Résultats : 11916 texte(s)
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11651
p. 95
« LETTRES écrites de la campagne ; proche de Genève ; 1765. C'est [...] »
Début :
LETTRES écrites de la campagne ; proche de Genève ; 1765. C'est [...]
Mots clefs :
M. Rousseau, Conseil de Genève, Syndics
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texteReconnaissance textuelle : « LETTRES écrites de la campagne ; proche de Genève ; 1765. C'est [...] »
LETTRES écrites de la campagne ; proi
che Genève ; 1765.
C'eft là le feul titre d'une brochure in- 8 °.
de 117 pag. qui fe trouve chez Ventes , &
dans laquelle on traite quatre queſtions prin
cipales : favoir , le jugement du Confeil de
Genève fur les livres de M. Rouſſeau , &
le décret fur fa perfonne. On demande
fi l'un & l'autre font réguliers ? On demande
en fecond lieu , fi un Citoyen de
Genève peut être emprifonné , fans avoir
été auparavant interrogé par les Syndics ?
Troifiémement : en matière criminelle ,
un tribunal qui n'a point un Syndic pour
Préfident , eft - il un tribunal legal ? Enfin ,
s'il y a du doute dans cette légalité , ainſi
que fur la forme des emprifonnemens ,
n'eft-ce pas au Confeil Général à en décider
? Ceux qui prennent encore quelque
part à cette ancienne querelle des Génevois
avec leur compatriote M. Rouffeau ,
pourront lire cette brochure avec intérêt.
che Genève ; 1765.
C'eft là le feul titre d'une brochure in- 8 °.
de 117 pag. qui fe trouve chez Ventes , &
dans laquelle on traite quatre queſtions prin
cipales : favoir , le jugement du Confeil de
Genève fur les livres de M. Rouſſeau , &
le décret fur fa perfonne. On demande
fi l'un & l'autre font réguliers ? On demande
en fecond lieu , fi un Citoyen de
Genève peut être emprifonné , fans avoir
été auparavant interrogé par les Syndics ?
Troifiémement : en matière criminelle ,
un tribunal qui n'a point un Syndic pour
Préfident , eft - il un tribunal legal ? Enfin ,
s'il y a du doute dans cette légalité , ainſi
que fur la forme des emprifonnemens ,
n'eft-ce pas au Confeil Général à en décider
? Ceux qui prennent encore quelque
part à cette ancienne querelle des Génevois
avec leur compatriote M. Rouffeau ,
pourront lire cette brochure avec intérêt.
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Résumé : « LETTRES écrites de la campagne ; proche de Genève ; 1765. C'est [...] »
La brochure 'Lettres écrites de la campagne; près de Genève', publiée en 1765, explore quatre questions sur Jean-Jacques Rousseau et Genève. Elle traite de la régularité du jugement du Conseil de Genève sur les œuvres de Rousseau, de la possibilité d'emprisonner un citoyen sans interrogatoire préalable, de la légalité d'un tribunal criminel sans Syndic, et du rôle du Conseil Général en cas de doute sur la légalité des tribunaux ou des emprisonnements.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11652
p. 75
LETTRE à M. DE LA PLACE, auteur du Mercure de France.
Début :
Me trouvant, Monsieur, il y a quelques jours dans une assemblée où on s'amusoit [...]
Mots clefs :
Logogriphes
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, auteur du Mercure de France.
LETTRE à M. DE LA PLACE , auteur
du Mercure de France.
ME trouvant , Monfieur , il y a quelques
jours dans une affemblée où on s'amufoit
à deviner les Logogryphes du
Mercure de Juillet , on me défia d'en
faire fix autres fous les mêmes conditions
que celles qui furent impofées à M. Fabre.
Je joins ici ceux que je fis. Je ne fais fi
vous les trouverez dignes de trouver place
dans votre Journal.
Permettez moi , Monfieur , de faifir
cette occafion pour vous renouveller les
affurances , &c.
A Amiens 1765 .
LAGACHE fils.
du Mercure de France.
ME trouvant , Monfieur , il y a quelques
jours dans une affemblée où on s'amufoit
à deviner les Logogryphes du
Mercure de Juillet , on me défia d'en
faire fix autres fous les mêmes conditions
que celles qui furent impofées à M. Fabre.
Je joins ici ceux que je fis. Je ne fais fi
vous les trouverez dignes de trouver place
dans votre Journal.
Permettez moi , Monfieur , de faifir
cette occafion pour vous renouveller les
affurances , &c.
A Amiens 1765 .
LAGACHE fils.
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Résumé : LETTRE à M. DE LA PLACE, auteur du Mercure de France.
Lagache fils écrit à M. de La Place pour partager six logogriphes créés lors d'une assemblée où l'on résolvait ceux du Mercure de Juillet. Il espère leur publication dans le Mercure de France et renouvelle ses salutations respectueuses. La lettre est datée d'Amiens, 1765.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11653
p. 121-122
« LES Pensées de Jean-Jacques Rousseau, citoyen de Genève ; à Amsterdam, & se [...] »
Début :
LES Pensées de Jean-Jacques Rousseau, citoyen de Genève ; à Amsterdam, & se [...]
Mots clefs :
Pensées, M. Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LES Pensées de Jean-Jacques Rousseau, citoyen de Genève ; à Amsterdam, & se [...] »
LES Penfées de Jean- Jacques Rouffeau ,
citoyen de Genève ; à Amfterdam , & fe
trouvent à Paris , chez Prault , petit - fils ,
Libraire , Quai des Auguftins , à l'Immortalité
: 1766 ; 2 vol. in- 12.
« Ces Penfées font tirées de mes écrits ,
difoit M. Rouffeau , après avoir lu ce livre ,
» mais ce ne font pas mes penfées ». Quoi
qu'il en foit , il eft certain que ces deux
volumes , dont on donne une édition
nouvelle , font bien inférieurs pour
choix des penfées , pour l'ordre des matières
, pour le foin qu'on a employé à
l'impreffion , pour le caractère même , pour
le papier , enfin pour tous les ornemens
Vol. I. F
le
122 MERCURE DE FRANCE.
typographiques , à un autre ouvrage intitulé
Efprit , Maximes & Principes de M.
Rouffeau , qui fe vend chez la veuve Duchefne
, rue Saint Jacques , au temple du
goût. Non - feulement M. Rouffeau ne l'a
point défavoué , mais il permet qu'il faſſe
partie de la collection de fes OEuvres . Il
eft vrai que ce volume de l'Eſprit , Maximes,
&c. de M. Rouffeau , eft fait avec autant
de goût que d'intelligence ; deux chofes
que nous défirerions trouver également
que
dans les deux volumes de ces Penfées.
citoyen de Genève ; à Amfterdam , & fe
trouvent à Paris , chez Prault , petit - fils ,
Libraire , Quai des Auguftins , à l'Immortalité
: 1766 ; 2 vol. in- 12.
« Ces Penfées font tirées de mes écrits ,
difoit M. Rouffeau , après avoir lu ce livre ,
» mais ce ne font pas mes penfées ». Quoi
qu'il en foit , il eft certain que ces deux
volumes , dont on donne une édition
nouvelle , font bien inférieurs pour
choix des penfées , pour l'ordre des matières
, pour le foin qu'on a employé à
l'impreffion , pour le caractère même , pour
le papier , enfin pour tous les ornemens
Vol. I. F
le
122 MERCURE DE FRANCE.
typographiques , à un autre ouvrage intitulé
Efprit , Maximes & Principes de M.
Rouffeau , qui fe vend chez la veuve Duchefne
, rue Saint Jacques , au temple du
goût. Non - feulement M. Rouffeau ne l'a
point défavoué , mais il permet qu'il faſſe
partie de la collection de fes OEuvres . Il
eft vrai que ce volume de l'Eſprit , Maximes,
&c. de M. Rouffeau , eft fait avec autant
de goût que d'intelligence ; deux chofes
que nous défirerions trouver également
que
dans les deux volumes de ces Penfées.
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Résumé : « LES Pensées de Jean-Jacques Rousseau, citoyen de Genève ; à Amsterdam, & se [...] »
En 1766, à Paris, deux ouvrages de Jean-Jacques Rousseau sont publiés. Le premier, 'Les Pensées de Jean-Jacques Rousseau', édité par Prault, est jugé inférieur à un autre ouvrage, 'Esprit, Maximes & Principes', publié chez la veuve Duchesne. Ce dernier est particulièrement apprécié pour le choix des pensées, l'organisation des matières, la qualité de l'impression, le caractère typographique, le papier et les ornements. Rousseau n'a pas contesté cet ouvrage et accepte qu'il soit inclus dans ses œuvres complètes. 'Esprit, Maximes & Principes' est salué pour son goût et son intelligence, des qualités que les lecteurs aimeraient également retrouver dans 'Les Pensées'.
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11654
p. 128-129
« LES Plagiats de M. J. J. Rousseau de Genêve, sur l'éducation ; avec cette épigraphe [...] »
Début :
LES Plagiats de M. J. J. Rousseau de Genêve, sur l'éducation ; avec cette épigraphe [...]
Mots clefs :
Éducation, M. Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LES Plagiats de M. J. J. Rousseau de Genêve, sur l'éducation ; avec cette épigraphe [...] »
LES Plagiats de M. J. J. Rouffeau de Genêve
, fur l'éducation ; avec cette épigraphe
:
Grandia verba ubi funt ? Si vir es , ecce nega
Mart. 1. 2. épigr.
D. J. C. B. A La Haye , & fe trouve à
Paris chez Durand , Libraire , rue Saint
Jacques , à la fageffe ; 1766 : un vol in - 12 .
On veut ôter à M. Rouffeau le mérite
de l'invention , & l'on prétend qu'il n'a
rien écrit qui ne foit des répétitions de
tout ce qui fe trouve dans les ouvrages
d'autrui . Nous ne vérifierons pas cette accu
fation , qui nous paroît trop vague & trop
étendue ; mais nous croyons que cette
force de ftyle , cette éloquence vive qui
caractérisent les écrits du Philofophe de
JANVIER 1766. 129
Genêve , eft un bien qu'on ne peut , ni
lui enlever , ni lui conteſter.
, fur l'éducation ; avec cette épigraphe
:
Grandia verba ubi funt ? Si vir es , ecce nega
Mart. 1. 2. épigr.
D. J. C. B. A La Haye , & fe trouve à
Paris chez Durand , Libraire , rue Saint
Jacques , à la fageffe ; 1766 : un vol in - 12 .
On veut ôter à M. Rouffeau le mérite
de l'invention , & l'on prétend qu'il n'a
rien écrit qui ne foit des répétitions de
tout ce qui fe trouve dans les ouvrages
d'autrui . Nous ne vérifierons pas cette accu
fation , qui nous paroît trop vague & trop
étendue ; mais nous croyons que cette
force de ftyle , cette éloquence vive qui
caractérisent les écrits du Philofophe de
JANVIER 1766. 129
Genêve , eft un bien qu'on ne peut , ni
lui enlever , ni lui conteſter.
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Résumé : « LES Plagiats de M. J. J. Rousseau de Genêve, sur l'éducation ; avec cette épigraphe [...] »
En 1766, une publication accuse Jean-Jacques Rousseau, dit le 'Philosophe de Genève', de plagiat. Les accusations, jugées vagues et générales, proviennent de 'Les Plagiats de M. J. J. Rouffeau de Genève'. Le texte reconnaît cependant le style et l'éloquence distinctifs de Rousseau.
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11655
p. 183
LETTRE de M. DANZEL, à M. DE LA PLACE.
Début :
C'est dans la crainte, Monsieur, que l'on ne fasse une mauvaise copie d'un portrait [...]
Mots clefs :
Portrait, Voltaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. DANZEL, à M. DE LA PLACE.
GRAVURE.
LETTRE de M. DANZEL , à M. DE LA
PLACE .
C'EST dans la crainte , Monfieur , que
l'on ne faffe une mauvaiſe copie d'un portrait
que je viens de faire de M. de Voltaire
, que je permets à mon Doreur de
le mettre au jour. Il n'a d'autre mérite que
celui d'une parfaite reffemblance , & l'approbation
de ce grand homme. Vous le
verrez par les jolis vers qu'il a bien voulu
faire à ce fujet , & que je prens la liberté
de vous envoyer . Vous jugez combien
l'amour-propre d'un jeune homme eft comblé
de pareil louanges !
J'ai l'honneur d'être , & c.
N. B. Le fieur Auvray , rue Saint Jaeques
, vis-à-vis Saint Yves , eft le feul dé- '
pofitaire de cette eftampe , dont le prix eft
de 3 liv.
LETTRE de M. DANZEL , à M. DE LA
PLACE .
C'EST dans la crainte , Monfieur , que
l'on ne faffe une mauvaiſe copie d'un portrait
que je viens de faire de M. de Voltaire
, que je permets à mon Doreur de
le mettre au jour. Il n'a d'autre mérite que
celui d'une parfaite reffemblance , & l'approbation
de ce grand homme. Vous le
verrez par les jolis vers qu'il a bien voulu
faire à ce fujet , & que je prens la liberté
de vous envoyer . Vous jugez combien
l'amour-propre d'un jeune homme eft comblé
de pareil louanges !
J'ai l'honneur d'être , & c.
N. B. Le fieur Auvray , rue Saint Jaeques
, vis-à-vis Saint Yves , eft le feul dé- '
pofitaire de cette eftampe , dont le prix eft
de 3 liv.
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Résumé : LETTRE de M. DANZEL, à M. DE LA PLACE.
M. Danzel informe M. de La Place de la publication d'une gravure de Voltaire, soulignant sa ressemblance parfaite, approuvée par Voltaire. Ce dernier a écrit des vers à ce sujet. L'estampe est disponible chez le sieur Auvray, rue Saint-Jacques, au prix de trois livres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11656
p. 184-185
EXTRAIT d'une Lettre de M. DE VOLTAIRE, à M. le Marquis DE VILLETTE. A Ferney, le 11 Décembre 1765.
Début :
J'ouvre une caisse, Monsieur ; j'y vois, quoi ? moi-même en personne, dessiné [...]
Mots clefs :
Dessiner, Voltaire, Pierre-Antoine Danzel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre de M. DE VOLTAIRE, à M. le Marquis DE VILLETTE. A Ferney, le 11 Décembre 1765.
EXTRAIT d'une Lettre de M. DE VOLTAIRE,
à M. le Marquis DE VILLette.
A Ferney , le 11 Décembre 1765 .
J'OUVRE
' OUVRE une caiffe , Monfieur ; j'y vois ,
quoi ??
moi - même en perfonne , deffiné
d'une belle main.
Je me fouviens très - bien que ,
CE Danzel , beau comme le jour ,
Soutien de l'amoureux empire ,
A dans mon champêtre séjour
Deffiné le maigre contour
D'un vieux vifage à faire rire.
En vérité c'étoit l'amour ,
S'amufant à peindre un Satyre
Avec les crayons de La Tour.
Il eft vrai
que dans l'eftampe on me fait
terriblement montrer les dents ; cela feroit
foupçonner que j'en ai encore. Je dois au
moins en avoir une contre vous , de ce
que vous avez paffez tant de temps fans
m'écrire.
Bérénice difoit à Titus :
Voyez-moi plus fouvent , & ne me donnez rien.
JANVIER 1766. 185
Je pourrois vous dire :
Ecrivez-moi fouvent , & ne me peignez point.
Mais fi je fuis flatté de votre galanterie ,
je ne peux me plaindre du burin . Je remercie
le Peintre , & je pardonne au Graveur.
On prétend que vous avez des affaires
& des procès. Qui terre n'a pas, ſouvent a
guerre ; à plus forte raifon qui terre a.
Dii tibi formam,
Dii tibi divitias dederunt , artemque fruendi.
Ajoutez-y fur- tout la fanté , & ayez la
bonté de m'en dire des nouvelles quand
vous n'aurez rien à faire . L'abfence ne
m'empêchera jamais de m'intéreffer à votre
bien-être & à vos plaifirs. Si vous êtes dans
le tourbillon , vous me négligerez ; fi vous
en êtes dehors , vous vous fouviendrez ,
Monfieur , d'un des plus vrais amis que
vous ayez. Vous l'avez dit dans vos vers ,
& je ne vous démentirai jamais.
Votre très-humble , & c.
à M. le Marquis DE VILLette.
A Ferney , le 11 Décembre 1765 .
J'OUVRE
' OUVRE une caiffe , Monfieur ; j'y vois ,
quoi ??
moi - même en perfonne , deffiné
d'une belle main.
Je me fouviens très - bien que ,
CE Danzel , beau comme le jour ,
Soutien de l'amoureux empire ,
A dans mon champêtre séjour
Deffiné le maigre contour
D'un vieux vifage à faire rire.
En vérité c'étoit l'amour ,
S'amufant à peindre un Satyre
Avec les crayons de La Tour.
Il eft vrai
que dans l'eftampe on me fait
terriblement montrer les dents ; cela feroit
foupçonner que j'en ai encore. Je dois au
moins en avoir une contre vous , de ce
que vous avez paffez tant de temps fans
m'écrire.
Bérénice difoit à Titus :
Voyez-moi plus fouvent , & ne me donnez rien.
JANVIER 1766. 185
Je pourrois vous dire :
Ecrivez-moi fouvent , & ne me peignez point.
Mais fi je fuis flatté de votre galanterie ,
je ne peux me plaindre du burin . Je remercie
le Peintre , & je pardonne au Graveur.
On prétend que vous avez des affaires
& des procès. Qui terre n'a pas, ſouvent a
guerre ; à plus forte raifon qui terre a.
Dii tibi formam,
Dii tibi divitias dederunt , artemque fruendi.
Ajoutez-y fur- tout la fanté , & ayez la
bonté de m'en dire des nouvelles quand
vous n'aurez rien à faire . L'abfence ne
m'empêchera jamais de m'intéreffer à votre
bien-être & à vos plaifirs. Si vous êtes dans
le tourbillon , vous me négligerez ; fi vous
en êtes dehors , vous vous fouviendrez ,
Monfieur , d'un des plus vrais amis que
vous ayez. Vous l'avez dit dans vos vers ,
& je ne vous démentirai jamais.
Votre très-humble , & c.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre de M. DE VOLTAIRE, à M. le Marquis DE VILLETTE. A Ferney, le 11 Décembre 1765.
Dans une lettre du 11 décembre 1765, Voltaire écrit au Marquis de Villette. Il mentionne une caricature le représentant avec un visage ridé et des dents proéminentes, qu'il trouve amusante. Voltaire remercie le peintre et pardonne au graveur. Il aborde ensuite les affaires et les procès du Marquis, notant que les problèmes sont inévitables. Il souhaite au Marquis beauté, richesse et la capacité de jouir de ces biens, ajoutant l'humour à cette liste. Voltaire assure le Marquis de son intérêt constant pour son bien-être et ses plaisirs, même en cas d'absence ou de négligence due à des occupations. Il conclut en rappelant leur amitié sincère, confirmée par les vers du Marquis.
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11657
p. 186
« Les Pescheurs Florentins, estampe gravée par Anne-Philibert Coulet, d'après le [...] »
Début :
Les Pescheurs Florentins, estampe gravée par Anne-Philibert Coulet, d'après le [...]
Mots clefs :
Graveur, Anne-Philibert Coulet, Claude Joseph Vernet, Pêcheurs florentins, Bresson de Maillard, Étrennes, Jeunesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Pescheurs Florentins, estampe gravée par Anne-Philibert Coulet, d'après le [...] »
LES Pefcheurs Florentins , eftampe gravée
par Anne-Philibert Coulet , d'après le
tableau original de Jofeph Vernet , avec un
burin très-gracieux & digne du fujet , fe
vend chez Lempereur , Graveur du Roi ,
rue & porte Saint Jacques , au - deffus du
Petit- Marché .
LE fieur Breffon de Maillard , Graveur
& Marchand d'Eftampes , rue Saint Jacques
, près celle des Mathurins à Paris .
continue de vendre fes petites Etrennes à
la jeuneffe , gravées & coloriées ; comme
auffi d'autres nouveautés relatives aux
étrennes , emblèmes en vélin d'Allemagne,
& autres , bouquets , complimens , &c.
par Anne-Philibert Coulet , d'après le
tableau original de Jofeph Vernet , avec un
burin très-gracieux & digne du fujet , fe
vend chez Lempereur , Graveur du Roi ,
rue & porte Saint Jacques , au - deffus du
Petit- Marché .
LE fieur Breffon de Maillard , Graveur
& Marchand d'Eftampes , rue Saint Jacques
, près celle des Mathurins à Paris .
continue de vendre fes petites Etrennes à
la jeuneffe , gravées & coloriées ; comme
auffi d'autres nouveautés relatives aux
étrennes , emblèmes en vélin d'Allemagne,
& autres , bouquets , complimens , &c.
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Résumé : « Les Pescheurs Florentins, estampe gravée par Anne-Philibert Coulet, d'après le [...] »
L'estampe 'Les Pêcheurs Florentins', gravée par Anne-Philibert Coulet d'après Joseph Vernet, est disponible chez Lempereur, graveur du roi, rue Saint-Jacques. Le sieur Breffon de Maillard, graveur et marchand, propose aussi des étrennes gravées et colorées, ainsi que des emblèmes, bouquets et compliments.
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11658
p. 154-183
ASSEMBLÉE publique de l'Académie des Sciences, Belles Lettres & Arts de ROUEN, tenue dans la grand'salle de l'Hôtel de Ville, le 7 Août 1765.
Début :
MONSIEUR le Cat, Secrétaire pour les Sciences, ouvrit la séance par l'extrait des [...]
Mots clefs :
Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen, Prix, Mémoire, Génie, Gloire, Ouvrages, Hommes, Amour, Amitié, Chirurgie, Sculpteur, Observations, Sciences, Nature, Voyage, Théorie de la musique, Séance publique, Belles-lettres, Poète, Peinture
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texteReconnaissance textuelle : ASSEMBLÉE publique de l'Académie des Sciences, Belles Lettres & Arts de ROUEN, tenue dans la grand'salle de l'Hôtel de Ville, le 7 Août 1765.
ASSEMBLEE publique de l'Académie des
Sciences Belles Lettres & Arts de
و
› ROUEN tenue dans la grand'falle de
l'Hôtel de Ville , le 7 Août 1765 .
MONSIEUR ONSIEUR
le Cat , Secrétaire
pour les
Sciences
, ouvrit la féance par l'extrait
des
travaux
de l'année
académique
dans fon
département
. Nous n'en pouvons
donner
que les titres.
la
Mémoire fur une efpèce particulière de
tranfpiration mielleufe , occafionnée par
piquure d'un puceron particulier , couvert
d'un duvet blanc ; par M. Neveu , Adjoint.
Mémoire fur les pieux , pilots & pilotis ,
leur nature , leur force , la manière de les
employer ; par M. Baronnet , Affocié de
l'Académie , & de celle des Sciences de
Paris.
Mémoire fur la chûte des corps , pour
perfectionner , s'il eft poffible , la théorie
de la defcente des graves ; par M. le Cat.
Obfervation d'une féve de haricot ,
trouvée dans le blanc d'un oeuf durci ; par
M. Pinard.
JANVIER 1766. 155
Mémoire fur la force de percuffion des
corps graves ; par M. Hubert , Adjoint.
Obfervations fur le chronomètre , &
fur les expériences faites pour conftater la
théorie de la gravité ; par M. Balliere.
Mémoire fur le même fujet ; par M.
Neveu , Adjoint.
Réponse aux Obfervations fur les expériences
de la chûte des corps ; par M. le
Cat. t
Mémoire fur la pouffée des voûtes ; par
M. Hubert , Adjoint.
Mémoire fur l'accélération du pendule ,
& la manière de la mefurer méchaniquement
; par le même.
Differtation fur la diffolubilité du mercure
dans le vinaigre diftillé ; par M. Chandelier
, Adjoint.
Obfervation d'une aurore boréale ; par
M. l'Abbé Jaquin , Correfpondant.
Obfervation qui prouve la fenfibilité
de la pie-mère ; envoyée par M. Beyer ,
Affocié étranger .
Réflexion fur la manière dont s'opère
la congellation des eaux courantes , à l'occafion
d'un Mémoire anonyme envoyé fur
cette matière . Ces rédexions font de M..
Neveu , Adjoint.
Plante
propre à être fubftituée
à la garence
, découverte
par M. Dambourney
,
G vi
156 MERCURE DE FRANCE .
Obfervation d'un garçon de dix- neuf
ans, ayant fix doigts aux pieds & aux mains ;
par M. le Cat.
Examen d'une préparation de mercure
précipité , décrite fous le nom de poudre
de vie , & qui mériteroit mieux celui de
poudre de mort ; par M. Chandelier
Adjoint.
Mémoire fur la culture & la greffe du
mûrier ; par M. Rondeau.
Obfervations qui prouvent décifivement
la réalité de la fuperfétation ; par M. Pilore,
Adjoint.
Le Secrétaire des Sciences proclama
enfuite les prix des Ecoles de fon département.
Savoir :
Prix d'Anatomie.
Premier. M. Blifs de Saint - Vandrille ,
le même qui l'an paffé remporta encore ce
prix , le troisième de Chirurgie , & le
quatrième de Botanique .
Second. M. de la Porterie , d'auprès de
Gifors , qui a remporté l'an paffé le même
prix , & il y a deux ans , le premier.
Troifième , M. Poulin.
Quatrième , refté de l'an paffé , M. Nicole
, de Rouen.
JANVIER 1766. 157
Prix de Chirurgie.
Premier. M. Blifs , déja nommé.
Second. M. Nicole , déja nommé.
Troisième. M. Scieaux , d'Evreux , qui
l'an paffé remporta le premier du même
genre.
Prix de Mathématiques .
Premier , fur les fections coniques. A
M. Faverel , de Lyon en Forets .
Un même prix réfervé de l'an paflé a
été donné à M. Aubert , de Rouen .
Second prix fur la Géométrie Elémentaire
, à M. Godefroy , de Dernetal .
Prix de Botanique .
Premier. M. le Carpentier , de Rouen.
Second. M. de la Porterie, déja nommé .
Prix d'accouchemens.
Premier. M. Nicole , de Rouen , déja
deux fois nommé.
Second. M. de la Porterie , déja nommé.
Grand Prix de la Claffe des Sciences.
Le fujet de ce prix remis de l'an paffé
158 MERCURE DE FRANCE.
étoit le méchanifme & les ufages de la
refpiration , & c.
Il a été unanimemenr adjugé par MM .
les Commiffaires au Mémoire n°. 3 , qui
a pour devife , te finè nil altun mens inchoat.
C'eft le Mémoire qui l'an paffé
avoit été jugé le meilleur , mais avec des
défauts qu'on a indiqués en général dans
les Journaux . L'Auteur , profitant de ces
avis , a fait de nouveaux efforts qui lui ont
mérité le prix que l'Académie lui accorde
aujourd'hui. Elle voit avec plaifir que la
célébrité de celui qu'elle couronne confirme
la jufteffe de fon jugement. M. David
, Maître-ès - Arts & en Chirurgie du
Collége de Paris , avoit fait , dès l'âge de
vingt- trois ans , un traité de la faignée ,
dont tous les Journaux ont fait l'éloge. Il
a remporté en 1762 le prix de l'Académie
de Harlem , & l'an paffé le prix double
de l'Académie de Chirurgie de Paris.
Senfible au nouvel honneur qu'il acquiert
par les fuffrages de celle de Rouen , il eſt
venu en jouir à l'affemblée publique , &
a reçu le prix des mains de M. le Directeur.
Le Mémoire qui a le plus approché de
celui no. 2 eft le n . 4 , qui a pour devife :
Sic rerum fumma novatur
n°.
Semper. Lucret, Lib . 1 , v. 74
JANVIER 1766. 159
L'Auteur eft M. Boulard , Chirurgien
interne de l'Hôtel Dieu de Rouen , lequel
a été célébré plufieurs fois dans ces féances
par les prix d'Anatomie & de Chirurgie
qu'on lui a adjugés , & dont celui de 1762
étoit accompagné de la note honorable
longè primus. On doit regarder cet acceffit
comme un des fruits de l'émulation que
ces féances & ces prix excitent dans nos
Ecoles.
M. Maillet du Boullay , Secrétaire des
Belles Lettres , rendit enfuite compte des
travaux de l'année dans fon département ,
dont nous ne pouvons pareillement donner
que les titres.
Les Amans malheureux ou le Comte
de Comminge , Drame envoyé à l'Académie
par M. Darnaud , Correfpondant.
Réflexions fur ce Drame , envoyées à
l'Auteur par M. du Boullay.
Lettre de M. Rouffeau de Genève , à
M. Balliere , fur fa théorie de la muſique.
Lettre de M. de Voltaire , à M. le Cat
fur fon traité du fluide des nerfs & de la
fenfibilité animale.
Mémoire pour la famille Calas , envoyé
à l'Académie par M. Elie de Beaumont ,
Correfpondant.
Differtation fur l'origine de l'Univerfité
de Paris , par M. l'Abbé des Houffayes.
160 MERCURE DE FRANCE.
Deux portraits , l'un en miniature
l'autre à l'huile ; préfentés par M Dupont.
Remerciement en vers de Madame du
Bocage , fur fa réception en qualité d'Affociée
libre .
Traité de Peinture , envoyé par M. Dandré
, Affocié.
Hiftoire de la Ville & Doyenné de
Montdidier ; par le Père Daire , Affocié.
Obfervations fur l'utilité des voyages ;
par M. Dornay : ouvrage divifé en trois
parties , dont la première feulement a été
lue à la féance .
Divers extraits pour la collection de
l'Académie ; par M. du Boullay.
Pocine didactique fur les avantages &
les règles des vers libres ; par M. Midy.
Eftampe repréfentant la vue de Rouen ,
prife du petit château , deffinée & gravée
M. Bacheley , aux frais de M. le Cat ,
& deftinée pour un ouvrage de cet Académicien
fur le climat particulier de cette
ville , les maladies qui y régnent , & c.
par
Prix de l'Ecole de Deffein.
Les Elèves s'étant trouvés trop foibles
cette année pour le prix de génie ou de
compofition en Peinture & en Sculpture ,
l'Académie n'a pas diftribué de médaille
JANVIER 1766.
d'or , qu'elle réſerve pour un autre temps."
Premier prix d'après nature. M. Jean-
Martin Paulet , Sculpteur de Rouen , qui
avoit remporté le premier prix d'après la
Boffe en 1763 .
Second. Jacques , Chef d'Hôtel de Beaulieu
, Peintre de Rouen.
Prix d'après la Boffe. Mlle Dorothée
Jacques , de Rouen , qui avoit mérité en
1762 un prix extraordinaire dans la claffe
du deffein,
Prix extraordinaire. M. François Affelin,
Peintre de Coutances.
Acceffit . Nicolas Jofeph Billot , de Leri ,
qui avoit remporté le prix de la Claffe de
Deffein en 1764.
Prix d'après le deffein . Mlle Marie-
Anne Thérèfe Van- Vergeloo , d'Anvers.
Acceffit. M. Guillaume - Ambroife Bertin,
de Lanctot , près de Bolbec , en Caux.
Architecture.
Le fujet du prix de compofition cette
année étoit , dans un terrein donné le
long d'une rivière , de conftruire une manufacture
ou fabrique de toile ou paſſementerie
comme celles de Rouen , le logement
de l'Entrepreneur , les atteliers néceffaires
, & c. On a demandé un plan généY62
MERCURE DE FRANCE.
ral du rez- de- chauffée, un autre du premier
étage , une coupe fimple , & une élevation
de la maifon , en préférant l'utile & le
folide à la magnificence.
Ce prix a été remporté par M. Louis-
Augufte Hardi, Maître Plâtrier de Rouen.
Grand Prix de la Claffe des Belles Lettres.
L'Académie avoit réſervé l'an paffé le
prix double de poéfie , dont le ſujet étoit
la délivrance de Salerne , & la fondation
du royaume de Sicile , qui fut la fuite de
cette expédition.
Dans les avis qu'elle crut devoir donner
aux auteurs , elle défigna fuffifamment
le Poëme qui a pour devife , funt hîc
etiam fua pramia laudi , & qui les années
précédentes avoit été envoyé fous celle de
credite pofteri. Comme cet ouvrage a toujours
été fort fupérieur à fes concurrens
par la poéfie de ftyle & l'harmonie des
vers , l'Académie n'a pas cru devoir différer
davantage une décifion qui fe fait attendre
depuis fi long- temps ; & elle l'a couronné
comme le meilleur de tous ceux qui
lui ont été préfentés. L'Auteur , qui s'eſt
depuis fait connoître , eft M. de la Harpe ,
célèbre par fa Tragédie de Warwick.
A l'égard du prix d'Hiftoire , dont le
JANVIER 1766. 163
fujet eft l'origine , la forme & les changemens
fucceffifs de l'Echiquier ou Parlement
ambulatoire de Normandie , & c .
quoique l'Académie n'eût annoncé ce
prix que pour le mois d'Août 1766 , quelques
Auteurs ont déja envoyé des ouvrages
, parmi lefquels un , fur- tout , qui a
pour devife , Magiftratus eft lex loquens
a mérité toute fon attention par fes favantes
recherches & la bonne méthode avec
laquelle il eft rédigé. L'Académie exhorte
l'Auteur à profiter du temps qui lui refte
pour donner à fon ouvrage toute la perfection
qu'il eft capable de lui procurer.
Il y auroit fur-tout quelques corrections a
faire , qu'elle le prie de ne point négliger.
Le Public voudra bien fe rappeller auffi ,
qu'outre ce prix , l'Académie en diftribuera
encore un double l'année prochaine 1766
à fa féance publique du premier Mercredi
d'Août.
Le fujer de ce prix donné par Monfeigneur
le Duc d'Harcourt , Gouverneur de
la Province & Protecteur de l'Académie ,
a été annoncé dès l'année dernière . Il s'agit
d'expofer quelles font les mines de
Normandie , tant métalliques que demimétalliques
& bitumineufes , & les avantages
qu'on pourroit tirer de leur exploi
tation .
164 MERCURE DE FRANCE.
+
Les ouvrages , francs de port & fous la
forme ordinaire , doivent être adreffés ,
avant le premier Juillet , à M. le Cat
Secrétaire Perpétuel de l'Académie pour
la partie des fciences , au lieu de Santé .
,
Ceux , pour la partie des Belles Lettres ,
à M. Maillet du Boullay , Secrétaire pour
cette partie , derrière l'Archevêché.
Monfieur le Cat lut enfuite l'éloge de
feu Monfeigneur le Maréchal de Luxembourg,
Gouverneur de Normandie & Protecteur
de l'Académie de Rouen .
Après quelques réflexions fur l'antiquité.
de la Maifon de Montmorency , fur la
multitude de héros qu'elle a produits , fur
l'attachement & le refpect de la nation
pour ce nom illuftre ; fentimens fi bien
mérités par le dévouement de ceux qui
Pont porté au fervice de la patrie : M. le
Cat entre en matière & fuit M. le Maréchal
de Luxembourg dernier mort , depuis
fes premières campagnès , fous la Régence ,
juſqu'à la guerre ddee où il eut l'hon- 1741 ,
neur d'être Aide - de- Camp du Roi dans les
glorieufes campagnes qui la terminèrent.
" C'eft une espèce de paradoxe , dit
M. le Cat , que la bravoure foit fi fami-
» lière à la nation la plus douce , la plus
» polie , la plus galante de l'Europe . Mais
» on le comprend aifément , lorfque l'on
39
JANVIER 1766. 165
و د
"
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» réfléchit qu'un tempérament de feu ,
» un fentiment vif de point d'honneur ,
» font auffi naturels aux François que l'ur-
» banité . Ce dernier fentiment eft en effet
» fi vif dans la nation , que les guerriers
» même qui n'ont pas ce feu , ces paffions
ardentes , tiennent encore à cet
» amour délicat pour l'honneur , beaucoup
plus qu'à la vie . Par ce fentiment domi-
» nant , leur fang -froid devient dans les
" occafions meurtrières & chaudes , une
» intrépidité clairvoyante & fage , qui fait
une bravoure préférable , fans doute , au
moins pour un Général , à celle qui eft
» bouillante & plus active. Tel étoit le
» caractère de M. de Luxembourg.
ود
"
M. le Car fait enfuite le parallele des
talens de l'homme de cour & de ceux du
guerrier.
""
"
و د
Il y a beaucoup d'analogie , dit M. le
» Cat , entre les intrigues de cour & les
ftratagêmes de guerre. De part & d'au-
» tre une attention perpétuelle aux manoeu-
» vres des ennemis , un coup - d'oeil jufte
fur leurs deffeins , une indifcrétion impénétrable
fur nos propres vues , une
» activité infatigable à prévenir les uns &
» à exécuter les autres , font des moyens
affurés de fe procurer des triomphes ,
fur- tout fi la grandeur d'âme , l'équité,
وو
"
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166 MERCURE DE FRANCE .
ور
و د
'99
» la probité , la candeur , ofent être de la
» partie. Or ces qualités , fi rares à la
Cour , compofoient très- réellement tout
» le fond du perfonnage que faifoit auprès
du Roi M. de Luxembourg , & lui
» méritèrent de fon Maître toutes les dif-
» tinctions dont il jouiffoit , & au- deffus
defquelles il mettoit l'affection particu-
» lière dont le Roi l'honoroit. Il avoit
acquis auprès de ce Prince toute la familiarité
qui peut être permife à un fujet
» avec fon Souverain , & qu'une grande
circonfpection ne pouvoit rendre que
plus fûre & plus durable . Cette fageffe
» ne lui coûtoit rien , elle venoit en lui
» d'une modeftie fincère & vraie qu'il
» tenoit de la nature même » .
"
59
"
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M. de Luxembourg étoit univerfellement
eftimé , refpecté , aimé. Cette réputation
flatteufe , fans laquelle la gloire même n'a
rien de defirable , étoit le fruit de fa bienfaifance
, de fon exactitude fcrupuleufe à
fes devoirs , de fon attention à plaire , de
fa douceur inaltérable ; il jouit jufques
dans fes derniers momens du fpectacle
touchant des fentimens publics. Pendant
une vingtaine de jours qui précédèrent
les derniers de fa vie , il fe fit porter dans
un fallon de fon jardin , qui donne ſur le
Boulevard. « Dès qu'on l'apperçut on le
JANVIER 1766. 167
و د
ود
"3
» crut convalefcent , & il s'y fit un con-
» cours de peuple & de voitures , accompagné
des témoignages les plus vifs de
l'allégreffe que caufoit au Public cet
efpoir , tout trompeur qu'il étoit. Cette
» fcène attendriffante fut renouvellée au-
» tant de fois qu'il put être porté à ce
» fallon , & elle fut plus attendriffante
» encore par les gémiffemens & les pleurs
lorfqu'on ne le vit plus & qu'on appris
» fa mort , arrivée le 18 Mai 1764 , dans
» fa foixante- deuxième année » .
ود
M. du Boullay lut enfuite l'éloge de
MM. Paul & Michel- Ange Slodtz, frères ,
Sculpteurs , Affociés de l'Académie , &
Membres de l'Académie Royale de Peinture
& Sculpture de Paris. Ils avoient un
autre frère, Antoine- René- Sébastien Slodtz,
auffi très-habile Sculpteur , mort en 1754.
Trois frères , dit M. du Boullay , fils
d'un Artiſte juftement célèbre , parvenus
tous trois dans le même art à une réputation
fupérieure , plus eftimables encore
par cette concorde inaltérable qui leur
fit mettre en commun , jufqu'à la fin de
leur vie , toutes les espèces de biens , font
un fpectacle auffi intéreffant pour les âmes
fenfibles , que pour les amateurs des talens.
L'Académie fit l'éloge de l'aîné quelque
temps après fa mort. Le fecond , fort
-168 MERCURE DE FRANCE.
connu dans la Capitale du Royaume par
les embelliffemens qu'il a faits à plufieurs
églifes , notamment à Saint Méri , ne l'eft
pas moins dans celle de cette province , par
les monumens qu'il y a exécutés . C'eſt de
lui que font les figures du méridien de la
Bourſe , la ſtatuë de la Pucelle d'Orléans ,
les deux anges adorateurs du choeur de
l'églife de Saint Ouen .
Le troifième furpafla encore fes frères ,
& mérita , dans Rome même , le nom de
Michel- Ange. Il obtint la préférence du
choix pour une ftatue dans l'églife de Saint
Pierre ; diftinction qui n'a jamais été accordée
à d'autres étrangers que lui , au
célèbre le Gros , auffi François , & à François
du Quefnoy , Flamand .
و د
cr
Ce fut en cette occafion qu'il com-
» mença à déployer fes talens pour l'expref-
» fion , cette partie des beaux arts , qui en
» eft , à proprement parler , la poéfie , &
qui , par cette raiſon , eft fi chère aux
hommes de génie , & fi élevée au - deffus
» de la portée des hommes médiocres » .
و د
"
Dans un tombeau qu'il exécuta enſuite ,
il perfonnifia l'Immortalité & la rendit reconnoiffable
, bien plus par le caractère
fublime de la figure , que par les fymboles
qui l'accompagnent . Pour réalifer ainfi cet
objet de l'efperance & de la confolation
des
JANVIER 1766. 169
des grands hommes , il falloit être foimême
embrafé de ce fea divin qui furvit
à la foible humanité , & qui , tranfmis par
les ouvrages qu'il a infpirés , va fufciter ,
dans la longue fuite des fiècles , des diſciples
aux beaux arts , & des adorateurs à la
vertu .
L'amitié & l'amour de la patrie rappellèrent
M. Slodiz en France. Sa gloire l'y
avoit précédé. Deux buftes qu'il envoya
de Rome à Lyon , & qui repréſentent
Iphigénie & Chalchas , compofent une ſcène
digne de Racine , & qui femble traitée par
le génie qui l'anima. Ce font , au témoignage
de ceux qui ont le droit d'en juger ,
deux des plus précieux ouvrages qu'on
connoille en fculpture.
Cependant il étoit dans fa deftinée de
rencontrer d'abord des obftacles , & de ne
les furmonter qu'à force de mérite . Il fut
reçu froidement par ceux qui préfidoient
aux arts. L'amitié & la vertu le foutinrent .
Il vint partager avec fes frères le tréfor
d'études & de connoiffances qu'il avoit
amaffé en Italie ; & le Public s'apperçut
bientôt de cette riche contribution au fond
de la fociété fraternelle .
Un modèle confacré à l'amitié , cette
Déelle bienfaifante , qu'il étoit fi digne
de connoître & de faire adorer , lui ouvris
Vol. II. H
170 MERCURE DE FRANCE.
l'entrée de l'Académie de Peinture & de
Sculpture. Pour prix de cet hommage elle
lui mérita celle de tous fes confrères. Il fe
fit une révolution dans le goût : tous les
grands artiftes fe rangèrent de fon côté ; &
le vrai beau , regardé dabord comme trop
auftère , s'attira des applaudiffemens univerfels.
Le maufolée du Curé de Saint Sulpice
, la décoration du choeur de la Cathédrale
d'Amiens , quantité d'autres ouvrages
trop longs à citer , tant pour le Roi que
pour le public & les particuliers , lui affurent
une gloire immortelle , & l'un des
premiers rangs parmi nos Sculpteurs François.
Il étoit auffi excellent Architecte , & il
eut fouvent occafion d'exercer ce talent
dans fa place de Deflinateur du Cabinet
du Roi. Il donnoit aux décorations momentanées
, qu'il deftinoit aux cérémonies
publiques , toute la nobleffe & la correction
qu'auroient exigé les monumens les
plus durables. Les deffeins , qui en ont
été confervés avec foin , feront un jour
des fources précieufes pour notre architecture
fi , jamais raffafiés de ce tuxe privé
qui concentre les hommes dans leur exiftence
paffagere , & qui énerve le génie
nous pouvions nous élever à la magnificence
publique , qui attache les citoyens
JANVIER 1766. 171
à la patrie , & conduit feule les arts à la
perfection & l'immortalité .
Malgré fes fuccès , il eut encore occafion
d'éprouver ces chagrins & ces contradictions
, qui trop fouvent troublent la vie
des grands hommes & compenfent leur
gloire par la perte de leur repos . Le Roi
de Pruffe voulut l'attirer dans fes Etats :
M. Slodtz le refufa ; l'amitié & la vertu ,
qui avoient toujours été pour lui les premiers
des biens , ne lui parurent pas trop
payées par la modération & par la patience.
Peu de temps après il fut attaqué de la
maladie dont il mourut ; c'étoit la même
qui avoit enlevé fes frères : nouveau trait
'attendriffant de reffemblance entre ces
trois hommes , qui avoient puifé , dans la
même fource , les mêmes talens , les mêmes.
vertus , la même portion des maux attachés
à la condition humaine.
le
Cet éloge fut terminé par une infcription
en ftyle lapidaire à la mémoire des
trois frères , qui , réunis par la nature ,
furent encore davantage par l'amitié , la
vertu & la gloire.
M. l'Abbé Yart lut enfuite une ode
intitulée , les Académies , & qu'il doit
donner en entier , d'autant plus que ces
fortes d'ouvrages font peu fufceptibles
d'extraits.
Hij
172
MERCURE DE FRANCE.
M. Dornay lut un mémoire intitulé ,
Obfervations fur les moyens de rendre les
voyages utiles. Cet ouvrage a trois parties ;
dans la première il examine cette utilité
relativement aux voyageurs mêmes ; dans
la feconde , relativement à la patrie ; dans
la troisième , relativement à l'humanité en
général. La première de ces trois parties
fut feule luë à la féance .
M. Dornay remarqua d'abord que prefque
tous les Auteurs qui ont traité ce fujet
fe font arrêtés à prefcrire aux voyageurs
les précautions qu'il falloit prendre & les
règles qu'il falloit fuivre pendant les voyages
; mais ils ont trop négligé de leur recommander
les précautions , fans lefquelles
les voyages mêmes ne peuvent être ni
agréables ni utiles. L'une des plus effentielles
eft d'acquérir les connoiffances néceffaires
pour voyager avec agrément &
avec fruit. Lorfque les voyageurs ne fe
propofent que leur utilité particulière , il
faut que leurs connoiffances foient étendues
, mais elles peuvent être un peu fuperficielles
; à mesure que l'utilité de leur
entreprise devient plus générale , leurs
études doivent fe concentrer davantage &
acquerir de la profondeur . Enfin les génies
fupérieurs, qui travaillent pour l'humanité ,
doivent s'attacher à un objet unique , & le
JANVIER 1766 . 173
fuivre jufques dans les dernières ramifications
qui échappent aux yeux vulgaires.
Pour prouver que la multiplicité des
connoiffances eft fort néceffaire aux voyageurs
même de la première claffe , & pour
fauver en même temps la féchereffe des
préceptes , M. Dornay fit le parallèle des
deux voyageurs , dont l'un s'eft appliqué à
acquérir une teinture raisonnable de deffein
, d'architecture , de belles lettres , d'hiftoire
, d'antiquités , de phyfique , d'hiftoire
naturelle , de mathématiques , tandis que
l'autre a négligé ces connoiffances , & ne
voyage que pour changer de place. Il les
repréfente dans les différentes pofitions où
fe trouvent le plus ordinairement les voyageurs
ce qui donne lieu à des defcriptions
agréables & variées. Tout eft pour le premier
voyageur un objet de plaifir , d'intérêt
, d'inftruction ; tandis que l'autre
humilié à chaque inftant par le fentiment
de fon infuffifance , n'éprouve que du
dégoût , ne fent de plaifir que par le changement
rapide d'objets , & n'eft point en
état de tirer du fpectacle de la diverfité
des productions , des moeurs , des ufages ,
des caractères , des loix , la première &
la plus importante des utilités , celle de
revenir chez foi plus éclairé , meilleur &
plus heureux . Car , comme l'ajoute M.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
Dornay, à quoi ferviroient & les études
& les voyages , s'ils ne nous donnoient
des
moyens pour mieux nous conduire
dans le grand voyage de la vie ?
M. du Boullay lut , pour M. l'Abbé
Fontaine , une traduction littérale & en
ftrophes régulières de la première pythyque
de Pyndare , dont le fujet eft Hieron
vainqueur à la courfe des chars.
Tout le monde connoît l'extrême diffi
culté de traduire littéralement des poëmes
en vers , & que cette difficulté augmente
encore lorfque ces poëmes remontent à la
haute antiquité , parce que le temps , qui
change & qui détruir tout , amène une fi
grande différence dans les moeurs , les
ufages , le goût , la manière de penfer ,
qu'il n'eft prefque plus poffible de conferver
dans la copie que les principaux
traits de l'original. Mais de tous les Poëtes
anciens , il n'en eft peut- être pas de plus
intraduifible que Pindare , dont le génie
fougueux & impatient du frein , femble
au premier coup- d'oeil , ne marcher que
par bonds , & ne pas fuivre de route certaine.
Aucun Poëte d'ailleurs ne s'eft plus
attaché à préfenter à fes contemporains des
peintures tirées de leurs moeurs & de leur
théologie. Or ces peintures , malgré la
fierté de leur compofition & la vigueur
de leur coloris , ne peuvent pas intéreffer
JANVIER 1766. 175
la postérité autant que le fiècle même du
Poëte.
Cependant M. Fontaine , qui s'est déja
exercé dans ce genre par une traduction
du premier livre des odes d'Horace , qui
n'eft pas imprimée , & qui mériteroit de
l'être , n'a pas cru cette nouvelle entrepriſe
impoffible. Sans s'écarter du texte , qu'autant
que la diverfité du génie des deux
langues l'exige , il a trouvé le moyen de
donner à ceux qui n'entendent pas le grec
une idée de l'enthoufiafme lyrique qui
caractériſe Pindare . Nous ne pouvons citer
que quelques ftrophes.
Le Poëte s'adreffe à la lyre des Mufes
qui éteint la foudre dévorante qu'embrafent
des feux éternels.
DE Jupiter l'aigle eft fenfible ,
Sa noble fierté s'adoucit ,
Sous le fceptre du Dieu paisible
Ton charme vainqueur l'affoupit .
L'ombre dérobe à la lumière
Le bec recourbé de l'oiſeau ,
Une vapeur fombre eft le fceau
Qui clot fa pefante paupière .
Dominé par un doux tranſport ,
Il élève fon dos humide ,
Abaiffe fon aîle rapide ,
Enfle fon plumage & s'endort.
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
Les Dieux cédent à ta puiffance ,
Et Mars même , Mars indompté
Laiffe à tes fons tomber fa lance ;
Le coeur ému de volupté ,
Ceux que le Maître du tonnerre
Voulut priver de ſes faveurs ,
Et fur la mer & fur la terre
Redoutent le chant des neuf Soeurs.
Tel des Dieux l'ennemi barbare ,
Géant à cent têtes , Typhon ,
Couché dans le fond du tartare ,
Rugit dans fa triſte priſon.
Les monts de Cumes , de Sicile ,
Oppreffent le fein héritlé
De ce monftre , énorme reptile
Dans le fourd aby me enfoncé.
D'éternels frimats entourée ,
Colonne d'un ciel orageux ,
L'Ethna de redcutables feux
Vomit une fource facrée .
Dans le jour ces fleuves ardens
Qu'un feu fombre rougit , allume ,
Sortis d'un gouffre de bitume ,
Semblent d'impétueux torrens .
La nuit la famine étincelante
S'élance en tourbillons divers :
Des rochers la maffe brûlante
Coule à grand bruit au fein des mers
JANVIER 1766. 177
Parmi les torrens de fumée.
Typhon , ô prodige étonnant !
Repoutle une fource enflammée
Au fommet de l'Ethna tonnant .
De fon dos le Géant terrible
Soulève le mont embrafé :
L'Ethna , d'une fecouffe horrible ,
Terraffe le monftre écrasé .
A ces peintures fi énergiques ajoutons
quelques ftrophes morales , qui feront connoître
le génie de Pindare & le talent du
traducteur en différens genres. Le Poëte
s'adreffe à fon héros.
Que tes faits chantés fur la lyre
Soient toujours dignes d'Hieron ,
Et pour gouverner ton Empire ,
De l'équité prends le timon .
Ainfi qu'un inftrument fidèle ,
Métal fur l'enclume apprêté ,
Ta langue de la vérité
Doit porter l'en.preinte avec elle.
Ouvert fur vos vices fecrets ,
Rois , l'oeil jaloux les exagère :
Une faute n'eft point légère ,
Hieron , fi tu la commers .
Le renom confacre la vie
Des grands hommes qui ne font plus ;
Hv
178 MERCURE DE FRANCE .
Nous chériffons , malgré l'envie ,
La noble vertu de Créfus.
Phalaris , monftre qu'on détefte ,
Embrafe le taureau d'airain ,
Laiſſe aux fléaux du genre humain
Le poids d'une haine funefte .
D'honneurs fuperbes revêtu ,
Jouis d'une entière victoire :
Le fecond des biens eft la gloire ,
Et le premier eſt la vertu .
Jamais aucun philofophe n'établit une
aufli belle maxime que celle qui eft contenue
dans ces deux derniers vers.
M. de Couronne lut des Mémoires.
pour fervir à la vie de François du Quefnoy
, Sculpteur né à Bruxelles en 1592 .
Il s'attacha d'abord à éclaircir l'équivoque
cruelle qui l'a fait confondre avec
fon frère Jérôme du Quesnoy , auffi Sculpteur
habile , mais qui deshonora fes talens
par fes crimes , & fut brûlé à Gand
en 1654. François du Quefnoy ne fut
occupé toute fa vie que des travaux & des
recherches de fon art. « Il furpaffa dès fa
» première jeuneffe tous les Elèves de l'E-
» cole où il étudioit , & fes progrès euffent
été bien plus rapides fans l'avarice de fa
» mère , qui lui défendoit de travailler
» à la lumière , & le tout par efprit d'é-
ود
JANVIER 1766. 179
» conomie. Du Quefnoy , qui aimoit le
» travail , modela un vafe de terre , dans
» lequel il cachoit fa lampe lorfque fa
» mère venoit le ſurprendre.
ور
"
Amor omnia vincit.
» Ce feroit l'objet d'une queftion cu-
» rieufe & agréable que celle d'examiner
» s'il faut donner des entraves au defir
» que marquent certains enfans pour la
préférence de telle ou telle étude , &
» de chercher jufqu'à quel point , en ce
" cas , le génie peut s'alarmer lorfqu'il
» rencontre des obftacles
ور
L'Archiduc Albert , Gouverneur des
Pays -Bas , protégea du Quefnoy , l'envoya
à Rome & lui paya fa penfion ; mais cet
Artifte ne jouit pas long- temps de fon
bonheur. Il perdit fon Protecteur & fe vit
contraint , pour vivre , de travailler à divers
ouvrages en yvoire & en bois de la
plus mince valeur .
39
Lorfqu'on confidère le fort de ceux
» qui fe donnent à l'étude & aux arts ,
» on ne peut s'empêcher d'être étonné de
» voir combien la nature & la fortune oppofent
d'obſtacles à leurs efforts , avant
qu'ils puiffent arriver au point de mé-
» riter quelque confidération .. Que de.
difficultés, d'ennuis, de découragemens,
و د
و د
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
"
» même lorfqu'on eft dans l'état d'opu
» lence ; à plus forte raifon quand il faut
»pourvoir avec peine aux befoins de pre-
" mière néceffité » !
ور
Du Quefnoy fe tira de ce malheureux
état par une ftatuë en marbre , qui repréfente
Vénus , & qui le fit connoître
très avantageufement. Il devint l'ami intime
du célèbre Pouffin , notre compatriote.
L'amour des arts & celui de la
gloire furent les liens de cette amitié .
A force d'étudier les grands modèles
& fur- tout le Titien , du Quefnoy acquit
cette délicateffe fi précieufe de détails
qu'on remarque dans les enfans qu'il a
fculptés, & qui l'a rendu , jufqu'à ce jour,
fupérieur en ce genre , l'un des plus difficiles
de l'art ; " & en effet , comment
» imiter cette tendreffe dans les chairs ,
" cette molleffe dans les détails , ces nuan-
» ces de proportion , ces formes où rien
» n'eft prononcé , & où cependant tout fe
» prépare & s'apperçoit ? Combien d'ob-
»fervations enfuite , fi l'on veut exprimer
» cette agilité , cette prefteffe des mou-
>> vemens ce principe d'activité que les
» enfans ignorent être dans leur âme
quoiqu'ils annoncent , fans qu'ils le fa-
» chent , leur force naiffante ? Comment
faire appercevoir fur le marbre ce dé-
39
›
JANVIER 1766. 181
"
veloppement d'organes , qui chaque jour
" fe prépare & perce à travers les mou-
» vemens des différens jeux ?
و ر
ور
و ر » Il fit un Amour divin qui terraffe
» l'Amour profane ; tandis que d'un pied
» cet amour arrête l'effort de fon Adver-
»faire , & que d'une main il cherche à
» le réduire au filence , on apperçoit un
» Génie qui vient élever fur lui une bran-
» che de laurier pour prix de fa victoire
» immortelle ".
ود
ود
Du Quesnoy exécuta en marbre , pour
l'églife de Saint Pierre de Rome, la ftatuë
de Saint André , qui eft le monument le
plus durable de fa gloire . « Cet Apôtre a
ود
"
la tête droite , élevée , & le regard eft
» fixé vers le Ciel. Derrière lui on apper-
» çoit fa croix ; de fa droite il embraffe
» une des branches , tandis que fa main
gauche , qui eft ouverte & étendue
» marque bien l'expreflion du defir qu'il
a de mériter la palme du martyre. Le
» bras droit , qui fe porte , comme on vient
de le dire , fur un des troncs de fa croix ,
» découvre , à ce moyen , le nud du haut
» du corps ; mais le manteau , qui paffe
» derrière ce bras , revient fur l'autre épaule .
" On fent que cette draperie eft attachée
» fur une des branches , les plis en font
grands & d'une manière large : ils paffent
ود
ود
و د
182 MERCURE DE FRANCE .
23
"
ود
à mi-jambe , & vont tomber fur l'autre
» pied. On remarque en tout ceci une
grande intelligence. Ce manteau , ainſi
» jetté en arrière , & qui fe reploie fur
» lui- même , a donné occafion à l'Artifte
» de faire valoir les reffources de fon art..
» A ce moyen une grande portion de cette
draperie fe détache vers le côté droit &
» vient , en fe déployant fur le côté gauche ,
» former une belle maffe de plis amples
» & dont le trait eft favant. L'attitude de
l'Apôtre eft grande & noble ; quant aux
détails , les muſcles font prononcés tels
» qu'il convient à un homme qui a exercé
» le dur métier de Pêcheur , & qui com-
» mence à reffentir l'altération des années ;
» le vifage eft un peu maigre , le front élevé
» & chauve , la barbe négligée. Mais dans
» toute cette compofition règne une har-
» monie qui féduit , & l'oeil s'y repofe
» avec fatisfaction » .
33
">
Du Quefnoy, malgré fes talens , ne vécut
pas riche. Il étoit fur le point de venir en
France en qualité de Sculpteur du Roi
Louis XIII. Sa fanté fe dérangea , & , pour
comble d'horreur , on foupçonna Jérôme
du Quesnoy , fon indigne frère , de l'avoir
empoifonné. Il mourut à Livourne comme
il fe difpofoit à retourner en Flandre ,
le 12 Juillet 1643 .
JANVIER 1766. 183:
La féance fut terminée par la lecture du
poëme
couronné fur la délivrance de Salerne
& la fondation du Royaume de Sicile.
par M. de la Harpe.
Sciences Belles Lettres & Arts de
و
› ROUEN tenue dans la grand'falle de
l'Hôtel de Ville , le 7 Août 1765 .
MONSIEUR ONSIEUR
le Cat , Secrétaire
pour les
Sciences
, ouvrit la féance par l'extrait
des
travaux
de l'année
académique
dans fon
département
. Nous n'en pouvons
donner
que les titres.
la
Mémoire fur une efpèce particulière de
tranfpiration mielleufe , occafionnée par
piquure d'un puceron particulier , couvert
d'un duvet blanc ; par M. Neveu , Adjoint.
Mémoire fur les pieux , pilots & pilotis ,
leur nature , leur force , la manière de les
employer ; par M. Baronnet , Affocié de
l'Académie , & de celle des Sciences de
Paris.
Mémoire fur la chûte des corps , pour
perfectionner , s'il eft poffible , la théorie
de la defcente des graves ; par M. le Cat.
Obfervation d'une féve de haricot ,
trouvée dans le blanc d'un oeuf durci ; par
M. Pinard.
JANVIER 1766. 155
Mémoire fur la force de percuffion des
corps graves ; par M. Hubert , Adjoint.
Obfervations fur le chronomètre , &
fur les expériences faites pour conftater la
théorie de la gravité ; par M. Balliere.
Mémoire fur le même fujet ; par M.
Neveu , Adjoint.
Réponse aux Obfervations fur les expériences
de la chûte des corps ; par M. le
Cat. t
Mémoire fur la pouffée des voûtes ; par
M. Hubert , Adjoint.
Mémoire fur l'accélération du pendule ,
& la manière de la mefurer méchaniquement
; par le même.
Differtation fur la diffolubilité du mercure
dans le vinaigre diftillé ; par M. Chandelier
, Adjoint.
Obfervation d'une aurore boréale ; par
M. l'Abbé Jaquin , Correfpondant.
Obfervation qui prouve la fenfibilité
de la pie-mère ; envoyée par M. Beyer ,
Affocié étranger .
Réflexion fur la manière dont s'opère
la congellation des eaux courantes , à l'occafion
d'un Mémoire anonyme envoyé fur
cette matière . Ces rédexions font de M..
Neveu , Adjoint.
Plante
propre à être fubftituée
à la garence
, découverte
par M. Dambourney
,
G vi
156 MERCURE DE FRANCE .
Obfervation d'un garçon de dix- neuf
ans, ayant fix doigts aux pieds & aux mains ;
par M. le Cat.
Examen d'une préparation de mercure
précipité , décrite fous le nom de poudre
de vie , & qui mériteroit mieux celui de
poudre de mort ; par M. Chandelier
Adjoint.
Mémoire fur la culture & la greffe du
mûrier ; par M. Rondeau.
Obfervations qui prouvent décifivement
la réalité de la fuperfétation ; par M. Pilore,
Adjoint.
Le Secrétaire des Sciences proclama
enfuite les prix des Ecoles de fon département.
Savoir :
Prix d'Anatomie.
Premier. M. Blifs de Saint - Vandrille ,
le même qui l'an paffé remporta encore ce
prix , le troisième de Chirurgie , & le
quatrième de Botanique .
Second. M. de la Porterie , d'auprès de
Gifors , qui a remporté l'an paffé le même
prix , & il y a deux ans , le premier.
Troifième , M. Poulin.
Quatrième , refté de l'an paffé , M. Nicole
, de Rouen.
JANVIER 1766. 157
Prix de Chirurgie.
Premier. M. Blifs , déja nommé.
Second. M. Nicole , déja nommé.
Troisième. M. Scieaux , d'Evreux , qui
l'an paffé remporta le premier du même
genre.
Prix de Mathématiques .
Premier , fur les fections coniques. A
M. Faverel , de Lyon en Forets .
Un même prix réfervé de l'an paflé a
été donné à M. Aubert , de Rouen .
