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1
p. 242-251
Ceremonie faite à S. Denis le jour de l'inhumation de Loüis XIV. [titre d'après la table]
Début :
Le 23. à dix heures & demie S. A R. Monseigneur le Duc [...]
Mots clefs :
Duc d'Orléans, Cérémonie, Louis XIV, Caveau, Gardes, Clergé, Écuyer, Cour, Duc, Roi
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texteReconnaissance textuelle : Ceremonie faite à S. Denis le jour de l'inhumation de Loüis XIV. [titre d'après la table]
Le 23. à dix heures&demie
S. A. R. Monſeigneur le Duc
d'Orleans , accompagné de
Monfieur le Duc , de Monfieur
le Comte de Charolois ,
ſe rendic dans le Choeur de
l'Egliſe de S. Denis , où l'on
avoit dreſſe un fuperbeMauſolée,
dontil ſera facile de ſçavoir
ladeſcription au long dansle
Journal queje vais vous donner.
Le Clergé de France s'y
étoit rendu auparavant,de mêmeque
le Parlement,laChambredesComptes,
Cour desAy
GALANT. 243
des,Courdes Monnoyes, Univerſité&
la Ville. Le Service
commença , M. le Cardinal
de Rohan Grand Aumônier
de France fit l'Office , aſſiſté
des Evêques deSeez , d'Auxer.
re , de Beauvais & d'Angers ;
aprés l'Evangile Monſeigneur
le Duc d'Orleans precedé des
Herauts &Roy d'Armes , accompagné
du Grand Maître
des Ceremonies , alla à l'Offrande
, fitune reverence à la
repreſentation ou Mauſolée ,
au Clergé , aux Princes da
Sang , aux Ambaſſfadeurs , au
Parlement , Cour des Aydes ,
X ij
244 MERCUR
د
&c. Les autres deux Princes
allerent à l'Offrande aprésluy
&firentlesmêmes reverences :
enſuite M. l'Evêque de Caſtres
monta en Chaire & fit l'Oraifon
Funebre , & fit voir que le
Roy avoit été un ſpectacle de
felicité un ſpectacle de ſageffe
, & un ſpectacle de
Religion. Ce Prelat fut applaudi
, on continua la Meſſe ,
à la fin de laquelle M. le Cardinal
de Rohan & les quatre
Evêques aſſiſtants allerent auprés
duMauſolée faire les ab-
Toutes : & quand elles furent
finies ils vinrent s'affeoir à la
porte du caveau : pour lors les
GALANT. 245
Gardes du Corps en manteaux
noirs & capuchons, tirerent le
capuchons
cercuëil duMauſolée, pour le
porter au caveau , aprés avoir
mis deſſus un poële d'unemoire
d'argent , brodé d'or, fourré
d'herminés, dont les quatre
coins furent portez par le Premier
Preſident & trois autres .
Preſidents à Mortier en Robes
rouges& hermines : qua
tre Gardes de la Manche mar
choient avec leurs pertuifanes
& leurs cottes brodées
d'or & un capuchon noir aux
quatre côtez . Quand on eut
mis le corps du Roy dans le
caveau , M. le Marquis de
246 MERCURE
Dreux Grand Maître des Ceremonies
cria tout haut : Herauts
d'Armes de France , fai.
tes vos charges : ils marcherent
au nombre de douze , &
jetterent leurs bâtons & leurs
Dalmatiques dans le caveau :
enfuite M. le Grand Maître
appella tout haut M. de Courtenvaux
Capitaine de la Compagnie
des cent Suiſſes , faites
vôtre charge , portez l'enſeigne
, il vint en manteau noir
l'enſeigne couverte d'un cré .
pe , qu'il poſa dans l'entrée du
caveau : pour lors un des Herauts
prit la lifte & appella M.
