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Liste
551
p. 157-167
SUPPLÉMENT à l'Article des Nouvelles Littéraires. ANNONCES DE LIVRES.
Début :
ESSAI critique sur l'Etat présent de la République des Lettres, par M. l'Abbé [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Article des Nouvelles Littéraires. ANNONCES DE LIVRES.
SUPPLÉMENT à l'Article des Nouvelles
Littéraires.
ANNONCES DE LIVRES.
ESSAI critique sur l'Etat présent de la
République des Lettres, par M. l'Abbé
le Franc de Pompignan , aujourd'hui
Evêque du Puy. Nouvelle Edition . Pe-
tite brochure in- 12 , petit format , dont
on trouve des Exemplaires chez Chau
bert ,Libraire, rue du Hurepoix , près le
158 MERCURE DE FRANCE .
quai des Auguftins , 1764. Cet Ecrit a
été compofé il y a environ 24 ans , &
parut imprimé pour la première fois dans
les Recueils de l'Académie de Montau-
ban. On y voit ce que M. de Pompignan
penfoit de la Littérature Françoife , &
du goût qui régnoit en France dans le
temps qu'il écrivoit.
ABRÉGÉ chronologique de l'Hiftoire
générale d'Italie , depuis la chute de
l'Empire Romain en Occident ; c'eſt-à-
dire , depuis l'an 476 de l'Ere Chrétien-
ne, jufqu'au Traité d'Aix- la- Chapelle
en 1748 ; par M. de Saint - Marc , de
l'Académie de la Rochelle ; tome fe-
cond , ou feconde partie du tome pre-
mier , depuis l'an 840jufqu'à l'an 1027 ;
à Paris , chez Jean-Thomas Hériffant ,
Imprimeur ordinaire du Roi , des Cabi-
net & Maifon de Sa Majefté , rue S. Jac-
ques , à S. Paul & à S. Hilaire ; avec ap-
probation & Privilége du Roi , 1763.
Nous avons annoncé dans le temps la
première partie de cet Ouvrage , qui
n'eft point entièrement modelé fur celui
de M. le Préfident Hainault. Il n'auroit
pas fuffi , pour des Lecteurs François à
qui l'Hiftoire d'Italie n'eft pas auffi con-
nue que la nôtre , de rappeller en peu de
JANVIER. 1764.
159
mots les principaux événemens. M. de
Saint-Marc , ayant à conduire fes Lec-
teurs dans des routes peu battues , s'eft
appliqué à les leur applanir : il détaille
donc,jufqu'à un certain point, les événe→
mens , & les préfente avec leurs caufes
& leurs fuites.
DISCOURS de M. d'Açarcq, de la So-
ciété Littéraire d'Arras , pour fa récep-
tion à l'Académie Royale des Belles-
Lettres de la Rochelle ; à Amfterdam ,
1763 , brochure in- 8°. Ce Difcours eft
la première partie d'un Ouvrage que
l'Auteur médite , & qui doit avoir pour
titre , la Balance philofophique . Cette
première partie eft un Effaifur les Idées.
ALMANACH des Centenaires , ou du-
rée de la Vie humaine au-delà de cent
ans , démontrée par des éxemples fans
nombre , tant anciens que modernes ;
avec le Calendrier de l'année 1764. Se-
cond Supplément , avec cette Epigra
phe : Sic vivite juvenes , utfenes ;fenes
ut feniores fiatis. A Paris , chez A. M.
Lottin , Libraire & Imprimeur de M. le
Duc de Berry , rue S. Jacques , près S.
Yves , au Coq , 1764 ; avec approbation
& permiffion , in-16. Voici la troiſième
160 MERCURE DE FRANCE.
annéé que ce petit Almanach paroît. On
continue de prier ceux qui pourrontjuf-
tifier leur qualité de Centenaire , d'en-
voyer leurs noms écrits bien lifiblement
pour être cités dans l'Almanach de l'an-
née prochaine. On trouve chez le même
Libraire les deux premières parties de cet.
Ouvrage..
LE TRIOMPHE du Beau-Séxe , ou Ca
lendrier des Dames Illuftres,contenant les
Eloges hiftoriques des Dames qui fe font:
diftinguées par leur politique , leur atta-
chement pour leurs époux , leur courage,.
leur chasteté & leur efprit ; enrichi de
Chanfons nouvelles fur les plus beaux .
Airs connus ; à Paris , chez Grange &
Dufour, au Cabinet Littéraire , Pont:
Notre-Dame , près la Pompe ; & chez
Manier , dans S. Jean de Latran ; in-32-
On ne doit pas confondre cet Almanach
avec les Etrennes aux Dames , qui fe
vendent chez Mufier. Le deffein en eft
différent. Celui de Mufier contient une
notice des Femmes qui fe font diſtin-
guées dans les Belles- Lettres ; & leur:
Eloge hiftorique.
Campagne de M. le Maréchal de
Créquy, en Lorraine & en Alface., en
JANVIER. 1764.
161
1677 , rédigée par M. Carlet de la Ro-
ziére , Chevalier de l'Ordre Royal & Mi-
litaire de S. Louis , Capitaine réformé de
Dragons , & ci-devant Aide - Maréchal
Général des Logis de l'Armée du Haut-
Rhin ; avec cette Epigraphe : Sæpius:
enim penuria , quam pugna , confumit
exercitum ; &ferrofæviorfames eft. Veg..
lib. 3 , cap. 3. à Paris , 1764. Volume
petit in-8 . Nous rendrons un compte
détaillé de cet Ouvrage utile aux Gens
de Guerre.
MAGASIN hiftorique pour l'Efprit &
le Cœur; à Strasbourg, chez J. Godefroy-
Bauer , Libraire , & fe trouve à Paris ,.
chez Durand neveu , Libraire , rue S.
Jacques , à la Sageffe ; 1764 , 2 volum..
in-12 ; prix 2. liv. 8 f. brochés. Cette
double Brochure renferme . trois cens
traits historiques très-connus pour la plu--
part , & dont nous croyons pouvoir nous
difpenfer d'entretenir nos lecteurs . L'Au--
teur de cette Collection nous apprend
qu'il ne l'a entreprise que pour ceux qui
s'appliquent à l'étude des Langues Fran-
çoife & Allemande ; & , pour cet effet ,
on a eu foin de publier en même temps.
une Traduction Allemande de cet Ou-
vrage ; elle fe trouve chez le même
Libraire..
162 MERCURE DE FRANCE.
OBSERVATIONS fur les Principes de
l'Harmonie , occafionnées par quelques
Ecrits modernes fur ce fujet , & particu
lièrement par l'Article FONDAMENTAL
de M. d'Alembert , dans l'Encyclopédie ;
le Traité de Théorie Muficale de M. Tar
tini , & le Guide Harmonique de M. Ge-
miniani ; par M. J. A. Serra ; avec cette
Epigraphe
Amant alterna camenæ ; à
Genève, chez Henri- Albert Goſſe & Jean
Goffe , Libraires & Imprimeurs ; 1763.
Brochure in-8°. Ce Livre divifé en trois
parties , contient , 1 °. des Réflexions fur
divers points de Théorie Muficale traités
dans l'Encyclopédie par M. d'Alembert ;
2º. une Analyſe critique de l'Ouvrage
de M. Tartini ; 3 ° . des Réfléxions criti-
ques fur l'Ecrit de M. Gemeniani.
TRAITÉ des Odeurs , fuite du Traité
de la Diſtilation , par M. de Jean , Difti-
lateur ; à Paris chez Nyon , à l'Occafion,
chez Guillyn , au Lys d'or , chez Sau-
grain , le jeune , à la Fleurs-de-lys , Quai
des Auguftins , du côté du Pont faint
Michel , 1764 , avec Approbation &
Privilége du Roi , un vol . in
-
12. prix
2 livres. Dans fon Traité de la Diftila-
tion , M. de Jean avoit donné une partie
des parfums, les huiles effentielles, quel-
ques eaux d'odeurs fpiritueufes & fimples,
JANVIER. 1764.
163
Ces différens objets entroient naturel-
lement dans cette feconde partie que
l'Auteur continue fur le même plan ,
pour rendre complet fon premier Ou-
vrage.
AVIS très-important au Public , fur
differentes espèces de Corps & de Botti-
nes d'une nouvelle invention , par le
Sr. d'Offémont , Maître & Marchand
Tailleur de corps de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , rue de la Verrerie
,
vis-à-vis l'Eglife de faint Merry , à côté
du Coq-lié de perles , au coin de la rue
faint Bon , au fecond fur le devant ; à
Paris , chez le Prieur , rue faint Jac-
ques , 1763. Cet avis important que
l'Auteur diftribue gratuitement , paroît
déjà depuis plufieurs années , & ap
prend aux lecteurs de quel avantage
peuvent être les Corps & Bottines de
M. d'Offémont.
》』 》
ECOLE de Littérature , tirée de nos
meilleurs Ecrivains ; à Paris chez Ba-
buty , fils , Libraire , Quai des Auguf-
tins , entre les rues Gille- Coeur & Pavée,
à l'Etoile , & chez Brocas & Humblot
rue faint Jacques , au - deffus de la rue
des Mathurins , au Chef S. Jean ; 1764,
164 MERCURE DE FRANCE.
avec Approbation & Privilége du Roi ;
2 vol. in 12. Prix 2 livres 10 fols brc
ché , 3 liv. relié. M. Duclos a dit dans fes
Confidérations fur les Mœurs , que le
plus grand fervice que les Académies
puffent
rendre aux Lettres
9
aux
Sciences & aux Arts , étoit de faire des
méthodes , & de tracer des routes qui
épargnaffent du travail & des erreurs ,.
& qui conduififfent à la vérité par les
voyes les plus courtes & les plus fûres.
M. de la Chalotais , dans fon plan d'é-
tude pour la jeuneffe , cite les mêmes
paroles de M. Duclos , & forme les mê-
mes vœux dans le cours de fon
ouvrage.
Les Sociétés littéraire n'ont point encore
éxécuté ce projet , & peut- être en feront
elles difpenfées quand elles auront vû
cette Ecole de Littérature composée ex-
actement d'après l'idée de M. Duclos ,
& le plan de M: de la Chalotais : ce font
en effet , non pas des Sociétés littérai-
res , mais tout ce que nous avons eu
d'Ecrivains diftingués , ou de célébres
Académiciens , qui ont fourni le fond
de cet ouvrage , le plus utile que nous
ayons en ce genre , & fur lequel nous
feront obligés de revenir plus d'une fois.
Nous dirons feulement aujourd'hui que
depuis l'impromptu jufqu'au poëme
épique, depuis lé dialogue jufqu'au fer-
JANVIER 1764
165
mon, depuis le conte jufqu'à l'hiftoire
générale , il n'y a point de genre de lit-
térature qui ne trouve ici des précéptes
fournis par les plus grands Maitres ;
non feulement pour juger de ces dif
ferens ouvrages, mais pour en compofer
avec fuccès.
APPEL aux Sçavans & aux Gens de
Lettres , au fujet de la Bibliographie
inftructive. Brochure in-8°. 1764. On
apprend dans cet écrit , que le Sr Debure
Libraire , Auteur d'un Catalogue des
Livres les plus curieux & les plus rares,
ayant effuyé plufieurs critiques fur cet
Ouvrage , s'eft cru enfin obligé d'y ré-
pondre , & il en appelle aux Sçavans &
aux Gens de Lettres qu'il prend pour-
Juges entre lui & fes Adverfaires.
L'OFFICIER Partifan ; par M. de
S. Geniés , Chevalier de l'Ordre Mili-
taire de S. Louis , & Commandant de
Bataillon ; à Paris , chez Mufier , Li-
braire , quai des Auguftins , & chez
Panckoucke , Libraire , rue de la Co-,
médie Françoife ; 1763 , avec approba-
tion & privilége du Roi , 1 vol. in 12.
3
C'est une feconde édition revue & cor-
rigée , & confidérablement augmentée
166 MERCURE DE FRANCE,
par l'Auteur. La première parut en
1754. Cet Ouvrage eft connu , & on
l'a traduit en plufieurs langues. On en
promet inceffamment un fecond volu-
me dont nous rendrons compte dans
le temps.
DISSSERTATION fur la petite Vérole
& l'Inoculation ; Londres , 1763. Bro-
chure in-12 , dont la première partie
prouve que la petite vérole n'eft pas
dangereufe ; & la feconde donne les
moyens de prévenir les dommages qu'-
elle fait à la beauté,
RÉPONSE à une des principales ob-
jections qu'on oppoſe maintenant aux
Partifans de l'Inoculation de la petite
vérole ; feuille in- 12.
NOUVEAUX éclairciffemens fur l'i-
noculation de la petite vérole , pour.
fervir de réponse à un écrit de M. Raft,
Médecin à Lyon ; Brochure in- 12.
LETTRE de Barnevelt dans fa priſon,
à Truman fon ami , précédée d'une Let-
tre de l'Auteur, In-8° . Paris , 1764.
Chez Sébastien Jorry , Imprimeur- Li-
braire, rue & vis-à-vis la Comédie Fran-
goife.
JANVIER. 1764.
1.67
Les âmes fenfibles peuvent feules ap-
précier tout le mérite de cet Ouvrage ,
dont nous nous propofons de rendre
compte dans le Mercure prochain. On
peut d'ailleurs le regarder comme un
petit chef- d'œuvre d'impreffion.
Littéraires.
ANNONCES DE LIVRES.
ESSAI critique sur l'Etat présent de la
République des Lettres, par M. l'Abbé
le Franc de Pompignan , aujourd'hui
Evêque du Puy. Nouvelle Edition . Pe-
tite brochure in- 12 , petit format , dont
on trouve des Exemplaires chez Chau
bert ,Libraire, rue du Hurepoix , près le
158 MERCURE DE FRANCE .
quai des Auguftins , 1764. Cet Ecrit a
été compofé il y a environ 24 ans , &
parut imprimé pour la première fois dans
les Recueils de l'Académie de Montau-
ban. On y voit ce que M. de Pompignan
penfoit de la Littérature Françoife , &
du goût qui régnoit en France dans le
temps qu'il écrivoit.
ABRÉGÉ chronologique de l'Hiftoire
générale d'Italie , depuis la chute de
l'Empire Romain en Occident ; c'eſt-à-
dire , depuis l'an 476 de l'Ere Chrétien-
ne, jufqu'au Traité d'Aix- la- Chapelle
en 1748 ; par M. de Saint - Marc , de
l'Académie de la Rochelle ; tome fe-
cond , ou feconde partie du tome pre-
mier , depuis l'an 840jufqu'à l'an 1027 ;
à Paris , chez Jean-Thomas Hériffant ,
Imprimeur ordinaire du Roi , des Cabi-
net & Maifon de Sa Majefté , rue S. Jac-
ques , à S. Paul & à S. Hilaire ; avec ap-
probation & Privilége du Roi , 1763.
Nous avons annoncé dans le temps la
première partie de cet Ouvrage , qui
n'eft point entièrement modelé fur celui
de M. le Préfident Hainault. Il n'auroit
pas fuffi , pour des Lecteurs François à
qui l'Hiftoire d'Italie n'eft pas auffi con-
nue que la nôtre , de rappeller en peu de
JANVIER. 1764.
159
mots les principaux événemens. M. de
Saint-Marc , ayant à conduire fes Lec-
teurs dans des routes peu battues , s'eft
appliqué à les leur applanir : il détaille
donc,jufqu'à un certain point, les événe→
mens , & les préfente avec leurs caufes
& leurs fuites.
DISCOURS de M. d'Açarcq, de la So-
ciété Littéraire d'Arras , pour fa récep-
tion à l'Académie Royale des Belles-
Lettres de la Rochelle ; à Amfterdam ,
1763 , brochure in- 8°. Ce Difcours eft
la première partie d'un Ouvrage que
l'Auteur médite , & qui doit avoir pour
titre , la Balance philofophique . Cette
première partie eft un Effaifur les Idées.
ALMANACH des Centenaires , ou du-
rée de la Vie humaine au-delà de cent
ans , démontrée par des éxemples fans
nombre , tant anciens que modernes ;
avec le Calendrier de l'année 1764. Se-
cond Supplément , avec cette Epigra
phe : Sic vivite juvenes , utfenes ;fenes
ut feniores fiatis. A Paris , chez A. M.
Lottin , Libraire & Imprimeur de M. le
Duc de Berry , rue S. Jacques , près S.
Yves , au Coq , 1764 ; avec approbation
& permiffion , in-16. Voici la troiſième
160 MERCURE DE FRANCE.
annéé que ce petit Almanach paroît. On
continue de prier ceux qui pourrontjuf-
tifier leur qualité de Centenaire , d'en-
voyer leurs noms écrits bien lifiblement
pour être cités dans l'Almanach de l'an-
née prochaine. On trouve chez le même
Libraire les deux premières parties de cet.
Ouvrage..
LE TRIOMPHE du Beau-Séxe , ou Ca
lendrier des Dames Illuftres,contenant les
Eloges hiftoriques des Dames qui fe font:
diftinguées par leur politique , leur atta-
chement pour leurs époux , leur courage,.
leur chasteté & leur efprit ; enrichi de
Chanfons nouvelles fur les plus beaux .
Airs connus ; à Paris , chez Grange &
Dufour, au Cabinet Littéraire , Pont:
Notre-Dame , près la Pompe ; & chez
Manier , dans S. Jean de Latran ; in-32-
On ne doit pas confondre cet Almanach
avec les Etrennes aux Dames , qui fe
vendent chez Mufier. Le deffein en eft
différent. Celui de Mufier contient une
notice des Femmes qui fe font diſtin-
guées dans les Belles- Lettres ; & leur:
Eloge hiftorique.
Campagne de M. le Maréchal de
Créquy, en Lorraine & en Alface., en
JANVIER. 1764.
161
1677 , rédigée par M. Carlet de la Ro-
ziére , Chevalier de l'Ordre Royal & Mi-
litaire de S. Louis , Capitaine réformé de
Dragons , & ci-devant Aide - Maréchal
Général des Logis de l'Armée du Haut-
Rhin ; avec cette Epigraphe : Sæpius:
enim penuria , quam pugna , confumit
exercitum ; &ferrofæviorfames eft. Veg..
lib. 3 , cap. 3. à Paris , 1764. Volume
petit in-8 . Nous rendrons un compte
détaillé de cet Ouvrage utile aux Gens
de Guerre.
MAGASIN hiftorique pour l'Efprit &
le Cœur; à Strasbourg, chez J. Godefroy-
Bauer , Libraire , & fe trouve à Paris ,.
chez Durand neveu , Libraire , rue S.
Jacques , à la Sageffe ; 1764 , 2 volum..
in-12 ; prix 2. liv. 8 f. brochés. Cette
double Brochure renferme . trois cens
traits historiques très-connus pour la plu--
part , & dont nous croyons pouvoir nous
difpenfer d'entretenir nos lecteurs . L'Au--
teur de cette Collection nous apprend
qu'il ne l'a entreprise que pour ceux qui
s'appliquent à l'étude des Langues Fran-
çoife & Allemande ; & , pour cet effet ,
on a eu foin de publier en même temps.
une Traduction Allemande de cet Ou-
vrage ; elle fe trouve chez le même
Libraire..
162 MERCURE DE FRANCE.
OBSERVATIONS fur les Principes de
l'Harmonie , occafionnées par quelques
Ecrits modernes fur ce fujet , & particu
lièrement par l'Article FONDAMENTAL
de M. d'Alembert , dans l'Encyclopédie ;
le Traité de Théorie Muficale de M. Tar
tini , & le Guide Harmonique de M. Ge-
miniani ; par M. J. A. Serra ; avec cette
Epigraphe
Amant alterna camenæ ; à
Genève, chez Henri- Albert Goſſe & Jean
Goffe , Libraires & Imprimeurs ; 1763.
Brochure in-8°. Ce Livre divifé en trois
parties , contient , 1 °. des Réflexions fur
divers points de Théorie Muficale traités
dans l'Encyclopédie par M. d'Alembert ;
2º. une Analyſe critique de l'Ouvrage
de M. Tartini ; 3 ° . des Réfléxions criti-
ques fur l'Ecrit de M. Gemeniani.
TRAITÉ des Odeurs , fuite du Traité
de la Diſtilation , par M. de Jean , Difti-
lateur ; à Paris chez Nyon , à l'Occafion,
chez Guillyn , au Lys d'or , chez Sau-
grain , le jeune , à la Fleurs-de-lys , Quai
des Auguftins , du côté du Pont faint
Michel , 1764 , avec Approbation &
Privilége du Roi , un vol . in
-
12. prix
2 livres. Dans fon Traité de la Diftila-
tion , M. de Jean avoit donné une partie
des parfums, les huiles effentielles, quel-
ques eaux d'odeurs fpiritueufes & fimples,
JANVIER. 1764.
163
Ces différens objets entroient naturel-
lement dans cette feconde partie que
l'Auteur continue fur le même plan ,
pour rendre complet fon premier Ou-
vrage.
AVIS très-important au Public , fur
differentes espèces de Corps & de Botti-
nes d'une nouvelle invention , par le
Sr. d'Offémont , Maître & Marchand
Tailleur de corps de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , rue de la Verrerie
,
vis-à-vis l'Eglife de faint Merry , à côté
du Coq-lié de perles , au coin de la rue
faint Bon , au fecond fur le devant ; à
Paris , chez le Prieur , rue faint Jac-
ques , 1763. Cet avis important que
l'Auteur diftribue gratuitement , paroît
déjà depuis plufieurs années , & ap
prend aux lecteurs de quel avantage
peuvent être les Corps & Bottines de
M. d'Offémont.
》』 》
ECOLE de Littérature , tirée de nos
meilleurs Ecrivains ; à Paris chez Ba-
buty , fils , Libraire , Quai des Auguf-
tins , entre les rues Gille- Coeur & Pavée,
à l'Etoile , & chez Brocas & Humblot
rue faint Jacques , au - deffus de la rue
des Mathurins , au Chef S. Jean ; 1764,
164 MERCURE DE FRANCE.
avec Approbation & Privilége du Roi ;
2 vol. in 12. Prix 2 livres 10 fols brc
ché , 3 liv. relié. M. Duclos a dit dans fes
Confidérations fur les Mœurs , que le
plus grand fervice que les Académies
puffent
rendre aux Lettres
9
aux
Sciences & aux Arts , étoit de faire des
méthodes , & de tracer des routes qui
épargnaffent du travail & des erreurs ,.
& qui conduififfent à la vérité par les
voyes les plus courtes & les plus fûres.
M. de la Chalotais , dans fon plan d'é-
tude pour la jeuneffe , cite les mêmes
paroles de M. Duclos , & forme les mê-
mes vœux dans le cours de fon
ouvrage.
Les Sociétés littéraire n'ont point encore
éxécuté ce projet , & peut- être en feront
elles difpenfées quand elles auront vû
cette Ecole de Littérature composée ex-
actement d'après l'idée de M. Duclos ,
& le plan de M: de la Chalotais : ce font
en effet , non pas des Sociétés littérai-
res , mais tout ce que nous avons eu
d'Ecrivains diftingués , ou de célébres
Académiciens , qui ont fourni le fond
de cet ouvrage , le plus utile que nous
ayons en ce genre , & fur lequel nous
feront obligés de revenir plus d'une fois.
Nous dirons feulement aujourd'hui que
depuis l'impromptu jufqu'au poëme
épique, depuis lé dialogue jufqu'au fer-
JANVIER 1764
165
mon, depuis le conte jufqu'à l'hiftoire
générale , il n'y a point de genre de lit-
térature qui ne trouve ici des précéptes
fournis par les plus grands Maitres ;
non feulement pour juger de ces dif
ferens ouvrages, mais pour en compofer
avec fuccès.
APPEL aux Sçavans & aux Gens de
Lettres , au fujet de la Bibliographie
inftructive. Brochure in-8°. 1764. On
apprend dans cet écrit , que le Sr Debure
Libraire , Auteur d'un Catalogue des
Livres les plus curieux & les plus rares,
ayant effuyé plufieurs critiques fur cet
Ouvrage , s'eft cru enfin obligé d'y ré-
pondre , & il en appelle aux Sçavans &
aux Gens de Lettres qu'il prend pour-
Juges entre lui & fes Adverfaires.
L'OFFICIER Partifan ; par M. de
S. Geniés , Chevalier de l'Ordre Mili-
taire de S. Louis , & Commandant de
Bataillon ; à Paris , chez Mufier , Li-
braire , quai des Auguftins , & chez
Panckoucke , Libraire , rue de la Co-,
médie Françoife ; 1763 , avec approba-
tion & privilége du Roi , 1 vol. in 12.
3
C'est une feconde édition revue & cor-
rigée , & confidérablement augmentée
166 MERCURE DE FRANCE,
par l'Auteur. La première parut en
1754. Cet Ouvrage eft connu , & on
l'a traduit en plufieurs langues. On en
promet inceffamment un fecond volu-
me dont nous rendrons compte dans
le temps.
DISSSERTATION fur la petite Vérole
& l'Inoculation ; Londres , 1763. Bro-
chure in-12 , dont la première partie
prouve que la petite vérole n'eft pas
dangereufe ; & la feconde donne les
moyens de prévenir les dommages qu'-
elle fait à la beauté,
RÉPONSE à une des principales ob-
jections qu'on oppoſe maintenant aux
Partifans de l'Inoculation de la petite
vérole ; feuille in- 12.
NOUVEAUX éclairciffemens fur l'i-
noculation de la petite vérole , pour.
fervir de réponse à un écrit de M. Raft,
Médecin à Lyon ; Brochure in- 12.
LETTRE de Barnevelt dans fa priſon,
à Truman fon ami , précédée d'une Let-
tre de l'Auteur, In-8° . Paris , 1764.
Chez Sébastien Jorry , Imprimeur- Li-
braire, rue & vis-à-vis la Comédie Fran-
goife.
JANVIER. 1764.
1.67
Les âmes fenfibles peuvent feules ap-
précier tout le mérite de cet Ouvrage ,
dont nous nous propofons de rendre
compte dans le Mercure prochain. On
peut d'ailleurs le regarder comme un
petit chef- d'œuvre d'impreffion.
Fermer
552
p. 169-170
MUSIQUE.
Début :
LES CHARMES de l'HARMONIE, Ariette de Basse-Taille, Taille, ou Bas-dessus, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.
7.
LES CHARMES de l'HARMONIE,
Ariette de Basse-Taille, Taille, ou Bas-dessus,
avec grande Symphonie , chan-
II. Vol.
jouant le rôle de
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Muficien dans les deur Talens , Comé
die nouvelle mife en Mufique par M.
le Chevalier d'Herbain , & repréſentée
fur le Théâtre Italien. Prix , 2 liv. 8 f.
aux adreffes ordinaires de Mufique.
Le Cœur enflammé , Ariette en ron-
deau , avec fymphonie , chantée par
Madame la Ruette , jouant le rôle d'E-
leonore dans les deux Talens. Par le
même Auteur & aux mêmes adreffes.
91-
La Famille chantante , ou le Journal
hebdomadaire , compofé de Chanfons
Vaudevilles , Rondeaux , Ariettes , Ro-
mances , Duo , Brunettes , & c, avec ac-
compagnement de Violon & Baffe chif-
frée pour le Clavecin ou la Harpe , dont
il paroîtra une feuille périodique tous
les Lundis , à commencer, du 2 Janvier
1764. Le prix de la Soufcription pour
Paris eft de 12 liv. par an ,
par an , & pour la
Province , port franc , 18 liv. On fouf-
crit à Paris chez M. de la Chevardiere
Editeur de ce Journal , rue du Roule
à la Croix d'Or.
7.
LES CHARMES de l'HARMONIE,
Ariette de Basse-Taille, Taille, ou Bas-dessus,
avec grande Symphonie , chan-
II. Vol.
jouant le rôle de
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Muficien dans les deur Talens , Comé
die nouvelle mife en Mufique par M.
le Chevalier d'Herbain , & repréſentée
fur le Théâtre Italien. Prix , 2 liv. 8 f.
aux adreffes ordinaires de Mufique.
Le Cœur enflammé , Ariette en ron-
deau , avec fymphonie , chantée par
Madame la Ruette , jouant le rôle d'E-
leonore dans les deux Talens. Par le
même Auteur & aux mêmes adreffes.
91-
La Famille chantante , ou le Journal
hebdomadaire , compofé de Chanfons
Vaudevilles , Rondeaux , Ariettes , Ro-
mances , Duo , Brunettes , & c, avec ac-
compagnement de Violon & Baffe chif-
frée pour le Clavecin ou la Harpe , dont
il paroîtra une feuille périodique tous
les Lundis , à commencer, du 2 Janvier
1764. Le prix de la Soufcription pour
Paris eft de 12 liv. par an ,
par an , & pour la
Province , port franc , 18 liv. On fouf-
crit à Paris chez M. de la Chevardiere
Editeur de ce Journal , rue du Roule
à la Croix d'Or.
Fermer
553
p. 175-177
OPERA.
Début :
L'OUVERTURE de ce Théâtre, dans la nouvelle Salle du Palais des Thuileries, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OPERA.
OPERA.
L'OUVERTURE de ce Théâtre, dans
la nouvelle Salle du Palais des Thuileries,
doit fefaire le Mardi 24 de ce mois , par
la repréſentation de Caftor & Pollux ,
Tragédie-Opéra , Poëme de M. BER-
NARD , Mufique de M. RAMEAU .
Nous avons déjà parlé de cet Opéra
dans l'Article des Spectacles de la Cour
à Fontainebleau . Il feroit fuperflu de
répéter ici les éloges tant de fois don-
nés par le Public au mérite de cet
Ouvrage.
Il paroît que l'on fait les
plus grands efforts pour fuppléer par
d'autres parties , dans la repréfentation ,
à Paris , à quelques avantages exclu-
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
fivement attachés à celles qu'on a don-
nées à la Cour.
On continuera le même Opéra les
Jeudi , Vendredi & Dimanche fuivans.
Il y aura Bal le Dimanche 29.
Le Public entrera dans cette Salle par
deux endroits. D'un côté par la prin-
cipale porte , Cour des Suiffes ; de l'autre
par une conduite pratiquée à l'extré-
mité d'une des deux Galleries qui régnent
fur le Jardin , à laquelle on pourra ar-
river à couvert en defcendant dans la
Cour des Princes. Il y aura à chacune de
ces entrées des Bureaux pour délivrer les
billets & recevoir l'argent ; mais on ne
le rendra aux perfonnes qui fortent
avant le Spectacle qu'au Bureau de la
porte principale du côté de la Cour des
Suiffes ; laquelle fera auffi l'unique en-
trée pour les Bals. Lorfqu'on aura pris
des billets on entrera dans un très-grand
veftibule bien éclairé , d'où par deux
perrons on fe diftribuera dans toute
les places de la Salle. Une des portes
de ce veftibule , donnant fur le Jardin
des Thuileries, fera ouverte pour la for-
tie du Public , dans les beaux jours ,
à la fin du Spectacle. Indépendament
des deux entrées générales ,
1
il y en a
de particulières pour fe rendre fur le
JANVIER. 1764:
177
Théâtre & d'autres pour une partie des
Logês louées à l'année.
Ceux qui ont droit d'ordonner fur la
police des Voitures aux entrées & forties
des Spectacles , ont pris les plus fages
mefures pour la circulation libre & fa-
cile de ces voitures , & en même temps
pour la fùreté des gens de pied.
En donnant dans le deuxième vo-
lume de Juillet de l'année précédente
les Etats des Acteurs des deux Comé-
dies , nous avions remis à l'ouverture
du Théâtre après Pâques celui de l'O-
péra ; on fçait les conjonctures qui
l'ont fufpendu. Nous croyons devoir
publier actuellement cet Etat dont nous
pouvons garantir l'éxactitude.
L'OUVERTURE de ce Théâtre, dans
la nouvelle Salle du Palais des Thuileries,
doit fefaire le Mardi 24 de ce mois , par
la repréſentation de Caftor & Pollux ,
Tragédie-Opéra , Poëme de M. BER-
NARD , Mufique de M. RAMEAU .
Nous avons déjà parlé de cet Opéra
dans l'Article des Spectacles de la Cour
à Fontainebleau . Il feroit fuperflu de
répéter ici les éloges tant de fois don-
nés par le Public au mérite de cet
Ouvrage.
Il paroît que l'on fait les
plus grands efforts pour fuppléer par
d'autres parties , dans la repréfentation ,
à Paris , à quelques avantages exclu-
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
fivement attachés à celles qu'on a don-
nées à la Cour.
On continuera le même Opéra les
Jeudi , Vendredi & Dimanche fuivans.
Il y aura Bal le Dimanche 29.
Le Public entrera dans cette Salle par
deux endroits. D'un côté par la prin-
cipale porte , Cour des Suiffes ; de l'autre
par une conduite pratiquée à l'extré-
mité d'une des deux Galleries qui régnent
fur le Jardin , à laquelle on pourra ar-
river à couvert en defcendant dans la
Cour des Princes. Il y aura à chacune de
ces entrées des Bureaux pour délivrer les
billets & recevoir l'argent ; mais on ne
le rendra aux perfonnes qui fortent
avant le Spectacle qu'au Bureau de la
porte principale du côté de la Cour des
Suiffes ; laquelle fera auffi l'unique en-
trée pour les Bals. Lorfqu'on aura pris
des billets on entrera dans un très-grand
veftibule bien éclairé , d'où par deux
perrons on fe diftribuera dans toute
les places de la Salle. Une des portes
de ce veftibule , donnant fur le Jardin
des Thuileries, fera ouverte pour la for-
tie du Public , dans les beaux jours ,
à la fin du Spectacle. Indépendament
des deux entrées générales ,
1
il y en a
de particulières pour fe rendre fur le
JANVIER. 1764:
177
Théâtre & d'autres pour une partie des
Logês louées à l'année.
Ceux qui ont droit d'ordonner fur la
police des Voitures aux entrées & forties
des Spectacles , ont pris les plus fages
mefures pour la circulation libre & fa-
cile de ces voitures , & en même temps
pour la fùreté des gens de pied.
En donnant dans le deuxième vo-
lume de Juillet de l'année précédente
les Etats des Acteurs des deux Comé-
dies , nous avions remis à l'ouverture
du Théâtre après Pâques celui de l'O-
péra ; on fçait les conjonctures qui
l'ont fufpendu. Nous croyons devoir
publier actuellement cet Etat dont nous
pouvons garantir l'éxactitude.
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554
p. 178-180
ETAT de l'Académie Royale de Musique, a l'Ouverture du Théâtre dans la Salle des Thuileries, le 24 Janvier 1764.
Début :
DIRECTEURS, M. REBEL, Chevalier de l'Ordre de S. Michel. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ETAT de l'Académie Royale de Musique, a l'Ouverture du Théâtre dans la Salle des Thuileries, le 24 Janvier 1764.
ETAT de l'Académie Royale de Musique, a
l'Ouverture du Théâtre dans la Salle des Thuileries,
le 24 Janvier 1764.
DIRECTEURS,
M. REBEL, Chevalier de l'Ordre de S. Michel.
GELIN
LARRIVÉE ,
REGNAULT ,
CASSAGNADE ,
Surintendans de la
l'Ordre de S. Michel. 3 Mufique du Roi.
M. FRANCŒUR.
SECRETAIRE PERPÉTUEL ,
PILLOT ,
M. JO LIVEAU.
'ACTEURS chantans dans les Rôles.
DURAND ,
MUGUET ,
LE GROS ,
DU PAR ,
CHEVALIER ,
ARNOUD ,
DU BOIS ,
RIVIERE ,
ROZET ,
MESSIEURS
Baffes-Tailles.
Hautes-Contres.
ACTRICES chantantes dans les Rôles.
MESDEMOISELLES
SAINT-HILLAIRE ,
LE MIERRE ( Epoufe du Sieur Larrivée ) ,
DU RANCI ,
BERNARD ,
DU BRIEULle.
N. B. On n'apas cru devoirgroffir cet Etat decelui
des Chaurs chantans , attendu qu'il fe trouve impri-
mé àlatêtedechaque Edition des Livres de Paroles,
JANVIER 1764.
BALLET
Maitre & Compofiteur des Ballets.
M. LANY.
LANY ,
VESTRIS,
BEAT ,
TRUSTY ,
DANSEURS feuls.
7
HYACINTHE ,
MESSIEURS
3.
LAVAL, Adjoint au Maître des Ballets ,
LYONNOIS J
I. GARDEL.
MESSIEURS
ROGIER ,
DUBOIS
RIVIERE
LANY C
179
DANSEURS en double & figurans,
HAMOCHE L.
CESERON ,
GOUGY ,
LIESSE .
MARTINET
LANY ,
HENRY.
A SURNUMERAIRES.
PESLIN ,
MESSIEURS
ANO DOSSION ,
HAMOCHE COM
DANSEUSES feules
JAMESDEMOISELLES
LYONNOISMESTRIS
,
ALLARD.
MESDEMOISELLES
GUIMARD.
H vj
A
DANSEUSES feules , en double & figurantes
180 MERCURE DE FRANCE.
DANSEUSES en double & figurantes..
DEMIRÉ ,
REI ,
BASSE ,
PERRIN ,
DORNET ,
SIANNE ,
LA HAYE ,
MISDEMOISELLEST
VILLETTE ,
MARTAISE ,
CONTAT
DACHÉ ,
BOUSCARELLE ;
TELIS ,
4.09
SARON ,
SAINT-MARTIN ,
PETITOT,
LE CLERC.
SURNUMERAIRES.
MBSDEMOISELLES
LOZANGE ,
M. BERTON.
*
T
GODEAU ,
MARCILLY
ROUSSILLON ,
LAVEAU ,
COUSTON ,
VERNIER,
MIMI ,
CORNU ,
BUARD.
Maître de Mufique de l'Orchestre battant la Meſure.
ECOLE DE CHANT.
M. LE VASSEUR , Maître de Chant .
M. CHAPOTIN , Maître de Mufique.
4
ECOLE DE DANS E.
M. HYACINTHE , Maître de Danſe.
l'Ouverture du Théâtre dans la Salle des Thuileries,
le 24 Janvier 1764.
DIRECTEURS,
M. REBEL, Chevalier de l'Ordre de S. Michel.
GELIN
LARRIVÉE ,
REGNAULT ,
CASSAGNADE ,
Surintendans de la
l'Ordre de S. Michel. 3 Mufique du Roi.
M. FRANCŒUR.
SECRETAIRE PERPÉTUEL ,
PILLOT ,
M. JO LIVEAU.
'ACTEURS chantans dans les Rôles.
DURAND ,
MUGUET ,
LE GROS ,
DU PAR ,
CHEVALIER ,
ARNOUD ,
DU BOIS ,
RIVIERE ,
ROZET ,
MESSIEURS
Baffes-Tailles.
Hautes-Contres.
ACTRICES chantantes dans les Rôles.
MESDEMOISELLES
SAINT-HILLAIRE ,
LE MIERRE ( Epoufe du Sieur Larrivée ) ,
DU RANCI ,
BERNARD ,
DU BRIEULle.
N. B. On n'apas cru devoirgroffir cet Etat decelui
des Chaurs chantans , attendu qu'il fe trouve impri-
mé àlatêtedechaque Edition des Livres de Paroles,
JANVIER 1764.
BALLET
Maitre & Compofiteur des Ballets.
M. LANY.
LANY ,
VESTRIS,
BEAT ,
TRUSTY ,
DANSEURS feuls.
7
HYACINTHE ,
MESSIEURS
3.
LAVAL, Adjoint au Maître des Ballets ,
LYONNOIS J
I. GARDEL.
MESSIEURS
ROGIER ,
DUBOIS
RIVIERE
LANY C
179
DANSEURS en double & figurans,
HAMOCHE L.
CESERON ,
GOUGY ,
LIESSE .
MARTINET
LANY ,
HENRY.
A SURNUMERAIRES.
PESLIN ,
MESSIEURS
ANO DOSSION ,
HAMOCHE COM
DANSEUSES feules
JAMESDEMOISELLES
LYONNOISMESTRIS
,
ALLARD.
MESDEMOISELLES
GUIMARD.
H vj
A
DANSEUSES feules , en double & figurantes
180 MERCURE DE FRANCE.
DANSEUSES en double & figurantes..
DEMIRÉ ,
REI ,
BASSE ,
PERRIN ,
DORNET ,
SIANNE ,
LA HAYE ,
MISDEMOISELLEST
VILLETTE ,
MARTAISE ,
CONTAT
DACHÉ ,
BOUSCARELLE ;
TELIS ,
4.09
SARON ,
SAINT-MARTIN ,
PETITOT,
LE CLERC.
SURNUMERAIRES.
MBSDEMOISELLES
LOZANGE ,
M. BERTON.
*
T
GODEAU ,
MARCILLY
ROUSSILLON ,
LAVEAU ,
COUSTON ,
VERNIER,
MIMI ,
CORNU ,
BUARD.
Maître de Mufique de l'Orchestre battant la Meſure.
ECOLE DE CHANT.
M. LE VASSEUR , Maître de Chant .
M. CHAPOTIN , Maître de Mufique.
4
ECOLE DE DANS E.
M. HYACINTHE , Maître de Danſe.
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555
p. 162-164
MUSIQUE. ANNONCE d'un nouveau Clavecin organisé.
Début :
LA VILLE de Grenoble vient de voir sortir des mains d'un de ses Artistes [...]
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texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE. ANNONCE d'un nouveau Clavecin organisé.
MUSIQUE.
ANNONCE d'un nouveau Clavecin
organisé.
LA VILLE de Grenoble vient de
voir sortir des mains d'un de ses Artistes
(M. Berger , Accompagnateur de fon
Concert ) un nouveau Clavecin organi-
fé , auquel il travailloit depuis onze ans ,
& qu'il a enfin conduità ſa perfection.
La deſcription & l'énumération de ſes
différens jeux vont mettre le Public à
portéede le comparer aux inſtrumens de
cetteeſpècequela ſagacitéde nos Artif-
tes a imaginés depuis quelques années ,
& de lui affigner le rang qu'il mérite
parmi eux.
Ce Clavecin eſt de la grandeur & de
la forme ordinaires. C'eſt dans les tra-
verſes des pieds, leſquelles ont ſeule-
FEVRIER. 1764.
163
ment deux pouces & demi de hauteur ,
que ſont contenus le Méchaniſme de
l'Instrument , & les différens Jeux qu'il
réunit. Voici le détail des effets qu'on
peut produire par fon moyen.
1º. Au premier clavier répond un Jeu
d'Orgue à l'uniffon de la Contre-baffe ,
& au fon de huit pieds qui imite le Baf-
fon & le Hautbois.
2°. Le ſeconddonne unJeu de Clave-
cin compoſé de deux uniffons & d'une
octave.
3°. On peut faire entendre enſemble
ou ſéparément l'Orgue & le Clavecin ,
non-feulement dans tout le cours d'une
pièce , mais dans les endroits qu'on ju-
gera à propos ; c'est-à-dire , qu'après les
avoir touchés enſemble , onpeut les ſe-
parer , ſans interrompre ſon jeu ,& vice
verfa; quel que ſoit le mouvement de la
piéce.
4°. On a fur cet Inſtrument la liberté
d'enfler les fons ou de les diminuer par
gradation;& cela s'exécute fans appuyer
davantage fur le Clavier, & fans déran-
ger les mains. Les fons les plus doux ,
& à peine perceptibles , peuvent aufli
fuccéder tout-à-coup auxplus forts &
aux plus pleins, &au contraire.
5.AceClavecin ſont encore adaptés
164 MERCURE DE FRANCE.
deux Jeux , l'un de Guittarre , l'autre de
Harpe , qui répondent au ſecond Cla-
vier ; mais de telle manière , que celui
qui les touche peut à ſon gré les fuppri-
mer , ou les faire entendre l'un ou l'au-
tre , ou tous les deux avec le Clavecin.
Il ſeroit ſuperflu de remarquer le nom-
brede combinaiſons différentes quipeu-
vent naître , au gré & fuivant le goût de
l'Artiſte qui touche l'instrument , de la
réunion , ou de la fuppreffion de quel-
ques-uns de ces Jeux. Nous laiſſons aux
gensdel'Art le ſoin d'apprécier cette in-
vention. Nous nous bornons à obſerver
que tous ceux qui ont entendu l'Inſtru-
ment de M. Berger , n'ont pu ſe refuſer
à une vive admiration , tant pour les ef
fets variés qu'il produit , que pour le
Mechaniſme , au moyen duquel il eſt
parvenu à réunir tant de Jeux différens.
ANNONCE d'un nouveau Clavecin
organisé.
LA VILLE de Grenoble vient de
voir sortir des mains d'un de ses Artistes
(M. Berger , Accompagnateur de fon
Concert ) un nouveau Clavecin organi-
fé , auquel il travailloit depuis onze ans ,
& qu'il a enfin conduità ſa perfection.
La deſcription & l'énumération de ſes
différens jeux vont mettre le Public à
portéede le comparer aux inſtrumens de
cetteeſpècequela ſagacitéde nos Artif-
tes a imaginés depuis quelques années ,
& de lui affigner le rang qu'il mérite
parmi eux.
Ce Clavecin eſt de la grandeur & de
la forme ordinaires. C'eſt dans les tra-
verſes des pieds, leſquelles ont ſeule-
FEVRIER. 1764.
163
ment deux pouces & demi de hauteur ,
que ſont contenus le Méchaniſme de
l'Instrument , & les différens Jeux qu'il
réunit. Voici le détail des effets qu'on
peut produire par fon moyen.
1º. Au premier clavier répond un Jeu
d'Orgue à l'uniffon de la Contre-baffe ,
& au fon de huit pieds qui imite le Baf-
fon & le Hautbois.
2°. Le ſeconddonne unJeu de Clave-
cin compoſé de deux uniffons & d'une
octave.
3°. On peut faire entendre enſemble
ou ſéparément l'Orgue & le Clavecin ,
non-feulement dans tout le cours d'une
pièce , mais dans les endroits qu'on ju-
gera à propos ; c'est-à-dire , qu'après les
avoir touchés enſemble , onpeut les ſe-
parer , ſans interrompre ſon jeu ,& vice
verfa; quel que ſoit le mouvement de la
piéce.
4°. On a fur cet Inſtrument la liberté
d'enfler les fons ou de les diminuer par
gradation;& cela s'exécute fans appuyer
davantage fur le Clavier, & fans déran-
ger les mains. Les fons les plus doux ,
& à peine perceptibles , peuvent aufli
fuccéder tout-à-coup auxplus forts &
aux plus pleins, &au contraire.
5.AceClavecin ſont encore adaptés
164 MERCURE DE FRANCE.
deux Jeux , l'un de Guittarre , l'autre de
Harpe , qui répondent au ſecond Cla-
vier ; mais de telle manière , que celui
qui les touche peut à ſon gré les fuppri-
mer , ou les faire entendre l'un ou l'au-
tre , ou tous les deux avec le Clavecin.
Il ſeroit ſuperflu de remarquer le nom-
brede combinaiſons différentes quipeu-
vent naître , au gré & fuivant le goût de
l'Artiſte qui touche l'instrument , de la
réunion , ou de la fuppreffion de quel-
ques-uns de ces Jeux. Nous laiſſons aux
gensdel'Art le ſoin d'apprécier cette in-
vention. Nous nous bornons à obſerver
que tous ceux qui ont entendu l'Inſtru-
ment de M. Berger , n'ont pu ſe refuſer
à une vive admiration , tant pour les ef
fets variés qu'il produit , que pour le
Mechaniſme , au moyen duquel il eſt
parvenu à réunir tant de Jeux différens.
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556
p. 164-165
« M. GAVINIÉS propose aux Amateurs de Musique une Souscription, pour [...] »
Début :
M. GAVINIÉS propose aux Amateurs de Musique une Souscription, pour [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M. GAVINIÉS propose aux Amateurs de Musique une Souscription, pour [...] »
M. GAVINIÉS propose aux Amateurs
de Musique une Souscription, pour
faire graver SIX CONCERTO deſa com-
poſition , avec toutes ſes parties. On
pourra ſouſcrire depuis le premier du
mois de Février juſqu'au premier du
mois de Mai. Le prix des CONCERTO
fera d'un Louis pour ceux qui auront
foufcrit , & de 36 liv. pour les autres.
FEVRIER. 1764.
165
On ſouſcrira chez l'Auteur , rue S. Tho-
mas du Louvre , à Paris.
Le même Auteur vient de mettre en
vente Six SONATES à violon ſeul &
baſſe. Troiſième Œuvre. Prix 9 liv. qui
ſe trouve auſſi chez lui , & aux adreſſes
ordinaires de Muſique.
Prix
liv.
SIX SONATES , d'un goût agréable
&chantant , en Duo , pour les flûtes ,
violons , hautbois , par-deſſus de viole ,
&c. Par M. PAGANELLI , miſes au
jour par le Sieur LE LOUP , Maître de
Flûte. Prix 5 liv. Chez le Sieur LE LOUP,
Editeur des Récréations de Polymnie ,
rue duMouton , près laGréve , au Caffé
du coin de la rue de la Tixéranderie.
1
LE Sr L. VOYEZ , Organiſte à Abbe-
ville , dont la réputation eſt connue ,
avertit le Public qu'il continue de mon-
trer le Clavecin & la Muſique : les De-
moiſelles qui voudront acquérir ce ta-
lent , pourront revevoir ſes leçons dans
la belle Abbaye des Dames de Villan-
court à Abbeville , où les penſions font
très-modiques.
de Musique une Souscription, pour
faire graver SIX CONCERTO deſa com-
poſition , avec toutes ſes parties. On
pourra ſouſcrire depuis le premier du
mois de Février juſqu'au premier du
mois de Mai. Le prix des CONCERTO
fera d'un Louis pour ceux qui auront
foufcrit , & de 36 liv. pour les autres.
FEVRIER. 1764.
165
On ſouſcrira chez l'Auteur , rue S. Tho-
mas du Louvre , à Paris.
Le même Auteur vient de mettre en
vente Six SONATES à violon ſeul &
baſſe. Troiſième Œuvre. Prix 9 liv. qui
ſe trouve auſſi chez lui , & aux adreſſes
ordinaires de Muſique.
Prix
liv.
SIX SONATES , d'un goût agréable
&chantant , en Duo , pour les flûtes ,
violons , hautbois , par-deſſus de viole ,
&c. Par M. PAGANELLI , miſes au
jour par le Sieur LE LOUP , Maître de
Flûte. Prix 5 liv. Chez le Sieur LE LOUP,
Editeur des Récréations de Polymnie ,
rue duMouton , près laGréve , au Caffé
du coin de la rue de la Tixéranderie.
1
LE Sr L. VOYEZ , Organiſte à Abbe-
ville , dont la réputation eſt connue ,
avertit le Public qu'il continue de mon-
trer le Clavecin & la Muſique : les De-
moiſelles qui voudront acquérir ce ta-
lent , pourront revevoir ſes leçons dans
la belle Abbaye des Dames de Villan-
court à Abbeville , où les penſions font
très-modiques.
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557
p. 169-173
ORDONNÉS par M. le Duc de FLEURY, Pair de France, Premier Gentilhomme de la Chambre du ROI, en Exercice ; & conduits par M. PAPILLON DE LA FERTÉ, Intendant des Menus-Plaisirs de Sa Majesté. M. REBEL, Chevalier de l'Ordre de S. Michel, Surintendant de la Musique du ROI, en semestre.
Début :
LE Mercredi, 4 Janvier, les Comédiens Italiens représenterent les Amours [...]
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texteReconnaissance textuelle : ORDONNÉS par M. le Duc de FLEURY, Pair de France, Premier Gentilhomme de la Chambre du ROI, en Exercice ; & conduits par M. PAPILLON DE LA FERTÉ, Intendant des Menus-Plaisirs de Sa Majesté. M. REBEL, Chevalier de l'Ordre de S. Michel, Surintendant de la Musique du ROI, en semestre.
ORDONNÉS par M. le Duc de
FLEURY, Pair de France, Premier
Gentilhomme de la Chambre du ROI,
en Exercice ; & conduits par M.
PAPILLON DE LA FERTÉ, Intendant
des Menus-Plaisirs de Sa
Majesté.
M. REBEL, Chevalier de l'Ordre de
S. Michel, Surintendant de la Musique du ROI, en semestre.
LE Mercredi, 4 Janvier, les Comédiens
Italiens représenterent les Amours
H
TO MERCURE DE FRANCE.
de Camille & d'Arlequin , Comédie Ita-
lienne en 3 Actes de M. GOLDONI,
Cette Piéce dont nous avons parlé plu-
fieurs fois , eut tout le ſuccès que doit
avoir un Ouvrage du vrai genre de la
Comédie dans une Cour éclairée , où le
bon goût n'a point encore été altéré par
les bizarreries de caprice qui féduiſent le
vulgaire. La ſeconde Piéce fut Baftien
& Bastienne , Parodie du Devin de
Village.
;
Le Jeudi 5 , les Comédiens François
repréſenterent Amasis , Tragédie de feu
M. DE LA GRANGE CHANCEL. ( de
1730. ) Elle fut ſuivie du Sicilien , Co-
médie de MOLIERE en un Acte en
Proſe de 1657. Dans la Tragédie , le
fieur LEKAIN joua le rôlede Séſoftris.
La Dille DUMESNIL, celuide Nitocris
&c. &c.
Le Mardi , 10 , par les Comédiens
François , le Chevalier à la mode , Co-
médie en 5 Actes en Proſe du feu fieur
DANCOURT. ( 1687.)
Le ſieur BELCOUR jouoit le rôle du
Chevalier , le ſieur PREVILLE , celui de
Crifpin ; la Dlle PREVILLE , celui de
MdePatin; la Dlle DROUIN , celuide
la Baronne ; le rôle de Soubrette , par
la Dile LE KAIN , &c.
,
FEVRIER. 1764.
171
Pour feconde Piéce,l'Etédes Coquettes,
dumêmeAuteur, en unActe& en Profe.
(de 1690.) Dans laquelle le ſieur MOLÉ
jouoit le rôle de Clitandre , &c. &c.
Le lendemain , 11 , les Comédiens
Italiens repréſentérent les deux Chaffeurs
&la Laitière , Comédie en un Acte ,
mêlée d'Ariettes , par M. ANSEAUME ,
précédé d'Arlequin & Scapin rivaux ,
Piéce Italienne en deux Ates.
Le 12 , les Comédiens François repré-
ſenterent Iphigénie , Tragédie de RA-
CINE. (de 1674.) Le ſieur BRIZARD
jouoit le rôle d'Agamemnon ; le ſieur
MOLÉ , celui d'Achille ; la Dile CLAI-
RON , celui d'Eriphile ; la Dlle DUMES-
NIL ,
Clitemnestre ; la Dlle Huss ,
Iphigénie , &c.
Pour ſeconde Piéce , le Tuteur , Co-
médie en un Acte & en Proſe du feu
fieur DANCOURT. (de 1695. )
Le Mardi 17 , les mêmes Comédiens
repréſenterent Démocrite, Comédie en
5Actes & en vers,de feu M. REGNARD.
(de 1700.)
Le ſieur BONNEVAL jouoit Démo-
crite; le fieur MOLÉ , Agelas ; le ſieur
ARMAND , Strabon ; le ſieur PAULIN,
lePaysan ; la Dlle PREVILLE , Ifmène;
laDileDOLIGNI , Criféïs; laDile BEL
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
COUR , la ſuivante d'Ifmène , &c.
Pour ſeconde Piéce l'Ufurier Gentil-
homme , comédie en un Acte & en Profe,
du feu fieur LE GRAND. ( de 1713. )
Prèſque les mêmes Acteurs & Actrices
de la première Piéce étoient employés
dans celle ci. Le ſieur AUGER jouoit
Frontin ; & la Dile DROUIN , Mde
Mananville.
Le Mercredi , 18 , on éxécuta deux
Actes d'Opéra , ſçavoir , pour la ſeconde
fois , l'Acte du Feu , troiſiéme Entrée
des Elémens , tel qu'il avoit été éxécuté
lemois précédent, ( * ) enſuite la Danse,
troifiéme Entrée du Ballet des Talens
lyriques , Poëme d'un Anonyme , Mu-
fique de M. RAMEAU,
Le Sr JÉLIOTE chantoit le rôle de
Mercure traveſtie en Berger. La Dlle
LANI chantoit & danſoit celui d'Eglé ,
le Sr LARRIVÉE le rôle d'Eurilas , Ber-
ger. La Dile LARRIVÉE chantoit une
Bergère. La Dlle ALLARD danſoit les
entrées de Terpsicore, le Sr CAMPIONI
danſoit à la tête des Faunes.
Le Sr BUREAU , repréſentant Pale-
mon , jouoit du hautbois fur le Théâtre,
Cet Acte , très-bien exécuté , & dont
leDivertiſſementavoit été agréablement
( *) Voyez le ſecond Vol. de Janvier.
FEVRIER. 1764.
173
diſpoſé , a fait le plus grand plaifir. La
Dile LANI , avec beaucoup de crainte ,
peu de voix , mais un ſon gracieux , plus
d'art& d'agrémens qu'on n'en exigeroit
d'une Danſeuſedansle chant , a rendu le
rôle d'Eglé avec ſuccèsdans cette partie :
dans celle de la Danſe , avec l'admira-
tion qu'elle ne ceſſe de mériter , & qui
ſe renouvelle chaque fois que l'on jouit
d'un talent unique , dont il eſt impoffi-
ble de donner une idée exacte aux Lec-
teurs qui ne l'ont pas vu.
Le Śr JÉLIOTTE chanta tout ce rôle ,
& la célébre Arriette qui le termine ,
L'objet qui règne dans mon âme , &c.
avec la même force , le même agrément
& les mêmes éclats dans la voix que le
Public a entendu lorſqu'on repréſen-
toit à Paris le Ballet charmant dont cet
Acte fait partie.