Second prix fur la Géométrie Elémentaire
, à M. Godefroy , de Dernetal .
Prix de Botanique .
Premier. M. le Carpentier , de Rouen.
Second. M. de la Porterie, déja nommé .
Prix d'accouchemens.
Premier. M. Nicole , de Rouen , déja
deux fois nommé.
Second. M. de la Porterie , déja nommé.
Grand Prix de la Claffe des Sciences.
Le fujet de ce prix remis de l'an paffé
158 MERCURE DE FRANCE.
étoit le méchanifme & les ufages de la
refpiration , & c.
Il a été unanimemenr adjugé par MM .
les Commiffaires au Mémoire n°. 3 , qui
a pour devife , te finè nil altun mens inchoat.
C'eft le Mémoire qui l'an paffé
avoit été jugé le meilleur , mais avec des
défauts qu'on a indiqués en général dans
les Journaux . L'Auteur , profitant de ces
avis , a fait de nouveaux efforts qui lui ont
mérité le prix que l'Académie lui accorde
aujourd'hui. Elle voit avec plaifir que la
célébrité de celui qu'elle couronne confirme
la jufteffe de fon jugement. M. David
, Maître-ès - Arts & en Chirurgie du
Collége de Paris , avoit fait , dès l'âge de
vingt- trois ans , un traité de la faignée ,
dont tous les Journaux ont fait l'éloge. Il
a remporté en 1762 le prix de l'Académie
de Harlem , & l'an paffé le prix double
de l'Académie de Chirurgie de Paris.
Senfible au nouvel honneur qu'il acquiert
par les fuffrages de celle de Rouen , il eſt
venu en jouir à l'affemblée publique , &
a reçu le prix des mains de M. le Directeur.
Le Mémoire qui a le plus approché de
celui no. 2 eft le n . 4 , qui a pour devife :
Sic rerum fumma novatur
n°.
Semper. Lucret, Lib . 1 , v. 74
JANVIER 1766. 159
L'Auteur eft M. Boulard , Chirurgien
interne de l'Hôtel Dieu de Rouen , lequel
a été célébré plufieurs fois dans ces féances
par les prix d'Anatomie & de Chirurgie
qu'on lui a adjugés , & dont celui de 1762
étoit accompagné de la note honorable
longè primus. On doit regarder cet acceffit
comme un des fruits de l'émulation que
ces féances & ces prix excitent dans nos
Ecoles.
M. Maillet du Boullay , Secrétaire des
Belles Lettres , rendit enfuite compte des
travaux de l'année dans fon département ,
dont nous ne pouvons pareillement donner
que les titres.
Les Amans malheureux ou le Comte
de Comminge , Drame envoyé à l'Académie
par M. Darnaud , Correfpondant.
Réflexions fur ce Drame , envoyées à
l'Auteur par M. du Boullay.
Lettre de M. Rouffeau de Genève , à
M. Balliere , fur fa théorie de la muſique.
Lettre de M. de Voltaire , à M. le Cat
fur fon traité du fluide des nerfs & de la
fenfibilité animale.
Mémoire pour la famille Calas , envoyé
à l'Académie par M. Elie de Beaumont ,
Correfpondant.
Differtation fur l'origine de l'Univerfité
de Paris , par M. l'Abbé des Houffayes.
160 MERCURE DE FRANCE.
Deux portraits , l'un en miniature
l'autre à l'huile ; préfentés par M Dupont.
Remerciement en vers de Madame du
Bocage , fur fa réception en qualité d'Affociée
libre .
Traité de Peinture , envoyé par M. Dandré
, Affocié.
Hiftoire de la Ville & Doyenné de
Montdidier ; par le Père Daire , Affocié.
Obfervations fur l'utilité des voyages ;
par M. Dornay : ouvrage divifé en trois
parties , dont la première feulement a été
lue à la féance .
Divers extraits pour la collection de
l'Académie ; par M. du Boullay.
Pocine didactique fur les avantages &
les règles des vers libres ; par M. Midy.
Eftampe repréfentant la vue de Rouen ,
prife du petit château , deffinée & gravée
M. Bacheley , aux frais de M. le Cat ,
& deftinée pour un ouvrage de cet Académicien
fur le climat particulier de cette
ville , les maladies qui y régnent , & c.
par
Prix de l'Ecole de Deffein.
Les Elèves s'étant trouvés trop foibles
cette année pour le prix de génie ou de
compofition en Peinture & en Sculpture ,
l'Académie n'a pas diftribué de médaille
JANVIER 1766.
d'or , qu'elle réſerve pour un autre temps."
Premier prix d'après nature. M. Jean-
Martin Paulet , Sculpteur de Rouen , qui
avoit remporté le premier prix d'après la
Boffe en 1763 .
Second. Jacques , Chef d'Hôtel de Beaulieu
, Peintre de Rouen.
Prix d'après la Boffe. Mlle Dorothée
Jacques , de Rouen , qui avoit mérité en
1762 un prix extraordinaire dans la claffe
du deffein,
Prix extraordinaire. M. François Affelin,
Peintre de Coutances.
Acceffit . Nicolas Jofeph Billot , de Leri ,
qui avoit remporté le prix de la Claffe de
Deffein en 1764.
Prix d'après le deffein . Mlle Marie-
Anne Thérèfe Van- Vergeloo , d'Anvers.
Acceffit. M. Guillaume - Ambroife Bertin,
de Lanctot , près de Bolbec , en Caux.
Architecture.
Le fujet du prix de compofition cette
année étoit , dans un terrein donné le
long d'une rivière , de conftruire une manufacture
ou fabrique de toile ou paſſementerie
comme celles de Rouen , le logement
de l'Entrepreneur , les atteliers néceffaires
, & c. On a demandé un plan généY62
MERCURE DE FRANCE.
ral du rez- de- chauffée, un autre du premier
étage , une coupe fimple , & une élevation
de la maifon , en préférant l'utile & le
folide à la magnificence.
Ce prix a été remporté par M. Louis-
Augufte Hardi, Maître Plâtrier de Rouen.
Grand Prix de la Claffe des Belles Lettres.
L'Académie avoit réſervé l'an paffé le
prix double de poéfie , dont le ſujet étoit
la délivrance de Salerne , & la fondation
du royaume de Sicile , qui fut la fuite de
cette expédition.
Dans les avis qu'elle crut devoir donner
aux auteurs , elle défigna fuffifamment
le Poëme qui a pour devife , funt hîc
etiam fua pramia laudi , & qui les années
précédentes avoit été envoyé fous celle de
credite pofteri. Comme cet ouvrage a toujours
été fort fupérieur à fes concurrens
par la poéfie de ftyle & l'harmonie des
vers , l'Académie n'a pas cru devoir différer
davantage une décifion qui fe fait attendre
depuis fi long- temps ; & elle l'a couronné
comme le meilleur de tous ceux qui
lui ont été préfentés. L'Auteur , qui s'eſt
depuis fait connoître , eft M. de la Harpe ,
célèbre par fa Tragédie de Warwick.
A l'égard du prix d'Hiftoire , dont le
JANVIER 1766. 163
fujet eft l'origine , la forme & les changemens
fucceffifs de l'Echiquier ou Parlement
ambulatoire de Normandie , & c .
quoique l'Académie n'eût annoncé ce
prix que pour le mois d'Août 1766 , quelques
Auteurs ont déja envoyé des ouvrages
, parmi lefquels un , fur- tout , qui a
pour devife , Magiftratus eft lex loquens
a mérité toute fon attention par fes favantes
recherches & la bonne méthode avec
laquelle il eft rédigé. L'Académie exhorte
l'Auteur à profiter du temps qui lui refte
pour donner à fon ouvrage toute la perfection
qu'il eft capable de lui procurer.
Il y auroit fur-tout quelques corrections a
faire , qu'elle le prie de ne point négliger.
Le Public voudra bien fe rappeller auffi ,
qu'outre ce prix , l'Académie en diftribuera
encore un double l'année prochaine 1766
à fa féance publique du premier Mercredi
d'Août.
Le fujer de ce prix donné par Monfeigneur
le Duc d'Harcourt , Gouverneur de
la Province & Protecteur de l'Académie ,
a été annoncé dès l'année dernière . Il s'agit
d'expofer quelles font les mines de
Normandie , tant métalliques que demimétalliques
& bitumineufes , & les avantages
qu'on pourroit tirer de leur exploi
tation .
164 MERCURE DE FRANCE.
+
Les ouvrages , francs de port & fous la
forme ordinaire , doivent être adreffés ,
avant le premier Juillet , à M. le Cat
Secrétaire Perpétuel de l'Académie pour
la partie des fciences , au lieu de Santé .
,
Ceux , pour la partie des Belles Lettres ,
à M. Maillet du Boullay , Secrétaire pour
cette partie , derrière l'Archevêché.
Monfieur le Cat lut enfuite l'éloge de
feu Monfeigneur le Maréchal de Luxembourg,
Gouverneur de Normandie & Protecteur
de l'Académie de Rouen .
Après quelques réflexions fur l'antiquité.
de la Maifon de Montmorency , fur la
multitude de héros qu'elle a produits , fur
l'attachement & le refpect de la nation
pour ce nom illuftre ; fentimens fi bien
mérités par le dévouement de ceux qui
Pont porté au fervice de la patrie : M. le
Cat entre en matière & fuit M. le Maréchal
de Luxembourg dernier mort , depuis
fes premières campagnès , fous la Régence ,
juſqu'à la guerre ddee où il eut l'hon- 1741 ,
neur d'être Aide - de- Camp du Roi dans les
glorieufes campagnes qui la terminèrent.
" C'eft une espèce de paradoxe , dit
M. le Cat , que la bravoure foit fi fami-
» lière à la nation la plus douce , la plus
» polie , la plus galante de l'Europe . Mais
» on le comprend aifément , lorfque l'on
39
JANVIER 1766. 165
و د
"
و د
» réfléchit qu'un tempérament de feu ,
» un fentiment vif de point d'honneur ,
» font auffi naturels aux François que l'ur-
» banité . Ce dernier fentiment eft en effet
» fi vif dans la nation , que les guerriers
» même qui n'ont pas ce feu , ces paffions
ardentes , tiennent encore à cet
» amour délicat pour l'honneur , beaucoup
plus qu'à la vie . Par ce fentiment domi-
» nant , leur fang -froid devient dans les
" occafions meurtrières & chaudes , une
» intrépidité clairvoyante & fage , qui fait
une bravoure préférable , fans doute , au
moins pour un Général , à celle qui eft
» bouillante & plus active. Tel étoit le
» caractère de M. de Luxembourg.
ود
"
M. le Car fait enfuite le parallele des
talens de l'homme de cour & de ceux du
guerrier.
""
"
و د
Il y a beaucoup d'analogie , dit M. le
» Cat , entre les intrigues de cour & les
ftratagêmes de guerre. De part & d'au-
» tre une attention perpétuelle aux manoeu-
» vres des ennemis , un coup - d'oeil jufte
fur leurs deffeins , une indifcrétion impénétrable
fur nos propres vues , une
» activité infatigable à prévenir les uns &
» à exécuter les autres , font des moyens
affurés de fe procurer des triomphes ,
fur- tout fi la grandeur d'âme , l'équité,
وو
"
"9
166 MERCURE DE FRANCE .
ور
و د
'99
» la probité , la candeur , ofent être de la
» partie. Or ces qualités , fi rares à la
Cour , compofoient très- réellement tout
» le fond du perfonnage que faifoit auprès
du Roi M. de Luxembourg , & lui
» méritèrent de fon Maître toutes les dif-
» tinctions dont il jouiffoit , & au- deffus
defquelles il mettoit l'affection particu-
» lière dont le Roi l'honoroit. Il avoit
acquis auprès de ce Prince toute la familiarité
qui peut être permife à un fujet
» avec fon Souverain , & qu'une grande
circonfpection ne pouvoit rendre que
plus fûre & plus durable . Cette fageffe
» ne lui coûtoit rien , elle venoit en lui
» d'une modeftie fincère & vraie qu'il
» tenoit de la nature même » .
"
59
"
"
DJ
M. de Luxembourg étoit univerfellement
eftimé , refpecté , aimé. Cette réputation
flatteufe , fans laquelle la gloire même n'a
rien de defirable , étoit le fruit de fa bienfaifance
, de fon exactitude fcrupuleufe à
fes devoirs , de fon attention à plaire , de
fa douceur inaltérable ; il jouit jufques
dans fes derniers momens du fpectacle
touchant des fentimens publics. Pendant
une vingtaine de jours qui précédèrent
les derniers de fa vie , il fe fit porter dans
un fallon de fon jardin , qui donne ſur le
Boulevard. « Dès qu'on l'apperçut on le
JANVIER 1766. 167
و د
ود
"3
» crut convalefcent , & il s'y fit un con-
» cours de peuple & de voitures , accompagné
des témoignages les plus vifs de
l'allégreffe que caufoit au Public cet
efpoir , tout trompeur qu'il étoit. Cette
» fcène attendriffante fut renouvellée au-
» tant de fois qu'il put être porté à ce
» fallon , & elle fut plus attendriffante
» encore par les gémiffemens & les pleurs
lorfqu'on ne le vit plus & qu'on appris
» fa mort , arrivée le 18 Mai 1764 , dans
» fa foixante- deuxième année » .
ود
M. du Boullay lut enfuite l'éloge de
MM. Paul & Michel- Ange Slodtz, frères ,
Sculpteurs , Affociés de l'Académie , &
Membres de l'Académie Royale de Peinture
& Sculpture de Paris. Ils avoient un
autre frère, Antoine- René- Sébastien Slodtz,
auffi très-habile Sculpteur , mort en 1754.
Trois frères , dit M. du Boullay , fils
d'un Artiſte juftement célèbre , parvenus
tous trois dans le même art à une réputation
fupérieure , plus eftimables encore
par cette concorde inaltérable qui leur
fit mettre en commun , jufqu'à la fin de
leur vie , toutes les espèces de biens , font
un fpectacle auffi intéreffant pour les âmes
fenfibles , que pour les amateurs des talens.
L'Académie fit l'éloge de l'aîné quelque
temps après fa mort. Le fecond , fort
-168 MERCURE DE FRANCE.
connu dans la Capitale du Royaume par
les embelliffemens qu'il a faits à plufieurs
églifes , notamment à Saint Méri , ne l'eft
pas moins dans celle de cette province , par
les monumens qu'il y a exécutés . C'eſt de
lui que font les figures du méridien de la
Bourſe , la ſtatuë de la Pucelle d'Orléans ,
les deux anges adorateurs du choeur de
l'églife de Saint Ouen .
Le troifième furpafla encore fes frères ,
& mérita , dans Rome même , le nom de
Michel- Ange. Il obtint la préférence du
choix pour une ftatue dans l'églife de Saint
Pierre ; diftinction qui n'a jamais été accordée
à d'autres étrangers que lui , au
célèbre le Gros , auffi François , & à François
du Quefnoy , Flamand .
و د
cr
Ce fut en cette occafion qu'il com-
» mença à déployer fes talens pour l'expref-
» fion , cette partie des beaux arts , qui en
» eft , à proprement parler , la poéfie , &
qui , par cette raiſon , eft fi chère aux
hommes de génie , & fi élevée au - deffus
» de la portée des hommes médiocres » .
و د
"
Dans un tombeau qu'il exécuta enſuite ,
il perfonnifia l'Immortalité & la rendit reconnoiffable
, bien plus par le caractère
fublime de la figure , que par les fymboles
qui l'accompagnent . Pour réalifer ainfi cet
objet de l'efperance & de la confolation
des
JANVIER 1766. 169
des grands hommes , il falloit être foimême
embrafé de ce fea divin qui furvit
à la foible humanité , & qui , tranfmis par
les ouvrages qu'il a infpirés , va fufciter ,
dans la longue fuite des fiècles , des diſciples
aux beaux arts , & des adorateurs à la
vertu .
L'amitié & l'amour de la patrie rappellèrent
M. Slodiz en France. Sa gloire l'y
avoit précédé. Deux buftes qu'il envoya
de Rome à Lyon , & qui repréſentent
Iphigénie & Chalchas , compofent une ſcène
digne de Racine , & qui femble traitée par
le génie qui l'anima. Ce font , au témoignage
de ceux qui ont le droit d'en juger ,
deux des plus précieux ouvrages qu'on
connoille en fculpture.
Cependant il étoit dans fa deftinée de
rencontrer d'abord des obftacles , & de ne
les furmonter qu'à force de mérite . Il fut
reçu froidement par ceux qui préfidoient
aux arts. L'amitié & la vertu le foutinrent .
Il vint partager avec fes frères le tréfor
d'études & de connoiffances qu'il avoit
amaffé en Italie ; & le Public s'apperçut
bientôt de cette riche contribution au fond
de la fociété fraternelle .
Un modèle confacré à l'amitié , cette
Déelle bienfaifante , qu'il étoit fi digne
de connoître & de faire adorer , lui ouvris
Vol. II. H
170 MERCURE DE FRANCE.
l'entrée de l'Académie de Peinture & de
Sculpture. Pour prix de cet hommage elle
lui mérita celle de tous fes confrères. Il fe
fit une révolution dans le goût : tous les
grands artiftes fe rangèrent de fon côté ; &
le vrai beau , regardé dabord comme trop
auftère , s'attira des applaudiffemens univerfels.
Le maufolée du Curé de Saint Sulpice
, la décoration du choeur de la Cathédrale
d'Amiens , quantité d'autres ouvrages
trop longs à citer , tant pour le Roi que
pour le public & les particuliers , lui affurent
une gloire immortelle , & l'un des
premiers rangs parmi nos Sculpteurs François.
Il étoit auffi excellent Architecte , & il
eut fouvent occafion d'exercer ce talent
dans fa place de Deflinateur du Cabinet
du Roi. Il donnoit aux décorations momentanées
, qu'il deftinoit aux cérémonies
publiques , toute la nobleffe & la correction
qu'auroient exigé les monumens les
plus durables. Les deffeins , qui en ont
été confervés avec foin , feront un jour
des fources précieufes pour notre architecture
fi , jamais raffafiés de ce tuxe privé
qui concentre les hommes dans leur exiftence
paffagere , & qui énerve le génie
nous pouvions nous élever à la magnificence
publique , qui attache les citoyens
JANVIER 1766. 171
à la patrie , & conduit feule les arts à la
perfection & l'immortalité .
Malgré fes fuccès , il eut encore occafion
d'éprouver ces chagrins & ces contradictions
, qui trop fouvent troublent la vie
des grands hommes & compenfent leur
gloire par la perte de leur repos . Le Roi
de Pruffe voulut l'attirer dans fes Etats :
M. Slodtz le refufa ; l'amitié & la vertu ,
qui avoient toujours été pour lui les premiers
des biens , ne lui parurent pas trop
payées par la modération & par la patience.
Peu de temps après il fut attaqué de la
maladie dont il mourut ; c'étoit la même
qui avoit enlevé fes frères : nouveau trait
'attendriffant de reffemblance entre ces
trois hommes , qui avoient puifé , dans la
même fource , les mêmes talens , les mêmes.
vertus , la même portion des maux attachés
à la condition humaine.
le
Cet éloge fut terminé par une infcription
en ftyle lapidaire à la mémoire des
trois frères , qui , réunis par la nature ,
furent encore davantage par l'amitié , la
vertu & la gloire.
M. l'Abbé Yart lut enfuite une ode
intitulée , les Académies , & qu'il doit
donner en entier , d'autant plus que ces
fortes d'ouvrages font peu fufceptibles
d'extraits.
Hij
172
MERCURE DE FRANCE.
M. Dornay lut un mémoire intitulé ,
Obfervations fur les moyens de rendre les
voyages utiles. Cet ouvrage a trois parties ;
dans la première il examine cette utilité
relativement aux voyageurs mêmes ; dans
la feconde , relativement à la patrie ; dans
la troisième , relativement à l'humanité en
général. La première de ces trois parties
fut feule luë à la féance .
M. Dornay remarqua d'abord que prefque
tous les Auteurs qui ont traité ce fujet
fe font arrêtés à prefcrire aux voyageurs
les précautions qu'il falloit prendre & les
règles qu'il falloit fuivre pendant les voyages
; mais ils ont trop négligé de leur recommander
les précautions , fans lefquelles
les voyages mêmes ne peuvent être ni
agréables ni utiles. L'une des plus effentielles
eft d'acquérir les connoiffances néceffaires
pour voyager avec agrément &
avec fruit. Lorfque les voyageurs ne fe
propofent que leur utilité particulière , il
faut que leurs connoiffances foient étendues
, mais elles peuvent être un peu fuperficielles
; à mesure que l'utilité de leur
entreprise devient plus générale , leurs
études doivent fe concentrer davantage &
acquerir de la profondeur . Enfin les génies
fupérieurs, qui travaillent pour l'humanité ,
doivent s'attacher à un objet unique , & le
JANVIER 1766 . 173
fuivre jufques dans les dernières ramifications
qui échappent aux yeux vulgaires.
Pour prouver que la multiplicité des
connoiffances eft fort néceffaire aux voyageurs
même de la première claffe , & pour
fauver en même temps la féchereffe des
préceptes , M. Dornay fit le parallèle des
deux voyageurs , dont l'un s'eft appliqué à
acquérir une teinture raisonnable de deffein
, d'architecture , de belles lettres , d'hiftoire
, d'antiquités , de phyfique , d'hiftoire
naturelle , de mathématiques , tandis que
l'autre a négligé ces connoiffances , & ne
voyage que pour changer de place. Il les
repréfente dans les différentes pofitions où
fe trouvent le plus ordinairement les voyageurs
ce qui donne lieu à des defcriptions
agréables & variées. Tout eft pour le premier
voyageur un objet de plaifir , d'intérêt
, d'inftruction ; tandis que l'autre
humilié à chaque inftant par le fentiment
de fon infuffifance , n'éprouve que du
dégoût , ne fent de plaifir que par le changement
rapide d'objets , & n'eft point en
état de tirer du fpectacle de la diverfité
des productions , des moeurs , des ufages ,
des caractères , des loix , la première &
la plus importante des utilités , celle de
revenir chez foi plus éclairé , meilleur &
plus heureux . Car , comme l'ajoute M.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
Dornay, à quoi ferviroient & les études
& les voyages , s'ils ne nous donnoient
des
moyens pour mieux nous conduire
dans le grand voyage de la vie ?
M. du Boullay lut , pour M. l'Abbé
Fontaine , une traduction littérale & en
ftrophes régulières de la première pythyque
de Pyndare , dont le fujet eft Hieron
vainqueur à la courfe des chars.
Tout le monde connoît l'extrême diffi
culté de traduire littéralement des poëmes
en vers , & que cette difficulté augmente
encore lorfque ces poëmes remontent à la
haute antiquité , parce que le temps , qui
change & qui détruir tout , amène une fi
grande différence dans les moeurs , les
ufages , le goût , la manière de penfer ,
qu'il n'eft prefque plus poffible de conferver
dans la copie que les principaux
traits de l'original. Mais de tous les Poëtes
anciens , il n'en eft peut- être pas de plus
intraduifible que Pindare , dont le génie
fougueux & impatient du frein , femble
au premier coup- d'oeil , ne marcher que
par bonds , & ne pas fuivre de route certaine.
Aucun Poëte d'ailleurs ne s'eft plus
attaché à préfenter à fes contemporains des
peintures tirées de leurs moeurs & de leur
théologie. Or ces peintures , malgré la
fierté de leur compofition & la vigueur
de leur coloris , ne peuvent pas intéreffer
JANVIER 1766. 175
la postérité autant que le fiècle même du
Poëte.
Cependant M. Fontaine , qui s'est déja
exercé dans ce genre par une traduction
du premier livre des odes d'Horace , qui
n'eft pas imprimée , & qui mériteroit de
l'être , n'a pas cru cette nouvelle entrepriſe
impoffible. Sans s'écarter du texte , qu'autant
que la diverfité du génie des deux
langues l'exige , il a trouvé le moyen de
donner à ceux qui n'entendent pas le grec
une idée de l'enthoufiafme lyrique qui
caractériſe Pindare . Nous ne pouvons citer
que quelques ftrophes.
Le Poëte s'adreffe à la lyre des Mufes
qui éteint la foudre dévorante qu'embrafent
des feux éternels.
DE Jupiter l'aigle eft fenfible ,
Sa noble fierté s'adoucit ,
Sous le fceptre du Dieu paisible
Ton charme vainqueur l'affoupit .
L'ombre dérobe à la lumière
Le bec recourbé de l'oiſeau ,
Une vapeur fombre eft le fceau
Qui clot fa pefante paupière .
Dominé par un doux tranſport ,
Il élève fon dos humide ,
Abaiffe fon aîle rapide ,
Enfle fon plumage & s'endort.
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
Les Dieux cédent à ta puiffance ,
Et Mars même , Mars indompté
Laiffe à tes fons tomber fa lance ;
Le coeur ému de volupté ,
Ceux que le Maître du tonnerre
Voulut priver de ſes faveurs ,
Et fur la mer & fur la terre
Redoutent le chant des neuf Soeurs.
Tel des Dieux l'ennemi barbare ,
Géant à cent têtes , Typhon ,
Couché dans le fond du tartare ,
Rugit dans fa triſte priſon.
Les monts de Cumes , de Sicile ,
Oppreffent le fein héritlé
De ce monftre , énorme reptile
Dans le fourd aby me enfoncé.
D'éternels frimats entourée ,
Colonne d'un ciel orageux ,
L'Ethna de redcutables feux
Vomit une fource facrée .
Dans le jour ces fleuves ardens
Qu'un feu fombre rougit , allume ,
Sortis d'un gouffre de bitume ,
Semblent d'impétueux torrens .
La nuit la famine étincelante
S'élance en tourbillons divers :
Des rochers la maffe brûlante
Coule à grand bruit au fein des mers
JANVIER 1766. 177
Parmi les torrens de fumée.
Typhon , ô prodige étonnant !
Repoutle une fource enflammée
Au fommet de l'Ethna tonnant .
De fon dos le Géant terrible
Soulève le mont embrafé :
L'Ethna , d'une fecouffe horrible ,
Terraffe le monftre écrasé .
A ces peintures fi énergiques ajoutons
quelques ftrophes morales , qui feront connoître
le génie de Pindare & le talent du
traducteur en différens genres. Le Poëte
s'adreffe à fon héros.
Que tes faits chantés fur la lyre
Soient toujours dignes d'Hieron ,
Et pour gouverner ton Empire ,
De l'équité prends le timon .
Ainfi qu'un inftrument fidèle ,
Métal fur l'enclume apprêté ,
Ta langue de la vérité
Doit porter l'en.preinte avec elle.
Ouvert fur vos vices fecrets ,
Rois , l'oeil jaloux les exagère :
Une faute n'eft point légère ,
Hieron , fi tu la commers .
Le renom confacre la vie
Des grands hommes qui ne font plus ;
Hv
178 MERCURE DE FRANCE .
Nous chériffons , malgré l'envie ,
La noble vertu de Créfus.
Phalaris , monftre qu'on détefte ,
Embrafe le taureau d'airain ,
Laiſſe aux fléaux du genre humain
Le poids d'une haine funefte .
D'honneurs fuperbes revêtu ,
Jouis d'une entière victoire :
Le fecond des biens eft la gloire ,
Et le premier eſt la vertu .
Jamais aucun philofophe n'établit une
aufli belle maxime que celle qui eft contenue
dans ces deux derniers vers.
M. de Couronne lut des Mémoires.
pour fervir à la vie de François du Quefnoy
, Sculpteur né à Bruxelles en 1592 .
Il s'attacha d'abord à éclaircir l'équivoque
cruelle qui l'a fait confondre avec
fon frère Jérôme du Quesnoy , auffi Sculpteur
habile , mais qui deshonora fes talens
par fes crimes , & fut brûlé à Gand
en 1654. François du Quefnoy ne fut
occupé toute fa vie que des travaux & des
recherches de fon art. « Il furpaffa dès fa
» première jeuneffe tous les Elèves de l'E-
» cole où il étudioit , & fes progrès euffent
été bien plus rapides fans l'avarice de fa
» mère , qui lui défendoit de travailler
» à la lumière , & le tout par efprit d'é-
ود
JANVIER 1766. 179
» conomie. Du Quefnoy , qui aimoit le
» travail , modela un vafe de terre , dans
» lequel il cachoit fa lampe lorfque fa
» mère venoit le ſurprendre.
ور
"
Amor omnia vincit.
» Ce feroit l'objet d'une queftion cu-
» rieufe & agréable que celle d'examiner
» s'il faut donner des entraves au defir
» que marquent certains enfans pour la
préférence de telle ou telle étude , &
» de chercher jufqu'à quel point , en ce
" cas , le génie peut s'alarmer lorfqu'il
» rencontre des obftacles
ور
L'Archiduc Albert , Gouverneur des
Pays -Bas , protégea du Quefnoy , l'envoya
à Rome & lui paya fa penfion ; mais cet
Artifte ne jouit pas long- temps de fon
bonheur. Il perdit fon Protecteur & fe vit
contraint , pour vivre , de travailler à divers
ouvrages en yvoire & en bois de la
plus mince valeur .
39
Lorfqu'on confidère le fort de ceux
» qui fe donnent à l'étude & aux arts ,
» on ne peut s'empêcher d'être étonné de
» voir combien la nature & la fortune oppofent
d'obſtacles à leurs efforts , avant
qu'ils puiffent arriver au point de mé-
» riter quelque confidération .. Que de.
difficultés, d'ennuis, de découragemens,
و د
و د
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
"
» même lorfqu'on eft dans l'état d'opu
» lence ; à plus forte raifon quand il faut
»pourvoir avec peine aux befoins de pre-
" mière néceffité » !
ور
Du Quefnoy fe tira de ce malheureux
état par une ftatuë en marbre , qui repréfente
Vénus , & qui le fit connoître
très avantageufement. Il devint l'ami intime
du célèbre Pouffin , notre compatriote.
L'amour des arts & celui de la
gloire furent les liens de cette amitié .
A force d'étudier les grands modèles
& fur- tout le Titien , du Quefnoy acquit
cette délicateffe fi précieufe de détails
qu'on remarque dans les enfans qu'il a
fculptés, & qui l'a rendu , jufqu'à ce jour,
fupérieur en ce genre , l'un des plus difficiles
de l'art ; " & en effet , comment
» imiter cette tendreffe dans les chairs ,
" cette molleffe dans les détails , ces nuan-
» ces de proportion , ces formes où rien
» n'eft prononcé , & où cependant tout fe
» prépare & s'apperçoit ? Combien d'ob-
»fervations enfuite , fi l'on veut exprimer
» cette agilité , cette prefteffe des mou-
>> vemens ce principe d'activité que les
» enfans ignorent être dans leur âme
quoiqu'ils annoncent , fans qu'ils le fa-
» chent , leur force naiffante ? Comment
faire appercevoir fur le marbre ce dé-
39
›
JANVIER 1766. 181
"
veloppement d'organes , qui chaque jour
" fe prépare & perce à travers les mou-
» vemens des différens jeux ?
و ر
ور
و ر » Il fit un Amour divin qui terraffe
» l'Amour profane ; tandis que d'un pied
» cet amour arrête l'effort de fon Adver-
»faire , & que d'une main il cherche à
» le réduire au filence , on apperçoit un
» Génie qui vient élever fur lui une bran-
» che de laurier pour prix de fa victoire
» immortelle ".
ود
ود
Du Quesnoy exécuta en marbre , pour
l'églife de Saint Pierre de Rome, la ftatuë
de Saint André , qui eft le monument le
plus durable de fa gloire . « Cet Apôtre a
ود
"
la tête droite , élevée , & le regard eft
» fixé vers le Ciel. Derrière lui on apper-
» çoit fa croix ; de fa droite il embraffe
» une des branches , tandis que fa main
gauche , qui eft ouverte & étendue
» marque bien l'expreflion du defir qu'il
a de mériter la palme du martyre. Le
» bras droit , qui fe porte , comme on vient
de le dire , fur un des troncs de fa croix ,
» découvre , à ce moyen , le nud du haut
» du corps ; mais le manteau , qui paffe
» derrière ce bras , revient fur l'autre épaule .
" On fent que cette draperie eft attachée
» fur une des branches , les plis en font
grands & d'une manière large : ils paffent
ود
ود
و د
182 MERCURE DE FRANCE .
23
"
ود
à mi-jambe , & vont tomber fur l'autre
» pied. On remarque en tout ceci une
grande intelligence. Ce manteau , ainſi
» jetté en arrière , & qui fe reploie fur
» lui- même , a donné occafion à l'Artifte
» de faire valoir les reffources de fon art..
» A ce moyen une grande portion de cette
draperie fe détache vers le côté droit &
» vient , en fe déployant fur le côté gauche ,
» former une belle maffe de plis amples
» & dont le trait eft favant. L'attitude de
l'Apôtre eft grande & noble ; quant aux
détails , les muſcles font prononcés tels
» qu'il convient à un homme qui a exercé
» le dur métier de Pêcheur , & qui com-
» mence à reffentir l'altération des années ;
» le vifage eft un peu maigre , le front élevé
» & chauve , la barbe négligée. Mais dans
» toute cette compofition règne une har-
» monie qui féduit , & l'oeil s'y repofe
» avec fatisfaction » .
33
">
Du Quefnoy, malgré fes talens , ne vécut
pas riche. Il étoit fur le point de venir en
France en qualité de Sculpteur du Roi
Louis XIII. Sa fanté fe dérangea , & , pour
comble d'horreur , on foupçonna Jérôme
du Quesnoy , fon indigne frère , de l'avoir
empoifonné. Il mourut à Livourne comme
il fe difpofoit à retourner en Flandre ,
le 12 Juillet 1643 .
JANVIER 1766. 183:
La féance fut terminée par la lecture du
poëme
couronné fur la délivrance de Salerne
& la fondation du Royaume de Sicile.
par M. de la Harpe.
Fermer
Résumé : ASSEMBLÉE publique de l'Académie des Sciences, Belles Lettres & Arts de ROUEN, tenue dans la grand'salle de l'Hôtel de Ville, le 7 Août 1765.
L'Assemblée publique de l'Académie des Sciences, Belles Lettres & Arts de Rouen s'est tenue le 7 août 1765. Le secrétaire, Monsieur le Cat, a présenté les travaux de l'année académique, incluant des études sur la transpiration due aux piqûres de pucerons, les pieux et pilotis, la chute des corps, et diverses observations scientifiques. Les auteurs comprenaient M. Neveu, M. Baronnet, M. le Cat, M. Pinard, M. Hubert, M. Balliere, M. Chandelier, et l'Abbé Jaquin. Des prix ont été attribués en anatomie, chirurgie, mathématiques, botanique, et accouchements. Le Grand Prix de la Classe des Sciences a été décerné à M. David pour son mémoire sur la respiration. M. Maillet du Boullay a rendu compte des travaux littéraires, incluant des drames et des mémoires sur divers sujets. En janvier 1766, plusieurs travaux ont été présentés, tels qu'une dissertation sur l'origine de l'Université de Paris par l'abbé des Houffayes, des portraits par M. Dupont, un traité de peinture par M. Dandré, et une histoire de la ville de Montdidier par le Père Daire. M. Dornay a présenté des observations sur l'utilité des voyages. Les prix en peinture et sculpture ont été attribués à M. Jean-Martin Paulet, Jacques, Mlle Dorothée Jacques, et M. François Asselin. En architecture, M. Louis-Auguste Hardi a remporté le prix pour la construction d'une manufacture. En littérature, M. de la Harpe a été couronné pour son poème sur la délivrance de Salerne. Le texte mentionne également M. de Luxembourg, respecté pour sa bienveillance et son exactitude, décédé le 18 mai 1764, ainsi que les frères Slodtz, sculpteurs renommés. M. Dornay a présenté un mémoire sur les moyens de rendre les voyages utiles, distinguant trois parties : l'utilité pour les voyageurs, pour la patrie, et pour l'humanité. M. du Boullay a lu une traduction en vers réguliers de la première pythique de Pindare, réalisée par l'abbé Fontaine, visant à restituer l'enthousiasme lyrique de Pindare. M. de Couronne a présenté des mémoires sur la vie de François du Quesnoy, sculpteur né à Bruxelles en 1592. Ces mémoires clarifient une confusion entre François et son frère Jérôme. François du Quesnoy a dédié sa vie à son art, surmontant divers obstacles. Il réalisa plusieurs œuvres remarquables, dont une statue de Saint André pour l'église Saint-Pierre de Rome, considérée comme son chef-d'œuvre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11659
p. 92-101
OEUVRES de Théâtre de M. GUYOT DE MERVILLE. A Paris, chez la veuve DUCHESNE, rue Saint Jacques, au temple du goût ; 1766 : avec approbation & privilége du Roi : 3 vol. in-12.
Début :
C'EST ici la première édition complette du théâtre de M. Guyot de Merville. [...]
Mots clefs :
Comédie, Voltaire, Auteur, Théâtre, Genève, Succès, Comédiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OEUVRES de Théâtre de M. GUYOT DE MERVILLE. A Paris, chez la veuve DUCHESNE, rue Saint Jacques, au temple du goût ; 1766 : avec approbation & privilége du Roi : 3 vol. in-12.
OEUVRES de Théâtre de M. GUYOT DE
MERVILLE. A Paris , chez la veuve
DUCHESNE , rue Saint Jacques ,
temple du goût ; 1766 : avec approbation
& privilége du Roi : 3 vol. in- 12 .
C'EST ici la première édition complette
du théâtre de M. Guyot de Merville.
Il ne manque à ce recueil que trois tragédies
, qui n'ont été ni repréſentées ni
imprimées , & qui en effet ne méritoient
point de l'être. On les a trouvées dans
les papiers de l'Auteur après fa mort ,
ainfi que quelques poéfies fugitives que
l'ou n'a pas cru devoir inférer dans la
collection de fon théâtre ; elles ne répondent
ni à fa réputation , ni au mérite
de fes autres ouvrages . Ces trois tragédies
font Achille à Troyes , Manlius Torquatus
, & Sallufte. L'Auteur les compofa
dans fa jeuneffe ; & le refus qu'elles ef
fuyèrent de la part des Comédiens , fut
la première fource des querelles qu'il eut
avec plufieurs Acteurs de la Comédie
Françoife. Ces querelles , toujours trèsFEVRIER
1766: 93
vives de fa part , le dégoûtèrent enfin du
théâtre , & peut-être même de fa patrie ,
qu'il quitta pour fe livrer à fon goût pour
les voyages
.
Michel Guyot de Merville étoit né à
Verfailles , le premier de Février de l'année
1696. Il donna fa première comédie
les Mafcarades amoureufes , au théâtre
Italien , le 4 Août 1736 ; & elle y fut
reçue avec applaudiffement. C'eft la première
pièce dans le goût de Molière , qui
ait paru fur ce théâtre. Elle eft bien conduite
; l'intrigue nous en paroît fimple
& ingénieufe , les caractères vrais & foutenus
, les fentimens bien placés , & fur
le ton de la bonne comédie. :
L'Editeur n'a point trouvé dans les
manufcrits de M. de Merville , une pièce
jouée fous fon nom à la Comédie Italienne
, le 3 Décembre de la même année
en voici le fujet. Elle eft intitulée
les Amans affortis fans le favoir. Deux
amis , dont l'un a un fils & l'autre, une
fille , ont formé la réfolution de marier
enfemble ces jeunes gens , lorfqu'ils au
ront atteint l'âge convenable. Différens
accidens font que ces enfans fe trouvent
perdus. Le hafard les réunit dans le même
lieu ils deviennent amoureux l'un de
l'autre ; & enfin ils font reconnus de leurs
94 MERCURE DE FRANCE .
parens , qui accompliffent le mariage projetté.
Cette pièce n'eut point de fuccès ;
'Auteur la retira à la feconde repréfentation
, & ne la fit point imprimer.
L'année fuivante , 9 Février , il donna
fur le même théâtre les Impromptus de
l'Amour , dont le fuccès le confola de
la chûte des Amans affortis ; & à la
Comédie Françoife , le io Octobre , la
comédie héroïque d'Achille à Scyros , où
les connoiffeurs trouvèrent beaucoup d'ef
prit , des fituations bien imaginées , du
jeu de théâtre , un tragique intéreſſant
joint à un comique décent , & en général
, une affez belle verfification. L'Auteur
rend compte , dans fa préface , de
la nature de ce poëme , qui tient un milieu
entre la tragédie & la comédie , c'eſtà-
dire , qui eft dans le genre tragi- comique.
Le Confentementforce , pièce jouée pour
la première fois , par les Comédiens François
, le 13 Août 1738 , eft , à próprement
parler , le triomphe de M. de Merville.
Cette petite comédie , qui eft reſtée
eut dans fa nouveauté le fuccès le plus
Alatteur.
Elle fut fuivie la même année , 3 I
Octobre, fur le même théâtre , des Epoux
réunis comédie en cinq actes , On y
FEVRIER 1766. 95
trouva , dans le temps , une gradation
d'intérêt bien ménagée , d'où naît le plaifir
de la furprife , qui ne fauroit être étouffé ,
parce que le dénouement a été prévu
d'une manière incertaine & vague. Cette
pièce n'eut cependant pas un grand fuccès
dans fa nouveauté , parce qu'elle fut
donnée pendant le voyage de Fontainebleau
, temps auquel les bons Acteurs
jouent rarement à Paris. Heureuſement
la preffe redreffa les torts du parterre , autant
que les préjugés femés dans le Public
peuvent être réformés.
L'Auteur travailloit indiftinctement
pour les François ou pour les Italiens. II
fit jouer par ces derniers , le 11 Juin 1742 ,
la comédie du Dédit inutile ou les
Vieillards intérelés. Il eft vrai qu'elle
fut refufée au théâtre François ; & c'eſt
encore une des caufes de cette haine
éternelle de M. de Merville contre les
Acteurs principaux de ce fpectacle , auxquels
il n'offrit plus aucune de fes pièces .
11 fe dévoua uniquement à la Comédie
Italienne , & fit paroître deux mois après ,
le 2 Août , les Dieux traveftis , ou l'exil
d'Apollon, Cette petite pièce , en un acte ,
envers , précédée d'un prologue , fut trèsapplaudie
, & n'a cependant été imprimée
pour la première fois , que dans cette
édition.
96 MERCURE DE FRANCE.
Quoique la comédie intitulée , le Roman
, ne paroiffe ici que fous le nom de
M. Guyot de Merville , il eft conſtant
néanmoins que M. Procope y a eu beaucoup
de part. Ce dernier l'avoit composée
en profe il la communiqua à M. de
Merville , qui y fit des changemens dans
l'intrigue & dans l'arrangement des fcènes.
Elle fut repréfentée le 22 Mai 1743 , &
reçue avec affez d'applaudiffement , quoiqu'on
en défapprouvât le dénouement.
L'Apparence trompeufe , donnée l'année
fuivante , le 2 Mars , eft , fans contredit ,
la meilleure pièce que M. de Merville
ait donnée à la Comédie Italienne . Quelques-
uns la préfèrent au Confentement
forcé, fi accueilli au théâtre François . Rien
n'eft plus naturel & plus heureux que
cette petite comédie en un acte. Le dialogue
eft par-tout vif & agréable , &
lé plan bien trace & bien rempli . On en
a condamné le dénouement , qui s'annonce
dé lui- même.
Le 20 Août de la même année , l'Auteur
fitjouer avec fuccès les Talens déplacés,
qui le brouillèrent avec les Italiens . Depuis
cette époque aucune de fes pièces n'a
été repréſentée , ni même imprimée . On
les trouve pour la première fois dans cette
édition ; & nous croyons qu'elles pourroient
FEVRIER 1766. 97
roient être bien reçues du Public , fi les
Comédiens entreprenoient de les mettre
au théâtre. Elles font intitulées , le Jugement
téméraire , les Tracafferies ou le
Mariage fuppofé , le Triomphe de l'Amour
& du Hazard , la Coquette punie. Nous
n'en portons aucun jugement , pour ne
point prévenir celui du parterre , s'il arrive
qu'elles foient repréfentées .
On a joint aux ouvrages de théâtre
de M. Guyot de Merville , quelques pièces
fugitives , qui font l'élite de celles qu'il
a laiffées en mourant , & qui euffent ai
fément formé un volume. On a cru ne
devoir faire ufage que de ce qu'il auroit
publié lui-même , s'il n'eût confulté que
fa réputation . On lui attribue une comédie
jouée au théâtre François en 1739 , fous
le titre du Médecin de l'efprit , & qui
ne fut repréfentée qu'une fois. On le dit
auffi auteur de l'Hiftoire, littéraire de l'Europe
, publiée en 1726 , & d'un Voyage
d'Italie , en deux volumes .
Après avoir parlé des ouvrages qui ont
mérité à M. de Merville une place diftinguée
dans l'hiftoire de notre théâtre , nous
croyons ne pouvoir mieux faire connoître
fon caractère , qu'en terminant cette analyfe
par une lettre d'un Gentilhomme
Suiffe de fes amis , avec qui M. de Mer-
E
98 MERCURE DE FRANCE.
ville a paffé les dernières années de fa vie ;
elle eft écrite d'un ftyle fi intéreffant , que
nous ne nous permettons pas d'y faire de
changement.
93
« M. de Merville , dit l'Auteur de
» cette lettre , vint en Suiffe vers l'an
" 1750 ou 1751 ; le hafard me procura
» fa connoiffance : il me fit une vifite ici
» dans ma campagne : il y revint enfuite
plufieurs fois paffer quelques jours &
quelques femaines. Nos liaifons fe for-
» mèrent infenfiblement. Son efprit , fes
" talens , fon caractère , fes malheurs m'af-
» fectèrent. Je m'apperçus qu'il avoit dans
» l'âme de cuifans chagrins qui l'oceupoient
beaucoup, quoiqu'il en parlât affez
» peu. Sa femme , & une fille qu'il ai-
» moit très-tendrement , en étoient les
ود
"
principaux objets . Il en avoit fait le
» fujet d'une de fes comédies , qu'il ne
» lifoit jamais fans répandre des larmes :
» c'eft , fi je me le rappelle bien , le Confentement
forcé. Sa fortune , fans doute
» dérangée , y contribuoit ; l'interruption
" des fonctions des Cours de juftice de
Paris , lors des derniers troubles , met-
粉
33
" toit obftacle à la perception de fes petites
rentes. Les Comédiens l'avoient
» traversé
pour la repréſentation de plufieurs
pièces de théâtre , & par-là lui
FEVRIER 1766. 99
ور
ور
و د
و د
» avoient êté , fes reffources. Une gou-
» vernante infidelle avoit abufé de fa
» confiance ; & ces revers réunis formoient
» un tout qui ne le mettoit point dans
» une affiette tranquille. Agité & inquiet
» à la fuite de tant de traverſes , il chercha
» à faire diverfion à fon ennui . Il alla
» à Francfort, en Hollande , en Provence ,
» à Lyon ; revint enfin à Genève dans
» le deffein de s'y fixer , & m'écrivit de
» tous ces différens lieux. Il fut , à fon
paffage à Lyon , que M. de Voltaire ,
» qui y étoit en même temps , vencit
» auffi s'établir à Genève. Il s'étoit brouillé
» avec lui au fujet d'une pièce que Rouffeau
» & l'Abbé des Fontaines lui avoient fuggérée
. Il craignit que M. de Voltaire
» n'en eût confervé du reffentiment , &
» que leur commun féjour dans cette
» Ville ne donnât lieu à quelques défagrémens.
Il fe détermina donc à faire
»les avances de la réconciliation , & lui
» envoya dans cette vue , avant fon dé-
» part de Lyon , des vers que le porteur
» ne put lui remettre , parce qu'il le trouva
parti . M. de Merville les lui adreffa
» à Genève : mais cette démarche fut fans
» effet ; & quoique M. de Voltaire ne
» lui eût point répondu , il ne laiffa
deux ou trois jours après fon arrivée
"9
و د
و د
و د
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pas ,
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
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20
"
ود
"
و د
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*
» à Genève , de lui faire une vifite . Il
» en fut reçu poliment , mais froidement .
» De là il vint paffer huit ou dix jours
» chez moi . Quand il fut de retour à
Genève , il mit ordre à fes affaires , fit
» le bilan de fes dettes & de fes meubles :
» l'un compenfoit & acquittoit l'autre . Il
» mit ce bilan fur fa table , fortit de la
», maifon qu'il habitoit , le vendredi 23
» Mai 1755 , n'emporta avec lui qu'une
mauvaiſe capotte , laiffa fes habits , fon
épée & tous les effets pour le paiement
de fes créanciers , écrivit plufieurs let-
» tres ; une , entre autres , à un Magiftrat
» pour l'exécution de fes volontés ; &
il fortit en difant qu'on ne l'attendît
» pas pour le lendemain . Quelques jours
», s'écoulèrent fans qu'il reparût. Son hôte
» en fut furpris. Il m'écrivit pour favoir
» s'il ne feroit pas revenu chez moi. Vers
» ce même temps on trouva un homme
» mort au bord du lac de Genève fur
,, les terres de Savoie . La réunion de ces
» circonftanees fit dire que c'étoit lui ;
» voilà l'origine du bruit qui fe répandit
» que M. de Merville s'étoit noyé . Sur
» ces entrefaites je reçus fa lettre d'adieu .
» Je m'informai de fon fort fans en rien
apprendre de pofitif. Les uns l'ont dit
mort ; d'autres ont affuré qu'il s'étoit
39
و ر
و و
30
»
FEVRIER 1766. ΙΟΙ
» retiré dans un couvent au pays de Gex
» à deux ou trois lieues de Genève. J'ai
ور
ور
appris depuis qu'il étoit mort , & qu'on
» le favoit par M. le Réfident de France ,
» avec qui il avoit été en relation. On a
» vendu fes effets , comme il l'avoit or-
» donné ; & par ce moyen fes dettes ont
» été acquittées. Vous voyez dans toute
fa conduite la candeur , la droiture &
» la probité d'un honnête homme , digne
» affùrément d'être regretté ; & en mon
particulier , j'ai pris une part bien fincère
à fes infortunes. Il avoit fait une
critique des oeuvres de M. de Voltaire ,
» que j'ai parcourue ; un autre ouvrage
qu'il appelloit l'Esprit d'Horace , & un
» troisième intitulé les Veillées de Vénus » .
MERVILLE. A Paris , chez la veuve
DUCHESNE , rue Saint Jacques ,
temple du goût ; 1766 : avec approbation
& privilége du Roi : 3 vol. in- 12 .
C'EST ici la première édition complette
du théâtre de M. Guyot de Merville.
Il ne manque à ce recueil que trois tragédies
, qui n'ont été ni repréſentées ni
imprimées , & qui en effet ne méritoient
point de l'être. On les a trouvées dans
les papiers de l'Auteur après fa mort ,
ainfi que quelques poéfies fugitives que
l'ou n'a pas cru devoir inférer dans la
collection de fon théâtre ; elles ne répondent
ni à fa réputation , ni au mérite
de fes autres ouvrages . Ces trois tragédies
font Achille à Troyes , Manlius Torquatus
, & Sallufte. L'Auteur les compofa
dans fa jeuneffe ; & le refus qu'elles ef
fuyèrent de la part des Comédiens , fut
la première fource des querelles qu'il eut
avec plufieurs Acteurs de la Comédie
Françoife. Ces querelles , toujours trèsFEVRIER
1766: 93
vives de fa part , le dégoûtèrent enfin du
théâtre , & peut-être même de fa patrie ,
qu'il quitta pour fe livrer à fon goût pour
les voyages
.
Michel Guyot de Merville étoit né à
Verfailles , le premier de Février de l'année
1696. Il donna fa première comédie
les Mafcarades amoureufes , au théâtre
Italien , le 4 Août 1736 ; & elle y fut
reçue avec applaudiffement. C'eft la première
pièce dans le goût de Molière , qui
ait paru fur ce théâtre. Elle eft bien conduite
; l'intrigue nous en paroît fimple
& ingénieufe , les caractères vrais & foutenus
, les fentimens bien placés , & fur
le ton de la bonne comédie. :
L'Editeur n'a point trouvé dans les
manufcrits de M. de Merville , une pièce
jouée fous fon nom à la Comédie Italienne
, le 3 Décembre de la même année
en voici le fujet. Elle eft intitulée
les Amans affortis fans le favoir. Deux
amis , dont l'un a un fils & l'autre, une
fille , ont formé la réfolution de marier
enfemble ces jeunes gens , lorfqu'ils au
ront atteint l'âge convenable. Différens
accidens font que ces enfans fe trouvent
perdus. Le hafard les réunit dans le même
lieu ils deviennent amoureux l'un de
l'autre ; & enfin ils font reconnus de leurs
94 MERCURE DE FRANCE .
parens , qui accompliffent le mariage projetté.
Cette pièce n'eut point de fuccès ;
'Auteur la retira à la feconde repréfentation
, & ne la fit point imprimer.
L'année fuivante , 9 Février , il donna
fur le même théâtre les Impromptus de
l'Amour , dont le fuccès le confola de
la chûte des Amans affortis ; & à la
Comédie Françoife , le io Octobre , la
comédie héroïque d'Achille à Scyros , où
les connoiffeurs trouvèrent beaucoup d'ef
prit , des fituations bien imaginées , du
jeu de théâtre , un tragique intéreſſant
joint à un comique décent , & en général
, une affez belle verfification. L'Auteur
rend compte , dans fa préface , de
la nature de ce poëme , qui tient un milieu
entre la tragédie & la comédie , c'eſtà-
dire , qui eft dans le genre tragi- comique.
Le Confentementforce , pièce jouée pour
la première fois , par les Comédiens François
, le 13 Août 1738 , eft , à próprement
parler , le triomphe de M. de Merville.
Cette petite comédie , qui eft reſtée
eut dans fa nouveauté le fuccès le plus
Alatteur.
Elle fut fuivie la même année , 3 I
Octobre, fur le même théâtre , des Epoux
réunis comédie en cinq actes , On y
FEVRIER 1766. 95
trouva , dans le temps , une gradation
d'intérêt bien ménagée , d'où naît le plaifir
de la furprife , qui ne fauroit être étouffé ,
parce que le dénouement a été prévu
d'une manière incertaine & vague. Cette
pièce n'eut cependant pas un grand fuccès
dans fa nouveauté , parce qu'elle fut
donnée pendant le voyage de Fontainebleau
, temps auquel les bons Acteurs
jouent rarement à Paris. Heureuſement
la preffe redreffa les torts du parterre , autant
que les préjugés femés dans le Public
peuvent être réformés.
L'Auteur travailloit indiftinctement
pour les François ou pour les Italiens. II
fit jouer par ces derniers , le 11 Juin 1742 ,
la comédie du Dédit inutile ou les
Vieillards intérelés. Il eft vrai qu'elle
fut refufée au théâtre François ; & c'eſt
encore une des caufes de cette haine
éternelle de M. de Merville contre les
Acteurs principaux de ce fpectacle , auxquels
il n'offrit plus aucune de fes pièces .
11 fe dévoua uniquement à la Comédie
Italienne , & fit paroître deux mois après ,
le 2 Août , les Dieux traveftis , ou l'exil
d'Apollon, Cette petite pièce , en un acte ,
envers , précédée d'un prologue , fut trèsapplaudie
, & n'a cependant été imprimée
pour la première fois , que dans cette
édition.
96 MERCURE DE FRANCE.
Quoique la comédie intitulée , le Roman
, ne paroiffe ici que fous le nom de
M. Guyot de Merville , il eft conſtant
néanmoins que M. Procope y a eu beaucoup
de part. Ce dernier l'avoit composée
en profe il la communiqua à M. de
Merville , qui y fit des changemens dans
l'intrigue & dans l'arrangement des fcènes.
Elle fut repréfentée le 22 Mai 1743 , &
reçue avec affez d'applaudiffement , quoiqu'on
en défapprouvât le dénouement.
L'Apparence trompeufe , donnée l'année
fuivante , le 2 Mars , eft , fans contredit ,
la meilleure pièce que M. de Merville
ait donnée à la Comédie Italienne . Quelques-
uns la préfèrent au Confentement
forcé, fi accueilli au théâtre François . Rien
n'eft plus naturel & plus heureux que
cette petite comédie en un acte. Le dialogue
eft par-tout vif & agréable , &
lé plan bien trace & bien rempli . On en
a condamné le dénouement , qui s'annonce
dé lui- même.
Le 20 Août de la même année , l'Auteur
fitjouer avec fuccès les Talens déplacés,
qui le brouillèrent avec les Italiens . Depuis
cette époque aucune de fes pièces n'a
été repréſentée , ni même imprimée . On
les trouve pour la première fois dans cette
édition ; & nous croyons qu'elles pourroient
FEVRIER 1766. 97
roient être bien reçues du Public , fi les
Comédiens entreprenoient de les mettre
au théâtre. Elles font intitulées , le Jugement
téméraire , les Tracafferies ou le
Mariage fuppofé , le Triomphe de l'Amour
& du Hazard , la Coquette punie. Nous
n'en portons aucun jugement , pour ne
point prévenir celui du parterre , s'il arrive
qu'elles foient repréfentées .
On a joint aux ouvrages de théâtre
de M. Guyot de Merville , quelques pièces
fugitives , qui font l'élite de celles qu'il
a laiffées en mourant , & qui euffent ai
fément formé un volume. On a cru ne
devoir faire ufage que de ce qu'il auroit
publié lui-même , s'il n'eût confulté que
fa réputation . On lui attribue une comédie
jouée au théâtre François en 1739 , fous
le titre du Médecin de l'efprit , & qui
ne fut repréfentée qu'une fois. On le dit
auffi auteur de l'Hiftoire, littéraire de l'Europe
, publiée en 1726 , & d'un Voyage
d'Italie , en deux volumes .
Après avoir parlé des ouvrages qui ont
mérité à M. de Merville une place diftinguée
dans l'hiftoire de notre théâtre , nous
croyons ne pouvoir mieux faire connoître
fon caractère , qu'en terminant cette analyfe
par une lettre d'un Gentilhomme
Suiffe de fes amis , avec qui M. de Mer-
E
98 MERCURE DE FRANCE.
ville a paffé les dernières années de fa vie ;
elle eft écrite d'un ftyle fi intéreffant , que
nous ne nous permettons pas d'y faire de
changement.
93
« M. de Merville , dit l'Auteur de
» cette lettre , vint en Suiffe vers l'an
" 1750 ou 1751 ; le hafard me procura
» fa connoiffance : il me fit une vifite ici
» dans ma campagne : il y revint enfuite
plufieurs fois paffer quelques jours &
quelques femaines. Nos liaifons fe for-
» mèrent infenfiblement. Son efprit , fes
" talens , fon caractère , fes malheurs m'af-
» fectèrent. Je m'apperçus qu'il avoit dans
» l'âme de cuifans chagrins qui l'oceupoient
beaucoup, quoiqu'il en parlât affez
» peu. Sa femme , & une fille qu'il ai-
» moit très-tendrement , en étoient les
ود
"
principaux objets . Il en avoit fait le
» fujet d'une de fes comédies , qu'il ne
» lifoit jamais fans répandre des larmes :
» c'eft , fi je me le rappelle bien , le Confentement
forcé. Sa fortune , fans doute
» dérangée , y contribuoit ; l'interruption
" des fonctions des Cours de juftice de
Paris , lors des derniers troubles , met-
粉
33
" toit obftacle à la perception de fes petites
rentes. Les Comédiens l'avoient
» traversé
pour la repréſentation de plufieurs
pièces de théâtre , & par-là lui
FEVRIER 1766. 99
ور
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» avoient êté , fes reffources. Une gou-
» vernante infidelle avoit abufé de fa
» confiance ; & ces revers réunis formoient
» un tout qui ne le mettoit point dans
» une affiette tranquille. Agité & inquiet
» à la fuite de tant de traverſes , il chercha
» à faire diverfion à fon ennui . Il alla
» à Francfort, en Hollande , en Provence ,
» à Lyon ; revint enfin à Genève dans
» le deffein de s'y fixer , & m'écrivit de
» tous ces différens lieux. Il fut , à fon
paffage à Lyon , que M. de Voltaire ,
» qui y étoit en même temps , vencit
» auffi s'établir à Genève. Il s'étoit brouillé
» avec lui au fujet d'une pièce que Rouffeau
» & l'Abbé des Fontaines lui avoient fuggérée
. Il craignit que M. de Voltaire
» n'en eût confervé du reffentiment , &
» que leur commun féjour dans cette
» Ville ne donnât lieu à quelques défagrémens.
Il fe détermina donc à faire
»les avances de la réconciliation , & lui
» envoya dans cette vue , avant fon dé-
» part de Lyon , des vers que le porteur
» ne put lui remettre , parce qu'il le trouva
parti . M. de Merville les lui adreffa
» à Genève : mais cette démarche fut fans
» effet ; & quoique M. de Voltaire ne
» lui eût point répondu , il ne laiffa
deux ou trois jours après fon arrivée
"9
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» à Genève , de lui faire une vifite . Il
» en fut reçu poliment , mais froidement .
» De là il vint paffer huit ou dix jours
» chez moi . Quand il fut de retour à
Genève , il mit ordre à fes affaires , fit
» le bilan de fes dettes & de fes meubles :
» l'un compenfoit & acquittoit l'autre . Il
» mit ce bilan fur fa table , fortit de la
», maifon qu'il habitoit , le vendredi 23
» Mai 1755 , n'emporta avec lui qu'une
mauvaiſe capotte , laiffa fes habits , fon
épée & tous les effets pour le paiement
de fes créanciers , écrivit plufieurs let-
» tres ; une , entre autres , à un Magiftrat
» pour l'exécution de fes volontés ; &
il fortit en difant qu'on ne l'attendît
» pas pour le lendemain . Quelques jours
», s'écoulèrent fans qu'il reparût. Son hôte
» en fut furpris. Il m'écrivit pour favoir
» s'il ne feroit pas revenu chez moi. Vers
» ce même temps on trouva un homme
» mort au bord du lac de Genève fur
,, les terres de Savoie . La réunion de ces
» circonftanees fit dire que c'étoit lui ;
» voilà l'origine du bruit qui fe répandit
» que M. de Merville s'étoit noyé . Sur
» ces entrefaites je reçus fa lettre d'adieu .
» Je m'informai de fon fort fans en rien
apprendre de pofitif. Les uns l'ont dit
mort ; d'autres ont affuré qu'il s'étoit
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» retiré dans un couvent au pays de Gex
» à deux ou trois lieues de Genève. J'ai
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appris depuis qu'il étoit mort , & qu'on
» le favoit par M. le Réfident de France ,
» avec qui il avoit été en relation. On a
» vendu fes effets , comme il l'avoit or-
» donné ; & par ce moyen fes dettes ont
» été acquittées. Vous voyez dans toute
fa conduite la candeur , la droiture &
» la probité d'un honnête homme , digne
» affùrément d'être regretté ; & en mon
particulier , j'ai pris une part bien fincère
à fes infortunes. Il avoit fait une
critique des oeuvres de M. de Voltaire ,
» que j'ai parcourue ; un autre ouvrage
qu'il appelloit l'Esprit d'Horace , & un
» troisième intitulé les Veillées de Vénus » .
