIVRES nouvellement reçûs des Pay
Etrangers , qui se trouvent chez G. C
velier, Libraire , rue S. Jacques , à Pari
in
Manget , ( Jo Jac ) Bibliotheca Script
rum Medicorum veterum et recentiorum.
qua sub eorum omnium qui Mun
Primordiis ad hunc usque Annum vix.
runt nominibus ordine Alphabetico a
Scriptis vita compendia enarrantur &.
vol. Geneva , 1731 .
fol. 4.
Aeliani
Sophista
varia
Historia
, cum
N
tis
integris
Perizonii
et variorum
>
CL
rante Abrah. Gronovio , qui et suas a
Notationes adjecit. in 4. 2. vol. Gr. Lat
Lugd. Batavorum. 1731 .
Eutropii Historia Romana , cum Metaphro
Graca Pacanii et Notis Integris vari.
rum recensuit Havercampus , qui et su
et Heumanni Notas adjecit. in 8. Lug
Batavorum. 1729.
Veteris Testamenti Libri Hagiographie:
Trans
NOVEMBRE. 1731. 260.
Translatione Jo . Clerici cum ejusdem
Commentario Philologico . In fol . 2. vol.
Amst. 1731.
Pensées secretes et Refléxions sur la Religion
et sur la Vie Chrétienne , par
Beveridge , Evêque d'Asaph , traduit
de l'Anglois sur la onzième Edition .
2. vol. in 12. Amst. 1731 .
Gorfer Medicine Compendium in usum
Exercitationis Domestica digestum , in 4.
Lug. Bat. 1731.
Barbeique , Dissert. sur les Maladies de
la Poitrine , du Coeur , de l'Estomach
des Femmes ,Veneriennes , et quelques
Maladies particulieres , avec la Description
de deux Maladies , par M.
Boerhaave , in 12. Amst. 1731 .
Duverney , Tractatus de Organo Auditus.
in 4. cum Fig. Lug. Bat. 1730 .
Duverney , Traité de l'Organe de l'Oüie ,
contenant les Maladies , de toutes les
Parties de l'Oreille , in 12 . in 12. Fig. Lug
1731.
Boerhaave ( Herm. ) Oratio de usu Ratic
cinii Mechanici in Medicina
Lug. Bat. 1730.
?
1
>
in 4
Mead ( Ric , ) Oratio Anniversar
Harvejana in Regii Medicorum Lond
neus. Collegii habita accessit Dissert.
nummis in Medicorum honorem percu
sis , in 8. Fig. 1728 .
Fij
Ꮴ
2604 MERCURE DE FRANCE
Vesalii ( And. ) Opera omnia Anatomica
et Chirurgica cura Herm. Boerhaave et
Ber. Albini , in fol. 2. vol . c. Fig. Lug.
Bat. 1725. Carta maxima .
Keilii ( Jac. ) Tentamina Medico ,Physica
de sanguinis quantitate de velocitate
sanguinis , de vi cordis , de secretione animali
de motu musculari , accedit Medicina
Statica Britannica , nova Editio
aucta , in 4. Lug. Bat. 1730 .
>
Celsi ( Cornelii ) Medicina Scholiis et
Locis parallelis illustrata studio Almeloveen
Nova Editio aucta. 2. vol . in 8.
Lug. Bat. 1730 .
›
HISTOIRE DU BAÏANISME , ou de l'Heresie
de Michel Baïus , avec des Notes
Historiques , Chronologiques , Critiques,
&c. suivie d'Eclaircissemens Theologiques
, et d'un Recueil de Pieces justificatives.
Par le P. Jean - Baptiste Du Chesne,
de la Compagnie de Jesus. A Douay ,
chez Wuillerval , 1731. in 4. de 450. pages
pour le corps de l'Histoire , 76. pour
les Eclaircissemens , et 82. pour les Pieces
justificatives , sans la Préface et les
Tables.
DES PARTAGES PAR SOUCHE et par Representation,
suivant les Articles 18 er 19
de
NOVEMBRE . 1731. 2603
du titre 8. de la Coûtume du Duché de
Bourgogne. A Dijon , chez F. Siron , ruë
de Condé. 1730. in 12. de 13.9 . pages.
LES CARACTERES DET HEOPHRASTE
avec les moeurs de ce siècle . Par M. de la
Bruyere. Augmentez de la défense de M.
de la Bruyere et de ses Caracteres , par
M. Coste. A Amsterdam , 1731. 2. vol.
in douze.
DISSERTATION THE'OLOGIQUE , touchant
l'invocation du St. Esprit dans les Liturgies
Grecques et Orientales. Par le R. P.
J. A. Orsi , de l'Ordre des Freres Prêcheurs
, Lecteur en Théologie . A Milan
chez J. B. Malatesta , 1731. in 8,
Cet ouvrage est en Latin.
و
NOUVEAU SYSTEME sur la maniere de
défendre les Places , par le moyen des
Contremines. Ouvrage posthume de M.
d'Azin , dedié au Roy. A Paris , ruë
S. Jacques , chez J. Clousier , 1731. in 12.
de 182. pages pour le corps de l'ouvrage ,
152. pour le Discours préliminaire , avec
plusieurs Planches.
par l'autorité de Monseigneur Jean- François
- Paul de Caumartin Evêque de
Blois. Volume in 4. d'environ 640. pages.
Prix dix livres . Se vend à Paris • chez
Barthelemy Alix , Libraire , ruë S. Facques
, près la Fontaine S. Severin an
Griffon.
,
Le Rituel de Blois est formé sur le
plan et dans le goût des plus excellens
Rituels qui ont paru en France. Chaque
Action ou Ceremonie Religieuse est précedée
d'une Instruction qui exprime ce
qu'il y a de plus interessant pour le Dogme
, la Morale et la Discipline. On y
ajoûte des Exhortations , lorsque les circonstances
le demandent. On y trouve
des Formules pour annoncer aux Prônes
les principaux Mysteres et Fêtes de l'Année.
On s'est exactement conformé aux
Ordonnances de nos Rois , et à la Juris
prudence des Cours Seculieres . Et comme
le Mariage est un des engagemens les
plus importants pour l'Eglise et pour la
Societé Civile , l'Instruction qui précede
l'Administration de ce Sacrement , a été
particulierement communiquée et concertée
avec des Personnes de la Magistrature
et du Barreau très -respectables
et très -éclairées.
Dans
NOVEMBRE . 1731. 2601
tructions
......
Dans le magnifique Mandement qui
sert de Préface au Rituel , M. l'Evêque de
Blois explique ainsi l'ordre et la méthode
qu'on y a suivis Nous avons consulté
plusieurs Personnes pieuses et éclairées . C'est
sur leurs avis , pris dans un grand nombre
de Conférences , qu'ont été dressées les Insque
le Rituel renferme. Nous nous
sommes assujettis autant qu'il s'est trouvé
possible , aux Usages de l'Eglise Romaine
dont les Rits sont reçûs et respectez dans
PEglise Gallicane depuis tant de siécles
Nous nous sommes conformez avec respect
aux Déclarations du Clergé de France , qui
pouvoient y avoir rapport ...... Sur divers
Points de Discipline , Nous avons exactement
observé les Ordonnances de nos Rois
Protecteurs et Executeurs des saints Canons ,
et la Jurisprudence des Cours Seculieres du
Royaume..... Le Rituel que nous vous presentons
continue ce Prélat , n'est point
un simple Recueil de Rits et de Ceremonies ;
chaque Instruction vous donnera une exposition
abregée et précise du Dogme , de la
Morale , de la Discipline , qui ont quelque
rapport au Point qui est traité.
›
1
INSTRUCTIONS tirées du Rituel de
Blois , in 12. 2. vol. petit papier. Prix 3 .
liv. 10. sols. Se vend à Paris , chez le
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MERCURE DE FRANCI
1
IMAGES DES HEROS ET DES GRAND
HOMMES DE L'ANTIQUITE' , gravées su
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Etrangers , qui se trouvent chez G. C
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rum Medicorum veterum et recentiorum.
qua sub eorum omnium qui Mun
Primordiis ad hunc usque Annum vix.
runt nominibus ordine Alphabetico a
Scriptis vita compendia enarrantur &.
vol. Geneva , 1731 .
fol. 4.
Aeliani
Sophista
varia
Historia
, cum
N
tis
integris
Perizonii
et variorum
>
CL
rante Abrah. Gronovio , qui et suas a
Notationes adjecit. in 4. 2. vol. Gr. Lat
Lugd. Batavorum. 1731 .
Eutropii Historia Romana , cum Metaphro
Graca Pacanii et Notis Integris vari.
rum recensuit Havercampus , qui et su
et Heumanni Notas adjecit. in 8. Lug
Batavorum. 1729.
Veteris Testamenti Libri Hagiographie:
Trans
NOVEMBRE. 1731. 260.
Translatione Jo . Clerici cum ejusdem
Commentario Philologico . In fol . 2. vol.
Amst. 1731.
Pensées secretes et Refléxions sur la Religion
et sur la Vie Chrétienne , par
Beveridge , Evêque d'Asaph , traduit
de l'Anglois sur la onzième Edition .
2. vol. in 12. Amst. 1731 .
Gorfer Medicine Compendium in usum
Exercitationis Domestica digestum , in 4.
Lug. Bat. 1731.
Barbeique , Dissert. sur les Maladies de
la Poitrine , du Coeur , de l'Estomach
des Femmes ,Veneriennes , et quelques
Maladies particulieres , avec la Description
de deux Maladies , par M.
Boerhaave , in 12. Amst. 1731 .
Duverney , Tractatus de Organo Auditus.
in 4. cum Fig. Lug. Bat. 1730 .
Duverney , Traité de l'Organe de l'Oüie ,
contenant les Maladies , de toutes les
Parties de l'Oreille , in 12 . in 12. Fig. Lug
1731.
Boerhaave ( Herm. ) Oratio de usu Ratic
cinii Mechanici in Medicina
Lug. Bat. 1730.
?
1
>
in 4
Mead ( Ric , ) Oratio Anniversar
Harvejana in Regii Medicorum Lond
neus. Collegii habita accessit Dissert.
nummis in Medicorum honorem percu
sis , in 8. Fig. 1728 .
Fij
Ꮴ
2604 MERCURE DE FRANCE
Vesalii ( And. ) Opera omnia Anatomica
et Chirurgica cura Herm. Boerhaave et
Ber. Albini , in fol. 2. vol . c. Fig. Lug.
Bat. 1725. Carta maxima .
Keilii ( Jac. ) Tentamina Medico ,Physica
de sanguinis quantitate de velocitate
sanguinis , de vi cordis , de secretione animali
de motu musculari , accedit Medicina
Statica Britannica , nova Editio
aucta , in 4. Lug. Bat. 1730 .
>
Celsi ( Cornelii ) Medicina Scholiis et
Locis parallelis illustrata studio Almeloveen
Nova Editio aucta. 2. vol . in 8.
Lug. Bat. 1730 .
›
HISTOIRE DU BAÏANISME , ou de l'Heresie
de Michel Baïus , avec des Notes
Historiques , Chronologiques , Critiques,
&c. suivie d'Eclaircissemens Theologiques
, et d'un Recueil de Pieces justificatives.
Par le P. Jean - Baptiste Du Chesne,
de la Compagnie de Jesus. A Douay ,
chez Wuillerval , 1731. in 4. de 450. pages
pour le corps de l'Histoire , 76. pour
les Eclaircissemens , et 82. pour les Pieces
justificatives , sans la Préface et les
Tables.
DES PARTAGES PAR SOUCHE et par Representation,
suivant les Articles 18 er 19
de
NOVEMBRE . 1731. 2603
du titre 8. de la Coûtume du Duché de
Bourgogne. A Dijon , chez F. Siron , ruë
de Condé. 1730. in 12. de 13.9 . pages.
LES CARACTERES DET HEOPHRASTE
avec les moeurs de ce siècle . Par M. de la
Bruyere. Augmentez de la défense de M.
de la Bruyere et de ses Caracteres , par
M. Coste. A Amsterdam , 1731. 2. vol.
in douze.
DISSERTATION THE'OLOGIQUE , touchant
l'invocation du St. Esprit dans les Liturgies
Grecques et Orientales. Par le R. P.
J. A. Orsi , de l'Ordre des Freres Prêcheurs
, Lecteur en Théologie . A Milan
chez J. B. Malatesta , 1731. in 8,
Cet ouvrage est en Latin.
و
NOUVEAU SYSTEME sur la maniere de
défendre les Places , par le moyen des
Contremines. Ouvrage posthume de M.
d'Azin , dedié au Roy. A Paris , ruë
S. Jacques , chez J. Clousier , 1731. in 12.
de 182. pages pour le corps de l'ouvrage ,
152. pour le Discours préliminaire , avec
plusieurs Planches.
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Résumé : Rituel du Diocèse de Blois, [titre d'après la table]
Le texte présente le Rituel du Diocèse de Blois, publié sous l'autorité de Monseigneur Jean-François-Paul de Caumartin, évêque de Blois. Ce volume de 640 pages est disponible à Paris chez Barthélemy Alix et suit le plan des meilleurs rituels français. Chaque action ou cérémonie religieuse est précédée d'une instruction expliquant les aspects dogmatiques, moraux et disciplinaires. Des exhortations sont ajoutées selon les circonstances, et des formules sont fournies pour annoncer les mystères et fêtes principales de l'année. Le rituel respecte les ordonnances des rois et la jurisprudence des cours séculières. L'instruction sur le mariage a été concertée avec des personnes de la magistrature et du barreau. Dans un mandement, l'évêque de Blois explique que le rituel a été élaboré après consultation de personnes pieuses et éclairées, en suivant les usages de l'Église romaine et les déclarations du clergé de France. Il observe également les ordonnances des rois et la jurisprudence des cours séculières. Le rituel n'est pas seulement un recueil de rites, mais offre aussi des expositions abrégées et précises du dogme, de la morale et de la discipline.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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564
p. 2608-2609
Almanach Ecclésiastique, [titre d'après la table]
Début :
ALMANACH ECCLESIASTIQUE et Historique, pour l'Année 1732. A Paris, [...]
Mots clefs :
Almanach ecclésiastique, Conciles généraux, Chronologie des papes, Origine des Cardinaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Almanach Ecclésiastique, [titre d'après la table]
ALMANACH ECCLESIASTIQUE et Historique
, pour l'Année 1732. A Paris
chez, N. P. Armand.
2
Il contient 1 ° . La Chronologie des
Conciles Generaux , Nationaux , Provinciaux
et Synodaux , avec l'Année de la
tenue des Conciles , et le nom des Papes
Sous lesquels ils ont été célebrez .
2º. Une Chronologie des Papes et des
'Anti- Papes .
3º. Un Traité de l'origine des Cardinaux
les noms de ceux qui sont actuellement
vivans , et l'Année de leur
,
motion.
pro-
4°
NOVEMBRE 1732 2609
4°. Les noms des Archevêchez et Evêchez
de France , avec leurs Revenus , et
par qui ils sont possedez .
>
5. Les Cures de la Ville de Paris et
ceux qui y presentent.
6°. L'Année de la Fondation des Or.
dres Religieux qui sont dans Paris , avec
le nom de leur Fondateur.
7°. L'Université , avec l'Année de la
Fondation de ses Colleges , et à qui ap
partient la nomination des Bourses .
8. Un petit Traité des Benefices.
La vente des Livres de feu M. Dodart,
Premier Medecin du Roy , doit se faire
en détail au commencement de Janvier
1732. Le Catalogue de cette Bibliotheque
se trouve chez Gabriel Martin et Louis
Guerin , rue S. Jacques. Les mêmes Libraires
viennent de faire une nouvelle
Edition de la Bibliotheque choisie de M.
Colomiés, avec des Additions et des Notes
de M. Bonnet Bourdelot , de la Monnoye ,
et autres en un vol. in 12.
, pour l'Année 1732. A Paris
chez, N. P. Armand.
2
Il contient 1 ° . La Chronologie des
Conciles Generaux , Nationaux , Provinciaux
et Synodaux , avec l'Année de la
tenue des Conciles , et le nom des Papes
Sous lesquels ils ont été célebrez .
2º. Une Chronologie des Papes et des
'Anti- Papes .
3º. Un Traité de l'origine des Cardinaux
les noms de ceux qui sont actuellement
vivans , et l'Année de leur
,
motion.
pro-
4°
NOVEMBRE 1732 2609
4°. Les noms des Archevêchez et Evêchez
de France , avec leurs Revenus , et
par qui ils sont possedez .
>
5. Les Cures de la Ville de Paris et
ceux qui y presentent.
6°. L'Année de la Fondation des Or.
dres Religieux qui sont dans Paris , avec
le nom de leur Fondateur.
7°. L'Université , avec l'Année de la
Fondation de ses Colleges , et à qui ap
partient la nomination des Bourses .
8. Un petit Traité des Benefices.
La vente des Livres de feu M. Dodart,
Premier Medecin du Roy , doit se faire
en détail au commencement de Janvier
1732. Le Catalogue de cette Bibliotheque
se trouve chez Gabriel Martin et Louis
Guerin , rue S. Jacques. Les mêmes Libraires
viennent de faire une nouvelle
Edition de la Bibliotheque choisie de M.
Colomiés, avec des Additions et des Notes
de M. Bonnet Bourdelot , de la Monnoye ,
et autres en un vol. in 12.
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Résumé : Almanach Ecclésiastique, [titre d'après la table]
L'Almanach Ecclésiastique et Historique pour l'Année 1732, édité par N. P. Armand à Paris, offre diverses sections chronologiques et descriptives. Il présente la chronologie des conciles généraux, nationaux, provinciaux et synodaux, avec les années de leur tenue et les papes correspondants. Il inclut également une chronologie des papes et des antipapes. Un traité sur l'origine des cardinaux est fourni, listant les cardinaux vivants et les années de leur promotion. L'ouvrage détaille les archevêchés et évêchés de France, leurs revenus et leurs possesseurs actuels. Il mentionne les cures de la ville de Paris et ceux qui y présentent. Les années de fondation des ordres religieux à Paris et les noms de leurs fondateurs sont également indiqués. L'Almanach traite de l'Université, avec les années de fondation de ses collèges et les personnes nommées pour les bourses. Un traité sur les bénéfices est inclus. Enfin, il annonce la vente des livres de feu M. Dodart et la nouvelle édition de la Bibliothèque choisie de M. Colomiès, enrichie d'additions et de notes par plusieurs auteurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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565
p. 2611-2616
Histoire métallique des Pays-Bas, [titre d'après la table]
Début :
PROJET DE SOUSCRIPTION pour l'Histoire Metallique des Pays-Bas, qui s'imprime à la [...]
Mots clefs :
Histoire métallique, Histoire civile, Histoire généalogique, Histoire ecclésiastique, Police, Église gallicane
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire métallique des Pays-Bas, [titre d'après la table]
PROJET DE SOUSCRIPTION pour l'Histoire
Metallique des Pays - Bas , qui s'imprime à la
Haye , chez P. Gosse , J. Neaulme ; et Pierre
de Hondt.
Cet Ouvrage doit être regardé , non - seulement
comme une simple Histoire Metallique
mais encore comme une Histoire Civile , Militaire
Ecclésiastique , et Genéalogique des
XVII. Provinces des Pays-Bas , tirée des His-
F vj roriens
2612 MERCURE DE FRANCE
"
> toriens les plus fideles et les plus exacts tang
généraux que particuliers , et confirmée par les
Monumens les plus certains et les plus authentiques
, tels que les Résolutions des Etats - Generaux
des Provinces - Unies , les Résolutions des
Provinces Particulieres les Statuts et Ordonnances
des Villes , les Reglemens de leur Police ,
les Chartres et Diplomes des Eglises et des Monasteres
, les Donations et Testamens des Souverains
et autres Seigneurs , les Memoires Généalogiques
des principales Familles , les Vies
et Eloges de leurs Hommes Illustres ; en un mot,
de tous les Actes et Documens tant publics que
particuliers , dont l'Auteur a pû tirer quelque
secours . Et lorsqu'on voudra bien prendre la
peine de faire quelque attention à l'étendue considerable
du Temps que cette Histoire embrasse ,
à l'Abondance des Evenemens éclatans qu'elle
renferme à l'Authenticité des preuves qu'elle
employe , à la Réputation et au Mérite des Auteurs
choisis qu'elle cite et particulierement au
Nombre en quelque sorte étonnant de Medailles
qui lui servent de Base , à la Rareté notable de
quelques-unes d'entr'elles et enfin à la Difficulté
presque insurmontable de les rassemble
ainsi des divers Cabinets où elles sont renfermées
; nous ne faisons aucun doute qu'on ne la
préfere de beaucoup à toutes les Histoires des
Pays - Bas qui ont paru jusqu'à ce jour , es
peut -être même à tout ce qu'on a encore vû de
plus curieux en ce genre.
"
>
>
›
Le grand succès qu'elle a eû dans sa Langue
originale , nous ayant porté à la faire traduire
en François , nous proposons aujourd'huy an
Public l'Edition de cette Traduction , sous les
Conditions suivantes,
NOVEMBRE." 1731. 2613
1. Cette Edirion sera divisée en 5. Volumes
in folio , et elle consistera en 675. Feuilles de
Papier semblable à celui du Projet , imprimées
de Caracteres neufs ; en 1945. Médailles
et leurs Revers , gravées par les meilleurs Maítres
du Pays et expliquées par l'Auteur avec
toute la netteté et toute la précision possibles
et en divers autres petits Ornemens nécessaires.
II. Ces 675. Feuilles , estimées
à i sol chacune , font
Ces 2945. Médailles , estimées
à sol , font
La Planche du Titre
Le Portrait de l'Auteur
Cinq Vignettes au commencement
de chaque Volume.
Le Gobelet Vivent les Gueux .
La Clef d'or accordé à la Ville
de Louvain en 1710.
Cinq Titres rouges et leurs Vignettes.
Ce qui fait en tout
33 A. S..
73 12
I
I
2
10
f II S
8.
, par voye Mais que le Public pourra avoir
de Souscription , pour 90. Florins courants
d'Hollande , pour le petit Papier ; et pour 135
pour le grand Papier ce qui est un Tiers de
plus que le petit Papier , suivant la coûtume.
›
Ces Souscriptions se pourront faire chez les
principaux Libraires , tant de ces Provinces que
des Pays Etrangers , et ne se payeront qu'en
quatre Termes sçavoir , pour le petit Papier.
1. En recevant les deux premiers Volumes 490
florins
2614 MERCURE DE FRANCE
florins. 2. En recevant le troisiéme , 20. florins.
3. En recevant le quatrième , 15. florins. 4. En
recevant le cinquième , 15. florins.
Pour le grand Papier. 1. En recevant les deux
premiers Volumes , 60. florins. 2. En recevant
le troisiéme 2 30. forins.
,
3 .
En recevant le
quatriéme 22 flor ns 10 s. 4. En recevant le
cinquiéme , 22 florins 10 s.
IV. Ceux qui n'auront point souscrit
, seront obligez de payer pour
le petit Papier. f113 S.
170
Et pour le grand Papier.
suivant l'Estimation cy- dessus donnée.
le
V. Les deux premiers Volumes paroítront le
premier jour d'Avril 1732 ; le troisiéme
premier jour d'Octobre suivant ; et les deux
derniers dans le courant de l'Année 1733 .
>
3
Le Nouvelliste du Parnasse continuë
toujours sur le même ton . Dans sa 38 .
Lettre › page 122. on lit une Lettre
écrite , dit- on , par un Conseiller au Parlement
de Grenoble , contre l'Auteur
d'une Lettre inserée dans le Mercure ,
d'Août , dans laquelle on attaque les .
sentimens du Pere le Brun , qui condamne
les Spectacles : Lettre où cet illustre
Auteur n'est pas bien traité
sur laquelle le Magistrat de Grenoble
nous a seulement prévenus étant nousmêmes
interessez à ne pas la laisser sans
réponse. Ceux de nos Lecteurs qui ont
و
et
lû
NOVEMBRE 1731 ′ 2815
lû les deux Extraits que nous avons faits
du Livre du Pere le Brun , inserez dans
deux Mercures , et les justes Eloges que
nous avons donnés à l'ouvrage et à l'Auteur
, quoique mort , sont pleinement
en état de juger , si ce morceau de Critique
du Nouvelliste , dont tout le déguisement
consiste à le faire venir de
Dauphiné , est accompagné de cette droiture
de coeur , et de cette modération
qui doit autant marquer la superiorité de
l'Esprit , que la douceur du caractere
d'un Ecrivain estimé.
Le Sieur Gaetano Pio , Italien , arrivé
depuis peu en cette Ville , donne avis au
Public , qu'il est l'Auteur d'une nouvelle
Méthode , par le moyen de laquelle on
peut apprendre la Langue Italienne en
fort peu de temps , et sans se donner
beaucoup de peine. Il demeure chez Mr.
Manceau , Perruquier , rue des Cordeliers ;
au coin de la rue du Paon .
M. Tartarin , Repetiteur en Droit à
Rennes , propose un ouvrage en huit
tomes , dédié à M. de Breteuil , Evêque
de Rennes , et Grand- Maître de la Chapelle
du Roy.
Les deux premiers Tomes seront les
Insti
4616 MERCURE DE FRANCE
Instituts de Justinien , par preuves et objections
tirées des anciens Juristes , et réponduës
par les nouveaux , avec les principes
du Droit François à chaque titre.-
Les deux autres contiendront les Insti
tuts du Droit Canon , avec la même Méthode
et les Principes des Loix de l'Eglise
Gallicane. Il donnera aussi le Droit
François , raisonné avec le Romain , et
une compilation du Droit Canon , et des
Droits de l'Eglise Gallicane : où l'on verra
les principaux Arrêts touchant les
Matietes Beneficiales. Ceux qui voudront
souscrire , pourront en donner avis , et
payer le Port ; car on n'en fait imprimer
que 4000. Exemplaires.
Metallique des Pays - Bas , qui s'imprime à la
Haye , chez P. Gosse , J. Neaulme ; et Pierre
de Hondt.
Cet Ouvrage doit être regardé , non - seulement
comme une simple Histoire Metallique
mais encore comme une Histoire Civile , Militaire
Ecclésiastique , et Genéalogique des
XVII. Provinces des Pays-Bas , tirée des His-
F vj roriens
2612 MERCURE DE FRANCE
"
> toriens les plus fideles et les plus exacts tang
généraux que particuliers , et confirmée par les
Monumens les plus certains et les plus authentiques
, tels que les Résolutions des Etats - Generaux
des Provinces - Unies , les Résolutions des
Provinces Particulieres les Statuts et Ordonnances
des Villes , les Reglemens de leur Police ,
les Chartres et Diplomes des Eglises et des Monasteres
, les Donations et Testamens des Souverains
et autres Seigneurs , les Memoires Généalogiques
des principales Familles , les Vies
et Eloges de leurs Hommes Illustres ; en un mot,
de tous les Actes et Documens tant publics que
particuliers , dont l'Auteur a pû tirer quelque
secours . Et lorsqu'on voudra bien prendre la
peine de faire quelque attention à l'étendue considerable
du Temps que cette Histoire embrasse ,
à l'Abondance des Evenemens éclatans qu'elle
renferme à l'Authenticité des preuves qu'elle
employe , à la Réputation et au Mérite des Auteurs
choisis qu'elle cite et particulierement au
Nombre en quelque sorte étonnant de Medailles
qui lui servent de Base , à la Rareté notable de
quelques-unes d'entr'elles et enfin à la Difficulté
presque insurmontable de les rassemble
ainsi des divers Cabinets où elles sont renfermées
; nous ne faisons aucun doute qu'on ne la
préfere de beaucoup à toutes les Histoires des
Pays - Bas qui ont paru jusqu'à ce jour , es
peut -être même à tout ce qu'on a encore vû de
plus curieux en ce genre.
"
>
>
›
Le grand succès qu'elle a eû dans sa Langue
originale , nous ayant porté à la faire traduire
en François , nous proposons aujourd'huy an
Public l'Edition de cette Traduction , sous les
Conditions suivantes,
NOVEMBRE." 1731. 2613
1. Cette Edirion sera divisée en 5. Volumes
in folio , et elle consistera en 675. Feuilles de
Papier semblable à celui du Projet , imprimées
de Caracteres neufs ; en 1945. Médailles
et leurs Revers , gravées par les meilleurs Maítres
du Pays et expliquées par l'Auteur avec
toute la netteté et toute la précision possibles
et en divers autres petits Ornemens nécessaires.
II. Ces 675. Feuilles , estimées
à i sol chacune , font
Ces 2945. Médailles , estimées
à sol , font
La Planche du Titre
Le Portrait de l'Auteur
Cinq Vignettes au commencement
de chaque Volume.
Le Gobelet Vivent les Gueux .
La Clef d'or accordé à la Ville
de Louvain en 1710.
Cinq Titres rouges et leurs Vignettes.
Ce qui fait en tout
33 A. S..
73 12
I
I
2
10
f II S
8.
, par voye Mais que le Public pourra avoir
de Souscription , pour 90. Florins courants
d'Hollande , pour le petit Papier ; et pour 135
pour le grand Papier ce qui est un Tiers de
plus que le petit Papier , suivant la coûtume.
›
Ces Souscriptions se pourront faire chez les
principaux Libraires , tant de ces Provinces que
des Pays Etrangers , et ne se payeront qu'en
quatre Termes sçavoir , pour le petit Papier.
1. En recevant les deux premiers Volumes 490
florins
2614 MERCURE DE FRANCE
florins. 2. En recevant le troisiéme , 20. florins.
3. En recevant le quatrième , 15. florins. 4. En
recevant le cinquième , 15. florins.
Pour le grand Papier. 1. En recevant les deux
premiers Volumes , 60. florins. 2. En recevant
le troisiéme 2 30. forins.
,
3 .
En recevant le
quatriéme 22 flor ns 10 s. 4. En recevant le
cinquiéme , 22 florins 10 s.
IV. Ceux qui n'auront point souscrit
, seront obligez de payer pour
le petit Papier. f113 S.
170
Et pour le grand Papier.
suivant l'Estimation cy- dessus donnée.
le
V. Les deux premiers Volumes paroítront le
premier jour d'Avril 1732 ; le troisiéme
premier jour d'Octobre suivant ; et les deux
derniers dans le courant de l'Année 1733 .
>
3
Le Nouvelliste du Parnasse continuë
toujours sur le même ton . Dans sa 38 .
Lettre › page 122. on lit une Lettre
écrite , dit- on , par un Conseiller au Parlement
de Grenoble , contre l'Auteur
d'une Lettre inserée dans le Mercure ,
d'Août , dans laquelle on attaque les .
sentimens du Pere le Brun , qui condamne
les Spectacles : Lettre où cet illustre
Auteur n'est pas bien traité
sur laquelle le Magistrat de Grenoble
nous a seulement prévenus étant nousmêmes
interessez à ne pas la laisser sans
réponse. Ceux de nos Lecteurs qui ont
و
et
lû
NOVEMBRE 1731 ′ 2815
lû les deux Extraits que nous avons faits
du Livre du Pere le Brun , inserez dans
deux Mercures , et les justes Eloges que
nous avons donnés à l'ouvrage et à l'Auteur
, quoique mort , sont pleinement
en état de juger , si ce morceau de Critique
du Nouvelliste , dont tout le déguisement
consiste à le faire venir de
Dauphiné , est accompagné de cette droiture
de coeur , et de cette modération
qui doit autant marquer la superiorité de
l'Esprit , que la douceur du caractere
d'un Ecrivain estimé.
Le Sieur Gaetano Pio , Italien , arrivé
depuis peu en cette Ville , donne avis au
Public , qu'il est l'Auteur d'une nouvelle
Méthode , par le moyen de laquelle on
peut apprendre la Langue Italienne en
fort peu de temps , et sans se donner
beaucoup de peine. Il demeure chez Mr.
Manceau , Perruquier , rue des Cordeliers ;
au coin de la rue du Paon .
M. Tartarin , Repetiteur en Droit à
Rennes , propose un ouvrage en huit
tomes , dédié à M. de Breteuil , Evêque
de Rennes , et Grand- Maître de la Chapelle
du Roy.
Les deux premiers Tomes seront les
Insti
4616 MERCURE DE FRANCE
Instituts de Justinien , par preuves et objections
tirées des anciens Juristes , et réponduës
par les nouveaux , avec les principes
du Droit François à chaque titre.-
Les deux autres contiendront les Insti
tuts du Droit Canon , avec la même Méthode
et les Principes des Loix de l'Eglise
Gallicane. Il donnera aussi le Droit
François , raisonné avec le Romain , et
une compilation du Droit Canon , et des
Droits de l'Eglise Gallicane : où l'on verra
les principaux Arrêts touchant les
Matietes Beneficiales. Ceux qui voudront
souscrire , pourront en donner avis , et
payer le Port ; car on n'en fait imprimer
que 4000. Exemplaires.
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Résumé : Histoire métallique des Pays-Bas, [titre d'après la table]
Le document décrit un projet de souscription pour une œuvre intitulée 'Histoire Métallique des Pays-Bas', imprimée à La Haye. Cet ouvrage offre une histoire complète des XVII provinces des Pays-Bas, couvrant les aspects métallique, civil, militaire, ecclésiastique et généalogique. Il repose sur des sources historiques fiables et des documents authentiques, tels que les résolutions des États-Généraux, les statuts des villes, les chartes des églises et les mémoires généalogiques des familles illustres. L'auteur a également intégré un grand nombre de médailles rares et authentiques pour enrichir son travail. L'édition française de cette œuvre est proposée en cinq volumes in-folio, comprenant 675 feuilles de papier, 1945 médailles gravées et expliquées, ainsi que divers ornements. Le coût de la souscription est de 90 florins pour le petit papier et 135 florins pour le grand papier, à payer en quatre termes. Les deux premiers volumes sont prévus pour le 1er avril 1732, le troisième pour le 1er octobre 1732, et les deux derniers pour 1733.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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566
p. 2620-2622
Epitaphe du Curé de S. Nicolas, [titre d'après la table]
Début :
M. le Curé de S. Nicolas des Champs, étant décedé au mois de May dernier [...]
Mots clefs :
Curé, Abbé, Épitaphe, Dictionnaire héraldique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Epitaphe du Curé de S. Nicolas, [titre d'après la table]
M. le Curé de S. Nicolas des Champs ,
étant décedé au mois de May dernier
M. l'Abbé de Laval a composé l'Epitaphe
qui suit , pour être mise sur son Tom
beau , dans la même Eglise.
D. O. M.
Hic jacet
Philippus - Michael Bonnet , Presbiter
Parisinus , sacræ Facultatis Doctor
Theologus , socius
>
Sorbonicus , hujus Ecclesiæ vigilantissi
mus, beneficentissimusque Pastor ,
Nicolai æmulator,
Suâ super involutos pauperiè , cautè et
abundè intelligens ,
Orphanorum adjutor
Viduarum solatium et patronus ,
Providens puellis nuptias :
Gregis
NOVEMBRE 2628
1731 .
Gregis sibi commissi forma factus
ex animo ,
Assiduus rigidusque à teneris annis ad
ultimum usque diem eximia
pietatis cultor.
Vir simplex et rectus ,
Cultu modestus
Pacis amantissimus :
Orationi manè semper primus instans ,
Sollicitudine pastorali non piger :
Hospitium sacerdotibus dedit
victumque supplevit.
Majori decentiorique pompâ divinum
officium decantari curavit.
Ità dilexit decorem Domus Domini ut
si oblivioni dederint komines
lapides meminerint .
Plenus dierum bonorumque operum obdormivit
in Domino die XXIII . Maii
Anno ætatis LXXVII
Anno verò reparatæ salutis
M. DCC. XXXI .
Huic Parochiæ præfuit An . XXXI.
Mens. VI. dieb. XXIV.
Memor judiciorum ejus qui justitias ju
dicat, obitum perennem fundavit.
Suig
2322 MERCURE DE FRANCE
Suis precibus vobis vivens profuit , vestris
nunc mortuo memores favete.
Hujus Ecclesiæ Administri grato animo
monumentum hoc posuêre.
vre ,
>
>
,
Le Sieur Chevillard , l'aîné , qui a déja donné
au Public le Dictionnaire Heraldique , et
le Livre ou Carte des Armes de la Noblesse des
Provinces de Bourgogne Bresse , Bugey et
Gex , vient de publier et mettre en vente une
nouvelle Carte , qui peut aussi se réduire en Licontenant
les armes >
noms et qualitez des
Gouverneurs , Capitaines , et Lieutenans - Generaux
de la Ville de Paris , suivant l'Ordre Chronologique.
Il continue ce même genre de travall
, et donnera incessamment au Public , un
Livre in- folio , contenant les Armes de tous les
Nobles du Gouvernement de l'Isle de France
et Soissonnois , suivant les Arrêts de maintenuë
des dernieres recherches de la Noblesse, Il demeure
toujours sur le petit Pont , vis - à- vis la
Rue Neuve Nôtre - Dame , à l'Enseigne du
Bras d'Or. Le prix de la nouvelle Carte est de
2. 1. en feuilles . "
,
Mr. Tardieu , Graveur du Roy , ruë Sair .
Jacques , chez Mr. Villette Fils Libraire ,
S. Bernard , vient de graver un St. Charles
d'après un Tableau de Mr. Dulin , imprimé s
la demi- feuille du grand Aigle qu'il vend tro
livres . C'est un morceau que les Curieux reche
cheront avec empressement. Le Prix et de s
sels.
étant décedé au mois de May dernier
M. l'Abbé de Laval a composé l'Epitaphe
qui suit , pour être mise sur son Tom
beau , dans la même Eglise.
D. O. M.
Hic jacet
Philippus - Michael Bonnet , Presbiter
Parisinus , sacræ Facultatis Doctor
Theologus , socius
>
Sorbonicus , hujus Ecclesiæ vigilantissi
mus, beneficentissimusque Pastor ,
Nicolai æmulator,
Suâ super involutos pauperiè , cautè et
abundè intelligens ,
Orphanorum adjutor
Viduarum solatium et patronus ,
Providens puellis nuptias :
Gregis
NOVEMBRE 2628
1731 .
Gregis sibi commissi forma factus
ex animo ,
Assiduus rigidusque à teneris annis ad
ultimum usque diem eximia
pietatis cultor.
Vir simplex et rectus ,
Cultu modestus
Pacis amantissimus :
Orationi manè semper primus instans ,
Sollicitudine pastorali non piger :
Hospitium sacerdotibus dedit
victumque supplevit.
Majori decentiorique pompâ divinum
officium decantari curavit.
Ità dilexit decorem Domus Domini ut
si oblivioni dederint komines
lapides meminerint .
Plenus dierum bonorumque operum obdormivit
in Domino die XXIII . Maii
Anno ætatis LXXVII
Anno verò reparatæ salutis
M. DCC. XXXI .
Huic Parochiæ præfuit An . XXXI.
Mens. VI. dieb. XXIV.
Memor judiciorum ejus qui justitias ju
dicat, obitum perennem fundavit.
Suig
2322 MERCURE DE FRANCE
Suis precibus vobis vivens profuit , vestris
nunc mortuo memores favete.
Hujus Ecclesiæ Administri grato animo
monumentum hoc posuêre.
vre ,
>
>
,
Le Sieur Chevillard , l'aîné , qui a déja donné
au Public le Dictionnaire Heraldique , et
le Livre ou Carte des Armes de la Noblesse des
Provinces de Bourgogne Bresse , Bugey et
Gex , vient de publier et mettre en vente une
nouvelle Carte , qui peut aussi se réduire en Licontenant
les armes >
noms et qualitez des
Gouverneurs , Capitaines , et Lieutenans - Generaux
de la Ville de Paris , suivant l'Ordre Chronologique.
Il continue ce même genre de travall
, et donnera incessamment au Public , un
Livre in- folio , contenant les Armes de tous les
Nobles du Gouvernement de l'Isle de France
et Soissonnois , suivant les Arrêts de maintenuë
des dernieres recherches de la Noblesse, Il demeure
toujours sur le petit Pont , vis - à- vis la
Rue Neuve Nôtre - Dame , à l'Enseigne du
Bras d'Or. Le prix de la nouvelle Carte est de
2. 1. en feuilles . "
,
Mr. Tardieu , Graveur du Roy , ruë Sair .
Jacques , chez Mr. Villette Fils Libraire ,
S. Bernard , vient de graver un St. Charles
d'après un Tableau de Mr. Dulin , imprimé s
la demi- feuille du grand Aigle qu'il vend tro
livres . C'est un morceau que les Curieux reche
cheront avec empressement. Le Prix et de s
sels.
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Résumé : Epitaphe du Curé de S. Nicolas, [titre d'après la table]
En mai 1731, Philippe-Michel Bonnet, docteur en théologie et curé de Saint-Nicolas-des-Champs, est décédé à l'âge de 77 ans après 31 ans de service. L'Abbé de Laval a composé une épitaphe en latin pour honorer Bonnet, le décrivant comme un pasteur dévoué aux pauvres, orphelins, veuves et jeunes filles, ainsi qu'un homme simple, droit, modeste et amoureux de la paix. L'épitaphe invite à se souvenir de ses jugements justes. Par ailleurs, le Sieur Chevillard a publié une nouvelle carte des armes, noms et qualités des gouverneurs et capitaines de Paris, vendue 2 livres. Il prévoit également un livre sur les armes des nobles de l'Île-de-France et du Soissonnais. Enfin, Jacques, graveur du roi, a gravé un Saint-Charles d'après un tableau de M. Dulin, vendu 3 livres, destiné aux amateurs d'art.
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567
p. 2654-2655
RUSSIE.
Début :
Les Capucins arrivez à Moscou depuis peu pour y établir une Mission, ont été reçus [...]
Mots clefs :
Capucins, Monastère, Tsarine, Noblesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
Es Capucins arrivez à Moscou depuis peu
pour y établir une Mission , ont été reçus
avec beaucoup d'accueil et la Czarine leur a
accordé un terrain assès considerable pour y bâ
tir un Monastere.
Il s'est tenu à Ismalow plusieurs conférences
particulieres des principaux Ministres , en présence
de S. M. Cz. , et il s'est depuis répandu
un bruit que cette Princesse , à l'exemple du
Czar Pierre I. vouloit nommer un successeur
au Trône.
>
Suivant l'état qu'on a arrêté des Troupes que
la Czarine a sur pied , il paroit qu'il y as sooo.
hommes en Moscovie , 44000. tant dans les
Provinces cedées par la Couronne de Suede , que
dans la Curlande , et 66000. hommes à Astracan
, à Derbent et dans les autres Villes conquises
en Perse sans compter les Cosaques et
fes Tartares , qui peuvent monter à 150000 .
Cette Princesse peut aussi mettre en Mer 460
Vaisseaux de Guerre et 60. Fregatės.
>
>
Les Lettres de Moscou portent qu'on y avoit
reçu avis , qu'une Caravane partie il y a mois
de Nanquin , dans la Chine , étoit arrivée à
Tobolska , et que les Passagers qui viennent
avec cette Caravanne , confirment le grand Tremblement
de Terre arrivé il y a quelque temps.
dans cet Empire , lequel y avoit causé des dommages
inexprimables , la Pagode , bâtie de Porcelaine
qui est dans la Plaine de Pekin en
ayant entr'autres été renversée , au grand regret
des Chinois , qui la regardoient comme un ou-
>
›
›
viage
NOVEMBRE . 1731. 2655
vrage sans pareil. Quant au nombre de ceux qui
ont péri , on le fait monter à 36000 .
On assure que la Czarine a promis aux Députez
de la Noblesse de Curlande , d'entretenir
Toujours un certain nombre de Troupes dans ce
Duché , afin d'empêcher que la Republique de
Pologne ne le divise en Palatinat après la mort
du Souverain.
Es Capucins arrivez à Moscou depuis peu
pour y établir une Mission , ont été reçus
avec beaucoup d'accueil et la Czarine leur a
accordé un terrain assès considerable pour y bâ
tir un Monastere.
Il s'est tenu à Ismalow plusieurs conférences
particulieres des principaux Ministres , en présence
de S. M. Cz. , et il s'est depuis répandu
un bruit que cette Princesse , à l'exemple du
Czar Pierre I. vouloit nommer un successeur
au Trône.
>
Suivant l'état qu'on a arrêté des Troupes que
la Czarine a sur pied , il paroit qu'il y as sooo.
hommes en Moscovie , 44000. tant dans les
Provinces cedées par la Couronne de Suede , que
dans la Curlande , et 66000. hommes à Astracan
, à Derbent et dans les autres Villes conquises
en Perse sans compter les Cosaques et
fes Tartares , qui peuvent monter à 150000 .
Cette Princesse peut aussi mettre en Mer 460
Vaisseaux de Guerre et 60. Fregatės.
>
>
Les Lettres de Moscou portent qu'on y avoit
reçu avis , qu'une Caravane partie il y a mois
de Nanquin , dans la Chine , étoit arrivée à
Tobolska , et que les Passagers qui viennent
avec cette Caravanne , confirment le grand Tremblement
de Terre arrivé il y a quelque temps.
dans cet Empire , lequel y avoit causé des dommages
inexprimables , la Pagode , bâtie de Porcelaine
qui est dans la Plaine de Pekin en
ayant entr'autres été renversée , au grand regret
des Chinois , qui la regardoient comme un ou-
>
›
›
viage
NOVEMBRE . 1731. 2655
vrage sans pareil. Quant au nombre de ceux qui
ont péri , on le fait monter à 36000 .
On assure que la Czarine a promis aux Députez
de la Noblesse de Curlande , d'entretenir
Toujours un certain nombre de Troupes dans ce
Duché , afin d'empêcher que la Republique de
Pologne ne le divise en Palatinat après la mort
du Souverain.
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Résumé : RUSSIE.
En Russie, les Capucins, nouvellement installés à Moscou, ont été bien accueillis par la Czarine, qui leur a octroyé un terrain pour construire un monastère. Des conférences privées avec les principaux ministres ont eu lieu à Ismalow, alimentant des rumeurs sur la volonté de la Czarine de désigner un successeur au trône, à l'instar du Czar Pierre I. Les forces armées de la Czarine comptent 500 000 hommes en Moscovie, 44 000 dans les provinces suédoises et en Curlande, et 66 000 à Astracan, Derbent et dans les villes persanes conquises. Environ 150 000 Cosaques et Tartares complètent ces troupes. La Russie dispose également de 460 vaisseaux de guerre et 60 frégates. Par ailleurs, une caravane venue de Nanquin a rapporté un tremblement de terre en Chine, causant 36 000 victimes et détruisant la pagode de porcelaine près de Pékin. La Czarine a assuré aux députés de la noblesse de Curlande qu'elle maintiendrait des troupes dans ce duché pour empêcher la Pologne de le diviser après la mort du souverain.
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568
p. 2657-2660
ITALIE.
Début :
La Congregation établie à Rome pour faire construire le nouveau Portail de l'Eglise de [...]
Mots clefs :
Congrégation, Rome, Pape, Obédience, Régence, Duchesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
>
> pour
A Congregation établie à Rome pour faire
construire le nouveau Portail de l'Eglise de
S. Jean de Latran s'assembla le 8. Octobre
chez le Cardinal Corsini chercher les
moyens d'avoir les fonds nécessaires , et il fut
résolu de représenter au Pape , qu'il étoit impossible
d'entreprendre cet Edifice , à moins que
S. S. ne voulût y contribuer de ses propres
deniers , à l'exemple d'Innocent XIII .
On convint aussi de prier le Pape d'écrire à
tous les Princes Catholiques , pour les engager
à contribuer à l'édification d'un Monument qui
doit orner la premiere Eglise de cette Capitale.
L'Architecte qui en a fourni le Dessein , a offert
de le faire executer sans en recevoir aucun émolument
.
> Le Pape a résolu de rétablir l'ancien usage
qui oblige les nouveaux Cardinaux à faire une
Entrée publique , et à se rendre en Cavalcade au
Palais pour l'obédience .
"
Le 30. Octobre , on fit partir pour Civita-
Vecchia , une Chaîne de 66, Criminels , condamnez
aux Galeres du nombre desquels étoit
le Caporal des Sbirres , qui eût l'insolence de
frapper , il y a quelques mois , le Suisse du Ministre
du Roi de Pologne.
Le 7: Ottobre vers les 8 , heures du matin ,
Hv
2658 MERCURE DE FRANCE
on ressentit à Naples une secousse de Tremblement
de Terre , qui ne causa aucun dom- .
mage ; mais le Peuple en fut si fort effrayé ,
qu'il sortit en foule de la Ville et resta jusqu'au
lendemain dans la Campagne.
"
On a fermé à cette occasion tous les Theatres ,
et on a exposé les principales Reliques de l'Eglise
Métropolitaine.
On a appris que la Regence de Parme avoit
fait payer à la Duchesse Doüairiere , Henriette
de Modene , les 60000. Pistoles que le feu Duc
son Epoux lui avoit laissées par son Testament ;
qu'on faisoit à Parme de grands Préparatis.
pour la réception de l'Infant Don Carlos , et
que le bruit couroit qu'on devoit fortifier quelques
Places de ce Duché , pour y former des
Magazins tant de Provisions que de Munitions
de Guerre.
>
>-
On écrit de Florence , que le 18. Octobre
M. Marmos , Auditeur General , eût une longue
Audience du Grand Duc , dans laquelle il fit
en presence de M. Tornaquinci , Secretaire d'Etat
et de l'Auditeur Fiscal , la lecture du projet
de Serment que le Grand Duc doit prêter en
qualité de Tuteur de l'Infant Don Carlos , done
la Princesse Dorothée premiere Duchesse
Douairiere de Parme sera aussi Tutrice jusqu'à
la majorité de ce Prince , qui est fixée à
18. ans.
"
>
L'Escadre du Roy d'Espagne et celle du Roy
d'Angleterre , qui étoient parties le 16 et le 17
Octobre de Barcelonne , parurent à la vûë de
Livourne le 26 sur les 4. heures après midi. Le
27. au matin , elles commencerent à y jetter
P'Ancre elles sont composées de 36 Vaisseaux
de Guerre et de 116 Bâtimens de transport.
:
>
NOVEMBRE 1731. 2659
>
Le 29 on commença à débarquer les Troupes
Espagnoles , qu'on a distribuées dans leurs quartiers
, à mesure qu'elles entroient dans la Ville.
Le Comte Caponi , Gouverneur de Livourne
reçut le même jour les complimens des deux
Commandans de ces Escadres , qui dépêcherent
le soir à Florence deux Officiers de distinction
pour rendre au Grand Duc des respects de leur
part..
Les Galeres du Roy d'Espagne sont restées
à Antibes , où elles attendront l'Infant Don
Carlos , qui montera la Capitane.
Les Gouverneurs de Pise et de Porto- Ferrayo ,
se sont rendus à leurs Gouvernemens » pour recevoir
les détachemens des Troupes Espagnoles ,
qu'on doit envoyer dans ces deux Places.
On a appris de Venise , que le Renegat Jean
Joggia étoit avec son Escadre dans les Mers
du Levant ; qu'il avoit pris un Vaisseau de la
République qu'il en avoit fait massacrer l'Equipage
, et mis le Capitaine aux Fers , et qu'on
craignoit qu'il ne vint attaquer quelques Forte
resses de la Republique dans le Levant
On mande de Genes que le Grand Conseil a
nommé plusieurs Gentilshommes pour compli
menter le Duc de S. Aignan , Ambassadeur du
Roi T. Ch . auprès du S. Siege , à son arrivée
à Genes , et pour lui tenir compagnie pendant
le séjour qu'il y fera..
Les Lettres de Corse portent que le Colone,,
Vela s'étoit emparé de la petite Ville de Luncio,
O plusieurs Rebelles . qui s'y étoient retirés é
avoient été taillés en pieces ; qu'il étoit retourn
ensuite à Ajaccio et que les habitans de plus
sieurs autres Villes de l'Isle de Corse y avoien
euvoyé des Députez pour se soumettre à la République..
Hvis Le
2660 MERCURE DE FRANCE
Le bruit court que , malgré les Négociations ,
commencées pour terminer les affaires de cente
Isle , par l'entremise de l'Empereur , le General
Wachtendonck avoit dû attaquer les Rebelles
dans leurs retranchemens de Vescovado .
L'Officier Allemand que le même General
avoit dépêché à Vienne , pour y porter les Propositions
des Rebelles de l'Isle de Corse , en est
revenu ; et on assure qu'il a rapporté que l'Empereur
étoit disposé à se rendre Mediateur de leur
differend avec la Republique , à condition que
les Chefs de ces Rebelles ne seroient point compris
dans l'Amnistie Generale qu'on accordera à
tous les autres et qu'ils sortiroient de l'Isle
avec leurs Familles et leurs Effets , sans jamais
pouvoir y revenir , sous quelque prétexte que
ce puisse être.
Le bruit court qu'on a attaqué les Rebelles
dans leurs rétranchemens de Vescovado ; qu'ils
ont été contraints de les abandonner , mais que
les Troupes de la Republique , et les Troupes
Auxiliaires de l'Empereur y avoient perdu plu
sieurs Officiers de consideration.
>
> pour
A Congregation établie à Rome pour faire
construire le nouveau Portail de l'Eglise de
S. Jean de Latran s'assembla le 8. Octobre
chez le Cardinal Corsini chercher les
moyens d'avoir les fonds nécessaires , et il fut
résolu de représenter au Pape , qu'il étoit impossible
d'entreprendre cet Edifice , à moins que
S. S. ne voulût y contribuer de ses propres
deniers , à l'exemple d'Innocent XIII .
On convint aussi de prier le Pape d'écrire à
tous les Princes Catholiques , pour les engager
à contribuer à l'édification d'un Monument qui
doit orner la premiere Eglise de cette Capitale.
L'Architecte qui en a fourni le Dessein , a offert
de le faire executer sans en recevoir aucun émolument
.
> Le Pape a résolu de rétablir l'ancien usage
qui oblige les nouveaux Cardinaux à faire une
Entrée publique , et à se rendre en Cavalcade au
Palais pour l'obédience .
"
Le 30. Octobre , on fit partir pour Civita-
Vecchia , une Chaîne de 66, Criminels , condamnez
aux Galeres du nombre desquels étoit
le Caporal des Sbirres , qui eût l'insolence de
frapper , il y a quelques mois , le Suisse du Ministre
du Roi de Pologne.
Le 7: Ottobre vers les 8 , heures du matin ,
Hv
2658 MERCURE DE FRANCE
on ressentit à Naples une secousse de Tremblement
de Terre , qui ne causa aucun dom- .
mage ; mais le Peuple en fut si fort effrayé ,
qu'il sortit en foule de la Ville et resta jusqu'au
lendemain dans la Campagne.
"
On a fermé à cette occasion tous les Theatres ,
et on a exposé les principales Reliques de l'Eglise
Métropolitaine.
On a appris que la Regence de Parme avoit
fait payer à la Duchesse Doüairiere , Henriette
de Modene , les 60000. Pistoles que le feu Duc
son Epoux lui avoit laissées par son Testament ;
qu'on faisoit à Parme de grands Préparatis.
pour la réception de l'Infant Don Carlos , et
que le bruit couroit qu'on devoit fortifier quelques
Places de ce Duché , pour y former des
Magazins tant de Provisions que de Munitions
de Guerre.
>
>-
On écrit de Florence , que le 18. Octobre
M. Marmos , Auditeur General , eût une longue
Audience du Grand Duc , dans laquelle il fit
en presence de M. Tornaquinci , Secretaire d'Etat
et de l'Auditeur Fiscal , la lecture du projet
de Serment que le Grand Duc doit prêter en
qualité de Tuteur de l'Infant Don Carlos , done
la Princesse Dorothée premiere Duchesse
Douairiere de Parme sera aussi Tutrice jusqu'à
la majorité de ce Prince , qui est fixée à
18. ans.
"
>
L'Escadre du Roy d'Espagne et celle du Roy
d'Angleterre , qui étoient parties le 16 et le 17
Octobre de Barcelonne , parurent à la vûë de
Livourne le 26 sur les 4. heures après midi. Le
27. au matin , elles commencerent à y jetter
P'Ancre elles sont composées de 36 Vaisseaux
de Guerre et de 116 Bâtimens de transport.
:
>
NOVEMBRE 1731. 2659
>
Le 29 on commença à débarquer les Troupes
Espagnoles , qu'on a distribuées dans leurs quartiers
, à mesure qu'elles entroient dans la Ville.
Le Comte Caponi , Gouverneur de Livourne
reçut le même jour les complimens des deux
Commandans de ces Escadres , qui dépêcherent
le soir à Florence deux Officiers de distinction
pour rendre au Grand Duc des respects de leur
part..
Les Galeres du Roy d'Espagne sont restées
à Antibes , où elles attendront l'Infant Don
Carlos , qui montera la Capitane.
Les Gouverneurs de Pise et de Porto- Ferrayo ,
se sont rendus à leurs Gouvernemens » pour recevoir
les détachemens des Troupes Espagnoles ,
qu'on doit envoyer dans ces deux Places.
On a appris de Venise , que le Renegat Jean
Joggia étoit avec son Escadre dans les Mers
du Levant ; qu'il avoit pris un Vaisseau de la
République qu'il en avoit fait massacrer l'Equipage
, et mis le Capitaine aux Fers , et qu'on
craignoit qu'il ne vint attaquer quelques Forte
resses de la Republique dans le Levant
On mande de Genes que le Grand Conseil a
nommé plusieurs Gentilshommes pour compli
menter le Duc de S. Aignan , Ambassadeur du
Roi T. Ch . auprès du S. Siege , à son arrivée
à Genes , et pour lui tenir compagnie pendant
le séjour qu'il y fera..
Les Lettres de Corse portent que le Colone,,
Vela s'étoit emparé de la petite Ville de Luncio,
O plusieurs Rebelles . qui s'y étoient retirés é
avoient été taillés en pieces ; qu'il étoit retourn
ensuite à Ajaccio et que les habitans de plus
sieurs autres Villes de l'Isle de Corse y avoien
euvoyé des Députez pour se soumettre à la République..
Hvis Le
2660 MERCURE DE FRANCE
Le bruit court que , malgré les Négociations ,
commencées pour terminer les affaires de cente
Isle , par l'entremise de l'Empereur , le General
Wachtendonck avoit dû attaquer les Rebelles
dans leurs retranchemens de Vescovado .
L'Officier Allemand que le même General
avoit dépêché à Vienne , pour y porter les Propositions
des Rebelles de l'Isle de Corse , en est
revenu ; et on assure qu'il a rapporté que l'Empereur
étoit disposé à se rendre Mediateur de leur
differend avec la Republique , à condition que
les Chefs de ces Rebelles ne seroient point compris
dans l'Amnistie Generale qu'on accordera à
tous les autres et qu'ils sortiroient de l'Isle
avec leurs Familles et leurs Effets , sans jamais
pouvoir y revenir , sous quelque prétexte que
ce puisse être.
Le bruit court qu'on a attaqué les Rebelles
dans leurs rétranchemens de Vescovado ; qu'ils
ont été contraints de les abandonner , mais que
les Troupes de la Republique , et les Troupes
Auxiliaires de l'Empereur y avoient perdu plu
sieurs Officiers de consideration.
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Résumé : ITALIE.
En octobre 1731, à Rome, une congrégation se réunit pour discuter de la construction du nouveau portail de l'église Saint-Jean-de-Latran. Il fut décidé de solliciter une contribution financière du Pape et des princes catholiques. L'architecte proposa de réaliser le projet sans rémunération. Le Pape rétablit également l'usage des entrées publiques des nouveaux cardinaux. Le 30 octobre, 66 criminels, dont un caporal des sbires, furent envoyés aux galères à Civita-Vecchia. À Naples, une secousse de tremblement de terre le 7 octobre effraya la population, entraînant la fermeture des théâtres et l'exposition des principales reliques de l'église métropolitaine. À Parme, la régence versa 60 000 pistoles à la duchesse douairière Henriette de Modène et se préparait à recevoir l'infant Don Carlos. Des rumeurs circulaient sur la fortification de certaines places du duché. À Florence, l'auditeur général Marmos lut un projet de serment que le grand-duc devait prêter en tant que tuteur de Don Carlos. La princesse Dorothée était également tutrice jusqu'à la majorité du prince, fixée à 18 ans. Les escadres du roi d'Espagne et du roi d'Angleterre, composées de 36 vaisseaux de guerre et 116 bâtiments de transport, apparurent à Livourne le 26 octobre. Le 27, elles commencèrent à débarquer les troupes espagnoles. Les gouverneurs de Pise et de Porto-Ferrajo se rendirent à leurs postes pour recevoir les détachements des troupes espagnoles. À Venise, le renégat Jean Joggia attaqua un vaisseau de la République, massacrant l'équipage et capturant le capitaine. À Gênes, le grand conseil nomma des gentilshommes pour accueillir l'ambassadeur du roi auprès du Saint-Siège. En Corse, le colonel Vela s'empara de la ville de Luncio et reçut la soumission de plusieurs autres villes. Des négociations étaient en cours pour terminer les affaires de l'île, avec l'Empereur comme médiateur potentiel. Les rebelles furent attaqués dans leurs retranchements de Vescovado, mais les troupes subirent des pertes.
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569
p. 2660
PORTUGAL.
Début :
On écrit de Lisbonne, que le 4. Octobre le Roi, accompagné de l'Infant Don Antoine [...]
Mots clefs :
Infant, Lisbonne, Religieux franciscains de la Réforme
570
p. 2666-2672
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
La veille de la Fête de tous les Saints le Roy, revêtu du grand Colier de [...]
Mots clefs :
Fête de tous les Saints, Ambassadeur extraordinaire, Abbé, Comte, Comédiens-Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c:
A veille de la Fête de tous les Saints
le Roy , revêtu du grand Colier de
l'Ordre du S. Esprit , se rendit à la Chapelle
du Château de Versailles , où S. M.
entendit la Messe , et communia par les
mains de l'Abbé de Brissac , son Aumônier
en quartier : ensuite le Roy toucha
un grand nombre de Malades. La Reine ,
après avoir entendu la Messe , communia
par les mains du Cardinal de Fleury
son grand Aumônier.
Le jour de la Fête , r. de ce mois , le
Roy et la Reine entendirent la grande-
Messe
,
celeb će pontificalement par l'Evêque
de Leictoure, et l'après midi L. M..
assisterent aux secondes Vêpres , chantées
par la Musique , où le même Prélat
officia , aux Vêpres des Morts , et au Ser.
mon
NOVEMBRE 1731 2667
1
mon du Pere Boursault , Superieur des
Théatins , qui prêcha , selon sa coutume
, avec cette éloquence sublime d'un
grand Maître de la parole , et avec l'applaudissement
unanime de toute la Cour.
Son compliment , sur- tout , qui ne fut
qu'une Instruction noble et Chrétienne ,
frappa tous les Auditeurs , et fit sur eux
cette vive et subite impression , que ne
manquent jamais de faire les pensées neuves
et hardies.
Le Roy a nommé le Marquis de Vau-
Ambassadeur Extraordinaire à
crenant ,
la Cour de Turin .
L'Abbé Couturier a été élû Superieur
General du Seminaire de S. Sulpice , et
des autres Seminaires qui en dépendent
à la place du feu Abbé le Pelletier.
Le Roy a accordé à M. Nicolai , Premier
Président de la Chambre des Comp
tés , la survivance de cette Charge pour
son Fils aîné , Conseiller au Parlement
qui sera le neuvième de son nom qui en
aura été
pourvu.
Le Comte et la Comtesse du Roure arrivent
de Languedoc , où ils ont vû le
Comte du Roure , leur Pere , chez qui
ils ont passé quelque temps et dont ils
2
ont
2663 MERCURE DE FRANCE
ont été très-bien reçus . Ils ont été aussi
au S. Esprit , leur Gouvernement , où on
leur a rendu les honneurs accoutumez .
Le 6. de ce mois , les Comédiens François
representerent à la Cour la Tragedie ,
du Comte d'Essex , et la Petite Piece du
Mari curieux. Le 8 , là Comedie de la
Reconciliation Normande et Attendezmoi
sous l'Orme.
>
Le 13 , les Horaces et la Réunion des
Amours. La jeune Dlle Dangeville qui y
joue un des principaux Rôles , se presenta
ensuite au souper de la Reine , où
elle reçut bien des marques de la bonté
de S. M.
. Le 12. de ce mois , l'ouverture du Parlement
se fit avec les céremonies accoutumées
, par une Messe solemnelle célébrée
pontificalement dans la grande Salle
du Palais , par l'Evêque de Nevers
laquelle M. Portail , Premier Président ,
et les Chambres assisterent.
› à
Le premier Novembre , Fête de la
Toussaints , il y eût Concert spirituel au
Château des Thuilleries. M. Mouret fit
chanter le Benedictus et Dominus regnavit,
Motet de M. de la Lande et le Dili-
د
gam
NOVEMBRE. 1731. 2669
gam te , ancien Motet de feu M. Gilles :
Le tout fut parfaitement bien exécuté
et suivi de plusieurs excellentes Pieces de
Symphonie , et de deux Cantatilles nouvelles
, chantées par les Dlles Erremans
et Petitpas , de l'Académie Royale de
Musique , et par la Dlle Lenner , de la
Musique du Roy.
Le 26 , la Lotterie de la Compagnie
des Indes , établie pour le remboursement
des Actions , fut tirée en la maniere
accoutumée à l'Hôtel de la Compagnie.
La Liste des Numeros gagnans des Actions
et Dixièmes d'Actions qui doivent
être remboursées a été rendue publique
faisant en tout le nombre de 3. cent neuf
Actions .
Le Roy a donné l'Abbaye de Madieu
Ordre de S. Benoît , Diocèse de Saintes ,
à l'Abbé Bastarot ,Grand-Vicaire de l'Archevêché
de Bordeaux.
Celle de la Joye d'Hennebon , Ordre
de Citeaux , Diocèse de Vannes à la
Dame de Langle , Prieure de cette Abbaye.
Le Roy a donné l'Abbaye de Vauluisant
, Ordre de Citeaux Diocèse de
Sens , à l'Archevêque de Besançon.
›
Celle
2670 MERCURE DE FRANCE
Celle de la Honce , Ordre de Prémontré
, Diocèse de Bayonne , à l'Evêque de
Bayonne.
Celle de S. Jean des Prez , Ordre de
S. Augustin , Diocèse de S. Malo à
l'Abbé de Brilhac.
J
Celle de Sellieres , Ordre de Citeaux'.
Diocèse de Troyes , à l'Abbé de la Motte
Grand-Vicaire de l'Evêché de Senez .
par
COPIE d'une Lettre écrite de Touraine ,
le Comte de Blannes , à l'Abbé de
Rouget , Abbé d'Aubepierre , contenant
la Relation de la Fête que Madame la
Princesse de Conti a donnée au sujet de
son mariage avec Mademoiselle de la
Rochefoucault de Nuilly.
MAbbé, d'avoir passé les premiers
E pardonnerez- vous , mon cher
jours de mon mariage sans vous en avoir
donné des nouvelles et vous en avoir remercié.
Si vous sçaviez ce que c'est que
d'être auprès d'une aimable femme qu'on
aime,vous conviendriez qu'il est pardonnable
de manquer à ses amis pour quelques
jours. Je profite enfin du moment
que je dérobe aux plaisirs qu'on goute ici,
pour vous faire part des circonstances heureuses
qui l'ont précédé et suivi. J'arrivai
à
NOVEMBRE . 1731. 2671
å Veret le 8 Octobre. Me la Princesse de
Conti me combla de toutes les politesses
imaginables ; je vous avoue que c'est
la Princesse du monde la plus accomplie.
Mademoiselle de Neuilly parut peu de
temps après. Je vous laisse à penser l'étonnement
où se trouvent deux personnes
qui ne se sont jamais vues , et qui doivent
se marier dans deux jours. La plaisanterie
fut mon unique ressource ; je
trouvai la Demoiselle encore plus aimable
qu'on ne me l'avoit dépeinte ; elle est
d'un caractere aussi parfait que je pouvois
le désirer. La nuit du 10 au 11 , fut celle
de mon mariage ; nous allâmes souper
dans une Isle , vis-à- vis le Château , devant
lequel regne une Terrasse de 33༠0༠0
toises , illuminée d'un bout à l'autre ,
aussi bien que le Château. Au delà de la
Terrasse on appercevoit une allée toute
illuminée , avec des Lustres au milieu . Le
grand Escalier formoit une couronne parfaite
par l'illumination ; au bout de la
Terrasse on voyoit une Nape d'eau et
deux grandes Statues aux côtez.
Rien ne fut plus beau et plus galant
que cette Fête. Avant le souper on nous
chanta dans l'Isle une Epithalame , dont
l'Abbé de Grécour avoit fait les Vers , qui
fut tres-bien exécutée tant de la part des
Mu2672
MERCURE DE FRANCE
>
Musiciens que des Voix. On nous servit
ensuite un souper , où la délicatesse et la
profusion étoient jointes ensemble. Le
souper fini , nous dansames dans la Prairie
et à la danse succeda une promenade
dans des Caléches , pendant laquelle on
tira un tres beau Feu d'artifice ; ensuite
nous allames à l'Eglise ; la Rampe qui
nous y conduisit étoit toute illuminée .Ce
fut M. l'Archevêque de Tours qui nous
donna la Benediction Nuptiale ; après la
quelle nous retournâmes au Château au
son des Instrumens qui avoient joué pendant
la Messe.
·
La Princesse donna la Chemise à mon
Epouse ; le Prince voulut me la donner ,
mais dans la foule , je lui en épargnai la
peine.
Depuis cet heureux jour les plaisirs
n'ont pas discontinué icy ; je suis le plus
content des hommes ; j'ai rencontré la
plus aimable personne et la plus accomplie
qui fut jamais. Je vous aurai toujours
l'obligation de ce bonheur , et j'ose
vous assurer qu'elle vous en aura une pareille
, par mon attention à lui plaire.
A Veret le 15 Octobre 1731 .
A veille de la Fête de tous les Saints
le Roy , revêtu du grand Colier de
l'Ordre du S. Esprit , se rendit à la Chapelle
du Château de Versailles , où S. M.
entendit la Messe , et communia par les
mains de l'Abbé de Brissac , son Aumônier
en quartier : ensuite le Roy toucha
un grand nombre de Malades. La Reine ,
après avoir entendu la Messe , communia
par les mains du Cardinal de Fleury
son grand Aumônier.
Le jour de la Fête , r. de ce mois , le
Roy et la Reine entendirent la grande-
Messe
,
celeb će pontificalement par l'Evêque
de Leictoure, et l'après midi L. M..
assisterent aux secondes Vêpres , chantées
par la Musique , où le même Prélat
officia , aux Vêpres des Morts , et au Ser.
mon
NOVEMBRE 1731 2667
1
mon du Pere Boursault , Superieur des
Théatins , qui prêcha , selon sa coutume
, avec cette éloquence sublime d'un
grand Maître de la parole , et avec l'applaudissement
unanime de toute la Cour.
Son compliment , sur- tout , qui ne fut
qu'une Instruction noble et Chrétienne ,
frappa tous les Auditeurs , et fit sur eux
cette vive et subite impression , que ne
manquent jamais de faire les pensées neuves
et hardies.
Le Roy a nommé le Marquis de Vau-
Ambassadeur Extraordinaire à
crenant ,
la Cour de Turin .
L'Abbé Couturier a été élû Superieur
General du Seminaire de S. Sulpice , et
des autres Seminaires qui en dépendent
à la place du feu Abbé le Pelletier.
Le Roy a accordé à M. Nicolai , Premier
Président de la Chambre des Comp
tés , la survivance de cette Charge pour
son Fils aîné , Conseiller au Parlement
qui sera le neuvième de son nom qui en
aura été
pourvu.
Le Comte et la Comtesse du Roure arrivent
de Languedoc , où ils ont vû le
Comte du Roure , leur Pere , chez qui
ils ont passé quelque temps et dont ils
2
ont
2663 MERCURE DE FRANCE
ont été très-bien reçus . Ils ont été aussi
au S. Esprit , leur Gouvernement , où on
leur a rendu les honneurs accoutumez .
Le 6. de ce mois , les Comédiens François
representerent à la Cour la Tragedie ,
du Comte d'Essex , et la Petite Piece du
Mari curieux. Le 8 , là Comedie de la
Reconciliation Normande et Attendezmoi
sous l'Orme.
>
Le 13 , les Horaces et la Réunion des
Amours. La jeune Dlle Dangeville qui y
joue un des principaux Rôles , se presenta
ensuite au souper de la Reine , où
elle reçut bien des marques de la bonté
de S. M.
. Le 12. de ce mois , l'ouverture du Parlement
se fit avec les céremonies accoutumées
, par une Messe solemnelle célébrée
pontificalement dans la grande Salle
du Palais , par l'Evêque de Nevers
laquelle M. Portail , Premier Président ,
et les Chambres assisterent.
› à
Le premier Novembre , Fête de la
Toussaints , il y eût Concert spirituel au
Château des Thuilleries. M. Mouret fit
chanter le Benedictus et Dominus regnavit,
Motet de M. de la Lande et le Dili-
د
gam
NOVEMBRE. 1731. 2669
gam te , ancien Motet de feu M. Gilles :
Le tout fut parfaitement bien exécuté
et suivi de plusieurs excellentes Pieces de
Symphonie , et de deux Cantatilles nouvelles
, chantées par les Dlles Erremans
et Petitpas , de l'Académie Royale de
Musique , et par la Dlle Lenner , de la
Musique du Roy.
Le 26 , la Lotterie de la Compagnie
des Indes , établie pour le remboursement
des Actions , fut tirée en la maniere
accoutumée à l'Hôtel de la Compagnie.