La Dile ALLARD a très-bien foutenu
par ſa danſe le caractère de Terpſycore ,
qu'elle repréſentoit. Plaire dans une en-
trée où le talentde la Dlle LANI eſt en
concurrence,eſt ſans doute le fuffrage le
plus flatteur qu'on puiſſe eſpérer en ce
genre.LesBallets étoientdeMM.LAVAL
père & fils , Maître des Ballets du Roi.
La fuite des Spectacles de la Cour au
Mercureprochain.
FLEURY, Pair de France, Premier
Gentilhomme de la Chambre du ROI,
en Exercice ; & conduits par M.
PAPILLON DE LA FERTÉ, Intendant
des Menus-Plaisirs de Sa
Majesté.
M. REBEL, Chevalier de l'Ordre de
S. Michel, Surintendant de la Musique du ROI, en semestre.
LE Mercredi, 4 Janvier, les Comédiens
Italiens représenterent les Amours
H
TO MERCURE DE FRANCE.
de Camille & d'Arlequin , Comédie Ita-
lienne en 3 Actes de M. GOLDONI,
Cette Piéce dont nous avons parlé plu-
fieurs fois , eut tout le ſuccès que doit
avoir un Ouvrage du vrai genre de la
Comédie dans une Cour éclairée , où le
bon goût n'a point encore été altéré par
les bizarreries de caprice qui féduiſent le
vulgaire. La ſeconde Piéce fut Baftien
& Bastienne , Parodie du Devin de
Village.
;
Le Jeudi 5 , les Comédiens François
repréſenterent Amasis , Tragédie de feu
M. DE LA GRANGE CHANCEL. ( de
1730. ) Elle fut ſuivie du Sicilien , Co-
médie de MOLIERE en un Acte en
Proſe de 1657. Dans la Tragédie , le
fieur LEKAIN joua le rôlede Séſoftris.
La Dille DUMESNIL, celuide Nitocris
&c. &c.
Le Mardi , 10 , par les Comédiens
François , le Chevalier à la mode , Co-
médie en 5 Actes en Proſe du feu fieur
DANCOURT. ( 1687.)
Le ſieur BELCOUR jouoit le rôle du
Chevalier , le ſieur PREVILLE , celui de
Crifpin ; la Dlle PREVILLE , celui de
MdePatin; la Dlle DROUIN , celuide
la Baronne ; le rôle de Soubrette , par
la Dile LE KAIN , &c.
,
FEVRIER. 1764.
171
Pour feconde Piéce,l'Etédes Coquettes,
dumêmeAuteur, en unActe& en Profe.
(de 1690.) Dans laquelle le ſieur MOLÉ
jouoit le rôle de Clitandre , &c. &c.
Le lendemain , 11 , les Comédiens
Italiens repréſentérent les deux Chaffeurs
&la Laitière , Comédie en un Acte ,
mêlée d'Ariettes , par M. ANSEAUME ,
précédé d'Arlequin & Scapin rivaux ,
Piéce Italienne en deux Ates.
Le 12 , les Comédiens François repré-
ſenterent Iphigénie , Tragédie de RA-
CINE. (de 1674.) Le ſieur BRIZARD
jouoit le rôle d'Agamemnon ; le ſieur
MOLÉ , celui d'Achille ; la Dile CLAI-
RON , celui d'Eriphile ; la Dlle DUMES-
NIL ,
Clitemnestre ; la Dlle Huss ,
Iphigénie , &c.
Pour ſeconde Piéce , le Tuteur , Co-
médie en un Acte & en Proſe du feu
fieur DANCOURT. (de 1695. )
Le Mardi 17 , les mêmes Comédiens
repréſenterent Démocrite, Comédie en
5Actes & en vers,de feu M. REGNARD.
(de 1700.)
Le ſieur BONNEVAL jouoit Démo-
crite; le fieur MOLÉ , Agelas ; le ſieur
ARMAND , Strabon ; le ſieur PAULIN,
lePaysan ; la Dlle PREVILLE , Ifmène;
laDileDOLIGNI , Criféïs; laDile BEL
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
COUR , la ſuivante d'Ifmène , &c.
Pour ſeconde Piéce l'Ufurier Gentil-
homme , comédie en un Acte & en Profe,
du feu fieur LE GRAND. ( de 1713. )
Prèſque les mêmes Acteurs & Actrices
de la première Piéce étoient employés
dans celle ci. Le ſieur AUGER jouoit
Frontin ; & la Dile DROUIN , Mde
Mananville.
Le Mercredi , 18 , on éxécuta deux
Actes d'Opéra , ſçavoir , pour la ſeconde
fois , l'Acte du Feu , troiſiéme Entrée
des Elémens , tel qu'il avoit été éxécuté
lemois précédent, ( * ) enſuite la Danse,
troifiéme Entrée du Ballet des Talens
lyriques , Poëme d'un Anonyme , Mu-
fique de M. RAMEAU,
Le Sr JÉLIOTE chantoit le rôle de
Mercure traveſtie en Berger. La Dlle
LANI chantoit & danſoit celui d'Eglé ,
le Sr LARRIVÉE le rôle d'Eurilas , Ber-
ger. La Dile LARRIVÉE chantoit une
Bergère. La Dlle ALLARD danſoit les
entrées de Terpsicore, le Sr CAMPIONI
danſoit à la tête des Faunes.
Le Sr BUREAU , repréſentant Pale-
mon , jouoit du hautbois fur le Théâtre,
Cet Acte , très-bien exécuté , & dont
leDivertiſſementavoit été agréablement
( *) Voyez le ſecond Vol. de Janvier.
FEVRIER. 1764.
173
diſpoſé , a fait le plus grand plaifir. La
Dile LANI , avec beaucoup de crainte ,
peu de voix , mais un ſon gracieux , plus
d'art& d'agrémens qu'on n'en exigeroit
d'une Danſeuſedansle chant , a rendu le
rôle d'Eglé avec ſuccèsdans cette partie :
dans celle de la Danſe , avec l'admira-
tion qu'elle ne ceſſe de mériter , & qui
ſe renouvelle chaque fois que l'on jouit
d'un talent unique , dont il eſt impoffi-
ble de donner une idée exacte aux Lec-
teurs qui ne l'ont pas vu.
Le Śr JÉLIOTTE chanta tout ce rôle ,
& la célébre Arriette qui le termine ,
L'objet qui règne dans mon âme , &c.
avec la même force , le même agrément
& les mêmes éclats dans la voix que le
Public a entendu lorſqu'on repréſen-
toit à Paris le Ballet charmant dont cet
Acte fait partie.
La Dile ALLARD a très-bien foutenu
par ſa danſe le caractère de Terpſycore ,
qu'elle repréſentoit. Plaire dans une en-
trée où le talentde la Dlle LANI eſt en
concurrence,eſt ſans doute le fuffrage le
plus flatteur qu'on puiſſe eſpérer en ce
genre.LesBallets étoientdeMM.LAVAL
père & fils , Maître des Ballets du Roi.
La fuite des Spectacles de la Cour au
Mercureprochain.
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558
p. 174-185
OPERA. DESCRIPTION critique de la nouvelle Salle, au Palais des Thuileries.
Début :
AVANT l'ouverture du Théâtre on avoit déja imprimé dans des Feuilles Périodiques [...]
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texteReconnaissance textuelle : OPERA. DESCRIPTION critique de la nouvelle Salle, au Palais des Thuileries.
OPERA.
DESCRIPTION critique de la nouvelle
Salle, au Palais des Thuileries.
AVANT l'ouverture du Théâtre on
avoit déja imprimé dans des Feuilles Périodiques
une eſpècede Deſcriptionde
la nouvelle Salle , qui n'eſt pas con-
forme à la réalité en quelques Parties.
Il s'eſt depuis répandu dans le Pu
blic( par des préventions précipitées ou
pard'autres motifs)des idées peu éxac-
tes à beaucoup d'égards ſur le même
objet : c'eſt ce qui nous détermine à
commencer par expoſer , avec la plus
grande fidélité , la vraie diſpoſition de
ce lieu qui devient ſi intéreſſant à l'a-
muſement du Public.
En permettant d'établir proviſoire-
ment une Salle d'Opéra aux Thuileries ,
dans la partie du Théâtre de la Salle des
Machines , il avoit été preſcrit , ainſi que
nous l'avons annoncédans le temps ,'que
la forme & la distribution feroient les
mêmes que dans l'ancienne Salle du
FEVRIER. 1764.
175
Palais Royal , afin que les Locataires
des Loges s'y retrouvaſſent pour ainſi
dire dans les mêmes pofitions , fans
qu'il fût beſoin de paffer de nouveaux
Baux. C'eſt ce qui a été pratiqué. Ainfi
ſa forme n'eſt point ovale comme on
l'a avancé dans ces feuilles périodiques,
(ninepouvoit l'être dans l'eſpacedonné)
mais entiérement pareille à l'ancienne,
dontà cetégard elle eſt une éxacte copie.
Il en eſt réſulté un afſujettiſſement in
furmontable , qui doit anéantir toutce
qu'on auroit à dire ou à defirer ſur le
meilleur effet des plans en ce genre.
Comme le local procuroit plus d'eſpace,
-en certain ſens , on en a profité en
donnant ſeulement plusde longueur ,
plus de largeur & plus d'élévation ,
principalement au Théâtre. On a dif-
tribué le ſurplus d'étendue ſur tou-
tesles Loges ; enforte que les Specta-
teurs y font beaucoup moins preffés
que dans les anciennes , & qu'il s'en
trouve quelques-unes plus ſpacieuſes
dans la partie ceintrée du fond. Ce mê-
me avantage a facilité le moyen de
procurer environ 40 places de plus à
l'Amphithéâtre & un plus grand nom-
bre au Parterre. Maîtres de l'élévation
on a donné à cette Salle ſept à huit
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
pieds de plus de hauteur , ce qui aſervi à
élever davantage toutes les Loges : mais
principalement les Premieres ; tant au-
deſſusdu Parterre que dans leur intérieur.
Il eſt incontestable , 1°. que cela procure
bien plusde facilité pour la circulationde
l'air & que dans les plus fortes Repré-
ſentations , on n'y eſt point incom-
modé de la chaleur. 2°. Que les deſſous
des Loges forment par là un ſupplé-
ment affez vaſte au Parterre , pour
n'y être point étouffé , ni , pour ainfi
dire , écrafé ſous les planchers , com-
me dans les anciennes Salles. Les
ſecondes Loges fontauſſi plus élevées
dans leur intérieur,que n'étoient les an-
ciennes ; (*) mais comme parl'élévation
des Premieres, celles-ci ſe trouvent por-
tées à plus de hauteur, le premier coup
d'œil en juge autrement. C'eſt particu-
liérement cet effet apparent qui a fait
naître quelques réflexions critiques.
Avant d'improuver cette diſpoſition ,
éxaminons ſi les Loges , partagées par
des piliers , ne repréſentent pas à-peu-
près , relativement au Parterre, pluſieurs
étages de fenêtres qui environneroient
une cour. Dans ce cas , voyons s'il n'eſt
( * ) Cette vérité peutſevérifierpar les meſures.
FEVRIER . 1764.
177
pas dans l'ordre des proportions , pour
les Edifices nobles & élégans , de don-
ner beaucoup plus de hauteur aux pre-
miers Etages qu'aux autres ? Quelques
fois ces premiers étages ne ſont ſurmon-
tés que de ce qu'on appelle unAttique,
qui ne produit que des ouvertures baſſes
& dans une extrême inégalité avec celle
des Premiers , fans qu'alors les loix des
proportions foient violées, ni ſans que
nos regards en foient bleffés,parce qu'ils
y font accoutumés. C'eſt donc fur cette
ſeule habitude, qui domine les fens & la
raiſon , que pourroit être fondé le re-
proche , beaucoup plus que fur aucun
défaut réel. On pourroit en conféquen-
ce, afſurer que ſi, dans fix mois , il étoit
poſſible de rétablir l'ancienne Salle &
d'y introduire les mêmes Spectateurs
qui ont trouvé cet exhauſſement
étrange , ils concevroient à peine qu'ils
euffent pû ſupporter auffi longtemps
l'aspect & les incommodités d'un lieu
dont toutes les parties étoient auſſi
écraſées. On s'accoutumera encore avec
le temps à trouver ſur un Théâtre plus
vaſte & plus exhaufféles objets plus pe-
tits , ſansque cet effet doive être reputé
ún inconvénient. La diminution appa-
rente des objets eſt ſi peuun déſagré
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
ment en certains cas que la perſpective
artificielle eſt obligée d'employer fou-
vent ſes refſources pour imiter la perf-
pective naturelle à cet égard,& donner
par-là l'idée illuſoire d'un lieu plus vaſte
ou plus éloigné ; ce qui ſatisfaitmieux
l'imagination , toutes les fois que l'on
veut repréſenter de grands Spectacles.
Il eſt fort naturel que l'on ait été d'a-
bord étonné de certaines proportions fi
oppoſées à nos Salles anciennes , où
dans une eſpèce de caverne on diſtri-
buoit, par petites cazes égales ,dequoi
loger leplus de Spectateurs qu'il étoit
poffible ; à-peu-près comme on niche
des pigeons dans un colombier. Déga-
gés du joug de cette habitude , on fe
gardera bien fans doute de renoncer
à ce qu'offre de plus favorable cette
nouvelle Salle , ſauf plutôt à augmen-
ter dans celles que l'on conſtruira par
la fuite , & où les lieux & les circonf
tances rendront les diſpoſitions plus
libres.
Trois rangs de Loges , foutenues
& diviſées par des piliers rehauffés d'or
& ornés de conſoles , règnent au
pourtour de cette Salle. Les Devantures
bombées,ſont d'un verd très-clair , avec
des ornemens enord'un fortbeau genre,
-
FEVRIER. 1764.
179
& affez artificieuſement exécutés pour
rendre tout l'effet du relief. Les inté-
rieurs font meublés d'étoffes dontla cou-
leur eſt aſſortie à la peinture , & tres-fa-
vorable à la parure ainſi qu'à l'éclat na-
turel des femmes quiles occupent. Les
ornemens des ſeconds & troifièmes Bal-
cons font diftingués par plus de richeffe
& par d'autres deffeins, de ceux des Lo-
ges ; mais le même fond règne dans
toute la Salle. Les ſoubaſſemens del'Am-
phithéâtre & des premiers Balcons font
en marbre verd campant de pluſieurs
nuances , avec des rehauffés d'or dans
les moulures des panneaux.
Une des parties , dont l'extérieur
eſt auſſi bientraitéque ſon intérieur, eſt
commode & agréable , eſt celle qu'on
appelle vulgairement dans nos Specta-
cles LE PARADIS . Ce lieu forme une
eſpèce de ſecond Amphithéâtre en re-
traite , au-deſſus des ſecondes Loges ,
lequel s'enfonce dans l'extrêmité cein-
trée de la Salle. Des arcades décorées
relativement au reſte , en terminent
l'enceinte. Les places y font difpo-
fées ſur des banquettes en gradins
au deſſus du doſſier deſquelles ,
refte encore des eſpaces pour voir &
pour entendre debout. Comme on a
H vj
il
180 MERCURE DE FRANCE.
renfermé cette enceinte, la licence & le
déſœuvrement ont un peu murmuré de
cette précaution ; mais l'attention paiſi-
ble des Citoyens honnêtes ſe trouve
fort bien d'être à l'abri du trouble , &
quelquefois de l'indécence , d'un cer-
tain genre de Spectateurs qui fréquen-
toient ce lieu dans l'autre Salle.
Nous avons parlé, dans un précédent
Mercure , du Platfond, de la convenan-
ce & de la richeſſe de ſes ornemens. Il
eſt, ainſi que nous l'avons déja dit , par-
tagé en pluſieurs compartimens variés.
Celui qui ſe trouve au-deſſus de l'Am-
phithéâtre , en Mosaïque d'un très-bon
goût , figure fi bienune Coupole, que
l'œil y eſt agréablement trompé. La clef
de cette feinte Coupole s'enlève à vo-
lonté,pourrenouvellerl'air quandil eneſt
beſoin. Tout le Platfond porte ſur une
corniche en vouſſure très- richement or-
née en or , & règne juſques ſur la partie
de l'Avant-ſcène.
Le Théâtre eſt ouvert dans toute la
largeur intérieure , & prèſque dans toute
la hauteur de la Salle , dont il n'eſt ſépa-
ré que par deux grands Termes , qui
paroiſſent foutenir les parties d'un Ri-
deau ouvert , ſous une pente d'étoffe
feſtonnée qui borde toute l'Avant-
Scène.
FEVRIER. 1764.
181
Un Théâtre , plus vaſte , plus profond
& plus élevé qu'aucun de ceux qu'on
ait encore vus dans la Capitale , donne
lieu à plus de grandeur & de magni-
ficence dans la repréſentation de nos
Opéras : ce qui ajoute un nouvel éclat à
la pompe & au merveilleux de ce genre
de Spectacle. Le Rideau de clôture ,
qu'on appelle communément la Toile ,
eſt un fond damaſſé relatif au colo-
ris général de la Salle , ſur lequel eſt un
Chiffre royal en or , enlacé dans des or-
mens , & encadré par une riche cam-
pane. Ce genre fimple & noble , bien
plus convenable pour cet uſage que les
fujets en figures & coloriés , contribue
à completter l'idée d'une Salle de Palais,
plutôt qu'un lieude Spectacle public , &
le tout répond parfaitement au lieu
dans lequel ſe trouve aujourd'hui celui
de l'Opéra.
Une condition capitale eſt fans con-
tredit la résonance. On a cherché
d'abord a jetter des doutes à cet
égard. On les fondoit fur ce qu'à la pre-
mière Repréſentation , la Voute de def-
ſous l'Orcheſtre n'ayant pû être ache-
yée , les baſſes inſtrumentales ne ren-
doient pas tout le ſon qu'on auroit defi-
ré. Cet inconvénient accidentel a ceffé
182 MERCURE DE FRANCE.
dès que les meſures priſes pour l'effet
contraire ont pu être éxécutées. Obligés
de rendre témoignage à la vérité , nous
n'avons qu'une choſe de fait à publier
fur cela Les voix d'un médiocre volu-
me , font entendues diftinctement dans
toute la Salle , il en eſt même qui y
trouvent de l'avantage ; & l'Acteur qui
chante le rôle de Jupiter au fond des
Décorations , dans le troiſième Acte de
Castor & Pollux, eſt très-bien entendu
du fond de l'Amphithéâtre. Ce qui fait
environ 70pieds de diſtance au moins ,
fans compter la déperdition des percés
dont il eſt environné.
On a fait bien des obſervations fur cette
Salle. Nous venons d'en diſcuter quel-
ques-unes des principales. L'équité veut
quenous répétions encore qu'à l'égard
de pluſieurs de ces obſervations ondoit
fe rappeller que des ordres abſolus ont
afſujetti à ce qu'elle fut une copie très-
exacte de l'ancienne dans ſa diſtribution .
Indépendammentde cetaſſujettiſſement
primitif, il en eſt d'autres,dans ces fortes
de conſtructions,qui ſont des ſuites for-
cées deconſidérationsparticulières dans
leſquelles le Public n'entre point. Il en
ignore plufieurs ,& il ne connoît pas la
force inſurmontable de quelques autres.
FEVRIER. 1764.
183
Dans le nombre des réproches aux-
quels ne peuvent manquer d'être expo-
fées les Saltes de Spectacles, il en eſt qui
concernentle plusoule moinsde moyens
pour voir mieux & plus commodément
de toutes les Places. Ceci dépendant
d'arrangemens intérieurs & mobiles
و
qui ne peuvent ſe régler bien juſte que
par l'expérience uſuelle , on a déja pour-
vu à quelques parties ,telles qu'à la pente
du Parterre , moyennant laquelle on
voitde tous les points, plus facilement
qu'auparavant. Nous ſommes en état
d'aſſurer qu'on arrangera ſucceſſivement
toutes les autres , aufli promptement que
le temps lepermettra , & qu'enfin on ſe
portera à celles qui exigent plus de tra-
vailpar éxemple aux Balcons , pendantla
prochaine vacance du Théâtre.
On ne croit pas devoir faire mention
des petites critiques , que l'envie dicte
toujours en ces occafions à l'étourderie
& à l'ignorance , d'où ſe forment des
préventions par écho dont le temps ſeul
peut étouffer la voix.
Quelqu'elles foient & quelque crédit
que ces préventions ,déjà détruites en
partie , euſſent pû obtenir , il reſteroit
toujours vrai au Jugement des grands
/
184 MERCURE DE FRANCE.
Artiſtes , à celui des particuliers éclairés
& impartiaux,que cette Salle , malgré les
afſujettiſſemens dont nous avons parlé ,
eſt une des plus belles,des plus agréables
&des plus nobles que l'on ait encore
vues dans la Capitale. La prévention la
plus outréene peut contefter que ce ne
foit en même temps une des plus com-
modes, par ſes corridors ſpacieux , par le
nombre , la facilité & l'ordre des eſca-
liers dedégagemens , ainſi que par ſes
iffues. On y entre par trois endroits du
côté des Cours : ſçavoir par une Porte
Principale pour le Public
,
une autre
qui ouvre fur le fond du Théâtre
pour les Acteurs , & une autre dans
la Cour des Suiffes , pour aller au
Théâtre en même tems qu'aux petites
Loges. Du côté du Jardin , le Public
entre par laGallerie qui ſera fermée de
chaffis dans toute longueur , pour que
le paſſage en ſoit à l'abri de toute in-
commodité de l'air. Une autre Porte ,
directement fur la Terraſſe du Jardin ,
eſt ouverte pour monter au Théâtre
& aux petites Loges. La grande Porte
de la Salle des Machines , le ſera pour
la fortie.Ainfi, deux Portes font ouver-
tes pour l'entrée publique ,trois pour
FEVRIER. 1764.
185
les entrées particulières & les fix pour
la fortie générale. Le grand Veſtibule
eſt d'un agrément infini. Il eſt , ainfi
que celui de l'intérieur , garni de Bou-
tiques , y compris celle du Caffé. Cet
agrément fera encore bien plus ſenſi-
bledans la belle faifon , par la com-
munication de ce lieu avec le plus beau
Jardin de l'Europe.
DESCRIPTION critique de la nouvelle
Salle, au Palais des Thuileries.
AVANT l'ouverture du Théâtre on
avoit déja imprimé dans des Feuilles Périodiques
une eſpècede Deſcriptionde
la nouvelle Salle , qui n'eſt pas con-
forme à la réalité en quelques Parties.
Il s'eſt depuis répandu dans le Pu
blic( par des préventions précipitées ou
pard'autres motifs)des idées peu éxac-
tes à beaucoup d'égards ſur le même
objet : c'eſt ce qui nous détermine à
commencer par expoſer , avec la plus
grande fidélité , la vraie diſpoſition de
ce lieu qui devient ſi intéreſſant à l'a-
muſement du Public.
En permettant d'établir proviſoire-
ment une Salle d'Opéra aux Thuileries ,
dans la partie du Théâtre de la Salle des
Machines , il avoit été preſcrit , ainſi que
nous l'avons annoncédans le temps ,'que
la forme & la distribution feroient les
mêmes que dans l'ancienne Salle du
FEVRIER. 1764.
175
Palais Royal , afin que les Locataires
des Loges s'y retrouvaſſent pour ainſi
dire dans les mêmes pofitions , fans
qu'il fût beſoin de paffer de nouveaux
Baux. C'eſt ce qui a été pratiqué. Ainfi
ſa forme n'eſt point ovale comme on
l'a avancé dans ces feuilles périodiques,
(ninepouvoit l'être dans l'eſpacedonné)
mais entiérement pareille à l'ancienne,
dontà cetégard elle eſt une éxacte copie.
Il en eſt réſulté un afſujettiſſement in
furmontable , qui doit anéantir toutce
qu'on auroit à dire ou à defirer ſur le
meilleur effet des plans en ce genre.
Comme le local procuroit plus d'eſpace,
-en certain ſens , on en a profité en
donnant ſeulement plusde longueur ,
plus de largeur & plus d'élévation ,
principalement au Théâtre. On a dif-
tribué le ſurplus d'étendue ſur tou-
tesles Loges ; enforte que les Specta-
teurs y font beaucoup moins preffés
que dans les anciennes , & qu'il s'en
trouve quelques-unes plus ſpacieuſes
dans la partie ceintrée du fond. Ce mê-
me avantage a facilité le moyen de
procurer environ 40 places de plus à
l'Amphithéâtre & un plus grand nom-
bre au Parterre. Maîtres de l'élévation
on a donné à cette Salle ſept à huit
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
pieds de plus de hauteur , ce qui aſervi à
élever davantage toutes les Loges : mais
principalement les Premieres ; tant au-
deſſusdu Parterre que dans leur intérieur.
Il eſt incontestable , 1°. que cela procure
bien plusde facilité pour la circulationde
l'air & que dans les plus fortes Repré-
ſentations , on n'y eſt point incom-
modé de la chaleur. 2°. Que les deſſous
des Loges forment par là un ſupplé-
ment affez vaſte au Parterre , pour
n'y être point étouffé , ni , pour ainfi
dire , écrafé ſous les planchers , com-
me dans les anciennes Salles. Les
ſecondes Loges fontauſſi plus élevées
dans leur intérieur,que n'étoient les an-
ciennes ; (*) mais comme parl'élévation
des Premieres, celles-ci ſe trouvent por-
tées à plus de hauteur, le premier coup
d'œil en juge autrement. C'eſt particu-
liérement cet effet apparent qui a fait
naître quelques réflexions critiques.
Avant d'improuver cette diſpoſition ,
éxaminons ſi les Loges , partagées par
des piliers , ne repréſentent pas à-peu-
près , relativement au Parterre, pluſieurs
étages de fenêtres qui environneroient
une cour. Dans ce cas , voyons s'il n'eſt
( * ) Cette vérité peutſevérifierpar les meſures.
FEVRIER . 1764.
177
pas dans l'ordre des proportions , pour
les Edifices nobles & élégans , de don-
ner beaucoup plus de hauteur aux pre-
miers Etages qu'aux autres ? Quelques
fois ces premiers étages ne ſont ſurmon-
tés que de ce qu'on appelle unAttique,
qui ne produit que des ouvertures baſſes
& dans une extrême inégalité avec celle
des Premiers , fans qu'alors les loix des
proportions foient violées, ni ſans que
nos regards en foient bleffés,parce qu'ils
y font accoutumés. C'eſt donc fur cette
ſeule habitude, qui domine les fens & la
raiſon , que pourroit être fondé le re-
proche , beaucoup plus que fur aucun
défaut réel. On pourroit en conféquen-
ce, afſurer que ſi, dans fix mois , il étoit
poſſible de rétablir l'ancienne Salle &
d'y introduire les mêmes Spectateurs
qui ont trouvé cet exhauſſement
étrange , ils concevroient à peine qu'ils
euffent pû ſupporter auffi longtemps
l'aspect & les incommodités d'un lieu
dont toutes les parties étoient auſſi
écraſées. On s'accoutumera encore avec
le temps à trouver ſur un Théâtre plus
vaſte & plus exhaufféles objets plus pe-
tits , ſansque cet effet doive être reputé
ún inconvénient. La diminution appa-
rente des objets eſt ſi peuun déſagré
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
ment en certains cas que la perſpective
artificielle eſt obligée d'employer fou-
vent ſes refſources pour imiter la perf-
pective naturelle à cet égard,& donner
par-là l'idée illuſoire d'un lieu plus vaſte
ou plus éloigné ; ce qui ſatisfaitmieux
l'imagination , toutes les fois que l'on
veut repréſenter de grands Spectacles.
Il eſt fort naturel que l'on ait été d'a-
bord étonné de certaines proportions fi
oppoſées à nos Salles anciennes , où
dans une eſpèce de caverne on diſtri-
buoit, par petites cazes égales ,dequoi
loger leplus de Spectateurs qu'il étoit
poffible ; à-peu-près comme on niche
des pigeons dans un colombier. Déga-
gés du joug de cette habitude , on fe
gardera bien fans doute de renoncer
à ce qu'offre de plus favorable cette
nouvelle Salle , ſauf plutôt à augmen-
ter dans celles que l'on conſtruira par
la fuite , & où les lieux & les circonf
tances rendront les diſpoſitions plus
libres.
Trois rangs de Loges , foutenues
& diviſées par des piliers rehauffés d'or
& ornés de conſoles , règnent au
pourtour de cette Salle. Les Devantures
bombées,ſont d'un verd très-clair , avec
des ornemens enord'un fortbeau genre,
-
FEVRIER. 1764.
179
& affez artificieuſement exécutés pour
rendre tout l'effet du relief. Les inté-
rieurs font meublés d'étoffes dontla cou-
leur eſt aſſortie à la peinture , & tres-fa-
vorable à la parure ainſi qu'à l'éclat na-
turel des femmes quiles occupent. Les
ornemens des ſeconds & troifièmes Bal-
cons font diftingués par plus de richeffe
& par d'autres deffeins, de ceux des Lo-
ges ; mais le même fond règne dans
toute la Salle. Les ſoubaſſemens del'Am-
phithéâtre & des premiers Balcons font
en marbre verd campant de pluſieurs
nuances , avec des rehauffés d'or dans
les moulures des panneaux.
Une des parties , dont l'extérieur
eſt auſſi bientraitéque ſon intérieur, eſt
commode & agréable , eſt celle qu'on
appelle vulgairement dans nos Specta-
cles LE PARADIS . Ce lieu forme une
eſpèce de ſecond Amphithéâtre en re-
traite , au-deſſus des ſecondes Loges ,
lequel s'enfonce dans l'extrêmité cein-
trée de la Salle. Des arcades décorées
relativement au reſte , en terminent
l'enceinte. Les places y font difpo-
fées ſur des banquettes en gradins
au deſſus du doſſier deſquelles ,
refte encore des eſpaces pour voir &
pour entendre debout. Comme on a
H vj
il
180 MERCURE DE FRANCE.
renfermé cette enceinte, la licence & le
déſœuvrement ont un peu murmuré de
cette précaution ; mais l'attention paiſi-
ble des Citoyens honnêtes ſe trouve
fort bien d'être à l'abri du trouble , &
quelquefois de l'indécence , d'un cer-
tain genre de Spectateurs qui fréquen-
toient ce lieu dans l'autre Salle.
Nous avons parlé, dans un précédent
Mercure , du Platfond, de la convenan-
ce & de la richeſſe de ſes ornemens. Il
eſt, ainſi que nous l'avons déja dit , par-
tagé en pluſieurs compartimens variés.
Celui qui ſe trouve au-deſſus de l'Am-
phithéâtre , en Mosaïque d'un très-bon
goût , figure fi bienune Coupole, que
l'œil y eſt agréablement trompé. La clef
de cette feinte Coupole s'enlève à vo-
lonté,pourrenouvellerl'air quandil eneſt
beſoin. Tout le Platfond porte ſur une
corniche en vouſſure très- richement or-
née en or , & règne juſques ſur la partie
de l'Avant-ſcène.
Le Théâtre eſt ouvert dans toute la
largeur intérieure , & prèſque dans toute
la hauteur de la Salle , dont il n'eſt ſépa-
ré que par deux grands Termes , qui
paroiſſent foutenir les parties d'un Ri-
deau ouvert , ſous une pente d'étoffe
feſtonnée qui borde toute l'Avant-
Scène.
FEVRIER. 1764.
181
Un Théâtre , plus vaſte , plus profond
& plus élevé qu'aucun de ceux qu'on
ait encore vus dans la Capitale , donne
lieu à plus de grandeur & de magni-
ficence dans la repréſentation de nos
Opéras : ce qui ajoute un nouvel éclat à
la pompe & au merveilleux de ce genre
de Spectacle. Le Rideau de clôture ,
qu'on appelle communément la Toile ,
eſt un fond damaſſé relatif au colo-
ris général de la Salle , ſur lequel eſt un
Chiffre royal en or , enlacé dans des or-
mens , & encadré par une riche cam-
pane. Ce genre fimple & noble , bien
plus convenable pour cet uſage que les
fujets en figures & coloriés , contribue
à completter l'idée d'une Salle de Palais,
plutôt qu'un lieude Spectacle public , &
le tout répond parfaitement au lieu
dans lequel ſe trouve aujourd'hui celui
de l'Opéra.
Une condition capitale eſt fans con-
tredit la résonance. On a cherché
d'abord a jetter des doutes à cet
égard. On les fondoit fur ce qu'à la pre-
mière Repréſentation , la Voute de def-
ſous l'Orcheſtre n'ayant pû être ache-
yée , les baſſes inſtrumentales ne ren-
doient pas tout le ſon qu'on auroit defi-
ré. Cet inconvénient accidentel a ceffé
182 MERCURE DE FRANCE.
dès que les meſures priſes pour l'effet
contraire ont pu être éxécutées. Obligés
de rendre témoignage à la vérité , nous
n'avons qu'une choſe de fait à publier
fur cela Les voix d'un médiocre volu-
me , font entendues diftinctement dans
toute la Salle , il en eſt même qui y
trouvent de l'avantage ; & l'Acteur qui
chante le rôle de Jupiter au fond des
Décorations , dans le troiſième Acte de
Castor & Pollux, eſt très-bien entendu
du fond de l'Amphithéâtre. Ce qui fait
environ 70pieds de diſtance au moins ,
fans compter la déperdition des percés
dont il eſt environné.
On a fait bien des obſervations fur cette
Salle. Nous venons d'en diſcuter quel-
ques-unes des principales. L'équité veut
quenous répétions encore qu'à l'égard
de pluſieurs de ces obſervations ondoit
fe rappeller que des ordres abſolus ont
afſujetti à ce qu'elle fut une copie très-
exacte de l'ancienne dans ſa diſtribution .
Indépendammentde cetaſſujettiſſement
primitif, il en eſt d'autres,dans ces fortes
de conſtructions,qui ſont des ſuites for-
cées deconſidérationsparticulières dans
leſquelles le Public n'entre point. Il en
ignore plufieurs ,& il ne connoît pas la
force inſurmontable de quelques autres.
FEVRIER. 1764.
183
Dans le nombre des réproches aux-
quels ne peuvent manquer d'être expo-
fées les Saltes de Spectacles, il en eſt qui
concernentle plusoule moinsde moyens
pour voir mieux & plus commodément
de toutes les Places. Ceci dépendant
d'arrangemens intérieurs & mobiles
و
qui ne peuvent ſe régler bien juſte que
par l'expérience uſuelle , on a déja pour-
vu à quelques parties ,telles qu'à la pente
du Parterre , moyennant laquelle on
voitde tous les points, plus facilement
qu'auparavant. Nous ſommes en état
d'aſſurer qu'on arrangera ſucceſſivement
toutes les autres , aufli promptement que
le temps lepermettra , & qu'enfin on ſe
portera à celles qui exigent plus de tra-
vailpar éxemple aux Balcons , pendantla
prochaine vacance du Théâtre.
On ne croit pas devoir faire mention
des petites critiques , que l'envie dicte
toujours en ces occafions à l'étourderie
& à l'ignorance , d'où ſe forment des
préventions par écho dont le temps ſeul
peut étouffer la voix.
Quelqu'elles foient & quelque crédit
que ces préventions ,déjà détruites en
partie , euſſent pû obtenir , il reſteroit
toujours vrai au Jugement des grands
/
184 MERCURE DE FRANCE.
Artiſtes , à celui des particuliers éclairés
& impartiaux,que cette Salle , malgré les
afſujettiſſemens dont nous avons parlé ,
eſt une des plus belles,des plus agréables
&des plus nobles que l'on ait encore
vues dans la Capitale. La prévention la
plus outréene peut contefter que ce ne
foit en même temps une des plus com-
modes, par ſes corridors ſpacieux , par le
nombre , la facilité & l'ordre des eſca-
liers dedégagemens , ainſi que par ſes
iffues. On y entre par trois endroits du
côté des Cours : ſçavoir par une Porte
Principale pour le Public
,
une autre
qui ouvre fur le fond du Théâtre
pour les Acteurs , & une autre dans
la Cour des Suiffes , pour aller au
Théâtre en même tems qu'aux petites
Loges. Du côté du Jardin , le Public
entre par laGallerie qui ſera fermée de
chaffis dans toute longueur , pour que
le paſſage en ſoit à l'abri de toute in-
commodité de l'air. Une autre Porte ,
directement fur la Terraſſe du Jardin ,
eſt ouverte pour monter au Théâtre
& aux petites Loges. La grande Porte
de la Salle des Machines , le ſera pour
la fortie.Ainfi, deux Portes font ouver-
tes pour l'entrée publique ,trois pour
FEVRIER. 1764.
185
les entrées particulières & les fix pour
la fortie générale. Le grand Veſtibule
eſt d'un agrément infini. Il eſt , ainfi
que celui de l'intérieur , garni de Bou-
tiques , y compris celle du Caffé. Cet
agrément fera encore bien plus ſenſi-
bledans la belle faifon , par la com-
munication de ce lieu avec le plus beau
Jardin de l'Europe.
Fermer
559
p. 185-189
« L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE a donné dans la nouvelle [...] »
Début :
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE a donné dans la nouvelle [...]
Mots clefs :
Théâtre, Opéra, Public, Voix, Rôle, Cour, Exécuter
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE a donné dans la nouvelle [...] »
L'ACADÉMIE ROYALE DE
MUSIQUE a donné dans la nouvelle
Salle , le Mardi 24 Janvier , la première
Repréſentation de Castor & Pollux ,
Tragédie - Opéra ; Poëme de M. BERNARD
, Muſique de M. RAMEAU.
Cet Opéra avoit été donné pour la
première fois le 24 Octobre 1737 , &
repris en Janvier 1764. Nous ne nous arrêterons
pas à parler du fond de cet Ouvrage,
dont le Public vient de ſentir encore
le mérite & de le marquer nonſeulement
par des applaudiſſemens
mais par fon affluence. * Nous rendrons
compte de l'exécution & de la pompe
de ſon Spectacle. La diſtribution des
rôles eſt la même qu'elle étoit à la
* Les cing premières Repréſentations ont produit
20800 liv.
186 MERCURE DE FRANCE.
Cour ( * excepté le rôle de Caftor exécuté
à Paris par M. PILLOT avec le feu
& l'intelligence d'Acteur. Jamais l'intéreffante
Mlle ARNOULD ne l'a été davantage
pour le Public. Indépendam -
ment des grâces , du ſentiment réglé
par l'intelligence la plus juſte , il ſemble
que fur ce nouveau Théâtre , ſa voix
ait pris de nouvelles forces , plus de
volume & plus de rondeur qu'elle n'en
avoit. Il eſt conſtamment éprouvé qu'à
quelque diſtance qu'elle y chante , non
feulement on ne perd aucune partie de
ſes ſons , mais encore des paroles de
fon rôle. Ce dernier effet eſt ſans doute
le fruit de l'art d'articuler , mérite qui
double celui de toutes les voix : mais on
peut aſſurer que dans cette Salle le fon
eſt en général repercuté plus diftincte .
ment que dans toute autre. Nous
croyons que ce Théâtre a un avantage
particulier , bien favorable à la vérité
des actions , c'eſt d'être plus ſonore audelà
de l'avant-Scène que ſous le plafond
qui la couvre. Nous avons déja
dit que dans le rôle de JupiterM. LARRIVÉE
étoit très-bien entendu à-peuprès
à 70 pieds de diſtance. Nous ré-
*V. dans les précédens Mercures l'Article des
Spectacles de la Cour à Fontainebleau.
FEVRIER. 1764. 187
avec lefeu
,
Jamais
l'ince
D ne l'a été da
ic. Indépendamdu
fentiment
réglé
plus juſte , ilſemble
u Théâtre , ſa voix
elles forces plus de
- rondeur qu'elle n'en
tamment éprouvéqu'
qu'elle y chante , non
e perd aucune partiede
encore des paroles de
ernier effet eſtfansdoute
= d'articuler , mérite qui
etoutes les voix : mais on
De dans cette Salle le fon
repercuté plus distincte. dans
toute
autre
. Nous ce Théâtre
a un avantage en favorable
à la vérité 'eſt d'être
plus fonore
au -Scène
que ſous le pla uvre. Nous
avons
dép rôlede Jupiter
M. LAR- ès- bien
entendu
à-peu- s de diſtance
. Nous
ré
cédens
Mercures
l'Article
des
ir àFontainebleau
.
pétons d'autant plus volontiers cette
vérité , qu'elle ne peut être imputée à
une illufion officieuſe , puiſque nous
en avons pour garants l'impreſſion &
le témoignage général de tous les Auditeurs
. Mlle LARRIVÉE a donné des
preuves très-agréables au Public de fon
zéle, en chantant les airs des divertiſſemens
de cet Opéra. On paroît auffi
très content de la manière dont M.
GELIN rend le rôle de Pollux. Mlle
CHEVALIER remplit très-bien leRôle
de Phébé, ainſi quelle avoit fait à la
Cour.
M. DUPAR , nouvelle Hautecontre ,
a débuté à la troifiéme repréſentation
par l'Ariette du ſecond Acte , Eclatez ,
fières trompettes , &c. & par le rôle de
Mercure. Le fon de ſa voix paroît agréable&
d'un volume ſuffifant. Il fournit
aux tons les plus hauts & fans héſiter.
Les agrémens du chant font bien exécutés
; on lui trouve de la netteté dans
la prononciation , beaucoup de juſteſſe
& d'oreille. Enfin on a lieu d'en eſpérer
favorablement , lorſque l'uſage du
Théâtre & des foins auront formé fon
maintien & fon jeu. On croit que l'ons
entendra encore d'autres Débutans dans
188 MERCURE DE FRANCE.
ce même genre de voix ſur lequel il
paroît que l'on prend toutes les meſures
poffibles pour fatisfaire le Public.
Les Ballets , par M. LANI , Maître
des Ballets de l'Opéra , font bien deffinés
, convenablement caractériſés &
produiſent ſur ce grand Théâtre uneffet
bien plus avantageux que ſur l'ancien.
Mlle LANI danſe dans les Ombres
heureuſes du quatriéme Acte & dans
l'Entrée de Génies qui préſident aux
Planettes . Nous croyons que tout éloge
feroit fuperflu ; la nommer , c'eſt indiquer
ſuffisamment l'admiration du Public.&
la fupériorité du Sujet qui l'occafionne
. Mlle ALLARD danſe au premierActe
en Spartiate & dans le Pas de
Trois en Furie, au quatrième Acte. Au
gré des Connoiffeurs , cette Danſeuſe
exécute dans cet Opéra les choſes les
plus fortes de fon art& d'une manière
dont à peine on conçoit les moyens.
Mlle VESTRIS , en Hébé , danſe l'enchantement
au troiſiéme Acte , & dans
les Planettes au cinquiéme. Mlle LYONNOIS
dans l'Entrée des Furies avec
Mlle ALLARD & M. BEAT . Le Pas des
Gladiateurs eft exécuté par MM. LANI
& GARDEL au premier Acte , & celui
NCE FEVRIER. 1764. 189
Tur lea
ares les mesufaire
le Public
LANT
Maître
, font bien deff
ent caractérisés
&
rand Theatre
un ef
tageux que ſur l'andes
Lutteurs par MM . LAVAL, LYONNOIS
, HIACINTE & ROGIER .
M. GARDEL danſe avec beaucoup
de ſuccès au cinquiéme Acte , ſous la
forme du Génie qui préſide au Soleil, ce
que M. VESTRIS danſoit à la Cour
dans le même Opéra . Mlle GUIMARD
exécute pluſieurs Pas de Deux avec M.
CAMPIONI au premier Acte & avec
Mlle LECLERC dans les trois autres,
MUSIQUE a donné dans la nouvelle
Salle , le Mardi 24 Janvier , la première
Repréſentation de Castor & Pollux ,
Tragédie - Opéra ; Poëme de M. BERNARD
, Muſique de M. RAMEAU.
Cet Opéra avoit été donné pour la
première fois le 24 Octobre 1737 , &
repris en Janvier 1764. Nous ne nous arrêterons
pas à parler du fond de cet Ouvrage,
dont le Public vient de ſentir encore
le mérite & de le marquer nonſeulement
par des applaudiſſemens
mais par fon affluence. * Nous rendrons
compte de l'exécution & de la pompe
de ſon Spectacle. La diſtribution des
rôles eſt la même qu'elle étoit à la
* Les cing premières Repréſentations ont produit
20800 liv.
186 MERCURE DE FRANCE.
Cour ( * excepté le rôle de Caftor exécuté
à Paris par M. PILLOT avec le feu
& l'intelligence d'Acteur. Jamais l'intéreffante
Mlle ARNOULD ne l'a été davantage
pour le Public. Indépendam -
ment des grâces , du ſentiment réglé
par l'intelligence la plus juſte , il ſemble
que fur ce nouveau Théâtre , ſa voix
ait pris de nouvelles forces , plus de
volume & plus de rondeur qu'elle n'en
avoit. Il eſt conſtamment éprouvé qu'à
quelque diſtance qu'elle y chante , non
feulement on ne perd aucune partie de
ſes ſons , mais encore des paroles de
fon rôle. Ce dernier effet eſt ſans doute
le fruit de l'art d'articuler , mérite qui
double celui de toutes les voix : mais on
peut aſſurer que dans cette Salle le fon
eſt en général repercuté plus diftincte .
ment que dans toute autre. Nous
croyons que ce Théâtre a un avantage
particulier , bien favorable à la vérité
des actions , c'eſt d'être plus ſonore audelà
de l'avant-Scène que ſous le plafond
qui la couvre. Nous avons déja
dit que dans le rôle de JupiterM. LARRIVÉE
étoit très-bien entendu à-peuprès
à 70 pieds de diſtance. Nous ré-
*V. dans les précédens Mercures l'Article des
Spectacles de la Cour à Fontainebleau.
FEVRIER. 1764. 187
avec lefeu
,
Jamais
l'ince
D ne l'a été da
ic. Indépendamdu
fentiment
réglé
plus juſte , ilſemble
u Théâtre , ſa voix
elles forces plus de
- rondeur qu'elle n'en
tamment éprouvéqu'
qu'elle y chante , non
e perd aucune partiede
encore des paroles de
ernier effet eſtfansdoute
= d'articuler , mérite qui
etoutes les voix : mais on
De dans cette Salle le fon
repercuté plus distincte. dans
toute
autre
. Nous ce Théâtre
a un avantage en favorable
à la vérité 'eſt d'être
plus fonore
au -Scène
que ſous le pla uvre. Nous
avons
dép rôlede Jupiter
M. LAR- ès- bien
entendu
à-peu- s de diſtance
. Nous
ré
cédens
Mercures
l'Article
des
ir àFontainebleau
.
pétons d'autant plus volontiers cette
vérité , qu'elle ne peut être imputée à
une illufion officieuſe , puiſque nous
en avons pour garants l'impreſſion &
le témoignage général de tous les Auditeurs
. Mlle LARRIVÉE a donné des
preuves très-agréables au Public de fon
zéle, en chantant les airs des divertiſſemens
de cet Opéra. On paroît auffi
très content de la manière dont M.
GELIN rend le rôle de Pollux. Mlle
CHEVALIER remplit très-bien leRôle
de Phébé, ainſi quelle avoit fait à la
Cour.
M. DUPAR , nouvelle Hautecontre ,
a débuté à la troifiéme repréſentation
par l'Ariette du ſecond Acte , Eclatez ,
fières trompettes , &c. & par le rôle de
Mercure. Le fon de ſa voix paroît agréable&
d'un volume ſuffifant. Il fournit
aux tons les plus hauts & fans héſiter.
Les agrémens du chant font bien exécutés
; on lui trouve de la netteté dans
la prononciation , beaucoup de juſteſſe
& d'oreille. Enfin on a lieu d'en eſpérer
favorablement , lorſque l'uſage du
Théâtre & des foins auront formé fon
maintien & fon jeu. On croit que l'ons
entendra encore d'autres Débutans dans
188 MERCURE DE FRANCE.
ce même genre de voix ſur lequel il
paroît que l'on prend toutes les meſures
poffibles pour fatisfaire le Public.
Les Ballets , par M. LANI , Maître
des Ballets de l'Opéra , font bien deffinés
, convenablement caractériſés &
produiſent ſur ce grand Théâtre uneffet
bien plus avantageux que ſur l'ancien.
Mlle LANI danſe dans les Ombres
heureuſes du quatriéme Acte & dans
l'Entrée de Génies qui préſident aux
Planettes . Nous croyons que tout éloge
feroit fuperflu ; la nommer , c'eſt indiquer
ſuffisamment l'admiration du Public.&
la fupériorité du Sujet qui l'occafionne
. Mlle ALLARD danſe au premierActe
en Spartiate & dans le Pas de
Trois en Furie, au quatrième Acte. Au
gré des Connoiffeurs , cette Danſeuſe
exécute dans cet Opéra les choſes les
plus fortes de fon art& d'une manière
dont à peine on conçoit les moyens.
Mlle VESTRIS , en Hébé , danſe l'enchantement
au troiſiéme Acte , & dans
les Planettes au cinquiéme. Mlle LYONNOIS
dans l'Entrée des Furies avec
Mlle ALLARD & M. BEAT . Le Pas des
Gladiateurs eft exécuté par MM. LANI
& GARDEL au premier Acte , & celui
NCE FEVRIER. 1764. 189
Tur lea
ares les mesufaire
le Public
LANT
Maître
, font bien deff
ent caractérisés
&
rand Theatre
un ef
tageux que ſur l'andes
Lutteurs par MM . LAVAL, LYONNOIS
, HIACINTE & ROGIER .
M. GARDEL danſe avec beaucoup
de ſuccès au cinquiéme Acte , ſous la
forme du Génie qui préſide au Soleil, ce
que M. VESTRIS danſoit à la Cour
dans le même Opéra . Mlle GUIMARD
exécute pluſieurs Pas de Deux avec M.
CAMPIONI au premier Acte & avec
Mlle LECLERC dans les trois autres,
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560
p. 189-197
DÉCORATIONS du nouveau Théâtre.
Début :
Quelqu'étendue que nous ayent déja couté les détails de cet Article, plus intéressant [...]
Mots clefs :
Décorations, Décoration, Opéra, Théâtre, Acte, Palais, Architecture, Genre, Jupiter, Spectacle, Palais des Tuileries
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DÉCORATIONS du nouveau Théâtre.
DÉCORATIONS du nouveau Théâtre.
Quelqu'étendue que nous ayent déja
couté les détails de cet Article , plus intéreſſant
qu'à l'ordinaire par les circonſtances
, nous ne pourrions refufer
ſans injustice , de configner ici & d'apprendre
aux Lecteurs le ſuccès des foins
qu'on a pris pour la ſplendeur du Spectacle.
Le premier Acte offre à l'ouverture
du rideau un vaſte Palais , d'une belle
architecture , percé par des colonades
en point de côté. Cette décoration occupe
une grande partie de la fuperficie
du Théâtre dont elle annonce d'abord
affez avantageuſement l'étendue. En
effet diverſes évolutions & tous les évé
nemens de deux combats y ſont exécutés
par près de 80 hommes armés,ſans
embarras ,& les Tableaux en font toujours
distinctement apperçus dans l'ordre
naturel des vraiſemblances , par
ceque les eſpaces qui les environnens
font toujours aſſez vaſtes.
Les curieux voyent avec plaifir au
deuxiéme Acte , un de ces grands Monumens
funéraires de l'Antiquité ; où
l'on dépoſoit les Corps ou les Cendres
des Rois , & des Héros. On en apperçoit
l'intérieur par une vaſte ouverture qui
laiſſe voir, parmi d'autres, le Mauſolée de
Caſtor,au-deſſusduquel ſont ſuſpendues
des lampes ſépulcrales. On n'eſt pas
tombé dans l'erreur d'en faire un Catafalque
moderne. Les ornemens font
caractériſtiques ; ce lieu eſt environné
d'obéliſques , de pyramides ,&de Tombeaux.
Le tout eſt dans le vrai genre de
l'Antique , & d'un fort bon Ton de
couleur. Des perſonnages , couverts de
grands voiles de deuil ,pleurans ſur ce
Tombeau & tout le reſte de la Pompe
funébre, ajoutent à la vérité de l'image,
analogue aux admirables morceaux
de muſique que tout le monde connoît.
L'intérieur du Palais de Jupiter enFEVRIER
. 1764. Ign 1
vironné de toute ſa gloire , au troifiéme
Acte , est d'autant plus impoſant
qu'il laiſſe voir prèſque toute la grandeur
de ce Théâtre. Le Péryſtile du
Temple de ce Dieu , qui précéde l'ouverture
de cette décoration , a pour les
connoiffeurs le mérite de la compofition&
de l'execution d'unTableau d'Architecture.
Ils donnent en même tems
de juſtes éloges à la maniére dont eſt
traitée la Cavernne , qui ſert d'entrée
aux Enfers, au quatriéme Acte. Ce qui
plaît , ou plutôt , ce qui enchante généralement
tous les yeux , eſt la décoration
qui ſuit immédiatement celle-ci ,
pour repréſenter les Champs Elyſées . Il
n'eſt pas poſſible au Génie pittoreſque
de mieux réaliſer le Génie Poëtique
que l'on a fait en cette occaſion. L'image
que l'on y donne,du ſéjour délicieux
des ombres , eſt le plus beau choix de
la nature , c'eſt en même temps plus que
la nature ; dans le charme des effets.
L'oeil ſe promene , perce dans les allées
& fur les bords du Léthé. La vue
s'y repoſe ; elle y fixe , pour ainſi dire
l'âme par une volupté penſible , dont
rien ne trouble la douceur. Une gradation
bien ménagée , une entente heureuſe
des lumières , une fraîcheur ſuave
,
192 MERCURE DE FRANCE.
dans le coloris , tout donne à cette décoration
, le vrai , le fini , & le précieux
du plus agréable Tableau de Païfage
peint ſur le chevalet. Si cette précédente
décoration raſſemble tout ce
qu'on peut imaginer d'agrémens dans
l'ordre de la nature , celle qui termine
l'Opéra ,fait voir , par un effort ſupérieur
de l'Art , tout ce que l'imagination pourroit
ſe peindre dans l'ordre ſurnaturel
des merveilles .
Elle repréſente , au milieu des Airs , un
Palais iſolé de Jupiter , d'une Architecture
légère , foutenu fur des nuages. Il
communique par des galleries aux (pavillons
des Génies qui préfident aux Planettes
, déſignés par les attributs de ces
Divinités; celui de Jupiter , couronné
d'une coupole élégante & riche eſt défigné
par les Aigles. On voit au-delà une
partie du Zodiaque où ſont les deux Jumeaux
nouvellement inſtallés. Le globe
du Soleil y parcourt ſa carrière . Indépendamment
des attributs, on a fort ingénieufement
exprimé le Phyſique des
Planettes , par la ſuppoſition de globes
lumineux , placés dans chaque Pavillon,
dont les émiſſions rayonnantes paſſent
à travers les entre-colonnes . Un feul ,
qui fait fond au Pavillon de Jupiter ,
eft
FEVRIER. 1764. 193
eſt vû de face & en plein . Une chaleur,
un feu vaporeux , régne tellement dans
cette décoration , que tout eſt lumière
, & qu'il ſemble que la couleur
en ſoit la cauſe première. L'ordonnance
des parties d'Architecture eſt élégante
, noble & céleste. La matière paroît
en être de lapis ſurhauffé d'or. Mais
plutôt , par un preſtige fingulier la matière
s'y diftingue à peine , tout y eſt
fondu & tout y eſt diſtinct , en forte que
dans ce brillant enſemble on ne voit ,
on ne fent que la Divinité dont on peint
le ſéjour. Par un effet étonnant , les
rayons des globes lumineux ſemblent
abfolument diaphanes ſur des fonds de
la matière la plus opaque . En un mot ,
toute cette décoration peut être regardée
comme une forte de magie qui ne
doit ſes preſtiges qu'aux propres forces
de l'art. Nous n'avons encore rien vû
d'auffi neuf en ce genre au Théâtre
ſans qu'on ait employé aucuns de ces
fecours étrangers à la Peinture, qui doivent
toujours être dédaignés par les
Artiſtes dans les imitations d'un
grand genre . On ſera moins furpris de
ce que nous rapportons ici de ces deux
décorations , quand on ſçaura que le
célébre M. BOUCHER prèſque toujours
I
194 MERCURE DE FRANCE .
inſpiré par le génie & guidé par
le goût , s'eſt prêté à en donner
l'idée , & qu'elles ont été exécutées
ſur ſes deſſeins par d'habiles Artiſtes
qui ont déja donné des preuves de
leurs talens. Ils ont tellement ſaiſi
la penſée & même la manière de ce
grand Maître , qu'on diroit que ſa main
&fon eſprit ont conduit leurs pinceaux.
C'eſt une fatisfaction pour les
Amateurs de voir renaître & perfectionner
en France un genre qui paroifſoit
devoir, après le fameux Servandoni,
retomber dans la barbarie d'où il l'avoit
tiré. Ces deux principales décorations
ne doivent pas faire négliger le
mérite d'une autre qui précéde la grande
décoration de la fin& qui repréſente
les dehors de la Ville de Sparte avec
un Arc de Triomphe. Le ſeul rideau du
fond eſt pour les Connoiffeurs une
preuve du talent le plus diftingué ; la
compofition & l'exécution font , ainſi
que toutes les autres décorations de l'Opéra
, des mêmes Artiſtes qui ont peint
* M. Baudon a peint les Champs Elysées & la
Caverne de l'Enfer , MM. Canot & Lallemand la
Décoration de l'Olympe du cinquiéme Acte. Le
Rideau des dehors de la Ville de Sparte eſt encore
de M. Baudon .
FEVRIER . 1764. 195
d'après M. Boucher , les Champs Elyfées
& la derniere décoration .