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Résumé : OEUVRES de Théâtre de M. GUYOT DE MERVILLE. A Paris, chez la veuve DUCHESNE, rue Saint Jacques, au temple du goût ; 1766 : avec approbation & privilége du Roi : 3 vol. in-12.
Michel Guyot de Merville, né à Versailles en 1696, est un auteur dramatique dont les œuvres théâtrales ont été publiées en 1766 à Paris. Cette édition comprend la majorité de ses pièces, à l'exception de trois tragédies non représentées ni imprimées : 'Achille à Troyes', 'Manlius Torquatus' et 'Salluste'. Ces œuvres, écrites durant sa jeunesse, ont suscité des conflits avec des acteurs de la Comédie Française, poussant Merville à abandonner le théâtre et à quitter la France pour voyager. Merville a débuté sa carrière théâtrale en 1736 avec 'Les Mascarades amoureuses', saluée pour son style moliéresque. Suivirent 'Les Amans affrontés sans le savoir', retirée après une seule représentation, et 'Les Impromptus de l'Amour', qui connurent un succès modéré. La même année, il présenta 'Achille à Scyros', une tragédie comique bien accueillie. En 1738, 'Le Consentement forcé' fut un triomphe, suivi de 'Les Époux réunis', appréciée par la presse malgré un accueil mitigé lors de sa première représentation. Merville a également écrit pour le théâtre Italien, avec des pièces comme 'Le Dédit inutile' et 'Les Dieux travestis'. Sa collaboration avec Procope sur 'Le Roman' et 'L'Apparence trompeuse' fut notable, cette dernière étant particulièrement bien reçue. Cependant, 'Les Talens déplacés' en 1744 provoqua une rupture avec les acteurs italiens, mettant fin à ses représentations et publications jusqu'à l'édition de 1766. Parmi ses autres œuvres, on trouve plusieurs comédies telles que 'Le Jugement téméraire', 'Les Tracafferies ou le Mariage supposé', 'Le Triomphe de l'Amour & du Hazard', et 'La Coquette punie'. Il a également écrit 'Le Médecin de l'esprit', joué une seule fois au théâtre Français en 1739, ainsi que 'L'Histoire littéraire de l'Europe' publiée en 1726 et un 'Voyage d'Italie' en deux volumes. Merville a rencontré un gentilhomme suisse vers 1750 ou 1751, renforçant leur amitié au fil des visites. Il a été marqué par des chagrins personnels et des difficultés financières. Il a voyagé en Europe, rencontrant Voltaire à Lyon, avec qui il eut une querelle littéraire. Après avoir réglé ses affaires et ses dettes à Genève, Merville disparut mystérieusement. Des rumeurs parlèrent de sa mort par noyade, mais il est possible qu'il se soit retiré dans un couvent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11660
p. 69-70
PREMIERE IDYLLE.
Début :
Vois-tu, Daphnis, comme le soleil dore déja le sommet des montagnes ? Entends-tu [...]
Mots clefs :
Daphnis, Bonheur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PREMIERE IDYLLE.
PREMIERE IDYLLE.
VOIS-TU,Daphnis, comme le foleil dore
déja le fommet des montagnes ? Entends
tu les oifeaux qui annoncent fon lever
par leurs chants ? Viens, il eft temps ;
allons à la cabane du vieux Philémon :
j'appris hier que fon fils étoit dans la
douleur. Le pauvre Milon ! ce n'eft pas
fans fujet : Philémon refufe de lui don
ner pour époufe la jeune Chloé cette
aimable bergère qu'il aime plus que fa
vie. Il mourra s'il ne l'obtient pas ; un
70 MERCURE DE FRANCE.
vil intérêt met obftacle à leur bonheur;
comme fi le bonheur étoit attaché aux
richeffes mais je le toucherai peut être,
car je lui dirai : Philemon , voyez votre
fils ; il périt comme une jeune plante
defféchée par l'ardeur brûlante de la ca
nicule. I périt n'aurez-vous point pitié
de lui ? Si ce vieillard eft infenfible à
ma plainte , je lui dirai : prenez dans
mon troupeau deux de mes plus belles
géniffes , je les donne à Chloé ; je réfervois
la plus graffe pour en faire un facrifice ;
mais le plus beau préfent qu'on puiffe
faire à la divinité , eft de rendre heureux
fes femblables.
O Daphnis! Philémon écoute ma
prière & accepte mon offre , que je ferai
›
prière
heureux ! Je rendrai la vie à Milon à
Chloé ils me devront leur bonheur ;
Chloé reprendra fa fraîcheur , fa beauté:
elle regarderaMilon avec attendriffement ,
elle ne prendra par la main , elle me
fourira , ils fe jetteront dans mes bras
leurs larmes me remercieront. O Daphnis¸
quel homme fera plus heureux que moi !
Je verrai ces tendres époux fe courronner
de fleurs , danfer à l'ombre des coudriers.
Je les verrai..... O Daphnis ! ne ferai-je
pas bien dédommagé de la pertedemes
génifles ?
VOIS-TU,Daphnis, comme le foleil dore
déja le fommet des montagnes ? Entends
tu les oifeaux qui annoncent fon lever
par leurs chants ? Viens, il eft temps ;
allons à la cabane du vieux Philémon :
j'appris hier que fon fils étoit dans la
douleur. Le pauvre Milon ! ce n'eft pas
fans fujet : Philémon refufe de lui don
ner pour époufe la jeune Chloé cette
aimable bergère qu'il aime plus que fa
vie. Il mourra s'il ne l'obtient pas ; un
70 MERCURE DE FRANCE.
vil intérêt met obftacle à leur bonheur;
comme fi le bonheur étoit attaché aux
richeffes mais je le toucherai peut être,
car je lui dirai : Philemon , voyez votre
fils ; il périt comme une jeune plante
defféchée par l'ardeur brûlante de la ca
nicule. I périt n'aurez-vous point pitié
de lui ? Si ce vieillard eft infenfible à
ma plainte , je lui dirai : prenez dans
mon troupeau deux de mes plus belles
géniffes , je les donne à Chloé ; je réfervois
la plus graffe pour en faire un facrifice ;
mais le plus beau préfent qu'on puiffe
faire à la divinité , eft de rendre heureux
fes femblables.
O Daphnis! Philémon écoute ma
prière & accepte mon offre , que je ferai
›
prière
heureux ! Je rendrai la vie à Milon à
Chloé ils me devront leur bonheur ;
Chloé reprendra fa fraîcheur , fa beauté:
elle regarderaMilon avec attendriffement ,
elle ne prendra par la main , elle me
fourira , ils fe jetteront dans mes bras
leurs larmes me remercieront. O Daphnis¸
quel homme fera plus heureux que moi !
Je verrai ces tendres époux fe courronner
de fleurs , danfer à l'ombre des coudriers.
Je les verrai..... O Daphnis ! ne ferai-je
pas bien dédommagé de la pertedemes
génifles ?
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11661
p. 71-72
SECONDE IDYLLE.
Début :
Nous ne vivons qu'un instant ; nous n'avons qu'un moment pour jouir ; heureux [...]
Mots clefs :
Coeur, Moment, Bonheur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECONDE IDYLLE.
SECONDE IDYLL E.
Nous ne vivons qu'un inftant ; nous
n'avons qu'un moment pour jouir ; heu
reux celui qui peut dire , j'ai vécu ! Cette
onde quis'échappe & qui fuit , ce nuage
qui n'eft jamais un moment àla même
place , ces feuilles que le moindre vent
agite , & qui n'ont qu'un printemps , tout
m'annonce que chaque chofe a fa révo
lution , & qu'il faut que tout finife :
moi même j'aurai une fin; que devien
drai-je , lorfqu'en apparence je ne ferai
plus ? .... Ainfi raifonnoit Amintas , &
dans l'agitation de fes penfées , il parloit
affez haut pour être entendu ; lorfque
Ménalque , caché derrière un faule , l'in
terrompit. Amintas , lui dit-il , à quoi
te fert d'entretenir dans ton efprit des
idées fombres & triftes ? Que te ferviroit
il de favoir ce que nous ferons un jour?
Tâchons, ômon ami! d'être bienfaifans ,
juftes , honnêtes & compatiffans , & laif
fons à la Divinité le foin de difpofer de
nous.
Mais l'homme n'eft pas fait pour vi
vre feul , ainfi l'a voulu la nature. O fi
jamais j'étois affez heureux pour trouver
une compagne fuivant mon cœur , rien
2 MERCURE DE FRANCE.
ne manqueroit à ma félicité. Sans ceffe
occupé d'elle , je fentirois que mon bon
heur croît avec le fien : elle m'aideroit
auffi à faire celui de tout ce qui m'en
vironne ; alors je ferois heureux du bon
heur de tous je fentirois doubler mon
être. Bientôt, recevant dans mes bras les
gages de fon amour, je promettrois à la
face du Ciel , d'adoucir par tous les
foins fuggérés par la bienfaifance & par
l'amour paternel , les maux attachés à la
condition de l'enfant que je mouillerai
de mes larmes.
C'eft ainfique , paffant tranquillement
mes jours , loin des foucis cuifans , des
peines cruelles qui dévorent les malheu
reux mortels , j'attends fans inquiétude
la fin de mon exiftence. Lorfque le
terme en fera venu , j'oferai dire : ô toi
qui me donnas un cœur fenfible , Étre
bienfaifant, je te falue ! c'eft le plusbeau
préfent que tu aies pu me faire , je t'en
remercie ; il m'a appris à fentir qu'il
n'y avoit rien de bon que toi , rien de
bon que ce que tu avois ordonné; en te
contemplant, je ne ferai que réaliſet le
fublime modèle de perfection que mon
imagination avoit gravé dans mon cœur.
Nous ne vivons qu'un inftant ; nous
n'avons qu'un moment pour jouir ; heu
reux celui qui peut dire , j'ai vécu ! Cette
onde quis'échappe & qui fuit , ce nuage
qui n'eft jamais un moment àla même
place , ces feuilles que le moindre vent
agite , & qui n'ont qu'un printemps , tout
m'annonce que chaque chofe a fa révo
lution , & qu'il faut que tout finife :
moi même j'aurai une fin; que devien
drai-je , lorfqu'en apparence je ne ferai
plus ? .... Ainfi raifonnoit Amintas , &
dans l'agitation de fes penfées , il parloit
affez haut pour être entendu ; lorfque
Ménalque , caché derrière un faule , l'in
terrompit. Amintas , lui dit-il , à quoi
te fert d'entretenir dans ton efprit des
idées fombres & triftes ? Que te ferviroit
il de favoir ce que nous ferons un jour?
Tâchons, ômon ami! d'être bienfaifans ,
juftes , honnêtes & compatiffans , & laif
fons à la Divinité le foin de difpofer de
nous.
Mais l'homme n'eft pas fait pour vi
vre feul , ainfi l'a voulu la nature. O fi
jamais j'étois affez heureux pour trouver
une compagne fuivant mon cœur , rien
2 MERCURE DE FRANCE.
ne manqueroit à ma félicité. Sans ceffe
occupé d'elle , je fentirois que mon bon
heur croît avec le fien : elle m'aideroit
auffi à faire celui de tout ce qui m'en
vironne ; alors je ferois heureux du bon
heur de tous je fentirois doubler mon
être. Bientôt, recevant dans mes bras les
gages de fon amour, je promettrois à la
face du Ciel , d'adoucir par tous les
foins fuggérés par la bienfaifance & par
l'amour paternel , les maux attachés à la
condition de l'enfant que je mouillerai
de mes larmes.
C'eft ainfique , paffant tranquillement
mes jours , loin des foucis cuifans , des
peines cruelles qui dévorent les malheu
reux mortels , j'attends fans inquiétude
la fin de mon exiftence. Lorfque le
terme en fera venu , j'oferai dire : ô toi
qui me donnas un cœur fenfible , Étre
bienfaifant, je te falue ! c'eft le plusbeau
préfent que tu aies pu me faire , je t'en
remercie ; il m'a appris à fentir qu'il
n'y avoit rien de bon que toi , rien de
bon que ce que tu avois ordonné; en te
contemplant, je ne ferai que réaliſet le
fublime modèle de perfection que mon
imagination avoit gravé dans mon cœur.
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11662
p. 164
« Le portrait de M. de Voltaire a été si bien reçu du Public que cela a engagé un [...] »
Début :
Le portrait de M. de Voltaire a été si bien reçu du Public que cela a engagé un [...]
Mots clefs :
Portrait, M. de Voltaire, M. Rousseau
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texteReconnaissance textuelle : « Le portrait de M. de Voltaire a été si bien reçu du Public que cela a engagé un [...] »
Le portrait de M. de Voltaire a été li
bien reçu du Public que cela a engagé un
Artifte , qui avoit defiiné depuis peu celui
de M. Rouffeau, à le mettre au jour , en
le faifant graver pour pendant de celui de
M. de Voltaire. On le trouvera , comme
l'autre , chez Auvray , Doreur , rue Saint
Jacques , vis - à - vis Saint Yves , & il ſe
vendra le même prix , 3 liv . en feuille .
bien reçu du Public que cela a engagé un
Artifte , qui avoit defiiné depuis peu celui
de M. Rouffeau, à le mettre au jour , en
le faifant graver pour pendant de celui de
M. de Voltaire. On le trouvera , comme
l'autre , chez Auvray , Doreur , rue Saint
Jacques , vis - à - vis Saint Yves , & il ſe
vendra le même prix , 3 liv . en feuille .
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11663
p. 170-171
« Le Portrait de M. Jean-Jacques Rousseau, dessiné à Neuf-Châtel en 1765, gravé [...] »
Début :
Le Portrait de M. Jean-Jacques Rousseau, dessiné à Neuf-Châtel en 1765, gravé [...]
Mots clefs :
Portrait
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texteReconnaissance textuelle : « Le Portrait de M. Jean-Jacques Rousseau, dessiné à Neuf-Châtel en 1765, gravé [...] »
Le Portrait de M. Jean-Jacques Rouffeau ,
deffiné à Neuf- Châtel en 1765 , gravé par
AVRIL 1766. 171
J. B. Michel , fe vend à Paris , chez Auvray
, rue Saint Jacques , vis-à- vis Saint
Yves. Cette eftampe , de bonne main , eſt
de même format que celle de M. de Voltaire
, annoncée dans le premier volume de
Janvier, & nous paroît avoir de quoi plaireaux
connoiffeurs autant que la première
deffiné à Neuf- Châtel en 1765 , gravé par
AVRIL 1766. 171
J. B. Michel , fe vend à Paris , chez Auvray
, rue Saint Jacques , vis-à- vis Saint
Yves. Cette eftampe , de bonne main , eſt
de même format que celle de M. de Voltaire
, annoncée dans le premier volume de
Janvier, & nous paroît avoir de quoi plaireaux
connoiffeurs autant que la première
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11664
p. 46-51
POEME CHAMPETRE.
Début :
Qu'un autre se plaise à demeurer dans les villes, qu'il en aime le bruit incommode, [...]
Mots clefs :
Nature, Chant, Coeur, Soleil, Fatigue, Joie
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texteReconnaissance textuelle : POEME CHAMPETRE.
POEME CHAMPETRE.
Q
U'UNautrefeplaiſe à demeurer dans
les villes, qu'il en aime le bruit incom
mode, l'air empefté, le féjour mal-ſain,
qu'il contemple avecenthouſiaſme les édi
fices qui les décorent, les jardins où un
art bifarre étouffe la nature ; pour moi je
préfère la campagne : c'eſt-là où je jouis
d'unfpectaclemagnifique & toujoursnou
veau. Je meplais à errer dans les bois &
AVRIL 1766.
47
fur les montagnes. L'airpur que j'yrefpire
répand dans mon fangle baume de la vie,
porte dans mon âme la tranquillité & la
paix.
Quel'hommeferoit heureux , fi tout ce
quil'environne ne lui avoit pas faitperdre
le goûtdes chofes fimples ! mais en cher
chant fans ceffe le bonheur loin de lui , il
pourfuit fa chimère jufqu'au tombeau : le
vil intérêt, l'ambition funefte , lafoifavide
des richeffes le tourmentant fans ceffe , il
nepeutjouirdelui-même que, lorſqu'ayant
le courage de renoncer à tout ce qui
féduit fes femblables , il ne cherche plus
que dans lui-même la récompenſe des
facrifices qu'il a faits à la vertu.
Loin de ces vices, loin de la foule des
hommes que je plains, mais que je ne
méprife ni nehais , qu'il eft doux de vivre
enpaix dans lerecueillementdefoi-même!
Quel eft le malheureuxauquel le fpectacle
raviffant de la nature ne caufeplus d'émo
tion ! quipeut voir fans raviffement l'ordre
admirable qui règne dans l'univers ! quel
eft le cœur flétri qui ne s'ouvre plus aux
charmes de la bienfaifance , qui peut voir
fouffrir , gémir fon frère fans en être
attendri ?
Soit que je franchiffe les monts efcar
pés , foit que j'erre à l'ombre des forêts
48 MERCURE DE FRANCE.
fur la mouffedouce & fraîche, mon eſprit
s'occupe de tes ouvrages & de tes dons.
Être bienfaifant ! tant que je refpirerai
jamais le Soleil ne fe levera fans que je
chante une hymne à ton honneur.
Venez, ômes amis ! partager mon bon
heur; venezadmirer avec moi les beautés
fimples & mâlesde la nature. Quelquefois
couché fur l'herbe je contemple le magni
fique fpectacle du Soleil couchant : frappé
de l'effet merveilleux de fes rayons réflé
chis dans un nuage d'une forme pittoreſ
que, à peineapperçois-je la jeune Bergère,
dont le vifage modefte peint l'innocence,
qui paffe à côté de moi en conduifantfon
troupeau.
Tous les matins, lorfque le Soleil vient
vivifier la nature, éveillé par la fraîcheur
del'air & par le chant du roffignol , j'ou
:
vre mes yeux àla lumière & mon âme au
plaifir je vais cultiver mes légumes fa
voureux & l'œillet odoriférant ; je leur
donne tous mes foins, & tous les jours je
jouis de ce que j'ai fais pour eux la veille.
Quelquefois , bravant l'ardeur de la
canicule , je vais partager les travaux des
moiffonneurs fatigués ; je mêle ma voix à
leurs chans ruftiques; nous faifons fuir au
loin le liévre timide & la perdrix aux
pieds d'écarlate : & , lorfque la chaleur
invite
AVRIL 1766.
49
invite toute la nature à prendre du repos,
affis tous enfemble fous un poirier fau
vage dont une fource pure arrofe les raci
nes, jepartage avec eux leur frugal repas ;
je les laiffe enchantés & furpris de voir
renaître les douceurs de l'égalité.
Lorfque la lune répand fur l'horifon
fa lumière argentée , je vais trouver mon
bon & honnête voifin qui fe repofe des
fatigues de la journée fous un noyer qui
couvre fa cabane de fon ombrage ; fon
cœur naïf & fimple verfe avec confiance
dans mon fein fes chagrins & fa joie ; je
le foulage, non pas avec des paroles ftéri
les , mais par les foins officieux & tendres
:
A
de l'amitié il me raconte l'hiftoire de fa
jeuneffe , les dangers qu'il a courus à la
guerre lorfque le plus aimé des Rois força,
par fes vertus , la fortune à être jufte. Pen
dant fon récit fes enfans jouant à côté de
nous à des jeux folâtres, convenables à
leurs âges, badinent innocemment jufqu'à
ce que l'amour vienne leur faire fentir fes
peines & fes plaifirs.
Si le foleil , s'élevant fur nos têtes , fait
defirer l'ombrage , alors affis fur le pen
chant d'une colline dans un berceau de
noifettiers d'où je découvre un horifon
immenfe, jem'égaie avec HoraceouChau
lieu,jem'inftruis en m'amufant avec Vol
Vol. II.
C
१० MERCURE DE FRANCE.
taire , oubien jepuife des leçons fublimes
devertu& debienfaifancedanslesouvrages
de nos plus fublimes Auteurs. Mon ima
gination remplie des tableaux touchans &
pathétiquesdela vertu qu'ilsontpeinteavec
ce courage & cette force d'efprit qui leur
fontpropres, échauffe monâme & l'élève,
&moncœur oppreffé peut à peine fuffire
aux fenfations délicieufes qu'il éprouve.
Quand le vent brûlant du mois d'Août
amûri le raifin, le vendangeur empreſſé &
yvre de joie fe hâte d'aller recueillir le
fruit de fes fueurs. Onvoit avant le lever
de l'aurore des jeunes garçons& des jeunes
filles qui annoncent par leurs chanſons le
plaifir qu'ils fe promettent pendant lajour
née. Le foleil paroît , il abat la rofée : la
:
troupe joyeuſe , la ferpette à la main
remplit fes paniers d'un fruit délicieux
qu'elle verfe dans de grandes cuves : le
cultivateur, étonné de l'abondance, pleure
de joie & bénit la Providence, Enfin le
plus beau jour finit ; les filles, la tête
couverte de chapeaux de paille garnis de
pampre, s'empreffent de faire cent efpié
gleries à leurs amans qui les tiennent par
la main la première efplanade de gafon
qui fe préfente les invite à danfer, malgré
les fatigues de la journée ; je prends ma
flute , & j'anime par mes fons la vivacité
AVRIL 1766.
de leurs pas, rendus plus vifs encorepar le
defir mutuel de plaire.
Vous me verrez occupé à donner à l'ar
briffeau fléxible une forme agréable ; je
vois naître fous mes yeux les fruitsde mon
travail. Tandis que le riche blafé fait venir
à grands frais des productions bifarres &
forcées, j'obtiens, prefque fanspeine , des.
chofes que la nature me donne avec pro
digalité, parce que je ne cherche pas à les
lui arracher. Tous les jours je demande au
génie qui préfida à ma naiffance de me.
fournir les occafions de faire du bien ; il
m'exaucefouvent, quoiquejefois pauvre;
& le jour où j'ai pu être utile eft gravé
dans mon cœur pour m'avertir de tâcher
de faire encore mieux demain.
Q
U'UNautrefeplaiſe à demeurer dans
les villes, qu'il en aime le bruit incom
mode, l'air empefté, le féjour mal-ſain,
qu'il contemple avecenthouſiaſme les édi
fices qui les décorent, les jardins où un
art bifarre étouffe la nature ; pour moi je
préfère la campagne : c'eſt-là où je jouis
d'unfpectaclemagnifique & toujoursnou
veau. Je meplais à errer dans les bois &
AVRIL 1766.
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fur les montagnes. L'airpur que j'yrefpire
répand dans mon fangle baume de la vie,
porte dans mon âme la tranquillité & la
paix.
Quel'hommeferoit heureux , fi tout ce
quil'environne ne lui avoit pas faitperdre
le goûtdes chofes fimples ! mais en cher
chant fans ceffe le bonheur loin de lui , il
pourfuit fa chimère jufqu'au tombeau : le
vil intérêt, l'ambition funefte , lafoifavide
des richeffes le tourmentant fans ceffe , il
nepeutjouirdelui-même que, lorſqu'ayant
le courage de renoncer à tout ce qui
féduit fes femblables , il ne cherche plus
que dans lui-même la récompenſe des
facrifices qu'il a faits à la vertu.
Loin de ces vices, loin de la foule des
hommes que je plains, mais que je ne
méprife ni nehais , qu'il eft doux de vivre
enpaix dans lerecueillementdefoi-même!
Quel eft le malheureuxauquel le fpectacle
raviffant de la nature ne caufeplus d'émo
tion ! quipeut voir fans raviffement l'ordre
admirable qui règne dans l'univers ! quel
eft le cœur flétri qui ne s'ouvre plus aux
charmes de la bienfaifance , qui peut voir
fouffrir , gémir fon frère fans en être
attendri ?
Soit que je franchiffe les monts efcar
pés , foit que j'erre à l'ombre des forêts
48 MERCURE DE FRANCE.
fur la mouffedouce & fraîche, mon eſprit
s'occupe de tes ouvrages & de tes dons.
Être bienfaifant ! tant que je refpirerai
jamais le Soleil ne fe levera fans que je
chante une hymne à ton honneur.
Venez, ômes amis ! partager mon bon
heur; venezadmirer avec moi les beautés
fimples & mâlesde la nature. Quelquefois
couché fur l'herbe je contemple le magni
fique fpectacle du Soleil couchant : frappé
de l'effet merveilleux de fes rayons réflé
chis dans un nuage d'une forme pittoreſ
que, à peineapperçois-je la jeune Bergère,
dont le vifage modefte peint l'innocence,
qui paffe à côté de moi en conduifantfon
troupeau.
Tous les matins, lorfque le Soleil vient
vivifier la nature, éveillé par la fraîcheur
del'air & par le chant du roffignol , j'ou
:
vre mes yeux àla lumière & mon âme au
plaifir je vais cultiver mes légumes fa
voureux & l'œillet odoriférant ; je leur
donne tous mes foins, & tous les jours je
jouis de ce que j'ai fais pour eux la veille.
Quelquefois , bravant l'ardeur de la
canicule , je vais partager les travaux des
moiffonneurs fatigués ; je mêle ma voix à
leurs chans ruftiques; nous faifons fuir au
loin le liévre timide & la perdrix aux
pieds d'écarlate : & , lorfque la chaleur
invite
AVRIL 1766.
49
invite toute la nature à prendre du repos,
affis tous enfemble fous un poirier fau
vage dont une fource pure arrofe les raci
nes, jepartage avec eux leur frugal repas ;
je les laiffe enchantés & furpris de voir
renaître les douceurs de l'égalité.
Lorfque la lune répand fur l'horifon
fa lumière argentée , je vais trouver mon
bon & honnête voifin qui fe repofe des
fatigues de la journée fous un noyer qui
couvre fa cabane de fon ombrage ; fon
cœur naïf & fimple verfe avec confiance
dans mon fein fes chagrins & fa joie ; je
le foulage, non pas avec des paroles ftéri
les , mais par les foins officieux & tendres
:
A
de l'amitié il me raconte l'hiftoire de fa
jeuneffe , les dangers qu'il a courus à la
guerre lorfque le plus aimé des Rois força,
par fes vertus , la fortune à être jufte. Pen
dant fon récit fes enfans jouant à côté de
nous à des jeux folâtres, convenables à
leurs âges, badinent innocemment jufqu'à
ce que l'amour vienne leur faire fentir fes
peines & fes plaifirs.
Si le foleil , s'élevant fur nos têtes , fait
defirer l'ombrage , alors affis fur le pen
chant d'une colline dans un berceau de
noifettiers d'où je découvre un horifon
immenfe, jem'égaie avec HoraceouChau
lieu,jem'inftruis en m'amufant avec Vol
Vol. II.
C
१० MERCURE DE FRANCE.
taire , oubien jepuife des leçons fublimes
devertu& debienfaifancedanslesouvrages
de nos plus fublimes Auteurs. Mon ima
gination remplie des tableaux touchans &
pathétiquesdela vertu qu'ilsontpeinteavec
ce courage & cette force d'efprit qui leur
fontpropres, échauffe monâme & l'élève,
&moncœur oppreffé peut à peine fuffire
aux fenfations délicieufes qu'il éprouve.
Quand le vent brûlant du mois d'Août
amûri le raifin, le vendangeur empreſſé &
yvre de joie fe hâte d'aller recueillir le
fruit de fes fueurs. Onvoit avant le lever
de l'aurore des jeunes garçons& des jeunes
filles qui annoncent par leurs chanſons le
plaifir qu'ils fe promettent pendant lajour
née. Le foleil paroît , il abat la rofée : la
:
troupe joyeuſe , la ferpette à la main
remplit fes paniers d'un fruit délicieux
qu'elle verfe dans de grandes cuves : le
cultivateur, étonné de l'abondance, pleure
de joie & bénit la Providence, Enfin le
plus beau jour finit ; les filles, la tête
couverte de chapeaux de paille garnis de
pampre, s'empreffent de faire cent efpié
gleries à leurs amans qui les tiennent par
la main la première efplanade de gafon
qui fe préfente les invite à danfer, malgré
les fatigues de la journée ; je prends ma
flute , & j'anime par mes fons la vivacité
AVRIL 1766.
de leurs pas, rendus plus vifs encorepar le
defir mutuel de plaire.
Vous me verrez occupé à donner à l'ar
briffeau fléxible une forme agréable ; je
vois naître fous mes yeux les fruitsde mon
travail. Tandis que le riche blafé fait venir
à grands frais des productions bifarres &
forcées, j'obtiens, prefque fanspeine , des.
chofes que la nature me donne avec pro
digalité, parce que je ne cherche pas à les
lui arracher. Tous les jours je demande au
génie qui préfida à ma naiffance de me.
fournir les occafions de faire du bien ; il
m'exaucefouvent, quoiquejefois pauvre;
& le jour où j'ai pu être utile eft gravé
dans mon cœur pour m'avertir de tâcher
de faire encore mieux demain.
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11665
p. 135
« LA Religion Chrétienne prouvée par un seul fait, ou Dissertation où l'on démontre [...] »
Début :
LA Religion Chrétienne prouvée par un seul fait, ou Dissertation où l'on démontre [...]
Mots clefs :
Religion chrétienne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LA Religion Chrétienne prouvée par un seul fait, ou Dissertation où l'on démontre [...] »
LA Religion Chrétienne prouvée par
un feul fait , ou Differtation où l'on démontre
que des Catholiques à qui Hunneric
, Roi des Vendales , fit couper la langue ,
parlèrent miraculeufement le refte de leur
vie ; & où l'on déduit les conféquences
de ce miracle contre les Ariens , les Sociniens
& les Déiftes , & en particulier contre
l'Auteur d'Emile , en répondant à leurs
principales difficultés . A Paris , chez Barbou,
rue & vis-à-vis de la grille des Mathurins
, & à Villefranche - de- Rouergue , chez
Pierre Videlhié , Imprimeur ; 1766 : avec
approbation & privilége du Roi ; in 12.
Le titre de cet ouvrage fera fentir de
quelle importance peut être un pareil écrit ,
& l'impreffion qu'il doit faire fur l'efprit
des lecteurs. Le miracle dont il eft ici
queftion eft appuyé de toutes les preuves
qu'il a été poffible de raffembler ; & il eft
difficile de fe refufer aux témoignages des
plus graves hiftoriens.
un feul fait , ou Differtation où l'on démontre
que des Catholiques à qui Hunneric
, Roi des Vendales , fit couper la langue ,
parlèrent miraculeufement le refte de leur
vie ; & où l'on déduit les conféquences
de ce miracle contre les Ariens , les Sociniens
& les Déiftes , & en particulier contre
l'Auteur d'Emile , en répondant à leurs
principales difficultés . A Paris , chez Barbou,
rue & vis-à-vis de la grille des Mathurins
, & à Villefranche - de- Rouergue , chez
Pierre Videlhié , Imprimeur ; 1766 : avec
approbation & privilége du Roi ; in 12.
Le titre de cet ouvrage fera fentir de
quelle importance peut être un pareil écrit ,
& l'impreffion qu'il doit faire fur l'efprit
des lecteurs. Le miracle dont il eft ici
queftion eft appuyé de toutes les preuves
qu'il a été poffible de raffembler ; & il eft
difficile de fe refufer aux témoignages des
plus graves hiftoriens.
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Résumé : « LA Religion Chrétienne prouvée par un seul fait, ou Dissertation où l'on démontre [...] »
L'ouvrage 'La Religion Chrétienne prouvée par un seul fait', publié en 1766, relate un miracle où des catholiques persécutés par Hunneric, roi des Vandales, conservèrent miraculeusement leur capacité à parler après avoir eu la langue coupée. L'auteur utilise ce miracle pour réfuter les Ariens, Sociniens et Déistes, et répondre aux objections de l'auteur d'Émile. Le livre compile des preuves et témoignages d'historiens sérieux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11666
p. 181-182
AUTRES GRAVURES.
Début :
L'APPROCHE du Camp, & les Soldats en repos, estampes très-bien gravées d'après [...]
Mots clefs :
Gravures
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRES GRAVURES.
AUTRES GRAVURES.
L'APPROCHE du Camp , & les Soldats
en repos , eſtampes très- bien gravées d'après
Dietricy , par C. le Vaffeur ; fe trouvent
chez l'Auteur , rue des Mathurins
vis-à- vis celle des Maçons.
>
LE Bacha en promenade promenade , d'après P.
Metay & gravée par l'Empereur ; ainfi
que le Petit Napolitain de M. Greuze
gravé par F. P. Ingout , fe vendent chez
L'Empereur , Graveur du Roi , rue & porte
Saint Jacques , au- deffus du petit Marché,
LE Public eft averti que le portrait de
M. de Voltaire & celui de M. Rouſſeau
182 MERCURE DE FRANCE .
de Genève qui fert de pendant au premier
, gravés tous les deux par M. Michel ,
d'après les deffeins qui font dans le cabinet
de M. le Marquis de Villette , font
préfentement entre les mains de M. Duret ,
Graveur , rue du Fouare , qui , pour en
procurer plus facilement l'acquifition , a
réduit le prix de ces deux portraits à 15
fols pièce , qui , auparavant fe vendoient
chacun 3 livres.
L'APPROCHE du Camp , & les Soldats
en repos , eſtampes très- bien gravées d'après
Dietricy , par C. le Vaffeur ; fe trouvent
chez l'Auteur , rue des Mathurins
vis-à- vis celle des Maçons.
>
LE Bacha en promenade promenade , d'après P.
Metay & gravée par l'Empereur ; ainfi
que le Petit Napolitain de M. Greuze
gravé par F. P. Ingout , fe vendent chez
L'Empereur , Graveur du Roi , rue & porte
Saint Jacques , au- deffus du petit Marché,
LE Public eft averti que le portrait de
M. de Voltaire & celui de M. Rouſſeau
182 MERCURE DE FRANCE .
de Genève qui fert de pendant au premier
, gravés tous les deux par M. Michel ,
d'après les deffeins qui font dans le cabinet
de M. le Marquis de Villette , font
préfentement entre les mains de M. Duret ,
Graveur , rue du Fouare , qui , pour en
procurer plus facilement l'acquifition , a
réduit le prix de ces deux portraits à 15
fols pièce , qui , auparavant fe vendoient
chacun 3 livres.
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Résumé : AUTRES GRAVURES.
Le texte décrit plusieurs gravures à vendre. 'L'APPROCHE du Camp' par C. le Vaffeur est disponible chez l'auteur, rue des Mathurins. 'LE Bacha en promenade' et 'le Petit Napolitain' sont vendus chez l'Empereur, rue Saint-Jacques. Les portraits de Voltaire et Rousseau, gravés par M. Michel, sont chez M. Duret, rue du Four, à 15 sols chacun.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11667
p. 5-10
LETTRE à Madame DE B..... sur la Dissimulation.
Début :
Nous ne nous entendons pas, Madame, & nous sommes cependant d'accord. Vous [...]
Mots clefs :
Vertus, Dissimulation, Prudence, Vérité, Coeur, Société
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à Madame DE B..... sur la Dissimulation.
LETTRE à Madame DE B.....fur la
Diffimulation.
2 Août 1766.
Nous nenousentendonspas, Madame,
&nousfommes cependantd'accord. Vous
voulez qu'on ne foit pas toujours obligé
de dire fa penfée, & moi je prétends
que l'on ne doit jamais altérer la vérité:
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
encore un coup ! nous avons raiſon l'un
& l'autre. Il ne s'agit entre nous que
de
bannir la diffimulation du commerce de
la fociété , & c'eft ce que nous faifons
tous les deux ; vous , en vous taifant par
difcrétion ou par prudence; & moi enne
parlant, fi je parle , que conformément à
la vérité.
Neconfondez point, Madame, la dif
crétion & la circonfpection avec la diffi
mulation, & nous n'aurons plus de diffi
culté fur l'idée jufte qu'il faut avoir de
celle-ci. La diffimulation eft un vice du
cœur & de l'efprit , qui a quelque chofe
de bas & d'indigne d'une belle âme : la
difcrétion , au contraire , & la circonf
pection , font des vertus, dont il eft glo
rieux à un honnête homme de faire pro
feffion. Celle-là eft une fage retenue dans
nos difcours, qui nous fait taire ce que
nous ne devons pas dire , & qui ne con
fifte pas feulement à ne rien dire , mais
auffi à ne rien laiffer voir ni dans notre
ton ni dans nos manières qui puiffe trahir
notre fecret. Celle-ci a lieu principale
ment dans le difcours , conféquemment
aux circonftances préfentes & acciden
telles , pour ne parler qu'à propos & ne
rien laiffer échapper qui puiffe nuire ou
déplaire : elle eft l'effet d'une prudence
OCTOBRE 1766. ༡
qui ne rifque rien. Perfonne n'eft dif
penfé de pratiquer ces deux vertus , fi
capables de concourir au bien général de
la fociété & à la tranquillité de chaque
particulier. Mais nulle raifon légitime ne
peut excufer l'ufage de la diffimulation,
parce qu'il n'y a aucune circonftance où
il foit permis de feindre pour tromper
quelqu'un. L'âme fe déshonore , difoit le
fage Empereur Marc-Aurele , lorfqu'elle
ufe dediffimulation , & que dansfesparoles
oudansfes actions , elle emploie lafeinte
ou le menfonge. Lá morale chrétienne eſt
plus délicate encore fur cet article , &
vous en avez une preuve bien expreffe
dans l'épître deS. PaulauxGalates.Vousy
avez lu, Madame, queS. Pierrecroyoitde
voir diffimuler avec les Juifs , en paroif
fant fe féparer des Gentils , & cet Apôtre,
ainfi que S. Barnabé qui l'imitoit , avoit
certainement une bonne intention ; mais
S. Paul le reprit & lui réfifta en face ,
parce, dit-il , qu'il étoit repréhenfible; &
les Pères remarquent que S. Pierre l'étoit
en effet.
Il y a toujours plus ou moins de fauf
feté dans la diffimulation , & cela fuffit
pour qu'un honnête homme s'en interdiſe
l'ufage , même dans les cas indifférens.
C'eft en vain qu'on la décore quelque
A iv
MERCURE DE FRANCE.
fois du nom de politique, elle n'en eft
ni moins vicieufe , ni plus refpectable.
D'ailleurs , ce nom lui eft toujours mal
adapté; car la vraie politique , dont le
but eft d'entretenir parmi les hommes la
fûreté, la tranquillité , & l'honnêteté des
mœurs, bien loin de feindre ou d'em
ployer larufe, n'agit jamais, au contraire,
que felon les regles de la bonne foi , de
la probité & les lumières d'une raifon
épurée. S'il eft queftion de la fauffe poli
tique, alors toute diffimulation qui lui
reflemble , mérite le même mépris & la
même indignation.
Appellerez-vous politique cette fauf
feté de caractere qui déguife fans celle
un cœur, qui lui fait arborer à tout inf
tant des fentimens qu'il n'a pas, qui ha
bille fa perfidie , fes noirceurs , & fes
menfonges perpétuels , des couleurs de
la vérité , de l'amitié , de l'eftime & de la
confiance?Teile eft cependant, Madame,
cettepolitique, dont ladiffimulationprend
le nom & les titres pour réuffir plus aifé
mentà tromper lafociété. Ce quife paffe
tous les jours fous vos yeux', à la Cour, à
la ville , & dans les différens états de la
vie, vousprouvebien fenfiblement à quel
point une âme diffimulée eft dangereufe,
& combien le vice de la diffimulation
OCTOBRE 1766.
nourrit d'autres vices dans le cœur qu'
pofféde.
Mais , dira- t-on encore, la diffimu
lation ne peut- elle pas être regardée
quelquefois comme une prudence , &
en avoir en effet les principes & tous les
traits ? Non, Madame. Er pourquoi ?
Parce que la prudence eft une vertu , &
que les vertus ne nous apprennent point
ànous tromper nous- mêmes, ni à trom
per les autres. On eft prudent quand on
évite ce qui peut nuire , & qu'on ne fait
que ce que l'on doit faire felon les loix
divines & humaines. Or, on peut aifé
ment, fans feindre ni en impofer à per
fonne , fuivre le bien & s'éloigner du
mal.
Quandvousne dites pas toujours votre
penſée , c'eſt fans doute un effet , ou de
votre prudence, ou de votre circonfpec
tion , & vous êtes très-louable ; cela ne
;
s'appelle pas diffimuler , mais avoir de la
retenue & de lafageffe. Si je dis que l'on
ne doit jamais parler que felon fa pen
fée , ou ne jamais altérer la vérité, je
n'entends pas que l'on doive toujours dire
ce que l'on penfe ; ce feroit être indif
cret ou imprudent je crois feulement
qu'il faut dans la fociété , ou fe taire
quand on ne veut pas dire fa penſée, ou
Av
#
10 MERCURE DE FRANCE.
ne parler que pour la direàpropos. Voilà,
ce mefemble, le moyen d'être prudent ,
difcret & circonfpect , fans être diffimulé.
Avec vous , Madame , je fuis dans
l'heureufe & douce,habitude de parler
felon mon cœur, & vous êtes bien per
fuadée que je vous dis exactement ce
que je penfe , lorfque je vous affure que
perfonne au monde ne vous eft attaché
avec un refpect plus fincère & plus tendre
que le mien, &c.
DUP... R. B.
Diffimulation.
2 Août 1766.
Nous nenousentendonspas, Madame,
&nousfommes cependantd'accord. Vous
voulez qu'on ne foit pas toujours obligé
de dire fa penfée, & moi je prétends
que l'on ne doit jamais altérer la vérité:
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
encore un coup ! nous avons raiſon l'un
& l'autre. Il ne s'agit entre nous que
de
bannir la diffimulation du commerce de
la fociété , & c'eft ce que nous faifons
tous les deux ; vous , en vous taifant par
difcrétion ou par prudence; & moi enne
parlant, fi je parle , que conformément à
la vérité.
Neconfondez point, Madame, la dif
crétion & la circonfpection avec la diffi
mulation, & nous n'aurons plus de diffi
culté fur l'idée jufte qu'il faut avoir de
celle-ci. La diffimulation eft un vice du
cœur & de l'efprit , qui a quelque chofe
de bas & d'indigne d'une belle âme : la
difcrétion , au contraire , & la circonf
pection , font des vertus, dont il eft glo
rieux à un honnête homme de faire pro
feffion. Celle-là eft une fage retenue dans
nos difcours, qui nous fait taire ce que
nous ne devons pas dire , & qui ne con
fifte pas feulement à ne rien dire , mais
auffi à ne rien laiffer voir ni dans notre
ton ni dans nos manières qui puiffe trahir
notre fecret. Celle-ci a lieu principale
ment dans le difcours , conféquemment
aux circonftances préfentes & acciden
telles , pour ne parler qu'à propos & ne
rien laiffer échapper qui puiffe nuire ou
déplaire : elle eft l'effet d'une prudence
OCTOBRE 1766. ༡
qui ne rifque rien. Perfonne n'eft dif
penfé de pratiquer ces deux vertus , fi
capables de concourir au bien général de
la fociété & à la tranquillité de chaque
particulier. Mais nulle raifon légitime ne
peut excufer l'ufage de la diffimulation,
parce qu'il n'y a aucune circonftance où
il foit permis de feindre pour tromper
quelqu'un. L'âme fe déshonore , difoit le
fage Empereur Marc-Aurele , lorfqu'elle
ufe dediffimulation , & que dansfesparoles
oudansfes actions , elle emploie lafeinte
ou le menfonge. Lá morale chrétienne eſt
plus délicate encore fur cet article , &
vous en avez une preuve bien expreffe
dans l'épître deS. PaulauxGalates.Vousy
avez lu, Madame, queS. Pierrecroyoitde
voir diffimuler avec les Juifs , en paroif
fant fe féparer des Gentils , & cet Apôtre,
ainfi que S. Barnabé qui l'imitoit , avoit
certainement une bonne intention ; mais
S. Paul le reprit & lui réfifta en face ,
parce, dit-il , qu'il étoit repréhenfible; &
les Pères remarquent que S. Pierre l'étoit
en effet.
Il y a toujours plus ou moins de fauf
feté dans la diffimulation , & cela fuffit
pour qu'un honnête homme s'en interdiſe
l'ufage , même dans les cas indifférens.
C'eft en vain qu'on la décore quelque
A iv
MERCURE DE FRANCE.
fois du nom de politique, elle n'en eft
ni moins vicieufe , ni plus refpectable.
D'ailleurs , ce nom lui eft toujours mal
adapté; car la vraie politique , dont le
but eft d'entretenir parmi les hommes la
fûreté, la tranquillité , & l'honnêteté des
mœurs, bien loin de feindre ou d'em
ployer larufe, n'agit jamais, au contraire,
que felon les regles de la bonne foi , de
la probité & les lumières d'une raifon
épurée. S'il eft queftion de la fauffe poli
tique, alors toute diffimulation qui lui
reflemble , mérite le même mépris & la
même indignation.
Appellerez-vous politique cette fauf
feté de caractere qui déguife fans celle
un cœur, qui lui fait arborer à tout inf
tant des fentimens qu'il n'a pas, qui ha
bille fa perfidie , fes noirceurs , & fes
menfonges perpétuels , des couleurs de
la vérité , de l'amitié , de l'eftime & de la
confiance?Teile eft cependant, Madame,
cettepolitique, dont ladiffimulationprend
le nom & les titres pour réuffir plus aifé
mentà tromper lafociété. Ce quife paffe
tous les jours fous vos yeux', à la Cour, à
la ville , & dans les différens états de la
vie, vousprouvebien fenfiblement à quel
point une âme diffimulée eft dangereufe,
& combien le vice de la diffimulation
OCTOBRE 1766.
nourrit d'autres vices dans le cœur qu'
pofféde.
Mais , dira- t-on encore, la diffimu
lation ne peut- elle pas être regardée
quelquefois comme une prudence , &
en avoir en effet les principes & tous les
traits ? Non, Madame. Er pourquoi ?
Parce que la prudence eft une vertu , &
que les vertus ne nous apprennent point
ànous tromper nous- mêmes, ni à trom
per les autres. On eft prudent quand on
évite ce qui peut nuire , & qu'on ne fait
que ce que l'on doit faire felon les loix
divines & humaines. Or, on peut aifé
ment, fans feindre ni en impofer à per
fonne , fuivre le bien & s'éloigner du
mal.
Quandvousne dites pas toujours votre
penſée , c'eſt fans doute un effet , ou de
votre prudence, ou de votre circonfpec
tion , & vous êtes très-louable ; cela ne
;
s'appelle pas diffimuler , mais avoir de la
retenue & de lafageffe. Si je dis que l'on
ne doit jamais parler que felon fa pen
fée , ou ne jamais altérer la vérité, je
n'entends pas que l'on doive toujours dire
ce que l'on penfe ; ce feroit être indif
cret ou imprudent je crois feulement
qu'il faut dans la fociété , ou fe taire
quand on ne veut pas dire fa penſée, ou
Av
#
10 MERCURE DE FRANCE.
ne parler que pour la direàpropos. Voilà,
ce mefemble, le moyen d'être prudent ,
difcret & circonfpect , fans être diffimulé.
Avec vous , Madame , je fuis dans
l'heureufe & douce,habitude de parler
felon mon cœur, & vous êtes bien per
fuadée que je vous dis exactement ce
que je penfe , lorfque je vous affure que
perfonne au monde ne vous eft attaché
avec un refpect plus fincère & plus tendre
que le mien, &c.
DUP... R. B.
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11668
p. 90-95
TRAITÉ général des Elémens du Chant, dédié à Mgr le DAUPHIN ; par M. l'Abbé LA CASSAGNE ; avec cette épigraphe : Principiis cognitis, multò facilius extrema intelliguntur ; in-8o, de 190 pages très-bien gravées, & d'une très-riche exécution : 1766 , avec approbation & privilège du Roi.
Début :
Le goût du siècle, dit M. la Cassagne, dans un prospectus qui se distribue [...]
Mots clefs :
Chant, Leçons, Musique, Méthode
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRAITÉ général des Elémens du Chant, dédié à Mgr le DAUPHIN ; par M. l'Abbé LA CASSAGNE ; avec cette épigraphe : Principiis cognitis, multò facilius extrema intelliguntur ; in-8o, de 190 pages très-bien gravées, & d'une très-riche exécution : 1766 , avec approbation & privilège du Roi.
TRAITÉ général des Elémens du Chant ,
dédié à Mgr le DAUPHIN; par M. l'Abbé
LA CASSAGNE ; avec cette épigraphe :
Principiis cognitis , multò facilius extrema
intelliguntur ; in- 8 ° , de 190
pages très-bien gravées , & d'une trèsriche
exécution : 1766 ; avec approbation
& privilége du Roi.
LE goût du fiècle , dit M. la Caſſagne¸
dans un profpectus qui fe diftribue
féparément , eft de vouloir acquerir les
fciences fans beaucoup de travail ; & , pour
en donner une connoiffance aiſée , il n'y
a point de matière fur laquelle on ne multiplie
tous les jours différens ouvrages.
Mais y en a-t- il eu jufqu'à préfent fur la
mufique , qui ait atteint ce but ? La plû -
part de ceux qui font des méthodes , ou
ne s'écartent pas affez de la route ordinaire,
ou font trop fyftématiques. Puiffé -je , dans
celle que j'ofe mettre au jour fous les plus
heureux aufpices , avoir évité ces deux
écueils , & mériter l'approbation du public,.
en facilitant les progrès dans un art enfant
du génie & père de nos plaifirs !
DECEMBRE 1766. 91
Avant que de publier cet ouvrage on a
cru devoir confulter les connoiffeurs . Les
remarques qu'ils y ont faites & les fuffrages
dont ils l'ont honoré , font autant de
préjugés favorables pour l'auteur & de
fürs garans pour le public. L'Académie
Royale des Sciences elle - même a bien
voulu s'en occuper , & en a porté un jugement
avantageux , dont l'extrait fe trouve
à la fuite du livre.
Cette nouvelle méthode embraffe d'abord
les articles les plus relatifs au fujet
que l'on traite , tels
tels que la l'igamme
,
dentité des octaves , les clefs , &c. On y
voit enfuite une récapitulation , par demandes
& par réponfes , de ces mêmes articles
les plus effentiels que les commençans doivent
retenir. Les exemples toujours à côté
du précepte , & placés dans l'ordre le plus
méthodique , en facilitent fi bien l'intelligence
, que toute perfonne qui fair
combiner & réfléchir , peut inftruire les
enfans avant qu'il foit néceffaire d'appeller
un maître. Les leçons de chant font de
deux fortes : les premières , comme les plus
aifées , & auxquelles on a ajouté de petits
accompagnemens , fervent d'introduction
aux fecondes. L'article des variations qui
précéde les unes & les autres , accoutume
infenfiblement à fe donner à foi-même des
02 MERCURE DE FRANCE.
à
leçons fur tous les tons , fur toutes les clefs
& fur toutes les mefures. En un mot , on
verra dans tout le cours de l'ouvrage , dit
l'auteur , que je n'ai cherché qu'à mettre la
méthode ordinaire à la portée de tout le
monde. Si les perfonnes , trop prévenues par
l'habitude , vouloient contredire ou défapprouver
les articles trop nouveaux pour
elles , je les prie d'en prendre connoiffance
& d'obferver fur- tout qu'on n'a fait ,
cet égard , que renouveller en partie les
idées de réforme qu'ont déja propofées
MM. Rameau & Rouſſeau ( 1 ) . Celui- ci ,
plus hardi que le premier , détruifoit toute
la forme du noté pour en fubftituer une
plus fimple au moyen de chiffres , mais
moins praticable pour les muficiens du
fiècle ( 2 ) . L'autre , plus modéré , ne ſimplifioit
pas affez nos ufages ni même fes
idées . J'ai tâché , dans ces circonstances ,
de démontrer , par des preuves inconteftables
, la néceffité d'un jufte milieu en fuivant
toujours les routes déja connues.
( 1 ) Voyez auffi MM . de Monteclair dans fa
Méthode , & la Combe dans le Spectacle des beaux
Arts.
( z ) Differtation fur la Mufique , préfentée par
M. Rouffeau de Genève , à l'Académie Royale
des Sciences en 1742 , imprimée à Paris , chez
Quillau , rue Galande , avec une approbation de
cette Académie , qui fait beaucoup d'honneur à
l'Auteur.
DECEMBRE 1766. 93
Le premier objet de la réforme dont il
s'agit , eft la réduction des mefures , afin de
faire lire plus promptement la mufique .
Le fecond objet auquel je puis avoir le
plus de part réduit les trois clefs en une
feule : il en eft de même de leurs différentes
pofitions . Cette règle , bien obfervée
par tous les compofiteurs , abrégeroit
infiniment la longue & pénible étude de
la mufique . Cette fcience n'eft déja que
trop difficile par elle-même : les fecours
des maîtres ne fuffifent pas ordinairement
pour la bien apprendre , il faut encore
trouver des moyens fimples dans l'objet
même qui nous occupe , pour applanir tant
de difficultés radicales. C'eft à quoi j'ai
borné mes foins en compofant cet ouvrage ,
Mais on doit fe fouvenir que les principes
que j'établis font particulièrement destinés
pour apprendre la mufique telle qu'on l'a
toujours écrite.
Parmi les autres nouveautés de cette
méthode , il y a plufieurs articles qui contiennent
des réflexions , des obfervations ,
des définitions & quelques objections fuivies
de leurs réponfes , dont la lecture peut
faire plaifir à ceux même qui ne veulent
que lire. Il y aura de plus un abrégé trèsfuccint
des premiers principes de l'accompagnement.
94 MERCURE DE FRANCE .
noire avec
On a cru que le public ne feroit pas
fâché d'y trouver auffi une page
des lignes blanches qu'on peut remplir de
leçons de mufique au moyen d'un crayon
blanc. Cette facilité de pouvoir effacer à
mefure qu'on en a befoin , amufe en inftruifant.
Enfin , l'impoffibilité de trouver un
maître à la campagne , & fur- tout dans
certaines provinces , m'a fait naître l'idée
de deux moyens pour pouvoir apprendre
la mufique fans autres fecours que la
bonne volonté & qu'un peu d'intelligence.
Le premier confifte dans un inftrument
toujours d'accord , exécuté par M. Richard,
facteur d'orgue au vieux Louvre à Paris.
Les intonations fur tous les tons y feront
marquées on les trouvera en mettant le
doigt fur les touches qui les expriment.
Le fecond moyen eft un balancier qui fert
à fixer la jufteffe de la mefure pour chaque
mouvement plus ou moins lent , plus ou
moins précipité. Ceux qui voudront en faire
ufage , s'adrefferont à l'habile Méchanicien
que j'indique : il en conftruira à un prix
raifonnable ; & il donnera une inſtruction
par écrit , pour pouvoir s'en fervir avec
fuccès.
Quant au prix de ma méthode , il eſt
beaucoup au- deffous de celui des gravures.
DECEMBRE 1766. 95
Comme je n'ai point été guidé par un
motif d'intérêt , la cherté des paroles bien
gravées ne m'a point arrêté ; & j'ai voulu ,
quoi qu'il m'en pût coûter , qu'on trouvât
fans renvois l'exemple & le précepte fous
le même point de vue. En choiſiſſant le
format d'un grand in- 8 ° , mon deffein a
été de rendre mon livre & plus commode
& plus portatif.
Le prix de cette Méthode eft de 11 liv.
brochée & 12 liv. reliée . Ce n'eft point
trop cher , car , comme nous l'avons dit ,
elle eft très-bien gravée & d'une parfaite
exécution . On en trouvera à Paris , chez
la veuve Duchesne , Libraire , rue Saint
Jacques , au temple du Goût, & aux adreffes
ordinaires de mufique. Il y en aura auffi
à Verſailles , chez Fournier , aux galeries
du château ; & chez l'auteur , à Paris , à
l'ancien Collège de Juftice , rue de la
Harpe , dans le pavillon fur le jardin , visà-
vis de M. Foulliere , Maître de Penfion,
dédié à Mgr le DAUPHIN; par M. l'Abbé
LA CASSAGNE ; avec cette épigraphe :
Principiis cognitis , multò facilius extrema
intelliguntur ; in- 8 ° , de 190
pages très-bien gravées , & d'une trèsriche
exécution : 1766 ; avec approbation
& privilége du Roi.
LE goût du fiècle , dit M. la Caſſagne¸
dans un profpectus qui fe diftribue
féparément , eft de vouloir acquerir les
fciences fans beaucoup de travail ; & , pour
en donner une connoiffance aiſée , il n'y
a point de matière fur laquelle on ne multiplie
tous les jours différens ouvrages.
Mais y en a-t- il eu jufqu'à préfent fur la
mufique , qui ait atteint ce but ? La plû -
part de ceux qui font des méthodes , ou
ne s'écartent pas affez de la route ordinaire,
ou font trop fyftématiques. Puiffé -je , dans
celle que j'ofe mettre au jour fous les plus
heureux aufpices , avoir évité ces deux
écueils , & mériter l'approbation du public,.
en facilitant les progrès dans un art enfant
du génie & père de nos plaifirs !
DECEMBRE 1766. 91
Avant que de publier cet ouvrage on a
cru devoir confulter les connoiffeurs . Les
remarques qu'ils y ont faites & les fuffrages
dont ils l'ont honoré , font autant de
préjugés favorables pour l'auteur & de
fürs garans pour le public. L'Académie
Royale des Sciences elle - même a bien
voulu s'en occuper , & en a porté un jugement
avantageux , dont l'extrait fe trouve
à la fuite du livre.
Cette nouvelle méthode embraffe d'abord
les articles les plus relatifs au fujet
que l'on traite , tels
tels que la l'igamme
,
dentité des octaves , les clefs , &c. On y
voit enfuite une récapitulation , par demandes
& par réponfes , de ces mêmes articles
les plus effentiels que les commençans doivent
retenir. Les exemples toujours à côté
du précepte , & placés dans l'ordre le plus
méthodique , en facilitent fi bien l'intelligence
, que toute perfonne qui fair
combiner & réfléchir , peut inftruire les
enfans avant qu'il foit néceffaire d'appeller
un maître. Les leçons de chant font de
deux fortes : les premières , comme les plus
aifées , & auxquelles on a ajouté de petits
accompagnemens , fervent d'introduction
aux fecondes. L'article des variations qui
précéde les unes & les autres , accoutume
infenfiblement à fe donner à foi-même des
02 MERCURE DE FRANCE.
à
leçons fur tous les tons , fur toutes les clefs
& fur toutes les mefures. En un mot , on
verra dans tout le cours de l'ouvrage , dit
l'auteur , que je n'ai cherché qu'à mettre la
méthode ordinaire à la portée de tout le
monde. Si les perfonnes , trop prévenues par
l'habitude , vouloient contredire ou défapprouver
les articles trop nouveaux pour
elles , je les prie d'en prendre connoiffance
& d'obferver fur- tout qu'on n'a fait ,
cet égard , que renouveller en partie les
idées de réforme qu'ont déja propofées
MM. Rameau & Rouſſeau ( 1 ) . Celui- ci ,
plus hardi que le premier , détruifoit toute
la forme du noté pour en fubftituer une
plus fimple au moyen de chiffres , mais
moins praticable pour les muficiens du
fiècle ( 2 ) . L'autre , plus modéré , ne ſimplifioit
pas affez nos ufages ni même fes
idées . J'ai tâché , dans ces circonstances ,
de démontrer , par des preuves inconteftables
, la néceffité d'un jufte milieu en fuivant
toujours les routes déja connues.
( 1 ) Voyez auffi MM . de Monteclair dans fa
Méthode , & la Combe dans le Spectacle des beaux
Arts.
( z ) Differtation fur la Mufique , préfentée par
M. Rouffeau de Genève , à l'Académie Royale
des Sciences en 1742 , imprimée à Paris , chez
Quillau , rue Galande , avec une approbation de
cette Académie , qui fait beaucoup d'honneur à
l'Auteur.
DECEMBRE 1766. 93
Le premier objet de la réforme dont il
s'agit , eft la réduction des mefures , afin de
faire lire plus promptement la mufique .
Le fecond objet auquel je puis avoir le
plus de part réduit les trois clefs en une
feule : il en eft de même de leurs différentes
pofitions . Cette règle , bien obfervée
par tous les compofiteurs , abrégeroit
infiniment la longue & pénible étude de
la mufique . Cette fcience n'eft déja que
trop difficile par elle-même : les fecours
des maîtres ne fuffifent pas ordinairement
pour la bien apprendre , il faut encore
trouver des moyens fimples dans l'objet
même qui nous occupe , pour applanir tant
de difficultés radicales. C'eft à quoi j'ai
borné mes foins en compofant cet ouvrage ,
Mais on doit fe fouvenir que les principes
que j'établis font particulièrement destinés
pour apprendre la mufique telle qu'on l'a
toujours écrite.
Parmi les autres nouveautés de cette
méthode , il y a plufieurs articles qui contiennent
des réflexions , des obfervations ,
des définitions & quelques objections fuivies
de leurs réponfes , dont la lecture peut
faire plaifir à ceux même qui ne veulent
que lire. Il y aura de plus un abrégé trèsfuccint
des premiers principes de l'accompagnement.
94 MERCURE DE FRANCE .
noire avec
On a cru que le public ne feroit pas
fâché d'y trouver auffi une page
des lignes blanches qu'on peut remplir de
leçons de mufique au moyen d'un crayon
blanc. Cette facilité de pouvoir effacer à
mefure qu'on en a befoin , amufe en inftruifant.
Enfin , l'impoffibilité de trouver un
maître à la campagne , & fur- tout dans
certaines provinces , m'a fait naître l'idée
de deux moyens pour pouvoir apprendre
la mufique fans autres fecours que la
bonne volonté & qu'un peu d'intelligence.
Le premier confifte dans un inftrument
toujours d'accord , exécuté par M. Richard,
facteur d'orgue au vieux Louvre à Paris.
Les intonations fur tous les tons y feront
marquées on les trouvera en mettant le
doigt fur les touches qui les expriment.
Le fecond moyen eft un balancier qui fert
à fixer la jufteffe de la mefure pour chaque
mouvement plus ou moins lent , plus ou
moins précipité. Ceux qui voudront en faire
ufage , s'adrefferont à l'habile Méchanicien
que j'indique : il en conftruira à un prix
raifonnable ; & il donnera une inſtruction
par écrit , pour pouvoir s'en fervir avec
fuccès.
Quant au prix de ma méthode , il eſt
beaucoup au- deffous de celui des gravures.
DECEMBRE 1766. 95
Comme je n'ai point été guidé par un
motif d'intérêt , la cherté des paroles bien
gravées ne m'a point arrêté ; & j'ai voulu ,
quoi qu'il m'en pût coûter , qu'on trouvât
fans renvois l'exemple & le précepte fous
le même point de vue. En choiſiſſant le
format d'un grand in- 8 ° , mon deffein a
été de rendre mon livre & plus commode
& plus portatif.