La Liste des Numeros gagnans des Actions
et Dixièmes d'Actions qui doivent
être remboursées a été rendue publique
faisant en tout le nombre de 3. cent neuf
Actions .
Le Roy a donné l'Abbaye de Madieu
Ordre de S. Benoît , Diocèse de Saintes ,
à l'Abbé Bastarot ,Grand-Vicaire de l'Archevêché
de Bordeaux.
Celle de la Joye d'Hennebon , Ordre
de Citeaux , Diocèse de Vannes à la
Dame de Langle , Prieure de cette Abbaye.
Le Roy a donné l'Abbaye de Vauluisant
, Ordre de Citeaux Diocèse de
Sens , à l'Archevêque de Besançon.
›
Celle
2670 MERCURE DE FRANCE
Celle de la Honce , Ordre de Prémontré
, Diocèse de Bayonne , à l'Evêque de
Bayonne.
Celle de S. Jean des Prez , Ordre de
S. Augustin , Diocèse de S. Malo à
l'Abbé de Brilhac.
J
Celle de Sellieres , Ordre de Citeaux'.
Diocèse de Troyes , à l'Abbé de la Motte
Grand-Vicaire de l'Evêché de Senez .
par
COPIE d'une Lettre écrite de Touraine ,
le Comte de Blannes , à l'Abbé de
Rouget , Abbé d'Aubepierre , contenant
la Relation de la Fête que Madame la
Princesse de Conti a donnée au sujet de
son mariage avec Mademoiselle de la
Rochefoucault de Nuilly.
MAbbé, d'avoir passé les premiers
E pardonnerez- vous , mon cher
jours de mon mariage sans vous en avoir
donné des nouvelles et vous en avoir remercié.
Si vous sçaviez ce que c'est que
d'être auprès d'une aimable femme qu'on
aime,vous conviendriez qu'il est pardonnable
de manquer à ses amis pour quelques
jours. Je profite enfin du moment
que je dérobe aux plaisirs qu'on goute ici,
pour vous faire part des circonstances heureuses
qui l'ont précédé et suivi. J'arrivai
à
NOVEMBRE . 1731. 2671
å Veret le 8 Octobre. Me la Princesse de
Conti me combla de toutes les politesses
imaginables ; je vous avoue que c'est
la Princesse du monde la plus accomplie.
Mademoiselle de Neuilly parut peu de
temps après. Je vous laisse à penser l'étonnement
où se trouvent deux personnes
qui ne se sont jamais vues , et qui doivent
se marier dans deux jours. La plaisanterie
fut mon unique ressource ; je
trouvai la Demoiselle encore plus aimable
qu'on ne me l'avoit dépeinte ; elle est
d'un caractere aussi parfait que je pouvois
le désirer. La nuit du 10 au 11 , fut celle
de mon mariage ; nous allâmes souper
dans une Isle , vis-à- vis le Château , devant
lequel regne une Terrasse de 33༠0༠0
toises , illuminée d'un bout à l'autre ,
aussi bien que le Château. Au delà de la
Terrasse on appercevoit une allée toute
illuminée , avec des Lustres au milieu . Le
grand Escalier formoit une couronne parfaite
par l'illumination ; au bout de la
Terrasse on voyoit une Nape d'eau et
deux grandes Statues aux côtez.
Rien ne fut plus beau et plus galant
que cette Fête. Avant le souper on nous
chanta dans l'Isle une Epithalame , dont
l'Abbé de Grécour avoit fait les Vers , qui
fut tres-bien exécutée tant de la part des
Mu2672
MERCURE DE FRANCE
>
Musiciens que des Voix. On nous servit
ensuite un souper , où la délicatesse et la
profusion étoient jointes ensemble. Le
souper fini , nous dansames dans la Prairie
et à la danse succeda une promenade
dans des Caléches , pendant laquelle on
tira un tres beau Feu d'artifice ; ensuite
nous allames à l'Eglise ; la Rampe qui
nous y conduisit étoit toute illuminée .Ce
fut M. l'Archevêque de Tours qui nous
donna la Benediction Nuptiale ; après la
quelle nous retournâmes au Château au
son des Instrumens qui avoient joué pendant
la Messe.
·
La Princesse donna la Chemise à mon
Epouse ; le Prince voulut me la donner ,
mais dans la foule , je lui en épargnai la
peine.
Depuis cet heureux jour les plaisirs
n'ont pas discontinué icy ; je suis le plus
content des hommes ; j'ai rencontré la
plus aimable personne et la plus accomplie
qui fut jamais. Je vous aurai toujours
l'obligation de ce bonheur , et j'ose
vous assurer qu'elle vous en aura une pareille
, par mon attention à lui plaire.
A Veret le 15 Octobre 1731 .
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Résumé : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
En novembre 1731, plusieurs événements marquants se déroulèrent à la cour de France. À la veille de la Toussaint, le roi, portant le grand collier de l'Ordre du Saint-Esprit, se rendit à la chapelle du Château de Versailles pour assister à la messe et communier. La reine fit de même, communiant par les mains du Cardinal de Fleury. Le jour de la fête de la Toussaint, le roi et la reine assistèrent à la grand-messe célébrée par l'évêque de Lectoure et aux vêpres chantées par la musique, avec un sermon du Père Boursault, supérieur des Théatins. Le roi procéda à plusieurs nominations et attributions. Il nomma le Marquis de Vau-cremant ambassadeur extraordinaire à la cour de Turin. L'Abbé Couturier fut élu supérieur général du Séminaire de Saint-Sulpice. Le roi accorda également la survivance de la charge de Premier Président de la Chambre des Comptes à M. Nicolai pour son fils aîné. Le Comte et la Comtesse du Roure arrivèrent de Languedoc et furent reçus avec honneurs au Saint-Esprit, leur gouvernement. Des représentations théâtrales eurent lieu à la cour, notamment 'Le Comte d'Essex' et 'La Reconciliation Normande'. Le 12 novembre, l'ouverture du Parlement se fit par une messe solennelle célébrée par l'évêque de Nevers. Le 1er novembre, un concert spirituel fut donné aux Tuileries, avec des œuvres de M. Mouret et de M. de la Lande. Le 26 novembre, la lotterie de la Compagnie des Indes fut tirée, remboursant 309 actions. Le roi attribua plusieurs abbayes à divers ecclésiastiques, dont l'Abbaye de Madieu à l'Abbé Bastarot et l'Abbaye de Vauluisant à l'archevêque de Besançon. Une lettre du Comte de Blannes décrivit la fête donnée par la Princesse de Conti à l'occasion de son mariage avec Mademoiselle de la Rochefoucault de Nuilly. Cette fête inclut un souper illuminé, une épithalame chantée, un feu d'artifice et une bénédiction nuptiale par l'archevêque de Tours.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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571
p. 2673-2675
LETTRE du P. Androl, Celestin, écrite de Sens, le 7 Novembre 1731. à un Seigneur de la Cour.
Début :
Monsieur, Ce que j'ai l'honneur de vous écrire, vous paroîtra venir des antipodes, si je ne [...]
Mots clefs :
Éminence, Bienveillance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE du P. Androl, Celestin, écrite de Sens, le 7 Novembre 1731. à un Seigneur de la Cour.
LETTRE du P. Androl , Celestin , écrite
de Sens , le 7 Novembre 1731. à un Seis
gneur de la Cour.
MONSIE
ONSIEUR ;
Ce que j'ai l'honneur de vous écrire
vous paroîtra venir des antipodes , si je ne
trouve le moyen de rappeller dans votre
souvenir le P. Androl , ce Celestin à qui
vous donniez autrefois une petite part de
votre estime et de votre bienveillance . Je
me flatte que vous n'avez pas entierement
oublié une de mes Lettres, qui vous parut
assez jolie , pour mériter d'être lûe à une
illustre Compagnie , qui se réjouissoit avec
vous à Versailles. Autre époque plus marquée
; c'est la visite que je vous rendis
aux petites Ecuries , où la goutte vous
avoit surpris , et où vous m'assurâtes que
mon enjouëment avoit suspendu les violeutes
douleurs que vous soufriez depuis
quinze jours. En voilà assez , Monsieur
pour rafraichir dans votre esprit une idée
qui n'a jamais dû vous occuper.
Je m'adresse à vous preferablement à
tout autre, pour présenter une petire Requête
à M.le Cardinal de Fleury.Elle n'est
pas du caractere de celles dont on a pei-
I ne
.
2674 MERCURE DE FRANCE
ne à se mêler.Un mouvement , un mot de
votre part en avancera sans doute le suc
ces. Si son Eminence désiroit d'en aprendre
les motifs , vous lui pouvez dire secretement
que toute ma famille a péri au service
du Roy, et qu'il ne me reste plus que
deux neveux usez , dont la Croix de saint
Louis est presque tout le bien . Si elle
ajoutoit que les Celestins ont la réputation
de n'en point manquer , je répondrois
que notre maison menaçant ruine ,
nous l'avons rebâtie de fond en comble ,
et que cet Edifice m'a mis assez au large
pour l'habitation , et fort à l'étroit pour
les commoditez que mon grand âge me'
rend si nécessaires. J'entrai dans notre
Ordre dans un temps où les pensions
étoient inusitées , et d'ailleurs vous sçayez
qu'elles sont aussi rares pour les Cadets
du Vivarez, que les Lettres de Change
pour ceux de Gascogne;, nous sommes
obligez de chercher un établissement
dans les avantures, et nous n'avons d'auxres
partis à prendre que le Froc ou l'Epée.
Le pis aller pour moi , c'est que ma.
Requête ne serve qu'à divertir son Eminence
et lui faire esperer de longs jours.
Il ne me paroît pas que les miens ni ma
Conversation fatiguent encore le monde.
Je me sens même propre à vous dire avec
NOVEMBRE . 1731. 2675 :
autant de feu et de gayeté que jadis , que,
je suis avec une parfaite reconnoissance ,
& c .
de Sens , le 7 Novembre 1731. à un Seis
gneur de la Cour.
MONSIE
ONSIEUR ;
Ce que j'ai l'honneur de vous écrire
vous paroîtra venir des antipodes , si je ne
trouve le moyen de rappeller dans votre
souvenir le P. Androl , ce Celestin à qui
vous donniez autrefois une petite part de
votre estime et de votre bienveillance . Je
me flatte que vous n'avez pas entierement
oublié une de mes Lettres, qui vous parut
assez jolie , pour mériter d'être lûe à une
illustre Compagnie , qui se réjouissoit avec
vous à Versailles. Autre époque plus marquée
; c'est la visite que je vous rendis
aux petites Ecuries , où la goutte vous
avoit surpris , et où vous m'assurâtes que
mon enjouëment avoit suspendu les violeutes
douleurs que vous soufriez depuis
quinze jours. En voilà assez , Monsieur
pour rafraichir dans votre esprit une idée
qui n'a jamais dû vous occuper.
Je m'adresse à vous preferablement à
tout autre, pour présenter une petire Requête
à M.le Cardinal de Fleury.Elle n'est
pas du caractere de celles dont on a pei-
I ne
.
2674 MERCURE DE FRANCE
ne à se mêler.Un mouvement , un mot de
votre part en avancera sans doute le suc
ces. Si son Eminence désiroit d'en aprendre
les motifs , vous lui pouvez dire secretement
que toute ma famille a péri au service
du Roy, et qu'il ne me reste plus que
deux neveux usez , dont la Croix de saint
Louis est presque tout le bien . Si elle
ajoutoit que les Celestins ont la réputation
de n'en point manquer , je répondrois
que notre maison menaçant ruine ,
nous l'avons rebâtie de fond en comble ,
et que cet Edifice m'a mis assez au large
pour l'habitation , et fort à l'étroit pour
les commoditez que mon grand âge me'
rend si nécessaires. J'entrai dans notre
Ordre dans un temps où les pensions
étoient inusitées , et d'ailleurs vous sçayez
qu'elles sont aussi rares pour les Cadets
du Vivarez, que les Lettres de Change
pour ceux de Gascogne;, nous sommes
obligez de chercher un établissement
dans les avantures, et nous n'avons d'auxres
partis à prendre que le Froc ou l'Epée.
Le pis aller pour moi , c'est que ma.
Requête ne serve qu'à divertir son Eminence
et lui faire esperer de longs jours.
Il ne me paroît pas que les miens ni ma
Conversation fatiguent encore le monde.
Je me sens même propre à vous dire avec
NOVEMBRE . 1731. 2675 :
autant de feu et de gayeté que jadis , que,
je suis avec une parfaite reconnoissance ,
& c .
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Résumé : LETTRE du P. Androl, Celestin, écrite de Sens, le 7 Novembre 1731. à un Seigneur de la Cour.
Le Père Androl, Celestin, écrit une lettre datée du 7 novembre 1731 à un seigneur de la Cour. Il évoque des souvenirs communs, tels qu'une lettre appréciée et une visite aux petites Écuries où il avait soulagé les douleurs de la goutte du seigneur. Androl présente une requête destinée au Cardinal de Fleury, espérant que l'intervention du seigneur facilitera son succès. Il mentionne que sa famille a péri au service du roi et que ses deux neveux ne possèdent que la Croix de Saint-Louis comme bien. Il souligne également la rénovation de leur maison, menacée de ruine, et les difficultés financières des cadets de Vivarez. Androl exprime son espoir que sa requête puisse divertir le Cardinal et lui souhaiter de longs jours, tout en affirmant qu'il est toujours capable de conversation enjouée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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572
p. 2675-2677
REQUESTE à S. E. M. le Cardinal DE FLEURY.
Début :
Ministre sans pareil, grand Atlas de la France, [...]
Mots clefs :
Éminence, Atlas, Requête, Dijon, Maire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REQUESTE à S. E. M. le Cardinal DE FLEURY.
REQUESTE à S. E. M. le Cardinal
DE FLEURY .
MInistre
Inistre sans pareil ,grand Atlas de la France,
Qu'on voit si dignement en porter tout le faiz
Oserois-je esperer qu'enfin ton Eminence ,
Jusqu'à moi voudra bien étendre ses bienfaits.
Au milieu des grands biens , et dans ton rang
suprême.
Tu pourras quelque jour connoître par toi - même
,
quatre - vingt- huit ans me laissent sans besoins.
Cent écus sur une Abbaye ,
Borneroient toute mon envie.
Et me délivreroient d'un grand nombre de soins.
Avec cette modique somme ,
Que je ne veux devoir qu'à ta seule bonté ,
J'aurois un feu , du bois , un Valet et du Thé ,
Et serois plus content que le Maître de Rome.
Ne crois pas que dans le Couvent ,
On ait toujours le necessaire ;
J'experimente le contraire
Et m'en plains en vain trop souvent.
Un vieillard à ses yeux est toûjours sans mérite.
Ses services passez ne sont comptez pour rien ,
Et la grace n'est pas petite.
I ij Quand
2676 MERCURE DE FRANCE
Quand on souffre son entretien.
Si par ma très humble Requête ,
De te plaire j'ai le bonheur ,
Au ciel qui jusqu'ici m'a conservé la tête ;
J'addiesserai pour toi tous les voeux de mon
coeur.
Pense donc que ton Eminence ,
En me faisant du bien à quatre -vingt-huit
ans ,
Doit tirer cette conséquence ,
Que c'est ne le prêter que pour un peu de temps!
ANDROL , Celestin.
On écrit de Dijon que M.Bouhier, premier
Evêque de cette Ville , y arriva le 3
de Novembre , au son de toutes les Cloches.
On auroit bien voulu , dit- on , lui
rendre tous les honncurs qu'il mérite ;
mais son humilité y a mis un obstacle invincible
. Le lendemain M. l'Abbé Gagne ,
Doyen du Chapitre , connu par le Mandement
inseré dans le dernier Mercure ,
alla complimenter le Prélat au nom du
Clergé séculier et régulier , qui se fit un
honneur , un plaisir et un devoir d'accompagner
son illustre interprete qui parla
avec beaucoup de dignité . Le Mercre
di suivant , le même Abbé après des Aumônes
abondantes , fit tirer un beau feu
d'Arti¬
F
NOVEMBRE. 1731. 2677
d'Artifice , et toute la Ville témoigna sa
joye en plusieurs manieres .
DE FLEURY .
MInistre
Inistre sans pareil ,grand Atlas de la France,
Qu'on voit si dignement en porter tout le faiz
Oserois-je esperer qu'enfin ton Eminence ,
Jusqu'à moi voudra bien étendre ses bienfaits.
Au milieu des grands biens , et dans ton rang
suprême.
Tu pourras quelque jour connoître par toi - même
,
quatre - vingt- huit ans me laissent sans besoins.
Cent écus sur une Abbaye ,
Borneroient toute mon envie.
Et me délivreroient d'un grand nombre de soins.
Avec cette modique somme ,
Que je ne veux devoir qu'à ta seule bonté ,
J'aurois un feu , du bois , un Valet et du Thé ,
Et serois plus content que le Maître de Rome.
Ne crois pas que dans le Couvent ,
On ait toujours le necessaire ;
J'experimente le contraire
Et m'en plains en vain trop souvent.
Un vieillard à ses yeux est toûjours sans mérite.
Ses services passez ne sont comptez pour rien ,
Et la grace n'est pas petite.
I ij Quand
2676 MERCURE DE FRANCE
Quand on souffre son entretien.
Si par ma très humble Requête ,
De te plaire j'ai le bonheur ,
Au ciel qui jusqu'ici m'a conservé la tête ;
J'addiesserai pour toi tous les voeux de mon
coeur.
Pense donc que ton Eminence ,
En me faisant du bien à quatre -vingt-huit
ans ,
Doit tirer cette conséquence ,
Que c'est ne le prêter que pour un peu de temps!
ANDROL , Celestin.
On écrit de Dijon que M.Bouhier, premier
Evêque de cette Ville , y arriva le 3
de Novembre , au son de toutes les Cloches.
On auroit bien voulu , dit- on , lui
rendre tous les honncurs qu'il mérite ;
mais son humilité y a mis un obstacle invincible
. Le lendemain M. l'Abbé Gagne ,
Doyen du Chapitre , connu par le Mandement
inseré dans le dernier Mercure ,
alla complimenter le Prélat au nom du
Clergé séculier et régulier , qui se fit un
honneur , un plaisir et un devoir d'accompagner
son illustre interprete qui parla
avec beaucoup de dignité . Le Mercre
di suivant , le même Abbé après des Aumônes
abondantes , fit tirer un beau feu
d'Arti¬
F
NOVEMBRE. 1731. 2677
d'Artifice , et toute la Ville témoigna sa
joye en plusieurs manieres .
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Résumé : REQUESTE à S. E. M. le Cardinal DE FLEURY.
Un homme de 88 ans adresse une requête à Son Éminence le Cardinal de Fleury, ministre de France, pour obtenir une somme de cent écus sur une abbaye. Cette somme est nécessaire pour couvrir ses besoins fondamentaux, tels que le chauffage, le bois, un valet et du thé. L'auteur souligne les difficultés rencontrées dans le couvent, où les vieillards sont souvent négligés malgré leurs services passés. Il espère que sa demande sera favorablement accueillie, précisant que l'aide serait temporaire en raison de son âge avancé. Par ailleurs, le texte mentionne l'arrivée de M. Bouhier, premier évêque de Dijon, le 3 novembre, accompagnée de manifestations de joie et de respect de la part de la ville et du clergé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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573
p. 2677-2679
ODE A M. BOUHIER. Nommé premier Evêque de Dijon.
Début :
Scavantes filles de mémoire, [...]
Mots clefs :
Gloire, Lyre, Ouvrage, Grandeur
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texteReconnaissance textuelle : ODE A M. BOUHIER. Nommé premier Evêque de Dijon.
ODE
A M. BOUHI ER.
Nommé premier Evêque de Dijon .
Scavantes Cavantes filles de mémoire ,
Daignez m'inspirer en ce jour ,
C'est travailler à votre gloire ,
Que de seconder mon amour.
Mais quel est le feu qui m'inspire ,
A prendre en main ma foible Lyre ?
'Auriez-vous exaucé mes voeux ?
Oui , Muses , un secret présage
7
Me dit que c'est là votre ouvrage;
Soutenez vos soins genereux.
D'un Prélat ennemi du vice ,
Le mérite est enfin connu ,
Un Roy , guidé par la justice ,
Vient de couronner sa vertu ;
BOUHIER , ne crois pas que je fonde ,
Sur ta tige illustre et féconde ,
Ce nouvel éclat de Grandeur ;
Ce Monarque en tout équitable ,
S'il en croyoit un plus capable ,
Ne te feroit pas cet honneur.
I iij Bijon
2678 MERCURE
DE FRANCE
Dijon , ton heureuse patrie ,
A mes accents mêle sa voix ;
Tu l'entends cette voix chérie
Du Prince elle approuve le choix ,
Ce Roy le plus sage du monde ,
Sans ton humilité profonde
T'auroit couronné dès long- temps ,
Mais la sagesse qui te guide
Met la gloire la plus solide ,
A fuir les honneurs éclatans.
>
Déja chacun de nous soupire
Après ce moment précieux ,
Où la vertu sous ton Empire ,
Fera le bonheur de ces lieux ;
La foible et timide innocence ,
Depuis si long-temps sans deffense
Va retrouver un protecteur.
Déja par une fuite prompte
Le vice porte ailleurs la honte
De voir en toy son
1
destructeur.
Mais si de mon ardeur extrême
Je voulois suivre les transports ,
Ma Lyre en louant ce que j'aime ,
Pourroit enfin manquer d'accords ;
Impa
OVEMBRE . 1731. 2679
imposons
silence à ma Muse ;
Car je m'apperçois que trop j'abuse
Du temps qu'il perd à m'écouter ,
Les momens sont chers à son zele
Le soin de son Troupeau l'appelle ,
Et ce soin lui fait tout quittér.
C. R. C. V. S. E.
A M. BOUHI ER.
Nommé premier Evêque de Dijon .
Scavantes Cavantes filles de mémoire ,
Daignez m'inspirer en ce jour ,
C'est travailler à votre gloire ,
Que de seconder mon amour.
Mais quel est le feu qui m'inspire ,
A prendre en main ma foible Lyre ?
'Auriez-vous exaucé mes voeux ?
Oui , Muses , un secret présage
7
Me dit que c'est là votre ouvrage;
Soutenez vos soins genereux.
D'un Prélat ennemi du vice ,
Le mérite est enfin connu ,
Un Roy , guidé par la justice ,
Vient de couronner sa vertu ;
BOUHIER , ne crois pas que je fonde ,
Sur ta tige illustre et féconde ,
Ce nouvel éclat de Grandeur ;
Ce Monarque en tout équitable ,
S'il en croyoit un plus capable ,
Ne te feroit pas cet honneur.
I iij Bijon
2678 MERCURE
DE FRANCE
Dijon , ton heureuse patrie ,
A mes accents mêle sa voix ;
Tu l'entends cette voix chérie
Du Prince elle approuve le choix ,
Ce Roy le plus sage du monde ,
Sans ton humilité profonde
T'auroit couronné dès long- temps ,
Mais la sagesse qui te guide
Met la gloire la plus solide ,
A fuir les honneurs éclatans.
>
Déja chacun de nous soupire
Après ce moment précieux ,
Où la vertu sous ton Empire ,
Fera le bonheur de ces lieux ;
La foible et timide innocence ,
Depuis si long-temps sans deffense
Va retrouver un protecteur.
Déja par une fuite prompte
Le vice porte ailleurs la honte
De voir en toy son
1
destructeur.
Mais si de mon ardeur extrême
Je voulois suivre les transports ,
Ma Lyre en louant ce que j'aime ,
Pourroit enfin manquer d'accords ;
Impa
OVEMBRE . 1731. 2679
imposons
silence à ma Muse ;
Car je m'apperçois que trop j'abuse
Du temps qu'il perd à m'écouter ,
Les momens sont chers à son zele
Le soin de son Troupeau l'appelle ,
Et ce soin lui fait tout quittér.
C. R. C. V. S. E.
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Résumé : ODE A M. BOUHIER. Nommé premier Evêque de Dijon.
L'ode célèbre la nomination de M. Bouhier comme premier évêque de Dijon. Inspirée par les Muses, l'œuvre exprime la joie et l'admiration de l'auteur pour cette distinction. Le roi, guidé par la justice, a récompensé la vertu de Bouhier non pas en raison de sa lignée, mais de ses mérites personnels. Dijon, la patrie de Bouhier, approuve ce choix royal. L'auteur souligne que l'humilité de Bouhier a retardé cette reconnaissance, mais il est désormais attendu avec impatience comme protecteur de l'innocence et destructeur du vice. L'auteur conclut en imposant silence à sa muse, respectant le dévouement de Bouhier à ses responsabilités pastorales.
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574
p. [2695]-2700
ODE SUR LA NAISSANCE DE LA SAINTE VIERGE.
Début :
Qu'elle est cette brillante Aurore, [...]
Mots clefs :
Aurore, Sainte Vierge, Rubis, Splendeur, Cieux, Anne, Trinité, Naissance
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texteReconnaissance textuelle : ODE SUR LA NAISSANCE DE LA SAINTE VIERGE.
ODE
SUR LA NAISSANCE
DE LA SAINTE VIERGE.
Q
U'elle est cette brillante Aurore ,
Qui vient arrêter mes regards ?
Dans les Airs que sa lueur dore
Je ne vois que Rubis épars.
Vois-je l'Etoile matiniere ?
Elle paroît sur la barriere ,
Et brille de cent feux divers ;
1. Vol A i Le
2696 MERCURE DE FRANCE
La vive splendeur qu'elle entraîne ,
Semble annoncer la Souveraine ,
Des Cieux, de la Terre , et des Mers
Quel charme ! est - ce une vaine image
Mortels , j'abandonne ces lieux;
Un chant mélodieux m'engage ,
A prendre un essor vers les Cieux,
Me voici porté dans les nuës ;
Ah ! de Terres inconnuës ?
que
Je passe , je franchis les Mers ;
Compagnon d'une Troupe aîlée ,
Je plane sur la Galilée ;
Je plonge , j'ay quitté les Airs.
*
Que yeut ce Choeur d'Esprits Celestes ,
Ministres Saints du Dieu de paix ,
Qui respectueux
et modestes ,
D'Anne environnent le Palais ?
Le Dieu , qui ses oeuvres contemple ,
A-t'il fait choix d'un nouveau Temple ,
Qu'il remplit de sa Majesté ?
Oui , des Lys l'odeur ravissante ,
M'assure déja qu'Anne enfante
Le Temple de la Trinité,
1. Vol
C'est
DECEMBRE . 1731. 2697
C'est donc vous , tant de fois prédite ,
'Auguste Fille d'un saint Roy ,
Du Roy des Rois la Favorite,
Des Enfers la rage et l'effroy;
Espoir , amour de tous les âges ,
Des Peuples , des Rois et des Sages ,
Par ma voix recevez sa foy ;
Purs Esprits , souffrez ma presence ;
Les fruits d'une telle Naissance ,
Ne sont pas pour vous , mais
讚
pour
Anges du Ciel , Troupe fidelle ,
Zelez Champions du Très- Haut
Qui du Chefdu Parti rebelle
Jadis repoussâtes l'assaut ,
Honorez cette Chair naissante ;
Révérez cette Arche vivante ,
Où le Saint des Saints entrera ;
Celui qui commande aux tempêtes
Et qui fait tonner sur nos têtes ,
Dans son sein se reposera.
moit
Grand Dieu , que de profond's Misteres
Dévoile un saint ravissement !
Exempt des sentimens vulgaires ,
Que vois-je sur le Firmament-
I. Vol.
A iij Je
2698 MERCURE DE FRANCE
Je prôneray seul Adorable ,
L'Alliance à jamais durable ,
Que tu fais avec les Mortels :
Peuples heureux , venez entendre ,
Quels trésors le Ciel va répandre ,
Sur la Terre et sur vos Autels.
M
L'oeil ne l'a vûë : eh ! qui l'a peinte,
La Majesté du Dieu vivant ?
Gloire , splendeur , terreur et crainte ,
Peignent mal son Trône éclatant.
Qu'elle est brillante cette lame "
Empreinte d'un Burin de flâme ,
Au sein de la Divinité ?
Son Image me représente ,
Qu'après quatre mille ans d'attente
Israël sera visité.
Sacrée Image es- tu fidelle ?
Celui qui meut l'Astre du jour ,
D'une Ambassade solemnelle ,
Honore-t'il l'humain séjour ?
Le divin Messager s'envole ;
Il a de son Dieu la parole ,
D'une Vierge il veut l'agrément ,
Du haut de la Voute azurée ,
I. Vol. L'auguste
DECEMBRE . 1731. 2699
L'auguste Cour de l'Empirée ,
En suspens , le voit et l'attend .
Salut , ô divine allegresse !
L'état de l'homme est immortel ,
Marie a rempli la promesse ,
Qu'autrefois nous fit l'Eternel.
Mais, ô l'inéfable Mistere !
Mere de son Dieu , Vierge et Mere ,
C'est ton sort , Fleur de chasteté ;
Non , non , le Soleil de Justice ,
Aux chastes desirs si propice ,
Ne peut souiller ta pureté.
*
Quel bruit , quel siflement horrible ,
Sort de l'abîme tenebreux ?
Quel Monstre , quel Serpent horrible ,
Fait mugir ces cachots affreux ?
#
Roy du Ciel , lance ton Tonnerres
Ce Dragon ébranle la Terre ,
La terreur saisit les Humains ;
Mais non , le doux fruit de Maric ,
Brise la tête à la Furie ;
Calmons- nous , ses efforts sont vains
味
Sacrez Flancs d'une Vierge pure ,
I. Vol. A iiij
Dont
2700 MERCURE DE FRANCE
Dont l'heureuse fécondité ,
·
Eleve l'humaine Nature
Au rang de la Divinité ;
C'est par vous que l'homme rebelle ,
Rentre en ses droits , devient fidelle ,
Son Dieu présent reçoit ses voeux ;
Quelle bonté ! si le coupable ,
Eût pû n'être pas miserable ,
Il auroit été moins heureux .
Par M. Julien , fuge de Montblanc
SUR LA NAISSANCE
DE LA SAINTE VIERGE.
Q
U'elle est cette brillante Aurore ,
Qui vient arrêter mes regards ?
Dans les Airs que sa lueur dore
Je ne vois que Rubis épars.
Vois-je l'Etoile matiniere ?
Elle paroît sur la barriere ,
Et brille de cent feux divers ;
1. Vol A i Le
2696 MERCURE DE FRANCE
La vive splendeur qu'elle entraîne ,
Semble annoncer la Souveraine ,
Des Cieux, de la Terre , et des Mers
Quel charme ! est - ce une vaine image
Mortels , j'abandonne ces lieux;
Un chant mélodieux m'engage ,
A prendre un essor vers les Cieux,
Me voici porté dans les nuës ;
Ah ! de Terres inconnuës ?
que
Je passe , je franchis les Mers ;
Compagnon d'une Troupe aîlée ,
Je plane sur la Galilée ;
Je plonge , j'ay quitté les Airs.
*
Que yeut ce Choeur d'Esprits Celestes ,
Ministres Saints du Dieu de paix ,
Qui respectueux
et modestes ,
D'Anne environnent le Palais ?
Le Dieu , qui ses oeuvres contemple ,
A-t'il fait choix d'un nouveau Temple ,
Qu'il remplit de sa Majesté ?
Oui , des Lys l'odeur ravissante ,
M'assure déja qu'Anne enfante
Le Temple de la Trinité,
1. Vol
C'est
DECEMBRE . 1731. 2697
C'est donc vous , tant de fois prédite ,
'Auguste Fille d'un saint Roy ,
Du Roy des Rois la Favorite,
Des Enfers la rage et l'effroy;
Espoir , amour de tous les âges ,
Des Peuples , des Rois et des Sages ,
Par ma voix recevez sa foy ;
Purs Esprits , souffrez ma presence ;
Les fruits d'une telle Naissance ,
Ne sont pas pour vous , mais
讚
pour
Anges du Ciel , Troupe fidelle ,
Zelez Champions du Très- Haut
Qui du Chefdu Parti rebelle
Jadis repoussâtes l'assaut ,
Honorez cette Chair naissante ;
Révérez cette Arche vivante ,
Où le Saint des Saints entrera ;
Celui qui commande aux tempêtes
Et qui fait tonner sur nos têtes ,
Dans son sein se reposera.
moit
Grand Dieu , que de profond's Misteres
Dévoile un saint ravissement !
Exempt des sentimens vulgaires ,
Que vois-je sur le Firmament-
I. Vol.
A iij Je
2698 MERCURE DE FRANCE
Je prôneray seul Adorable ,
L'Alliance à jamais durable ,
Que tu fais avec les Mortels :
Peuples heureux , venez entendre ,
Quels trésors le Ciel va répandre ,
Sur la Terre et sur vos Autels.
M
L'oeil ne l'a vûë : eh ! qui l'a peinte,
La Majesté du Dieu vivant ?
Gloire , splendeur , terreur et crainte ,
Peignent mal son Trône éclatant.
Qu'elle est brillante cette lame "
Empreinte d'un Burin de flâme ,
Au sein de la Divinité ?
Son Image me représente ,
Qu'après quatre mille ans d'attente
Israël sera visité.
Sacrée Image es- tu fidelle ?
Celui qui meut l'Astre du jour ,
D'une Ambassade solemnelle ,
Honore-t'il l'humain séjour ?
Le divin Messager s'envole ;
Il a de son Dieu la parole ,
D'une Vierge il veut l'agrément ,
Du haut de la Voute azurée ,
I. Vol. L'auguste
DECEMBRE . 1731. 2699
L'auguste Cour de l'Empirée ,
En suspens , le voit et l'attend .
Salut , ô divine allegresse !
L'état de l'homme est immortel ,
Marie a rempli la promesse ,
Qu'autrefois nous fit l'Eternel.
Mais, ô l'inéfable Mistere !
Mere de son Dieu , Vierge et Mere ,
C'est ton sort , Fleur de chasteté ;
Non , non , le Soleil de Justice ,
Aux chastes desirs si propice ,
Ne peut souiller ta pureté.
*
Quel bruit , quel siflement horrible ,
Sort de l'abîme tenebreux ?
Quel Monstre , quel Serpent horrible ,
Fait mugir ces cachots affreux ?
#
Roy du Ciel , lance ton Tonnerres
Ce Dragon ébranle la Terre ,
La terreur saisit les Humains ;
Mais non , le doux fruit de Maric ,
Brise la tête à la Furie ;
Calmons- nous , ses efforts sont vains
味
Sacrez Flancs d'une Vierge pure ,
I. Vol. A iiij
Dont
2700 MERCURE DE FRANCE
Dont l'heureuse fécondité ,
·
Eleve l'humaine Nature
Au rang de la Divinité ;
C'est par vous que l'homme rebelle ,
Rentre en ses droits , devient fidelle ,
Son Dieu présent reçoit ses voeux ;
Quelle bonté ! si le coupable ,
Eût pû n'être pas miserable ,
Il auroit été moins heureux .
Par M. Julien , fuge de Montblanc
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Résumé : ODE SUR LA NAISSANCE DE LA SAINTE VIERGE.
L''Ode sur la naissance de la Sainte Vierge' décrit la naissance de Marie comme un événement céleste et miraculeux. L'auteur commence par une vision d'une brillante aurore et d'une étoile matinière annonçant la venue d'une souveraine des Cieux, de la Terre et des Mers. Transporté dans les airs, il observe un chœur d'esprits célestes autour du palais d'Anne, la mère de Marie. Le poème célèbre Marie comme la fille prédite et favorite du Roi des Rois, espérance de tous les âges. Il mentionne les mystères divins et l'alliance éternelle entre Dieu et les mortels. Le texte évoque la majesté de Dieu et la promesse faite à Israël. Il se termine par la description de Marie comme la mère de Dieu, vierge et pure, et par la victoire sur les forces du mal, symbolisées par un monstre ou un serpent. La naissance de Marie est présentée comme un événement qui élève l'humanité et permet à l'homme de retrouver sa fidélité à Dieu.
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575
p. 2874-2877
ITALIE.
Début :
Le Pere Colloredo, Religieux du Convent, dit de l'Eglise Neave, qui avoit d'abord [...]
Mots clefs :
Pape, Promotion de Cardinaux, Abbé, Forteresse, Rebelles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
E Pere Colloredo , Religieux du Convent ;
Ldit de l'Eglise Neave , qui avoit d'abord
refusé l'Archevêché de Lucques , auquel le Pape
Favoit nommé , s'est déterminé à l'accepter
par soumission aux Ordres de S. S. Elle lui a
accordé depuis une pension de 1500. Ecus sur
l'Evêché vacant de Plaisance .
Le Courier qu'on avoit dépêché de Rome à
Lisbonne › pour y porter la nouvelle de la derniere
promotion de Cardinaux , en est revenu
avec des Lettres par lesquelles on apprend que
le Roy de Portugal avoit levé l'interdiction publiée
en 1728 ; qu'on y avoit rouvert le Tribunal
de la Nonciature au bruit de cinq décharges
de Boëtes , et que le soir la Place du Palais du
Nonce avoit été magnifiquement illuminée. Le
I. Vol. CarDECEMBRE
1731. 2875
Cardinal Cienfuegos , auquel ces Lettres étoient
adressées , alla le soir les communiquer au Pape ,
qui en parût très- satisfait.
La Congregation du bon Gouvernement s'est
Encore assemblée au sujet de la proposition qui
a été faite au Pape , de rendre le Port d'Ancone
un Port franc .
2 Dans le Consistoire du 19 Novembre le
Cardinal Ottoboni proposa l'Archevêché de
Lyon pour l'Evêque de Noyon , PÉvêché d'Orange
pour l'Abbé de Tilly , l'Abbaye de S. Jean
d'Angely , dans le Diocèse de Xaintes , pour
l'Abbé de Pezé , celle de Saint Pierre de Chezi
dans le Diocèse de Soissons , pour l'Abbé Joly
de Fleury , Chanoine de l'Église Métropolitaine
de Paris et celle de Saint Pierre de Lesterp ,
Diocèse de Limoges , pour l'Abbé de Maillé de
la Tour Landry. I préconisa ensuite l'Abbé
Salomon pour celle de S. Gervais et S. Protais
d'Essey , Diocèse d'Agen ; l'Abbé de Bernon
de Charand , pour celle de S. Pierre de Vierson ,
Diocèse de Bourges , et l'Abbé Neret pour celle
-de S. Etienne de Vaux , Diocèse de Xaintes,
>
On mande de la Bastia en Corse , que depuis la
- réduction de la Forteresse de San Pelegrino , on
étoit convenu de part et d'autre d'une suspension
d'armes pour trois mois , et que pendant ce temps
les Rebelles auroient la liberté de se retirer dans
leurs maisons , sans pouvoir y être inquietés en
aucune manière.
On a appris depuis que les Troupes de la République
de Genes et les Troupes Auxiliaires de
P'Empereur qui sont dans l'Isle de Corse , ont
abandonné le Poste de San Pelegrino , parce qu'il
est trop exposé , et que ces Troupes étoient trop
éloignées de la Bastia , pour en recevoir du sé-
Cours , si les Rebelles les avoient attaqués.
I. Vol.
Оя
2876 MERCURE DE FRANCE
On a appris en dernier lieu de la Bastia , que
les hostilités y avoient entierement cessé depuis
la suspension d'Armes , et que le General Wach,
rendonc avoit dépêché un Courier à Vienne ,
pour y porter le résultat des dernieres confe
rences qu'il a eues avec les Chefs des Rebelles ,
qui se sont plaint de ce que les Troupes de la
République s'étoient retranchées dans le Poste
de San Pelegrino , quoiqu'on cût stipulé le con
traire dans l'Acte de suspension d'Armes.
,
Le 1. Novembre , le Comte de Charni , qui
commande les Troupes du Roy d'Espagne en
Italie , a prêté Serment au Grand Duc entre
les mains du General Capponi , Gouverneur de
Livourne , au nom des Troupes de S. M. Cath. -
qui resteront dant la Toscane. Ce Serment est
conçu en ces termes ::
I
i
Je Emanuel d'Orleans , Comte de Charni , &c.
promets , jure et m'engage , tant pour moi que
les Officiers et Soldats de S. M. Cath. que
pour
j'observerai toûjours inviolablement la plus réligieuse
fidelité et obéissance aux Ordres du Sere
nissime Jean- Gaston , Grand Duc de Toscane,, .
comme légitime et unique Souverain des Etats
de Toscane ; que chacun de nous , en entrant
au service de S. A. R , s'employera à défendre
sa personne , sa souveraineté , son authorité , ses
Etats , Biens et Sujets , et tout ce qui peut lui
appartenir , pourvû qu'il n'y ait rien de contraire
à la succession immediate du Serenissime
Prince et Infant Don Carlos , que nous devons
défendre et soûtenir conjointement avec les forces
de Toscane , que nous ne ferons rien qui
puisse empêcher ou retarder l'éxecution des ordres
des Gouverneurs et Ministres de S. A. R ,
conformément aux Reglemens faits à ce sujet ,
La Volo décla→ -
DECEMBRË. 1731. 1731 . 2877
déclarant en outre que nous serons toûjours
prêts à leur donner assistance à la premiere sommation
et à leur fournir tous les sécours nécessaires
& c.
>
2
Les Officiers de distinction qui sont arrivés
à Livourne avec l'Escadre du Roy d'Espagne ,
sont le Marquis de Mari , qui la commande
le Comte Don Fernand de Nunnez , Comman◄
dant sous le Marquis de Mari ; Don Joseph
de los Bosquos , Commandant des Galeres , le
Comte de Charni , le Marquis de Châteaufort ,
le Marquis del Pozzo - Blanco , le Marquis de
Torre Mayor , le Duc de Castro Pinnano , Don
Joseph de Flor de Viola , Commissaire General
des Guerres , Don François Utigers , et Don
Joseph Univars , Inspecteur , et le Colonel du
Regiment de Castille,
On a preparé dans la Maison Professe des Jesuites
de Livourne un Appartement pour le Car
dinal Belluga , qui doit venir y recevoir l'Infant
Don Carlos , accompagné d'un grand nom
bre de Gentilshommes Romains
La Garnison de Livourne est composée presentement
de 2200. Espagnols et de 1100. Toscans,
ces derniers sont commandez par le Colonel
Velluti. Il y aura à Porto Ferraïo 800.
Espagnols sous le commandement du Colonel
Ferreti , et à Pişe un Détachement d'Infanterie
Espagnole avec 400. hommes de Cavalerie de la
même Nation .
Les dernieres Lettres de Livourne portent , que
les Troupes destinées à la Garnison de cette Ville,
étoient composées les deux tiers d'Espagnols
et le tiers de Toscans ; et que le service des uns
et des autres étoit si bien concerté et reglé , qu'il
ne pouvoit survenir aucun sujet de dispute entre
les deux Nations.
E Pere Colloredo , Religieux du Convent ;
Ldit de l'Eglise Neave , qui avoit d'abord
refusé l'Archevêché de Lucques , auquel le Pape
Favoit nommé , s'est déterminé à l'accepter
par soumission aux Ordres de S. S. Elle lui a
accordé depuis une pension de 1500. Ecus sur
l'Evêché vacant de Plaisance .
Le Courier qu'on avoit dépêché de Rome à
Lisbonne › pour y porter la nouvelle de la derniere
promotion de Cardinaux , en est revenu
avec des Lettres par lesquelles on apprend que
le Roy de Portugal avoit levé l'interdiction publiée
en 1728 ; qu'on y avoit rouvert le Tribunal
de la Nonciature au bruit de cinq décharges
de Boëtes , et que le soir la Place du Palais du
Nonce avoit été magnifiquement illuminée. Le
I. Vol. CarDECEMBRE
1731. 2875
Cardinal Cienfuegos , auquel ces Lettres étoient
adressées , alla le soir les communiquer au Pape ,
qui en parût très- satisfait.
La Congregation du bon Gouvernement s'est
Encore assemblée au sujet de la proposition qui
a été faite au Pape , de rendre le Port d'Ancone
un Port franc .
2 Dans le Consistoire du 19 Novembre le
Cardinal Ottoboni proposa l'Archevêché de
Lyon pour l'Evêque de Noyon , PÉvêché d'Orange
pour l'Abbé de Tilly , l'Abbaye de S. Jean
d'Angely , dans le Diocèse de Xaintes , pour
l'Abbé de Pezé , celle de Saint Pierre de Chezi
dans le Diocèse de Soissons , pour l'Abbé Joly
de Fleury , Chanoine de l'Église Métropolitaine
de Paris et celle de Saint Pierre de Lesterp ,
Diocèse de Limoges , pour l'Abbé de Maillé de
la Tour Landry. I préconisa ensuite l'Abbé
Salomon pour celle de S. Gervais et S. Protais
d'Essey , Diocèse d'Agen ; l'Abbé de Bernon
de Charand , pour celle de S. Pierre de Vierson ,
Diocèse de Bourges , et l'Abbé Neret pour celle
-de S. Etienne de Vaux , Diocèse de Xaintes,
>
On mande de la Bastia en Corse , que depuis la
- réduction de la Forteresse de San Pelegrino , on
étoit convenu de part et d'autre d'une suspension
d'armes pour trois mois , et que pendant ce temps
les Rebelles auroient la liberté de se retirer dans
leurs maisons , sans pouvoir y être inquietés en
aucune manière.
On a appris depuis que les Troupes de la République
de Genes et les Troupes Auxiliaires de
P'Empereur qui sont dans l'Isle de Corse , ont
abandonné le Poste de San Pelegrino , parce qu'il
est trop exposé , et que ces Troupes étoient trop
éloignées de la Bastia , pour en recevoir du sé-
Cours , si les Rebelles les avoient attaqués.
I. Vol.
Оя
2876 MERCURE DE FRANCE
On a appris en dernier lieu de la Bastia , que
les hostilités y avoient entierement cessé depuis
la suspension d'Armes , et que le General Wach,
rendonc avoit dépêché un Courier à Vienne ,
pour y porter le résultat des dernieres confe
rences qu'il a eues avec les Chefs des Rebelles ,
qui se sont plaint de ce que les Troupes de la
République s'étoient retranchées dans le Poste
de San Pelegrino , quoiqu'on cût stipulé le con
traire dans l'Acte de suspension d'Armes.
,
Le 1. Novembre , le Comte de Charni , qui
commande les Troupes du Roy d'Espagne en
Italie , a prêté Serment au Grand Duc entre
les mains du General Capponi , Gouverneur de
Livourne , au nom des Troupes de S. M. Cath. -
qui resteront dant la Toscane. Ce Serment est
conçu en ces termes ::
I
i
Je Emanuel d'Orleans , Comte de Charni , &c.
promets , jure et m'engage , tant pour moi que
les Officiers et Soldats de S. M. Cath. que
pour
j'observerai toûjours inviolablement la plus réligieuse
fidelité et obéissance aux Ordres du Sere
nissime Jean- Gaston , Grand Duc de Toscane,, .
comme légitime et unique Souverain des Etats
de Toscane ; que chacun de nous , en entrant
au service de S. A. R , s'employera à défendre
sa personne , sa souveraineté , son authorité , ses
Etats , Biens et Sujets , et tout ce qui peut lui
appartenir , pourvû qu'il n'y ait rien de contraire
à la succession immediate du Serenissime
Prince et Infant Don Carlos , que nous devons
défendre et soûtenir conjointement avec les forces
de Toscane , que nous ne ferons rien qui
puisse empêcher ou retarder l'éxecution des ordres
des Gouverneurs et Ministres de S. A. R ,
conformément aux Reglemens faits à ce sujet ,
La Volo décla→ -
DECEMBRË. 1731. 1731 . 2877
déclarant en outre que nous serons toûjours
prêts à leur donner assistance à la premiere sommation
et à leur fournir tous les sécours nécessaires
& c.
>
2
Les Officiers de distinction qui sont arrivés
à Livourne avec l'Escadre du Roy d'Espagne ,
sont le Marquis de Mari , qui la commande
le Comte Don Fernand de Nunnez , Comman◄
dant sous le Marquis de Mari ; Don Joseph
de los Bosquos , Commandant des Galeres , le
Comte de Charni , le Marquis de Châteaufort ,
le Marquis del Pozzo - Blanco , le Marquis de
Torre Mayor , le Duc de Castro Pinnano , Don
Joseph de Flor de Viola , Commissaire General
des Guerres , Don François Utigers , et Don
Joseph Univars , Inspecteur , et le Colonel du
Regiment de Castille,
On a preparé dans la Maison Professe des Jesuites
de Livourne un Appartement pour le Car
dinal Belluga , qui doit venir y recevoir l'Infant
Don Carlos , accompagné d'un grand nom
bre de Gentilshommes Romains
La Garnison de Livourne est composée presentement
de 2200. Espagnols et de 1100. Toscans,
ces derniers sont commandez par le Colonel
Velluti. Il y aura à Porto Ferraïo 800.
Espagnols sous le commandement du Colonel
Ferreti , et à Pişe un Détachement d'Infanterie
Espagnole avec 400. hommes de Cavalerie de la
même Nation .
Les dernieres Lettres de Livourne portent , que
les Troupes destinées à la Garnison de cette Ville,
étoient composées les deux tiers d'Espagnols
et le tiers de Toscans ; et que le service des uns
et des autres étoit si bien concerté et reglé , qu'il
ne pouvoit survenir aucun sujet de dispute entre
les deux Nations.
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Résumé : ITALIE.
En décembre 1731, plusieurs événements politiques et militaires ont marqué l'Italie et la Corse. En Italie, le religieux Pere Colloredo a accepté l'Archevêché de Lucques après avoir reçu une pension de 1500 écus du Pape. Le Roi de Portugal a levé l'interdiction de 1728, permettant la réouverture du Tribunal de la Nonciature à Lisbonne, ce qui a satisfait le Pape. La Congrégation du bon Gouvernement a examiné la proposition de transformer le Port d'Ancone en Port franc. Lors du Consistoire du 19 novembre, diverses nominations ecclésiastiques ont été proposées, notamment pour les archevêchés de Lyon et les abbayes de Saint-Jean-d'Angély et Saint-Pierre de Chezi. En Corse, une suspension d'armes de trois mois a été conclue après la réduction de la forteresse de San Pellegrino, permettant aux rebelles de se retirer chez eux sans être inquiétés. Les troupes de la République de Gênes et les troupes auxiliaires de l'Empereur ont abandonné le poste de San Pellegrino en raison de son exposition. Les hostilités ont cessé à Bastia, et le général Wach a envoyé un courrier à Vienne pour rapporter les résultats des conférences avec les chefs rebelles. Le Comte de Charni, commandant des troupes espagnoles en Italie, a prêté serment au Grand-Duc de Toscane, affirmant fidélité et obéissance aux ordres du Grand-Duc et à la succession du Prince Don Carlos. Plusieurs officiers espagnols de distinction sont arrivés à Livourne avec l'escadre du Roi d'Espagne. La garnison de Livourne est composée de 2200 Espagnols et 1100 Toscans, avec des détachements à Porto Ferraio et Pise. Un appartement a été préparé pour le Cardinal Belluga à Livourne, où il doit recevoir l'Infant Don Carlos.
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576
p. 2887-2890
Cérémonie Funebre à S. Germain l'Auxerrois.
Début :
Il y avoit long temps que les Musiciens de cette Capitale voyoient avec [...]
Mots clefs :
Musique, Église, Cérémonie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Cérémonie Funebre à S. Germain l'Auxerrois.
Cérémonie Funebre à S. Germain Anxerrois.
L y avoit long temps que les Musi-
Iciens
ciens de cette Capitale voyoient avec
peine tout ce qu'il y a de Communautez
et de Confreries faire un Service Annuel
pour le repos de l'Ame de leurs Confre
res décedez dans l'Année , sans observer
entr'eux cette religieuse pratique si convenable
à l'esprit de l'Eglise , et si propre
à entretenir l'union et la conformité de
I. Vol Lij Prieres
138 MERCURE DE FRANCE
Prieres
pour aider et soulager , après leur
mort par leurs suffrages , ceux avec
qui ils avoient été liés pat les mêmes talens
pendant leur vie.
J
Ce fut le 22 de Novembre dernier
jour de Ste. Cecile , leur Patrone , qu'ils
prirent cette résolution salutaire ; ils fixerent
le
temps de cette pieuse Cérémonie
u mois de Decembre , pour réunir au
même sacrifice la mémoire de ceux de
leurs Confreres qu'ils auroient perdus
dans le cours de l'Année. Ils se cottiserent
tous pour une somme legere dont ils convinrent
pour les frais de sonnerie , le luminaire
, les Billets , & c.
Ils choisirent pour faire chanter certe
Messe solemnelle , M. Guillery , Benefisier
, et Maître de Musique de S. Germain
l'Auxerrois , moins parce qu'il est
l'ancien des Maîtres de Musique , actuellement
en exercice à Paris , que pour son
mérite personnel , et la réputation qu'il
s'est acquise depuis plus de trente ans
qu'il est en place.
Mrs du Chapitre de S. Germain accorderent
volontiers le Choeur de leur Eglise
pour seconder les loüables intentions des
Musiciens . L'Abbé de Cosnac , Doyen
du Chapitre , et Vicaire general du Diosèse
, assista à la Cérémonie avec Mrs. les
I.Vol. Cha
DECEMBRE 1731. 2889
sang
Chanoines , les Beneficiers , le Clergé ,
er quantité de personnes de distinction
placés au Jubé. On peut dire ,
éxagerer , qu'il ne s'est , peut être , jamais
vû de Corps de Musique plus complet.
Les plus fameux et les plus habiles
s'y trouverent au nombre d'environ 200 ,
tous connus par leurs talens distinguez ,
soit pour la Musique vocale , soit pour
la Musique instrumentale. On ne parle
d'aucun en particulier , parce que tous
se signalerent également , et qu'il ne s'est
guere vû d'occasion où l'émulation aig
été plus generale , et l'harmonie plus ma▸
gnifique et plus précise.
3.
Ce Service solemnel fut chanté le 4. de
ce mois pour feus Mrs. Petouille , Prêtre ,
Beneficier et Maître de Musique de l'Eglise
de Paris , Laurent , Placet , Prêtres ,
et Crepin , Beneficiers de la même Eglises
Mrs. De la Lande Surintendant de la
Musique du Roy , Marais , Senaillé
Regnier , Gardinville , Mangot , Bandy
Reffié , Calus , et Ossus , Organiste .
Ön annoncera , l'année prochaine , par
les Billets qui seront distribués le jour du
Service , et l'Eglise où il sera célebré.
La vûë qu'on a euë en inserant ici cet
Article , est d'engager les familles des.
Maîtres de Musique ou Musiciens qui
La Vol.
Liij
dé
2890 MERCURE DE FRANCE
, décederont en Province d'en donner
avis à l'un des Maîtres de Musique de ,
Paris , afin qu'ils ayent part aux Prieres
et aux Suffrages de leurs Confreres. Sancta
et salubris est cogitatio pro Defunctis exorare
ut à peccatis solvantur , Machab .
lib. 2. chap. XII .
L y avoit long temps que les Musi-
Iciens
ciens de cette Capitale voyoient avec
peine tout ce qu'il y a de Communautez
et de Confreries faire un Service Annuel
pour le repos de l'Ame de leurs Confre
res décedez dans l'Année , sans observer
entr'eux cette religieuse pratique si convenable
à l'esprit de l'Eglise , et si propre
à entretenir l'union et la conformité de
I. Vol Lij Prieres
138 MERCURE DE FRANCE
Prieres
pour aider et soulager , après leur
mort par leurs suffrages , ceux avec
qui ils avoient été liés pat les mêmes talens
pendant leur vie.
J
Ce fut le 22 de Novembre dernier
jour de Ste. Cecile , leur Patrone , qu'ils
prirent cette résolution salutaire ; ils fixerent
le
temps de cette pieuse Cérémonie
u mois de Decembre , pour réunir au
même sacrifice la mémoire de ceux de
leurs Confreres qu'ils auroient perdus
dans le cours de l'Année. Ils se cottiserent
tous pour une somme legere dont ils convinrent
pour les frais de sonnerie , le luminaire
, les Billets , & c.
Ils choisirent pour faire chanter certe
Messe solemnelle , M. Guillery , Benefisier
, et Maître de Musique de S. Germain
l'Auxerrois , moins parce qu'il est
l'ancien des Maîtres de Musique , actuellement
en exercice à Paris , que pour son
mérite personnel , et la réputation qu'il
s'est acquise depuis plus de trente ans
qu'il est en place.
Mrs du Chapitre de S. Germain accorderent
volontiers le Choeur de leur Eglise
pour seconder les loüables intentions des
Musiciens . L'Abbé de Cosnac , Doyen
du Chapitre , et Vicaire general du Diosèse
, assista à la Cérémonie avec Mrs. les
I.Vol. Cha
DECEMBRE 1731. 2889
sang
Chanoines , les Beneficiers , le Clergé ,
er quantité de personnes de distinction
placés au Jubé. On peut dire ,
éxagerer , qu'il ne s'est , peut être , jamais
vû de Corps de Musique plus complet.
Les plus fameux et les plus habiles
s'y trouverent au nombre d'environ 200 ,
tous connus par leurs talens distinguez ,
soit pour la Musique vocale , soit pour
la Musique instrumentale. On ne parle
d'aucun en particulier , parce que tous
se signalerent également , et qu'il ne s'est
guere vû d'occasion où l'émulation aig
été plus generale , et l'harmonie plus ma▸
gnifique et plus précise.
3.
Ce Service solemnel fut chanté le 4. de
ce mois pour feus Mrs. Petouille , Prêtre ,
Beneficier et Maître de Musique de l'Eglise
de Paris , Laurent , Placet , Prêtres ,
et Crepin , Beneficiers de la même Eglises
Mrs. De la Lande Surintendant de la
Musique du Roy , Marais , Senaillé
Regnier , Gardinville , Mangot , Bandy
Reffié , Calus , et Ossus , Organiste .
Ön annoncera , l'année prochaine , par
les Billets qui seront distribués le jour du
Service , et l'Eglise où il sera célebré.
La vûë qu'on a euë en inserant ici cet
Article , est d'engager les familles des.
Maîtres de Musique ou Musiciens qui
La Vol.
Liij
dé
2890 MERCURE DE FRANCE
, décederont en Province d'en donner
avis à l'un des Maîtres de Musique de ,
Paris , afin qu'ils ayent part aux Prieres
et aux Suffrages de leurs Confreres. Sancta
et salubris est cogitatio pro Defunctis exorare
ut à peccatis solvantur , Machab .
lib. 2. chap. XII .
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Résumé : Cérémonie Funebre à S. Germain l'Auxerrois.
Les musiciens de Paris organisèrent une cérémonie funèbre à l'église Saint-Germain-l'Auxerrois pour honorer leurs confrères décédés. Inspirés par d'autres communautés, ils décidèrent de célébrer cette messe annuelle le 4 décembre, en l'honneur de la Sainte-Cécile. Ils cotisèrent pour couvrir les frais de sonnerie, de luminaire et de billets. La messe fut confiée à M. Guillery, bénéficié et maître de musique de Saint-Germain-l'Auxerrois, et le chœur de l'église fut mis à disposition par le chapitre. L'abbé de Cosnac, doyen du chapitre, assista à la cérémonie avec les chanoines, les bénéficiers, le clergé et de nombreuses personnes de distinction. Environ 200 musiciens participèrent, honorant des confrères tels que M. Petouille, Laurent, Placet, Crepin, De la Lande, Marais, Senaillé, Regnier, Gardinville, Mangot, Bandy, Reffié, Calus et Ossus. La cérémonie fut marquée par une émulation générale et une harmonie magnifique. Les organisateurs prévirent d'annoncer l'année suivante l'église où la cérémonie serait célébrée et invitèrent les familles des musiciens décédés en province à en informer un maître de musique de Paris.
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577
p. 2890-2891
EXTRAIT d'une Lettre écrite par M.... le 15 Novembre 1731. au sujet de Nostradamus &c.
Début :
En attendant qu'on puisse concilier tous les differens sentimens au sujet [...]
Mots clefs :
Nostradamus, Prophète, Astrologie
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite par M.... le 15 Novembre 1731. au sujet de Nostradamus &c.
EXTRAIT d'une Lettre écrite par M....
le 15 Novembre 1731. au sujet de Nos
tradamus &c.
E
•
N attendant qu'on puisse concilier
tous les differens sentimens au sujet
de Nostradamus , car il me paroît qu'on
a outré les choses de part et d'autre , c'està
dire , de la part de qui ceux qui en font
un véritable Prophete , et du côté de
ceux qui s'efforcent de le faire passer
pour un Visionnaire et pour un Homme
livré aux erreurs de l'Astrologie , la plus
vaine , sans parler du sentiment assès particulier
de l'Auteur des deux Lettres critiques
inserées dans les Mercures de
France d'Août et de Novembre 1724 .
En attendant , dis- je , qu'on puisse parvenir
à bien définir un homme si extraordinaire
, trouvés bon que je vous envoye
deux Quatrains de sa façon , qui one
fait sur moi quelque impression , et qui
1. Vol. me
DECEMBRE 1731. 2891
me paroissent regarder un Evenement
auquel il semble que nous touchons . Ils
sont pris tous deux de la V. Centurie
dans l'Edition de Lyon, in 12. 1568. pp .
74. et 8r. Les voici.
Quatrain III,
Le successeur de la Duché viendra.
Beaucoup plus outre que la Mer de Toscane ;
Gauloise branche la Florence tiendra ,
Dans son giron d'accord nautique Rane.
Quatrain XXXIX.
Du vrai Rameau de Fleur de Lys issu ,
Mis et logé héritier d'Hetrurie :
Son sang antique de longue main tissu
Fera Florence florir en l'armoirie.
le 15 Novembre 1731. au sujet de Nos
tradamus &c.
E
•
N attendant qu'on puisse concilier
tous les differens sentimens au sujet
de Nostradamus , car il me paroît qu'on
a outré les choses de part et d'autre , c'està
dire , de la part de qui ceux qui en font
un véritable Prophete , et du côté de
ceux qui s'efforcent de le faire passer
pour un Visionnaire et pour un Homme
livré aux erreurs de l'Astrologie , la plus
vaine , sans parler du sentiment assès particulier
de l'Auteur des deux Lettres critiques
inserées dans les Mercures de
France d'Août et de Novembre 1724 .
En attendant , dis- je , qu'on puisse parvenir
à bien définir un homme si extraordinaire
, trouvés bon que je vous envoye
deux Quatrains de sa façon , qui one
fait sur moi quelque impression , et qui
1. Vol. me
DECEMBRE 1731. 2891
me paroissent regarder un Evenement
auquel il semble que nous touchons . Ils
sont pris tous deux de la V. Centurie
dans l'Edition de Lyon, in 12. 1568. pp .
74. et 8r. Les voici.
Quatrain III,
Le successeur de la Duché viendra.
Beaucoup plus outre que la Mer de Toscane ;
Gauloise branche la Florence tiendra ,
Dans son giron d'accord nautique Rane.
Quatrain XXXIX.
Du vrai Rameau de Fleur de Lys issu ,
Mis et logé héritier d'Hetrurie :
Son sang antique de longue main tissu
Fera Florence florir en l'armoirie.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite par M.... le 15 Novembre 1731. au sujet de Nostradamus &c.
Dans une lettre du 15 novembre 1731, l'auteur aborde les divergences d'opinions sur Nostradamus. Certains le perçoivent comme un prophète, tandis que d'autres le voient comme un visionnaire ou un astrologue, une discipline jugée vaine. L'auteur cite un critique dont les lettres ont été publiées dans les Mercures de France en août et novembre 1724. En attendant une définition plus précise de Nostradamus, l'auteur partage deux quatrains de la cinquième centurie de l'édition de Lyon de 1568. Le premier quatrain (III) mentionne un successeur de la Duché venant de loin, au-delà de la mer de Toscane, et parle d'une branche gauloise tenant Florence. Le second quatrain (XXXIX) fait référence à un véritable rameau de la fleur de lys, héritier de l'Étrurie, dont le sang antique fera florir Florence dans l'armoirie.
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578
p. 3013-3018
Exposition des preuves de la veritable Religion. [titre d'après la table]
Début :
EXPOSITION des preuves les plus sensibles de la veritable Religion . A Paris, [...]
Mots clefs :
Preuves, Religions, Raisonnement, Athéisme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Exposition des preuves de la veritable Religion. [titre d'après la table]
EXPOSITION des preuves les plus sensibles
de la veritable Religion . A Paris ;
chez Rollin fils , Quai des Augustins , in
12 , dede 458 pages.
C'est un nouvel Ouvrage du P. Buf
fier , Jésuite. Comme il n'a été rendu public
par l'affiche que ce dernier mois,qui
tient à l'année suivante , il en prend la
datte et est marqué 1732 .
L'Auteur prévient dans sa Préface une
pensée qui se présente naturellement à
L'esprit 3 sçavoir , qu'il s'est fait même de
notre temps , beaucoup de bons Ouvrages
sur la Vérité de la Religion chrétienme
, et qui ne laissent rien à dire de nou-
Isa.Vol E iij veau
3014 MERCURE DE FRANCE
veau , pour le fond des choses ; il en tombe
d'accord , mais il observe que ces Ouvrages
sont venus après d'autres qui
avoient enseigné les mêmes choses ; neanmoins
on les a estimez , parce qu'il se
trouve toujours de nouvelles manieres
d'exposer les preuves , de les choisir , de
les arranger et de les faire sentir. On ne
peut trop multiplier ces maniéres differentes
, afin de s'accommoder aux diffé
rentes sortes d'esprits et de goûts dans un
sujet aussi important que celui ci . Ce que
le P. Buffier paroît avoir eu particulierement
en vûë , c'est d'exposer par une suite
de Proposions, liées les unes aux autres,
les preuves les plus judicieuses et les plus
sensibles. La Religion , dit- il , étant
par
Tout le monde , il faut prouver d'une maniere
proportionnée à la capacité du commun des.
esprits , et qui fasse encore plus d'impression
sur la force du sentiment dont ils sont égalelement
susceptibles , que par l'étendue du
raisonnement qui n'est pas égale dans tous..
Il insinuë que les raisonnemens trop sub.
tils qu'on employe quelquefois contre les
incrédules , ne sont pas toujours éficaces..
Esperera-t- on convaincre des gens qui ne
veulent pas l'être , où les réduire à ne plus
rien repliquer ? Les bonnes raisons manquent
souvent ; les mauvaises ne tarissent
jamais, L'Au
"
DECEMBRE 1731. 30T5
L'Auteur veut donc que l'on se fixe à
un point qui est de s'en tenir à des preuves
de tel caractere , que si on en avoir
de semblables dans celles des choses humaines
où l'on seroit obligé de prendre
part , on seroit manifestement déraisonnable
de n'y pas acquiescer , bien qu'on
y pût opposer quelques difficultez. Ce
n'est pas que l'Auteur ait rien négligé des
preuves les plus solides ; mais il s'attache
sur tout à découvrir l'imprudence inexcusable
de ne pas suivre le parti de la Religion
chrétienne. Quand ( par impossible
) , dit - il , la verité ne seroit pas démontrée
directement , il seroit toujours
évidemment démontré qu'il est imprudent
de ne la pas embrasser 3 parce que
dans les affaires importantes , il est essentiel
d'embrasser le parti le plus judicieux,
quand d'ailleurs il n'auroit pas l'évidence
qu'on voudroit ; sans quoi on se rend
coupable aux yeux des hommes dans les
choses humaines , et aux yeux de Dieu
dans les choses du salut..
La suite de ces sortes de preuves sensibles
s'apperçoit dans une Analyse de
toutes les parties du Livre , qui se déduisent
l'une après l'autre des trois propositions
qui en font la division générale.
Sçavoir , 19. Rien n'est plus raisonable.
LI. Vol. E iiij que
3016 MERCURE DE FRANCE
que de croire les choses quand c'est Dieu
qui les a dites : 2 ° . Rien n'est plus raisonable
que de croire que Dieu les a dites
, quand elles sont enseignées par un
Maître aussi autorisé de Dieu que l'a été
Jesus- Christ . 39. Rien n'est plus raiso¬
nable que de croire qu'elles sont enseignées
par Jesus-Christ , quand'elles nous
viennent par le ministére établi de Jesus-
Christ même , pour nous les transmettre .
Chacune de ces trois Propositions générales
est prouvée par des preuves particulieres
, dont chacune est encore exposée
par des Propositions plus détaillées .
En voici un trait , tiré de la 4 Proposition
, où en prouvant l'existence de Dieu ,
on montre aussi que les difficultez qu'on
voudroit opposer dans le sistéme de l'Athéisme
, sont plus grandes que dans la
vérité de l'existence de Dieu : Par exemple
, 1 °. Croire ( comme on y est réduit
dans le systême de l'Athéïsme ) que le
monde entier , ou même qu'une simple
horloge ait été faite et continue à marquer
régulierement les heures par un pur
effet du hazard ? 2 °. Juger qu'un corps
soit déterminé à tel mouvement, sans que
rien l'y ait déterminé ; de même encore
admettre pour principe , avec Spinosa
qu'il n'y a qu'une seule substance ; que
II. Vol. peutDECEMBRE
1731. 3017
peut-on admettre qui soit aussi incompre
hensible et aussi absurde ? C'est un systême
, dit-on , dont on tire de justes con,
séquences. Mais n'est-il pas ridicule de
penser seulement à tirer des conséquences.
d'une absurdité . Si j'allois mettre pour
systême , poursuit l'Auteur , que 3 et 3.
font 7 , et non pas 6 ; ne serois - je pas insensé
d'en vouloir tirer des conséquences
? Or suis - je moins intimément , et
moins necessairement convaincu que
moi et une roche ne sommes pas la même
substances que je suis convaincu que 3 er
3. font 6 , et non pas 7.
La seconde importance des trois Propositions
générales à prouver , est que·
Jesus-Christ a été autorisé de Dieu , pour
nous donner des enseignemens de sa pari. On
le montre icy par la connoissance , et de
ce qu'a été Jesus- Christ , et des miracles.
qu'il a opérez . Comme ce point demande
une discussion particuliére , le P. Buffier
en réduit la méthode à trois Propositions.
1º. Il est des choses qu'il faut croire sur le
rapport d'autrui . 2. Parmi les choses.
qu'on croit, sur le rapport d'autrui, nullë
n'est plus avérée que celle-cy 3 sçavoir ,
que l'Histoire du Nouveau Testament a
été écrite du temps des premiers Disciples
de Jesus-Christ. 3. Qu'en ce cas , elle
II Kol E v mé
7
3018 MERCURE DE FRANCE
mérite toute sorte de créance .
L'Auteur ne paroît pas vouloir éluder
les objections des incrédules ; au contraire
, il s'attache à rapporter ce qu'elles ontde
plus imposant , comme pour donner
du relief à la solidité des réponses qui y
sont données dans un jour également plau
sible ; mais c'est un détail qui nous méneroit
trop loin , tandis que nous devons
nous borner à indiquer seulement l'ouvrage
et son caractere.
Au reste , ce Traité est imprimé dans
le cours des sciences , du niême Auteur. Ils
commence à se distribuer. Nous pourrons
une autrefois en indiquer aussi l'économie
générale.
L'AGENDA DU VOYAGEUR , ou le Ca--
lendrier des Fêtes et solemnitez remar-.
quables de la Cour et de Paris , dressé en
faveur des Etrangers , pour l'année bissextile
1732. Par M. S. de Valhebert.
Il est beaucoup augmenté. Celui de
1731.n'étoit que de 86 pages in 18 ; celuici
est de près de 100 pages in 12.
de la veritable Religion . A Paris ;
chez Rollin fils , Quai des Augustins , in
12 , dede 458 pages.
C'est un nouvel Ouvrage du P. Buf
fier , Jésuite. Comme il n'a été rendu public
par l'affiche que ce dernier mois,qui
tient à l'année suivante , il en prend la
datte et est marqué 1732 .
L'Auteur prévient dans sa Préface une
pensée qui se présente naturellement à
L'esprit 3 sçavoir , qu'il s'est fait même de
notre temps , beaucoup de bons Ouvrages
sur la Vérité de la Religion chrétienme
, et qui ne laissent rien à dire de nou-
Isa.Vol E iij veau
3014 MERCURE DE FRANCE
veau , pour le fond des choses ; il en tombe
d'accord , mais il observe que ces Ouvrages
sont venus après d'autres qui
avoient enseigné les mêmes choses ; neanmoins
on les a estimez , parce qu'il se
trouve toujours de nouvelles manieres
d'exposer les preuves , de les choisir , de
les arranger et de les faire sentir. On ne
peut trop multiplier ces maniéres differentes
, afin de s'accommoder aux diffé
rentes sortes d'esprits et de goûts dans un
sujet aussi important que celui ci . Ce que
le P. Buffier paroît avoir eu particulierement
en vûë , c'est d'exposer par une suite
de Proposions, liées les unes aux autres,
les preuves les plus judicieuses et les plus
sensibles. La Religion , dit- il , étant
par
Tout le monde , il faut prouver d'une maniere
proportionnée à la capacité du commun des.
esprits , et qui fasse encore plus d'impression
sur la force du sentiment dont ils sont égalelement
susceptibles , que par l'étendue du
raisonnement qui n'est pas égale dans tous..
Il insinuë que les raisonnemens trop sub.
tils qu'on employe quelquefois contre les
incrédules , ne sont pas toujours éficaces..