En conſidérant le nombre & la
richeſſe des habillemens ; en y joignant
le détail que nous venons de faire des
décorations, dans le nombre deſquelles
deux ſeulement * ne ſont pas entièrement
neuves,mais réparées & augmenrées
relativement aux nouvelles proportions
; on ne peut refuſer de juſtes
Eloges au zèle & a l'attention des Directeurs
de ce Spectacle , qui doit faire
la gloire de la Nation, mais où tous
les genres de dépenſes vont ſe trouver
confidérablement multipliés.
On doit remettre l'Opéra de Titon &
l'Aurore , le Jeudi 9 du préſent mois
de Février . Onle continuera les Jeudis
de chaque ſemaine.
La nuit du deux au trois de ce mois
on donna le premier Bal , dans la nouvelle
Salle qui a été univerſellement admirée.
En décrivant celle de l'Opéra ,
nous avons décrit plus haut celle-ci qui
eſt une répétition entiére &exacte des
trois rangs de Loges ſur le Théâtre , depuis
les Balcons qui forment la Partie
du milieu & dans lesquels ſont établis
*Celle du premier Alte & celle du troifiéme..
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
**
des Buffets vis-à-vis de grands trumeaux
de glaces . Les deux extrémités
de la Salle font ceintrées uniformément.
Sur le Plafond, qui eſt continué , ſont répétés
les mêmes compartimens & il eſt
terminé par une coupole,pareille à celle
du deffus de l'Amphiteâtre. La Salle , en
totalité, eſt plus longue & plus large qu'à
l'ancienOpéra.Celle - ci a d'une extrémité
à l'autre environ 80 pieds dans oeuvre
& 28 a 30 de largeur. Les proportions
en font d'un effet fatisfaiſantau premier
coup d'oeil. Sa régularité & l'uniformité
des Ornemens des Loges , lui donnent
en même tems une nobleſſe & un éclat
dont il paroît que tout le monde convient.
Nous ne rappellons pas ici les
commodités & les agrémens que procurent
les parties extérieures, dont nous
avons parlé dans l'Article de la Salle
d'Opéra , & dont la néceſſité dans
celle-ci , en fait encore mieux fentir
tous les avantages.
:
Elle est éclairée par une quantité
confidérable de fort beaux Luftres &
Girandoles de Criſtal.
,
Le Roi ayant bien voulu favoriſer la
commodité du Public juſqu'à permettre
la même liberté de paſſage ,
indiſtinctement dans toutes les Cours ,
FEVRIER. 1764 . 197
tant
du Palais des Thuileries , que dans les
rues de la Ville , on arrive à toutes les
heures , dans toute eſpéce de Voitures ,
Carroffes de Place , comme autres ,
à l'Opéra qu'au Bal. On peut dans
tel temps de la nuit que ce fait , faire
avancer en ſortant un Carroſſe de Place .
juſques a la Porte de la Salle , moyennant
une marque qu'on délivre à ceux
qui en demandent.
Ces Salles pour l'Opéra & pour le
Bal , ont été ainſi diſpoſées dans celle
des Thuileries , avec les aſſujettiſſemens
preſcrits, par les ſoins de M. GABRIEL,
premier Architecte du ROI , concertés
avec M. SoUFFLOT , Contrôleur des
Bâtimens pour ce Palais ,& fous fa conduite.
M. GIRAULD, Ingénieur Machiniſte
de l'Académie Royale de Muſique , &
des Menus Plaiſirs du Roi , a donné de
nouvelles preuves , en cette occafion ,
de ſes talens & de fa grande intelligence.
Aucuns des mouvemens , fi compliqués
, n'ayant manqué leur jeu dès la
première repréſentation , & le changement
fingulier de la Salle de Spectacle
en celle de Bal , s'opérant en moins de
trois heures.
Quelqu'étendue que nous ayent déja
couté les détails de cet Article , plus intéreſſant
qu'à l'ordinaire par les circonſtances
, nous ne pourrions refufer
ſans injustice , de configner ici & d'apprendre
aux Lecteurs le ſuccès des foins
qu'on a pris pour la ſplendeur du Spectacle.
Le premier Acte offre à l'ouverture
du rideau un vaſte Palais , d'une belle
architecture , percé par des colonades
en point de côté. Cette décoration occupe
une grande partie de la fuperficie
du Théâtre dont elle annonce d'abord
affez avantageuſement l'étendue. En
effet diverſes évolutions & tous les évé
nemens de deux combats y ſont exécutés
par près de 80 hommes armés,ſans
embarras ,& les Tableaux en font toujours
distinctement apperçus dans l'ordre
naturel des vraiſemblances , par
ceque les eſpaces qui les environnens
font toujours aſſez vaſtes.
Les curieux voyent avec plaifir au
deuxiéme Acte , un de ces grands Monumens
funéraires de l'Antiquité ; où
l'on dépoſoit les Corps ou les Cendres
des Rois , & des Héros. On en apperçoit
l'intérieur par une vaſte ouverture qui
laiſſe voir, parmi d'autres, le Mauſolée de
Caſtor,au-deſſusduquel ſont ſuſpendues
des lampes ſépulcrales. On n'eſt pas
tombé dans l'erreur d'en faire un Catafalque
moderne. Les ornemens font
caractériſtiques ; ce lieu eſt environné
d'obéliſques , de pyramides ,&de Tombeaux.
Le tout eſt dans le vrai genre de
l'Antique , & d'un fort bon Ton de
couleur. Des perſonnages , couverts de
grands voiles de deuil ,pleurans ſur ce
Tombeau & tout le reſte de la Pompe
funébre, ajoutent à la vérité de l'image,
analogue aux admirables morceaux
de muſique que tout le monde connoît.
L'intérieur du Palais de Jupiter enFEVRIER
. 1764. Ign 1
vironné de toute ſa gloire , au troifiéme
Acte , est d'autant plus impoſant
qu'il laiſſe voir prèſque toute la grandeur
de ce Théâtre. Le Péryſtile du
Temple de ce Dieu , qui précéde l'ouverture
de cette décoration , a pour les
connoiffeurs le mérite de la compofition&
de l'execution d'unTableau d'Architecture.
Ils donnent en même tems
de juſtes éloges à la maniére dont eſt
traitée la Cavernne , qui ſert d'entrée
aux Enfers, au quatriéme Acte. Ce qui
plaît , ou plutôt , ce qui enchante généralement
tous les yeux , eſt la décoration
qui ſuit immédiatement celle-ci ,
pour repréſenter les Champs Elyſées . Il
n'eſt pas poſſible au Génie pittoreſque
de mieux réaliſer le Génie Poëtique
que l'on a fait en cette occaſion. L'image
que l'on y donne,du ſéjour délicieux
des ombres , eſt le plus beau choix de
la nature , c'eſt en même temps plus que
la nature ; dans le charme des effets.
L'oeil ſe promene , perce dans les allées
& fur les bords du Léthé. La vue
s'y repoſe ; elle y fixe , pour ainſi dire
l'âme par une volupté penſible , dont
rien ne trouble la douceur. Une gradation
bien ménagée , une entente heureuſe
des lumières , une fraîcheur ſuave
,
192 MERCURE DE FRANCE.
dans le coloris , tout donne à cette décoration
, le vrai , le fini , & le précieux
du plus agréable Tableau de Païfage
peint ſur le chevalet. Si cette précédente
décoration raſſemble tout ce
qu'on peut imaginer d'agrémens dans
l'ordre de la nature , celle qui termine
l'Opéra ,fait voir , par un effort ſupérieur
de l'Art , tout ce que l'imagination pourroit
ſe peindre dans l'ordre ſurnaturel
des merveilles .
Elle repréſente , au milieu des Airs , un
Palais iſolé de Jupiter , d'une Architecture
légère , foutenu fur des nuages. Il
communique par des galleries aux (pavillons
des Génies qui préfident aux Planettes
, déſignés par les attributs de ces
Divinités; celui de Jupiter , couronné
d'une coupole élégante & riche eſt défigné
par les Aigles. On voit au-delà une
partie du Zodiaque où ſont les deux Jumeaux
nouvellement inſtallés. Le globe
du Soleil y parcourt ſa carrière . Indépendamment
des attributs, on a fort ingénieufement
exprimé le Phyſique des
Planettes , par la ſuppoſition de globes
lumineux , placés dans chaque Pavillon,
dont les émiſſions rayonnantes paſſent
à travers les entre-colonnes . Un feul ,
qui fait fond au Pavillon de Jupiter ,
eft
FEVRIER. 1764. 193
eſt vû de face & en plein . Une chaleur,
un feu vaporeux , régne tellement dans
cette décoration , que tout eſt lumière
, & qu'il ſemble que la couleur
en ſoit la cauſe première. L'ordonnance
des parties d'Architecture eſt élégante
, noble & céleste. La matière paroît
en être de lapis ſurhauffé d'or. Mais
plutôt , par un preſtige fingulier la matière
s'y diftingue à peine , tout y eſt
fondu & tout y eſt diſtinct , en forte que
dans ce brillant enſemble on ne voit ,
on ne fent que la Divinité dont on peint
le ſéjour. Par un effet étonnant , les
rayons des globes lumineux ſemblent
abfolument diaphanes ſur des fonds de
la matière la plus opaque . En un mot ,
toute cette décoration peut être regardée
comme une forte de magie qui ne
doit ſes preſtiges qu'aux propres forces
de l'art. Nous n'avons encore rien vû
d'auffi neuf en ce genre au Théâtre
ſans qu'on ait employé aucuns de ces
fecours étrangers à la Peinture, qui doivent
toujours être dédaignés par les
Artiſtes dans les imitations d'un
grand genre . On ſera moins furpris de
ce que nous rapportons ici de ces deux
décorations , quand on ſçaura que le
célébre M. BOUCHER prèſque toujours
I
194 MERCURE DE FRANCE .
inſpiré par le génie & guidé par
le goût , s'eſt prêté à en donner
l'idée , & qu'elles ont été exécutées
ſur ſes deſſeins par d'habiles Artiſtes
qui ont déja donné des preuves de
leurs talens. Ils ont tellement ſaiſi
la penſée & même la manière de ce
grand Maître , qu'on diroit que ſa main
&fon eſprit ont conduit leurs pinceaux.
C'eſt une fatisfaction pour les
Amateurs de voir renaître & perfectionner
en France un genre qui paroifſoit
devoir, après le fameux Servandoni,
retomber dans la barbarie d'où il l'avoit
tiré. Ces deux principales décorations
ne doivent pas faire négliger le
mérite d'une autre qui précéde la grande
décoration de la fin& qui repréſente
les dehors de la Ville de Sparte avec
un Arc de Triomphe. Le ſeul rideau du
fond eſt pour les Connoiffeurs une
preuve du talent le plus diftingué ; la
compofition & l'exécution font , ainſi
que toutes les autres décorations de l'Opéra
, des mêmes Artiſtes qui ont peint
* M. Baudon a peint les Champs Elysées & la
Caverne de l'Enfer , MM. Canot & Lallemand la
Décoration de l'Olympe du cinquiéme Acte. Le
Rideau des dehors de la Ville de Sparte eſt encore
de M. Baudon .
FEVRIER . 1764. 195
d'après M. Boucher , les Champs Elyfées
& la derniere décoration .
En conſidérant le nombre & la
richeſſe des habillemens ; en y joignant
le détail que nous venons de faire des
décorations, dans le nombre deſquelles
deux ſeulement * ne ſont pas entièrement
neuves,mais réparées & augmenrées
relativement aux nouvelles proportions
; on ne peut refuſer de juſtes
Eloges au zèle & a l'attention des Directeurs
de ce Spectacle , qui doit faire
la gloire de la Nation, mais où tous
les genres de dépenſes vont ſe trouver
confidérablement multipliés.
On doit remettre l'Opéra de Titon &
l'Aurore , le Jeudi 9 du préſent mois
de Février . Onle continuera les Jeudis
de chaque ſemaine.
La nuit du deux au trois de ce mois
on donna le premier Bal , dans la nouvelle
Salle qui a été univerſellement admirée.
En décrivant celle de l'Opéra ,
nous avons décrit plus haut celle-ci qui
eſt une répétition entiére &exacte des
trois rangs de Loges ſur le Théâtre , depuis
les Balcons qui forment la Partie
du milieu & dans lesquels ſont établis
*Celle du premier Alte & celle du troifiéme..
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
**
des Buffets vis-à-vis de grands trumeaux
de glaces . Les deux extrémités
de la Salle font ceintrées uniformément.
Sur le Plafond, qui eſt continué , ſont répétés
les mêmes compartimens & il eſt
terminé par une coupole,pareille à celle
du deffus de l'Amphiteâtre. La Salle , en
totalité, eſt plus longue & plus large qu'à
l'ancienOpéra.Celle - ci a d'une extrémité
à l'autre environ 80 pieds dans oeuvre
& 28 a 30 de largeur. Les proportions
en font d'un effet fatisfaiſantau premier
coup d'oeil. Sa régularité & l'uniformité
des Ornemens des Loges , lui donnent
en même tems une nobleſſe & un éclat
dont il paroît que tout le monde convient.
Nous ne rappellons pas ici les
commodités & les agrémens que procurent
les parties extérieures, dont nous
avons parlé dans l'Article de la Salle
d'Opéra , & dont la néceſſité dans
celle-ci , en fait encore mieux fentir
tous les avantages.
:
Elle est éclairée par une quantité
confidérable de fort beaux Luftres &
Girandoles de Criſtal.
,
Le Roi ayant bien voulu favoriſer la
commodité du Public juſqu'à permettre
la même liberté de paſſage ,
indiſtinctement dans toutes les Cours ,
FEVRIER. 1764 . 197
tant
du Palais des Thuileries , que dans les
rues de la Ville , on arrive à toutes les
heures , dans toute eſpéce de Voitures ,
Carroffes de Place , comme autres ,
à l'Opéra qu'au Bal. On peut dans
tel temps de la nuit que ce fait , faire
avancer en ſortant un Carroſſe de Place .
juſques a la Porte de la Salle , moyennant
une marque qu'on délivre à ceux
qui en demandent.
Ces Salles pour l'Opéra & pour le
Bal , ont été ainſi diſpoſées dans celle
des Thuileries , avec les aſſujettiſſemens
preſcrits, par les ſoins de M. GABRIEL,
premier Architecte du ROI , concertés
avec M. SoUFFLOT , Contrôleur des
Bâtimens pour ce Palais ,& fous fa conduite.
M. GIRAULD, Ingénieur Machiniſte
de l'Académie Royale de Muſique , &
des Menus Plaiſirs du Roi , a donné de
nouvelles preuves , en cette occafion ,
de ſes talens & de fa grande intelligence.
Aucuns des mouvemens , fi compliqués
, n'ayant manqué leur jeu dès la
première repréſentation , & le changement
fingulier de la Salle de Spectacle
en celle de Bal , s'opérant en moins de
trois heures.
Fermer
561
p. *200-200
CONCERT SPIRITUEL Du 2 Février, Fête de la Purification.
Début :
LES deux Motets à grand Choeur qui ont été exécutés, étoient le Magnificat [...]
Mots clefs :
Motet, Voix, Chanter
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL Du 2 Février, Fête de la Purification.
CONCERT SPIRITUEL
Du 2 Février, Fête de la Purification.
LES deux Motets à grand Choeur qui
ont été exécutés,
étoient le Magnificat
de M. BELLISSEN , & le Te Deum
de M. DAUVERGNE , Motet d'une
grande distinction & duquel nous
avons parlé dans ſa nouveauté. Mile
FEL, toujours la même pour la voix,
& pour le talent,a chanté un Motet à.
voix feule de M. le PETIT , qui a paru
être goûté. Mlle S. MARCEL , jeune
Sujet dont nous avons parlé à l'occafion
du précédent Concert , a chanté avec
applaudiſſement. M. GAVINIÉS , ſupé-
rieur aux Eloges,a exécuté un Concerto
de ſa compofition : ainſi que M. BALBA-TRE sur l'Orgue.
Du 2 Février, Fête de la Purification.
LES deux Motets à grand Choeur qui
ont été exécutés,
étoient le Magnificat
de M. BELLISSEN , & le Te Deum
de M. DAUVERGNE , Motet d'une
grande distinction & duquel nous
avons parlé dans ſa nouveauté. Mile
FEL, toujours la même pour la voix,
& pour le talent,a chanté un Motet à.
voix feule de M. le PETIT , qui a paru
être goûté. Mlle S. MARCEL , jeune
Sujet dont nous avons parlé à l'occafion
du précédent Concert , a chanté avec
applaudiſſement. M. GAVINIÉS , ſupé-
rieur aux Eloges,a exécuté un Concerto
de ſa compofition : ainſi que M. BALBA-TRE sur l'Orgue.
Fermer
562
p. 18-34
LA SURPRISE DE L'AMOUR, CONTE, Qui n'en est pas un.
Début :
DANS un de ces Châteaux charmans, voisins de la rapide Loire, Fatime [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA SURPRISE DE L'AMOUR, CONTE, Qui n'en est pas un.
LA SURPRISE DE L'AMOUR,
CONTE,
Qui n'en est pas un.
DANS un de ces Châteaux charmans,
voisins de la rapide Loire, Fatime
depuis quelques années voyoit naître
& finir le jour dans le ſein de la plus
douce tranquillité. Une mère qu'elle
adoroit , & à qui elle devoit ſeule la
plus parfaite éducation,& tousles plaifirs
qu'une heureuſe aiſance procure , par-
tageoient les premiers jours de fon
printemps..
La jeuneſſe & la beauté de Fatime
étoient ſes moindres charmes ; mille
grâces réunies dans toute ſa perſonne ;
desconnoiffances au-delà des bonnes or-
dinaires; une douceur, une aménité, une
franchiſe inaltérable dans le caractère ,.
formoient un enſemble de perfections
qui lui concilioient tous les ſuffrages.
Fatime n'ignoroit pourtant pas le pou-
voirde ſes charmes ; on lui avoit dit
mille fois qu'elle étoit belle: mais ces
hommages ſouvent mal amenés , &
MARS. 1764.
19
-prèſque toujours monotones n'avoient
pas plus touché fon cœur , que flatté
fon amour-propre. Ennemie de l'ombre
même de la coquetterie , Fatime ne
cachoit point le peu d'impreffion que
faifoit fur fon cœur
,
cette foule de
Vers , de Madrigaux , de Chanfons
de Bouquets , & de tous ces autres
petits hommages , où l'eſprit & le dé-
fir de plaire ont communément plus
de part , que le ſentiment. Aucun de
ſes admirateurs ne paroiſſoit être , &
n'étoit en effet préféré: tous ne pou-
voient qu'applaudir à la beauté de fon
âme; tous ne chantoient à l'envi , que
fes attraits & les grâces , qui accom-
pagnoient ſes moindres démarches.
Fatime ſe flattoit enfin de ne jamais
connoître l'amour : contente de l'ad-
miration qu'elle faisoit naître ;enchan-
tée de l'encens qu'elle recevoit de tous
les êtres fenfibles , ſon âme ne ſe for-
moit l'image d'aucun autre bonheur ;
lorſque Alcidor jeune , aimable &
modeſte lui fut préſenté comme le fils
d'une amie chèrie de ſa mère. Ce titre
qui le mit à portée de voir ſouvent
Fatime , les éclaira bientot fur leur
mérite mutuel; & l'uniformité de leurs
connoiffances , de leurs goûts , de leurs
20 MERCURE DE FRANCE.
ſentimens , ne fit que refferrer de
plus en plus des nœuds qui ne leur
parurent être d'abord que l'ouvrage
d'une tendre & fimple amitié.
Un fentiment plus vif , que tous
ceux qui l'avoient agitée juſqu'alors ,
ne permit bien - tot plus à Fatime de
ſe diffimuler à elle même toute la pré-
férence qu'elle accordoit à Alcidor fur
ſes autres amans.Mais loin d'être effrayée
d'un ſentiment ſi nouveau pour elle ,
Fatime s'y livra avec d'autant plus de
confiance , qu'elle en jugeoit l'effet
moins dangereux. Ces jeunes amans ,
( car ils l'étoient en effet ſans le
ſçavoir ) vécurent affez longtemps dans
cette douce fécurité ; rien ne troubloit
leur union ; chaque inſtant au contraire
ſembloitla reſſerrer : lesgoûts, les plaiſirs
deFatimeétoienttoujoursceuxd'Alcidor;
un ſerin étoit pour lui l'objet le plus in-
téreſſant: c'étoit l'éléve de Fatime ; & il
ne quitta l'oiſeau qu'après lui avoir
appris l'air , qu'il ſçavoit plaire le mieux
à cette aimable fille. Petit -fils ne fut
plus un Serin ordinaire ; il devint , grace
aux ſoins d'Alcidor , le plus charmant
de tous les êtres de ſon eſpéce
...
cha-
que jour Fatime s'embelliſſoit de mille
fleurs nouvelles qu'Alcidor avoit ſoin
MARS. 1764.
21
delui faire remettre ; quelques vers ac-
compagnoient fouvent ces nouveaux
hommages.... Le couplet ſuivant fera
moins jugerdes talens Poëtiques d'Alci-
dor , que du ſentiment qui les lui inſpi-
roit.
:
*AIR.
Fleurs , qui de l'heureux Printemps
Nous offrez la douce image ,
Aux attraits les plus charmans
Allez rendre votre hommage;
Embelliſſez le ſein
De celle que j'adore ,
A l'éclat de ſon tein
Joignez le vôtre encore !
Mille galanteries de ce genredécélé-
rent bientot aux yeux de Fatime , Al-
cidor & fon amant
.....
Un retour
cruel qu'elle fit ſur elle-même ; un éxa-
men profond de la ſituation actuelle de
ſon cœur , tout lui fit connoître que
ce qu'elle ne croyoit d'abord qu'une
fimple préférence , étoit un ſentiment
beaucoup plus vif, infiniment plus ten-
dre. Allarmée d'une découverte que
* Ce Couplet peut se chanterfur l'Air :J'aime
une ingrateBeauté , &c.
22 MERCURE DE FRANCE.
fon peu d'expérience lui faifoit paroître
plus inquiétante encore , Fatime ſe dé-
termina à fuir tout ce qui pouvoit lui
rappeller le ſouvenir d'Alcidor. Petit-fils,
ne repoſe plus ſur ſon ſein d'albâtre ;
ſes lévres raviſſantes ne preffent plus
le petit bec de l'animal charmant ;
les cheveux de Fatime ne ſont plus
ornés des fleurs d'Alcidor;
ſa voix
ceſſe d'exprimer les chanſons délicieuſes
que cet amant lui avoit appriſes : enfin
Fatime livrée à la mélancolie , craint
juſqu'au nom même de l'Amour !
Alcidor , étoit encore trop jeune pour
pénétrer bien clairement les raiſons d'un
pareil changement; cependant la mé-
lancolie de Fatime augmente chaque
jour; cette gaîté charmante , le vérita-
ble fond de ſon caractère , eſt rem-
,
placé par des inquiétudes que rien ne
peut calmer.
Ces deux amans enfin ſe fuyoient
machinalement ; chacun d'eux ſe flat-
toit , ou du moins s'éfforçoit de vaincre
un penchant qu'ils ne pouvoient plus
fe cacher.
Un petit bois voiſin du Château
où le hazard les conduifit tous deux.,
leur facilita l'occaſion de s'expliquer
furleur fituation mutuelle :on préſume
MARS. 1764 .
23
queldut être leur embarras réciproque,
& furtout celui de Fatime. Tous deux
baifſent les yeux , rougiffent ,
tous
deux reſtent muets. Alcidor cepen-
dant qui ſe raffure par degrés , oſe en
balbutiant , demander à ſon amante ,
quelle peut être la cauſe du changement
dontellelevoitgémir ? ...Arrêtez ! s'écria
Fatime
,
vous devez le ſçavoir ; vous
le fçavez ; j'en fuis certaine.... Mais
,
ou rompons dès à préſent; réſolvez-vous
à neme voir jamais ; oujurez-moi que
plus dignede mon eſtime,vous imiterez
mes efforts pour vaincre des ſentimens
dontles fuites m'effrayent ... ne ſoyons
plus l'un à l'autre que ce que nous étions
lorſque nous nous ſommes connus;
lorſqu'avec moins de familiarité, nous
jouiffions fans trouble & fans remords ,
du plaifir de nous voir , & de nous
entretenir..... C'eſt un ami que jecher-
chois , que j'avois cru trouver en vous.
Bornez-vous à ce titre ; ou renoncezá
me revoirjamais.
Qui ! je vous le promets , cruelle ,
s'écrie le tremblant Alcidor en tom-
vous verrai
....
,
bant aux pieds de Fatime.... quelque
malheureux que je fois .... du moinsje
Oui , Fatime , raffurez-
vous : votre amant ; que dis-je , votre
24 MERCURE DE FRANCE.
ami ne connoît rienqui puiſſe l'éffrayer ,
dès qu'il s'agira de vous plaire ... Oui !
je vous cacherai les traces mêmes de
mes pleurs... Vous redoutez l'Amour ? je
ne sçaurois abſolument vous condam-
ner; nous dépendons tous deux de nos
parens. Mais ſi vous connoiffiez.....
N'importe ! je ne veux point troubler
votre repos ... je ſcaurai tellement me
contraindre , que jamais mon Amour...
non ,jamais ( du moins fansvotre aveu )
ne paroîtra , n'éclatera.
...
Ceffez donc
d'enparler, interrompit vivement Fati-
me; est-ce à nous , eft- ce à notre âge
qu'il eſt permis de s'y livrer ? Nous , que
peut-être nos parens ont déja deſtinés
àdes alliances contraires ? ... Alcidor ,
vous ferez toujours mon ami ; je vous
jureune eſtime
desmiennes.
...
Une eſtime ! ( reprit
Alcidor) une eſtime ? ..... quoi Fati-
me oublie-t-elle déjà , que l'amitié la
plus tendre ? ... Non , je noublie rien
( lui dit en fouriant Fatime , ) ſongez
à vos promeffes ; & foyez toujours für
Ces deux amans très - contens l'un
de l'autre , tout en ſe félicitant de leur
nouvelle réſolution , reprirent bientot
leur première gaîté & par conséquent
leurs premiers plaifirs.
Pett
MAR S. 1764.
25
Petit-fils neprononça plus que rare-
ment , Je vous aime ▸ qu'Alcidor
,
avoit eu tant de plaifir à lui apprendre.
En ceſſant de le lui répéter , le petit
animal ceffa de le dire , ou du moins ,
c'étoit fi foiblement !... fi foiblement ! ...
que bientot Fatime ne l'entendit plus.
Alcidor lui
préſentoit ſouvent des
fleurs ; mais la main de l'Amant ne ſe
remarquoit plus dans le choix,dans le
goût ,dans la variété de leur mêlan-
ge ; ſes vers même ne célébroient
plus que les prétendus charmes que
pouvoit offrir une ſimple amitié , fou
ventmême l'indifférence: temoins ceux-
ci dont Fatime affecta de faire la Mu-
fique.
*AIR.
Amour , je brave ta puiſſance,
Que l'indifférence
Ad'attraits ! ...
Non , non , je n'aimerai jamais ,
Et je ne crainspoint tavengeance.
Garde tes traits ,
Ils font ſans effets
Sur mon âme ! ...
* Ces paroles ſe peuvent chanterfur cetAirfi
connud'un ancien Opéra : L'Amour estunEnfant
timide, la ſévérité lui faitpeur,&c.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Non , non , je n'éprouveraijamais,
Nonjamais
Je n'éprouverai ta flamme.
Le ſouvenir de leurs fermens les
contint quelque temps dans les bornes
qu'ils s'étoient preſcrites. Mais chaque
jour altéroit ce ſouvenir : l'Amour fous
le maſque de l'amitié
,
ne s'infinuoit
que d'autant plus dans leur cœur ; &
chaque effort qu'ils croyoient faire ,
pour l'en éloigner , nel'en rapprochoit
que davantage.
Fatime ne trouva bientot plus de
goût , plus de fineſſe dans des Chanſons
qui ne peignoient que les charmes ima-
ginaires d'une froide (indifférence. Les
bouquets que lui offroit Alcidor , cef-
ferent de la flatter. Déjà l'ennui s'em-
parede ſon âme: déjà l'incarnat de fon
teint exprime par ſon altération , le
trouble & l'inquiétudede ſon cœur !
...
Alcidor inſenſiblement entraîné par le
charme irréſiſtible d'un pouvoir en-
chanteur qu'il ne lui eſt plus permis de
combattre , redevint par degrés plus
tendre , plus attentif , plus aimable
encore qu'il ne l'avoit été ; Petit-fils ,
redit avec plus de charmes que jamais ,
je vous aime ; Fatime ſe trouva de jour
MARS. 1764 .
Bij
27
en jour moins triſte : tous deux enfin ,
ſans prèſque s'en appercevoir , en cef-
fant de combattre un penchant qui les
forçoit de ſe livrer de bonne foi à leur
tendreſſe mutuelle , ceſſerent de rougir
dupeu de fuccès de leurpremière réſolu-
tion , & s'affermirent intérieurement
dans celle de s'aimer toujours.
La tendre Fatime , ſans manquer à
ce que la ſageſſe la plus auſtére lui
pouvoit preſcrire , laiſſoit quelquefois
entrevoir à ſon amant une partie des
ſentimens dont ſon cœur étoit rempli.
Momens délicieux ! .. Alcidor , moins
contraint , plus vif , plus pénétré de
fon bonheur , ne laiſſoit échapper
aucune occafion de mieux prouver
toute la tendre vivacité de ſa flame. Ce
fut fans doute dans un de ces inftans
précieux , qu'Alcidor fitles couplets que
voici .
AIR.
Le jeune Objet que j'adore ,
Sans exiger de retour ,
Eſt plus charmante que Flore
Et plus belle que l'Amonr!
...
Si Pâris eût vû ſes charmes ,
Vénus n'eût point eu le prixs
4
28 MERCURE DE FRANCE.
:
Son cœur en rendant les armes
Eût couronné mon Iris .
De ſa gorge raviſſante
Rien n'égale la blancheur ;
De la roſe encor naiſſante
Sa bouche offre la fraîcheur.
Dans tous les cœurs elle inſpire
Mille deſirs , mille feux ;
Et mon Iris d'un ſous-rire ,
Peut captiver tous les Dieux.
Quand Iris dans nos boccages
Vient répéter mes chanſons ,
Les oiſeaux par leurs ramages
Tâchent d'imiter ſes ſons ;
L'Onde par un doux murmure ,
Sembleexprimer ſa gaîté! ...
Tout enfin dans la Nature ,
Rend hommage àſa beauté.
Mais ces inftans délicieux , ce bon-
heur pur & raviſſant , dont s'enyvroient
leurs âmes devoit bientot éprouver un
revers , dont la rigueur leur ſeroit
d'autant plus ſenſible , qu'ils croioient
moins devoir le redouter.
Unjour que Fatime ſembloit répé-
ter avec plus d'attendriſſement que de
MARS. 1764
29
coutume , un air charmant qu'Alcidor
venoitde lui apprendre.... Que ſignifie ,
lui dit ſa mere , cette vive expreffion
de ſentimens que je remarque depuis
peu dans votre façon de chanter ? cette
moleſſe dans les infléxions , & cette
eſpéce de délire où je ne reconnois
plus ma fille ? ... Parlez Fatime : ou-
vrez votre âme à votre mère ; voyez
toujours en elle votre amie ; ou craignez
d'être moins digne d'être la fienne.
Fatime , à ces mots, tombe aux pieds
d'Araminte ; le trouble de fes yeux , la
pâleur qui fuccéde aux roſes de fon
tein, toutpeintà cette mère la beauté ,
la franchiſe & la ſenſibilité de l'âme de
ſa fille. Fatime n'a point recours au
menſonge pour lui voiler ſes nouveaux
ſentimens: la plus légére excuſe ſeroit
criminelle à ſes yeux ; elle avoue en
pleurant ſa foibleffe , & n'en déguiſe
ni l'origne ni les progrès. Ce n'eſt que
pour en obtenir le pardon , qu'elle
reconnoît toute ſon imprudence ; que
pour mériter de nouveau l'indulgence
& la tendreſſe de ſa mère ; que pour
recevoir d'elle enfin les conſeils dont
elle fent toute l'importance & la né-
ceffité. Araminte , qui dès long-temps
s'étoit apperçue des progrès d'une paf-
Bij
30 MERCURE DE FRANCE.
ſion qu'elle defiroit de rendre heu-
reuſe , & qui n'avoit d'autre but, que
de s'aſſurer du fond qu'il étoit poffible
de faire ſur la conſtance & la folidité
des feux de ces jeunes amans ; Araminte
emportée par le ſentiment , tombe à ſon
tour dans les bras de ſa fille , la preſſe
contre ſon ſein , mêle ſes larmes aux
fiennes , & ne fait plus myſtere du
plaifir que lui fait l'Amour d'Alcidor.
Ma fille , ajouta-t- elle , Alcidor , eft
un parti convenable pour vous: mais
les hommes n'affectent que trop fou-
vent des paſſions qu'ils ne reffentent
point ; la plupart cédent à l'attrait du
plaifir , ou à ce goût d'intrigue & de
ſéduction qui les domineprèſque tous.
Quels garants avez-vous de la candeur ,
de la durée des ſentimens de votre
amant ? .... Ah ! ma mère
,
tout me
répond de la franchiſe & delatendreſſe
d'Alcidor Ala bonne heure (reprit
...
la mère ) : mais laiſſez-moi le plaifir de
m'en convaincre par moi-même ; cette
précaution eſt auſſi néceſſaire à mes
defſeins , qu'indiſpenſable pour affurer
votre bonheur. J'exige même que vous
me ſecondiez ; que rejettant fur mes or-
dres abſolus , le froid , l'indifférence
même que vous affecterez déſormais
MARS. 1764.
31
pourlui , vous me mettiez à portée de
connoître & d'appercevoir tout le fond
du caractére d'Alcidor .... Fatime ſe
ſent-elle affez de fermeté pour ſe con-
duire de façon à ne pas déconcerter les
vues de ſa mère ? ...Ah Madame ( s'écria-
t-elle ) pourriez - vous me ſoupçonner
de manquer jamais d'obéiſſance à vos
ordres ? ... Araminte par les careſſes les
plus tendres, ſe hâta de raſſurer ſa fille ; &
ces épanchemens de la tendreſſe la plus
pure arrêterent un nouveau déluge de
larmes que la tendre Fatime alloit ver-
fer.
Alcidor cherchoit avec trop de foin
l'occaſion de revoirſon amante , pour
ne pas bientôt la rencontrer.
Elle fortoit d'avec ſa mère : les traces
de ſes larmes , ſa pâleur , une agitation
que la vue d'Alcidor ne pouvoit qu'aug-
menter encore , firent ſur l'âme de cet
amant l'impreſſion la plus vive & la plus
douloureuſe. Que vois-je ? dit-il , en
tombant à ſes pieds , Fatime pleure &
m'en cache la cauſe ! ... elle me fuit &
craint mes regards mêmes ? .... ah ,
malheureux ! je ſuis perdu.....
Fatime en effet vouloit fuir ; & fon
cœur gémiſſoit de ladouleur qu'elle cau-
ſoit a fon amant : mais la promeſſe
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
qu'elle venoit de faire à ſa mère , lui
donnant de nouvelles forces ; Ah ! laif-
ſe-moi , s'écria-t-elle : des ordres que
je reſpecterai toujours , ne me permet-
tent plus ! ... N'achevez pas , perfide ,
s'écriaAlcidor, ledéſeſpoir peintdans les
yeux; n'achevez pas de m'annoncer la
mort... Quel changement ,grand Dieu !
Ciel , eſt-ce au moment où je venois
vous apprendre avec tranſport ,
la
mortd'un oncle dont la fortune ajoute
immenſément à la mienne ? Est-ce au
moment où je commençois à me croire
plus digne de Fatime & de l'aveu de ſa
mère , que je dois voir mes vœux &
mon plus cher eſpoir trahis ? .... Eh
bien ,je périrai ; oui ! je périrai , cruelle :
mais craignez; quedis-je? tremblez pour
lesjoursde l'heureuxrival quefansdoute
vous me préférez
...
Est-ce Alcidor
que j'entends ? eſt-ce lui,(dit en foupi-
rant Fatime , ) qui m'oſe reprocher une
noirceurdontjefus toujours incapable?..
Dieu! fi mon cœur pouvoit s'ouvrir à lui.
Ah! pardonne , digne & belle Fatime ,
pardonne à la douleur qui tranſportoit
le plus ſincère amant ! ... Non , non ,
ton âme fut toujours trop vraie , trop
pleinede ladivinité dont elle est l'image,
pour connoître un inſtant l'impoſture...
MARS. 1764.
33
Que ta mère , hélas ! ne connoit-elle
toute la pureté , toute la violence de
ma flame ..... peut-être que ſenſible
aux maux que ſes ordres barbares vont
me faire fouffrir , ſon cœur pourroit
s'ouvrir à la pitié .... Permets , chère
Fatime , permets- moi la ſeule épreuve ,
laſeule tentative qui flatte encore l'eſpoir
de ton amant ! ... Que dis - je ? ah !
ſi jamais je te fus cher ; fuis-moi ; vien...
tombons l'un & l'autre à ſes pieds.....
viens m'y voir expirer , ou obtenir d'elle
notre bonheur commun.
Araminte , quid'un cabinet voiſin les
voyoit & les entendoit , ne put laiſſer
durer plus longtemps un fupplice dont
fon cœur partageoit toute l'amertume.
O mes enfans ! s'écria -t-elle , en s'of-
frant à leurs yeux , vivez à jamais l'un
pour l'autre ..... Ces mots que l'émo-
tiond'Araminte lui permit à peine d'ar-
ziculer, produifirent fur lesjeunes amans
tout l'effet qu'ils devoient produire. Un
filence d'étonnement &d'excès de plai-
fir ,des regards où l'amour , la joie
&la reconnoiffance s'exprimoient tour-
à-tour, furent quelques inſtans les ſeuls
interprêtes de leurs cœurs... Les épan-
chemens réciproques fuccéderentà cette
By
34 MERCURE DE FRANCE.
première ivreſſedes ſens &l'hymend'Al-
cidor & de Fatime ne futdifféré qu'au-
tant qu'il le fallut pour en diſpoſer les
apprêts.
Par M. DUCLOS, S. D. M. D. F. G.
CONTE,
Qui n'en est pas un.
DANS un de ces Châteaux charmans,
voisins de la rapide Loire, Fatime
depuis quelques années voyoit naître
& finir le jour dans le ſein de la plus
douce tranquillité. Une mère qu'elle
adoroit , & à qui elle devoit ſeule la
plus parfaite éducation,& tousles plaifirs
qu'une heureuſe aiſance procure , par-
tageoient les premiers jours de fon
printemps..
La jeuneſſe & la beauté de Fatime
étoient ſes moindres charmes ; mille
grâces réunies dans toute ſa perſonne ;
desconnoiffances au-delà des bonnes or-
dinaires; une douceur, une aménité, une
franchiſe inaltérable dans le caractère ,.
formoient un enſemble de perfections
qui lui concilioient tous les ſuffrages.
Fatime n'ignoroit pourtant pas le pou-
voirde ſes charmes ; on lui avoit dit
mille fois qu'elle étoit belle: mais ces
hommages ſouvent mal amenés , &
MARS. 1764.
19
-prèſque toujours monotones n'avoient
pas plus touché fon cœur , que flatté
fon amour-propre. Ennemie de l'ombre
même de la coquetterie , Fatime ne
cachoit point le peu d'impreffion que
faifoit fur fon cœur
,
cette foule de
Vers , de Madrigaux , de Chanfons
de Bouquets , & de tous ces autres
petits hommages , où l'eſprit & le dé-
fir de plaire ont communément plus
de part , que le ſentiment. Aucun de
ſes admirateurs ne paroiſſoit être , &
n'étoit en effet préféré: tous ne pou-
voient qu'applaudir à la beauté de fon
âme; tous ne chantoient à l'envi , que
fes attraits & les grâces , qui accom-
pagnoient ſes moindres démarches.
Fatime ſe flattoit enfin de ne jamais
connoître l'amour : contente de l'ad-
miration qu'elle faisoit naître ;enchan-
tée de l'encens qu'elle recevoit de tous
les êtres fenfibles , ſon âme ne ſe for-
moit l'image d'aucun autre bonheur ;
lorſque Alcidor jeune , aimable &
modeſte lui fut préſenté comme le fils
d'une amie chèrie de ſa mère. Ce titre
qui le mit à portée de voir ſouvent
Fatime , les éclaira bientot fur leur
mérite mutuel; & l'uniformité de leurs
connoiffances , de leurs goûts , de leurs
20 MERCURE DE FRANCE.
ſentimens , ne fit que refferrer de
plus en plus des nœuds qui ne leur
parurent être d'abord que l'ouvrage
d'une tendre & fimple amitié.
Un fentiment plus vif , que tous
ceux qui l'avoient agitée juſqu'alors ,
ne permit bien - tot plus à Fatime de
ſe diffimuler à elle même toute la pré-
férence qu'elle accordoit à Alcidor fur
ſes autres amans.Mais loin d'être effrayée
d'un ſentiment ſi nouveau pour elle ,
Fatime s'y livra avec d'autant plus de
confiance , qu'elle en jugeoit l'effet
moins dangereux. Ces jeunes amans ,
( car ils l'étoient en effet ſans le
ſçavoir ) vécurent affez longtemps dans
cette douce fécurité ; rien ne troubloit
leur union ; chaque inſtant au contraire
ſembloitla reſſerrer : lesgoûts, les plaiſirs
deFatimeétoienttoujoursceuxd'Alcidor;
un ſerin étoit pour lui l'objet le plus in-
téreſſant: c'étoit l'éléve de Fatime ; & il
ne quitta l'oiſeau qu'après lui avoir
appris l'air , qu'il ſçavoit plaire le mieux
à cette aimable fille. Petit -fils ne fut
plus un Serin ordinaire ; il devint , grace
aux ſoins d'Alcidor , le plus charmant
de tous les êtres de ſon eſpéce
...
cha-
que jour Fatime s'embelliſſoit de mille
fleurs nouvelles qu'Alcidor avoit ſoin
MARS. 1764.
21
delui faire remettre ; quelques vers ac-
compagnoient fouvent ces nouveaux
hommages.... Le couplet ſuivant fera
moins jugerdes talens Poëtiques d'Alci-
dor , que du ſentiment qui les lui inſpi-
roit.
:
*AIR.
Fleurs , qui de l'heureux Printemps
Nous offrez la douce image ,
Aux attraits les plus charmans
Allez rendre votre hommage;
Embelliſſez le ſein
De celle que j'adore ,
A l'éclat de ſon tein
Joignez le vôtre encore !
Mille galanteries de ce genredécélé-
rent bientot aux yeux de Fatime , Al-
cidor & fon amant
.....
Un retour
cruel qu'elle fit ſur elle-même ; un éxa-
men profond de la ſituation actuelle de
ſon cœur , tout lui fit connoître que
ce qu'elle ne croyoit d'abord qu'une
fimple préférence , étoit un ſentiment
beaucoup plus vif, infiniment plus ten-
dre. Allarmée d'une découverte que
* Ce Couplet peut se chanterfur l'Air :J'aime
une ingrateBeauté , &c.
22 MERCURE DE FRANCE.
fon peu d'expérience lui faifoit paroître
plus inquiétante encore , Fatime ſe dé-
termina à fuir tout ce qui pouvoit lui
rappeller le ſouvenir d'Alcidor. Petit-fils,
ne repoſe plus ſur ſon ſein d'albâtre ;
ſes lévres raviſſantes ne preffent plus
le petit bec de l'animal charmant ;
les cheveux de Fatime ne ſont plus
ornés des fleurs d'Alcidor;
ſa voix
ceſſe d'exprimer les chanſons délicieuſes
que cet amant lui avoit appriſes : enfin
Fatime livrée à la mélancolie , craint
juſqu'au nom même de l'Amour !
Alcidor , étoit encore trop jeune pour
pénétrer bien clairement les raiſons d'un
pareil changement; cependant la mé-
lancolie de Fatime augmente chaque
jour; cette gaîté charmante , le vérita-
ble fond de ſon caractère , eſt rem-
,
placé par des inquiétudes que rien ne
peut calmer.
Ces deux amans enfin ſe fuyoient
machinalement ; chacun d'eux ſe flat-
toit , ou du moins s'éfforçoit de vaincre
un penchant qu'ils ne pouvoient plus
fe cacher.
Un petit bois voiſin du Château
où le hazard les conduifit tous deux.,
leur facilita l'occaſion de s'expliquer
furleur fituation mutuelle :on préſume
MARS. 1764 .
23
queldut être leur embarras réciproque,
& furtout celui de Fatime. Tous deux
baifſent les yeux , rougiffent ,
tous
deux reſtent muets. Alcidor cepen-
dant qui ſe raffure par degrés , oſe en
balbutiant , demander à ſon amante ,
quelle peut être la cauſe du changement
dontellelevoitgémir ? ...Arrêtez ! s'écria
Fatime
,
vous devez le ſçavoir ; vous
le fçavez ; j'en fuis certaine.... Mais
,
ou rompons dès à préſent; réſolvez-vous
à neme voir jamais ; oujurez-moi que
plus dignede mon eſtime,vous imiterez
mes efforts pour vaincre des ſentimens
dontles fuites m'effrayent ... ne ſoyons
plus l'un à l'autre que ce que nous étions
lorſque nous nous ſommes connus;
lorſqu'avec moins de familiarité, nous
jouiffions fans trouble & fans remords ,
du plaifir de nous voir , & de nous
entretenir..... C'eſt un ami que jecher-
chois , que j'avois cru trouver en vous.
Bornez-vous à ce titre ; ou renoncezá
me revoirjamais.
Qui ! je vous le promets , cruelle ,
s'écrie le tremblant Alcidor en tom-
vous verrai
....
,
bant aux pieds de Fatime.... quelque
malheureux que je fois .... du moinsje
Oui , Fatime , raffurez-
vous : votre amant ; que dis-je , votre
24 MERCURE DE FRANCE.
ami ne connoît rienqui puiſſe l'éffrayer ,
dès qu'il s'agira de vous plaire ... Oui !
je vous cacherai les traces mêmes de
mes pleurs... Vous redoutez l'Amour ? je
ne sçaurois abſolument vous condam-
ner; nous dépendons tous deux de nos
parens. Mais ſi vous connoiffiez.....
N'importe ! je ne veux point troubler
votre repos ... je ſcaurai tellement me
contraindre , que jamais mon Amour...
non ,jamais ( du moins fansvotre aveu )
ne paroîtra , n'éclatera.
...
Ceffez donc
d'enparler, interrompit vivement Fati-
me; est-ce à nous , eft- ce à notre âge
qu'il eſt permis de s'y livrer ? Nous , que
peut-être nos parens ont déja deſtinés
àdes alliances contraires ? ... Alcidor ,
vous ferez toujours mon ami ; je vous
jureune eſtime
desmiennes.
...
Une eſtime ! ( reprit
Alcidor) une eſtime ? ..... quoi Fati-
me oublie-t-elle déjà , que l'amitié la
plus tendre ? ... Non , je noublie rien
( lui dit en fouriant Fatime , ) ſongez
à vos promeffes ; & foyez toujours für
Ces deux amans très - contens l'un
de l'autre , tout en ſe félicitant de leur
nouvelle réſolution , reprirent bientot
leur première gaîté & par conséquent
leurs premiers plaifirs.
Pett
MAR S. 1764.
25
Petit-fils neprononça plus que rare-
ment , Je vous aime ▸ qu'Alcidor
,
avoit eu tant de plaifir à lui apprendre.
En ceſſant de le lui répéter , le petit
animal ceffa de le dire , ou du moins ,
c'étoit fi foiblement !... fi foiblement ! ...
que bientot Fatime ne l'entendit plus.
Alcidor lui
préſentoit ſouvent des
fleurs ; mais la main de l'Amant ne ſe
remarquoit plus dans le choix,dans le
goût ,dans la variété de leur mêlan-
ge ; ſes vers même ne célébroient
plus que les prétendus charmes que
pouvoit offrir une ſimple amitié , fou
ventmême l'indifférence: temoins ceux-
ci dont Fatime affecta de faire la Mu-
fique.
*AIR.
Amour , je brave ta puiſſance,
Que l'indifférence
Ad'attraits ! ...
Non , non , je n'aimerai jamais ,
Et je ne crainspoint tavengeance.
Garde tes traits ,
Ils font ſans effets
Sur mon âme ! ...
* Ces paroles ſe peuvent chanterfur cetAirfi
connud'un ancien Opéra : L'Amour estunEnfant
timide, la ſévérité lui faitpeur,&c.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Non , non , je n'éprouveraijamais,
Nonjamais
Je n'éprouverai ta flamme.
Le ſouvenir de leurs fermens les
contint quelque temps dans les bornes
qu'ils s'étoient preſcrites. Mais chaque
jour altéroit ce ſouvenir : l'Amour fous
le maſque de l'amitié
,
ne s'infinuoit
que d'autant plus dans leur cœur ; &
chaque effort qu'ils croyoient faire ,
pour l'en éloigner , nel'en rapprochoit
que davantage.
Fatime ne trouva bientot plus de
goût , plus de fineſſe dans des Chanſons
qui ne peignoient que les charmes ima-
ginaires d'une froide (indifférence. Les
bouquets que lui offroit Alcidor , cef-
ferent de la flatter. Déjà l'ennui s'em-
parede ſon âme: déjà l'incarnat de fon
teint exprime par ſon altération , le
trouble & l'inquiétudede ſon cœur !
...
Alcidor inſenſiblement entraîné par le
charme irréſiſtible d'un pouvoir en-
chanteur qu'il ne lui eſt plus permis de
combattre , redevint par degrés plus
tendre , plus attentif , plus aimable
encore qu'il ne l'avoit été ; Petit-fils ,
redit avec plus de charmes que jamais ,
je vous aime ; Fatime ſe trouva de jour
MARS. 1764 .
Bij
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en jour moins triſte : tous deux enfin ,
ſans prèſque s'en appercevoir , en cef-
fant de combattre un penchant qui les
forçoit de ſe livrer de bonne foi à leur
tendreſſe mutuelle , ceſſerent de rougir
dupeu de fuccès de leurpremière réſolu-
tion , & s'affermirent intérieurement
dans celle de s'aimer toujours.
La tendre Fatime , ſans manquer à
ce que la ſageſſe la plus auſtére lui
pouvoit preſcrire , laiſſoit quelquefois
entrevoir à ſon amant une partie des
ſentimens dont ſon cœur étoit rempli.
Momens délicieux ! .. Alcidor , moins
contraint , plus vif , plus pénétré de
fon bonheur , ne laiſſoit échapper
aucune occafion de mieux prouver
toute la tendre vivacité de ſa flame. Ce
fut fans doute dans un de ces inftans
précieux , qu'Alcidor fitles couplets que
voici .
AIR.
Le jeune Objet que j'adore ,
Sans exiger de retour ,
Eſt plus charmante que Flore
Et plus belle que l'Amonr!
...
Si Pâris eût vû ſes charmes ,
Vénus n'eût point eu le prixs
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28 MERCURE DE FRANCE.
:
Son cœur en rendant les armes
Eût couronné mon Iris .
De ſa gorge raviſſante
Rien n'égale la blancheur ;
De la roſe encor naiſſante
Sa bouche offre la fraîcheur.
Dans tous les cœurs elle inſpire
Mille deſirs , mille feux ;
Et mon Iris d'un ſous-rire ,
Peut captiver tous les Dieux.
Quand Iris dans nos boccages
Vient répéter mes chanſons ,
Les oiſeaux par leurs ramages
Tâchent d'imiter ſes ſons ;
L'Onde par un doux murmure ,
Sembleexprimer ſa gaîté! ...
Tout enfin dans la Nature ,
Rend hommage àſa beauté.
Mais ces inftans délicieux , ce bon-
heur pur & raviſſant , dont s'enyvroient
leurs âmes devoit bientot éprouver un
revers , dont la rigueur leur ſeroit
d'autant plus ſenſible , qu'ils croioient
moins devoir le redouter.
Unjour que Fatime ſembloit répé-
ter avec plus d'attendriſſement que de
MARS. 1764
29
coutume , un air charmant qu'Alcidor
venoitde lui apprendre.... Que ſignifie ,
lui dit ſa mere , cette vive expreffion
de ſentimens que je remarque depuis
peu dans votre façon de chanter ? cette
moleſſe dans les infléxions , & cette
eſpéce de délire où je ne reconnois
plus ma fille ? ... Parlez Fatime : ou-
vrez votre âme à votre mère ; voyez
toujours en elle votre amie ; ou craignez
d'être moins digne d'être la fienne.
Fatime , à ces mots, tombe aux pieds
d'Araminte ; le trouble de fes yeux , la
pâleur qui fuccéde aux roſes de fon
tein, toutpeintà cette mère la beauté ,
la franchiſe & la ſenſibilité de l'âme de
ſa fille. Fatime n'a point recours au
menſonge pour lui voiler ſes nouveaux
ſentimens: la plus légére excuſe ſeroit
criminelle à ſes yeux ; elle avoue en
pleurant ſa foibleffe , & n'en déguiſe
ni l'origne ni les progrès. Ce n'eſt que
pour en obtenir le pardon , qu'elle
reconnoît toute ſon imprudence ; que
pour mériter de nouveau l'indulgence
& la tendreſſe de ſa mère ; que pour
recevoir d'elle enfin les conſeils dont
elle fent toute l'importance & la né-
ceffité. Araminte , qui dès long-temps
s'étoit apperçue des progrès d'une paf-
Bij
30 MERCURE DE FRANCE.
ſion qu'elle defiroit de rendre heu-
reuſe , & qui n'avoit d'autre but, que
de s'aſſurer du fond qu'il étoit poffible
de faire ſur la conſtance & la folidité
des feux de ces jeunes amans ; Araminte
emportée par le ſentiment , tombe à ſon
tour dans les bras de ſa fille , la preſſe
contre ſon ſein , mêle ſes larmes aux
fiennes , & ne fait plus myſtere du
plaifir que lui fait l'Amour d'Alcidor.
Ma fille , ajouta-t- elle , Alcidor , eft
un parti convenable pour vous: mais
les hommes n'affectent que trop fou-
vent des paſſions qu'ils ne reffentent
point ; la plupart cédent à l'attrait du
plaifir , ou à ce goût d'intrigue & de
ſéduction qui les domineprèſque tous.
Quels garants avez-vous de la candeur ,
de la durée des ſentimens de votre
amant ? .... Ah ! ma mère
,
tout me
répond de la franchiſe & delatendreſſe
d'Alcidor Ala bonne heure (reprit
...
la mère ) : mais laiſſez-moi le plaifir de
m'en convaincre par moi-même ; cette
précaution eſt auſſi néceſſaire à mes
defſeins , qu'indiſpenſable pour affurer
votre bonheur. J'exige même que vous
me ſecondiez ; que rejettant fur mes or-
dres abſolus , le froid , l'indifférence
même que vous affecterez déſormais
MARS. 1764.
31
pourlui , vous me mettiez à portée de
connoître & d'appercevoir tout le fond
du caractére d'Alcidor .... Fatime ſe
ſent-elle affez de fermeté pour ſe con-
duire de façon à ne pas déconcerter les
vues de ſa mère ? ...Ah Madame ( s'écria-
t-elle ) pourriez - vous me ſoupçonner
de manquer jamais d'obéiſſance à vos
ordres ? ... Araminte par les careſſes les
plus tendres, ſe hâta de raſſurer ſa fille ; &
ces épanchemens de la tendreſſe la plus
pure arrêterent un nouveau déluge de
larmes que la tendre Fatime alloit ver-
fer.
Alcidor cherchoit avec trop de foin
l'occaſion de revoirſon amante , pour
ne pas bientôt la rencontrer.
Elle fortoit d'avec ſa mère : les traces
de ſes larmes , ſa pâleur , une agitation
que la vue d'Alcidor ne pouvoit qu'aug-
menter encore , firent ſur l'âme de cet
amant l'impreſſion la plus vive & la plus
douloureuſe. Que vois-je ? dit-il , en
tombant à ſes pieds , Fatime pleure &
m'en cache la cauſe ! ... elle me fuit &
craint mes regards mêmes ? .... ah ,
malheureux ! je ſuis perdu.....
Fatime en effet vouloit fuir ; & fon
cœur gémiſſoit de ladouleur qu'elle cau-
ſoit a fon amant : mais la promeſſe
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
qu'elle venoit de faire à ſa mère , lui
donnant de nouvelles forces ; Ah ! laif-
ſe-moi , s'écria-t-elle : des ordres que
je reſpecterai toujours , ne me permet-
tent plus ! ... N'achevez pas , perfide ,
s'écriaAlcidor, ledéſeſpoir peintdans les
yeux; n'achevez pas de m'annoncer la
mort... Quel changement ,grand Dieu !
Ciel , eſt-ce au moment où je venois
vous apprendre avec tranſport ,
la
mortd'un oncle dont la fortune ajoute
immenſément à la mienne ? Est-ce au
moment où je commençois à me croire
plus digne de Fatime & de l'aveu de ſa
mère , que je dois voir mes vœux &
mon plus cher eſpoir trahis ? .... Eh
bien ,je périrai ; oui ! je périrai , cruelle :
mais craignez; quedis-je? tremblez pour
lesjoursde l'heureuxrival quefansdoute
vous me préférez
...
Est-ce Alcidor
que j'entends ? eſt-ce lui,(dit en foupi-
rant Fatime , ) qui m'oſe reprocher une
noirceurdontjefus toujours incapable?..
Dieu! fi mon cœur pouvoit s'ouvrir à lui.
Ah! pardonne , digne & belle Fatime ,
pardonne à la douleur qui tranſportoit
le plus ſincère amant ! ... Non , non ,
ton âme fut toujours trop vraie , trop
pleinede ladivinité dont elle est l'image,
pour connoître un inſtant l'impoſture...
MARS. 1764.