GALANT. 247
le Duc de Charoſt, Capitaine
d'une des Compagnies des
Gardes du Corps , faites vôtre
charge , portez l'enſeigne; M.
le Duc de Villeroy :Capitaine
d'une des Compagnies des
Gardes du Gorps , faites vô .
tre charge, portezl'enſeigne ;
M. de Baliviere Lieutenant de
la premiere Compagnie des
Gardes duCorps ,tranfmis à
l'absence de M le Maréchal
d'Harcourt , faites vôtre charge,
portez l'enſeigne ; M. le
Duc de Noailles Capitaine de
la Compagnie Ecoffoife, faites
vôtreCharge , portez l'enſei-
XXiiiij
248 MERCURE
gne ; M. le Duc de la Tremoille
faiſant l'office de grand
maître& chefdu convoi , fut
ainſiappellé; M. l'Ecuyer tranchant
fat auſſi appellé ; M de
Momor premier Ecuyer du
Roi,portez les éperons; M. du
Sanfoy Ecuyer du Roy, portez
l'écu ; M... portez les gantelets;
M... portez leheaume ou
caſque ; M. le Grand Ecuyer
de France,portezl'épée roya .
le ; M. le Grand Chambellan,
portez la cotte d'armes ; M.le
Duc de Briffac , portez le paneau
; M.le Duc de Luines ,
portez le Sceptre ; M. le Duc
GALANT. 249
d'Ufés , portez la Couronnei
Enſuite le Heraut cria trois
fois le Roy eſt mort, & un
moment aprés , vive le Roy ,
trois fois : les timbales , trompettes
, hautbois , tambours
qui étoient dans la nefſe firent
entendre ; il cria encore vive
Louis XV. Roy de France
& de Navarre ; & la ceremonie
finie à cinq heures ,
on alla dîner. Il y avoit quatorze
cent couverts , foixante
pour le Clergé , quatre- vingt
deux pour le Parlement ; tout
fut ſervi avec beaucoup d'ordre
par fix cent Suiffes , &
250 MERCURE
)
toutes les tables furent remphes
de mets exquis.
Voici l'ordre comme on
étoit placé. LeClergé dans le
Sanctuaire à la droite, les Ambaſſadeurs
à la gauche , Mon,
ſeigneur le Ducd'Orleans dans
les formes , fuivi des Princes
& des Ducs : le Duc d'Ufés
comme le premier étoit aprés
M. de Charolois , aprés les
Dacs , la Chambre des Com
ptes ſur la gauche , le Parle,
ment , la Cour des Aydes , la
Cour des Monnoyes , & l'Univerſité
ſur des bancs.
GALANT. 251
On aura , comme je viens
de vous ledire , un détail exact
de cette ceremonie , dans la
Relation qui va paroître.
S. A. R. Monſeigneur le Duc
d'Orleans , accompagné de
Monfieur le Duc , de Monfieur
le Comte de Charolois ,
ſe rendic dans le Choeur de
l'Egliſe de S. Denis , où l'on
avoit dreſſe un fuperbeMauſolée,
dontil ſera facile de ſçavoir
ladeſcription au long dansle
Journal queje vais vous donner.
Le Clergé de France s'y
étoit rendu auparavant,de mêmeque
le Parlement,laChambredesComptes,
Cour desAy
GALANT. 243
des,Courdes Monnoyes, Univerſité&
la Ville. Le Service
commença , M. le Cardinal
de Rohan Grand Aumônier
de France fit l'Office , aſſiſté
des Evêques deSeez , d'Auxer.