Esperera-t- on convaincre des gens qui ne
veulent pas l'être , où les réduire à ne plus
rien repliquer ? Les bonnes raisons manquent
souvent ; les mauvaises ne tarissent
jamais, L'Au
"
DECEMBRE 1731. 30T5
L'Auteur veut donc que l'on se fixe à
un point qui est de s'en tenir à des preuves
de tel caractere , que si on en avoir
de semblables dans celles des choses humaines
où l'on seroit obligé de prendre
part , on seroit manifestement déraisonnable
de n'y pas acquiescer , bien qu'on
y pût opposer quelques difficultez. Ce
n'est pas que l'Auteur ait rien négligé des
preuves les plus solides ; mais il s'attache
sur tout à découvrir l'imprudence inexcusable
de ne pas suivre le parti de la Religion
chrétienne. Quand ( par impossible
) , dit - il , la verité ne seroit pas démontrée
directement , il seroit toujours
évidemment démontré qu'il est imprudent
de ne la pas embrasser 3 parce que
dans les affaires importantes , il est essentiel
d'embrasser le parti le plus judicieux,
quand d'ailleurs il n'auroit pas l'évidence
qu'on voudroit ; sans quoi on se rend
coupable aux yeux des hommes dans les
choses humaines , et aux yeux de Dieu
dans les choses du salut..
La suite de ces sortes de preuves sensibles
s'apperçoit dans une Analyse de
toutes les parties du Livre , qui se déduisent
l'une après l'autre des trois propositions
qui en font la division générale.
Sçavoir , 19. Rien n'est plus raisonable.
LI. Vol. E iiij que
3016 MERCURE DE FRANCE
que de croire les choses quand c'est Dieu
qui les a dites : 2 ° . Rien n'est plus raisonable
que de croire que Dieu les a dites
, quand elles sont enseignées par un
Maître aussi autorisé de Dieu que l'a été
Jesus- Christ . 39. Rien n'est plus raiso¬
nable que de croire qu'elles sont enseignées
par Jesus-Christ , quand'elles nous
viennent par le ministére établi de Jesus-
Christ même , pour nous les transmettre .
Chacune de ces trois Propositions générales
est prouvée par des preuves particulieres
, dont chacune est encore exposée
par des Propositions plus détaillées .
En voici un trait , tiré de la 4 Proposition
, où en prouvant l'existence de Dieu ,
on montre aussi que les difficultez qu'on
voudroit opposer dans le sistéme de l'Athéisme
, sont plus grandes que dans la
vérité de l'existence de Dieu : Par exemple
, 1 °. Croire ( comme on y est réduit
dans le systême de l'Athéïsme ) que le
monde entier , ou même qu'une simple
horloge ait été faite et continue à marquer
régulierement les heures par un pur
effet du hazard ? 2 °. Juger qu'un corps
soit déterminé à tel mouvement, sans que
rien l'y ait déterminé ; de même encore
admettre pour principe , avec Spinosa
qu'il n'y a qu'une seule substance ; que
II. Vol. peutDECEMBRE
1731. 3017
peut-on admettre qui soit aussi incompre
hensible et aussi absurde ? C'est un systême
, dit-on , dont on tire de justes con,
séquences. Mais n'est-il pas ridicule de
penser seulement à tirer des conséquences.
d'une absurdité . Si j'allois mettre pour
systême , poursuit l'Auteur , que 3 et 3.
font 7 , et non pas 6 ; ne serois - je pas insensé
d'en vouloir tirer des conséquences
? Or suis - je moins intimément , et
moins necessairement convaincu que
moi et une roche ne sommes pas la même
substances que je suis convaincu que 3 er
3. font 6 , et non pas 7.
La seconde importance des trois Propositions
générales à prouver , est que·
Jesus-Christ a été autorisé de Dieu , pour
nous donner des enseignemens de sa pari. On
le montre icy par la connoissance , et de
ce qu'a été Jesus- Christ , et des miracles.
qu'il a opérez . Comme ce point demande
une discussion particuliére , le P. Buffier
en réduit la méthode à trois Propositions.
1º. Il est des choses qu'il faut croire sur le
rapport d'autrui . 2. Parmi les choses.
qu'on croit, sur le rapport d'autrui, nullë
n'est plus avérée que celle-cy 3 sçavoir ,
que l'Histoire du Nouveau Testament a
été écrite du temps des premiers Disciples
de Jesus-Christ. 3. Qu'en ce cas , elle
II Kol E v mé
7
3018 MERCURE DE FRANCE
mérite toute sorte de créance .
L'Auteur ne paroît pas vouloir éluder
les objections des incrédules ; au contraire
, il s'attache à rapporter ce qu'elles ontde
plus imposant , comme pour donner
du relief à la solidité des réponses qui y
sont données dans un jour également plau
sible ; mais c'est un détail qui nous méneroit
trop loin , tandis que nous devons
nous borner à indiquer seulement l'ouvrage
et son caractere.
Au reste , ce Traité est imprimé dans
le cours des sciences , du niême Auteur. Ils
commence à se distribuer. Nous pourrons
une autrefois en indiquer aussi l'économie
générale.
L'AGENDA DU VOYAGEUR , ou le Ca--
lendrier des Fêtes et solemnitez remar-.
quables de la Cour et de Paris , dressé en
faveur des Etrangers , pour l'année bissextile
1732. Par M. S. de Valhebert.
Il est beaucoup augmenté. Celui de
1731.n'étoit que de 86 pages in 18 ; celuici
est de près de 100 pages in 12.
Fermer
Résumé : Exposition des preuves de la veritable Religion. [titre d'après la table]
Le texte présente un ouvrage intitulé 'Exposition des preuves les plus sensibles de la véritable Religion', écrit par le Père Buffier, jésuite, et publié en 1732. L'auteur reconnaît l'existence de nombreux ouvrages sur la vérité de la religion chrétienne, mais il souligne l'importance de nouvelles manières d'exposer les preuves pour s'adapter aux différents esprits et goûts. Buffier vise à présenter les preuves les plus judicieuses et sensibles de manière accessible au commun des esprits, en évitant les raisonnements trop subtils qui peuvent être inefficaces contre les incrédules. L'ouvrage est structuré en trois propositions générales : 1) Il est raisonnable de croire les choses que Dieu a dites ; 2) Il est raisonnable de croire que Dieu a parlé par Jésus-Christ ; 3) Il est raisonnable de croire que les enseignements de Jésus-Christ nous sont transmis par le ministère établi par lui. Chaque proposition est soutenue par des preuves particulières et détaillées. Buffier discute également de l'imprudence de ne pas suivre la religion chrétienne, même si la vérité n'est pas démontrée directement. Il argue que dans les affaires importantes, il est essentiel d'embrasser le parti le plus judicieux. L'auteur aborde les objections des incrédules et fournit des réponses solides, bien que le texte ne détaille pas ces réponses pour rester concis. L'ouvrage est imprimé dans le cadre des cours de sciences du même auteur et commence à être distribué. Le texte mentionne également un autre ouvrage, 'L'Agenda du Voyageur', augmenté pour l'année bissextile 1732.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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579
p. 3018-3024
Lettre Pastorale de l'Evêque de Marseille. [titre d'après la table]
Début :
LETTRE PASTORALE de M. l'Evêque de Marseille, au Clergé séculier et régulier [...]
Mots clefs :
Pallium, Marseille, Lettre, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre Pastorale de l'Evêque de Marseille. [titre d'après la table]
LETTRE PASTORALE de M. l'Evêque
de Marseille , au Clergé séculier et régulier
de son Diocèse , au sujet du PALLIUMque
N. S. Pere le Pape vient de lui ac-
11. Vol
corde
DECEMBRE 1731. 30191
corder par une grace particuliere. A Mar
seille , de l'Imprimerie de J.P.Brebion . Brochure
in 4. de 5 pages. M. DCC. XXXI.
L'Exposé de cette Lettre est également
pieux , instructif et digne du sujet. Nous
nous contenterons d'en rapporter un seul
trait , qui fera juger du reste.
Marseille Payenne , se glorifioit au-
>>trefois dans le pompeux, mais vain titre
de Soeur de Rome. Que Marseille chré-
>> tienne et toujours catholique se glorifie
>> bien plus dans son union intime et per-
» petuelle avec l'Eglise Romaine , et dans
»son humble er parfaite soumission à
» toutes ses décisions . C'est en cela que
consiste la veritable gloire d'un Chré
»tien , et c'est delà que dépend son éter
nelle félicité.
pour
La Lettre finit , en ordonnant des
Prieres N. S. Pere le Pape , et par
une Exhortation pathetique de ne point
oublier dans les mêmes Prieres , « le Pré-
» lat auquel S. S. vient d'accorder l'or-
» nement sacré, &c. afin que quand Dieu.
» trouvera à propos de l'appeller à lui , il
» l'unisse dans le ciel à cette multitude
» de saints Evêques , qui avant lui ont~ .
gouverné l'Eglise de Marseille.
Peu de temps après la publication de
cette Lettre , dattée du 18 Octobre 17,1 .
II. Vol .
Ej
M ..
3200 MERCURE DE FRANCE
M. l'Evêque de Marseille alla recevois
à Arles le Pallium , des mains de M. l'Archevêque
, son Métropolitain , avec les
ceremonies accoûtumées.
Nous aurions pû à l'occasion de cette
Ceremonie , ajoûter ici quelques Remarques
Historiques sur le Pallium , pour
instruire ceux de nos Lecteurs qui peuvent
en avoir besoin ; mais ce sujet , simple
en apparence , est d'une longue discussion
et nous auroit porté infailliblement
au - delà des bornes que nous sommes
obligez de nous prescrire. La seule
chose qui pouvoit nous convenir , étoit
de donner un précis de la Dissertation *
Latine de Dom Thierri Ruinart , le det
nier de tous les Auteurs qui ont écrit
sur le Pallium , et qu'on peut dire avoir
épuisé cette matiere , si nous n'avions
été prévenus par les Auteurs du Journal
de Trévoux , qui ont donné un fort
bel Extrait de cette Dissertation dans
leur Journal du mois de Novembre 1724.
page 1942. Nous renvoyons avec plaisir
les Lecteurs à cet Extrait qui les instruira.
agréablement , et nous nous contentons
d'employer ici les dernieres paroles de D.
Oeuvres posthumes de D. Jean Mabillon
et de D. T. Ruinart , T. II, P. 401. publiées
par D. Vincent Thuillier en 1724.
II. Vola Rui
DECEMBRE 1731. 302F
Ruinart en finissant sa Dissertation ; elles
sont remarquables et propres à donner la
grande idée que l'on doit avoir du Pallium.
» Pour moi , dit ce sçavant Benedictin ,
» je crois qu'il ne me reste plus qu'à congratuler
le Pallium, de s'être elevé d'ung
» origine assez obscure , à ce haut degré
» d'honneur et de gloire où nous venous
» de le voir dans notre Ecrit ; ensorte
» qu'entre tous les habits Ecclesiastiques
» il n'y a rien de plus grand et de plus .
illustre. On peut donc , à fort juste
»titre , appliquer à notre Pallium , ce que
» Tertullien a dit autrefois du Manteau
des Chrétiens , sur la fin de son Traité
» de Pallio. GAUDE PALLIUM , ET EXUL-
» TA : MELIOR JAM TE PHILOSOPHIA DI-
» GNATA EST , EX QUO CHRISTIANUM immo-
» Archiepiscopum et Episcopum VESTIRE ;
COEPISTI .
Nous avons parlé plus d'une fois du grand
Ouvrage intitulé : ORIENS Christianus et Affrica,
entrepris et assidûment continué par le R.P. le
Quien , Dominicain , Auteur d'une belle Editiondes
OEuvres de S. Jean de Damas , & c. Les Sçavans
nõus sçaurons gré , sans doute ,
de leur apprendre
que cet Ouvrage s'imprime actuellement
au Louvre avec beaucoup de soin et de diligence ,
La Direction de la Librairie , dont M. Chauyelin
de Beauséjour , Intendant d'Amiens , étoit
II. Vol,
chargé,
3022 MERCURE DE FRANCE
chargé , a été donnée à M. Roullier , Maître dess
Requêtes , Intendant du Commerce.
A l'occasion d'un Memoire anonyme qui nous
a été adressé , intitulé , Refléxions sur les moyens
d'avoir des Remedes Specifiques , &c. et que
nous n'imprimerons pas , par la raison qu'on va
voir ; nous avertissons les Personnes bien inten
tionnées pour le bien public , tel que nous paroît
être l'Auteur du Mémoire , et toutes celles qui
prétendent avoir des Remedes particuliers et specifiques
pour quelque maladie que ce soit , nous
les avertissons , dis -je , qu'il y a une Commission
déja toute établie , sous l'autorité du Roy ,
pour connoître des Remedes Specifiques , à laquelle
M. le Premier Medecin préside . Elle est
composée de six Medecins , de, deux Apotiquai--
res et de quatre Chirurgiens , et s'assemble au
Louvre en des temps marquez. Il paroît que le
Projet contenu dans le Memoire en question ,
tombe de lui-même , en quelque façon , par l'utile
établissement dont on vient d'instruire le-
Public.
L'Académie Royale de Peinture et de Sculp--
ture , connoissant le gout de M. le Comte de
Caylus , pour le Dessein et la Peinture , et l'estime
qu'il fait des habiles gens qui composent cette ce--
lebre Compagnie , elle lui a donné une Place d'Amateur
Honoraire ; et il prit séance dans l'Assem→→
blée le premier de ce mois.
On écrit de Russie , qu'on a tiré des Mines de
Siberie , pendant l'Eté dernier , une grande quantité
de fer et de cuivre , et environ 2000. onces
d'argent qui est très- fin..
11. Vel On
DECEMBR E. * 1731. 3023-
On apprend de Petersbourg , que les Décou
vertes que l'Académie des Sciences qui y est éta
blie a faites depuis trois ans sur la veritable situation
du passage par le Nord , qui donne entrée
dans la Mer de Tartarie , et les Relations de
quelques Voyageurs , qui depuis le même-temps .
ant franchi ce passage , ont déterminé la Czarine
à envoyer par terre sur la Côte de Tartarie , quel
ques Officiers de Marine experimentez ,
deux Académiciens de Petersbourg , pour faire
des Observations et prendre des hauteurs exactes
; on doit leur donner une escorte considera
ble et des vivres pour un an..
avec
On écrit de Rome , que des Ouvriers travail
lans depuis peu dans une Vigne de Grottarosa ,,
qui appartient au Chapitre de l'Eglise de S. Pierre
, y ont trouvé une grande . Urne de Marbre ,
auprès d'une petits Statue de femme pleurante ,
tenant une main appuyée sur un Piedestal d'ambre
très bien travaillé , et de l'autre un Vase,
rempli d'une liqueur Balsamique et couvert d'un
filagramme d'or. Le Cardinal Camerlingue a
demandé qu'on fit estimer cette Figure antique
qu'il veut acheter pour l'envoyer au Roy de Po
logne.
-
Le 9. de ce mois , vers les 5. heures du soir ,
on ressentit à Florence une legere secousse de
Tremblement de Terre , et deux autres pendant
la nuit suivante ; on apperçut le même jour un .
nuage lumineux poussé avec assez de violence du
Levant au Couchant , où il disparut près de l'horison.
Ce Phénomene étoit different en tout d'u……
ne Aurore Boreale,
11. Vol
On
3024 MERCURE
DE FRANCE
On écrit de Vienne , que l'Empereur a donné
ordre de faire acheter les meilleurs Livres et les
plus rares pour enrichir la Bibliotheque Imperiale
, et la rendre une des plus considerables de
l'Europe. S. M. I. a aussi ordonné de faire venir ,
à Vienne de France , d'Angleterre et d'Hollande,
des personnes sçavantes dans toutes sortes d'Arts
et de Sciences , qu'elle veut faire fleurir dans ses:
Etats , ayant résolu de ne rien épargner pour cela .
de Marseille , au Clergé séculier et régulier
de son Diocèse , au sujet du PALLIUMque
N. S. Pere le Pape vient de lui ac-
11. Vol
corde
DECEMBRE 1731. 30191
corder par une grace particuliere. A Mar
seille , de l'Imprimerie de J.P.Brebion . Brochure
in 4. de 5 pages. M. DCC. XXXI.
L'Exposé de cette Lettre est également
pieux , instructif et digne du sujet. Nous
nous contenterons d'en rapporter un seul
trait , qui fera juger du reste.
Marseille Payenne , se glorifioit au-
>>trefois dans le pompeux, mais vain titre
de Soeur de Rome. Que Marseille chré-
>> tienne et toujours catholique se glorifie
>> bien plus dans son union intime et per-
» petuelle avec l'Eglise Romaine , et dans
»son humble er parfaite soumission à
» toutes ses décisions . C'est en cela que
consiste la veritable gloire d'un Chré
»tien , et c'est delà que dépend son éter
nelle félicité.
pour
La Lettre finit , en ordonnant des
Prieres N. S. Pere le Pape , et par
une Exhortation pathetique de ne point
oublier dans les mêmes Prieres , « le Pré-
» lat auquel S. S. vient d'accorder l'or-
» nement sacré, &c. afin que quand Dieu.
» trouvera à propos de l'appeller à lui , il
» l'unisse dans le ciel à cette multitude
» de saints Evêques , qui avant lui ont~ .
gouverné l'Eglise de Marseille.
Peu de temps après la publication de
cette Lettre , dattée du 18 Octobre 17,1 .
II. Vol .
Ej
M ..
3200 MERCURE DE FRANCE
M. l'Evêque de Marseille alla recevois
à Arles le Pallium , des mains de M. l'Archevêque
, son Métropolitain , avec les
ceremonies accoûtumées.
Nous aurions pû à l'occasion de cette
Ceremonie , ajoûter ici quelques Remarques
Historiques sur le Pallium , pour
instruire ceux de nos Lecteurs qui peuvent
en avoir besoin ; mais ce sujet , simple
en apparence , est d'une longue discussion
et nous auroit porté infailliblement
au - delà des bornes que nous sommes
obligez de nous prescrire. La seule
chose qui pouvoit nous convenir , étoit
de donner un précis de la Dissertation *
Latine de Dom Thierri Ruinart , le det
nier de tous les Auteurs qui ont écrit
sur le Pallium , et qu'on peut dire avoir
épuisé cette matiere , si nous n'avions
été prévenus par les Auteurs du Journal
de Trévoux , qui ont donné un fort
bel Extrait de cette Dissertation dans
leur Journal du mois de Novembre 1724.
page 1942. Nous renvoyons avec plaisir
les Lecteurs à cet Extrait qui les instruira.
agréablement , et nous nous contentons
d'employer ici les dernieres paroles de D.
Oeuvres posthumes de D. Jean Mabillon
et de D. T. Ruinart , T. II, P. 401. publiées
par D. Vincent Thuillier en 1724.
II. Vola Rui
DECEMBRE 1731. 302F
Ruinart en finissant sa Dissertation ; elles
sont remarquables et propres à donner la
grande idée que l'on doit avoir du Pallium.
» Pour moi , dit ce sçavant Benedictin ,
» je crois qu'il ne me reste plus qu'à congratuler
le Pallium, de s'être elevé d'ung
» origine assez obscure , à ce haut degré
» d'honneur et de gloire où nous venous
» de le voir dans notre Ecrit ; ensorte
» qu'entre tous les habits Ecclesiastiques
» il n'y a rien de plus grand et de plus .
illustre. On peut donc , à fort juste
»titre , appliquer à notre Pallium , ce que
» Tertullien a dit autrefois du Manteau
des Chrétiens , sur la fin de son Traité
» de Pallio. GAUDE PALLIUM , ET EXUL-
» TA : MELIOR JAM TE PHILOSOPHIA DI-
» GNATA EST , EX QUO CHRISTIANUM immo-
» Archiepiscopum et Episcopum VESTIRE ;
COEPISTI .
Nous avons parlé plus d'une fois du grand
Ouvrage intitulé : ORIENS Christianus et Affrica,
entrepris et assidûment continué par le R.P. le
Quien , Dominicain , Auteur d'une belle Editiondes
OEuvres de S. Jean de Damas , & c. Les Sçavans
nõus sçaurons gré , sans doute ,
de leur apprendre
que cet Ouvrage s'imprime actuellement
au Louvre avec beaucoup de soin et de diligence ,
La Direction de la Librairie , dont M. Chauyelin
de Beauséjour , Intendant d'Amiens , étoit
II. Vol,
chargé,
3022 MERCURE DE FRANCE
chargé , a été donnée à M. Roullier , Maître dess
Requêtes , Intendant du Commerce.
A l'occasion d'un Memoire anonyme qui nous
a été adressé , intitulé , Refléxions sur les moyens
d'avoir des Remedes Specifiques , &c. et que
nous n'imprimerons pas , par la raison qu'on va
voir ; nous avertissons les Personnes bien inten
tionnées pour le bien public , tel que nous paroît
être l'Auteur du Mémoire , et toutes celles qui
prétendent avoir des Remedes particuliers et specifiques
pour quelque maladie que ce soit , nous
les avertissons , dis -je , qu'il y a une Commission
déja toute établie , sous l'autorité du Roy ,
pour connoître des Remedes Specifiques , à laquelle
M. le Premier Medecin préside . Elle est
composée de six Medecins , de, deux Apotiquai--
res et de quatre Chirurgiens , et s'assemble au
Louvre en des temps marquez. Il paroît que le
Projet contenu dans le Memoire en question ,
tombe de lui-même , en quelque façon , par l'utile
établissement dont on vient d'instruire le-
Public.
L'Académie Royale de Peinture et de Sculp--
ture , connoissant le gout de M. le Comte de
Caylus , pour le Dessein et la Peinture , et l'estime
qu'il fait des habiles gens qui composent cette ce--
lebre Compagnie , elle lui a donné une Place d'Amateur
Honoraire ; et il prit séance dans l'Assem→→
blée le premier de ce mois.
On écrit de Russie , qu'on a tiré des Mines de
Siberie , pendant l'Eté dernier , une grande quantité
de fer et de cuivre , et environ 2000. onces
d'argent qui est très- fin..
11. Vel On
DECEMBR E. * 1731. 3023-
On apprend de Petersbourg , que les Décou
vertes que l'Académie des Sciences qui y est éta
blie a faites depuis trois ans sur la veritable situation
du passage par le Nord , qui donne entrée
dans la Mer de Tartarie , et les Relations de
quelques Voyageurs , qui depuis le même-temps .
ant franchi ce passage , ont déterminé la Czarine
à envoyer par terre sur la Côte de Tartarie , quel
ques Officiers de Marine experimentez ,
deux Académiciens de Petersbourg , pour faire
des Observations et prendre des hauteurs exactes
; on doit leur donner une escorte considera
ble et des vivres pour un an..
avec
On écrit de Rome , que des Ouvriers travail
lans depuis peu dans une Vigne de Grottarosa ,,
qui appartient au Chapitre de l'Eglise de S. Pierre
, y ont trouvé une grande . Urne de Marbre ,
auprès d'une petits Statue de femme pleurante ,
tenant une main appuyée sur un Piedestal d'ambre
très bien travaillé , et de l'autre un Vase,
rempli d'une liqueur Balsamique et couvert d'un
filagramme d'or. Le Cardinal Camerlingue a
demandé qu'on fit estimer cette Figure antique
qu'il veut acheter pour l'envoyer au Roy de Po
logne.
-
Le 9. de ce mois , vers les 5. heures du soir ,
on ressentit à Florence une legere secousse de
Tremblement de Terre , et deux autres pendant
la nuit suivante ; on apperçut le même jour un .
nuage lumineux poussé avec assez de violence du
Levant au Couchant , où il disparut près de l'horison.
Ce Phénomene étoit different en tout d'u……
ne Aurore Boreale,
11. Vol
On
3024 MERCURE
DE FRANCE
On écrit de Vienne , que l'Empereur a donné
ordre de faire acheter les meilleurs Livres et les
plus rares pour enrichir la Bibliotheque Imperiale
, et la rendre une des plus considerables de
l'Europe. S. M. I. a aussi ordonné de faire venir ,
à Vienne de France , d'Angleterre et d'Hollande,
des personnes sçavantes dans toutes sortes d'Arts
et de Sciences , qu'elle veut faire fleurir dans ses:
Etats , ayant résolu de ne rien épargner pour cela .
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Résumé : Lettre Pastorale de l'Evêque de Marseille. [titre d'après la table]
En décembre 1731, l'évêque de Marseille publia une lettre pastorale destinée au clergé séculier et régulier de son diocèse. Cette lettre abordait le pallium, une distinction papale, et soulignait l'importance de l'union et de la soumission de Marseille à l'Église romaine, vue comme la véritable gloire chrétienne. La lettre se concluait par une exhortation à prier pour le pape et pour l'évêque, afin qu'il rejoigne les saints évêques de Marseille après sa mort. Par la suite, l'évêque se rendit à Arles pour recevoir le pallium des mains de l'archevêque, son métropolitain, selon les cérémonies habituelles. Le texte mentionne également une dissertation latine de Dom Thierry Ruinart sur le pallium, renvoyant les lecteurs à un extrait déjà publié dans le Journal de Trévoux. Ruinart y décrivait l'honneur et la gloire associés au pallium, le comparant au manteau des chrétiens décrit par Tertullien. Le texte évoque aussi divers sujets, tels que la publication de l'ouvrage 'Oriens Christianus et Africa' par le Père Quin, imprimé au Louvre, et la direction de la librairie confiée à M. Roullier. Il mentionne une commission royale pour examiner les remèdes spécifiques, ainsi que l'attribution d'une place d'amateur honoraire à M. le Comte de Caylus à l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture. Des nouvelles de Russie, de Rome, de Florence et de Vienne complètent le texte, relatant des découvertes minières, des fouilles archéologiques, des phénomènes naturels et des initiatives impériales en matière de culture et de science.
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580
p. 3046
ITALIE.
Début :
Le Pape a envoyé au Cardinal Bichi, une Cedule de 3000. écus, pour le mettre en état [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
Ledule de 1000, écus , pour le mettre en état
E Pape a envoyé au Cardinal Bichi , une
de faire son Entrée publique à Rome , où l'on
croit qu'il ne viendra que vers les Fêtes de Pâques .
On a appris de la Bastia , que les Rebelles de
PIsle de Corse faisoient des préparatifs extraordinaires
pour attaquer le Poste de San - Pelegrino ,
aussi-tôt que le terme de la Suspension d'Armes
seroit expiré ; que le General qui commande les
Troupes de la République , avoit fait fortifierce
Poste , qui est dans une situation avantageuse ;.
que les Troupes Genoises étoient entrées en
quartier d'hyver , ainsi que les Troupes Auxiliaires
de l'Empereur , dont il est mort plus de 800.
hommes de differentes maladies..
On écrit de Florence , qu'on a envoyé les
ordres du Grand Duc à Livourne , pour y faireéquiper
en diligence les Galeres de ce Prince, qui
doivent aller au - devant de l'Infant Don Carlos ,
et que le Grand-Dac a nommé vingt Chevaliers de
P'Ordre de S. Etienne , pour monter ces Galeres ,
qui iront jusqu'à Antibes .
On attend de Rome le Prince Barthelemi Corsini
, Grand - Ecuyer de Don Carlos , qui doit se
rendre à Livourne , pour y remplir les fonctions
de sa Charge.
E Pape a envoyé au Cardinal Bichi , une
de faire son Entrée publique à Rome , où l'on
croit qu'il ne viendra que vers les Fêtes de Pâques .
On a appris de la Bastia , que les Rebelles de
PIsle de Corse faisoient des préparatifs extraordinaires
pour attaquer le Poste de San - Pelegrino ,
aussi-tôt que le terme de la Suspension d'Armes
seroit expiré ; que le General qui commande les
Troupes de la République , avoit fait fortifierce
Poste , qui est dans une situation avantageuse ;.
que les Troupes Genoises étoient entrées en
quartier d'hyver , ainsi que les Troupes Auxiliaires
de l'Empereur , dont il est mort plus de 800.
hommes de differentes maladies..
On écrit de Florence , qu'on a envoyé les
ordres du Grand Duc à Livourne , pour y faireéquiper
en diligence les Galeres de ce Prince, qui
doivent aller au - devant de l'Infant Don Carlos ,
et que le Grand-Dac a nommé vingt Chevaliers de
P'Ordre de S. Etienne , pour monter ces Galeres ,
qui iront jusqu'à Antibes .
On attend de Rome le Prince Barthelemi Corsini
, Grand - Ecuyer de Don Carlos , qui doit se
rendre à Livourne , pour y remplir les fonctions
de sa Charge.
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Résumé : ITALIE.
Au début du XVIIIe siècle en Italie, plusieurs événements politiques et militaires sont rapportés. À Rome, le pape a adressé une lettre au Cardinal Bichi pour organiser son entrée publique prévue vers les fêtes de Pâques. En Corse, les rebelles se préparent à attaquer le poste de San-Pelegrino après la fin de la suspension d'armes, tandis que le général commandant les troupes de la République a renforcé ce poste. Les troupes génoises et les forces auxiliaires de l'empereur sont en quartiers d'hiver, mais plus de 800 hommes sont décédés de diverses maladies. À Florence, le Grand-Duc a ordonné l'équipement des galères à Livourne pour accueillir l'Infant Don Carlos. Vingt chevaliers de l'Ordre de Saint-Étienne ont été désignés pour servir sur ces galères, qui se dirigeront vers Antibes. Le Prince Barthélemi Corsini, Grand-Écuyer de Don Carlos, est attendu à Rome avant de se rendre à Livourne pour y exercer ses fonctions.
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581
p. 3047-3050
REGLEMENT fait et publié à Livourne, au sujet des Troupes débarquées, &c.
Début :
Les Troupes Espagnoles qu'on introduira dans les Places de la Toscane, seront payées et entretenues [...]
Mots clefs :
Toscane, Bataillons, Dragons, Garnisons, Lisbonne, Londres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REGLEMENT fait et publié à Livourne, au sujet des Troupes débarquées, &c.
REGLEMENT fait et publié à
Livourne , au sujet des Troupes
débarquées , &c.
Es Troupes Espagnoles qu'on introduira dans
les Places de la Toscane , seront payées et entretenues
aux dépens de S. M. Cat. sans que le
Trésor du Grand- Duc , ni le Pays , soient tenus ,
d'y subvenir en aucune maniere.
Deux Bataillons de ces Troupes entreront
dans Pise avec 300. Dragons ; deux autres Bataillons
seront introduits dans Porto - Ferrayo ,..
et on mettra dans Livourne 60. à 70. Dragons ,
avec autant d'Infanterie , que les Magazins de la
Porte Murée, des Cantines et de l'Huile pourront
en contenir, jusqu'à ce que le Comte de Charni et :
le Gouverneur,soient convenus des quartiers pour
les autres Troupes , qui , en attendant ,
peront aux environs de cette Ville , sans que le
Comte de Charni puisse prétendre , sous quelque
prétexte que ce soit , de les distribuer dans d'autres
endroits des Etats du Grand - Duc.
cam-
Le Comte de Charni aura dans Livourne le
Commandement suprême du Militaire ; et les
Troupes Espagnoles , conjointement avec celles
de S. A. R. y feront le Service , selon l'alternative
des Officiers des Corps des unes et des autres
, selon leur rang , les deux tiers des Troupes
de la Garnison seront Espagnoles , et le reste
Toscanes. Le Comte de Charni sera chargé de
distribuer lesdites Troupes dans les Postes qu'il
jugera convenabies , mais il ne pourra se mêler
des affaires du Gouvernement Civil , @ conomique
, Politique et Marchand , non - plus que du:
Département de la Santé , ce qui dépendra uni- .
1.1. Vol.
quement:
3048 MERCURE DE FRANCE
ment du Gouverneur de Livourne , auquel le
Comte de Charni sera tenu de donner des Trot
pes au cas qu'il en ait besoin , avec des Officiers .
qui seront obligez d'aller prendre les ordres du.
Gouverneur.
Les Galeres du Grand - Duc demeureront en
tout et partout sous le commandement immédiat
de S.A.R.de même que le Corps de Troupes Toscanes
, faisant partie de la Garnison de Livourne
, que S. A. R. pourra réduire à sa volonté
sans pouvoir néanmoins l'augmenter au- delà
du tiers.
Le Salut sera rendu selon le stile ordinaire de
la Place , et si on veut y faire quelque changement
, le Comte de Charni et le Gouverneur devront
être d'accord ; ce dernier continuera d'avoir
sa . Garde composée de Soldats et Officiers Toscans.
On conviendra sur le mêine pied par rapport
à l'autorité des Officiers Espagnols à Porto - Ferrayo
, et à celle du Gouverneur de cette Place ,
sur les Troupes respectives de la Garnison . On
tiendra un Inventaire juste de toute l'Artillerie et
autres Agrets , appartenans au Grand- Duc. , et les .
Commandans Espagnols en auront un double.
S. A. R. pourra toujours tirer des Provisions et
des Munitions de guerre de Livourne et de Porto-
Ferrayo , mais seulement de ce qui sera reconnu
lui appartenir , et qui sera mis sous les clefs à la
disposition des Ministres de S. A. R. Si les Espagnols
venoient à manquer de Provisions et d'aųtres
choses semblables , ils pourront en tirer des
Magazins du Grand - Duc , à un prix raisonnable
, & c. Signé , Frere Sauveur Ascanio , Emmanuel
Comte de Charni ; le Marquis de Mari ,.
Charles Renuccini , Charles Wager , François
Colman.
DECEMBRE . 1731. 3049
On mande de Lisbonne , que les Vaisseaux de
la Flote de Rio de Janeiro , avoient apporté
pour le compte du Roy de Portugal 148. Arobes
, 37. Marcs , 38. onces , 17. grains d'or ca
lingots ; un Million 118697. Cruzades d'or monnoyé
; 102000. Crusades d'or , confisquées sur
quelques Particuliers qui vouloient les faire entrer
en contrebande , et une boëte de Diamans
de la nouvelle Mine.
Il y avoit sur les mêmes Vaisseaux pour le
compte des Particuliers , 24. millions , 117697 .
Cruzades , et 220. Arobes d'or ; 40000. Cuirs
de Buenos- Aires , et 4000. Caisses de Sucre . Ces
Lettres ajoûtent qu'aucune Flote du Brezil n'avoit
jamais apporté une si grande quantité d'or .
On écrit de Londres , que le 18 Decembre le
Duc de Lorraine se rendit au Palais de S James
où il prit congé du Roy , de la Reine et des Prin .
ces et Princesses de la Famille Royale. Vers les
deux heures après midi il partit pour Greenwich,
dans le Carosse du Comte de Kinski , Envoyé
Extraordinaire de l'Empereur , accompagné de
ce Ministre , du Duc de Rishmond et du Lord
Baltimore. Après avoir dîné chez le Duc de
Rishmond , il s'embarqua pour la Hollande à
bord du Yacht le Fubbs .
Ce Prince yit sur le Théatre du Marché au
Foin le 14. de ce mois , le combat des Srs Figg et
Sporks , deux fameux Gladiateurs , le Duc de
Lorraine fit donner une gratification considerable
aux Acteurs de ce terrible Spectacle.
On écrit d'Hollande , que le Duc de Lorraine
Y. étoit arrivé, et qu'il étoit parti pour Nimegue ,
d'où il doit se rendre dans diverses Cours de
P'Empire.
11. Vol. I
• 3050 MERCURE DE FRANCE
Il a été résolu dans le commun Conseil de la i
Ville de Bristol , d'ériger dans cette Ville une
Statue Equestre au feu Roy Guillaume III . Cette
Statue qui sera de Bronze , sera posée sur un C
Piedestal de Marbre au milieu de la Place , dite.
de la Reine.
Depuis le 28. Décembre 1730. jusqu'au 2 5. Décembre
1731. on a baptisé dans Londres et dans
Westminster 9177 garçons et 8658. filles , ce
qui fait en tout. 1783 5. enfans.
Il est mort pendant le même temps 12608 .
hommes ou garçons , et 12654. femmes ou filles,
ce qui comparé avec l'Etat des Morts de l'année
derniere , qui furent en plus grand nombre , fait
une difference de 14079.
Livourne , au sujet des Troupes
débarquées , &c.
Es Troupes Espagnoles qu'on introduira dans
les Places de la Toscane , seront payées et entretenues
aux dépens de S. M. Cat. sans que le
Trésor du Grand- Duc , ni le Pays , soient tenus ,
d'y subvenir en aucune maniere.
Deux Bataillons de ces Troupes entreront
dans Pise avec 300. Dragons ; deux autres Bataillons
seront introduits dans Porto - Ferrayo ,..
et on mettra dans Livourne 60. à 70. Dragons ,
avec autant d'Infanterie , que les Magazins de la
Porte Murée, des Cantines et de l'Huile pourront
en contenir, jusqu'à ce que le Comte de Charni et :
le Gouverneur,soient convenus des quartiers pour
les autres Troupes , qui , en attendant ,
peront aux environs de cette Ville , sans que le
Comte de Charni puisse prétendre , sous quelque
prétexte que ce soit , de les distribuer dans d'autres
endroits des Etats du Grand - Duc.
cam-
Le Comte de Charni aura dans Livourne le
Commandement suprême du Militaire ; et les
Troupes Espagnoles , conjointement avec celles
de S. A. R. y feront le Service , selon l'alternative
des Officiers des Corps des unes et des autres
, selon leur rang , les deux tiers des Troupes
de la Garnison seront Espagnoles , et le reste
Toscanes. Le Comte de Charni sera chargé de
distribuer lesdites Troupes dans les Postes qu'il
jugera convenabies , mais il ne pourra se mêler
des affaires du Gouvernement Civil , @ conomique
, Politique et Marchand , non - plus que du:
Département de la Santé , ce qui dépendra uni- .
1.1. Vol.
quement:
3048 MERCURE DE FRANCE
ment du Gouverneur de Livourne , auquel le
Comte de Charni sera tenu de donner des Trot
pes au cas qu'il en ait besoin , avec des Officiers .
qui seront obligez d'aller prendre les ordres du.
Gouverneur.
Les Galeres du Grand - Duc demeureront en
tout et partout sous le commandement immédiat
de S.A.R.de même que le Corps de Troupes Toscanes
, faisant partie de la Garnison de Livourne
, que S. A. R. pourra réduire à sa volonté
sans pouvoir néanmoins l'augmenter au- delà
du tiers.
Le Salut sera rendu selon le stile ordinaire de
la Place , et si on veut y faire quelque changement
, le Comte de Charni et le Gouverneur devront
être d'accord ; ce dernier continuera d'avoir
sa . Garde composée de Soldats et Officiers Toscans.
On conviendra sur le mêine pied par rapport
à l'autorité des Officiers Espagnols à Porto - Ferrayo
, et à celle du Gouverneur de cette Place ,
sur les Troupes respectives de la Garnison . On
tiendra un Inventaire juste de toute l'Artillerie et
autres Agrets , appartenans au Grand- Duc. , et les .
Commandans Espagnols en auront un double.
S. A. R. pourra toujours tirer des Provisions et
des Munitions de guerre de Livourne et de Porto-
Ferrayo , mais seulement de ce qui sera reconnu
lui appartenir , et qui sera mis sous les clefs à la
disposition des Ministres de S. A. R. Si les Espagnols
venoient à manquer de Provisions et d'aųtres
choses semblables , ils pourront en tirer des
Magazins du Grand - Duc , à un prix raisonnable
, & c. Signé , Frere Sauveur Ascanio , Emmanuel
Comte de Charni ; le Marquis de Mari ,.
Charles Renuccini , Charles Wager , François
Colman.
DECEMBRE . 1731. 3049
On mande de Lisbonne , que les Vaisseaux de
la Flote de Rio de Janeiro , avoient apporté
pour le compte du Roy de Portugal 148. Arobes
, 37. Marcs , 38. onces , 17. grains d'or ca
lingots ; un Million 118697. Cruzades d'or monnoyé
; 102000. Crusades d'or , confisquées sur
quelques Particuliers qui vouloient les faire entrer
en contrebande , et une boëte de Diamans
de la nouvelle Mine.
Il y avoit sur les mêmes Vaisseaux pour le
compte des Particuliers , 24. millions , 117697 .
Cruzades , et 220. Arobes d'or ; 40000. Cuirs
de Buenos- Aires , et 4000. Caisses de Sucre . Ces
Lettres ajoûtent qu'aucune Flote du Brezil n'avoit
jamais apporté une si grande quantité d'or .
On écrit de Londres , que le 18 Decembre le
Duc de Lorraine se rendit au Palais de S James
où il prit congé du Roy , de la Reine et des Prin .
ces et Princesses de la Famille Royale. Vers les
deux heures après midi il partit pour Greenwich,
dans le Carosse du Comte de Kinski , Envoyé
Extraordinaire de l'Empereur , accompagné de
ce Ministre , du Duc de Rishmond et du Lord
Baltimore. Après avoir dîné chez le Duc de
Rishmond , il s'embarqua pour la Hollande à
bord du Yacht le Fubbs .
Ce Prince yit sur le Théatre du Marché au
Foin le 14. de ce mois , le combat des Srs Figg et
Sporks , deux fameux Gladiateurs , le Duc de
Lorraine fit donner une gratification considerable
aux Acteurs de ce terrible Spectacle.
On écrit d'Hollande , que le Duc de Lorraine
Y. étoit arrivé, et qu'il étoit parti pour Nimegue ,
d'où il doit se rendre dans diverses Cours de
P'Empire.
11. Vol. I
• 3050 MERCURE DE FRANCE
Il a été résolu dans le commun Conseil de la i
Ville de Bristol , d'ériger dans cette Ville une
Statue Equestre au feu Roy Guillaume III . Cette
Statue qui sera de Bronze , sera posée sur un C
Piedestal de Marbre au milieu de la Place , dite.
de la Reine.
Depuis le 28. Décembre 1730. jusqu'au 2 5. Décembre
1731. on a baptisé dans Londres et dans
Westminster 9177 garçons et 8658. filles , ce
qui fait en tout. 1783 5. enfans.
Il est mort pendant le même temps 12608 .
hommes ou garçons , et 12654. femmes ou filles,
ce qui comparé avec l'Etat des Morts de l'année
derniere , qui furent en plus grand nombre , fait
une difference de 14079.
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Résumé : REGLEMENT fait et publié à Livourne, au sujet des Troupes débarquées, &c.
Le règlement de Livourne, daté de décembre 1731, traite de l'introduction et de l'entretien des troupes espagnoles dans les places de la Toscane. Les troupes espagnoles seront financées et entretenues par le roi d'Espagne, sans implication du trésor du Grand-Duc ou du pays. Deux bataillons de troupes espagnoles, accompagnés de 300 dragons, entreront à Pise, tandis que deux autres bataillons iront à Porto-Ferrajo. À Livourne, 60 à 70 dragons et autant d'infanterie seront stationnés en attendant la décision du Comte de Charni et du gouverneur concernant les quartiers des autres troupes. Le Comte de Charni exercera le commandement militaire suprême à Livourne, où les troupes espagnoles et toscanes serviront alternativement. Les galères du Grand-Duc resteront sous le commandement de Son Altesse Royale, qui pourra également ajuster le nombre de troupes toscanes dans la garnison de Livourne. Le salut sera rendu selon les coutumes locales, et les officiers espagnols et toscans partageront l'autorité à Porto-Ferrajo. Un inventaire de l'artillerie et des équipements du Grand-Duc sera dressé, et les commandants espagnols en recevront une copie. Son Altesse Royale pourra se procurer des provisions et des munitions à Livourne et Porto-Ferrajo, à condition qu'elles lui appartiennent. En cas de besoin, les Espagnols pourront acheter des provisions des magasins du Grand-Duc à un prix raisonnable. Le document est signé par Frère Sauveur Ascanio, Emmanuel Comte de Charni, le Marquis de Mari, Charles Renuccini, Charles Wager, et François Colman. Par ailleurs, des nouvelles de Lisbonne signalent l'arrivée de vaisseaux de la flotte de Rio de Janeiro apportant une grande quantité d'or et de marchandises.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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582
p. 3052-3056
Nouvelles de la Cour, de Paris, &C. [titre d'après la table]
Début :
Le Roy a donné son agrément pour le Mariage du Prince de Conti avec [...]
Mots clefs :
Duc, Roi, Orateur, Course de traîneaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &C. [titre d'après la table]
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , & Gà -
E Roy a donné son agrément pour
le Mariage du Prince de Conti avec
Mademoiselle de Chartres , soeur cadette
du Duc d'Orleans , et de Mademoiselle
de Beaujolois . On a dépêché un Courier
à Rome , pour demander au Pape les
dispenses pour ce Mariage , dont la Cé→
lébration est fixée au 22. Janvier. -
I. Vol. Le
DECEMBRE 1731. 3053
Le Comte d'Ayen , auquel le Roy
'avoit accordé , il y a quelques années , la
Charge de Capitaine de la premiere Compagnie
des Gardes du Corps , en survivance
du Duc de Noailles , son Pere Pere ,
prêta serment le 23 Decembre entre les
mains de S. M , et il est entré en exercice
pour servir conjointement avec son Pere .
Le Roy a accordé au Marquis de Ximenés
, Brigadier de ses Armées , l'agrément
de la Charge de Maréchal General
des Logis , des Camps et Armées de S.M.
Le 10 de ce mois , il y eût une magnifique
Course de Traineaux dans le Parc
de Versailles . Elle étoit composée de dix
Traineaux à un Cheval , dans l'un desquels
étoit le Roy ; d'un autre à quatre
Chevaux , conduit par le Marquis de
Beringhen , premier Ecuyer de S. M ;
d'un à cinq places , tiré par six Chevaux ,
et de celui qui représentoit le Cerf, poursuivi
par
des Chiens , qui étoit à deux
Chevaux. Tous ces Traineaux étoient pa
rez d'Etendarts , de Banderoles , et autres
ornemens . Les Chevaux étoient caparaçonnés
et garnis de Sonnettes et de
Grelots d'Argent . Le Roy , après avoir
fait le tour de la Piece d'Eau , qu'on ap-
II. Vol.
pelle
3054 MERCURE DE FRANCE
pelle des Suisses , monta dans le Parterre
du Château , et passa devant les fenêtres
de l'Appartement de la Reine , devant
celles de l'Appartement du Duc d'Orleans
, où étoit le Duc de Chartres , et devant
celles de l'Appartement des Enfans
de France , où S. M. s'arrêta pour pren
dre Mesdemoiselles de Charolois , de Clermont
, et de la Roche -sur-Yon , qui entrerent
chacune dans un Traineau , conduites
par des Seigneurs de la Cour ; d'autres
Dames entrerent dans le Traineau à
cinq places ; on continua la course autour
du Parc des Jardins , et on se rendit à la
Menagerie .
3
Le 18 Decembre les Chambres du
Parlement assemblées , on reçut M.Talon
Président à Mortier , M. Joly de Fleury ,
Fils de M. le Procureur General , Avocat
General , et Mr. de St. Contest , Avocat
du Roy au Châtelet , Conseiller au Parlement.
Le jour de Noël le feu prit à Estrée
St. Denis , près de Compiegne , et consuma
une Maison considerable , appartenante
au Sr. de Ste Croix , Capitaine
au Regiment d'Auxerrois , qui abbandonna
sa Maison , et la sacrifia pour sauver
tout le Village , dont plusieurs Mai-
II. Vol. sons
DECEMBRE. 1731. 3055
sons étoient déja en feu , et auroient été
consumées infailliblement , à cause du
grand vent qu'il faisoit ce jour - là.
La veille de Noël , le Roy , revêtu du
grand Collier de l'ordre du S. Esprit , se
rendit à la Chapelle du Château de Versailles
, où S. M. communia par les mains
de l'Abbé du Guesclin , Aumônier du
Roy en quartier : S. M. toucha ensuite
un grand nombre de Malades .
Le 25 Decembre , Fête de la Nativité
de Notre Seigneur , le Roy et la Reine
qui avoient entendu trois Messes à minuit
, assisterent le matin à la grande-
Messe , célebrée pontificalement par l'Evêque
de Grasse , et chantée par la Musique.
و
L'aprés- midy , L. M , accompagnées
du Duc d'Orleans , de Mesdemoiselles de
Clermont , et de la Roche- sur-Yon , du
Duc du Maine , &c. entendirent la Prédication
du Pere Boursault , Supérieur
des Théatins lequel termina sa course
de l'Avent avec autant de force et d'applaudissemens
qu'il l'avoit commencée ,
et qu'il l'a toûjours soûtenuë. Tous ses
Sermons lui ont attiré une admiration si
unanime de toute la Cour , et même une
affection si generale de tous ( Grands et
11. Vol. Petits
3058 MERCURE DE FRANCE
Petits , ) que les Personnes les plus âgées
ne se souviennent pas d'avoir jamais vû
un plus grand succés .
L'Orateur eût l'art de répandre dans
son compliment au Roy, des Instructions
si nobles et si chrétiennes, que Sa Majesté
en parut penetrée et ce fut avec tant de
dignité , et d'un stile si pathétique , qu'il
toucha la Royale Education qui est due
aux Enfans de France , que tous les Auditeurs
, à commencer pat tout ce qu'il
ya de plus grand et de plus auguste , ne
pûrent retenir des larmes d'approbation.
et de tendresse , qui font également honneur
et à la bonté du coeur de ceux qui
les ont versées , et à la supériorité de l'esprit
de celui qui les a fait répandre. Ensuite
leurs Majestez assisterent aux Vêpres
chantées par la Musique , &c.
Nouvelles de la Cour , de Paris , & Gà -
E Roy a donné son agrément pour
le Mariage du Prince de Conti avec
Mademoiselle de Chartres , soeur cadette
du Duc d'Orleans , et de Mademoiselle
de Beaujolois . On a dépêché un Courier
à Rome , pour demander au Pape les
dispenses pour ce Mariage , dont la Cé→
lébration est fixée au 22. Janvier. -
I. Vol. Le
DECEMBRE 1731. 3053
Le Comte d'Ayen , auquel le Roy
'avoit accordé , il y a quelques années , la
Charge de Capitaine de la premiere Compagnie
des Gardes du Corps , en survivance
du Duc de Noailles , son Pere Pere ,
prêta serment le 23 Decembre entre les
mains de S. M , et il est entré en exercice
pour servir conjointement avec son Pere .
Le Roy a accordé au Marquis de Ximenés
, Brigadier de ses Armées , l'agrément
de la Charge de Maréchal General
des Logis , des Camps et Armées de S.M.
Le 10 de ce mois , il y eût une magnifique
Course de Traineaux dans le Parc
de Versailles . Elle étoit composée de dix
Traineaux à un Cheval , dans l'un desquels
étoit le Roy ; d'un autre à quatre
Chevaux , conduit par le Marquis de
Beringhen , premier Ecuyer de S. M ;
d'un à cinq places , tiré par six Chevaux ,
et de celui qui représentoit le Cerf, poursuivi
par
des Chiens , qui étoit à deux
Chevaux. Tous ces Traineaux étoient pa
rez d'Etendarts , de Banderoles , et autres
ornemens . Les Chevaux étoient caparaçonnés
et garnis de Sonnettes et de
Grelots d'Argent . Le Roy , après avoir
fait le tour de la Piece d'Eau , qu'on ap-
II. Vol.
pelle
3054 MERCURE DE FRANCE
pelle des Suisses , monta dans le Parterre
du Château , et passa devant les fenêtres
de l'Appartement de la Reine , devant
celles de l'Appartement du Duc d'Orleans
, où étoit le Duc de Chartres , et devant
celles de l'Appartement des Enfans
de France , où S. M. s'arrêta pour pren
dre Mesdemoiselles de Charolois , de Clermont
, et de la Roche -sur-Yon , qui entrerent
chacune dans un Traineau , conduites
par des Seigneurs de la Cour ; d'autres
Dames entrerent dans le Traineau à
cinq places ; on continua la course autour
du Parc des Jardins , et on se rendit à la
Menagerie .
3
Le 18 Decembre les Chambres du
Parlement assemblées , on reçut M.Talon
Président à Mortier , M. Joly de Fleury ,
Fils de M. le Procureur General , Avocat
General , et Mr. de St. Contest , Avocat
du Roy au Châtelet , Conseiller au Parlement.
Le jour de Noël le feu prit à Estrée
St. Denis , près de Compiegne , et consuma
une Maison considerable , appartenante
au Sr. de Ste Croix , Capitaine
au Regiment d'Auxerrois , qui abbandonna
sa Maison , et la sacrifia pour sauver
tout le Village , dont plusieurs Mai-
II. Vol. sons
DECEMBRE. 1731. 3055
sons étoient déja en feu , et auroient été
consumées infailliblement , à cause du
grand vent qu'il faisoit ce jour - là.
La veille de Noël , le Roy , revêtu du
grand Collier de l'ordre du S. Esprit , se
rendit à la Chapelle du Château de Versailles
, où S. M. communia par les mains
de l'Abbé du Guesclin , Aumônier du
Roy en quartier : S. M. toucha ensuite
un grand nombre de Malades .
Le 25 Decembre , Fête de la Nativité
de Notre Seigneur , le Roy et la Reine
qui avoient entendu trois Messes à minuit
, assisterent le matin à la grande-
Messe , célebrée pontificalement par l'Evêque
de Grasse , et chantée par la Musique.
و
L'aprés- midy , L. M , accompagnées
du Duc d'Orleans , de Mesdemoiselles de
Clermont , et de la Roche- sur-Yon , du
Duc du Maine , &c. entendirent la Prédication
du Pere Boursault , Supérieur
des Théatins lequel termina sa course
de l'Avent avec autant de force et d'applaudissemens
qu'il l'avoit commencée ,
et qu'il l'a toûjours soûtenuë. Tous ses
Sermons lui ont attiré une admiration si
unanime de toute la Cour , et même une
affection si generale de tous ( Grands et
11. Vol. Petits
3058 MERCURE DE FRANCE
Petits , ) que les Personnes les plus âgées
ne se souviennent pas d'avoir jamais vû
un plus grand succés .
L'Orateur eût l'art de répandre dans
son compliment au Roy, des Instructions
si nobles et si chrétiennes, que Sa Majesté
en parut penetrée et ce fut avec tant de
dignité , et d'un stile si pathétique , qu'il
toucha la Royale Education qui est due
aux Enfans de France , que tous les Auditeurs
, à commencer pat tout ce qu'il
ya de plus grand et de plus auguste , ne
pûrent retenir des larmes d'approbation.
et de tendresse , qui font également honneur
et à la bonté du coeur de ceux qui
les ont versées , et à la supériorité de l'esprit
de celui qui les a fait répandre. Ensuite
leurs Majestez assisterent aux Vêpres
chantées par la Musique , &c.
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Résumé : Nouvelles de la Cour, de Paris, &C. [titre d'après la table]
En décembre 1731, le roi de France approuva le mariage du Prince de Conti avec Mademoiselle de Chartres, sœur cadette du Duc d'Orléans, et de Mademoiselle de Beaujolais. Une demande de dispenses fut envoyée à Rome pour permettre la célébration prévue le 22 janvier. Le Comte d'Ayen prêta serment pour la charge de Capitaine de la première Compagnie des Gardes du Corps, en survivance de son père, le Duc de Noailles, et commença à exercer conjointement avec lui. Le roi accorda également au Marquis de Ximenés, Brigadier des Armées, l'agrément pour la charge de Maréchal Général des Logis des Camps et Armées. Le 10 décembre, une course de traîneaux se tint dans le parc de Versailles, avec la participation du roi et de plusieurs nobles. Le 18 décembre, de nouveaux membres furent intégrés aux Chambres du Parlement, dont M. Talon, Président à Mortier, et M. Joly de Fleury, Avocat Général. Le jour de Noël, un incendie détruisit une maison à Estrées-Saint-Denis, près de Compiègne, appartenant au Sr. de Ste Croix. La veille de Noël, le roi communia et toucha un grand nombre de malades. Le 25 décembre, le roi et la reine assistèrent à la grande-messe et à la prédication du Père Boursault, Supérieur des Théatins, qui reçut une admiration unanime pour ses sermons.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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583
p. 3078-3080
BENEFICES DONNEZ.
Début :
L'abbaye de Lahonce, Ordre de Prémontré, Diocèce de Bayonne, qui [...]
Mots clefs :
Abbaye, Archevêché, Évêché
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BENEFICES DONNEZ.
BENEFICES DONNEZ.
'Abbaye de Lahonce , Ordre de Pré-
L'montré ,Diocèce de Bayonne , qui
étoit vacante par le decès de M. de Tilladet
, Evêque de Mâcon , en faveur de
M. de Lavieuville , Evêque de Bayonne,
L'Abbaye de S. Jean des Prez , Ordre
de S. Augustin , Diocèse de S. Malo , va
cante par le décès de M. de Lærestein ,
Evêque de Tournai , en faveur de l'Abbé
de Brilhac , Clerc tonsuré du Diocèce
de Rennes.
L'Abbaye de Sellieres , Ordre de Citeaux
, Diocèse de Troye , vacante par le
décès de M. de Chavigny , ancien Evêque
de Troyes , à M. l'Abbé de la Motte,
Prêtre et Vicaire General de Sénez.
L'Evêché de Périgueux , vacant
II. Vol
par
le
décès
DECEMBRE. 1737. 3079
décès de M. d'Argourges , en faveur de
M. de Macheco de Prémeaux , Prêtre et
Vicaire General de l'Archevêché de Sens.
L'Evêché de Tréguier , vacant par le
décès de M. de Quervillo , à M. de Fruquelay
Kerver , Prêtre du Diocèse de
Quimper.
L'Abbaye de Neaufle- le- Vieux , Ordre
de S. Benoît , Diocèse de Chartres , vacante
par le décès de M. Colbert de Villace
f, à M. Savalette , Prêtre , Conseiller
au Grand Conseil , et Visiteur General
des Carmelites .
L'Abbaye de la Frenade, Ordre de Citeaux
, Diocèse de Xaintes , vacante par
la démission pure et simple de M. Sava
lette , à M. Sevin , de l'Académie Royale
des Belles Lettres .
L'Abbaye de Rieunette , Ordre de Citeaux
, dans la Ville de Carcanonne , va
cante par le décès de la Dame Augé , en
faveur de la Dame Françoise de Montealm
, Religieuse dudit Ordre .
L'Abbaye de Lancharre, Ordre de saint
Benoît ,dans la Ville de Châlon - sur- Saône,
vacante par le décès de la Dame de Chastenay
de saint Vincent , à la Dame Marie
Constance de Lantin de Montagny , Retigieuse
et Prieure de cette Abbaye.
L'Archevêque de Besançon ayant don-
11. Vol né
8080 MERCURE DE FRANCE
né au Roy la démission de son Archevê
ché , S. M. y a nommé l'Evêque d'Autun
'Abbaye de Lahonce , Ordre de Pré-
L'montré ,Diocèce de Bayonne , qui
étoit vacante par le decès de M. de Tilladet
, Evêque de Mâcon , en faveur de
M. de Lavieuville , Evêque de Bayonne,
L'Abbaye de S. Jean des Prez , Ordre
de S. Augustin , Diocèse de S. Malo , va
cante par le décès de M. de Lærestein ,
Evêque de Tournai , en faveur de l'Abbé
de Brilhac , Clerc tonsuré du Diocèce
de Rennes.
L'Abbaye de Sellieres , Ordre de Citeaux
, Diocèse de Troye , vacante par le
décès de M. de Chavigny , ancien Evêque
de Troyes , à M. l'Abbé de la Motte,
Prêtre et Vicaire General de Sénez.
L'Evêché de Périgueux , vacant
II. Vol
par
le
décès
DECEMBRE. 1737. 3079
décès de M. d'Argourges , en faveur de
M. de Macheco de Prémeaux , Prêtre et
Vicaire General de l'Archevêché de Sens.
L'Evêché de Tréguier , vacant par le
décès de M. de Quervillo , à M. de Fruquelay
Kerver , Prêtre du Diocèse de
Quimper.
L'Abbaye de Neaufle- le- Vieux , Ordre
de S. Benoît , Diocèse de Chartres , vacante
par le décès de M. Colbert de Villace
f, à M. Savalette , Prêtre , Conseiller
au Grand Conseil , et Visiteur General
des Carmelites .
L'Abbaye de la Frenade, Ordre de Citeaux
, Diocèse de Xaintes , vacante par
la démission pure et simple de M. Sava
lette , à M. Sevin , de l'Académie Royale
des Belles Lettres .
L'Abbaye de Rieunette , Ordre de Citeaux
, dans la Ville de Carcanonne , va
cante par le décès de la Dame Augé , en
faveur de la Dame Françoise de Montealm
, Religieuse dudit Ordre .
L'Abbaye de Lancharre, Ordre de saint
Benoît ,dans la Ville de Châlon - sur- Saône,
vacante par le décès de la Dame de Chastenay
de saint Vincent , à la Dame Marie
Constance de Lantin de Montagny , Retigieuse
et Prieure de cette Abbaye.
L'Archevêque de Besançon ayant don-
11. Vol né
8080 MERCURE DE FRANCE
né au Roy la démission de son Archevê
ché , S. M. y a nommé l'Evêque d'Autun
Fermer
Résumé : BENEFICES DONNEZ.
En décembre 1737, plusieurs nominations et successions ont eu lieu dans des abbayes et évêchés en France. L'abbaye de Lahonce, dans le diocèse de Bayonne, a été attribuée à M. de Lavieuville, évêque de Bayonne, après le décès de M. de Tilladet. L'abbaye de Saint-Jean-des-Prés, dans le diocèse de Saint-Malo, a été donnée à l'abbé de Brilhac, clerc tonsuré du diocèse de Rennes, suite au décès de M. de Lærestein. L'abbaye de Sellières, dans le diocèse de Troyes, a été attribuée à l'abbé de la Motte, prêtre et vicaire général de Sénez, après le décès de M. de Chavigny. L'évêché de Périgueux a été confié à M. de Macheco de Prémeaux, prêtre et vicaire général de l'archevêché de Sens, suite au décès de M. d'Argourges. L'évêché de Tréguier a été attribué à M. de Fruquelay Kerver, prêtre du diocèse de Quimper, après le décès de M. de Quervillo. L'abbaye de Neaufle-le-Vieux, dans le diocèse de Chartres, a été donnée à M. Savalette, prêtre, conseiller au Grand Conseil et visiteur général des Carmélites, suite au décès de M. Colbert de Villacef. L'abbaye de la Frenade, dans le diocèse de Saintes, a été attribuée à M. Sevin, de l'Académie Royale des Belles Lettres, après la démission de M. Savalette. L'abbaye de Rieunette, dans la ville de Carcassonne, a été donnée à la dame Françoise de Montealm, religieuse de l'ordre de Citeaux, après le décès de la dame Augé. L'abbaye de Lancharre, dans la ville de Chalon-sur-Saône, a été attribuée à la dame Marie Constance de Lantin de Montagny, religieuse et prieure de cette abbaye, après le décès de la dame de Chastenay de Saint-Vincent. Enfin, l'archevêque de Besançon a démissionné et le roi a nommé l'évêque d'Autun à sa succession.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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584
p. 8080-3089
Panegyrique de S. Louis, de l'Abbé Lezeau. [titre d'après la table]
Début :
M. l'Abbé LEZEAU, Clerc de la Chapelle et Oratoire du Roy, présenté par [...]
Mots clefs :
Panégyrique, Caractère du chrétien, Éloge, Triomphe, Devoirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Panegyrique de S. Louis, de l'Abbé Lezeau. [titre d'après la table]
M. l'Abbé LEZEAU , Clerc de la Cha
pelle et Oratoire du Roy , présenté pat
LI. Vol. S.E.
DECEMBRE . 1731. 3081
9. E. M. le Cardinal de Fleury,a eu l'honneur
de présenter à S. M. le Panégyrique de
S. Louis , qu'il prononça au mois d'Aoust
dernier , en présence de Messieurs de l'Académie
Françoise.
L'impression de cet Ouvrage en a fait
connoître le mérite : Il a pour Texte ces
paroles d'Isaye , chap . 32. Ecce in justitia
regnabit Rex. Voici que je vous annonce
un Roy qui regnera dans la justice. Ces mêmes
paroles qui annoncerent le regne de
Jesus- Christ , servent heureusement à caractériser
le regne de Saint Louis , qui
chercha toujours à suivre les exemples du
Souverain de tous les Rois . La division du
Discours est tres-naturelle. Ce S. Roy puisa
dans la Souveraine Justice les excellens
principes dont il fit un si noble usage ; elle
lui representa , et ce qu'il devoit à son Dieu,
et ce qu'il devoit à ses Peuples. Comme homme,
il accomplit tous les devoirs du Chrétien ;
› comme Roy , il remplit toutes les fonctions du
Monarque ; montrant par l'assemblage de ce
double ordre de verius , comment un Roy
peut - être Chrétien, comment l'Evangile peut
s'allier avec le Trône, combien même on peut
être plus Héros , en devenant plus saint¸ et
combien la Croix peut relever le Sceptre.
M. Lézéau prouve parfaitement la premiere
Partie de ce Discours , par les plus
H émi- II. Vol.
3082 MERCURE DE FRANCE
éminentes vertus qui sont le caractere du
chrétien : Une pureté exacte et sans tache ,
une humilité sans feinte , une modération la
plus étendue à tous égards , une attention
continuelle à tout ce qui est dû à Dieu , et
un zele ardent pour tout ce qui interresse la
Religion.
Tous ces Points sont traitez d'une maniere
noble et interessante. Il nous suffira
d'en rapporter quelques traits , pour
faire connoître le style de l'Auteur .
Pour faire un juste Eloge du triomphe
de S. Louis , sur les plaisirs et la volupté
; c'est ainsi qu'il commence par en
montrer les périls :
Presque tous les hommes entraînez par
cette passion funeste , qui est le vice dominant
de la nature , regardent l'innocence des
weurs , et la pureté , comme le partage des
Anges; mais contens d'admirer l'excellence
de ces sublimes Esprits , ils ne font aucun
effort pour s'en approcher ; bien plus : Pour
se livrer sans remords à leurs égaremens , ils
cherchent à s'appuyer sur l'exemple de tant
de fameux Héros , qui ne se sont pas affranchis
de pareilles foiblesses. En effet , les plus
belles Vies n'ont que trop souffert de ce mal
heureux penchant : Le monde le pardonne
Pusage l'autorise, les flatteries des Historiens
Fexcusent , les fictions des Poëtes le consa-
II. Vol. erent
DECEMBRE . 1731. 3083
Grent ; et s'ils sont forcez de le regarder comme
un mal, ils le représentent comme un mal
nécessaire. Eh ! comment s'en deffendre dans
un séjour , où se rassemble tout ce qui peut en
rendre la contagion plus inévitable ? Pour
s'en garantir, que n'en a- t-il pas coûté à
tant de Saints ? Apeine se sont-ils crûs en
seureté dans l'horreur des Solitudes. L'Austerité
des jeûnes , l'abdication des richesses ,
La fuite des objets , la ferveur des Prieres
leur sembloit encore de trop foibles secours.
Loin de ces salutaires préservatifs , que prosente
la Cour , n'est-elle pas comme le centre
fatal, où se réjoignent à l'envi les plus redoutables
tentations ? Passer ses jours dans la
molesse et l'oisiveté , rencherir sur les commo
ditez de la vie , et sur la délicatesse des fes-
Tins,rechercher les divers secours des parures ,
raffiner sur tout ce qui peut exciter de coupables
flammes. N'est-ce pas l'occupation ordinaire
, et ne va -t- on pas jusqu'à s'en faire
une étude , et presqu'un mérite ? De toutes
parts on voit accourir ce que chaque Pais a
vu naître de plus charmant ; ce que la politesse
ajoûte de plus séducteur , ce que l'esprit
fournit de plus dangereux . Chacun apporte
sa passion particuliere , et cherche à exciter
celle des autres. Comment échaper à un feu
naturellement si prêt à s'enflammer , et si propre
à se répandre ? C'est , Messieurs , le pre-
II. Vol. Hij mier
3084 MERCURE
DE FRANCE
mier triomphe de Louis . Dans l'âge où avec
plus de qualitez pour plaire , les moindres
appas ne plaisent que plus aisements avec des
traits où la Majesté ne sert qu'à relever les
agrémens , il paroît insensible à ce qui enchanteroit
le reste des mortels . Des beautez
en foule se presentent à ses yeux , en vain
s'apperçoit-il qu'il n'a qu'à desirer, en vain
s'efforce - t-on de prévenirjusqu'aux desirs,en
vain cherche- t-on le chemin de son coeur, il
le consacre à Dieu seul dont il a reçu , et
n'y reserve de part que pour celle à qui ce
même Dieu l'a uni par un sacré lien , et pour
les précieux fruits d'une si sainte union.
La seconde Partie montre quels sont les
devoirs indispensables des Rois de la
Terre. Comme ils sont les images de Dieu,
leur perfection est de suivre les desseins de
Dieu lui-même sur les hommes . Orleur durée
étantpartagée entre le temps et l'éternicé , et
le dessein de Dieu ne pouvant
être que de les
preparer par l'innocence et la tranquillité de
la vie presente au comble du bonheur et de la
sainteté de l'autre vie . C'est à ces deux objets
que se réunissent les obligations d'un
Roy envers ses peuples.
Le premier desir de S. Louis étoit de rendre
ses peuples aussi heureux qu'on le peut
tre en cette vie. Il avoit été de bonne heare
rempli des grands principes de l'équité ,
11. Vol 'pourri
DECEMBRE. 308 ?
1731
nourri dans les tendres sentimens de l'hu
manité , et accoutumé aux veritables Maimes
du Christianisme .C'est ce que M.Lezeau
a pris soin d'orner de faits connus
dans la vie du Saint Roy , dont il a fait
des images vives et touchantes .
En parlant des Loix que S. Louis prit
soin d'établir , pour bannir de ses Etats
le vice , et y faire regner la vertu , M. Lezeau
a fait une peinture du Duel , qui
mérite d'être ici rapportée.
,
و
و
Un quatrieme abus n'éprouva pas moins
son attention : c'est cette manie , ou plutôt
cette fureur aussi particuliere à la Nation
Françoise , que la valeur lui est naturelle
le Duel : coutume plus que barbare , qui ,
sous l'imposteur titre de point d'honneur ,
fait gloire de violer toutes les regles de la raison
et du Christianisme. Eût-onjamais imaginé
que l'honneur ce puissant mobile des
plus belles actions auroit jamais , pour
venger ses droits , porié sa fiere tyrannie ,
jusqu'à commander le crime ? Que cet honneur
, en effet , soit plus cher
la vie
es que pour sauver l'un , on expose l'autre ,
se peut être un noble sentiment : mais que
dans l'incertitude du sort d'un Combat , on
s'y précipite avec la certitude d'y perdre son
ame et celle de l'Ennemi , que devient le
Christianisme et de si folles maximes ne`
II. Vol.
>
que
Hiij com3086
MERCURE DE FRANCE
commencent- elles pas par immoler la Religion
à un Phantom e? Mais en commençant ainsi
par abjurerjusqu'au nom de Chrétien , que
devient l'honneur lui - même ? Car enfin ;
qu'une injure mérite punition , c'est l'équité
mais se rendre soi- même le Ministre de cette
punition , s'approprier la fonction du Bourreau
, quelle infame idée ! Qu'un scelera .
soit condamné , qui voudroit l'exécuter? Eh!
que faites- vous cependant , aveugles Esclaves
d'une inconcevable phrénesie ? La Loi
prononce , il est vray : mais vous commencez¸
par vous établirFuges en votre propre cause.
Vous traitez d'intolerable insulte , ce qui
peut n'être au fond qu'une legere inadver
tance. Ce n'est pas assez ; le châtiment que
mériteroit le coupable , c'est de vos mains que
vous voulez qu'il le reçoive. S'il s'agissoit
d'une offense faile à autruy , souffririez- vous,
qu'on vous chargeât de la punir ? Quoy ,
parce que vous êtes l'offensé , il vous siera
d'étre l'Exécuteur ? Quelle fanatique gloire !·
Encore une fois , eût on pensé que chez des
hommes raisonnables on put jamais voir une
extravagance si outrée eût- on pensé que ce
seroit en France , ce Pays si justement rénommé
par l'esprit , la politesse , la douceur de ses
Habitans ? C'étoit cependant la féroce prévention
du siecle de S. Louis , et Dieu veuille
que ce ne soit plus la honte du nôtre. Le pre-
II. Vel. mier
DECEMBRE. 1731. 3087
mier serment du Sacre de notre Ray, nous en
flatte , l'heureuse esperance du plus long Regne
pourra nous en assurer ; ce peut être un des
triomphes qui lui étoit reservé. Quoiqu'il en
puisse arriver , c'étoit le voeu le plus ardent
du plus saint de ses yeux ; et si le succès
ne remplit pas entierement ses désirs , ce ne
fut pas faute d'y consacrer toute son autorité
et toute sa vigilance.
Les entreprises de S. Louis dans la
Terre Sainte , ses Combats , ses Victoires,
sa défaite et sa mort , tout y est traité
d'une maniere qui frappe et qui attendrit.
Mr. Lezeau termine son Discours , en
s'adressant à Messieurs de l'Académie
Françoise , et nous croyons que le Lecteur
nous sçaura gré de rapporter en entier
cette Peroraison..
Au souvenir d'une si héroïque et si sainte
, mort, le moyen , Messieurs de ne se pas
rappeller celle de votre dernier Protecteur ??