33
Que ta mère , hélas ! ne connoit-elle
toute la pureté , toute la violence de
ma flame ..... peut-être que ſenſible
aux maux que ſes ordres barbares vont
me faire fouffrir , ſon cœur pourroit
s'ouvrir à la pitié .... Permets , chère
Fatime , permets- moi la ſeule épreuve ,
laſeule tentative qui flatte encore l'eſpoir
de ton amant ! ... Que dis - je ? ah !
ſi jamais je te fus cher ; fuis-moi ; vien...
tombons l'un & l'autre à ſes pieds.....
viens m'y voir expirer , ou obtenir d'elle
notre bonheur commun.
Araminte , quid'un cabinet voiſin les
voyoit & les entendoit , ne put laiſſer
durer plus longtemps un fupplice dont
fon cœur partageoit toute l'amertume.
O mes enfans ! s'écria -t-elle , en s'of-
frant à leurs yeux , vivez à jamais l'un
pour l'autre ..... Ces mots que l'émo-
tiond'Araminte lui permit à peine d'ar-
ziculer, produifirent fur lesjeunes amans
tout l'effet qu'ils devoient produire. Un
filence d'étonnement &d'excès de plai-
fir ,des regards où l'amour , la joie
&la reconnoiffance s'exprimoient tour-
à-tour, furent quelques inſtans les ſeuls
interprêtes de leurs cœurs... Les épan-
chemens réciproques fuccéderentà cette
By
34 MERCURE DE FRANCE.
première ivreſſedes ſens &l'hymend'Al-
cidor & de Fatime ne futdifféré qu'au-
tant qu'il le fallut pour en diſpoſer les
apprêts.
Par M. DUCLOS, S. D. M. D. F. G.
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563
p. 37-38
A Madame de S. H... à qui l'Auteur en dansant au Bal, avoit donné par mégarde, un coup dans l'oeil.
Début :
JALOUSE de vous voir si belle, [...]
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texteReconnaissance textuelle : A Madame de S. H... à qui l'Auteur en dansant au Bal, avoit donné par mégarde, un coup dans l'oeil.
A Madame de S. H... à qui l'Auteur
en dansant au Bal, avoit donné par
mégarde, un coup dans l'oeil.
JALOUSE de vous voir si belle,
Vénus hier pendant le Bal
S'en vangea ſur votre prunelle ,
Et mon bras matheureux fut l'inſtrument fatal
Dont ſe ſervit laDéeſſe cruelle,
Pour vous cauſer autant de mal.
Mais, belle Ifé , quellefut ſa ſurpriſe
D'entendre de l'Amour le cri leplus perçant
Elle reconnut ſamépriſe
Aux larmes de ce tendre Enfant.
Ils'écrioit, » qu'avez-vous fait, ma mère?
» Quoi , vous éteignez mon flambeau!
>>>Fut-il jamais de douleur plus amère ?
Pouvoit-il être mieux que dans cetcœil ſibeaut
>> Ranimez doncencor votre colère ,
>>> Et détruiſez auſſi ſon frère
>> Dans lequelj'ai mistous mestraits.
>>Mais aprèstant de barbarie ,
>> Cruelle , ôtez-moi donc la vie,
Sinon mes pleurs ne tarirontjamais.
Par les crisde ſon fils la Déeſſe attendrie,
Ifé, dit-elle, ſois guérie.
38 MERCURE DE FRANCE.
Mais vous , pour vous punir , Amour ,
Du dépôt de vos traits d'avoir fait un myſtère
A votre redoutable mère ,
Iffé les gardera toujours.
Des Rives du Lignon, le 23 Janvier 1764.
Par un Abonné au Mercure.
en dansant au Bal, avoit donné par
mégarde, un coup dans l'oeil.
JALOUSE de vous voir si belle,
Vénus hier pendant le Bal
S'en vangea ſur votre prunelle ,
Et mon bras matheureux fut l'inſtrument fatal
Dont ſe ſervit laDéeſſe cruelle,
Pour vous cauſer autant de mal.
Mais, belle Ifé , quellefut ſa ſurpriſe
D'entendre de l'Amour le cri leplus perçant
Elle reconnut ſamépriſe
Aux larmes de ce tendre Enfant.
Ils'écrioit, » qu'avez-vous fait, ma mère?
» Quoi , vous éteignez mon flambeau!
>>>Fut-il jamais de douleur plus amère ?
Pouvoit-il être mieux que dans cetcœil ſibeaut
>> Ranimez doncencor votre colère ,
>>> Et détruiſez auſſi ſon frère
>> Dans lequelj'ai mistous mestraits.
>>Mais aprèstant de barbarie ,
>> Cruelle , ôtez-moi donc la vie,
Sinon mes pleurs ne tarirontjamais.
Par les crisde ſon fils la Déeſſe attendrie,
Ifé, dit-elle, ſois guérie.
38 MERCURE DE FRANCE.
Mais vous , pour vous punir , Amour ,
Du dépôt de vos traits d'avoir fait un myſtère
A votre redoutable mère ,
Iffé les gardera toujours.
Des Rives du Lignon, le 23 Janvier 1764.
Par un Abonné au Mercure.
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564
p. 116-119
SUPPLÉMENT aux Piéces Fugitives. VERS à Mde de B..... qui le soir de ses nôces, après que tout le monde fut retiré, éxigea, toute affaire cessante, que son mari la menât au Bal de l'Opéra qu'elle n'avoit jamais vu. Le père du nouveau marié qui les avoit entendus se lever, s'habilla, se masqua, les suivit au Bal ; & à force de plaisanteries, il obligea sa bru de revenir avec son Mari masqués encore l'un & l'autre, & ne comprenant pas comment ils avoient pu être reconnus. Le père m'écrivit l'aventure le matin, & elle reçut ces Vers l'après-diner à sa toilette : ce qui l'étonna beaucoup.
Début :
CONDUITS par l'Hyménée & le Dieu de Cythère, [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT aux Piéces Fugitives. VERS à Mde de B..... qui le soir de ses nôces, après que tout le monde fut retiré, éxigea, toute affaire cessante, que son mari la menât au Bal de l'Opéra qu'elle n'avoit jamais vu. Le père du nouveau marié qui les avoit entendus se lever, s'habilla, se masqua, les suivit au Bal ; & à force de plaisanteries, il obligea sa bru de revenir avec son Mari masqués encore l'un & l'autre, & ne comprenant pas comment ils avoient pu être reconnus. Le père m'écrivit l'aventure le matin, & elle reçut ces Vers l'après-diner à sa toilette : ce qui l'étonna beaucoup.
SUPPLÉMENT aux Piéces Fugitives.
VERS à Mde de B..... qui le soir de
ses nôces, après que tout le monde fut
retiré, éxigea, toute affaire cessante,
que son mari la menât au Bal de l'Opéra
qu'elle n'avoit jamais vu. Le père
du nouveau marié qui les avoit entendus
se lever, s'habilla, se masqua,
les suivit au Bal ; & à force de plaisanteries,
il obligea sa bru de revenir avec son Mari masqués encore l'un & l'autre, & ne comprenant pas comment ils avoient pu être reconnus. Le père m'écrivit l'aventure le matin, & elle reçut ces Vers l'après-diner à sa toilette : ce qui l'étonna beaucoup.
MARS. 1764.
117
CONDUITS par l'Hyménée & le Dieu de Cythère,
Dans le lit nuptial , cette nuitdeux époux,
Alloient goûter lesplaiſirs les plus doux ,
Sous les yeux du tendre myſtère ;
Quandtout-à-coup ,jalouxde leursjoyeux ébats,
Momus , cédant au dépit qui l'emporte ,
Entredans leur réduit, ſans frapper à la porte ,
S'approchedesconjointsquines'endormoientpas,
Etdes tendres amours écartant la cohorte,
A l'épouſe parle tout bas ,
Et la tance de cette forte.
Quoi !dit-il, à votre âge on n'eſtdonc pas touché,
D'un plaiſir qu'à vosyeux on atoujours caché ?
Tandisquedansmontemple,ou régnel'allégreſſe,
Bourgeois & Financier , Robin , Prince, Ducheſſe,
Tous viennent me faire la cour ;
Vous ſeule , à mon culte rebelle ,
Epriſe d'un nouvel amour ,
A côté d'un mari , jeune, aimable , fidéle ,
Vous voulez attendre le jour ?
Ypenſez-vous:d'Hymencommençantla carrière
,
118 MERCURE DE FRANCE.
Apeineunpauvre époux ouvre-t-il la barrière ;
Qu'il eſt déja prèſque ſur le côté :
De votre propre bien ſoyez plus ménagère ,
Par principe de volupté.
Votre époux eſt à vous : uſez-ende manière ,
Qu'il n'altére.point ſa ſanté.
Plaiſirs pouffés trop loin cauſent ſatiété.
D'Hymen toute la vie on peut chomer la fête;
Onprévoit ſesdouceurs juſques dans l'avenir;
Ses jours coulent en paix , & les miens vontfinir.
Profitez des jeux que j'apprête :
L'Ennemi* qui me ſuit va bientôt lesbannir.
Après ces mots, l'indiſcrette folie
Force les deux époux à ſortir de leur lit.
L'épouſe en eſt charmée , & l'époux obéit.
Peut-on rienrefuſer à femme qui ſupplie ?
On s'habille à la hâte , on s'échappe ſans bruit:
Au Bal de l'Opéra leplaiſir les conduit.
Ils arrivent maſqués ; qui peut les reconnoître ?
Qui ? l'Amourqui les ſuit. Déjàce petit traître,
Voyantque d'une utile nuit ,
Dont ildoit diſpoſer en maître ,
Un autreDieu perçoit le fruit ,
Dit lenom des époux , découvre le myſtère ,
A tout venant conte l'affaire ;
Lui-même déguiſé , prend l'épouſe àl'écart ,
Et lui flétrit le cœur par maint & maint brocard,
* Le Carême.
MARS. 1764.
L'aventure devient publique ;
L'un applaudit , l'autre critique :
La fingularité trouve despartiſans ;
Et cet époux afait la nique
A tous les maris complaiſans :
Mais peu fuivront cette pratique.
AimableBi.... vous qui dans votre lit ,
Avez paſſé la nuit , & vu naître l'aurore ,
Dont tout le monde parle encore ,
Dans les foyersde Terpficore.
119
En comblant de plaiſir l'époux qui vous adore ,
Amuſez-vous de ce récit ,
VERS à Mde de B..... qui le soir de
ses nôces, après que tout le monde fut
retiré, éxigea, toute affaire cessante,
que son mari la menât au Bal de l'Opéra
qu'elle n'avoit jamais vu. Le père
du nouveau marié qui les avoit entendus
se lever, s'habilla, se masqua,
les suivit au Bal ; & à force de plaisanteries,
il obligea sa bru de revenir avec son Mari masqués encore l'un & l'autre, & ne comprenant pas comment ils avoient pu être reconnus. Le père m'écrivit l'aventure le matin, & elle reçut ces Vers l'après-diner à sa toilette : ce qui l'étonna beaucoup.
MARS. 1764.
117
CONDUITS par l'Hyménée & le Dieu de Cythère,
Dans le lit nuptial , cette nuitdeux époux,
Alloient goûter lesplaiſirs les plus doux ,
Sous les yeux du tendre myſtère ;
Quandtout-à-coup ,jalouxde leursjoyeux ébats,
Momus , cédant au dépit qui l'emporte ,
Entredans leur réduit, ſans frapper à la porte ,
S'approchedesconjointsquines'endormoientpas,
Etdes tendres amours écartant la cohorte,
A l'épouſe parle tout bas ,
Et la tance de cette forte.
Quoi !dit-il, à votre âge on n'eſtdonc pas touché,
D'un plaiſir qu'à vosyeux on atoujours caché ?
Tandisquedansmontemple,ou régnel'allégreſſe,
Bourgeois & Financier , Robin , Prince, Ducheſſe,
Tous viennent me faire la cour ;
Vous ſeule , à mon culte rebelle ,
Epriſe d'un nouvel amour ,
A côté d'un mari , jeune, aimable , fidéle ,
Vous voulez attendre le jour ?
Ypenſez-vous:d'Hymencommençantla carrière
,
118 MERCURE DE FRANCE.
Apeineunpauvre époux ouvre-t-il la barrière ;
Qu'il eſt déja prèſque ſur le côté :
De votre propre bien ſoyez plus ménagère ,
Par principe de volupté.
Votre époux eſt à vous : uſez-ende manière ,
Qu'il n'altére.point ſa ſanté.
Plaiſirs pouffés trop loin cauſent ſatiété.
D'Hymen toute la vie on peut chomer la fête;
Onprévoit ſesdouceurs juſques dans l'avenir;
Ses jours coulent en paix , & les miens vontfinir.
Profitez des jeux que j'apprête :
L'Ennemi* qui me ſuit va bientôt lesbannir.
Après ces mots, l'indiſcrette folie
Force les deux époux à ſortir de leur lit.
L'épouſe en eſt charmée , & l'époux obéit.
Peut-on rienrefuſer à femme qui ſupplie ?
On s'habille à la hâte , on s'échappe ſans bruit:
Au Bal de l'Opéra leplaiſir les conduit.
Ils arrivent maſqués ; qui peut les reconnoître ?
Qui ? l'Amourqui les ſuit. Déjàce petit traître,
Voyantque d'une utile nuit ,
Dont ildoit diſpoſer en maître ,
Un autreDieu perçoit le fruit ,
Dit lenom des époux , découvre le myſtère ,
A tout venant conte l'affaire ;
Lui-même déguiſé , prend l'épouſe àl'écart ,
Et lui flétrit le cœur par maint & maint brocard,
* Le Carême.
MARS. 1764.
L'aventure devient publique ;
L'un applaudit , l'autre critique :
La fingularité trouve despartiſans ;
Et cet époux afait la nique
A tous les maris complaiſans :
Mais peu fuivront cette pratique.
AimableBi.... vous qui dans votre lit ,
Avez paſſé la nuit , & vu naître l'aurore ,
Dont tout le monde parle encore ,
Dans les foyersde Terpficore.
119
En comblant de plaiſir l'époux qui vous adore ,
Amuſez-vous de ce récit ,
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564
SUPPLÉMENT aux Piéces Fugitives. VERS à Mde de B..... qui le soir de ses nôces, après que tout le monde fut retiré, éxigea, toute affaire cessante, que son mari la menât au Bal de l'Opéra qu'elle n'avoit jamais vu. Le père du nouveau marié qui les avoit entendus se lever, s'habilla, se masqua, les suivit au Bal ; & à force de plaisanteries, il obligea sa bru de revenir avec son Mari masqués encore l'un & l'autre, & ne comprenant pas comment ils avoient pu être reconnus. Le père m'écrivit l'aventure le matin, & elle reçut ces Vers l'après-diner à sa toilette : ce qui l'étonna beaucoup.
565
p. 163
MUSIQUE.
Début :
RECUEIL D'AIRS, avec des Accompagnemens de Guittarre, faciles & à la [...]
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texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.RECUEIL D'AIRS, avec des Accompagnemens
de Guittarre, faciles & à la
portée des Commençans. Par M. Merchi.
8. Livre de Guittarre. Œuvre XI . Prix
3 liv. 12 f. A Paris , chez l'Auteur , rue
S. Thomas du Louvre , du côté du Châ-
teau d'Eau , chez un Menuifier , le ſe
cond eſcalier après la Cour ; & aux
adreſſes ordinaires de Mufique.
Pluſieurs Amateurs de Guittarre ayant
foufcrit , pour SIX DUO de Guittarre &
Violon , avec Sourdine , par M. Merchi ,
& qui font fon Œuvre XII ; l'Auteur
les avertit qu'il va paroître , & qu'on en
trouvera des Exemplaires chez lui , rue
S.Thomas du Louvre,àlamême adreſſe.
de Guittarre, faciles & à la
portée des Commençans. Par M. Merchi.
8. Livre de Guittarre. Œuvre XI . Prix
3 liv. 12 f. A Paris , chez l'Auteur , rue
S. Thomas du Louvre , du côté du Châ-
teau d'Eau , chez un Menuifier , le ſe
cond eſcalier après la Cour ; & aux
adreſſes ordinaires de Mufique.
Pluſieurs Amateurs de Guittarre ayant
foufcrit , pour SIX DUO de Guittarre &
Violon , avec Sourdine , par M. Merchi ,
& qui font fon Œuvre XII ; l'Auteur
les avertit qu'il va paroître , & qu'on en
trouvera des Exemplaires chez lui , rue
S.Thomas du Louvre,àlamême adreſſe.
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566
p. 169-170
OPERA.
Début :
L'EMPRESSEMENT qu'avoit témoigné le Public pour le Spectacle de [...]
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texteReconnaissance textuelle : OPERA.
OPERA.
L'EMPRESSEMENT qu'avoit témoigné
le Public pour le Spectacle de
l'Opéra , a été pleinement juſtifié par
le concours foutenu des Spectateurs
juſqu'à préſent. Les beautés du Pоёте
& de la Muſique de Castor & Pollux ,
jointes à la magnificence du Spectacle ,
font de plus en plus ſenties , & prou-
vées par une affluence
perpétuelle.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Titon & l'Aurore n'eſt pas moins ſuivi
les Jeudis , quoique ce jour fût ordi-
nairement un des plus foibles.
Plus on fréquente la nouvelle Salle du
Bal , & plus on en reconnoît la beauté
&tous les agrémens : le plus grandnom-
bre de Maſques n'y produit que la viva-
cité néceſſaire à l'amusement du Bal,
& cette forte de confufion qui en fait
tout le brillant , ſans que l'on y éprouve
les incommodités d'une foule trop reffer-
rée. Il ſeroit difficile de diſpoſer un lieu
plus commode & plus convenable pour
la fête la plus magnifique.
L'EMPRESSEMENT qu'avoit témoigné
le Public pour le Spectacle de
l'Opéra , a été pleinement juſtifié par
le concours foutenu des Spectateurs
juſqu'à préſent. Les beautés du Pоёте
& de la Muſique de Castor & Pollux ,
jointes à la magnificence du Spectacle ,
font de plus en plus ſenties , & prou-
vées par une affluence
perpétuelle.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Titon & l'Aurore n'eſt pas moins ſuivi
les Jeudis , quoique ce jour fût ordi-
nairement un des plus foibles.
Plus on fréquente la nouvelle Salle du
Bal , & plus on en reconnoît la beauté
&tous les agrémens : le plus grandnom-
bre de Maſques n'y produit que la viva-
cité néceſſaire à l'amusement du Bal,
& cette forte de confufion qui en fait
tout le brillant , ſans que l'on y éprouve
les incommodités d'une foule trop reffer-
rée. Il ſeroit difficile de diſpoſer un lieu
plus commode & plus convenable pour
la fête la plus magnifique.
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567
p. 170-172
AVIS aux Amateurs d'Instrumens. NOUVELLE Invention d'une LYRE pareille à celle des Anciens. N. B. L'analogie de l'objet nous engage à placer l'Avis suivant dans cet Article.
Début :
NOUS avions annoncé précédemment un Instrument qui approchoit de la [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS aux Amateurs d'Instrumens. NOUVELLE Invention d'une LYRE pareille à celle des Anciens. N. B. L'analogie de l'objet nous engage à placer l'Avis suivant dans cet Article.
AVIS aux Amateurs d'Instrumens.
NOUVELLE Invention d'une LYRE
pareille à celle des Anciens.
N. B. L'analogie de l'objet nous engage
à placer l'Avis suivant dans cet Article.
NOUS avions annoncé précédemment
un Instrument qui approchoit de
la Lyre : mais dont il paroît que le fuc-
cès n'a pas répondu à l'eſpoir de fon In-
venteur. Nous croyons que celui-ci ſera
MARS. 1764.
171
plus heureux. On regrettoit avec raifon
quelaformedela Lyreantique , ſiagréa-
ble , fi noble , propre à nous réaliſer les
idées poëtiques , ne pût pas ſe concilier
avec la conſtruction propre aux effets
harmoniques. Dans l'Inftrument dont
nous parlons , on eſt parvenu à lever
cettedifficulté. Sa forme eſt entièrement
telle que l'on nous peint la LYRE d'A-
pollon. Elle est auſſi ſevelte , auffi élé-
gante & très- ornée. La partie inférieure
eſt traverſée par un corps de Lut , fur
lequel font poſées obliquement les qua-
rante cordes diviſées fur deux lignes pa-
rallèles. Il en réſulte une auffi belle qua-
lité de ſon que fur la Harpe. Les cordes
ſe pincentdemême , mais avec beaucoup
plus de facilité , le corps de tout l'Inftru-
ment n'excédant pas la portée du bras
d'un enfant. Nous avons entendu jouer
de cette Lyre , & l'effet nous en a parů
très-agréable , en ce que les cordes des
deffus rendent un ſon plus moëleux que
celles de la Harpe. Si l'effet général n'eſt
pas d'une auffi forte réfonance que fur
ce dernier Inſtrument , cette Lyre nous
a paru égalerà cet égard ,pour le moins ,
un très - fort Archiluth. Les quarante
cordes contiennent trois octaves & de-
mi de tonsde ſuite. Ilyadansla traverſe
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
fupérieure de la Lyre , une méchanique
cachéeaffez curieuse pour les Diezes &
les Bémols fur toutes les cordes ; on en
fait uſage à volonté ſuivant les divers
tons que l'on veut parcourir. Nous
ne doutons pas que l'on n'adopte ce
nouvel Inſtrument , par la facilité de
fon exécution , par celle de le tranf-
porter , par l'agrément dont fon jeu
peut être , enfin par les grâces de fon
aſpect , par celles qu'il prêteroit à
ceux & fur- tout à celles qui len
joueroient. Les Peintres doivent être
intéreſlés au progrès de cette Lyre Ils
y trouveroient de nouvelles pofitions
pour les Portraits , infiniment plus avan-
tageuſes que toutes celles qui ſont déja
épuiſées & devenues ſi communes.
L'Inventeurde cette LYRE eft le Sieur
MICHELOT , Luthier , rue S. Honoré
près la rue de l'Echelle , à côté des Ecu-
ries de M. le Dauphin.
NOUVELLE Invention d'une LYRE
pareille à celle des Anciens.
N. B. L'analogie de l'objet nous engage
à placer l'Avis suivant dans cet Article.
NOUS avions annoncé précédemment
un Instrument qui approchoit de
la Lyre : mais dont il paroît que le fuc-
cès n'a pas répondu à l'eſpoir de fon In-
venteur. Nous croyons que celui-ci ſera
MARS. 1764.
171
plus heureux. On regrettoit avec raifon
quelaformedela Lyreantique , ſiagréa-
ble , fi noble , propre à nous réaliſer les
idées poëtiques , ne pût pas ſe concilier
avec la conſtruction propre aux effets
harmoniques. Dans l'Inftrument dont
nous parlons , on eſt parvenu à lever
cettedifficulté. Sa forme eſt entièrement
telle que l'on nous peint la LYRE d'A-
pollon. Elle est auſſi ſevelte , auffi élé-
gante & très- ornée. La partie inférieure
eſt traverſée par un corps de Lut , fur
lequel font poſées obliquement les qua-
rante cordes diviſées fur deux lignes pa-
rallèles. Il en réſulte une auffi belle qua-
lité de ſon que fur la Harpe. Les cordes
ſe pincentdemême , mais avec beaucoup
plus de facilité , le corps de tout l'Inftru-
ment n'excédant pas la portée du bras
d'un enfant. Nous avons entendu jouer
de cette Lyre , & l'effet nous en a parů
très-agréable , en ce que les cordes des
deffus rendent un ſon plus moëleux que
celles de la Harpe. Si l'effet général n'eſt
pas d'une auffi forte réfonance que fur
ce dernier Inſtrument , cette Lyre nous
a paru égalerà cet égard ,pour le moins ,
un très - fort Archiluth. Les quarante
cordes contiennent trois octaves & de-
mi de tonsde ſuite. Ilyadansla traverſe
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
fupérieure de la Lyre , une méchanique
cachéeaffez curieuse pour les Diezes &
les Bémols fur toutes les cordes ; on en
fait uſage à volonté ſuivant les divers
tons que l'on veut parcourir. Nous
ne doutons pas que l'on n'adopte ce
nouvel Inſtrument , par la facilité de
fon exécution , par celle de le tranf-
porter , par l'agrément dont fon jeu
peut être , enfin par les grâces de fon
aſpect , par celles qu'il prêteroit à
ceux & fur- tout à celles qui len
joueroient. Les Peintres doivent être
intéreſlés au progrès de cette Lyre Ils
y trouveroient de nouvelles pofitions
pour les Portraits , infiniment plus avan-
tageuſes que toutes celles qui ſont déja
épuiſées & devenues ſi communes.
L'Inventeurde cette LYRE eft le Sieur
MICHELOT , Luthier , rue S. Honoré
près la rue de l'Echelle , à côté des Ecu-
ries de M. le Dauphin.
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568
p. 221
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
ON a repris & continué les Représentations du Sorcier, alternativement & [...]
Mots clefs :
Sorcier, Représentations, Opéra-Comiques
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texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
QN a repris & continué les Repréfen•
cations du Sorcier, alternativement &
conjointement avec les Piéces du même
genï·e , dont le no1nbre des Repréfenrations
n'a point de bornes, par l'efpèce
de convention gt,nérale du Public àe fe
rendre à ce Théàtre les jours d'Opéra-,
Comiques.
QN a repris & continué les Repréfen•
cations du Sorcier, alternativement &
conjointement avec les Piéces du même
genï·e , dont le no1nbre des Repréfenrations
n'a point de bornes, par l'efpèce
de convention gt,nérale du Public àe fe
rendre à ce Théàtre les jours d'Opéra-,
Comiques.
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569
p. 60-61
AUTRE.
Début :
Je suis de divers lieux, je nais dans les forêts, [...]
Mots clefs :
Flûte ou musette
570
p. 68-69
AUTRE.
Début :
Mon corps de bizarre figure, [...]
Mots clefs :
Clavecin
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
A UT RE.
ON corps de bizarre figure j
A quelquefois une riche parure ,
It quoiqu'avec plaifir il arrête les yeux
Ce n'eft guères par là qu'il plaît aux curieux.
De langues j'ai grand nombre & n'ai point dé
langage ;
Je ne fais point fans âme , & fuis inanimé.
Des chofes à mon gré je fais changer l'uſage :
Ce terrible métal dont l'homme s'eſt armé ,
Qui coûte tant de lang & caufe tant d'allarmes ,
OCTOBRE . 1764. 69
Et l'heureux inftrument qui fait ſentir mes
charmes ;
Et la plame qui fert aux oifeaux à voler ;
Ne peut que me faire parler.
ON corps de bizarre figure j
A quelquefois une riche parure ,
It quoiqu'avec plaifir il arrête les yeux
Ce n'eft guères par là qu'il plaît aux curieux.
De langues j'ai grand nombre & n'ai point dé
langage ;
Je ne fais point fans âme , & fuis inanimé.
Des chofes à mon gré je fais changer l'uſage :
Ce terrible métal dont l'homme s'eſt armé ,
Qui coûte tant de lang & caufe tant d'allarmes ,
OCTOBRE . 1764. 69
Et l'heureux inftrument qui fait ſentir mes
charmes ;
Et la plame qui fert aux oifeaux à voler ;
Ne peut que me faire parler.
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571
p. 180-182
Comédie Italienne.
Début :
M. RENAUD, dont nous avons déja parlé dans le Mercure précédent, [...]
Mots clefs :
Rôle, Timidité, Débutant, Jeu d'acteur, Spectacle, Ballet, Opéra, Légèreté, Grâces, Danse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Comédie Italienne.
Comédie Italienne.
M. RENAUD , dont nous avors
déja parlé dans le Mercure précédent ,
a continué fes débuts par le rôle de
Lucas dans les Aveux indifcrets , & a
repris quelques-uns des mêmes qu'il
avoit joués d'abord. La timidité fi naturelle
à un Débutant avoit paru nuire
à l'action de fon jeu qu'il a développé
depuis , & l'on peut dire , qu'il a juftifié
les encouragemens que l'on lui a
donnés. Il y a tout lieu d'efpérer qu'il
deviendra un Sujet très - utile pour ce
Spectacle.
Le 24 Octobre , on a donné la première
repréſentation d'Ulyffe dans l'Ifie
de Circe , Ballet férieux Héroï Pantomime
, de la compofition de M. Pitrot ,
dans lequel lui & fon Epoufe ( ci-devant
connue à ce même Spectacle & à l'Opéra
fous le nom de Mlle Rey ) ont
danfé les principales Entrées.
, La magnificence de ce Ballet la
beauté des fituations , les grâces & les
NOVEMBRE . 1764. 181
variétés du deffein , l'enſemble de l'éxé
cution , tout a répondu à la célébrité
que M. Pitrot s'eft acquife dans tous
les Pays de l'Europe où il a fait admirer
fes talens .
Le Public attendoit avec impatience
le moment de le revoir paroître fur un
Théâtre où il avoit laiffé un vuide trop
fenfible pour n'être point regretté . Les
applaudiffemens continuels qu'il a reçus
l'ont affure du nouveau plaifir qu'il a
fait , furtout dans le belle Chacone
de M. le Berton, dans laquelle M.Veftris
s'étoit diftingué d'une façon fi brillante
à l'Opéra. La comparaifon n'a point
nui à M. Pitrot ; c'eſt affez faire fon
éloge.
La légéreté , la précifion & les grâces
réunies dans la Danfe de Mde Pitrot ,
lui ont mérité des fuffrages unanimes.
Elle étoit déja reconnue pour une des
premières Danfeufes dans le genre brillant
; on a remarqué avec la plus vive
fatisfaction combien les leçons d'un
grand Maître ont fervi en elle à l'entière
perfection d'un Art où elle a fi
peu de rivales . Nous ne devons pas
oublier non plus de donner aux talens
naiffans de Mlles Louife & Mion Rey
182 MERCURE DE FRANCE.
fes Niéces , les juftes éloges qu'elles
méritent. Elles prouvent l'une & l'autre
que les grâces font héréditaires dans
leur Famille.
Nous donnons ici le Programme de
ce Ballet avec l'Epître au Public tels
que M. Pitrot les a donnés lui -même,
M. RENAUD , dont nous avors
déja parlé dans le Mercure précédent ,
a continué fes débuts par le rôle de
Lucas dans les Aveux indifcrets , & a
repris quelques-uns des mêmes qu'il
avoit joués d'abord. La timidité fi naturelle
à un Débutant avoit paru nuire
à l'action de fon jeu qu'il a développé
depuis , & l'on peut dire , qu'il a juftifié
les encouragemens que l'on lui a
donnés. Il y a tout lieu d'efpérer qu'il
deviendra un Sujet très - utile pour ce
Spectacle.
Le 24 Octobre , on a donné la première
repréſentation d'Ulyffe dans l'Ifie
de Circe , Ballet férieux Héroï Pantomime
, de la compofition de M. Pitrot ,
dans lequel lui & fon Epoufe ( ci-devant
connue à ce même Spectacle & à l'Opéra
fous le nom de Mlle Rey ) ont
danfé les principales Entrées.
, La magnificence de ce Ballet la
beauté des fituations , les grâces & les
NOVEMBRE . 1764. 181
variétés du deffein , l'enſemble de l'éxé
cution , tout a répondu à la célébrité
que M. Pitrot s'eft acquife dans tous
les Pays de l'Europe où il a fait admirer
fes talens .
Le Public attendoit avec impatience
le moment de le revoir paroître fur un
Théâtre où il avoit laiffé un vuide trop
fenfible pour n'être point regretté . Les
applaudiffemens continuels qu'il a reçus
l'ont affure du nouveau plaifir qu'il a
fait , furtout dans le belle Chacone
de M. le Berton, dans laquelle M.Veftris
s'étoit diftingué d'une façon fi brillante
à l'Opéra. La comparaifon n'a point
nui à M. Pitrot ; c'eſt affez faire fon
éloge.
La légéreté , la précifion & les grâces
réunies dans la Danfe de Mde Pitrot ,
lui ont mérité des fuffrages unanimes.
Elle étoit déja reconnue pour une des
premières Danfeufes dans le genre brillant
; on a remarqué avec la plus vive
fatisfaction combien les leçons d'un
grand Maître ont fervi en elle à l'entière
perfection d'un Art où elle a fi
peu de rivales . Nous ne devons pas
oublier non plus de donner aux talens
naiffans de Mlles Louife & Mion Rey
182 MERCURE DE FRANCE.
fes Niéces , les juftes éloges qu'elles
méritent. Elles prouvent l'une & l'autre
que les grâces font héréditaires dans
leur Famille.
Nous donnons ici le Programme de
ce Ballet avec l'Epître au Public tels
que M. Pitrot les a donnés lui -même,
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Résumé : Comédie Italienne.
Le texte évoque les débuts de M. Renaud dans le rôle de Lucas dans 'Les Aveux indifférents', soulignant ses progrès malgré une timidité initiale. Son jeu a été encouragé, et il est attendu qu'il devienne un acteur utile pour le spectacle. Le 24 octobre, la première représentation de 'Ulysse dans l'Île de Circe', un ballet sérieux héroïque et pantomime composé par M. Pitrot, a eu lieu. M. Pitrot et son épouse, anciennement Mlle Rey, ont dansé les principales entrées. Le ballet a été salué pour sa magnificence, la beauté des situations, les grâces et les variétés du dessin, ainsi que l'ensemble de l'exécution, confirmant la célébrité de M. Pitrot en Europe. Le public, impatient de revoir M. Pitrot, l'a acclamé, notamment pour sa performance dans la chaconne de M. le Berton. Mme Pitrot a également été félicitée pour sa légèreté, précision et grâces, confirmant son statut de première danseuse dans le genre brillant. Les nièces de M. Pitrot, Mlles Louise et Mion Rey, ont été louées pour leurs talents naissants, prouvant que les grâces sont héréditaires dans leur famille. Le texte inclut également le programme du ballet et une épître au public fournis par M. Pitrot.
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572
p. 182-184
AU PUBLIC.
Début :
MESSIEURS, Vous êtes les Juges & les Protecteurs des Talens : [...]
Mots clefs :
Talents, Hommages, Ballets, Conseils, Poèmes, Danseurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU PUBLIC.
AU PUBLIC.
MESSIEURS ,
Vous êtes les Juges & les Protecteurs
des Talens : vous les voyez naître ;
vous les encouragez ; vous les éclairez
& ils fe forment pour vous plaire . Vous
feuls avez des droits fur leurs hommages,
& c'eft à vous que j'adreffe les miens.
Vous avez daigné m'accueillir , lorfque
fur la fin de l'année 1758 , j'ai préfenté
à vos yeux les Baliets héroïques
de Télémaque dans l'Ile de Calypfo ;
du Sultan généreux ; de la Difpute des
Faunes & des Bergers , pour les Amadryades
, & c. Et je viens aujourd'hui
foumettre à vos lumières celui d'Ulyſſe
dans l'Ile de Circé . Ce genre de Ballets,
en action & en expreflion , longtemps
NOVEMBRE . 1764. 183
inconnu dans la Capitale , demande ,
vous le fçavez , une expofition , une
intrigue , des fituations , un dénouement
j'ai fait tous mes efforts pour
réunir ces quatre parties effentielles ; &
les fuffrages que vous m'avez accordés ,
m'ont fait croire que j'avois rempli
du moins à quelques égards , l'idée que
vous aviez conçue de mes Poëmes ; je
fens combien ils font loin encore de la
perfection mais ma docilité à fuivre
vos confeils toujours fages & refléchis ,
à me conformer à votre goût toujours
fùr , y aura bientôt corrigé ce que vous
y trouverez de défectueux . Cependant
plus j'apporterai de foin à la compofition
de ces Poëmes , & plus l'éxécution
en deviendra difficile . Il faut de
l'âme , du fentiment , de la pratique ,
pour en faifir & en rendre les nuances &
les fineffes; en un mot, il faut des Acteurs.
De quelle indulgence , MESSIEUR s, ne
vont donc pas avoir befoin des Danfeurs
& des Danfeufes , qui , accoutumés à
figurer dans de petits divertiffemens , ne
connoiffent point encore cette expreffion
néceffaire dans les Ballets que
je vais donner. Ces Danfeurs & ces
Danfeufes , animés du zéle le plus ardent
, ont recours à vos bontés : vous
184 MERCURE DE FRANCE .
ne les refufez jamais à ceux qui ont
envie de réuífir ; & je les follicite pour
eux , & furtout pour moi , que des affaires
& quelques accidens ont obligé
de négliger un talent , que l'on n'entretient
& que l'on n'augmente que par
un exercice continuel. J'ofe me flatter
des plus grands fuccès, MESSIEURS ,
fi un travail affidu , fi un dévouement
entier à vos moindres volontés , fi le
defir enfin que j'ai de vous amufer &
de vous intéreffer , fuffifent pour les
mériter.
MESSIEURS ,
Vous êtes les Juges & les Protecteurs
des Talens : vous les voyez naître ;
vous les encouragez ; vous les éclairez
& ils fe forment pour vous plaire . Vous
feuls avez des droits fur leurs hommages,
& c'eft à vous que j'adreffe les miens.
Vous avez daigné m'accueillir , lorfque
fur la fin de l'année 1758 , j'ai préfenté
à vos yeux les Baliets héroïques
de Télémaque dans l'Ile de Calypfo ;
du Sultan généreux ; de la Difpute des
Faunes & des Bergers , pour les Amadryades
, & c. Et je viens aujourd'hui
foumettre à vos lumières celui d'Ulyſſe
dans l'Ile de Circé . Ce genre de Ballets,
en action & en expreflion , longtemps
NOVEMBRE . 1764. 183
inconnu dans la Capitale , demande ,
vous le fçavez , une expofition , une
intrigue , des fituations , un dénouement
j'ai fait tous mes efforts pour
réunir ces quatre parties effentielles ; &
les fuffrages que vous m'avez accordés ,
m'ont fait croire que j'avois rempli
du moins à quelques égards , l'idée que
vous aviez conçue de mes Poëmes ; je
fens combien ils font loin encore de la
perfection mais ma docilité à fuivre
vos confeils toujours fages & refléchis ,
à me conformer à votre goût toujours
fùr , y aura bientôt corrigé ce que vous
y trouverez de défectueux . Cependant
plus j'apporterai de foin à la compofition
de ces Poëmes , & plus l'éxécution
en deviendra difficile . Il faut de
l'âme , du fentiment , de la pratique ,
pour en faifir & en rendre les nuances &
les fineffes; en un mot, il faut des Acteurs.
De quelle indulgence , MESSIEUR s, ne
vont donc pas avoir befoin des Danfeurs
& des Danfeufes , qui , accoutumés à
figurer dans de petits divertiffemens , ne
connoiffent point encore cette expreffion
néceffaire dans les Ballets que
je vais donner. Ces Danfeurs & ces
Danfeufes , animés du zéle le plus ardent
, ont recours à vos bontés : vous
184 MERCURE DE FRANCE .
ne les refufez jamais à ceux qui ont
envie de réuífir ; & je les follicite pour
eux , & furtout pour moi , que des affaires
& quelques accidens ont obligé
de négliger un talent , que l'on n'entretient
& que l'on n'augmente que par
un exercice continuel. J'ofe me flatter
des plus grands fuccès, MESSIEURS ,
fi un travail affidu , fi un dévouement
entier à vos moindres volontés , fi le
defir enfin que j'ai de vous amufer &
de vous intéreffer , fuffifent pour les
mériter.
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Résumé : AU PUBLIC.
L'auteur s'adresse aux juges et protecteurs des talents, reconnaissant leur rôle dans l'encouragement des artistes. Il mentionne avoir présenté des ballets héroïques en 1758, tels que 'Télémaque dans l'Ile de Calypso', 'le Sultan généreux' et 'la Dispute des Faunes & des Bergers'. Aujourd'hui, il présente 'Ulysse dans l'Ile de Circé', un genre de ballet peu connu à Paris, nécessitant une exposition, une intrigue, des situations et un dénouement. L'auteur exprime ses efforts pour réunir ces éléments essentiels et sa gratitude pour les suffrages reçus, tout en reconnaissant que ses œuvres sont loin de la perfection. Il souligne la difficulté croissante de la composition et de l'exécution de ces ballets, nécessitant de l'âme, du sentiment et de la pratique. Il appelle à l'indulgence pour les danseurs et danseuses, habitués à de petits divertissements, mais désireux de s'améliorer. L'auteur sollicite le soutien du public pour ces artistes et exprime son espoir de succès grâce à son travail assidu et son dévouement à satisfaire les volontés du public.
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573
p. 184-185
ACTEURS DU BALLET.
Début :
ULYSSE, Roi d'Itaque M.Pitrot, l'aîné. CIRCÉ, Fille du Soleil [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ACTEURS DU BALLET.
ACTEURS DU BALLET.
ULYSSE , Roi d'Itaque. M. Pitrot , l'aîné .
CIRCÉ , Fille du Soleil &
Fameule Magicienne. Mde Pitrot:
CHEFS DES MATE LOTS .
MM. Berquelaure , Reflier , Grenier , Giguet
Salpetier , Bataille.
GUERRIERS DE LA SUITE D'ULYSSE
MM: Leclerc , Claufe , Guiller , Auger , Ben
tinazzi , Desombrages , Beaupré , Dorignis
NYMPHES COMPAGNES DE CIRCE
Mlles Riviere , Carlin.
NOVEMBRE . 1764. 185
AUTRES NYMPHE S.
Miles Louife Rey , Mion Rey , Dumalg ,
Dubuiffon , Lefevre , Colombe , Dauviliers, Marlet,
Verdot , Desjardins , Galodier , Marquife.
PETITS AMOURS , JEUX FT PLAISIRS.
MM. Alix.
Simonnet.
Beaulieu
Romain.
Mlles Le Roi.
Audinot:
Dervieux.
Adelaide.
Plufieurs Compafes en Guerriers & Matelots
de la fuite d'Ulyffe , dont une partie eft tranf--
formée en Bêtes feroces par le pouvoir de Circé .
ULYSSE , Roi d'Itaque. M. Pitrot , l'aîné .
CIRCÉ , Fille du Soleil &
Fameule Magicienne. Mde Pitrot:
CHEFS DES MATE LOTS .
MM. Berquelaure , Reflier , Grenier , Giguet
Salpetier , Bataille.
GUERRIERS DE LA SUITE D'ULYSSE
MM: Leclerc , Claufe , Guiller , Auger , Ben
tinazzi , Desombrages , Beaupré , Dorignis
NYMPHES COMPAGNES DE CIRCE
Mlles Riviere , Carlin.
NOVEMBRE . 1764. 185
AUTRES NYMPHE S.
Miles Louife Rey , Mion Rey , Dumalg ,
Dubuiffon , Lefevre , Colombe , Dauviliers, Marlet,
Verdot , Desjardins , Galodier , Marquife.
PETITS AMOURS , JEUX FT PLAISIRS.
MM. Alix.
Simonnet.
Beaulieu
Romain.
Mlles Le Roi.
Audinot:
Dervieux.
Adelaide.
Plufieurs Compafes en Guerriers & Matelots
de la fuite d'Ulyffe , dont une partie eft tranf--
formée en Bêtes feroces par le pouvoir de Circé .
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Résumé : ACTEURS DU BALLET.
Le ballet présente Ulysse, roi d'Ithaque, joué par M. Pitrot, et Circé, magicienne, interprétée par Mme Pitrot. Les rôles secondaires incluent les chefs des matelots, les guerriers de la suite d'Ulysse, les nymphes compagnes de Circé, et les petits amours. La représentation a eu lieu en novembre 1764.
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574
p. 190-196
LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur feu M. LE CLAIR, premier Symphoniste du ROI.
Début :
MONSIEUR, Si c'est un tribut dû à la mémoire des hommes célèbres [...]
Mots clefs :
Génie, Musique, Oeuvres, Hommes, Hommages, Duc, Violon, Talents, Symphonie, Mémoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur feu M. LE CLAIR, premier Symphoniste du ROI.
LETTRE à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure , fur feu M. LE CLAIR
premier Symphoniſte du ROI.
MONSIE ONSIEUR
Si c'eſt un tribut dû à la mémoire des
hommes célébres que les éloges que
la reconnoiffance de leurs Concitoyens
confacre après leur mort en leur honneur
dans les faftes des beaux- Arts ; il
me femble auffi qu'ils font une confolation
touchante pour ceux qui les ont
NOVEMBRE. 1764. 191
connus plus particuliérement ; j'avois
avec les bons Citoyens , verfé des larmes
à ce Service funébre fi bien exécuté
par l'Académie Royale de Mufique ,
pour ce génie profond qui a changé en
Science la Méchanique de fon art ; je ne
penfois point que j'aurois fitôt à regretter
un homme auffi fçavant(M. Leclair) que
l'affaffinat le plus tragique , nous a enlevé
la nuit du 22 au 23 du préſent mois
d'Octobre.
Il étoit né à Lyon , le 16 Mai 1697 ,
du mariage d'Antoine Leclair , Muficien
de Sa Majefté Louis XIV , & de Benoîte
Ferriere. Jean-Marie Leclair , celui
que nous regrettons , fut dans fa
jeuneffe attaché à M. Bonnier père , &
à fon fils M. Bonnier de Lamofſſon , Tréforier
des Etats de Languedoc. Bientôt
il eut la place de premier Symphoniſte
de Sa Majesté Louis XV. Il fut même
honoré des bontés d'un Monarque , Père
de fes Peuples & des beaux Arts. Un
Brevet expédié au fieur Leclair du 5
Avril 173 , figné par le Duc de Gévres ,
lui affura un honneur qui étoit autant
une juftice qu'une récompenfe.
L'envie de voyager le fit paffer en Hollande
, il y fut comblé des bienfaits de
S. A. Madame la Princeffe d'Orange ,
192 MERCURE DE FRANCE.
& revint à Paris jouir en paix de fa réputation
& de l'eftime des gens de bien.
Il ne faifoit plus d'Ecoliers , & n'étoit
plus qu'Amateur , quand M. le Duc
de Gramont crut rendre fervice au Public
en faifant une douce violence à cette
inaction qui enfeveliffoit des talens aufli
fupérieurs.
Ce Seigneur le penfionna , & cet art
heureux de conduire à ne vouloir que
leurs volontés , dont les Grands font
un ufage fi glorieux , quand le goût des
Arts le confacre ; cet Art enchanteur
rendit à Leclair tout fon amour pour
le travail.
Il avoit compofé dans fa jeuneffe quatre
Livres de Sonates à violon feul , deux
Livres de Duo deux divertiffemens
fous le titre de Récréations , deux Livres
de Trio , deux Livres de Concerto
& l'Opéra de Scilla & Glaucus , dont la
partie harmonique ne le céde en rien aux
plus beaux morceaux de Rameau. A l'âge
de foixante ans , toute la vigueur de fon
génie fembla prendre de nouvelles forces
pour répondre aux bontés d'un Seigneur
dont il avoit été le maître.
Il avoit compofé pour lui l'Acte d'Apollon
& Climene , dont les paroles font
de M. le Marquis de Senneterre , exécuté
aux
NOVEMBRE . 1764. 193
aux charmantes Fêtes de Puttau. Depuis
, il a fait un divertiffement pour
la Provençale; deux Ariettes fupérieures ,
l'une pour la Gouvernante , l'autre pour
le Tuteur , dont le rôle n'avoit rien de
brillant à chanter.
•
Rameau avoit pris du Ballet des Arts ,
dont les paroles font de M. de la Mothe,
& la Mufique de M. de la Barre
l'Acte de Pigmalion , qu'il a refait entièrement.
M. le Duc de Gramont fuivit
la même idée pour les quatre autres
Actes : il fit travailler le Clair & Naudé ,
cet homme fi connu par fon goût fupérieur
pour le chant . Le premier fe
chargea de l'harmonie , & le fecond
de la mélodie. Ainfi les quatre Actes
font entièrement retravaillés , & furtout
celui de la Peinture , où le goût & le
génie femblent avoir épuifé leurs connoiffances.
Ces deux hommes ainfi réunis par
une concorde fi rare parmi les perfonnes
d'un même Art , ont travaillé encore
le Ballet des Saifons , Paroles de
Pic , Mufique de Lulli & de Colaſſe ,
& la Tragédie d'Arion de l'Abbé Pellegrin
,dont la Mufique eft de M. Matho .
Le Clair travailloit à cette Tragédie
quand il eft mort. Il ne manquoit our F
I
194 MERCURE DE FRANCE.
rendre l'Ouvrage parfait , que quelques
airs de violon ,
M. le Duc de Gramont, toujours attentif
à confacrer à la postérité la mémoire des
hommes de génie , avoit fait une collection
des plus beaux morceaux de
Mufique d'un homme étonnant , mort
chez lui à l'âge de trente ans. Il fe
nommoit Martin & avoit étéVioloncéle
à l'Opéra . M. le Duc de Gramonile l'étoit
attahé par fes bienfaits , & a de lui des
Ouvrages de la première beauté. C'eſt
en réuniffant le génie de ces trois Compofiteurs
qu'il eft parvenu à mettre en
ordre tant d'Ouvrages différens , dont
il pourra faire préfent au Public , s'il
paroît les defirer , & les recevoir comme
des monumens de ce que peut l'union
des talens confacrée par l'amitié .
Le Clair étoit fait pour la connoître
& la rendre aimable . Il avoit dans les
moeurs cette noble fimplicité , caractère
diftin&tif du génie. Il étoit férieux
& penfeur , n'aimoit point le grand
monde. Il n'avoit ni cette modeftie intéreffée
qui mandie des éloges , ni
cet orgueil qui en rend indigne. Il étoit
affez grand Homme pour ofer dire
qu'il étoit content de fes Ouvrages ,
& pour les retoucher s'il croyait qu'un
NOVEMBRE . 1764. 195
meilleur avis lui eut découvert des beautés
qu'il n'avoit point faifies.
L'Europe entière connoît fes Sonates;
& fi la France a des Gavinies & des
Capron , ce font fes Ouvrages qui les
ont formés. Il débrouilla le premier
l'art du violon ; il en décompofa les
difficultés & les beautés. Il manqua un
le Clair à Lulli ; il eft créateur de cette
éxécution brillante qui diftingue nos
Orchestres , & Rameau lui doit autant
qu'à fon propre génie,
La furveille de fa mort il apporta à M.
le Duc de Gramont un morceau de Mufique
plein de feu & d'enthouſiaſme.
il falloit le voir, à foixante-ſept ans , éxécuter
avec une vigueur étonnante , communiquer
à un Orcheſtre tout fon
feu , & fi près du jour fatal , goûter
le plaifir d'être admiré lavec cette joie modefte
& pure qui conviendroit fi bien
à un jeune homme qu'on loueroit pour
la première fois .
Il femble que l'amitié ait des préffentimens.
Celle de M. leDuc de Gramont pour
le Clair , je me fers de fes expreffions ,
en eut d'affreux . Il lui offrit mille fois
un logement chez lui , & l'avoit déterminé
à l'accepter quand il fut affaffiné,
Il eſt fans doute des monftres qui ne font
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
ni de leurs pays , ni de leur fiécle. Que
d'êtres n'ont de l'homme que la figure
humaine !
Perfuadé , Monfieur , que les talens
de l'efprit font peu de chofe fans les
fentimens de l'âme , ma première étude
a toujours été de jouir des affections
de la mienne. J'ai connu le Clair , j'ai
pu l'admirer & l'eftimer. Je vous écris
l'âme encore faifie de l'affreux récit
de fa mort. S'il eft impoffible de confacrer
à tous les grands Hommes des
monumens en marbre , & d'y graver
des vers à leur honneur , en voici que
j'ai trouvé gravés pour lui dans mon
coeur & que le Public au moins daignera
peut-être agréer,
Le premier des François , le Clair, à fon génie
Sçut l'art d'affervir fon archet.
Du grand Rameau rival par l'harmonie
Il eft mâle , élégant , tendre & toujours parfait.
Lui feul méritoit bien de rendre les Ouvrages;
Lamitié careffa ſes moeurs :
Il fut eftimé par les Sages ,
Admiré par les Connoiffeurs.
J'ai l'honneur d'être &c,
Le 26 Octobre 1764.
DE ROZOI
du Mercure , fur feu M. LE CLAIR
premier Symphoniſte du ROI.
MONSIE ONSIEUR
Si c'eſt un tribut dû à la mémoire des
hommes célébres que les éloges que
la reconnoiffance de leurs Concitoyens
confacre après leur mort en leur honneur
dans les faftes des beaux- Arts ; il
me femble auffi qu'ils font une confolation
touchante pour ceux qui les ont
NOVEMBRE. 1764. 191
connus plus particuliérement ; j'avois
avec les bons Citoyens , verfé des larmes
à ce Service funébre fi bien exécuté
par l'Académie Royale de Mufique ,
pour ce génie profond qui a changé en
Science la Méchanique de fon art ; je ne
penfois point que j'aurois fitôt à regretter
un homme auffi fçavant(M. Leclair) que
l'affaffinat le plus tragique , nous a enlevé
la nuit du 22 au 23 du préſent mois
d'Octobre.
Il étoit né à Lyon , le 16 Mai 1697 ,
du mariage d'Antoine Leclair , Muficien
de Sa Majefté Louis XIV , & de Benoîte
Ferriere. Jean-Marie Leclair , celui
que nous regrettons , fut dans fa
jeuneffe attaché à M. Bonnier père , &
à fon fils M. Bonnier de Lamofſſon , Tréforier
des Etats de Languedoc. Bientôt
il eut la place de premier Symphoniſte
de Sa Majesté Louis XV. Il fut même
honoré des bontés d'un Monarque , Père
de fes Peuples & des beaux Arts. Un
Brevet expédié au fieur Leclair du 5
Avril 173 , figné par le Duc de Gévres ,
lui affura un honneur qui étoit autant
une juftice qu'une récompenfe.
L'envie de voyager le fit paffer en Hollande
, il y fut comblé des bienfaits de
S. A. Madame la Princeffe d'Orange ,
192 MERCURE DE FRANCE.
& revint à Paris jouir en paix de fa réputation
& de l'eftime des gens de bien.
Il ne faifoit plus d'Ecoliers , & n'étoit
plus qu'Amateur , quand M. le Duc
de Gramont crut rendre fervice au Public
en faifant une douce violence à cette
inaction qui enfeveliffoit des talens aufli
fupérieurs.
Ce Seigneur le penfionna , & cet art
heureux de conduire à ne vouloir que
leurs volontés , dont les Grands font
un ufage fi glorieux , quand le goût des
Arts le confacre ; cet Art enchanteur
rendit à Leclair tout fon amour pour
le travail.
Il avoit compofé dans fa jeuneffe quatre
Livres de Sonates à violon feul , deux
Livres de Duo deux divertiffemens
fous le titre de Récréations , deux Livres
de Trio , deux Livres de Concerto
& l'Opéra de Scilla & Glaucus , dont la
partie harmonique ne le céde en rien aux
plus beaux morceaux de Rameau. A l'âge
de foixante ans , toute la vigueur de fon
génie fembla prendre de nouvelles forces
pour répondre aux bontés d'un Seigneur
dont il avoit été le maître.
Il avoit compofé pour lui l'Acte d'Apollon
& Climene , dont les paroles font
de M. le Marquis de Senneterre , exécuté
aux
NOVEMBRE . 1764. 193
aux charmantes Fêtes de Puttau. Depuis
, il a fait un divertiffement pour
la Provençale; deux Ariettes fupérieures ,
l'une pour la Gouvernante , l'autre pour
le Tuteur , dont le rôle n'avoit rien de
brillant à chanter.
•
Rameau avoit pris du Ballet des Arts ,
dont les paroles font de M. de la Mothe,
& la Mufique de M. de la Barre
l'Acte de Pigmalion , qu'il a refait entièrement.
M. le Duc de Gramont fuivit
la même idée pour les quatre autres
Actes : il fit travailler le Clair & Naudé ,
cet homme fi connu par fon goût fupérieur
pour le chant . Le premier fe
chargea de l'harmonie , & le fecond
de la mélodie. Ainfi les quatre Actes
font entièrement retravaillés , & furtout
celui de la Peinture , où le goût & le
génie femblent avoir épuifé leurs connoiffances.
Ces deux hommes ainfi réunis par
une concorde fi rare parmi les perfonnes
d'un même Art , ont travaillé encore
le Ballet des Saifons , Paroles de
Pic , Mufique de Lulli & de Colaſſe ,
& la Tragédie d'Arion de l'Abbé Pellegrin
,dont la Mufique eft de M. Matho .
Le Clair travailloit à cette Tragédie
quand il eft mort. Il ne manquoit our F
I
194 MERCURE DE FRANCE.
rendre l'Ouvrage parfait , que quelques
airs de violon ,
M. le Duc de Gramont, toujours attentif
à confacrer à la postérité la mémoire des
hommes de génie , avoit fait une collection
des plus beaux morceaux de
Mufique d'un homme étonnant , mort
chez lui à l'âge de trente ans. Il fe
nommoit Martin & avoit étéVioloncéle
à l'Opéra . M. le Duc de Gramonile l'étoit
attahé par fes bienfaits , & a de lui des
Ouvrages de la première beauté. C'eſt
en réuniffant le génie de ces trois Compofiteurs
qu'il eft parvenu à mettre en
ordre tant d'Ouvrages différens , dont
il pourra faire préfent au Public , s'il
paroît les defirer , & les recevoir comme
des monumens de ce que peut l'union
des talens confacrée par l'amitié .
Le Clair étoit fait pour la connoître
& la rendre aimable . Il avoit dans les
moeurs cette noble fimplicité , caractère
diftin&tif du génie. Il étoit férieux
& penfeur , n'aimoit point le grand
monde. Il n'avoit ni cette modeftie intéreffée
qui mandie des éloges , ni
cet orgueil qui en rend indigne. Il étoit
affez grand Homme pour ofer dire
qu'il étoit content de fes Ouvrages ,
& pour les retoucher s'il croyait qu'un
NOVEMBRE . 1764. 195
meilleur avis lui eut découvert des beautés
qu'il n'avoit point faifies.