Le prix de cette Méthode eft de 11 liv.
brochée & 12 liv. reliée . Ce n'eft point
trop cher , car , comme nous l'avons dit ,
elle eft très-bien gravée & d'une parfaite
exécution . On en trouvera à Paris , chez
la veuve Duchesne , Libraire , rue Saint
Jacques , au temple du Goût, & aux adreffes
ordinaires de mufique. Il y en aura auffi
à Verſailles , chez Fournier , aux galeries
du château ; & chez l'auteur , à Paris , à
l'ancien Collège de Juftice , rue de la
Harpe , dans le pavillon fur le jardin , visà-
vis de M. Foulliere , Maître de Penfion,
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Résumé : TRAITÉ général des Elémens du Chant, dédié à Mgr le DAUPHIN ; par M. l'Abbé LA CASSAGNE ; avec cette épigraphe : Principiis cognitis, multò facilius extrema intelliguntur ; in-8o, de 190 pages très-bien gravées, & d'une très-riche exécution : 1766 , avec approbation & privilège du Roi.
L'Abbé La Cassagne publie en 1766 le 'Traité général des Éléments du Chant', dédié au Dauphin. Ce traité répond à une demande accrue de méthodes d'apprentissage musical accessibles et critique les approches existantes, jugées soit trop simples, soit trop complexes. La Cassagne propose une méthode équilibrée qui commence par des notions fondamentales telles que la gamme et les clefs, illustrées par des questions-réponses et des exemples pratiques. Les leçons de chant sont structurées en deux parties, incluant des exercices progressifs et des variations pour différents tons, clefs et mesures. Inspirée par Rameau et Rousseau, cette méthode vise à simplifier l'apprentissage en réduisant les mesures et en unifiant les clefs. Le traité comprend également des réflexions, des observations, des définitions et un abrégé des principes d'accompagnement. Pour ceux n'ayant pas accès à un maître, notamment en campagne, La Cassagne suggère d'utiliser un instrument toujours accordé et un balancier pour assurer la justesse des mesures. Il recommande de contacter un mécanicien pour construire l'appareil nécessaire et fournit une instruction écrite pour son utilisation. Le livre est disponible en grand in-octavo, au prix de 11 livres pour la version brochée et 12 livres pour la version reliée. Il est en vente à Paris et Versailles, notamment chez la veuve Duchesne et chez l'auteur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11668
11669
p. 134
« Le Docteur Pansophe, ou Lettres de M. de Voltaire. A Londres, & se trouve [...] »
Début :
Le Docteur Pansophe, ou Lettres de M. de Voltaire. A Londres, & se trouve [...]
Mots clefs :
Jean-Jacques Rousseau, David Hume, Voltaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Docteur Pansophe, ou Lettres de M. de Voltaire. A Londres, & se trouve [...] »
Le Docteur Panfophe , ou Lettres de
M. de Voltaire. A Londres , & fe trouve
à Paris , chez les Libraires qui diftribuent
les nouveautés ; brochure in- 12 de quarante
-quatre pages ; 1766.
La querelle de M. Rouffeau & de M.
Hume font le fujet principal de ces lettres ,
dans lesquelles M. de Voltaire ne diffimule
pas quelques fujets de mécontentement
que lui a donnés M. Rouffeau.
M. de Voltaire. A Londres , & fe trouve
à Paris , chez les Libraires qui diftribuent
les nouveautés ; brochure in- 12 de quarante
-quatre pages ; 1766.
La querelle de M. Rouffeau & de M.
Hume font le fujet principal de ces lettres ,
dans lesquelles M. de Voltaire ne diffimule
pas quelques fujets de mécontentement
que lui a donnés M. Rouffeau.
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11670
p. 170-171
« Les portraits des hommes illustres, gravés par M. Ficquet, sont aussi connus [...] »
Début :
Les portraits des hommes illustres, gravés par M. Ficquet, sont aussi connus [...]
Mots clefs :
Portraits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les portraits des hommes illustres, gravés par M. Ficquet, sont aussi connus [...] »
LES portraits des hommes illuftres .
gravés par M. Ficquet , font auffi connus
que généralement eftimés . Il vient de
joindre à ceux de Corneille , Rouffeau ,
la Fontaine , Voltaire , &c. celui de René
Defcartes , d'après Franc-Hales ,
une bordure deffinée avec foin par M.
avec
JANVIER 1767. 171
Choffard. On la trouve chez tous les principaux
marchands d'eftampes , & chez
Mde la veuve Duchefne , rue S. Jacques.
gravés par M. Ficquet , font auffi connus
que généralement eftimés . Il vient de
joindre à ceux de Corneille , Rouffeau ,
la Fontaine , Voltaire , &c. celui de René
Defcartes , d'après Franc-Hales ,
une bordure deffinée avec foin par M.
avec
JANVIER 1767. 171
Choffard. On la trouve chez tous les principaux
marchands d'eftampes , & chez
Mde la veuve Duchefne , rue S. Jacques.
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11671
p. 78-79
« PRÉCIS pour M. J. J. Rousseau, en réponse à l'exposé succinct de M. Hume : [...] »
Début :
PRÉCIS pour M. J. J. Rousseau, en réponse à l'exposé succinct de M. Hume : [...]
Mots clefs :
Jean-Jacques Rousseau, David Hume, Procès, Affaire
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texteReconnaissance textuelle : « PRÉCIS pour M. J. J. Rousseau, en réponse à l'exposé succinct de M. Hume : [...] »
PRÉCIS pour M. J. J. Rouffeau , en
réponse à l'expofé fuccinct de M. Hume :
fuivi d'une lettre de Madame D. à l'auteur
de la juftification de M. Rouffeau ; 1767 :
in- 12 de 120 pages.
Plufieurs perfonnes defirent de connoîJANVIER
1767 . 79
tre à fond le fujet de la querelle entre
M. Rouffeau & M. Hume. Pour cet effet
il faut fe procurer toutes les pièces du
procès ; & celles que nous annonçons
pourront donner quelques notions, quelques
connoiffances qui contribueront à mettre
le lecteur en état de prononcer fur cette
grande affaire. On en trouve des exemplaires
chez la veuve Duchefne , rue S.
Jacques , au temple du Goût.
réponse à l'expofé fuccinct de M. Hume :
fuivi d'une lettre de Madame D. à l'auteur
de la juftification de M. Rouffeau ; 1767 :
in- 12 de 120 pages.
Plufieurs perfonnes defirent de connoîJANVIER
1767 . 79
tre à fond le fujet de la querelle entre
M. Rouffeau & M. Hume. Pour cet effet
il faut fe procurer toutes les pièces du
procès ; & celles que nous annonçons
pourront donner quelques notions, quelques
connoiffances qui contribueront à mettre
le lecteur en état de prononcer fur cette
grande affaire. On en trouve des exemplaires
chez la veuve Duchefne , rue S.
Jacques , au temple du Goût.
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Résumé : « PRÉCIS pour M. J. J. Rousseau, en réponse à l'exposé succinct de M. Hume : [...] »
Ce document, publié en janvier 1767, est un précis destiné à M. Jean-Jacques Rousseau en réponse à M. Hume. Il inclut une lettre de Madame D. et vise à éclaircir leur controverse. Pour comprendre cette querelle, il est recommandé de consulter toutes les pièces du procès. Des exemplaires sont disponibles chez la veuve Duchefne, rue Saint-Jacques.
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11672
p. 79
« Les Orphelins ; conte morale [sic], mis en action en forme de pièce dramatique, en [...] »
Début :
Les Orphelins ; conte morale [sic], mis en action en forme de pièce dramatique, en [...]
Mots clefs :
Orphelins, Conte moral, Bienfaisance, Probité
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texteReconnaissance textuelle : « Les Orphelins ; conte morale [sic], mis en action en forme de pièce dramatique, en [...] »
LES Orphelins ; conte morale , mis en
action en forme de pièce dramatique , en
cinq actes & en profe ; par M. D. C. A
Paris , chez Lacombe , Libraire , quai de
Conti ; 1767 in- 8 ° . de 120 pages.
Ce n'eft point ici une comédie ; l'auteur
paroît n'avoir eu d'autre but , en compofant
cet ouvrage , que de raffembler
fous un même point de vue , différens
traits de bienfaifance & de probité. Pour
éviter les longueurs trop fouvent inféparables
d'une fimple narration , il a cru devoir
mettre la fienne en dialogue , & fous
la forme d'une pièce dramatique.
action en forme de pièce dramatique , en
cinq actes & en profe ; par M. D. C. A
Paris , chez Lacombe , Libraire , quai de
Conti ; 1767 in- 8 ° . de 120 pages.
Ce n'eft point ici une comédie ; l'auteur
paroît n'avoir eu d'autre but , en compofant
cet ouvrage , que de raffembler
fous un même point de vue , différens
traits de bienfaifance & de probité. Pour
éviter les longueurs trop fouvent inféparables
d'une fimple narration , il a cru devoir
mettre la fienne en dialogue , & fous
la forme d'une pièce dramatique.
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Résumé : « Les Orphelins ; conte morale [sic], mis en action en forme de pièce dramatique, en [...] »
'Les Orphelins' est une œuvre morale en cinq actes et en prose, écrite par M. D. C. A., publiée à Paris en 1767. Cette pièce de 120 pages vise à illustrer la bienveillance et la probité à travers des dialogues dramatiques, évitant ainsi les longueurs d'une simple narration.
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11673
p. 79-80
« NOTES sur la lettre de M. de Voltaire à M. Hume ; par M. L.... On en trouve [...] »
Début :
NOTES sur la lettre de M. de Voltaire à M. Hume ; par M. L.... On en trouve [...]
Mots clefs :
Jean-Jacques Rousseau, David Hume, Voltaire
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texteReconnaissance textuelle : « NOTES sur la lettre de M. de Voltaire à M. Hume ; par M. L.... On en trouve [...] »
NOTES fur la lettre de M. de Voltaire
à M. Hume ; par M. L.... On en trouve
quelques exemplaires chez Lacombe , Libraire
, quai de Conti ; 1767 : in- 12 de
32 pages.
Div
MERCURE DE FRANCE.
Ces notes ne font pas plus favorables
à M. Rouffeau , que le texte même ; &
nous les croyons de la même main .
à M. Hume ; par M. L.... On en trouve
quelques exemplaires chez Lacombe , Libraire
, quai de Conti ; 1767 : in- 12 de
32 pages.
Div
MERCURE DE FRANCE.
Ces notes ne font pas plus favorables
à M. Rouffeau , que le texte même ; &
nous les croyons de la même main .
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11674
p. 142-143
« EPÎTRE à une Dame qui allaite son enfant, pièce qui a concouru pour le prix [...] »
Début :
EPÎTRE à une Dame qui allaite son enfant, pièce qui a concouru pour le prix [...]
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texteReconnaissance textuelle : « EPÎTRE à une Dame qui allaite son enfant, pièce qui a concouru pour le prix [...] »
EPÎTRE à une Dame qui allaite fon
enfant , pièce qui a concouru pour le prix
de l'Académie Françoife en 1766 ; par
M *** ; avec cette épigraphe :
Où j'ai trouvé les foins d'une mère , ne dois -je
pas l'attachement d'un fils ? J. J. Rouffeau.
A Paris , chez Regnard , Imprimeur de
l'Académie Françoife , grand'falle du Palais
, à la providence , & rue baffe des
Urfins ; 1766 : in- 8 ° .
MARS 1767 . 143
Nous avons remarqué dans cette épître
quelques vers de fentiment.
enfant , pièce qui a concouru pour le prix
de l'Académie Françoife en 1766 ; par
M *** ; avec cette épigraphe :
Où j'ai trouvé les foins d'une mère , ne dois -je
pas l'attachement d'un fils ? J. J. Rouffeau.
A Paris , chez Regnard , Imprimeur de
l'Académie Françoife , grand'falle du Palais
, à la providence , & rue baffe des
Urfins ; 1766 : in- 8 ° .
MARS 1767 . 143
Nous avons remarqué dans cette épître
quelques vers de fentiment.
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11675
p. 143
« ETRENNES nantoises, ecclésiastiques, civiles & nautiques pour l'année commune [...] »
Début :
ETRENNES nantoises, ecclésiastiques, civiles & nautiques pour l'année commune [...]
Mots clefs :
Étrennes nantaises, Bretagne
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texteReconnaissance textuelle : « ETRENNES nantoises, ecclésiastiques, civiles & nautiques pour l'année commune [...] »
ETRENNES nantoifes , eccléfiaftiques ,
civiles & nautiques pour l'année commune
1767 , calculées au méridien de Nantes,
A Nantes , chez la veuve de Jofeph Vatar
Imprimeur du Roi & de Mgr l'Evêque ;
avec privilége du Roi. A Paris , chez Gueffier
, Libraire , quai des Auguftins ; prix
18 fols.
Les perfonnes qui defirent de connoître
la Bretagne & les habitans notables de
cette province trouveront ici de quoi fa
tisfaire leur curiofité .
civiles & nautiques pour l'année commune
1767 , calculées au méridien de Nantes,
A Nantes , chez la veuve de Jofeph Vatar
Imprimeur du Roi & de Mgr l'Evêque ;
avec privilége du Roi. A Paris , chez Gueffier
, Libraire , quai des Auguftins ; prix
18 fols.
Les perfonnes qui defirent de connoître
la Bretagne & les habitans notables de
cette province trouveront ici de quoi fa
tisfaire leur curiofité .
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11676
p. 143-144
« SUITE des bagatelles anonymes recueillies par un amateur, in-8o. grand papier, [...] »
Début :
SUITE des bagatelles anonymes recueillies par un amateur, in-8o. grand papier, [...]
Mots clefs :
Bagatelles, Libraire, Nicolas-Augustin Delalain
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texteReconnaissance textuelle : « SUITE des bagatelles anonymes recueillies par un amateur, in-8o. grand papier, [...] »
SUITE des bagatelles anonymes recueillies
par un amateur , in- 8 °. grand papier ,
avec vignette & cul- de- lampe en taille
douce : le trouve à Paris , chez Delalain ,
Libraire , rue Saint Jacques , près la fontaine
Saint Severin. Prix 1 livre 4 fols
broché.
Le même Libraire vient d'acquérir les
livres fuivans que nous avons annoncés
dans le temps avec l'éloge qu'ils méritenr.
量
Les LES après foupers de la campagne , ou
- recueil d'hiftoires amufantes & intéreffantes
; 4 parties en 2 vol. in- 12 : 6 liv,
relié.
44 MERCURE DE FRANCE.
LETTRES de Mademoiſelle Juffy , contenant
fon hiftoire , nouvelle édition , in-
12 , 1 liv . 10 fols broché.
Le nouveau fpectateur & le monde ,
fuite de cet ouvrage ; 12 vol. in - 12 , 301.
reliés. Les volumes fe vendent féparément.
PROJET de paix perpétuelle ; par J. J.
Rouffeau , de Genève ; in - 12 , avec une
eftampe de M. Cochin, 1 liv. 4 fols.
AVENTURES de Victoire Ponty, 2 parties
petit in- 12 , 1 liv. 4 fols broché.
1-
DISSERTATION fur la petite vérole &
l'inoculation ; par M. P. D. M. Docteur
de la Faculté de Médecine de Paris ; feconde
édition augmentée , in- 12 , 15 fols
•
broché.
par un amateur , in- 8 °. grand papier ,
avec vignette & cul- de- lampe en taille
douce : le trouve à Paris , chez Delalain ,
Libraire , rue Saint Jacques , près la fontaine
Saint Severin. Prix 1 livre 4 fols
broché.
Le même Libraire vient d'acquérir les
livres fuivans que nous avons annoncés
dans le temps avec l'éloge qu'ils méritenr.
量
Les LES après foupers de la campagne , ou
- recueil d'hiftoires amufantes & intéreffantes
; 4 parties en 2 vol. in- 12 : 6 liv,
relié.
44 MERCURE DE FRANCE.
LETTRES de Mademoiſelle Juffy , contenant
fon hiftoire , nouvelle édition , in-
12 , 1 liv . 10 fols broché.
Le nouveau fpectateur & le monde ,
fuite de cet ouvrage ; 12 vol. in - 12 , 301.
reliés. Les volumes fe vendent féparément.
PROJET de paix perpétuelle ; par J. J.
Rouffeau , de Genève ; in - 12 , avec une
eftampe de M. Cochin, 1 liv. 4 fols.
AVENTURES de Victoire Ponty, 2 parties
petit in- 12 , 1 liv. 4 fols broché.
1-
DISSERTATION fur la petite vérole &
l'inoculation ; par M. P. D. M. Docteur
de la Faculté de Médecine de Paris ; feconde
édition augmentée , in- 12 , 15 fols
•
broché.
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Résumé : « SUITE des bagatelles anonymes recueillies par un amateur, in-8o. grand papier, [...] »
Le document énumère les publications disponibles chez le libraire Delalain, situé rue Saint-Jacques près de la fontaine Saint-Severin à Paris. Les ouvrages mentionnés incluent 'Suite des bagatelles anonymes recueillies' au prix de 1 livre 4 sols broché, 'Les après-soupers de la campagne', un recueil d'histoires amusantes et intéressantes en deux volumes in-12 au prix de 6 livres relié, 'Lettres de Mademoiselle Juffy' en nouvelle édition in-12 au prix de 1 livre 10 sols broché, 'Le nouveau spectateur & le monde' en douze volumes in-12 au prix de 30 livres reliés, 'Projet de paix perpétuelle' de Jean-Jacques Rousseau avec une estampe de M. Cochin in-12 au prix de 1 livre 4 sols, 'Aventures de Victoire Ponty' en deux parties petit in-12 au prix de 1 livre 4 sols broché, et 'Dissertation sur la petite vérole & l'inoculation' par un docteur de la Faculté de Médecine de Paris en seconde édition augmentée in-12 au prix de 15 sols broché.
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11677
p. 73-75
EXAMEN des faits qui servent de fondement à la Religion Chrétienne, précédée d'un court traité contre les athées, les matérialistes & les fatalistes ; par M. l'Abbé FRANÇOIS. A Paris, chez LACOMBE, Libraire : quai de Conti ; 1767 : avec approbation & privilége du Roi ; trois vol. in-12 reliés. Prix 7 livres. 10 sols.
Début :
CET ouvrage est nécessaire à un chrétien qui veut s'affermir dans les vrais principes [...]
Mots clefs :
Chrétien, Religion chrétienne, Preuves, Homme, Jean-Jacques Rousseau
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texteReconnaissance textuelle : EXAMEN des faits qui servent de fondement à la Religion Chrétienne, précédée d'un court traité contre les athées, les matérialistes & les fatalistes ; par M. l'Abbé FRANÇOIS. A Paris, chez LACOMBE, Libraire : quai de Conti ; 1767 : avec approbation & privilége du Roi ; trois vol. in-12 reliés. Prix 7 livres. 10 sols.
EXAMEN des faits qui fervent de fondement
à la Religion Chrétienne , précédée
d'un court traité contre les athées , les
matérialistes & les fatalistes ; par M.
Abbé François . A Paris , chez
LACOMBE , Libraire : quai de Conti
1767 : avec approbation & privilége du
Roi ; trois vol. in-12 reliés. Prix 7 liv.
10fols .
CET ET ouvrage eſt néceſſaire àun chrétien
qui veut s'affermir dans les vrais principesde
la religion , qui veut ſe prémunir
contre les attaques de l'impiété , & s'armer
pour combattre l'incrédulité.
M. l'Abbé François a rempli avec fuccès
le plan d'un traité complet de la religion.
Il commence par expofer les preuves
les plus fimples & les plus faciles de l'exifrence
deDieu. Il fait enſuite des réflexions
fur les attributs eſſentiels de la Divinité. II
défend la liberté de l'homme contre les chicanes
des fataliſtes , de même que l'iminorcalité
de l'âme contre les doutes des matérialiſtes
. L'auteur fait enfuite fentir la
Vol. I. D
74 MERCURE DE FRANCE.
*
néceſſité d'une religion révélée. Il indique
les caractères de cette religion , les
preuves dont elle doit être appuyée , la
•certitude que doivent avoir ces preuves ,
les moyens pour les eſprits capables de
réflexions , de parvenir à cette certitude ;
puis il expoſe en général les preuves de la
religion chrétienne : mais , comme la plupart
de ces preuves font des faits conſignés
dans les livres ſacrés des Juifs & des
Chrétiens , M. l'Abbé François s'eſt attaché
d'abord à démontrer l'authenticité &
l'inſpiration de ces livres. Les preuves ſe
préſentent alors d'elles - mêmes. Jéſus-
Chriſt promis au premier homme après ſa
chûte , comme libérateur dugenre humain ,
figuré par la loi donnée au peuple Juif ,
annoncé par les prophétes de la même
nation , ſes miracles , ſes prophéties , ou
plutôt ſes promeſſes touchant les Juifs &
les Gentils , les miracles de ſes apôtres &
de ſes diſciples , les lumières & la ſageſſe
qu'il a répandues ſur la terre , les moyens
qu'il a établis pour les ſimples & pour les
favants de s'inſtruire &de ſe ſanctifier. Ces
preuves forment un tout fi lié , ſi convaincant,
que l'eſprit le plus rebelle à la vérité,
ne peut s'y refuſer.
M. l'Abbé François ne s'eſt pas diſſimulé
les objections les plus fortes & les plus
AVRIL 1767. 75
nombreuſes des incrédules contre les faits
qui fervent de fondement à la religion
chrétienne , perfuadés que ces faits ne
peuvent paroître dans tout leur jour que
par cette voie ; & c'eſt la raiſon du titre
donné à cet ouvrage.
M. l'Abbé François répond avec avantage
aux difficultés que M. Jean- Jacques
Rouffeau a propoſées dans ſon Emile ;
au Cathéchisme de l'honnête homme , à la
critique des preuves employées par les apologistes
de la religion chrétienne , à la lettre
deTraſibule à Leucippe, à l'auteur du Defpotiſme
Oriental , &c. & c. Il ne diſſimule
aucunes des objections qui lui ont été
connues ; & il les réfute d'une manière
claire , préciſe , lumineuſe , & avec les
preuves que la religion fournit elle-même,
Il fait voirque c'eſt faute de l'avoir étudiée
& de la connoître , que l'on peut ſe laiffer
furprendre par les piéges de l'incrédulité.
Nous nous promettons de donner des
extraits particuliers de cet excellent traité ,
biencapable d'aſſurer & d'étendre le triomphe
de la vérité & de la religion chrétienne.
à la Religion Chrétienne , précédée
d'un court traité contre les athées , les
matérialistes & les fatalistes ; par M.
Abbé François . A Paris , chez
LACOMBE , Libraire : quai de Conti
1767 : avec approbation & privilége du
Roi ; trois vol. in-12 reliés. Prix 7 liv.
10fols .
CET ET ouvrage eſt néceſſaire àun chrétien
qui veut s'affermir dans les vrais principesde
la religion , qui veut ſe prémunir
contre les attaques de l'impiété , & s'armer
pour combattre l'incrédulité.
M. l'Abbé François a rempli avec fuccès
le plan d'un traité complet de la religion.
Il commence par expofer les preuves
les plus fimples & les plus faciles de l'exifrence
deDieu. Il fait enſuite des réflexions
fur les attributs eſſentiels de la Divinité. II
défend la liberté de l'homme contre les chicanes
des fataliſtes , de même que l'iminorcalité
de l'âme contre les doutes des matérialiſtes
. L'auteur fait enfuite fentir la
Vol. I. D
74 MERCURE DE FRANCE.
*
néceſſité d'une religion révélée. Il indique
les caractères de cette religion , les
preuves dont elle doit être appuyée , la
•certitude que doivent avoir ces preuves ,
les moyens pour les eſprits capables de
réflexions , de parvenir à cette certitude ;
puis il expoſe en général les preuves de la
religion chrétienne : mais , comme la plupart
de ces preuves font des faits conſignés
dans les livres ſacrés des Juifs & des
Chrétiens , M. l'Abbé François s'eſt attaché
d'abord à démontrer l'authenticité &
l'inſpiration de ces livres. Les preuves ſe
préſentent alors d'elles - mêmes. Jéſus-
Chriſt promis au premier homme après ſa
chûte , comme libérateur dugenre humain ,
figuré par la loi donnée au peuple Juif ,
annoncé par les prophétes de la même
nation , ſes miracles , ſes prophéties , ou
plutôt ſes promeſſes touchant les Juifs &
les Gentils , les miracles de ſes apôtres &
de ſes diſciples , les lumières & la ſageſſe
qu'il a répandues ſur la terre , les moyens
qu'il a établis pour les ſimples & pour les
favants de s'inſtruire &de ſe ſanctifier. Ces
preuves forment un tout fi lié , ſi convaincant,
que l'eſprit le plus rebelle à la vérité,
ne peut s'y refuſer.
M. l'Abbé François ne s'eſt pas diſſimulé
les objections les plus fortes & les plus
AVRIL 1767. 75
nombreuſes des incrédules contre les faits
qui fervent de fondement à la religion
chrétienne , perfuadés que ces faits ne
peuvent paroître dans tout leur jour que
par cette voie ; & c'eſt la raiſon du titre
donné à cet ouvrage.
M. l'Abbé François répond avec avantage
aux difficultés que M. Jean- Jacques
Rouffeau a propoſées dans ſon Emile ;
au Cathéchisme de l'honnête homme , à la
critique des preuves employées par les apologistes
de la religion chrétienne , à la lettre
deTraſibule à Leucippe, à l'auteur du Defpotiſme
Oriental , &c. & c. Il ne diſſimule
aucunes des objections qui lui ont été
connues ; & il les réfute d'une manière
claire , préciſe , lumineuſe , & avec les
preuves que la religion fournit elle-même,
Il fait voirque c'eſt faute de l'avoir étudiée
& de la connoître , que l'on peut ſe laiffer
furprendre par les piéges de l'incrédulité.
Nous nous promettons de donner des
extraits particuliers de cet excellent traité ,
biencapable d'aſſurer & d'étendre le triomphe
de la vérité & de la religion chrétienne.
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Résumé : EXAMEN des faits qui servent de fondement à la Religion Chrétienne, précédée d'un court traité contre les athées, les matérialistes & les fatalistes ; par M. l'Abbé FRANÇOIS. A Paris, chez LACOMBE, Libraire : quai de Conti ; 1767 : avec approbation & privilége du Roi ; trois vol. in-12 reliés. Prix 7 livres. 10 sols.
L'ouvrage 'Examen des faits qui servent de fondement à la Religion Chrétienne' de l'Abbé François, publié en 1767, a pour but de fortifier la foi chrétienne face aux critiques de l'impiété et de l'incrédulité. L'auteur commence par présenter des preuves de l'existence de Dieu, puis traite des attributs divins, de la liberté humaine contre le fatalisme, et de l'immortalité de l'âme contre le matérialisme. Il insiste sur la nécessité d'une religion révélée et expose les caractéristiques et les preuves de la religion chrétienne. Pour cela, il démontre l'authenticité et l'inspiration des livres sacrés juifs et chrétiens, et présente les preuves de la religion chrétienne, telles que les promesses messianiques, les miracles de Jésus-Christ et de ses disciples, ainsi que les enseignements et les moyens de sanctification établis par Jésus. L'Abbé François répond également aux objections des incrédules, notamment celles de Jean-Jacques Rousseau, en utilisant les preuves fournies par la religion elle-même. Il conclut que l'incrédulité découle souvent d'une méconnaissance de la religion. L'ouvrage est apprécié pour sa clarté et son efficacité à renforcer la foi chrétienne.
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11677
EXAMEN des faits qui servent de fondement à la Religion Chrétienne, précédée d'un court traité contre les athées, les matérialistes & les fatalistes ; par M. l'Abbé FRANÇOIS. A Paris, chez LACOMBE, Libraire : quai de Conti ; 1767 : avec approbation & privilége du Roi ; trois vol. in-12 reliés. Prix 7 livres. 10 sols.
11678
p. 100-101
« LA certitude des preuves du Christianisme, ou réfutation de l'examen critique [...] »
Début :
LA certitude des preuves du Christianisme, ou réfutation de l'examen critique [...]
Mots clefs :
Religion chrétienne, Réfutation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LA certitude des preuves du Christianisme, ou réfutation de l'examen critique [...] »
La certitude des preuves du Chriftiq-
L
AVRIL 1767 . JOI
niſme , ou réfutation de l'examen critique
des apologistes de la religion chrétienne ;
par M. Bergier , Docteur en Théologie ,
Principal du collège de Besançon , affocié
à l'académie des ſciences , belles - lettres &
arts de la même ville. AParis, chez Humblot
, Libraire , rue Saint Jacques , entre la
rue du Plâtre & celle des Noyers , près Saint
Yves ; 1767 : avec approbation & privilége
du Roi ; 2 vol. in- 12 .
La réfutation de M. J. J. Rouſſeau , intitulée
le déïsme réfuté par lui même , a été
ſi généralement bien accueillie , qu'on ne
peut que tirer un augure très-avantageux ,
en faveur de cette nouvelle production du
même auteur. L'ouvrage qu'il combat étoit
connu en manufcrit depuis long- temps ;
& peu d'écrits étoient plus capables de féduire
les lecteurs. L'honneur& le bien de
la religion exigeoit qu'un livre fi dangereux
ne demeurât pas long-temps fans
réponſe. Celle de M. Bergier a tous les
caractères propres pour opérer une entière
& parfaite conviction.
L
AVRIL 1767 . JOI
niſme , ou réfutation de l'examen critique
des apologistes de la religion chrétienne ;
par M. Bergier , Docteur en Théologie ,
Principal du collège de Besançon , affocié
à l'académie des ſciences , belles - lettres &
arts de la même ville. AParis, chez Humblot
, Libraire , rue Saint Jacques , entre la
rue du Plâtre & celle des Noyers , près Saint
Yves ; 1767 : avec approbation & privilége
du Roi ; 2 vol. in- 12 .
La réfutation de M. J. J. Rouſſeau , intitulée
le déïsme réfuté par lui même , a été
ſi généralement bien accueillie , qu'on ne
peut que tirer un augure très-avantageux ,
en faveur de cette nouvelle production du
même auteur. L'ouvrage qu'il combat étoit
connu en manufcrit depuis long- temps ;
& peu d'écrits étoient plus capables de féduire
les lecteurs. L'honneur& le bien de
la religion exigeoit qu'un livre fi dangereux
ne demeurât pas long-temps fans
réponſe. Celle de M. Bergier a tous les
caractères propres pour opérer une entière
& parfaite conviction.
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Résumé : « LA certitude des preuves du Christianisme, ou réfutation de l'examen critique [...] »
Le texte présente 'La certitude des preuves du Christianisme, ou réfutation de l'examen critique des apologistes de la religion chrétienne', un ouvrage en deux volumes écrit par M. Bergier, Docteur en Théologie et Principal du collège de Besançon, ainsi qu'associé à l'académie des sciences, belles-lettres et arts de cette ville. Publié à Paris en 1767 par Humblot, cet ouvrage répond à 'Le déisme réfuté par lui-même' de Jean-Jacques Rousseau. Ce dernier texte avait été favorablement reçu, mais Bergier juge nécessaire de le contrer en raison de son influence dangereuse pour la religion. L'objectif de Bergier est de fournir une réfutation convaincante pour les lecteurs.
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11679
p. 155-156
« ESSAIS sur différens sujets de philosophie ; par M. Duval, Professeur de philosophie [...] »
Début :
ESSAIS sur différens sujets de philosophie ; par M. Duval, Professeur de philosophie [...]
Mots clefs :
Philosophie, Georges-Louis Leclerc de Buffon, Jean Le Rond d'Alembert, J. J. Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ESSAIS sur différens sujets de philosophie ; par M. Duval, Professeur de philosophie [...] »
ESSAIS fur differens ſujets de philofophie
; par M. Duval , Profeſſeur de philofophie
en l'Univerſité de Paris au collége
d'Harcourt. A Paris , chez Paul- Denis
Brocas , Libraire , rue Saint Jacques , au
chef Saint Jean ; 1767 : avec approbation
& privilége du Roi ; vol. in- 12.
Pluſieurs hommes célèbres , tels que
MM. de Buffon , d'Alembert , J. J. Rouf
Seau, Montesquieu , &c. font atraqués dans
cet ouvrage. On s'élève contre le ſyſtême
fur le développement des ſens de M. de
Buffon ; contre la ſolution donnée par
M. d'Alembert , d'un problêmepropofé par
l'Académie de Berlin fur le mouvement
& ſes loix ; contre le ſentiment de M.
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
Rouffeau , &de M. de Montesquieu fur
le ſuicide . C'eſt aux philoſophes à décider
de quel côté eſt l'avantage.
; par M. Duval , Profeſſeur de philofophie
en l'Univerſité de Paris au collége
d'Harcourt. A Paris , chez Paul- Denis
Brocas , Libraire , rue Saint Jacques , au
chef Saint Jean ; 1767 : avec approbation
& privilége du Roi ; vol. in- 12.
Pluſieurs hommes célèbres , tels que
MM. de Buffon , d'Alembert , J. J. Rouf
Seau, Montesquieu , &c. font atraqués dans
cet ouvrage. On s'élève contre le ſyſtême
fur le développement des ſens de M. de
Buffon ; contre la ſolution donnée par
M. d'Alembert , d'un problêmepropofé par
l'Académie de Berlin fur le mouvement
& ſes loix ; contre le ſentiment de M.
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
Rouffeau , &de M. de Montesquieu fur
le ſuicide . C'eſt aux philoſophes à décider
de quel côté eſt l'avantage.
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Résumé : « ESSAIS sur différens sujets de philosophie ; par M. Duval, Professeur de philosophie [...] »
L'ouvrage 'Essais sur différents sujets de philosophie' a été écrit par M. Duval, professeur à l'Université de Paris. Publié en 1767 par Paul-Denis Brocas, il critique Buffon, d'Alembert, Rousseau et Montesquieu. Les sujets abordés incluent le développement des sens, le mouvement et ses lois, ainsi que le suicide. Le texte appelle les philosophes à se prononcer sur ces arguments.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11680
p. 134-135
« DICTIONNAIRE de Musique ; par J. J. Rousseau. A Paris, chez la veuve Duchesne, [...] »
Début :
DICTIONNAIRE de Musique ; par J. J. Rousseau. A Paris, chez la veuve Duchesne, [...]
Mots clefs :
J. J. Rousseau, Musique, Dictionnaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DICTIONNAIRE de Musique ; par J. J. Rousseau. A Paris, chez la veuve Duchesne, [...] »
DICTIONNAIRE de Mufique ; par J. J.
Rouffeau. A Paris , chez la veuve Duchefne,
Libraire , rue Saint Jacques , au temple
du goût ; 1768 : avec approbation & privilége
du Roi ; in- 4°.
Le public jouit enfin d'un livre utile
& piquant , après lequel il afpire depuis
DECEMBRE 1767. 135
>
long- temps. Nous croyons qu'il eft inutile
de faire obferver combien un ouvrage fur
la mufique , compofé par M. Rouffeau
doit être recherché. Mais , ce qui en augmente
le mérite , ce font différens traits
de critique fine & ingénieufe , répandus
dans le corps du dictionnaire. Nous donnerons
de temps en temps , dans les Mercures
fuivans , quelques- uns de ces morceaux
; en attendant nous confeillons à
nos lecteurs de lire les articles acteur
duo , expreffion , goût , licence , opéra
orcheftre , plain- chant , récitatif, fi , fon
unité de mélodie , voix ; ils y trouveront
de quoi s'inftruire & s'égayer en même
temps.
Rouffeau. A Paris , chez la veuve Duchefne,
Libraire , rue Saint Jacques , au temple
du goût ; 1768 : avec approbation & privilége
du Roi ; in- 4°.
Le public jouit enfin d'un livre utile
& piquant , après lequel il afpire depuis
DECEMBRE 1767. 135
>
long- temps. Nous croyons qu'il eft inutile
de faire obferver combien un ouvrage fur
la mufique , compofé par M. Rouffeau
doit être recherché. Mais , ce qui en augmente
le mérite , ce font différens traits
de critique fine & ingénieufe , répandus
dans le corps du dictionnaire. Nous donnerons
de temps en temps , dans les Mercures
fuivans , quelques- uns de ces morceaux
; en attendant nous confeillons à
nos lecteurs de lire les articles acteur
duo , expreffion , goût , licence , opéra
orcheftre , plain- chant , récitatif, fi , fon
unité de mélodie , voix ; ils y trouveront
de quoi s'inftruire & s'égayer en même
temps.
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Résumé : « DICTIONNAIRE de Musique ; par J. J. Rousseau. A Paris, chez la veuve Duchesne, [...] »
Le dictionnaire de musique de J. J. Rouffeau, publié à Paris en 1768 chez la veuve Duchefne, est loué pour sa critique fine et ingénieuse. Il est recommandé pour des articles tels que 'acteur duo', 'expression', 'goût', 'licence', 'opéra orchestre', 'plain-chant', 'récitatif', 'si', 'son' et 'unité de mélodie'.
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11681
p. 130
« RÉFUTATION de Bélisaire & de ses oracles, MM. J. J. Rousseau, de Voltaire, [...] »
Début :
RÉFUTATION de Bélisaire & de ses oracles, MM. J. J. Rousseau, de Voltaire, [...]
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texteReconnaissance textuelle : « RÉFUTATION de Bélisaire & de ses oracles, MM. J. J. Rousseau, de Voltaire, [...] »
REFUTATION de Bélifaire & de fes
oracles , MM. J. J. Rouffeau , de Voltaire
, &c. A Bafle , & fe trouve à Paris ,
chez Antoine Boudet , rue Saint-Jacques ;
1768 : vol. in- 12.
oracles , MM. J. J. Rouffeau , de Voltaire
, &c. A Bafle , & fe trouve à Paris ,
chez Antoine Boudet , rue Saint-Jacques ;
1768 : vol. in- 12.
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11682
p. 132
« PROJET de paix perpétuelle ; par M. Rousseau, de Genève, in-12, avec une [...] »
Début :
PROJET de paix perpétuelle ; par M. Rousseau, de Genève, in-12, avec une [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « PROJET de paix perpétuelle ; par M. Rousseau, de Genève, in-12, avec une [...] »
PROJET de paix perpétuelle ; par M.
Rouffeau ,de Genève , in - 12 , avec une
belle planche de M. Cochin .
Rouffeau ,de Genève , in - 12 , avec une
belle planche de M. Cochin .
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11683
p. 140
« HENRIETTE de Volmar, ou la mère jalouse de la fille, histoire véritable, pour [...] »
Début :
HENRIETTE de Volmar, ou la mère jalouse de la fille, histoire véritable, pour [...]
Mots clefs :
Henriette de Wolmar, Mère, Héloïse
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texteReconnaissance textuelle : « HENRIETTE de Volmar, ou la mère jalouse de la fille, histoire véritable, pour [...] »
HENRIETTE de Volmar , ou la mère
jalouſede ſa fille , hiſtoire véritable , pour
ſervir de ſuite à la nouvelle Héloïse , par
J. J. R. A Genève , & ſe trouve à Paris ,
chez Delalain , Libraire , rue Saint-Jacques
; & Valade , Libraire , rue de la Parcheminerie
; 1768 : in- 12 .
On juge bien que cette ſuite prétendue
de la célebre Héloïse de M. Rouffeau ,
eſt infiniment au-deſſous du premier roman
, & qu'Henriette de Volmar , est bien
inférieure à ſa mère en beauté & en
mérite.
jalouſede ſa fille , hiſtoire véritable , pour
ſervir de ſuite à la nouvelle Héloïse , par
J. J. R. A Genève , & ſe trouve à Paris ,
chez Delalain , Libraire , rue Saint-Jacques
; & Valade , Libraire , rue de la Parcheminerie
; 1768 : in- 12 .
On juge bien que cette ſuite prétendue
de la célebre Héloïse de M. Rouffeau ,
eſt infiniment au-deſſous du premier roman
, & qu'Henriette de Volmar , est bien
inférieure à ſa mère en beauté & en
mérite.
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11684
p. 179
« Six Sonates à violon seul avec la basse, dédiées à M. de Saint George ; par M. J. [...] »
Début :
Six Sonates à violon seul avec la basse, dédiées à M. de Saint George ; par M. J. [...]
Mots clefs :
Sonates, Musique, Ouvrage, Genre
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texteReconnaissance textuelle : « Six Sonates à violon seul avec la basse, dédiées à M. de Saint George ; par M. J. [...] »
Six Sonates à violon feul avec la baffe ,
dédiées à M. de Saint George ; par M. J.
Avolio , oeuv. IV , prix 7 liv. 4 fols . Aux
adreffes ordinaires de Mufique. A Paris.
Cet ouvrage , gravé par Mde Deluffe
( rue du Four Saint - Honoré , aux bâtimens
neufs , nº 86 ) eft du nombre de
ceux qui fe diftinguent par les foins qu'elle
apporte ordinairement à ce qu'elle entreprend
en ce genre de gravure , tels que
font le Traité général des élémens du chant ,
par M. l'Abbé de la Caffaigne ; les Sonates
pour le clavecin , par M. Virbès , les plan
ches du Dictionnaire de Mufique , de M.
Rouffeau , & tant d'autres dont l'énumération
feroit ici fuperflue.
Quant au mérite principal de l'ouvrage
que nous annonçons ici , nous ne pouvons
porter aucun jugement , que le public
n'ait prononcé , nous préfumons cependant
qu'il ne peut que gagner à être connu
, vu qu'il eft d'un genre que les vrais
connoiffeurs ont toujours accueilli.
dédiées à M. de Saint George ; par M. J.
Avolio , oeuv. IV , prix 7 liv. 4 fols . Aux
adreffes ordinaires de Mufique. A Paris.
Cet ouvrage , gravé par Mde Deluffe
( rue du Four Saint - Honoré , aux bâtimens
neufs , nº 86 ) eft du nombre de
ceux qui fe diftinguent par les foins qu'elle
apporte ordinairement à ce qu'elle entreprend
en ce genre de gravure , tels que
font le Traité général des élémens du chant ,
par M. l'Abbé de la Caffaigne ; les Sonates
pour le clavecin , par M. Virbès , les plan
ches du Dictionnaire de Mufique , de M.
Rouffeau , & tant d'autres dont l'énumération
feroit ici fuperflue.
Quant au mérite principal de l'ouvrage
que nous annonçons ici , nous ne pouvons
porter aucun jugement , que le public
n'ait prononcé , nous préfumons cependant
qu'il ne peut que gagner à être connu
, vu qu'il eft d'un genre que les vrais
connoiffeurs ont toujours accueilli.
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Résumé : « Six Sonates à violon seul avec la basse, dédiées à M. de Saint George ; par M. J. [...] »
L'ouvrage 'Six Sonates à violon seul avec la basse' de M. J. Avolio, dédié à M. de Saint George, est le quatrième de l'auteur. Il est vendu à Paris pour sept livres et quatre sols. La gravure est réalisée par Mme Deluffe, connue pour ses travaux de qualité. L'ouvrage est présumé être bien accueilli par les connaisseurs.
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11685
s. p.
AVERTISSEMENT.
Début :
M. DE LA PLACE, dont le nom & les ouvrages sont si avantageusement connus, ayant desiré de [...]
Mots clefs :
Bureau du Mercure, Livres, Port, Prix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
M.. DE LA PLACE , dont le nom & les
ouvrages
font fi avantageufement connus , ayant defiré de
quitter les occupations affujettiffantes du Mercure ,
à caufe de fa fanté qui exige du repos , elles
viennent d'être tranfportées par Brevet au fieur
LACOMBE , Libraire à Paris , quai de Conti.
Le Bureau du Mercure fera donc , à commencer
du premier juillet 1768 , chez le fieur LACOMBES
& c'eft à lui feul que l'on prie d'adreffer , francs
de port , les paquets & lettres , ainfi que les
livres , les eftampes , les piéces de vers ou de
profe , les annonces , avis , obfervations , anecdotes,
événemens finguliers , remarques fur les fciences ,
& arts libéraux & méchaniques , & généralement
tout ce qui peut inftruire ou amufer le lecteur.
Ce Journal devant être principalement l'ouvrage
en général des amateurs des lettres & de ceux qui
les cultivent , fans être l'ouvrage d'aucun en particulier
, ils font tous invités à y concourir : on recevra
avec reconnoiffance ce qu'ils enverront au Libraire
; on les nommera quand ils voudront bien
le permettre : & leurs travaux , utiles au fuccès &
à la réputation du Journal , deviendront même un
titre de préférence pour obtenir des récompenfes
fur les produits du Mercure , réfervés à cet effet ,
comme le porte expreffément le brevet accordé
au fieur LACOMBE..
Le prix de chaque volume eft de 36 fols , mais
Ton ne paiera d'avance , én s'abonnant , que 24 liv.
pour feize volumes , à raison de 30 fols pièce.
Lesperfonnes de province auxquelles on enverra
le Mercure , par la pofte , paieront , pour feize
volumes , 31 livres d'avance en s'abonnant , &
elles les recevront franes de port.
Celles qui auront d'autres voies que la pofte
pour le faire venir , & qui prendront les frais du
port fur leur compte , ne paieront , comme à
Paris , qu'à raifon de 30 fols par volume , c'està-
dire , de 24 livres d'avance , en s'abonnantpour
feize volumes.
Les Libraires des provinces ou des pays étran
gers , qui voudront faire venir le Mercure , écriront
à l'adreffe indiquée.
Onfupplie les perfonnes des provinces d'envoyer
par lapofte , en acquittant le droit , le prix de leur
abonnement , & d'ordonner que le paiement en foit
fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui ne feront pas affranchis refteront
au rebut.
On prie les perfonnes qui envoient des livres ,
eftampes & mufique à annoncer , d'en marquer le
prix.
Les volumes du nouveau choix des piéces
tirées des Mercures & autres Journaux , fe trouvent
auffi au Bureau du Mercrre.
M.. DE LA PLACE , dont le nom & les
ouvrages
font fi avantageufement connus , ayant defiré de
quitter les occupations affujettiffantes du Mercure ,
à caufe de fa fanté qui exige du repos , elles
viennent d'être tranfportées par Brevet au fieur
LACOMBE , Libraire à Paris , quai de Conti.
Le Bureau du Mercure fera donc , à commencer
du premier juillet 1768 , chez le fieur LACOMBES
& c'eft à lui feul que l'on prie d'adreffer , francs
de port , les paquets & lettres , ainfi que les
livres , les eftampes , les piéces de vers ou de
profe , les annonces , avis , obfervations , anecdotes,
événemens finguliers , remarques fur les fciences ,
& arts libéraux & méchaniques , & généralement
tout ce qui peut inftruire ou amufer le lecteur.
Ce Journal devant être principalement l'ouvrage
en général des amateurs des lettres & de ceux qui
les cultivent , fans être l'ouvrage d'aucun en particulier
, ils font tous invités à y concourir : on recevra
avec reconnoiffance ce qu'ils enverront au Libraire
; on les nommera quand ils voudront bien
le permettre : & leurs travaux , utiles au fuccès &
à la réputation du Journal , deviendront même un
titre de préférence pour obtenir des récompenfes
fur les produits du Mercure , réfervés à cet effet ,
comme le porte expreffément le brevet accordé
au fieur LACOMBE..
Le prix de chaque volume eft de 36 fols , mais
Ton ne paiera d'avance , én s'abonnant , que 24 liv.
pour feize volumes , à raison de 30 fols pièce.
Lesperfonnes de province auxquelles on enverra
le Mercure , par la pofte , paieront , pour feize
volumes , 31 livres d'avance en s'abonnant , &
elles les recevront franes de port.
Celles qui auront d'autres voies que la pofte
pour le faire venir , & qui prendront les frais du
port fur leur compte , ne paieront , comme à
Paris , qu'à raifon de 30 fols par volume , c'està-
dire , de 24 livres d'avance , en s'abonnantpour
feize volumes.
Les Libraires des provinces ou des pays étran
gers , qui voudront faire venir le Mercure , écriront
à l'adreffe indiquée.
Onfupplie les perfonnes des provinces d'envoyer
par lapofte , en acquittant le droit , le prix de leur
abonnement , & d'ordonner que le paiement en foit
fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui ne feront pas affranchis refteront
au rebut.
On prie les perfonnes qui envoient des livres ,
eftampes & mufique à annoncer , d'en marquer le
prix.
Les volumes du nouveau choix des piéces
tirées des Mercures & autres Journaux , fe trouvent
auffi au Bureau du Mercrre.
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Résumé : AVERTISSEMENT.
À partir du 1er juillet 1768, la gestion du journal 'Mercure' est transférée à M. Lacombe, libraire à Paris, quai de Conti. Toutes les communications, articles et abonnements doivent dorénavant lui être adressés. Le journal accepte diverses contributions comme des livres, estampes, poèmes, annonces, observations, anecdotes et remarques sur les sciences et les arts. Les contributeurs peuvent choisir d'être reconnus et leurs travaux peuvent être récompensés. Le prix d'un volume est de 36 sols, tandis qu'un abonnement pour douze volumes coûte 24 livres à l'avance à Paris. Pour les provinces, le coût est de 31 livres à l'avance avec livraison gratuite par la poste. Les libraires des provinces ou des pays étrangers doivent contacter le bureau pour obtenir le journal. Les paiements doivent être effectués à l'avance et les paquets non affranchis seront rejetés. Les personnes envoyant des livres ou des estampes à annoncer doivent indiquer leur prix. Les volumes du 'nouveau choix des pièces tirées des Mercures et autres Journaux' sont disponibles au bureau du Mercure.
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11686
p. 14-16
LETTRE sur la statue de l'Irmen-Sul, ancienne divinité des Germains.
Début :
Il m'est impossible, Monsieur, de répondre à toutes vos questions touchant [...]
Mots clefs :
Irminsul, Divinité des Germains, Statue, Montagne, Saxons, Germains, Caveau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE sur la statue de l'Irmen-Sul, ancienne divinité des Germains.
LETTRE fur la ftatue de l'Irmen - Sul
ancienne divinité des Germains.
Iz m'eft impoffible , Monſieur , de répondre
à toutes vos queftions touchant
la montagne fur laquelle l'Irmen- Sul à
reçu , pendant fi long-temps , les hommages
des Saxons . Voici les éclairciffemens
que j'ai pris par mes propres yeux ,
& ceux qu'un Bénédictin de Marsberg
même à bien voulu me communiquer...
Dans le Duché de Weftphalie , & près de
la petite ville de Statberg , eft une montagne
ifolée fur laquelle on trouve un bourg
qui n'a rien de remarquable , non plus
que le couvent des Bénédictins mitigés
qui en occupe la partie feptentrionale . Au
nord de l'églife conventuelle eſt une
pierre brute , ou peu s'en faut , qui , dit- on ,
JUIN 1768.
fervoit jadis de piédeftal à l'idole des
Saxons. Sa forme eft des plus triviales ,
& reffemble à une meule de moulin . Charlemagne
, qui fit dans ce pays de fréquentes
miffions , plaça fur cette bâfe informe la
ftatue de la Vierge tenant entre fes bras
l'Enfant Jéfus , auquel elle femble indiquer,
avec le doigt , le caveau où les Germains
facrifioient des victimes humaines.
Ce caveau qui me paroît , ainfi que la
ftatue de la Vierge , un ouvrage trèsmoderne
, quoi qu'en difent MM. les Religieux
) ne préfente ni hyérogliphe , ni
infcription , & n'eft par conféquent d'aucune
reffource pour un differtateur. Au
moyen de quoi tout fe réduit à dire que
la fameufe ftatue d'Herman , d'Irmen , ott
d'Irmen- Sul , n'eft plus dans l'endroit où
elle a reçu les adorations des Saxons ; que
Charlemagne , après de fanglantes guerres ,
eft venu à bout de la renverfer , mais non
pas de la détruire , puifqu'on la voit encore
à Hildesheim , & qu'elle repréfente , fuivant
la tradition , un guerrier qu'on fuppofe
être Arminius , vainqueur des Romains,
ou le dieu Mars adoré des Germains !
Cette dernière opinion tire fa vraisemblance
du nom de la montagne où étoit le temple
de cette divinité , qu'on appelle encore
Marsberg; c'est-à- dire , la montagne de
16 MERCURE DE FRANCE.
Mars. Quant au caveau , on doit convenir ,
quelque envie qu'on ait de differter , qu'il
n'y a aucun veftige de paganifme , & qu'au
contraire , tout nous y retrace la loi nouvelle
, puifque l'oeil y remarque avec plaifir
plufieurs tonneaux de vin , &c .
و
On trouve encore , fur le cimetière des
Moines , la ftatue de Roland que les
Bénédictins confervent avec foin , parce
qu'ils affurent qu'elle fuffit pour prouver
que leur couvent eft un fief immédiat de
l'Empire ; auffi prétendent - ils être fouverains
dans leur clôture , & ne reconnoître
d'autre jurifdiction que celle du Prince de
Corwei , leur Abbé.
Une infcription latine que l'on voit fur
une petite porte , dans la baffe- cour du
monastère , m'a frappé par fa fingularité.
La voici mot pour mot. In honorem beati
Donati , Epifcopi & Martiris , hoc equile
conftruxit R. R. D. de Wens , Prapofitus
Marsbergenfis , anno , & c. Bâtir une écurie
à l'honneur d'un faint me paroît une dévo
tion des plus fingulières.
Voilà , Monfieur , tout ce que j'ai lu ,
vu & entendu à Marsberg. Je fuis fâché
de n'avoir pas le talent de l'amplification
pour vous en faire accroire un peu , &
pour m'entretenir plus long- temps avec
vous. J'ai l'honneur d'être , & c.
ancienne divinité des Germains.
Iz m'eft impoffible , Monſieur , de répondre
à toutes vos queftions touchant
la montagne fur laquelle l'Irmen- Sul à
reçu , pendant fi long-temps , les hommages
des Saxons . Voici les éclairciffemens
que j'ai pris par mes propres yeux ,
& ceux qu'un Bénédictin de Marsberg
même à bien voulu me communiquer...
Dans le Duché de Weftphalie , & près de
la petite ville de Statberg , eft une montagne
ifolée fur laquelle on trouve un bourg
qui n'a rien de remarquable , non plus
que le couvent des Bénédictins mitigés
qui en occupe la partie feptentrionale . Au
nord de l'églife conventuelle eſt une
pierre brute , ou peu s'en faut , qui , dit- on ,
JUIN 1768.
fervoit jadis de piédeftal à l'idole des
Saxons. Sa forme eft des plus triviales ,
& reffemble à une meule de moulin . Charlemagne
, qui fit dans ce pays de fréquentes
miffions , plaça fur cette bâfe informe la
ftatue de la Vierge tenant entre fes bras
l'Enfant Jéfus , auquel elle femble indiquer,
avec le doigt , le caveau où les Germains
facrifioient des victimes humaines.
Ce caveau qui me paroît , ainfi que la
ftatue de la Vierge , un ouvrage trèsmoderne
, quoi qu'en difent MM. les Religieux
) ne préfente ni hyérogliphe , ni
infcription , & n'eft par conféquent d'aucune
reffource pour un differtateur. Au
moyen de quoi tout fe réduit à dire que
la fameufe ftatue d'Herman , d'Irmen , ott
d'Irmen- Sul , n'eft plus dans l'endroit où
elle a reçu les adorations des Saxons ; que
Charlemagne , après de fanglantes guerres ,
eft venu à bout de la renverfer , mais non
pas de la détruire , puifqu'on la voit encore
à Hildesheim , & qu'elle repréfente , fuivant
la tradition , un guerrier qu'on fuppofe
être Arminius , vainqueur des Romains,
ou le dieu Mars adoré des Germains !
Cette dernière opinion tire fa vraisemblance
du nom de la montagne où étoit le temple
de cette divinité , qu'on appelle encore
Marsberg; c'est-à- dire , la montagne de
16 MERCURE DE FRANCE.
Mars. Quant au caveau , on doit convenir ,
quelque envie qu'on ait de differter , qu'il
n'y a aucun veftige de paganifme , & qu'au
contraire , tout nous y retrace la loi nouvelle
, puifque l'oeil y remarque avec plaifir
plufieurs tonneaux de vin , &c .
و
On trouve encore , fur le cimetière des
Moines , la ftatue de Roland que les
Bénédictins confervent avec foin , parce
qu'ils affurent qu'elle fuffit pour prouver
que leur couvent eft un fief immédiat de
l'Empire ; auffi prétendent - ils être fouverains
dans leur clôture , & ne reconnoître
d'autre jurifdiction que celle du Prince de
Corwei , leur Abbé.
Une infcription latine que l'on voit fur
une petite porte , dans la baffe- cour du
monastère , m'a frappé par fa fingularité.
La voici mot pour mot. In honorem beati
Donati , Epifcopi & Martiris , hoc equile
conftruxit R. R. D. de Wens , Prapofitus
Marsbergenfis , anno , & c. Bâtir une écurie
à l'honneur d'un faint me paroît une dévo
tion des plus fingulières.
Voilà , Monfieur , tout ce que j'ai lu ,
vu & entendu à Marsberg. Je fuis fâché
de n'avoir pas le talent de l'amplification
pour vous en faire accroire un peu , &
pour m'entretenir plus long- temps avec
vous. J'ai l'honneur d'être , & c.
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Résumé : LETTRE sur la statue de l'Irmen-Sul, ancienne divinité des Germains.
La lettre évoque la statue de l'Irmin-Sul, ancienne divinité germaine, située dans le Duché de Westphalie près de Stadtberg. Sur une montagne isolée abritant un bourg et un couvent bénédictin, une pierre brute servait autrefois de socle à une idole saxonne. Charlemagne y a placé une statue de la Vierge avec l'Enfant Jésus, marquant un caveau où les Germains pratiquaient des sacrifices humains. Ce caveau et la statue actuelle ne portent ni hiéroglyphe ni inscription. La statue originale d'Herman, ou Irmin-Sul, se trouve désormais à Hildesheim et représente probablement Arminius ou le dieu Mars. La montagne, nommée Marsberg, renforce cette association avec Mars. Le caveau ne montre aucun vestige païen, mais contient des tonneaux de vin. Le cimetière des moines abrite une statue de Roland, utilisée par les Bénédictins pour affirmer leur souveraineté sous la juridiction du Prince de Corwei. Une inscription latine mentionne la construction d'une écurie en l'honneur de saint Donat, détail que l'auteur juge singulier.
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11687
p. 25-27
LETTRE à M. DE LA PLACE, sur l'abus du mot coeur.
Début :
Je suis choqué tous les jours, Monsieur, de l'abus que j'entends faire du mot coeur. [...]
Mots clefs :
Coeur, Poumons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, sur l'abus du mot coeur.
LETTRE à M. DE LA PLACE , fur l'abus
du not coeur.
JE fuis choqué tous les jours , Monfieur ,
de l'abus que j'entends faire du mot coeur.
Je ne lis aucune pièce galante fans l'y
trouver répété fouvent jufqu'au dégoût.
Outre que cette expreffion eft devenue
d'une fadeur infupportable , je fuis perfuadé
que fi les femmes favoient que le
coeur eft une partie mufculeufe de l'animal
fituée au milieu du thorax , qui a deux
grandes vilaines cavités qui fe nomment
ventricules , par où le fang paffe & repaſſe
continuellement , il n'en eft aucune qui
daignât accepter un pareil préfent. Je
préfume que les gens amoureux qui les
premiers ont fenti leur coeur palpiter.
plus vivement à la préfence de l'objet
aimé , n'auront pas manqué d'imaginer.
qu'il étoit le fiége de l'amour , qu'ils
auront cru ne pouvoir rien offrir de plus.
précieux ni de plus agréable que leur coeur ,
fans fonger qu'il y a de la folie à faire une
offre qui les mettroit dans un bel embarras
fi , comme cette belle Hollandoife dont
on fait l'hiftoire , leurs maîtreffes les pre-
B
26
MERCURE
DE FRANCE
.
noient au mot fur le champ. Mais je fuis
furpris qu'ils n'aient pas également fongé
à mettre les poumons en jeu . En effet , le
poumon n'a pas dû préfenter une image
plus défagréable que le coeur , & lorfque
nous éprouvons quelque grande fenfation
de peine ou de plaifir , le poumon fe refferre
ou fe dilate , la refpiration eſt plus
ou moins fufpendue , plus ou moins précipitée
tous ces fymptômes , dis - je , l'amour
nous les fait éprouver avec plus de
violence que toutes les autres paflions ; &
cependant, ingrats que nous fommes , nous
avons fignalé notre reconnoiffance
pour le
coeur, en leplaçant dans nos emblèmes, dans
nos écrits , dans nos difcours , & nous n'avons
rien fait pour ces pauvres poumons ! II
me femble pourtant que fi nous avions depuis
quelque temps fubftitué le
au coeur dans nos déclarations , nos petits
vers , nos jolis romans , &c . cette idée ne
paroîtroit
aufli folle aujourd'hui que
bien des perfonnes pourront la trouver :
deux coeurs ou deux poumons percés d'une
flêche , ou unis par des liens de fleurs ,
ne me paroillent ni plus extraordinaires
ni moins fignificatifs l'un que l'autre on
peut enchaîner deux poumons ; on peut
oucher , attendrir un poumon comme un
coeur , avoir les poumons tendres & fenfi
pas
poumon
JUIN 1768 .
27
bles , ou durs & barbares , ainſi que le
coeur des poumons nobles , vils , délicats ,
qui cédent fans effort , qui refufent de fe
rendre , & c. n'ont rien de
particulier que
leur nouveauté , & c'eft cette même nouveauté
qui doit faire leur fortune. S'ils
font accueillis
favorablement , j'aurai enrichi
notre langue d'une infinité d'expreffions
neuves qui tiennent à celle- là , &
j'en aurai fupprimé une qui eft devenue
faftidienfe à force d'être répétée .
J'ai l'honneur , &c.
BAR.
Avocat au
Parlemène.
du not coeur.
JE fuis choqué tous les jours , Monfieur ,
de l'abus que j'entends faire du mot coeur.
Je ne lis aucune pièce galante fans l'y
trouver répété fouvent jufqu'au dégoût.
Outre que cette expreffion eft devenue
d'une fadeur infupportable , je fuis perfuadé
que fi les femmes favoient que le
coeur eft une partie mufculeufe de l'animal
fituée au milieu du thorax , qui a deux
grandes vilaines cavités qui fe nomment
ventricules , par où le fang paffe & repaſſe
continuellement , il n'en eft aucune qui
daignât accepter un pareil préfent. Je
préfume que les gens amoureux qui les
premiers ont fenti leur coeur palpiter.
plus vivement à la préfence de l'objet
aimé , n'auront pas manqué d'imaginer.
qu'il étoit le fiége de l'amour , qu'ils
auront cru ne pouvoir rien offrir de plus.
précieux ni de plus agréable que leur coeur ,
fans fonger qu'il y a de la folie à faire une
offre qui les mettroit dans un bel embarras
fi , comme cette belle Hollandoife dont
on fait l'hiftoire , leurs maîtreffes les pre-
B
26
MERCURE
DE FRANCE
.
noient au mot fur le champ. Mais je fuis
furpris qu'ils n'aient pas également fongé
à mettre les poumons en jeu . En effet , le
poumon n'a pas dû préfenter une image
plus défagréable que le coeur , & lorfque
nous éprouvons quelque grande fenfation
de peine ou de plaifir , le poumon fe refferre
ou fe dilate , la refpiration eſt plus
ou moins fufpendue , plus ou moins précipitée
tous ces fymptômes , dis - je , l'amour
nous les fait éprouver avec plus de
violence que toutes les autres paflions ; &
cependant, ingrats que nous fommes , nous
avons fignalé notre reconnoiffance
pour le
coeur, en leplaçant dans nos emblèmes, dans
nos écrits , dans nos difcours , & nous n'avons
rien fait pour ces pauvres poumons ! II
me femble pourtant que fi nous avions depuis
quelque temps fubftitué le
au coeur dans nos déclarations , nos petits
vers , nos jolis romans , &c . cette idée ne
paroîtroit
aufli folle aujourd'hui que
bien des perfonnes pourront la trouver :
deux coeurs ou deux poumons percés d'une
flêche , ou unis par des liens de fleurs ,
ne me paroillent ni plus extraordinaires
ni moins fignificatifs l'un que l'autre on
peut enchaîner deux poumons ; on peut
oucher , attendrir un poumon comme un
coeur , avoir les poumons tendres & fenfi
pas
poumon
JUIN 1768 .