Vous sçavez quelles furent alors ses Leçons
à nôtre jeune Monarque : Eb ! me pardon--
neriez- vous de les oublier , pendant que nous
en recueillons de si heureux fruits ? Refuserois-
je un tribut que vous attendez de ceux
qu'en pareil jour vous admettez à votre sa-
Temnité ? Quoi de plus favorable , que de
retrouver de nos jours les exemples dont vous
mave chargé de retracer le souvenir ? La:
H. Vol . Hiiij don
3088 MERCURE DE FRANCE
>
douceur , la sagesse , la Religion , l'amour
des Sujets , tant et tant d'autres vertus , dont
chaque année ne peut qu'augmenter la perfection
et la gloire , puisque chaque jour les
voit croître avec un Ministre aussi religieux
que prudent , plus affectionné à son Maître
que le plus tendre Pere ne le seroit à son plus
ber fils , et dans le même temps plus qu'insensible
à ses interêts personnels ; livré aux
immenses fatigues du Gouvernement , sans
en vouloir ni l'éclat , ni les richesses ; aussi
simple en tout ce qui l'environne , que supé-
·rieur en ce qu'il projette ; tel , en un mot, que
les siécles passez n'ont encore montré rien de
pareil.
,
,
,
Mais en étendant ces Eloges , ne devroisje
pas craindre d'ennuyeuses redites , après
que vous avez , sans doute , en tant de traits
de notre Saint reconnu ceux du
regne present
? Et d'ailleurs me sieroit- il de tenter
ce qui n'appartient qu'à vous seuls Messieurs
? N'ai-je pas déja trop présumé de
moi , en me hazardant devant vous ? Que
ne vois-je pas se rassembler icy? les dignitez,
la naissance , les exploits , l'importanoe des
services , l'excellence des Ouvrages , les prodiges
de l'esprit. Ce que la Religion , la
Guerre la Magistrature , les Sciences one
de plus rare
se réunit sous les liens communs
du genie et des talens. Ces titres
و
II. Vol.
,
rap
prochant
DECEMBRE 1731. 3089
prochant tout , du brillant de chacun en son
genre , se forme un amas de lumieres , qui
éclairera jusqu'à la posterité la plus réculée .
dont vous recevrez , Messieurs , de plus jus
tes louanges que l'Antiquité n'en a reçu de
ses idolâtres Partisans. Puissent des noms
si sûrs de l'immortalité devant les hommes
n'en mériter pas moins devant Dieu. C'est
tout ce qui me reste à vous souhaitter &c.
>
Ce Panegyrique a été imprimé à Paris ,
chez la Veuve Knapen , rue de la Hu
chette.
pelle et Oratoire du Roy , présenté pat
LI. Vol. S.E.
DECEMBRE . 1731. 3081
9. E. M. le Cardinal de Fleury,a eu l'honneur
de présenter à S. M. le Panégyrique de
S. Louis , qu'il prononça au mois d'Aoust
dernier , en présence de Messieurs de l'Académie
Françoise.
L'impression de cet Ouvrage en a fait
connoître le mérite : Il a pour Texte ces
paroles d'Isaye , chap . 32. Ecce in justitia
regnabit Rex. Voici que je vous annonce
un Roy qui regnera dans la justice. Ces mêmes
paroles qui annoncerent le regne de
Jesus- Christ , servent heureusement à caractériser
le regne de Saint Louis , qui
chercha toujours à suivre les exemples du
Souverain de tous les Rois . La division du
Discours est tres-naturelle. Ce S. Roy puisa
dans la Souveraine Justice les excellens
principes dont il fit un si noble usage ; elle
lui representa , et ce qu'il devoit à son Dieu,
et ce qu'il devoit à ses Peuples. Comme homme,
il accomplit tous les devoirs du Chrétien ;
› comme Roy , il remplit toutes les fonctions du
Monarque ; montrant par l'assemblage de ce
double ordre de verius , comment un Roy
peut - être Chrétien, comment l'Evangile peut
s'allier avec le Trône, combien même on peut
être plus Héros , en devenant plus saint¸ et
combien la Croix peut relever le Sceptre.
M. Lézéau prouve parfaitement la premiere
Partie de ce Discours , par les plus
H émi- II. Vol.
3082 MERCURE DE FRANCE
éminentes vertus qui sont le caractere du
chrétien : Une pureté exacte et sans tache ,
une humilité sans feinte , une modération la
plus étendue à tous égards , une attention
continuelle à tout ce qui est dû à Dieu , et
un zele ardent pour tout ce qui interresse la
Religion.
Tous ces Points sont traitez d'une maniere
noble et interessante. Il nous suffira
d'en rapporter quelques traits , pour
faire connoître le style de l'Auteur .
Pour faire un juste Eloge du triomphe
de S. Louis , sur les plaisirs et la volupté
; c'est ainsi qu'il commence par en
montrer les périls :
Presque tous les hommes entraînez par
cette passion funeste , qui est le vice dominant
de la nature , regardent l'innocence des
weurs , et la pureté , comme le partage des
Anges; mais contens d'admirer l'excellence
de ces sublimes Esprits , ils ne font aucun
effort pour s'en approcher ; bien plus : Pour
se livrer sans remords à leurs égaremens , ils
cherchent à s'appuyer sur l'exemple de tant
de fameux Héros , qui ne se sont pas affranchis
de pareilles foiblesses. En effet , les plus
belles Vies n'ont que trop souffert de ce mal
heureux penchant : Le monde le pardonne
Pusage l'autorise, les flatteries des Historiens
Fexcusent , les fictions des Poëtes le consa-
II. Vol. erent
DECEMBRE . 1731. 3083
Grent ; et s'ils sont forcez de le regarder comme
un mal, ils le représentent comme un mal
nécessaire. Eh ! comment s'en deffendre dans
un séjour , où se rassemble tout ce qui peut en
rendre la contagion plus inévitable ? Pour
s'en garantir, que n'en a- t-il pas coûté à
tant de Saints ? Apeine se sont-ils crûs en
seureté dans l'horreur des Solitudes. L'Austerité
des jeûnes , l'abdication des richesses ,
La fuite des objets , la ferveur des Prieres
leur sembloit encore de trop foibles secours.
Loin de ces salutaires préservatifs , que prosente
la Cour , n'est-elle pas comme le centre
fatal, où se réjoignent à l'envi les plus redoutables
tentations ? Passer ses jours dans la
molesse et l'oisiveté , rencherir sur les commo
ditez de la vie , et sur la délicatesse des fes-
Tins,rechercher les divers secours des parures ,
raffiner sur tout ce qui peut exciter de coupables
flammes. N'est-ce pas l'occupation ordinaire
, et ne va -t- on pas jusqu'à s'en faire
une étude , et presqu'un mérite ? De toutes
parts on voit accourir ce que chaque Pais a
vu naître de plus charmant ; ce que la politesse
ajoûte de plus séducteur , ce que l'esprit
fournit de plus dangereux . Chacun apporte
sa passion particuliere , et cherche à exciter
celle des autres. Comment échaper à un feu
naturellement si prêt à s'enflammer , et si propre
à se répandre ? C'est , Messieurs , le pre-
II. Vol. Hij mier
3084 MERCURE
DE FRANCE
mier triomphe de Louis . Dans l'âge où avec
plus de qualitez pour plaire , les moindres
appas ne plaisent que plus aisements avec des
traits où la Majesté ne sert qu'à relever les
agrémens , il paroît insensible à ce qui enchanteroit
le reste des mortels . Des beautez
en foule se presentent à ses yeux , en vain
s'apperçoit-il qu'il n'a qu'à desirer, en vain
s'efforce - t-on de prévenirjusqu'aux desirs,en
vain cherche- t-on le chemin de son coeur, il
le consacre à Dieu seul dont il a reçu , et
n'y reserve de part que pour celle à qui ce
même Dieu l'a uni par un sacré lien , et pour
les précieux fruits d'une si sainte union.
La seconde Partie montre quels sont les
devoirs indispensables des Rois de la
Terre. Comme ils sont les images de Dieu,
leur perfection est de suivre les desseins de
Dieu lui-même sur les hommes . Orleur durée
étantpartagée entre le temps et l'éternicé , et
le dessein de Dieu ne pouvant
être que de les
preparer par l'innocence et la tranquillité de
la vie presente au comble du bonheur et de la
sainteté de l'autre vie . C'est à ces deux objets
que se réunissent les obligations d'un
Roy envers ses peuples.
Le premier desir de S. Louis étoit de rendre
ses peuples aussi heureux qu'on le peut
tre en cette vie. Il avoit été de bonne heare
rempli des grands principes de l'équité ,
11. Vol 'pourri
DECEMBRE. 308 ?
1731
nourri dans les tendres sentimens de l'hu
manité , et accoutumé aux veritables Maimes
du Christianisme .C'est ce que M.Lezeau
a pris soin d'orner de faits connus
dans la vie du Saint Roy , dont il a fait
des images vives et touchantes .
En parlant des Loix que S. Louis prit
soin d'établir , pour bannir de ses Etats
le vice , et y faire regner la vertu , M. Lezeau
a fait une peinture du Duel , qui
mérite d'être ici rapportée.
,
و
و
Un quatrieme abus n'éprouva pas moins
son attention : c'est cette manie , ou plutôt
cette fureur aussi particuliere à la Nation
Françoise , que la valeur lui est naturelle
le Duel : coutume plus que barbare , qui ,
sous l'imposteur titre de point d'honneur ,
fait gloire de violer toutes les regles de la raison
et du Christianisme. Eût-onjamais imaginé
que l'honneur ce puissant mobile des
plus belles actions auroit jamais , pour
venger ses droits , porié sa fiere tyrannie ,
jusqu'à commander le crime ? Que cet honneur
, en effet , soit plus cher
la vie
es que pour sauver l'un , on expose l'autre ,
se peut être un noble sentiment : mais que
dans l'incertitude du sort d'un Combat , on
s'y précipite avec la certitude d'y perdre son
ame et celle de l'Ennemi , que devient le
Christianisme et de si folles maximes ne`
II. Vol.
>
que
Hiij com3086
MERCURE DE FRANCE
commencent- elles pas par immoler la Religion
à un Phantom e? Mais en commençant ainsi
par abjurerjusqu'au nom de Chrétien , que
devient l'honneur lui - même ? Car enfin ;
qu'une injure mérite punition , c'est l'équité
mais se rendre soi- même le Ministre de cette
punition , s'approprier la fonction du Bourreau
, quelle infame idée ! Qu'un scelera .
soit condamné , qui voudroit l'exécuter? Eh!
que faites- vous cependant , aveugles Esclaves
d'une inconcevable phrénesie ? La Loi
prononce , il est vray : mais vous commencez¸
par vous établirFuges en votre propre cause.
Vous traitez d'intolerable insulte , ce qui
peut n'être au fond qu'une legere inadver
tance. Ce n'est pas assez ; le châtiment que
mériteroit le coupable , c'est de vos mains que
vous voulez qu'il le reçoive. S'il s'agissoit
d'une offense faile à autruy , souffririez- vous,
qu'on vous chargeât de la punir ? Quoy ,
parce que vous êtes l'offensé , il vous siera
d'étre l'Exécuteur ? Quelle fanatique gloire !·
Encore une fois , eût on pensé que chez des
hommes raisonnables on put jamais voir une
extravagance si outrée eût- on pensé que ce
seroit en France , ce Pays si justement rénommé
par l'esprit , la politesse , la douceur de ses
Habitans ? C'étoit cependant la féroce prévention
du siecle de S. Louis , et Dieu veuille
que ce ne soit plus la honte du nôtre. Le pre-
II. Vel. mier
DECEMBRE. 1731. 3087
mier serment du Sacre de notre Ray, nous en
flatte , l'heureuse esperance du plus long Regne
pourra nous en assurer ; ce peut être un des
triomphes qui lui étoit reservé. Quoiqu'il en
puisse arriver , c'étoit le voeu le plus ardent
du plus saint de ses yeux ; et si le succès
ne remplit pas entierement ses désirs , ce ne
fut pas faute d'y consacrer toute son autorité
et toute sa vigilance.
Les entreprises de S. Louis dans la
Terre Sainte , ses Combats , ses Victoires,
sa défaite et sa mort , tout y est traité
d'une maniere qui frappe et qui attendrit.
Mr. Lezeau termine son Discours , en
s'adressant à Messieurs de l'Académie
Françoise , et nous croyons que le Lecteur
nous sçaura gré de rapporter en entier
cette Peroraison..
Au souvenir d'une si héroïque et si sainte
, mort, le moyen , Messieurs de ne se pas
rappeller celle de votre dernier Protecteur ??
Vous sçavez quelles furent alors ses Leçons
à nôtre jeune Monarque : Eb ! me pardon--
neriez- vous de les oublier , pendant que nous
en recueillons de si heureux fruits ? Refuserois-
je un tribut que vous attendez de ceux
qu'en pareil jour vous admettez à votre sa-
Temnité ? Quoi de plus favorable , que de
retrouver de nos jours les exemples dont vous
mave chargé de retracer le souvenir ? La:
H. Vol . Hiiij don
3088 MERCURE DE FRANCE
>
douceur , la sagesse , la Religion , l'amour
des Sujets , tant et tant d'autres vertus , dont
chaque année ne peut qu'augmenter la perfection
et la gloire , puisque chaque jour les
voit croître avec un Ministre aussi religieux
que prudent , plus affectionné à son Maître
que le plus tendre Pere ne le seroit à son plus
ber fils , et dans le même temps plus qu'insensible
à ses interêts personnels ; livré aux
immenses fatigues du Gouvernement , sans
en vouloir ni l'éclat , ni les richesses ; aussi
simple en tout ce qui l'environne , que supé-
·rieur en ce qu'il projette ; tel , en un mot, que
les siécles passez n'ont encore montré rien de
pareil.
,
,
,
Mais en étendant ces Eloges , ne devroisje
pas craindre d'ennuyeuses redites , après
que vous avez , sans doute , en tant de traits
de notre Saint reconnu ceux du
regne present
? Et d'ailleurs me sieroit- il de tenter
ce qui n'appartient qu'à vous seuls Messieurs
? N'ai-je pas déja trop présumé de
moi , en me hazardant devant vous ? Que
ne vois-je pas se rassembler icy? les dignitez,
la naissance , les exploits , l'importanoe des
services , l'excellence des Ouvrages , les prodiges
de l'esprit. Ce que la Religion , la
Guerre la Magistrature , les Sciences one
de plus rare
se réunit sous les liens communs
du genie et des talens. Ces titres
و
II. Vol.
,
rap
prochant
DECEMBRE 1731. 3089
prochant tout , du brillant de chacun en son
genre , se forme un amas de lumieres , qui
éclairera jusqu'à la posterité la plus réculée .
dont vous recevrez , Messieurs , de plus jus
tes louanges que l'Antiquité n'en a reçu de
ses idolâtres Partisans. Puissent des noms
si sûrs de l'immortalité devant les hommes
n'en mériter pas moins devant Dieu. C'est
tout ce qui me reste à vous souhaitter &c.
>
Ce Panegyrique a été imprimé à Paris ,
chez la Veuve Knapen , rue de la Hu
chette.
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Résumé : Panegyrique de S. Louis, de l'Abbé Lezeau. [titre d'après la table]
En décembre 1731, l'abbé Lézéau, clerc de la Chapelle et Oratoire du Roi, a présenté un panégyrique de Saint Louis à l'Académie Française. Ce discours avait été prononcé en août précédent par le Cardinal de Fleury et s'appuyait sur le texte d'Isaïe 'Ecce in justitia regnabit Rex' pour souligner la justice du règne de Saint Louis, comparé à celui de Jésus-Christ. Le discours se divise en deux parties. La première partie met en avant les vertus chrétiennes de Saint Louis, telles que la pureté, l'humilité, la modération et le zèle religieux. La seconde partie traite des devoirs royaux, en insistant sur la manière dont Saint Louis a cherché à rendre ses sujets heureux et vertueux, en établissant des lois pour bannir le vice et promouvoir la vertu. L'abbé Lézéau critique sévèrement le duel, le qualifiant de coutume barbare contraire à la raison et au christianisme. Il conclut son discours en rappelant aux membres de l'Académie les leçons de leur dernier protecteur et en louant les vertus du règne actuel, comparées à celles de Saint Louis. Le panégyrique a été imprimé à Paris chez la Veuve Knapen.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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585
p. 21-46
LETTRE de M*** à M. H. Chanoine de l'Eglise Cathedrale de *** sur le choix que les Musiciens ont fait de Ste Cecile pour leur Patronne.
Début :
C'Est une chose très-loüable, Monsieur, que dans chaque [...]
Mots clefs :
Sainte Cécile, Musique, Musiciens, Église, Fête, Instruments de musique, Orgue, Mélodie, Chantres, Patrone des musiciens, Royaume, Choeur, Profession, Chant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M*** à M. H. Chanoine de l'Eglise Cathedrale de *** sur le choix que les Musiciens ont fait de Ste Cecile pour leur Patronne.
LETTRE de M*** à M. H. Chanoine
de l'Eglise Cathedrale de *** sur le choix
que les Musiciens ont fait de Ste Cecile
pour leur Patronne.
'Est chose très -loüable , MonCsieur , que dans chaque Profession
il y ait un saint Patron dont on se propose d'imiter les vertus en même temps
qu'on se porte à célébrer sa Fête. Mais
yous m'avouerez que souvent il est arrivé
que
22 MERCURE DE FRANCE
que les Particuliers desquels ce choix a
dépendu , n'ont pas été heureux dans
celui qu'ils ont fait. Je m'amusai , il y a
plus de vingt ans , à parcourir un Calendrier qui s'imprimoit à Paris , chez Louis
Josse , sous le nom d'Almanach spirituel :
Je trouvai qu'il y avoit bien des refléxions à faire sur les raisons qui ont pû
fixer certains choix qui paroissent avoir
été faits d'une maniere assès burlesque
et je ne craindrois point d'être désaprouvé par ceux qui composent les Confreries:
dont le saint Patron est mal choisi , si
j'osois entrer dans le détail de quelquesuns.
Il est vrai que toutes les Professions ,
Arts , et Etats n'ont pas le bonheur d'avoir des Saints qui ayent exercé ces Professions ; ou si des gens de bien les ont
exercées , ils n'ont pas ей , pour cela , la
gloire d'être canonizez. Il n'est pas de:
tous les Etats comme de celui des Medecins , qui , outre un S. Luc , ont encore
S. Côme et S. Damien. Il est des Artisans
de bien des especes : et tous n'ont pas l'avantage d'avoir comme les Orfévres
un Personnage qui se soit sanctifié dès le
temps auquel il exerçoit ce métier , comme a fait un S. Eloy. Mais il faut aussi
avouer qu'il y a des Etats et des Profes-
>
sions
1
JANVIER 1732: 2:3
و
sions qui ont fourni des Saints , ausquels .
cependant on ne pense pas davantage que
s'ils n'étoient jamais venus au monde ,.
des Saints dont il y auroit d'excellentes:
choses à dire en Chaire pour l'instruction:
des gens du même état si le choix du
Patron étoit fait avec un peu plus d'attention et de discernement. Qui empêcheroit , par exemple , les Marchands de
prendre pour Patron un S. Homebon
Marchand de la Ville de Cremone , les:
Laboureurs , un S. Isidore , qui a été Laboureur en Espagne , et les Vignerons ,
un S. Antonin de Sorrente en Italie
qui planta de ses propres mains une Vigne dont le Vin étoit si délicieux , qu'on
n'en présentoit point d'autre à tous les
Princes et grands Seigneurs qui passoient:
dans ce Pays-là.
"
و
Tout ce que j'ay dit jusqu'icy , Mon--
sieur , n'est que pour en venir à une Profession qui est très- remarquable dans nos
Eglises c'est, celle des Musiciens. Tant
de Saints ont chanté , comme eux , en Public les louanges du Seigneur , que le
nombre en est inexprimable. Il y a eû
aussi des Saints qui ont écrit sur le Chant
Ecclésiastique , d'autres qui ont sçû jouer
des Instrumens. Les uns ont perfectionné
le Chant ou la Musique dans la Specula- tion:
24 MERCURE DE FRANCE
tion : les autres y ont donné de nouveaux
accroissemens dans la Pratique. Tel Saint
fabriquoit lui-même des Instrumens de
Musique ; tel'autre donnoit des Regles
pour s'en servir. N'est-ce pas là ce que
font les Musiciens de nos jours ?
La chose étant ainsi , ils devoient donc
choisir pour leur Patron un Saint de quelqu'unes des especes que je viens d'indiquer. Mais au lieu de prendre ce party ,
et de se fonder sur une Histoire bien averée , ils se sont arrêtés à une Legende telle
qu'elle , et ils ont été déterminez à l'occasion d'un mot unique , dont ils n'ont
pas pris la peine de se donner l'intelligence. S'il est vrai que ce choix est proportionné aux lumieres qu'on avoit il y a
cent ou six-vingt ans , il ne s'ensuit pas
de là qu'il doive toujours subsister.
7
ya:
On ne peutgueres douter que les Musi--
ciens et les Chantres inferieurs des Eglises
Canoniales n'ayent été portez à se choisir
un jour de Fête , lorsqu'ils ont vû que
les autres Professions en avoient. Il y eut
untemps , comme tout le monde le sçait,
que les Prêtres (a) avoient pour Fête Patronale le jour de S. Jean l'Evangeliste
les Diacres le jour de S. Etienne , les Soû-
(a) Quelques Personnes assurent que dans les plus bas siécles les Prêtres ont choisi la Transfiguration
pour leur Fête Patronale.
diacres
JANVIER 173.2. 2*
diacres un autre jour voisin de la Fête de
Noël. Le reste du chœur se joignit appa
remment à ces derniers. Mais depuis qu'on
eût déclaré dans le XV. siécle une Guerre
ouverte à cette Fête du bas-Chœur , il y
eut du partage dans le choix du jour qui
passeroit pour la solemnité patronale. En
certains Pays on s'arrêta à S. Gregoire ,
Pape , en l'honneur duquel on trouvoit un Office propre tout noté dans les anciens Antiphoniers. En d'autres où l'on
ne pût goûter le choix de la S. Gregoire ,
parce qu'elle tombe en Carême , on choisit les 7. Freres Martyrs , Enfans de Ste
Felicité , par une raison assez frivole. (a)-
Quoiqu'il en soit , il n'y a gueres plus
de cent ans que les Musiciens , ou Chantres gagèz étoient partagez selon les Pays,
sur le choix de leur Fête Patronale , et
qu'ils reconnoissoient differensSaints pour
leurs Patrons. Dans la Flandre , où la Mu
sique a fleuri plus qu'en certaines autres
Provinces du Royaume , l'on ne connoissoit point encore Sainte Cecile pour Protectrice des Musiciens , il y a cent- cinquante ans. Si elle avoit été représentée
comme telle , et avec un Jeu d'Orgues ,
vers l'an 1580 , Molanus , célebre Doc
teur de Louvain , qui marqua dans le Li-
(4) Auxerre.
VIQ
26 MERCURE DE FRANCE
vre qu'il fit imprimer alors sur les Images , toutes les figures symboliques qu'on
ajoutoit aux Statuës des Saints , n'auroit
pas oublié Sainte Cecile ; cependant il ne dit pas un seul mot de cette Sainte : ce
qui est une marque qu'il ne l'avoit encore vûe représentée en aucun endroit.
Je mecrois donc assès fondé pour avan
cer que ce n'est que depuis un Siecle , ou ,
un peu plus , que les Musiciens se sont
réunis à choisir cette Sainse pour leur Patrone. L'Office propre qu'on chantoit
presque par tout en son honneur depuis
plusieurs siecles , aura gagné alors leurs
suffrages , et les aura déterminé à ce choix.
Ceux d'aujourd'huy croyent qu'il a été
fait avec tant de maturité et de déliberation par leurs Prédecesseurs , qu'il est
difficile de les en faire revenir. L'habi
tude dans laquelle ils sont , de voir Sain
te Cecile représentée avec un Jeu d'Or
gues , fait qu'iis continuent de croire
qu'elle étoit de la Profession , ou au moins
qu'elle aimoit les Instrumens musicaux
cependant , à considerer les choses dans
leur origine , on reconnoîtra que ce Jeu
d'Orgues n'a été ajoûté aux figures de
cette Sainte , que depuis que les Musiciens se sont mis sous sa protection. C'est
ainsi qu'ils prennent l'effet pour la cause
et la cause l'effet.. pour Je
JANVIER 1732. 27
Je ne vous diray pas en quelles Provinces ce choix a d'abord été fait. Il y a
apparence que c'est en Italie. Les honneurs qu'on prétend rendre à Sainte Cecile par la Musique , y sont même poussez jusqu'à un point qui pourra vous réjouir. Dans une Ville de cette vaste partie de l'Europe , l'une des Eglises Paroissiales porte le nom de Sainte Cecile. Le
Clergé n'en est pas fort nombreux , par
ce qu'il y a dans la même Ville cinquante-cinq autres Paroisses, Une Personne
grave qui m'a honoré de son amitié dans
sa vieillesse , m'a dit qu'elle entra dans
cette Eglise l'an 1669. à son retour de
Rome : c'étoit un Dimanche au soir !
Elle y trouva le Curé qui disoit Vêpres.
tout seul : mais le son de sa voix étoit
admirablement secondé par un grand
nombre de petits Oiseaux qui faisoient
dans la Tribune des Orgues un gazoüillement très agréable. S'étant informé de
Forigine de cette Musique , on lui dit
que ces Oiseaux étoient nourris là comme
dans une Voliere , où ils faisoient un con--
cert jour et nuit pour honorer Sainte Cecile , et que la Paroisse n'ayant pas assès.
de revenu pour y faire chanter l'Office
excepté le jour de la Fête Patronale , on
se contentoit durant le reste de l'année
·
des
28 MERCURE DE FRANCE
des services de ces petits Musiciens. Vous
pouvez croire qu'en dédommagement , il
n'y a rien d'épargné le 22 Novembre
et que tous les Enfans de Sainte Cecile.
tiennent à honneur de se réunir ce jour- là.
dans ce lieu.
On est persuadé en Italie plus qu'ailleurs , de la verité de tout ce que les
Legendes du Beviaire renferment ; et Tes
Musiciens qui ne se picquent pas d'être
grands Critiques en fait d'Histoire , s'en
rapportent volontiers à la croïance de ceux
qui les ont éleveż . Soit que ce soit en Italie, ou dans les ProvincesMeridionnales de
la France que le choix ait été fait d'abord
de Sainte Cecile pour Patrone des Musiciens , il est constant qu'il est très - mak
fait. Je ne songeois à rien moins qu'à vous
prier de rendre publique cette Lettre lorsque l'on m'a fait voir une Lettre circulaire , imprimée en forme d'Affiche de la.
part du Maître de Musique de l'Eglise
Cathédrale du Mans , par laquelle tous
les Musiciens du Royaume sont invitez.
àmettre en Musique les paroles jointes à
cette Lettre, destinées à servir de Motet
à la Messe solemnelle de la Fête de Sainte
Cecile. Et comme si le sujet étoit le plus
heureux du monde , on y ajoûte les mêmes clauses et conditions qui sont ordi- nairement
JANVIER 1732. 29
,
nairement proposées pour les Pieces d'Eloquence ou de Poësie qui subissent l'éxamen de differentes Académies , établies
dans le Royaume et qui sont honorées
d'un prix de conséquence. La Piece Mu- sicale sera examinée : ( on ne dit pas par
qui:) et celle qui sera trouvée la meilleure dans le genre de Musique qu'on demande , sera chantée préferablement aux
autres dans l'Eglise du Mans , et l'Auteur
sera récompensé d'une Croix d'or. J'ay
appris aussi que dans l'Eglise d'Evreux ,
et dans les autres de Normandie on a fait
dans le siécle dernier quelque chose de
semblable ; au moins on en produit des
Programmes ou Avis imprimez en 1667.
et 1668. Et encore de nos jours a Evreux,
lorsqu'il arrive qu'un Maître de Musique
qui a du renom , s'y rend au 22 Novembre , pour faire chanter une Musique de
sa façon à la Fête de Sainte Cecile , on lui
fait present d'une Médaille d'argent , qui
représente d'un côté l'image de cette Ste.
et de l'autre les Armes du Chapitre.
que
Sainte Cecile étant ainsi devenue le sujet des Chef- d'œuvres de Musique , on ne peut pas attendre l'effet du maumais choix se manifeste plus évidemment,
et il paroît que le temps est venu de combattre le fondement de ce choix.
Comme
30 MERCURE DE FRANCE
,
Comme toutes choses sont sujettes à
vicissitude sur la terre et que tous les
jours on avance dans la connoissance de
l'Histoire on a découvert que le choix
de Sainte Cecile pour Patrone des Musiciens n'est appuyé que sur un fondement
ruineux , c'est-à- dire,sur des Auteurs qui
attribuent à cette Sainte des faits qu'il
leur a plû d'imaginer pieusement , ou sur
un texte historique mal entendu , et pris
àcontre-sens , en cas qu'il soit veritable ;
et c'est ce qu'il est besoin de développer.
Que disent sur la Legende de cette Sainge
les Historiens réconnus pour les plus éclairez de nos jours ? M. de Tillemont (1) déque les contradictions qui se trou- cla
dans
ses
Actes
, en
donnant
une
idée
vent
assès désavantageuse , qu'ils ne sont composez que de Miracles extraordinaires ,
et d'autres choses qui ont peu d'apparence
de verité que , quoiqu'ils soient assès
anciens pour avoir été vûs par le vénérable Bede , il ne croit pas , cependant ,
qu'il y ait moyen de les soutenir. Le Pere
Garnier , Jesuite , dont on a quelques ouvrages sur l'antiquité Ecclésiastique , qui
sont fort estimez , combat ces Actes pat
l'endroit du Prefet Almaque , dont ils
font mention , outre plusieurs autres fau
(1)Tom. III. Hist. Eccl. p. 689.
tes
JANVIER 1732. 31
4
›
tes dont il reconnoit qu'ils sont pleins
M. Baillet (1 ) assure qu'ils n'ont presque
aucune autorité , qu'ils sont difficiles à
soûtenir dans presque toutes leurs cirConstances soit pour les temps et les
dieux , soit pour les grands Discours et les
grands Miracles qu'ils contiennent. Il est
Vrai que dans un autre endroit ( 2 ) il dit
que ces Actes n'ont rien de choquant ou
de scandaleux dans ce qu'ils ont d'incroyable mais il ajoûte aussi- tôt qu'ils
n'ont rien d'authentique dans ce qu'ils
paroissent avoir de plus noble. Le Public
peut croire par avance , que le jugement
des sçavans Bollandistes ne se trouvera pas
beaucoup different lorsque le temps sera
venu qu'ils seront obligez de s'expliquer on peut même , sans trop hazarder , conclurre de ce que leurs Prédéces
seurs ont dit au 14 Avril , sur S. Valerien
et S. Tiburce , et au 25 Mai , sur S. Urbain , que ceux de leurs Confreres à qui
il appartiendra , de traiter les Saints du
22 Novembre , ne s'éloigneront pas extrêmement de ce qu'a dit le Pere Garnier ,
et même il peut se faire qu'avec le temps
il leur vienne de nouvelles lumieres pour
impugner encore plus fortement les Actes
(1)Table critique du 22 Nov.
>
(3) Au 22 Novembre
9
de
2 MERCURE DE FRANCE
de Sainte Cecile , et les faire abandonner generalement.
و
C'est donc le peu de fond qu'il y a à
faire sur cette piece , qui a porté les Evêques , qui ontfait réformer leurs Breviaires à en rétrancher cette Legende. Il y en
a qui n'ont assigné à Ste Cecile aucune
Leçon propre , et qui ont tout renvoyé
au commun ou l'ont réduit en simple
commemoration, comme on vient de faire
à Langres. D'autres ont permis qu'on inserât à Matines un Fragment du Sacramentaire de S. Gregoire , où il est dit simplement que Cecile a été fortifiée par la
grace de Dieu , de maniere que rien n'a
pû ébranler sa foy et sa vertu , ni le penchant de l'âge , ni les caresses du siecle ,
ni la foiblesse du sexe , ni la cruauté des
tourmens , cet Eloge n'ayant pû fournir
qu'une seule Leçon fort courte , c'est ce
qui a été cause que l'Office du 22 Novembre a été réduit à trois Leçons , dont deux
sont de la Sainte Ecriture. Par là toutes
les Antiennes et Répons propres qui
étoient dans les Antiphoniers precedens ,
ont été rejettez , et par conséquent l'AntienneCantantibusOrganis ôtée de l'Office.
Or comme il n'y avoit que cet endroit de
la prétendue Histoire de la Sainte , qui ,
après bien des siecles , avoit déterminé.
les
JANVIER 1732. 33
les Musiciens et Joueurs d'Instrumens à
la choisir pourPatrone ; il est bon de faire
quelques refléxions dessus , afin d'en montrer la foiblesse , et de faire voir que ,
quand même il seroit bien averé , il prou
veroit seulement qu'il y avoit autrefois
des Instrumens de Musique dans les nôces
chez les Romains , ce que personne ne
revoque en doute , et qui n'a nulle liaison
avec l'usage qu'on a fait de ce Texte.
:
Ce Texte dit donc simplement que Cecile fut promise à un jeune homme appellé Valerien que le jour des nôces étant
venu , elle parut vêtuë d'habits éclatans -
en or , par dessous lesquels elle portoit le
cilice que les Instrumens de Musique
faisoient retentir dans la Salle où étoit le
lit nuptial toutes sortes d'airs convenables
à une telle conjoncture ; mais que Cecile ,
sans y faire attention , ne s'appliquoit interieurement qu'à Dieu seul , à qui elle disoit du fond de son ame : » Seigneur, que
» mon cœur et mon corps soient conser-
» vez sans tâche , afin que je ne sois pas
» confondue. Cujus Dei ) vocem audiens
Cecilia Virgo clarissima absconditum semper
Evangelium Christi gerebat in pectore ..
Dominumfletibus exorans , ut virginitas ejus
ipso conservante inviolata permaneret. Hac
Valerianum quemdamjuvenem habebat spon
C SU
34 MERCURE DE FRANCE
sum : qui juvenis in amore virginis perur
gens animum diem constituit nuptiarum.
Cecilia verò subtus ad carnem cilicio induta , desuper auratis vestibus regebatur. Parentum verò tanta vis et sponsi circa illam
erat exæstuans , ut non posset amorem cordis
sui ostendere , et quod solum Christum diligeret indiciis evidentibus aperire. Quid multa ? Venit dies in quo thalamus collocatus est.
Et cantantibus organis , illa in corde suo soli
Domino decantabatidicens : Fiat cor meum et
corpus meum immaculatum , ut non confundar ; et biduanis ac triduanis jejuniis orans
commendabat Domino quod timebat. Invita
bat Angelos precibus , lachrymis interpellabat Apostolos , et sancta omnia Christo famulantia exorabat , ut suis eam déprecationibus adjuvarent suam Domino pudicitians
commendantem. (a)
Après avoir ainsi exposé l'endroit des
'Actes de Ste. Cecile , qui a déterminé le
choix des Joueurs d'Instrumens et des
Musiciens , je puis conclure hardiment
que cette Sainte n'a été choisie par eux
pour Patrone que parce qu'on lit que
forsqu'il fut question de la marier , il y
avoit des Instrumens àla Fête. De sorte
que , sans faire attention que l'Histoire
de cette Sainte , telle qu'elle est , la repré
(a) Je tire ce Texte d'un Manuscrit de 600 ans.
sente
JANVIER 1732. 5
2
sente comme mariée malgré elle , et comme ayant une répugnance marquée à entendre toute cette mélodie , et songeant
plutôt aux choses spirituelles , on la prend
pour la Protectrice des Symphonies et des
Concerts qui se font au moins avec autant
d'appareil que celui qui , selon les mêmes
Actes paroissoit lui être à charge. En
effet , le langage de l'Historien laisse
penser qu'il en étoit de la Musique à son
égard , comme des beaux habits dont elle
étoit parées et c'est avec raison qu'il prétend faire son Panegyrique , lorsqu'il dit
qu'elle n'avoit pas plus d'attache à l'un'
qu'à l'autre. Une legere attention sur ce contraste suffit , ce me semble › pour dé
tromper bien des gens , touchant la justesse prétendue du choix fait par les Mu
siciens. Ce n'étoit pas un Privilege particulier à Ste. Cecile , d'avoir des Joueurs
d'Instrumens à ses nôces : c'étoit la coûtume de son temps , comme ce l'est encore aujourd'huy. Il n'y a gueres de Saints
parmi ceux qui ont été mariez , qui ne
se soient peut-être trouvez dans de sem
blablescirconstances. Pourquoi donc choisir plutôt Sainte Cecile qu'une autre ?
Est-ce à cause que la Musique des Instrumens a paru lui déplaire , ou au moins nè
faire aucune impression sur ses sens ?
Cij
36 MERCURE DE FRANCE
:
Je prévois bien , Monsieur , que mes
reflexions ne feront pas plaisir à un grand
nombre de Musiciens. Etant accoutumez
à juger de la verité et de l'antiquité des
choses , parce qu'ils en voyent de leurs
jours , ils diront que le choix de Ste. Ce-.
cile pour Patrone de leur Profession , ne
peut être que bon et ancien , puisqu'il est
si étendu, J'avoue qu'il n'est que trop
étendu mais aussi il faut convenir qu'il
a été fait dans un temps où l'on tenoit
pour véritables les Actes qui portent son
nom , et où l'on croyoit qu'un seul mot dans l'Office , pourvu qu'il eût rapport
à la Musiquede loin ou de près , directement ou indirectement , suffisoit pour se
fixer et s'arrêter. Dispensez - moy d'entrer
en explication de certaines autres Professions qui n'ont pas été plus heureuses , cr
de vous citer l'origine du choix d'un
grand nombre deConfreries. Après tout ,
quoique les Actes de Sainte Cecile soient
faux , la Sainte n'en est pas moins réelle
et veritable. Quoiqu'on ne sçache point
même en quel Pays elle a été martyrisée ,
et qu'il soit incertain si c'est à Rome ou
dans la Sicile , il n'en est pas moins constant que cette Sainte est une veritable
Martyre. Et puisque son nom est dans le
Canon de la Messe il en faut conclure
qu'elle
JANVIER 1732. 3
qu'elle est une des plus anciennes Martyres de l'Eglise Romaine. C'est tout ce
qui peut faire son Eloge , sans que pour
cela la Musique doive s'y interesser plus
qu'à une autre Sainte , par les raisons peremptoires que j'ai apportées.
En abandonnant le choix qui a été fait
si mal- à-propos dans ces derniers temps ,
il est nécessaire de le remplacer par quelque autre Saint qui puisse être proposé
avec fondemens au Corps des Musiciens ,
et à leurs aggrégez. On se fatigueroit en
vain à chercher pour cela un Saint de la
premiere antiquité ; puisque la Musique
dans le sens qu'ils veulent qu'on l'entende,
est assez nouvelle dans l'Eglise. Il seroit
question de découvrir l'introduction des
Instrumens dans l'usage des Offices Divins , et de trouver quelque saint personnage qui se soit plû à en jouer, Le siécle
de Charlemagne fournit un S. Arnold
du Duché de Juliers : mais la Profession
de simple Joueur de Violon qu'il exerça ,
n'est pas proportionnée à tout ce que la
Musique renferme. En descendant quelques siécles plus bas , on trouve un Saint
Dunstan , Archevêque de Cantorbery
en Angleterre. Les Auteurs de sa vie le
représentent comme un Personnage qui
se plaisoit dans sa jeunesse à jouer de toute
Ciij sorte
38 MERCURE DE FRANCE
sortes d'Instrumens , du Psalterion , de la
Guitare , des Orgues , et toujours pour
les louanges de Dieu. Quamvis omnibus :
artibus Philosophorum magnificè polleret ,
ejus tamen multitudinis qua. Musicam instruit , eam videlicet que Instrumentis agitatur speciali quadam affectione scientiam vindicabat , sicut David Psalterium sumens ,
Citharam percutiens , modificans Organa 2,
Cymbala tangens. (a ) Et plus bas ils rapportent , que lorsque Athelme , Archevêque de Cantorbery , l'eût produit auprès du Roy Ethelstan , ce fut sa parfaite´
habileté à jouer de tous les Instrumens
qui lui concilia l'amitié du Roy et de
toute la Cour. Cum videret Dominum Regem secularibus curis fatigatum , psallebat in.
Tympano , sive in Cithara , sive alio quolibet musici generis Instrumento : quo facto
tam Regis quam omnium corda Principum
exhilarabat. Et afin que par le mot Psallebat, on ne puisse entendre des Airs profanes , il est dit un peu plus haut du même
Saint : Sicut David ergo noster symphonista Vasa cantici habuit , quia usum illorum nonnisi in divinis laudibus expendit.
Mais si l'on ne veut point recourir à
P'Angleterre pour y choisir un Saint Protecteur de la Musique , et si l'on est
(a) Osbernus seculo V. Benedictino.
bien
JANVIER. 1732. 39
bien aise de ne pas déplacer la Fête des Chantres de la saison où elle se trouve
aujourd'hui , on peut prendre un Saint
de notre France qui est assez celebre
dont la Fête arrive le 18. Novembre , qui
est le jour auquel il déceda à Tours l'an
942. C'est S. Odon. Il avoit eu à Paris
pour Maître de Musique le fameux Remi
d'Auxerre cet homme generalement
versé en toute sorte de sciences. Il avoit
appris sous lui à connoître les differentes
combinaisons des harmonies , consonantes , affinales , &c. par le moyen du monocorde qui servoit alors à instruire les
Commençans ; et il devint par la suite si
habile dans la Musique Ecclesiastique
qu'il fut jagé digne d'être Grand- Chantre de l'Église de Tours ,où il composa
plusieurs Pieces de Chant. Il est vrai qu'il
ne resta point dans cet état ; s'étant fait
Religieux il devint Abbé de Clugny ;
mais il aima toûjours les mélodies Ecclesiastiques , et il en composa jusqu'à la fin
de sa vie. Ce Saint appartient plus parriculierement à l'Eglise de France , puisqu'il a été Membre d'une des plus illustres Eglises du Royaume, ( a) où l'on s'est
toûjours appliqué à faire l'Office avec
majesté.
(a)Tours.
Ciiij Quelque
40 MERCURE DE FRANCE
Quelque Musicien versé dans l'Histoire , pourra dire , que puisqu'il est à
propos de se départir du mauvais choix
fait de Sainte Cecile , il vaut autant que
dans chaque Pays les Musiciens ou Chantres de profession se choisissent un saint
Patron particulier , et que peut être se
trouvera t'il peu de Provinces où il n'y
ait des Saints qui ont été amateurs du
Chant , ou qui ont eû quelque rapport
avec l'exercice de cette Science. Je ne
parle point de l'Eglise de Lyon , où l'on
connoît un S. Nicier , Evêque , qui s'est
distingué dans le Chant Ecclesiastique et
qui même l'a enseigné à de jeunes enfans ; cette Eglie peut bien celebrer une
Fête de Chantres de Plain- Chant , mais
non pas de Musiciens , parce qu'elle n'en
a jamais admis dans le sens qu'on entend
aujourd'hui le nom de Musiciens. L'Eglise de Clermont a eu un S. Gal et un
S.Priet, Evêques, qui ont cultivé particu
lierementla science du Chant, excités par
l'avantage qu'ils avoient d'être doüez d'une belle voix. L'Eglise de Paris a eû aussi
pourPrélat unSaint qui pourroit très - bien
être choisi pour Patron de la Musique de
cette Capitale du Royaume ; c'est S. Germain. Le Poëte Fortunat , qui a écrit son
Eloge en Vers, fait une description si pompeuse
JANVIER 1732. 4.I
peuse de de la maniere dont on celebroit
Office dans son Eglise Cathedrale, qu'on
diroit que ce Saint y auroit établi le contrepoint et le Faubourdon , quoique cela ne
soit pas. Il est seulement vrai de dire qu'il
anima le Chant , et qu'il le regla. Mais
puisque ce sont les mouvemens que se
donnent des Particuliers de l'Eglise du
Mans qui m'excitent à vous écrire , ne
peut- on pas leur dire qu'ils cherchent
bien loin ce qu'ils ont chez eux- mêmes.
Ils ont, en effet, S. Aldric, qui de Préchantre
de l'Eglise de Metz , fut fait leur Evêque
au neuviéme siecle. Il n'étoit point de
ees Préchantres simplement porteurs de
Bâton et de Chappe ; l'Histoire de sa Vie
publiée au troisiéme Tome des Mélande M. Baluze , dit de lui ges dès sa que
jeunesse : Cantum Romanum atqu: Grammaticam sive divine scripture seriem bumiliter discere meruit , quibus pleniter atque
doctissimè instructus est ; il semble qu'un
Evêque du Mans qui est Saint , et qui a
sçû parfaitement le Plain- Chant , ayant sqü été Moderateur du Chœur d'une celebre
Eglise , mériteroit mieux que Sainte Cecile d'être le Patron des Chantres et des
Enfans- de-Chœur de l'Eglise du Mans ,
puisque c'est un Personnage à qui l'on
peutappliquer à la lettre ce Passage de l'E CY criture
42 MERCURE DE FRANCE
criture, où il est dit de David : Stare fecitCantores contra altare et in sono eorum dulces
fecit modos. (a) Ce Texte est clair et sans .
obscurité. Il n'en est pas de même du
Passage des Actes de sainte Cecile. Quand
même ces Actes seroient veritables , les
Musiciens auroient tort de croire sur le -
simple fondement de ce qui y est contenu , qu'il y auroit eû des Orgues dans
le sens que nous l'entendons à la Fête
de son Mariage ; parcequ'il est indubitable qu'Organa dans l'antiquité signifie un
assemblage de plusieurs sortes d'Instrumens. Mais n'est-ce pas agir d'une maniere insupportable , et abuser visible--
ment des Orgues d'aujourd'hui , que de mettre cet Instrument entre les mains
de sainte Cecile ? C'est vouloir tromper
les Peuples de gayeté de cœur , et abuser
dela crédulité des simples , que de la répresenter en faction devant un Clavier
Il me paroît que c'est prétendre leur
persuader cette Sainte est bienchoisie
queen supposant comme
pour Patrone
vrai , ce qui cependant est faux ; sçavoir ,,
qu'elle faisoit métier de toucher de cet
Instrument , tandis que c'est tout le contraire, et que le Jeu d'Orgues n'a été
joint à la figure que pour marquer que
(*) Ecclesiastici , Cap. 47. ¥. 11.
les
JANVIER. 1737. 43
1
lés Musiciens l'ont choisie pour leur Protectrice. Ce n'est pas le choix qui supose
les Orgues; ce sont les Orgues qui présupposent le choix, et qui en sont le signe
et la marque. Dans les Chroniques Latines , imprimées in folio , à Nuremberg,
l'an 1493. avec des figures ; sainte Cecile
est representée avec un peigne de fer à
la main. Il peut se faire que cette Sainte
ayant été représentée de la même maniere
sur quelques murailles ou sur quelque vitrage , l'on ait pris par la suite cet Instrument de martyre pour un Jeu d'Orgue.
On se méprend quelquefois plus grossierement à des Peintures , losrqu'elles sont
à demi effacées. Tout-au- plus ce qui éoit
permis depuis le choix fait par les Mu--
siciens , étoit de représenter un Jeu d'Orgue aux pieds de sainte Cecile , de la
maniere qu'on mer quelquefois des Ar--
moiries ou des Hieroglyphes sous certai
nes statuës. Mais ce qui auroit été convenable , pour couper court , eût été
de laisser sainte Cecile au Monastere de
Filles avec les Agnès , les Luces et les
Agathes , et que les Musiciens eussent
porté leur dévotion particuliere vers un
Saint , sans craindre que la Sainte leur
fût moins propice. Il ne tiendra qu'à eux
de le faire après tout ce que j'ai dit sur
Cvj 121
44 MERCURE DE FRANCE
la fausseté des Actes qui portent son
nom, et sur l'incongruité du choix , quand
même ces Actes seroient veritables. Il
né dépendra que d'eux de s'attacher à
un Saint qu'ils puissent veritablement regarder comme le prototype ou le modele
de leur Profession. Je me suis contenté
d'en indiquer quelques-uns , sans prétendre avoir épuisé tous ceux que l'Histoire
Ecclesiastique pourroit fournir. Je passe
sous silence le peu de solidité qu'il y auroit de choisir S. Vincent Martyr , précisement à cause que dans le Verset d'un
des Répons de son Office on lit : Dantur
ergo laudes Deo Altissimo , et resonante Organo vocis Angelica modulata suavitas
procul diffunditur , ou de s'arrêter à sainte
Ysoïe ou Eusebie , Abbesse d'Haimage en
Flandres , dont il est écrit qu'elle regne
dans le Ciel : Ubi organizans canticum
immaculatum sponsum Agnum sequendo tripudiat. Le peu de fondement de ce choix
sauteroit aux yeux , et je ne crois pas que
jamais on y pense.
Au reste , je ne me déclare point ennemi de la Musique ni des Instrumens.
Tant s'en faut ; je puis dire comme le
Cardinal Bona : Et Musicam amo , et pu
det me plerosque Ecclesiasticos viros totius
vita cursu in cantu versari ; ipsum verò
cantum
JANVIER 1731. 45
cantum ( quod turpe est ) ignorare. (a) J'ai
me la Musique , j'aime le Plain-Chant
j'aime ceux qui s'y connoissent veritablement ; mais je demanderois volontiers à
toute l'Ecole de sainte Cecile un secret
pour empêcher de jamais parler de ces
matieres-là et de s'ériger en Maîtres de
Psalmodie , ceux qui ne peuvent et ne
pourront jamais distinguer un semi-ton
d'avec un ton , ainsi qu'ils le font voir
en plein Choeur par une triste experience
de tous les jours ; et je m'en rapporte à
vous , Monsieur , pour décider s'ils na
sont pas dans le même cas que ces Doc.
teurs en Lecture , qui ne sçauroient distinguer une lettre voyelle d'avec une
lettre consonne. Ce ne sont pas là , Monsieur , les Chantres de l'Eglise Chrétienne, dont je serois prêt de faire l'Apologie ; mes Argumens en faveur de la
Musique , sont toûjours pour appuyer
des sujets qui lui font plus d'honneut.
Si on entreprenoit de bannir ceux cy de
nos Eglises et d'en exclure toute sortę
de Musique , je serois le premier à m'y
opposer, en représentant que dans toutes les choses établies au vû et au sçû des
Superieurs, il nefaut retrancher que ce qui cst devenu abusif. Mes raisonnemens donc
(a)De div. Psalmedia , Cap. 17. §. 3. Num. 1.
contre
45 MERCURE DE FRANCE
contre la Confrairie de sainte Cecile , ne
doivent pas être suspects : ce n'est que
pour le mieux , que j'exhorte ceux qui
s'y sont enrôlez , à considerer le deffaut
qui est dans leur choix ; afin que si dans
quelque Ville du Royaume ils sont heureusement d'assez bon goût pour y
choisir
un autre Patron , en même temps qu'on y
réforme le Breviaire , la justesse de leur
nouveau choix puisse ensuite s'étendre ailleurs de la même maniere que l'incongruité de l'ancien s'étoit fait place à la
faveur de la fable et de la fiction. Je
suis , & c.
Ce Samedy 20. Octobre, Fête de Saint
Aderald , Chanoine de votre Eglise.
de l'Eglise Cathedrale de *** sur le choix
que les Musiciens ont fait de Ste Cecile
pour leur Patronne.
'Est chose très -loüable , MonCsieur , que dans chaque Profession
il y ait un saint Patron dont on se propose d'imiter les vertus en même temps
qu'on se porte à célébrer sa Fête. Mais
yous m'avouerez que souvent il est arrivé
que
22 MERCURE DE FRANCE
que les Particuliers desquels ce choix a
dépendu , n'ont pas été heureux dans
celui qu'ils ont fait. Je m'amusai , il y a
plus de vingt ans , à parcourir un Calendrier qui s'imprimoit à Paris , chez Louis
Josse , sous le nom d'Almanach spirituel :
Je trouvai qu'il y avoit bien des refléxions à faire sur les raisons qui ont pû
fixer certains choix qui paroissent avoir
été faits d'une maniere assès burlesque
et je ne craindrois point d'être désaprouvé par ceux qui composent les Confreries:
dont le saint Patron est mal choisi , si
j'osois entrer dans le détail de quelquesuns.
Il est vrai que toutes les Professions ,
Arts , et Etats n'ont pas le bonheur d'avoir des Saints qui ayent exercé ces Professions ; ou si des gens de bien les ont
exercées , ils n'ont pas ей , pour cela , la
gloire d'être canonizez. Il n'est pas de:
tous les Etats comme de celui des Medecins , qui , outre un S. Luc , ont encore
S. Côme et S. Damien. Il est des Artisans
de bien des especes : et tous n'ont pas l'avantage d'avoir comme les Orfévres
un Personnage qui se soit sanctifié dès le
temps auquel il exerçoit ce métier , comme a fait un S. Eloy. Mais il faut aussi
avouer qu'il y a des Etats et des Profes-
>
sions
1
JANVIER 1732: 2:3
و
sions qui ont fourni des Saints , ausquels .
cependant on ne pense pas davantage que
s'ils n'étoient jamais venus au monde ,.
des Saints dont il y auroit d'excellentes:
choses à dire en Chaire pour l'instruction:
des gens du même état si le choix du
Patron étoit fait avec un peu plus d'attention et de discernement. Qui empêcheroit , par exemple , les Marchands de
prendre pour Patron un S. Homebon
Marchand de la Ville de Cremone , les:
Laboureurs , un S. Isidore , qui a été Laboureur en Espagne , et les Vignerons ,
un S. Antonin de Sorrente en Italie
qui planta de ses propres mains une Vigne dont le Vin étoit si délicieux , qu'on
n'en présentoit point d'autre à tous les
Princes et grands Seigneurs qui passoient:
dans ce Pays-là.
"
و
Tout ce que j'ay dit jusqu'icy , Mon--
sieur , n'est que pour en venir à une Profession qui est très- remarquable dans nos
Eglises c'est, celle des Musiciens. Tant
de Saints ont chanté , comme eux , en Public les louanges du Seigneur , que le
nombre en est inexprimable. Il y a eû
aussi des Saints qui ont écrit sur le Chant
Ecclésiastique , d'autres qui ont sçû jouer
des Instrumens. Les uns ont perfectionné
le Chant ou la Musique dans la Specula- tion:
24 MERCURE DE FRANCE
tion : les autres y ont donné de nouveaux
accroissemens dans la Pratique. Tel Saint
fabriquoit lui-même des Instrumens de
Musique ; tel'autre donnoit des Regles
pour s'en servir. N'est-ce pas là ce que
font les Musiciens de nos jours ?
La chose étant ainsi , ils devoient donc
choisir pour leur Patron un Saint de quelqu'unes des especes que je viens d'indiquer. Mais au lieu de prendre ce party ,
et de se fonder sur une Histoire bien averée , ils se sont arrêtés à une Legende telle
qu'elle , et ils ont été déterminez à l'occasion d'un mot unique , dont ils n'ont
pas pris la peine de se donner l'intelligence. S'il est vrai que ce choix est proportionné aux lumieres qu'on avoit il y a
cent ou six-vingt ans , il ne s'ensuit pas
de là qu'il doive toujours subsister.
7
ya:
On ne peutgueres douter que les Musi--
ciens et les Chantres inferieurs des Eglises
Canoniales n'ayent été portez à se choisir
un jour de Fête , lorsqu'ils ont vû que
les autres Professions en avoient. Il y eut
untemps , comme tout le monde le sçait,
que les Prêtres (a) avoient pour Fête Patronale le jour de S. Jean l'Evangeliste
les Diacres le jour de S. Etienne , les Soû-
(a) Quelques Personnes assurent que dans les plus bas siécles les Prêtres ont choisi la Transfiguration
pour leur Fête Patronale.
diacres
JANVIER 173.2. 2*
diacres un autre jour voisin de la Fête de
Noël. Le reste du chœur se joignit appa
remment à ces derniers. Mais depuis qu'on
eût déclaré dans le XV. siécle une Guerre
ouverte à cette Fête du bas-Chœur , il y
eut du partage dans le choix du jour qui
passeroit pour la solemnité patronale. En
certains Pays on s'arrêta à S. Gregoire ,
Pape , en l'honneur duquel on trouvoit un Office propre tout noté dans les anciens Antiphoniers. En d'autres où l'on
ne pût goûter le choix de la S. Gregoire ,
parce qu'elle tombe en Carême , on choisit les 7. Freres Martyrs , Enfans de Ste
Felicité , par une raison assez frivole. (a)-
Quoiqu'il en soit , il n'y a gueres plus
de cent ans que les Musiciens , ou Chantres gagèz étoient partagez selon les Pays,
sur le choix de leur Fête Patronale , et
qu'ils reconnoissoient differensSaints pour
leurs Patrons. Dans la Flandre , où la Mu
sique a fleuri plus qu'en certaines autres
Provinces du Royaume , l'on ne connoissoit point encore Sainte Cecile pour Protectrice des Musiciens , il y a cent- cinquante ans. Si elle avoit été représentée
comme telle , et avec un Jeu d'Orgues ,
vers l'an 1580 , Molanus , célebre Doc
teur de Louvain , qui marqua dans le Li-
(4) Auxerre.
VIQ
26 MERCURE DE FRANCE
vre qu'il fit imprimer alors sur les Images , toutes les figures symboliques qu'on
ajoutoit aux Statuës des Saints , n'auroit
pas oublié Sainte Cecile ; cependant il ne dit pas un seul mot de cette Sainte : ce
qui est une marque qu'il ne l'avoit encore vûe représentée en aucun endroit.
Je mecrois donc assès fondé pour avan
cer que ce n'est que depuis un Siecle , ou ,
un peu plus , que les Musiciens se sont
réunis à choisir cette Sainse pour leur Patrone. L'Office propre qu'on chantoit
presque par tout en son honneur depuis
plusieurs siecles , aura gagné alors leurs
suffrages , et les aura déterminé à ce choix.
Ceux d'aujourd'huy croyent qu'il a été
fait avec tant de maturité et de déliberation par leurs Prédecesseurs , qu'il est
difficile de les en faire revenir. L'habi
tude dans laquelle ils sont , de voir Sain
te Cecile représentée avec un Jeu d'Or
gues , fait qu'iis continuent de croire
qu'elle étoit de la Profession , ou au moins
qu'elle aimoit les Instrumens musicaux
cependant , à considerer les choses dans
leur origine , on reconnoîtra que ce Jeu
d'Orgues n'a été ajoûté aux figures de
cette Sainte , que depuis que les Musiciens se sont mis sous sa protection. C'est
ainsi qu'ils prennent l'effet pour la cause
et la cause l'effet.. pour Je
JANVIER 1732. 27
Je ne vous diray pas en quelles Provinces ce choix a d'abord été fait. Il y a
apparence que c'est en Italie. Les honneurs qu'on prétend rendre à Sainte Cecile par la Musique , y sont même poussez jusqu'à un point qui pourra vous réjouir. Dans une Ville de cette vaste partie de l'Europe , l'une des Eglises Paroissiales porte le nom de Sainte Cecile. Le
Clergé n'en est pas fort nombreux , par
ce qu'il y a dans la même Ville cinquante-cinq autres Paroisses, Une Personne
grave qui m'a honoré de son amitié dans
sa vieillesse , m'a dit qu'elle entra dans
cette Eglise l'an 1669. à son retour de
Rome : c'étoit un Dimanche au soir !
Elle y trouva le Curé qui disoit Vêpres.
tout seul : mais le son de sa voix étoit
admirablement secondé par un grand
nombre de petits Oiseaux qui faisoient
dans la Tribune des Orgues un gazoüillement très agréable. S'étant informé de
Forigine de cette Musique , on lui dit
que ces Oiseaux étoient nourris là comme
dans une Voliere , où ils faisoient un con--
cert jour et nuit pour honorer Sainte Cecile , et que la Paroisse n'ayant pas assès.
de revenu pour y faire chanter l'Office
excepté le jour de la Fête Patronale , on
se contentoit durant le reste de l'année
·
des
28 MERCURE DE FRANCE
des services de ces petits Musiciens. Vous
pouvez croire qu'en dédommagement , il
n'y a rien d'épargné le 22 Novembre
et que tous les Enfans de Sainte Cecile.
tiennent à honneur de se réunir ce jour- là.
dans ce lieu.
On est persuadé en Italie plus qu'ailleurs , de la verité de tout ce que les
Legendes du Beviaire renferment ; et Tes
Musiciens qui ne se picquent pas d'être
grands Critiques en fait d'Histoire , s'en
rapportent volontiers à la croïance de ceux
qui les ont éleveż . Soit que ce soit en Italie, ou dans les ProvincesMeridionnales de
la France que le choix ait été fait d'abord
de Sainte Cecile pour Patrone des Musiciens , il est constant qu'il est très - mak
fait. Je ne songeois à rien moins qu'à vous
prier de rendre publique cette Lettre lorsque l'on m'a fait voir une Lettre circulaire , imprimée en forme d'Affiche de la.
part du Maître de Musique de l'Eglise
Cathédrale du Mans , par laquelle tous
les Musiciens du Royaume sont invitez.
àmettre en Musique les paroles jointes à
cette Lettre, destinées à servir de Motet
à la Messe solemnelle de la Fête de Sainte
Cecile. Et comme si le sujet étoit le plus
heureux du monde , on y ajoûte les mêmes clauses et conditions qui sont ordi- nairement
JANVIER 1732. 29
,
nairement proposées pour les Pieces d'Eloquence ou de Poësie qui subissent l'éxamen de differentes Académies , établies
dans le Royaume et qui sont honorées
d'un prix de conséquence. La Piece Mu- sicale sera examinée : ( on ne dit pas par
qui:) et celle qui sera trouvée la meilleure dans le genre de Musique qu'on demande , sera chantée préferablement aux
autres dans l'Eglise du Mans , et l'Auteur
sera récompensé d'une Croix d'or. J'ay
appris aussi que dans l'Eglise d'Evreux ,
et dans les autres de Normandie on a fait
dans le siécle dernier quelque chose de
semblable ; au moins on en produit des
Programmes ou Avis imprimez en 1667.
et 1668. Et encore de nos jours a Evreux,
lorsqu'il arrive qu'un Maître de Musique
qui a du renom , s'y rend au 22 Novembre , pour faire chanter une Musique de
sa façon à la Fête de Sainte Cecile , on lui
fait present d'une Médaille d'argent , qui
représente d'un côté l'image de cette Ste.
et de l'autre les Armes du Chapitre.
que
Sainte Cecile étant ainsi devenue le sujet des Chef- d'œuvres de Musique , on ne peut pas attendre l'effet du maumais choix se manifeste plus évidemment,
et il paroît que le temps est venu de combattre le fondement de ce choix.
Comme
30 MERCURE DE FRANCE
,
Comme toutes choses sont sujettes à
vicissitude sur la terre et que tous les
jours on avance dans la connoissance de
l'Histoire on a découvert que le choix
de Sainte Cecile pour Patrone des Musiciens n'est appuyé que sur un fondement
ruineux , c'est-à- dire,sur des Auteurs qui
attribuent à cette Sainte des faits qu'il
leur a plû d'imaginer pieusement , ou sur
un texte historique mal entendu , et pris
àcontre-sens , en cas qu'il soit veritable ;
et c'est ce qu'il est besoin de développer.
Que disent sur la Legende de cette Sainge
les Historiens réconnus pour les plus éclairez de nos jours ? M. de Tillemont (1) déque les contradictions qui se trou- cla
dans
ses
Actes
, en
donnant
une
idée
vent
assès désavantageuse , qu'ils ne sont composez que de Miracles extraordinaires ,
et d'autres choses qui ont peu d'apparence
de verité que , quoiqu'ils soient assès
anciens pour avoir été vûs par le vénérable Bede , il ne croit pas , cependant ,
qu'il y ait moyen de les soutenir. Le Pere
Garnier , Jesuite , dont on a quelques ouvrages sur l'antiquité Ecclésiastique , qui
sont fort estimez , combat ces Actes pat
l'endroit du Prefet Almaque , dont ils
font mention , outre plusieurs autres fau
(1)Tom. III. Hist. Eccl. p. 689.
tes
JANVIER 1732. 31
4
›
tes dont il reconnoit qu'ils sont pleins
M. Baillet (1 ) assure qu'ils n'ont presque
aucune autorité , qu'ils sont difficiles à
soûtenir dans presque toutes leurs cirConstances soit pour les temps et les
dieux , soit pour les grands Discours et les
grands Miracles qu'ils contiennent. Il est
Vrai que dans un autre endroit ( 2 ) il dit
que ces Actes n'ont rien de choquant ou
de scandaleux dans ce qu'ils ont d'incroyable mais il ajoûte aussi- tôt qu'ils
n'ont rien d'authentique dans ce qu'ils
paroissent avoir de plus noble. Le Public
peut croire par avance , que le jugement
des sçavans Bollandistes ne se trouvera pas
beaucoup different lorsque le temps sera
venu qu'ils seront obligez de s'expliquer on peut même , sans trop hazarder , conclurre de ce que leurs Prédéces
seurs ont dit au 14 Avril , sur S. Valerien
et S. Tiburce , et au 25 Mai , sur S. Urbain , que ceux de leurs Confreres à qui
il appartiendra , de traiter les Saints du
22 Novembre , ne s'éloigneront pas extrêmement de ce qu'a dit le Pere Garnier ,
et même il peut se faire qu'avec le temps
il leur vienne de nouvelles lumieres pour
impugner encore plus fortement les Actes
(1)Table critique du 22 Nov.
>
(3) Au 22 Novembre
9
de
2 MERCURE DE FRANCE
de Sainte Cecile , et les faire abandonner generalement.
و
C'est donc le peu de fond qu'il y a à
faire sur cette piece , qui a porté les Evêques , qui ontfait réformer leurs Breviaires à en rétrancher cette Legende. Il y en
a qui n'ont assigné à Ste Cecile aucune
Leçon propre , et qui ont tout renvoyé
au commun ou l'ont réduit en simple
commemoration, comme on vient de faire
à Langres. D'autres ont permis qu'on inserât à Matines un Fragment du Sacramentaire de S. Gregoire , où il est dit simplement que Cecile a été fortifiée par la
grace de Dieu , de maniere que rien n'a
pû ébranler sa foy et sa vertu , ni le penchant de l'âge , ni les caresses du siecle ,
ni la foiblesse du sexe , ni la cruauté des
tourmens , cet Eloge n'ayant pû fournir
qu'une seule Leçon fort courte , c'est ce
qui a été cause que l'Office du 22 Novembre a été réduit à trois Leçons , dont deux
sont de la Sainte Ecriture. Par là toutes
les Antiennes et Répons propres qui
étoient dans les Antiphoniers precedens ,
ont été rejettez , et par conséquent l'AntienneCantantibusOrganis ôtée de l'Office.
Or comme il n'y avoit que cet endroit de
la prétendue Histoire de la Sainte , qui ,
après bien des siecles , avoit déterminé.
les
JANVIER 1732. 33
les Musiciens et Joueurs d'Instrumens à
la choisir pourPatrone ; il est bon de faire
quelques refléxions dessus , afin d'en montrer la foiblesse , et de faire voir que ,
quand même il seroit bien averé , il prou
veroit seulement qu'il y avoit autrefois
des Instrumens de Musique dans les nôces
chez les Romains , ce que personne ne
revoque en doute , et qui n'a nulle liaison
avec l'usage qu'on a fait de ce Texte.
:
Ce Texte dit donc simplement que Cecile fut promise à un jeune homme appellé Valerien que le jour des nôces étant
venu , elle parut vêtuë d'habits éclatans -
en or , par dessous lesquels elle portoit le
cilice que les Instrumens de Musique
faisoient retentir dans la Salle où étoit le
lit nuptial toutes sortes d'airs convenables
à une telle conjoncture ; mais que Cecile ,
sans y faire attention , ne s'appliquoit interieurement qu'à Dieu seul , à qui elle disoit du fond de son ame : » Seigneur, que
» mon cœur et mon corps soient conser-
» vez sans tâche , afin que je ne sois pas
» confondue. Cujus Dei ) vocem audiens
Cecilia Virgo clarissima absconditum semper
Evangelium Christi gerebat in pectore ..
Dominumfletibus exorans , ut virginitas ejus
ipso conservante inviolata permaneret. Hac
Valerianum quemdamjuvenem habebat spon
C SU
34 MERCURE DE FRANCE
sum : qui juvenis in amore virginis perur
gens animum diem constituit nuptiarum.
Cecilia verò subtus ad carnem cilicio induta , desuper auratis vestibus regebatur. Parentum verò tanta vis et sponsi circa illam
erat exæstuans , ut non posset amorem cordis
sui ostendere , et quod solum Christum diligeret indiciis evidentibus aperire. Quid multa ? Venit dies in quo thalamus collocatus est.
Et cantantibus organis , illa in corde suo soli
Domino decantabatidicens : Fiat cor meum et
corpus meum immaculatum , ut non confundar ; et biduanis ac triduanis jejuniis orans
commendabat Domino quod timebat. Invita
bat Angelos precibus , lachrymis interpellabat Apostolos , et sancta omnia Christo famulantia exorabat , ut suis eam déprecationibus adjuvarent suam Domino pudicitians
commendantem. (a)
Après avoir ainsi exposé l'endroit des
'Actes de Ste. Cecile , qui a déterminé le
choix des Joueurs d'Instrumens et des
Musiciens , je puis conclure hardiment
que cette Sainte n'a été choisie par eux
pour Patrone que parce qu'on lit que
forsqu'il fut question de la marier , il y
avoit des Instrumens àla Fête. De sorte
que , sans faire attention que l'Histoire
de cette Sainte , telle qu'elle est , la repré
(a) Je tire ce Texte d'un Manuscrit de 600 ans.
sente
JANVIER 1732. 5
2
sente comme mariée malgré elle , et comme ayant une répugnance marquée à entendre toute cette mélodie , et songeant
plutôt aux choses spirituelles , on la prend
pour la Protectrice des Symphonies et des
Concerts qui se font au moins avec autant
d'appareil que celui qui , selon les mêmes
Actes paroissoit lui être à charge. En
effet , le langage de l'Historien laisse
penser qu'il en étoit de la Musique à son
égard , comme des beaux habits dont elle
étoit parées et c'est avec raison qu'il prétend faire son Panegyrique , lorsqu'il dit
qu'elle n'avoit pas plus d'attache à l'un'
qu'à l'autre. Une legere attention sur ce contraste suffit , ce me semble › pour dé
tromper bien des gens , touchant la justesse prétendue du choix fait par les Mu
siciens. Ce n'étoit pas un Privilege particulier à Ste. Cecile , d'avoir des Joueurs
d'Instrumens à ses nôces : c'étoit la coûtume de son temps , comme ce l'est encore aujourd'huy. Il n'y a gueres de Saints
parmi ceux qui ont été mariez , qui ne
se soient peut-être trouvez dans de sem
blablescirconstances. Pourquoi donc choisir plutôt Sainte Cecile qu'une autre ?
Est-ce à cause que la Musique des Instrumens a paru lui déplaire , ou au moins nè
faire aucune impression sur ses sens ?
Cij
36 MERCURE DE FRANCE
:
Je prévois bien , Monsieur , que mes
reflexions ne feront pas plaisir à un grand
nombre de Musiciens. Etant accoutumez
à juger de la verité et de l'antiquité des
choses , parce qu'ils en voyent de leurs
jours , ils diront que le choix de Ste. Ce-.
cile pour Patrone de leur Profession , ne
peut être que bon et ancien , puisqu'il est
si étendu, J'avoue qu'il n'est que trop
étendu mais aussi il faut convenir qu'il
a été fait dans un temps où l'on tenoit
pour véritables les Actes qui portent son
nom , et où l'on croyoit qu'un seul mot dans l'Office , pourvu qu'il eût rapport
à la Musiquede loin ou de près , directement ou indirectement , suffisoit pour se
fixer et s'arrêter. Dispensez - moy d'entrer
en explication de certaines autres Professions qui n'ont pas été plus heureuses , cr
de vous citer l'origine du choix d'un
grand nombre deConfreries. Après tout ,
quoique les Actes de Sainte Cecile soient
faux , la Sainte n'en est pas moins réelle
et veritable. Quoiqu'on ne sçache point
même en quel Pays elle a été martyrisée ,
et qu'il soit incertain si c'est à Rome ou
dans la Sicile , il n'en est pas moins constant que cette Sainte est une veritable
Martyre. Et puisque son nom est dans le
Canon de la Messe il en faut conclure
qu'elle
JANVIER 1732. 3
qu'elle est une des plus anciennes Martyres de l'Eglise Romaine. C'est tout ce
qui peut faire son Eloge , sans que pour
cela la Musique doive s'y interesser plus
qu'à une autre Sainte , par les raisons peremptoires que j'ai apportées.
En abandonnant le choix qui a été fait
si mal- à-propos dans ces derniers temps ,
il est nécessaire de le remplacer par quelque autre Saint qui puisse être proposé
avec fondemens au Corps des Musiciens ,
et à leurs aggrégez. On se fatigueroit en
vain à chercher pour cela un Saint de la
premiere antiquité ; puisque la Musique
dans le sens qu'ils veulent qu'on l'entende,
est assez nouvelle dans l'Eglise. Il seroit
question de découvrir l'introduction des
Instrumens dans l'usage des Offices Divins , et de trouver quelque saint personnage qui se soit plû à en jouer, Le siécle
de Charlemagne fournit un S. Arnold
du Duché de Juliers : mais la Profession
de simple Joueur de Violon qu'il exerça ,
n'est pas proportionnée à tout ce que la
Musique renferme. En descendant quelques siécles plus bas , on trouve un Saint
Dunstan , Archevêque de Cantorbery
en Angleterre. Les Auteurs de sa vie le
représentent comme un Personnage qui
se plaisoit dans sa jeunesse à jouer de toute
Ciij sorte
38 MERCURE DE FRANCE
sortes d'Instrumens , du Psalterion , de la
Guitare , des Orgues , et toujours pour
les louanges de Dieu. Quamvis omnibus :
artibus Philosophorum magnificè polleret ,
ejus tamen multitudinis qua. Musicam instruit , eam videlicet que Instrumentis agitatur speciali quadam affectione scientiam vindicabat , sicut David Psalterium sumens ,
Citharam percutiens , modificans Organa 2,
Cymbala tangens. (a ) Et plus bas ils rapportent , que lorsque Athelme , Archevêque de Cantorbery , l'eût produit auprès du Roy Ethelstan , ce fut sa parfaite´
habileté à jouer de tous les Instrumens
qui lui concilia l'amitié du Roy et de
toute la Cour. Cum videret Dominum Regem secularibus curis fatigatum , psallebat in.