re , de Beauvais & d'Angers ;
aprés l'Evangile Monſeigneur
le Duc d'Orleans precedé des
Herauts &Roy d'Armes , accompagné
du Grand Maître
des Ceremonies , alla à l'Offrande
, fitune reverence à la
repreſentation ou Mauſolée ,
au Clergé , aux Princes da
Sang , aux Ambaſſfadeurs , au
Parlement , Cour des Aydes ,
X ij
244 MERCUR
د
&c. Les autres deux Princes
allerent à l'Offrande aprésluy
&firentlesmêmes reverences :
enſuite M. l'Evêque de Caſtres
monta en Chaire & fit l'Oraifon
Funebre , & fit voir que le
Roy avoit été un ſpectacle de
felicité un ſpectacle de ſageffe
, & un ſpectacle de
Religion. Ce Prelat fut applaudi
, on continua la Meſſe ,
à la fin de laquelle M. le Cardinal
de Rohan & les quatre
Evêques aſſiſtants allerent auprés
duMauſolée faire les ab-
Toutes : & quand elles furent
finies ils vinrent s'affeoir à la
porte du caveau : pour lors les
GALANT. 245
Gardes du Corps en manteaux
noirs & capuchons, tirerent le
capuchons
cercuëil duMauſolée, pour le
porter au caveau , aprés avoir
mis deſſus un poële d'unemoire
d'argent , brodé d'or, fourré
d'herminés, dont les quatre
coins furent portez par le Premier
Preſident & trois autres .
Preſidents à Mortier en Robes
rouges& hermines : qua
tre Gardes de la Manche mar
choient avec leurs pertuifanes
& leurs cottes brodées
d'or & un capuchon noir aux
quatre côtez . Quand on eut
mis le corps du Roy dans le
caveau , M. le Marquis de
246 MERCURE
Dreux Grand Maître des Ceremonies
cria tout haut : Herauts
d'Armes de France , fai.
tes vos charges : ils marcherent
au nombre de douze , &
jetterent leurs bâtons & leurs
Dalmatiques dans le caveau :
enfuite M. le Grand Maître
appella tout haut M. de Courtenvaux
Capitaine de la Compagnie
des cent Suiſſes , faites
vôtre charge , portez l'enſeigne
, il vint en manteau noir
l'enſeigne couverte d'un cré .
pe , qu'il poſa dans l'entrée du
caveau : pour lors un des Herauts
prit la lifte & appella M.
GALANT. 247
le Duc de Charoſt, Capitaine
d'une des Compagnies des
Gardes du Corps , faites vôtre
charge , portez l'enſeigne; M.
le Duc de Villeroy :Capitaine
d'une des Compagnies des
Gardes du Gorps , faites vô .
tre charge, portezl'enſeigne ;
M. de Baliviere Lieutenant de
la premiere Compagnie des
Gardes duCorps ,tranfmis à
l'absence de M le Maréchal
d'Harcourt , faites vôtre charge,
portez l'enſeigne ; M. le
Duc de Noailles Capitaine de
la Compagnie Ecoffoife, faites
vôtreCharge , portez l'enſei-
XXiiiij
248 MERCURE
gne ; M. le Duc de la Tremoille
faiſant l'office de grand
maître& chefdu convoi , fut
ainſiappellé; M. l'Ecuyer tranchant
fat auſſi appellé ; M de
Momor premier Ecuyer du
Roi,portez les éperons; M. du
Sanfoy Ecuyer du Roy, portez
l'écu ; M... portez les gantelets;
M... portez leheaume ou
caſque ; M. le Grand Ecuyer
de France,portezl'épée roya .
le ; M. le Grand Chambellan,
portez la cotte d'armes ; M.le
Duc de Briffac , portez le paneau
; M.le Duc de Luines ,
portez le Sceptre ; M. le Duc
GALANT. 249
d'Ufés , portez la Couronnei
Enſuite le Heraut cria trois
fois le Roy eſt mort, & un
moment aprés , vive le Roy ,
trois fois : les timbales , trompettes
, hautbois , tambours
qui étoient dans la nefſe firent
entendre ; il cria encore vive
Louis XV. Roy de France
& de Navarre ; & la ceremonie
finie à cinq heures ,
on alla dîner. Il y avoit quatorze
cent couverts , foixante
pour le Clergé , quatre- vingt
deux pour le Parlement ; tout
fut ſervi avec beaucoup d'ordre
par fix cent Suiffes , &
250 MERCURE
)
toutes les tables furent remphes
de mets exquis.