L'Europe entière connoît fes Sonates;
& fi la France a des Gavinies & des
Capron , ce font fes Ouvrages qui les
ont formés. Il débrouilla le premier
l'art du violon ; il en décompofa les
difficultés & les beautés. Il manqua un
le Clair à Lulli ; il eft créateur de cette
éxécution brillante qui diftingue nos
Orchestres , & Rameau lui doit autant
qu'à fon propre génie,
La furveille de fa mort il apporta à M.
le Duc de Gramont un morceau de Mufique
plein de feu & d'enthouſiaſme.
il falloit le voir, à foixante-ſept ans , éxécuter
avec une vigueur étonnante , communiquer
à un Orcheſtre tout fon
feu , & fi près du jour fatal , goûter
le plaifir d'être admiré lavec cette joie modefte
& pure qui conviendroit fi bien
à un jeune homme qu'on loueroit pour
la première fois .
Il femble que l'amitié ait des préffentimens.
Celle de M. leDuc de Gramont pour
le Clair , je me fers de fes expreffions ,
en eut d'affreux . Il lui offrit mille fois
un logement chez lui , & l'avoit déterminé
à l'accepter quand il fut affaffiné,
Il eſt fans doute des monftres qui ne font
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
ni de leurs pays , ni de leur fiécle. Que
d'êtres n'ont de l'homme que la figure
humaine !
Perfuadé , Monfieur , que les talens
de l'efprit font peu de chofe fans les
fentimens de l'âme , ma première étude
a toujours été de jouir des affections
de la mienne. J'ai connu le Clair , j'ai
pu l'admirer & l'eftimer. Je vous écris
l'âme encore faifie de l'affreux récit
de fa mort. S'il eft impoffible de confacrer
à tous les grands Hommes des
monumens en marbre , & d'y graver
des vers à leur honneur , en voici que
j'ai trouvé gravés pour lui dans mon
coeur & que le Public au moins daignera
peut-être agréer,
Le premier des François , le Clair, à fon génie
Sçut l'art d'affervir fon archet.
Du grand Rameau rival par l'harmonie
Il eft mâle , élégant , tendre & toujours parfait.
Lui feul méritoit bien de rendre les Ouvrages;
Lamitié careffa ſes moeurs :
Il fut eftimé par les Sages ,
Admiré par les Connoiffeurs.
J'ai l'honneur d'être &c,
Le 26 Octobre 1764.
DE ROZOI
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Résumé : LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur feu M. LE CLAIR, premier Symphoniste du ROI.
La lettre rend hommage à Jean-Marie Leclair, un célèbre musicien français décédé la nuit du 22 au 23 octobre 1764. Né à Lyon le 16 mai 1697, Leclair était le fils d'Antoine Leclair, musicien de Louis XIV, et de Benoîte Ferrière. Au cours de sa carrière, il a servi divers patrons, notamment les Bonnier, avant de devenir premier symphoniste de Louis XV. Leclair a composé plusieurs œuvres notables, incluant des sonates, des duos, des trios, des concertos, et l'opéra 'Scilla et Glaucus'. À l'âge de soixante ans, il a repris son activité musicale grâce au soutien du Duc de Gramont, qui l'a pensionné. Leclair a également collaboré avec d'autres compositeurs sur des ballets et des tragédies. Connu pour sa simplicité et son sérieux, il a marqué l'Europe par ses sonates et son influence sur l'art du violon. Sa mort a été ressentie comme une grande perte, tant par ses contemporains que par le Duc de Gramont, qui lui était très attaché.
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575
p. 63-64
ENIGME.
Début :
D'une sçavante main chef d'oeuvre ingénieux, [...]
Mots clefs :
Orgue
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
UNB fçavante, main chef d'oeuvre ingénieuxay..
Je fuis grand ou petit, comme il plaît à mon père
Je plais à tout le monde , & les plus curieuz
3
64 MERCURE DE FRANCE .
Trouvent toujours chez moi de quoi le fatisfaire
J'abonde en ce qu'il faut pour produire une voix :
Bouches , langues , gofiers, & l'union intime
De mes refforts cachés peut produire à la fois
Différens fons au gré de celui qui m'anime.
Je fuis comme il lui plaît , aigu , doux , enfureur,-
D'autres fois en tonnant j'imprime la terreur .
Tantôt changeant de ton , je chante mieux qu'Or
phée.
Toujours le même , enfin je ſuis un vrai Prothées
Et cependant , Lecteur , ôte- moi le fecours
De ce terrible Dieu qui régne en Æolie ,
Je deviens inutile ainfi qu'un corps fans vie ,
Et je ... mais j'en dis trop , tu me vois tous
les jours.
P. C. F.
UNB fçavante, main chef d'oeuvre ingénieuxay..
Je fuis grand ou petit, comme il plaît à mon père
Je plais à tout le monde , & les plus curieuz
3
64 MERCURE DE FRANCE .
Trouvent toujours chez moi de quoi le fatisfaire
J'abonde en ce qu'il faut pour produire une voix :
Bouches , langues , gofiers, & l'union intime
De mes refforts cachés peut produire à la fois
Différens fons au gré de celui qui m'anime.
Je fuis comme il lui plaît , aigu , doux , enfureur,-
D'autres fois en tonnant j'imprime la terreur .
Tantôt changeant de ton , je chante mieux qu'Or
phée.
Toujours le même , enfin je ſuis un vrai Prothées
Et cependant , Lecteur , ôte- moi le fecours
De ce terrible Dieu qui régne en Æolie ,
Je deviens inutile ainfi qu'un corps fans vie ,
Et je ... mais j'en dis trop , tu me vois tous
les jours.
P. C. F.
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576
p. 206
SUPPLÉMENT à la Lettre insérée dans le Mercure de Novembre, sur feu M. LECLAIR, premier Symphoniste du Roi.
Début :
On a oublié de dire que M. Leclair avoit eu la Médaille de Lyon, [...]
Mots clefs :
Médaille, Ambassadeur extraordinaire, Composition, Concert
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à la Lettre insérée dans le Mercure de Novembre, sur feu M. LECLAIR, premier Symphoniste du Roi.
SUPPLÉMENT à la Lettre inférée dans
le Mercure de Novembre , furfeu M.
LE CLAIR , premier Symphonifie
du Roi.
Na oublié de dire que M. Leclairavoit
eu la Médaille de Lyon , que l'on
donne aux Ambaffadeurs Extraordinaires
, & que l'Infant Don Philippe l'avoir
demandé pour fon Concert.
M. Leclair laiffe un Eléve , nommé-
Geoffroy , à qui il a montré à jouer du
violon , & la compofition , lequel marche
à grands pas fur les traces de fon
Maître. Il appartient à M. le Duc de
Gramont depuis bien des années. Il fera
paroître ce mois - ci l'Ariette du Loup
de fa compofition.
le Mercure de Novembre , furfeu M.
LE CLAIR , premier Symphonifie
du Roi.
Na oublié de dire que M. Leclairavoit
eu la Médaille de Lyon , que l'on
donne aux Ambaffadeurs Extraordinaires
, & que l'Infant Don Philippe l'avoir
demandé pour fon Concert.
M. Leclair laiffe un Eléve , nommé-
Geoffroy , à qui il a montré à jouer du
violon , & la compofition , lequel marche
à grands pas fur les traces de fon
Maître. Il appartient à M. le Duc de
Gramont depuis bien des années. Il fera
paroître ce mois - ci l'Ariette du Loup
de fa compofition.
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Résumé : SUPPLÉMENT à la Lettre insérée dans le Mercure de Novembre, sur feu M. LECLAIR, premier Symphoniste du Roi.
Le document, supplément à une lettre du Mercure de Novembre, mentionne Jean-Baptiste Leclair, premier symphoniste du Roi, qui a reçu la Médaille de Lyon grâce à l'Infant Don Philippe. Leclair a un élève, Geoffroy, qu'il forme au violon et à la composition. Geoffroy, appartenant à M. le Duc de Gramont, publiera bientôt l'ariette du Loup.
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577
p. 75-76
L'ECOLE des femmes, chanson morale, imitée de l'Anglais de M. GARRICK, célèbre Acteur & Auteur de Londres.
Début :
Vous qui, malgré vos agrémens, [...]
Mots clefs :
École des femmes, Coeur, Rôles, Lys, Yeux, Voix, Belle, Zirphé, Oiseau, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'ECOLE des femmes, chanson morale, imitée de l'Anglais de M. GARRICK, célèbre Acteur & Auteur de Londres.
L'ECOLE des femmes , chanson morale ,
imitée de l'Anglois de M. GARRICK ,
célèbre Acteur & Auteur de Londres .
Votous qui , malgré vos agrémens ,
Dans vos maris ne trouvez plus d'amans ,
Sans en rougir , venez entendre
Le vrai ſecret de vous les rendre .
Roſes & lys peuvent charmer ,
Tendres regards tous les coeurs enflammer
Mais roſes & lys ſe flétriſſent ,
De même amours & ſoins finiſſent.
Quand la lyre , ſur vos genoux ,
Forme des fons auſſi brillans que doux ,
C'eſt que la main qui la careſſe
Se prête à ſa délicateſſe.
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Si la guitarre ſous vos doigts ,
Rend plus touchans vos yeux & votre voix ;
C'eſt qu'un coeur tendre , qui veut plaire ,
Fait toujours bien ce qu'il veut faire .
Quand ce defir vous inſpiroit ,
Belle Zirphé , tout pour vous foupiroit ! ...
Si cette ardeur est moins extrême ,
C'eſt que Zirphé n'eſt plus la même.
Ifimène appelle ſon ſerin ;
L'oiſeau s'élance & plane fur fon fein.
Docile à la voix qui l'appelle ,
L'oiſeau fait- il qu'Ifmène eſt belle ?
Non : les charmes de la douceur ,
Du plus farouche apprivoiſent le coeur.
Femme qui fait en faire uſage ,
Eft Reine au ſein de l'eſclavage .
و Si votre coeur n'en eſt pas mieux
Que la gaité brille au moins dans vos yeux.
L'amour naît & croît ſur les traces
Des ſentimens unis aux grâces .
:
C'eſt ainſi , qu'à très-peu de frais ,
Pour vos époux revivront vos attraits .
L'hymen ainſi verra fans peine ,
L'amour conſtant dorer ſa chaîne.
Paroles & Musique de M. D. L. P.
imitée de l'Anglois de M. GARRICK ,
célèbre Acteur & Auteur de Londres .
Votous qui , malgré vos agrémens ,
Dans vos maris ne trouvez plus d'amans ,
Sans en rougir , venez entendre
Le vrai ſecret de vous les rendre .
Roſes & lys peuvent charmer ,
Tendres regards tous les coeurs enflammer
Mais roſes & lys ſe flétriſſent ,
De même amours & ſoins finiſſent.
Quand la lyre , ſur vos genoux ,
Forme des fons auſſi brillans que doux ,
C'eſt que la main qui la careſſe
Se prête à ſa délicateſſe.
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Si la guitarre ſous vos doigts ,
Rend plus touchans vos yeux & votre voix ;
C'eſt qu'un coeur tendre , qui veut plaire ,
Fait toujours bien ce qu'il veut faire .
Quand ce defir vous inſpiroit ,
Belle Zirphé , tout pour vous foupiroit ! ...
Si cette ardeur est moins extrême ,
C'eſt que Zirphé n'eſt plus la même.
Ifimène appelle ſon ſerin ;
L'oiſeau s'élance & plane fur fon fein.
Docile à la voix qui l'appelle ,
L'oiſeau fait- il qu'Ifmène eſt belle ?
Non : les charmes de la douceur ,
Du plus farouche apprivoiſent le coeur.
Femme qui fait en faire uſage ,
Eft Reine au ſein de l'eſclavage .
و Si votre coeur n'en eſt pas mieux
Que la gaité brille au moins dans vos yeux.
L'amour naît & croît ſur les traces
Des ſentimens unis aux grâces .
:
C'eſt ainſi , qu'à très-peu de frais ,
Pour vos époux revivront vos attraits .
L'hymen ainſi verra fans peine ,
L'amour conſtant dorer ſa chaîne.
Paroles & Musique de M. D. L. P.
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Résumé : L'ECOLE des femmes, chanson morale, imitée de l'Anglais de M. GARRICK, célèbre Acteur & Auteur de Londres.
Le texte présente une chanson morale intitulée 'L'École des femmes', inspirée d'une œuvre de David Garrick. Elle s'adresse aux femmes souhaitant raviver l'amour de leurs maris. La chanson souligne que les beautés physiques, comme les roses et les lys, se fanent, tout comme les amours et les soins. Elle insiste sur l'importance de la délicatesse et de la tendresse dans les relations conjugales. Jouer de la lyre ou de la guitare avec grâce peut raviver l'amour en montrant un cœur tendre et attentif. Des métaphores, telles que celle de l'oiseau docile à la voix de sa maîtresse, illustrent comment la douceur peut conquérir même les cœurs les plus farouches. La chanson recommande aux femmes de cultiver la gaieté et les grâces pour maintenir l'amour dans leur mariage, suggérant que ces qualités peuvent raviver les attraits et assurer un amour constant.
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578
p. 191-192
CONCERTS SPIRITUELS. Du Jeudi, 16 Mai, fête de l'Ascencion.
Début :
Ce Concert commença par Diligam te Domine, Moret à grand Choeur de M. l'Abbé [...]
Mots clefs :
Musique, Motet
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texteReconnaissance textuelle : CONCERTS SPIRITUELS. Du Jeudi, 16 Mai, fête de l'Ascencion.
CONCERTS SPIRITUELS,
Du Jeudi , 16 Mai , fête de l'Aſcencion.
СЕ
E Concert commença par Diligam te
Domine , Motet à grand Choeur de M. l'Abbé
GOULET , ci - devant Maître de mufique de l'Eglife
de Paris. Ce Compofiteur & fes ouvrages font à
préfent connus de tous les amateurs du Concert ,
& en poffeffion d'y être applaudis. M. BALBATRE
exécuta fur l'orgue l'ouverturedes Fêtes de Paphos,
arrangée par lui avec beaucoup d'intelligence ,
de goût & de connoiffance des effets de l'inftrument.
On peut s'imaginer combien la brillante
exécution de cet Artifte fait valoir ce beau mor-.
ceau de mufique. Tous les auditeurs témoignèrent
leurs plaifirs par des appplaudiffemens univerfels
. Mlle SCHENCKER , de la Mufique de S.
A. S. Monfeigneur le PRINCE DE CONTI , exé
cuta des pièces de harpe charmantes , & du genre
de mufique le plus agréable. Cette Virtuofe dont
on admire l'exécution , eft âgée au plus de douze
ans. Mlle AVENAUX & M. DURAND chantèrent
Cantemus , Moter à deux voix de feu M. Mouret.
Mlle FEL chanta un nouveau Motet à voix feule ,
de M. J. J. ROUSSEAU , dont les fymphonies d'un .
goût agréable & nouveau , furent généralement
applaudies avec vivacité ; la vocale de ce morceau
, point ou très peu analogue aux paroles ,
n'a été goûtée que par les amateurs déclarés de
la manière Italienne , laquelle ne s'adopte pas
encore au genre du Motet , pour des oreilles trang
192 MERCURE DE FRANCE.
çoifes accoutumées à la majeſté & à la convenance
des images & des expreffions dans les bons morceaux
de notre mufique latine , qui , fans contredit
, eft plus riche de vraie fcience que la plû-
Fart des Motets d'Italie parvenus à notre connoiffance.
Ce Concert fut terminé par Deus nofter
refugium , nouveau Motet à grand Choeur de
M. GIRAUD , Ordinaire de la Mufique de Sa Majefté
& de l'Académie royale . Ce Moter a eu du
fuccès & les gens de l'art l'ont généralement trouvé
bien travaillé. M. GIRAUD s'étoit déja fait connoître
avantageufement dans plufieurs productions
de Mufique françoife , & même fur notre ſcène
lyrique.
M. le GROS & M. GELIN ont chanté dans les
grands Motets.
Du Jeudi , 16 Mai , fête de l'Aſcencion.
СЕ
E Concert commença par Diligam te
Domine , Motet à grand Choeur de M. l'Abbé
GOULET , ci - devant Maître de mufique de l'Eglife
de Paris. Ce Compofiteur & fes ouvrages font à
préfent connus de tous les amateurs du Concert ,
& en poffeffion d'y être applaudis. M. BALBATRE
exécuta fur l'orgue l'ouverturedes Fêtes de Paphos,
arrangée par lui avec beaucoup d'intelligence ,
de goût & de connoiffance des effets de l'inftrument.
On peut s'imaginer combien la brillante
exécution de cet Artifte fait valoir ce beau mor-.
ceau de mufique. Tous les auditeurs témoignèrent
leurs plaifirs par des appplaudiffemens univerfels
. Mlle SCHENCKER , de la Mufique de S.
A. S. Monfeigneur le PRINCE DE CONTI , exé
cuta des pièces de harpe charmantes , & du genre
de mufique le plus agréable. Cette Virtuofe dont
on admire l'exécution , eft âgée au plus de douze
ans. Mlle AVENAUX & M. DURAND chantèrent
Cantemus , Moter à deux voix de feu M. Mouret.
Mlle FEL chanta un nouveau Motet à voix feule ,
de M. J. J. ROUSSEAU , dont les fymphonies d'un .
goût agréable & nouveau , furent généralement
applaudies avec vivacité ; la vocale de ce morceau
, point ou très peu analogue aux paroles ,
n'a été goûtée que par les amateurs déclarés de
la manière Italienne , laquelle ne s'adopte pas
encore au genre du Motet , pour des oreilles trang
192 MERCURE DE FRANCE.
çoifes accoutumées à la majeſté & à la convenance
des images & des expreffions dans les bons morceaux
de notre mufique latine , qui , fans contredit
, eft plus riche de vraie fcience que la plû-
Fart des Motets d'Italie parvenus à notre connoiffance.
Ce Concert fut terminé par Deus nofter
refugium , nouveau Motet à grand Choeur de
M. GIRAUD , Ordinaire de la Mufique de Sa Majefté
& de l'Académie royale . Ce Moter a eu du
fuccès & les gens de l'art l'ont généralement trouvé
bien travaillé. M. GIRAUD s'étoit déja fait connoître
avantageufement dans plufieurs productions
de Mufique françoife , & même fur notre ſcène
lyrique.
M. le GROS & M. GELIN ont chanté dans les
grands Motets.
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Résumé : CONCERTS SPIRITUELS. Du Jeudi, 16 Mai, fête de l'Ascencion.
Le concert spirituel du jeudi 16 mai, jour de l'Ascension, commença avec le motet 'Diligam te Domine' de l'abbé Goulet. L'organiste Balbastre interpréta l'ouverture des 'Fêtes de Paphos'. La harpiste Mlle Schencker, âgée de douze ans, joua des pièces charmantes. Mlle Avenaux et M. Durand chantèrent 'Cantemus' de Mouret. Mlle Fel interpréta un motet de Jean-Jacques Rousseau, apprécié pour ses symphonies mais jugé trop italien. Le concert se termina avec 'Deus noster refugium' de Giraud, bien accueilli. Les chanteurs Gros et Gelin participèrent également aux grands motets.
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579
p. 192-195
Du Dimanche de la Pentecôte, 26 Mai.
Début :
Le Concert commença par une symphonie de M. BAMBINI. (I) Le premier Motet à grand Choeur [...]
Mots clefs :
Concert, Composition, Musique, Motet, Motet à grand choeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Du Dimanche de la Pentecôte, 26 Mai.
Du Dimanche de la Pentecôte , 26 Mai.
Le Concert commença par une fymphonie de
M. BAMBINI. ( 1 )Le premier Motet à grand Choeur
( 1 ) N. B. Pour éviter les répétitions inutiles ,
nousnefommes point dans l'ufage de faire mention
des fymphonies par lesquelles commencent tous les
Concerts , à moins que quelques circonstances particulières
n'y engagent. Nous en avions omis une
intére fante , en rendant compte des Concerts du
temps de Pâques. Nous ignorions alors qu'une
Symphonie , qui y fut exécutée & fort applaudie
annoncée fous le nom de Madame *** . avoit été
furprise par M. fon pere , amateur de Mufique
très-connu , à Madame de C... auffi diftinguée par
les talens qu'elle poffède que par la figure. Nous
faififfons cette occafion de rendre hommage à cette
Dame que nous n'ofons nommer fans fon aveu
mais que l'on reconnoitra aux traits fous lesquels
nous la défignons.
Confiteber
JUIN 1765 . 193
K
Confitebor tibi Domine , de la compofition de M.
BLAINVILLE. Plufieurs morceaux de ce nouveau
Motet furent diftingués par beaucoup d'aplaudiffemens.
M. HOSBRUKER, de la Mufique du Prince
LOUIS DE ROHAN , exécuta des Duo de harpe
& de violon avec M. CAPRON , & deux pièces de
harpe de fa compofition . M. HOSBRUCKER a foutenu
admirablement la réputation qu'il avoit déja
ici du premier talent de l'Europe fur cet inftrument.
Les plus beaux fons , le tact le plus fûr , le
plus adroit , & en même tems le plus moelleux :
tel eft le jeu de cet Artifte étranger : ce qui le diftingue
encore fingulièrement , eft l'art des cadences
que l'on n'avoit point entendu jufques-là fur cet
inftrument dans la même perfection . M. CAPRON
joua un nouveau Concerto de violon de fa compofition
, dans lequel il a fait entrer des airs du
chant le plus agréable & qu'il exécuta avec toutes les
grâces du goût, & tout l'art que pofféde cet habile
lymphonifte. Il dut s'appercevoir par les marques
éclatantes de la fatisfaction des auditeurs , de la
vérité & de l'utilité des avis réitérés que nous
avons donnés aux talens diftingués,fur le genre de
mufique le plus propre à plaire toujours au Public.
Mlle AVENEAUX , chanta Cantate Domino , Motet à
voix feule de feu M. MOURET . On commence à
s'appercevoir fenfiblement des progrès que fait
cette Cantatrice dans l'art du chant, & des avantages
qui en résultent pour faire valoir toutes les beautés
de fon organe. Mlle FEL répéta le Motet de
M. J. J. ROUSSEAU , exécuté dans le précédent
Concert. Celui- ci fut terminé par Benedic anima
mea, nouveau Motet à grand Choeur de M. BUÉE,
Maître de Musique de la Cathédrale de Dijon .
L'étonnement de voir l'Auteur de cet ouvrage ,
qui n'a pas encore vingt ans , auroit fuffi pour lui
I
194 MERCURE DE FRANCE.
procurer beaucoup d'applaudiffemens ; mais après
avoir entendu le Motet , tous les connoilleurs &
les maîtres de l'art font convenus unanimement
qu'il feroit honneur au Compofiteur de la réputation
la plus décidée. De deux grands Choeurs ; le
premier eft marqué au coin du plus beau génie &
de la plus grande expreffion ; le fecond eft d'un
travail muſical , mais fait , ſelon les gens de l'arr,
comme par le Muficien le plas confommé . La diftribution
des récits , le caractère des chants , font
du meilleur goût & du genre le plus vrai. En un
mot , nous ne craignons point , fi ce jeune Compofiteur
continue de travailler fur les mêmes principes
& avec le même génie , de nous glorifier
d'avoir annoncé des premiers à la nation , un
grand homme dans fon art . M. BUÉE fort de la
Maîtrise de la Sainte Chapelle de Paris , & eft
éleve de M. l'Abbé DORIOT , Maître de Mufique
de cette illuftre Collégiale. Rien ne pouvoit faire
plus d'honneur à cette école & à celui qui la dirige
qu'un pareil éleve . Ce jeune Maître va prendre
poffeffion de la Maîtriſe de Dijón , en emportant
les fuffrages & l'admiration du Public de
Paris.
On ne peut refuſer la juftice due aux foins &
aux frais qu'emploient les Directeurs du Concert,
pour varier les plaifir's des auditeurs & pour intéreffer
la curiofité du Public , en recherchant &
en raffemblant non- feulement ce que la France ,
mais ce que l'Europe entière peut fournir de talens
diftingués en divers genres. Les Concerts
d'été , autrefois abandonnés , font devenus beaucoup
plus fréquentés , & ce font ceux-là même
que les curieux qui restent à Paris , doivent fuivre .
le plus affiduement , parce que la faiſon favoriſe
alors les voyages des talens étrangers , & donne,
JUIN 1765 . 195
par-là aux Directeurs les moyens de remplir leurs
vies. Un amateur frappé des rifques confidérables
qu'on hafarde , pour foutenir l'éclat de ce
Concert & fur-tout dans les jours d'été , cherehe
à former une fociété d'abonnemens, dont les fonds
puiffent au moins faire affurance contre la perte
des frais. Il eft facile en jettant un coup d'oeilfur
le compte que l'on rend de chaque Concert , de
connoître par foi - même la fidélité du témoignage
que nous rendons ici à ceux qui dirigent ce fpectacle.
Le Concert commença par une fymphonie de
M. BAMBINI. ( 1 )Le premier Motet à grand Choeur
( 1 ) N. B. Pour éviter les répétitions inutiles ,
nousnefommes point dans l'ufage de faire mention
des fymphonies par lesquelles commencent tous les
Concerts , à moins que quelques circonstances particulières
n'y engagent. Nous en avions omis une
intére fante , en rendant compte des Concerts du
temps de Pâques. Nous ignorions alors qu'une
Symphonie , qui y fut exécutée & fort applaudie
annoncée fous le nom de Madame *** . avoit été
furprise par M. fon pere , amateur de Mufique
très-connu , à Madame de C... auffi diftinguée par
les talens qu'elle poffède que par la figure. Nous
faififfons cette occafion de rendre hommage à cette
Dame que nous n'ofons nommer fans fon aveu
mais que l'on reconnoitra aux traits fous lesquels
nous la défignons.
Confiteber
JUIN 1765 . 193
K
Confitebor tibi Domine , de la compofition de M.
BLAINVILLE. Plufieurs morceaux de ce nouveau
Motet furent diftingués par beaucoup d'aplaudiffemens.
M. HOSBRUKER, de la Mufique du Prince
LOUIS DE ROHAN , exécuta des Duo de harpe
& de violon avec M. CAPRON , & deux pièces de
harpe de fa compofition . M. HOSBRUCKER a foutenu
admirablement la réputation qu'il avoit déja
ici du premier talent de l'Europe fur cet inftrument.
Les plus beaux fons , le tact le plus fûr , le
plus adroit , & en même tems le plus moelleux :
tel eft le jeu de cet Artifte étranger : ce qui le diftingue
encore fingulièrement , eft l'art des cadences
que l'on n'avoit point entendu jufques-là fur cet
inftrument dans la même perfection . M. CAPRON
joua un nouveau Concerto de violon de fa compofition
, dans lequel il a fait entrer des airs du
chant le plus agréable & qu'il exécuta avec toutes les
grâces du goût, & tout l'art que pofféde cet habile
lymphonifte. Il dut s'appercevoir par les marques
éclatantes de la fatisfaction des auditeurs , de la
vérité & de l'utilité des avis réitérés que nous
avons donnés aux talens diftingués,fur le genre de
mufique le plus propre à plaire toujours au Public.
Mlle AVENEAUX , chanta Cantate Domino , Motet à
voix feule de feu M. MOURET . On commence à
s'appercevoir fenfiblement des progrès que fait
cette Cantatrice dans l'art du chant, & des avantages
qui en résultent pour faire valoir toutes les beautés
de fon organe. Mlle FEL répéta le Motet de
M. J. J. ROUSSEAU , exécuté dans le précédent
Concert. Celui- ci fut terminé par Benedic anima
mea, nouveau Motet à grand Choeur de M. BUÉE,
Maître de Musique de la Cathédrale de Dijon .
L'étonnement de voir l'Auteur de cet ouvrage ,
qui n'a pas encore vingt ans , auroit fuffi pour lui
I
194 MERCURE DE FRANCE.
procurer beaucoup d'applaudiffemens ; mais après
avoir entendu le Motet , tous les connoilleurs &
les maîtres de l'art font convenus unanimement
qu'il feroit honneur au Compofiteur de la réputation
la plus décidée. De deux grands Choeurs ; le
premier eft marqué au coin du plus beau génie &
de la plus grande expreffion ; le fecond eft d'un
travail muſical , mais fait , ſelon les gens de l'arr,
comme par le Muficien le plas confommé . La diftribution
des récits , le caractère des chants , font
du meilleur goût & du genre le plus vrai. En un
mot , nous ne craignons point , fi ce jeune Compofiteur
continue de travailler fur les mêmes principes
& avec le même génie , de nous glorifier
d'avoir annoncé des premiers à la nation , un
grand homme dans fon art . M. BUÉE fort de la
Maîtrise de la Sainte Chapelle de Paris , & eft
éleve de M. l'Abbé DORIOT , Maître de Mufique
de cette illuftre Collégiale. Rien ne pouvoit faire
plus d'honneur à cette école & à celui qui la dirige
qu'un pareil éleve . Ce jeune Maître va prendre
poffeffion de la Maîtriſe de Dijón , en emportant
les fuffrages & l'admiration du Public de
Paris.
On ne peut refuſer la juftice due aux foins &
aux frais qu'emploient les Directeurs du Concert,
pour varier les plaifir's des auditeurs & pour intéreffer
la curiofité du Public , en recherchant &
en raffemblant non- feulement ce que la France ,
mais ce que l'Europe entière peut fournir de talens
diftingués en divers genres. Les Concerts
d'été , autrefois abandonnés , font devenus beaucoup
plus fréquentés , & ce font ceux-là même
que les curieux qui restent à Paris , doivent fuivre .
le plus affiduement , parce que la faiſon favoriſe
alors les voyages des talens étrangers , & donne,
JUIN 1765 . 195
par-là aux Directeurs les moyens de remplir leurs
vies. Un amateur frappé des rifques confidérables
qu'on hafarde , pour foutenir l'éclat de ce
Concert & fur-tout dans les jours d'été , cherehe
à former une fociété d'abonnemens, dont les fonds
puiffent au moins faire affurance contre la perte
des frais. Il eft facile en jettant un coup d'oeilfur
le compte que l'on rend de chaque Concert , de
connoître par foi - même la fidélité du témoignage
que nous rendons ici à ceux qui dirigent ce fpectacle.
Fermer
Résumé : Du Dimanche de la Pentecôte, 26 Mai.
Le 26 mai, un concert a été organisé, débutant par une symphonie de M. Bambini. Le motet 'Confitebor' de M. Blainville a reçu de nombreux applaudissements. M. Hosbrücker, membre de la musique du Prince Louis de Rohan, a joué des duos de harpe et de violon avec M. Capron, ainsi que deux pièces de sa composition. M. Hosbrücker a été particulièrement salué pour son talent exceptionnel sur la harpe, notamment pour ses cadences parfaites. M. Capron a interprété un nouveau concerto de violon, apprécié pour ses airs agréables et son exécution gracieuse. Mlle Aveneaux a chanté 'Cantate Domino', un motet de feu M. Mouret, démontrant des progrès notables dans l'art du chant. Mlle Fel a répété un motet de J.J. Rousseau. Le concert s'est terminé par 'Benedic anima mea', un nouveau motet à grand chœur de M. Buée, maître de musique de la cathédrale de Dijon. Âgé de moins de vingt ans, M. Buée a été acclamé pour son œuvre, jugée digne des plus grands compositeurs. Élève de l'Abbé Doriot, M. Buée est destiné à prendre prochainement la maîtrise de la Sainte-Chapelle de Paris et celle de Dijon. Les directeurs des concerts ont été loués pour leurs efforts visant à varier les plaisirs des auditeurs et à attirer des talents européens. Un amateur a proposé de créer une société d'abonnements pour soutenir financièrement ces concerts.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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580
p. 165-171
OPERA.
Début :
L'ACADEMIE royale de Musique donna sur son théâtre le 13 Août, la première [...]
Mots clefs :
Musique, Ballet, Théâtre, Prologue, Intermède, Public, Dieu, Voix, Entrée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OPERA.
OPERA.
L'ACADEM
'ACADEMIE royale de Mufique donna
fur fon théâtre le 13 Août , la première
repréſentation de Fragemens compofés
du Prologue des Fêtes de Thalie , de l'acte
de la Femme , troifième entrée du même
ballet (paroles de feuM . de la Fond , Mufique
de M. Mouret ) & du Devin du Vil-
Lage , interméde en un acte ; paroles &
mufique de M. J. J. Rouffeau. Cet Intermede
fut exécuté pour la première fois à
Fontainebleau , devant le Roi , les 18 &
24 Octobre 1752 , & à Paris fur le théâtre
de l'Opéra le premier Mars 1753. Il a
été repris depuis & joué plufieurs fois.
Dans le prologue des Fêtes de Thalie ,
le rôle de Melpomène a été fort bien chanté
& avec une très - belle voix , dès le premier
jour , par Mlle DUPLAN , en l'abfence
de Mlle RIVIERE . La premiere a
continué de chanter dans ce prologue tant
qu'il a été au théâtre , elle y a toujouts
été applaudie avec juftice . Le grand volume
de voix de Mlle DUPLAN a été d'autant
plus agréable au Public dans cet Opéra ,
qu'elle y a perpétuellement fait remar
166 MERCURE DE FRANCE .
quer une jufteffe dans le chant , dont elle
n'avoit pas encore acquis l'habitude auparavant.
Mlle DuBois chantoit le rôle
de Thalie ; il feroit fuperflu de répéter ici
les éloges dus à fa voix & à fes talens. Le
rôle d'Appollon étoit exécuté par M. Du-
RAND.
Dans le ballet de ce prologue , Mlle
PESLIN danfoit les pas feuls. Nous faififfons
cette occafion pour rendre juftice
aux talens & à la légèreté de cette danſeuſe,
que le Public voit de plus en plus avec
plaifir . Mlle JUSTINE (connue fous le
nom de Mlle ROBE ) danfoit avec M. LEGER
dans ce même ballet.
M. & Mlle LARRIVE'E ont fort bien
joué , & avec beaucoup de mérite , dans
l'acte de la femme , le rôles de Dorante
& de Callifte , mari & femme. Celui de
Dorine , fuivante de Callifte , a été fort
agréablement rendu par Mlle DURANCI.
Le rôle de Zerbin , par M. DURAND.
Beaucoup de fpectateurs font fort aifes
de retrouver dans le ballet de cet acte
les anciens caractères des maſques qui faifoient
autrefois l'agrément & la gaieté de
nos Bals. Nous donnons , pour nos lecteurs
abfens de la ville , une lifte de ceux qui
'exécutent ces divers caractères.
1
SEPTEMBRE 1765. 167
POLICHINELLE , M. Faɣ.
DAME GIGOGNE , Mlle PAGÈS.
PERTALON , M. TRUPTI.
VÉNILIENE , Mlle SAINT- MARTIN.
ARLEQUIN , M. BEATE.
ARLEQUINE , Mlle VERNIER.
MEZETIN , M. ALLARD.
MEZETINE , Mlle ADELAIDE.
SCARAMOUCHE , M. RIVIERE.
SCARAMOUCHETTE , Mlle GODOT .
PIERROT , M. Léger.
PIERRETTE , Mlle PETITOT.
n
ESPAGNOLS , M. LANI 1 , M. LANI 2 .
ESPAGNOLETTES, Mlles SI ANE & DOROTHÉE.
FRANÇOIS en Dominos , MM. HENRI & Rivet.
FRANÇOISES , Miles JULIE & MIMI.
Cette entrée de maſques eft confidérablement
embellie par les pas feuls qu'exécute
Mlle LANI ( époufe du fieur GELIN) ,
en habit oriental . M. VESTRIS , à la françoife
, danfe le ménuet dans la même entrée
. Mile GUIMARD a danfé avec M.
VESTRIS dans les premières repréfentations
à la place de Mlle VESTRIS , abfente
par indifpofition .
On connoît fi généralement combien
tous les rôles du Devin du Village font
168 MERCURE DE FRACNE.
agréables , qu'on fe fera aifément une idée
de la manière dont ils font rendus par les
genres de talent de chaque Acteur . Le
mérite de la voix de M. LE GROS eft actuellement
affez répandu pour laiffer préfumer
l'effet qu'elle produit dans le rôle
de Colin ; cet Acteur , fur - tout , ayant acquis,
pour ainfi dire , à chaque repréfentatjon
, de nouveaux moyens pour le rendre
du côté du jeu avec l'agrément dont
il eft fufceptible.Mlle DURANCI , habituellement
bonne Comédienne dans plufieurs
genres , remplit parfaitement le rôle de
Colette . Toutes les graces de la naïveté paftorale
font exprimées par elle dans un
point deprécifion qui ne laiffe rien à défirer
, fans donner lieu aux reproches de la
moindre caricature. Le rôle du Devin eft
rendu avec la même perfection par M.
GELIN , qui a fait voir avec quelque furprife
qu'une belle & grande voix & l'habitude
journalière du genre héroïque , ne
font pas toujours obftacle à la fineffe d'une
forte de comique, peut -être difficile à faifir
auffi bien , par ceux qui font le plus fréquemment
exercés dans ce genre.
Le divertiffement de cet intermède
qui étoit très-foible en mufique , d'un genre
infipide , & qui ne fourniffoit rien aux
ballets , a été ingénieufement refait & arrangé
.
SEPTEMBRE 1765. 165
rangé . Les ballets font devenus charmans ,
d'une gaieté piquante & dirigée avec beaucoup
de goût. M. GARDEL & Mlle Gui-
MARDY danfent avec diftinction. Rien ne
préfente un enſemble auffi vif , auffi brillant
, & ne réunit tant de talens aimables
qu'en Pas de quatre Paftres , exécutés par
MM. LANI & D'AUBERVAL
, par Miles
ALLARD
& PESLIN.
Le fuccès de ces fragmens parut
chanceler en quelques parties à la première
repréſentation. Il y avoit une mauvaife
volonté marquée dans une petite
portion du Public , qui excitoit du tumulte
& du bruit fous les plus légers prétextes ;
abus encore trop fréquent dans les fpectacles
d'une nation policée , & dans un
fiécle qui prétend aux fublimes clartés du
goût & de la philofophie . Malgré les frivoles
efforts de cette cabale , le fecond acte
reçut des applaudiffemens en beaucoup
d'endroits qui le méritoient , & l'intermède
du Devin du Village fit l'effet qu'il
devoit faire , c'est- à - dire , un très - grand
plaifir. A la feconde repréfentation , les
applaudiffemens furent univerfels , & ils
fe font foutenus depuis , ainfi que le concours
des fpectateurs ; ce qui prouve mieux
que toute autre chofe , que ce fpectacle a
éré goûté.
H
$70 MERCURE DE FRANCE.
Comme on s'eſt
apperçu que le prologue
des Fêtes de Thalie plaifoit moins que
les autres actes à un grand nombre de
fpectateurs , on s'eft hâté d'y fubftituer
l'acte de Bacchus & Hégémone, Entrée des
Amours de Tempé ; il vient d'être remis au
théâtre pour la première fois le 23 Août. La
Mufique de cet acte eft de M. DAU VERGNE
, Surintendant de la Mufique du Roi.
On a donné dans le temps l'extrait du
poëme des Amours de Tempé ; nous nous
contenterons de rappeller fuccinctement le
fujet de l'acte qu'on vient de joindre aux
nouveaux fragmens.
Bacchus voit Hégémone, Prêtreffe de l'Amour
, dans la vallée de Tempé. Ce Dieu ,
enchanté des attraits de cette Prêtrefle ,
ordonne à fa fuite de quitter les armes ,
& d'annoncer fes bienfaits par la voix des
plaifirs. Hégémone , en chantant une espéce
d'hymne à l'Amonr , lui demande d'épargner
fon coeur ; elle ne peut cependant
fe déguifer fes fecrets fentimens pour un
jeune étranger , perfonnage fous lequel
s'eft caché le Vainqueur de l'Inde . Bacchus
vient & s'annonce par une fête
vive & brillante que formentles Egypans ,
les Satyres & les Bacchantes de fa fuite.
Hégémone ne peut réfifter aux tranſports
& aux troubles qu'excitent en elle les myf-
>
SEPTEMBRE 1765. 171
tères du Dieu . Il céde à fes volontés , &
après avoir fait retirer fa fuite , il déclare
fa paffion à la belle Prêtreffe. Elle lui reproche
de s'expliquer en vainqueur , plus.
jaloux de plaire que difpofé à aimer . Bacchus
protefte qu'il feroit prêt à lui facrifier
fa liberté , s'il dépendoit encore de lui de
la reprendre. La Prêtreffe , qui n'a vu aux
autels de fon Dieu que des amans en pleurs
& qui n'a entendu que des murmures ,
étonnée de la différence qu'elle remarque
dans la façon d'aimer de Bacchus , lui demande
, qui de lui ou de ces amans aiment
fincéremement ? Bacchus , par des
images agréables prifes dans la nature ,
prouve à fon amante , déja perfuadée par
fon coeur , que la joie & les plaifirs font
inféparables de l'amour. Hégémone fe rend ,
& le Dieu fe manifefte en faifant changer
le lieu de la fcène en côteaux fertils
chargés de fes dons les plus précieux . La
fuité de Bacchus , réunie aux habitans de
Tempé , termine cet agréable divertiffement
par un ballet général . M. LE GROS
chante dans cet acte le rôle de Bacchus
à la grande fatisfaction du Public , & fans
doute à la fienne , puifqu'il y plait généralement
, & que tout l'éclat & le charme
de fa voix ont occafion de fe developper
dans les morceaux agréables & brillans
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
dont ce rôle eft rempli . Mlle L'ARRIVÉE
eft très-bien anffi dans le rôle d'Hégémone
& fort applaudie . M. DURAND chante le
rôle de Silene,
Les ballets , de la compofition de M.
LAVAL , font du plus agréable effet. M.
LEGER , Mlle JUSTINE , M. ROGIER danfent
dans la première entrée des Egypans
& des Bacchantes , fur des airs marqués
au coin de l'Auteur des Bacchanales de
Lavinie. Il y a un Pas de deux entre
M. D'AUBERVAL & Mlle ALLARD,
La mufique de ce Pas , le brillant de
fon exécution , le rendent charmant ;
chaque jour on l'applaudit avec une efpéce
de fureur , & l'on croit toujours ne l'avoir
pas affez applaudi .
Cet acte eut dès la premiere fois un fuc
cès décidé ; il foutient fort bien celui de
tout le fpectacle des Fragmens , & fair
honneur à l'Auteur de la mufique.
Depuis qu'on a mis Bacchus & Hégémone
à la place du prologue , Mlle Du-
BOIS a pris le rôle de Callifte dans l'acte du
bal, qu'elle chante fort bien , & où elle
reçoit beaucoup d'applaudiffemens , quoi-
Mile L'ARRIVE'E l'eût très-bien rem →
que
pli auparavant,
L'ACADEM
'ACADEMIE royale de Mufique donna
fur fon théâtre le 13 Août , la première
repréſentation de Fragemens compofés
du Prologue des Fêtes de Thalie , de l'acte
de la Femme , troifième entrée du même
ballet (paroles de feuM . de la Fond , Mufique
de M. Mouret ) & du Devin du Vil-
Lage , interméde en un acte ; paroles &
mufique de M. J. J. Rouffeau. Cet Intermede
fut exécuté pour la première fois à
Fontainebleau , devant le Roi , les 18 &
24 Octobre 1752 , & à Paris fur le théâtre
de l'Opéra le premier Mars 1753. Il a
été repris depuis & joué plufieurs fois.
Dans le prologue des Fêtes de Thalie ,
le rôle de Melpomène a été fort bien chanté
& avec une très - belle voix , dès le premier
jour , par Mlle DUPLAN , en l'abfence
de Mlle RIVIERE . La premiere a
continué de chanter dans ce prologue tant
qu'il a été au théâtre , elle y a toujouts
été applaudie avec juftice . Le grand volume
de voix de Mlle DUPLAN a été d'autant
plus agréable au Public dans cet Opéra ,
qu'elle y a perpétuellement fait remar
166 MERCURE DE FRANCE .
quer une jufteffe dans le chant , dont elle
n'avoit pas encore acquis l'habitude auparavant.
Mlle DuBois chantoit le rôle
de Thalie ; il feroit fuperflu de répéter ici
les éloges dus à fa voix & à fes talens. Le
rôle d'Appollon étoit exécuté par M. Du-
RAND.
Dans le ballet de ce prologue , Mlle
PESLIN danfoit les pas feuls. Nous faififfons
cette occafion pour rendre juftice
aux talens & à la légèreté de cette danſeuſe,
que le Public voit de plus en plus avec
plaifir . Mlle JUSTINE (connue fous le
nom de Mlle ROBE ) danfoit avec M. LEGER
dans ce même ballet.
M. & Mlle LARRIVE'E ont fort bien
joué , & avec beaucoup de mérite , dans
l'acte de la femme , le rôles de Dorante
& de Callifte , mari & femme. Celui de
Dorine , fuivante de Callifte , a été fort
agréablement rendu par Mlle DURANCI.
Le rôle de Zerbin , par M. DURAND.
Beaucoup de fpectateurs font fort aifes
de retrouver dans le ballet de cet acte
les anciens caractères des maſques qui faifoient
autrefois l'agrément & la gaieté de
nos Bals. Nous donnons , pour nos lecteurs
abfens de la ville , une lifte de ceux qui
'exécutent ces divers caractères.
1
SEPTEMBRE 1765. 167
POLICHINELLE , M. Faɣ.
DAME GIGOGNE , Mlle PAGÈS.
PERTALON , M. TRUPTI.
VÉNILIENE , Mlle SAINT- MARTIN.
ARLEQUIN , M. BEATE.
ARLEQUINE , Mlle VERNIER.
MEZETIN , M. ALLARD.
MEZETINE , Mlle ADELAIDE.
SCARAMOUCHE , M. RIVIERE.
SCARAMOUCHETTE , Mlle GODOT .
PIERROT , M. Léger.
PIERRETTE , Mlle PETITOT.
n
ESPAGNOLS , M. LANI 1 , M. LANI 2 .
ESPAGNOLETTES, Mlles SI ANE & DOROTHÉE.
FRANÇOIS en Dominos , MM. HENRI & Rivet.
FRANÇOISES , Miles JULIE & MIMI.
Cette entrée de maſques eft confidérablement
embellie par les pas feuls qu'exécute
Mlle LANI ( époufe du fieur GELIN) ,
en habit oriental . M. VESTRIS , à la françoife
, danfe le ménuet dans la même entrée
. Mile GUIMARD a danfé avec M.
VESTRIS dans les premières repréfentations
à la place de Mlle VESTRIS , abfente
par indifpofition .
On connoît fi généralement combien
tous les rôles du Devin du Village font
168 MERCURE DE FRACNE.
agréables , qu'on fe fera aifément une idée
de la manière dont ils font rendus par les
genres de talent de chaque Acteur . Le
mérite de la voix de M. LE GROS eft actuellement
affez répandu pour laiffer préfumer
l'effet qu'elle produit dans le rôle
de Colin ; cet Acteur , fur - tout , ayant acquis,
pour ainfi dire , à chaque repréfentatjon
, de nouveaux moyens pour le rendre
du côté du jeu avec l'agrément dont
il eft fufceptible.Mlle DURANCI , habituellement
bonne Comédienne dans plufieurs
genres , remplit parfaitement le rôle de
Colette . Toutes les graces de la naïveté paftorale
font exprimées par elle dans un
point deprécifion qui ne laiffe rien à défirer
, fans donner lieu aux reproches de la
moindre caricature. Le rôle du Devin eft
rendu avec la même perfection par M.
GELIN , qui a fait voir avec quelque furprife
qu'une belle & grande voix & l'habitude
journalière du genre héroïque , ne
font pas toujours obftacle à la fineffe d'une
forte de comique, peut -être difficile à faifir
auffi bien , par ceux qui font le plus fréquemment
exercés dans ce genre.
Le divertiffement de cet intermède
qui étoit très-foible en mufique , d'un genre
infipide , & qui ne fourniffoit rien aux
ballets , a été ingénieufement refait & arrangé
.
SEPTEMBRE 1765. 165
rangé . Les ballets font devenus charmans ,
d'une gaieté piquante & dirigée avec beaucoup
de goût. M. GARDEL & Mlle Gui-
MARDY danfent avec diftinction. Rien ne
préfente un enſemble auffi vif , auffi brillant
, & ne réunit tant de talens aimables
qu'en Pas de quatre Paftres , exécutés par
MM. LANI & D'AUBERVAL
, par Miles
ALLARD
& PESLIN.
Le fuccès de ces fragmens parut
chanceler en quelques parties à la première
repréſentation. Il y avoit une mauvaife
volonté marquée dans une petite
portion du Public , qui excitoit du tumulte
& du bruit fous les plus légers prétextes ;
abus encore trop fréquent dans les fpectacles
d'une nation policée , & dans un
fiécle qui prétend aux fublimes clartés du
goût & de la philofophie . Malgré les frivoles
efforts de cette cabale , le fecond acte
reçut des applaudiffemens en beaucoup
d'endroits qui le méritoient , & l'intermède
du Devin du Village fit l'effet qu'il
devoit faire , c'est- à - dire , un très - grand
plaifir. A la feconde repréfentation , les
applaudiffemens furent univerfels , & ils
fe font foutenus depuis , ainfi que le concours
des fpectateurs ; ce qui prouve mieux
que toute autre chofe , que ce fpectacle a
éré goûté.
H
$70 MERCURE DE FRANCE.
Comme on s'eſt
apperçu que le prologue
des Fêtes de Thalie plaifoit moins que
les autres actes à un grand nombre de
fpectateurs , on s'eft hâté d'y fubftituer
l'acte de Bacchus & Hégémone, Entrée des
Amours de Tempé ; il vient d'être remis au
théâtre pour la première fois le 23 Août. La
Mufique de cet acte eft de M. DAU VERGNE
, Surintendant de la Mufique du Roi.
On a donné dans le temps l'extrait du
poëme des Amours de Tempé ; nous nous
contenterons de rappeller fuccinctement le
fujet de l'acte qu'on vient de joindre aux
nouveaux fragmens.
Bacchus voit Hégémone, Prêtreffe de l'Amour
, dans la vallée de Tempé. Ce Dieu ,
enchanté des attraits de cette Prêtrefle ,
ordonne à fa fuite de quitter les armes ,
& d'annoncer fes bienfaits par la voix des
plaifirs. Hégémone , en chantant une espéce
d'hymne à l'Amonr , lui demande d'épargner
fon coeur ; elle ne peut cependant
fe déguifer fes fecrets fentimens pour un
jeune étranger , perfonnage fous lequel
s'eft caché le Vainqueur de l'Inde . Bacchus
vient & s'annonce par une fête
vive & brillante que formentles Egypans ,
les Satyres & les Bacchantes de fa fuite.
Hégémone ne peut réfifter aux tranſports
& aux troubles qu'excitent en elle les myf-
>
SEPTEMBRE 1765. 171
tères du Dieu . Il céde à fes volontés , &
après avoir fait retirer fa fuite , il déclare
fa paffion à la belle Prêtreffe. Elle lui reproche
de s'expliquer en vainqueur , plus.
jaloux de plaire que difpofé à aimer . Bacchus
protefte qu'il feroit prêt à lui facrifier
fa liberté , s'il dépendoit encore de lui de
la reprendre. La Prêtreffe , qui n'a vu aux
autels de fon Dieu que des amans en pleurs
& qui n'a entendu que des murmures ,
étonnée de la différence qu'elle remarque
dans la façon d'aimer de Bacchus , lui demande
, qui de lui ou de ces amans aiment
fincéremement ? Bacchus , par des
images agréables prifes dans la nature ,
prouve à fon amante , déja perfuadée par
fon coeur , que la joie & les plaifirs font
inféparables de l'amour. Hégémone fe rend ,
& le Dieu fe manifefte en faifant changer
le lieu de la fcène en côteaux fertils
chargés de fes dons les plus précieux . La
fuité de Bacchus , réunie aux habitans de
Tempé , termine cet agréable divertiffement
par un ballet général . M. LE GROS
chante dans cet acte le rôle de Bacchus
à la grande fatisfaction du Public , & fans
doute à la fienne , puifqu'il y plait généralement
, & que tout l'éclat & le charme
de fa voix ont occafion de fe developper
dans les morceaux agréables & brillans
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
dont ce rôle eft rempli . Mlle L'ARRIVÉE
eft très-bien anffi dans le rôle d'Hégémone
& fort applaudie . M. DURAND chante le
rôle de Silene,
Les ballets , de la compofition de M.
LAVAL , font du plus agréable effet. M.
LEGER , Mlle JUSTINE , M. ROGIER danfent
dans la première entrée des Egypans
& des Bacchantes , fur des airs marqués
au coin de l'Auteur des Bacchanales de
Lavinie. Il y a un Pas de deux entre
M. D'AUBERVAL & Mlle ALLARD,
La mufique de ce Pas , le brillant de
fon exécution , le rendent charmant ;
chaque jour on l'applaudit avec une efpéce
de fureur , & l'on croit toujours ne l'avoir
pas affez applaudi .
Cet acte eut dès la premiere fois un fuc
cès décidé ; il foutient fort bien celui de
tout le fpectacle des Fragmens , & fair
honneur à l'Auteur de la mufique.
Depuis qu'on a mis Bacchus & Hégémone
à la place du prologue , Mlle Du-
BOIS a pris le rôle de Callifte dans l'acte du
bal, qu'elle chante fort bien , & où elle
reçoit beaucoup d'applaudiffemens , quoi-
Mile L'ARRIVE'E l'eût très-bien rem →
que
pli auparavant,
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Résumé : OPERA.
Le 13 août, l'Académie Royale de Musique présenta plusieurs fragments d'œuvres musicales, dont le prologue des 'Fêtes de Thalie', un acte intitulé 'La Femme' et un intermède appelé 'Le Devin du Village'. Ce dernier avait déjà été joué à Fontainebleau en octobre 1752 et à Paris en mars 1753. Lors de cette représentation, Mlle Duplan interpréta Melpomène, Mlle Dubois chanta Thalie, et M. Durand joua Apollon dans le prologue des 'Fêtes de Thalie'. Dans 'La Femme', M. et Mlle Larrivée incarnèrent Dorante et Calliste, et Mlle Duranci joua Dorine. Le 'Devin du Village' reçut des éloges pour les performances de M. Le Gros, Mlle Duranci et M. Gelin. Le 23 août, le programme changea : le prologue des 'Fêtes de Thalie' fut remplacé par l'acte 'Bacchus et Hégémone' et l'entrée des 'Amours de Tempé', avec une musique composée par M. Dauvergne. Cet acte raconte la rencontre entre Bacchus et Hégémone, prêtresse de l'Amour, dans la vallée de Tempé. Bacchus, charmé par Hégémone, lui ordonne de quitter les armes et d'annoncer ses bienfaits par la voix des plaisirs. Après une fête, Hégémone cède aux avances de Bacchus. Les rôles principaux furent interprétés par M. Le Gros, Mlle L'Arrivée et M. Durand. Les ballets, composés par M. Laval, furent particulièrement appréciés. L'acte rencontra un grand succès dès sa première représentation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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581
p. 39-44
A M. DE LA PLACE, en lui envoyant une lettre de feu M. RAMEAU.
Début :
MONSIEUR, DEPUIS que le célébre M. Rameau mon compatriote a [...]
Mots clefs :
Musique, Auteur, Gloire, Lyrique, Académie de Dijon, Sciences, M. Rousseau, Patrie, Ouvrage, Homme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. DE LA PLACE, en lui envoyant une lettre de feu M. RAMEAU.
A M. DE LA PLACE , en lui envoyant
une lettre de feu M. RAMEAU.
ONSIEUR ,
DEPUIS que le célébre M. Rameau mon
compatriote a tracé les principes d'un art
dont il eſt comme le créateur , & mis en
pratique ces mêmes règles , en enrichiffant
notre lyrique des chefs-d'oeuvres qui feront
à jamais la gloire & les délices de
la nation ; on a porté la mufique françoiſe
à un fi haut degré de perfection
que de tous les paradoxes du fameux M.
Rouffeau , le plus fingulier fans doute eft
l'ouvrage où il foutient que notre langue
n'eft pas lyrique & que nous n'avons
aucune mufique.
Ce fyftême étagé par la force de l'éloquence
, & orné de toutes les grâces du
ftyle , a fait tant de bruit & a été fi mal
réfuté , que l'Auteur a peut-être fini par
foutenir férieufement ce qu'il n'avoit apparemment
enfanté que comme un jeu d'efprit.
On eft d'autant plus porté à le croire ,
dans ce même temps & de la même que
40 MERCURE
DE
FRANCE
.
plume dont il avoit tâché de détruire
l'existence de cette mufique , on a vu
éclore le Devin du Village , ouvrage charmant
qui prouve d'une part que notre langue
eft très-lyrique , & d'une autre , que
nous avons une mufique qui nous eſt particulière
& propre , & qui eft dans le genre
excellent.
C'est peut-être d'après cet événement
que le fameux M. Rouffeau a pris du goût
pour les paradoxes ; la fortune qu'avoit
fait fon premier badinage , l'aura fans
doute engagé à foutenir dans la fuite , que
les arts & les fciences ont été nuifibles aux
maurs. Hafarderois- je beaucoup en avançant
, que ce n'eft encore que par un jeu
d'efprit qu'il a foutenu cette opinion , &
feulement parce qu'il avoit plû à notre
Académie de Dijon de la mettre en queftion
, & d'en faire un problême ? Auffi la
fcience dans nos Auteurs , l'étendue de
leurs talens , & la pureté de leurs moeurs ,
détruifent mieux ce nouveau fyftême que
toutes les longues & ennuyeufes differtations
qui ont paru fur ce fujet. C'eſt de
ce difcours couronné que je vois découler
les autres ouvrages de J. J. fur l'inégalité
des conditions , fur l'éducation , le
contrat focial , &c. Mais quelque fingu .
lières que foient les opinions répandues
OCTOBRE 1765 : 41
dans ces ouvrages , ils n'en font pas moins
refpectables par l'humanité qu'ils refpirent,
& ce feu dévorant de l'amour pour fes
femblables , qui doit l'emporter fur toutes
les autres vertus .