Tympano , sive in Cithara , sive alio quolibet musici generis Instrumento : quo facto
tam Regis quam omnium corda Principum
exhilarabat. Et afin que par le mot Psallebat, on ne puisse entendre des Airs profanes , il est dit un peu plus haut du même
Saint : Sicut David ergo noster symphonista Vasa cantici habuit , quia usum illorum nonnisi in divinis laudibus expendit.
Mais si l'on ne veut point recourir à
P'Angleterre pour y choisir un Saint Protecteur de la Musique , et si l'on est
(a) Osbernus seculo V. Benedictino.
bien
JANVIER. 1732. 39
bien aise de ne pas déplacer la Fête des Chantres de la saison où elle se trouve
aujourd'hui , on peut prendre un Saint
de notre France qui est assez celebre
dont la Fête arrive le 18. Novembre , qui
est le jour auquel il déceda à Tours l'an
942. C'est S. Odon. Il avoit eu à Paris
pour Maître de Musique le fameux Remi
d'Auxerre cet homme generalement
versé en toute sorte de sciences. Il avoit
appris sous lui à connoître les differentes
combinaisons des harmonies , consonantes , affinales , &c. par le moyen du monocorde qui servoit alors à instruire les
Commençans ; et il devint par la suite si
habile dans la Musique Ecclesiastique
qu'il fut jagé digne d'être Grand- Chantre de l'Église de Tours ,où il composa
plusieurs Pieces de Chant. Il est vrai qu'il
ne resta point dans cet état ; s'étant fait
Religieux il devint Abbé de Clugny ;
mais il aima toûjours les mélodies Ecclesiastiques , et il en composa jusqu'à la fin
de sa vie. Ce Saint appartient plus parriculierement à l'Eglise de France , puisqu'il a été Membre d'une des plus illustres Eglises du Royaume, ( a) où l'on s'est
toûjours appliqué à faire l'Office avec
majesté.
(a)Tours.
Ciiij Quelque
40 MERCURE DE FRANCE
Quelque Musicien versé dans l'Histoire , pourra dire , que puisqu'il est à
propos de se départir du mauvais choix
fait de Sainte Cecile , il vaut autant que
dans chaque Pays les Musiciens ou Chantres de profession se choisissent un saint
Patron particulier , et que peut être se
trouvera t'il peu de Provinces où il n'y
ait des Saints qui ont été amateurs du
Chant , ou qui ont eû quelque rapport
avec l'exercice de cette Science. Je ne
parle point de l'Eglise de Lyon , où l'on
connoît un S. Nicier , Evêque , qui s'est
distingué dans le Chant Ecclesiastique et
qui même l'a enseigné à de jeunes enfans ; cette Eglie peut bien celebrer une
Fête de Chantres de Plain- Chant , mais
non pas de Musiciens , parce qu'elle n'en
a jamais admis dans le sens qu'on entend
aujourd'hui le nom de Musiciens. L'Eglise de Clermont a eu un S. Gal et un
S.Priet, Evêques, qui ont cultivé particu
lierementla science du Chant, excités par
l'avantage qu'ils avoient d'être doüez d'une belle voix. L'Eglise de Paris a eû aussi
pourPrélat unSaint qui pourroit très - bien
être choisi pour Patron de la Musique de
cette Capitale du Royaume ; c'est S. Germain. Le Poëte Fortunat , qui a écrit son
Eloge en Vers, fait une description si pompeuse
JANVIER 1732. 4.I
peuse de de la maniere dont on celebroit
Office dans son Eglise Cathedrale, qu'on
diroit que ce Saint y auroit établi le contrepoint et le Faubourdon , quoique cela ne
soit pas. Il est seulement vrai de dire qu'il
anima le Chant , et qu'il le regla. Mais
puisque ce sont les mouvemens que se
donnent des Particuliers de l'Eglise du
Mans qui m'excitent à vous écrire , ne
peut- on pas leur dire qu'ils cherchent
bien loin ce qu'ils ont chez eux- mêmes.
Ils ont, en effet, S. Aldric, qui de Préchantre
de l'Eglise de Metz , fut fait leur Evêque
au neuviéme siecle. Il n'étoit point de
ees Préchantres simplement porteurs de
Bâton et de Chappe ; l'Histoire de sa Vie
publiée au troisiéme Tome des Mélande M. Baluze , dit de lui ges dès sa que
jeunesse : Cantum Romanum atqu: Grammaticam sive divine scripture seriem bumiliter discere meruit , quibus pleniter atque
doctissimè instructus est ; il semble qu'un
Evêque du Mans qui est Saint , et qui a
sçû parfaitement le Plain- Chant , ayant sqü été Moderateur du Chœur d'une celebre
Eglise , mériteroit mieux que Sainte Cecile d'être le Patron des Chantres et des
Enfans- de-Chœur de l'Eglise du Mans ,
puisque c'est un Personnage à qui l'on
peutappliquer à la lettre ce Passage de l'E CY criture
42 MERCURE DE FRANCE
criture, où il est dit de David : Stare fecitCantores contra altare et in sono eorum dulces
fecit modos. (a) Ce Texte est clair et sans .
obscurité. Il n'en est pas de même du
Passage des Actes de sainte Cecile. Quand
même ces Actes seroient veritables , les
Musiciens auroient tort de croire sur le -
simple fondement de ce qui y est contenu , qu'il y auroit eû des Orgues dans
le sens que nous l'entendons à la Fête
de son Mariage ; parcequ'il est indubitable qu'Organa dans l'antiquité signifie un
assemblage de plusieurs sortes d'Instrumens. Mais n'est-ce pas agir d'une maniere insupportable , et abuser visible--
ment des Orgues d'aujourd'hui , que de mettre cet Instrument entre les mains
de sainte Cecile ? C'est vouloir tromper
les Peuples de gayeté de cœur , et abuser
dela crédulité des simples , que de la répresenter en faction devant un Clavier
Il me paroît que c'est prétendre leur
persuader cette Sainte est bienchoisie
queen supposant comme
pour Patrone
vrai , ce qui cependant est faux ; sçavoir ,,
qu'elle faisoit métier de toucher de cet
Instrument , tandis que c'est tout le contraire, et que le Jeu d'Orgues n'a été
joint à la figure que pour marquer que
(*) Ecclesiastici , Cap. 47. ¥. 11.
les
JANVIER. 1737. 43
1
lés Musiciens l'ont choisie pour leur Protectrice. Ce n'est pas le choix qui supose
les Orgues; ce sont les Orgues qui présupposent le choix, et qui en sont le signe
et la marque. Dans les Chroniques Latines , imprimées in folio , à Nuremberg,
l'an 1493. avec des figures ; sainte Cecile
est representée avec un peigne de fer à
la main. Il peut se faire que cette Sainte
ayant été représentée de la même maniere
sur quelques murailles ou sur quelque vitrage , l'on ait pris par la suite cet Instrument de martyre pour un Jeu d'Orgue.
On se méprend quelquefois plus grossierement à des Peintures , losrqu'elles sont
à demi effacées. Tout-au- plus ce qui éoit
permis depuis le choix fait par les Mu--
siciens , étoit de représenter un Jeu d'Orgue aux pieds de sainte Cecile , de la
maniere qu'on mer quelquefois des Ar--
moiries ou des Hieroglyphes sous certai
nes statuës. Mais ce qui auroit été convenable , pour couper court , eût été
de laisser sainte Cecile au Monastere de
Filles avec les Agnès , les Luces et les
Agathes , et que les Musiciens eussent
porté leur dévotion particuliere vers un
Saint , sans craindre que la Sainte leur
fût moins propice. Il ne tiendra qu'à eux
de le faire après tout ce que j'ai dit sur
Cvj 121
44 MERCURE DE FRANCE
la fausseté des Actes qui portent son
nom, et sur l'incongruité du choix , quand
même ces Actes seroient veritables. Il
né dépendra que d'eux de s'attacher à
un Saint qu'ils puissent veritablement regarder comme le prototype ou le modele
de leur Profession. Je me suis contenté
d'en indiquer quelques-uns , sans prétendre avoir épuisé tous ceux que l'Histoire
Ecclesiastique pourroit fournir. Je passe
sous silence le peu de solidité qu'il y auroit de choisir S. Vincent Martyr , précisement à cause que dans le Verset d'un
des Répons de son Office on lit : Dantur
ergo laudes Deo Altissimo , et resonante Organo vocis Angelica modulata suavitas
procul diffunditur , ou de s'arrêter à sainte
Ysoïe ou Eusebie , Abbesse d'Haimage en
Flandres , dont il est écrit qu'elle regne
dans le Ciel : Ubi organizans canticum
immaculatum sponsum Agnum sequendo tripudiat. Le peu de fondement de ce choix
sauteroit aux yeux , et je ne crois pas que
jamais on y pense.
Au reste , je ne me déclare point ennemi de la Musique ni des Instrumens.
Tant s'en faut ; je puis dire comme le
Cardinal Bona : Et Musicam amo , et pu
det me plerosque Ecclesiasticos viros totius
vita cursu in cantu versari ; ipsum verò
cantum
JANVIER 1731. 45
cantum ( quod turpe est ) ignorare. (a) J'ai
me la Musique , j'aime le Plain-Chant
j'aime ceux qui s'y connoissent veritablement ; mais je demanderois volontiers à
toute l'Ecole de sainte Cecile un secret
pour empêcher de jamais parler de ces
matieres-là et de s'ériger en Maîtres de
Psalmodie , ceux qui ne peuvent et ne
pourront jamais distinguer un semi-ton
d'avec un ton , ainsi qu'ils le font voir
en plein Choeur par une triste experience
de tous les jours ; et je m'en rapporte à
vous , Monsieur , pour décider s'ils na
sont pas dans le même cas que ces Doc.
teurs en Lecture , qui ne sçauroient distinguer une lettre voyelle d'avec une
lettre consonne. Ce ne sont pas là , Monsieur , les Chantres de l'Eglise Chrétienne, dont je serois prêt de faire l'Apologie ; mes Argumens en faveur de la
Musique , sont toûjours pour appuyer
des sujets qui lui font plus d'honneut.
Si on entreprenoit de bannir ceux cy de
nos Eglises et d'en exclure toute sortę
de Musique , je serois le premier à m'y
opposer, en représentant que dans toutes les choses établies au vû et au sçû des
Superieurs, il nefaut retrancher que ce qui cst devenu abusif. Mes raisonnemens donc
(a)De div. Psalmedia , Cap. 17. §. 3. Num. 1.
contre
45 MERCURE DE FRANCE
contre la Confrairie de sainte Cecile , ne
doivent pas être suspects : ce n'est que
pour le mieux , que j'exhorte ceux qui
s'y sont enrôlez , à considerer le deffaut
qui est dans leur choix ; afin que si dans
quelque Ville du Royaume ils sont heureusement d'assez bon goût pour y
choisir
un autre Patron , en même temps qu'on y
réforme le Breviaire , la justesse de leur
nouveau choix puisse ensuite s'étendre ailleurs de la même maniere que l'incongruité de l'ancien s'étoit fait place à la
faveur de la fable et de la fiction. Je
suis , & c.
Ce Samedy 20. Octobre, Fête de Saint
Aderald , Chanoine de votre Eglise.
Fermer
Résumé : LETTRE de M*** à M. H. Chanoine de l'Eglise Cathedrale de *** sur le choix que les Musiciens ont fait de Ste Cecile pour leur Patronne.
La lettre de M*** à M. H. Chanoine de l'Église Cathédrale de *** examine le choix de Sainte Cécile comme patronne des musiciens. L'auteur souligne que chaque profession devrait choisir un saint patron dont les vertus sont exemplaires et dont la fête est célébrée avec respect. Cependant, il critique certains choix de saints patrons faits de manière burlesque ou sans discernement. L'auteur mentionne que certaines professions, comme les médecins, ont des saints patrons bien définis, tandis que d'autres, comme les marchands, les laboureurs et les vignerons, pourraient bénéficier de saints patrons plus appropriés. Il note que les musiciens ont choisi Sainte Cécile en se basant sur une légende plutôt que sur des faits historiques avérés. Cette adoption remonte à environ un siècle et a été influencée par un office propre en son honneur et par des représentations iconographiques. La lettre critique ce choix, affirmant que les légendes sur Sainte Cécile sont remplies de miracles extraordinaires et de faits peu crédibles. L'auteur cite des historiens comme M. de Tillemont, le Père Garnier et M. Baillet, qui remettent en question l'authenticité des actes de Sainte Cécile. Il suggère que le choix de Sainte Cécile comme patronne des musiciens devrait être réévalué à la lumière des nouvelles connaissances historiques. Le texte discute également des réformes des bréviaires, où la légende de Sainte Cécile a été retirée, certains lui attribuant une simple commémoration ou une leçon courte. L'Office du 22 novembre a été réduit à trois leçons, dont deux tirées de la Sainte Écriture, entraînant la suppression des antiennes et répons propres, y compris l'antienne 'Cantantibus Organis'. L'auteur critique la représentation de Sainte Cécile avec un orgue, instrument qu'elle n'a jamais joué, et suggère de remplacer Sainte Cécile par d'autres saints plus appropriés, comme Saint Dunstan en Angleterre ou Saint Odon en France, qui avaient une réelle connexion avec la musique. Il mentionne également d'autres saints potentiels, comme Saint Nicier à Lyon, Saint Gal et Saint Priet à Clermont, et Saint Germain à Paris. L'auteur conclut en suggérant que les musiciens du Mans pourraient choisir Saint Aldric, un évêque connu pour son expertise en plain-chant, comme patron.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
586
p. 81-88
ODE SACRÉE, Tirée du Cantique chanté par Moyse. Exode, Chapitre XV.
Début :
Préparons nos chants de victoire, [...]
Mots clefs :
Cantique, Moïse, Éternel, Seigneur, Terre, Hébreux, Pharaon, Peuple
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE SACRÉE, Tirée du Cantique chanté par Moyse. Exode, Chapitre XV.
ODE SA CRE' E ,
Tirée du Cantique chanté par Moyse.
Exode , Chapitre XV.
PRéparons nos chants de victoire
Hébreux , accourez à ma voix ,
Celebrons à l'envi la gloire ,
Et la bonté du Roi des Roist
Quel triomphe plus magnifique ;
C'est contre un Peuple pacifique ,
Que l'Egypte arme ses Guerriers ;
Mais Dieu , que l'injustice irrite ,
Dans le fond des Mers précipite ,
Et les Soldats et leurs Coursiers,
Daigne agréer le pur hommage;
Seigneur, que j'aime à te vouer ,
Comme má force est ton ouvrage,
Mon bonheur est de te loüer:
Entourez d'un péril funeste ,
Nous avons vu ton bras celeste ,
Sur notre ennemi s'abaisser ;
Et par ce secours invincible ,
Il a subi le sort terrible ,
Dont il osoit nous menacer,
E Au
2 MERCURE DE FRANCE
Au milieu de ce grand Spectacle,
Qui m'annonce un Liberateur ,
Plus je suis frappé du Miracle ,
Et moins je doute de l'Auteur :
C'est l'Estre Eternel , l'Estre Immense,
Qui de sa suprême vengeance ,
Signale aujourd'hui les effets ,
C'est l'Estre qu'adore mon Pere,
Et dont ma gratitude espere ,
Sans cesse exalter les bienfaits.
Tel qu'est un Guerrier intrépide ,
Dont tout craint le fer menaçant ,
Tel est le Seigneur qui nous guide,
Et son nom est le Tout- Puissant
Dès qu'il voit le destin barbare ,
Qu'un Tyran endurci prépare ,
Au Peuple instruit de ce saint nom ,
La Mer par son ordre animée ,
Engloutit les Chars et l'Armée ,
De l'implacable Pharaon.
Où sont les Princes dont la foule ,
De ce Monarque enfloit l'orgueil ?
N'est-ce point sous l'Onde qui coule ,
Qu'ils ont rencontré leur Cercueil ?
Qui , Seigneur, nous t'en rendons graces,
L'ar
JANVIER.
'
17320 L'ardeur de marcher sur nos traces ,
Les livre à la merci des flots ,
Ils sont tombez comme la pierre ,
Qui semble implorer de la Terre ,
L'heureux instant de son repos.
En vain nous cherchons leurs vestiges ;
Vangeur d'un projet inhumain ,
Dieu triomphant , dans tes prodiges ,
Permets-nous d'adorer ta main ;
Main auguste , main redoutable ,
Dont le pouvoir insurmontable ,
A nos yeux s'est manifesté,
Tu veux , ô Seigneur , qu'elle expic
Dans l'effort de ton ennemie ,
Le crime d'en avoir douté.
Comme en un instant le feu monte,
Au faîte du chaume embrasé ,
6
Ta colere est encor plus prompte ,
Et ton triomphe p'us aisé ;
Ainsi quand les Hébreux timides,
Entre deux Montagnes liquides ,
Suivoient ton celeste flambeau ,
Dans cette route salutaire ,
A notre perfide Adversaire ,
Ta fureur creusoit un Tombeau.
"
E ij L'ea
*
MERCURE DE FRANCE
;
L'eau coulante s'est arrêtée ,
Dieu commandoit , et c'est assez
Au milieu de la Mer domptée ,
Les abîmes se sont pressez.
Fier de ses Troupes florissantes,
Déja pour nos mains innocentes ,
Pharaon apprêtoit des fers ;
Je dois , disoit ce Roy parjure ,
La perte des Juifs à l'injure ,
Qu'ils ont faite aux Dieux que je sers,
Quel plaisir de voir ces Victimes ,
Tomber sous mes premiers efforts !
Et leurs dépouilles légitimes ,
Grossir l'amas de mes trésors !
Mon glaive est prêt , dès que l'Aurore ,
Des vils Esclaves que j'abhorre ,
Eclairera les Pavillons ,
De ce sang qu'ils n'osent deffendre ,
Et que je brule de répandre ,
Je cours inonder nos Sillons,
Mais , ô mon Dieu , tout sert d'azile ,
A ceux que tu veux proteger ;
Plus ton couroux paroît tranquile Moins il differe à se vanger.
Ton souffle du plus haut des Nues,
Aux
JANVIER 1732.
Aux Ondes long- temps retenues ,
A rendu leur activité ;
D'abord leur course impétueuse
De l'Egypte présomptueuse ,
A puni la témerité.
Qui d'entre les Forts est semblable
A ce Dieu que sert Israël !
Est-il quelque bras comparable ,
Seigneur , à ton bras immortel &
L'éclat de ta Majesté sainte ,
Imprime l'amour et la crainte ,
Heureux les cœurs où tu descends ,
Tes desseins sont toûjours augustes ,
Tes louanges sont toûjours justes ,
Et tes Miracles toûjours grands.
Tout conspiroit à notre perte,
Quand la Providence a permis ,
Qu'à nos yeux la Terre entr'ouverte
Ensevelit nos ennemis ;
Nous jouissons de ta présence ,
Et par un excès de clémence ,
Tu devins notre Conducteur ;
Non- content de briser nos chaînes ,
Tu nous transportes dans les Plaines ,
Où doit triompher ta grandeur.
E iij Ce
86 MERCURE DE FRANCE
Cependant les faveurs divines ,
Que le Ciel prodigue pour nous ,,
Parmi les Nations voisines ,
Sement des sentimens jaloux.
On craint le succès de nos armes ,
La Palestine est en allarmes ,
Les Princes d'Edon sont tremblans ,
Une terreur vive et subite ;
Enleve au cruel Moabite ,
Ses Deffenseurs les plus vaillants.,
Chanaan frémit par avance "
Et ses Habitans consternez ,
Semblent présenter l'abondance ,
Des biens qui nous sont destinez ;
Poursuis , Dieu , toujours redoutable ,
Acheve , et que ton bras accable
Les ennemis de tes Decrets ;
Qu'ils soient dans leur fureur sterile ,
Ainsi qu'un Rocher immobile ,
Témoins de nos heureux progrès.
Répands sur leurs yeux un nuage,
Qui leur dérobe nos Exploits ,
Que rien ne s'oppose au passage
Du Peuple soumis à tes Loix ;
Déja nous découvrons l'entrée
De
JANVIER. 1732. $7
De cette fertile Contrée ,
Promise aux Enfans d'Abraham
Bien-tôt sous tes sages auspices ,
Nos cœurs jouiront des délices ,
Dont tu veux priver Chanaam,
A
Là nous celebrerons des Fêtes
Que dis-je le Seigneur m'instruit ,
Que s'il préside à nos conquêtes ,
C'est pour en partager le fruit.
Sur une Montagne élevée ,
Qu'à son culte il a réservée ,
Aux Hébreux il viendra s'unir ,.-
Quel bonheur de faire alliance
Avec un Dieu dont la puissance ,
Ne peut ni changer ni finir !.
3.3
Puissent les Annales du Monde ,
Transmettre à nos derniers neveux , ›
Que Pharaon entrà dans l'Onde ,
Montant un Coursier belliqueux ,
Qu'autour de ce Prince coupable ,,
On vit un amas effroyable ,
D'hommes , de Cavaliers , de Chars
Et que Dieu châtiant leurs crimes ,
Les plongea tous dans les abîmes ,
Que la Mer cache à nos regards,
E iiij Mais
MERCURE DE FRANCE
Mais aussi que ces coups terribles ,
Partis de la main du Seigneur ,
Rendent nos esprits plus sensibles ,
Al'excès de notre bonheur.
Pleins d'une foi victorieuse,
De cette Mer imperieuseNous bravons l'instabilité ;
Et tandis que ses flots reposent 2,
Sous nos pas le lit qu'ils arrosent...
Perd jusqu'à son humidité..
Tirée du Cantique chanté par Moyse.
Exode , Chapitre XV.
PRéparons nos chants de victoire
Hébreux , accourez à ma voix ,
Celebrons à l'envi la gloire ,
Et la bonté du Roi des Roist
Quel triomphe plus magnifique ;
C'est contre un Peuple pacifique ,
Que l'Egypte arme ses Guerriers ;
Mais Dieu , que l'injustice irrite ,
Dans le fond des Mers précipite ,
Et les Soldats et leurs Coursiers,
Daigne agréer le pur hommage;
Seigneur, que j'aime à te vouer ,
Comme má force est ton ouvrage,
Mon bonheur est de te loüer:
Entourez d'un péril funeste ,
Nous avons vu ton bras celeste ,
Sur notre ennemi s'abaisser ;
Et par ce secours invincible ,
Il a subi le sort terrible ,
Dont il osoit nous menacer,
E Au
2 MERCURE DE FRANCE
Au milieu de ce grand Spectacle,
Qui m'annonce un Liberateur ,
Plus je suis frappé du Miracle ,
Et moins je doute de l'Auteur :
C'est l'Estre Eternel , l'Estre Immense,
Qui de sa suprême vengeance ,
Signale aujourd'hui les effets ,
C'est l'Estre qu'adore mon Pere,
Et dont ma gratitude espere ,
Sans cesse exalter les bienfaits.
Tel qu'est un Guerrier intrépide ,
Dont tout craint le fer menaçant ,
Tel est le Seigneur qui nous guide,
Et son nom est le Tout- Puissant
Dès qu'il voit le destin barbare ,
Qu'un Tyran endurci prépare ,
Au Peuple instruit de ce saint nom ,
La Mer par son ordre animée ,
Engloutit les Chars et l'Armée ,
De l'implacable Pharaon.
Où sont les Princes dont la foule ,
De ce Monarque enfloit l'orgueil ?
N'est-ce point sous l'Onde qui coule ,
Qu'ils ont rencontré leur Cercueil ?
Qui , Seigneur, nous t'en rendons graces,
L'ar
JANVIER.
'
17320 L'ardeur de marcher sur nos traces ,
Les livre à la merci des flots ,
Ils sont tombez comme la pierre ,
Qui semble implorer de la Terre ,
L'heureux instant de son repos.
En vain nous cherchons leurs vestiges ;
Vangeur d'un projet inhumain ,
Dieu triomphant , dans tes prodiges ,
Permets-nous d'adorer ta main ;
Main auguste , main redoutable ,
Dont le pouvoir insurmontable ,
A nos yeux s'est manifesté,
Tu veux , ô Seigneur , qu'elle expic
Dans l'effort de ton ennemie ,
Le crime d'en avoir douté.
Comme en un instant le feu monte,
Au faîte du chaume embrasé ,
6
Ta colere est encor plus prompte ,
Et ton triomphe p'us aisé ;
Ainsi quand les Hébreux timides,
Entre deux Montagnes liquides ,
Suivoient ton celeste flambeau ,
Dans cette route salutaire ,
A notre perfide Adversaire ,
Ta fureur creusoit un Tombeau.
"
E ij L'ea
*
MERCURE DE FRANCE
;
L'eau coulante s'est arrêtée ,
Dieu commandoit , et c'est assez
Au milieu de la Mer domptée ,
Les abîmes se sont pressez.
Fier de ses Troupes florissantes,
Déja pour nos mains innocentes ,
Pharaon apprêtoit des fers ;
Je dois , disoit ce Roy parjure ,
La perte des Juifs à l'injure ,
Qu'ils ont faite aux Dieux que je sers,
Quel plaisir de voir ces Victimes ,
Tomber sous mes premiers efforts !
Et leurs dépouilles légitimes ,
Grossir l'amas de mes trésors !
Mon glaive est prêt , dès que l'Aurore ,
Des vils Esclaves que j'abhorre ,
Eclairera les Pavillons ,
De ce sang qu'ils n'osent deffendre ,
Et que je brule de répandre ,
Je cours inonder nos Sillons,
Mais , ô mon Dieu , tout sert d'azile ,
A ceux que tu veux proteger ;
Plus ton couroux paroît tranquile Moins il differe à se vanger.
Ton souffle du plus haut des Nues,
Aux
JANVIER 1732.
Aux Ondes long- temps retenues ,
A rendu leur activité ;
D'abord leur course impétueuse
De l'Egypte présomptueuse ,
A puni la témerité.
Qui d'entre les Forts est semblable
A ce Dieu que sert Israël !
Est-il quelque bras comparable ,
Seigneur , à ton bras immortel &
L'éclat de ta Majesté sainte ,
Imprime l'amour et la crainte ,
Heureux les cœurs où tu descends ,
Tes desseins sont toûjours augustes ,
Tes louanges sont toûjours justes ,
Et tes Miracles toûjours grands.
Tout conspiroit à notre perte,
Quand la Providence a permis ,
Qu'à nos yeux la Terre entr'ouverte
Ensevelit nos ennemis ;
Nous jouissons de ta présence ,
Et par un excès de clémence ,
Tu devins notre Conducteur ;
Non- content de briser nos chaînes ,
Tu nous transportes dans les Plaines ,
Où doit triompher ta grandeur.
E iij Ce
86 MERCURE DE FRANCE
Cependant les faveurs divines ,
Que le Ciel prodigue pour nous ,,
Parmi les Nations voisines ,
Sement des sentimens jaloux.
On craint le succès de nos armes ,
La Palestine est en allarmes ,
Les Princes d'Edon sont tremblans ,
Une terreur vive et subite ;
Enleve au cruel Moabite ,
Ses Deffenseurs les plus vaillants.,
Chanaan frémit par avance "
Et ses Habitans consternez ,
Semblent présenter l'abondance ,
Des biens qui nous sont destinez ;
Poursuis , Dieu , toujours redoutable ,
Acheve , et que ton bras accable
Les ennemis de tes Decrets ;
Qu'ils soient dans leur fureur sterile ,
Ainsi qu'un Rocher immobile ,
Témoins de nos heureux progrès.
Répands sur leurs yeux un nuage,
Qui leur dérobe nos Exploits ,
Que rien ne s'oppose au passage
Du Peuple soumis à tes Loix ;
Déja nous découvrons l'entrée
De
JANVIER. 1732. $7
De cette fertile Contrée ,
Promise aux Enfans d'Abraham
Bien-tôt sous tes sages auspices ,
Nos cœurs jouiront des délices ,
Dont tu veux priver Chanaam,
A
Là nous celebrerons des Fêtes
Que dis-je le Seigneur m'instruit ,
Que s'il préside à nos conquêtes ,
C'est pour en partager le fruit.
Sur une Montagne élevée ,
Qu'à son culte il a réservée ,
Aux Hébreux il viendra s'unir ,.-
Quel bonheur de faire alliance
Avec un Dieu dont la puissance ,
Ne peut ni changer ni finir !.
3.3
Puissent les Annales du Monde ,
Transmettre à nos derniers neveux , ›
Que Pharaon entrà dans l'Onde ,
Montant un Coursier belliqueux ,
Qu'autour de ce Prince coupable ,,
On vit un amas effroyable ,
D'hommes , de Cavaliers , de Chars
Et que Dieu châtiant leurs crimes ,
Les plongea tous dans les abîmes ,
Que la Mer cache à nos regards,
E iiij Mais
MERCURE DE FRANCE
Mais aussi que ces coups terribles ,
Partis de la main du Seigneur ,
Rendent nos esprits plus sensibles ,
Al'excès de notre bonheur.
Pleins d'une foi victorieuse,
De cette Mer imperieuseNous bravons l'instabilité ;
Et tandis que ses flots reposent 2,
Sous nos pas le lit qu'ils arrosent...
Perd jusqu'à son humidité..
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Résumé : ODE SACRÉE, Tirée du Cantique chanté par Moyse. Exode, Chapitre XV.
Le poème s'inspire du Cantique de Moïse dans l'Exode, Chapitre XV, et célèbre la victoire des Hébreux sur l'Égypte. Il met en avant la bonté et la puissance de Dieu, le 'Roi des Rois', qui a sauvé son peuple en noyant les soldats égyptiens dans la mer. Le texte décrit le miracle de la mer Rouge qui s'est ouverte pour laisser passer les Hébreux et s'est refermée sur les Égyptiens. Dieu est loué pour sa puissance et sa vengeance contre les injustices commises par les Égyptiens. Le poème mentionne également la terreur des nations voisines face aux succès des Hébreux et leur crainte des faveurs divines accordées à Israël. Les Hébreux expriment leur gratitude et leur foi en Dieu, qui les guide et les protège. Ils anticipent leur entrée en Terre Promise et les fêtes qu'ils célébreront en l'honneur de Dieu. Le texte se termine par une réflexion sur la puissance de Dieu et les leçons tirées de la défaite de Pharaon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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587
p. 251-259
LETTRE à M.D. Chanoine de N. D. d'A...... sur l'antiquité & la durée de l'usage d'employer le terme d'Adorer envers d'autres que Dieu.
Début :
La description qui paroît depuis peu, Monsieur, des beautez de [...]
Mots clefs :
Adorer, Histoire, Livre, Journal des savants, Auteur, Langage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M.D. Chanoine de N. D. d'A...... sur l'antiquité & la durée de l'usage d'employer le terme d'Adorer envers d'autres que Dieu.
LETTRE à M. D. Chanoine de N. D.
d'A...... surl'antiquité & la durée de
L'usage d'employer le terme d'Adorer envers d'autres que Diew
L
A description qui paroît depuis peu,
Monsieur , des beautez de Fontainebleau , où vous avez pris naissance , doit Ciiij exciter
252 MERCURE DE FRANCE
exciter la curiosité non- seulement detous
les Etrangers , mais encore celle des personnes qui s'attachent aux Histoires accompagnées de digressions sçavantes et
instructives. J'en ai remarqué plusieurs
de cette forte dans ce nouveau Livre , ét
quelques- unes sont decelles-là même ausquelles le Journal des Sçavans nous fait
faire attention. La remarque de M. l'Abbé Guilbert touchant l'Inscription qui se
lit à l'entrée de la Chapelle Royale de
Fontainebleau , étoit necessaire dans son
ouvrage. Je connois des personnes pieuses qui ont paru surprises de cette Inscription ; mais commece peuvent être des
gens de bien d'une pieté plus abondante
en chaleur qu'en lumieres , il ne faut pas
s'étonner que ceux qui sont de ce caractere
trouvent quelquefois des reformes à faire
dans le langage des livres les plus anciens
et les plus respectables. M. Guilbert a
donc très-sagement fait d'observer l'antiquité de l'usage du terme d'Adorer
signifier seulement en general respecter,
honorer , et sa remarqueétoit d'autant plus
necessaire que cette Chapelle étant fre- quentée à present plus que jamais par les
Etrangers , il est bon de leur faire comprendre que par l'expression Adorate Re- gem du premier Livre des Paralipomenes;
pour
chap.
FEVRIER 17327 253
quece
chap. 29. v. 20. l'on n'entend autre chose
ece qui est signifié par ces autres termes
de la premiere Epitre de S. Pierre Regem
bonorificate. Ce langage se trouve non- seu
lement dans l'Ecriture Sainte et dans les
Conciles , mais aussi dans les Saints Peres
et chez les Historiens. Lisez Saint Paulin,
Natalit 9. vous y verrez ces deux vers :
:
Ecce Sacerdotis reditum satiatus adoro
Suspiciens humili metantem in corpore Christum
Lisez dans S.Jerôme laLettre de Ste. Paule
et d'Eustochium à Marcelle touchant les
Monumens qui sont à voir et à revérer dans
la Palestine il y est dit qu'il ne faut pas
oublier d'aller à Samarie et d'y adorer les
cendres de S. Jean- Baptiste , ni celles des
Prophétes Elisée et Abdias. Samariamper
gere , et Joannis Baptista , Elisai quoque et
Abdiapariter cineres adorare. Au moment
que j'écris ceci je me souviens que ce terme Adorare est souvent employé dans
P'histoire des Evêques du Mans au troisiéme Tome des Analectes de Dom MabilIon : Vous pourez y recouvrir en sûreté.
Je trouve aussi dans les Antiquités de la
Ville de Castre de Borel à la page 11. un
fragment d'un Manuscrit d'Odon Aribet,
où je lis touchant Bernard Comte de Toulouse , Tolosam venit et Regem Carolum in
Cv Canobio
254 MERCURE DE FRANCE
Cenobio S. Saturninijuxta Tolosam adoravit. Consultez outre cela ce qui a été écrit
par le Cardinal Baronius ausujet de la découverte du Corps de Sainte Cecile , faite
sous le Pontificat de Clement VIII. en
l'an 1599. et vous y trouverez le terme
Adorare pareillement usité en fait.de Reliques. Le Poëte qui a composé les vers
qui se lisent au bas de la Statue Equestre
de Louis XIII. au Frontispice du grand
Mezeray de l'an 1643. étoit apparemment
instruit de ce langage , et il se regardoit
comme autorisé par l'expression gravéeaus
Portail de Fontainebleau, puisqu'il a com
mencé ainsi son Quatrain :
Ce grand Roy dont voici l'adorable visage ·
Vainqueur de ce bas monde au Ciel est remonté.
Un Auteurqui meriteroit de devenir fa--
milier à toutes les personnes qui aiment
les belles Lettres , comme ayant été l'un
des plus habiles humanistes de son siecle,
et Precepteur de quelques Enfans de nos
Rois , ( a ) est Heric, Moine d'Auxerre.
On â de lui une vie de S. Germain Evêque d'Auxerre écrite en vers qui ne sont
point à mépriser , et qui fut rendue puConcil. P'Abb. ad an. 1592:
( a ) De Lothaire Fils de Charles le Chauve."-
blique
FEVRIER. 1732. 255
blique sous François I. dans le tems du
rétablissement des belles Lettres. On a
encore de lui une histoire des Miracles.
de ce grand Evêque. C'est dans ce dernier ouvrage , quoiqu'écrit en Prose, qu'il
donneentrois endroits au corps ou au tombeau de S. Germain l'épithete d'Adorable.
Premierement , lib. 1. cap. 27. il dit que le
Roy Clothaire I. fidele heritier et Imitateur de la devotion que Sainte Clotilde
sa Mere avoit eue envers ce Saint , fit enTourer so n Sepulcre d'un grillage d'argent
et il s'exprime ainsi : Materna devotionis
fidissimus executor et hæres , post genitricis
excessumsuperadorandam beatissimi Germani memoriam regalibus expensis fredam ( a )
composuit. Le second endroit est au chapitre 54. du même Livre , où il dit , Adorandi corporis. Et le troisiéme se lit au second Livre chapitre 9. qui contient comment le Roy Charles le Chauve voulut
assister en personne à la Tranflation qu'il
fit faire du corps de ce Saint pour le jour de
Epiphanie del'an 59. où l'Historien témoinoculaire remarque que ce grandPrincecouvrit lui-même les Ossemens avec des
étoffes précieuses , et qu'ayant été portez
jusques dans le lieu destiné , il y plaça
(a) Heric a été obligé de se servir de ce terme quoique de basse latinité,
Cvj aussi
256 MERCURE DE FRANCE
aussi lui-même le Saint Corps. Rex Carolus operosis denuò palliis corpus venerabile decenter ambivit , et deux lignes après , thesaurum incomparabilem adorandi corporis
ejus ..... principali reverentiâ transpositum collocavit.
port
Je metens , Monsieur , un peu plus sur
cet Auteur que sur les autres , par rapà l'omission que M. l'Abbé Guilbert
à faite de parler de la devotion du Roy
Robert envers S. Germain l'Auxerrois
dont yoici l'article qu'il faisoit à son sujet.
C'est que ce Saint Roi bâtit dans la Forêt
de Bievre une Eglise en l'honneur de ce
Saint au rapport d'Helgaud Ecrivain de sa
vie. Il semble que comme la Forèt de
Fontainebleaun'est autre que celle qui por
toit enciennement le nom de Biévre c'étoit une chose à remarquer , en faisant
observer incidemment que le titre de l'Eglise Paroissiale du Louvre à Paris est sous
la même Invocation , et que plusieurs prétendent que le nom de S. Germain- enLaye vient aussi primitivement d'une
Eglise de Saint Germain d'Auxerre située
dans le Bois de Laye à l'endroit où ce Saint
Prélat fit un Miracle , ou au moins une
Station au sortir de Nanterre. Il n'est pas
étonnant que des Ecrivains assurez de tous
ces faits ayent avancé que nos Rois ont regardé
FEVRIER. 1732. 257
gardé le Prélat Auxerrois comme l'un des
plus grands Titulaires de leur Royaume,
et que la Nation l'envisagera toujours
pour tel. C'est ce qui est fondé sur les
prodiges merveilleux qu'il opera pendant
sa vie et sur l'utilité dont il fut à tous les
habitans des Gaules : Verité reconnuë par
les Historiens de France les plus modernes , et qui fait dire au Pere de Longue
val Jesuite dans sa nouvelle Histoire Ecclesiastique de ce Royaume , ( a ) que
Saint Germain fut l'un des plus parfaits
modeles de Sainteté , et un des plus ardents
défenseurs de la Foy , l'honneur et la consolation de l'Eglise Gallicanne , le fleau de l'heresie, le Pere des Peuples , le refuge de tous les
malheureux. Un peu d'attention à ces dernieres épithetes fera voir que l'on n'avoit
pas tant de tort de l'honorer d'une maniere
plus speciale dans certains Pays de la France dont le territoire est peufecond et où la
misere est plus commune. Si l'épithete
Adorandus ne se prodiguoit point envers
tous les Saints , on ne peut nier qu'il ne
pût être appliqué à ceux qui meritoient
une veneration plus éclatante , et qu'Heric a été bien fondé de s'en servir à l'égard
de Saint Germain d'Auxerre. Ceux qui en
douteroient peuvent recourir à l'Histoire
(a ) Tomepremier,page 457.
de
258 MERCURE DE FRANCE
de sa Vie écrite par Constance Prêtre de
l'Eglise de Lyon qui vivoit dans le même
siecle que ce Saint Evêque , Auteur celebre qui ne peutêtre inconnu dansles Eglises de la Province Ecclesiatique dont Lyon
est la Capitale , et auquel le Pere de Colonia Jesuite a donné à juste titre les éloges qu'il merite , dans son Histoire Litteraire de Lyon. En un mot , si les Rois de
la Terre meritent les adorations , c'est- àdire , les respects des Peuples , à plus forte
raison les Saints qu'on lit avoir été adorez
par les Rois dans le même sens d'adoration que j'ai déja dit , et qui de plus ont
été invoquez tant de fois et si formellement par ces mêmes Rois , tel qu'est le
Prélat à l'occasion duquel j'ai fait cette di
gression.
Pour revenir donc à Adorate Regem , ce
langage est si ancien et si peu choquant
en lui même , qu'il est reçu dans l'usages
vulgaire , et comme on a dit adorer l'Empereur,on dit de même aujourd'hui adorer
le Pape , aller à l'adoration du Pape ; adoration qui n'est dans lele fond qu'une simple marque de respect , et qui consistoit
quelquefois dans un baiser comme l'étymologie du nom le signifie. De là vint l'usage des anciens Payens lorsqu'ils vouloient honorer un objet éloigné , tel que
le
FEVRIER. 1732 259
le Soleil et la Lune , de s'incliner devant lui , en appliquant le bout de la
main sur la bouche , de la même maniere
que nous obligeons les enfans de nous faire lorsque nous leur disons de baiser la
main avant que de les gratifier d'un petit
present. Il y a une Eglise en France ( a ):
où l'on voit dans des bas-reliefs une figure dans cette attitude; et qui baise sa main
par respect , pour les fausses Divinitez.
C'est ce que le Livre de Job appelle un
grand péché et un renoncement de Dieu.
(b)Je n'en dis pas davantage sur cette
matiere , et je finis , en vous assurant que
je suis , &c..
(a) A Cahors.
Au mois d'Aoust 1731.-
( b ) Job. cap. 31. ¥. 26. 27. 28.
d'A...... surl'antiquité & la durée de
L'usage d'employer le terme d'Adorer envers d'autres que Diew
L
A description qui paroît depuis peu,
Monsieur , des beautez de Fontainebleau , où vous avez pris naissance , doit Ciiij exciter
252 MERCURE DE FRANCE
exciter la curiosité non- seulement detous
les Etrangers , mais encore celle des personnes qui s'attachent aux Histoires accompagnées de digressions sçavantes et
instructives. J'en ai remarqué plusieurs
de cette forte dans ce nouveau Livre , ét
quelques- unes sont decelles-là même ausquelles le Journal des Sçavans nous fait
faire attention. La remarque de M. l'Abbé Guilbert touchant l'Inscription qui se
lit à l'entrée de la Chapelle Royale de
Fontainebleau , étoit necessaire dans son
ouvrage. Je connois des personnes pieuses qui ont paru surprises de cette Inscription ; mais commece peuvent être des
gens de bien d'une pieté plus abondante
en chaleur qu'en lumieres , il ne faut pas
s'étonner que ceux qui sont de ce caractere
trouvent quelquefois des reformes à faire
dans le langage des livres les plus anciens
et les plus respectables. M. Guilbert a
donc très-sagement fait d'observer l'antiquité de l'usage du terme d'Adorer
signifier seulement en general respecter,
honorer , et sa remarqueétoit d'autant plus
necessaire que cette Chapelle étant fre- quentée à present plus que jamais par les
Etrangers , il est bon de leur faire comprendre que par l'expression Adorate Re- gem du premier Livre des Paralipomenes;
pour
chap.
FEVRIER 17327 253
quece
chap. 29. v. 20. l'on n'entend autre chose
ece qui est signifié par ces autres termes
de la premiere Epitre de S. Pierre Regem
bonorificate. Ce langage se trouve non- seu
lement dans l'Ecriture Sainte et dans les
Conciles , mais aussi dans les Saints Peres
et chez les Historiens. Lisez Saint Paulin,
Natalit 9. vous y verrez ces deux vers :
:
Ecce Sacerdotis reditum satiatus adoro
Suspiciens humili metantem in corpore Christum
Lisez dans S.Jerôme laLettre de Ste. Paule
et d'Eustochium à Marcelle touchant les
Monumens qui sont à voir et à revérer dans
la Palestine il y est dit qu'il ne faut pas
oublier d'aller à Samarie et d'y adorer les
cendres de S. Jean- Baptiste , ni celles des
Prophétes Elisée et Abdias. Samariamper
gere , et Joannis Baptista , Elisai quoque et
Abdiapariter cineres adorare. Au moment
que j'écris ceci je me souviens que ce terme Adorare est souvent employé dans
P'histoire des Evêques du Mans au troisiéme Tome des Analectes de Dom MabilIon : Vous pourez y recouvrir en sûreté.
Je trouve aussi dans les Antiquités de la
Ville de Castre de Borel à la page 11. un
fragment d'un Manuscrit d'Odon Aribet,
où je lis touchant Bernard Comte de Toulouse , Tolosam venit et Regem Carolum in
Cv Canobio
254 MERCURE DE FRANCE
Cenobio S. Saturninijuxta Tolosam adoravit. Consultez outre cela ce qui a été écrit
par le Cardinal Baronius ausujet de la découverte du Corps de Sainte Cecile , faite
sous le Pontificat de Clement VIII. en
l'an 1599. et vous y trouverez le terme
Adorare pareillement usité en fait.de Reliques. Le Poëte qui a composé les vers
qui se lisent au bas de la Statue Equestre
de Louis XIII. au Frontispice du grand
Mezeray de l'an 1643. étoit apparemment
instruit de ce langage , et il se regardoit
comme autorisé par l'expression gravéeaus
Portail de Fontainebleau, puisqu'il a com
mencé ainsi son Quatrain :
Ce grand Roy dont voici l'adorable visage ·
Vainqueur de ce bas monde au Ciel est remonté.
Un Auteurqui meriteroit de devenir fa--
milier à toutes les personnes qui aiment
les belles Lettres , comme ayant été l'un
des plus habiles humanistes de son siecle,
et Precepteur de quelques Enfans de nos
Rois , ( a ) est Heric, Moine d'Auxerre.
On â de lui une vie de S. Germain Evêque d'Auxerre écrite en vers qui ne sont
point à mépriser , et qui fut rendue puConcil. P'Abb. ad an. 1592:
( a ) De Lothaire Fils de Charles le Chauve."-
blique
FEVRIER. 1732. 255
blique sous François I. dans le tems du
rétablissement des belles Lettres. On a
encore de lui une histoire des Miracles.
de ce grand Evêque. C'est dans ce dernier ouvrage , quoiqu'écrit en Prose, qu'il
donneentrois endroits au corps ou au tombeau de S. Germain l'épithete d'Adorable.
Premierement , lib. 1. cap. 27. il dit que le
Roy Clothaire I. fidele heritier et Imitateur de la devotion que Sainte Clotilde
sa Mere avoit eue envers ce Saint , fit enTourer so n Sepulcre d'un grillage d'argent
et il s'exprime ainsi : Materna devotionis
fidissimus executor et hæres , post genitricis
excessumsuperadorandam beatissimi Germani memoriam regalibus expensis fredam ( a )
composuit. Le second endroit est au chapitre 54. du même Livre , où il dit , Adorandi corporis. Et le troisiéme se lit au second Livre chapitre 9. qui contient comment le Roy Charles le Chauve voulut
assister en personne à la Tranflation qu'il
fit faire du corps de ce Saint pour le jour de
Epiphanie del'an 59. où l'Historien témoinoculaire remarque que ce grandPrincecouvrit lui-même les Ossemens avec des
étoffes précieuses , et qu'ayant été portez
jusques dans le lieu destiné , il y plaça
(a) Heric a été obligé de se servir de ce terme quoique de basse latinité,
Cvj aussi
256 MERCURE DE FRANCE
aussi lui-même le Saint Corps. Rex Carolus operosis denuò palliis corpus venerabile decenter ambivit , et deux lignes après , thesaurum incomparabilem adorandi corporis
ejus ..... principali reverentiâ transpositum collocavit.
port
Je metens , Monsieur , un peu plus sur
cet Auteur que sur les autres , par rapà l'omission que M. l'Abbé Guilbert
à faite de parler de la devotion du Roy
Robert envers S. Germain l'Auxerrois
dont yoici l'article qu'il faisoit à son sujet.
C'est que ce Saint Roi bâtit dans la Forêt
de Bievre une Eglise en l'honneur de ce
Saint au rapport d'Helgaud Ecrivain de sa
vie. Il semble que comme la Forèt de
Fontainebleaun'est autre que celle qui por
toit enciennement le nom de Biévre c'étoit une chose à remarquer , en faisant
observer incidemment que le titre de l'Eglise Paroissiale du Louvre à Paris est sous
la même Invocation , et que plusieurs prétendent que le nom de S. Germain- enLaye vient aussi primitivement d'une
Eglise de Saint Germain d'Auxerre située
dans le Bois de Laye à l'endroit où ce Saint
Prélat fit un Miracle , ou au moins une
Station au sortir de Nanterre. Il n'est pas
étonnant que des Ecrivains assurez de tous
ces faits ayent avancé que nos Rois ont regardé
FEVRIER. 1732. 257
gardé le Prélat Auxerrois comme l'un des
plus grands Titulaires de leur Royaume,
et que la Nation l'envisagera toujours
pour tel. C'est ce qui est fondé sur les
prodiges merveilleux qu'il opera pendant
sa vie et sur l'utilité dont il fut à tous les
habitans des Gaules : Verité reconnuë par
les Historiens de France les plus modernes , et qui fait dire au Pere de Longue
val Jesuite dans sa nouvelle Histoire Ecclesiastique de ce Royaume , ( a ) que
Saint Germain fut l'un des plus parfaits
modeles de Sainteté , et un des plus ardents
défenseurs de la Foy , l'honneur et la consolation de l'Eglise Gallicanne , le fleau de l'heresie, le Pere des Peuples , le refuge de tous les
malheureux. Un peu d'attention à ces dernieres épithetes fera voir que l'on n'avoit
pas tant de tort de l'honorer d'une maniere
plus speciale dans certains Pays de la France dont le territoire est peufecond et où la
misere est plus commune. Si l'épithete
Adorandus ne se prodiguoit point envers
tous les Saints , on ne peut nier qu'il ne
pût être appliqué à ceux qui meritoient
une veneration plus éclatante , et qu'Heric a été bien fondé de s'en servir à l'égard
de Saint Germain d'Auxerre. Ceux qui en
douteroient peuvent recourir à l'Histoire
(a ) Tomepremier,page 457.
de
258 MERCURE DE FRANCE
de sa Vie écrite par Constance Prêtre de
l'Eglise de Lyon qui vivoit dans le même
siecle que ce Saint Evêque , Auteur celebre qui ne peutêtre inconnu dansles Eglises de la Province Ecclesiatique dont Lyon
est la Capitale , et auquel le Pere de Colonia Jesuite a donné à juste titre les éloges qu'il merite , dans son Histoire Litteraire de Lyon. En un mot , si les Rois de
la Terre meritent les adorations , c'est- àdire , les respects des Peuples , à plus forte
raison les Saints qu'on lit avoir été adorez
par les Rois dans le même sens d'adoration que j'ai déja dit , et qui de plus ont
été invoquez tant de fois et si formellement par ces mêmes Rois , tel qu'est le
Prélat à l'occasion duquel j'ai fait cette di
gression.
Pour revenir donc à Adorate Regem , ce
langage est si ancien et si peu choquant
en lui même , qu'il est reçu dans l'usages
vulgaire , et comme on a dit adorer l'Empereur,on dit de même aujourd'hui adorer
le Pape , aller à l'adoration du Pape ; adoration qui n'est dans lele fond qu'une simple marque de respect , et qui consistoit
quelquefois dans un baiser comme l'étymologie du nom le signifie. De là vint l'usage des anciens Payens lorsqu'ils vouloient honorer un objet éloigné , tel que
le
FEVRIER. 1732 259
le Soleil et la Lune , de s'incliner devant lui , en appliquant le bout de la
main sur la bouche , de la même maniere
que nous obligeons les enfans de nous faire lorsque nous leur disons de baiser la
main avant que de les gratifier d'un petit
present. Il y a une Eglise en France ( a ):
où l'on voit dans des bas-reliefs une figure dans cette attitude; et qui baise sa main
par respect , pour les fausses Divinitez.
C'est ce que le Livre de Job appelle un
grand péché et un renoncement de Dieu.
(b)Je n'en dis pas davantage sur cette
matiere , et je finis , en vous assurant que
je suis , &c..
(a) A Cahors.
Au mois d'Aoust 1731.-
( b ) Job. cap. 31. ¥. 26. 27. 28.
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Résumé : LETTRE à M.D. Chanoine de N. D. d'A...... sur l'antiquité & la durée de l'usage d'employer le terme d'Adorer envers d'autres que Dieu.
La lettre aborde l'antiquité et la durée de l'usage du terme 'adorer' appliqué à des personnes autres que Dieu. L'auteur commence par mentionner une description récente des beautés de Fontainebleau, qui attire l'intérêt des étrangers et des historiens. Il souligne une remarque de l'abbé Guilbert concernant une inscription dans la Chapelle Royale de Fontainebleau, où 'adorer' signifie respecter ou honorer. Cette explication est nécessaire pour clarifier aux visiteurs étrangers la signification de l'expression 'Adorate Regem' dans les Paralipomènes. L'auteur cite plusieurs exemples de l'usage du terme 'adorer' dans les Écritures saintes, les conciles, les saints pères et les historiens. Il mentionne des passages de Saint Paulin et Saint Jérôme, ainsi que des œuvres historiques comme les 'Antiquités de la Ville de Castre' de Borel. Il rappelle également l'usage de ce terme dans des poèmes et des œuvres littéraires, comme ceux de Mézeray et d'Héric, moine d'Auxerre. La lettre se conclut en expliquant que l'usage du terme 'adorer' pour des personnes autres que Dieu est ancien et courant, et qu'il s'agit simplement d'une marque de respect. L'auteur cite des exemples de cette pratique dans l'histoire et la religion, et mentionne une église à Cahors où cette attitude est représentée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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588
p. 466-484
REPONSE à la Lettre écrite de Soissons, sur Saint Front, inserée dans le Mercure d'Avril 1731.
Début :
MESSIEURS, Le zele de la Personne qui demande des Mémoires [...]
Mots clefs :
Périgueux, Neuilly, Martyrologue, Évêque, Lettre, Apôtres, Corps, Ossements, Diocèse, Patron, Saint Front, Reliques, Clergé de Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE à la Lettre écrite de Soissons, sur Saint Front, inserée dans le Mercure d'Avril 1731.
REPONSE à la Lettre écrite de Soissons,
sur SaintFront, inserée dans le Mercure
d'Avril 1731.
MESSIESSIEURS ,
Le zele de la Personne qui demande
'des Mémoires sur S. Front , est très louable ;il est juste de le seconder. Il paroît
qu'elle seroit fâchée qu'on lui en envoyât
de faux , ou qu'on s'expliquât d'une maniere qui ne décidât rien. Cependant
il sera difficile de découvrir la verité
dans une chose si incertaine et si enveloppée d'obscuritez. Je ne me flatte pas
de l'enrichir beaucoup ; mais au moins
L'exposition que je ferai de ma disette ,
pourra contribuer à éclaircir un jour ce
qui paroît couvert de tant de nuages ,
si dès-à- present on n'a pas de quoi les
dissiper. Les hommes , comme dit M.Baillet, à l'occasion de S. Front de Perigueux,
peuvent bien tirer la verité des tenebres,
mais il n'est pas en leur pouvoir de la
créer. Ainsi il ne faut pas que le Curieux
de Soissons s'attende à la production d'une Légende bien circonstanciée. C'est
beaucoup
MARS. 1732. 467
beaucoup qu'on puisse lui indiquer l'état de son Saint, et le Siecle auquel il a vécu.
Je ne puis deviner la raison qu'a eû
cette Personne , dont vous avez imprimé
la Lettre dans le Mercure d'Avril , de
prendre Neuilly - Saint - Front pour un
Village. C'est veritablement une petite
Ville ; et celle de Soissons n'en étant éloignée que de six lieuës , je ne trouve pas
que son ignorance soit pardonnable , ni
qu'elle rende suffisamment justice à ce lieu,
en le qualifiant de Village assez conside
rable. Ne seroit- ce point à l'imitation de
ce Bourguignon , qui n'ayant jamais été à
Avallon , prenoit cette Ville pour une
Bicoque , tandis qu'il y a bien des Villes
Episcopales en France qui n'en approchent pas Je ne fais cette remarque en
passant , que parce que c'est dans un Livre imprimé dans le siecle présent , que la Ville d'Avallon a été ainsi maltraitée.
Le mot de Bicoque , étoit appliqué fort
injurieusement.
Comme c'est ce Neuilly Soissonnois
qui a donné occasion à la Lettre qu'on
vous a écrite , je croi qu'il n'y a pas de mal de commencer par le venger et d'en
tracer d'abord une legere idée. Ce Neuilly
est situé dans un fond qui est cependant
C v
ly
assez
468 MERCURE DE FRANCE
1
3.
+
assez découvert , sur tout du côté du
Couchant , et dont la vûë se termine vers
le Midy,à un petit Côteau , au haut duquel est l'ancienne Eglise de l'Hôpital. II
est composé de deux Paroisses ; sçavoir ,
Saint Front , qui est une Eglise dont la
partie Orientale est d'une structure du
treiziéme siecle ou un peu plus , le reste
étant plus nouveau et d'Architecture
seulement erriciastique. Elle est renfermée dans le Château et elle s'y trou
ve seule avec un ou deux bâtimens.
Ce Château est dans le goût de ces Forteresses qu'on bâtissoit il y a six ou sept
cens ans. Il est de forme ronde , environné de Fossez pleins d'eau et flanqué
de plusieurs grosses Tours à cinquante
l'une de l'autre. La seconde Paroisse pas
est S. Kemy, Eglise bâtie dans le Fauxbourg du côté du Septentrion , mais d'une antiquité au moins égale à ce qu'il y
a de plus ancien dans celle de S. Front.
Cette derniere Paroisse comprend dans
son territoire la partie Septentrionale de
la Ville. Les rues de ce lieu sont larges ,
propres , bien pavées , les maisons assezbien rangées et peuplées de toute sorte
de Marchands et d'Artisans. le Château
qui est dans le plus bas de la Ville , est Fenfermé entierement dans les murs qui
la
MARS. 469 1732. .
1
la ferment وet. ces murs sont encore passablement bons et élevez , à cause de la
commodité du grais qui n'est pas rare en
ces quartiers- là . Voilà d'abord ce que j'avois à dire touchant ce Neuilly, pour prouver que ce n'est pas un Village. Aussi
est-il qualifié de Ville dans le Dictionnaire Universel de la France , qui y compte
1792. Habitans.
Les Ecclesiastiques de S. Front m'apprirent lorsque j'y passai, que c'est le premier Evêque de Perigueux , qu'ils regardent comme leur Patron. On y débite
que ce Saint est l'Apôtre de Neuilly , éga
lement comme de Perigueux. Je ne sçai
même si l'on ne met pas Neüilly en premier lieu , comme si ce Saint fût venu
y annoncer la Foy avant que d'aller à
Perigueux. On avoit dit la même chose
à M. l'Abbé Chastelain , Chanoine de l'Eglise de Paris , lorsqu'il y passa l'an 1682.-
et ce Sçavant, sans approfondir alors cette
matiere , déclara assez ce qu'il en pensoit,
en marquant que ce Saint pouvoit n'être
venu à Neuilly que par quelqu'une de ses
Reliques. Le 25. Octobre jour du culte
de l'Apôtre du Périgord , étant la Fête
de Neuilly , cela confirme encore les
Habitans dans leur opinion ; mais il y a
plus , c'est que du côté Méridional de
C vj l'E-
470 MERCURE DE FRANCE
l'Eglise on montre un vitrage où l'on
apperçoit en peinture quelques traits de
la L gende de l'Evêque de Perigueux , le
reste ayant été détruit par l'injure des
tenips. J'y vis en effet la représentation
du Miracle de la Phiole , qu'on dit être
descendue du Ciel pendant que ce Saint
celebroit la Messe ; mais par malheur ce
Vitrage n'a tout au plus que deux cens
ans. On m'assura que cette Phiole étoit
autrefois conservée à Neuilly , et qu'elle
a été perduë ou cassée ; desorte que tout
ce qu'on y conserve aujourd'hui de ce
Saint consiste dans un article des doigts
à quoi on ajoûta qu'outre la Fête du 25.
Octobre,il y en a encore une autre qu'on
appelle la Tranflation , laquelle se celebre le second Dimanche d'après Pâques.
Le nom de S. Front ayant été fameux
dans ce Pays- là , il n'est pas étonnant :
qu'on l'ait donné au Baptême à plusieurs
Enfans. On le trouve aussi dans les Registres Baptistaires de la Paroisse du Fauxbourg de Cône sur Loire , par la raison
que je vais rapporter.
Avant que de passer par Nülly , je
sçavois que dans le Diocèse d'Auxerre il
y a une très-ancienne Eglise sous l'invocation d'un S. Front. Son Edifice est presqu'entierement du onziéme siecle ; le Peuple
MARS. 1732. 471
ple de la Ville de Cône app lie communément cette Eglise du nom de S. Aignan,
et c'est l'erection d'un Prieuré dans la
même Eglise, qui a fait ce changement de'
dénomination. J'avois vû le Manuscrit
de cette Eglise , qui contient l'Office du
S. Patron. Il a deux cens ans ou environ
d'antiquité et il est ainsi désigné : En ce
Cayer est comprins la Legende et l'Office de
Chant de Monsieur S Front , dont les Reliques de tout son digne Corps sont cyens ,
hors la haute partie de son Chef qui est en
Perigord , dont il fut premier Evêque envoyé de Rome par Monsieur S. Pierre l'Apore , premier Pape de Rome , et avec ledit
S. Front , ung Prêtre son Disciple nommé
Georges , lesquels cheminant l'espace de trois
jours , Georges déceda et fut ensepulturé par
ledit S. Front, lequel dolent s'en retourna ,
&c. Il est inutile de dire le reste , ni de
marquer que l'Office qui suit contient la
Legende rapportée dans le Mercure de ³
Juillet dernier , pages 1670. 71. et 72. et
qu'elle est rédigée dans un style qui ressent tout à- fait la barbarie des anciens
Perigourdins. Ceci suffit pour faire voir
que les Villes de Cône et de Neuilly ont
fait venir du Perigord l'Office de saint
Front, croyant que leur Saint étoit ce
prétendu Disciple de J. C. Mais on ne
-
peut
472 MERCURE DE FRANCE
peut prouver que cette créance soit plus
ancienne que de deux ou trois siecles dans
ces deux Villes , et quand même elle seroit plus ancienne , elle n'en seroit pas
pour cela plus veritable ; c'est pourquoi
j'espere qu'en démontrant qu'à Cône on
a été dans l'erreur lorsqu'on a crû que
le S. Front , ancien Patron de l'Eglise du
Fauxbourg , est l'Evêque de Perigueux, je
pourrai inspirer quelque doute sur le
même article aux Habitans de Neuilly ,
qui sont bien plus éloignez de la Ville
de Perigueux , que ne le sont les Habi
tans de Cône.
Il est constant que l'on conserve à Cô
ne , dans l'Eglise en question , presque
tous les Ossemens qui composent un
corps humain , et qu'ils y sont regardez
comme formant le Corps d'un S. Front,
suivant l'Inscription du Livre dont je
viens de parler. Je parle sur ce ton pour
avoir vû ces saintes Reliques et pour être
assuré qu'en l'an 1622. François de Donadieu Evêque d'Auxerre , les visita
dans leur ancienne Châsse , et les appronva; je suis même certain qu'il y a quel
ques portions de la tête. Or c'est une
chose très- clairement prouvée dans l'Histoire des Evêques de Perigueux , publiée
par Jean du Puy en 1629. que le Corps
.
entier
MARS. 1732. 473
*
entier et le Chef de S. Front , premier
Evêque de Perigueux , furent conservez
à Perigueux même jusqu'à-ce que les
Calvinistes ayant porté la Châsse à un
Château voisin de la Dordogne , les jetterent dans la Riviere l'an 1575. Done
le Corps presque entier , conservé à Cô
ne , n'est nullement celui de S. Front de
Perigueux. Je suis persuadé par l'ardeur
que les Perigourdins témoignent et qu'ils
ont toujours témoignée depuis les siecles
d'ignorance à perpetuer dans la pureté
de son Original la prétendue Vie de
S. Front , qu'à plus forte raison ils ont
toûjours dû montrer un zele bien plus
ardent pour ne pas souffrir qu'on fit des
distractions si notables du Corps de
leur S.Apôtre, et qu'on emportât ailleurs
la partie inferieure de la tête avec les
dents , le femur , le tibia , les os ischion
illion , les vertebres , les côtes , les phalanges, rotules de genou , calcaneum , &c.
و
Puis donc qu'on est encore en état de
montrer tous ces Ossemens à Cône , et
que M. l'Evêque d'Auxerre déclara en
1622. que l'étoffe qui les renferme contenoit cette Inscription , De sancto FronVoyez le second Tome de son Livre, intitulé
l'Etat de l'Eglise du Perigord , aux pages 91. 139%
151. et 203. suivant l'Edition de l'an 1716.
tone
474 MERCURE DE FRANCE
tone , c'est une marque certaine que les
deux Corps sont differens ; à moins qu'on
ne dise que quelqu'un auroit pris en 1575
dans la Riviere de Dordogne les Ossemens de S. Front , et les auroit portez à
Cône. Mais c'est ce qui ne peut être ;
premierement, parce qu'il est impossible.
de réunir en un seul endroit d'une eau
courante tant d'Ossemens, même très- pe
tits , et que d'ailleurs il seroit bien difficile de les prendre secretement ; secondement , parce que l'étoffe qui enveloppe
les Ossemens de S Front de Cône est
plus ancienne que les guerres des Calvinistes ; il y en a même qui est d'un travail de cinq ou six cens ans. Outre cela,
la Tradition touchant la presence du,
Corps de S. Front à Cône, est bien anterieure aux guerres des Calvinistes , ce
qui se prouve par le titre qui se lit à la
tête de son ancien Office , dont j'ai rap "
porté cy-dessus le commencement.
Etant donc suffisamment prouvé qu'à
Cône sur Loire , on a été dans l'illusion
depuis quelques siecles , en prenant les
Reliques qu'on y possede pour celles de
S. Front de Perigueux , et en chantant en
son honneur un Office entierement tiré
de la Legende fabuleuse du Périgord et
le chantant le 25. Octobre, jour auquel
on
MAR S. 1732. 475
on honore à Perigueux l'Apôtre de la
Ville ; c'est un exemple qui doit faire
beaucoup appréhender qu'il n'en soit demême de la Tradition de Neuilly , où
l'on prend pareillement l'Evêque de Perigueux pour Patron , comme s'il n'avoit
jamais existé qu'un S. Front , et que tout
dût retourner à l'augmentation du culte
de celui de Perigord.
Je suis en état d'en indiquer un autre
aux Habitans de Neuilly ; mais je prévois
qu'étant accoutumez à entendre raconter
par des Prédicateurs trop crédulés , toutes les fictions de la Legende si judicieu
sement rejettée de nos jours , ils au
ront de la peine à revenir de leurs
préjugez. Souvent le desir d'avoir un
Panégyrique propre pour un S. Patron ,
et d'en chanter un Office plenier , fait
qu'on donne , tête baissée , dans quantité
de fables qui fournissent une ample matiere aux Orateurs et aux Poëtes. J'avoie
qu'il n'est pas impossible qu'on ait eu à
Neully quelques Reliques d'un S. Front ,
mais il est plus vrai- semblable qu'on l'au
ra obtenue de l'Eglise de son nom à Cô
ne , que de celle de Perigueux. Quelques.
Connoisseurs en anciennes Forteresses
croyent que le Château de Cône et celui
de Neuilly, sont du même temps , com- me
476 MERCURE DE FRANCE
me étant également construits en forme
ronde dans un lieu aquatique , et flanquez de plusieurs Tours rondes ; de sorte
qu'ils nous fournissent par là matiere à
conjecturer qu'un certain Hugues , Seigneur dans le Pays du Maine , qui se rendit maître du Château de Cône au XII.
siecle , pourroit bien avoir aussi possedé
celui de Neuilly et avoir tiré de l'Eglise
de Cône de quoi faire un présent à celle
de cet autre Château. On sçait que les
anciens Seigneurs aimoient à enrichir
leurs Terres de ces précieux restes , qu'ils
regardoient , avec raison , comme des
trésors inestimables. Jean , Moine de Marmoutier , Auteur contemporain , parle
de ce Hugues le Manceau , et l'appelle
HugoCenomannicus. Comme donc il avoit
des Terres dans le Maine, et qu'il y a eu un
S. Front Solitaire en ces Pays-là , il semble qu'on pourroit avoir des vûës sur ce
Saint ; ou bien , s'il est faux que ce soit
dans le Diocèse du Mans que soit mort
un S. Hermite du nom de Front , et qu'il
soit decedé plutôt proche Cône sur Loire,
comme Nithard le laisse à penser en appellant ce lieu Sanctus- Fludnaldus , dès le
neuvième siècle , il résultera de- là que
c'est le transport d'une partie de ses ReLiques fait au Diocèse du Mans , qui y
aura
MARS. 17328 477 Y
aura établi son culte , et qui aura fait
croire qu'il y avoit vécu en Solitaire comme tant d'autres.
Quoiqu'il en soit , la Tradition étoit
autrefois à Orleans , que ses Reliques y
avoient passé, et on en celebroit encore
la memoire il n'y a pas plus de cent ans
dans l'Eglise de S. Benoît du Retour , où
il étoit représenté en habit de Religieux.
Ce que Symphorien Guyon , dans son
Histoire d'Orleans, (a) et Corvaisier, dans
celle des Evêques du Mans , (b) écrivent
sur un S. Gaud et un S. Frond , son Compagnon , qui au sortir du Monastere de
S. Memin proche Orleans , embrasserent
la vie Eremitique , est très - probable ,
mais leurs noms ne sont ni Gallus ni
Fronto. L'un avoit nom Godoaldus , -èt
l'autre Fludualdus. Le culte du premier
appellé Gaud , a éclaté à Yevre , sur les
confins des Diocèses d'Orleans et de Sens,
et il est marqué dans tous les anciens Calendriers et Martyrologes de Sens au 6.
Juin sous le nom de Godoaldus Confessor.
Celui du second a été celebre à Cône
plus qu'il n'est aujourd'hui ; on y voit
par d'anciens Manuscrits en Langue vulgaire , que son nom étoit écrit , non pas
Front , mais Frond, ce qui dénote un ori-
(a) Page 466. (b) Page 140
gine
478 MERCURE DE FRANCE
gine venant de Fludualdus , dont la premiere syllabe souffroit dans notre Langue le même changement qu'on a fait
ailleurs de Flocellus en Froncean.
Les deux Ecrivains que je viens de
nommer , quoique vivans avant que la
Critique fut au point qu'elle est de nos
jours , n'ont pas laissé de blâmer ceux
qui prenoient ce S. Frond Solitaire pour
l'Evêque de Perigueux , et ils ont soutenu qu'ils étoient fort differens. Guyon
assure que le Solitaire vivoit au sixième
siecle. Corvaisier ne craint pas de dire que
le Voyage et les Avantures de S. Front de
Perigueux sont plus fabuleuses que vraisemblables , et il se plaint après M. du
Bosquet , de l'ignorance ou de la negligence
des anciens Ecrivains , qui sans faire distinction des temps , confondent en une seule
Vie toutes les diverses actions de ceux qui
portoient un semblable nom. Il auroit pú
ajoûter que de-là est venue la méprise
par laquelle ceux qui avoient intention
d'honorer S. Front le Solitaire ou simple
Confesseur , lui ont choisi le 25. Octobre jour de la Mort de S. Front , Evêque de Perigueux. C'est ce qui est arrivé,
non seulement à Cône sur Loire , mais
encore au Diocèse du Mans , où ce saint
Hermite est l'un des Patrons de la Ville
et
MARS. 1732. 479
et du voisinage de Dom- Front en basse
Normandie , qui en a pris le nom , au
lieu de celui que cette Ville portoit auparavant , lequel paroîtroit aujourd'hui
ridicule , au moins en Latin. Je sçai encore qu'au Diocèse d'Amiens , dans le
voisinage de Roye , il y a un Village appellé Dom-Front , où l'on voit un Chef
de bois doré , qui contient des Reliques ,
auxquelles il y avoit concours le 25. Octobre , et cependant le Saint n'est représenté que comme Prêtre , et non comme
Evêque. Que sçais - je si on n'est pas dans
la même erreur à Suzemont au Diocèse
de Toul , où un S. Front est pareillement
Patron , suivant le Pouillé du Pere Benoit ?
+ La question seroit à present de démê
ler dans la Vie de l'Evêque de Perigueux,
ce qui a été emprunté des Actions du
S. Solitaire , dont le nom vulgaire se
trouve aujourd'hui limé de maniere à n'être pas pas different pour la prononciation ;
car il se peut faire enrore qu'on ait appliqué à notre Fludualdus , des actions de
S. Fronton de Nitrie ou d'Egypte. Je ne
me flatte donc pas d'apprendre à notre
Curieux du Pays Soissonnois , de quoi
faire une longue Legende de son Saint.