27
bles , ou durs & barbares , ainſi que le
coeur des poumons nobles , vils , délicats ,
qui cédent fans effort , qui refufent de fe
rendre , & c. n'ont rien de
particulier que
leur nouveauté , & c'eft cette même nouveauté
qui doit faire leur fortune. S'ils
font accueillis
favorablement , j'aurai enrichi
notre langue d'une infinité d'expreffions
neuves qui tiennent à celle- là , &
j'en aurai fupprimé une qui eft devenue
faftidienfe à force d'être répétée .
J'ai l'honneur , &c.
BAR.
Avocat au
Parlemène.
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Résumé : LETTRE à M. DE LA PLACE, sur l'abus du mot coeur.
Dans une lettre à M. de La Place, l'auteur critique l'usage excessif du mot 'cœur' dans les œuvres galantes, le jugeant fade et insupportable. Il estime que les femmes rejetteraient ce symbole si elles connaissaient mieux l'anatomie du cœur. Les amoureux ont associé cet organe à l'amour en ressentant ses palpitations en présence de l'être aimé, sans considérer les aspects pratiques de cette métaphore. L'auteur s'étonne que les poumons, également sensibles aux émotions, n'aient pas été choisis comme symbole. Il propose de remplacer le cœur par les poumons dans les déclarations amoureuses, les poèmes et les romans, espérant ainsi renouveler la langue et éliminer une expression usée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11688
p. 27-28
RÉPONSE à la lettre insérée dans le Mercure du mois d'avril 1768, page 16. « Savoir si les malheurs d'autrui sont » un motif de consolation pour les » malheureux » ?
Début :
Il y a long-temps que l'on a fait la réponse ci-jointe à la présente question [...]
Mots clefs :
Malheureux, Malheur, Consolation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à la lettre insérée dans le Mercure du mois d'avril 1768, page 16. « Savoir si les malheurs d'autrui sont » un motif de consolation pour les » malheureux » ?
RÉPONSE à la lettre inférée dans le Mercure
du mois d'avril 1768 , page 16,
« Savoir fi les
malheurs d'autrui font
» un motif de
confolation pour les
»
malheureux » ?
Il y a long - temps que l'on a fait la
réponſe ci-jointe à la préfente queſtion
que l'on demande , & qui a paffé en proverbe
: « la
confolation des
malheureux eft
Bij
MERCURE DE FRANCE.
» d'avoir des femblables ». Il femble que
les malheurs d'autrui adouciffent les nôtres
lorfqu'on les enviſage avec les fentimens
de la religion chrétienne , & que l'on peut
apporter quelque fecours aux malheureux ,
foit par fes confeils , ou par fes largeffes.
La fituation des malheureux nous touche ,
& nous fommes heureux dans nos malheurs
en penfant que nous pouvons les
adoucir , ce qui eft pour nous une grande
confolation. Les malheureux peuvent fe
confoler enſemble par les rapports que
leurs âmes ont entre elles. L'on croit qu'il
eft inutile d'en dire davantage à ce fujet ,
parce que l'on ne feroit que répéter ce
qui a déja été dit.
D. D. N. abonné au Mercure.
du mois d'avril 1768 , page 16,
« Savoir fi les
malheurs d'autrui font
» un motif de
confolation pour les
»
malheureux » ?
Il y a long - temps que l'on a fait la
réponſe ci-jointe à la préfente queſtion
que l'on demande , & qui a paffé en proverbe
: « la
confolation des
malheureux eft
Bij
MERCURE DE FRANCE.
» d'avoir des femblables ». Il femble que
les malheurs d'autrui adouciffent les nôtres
lorfqu'on les enviſage avec les fentimens
de la religion chrétienne , & que l'on peut
apporter quelque fecours aux malheureux ,
foit par fes confeils , ou par fes largeffes.
La fituation des malheureux nous touche ,
& nous fommes heureux dans nos malheurs
en penfant que nous pouvons les
adoucir , ce qui eft pour nous une grande
confolation. Les malheureux peuvent fe
confoler enſemble par les rapports que
leurs âmes ont entre elles. L'on croit qu'il
eft inutile d'en dire davantage à ce fujet ,
parce que l'on ne feroit que répéter ce
qui a déja été dit.
D. D. N. abonné au Mercure.
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Résumé : RÉPONSE à la lettre insérée dans le Mercure du mois d'avril 1768, page 16. « Savoir si les malheurs d'autrui sont » un motif de consolation pour les » malheureux » ?
Dans une réponse publiée dans le *Mercure* d'avril 1768, on aborde la question de savoir si les malheurs d'autrui peuvent apporter une consolation aux malheureux. La réponse, désormais proverbiale, est que 'la consolation des malheureux est d'avoir des semblables'. Les malheurs des autres peuvent effectivement adoucir les nôtres lorsqu'ils sont considérés avec des sentiments chrétiens et que l'on apporte une aide, que ce soit par des conseils ou des largesses. La vue des souffrances des malheureux nous émeut et nous console à l'idée que nous pouvons atténuer leurs maux. De plus, les malheureux trouvent une consolation mutuelle grâce aux affinités entre leurs âmes. Le texte conclut en estimant qu'il est superflu d'ajouter quoi que ce soit, car tout a déjà été dit sur le sujet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11689
p. 29-32
AUTRE réponse à la même lettre.
Début :
J'IGNORE, Monsieur, ce que l'esprit décidera sur la question proposée, page [...]
Mots clefs :
Malheur, Malheureux, Tendresse, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE réponse à la même lettre.
AUTRE réponse à la même lettre.
J'IGNORE , Monfieur , ce que l'efprit
décidera fur la question propofée , page
17 du Mercure de ce mois : files malheurs
d'autrui font un motif de confolation pour
les malheureux ? mais je puis vous affurer
que cette queſtion n'en eft pas une pour
mon coeur.
Quelques faits vrais & fimples , & ma
façon de penfer rapprochée de ces faite
déterminent mon jugement fur la thèfe
dont il s'agit.
J'ai été , Monfieur , pendant fix ans
un des plus heureux de tous les hommes.
Je vivois au milieu d'une famille qui
m'étoit bien chère , & dont j'étois tendrement
aimé.
Mon père , vieillard aimable , & qui
fembloit ne defirer la vie que pour faire
notre bonheur , eft mort entre mes bras
au moment où j'efpérois fa convalefcence.
Ses dernières paroles furent des expreffions
de fa tendreffe pour moi.
Il y avoit alors cinq ans que j'avois
époufé une jeune perfonne que j'aimois
depuis long - temps ; elle étoit ma pre-
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
mière & mon unique inclination : mon
amour pour elle , loin de s'affoiblir par
la jouiffance , fembloit s'accroître de jour
en jour. Mon père étoit pour cette jeune
& aimable femme , l'objet du plus vif
attachement ; fa douleur fut extrême , &
je n'étois pas en fituation de la calmer.
Elle prit fur elle ; & m'abandonnant
pour ainfi dire à la force de mon fexe
de mon âge & de mon tempérament , elle
ellaya de me conferver ma mère , qui étoie
inconfolable , & qui exigeoit les foins les
plus tendres & les plus affidus.
J'ai été affez malheureux pour perdre
ma femme avant que le deuil de mon
père fût fini . Mes regrets ne font point
l'objet de cette lettre , je l'aimois , Monfieur
, ce mot dit tout. Il y a fix ans que
je la regrette , & que l'idée de tout autre
engagement m'eft odieufe & fa réalité
impoffible.
Ma mère me reftoit ; elle n'a pu
furvivre à cette feconde perte : les foins
de fes enfans , leur tendreffe , rien n'a
pu foulager fa douleur ; & nous avons
eu celle de ne pouvoir nous diffimuler à
nous - mêmes , quoiqu'elle nous le cachât
foigneufement , que le chagrin étoit le
poifon qui terminoit les jours de la meil
leure & de la plus aimée des mères .
41
JUIN 1768 . jt
En moins de trois ans j'ai effuyé tous
ces malheurs. Je les regarde comme les
plus réels , & parce qu'ils touchent directement
le coeur , & parce qu'ils font fans
remèdes.
Voilà , Monfieur , ce que j'ai éprouvé.
Voici ce que j'ai ſenti.
Lorfque depuis ces événemens j'ai vu
de mes amis perdre des parens dont ils
étoient chéris , des époufes dignes de leur
tendreffe , loin d'éprouver de la confolation
, j'ai frémi , mes plaies ont faigné ,
mon coeur a été déchiré .
Lorfqu'au contraire je vois un père
inftruire avec tendreſſe fon enfant ; lorfque
fa mère vient le preffer contre fon
fein ; lorfque je vois des époux heureux
fe regarder avec une tendreffe naïve ;
quand je vois dans leurs yeux humides
cette douce langueur qui annonce l'amourhonnête
& fatisfait , je me rappelle les
momens de mon bonheur... Ah , Mon
fieur ! ce fouvenir et une jouiffance précieufe
aux malheureux .
Voilà ce que mon coeur me dicte. Jé
finis pour aller féliciter un jeune parent
qui eft fur le point de fe marier avec uné
Demoiſelle aimable . Je ne lui fouhaiterai
autre chofe que d'être auffi heureux que
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
je l'ai été moi - même , & de l'être plus
long- temps.
Če fouhait , Monfieur , vous annonce
ma façon de penfer fur la queftion propofée
Je ne fuis point auteur , je n'ai
pas les talens néceffaires pour tenter avec
fuccès de le devenir.
Les faits dont je viens d'avoir l'honneur
de vous rendre compte font fi exactement
vrais que , quoique je garde l'anonyme
, fi vous trouvez ma lettre digne
d'être inférée dans le Mercure , je ferai
vraisemblablement reconnu par toutes les
perfonnes de ma connoiffance qui le liront.
Au refte , Monfieur , je vous prie de
ne la rendre publique qu'autant que vous
la croirez capable de faire revenir du préjugé
peu honorable pour l'humanité , que
c'est une confolation pour les malheureux
d'avoir des femblables. Je crois ce proverbe
aufli peu fondé en françois qu'en
latin ; & je ne pense pas que fon ancienneté
foit un titre affez refpectable pour
le mettre à l'abri de la cenfure des âmes
honnêtes & des coeurs fenfibles.
J'ai l'honneur d'être avec les fentimens
les plus diftingués , Monfieur , votre , &c.
Paris , 27 avril 1768.
D.
J'IGNORE , Monfieur , ce que l'efprit
décidera fur la question propofée , page
17 du Mercure de ce mois : files malheurs
d'autrui font un motif de confolation pour
les malheureux ? mais je puis vous affurer
que cette queſtion n'en eft pas une pour
mon coeur.
Quelques faits vrais & fimples , & ma
façon de penfer rapprochée de ces faite
déterminent mon jugement fur la thèfe
dont il s'agit.
J'ai été , Monfieur , pendant fix ans
un des plus heureux de tous les hommes.
Je vivois au milieu d'une famille qui
m'étoit bien chère , & dont j'étois tendrement
aimé.
Mon père , vieillard aimable , & qui
fembloit ne defirer la vie que pour faire
notre bonheur , eft mort entre mes bras
au moment où j'efpérois fa convalefcence.
Ses dernières paroles furent des expreffions
de fa tendreffe pour moi.
Il y avoit alors cinq ans que j'avois
époufé une jeune perfonne que j'aimois
depuis long - temps ; elle étoit ma pre-
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
mière & mon unique inclination : mon
amour pour elle , loin de s'affoiblir par
la jouiffance , fembloit s'accroître de jour
en jour. Mon père étoit pour cette jeune
& aimable femme , l'objet du plus vif
attachement ; fa douleur fut extrême , &
je n'étois pas en fituation de la calmer.
Elle prit fur elle ; & m'abandonnant
pour ainfi dire à la force de mon fexe
de mon âge & de mon tempérament , elle
ellaya de me conferver ma mère , qui étoie
inconfolable , & qui exigeoit les foins les
plus tendres & les plus affidus.
J'ai été affez malheureux pour perdre
ma femme avant que le deuil de mon
père fût fini . Mes regrets ne font point
l'objet de cette lettre , je l'aimois , Monfieur
, ce mot dit tout. Il y a fix ans que
je la regrette , & que l'idée de tout autre
engagement m'eft odieufe & fa réalité
impoffible.
Ma mère me reftoit ; elle n'a pu
furvivre à cette feconde perte : les foins
de fes enfans , leur tendreffe , rien n'a
pu foulager fa douleur ; & nous avons
eu celle de ne pouvoir nous diffimuler à
nous - mêmes , quoiqu'elle nous le cachât
foigneufement , que le chagrin étoit le
poifon qui terminoit les jours de la meil
leure & de la plus aimée des mères .
41
JUIN 1768 . jt
En moins de trois ans j'ai effuyé tous
ces malheurs. Je les regarde comme les
plus réels , & parce qu'ils touchent directement
le coeur , & parce qu'ils font fans
remèdes.
Voilà , Monfieur , ce que j'ai éprouvé.
Voici ce que j'ai ſenti.
Lorfque depuis ces événemens j'ai vu
de mes amis perdre des parens dont ils
étoient chéris , des époufes dignes de leur
tendreffe , loin d'éprouver de la confolation
, j'ai frémi , mes plaies ont faigné ,
mon coeur a été déchiré .
Lorfqu'au contraire je vois un père
inftruire avec tendreſſe fon enfant ; lorfque
fa mère vient le preffer contre fon
fein ; lorfque je vois des époux heureux
fe regarder avec une tendreffe naïve ;
quand je vois dans leurs yeux humides
cette douce langueur qui annonce l'amourhonnête
& fatisfait , je me rappelle les
momens de mon bonheur... Ah , Mon
fieur ! ce fouvenir et une jouiffance précieufe
aux malheureux .
Voilà ce que mon coeur me dicte. Jé
finis pour aller féliciter un jeune parent
qui eft fur le point de fe marier avec uné
Demoiſelle aimable . Je ne lui fouhaiterai
autre chofe que d'être auffi heureux que
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
je l'ai été moi - même , & de l'être plus
long- temps.
Če fouhait , Monfieur , vous annonce
ma façon de penfer fur la queftion propofée
Je ne fuis point auteur , je n'ai
pas les talens néceffaires pour tenter avec
fuccès de le devenir.
Les faits dont je viens d'avoir l'honneur
de vous rendre compte font fi exactement
vrais que , quoique je garde l'anonyme
, fi vous trouvez ma lettre digne
d'être inférée dans le Mercure , je ferai
vraisemblablement reconnu par toutes les
perfonnes de ma connoiffance qui le liront.
Au refte , Monfieur , je vous prie de
ne la rendre publique qu'autant que vous
la croirez capable de faire revenir du préjugé
peu honorable pour l'humanité , que
c'est une confolation pour les malheureux
d'avoir des femblables. Je crois ce proverbe
aufli peu fondé en françois qu'en
latin ; & je ne pense pas que fon ancienneté
foit un titre affez refpectable pour
le mettre à l'abri de la cenfure des âmes
honnêtes & des coeurs fenfibles.
J'ai l'honneur d'être avec les fentimens
les plus diftingués , Monfieur , votre , &c.
Paris , 27 avril 1768.
D.
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Résumé : AUTRE réponse à la même lettre.
Dans une lettre publiée dans le Mercure de France, l'auteur répond à une question sur la possibilité que les malheurs d'autrui consolent les malheureux. Il commence par déclarer que cette question ne le concerne pas personnellement. Il partage ensuite ses expériences tragiques : la mort de son père après six années de bonheur familial, suivie du décès de sa femme et de sa mère en l'espace de trois ans. Ces pertes l'ont profondément marqué et il n'a trouvé aucune consolation dans les malheurs des autres. Au contraire, voir des amis ou des proches souffrir ravive sa douleur. Cependant, assister à des scènes de bonheur familial lui rappelle ses moments heureux passés. L'auteur exprime ensuite son souhait pour un jeune parent sur le point de se marier, espérant qu'il connaisse un bonheur durable. Il conclut en exprimant son désir de voir le préjugé selon lequel les malheurs d'autrui consolent les malheureux être réfuté. La lettre est datée du 27 avril 1768 et signée 'D.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11690
p. 33-43
AUTRE réponse à la question proposée dans le premier Mercure d'avril : les malheurs d'autrui sont-ils un motif de consolation pour les malheureux ?
Début :
Il ne falloit pas moins d'esprit que vous en montrez, Monsieur, pour avancer, & [...]
Mots clefs :
Malheur, Malheureux, Consolation, Humanité, Maux, Douleurs, Peine, Faiblesses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE réponse à la question proposée dans le premier Mercure d'avril : les malheurs d'autrui sont-ils un motif de consolation pour les malheureux ?
AUTRE réponse à la queftion propofée dans
lepremier Mercure d'avril : Les malheurs
d'autrui font-ils un motif de confolation
pour les malheureux ?
I.L ne falloit pas moins d'efprit que vous
en montrez , Monfieur , pour avancer , &
paroître prouver la négative , que vous
avez embraffée fur la queftion préfente.
Ce qui ne m'étonne pas moins que votre
paradoxe , c'eft qu'avec tant d'humanité
de fenfibilité , de tendreffe , de bonté
d'âme , de charité , vous enleviez cruellement
à ceux qui en ont le plus befoin ,
l'unique confolation , l'unique foutien qui
leur refte dans leur état déplorable , &
que vous les taxiez encore de dureté , de
cruauté , de barbarie d'en faire ufage.
Si quelque chofe peut mitiger & rendre
aux malheureux leurs maux plus fupportables
, ce n'eft affurément pas la contemplation
du bonheur des autres. Ce n'eft
pas à la vue d'un homme riche & opulent
que le pauvre fupportera plus facilement.
fa mifère. Ce n'eft pas à la vue d'un homme
fain , robufte , & en pleine fanté qu'un
Bw
14 MERCURE DE FRANCE.
infirme ou un malade fouffrira plus tranquillement
fes douleurs. Ce n'eft pas à fa
vue de la jouiffance des voluptés & des
plaifirs qu'un miférable endurera plus patiemment
le befoin & l'indigence. Ce
n'eft pas à la vue d'une fortune rapide, &
brillante qu'un malheureux montrera plus
de réfignation dans la perte de fes biens ,
de fes charges , de fon honneur ; ce n'eft
pas enfin la vue de ceux qui font dans un
port affuré , qui adoucit l'image affreufe du
naufrage. Au contraire , cette vue difcordante
avec notre fituation , ne feroit
qu'aigrir l'amertume de notre calamité.
Pourquor dirions - nous avecmurmure dans
ces funeftes états , pourquoi tout nous
vient-il à mal tandis que tout réuffit aux
autres ? Pourquoi pleurons neus tandis
qu'ils rient ? Pourquoi gémiffons - nous
tandis qu'ils fe réjouiffent ? Ne fommesnous
pas tous enfans du même père ?
Notre Auteur peut- il leur prodiguer fes
careffes , fes faveurs , fes bienfaits , & ne
réferver pour nous que les peines , les
afflictions , les tourmens ?
Ce contraſte eft en effet accablant ; &
ce n'eft qu'en en détournant la vue qu'on
peut adoucir l'idée de fes malheurs. If ne
refte donc aux malheureux que la vue de
reux des autres, qui puiffe alléger les leurs ;
JUIN 1768. 35
ce n'eft qu'en portant fes regards fur les
maux attachés à l'humanité , qu'on peut
trouver quelque adouciffement.
Je n'en regarderois pas moins indigne
du nom , je ne dis pas d'être penfant s
mais même d'être fentant , celui qui tire
roit quelque confolation , à la vue des
maux des autres , par la fatisfaction ou lè
plaifir qu'il prendroit à les voir foufftir.
Je ravalerois ce cruel mifantrope au- deffous
de la brute, la plus féroce , ou plu
tôt je le regarderois comme un monftre ;
mais ne nous allarmons point , la chofe
eft impoffible. Vous l'avez très bien prouvé.
Les malheureux doivent être les plus fenfibles
, parce qu'étant montés , fi j'ofe
m'exprimer ainfi , à l'uniffon de ceux qui
fouffrent , les impreffions font chez eux
plus faciles , plus promptes , plus vives ,
plus profondes. La vue du même mal
du même accident , du même malheur
que nous fouffrons , loin de nous foulager
par elle -même , ne peut que nous être
défagréable & fâcheufe. Ce n'est donc pas
la fimple confidération des malheurs des
autres qui peut nous confoler , mais les
réflexions naturelles auxquelles ellé nous
porte. La néceffité des maux , leur éren
due , l'exemple de ceux qui les fouffrent z
voilà les motifs légitimes qu'il eft au pou
B vi
36 MERCURE DE FRANCE.
voir des infortunés de fe procurer à la vue
des maux d'autrui.
Il n'eft pas néceffaire d'être réduit à la
mifère de Job pour connoître que cette
vie ne peut commencer , s'écouler , finic
fans fouffrance. Les cris de la douleur , de
la foibleffe , du beſoin , de la néceffité fe
font entendre dans les berceaux des Rois
à leur naiffance comme dans ceux des
bergers. La nature , fans égard pour leurs
´majeftés , les laiffe , comme lesautres , dans
un état d'impuiffance & de dépendance.
En vain voudroit - on prévenir leurs defirs ,
on ne peut que les deviner ; & peut- être
une attention exceffive leur eft- elle plus
importune qu'un peu de négligence ne
leur feroit nuifible. Il faut chez eux,
comme chez les enfans du commun , que
les fignes de la douleur annoncent leurs
befoins réels . Les plaintes , les gémiffemens ,
les larmes , font le langage commun de l'enfance.
Ils n'ont pas plus de force pour fe
foutenir que n'en ont les autres , fouvent
moins & toujours plus tard , parce qu'élevés
plus délicatement & plus mollement ,
leurs membres ont plus de peine à fe fortifier.
Il faut donc qu'ils fouffrent la gêne
d'être couchés , affis , ou portés , jufqu'à
ce que leurs pieds puiffent les étayer. Il
faut qu'ils fallent le pénible apprentillage.
JUIN 1768. 37
de marcher. Leurs dents ne leur viennent
point fans maux. La colique , la rougeole ,
le millet , la petite- vérole , ne leur font
point de grace. Plus grands on les voit ,
paffer par les épreuves communes ; les
infirmités , les maladies les plus cruelles
femblent être leur apanage. La goutte ,
la gravelle ont jetté depuis long- temps un
dévolu fur eux. Enfin la mort , environnée
de toutes les horreurs , termine leur
carrière. Rien ne peut en retarder l'inſtant
fatal. Trop fouvent ( fort déplorable des
Rois , & des meilleurs Rois ! ) la perfidie ,
le poifon , le fanatifme le préviennent.
Quand donc un malheureux voit ces
dieux de la terre paffer par les mêmes
infirmités , les mêmes peines , les mêmes
maux que lui ; quand , dans la félicité la
plus complette en apparence , il les voit
expofés aux accidens , aux dangers , aux
malheurs communs de l'humanité , peut- il
regarder comme propres ceux qu'il fouffre
? Peut- il murmurer d'un tribut payé
par ceux qui en impofent aux autres ?
Peut- il trouver dur un joug fi univerſel ?
Ne doit-il pas alors fe dire à lui - même :
fi je fouffrois feul en ce monde , peutêtre
aurois-je à me reprocher d'avoir , par
ma faure , encouru mes peines comme:
des châtimens , mais quand je vois que
38 MERCURE DE FRANCE.
tout fouffre & pâtit dans la nature ; que
le mal eft inévitable , même aux plus puiffans
; n'est-ce pas pour moi une espèce de
confolation de les voir à mon rang ou
de me voir au leur ? Je déplore la fatalité
qui nous affujettit tous au mat; mais je
le dis , quoique mon coeur voulût foulager
tous les morrels du poids accablant
de leurs douleurs ; dans la pofition préfente
la néceflité des fouffrances , où les a
foumis la nature , confole mon amourpropre.
En effet , fi je fouffrois feul , je me re→
garderois comme la honte , l'opprobre , lė
rebut , le néant des êtres de mon efpèce :
je m'inculperois mes maux , qui pourroient
n'en être pas moins néceffaires ; je ne
pourrois me croire innocent ; & cette feule
penfée me confondroit , m'anéantiroit . Au
contraire , je fens mon poids allégé quand
il tient à celui des autres , & qu'il en eft
comme foutenu .
Que fera - ce fr je fais attention que
Fun eft fouvent plus pefant que l'autre ?
Qui pourroit , je vous le demande , connoître
l'étendue des maux de l'humanité
& penfer encore aux fiens ? Quel plaufible
fajer de fe plaindre lorfque d'une fi grande
coupe de fiel on n'en prend que quelques
gouttes ! Regardons au-deffous de nous,
JUIN 1768. 39
dit un antique adage , & nous nous tronverons
toujours heureux , on du moins
beaucoup moins malheureux. La même
penfée qui nous rend fupportable , la baffeffe
de l'état où nous pouvons être , nous
fait aufli fupporter plus patiemment nos
maux , parce que nous en voyons de plus
grands.
Entrons dans ces fombres prifons , dans
ces cachots infects où gémit quelquefois
l'innocence auffi bien que le crime. Entrons
dans ces maifons de douleur , où les
maladies , les peftes les plus incurables ,
ne nous offrent que des fpèctres , des
fquelettes hideux , dont la vde feule nous
fait fouvent plus de peine que nos plus
grandes douleurs , & nous nous confolerons
aifément ; nous ne ferons
pas tentés
de faire échange .
Solon conduifit un jour un de fes amis ,
qui étoit dans l'affliction , fur la citadelle
d'Athènes , & lui fit porter la vue fur toutes
les maifons qui étoient au- deffous . Imaginez
, lui dit alors ce philofophe , les latmes
qu'on y a répandues , qu'on y répand ,
& qu'on y répandra , & ceffez de pleurer
comme propre ce qui eft commun à tous
les hommes. Etendons à l'univers ce que
ce fage difoit d'Athènes élevons - nous
affez haut pour voir le tableau entier des
40 MERCURE DE FRANCE.
maux de l'humanité , & nous verrons les
nôtres n'y former qu'une ombre légère.
Je crois , comme le dit le même philofophe
, que fi l'on ramaffoit dans un même
lieu les maux de tout le monde , il n'eft
perfonne qui n'aimât mieux s'en tenir aux
fiens que de prendre fa part de cette maffe
commune. Če fpectacle feroit donc pour
nous une espece de confolation , puifqu'il
nous feroit voir que nous ne fommes pas
les plus malheureux .
N'éprouvons - nous pas encore tous les
jours que des maux plus grands nous en
rendent fupportables de moindres , qui ,
avant que d'éprouver ceux-là , nous paroiffoient
prefque intolérables , & que nous
regarderions comme un bien - être & un
bonheur de n'avoir plus que ceux- ci à
fouffrir ? Or , ce foulagement eft précifément
celui que nous recevons quand nous
voyons les autres en proie à des maux
plus cuifans. Nous les pefons pour ainfi
dire avec les nôtres , & trouvant leur poids
plus lourd , nous en retirons une certaine
fatisfaction , non pas de voir qu'ils
font plus intolérables que les nôtres , ( rien
ne feroit plus horrible ) mais de voir les
nôtres plus légers & plus fupportables.
Mais , direz- vous , ne peut-il pas arriver
qu'un homme foit dans une fituation fi
JUIN 1768. 41
malheureufe qu'il ne puiffe fe cacher à luimême
qu'il eft le plus miférable des mortels
, & par conféquent qu'il ne lui refte
aucun motif fi léger qu'il foit de confolation
? Phyfiquement la chofe peut être ,
mais je la crois moralement impoffible.
Quelque réels que foient nos maux en euxmêmes
, ainfi que ceux des autres , l'imagination
les diminue on les exagère felon
que nous penfons diverfement , & par- là
ils font relatifs aux perfonnes. Il y a tel
mal fi fenfible , qu'on peut croire qu'il
n'y en a point de plus grand ; il y en a
tel autre fi rebutant , fi odieux , fi infamant
, quoique moins douloureux , que
felon les différens caractères que ces maux
affecteront , les uns & les autres fe trouveront
moins affligés des leurs. Ainfi , il
n'y a perfonne qui ne puiffe trouver un
plus malheureux que foi , & par conféquent
fe féliciter de l'être moins.
Enfin l'exemple de ceux que nous voyons
fouffrir des malheurs femblables aux nôtres
nous foutient , nous confole , nous anime
& nous encourage à les fupporter plus fermement
; cette vue nous raffure contre
notre propre foibleffe en nous la reprochant.
Nous nous accufons alors de délicateffe
, de pufillanimité , de lâcheté , &
cette réflexion allége , adoucit nos maux
42 MERCURE DE FRANCE.
en nous les repréfentant fupportables ,
puifque nous les voyons en effet fupporter.
A combien plus forte raifon fommesnous
difpofés à en affoiblir & en diminuer
l'idée lorfque nous fommes témoins de la
fermeté , de la conftance , de l'héroïſme
de ceux qui en fouffrent avec férénité de
beaucoup plus grands auxquels ils pourroient
fe fouftraire . Qui eft - ce que ne
raffermiroit pas l'exemple d'un Régulus ,
d'un Scévola , d'un Poffidonius , d'un Arcéfilas
& d'une infinité d'autres perfonnages
auffi inébranlables dans les revers , dans
les afflictions & dans les fouffrances ?
Nous avons tous les jours fous nos yeux
des exemples de cette force , de cette virilité
d'âme qui ne le céde pas aux anciens,
Or, fi la bravoure & l'intrépidité des
guerriers courageux donne de la hardieſſe ,
du coeur & de l'audace même aux plus
lâches , comment la force & la vertu fublime
de ceux qui fouffrent volontairement
, pour une bonne fin , des maux
plus intolérables que les nôtres , ne ſoutiendroit-
elle pas notre foibleffe , & ne
nous apprendroit- elle pas à les fupporter
plus patiemment , plus courageufement ?
moyen infaillible , fi nous en voulions
profiter , de rendre leur poids beaucoup
plus léger.
JUIN 1768. 43
Tel eft , Monfieur , mon fentiment fur
la queftion que vous avez propofée. 11
na rien de neuf , je le fais ; il eft même
fondé fur une opinion commune & populaire
; mais je ne crois pas ( quoique je
fois bien éloigné de penfer en tout avec
le peuple ) qu'il faille toujours , en fait
d'opinion , lui tourner le dos : c'eft-à dire ,
comme l'a avancé , avec plus de fel que
de vérité , l'ingénieux Fontenelle dans un
de fes dialogues , penfer tout à rebours
pour voir en face la vérité. Il y a de vrais
comme de faux préjugés : c'eſt à la raifon
& à la philofophie d'en faire le difcernement.
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , &c."
L'Abbé GUCHET , P. du Collège
d'Epernay. Ce 6 mai 1768.
lepremier Mercure d'avril : Les malheurs
d'autrui font-ils un motif de confolation
pour les malheureux ?
I.L ne falloit pas moins d'efprit que vous
en montrez , Monfieur , pour avancer , &
paroître prouver la négative , que vous
avez embraffée fur la queftion préfente.
Ce qui ne m'étonne pas moins que votre
paradoxe , c'eft qu'avec tant d'humanité
de fenfibilité , de tendreffe , de bonté
d'âme , de charité , vous enleviez cruellement
à ceux qui en ont le plus befoin ,
l'unique confolation , l'unique foutien qui
leur refte dans leur état déplorable , &
que vous les taxiez encore de dureté , de
cruauté , de barbarie d'en faire ufage.
Si quelque chofe peut mitiger & rendre
aux malheureux leurs maux plus fupportables
, ce n'eft affurément pas la contemplation
du bonheur des autres. Ce n'eft
pas à la vue d'un homme riche & opulent
que le pauvre fupportera plus facilement.
fa mifère. Ce n'eft pas à la vue d'un homme
fain , robufte , & en pleine fanté qu'un
Bw
14 MERCURE DE FRANCE.
infirme ou un malade fouffrira plus tranquillement
fes douleurs. Ce n'eft pas à fa
vue de la jouiffance des voluptés & des
plaifirs qu'un miférable endurera plus patiemment
le befoin & l'indigence. Ce
n'eft pas à la vue d'une fortune rapide, &
brillante qu'un malheureux montrera plus
de réfignation dans la perte de fes biens ,
de fes charges , de fon honneur ; ce n'eft
pas enfin la vue de ceux qui font dans un
port affuré , qui adoucit l'image affreufe du
naufrage. Au contraire , cette vue difcordante
avec notre fituation , ne feroit
qu'aigrir l'amertume de notre calamité.
Pourquor dirions - nous avecmurmure dans
ces funeftes états , pourquoi tout nous
vient-il à mal tandis que tout réuffit aux
autres ? Pourquoi pleurons neus tandis
qu'ils rient ? Pourquoi gémiffons - nous
tandis qu'ils fe réjouiffent ? Ne fommesnous
pas tous enfans du même père ?
Notre Auteur peut- il leur prodiguer fes
careffes , fes faveurs , fes bienfaits , & ne
réferver pour nous que les peines , les
afflictions , les tourmens ?
Ce contraſte eft en effet accablant ; &
ce n'eft qu'en en détournant la vue qu'on
peut adoucir l'idée de fes malheurs. If ne
refte donc aux malheureux que la vue de
reux des autres, qui puiffe alléger les leurs ;
JUIN 1768. 35
ce n'eft qu'en portant fes regards fur les
maux attachés à l'humanité , qu'on peut
trouver quelque adouciffement.
Je n'en regarderois pas moins indigne
du nom , je ne dis pas d'être penfant s
mais même d'être fentant , celui qui tire
roit quelque confolation , à la vue des
maux des autres , par la fatisfaction ou lè
plaifir qu'il prendroit à les voir foufftir.
Je ravalerois ce cruel mifantrope au- deffous
de la brute, la plus féroce , ou plu
tôt je le regarderois comme un monftre ;
mais ne nous allarmons point , la chofe
eft impoffible. Vous l'avez très bien prouvé.
Les malheureux doivent être les plus fenfibles
, parce qu'étant montés , fi j'ofe
m'exprimer ainfi , à l'uniffon de ceux qui
fouffrent , les impreffions font chez eux
plus faciles , plus promptes , plus vives ,
plus profondes. La vue du même mal
du même accident , du même malheur
que nous fouffrons , loin de nous foulager
par elle -même , ne peut que nous être
défagréable & fâcheufe. Ce n'est donc pas
la fimple confidération des malheurs des
autres qui peut nous confoler , mais les
réflexions naturelles auxquelles ellé nous
porte. La néceffité des maux , leur éren
due , l'exemple de ceux qui les fouffrent z
voilà les motifs légitimes qu'il eft au pou
B vi
36 MERCURE DE FRANCE.
voir des infortunés de fe procurer à la vue
des maux d'autrui.
Il n'eft pas néceffaire d'être réduit à la
mifère de Job pour connoître que cette
vie ne peut commencer , s'écouler , finic
fans fouffrance. Les cris de la douleur , de
la foibleffe , du beſoin , de la néceffité fe
font entendre dans les berceaux des Rois
à leur naiffance comme dans ceux des
bergers. La nature , fans égard pour leurs
´majeftés , les laiffe , comme lesautres , dans
un état d'impuiffance & de dépendance.
En vain voudroit - on prévenir leurs defirs ,
on ne peut que les deviner ; & peut- être
une attention exceffive leur eft- elle plus
importune qu'un peu de négligence ne
leur feroit nuifible. Il faut chez eux,
comme chez les enfans du commun , que
les fignes de la douleur annoncent leurs
befoins réels . Les plaintes , les gémiffemens ,
les larmes , font le langage commun de l'enfance.
Ils n'ont pas plus de force pour fe
foutenir que n'en ont les autres , fouvent
moins & toujours plus tard , parce qu'élevés
plus délicatement & plus mollement ,
leurs membres ont plus de peine à fe fortifier.
Il faut donc qu'ils fouffrent la gêne
d'être couchés , affis , ou portés , jufqu'à
ce que leurs pieds puiffent les étayer. Il
faut qu'ils fallent le pénible apprentillage.
JUIN 1768. 37
de marcher. Leurs dents ne leur viennent
point fans maux. La colique , la rougeole ,
le millet , la petite- vérole , ne leur font
point de grace. Plus grands on les voit ,
paffer par les épreuves communes ; les
infirmités , les maladies les plus cruelles
femblent être leur apanage. La goutte ,
la gravelle ont jetté depuis long- temps un
dévolu fur eux. Enfin la mort , environnée
de toutes les horreurs , termine leur
carrière. Rien ne peut en retarder l'inſtant
fatal. Trop fouvent ( fort déplorable des
Rois , & des meilleurs Rois ! ) la perfidie ,
le poifon , le fanatifme le préviennent.
Quand donc un malheureux voit ces
dieux de la terre paffer par les mêmes
infirmités , les mêmes peines , les mêmes
maux que lui ; quand , dans la félicité la
plus complette en apparence , il les voit
expofés aux accidens , aux dangers , aux
malheurs communs de l'humanité , peut- il
regarder comme propres ceux qu'il fouffre
? Peut- il murmurer d'un tribut payé
par ceux qui en impofent aux autres ?
Peut- il trouver dur un joug fi univerſel ?
Ne doit-il pas alors fe dire à lui - même :
fi je fouffrois feul en ce monde , peutêtre
aurois-je à me reprocher d'avoir , par
ma faure , encouru mes peines comme:
des châtimens , mais quand je vois que
38 MERCURE DE FRANCE.
tout fouffre & pâtit dans la nature ; que
le mal eft inévitable , même aux plus puiffans
; n'est-ce pas pour moi une espèce de
confolation de les voir à mon rang ou
de me voir au leur ? Je déplore la fatalité
qui nous affujettit tous au mat; mais je
le dis , quoique mon coeur voulût foulager
tous les morrels du poids accablant
de leurs douleurs ; dans la pofition préfente
la néceflité des fouffrances , où les a
foumis la nature , confole mon amourpropre.
En effet , fi je fouffrois feul , je me re→
garderois comme la honte , l'opprobre , lė
rebut , le néant des êtres de mon efpèce :
je m'inculperois mes maux , qui pourroient
n'en être pas moins néceffaires ; je ne
pourrois me croire innocent ; & cette feule
penfée me confondroit , m'anéantiroit . Au
contraire , je fens mon poids allégé quand
il tient à celui des autres , & qu'il en eft
comme foutenu .
Que fera - ce fr je fais attention que
Fun eft fouvent plus pefant que l'autre ?
Qui pourroit , je vous le demande , connoître
l'étendue des maux de l'humanité
& penfer encore aux fiens ? Quel plaufible
fajer de fe plaindre lorfque d'une fi grande
coupe de fiel on n'en prend que quelques
gouttes ! Regardons au-deffous de nous,
JUIN 1768. 39
dit un antique adage , & nous nous tronverons
toujours heureux , on du moins
beaucoup moins malheureux. La même
penfée qui nous rend fupportable , la baffeffe
de l'état où nous pouvons être , nous
fait aufli fupporter plus patiemment nos
maux , parce que nous en voyons de plus
grands.
Entrons dans ces fombres prifons , dans
ces cachots infects où gémit quelquefois
l'innocence auffi bien que le crime. Entrons
dans ces maifons de douleur , où les
maladies , les peftes les plus incurables ,
ne nous offrent que des fpèctres , des
fquelettes hideux , dont la vde feule nous
fait fouvent plus de peine que nos plus
grandes douleurs , & nous nous confolerons
aifément ; nous ne ferons
pas tentés
de faire échange .
Solon conduifit un jour un de fes amis ,
qui étoit dans l'affliction , fur la citadelle
d'Athènes , & lui fit porter la vue fur toutes
les maifons qui étoient au- deffous . Imaginez
, lui dit alors ce philofophe , les latmes
qu'on y a répandues , qu'on y répand ,
& qu'on y répandra , & ceffez de pleurer
comme propre ce qui eft commun à tous
les hommes. Etendons à l'univers ce que
ce fage difoit d'Athènes élevons - nous
affez haut pour voir le tableau entier des
40 MERCURE DE FRANCE.
maux de l'humanité , & nous verrons les
nôtres n'y former qu'une ombre légère.
Je crois , comme le dit le même philofophe
, que fi l'on ramaffoit dans un même
lieu les maux de tout le monde , il n'eft
perfonne qui n'aimât mieux s'en tenir aux
fiens que de prendre fa part de cette maffe
commune. Če fpectacle feroit donc pour
nous une espece de confolation , puifqu'il
nous feroit voir que nous ne fommes pas
les plus malheureux .
N'éprouvons - nous pas encore tous les
jours que des maux plus grands nous en
rendent fupportables de moindres , qui ,
avant que d'éprouver ceux-là , nous paroiffoient
prefque intolérables , & que nous
regarderions comme un bien - être & un
bonheur de n'avoir plus que ceux- ci à
fouffrir ? Or , ce foulagement eft précifément
celui que nous recevons quand nous
voyons les autres en proie à des maux
plus cuifans. Nous les pefons pour ainfi
dire avec les nôtres , & trouvant leur poids
plus lourd , nous en retirons une certaine
fatisfaction , non pas de voir qu'ils
font plus intolérables que les nôtres , ( rien
ne feroit plus horrible ) mais de voir les
nôtres plus légers & plus fupportables.
Mais , direz- vous , ne peut-il pas arriver
qu'un homme foit dans une fituation fi
JUIN 1768. 41
malheureufe qu'il ne puiffe fe cacher à luimême
qu'il eft le plus miférable des mortels
, & par conféquent qu'il ne lui refte
aucun motif fi léger qu'il foit de confolation
? Phyfiquement la chofe peut être ,
mais je la crois moralement impoffible.
Quelque réels que foient nos maux en euxmêmes
, ainfi que ceux des autres , l'imagination
les diminue on les exagère felon
que nous penfons diverfement , & par- là
ils font relatifs aux perfonnes. Il y a tel
mal fi fenfible , qu'on peut croire qu'il
n'y en a point de plus grand ; il y en a
tel autre fi rebutant , fi odieux , fi infamant
, quoique moins douloureux , que
felon les différens caractères que ces maux
affecteront , les uns & les autres fe trouveront
moins affligés des leurs. Ainfi , il
n'y a perfonne qui ne puiffe trouver un
plus malheureux que foi , & par conféquent
fe féliciter de l'être moins.
Enfin l'exemple de ceux que nous voyons
fouffrir des malheurs femblables aux nôtres
nous foutient , nous confole , nous anime
& nous encourage à les fupporter plus fermement
; cette vue nous raffure contre
notre propre foibleffe en nous la reprochant.
Nous nous accufons alors de délicateffe
, de pufillanimité , de lâcheté , &
cette réflexion allége , adoucit nos maux
42 MERCURE DE FRANCE.
en nous les repréfentant fupportables ,
puifque nous les voyons en effet fupporter.
A combien plus forte raifon fommesnous
difpofés à en affoiblir & en diminuer
l'idée lorfque nous fommes témoins de la
fermeté , de la conftance , de l'héroïſme
de ceux qui en fouffrent avec férénité de
beaucoup plus grands auxquels ils pourroient
fe fouftraire . Qui eft - ce que ne
raffermiroit pas l'exemple d'un Régulus ,
d'un Scévola , d'un Poffidonius , d'un Arcéfilas
& d'une infinité d'autres perfonnages
auffi inébranlables dans les revers , dans
les afflictions & dans les fouffrances ?
Nous avons tous les jours fous nos yeux
des exemples de cette force , de cette virilité
d'âme qui ne le céde pas aux anciens,
Or, fi la bravoure & l'intrépidité des
guerriers courageux donne de la hardieſſe ,
du coeur & de l'audace même aux plus
lâches , comment la force & la vertu fublime
de ceux qui fouffrent volontairement
, pour une bonne fin , des maux
plus intolérables que les nôtres , ne ſoutiendroit-
elle pas notre foibleffe , & ne
nous apprendroit- elle pas à les fupporter
plus patiemment , plus courageufement ?
moyen infaillible , fi nous en voulions
profiter , de rendre leur poids beaucoup
plus léger.
JUIN 1768. 43
Tel eft , Monfieur , mon fentiment fur
la queftion que vous avez propofée. 11
na rien de neuf , je le fais ; il eft même
fondé fur une opinion commune & populaire
; mais je ne crois pas ( quoique je
fois bien éloigné de penfer en tout avec
le peuple ) qu'il faille toujours , en fait
d'opinion , lui tourner le dos : c'eft-à dire ,
comme l'a avancé , avec plus de fel que
de vérité , l'ingénieux Fontenelle dans un
de fes dialogues , penfer tout à rebours
pour voir en face la vérité. Il y a de vrais
comme de faux préjugés : c'eſt à la raifon
& à la philofophie d'en faire le difcernement.
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , &c."
L'Abbé GUCHET , P. du Collège
d'Epernay. Ce 6 mai 1768.
Fermer
Résumé : AUTRE réponse à la question proposée dans le premier Mercure d'avril : les malheurs d'autrui sont-ils un motif de consolation pour les malheureux ?
Le texte explore la question de savoir si les malheurs des autres peuvent consoler les malheureux. L'auteur réfute une réponse précédente qui affirme que les malheurs des autres ne devraient pas servir de consolation. Il explique que les malheureux trouvent une certaine consolation en observant les maux des autres, ce qui leur permet de relativiser leurs propres souffrances. La vue du bonheur des autres aggrave leur douleur, tandis que la contemplation des malheurs communs peut adoucir leur situation. Les malheureux sont plus sensibles et la vue des mêmes malheurs chez les autres les pousse à réfléchir sur la nécessité et l'universalité des souffrances humaines. Même les rois et les personnes privilégiées ne sont pas exempts des maux de l'existence, comme les maladies, les infirmités et la mort. Voir les puissants subir les mêmes épreuves aide les malheureux à accepter leurs propres souffrances comme faisant partie de la condition humaine. L'auteur utilise l'exemple de Solon, qui montra à un ami affligé les nombreuses maisons d'Athènes où des larmes étaient versées, pour illustrer que les maux individuels semblent moins lourds lorsqu'on les compare à ceux des autres. Il suggère que voir les souffrances des autres peut rendre les siennes plus supportables. Le texte met également en avant le rôle de l'imagination dans la perception des maux, qui peuvent être perçus différemment selon les individus. Chacun peut toujours trouver quelqu'un de plus malheureux que soi, ce qui offre une forme de réconfort. Observer la fermeté et le courage des autres face à des souffrances plus grandes peut renforcer la propre résilience d'une personne. Des exemples historiques, comme Régulus ou Scévola, illustrent cette force d'âme. L'auteur traite de la force morale et de la vertu des individus capables de supporter des souffrances volontaires pour une cause juste. Il reconnaît l'existence de vrais et de faux préjugés et estime que la raison et la philosophie doivent permettre de les distinguer. Le texte est écrit par l'Abbé Guchet, professeur au Collège d'Epernay, daté du 6 mai 1768.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11691
p. 46-52
SECONDE lettre (I) de M. V***, à Milady ***, concernant les funérailles de CROMWEL.
Début :
J'ai l'honneur d'envoyer à Mylady les réflexions de notre bon ami R***, sur [...]
Mots clefs :
Cromwell, Corps, Restauration, Sergent, Tyran, John Barkstead, Angleterre, Funérailles, Londres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECONDE lettre (I) de M. V***, à Milady ***, concernant les funérailles de CROMWEL.
SECONDE lettre ( 1 ) de M. V *** , à
Milady concernant les funérailles
de CROMWEL.
J
,
L'A'r l'honneur d'envoyer à Mylady les
". réflexions de notre bon ami R *** fur
les pièces énoncées dans ma lettre du 6
mars dernier , concernant les funérailles
de Cromvvel , en attendant celles qu'it me
promet encore fur un point de notre hiftoire
auffi extraordinaire qu'intéreffant.
Sur la pièce étiquetée nº 1 .
Peu de temps après la reſtauration ( 2 ) ,
le Sergent de la Chambre des Communes
reçut en effet l'ordre de fe tranſporter
avec fes Officiers à Weftminſter pour
demander que le corps du tyran , qui y
étoit enterré , lui fût remis , afin que la
Chambre pût en difpofer aina qu'elle trouveroit
convenable.
Sur quoi ledit Sergent , après avoir fait
( 1 ) La première eft dans le fecond volume du
Mercure d'avril dernier .
( 2 ) Le rétablillement de la Mailon de Stuart
fur le trône d'Angleterre,
JUIN 1768. 47
lever les carreaux de la chapelle de Henry
VII , à l'endroit défigné , trouva la
voûte où repofoit le corps , fur le cercueil
duquel étoit une plaque de cuivre trèsbien
dorée & renfermée dans une boîte de
plomb où , d'un côté , étoient gravées les
armes d'Angleterre avec celles du tyran ,
& fur le revers la légende fuivante :
OLIVERUS , Protector Reipublica Anglia ,
Scotia , & Hiberniæ , natus 2 5 april. 1 599,
inauguratus 16 dec. 1653 , mortuus 3
Sept. anno 1658 , hic fitus eft.
N. B. Ledit Sergent , croyant que la
plaque étoit d'or , s'en empara pour lui
tenir leu d'honoraires ; & M. Giffard, de
Colchefter, qui a époufé la fille du Sergent
, eft maintenant poffeffeur de cette
plaque , que fon beau- père lui a dit avoir
acquife, ainfi que nous l'avons rapporté,
No 2,
Ici et une déclaration reconnue & attef
tée au point ( fi l'occaſion l'exige ) d'être
juridiquement dépofée de la part de M, . ,
Barkfiead , lequel fréquente journellemeng
le caffé de Richard à Temple- bar , fils du
fameux Barktead , le Régicide, qui , après
48 MERCURE DE FRANCE.
Ja reftauration , fut exécuté comme tel ;
lequel fils , à la mort de l'archi- traître ,
étoit âgé d'environ quinze ans.
Cette déclaration porte en fubftance ,
que ledit régicide Barkstead , étant alors
Lieutenant de la Tour de Londres , & l'un
des plus intimes confidens de l'ufurpateur ,
defira , ainfi que quelques autres complices
de Cromvvel , connoître les intentions de
fon maître , malade, fur le choix de ſa ſépulture.
A quoi le tyran répondit que l'endroit
où il avoit remporté la victoire la
plus complette , par conféquent acquis le
plus de gloire , c'eft- à- dire , la plaine de
Nafeby , dans le Comté de Northampton ,
étoit le lieu qui lui plaifoit le plus. En
conféquence , vers minuit ( l'inftant après
fa mort ) le corps de Cromvvel , embaumé
& dans un cercueil de plomb , fut conduit
par Barkſtead & par fon fils dans la plaine
fufdite , au milieu de laquelle ils trouvèrent
une foffe déja faite d'environ neuf
pieds de profondeur , avec le gâfon fraîchement
coupé d'un côté & la terre de
l'autre ; dans laquelle , après avoir deſcendu
le cercueil , on rejetta la terre , & fur
laquelle on eut foin de rajufter afſez foigneufement
le gâfon pour dérober aux
paffans jufqu'aux foupçons que cette terre
eût été nouvellement remuée. On poufla
même ,
JUIN 1768.
même , peu de jours après , la précaution
au point de faire labourer entièrement la
plaine & de la faire enfemencer de froment
pendant trois ou quatre ans de fuite.
M.Barkstead rapporte encore beaucoup
d'autres circonstances trop longues à déduire
, & fur-tout la converfation intéreffante
qu'il eut depuis la reftauration
fur ce fujet avec le célèbre Duc de Buckingham
, &c,
N° 3.
En converfant fur cette déclaration de
Barkstead , avec le révérend M. Sen ... de
Q... & dont le père a réfidé long- temps
à Florence , en qualité de négociant , &
depuis en celle de Miniftre du Roi Char-
Les II; il m'a dit lui avoir ouï dire
que
ceux du parti de Cromvvel , qui s'étoient
fauvés dans ce pays - là après la reftauration
, lui avoient fouvent tenu des propos
relatifs à cette étonnante aventure.
Ces forcénés ( difoit - il ) s'étoient fouvent
vantés , en fa préfence , d'avoir concerté
& affuré leur vengeance contre
Charles premier auffi loin que la prévoyance
humaine pouvoit atteindre , en
le faifant décapiter , tandis qu'il vivoit
encore , & en rendant fes meilleurs amis
•
MERCURE DE FRANCE.
les exécuteurs du comble de l'ignominie
fur ce malheureux Prince après fa mort.
Après leur avoir demandé ( ajoutoit- il )
ce que fignifioit un tel propos , l'un d'eux
lui dit que Cromvvel & fes affidés , appréhendant
qu'au rétabliffement des Stuarts
fur le trône d'Angleterre , on n'infultât nonfeulement
à fa mémoire , mais même à fon
cadâvre , lui - même , ( Cromwel ) ainfi que
l'a déclaré Barkstead , avoit imaginé de fe
faire enterrer fecrettement dans la plaine
de Nafeby , tandis qu'un cercueil vuide
recevroit à Londres tous les honneurs funèbres
dus au Protecteur de la nation angloiſe,
& de placer quelque temps après dans ce
même cercueil , le corps du Roi décapité
( 3 ) , afin que fi quelque fentence infamante
étoit dans la fuite portée contre le
corps du Protecteur , toute l'ignominie ent
pût tomber fur celui du Roi même,
Qu'au rétabliffement de Charles II, par
ordre de la Chambre des Communes , la
tombe de Cromvvel fut brifée , le corps
(3 ) Mylord Clarendon même avoue qu'il n'egifte
aucune preuve que le corps de l'infortuné
Monarque ait été enterré , & qu'après la reftauration
, lorfque , par ordre du Roi Charles II , les
Lords Southampton & Lindſey furent chargés d'en
faire la recherche pour l'inhumer avec folemnité ,
on ne put jamais le trouver dans l'égliſe où l'an
difoit qu'il avoit été mis en terre.
JUIN 1768 .
tiré du cercueil , avec l'infcription mentionnée
dans le procès - verbal du Sergent ,
de-là porté à Tyburne , & ( à la grande
fatisfaction des conjurés ) pendu publiquement
à la vue d'une multitude immenſe
de fpectateurs , prefque infectés de la mauvaife
odeur qu'il exhaloit. Que le fecret
du changement des corps n'étant connu
que d'un petit nombre d'ennemis du feu
Roi , & les autres ne doutant pas que ce
ne fût en effet celui de Cromi vel que l'on
voyoit pendu , tout réuffiffoit au gré des
premiers ; lorfque la curiofité ayant conduit
quelques - uns des fpectateurs un peu
plus près du gibet , ils entrevirent , avec
horreur , des traits de reffemblance avec
quelqu'un qu'ils n'avoient pas crus devoir
rencontrer là ; & , qu'en ferrant la corde ,
on diftinguoit une forte couture autour
du col , au moyen de laquelle on fuppofoit
qu'immédiatement après le fupplice du
Roi , on avoit rejoint la tête au corps.
Qu'au moment où ce bruit fe répandit
tout bas , la foule des curieux vint à s'augmenter
, & qua'yant fait part à l'Officier
qui préfidoit à l'exécution des foupçons
qu'on avoit conçus , il fe hâta de dépêcher
un meffager pour informer la Cour de
la néceffité de prévenir un pius mût exa
Cij
52 MERCURE DE FRANCE,
men d'un fait dont les conféquences l'épouvantoient
lui - même. Sur quoi l'ordre
arriva bientôt après de dépendre le corps ,
& , fous prétexte de prévenir les fuires de
l'infection , de l'enterrer de nouveau,
Qu'il eft fur-tout à remarquer que ce
même corps , qui devoit être brûlé , ne lẹ
fur point, & qu'il eft peu probable que
cette dernière partie de la fentence n'eût
pas été exécutée fi l'on eût été tant foit
- peu peu convaincu que ce corps fût en effet
celui de Cromvvel.
Tel eft le rapport du révérend M. Sen ...
Refte à favoir fi l'on peut y compter. Ce
qu'il y a de fûr , c'eft que tous les enthoufiaftes
qui ont furvécu à Cromvvel fe font
fait gloire d'en atteſter la vérité jufqu'au
dernier inftant de leur vie.
J'ai l'honneur , & c ,
Londres , le 29 mars 1768 ,
Milady concernant les funérailles
de CROMWEL.
J
,
L'A'r l'honneur d'envoyer à Mylady les
". réflexions de notre bon ami R *** fur
les pièces énoncées dans ma lettre du 6
mars dernier , concernant les funérailles
de Cromvvel , en attendant celles qu'it me
promet encore fur un point de notre hiftoire
auffi extraordinaire qu'intéreffant.
Sur la pièce étiquetée nº 1 .
Peu de temps après la reſtauration ( 2 ) ,
le Sergent de la Chambre des Communes
reçut en effet l'ordre de fe tranſporter
avec fes Officiers à Weftminſter pour
demander que le corps du tyran , qui y
étoit enterré , lui fût remis , afin que la
Chambre pût en difpofer aina qu'elle trouveroit
convenable.
Sur quoi ledit Sergent , après avoir fait
( 1 ) La première eft dans le fecond volume du
Mercure d'avril dernier .
( 2 ) Le rétablillement de la Mailon de Stuart
fur le trône d'Angleterre,
JUIN 1768. 47
lever les carreaux de la chapelle de Henry
VII , à l'endroit défigné , trouva la
voûte où repofoit le corps , fur le cercueil
duquel étoit une plaque de cuivre trèsbien
dorée & renfermée dans une boîte de
plomb où , d'un côté , étoient gravées les
armes d'Angleterre avec celles du tyran ,
& fur le revers la légende fuivante :
OLIVERUS , Protector Reipublica Anglia ,
Scotia , & Hiberniæ , natus 2 5 april. 1 599,
inauguratus 16 dec. 1653 , mortuus 3
Sept. anno 1658 , hic fitus eft.
N. B. Ledit Sergent , croyant que la
plaque étoit d'or , s'en empara pour lui
tenir leu d'honoraires ; & M. Giffard, de
Colchefter, qui a époufé la fille du Sergent
, eft maintenant poffeffeur de cette
plaque , que fon beau- père lui a dit avoir
acquife, ainfi que nous l'avons rapporté,
No 2,
Ici et une déclaration reconnue & attef
tée au point ( fi l'occaſion l'exige ) d'être
juridiquement dépofée de la part de M, . ,
Barkfiead , lequel fréquente journellemeng
le caffé de Richard à Temple- bar , fils du
fameux Barktead , le Régicide, qui , après
48 MERCURE DE FRANCE.
Ja reftauration , fut exécuté comme tel ;
lequel fils , à la mort de l'archi- traître ,
étoit âgé d'environ quinze ans.
Cette déclaration porte en fubftance ,
que ledit régicide Barkstead , étant alors
Lieutenant de la Tour de Londres , & l'un
des plus intimes confidens de l'ufurpateur ,
defira , ainfi que quelques autres complices
de Cromvvel , connoître les intentions de
fon maître , malade, fur le choix de ſa ſépulture.
A quoi le tyran répondit que l'endroit
où il avoit remporté la victoire la
plus complette , par conféquent acquis le
plus de gloire , c'eft- à- dire , la plaine de
Nafeby , dans le Comté de Northampton ,
étoit le lieu qui lui plaifoit le plus. En
conféquence , vers minuit ( l'inftant après
fa mort ) le corps de Cromvvel , embaumé
& dans un cercueil de plomb , fut conduit
par Barkſtead & par fon fils dans la plaine
fufdite , au milieu de laquelle ils trouvèrent
une foffe déja faite d'environ neuf
pieds de profondeur , avec le gâfon fraîchement
coupé d'un côté & la terre de
l'autre ; dans laquelle , après avoir deſcendu
le cercueil , on rejetta la terre , & fur
laquelle on eut foin de rajufter afſez foigneufement
le gâfon pour dérober aux
paffans jufqu'aux foupçons que cette terre
eût été nouvellement remuée. On poufla
même ,
JUIN 1768.
même , peu de jours après , la précaution
au point de faire labourer entièrement la
plaine & de la faire enfemencer de froment
pendant trois ou quatre ans de fuite.
M.Barkstead rapporte encore beaucoup
d'autres circonstances trop longues à déduire
, & fur-tout la converfation intéreffante
qu'il eut depuis la reftauration
fur ce fujet avec le célèbre Duc de Buckingham
, &c,
N° 3.
En converfant fur cette déclaration de
Barkstead , avec le révérend M. Sen ... de
Q... & dont le père a réfidé long- temps
à Florence , en qualité de négociant , &
depuis en celle de Miniftre du Roi Char-
Les II; il m'a dit lui avoir ouï dire
que
ceux du parti de Cromvvel , qui s'étoient
fauvés dans ce pays - là après la reftauration
, lui avoient fouvent tenu des propos
relatifs à cette étonnante aventure.
Ces forcénés ( difoit - il ) s'étoient fouvent
vantés , en fa préfence , d'avoir concerté
& affuré leur vengeance contre
Charles premier auffi loin que la prévoyance
humaine pouvoit atteindre , en
le faifant décapiter , tandis qu'il vivoit
encore , & en rendant fes meilleurs amis
•
MERCURE DE FRANCE.
les exécuteurs du comble de l'ignominie
fur ce malheureux Prince après fa mort.
Après leur avoir demandé ( ajoutoit- il )
ce que fignifioit un tel propos , l'un d'eux
lui dit que Cromvvel & fes affidés , appréhendant
qu'au rétabliffement des Stuarts
fur le trône d'Angleterre , on n'infultât nonfeulement
à fa mémoire , mais même à fon
cadâvre , lui - même , ( Cromwel ) ainfi que
l'a déclaré Barkstead , avoit imaginé de fe
faire enterrer fecrettement dans la plaine
de Nafeby , tandis qu'un cercueil vuide
recevroit à Londres tous les honneurs funèbres
dus au Protecteur de la nation angloiſe,
& de placer quelque temps après dans ce
même cercueil , le corps du Roi décapité
( 3 ) , afin que fi quelque fentence infamante
étoit dans la fuite portée contre le
corps du Protecteur , toute l'ignominie ent
pût tomber fur celui du Roi même,
Qu'au rétabliffement de Charles II, par
ordre de la Chambre des Communes , la
tombe de Cromvvel fut brifée , le corps
(3 ) Mylord Clarendon même avoue qu'il n'egifte
aucune preuve que le corps de l'infortuné
Monarque ait été enterré , & qu'après la reftauration
, lorfque , par ordre du Roi Charles II , les
Lords Southampton & Lindſey furent chargés d'en
faire la recherche pour l'inhumer avec folemnité ,
on ne put jamais le trouver dans l'égliſe où l'an
difoit qu'il avoit été mis en terre.