Si d'autres motifs ont éloigné M.
Rouffeau du chemin de la vérité, je reconnois
à ce trait l'humaine foibleffe : les génies
les plus fublimes ne peuvent entièrement
dépouiller le viel homme ; on fe
croiroit humilié de retourner fur fes pas
& on continue à fuivre des routes égarées
pour n'avoir pas à rougir de s'être écarté
du droit chemin : quand on à une fois
endoffé le manteau philofophique , on le
préfére à tout , & Diogène dans fon tonneau
ne fe donneroit pas pour Alexandre.
Mais quittons cet homme refpectable à
tant d'égards, pour revenir au célèbre Artifte-
Auteur , qui me procure l'avantage
de vous écrire.
J'ai vu dans vos Journaux avec la plus
grande fatisfaction , que notre nation commence
à imiter les Anglois dans les hom
mages que ce peuple éclairé rend aux Savans
& aux Artiſtes .
L'ancienne apothéofe des Héros ferviroit
à former des demi -Dieux en fourniffant
des exemples d'héroïfme au deffus
42 MERCURE DE FRANCE.
de l'humanité. Les honneurs rendus au
grand Newton , ont peut être mérité aux
glois , la palme philofophique ; les monumens
élevés en l'honneur de feu M. de
Crébillon, notre compatriote , ont peut-être
donné naiffance à la belle production du
Siége de Calais , fi utile à fon Auteur , &
propre à encourager fi les nouvelles tentatives.
La funébre faite
pompe
M. Rapour
meau le 16 Décembre
1764 , fait encore
plus d'honneur
au goût de la nation qu'à
celui qui en étoit l'objet ; & la préfence
de notre augufte Gouverneur
qui y affiftoit
enperfonne , élève le fucceffeur
du GRAND
CONDÉ même au deffus du Prince fi cela
eft poffible. La patrie de M. Rameau auroit
dû fuivre cet exemple , & lui confacrer un
maufolée qui auroit appris aux fiècles à
venir que ce génie étoit forti de fon fein ,
après avoir déja enfanté les Boffuet , les
La Monnoie , l'Auteur de Rhadamiſte , ce ·
lui de Guftave , & c. & c. & c. & c. & c.
comme elle pourra fe glorifier un jour .
d'avoir élevé dans fon fein le Pline moderne
qui rendra fa patrie & même fon fiècle
illuftre. « O Patrie ! prends part à la
gloire de tes enfans ; encourage & pro-
» tége les fciences , les arts & les talens
fi tu veux que ton nom foit célébre à
و و
OCTOBRE 1765. 43
99
jamais. Souviens -toi que cinq villes fe
» font vivement difputé la gloire d'avoir
» donné le jour à Homère , & épargne- toi
» la honte de voir des temples élevés &
» des autels dreffés à l'Appollon François,
» fans en avoir un feul dans ton en-
>> ceinte "".
Comme on doit être curieux de toutes
les productions d'un génie tel que feu
M. Rameau , je vois avec plaifir que votre
Journal raffemble des pièces fugitives ,
qui fans votre utile collection ne verroient
peut- être jamais le jour. Je fuis l'exemple
de M. Mongeot, en vous adreffant une lettre
de M. Rameau. Il feroit trop long de donner
l'hiſtoire de la difpute qui étoit entré
M. Rameau & moi au fujet des effets de la
Mufique des anciens , & fur fon ouvrage
intitulé l'origine des fciences . Le goût de
la littérature ancienne , n'eſt pas le
dominant ; d'ailleurs les occupations de
mon état & le refpect que j'ai pour le Public
, ne me permettent pas de vous envoyer
une differtation informe qui a occafionné
les deux lettres que M. Rameau
m'a écrites fur cette matière. Celle
dont je vous envoie copie eft d'autant
plus intéreffante qu'elle rend raiſon du
fyftême mufical de cet homme fameux :
c'en eft pour ainfi dire la clef.
44 MERCURE DE FRANCE.
Quelques correfpondances agréables
que j'ai eues , me mettroient à même
de vous fournir des anecdotes femblables ,
fi je ne craignois de vous importuner.
J'attends à ce fujet votre réponſe , &
fuis , & c .
A Dijon, le 31 Août 1765.
BEGUILLET , Avocat au Parlement ,
premier Notaire de la Province de Bourgogne
, place Saint Etienne , à Dijon.
une lettre de feu M. RAMEAU.
ONSIEUR ,
DEPUIS que le célébre M. Rameau mon
compatriote a tracé les principes d'un art
dont il eſt comme le créateur , & mis en
pratique ces mêmes règles , en enrichiffant
notre lyrique des chefs-d'oeuvres qui feront
à jamais la gloire & les délices de
la nation ; on a porté la mufique françoiſe
à un fi haut degré de perfection
que de tous les paradoxes du fameux M.
Rouffeau , le plus fingulier fans doute eft
l'ouvrage où il foutient que notre langue
n'eft pas lyrique & que nous n'avons
aucune mufique.
Ce fyftême étagé par la force de l'éloquence
, & orné de toutes les grâces du
ftyle , a fait tant de bruit & a été fi mal
réfuté , que l'Auteur a peut-être fini par
foutenir férieufement ce qu'il n'avoit apparemment
enfanté que comme un jeu d'efprit.
On eft d'autant plus porté à le croire ,
dans ce même temps & de la même que
40 MERCURE
DE
FRANCE
.
plume dont il avoit tâché de détruire
l'existence de cette mufique , on a vu
éclore le Devin du Village , ouvrage charmant
qui prouve d'une part que notre langue
eft très-lyrique , & d'une autre , que
nous avons une mufique qui nous eſt particulière
& propre , & qui eft dans le genre
excellent.
C'est peut-être d'après cet événement
que le fameux M. Rouffeau a pris du goût
pour les paradoxes ; la fortune qu'avoit
fait fon premier badinage , l'aura fans
doute engagé à foutenir dans la fuite , que
les arts & les fciences ont été nuifibles aux
maurs. Hafarderois- je beaucoup en avançant
, que ce n'eft encore que par un jeu
d'efprit qu'il a foutenu cette opinion , &
feulement parce qu'il avoit plû à notre
Académie de Dijon de la mettre en queftion
, & d'en faire un problême ? Auffi la
fcience dans nos Auteurs , l'étendue de
leurs talens , & la pureté de leurs moeurs ,
détruifent mieux ce nouveau fyftême que
toutes les longues & ennuyeufes differtations
qui ont paru fur ce fujet. C'eſt de
ce difcours couronné que je vois découler
les autres ouvrages de J. J. fur l'inégalité
des conditions , fur l'éducation , le
contrat focial , &c. Mais quelque fingu .
lières que foient les opinions répandues
OCTOBRE 1765 : 41
dans ces ouvrages , ils n'en font pas moins
refpectables par l'humanité qu'ils refpirent,
& ce feu dévorant de l'amour pour fes
femblables , qui doit l'emporter fur toutes
les autres vertus .
Si d'autres motifs ont éloigné M.
Rouffeau du chemin de la vérité, je reconnois
à ce trait l'humaine foibleffe : les génies
les plus fublimes ne peuvent entièrement
dépouiller le viel homme ; on fe
croiroit humilié de retourner fur fes pas
& on continue à fuivre des routes égarées
pour n'avoir pas à rougir de s'être écarté
du droit chemin : quand on à une fois
endoffé le manteau philofophique , on le
préfére à tout , & Diogène dans fon tonneau
ne fe donneroit pas pour Alexandre.
Mais quittons cet homme refpectable à
tant d'égards, pour revenir au célèbre Artifte-
Auteur , qui me procure l'avantage
de vous écrire.
J'ai vu dans vos Journaux avec la plus
grande fatisfaction , que notre nation commence
à imiter les Anglois dans les hom
mages que ce peuple éclairé rend aux Savans
& aux Artiſtes .
L'ancienne apothéofe des Héros ferviroit
à former des demi -Dieux en fourniffant
des exemples d'héroïfme au deffus
42 MERCURE DE FRANCE.
de l'humanité. Les honneurs rendus au
grand Newton , ont peut être mérité aux
glois , la palme philofophique ; les monumens
élevés en l'honneur de feu M. de
Crébillon, notre compatriote , ont peut-être
donné naiffance à la belle production du
Siége de Calais , fi utile à fon Auteur , &
propre à encourager fi les nouvelles tentatives.
La funébre faite
pompe
M. Rapour
meau le 16 Décembre
1764 , fait encore
plus d'honneur
au goût de la nation qu'à
celui qui en étoit l'objet ; & la préfence
de notre augufte Gouverneur
qui y affiftoit
enperfonne , élève le fucceffeur
du GRAND
CONDÉ même au deffus du Prince fi cela
eft poffible. La patrie de M. Rameau auroit
dû fuivre cet exemple , & lui confacrer un
maufolée qui auroit appris aux fiècles à
venir que ce génie étoit forti de fon fein ,
après avoir déja enfanté les Boffuet , les
La Monnoie , l'Auteur de Rhadamiſte , ce ·
lui de Guftave , & c. & c. & c. & c. & c.
comme elle pourra fe glorifier un jour .
d'avoir élevé dans fon fein le Pline moderne
qui rendra fa patrie & même fon fiècle
illuftre. « O Patrie ! prends part à la
gloire de tes enfans ; encourage & pro-
» tége les fciences , les arts & les talens
fi tu veux que ton nom foit célébre à
و و
OCTOBRE 1765. 43
99
jamais. Souviens -toi que cinq villes fe
» font vivement difputé la gloire d'avoir
» donné le jour à Homère , & épargne- toi
» la honte de voir des temples élevés &
» des autels dreffés à l'Appollon François,
» fans en avoir un feul dans ton en-
>> ceinte "".
Comme on doit être curieux de toutes
les productions d'un génie tel que feu
M. Rameau , je vois avec plaifir que votre
Journal raffemble des pièces fugitives ,
qui fans votre utile collection ne verroient
peut- être jamais le jour. Je fuis l'exemple
de M. Mongeot, en vous adreffant une lettre
de M. Rameau. Il feroit trop long de donner
l'hiſtoire de la difpute qui étoit entré
M. Rameau & moi au fujet des effets de la
Mufique des anciens , & fur fon ouvrage
intitulé l'origine des fciences . Le goût de
la littérature ancienne , n'eſt pas le
dominant ; d'ailleurs les occupations de
mon état & le refpect que j'ai pour le Public
, ne me permettent pas de vous envoyer
une differtation informe qui a occafionné
les deux lettres que M. Rameau
m'a écrites fur cette matière. Celle
dont je vous envoie copie eft d'autant
plus intéreffante qu'elle rend raiſon du
fyftême mufical de cet homme fameux :
c'en eft pour ainfi dire la clef.
44 MERCURE DE FRANCE.
Quelques correfpondances agréables
que j'ai eues , me mettroient à même
de vous fournir des anecdotes femblables ,
fi je ne craignois de vous importuner.
J'attends à ce fujet votre réponſe , &
fuis , & c .
A Dijon, le 31 Août 1765.
BEGUILLET , Avocat au Parlement ,
premier Notaire de la Province de Bourgogne
, place Saint Etienne , à Dijon.
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Résumé : A M. DE LA PLACE, en lui envoyant une lettre de feu M. RAMEAU.
La lettre, datée du 31 août 1765, est adressée à M. de La Place par un avocat nommé Beguillet. Elle aborde principalement la musique française et la réputation de Jean-Jacques Rousseau. Beguillet conteste les affirmations de Rousseau selon lesquelles la langue française ne serait pas lyrique et que la France manquerait de musique. Il cite la pièce 'Le Devin du Village' de Rousseau comme contre-exemple. Beguillet suggère que Rousseau pourrait avoir adopté ses propres paradoxes après leur succès initial. La lettre reconnaît également les contributions de Rousseau sur l'inégalité des conditions, l'éducation et le contrat social, tout en soulignant son humanité et son amour pour ses semblables. L'auteur exprime sa satisfaction de voir la France honorer les savants et les artistes, tels que Newton, Crébillon et Rameau. Il regrette que la patrie de Rameau n'ait pas érigé de mausolée en son honneur et encourage la promotion des sciences, des arts et des talents. Beguillet partage également une lettre de Rameau sur les effets de la musique des anciens et son système musical. Il mentionne avoir reçu des correspondances agréables mais craint d'importuner le destinataire. Il attend une réponse concernant ce sujet et se présente comme avocat au Parlement et premier notaire de la province de Bourgogne, résidant place Saint-Étienne à Dijon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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582
p. 154-183
ASSEMBLÉE publique de l'Académie des Sciences, Belles Lettres & Arts de ROUEN, tenue dans la grand'salle de l'Hôtel de Ville, le 7 Août 1765.
Début :
MONSIEUR le Cat, Secrétaire pour les Sciences, ouvrit la séance par l'extrait des [...]
Mots clefs :
Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen, Prix, Mémoire, Génie, Gloire, Ouvrages, Hommes, Amour, Amitié, Chirurgie, Sculpteur, Observations, Sciences, Nature, Voyage, Théorie de la musique, Séance publique, Belles-lettres, Poète, Peinture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ASSEMBLÉE publique de l'Académie des Sciences, Belles Lettres & Arts de ROUEN, tenue dans la grand'salle de l'Hôtel de Ville, le 7 Août 1765.
ASSEMBLEE publique de l'Académie des
Sciences Belles Lettres & Arts de
و
› ROUEN tenue dans la grand'falle de
l'Hôtel de Ville , le 7 Août 1765 .
MONSIEUR ONSIEUR
le Cat , Secrétaire
pour les
Sciences
, ouvrit la féance par l'extrait
des
travaux
de l'année
académique
dans fon
département
. Nous n'en pouvons
donner
que les titres.
la
Mémoire fur une efpèce particulière de
tranfpiration mielleufe , occafionnée par
piquure d'un puceron particulier , couvert
d'un duvet blanc ; par M. Neveu , Adjoint.
Mémoire fur les pieux , pilots & pilotis ,
leur nature , leur force , la manière de les
employer ; par M. Baronnet , Affocié de
l'Académie , & de celle des Sciences de
Paris.
Mémoire fur la chûte des corps , pour
perfectionner , s'il eft poffible , la théorie
de la defcente des graves ; par M. le Cat.
Obfervation d'une féve de haricot ,
trouvée dans le blanc d'un oeuf durci ; par
M. Pinard.
JANVIER 1766. 155
Mémoire fur la force de percuffion des
corps graves ; par M. Hubert , Adjoint.
Obfervations fur le chronomètre , &
fur les expériences faites pour conftater la
théorie de la gravité ; par M. Balliere.
Mémoire fur le même fujet ; par M.
Neveu , Adjoint.
Réponse aux Obfervations fur les expériences
de la chûte des corps ; par M. le
Cat. t
Mémoire fur la pouffée des voûtes ; par
M. Hubert , Adjoint.
Mémoire fur l'accélération du pendule ,
& la manière de la mefurer méchaniquement
; par le même.
Differtation fur la diffolubilité du mercure
dans le vinaigre diftillé ; par M. Chandelier
, Adjoint.
Obfervation d'une aurore boréale ; par
M. l'Abbé Jaquin , Correfpondant.
Obfervation qui prouve la fenfibilité
de la pie-mère ; envoyée par M. Beyer ,
Affocié étranger .
Réflexion fur la manière dont s'opère
la congellation des eaux courantes , à l'occafion
d'un Mémoire anonyme envoyé fur
cette matière . Ces rédexions font de M..
Neveu , Adjoint.
Plante
propre à être fubftituée
à la garence
, découverte
par M. Dambourney
,
G vi
156 MERCURE DE FRANCE .
Obfervation d'un garçon de dix- neuf
ans, ayant fix doigts aux pieds & aux mains ;
par M. le Cat.
Examen d'une préparation de mercure
précipité , décrite fous le nom de poudre
de vie , & qui mériteroit mieux celui de
poudre de mort ; par M. Chandelier
Adjoint.
Mémoire fur la culture & la greffe du
mûrier ; par M. Rondeau.
Obfervations qui prouvent décifivement
la réalité de la fuperfétation ; par M. Pilore,
Adjoint.
Le Secrétaire des Sciences proclama
enfuite les prix des Ecoles de fon département.
Savoir :
Prix d'Anatomie.
Premier. M. Blifs de Saint - Vandrille ,
le même qui l'an paffé remporta encore ce
prix , le troisième de Chirurgie , & le
quatrième de Botanique .
Second. M. de la Porterie , d'auprès de
Gifors , qui a remporté l'an paffé le même
prix , & il y a deux ans , le premier.
Troifième , M. Poulin.
Quatrième , refté de l'an paffé , M. Nicole
, de Rouen.
JANVIER 1766. 157
Prix de Chirurgie.
Premier. M. Blifs , déja nommé.
Second. M. Nicole , déja nommé.
Troisième. M. Scieaux , d'Evreux , qui
l'an paffé remporta le premier du même
genre.
Prix de Mathématiques .
Premier , fur les fections coniques. A
M. Faverel , de Lyon en Forets .
Un même prix réfervé de l'an paflé a
été donné à M. Aubert , de Rouen .
Second prix fur la Géométrie Elémentaire
, à M. Godefroy , de Dernetal .
Prix de Botanique .
Premier. M. le Carpentier , de Rouen.
Second. M. de la Porterie, déja nommé .
Prix d'accouchemens.
Premier. M. Nicole , de Rouen , déja
deux fois nommé.
Second. M. de la Porterie , déja nommé.
Grand Prix de la Claffe des Sciences.
Le fujet de ce prix remis de l'an paffé
158 MERCURE DE FRANCE.
étoit le méchanifme & les ufages de la
refpiration , & c.
Il a été unanimemenr adjugé par MM .
les Commiffaires au Mémoire n°. 3 , qui
a pour devife , te finè nil altun mens inchoat.
C'eft le Mémoire qui l'an paffé
avoit été jugé le meilleur , mais avec des
défauts qu'on a indiqués en général dans
les Journaux . L'Auteur , profitant de ces
avis , a fait de nouveaux efforts qui lui ont
mérité le prix que l'Académie lui accorde
aujourd'hui. Elle voit avec plaifir que la
célébrité de celui qu'elle couronne confirme
la jufteffe de fon jugement. M. David
, Maître-ès - Arts & en Chirurgie du
Collége de Paris , avoit fait , dès l'âge de
vingt- trois ans , un traité de la faignée ,
dont tous les Journaux ont fait l'éloge. Il
a remporté en 1762 le prix de l'Académie
de Harlem , & l'an paffé le prix double
de l'Académie de Chirurgie de Paris.
Senfible au nouvel honneur qu'il acquiert
par les fuffrages de celle de Rouen , il eſt
venu en jouir à l'affemblée publique , &
a reçu le prix des mains de M. le Directeur.
Le Mémoire qui a le plus approché de
celui no. 2 eft le n . 4 , qui a pour devife :
Sic rerum fumma novatur
n°.
Semper. Lucret, Lib . 1 , v. 74
JANVIER 1766. 159
L'Auteur eft M. Boulard , Chirurgien
interne de l'Hôtel Dieu de Rouen , lequel
a été célébré plufieurs fois dans ces féances
par les prix d'Anatomie & de Chirurgie
qu'on lui a adjugés , & dont celui de 1762
étoit accompagné de la note honorable
longè primus. On doit regarder cet acceffit
comme un des fruits de l'émulation que
ces féances & ces prix excitent dans nos
Ecoles.
M. Maillet du Boullay , Secrétaire des
Belles Lettres , rendit enfuite compte des
travaux de l'année dans fon département ,
dont nous ne pouvons pareillement donner
que les titres.
Les Amans malheureux ou le Comte
de Comminge , Drame envoyé à l'Académie
par M. Darnaud , Correfpondant.
Réflexions fur ce Drame , envoyées à
l'Auteur par M. du Boullay.
Lettre de M. Rouffeau de Genève , à
M. Balliere , fur fa théorie de la muſique.
Lettre de M. de Voltaire , à M. le Cat
fur fon traité du fluide des nerfs & de la
fenfibilité animale.
Mémoire pour la famille Calas , envoyé
à l'Académie par M. Elie de Beaumont ,
Correfpondant.
Differtation fur l'origine de l'Univerfité
de Paris , par M. l'Abbé des Houffayes.
160 MERCURE DE FRANCE.
Deux portraits , l'un en miniature
l'autre à l'huile ; préfentés par M Dupont.
Remerciement en vers de Madame du
Bocage , fur fa réception en qualité d'Affociée
libre .
Traité de Peinture , envoyé par M. Dandré
, Affocié.
Hiftoire de la Ville & Doyenné de
Montdidier ; par le Père Daire , Affocié.
Obfervations fur l'utilité des voyages ;
par M. Dornay : ouvrage divifé en trois
parties , dont la première feulement a été
lue à la féance .
Divers extraits pour la collection de
l'Académie ; par M. du Boullay.
Pocine didactique fur les avantages &
les règles des vers libres ; par M. Midy.
Eftampe repréfentant la vue de Rouen ,
prife du petit château , deffinée & gravée
M. Bacheley , aux frais de M. le Cat ,
& deftinée pour un ouvrage de cet Académicien
fur le climat particulier de cette
ville , les maladies qui y régnent , & c.
par
Prix de l'Ecole de Deffein.
Les Elèves s'étant trouvés trop foibles
cette année pour le prix de génie ou de
compofition en Peinture & en Sculpture ,
l'Académie n'a pas diftribué de médaille
JANVIER 1766.
d'or , qu'elle réſerve pour un autre temps."
Premier prix d'après nature. M. Jean-
Martin Paulet , Sculpteur de Rouen , qui
avoit remporté le premier prix d'après la
Boffe en 1763 .
Second. Jacques , Chef d'Hôtel de Beaulieu
, Peintre de Rouen.
Prix d'après la Boffe. Mlle Dorothée
Jacques , de Rouen , qui avoit mérité en
1762 un prix extraordinaire dans la claffe
du deffein,
Prix extraordinaire. M. François Affelin,
Peintre de Coutances.
Acceffit . Nicolas Jofeph Billot , de Leri ,
qui avoit remporté le prix de la Claffe de
Deffein en 1764.
Prix d'après le deffein . Mlle Marie-
Anne Thérèfe Van- Vergeloo , d'Anvers.
Acceffit. M. Guillaume - Ambroife Bertin,
de Lanctot , près de Bolbec , en Caux.
Architecture.
Le fujet du prix de compofition cette
année étoit , dans un terrein donné le
long d'une rivière , de conftruire une manufacture
ou fabrique de toile ou paſſementerie
comme celles de Rouen , le logement
de l'Entrepreneur , les atteliers néceffaires
, & c. On a demandé un plan généY62
MERCURE DE FRANCE.
ral du rez- de- chauffée, un autre du premier
étage , une coupe fimple , & une élevation
de la maifon , en préférant l'utile & le
folide à la magnificence.
Ce prix a été remporté par M. Louis-
Augufte Hardi, Maître Plâtrier de Rouen.
Grand Prix de la Claffe des Belles Lettres.
L'Académie avoit réſervé l'an paffé le
prix double de poéfie , dont le ſujet étoit
la délivrance de Salerne , & la fondation
du royaume de Sicile , qui fut la fuite de
cette expédition.
Dans les avis qu'elle crut devoir donner
aux auteurs , elle défigna fuffifamment
le Poëme qui a pour devife , funt hîc
etiam fua pramia laudi , & qui les années
précédentes avoit été envoyé fous celle de
credite pofteri. Comme cet ouvrage a toujours
été fort fupérieur à fes concurrens
par la poéfie de ftyle & l'harmonie des
vers , l'Académie n'a pas cru devoir différer
davantage une décifion qui fe fait attendre
depuis fi long- temps ; & elle l'a couronné
comme le meilleur de tous ceux qui
lui ont été préfentés. L'Auteur , qui s'eſt
depuis fait connoître , eft M. de la Harpe ,
célèbre par fa Tragédie de Warwick.
A l'égard du prix d'Hiftoire , dont le
JANVIER 1766. 163
fujet eft l'origine , la forme & les changemens
fucceffifs de l'Echiquier ou Parlement
ambulatoire de Normandie , & c .
quoique l'Académie n'eût annoncé ce
prix que pour le mois d'Août 1766 , quelques
Auteurs ont déja envoyé des ouvrages
, parmi lefquels un , fur- tout , qui a
pour devife , Magiftratus eft lex loquens
a mérité toute fon attention par fes favantes
recherches & la bonne méthode avec
laquelle il eft rédigé. L'Académie exhorte
l'Auteur à profiter du temps qui lui refte
pour donner à fon ouvrage toute la perfection
qu'il eft capable de lui procurer.
Il y auroit fur-tout quelques corrections a
faire , qu'elle le prie de ne point négliger.
Le Public voudra bien fe rappeller auffi ,
qu'outre ce prix , l'Académie en diftribuera
encore un double l'année prochaine 1766
à fa féance publique du premier Mercredi
d'Août.
Le fujer de ce prix donné par Monfeigneur
le Duc d'Harcourt , Gouverneur de
la Province & Protecteur de l'Académie ,
a été annoncé dès l'année dernière . Il s'agit
d'expofer quelles font les mines de
Normandie , tant métalliques que demimétalliques
& bitumineufes , & les avantages
qu'on pourroit tirer de leur exploi
tation .
164 MERCURE DE FRANCE.
+
Les ouvrages , francs de port & fous la
forme ordinaire , doivent être adreffés ,
avant le premier Juillet , à M. le Cat
Secrétaire Perpétuel de l'Académie pour
la partie des fciences , au lieu de Santé .
,
Ceux , pour la partie des Belles Lettres ,
à M. Maillet du Boullay , Secrétaire pour
cette partie , derrière l'Archevêché.
Monfieur le Cat lut enfuite l'éloge de
feu Monfeigneur le Maréchal de Luxembourg,
Gouverneur de Normandie & Protecteur
de l'Académie de Rouen .
Après quelques réflexions fur l'antiquité.
de la Maifon de Montmorency , fur la
multitude de héros qu'elle a produits , fur
l'attachement & le refpect de la nation
pour ce nom illuftre ; fentimens fi bien
mérités par le dévouement de ceux qui
Pont porté au fervice de la patrie : M. le
Cat entre en matière & fuit M. le Maréchal
de Luxembourg dernier mort , depuis
fes premières campagnès , fous la Régence ,
juſqu'à la guerre ddee où il eut l'hon- 1741 ,
neur d'être Aide - de- Camp du Roi dans les
glorieufes campagnes qui la terminèrent.
" C'eft une espèce de paradoxe , dit
M. le Cat , que la bravoure foit fi fami-
» lière à la nation la plus douce , la plus
» polie , la plus galante de l'Europe . Mais
» on le comprend aifément , lorfque l'on
39
JANVIER 1766. 165
و د
"
و د
» réfléchit qu'un tempérament de feu ,
» un fentiment vif de point d'honneur ,
» font auffi naturels aux François que l'ur-
» banité . Ce dernier fentiment eft en effet
» fi vif dans la nation , que les guerriers
» même qui n'ont pas ce feu , ces paffions
ardentes , tiennent encore à cet
» amour délicat pour l'honneur , beaucoup
plus qu'à la vie . Par ce fentiment domi-
» nant , leur fang -froid devient dans les
" occafions meurtrières & chaudes , une
» intrépidité clairvoyante & fage , qui fait
une bravoure préférable , fans doute , au
moins pour un Général , à celle qui eft
» bouillante & plus active. Tel étoit le
» caractère de M. de Luxembourg.
ود
"
M. le Car fait enfuite le parallele des
talens de l'homme de cour & de ceux du
guerrier.
""
"
و د
Il y a beaucoup d'analogie , dit M. le
» Cat , entre les intrigues de cour & les
ftratagêmes de guerre. De part & d'au-
» tre une attention perpétuelle aux manoeu-
» vres des ennemis , un coup - d'oeil jufte
fur leurs deffeins , une indifcrétion impénétrable
fur nos propres vues , une
» activité infatigable à prévenir les uns &
» à exécuter les autres , font des moyens
affurés de fe procurer des triomphes ,
fur- tout fi la grandeur d'âme , l'équité,
وو
"
"9
166 MERCURE DE FRANCE .
ور
و د
'99
» la probité , la candeur , ofent être de la
» partie. Or ces qualités , fi rares à la
Cour , compofoient très- réellement tout
» le fond du perfonnage que faifoit auprès
du Roi M. de Luxembourg , & lui
» méritèrent de fon Maître toutes les dif-
» tinctions dont il jouiffoit , & au- deffus
defquelles il mettoit l'affection particu-
» lière dont le Roi l'honoroit. Il avoit
acquis auprès de ce Prince toute la familiarité
qui peut être permife à un fujet
» avec fon Souverain , & qu'une grande
circonfpection ne pouvoit rendre que
plus fûre & plus durable . Cette fageffe
» ne lui coûtoit rien , elle venoit en lui
» d'une modeftie fincère & vraie qu'il
» tenoit de la nature même » .
"
59
"
"
DJ
M. de Luxembourg étoit univerfellement
eftimé , refpecté , aimé. Cette réputation
flatteufe , fans laquelle la gloire même n'a
rien de defirable , étoit le fruit de fa bienfaifance
, de fon exactitude fcrupuleufe à
fes devoirs , de fon attention à plaire , de
fa douceur inaltérable ; il jouit jufques
dans fes derniers momens du fpectacle
touchant des fentimens publics. Pendant
une vingtaine de jours qui précédèrent
les derniers de fa vie , il fe fit porter dans
un fallon de fon jardin , qui donne ſur le
Boulevard. « Dès qu'on l'apperçut on le
JANVIER 1766. 167
و د
ود
"3
» crut convalefcent , & il s'y fit un con-
» cours de peuple & de voitures , accompagné
des témoignages les plus vifs de
l'allégreffe que caufoit au Public cet
efpoir , tout trompeur qu'il étoit. Cette
» fcène attendriffante fut renouvellée au-
» tant de fois qu'il put être porté à ce
» fallon , & elle fut plus attendriffante
» encore par les gémiffemens & les pleurs
lorfqu'on ne le vit plus & qu'on appris
» fa mort , arrivée le 18 Mai 1764 , dans
» fa foixante- deuxième année » .
ود
M. du Boullay lut enfuite l'éloge de
MM. Paul & Michel- Ange Slodtz, frères ,
Sculpteurs , Affociés de l'Académie , &
Membres de l'Académie Royale de Peinture
& Sculpture de Paris. Ils avoient un
autre frère, Antoine- René- Sébastien Slodtz,
auffi très-habile Sculpteur , mort en 1754.
Trois frères , dit M. du Boullay , fils
d'un Artiſte juftement célèbre , parvenus
tous trois dans le même art à une réputation
fupérieure , plus eftimables encore
par cette concorde inaltérable qui leur
fit mettre en commun , jufqu'à la fin de
leur vie , toutes les espèces de biens , font
un fpectacle auffi intéreffant pour les âmes
fenfibles , que pour les amateurs des talens.
L'Académie fit l'éloge de l'aîné quelque
temps après fa mort. Le fecond , fort
-168 MERCURE DE FRANCE.
connu dans la Capitale du Royaume par
les embelliffemens qu'il a faits à plufieurs
églifes , notamment à Saint Méri , ne l'eft
pas moins dans celle de cette province , par
les monumens qu'il y a exécutés . C'eſt de
lui que font les figures du méridien de la
Bourſe , la ſtatuë de la Pucelle d'Orléans ,
les deux anges adorateurs du choeur de
l'églife de Saint Ouen .
Le troifième furpafla encore fes frères ,
& mérita , dans Rome même , le nom de
Michel- Ange. Il obtint la préférence du
choix pour une ftatue dans l'églife de Saint
Pierre ; diftinction qui n'a jamais été accordée
à d'autres étrangers que lui , au
célèbre le Gros , auffi François , & à François
du Quefnoy , Flamand .
و د
cr
Ce fut en cette occafion qu'il com-
» mença à déployer fes talens pour l'expref-
» fion , cette partie des beaux arts , qui en
» eft , à proprement parler , la poéfie , &
qui , par cette raiſon , eft fi chère aux
hommes de génie , & fi élevée au - deffus
» de la portée des hommes médiocres » .
و د
"
Dans un tombeau qu'il exécuta enſuite ,
il perfonnifia l'Immortalité & la rendit reconnoiffable
, bien plus par le caractère
fublime de la figure , que par les fymboles
qui l'accompagnent . Pour réalifer ainfi cet
objet de l'efperance & de la confolation
des
JANVIER 1766. 169
des grands hommes , il falloit être foimême
embrafé de ce fea divin qui furvit
à la foible humanité , & qui , tranfmis par
les ouvrages qu'il a infpirés , va fufciter ,
dans la longue fuite des fiècles , des diſciples
aux beaux arts , & des adorateurs à la
vertu .
L'amitié & l'amour de la patrie rappellèrent
M. Slodiz en France. Sa gloire l'y
avoit précédé. Deux buftes qu'il envoya
de Rome à Lyon , & qui repréſentent
Iphigénie & Chalchas , compofent une ſcène
digne de Racine , & qui femble traitée par
le génie qui l'anima. Ce font , au témoignage
de ceux qui ont le droit d'en juger ,
deux des plus précieux ouvrages qu'on
connoille en fculpture.
Cependant il étoit dans fa deftinée de
rencontrer d'abord des obftacles , & de ne
les furmonter qu'à force de mérite . Il fut
reçu froidement par ceux qui préfidoient
aux arts. L'amitié & la vertu le foutinrent .
Il vint partager avec fes frères le tréfor
d'études & de connoiffances qu'il avoit
amaffé en Italie ; & le Public s'apperçut
bientôt de cette riche contribution au fond
de la fociété fraternelle .
Un modèle confacré à l'amitié , cette
Déelle bienfaifante , qu'il étoit fi digne
de connoître & de faire adorer , lui ouvris
Vol. II. H
170 MERCURE DE FRANCE.
l'entrée de l'Académie de Peinture & de
Sculpture. Pour prix de cet hommage elle
lui mérita celle de tous fes confrères. Il fe
fit une révolution dans le goût : tous les
grands artiftes fe rangèrent de fon côté ; &
le vrai beau , regardé dabord comme trop
auftère , s'attira des applaudiffemens univerfels.
Le maufolée du Curé de Saint Sulpice
, la décoration du choeur de la Cathédrale
d'Amiens , quantité d'autres ouvrages
trop longs à citer , tant pour le Roi que
pour le public & les particuliers , lui affurent
une gloire immortelle , & l'un des
premiers rangs parmi nos Sculpteurs François.
Il étoit auffi excellent Architecte , & il
eut fouvent occafion d'exercer ce talent
dans fa place de Deflinateur du Cabinet
du Roi. Il donnoit aux décorations momentanées
, qu'il deftinoit aux cérémonies
publiques , toute la nobleffe & la correction
qu'auroient exigé les monumens les
plus durables. Les deffeins , qui en ont
été confervés avec foin , feront un jour
des fources précieufes pour notre architecture
fi , jamais raffafiés de ce tuxe privé
qui concentre les hommes dans leur exiftence
paffagere , & qui énerve le génie
nous pouvions nous élever à la magnificence
publique , qui attache les citoyens
JANVIER 1766. 171
à la patrie , & conduit feule les arts à la
perfection & l'immortalité .
Malgré fes fuccès , il eut encore occafion
d'éprouver ces chagrins & ces contradictions
, qui trop fouvent troublent la vie
des grands hommes & compenfent leur
gloire par la perte de leur repos . Le Roi
de Pruffe voulut l'attirer dans fes Etats :
M. Slodtz le refufa ; l'amitié & la vertu ,
qui avoient toujours été pour lui les premiers
des biens , ne lui parurent pas trop
payées par la modération & par la patience.
Peu de temps après il fut attaqué de la
maladie dont il mourut ; c'étoit la même
qui avoit enlevé fes frères : nouveau trait
'attendriffant de reffemblance entre ces
trois hommes , qui avoient puifé , dans la
même fource , les mêmes talens , les mêmes.
vertus , la même portion des maux attachés
à la condition humaine.
le
Cet éloge fut terminé par une infcription
en ftyle lapidaire à la mémoire des
trois frères , qui , réunis par la nature ,
furent encore davantage par l'amitié , la
vertu & la gloire.
M. l'Abbé Yart lut enfuite une ode
intitulée , les Académies , & qu'il doit
donner en entier , d'autant plus que ces
fortes d'ouvrages font peu fufceptibles
d'extraits.
Hij
172
MERCURE DE FRANCE.
M. Dornay lut un mémoire intitulé ,
Obfervations fur les moyens de rendre les
voyages utiles. Cet ouvrage a trois parties ;
dans la première il examine cette utilité
relativement aux voyageurs mêmes ; dans
la feconde , relativement à la patrie ; dans
la troisième , relativement à l'humanité en
général. La première de ces trois parties
fut feule luë à la féance .
M. Dornay remarqua d'abord que prefque
tous les Auteurs qui ont traité ce fujet
fe font arrêtés à prefcrire aux voyageurs
les précautions qu'il falloit prendre & les
règles qu'il falloit fuivre pendant les voyages
; mais ils ont trop négligé de leur recommander
les précautions , fans lefquelles
les voyages mêmes ne peuvent être ni
agréables ni utiles. L'une des plus effentielles
eft d'acquérir les connoiffances néceffaires
pour voyager avec agrément &
avec fruit. Lorfque les voyageurs ne fe
propofent que leur utilité particulière , il
faut que leurs connoiffances foient étendues
, mais elles peuvent être un peu fuperficielles
; à mesure que l'utilité de leur
entreprise devient plus générale , leurs
études doivent fe concentrer davantage &
acquerir de la profondeur . Enfin les génies
fupérieurs, qui travaillent pour l'humanité ,
doivent s'attacher à un objet unique , & le
JANVIER 1766 . 173
fuivre jufques dans les dernières ramifications
qui échappent aux yeux vulgaires.
Pour prouver que la multiplicité des
connoiffances eft fort néceffaire aux voyageurs
même de la première claffe , & pour
fauver en même temps la féchereffe des
préceptes , M. Dornay fit le parallèle des
deux voyageurs , dont l'un s'eft appliqué à
acquérir une teinture raisonnable de deffein
, d'architecture , de belles lettres , d'hiftoire
, d'antiquités , de phyfique , d'hiftoire
naturelle , de mathématiques , tandis que
l'autre a négligé ces connoiffances , & ne
voyage que pour changer de place. Il les
repréfente dans les différentes pofitions où
fe trouvent le plus ordinairement les voyageurs
ce qui donne lieu à des defcriptions
agréables & variées. Tout eft pour le premier
voyageur un objet de plaifir , d'intérêt
, d'inftruction ; tandis que l'autre
humilié à chaque inftant par le fentiment
de fon infuffifance , n'éprouve que du
dégoût , ne fent de plaifir que par le changement
rapide d'objets , & n'eft point en
état de tirer du fpectacle de la diverfité
des productions , des moeurs , des ufages ,
des caractères , des loix , la première &
la plus importante des utilités , celle de
revenir chez foi plus éclairé , meilleur &
plus heureux . Car , comme l'ajoute M.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
Dornay, à quoi ferviroient & les études
& les voyages , s'ils ne nous donnoient
des
moyens pour mieux nous conduire
dans le grand voyage de la vie ?
M. du Boullay lut , pour M. l'Abbé
Fontaine , une traduction littérale & en
ftrophes régulières de la première pythyque
de Pyndare , dont le fujet eft Hieron
vainqueur à la courfe des chars.
Tout le monde connoît l'extrême diffi
culté de traduire littéralement des poëmes
en vers , & que cette difficulté augmente
encore lorfque ces poëmes remontent à la
haute antiquité , parce que le temps , qui
change & qui détruir tout , amène une fi
grande différence dans les moeurs , les
ufages , le goût , la manière de penfer ,
qu'il n'eft prefque plus poffible de conferver
dans la copie que les principaux
traits de l'original. Mais de tous les Poëtes
anciens , il n'en eft peut- être pas de plus
intraduifible que Pindare , dont le génie
fougueux & impatient du frein , femble
au premier coup- d'oeil , ne marcher que
par bonds , & ne pas fuivre de route certaine.
Aucun Poëte d'ailleurs ne s'eft plus
attaché à préfenter à fes contemporains des
peintures tirées de leurs moeurs & de leur
théologie. Or ces peintures , malgré la
fierté de leur compofition & la vigueur
de leur coloris , ne peuvent pas intéreffer
JANVIER 1766. 175
la postérité autant que le fiècle même du
Poëte.
Cependant M. Fontaine , qui s'est déja
exercé dans ce genre par une traduction
du premier livre des odes d'Horace , qui
n'eft pas imprimée , & qui mériteroit de
l'être , n'a pas cru cette nouvelle entrepriſe
impoffible. Sans s'écarter du texte , qu'autant
que la diverfité du génie des deux
langues l'exige , il a trouvé le moyen de
donner à ceux qui n'entendent pas le grec
une idée de l'enthoufiafme lyrique qui
caractériſe Pindare . Nous ne pouvons citer
que quelques ftrophes.
Le Poëte s'adreffe à la lyre des Mufes
qui éteint la foudre dévorante qu'embrafent
des feux éternels.
DE Jupiter l'aigle eft fenfible ,
Sa noble fierté s'adoucit ,
Sous le fceptre du Dieu paisible
Ton charme vainqueur l'affoupit .
L'ombre dérobe à la lumière
Le bec recourbé de l'oiſeau ,
Une vapeur fombre eft le fceau
Qui clot fa pefante paupière .
Dominé par un doux tranſport ,
Il élève fon dos humide ,
Abaiffe fon aîle rapide ,
Enfle fon plumage & s'endort.
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
Les Dieux cédent à ta puiffance ,
Et Mars même , Mars indompté
Laiffe à tes fons tomber fa lance ;
Le coeur ému de volupté ,
Ceux que le Maître du tonnerre
Voulut priver de ſes faveurs ,
Et fur la mer & fur la terre
Redoutent le chant des neuf Soeurs.
Tel des Dieux l'ennemi barbare ,
Géant à cent têtes , Typhon ,
Couché dans le fond du tartare ,
Rugit dans fa triſte priſon.
Les monts de Cumes , de Sicile ,
Oppreffent le fein héritlé
De ce monftre , énorme reptile
Dans le fourd aby me enfoncé.
D'éternels frimats entourée ,
Colonne d'un ciel orageux ,
L'Ethna de redcutables feux
Vomit une fource facrée .
Dans le jour ces fleuves ardens
Qu'un feu fombre rougit , allume ,
Sortis d'un gouffre de bitume ,
Semblent d'impétueux torrens .
La nuit la famine étincelante
S'élance en tourbillons divers :
Des rochers la maffe brûlante
Coule à grand bruit au fein des mers
JANVIER 1766. 177
Parmi les torrens de fumée.
Typhon , ô prodige étonnant !
Repoutle une fource enflammée
Au fommet de l'Ethna tonnant .
De fon dos le Géant terrible
Soulève le mont embrafé :
L'Ethna , d'une fecouffe horrible ,
Terraffe le monftre écrasé .
A ces peintures fi énergiques ajoutons
quelques ftrophes morales , qui feront connoître
le génie de Pindare & le talent du
traducteur en différens genres. Le Poëte
s'adreffe à fon héros.
Que tes faits chantés fur la lyre
Soient toujours dignes d'Hieron ,
Et pour gouverner ton Empire ,
De l'équité prends le timon .
Ainfi qu'un inftrument fidèle ,
Métal fur l'enclume apprêté ,
Ta langue de la vérité
Doit porter l'en.preinte avec elle.
Ouvert fur vos vices fecrets ,
Rois , l'oeil jaloux les exagère :
Une faute n'eft point légère ,
Hieron , fi tu la commers .
Le renom confacre la vie
Des grands hommes qui ne font plus ;
Hv
178 MERCURE DE FRANCE .
Nous chériffons , malgré l'envie ,
La noble vertu de Créfus.
Phalaris , monftre qu'on détefte ,
Embrafe le taureau d'airain ,
Laiſſe aux fléaux du genre humain
Le poids d'une haine funefte .
D'honneurs fuperbes revêtu ,
Jouis d'une entière victoire :
Le fecond des biens eft la gloire ,
Et le premier eſt la vertu .
Jamais aucun philofophe n'établit une
aufli belle maxime que celle qui eft contenue
dans ces deux derniers vers.
M. de Couronne lut des Mémoires.
pour fervir à la vie de François du Quefnoy
, Sculpteur né à Bruxelles en 1592 .
Il s'attacha d'abord à éclaircir l'équivoque
cruelle qui l'a fait confondre avec
fon frère Jérôme du Quesnoy , auffi Sculpteur
habile , mais qui deshonora fes talens
par fes crimes , & fut brûlé à Gand
en 1654. François du Quefnoy ne fut
occupé toute fa vie que des travaux & des
recherches de fon art. « Il furpaffa dès fa
» première jeuneffe tous les Elèves de l'E-
» cole où il étudioit , & fes progrès euffent
été bien plus rapides fans l'avarice de fa
» mère , qui lui défendoit de travailler
» à la lumière , & le tout par efprit d'é-
ود
JANVIER 1766. 179
» conomie. Du Quefnoy , qui aimoit le
» travail , modela un vafe de terre , dans
» lequel il cachoit fa lampe lorfque fa
» mère venoit le ſurprendre.
ور
"
Amor omnia vincit.
» Ce feroit l'objet d'une queftion cu-
» rieufe & agréable que celle d'examiner
» s'il faut donner des entraves au defir
» que marquent certains enfans pour la
préférence de telle ou telle étude , &
» de chercher jufqu'à quel point , en ce
" cas , le génie peut s'alarmer lorfqu'il
» rencontre des obftacles
ور
L'Archiduc Albert , Gouverneur des
Pays -Bas , protégea du Quefnoy , l'envoya
à Rome & lui paya fa penfion ; mais cet
Artifte ne jouit pas long- temps de fon
bonheur. Il perdit fon Protecteur & fe vit
contraint , pour vivre , de travailler à divers
ouvrages en yvoire & en bois de la
plus mince valeur .
39
Lorfqu'on confidère le fort de ceux
» qui fe donnent à l'étude & aux arts ,
» on ne peut s'empêcher d'être étonné de
» voir combien la nature & la fortune oppofent
d'obſtacles à leurs efforts , avant
qu'ils puiffent arriver au point de mé-
» riter quelque confidération .. Que de.
difficultés, d'ennuis, de découragemens,
و د
و د
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
"
» même lorfqu'on eft dans l'état d'opu
» lence ; à plus forte raifon quand il faut
»pourvoir avec peine aux befoins de pre-
" mière néceffité » !
ور
Du Quefnoy fe tira de ce malheureux
état par une ftatuë en marbre , qui repréfente
Vénus , & qui le fit connoître
très avantageufement. Il devint l'ami intime
du célèbre Pouffin , notre compatriote.
L'amour des arts & celui de la
gloire furent les liens de cette amitié .
A force d'étudier les grands modèles
& fur- tout le Titien , du Quefnoy acquit
cette délicateffe fi précieufe de détails
qu'on remarque dans les enfans qu'il a
fculptés, & qui l'a rendu , jufqu'à ce jour,
fupérieur en ce genre , l'un des plus difficiles
de l'art ; " & en effet , comment
» imiter cette tendreffe dans les chairs ,
" cette molleffe dans les détails , ces nuan-
» ces de proportion , ces formes où rien
» n'eft prononcé , & où cependant tout fe
» prépare & s'apperçoit ? Combien d'ob-
»fervations enfuite , fi l'on veut exprimer
» cette agilité , cette prefteffe des mou-
>> vemens ce principe d'activité que les
» enfans ignorent être dans leur âme
quoiqu'ils annoncent , fans qu'ils le fa-
» chent , leur force naiffante ? Comment
faire appercevoir fur le marbre ce dé-
39
›
JANVIER 1766. 181
"
veloppement d'organes , qui chaque jour
" fe prépare & perce à travers les mou-
» vemens des différens jeux ?
و ر
ور
و ر » Il fit un Amour divin qui terraffe
» l'Amour profane ; tandis que d'un pied
» cet amour arrête l'effort de fon Adver-
»faire , & que d'une main il cherche à
» le réduire au filence , on apperçoit un
» Génie qui vient élever fur lui une bran-
» che de laurier pour prix de fa victoire
» immortelle ".
ود
ود
Du Quesnoy exécuta en marbre , pour
l'églife de Saint Pierre de Rome, la ftatuë
de Saint André , qui eft le monument le
plus durable de fa gloire . « Cet Apôtre a
ود
"
la tête droite , élevée , & le regard eft
» fixé vers le Ciel. Derrière lui on apper-
» çoit fa croix ; de fa droite il embraffe
» une des branches , tandis que fa main
gauche , qui eft ouverte & étendue
» marque bien l'expreflion du defir qu'il
a de mériter la palme du martyre. Le
» bras droit , qui fe porte , comme on vient
de le dire , fur un des troncs de fa croix ,
» découvre , à ce moyen , le nud du haut
» du corps ; mais le manteau , qui paffe
» derrière ce bras , revient fur l'autre épaule .
" On fent que cette draperie eft attachée
» fur une des branches , les plis en font
grands & d'une manière large : ils paffent
ود
ود
و د
182 MERCURE DE FRANCE .
23
"
ود
à mi-jambe , & vont tomber fur l'autre
» pied. On remarque en tout ceci une
grande intelligence. Ce manteau , ainſi
» jetté en arrière , & qui fe reploie fur
» lui- même , a donné occafion à l'Artifte
» de faire valoir les reffources de fon art..
» A ce moyen une grande portion de cette
draperie fe détache vers le côté droit &
» vient , en fe déployant fur le côté gauche ,
» former une belle maffe de plis amples
» & dont le trait eft favant. L'attitude de
l'Apôtre eft grande & noble ; quant aux
détails , les muſcles font prononcés tels
» qu'il convient à un homme qui a exercé
» le dur métier de Pêcheur , & qui com-
» mence à reffentir l'altération des années ;
» le vifage eft un peu maigre , le front élevé
» & chauve , la barbe négligée. Mais dans
» toute cette compofition règne une har-
» monie qui féduit , & l'oeil s'y repofe
» avec fatisfaction » .
33
">
Du Quefnoy, malgré fes talens , ne vécut
pas riche. Il étoit fur le point de venir en
France en qualité de Sculpteur du Roi
Louis XIII. Sa fanté fe dérangea , & , pour
comble d'horreur , on foupçonna Jérôme
du Quesnoy , fon indigne frère , de l'avoir
empoifonné. Il mourut à Livourne comme
il fe difpofoit à retourner en Flandre ,
le 12 Juillet 1643 .
JANVIER 1766. 183:
La féance fut terminée par la lecture du
poëme
couronné fur la délivrance de Salerne
& la fondation du Royaume de Sicile.
par M. de la Harpe.
Sciences Belles Lettres & Arts de
و
› ROUEN tenue dans la grand'falle de
l'Hôtel de Ville , le 7 Août 1765 .
MONSIEUR ONSIEUR
le Cat , Secrétaire
pour les
Sciences
, ouvrit la féance par l'extrait
des
travaux
de l'année
académique
dans fon
département
. Nous n'en pouvons
donner
que les titres.
la
Mémoire fur une efpèce particulière de
tranfpiration mielleufe , occafionnée par
piquure d'un puceron particulier , couvert
d'un duvet blanc ; par M. Neveu , Adjoint.
Mémoire fur les pieux , pilots & pilotis ,
leur nature , leur force , la manière de les
employer ; par M. Baronnet , Affocié de
l'Académie , & de celle des Sciences de
Paris.
Mémoire fur la chûte des corps , pour
perfectionner , s'il eft poffible , la théorie
de la defcente des graves ; par M. le Cat.
Obfervation d'une féve de haricot ,
trouvée dans le blanc d'un oeuf durci ; par
M. Pinard.
JANVIER 1766. 155
Mémoire fur la force de percuffion des
corps graves ; par M. Hubert , Adjoint.
Obfervations fur le chronomètre , &
fur les expériences faites pour conftater la
théorie de la gravité ; par M. Balliere.
Mémoire fur le même fujet ; par M.
Neveu , Adjoint.
Réponse aux Obfervations fur les expériences
de la chûte des corps ; par M. le
Cat. t
Mémoire fur la pouffée des voûtes ; par
M. Hubert , Adjoint.
Mémoire fur l'accélération du pendule ,
& la manière de la mefurer méchaniquement
; par le même.
Differtation fur la diffolubilité du mercure
dans le vinaigre diftillé ; par M. Chandelier
, Adjoint.
Obfervation d'une aurore boréale ; par
M. l'Abbé Jaquin , Correfpondant.
Obfervation qui prouve la fenfibilité
de la pie-mère ; envoyée par M. Beyer ,
Affocié étranger .
Réflexion fur la manière dont s'opère
la congellation des eaux courantes , à l'occafion
d'un Mémoire anonyme envoyé fur
cette matière . Ces rédexions font de M..
Neveu , Adjoint.
Plante
propre à être fubftituée
à la garence
, découverte
par M. Dambourney
,
G vi
156 MERCURE DE FRANCE .
Obfervation d'un garçon de dix- neuf
ans, ayant fix doigts aux pieds & aux mains ;
par M. le Cat.
Examen d'une préparation de mercure
précipité , décrite fous le nom de poudre
de vie , & qui mériteroit mieux celui de
poudre de mort ; par M. Chandelier
Adjoint.
Mémoire fur la culture & la greffe du
mûrier ; par M. Rondeau.
Obfervations qui prouvent décifivement
la réalité de la fuperfétation ; par M. Pilore,
Adjoint.
Le Secrétaire des Sciences proclama
enfuite les prix des Ecoles de fon département.
Savoir :
Prix d'Anatomie.
Premier. M. Blifs de Saint - Vandrille ,
le même qui l'an paffé remporta encore ce
prix , le troisième de Chirurgie , & le
quatrième de Botanique .
Second. M. de la Porterie , d'auprès de
Gifors , qui a remporté l'an paffé le même
prix , & il y a deux ans , le premier.
Troifième , M. Poulin.
Quatrième , refté de l'an paffé , M. Nicole
, de Rouen.
JANVIER 1766. 157
Prix de Chirurgie.
Premier. M. Blifs , déja nommé.
Second. M. Nicole , déja nommé.
Troisième. M. Scieaux , d'Evreux , qui
l'an paffé remporta le premier du même
genre.
Prix de Mathématiques .
Premier , fur les fections coniques. A
M. Faverel , de Lyon en Forets .
Un même prix réfervé de l'an paflé a
été donné à M. Aubert , de Rouen .
Second prix fur la Géométrie Elémentaire
, à M. Godefroy , de Dernetal .
Prix de Botanique .
Premier. M. le Carpentier , de Rouen.
Second. M. de la Porterie, déja nommé .
Prix d'accouchemens.
Premier. M. Nicole , de Rouen , déja
deux fois nommé.
Second. M. de la Porterie , déja nommé.
Grand Prix de la Claffe des Sciences.
Le fujet de ce prix remis de l'an paffé
158 MERCURE DE FRANCE.
étoit le méchanifme & les ufages de la
refpiration , & c.
Il a été unanimemenr adjugé par MM .
les Commiffaires au Mémoire n°. 3 , qui
a pour devife , te finè nil altun mens inchoat.
C'eft le Mémoire qui l'an paffé
avoit été jugé le meilleur , mais avec des
défauts qu'on a indiqués en général dans
les Journaux . L'Auteur , profitant de ces
avis , a fait de nouveaux efforts qui lui ont
mérité le prix que l'Académie lui accorde
aujourd'hui. Elle voit avec plaifir que la
célébrité de celui qu'elle couronne confirme
la jufteffe de fon jugement. M. David
, Maître-ès - Arts & en Chirurgie du
Collége de Paris , avoit fait , dès l'âge de
vingt- trois ans , un traité de la faignée ,
dont tous les Journaux ont fait l'éloge. Il
a remporté en 1762 le prix de l'Académie
de Harlem , & l'an paffé le prix double
de l'Académie de Chirurgie de Paris.
Senfible au nouvel honneur qu'il acquiert
par les fuffrages de celle de Rouen , il eſt
venu en jouir à l'affemblée publique , &
a reçu le prix des mains de M. le Directeur.
Le Mémoire qui a le plus approché de
celui no. 2 eft le n . 4 , qui a pour devife :
Sic rerum fumma novatur
n°.
Semper. Lucret, Lib . 1 , v. 74
JANVIER 1766. 159
L'Auteur eft M. Boulard , Chirurgien
interne de l'Hôtel Dieu de Rouen , lequel
a été célébré plufieurs fois dans ces féances
par les prix d'Anatomie & de Chirurgie
qu'on lui a adjugés , & dont celui de 1762
étoit accompagné de la note honorable
longè primus. On doit regarder cet acceffit
comme un des fruits de l'émulation que
ces féances & ces prix excitent dans nos
Ecoles.
M. Maillet du Boullay , Secrétaire des
Belles Lettres , rendit enfuite compte des
travaux de l'année dans fon département ,
dont nous ne pouvons pareillement donner
que les titres.
Les Amans malheureux ou le Comte
de Comminge , Drame envoyé à l'Académie
par M. Darnaud , Correfpondant.
Réflexions fur ce Drame , envoyées à
l'Auteur par M. du Boullay.
Lettre de M. Rouffeau de Genève , à
M. Balliere , fur fa théorie de la muſique.
Lettre de M. de Voltaire , à M. le Cat
fur fon traité du fluide des nerfs & de la
fenfibilité animale.
Mémoire pour la famille Calas , envoyé
à l'Académie par M. Elie de Beaumont ,
Correfpondant.
Differtation fur l'origine de l'Univerfité
de Paris , par M. l'Abbé des Houffayes.