Voici l'ordre comme on
étoit placé. LeClergé dans le
Sanctuaire à la droite, les Ambaſſadeurs
à la gauche , Mon,
ſeigneur le Ducd'Orleans dans
les formes , fuivi des Princes
& des Ducs : le Duc d'Ufés
comme le premier étoit aprés
M. de Charolois , aprés les
Dacs , la Chambre des Com
ptes ſur la gauche , le Parle,
ment , la Cour des Aydes , la
Cour des Monnoyes , & l'Univerſité
ſur des bancs.
GALANT. 251
On aura , comme je viens
de vous ledire , un détail exact
de cette ceremonie , dans la
Relation qui va paroître.
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Résumé : Ceremonie faite à S. Denis le jour de l'inhumation de Loüis XIV. [titre d'après la table]
Le 23 à dix heures et demie, Son Altesse Royale Monseigneur le Duc d'Orléans, accompagné du Duc et du Comte de Charolois, se rendit dans le chœur de l'église de Saint-Denis pour une cérémonie funéraire. Un somptueux mausolée avait été préparé, dont la description détaillée serait publiée ultérieurement. Les autorités présentes incluaient le clergé de France, le Parlement, la Chambre des Comptes, la Cour des Aides, la Cour des Monnoyes, l'Université et la Ville. La cérémonie débuta avec M. le Cardinal de Rohan, Grand Aumônier de France, assisté des évêques de Seez, d'Auxerre, de Beauvais et d'Angers. Après la lecture de l'Évangile, Monseigneur le Duc d'Orléans, suivi des hérauts d'armes et du Grand Maître des Cérémonies, se dirigea vers l'offrande et fit une révérence au mausolée, au clergé, aux princes du sang, aux ambassadeurs, au Parlement et à la Cour des Aides. Les autres princes imitèrent ce geste. L'évêque de Castres monta ensuite en chaire pour prononcer une oraison funèbre, louant le roi comme un modèle de félicité, de sagesse et de religion. Il fut applaudi, et la messe continua. À la fin de la cérémonie, le cardinal de Rohan et les quatre évêques assistants se dirigèrent vers le mausolée pour les ablutions. Les gardes du corps retirèrent le cercueil du mausolée pour le transporter au caveau. Avant cela, ils placèrent dessus un poêle de moire d'argent brodé d'or et fourré d'hermine, porté par le Premier Président et trois autres présidents en robes rouges et hermines. Quatre gardes de la Manche escortèrent le cercueil avec leurs pertuisanes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 14-16
LETTRE sur la statue de l'Irmen-Sul, ancienne divinité des Germains.
Début :
Il m'est impossible, Monsieur, de répondre à toutes vos questions touchant [...]
Mots clefs :
Irminsul, Divinité des Germains, Statue, Montagne, Saxons, Germains, Caveau
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE sur la statue de l'Irmen-Sul, ancienne divinité des Germains.
LETTRE fur la ftatue de l'Irmen - Sul
ancienne divinité des Germains.
Iz m'eft impoffible , Monſieur , de répondre
à toutes vos queftions touchant
la montagne fur laquelle l'Irmen- Sul à
reçu , pendant fi long-temps , les hommages
des Saxons . Voici les éclairciffemens
que j'ai pris par mes propres yeux ,
& ceux qu'un Bénédictin de Marsberg
même à bien voulu me communiquer...
Dans le Duché de Weftphalie , & près de
la petite ville de Statberg , eft une montagne
ifolée fur laquelle on trouve un bourg
qui n'a rien de remarquable , non plus
que le couvent des Bénédictins mitigés
qui en occupe la partie feptentrionale . Au
nord de l'églife conventuelle eſt une
pierre brute , ou peu s'en faut , qui , dit- on ,
JUIN 1768.
fervoit jadis de piédeftal à l'idole des
Saxons. Sa forme eft des plus triviales ,
& reffemble à une meule de moulin . Charlemagne
, qui fit dans ce pays de fréquentes
miffions , plaça fur cette bâfe informe la
ftatue de la Vierge tenant entre fes bras
l'Enfant Jéfus , auquel elle femble indiquer,
avec le doigt , le caveau où les Germains
facrifioient des victimes humaines.