Ce n'est pas là ce qu'il demande , mais
seu
480 MERCURE DE FRANCE
seulement qu'on lui donne quelque chose
de moins décrié que ce qu'on a debité de
S. Front de Perigueux. Je suis fâché de
lui laisser ignorer les actions de notre
S. Confesseur ; mais si le Saint a été véritablement Solitaire , il n'est pas surprenant que sa vie ait été inconnue , et que
ce ne soient que les Miracles d'après sa
mort qui l'ayent rendu celebre , sans que
les Fideles ayent fait grande attention au
jour de son décès. Je croirois que la Fête
de S. Frond de Cône auroit été autrefois celebrée au mois d'Avril , le jour que
les Martyrologes marquent S. Fronton de
Nitrie , et que c'est encore en memoire
de ce culte que l'usage a resté d'honorer
S. Frond à Neuilly , l'un des Dimanches
d'après Pâques. Mais je n'ose encore rien
prononcer d'assuré là-dessus.
Ce que je puis ajoûter à cette Lettre
pour vous marquer que j'ai fait usage des
Livres du Perigord que vous m'avez envoyez , est que plus je lis ces nouveaux
Auteurs Perigourdins , tel qu'est le Livre du Pere du Ray , Récolet , et la Dissertation de M. de la Serre , cy-devant
Superieur du Seminaire de Perigueux, imprimée en 1728. plus je suis surpris de
leur attachement scrupuleux à des Histoires qui furent rejettées comme fausses
des
MARS. 1732. 481
ès l'onziéme siecle , et dont ils ne trou
veront des deffenseurs que parmi ceux à
qui on apprend dès la jeunesse à faire des
especes d'Actes de Foi sur la Tradition
de la Mission de S. Front par S. Pierre.
N'est-ce pas en effet vouloir renfermer
cette créance dans les limites du Diocèse
de Perigueux , que d'exiger qu'on regarde l'Eglise Chrétienne de Perigueux comme la plus ancienne des Gaules , et qu'on
croye que les Perigourdins ont été les
premiers appellez à la Foy avant les Habitans de Marseille , deLyon, de Vienne
&c? C'est ce que signifie clairement cette
exclamation qui termine un abregé de la
Vie de S. Front , imprimé à Perigueux
L'an 1728. en forme de Meditation : Quel
sujet n'avons-nous point de louer Dien !
Quelle reconnoissance ne devons-nous point
à son adorable Providence , de nous avoir
appellé les premiers à la Foy , et de nous
avoir donné un des Disciples de son Fils
N. S. J. C. pour établir dans ce lieu une
des premieres Eglises Chrétiennes ! La critique peut bien former contre nous toutes les
objections qu'elle voudra ; mais elle ne sera
pas capable de nous faire, abandonner notre
Tradition. La gloire que nous avons d'avoir été les premiers appellez à la Religion
Chrétienne est trop grande pour ne la pas conserver
482 MERCURE DE FRANCE
conserver très- cherement , et il faut esperer
que notre Saint conservera par sa protec- "
tion auprès de Dieu , l'Eglise qu'il a formée avec tant de travaux. Quelle seroit notre
ingratitude , ô mon Dieu , si nous étions capables d'oublier la preference que vous nous
avez donnée surtant d'autres Provinces qui
paroissent plus considerables ! Mais quelle
seroit notre lâcheté , si nous abandonnions
une Tradition si honorable et reconnuë par
tous les Martyrologes anciens et nouveaux !
Il est fâcheux qu'on n'ait pas inspiré
il y a trente-cinq ans au Clergé de Paris
de pareilles résolutions pour empêcher
qu'on n'abandonnât l'opinion de l'Aréopagisme du premier Evêque de cette Ville.
Je doute fort que le sçavant Pere Sirmond , Jesuite , eût pû tenir son sérieux,
s'il avoit vû une matiere de cette nature
mise en style de Méditation sur l'article
de S. Denis de Paris , et en apostrophant
la divine Majesté et la souveraine Verité ,
lui citer les Martyrologes avec les Aréopagitiques d'Hilduin. Čar enfin ( n'en déplaise à l'Auteur Perigourdin ) il falloit
donc en parlant à celui qui connoît
tout, faire exception du plus ancien des
Martyrologes , qui est celui qu'on appelle de S. Jerôme , et n'y pas compren
dre les deux plus nouveaux, qui sont
و
celui
MARS. 1732 483
celui de l'illustre M. Chastelain , imprimé
en 1709. et celui de l'Eglise de Paris ,
publié en 1727. Outre que les deux
crochets marquez par M. Chastelain , pour
exclure du Texte du Martyrologe de Baronius , la Mission de S. Front par Saint
Pierre , signifient qu'il n'y ajoûtoit aucune créance , je vous ferai encore part
de cet Anecdote en finissant. Cet excellent Connoisseur avoit vû bien des milliers de Legendes de Saints , il en avoit
trouvé de fausses , de douteuses , de falsifiées ; mais il a écrit de sa propre main
à la marge d'un exemplaire du Martyrologe Romain au 25. Octobre, que les
Actes de S. Front , Evêque de Perigueux,
sont de tous ceux qu'il a jamais vûs
les plus mal-adroitement inventez , puisqu'on y met un Duc de Lorraine du
temps de Neron. S'il avoue dans son
premier Bimestre imprimé , que Bollandus croyoit S. Front du premier siecle; (a)
il ajoûte aussi- tôt que ce Jesuite n'avoit
pas encore démêlé les anciennes Traditions d'avec celle des moyens siecles.
comme ont excellemment fait depuis luí
Henschenius , Papebroc , Janning , et
Cardon , ses Associez ou ses Successeurs.
Ce sçavant Chanoine a' encore laissé par
(2) Au 2. Janvier , page 43.
D écrit
484 MERCURE DE FRANCE
écrit un trait tout singulier qui revient
à S. Front de Perigueux. C'est en parlant
de S. Fronton de Nitrie , qui mourut
sous l'Empereur Gratien, Il marque qu'un
Auteur appellé Lezana , en fait un Carme
ce que font aussi Coria et d'autres de cet
Ordre ; que l'un de ces Ecrivains assure
sérieusement que ce S. Fronton a été Disciple de S. Jean-Baptiste, et troisiéme General des Carmes ; et qu'après avoir bâti
la premierede toutes les Eglises de laVierge, il a été fait Evêque de Perigueux, puis
est allé demeurer au Desert de Nitrie , et
est mort âgé de cent trente et un an , l'an
de Notre-Seigneur 153. S'il y avoit des
Carmes à Perigueux , ils prendroient sans
doute part à ce petit trait d'Histoire, qui
paroît les affilier en quelque sorte au
•Clergé de ce Diocèse. Mais en voilà assez
sur cette matiere , et peut- être plus que le
Curieux de Soissons n'en demande. Je
suis , &c.
Ce 12. Decembre 1731 .
sur SaintFront, inserée dans le Mercure
d'Avril 1731.
MESSIESSIEURS ,
Le zele de la Personne qui demande
'des Mémoires sur S. Front , est très louable ;il est juste de le seconder. Il paroît
qu'elle seroit fâchée qu'on lui en envoyât
de faux , ou qu'on s'expliquât d'une maniere qui ne décidât rien. Cependant
il sera difficile de découvrir la verité
dans une chose si incertaine et si enveloppée d'obscuritez. Je ne me flatte pas
de l'enrichir beaucoup ; mais au moins
L'exposition que je ferai de ma disette ,
pourra contribuer à éclaircir un jour ce
qui paroît couvert de tant de nuages ,
si dès-à- present on n'a pas de quoi les
dissiper. Les hommes , comme dit M.Baillet, à l'occasion de S. Front de Perigueux,
peuvent bien tirer la verité des tenebres,
mais il n'est pas en leur pouvoir de la
créer. Ainsi il ne faut pas que le Curieux
de Soissons s'attende à la production d'une Légende bien circonstanciée. C'est
beaucoup
MARS. 1732. 467
beaucoup qu'on puisse lui indiquer l'état de son Saint, et le Siecle auquel il a vécu.
Je ne puis deviner la raison qu'a eû
cette Personne , dont vous avez imprimé
la Lettre dans le Mercure d'Avril , de
prendre Neuilly - Saint - Front pour un
Village. C'est veritablement une petite
Ville ; et celle de Soissons n'en étant éloignée que de six lieuës , je ne trouve pas
que son ignorance soit pardonnable , ni
qu'elle rende suffisamment justice à ce lieu,
en le qualifiant de Village assez conside
rable. Ne seroit- ce point à l'imitation de
ce Bourguignon , qui n'ayant jamais été à
Avallon , prenoit cette Ville pour une
Bicoque , tandis qu'il y a bien des Villes
Episcopales en France qui n'en approchent pas Je ne fais cette remarque en
passant , que parce que c'est dans un Livre imprimé dans le siecle présent , que la Ville d'Avallon a été ainsi maltraitée.
Le mot de Bicoque , étoit appliqué fort
injurieusement.
Comme c'est ce Neuilly Soissonnois
qui a donné occasion à la Lettre qu'on
vous a écrite , je croi qu'il n'y a pas de mal de commencer par le venger et d'en
tracer d'abord une legere idée. Ce Neuilly
est situé dans un fond qui est cependant
C v
ly
assez
468 MERCURE DE FRANCE
1
3.
+
assez découvert , sur tout du côté du
Couchant , et dont la vûë se termine vers
le Midy,à un petit Côteau , au haut duquel est l'ancienne Eglise de l'Hôpital. II
est composé de deux Paroisses ; sçavoir ,
Saint Front , qui est une Eglise dont la
partie Orientale est d'une structure du
treiziéme siecle ou un peu plus , le reste
étant plus nouveau et d'Architecture
seulement erriciastique. Elle est renfermée dans le Château et elle s'y trou
ve seule avec un ou deux bâtimens.
Ce Château est dans le goût de ces Forteresses qu'on bâtissoit il y a six ou sept
cens ans. Il est de forme ronde , environné de Fossez pleins d'eau et flanqué
de plusieurs grosses Tours à cinquante
l'une de l'autre. La seconde Paroisse pas
est S. Kemy, Eglise bâtie dans le Fauxbourg du côté du Septentrion , mais d'une antiquité au moins égale à ce qu'il y
a de plus ancien dans celle de S. Front.
Cette derniere Paroisse comprend dans
son territoire la partie Septentrionale de
la Ville. Les rues de ce lieu sont larges ,
propres , bien pavées , les maisons assezbien rangées et peuplées de toute sorte
de Marchands et d'Artisans. le Château
qui est dans le plus bas de la Ville , est Fenfermé entierement dans les murs qui
la
MARS. 469 1732. .
1
la ferment وet. ces murs sont encore passablement bons et élevez , à cause de la
commodité du grais qui n'est pas rare en
ces quartiers- là . Voilà d'abord ce que j'avois à dire touchant ce Neuilly, pour prouver que ce n'est pas un Village. Aussi
est-il qualifié de Ville dans le Dictionnaire Universel de la France , qui y compte
1792. Habitans.
Les Ecclesiastiques de S. Front m'apprirent lorsque j'y passai, que c'est le premier Evêque de Perigueux , qu'ils regardent comme leur Patron. On y débite
que ce Saint est l'Apôtre de Neuilly , éga
lement comme de Perigueux. Je ne sçai
même si l'on ne met pas Neüilly en premier lieu , comme si ce Saint fût venu
y annoncer la Foy avant que d'aller à
Perigueux. On avoit dit la même chose
à M. l'Abbé Chastelain , Chanoine de l'Eglise de Paris , lorsqu'il y passa l'an 1682.-
et ce Sçavant, sans approfondir alors cette
matiere , déclara assez ce qu'il en pensoit,
en marquant que ce Saint pouvoit n'être
venu à Neuilly que par quelqu'une de ses
Reliques. Le 25. Octobre jour du culte
de l'Apôtre du Périgord , étant la Fête
de Neuilly , cela confirme encore les
Habitans dans leur opinion ; mais il y a
plus , c'est que du côté Méridional de
C vj l'E-
470 MERCURE DE FRANCE
l'Eglise on montre un vitrage où l'on
apperçoit en peinture quelques traits de
la L gende de l'Evêque de Perigueux , le
reste ayant été détruit par l'injure des
tenips. J'y vis en effet la représentation
du Miracle de la Phiole , qu'on dit être
descendue du Ciel pendant que ce Saint
celebroit la Messe ; mais par malheur ce
Vitrage n'a tout au plus que deux cens
ans. On m'assura que cette Phiole étoit
autrefois conservée à Neuilly , et qu'elle
a été perduë ou cassée ; desorte que tout
ce qu'on y conserve aujourd'hui de ce
Saint consiste dans un article des doigts
à quoi on ajoûta qu'outre la Fête du 25.
Octobre,il y en a encore une autre qu'on
appelle la Tranflation , laquelle se celebre le second Dimanche d'après Pâques.
Le nom de S. Front ayant été fameux
dans ce Pays- là , il n'est pas étonnant :
qu'on l'ait donné au Baptême à plusieurs
Enfans. On le trouve aussi dans les Registres Baptistaires de la Paroisse du Fauxbourg de Cône sur Loire , par la raison
que je vais rapporter.
Avant que de passer par Nülly , je
sçavois que dans le Diocèse d'Auxerre il
y a une très-ancienne Eglise sous l'invocation d'un S. Front. Son Edifice est presqu'entierement du onziéme siecle ; le Peuple
MARS. 1732. 471
ple de la Ville de Cône app lie communément cette Eglise du nom de S. Aignan,
et c'est l'erection d'un Prieuré dans la
même Eglise, qui a fait ce changement de'
dénomination. J'avois vû le Manuscrit
de cette Eglise , qui contient l'Office du
S. Patron. Il a deux cens ans ou environ
d'antiquité et il est ainsi désigné : En ce
Cayer est comprins la Legende et l'Office de
Chant de Monsieur S Front , dont les Reliques de tout son digne Corps sont cyens ,
hors la haute partie de son Chef qui est en
Perigord , dont il fut premier Evêque envoyé de Rome par Monsieur S. Pierre l'Apore , premier Pape de Rome , et avec ledit
S. Front , ung Prêtre son Disciple nommé
Georges , lesquels cheminant l'espace de trois
jours , Georges déceda et fut ensepulturé par
ledit S. Front, lequel dolent s'en retourna ,
&c. Il est inutile de dire le reste , ni de
marquer que l'Office qui suit contient la
Legende rapportée dans le Mercure de ³
Juillet dernier , pages 1670. 71. et 72. et
qu'elle est rédigée dans un style qui ressent tout à- fait la barbarie des anciens
Perigourdins. Ceci suffit pour faire voir
que les Villes de Cône et de Neuilly ont
fait venir du Perigord l'Office de saint
Front, croyant que leur Saint étoit ce
prétendu Disciple de J. C. Mais on ne
-
peut
472 MERCURE DE FRANCE
peut prouver que cette créance soit plus
ancienne que de deux ou trois siecles dans
ces deux Villes , et quand même elle seroit plus ancienne , elle n'en seroit pas
pour cela plus veritable ; c'est pourquoi
j'espere qu'en démontrant qu'à Cône on
a été dans l'erreur lorsqu'on a crû que
le S. Front , ancien Patron de l'Eglise du
Fauxbourg , est l'Evêque de Perigueux, je
pourrai inspirer quelque doute sur le
même article aux Habitans de Neuilly ,
qui sont bien plus éloignez de la Ville
de Perigueux , que ne le sont les Habi
tans de Cône.
Il est constant que l'on conserve à Cô
ne , dans l'Eglise en question , presque
tous les Ossemens qui composent un
corps humain , et qu'ils y sont regardez
comme formant le Corps d'un S. Front,
suivant l'Inscription du Livre dont je
viens de parler. Je parle sur ce ton pour
avoir vû ces saintes Reliques et pour être
assuré qu'en l'an 1622. François de Donadieu Evêque d'Auxerre , les visita
dans leur ancienne Châsse , et les appronva; je suis même certain qu'il y a quel
ques portions de la tête. Or c'est une
chose très- clairement prouvée dans l'Histoire des Evêques de Perigueux , publiée
par Jean du Puy en 1629. que le Corps
.
entier
MARS. 1732. 473
*
entier et le Chef de S. Front , premier
Evêque de Perigueux , furent conservez
à Perigueux même jusqu'à-ce que les
Calvinistes ayant porté la Châsse à un
Château voisin de la Dordogne , les jetterent dans la Riviere l'an 1575. Done
le Corps presque entier , conservé à Cô
ne , n'est nullement celui de S. Front de
Perigueux. Je suis persuadé par l'ardeur
que les Perigourdins témoignent et qu'ils
ont toujours témoignée depuis les siecles
d'ignorance à perpetuer dans la pureté
de son Original la prétendue Vie de
S. Front , qu'à plus forte raison ils ont
toûjours dû montrer un zele bien plus
ardent pour ne pas souffrir qu'on fit des
distractions si notables du Corps de
leur S.Apôtre, et qu'on emportât ailleurs
la partie inferieure de la tête avec les
dents , le femur , le tibia , les os ischion
illion , les vertebres , les côtes , les phalanges, rotules de genou , calcaneum , &c.
و
Puis donc qu'on est encore en état de
montrer tous ces Ossemens à Cône , et
que M. l'Evêque d'Auxerre déclara en
1622. que l'étoffe qui les renferme contenoit cette Inscription , De sancto FronVoyez le second Tome de son Livre, intitulé
l'Etat de l'Eglise du Perigord , aux pages 91. 139%
151. et 203. suivant l'Edition de l'an 1716.
tone
474 MERCURE DE FRANCE
tone , c'est une marque certaine que les
deux Corps sont differens ; à moins qu'on
ne dise que quelqu'un auroit pris en 1575
dans la Riviere de Dordogne les Ossemens de S. Front , et les auroit portez à
Cône. Mais c'est ce qui ne peut être ;
premierement, parce qu'il est impossible.
de réunir en un seul endroit d'une eau
courante tant d'Ossemens, même très- pe
tits , et que d'ailleurs il seroit bien difficile de les prendre secretement ; secondement , parce que l'étoffe qui enveloppe
les Ossemens de S Front de Cône est
plus ancienne que les guerres des Calvinistes ; il y en a même qui est d'un travail de cinq ou six cens ans. Outre cela,
la Tradition touchant la presence du,
Corps de S. Front à Cône, est bien anterieure aux guerres des Calvinistes , ce
qui se prouve par le titre qui se lit à la
tête de son ancien Office , dont j'ai rap "
porté cy-dessus le commencement.
Etant donc suffisamment prouvé qu'à
Cône sur Loire , on a été dans l'illusion
depuis quelques siecles , en prenant les
Reliques qu'on y possede pour celles de
S. Front de Perigueux , et en chantant en
son honneur un Office entierement tiré
de la Legende fabuleuse du Périgord et
le chantant le 25. Octobre, jour auquel
on
MAR S. 1732. 475
on honore à Perigueux l'Apôtre de la
Ville ; c'est un exemple qui doit faire
beaucoup appréhender qu'il n'en soit demême de la Tradition de Neuilly , où
l'on prend pareillement l'Evêque de Perigueux pour Patron , comme s'il n'avoit
jamais existé qu'un S. Front , et que tout
dût retourner à l'augmentation du culte
de celui de Perigord.
Je suis en état d'en indiquer un autre
aux Habitans de Neuilly ; mais je prévois
qu'étant accoutumez à entendre raconter
par des Prédicateurs trop crédulés , toutes les fictions de la Legende si judicieu
sement rejettée de nos jours , ils au
ront de la peine à revenir de leurs
préjugez. Souvent le desir d'avoir un
Panégyrique propre pour un S. Patron ,
et d'en chanter un Office plenier , fait
qu'on donne , tête baissée , dans quantité
de fables qui fournissent une ample matiere aux Orateurs et aux Poëtes. J'avoie
qu'il n'est pas impossible qu'on ait eu à
Neully quelques Reliques d'un S. Front ,
mais il est plus vrai- semblable qu'on l'au
ra obtenue de l'Eglise de son nom à Cô
ne , que de celle de Perigueux. Quelques.
Connoisseurs en anciennes Forteresses
croyent que le Château de Cône et celui
de Neuilly, sont du même temps , com- me
476 MERCURE DE FRANCE
me étant également construits en forme
ronde dans un lieu aquatique , et flanquez de plusieurs Tours rondes ; de sorte
qu'ils nous fournissent par là matiere à
conjecturer qu'un certain Hugues , Seigneur dans le Pays du Maine , qui se rendit maître du Château de Cône au XII.
siecle , pourroit bien avoir aussi possedé
celui de Neuilly et avoir tiré de l'Eglise
de Cône de quoi faire un présent à celle
de cet autre Château. On sçait que les
anciens Seigneurs aimoient à enrichir
leurs Terres de ces précieux restes , qu'ils
regardoient , avec raison , comme des
trésors inestimables. Jean , Moine de Marmoutier , Auteur contemporain , parle
de ce Hugues le Manceau , et l'appelle
HugoCenomannicus. Comme donc il avoit
des Terres dans le Maine, et qu'il y a eu un
S. Front Solitaire en ces Pays-là , il semble qu'on pourroit avoir des vûës sur ce
Saint ; ou bien , s'il est faux que ce soit
dans le Diocèse du Mans que soit mort
un S. Hermite du nom de Front , et qu'il
soit decedé plutôt proche Cône sur Loire,
comme Nithard le laisse à penser en appellant ce lieu Sanctus- Fludnaldus , dès le
neuvième siècle , il résultera de- là que
c'est le transport d'une partie de ses ReLiques fait au Diocèse du Mans , qui y
aura
MARS. 17328 477 Y
aura établi son culte , et qui aura fait
croire qu'il y avoit vécu en Solitaire comme tant d'autres.
Quoiqu'il en soit , la Tradition étoit
autrefois à Orleans , que ses Reliques y
avoient passé, et on en celebroit encore
la memoire il n'y a pas plus de cent ans
dans l'Eglise de S. Benoît du Retour , où
il étoit représenté en habit de Religieux.
Ce que Symphorien Guyon , dans son
Histoire d'Orleans, (a) et Corvaisier, dans
celle des Evêques du Mans , (b) écrivent
sur un S. Gaud et un S. Frond , son Compagnon , qui au sortir du Monastere de
S. Memin proche Orleans , embrasserent
la vie Eremitique , est très - probable ,
mais leurs noms ne sont ni Gallus ni
Fronto. L'un avoit nom Godoaldus , -èt
l'autre Fludualdus. Le culte du premier
appellé Gaud , a éclaté à Yevre , sur les
confins des Diocèses d'Orleans et de Sens,
et il est marqué dans tous les anciens Calendriers et Martyrologes de Sens au 6.
Juin sous le nom de Godoaldus Confessor.
Celui du second a été celebre à Cône
plus qu'il n'est aujourd'hui ; on y voit
par d'anciens Manuscrits en Langue vulgaire , que son nom étoit écrit , non pas
Front , mais Frond, ce qui dénote un ori-
(a) Page 466. (b) Page 140
gine
478 MERCURE DE FRANCE
gine venant de Fludualdus , dont la premiere syllabe souffroit dans notre Langue le même changement qu'on a fait
ailleurs de Flocellus en Froncean.
Les deux Ecrivains que je viens de
nommer , quoique vivans avant que la
Critique fut au point qu'elle est de nos
jours , n'ont pas laissé de blâmer ceux
qui prenoient ce S. Frond Solitaire pour
l'Evêque de Perigueux , et ils ont soutenu qu'ils étoient fort differens. Guyon
assure que le Solitaire vivoit au sixième
siecle. Corvaisier ne craint pas de dire que
le Voyage et les Avantures de S. Front de
Perigueux sont plus fabuleuses que vraisemblables , et il se plaint après M. du
Bosquet , de l'ignorance ou de la negligence
des anciens Ecrivains , qui sans faire distinction des temps , confondent en une seule
Vie toutes les diverses actions de ceux qui
portoient un semblable nom. Il auroit pú
ajoûter que de-là est venue la méprise
par laquelle ceux qui avoient intention
d'honorer S. Front le Solitaire ou simple
Confesseur , lui ont choisi le 25. Octobre jour de la Mort de S. Front , Evêque de Perigueux. C'est ce qui est arrivé,
non seulement à Cône sur Loire , mais
encore au Diocèse du Mans , où ce saint
Hermite est l'un des Patrons de la Ville
et
MARS. 1732. 479
et du voisinage de Dom- Front en basse
Normandie , qui en a pris le nom , au
lieu de celui que cette Ville portoit auparavant , lequel paroîtroit aujourd'hui
ridicule , au moins en Latin. Je sçai encore qu'au Diocèse d'Amiens , dans le
voisinage de Roye , il y a un Village appellé Dom-Front , où l'on voit un Chef
de bois doré , qui contient des Reliques ,
auxquelles il y avoit concours le 25. Octobre , et cependant le Saint n'est représenté que comme Prêtre , et non comme
Evêque. Que sçais - je si on n'est pas dans
la même erreur à Suzemont au Diocèse
de Toul , où un S. Front est pareillement
Patron , suivant le Pouillé du Pere Benoit ?
+ La question seroit à present de démê
ler dans la Vie de l'Evêque de Perigueux,
ce qui a été emprunté des Actions du
S. Solitaire , dont le nom vulgaire se
trouve aujourd'hui limé de maniere à n'être pas pas different pour la prononciation ;
car il se peut faire enrore qu'on ait appliqué à notre Fludualdus , des actions de
S. Fronton de Nitrie ou d'Egypte. Je ne
me flatte donc pas d'apprendre à notre
Curieux du Pays Soissonnois , de quoi
faire une longue Legende de son Saint.
Ce n'est pas là ce qu'il demande , mais
seu
480 MERCURE DE FRANCE
seulement qu'on lui donne quelque chose
de moins décrié que ce qu'on a debité de
S. Front de Perigueux. Je suis fâché de
lui laisser ignorer les actions de notre
S. Confesseur ; mais si le Saint a été véritablement Solitaire , il n'est pas surprenant que sa vie ait été inconnue , et que
ce ne soient que les Miracles d'après sa
mort qui l'ayent rendu celebre , sans que
les Fideles ayent fait grande attention au
jour de son décès. Je croirois que la Fête
de S. Frond de Cône auroit été autrefois celebrée au mois d'Avril , le jour que
les Martyrologes marquent S. Fronton de
Nitrie , et que c'est encore en memoire
de ce culte que l'usage a resté d'honorer
S. Frond à Neuilly , l'un des Dimanches
d'après Pâques. Mais je n'ose encore rien
prononcer d'assuré là-dessus.
Ce que je puis ajoûter à cette Lettre
pour vous marquer que j'ai fait usage des
Livres du Perigord que vous m'avez envoyez , est que plus je lis ces nouveaux
Auteurs Perigourdins , tel qu'est le Livre du Pere du Ray , Récolet , et la Dissertation de M. de la Serre , cy-devant
Superieur du Seminaire de Perigueux, imprimée en 1728. plus je suis surpris de
leur attachement scrupuleux à des Histoires qui furent rejettées comme fausses
des
MARS. 1732. 481
ès l'onziéme siecle , et dont ils ne trou
veront des deffenseurs que parmi ceux à
qui on apprend dès la jeunesse à faire des
especes d'Actes de Foi sur la Tradition
de la Mission de S. Front par S. Pierre.
N'est-ce pas en effet vouloir renfermer
cette créance dans les limites du Diocèse
de Perigueux , que d'exiger qu'on regarde l'Eglise Chrétienne de Perigueux comme la plus ancienne des Gaules , et qu'on
croye que les Perigourdins ont été les
premiers appellez à la Foy avant les Habitans de Marseille , deLyon, de Vienne
&c? C'est ce que signifie clairement cette
exclamation qui termine un abregé de la
Vie de S. Front , imprimé à Perigueux
L'an 1728. en forme de Meditation : Quel
sujet n'avons-nous point de louer Dien !
Quelle reconnoissance ne devons-nous point
à son adorable Providence , de nous avoir
appellé les premiers à la Foy , et de nous
avoir donné un des Disciples de son Fils
N. S. J. C. pour établir dans ce lieu une
des premieres Eglises Chrétiennes ! La critique peut bien former contre nous toutes les
objections qu'elle voudra ; mais elle ne sera
pas capable de nous faire, abandonner notre
Tradition. La gloire que nous avons d'avoir été les premiers appellez à la Religion
Chrétienne est trop grande pour ne la pas conserver
482 MERCURE DE FRANCE
conserver très- cherement , et il faut esperer
que notre Saint conservera par sa protec- "
tion auprès de Dieu , l'Eglise qu'il a formée avec tant de travaux. Quelle seroit notre
ingratitude , ô mon Dieu , si nous étions capables d'oublier la preference que vous nous
avez donnée surtant d'autres Provinces qui
paroissent plus considerables ! Mais quelle
seroit notre lâcheté , si nous abandonnions
une Tradition si honorable et reconnuë par
tous les Martyrologes anciens et nouveaux !
Il est fâcheux qu'on n'ait pas inspiré
il y a trente-cinq ans au Clergé de Paris
de pareilles résolutions pour empêcher
qu'on n'abandonnât l'opinion de l'Aréopagisme du premier Evêque de cette Ville.
Je doute fort que le sçavant Pere Sirmond , Jesuite , eût pû tenir son sérieux,
s'il avoit vû une matiere de cette nature
mise en style de Méditation sur l'article
de S. Denis de Paris , et en apostrophant
la divine Majesté et la souveraine Verité ,
lui citer les Martyrologes avec les Aréopagitiques d'Hilduin. Čar enfin ( n'en déplaise à l'Auteur Perigourdin ) il falloit
donc en parlant à celui qui connoît
tout, faire exception du plus ancien des
Martyrologes , qui est celui qu'on appelle de S. Jerôme , et n'y pas compren
dre les deux plus nouveaux, qui sont
و
celui
MARS. 1732 483
celui de l'illustre M. Chastelain , imprimé
en 1709. et celui de l'Eglise de Paris ,
publié en 1727. Outre que les deux
crochets marquez par M. Chastelain , pour
exclure du Texte du Martyrologe de Baronius , la Mission de S. Front par Saint
Pierre , signifient qu'il n'y ajoûtoit aucune créance , je vous ferai encore part
de cet Anecdote en finissant. Cet excellent Connoisseur avoit vû bien des milliers de Legendes de Saints , il en avoit
trouvé de fausses , de douteuses , de falsifiées ; mais il a écrit de sa propre main
à la marge d'un exemplaire du Martyrologe Romain au 25. Octobre, que les
Actes de S. Front , Evêque de Perigueux,
sont de tous ceux qu'il a jamais vûs
les plus mal-adroitement inventez , puisqu'on y met un Duc de Lorraine du
temps de Neron. S'il avoue dans son
premier Bimestre imprimé , que Bollandus croyoit S. Front du premier siecle; (a)
il ajoûte aussi- tôt que ce Jesuite n'avoit
pas encore démêlé les anciennes Traditions d'avec celle des moyens siecles.
comme ont excellemment fait depuis luí
Henschenius , Papebroc , Janning , et
Cardon , ses Associez ou ses Successeurs.
Ce sçavant Chanoine a' encore laissé par
(2) Au 2. Janvier , page 43.
D écrit
484 MERCURE DE FRANCE
écrit un trait tout singulier qui revient
à S. Front de Perigueux. C'est en parlant
de S. Fronton de Nitrie , qui mourut
sous l'Empereur Gratien, Il marque qu'un
Auteur appellé Lezana , en fait un Carme
ce que font aussi Coria et d'autres de cet
Ordre ; que l'un de ces Ecrivains assure
sérieusement que ce S. Fronton a été Disciple de S. Jean-Baptiste, et troisiéme General des Carmes ; et qu'après avoir bâti
la premierede toutes les Eglises de laVierge, il a été fait Evêque de Perigueux, puis
est allé demeurer au Desert de Nitrie , et
est mort âgé de cent trente et un an , l'an
de Notre-Seigneur 153. S'il y avoit des
Carmes à Perigueux , ils prendroient sans
doute part à ce petit trait d'Histoire, qui
paroît les affilier en quelque sorte au
•Clergé de ce Diocèse. Mais en voilà assez
sur cette matiere , et peut- être plus que le
Curieux de Soissons n'en demande. Je
suis , &c.
Ce 12. Decembre 1731 .
Fermer
Résumé : REPONSE à la Lettre écrite de Soissons, sur Saint Front, inserée dans le Mercure d'Avril 1731.
Le texte est une réponse à une lettre publiée dans le Mercure d'Avril 1731, visant à clarifier les informations concernant Saint Front et la ville de Neuilly-Saint-Front. L'auteur reconnaît les difficultés à distinguer la vérité parmi les légendes et les obscurités. Il corrige d'abord une erreur en affirmant que Neuilly-Saint-Front est une petite ville située à six lieues de Soissons, et non un village. Neuilly-Saint-Front est décrite comme une ville bien structurée avec deux paroisses : Saint Front et Saint Kemy. L'église Saint Front, dont la partie orientale date du treizième siècle, est située dans un château fortifié. La ville est habitée par des marchands et des artisans, et les habitants considèrent Saint Front comme leur patron et l'Apôtre de la ville, célébrant sa fête le 25 octobre. Le texte mentionne également une église dédiée à Saint Front à Cône-sur-Loire, où les reliques sont conservées depuis plusieurs siècles. L'auteur conteste l'idée que ces reliques appartiennent à Saint Front de Périgueux, en se basant sur des preuves historiques et des visites épiscopales. Il suggère que les reliques de Neuilly pourraient provenir de l'église de Cône, et non de Périgueux. L'auteur souligne les erreurs et les légendes entourant la figure de Saint Front, et invite les habitants de Neuilly à reconsiderer leurs croyances à la lumière des faits historiques. Le texte traite également de la confusion entre Saint Front, évêque de Périgueux, et Saint Frond, un ermite. Les deux saints ont des cultes distincts mais sont souvent confondus. Saint Front est célébré le 25 octobre, mais ses actions et miracles sont parfois attribués à Saint Frond. Les écrits de Symphorien Guyon et Corvaisier distinguent les deux saints, précisant que Saint Frond, également appelé Fludualdus, vivait au sixième siècle et n'était pas l'évêque de Périgueux. Le culte de Saint Frond est célébré à Cône-sur-Loire et dans d'autres régions comme le Diocèse du Mans et celui d'Amiens. Les auteurs anciens reconnaissent la distinction entre les deux saints, soulignant l'importance de la critique historique pour démêler les faits. Les auteurs perigourdins, malgré les critiques, restent attachés à la tradition locale selon laquelle Saint Front aurait été le premier évêque de Périgueux et un disciple de Saint Pierre. Cette tradition est défendue avec ferveur, même face aux objections historiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
589
p. 508-525
Recueil de Pieces d'Histoire et de Litterature, &c. [titre d'après la table]
Début :
RECUEIL de Pieces. d'Histoire et de Litterature, Tome 1. [...]
Mots clefs :
Recueil, Histoire, Littérature, Mahomet, Temps, France, Mecque, Trésor
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Recueil de Pieces d'Histoire et de Litterature, &c. [titre d'après la table]
RECUEIL de Pieces. d'Histoire et de
Litterature , Tome 1. vol. in 12. de 224.
pages , sans les Préfaces. A Paris , chez
Chaubert , à l'entrée du Quay des Augustins , du côté du Pont S. Michel , 1731. ~
L'Auteur de ce Recueil s'est proposé
comme il le dit dans sa Préface , de plaire
à l'esprit et de l'orner des connoissances
solides ; on peut dire qu'il a réussi dans
ce premier volume , et qu'il tient plus
qu'il ne nous a promis. Il paroît trèsmodeste surson article et même sur celui
de
MARS. 1732. 509.
de la Nation Françoise , à laquelle il préfere les Anglois pour le goût et les in-1
clinations , selon la coûtume d'un certain cercle de personnes qui prennent aujourd'hui à tâche de proner les grandes ,
perfections de la Nation Angloise , aux:
dépens même de la leur , et qui rabaise
sent souvent leur Patrie pour donner à
la Nation Britannique plus de lustre et
de réputation qu'il ne lui enest legitime,
ment dû.
Ce Volume contient les Pieces suivan- ,
tes , toutes ayant leur mérite. Lettre de
M. D...à un de ses amis , sur la nouvelle Edition des Oeuvres de M. l'Abbé.
de S. Real , servant de Préface à la premiere Piece de ce Recueil.
Panegyrique de la Régence de Madame
Royale Marie J. B. de Savoye.
Refléxions nouvelles de M. de la R.
Histoire du Mahometisme.
Remarques sur l'administration des Fi
nances des Romains , traduites de l'Anglois.
Dissertation touchant la part qu'eut
le Pape. Zacharie à la déposition de Chil- deric.
Dissertation , si la grandeur temporelle de l'Eglise n'est point contraire à la
Loy de Dieu , et aux maximes des temps
Apostoliques. Eij Da
o MERCURE DE FRANCE
De la maniere de compter par siecles.
Du commencement et de la fin de chaque
siecle.
Nous ne donnerons aucun Extrait des.
deux premieres Pieces de ce Recueil
nous dirons seulement que le Panegyrique est une fort belle Piece , dont le sujet est traité avec beaucoup d'éloquence.
Les Refléxions diverses qui suivent
cette Piece , sont neuves et délicates.
Elles regardent la confiance , la difference
des esprits , les goûts , la societé , la conversation , le faux , l'air et les manieres.
Nous renvoyons encore au Recueil même
ceux qui en voudront connoître la solidiré et la justesse.
Nous passerons à l'Histoire du Mahometisme , qui est une des Pieces de ce
Recueil ; il paroît d'abord que cette Histoire doive être considerable. Elle l'est en
effet , mais moins par son étenduë que
par la maniere dont elle est traitée. Elle
est divisée en trois Parties. La premiere
est employée à l'Histoire de Mahomet er
de sa Secte. La seconde rapporte les Fables principales que des Auteurs mal informez ont debitées sur Mahomet. L'Auteur réfute en peu de mots dans la troisiéme les principes de cette fausse Religion,Donnons quelque idée de cette Histoire.
MAR-S; 1732 Sar
L'Auteur a puisé les circonstances qu'il
rapporte dans son Discours , dans les
meilleurs Auteurs Mahométan's dans
Abulfeda , Elmacin , Abuljacer , et autres.
Il s'est servi aussi des sçavans Chrétiens
qui ont écrit sur l'Histoire Orientale ,
tels qu'Abulfarage , qu'on peut mettre
de ce nombre, puisqu'il embrassa le Christianisme avant que de mourir , les sçavans Maronites , Gabriël Sionita , Jean
Hesronita , et Abraham Ecchellensis , le
F. Maracci , Hottinger , d'Herbelot , que
Imprimeur nomme Berthelot , et autres.
Mahomet pâquit à la Mecque, Ville
d'Arabie , dans le temps que l'Eglise
Orientale,aussi-bien que l'Empire,étoient
agitez par un très grand nombre de Sectes
et de divisions. Ses parens étoient d'une
naissance illustre parmi les Arabes , mais
pauvres. Il fut orphelin de pere et de
mere à 7. ans. Son oncle l'éleva au commerce des Syriens ; et à l'âge de 28. aps
il épousa une veuve jaune et riche , dont'
il avoit conduit en Syrie pendant trois
ans les Marchandises qu'elle y envoyoit.
Il se vit par un Mariage si avantageux
en état de faire valoir les grandes qualitez de son esprit, sa bravoure dans les
dangers , sa fermeté , sa pénetration et
ses manieres affables et complaisantes. Il
étoit
i
E iij
312 MERCURE DE FRANCE
pour
étoit naturellement éloquent , et il se serIvit bien dans la suite de ce talent. Il
contrefit dès l'année 606. de J. C. l'homme rêveur et contemplatif , et fit passer
des révelations et des communications avec l'Ange Gabriël , les attaques
du mal caduc , dont il étoit agité assez
souvent. Il s'appliqua de bonne heure à
réunir les trois Religions qui regnoient
en Arabie , la Chrétienne , la Juive et
l'ancienne des Arabes.
La Religion Chrétienne étoit plutôt alors une confusion de Sectes et de superstitions , qu'une Religion. Les Juifs et
les Ismaëlites paroissoient pouvoir être
aisément réunis , puisque les uns et les
autres reconnoissoient Abraham pour leur
"Pere commun. Enfin les Arabes étoient
presque tous Idolâtres et adoroient les
Astres dans leur fameux Temple de la
Mecque , qu'ils croyoient ( comme ils le
croyent encore fort abusivement ) plus.
ancien que celui de Salomon.
Mahomet pour profiter de ces divisions.
et pour réunir toutes ces Sectes en une
seule , pose pour principal fondement
qu'il n'y a qu'un Dieu digne de nos adorations ; ce principe établi avec les Chrétiens et avec les Juifs , il tâche d'y amener aussi les Ismaëlites ou les Arabes , en
les:
MARS. 17320 Sis
.
les faisant souvenir qu'ils sont Enfans d'Abraham , et qu'Abraham n'a jamais adoré
qu'un seul Dieu. Il soutient en faveur
des Juifs , qu'il n'y a point de Trinité
queDieu n'a point de fils et qu'il ne s'est
point incarné , ce qui réunissoit encore
plusieurs Sectes, Nestoriens, Ariens et autres. Il dit avec les Chrétiens , que la
Loi de Dieu , qui avoit été confiée aux
Juifs , ayant été corrompue par eux , if
falloit que Dieu suscitât un autre Prophete plus excellent que les autres. Il
avoue que c'est J. C. qu'il est né d'une
Vierge , qu'il est le Verbe de Dieu , que les
Juifs l'ont voulu crucifier , mais qu'il fut
: enlevé dans le Ciel, et que les Juifs ne
-crucifierent que sa Figure , ce qui étoit
Pheresie des Ebionites. Enfin après avoir
déclaré ces trois Religions insuffisantes ,
il ajoûte en sa faveur que le temps dư
Consolateur promis par J. C. est arrivé ,
: et que la promesse s'accomplit en sa pro
-pre personne. Il accompagna tout cela
de fables qui avoient quelques fondemens dans l'Histoire Sainte , ou qu'il tiroit des Histoires apocriphes , et des
Traditions populaires , mais dont les Arabes ne pouvoient reconnoître la fausseté,
tant leur ignorance étoit grossiere. De
temps-en-temps Mahomet faisoit descenÈ iiij dre
514 MERCURE DE FRANCE
dre du Ciel quelques Cahiers qu'il composoit selon les conjectures où il se trouvoit. On les recueillit après sa mort , et
c'est ce qu'on appelle Alcoran. * Et comme il faut quelqu'exterieur dans une Religion , il ordonna le Jeûne de Ramadan,
il laissa la Circoncision qui étoit en usage en Arabie , et établit des Fêtes , des
Pelerinages , des purifications et d'autres
ceremonies tirées du Christianisme , du
Judaisme et de la pratique ordinaire de
la Nation Arabe.
Il fut cependant 12. ou 13. ans suivi
d'un très-petit nombre de Disciples. La
14. année près de 80. Disciples se joignirent aux premiers , ce qui fit du bruit
dans la Mecque. Les Magistrats en craignirent quelqu'émotion et le chasserent
de la Ville. C'est à cette année de la fuite
de Mahomet , qu'il se réfugia à Medine ,
que commence la celebre Epoque des Mahométans , qu'ils nomment Hegire , c'està-dire Fuite, ce fut Omar oncle de Mahomet, qui 17 ans après cette fuite l'érigea
solemnellement en Epoque et la fitinserer
dans tous les Actes publics. Elle tombe
aur 22. Juillet de l'année 622. de J. C.
Peu de temps après cette fuite , Ma-
* Aloran , composé de deux mots Arabes , signifie l'Ecriture par excellence.
homet
MARS. 1732. SI5
homet eut recours à l'épée , qui lui réüssit encore mieux que la parole. Un Ca
hier descendit du Ciel , qui lui ordonna
d'exterminer tous ceux qui ne suivroient
pas sa doctrine. Les Historiens comptent
12. Batailles qu'il a gagnées pendant sa
vie. Enfin il assiegea la Mecque , à la
tête de 10000. hommes , s'en rendit le
maître et fit passer par le fil de l'épée
tous ceux qui ne se soumirent pas à la
doctrine de l'Alcoran. Voilà en peu de
mots l'Histoire de ce celebre Imposteur.
Il eut , selon quelques- uns , 17. femmes ,
selon d'autres , 21. mais il n'en eut point
d'enfans mâles. Il mourut âgé de 63. ans
dans la 11 année de l'Hegire , et fut enterré à Médine , lieu de sa retraite.
Les fables que l'auteur du Discours historique réfute sont les Miracles que l'on
supose avoir été faits par Mahomet, soit en
naissant , soit dans le cours de sa prétendue Mission . C'est une suite de ces fables
de dire que le Temple de la Mecque ait été bâti en l'honneur de Mahomet. De
son temps même on croyoit que ce Temple subsistoit depuis Abraham, outre que les Mahométans n'y vont que pour adorer Dieu. La suspension en l'air du Tom-- beau de Mahomet est encore une fable ,
mais il ne faut pas la mettre sur le compte
Ev dess
2
16 MERCURE DE FRANCE
des Mahometans , qui la rejettent absoJument. Autre fable, que ce que quelquesuns ont écrit que Mahomet fut choisi
pour le Chef de ceux qui se révolterent
contre Heraclius , et qu'il alla au-devant
de cet Empereur lorsqu'il revenoit de:
Perse. Jamais Mahomet n'a yû Heraclius.
ni n'a combattu contre lui.
Les Villes d'Arabie , ajoûte l'Auteur,
étoient alors régies comme des Républiques ;.
le Cherif, c'est- à- dire , Senior , commandoit:
et l'on n'y avoit nul rapport avec l'Empe-·
reur. Ici notre Auteur nous permettra de
ne pas adopter son Explication du nom de:
Cherif. Ce terme Arabe ne signifie nulle-
-mentSenior Pancien,mais il signifieNoble,
nom qui ne se donne qu'aux Descendans
de Mahomet par Ali , son gendre et par
sa fille Fathime , parce que ceux- là sont
censez de la plus haute naissance qui appartiennent à cette Branche de la Race de
leur Prophete. C'est le seul titre dont le Prince de la Mecque se pare , ainsi que
celui de Medine ; les Rois de Maroc se
font aussi une gloire de porter ce nom ,
regardant comme un des plus beaux ti- tres de noblesse de descendre de MahoLes Arabes expriment ce terme par Scheik ,
qui signifie aussi un Gouverneur , un Chef, uns
Docteur, &c..
met
MARS. 17321 517
4
met par Fathime. Il y a en cet endroit
une autre méprise ; car quoiqu'il soit vrai
que Cherif signifie Noble , et qu'il semble que les Nobles du Pays ayent dû le
gouverner , nous ne voyons cependant
pas que les Villes d'Arabie , à l'exception des deux qu'on vient de nommer
ayent été gouvernées par des Cherifs.
C'est encore une fable de dire que Mahomet ait pris Damas. Fable que son corps
ait été mangé par les chiens. Une autre
fable adoptée par Constantin Porphyrogenete , par Euthymius , Cedrene et autres , c'est d'attribuer aux Mahometans
le culte de Lucifer , de Venus ou de la
-Lune , en leur faisant dire , Alla , oita
Kubar , Deus et Luna seu magna ; au lieu
de Alla ou Akubar, ô Deus maximus
qui sont les premieres paroles qu'on crie
du haut des Mosquées , &c.
oйa
Nous ne suivrons point l'Auteur dans
l'examen , concis à la verité , mais bien
touché, qu'il fait de la Doctrine de Mahomet; il ruine en peu de mots beaucoup
de ses principes. Ce court examen pour--
roit servir de plan à une réfutation com
plette du Mahométisme. Passons à la V.
Piece de ce Recueil , qui contient des Remarques traduites de l'Anglois sur l'administration des Finances des Romains.
En Voici le précis Evi fuc
18 MERCURE DE FRANCE
L'Histoire fournit aux Rois des lumie
res pour soutenir leurs Etats dans la splendeur , en profitant des maximes qui ont
contribué à la grandeur des Empires , et
en évitant ce qui a causé leur décadence.
Rome fut redevable de sa puissance à
une sage dispensation de ses revenus ;
leur dissipation entraîna sa ruine.
y
Valerius-Publicola fut le premier qui
ordonna que le revenu appartenant à la
République seroit déposé dans le Temple
de Saturne , afin que la sainteté du licu
rendît ce dépôt encore plus sacré ; il
avoit deux Trésors ; l'un destiné aux besoins journaliers de la République , l'autre aux pressantes nécessitez. On portoit
dans le premier les Tributs et les Impôts
ordinaires , et dans l'autre l'or de l'Impôt
du vingtiéme sur les Esclaves ; on l'appelloit pour ce sujet Aurum vicesimarium.
Pendant quelques siecles la République
n'eut pas besoin d'argent ; ce ne fut qu'au
Siege de Veïes 350. ans après la fondation de Rome , que les Troupes commeacerent à recevoir une solde. Les Romains
persuadez que rien n'étoit plus important que de ne point surcharger le Peuple d'Impôts et d'avoir un fonds capable de maintenir l'Etat en temps, de guerte
et de paix , firent porter dans le Trésor
public
MARS. 1732 $39
public toutes les richesses qu'ils emportoient par leurs victoires. Ainsi les richesses de Carthage , de Sicile , des Villes de
Macédoine , d'Asie et des autres Provinces conquises , furent déposées par les
Generaux dans le Temple de Saturne
avec un désinteressement admirable , qui
duroit encore quelque temps après la
derniere guerte punique.
›
Dans le siecle suivant cette integrité
fut alterée , mais ce ne fut jamais que
par des ambitieux qui tramoient la servitude et la ruine de la République. Ce
pendant le Trésor public ne laissoit pas
d'être enrichi continuellement par les richesses immenses que la République tiroit de ceux de qui elle triomphoit. Scipion l'Africain fit payer aux Carthaginois
30. millions de livres dans l'espace de 50.
ans , et il obligea le Roi Antiochus en lui
accordant la paix , de payer à la Répablique 24.. millions. Titus Q. Flaminius
Coptraignit Philippe , Roi de Macedoine,
de donner à la Rep. 3. millions ; il n'accorda la Paix à Nabis , Tyran de Sparte .
qu'en exigeant de lui près d'un million.
Il ajoûta encore aux sommes immenses
dont il avoit déja enrichi le Trésor , six
cent quarante millions de livres en lingots d'argent ; 79. millions quatre cens
-
cin-
* 20 MERCURE DE FRANCE
· "
cinquante- deux mille livrés en monnoye
d'argent , et deux millions quatre cent
vingt mille livres en Pieces d'or. On peut
encore voir d'autres exemples de ce désinteressement des Generaux Romains
dans ces Remarques.
C'est donc par cette conduite des Ro-
'mains à l'égard de ceux dont ils triomphoient et par l'integrité et le desinteressement de ces grands Hommes que Rome s'est élevée si haut et qu'elle s'est soutenuë si long- temps. Car il n'est pas pos.
sible qu'un Etat puisse soutenir de lonque ques guerres sans autre fonds celui
de son propre revenu. En effet tant que
les Romains ne perdirent point de vûë
ce systême, ils furent heureux dans leurs
Expeditions. Auguste laissa des sommes
si considerables dans le Trésor public ,
qu'on les fait monter jusqu'à 202 , millions de notre monnoye. Aussi , remarque l'Auteur Anglois , avoit- il une qualité qui ne manque jamais d'enrichir un
Prince , c'étoit d'examiner avec soin les
comptes publics. Mais Caligula dépensa
ses immenses richesses en moins d'un an
au rapport de Suetone. L'Auteur prouve
ensuite que le salut de l'Etat dépend de
- Padministration des Finances , et que la
prodigalité des Princes, et leur inatter- tion
MARS. 1732. JA
tion à veiller sur l'usage et l'emploi de
feurs richesses , en entraînent la dissipa-`
tion et peu à peu la ruine de leurs Etats.
Il fait ensuite remarquer que la cruauté
de plusieurs Empereurs de Rome n'est
venuë que des necessitez ausquelles leur
prodigalité les avoit réduits , qu'ils n'étoient pas cruels d'abord, et que ce n'a été
qu'une suite de leur inattention à veiller
sur leurs Finances ; négligence qui les
contraignoit d'exiger des Peuples avec
dureté des Impôts multipliez et à les
vexer en mille manieres ; funestes fruits
des conseils pernicieux de leurs Courti
sans qui ne manquoient pas de leur inspirer du dégoût et de l'éloignement pour
les affaires et sur tout pour celles qui regardent les Finances.
L'Empereur Caracalla fut le premier
qui altera les Monnoyes et qui donna des pieces d'étain et de cuivre pour des
pieces d'or et d'argent , sur quoi on peut
remarquer en general que durant la décadence de l'Empire les Monnoyes furent
fortalterées , la necessité poussant le Prin
ce à donner aux Especes une plus grande valeur à proportion de leur rareté 35
d'où l'on peut conclure avec l'Auteur
des Remarques , que les Especes sont comme le pouls d'un Etat ; , s'il bat irréguliere-- ment
522 MERCURE DE FRANCE
rement , onjuge par ce symptome que le corps
politique est attaqué de quelque maladie
dangereuse ; que si le Prince se trouve obligé
d'affaiblir les Especes , c'est un indice qu'on
commence à les faire sortir du Royaume ; s'il
est dans la nécessité de substituer quelqu'autre
matiereà l'or et àl'argent, comme fit Caracalla , on peut inferer de- là qu'unegrande par
tie de l'argent en est déja sortie que s'il ar
rive que les Especes soient entierement enlevées on universellement alterées comme
cela se fit dans la décadence de l'Empire Remain , on en peut augurer la raine prochaine
de l'Etat. On trouve dans cette Piece un
grand nombre de traits curieux que les bornes d'un Extrait ne nous permettent
pas de rapporter. Nou ne dirons rien des
deux Dissertations qui suivent sur la déposition de Childeric e sur la compatibilité de la grandeur temporelle avec la
puissance spirituelle ; ces deux Pieces sont
P'une et l'autre remplies de choses Cu
rieuses et qui se font lire avec plaisir.
La derniere Piece de ce Recueil regarde une dispute qui s'éleva vers la fin du
dernier siecle ; les uns prétendoient que
Pannée 1700. devoit commencer le sie--
cle suivant , desorte que du même moment que l'on pouvoit compter 1700. la :
centiéme année devoit être accomplie ,.
et
MARS. 1732. 5232
麵
et la premiere année du siecle suivant devoit commencer. Les autres sontenoient au contraire que l'année 1700.
devoit terminer le 17. siecle , mais de façon que ce ne pouvoit être qu'après da
révolution entiere de cette année que le
siecle suivant devoit commencer. L'Auteur de cette Dissertation embrassa alors.
cé dernier parti. Il fait voir dans cette
Piece que puisqu'on entend par un siecle
l'espace de cent ans , on ne compte le
siecle achevé ou révolu que lorsque la
centiéme année est révolue , comme un
homme à qui on devroit cent pistoles , ne
seroit pas content de 99. et de la ceatiéme commencée. Que l'on compte , ditil , les années , les mois , les semaines et
les jours de la même maniere qu'on dit
qu'il est Lundi , qu'il est le mois de Janvier , la premiere semaine de l'Avent du
Carême quoique Lundy ou le mois deJanvier ou la premiere semaine de l'Avent ne fassent que commencer.
,
Les anciens Actes disent communément le mois courant ou l'année courante.
Ainsi on comptoit déja une telle année
avant qu'elle fût achevée. Les Marchands
mettent en titre dans leurs Registres
Janvier ou Mars ou Avril , avant que
le premier jour de ces mois soit achevé.
Un
$24 MERCURE DE FRANCE
•
Un Sçavant met le 2. ou 3. ou 6. Livre
en composant son Ouvrage , dès qu'il
commence le 2. 3. ou6. Livre.Le Voyageur
dans ses Fournauxde Voyages,écrit la premiere , seconde , troisiéme journée , dès le
matin de chaque journée et si son voyage
a duré 15. jours et qu'il arrive le 16 à midi
dans une Ville , il dira qu'il est arrivé lat
16 journée , quoiqu'elle ne soit pas finie.
Les Historiens Ecclesiastiques mettent
dans la premiere année de l'Ere Chré
rienne plusieurs faits arrivez long-temps
avant la fin de cette premiere année , tels
que la Circoncision , l'Adoration des Ma-
-ges , la Fuite en Egypte , le Meurtre des
Innocens , &c. Les Rois dattent de la
premiere année de leur regne les Edits
qu'ils ont donnez pendant les 12. premiers mois. Dès que Jerusalem fut délivrée de la persecution d'Antiochuset
qu'il fut permis de battre de la monnoye,
on marqua cette Epoque ainsi : L'anpremier sous Simon , anno primo sub Simone.
F. Machab. 13. comme on le voit encore
dans plusieurs Médailles.
Dans le temps de la correction du
: Calendrier par Jules-Cesar l'an 709. de
Rome , dès le commencement de cette
Epoque en Janvier , on a compté l'an
premier. Cette année commença avec.
cle
4.
MARS. 1732. 525
Consulat de Jules-Cesar et de Lepide,
le Consulat duroit depuis Janvier jusqu'en Décembre. Ainsi puisqu'on comptoit les années courantes comme on comp
toit les Consulats , l'année se comptoit
aussi dès qu'elle commençoit , coinme
l'on comptoit le Consulat dès qu'il commençoit. Enfin dès le commencement de
l'Ere de Diocletien ou des Martyrs , que
les Chrétiens ont suivie , même pour dresser les Cicles Paschaux , jusqu'à- ce que
Denis le Petit ait fait succeder l'Ere de
l'Incarnation , on compta l'an 1. car elle
commença exactement avec le premier
jour du Regne de Diocletien. Aussi quand
S. Ambroise datte quelques faits par les
années de cette Ere , il dit toûjours l'am
depuis le premier jour du Regne de Diocletien. De tout celà il est aisé de conclure
que l'on a dû compter l'année 1700. dès
qu'elle a commencé, et par consequent que
le premier Janvier 1700. fut le premier
jour de la derniere année du XVII. secle
Litterature , Tome 1. vol. in 12. de 224.
pages , sans les Préfaces. A Paris , chez
Chaubert , à l'entrée du Quay des Augustins , du côté du Pont S. Michel , 1731. ~
L'Auteur de ce Recueil s'est proposé
comme il le dit dans sa Préface , de plaire
à l'esprit et de l'orner des connoissances
solides ; on peut dire qu'il a réussi dans
ce premier volume , et qu'il tient plus
qu'il ne nous a promis. Il paroît trèsmodeste surson article et même sur celui
de
MARS. 1732. 509.
de la Nation Françoise , à laquelle il préfere les Anglois pour le goût et les in-1
clinations , selon la coûtume d'un certain cercle de personnes qui prennent aujourd'hui à tâche de proner les grandes ,
perfections de la Nation Angloise , aux:
dépens même de la leur , et qui rabaise
sent souvent leur Patrie pour donner à
la Nation Britannique plus de lustre et
de réputation qu'il ne lui enest legitime,
ment dû.
Ce Volume contient les Pieces suivan- ,
tes , toutes ayant leur mérite. Lettre de
M. D...à un de ses amis , sur la nouvelle Edition des Oeuvres de M. l'Abbé.
de S. Real , servant de Préface à la premiere Piece de ce Recueil.
Panegyrique de la Régence de Madame
Royale Marie J. B. de Savoye.
Refléxions nouvelles de M. de la R.
Histoire du Mahometisme.
Remarques sur l'administration des Fi
nances des Romains , traduites de l'Anglois.
Dissertation touchant la part qu'eut
le Pape. Zacharie à la déposition de Chil- deric.
Dissertation , si la grandeur temporelle de l'Eglise n'est point contraire à la
Loy de Dieu , et aux maximes des temps
Apostoliques. Eij Da
o MERCURE DE FRANCE
De la maniere de compter par siecles.
Du commencement et de la fin de chaque
siecle.
Nous ne donnerons aucun Extrait des.
deux premieres Pieces de ce Recueil
nous dirons seulement que le Panegyrique est une fort belle Piece , dont le sujet est traité avec beaucoup d'éloquence.
Les Refléxions diverses qui suivent
cette Piece , sont neuves et délicates.
Elles regardent la confiance , la difference
des esprits , les goûts , la societé , la conversation , le faux , l'air et les manieres.
Nous renvoyons encore au Recueil même
ceux qui en voudront connoître la solidiré et la justesse.
Nous passerons à l'Histoire du Mahometisme , qui est une des Pieces de ce
Recueil ; il paroît d'abord que cette Histoire doive être considerable. Elle l'est en
effet , mais moins par son étenduë que
par la maniere dont elle est traitée. Elle
est divisée en trois Parties. La premiere
est employée à l'Histoire de Mahomet er
de sa Secte. La seconde rapporte les Fables principales que des Auteurs mal informez ont debitées sur Mahomet. L'Auteur réfute en peu de mots dans la troisiéme les principes de cette fausse Religion,Donnons quelque idée de cette Histoire.
MAR-S; 1732 Sar
L'Auteur a puisé les circonstances qu'il
rapporte dans son Discours , dans les
meilleurs Auteurs Mahométan's dans
Abulfeda , Elmacin , Abuljacer , et autres.
Il s'est servi aussi des sçavans Chrétiens
qui ont écrit sur l'Histoire Orientale ,
tels qu'Abulfarage , qu'on peut mettre
de ce nombre, puisqu'il embrassa le Christianisme avant que de mourir , les sçavans Maronites , Gabriël Sionita , Jean
Hesronita , et Abraham Ecchellensis , le
F. Maracci , Hottinger , d'Herbelot , que
Imprimeur nomme Berthelot , et autres.
Mahomet pâquit à la Mecque, Ville
d'Arabie , dans le temps que l'Eglise
Orientale,aussi-bien que l'Empire,étoient
agitez par un très grand nombre de Sectes
et de divisions. Ses parens étoient d'une
naissance illustre parmi les Arabes , mais
pauvres. Il fut orphelin de pere et de
mere à 7. ans. Son oncle l'éleva au commerce des Syriens ; et à l'âge de 28. aps
il épousa une veuve jaune et riche , dont'
il avoit conduit en Syrie pendant trois
ans les Marchandises qu'elle y envoyoit.
Il se vit par un Mariage si avantageux
en état de faire valoir les grandes qualitez de son esprit, sa bravoure dans les
dangers , sa fermeté , sa pénetration et
ses manieres affables et complaisantes. Il
étoit
i
E iij
312 MERCURE DE FRANCE
pour
étoit naturellement éloquent , et il se serIvit bien dans la suite de ce talent. Il
contrefit dès l'année 606. de J. C. l'homme rêveur et contemplatif , et fit passer
des révelations et des communications avec l'Ange Gabriël , les attaques
du mal caduc , dont il étoit agité assez
souvent. Il s'appliqua de bonne heure à
réunir les trois Religions qui regnoient
en Arabie , la Chrétienne , la Juive et
l'ancienne des Arabes.
La Religion Chrétienne étoit plutôt alors une confusion de Sectes et de superstitions , qu'une Religion. Les Juifs et
les Ismaëlites paroissoient pouvoir être
aisément réunis , puisque les uns et les
autres reconnoissoient Abraham pour leur
"Pere commun. Enfin les Arabes étoient
presque tous Idolâtres et adoroient les
Astres dans leur fameux Temple de la
Mecque , qu'ils croyoient ( comme ils le
croyent encore fort abusivement ) plus.
ancien que celui de Salomon.
Mahomet pour profiter de ces divisions.
et pour réunir toutes ces Sectes en une
seule , pose pour principal fondement
qu'il n'y a qu'un Dieu digne de nos adorations ; ce principe établi avec les Chrétiens et avec les Juifs , il tâche d'y amener aussi les Ismaëlites ou les Arabes , en
les:
MARS. 17320 Sis
.
les faisant souvenir qu'ils sont Enfans d'Abraham , et qu'Abraham n'a jamais adoré
qu'un seul Dieu. Il soutient en faveur
des Juifs , qu'il n'y a point de Trinité
queDieu n'a point de fils et qu'il ne s'est
point incarné , ce qui réunissoit encore
plusieurs Sectes, Nestoriens, Ariens et autres. Il dit avec les Chrétiens , que la
Loi de Dieu , qui avoit été confiée aux
Juifs , ayant été corrompue par eux , if
falloit que Dieu suscitât un autre Prophete plus excellent que les autres. Il
avoue que c'est J. C. qu'il est né d'une
Vierge , qu'il est le Verbe de Dieu , que les
Juifs l'ont voulu crucifier , mais qu'il fut
: enlevé dans le Ciel, et que les Juifs ne
-crucifierent que sa Figure , ce qui étoit
Pheresie des Ebionites. Enfin après avoir
déclaré ces trois Religions insuffisantes ,
il ajoûte en sa faveur que le temps dư
Consolateur promis par J. C. est arrivé ,
: et que la promesse s'accomplit en sa pro
-pre personne. Il accompagna tout cela
de fables qui avoient quelques fondemens dans l'Histoire Sainte , ou qu'il tiroit des Histoires apocriphes , et des
Traditions populaires , mais dont les Arabes ne pouvoient reconnoître la fausseté,
tant leur ignorance étoit grossiere. De
temps-en-temps Mahomet faisoit descenÈ iiij dre
514 MERCURE DE FRANCE
dre du Ciel quelques Cahiers qu'il composoit selon les conjectures où il se trouvoit. On les recueillit après sa mort , et
c'est ce qu'on appelle Alcoran. * Et comme il faut quelqu'exterieur dans une Religion , il ordonna le Jeûne de Ramadan,
il laissa la Circoncision qui étoit en usage en Arabie , et établit des Fêtes , des
Pelerinages , des purifications et d'autres
ceremonies tirées du Christianisme , du
Judaisme et de la pratique ordinaire de
la Nation Arabe.
Il fut cependant 12. ou 13. ans suivi
d'un très-petit nombre de Disciples. La
14. année près de 80. Disciples se joignirent aux premiers , ce qui fit du bruit
dans la Mecque. Les Magistrats en craignirent quelqu'émotion et le chasserent
de la Ville. C'est à cette année de la fuite
de Mahomet , qu'il se réfugia à Medine ,
que commence la celebre Epoque des Mahométans , qu'ils nomment Hegire , c'està-dire Fuite, ce fut Omar oncle de Mahomet, qui 17 ans après cette fuite l'érigea
solemnellement en Epoque et la fitinserer
dans tous les Actes publics. Elle tombe
aur 22. Juillet de l'année 622. de J. C.
Peu de temps après cette fuite , Ma-
* Aloran , composé de deux mots Arabes , signifie l'Ecriture par excellence.
homet
MARS. 1732. SI5
homet eut recours à l'épée , qui lui réüssit encore mieux que la parole. Un Ca
hier descendit du Ciel , qui lui ordonna
d'exterminer tous ceux qui ne suivroient
pas sa doctrine. Les Historiens comptent
12. Batailles qu'il a gagnées pendant sa
vie. Enfin il assiegea la Mecque , à la
tête de 10000. hommes , s'en rendit le
maître et fit passer par le fil de l'épée
tous ceux qui ne se soumirent pas à la
doctrine de l'Alcoran. Voilà en peu de
mots l'Histoire de ce celebre Imposteur.
Il eut , selon quelques- uns , 17. femmes ,
selon d'autres , 21. mais il n'en eut point
d'enfans mâles. Il mourut âgé de 63. ans
dans la 11 année de l'Hegire , et fut enterré à Médine , lieu de sa retraite.
Les fables que l'auteur du Discours historique réfute sont les Miracles que l'on
supose avoir été faits par Mahomet, soit en
naissant , soit dans le cours de sa prétendue Mission . C'est une suite de ces fables
de dire que le Temple de la Mecque ait été bâti en l'honneur de Mahomet. De
son temps même on croyoit que ce Temple subsistoit depuis Abraham, outre que les Mahométans n'y vont que pour adorer Dieu. La suspension en l'air du Tom-- beau de Mahomet est encore une fable ,
mais il ne faut pas la mettre sur le compte
Ev dess
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16 MERCURE DE FRANCE
des Mahometans , qui la rejettent absoJument. Autre fable, que ce que quelquesuns ont écrit que Mahomet fut choisi
pour le Chef de ceux qui se révolterent
contre Heraclius , et qu'il alla au-devant
de cet Empereur lorsqu'il revenoit de:
Perse. Jamais Mahomet n'a yû Heraclius.
ni n'a combattu contre lui.
Les Villes d'Arabie , ajoûte l'Auteur,
étoient alors régies comme des Républiques ;.
le Cherif, c'est- à- dire , Senior , commandoit:
et l'on n'y avoit nul rapport avec l'Empe-·
reur. Ici notre Auteur nous permettra de
ne pas adopter son Explication du nom de:
Cherif. Ce terme Arabe ne signifie nulle-
-mentSenior Pancien,mais il signifieNoble,
nom qui ne se donne qu'aux Descendans
de Mahomet par Ali , son gendre et par
sa fille Fathime , parce que ceux- là sont
censez de la plus haute naissance qui appartiennent à cette Branche de la Race de
leur Prophete. C'est le seul titre dont le Prince de la Mecque se pare , ainsi que
celui de Medine ; les Rois de Maroc se
font aussi une gloire de porter ce nom ,
regardant comme un des plus beaux ti- tres de noblesse de descendre de MahoLes Arabes expriment ce terme par Scheik ,
qui signifie aussi un Gouverneur , un Chef, uns
Docteur, &c..
met
MARS. 17321 517
4
met par Fathime. Il y a en cet endroit
une autre méprise ; car quoiqu'il soit vrai
que Cherif signifie Noble , et qu'il semble que les Nobles du Pays ayent dû le
gouverner , nous ne voyons cependant
pas que les Villes d'Arabie , à l'exception des deux qu'on vient de nommer
ayent été gouvernées par des Cherifs.
C'est encore une fable de dire que Mahomet ait pris Damas. Fable que son corps
ait été mangé par les chiens. Une autre
fable adoptée par Constantin Porphyrogenete , par Euthymius , Cedrene et autres , c'est d'attribuer aux Mahometans
le culte de Lucifer , de Venus ou de la
-Lune , en leur faisant dire , Alla , oita
Kubar , Deus et Luna seu magna ; au lieu
de Alla ou Akubar, ô Deus maximus
qui sont les premieres paroles qu'on crie
du haut des Mosquées , &c.
oйa
Nous ne suivrons point l'Auteur dans
l'examen , concis à la verité , mais bien
touché, qu'il fait de la Doctrine de Mahomet; il ruine en peu de mots beaucoup
de ses principes. Ce court examen pour--
roit servir de plan à une réfutation com
plette du Mahométisme. Passons à la V.
Piece de ce Recueil , qui contient des Remarques traduites de l'Anglois sur l'administration des Finances des Romains.
En Voici le précis Evi fuc
18 MERCURE DE FRANCE
L'Histoire fournit aux Rois des lumie
res pour soutenir leurs Etats dans la splendeur , en profitant des maximes qui ont
contribué à la grandeur des Empires , et
en évitant ce qui a causé leur décadence.
Rome fut redevable de sa puissance à
une sage dispensation de ses revenus ;
leur dissipation entraîna sa ruine.
y
Valerius-Publicola fut le premier qui
ordonna que le revenu appartenant à la
République seroit déposé dans le Temple
de Saturne , afin que la sainteté du licu
rendît ce dépôt encore plus sacré ; il
avoit deux Trésors ; l'un destiné aux besoins journaliers de la République , l'autre aux pressantes nécessitez. On portoit
dans le premier les Tributs et les Impôts
ordinaires , et dans l'autre l'or de l'Impôt
du vingtiéme sur les Esclaves ; on l'appelloit pour ce sujet Aurum vicesimarium.
Pendant quelques siecles la République
n'eut pas besoin d'argent ; ce ne fut qu'au
Siege de Veïes 350. ans après la fondation de Rome , que les Troupes commeacerent à recevoir une solde. Les Romains
persuadez que rien n'étoit plus important que de ne point surcharger le Peuple d'Impôts et d'avoir un fonds capable de maintenir l'Etat en temps, de guerte
et de paix , firent porter dans le Trésor
public
MARS. 1732 $39
public toutes les richesses qu'ils emportoient par leurs victoires. Ainsi les richesses de Carthage , de Sicile , des Villes de
Macédoine , d'Asie et des autres Provinces conquises , furent déposées par les
Generaux dans le Temple de Saturne
avec un désinteressement admirable , qui
duroit encore quelque temps après la
derniere guerte punique.
›
Dans le siecle suivant cette integrité
fut alterée , mais ce ne fut jamais que
par des ambitieux qui tramoient la servitude et la ruine de la République. Ce
pendant le Trésor public ne laissoit pas
d'être enrichi continuellement par les richesses immenses que la République tiroit de ceux de qui elle triomphoit. Scipion l'Africain fit payer aux Carthaginois
30. millions de livres dans l'espace de 50.
ans , et il obligea le Roi Antiochus en lui
accordant la paix , de payer à la Répablique 24.. millions. Titus Q. Flaminius
Coptraignit Philippe , Roi de Macedoine,
de donner à la Rep. 3. millions ; il n'accorda la Paix à Nabis , Tyran de Sparte .
qu'en exigeant de lui près d'un million.
Il ajoûta encore aux sommes immenses
dont il avoit déja enrichi le Trésor , six
cent quarante millions de livres en lingots d'argent ; 79. millions quatre cens
-
cin-
* 20 MERCURE DE FRANCE
· "
cinquante- deux mille livrés en monnoye
d'argent , et deux millions quatre cent
vingt mille livres en Pieces d'or. On peut
encore voir d'autres exemples de ce désinteressement des Generaux Romains
dans ces Remarques.