160 MERCURE DE FRANCE.
Deux portraits , l'un en miniature
l'autre à l'huile ; préfentés par M Dupont.
Remerciement en vers de Madame du
Bocage , fur fa réception en qualité d'Affociée
libre .
Traité de Peinture , envoyé par M. Dandré
, Affocié.
Hiftoire de la Ville & Doyenné de
Montdidier ; par le Père Daire , Affocié.
Obfervations fur l'utilité des voyages ;
par M. Dornay : ouvrage divifé en trois
parties , dont la première feulement a été
lue à la féance .
Divers extraits pour la collection de
l'Académie ; par M. du Boullay.
Pocine didactique fur les avantages &
les règles des vers libres ; par M. Midy.
Eftampe repréfentant la vue de Rouen ,
prife du petit château , deffinée & gravée
M. Bacheley , aux frais de M. le Cat ,
& deftinée pour un ouvrage de cet Académicien
fur le climat particulier de cette
ville , les maladies qui y régnent , & c.
par
Prix de l'Ecole de Deffein.
Les Elèves s'étant trouvés trop foibles
cette année pour le prix de génie ou de
compofition en Peinture & en Sculpture ,
l'Académie n'a pas diftribué de médaille
JANVIER 1766.
d'or , qu'elle réſerve pour un autre temps."
Premier prix d'après nature. M. Jean-
Martin Paulet , Sculpteur de Rouen , qui
avoit remporté le premier prix d'après la
Boffe en 1763 .
Second. Jacques , Chef d'Hôtel de Beaulieu
, Peintre de Rouen.
Prix d'après la Boffe. Mlle Dorothée
Jacques , de Rouen , qui avoit mérité en
1762 un prix extraordinaire dans la claffe
du deffein,
Prix extraordinaire. M. François Affelin,
Peintre de Coutances.
Acceffit . Nicolas Jofeph Billot , de Leri ,
qui avoit remporté le prix de la Claffe de
Deffein en 1764.
Prix d'après le deffein . Mlle Marie-
Anne Thérèfe Van- Vergeloo , d'Anvers.
Acceffit. M. Guillaume - Ambroife Bertin,
de Lanctot , près de Bolbec , en Caux.
Architecture.
Le fujet du prix de compofition cette
année étoit , dans un terrein donné le
long d'une rivière , de conftruire une manufacture
ou fabrique de toile ou paſſementerie
comme celles de Rouen , le logement
de l'Entrepreneur , les atteliers néceffaires
, & c. On a demandé un plan généY62
MERCURE DE FRANCE.
ral du rez- de- chauffée, un autre du premier
étage , une coupe fimple , & une élevation
de la maifon , en préférant l'utile & le
folide à la magnificence.
Ce prix a été remporté par M. Louis-
Augufte Hardi, Maître Plâtrier de Rouen.
Grand Prix de la Claffe des Belles Lettres.
L'Académie avoit réſervé l'an paffé le
prix double de poéfie , dont le ſujet étoit
la délivrance de Salerne , & la fondation
du royaume de Sicile , qui fut la fuite de
cette expédition.
Dans les avis qu'elle crut devoir donner
aux auteurs , elle défigna fuffifamment
le Poëme qui a pour devife , funt hîc
etiam fua pramia laudi , & qui les années
précédentes avoit été envoyé fous celle de
credite pofteri. Comme cet ouvrage a toujours
été fort fupérieur à fes concurrens
par la poéfie de ftyle & l'harmonie des
vers , l'Académie n'a pas cru devoir différer
davantage une décifion qui fe fait attendre
depuis fi long- temps ; & elle l'a couronné
comme le meilleur de tous ceux qui
lui ont été préfentés. L'Auteur , qui s'eſt
depuis fait connoître , eft M. de la Harpe ,
célèbre par fa Tragédie de Warwick.
A l'égard du prix d'Hiftoire , dont le
JANVIER 1766. 163
fujet eft l'origine , la forme & les changemens
fucceffifs de l'Echiquier ou Parlement
ambulatoire de Normandie , & c .
quoique l'Académie n'eût annoncé ce
prix que pour le mois d'Août 1766 , quelques
Auteurs ont déja envoyé des ouvrages
, parmi lefquels un , fur- tout , qui a
pour devife , Magiftratus eft lex loquens
a mérité toute fon attention par fes favantes
recherches & la bonne méthode avec
laquelle il eft rédigé. L'Académie exhorte
l'Auteur à profiter du temps qui lui refte
pour donner à fon ouvrage toute la perfection
qu'il eft capable de lui procurer.
Il y auroit fur-tout quelques corrections a
faire , qu'elle le prie de ne point négliger.
Le Public voudra bien fe rappeller auffi ,
qu'outre ce prix , l'Académie en diftribuera
encore un double l'année prochaine 1766
à fa féance publique du premier Mercredi
d'Août.
Le fujer de ce prix donné par Monfeigneur
le Duc d'Harcourt , Gouverneur de
la Province & Protecteur de l'Académie ,
a été annoncé dès l'année dernière . Il s'agit
d'expofer quelles font les mines de
Normandie , tant métalliques que demimétalliques
& bitumineufes , & les avantages
qu'on pourroit tirer de leur exploi
tation .
164 MERCURE DE FRANCE.
+
Les ouvrages , francs de port & fous la
forme ordinaire , doivent être adreffés ,
avant le premier Juillet , à M. le Cat
Secrétaire Perpétuel de l'Académie pour
la partie des fciences , au lieu de Santé .
,
Ceux , pour la partie des Belles Lettres ,
à M. Maillet du Boullay , Secrétaire pour
cette partie , derrière l'Archevêché.
Monfieur le Cat lut enfuite l'éloge de
feu Monfeigneur le Maréchal de Luxembourg,
Gouverneur de Normandie & Protecteur
de l'Académie de Rouen .
Après quelques réflexions fur l'antiquité.
de la Maifon de Montmorency , fur la
multitude de héros qu'elle a produits , fur
l'attachement & le refpect de la nation
pour ce nom illuftre ; fentimens fi bien
mérités par le dévouement de ceux qui
Pont porté au fervice de la patrie : M. le
Cat entre en matière & fuit M. le Maréchal
de Luxembourg dernier mort , depuis
fes premières campagnès , fous la Régence ,
juſqu'à la guerre ddee où il eut l'hon- 1741 ,
neur d'être Aide - de- Camp du Roi dans les
glorieufes campagnes qui la terminèrent.
" C'eft une espèce de paradoxe , dit
M. le Cat , que la bravoure foit fi fami-
» lière à la nation la plus douce , la plus
» polie , la plus galante de l'Europe . Mais
» on le comprend aifément , lorfque l'on
39
JANVIER 1766. 165
و د
"
و د
» réfléchit qu'un tempérament de feu ,
» un fentiment vif de point d'honneur ,
» font auffi naturels aux François que l'ur-
» banité . Ce dernier fentiment eft en effet
» fi vif dans la nation , que les guerriers
» même qui n'ont pas ce feu , ces paffions
ardentes , tiennent encore à cet
» amour délicat pour l'honneur , beaucoup
plus qu'à la vie . Par ce fentiment domi-
» nant , leur fang -froid devient dans les
" occafions meurtrières & chaudes , une
» intrépidité clairvoyante & fage , qui fait
une bravoure préférable , fans doute , au
moins pour un Général , à celle qui eft
» bouillante & plus active. Tel étoit le
» caractère de M. de Luxembourg.
ود
"
M. le Car fait enfuite le parallele des
talens de l'homme de cour & de ceux du
guerrier.
""
"
و د
Il y a beaucoup d'analogie , dit M. le
» Cat , entre les intrigues de cour & les
ftratagêmes de guerre. De part & d'au-
» tre une attention perpétuelle aux manoeu-
» vres des ennemis , un coup - d'oeil jufte
fur leurs deffeins , une indifcrétion impénétrable
fur nos propres vues , une
» activité infatigable à prévenir les uns &
» à exécuter les autres , font des moyens
affurés de fe procurer des triomphes ,
fur- tout fi la grandeur d'âme , l'équité,
وو
"
"9
166 MERCURE DE FRANCE .
ور
و د
'99
» la probité , la candeur , ofent être de la
» partie. Or ces qualités , fi rares à la
Cour , compofoient très- réellement tout
» le fond du perfonnage que faifoit auprès
du Roi M. de Luxembourg , & lui
» méritèrent de fon Maître toutes les dif-
» tinctions dont il jouiffoit , & au- deffus
defquelles il mettoit l'affection particu-
» lière dont le Roi l'honoroit. Il avoit
acquis auprès de ce Prince toute la familiarité
qui peut être permife à un fujet
» avec fon Souverain , & qu'une grande
circonfpection ne pouvoit rendre que
plus fûre & plus durable . Cette fageffe
» ne lui coûtoit rien , elle venoit en lui
» d'une modeftie fincère & vraie qu'il
» tenoit de la nature même » .
"
59
"
"
DJ
M. de Luxembourg étoit univerfellement
eftimé , refpecté , aimé. Cette réputation
flatteufe , fans laquelle la gloire même n'a
rien de defirable , étoit le fruit de fa bienfaifance
, de fon exactitude fcrupuleufe à
fes devoirs , de fon attention à plaire , de
fa douceur inaltérable ; il jouit jufques
dans fes derniers momens du fpectacle
touchant des fentimens publics. Pendant
une vingtaine de jours qui précédèrent
les derniers de fa vie , il fe fit porter dans
un fallon de fon jardin , qui donne ſur le
Boulevard. « Dès qu'on l'apperçut on le
JANVIER 1766. 167
و د
ود
"3
» crut convalefcent , & il s'y fit un con-
» cours de peuple & de voitures , accompagné
des témoignages les plus vifs de
l'allégreffe que caufoit au Public cet
efpoir , tout trompeur qu'il étoit. Cette
» fcène attendriffante fut renouvellée au-
» tant de fois qu'il put être porté à ce
» fallon , & elle fut plus attendriffante
» encore par les gémiffemens & les pleurs
lorfqu'on ne le vit plus & qu'on appris
» fa mort , arrivée le 18 Mai 1764 , dans
» fa foixante- deuxième année » .
ود
M. du Boullay lut enfuite l'éloge de
MM. Paul & Michel- Ange Slodtz, frères ,
Sculpteurs , Affociés de l'Académie , &
Membres de l'Académie Royale de Peinture
& Sculpture de Paris. Ils avoient un
autre frère, Antoine- René- Sébastien Slodtz,
auffi très-habile Sculpteur , mort en 1754.
Trois frères , dit M. du Boullay , fils
d'un Artiſte juftement célèbre , parvenus
tous trois dans le même art à une réputation
fupérieure , plus eftimables encore
par cette concorde inaltérable qui leur
fit mettre en commun , jufqu'à la fin de
leur vie , toutes les espèces de biens , font
un fpectacle auffi intéreffant pour les âmes
fenfibles , que pour les amateurs des talens.
L'Académie fit l'éloge de l'aîné quelque
temps après fa mort. Le fecond , fort
-168 MERCURE DE FRANCE.
connu dans la Capitale du Royaume par
les embelliffemens qu'il a faits à plufieurs
églifes , notamment à Saint Méri , ne l'eft
pas moins dans celle de cette province , par
les monumens qu'il y a exécutés . C'eſt de
lui que font les figures du méridien de la
Bourſe , la ſtatuë de la Pucelle d'Orléans ,
les deux anges adorateurs du choeur de
l'églife de Saint Ouen .
Le troifième furpafla encore fes frères ,
& mérita , dans Rome même , le nom de
Michel- Ange. Il obtint la préférence du
choix pour une ftatue dans l'églife de Saint
Pierre ; diftinction qui n'a jamais été accordée
à d'autres étrangers que lui , au
célèbre le Gros , auffi François , & à François
du Quefnoy , Flamand .
و د
cr
Ce fut en cette occafion qu'il com-
» mença à déployer fes talens pour l'expref-
» fion , cette partie des beaux arts , qui en
» eft , à proprement parler , la poéfie , &
qui , par cette raiſon , eft fi chère aux
hommes de génie , & fi élevée au - deffus
» de la portée des hommes médiocres » .
و د
"
Dans un tombeau qu'il exécuta enſuite ,
il perfonnifia l'Immortalité & la rendit reconnoiffable
, bien plus par le caractère
fublime de la figure , que par les fymboles
qui l'accompagnent . Pour réalifer ainfi cet
objet de l'efperance & de la confolation
des
JANVIER 1766. 169
des grands hommes , il falloit être foimême
embrafé de ce fea divin qui furvit
à la foible humanité , & qui , tranfmis par
les ouvrages qu'il a infpirés , va fufciter ,
dans la longue fuite des fiècles , des diſciples
aux beaux arts , & des adorateurs à la
vertu .
L'amitié & l'amour de la patrie rappellèrent
M. Slodiz en France. Sa gloire l'y
avoit précédé. Deux buftes qu'il envoya
de Rome à Lyon , & qui repréſentent
Iphigénie & Chalchas , compofent une ſcène
digne de Racine , & qui femble traitée par
le génie qui l'anima. Ce font , au témoignage
de ceux qui ont le droit d'en juger ,
deux des plus précieux ouvrages qu'on
connoille en fculpture.
Cependant il étoit dans fa deftinée de
rencontrer d'abord des obftacles , & de ne
les furmonter qu'à force de mérite . Il fut
reçu froidement par ceux qui préfidoient
aux arts. L'amitié & la vertu le foutinrent .
Il vint partager avec fes frères le tréfor
d'études & de connoiffances qu'il avoit
amaffé en Italie ; & le Public s'apperçut
bientôt de cette riche contribution au fond
de la fociété fraternelle .
Un modèle confacré à l'amitié , cette
Déelle bienfaifante , qu'il étoit fi digne
de connoître & de faire adorer , lui ouvris
Vol. II. H
170 MERCURE DE FRANCE.
l'entrée de l'Académie de Peinture & de
Sculpture. Pour prix de cet hommage elle
lui mérita celle de tous fes confrères. Il fe
fit une révolution dans le goût : tous les
grands artiftes fe rangèrent de fon côté ; &
le vrai beau , regardé dabord comme trop
auftère , s'attira des applaudiffemens univerfels.
Le maufolée du Curé de Saint Sulpice
, la décoration du choeur de la Cathédrale
d'Amiens , quantité d'autres ouvrages
trop longs à citer , tant pour le Roi que
pour le public & les particuliers , lui affurent
une gloire immortelle , & l'un des
premiers rangs parmi nos Sculpteurs François.
Il étoit auffi excellent Architecte , & il
eut fouvent occafion d'exercer ce talent
dans fa place de Deflinateur du Cabinet
du Roi. Il donnoit aux décorations momentanées
, qu'il deftinoit aux cérémonies
publiques , toute la nobleffe & la correction
qu'auroient exigé les monumens les
plus durables. Les deffeins , qui en ont
été confervés avec foin , feront un jour
des fources précieufes pour notre architecture
fi , jamais raffafiés de ce tuxe privé
qui concentre les hommes dans leur exiftence
paffagere , & qui énerve le génie
nous pouvions nous élever à la magnificence
publique , qui attache les citoyens
JANVIER 1766. 171
à la patrie , & conduit feule les arts à la
perfection & l'immortalité .
Malgré fes fuccès , il eut encore occafion
d'éprouver ces chagrins & ces contradictions
, qui trop fouvent troublent la vie
des grands hommes & compenfent leur
gloire par la perte de leur repos . Le Roi
de Pruffe voulut l'attirer dans fes Etats :
M. Slodtz le refufa ; l'amitié & la vertu ,
qui avoient toujours été pour lui les premiers
des biens , ne lui parurent pas trop
payées par la modération & par la patience.
Peu de temps après il fut attaqué de la
maladie dont il mourut ; c'étoit la même
qui avoit enlevé fes frères : nouveau trait
'attendriffant de reffemblance entre ces
trois hommes , qui avoient puifé , dans la
même fource , les mêmes talens , les mêmes.
vertus , la même portion des maux attachés
à la condition humaine.
le
Cet éloge fut terminé par une infcription
en ftyle lapidaire à la mémoire des
trois frères , qui , réunis par la nature ,
furent encore davantage par l'amitié , la
vertu & la gloire.
M. l'Abbé Yart lut enfuite une ode
intitulée , les Académies , & qu'il doit
donner en entier , d'autant plus que ces
fortes d'ouvrages font peu fufceptibles
d'extraits.
Hij
172
MERCURE DE FRANCE.
M. Dornay lut un mémoire intitulé ,
Obfervations fur les moyens de rendre les
voyages utiles. Cet ouvrage a trois parties ;
dans la première il examine cette utilité
relativement aux voyageurs mêmes ; dans
la feconde , relativement à la patrie ; dans
la troisième , relativement à l'humanité en
général. La première de ces trois parties
fut feule luë à la féance .
M. Dornay remarqua d'abord que prefque
tous les Auteurs qui ont traité ce fujet
fe font arrêtés à prefcrire aux voyageurs
les précautions qu'il falloit prendre & les
règles qu'il falloit fuivre pendant les voyages
; mais ils ont trop négligé de leur recommander
les précautions , fans lefquelles
les voyages mêmes ne peuvent être ni
agréables ni utiles. L'une des plus effentielles
eft d'acquérir les connoiffances néceffaires
pour voyager avec agrément &
avec fruit. Lorfque les voyageurs ne fe
propofent que leur utilité particulière , il
faut que leurs connoiffances foient étendues
, mais elles peuvent être un peu fuperficielles
; à mesure que l'utilité de leur
entreprise devient plus générale , leurs
études doivent fe concentrer davantage &
acquerir de la profondeur . Enfin les génies
fupérieurs, qui travaillent pour l'humanité ,
doivent s'attacher à un objet unique , & le
JANVIER 1766 . 173
fuivre jufques dans les dernières ramifications
qui échappent aux yeux vulgaires.
Pour prouver que la multiplicité des
connoiffances eft fort néceffaire aux voyageurs
même de la première claffe , & pour
fauver en même temps la féchereffe des
préceptes , M. Dornay fit le parallèle des
deux voyageurs , dont l'un s'eft appliqué à
acquérir une teinture raisonnable de deffein
, d'architecture , de belles lettres , d'hiftoire
, d'antiquités , de phyfique , d'hiftoire
naturelle , de mathématiques , tandis que
l'autre a négligé ces connoiffances , & ne
voyage que pour changer de place. Il les
repréfente dans les différentes pofitions où
fe trouvent le plus ordinairement les voyageurs
ce qui donne lieu à des defcriptions
agréables & variées. Tout eft pour le premier
voyageur un objet de plaifir , d'intérêt
, d'inftruction ; tandis que l'autre
humilié à chaque inftant par le fentiment
de fon infuffifance , n'éprouve que du
dégoût , ne fent de plaifir que par le changement
rapide d'objets , & n'eft point en
état de tirer du fpectacle de la diverfité
des productions , des moeurs , des ufages ,
des caractères , des loix , la première &
la plus importante des utilités , celle de
revenir chez foi plus éclairé , meilleur &
plus heureux . Car , comme l'ajoute M.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
Dornay, à quoi ferviroient & les études
& les voyages , s'ils ne nous donnoient
des
moyens pour mieux nous conduire
dans le grand voyage de la vie ?
M. du Boullay lut , pour M. l'Abbé
Fontaine , une traduction littérale & en
ftrophes régulières de la première pythyque
de Pyndare , dont le fujet eft Hieron
vainqueur à la courfe des chars.
Tout le monde connoît l'extrême diffi
culté de traduire littéralement des poëmes
en vers , & que cette difficulté augmente
encore lorfque ces poëmes remontent à la
haute antiquité , parce que le temps , qui
change & qui détruir tout , amène une fi
grande différence dans les moeurs , les
ufages , le goût , la manière de penfer ,
qu'il n'eft prefque plus poffible de conferver
dans la copie que les principaux
traits de l'original. Mais de tous les Poëtes
anciens , il n'en eft peut- être pas de plus
intraduifible que Pindare , dont le génie
fougueux & impatient du frein , femble
au premier coup- d'oeil , ne marcher que
par bonds , & ne pas fuivre de route certaine.
Aucun Poëte d'ailleurs ne s'eft plus
attaché à préfenter à fes contemporains des
peintures tirées de leurs moeurs & de leur
théologie. Or ces peintures , malgré la
fierté de leur compofition & la vigueur
de leur coloris , ne peuvent pas intéreffer
JANVIER 1766. 175
la postérité autant que le fiècle même du
Poëte.
Cependant M. Fontaine , qui s'est déja
exercé dans ce genre par une traduction
du premier livre des odes d'Horace , qui
n'eft pas imprimée , & qui mériteroit de
l'être , n'a pas cru cette nouvelle entrepriſe
impoffible. Sans s'écarter du texte , qu'autant
que la diverfité du génie des deux
langues l'exige , il a trouvé le moyen de
donner à ceux qui n'entendent pas le grec
une idée de l'enthoufiafme lyrique qui
caractériſe Pindare . Nous ne pouvons citer
que quelques ftrophes.
Le Poëte s'adreffe à la lyre des Mufes
qui éteint la foudre dévorante qu'embrafent
des feux éternels.
DE Jupiter l'aigle eft fenfible ,
Sa noble fierté s'adoucit ,
Sous le fceptre du Dieu paisible
Ton charme vainqueur l'affoupit .
L'ombre dérobe à la lumière
Le bec recourbé de l'oiſeau ,
Une vapeur fombre eft le fceau
Qui clot fa pefante paupière .
Dominé par un doux tranſport ,
Il élève fon dos humide ,
Abaiffe fon aîle rapide ,
Enfle fon plumage & s'endort.
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
Les Dieux cédent à ta puiffance ,
Et Mars même , Mars indompté
Laiffe à tes fons tomber fa lance ;
Le coeur ému de volupté ,
Ceux que le Maître du tonnerre
Voulut priver de ſes faveurs ,
Et fur la mer & fur la terre
Redoutent le chant des neuf Soeurs.
Tel des Dieux l'ennemi barbare ,
Géant à cent têtes , Typhon ,
Couché dans le fond du tartare ,
Rugit dans fa triſte priſon.
Les monts de Cumes , de Sicile ,
Oppreffent le fein héritlé
De ce monftre , énorme reptile
Dans le fourd aby me enfoncé.
D'éternels frimats entourée ,
Colonne d'un ciel orageux ,
L'Ethna de redcutables feux
Vomit une fource facrée .
Dans le jour ces fleuves ardens
Qu'un feu fombre rougit , allume ,
Sortis d'un gouffre de bitume ,
Semblent d'impétueux torrens .
La nuit la famine étincelante
S'élance en tourbillons divers :
Des rochers la maffe brûlante
Coule à grand bruit au fein des mers
JANVIER 1766. 177
Parmi les torrens de fumée.
Typhon , ô prodige étonnant !
Repoutle une fource enflammée
Au fommet de l'Ethna tonnant .
De fon dos le Géant terrible
Soulève le mont embrafé :
L'Ethna , d'une fecouffe horrible ,
Terraffe le monftre écrasé .
A ces peintures fi énergiques ajoutons
quelques ftrophes morales , qui feront connoître
le génie de Pindare & le talent du
traducteur en différens genres. Le Poëte
s'adreffe à fon héros.
Que tes faits chantés fur la lyre
Soient toujours dignes d'Hieron ,
Et pour gouverner ton Empire ,
De l'équité prends le timon .
Ainfi qu'un inftrument fidèle ,
Métal fur l'enclume apprêté ,
Ta langue de la vérité
Doit porter l'en.preinte avec elle.
Ouvert fur vos vices fecrets ,
Rois , l'oeil jaloux les exagère :
Une faute n'eft point légère ,
Hieron , fi tu la commers .
Le renom confacre la vie
Des grands hommes qui ne font plus ;
Hv
178 MERCURE DE FRANCE .
Nous chériffons , malgré l'envie ,
La noble vertu de Créfus.
Phalaris , monftre qu'on détefte ,
Embrafe le taureau d'airain ,
Laiſſe aux fléaux du genre humain
Le poids d'une haine funefte .
D'honneurs fuperbes revêtu ,
Jouis d'une entière victoire :
Le fecond des biens eft la gloire ,
Et le premier eſt la vertu .
Jamais aucun philofophe n'établit une
aufli belle maxime que celle qui eft contenue
dans ces deux derniers vers.
M. de Couronne lut des Mémoires.
pour fervir à la vie de François du Quefnoy
, Sculpteur né à Bruxelles en 1592 .
Il s'attacha d'abord à éclaircir l'équivoque
cruelle qui l'a fait confondre avec
fon frère Jérôme du Quesnoy , auffi Sculpteur
habile , mais qui deshonora fes talens
par fes crimes , & fut brûlé à Gand
en 1654. François du Quefnoy ne fut
occupé toute fa vie que des travaux & des
recherches de fon art. « Il furpaffa dès fa
» première jeuneffe tous les Elèves de l'E-
» cole où il étudioit , & fes progrès euffent
été bien plus rapides fans l'avarice de fa
» mère , qui lui défendoit de travailler
» à la lumière , & le tout par efprit d'é-
ود
JANVIER 1766. 179
» conomie. Du Quefnoy , qui aimoit le
» travail , modela un vafe de terre , dans
» lequel il cachoit fa lampe lorfque fa
» mère venoit le ſurprendre.
ور
"
Amor omnia vincit.
» Ce feroit l'objet d'une queftion cu-
» rieufe & agréable que celle d'examiner
» s'il faut donner des entraves au defir
» que marquent certains enfans pour la
préférence de telle ou telle étude , &
» de chercher jufqu'à quel point , en ce
" cas , le génie peut s'alarmer lorfqu'il
» rencontre des obftacles
ور
L'Archiduc Albert , Gouverneur des
Pays -Bas , protégea du Quefnoy , l'envoya
à Rome & lui paya fa penfion ; mais cet
Artifte ne jouit pas long- temps de fon
bonheur. Il perdit fon Protecteur & fe vit
contraint , pour vivre , de travailler à divers
ouvrages en yvoire & en bois de la
plus mince valeur .
39
Lorfqu'on confidère le fort de ceux
» qui fe donnent à l'étude & aux arts ,
» on ne peut s'empêcher d'être étonné de
» voir combien la nature & la fortune oppofent
d'obſtacles à leurs efforts , avant
qu'ils puiffent arriver au point de mé-
» riter quelque confidération .. Que de.
difficultés, d'ennuis, de découragemens,
و د
و د
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
"
» même lorfqu'on eft dans l'état d'opu
» lence ; à plus forte raifon quand il faut
»pourvoir avec peine aux befoins de pre-
" mière néceffité » !
ور
Du Quefnoy fe tira de ce malheureux
état par une ftatuë en marbre , qui repréfente
Vénus , & qui le fit connoître
très avantageufement. Il devint l'ami intime
du célèbre Pouffin , notre compatriote.
L'amour des arts & celui de la
gloire furent les liens de cette amitié .
A force d'étudier les grands modèles
& fur- tout le Titien , du Quefnoy acquit
cette délicateffe fi précieufe de détails
qu'on remarque dans les enfans qu'il a
fculptés, & qui l'a rendu , jufqu'à ce jour,
fupérieur en ce genre , l'un des plus difficiles
de l'art ; " & en effet , comment
» imiter cette tendreffe dans les chairs ,
" cette molleffe dans les détails , ces nuan-
» ces de proportion , ces formes où rien
» n'eft prononcé , & où cependant tout fe
» prépare & s'apperçoit ? Combien d'ob-
»fervations enfuite , fi l'on veut exprimer
» cette agilité , cette prefteffe des mou-
>> vemens ce principe d'activité que les
» enfans ignorent être dans leur âme
quoiqu'ils annoncent , fans qu'ils le fa-
» chent , leur force naiffante ? Comment
faire appercevoir fur le marbre ce dé-
39
›
JANVIER 1766. 181
"
veloppement d'organes , qui chaque jour
" fe prépare & perce à travers les mou-
» vemens des différens jeux ?
و ر
ور
و ر » Il fit un Amour divin qui terraffe
» l'Amour profane ; tandis que d'un pied
» cet amour arrête l'effort de fon Adver-
»faire , & que d'une main il cherche à
» le réduire au filence , on apperçoit un
» Génie qui vient élever fur lui une bran-
» che de laurier pour prix de fa victoire
» immortelle ".
ود
ود
Du Quesnoy exécuta en marbre , pour
l'églife de Saint Pierre de Rome, la ftatuë
de Saint André , qui eft le monument le
plus durable de fa gloire . « Cet Apôtre a
ود
"
la tête droite , élevée , & le regard eft
» fixé vers le Ciel. Derrière lui on apper-
» çoit fa croix ; de fa droite il embraffe
» une des branches , tandis que fa main
gauche , qui eft ouverte & étendue
» marque bien l'expreflion du defir qu'il
a de mériter la palme du martyre. Le
» bras droit , qui fe porte , comme on vient
de le dire , fur un des troncs de fa croix ,
» découvre , à ce moyen , le nud du haut
» du corps ; mais le manteau , qui paffe
» derrière ce bras , revient fur l'autre épaule .
" On fent que cette draperie eft attachée
» fur une des branches , les plis en font
grands & d'une manière large : ils paffent
ود
ود
و د
182 MERCURE DE FRANCE .
23
"
ود
à mi-jambe , & vont tomber fur l'autre
» pied. On remarque en tout ceci une
grande intelligence. Ce manteau , ainſi
» jetté en arrière , & qui fe reploie fur
» lui- même , a donné occafion à l'Artifte
» de faire valoir les reffources de fon art..
» A ce moyen une grande portion de cette
draperie fe détache vers le côté droit &
» vient , en fe déployant fur le côté gauche ,
» former une belle maffe de plis amples
» & dont le trait eft favant. L'attitude de
l'Apôtre eft grande & noble ; quant aux
détails , les muſcles font prononcés tels
» qu'il convient à un homme qui a exercé
» le dur métier de Pêcheur , & qui com-
» mence à reffentir l'altération des années ;
» le vifage eft un peu maigre , le front élevé
» & chauve , la barbe négligée. Mais dans
» toute cette compofition règne une har-
» monie qui féduit , & l'oeil s'y repofe
» avec fatisfaction » .
33
">
Du Quefnoy, malgré fes talens , ne vécut
pas riche. Il étoit fur le point de venir en
France en qualité de Sculpteur du Roi
Louis XIII. Sa fanté fe dérangea , & , pour
comble d'horreur , on foupçonna Jérôme
du Quesnoy , fon indigne frère , de l'avoir
empoifonné. Il mourut à Livourne comme
il fe difpofoit à retourner en Flandre ,
le 12 Juillet 1643 .
JANVIER 1766. 183:
La féance fut terminée par la lecture du
poëme
couronné fur la délivrance de Salerne
& la fondation du Royaume de Sicile.
par M. de la Harpe.
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Résumé : ASSEMBLÉE publique de l'Académie des Sciences, Belles Lettres & Arts de ROUEN, tenue dans la grand'salle de l'Hôtel de Ville, le 7 Août 1765.
L'Assemblée publique de l'Académie des Sciences, Belles Lettres & Arts de Rouen s'est tenue le 7 août 1765. Le secrétaire, Monsieur le Cat, a présenté les travaux de l'année académique, incluant des études sur la transpiration due aux piqûres de pucerons, les pieux et pilotis, la chute des corps, et diverses observations scientifiques. Les auteurs comprenaient M. Neveu, M. Baronnet, M. le Cat, M. Pinard, M. Hubert, M. Balliere, M. Chandelier, et l'Abbé Jaquin. Des prix ont été attribués en anatomie, chirurgie, mathématiques, botanique, et accouchements. Le Grand Prix de la Classe des Sciences a été décerné à M. David pour son mémoire sur la respiration. M. Maillet du Boullay a rendu compte des travaux littéraires, incluant des drames et des mémoires sur divers sujets. En janvier 1766, plusieurs travaux ont été présentés, tels qu'une dissertation sur l'origine de l'Université de Paris par l'abbé des Houffayes, des portraits par M. Dupont, un traité de peinture par M. Dandré, et une histoire de la ville de Montdidier par le Père Daire. M. Dornay a présenté des observations sur l'utilité des voyages. Les prix en peinture et sculpture ont été attribués à M. Jean-Martin Paulet, Jacques, Mlle Dorothée Jacques, et M. François Asselin. En architecture, M. Louis-Auguste Hardi a remporté le prix pour la construction d'une manufacture. En littérature, M. de la Harpe a été couronné pour son poème sur la délivrance de Salerne. Le texte mentionne également M. de Luxembourg, respecté pour sa bienveillance et son exactitude, décédé le 18 mai 1764, ainsi que les frères Slodtz, sculpteurs renommés. M. Dornay a présenté un mémoire sur les moyens de rendre les voyages utiles, distinguant trois parties : l'utilité pour les voyageurs, pour la patrie, et pour l'humanité. M. du Boullay a lu une traduction en vers réguliers de la première pythique de Pindare, réalisée par l'abbé Fontaine, visant à restituer l'enthousiasme lyrique de Pindare. M. de Couronne a présenté des mémoires sur la vie de François du Quesnoy, sculpteur né à Bruxelles en 1592. Ces mémoires clarifient une confusion entre François et son frère Jérôme. François du Quesnoy a dédié sa vie à son art, surmontant divers obstacles. Il réalisa plusieurs œuvres remarquables, dont une statue de Saint André pour l'église Saint-Pierre de Rome, considérée comme son chef-d'œuvre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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584
p. 123-128
LA RAMÉIDE, poëme, par M. RAMEAU ; 1766.
Début :
NOUS avons promis, dans un de nos Mercures précédens, de faire voir, par des [...]
Mots clefs :
Musique, Talents, Jean-Philippe Rameau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA RAMÉIDE, poëme, par M. RAMEAU ; 1766.
LA RAMÉIDE , poëme , par M. RAMEAU;
1766.
NOUS
ous avons promis , dans un de nos
Mercures précédens , de faire voir , par des
détails tirés de fon Poëme , que M. Rameau
, neveu du grand Muficien de ce
nom , a encore d'autres titres qui doivent
le rendre intéreffant au public. Ces titres
font fes talens pour la poéfie & pour la
mufique.
J'ai fait plus d'une fois bruit des fruits de ma
verve ;
Et je fuis fûr encor que dans bien plus d'un lieu
J'ai fait parler auffi de Rameau le neveu .
Sur- tout en Bourgogne par des airs du
pays , qu'on appelle fauteufes ; par celle
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
entr'autres fur laquelle on chante les paro
les de M. Favart , la petite Life , & c . Enfuite
à Lyon , à Metz , à Nevers , en Champagne
& chez les Grifons . M. Rameau le
neveu a depuis fait imprimer de nouvelles
pièces de clavecin , diftribuées en ſix fuites
d'airs de différens caractères , & intitulées :
la Voltaire, les trois Rameaux , le Général
d'Armée , le François aimable , la Toujours
nouvelle , &c. &c. &c.
J'entonnai le clairon & la fierre trompette ;
Je fis pour le hameau raifonner la mufette.
• ·
Avant Rameau peut-être on auroit pu me voir
Paroître avec éclat dans le rang du favoir.
M. Rameau fe plaint de ce que , malgré
les talens qu'il a montrés dans la double
carrière de la poéfie & de la mufique , il
ne vit pas dans l'aifance que devroient lui
procurer fes fuccès.
Moi , dont jamais le gain n'égala la dépenſe ,
Et qui connois encor la parfaite abſtinence.
Mais de loin qui croira qu'un Auteur de mon nom
Ne tient pas dans Paris la meilleure maiſon ?
L'Auteur fe croit en droit de demander
la récompenfe de fes talens & de ceux de
JUILLET 1766. 125
fon oncle , dont il fait par- tout un juſte
éloge ; c'eft à - peu - près le fujet du premier
chant , qu'il appelle fes Objections .
Dans le fecond , intitulé la Défenfe du
goût , M. Rameau combat le fyftème de
M. Rouffeau de Genève fur la mufique . Il
revient à fes objections dans le troiſième
chant , c'est - à - dire , à fon peu d'aifance
que le nom qu'il porte devoit faire difparoître.
Il faut , felon les fiens , une honnête retraite ;
Le Ciel qui nous fit naître en contracte la dette .
Ce n'eft pas la faute de M. Rameau fi
fon étoile ne lui a pas été plus favorable.
Fils & neveu de deux hommes à talens ,
il a cherché de bonne heure à s'avancer
dans le monde par la même voie.
A l'âge de vingt ans , ayant perdu ma mère ,
Je me trouvai contraint fous les loix de mon père,
Pour les autres fi bon , de moi trop exigeant ,
De quitter la maifon fur la foi du talent.
Il femble que le Ciel m'ait fait pour les revers ;
Connoiffant mon devoir je les ai tous foufferts.
•
Sans difputer de rang aux neveux des Corneilles
Ne puis-je rien devoir aux Rameaux , à leurs
veilles ,
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
1
Et par quelques bienfaits en reffentir les fruits ,
A titre de neveu comme à titre de fils ?
Peut-être qu'échauffé d'une faveur légère ,
Je chanterois encore après l'oncle ou le père ,
Eprouvant la fortune & des jours tout nouveaux ,
Mes chants pourroient s'accroître & devenir plus
beaux.
Le quatrième chant eft intitulé , Honneur
aux grands , Hommage à l'amitié.
Ici M. Rameau rappelle à fes lecteurs le
nom des perfonnes illuftres qui l'ont protégé
& accueilli .
J'ai fous l'habit du Roi paru fix fois en lice ;
L'on fait combien je fus aimé du grand Maurice.
La plupart des autres protecteurs de
M. Rameau ne font pas d'un rang moins
diftingué.
Le cinquième chant eft appellé Réponse
à tout. L'Auteur propofe à l'Etat divers
moyens de lui faire le bien qu'il femble
avoir mérité par fes talens &
par fon nom .
Il eft plufieurs moyens par où l'on peut m'en faire.
Sur la caiffe lyrique * ; ou bien qu'on délibère ,
Sur quelque bénéfice ; on me vit en rabat ;
J'ai la tonfure enfin ; j'en aime encor . l'état.
1
* Penfion fur les fonds de l'Opéra .
JUILLET 1766. 127
Mais il fut marié , dira quelque bonne âme ;
Il eut vraiment beau fils, & toute aimable femme.
J'en ai porté le deuil ; on vit couler mes larmes ;
D'une fi digne épouſe , en rappellant les charmes ,
C'eft pour louer ici qui mérita ma foi.
Mais au fervice encor , fi Dieu ne lui pardonne
Eh bien, qu'eſt-ce , Meffieurs ? je n'ai tué perfonne.
Quand je montrai du coeur , quand j'eus de la
vertu ,
Je fus jaloux d'honneur , non de fang répandu .
Pour l'églife ( il n'eft rien qu'ici je doive taire ) ;
J'ai fait depuis l'épée un an de féminaire .
Senfible à la faveur , en court ou long manteau ,
L'on verroit déformais le neveu de Rameau ,
Sous cet habit pieux , renonçant à la gloire ,
Qu'on accorde à mon nom ,
du moins que je
veux croire ,
Je ferai tout entier à mes dix luftres faits ,
A l'étude du fage , où je me livrerois.
Attentif & foigneux à donner bons exemples ,
Plus qu'en tout autre lieu l'on me verroit aux
temples.
Mais fi , pour cet état nulle porte ne s'ouvre ,
Je ne vois point l'abus d'un logement au Louvre,
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
3
Nous defirons ardemment que les
voeux de M. Rameau foient remplis : ce
qui s'eft paffé il y a quelques années à l'égard
d'un parent de Corneille , eft fait pour
donner de la confiance au neveu du grand
Rameau.
1766.
NOUS
ous avons promis , dans un de nos
Mercures précédens , de faire voir , par des
détails tirés de fon Poëme , que M. Rameau
, neveu du grand Muficien de ce
nom , a encore d'autres titres qui doivent
le rendre intéreffant au public. Ces titres
font fes talens pour la poéfie & pour la
mufique.
J'ai fait plus d'une fois bruit des fruits de ma
verve ;
Et je fuis fûr encor que dans bien plus d'un lieu
J'ai fait parler auffi de Rameau le neveu .
Sur- tout en Bourgogne par des airs du
pays , qu'on appelle fauteufes ; par celle
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
entr'autres fur laquelle on chante les paro
les de M. Favart , la petite Life , & c . Enfuite
à Lyon , à Metz , à Nevers , en Champagne
& chez les Grifons . M. Rameau le
neveu a depuis fait imprimer de nouvelles
pièces de clavecin , diftribuées en ſix fuites
d'airs de différens caractères , & intitulées :
la Voltaire, les trois Rameaux , le Général
d'Armée , le François aimable , la Toujours
nouvelle , &c. &c. &c.
J'entonnai le clairon & la fierre trompette ;
Je fis pour le hameau raifonner la mufette.
• ·
Avant Rameau peut-être on auroit pu me voir
Paroître avec éclat dans le rang du favoir.
M. Rameau fe plaint de ce que , malgré
les talens qu'il a montrés dans la double
carrière de la poéfie & de la mufique , il
ne vit pas dans l'aifance que devroient lui
procurer fes fuccès.
Moi , dont jamais le gain n'égala la dépenſe ,
Et qui connois encor la parfaite abſtinence.
Mais de loin qui croira qu'un Auteur de mon nom
Ne tient pas dans Paris la meilleure maiſon ?
L'Auteur fe croit en droit de demander
la récompenfe de fes talens & de ceux de
JUILLET 1766. 125
fon oncle , dont il fait par- tout un juſte
éloge ; c'eft à - peu - près le fujet du premier
chant , qu'il appelle fes Objections .
Dans le fecond , intitulé la Défenfe du
goût , M. Rameau combat le fyftème de
M. Rouffeau de Genève fur la mufique . Il
revient à fes objections dans le troiſième
chant , c'est - à - dire , à fon peu d'aifance
que le nom qu'il porte devoit faire difparoître.
Il faut , felon les fiens , une honnête retraite ;
Le Ciel qui nous fit naître en contracte la dette .
Ce n'eft pas la faute de M. Rameau fi
fon étoile ne lui a pas été plus favorable.
Fils & neveu de deux hommes à talens ,
il a cherché de bonne heure à s'avancer
dans le monde par la même voie.
A l'âge de vingt ans , ayant perdu ma mère ,
Je me trouvai contraint fous les loix de mon père,
Pour les autres fi bon , de moi trop exigeant ,
De quitter la maifon fur la foi du talent.
Il femble que le Ciel m'ait fait pour les revers ;
Connoiffant mon devoir je les ai tous foufferts.
•
Sans difputer de rang aux neveux des Corneilles
Ne puis-je rien devoir aux Rameaux , à leurs
veilles ,
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
1
Et par quelques bienfaits en reffentir les fruits ,
A titre de neveu comme à titre de fils ?
Peut-être qu'échauffé d'une faveur légère ,
Je chanterois encore après l'oncle ou le père ,
Eprouvant la fortune & des jours tout nouveaux ,
Mes chants pourroient s'accroître & devenir plus
beaux.
Le quatrième chant eft intitulé , Honneur
aux grands , Hommage à l'amitié.
Ici M. Rameau rappelle à fes lecteurs le
nom des perfonnes illuftres qui l'ont protégé
& accueilli .
J'ai fous l'habit du Roi paru fix fois en lice ;
L'on fait combien je fus aimé du grand Maurice.
La plupart des autres protecteurs de
M. Rameau ne font pas d'un rang moins
diftingué.
Le cinquième chant eft appellé Réponse
à tout. L'Auteur propofe à l'Etat divers
moyens de lui faire le bien qu'il femble
avoir mérité par fes talens &
par fon nom .
Il eft plufieurs moyens par où l'on peut m'en faire.
Sur la caiffe lyrique * ; ou bien qu'on délibère ,
Sur quelque bénéfice ; on me vit en rabat ;
J'ai la tonfure enfin ; j'en aime encor . l'état.
1
* Penfion fur les fonds de l'Opéra .
JUILLET 1766. 127
Mais il fut marié , dira quelque bonne âme ;
Il eut vraiment beau fils, & toute aimable femme.
J'en ai porté le deuil ; on vit couler mes larmes ;
D'une fi digne épouſe , en rappellant les charmes ,
C'eft pour louer ici qui mérita ma foi.
Mais au fervice encor , fi Dieu ne lui pardonne
Eh bien, qu'eſt-ce , Meffieurs ? je n'ai tué perfonne.
Quand je montrai du coeur , quand j'eus de la
vertu ,
Je fus jaloux d'honneur , non de fang répandu .
Pour l'églife ( il n'eft rien qu'ici je doive taire ) ;
J'ai fait depuis l'épée un an de féminaire .
Senfible à la faveur , en court ou long manteau ,
L'on verroit déformais le neveu de Rameau ,
Sous cet habit pieux , renonçant à la gloire ,
Qu'on accorde à mon nom ,
du moins que je
veux croire ,
Je ferai tout entier à mes dix luftres faits ,
A l'étude du fage , où je me livrerois.
Attentif & foigneux à donner bons exemples ,
Plus qu'en tout autre lieu l'on me verroit aux
temples.
Mais fi , pour cet état nulle porte ne s'ouvre ,
Je ne vois point l'abus d'un logement au Louvre,
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
3
Nous defirons ardemment que les
voeux de M. Rameau foient remplis : ce
qui s'eft paffé il y a quelques années à l'égard
d'un parent de Corneille , eft fait pour
donner de la confiance au neveu du grand
Rameau.
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Résumé : LA RAMÉIDE, poëme, par M. RAMEAU ; 1766.
Jean-François Rameau, neveu du célèbre compositeur Jean-Philippe Rameau, est reconnu pour ses talents en poésie et en musique. Ses compositions musicales, notamment des airs en Bourgogne et dans d'autres régions françaises, ainsi que des pièces pour clavecin, lui ont valu une certaine notoriété. Cependant, il exprime son mécontentement face à l'absence de reconnaissance et de soutien financier malgré ses succès. Dans son poème 'La Raméide', Jean-François Rameau aborde plusieurs thèmes. Il y exprime ses objections concernant sa situation financière difficile. Il défend également son goût musical contre les critiques de Jean-Jacques Rousseau. Le poème rend hommage à ses protecteurs et propose diverses solutions pour obtenir une aide de l'État, telles que des pensions ou des bénéfices ecclésiastiques. Le texte se conclut par l'espoir que les vœux de Rameau soient exaucés, en faisant référence à un précédent favorable pour un parent de Pierre Corneille.
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585
p. 59
AUTRE.
Début :
Par des sons doux, harmonieux, [...]
Mots clefs :
Viole
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
PAR des fons doux , harmonieux ,
Je flatte fouvent les oreilles :
Qu'on me coupe la queue , ô cruelle merveille !
Alors je fuis un crime affreux :
Remis dans mon entier , autre métamorphofe ,
En m'arrachant le coeur , mets - moi la tête en bas ,
Je ſuis fils de Jacob . Mais... tu me tiens... non pas ,
Prends mon tout & le décompoſe ,
Tu trouveras , Lecteur , un fruit ;
Un vêtement de none... Adieu , j'en ai trop dit .
HEND. MARG. à Rochefort , près Saint - Lô.
PAR des fons doux , harmonieux ,
Je flatte fouvent les oreilles :
Qu'on me coupe la queue , ô cruelle merveille !
Alors je fuis un crime affreux :
Remis dans mon entier , autre métamorphofe ,
En m'arrachant le coeur , mets - moi la tête en bas ,
Je ſuis fils de Jacob . Mais... tu me tiens... non pas ,
Prends mon tout & le décompoſe ,
Tu trouveras , Lecteur , un fruit ;
Un vêtement de none... Adieu , j'en ai trop dit .
HEND. MARG. à Rochefort , près Saint - Lô.
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586
p. 48-49
ÉNIGMES.
Début :
Je suis un agrément dans la société [...]
Mots clefs :
Clavecin
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texteReconnaissance textuelle : ÉNIGMES.
ENIGMES.
JE fuis un agrément dans la fociété
Pour celui qui de moi fait faire un bon ufage ;
Pour me connoître à fond , il faut, dès le jeune âge,
Apprendre à m'employer avec utilité.
Je
NOVEMBRE 1766. 49
Je me trouve fouvent en grande compagnie
Où des fayans viennent me confulter ;
S'il eft entre eux difcorde ou brouillerie ,
En un inftant je fais les accorder ;
Je fuis enfant de l'art & ne fuis pas fort rare ;
On ne peut définir ma forme , elle eſt bifarre.
Je fuis long , large , étroit , mais ni tond ni
quarré ;
A mes pareils je me vois préféré
Quand je porte avec moi des titres de vieille ſe ;
Je caufe quelquefois des maux à la jeuneſſe :
Aux Princes , aux Bourgeois je fers d'amusement,
Et tel qui , né fans biens, vivroit dans l'indigence ,
Acquiert par mon fecours un nom & de l'argent ,
Et fouvent dans Paris affiche l'opulence .
Par une Dame de Pithiviers
JE fuis un agrément dans la fociété
Pour celui qui de moi fait faire un bon ufage ;
Pour me connoître à fond , il faut, dès le jeune âge,
Apprendre à m'employer avec utilité.
Je
NOVEMBRE 1766. 49
Je me trouve fouvent en grande compagnie
Où des fayans viennent me confulter ;
S'il eft entre eux difcorde ou brouillerie ,
En un inftant je fais les accorder ;
Je fuis enfant de l'art & ne fuis pas fort rare ;
On ne peut définir ma forme , elle eſt bifarre.
Je fuis long , large , étroit , mais ni tond ni
quarré ;
A mes pareils je me vois préféré
Quand je porte avec moi des titres de vieille ſe ;
Je caufe quelquefois des maux à la jeuneſſe :
Aux Princes , aux Bourgeois je fers d'amusement,
Et tel qui , né fans biens, vivroit dans l'indigence ,
Acquiert par mon fecours un nom & de l'argent ,
Et fouvent dans Paris affiche l'opulence .
Par une Dame de Pithiviers
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587
p. 90-95
TRAITÉ général des Elémens du Chant, dédié à Mgr le DAUPHIN ; par M. l'Abbé LA CASSAGNE ; avec cette épigraphe : Principiis cognitis, multò facilius extrema intelliguntur ; in-8o, de 190 pages très-bien gravées, & d'une très-riche exécution : 1766 , avec approbation & privilège du Roi.
Début :
Le goût du siècle, dit M. la Cassagne, dans un prospectus qui se distribue [...]
Mots clefs :
Chant, Leçons, Musique, Méthode
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texteReconnaissance textuelle : TRAITÉ général des Elémens du Chant, dédié à Mgr le DAUPHIN ; par M. l'Abbé LA CASSAGNE ; avec cette épigraphe : Principiis cognitis, multò facilius extrema intelliguntur ; in-8o, de 190 pages très-bien gravées, & d'une très-riche exécution : 1766 , avec approbation & privilège du Roi.
TRAITÉ général des Elémens du Chant ,
dédié à Mgr le DAUPHIN; par M. l'Abbé
LA CASSAGNE ; avec cette épigraphe :
Principiis cognitis , multò facilius extrema
intelliguntur ; in- 8 ° , de 190
pages très-bien gravées , & d'une trèsriche
exécution : 1766 ; avec approbation
& privilége du Roi.
LE goût du fiècle , dit M. la Caſſagne¸
dans un profpectus qui fe diftribue
féparément , eft de vouloir acquerir les
fciences fans beaucoup de travail ; & , pour
en donner une connoiffance aiſée , il n'y
a point de matière fur laquelle on ne multiplie
tous les jours différens ouvrages.
Mais y en a-t- il eu jufqu'à préfent fur la
mufique , qui ait atteint ce but ? La plû -
part de ceux qui font des méthodes , ou
ne s'écartent pas affez de la route ordinaire,
ou font trop fyftématiques. Puiffé -je , dans
celle que j'ofe mettre au jour fous les plus
heureux aufpices , avoir évité ces deux
écueils , & mériter l'approbation du public,.
en facilitant les progrès dans un art enfant
du génie & père de nos plaifirs !
DECEMBRE 1766. 91
Avant que de publier cet ouvrage on a
cru devoir confulter les connoiffeurs . Les
remarques qu'ils y ont faites & les fuffrages
dont ils l'ont honoré , font autant de
préjugés favorables pour l'auteur & de
fürs garans pour le public. L'Académie
Royale des Sciences elle - même a bien
voulu s'en occuper , & en a porté un jugement
avantageux , dont l'extrait fe trouve
à la fuite du livre.
Cette nouvelle méthode embraffe d'abord
les articles les plus relatifs au fujet
que l'on traite , tels
tels que la l'igamme
,
dentité des octaves , les clefs , &c. On y
voit enfuite une récapitulation , par demandes
& par réponfes , de ces mêmes articles
les plus effentiels que les commençans doivent
retenir. Les exemples toujours à côté
du précepte , & placés dans l'ordre le plus
méthodique , en facilitent fi bien l'intelligence
, que toute perfonne qui fair
combiner & réfléchir , peut inftruire les
enfans avant qu'il foit néceffaire d'appeller
un maître. Les leçons de chant font de
deux fortes : les premières , comme les plus
aifées , & auxquelles on a ajouté de petits
accompagnemens , fervent d'introduction
aux fecondes. L'article des variations qui
précéde les unes & les autres , accoutume
infenfiblement à fe donner à foi-même des
02 MERCURE DE FRANCE.
à
leçons fur tous les tons , fur toutes les clefs
& fur toutes les mefures. En un mot , on
verra dans tout le cours de l'ouvrage , dit
l'auteur , que je n'ai cherché qu'à mettre la
méthode ordinaire à la portée de tout le
monde. Si les perfonnes , trop prévenues par
l'habitude , vouloient contredire ou défapprouver
les articles trop nouveaux pour
elles , je les prie d'en prendre connoiffance
& d'obferver fur- tout qu'on n'a fait ,
cet égard , que renouveller en partie les
idées de réforme qu'ont déja propofées
MM. Rameau & Rouſſeau ( 1 ) . Celui- ci ,
plus hardi que le premier , détruifoit toute
la forme du noté pour en fubftituer une
plus fimple au moyen de chiffres , mais
moins praticable pour les muficiens du
fiècle ( 2 ) . L'autre , plus modéré , ne ſimplifioit
pas affez nos ufages ni même fes
idées . J'ai tâché , dans ces circonstances ,
de démontrer , par des preuves inconteftables
, la néceffité d'un jufte milieu en fuivant
toujours les routes déja connues.
( 1 ) Voyez auffi MM . de Monteclair dans fa
Méthode , & la Combe dans le Spectacle des beaux
Arts.
( z ) Differtation fur la Mufique , préfentée par
M. Rouffeau de Genève , à l'Académie Royale
des Sciences en 1742 , imprimée à Paris , chez
Quillau , rue Galande , avec une approbation de
cette Académie , qui fait beaucoup d'honneur à
l'Auteur.
DECEMBRE 1766. 93
Le premier objet de la réforme dont il
s'agit , eft la réduction des mefures , afin de
faire lire plus promptement la mufique .
Le fecond objet auquel je puis avoir le
plus de part réduit les trois clefs en une
feule : il en eft de même de leurs différentes
pofitions . Cette règle , bien obfervée
par tous les compofiteurs , abrégeroit
infiniment la longue & pénible étude de
la mufique . Cette fcience n'eft déja que
trop difficile par elle-même : les fecours
des maîtres ne fuffifent pas ordinairement
pour la bien apprendre , il faut encore
trouver des moyens fimples dans l'objet
même qui nous occupe , pour applanir tant
de difficultés radicales. C'eft à quoi j'ai
borné mes foins en compofant cet ouvrage ,
Mais on doit fe fouvenir que les principes
que j'établis font particulièrement destinés
pour apprendre la mufique telle qu'on l'a
toujours écrite.
Parmi les autres nouveautés de cette
méthode , il y a plufieurs articles qui contiennent
des réflexions , des obfervations ,
des définitions & quelques objections fuivies
de leurs réponfes , dont la lecture peut
faire plaifir à ceux même qui ne veulent
que lire. Il y aura de plus un abrégé trèsfuccint
des premiers principes de l'accompagnement.
94 MERCURE DE FRANCE .
noire avec
On a cru que le public ne feroit pas
fâché d'y trouver auffi une page
des lignes blanches qu'on peut remplir de
leçons de mufique au moyen d'un crayon
blanc. Cette facilité de pouvoir effacer à
mefure qu'on en a befoin , amufe en inftruifant.
Enfin , l'impoffibilité de trouver un
maître à la campagne , & fur- tout dans
certaines provinces , m'a fait naître l'idée
de deux moyens pour pouvoir apprendre
la mufique fans autres fecours que la
bonne volonté & qu'un peu d'intelligence.
Le premier confifte dans un inftrument
toujours d'accord , exécuté par M. Richard,
facteur d'orgue au vieux Louvre à Paris.
Les intonations fur tous les tons y feront
marquées on les trouvera en mettant le
doigt fur les touches qui les expriment.
Le fecond moyen eft un balancier qui fert
à fixer la jufteffe de la mefure pour chaque
mouvement plus ou moins lent , plus ou
moins précipité. Ceux qui voudront en faire
ufage , s'adrefferont à l'habile Méchanicien
que j'indique : il en conftruira à un prix
raifonnable ; & il donnera une inſtruction
par écrit , pour pouvoir s'en fervir avec
fuccès.
Quant au prix de ma méthode , il eſt
beaucoup au- deffous de celui des gravures.
DECEMBRE 1766. 95
Comme je n'ai point été guidé par un
motif d'intérêt , la cherté des paroles bien
gravées ne m'a point arrêté ; & j'ai voulu ,
quoi qu'il m'en pût coûter , qu'on trouvât
fans renvois l'exemple & le précepte fous
le même point de vue. En choiſiſſant le
format d'un grand in- 8 ° , mon deffein a
été de rendre mon livre & plus commode
& plus portatif.