JUIN 1768 .
tiré du cercueil , avec l'infcription mentionnée
dans le procès - verbal du Sergent ,
de-là porté à Tyburne , & ( à la grande
fatisfaction des conjurés ) pendu publiquement
à la vue d'une multitude immenſe
de fpectateurs , prefque infectés de la mauvaife
odeur qu'il exhaloit. Que le fecret
du changement des corps n'étant connu
que d'un petit nombre d'ennemis du feu
Roi , & les autres ne doutant pas que ce
ne fût en effet celui de Cromi vel que l'on
voyoit pendu , tout réuffiffoit au gré des
premiers ; lorfque la curiofité ayant conduit
quelques - uns des fpectateurs un peu
plus près du gibet , ils entrevirent , avec
horreur , des traits de reffemblance avec
quelqu'un qu'ils n'avoient pas crus devoir
rencontrer là ; & , qu'en ferrant la corde ,
on diftinguoit une forte couture autour
du col , au moyen de laquelle on fuppofoit
qu'immédiatement après le fupplice du
Roi , on avoit rejoint la tête au corps.
Qu'au moment où ce bruit fe répandit
tout bas , la foule des curieux vint à s'augmenter
, & qua'yant fait part à l'Officier
qui préfidoit à l'exécution des foupçons
qu'on avoit conçus , il fe hâta de dépêcher
un meffager pour informer la Cour de
la néceffité de prévenir un pius mût exa
Cij
52 MERCURE DE FRANCE,
men d'un fait dont les conféquences l'épouvantoient
lui - même. Sur quoi l'ordre
arriva bientôt après de dépendre le corps ,
& , fous prétexte de prévenir les fuires de
l'infection , de l'enterrer de nouveau,
Qu'il eft fur-tout à remarquer que ce
même corps , qui devoit être brûlé , ne lẹ
fur point, & qu'il eft peu probable que
cette dernière partie de la fentence n'eût
pas été exécutée fi l'on eût été tant foit
- peu peu convaincu que ce corps fût en effet
celui de Cromvvel.
Tel eft le rapport du révérend M. Sen ...
Refte à favoir fi l'on peut y compter. Ce
qu'il y a de fûr , c'eft que tous les enthoufiaftes
qui ont furvécu à Cromvvel fe font
fait gloire d'en atteſter la vérité jufqu'au
dernier inftant de leur vie.
J'ai l'honneur , & c ,
Londres , le 29 mars 1768 ,
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Résumé : SECONDE lettre (I) de M. V***, à Milady ***, concernant les funérailles de CROMWEL.
La lettre de M. V*** à Milady traite des funérailles d'Oliver Cromwell et des événements postérieurs à la restauration de la monarchie Stuart en Angleterre. Après la restauration, le sergent de la Chambre des Communes reçut l'ordre de récupérer le corps de Cromwell enterré à Westminster. Il découvrit une plaque de cuivre dorée sur le cercueil, conservée par M. Giffard, gendre du sergent. M. Barkstead, fils d'un régicide, révéla que Cromwell souhaitait être inhumé à Naseby, lieu de sa victoire la plus célèbre. Son corps y fut secrètement enterré, et des mesures furent prises pour dissimuler la tombe. Barkstead mentionna aussi des discussions avec le duc de Buckingham sur ce sujet. Le révérend M. Sen... rapporta que des partisans de Cromwell, réfugiés en Italie, avaient envisagé de venger Charles Ier en utilisant son corps pour protéger la mémoire de Cromwell. À la restauration de Charles II, le corps de Cromwell fut exhumé, transféré à Tyburn et pendu publiquement. La foule remarqua des traits de ressemblance avec une autre personne et une couture autour du cou, suggérant que la tête avait été réattachée. Des soupçons se propagèrent, incitant un officier à informer la cour. Un ordre fut donné de décrocher et de réenterrer le corps pour éviter toute infection. Le corps, destiné à être brûlé, ne le fut pas, renforçant les doutes sur son identité. Le révérend M. Sen... rapporta ces événements, bien que leur véracité complète reste incertaine. Les partisans de Cromwell affirmèrent la vérité de ces événements jusqu'à leur mort. Le document est daté du 29 mars 1768.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11692
p. 57-84
ELGARROTE masbiendado, y Alcalde de Zalamea. Le Tourniquet bien appliqué, & le Juge de Zalamea, comédie de CALDERON.
Début :
CETTE singulière comédie a un fondement historique, & le fait qui y a donné [...]
Mots clefs :
Comédie, Dieu, Capitaine, Honneur, Père, Fille, Sergent, Soldat, Procès, Prisonnier, Juge, Roi, Justice, Épée, Village
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELGARROTE masbiendado, y Alcalde de Zalamea. Le Tourniquet bien appliqué, & le Juge de Zalamea, comédie de CALDERON.
ELGARROTE * masbiendado , y Alcalde
de Zalamea. Le Tourniquet bien appli
qué , & le Juge de Zalamea , comédie
de CALDERON.
CETTE ETTE fingulière comédie a un fondement
hiftorique , & le fait qui y a donné
lieu eft très - réel . Elle peint , avec une
vérité frappante , les moeurs & les préjugés
des perfonnages qui y font introduits. On
y voit au naturel le caractère d'un brave
* Garrote fignifie carcan. C'eſt un genre de fupplice
particulier qui n'eft pas très- cruel , parce
qu'il est très- court. On fait affeoir le patient far
une chaife , on lui met au cou'un carcan , au devant
duquel il y a intérieurement un bouton qui avance
fur le noeud de la gorge. Avec un tourniquet on
ferre le carcan , & le patient eft étranglé fans
douleur & fur le champ.
€ v
18 MERCURE DE FRANCE.
1
& franc guerrier qui commande un corps
de troupe , la licence que fe promet fouvent
un Officier fubalterne avec les gens
du peuple , les mifères du Soldat , les abus
qui les augmentent , la gaieté qui le confole
, l'efprit de libertinage & les tours de
fubtilité qui lui font trouver des charmes
dans ce pénible efclavage. Mais , ce qui
intéreffe le plus dans ce tableau , ce font
les fentimens élevés & la conduite ferme
& hardie d'un fimple laboureur qui venge
avec une intrépidité héroïque fon honneur
offenfé , fans être retenu par aucun égard
ni aucune crainte .
La fcène s'ouvre par une marche de
foldats. Il y en a un qui fe diftingue particulièrement
par fes murmures , auxquels
toute la troupe applaudit. Patience , lui
dit un camarade , toutes nos fatigues vont
s'oublier dès que nous ferons au gîte. De
quoi cela me foulagera - t il , reprend le
raiſonneur , fi je créve avant d'y arriver ?
& quand j'y arriverois en vie , Dieu fair
encore fi on nous y logera. N'avons nous
pas nos conducteurs auxquels les Mayeurs
& Syndics vont propofer de nous faire
paffer outre en offrant quelque rafraîchif
fement ? On leur répondra d'abord que
cela eft impoffible , & que la troupe eft
rendue ; mais files manans ont de l'argent,
d'un feul mot, marche , on nous fera obéir
JUIN 1768. ༨༡
à l'inftant. Pour moi , fi cela arrive , je
jure qu'on partira fans moi . Je fais déja
comme on déferte. Mais je fais auffi
reprend le camarade , que cette petite fantaifie
coûte la vie à un malheureux foldat
, fur- tout fous les ordres du général
qui nous commande ; car fi Don Lope de
Figueroa paffe pour vaillant & grand capitaine
, il a auffi la réputation d'être le plus
emporté , le plus impitoyable , & le plus
étrange blafphémateur de toute l'armée ;
& , pour la difcipline , il fera périr fon
meilleur ami fans nulle forme de procès.
C'est moins moi que je plains , répart le
mutin , que cette pauvre femme qui me
fuit. La bonne créature prend la parole ,
& dit qu'elle fouffre volontiers ; elle conte
tous les facrifices qu'elle a faits pour vivre
avec fon cher foldat. Cela lui attire beaucoup
d'éloges ; on crie viva La Chifpa , &
infenfiblement on oublie le mal dont on
fe plaignoit , on chante , on fait chorus
& on arrive
ད
Le Capitaine de la compagnie vint annoncer
à fes foldats qu'il y a apparence
qu'on paffera plufieurs jours à Zalamea
& tout le monde s'en réjouir. Il demande
à fon Sergent , qui vient du logement ,
où eft fon billet. Vous êtes , dit le Sergent
, chez l'habitant le plus riche du lieu
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
& qui , outre cela , a la plus belle fille du
pays. Bon , dit le Capitaine , ne fera - ce
pas toujours une payfanne glorieufe avec
des mains & des pieds effroyables . Pour
moi , à moins que je ne voie de la parure
& de l'élégance , je ne crois pas être avec
une femme. On lui dit auffi que le père
eft le plus vain & le plus préfomptueux
des hommes. La vanité , dit le Capitaine ,
eft toujours l'apanage d'un manant riche .
Leur converfation eft interrompue par
l'arrivée d'une figure de Don - Quichote.
C'est un perfonnage très - peu intéreffant ;
un gentilhomme ridicule , amoureux de
la fille du laboureur , ouplutôt de les écus ,
car il meurt de faim à la lettre . Il ne
parle que de la belle généalogie en or &
azur que lui a laiffée fon père. Il auroit
dû , dit fon valet , vous laiffer plus d'or
& moins de parchemin,
Au refte , reprend le perfonnage , je
n'ai pas grande obligation à ce père de
m'avoir fait gentilhomme , car s'il n'eût
pas été noble il n'eût pas
été mon père,
& je me ferois bien gardé de me laiffer
engendrer par un roturier. La converfation
continue fur ce ton jufqu'à ce que
fon Ifabelle paroiffe à fa fenêtre. Elle le
traite fort mal & fe moque de lui. Il fe
retire en voyant arriver Pedro Crespo ,
père de fa Dame. Ce vieillard murmure ,
"
JUIN 1768 .
en entrant , de trouver toujours cette figure
de tapillerie à fa porte . Juan , fon fils ,
arrive d'un autre côté & fe fâche de même
contre ce revenant perpétuel . Ce jeune
homme eft un petit mutin qui promet fort
de reffembler un jour à fon père. L'un &
l'autre fe diffimulent ce qui vient de les
choquer , & ils ne fe parlent que de leurs
Occupations. Crespo conte qu'il vient des
champs , & qu'il eft très-content de fes
troupeaux & de fes moiffons. Et toi ,
Juan , dit-il à fon fils , d'où viens-tu ?
Juan. Je vous facherai peut être en vous
le difant. J'ai joué à la paume , & perdu
deux parties.
Crefpo. Il n'y a pas grand mal fi tu as payć.
Juan. Je n'ai pas payé , faute d'argent ,
& je venois même vous en demander.
Crefpo. Avant tout , écoute ce que j'ai
à te dire. Ne t'engage de ta vie qu'à ce
que tu es fûr de pouvoir faire , & ne joue
jamais plus d'argent que tu n'en as , de
peur de rifquer ta renommée fi tu ne pouvois
pas remplir tes obligations .
Juan. Le confeil eft comme venant de
vous ; & , pour vous marquer combien
j'en fais cas , je le paierai par un autre.
Ne donnez jamais d'avis à un homme qui
vous demande de l'argent .
Crefpo. Tu m'as rendu le change.
Ils font interrompus par le Sergent qui
61 MERCURE DE FRANCE.
leur annonce que Don Alvaro de Atayde,
fon Capitaine , doit loger chez eux. Crefpo
offre tout ce qui eft dans fa maiſon . Juan
lui fait reproche de ce qu'étant riche , ik
n'achete pas un privilége pour s'exempter
de ces charges.
Crefpo. Dis-moi de bonne foi , Juan ,
quelqu'un ignore- t- il que je ne fuis qu'un
payfan ? Quand j'acheterai de la nobleſſe
ferai-je noble pour cela ? Il m'en coûtera
cinq ou fix mille, réaux , c'eſt de bon argent,
& je n'aurai pas acquis de l'honneur ,
car il ne fe vend point. Qu'un homme
qu'on a vu chauve route fa vie , mette une
perruque , on dira qu'il eft bien coeffé.
Mais qu'y gagnera - t - il ? Quoiqu'on ne
voie pas fa tête pelée , chacun ne fait- il
pas qu'il n'a pas un cheveu à lui ?
Juan. Il y gagnera de mettre fa tête à
couvert du foleil , du vent & de la pluie.
Crefpo. Je ne veux point d'un honneur
précaire. Je veux demeurer ce que je fuis
& ce qu'ont été avant moi mes pères.
Il fait defcendre fa fille & lui annonce
que des troupes vont loger dans le village,
& qu'il aura chez lui un Capitaine. Il lui
ordonne de fe retirer dans un grenier pen
dant leur féjour . Je venois , dit - elle , mon
père , vous demander la permiffion de m'y
renfermer avec Inès , ma couline.
Apeine eft- elle rentrée que le Capitaine
JUIN 1768.
furvient ; le père & le fils lui font de grands
complimens qu'il reçoit avec civilité , mais
avec hauteur . Ils le laiffent avec fon Sergent.
Hé bien , dit l'Officier , as-tu vu la
payſanne ?
Le Sergent. J'ai parcouru toutes les
chambres & la cuifine , fans la trouver.
Une fervante m'a dit qu'elle eft cachée
dans les greniers , d'où elle ne deſcendra
pas , parce que le vieillard eft fort jaloux.
Don Alvar. Si je l'avois rencontrée tout
fimplement , je n'y aurois fait nulle attention
; mais précisément parce qu'on me la
cache , vive Dieu ! je veux pénétrer où elle
eft. Il faudroit , dit le Sergent , trouver un
prétexte pour y entrer fans donner de
foupçon.
Sur ces entrefaites le Soldat harangueur,
avec fa Chifpa , fe préfentent. Ils viennent
demander à Don Alvar le privilége
du jeu . Le Capitaine trouve cette occafion
merveilleufe. Il dit à Rebolledo ( c'eſt le
Soldat ) qu'il veut entrer , fur quelque mo
tif plausible , dans une chambre haute de
la maifon ; qu'il faut qu'il feigne de lui
manquer de reſpect , qu'il le menacera de
fon côté , qu'il fuira au grenier où il le
fuivra. La fcène fe joue fur le champ , le
Soldat fait l'infolent , le Capitaine tire
l'épée & le pourſuit.
64 MERCURE DE FRANCE .
On voit entrer le Soldat hors d'haleine
dans la retraite où font les femmes. Le
Capitaine & le Sergent furviennent , elles
prient pour le prétendu coupable , & obtiennent
fa grace. Pedro Crefpe & Juan
patoiffent l'épée à la main. Ils ont entendu
le bruit de la querelle & fu que le Capitaine
court après un Soldat.
Crefpo . Qu'eft ceci , Seigneur Cavalier ?
quand je vous crois occupé à tuer un
homme , je vous trouve à courtifer une
femme ! Alvar répond qu'il fait ce qu'il
doit au fexe , & qu'il a facrifié fon reffentiment
à cette Dame.
Crefpo. Ce n'est point une Dame : c'eſt
ma fille.
Juan. Tout ceci n'eft , vive Dieu ! qu'une
rufe pour vous introduire ici. Je fuis piqué
de ce que vous croyez me tromper . Il n'en
eft pardieu rien , & vous pourriez , Seigneur
Capitaine , payer autrement les
offres de fervice de mon père , & lui épargner
cette offenfe.
Crefpo. De quoi vous mêlez - vous , petit
garçon Si ce Soldat l'a mis en colère
pourquoi ne l'auroit- il pas pourfuivi ? Sei
gneur , ma fille vous eft obligée de votre
attention pour elle.
Don Alvar à Juan. Je n'ai fans de te
eu aucune autre raifon. Songez mieux à
ce que vous dites.
JULN 1768. 69
Juan. J'y fonge très - bien .
Alvar. Si votre père n'étoit
pas là , petit
garçon , je vous traiterois comme vous
méritez.
Crefpo . Doucement, Seigneur Capitaine.
Je puis parler à mon fils comme il me
plaît , mais non pas vous.
Juan. Je puis tout fouffrir de mon père ,
mais rien d'un autre.
Alvar. Et que feriez - vous ?
Juan. Je perdrois la vie plutôt que de
fouffrir un affront.
Alvar. Un payfan fe piquer d'honneur !
Juan. Autant que vous ; il n'y auroit
pas de Capitaines s'il n'y avoit
laboureurs.
da
pas de
Il met
Alvar. Ah , c'en eft trop.
l'épée à la main , Juan en fait de même ,
& Crespo tire la fienne pour les féparer ;
on crie à la garde , & le Général furvient.
Qu'est ceci ? dit - il. La première chofe
que je rencontre ici c'est une bataille ?
Parlez , qu'eft- il arrivé ? Répondez donc ,
vive Dieu hommes , femines , je vais
tour jenter par les fenêtres . N'ai - je pas
affez de la douleur que me fait fouffrir,
ma diable de jambe , fans que vous m'impatientiez
encore par votre filence.
On eft obligé de lui dire le fujet de la
querelle. Où eft le Soldat ? dit - il . Qu'on
66 MERCURE DE FRANCE.
lui donne fur le champ l'eftrapade. Alvar
prie tout bas le Soldat de fe taire , & lui
promet de le fauver. Je n'en ferai tien
s'écrie le malheureux . Je ne veux pas être
eftropié pour vous. Il conte alors la choſe
comme elle eft. Vous voyez , dit Crefpo
fi nous avions raifon. Il n'y en a point de
bonne , répond Don Lope , pour expofer
tout un village à fa ruine.
Il fait fur l'heure battre un ban , &
publier ordre à tous les Soldats de fe rendre
au corps de- garde , & défenfe d'en
fortir de tout le jour , fous peine de la vie ,
puis il ordonne au Capitaine d'aller à
l'inftant fe pourvoir d'un autre logement ,
& prend lui-même le fien chez Crefpo.
Chacun obéit , & Crespo , après avoir fait
rentrer les femmes , refte avec le Général.
Crefpo. Je vous rends graces , Seigneur ,
de m'avoir fauvé l'occafion de me perdre.
Lope. A quel propos dites - vous que
vous vous feriez perdu ?
Crefpo. En ôtant la vie à quiconque
m'eût outragé.
Don Lope. Comment , vive Dieu ! favez-
vous que vous aviez affaire à un Capitaine
?
Crefpo. Fût- ce un Général même , vive
Dieu je le tuerois s'il attaquoit mon
honneur.
JUIN 1768. 67
Lope. Je jure le ciel que je ferai pendre
le premier qui ofera toucher un Soldat.
Crefpo. Je jure le ciel d'étrangler moimême
qui ofera me faire le moindre outrage.
Lope. Mais favez- vous
que n'étant que
ce que vous êtes , vous êtes obligé de -fouffrir
des gens de guerre ?
Crefpo. Oui , dans mes facultés , mais
non dans mon honneur. On doit au Roi
fa vie & fes biens ; mais l'honneur eft le
patrimoine de l'âme , & l'âme n'eft fujette
qu'à Dieu.
Lope. Je crois , vive Dieu ! que vous
avez raiſon !
Crefpo. Oui , vive Dieu ! & je l'ai toujours
eu .
Lope. J'arrive ici bien fatigué , & le
diable m'a donné une maudite jambe qui
a befoin de repos.
Crefpo. Qui vous dit le contraire ? le
diable m'a donné un lit , vous n'avez qu'à
Vous y mettre .
Lope. Et vous l'a-t- il donné tout fait , ce lit?
Crefpo. Oui , par Dieu !
Lope. Hé bien je vais , par Dieu ! le dé
faire , car je fuis , vive Dieu , bien las.
Crefpo. Hé , vive Dieu ! délaffez - vous.
68 MERCURE DE FRANCE.
Lope s'en allant. Le manant eft têtu !
il jure par Dieu ! comme moi .
Crefpo. Le Don Lope eft revêche ! nous
aurons maille à partir enfemble.
Le fantôme extravagant & amoureux
ouvre le fecond acte avec fon valet ;
mais nous laifferons ce perfonnage affez
inutile. Le Capitaine & fon Sergent repa
roiffent, & s'entretiennent de la difficulté
de voir Ifabelle. Alvar veut lui donner.
une férénade , & ils vont tout difpofer.
Rebolledo & la Chifpa doivent en être les
principaux acteurs.
Crespo fait fervir à fouper dans un cabinet
qui donne fur un jardin , qui fait
dit- il , l'amuſement de fa fille. Lope l'invite
à s'affeoir près de lui , il obéit après
s'en être défendu.
Lope. Savez - vous que la colère vous
met quelquefois hors de vous - même ?
Crefpo. Elle ne me fait jamais perdre le
jugement.
Lope. Comment donc hier , vous êtesvous
affis fans que je vous le dife ? & encore
à la premiere place !
Crefpo. C'est parce que vous ne me le
difiez pas , & aujourd'hui que vous me le
dites , je m'en abftiendrois volontiers. Je
fais rendre l'honneur qu'on me fait.
JUIN 1768, 69
Lope. Mais hier , vous ne faifiez que
jurer & vous emporter , & aujourd'hui
je vous trouve doux & pailible.
Crefpo. Seigneur , je prends toujours le
ton des gens avec qui je traite. Hier vous
ne parliez que par imprécations , & je vous
répondois de même. J'ai pour principe de
jurer avec celui qui jure , & de prier avec
celui qui prie. Je pouffe cela fi loin , que
parce qu'hier vous vous plaigniez d'une
jambe , j'en ai fenti une douleur qui m'a
empêché de dormir toute la nuit ; & parce
que je n'ai pas fu laquelle vous faifoir
mal , j'en avois à toutes les deux . Ditesmoi
, par charité , quelle eft la mauvaiſe ,
afin que je ne fouffre que d'un côté.
Lope . Ai-je tort de me plaindre ? Il y
a plus de trente ans que ce mal me prit
en Flandre , caufé par l'outrage des faifons
, les veilles & les fatigues , fans que
j'aie eu depuis ce tems une heure de repos.
Crefpo. Dieu vous donne patience!
Lope. Eft-ce que je la demande ?
Crefpo, Hé bien , qu'il ne vous la donne
pas.
Lope. Que cent mille diables emportent
la patience , & moi avec !
Crefpo, Amen. S'ils ne le font pas , c'eſt
de peur de bien faire,
70
MERCURE DE FRANCE.
Lope. Hai , hai ! Jéfus , mille fois !
Crefpo. Qu'il foit avec vous & moi.
Lope. Vive Dieu ! la douleur m'extermine.
Crefpo. Vive Dieu ! J'en fuis faché.
Il fait defcendre fa fille pour fouper
avec le Général . Si tous les Officiers étoient
comme vous, lui dit- il , je voudrois qu'elle
fût la premiere à les fervir.
Le Général admire fa rufe & fa prudence.
Tandis qu'ils font à table , on entend
la férénade . Lope diffimule fon mécontentement
de ce manque de refpect. il
faut , dit- il tout haut , paffer ces gaîtés au
foldat , elles lui font fupporter les dégoûts
de fon état. Juan trouve que c'eft un métier
fort agréable. En êtes - vous tenté ?
dit Løpe. De grand coeur , répondit Juan ,
fi vous m'accordiez votre protection .
Cependant on jette une pierre contre
la fenêtre , & le nom d'Ifabelle eft prononcé
par la mufique . Lope eft indigné ,
& le cache à caufe de Crespo , qui , de
fon côté , cache fon dépit à caufe de Don
Lope. Juan fe lève & va fourdement fe
faifir d'une rondache qu'il a vu fufpendue
dans la chambre du Général.
Les chants recommencent , & répétent
le nom d'Isabelle . Elle déplore fon fort
d'être expoſée à ces entreprifes, Lope ne
JUIN 1768. 71
peut y tenir , il fe lève en fureur & renverfe
la table. Crespo fe lève de même &
renverſe fa chaife.
Lope. La douleur que me fait cette
jambe diabolique m'a caufé cette impatience.
Crefpo. La même raifon m'a fait lever
fi brufquement,
Lope. J'ai cru que vous en aviez quelqu'autre
, quand je vous ai vu jetter cette
chaife .
je Crefpo . Vous aviez jetté la table ,
n'ai pas trouvé autre chofe fous ma main,
Lope. Je ne puis fouper , je vais me
retirer, mon hôte.
Crefpo. A la bonne heure.
Lope , bas. N'ai - je pas une rondache
dans ma chambre ?
Crefpo , bas. N'ai - je pas une fortie par
la baffe- cour ?
Lope. Bon foir,
Crefpo . Bonne nuit. ( J'enfermerai mes
enfans par dehors. )
Il envoie coucher fon fils , & tandis
que les donneurs de férénade font dans
la rue à galantifer , Lope fort d'un côté ,
& Crefpo d'un autre. Ils mettent la mufique
en déroute & reftent feuls , & fe croyant
réciproquement les auteurs de la fête , ils
s'attaquent & fe battent avec une adreſſe
72 MERCURE DE FRANCE.
& une vigueur égale , & s'étonnent l'un
de l'autre, Juan fort auffi l'épée à la main ,
ils parlent & fe reconnoiffent. Le Capitaine
, piqué de l'affront , revient avec un
renfort de foldats , & eft fort étonné de
trouver là le Général. Il s'excufe , & feint
d'être venu au bruit pour appaifer le
tumulte . Lope lui cache fes foupçons , mais
lui ordonne de fe mettre en marche fur le
champ avec fa compagnie , & de fortir de
Zalamea. Il rentre avec fes hôtes .
Le Capitaine , piqué au jeu , veut abſolument
revoir Ifabelle. Rebolledo lui apprend
qu'il a un efpion de moins , & que
Juan a obtenu de fon père la permiflion
de fuivre Don Lope à l'armée.
Le Général fe difpofe à partir. Il prend
congé de fon hôte , & lui promet d'avoir
foin de fon fils. Il fait préfent d'un diamant
à Ifabelle. Juan vient l'avertir que
fa litière eft prête,
Lope. Adieu , mon cher hôte ,
Crefpo. Qu'il vous conduife.
Lope. Ha ! bon Pedro Crefpo !
Crefpo. Ha vaillant Don Lope !
Lope. Qui eût dit , à notre première
entrevue , que nous deviendrions amis
pour la vie !
Crefpo. Moi , Seigneur , je l'euffe prédit
fi je vous eulle connu pour un....
Lope ,
JUIN 1768. 73.
Lope , s'en allant. Achevez , allez , ne
Yous gênez pas.
Crefpo. Pour un fou d'une auffi bonne
pâte.
Il donne à fon fils des confeils fort
fages & fort prolixes , & enfuite fa bénédiction
, & le laiffe fuivre le Général.
Il reste avec fa fille à prendre le frais
hors de fa maifon fur une banquette. Don
Alvar , le Sergent , Rebolledo, La Chifpa,
& d'autres Soldats s'approchent à la faveur
de l'obfcurité , faififfent Ifabelle , & l'emmènent
malgré fes cris. Crefpo demande
une épée , & Inès lui en apporte une. Le
Sergent lui dit que la réfiftance eft vaine
contre tant de monde. Rien ne l'arrête ,
il veut les attaquer , & tombe. Tuez- le ,
s'écrie Rebolledo. Non , dir le Sergent , il
y
auroit de la barbarie à lui ôter l'honneur
& la vie. Emmenons-le & attachons-le
quelque part dans la montagne. On l'y
entraîne malgré les cris .
Ifabelle , en pleurs , commence le troifième
acte. On peut imaginer le fujet de
fes longues plaintes. Elle entend les gémiffemens
d'un homme ; c'eft fon père
lié qui demande du fecours. Elle n'oſe le
mettre en liberté avant d'avoir conté fes
malheurs elle veut bien mourir de fa
main, mais après qu'il aura entendu fa
Ꭰ
4744 MERCURE DE FRANCE.
juftification. Ils s'attendriffent , & pleurent
enfemble. Elle brife fes liens , & lui
conte que l'indigne Alvara triomphé d'elle
par la force , & qu'au point du jour ſes
eris ont attiré un paffant qu'elle a reconnu
pour fon frère ; qu'ayant appris fon malheur
, il a attaque & bleffé dans l'inftant
le Capitaine , & s'eft fauvé en voyant des
Soldats qui venoient à fon fecours ; qu'on
a relevé le raviffeur & qu'on l'a ramené
à Zalamea pour le faire panfer. Crefpo la
confole ; ils retournent enfemble à leur
maifon. Le plus court pour Alvar , dit
Crespo , eft de mourir de ſa bleſſure , car
s'il en réchappe , je n'aurai jamais de
repos que je ne lui aie donnné la mort.
L
En approchant du village il eft rencon
tré par le Greffier de la communauté , qui
le cherche pour lui annoncer qu'il vient
d'être élu Alcade , & dans une occafion
bien glorieufe & bien heureufet
pour deux
objets bien intéreffans. L'un eft l'arrivée du
Roi qui doit venir le jour même à Zalamea
, & l'autre eft , qu'on vient d'amener
dans le bourg un Capitaine bleffé fans
qu'on fache par qui , & que c'eſt la
matière d'une information , & d'une caufe
de grande importance. Crespo remercie le
Ciel de l'occafion qu'il lui offre de venger
fon honneur. Sa fille rentre dans fa
JUIN 1768. 75
maifon , & il va avec le Greffier à la falle
du confeil , où il doit recevoir la baguette
& l'autorité de Juge.
On voit le Capitaine bleffé ; il fe plaint
de ce qu'on l'a ramené à Zalamea. Son
Sergent s'excufe fur le befoin qu'il avoit
d'être fecouru. Cependant Alvar , qui fe
trouve mieux , fonge à partir , lorfque la
Juftice arrive. Il s'en met peu en peine
mais fa furpriſe eft grande de voir Crespo ,
avec les marques de fon autorité , qui fait
occuper toutes les avenues. Soit que vous
foyez Juge depuis hier , lui dit- il , ou plus
anciennement , fachez que je n'ai rien à
démêler avec vous. Ne vous échauffez
pas , Seigneur , lui dit Crefpo. Je viens ,
avec votre permiffion , faire quelques diligences
fur une matière importante ; & je
vous prie de m'écouter fans témoins. Le
Capitaine fait fortir fon monde , & Crefpo
en ufe de même .
Crefpo. Je me fuis fervi de mon autorité
pour vous obliger à m'entendre , à
préfent je la mets à part pour vous parler
en fimple particulier ( Ilquittefa baguette ) .
A préfent , dit-il , parlons à coeur ouvert.
14 lui étale au long fes fentimens , fes richeffes
, l'honnêteté de fa fille , & emploie
toute fon éloquence pour lui perfuader de
réparer fon honneur. Vos enfans , ajoute-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE .
t-il , profiteront de mes biens , & ce qu'ils
perdront de nobleffe de mon côté fera
bien réparé par celle qu'ils tiendront de
vous. Une action fi équitable ne peut faire
tort à votre gloire. Enfin , dit- il en fe prof
ternant à fes genoux , ayez pitié de mes
cheveux blancs. Qu'est- ce que je vous
demande ? Mon honneur que vous m'avez
ravi. De la manière humble dont je vous
fupplie , n'imagineroit-on pas que je defire
de vous une chofe qui vous appartienne ?
Songez que je pourrois ici le réparer de
ma propre main & de ma feule volonté ,
& que je préfère de le tenir de vous.
Alvar lui répond durement , & avec
l'orgueil le plus méprifant. Il le traite de
vieux fou & de téméraire , & ajoute que
s'il ne le tue pas , c'eſt en confidération de
La fille.
Crefpo. Enfin , ma plainte ne peut vous
toucher ?
Alvar. On ne doit faire nul cas des
larmes des enfans , des femmes & des
vieillards imbécilles,
Crefpo. Vous ne donnerez nulle confolation
à mon âme affligée ?
Alvar, Contente- toi que je te laiffe la
vie.
Crefpo. Songez que c'eft mon honneur
que je vous demandé à genoux,
JUIN 1768. 77
Alvar. Ceffe de m'importuner.
Crefpo. Réfléchiffez que je fuis ici
Alcade .
Alvar. Que m'importe ? vous n'avez
fur moi nulle jurifdiction . Vous me remettrez
au confeil de guerre qui me fera
réclamer.
Crefpo. C'eft- là votre réfolution ?
Alvar. Oui , vieux infenfé.
Crefpo. C'en eft donc fait ?
Alvar. Oui , pour la dernière fois.
Crefpo. Hé bien , je jure Dieu que vous
me le paierez ( Il fe lève & reprend fa
baguette ) . Hola !
Un Garde. Que vous plaît -il , Seigneur ?
Alvar. Qu'oferont entreprendre ces ruftres
?
Greſpo. Saififfez le Seigneur Capitaine .
Alvar. Vous êtes bien ofé de mettre
la main fur un Cavalier qui fert le Roi.
Vous n'avez pas ce pouvoir.
Crefpo. Nous verrons fi vous fortirez
d'ici autrement que mort ou prifonnier.
Alvar. Je vous fignifie que je fuis
Capitaine .
Crefpo. Vous n'en irez pas moins en
prifon.
Alvar. Je fuis forcé de céder à la violence
, mais je me plaindrai au Roi de
cette injuftice.
D iij
78 MERCURE DE FRANCE .
Crefpo. Et moi d'une autre. Rendez
votre épée .
•
Alvar. Il n'eft pas d'ufage.
Crefpo. C'eſt la loi quand on eft prifonnier.
Alvar. Traitez - moi avec respect.
Crefpo. Oh , cela eft très- raifonnable.
Menez ce Cavalier à la tour avec reſpect ,
mettez-lui civilement les fers aux pieds ,
& attachez-le poliment d'une bonne chaîne .
Qu'on traite auffi bien honnêtement ces
Seigneurs Soldats , qu'on les mette au cachot
, & qu'on prenne leurs dépofitions.
Ha , certes , pour peu que j'aie de preuves
légales , Seigneur Cavalier , je jure Dieu
que je vous ferai étrangler avec tout le
refpect qui vous eft dû.
Alvar. Ah canaille ! que la force à la
main vous rend infolens!
Cependant Juan ayant bleffé le Capitaine
, eft revenu à Zalamea , & trouvant
fa foeur à la maifon , veut la tuer malgré
fes cris & fes juſtifications. Crespo furvient ,
& s'emporte contre lui . Ne fuffit- il pas
dit- il , que tu aies ofé bleffer un Officier ?
Comment es-tu affez téméraire pour te
montter ici ? Il l'envoie en prifon , malgré
fes proteftations de ne s'être armé
contre Alvar que pour fatisfaire fon hon
neur offenfé. Il ne fuffit pas que votre père
JUIN 1768. 79
le fache , répond Crefpo : il faut que j'en
fois convaincu comme Juge , & je vous
rendrai juftice.
Au bruit de ces événemens Don Lope
revient furieux. Il defcend chez fon ami
Crefpo , & s'emporte fort contre la témérité
d'un petit Juge de village qui a eu
l'audace d'emprisonner un Capitaine. Il
veut le faire mourir fous le bâton.
II
Crefpo, Si vous venez pour cela , vous
avez fait un voyage inutile , car je penfe
que l'Alcade ne confentira pas à ce traitement.
Lope. Je le lui ferai bien fans fon confentement.
Crefpo. J'en doute , & ne crois pas que
perfonne vous le confeille. Savez - vous
pourquoi il a fait arrêter cet Officier ?
Lope. Non. Mais pour quelque caufe
que ce foit , ce n'eft pas à lui , c'eft à moi
à en faire juftice , & je ferai couper le
tou au coupable s'il l'a mérité .
Crespo. Il faut que vous ne connoiffiez
pas , Seigneur , quelle eft l'autorité d'un
Alcade.
Lope . Un Alcade eft-il autre chofe qu'un
payfan ? 5
Crefpo: Hé bien , fi ce payfan s'eft mis
dans la tête de faire étrangler le prifonnier ,
il en paffera , par Dieu , la fantaisie.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
?
Lope. Il n'en fera , par Dieu , rien ; &
vous allez le voir. Dites- moi fa demeure.
Crefpo. Elle n'eft pas loin d'ici.
Lope. Nommez - moi donc cer Alcade.
Crefpo. C'est moi.
Lope. Vive Dieu ! je l'ai ſoupçonné.
Crefpo. Vive Dieu ! rien n'eſt plus vrai.
Lope. Hé bien , Crespo , ce qui eft dit
eft dit.
Crefpo. Hé bien , Seigneur , ce qui eft
fait eft fait.
Lope. Je fuis venu réclamer ce prifonnier
pour en faire juſtice.
Crefpo. Moi , je te garde ici pour le
crime qu'il a commis .
Lope. Vous favez qu'il eft Officier , &
que je fuis fon Juge ?
Crefpo. Vous favez qu'il a fait violence
à ma fille ?
Lope. Vous favez de combien mon
autorité prévaut für la vôtre ?
Crefpo. Vous favez que je l'ai prié à
genoux de me rendre l'honneur ?
Lope. Vous n'avez qu'à le pourfuivre à
mon tribunal.
Crefpo. Mon avis eft qu'il ne forte pas
du mien.
Lope . Je m'oblige à vous rendre juſtice.
Crefpo. Je ne demande à perfonne ce
que je puis me procurer moi - même.
JUIN 1768 .
81.
Lope. Il y va de mon honneur de reprendre
ce prifonnier.
Crefpo. Son procès eft déja ici tout fait,
& terminé.
Lope. Qu'est- ce qu'un procès ?
Crefpo. Une fuite de papiers qui contiennent
la vérification du fait & du jugement.
Lope. Je vais de ce pas à la prifon.
Crefpo. Je ne vous en empêche pas ,
mais je vous avertis feulement que les
Gardes ont ordre de faire feu fur le premier
qui fe préfentera.
Lope . Vos balles ne me font pas peur ,
je fuis familier avec elles ; mais il ne me
convient pas de m'aventurer ici. Soldat ,
courez au camp : que toutes les compagnies
marchent ici à l'inftant avec leurs
armes prêtes.
Le Soldat. Il n'eſt pas besoin de les
aller chercher , Seigneur , elles font déja
accourues dans ce village fur le bruit de
cette entreprife.
Lope. Nous allons donc voir fi on me
rendra le prifonnier ou non.
Crefpo. Avant que cela arrive , vive
Dieu ! je vais y mettre bon ordre.
On entend les tambours ; les Soldats
attaquent les Villageois qui fe défendent ,
& lorfque la mêlée eft la plus chaude , le
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
Roi arrive. Sa préfence arrête les combattans
, & il demande la raifon de ce défordre.
Lope. Il provient , Sire , de la témérité
la plus inouïe dont, air jamais été capable
un vil payfan ; & , fans votre arrivée , ce
village feroit déja en flammes .
Le Roi. Qu'eft- il arrivé ?
Lope. L'Alcade de ce lieu a fait emprifonner
un Capitaine , & m'a refufé de le
remettre entre mes mains .
Le Roi. Qui eft cet Alcade ?
Crefpo. C'est moi , Sire.
!
Le Roi. Quelle excufe avez- vous à m'alléguer
?
Crefpo . Ce procès , Sire , qui contient
les preuves contre le coupable , & fa fentence
de mort , pour avoir enlevé & defhonoré
une fille , & avoir refufé à fon
père de réparer fon honneur en l'époufant.
Lope . Lui-même , Sire , eft le Juge &
le père.
Crefpo. Hé qu'importe ! fi un étranger
me portoit une plainte , ne lui devrois- je
pas juftice ? Ne la dois- je donc pas à ma
fille autant qu'à un étranger ? Je viens de
faire einprifonner mon propre fils , & je
dois être équitable pour tout le monde
fans aucun égard . Il n'eft question que de
voir fi le procès eft fait en régle , & s'il
JUIN 1768. 83
s'y trouve la moindre prévarication , je me
foumets à la mort.
Le Roi. Le procès me femble en régle ;
mais il ne vous appartient pas de faire exécuter
un coupable jufticiable d'un autres
tribunal . Rendez le prifonnier.
Crefpo. La chofe , Sire , n'eft pas facile.
Comme cette jurifdiction eft fans appel ,
quelle que foit une fentence , elle s'exécute
toujours fur le champ .
Le Roi. Que dites - vous ?
Crefpo. Si vous ne me croyez pas , Sire ,
tournez les yeux de ce côté * : voici le criminel
.
Le Roi. Mais , comment avez- vous eu
la hardieffe ? {
Crefpo. Vous voyez , Sire , qué le procès
eft fait dans toutes les formes...
Le Roi. Le confeil de guerre n'auroit- il
pas également fait juftice ?
Crefpo. Toute la juftice de vos Etats ,
Sire , n'eft qu'un feul corps dont vous êtes
le chef quoique vous ayez plufieurs mains ;
qu'importe que ce foit votre droite ou
votre gauche qui ait puni le crime ? L'effentiel
étoir de punir , & le refte eft de
peu de conféquence.
* On ouvre une porte au fond de la scène
& on voit Don Alvar affis fur une cha ife le carcan
encore au col , & étranglé.
D vi
84 MERCURE DE FRANCE .
Le Roi. Mais puifqu'il étoit Capitaine
& Cavalier , il falloit lui faire du moins
couper la tête , & non l'étrangler ignominieufement.
Crefpo. Sire , il y a ici très - peu de nobleffe
, ce qui fait qu'on n'y eft pas dans
l'exercice de couper des têtes ; mais c'eſt
au mort à fe plaindre de cette rigueur ,
& elle ne regarde que lui feul.
Le Roi. Don Lope , ce qui eft fait eſt
fans remède. La punition étoit méritée ,
c'eft le principal. Faites partir fur le champ
d'ici toutes les troupes , & qu'elles me
fuivent en Portugal . ( à Crefpo ) Vous , je
vous fais Juge perpétuel de Zalamea.
Crefpo remercie le Roi , Lope lui dit
de fe féliciter de l'arrivée de Sa Majefté ,
& demande qu'on lui remette les autres
Soldats prifonniers. Ils lui font rendus fur
le champ. Il fe réconcilie avec Crespo ,
& emmène avec lui fon fils qu'il fait fortir
de prifon. Ifabelle entre dans un couvent
, où elle fe renferme pour toute fa
vie , & ainfi finit cette comédie.
de Zalamea. Le Tourniquet bien appli
qué , & le Juge de Zalamea , comédie
de CALDERON.
CETTE ETTE fingulière comédie a un fondement
hiftorique , & le fait qui y a donné
lieu eft très - réel . Elle peint , avec une
vérité frappante , les moeurs & les préjugés
des perfonnages qui y font introduits. On
y voit au naturel le caractère d'un brave
* Garrote fignifie carcan. C'eſt un genre de fupplice
particulier qui n'eft pas très- cruel , parce
qu'il est très- court. On fait affeoir le patient far
une chaife , on lui met au cou'un carcan , au devant
duquel il y a intérieurement un bouton qui avance
fur le noeud de la gorge. Avec un tourniquet on
ferre le carcan , & le patient eft étranglé fans
douleur & fur le champ.
€ v
18 MERCURE DE FRANCE.
1
& franc guerrier qui commande un corps
de troupe , la licence que fe promet fouvent
un Officier fubalterne avec les gens
du peuple , les mifères du Soldat , les abus
qui les augmentent , la gaieté qui le confole
, l'efprit de libertinage & les tours de
fubtilité qui lui font trouver des charmes
dans ce pénible efclavage. Mais , ce qui
intéreffe le plus dans ce tableau , ce font
les fentimens élevés & la conduite ferme
& hardie d'un fimple laboureur qui venge
avec une intrépidité héroïque fon honneur
offenfé , fans être retenu par aucun égard
ni aucune crainte .
La fcène s'ouvre par une marche de
foldats. Il y en a un qui fe diftingue particulièrement
par fes murmures , auxquels
toute la troupe applaudit. Patience , lui
dit un camarade , toutes nos fatigues vont
s'oublier dès que nous ferons au gîte. De
quoi cela me foulagera - t il , reprend le
raiſonneur , fi je créve avant d'y arriver ?
& quand j'y arriverois en vie , Dieu fair
encore fi on nous y logera. N'avons nous
pas nos conducteurs auxquels les Mayeurs
& Syndics vont propofer de nous faire
paffer outre en offrant quelque rafraîchif
fement ? On leur répondra d'abord que
cela eft impoffible , & que la troupe eft
rendue ; mais files manans ont de l'argent,
d'un feul mot, marche , on nous fera obéir
JUIN 1768. ༨༡
à l'inftant. Pour moi , fi cela arrive , je
jure qu'on partira fans moi . Je fais déja
comme on déferte. Mais je fais auffi
reprend le camarade , que cette petite fantaifie
coûte la vie à un malheureux foldat
, fur- tout fous les ordres du général
qui nous commande ; car fi Don Lope de
Figueroa paffe pour vaillant & grand capitaine
, il a auffi la réputation d'être le plus
emporté , le plus impitoyable , & le plus
étrange blafphémateur de toute l'armée ;
& , pour la difcipline , il fera périr fon
meilleur ami fans nulle forme de procès.
C'est moins moi que je plains , répart le
mutin , que cette pauvre femme qui me
fuit. La bonne créature prend la parole ,
& dit qu'elle fouffre volontiers ; elle conte
tous les facrifices qu'elle a faits pour vivre
avec fon cher foldat. Cela lui attire beaucoup
d'éloges ; on crie viva La Chifpa , &
infenfiblement on oublie le mal dont on
fe plaignoit , on chante , on fait chorus
& on arrive
ད
Le Capitaine de la compagnie vint annoncer
à fes foldats qu'il y a apparence
qu'on paffera plufieurs jours à Zalamea
& tout le monde s'en réjouir. Il demande
à fon Sergent , qui vient du logement ,
où eft fon billet. Vous êtes , dit le Sergent
, chez l'habitant le plus riche du lieu
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
& qui , outre cela , a la plus belle fille du
pays. Bon , dit le Capitaine , ne fera - ce
pas toujours une payfanne glorieufe avec
des mains & des pieds effroyables . Pour
moi , à moins que je ne voie de la parure
& de l'élégance , je ne crois pas être avec
une femme. On lui dit auffi que le père
eft le plus vain & le plus préfomptueux
des hommes. La vanité , dit le Capitaine ,
eft toujours l'apanage d'un manant riche .
Leur converfation eft interrompue par
l'arrivée d'une figure de Don - Quichote.
C'est un perfonnage très - peu intéreffant ;
un gentilhomme ridicule , amoureux de
la fille du laboureur , ouplutôt de les écus ,
car il meurt de faim à la lettre . Il ne
parle que de la belle généalogie en or &
azur que lui a laiffée fon père. Il auroit
dû , dit fon valet , vous laiffer plus d'or
& moins de parchemin,
Au refte , reprend le perfonnage , je
n'ai pas grande obligation à ce père de
m'avoir fait gentilhomme , car s'il n'eût
pas été noble il n'eût pas
été mon père,
& je me ferois bien gardé de me laiffer
engendrer par un roturier. La converfation
continue fur ce ton jufqu'à ce que
fon Ifabelle paroiffe à fa fenêtre. Elle le
traite fort mal & fe moque de lui. Il fe
retire en voyant arriver Pedro Crespo ,
père de fa Dame. Ce vieillard murmure ,
"
JUIN 1768 .
en entrant , de trouver toujours cette figure
de tapillerie à fa porte . Juan , fon fils ,
arrive d'un autre côté & fe fâche de même
contre ce revenant perpétuel . Ce jeune
homme eft un petit mutin qui promet fort
de reffembler un jour à fon père. L'un &
l'autre fe diffimulent ce qui vient de les
choquer , & ils ne fe parlent que de leurs
Occupations. Crespo conte qu'il vient des
champs , & qu'il eft très-content de fes
troupeaux & de fes moiffons. Et toi ,
Juan , dit-il à fon fils , d'où viens-tu ?
Juan. Je vous facherai peut être en vous
le difant. J'ai joué à la paume , & perdu
deux parties.
Crefpo. Il n'y a pas grand mal fi tu as payć.
Juan. Je n'ai pas payé , faute d'argent ,
& je venois même vous en demander.
Crefpo. Avant tout , écoute ce que j'ai
à te dire. Ne t'engage de ta vie qu'à ce
que tu es fûr de pouvoir faire , & ne joue
jamais plus d'argent que tu n'en as , de
peur de rifquer ta renommée fi tu ne pouvois
pas remplir tes obligations .
Juan. Le confeil eft comme venant de
vous ; & , pour vous marquer combien
j'en fais cas , je le paierai par un autre.
Ne donnez jamais d'avis à un homme qui
vous demande de l'argent .
Crefpo. Tu m'as rendu le change.
Ils font interrompus par le Sergent qui
61 MERCURE DE FRANCE.
leur annonce que Don Alvaro de Atayde,
fon Capitaine , doit loger chez eux. Crefpo
offre tout ce qui eft dans fa maiſon . Juan
lui fait reproche de ce qu'étant riche , ik
n'achete pas un privilége pour s'exempter
de ces charges.
Crefpo. Dis-moi de bonne foi , Juan ,
quelqu'un ignore- t- il que je ne fuis qu'un
payfan ? Quand j'acheterai de la nobleſſe
ferai-je noble pour cela ? Il m'en coûtera
cinq ou fix mille, réaux , c'eſt de bon argent,
& je n'aurai pas acquis de l'honneur ,
car il ne fe vend point. Qu'un homme
qu'on a vu chauve route fa vie , mette une
perruque , on dira qu'il eft bien coeffé.
Mais qu'y gagnera - t - il ? Quoiqu'on ne
voie pas fa tête pelée , chacun ne fait- il
pas qu'il n'a pas un cheveu à lui ?
Juan. Il y gagnera de mettre fa tête à
couvert du foleil , du vent & de la pluie.
Crefpo. Je ne veux point d'un honneur
précaire. Je veux demeurer ce que je fuis
& ce qu'ont été avant moi mes pères.
Il fait defcendre fa fille & lui annonce
que des troupes vont loger dans le village,
& qu'il aura chez lui un Capitaine. Il lui
ordonne de fe retirer dans un grenier pen
dant leur féjour . Je venois , dit - elle , mon
père , vous demander la permiffion de m'y
renfermer avec Inès , ma couline.
Apeine eft- elle rentrée que le Capitaine
JUIN 1768.
furvient ; le père & le fils lui font de grands
complimens qu'il reçoit avec civilité , mais
avec hauteur . Ils le laiffent avec fon Sergent.
Hé bien , dit l'Officier , as-tu vu la
payſanne ?
Le Sergent. J'ai parcouru toutes les
chambres & la cuifine , fans la trouver.
Une fervante m'a dit qu'elle eft cachée
dans les greniers , d'où elle ne deſcendra
pas , parce que le vieillard eft fort jaloux.
Don Alvar. Si je l'avois rencontrée tout
fimplement , je n'y aurois fait nulle attention
; mais précisément parce qu'on me la
cache , vive Dieu ! je veux pénétrer où elle
eft. Il faudroit , dit le Sergent , trouver un
prétexte pour y entrer fans donner de
foupçon.
Sur ces entrefaites le Soldat harangueur,
avec fa Chifpa , fe préfentent. Ils viennent
demander à Don Alvar le privilége
du jeu . Le Capitaine trouve cette occafion
merveilleufe. Il dit à Rebolledo ( c'eſt le
Soldat ) qu'il veut entrer , fur quelque mo
tif plausible , dans une chambre haute de
la maifon ; qu'il faut qu'il feigne de lui
manquer de reſpect , qu'il le menacera de
fon côté , qu'il fuira au grenier où il le
fuivra. La fcène fe joue fur le champ , le
Soldat fait l'infolent , le Capitaine tire
l'épée & le pourſuit.
64 MERCURE DE FRANCE .
On voit entrer le Soldat hors d'haleine
dans la retraite où font les femmes. Le
Capitaine & le Sergent furviennent , elles
prient pour le prétendu coupable , & obtiennent
fa grace. Pedro Crefpe & Juan
patoiffent l'épée à la main. Ils ont entendu
le bruit de la querelle & fu que le Capitaine
court après un Soldat.
Crefpo . Qu'eft ceci , Seigneur Cavalier ?
quand je vous crois occupé à tuer un
homme , je vous trouve à courtifer une
femme ! Alvar répond qu'il fait ce qu'il
doit au fexe , & qu'il a facrifié fon reffentiment
à cette Dame.
Crefpo. Ce n'est point une Dame : c'eſt
ma fille.
Juan. Tout ceci n'eft , vive Dieu ! qu'une
rufe pour vous introduire ici. Je fuis piqué
de ce que vous croyez me tromper . Il n'en
eft pardieu rien , & vous pourriez , Seigneur
Capitaine , payer autrement les
offres de fervice de mon père , & lui épargner
cette offenfe.
Crefpo. De quoi vous mêlez - vous , petit
garçon Si ce Soldat l'a mis en colère
pourquoi ne l'auroit- il pas pourfuivi ? Sei
gneur , ma fille vous eft obligée de votre
attention pour elle.
Don Alvar à Juan. Je n'ai fans de te
eu aucune autre raifon. Songez mieux à
ce que vous dites.
JULN 1768. 69
Juan. J'y fonge très - bien .
Alvar. Si votre père n'étoit
pas là , petit
garçon , je vous traiterois comme vous
méritez.
Crefpo . Doucement, Seigneur Capitaine.
Je puis parler à mon fils comme il me
plaît , mais non pas vous.
Juan. Je puis tout fouffrir de mon père ,
mais rien d'un autre.
Alvar. Et que feriez - vous ?
Juan. Je perdrois la vie plutôt que de
fouffrir un affront.
Alvar. Un payfan fe piquer d'honneur !
Juan. Autant que vous ; il n'y auroit
pas de Capitaines s'il n'y avoit
laboureurs.
da
pas de
Il met
Alvar. Ah , c'en eft trop.
l'épée à la main , Juan en fait de même ,
& Crespo tire la fienne pour les féparer ;
on crie à la garde , & le Général furvient.
Qu'est ceci ? dit - il. La première chofe
que je rencontre ici c'est une bataille ?
Parlez , qu'eft- il arrivé ? Répondez donc ,
vive Dieu hommes , femines , je vais
tour jenter par les fenêtres . N'ai - je pas
affez de la douleur que me fait fouffrir,
ma diable de jambe , fans que vous m'impatientiez
encore par votre filence.
On eft obligé de lui dire le fujet de la
querelle. Où eft le Soldat ? dit - il . Qu'on
66 MERCURE DE FRANCE.
lui donne fur le champ l'eftrapade. Alvar
prie tout bas le Soldat de fe taire , & lui
promet de le fauver. Je n'en ferai tien
s'écrie le malheureux . Je ne veux pas être
eftropié pour vous. Il conte alors la choſe
comme elle eft. Vous voyez , dit Crefpo
fi nous avions raifon. Il n'y en a point de
bonne , répond Don Lope , pour expofer
tout un village à fa ruine.
Il fait fur l'heure battre un ban , &
publier ordre à tous les Soldats de fe rendre
au corps de- garde , & défenfe d'en
fortir de tout le jour , fous peine de la vie ,
puis il ordonne au Capitaine d'aller à
l'inftant fe pourvoir d'un autre logement ,
& prend lui-même le fien chez Crefpo.
Chacun obéit , & Crespo , après avoir fait
rentrer les femmes , refte avec le Général.
Crefpo. Je vous rends graces , Seigneur ,
de m'avoir fauvé l'occafion de me perdre.
Lope. A quel propos dites - vous que
vous vous feriez perdu ?
Crefpo. En ôtant la vie à quiconque
m'eût outragé.
Don Lope. Comment , vive Dieu ! favez-
vous que vous aviez affaire à un Capitaine
?
Crefpo. Fût- ce un Général même , vive
Dieu je le tuerois s'il attaquoit mon
honneur.
JUIN 1768. 67
Lope. Je jure le ciel que je ferai pendre
le premier qui ofera toucher un Soldat.
Crefpo. Je jure le ciel d'étrangler moimême
qui ofera me faire le moindre outrage.
Lope. Mais favez- vous
que n'étant que
ce que vous êtes , vous êtes obligé de -fouffrir
des gens de guerre ?
Crefpo. Oui , dans mes facultés , mais
non dans mon honneur. On doit au Roi
fa vie & fes biens ; mais l'honneur eft le
patrimoine de l'âme , & l'âme n'eft fujette
qu'à Dieu.
Lope. Je crois , vive Dieu ! que vous
avez raiſon !
Crefpo. Oui , vive Dieu ! & je l'ai toujours
eu .
Lope. J'arrive ici bien fatigué , & le
diable m'a donné une maudite jambe qui
a befoin de repos.
Crefpo. Qui vous dit le contraire ? le
diable m'a donné un lit , vous n'avez qu'à
Vous y mettre .
Lope. Et vous l'a-t- il donné tout fait , ce lit?
Crefpo. Oui , par Dieu !
Lope. Hé bien je vais , par Dieu ! le dé
faire , car je fuis , vive Dieu , bien las.
Crefpo. Hé , vive Dieu ! délaffez - vous.
68 MERCURE DE FRANCE.
Lope s'en allant. Le manant eft têtu !
il jure par Dieu ! comme moi .
Crefpo. Le Don Lope eft revêche ! nous
aurons maille à partir enfemble.
Le fantôme extravagant & amoureux
ouvre le fecond acte avec fon valet ;
mais nous laifferons ce perfonnage affez
inutile. Le Capitaine & fon Sergent repa
roiffent, & s'entretiennent de la difficulté
de voir Ifabelle. Alvar veut lui donner.
une férénade , & ils vont tout difpofer.
Rebolledo & la Chifpa doivent en être les
principaux acteurs.
Crespo fait fervir à fouper dans un cabinet
qui donne fur un jardin , qui fait
dit- il , l'amuſement de fa fille. Lope l'invite
à s'affeoir près de lui , il obéit après
s'en être défendu.
Lope. Savez - vous que la colère vous
met quelquefois hors de vous - même ?
Crefpo. Elle ne me fait jamais perdre le
jugement.
Lope. Comment donc hier , vous êtesvous
affis fans que je vous le dife ? & encore
à la premiere place !
Crefpo. C'est parce que vous ne me le
difiez pas , & aujourd'hui que vous me le
dites , je m'en abftiendrois volontiers. Je
fais rendre l'honneur qu'on me fait.
JUIN 1768, 69
Lope. Mais hier , vous ne faifiez que
jurer & vous emporter , & aujourd'hui
je vous trouve doux & pailible.
Crefpo. Seigneur , je prends toujours le
ton des gens avec qui je traite. Hier vous
ne parliez que par imprécations , & je vous
répondois de même. J'ai pour principe de
jurer avec celui qui jure , & de prier avec
celui qui prie. Je pouffe cela fi loin , que
parce qu'hier vous vous plaigniez d'une
jambe , j'en ai fenti une douleur qui m'a
empêché de dormir toute la nuit ; & parce
que je n'ai pas fu laquelle vous faifoir
mal , j'en avois à toutes les deux . Ditesmoi
, par charité , quelle eft la mauvaiſe ,
afin que je ne fouffre que d'un côté.
Lope . Ai-je tort de me plaindre ? Il y
a plus de trente ans que ce mal me prit
en Flandre , caufé par l'outrage des faifons
, les veilles & les fatigues , fans que
j'aie eu depuis ce tems une heure de repos.
Crefpo. Dieu vous donne patience!
Lope. Eft-ce que je la demande ?
Crefpo, Hé bien , qu'il ne vous la donne
pas.
Lope. Que cent mille diables emportent
la patience , & moi avec !
Crefpo, Amen. S'ils ne le font pas , c'eſt
de peur de bien faire,
70
MERCURE DE FRANCE.
Lope. Hai , hai ! Jéfus , mille fois !
Crefpo. Qu'il foit avec vous & moi.
Lope. Vive Dieu ! la douleur m'extermine.
Crefpo. Vive Dieu ! J'en fuis faché.
Il fait defcendre fa fille pour fouper
avec le Général . Si tous les Officiers étoient
comme vous, lui dit- il , je voudrois qu'elle
fût la premiere à les fervir.
Le Général admire fa rufe & fa prudence.
Tandis qu'ils font à table , on entend
la férénade . Lope diffimule fon mécontentement
de ce manque de refpect. il
faut , dit- il tout haut , paffer ces gaîtés au
foldat , elles lui font fupporter les dégoûts
de fon état. Juan trouve que c'eft un métier
fort agréable. En êtes - vous tenté ?
dit Løpe. De grand coeur , répondit Juan ,
fi vous m'accordiez votre protection .
Cependant on jette une pierre contre
la fenêtre , & le nom d'Ifabelle eft prononcé
par la mufique . Lope eft indigné ,
& le cache à caufe de Crespo , qui , de
fon côté , cache fon dépit à caufe de Don
Lope. Juan fe lève & va fourdement fe
faifir d'une rondache qu'il a vu fufpendue
dans la chambre du Général.
Les chants recommencent , & répétent
le nom d'Isabelle . Elle déplore fon fort
d'être expoſée à ces entreprifes, Lope ne
JUIN 1768. 71
peut y tenir , il fe lève en fureur & renverfe
la table. Crespo fe lève de même &
renverſe fa chaife.
Lope. La douleur que me fait cette
jambe diabolique m'a caufé cette impatience.
Crefpo. La même raifon m'a fait lever
fi brufquement,
Lope. J'ai cru que vous en aviez quelqu'autre
, quand je vous ai vu jetter cette
chaife .
je Crefpo . Vous aviez jetté la table ,
n'ai pas trouvé autre chofe fous ma main,
Lope. Je ne puis fouper , je vais me
retirer, mon hôte.
Crefpo. A la bonne heure.
Lope , bas. N'ai - je pas une rondache
dans ma chambre ?
Crefpo , bas. N'ai - je pas une fortie par
la baffe- cour ?
Lope. Bon foir,
Crefpo . Bonne nuit. ( J'enfermerai mes
enfans par dehors. )
Il envoie coucher fon fils , & tandis
que les donneurs de férénade font dans
la rue à galantifer , Lope fort d'un côté ,
& Crefpo d'un autre. Ils mettent la mufique
en déroute & reftent feuls , & fe croyant
réciproquement les auteurs de la fête , ils
s'attaquent & fe battent avec une adreſſe
72 MERCURE DE FRANCE.
& une vigueur égale , & s'étonnent l'un
de l'autre, Juan fort auffi l'épée à la main ,
ils parlent & fe reconnoiffent. Le Capitaine
, piqué de l'affront , revient avec un
renfort de foldats , & eft fort étonné de
trouver là le Général. Il s'excufe , & feint
d'être venu au bruit pour appaifer le
tumulte . Lope lui cache fes foupçons , mais
lui ordonne de fe mettre en marche fur le
champ avec fa compagnie , & de fortir de
Zalamea. Il rentre avec fes hôtes .
Le Capitaine , piqué au jeu , veut abſolument
revoir Ifabelle. Rebolledo lui apprend
qu'il a un efpion de moins , & que
Juan a obtenu de fon père la permiflion
de fuivre Don Lope à l'armée.
Le Général fe difpofe à partir. Il prend
congé de fon hôte , & lui promet d'avoir
foin de fon fils. Il fait préfent d'un diamant
à Ifabelle. Juan vient l'avertir que
fa litière eft prête,
Lope. Adieu , mon cher hôte ,
Crefpo. Qu'il vous conduife.