C'est donc par cette conduite des Ro-
'mains à l'égard de ceux dont ils triomphoient et par l'integrité et le desinteressement de ces grands Hommes que Rome s'est élevée si haut et qu'elle s'est soutenuë si long- temps. Car il n'est pas pos.
sible qu'un Etat puisse soutenir de lonque ques guerres sans autre fonds celui
de son propre revenu. En effet tant que
les Romains ne perdirent point de vûë
ce systême, ils furent heureux dans leurs
Expeditions. Auguste laissa des sommes
si considerables dans le Trésor public ,
qu'on les fait monter jusqu'à 202 , millions de notre monnoye. Aussi , remarque l'Auteur Anglois , avoit- il une qualité qui ne manque jamais d'enrichir un
Prince , c'étoit d'examiner avec soin les
comptes publics. Mais Caligula dépensa
ses immenses richesses en moins d'un an
au rapport de Suetone. L'Auteur prouve
ensuite que le salut de l'Etat dépend de
- Padministration des Finances , et que la
prodigalité des Princes, et leur inatter- tion
MARS. 1732. JA
tion à veiller sur l'usage et l'emploi de
feurs richesses , en entraînent la dissipa-`
tion et peu à peu la ruine de leurs Etats.
Il fait ensuite remarquer que la cruauté
de plusieurs Empereurs de Rome n'est
venuë que des necessitez ausquelles leur
prodigalité les avoit réduits , qu'ils n'étoient pas cruels d'abord, et que ce n'a été
qu'une suite de leur inattention à veiller
sur leurs Finances ; négligence qui les
contraignoit d'exiger des Peuples avec
dureté des Impôts multipliez et à les
vexer en mille manieres ; funestes fruits
des conseils pernicieux de leurs Courti
sans qui ne manquoient pas de leur inspirer du dégoût et de l'éloignement pour
les affaires et sur tout pour celles qui regardent les Finances.
L'Empereur Caracalla fut le premier
qui altera les Monnoyes et qui donna des pieces d'étain et de cuivre pour des
pieces d'or et d'argent , sur quoi on peut
remarquer en general que durant la décadence de l'Empire les Monnoyes furent
fortalterées , la necessité poussant le Prin
ce à donner aux Especes une plus grande valeur à proportion de leur rareté 35
d'où l'on peut conclure avec l'Auteur
des Remarques , que les Especes sont comme le pouls d'un Etat ; , s'il bat irréguliere-- ment
522 MERCURE DE FRANCE
rement , onjuge par ce symptome que le corps
politique est attaqué de quelque maladie
dangereuse ; que si le Prince se trouve obligé
d'affaiblir les Especes , c'est un indice qu'on
commence à les faire sortir du Royaume ; s'il
est dans la nécessité de substituer quelqu'autre
matiereà l'or et àl'argent, comme fit Caracalla , on peut inferer de- là qu'unegrande par
tie de l'argent en est déja sortie que s'il ar
rive que les Especes soient entierement enlevées on universellement alterées comme
cela se fit dans la décadence de l'Empire Remain , on en peut augurer la raine prochaine
de l'Etat. On trouve dans cette Piece un
grand nombre de traits curieux que les bornes d'un Extrait ne nous permettent
pas de rapporter. Nou ne dirons rien des
deux Dissertations qui suivent sur la déposition de Childeric e sur la compatibilité de la grandeur temporelle avec la
puissance spirituelle ; ces deux Pieces sont
P'une et l'autre remplies de choses Cu
rieuses et qui se font lire avec plaisir.
La derniere Piece de ce Recueil regarde une dispute qui s'éleva vers la fin du
dernier siecle ; les uns prétendoient que
Pannée 1700. devoit commencer le sie--
cle suivant , desorte que du même moment que l'on pouvoit compter 1700. la :
centiéme année devoit être accomplie ,.
et
MARS. 1732. 5232
麵
et la premiere année du siecle suivant devoit commencer. Les autres sontenoient au contraire que l'année 1700.
devoit terminer le 17. siecle , mais de façon que ce ne pouvoit être qu'après da
révolution entiere de cette année que le
siecle suivant devoit commencer. L'Auteur de cette Dissertation embrassa alors.
cé dernier parti. Il fait voir dans cette
Piece que puisqu'on entend par un siecle
l'espace de cent ans , on ne compte le
siecle achevé ou révolu que lorsque la
centiéme année est révolue , comme un
homme à qui on devroit cent pistoles , ne
seroit pas content de 99. et de la ceatiéme commencée. Que l'on compte , ditil , les années , les mois , les semaines et
les jours de la même maniere qu'on dit
qu'il est Lundi , qu'il est le mois de Janvier , la premiere semaine de l'Avent du
Carême quoique Lundy ou le mois deJanvier ou la premiere semaine de l'Avent ne fassent que commencer.
,
Les anciens Actes disent communément le mois courant ou l'année courante.
Ainsi on comptoit déja une telle année
avant qu'elle fût achevée. Les Marchands
mettent en titre dans leurs Registres
Janvier ou Mars ou Avril , avant que
le premier jour de ces mois soit achevé.
Un
$24 MERCURE DE FRANCE
•
Un Sçavant met le 2. ou 3. ou 6. Livre
en composant son Ouvrage , dès qu'il
commence le 2. 3. ou6. Livre.Le Voyageur
dans ses Fournauxde Voyages,écrit la premiere , seconde , troisiéme journée , dès le
matin de chaque journée et si son voyage
a duré 15. jours et qu'il arrive le 16 à midi
dans une Ville , il dira qu'il est arrivé lat
16 journée , quoiqu'elle ne soit pas finie.
Les Historiens Ecclesiastiques mettent
dans la premiere année de l'Ere Chré
rienne plusieurs faits arrivez long-temps
avant la fin de cette premiere année , tels
que la Circoncision , l'Adoration des Ma-
-ges , la Fuite en Egypte , le Meurtre des
Innocens , &c. Les Rois dattent de la
premiere année de leur regne les Edits
qu'ils ont donnez pendant les 12. premiers mois. Dès que Jerusalem fut délivrée de la persecution d'Antiochuset
qu'il fut permis de battre de la monnoye,
on marqua cette Epoque ainsi : L'anpremier sous Simon , anno primo sub Simone.
F. Machab. 13. comme on le voit encore
dans plusieurs Médailles.
Dans le temps de la correction du
: Calendrier par Jules-Cesar l'an 709. de
Rome , dès le commencement de cette
Epoque en Janvier , on a compté l'an
premier. Cette année commença avec.
cle
4.
MARS. 1732. 525
Consulat de Jules-Cesar et de Lepide,
le Consulat duroit depuis Janvier jusqu'en Décembre. Ainsi puisqu'on comptoit les années courantes comme on comp
toit les Consulats , l'année se comptoit
aussi dès qu'elle commençoit , coinme
l'on comptoit le Consulat dès qu'il commençoit. Enfin dès le commencement de
l'Ere de Diocletien ou des Martyrs , que
les Chrétiens ont suivie , même pour dresser les Cicles Paschaux , jusqu'à- ce que
Denis le Petit ait fait succeder l'Ere de
l'Incarnation , on compta l'an 1. car elle
commença exactement avec le premier
jour du Regne de Diocletien. Aussi quand
S. Ambroise datte quelques faits par les
années de cette Ere , il dit toûjours l'am
depuis le premier jour du Regne de Diocletien. De tout celà il est aisé de conclure
que l'on a dû compter l'année 1700. dès
qu'elle a commencé, et par consequent que
le premier Janvier 1700. fut le premier
jour de la derniere année du XVII. secle
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Résumé : Recueil de Pieces d'Histoire et de Litterature, &c. [titre d'après la table]
Le texte présente un recueil d'histoires et de littérature intitulé 'Recueil de Pièces d'Histoire et de Littérature', publié en 1731 à Paris. L'auteur vise à plaire et à enrichir l'esprit avec des connaissances solides. Le premier volume contient plusieurs pièces, dont une lettre sur la nouvelle édition des œuvres de l'abbé de Saint-Réal, un panégyrique de la régence de Marie Jeanne Baptiste de Savoie, des réflexions diverses, une histoire du mahométisme, des remarques sur l'administration des finances des Romains, et des dissertations sur des sujets religieux et historiques. L'histoire du mahométisme est divisée en trois parties : la vie de Mahomet, les fables le concernant, et les principes de l'islam. Mahomet, né à La Mecque, a uni les religions chrétienne, juive et arabe en prônant un dieu unique. Il a compilé ses révélations dans l'Alcoran et a instauré des pratiques religieuses comme le jeûne du Ramadan et la circoncision. Après des années de prédication, il a conquis La Mecque par la force, établissant ainsi l'hégire en 622. Le texte réfute plusieurs fables sur Mahomet, telles que celles concernant des miracles à sa naissance ou des batailles contre des empereurs. Il mentionne également des erreurs sur la gouvernance des villes arabes et le culte des mahométans. Le texte aborde ensuite l'intégrité et la gestion financière de la République romaine après la dernière guerre punique. Pendant un siècle, cette intégrité fut maintenue, bien que des ambitieux cherchassent à servir leurs intérêts. Le Trésor public s'enrichit grâce aux tributs imposés aux vaincus. Par exemple, Scipion l'Africain fit payer 30 millions de livres aux Carthaginois sur 50 ans, et Antiochus fut contraint de payer 24 millions. Titus Q. Flaminius obtint également des sommes importantes de Philippe de Macédoine et de Nabis de Sparte. Ces généraux romains enrichirent le Trésor sans s'enrichir personnellement, contribuant ainsi à la puissance et à la durabilité de Rome. Le texte souligne que Rome put soutenir de longues guerres grâce à ce système financier. Auguste laissa un Trésor public considérable, estimé à 202 millions. Cependant, des empereurs comme Caligula dilapidèrent ces richesses. La prodigalité et la négligence des finances publiques menèrent à la cruauté de certains empereurs, contraints d'imposer des taxes lourdes et vexatoires pour combler leurs besoins. L'Empereur Caracalla fut le premier à altérer la monnaie, remplaçant l'or et l'argent par de l'étain et du cuivre. Cette pratique se poursuivit durant la décadence de l'Empire, indiquant une crise financière. Le texte compare les espèces monétaires au pouls d'un État, soulignant que leur altération ou leur disparition annonce la ruine de l'État. Enfin, le texte aborde une dispute sur le début du XVIIIe siècle. Certains estimaient que l'année 1700 marquait le début du nouveau siècle, tandis que d'autres soutenaient qu'il fallait attendre la fin complète de l'année pour commencer le nouveau siècle. L'auteur adopte la seconde position, illustrant son argument par divers exemples historiques et pratiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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590
s. p.
A L'AUTEUR DE L'EPITRE A URANIE.
Début :
Quelle audace effrenée ! Ô ciel ! qu'ai-je entendu ? [...]
Mots clefs :
Uranie, Dieu, Religion, Culte antique, Révélation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A L'AUTEUR DE L'EPITRE A URANIE.
A L'AUTEUR
DE L'EPITRE A URANIE.
Uelle audace effrenée ! ô Ciel!
qu'ai-je entendu ?
Qui que tu sois , dont le systême impie ,
Insulte à la foi d'Uranie,
Par un și vain effort as-tu donc prétendu ,
Arracher de nos cœurs les profondes racines ,
Qu'y jetterent jadis les Semences divines ,
D'un culte antique et du Ciel descendu ?
A ij Pour
626 MERCURE DE FRANCE
Pour la Religion que mon ame respecte ,
Ta haine me paroît suspecte.
La destruction des Autels ,
Flatte nos penchants criminels ;
Que ces penchants sont doux ! que le vice est aimable ,
Dès qu'on ne connoît plus d'avenir redoutable !
Quelques soient tes raisonnemens
Certes , pour moi je me deffie ,
De l'étrange Philosophie ,
Qui dans les Passions puise ses Argumens.
La Vertu tyrannise. Un Dieu vengeur nous gêne
Et le cœur vicieux qui redoute sa haine ,
Pour mieux s'en garentir ,
Voudroit pouvoir l'anéantir.
Nul frein , pour lors , à la licence,
Gardez l'équilibre un moment,
De quel côté penchera la balance ,
Si le vice est sans châtiment ,
Et la Vertu sans récompense ?
Loin d'ici tes projets dans le crime enfantez ;
E mille fois en naissant avortez.
Les saints dogmes de l'Evangile ,
Surchargent ta raison débile ;
Elle ne peut , dis- tu , les accorder ;
Avec ce qu'on doit demander ,
D'un Dieu juste et débonnaire;
J'en tire un Argument contraire,
Et
AVRIL. 17328 6207
Ét s'il est un Dieu juste et bon ,
Tout est certain dans ma Religion.
Quelle foule de témoignages,
Dans tous les tems , dans tous les âges ,
De Jesus Christ prouvent la Mission !
La foi d'un Dieu Sauveur en Miracles féconde
A commencé les Annales du Monde.
Ouvre les Volumes sacrez ,
De ces Ecrivains inspirez ,
Qui , dans ce qu'ils ont sçû prédire ,
Dudivin Auteur des Chrétiens ,
Semblent être à qui veut les lire ,
Moins Prophetes qu'Historiens.
Quel autre que Dieu même a pû les faire écrire
Juge enfin sans prévention.
Que te produit la Revelation ?
Des Prodiges incontestables
Et des témoins irreprochables ;
Du Monde converti le Miracle éclattant ,
Du Peuple vagabond , détruit et subsistant ,
Qui porte dans cent Républiques ,
Dusalut des Humains les gages authentiques.
D'humbles Pecheurs que l'on charge de fers ,
Troupe aux yeux des Mortels et vile et mépri sable ,
Apeine ont répandu leur doctrine adorable ,
Que les Vertus inondent l'Univers.
Als déposent au fond , qu'après que le Messie ,
A iij Suv
628 MERCURE DE FRANCE
Sur l'Autel de la Croix eut immolé sa vie ,
De la Grace nouvelle allumant le flambeau ,
Il sortit triomphant de la nuit du Tombeau,
Et que montant au Ciel , une brillante nuë ,
Vint comme un Trône d'or l'enlever à leur vûë.
Je croirai , quoiqu'ici l'Impie ose en juger ,
Je croirai des Témoins qui se font égorger.
Je n'ai pas entrepris de retracer l'Histoire ,
De l'Evangile et de sa gloire ;
De sublimes Ecrits pleins de force et de sens
En conservent les Monumens ;
Mais tous ces faits sont de nature ,
An'être point soupçonnez d'imposture
Dieu qui les a permis ne peut être trompeur
Il le seroit pourtant , au gré de ton erreur
Si du vrai dont il est le pere ,
Le mensonge odieux portoit le caractére.
Sa bonté, je l'ai dit , doit m'être un sûr garand;
Des merveilles qu'enfin l'Evangile m'apprend
Sur cent vertus sa doctrine se fonde ,
Et ton systême fait horreur,
Qui par la porte de l'erreur ,
Veut les faire entrer dans le monde.
L'Eclat dont luit la Révelation ,
Et les tenebres du Mystere ,
C'est la Nuée obscure et claire ,
Qui des Hébreux guidoit la Nation.
Tu ne peux concevoir la chute déplorable,
Qui
AVRIL. 1732. 629
Qui de l'Homme innocent fit un homme cou
pable.
Tu ne peux concevoir qu'un Dieu soit mort
pour nous ,
Sans toutesfois nous sauver tous';
Et cet adorable Mystere ,
Pour ta raison est un joug trop austere ;
Mais quand tu veux t'en affranchir ,
La Révelation , source de l'évidence ,
Malgré toi , l'oblige à fléchir ,
Sous une immortelle Puissance.
De Lucrece aujourd'hui dangereux Nourrisson ,
Sauve- toi des écarts de l'humaine raison ,
Son devoir n'est pas de comprendre ,
· Ce que Dieu nous a revelé ,
Mais de se taire et de se rendre
S'il est vrai qu'il nous ait parlé.
Cette raison reçoit des bornes legitimes ;
C'est agir contre ses maximes ,
ปี
Que de restraindre ainsi Dieu même et son pou voir ,
Ace qu'elle en peut concevoir.
Dépouille donc ici l'orgueil de ton Deïsme ,
Et crois - moi , rends ton vieux sophisme,
ACelse , à Porphire , à Julien ,
Quoique leurs plumes criminelles ,
En eussent armé leurs Libelles ,
Le monde entier n'en fut pas moins chrétien.
A iiij Où
63030 MERCURE DE FRANCE
Où suis- je ? ô Ciel ! quelle terreur subite ,
Se répand au fond de mon cœur ?
Tout s'ébranle. La Mer s'agite ,
Et les flots irritez font un bruit plein d'horreur;
Les antres au loin en mugissent.´
Le Soleil perd ses feux, les Astres s'obcurcissent
Da Firmament tous ces corps détachez ,
S'envont-ils fondre sur ma tête ?
Qù fuir l'effroyable tempête
Terre ouvre- moi tes abymes cachez.
De tout secours mon ame est- elle dénuée ;
Mais tout à coup les Cieux sont éclaircis ,
Le Tonnerre et les feux partent de la Nuée,
Où le fils de l'Homme est assis.
Crains l'Eternel; crains ses vengeances &
Par un prompt repentir appaise son courroux ;
Sçache qu'il doit , ce Dieu jaloux ,.
Tejuger sur ta foi comme sur tes offenses.
M. Tanevot.
DE L'EPITRE A URANIE.
Uelle audace effrenée ! ô Ciel!
qu'ai-je entendu ?
Qui que tu sois , dont le systême impie ,
Insulte à la foi d'Uranie,
Par un și vain effort as-tu donc prétendu ,
Arracher de nos cœurs les profondes racines ,
Qu'y jetterent jadis les Semences divines ,
D'un culte antique et du Ciel descendu ?
A ij Pour
626 MERCURE DE FRANCE
Pour la Religion que mon ame respecte ,
Ta haine me paroît suspecte.
La destruction des Autels ,
Flatte nos penchants criminels ;
Que ces penchants sont doux ! que le vice est aimable ,
Dès qu'on ne connoît plus d'avenir redoutable !
Quelques soient tes raisonnemens
Certes , pour moi je me deffie ,
De l'étrange Philosophie ,
Qui dans les Passions puise ses Argumens.
La Vertu tyrannise. Un Dieu vengeur nous gêne
Et le cœur vicieux qui redoute sa haine ,
Pour mieux s'en garentir ,
Voudroit pouvoir l'anéantir.
Nul frein , pour lors , à la licence,
Gardez l'équilibre un moment,
De quel côté penchera la balance ,
Si le vice est sans châtiment ,
Et la Vertu sans récompense ?
Loin d'ici tes projets dans le crime enfantez ;
E mille fois en naissant avortez.
Les saints dogmes de l'Evangile ,
Surchargent ta raison débile ;
Elle ne peut , dis- tu , les accorder ;
Avec ce qu'on doit demander ,
D'un Dieu juste et débonnaire;
J'en tire un Argument contraire,
Et
AVRIL. 17328 6207
Ét s'il est un Dieu juste et bon ,
Tout est certain dans ma Religion.
Quelle foule de témoignages,
Dans tous les tems , dans tous les âges ,
De Jesus Christ prouvent la Mission !
La foi d'un Dieu Sauveur en Miracles féconde
A commencé les Annales du Monde.
Ouvre les Volumes sacrez ,
De ces Ecrivains inspirez ,
Qui , dans ce qu'ils ont sçû prédire ,
Dudivin Auteur des Chrétiens ,
Semblent être à qui veut les lire ,
Moins Prophetes qu'Historiens.
Quel autre que Dieu même a pû les faire écrire
Juge enfin sans prévention.
Que te produit la Revelation ?
Des Prodiges incontestables
Et des témoins irreprochables ;
Du Monde converti le Miracle éclattant ,
Du Peuple vagabond , détruit et subsistant ,
Qui porte dans cent Républiques ,
Dusalut des Humains les gages authentiques.
D'humbles Pecheurs que l'on charge de fers ,
Troupe aux yeux des Mortels et vile et mépri sable ,
Apeine ont répandu leur doctrine adorable ,
Que les Vertus inondent l'Univers.
Als déposent au fond , qu'après que le Messie ,
A iij Suv
628 MERCURE DE FRANCE
Sur l'Autel de la Croix eut immolé sa vie ,
De la Grace nouvelle allumant le flambeau ,
Il sortit triomphant de la nuit du Tombeau,
Et que montant au Ciel , une brillante nuë ,
Vint comme un Trône d'or l'enlever à leur vûë.
Je croirai , quoiqu'ici l'Impie ose en juger ,
Je croirai des Témoins qui se font égorger.
Je n'ai pas entrepris de retracer l'Histoire ,
De l'Evangile et de sa gloire ;
De sublimes Ecrits pleins de force et de sens
En conservent les Monumens ;
Mais tous ces faits sont de nature ,
An'être point soupçonnez d'imposture
Dieu qui les a permis ne peut être trompeur
Il le seroit pourtant , au gré de ton erreur
Si du vrai dont il est le pere ,
Le mensonge odieux portoit le caractére.
Sa bonté, je l'ai dit , doit m'être un sûr garand;
Des merveilles qu'enfin l'Evangile m'apprend
Sur cent vertus sa doctrine se fonde ,
Et ton systême fait horreur,
Qui par la porte de l'erreur ,
Veut les faire entrer dans le monde.
L'Eclat dont luit la Révelation ,
Et les tenebres du Mystere ,
C'est la Nuée obscure et claire ,
Qui des Hébreux guidoit la Nation.
Tu ne peux concevoir la chute déplorable,
Qui
AVRIL. 1732. 629
Qui de l'Homme innocent fit un homme cou
pable.
Tu ne peux concevoir qu'un Dieu soit mort
pour nous ,
Sans toutesfois nous sauver tous';
Et cet adorable Mystere ,
Pour ta raison est un joug trop austere ;
Mais quand tu veux t'en affranchir ,
La Révelation , source de l'évidence ,
Malgré toi , l'oblige à fléchir ,
Sous une immortelle Puissance.
De Lucrece aujourd'hui dangereux Nourrisson ,
Sauve- toi des écarts de l'humaine raison ,
Son devoir n'est pas de comprendre ,
· Ce que Dieu nous a revelé ,
Mais de se taire et de se rendre
S'il est vrai qu'il nous ait parlé.
Cette raison reçoit des bornes legitimes ;
C'est agir contre ses maximes ,
ปี
Que de restraindre ainsi Dieu même et son pou voir ,
Ace qu'elle en peut concevoir.
Dépouille donc ici l'orgueil de ton Deïsme ,
Et crois - moi , rends ton vieux sophisme,
ACelse , à Porphire , à Julien ,
Quoique leurs plumes criminelles ,
En eussent armé leurs Libelles ,
Le monde entier n'en fut pas moins chrétien.
A iiij Où
63030 MERCURE DE FRANCE
Où suis- je ? ô Ciel ! quelle terreur subite ,
Se répand au fond de mon cœur ?
Tout s'ébranle. La Mer s'agite ,
Et les flots irritez font un bruit plein d'horreur;
Les antres au loin en mugissent.´
Le Soleil perd ses feux, les Astres s'obcurcissent
Da Firmament tous ces corps détachez ,
S'envont-ils fondre sur ma tête ?
Qù fuir l'effroyable tempête
Terre ouvre- moi tes abymes cachez.
De tout secours mon ame est- elle dénuée ;
Mais tout à coup les Cieux sont éclaircis ,
Le Tonnerre et les feux partent de la Nuée,
Où le fils de l'Homme est assis.
Crains l'Eternel; crains ses vengeances &
Par un prompt repentir appaise son courroux ;
Sçache qu'il doit , ce Dieu jaloux ,.
Tejuger sur ta foi comme sur tes offenses.
M. Tanevot.
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Résumé : A L'AUTEUR DE L'EPITRE A URANIE.
La lettre est adressée à un individu anonyme qui remet en question la foi d'Uranie. L'auteur exprime son indignation face à l'audace et à l'impiété de cet individu, qui cherche à détruire les fondements de la foi chrétienne et à encourager les penchants criminels. Il souligne que la destruction des autels et la liberté sans frein mènent à la licence et au vice, mettant en avant la nécessité de la vertu et de la crainte de Dieu pour maintenir l'équilibre moral. L'auteur défend la religion chrétienne en soulignant les témoignages et les miracles qui prouvent la mission de Jésus-Christ. Il cite les prophéties et les écrits sacrés qui attestent de la vérité de la révélation divine. Il argue que les faits relatés dans l'Évangile sont authentiques et ne peuvent être soupçonnés d'imposture, car Dieu ne peut être trompeur. La lettre critique la raison humaine qui cherche à comprendre les mystères divins au-delà de ses limites légitimes. Elle invite à se soumettre à la révélation divine et à éviter les écarts de la raison humaine. L'auteur conclut en appelant à la crainte de Dieu et au repentir pour échapper à sa vengeance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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591
p. 1337-13[4]4
ODE SACRÉE, Tirée du Pseaume 113, In Exitu Israël, &c.
Début :
Irrité par la barbarie, [...]
Mots clefs :
Dieu, Seigneur, Psaume, Israël, Voeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE SACRÉE, Tirée du Pseaume 113, In Exitu Israël, &c.
DE SA CREE,
Tirée du Pseaume 113 , In Exitu Israël, &c.
IRrité Rrité par la barbarie ,
D'un Peuple idolâtre et cruel ,
Le Seigneur , aux Fils d'Israël ,
Promit leur ancienne Patrie.
Alors , sous un Chef redouté ,
De Jacob la féconde Race ,
Brisa par une sainte audace ,
Les fers de sa Captivité.
Heureuses Plaines de Judée ,
Le Ciel daigna vous confier ,
La gloire de sanctifier ,
La Troupe qu'il avoit guidée ;
Votre bonheur fut résolu ,
Quand l'Etre par qui tout respire ,
Soumit vos guerets à l'Empire ,
Du Peuple qu'il avoit élû.
Mais en la présence terrible ,
Du Dieu qui créa l'Univers ,
Combien de prodiges divers !
La Mer même y parut sensible ;;
IL Vol. D V Son
1338 MERCURE DE FRANCESon vaste sein s'épouventa ;
Ses flots fuyoient d'un cours rapide,
Tandis que le Jourdain timide ,
Jusqu'à sa source remonta.
On vous vit , superbes Montagnes
On vous vit , steriles Côteaux ,
Aussi legers que les Troupeaux ,
Qui bondissent dans les Campagnes.
O! Mer, qui te fit reculer 2
O! Jourdain , pourquoi sur tes Rives ,
Vit- on les ondes fugitives ,
Vers leur origine couler ?.
Monts sacrez , Collines tranquiles ,,
Apprenez -nous quel changement s
Vous imprime le mouvement ,.
Des animaux les plus agiles ;,
L'Etre Eternel se découvroit ;
La Terre cessa d'être stable ,
A l'aspect du Dieu redoutable ,
Du Dieu que Jacob adoroit.
C'est lui dont la bonté presente ,
Aux cœurs qui sçavent le chercher ,
Change le sterile Rocher ,
En une Source bienfaisante ;
La pierre obéit à sa voix;'
II Vol. M
༣ JUIN 1732 1339 .
Il parle et soudain l'Onde coule ,
'Au gré de cette ingrate foule ,
Qui murmure contre ses Loix.
Seigneur, aux yeux des foibles hommes ;
Quand tu fais briller ta splendeur ,
L'immensité de ta grandeur ,
Nous instruit du peu que nous sommes :
Sage Auteur de notre raison "
Inspire-nous toûjours de croire
Qu'il ne nous est point dû de gloire ;
Qu'il n'en appartient qu'à ton Nom.
Fais que malgré leur arrogance
Les Humains puissent concevoir ,
La verité de ton pouvoir "
Et les trésors de ta clémence ;
Que les. Infideles privez ,
Des avantages de ton culte
N'osent plus dire avec insulte 9
Quel est le Dieu que vous servez ?
Le Dieu qui reçoit notre hommage ,
'Assis sur la Voute des cieux ,
'Attache ŝans cesse ses yeux ,
1
Sur l'homme , son plus cher ouvrage ;
Aux tendres soins de sa bonté ,
Le Monde entier doit sa naissance ,
IL. Vol Et D vj
1340 MERCURE DE FRANCE
Et, pour limite , sa puissance ,
Ne connoît que sa volonté.
Flatez d'esperances frivoles ,
Chaque jour on voit des Mortels,
Dresser, à l'envi , des Autels ,
A de chimeriques Idoles ;
Quelle honte pour les Humains
D'adorer un Métail sordide !
De fléchir un genoüil timide ,
Devant l'ouvrage de leurs mains.
Vainement l'Ouvrier habile,
Prête une bouche à ces faux Dieux
En vain le ciseau sur leurs yeux ,
Taille une paupiere immobile ;
On ne verra point à des sons
Ceder leurs levres inflexibles ,
Ni leurs yeux devenir sensibles ,
Au Soleil dont nous jouissons.
Tel qui veut chanter les merveilles ,
Des Dieux qu'il se fait à son choix,
Ose-t'il penser que sa voix ,
Percera leurs sourdes oreilles ?
Ces vains fantômes de l'erreur ,
Honorez d'un Peuple crédule ,
Dans le moment que l'encens brule ,
Ignorent quelle en est l'odeur.
II. Vol. Sans
JUIN. 1732. 1347
Sans cesse ma raison demande ,
Si jamais leurs pieds agiront ,
Ou si leurs mains discerneront ,
Le prix d'une riche Guirlande ;
Ont-ils quelques droits sur nos jours.
Quand leur silence opiniâtre ,
Résiste aux cris de l'Idolâtre,
Qui les appelle à son secours.
•
Malheur à l'aveugle qui compte,
Sur un Métail inanimé ;
Puisse celui qui l'a forme,
De son Dieu partager la honte!
Puissent tous ceux de qui l'encens,
Indignement se prostituë ,
Devant une froide Statuë,
Perdre l'usage de leurs sens !
Aux pieds du vrai Dieu prosternée,
La sage Maison d'Israël ,
Fonda sur son bras immortel ,
Tout l'espoir de sa destinée.
Par quel secours , par quel appui ,
Le Seigneur , prodigue pour elle ,
A-t'il récompensé le zele ,
Des cœurs qui n'invoquoient que lui ?
Avec la même confiance ,
II.Vol.
Les
1342 MERCURE DE FRANCE
Les Fils illustres d'Aaron ,
En la grandeur de son saint nom ,
Mettant leur plus ferme esperance ;
Par mille bienfaits répandus ,
A chaque instant Dieu se déclare
Le Protecteur de la Thiare ,
Dontil couronne leurs vertus,
Qu'ils sont forts , malgré leur foiblesse
Ceux qui porte au fond du cœur ,
Cette humble crainte du Seigneur
D'où naît la plus haute sagesse ;
Tous ces illustres Combattans ,
Pour prix d'une fidelle attente
Reçoivent la grace constante ,
Qui les soutient dans tous les temps.
".
Mais dans notre triste carriere ,
Nous-mêmes n'éprouvons nous pas
Que le Seigneur à tous nos pas
Prête sa divine lumiere ?
Loin que nos vœux soient oubliez
Tout nous apprend que sa Justice ,
Abeni l'ardent SacrificeDe nos desirs humilicz.
Ainsi d'un secours efficace ,
Israël mérita le don…
II. Vale Ainsi
JUIN. 173.20 7343 Ainsi le Pontife Aaron ,
L'obtint pour son Auguste Race;
Ainsi le Dieu de Verité ,
Soutient par les graces qu'il donne ,
Et la Houlette et la Couronne
De qui craint sa Divinité.
Puisse-t'il, ce Dieu favorable
A qui vous adressez vos vœux
Et sur vous et sur vos neveux
Répandre sa grace ineffable !
Soyez tous benis, du Seigneur,
Dont la voix commande au Tannerre,
Er #
que le Ciel avec la Terre,
Reconnoît pour son Créateur.
Lorsqu'il se proposa lui- même ,
De regler le Monde à son gré,
Au-dessus du Ciel azuré ,
Il plaça son. Trône suprême.
Le Firmament fut son séjour ,
Et la Terre obscure où nous sommes
Devint le partage des hommes,
Qu'avoit enfantez son amour.
Dieu puissant , Souverain des Anges,.
Les Humains plongez par le sort ,
Dans les tenebres de la mort ,
Ne publieront point tes louanges ;
IL. Vob Tom
1334 MERCURE DE FRANCE 4
Ton nom ne sera point chanté ,
Par ces ames infortunées ,
Que tajustice a condamnées ,
Agémir loin de ta clarté,
Mais nous , qui jouissons encore
Du Soleil , que tu fais mouvoir ,
Seigneur , pour benir ton pouvoir ,
Nous sçavons devancer l'Aurore :
Tous nos vœux seront satisfaits,
Des jours que ta bonté nous laisse
Si nous les consacrons sans cesse ,
Au souvenir de tes bienfaits
Tirée du Pseaume 113 , In Exitu Israël, &c.
IRrité Rrité par la barbarie ,
D'un Peuple idolâtre et cruel ,
Le Seigneur , aux Fils d'Israël ,
Promit leur ancienne Patrie.
Alors , sous un Chef redouté ,
De Jacob la féconde Race ,
Brisa par une sainte audace ,
Les fers de sa Captivité.
Heureuses Plaines de Judée ,
Le Ciel daigna vous confier ,
La gloire de sanctifier ,
La Troupe qu'il avoit guidée ;
Votre bonheur fut résolu ,
Quand l'Etre par qui tout respire ,
Soumit vos guerets à l'Empire ,
Du Peuple qu'il avoit élû.
Mais en la présence terrible ,
Du Dieu qui créa l'Univers ,
Combien de prodiges divers !
La Mer même y parut sensible ;;
IL Vol. D V Son
1338 MERCURE DE FRANCESon vaste sein s'épouventa ;
Ses flots fuyoient d'un cours rapide,
Tandis que le Jourdain timide ,
Jusqu'à sa source remonta.
On vous vit , superbes Montagnes
On vous vit , steriles Côteaux ,
Aussi legers que les Troupeaux ,
Qui bondissent dans les Campagnes.
O! Mer, qui te fit reculer 2
O! Jourdain , pourquoi sur tes Rives ,
Vit- on les ondes fugitives ,
Vers leur origine couler ?.
Monts sacrez , Collines tranquiles ,,
Apprenez -nous quel changement s
Vous imprime le mouvement ,.
Des animaux les plus agiles ;,
L'Etre Eternel se découvroit ;
La Terre cessa d'être stable ,
A l'aspect du Dieu redoutable ,
Du Dieu que Jacob adoroit.
C'est lui dont la bonté presente ,
Aux cœurs qui sçavent le chercher ,
Change le sterile Rocher ,
En une Source bienfaisante ;
La pierre obéit à sa voix;'
II Vol. M
༣ JUIN 1732 1339 .
Il parle et soudain l'Onde coule ,
'Au gré de cette ingrate foule ,
Qui murmure contre ses Loix.
Seigneur, aux yeux des foibles hommes ;
Quand tu fais briller ta splendeur ,
L'immensité de ta grandeur ,
Nous instruit du peu que nous sommes :
Sage Auteur de notre raison "
Inspire-nous toûjours de croire
Qu'il ne nous est point dû de gloire ;
Qu'il n'en appartient qu'à ton Nom.
Fais que malgré leur arrogance
Les Humains puissent concevoir ,
La verité de ton pouvoir "
Et les trésors de ta clémence ;
Que les. Infideles privez ,
Des avantages de ton culte
N'osent plus dire avec insulte 9
Quel est le Dieu que vous servez ?
Le Dieu qui reçoit notre hommage ,
'Assis sur la Voute des cieux ,
'Attache ŝans cesse ses yeux ,
1
Sur l'homme , son plus cher ouvrage ;
Aux tendres soins de sa bonté ,
Le Monde entier doit sa naissance ,
IL. Vol Et D vj
1340 MERCURE DE FRANCE
Et, pour limite , sa puissance ,
Ne connoît que sa volonté.
Flatez d'esperances frivoles ,
Chaque jour on voit des Mortels,
Dresser, à l'envi , des Autels ,
A de chimeriques Idoles ;
Quelle honte pour les Humains
D'adorer un Métail sordide !
De fléchir un genoüil timide ,
Devant l'ouvrage de leurs mains.
Vainement l'Ouvrier habile,
Prête une bouche à ces faux Dieux
En vain le ciseau sur leurs yeux ,
Taille une paupiere immobile ;
On ne verra point à des sons
Ceder leurs levres inflexibles ,
Ni leurs yeux devenir sensibles ,
Au Soleil dont nous jouissons.
Tel qui veut chanter les merveilles ,
Des Dieux qu'il se fait à son choix,
Ose-t'il penser que sa voix ,
Percera leurs sourdes oreilles ?
Ces vains fantômes de l'erreur ,
Honorez d'un Peuple crédule ,
Dans le moment que l'encens brule ,
Ignorent quelle en est l'odeur.
II. Vol. Sans
JUIN. 1732. 1347
Sans cesse ma raison demande ,
Si jamais leurs pieds agiront ,
Ou si leurs mains discerneront ,
Le prix d'une riche Guirlande ;
Ont-ils quelques droits sur nos jours.
Quand leur silence opiniâtre ,
Résiste aux cris de l'Idolâtre,
Qui les appelle à son secours.
•
Malheur à l'aveugle qui compte,
Sur un Métail inanimé ;
Puisse celui qui l'a forme,
De son Dieu partager la honte!
Puissent tous ceux de qui l'encens,
Indignement se prostituë ,
Devant une froide Statuë,
Perdre l'usage de leurs sens !
Aux pieds du vrai Dieu prosternée,
La sage Maison d'Israël ,
Fonda sur son bras immortel ,
Tout l'espoir de sa destinée.
Par quel secours , par quel appui ,
Le Seigneur , prodigue pour elle ,
A-t'il récompensé le zele ,
Des cœurs qui n'invoquoient que lui ?
Avec la même confiance ,
II.Vol.
Les
1342 MERCURE DE FRANCE
Les Fils illustres d'Aaron ,
En la grandeur de son saint nom ,
Mettant leur plus ferme esperance ;
Par mille bienfaits répandus ,
A chaque instant Dieu se déclare
Le Protecteur de la Thiare ,
Dontil couronne leurs vertus,
Qu'ils sont forts , malgré leur foiblesse
Ceux qui porte au fond du cœur ,
Cette humble crainte du Seigneur
D'où naît la plus haute sagesse ;
Tous ces illustres Combattans ,
Pour prix d'une fidelle attente
Reçoivent la grace constante ,
Qui les soutient dans tous les temps.
".
Mais dans notre triste carriere ,
Nous-mêmes n'éprouvons nous pas
Que le Seigneur à tous nos pas
Prête sa divine lumiere ?
Loin que nos vœux soient oubliez
Tout nous apprend que sa Justice ,
Abeni l'ardent SacrificeDe nos desirs humilicz.
Ainsi d'un secours efficace ,
Israël mérita le don…
II. Vale Ainsi
JUIN. 173.20 7343 Ainsi le Pontife Aaron ,
L'obtint pour son Auguste Race;
Ainsi le Dieu de Verité ,
Soutient par les graces qu'il donne ,
Et la Houlette et la Couronne
De qui craint sa Divinité.
Puisse-t'il, ce Dieu favorable
A qui vous adressez vos vœux
Et sur vous et sur vos neveux
Répandre sa grace ineffable !
Soyez tous benis, du Seigneur,
Dont la voix commande au Tannerre,
Er #
que le Ciel avec la Terre,
Reconnoît pour son Créateur.
Lorsqu'il se proposa lui- même ,
De regler le Monde à son gré,
Au-dessus du Ciel azuré ,
Il plaça son. Trône suprême.
Le Firmament fut son séjour ,
Et la Terre obscure où nous sommes
Devint le partage des hommes,
Qu'avoit enfantez son amour.
Dieu puissant , Souverain des Anges,.
Les Humains plongez par le sort ,
Dans les tenebres de la mort ,
Ne publieront point tes louanges ;
IL. Vob Tom
1334 MERCURE DE FRANCE 4
Ton nom ne sera point chanté ,
Par ces ames infortunées ,
Que tajustice a condamnées ,
Agémir loin de ta clarté,
Mais nous , qui jouissons encore
Du Soleil , que tu fais mouvoir ,
Seigneur , pour benir ton pouvoir ,
Nous sçavons devancer l'Aurore :
Tous nos vœux seront satisfaits,
Des jours que ta bonté nous laisse
Si nous les consacrons sans cesse ,
Au souvenir de tes bienfaits
Fermer
Résumé : ODE SACRÉE, Tirée du Pseaume 113, In Exitu Israël, &c.
Le poème relate l'exode des Israélites hors d'Égypte et leur traversée miraculeuse de la mer Rouge. Dieu, irrité par la barbarie d'un peuple idolâtre et cruel, promet aux Israélites leur ancienne patrie. Sous la conduite d'un chef redouté, les Israélites brisent les fers de leur captivité par une sainte audace. Les plaines de Judée sont confiées à la gloire de sanctifier le peuple guidé par Dieu. La mer Rouge et le Jourdain accomplissent des prodiges, comme reculer et remonter à leur source, tandis que les montagnes et les collines se comportent comme des troupeaux légers. Ces événements miraculeux montrent la puissance de Dieu, qui change les rochers en sources bienfaisantes et fait couler l'eau au gré d'une foule ingrate. Le poème exalte la grandeur de Dieu, qui surveille constamment l'homme, son ouvrage le plus cher. Il critique l'adoration des idoles et des faux dieux, incapables de réagir ou d'agir. La Maison d'Israël, prosternée devant le vrai Dieu, fonde son espoir sur son bras immortel. Les fils d'Aaron mettent leur confiance en Dieu, qui les récompense par mille bienfaits. Le texte se conclut par une prière pour que Dieu répande sa grâce sur les fidèles et leurs descendants, reconnaissant son pouvoir sur le ciel et la terre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
592
p. 1471-1481
LETTRE de M. le B. Sous Chantre de la Cathédrale d'Auxerre, au R. P. Du Sollier, Jesuite d'Anvers, Continuateur des Recueils de Bollandus, touchant un nouveau Saint, Chanoine du Diocèse de Nevers.
Début :
Comme je me suis apperçû depuis que j'ai l'honneur [...]
Mots clefs :
Nouveau Saint, Église, Auxerre, Père, Autel, Culte, Évêque, Recueils de Bollandus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. le B. Sous Chantre de la Cathédrale d'Auxerre, au R. P. Du Sollier, Jesuite d'Anvers, Continuateur des Recueils de Bollandus, touchant un nouveau Saint, Chanoine du Diocèse de Nevers.
LETTRE de M. le B. Sous Chantre
de la Cathédrale d'Auxerre , au R. P.
Du Sollier , Jesuite d'Anvers , Continuateur des Recueils de Bollandus , touchant
un nouveau Saint , Chanoine du Diocèse
de Nevers.
Omme je me suis apperçû depuis
Cque j'ai l'honneur d'être connu de
vous , Mon Reverend Pere , que vous
n'excluez de votre immense Recueil
d'Acta Sanctorum , aucun des Personnages
qui sont honorez comme Saints ou com
me Bienheureux , dans quelque Eglise
que ce soit , pourvû que les marques de
culte soient exterieures ; jay crû que je
devois vous faire part de la connoissance
qui m'est venuë depuis peu d'un saint
Personnage ,.qui a fini ses jours dans une
Eglise voisine de la nôtre. Ce Saint est
du Diocèse de Nevers , qui , comme vous
sçavcz, confine à celui d'Auxerre , et qui
A vj borne
1472 MERCURE DE FRANCE
borne du côté de Midy la Province Ecclesiastique de Sens.
C'est une opinion assez communément
reçûë , que les Cloîtres et les Deserts ont
formé plus de Saints que les Villes. Depuis que les persécutions cesserent de faire des Martyrs , on ne vit plus que des
saints Anachorettes, quelques saintes Vierges ; on vit encore des Evêques, se sanctifier de temps en temps par leurs travaux Apostoliques ; mais le nombre dominant ne parut point être dans le Clergé
Séculier du second Ordre , quoique les
Martyrologes & les Calendriers ne laissent.pas de fournir un certain nombre
de S. Prêtres , plusieurs Diacres , Soudiacres et même des Clercs , à qui leur sainteté attestée par les Miracles , a fait décerner un culte public.
Mon but n'est point d'examiner ici
pourquoi depuis l'introduction des formes solemnelles de la Canonization , il
y a un si grand nombre de Religieux
canonisez , et si peu de ceux qui se sont
consacrez au Seigneur dans le Clergé Séculier. J'ai dessein seulement , Mon R.P.
de vous faire connoître aujourd'hui un
S. Chanoine d'une Eglise Collegiale , située presque au cœur du Royaume , et
cependant dans un Pays fort solitaire ,
je.
JUILLET. 1732. 1473
je veux dire dans le milieu du Nivernois.
Ce sont deux raisons pressantes qui
m'engagent à vous en écrire dès-à- présent,
la premiere est que vous avancez actuel
lément dans le mois d'Août , mois auquel
il est décedé ; la seconde est parce que
l'on vient de réïterer tout nouvellement
à son égard des marques de culte qui nesont dûës qu'aux Saints.
Ce Bienheureux personnage s'appelle
Nicolas Appleine. Je n'ai pû encore ap--
prendre quelles furent ses actions ; mais
les Miracles qu'il a operez depuis sa mort
prouvent suffisamment sa sainteté. Com
me il ne mourut que sous Louis XI. ces
Miracles ont presque été connus des
Ayeuls de nos Peres. Premery est la petite Ville où il fut Chanoine- Prêtre dans
l'Eglise de S. Marcel. (a) C'est un endroit
fort écarté du tumulte du siecle , et dans
lequel un Chanoine qui ne se propose
que le culte de Dieu , dégagé de toute
affection terrestre , et le soulagement du
Prochain , principalement des Pauvres ,
peut , en menant une vie simple et mortifiée , mériter la Couronne due aux fideles Serviteurs.
On présume que c'est la pratique de ces
( a ) C'est S. Marcel , Martyr de Châllon , du
4. Septembre.
vertus
1474 MERCURE DE FRANCE
vertus qui a fait regarder Nicolas Appleine comme un Saint. Je ne puis vous
en dire rien davantage , jusqu'à- ce que
j'aye reçû des Memoires de sa vie , qu'on
craint fort de ne pas retrouver , parce
qu'ils peuvent avoir été perdus dans le
temps des guerres.
”
gauMais au défaut de ces preuves efficientes de sainteté , je vous marquerai ici
celles qui les supposent comme arrivées et reconnuës. Ce bienheureux Chanoine
mourut l'onzième jour d'Août de l'année
1466. qui étoit le sixième de l'Episcopat
de Pierre de Fontenay , Evêque de Nevers, et du regne de Louis XI.il fut inhumé dans l'Eglise de Premery , à côté
che du grand Autel. Le Prélat et le Prince étant informez de sa sainteté et des
Miracles qui s'opéroient à son Tombeau concoururent à l'établissement de son
culte. Un titre du 14. May 1483. porte- entre autres articles : 1 ° L'érection d'un
Autel à la tête du Tombeau du Bienheureux, par Messire Pierre de Fontenay ,.
Evêque de Nevers , à la priere du Roy
Louis XI. 2°. L'établissement d'une Confrerie en son honneur. 3 ° .L'établissement
d'une Fête aussi en son honneur,fixée au 12.
Août , lendemain de sa mort , le tout à la
requête des Doyen et Chanoines de cette
Eglise,
JUILLET. 17325 147
Eglise , en conséquence des miracles fré
quens qui continuoient au même tom
beau, et desquels l'Evêque même assura
avoir été témoin. L'Autel , dont ce titre
fait mention , étoit orné d'un Tableau ,
qui contenoit les armes de ce Prélat¸et où
le Bienheureux Chanoine étoit representé
guérissant un homme affligé de la vuë ; et
ce Tableau est encore existant dans la même Eglise , avec les mêmes Armoiries..
Jean Boyer , qui succeda à Pierre de
Fontenai , confirma par acte du 25 Septembre 1508. tout ce que son prédecesseur avoit fait en faveur du culte du B.
Nicolas. On voit par d'autres titres , des
années 1484 et 1486. que la Confrerie, érigée en l'honneur du Saint , fut publiée
par les Députez du Chapitre de Prémery
dans les Diocèses voisins , et que les Evêques y donnoient les mains. Mais le titre
le plus remarquable après ceux - là , est une
Lettre de Louis XI.à Pierre de Fontenay,
par laquelle il le remercie de ce qu'il lui
a fait apporter la Robbe du B. Nicolas ,
par la sœur de ce saint homme , et l'assure qu'il envoyeau Chapitre de Prémery ,
un Coffre pour la conserver , ajoutant
qu'on lui fera un singulier plaisir d'en avoir
toujours mémoire , et de publier la dévotion
qu'il a euë envers ce Bienheureux Prêtre.
Сесу
1476 MERCURE DE FRANCE
Cecy ressent assez le style des Lettres
de ce Prince , et vous n'en pouvez douter,
parce que je tiens toutes les choses que je
vous ai rapportées jusqu'icy , d'une personne grave qui a vû les originaux. Le
Corps de ce Saint Personnage , continuë
cette personne , resta au tombeau dans ça
situation naturelle , jusqu'au temps d'Eustache de Chery , Evêque de Nevers. Ce
Prélat crut devoir y apporter quelque
changement. Il fit démolir ce qui étoit
élevé à l'exterieur de la sépulture , et en
place,il lui fit rédiger une Epitaphe qu'on
grava sur la Tombe qu'il fit apposer. En
voicy les termes : Facet hic bone memoria
vir et sancta vita Nicolaus Appleine, Presbyter Canonicus Premeriaci , qui ob crebra
ejus miracula creditur Beatus. Obiit XI. Augusti anno 1466. In memoria æterna erit
justus. Monumentum hoc positum fuit curâ
Eustachii de Chery, Episcopi Nivernensis
anno 1646. On juge par la situation où
l'on a trouvé dernierement les ossemens
du B. Nicolas , de ce que l'Evêque Eustache avoit fait à leur égard. La Tombe
ayant été levée , il a paru une Maçonnerie , au dedans de laquelle étoit une Caisse de plomb , longue de deux pieds et
demi , qui contient tous les ossemens ; et
l'ancien Autel élevé sous l'invocation du
Saint
JUILLET. 1732. 1477
Saint , ayant été détruit en cette presen
te année 1731. comme nuisant aux céré
monies , la Caisse des saints ossemens a
été portée solemnellement dans l'inté
rieur d'un autre Autel , érigé expressément sous le même titre , au fond de l'Eglise , derriere le grand Autel. Cette cé
rémonie a été faite par les ordres de Messire Charles Fontaine des Montées , Evêque de Nevers , le Mardy 3 jour de Juillet dernier , depuis lequel temps. il y a
une affluence bien plus grande qu'aupa
ravantà ces saintes Reliques , et un grand
nombre de Malades se trouvent guéris ou
soulagez par son intercession.
✓
Si la vie de ce S. Prêtre ne se trouve
pas avant que vous soyez parvenu au onziéme jour d'Aoust, ceci servira toujours,
mon R. P. pour fournir à vos Lecteurs
une notice de son culte ; lequel suppose
certainement une sainteté de vie , confirmée par des miracles arrivez peu après sa
mort. C'est , ce me semble, ce qui suffic
pour meriter d'être inséré dans votre Recueil ; au moins je suis certain que si M.
l'Abbé Chastelain , notre ami commun ,
avoit eu connoissance de ce Saint Chanoi
ne ,il l'eut mis dans son Martyrologe uni
versel , au nombre des Bienheureux .Vous
avez , sans doute , remarqué combien il
y
1478 MERCURE DE FRANCE
y a mis de Saints Prêtres du dernier siécle , en qualité de Venerables , lesquels
nesont canonisez que dans l'esprit des
peuples , et qui attendent la voix des
Prélats , pour avoir un culte plus solemnel , quoiqu'on dise ordinairement , vox
populi , vox Dei.
Permettez, mon Reverend Pere , qu'à
cette occasion je vous fasse mes remercimens particuliers , au sujet de la maniere
dont vous et le R. P. Pierre Vandenbosch , venez de traitter au 31. de Juillet
Particle de S. Germain , Evêque d'Auxerre. Vous rendez à ce saint Prélat toute
La gloire qui lui est due ; et votre exemple ne peut que causer de vifs remords
dans l'esprit de certains Reviseurs de Breviaire , qui depuis quelques années ont
fait semblant de méconnoître ce grand
Thaumaturge des Gaules , et en particulier de leur propre Païs , et qui n'ont pas
craint de le biffer entierement du Calendrier. Qui ne doit être content dans notre Diocèse, de la maniere dont vous vous
réunissez à faire son éloge ? En mêmetemps que le Pere de Longueval , votre
confrere , écrit à Paris , que S. Germain
Evêque d'Auxerre , a été l'un des parfaits
modeles de Sainteté , un des plus ardens deffenseurs de la Foy, l'honneur et la consola-
•
tion
JUILLET. 1732. 1479
tion de l'Eglise Gallicane , le Fléau de l'hé
résie , le Pere des peuples , be refuge de tous
les malheureux ( a). Vous confirmez par
votre suffrage , que ce Saint est le seul
que l'ancienne Eglise Gallicane ait comparé au grand S.Martin de Tours, et vous
ajoutez qu'on trouve indifferemment par
tout le Royaume , des Eglises sous l'invocation de l'un comme de l'autre ; en
sorte même qu'on en voit trois , sans sortir de Paris. Et cette multitude étonnante
d'Eglises qui se trouve sous son nom
dans la France , est sans exclure celles.
qui sont ou qui ont existé dans les Royaumes étrangers , et sur tout dans la Grande Bretagne.
Cette étendue et solemnité de culte est
conforme , selon vous , au témoignage de
S. Sidoine Apollinaire , Evêque de Clermont, excellent connoisseur, lequel voulant faire un parallele de S. Agnan , Evêque d'Orleans , avec les plus grands Prélats de son siecle , ne trouvoit point sur
qui il put mieux établir sa comparaison ,
que sur les excellentes vertus de S. Germain d'Auxerre, et de S.Loup de Troyes.
Germano Autissiodorensi, dites - vous , si
quid in Galliis majus atate suâ novisset S.
Apollinaris Sidonius , non satis opinor cx
(a ) Hist. de l'Eglise Gallicane , tom. 1. p-457- arte
1480 MERCURE DE FRANCE
arte laudasset , lib. 8. Epist. 15. S. Ania
num Maximum consummatissimumque
Pontificem , cùm illum diceret, Lupo parem,
Germanoque non imparem. Sedprivata",
ajoutez-vous , que justò longius ablucerent,
mittamus elogia ; quando idem de illo sensus
fuit universa pridem Ecclesia Gallicana ,
qua Sanctis cum indigenis omnibus prætulisse
cultu videatur ac soli Martino Turonensi
ut
exaquasse; cum hujus haudfortè plures quàm
illius nomine dicatas toto passim regno exci
tavit Ecclesias , et in una quidem urbe Pa- risiensi Germano Autissiodorensi , , teste
Bailleto , tres. Prætereà gentes alias atque
imprimis Britannicam , qua ut liquet et Alfordi nostri Annalibus ad annum Christi
441. num. 2. vix ipsis Gallis concedere in
bacparte voluit, structis ejus nominis templis,oppidis , Monasteriis et altaribus (a) ,
Je mets icy ce Texte en entier, non pour
vous rappeller ce que vous sçavez mieux
que moi , mais parce qu'en envoyant ma
lettre à Paris , à l'un de mes amis, qui doit
vous la faire tenir, je suis bien- aise de lui
épargner la peine de recourir à votre dernier Tome de Juillet , qui est peut être
encore assez rare dans cette grande Ville ,
puisqu'il ne fait que commencer à
roître.
pa-
( a ) Acta Sanctorum, Julii. T^m. 7. pag.184.
J'ai
JUILLET. 1732 1481
J'ai lû avec attention tout ce que vous
y dites , contre l'opinion de ceux qui
croïent que les os de S. Germain ne furent pas brulez par les Calvinistes en
1566 ; mais je ne suis point encore per22
suadé
que ce soit
la voie
du feu , que
par
ces saints ossemens se trouvent aujourd'hui soustraits à la veneration des Fideles , et j'espere m'étendre un jour là-dessus,dans mon Histoire des Evêques d'Auxerre. Je suis fâché que vous n'ayez pas
connu deux Manuscrits du Prêtre Constance , qui sont à la Bibliotheque du Roy;
l'un copié au neuviéme siécle sur celui
que les Moines de Saint Germain avoient
présenté à Dagobert I. et l'autre écrit au
commencement du même siecle , par les
soins ou de la plume même d'un nommé
Gundoin , connu par ce qu'en dit le Pere
Martenne dans son premier voyage litteraire , à l'article d'Autun. Ces Manuscrits
m'ont paru être aussi dignes de votre attention que celui de la Cathédrale d'Autan , qui roule presque tout entier sur
notre Saint , et dont vous avez donné
quelques lambeaux qu'en avoit extrait le
P. Chifflet , votre Confrere. Je suis, &c.
AAuxerre, ce 24 Octobre 1731 ,
de la Cathédrale d'Auxerre , au R. P.
Du Sollier , Jesuite d'Anvers , Continuateur des Recueils de Bollandus , touchant
un nouveau Saint , Chanoine du Diocèse
de Nevers.
Omme je me suis apperçû depuis
Cque j'ai l'honneur d'être connu de
vous , Mon Reverend Pere , que vous
n'excluez de votre immense Recueil
d'Acta Sanctorum , aucun des Personnages
qui sont honorez comme Saints ou com
me Bienheureux , dans quelque Eglise
que ce soit , pourvû que les marques de
culte soient exterieures ; jay crû que je
devois vous faire part de la connoissance
qui m'est venuë depuis peu d'un saint
Personnage ,.qui a fini ses jours dans une
Eglise voisine de la nôtre. Ce Saint est
du Diocèse de Nevers , qui , comme vous
sçavcz, confine à celui d'Auxerre , et qui
A vj borne
1472 MERCURE DE FRANCE
borne du côté de Midy la Province Ecclesiastique de Sens.
C'est une opinion assez communément
reçûë , que les Cloîtres et les Deserts ont
formé plus de Saints que les Villes. Depuis que les persécutions cesserent de faire des Martyrs , on ne vit plus que des
saints Anachorettes, quelques saintes Vierges ; on vit encore des Evêques, se sanctifier de temps en temps par leurs travaux Apostoliques ; mais le nombre dominant ne parut point être dans le Clergé
Séculier du second Ordre , quoique les
Martyrologes & les Calendriers ne laissent.pas de fournir un certain nombre
de S. Prêtres , plusieurs Diacres , Soudiacres et même des Clercs , à qui leur sainteté attestée par les Miracles , a fait décerner un culte public.
Mon but n'est point d'examiner ici
pourquoi depuis l'introduction des formes solemnelles de la Canonization , il
y a un si grand nombre de Religieux
canonisez , et si peu de ceux qui se sont
consacrez au Seigneur dans le Clergé Séculier. J'ai dessein seulement , Mon R.P.
de vous faire connoître aujourd'hui un
S. Chanoine d'une Eglise Collegiale , située presque au cœur du Royaume , et
cependant dans un Pays fort solitaire ,
je.
JUILLET. 1732. 1473
je veux dire dans le milieu du Nivernois.
Ce sont deux raisons pressantes qui
m'engagent à vous en écrire dès-à- présent,
la premiere est que vous avancez actuel
lément dans le mois d'Août , mois auquel
il est décedé ; la seconde est parce que
l'on vient de réïterer tout nouvellement
à son égard des marques de culte qui nesont dûës qu'aux Saints.
Ce Bienheureux personnage s'appelle
Nicolas Appleine. Je n'ai pû encore ap--
prendre quelles furent ses actions ; mais
les Miracles qu'il a operez depuis sa mort
prouvent suffisamment sa sainteté. Com
me il ne mourut que sous Louis XI. ces
Miracles ont presque été connus des
Ayeuls de nos Peres. Premery est la petite Ville où il fut Chanoine- Prêtre dans
l'Eglise de S. Marcel. (a) C'est un endroit
fort écarté du tumulte du siecle , et dans
lequel un Chanoine qui ne se propose
que le culte de Dieu , dégagé de toute
affection terrestre , et le soulagement du
Prochain , principalement des Pauvres ,
peut , en menant une vie simple et mortifiée , mériter la Couronne due aux fideles Serviteurs.
On présume que c'est la pratique de ces
( a ) C'est S. Marcel , Martyr de Châllon , du
4. Septembre.
vertus
1474 MERCURE DE FRANCE
vertus qui a fait regarder Nicolas Appleine comme un Saint. Je ne puis vous
en dire rien davantage , jusqu'à- ce que
j'aye reçû des Memoires de sa vie , qu'on
craint fort de ne pas retrouver , parce
qu'ils peuvent avoir été perdus dans le
temps des guerres.
”
gauMais au défaut de ces preuves efficientes de sainteté , je vous marquerai ici
celles qui les supposent comme arrivées et reconnuës. Ce bienheureux Chanoine
mourut l'onzième jour d'Août de l'année
1466. qui étoit le sixième de l'Episcopat
de Pierre de Fontenay , Evêque de Nevers, et du regne de Louis XI.il fut inhumé dans l'Eglise de Premery , à côté
che du grand Autel. Le Prélat et le Prince étant informez de sa sainteté et des
Miracles qui s'opéroient à son Tombeau concoururent à l'établissement de son
culte. Un titre du 14. May 1483. porte- entre autres articles : 1 ° L'érection d'un
Autel à la tête du Tombeau du Bienheureux, par Messire Pierre de Fontenay ,.
Evêque de Nevers , à la priere du Roy
Louis XI. 2°. L'établissement d'une Confrerie en son honneur. 3 ° .L'établissement
d'une Fête aussi en son honneur,fixée au 12.
Août , lendemain de sa mort , le tout à la
requête des Doyen et Chanoines de cette
Eglise,
JUILLET. 17325 147
Eglise , en conséquence des miracles fré
quens qui continuoient au même tom
beau, et desquels l'Evêque même assura
avoir été témoin. L'Autel , dont ce titre
fait mention , étoit orné d'un Tableau ,
qui contenoit les armes de ce Prélat¸et où
le Bienheureux Chanoine étoit representé
guérissant un homme affligé de la vuë ; et
ce Tableau est encore existant dans la même Eglise , avec les mêmes Armoiries..
Jean Boyer , qui succeda à Pierre de
Fontenai , confirma par acte du 25 Septembre 1508. tout ce que son prédecesseur avoit fait en faveur du culte du B.
Nicolas. On voit par d'autres titres , des
années 1484 et 1486. que la Confrerie, érigée en l'honneur du Saint , fut publiée
par les Députez du Chapitre de Prémery
dans les Diocèses voisins , et que les Evêques y donnoient les mains. Mais le titre
le plus remarquable après ceux - là , est une
Lettre de Louis XI.à Pierre de Fontenay,
par laquelle il le remercie de ce qu'il lui
a fait apporter la Robbe du B. Nicolas ,
par la sœur de ce saint homme , et l'assure qu'il envoyeau Chapitre de Prémery ,
un Coffre pour la conserver , ajoutant
qu'on lui fera un singulier plaisir d'en avoir
toujours mémoire , et de publier la dévotion
qu'il a euë envers ce Bienheureux Prêtre.
Сесу
1476 MERCURE DE FRANCE
Cecy ressent assez le style des Lettres
de ce Prince , et vous n'en pouvez douter,
parce que je tiens toutes les choses que je
vous ai rapportées jusqu'icy , d'une personne grave qui a vû les originaux. Le
Corps de ce Saint Personnage , continuë
cette personne , resta au tombeau dans ça
situation naturelle , jusqu'au temps d'Eustache de Chery , Evêque de Nevers. Ce
Prélat crut devoir y apporter quelque
changement. Il fit démolir ce qui étoit
élevé à l'exterieur de la sépulture , et en
place,il lui fit rédiger une Epitaphe qu'on
grava sur la Tombe qu'il fit apposer. En
voicy les termes : Facet hic bone memoria
vir et sancta vita Nicolaus Appleine, Presbyter Canonicus Premeriaci , qui ob crebra
ejus miracula creditur Beatus. Obiit XI. Augusti anno 1466. In memoria æterna erit
justus. Monumentum hoc positum fuit curâ
Eustachii de Chery, Episcopi Nivernensis
anno 1646. On juge par la situation où
l'on a trouvé dernierement les ossemens
du B. Nicolas , de ce que l'Evêque Eustache avoit fait à leur égard. La Tombe
ayant été levée , il a paru une Maçonnerie , au dedans de laquelle étoit une Caisse de plomb , longue de deux pieds et
demi , qui contient tous les ossemens ; et
l'ancien Autel élevé sous l'invocation du
Saint
JUILLET. 1732. 1477
Saint , ayant été détruit en cette presen
te année 1731. comme nuisant aux céré
monies , la Caisse des saints ossemens a
été portée solemnellement dans l'inté
rieur d'un autre Autel , érigé expressément sous le même titre , au fond de l'Eglise , derriere le grand Autel. Cette cé
rémonie a été faite par les ordres de Messire Charles Fontaine des Montées , Evêque de Nevers , le Mardy 3 jour de Juillet dernier , depuis lequel temps. il y a
une affluence bien plus grande qu'aupa
ravantà ces saintes Reliques , et un grand
nombre de Malades se trouvent guéris ou
soulagez par son intercession.
✓
Si la vie de ce S. Prêtre ne se trouve
pas avant que vous soyez parvenu au onziéme jour d'Aoust, ceci servira toujours,
mon R. P. pour fournir à vos Lecteurs
une notice de son culte ; lequel suppose
certainement une sainteté de vie , confirmée par des miracles arrivez peu après sa
mort. C'est , ce me semble, ce qui suffic
pour meriter d'être inséré dans votre Recueil ; au moins je suis certain que si M.
l'Abbé Chastelain , notre ami commun ,
avoit eu connoissance de ce Saint Chanoi
ne ,il l'eut mis dans son Martyrologe uni
versel , au nombre des Bienheureux .Vous
avez , sans doute , remarqué combien il
y
1478 MERCURE DE FRANCE
y a mis de Saints Prêtres du dernier siécle , en qualité de Venerables , lesquels
nesont canonisez que dans l'esprit des
peuples , et qui attendent la voix des
Prélats , pour avoir un culte plus solemnel , quoiqu'on dise ordinairement , vox
populi , vox Dei.
Permettez, mon Reverend Pere , qu'à
cette occasion je vous fasse mes remercimens particuliers , au sujet de la maniere
dont vous et le R. P. Pierre Vandenbosch , venez de traitter au 31. de Juillet
Particle de S. Germain , Evêque d'Auxerre. Vous rendez à ce saint Prélat toute
La gloire qui lui est due ; et votre exemple ne peut que causer de vifs remords
dans l'esprit de certains Reviseurs de Breviaire , qui depuis quelques années ont
fait semblant de méconnoître ce grand
Thaumaturge des Gaules , et en particulier de leur propre Païs , et qui n'ont pas
craint de le biffer entierement du Calendrier. Qui ne doit être content dans notre Diocèse, de la maniere dont vous vous
réunissez à faire son éloge ? En mêmetemps que le Pere de Longueval , votre
confrere , écrit à Paris , que S. Germain
Evêque d'Auxerre , a été l'un des parfaits
modeles de Sainteté , un des plus ardens deffenseurs de la Foy, l'honneur et la consola-
•
tion
JUILLET. 1732. 1479
tion de l'Eglise Gallicane , le Fléau de l'hé
résie , le Pere des peuples , be refuge de tous
les malheureux ( a). Vous confirmez par
votre suffrage , que ce Saint est le seul
que l'ancienne Eglise Gallicane ait comparé au grand S.Martin de Tours, et vous
ajoutez qu'on trouve indifferemment par
tout le Royaume , des Eglises sous l'invocation de l'un comme de l'autre ; en
sorte même qu'on en voit trois , sans sortir de Paris. Et cette multitude étonnante
d'Eglises qui se trouve sous son nom
dans la France , est sans exclure celles.
qui sont ou qui ont existé dans les Royaumes étrangers , et sur tout dans la Grande Bretagne.
Cette étendue et solemnité de culte est
conforme , selon vous , au témoignage de
S. Sidoine Apollinaire , Evêque de Clermont, excellent connoisseur, lequel voulant faire un parallele de S. Agnan , Evêque d'Orleans , avec les plus grands Prélats de son siecle , ne trouvoit point sur
qui il put mieux établir sa comparaison ,
que sur les excellentes vertus de S. Germain d'Auxerre, et de S.Loup de Troyes.
Germano Autissiodorensi, dites - vous , si
quid in Galliis majus atate suâ novisset S.
Apollinaris Sidonius , non satis opinor cx
(a ) Hist. de l'Eglise Gallicane , tom. 1. p-457- arte
1480 MERCURE DE FRANCE
arte laudasset , lib. 8. Epist. 15. S. Ania
num Maximum consummatissimumque
Pontificem , cùm illum diceret, Lupo parem,
Germanoque non imparem. Sedprivata",
ajoutez-vous , que justò longius ablucerent,
mittamus elogia ; quando idem de illo sensus
fuit universa pridem Ecclesia Gallicana ,
qua Sanctis cum indigenis omnibus prætulisse
cultu videatur ac soli Martino Turonensi
ut
exaquasse; cum hujus haudfortè plures quàm
illius nomine dicatas toto passim regno exci
tavit Ecclesias , et in una quidem urbe Pa- risiensi Germano Autissiodorensi , , teste
Bailleto , tres. Prætereà gentes alias atque
imprimis Britannicam , qua ut liquet et Alfordi nostri Annalibus ad annum Christi
441. num. 2. vix ipsis Gallis concedere in
bacparte voluit, structis ejus nominis templis,oppidis , Monasteriis et altaribus (a) ,
Je mets icy ce Texte en entier, non pour
vous rappeller ce que vous sçavez mieux
que moi , mais parce qu'en envoyant ma
lettre à Paris , à l'un de mes amis, qui doit
vous la faire tenir, je suis bien- aise de lui
épargner la peine de recourir à votre dernier Tome de Juillet , qui est peut être
encore assez rare dans cette grande Ville ,
puisqu'il ne fait que commencer à
roître.
pa-
( a ) Acta Sanctorum, Julii. T^m. 7. pag.184.
J'ai
JUILLET. 1732 1481
J'ai lû avec attention tout ce que vous
y dites , contre l'opinion de ceux qui
croïent que les os de S. Germain ne furent pas brulez par les Calvinistes en
1566 ; mais je ne suis point encore per22
suadé
que ce soit
la voie
du feu , que
par
ces saints ossemens se trouvent aujourd'hui soustraits à la veneration des Fideles , et j'espere m'étendre un jour là-dessus,dans mon Histoire des Evêques d'Auxerre. Je suis fâché que vous n'ayez pas
connu deux Manuscrits du Prêtre Constance , qui sont à la Bibliotheque du Roy;
l'un copié au neuviéme siécle sur celui
que les Moines de Saint Germain avoient
présenté à Dagobert I. et l'autre écrit au
commencement du même siecle , par les
soins ou de la plume même d'un nommé
Gundoin , connu par ce qu'en dit le Pere
Martenne dans son premier voyage litteraire , à l'article d'Autun. Ces Manuscrits
m'ont paru être aussi dignes de votre attention que celui de la Cathédrale d'Autan , qui roule presque tout entier sur
notre Saint , et dont vous avez donné
quelques lambeaux qu'en avoit extrait le
P. Chifflet , votre Confrere. Je suis, &c.
AAuxerre, ce 24 Octobre 1731 ,
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Résumé : LETTRE de M. le B. Sous Chantre de la Cathédrale d'Auxerre, au R. P. Du Sollier, Jesuite d'Anvers, Continuateur des Recueils de Bollandus, touchant un nouveau Saint, Chanoine du Diocèse de Nevers.
La lettre de M. le B. Sous Chantre de la Cathédrale d'Auxerre, adressée au R. P. Du Sollier, Jésuite d'Anvers, traite de Nicolas Appleine, un chanoine du diocèse de Nevers. L'auteur note que le R. P. Du Sollier inclut dans ses 'Acta Sanctorum' tous les personnages honorés comme saints ou bienheureux, à condition que les marques de culte soient extérieures. Il observe que les cloîtres et les déserts ont produit plus de saints que les villes et que, depuis la fin des persécutions, les saints sont principalement des anachorètes, des vierges et quelques évêques. Nicolas Appleine, chanoine de l'église de Saint-Marcel à Premery, est décédé le 11 août 1466 sous le règne de Louis XI. Plusieurs miracles lui ont été attribués, et des marques de culte lui ont été rendues. Pierre de Fontenay, évêque de Nevers, et Louis XI ont contribué à l'établissement de son culte, notamment par l'érection d'un autel et la création d'une confrérie en son honneur. Des documents et des témoignages, tels qu'une lettre de Louis XI et des actes épiscopaux, attestent de la sainteté de Nicolas Appleine. L'auteur espère que cette notice permettra d'inclure Nicolas Appleine dans le recueil des saints, même en l'absence de détails sur sa vie, en raison des miracles posthumes qui confirment sa sainteté. Il conclut en exprimant son admiration pour la manière dont le R. P. Du Sollier et le R. P. Pierre Vandenbosch ont honoré saint Germain, évêque d'Auxerre, dans leur dernier tome de juillet.
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593
p. 1552-1554
ODE SACRÉE, Tirée du Premier Pseaume, Beatus vir qui non abiit, &c.
Début :
Heureux celui, qui dans sa vie, [...]