Ce caveau qui me paroît , ainfi que la
ftatue de la Vierge , un ouvrage trèsmoderne
, quoi qu'en difent MM. les Religieux
) ne préfente ni hyérogliphe , ni
infcription , & n'eft par conféquent d'aucune
reffource pour un differtateur. Au
moyen de quoi tout fe réduit à dire que
la fameufe ftatue d'Herman , d'Irmen , ott
d'Irmen- Sul , n'eft plus dans l'endroit où
elle a reçu les adorations des Saxons ; que
Charlemagne , après de fanglantes guerres ,
eft venu à bout de la renverfer , mais non
pas de la détruire , puifqu'on la voit encore
à Hildesheim , & qu'elle repréfente , fuivant
la tradition , un guerrier qu'on fuppofe
être Arminius , vainqueur des Romains,
ou le dieu Mars adoré des Germains !
Cette dernière opinion tire fa vraisemblance
du nom de la montagne où étoit le temple
de cette divinité , qu'on appelle encore
Marsberg; c'est-à- dire , la montagne de
16 MERCURE DE FRANCE.
Mars. Quant au caveau , on doit convenir ,
quelque envie qu'on ait de differter , qu'il
n'y a aucun veftige de paganifme , & qu'au
contraire , tout nous y retrace la loi nouvelle
, puifque l'oeil y remarque avec plaifir
plufieurs tonneaux de vin , &c .
و
On trouve encore , fur le cimetière des
Moines , la ftatue de Roland que les
Bénédictins confervent avec foin , parce
qu'ils affurent qu'elle fuffit pour prouver
que leur couvent eft un fief immédiat de
l'Empire ; auffi prétendent - ils être fouverains
dans leur clôture , & ne reconnoître
d'autre jurifdiction que celle du Prince de
Corwei , leur Abbé.
Une infcription latine que l'on voit fur
une petite porte , dans la baffe- cour du
monastère , m'a frappé par fa fingularité.
La voici mot pour mot. In honorem beati
Donati , Epifcopi & Martiris , hoc equile
conftruxit R. R. D. de Wens , Prapofitus
Marsbergenfis , anno , & c. Bâtir une écurie
à l'honneur d'un faint me paroît une dévo
tion des plus fingulières.
Voilà , Monfieur , tout ce que j'ai lu ,
vu & entendu à Marsberg. Je fuis fâché
de n'avoir pas le talent de l'amplification
pour vous en faire accroire un peu , &
pour m'entretenir plus long- temps avec
vous. J'ai l'honneur d'être , & c.
ancienne divinité des Germains.
Iz m'eft impoffible , Monſieur , de répondre
à toutes vos queftions touchant
la montagne fur laquelle l'Irmen- Sul à
reçu , pendant fi long-temps , les hommages
des Saxons . Voici les éclairciffemens
que j'ai pris par mes propres yeux ,
& ceux qu'un Bénédictin de Marsberg
même à bien voulu me communiquer...
Dans le Duché de Weftphalie , & près de
la petite ville de Statberg , eft une montagne
ifolée fur laquelle on trouve un bourg
qui n'a rien de remarquable , non plus
que le couvent des Bénédictins mitigés
qui en occupe la partie feptentrionale . Au
nord de l'églife conventuelle eſt une
pierre brute , ou peu s'en faut , qui , dit- on ,
JUIN 1768.
fervoit jadis de piédeftal à l'idole des
Saxons. Sa forme eft des plus triviales ,
& reffemble à une meule de moulin . Charlemagne
, qui fit dans ce pays de fréquentes
miffions , plaça fur cette bâfe informe la
ftatue de la Vierge tenant entre fes bras
l'Enfant Jéfus , auquel elle femble indiquer,
avec le doigt , le caveau où les Germains
facrifioient des victimes humaines.