Lope. Ha ! bon Pedro Crefpo !
Crefpo. Ha vaillant Don Lope !
Lope. Qui eût dit , à notre première
entrevue , que nous deviendrions amis
pour la vie !
Crefpo. Moi , Seigneur , je l'euffe prédit
fi je vous eulle connu pour un....
Lope ,
JUIN 1768. 73.
Lope , s'en allant. Achevez , allez , ne
Yous gênez pas.
Crefpo. Pour un fou d'une auffi bonne
pâte.
Il donne à fon fils des confeils fort
fages & fort prolixes , & enfuite fa bénédiction
, & le laiffe fuivre le Général.
Il reste avec fa fille à prendre le frais
hors de fa maifon fur une banquette. Don
Alvar , le Sergent , Rebolledo, La Chifpa,
& d'autres Soldats s'approchent à la faveur
de l'obfcurité , faififfent Ifabelle , & l'emmènent
malgré fes cris. Crefpo demande
une épée , & Inès lui en apporte une. Le
Sergent lui dit que la réfiftance eft vaine
contre tant de monde. Rien ne l'arrête ,
il veut les attaquer , & tombe. Tuez- le ,
s'écrie Rebolledo. Non , dir le Sergent , il
y
auroit de la barbarie à lui ôter l'honneur
& la vie. Emmenons-le & attachons-le
quelque part dans la montagne. On l'y
entraîne malgré les cris .
Ifabelle , en pleurs , commence le troifième
acte. On peut imaginer le fujet de
fes longues plaintes. Elle entend les gémiffemens
d'un homme ; c'eft fon père
lié qui demande du fecours. Elle n'oſe le
mettre en liberté avant d'avoir conté fes
malheurs elle veut bien mourir de fa
main, mais après qu'il aura entendu fa
Ꭰ
4744 MERCURE DE FRANCE.
juftification. Ils s'attendriffent , & pleurent
enfemble. Elle brife fes liens , & lui
conte que l'indigne Alvara triomphé d'elle
par la force , & qu'au point du jour ſes
eris ont attiré un paffant qu'elle a reconnu
pour fon frère ; qu'ayant appris fon malheur
, il a attaque & bleffé dans l'inftant
le Capitaine , & s'eft fauvé en voyant des
Soldats qui venoient à fon fecours ; qu'on
a relevé le raviffeur & qu'on l'a ramené
à Zalamea pour le faire panfer. Crefpo la
confole ; ils retournent enfemble à leur
maifon. Le plus court pour Alvar , dit
Crespo , eft de mourir de ſa bleſſure , car
s'il en réchappe , je n'aurai jamais de
repos que je ne lui aie donnné la mort.
L
En approchant du village il eft rencon
tré par le Greffier de la communauté , qui
le cherche pour lui annoncer qu'il vient
d'être élu Alcade , & dans une occafion
bien glorieufe & bien heureufet
pour deux
objets bien intéreffans. L'un eft l'arrivée du
Roi qui doit venir le jour même à Zalamea
, & l'autre eft , qu'on vient d'amener
dans le bourg un Capitaine bleffé fans
qu'on fache par qui , & que c'eſt la
matière d'une information , & d'une caufe
de grande importance. Crespo remercie le
Ciel de l'occafion qu'il lui offre de venger
fon honneur. Sa fille rentre dans fa
JUIN 1768. 75
maifon , & il va avec le Greffier à la falle
du confeil , où il doit recevoir la baguette
& l'autorité de Juge.
On voit le Capitaine bleffé ; il fe plaint
de ce qu'on l'a ramené à Zalamea. Son
Sergent s'excufe fur le befoin qu'il avoit
d'être fecouru. Cependant Alvar , qui fe
trouve mieux , fonge à partir , lorfque la
Juftice arrive. Il s'en met peu en peine
mais fa furpriſe eft grande de voir Crespo ,
avec les marques de fon autorité , qui fait
occuper toutes les avenues. Soit que vous
foyez Juge depuis hier , lui dit- il , ou plus
anciennement , fachez que je n'ai rien à
démêler avec vous. Ne vous échauffez
pas , Seigneur , lui dit Crefpo. Je viens ,
avec votre permiffion , faire quelques diligences
fur une matière importante ; & je
vous prie de m'écouter fans témoins. Le
Capitaine fait fortir fon monde , & Crefpo
en ufe de même .
Crefpo. Je me fuis fervi de mon autorité
pour vous obliger à m'entendre , à
préfent je la mets à part pour vous parler
en fimple particulier ( Ilquittefa baguette ) .
A préfent , dit-il , parlons à coeur ouvert.
14 lui étale au long fes fentimens , fes richeffes
, l'honnêteté de fa fille , & emploie
toute fon éloquence pour lui perfuader de
réparer fon honneur. Vos enfans , ajoute-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE .
t-il , profiteront de mes biens , & ce qu'ils
perdront de nobleffe de mon côté fera
bien réparé par celle qu'ils tiendront de
vous. Une action fi équitable ne peut faire
tort à votre gloire. Enfin , dit- il en fe prof
ternant à fes genoux , ayez pitié de mes
cheveux blancs. Qu'est- ce que je vous
demande ? Mon honneur que vous m'avez
ravi. De la manière humble dont je vous
fupplie , n'imagineroit-on pas que je defire
de vous une chofe qui vous appartienne ?
Songez que je pourrois ici le réparer de
ma propre main & de ma feule volonté ,
& que je préfère de le tenir de vous.
Alvar lui répond durement , & avec
l'orgueil le plus méprifant. Il le traite de
vieux fou & de téméraire , & ajoute que
s'il ne le tue pas , c'eſt en confidération de
La fille.
Crefpo. Enfin , ma plainte ne peut vous
toucher ?
Alvar. On ne doit faire nul cas des
larmes des enfans , des femmes & des
vieillards imbécilles,
Crefpo. Vous ne donnerez nulle confolation
à mon âme affligée ?
Alvar, Contente- toi que je te laiffe la
vie.
Crefpo. Songez que c'eft mon honneur
que je vous demandé à genoux,
JUIN 1768. 77
Alvar. Ceffe de m'importuner.
Crefpo. Réfléchiffez que je fuis ici
Alcade .
Alvar. Que m'importe ? vous n'avez
fur moi nulle jurifdiction . Vous me remettrez
au confeil de guerre qui me fera
réclamer.
Crefpo. C'eft- là votre réfolution ?
Alvar. Oui , vieux infenfé.
Crefpo. C'en eft donc fait ?
Alvar. Oui , pour la dernière fois.
Crefpo. Hé bien , je jure Dieu que vous
me le paierez ( Il fe lève & reprend fa
baguette ) . Hola !
Un Garde. Que vous plaît -il , Seigneur ?
Alvar. Qu'oferont entreprendre ces ruftres
?
Greſpo. Saififfez le Seigneur Capitaine .
Alvar. Vous êtes bien ofé de mettre
la main fur un Cavalier qui fert le Roi.
Vous n'avez pas ce pouvoir.
Crefpo. Nous verrons fi vous fortirez
d'ici autrement que mort ou prifonnier.
Alvar. Je vous fignifie que je fuis
Capitaine .
Crefpo. Vous n'en irez pas moins en
prifon.
Alvar. Je fuis forcé de céder à la violence
, mais je me plaindrai au Roi de
cette injuftice.
D iij
78 MERCURE DE FRANCE .
Crefpo. Et moi d'une autre. Rendez
votre épée .
•
Alvar. Il n'eft pas d'ufage.
Crefpo. C'eſt la loi quand on eft prifonnier.
Alvar. Traitez - moi avec respect.
Crefpo. Oh , cela eft très- raifonnable.
Menez ce Cavalier à la tour avec reſpect ,
mettez-lui civilement les fers aux pieds ,
& attachez-le poliment d'une bonne chaîne .
Qu'on traite auffi bien honnêtement ces
Seigneurs Soldats , qu'on les mette au cachot
, & qu'on prenne leurs dépofitions.
Ha , certes , pour peu que j'aie de preuves
légales , Seigneur Cavalier , je jure Dieu
que je vous ferai étrangler avec tout le
refpect qui vous eft dû.
Alvar. Ah canaille ! que la force à la
main vous rend infolens!
Cependant Juan ayant bleffé le Capitaine
, eft revenu à Zalamea , & trouvant
fa foeur à la maifon , veut la tuer malgré
fes cris & fes juſtifications. Crespo furvient ,
& s'emporte contre lui . Ne fuffit- il pas
dit- il , que tu aies ofé bleffer un Officier ?
Comment es-tu affez téméraire pour te
montter ici ? Il l'envoie en prifon , malgré
fes proteftations de ne s'être armé
contre Alvar que pour fatisfaire fon hon
neur offenfé. Il ne fuffit pas que votre père
JUIN 1768. 79
le fache , répond Crefpo : il faut que j'en
fois convaincu comme Juge , & je vous
rendrai juftice.
Au bruit de ces événemens Don Lope
revient furieux. Il defcend chez fon ami
Crefpo , & s'emporte fort contre la témérité
d'un petit Juge de village qui a eu
l'audace d'emprisonner un Capitaine. Il
veut le faire mourir fous le bâton.
II
Crefpo, Si vous venez pour cela , vous
avez fait un voyage inutile , car je penfe
que l'Alcade ne confentira pas à ce traitement.
Lope. Je le lui ferai bien fans fon confentement.
Crefpo. J'en doute , & ne crois pas que
perfonne vous le confeille. Savez - vous
pourquoi il a fait arrêter cet Officier ?
Lope. Non. Mais pour quelque caufe
que ce foit , ce n'eft pas à lui , c'eft à moi
à en faire juftice , & je ferai couper le
tou au coupable s'il l'a mérité .
Crespo. Il faut que vous ne connoiffiez
pas , Seigneur , quelle eft l'autorité d'un
Alcade.
Lope . Un Alcade eft-il autre chofe qu'un
payfan ? 5
Crefpo: Hé bien , fi ce payfan s'eft mis
dans la tête de faire étrangler le prifonnier ,
il en paffera , par Dieu , la fantaisie.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
?
Lope. Il n'en fera , par Dieu , rien ; &
vous allez le voir. Dites- moi fa demeure.
Crefpo. Elle n'eft pas loin d'ici.
Lope. Nommez - moi donc cer Alcade.
Crefpo. C'est moi.
Lope. Vive Dieu ! je l'ai ſoupçonné.
Crefpo. Vive Dieu ! rien n'eſt plus vrai.
Lope. Hé bien , Crespo , ce qui eft dit
eft dit.
Crefpo. Hé bien , Seigneur , ce qui eft
fait eft fait.
Lope. Je fuis venu réclamer ce prifonnier
pour en faire juſtice.
Crefpo. Moi , je te garde ici pour le
crime qu'il a commis .
Lope. Vous favez qu'il eft Officier , &
que je fuis fon Juge ?
Crefpo. Vous favez qu'il a fait violence
à ma fille ?
Lope. Vous favez de combien mon
autorité prévaut für la vôtre ?
Crefpo. Vous favez que je l'ai prié à
genoux de me rendre l'honneur ?
Lope. Vous n'avez qu'à le pourfuivre à
mon tribunal.
Crefpo. Mon avis eft qu'il ne forte pas
du mien.
Lope . Je m'oblige à vous rendre juſtice.
Crefpo. Je ne demande à perfonne ce
que je puis me procurer moi - même.
JUIN 1768 .
81.
Lope. Il y va de mon honneur de reprendre
ce prifonnier.
Crefpo. Son procès eft déja ici tout fait,
& terminé.
Lope. Qu'est- ce qu'un procès ?
Crefpo. Une fuite de papiers qui contiennent
la vérification du fait & du jugement.
Lope. Je vais de ce pas à la prifon.
Crefpo. Je ne vous en empêche pas ,
mais je vous avertis feulement que les
Gardes ont ordre de faire feu fur le premier
qui fe préfentera.
Lope . Vos balles ne me font pas peur ,
je fuis familier avec elles ; mais il ne me
convient pas de m'aventurer ici. Soldat ,
courez au camp : que toutes les compagnies
marchent ici à l'inftant avec leurs
armes prêtes.
Le Soldat. Il n'eſt pas besoin de les
aller chercher , Seigneur , elles font déja
accourues dans ce village fur le bruit de
cette entreprife.
Lope. Nous allons donc voir fi on me
rendra le prifonnier ou non.
Crefpo. Avant que cela arrive , vive
Dieu ! je vais y mettre bon ordre.
On entend les tambours ; les Soldats
attaquent les Villageois qui fe défendent ,
& lorfque la mêlée eft la plus chaude , le
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
Roi arrive. Sa préfence arrête les combattans
, & il demande la raifon de ce défordre.
Lope. Il provient , Sire , de la témérité
la plus inouïe dont, air jamais été capable
un vil payfan ; & , fans votre arrivée , ce
village feroit déja en flammes .
Le Roi. Qu'eft- il arrivé ?
Lope. L'Alcade de ce lieu a fait emprifonner
un Capitaine , & m'a refufé de le
remettre entre mes mains .
Le Roi. Qui eft cet Alcade ?
Crefpo. C'est moi , Sire.
!
Le Roi. Quelle excufe avez- vous à m'alléguer
?
Crefpo . Ce procès , Sire , qui contient
les preuves contre le coupable , & fa fentence
de mort , pour avoir enlevé & defhonoré
une fille , & avoir refufé à fon
père de réparer fon honneur en l'époufant.
Lope . Lui-même , Sire , eft le Juge &
le père.
Crefpo. Hé qu'importe ! fi un étranger
me portoit une plainte , ne lui devrois- je
pas juftice ? Ne la dois- je donc pas à ma
fille autant qu'à un étranger ? Je viens de
faire einprifonner mon propre fils , & je
dois être équitable pour tout le monde
fans aucun égard . Il n'eft question que de
voir fi le procès eft fait en régle , & s'il
JUIN 1768. 83
s'y trouve la moindre prévarication , je me
foumets à la mort.
Le Roi. Le procès me femble en régle ;
mais il ne vous appartient pas de faire exécuter
un coupable jufticiable d'un autres
tribunal . Rendez le prifonnier.
Crefpo. La chofe , Sire , n'eft pas facile.
Comme cette jurifdiction eft fans appel ,
quelle que foit une fentence , elle s'exécute
toujours fur le champ .
Le Roi. Que dites - vous ?
Crefpo. Si vous ne me croyez pas , Sire ,
tournez les yeux de ce côté * : voici le criminel
.
Le Roi. Mais , comment avez- vous eu
la hardieffe ? {
Crefpo. Vous voyez , Sire , qué le procès
eft fait dans toutes les formes...
Le Roi. Le confeil de guerre n'auroit- il
pas également fait juftice ?
Crefpo. Toute la juftice de vos Etats ,
Sire , n'eft qu'un feul corps dont vous êtes
le chef quoique vous ayez plufieurs mains ;
qu'importe que ce foit votre droite ou
votre gauche qui ait puni le crime ? L'effentiel
étoir de punir , & le refte eft de
peu de conféquence.
* On ouvre une porte au fond de la scène
& on voit Don Alvar affis fur une cha ife le carcan
encore au col , & étranglé.
D vi
84 MERCURE DE FRANCE .
Le Roi. Mais puifqu'il étoit Capitaine
& Cavalier , il falloit lui faire du moins
couper la tête , & non l'étrangler ignominieufement.
Crefpo. Sire , il y a ici très - peu de nobleffe
, ce qui fait qu'on n'y eft pas dans
l'exercice de couper des têtes ; mais c'eſt
au mort à fe plaindre de cette rigueur ,
& elle ne regarde que lui feul.
Le Roi. Don Lope , ce qui eft fait eſt
fans remède. La punition étoit méritée ,
c'eft le principal. Faites partir fur le champ
d'ici toutes les troupes , & qu'elles me
fuivent en Portugal . ( à Crefpo ) Vous , je
vous fais Juge perpétuel de Zalamea.
Crefpo remercie le Roi , Lope lui dit
de fe féliciter de l'arrivée de Sa Majefté ,
& demande qu'on lui remette les autres
Soldats prifonniers. Ils lui font rendus fur
le champ. Il fe réconcilie avec Crespo ,
& emmène avec lui fon fils qu'il fait fortir
de prifon. Ifabelle entre dans un couvent
, où elle fe renferme pour toute fa
vie , & ainfi finit cette comédie.
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Résumé : ELGARROTE masbiendado, y Alcalde de Zalamea. Le Tourniquet bien appliqué, & le Juge de Zalamea, comédie de CALDERON.
La pièce 'El Alcalde de Zalamea' de Calderón de la Barca met en scène Pedro Crespo, un laboureur respecté, et les tensions entre les soldats dirigés par Don Lope de Figueroa. L'intrigue commence avec des conflits internes parmi les soldats et l'intérêt de Don Alonso pour Isabela, la fille de Crespo. Crespo conseille son fils Juan sur la gestion prudente des finances familiales. L'arrivée du Capitaine Don Alvaro de Atayde chez Crespo déclenche des incidents, notamment une dispute entre Alvar et Juan après une tentative d'Alvar de voir Inès, la fille de Crespo. Lope impose une interdiction aux soldats de sortir, aggravant les tensions avec Crespo. Lors d'un repas perturbé par une sérénade, une bagarre éclate entre Crespo et Lope. Juan intervient, et un capitaine trouve Lope sur les lieux. Alvar enlève Isabelle malgré les efforts de Crespo pour l'en empêcher. Élu Alcade, Crespo confronte Alvar pour restaurer l'honneur familial, mais Alvar refuse de coopérer. En juin 1768, une confrontation entre Crespo et Alvar conduit à l'arrestation de ce dernier. Juan blesse Alvar et tente de tuer sa sœur, mais Crespo intervient. Lope exige la libération de son fils, provoquant une altercation entre les soldats et les villageois. Le Roi arrive et écoute les preuves présentées par Crespo. Crespo explique au Roi qu'il a fait exécuter son fils pour avoir déshonoré une jeune fille. Le Roi reconnaît la légalité du procès mais ordonne le transfert du prisonnier. Crespo révèle alors que son fils a déjà été exécuté. Le Roi accepte la punition et nomme Crespo juge perpétuel de Zalamea. Les troupes doivent quitter la ville, et Isabelle choisit d'entrer dans un couvent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11693
p. 91
« Le mot de la première énigme du Mercure de mai est le ver devenu papillon. [...] »
Début :
Le mot de la première énigme du Mercure de mai est le ver devenu papillon. [...]
Mots clefs :
Papillon, Ver, Latro poenitens, Bon larron, Corde, Carme
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texteReconnaissance textuelle : « Le mot de la première énigme du Mercure de mai est le ver devenu papillon. [...] »
LEE mot de la première énigme du Mer
cure de mai eft le ver devenu papillon .
Ceux de l'épitaphe - énigmatique font :
Latro pænitens , ou le bon Larron. Celui
du premier logogryphe eft corde ; dans
lequel on trouve , en fupprimant la lettre
r, code : l'on y trouve de plus cor , or,
roc , ode. Et celui du fecond eft Carme :
on y trouve la particule car , le pronom
me , arme , âme.
cure de mai eft le ver devenu papillon .
Ceux de l'épitaphe - énigmatique font :
Latro pænitens , ou le bon Larron. Celui
du premier logogryphe eft corde ; dans
lequel on trouve , en fupprimant la lettre
r, code : l'on y trouve de plus cor , or,
roc , ode. Et celui du fecond eft Carme :
on y trouve la particule car , le pronom
me , arme , âme.
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11694
p. 97-101
LETTRE à M. DE LA PLACE, auteur du Mercure, Sun passage d'Horace.
Début :
QUELQUE mépris, Monsieur, que notre siècle témoigne pour les commentateurs [...]
Mots clefs :
Horace, Passage, Commentateurs, Héros, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, auteur du Mercure, Sun passage d'Horace.
LETTRE à M. DE LA PLACE , auteur du
Mercure , fur un paffage d'Horace .
QUELQ UELQUE mépris , Monfieur , que
notre fiècle témoigne pour les commentateurs
, j'ofe me flatter qu'il permet d'étu
dier Horace , ce poëte philofophe , dont
la précifion & la fineffe font plutôt fenties
par l'homme de goût , que devinées par
l'homme de lettres , qui n'eft qu'érudit.
Vous ne craindrez donc pas de fatiguer
vos lecteurs par une feconde lettre fur un
paffage latin ; fi tous n'applaudiffent pas
à la jufteffe de ma conjecture , quelqu'un
me faura peut- être bon gré d'avoir ofé
produire une idée éloignée de celles de la
plupart des commentateurs & traducteurs
d'Horace.
On a lu avec plaifir , dans la Gazette
Littéraire , de nouvelles vues fur les odes
& l'art poétique ; quoiqu'elles différaffent
en tout des explications reçues , j'efpère la
E
98 MERCURE DE FRANCE.
m me faveur pour celle que je vais vous
propofer.
La lettre du P. Brun , inférée dans votre
Mercure du mois paffé , me paroît contenir
une critique affez jufte de la façon
dont on a entendu & traduit jufqu'ici
ce paffage des épîtres :
Urit enim fulgore fuo qui pragravat artes
Infrà fe pofitas. Liv. 2 , ép . 1 .
Mais je n'adopte pas entièrement le
fens qu'il y donne , & qu'il eft à propos
de rapporter ici , puifque je vais le combattre.
Lorfqu'un artifte , fupérieur à fon art ,
en rend la pratique plus difficile , tous fes
rivaux font bleffés de fa gloire . ( Merc. de
Fr. 1768.
Je conviendrai avec le P. Brun que
pragravare doit fignifier , dans cette occafion
, appefantir , rendre plus difficile , & ,
qu'à confidérer le paffage ifolé & indépendant
de ce qui précéde , fa traduction
eft celle qui rend le mieux la force du
texte .
Mais ne faudroit -il pas lier ces vers à
ceux d'auparavant , & devons- nous négli
ger la connexion qui nous eft indiquée
par la conjonction enim ? Le poëte , dans
fon début , dont tout le monde connoît
la beauté , gémir fur le fort des héros de
JUIN 1768 .
99
l'antiquité : quelques fervices qu'ils euffent
rendus au genre humain , la mort ſeule
dompta l'envie qui empoifonna leurs jours.
Il n'eft question ni des arts ni des artiftes ;
c'eft d'Augufte dont on va parler , lui qui ,
comparable à ces grands hommes , mais
plus fortuné qu'eux , jouit de fa gloire
dès fon vivant. Quelle apparence qu'Horace
ait interrompu fa comparaison pour
débiter une maxime fur le fort des maîtres
de l'art ! Quelque belle , quelque juſte
qu'elle pût être , on feroit en droit de ſe
fervir , contre l'auteur , de fes propres
armes , & de lui dire : non erat his locus.
Art. poét.
Mais Horace réſervant la fuite de fon
épître pour parler des écrivains , avoit en
vue , dans fes vers , les travaux glorieux
de fes héros artes eft donc ici l'équivalent
de virtutes .
pour
Aurefte les traducteurs d'Horace avoient
fenti , comme moi , que ce paffage , tel
que l'entendoient les
commentateurs , manquoit
de fuite & de liaifon , & c'eft
lui en donner qu'ils avoient ajouté : quiconque
s'élève dans une fphère quelle qu'elle
foit. Mais cette circonlocution rend elle
qui pregravat artes ? Ne cherchons pas
hors du texte , il nous fournit feul & la
liaiſon & la juſteffe néceffaires , pourvu
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
que nous entendions par artes les vertus
ou la vertu.
C'eft ainfi qu'Horace l'entendoit luimême
dans l'ode troifième du troisième
livre. Après avoir fait le beau portrait de
la fermeté inébranlable de l'homme ver
tueux , il ajoute :
Hac arte Pollux , & vagus Hercules
Innixus , arces attigit igneas ,
Quos inter Auguftus recumbens
Purpureo bibit ore nectar,
Quel préjugé pour croire que dans cette
épître , où il fait paroître encore Pollux
& Hercule fes héros favoris , qu'il a toujours
foin d'affocier à Augufte , c'eſt à cux
que doit fe rapporter le mot artes ? auquel
cas il eft abfurde de le prendre pour les
arts , encore plus pour les artiftes.
A l'aide de mon explication j'offre
encore un paffage du même Horace , où ,
voulant exprimer la même idée , il dit ;
Virtutem incolumem odimus
Sublatam ex oculis quarimus invidi.
Od. 23 , l. 3 .
Voici donc comme je rendrois le paffage
en queftion :
Urit enim fulgore fuo qui prægravat artés
Infrà fe pofitas.
JUIN 1768.
101
Et , en effet , celui qui , fupérieur aux
efforts ordinaires de la vertu , en rend la
pratique plus difficile , nous bleffe par l'éclat
de fa gloire.
Telles font , Monfieur , mes conjectures
, elles m'ont été infpirées par une
fecture réfléchie d'Horace. Quoique je ne
fois pas en tout de l'avis du P. Brun
j'adopte , je le répéte , fon interprétation
de pragravat , & il mérite l'éloge d'avoir
fait fentir le premier combien peu on
avoit rendu cette expreffion pleine de
force.
Si vous jugez mon interprétation digne
d'être préfentée aux yeux de vos lecteurs ,
ce fera déja beaucoup pour moi , perfonne
n'étant avec plus d'eftime que je fuis , & c.
Le Chevalier DE SERTYES,
A Avignon , le 9 mars 1768,
Mercure , fur un paffage d'Horace .
QUELQ UELQUE mépris , Monfieur , que
notre fiècle témoigne pour les commentateurs
, j'ofe me flatter qu'il permet d'étu
dier Horace , ce poëte philofophe , dont
la précifion & la fineffe font plutôt fenties
par l'homme de goût , que devinées par
l'homme de lettres , qui n'eft qu'érudit.
Vous ne craindrez donc pas de fatiguer
vos lecteurs par une feconde lettre fur un
paffage latin ; fi tous n'applaudiffent pas
à la jufteffe de ma conjecture , quelqu'un
me faura peut- être bon gré d'avoir ofé
produire une idée éloignée de celles de la
plupart des commentateurs & traducteurs
d'Horace.
On a lu avec plaifir , dans la Gazette
Littéraire , de nouvelles vues fur les odes
& l'art poétique ; quoiqu'elles différaffent
en tout des explications reçues , j'efpère la
E
98 MERCURE DE FRANCE.
m me faveur pour celle que je vais vous
propofer.
La lettre du P. Brun , inférée dans votre
Mercure du mois paffé , me paroît contenir
une critique affez jufte de la façon
dont on a entendu & traduit jufqu'ici
ce paffage des épîtres :
Urit enim fulgore fuo qui pragravat artes
Infrà fe pofitas. Liv. 2 , ép . 1 .
Mais je n'adopte pas entièrement le
fens qu'il y donne , & qu'il eft à propos
de rapporter ici , puifque je vais le combattre.
Lorfqu'un artifte , fupérieur à fon art ,
en rend la pratique plus difficile , tous fes
rivaux font bleffés de fa gloire . ( Merc. de
Fr. 1768.
Je conviendrai avec le P. Brun que
pragravare doit fignifier , dans cette occafion
, appefantir , rendre plus difficile , & ,
qu'à confidérer le paffage ifolé & indépendant
de ce qui précéde , fa traduction
eft celle qui rend le mieux la force du
texte .
Mais ne faudroit -il pas lier ces vers à
ceux d'auparavant , & devons- nous négli
ger la connexion qui nous eft indiquée
par la conjonction enim ? Le poëte , dans
fon début , dont tout le monde connoît
la beauté , gémir fur le fort des héros de
JUIN 1768 .
99
l'antiquité : quelques fervices qu'ils euffent
rendus au genre humain , la mort ſeule
dompta l'envie qui empoifonna leurs jours.
Il n'eft question ni des arts ni des artiftes ;
c'eft d'Augufte dont on va parler , lui qui ,
comparable à ces grands hommes , mais
plus fortuné qu'eux , jouit de fa gloire
dès fon vivant. Quelle apparence qu'Horace
ait interrompu fa comparaison pour
débiter une maxime fur le fort des maîtres
de l'art ! Quelque belle , quelque juſte
qu'elle pût être , on feroit en droit de ſe
fervir , contre l'auteur , de fes propres
armes , & de lui dire : non erat his locus.
Art. poét.
Mais Horace réſervant la fuite de fon
épître pour parler des écrivains , avoit en
vue , dans fes vers , les travaux glorieux
de fes héros artes eft donc ici l'équivalent
de virtutes .
pour
Aurefte les traducteurs d'Horace avoient
fenti , comme moi , que ce paffage , tel
que l'entendoient les
commentateurs , manquoit
de fuite & de liaifon , & c'eft
lui en donner qu'ils avoient ajouté : quiconque
s'élève dans une fphère quelle qu'elle
foit. Mais cette circonlocution rend elle
qui pregravat artes ? Ne cherchons pas
hors du texte , il nous fournit feul & la
liaiſon & la juſteffe néceffaires , pourvu
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
que nous entendions par artes les vertus
ou la vertu.
C'eft ainfi qu'Horace l'entendoit luimême
dans l'ode troifième du troisième
livre. Après avoir fait le beau portrait de
la fermeté inébranlable de l'homme ver
tueux , il ajoute :
Hac arte Pollux , & vagus Hercules
Innixus , arces attigit igneas ,
Quos inter Auguftus recumbens
Purpureo bibit ore nectar,
Quel préjugé pour croire que dans cette
épître , où il fait paroître encore Pollux
& Hercule fes héros favoris , qu'il a toujours
foin d'affocier à Augufte , c'eſt à cux
que doit fe rapporter le mot artes ? auquel
cas il eft abfurde de le prendre pour les
arts , encore plus pour les artiftes.
A l'aide de mon explication j'offre
encore un paffage du même Horace , où ,
voulant exprimer la même idée , il dit ;
Virtutem incolumem odimus
Sublatam ex oculis quarimus invidi.
Od. 23 , l. 3 .
Voici donc comme je rendrois le paffage
en queftion :
Urit enim fulgore fuo qui prægravat artés
Infrà fe pofitas.
JUIN 1768.
101
Et , en effet , celui qui , fupérieur aux
efforts ordinaires de la vertu , en rend la
pratique plus difficile , nous bleffe par l'éclat
de fa gloire.
Telles font , Monfieur , mes conjectures
, elles m'ont été infpirées par une
fecture réfléchie d'Horace. Quoique je ne
fois pas en tout de l'avis du P. Brun
j'adopte , je le répéte , fon interprétation
de pragravat , & il mérite l'éloge d'avoir
fait fentir le premier combien peu on
avoit rendu cette expreffion pleine de
force.
Si vous jugez mon interprétation digne
d'être préfentée aux yeux de vos lecteurs ,
ce fera déja beaucoup pour moi , perfonne
n'étant avec plus d'eftime que je fuis , & c.
Le Chevalier DE SERTYES,
A Avignon , le 9 mars 1768,
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Résumé : LETTRE à M. DE LA PLACE, auteur du Mercure, Sun passage d'Horace.
Dans une lettre à M. de La Place, l'auteur annonce son projet d'étudier Horace, un poète philosophe dont les qualités littéraires sont mieux reconnues par les amateurs éclairés que par les savants. Il justifie la nécessité d'une nouvelle analyse d'un passage des épîtres d'Horace, malgré les critiques possibles. L'auteur reconnaît la critique du Père Brun concernant la traduction du vers 'Urit enim fulgore suo qui praegravat artes', mais ne l'accepte pas entièrement. Il soutient que ce passage doit être interprété en lien avec ceux qui le précèdent et que 'artes' signifie ici 'vertus' plutôt que 'arts'. L'auteur explique que Horace compare Auguste à des héros antiques et que le passage traite des efforts glorieux de ces héros. Pour appuyer son interprétation, il cite un autre passage d'Horace. Il propose ensuite sa propre traduction du vers, affirmant que ceux qui excellent dans la vertu rendent sa pratique plus difficile et éblouissent par leur gloire. L'auteur espère que ses conjectures, issues d'une lecture attentive d'Horace, seront bien accueillies par les lecteurs de M. de La Place.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11695
p. 117-120
MÉDECINE rurale & pratique, tirée uniquement des plantes usuelles de la France, appliquées aux différentes maladies qui règnent dans les campagnes, ouvrage également utile aux Seigneurs de campagne, aux Curés, & aux Cultivateurs ; par M. PIERRE-JOSEPH BUCHOZ, Docteur aggrégé au Collège Royal des Médecins de Nancy, & à la Faculté de Médecine de Pont-à-Mousson, Membre de plusieurs Académies : un vol. in-12. A Paris, chez LACOMBE, Libraire, quai de Conti.
Début :
Le seul motif du bien de l'humanité a inspiré cet ouvrage à l'auteur ; le même [...]
Mots clefs :
Médecine, Campagne, Maladies, Seigneurs, Plantes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MÉDECINE rurale & pratique, tirée uniquement des plantes usuelles de la France, appliquées aux différentes maladies qui règnent dans les campagnes, ouvrage également utile aux Seigneurs de campagne, aux Curés, & aux Cultivateurs ; par M. PIERRE-JOSEPH BUCHOZ, Docteur aggrégé au Collège Royal des Médecins de Nancy, & à la Faculté de Médecine de Pont-à-Mousson, Membre de plusieurs Académies : un vol. in-12. A Paris, chez LACOMBE, Libraire, quai de Conti.
MÉDECINE rurale & pratique , tirée uniquement
desplantes ufuelles de la France,
appliquées aux différentes maladies qui
règnent dans les campagnes , ouvrage également
utile aux Seigneurs de campagne ,
aux Curés , & aux Cultivateurs ; par
M. PIERRE-JOSEPH BUCHOZ , Docteur
aggrégé au Collège Royal des Médecins
de Nancy , & à la Faculté de Médecine
de Pont- à- Mouffon , Membre de
plufieurs Académies : un vol. in - 12 . A
Paris , chez LACOMBE , Libraire , quai
de Conti.
LEE feul motif du bien de l'humanité a
infpiré cet ouvrage à l'auteur ; le même
motif doit le faire accueillir favorablement
du public , & fur-tout des perſonnes
à qui il paroît être plus fpécialement confacré
, je veux dire , des Seigneurs de campagne
, de MM. les Curés , & des Cultivateurs.
Les premiers font déja dans le
goût , pour la plupart , d'entretenir , dans
leurs châteaux , de petites pharmacies au
fervice & pour le befoin de leurs vaffaux ,
སྙ་
118 MERCURE DE FRANCE.
dont ils ne font plus feulement les Seigneurs
, mais dont ils deviennent encore
les pères par ce zèle louable & précieux.
La médecine rurale ne peut que leur fournir
de nouveaux moyens de l'exercer avec
moins de frais , puifque les remèdes fimples
, qu'elle indique , n'exigent pas même,
les apprêts toujours difpendicux d'une
pharmacie.
Les feconds , par les feuls devoirs attachés
à leur ministère , & par les mouvemens
de leur propre coeur , ne feroient
que trop portés fans doute à procurer à
leurs paroiffiens fouffrans & malades les
fecours que ces pauvres gens vont fouvent
leur demander en vain. La modicité de
leur bénéfice ne leur permet pas toujours
d'avoir dans leur presbytère des pharmacies
bien fournies & bien montées. Ils
font quelquefois eux-mêmes dans le cas ,
à caufe de leur éloignement des villes , de
manquer des fecours de la médecine . L'ouvrage
que nous annonçons remédie à ce
double inconvénient , en les mettant à
portée de devenir en quelque forte leurs
propres médecins , & de l'être encore de
leurs pauvres paroiffiens. Ce fecond titre ,
ajouté à celui de pafteur , ne pourroit que
leur attirer plus de confiance , de refpect
& d'amour de la part de leurs ouailles.
JUIN 1768. 119
La petite peine qu'ils auroient d'ailleurs
à aller herborifer quelquefois autour de
leurs villages , & à fe procurer par euxmêmes
les plantes dont l'ufage & la vertu
leur font indiqués dans ce livre , cette
peine , dis-je , ne feroit bientôt plus qu'une
diftraction agréable à leurs autres fonctions,
& occupation fatisfaifante pour leur zèle
& leur charité. Le Botaniste François ,
qui fe vend en deux petits volumes chez
le même Libraire , pourroit fervir à leur
donner une connoiffance plus parfaite .
encore des plantes médicales , afin de ne
pas fe
tromper
dans le choix , ni dans le
temps de les cueillir , ou la manière de
les fécher , & c. & c.
A l'égard des Cultivateurs , cet ouvrage
peut du moins être acheté par les plus
aifés d'entre eux qui , dès qu'ils auront
reconnu la facilité & l'efficacité des remèdes
, qu'il fuggère , ne manqueront pas
d'en faire part à leurs voifins dans le befoin.
Il y a de l'humanité dans les campagnes.
Ainfi le fervice que l'Auteur cherche à
rendre aux villageois s'étendroit peu à peu
& deviendroit général. Tout bon citoyen
ne peut que feconder des vues auffi falutaires
à l'Etat que précieufes pour l'huinanité.
L'Auteur a divifé fon livre en trois parties
, la première comprend toutes les for120
MERCURE DE FRANCE.
mules dont on peut fe fervir dans les différentes
maladies qui régnent dans les campagnes
, & que l'Auteur a employées avec
fuccès dans une infinité d'occafions : ces
recettes font toutes tirées , comme il l'a
dit lui-même , du régne végétal , & appliquées
aux maladies les plus fréquentes.
Nous avons fait , ajoute-t-il , rarement
ufage des médicamens des autres régnes ,
& fi nous avons été obligés d'en employer
quelques- uns , ce n'eft que comme véhicules
, tels que l'eau , le beurre , la cire ,
les chairs de poulet , de veau , & d'autres
chofes de pareille nature qu'on a toujours
fous la main à la campagne.
La feconde partie eft une lifte alphabé
tique des différentes plantes qui entrent
dans les formules ou recettes de la première
partie. On a ajouté à chaque plante
une note fommaire de ſes vertus . La troifième
eft deftinée aux définitions des différentes
maladies communes à la campagne
on en rapporte les fymptômes & les
caractères diftinctifs , & toujours en termes
les plus clairs , & les plus à portée de toutes
fortes de perfonnes. On renvoie aux différentes
formules fuivant l'exigeance des
cas. L'ouvrage eft terminé par des obfervations
fur des cures intéreffantes opérées
par des végétaux.
desplantes ufuelles de la France,
appliquées aux différentes maladies qui
règnent dans les campagnes , ouvrage également
utile aux Seigneurs de campagne ,
aux Curés , & aux Cultivateurs ; par
M. PIERRE-JOSEPH BUCHOZ , Docteur
aggrégé au Collège Royal des Médecins
de Nancy , & à la Faculté de Médecine
de Pont- à- Mouffon , Membre de
plufieurs Académies : un vol. in - 12 . A
Paris , chez LACOMBE , Libraire , quai
de Conti.
LEE feul motif du bien de l'humanité a
infpiré cet ouvrage à l'auteur ; le même
motif doit le faire accueillir favorablement
du public , & fur-tout des perſonnes
à qui il paroît être plus fpécialement confacré
, je veux dire , des Seigneurs de campagne
, de MM. les Curés , & des Cultivateurs.
Les premiers font déja dans le
goût , pour la plupart , d'entretenir , dans
leurs châteaux , de petites pharmacies au
fervice & pour le befoin de leurs vaffaux ,
སྙ་
118 MERCURE DE FRANCE.
dont ils ne font plus feulement les Seigneurs
, mais dont ils deviennent encore
les pères par ce zèle louable & précieux.
La médecine rurale ne peut que leur fournir
de nouveaux moyens de l'exercer avec
moins de frais , puifque les remèdes fimples
, qu'elle indique , n'exigent pas même,
les apprêts toujours difpendicux d'une
pharmacie.
Les feconds , par les feuls devoirs attachés
à leur ministère , & par les mouvemens
de leur propre coeur , ne feroient
que trop portés fans doute à procurer à
leurs paroiffiens fouffrans & malades les
fecours que ces pauvres gens vont fouvent
leur demander en vain. La modicité de
leur bénéfice ne leur permet pas toujours
d'avoir dans leur presbytère des pharmacies
bien fournies & bien montées. Ils
font quelquefois eux-mêmes dans le cas ,
à caufe de leur éloignement des villes , de
manquer des fecours de la médecine . L'ouvrage
que nous annonçons remédie à ce
double inconvénient , en les mettant à
portée de devenir en quelque forte leurs
propres médecins , & de l'être encore de
leurs pauvres paroiffiens. Ce fecond titre ,
ajouté à celui de pafteur , ne pourroit que
leur attirer plus de confiance , de refpect
& d'amour de la part de leurs ouailles.
JUIN 1768. 119
La petite peine qu'ils auroient d'ailleurs
à aller herborifer quelquefois autour de
leurs villages , & à fe procurer par euxmêmes
les plantes dont l'ufage & la vertu
leur font indiqués dans ce livre , cette
peine , dis-je , ne feroit bientôt plus qu'une
diftraction agréable à leurs autres fonctions,
& occupation fatisfaifante pour leur zèle
& leur charité. Le Botaniste François ,
qui fe vend en deux petits volumes chez
le même Libraire , pourroit fervir à leur
donner une connoiffance plus parfaite .
encore des plantes médicales , afin de ne
pas fe
tromper
dans le choix , ni dans le
temps de les cueillir , ou la manière de
les fécher , & c. & c.
A l'égard des Cultivateurs , cet ouvrage
peut du moins être acheté par les plus
aifés d'entre eux qui , dès qu'ils auront
reconnu la facilité & l'efficacité des remèdes
, qu'il fuggère , ne manqueront pas
d'en faire part à leurs voifins dans le befoin.
Il y a de l'humanité dans les campagnes.
Ainfi le fervice que l'Auteur cherche à
rendre aux villageois s'étendroit peu à peu
& deviendroit général. Tout bon citoyen
ne peut que feconder des vues auffi falutaires
à l'Etat que précieufes pour l'huinanité.
L'Auteur a divifé fon livre en trois parties
, la première comprend toutes les for120
MERCURE DE FRANCE.
mules dont on peut fe fervir dans les différentes
maladies qui régnent dans les campagnes
, & que l'Auteur a employées avec
fuccès dans une infinité d'occafions : ces
recettes font toutes tirées , comme il l'a
dit lui-même , du régne végétal , & appliquées
aux maladies les plus fréquentes.
Nous avons fait , ajoute-t-il , rarement
ufage des médicamens des autres régnes ,
& fi nous avons été obligés d'en employer
quelques- uns , ce n'eft que comme véhicules
, tels que l'eau , le beurre , la cire ,
les chairs de poulet , de veau , & d'autres
chofes de pareille nature qu'on a toujours
fous la main à la campagne.
La feconde partie eft une lifte alphabé
tique des différentes plantes qui entrent
dans les formules ou recettes de la première
partie. On a ajouté à chaque plante
une note fommaire de ſes vertus . La troifième
eft deftinée aux définitions des différentes
maladies communes à la campagne
on en rapporte les fymptômes & les
caractères diftinctifs , & toujours en termes
les plus clairs , & les plus à portée de toutes
fortes de perfonnes. On renvoie aux différentes
formules fuivant l'exigeance des
cas. L'ouvrage eft terminé par des obfervations
fur des cures intéreffantes opérées
par des végétaux.
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Résumé : MÉDECINE rurale & pratique, tirée uniquement des plantes usuelles de la France, appliquées aux différentes maladies qui règnent dans les campagnes, ouvrage également utile aux Seigneurs de campagne, aux Curés, & aux Cultivateurs ; par M. PIERRE-JOSEPH BUCHOZ, Docteur aggrégé au Collège Royal des Médecins de Nancy, & à la Faculté de Médecine de Pont-à-Mousson, Membre de plusieurs Académies : un vol. in-12. A Paris, chez LACOMBE, Libraire, quai de Conti.
Le texte présente l'ouvrage 'Médecine rurale & pratique' rédigé par Pierre-Joseph Buchoz, docteur agrégé au Collège Royal des Médecins de Nancy et à la Faculté de Médecine de Pont-à-Mouffon, ainsi que membre de plusieurs académies. Cet ouvrage vise à promouvoir l'utilisation des plantes locales pour traiter les maladies courantes dans les campagnes. Il s'adresse principalement aux seigneurs de campagne, aux curés et aux cultivateurs. Les seigneurs de campagne sont invités à utiliser cet ouvrage pour créer des petites pharmacies dans leurs châteaux, permettant ainsi de prodiguer des soins à leurs vassaux. Les curés, souvent confrontés à des ressources financières limitées et à un accès restreint aux soins médicaux, peuvent également tirer profit de cet ouvrage pour soigner leurs paroissiens. Les cultivateurs, de leur côté, peuvent partager les remèdes simples et efficaces décrits dans le livre avec leurs voisins. L'ouvrage est organisé en trois parties. La première partie énumère les formules de remèdes dérivés du règne végétal pour diverses maladies rurales. La deuxième partie propose une liste alphabétique des plantes utilisées dans ces formules, accompagnée de notes sur leurs vertus. La troisième partie définit les maladies courantes en milieu rural, leurs symptômes et les traitements appropriés. Le livre se conclut par des observations sur des guérisons intéressantes obtenues grâce à des végétaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11695
MÉDECINE rurale & pratique, tirée uniquement des plantes usuelles de la France, appliquées aux différentes maladies qui règnent dans les campagnes, ouvrage également utile aux Seigneurs de campagne, aux Curés, & aux Cultivateurs ; par M. PIERRE-JOSEPH BUCHOZ, Docteur aggrégé au Collège Royal des Médecins de Nancy, & à la Faculté de Médecine de Pont-à-Mousson, Membre de plusieurs Académies : un vol. in-12. A Paris, chez LACOMBE, Libraire, quai de Conti.
11696
p. 135-152
« DICTIONNAIRE typographique, historique & critique des livres rares, singuliers, [...] »
Début :
DICTIONNAIRE typographique, historique & critique des livres rares, singuliers, [...]
Mots clefs :
Dictionnaire, Ouvrage, Livres, Approbation, Prix, Privilège, Imprimeur, Livres rares, Catalogue
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texteReconnaissance textuelle : « DICTIONNAIRE typographique, historique & critique des livres rares, singuliers, [...] »
ICTIONNAIRE typographique , hiftorique
& critique des livres rares , finguliers ,
eftimés & recherchés en tous genres ; contenant
, par ordre alphabétique , les noms &
furnoms de leurs auteurs , le lieu de leur
naiffance , le tems où ils ont vécu & celui
de leur mort : avec des remarques néceffaires
pour en diftinguer les bonnes éditions
, & quelques anecdotes hiftoriques ,
critiques & intéreffantes , tirées des meil
leures fources. On y a joint le prix qu'ils
fe vendent la plupart dans les ventes publiques.
Par J. B. L. Ofmont , Libraire , à
Paris. Pour epigraphe : Ex uno nofce omnes.
A Paris , chez Lacombe , Libraire , quai de
Conti ; 1768 : deux volumes , grand in- 8º .
d'environ 500 pages chacun . Prix 9 liv.
reliés.
Ce livre eft eftimé de nos plus habiles
Bibliographes , plufieurs même d'entr'eux
fe font fait un plaifir de contribuer à fa
perfection par leurs confeils & par leurs
travaux. M. Mercier , Abbé de faint Leger
de Soiffons , & Bibliothécaire de fainte
Génevieve , dont les lumières fupérieutes
136 MERCURE DE FRANCE.
•
dans ce genre de littérature , font fi connues
du public , a bien voulu prendre la
peine de le lire en entier , pour y faire fes
obfervations. M. Floncel , Cenfeur royal,
plus célèbre encore par l'étendue de fes
connoiffances , que par le riche cabinet de
livres italiens , rares & recherchés , dont il
a formé lui - même la collection , a eu la
générosité de faire part à l'auteur des lumières
qu'il a acquifes depuis plus de
quarante ans dans la littérature italienne ;
il lui a fourni les notices de plufieurs
livres rares & finguliers , qui fe trouvent
chez lui ; il a corrigé celles qui font défectueufes
dans les Bibliographes italiens
.
Pour completter tout ce qui peut intéreffer
la curiofité des amateurs , l'auteura
placé à la fin de fon Dictionnaire : 1º . Plu-
Heurs catalogues des livres qu'on cherche
ordinairement à fe procurer , pour peu
que l'on aime les belles éditions ; telles
que les auteurs claffiques cum notis variorum
, ceux qui ont été imprimés ad uſum
Delphini ; les Elvezirs , les Barbou , &c.
2º. La chronologie des pères de l'églife
grecs & latins ; celle des poetes grecs anciens
; & celle des poëtes latins , pour en
faciliter l'arrangement dans un catalogue
ou une bibliothèque.
1
JUIN 1768.) 137
3 °. La lifte des livres qui compofent
la collana graca & la collana latina.
4°. Le catalogue exact de ce qu'il faut ,
pour former une collection complette des
mémoires du Clergé , procès - verbaux
rapports , & autres pièces.
Il y a lieu de penfer qu'une bibliographie
fi bien entendue , & où les recherches
font fi faciles au moyen de l'ordre alphabétique
, fera fort accueillie , dans un
temps où l'amour des livres & le goût de
la littérature fe répand parmi les perfonnes
de tout état.
DICTIONNAIRE grammatical de la langue
françoife , contenant toutes les régles
d'ortographe , de la prononciation , de la
profodie , du régime , de la conftruction ,
& c.; avec les remarques & obfervations
des plus habiles grammairiens : nouvelle
édition , revue , corrigée & confidérablement
augmentée . A Paris , chez Vincent ,
Imprimeur - Libraire , rue Saint Severin ;
1768 avec approbation & privilége du
Roi ; 2 volumes in 8°.
:
TRAITÉ pratique de l'inoculation , dans
lequel on expofe les régles de conduite
relatives au choix de la faifon propre à
cette opération ; de l'âge & de la confti-
તે
138 MERCURE DE FRANCE.
tution du fujet à inoculer ; de la préparation
qui lui convient ; de l'efpèce de
méthode qui doit être préférée ; & du
traitement de la maladie communiquéé
par l'infertion : par M. Gandoger de Foigny
, Docteur en inédecine , Médecin confultant
du feu Roi de Pologne , Duc de
Lorraine & de Bar , Aggrégé au college
des Médecins de Nancy , membre de l'Académie
royale des fciences & belles lettres
de la même ville , Profeffeur Démonftrateur
d'anatomie & de chirurgie. A Nancy ,
chez J. B. Hyacinthe Leclerc , Imprinreurs
Libraire , & à Paris , chez G. Merlin , Libraire
, rue de la Harpe ; 1768 : avec approbation
& privilége du Roi ; 2 volumes
in- 8°.
LE Courrier de la mode , ou le Journal
du goût , ouvrage périodique contenant le
détail de toutes les nouveautés de mode ,
avec cette épigraphe : Tout eft Joumis au
règne de la mode. Avril 1768 .
On donnera exactement chaque mois
une demi- feuille in- 8 ° , contenant le détail
de toutes les nouveautés relatives à la
parure & à la décoration 5 on indiquera
les différens goûts régnants pour toutes les
chofes d'agrément , & les Artiftes chez lefquels
elles fe trouvent , on y joindra le
JUIN 1768 . 139
titre des livres de pur amufement & l'arriette
courante.
La foufcription , à commencer au mois
d'avril , fera de 3 livres , franc de port pour
Paris , elle fe fera chez Jorry, Imprimeur ,
vis-à-vis la Comédie Françoife , le Menu,
Marchand de mufique , rue du Roule , à
la Clef d'or , & chez l'auteur , rue Saint-
Honoré , vis- à - vis la grande écurie du Roit
s'adreffer au ſieur Macret , Ebéniſte .
Des caufes du bonheur public , ouvrage
dédié à Monfeigneur le Dauphin ; par M.
l'Abbé Gros de Befplas , de la maiſon &
fociété de Sorbonne , Prédicateur du Roi , \
& c. A Paris , de l'Imprimerie de Sébastien
Jorry, rue & vis- à- vis la Comédie Françoife
, au Grand Monarque & aux Cigognes
; 1768 avec approbation & privi
lége du Roi , in - 8°.
COURS d'hiftoire univerfelle par M.
Luneau de Boifgermain. A Paris , chez
l'Auteur , à l'hôtel de la Fautrière ; Panckoucke
, Libraire , même maifon , rue & à
côté de la Comédie Françoife ; 2 volumes
in- 8°. 9 livres brochés en carton , II liv . re
liés .
Nous nous propofons de donner un
extrait de ces deux premiers volumes dans
140 MERCURE DE FRANCE.
le Mercure prochain & de reprendre le
compte que nous avons déja rendu de
l'édition de Racine que nous a donné l'auteur
du Cours d'hiftoire . Un préjugé bien
favorable à ce dernier ouvrage , c'eft qu'on
le réimprime actuellement chez Cellot.
JOURNAL d'éducation , avril 1768 , préfenté
au Roi par M. Leroux , Maître ès
arts en l'univerfité de Paris , Maître de penfion
à Amiens. A Amiens , de l'Imprimerie
de la veuve Caron , Imprimeur & Libraire
, vis -à - vis faint Martin ; fe trouve à
Paris , chez Durand , neveu , Libraire , rue
Saint -Jacques ; à Verfailles , chez Fournier
, Libraire , galerie des Princes ; & dans
les principales villes , chez les principaux
Libraires ; 1768 : avec approbation & privilége
du Roi ; in- 12 .
HISTOIRE de l'opéra bouffon , contenant
les jugemens de toutes les pièces qui
ont paru depuis fa naiffance jufqu'à ce jour,
pour fervir à l'hiftoire du théâtre de Paris .
A Amfterdam , & fe trouve à Paris , chez
Grangé , Libraire , pont Notre - Dame , au
cabinet littéraire , près la pompe ; 1768 :
deux parties in- 12.
ARMORIAL des États de Languedoc ,
JUIN 1768 . 141
par M. Gaftelier de la Tour , Ecuyer. A
Paris , de l'Imprimerie de Vincent 1767 :
volume in 4° préfenté aux États de
1768.
On a raffemblé fous ce titre les armoiries
des Commiffaires , préfidans pour le
Roi aux Etats de Languedoc , & celles
de leurs Officiers ; les armoiries du clergé ,
fuivant le rang des Prélats qui ont droit
aux affemblées ; celles de la nobleſſe ; enfin
, les armoiries des villes qui envoient.
leurs députés aux Etats , & celles des Officiers
de la province. On y a joint des
notes hiftoriques fur les Baronies annuelles.
& de tour , & fur les métropoles & cathédrales.
Cet ouvrage eft très - bien exécuté ,
tant pour la partie typographique , que
pour la gravure.
*
›
PANÉGYRIQUE de Saint Louis , Roi de
France prononcé dans la chapelle du
Louvre , en préfence de Meffieurs de l'Académie
Françoife , le 25 août 1767 ; par
M. l'Abbé de Baffinet . A Paris , chez la
veuve Regnard , Imprimeur de l'Académie
françoife , grand'falle du Palais , à la Providence
, & rue baffe des Urfins ; 1768 :
in-8°.
LA bataille de Fontenoy, ou l'Apothéoſe
142 MERCURE DE FRANCE .
moderne opéra- tragédie , en trois actes ,
traduite du grec par un Ciclopédifte . A
Chambord ; 1768 : & fe trouve à Paris ,
chez Defpilly , Libraire , rue Saint- Jacques
, à la Croix d'or. Le prix , 1 liv. 4
fols , in- 8°.
NOUVEAU Commentaire fur la coutume
de la Rochelle & du pays d'Aunis , où l'on
a réuni tout ce qui a paru néceffaire pour
l'intelligence de la coutume , en recueillant
exactement les divers .points d'ufage
de la province ; & où l'on a difcuté , outre
les difficultés dépendantes de l'interprétation
de chaque article , plufieurs queſtions
importantes relatives au droit coutumier ,
fuivant les maximes reçues au palais , &
le dernier état de la jurifprudence. Par Me
René- Jofué Valin , ancien avocat au Préfidial
de la Rochelle ; nouvelle édition ,
augmentée des queftions les plus intéreffantes
qui ont été décidées au Parlement
de Paris depuis la première édition ; par
M. *** avocat au Parlement. A Paris ,
chez Vincent , rue Saint - Severin.
,
L'ouvrage dont nous annonçons ici une
nouvelle édition , eft d'un Jurifconfulte
habile qui a joui pendant fa vie de la plus
grande
réputation.Son livre lui même a parfaitement
répondu à ce qu'on attendoit de
JUIN 1768 . 143
fes talens & de fes lumières . L'accueil favorable
que le public lui a fait lorſqu'il
a
paru pour la premiere
fois , eft un préjugé
de celui qu'il fera à cette nouvelle
édition
.
Au refte , il ne faut pas croire qu'on fe
foit borné dans cet ouvrage à développer
le droit particulier
à la coutume
de la Rochelle
; le titre lui - même annonce
un plus
vafte delfein. Il déclare
qu'outre
cela on y
a traité plufieurs
queftions
importantes
relatives
au droit coutumier
. Mais ce titre ,
parfaitement
conforme
au goût de fon auteur
, eft trop modefte
. Nous ne craignons
.
pas d'affurer
qu'on y trouvera
une difcuf
fion complette
de tout le droit coutumier
,
& une fcience
profonde
de la jurifprudence
qui a lieu à cet égard. Cet ouvrage
fera fur-tout très-utile à ceux qui s'attachent
à l'étude de la coutume
de Paris , parce
que cette coutume
étant le droit général
de toutes les autres dans les points où elles
font muettes
, M. Valin s'eft appliqué
d'une manière
particulière
à en faifir l'ef
prit , & qu'il l'a prife pour fondement
de
la plupart de fes décifions. Les augmen
tations
qu'on a faites à cette nouvelle
édi
tion , en complettant
l'ouvrage
ne pour
ront que piquer
la curiofité
du public
par
l'intérêt
même des questions
qui en font
l'objet.
144 MERCURE DE FRANCE .
LÉGENDE dorée , ou hiftoires morales.
A Genève , & fe trouve à Paris , chez Dufour
, Libraire , quai de Gêvres , au bon
Pafteur. in- 12 ; 1768 : prix 1 liv . 10 f.
L'EXISTENCE de Dieu , démontrée par
les merveilles de la nature : ouvrage , où
après avoir mis dans le plus grand jour les
preuves de l'existence & des perfections de
Dieu , que l'univers préfente , on répond
à quelques philofophes de nos jours qui
ont tâché de les affoiblir : par M. Bullet ,
Profeffeur royal de théologie , & doyen de
l'univerfité de Befançon , des académies de
Befançon , de Lyon , de Dijon , affocié de
l'académie royale des infcriptions & belleslettres.
A Paris , chez Delalain , Libraire ,
rue Saint - Jacques , & chez Valade , Libraire
, rue de la Parcheminerie , maiſon
de M. Grange ; 1768 avec approbation
& privilége du Roi ; in- 12 .
ICONES rerum naturalium , ou figures
enluminées d'hiftoire naturelle . Premier
cayer , contenant dix planches , avec leur
explication : favoir Ire planche , la carpe de
mer. VI pl . l'orphie . II pl. l'anguille de
mer. VII pl . la vive , ou dragon de mer .
III pl . le maquereau. VIII le corbeau
blanc de Feroë. IV pl . le dorfeh . IX. pl.
le
JUIN 1768 . 145
le vanneau gris de fer . V pl. le Vydtling ,
efpece de dorfeh. X pl. la tulipe de mer.
A Copenhague , aux dépens & de l'imprimerie
de Claude Philibert ; & fe trouve
à Genève , chez le même , & à Paris
chez Saillant , rue Saint-Jean - de - Beauvais
; 1767 : in -folio en forme de livre de
mufique. Prix 12 liv.
:
SUPPLÉMENT , de l'art de la coëffure des
Dames Françoifes , par le fieur Legros ,
Coëffeur des Dames , enclos des Quinze-
Vingts uftenfiles de l'art de la coëffure
des Dames Françoifes : forme du cachet
que l'on donne aux élèves qui coëffent
conformément aux eftampes du fupplément
de l'art de la coëffure des Dames
Françoifes. A Paris , chez Antoine Boudet ,
Imprimeur du Roi , rue Saint-Jacques , à
la Bible d'or ; 1768 : avec approbation &
privilége du Roi. Brochure in- 4º , ´d'environ
so pages , avec des figures enluminées.
NOUVELLE méthode allemande , felon
le traité de la manière d'apprendre les langues
; par M. Gerau de Palmfeld , Profeffeur
de la langue allemande de MM , les
Chevaux- Légers , des Pages du Roi & de
la Reine. A Paris , chez la veuve Regnard,
146 MERCURE DE FRANCE.
grand'falle du palais ; la veuve Duchefne,
rue Saint-Jacques ; Defaint , rue du Foin ;
Saillant , rue Saint Jean- de- Beauvais ; &
à Verfailles , chez Fournier , rue Satory ,
& au Château ; 1768 : avec approbation
& privilége du Roi. Brochure in- 8 °, de
120 pages.
LE Coenobitophyle , ou lettres d'un
Religieux François , à un laic , fon ami ,
fur les préjugés publics contre l'état monaftique
. Au mont Caffin , & fe trouve
à Paris , chez Valleyre l'aîné , rue de la
vieille Bouclerie , à l'arbre de Jeffé ; 1768 :
brochure in- 12 de 160 pages,
LE Marchand de Venife , comédie traduite
de l'anglois de Sharkespeare . Prix
30 fols , A Londres , & fe trouve à Paris ,
chez Grange , Imprimeur - Libraire , au
Cabinet littéraire , pont Notre - Dame , près
la pompe; Delalain , Libraire , rue Saint-
Jacques ; Valade , Libraire , rue de la
Parcheminerie 1768 , in- 8°,
AGATHE & Ifidore ; par Mde Benoît ;
deux parties. A Amfterdam , & fe trouve
à Paris , chez Durand , rue Saint-Jacques ,
la Sageffe ; 1768 ; vol, in- 12 .
Nous donnerons l'extrait de ce roman
dans un des prochains Mercures,
JUIN 1768 . 147
ORLANDO innamorato , poema in ottava
rima , di Matteo - Maria Bojardo ,
`rifatto da Francefco Berni ; 4 vol. in - 12 .
Parigi , appreffo Molini , Librajo ; 1768 :
avec le portrait de Berni , gravé , prix 10
liv. broché.
Il y en a un très - petit nombre d'exemplaires
, tirés fur du papier de Hollande.
L'INNOCENCE du premier âge en France;
chez Delalain , à Paris , rue Saint-Jacques ;
1768. prix 3 livres broché.
Ce nouveau volume de M. de Sauvigny,
eft du même format que fon Hiftoire
amoureufe de Pierre le Long , que vend le
même Libraire , & au moins auffi intéreffant
, bien écrit & digne de l'accueil
diftingué du public. En attendant que nous
en rendions un compte détaillé nous
croyons devoir au moins annoncer qu'il
contient la Rofe , ou la fête de Salency , &
' Ifle d'Oueffani ; qu'il eft orné d'un titre
gravé , d'une très - belle eftampe compofée
par M. Greuze , d'une jolie vignette ; le
tout bien gravé , par M. Moreau le jeune ,
& qu'il fe trouve accompagné de mufiqué
faite par M. Moncini , & digne de lui.