Mots clefs :
Psaume, Impie, Sagesse éternelle, Jugement de l'Univers
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texteReconnaissance textuelle : ODE SACRÉE, Tirée du Premier Pseaume, Beatus vir qui non abiit, &c.
O DE SACRE' E,
Tirée du Premier Pseaume , Beatus vir
qui non abiit , &c.
Heureux celui , qui dans sa vie ;
Ne risqua jamais d'écouter
Les traitres conseils dont l'Impie ,
'A voulu cent fois le flater !
Qui toûjours ennemi du vice ,
Sçut découvrir le précipice ,
Caché sous ses trompeurs appas !
Et qui refusa sa présence ,
A la Chaire de Pestilence ,
Od le Pecheur guidoit ses pase
C'est
JUILLET. 17320 1553
Cest ta Loy , Sagesse éternelle ,
Qui regla ses chastes plaisirs ;
Il ne connut et ne vit qu'elle
Digne de remplir ses désirs :
En renouvellant sa carriere ,
Le jour lui préta sa lumiere ,
Pour la méditer avec fruit ;
Il se fit même une habitude ,
De continuer cette étude ,
Jusques dans l'ombre de la nuit.
〃
Tel est dans un Verger champêtre,
L'arbre planté près d'un Ruisseau ,
Il est les délices du Maître ,
Dont il embellit le Hameau ;
Malgré l'ordre de la Nature >,
L'éclat naissant de sa verdure ,
Ne l'abandonnera jamais ;
Et les beaux fruits qu'il fait éclore,
Un jour surpasseront encore ,
Son esperance et ses souhaits.
Ce n'est point ainsi que l'Impie ,
Réüssira dans ses projets ;
Non, non, qu'il n'ait point la folic ,
De se flatter de tels succès ;
Battu , frappé de la tempête,
Il ne peut soustraire sa tête ,
1554 MERCURE DE FRANCE
Au coup qui doit le renverser
Mais que dis-je ? foible matiere,
Un souffle le met en poussiere,
Et suffit pour le disperser.
Confus il n'osera paroître ,
Au jugement de l'Univers ;
Nous ne le verrons point renaître
Pour entrer dans nos saints Concerts.
Dieu qui connoît la difference ,
Et du crime de l'innocence ,
De tous temps a fixé leur sort ;
Pendant que l'un fera nauffrage ,
L'autre n'aura senti l'orage >
Que pour mieux arriver au Por
Tirée du Premier Pseaume , Beatus vir
qui non abiit , &c.
Heureux celui , qui dans sa vie ;
Ne risqua jamais d'écouter
Les traitres conseils dont l'Impie ,
'A voulu cent fois le flater !
Qui toûjours ennemi du vice ,
Sçut découvrir le précipice ,
Caché sous ses trompeurs appas !
Et qui refusa sa présence ,
A la Chaire de Pestilence ,
Od le Pecheur guidoit ses pase
C'est
JUILLET. 17320 1553
Cest ta Loy , Sagesse éternelle ,
Qui regla ses chastes plaisirs ;
Il ne connut et ne vit qu'elle
Digne de remplir ses désirs :
En renouvellant sa carriere ,
Le jour lui préta sa lumiere ,
Pour la méditer avec fruit ;
Il se fit même une habitude ,
De continuer cette étude ,
Jusques dans l'ombre de la nuit.
〃
Tel est dans un Verger champêtre,
L'arbre planté près d'un Ruisseau ,
Il est les délices du Maître ,
Dont il embellit le Hameau ;
Malgré l'ordre de la Nature >,
L'éclat naissant de sa verdure ,
Ne l'abandonnera jamais ;
Et les beaux fruits qu'il fait éclore,
Un jour surpasseront encore ,
Son esperance et ses souhaits.
Ce n'est point ainsi que l'Impie ,
Réüssira dans ses projets ;
Non, non, qu'il n'ait point la folic ,
De se flatter de tels succès ;
Battu , frappé de la tempête,
Il ne peut soustraire sa tête ,
1554 MERCURE DE FRANCE
Au coup qui doit le renverser
Mais que dis-je ? foible matiere,
Un souffle le met en poussiere,
Et suffit pour le disperser.
Confus il n'osera paroître ,
Au jugement de l'Univers ;
Nous ne le verrons point renaître
Pour entrer dans nos saints Concerts.
Dieu qui connoît la difference ,
Et du crime de l'innocence ,
De tous temps a fixé leur sort ;
Pendant que l'un fera nauffrage ,
L'autre n'aura senti l'orage >
Que pour mieux arriver au Por
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Résumé : ODE SACRÉE, Tirée du Premier Pseaume, Beatus vir qui non abiit, &c.
Le poème 'O DE SACRE' E,' extrait du Premier Psaume 'Beatus vir,' oppose le juste et l'impie. Le juste est heureux car il évite les conseils trompeurs de l'impie et reste fidèle à la sagesse éternelle. Il médite la loi divine jour et nuit, comparé à un arbre planté près d'un ruisseau, qui embellit le hameau de son maître et produit des fruits abondants. L'impie, en revanche, échoue dans ses projets et est comparé à une matière faible, dispersée par un souffle. Il ne peut échapper à la tempête qui le renversera et ne pourra pas renaître pour entrer dans les saints concerts. Dieu connaît la différence entre le crime et l'innocence et a fixé leur sort depuis toujours. Ainsi, tandis que l'impie fait naufrage, le juste surmonte l'orage pour atteindre le port.
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594
p. 1645-1648
STANCES.
Début :
Prélat dont le mérite égale la naissance, [...]
Mots clefs :
Prélat, Alarmes, Seigneur généreux, Athée, Siècle, Honneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : STANCES.
STANCES..
Prélat dont le mérite égale la naissance ;
Que ton retour tardif à notre impatience !
Que n'avons-nous pû le hâter !
Le Ciel a dissipé nos mortelles allarmes ,
Tu reviens ; ta présence a pour nous tant de
charmes ,
Qu'on ne pouvoit trop l'acheter.
Dès long tems protegé frere ,
* par ton illustre
Dont tout adore ici l'aimable caractere ,
* M. leVicomte de Polignac.
Et
1646 MERCURE DE FRANCE
Et par un Seigneur généreux *
Qu'unissent avec toi le sang & le mérite ,
Je puis te voir enfin dans les murs que j'ha◄ *bite !
Rien ne manque plus à mes vœux.
Dans tes regards perçans quelle divine flamme,
Que de rares trésors je découvre en ton ame
Que d'avantages excellens ,
>
Esprit fin , goût du vrai , connoissance prati
que ,
Des plus fameux Auteurs de Rome et de l'Atti
que ,
Dont tu possedes les talens.
Mais que n'embrasse point ton sublime génie a
Il aime nos Concerts ; il en sent l'harmonie ;
Nos Lyres parlent fous tes doigts ,
On croit oùir encor le célébre Virgile , *
Quand tes Vers confondans l'impieté subtile ,
Réduisent Lucrece aux abois.
Tel que l'heureux vainqueur du redoutable
Antée ,
Tu fais mordre la poudre à ce superbe Athée ,
* M. le Comte du Roure , le fils.
* l'Anti-Lucrece , Poëme Latin que s.E. L. C.
de Polignac afait dans sajeunesse.
Tu
JUILLET. 1732. 1647
Malgré ses dangereux détours ,
Pourquoi nous refuser ce précieux Ouvrage ,
Digne de son sujet et de la main d'un
Surtout nécessaire en nos jours?
sage,
Quel siécle... tu m'entens... ce n'est que dans
la Chaire
Oùje dois faire au vice une implacable guerre.
Qu'à loisir ma voix peut tonner ;
Qu'elle éclate pour lors , que l'erreur en fré misse ,
Profitons des momens que ta bonté propice ,
Ama muse veut bien donner.
J'en fais un libre aveu , je brigue ton suf- frage ,
Ce sentiment m'éleve au- dessus du naufrage
Où le sort m'a précipité :
Je sens naître en mon cœur un désir magna- nime ,
Les Dicux m'ont tous ravi , mais si j'ai ton es
rime ,
Prélat , ils ne m'ont rien ôté.
Que ne produira point cette ardeur géné
reuse ,
Tum'inspires; déja d'une aîle courageuse,
Je prens l'essor , je fends les airs ;
Mais
1648 MERCURE DE FRANCE
Mais que puis je tenter ; les chants de Phœbusmême ,
Apeine répondroient à ta vertu suprême ;
Quel destin auroient donc mes Vers-?
fair J'ose mettre à tes pieds des fleurs que
éclorre ,
Dans ses doctes Jardins la magnifique Isaure ,
Sept fois mon front en fut orné :
Permets-moi de t'offrir un hommage sincere ;
Je borne mes désirs à l'honneur de te plaire ,
C'est plus que d'être couronné.
LAbbé de Meuville.
Prélat dont le mérite égale la naissance ;
Que ton retour tardif à notre impatience !
Que n'avons-nous pû le hâter !
Le Ciel a dissipé nos mortelles allarmes ,
Tu reviens ; ta présence a pour nous tant de
charmes ,
Qu'on ne pouvoit trop l'acheter.
Dès long tems protegé frere ,
* par ton illustre
Dont tout adore ici l'aimable caractere ,
* M. leVicomte de Polignac.
Et
1646 MERCURE DE FRANCE
Et par un Seigneur généreux *
Qu'unissent avec toi le sang & le mérite ,
Je puis te voir enfin dans les murs que j'ha◄ *bite !
Rien ne manque plus à mes vœux.
Dans tes regards perçans quelle divine flamme,
Que de rares trésors je découvre en ton ame
Que d'avantages excellens ,
>
Esprit fin , goût du vrai , connoissance prati
que ,
Des plus fameux Auteurs de Rome et de l'Atti
que ,
Dont tu possedes les talens.
Mais que n'embrasse point ton sublime génie a
Il aime nos Concerts ; il en sent l'harmonie ;
Nos Lyres parlent fous tes doigts ,
On croit oùir encor le célébre Virgile , *
Quand tes Vers confondans l'impieté subtile ,
Réduisent Lucrece aux abois.
Tel que l'heureux vainqueur du redoutable
Antée ,
Tu fais mordre la poudre à ce superbe Athée ,
* M. le Comte du Roure , le fils.
* l'Anti-Lucrece , Poëme Latin que s.E. L. C.
de Polignac afait dans sajeunesse.
Tu
JUILLET. 1732. 1647
Malgré ses dangereux détours ,
Pourquoi nous refuser ce précieux Ouvrage ,
Digne de son sujet et de la main d'un
Surtout nécessaire en nos jours?
sage,
Quel siécle... tu m'entens... ce n'est que dans
la Chaire
Oùje dois faire au vice une implacable guerre.
Qu'à loisir ma voix peut tonner ;
Qu'elle éclate pour lors , que l'erreur en fré misse ,
Profitons des momens que ta bonté propice ,
Ama muse veut bien donner.
J'en fais un libre aveu , je brigue ton suf- frage ,
Ce sentiment m'éleve au- dessus du naufrage
Où le sort m'a précipité :
Je sens naître en mon cœur un désir magna- nime ,
Les Dicux m'ont tous ravi , mais si j'ai ton es
rime ,
Prélat , ils ne m'ont rien ôté.
Que ne produira point cette ardeur géné
reuse ,
Tum'inspires; déja d'une aîle courageuse,
Je prens l'essor , je fends les airs ;
Mais
1648 MERCURE DE FRANCE
Mais que puis je tenter ; les chants de Phœbusmême ,
Apeine répondroient à ta vertu suprême ;
Quel destin auroient donc mes Vers-?
fair J'ose mettre à tes pieds des fleurs que
éclorre ,
Dans ses doctes Jardins la magnifique Isaure ,
Sept fois mon front en fut orné :
Permets-moi de t'offrir un hommage sincere ;
Je borne mes désirs à l'honneur de te plaire ,
C'est plus que d'être couronné.
LAbbé de Meuville.
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Résumé : STANCES.
Le texte est une série de stances dédiées à un prélat, probablement le Vicomte de Polignac, et à M. le Comte du Roure. L'auteur exprime son impatience et sa joie face au retour du prélat, soulignant l'importance de sa présence. Il mentionne la protection du prélat par des figures illustres, dont un seigneur généreux, et exalte ses qualités intellectuelles et morales, telles que son esprit fin, son goût pour le vrai, et sa connaissance des auteurs classiques. Le texte fait également référence à une œuvre du prélat, intitulée 'Anti-Lucrece', un poème latin écrit dans sa jeunesse, qui critique les idées athées de Lucrèce. L'auteur souhaite voir cette œuvre publiée, la jugeant nécessaire pour combattre l'erreur et le vice. Il avoue son admiration pour le prélat et son désir de recevoir son suffrage, affirmant que cela le relèverait de son sort malheureux. Il conclut en offrant un hommage sincère, bornant ses désirs à l'honneur de plaire au prélat.
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595
p. 1653-1654
BENEFICES DONNEZ le 25 Juillet.
Début :
L'Abbaye de S. Martin des Aires, Ordre de S. [...]
Mots clefs :
Bénéfices donnés, Ordres, Abbaye, Diocèse
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texteReconnaissance textuelle : BENEFICES DONNEZ le 25 Juillet.
BENEFICES DONNEZ
le 25 Juillet.
L'Abbaye de S. Martin des Aires , Or dre de S. Augustin , Diocèse de
Troyes , à M. Jacques.Charles Lallemant
de Bez , Evêque de Séés.
Celle de Chaume , Ordre de S. Benoît,
Diocèse de Sens , à M. Jean Couturier ,
Prêtre et Superieur Generalde la Congrés
gation de S. Sulpice.
Celle de Loroux , Ordre de Citeaux
Diocèse d'Angers , à M. Davernet , Prêtre
et Grand- Vicaire de Lizieux.
Celle de l'Eau , Ordre de Citeaux, Dio
cèse de Chartres ,à la Dame Denise- Fran
I çoise
1654 MERCURE DE FRANCE
çoise de Montiers de Merinville.
L'Abbaye de Sainte Geneviève de Chaillot , Ordre de S. Augustin , Diocèse de
Paris , à la Dame Louise- Françoise du Vivier de Tournefort.
Celle de Nante , Diocèse de Vabres , à
M. Claude Berger de Moidieu , Prêtre et
Doyen de l'Eglise Cathedrale de Dye.
L'Abbaye Réguliere de S. Aubert de
Cambray , Ordre de S. Augustin , à Dom
Tahon.
Celle de Phalempin , près de Lille ,
même Ordre , à Dom Bourgeois.
Celle de S. Augustin , Ordre de Prémontré , Diocèse de Saint Omer , à
M. Sterin.
le 25 Juillet.
L'Abbaye de S. Martin des Aires , Or dre de S. Augustin , Diocèse de
Troyes , à M. Jacques.Charles Lallemant
de Bez , Evêque de Séés.
Celle de Chaume , Ordre de S. Benoît,
Diocèse de Sens , à M. Jean Couturier ,
Prêtre et Superieur Generalde la Congrés
gation de S. Sulpice.
Celle de Loroux , Ordre de Citeaux
Diocèse d'Angers , à M. Davernet , Prêtre
et Grand- Vicaire de Lizieux.
Celle de l'Eau , Ordre de Citeaux, Dio
cèse de Chartres ,à la Dame Denise- Fran
I çoise
1654 MERCURE DE FRANCE
çoise de Montiers de Merinville.
L'Abbaye de Sainte Geneviève de Chaillot , Ordre de S. Augustin , Diocèse de
Paris , à la Dame Louise- Françoise du Vivier de Tournefort.
Celle de Nante , Diocèse de Vabres , à
M. Claude Berger de Moidieu , Prêtre et
Doyen de l'Eglise Cathedrale de Dye.
L'Abbaye Réguliere de S. Aubert de
Cambray , Ordre de S. Augustin , à Dom
Tahon.
Celle de Phalempin , près de Lille ,
même Ordre , à Dom Bourgeois.
Celle de S. Augustin , Ordre de Prémontré , Diocèse de Saint Omer , à
M. Sterin.
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Résumé : BENEFICES DONNEZ le 25 Juillet.
Le 25 juillet 1654, plusieurs bénéfices ecclésiastiques ont été attribués à divers dignitaires religieux. L'Abbaye de Saint-Martin des Aires, de l'Ordre de Saint-Augustin, diocèse de Troyes, a été donnée à M. Jacques-Charles Lallemant de Bez, évêque de Sées. L'Abbaye de Chaume, de l'Ordre de Saint-Benoît, diocèse de Sens, a été attribuée à M. Jean Couturier, prêtre et supérieur général de la Congrégation de Saint-Sulpice. L'Abbaye de Loroux, de l'Ordre de Cîteaux, diocèse d'Angers, a été donnée à M. Davernet, prêtre et grand-vicaire de Lisieux. L'Abbaye de l'Eau, également de l'Ordre de Cîteaux, diocèse de Chartres, a été attribuée à la Dame Denise-Françoise de Montiers de Merinville. L'Abbaye de Sainte-Geneviève de Chailot, de l'Ordre de Saint-Augustin, diocèse de Paris, a été donnée à la Dame Louise-Françoise du Vivier de Tournefort. L'Abbaye de Nante, diocèse de Vabres, a été attribuée à M. Claude Berger de Moidieu, prêtre et doyen de l'église cathédrale de Dye. L'Abbaye régulière de Saint-Aubert de Cambray, de l'Ordre de Saint-Augustin, a été donnée à Dom Tahon. L'Abbaye de Phalempin, près de Lille, également de l'Ordre de Saint-Augustin, a été attribuée à Dom Bourgeois. Enfin, l'Abbaye de Saint-Augustin, de l'Ordre de Prémontré, diocèse de Saint-Omer, a été donnée à M. Sterin.
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596
p. 1654-1658
CEREMONIE Anniversaire, faite le jour de la Fête-Dieu à Vernon en Normandie. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville le 20. Juin 1732.
Début :
Voici, Monsieur, un narré fidele de la Cérémonie qui se fait [...]
Mots clefs :
Cérémonie, Fête-Dieu, Vernon, Notre-Dame de Grâce, Procession, Messe
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texteReconnaissance textuelle : CEREMONIE Anniversaire, faite le jour de la Fête-Dieu à Vernon en Normandie. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville le 20. Juin 1732.
CEREMONIE Anniversaire , faite le
jour de la Fête-Dieu à Vernon en Normandie. Extrait d'une Lettre écrite de
cette Ville le 20. Juin 1732.
V
oici , Monsieur , un narré fidele de
la Cérémonie qui se fait tous les ans
dans cette Ville , et dont vous n'avez entendu parler que confusément. Nous
avons ici , comme dans presque toutes les
Villes de cette Province , une Confrerie ,
dite de la Charité , dont les membres , au
nombre de treize , s'engagent à porter et
JUILLE 1. 1732. 1655
servent que
à enterrer les Morts gratuitement. Le Chef
de cette Societé est tiré au sort et nommé
le Roi ; il y a aussi deux Officiers nommez Senechaux , lesquels , avec le Roi , ne
durant une année , les autres
servent deux ans entiers ; ensorte qu'il
faut toutes les années proceder à une nouvelle Election , tant pour les trois personnes dont on vient de parler , que pour
remplir le nombre des Confreres qui peu
vent déceder pendant leur éxercice ; c'est
ce qui se fait dans l'Octave du S. Sacrement , ordinairement le Vendredy ; on
enregistre d'abord les noms de ceux qui
se présentent pour entrer dans la Confrerie , et le Lundi suivant ils vont tous en
Pélerinage à Notre- Dame de Grace , dévotion célebre à deux lieuës de 11 Ville :
c'est-là qu'après la Messe entenduë , le
Roi est tiré au sort : pour les Senechaux
c'est un Office qui s'achette au profit de
la Confrerie. Le jour suivant ils s'assemblent tous et le Curé de Notre - Dame, ou
son Vicaire , leur fait une Exhortation au
*sujet de leurs obligations , de leurs fonc- tions , & c.
Les Officiers en Charge vont tous les
ans en céremonie, la veille de la Fête- Dieu,
prendre un des anciens Confreres , selon
son tour et son rang , qu'on appelle l: Roj
I ij des
1656 MERCURE DE FRANCE
des Rois , ou le Roi des anciens Rois , et
ils le conduisent de son logis à l'Eglise de
Notre- Dame , où il assiste avec eux aux
premieres Vêpres , et à Matines , et le
tendemain à la Grand Messe , et tout de
suite à la Procession solemnelle du S. Sacrement , suivant immédiatement le Dais
et portant une couronne à la main. Ceux
qui l'accompagnent et les anciens Rois
c'est-à-dire , tous ceux qui ont porté le
Chapperon , marque de cette dignité ,
portent des flambeaux ornez de fleurs
et sont en habit ordinaire , il n'y a que
ceux qui servent actuellement qui portent
la Robe longue de la Confrerie.
La Procession finie et la Messe , qui se
célebre au retour , étant dite , on reconduit le Roi des Rois chez lui , où toute
la Confrerie dîne .
Mais avant que de se mettre à table , ils
sont obligez d'aller servir douze Pauvres ,
dont le couvert est mis sur une Table
dressée dans la rue , à la porte de la maison du Roi. Ce Repas consiste en un porage , en bouilli , en rôti , avec une bouteille de vin pour chaque Pauvre , qui
leur est versé par les Confreres. Ceux- ci
sont debout autour de la Table , et la serviette sur le bras , et le Roi est au bout
de la même Table , aussi debout , la Cou
tonne sur la tête.
JUILLET. 1732 1657
Le Jeudi , jour de l'Octave , on distribue encore un gros pain à douze autres
Pauvres , chacun le sien ; ce sont les Freres en exercice qui font cette derniere distribution , le tout aux dépens d'une fondation , dont je ne sçai ni l'époque , ni le
nom de l'Auteur.
Ne vous attendez pas non plus , Monsieur , que je vous dise ici quelque chose
sur la premiere institution de cette pieuse
Confrerie ; nous ne sommes pas si sçavans dans ce Canton. Je crois qu'on peut
la faire remonter aussi haut que l'on voudra , et lui donner même pour Instituteur,
du moins pour premier modele et pour
Patron le saint homme Tobie. Le Peintre
du grand Tableau , dont vous me parlez ,
qui se voit dans l'Eglise Paroissiale de Louviers , à quatre lieuës d'ici , étoit bien
persuadé de son antiquité , puisqu'il fait
assister des Confreres de la Charité , à ge
noux , en habit de céremonie , autour du
Lit de la Sainte Vierge , dont il a prétendu representer le Trépas et les Obseques ,
avec un Benitier aux pieds , &c.
,
J'ajoûterai à cela , puisque vous êtes curieux de nos Cérémonies , que les Cha→
noines de notre Collegiale ont choisi pour
leur Patron S. Barnabé. On chante le jour
de la Fête une Messe des plus solemnelI iij les ,
1658 MERCURE DE FRANCE
les , à laquelle assistent tous les Officiers ,
tant Ecclésiastiques , que Laïques. A l'Offertoire , les hauts Vicaires présentent à
chacun de ces Officiers une Couronne et
un Bouquet de fleurs. Le Diacre même et
le Soudiacre quittent l'Autel pour satisfaire à cette obligation. Je dis obligation ,
car ces Messieurs ayant voulu se dispenser
il y a quelquetems de la cérémonie
formé pour cela, une Instance au Parlement , les Officiers ont été maintenus dans
la possession de ce droit par un Arrêt contradictoire.
jour de la Fête-Dieu à Vernon en Normandie. Extrait d'une Lettre écrite de
cette Ville le 20. Juin 1732.
V
oici , Monsieur , un narré fidele de
la Cérémonie qui se fait tous les ans
dans cette Ville , et dont vous n'avez entendu parler que confusément. Nous
avons ici , comme dans presque toutes les
Villes de cette Province , une Confrerie ,
dite de la Charité , dont les membres , au
nombre de treize , s'engagent à porter et
JUILLE 1. 1732. 1655
servent que
à enterrer les Morts gratuitement. Le Chef
de cette Societé est tiré au sort et nommé
le Roi ; il y a aussi deux Officiers nommez Senechaux , lesquels , avec le Roi , ne
durant une année , les autres
servent deux ans entiers ; ensorte qu'il
faut toutes les années proceder à une nouvelle Election , tant pour les trois personnes dont on vient de parler , que pour
remplir le nombre des Confreres qui peu
vent déceder pendant leur éxercice ; c'est
ce qui se fait dans l'Octave du S. Sacrement , ordinairement le Vendredy ; on
enregistre d'abord les noms de ceux qui
se présentent pour entrer dans la Confrerie , et le Lundi suivant ils vont tous en
Pélerinage à Notre- Dame de Grace , dévotion célebre à deux lieuës de 11 Ville :
c'est-là qu'après la Messe entenduë , le
Roi est tiré au sort : pour les Senechaux
c'est un Office qui s'achette au profit de
la Confrerie. Le jour suivant ils s'assemblent tous et le Curé de Notre - Dame, ou
son Vicaire , leur fait une Exhortation au
*sujet de leurs obligations , de leurs fonc- tions , & c.
Les Officiers en Charge vont tous les
ans en céremonie, la veille de la Fête- Dieu,
prendre un des anciens Confreres , selon
son tour et son rang , qu'on appelle l: Roj
I ij des
1656 MERCURE DE FRANCE
des Rois , ou le Roi des anciens Rois , et
ils le conduisent de son logis à l'Eglise de
Notre- Dame , où il assiste avec eux aux
premieres Vêpres , et à Matines , et le
tendemain à la Grand Messe , et tout de
suite à la Procession solemnelle du S. Sacrement , suivant immédiatement le Dais
et portant une couronne à la main. Ceux
qui l'accompagnent et les anciens Rois
c'est-à-dire , tous ceux qui ont porté le
Chapperon , marque de cette dignité ,
portent des flambeaux ornez de fleurs
et sont en habit ordinaire , il n'y a que
ceux qui servent actuellement qui portent
la Robe longue de la Confrerie.
La Procession finie et la Messe , qui se
célebre au retour , étant dite , on reconduit le Roi des Rois chez lui , où toute
la Confrerie dîne .
Mais avant que de se mettre à table , ils
sont obligez d'aller servir douze Pauvres ,
dont le couvert est mis sur une Table
dressée dans la rue , à la porte de la maison du Roi. Ce Repas consiste en un porage , en bouilli , en rôti , avec une bouteille de vin pour chaque Pauvre , qui
leur est versé par les Confreres. Ceux- ci
sont debout autour de la Table , et la serviette sur le bras , et le Roi est au bout
de la même Table , aussi debout , la Cou
tonne sur la tête.
JUILLET. 1732 1657
Le Jeudi , jour de l'Octave , on distribue encore un gros pain à douze autres
Pauvres , chacun le sien ; ce sont les Freres en exercice qui font cette derniere distribution , le tout aux dépens d'une fondation , dont je ne sçai ni l'époque , ni le
nom de l'Auteur.
Ne vous attendez pas non plus , Monsieur , que je vous dise ici quelque chose
sur la premiere institution de cette pieuse
Confrerie ; nous ne sommes pas si sçavans dans ce Canton. Je crois qu'on peut
la faire remonter aussi haut que l'on voudra , et lui donner même pour Instituteur,
du moins pour premier modele et pour
Patron le saint homme Tobie. Le Peintre
du grand Tableau , dont vous me parlez ,
qui se voit dans l'Eglise Paroissiale de Louviers , à quatre lieuës d'ici , étoit bien
persuadé de son antiquité , puisqu'il fait
assister des Confreres de la Charité , à ge
noux , en habit de céremonie , autour du
Lit de la Sainte Vierge , dont il a prétendu representer le Trépas et les Obseques ,
avec un Benitier aux pieds , &c.
,
J'ajoûterai à cela , puisque vous êtes curieux de nos Cérémonies , que les Cha→
noines de notre Collegiale ont choisi pour
leur Patron S. Barnabé. On chante le jour
de la Fête une Messe des plus solemnelI iij les ,
1658 MERCURE DE FRANCE
les , à laquelle assistent tous les Officiers ,
tant Ecclésiastiques , que Laïques. A l'Offertoire , les hauts Vicaires présentent à
chacun de ces Officiers une Couronne et
un Bouquet de fleurs. Le Diacre même et
le Soudiacre quittent l'Autel pour satisfaire à cette obligation. Je dis obligation ,
car ces Messieurs ayant voulu se dispenser
il y a quelquetems de la cérémonie
formé pour cela, une Instance au Parlement , les Officiers ont été maintenus dans
la possession de ce droit par un Arrêt contradictoire.
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Résumé : CEREMONIE Anniversaire, faite le jour de la Fête-Dieu à Vernon en Normandie. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville le 20. Juin 1732.
Le texte relate une cérémonie annuelle célébrée à Vernon en Normandie à l'occasion de la Fête-Dieu, décrite dans une lettre datée du 20 juin 1732. Cette cérémonie est organisée par une confrérie de la Charité, composée de treize membres qui s'engagent à enterrer gratuitement les morts. Chaque année, un chef, appelé le Roi, et deux officiers, les Sénéchaux, sont élus par tirage au sort ou achat de charge. La cérémonie commence par un pèlerinage à Notre-Dame de Grace, suivi d'une exhortation par le curé ou son vicaire. La veille de la Fête-Dieu, les officiers accompagnent un ancien confrère, appelé le Roi des Rois, à l'église pour les vêpres, matines et la grand-messe, puis à la procession solennelle du Saint-Sacrement. Après la procession, ils reconduisent le Roi des Rois chez lui, où ils dînent ensemble après avoir servi douze pauvres dans la rue. Le jeudi suivant, douze autres pauvres reçoivent un pain, distribué par les frères en exercice. Le texte mentionne également que les chanoines de la collégiale de Vernon ont choisi saint Barnabé comme patron et célèbrent une messe solennelle à laquelle assistent divers officiers, qui reçoivent des couronnes et des bouquets de fleurs.
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597
s. p.
STANCES IRREGULIERES Sur l'avantage qu'il y a d'aimer Dieu, préférablement aux Créatures.
Début :
Je déteste vos impostures, [...]
Mots clefs :
Coeurs, Amours, Créatures, Dieu, Plaisirs
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texteReconnaissance textuelle : STANCES IRREGULIERES Sur l'avantage qu'il y a d'aimer Dieu, préférablement aux Créatures.
STANCES IRREGULIERES
Sur l'avantage qu'il y a d'aimer Dien ,
préférablement aux Créatures.
33 J
13
E déteste vos impostures ,
Funeste amour des Créatures ;
Cédez pour jamais dans mon
、 cœur
A l'amour de mon Créateur.
Combien de fois séduit d'une fausse apparence,
La légéreté, l'inconstance ,
A ij De
1676 MERCURE DE FRANCE
De la plus piquante beauté ,
Ont-elles trompé l'esperance ,
Dont on s'étoit trop- tôt flatté ?
Combien l'aveugle phrénésie ,
D'une barbare jalousie ,
A-t-elle tourmenté de cœurs !
Et la cruelle maladie ,
Effacé de charmes vainqueurs ,
Et changé d'amours en horreurs!
Si , pour prix de notre constance,
Une flateuse préférence ,
Couronne notre passion ,
Une longue possession ,
Une facile jouissance ,
Fait cesser les tendres soupirs ;
L'amour tombe dans l'indolence ;
Le dégoût succéde aux désirs ,
Et le repentir aux plaisirs,
Mais je veux qu'il se trouve au monde
Deux cœurs si tendrement unis
Qu'au milieu d'une paix profonde ,
Ils goûtent des biens infinis ,
Et que leur ardeur mutuelle ,
A chaque instant se renouvelle ;
Ces cœurs sont-ils long- temps heureux à
Les rigueurs d'une longue absence ,
Les
A
OUST. 1732 1677
Traverseront de si beaux feux ,
Où la mort avec violence ,
Viendra briser de si doux nœuds.
Grand Dieu , l'on trouve en vous une beauté
parfaite ;
On n'y craint point de changement ;
Plus nous vous aimons constamment .
"
Et plus notre ame est satisfaite.
A celui qui veut vous chercher ;
Jamais rien ne vous peut cacher ;
Ni tumulte , ni solitude ;
Vous sçavez remplir nos désirs ,
Et par l'avant- goût des plaisirs ,
D'une sainte beatitude ,
Adoucir notre inquiétude.
La mort si terrible aux Amans ,
N'a rien à nos yeux que d'aimable ;
Nous en attendons les momens,
Comme le terme désirable ,
Qui doit à l'objet adorable
us unir éternellemen
Sur l'avantage qu'il y a d'aimer Dien ,
préférablement aux Créatures.
33 J
13
E déteste vos impostures ,
Funeste amour des Créatures ;
Cédez pour jamais dans mon
、 cœur
A l'amour de mon Créateur.
Combien de fois séduit d'une fausse apparence,
La légéreté, l'inconstance ,
A ij De
1676 MERCURE DE FRANCE
De la plus piquante beauté ,
Ont-elles trompé l'esperance ,
Dont on s'étoit trop- tôt flatté ?
Combien l'aveugle phrénésie ,
D'une barbare jalousie ,
A-t-elle tourmenté de cœurs !
Et la cruelle maladie ,
Effacé de charmes vainqueurs ,
Et changé d'amours en horreurs!
Si , pour prix de notre constance,
Une flateuse préférence ,
Couronne notre passion ,
Une longue possession ,
Une facile jouissance ,
Fait cesser les tendres soupirs ;
L'amour tombe dans l'indolence ;
Le dégoût succéde aux désirs ,
Et le repentir aux plaisirs,
Mais je veux qu'il se trouve au monde
Deux cœurs si tendrement unis
Qu'au milieu d'une paix profonde ,
Ils goûtent des biens infinis ,
Et que leur ardeur mutuelle ,
A chaque instant se renouvelle ;
Ces cœurs sont-ils long- temps heureux à
Les rigueurs d'une longue absence ,
Les
A
OUST. 1732 1677
Traverseront de si beaux feux ,
Où la mort avec violence ,
Viendra briser de si doux nœuds.
Grand Dieu , l'on trouve en vous une beauté
parfaite ;
On n'y craint point de changement ;
Plus nous vous aimons constamment .
"
Et plus notre ame est satisfaite.
A celui qui veut vous chercher ;
Jamais rien ne vous peut cacher ;
Ni tumulte , ni solitude ;
Vous sçavez remplir nos désirs ,
Et par l'avant- goût des plaisirs ,
D'une sainte beatitude ,
Adoucir notre inquiétude.
La mort si terrible aux Amans ,
N'a rien à nos yeux que d'aimable ;
Nous en attendons les momens,
Comme le terme désirable ,
Qui doit à l'objet adorable
us unir éternellemen
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Résumé : STANCES IRREGULIERES Sur l'avantage qu'il y a d'aimer Dieu, préférablement aux Créatures.
Le texte 'Stances irrégulières' met en avant les avantages d'aimer Dieu plutôt que les créatures terrestres. L'auteur critique l'amour terrestre, qui trompe souvent par des apparences fallacieuses et cause des souffrances par la jalousie et l'inconstance. Même lorsqu'il semble récompensé, il mène souvent à l'indolence, au dégoût et au repentir. Les cœurs les plus unis finissent par souffrir des rigueurs de l'absence ou de la mort. En contraste, aimer Dieu offre une beauté parfaite et constante. Dieu sait remplir les désirs et adoucir l'inquiétude par la promesse d'une béatitude sainte. La mort, redoutable pour les amants terrestres, devient désirable car elle unit éternellement à Dieu.
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598
p. 1877-1881
CEREMONIE faite dans l'Eglise Paroissiale de S. Sulpice, à l'occasion de la Premiere Pierre du grand Autel posée par M. le Nonce au nom du Pate Clement XII. le 21. de ce mois.
Début :
Cette Ceremonie a été des plus magnifiques, tant par le grand nombre de Seigneurs et de [...]
Mots clefs :
Cérémonie, Église paroissiale de Saint-Sulpice, Autel, Pierre, Nonce du Pape, Ambassadeur, Procession, Clergé, Messe, Inscription
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texteReconnaissance textuelle : CEREMONIE faite dans l'Eglise Paroissiale de S. Sulpice, à l'occasion de la Premiere Pierre du grand Autel posée par M. le Nonce au nom du Pate Clement XII. le 21. de ce mois.
CEREMONIE faite dans l'Eglise
Paroissiale de S. Sulpice , à l'occasion
de la Premiere Pierre du grand Autel
posée par M. le Nonce au nom du Pate
Clement XII. le 21. de ce mois.
Ette Ceremonie a été des plus magnifiques ,
stant par le grand nombre de Seigneurs et de
Dames qui y ont assisté , que par l'ordre qui a
été observé. Trois cent hommes du Guet à pied
étoient en armes au- dehors de l'Eglise , pour em pêcher les embarras des Carrosses , et il y avoit
dans l'interieur cent Cavaliers du Guet, comman
dez leurs Officiers , et cent. Suisses par tenir le bon ordre.
pour mainLe Nonce du Pape étoit attendu au Presbytere,
dans une Sale ornée et préparée pour le recevoin
Son Excellence arriva vers les dix heures , préce
dée de ses Valets de pied , accompagnée des Sci- greurs étrangers , et suivie de tous les Officiers
de sa Maison qui avoient servi à son Entrée pu
blique. Elle fut saluée d'une grande décharge de
Boetes, att son des Tambours, Timbales et Trompettes , et reçue à la descente de son Carosse par
M.le Curé et par les Marguilliers de la Paroisse,
à la tête desquels étoit le Comte de S. Florentia
Secretaire d'Etat , en l'absence de M. le Comte
de Maurepas , premier Marguillier d'honneur ,
qui s'étoit trouvé indisposé. M. le Nonce fut con
duit dans la Sale destinée à le recevoir ; il y étoit
attendu par l'Ambassadeur du Roy de Sardaigue,
par
1878 MERCURE DE FRANCE
par l'Ambassadeur de la République de Venise ,
par le Comte de Gergy's Ambassadeur de France
Venise , par plusieurs autres Ministres des Cours
Etrangeres et par un grand nombre de Selgneurs du Royaume , invitez à la Ceremonie.
Au moment de son arrivée , la Procession commença à sortir de l'Eglise par la porte collaterale,
située au Midy, pour rentrer par la grande porte.
Voici l'ordre qui s'y observa.
A la tête étoient les Timbales , Trompettes ,
Hautbois et Bassons ; on voyoit ensuite la grande
Baniere de la Paroisse , suivie de tous les Ouvriers 'servant à la construction du Bâtiment , en trèsgrand nombre , portant tous à la immain,la marque distinctive de leur Profession ; ils étoient conduits par les Maîtres , les Contre- Maitres er
les Appareilleurs. Le sieur Servandoni , des Académies Royales de Peinture, Sculpture et Architecture , premier Architecte de S. Sulpice , mar- choit à leur tête. e
Au milieu d'eux les Marbriers , avec des bricolles couvertes de rubans portoient sur un bran
card , orné d'un Tapis de velours , la Premiere
Pierre , parée de Guirlandes de fleurs , et de rubans; après eux marchoient les Congregations
et les Confrairies,avec leurs étendarts et Guidons.
Tout le Clergé en surplis venoit ensuite au nombre de plus de 300. chantant des Pseaumes à deux
Chœurs. ,,,
La Procession ayant passé dans cet ordre devant le Presbytere, M. le Curé en Etole et en Chape , en fit la clôture. Alors M. le Nonce, précedé de toute sa Livrée , suivi de tous ses Oraciers et
accompagné de M le Comte de S Florentin , des
Marguilliers , des Ambassadeurs de Sardaigne et
de Venise, du Comte de Gergy et des autres Mi mistres
A O UST. 1732 1879
nistres Etrangers et Seigneurs, sortit du Presby- tere pour suivre la Procession. On arriva ainsi à
l'Eglise qui avoit été disposée avec toute la noblesse et toute la magnificence possible , ce qui
offroit aux Spectateurs une décoration des plus
superbes , laquelle subsista sans aucun trouble ni
dérangement , malgré l'affluence et le concours
infini du Peuple empressé de voir cette auguste solemnité.
Les Confrairies allerent prendre les places qui
leur avoient été marquées , et les Congregations
placerent à l'entrée du Chœur leurs Bannieres, qui
furent admirées de toute l'Assemblée , plus encore par le goût que par la richesse de l'ouvrage.
Le Clergé se rangea sur deux lignes paralleles
dans la grand- Nef; M. le Curé se tenant au mi- fieu , présenta l'Eau-benite à M. le Nonce et en- suite lui offrit à baiser une Croix de Cristal de
Roche , d'un ouvrage parfait , dans laquelle on conserve une précieuse portion de la vraye Croix.
S. E. s'étant mise à genoux sur un riche Caradora le Crucifix ; puis s'étant relevée ,
M. le Curé lui fit un compliment dont elle pa- rut très-satisfaite.
reau ,
De-là elle fut conduite à un Prie-Dieu , couvert d'un superbe Tapis , placé devant un Autel
que l'on avoit dressé entre la Nef et le Chœur ,
il étoit orné d'un grand nombre de Chandeliers et de Girandoles de Cristal. Aux côtez du Nonçe
se placerent les Ambassadeurs , les Ministres
Etrangers , et les autres Seigneurs dans des Fauteuils préparez , avec des Carreaux de velours à
Galons d'or. M. le Comte de S. Florentin et les
Marguilliers prirent leurs places dans l'Euvre ,
qui étoit parée de Tapis de velours et de Carreaux chamarez d'or;toute la suite de S. E. et
des
1880 MERCURE DE FRANCE
des autres Ministres et Seigneurs,, se rangea dans lá Nef.
Des deux côtez de l'Autel on avoit disposé
une grande quantité de Chaises de Tapisserie , et
ce fut- là que l'on plaça les Personnes de distinction , de l'un et de l'autre sexe , qui s'y trouverent en grand nombre. Plus loin, dans le Sanctuaire , les Ecclesiastiques en Manteau, et les Religieux de différens Ordres.
Il y avoit en dehors de chaque Arcade de la
Nef une Barriere de Suisses , et en dedans un
rang de Cavaliers du Guet , pour empêcher le
peuple , qui remplissoit les bas côtez et la croisée
de ce grand et superbe Edifice , de causer de la
confusion , et cette double Barriere étoit continuće depuis la grande Porte jusques au Chœur.
Pendant que chacun prenoit la place qui lui
étoit destinée , on entendoit un Concert d'Ins
trumens, choisis de toute espece.
Le Clergé ayant défilé sur deux lignes , poar
se rendre dans le Choeur , dès qu'il y fut rangé ,
on commença la Messe ; pendant laquelle il fut
chanté un Motet de M. Campra , avec une Symphonie de M. Clerambault , Organiste et Maître
de Musique de S. Sulpice.
La Messe finie , M. le Nonce , précédé des -
Prêtres de la Paroisse , qui portoient dans des
Vases précieux les differens Instrumens qui de- voient servir à la Cérémonie , alla poser ia premiere Pierre. S. E. mit dans un Coffre de Marbre,
creusé exprès , des Médaillons d'or , d'argent et
de bronze, que le Pape avoit envoyez ; ils étoient
portez dans une Jatte d'Agathe , montée en for
d'un ouvrage exquis ; le Marbre fut ensuite sceité
er mis sous la premiere Pierre , sur laquelle est
gravée en Lettres d'or , l'Inscription qui suit :
CLE
A OUST 1732.
CLEMENS PAPA XII . PER RAINERIUM
COMITIBUS DE ILCIO ARCHIEPISCOPUM RнODIENSEM NUNCIUM APOSTOLICUM , LAPIDEM
HUNC ALTARIS SANCTI PRIMARIUM POSULT
XXI AUGUSTI. ANNO M. DCC. XXXII.
Pendant tout le temps de cette Cérémonie , les
Instrumens continuerent de donner une Symphonie qui fut generalement goutée. Lorsque la
Pierre fut posée , M. le Curé accompagna M. le
Nonce , M. le Comte de S. Florentin , et plusieurs autres Seigneurs dans la nouvelle Sacristie; ils y admirerent tous les Tableaux dont elle est ornée , qui sont des plus grands Maîtres , la.
Menuiserie qui est d'un gout achevé , et le Lavoir tout incrusté de Marbre , dont la Cuvette.
est un ancien Tombeau de Marbre d'Egypte ,
d'un grand prix.- -
Ensuite le Clergé s'étant rangé sur deux lignes dans la Nef, S. E. sortit de l'Eglise et fut conduite jusques à son Carosse , par M. le Curé ,
M. le Comte de S. Florentin , et Mrs les Marguilliers , au bruit des Tambours , Timballes et
Trompettes , et la Cérémonie fut terminée par
- des aumônes que M. le Curé fit distribuer abondament à tous les Pauvres , qui s'y trouvèrent en
tres- grand nombre.
Paroissiale de S. Sulpice , à l'occasion
de la Premiere Pierre du grand Autel
posée par M. le Nonce au nom du Pate
Clement XII. le 21. de ce mois.
Ette Ceremonie a été des plus magnifiques ,
stant par le grand nombre de Seigneurs et de
Dames qui y ont assisté , que par l'ordre qui a
été observé. Trois cent hommes du Guet à pied
étoient en armes au- dehors de l'Eglise , pour em pêcher les embarras des Carrosses , et il y avoit
dans l'interieur cent Cavaliers du Guet, comman
dez leurs Officiers , et cent. Suisses par tenir le bon ordre.
pour mainLe Nonce du Pape étoit attendu au Presbytere,
dans une Sale ornée et préparée pour le recevoin
Son Excellence arriva vers les dix heures , préce
dée de ses Valets de pied , accompagnée des Sci- greurs étrangers , et suivie de tous les Officiers
de sa Maison qui avoient servi à son Entrée pu
blique. Elle fut saluée d'une grande décharge de
Boetes, att son des Tambours, Timbales et Trompettes , et reçue à la descente de son Carosse par
M.le Curé et par les Marguilliers de la Paroisse,
à la tête desquels étoit le Comte de S. Florentia
Secretaire d'Etat , en l'absence de M. le Comte
de Maurepas , premier Marguillier d'honneur ,
qui s'étoit trouvé indisposé. M. le Nonce fut con
duit dans la Sale destinée à le recevoir ; il y étoit
attendu par l'Ambassadeur du Roy de Sardaigue,
par
1878 MERCURE DE FRANCE
par l'Ambassadeur de la République de Venise ,
par le Comte de Gergy's Ambassadeur de France
Venise , par plusieurs autres Ministres des Cours
Etrangeres et par un grand nombre de Selgneurs du Royaume , invitez à la Ceremonie.
Au moment de son arrivée , la Procession commença à sortir de l'Eglise par la porte collaterale,
située au Midy, pour rentrer par la grande porte.
Voici l'ordre qui s'y observa.
A la tête étoient les Timbales , Trompettes ,
Hautbois et Bassons ; on voyoit ensuite la grande
Baniere de la Paroisse , suivie de tous les Ouvriers 'servant à la construction du Bâtiment , en trèsgrand nombre , portant tous à la immain,la marque distinctive de leur Profession ; ils étoient conduits par les Maîtres , les Contre- Maitres er
les Appareilleurs. Le sieur Servandoni , des Académies Royales de Peinture, Sculpture et Architecture , premier Architecte de S. Sulpice , mar- choit à leur tête. e
Au milieu d'eux les Marbriers , avec des bricolles couvertes de rubans portoient sur un bran
card , orné d'un Tapis de velours , la Premiere
Pierre , parée de Guirlandes de fleurs , et de rubans; après eux marchoient les Congregations
et les Confrairies,avec leurs étendarts et Guidons.
Tout le Clergé en surplis venoit ensuite au nombre de plus de 300. chantant des Pseaumes à deux
Chœurs. ,,,
La Procession ayant passé dans cet ordre devant le Presbytere, M. le Curé en Etole et en Chape , en fit la clôture. Alors M. le Nonce, précedé de toute sa Livrée , suivi de tous ses Oraciers et
accompagné de M le Comte de S Florentin , des
Marguilliers , des Ambassadeurs de Sardaigne et
de Venise, du Comte de Gergy et des autres Mi mistres
A O UST. 1732 1879
nistres Etrangers et Seigneurs, sortit du Presby- tere pour suivre la Procession. On arriva ainsi à
l'Eglise qui avoit été disposée avec toute la noblesse et toute la magnificence possible , ce qui
offroit aux Spectateurs une décoration des plus
superbes , laquelle subsista sans aucun trouble ni
dérangement , malgré l'affluence et le concours
infini du Peuple empressé de voir cette auguste solemnité.
Les Confrairies allerent prendre les places qui
leur avoient été marquées , et les Congregations
placerent à l'entrée du Chœur leurs Bannieres, qui
furent admirées de toute l'Assemblée , plus encore par le goût que par la richesse de l'ouvrage.
Le Clergé se rangea sur deux lignes paralleles
dans la grand- Nef; M. le Curé se tenant au mi- fieu , présenta l'Eau-benite à M. le Nonce et en- suite lui offrit à baiser une Croix de Cristal de
Roche , d'un ouvrage parfait , dans laquelle on conserve une précieuse portion de la vraye Croix.
S. E. s'étant mise à genoux sur un riche Caradora le Crucifix ; puis s'étant relevée ,
M. le Curé lui fit un compliment dont elle pa- rut très-satisfaite.
reau ,
De-là elle fut conduite à un Prie-Dieu , couvert d'un superbe Tapis , placé devant un Autel
que l'on avoit dressé entre la Nef et le Chœur ,
il étoit orné d'un grand nombre de Chandeliers et de Girandoles de Cristal. Aux côtez du Nonçe
se placerent les Ambassadeurs , les Ministres
Etrangers , et les autres Seigneurs dans des Fauteuils préparez , avec des Carreaux de velours à
Galons d'or. M. le Comte de S. Florentin et les
Marguilliers prirent leurs places dans l'Euvre ,
qui étoit parée de Tapis de velours et de Carreaux chamarez d'or;toute la suite de S. E. et
des
1880 MERCURE DE FRANCE
des autres Ministres et Seigneurs,, se rangea dans lá Nef.
Des deux côtez de l'Autel on avoit disposé
une grande quantité de Chaises de Tapisserie , et
ce fut- là que l'on plaça les Personnes de distinction , de l'un et de l'autre sexe , qui s'y trouverent en grand nombre. Plus loin, dans le Sanctuaire , les Ecclesiastiques en Manteau, et les Religieux de différens Ordres.
Il y avoit en dehors de chaque Arcade de la
Nef une Barriere de Suisses , et en dedans un
rang de Cavaliers du Guet , pour empêcher le
peuple , qui remplissoit les bas côtez et la croisée
de ce grand et superbe Edifice , de causer de la
confusion , et cette double Barriere étoit continuće depuis la grande Porte jusques au Chœur.
Pendant que chacun prenoit la place qui lui
étoit destinée , on entendoit un Concert d'Ins
trumens, choisis de toute espece.
Le Clergé ayant défilé sur deux lignes , poar
se rendre dans le Choeur , dès qu'il y fut rangé ,
on commença la Messe ; pendant laquelle il fut
chanté un Motet de M. Campra , avec une Symphonie de M. Clerambault , Organiste et Maître
de Musique de S. Sulpice.
La Messe finie , M. le Nonce , précédé des -
Prêtres de la Paroisse , qui portoient dans des
Vases précieux les differens Instrumens qui de- voient servir à la Cérémonie , alla poser ia premiere Pierre. S. E. mit dans un Coffre de Marbre,
creusé exprès , des Médaillons d'or , d'argent et
de bronze, que le Pape avoit envoyez ; ils étoient
portez dans une Jatte d'Agathe , montée en for
d'un ouvrage exquis ; le Marbre fut ensuite sceité
er mis sous la premiere Pierre , sur laquelle est
gravée en Lettres d'or , l'Inscription qui suit :
CLE
A OUST 1732.
CLEMENS PAPA XII . PER RAINERIUM
COMITIBUS DE ILCIO ARCHIEPISCOPUM RнODIENSEM NUNCIUM APOSTOLICUM , LAPIDEM
HUNC ALTARIS SANCTI PRIMARIUM POSULT
XXI AUGUSTI. ANNO M. DCC. XXXII.
Pendant tout le temps de cette Cérémonie , les
Instrumens continuerent de donner une Symphonie qui fut generalement goutée. Lorsque la
Pierre fut posée , M. le Curé accompagna M. le
Nonce , M. le Comte de S. Florentin , et plusieurs autres Seigneurs dans la nouvelle Sacristie; ils y admirerent tous les Tableaux dont elle est ornée , qui sont des plus grands Maîtres , la.
Menuiserie qui est d'un gout achevé , et le Lavoir tout incrusté de Marbre , dont la Cuvette.
est un ancien Tombeau de Marbre d'Egypte ,
d'un grand prix.- -
Ensuite le Clergé s'étant rangé sur deux lignes dans la Nef, S. E. sortit de l'Eglise et fut conduite jusques à son Carosse , par M. le Curé ,
M. le Comte de S. Florentin , et Mrs les Marguilliers , au bruit des Tambours , Timballes et
Trompettes , et la Cérémonie fut terminée par
- des aumônes que M. le Curé fit distribuer abondament à tous les Pauvres , qui s'y trouvèrent en
tres- grand nombre.
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Résumé : CEREMONIE faite dans l'Eglise Paroissiale de S. Sulpice, à l'occasion de la Premiere Pierre du grand Autel posée par M. le Nonce au nom du Pate Clement XII. le 21. de ce mois.
Le 21 du mois, une cérémonie solennelle a eu lieu dans l'église paroissiale de Saint-Sulpice pour la pose de la première pierre du grand autel. Cette cérémonie, réalisée par le nonce apostolique au nom du pape Clément XII, a rassemblé une grande foule de seigneurs et dames. La sécurité était assurée par trois cents hommes du guet à pied à l'extérieur et cent cavaliers du guet ainsi que cent Suisses à l'intérieur. Le nonce apostolique est arrivé vers dix heures, accueilli par des salves d'artillerie et des musiques militaires. Il a été reçu par le curé et les marguilliers de la paroisse, dirigés par le comte de Saint-Florentin en l'absence du comte de Maurepas. Une procession, incluant des musiciens, la bannière de la paroisse, les ouvriers de la construction, les marbriers portant la première pierre décorée, les congrégations et confréries avec leurs étendards, et plus de trois cents membres du clergé chantant des psaumes, a quitté l'église par une porte latérale pour revenir par la grande porte. À l'arrivée du nonce au presbytère, il a suivi la procession jusqu'à l'église, décorée avec magnificence. La messe a débuté, accompagnée d'un motet de M. Campra et d'une symphonie de M. Clerambault. Après la messe, le nonce, accompagné des prêtres de la paroisse, a procédé à la bénédiction de la première pierre. Il a placé dans un coffre de marbre des médaillons d'or, d'argent et de bronze envoyés par le pape Clément XII, transportés dans une jatte d'agate montée en or. La pierre, portant une inscription en lettres d'or, a ensuite été scellée. La cérémonie s'est poursuivie avec de la musique appréciée par l'assemblée. Après la pose de la pierre, le curé a guidé le nonce, le comte de Saint-Florentin et plusieurs seigneurs dans la nouvelle sacristie, où ils ont admiré les tableaux de grands maîtres, la menuiserie et un lavabo incrusté de marbre. La cérémonie s'est terminée par la distribution d'aumônes aux pauvres présents en grand nombre.
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599
p. 1929-1932
ODE. SUR LE JUGEMENT DERNIER.
Début :
Quelle puissance souveraine, [...]
Mots clefs :
Jugement dernier, Christ, Trompette, Trône, Sang
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE. SUR LE JUGEMENT DERNIER.
OD E.
SUR LE JUGEMENT DERNIER.
QuUelle puissance souveraine ,
Trouble l'ordre de l'Univers !
Quels crls de fureur et de haine !
De quels feux s'allument les Airs !
Les Cieux , de leurs voûtes brisées ,
Ouvrent les portes embrasées ,
Aux Eclairs , aux Foudres brulans,
J'entens une voix menaçante ,
Qui dit à la Terre tremblante ,
Ce jour est le dernier des temps.
>
Mais que vois-je ! quels tas terrible ,
D'ossemens et de membres morts !
Le son d'une Trompette horrible
En ranime tous les ressorts.
Quel divin rayon de lumiere ,
poussiere ,
Donne à cet amas de
De la chaleur , du mouvement !
Quel esprit , quel souffle de vie ,
Agite,
1930 MERCURE DE FRANCE
Agite , échauffe , vivifie,
Les cendres de ce Monument !
Quels cris de joye et de victoire !
Voici le Juge des Humains ,
Le CHRIST sur un Trône de gloire ,
Ouvre le Livre des Destins ,
Au pied du Trône inaccessible ,
Sont la Justice incorruptible ,
Et l'immuable verité.
Tremblez , Mortels , je vois la Foudre ,
Qui va bien-tôt réduire en poudre ,
Le mensonge et l'iniquité.
Satan , du funeste volume ,
Transcrit les fastes criminels.
Ah ! quelle source d'amertume ,
Pour vous , ô malheureux Mortels !
Sur le fer , l'airain et le cuivre ,
Sont gravez dans l'immense Livre ,
Les trahisons , les noirs projets.
Egalement on y découvre ,
Et de la Cabane et du Louvre ,
Les attentats les plus secrets.
Sur le marbre , l'or et l'yvoire ,
Un Chérubin majestueux ,
A le soin de tracer l'Histoire,
Des
SEPTEMBRE. 1732. 1931
Des faits des hommes vertueux.
Du haut de son Trône suprême ,
Le Fils d'un Dieu pese lui- même ,
Et les vices et les vertus.
Au mouvement de la balance ,
Sa main punit ou récompense,
Les Réprouvez ou les Elus.
Du Seigneur , la voix redoutable ,
Trouble les Airs épouvantez.
Je frémis. Sa bouche équitable ,
Va m'anoncer ses volontez.
Qu'entens-je ! quelle horreur soudaine ...
Ciel ! un Fleuve de sang m'entraîne ,
Dans l'éternelle obscurité.
Ah ! Seigneur , je suis ton Ouvrage ,
Voudrois-tu détruire l'Image ;
De ta divine Majesté.
Suspens les coups de ton Tonnerre ,
Qu'ont allumé tant de forfaits ;
Ne me déclare plus la guerre ;
Je fus l'objet de tes bienfaits.
Jadis dans le sein de Marie ,
L'Esprit-Saint te donna la vie ,
Qui me garantit du trépas ,
Et victime de ta Justice,
Tu
1932 MERCURE DE FRANCE
Tu t'offris toi-même au supplice ,
Que méritoient mes attentats.
Contre moi ta juste colere ,
Devroit armer ton bras vengeur ;
Du Châtiment le plus sévere ,
Mon crime égale la rigueur.
Mais souviens-toi qu'en Pere tendre ,
Tu voulus autrefois répandre ,
Tout ton Sang pour briser mes fers ,
Ce Sang dont une seule goute ,
Auroit pû racheter , sans doute ,
Les crimes de tout l'Univers.
Dieu de bonté , mes cris funebres
Sont parvenus jusques à toi ;
Ton éclat perce les tenebres ,
Dont l'horreur me glaçoit d'effroi ;
Oui, déja ta main secourable ,
Comble l'abîme épouventable ,
Où m'entraînoit l'iniquité.
Tu m'appelles. O joye extrême !
Je touche à mon bonheur suprême ,
Et je le dois à ta bonté.
Cavaliez , Avocat à Montpellier.
SUR LE JUGEMENT DERNIER.
QuUelle puissance souveraine ,
Trouble l'ordre de l'Univers !
Quels crls de fureur et de haine !
De quels feux s'allument les Airs !
Les Cieux , de leurs voûtes brisées ,
Ouvrent les portes embrasées ,
Aux Eclairs , aux Foudres brulans,
J'entens une voix menaçante ,
Qui dit à la Terre tremblante ,
Ce jour est le dernier des temps.
>
Mais que vois-je ! quels tas terrible ,
D'ossemens et de membres morts !
Le son d'une Trompette horrible
En ranime tous les ressorts.
Quel divin rayon de lumiere ,
poussiere ,
Donne à cet amas de
De la chaleur , du mouvement !
Quel esprit , quel souffle de vie ,
Agite,
1930 MERCURE DE FRANCE
Agite , échauffe , vivifie,
Les cendres de ce Monument !
Quels cris de joye et de victoire !
Voici le Juge des Humains ,
Le CHRIST sur un Trône de gloire ,
Ouvre le Livre des Destins ,
Au pied du Trône inaccessible ,
Sont la Justice incorruptible ,
Et l'immuable verité.
Tremblez , Mortels , je vois la Foudre ,
Qui va bien-tôt réduire en poudre ,
Le mensonge et l'iniquité.
Satan , du funeste volume ,
Transcrit les fastes criminels.
Ah ! quelle source d'amertume ,
Pour vous , ô malheureux Mortels !
Sur le fer , l'airain et le cuivre ,
Sont gravez dans l'immense Livre ,
Les trahisons , les noirs projets.
Egalement on y découvre ,
Et de la Cabane et du Louvre ,
Les attentats les plus secrets.
Sur le marbre , l'or et l'yvoire ,
Un Chérubin majestueux ,
A le soin de tracer l'Histoire,
Des
SEPTEMBRE. 1732. 1931
Des faits des hommes vertueux.
Du haut de son Trône suprême ,
Le Fils d'un Dieu pese lui- même ,
Et les vices et les vertus.
Au mouvement de la balance ,
Sa main punit ou récompense,
Les Réprouvez ou les Elus.
Du Seigneur , la voix redoutable ,
Trouble les Airs épouvantez.
Je frémis. Sa bouche équitable ,
Va m'anoncer ses volontez.
Qu'entens-je ! quelle horreur soudaine ...
Ciel ! un Fleuve de sang m'entraîne ,
Dans l'éternelle obscurité.
Ah ! Seigneur , je suis ton Ouvrage ,
Voudrois-tu détruire l'Image ;
De ta divine Majesté.
Suspens les coups de ton Tonnerre ,
Qu'ont allumé tant de forfaits ;
Ne me déclare plus la guerre ;
Je fus l'objet de tes bienfaits.
Jadis dans le sein de Marie ,
L'Esprit-Saint te donna la vie ,
Qui me garantit du trépas ,
Et victime de ta Justice,
Tu
1932 MERCURE DE FRANCE
Tu t'offris toi-même au supplice ,
Que méritoient mes attentats.
Contre moi ta juste colere ,
Devroit armer ton bras vengeur ;
Du Châtiment le plus sévere ,
Mon crime égale la rigueur.
Mais souviens-toi qu'en Pere tendre ,
Tu voulus autrefois répandre ,
Tout ton Sang pour briser mes fers ,
Ce Sang dont une seule goute ,
Auroit pû racheter , sans doute ,
Les crimes de tout l'Univers.
Dieu de bonté , mes cris funebres
Sont parvenus jusques à toi ;
Ton éclat perce les tenebres ,
Dont l'horreur me glaçoit d'effroi ;
Oui, déja ta main secourable ,
Comble l'abîme épouventable ,
Où m'entraînoit l'iniquité.
Tu m'appelles. O joye extrême !
Je touche à mon bonheur suprême ,
Et je le dois à ta bonté.
Cavaliez , Avocat à Montpellier.
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Résumé : ODE. SUR LE JUGEMENT DERNIER.
Le Jugement Dernier est un événement apocalyptique où l'ordre de l'univers est perturbé par des cris de fureur et de haine. Les cieux s'ouvrent, laissant passer éclairs et foudres, tandis qu'une voix menaçante annonce la fin des temps. Les morts ressuscitent grâce à une trompette divine et un rayon de lumière, formant un amas de membres et d'ossements animés. Le Christ, assis sur un trône de gloire, ouvre le Livre des Destins, accompagné de la Justice et de la Vérité. Satan transcrit les crimes des hommes, révélant trahisons et projets secrets, tandis qu'un chérubin trace l'histoire des vertueux. Le Christ pèse les vices et les vertus, punissant ou récompensant les hommes. Terrifié, le narrateur implore la miséricorde divine, rappelant le sacrifice du Christ pour racheter les péchés. Dieu, dans sa bonté, secourt le narrateur, le sauvant de l'iniquité et lui offrant le bonheur suprême.
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600
p. 1993-1996
Gallia Christiana, &c. Tome V. [titre d'après la table]
Début :
GALLIA CHRISTIANA, in Provincias Ecclesiasticas distributa, &c. Tomus V. [...]
Mots clefs :
Gaule chrétienne, Diocèse, Malines, Constance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Gallia Christiana, &c. Tome V. [titre d'après la table]
GALLIA , CHRISTIANA in Provincias
Ecclesiasticas distributa , &c. Tomus V.
c'est- à- dire , LA GAULE CHRETIENNE ,
divisée en Provinces Ecclésiastiques , dans
laquelle on voit la suite et l'Histoire des
Archevêques , des Evêques , et des Abbez de tous les Pays compris dans l'ancienne Gaule , depuis l'origine des Eglises jusqu'à notre tems , avec des Preuves
tirées des Monumens autentiques ; par
des Religieux Bénédictins de la Congré
gation
1994 MERCURE DE FRANCE
gation de S. Maur. Tome V. A Paris , de
l'Imprimerie Royale 1731. Fol. de 1114.
pages , sans les Preuves et les Tables.
Les grands Diocèses de Malines et de
Mayence , et ceux de leurs Suffragants ,
font la matiere de ce cinquiéme Volume
de la Gaule Chrétienne. Cette matiere est
des plus abondantes , puisqu'elle embrasse presque toute la Flandre généralement
prise , et une partie considerable de l'Allemagne. Malines , qui d'abord fut du
Diocèse de Liege , attachée pour le spirituel à l'Evêché de Cambray , fut érigée
en Archevêché en 1559. et a pour Suffragants les Evêques d'Anvers , de Bois - leDuc , de Gand , de Bruges , d'Ipres , et
de Ruremond , qui est dans la Gueldre.
Le premier Archevêq e de Malines fut
le Cardinal Perrenot de Granvelle , fort
connu dans l'Histoire. On trouve quelques Sçavans parmi les Suffragants de
cette Métropole , entr'autres Sonnius
Evêque d'Anvers , qui publia en 1556.
des Dimonstrations tirées de la parole de
Dieu sur les VI. Sacremens , et des Staturs Synodaux ; et Corneille Jansen
Evêque de Gand Auteur de quantité
d'Ouvrages , dont le plus estimé est la
Concorde Evangelique , &c.
>
Mayence peut se vanter d'avoir été éclaiτές
SEPTEMBRE. 1732 1995
rée dès les premiers tems des lumieres de
la Foi , s'il est vrai, commeon le prétend ,
que S. Crescent , Disciple de S. Paul , air
été son premier Evêque. Du moins la
Mission de Crescent dans les Gaules , ou
dans la Germanie , vers l'an 8o. de J. C.
ne sçauroit être contestée après le témoignage d'Eusebe , qui assure que ce Disciple souffrit le martyre à Mayence , où il comme le marque aussi
S. Jerôme dans son Catalogue des Hommes Illustres.
fût inhumé
3
?
Carloman et Pepin firent ériger Mayence en Métropole Le Pape Zacharie soumit à ce te Eglise Tongres , Cologne
Wormes , Spire , Utrech , et toutes les
autres parties de la Germanie dont
S. Boniface avoit été l'Apôtre. Le premier
des Archevêques de Mayence qui porta
le titre d'Electeur fut , selon nos Auteurs,
Sillegi e , d'une condition basse , mais extrêmement relevé par sa science et par
ses vertus. Sa modestie alla jusqu'à prendre pour armoiries une Rouc , en mémoire de la profession de son pere qui étoit
Charron , ou Charpentier. Les Archevêques de Mayence ont depuis conservé les
mêmes Armoiries.
La Ville de Constance , qui tire son
nom de Constant , pere de Constantin
est
و
1996 MERCURE DE FRANCE
est aussi un Evêché suffragant de Mayence. Elle est située dans la Souabe. Ce Diocèse étoit autrefois le plus étendu de toute l'Allemagne , et malgré la P. Réformation il contient encore aujourd'hui un
très-grand nombre deParroisses.L'Evêque
possesseur de plusieurs grandes Seigneuries dans l'Empire , est Directeur du cercle de Souabe , avec le Duc de Wittemberg ; et les Barons de Zeweyer , sont ses
Echansons héréditaires.
Il y a lieu de croire que ce dernier Volume era aussi favorablement reçû que les
précédens. L'ordre alphaberique , suivi
par les sçavans Auteurs de cet Ouvrage ,
promet dans le Tome suivant les Métropoles de Narbonne et de Paris
Ecclesiasticas distributa , &c. Tomus V.
c'est- à- dire , LA GAULE CHRETIENNE ,
divisée en Provinces Ecclésiastiques , dans
laquelle on voit la suite et l'Histoire des
Archevêques , des Evêques , et des Abbez de tous les Pays compris dans l'ancienne Gaule , depuis l'origine des Eglises jusqu'à notre tems , avec des Preuves
tirées des Monumens autentiques ; par
des Religieux Bénédictins de la Congré
gation
1994 MERCURE DE FRANCE
gation de S. Maur. Tome V. A Paris , de
l'Imprimerie Royale 1731. Fol. de 1114.
pages , sans les Preuves et les Tables.
Les grands Diocèses de Malines et de
Mayence , et ceux de leurs Suffragants ,
font la matiere de ce cinquiéme Volume
de la Gaule Chrétienne. Cette matiere est
des plus abondantes , puisqu'elle embrasse presque toute la Flandre généralement
prise , et une partie considerable de l'Allemagne. Malines , qui d'abord fut du
Diocèse de Liege , attachée pour le spirituel à l'Evêché de Cambray , fut érigée
en Archevêché en 1559. et a pour Suffragants les Evêques d'Anvers , de Bois - leDuc , de Gand , de Bruges , d'Ipres , et
de Ruremond , qui est dans la Gueldre.
Le premier Archevêq e de Malines fut
le Cardinal Perrenot de Granvelle , fort
connu dans l'Histoire. On trouve quelques Sçavans parmi les Suffragants de
cette Métropole , entr'autres Sonnius
Evêque d'Anvers , qui publia en 1556.
des Dimonstrations tirées de la parole de
Dieu sur les VI. Sacremens , et des Staturs Synodaux ; et Corneille Jansen
Evêque de Gand Auteur de quantité
d'Ouvrages , dont le plus estimé est la
Concorde Evangelique , &c.
>
Mayence peut se vanter d'avoir été éclaiτές
SEPTEMBRE. 1732 1995
rée dès les premiers tems des lumieres de
la Foi , s'il est vrai, commeon le prétend ,
que S. Crescent , Disciple de S. Paul , air
été son premier Evêque. Du moins la
Mission de Crescent dans les Gaules , ou
dans la Germanie , vers l'an 8o. de J. C.
ne sçauroit être contestée après le témoignage d'Eusebe , qui assure que ce Disciple souffrit le martyre à Mayence , où il comme le marque aussi
S. Jerôme dans son Catalogue des Hommes Illustres.
fût inhumé
3
?
Carloman et Pepin firent ériger Mayence en Métropole Le Pape Zacharie soumit à ce te Eglise Tongres , Cologne
Wormes , Spire , Utrech , et toutes les
autres parties de la Germanie dont
S. Boniface avoit été l'Apôtre. Le premier
des Archevêques de Mayence qui porta
le titre d'Electeur fut , selon nos Auteurs,
Sillegi e , d'une condition basse , mais extrêmement relevé par sa science et par
ses vertus. Sa modestie alla jusqu'à prendre pour armoiries une Rouc , en mémoire de la profession de son pere qui étoit
Charron , ou Charpentier. Les Archevêques de Mayence ont depuis conservé les
mêmes Armoiries.
La Ville de Constance , qui tire son
nom de Constant , pere de Constantin
est
و
1996 MERCURE DE FRANCE
est aussi un Evêché suffragant de Mayence. Elle est située dans la Souabe. Ce Diocèse étoit autrefois le plus étendu de toute l'Allemagne , et malgré la P. Réformation il contient encore aujourd'hui un
très-grand nombre deParroisses.L'Evêque
possesseur de plusieurs grandes Seigneuries dans l'Empire , est Directeur du cercle de Souabe , avec le Duc de Wittemberg ; et les Barons de Zeweyer , sont ses
Echansons héréditaires.
Il y a lieu de croire que ce dernier Volume era aussi favorablement reçû que les
précédens. L'ordre alphaberique , suivi
par les sçavans Auteurs de cet Ouvrage ,
promet dans le Tome suivant les Métropoles de Narbonne et de Paris
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Résumé : Gallia Christiana, &c. Tome V. [titre d'après la table]
Le cinquième tome de 'Gallia Christiana' ou 'La Gaule Chrétienne', publié en 1731, relate l'histoire des archevêques, évêques et abbés des régions de l'ancienne Gaule. Ce volume de 1114 pages se concentre sur les diocèses de Malines et de Mayence, ainsi que sur leurs diocèses suffragants. Malines, érigée en archevêché en 1559, compte parmi ses suffragants les évêques d'Anvers, de Bois-le-Duc, de Gand, de Bruges, d'Ipres et de Ruremond. Le premier archevêque de Malines fut le Cardinal Perrenot de Granvelle. Mayence, éclairée dès les premiers temps par la foi, aurait eu pour premier évêque Saint Crescent. Carloman et Pepin érigèrent Mayence en métropole, et le pape Zacharie soumit plusieurs régions de la Germanie à cette église. Sillegi fut le premier archevêque de Mayence à porter le titre d'électeur. Le diocèse de Constance, suffragant de Mayence, est situé en Souabe et contient encore de nombreuses paroisses malgré la Réforme. L'évêque de Constance possède plusieurs seigneuries et est directeur du cercle de Souabe. Le tome suivant traitera des métropoles de Narbonne et de Paris.
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