Ce caveau qui me paroît , ainfi que la
ftatue de la Vierge , un ouvrage trèsmoderne
, quoi qu'en difent MM. les Religieux
) ne préfente ni hyérogliphe , ni
infcription , & n'eft par conféquent d'aucune
reffource pour un differtateur. Au
moyen de quoi tout fe réduit à dire que
la fameufe ftatue d'Herman , d'Irmen , ott
d'Irmen- Sul , n'eft plus dans l'endroit où
elle a reçu les adorations des Saxons ; que
Charlemagne , après de fanglantes guerres ,
eft venu à bout de la renverfer , mais non
pas de la détruire , puifqu'on la voit encore
à Hildesheim , & qu'elle repréfente , fuivant
la tradition , un guerrier qu'on fuppofe
être Arminius , vainqueur des Romains,
ou le dieu Mars adoré des Germains !
Cette dernière opinion tire fa vraisemblance
du nom de la montagne où étoit le temple
de cette divinité , qu'on appelle encore
Marsberg; c'est-à- dire , la montagne de
16 MERCURE DE FRANCE.
Mars. Quant au caveau , on doit convenir ,
quelque envie qu'on ait de differter , qu'il
n'y a aucun veftige de paganifme , & qu'au
contraire , tout nous y retrace la loi nouvelle
, puifque l'oeil y remarque avec plaifir
plufieurs tonneaux de vin , &c .
و
On trouve encore , fur le cimetière des
Moines , la ftatue de Roland que les
Bénédictins confervent avec foin , parce
qu'ils affurent qu'elle fuffit pour prouver
que leur couvent eft un fief immédiat de
l'Empire ; auffi prétendent - ils être fouverains
dans leur clôture , & ne reconnoître
d'autre jurifdiction que celle du Prince de
Corwei , leur Abbé.
Une infcription latine que l'on voit fur
une petite porte , dans la baffe- cour du
monastère , m'a frappé par fa fingularité.
La voici mot pour mot. In honorem beati
Donati , Epifcopi & Martiris , hoc equile
conftruxit R. R. D. de Wens , Prapofitus
Marsbergenfis , anno , & c. Bâtir une écurie
à l'honneur d'un faint me paroît une dévo
tion des plus fingulières.
Voilà , Monfieur , tout ce que j'ai lu ,
vu & entendu à Marsberg. Je fuis fâché
de n'avoir pas le talent de l'amplification
pour vous en faire accroire un peu , &
pour m'entretenir plus long- temps avec
vous. J'ai l'honneur d'être , & c.
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Résumé : LETTRE sur la statue de l'Irmen-Sul, ancienne divinité des Germains.
La lettre évoque la statue de l'Irmin-Sul, ancienne divinité germaine, située dans le Duché de Westphalie près de Stadtberg. Sur une montagne isolée abritant un bourg et un couvent bénédictin, une pierre brute servait autrefois de socle à une idole saxonne. Charlemagne y a placé une statue de la Vierge avec l'Enfant Jésus, marquant un caveau où les Germains pratiquaient des sacrifices humains. Ce caveau et la statue actuelle ne portent ni hiéroglyphe ni inscription. La statue originale d'Herman, ou Irmin-Sul, se trouve désormais à Hildesheim et représente probablement Arminius ou le dieu Mars. La montagne, nommée Marsberg, renforce cette association avec Mars. Le caveau ne montre aucun vestige païen, mais contient des tonneaux de vin. Le cimetière des moines abrite une statue de Roland, utilisée par les Bénédictins pour affirmer leur souveraineté sous la juridiction du Prince de Corwei. Une inscription latine mentionne la construction d'une écurie en l'honneur de saint Donat, détail que l'auteur juge singulier.
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