On vend auffi chez Delalain les Mémoires
d'un homme de bien , 3 yol in- 12 ,
par l'auteur de l'Hiftoire de Mile. de Ter
G ij
148 MERCURE DE FRANCE.
ville , que nous avons annoncée dans notre
dernier Mercure.
Il vient d'acquérir ce qu'il reftoir d'exemplaires
de l'Esprit de Bourdaloue , un vol,
in- 1 2; excellent ouvrage, que tous les Jour
naux ont bien annoncé dans le temps qu'il
a paru.
,
•
ÉDITS du mois d'août 1764 & mai
1765 concernant l'adminiftration des
villes du royaume , & la déclaration donnée
le 25 juin 1766 , en interprétation ;
le tout rangé par ordre de matières. On
y a ajouté les arrêts rendus depuis les édits
& en interprétation d'iceux. ATroyes , chez
la veuve Lefebvre , & fe trouve à Paris ; -
chez Brocas , Libraire , rue Saint- Jacques ;
un vol . in- 12 .
L'ESPRIT des Romains , confidéré dans
les plus belles fentences , maximes & ré-
Alexions des auteurs célèbres de l'ancienne
Rome. On y a joint les portraits de plufieurs
hommes illuftres de l'antiquité , le
tout en françois & en latin , collection
propre aux jeunes gens de qualité ; un
yol, in- 12. A Paris , chez Brocas , & Delalain
, Libraires , rue Saint- Jacques , &
Saugrain , rue du Hurepoix : 1768.
JUIN 1768 . 149
SUPPLÉMENT au catalogue des livres du
magaſin littéraire. A Paris , chez Jacques-
François Quillau , Libraire , rue Chriftine ,
attenant la rue Dauphine , fauxbourg Saint
Germain ; 1768 : in- 12 de 40 pages.
2
Parmi les divers établiffemens de la na
ture du magasin littéraire , celui - ci , auquel
préfide le fieur Quillau , a toujours
tenu le premier rang ; il eft même le feul
qui rende , pour ainfi dire , compte au public
, des nouvelles acquifitions qu'il fair
en livres en lui donnant de temps en
temps des fupplémens imprimés des nouveaux
tréfors littéraires qui s'accroiffent cha
que année dans ce magasin , le mieux fourni
, fans contredit , le plus riche , le plus
varié de tous les cabinets de la librairie .
On eft donc affuré d'y trouver tout ce que
peuvent defirer les perfonnes qui y viennent
lire , ou celles à qui on loue des livres 5
mais comme le fervice dépend de la
prompte circulation de ces mêmes livres ,
le fieur Quillau prie fes abonnés de ne pas
les garder fi long - temps , comme le font
plufieurs , qui ne les rendent qu'au bout
de fix mois & même un an . Delà les
plaintes des autres abonnés qui en font
privés nécellairement , malgré les foins &
les attentions du fieur Quillau à les bien
fervir.
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
OBSERVATIONS & expériences fur diverfes
parties de l'agriculture , par M. Formanoir
de Palteau , de la Société royale
d'agriculture de la généralité de Paris.
chez la veuve D'houry , Imprimeur - Libraire
de la Société royale d'agriculture
de la généralité de Paris , rue Saint - Severin
, près la rue Saint - Jacques ; 1768 ;
brochure in- 8°. de 80 pages.
TRAITÉ des vertus & des récompenfes
pour fervir de fuite au Traité des délits &
des peines ; traduit de l'italien , par M.
Pingeron , Capitaine d'artillerie au fervice
du Roi & de la république de Pologne.
A Paris , chez Panckoucke , Libraire , rue
& à côté de la comédie Françoife ; 1768 :
avec approbation & privilége du Roi , vol.
in- 12 .
Le fuccès qu'a eu dans toute l'Europe
le traité italien des délits & des peines ,
fi bien traduit dans notre langue , demandoit
à être fuivi de l'ouvrage que nous
annonçons ; & ces deux écrits font faits
pour être réunis dans un même recueil
& placés dans les mêmes cabinets . Dans
ce nouveau Traité des vertus & des récompenfes
, on a mis le texte italien à côté de
la traduction françoiſe.
Les métamorphofes de la religieufe : letJUIN
1768. Isr
tres d'une Dame à fon amie. A Amfterdam
, chez Schreuder ; 1768 : & fe trouve
à Paris , chez Laurent Prault , au coin de
la rue Gît- le- coeur , à la fource des Sciences
; deux parties in- 12 .
Ce roman eft véritablement forti de la
main d'une femme , & mérite qu'on en
faffe l'extrait dans un des prochains Mercares.
HISTOIRES morales , fuivies d'une correfpondance
épiftolaire entre deux Dames ;
par Mademoifelle *** avec cette épigraphe
:
›
De toute fiction l'adroite faufleté
Ne tend qu'à faire aux yeux briller la vérité.
Boileau , épit. 3 .
A Londres , & fe trouve à Paris , chez
Lejay , Libraire , quai de Gêvres , au
grand Corneille ; 1768 : in- 12 .
Nous donnerons une notice de ce petit
ouvrage , qui eft réellement auffi d'une
Demoifelle .
PRINCIPES élémentaires de la tactique ,
ou nouvelles obfervations fur l'art militaire
; par M. B ** , Chevalier de l'ordre
royal & militaire de faint Louis. A
Paris , chez Laurent Prault . Libraire , quai
des Auguftins , à la fource des Sciences ;
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
1
1768 : avec approbation & privilége du
Roi , in- 8°.
Le même Libraire mettra en vente inceffamment
le premier volume d'un ouvrage
intitulé , Mémoires fur differentes
parties des fciences & des arts ; par M.
Guétard , de l'Académie royale des fciences
. Le fecond volume , qui eft fous preffe ,
paroîtra dans peu , & nous donnerons une
notice de l'un & de l'autre.
& critique des livres rares , finguliers ,
eftimés & recherchés en tous genres ; contenant
, par ordre alphabétique , les noms &
furnoms de leurs auteurs , le lieu de leur
naiffance , le tems où ils ont vécu & celui
de leur mort : avec des remarques néceffaires
pour en diftinguer les bonnes éditions
, & quelques anecdotes hiftoriques ,
critiques & intéreffantes , tirées des meil
leures fources. On y a joint le prix qu'ils
fe vendent la plupart dans les ventes publiques.
Par J. B. L. Ofmont , Libraire , à
Paris. Pour epigraphe : Ex uno nofce omnes.
A Paris , chez Lacombe , Libraire , quai de
Conti ; 1768 : deux volumes , grand in- 8º .
d'environ 500 pages chacun . Prix 9 liv.
reliés.
Ce livre eft eftimé de nos plus habiles
Bibliographes , plufieurs même d'entr'eux
fe font fait un plaifir de contribuer à fa
perfection par leurs confeils & par leurs
travaux. M. Mercier , Abbé de faint Leger
de Soiffons , & Bibliothécaire de fainte
Génevieve , dont les lumières fupérieutes
136 MERCURE DE FRANCE.
•
dans ce genre de littérature , font fi connues
du public , a bien voulu prendre la
peine de le lire en entier , pour y faire fes
obfervations. M. Floncel , Cenfeur royal,
plus célèbre encore par l'étendue de fes
connoiffances , que par le riche cabinet de
livres italiens , rares & recherchés , dont il
a formé lui - même la collection , a eu la
générosité de faire part à l'auteur des lumières
qu'il a acquifes depuis plus de
quarante ans dans la littérature italienne ;
il lui a fourni les notices de plufieurs
livres rares & finguliers , qui fe trouvent
chez lui ; il a corrigé celles qui font défectueufes
dans les Bibliographes italiens
.
Pour completter tout ce qui peut intéreffer
la curiofité des amateurs , l'auteura
placé à la fin de fon Dictionnaire : 1º . Plu-
Heurs catalogues des livres qu'on cherche
ordinairement à fe procurer , pour peu
que l'on aime les belles éditions ; telles
que les auteurs claffiques cum notis variorum
, ceux qui ont été imprimés ad uſum
Delphini ; les Elvezirs , les Barbou , &c.
2º. La chronologie des pères de l'églife
grecs & latins ; celle des poetes grecs anciens
; & celle des poëtes latins , pour en
faciliter l'arrangement dans un catalogue
ou une bibliothèque.
1
JUIN 1768.) 137
3 °. La lifte des livres qui compofent
la collana graca & la collana latina.
4°. Le catalogue exact de ce qu'il faut ,
pour former une collection complette des
mémoires du Clergé , procès - verbaux
rapports , & autres pièces.
Il y a lieu de penfer qu'une bibliographie
fi bien entendue , & où les recherches
font fi faciles au moyen de l'ordre alphabétique
, fera fort accueillie , dans un
temps où l'amour des livres & le goût de
la littérature fe répand parmi les perfonnes
de tout état.
DICTIONNAIRE grammatical de la langue
françoife , contenant toutes les régles
d'ortographe , de la prononciation , de la
profodie , du régime , de la conftruction ,
& c.; avec les remarques & obfervations
des plus habiles grammairiens : nouvelle
édition , revue , corrigée & confidérablement
augmentée . A Paris , chez Vincent ,
Imprimeur - Libraire , rue Saint Severin ;
1768 avec approbation & privilége du
Roi ; 2 volumes in 8°.
:
TRAITÉ pratique de l'inoculation , dans
lequel on expofe les régles de conduite
relatives au choix de la faifon propre à
cette opération ; de l'âge & de la confti-
તે
138 MERCURE DE FRANCE.
tution du fujet à inoculer ; de la préparation
qui lui convient ; de l'efpèce de
méthode qui doit être préférée ; & du
traitement de la maladie communiquéé
par l'infertion : par M. Gandoger de Foigny
, Docteur en inédecine , Médecin confultant
du feu Roi de Pologne , Duc de
Lorraine & de Bar , Aggrégé au college
des Médecins de Nancy , membre de l'Académie
royale des fciences & belles lettres
de la même ville , Profeffeur Démonftrateur
d'anatomie & de chirurgie. A Nancy ,
chez J. B. Hyacinthe Leclerc , Imprinreurs
Libraire , & à Paris , chez G. Merlin , Libraire
, rue de la Harpe ; 1768 : avec approbation
& privilége du Roi ; 2 volumes
in- 8°.
LE Courrier de la mode , ou le Journal
du goût , ouvrage périodique contenant le
détail de toutes les nouveautés de mode ,
avec cette épigraphe : Tout eft Joumis au
règne de la mode. Avril 1768 .
On donnera exactement chaque mois
une demi- feuille in- 8 ° , contenant le détail
de toutes les nouveautés relatives à la
parure & à la décoration 5 on indiquera
les différens goûts régnants pour toutes les
chofes d'agrément , & les Artiftes chez lefquels
elles fe trouvent , on y joindra le
JUIN 1768 . 139
titre des livres de pur amufement & l'arriette
courante.
La foufcription , à commencer au mois
d'avril , fera de 3 livres , franc de port pour
Paris , elle fe fera chez Jorry, Imprimeur ,
vis-à-vis la Comédie Françoife , le Menu,
Marchand de mufique , rue du Roule , à
la Clef d'or , & chez l'auteur , rue Saint-
Honoré , vis- à - vis la grande écurie du Roit
s'adreffer au ſieur Macret , Ebéniſte .
Des caufes du bonheur public , ouvrage
dédié à Monfeigneur le Dauphin ; par M.
l'Abbé Gros de Befplas , de la maiſon &
fociété de Sorbonne , Prédicateur du Roi , \
& c. A Paris , de l'Imprimerie de Sébastien
Jorry, rue & vis- à- vis la Comédie Françoife
, au Grand Monarque & aux Cigognes
; 1768 avec approbation & privi
lége du Roi , in - 8°.
COURS d'hiftoire univerfelle par M.
Luneau de Boifgermain. A Paris , chez
l'Auteur , à l'hôtel de la Fautrière ; Panckoucke
, Libraire , même maifon , rue & à
côté de la Comédie Françoife ; 2 volumes
in- 8°. 9 livres brochés en carton , II liv . re
liés .
Nous nous propofons de donner un
extrait de ces deux premiers volumes dans
140 MERCURE DE FRANCE.
le Mercure prochain & de reprendre le
compte que nous avons déja rendu de
l'édition de Racine que nous a donné l'auteur
du Cours d'hiftoire . Un préjugé bien
favorable à ce dernier ouvrage , c'eft qu'on
le réimprime actuellement chez Cellot.
JOURNAL d'éducation , avril 1768 , préfenté
au Roi par M. Leroux , Maître ès
arts en l'univerfité de Paris , Maître de penfion
à Amiens. A Amiens , de l'Imprimerie
de la veuve Caron , Imprimeur & Libraire
, vis -à - vis faint Martin ; fe trouve à
Paris , chez Durand , neveu , Libraire , rue
Saint -Jacques ; à Verfailles , chez Fournier
, Libraire , galerie des Princes ; & dans
les principales villes , chez les principaux
Libraires ; 1768 : avec approbation & privilége
du Roi ; in- 12 .
HISTOIRE de l'opéra bouffon , contenant
les jugemens de toutes les pièces qui
ont paru depuis fa naiffance jufqu'à ce jour,
pour fervir à l'hiftoire du théâtre de Paris .
A Amfterdam , & fe trouve à Paris , chez
Grangé , Libraire , pont Notre - Dame , au
cabinet littéraire , près la pompe ; 1768 :
deux parties in- 12.
ARMORIAL des États de Languedoc ,
JUIN 1768 . 141
par M. Gaftelier de la Tour , Ecuyer. A
Paris , de l'Imprimerie de Vincent 1767 :
volume in 4° préfenté aux États de
1768.
On a raffemblé fous ce titre les armoiries
des Commiffaires , préfidans pour le
Roi aux Etats de Languedoc , & celles
de leurs Officiers ; les armoiries du clergé ,
fuivant le rang des Prélats qui ont droit
aux affemblées ; celles de la nobleſſe ; enfin
, les armoiries des villes qui envoient.
leurs députés aux Etats , & celles des Officiers
de la province. On y a joint des
notes hiftoriques fur les Baronies annuelles.
& de tour , & fur les métropoles & cathédrales.
Cet ouvrage eft très - bien exécuté ,
tant pour la partie typographique , que
pour la gravure.
*
›
PANÉGYRIQUE de Saint Louis , Roi de
France prononcé dans la chapelle du
Louvre , en préfence de Meffieurs de l'Académie
Françoife , le 25 août 1767 ; par
M. l'Abbé de Baffinet . A Paris , chez la
veuve Regnard , Imprimeur de l'Académie
françoife , grand'falle du Palais , à la Providence
, & rue baffe des Urfins ; 1768 :
in-8°.
LA bataille de Fontenoy, ou l'Apothéoſe
142 MERCURE DE FRANCE .
moderne opéra- tragédie , en trois actes ,
traduite du grec par un Ciclopédifte . A
Chambord ; 1768 : & fe trouve à Paris ,
chez Defpilly , Libraire , rue Saint- Jacques
, à la Croix d'or. Le prix , 1 liv. 4
fols , in- 8°.
NOUVEAU Commentaire fur la coutume
de la Rochelle & du pays d'Aunis , où l'on
a réuni tout ce qui a paru néceffaire pour
l'intelligence de la coutume , en recueillant
exactement les divers .points d'ufage
de la province ; & où l'on a difcuté , outre
les difficultés dépendantes de l'interprétation
de chaque article , plufieurs queſtions
importantes relatives au droit coutumier ,
fuivant les maximes reçues au palais , &
le dernier état de la jurifprudence. Par Me
René- Jofué Valin , ancien avocat au Préfidial
de la Rochelle ; nouvelle édition ,
augmentée des queftions les plus intéreffantes
qui ont été décidées au Parlement
de Paris depuis la première édition ; par
M. *** avocat au Parlement. A Paris ,
chez Vincent , rue Saint - Severin.
,
L'ouvrage dont nous annonçons ici une
nouvelle édition , eft d'un Jurifconfulte
habile qui a joui pendant fa vie de la plus
grande
réputation.Son livre lui même a parfaitement
répondu à ce qu'on attendoit de
JUIN 1768 . 143
fes talens & de fes lumières . L'accueil favorable
que le public lui a fait lorſqu'il
a
paru pour la premiere
fois , eft un préjugé
de celui qu'il fera à cette nouvelle
édition
.
Au refte , il ne faut pas croire qu'on fe
foit borné dans cet ouvrage à développer
le droit particulier
à la coutume
de la Rochelle
; le titre lui - même annonce
un plus
vafte delfein. Il déclare
qu'outre
cela on y
a traité plufieurs
queftions
importantes
relatives
au droit coutumier
. Mais ce titre ,
parfaitement
conforme
au goût de fon auteur
, eft trop modefte
. Nous ne craignons
.
pas d'affurer
qu'on y trouvera
une difcuf
fion complette
de tout le droit coutumier
,
& une fcience
profonde
de la jurifprudence
qui a lieu à cet égard. Cet ouvrage
fera fur-tout très-utile à ceux qui s'attachent
à l'étude de la coutume
de Paris , parce
que cette coutume
étant le droit général
de toutes les autres dans les points où elles
font muettes
, M. Valin s'eft appliqué
d'une manière
particulière
à en faifir l'ef
prit , & qu'il l'a prife pour fondement
de
la plupart de fes décifions. Les augmen
tations
qu'on a faites à cette nouvelle
édi
tion , en complettant
l'ouvrage
ne pour
ront que piquer
la curiofité
du public
par
l'intérêt
même des questions
qui en font
l'objet.
144 MERCURE DE FRANCE .
LÉGENDE dorée , ou hiftoires morales.
A Genève , & fe trouve à Paris , chez Dufour
, Libraire , quai de Gêvres , au bon
Pafteur. in- 12 ; 1768 : prix 1 liv . 10 f.
L'EXISTENCE de Dieu , démontrée par
les merveilles de la nature : ouvrage , où
après avoir mis dans le plus grand jour les
preuves de l'existence & des perfections de
Dieu , que l'univers préfente , on répond
à quelques philofophes de nos jours qui
ont tâché de les affoiblir : par M. Bullet ,
Profeffeur royal de théologie , & doyen de
l'univerfité de Befançon , des académies de
Befançon , de Lyon , de Dijon , affocié de
l'académie royale des infcriptions & belleslettres.
A Paris , chez Delalain , Libraire ,
rue Saint - Jacques , & chez Valade , Libraire
, rue de la Parcheminerie , maiſon
de M. Grange ; 1768 avec approbation
& privilége du Roi ; in- 12 .
ICONES rerum naturalium , ou figures
enluminées d'hiftoire naturelle . Premier
cayer , contenant dix planches , avec leur
explication : favoir Ire planche , la carpe de
mer. VI pl . l'orphie . II pl. l'anguille de
mer. VII pl . la vive , ou dragon de mer .
III pl . le maquereau. VIII le corbeau
blanc de Feroë. IV pl . le dorfeh . IX. pl.
le
JUIN 1768 . 145
le vanneau gris de fer . V pl. le Vydtling ,
efpece de dorfeh. X pl. la tulipe de mer.
A Copenhague , aux dépens & de l'imprimerie
de Claude Philibert ; & fe trouve
à Genève , chez le même , & à Paris
chez Saillant , rue Saint-Jean - de - Beauvais
; 1767 : in -folio en forme de livre de
mufique. Prix 12 liv.
:
SUPPLÉMENT , de l'art de la coëffure des
Dames Françoifes , par le fieur Legros ,
Coëffeur des Dames , enclos des Quinze-
Vingts uftenfiles de l'art de la coëffure
des Dames Françoifes : forme du cachet
que l'on donne aux élèves qui coëffent
conformément aux eftampes du fupplément
de l'art de la coëffure des Dames
Françoifes. A Paris , chez Antoine Boudet ,
Imprimeur du Roi , rue Saint-Jacques , à
la Bible d'or ; 1768 : avec approbation &
privilége du Roi. Brochure in- 4º , ´d'environ
so pages , avec des figures enluminées.
NOUVELLE méthode allemande , felon
le traité de la manière d'apprendre les langues
; par M. Gerau de Palmfeld , Profeffeur
de la langue allemande de MM , les
Chevaux- Légers , des Pages du Roi & de
la Reine. A Paris , chez la veuve Regnard,
146 MERCURE DE FRANCE.
grand'falle du palais ; la veuve Duchefne,
rue Saint-Jacques ; Defaint , rue du Foin ;
Saillant , rue Saint Jean- de- Beauvais ; &
à Verfailles , chez Fournier , rue Satory ,
& au Château ; 1768 : avec approbation
& privilége du Roi. Brochure in- 8 °, de
120 pages.
LE Coenobitophyle , ou lettres d'un
Religieux François , à un laic , fon ami ,
fur les préjugés publics contre l'état monaftique
. Au mont Caffin , & fe trouve
à Paris , chez Valleyre l'aîné , rue de la
vieille Bouclerie , à l'arbre de Jeffé ; 1768 :
brochure in- 12 de 160 pages,
LE Marchand de Venife , comédie traduite
de l'anglois de Sharkespeare . Prix
30 fols , A Londres , & fe trouve à Paris ,
chez Grange , Imprimeur - Libraire , au
Cabinet littéraire , pont Notre - Dame , près
la pompe; Delalain , Libraire , rue Saint-
Jacques ; Valade , Libraire , rue de la
Parcheminerie 1768 , in- 8°,
AGATHE & Ifidore ; par Mde Benoît ;
deux parties. A Amfterdam , & fe trouve
à Paris , chez Durand , rue Saint-Jacques ,
la Sageffe ; 1768 ; vol, in- 12 .
Nous donnerons l'extrait de ce roman
dans un des prochains Mercures,
JUIN 1768 . 147
ORLANDO innamorato , poema in ottava
rima , di Matteo - Maria Bojardo ,
`rifatto da Francefco Berni ; 4 vol. in - 12 .
Parigi , appreffo Molini , Librajo ; 1768 :
avec le portrait de Berni , gravé , prix 10
liv. broché.
Il y en a un très - petit nombre d'exemplaires
, tirés fur du papier de Hollande.
L'INNOCENCE du premier âge en France;
chez Delalain , à Paris , rue Saint-Jacques ;
1768. prix 3 livres broché.
Ce nouveau volume de M. de Sauvigny,
eft du même format que fon Hiftoire
amoureufe de Pierre le Long , que vend le
même Libraire , & au moins auffi intéreffant
, bien écrit & digne de l'accueil
diftingué du public. En attendant que nous
en rendions un compte détaillé nous
croyons devoir au moins annoncer qu'il
contient la Rofe , ou la fête de Salency , &
' Ifle d'Oueffani ; qu'il eft orné d'un titre
gravé , d'une très - belle eftampe compofée
par M. Greuze , d'une jolie vignette ; le
tout bien gravé , par M. Moreau le jeune ,
& qu'il fe trouve accompagné de mufiqué
faite par M. Moncini , & digne de lui.
On vend auffi chez Delalain les Mémoires
d'un homme de bien , 3 yol in- 12 ,
par l'auteur de l'Hiftoire de Mile. de Ter
G ij
148 MERCURE DE FRANCE.
ville , que nous avons annoncée dans notre
dernier Mercure.
Il vient d'acquérir ce qu'il reftoir d'exemplaires
de l'Esprit de Bourdaloue , un vol,
in- 1 2; excellent ouvrage, que tous les Jour
naux ont bien annoncé dans le temps qu'il
a paru.
,
•
ÉDITS du mois d'août 1764 & mai
1765 concernant l'adminiftration des
villes du royaume , & la déclaration donnée
le 25 juin 1766 , en interprétation ;
le tout rangé par ordre de matières. On
y a ajouté les arrêts rendus depuis les édits
& en interprétation d'iceux. ATroyes , chez
la veuve Lefebvre , & fe trouve à Paris ; -
chez Brocas , Libraire , rue Saint- Jacques ;
un vol . in- 12 .
L'ESPRIT des Romains , confidéré dans
les plus belles fentences , maximes & ré-
Alexions des auteurs célèbres de l'ancienne
Rome. On y a joint les portraits de plufieurs
hommes illuftres de l'antiquité , le
tout en françois & en latin , collection
propre aux jeunes gens de qualité ; un
yol, in- 12. A Paris , chez Brocas , & Delalain
, Libraires , rue Saint- Jacques , &
Saugrain , rue du Hurepoix : 1768.
JUIN 1768 . 149
SUPPLÉMENT au catalogue des livres du
magaſin littéraire. A Paris , chez Jacques-
François Quillau , Libraire , rue Chriftine ,
attenant la rue Dauphine , fauxbourg Saint
Germain ; 1768 : in- 12 de 40 pages.
2
Parmi les divers établiffemens de la na
ture du magasin littéraire , celui - ci , auquel
préfide le fieur Quillau , a toujours
tenu le premier rang ; il eft même le feul
qui rende , pour ainfi dire , compte au public
, des nouvelles acquifitions qu'il fair
en livres en lui donnant de temps en
temps des fupplémens imprimés des nouveaux
tréfors littéraires qui s'accroiffent cha
que année dans ce magasin , le mieux fourni
, fans contredit , le plus riche , le plus
varié de tous les cabinets de la librairie .
On eft donc affuré d'y trouver tout ce que
peuvent defirer les perfonnes qui y viennent
lire , ou celles à qui on loue des livres 5
mais comme le fervice dépend de la
prompte circulation de ces mêmes livres ,
le fieur Quillau prie fes abonnés de ne pas
les garder fi long - temps , comme le font
plufieurs , qui ne les rendent qu'au bout
de fix mois & même un an . Delà les
plaintes des autres abonnés qui en font
privés nécellairement , malgré les foins &
les attentions du fieur Quillau à les bien
fervir.
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
OBSERVATIONS & expériences fur diverfes
parties de l'agriculture , par M. Formanoir
de Palteau , de la Société royale
d'agriculture de la généralité de Paris.
chez la veuve D'houry , Imprimeur - Libraire
de la Société royale d'agriculture
de la généralité de Paris , rue Saint - Severin
, près la rue Saint - Jacques ; 1768 ;
brochure in- 8°. de 80 pages.
TRAITÉ des vertus & des récompenfes
pour fervir de fuite au Traité des délits &
des peines ; traduit de l'italien , par M.
Pingeron , Capitaine d'artillerie au fervice
du Roi & de la république de Pologne.
A Paris , chez Panckoucke , Libraire , rue
& à côté de la comédie Françoife ; 1768 :
avec approbation & privilége du Roi , vol.
in- 12 .
Le fuccès qu'a eu dans toute l'Europe
le traité italien des délits & des peines ,
fi bien traduit dans notre langue , demandoit
à être fuivi de l'ouvrage que nous
annonçons ; & ces deux écrits font faits
pour être réunis dans un même recueil
& placés dans les mêmes cabinets . Dans
ce nouveau Traité des vertus & des récompenfes
, on a mis le texte italien à côté de
la traduction françoiſe.
Les métamorphofes de la religieufe : letJUIN
1768. Isr
tres d'une Dame à fon amie. A Amfterdam
, chez Schreuder ; 1768 : & fe trouve
à Paris , chez Laurent Prault , au coin de
la rue Gît- le- coeur , à la fource des Sciences
; deux parties in- 12 .
Ce roman eft véritablement forti de la
main d'une femme , & mérite qu'on en
faffe l'extrait dans un des prochains Mercares.
HISTOIRES morales , fuivies d'une correfpondance
épiftolaire entre deux Dames ;
par Mademoifelle *** avec cette épigraphe
:
›
De toute fiction l'adroite faufleté
Ne tend qu'à faire aux yeux briller la vérité.
Boileau , épit. 3 .
A Londres , & fe trouve à Paris , chez
Lejay , Libraire , quai de Gêvres , au
grand Corneille ; 1768 : in- 12 .
Nous donnerons une notice de ce petit
ouvrage , qui eft réellement auffi d'une
Demoifelle .
PRINCIPES élémentaires de la tactique ,
ou nouvelles obfervations fur l'art militaire
; par M. B ** , Chevalier de l'ordre
royal & militaire de faint Louis. A
Paris , chez Laurent Prault . Libraire , quai
des Auguftins , à la fource des Sciences ;
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
1
1768 : avec approbation & privilége du
Roi , in- 8°.
Le même Libraire mettra en vente inceffamment
le premier volume d'un ouvrage
intitulé , Mémoires fur differentes
parties des fciences & des arts ; par M.
Guétard , de l'Académie royale des fciences
. Le fecond volume , qui eft fous preffe ,
paroîtra dans peu , & nous donnerons une
notice de l'un & de l'autre.
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Résumé : « DICTIONNAIRE typographique, historique & critique des livres rares, singuliers, [...] »
En 1768, plusieurs ouvrages remarquables ont été publiés. Parmi eux, le 'Dictionnaire typographique, historique & critique des livres rares, singuliers, estimés & recherchés' de J. B. L. Ofmont, en deux volumes, est particulièrement estimé par des bibliographes comme M. Mercier et M. Floncel. Cet ouvrage fournit des informations détaillées sur les auteurs, leurs lieux de naissance, leurs périodes de vie, et des remarques pour identifier les bonnes éditions. Il inclut également des catalogues de livres recherchés, des chronologies de pères de l'Église et de poètes, ainsi qu'une liste pour constituer une collection complète de mémoires du clergé. D'autres publications notables incluent le 'Dictionnaire grammatical de la langue françoise' édité chez Vincent, le 'Traité pratique de l'inoculation' de M. Gandoger de Foigny, et 'Le Courrier de la mode, ou le Journal du goût', un périodique sur les nouveautés de mode. Le texte mentionne également 'Des causes du bonheur public' de l'Abbé Gros de Befplas et le 'Cours d'histoire universelle' de M. Luneau de Boisfgermain. Le 'Journal d'éducation' présenté au Roi par M. Leroux est disponible à Amiens, Paris, Versailles et d'autres grandes villes. Parmi les autres ouvrages, on trouve 'Histoire de l'opéra bouffon', qui contient des jugements sur les pièces de théâtre parisiennes et est disponible à Amsterdam et Paris. L''Armorial des États de Languedoc' par M. Gastelier de la Tour, publié en 1767, rassemble les armoiries des commissaires, du clergé, de la noblesse et des villes, avec des notes historiques sur les baronies et les cathédrales. Le 'Panégyrique de Saint Louis' a été prononcé au Louvre en 1767 par l'Abbé de Bassinet et publié en 1768. 'La bataille de Fontenoy', un opéra-tragédie traduit du grec, est disponible à Chambord et Paris. Le 'Nouveau Commentaire sur la coutume de la Rochelle' par René-Josué Valin est publié à Paris. La 'Légende dorée' est disponible à Genève et Paris. 'L'Existence de Dieu' par M. Bullet, professeur de théologie, répond aux philosophes contemporains et est publié à Paris. Enfin, 'Icones rerum naturalium' contient des figures enluminées d'histoire naturelle, imprimé à Copenhague et disponible à Genève et Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11697
p. 152-154
AVIS.
Début :
C. Panckoucke, Libraire, rue & à côté de la Comédie Françoise, a mis en vente [...]
Mots clefs :
Libraire, Volumes, Charles-Joseph Panckoucke
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
A VI S.
C. Panckoucke , Libraire , rue & à côté
de la Comédie Françoiſe , a mis en vente
les ouvrages fuivans .
Les tomes 31 , 32 des Mémoires de
l'Académie royale des infcriptions &
belles-lettres , in- 4° ; 12 liv. le volume.
L'année 1764 des Mémoires de l'Académie
royale des fciences, 12 livres le volume.
Les tomes 28 , 29 , 30 , 31 de l'hiftoire
naturelle , in 12 , par MM. Buffon & Daubenton
, en quatres volumes , complettent
l'hiftoire naturelle des animaux quadrupèdes
, & mettent l'édition in 12 au pair
de l'in-4 . Chaque volume in - 12 pris féparément
coûte livres , & 3 liv. is fre 3
JUIN 1768 .
lié. Les volumes in - 12 , qu'on relie en 32
tomes coûtent 106 liv. reliés.
Chaque volume in-4° . coûte 15 liv. &
17 liv. relié. Les 15 volumes in- 4°. 255
liv.
L'hiftoire naturelle des oifeaux formera.
un ouvrage à તે part & commencera tome i
2,3 , & c.
Le Libraire avertit que tous ceux qui
auront négligé de retirer leurs volumes
féparés dans tout le cours de cette année ,
nepourront completter l'ouvrage pour aueun
prix , paffé ce tems , parce que tout
fera mis en corps complets.
"
Les fept premiers volumes in - 4° . desi
oeuvres M. de Voltaire , ornés d'eftampes :
gravées par les meilleurs maîtres , & deffinées
par M. Gravelot , font actuellement
en vente. Toute l'édition eft en grand pa
pier , & imprimée avec les caractères de
M. Fournier le jeune; chaque volume in- 4°.
coûte 11 livres ; chaque planche 15 fols.
On eft le maître d'acheter les volumes fans:
les planches.
L'édition comprendra 19 à 20 vol. &
coûtera 200 ou 211 liv.
Le total des eftampes , favoir les 11 de:
la Henriade , & les 31 des pièces de théatre
, coûtera 31 liv. 10 f. Ainfi chaque:
volume in-4 . grand papier , ne reviendra
Gw
154 MERCURE DE FRANCE.
aux foufcripteurs qu'à 12 liv. 10 à 12 £.
avec les eftampes.
Le même Libraire continue de donner
par foufcription , & au prix de 210 liv. ,
au lieu de 348 liv. , les belles fables de la
Fontaine , 4 volumes in- fol. grandpapier
ornés de 300 planches du célèbre Oudry.
Le très- grand papier vaut 300 liv. au lieu
de 400 liv.
Le tome 9 de la collection académique
in-4° . Le dixieme paroîtra inceffamment.
Traité des vertus & des récompenfes ,
in- 12 , en italien & en françois ; c'eſt une
fuite du traité des peines & des délits.
La connoiffance des tems. 1769 , 8 liv.
Réflexions détachées fur l'efprit ; in- 12 .,
Mémoire fur la deftruction des loups.
Hiftoire du Préfident Hainault , in-4° ·
& in- 12.
Nous donnerons , dans un des Mercures
faivans , la fuite de l'extrait de l'élégante
traduction ou imitation de Lucrèce , par
M. Panckoucke , Libraire , qui débite tous
les livres ci - deffus annoncés .
C. Panckoucke , Libraire , rue & à côté
de la Comédie Françoiſe , a mis en vente
les ouvrages fuivans .
Les tomes 31 , 32 des Mémoires de
l'Académie royale des infcriptions &
belles-lettres , in- 4° ; 12 liv. le volume.
L'année 1764 des Mémoires de l'Académie
royale des fciences, 12 livres le volume.
Les tomes 28 , 29 , 30 , 31 de l'hiftoire
naturelle , in 12 , par MM. Buffon & Daubenton
, en quatres volumes , complettent
l'hiftoire naturelle des animaux quadrupèdes
, & mettent l'édition in 12 au pair
de l'in-4 . Chaque volume in - 12 pris féparément
coûte livres , & 3 liv. is fre 3
JUIN 1768 .
lié. Les volumes in - 12 , qu'on relie en 32
tomes coûtent 106 liv. reliés.
Chaque volume in-4° . coûte 15 liv. &
17 liv. relié. Les 15 volumes in- 4°. 255
liv.
L'hiftoire naturelle des oifeaux formera.
un ouvrage à તે part & commencera tome i
2,3 , & c.
Le Libraire avertit que tous ceux qui
auront négligé de retirer leurs volumes
féparés dans tout le cours de cette année ,
nepourront completter l'ouvrage pour aueun
prix , paffé ce tems , parce que tout
fera mis en corps complets.
"
Les fept premiers volumes in - 4° . desi
oeuvres M. de Voltaire , ornés d'eftampes :
gravées par les meilleurs maîtres , & deffinées
par M. Gravelot , font actuellement
en vente. Toute l'édition eft en grand pa
pier , & imprimée avec les caractères de
M. Fournier le jeune; chaque volume in- 4°.
coûte 11 livres ; chaque planche 15 fols.
On eft le maître d'acheter les volumes fans:
les planches.
L'édition comprendra 19 à 20 vol. &
coûtera 200 ou 211 liv.
Le total des eftampes , favoir les 11 de:
la Henriade , & les 31 des pièces de théatre
, coûtera 31 liv. 10 f. Ainfi chaque:
volume in-4 . grand papier , ne reviendra
Gw
154 MERCURE DE FRANCE.
aux foufcripteurs qu'à 12 liv. 10 à 12 £.
avec les eftampes.
Le même Libraire continue de donner
par foufcription , & au prix de 210 liv. ,
au lieu de 348 liv. , les belles fables de la
Fontaine , 4 volumes in- fol. grandpapier
ornés de 300 planches du célèbre Oudry.
Le très- grand papier vaut 300 liv. au lieu
de 400 liv.
Le tome 9 de la collection académique
in-4° . Le dixieme paroîtra inceffamment.
Traité des vertus & des récompenfes ,
in- 12 , en italien & en françois ; c'eſt une
fuite du traité des peines & des délits.
La connoiffance des tems. 1769 , 8 liv.
Réflexions détachées fur l'efprit ; in- 12 .,
Mémoire fur la deftruction des loups.
Hiftoire du Préfident Hainault , in-4° ·
& in- 12.
Nous donnerons , dans un des Mercures
faivans , la fuite de l'extrait de l'élégante
traduction ou imitation de Lucrèce , par
M. Panckoucke , Libraire , qui débite tous
les livres ci - deffus annoncés .
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Résumé : AVIS.
Le libraire C. Panckoucke, situé rue et à côté de la Comédie Françoise, propose divers ouvrages. Les tomes 31 et 32 des 'Mémoires de l'Académie royale des inscriptions et belles-lettres' ainsi que l'année 1764 des 'Mémoires de l'Académie royale des sciences' sont disponibles à 12 livres le volume. Les tomes 28 à 31 de l''Histoire naturelle' des animaux quadrupèdes, écrits par MM. Buffon et Daubenton, sont en vente. Les volumes in-12 coûtent 6 livres chacun ou 106 livres pour 32 volumes reliés, tandis que les volumes in-4° coûtent 15 livres chacun ou 255 livres pour 15 volumes. Les sept premiers volumes in-4° des 'Œuvres de M. de Voltaire', ornés d'estampes gravées, sont vendus à 11 livres chacun et les planches à 15 sols chacune. L'édition complète, comprenant 19 à 20 volumes, coûtera entre 200 et 211 livres, avec les estampes à 31 livres et 10 sols. Une édition des 'Fables de La Fontaine' est proposée par souscription à 210 livres, au lieu de 348 livres. Les volumes in-folio grand papier, ornés de 300 planches du célèbre Oudry, valent 300 livres au lieu de 400 livres.
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11698
p. 155-156
ACADÉMIE des Belles-Lettres, Sciences & Arts de MARSEILLE.
Début :
L'ACADÉMIE des Belles-Lettres, Sciences & Arts de Marseille a tenu sa [...]
Mots clefs :
Académie des belles-lettres, sciences et arts de Marseille, Mémoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ACADÉMIE des Belles-Lettres, Sciences & Arts de MARSEILLE.
ACADÉMIE des Belles - Lettres , Sciences
& Arts de MARSEILLE.
L'ACADEMIE des Belles - Lettres
Sciences & Arts de Marfeille a tenu fa
première affemblée publique d'après Pâques
le 13 de ce mois.
M. le Chancelier , en l'abfence du
Directeur , a ouvert la féance par un
difcours relatif à l'objet de cette affemblée.
M. Guis a la un mémoire fur les
manufactures placées dans les villes maritimes
& commerçantes. M. de Saint--
Jacques a lu un mémoire fur la manière
de trouver les longitudes far mer.
M. Fortic a lu une differtation fur les
volcans & fur quelques phénomènes par
ticuliers du Véfuve. M. Mourrailles a lu
un mémoire fur la méthode des fluxions
& fur les infiniment petits.
G vj
156 1
MERCURE DE FRANCE.
La féance a été terminée par la lec
ture de l'éloge hiftorique de feu M. le
Marquis de Beauffet, fait par M. Audibert.
L'Académie n'ayant point adjugé le
prix , en aura deux à donner l'année
prochaine.
Elle a propofé , pour ces deux prix ,
les fujets fuivans :
Quelles font les caufes de la diminution
de la pêche fur les côtes de Provence , &
quels feroient les moyens de la rendre
plus abondante.
Quelle eft la meilleure manière de faire
&gouverner le vin de Provence , foit pour
l'ufage , foit pour le tranſport.
Les ouvrages ne feront reçus que
jufqu'au premier janvier 1769. Ils deivent
être adreffés à MM. de l'Académie
des Belles - Lettres , Sciences & Arts de
Marſeille , & remis , francs de port , fans
quoi ils ne feront pas retirés..
& Arts de MARSEILLE.
L'ACADEMIE des Belles - Lettres
Sciences & Arts de Marfeille a tenu fa
première affemblée publique d'après Pâques
le 13 de ce mois.
M. le Chancelier , en l'abfence du
Directeur , a ouvert la féance par un
difcours relatif à l'objet de cette affemblée.
M. Guis a la un mémoire fur les
manufactures placées dans les villes maritimes
& commerçantes. M. de Saint--
Jacques a lu un mémoire fur la manière
de trouver les longitudes far mer.
M. Fortic a lu une differtation fur les
volcans & fur quelques phénomènes par
ticuliers du Véfuve. M. Mourrailles a lu
un mémoire fur la méthode des fluxions
& fur les infiniment petits.
G vj
156 1
MERCURE DE FRANCE.
La féance a été terminée par la lec
ture de l'éloge hiftorique de feu M. le
Marquis de Beauffet, fait par M. Audibert.
L'Académie n'ayant point adjugé le
prix , en aura deux à donner l'année
prochaine.
Elle a propofé , pour ces deux prix ,
les fujets fuivans :
Quelles font les caufes de la diminution
de la pêche fur les côtes de Provence , &
quels feroient les moyens de la rendre
plus abondante.
Quelle eft la meilleure manière de faire
&gouverner le vin de Provence , foit pour
l'ufage , foit pour le tranſport.
Les ouvrages ne feront reçus que
jufqu'au premier janvier 1769. Ils deivent
être adreffés à MM. de l'Académie
des Belles - Lettres , Sciences & Arts de
Marſeille , & remis , francs de port , fans
quoi ils ne feront pas retirés..
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Résumé : ACADÉMIE des Belles-Lettres, Sciences & Arts de MARSEILLE.
Le 13 mai, l'Académie des Belles-Lettres, Sciences et Arts de Marseille a tenu sa première assemblée publique après Pâques. M. le Chancelier a inauguré la séance en l'absence du Directeur, en expliquant l'objectif de la réunion. Plusieurs membres ont présenté des mémoires : M. Guis sur les manufactures dans les villes maritimes et commerciales, M. de Saint-Jacques sur la détermination des longitudes en mer, M. Fortic sur les volcans et les phénomènes du Vésuve, et M. Mourrailles sur la méthode des fluxions et les infiniment petits. La séance s'est achevée par la lecture de l'éloge historique du Marquis de Beauffet, rédigé par M. Audibert. L'Académie n'a pas attribué de prix cette année mais en proposera deux l'année suivante. Les sujets proposés sont la diminution de la pêche sur les côtes de Provence et les moyens de la rendre plus abondante, ainsi que la meilleure manière de fabriquer et de gouverner le vin de Provence. Les travaux doivent être soumis avant le 1er janvier 1769 aux membres de l'Académie, les frais de port étant à la charge des auteurs.
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11699
p. 157-160
DISCOURS prononcé par M. DE CLUGNY, Maître des Requêtes, Conseiller honoraire au Parlement de Bourgogne, Intendant de la Marine en Bretagne, lors de sa réception en l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de DIJON, en qualité d'Académicien honoraire, le 7 août 1767.
Début :
MESSIEURS, Je ne dois qu'à vos seules bontés l'honneur [...]
Mots clefs :
Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, Gloire, Académicien honoraire
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texteReconnaissance textuelle : DISCOURS prononcé par M. DE CLUGNY, Maître des Requêtes, Conseiller honoraire au Parlement de Bourgogne, Intendant de la Marine en Bretagne, lors de sa réception en l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de DIJON, en qualité d'Académicien honoraire, le 7 août 1767.
DISCOURS prononcé par M. DE CLUGNY
Maître des Requêtes , Confeiller hono
raire au Parlement de Bourgogne , Inten
dant de la Marine en Bretagne, lors de
fa réception en l'Académie des Sciences
Arts & Belles - Lettres de DIJON , en:
qualité d'Académicien honoraire , le 7
août 1767 .
MESSIEURS
Je ne dois qu'à vos feules bontés l'hon
neur d'être admis dans une Compagnie ,.
auffi diftinguée par les productions dont
elle a enrichi la littérature , que par les
nombre d'hommes célèbres qui la compofent.
Mais fi , en comblant mes deſirs ,
fi en furpaffant mes efpérances , fi en
m'ouvrant l'entrée de ce fanctuaire des
arts , vous m'infpirez , Meffieurs , une
reconnoiffance fans bornes , vous me faiteséprouver
en même temps combien il eft
peu
vrai que le fentiment , dont on eſt
fortement pénétré , s'exprime toujours de
même. Je vois , au contraire , que plus le
coeur eft vivement touché , moins il laiffe
158 MERCURE DE FRANCE.
de liberté & de reffources à l'efprit . N'attendez
donc pas de moi , Meffieurs , des
expreffions dignes de la grace que vous
me faites ; mais daignez être perfuadés
que j'en connois tout le prix . Si je ne
puis vous peindre mon extrême fenfibilité
avec le coloris de l'éloquence , que ne
puis - je du moins vous la témoigner , en
m'efforçant de partager vos travaux ! De
quels avantages ma deſtination actuelle ne
me prive- t- elle pas ! Témoin affidu de vos
fuccès , j'effaierois de me former fur vos
exemples ; admirateur zélé des connoiffances
& des lumières qui brillent dans
cette Société , mon ardeur à vous imiter
me tiendroit lieu de talens , & quelques
rayons de votre gloire réfléchiroient fur
moi.
Que n'êtes- vous pas , Meffieurs , en étať
d'entreprendre & d'exécuter fous les aufpices
d'un Prince ( 1 ) qui , marchant rapidement
dans la carrière des héros de fon
augufte nom , réunit les vertus civiles &
militaires , qui tant de fois ont fait le
bonheur & la fplendeur de la France ! Par
une heureufe reffemblance avec celui de
fes ayeux , dont la mémoire & les actions
feront immortelles , Général avant l'âge ,
(1 ) S. A. S. Mgr le Prince de Condé , protec
teur de l'Académie.
JUIN 1768. 159
guerrier intrépide , adminiftrateur éclaire ;
il a fenti combien les lettres pouvoient
influer fur le gouvernement ; il les cultive ,
les honore & les encourage.
Leur rapport avec l'adminiſtration de
la juftice n'avoit point échappé à la pénétration
de ce Magiftrat ( 2 ) qui, entierement
occupé des intérêts de fon pays & de la
gloire de fa compagnie , nous a laillé en
même tems un monument de fon amour
pour les fciences & une preuve bien tou
chante de fon attachement pour l'état
qu'il avoit embraffé : fentiment d'autant
plus remarquable , qu'il eft devenu moins
commun.
Par une utile & rare combinaiſon , tout
ce qui peut contribuer à la confervation
des hommes , à former leur moeurs , à dévoiler
les loix & les refforts de la nature ,
eft foumis aux recherches de l'Académie
qu'il a fondée. Tout en annonce le fuccès ;
tout y concourt. L'éloquence brillante du
Prélat (3 ) que vous avez choisi pour Chancelier
, les foins affidus du Magiſtrat (4)
(2 ) M. Pouffier , Doyen du Parlement de
Dijon , fondateur de l'Académie .
( 3 ) M. Poncet de la Riviere , Evêque de
Troyes , Chancelier de l'Académie.
(4 ) M. le Préfident de Ruffey , Vice- Chance
lier de l'Académie..
160 MERCURE DE FRANCE.
qui le remplace , fes talens , fes connoiffances
dans tous les genres , fon zèle actif
pour les progrès & la gloire de l'Académie
; vos lumières , Meffieurs , vos travaux
infatigables , vos favantes études vous préparent
de nouveaux lauriers dans la carrière
glorieufe , mais pénible , que vous
avez entrepriſe.
Maître des Requêtes , Confeiller hono
raire au Parlement de Bourgogne , Inten
dant de la Marine en Bretagne, lors de
fa réception en l'Académie des Sciences
Arts & Belles - Lettres de DIJON , en:
qualité d'Académicien honoraire , le 7
août 1767 .
MESSIEURS
Je ne dois qu'à vos feules bontés l'hon
neur d'être admis dans une Compagnie ,.
auffi diftinguée par les productions dont
elle a enrichi la littérature , que par les
nombre d'hommes célèbres qui la compofent.
Mais fi , en comblant mes deſirs ,
fi en furpaffant mes efpérances , fi en
m'ouvrant l'entrée de ce fanctuaire des
arts , vous m'infpirez , Meffieurs , une
reconnoiffance fans bornes , vous me faiteséprouver
en même temps combien il eft
peu
vrai que le fentiment , dont on eſt
fortement pénétré , s'exprime toujours de
même. Je vois , au contraire , que plus le
coeur eft vivement touché , moins il laiffe
158 MERCURE DE FRANCE.
de liberté & de reffources à l'efprit . N'attendez
donc pas de moi , Meffieurs , des
expreffions dignes de la grace que vous
me faites ; mais daignez être perfuadés
que j'en connois tout le prix . Si je ne
puis vous peindre mon extrême fenfibilité
avec le coloris de l'éloquence , que ne
puis - je du moins vous la témoigner , en
m'efforçant de partager vos travaux ! De
quels avantages ma deſtination actuelle ne
me prive- t- elle pas ! Témoin affidu de vos
fuccès , j'effaierois de me former fur vos
exemples ; admirateur zélé des connoiffances
& des lumières qui brillent dans
cette Société , mon ardeur à vous imiter
me tiendroit lieu de talens , & quelques
rayons de votre gloire réfléchiroient fur
moi.
Que n'êtes- vous pas , Meffieurs , en étať
d'entreprendre & d'exécuter fous les aufpices
d'un Prince ( 1 ) qui , marchant rapidement
dans la carrière des héros de fon
augufte nom , réunit les vertus civiles &
militaires , qui tant de fois ont fait le
bonheur & la fplendeur de la France ! Par
une heureufe reffemblance avec celui de
fes ayeux , dont la mémoire & les actions
feront immortelles , Général avant l'âge ,
(1 ) S. A. S. Mgr le Prince de Condé , protec
teur de l'Académie.
JUIN 1768. 159
guerrier intrépide , adminiftrateur éclaire ;
il a fenti combien les lettres pouvoient
influer fur le gouvernement ; il les cultive ,
les honore & les encourage.
Leur rapport avec l'adminiſtration de
la juftice n'avoit point échappé à la pénétration
de ce Magiftrat ( 2 ) qui, entierement
occupé des intérêts de fon pays & de la
gloire de fa compagnie , nous a laillé en
même tems un monument de fon amour
pour les fciences & une preuve bien tou
chante de fon attachement pour l'état
qu'il avoit embraffé : fentiment d'autant
plus remarquable , qu'il eft devenu moins
commun.
Par une utile & rare combinaiſon , tout
ce qui peut contribuer à la confervation
des hommes , à former leur moeurs , à dévoiler
les loix & les refforts de la nature ,
eft foumis aux recherches de l'Académie
qu'il a fondée. Tout en annonce le fuccès ;
tout y concourt. L'éloquence brillante du
Prélat (3 ) que vous avez choisi pour Chancelier
, les foins affidus du Magiſtrat (4)
(2 ) M. Pouffier , Doyen du Parlement de
Dijon , fondateur de l'Académie .
( 3 ) M. Poncet de la Riviere , Evêque de
Troyes , Chancelier de l'Académie.
(4 ) M. le Préfident de Ruffey , Vice- Chance
lier de l'Académie..
160 MERCURE DE FRANCE.
qui le remplace , fes talens , fes connoiffances
dans tous les genres , fon zèle actif
pour les progrès & la gloire de l'Académie
; vos lumières , Meffieurs , vos travaux
infatigables , vos favantes études vous préparent
de nouveaux lauriers dans la carrière
glorieufe , mais pénible , que vous
avez entrepriſe.
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Résumé : DISCOURS prononcé par M. DE CLUGNY, Maître des Requêtes, Conseiller honoraire au Parlement de Bourgogne, Intendant de la Marine en Bretagne, lors de sa réception en l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de DIJON, en qualité d'Académicien honoraire, le 7 août 1767.
Le 7 août 1767, M. de Clugny, Maître des Requêtes et Conseiller honoraire au Parlement de Bourgogne, ainsi qu'Intendant de la Marine en Bretagne, est reçu à l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de Dijon en tant qu'Académicien honoraire. Il exprime sa gratitude pour cette distinction et admire les productions littéraires et les membres célèbres de l'Académie. Ému, il assure de sa reconnaissance et de son désir de contribuer aux travaux académiques. M. de Clugny salue le soutien du Prince de Condé, protecteur de l'Académie, ainsi que M. Pouffier, fondateur de l'Académie, M. Poncet de la Rivière, Évêque de Troyes et Chancelier, et M. le Président de Ruffey, Vice-Chancelier. Il conclut en soulignant les efforts et les études des membres, promettant de nouveaux succès dans leur carrière académique.
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11699
11700
p. 160-163
RÉPONSE de M. le Président DE RUFFEY, Vice Chancelier de l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de Dijon, au discours de M. DE CLUGNY, reçu Académicien honoraire de la même Académie, le 7 août 1767.
Début :
MONSIEUR, CETTE Académie, devenue par ses travaux capable d'apprécier le [...]
Mots clefs :
Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, Patrie
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de M. le Président DE RUFFEY, Vice Chancelier de l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de Dijon, au discours de M. DE CLUGNY, reçu Académicien honoraire de la même Académie, le 7 août 1767.
REPONSE de M. le Préfident DE RUFFEY,
Vice Chancelier de l'Académie des Sciences
, Arts & Belles - Lettres de Dijon ,
au difcours de M. DE CLUGNY , reçu:
Académicien honoraire de la même Aca
démie , le 7 août 1767.
MONSTE
ONSIEUR
CETTE Académie , devenue par fes tra
vaux capable d'apprécier le mérite & les
talens en tout genre & en tous états , s'eſt
attachée particulierement depuis fa ré
forme , à s'affocier ceux de nos concitoyens
qui fefont rendus recommandables par ces
deux qualités. C'eft à ce titre que vous
venez prendreplace parmi nous . Les talens
que vous avez fait paroître dans l'exercice
des fonctions de la magiftrature , vous ont
mérité l'eftime & les regrets de votre patrie.
JUIN 1768. 161
Appellé dans un autre hémifphere par
les ordres d'un grand Roi , votre zèle pour
fon fervice vous a fait braver les hafards
d'une navigation périlleufe , où votre vie
& votre liberté ont été également exposées.
A quoi ne fe réfout pas une âme courageufe
excitée par les grands motifs du de :
voir & de l'honneur !
Vous avez , Monfieur , pleinement répondu
à la confiance du Souverain. Chargé
de rétablir l'ordre & la fubordination dans
un pays où l'éloignement favorife l'impunité
& autorife l'indépendance , votre
fermeté & votre exemple y ont rappellé la
bonne foi & la probité ; vertus que l'intérêt
& la cupidité fembloient en avoir
bannies.
Malgré les horreurs de la guerre, vorre
vigilance & votre activité ont fu maintenir
l'abondance dans une colonie qui , ne
produifant que du fuperflu , manque fouvent
du néceffaire , par l'interruption du
commerce . Si l'altération de votre fanté
ne vous a pas permis de confommer votre
ouvrage , vous avez du moins fourni à
vos fucceffeurs un plan de conduite & de
vues , dont il leur eft aifé de profiter pour
le bien de l'état.
Pour récompenfe de vos fervices , le Roi
vous a donné de nouvelles marques de fes
1
162 MERCURE DE FRANCE.
bontés , en vous appellant à fes Confeils ,
& vous confiant une des premières places
de fa marine. Quelqu'importantes qu'en
foient les fonctions , elles vous permettent
du moins de revoir votre patrie & des
amis auxquels une longue abfence vous a
rendu plus cher & plus précieux.
que
L'Académie , Monfieur , fe trouve ſenfiblement
flattée des marques d'eftime
vous venez de lui donner , en defirant d'y
occuper une place ; elle s'eft empreflée de
répondre à vos vues patriotiques ; fe propofe
d'entretenir d'utiles correfpondances
avec vous , & de profiter des connoiffances
que vous avez acquifes dans vos voyages
maritimes. Elle eft inftruite de votre goût
pour les fciences relatives au bien public ,
& du projet que vous avez conçu pour
le
rétabliffement de l'Académie de marine
en Bretagne. La guerre a fufpendu fes féances
& fes travaux : compofée d'Officiers
habiles & expérimentés , elle a donné d'excellens
mémoires fur la théorie & la perfection
de la navigation.
Il vous fera glorieux , Monfieur , de
concourir au rétabliffement d'une Compagnie
qui doit faire une des plus honorables
portions de votre département , &
dont la deftination intéreffe également la
gloire & la fûreté del'État.
JUIN 1768. 164
Les obſtacles ne doivent point vous arrêter
la conftance à vouloir fortement de
bonnes chofes , en affure néceffairement le
fuccès. Le bandeau de l'opiniâtreté , tout
épais qu'il eft , fe déchire ou s'ufe à la
longue . La mémoire de l'homme d'État
qui ne voulut que le bien public , eft en
vénération auffi long - tems que fubfiftent
les avantages inattendus qu'il a procurés.
Ce n'en eft pas un médiocre , Monfieur ,
que celui de vous compter parmi nous.
Vous avez témoigné le plus vif intérêt à
l'honneur & à la gloire de ce te Compagnie.
Puiffe ce motif , joint à l'amour de
votre patrie , vous rappeller fouvent ici
& nous procurer le plaifir de jouir de votre
préfence à nos affemblées!
Vice Chancelier de l'Académie des Sciences
, Arts & Belles - Lettres de Dijon ,
au difcours de M. DE CLUGNY , reçu:
Académicien honoraire de la même Aca
démie , le 7 août 1767.
MONSTE
ONSIEUR
CETTE Académie , devenue par fes tra
vaux capable d'apprécier le mérite & les
talens en tout genre & en tous états , s'eſt
attachée particulierement depuis fa ré
forme , à s'affocier ceux de nos concitoyens
qui fefont rendus recommandables par ces
deux qualités. C'eft à ce titre que vous
venez prendreplace parmi nous . Les talens
que vous avez fait paroître dans l'exercice
des fonctions de la magiftrature , vous ont
mérité l'eftime & les regrets de votre patrie.
JUIN 1768. 161
Appellé dans un autre hémifphere par
les ordres d'un grand Roi , votre zèle pour
fon fervice vous a fait braver les hafards
d'une navigation périlleufe , où votre vie
& votre liberté ont été également exposées.
A quoi ne fe réfout pas une âme courageufe
excitée par les grands motifs du de :
voir & de l'honneur !
Vous avez , Monfieur , pleinement répondu
à la confiance du Souverain. Chargé
de rétablir l'ordre & la fubordination dans
un pays où l'éloignement favorife l'impunité
& autorife l'indépendance , votre
fermeté & votre exemple y ont rappellé la
bonne foi & la probité ; vertus que l'intérêt
& la cupidité fembloient en avoir
bannies.
Malgré les horreurs de la guerre, vorre
vigilance & votre activité ont fu maintenir
l'abondance dans une colonie qui , ne
produifant que du fuperflu , manque fouvent
du néceffaire , par l'interruption du
commerce . Si l'altération de votre fanté
ne vous a pas permis de confommer votre
ouvrage , vous avez du moins fourni à
vos fucceffeurs un plan de conduite & de
vues , dont il leur eft aifé de profiter pour
le bien de l'état.
Pour récompenfe de vos fervices , le Roi
vous a donné de nouvelles marques de fes
1
162 MERCURE DE FRANCE.
bontés , en vous appellant à fes Confeils ,
& vous confiant une des premières places
de fa marine. Quelqu'importantes qu'en
foient les fonctions , elles vous permettent
du moins de revoir votre patrie & des
amis auxquels une longue abfence vous a
rendu plus cher & plus précieux.
que
L'Académie , Monfieur , fe trouve ſenfiblement
flattée des marques d'eftime
vous venez de lui donner , en defirant d'y
occuper une place ; elle s'eft empreflée de
répondre à vos vues patriotiques ; fe propofe
d'entretenir d'utiles correfpondances
avec vous , & de profiter des connoiffances
que vous avez acquifes dans vos voyages
maritimes. Elle eft inftruite de votre goût
pour les fciences relatives au bien public ,
& du projet que vous avez conçu pour
le
rétabliffement de l'Académie de marine
en Bretagne. La guerre a fufpendu fes féances
& fes travaux : compofée d'Officiers
habiles & expérimentés , elle a donné d'excellens
mémoires fur la théorie & la perfection
de la navigation.
Il vous fera glorieux , Monfieur , de
concourir au rétabliffement d'une Compagnie
qui doit faire une des plus honorables
portions de votre département , &
dont la deftination intéreffe également la
gloire & la fûreté del'État.
JUIN 1768. 164
Les obſtacles ne doivent point vous arrêter
la conftance à vouloir fortement de
bonnes chofes , en affure néceffairement le
fuccès. Le bandeau de l'opiniâtreté , tout
épais qu'il eft , fe déchire ou s'ufe à la
longue . La mémoire de l'homme d'État
qui ne voulut que le bien public , eft en
vénération auffi long - tems que fubfiftent
les avantages inattendus qu'il a procurés.
Ce n'en eft pas un médiocre , Monfieur ,
que celui de vous compter parmi nous.
Vous avez témoigné le plus vif intérêt à
l'honneur & à la gloire de ce te Compagnie.
Puiffe ce motif , joint à l'amour de
votre patrie , vous rappeller fouvent ici
& nous procurer le plaifir de jouir de votre
préfence à nos affemblées!
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Résumé : RÉPONSE de M. le Président DE RUFFEY, Vice Chancelier de l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de Dijon, au discours de M. DE CLUGNY, reçu Académicien honoraire de la même Académie, le 7 août 1767.
M. le Président De Ruffey, Vice-Chancelier de l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de Dijon, répond au discours de M. De Clugny, académicien honoraire, prononcé le 7 août 1767. L'Académie reconnaît les mérites et le courage de M. De Clugny lors de sa mission dans un autre hémisphère, où il a rétabli l'ordre et la subordination malgré les dangers. Il a assuré l'abondance dans une colonie et proposé un plan de conduite pour ses successeurs. En reconnaissance, le roi l'a nommé à ses Conseils et lui a confié une haute fonction dans la marine. L'Académie exprime sa satisfaction de compter M. De Clugny parmi ses membres et souhaite entretenir des correspondances utiles avec lui, bénéficiant de ses expériences maritimes. Elle note également son projet de rétablissement de l'Académie de marine en Bretagne. Le texte se conclut par un encouragement à persévérer face aux obstacles et par l'espoir de voir M. De Clugny participer activement aux assemblées de l'Académie.
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