Le prix de cette Méthode eft de 11 liv.
brochée & 12 liv. reliée . Ce n'eft point
trop cher , car , comme nous l'avons dit ,
elle eft très-bien gravée & d'une parfaite
exécution . On en trouvera à Paris , chez
la veuve Duchesne , Libraire , rue Saint
Jacques , au temple du Goût, & aux adreffes
ordinaires de mufique. Il y en aura auffi
à Verſailles , chez Fournier , aux galeries
du château ; & chez l'auteur , à Paris , à
l'ancien Collège de Juftice , rue de la
Harpe , dans le pavillon fur le jardin , visà-
vis de M. Foulliere , Maître de Penfion,
dédié à Mgr le DAUPHIN; par M. l'Abbé
LA CASSAGNE ; avec cette épigraphe :
Principiis cognitis , multò facilius extrema
intelliguntur ; in- 8 ° , de 190
pages très-bien gravées , & d'une trèsriche
exécution : 1766 ; avec approbation
& privilége du Roi.
LE goût du fiècle , dit M. la Caſſagne¸
dans un profpectus qui fe diftribue
féparément , eft de vouloir acquerir les
fciences fans beaucoup de travail ; & , pour
en donner une connoiffance aiſée , il n'y
a point de matière fur laquelle on ne multiplie
tous les jours différens ouvrages.
Mais y en a-t- il eu jufqu'à préfent fur la
mufique , qui ait atteint ce but ? La plû -
part de ceux qui font des méthodes , ou
ne s'écartent pas affez de la route ordinaire,
ou font trop fyftématiques. Puiffé -je , dans
celle que j'ofe mettre au jour fous les plus
heureux aufpices , avoir évité ces deux
écueils , & mériter l'approbation du public,.
en facilitant les progrès dans un art enfant
du génie & père de nos plaifirs !
DECEMBRE 1766. 91
Avant que de publier cet ouvrage on a
cru devoir confulter les connoiffeurs . Les
remarques qu'ils y ont faites & les fuffrages
dont ils l'ont honoré , font autant de
préjugés favorables pour l'auteur & de
fürs garans pour le public. L'Académie
Royale des Sciences elle - même a bien
voulu s'en occuper , & en a porté un jugement
avantageux , dont l'extrait fe trouve
à la fuite du livre.
Cette nouvelle méthode embraffe d'abord
les articles les plus relatifs au fujet
que l'on traite , tels
tels que la l'igamme
,
dentité des octaves , les clefs , &c. On y
voit enfuite une récapitulation , par demandes
& par réponfes , de ces mêmes articles
les plus effentiels que les commençans doivent
retenir. Les exemples toujours à côté
du précepte , & placés dans l'ordre le plus
méthodique , en facilitent fi bien l'intelligence
, que toute perfonne qui fair
combiner & réfléchir , peut inftruire les
enfans avant qu'il foit néceffaire d'appeller
un maître. Les leçons de chant font de
deux fortes : les premières , comme les plus
aifées , & auxquelles on a ajouté de petits
accompagnemens , fervent d'introduction
aux fecondes. L'article des variations qui
précéde les unes & les autres , accoutume
infenfiblement à fe donner à foi-même des
02 MERCURE DE FRANCE.
à
leçons fur tous les tons , fur toutes les clefs
& fur toutes les mefures. En un mot , on
verra dans tout le cours de l'ouvrage , dit
l'auteur , que je n'ai cherché qu'à mettre la
méthode ordinaire à la portée de tout le
monde. Si les perfonnes , trop prévenues par
l'habitude , vouloient contredire ou défapprouver
les articles trop nouveaux pour
elles , je les prie d'en prendre connoiffance
& d'obferver fur- tout qu'on n'a fait ,
cet égard , que renouveller en partie les
idées de réforme qu'ont déja propofées
MM. Rameau & Rouſſeau ( 1 ) . Celui- ci ,
plus hardi que le premier , détruifoit toute
la forme du noté pour en fubftituer une
plus fimple au moyen de chiffres , mais
moins praticable pour les muficiens du
fiècle ( 2 ) . L'autre , plus modéré , ne ſimplifioit
pas affez nos ufages ni même fes
idées . J'ai tâché , dans ces circonstances ,
de démontrer , par des preuves inconteftables
, la néceffité d'un jufte milieu en fuivant
toujours les routes déja connues.
( 1 ) Voyez auffi MM . de Monteclair dans fa
Méthode , & la Combe dans le Spectacle des beaux
Arts.
( z ) Differtation fur la Mufique , préfentée par
M. Rouffeau de Genève , à l'Académie Royale
des Sciences en 1742 , imprimée à Paris , chez
Quillau , rue Galande , avec une approbation de
cette Académie , qui fait beaucoup d'honneur à
l'Auteur.
DECEMBRE 1766. 93
Le premier objet de la réforme dont il
s'agit , eft la réduction des mefures , afin de
faire lire plus promptement la mufique .
Le fecond objet auquel je puis avoir le
plus de part réduit les trois clefs en une
feule : il en eft de même de leurs différentes
pofitions . Cette règle , bien obfervée
par tous les compofiteurs , abrégeroit
infiniment la longue & pénible étude de
la mufique . Cette fcience n'eft déja que
trop difficile par elle-même : les fecours
des maîtres ne fuffifent pas ordinairement
pour la bien apprendre , il faut encore
trouver des moyens fimples dans l'objet
même qui nous occupe , pour applanir tant
de difficultés radicales. C'eft à quoi j'ai
borné mes foins en compofant cet ouvrage ,
Mais on doit fe fouvenir que les principes
que j'établis font particulièrement destinés
pour apprendre la mufique telle qu'on l'a
toujours écrite.
Parmi les autres nouveautés de cette
méthode , il y a plufieurs articles qui contiennent
des réflexions , des obfervations ,
des définitions & quelques objections fuivies
de leurs réponfes , dont la lecture peut
faire plaifir à ceux même qui ne veulent
que lire. Il y aura de plus un abrégé trèsfuccint
des premiers principes de l'accompagnement.
94 MERCURE DE FRANCE .
noire avec
On a cru que le public ne feroit pas
fâché d'y trouver auffi une page
des lignes blanches qu'on peut remplir de
leçons de mufique au moyen d'un crayon
blanc. Cette facilité de pouvoir effacer à
mefure qu'on en a befoin , amufe en inftruifant.
Enfin , l'impoffibilité de trouver un
maître à la campagne , & fur- tout dans
certaines provinces , m'a fait naître l'idée
de deux moyens pour pouvoir apprendre
la mufique fans autres fecours que la
bonne volonté & qu'un peu d'intelligence.
Le premier confifte dans un inftrument
toujours d'accord , exécuté par M. Richard,
facteur d'orgue au vieux Louvre à Paris.
Les intonations fur tous les tons y feront
marquées on les trouvera en mettant le
doigt fur les touches qui les expriment.
Le fecond moyen eft un balancier qui fert
à fixer la jufteffe de la mefure pour chaque
mouvement plus ou moins lent , plus ou
moins précipité. Ceux qui voudront en faire
ufage , s'adrefferont à l'habile Méchanicien
que j'indique : il en conftruira à un prix
raifonnable ; & il donnera une inſtruction
par écrit , pour pouvoir s'en fervir avec
fuccès.
Quant au prix de ma méthode , il eſt
beaucoup au- deffous de celui des gravures.
DECEMBRE 1766. 95
Comme je n'ai point été guidé par un
motif d'intérêt , la cherté des paroles bien
gravées ne m'a point arrêté ; & j'ai voulu ,
quoi qu'il m'en pût coûter , qu'on trouvât
fans renvois l'exemple & le précepte fous
le même point de vue. En choiſiſſant le
format d'un grand in- 8 ° , mon deffein a
été de rendre mon livre & plus commode
& plus portatif.
Le prix de cette Méthode eft de 11 liv.
brochée & 12 liv. reliée . Ce n'eft point
trop cher , car , comme nous l'avons dit ,
elle eft très-bien gravée & d'une parfaite
exécution . On en trouvera à Paris , chez
la veuve Duchesne , Libraire , rue Saint
Jacques , au temple du Goût, & aux adreffes
ordinaires de mufique. Il y en aura auffi
à Verſailles , chez Fournier , aux galeries
du château ; & chez l'auteur , à Paris , à
l'ancien Collège de Juftice , rue de la
Harpe , dans le pavillon fur le jardin , visà-
vis de M. Foulliere , Maître de Penfion,
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Résumé : TRAITÉ général des Elémens du Chant, dédié à Mgr le DAUPHIN ; par M. l'Abbé LA CASSAGNE ; avec cette épigraphe : Principiis cognitis, multò facilius extrema intelliguntur ; in-8o, de 190 pages très-bien gravées, & d'une très-riche exécution : 1766 , avec approbation & privilège du Roi.
L'Abbé La Cassagne publie en 1766 le 'Traité général des Éléments du Chant', dédié au Dauphin. Ce traité répond à une demande accrue de méthodes d'apprentissage musical accessibles et critique les approches existantes, jugées soit trop simples, soit trop complexes. La Cassagne propose une méthode équilibrée qui commence par des notions fondamentales telles que la gamme et les clefs, illustrées par des questions-réponses et des exemples pratiques. Les leçons de chant sont structurées en deux parties, incluant des exercices progressifs et des variations pour différents tons, clefs et mesures. Inspirée par Rameau et Rousseau, cette méthode vise à simplifier l'apprentissage en réduisant les mesures et en unifiant les clefs. Le traité comprend également des réflexions, des observations, des définitions et un abrégé des principes d'accompagnement. Pour ceux n'ayant pas accès à un maître, notamment en campagne, La Cassagne suggère d'utiliser un instrument toujours accordé et un balancier pour assurer la justesse des mesures. Il recommande de contacter un mécanicien pour construire l'appareil nécessaire et fournit une instruction écrite pour son utilisation. Le livre est disponible en grand in-octavo, au prix de 11 livres pour la version brochée et 12 livres pour la version reliée. Il est en vente à Paris et Versailles, notamment chez la veuve Duchesne et chez l'auteur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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587
588
p. 134-135
« DICTIONNAIRE de Musique ; par J. J. Rousseau. A Paris, chez la veuve Duchesne, [...] »
Début :
DICTIONNAIRE de Musique ; par J. J. Rousseau. A Paris, chez la veuve Duchesne, [...]
Mots clefs :
J. J. Rousseau, Musique, Dictionnaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DICTIONNAIRE de Musique ; par J. J. Rousseau. A Paris, chez la veuve Duchesne, [...] »
DICTIONNAIRE de Mufique ; par J. J.
Rouffeau. A Paris , chez la veuve Duchefne,
Libraire , rue Saint Jacques , au temple
du goût ; 1768 : avec approbation & privilége
du Roi ; in- 4°.
Le public jouit enfin d'un livre utile
& piquant , après lequel il afpire depuis
DECEMBRE 1767. 135
>
long- temps. Nous croyons qu'il eft inutile
de faire obferver combien un ouvrage fur
la mufique , compofé par M. Rouffeau
doit être recherché. Mais , ce qui en augmente
le mérite , ce font différens traits
de critique fine & ingénieufe , répandus
dans le corps du dictionnaire. Nous donnerons
de temps en temps , dans les Mercures
fuivans , quelques- uns de ces morceaux
; en attendant nous confeillons à
nos lecteurs de lire les articles acteur
duo , expreffion , goût , licence , opéra
orcheftre , plain- chant , récitatif, fi , fon
unité de mélodie , voix ; ils y trouveront
de quoi s'inftruire & s'égayer en même
temps.
Rouffeau. A Paris , chez la veuve Duchefne,
Libraire , rue Saint Jacques , au temple
du goût ; 1768 : avec approbation & privilége
du Roi ; in- 4°.
Le public jouit enfin d'un livre utile
& piquant , après lequel il afpire depuis
DECEMBRE 1767. 135
>
long- temps. Nous croyons qu'il eft inutile
de faire obferver combien un ouvrage fur
la mufique , compofé par M. Rouffeau
doit être recherché. Mais , ce qui en augmente
le mérite , ce font différens traits
de critique fine & ingénieufe , répandus
dans le corps du dictionnaire. Nous donnerons
de temps en temps , dans les Mercures
fuivans , quelques- uns de ces morceaux
; en attendant nous confeillons à
nos lecteurs de lire les articles acteur
duo , expreffion , goût , licence , opéra
orcheftre , plain- chant , récitatif, fi , fon
unité de mélodie , voix ; ils y trouveront
de quoi s'inftruire & s'égayer en même
temps.
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Résumé : « DICTIONNAIRE de Musique ; par J. J. Rousseau. A Paris, chez la veuve Duchesne, [...] »
Le dictionnaire de musique de J. J. Rouffeau, publié à Paris en 1768 chez la veuve Duchefne, est loué pour sa critique fine et ingénieuse. Il est recommandé pour des articles tels que 'acteur duo', 'expression', 'goût', 'licence', 'opéra orchestre', 'plain-chant', 'récitatif', 'si', 'son' et 'unité de mélodie'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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589
p. 179
« Six Sonates à violon seul avec la basse, dédiées à M. de Saint George ; par M. J. [...] »
Début :
Six Sonates à violon seul avec la basse, dédiées à M. de Saint George ; par M. J. [...]
Mots clefs :
Sonates, Musique, Ouvrage, Genre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Six Sonates à violon seul avec la basse, dédiées à M. de Saint George ; par M. J. [...] »
Six Sonates à violon feul avec la baffe ,
dédiées à M. de Saint George ; par M. J.
Avolio , oeuv. IV , prix 7 liv. 4 fols . Aux
adreffes ordinaires de Mufique. A Paris.
Cet ouvrage , gravé par Mde Deluffe
( rue du Four Saint - Honoré , aux bâtimens
neufs , nº 86 ) eft du nombre de
ceux qui fe diftinguent par les foins qu'elle
apporte ordinairement à ce qu'elle entreprend
en ce genre de gravure , tels que
font le Traité général des élémens du chant ,
par M. l'Abbé de la Caffaigne ; les Sonates
pour le clavecin , par M. Virbès , les plan
ches du Dictionnaire de Mufique , de M.
Rouffeau , & tant d'autres dont l'énumération
feroit ici fuperflue.
Quant au mérite principal de l'ouvrage
que nous annonçons ici , nous ne pouvons
porter aucun jugement , que le public
n'ait prononcé , nous préfumons cependant
qu'il ne peut que gagner à être connu
, vu qu'il eft d'un genre que les vrais
connoiffeurs ont toujours accueilli.
dédiées à M. de Saint George ; par M. J.
Avolio , oeuv. IV , prix 7 liv. 4 fols . Aux
adreffes ordinaires de Mufique. A Paris.
Cet ouvrage , gravé par Mde Deluffe
( rue du Four Saint - Honoré , aux bâtimens
neufs , nº 86 ) eft du nombre de
ceux qui fe diftinguent par les foins qu'elle
apporte ordinairement à ce qu'elle entreprend
en ce genre de gravure , tels que
font le Traité général des élémens du chant ,
par M. l'Abbé de la Caffaigne ; les Sonates
pour le clavecin , par M. Virbès , les plan
ches du Dictionnaire de Mufique , de M.
Rouffeau , & tant d'autres dont l'énumération
feroit ici fuperflue.
Quant au mérite principal de l'ouvrage
que nous annonçons ici , nous ne pouvons
porter aucun jugement , que le public
n'ait prononcé , nous préfumons cependant
qu'il ne peut que gagner à être connu
, vu qu'il eft d'un genre que les vrais
connoiffeurs ont toujours accueilli.
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Résumé : « Six Sonates à violon seul avec la basse, dédiées à M. de Saint George ; par M. J. [...] »
L'ouvrage 'Six Sonates à violon seul avec la basse' de M. J. Avolio, dédié à M. de Saint George, est le quatrième de l'auteur. Il est vendu à Paris pour sept livres et quatre sols. La gravure est réalisée par Mme Deluffe, connue pour ses travaux de qualité. L'ouvrage est présumé être bien accueilli par les connaisseurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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590
p. 171-173
MUSIQUE.
Début :
DEUX concerto de violon, avec des cors & hautbois obligés ; de la composition [...]
Mots clefs :
Musique, Violon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.
DEUX concerto de violon , avec des
cors & hautbois obligés ; de la compofition
de M. Frantzl, Ördinaire de la Mufique
de S. A. S. Mgr l'Electeur Palatin ;
fe vendent à Paris , aux adreffes ordinaires.
LES Larmes de l'Amour : quatre ariettes
avec la baffe ; par M. Bouvin : fe trouvent
chez l'Auteur , rue Montmartre , vis à- vis
Saint Eustache , chez le Teinturier , & aux
adreffes ordinaires de mufique : prix 12 f.
L'Oracle des Amans , cantatille nouvelle
, à voix feule , avec fymphonie ;
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
dédiée à Mgr le Comte de Noailles , Grand
d'Efpagne , & c. par M. Dellain , Ecrivain
de la Marine & des Claffes : prix 1 liv.
16 fols. Se vend à Paris , chez Mlle Caftagnery
, rue des Prouvaires , & aux adreffes
ordinaires à Nantes , chez M. Tanqueray,
grande rue ; & à Rouen , chez M. PAigle ,
rue des Carmes.
AIRS , ariettes & duo de la Vénitienne
comédie-ballet , repréfentée par l'Académie
Royale de Mufique , le vendredi 6
mai 1768 : la mufique par M. d'Auvergne ,
Surintendant de la Mufique du Roi. Prix
4'liv. 16 fols. Cet agréable recueil ſe vend
à Paris , chez l'Auteur , rue Saint - Honoré ,
au coin du Boulevard , à la falle de l'opéra
, & aux adreffes ordinaires.
Six fonates pour le violon feul , avec
accompagnement de baffe ; par M. de
Zimermann , Chevalier de l'Ordre Royal
& Militaire de Saint Louis , premier Lieutenant
au Régiment des Gardes Suiffes du
Roi ; dédiées à M. de Bachman , Major
dudit Régiment. Se vendent à Paris , chez
M. Huberty, rue des Deux - Ecus , au pigeon
blanc prix 7 livi 4 fols.
t
MÉTHODE raiſonnée pour paffer du violon
à la mandoline , & de l'archer à la
plume , ou le moyen für de jouer . fans
JUIN 1768. 173
maître , en peu de temps , par des fignes de
convention affortis à des exemples de
mufique facile ; contenant vingt - quatre
airs danfans à deux mandolines ; fix menuets
, avec accompagnement ;
deux duo ;
une fonate , avec la baffe , & plufieurs airs
connus variés. Par M. Léone , de Naples ,
Maître de mandoline de S. A. S. Mgr le
Duc de Chartres , Prince du Sang. Se vend
rue Saint- Honoré , vis-à- vis Saint- Honoré.
DEUX concerto de violon , avec des
cors & hautbois obligés ; de la compofition
de M. Frantzl, Ördinaire de la Mufique
de S. A. S. Mgr l'Electeur Palatin ;
fe vendent à Paris , aux adreffes ordinaires.
LES Larmes de l'Amour : quatre ariettes
avec la baffe ; par M. Bouvin : fe trouvent
chez l'Auteur , rue Montmartre , vis à- vis
Saint Eustache , chez le Teinturier , & aux
adreffes ordinaires de mufique : prix 12 f.
L'Oracle des Amans , cantatille nouvelle
, à voix feule , avec fymphonie ;
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
dédiée à Mgr le Comte de Noailles , Grand
d'Efpagne , & c. par M. Dellain , Ecrivain
de la Marine & des Claffes : prix 1 liv.
16 fols. Se vend à Paris , chez Mlle Caftagnery
, rue des Prouvaires , & aux adreffes
ordinaires à Nantes , chez M. Tanqueray,
grande rue ; & à Rouen , chez M. PAigle ,
rue des Carmes.
AIRS , ariettes & duo de la Vénitienne
comédie-ballet , repréfentée par l'Académie
Royale de Mufique , le vendredi 6
mai 1768 : la mufique par M. d'Auvergne ,
Surintendant de la Mufique du Roi. Prix
4'liv. 16 fols. Cet agréable recueil ſe vend
à Paris , chez l'Auteur , rue Saint - Honoré ,
au coin du Boulevard , à la falle de l'opéra
, & aux adreffes ordinaires.
Six fonates pour le violon feul , avec
accompagnement de baffe ; par M. de
Zimermann , Chevalier de l'Ordre Royal
& Militaire de Saint Louis , premier Lieutenant
au Régiment des Gardes Suiffes du
Roi ; dédiées à M. de Bachman , Major
dudit Régiment. Se vendent à Paris , chez
M. Huberty, rue des Deux - Ecus , au pigeon
blanc prix 7 livi 4 fols.
t
MÉTHODE raiſonnée pour paffer du violon
à la mandoline , & de l'archer à la
plume , ou le moyen für de jouer . fans
JUIN 1768. 173
maître , en peu de temps , par des fignes de
convention affortis à des exemples de
mufique facile ; contenant vingt - quatre
airs danfans à deux mandolines ; fix menuets
, avec accompagnement ;
deux duo ;
une fonate , avec la baffe , & plufieurs airs
connus variés. Par M. Léone , de Naples ,
Maître de mandoline de S. A. S. Mgr le
Duc de Chartres , Prince du Sang. Se vend
rue Saint- Honoré , vis-à- vis Saint- Honoré.
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Résumé : MUSIQUE.
En 1768, plusieurs publications musicales étaient disponibles à Paris et dans d'autres villes françaises. Parmi elles, deux concertos pour violon de M. Frantzl, musicien de l'Électeur Palatin, étaient en vente à Paris. Les 'Larmes de l'Amour', une série de quatre ariettes avec basse de M. Bouvin, étaient disponibles chez l'auteur et dans les magasins de musique parisiens. 'L'Oracle des Amants', une cantatille pour voix seule avec symphonie dédiée au Comte de Noailles, était composée par M. Dellain et se vendait à Paris, Nantes et Rouen. Les airs, ariettes et duos de la comédie-ballet vénitienne, représentée par l'Académie Royale de Musique le 6 mai 1768, avec musique de M. d'Auvergne, étaient également en vente. Six sonates pour violon avec accompagnement de basse de M. de Zimmermann, chevalier de l'Ordre de Saint-Louis, dédiées à M. de Bachman, étaient disponibles à Paris. Enfin, une méthode pour passer du violon à la mandoline, écrite par M. Léone, maître de mandoline du Duc de Chartres, était accessible rue Saint-Honoré.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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591
p. 174-193
OPÉRA.
Début :
Le vendredi, 6 mai, on a donné la première représentation de la Vénitienne, [...]
Mots clefs :
Amour, Coeur, Opéra, Plaisirs, Ardeur , Musique, Succès, Plaisir, Monologue, Théâtre, Noeuds, Divertissement, Air, Rôle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OPÉRA.
OPÉRA.
La vendredi , 6 mai , on a donné là
première repréſentation de la Vénitienne ,
comédie ballet en trois actes , poëme de
feu M. la Motte * , remis en mutique
par M. d'Auvergne , Surintendant de la
Mulique du Roi . Le fuccès de cet opéra
parut d'abord très - équivoque ; mais dans
parut
le cours des repréſentations fubféquentes ,
le public a femblé prendre plaifir à rendre
de plus en plus juftice aux talens reconnus
du célèbre Compofiteur qui n'a pas
craint de redonner l'être à ce drame , fufceptible
en effet des plus grandes beautés
muficales , quoique d'un genre à effuyer
bien des contradictions. L'impartialité que
nous nous faifons un devoir d'obferver
dans nos jugemens , nous oblige de conve
* Cet opéra , dont l'ancienne muſique eſt de
la Barre , fut joué , pour la première fois , le 26
mai 1705. On ne l'avoit point repris depuis .
JUIN 1768 . 175
nir que le fond de cer opéra , quelque,
faillantes qu'en foient les paroles , a feul
contribué à balancer les fuffrages. Nous
ne prétendons point attaquer le préjugé
établi en faveur des anciens poëmes ; mais
nous ne pouvons diffimuler que le goût ,
à force de mers délicats , eft devenu difficile
, & que , blâfé fur la magie de l'efprit
, il ne fe laiffe plus piquer que par
l'intérêt. Trop de refpect pour les anciennes
productions eft auffi nuifible au progrès
des lettres qu'une exceffive indulgence
pour les nouvelles. L'analyfe que nous
allons faire de la Vénitienne pourra peut- être
juftifier le peu d'accueil que le public lui
a fait le premier jour qu'elle a reparu.
ACTEURS.
ISABELLE ,
LEONORE ,
OCTAVE ,
Mde L'ARRIVÉE.
Mlle BEAU MESNIL.
M. LE GROS.
ISMÉNIDE, Dévinereffe , Mlle DUBOIS.
ZERBIN , valet d'O CTAVE
, M. L'ARRIVÉE.
SPINETTE , fuivante
d'ISABELLE , Mlle ROSALIE.
ACTE PREMIER.
La théâtre repréſente des jardins , &
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
dans l'éloignement la place de Saint-Marc
Léonore ouvre la fcène par ce monologue.
Tendres plaifirs , charmans amours ,
Ah ! que n'ai - je plutôt fenti votre puiffance !
Deviez -vous , dans l'indifférence ,
Laiffer couler mes plus beaux jours ?
Du moins gardons -nous bien d'éteindre
Les feux que dans mon coeur l'amour daigne
allumer :
Au lieu de m'en laiffer charmer ,
Falloit-il perdre , hélas ! tant de temps à les
craindre ?
Tendres plaifirs , &c.
La mufique de ce monologue , d'un
genre très- agréable , a été vivement fentie
& généralement applaudie. Isabelle furvient
avec Spinette , fa fuivante. Elle
accufe Léonore , qui eft fon amie , d'ingratitude
& de trahifon. Quoi ! lui ditelle
,
L'amant qui m'aimoit vous adore ,
Et votre coeur reçoit les infidèles voeux ?
Léonore la défabuſe , en s'expliquant
ainfi :
C'est dans les premiers jeux que me fit voir Octavež
Que la paix fortit de mon coeur.
Un inconnu fut mon vainqueur.
JUIN 1768. 177
D'un feul de fes regards mon coeur fut enchanté ;
Le mafque me cacha le refte de fes charmes.
· •
Il me parle à ces jeux que vous me reprochez.
Elle eſpère de voir enfin fes traits dans
le bal qui fe prépare . Cet aveu tranquilife
Ifabelle. Léonore la quitte en lui difant ,
au fujet d'Octave :
Je vais encor , par de nouveaux refus
Servir votre amour & ma flâme.
Ffabelle , dans la fcène qui fuit , apprend
à Spinette quel eft cet inconnu dont Léo
More s'eft éprife.
Lorfque de mon amant
Je vis l'inconftance fatale ,
Je le fuivis par-tout fous un déguisement
Qui m'a livré le coeur de ma rivale...
Elle charge Spinette d'obferver les pas
d'Octave & de l'inftruire de toutes fes
démarches. Spinette , feule , chante cette
ariette , que nous citons comme une des
plus agréables de cet opéra
De mille amans en vain nous recevons les voeux
On les perd fans retour en terminant leur peine
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Les perfides brifent leurs noeuds
Dès qu'ils ont formé notre chaîne.
On ne foupire long- temps ,
Que pour des beautés cruelles :
Les peines font les coeurs conftans ,
Les plaifirs font les infidèles.
Spinette entend venir Octave ; elle fe
cache pour l'obferver. Léonore rentre fur
la fcène avec lui : ils chantent un duo
contraſté dont la mufique eft d'un très - bel
effet . Léonore renvoye Octave à Ifabelle ,
& ne lui promet que des mépris. Il ne
paroît alarmé ni de fon courroux ni de
fon indifférence . Leur difpute eft interrompue
par l'arrivée d'une troupe de barquerolles
qui forment un divertiffement ,
dans lequel on applaudit , avec un plaifir
toujours nouveau , MM. Lani & Dauberval
, & Miles Allard & Peflin * . MM.
Malter & Le Grand , Mlle Mion & Dervieux
s'y diftinguent auffi & recueillent en
même temps des fuffrages unanimes. Les
* Nous obferverons ici , avec plaifir , que
Mlle Peflin , toujours applaudie avec juſtice , l'a
fur- tout été univerfellement dans le beau pas de
deux qu'elle danfe avec M. Dauberval ; & que les
foins & les avis de cet excellent Danfeur l'ont
mife au point de partager très -fouvent les éloges
que l'on doit toujours à Mlle Allard.
JUIN 1768. 179
19
airs de ce divertiffement , entr'autrès , ce- :
lui des barquerolles , compofé de huit
couplets , font honneur au goût & au
génie de M. d'Auvergne . Zerbin conduit
la fête , après laquelle Octave preffe encore
Léonore de fe rendre , & n'eft pas mieux
écouté qu'auparavant. Fatigué de fes méptis
, il fe difpofe à aller confulter Ifménide
, réfolu d'apprendre de cette Magicienne
quel fera le fuccès de fon amour.
Spinette, qui s'eft toujours tenue cachée
pour l'épier , reparoît dès qu'elle le voit
parti , & annonce qu'elle va révéler à fa
maîtreffe le deffein du perfide.
ACTE I I.
Le théâtre repréfente un antre éclairé
par une lampe. , Octave , déguifé en valet ,
& Zerbin en noble Vénitien , arrivent
près de l'antre d'Ifménide. Zerbin tremble
& chancéle à l'aspect de cette demeure
infernale. Il dit à fon maître , qui s'en apperçoit
:
Pour braver les périls où votre amour m'engage ,
J'ai voulu de Bacchus emprunter le fecours ;
Dans fa liqueur j'ai cherché du courage ,
Mais je fens bien que j'en manque toujours.
e.
L'objet du déguisement qu'Octave a
H vj
180 , MERCURE DE FRANCE.
pris & a fair prendre à Zerbin eft d'éprou
ver la fcience des deyins ; il veut voir s'il
s'y laifferont tromper . Il va les avertir &
oblige fon valet de refter feul devant la
caverne. Le jus de Bacchus dont Zerbin
a cru devoir s'enivrer , par une fage précaution,,
ne l'enhardit point ; au contraire ,
fa cervelle n'en eft que plus troublée. Il
croit voir des fpectres & des monftres
horribles , il croit entendre des cris & des
hurlemens affreux ; il s'imagine qu'un
géant furieux eft prêt à le frapper. Il fe
recommande à Bacchus ; il fe plaint que
ce Dieu ne lui ait prêté que d'impuiffantes
armes ; enfin il s'endort après avoir fait
fur les charmes du fommeil cette réflexion
que l'on pourroit trouver trop philofophique
pour un homme de fa forte & pour la
fituation où il fe trouve , mais qui n'en
préfente pas moins une vérité des plus
frappantes.
'
Que le fort des mortels eft' pen digne d'envie !
Les plus doux plaifirs de la vie ,
Sont de n'en point fentir les maux.
Tout ce monologue , qui commence par
un récitatif obligé , eft rendu par le muficien
d'une manière fublime . Ce morceau
& digne de la réputation de fon auteur ,
3JUIN • 180
1768.
eft un des plus beaux que l'on ait entendus
jufqu'ici fur ce théâtre. Ifabelle , voyant
Zerbin couvert des habits de fon maître
& le trouvant endormi , le prend pour
Octave. Son monologue , qui commence
auffi par un récitatif obligé , eft fuivi d'un
air de mouvement qui peint très - bien la
fureur qui l'agite. Elle va pour ôter le
poignard de Zerbin & s'en frapper ; il fe
réveille , elle le reconnoît ; il lui apprend
qu'Octave eft actuellement occupé à confulter
Ifménide fur fa nouvelle ardeur..
Ifabelle , appercevant fon amant qui fort
de l'antre avec la Devinereffe , dit en à
parte :
Je veux les écouter..
Leur difcours m'apprendra ce que je dois tenter.
Ifménide , accompagnée d'Octave , s'avance
avec une troupe de Devins & de
Devinereffes. Ifabelle les obferve fans être
vue. Octave , pour embarraffer Ifménide ,
lui parle ainfi :
Vous , pour qui l'avenir n'a rien d'impénétrable ,,
Qui des plus . fombres coeurs percez tous les détours
Vous favez qui de nous cherche votre fecours ,
M
IS MENIDE à part.
?
Malgré leur myſtère ,,
En les intimidant tâchons à juger d'eux..
&C
182 MERCURE DE FRANCE.
Elle obferve leurs mouvemens & continue
de la forte :
Les démons à ma voix vont paroître en ces lieux.
Pourrez- vous foutenir leur terrible préſence ?
OCTAVE.
Parlez , je ne crains rien .
ZERBIN.
Moi , je crains tout , ô dieux !
La fermeté du maître & la frayeur du
valet les décéle l'un & l'autre aux yeux de
la Devinereffe , qui dit à Octave , en montrant
Zerbin :
Vous me cherchez vous ſeul &vous êtes fon maître.
OCTAVE.
Vous favez quel deffein en ce lieu me conduit ?
ISMENIDE embarraffée.
Souvent. l'amour...
ZERBIN,
T
Ciel ! quel démon l'inftruit ?
IS MÉNID E.
L'amour vous fait fentir les plus rudes atteintes,
འ །
ZERBIN.
Chaque mot redouble mes craintes !
IS Li
JUIN 1768. 183
Ainfi la peur indifcrette de Zerbin ſeconde
l'adrefle d'Iſménide & l'aide à deviner
ce qui fe paffe dans le coeur d'Octave.
Il la prie de l'éclaircir fur le fort que le
Ciel réſerve à fon amour. Elle ordonne à
fes Miniftres de célébrer leurs affreux myftères.
Les Devins font leurs cérémonies
magiques. Les danfes font entremêlées de
chants. On remarque , dans ce divertiffement
, deux choeurs infernaux qui ne cédent
en rien à ceux même qui ont le plus
illuftré l'incomparable Rameau. Ifménide ,
après les cérémonies , fait éteindre les
Bambeaux & la lampe qui éclaire l'antre .
Elle prévient Octave qu'il va être inftruit
de fon fort. A la faveur de l'obfcurité
Ifabelle fort de l'endroit où elle étoit cachée
, & prononce elle -même cet oracle :
Octave , romps tes nouveaux fers ,
Je tiens le fer levé fur ton coeur infidèle ;
Cette nuit , avec moi , je t'entraîne aux enfers ,
Si ce jour ne te voit fous les loix d'Iſabelle.
Ifménide & les Devins , furpris de ce
qu'ils entendent , font eux - mêmes faifis
de frayeur & fortent précipitamment avec
Octave & Zerbin .
ISABELLE feule,
Toi , qui m'as infpirée , achève ton ouvrage ,
Amour ! c'eft à toi feul de me rendre un volage.
184 MERCURE DE FRANCE.
Rien n'eft plus ingénieux certainement
que l'idée de cette fcène & de la précédente
; mais on a trouvé que la magie
en étoit trop noire pour un drame qui
porte le titre de comédie- ballet. Il est vrai
qu'elle ne diffère point de celle de nos plus
fombres tragédies lyriques. La Devinereffe
s'y préfente avec tout l'appareil effrayant
des Circe & des Médée. Cependant , en
réfléchiffant fur l'intrigue de ce poëme ,
il eft facile de fentir que , fi l'Auteur eût
voulu répandre fur fa magie des nuances
plus gaies , il eût manqué tout l'effet de
fes deux fcènes. La teinte qu'il a prife
étoit abfolument néceffaire au fil de fon
action qu'il a développée avec un art infini.
La richeffe d'invention qui brille dans cet
acte eft demeurée en pure perte pour lui
faute d'avoir mieux concilié l'intérêt des
fpectateurs avec celui de fes perfonnages.
Le fujet de la confultation d'Octave eft trop
peu grave pour une fi grande profufion
de couleurs fombres. D'ailleurs , le mêlange
de férieux , de comique & de tragique
déplaît toujours partout où il fe
Trouve. Les plaifanteries de Zerbin devant
une Magicienne de l'afpect le plus redou
table n'ont point été goûtées. On ne s'eft.
point prêté à la néceffité de ces difparates
pour le jeu de l'action. Ce qui prouve que
JUIN 1768 . 185
1
ce n'eft pas toujours par les effets du génie
que l'on réuffit à plaire.
Le ballet de cet acte , qui eft de la compofition
de M. Laval , & dans lequel il
danfe lui-même avec une force & une
vivacité qui le laiffent fans rivaux dans ce
genre , eft très-bien exécuté.
ACTE I I I.
Le théâtre repréfente un fallon préparé
pour un bal. Léonore feule commence
l'acte par cet air , dont les paroles charmantes
ne font pas exprimées par la mufique
avec des grâces moins piquantes.
Quand je revois l'objet de mes amours ,
Le temps s'enfuit d'une viteffe extrême ;
Mais , hélas il fufpend fon cours ,
Quand je ne vois plus ce que j'aime,
O temps fervez mieux nos defirs ;
Réparez de l'amour les rigueurs inhumaines
Arrêtez-vous pour fixer les plaifirs ,
Volez pour abréger les peines.
Octave revient encore lui parler d'a
mour.
L'amour feul ( lui dit- il ) peut nous fatisfaire
Le plus doux plaifir eft d'aimer ,
Et le plus fenfible eft de plaire.
186 MERCURE DE FRANCE.
-
Ifabelle , mafquée & déguifée en Vénitien
, paroît avec une troupe de mafques.
Léonore , qui reconnoît en elle l'objet dont
elle eft préoccupée , ne cherche plus qu'à
éloigner Octave . Elle le charge d'aller
avertir Ifabelle que les jeux font prêts.
OCTAVE.
Eh ! pourquoi voulez - vous qu'elle foit de ces jeux?
LÉONORE.
Allez , vous dis - je , je le veux ;
Et ne revenez pas fans elle .
OCTAVE , à part.
Quels foupçons viennent m'agiter !
Demeurons , & fachons s'il s'y faut arrêter.
Ifabelle , en s'amufant de la méprife de
Léonore , continue de lui faire la cour.
Son déguiſement donne lieu aux équivoques
les plus ingénieufes. Léonore l'engage
a fe démafquer , & les refus d'Ifabelle ont
l'air de partir d'une modeftie outrée. Léonore
en prend occafion de l'accufer de ne
vouloir que fe divertir à fes dépens , ce
qu'elle lui fait entendre par ce vers :
Vos refus ne font voir qu'une ardeur bien légère.
JUIN 1768. 187
ISABELLE.
Mon coeur brûle de mille feux ,
La conftance & l'amour y triomphent enſemble.
Non , dans tout l'empire amoureux ,
Vous ne trouverez point d'amant qui me reffemble.
Elle ajoute qu'elle craint qu'Octave ne
la féchiffe , ce qui foutient toujours le
ton d'équivoque dont Léonore eft la dupe .
Elle répond à Iſabelle :
N'êtes-vous pas le feul de qui l'ardeur m'enchante
?
Je voudrois être encor mille fois plus charmante;
Mais je voudrois ne l'être qu'a vos yeux.
Cette scène est terminée par un trèsjoli
duo où elles fe jurent une ardeur
éternelle. Octave , furieux . fe montre dans
le moment & fait à Léonore tous les reproches
que la colère peut dicter.
ISABELL B.
Calmez le tranſport qui vous guide.
Peut-être qu'Isabelle eſt cachée en ces lieux :
Ne rougirez - vous point de montrer à les yeux
Ce défefpoir perfide ?
Octave , outré de fe voir plaifanter par
188 MERCURE DE FRANCE.
un rival , menace de le tuer. Léonore ;
effrayée , veut l'appaifer. Sa colère n'en
devient que plus forte , ce qui oblige Ifabelle
de fe faire reconnoître. En ôtant fon
mafque d'une main , & de l'autre tirant
fon poignard , elle lui dit :
Connois- moi donc , perfide , & frappè , fi tu
l'ofes.
LÉONORE & OCTAVE,
Que vois-je ?
LÉONORE.
Amour ! à quels maux tu m'expoſes !
Elle fort. Ifabelle , reftée feule avec
Octave , ne met plus de bornes à fon dépit.
L'habit qu'elle porte lui infpire un courage
héroïque. De l'air le plus impétueux
& le plus décidé , ollo adreffe ce difcours
à Octave :
Qui te retient , ingrat ? fui ton reffentiment.
Sois mon vainqueur ou ma victime ;
Que l'un de nous périffe en ce moment .
Perfide ! vien combler ton crime ,
Ou recevoir ton châtiment.
Octave ne fait que répondre à ce défi .
Elle prend enfuite un ton plus doux &
JUIN 1768. 189
l'invite à reprendre fes premiers noeuds.
Touché de tant d'amour , il ne peut réfifter
à la flamme qu'il fent renaître pour
elle dans fon coeur. Ils fe réconcilient , &
le bal commence . Ifabelle , Octave & Zerbin
chantent chacun une ariette pendant la
fête , dans laquelle danfent M. Gardel ,
Miles Guimard , & Affelin , avec tous
les applaudiffemens qu'ils font dans
l'habitude de recueillir. MM. Lani &
Dauberval , & Miles Allard & Peflin y
exécutent auffi , en pas de quatre , une
pantomime de Tirrolois . La célébrité des
talens de ces quatre fujets nous difpenfe
d'en faire l'éloge . Le divertiffement eft
terminé par une contredanfe à laquelle fe
joint le pas de quatre ci -deffus.
On peut juger par cet extrait que le
dénouement de ce poëme n'étoit point
affez heureux pour exciter de grands applaudiffemens.
Léonore eft une jeune perfonne
aimable , douce & tendre , dont le
coeur ne fent rien pour Octave , mais s'eſt
laiffé prévenir en faveur d'un objet qui ,
quoique fous le mafque , n'en a pas moins
eu le fecret de lui plaire . N'étant ni fourbe ,
ni coquette , ni fière , ni envieuſe , elle ne
mérite point d'être la victime de la ſupercherie
d'Ifabelle. On ne fauroit non plus
pardonner à celle- ci le tour qu'elle joue à
190 MERCURE DE FRANCE.
"
fon amie. Cette méchanceté détruit tout
l'intérêt que l'on pourroit prendre à l'injure
que lui fait fon amant , & empêche
que l'on ne partage fon bonheur lorfqu'elle
l'a ramené dans fes fers. Octave , de fon
côté , revient à elle dans une circonſtance
très- défavorable. On ne peut lui favoir
gré de l'oubli fubit qu'il fait de Léonore
il femble qu'il ait encore peur du poignard
dont Habelle l'a menacé.
La prompte fuite de Léonore` , en reconnoiffant
Ifabelle , toute naturelle qu'elle
étoit , excitoit toujours des rumeurs. On
a cru devoir remédier à ce défaut en changeant
ainfi le dénouement. On fait refter
Léonore après qu'elle a dit :
Amour à quels maux tu m'expoſes !
Et c'est devant elle qu'Ifabelle dit à
Odave :
Qui te retient , ingrat , &c.
A recevoir ton châtiment,
LÉONORE à ISABELLE.
Qu'un fentiment plus doux déformais vous anime.
Sous ce déguisement vous furprîtes mon coeur;
Pour m'en venger je veux votre bonheur.
( Montrant Octave. )
Rendez-lui votre amour , & mon âme eſt contente.
1
JUIN 1768. 191
OCTAVE À ISABELLE.
Ah ! fuis-je digne encor de vous offrir des voeux ?
ISABELLE.
Je devrois te punir d'avoir trahi més feux ;
Mais je fens malgré moi ma colère mourante,
Rens le calme à mon coeur , reprens tes premiers
noeuds.
Ne vois en moi qu'une fidèle amante ;
N'y vois plus de rival heureux.
OCTAVE.
Tant d'amour pénétre mon âme.
Plus charmé que jamais je tombe à vos genoux ;
Accordez le pardon d'une infidèle flâme ,
A celle dont mon coeur brûle à jamais pour vous.
ISABELLE.
Ah ! je fuis trop heureuſe !
Остаув .
Adorable Ifabelle !
LÉONORE.
Vous m'enchantez par des tranfports fi doux !
Les Interlocuteurs reprennent en trio le
joli duo qu'Isabelle & Léonore ont chanté
192 MERCURE DE FRANCE.
dans la fcène III de cet acte , & que nous
tranfcritons ici.
LÉONORE.
Suivez l'amour qui vous appelle .
ISABELLE à OCTAVE.
Il enchaîne nos coeurs de fes noeuds les plus beaux;
LEONORE.
Que votre ardeur foit éternelle.
ISABELLE & OCTAV E.
Que notre ardeur foit éternelle ,
Et nos plaifirs toujours nouveaux .
Il n'eft pas étonnant que les détails charmans
dont cet ouvrage eft rempli aient féduit
M. Dauvergne à la lecture , & il eſt
très -excufable de s'être aveuglé fur fes défauts
; mais il y a tout lieu d'efpérer que
les beautés de la mufique , plus admirée
de jour en jour , répareront fuffisamment
les torts du Poëte."
Depuis qu'on joue cet opéra , Mile Rofalie
a quitté le rôle de Spinette qu'elle a
chanté avec autant d'agrément & de lége
reté , qu'elle a mis de fineffe & de vérité
dans celui de Léonore , où elle a remplacé
Mlle Beauménil qui a été forcée de quitter
par
JUIN 1768 . 123
་
par une indifpofition qui l'empêche encore
de reparoître.
Mile Ritter a remplacé Mlle Rofaliedans
le rôle de Spinette , & n'a point démenti
le fuccès qu'elle a eu lors de fon
début .
Mlle Dubois , à la feconde repréfentation
, a été remplacée par Mlle Duplan
dans le rôle d'Ifménide ; & M. Larrivée
par MM . Durand & Caffagnade dans celuž
de Zerbin.
Mlle Duranci chante maintenant , avec
beaucoup de fuccès , le rôle d'Iſabelle que
Mde l'Arrivée a quitté pour s'occuper de
celui d'Alcimadure , dont on répéte l'opéra ,
traduit en françois par M. de Mondonville ,
auteur de la mufique , & que
l'on compte
donner mardi7 de ce mois , pour la première
fois.
La vendredi , 6 mai , on a donné là
première repréſentation de la Vénitienne ,
comédie ballet en trois actes , poëme de
feu M. la Motte * , remis en mutique
par M. d'Auvergne , Surintendant de la
Mulique du Roi . Le fuccès de cet opéra
parut d'abord très - équivoque ; mais dans
parut
le cours des repréſentations fubféquentes ,
le public a femblé prendre plaifir à rendre
de plus en plus juftice aux talens reconnus
du célèbre Compofiteur qui n'a pas
craint de redonner l'être à ce drame , fufceptible
en effet des plus grandes beautés
muficales , quoique d'un genre à effuyer
bien des contradictions. L'impartialité que
nous nous faifons un devoir d'obferver
dans nos jugemens , nous oblige de conve
* Cet opéra , dont l'ancienne muſique eſt de
la Barre , fut joué , pour la première fois , le 26
mai 1705. On ne l'avoit point repris depuis .
JUIN 1768 . 175
nir que le fond de cer opéra , quelque,
faillantes qu'en foient les paroles , a feul
contribué à balancer les fuffrages. Nous
ne prétendons point attaquer le préjugé
établi en faveur des anciens poëmes ; mais
nous ne pouvons diffimuler que le goût ,
à force de mers délicats , eft devenu difficile
, & que , blâfé fur la magie de l'efprit
, il ne fe laiffe plus piquer que par
l'intérêt. Trop de refpect pour les anciennes
productions eft auffi nuifible au progrès
des lettres qu'une exceffive indulgence
pour les nouvelles. L'analyfe que nous
allons faire de la Vénitienne pourra peut- être
juftifier le peu d'accueil que le public lui
a fait le premier jour qu'elle a reparu.
ACTEURS.
ISABELLE ,
LEONORE ,
OCTAVE ,
Mde L'ARRIVÉE.
Mlle BEAU MESNIL.
M. LE GROS.
ISMÉNIDE, Dévinereffe , Mlle DUBOIS.
ZERBIN , valet d'O CTAVE
, M. L'ARRIVÉE.
SPINETTE , fuivante
d'ISABELLE , Mlle ROSALIE.
ACTE PREMIER.
La théâtre repréſente des jardins , &
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
dans l'éloignement la place de Saint-Marc
Léonore ouvre la fcène par ce monologue.
Tendres plaifirs , charmans amours ,
Ah ! que n'ai - je plutôt fenti votre puiffance !
Deviez -vous , dans l'indifférence ,
Laiffer couler mes plus beaux jours ?
Du moins gardons -nous bien d'éteindre
Les feux que dans mon coeur l'amour daigne
allumer :
Au lieu de m'en laiffer charmer ,
Falloit-il perdre , hélas ! tant de temps à les
craindre ?
Tendres plaifirs , &c.
La mufique de ce monologue , d'un
genre très- agréable , a été vivement fentie
& généralement applaudie. Isabelle furvient
avec Spinette , fa fuivante. Elle
accufe Léonore , qui eft fon amie , d'ingratitude
& de trahifon. Quoi ! lui ditelle
,
L'amant qui m'aimoit vous adore ,
Et votre coeur reçoit les infidèles voeux ?
Léonore la défabuſe , en s'expliquant
ainfi :
C'est dans les premiers jeux que me fit voir Octavež
Que la paix fortit de mon coeur.
Un inconnu fut mon vainqueur.
JUIN 1768. 177
D'un feul de fes regards mon coeur fut enchanté ;
Le mafque me cacha le refte de fes charmes.
· •
Il me parle à ces jeux que vous me reprochez.
Elle eſpère de voir enfin fes traits dans
le bal qui fe prépare . Cet aveu tranquilife
Ifabelle. Léonore la quitte en lui difant ,
au fujet d'Octave :
Je vais encor , par de nouveaux refus
Servir votre amour & ma flâme.
Ffabelle , dans la fcène qui fuit , apprend
à Spinette quel eft cet inconnu dont Léo
More s'eft éprife.
Lorfque de mon amant
Je vis l'inconftance fatale ,
Je le fuivis par-tout fous un déguisement
Qui m'a livré le coeur de ma rivale...
Elle charge Spinette d'obferver les pas
d'Octave & de l'inftruire de toutes fes
démarches. Spinette , feule , chante cette
ariette , que nous citons comme une des
plus agréables de cet opéra
De mille amans en vain nous recevons les voeux
On les perd fans retour en terminant leur peine
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Les perfides brifent leurs noeuds
Dès qu'ils ont formé notre chaîne.
On ne foupire long- temps ,
Que pour des beautés cruelles :
Les peines font les coeurs conftans ,
Les plaifirs font les infidèles.
Spinette entend venir Octave ; elle fe
cache pour l'obferver. Léonore rentre fur
la fcène avec lui : ils chantent un duo
contraſté dont la mufique eft d'un très - bel
effet . Léonore renvoye Octave à Ifabelle ,
& ne lui promet que des mépris. Il ne
paroît alarmé ni de fon courroux ni de
fon indifférence . Leur difpute eft interrompue
par l'arrivée d'une troupe de barquerolles
qui forment un divertiffement ,
dans lequel on applaudit , avec un plaifir
toujours nouveau , MM. Lani & Dauberval
, & Miles Allard & Peflin * . MM.
Malter & Le Grand , Mlle Mion & Dervieux
s'y diftinguent auffi & recueillent en
même temps des fuffrages unanimes. Les
* Nous obferverons ici , avec plaifir , que
Mlle Peflin , toujours applaudie avec juſtice , l'a
fur- tout été univerfellement dans le beau pas de
deux qu'elle danfe avec M. Dauberval ; & que les
foins & les avis de cet excellent Danfeur l'ont
mife au point de partager très -fouvent les éloges
que l'on doit toujours à Mlle Allard.
JUIN 1768. 179
19
airs de ce divertiffement , entr'autrès , ce- :
lui des barquerolles , compofé de huit
couplets , font honneur au goût & au
génie de M. d'Auvergne . Zerbin conduit
la fête , après laquelle Octave preffe encore
Léonore de fe rendre , & n'eft pas mieux
écouté qu'auparavant. Fatigué de fes méptis
, il fe difpofe à aller confulter Ifménide
, réfolu d'apprendre de cette Magicienne
quel fera le fuccès de fon amour.
Spinette, qui s'eft toujours tenue cachée
pour l'épier , reparoît dès qu'elle le voit
parti , & annonce qu'elle va révéler à fa
maîtreffe le deffein du perfide.
ACTE I I.
Le théâtre repréfente un antre éclairé
par une lampe. , Octave , déguifé en valet ,
& Zerbin en noble Vénitien , arrivent
près de l'antre d'Ifménide. Zerbin tremble
& chancéle à l'aspect de cette demeure
infernale. Il dit à fon maître , qui s'en apperçoit
:
Pour braver les périls où votre amour m'engage ,
J'ai voulu de Bacchus emprunter le fecours ;
Dans fa liqueur j'ai cherché du courage ,
Mais je fens bien que j'en manque toujours.
e.
L'objet du déguisement qu'Octave a
H vj
180 , MERCURE DE FRANCE.
pris & a fair prendre à Zerbin eft d'éprou
ver la fcience des deyins ; il veut voir s'il
s'y laifferont tromper . Il va les avertir &
oblige fon valet de refter feul devant la
caverne. Le jus de Bacchus dont Zerbin
a cru devoir s'enivrer , par une fage précaution,,
ne l'enhardit point ; au contraire ,
fa cervelle n'en eft que plus troublée. Il
croit voir des fpectres & des monftres
horribles , il croit entendre des cris & des
hurlemens affreux ; il s'imagine qu'un
géant furieux eft prêt à le frapper. Il fe
recommande à Bacchus ; il fe plaint que
ce Dieu ne lui ait prêté que d'impuiffantes
armes ; enfin il s'endort après avoir fait
fur les charmes du fommeil cette réflexion
que l'on pourroit trouver trop philofophique
pour un homme de fa forte & pour la
fituation où il fe trouve , mais qui n'en
préfente pas moins une vérité des plus
frappantes.
'
Que le fort des mortels eft' pen digne d'envie !
Les plus doux plaifirs de la vie ,
Sont de n'en point fentir les maux.
Tout ce monologue , qui commence par
un récitatif obligé , eft rendu par le muficien
d'une manière fublime . Ce morceau
& digne de la réputation de fon auteur ,
3JUIN • 180
1768.
eft un des plus beaux que l'on ait entendus
jufqu'ici fur ce théâtre. Ifabelle , voyant
Zerbin couvert des habits de fon maître
& le trouvant endormi , le prend pour
Octave. Son monologue , qui commence
auffi par un récitatif obligé , eft fuivi d'un
air de mouvement qui peint très - bien la
fureur qui l'agite. Elle va pour ôter le
poignard de Zerbin & s'en frapper ; il fe
réveille , elle le reconnoît ; il lui apprend
qu'Octave eft actuellement occupé à confulter
Ifménide fur fa nouvelle ardeur..
Ifabelle , appercevant fon amant qui fort
de l'antre avec la Devinereffe , dit en à
parte :
Je veux les écouter..
Leur difcours m'apprendra ce que je dois tenter.
Ifménide , accompagnée d'Octave , s'avance
avec une troupe de Devins & de
Devinereffes. Ifabelle les obferve fans être
vue. Octave , pour embarraffer Ifménide ,
lui parle ainfi :
Vous , pour qui l'avenir n'a rien d'impénétrable ,,
Qui des plus . fombres coeurs percez tous les détours
Vous favez qui de nous cherche votre fecours ,
M
IS MENIDE à part.
?
Malgré leur myſtère ,,
En les intimidant tâchons à juger d'eux..
&C
182 MERCURE DE FRANCE.
Elle obferve leurs mouvemens & continue
de la forte :
Les démons à ma voix vont paroître en ces lieux.
Pourrez- vous foutenir leur terrible préſence ?
OCTAVE.
Parlez , je ne crains rien .
ZERBIN.
Moi , je crains tout , ô dieux !
La fermeté du maître & la frayeur du
valet les décéle l'un & l'autre aux yeux de
la Devinereffe , qui dit à Octave , en montrant
Zerbin :
Vous me cherchez vous ſeul &vous êtes fon maître.
OCTAVE.
Vous favez quel deffein en ce lieu me conduit ?
ISMENIDE embarraffée.
Souvent. l'amour...
ZERBIN,
T
Ciel ! quel démon l'inftruit ?
IS MÉNID E.
L'amour vous fait fentir les plus rudes atteintes,
འ །
ZERBIN.
Chaque mot redouble mes craintes !
IS Li
JUIN 1768. 183
Ainfi la peur indifcrette de Zerbin ſeconde
l'adrefle d'Iſménide & l'aide à deviner
ce qui fe paffe dans le coeur d'Octave.
Il la prie de l'éclaircir fur le fort que le
Ciel réſerve à fon amour. Elle ordonne à
fes Miniftres de célébrer leurs affreux myftères.
Les Devins font leurs cérémonies
magiques. Les danfes font entremêlées de
chants. On remarque , dans ce divertiffement
, deux choeurs infernaux qui ne cédent
en rien à ceux même qui ont le plus
illuftré l'incomparable Rameau. Ifménide ,
après les cérémonies , fait éteindre les
Bambeaux & la lampe qui éclaire l'antre .
Elle prévient Octave qu'il va être inftruit
de fon fort. A la faveur de l'obfcurité
Ifabelle fort de l'endroit où elle étoit cachée
, & prononce elle -même cet oracle :
Octave , romps tes nouveaux fers ,
Je tiens le fer levé fur ton coeur infidèle ;
Cette nuit , avec moi , je t'entraîne aux enfers ,
Si ce jour ne te voit fous les loix d'Iſabelle.
Ifménide & les Devins , furpris de ce
qu'ils entendent , font eux - mêmes faifis
de frayeur & fortent précipitamment avec
Octave & Zerbin .
ISABELLE feule,
Toi , qui m'as infpirée , achève ton ouvrage ,
Amour ! c'eft à toi feul de me rendre un volage.
184 MERCURE DE FRANCE.
Rien n'eft plus ingénieux certainement
que l'idée de cette fcène & de la précédente
; mais on a trouvé que la magie
en étoit trop noire pour un drame qui
porte le titre de comédie- ballet. Il est vrai
qu'elle ne diffère point de celle de nos plus
fombres tragédies lyriques. La Devinereffe
s'y préfente avec tout l'appareil effrayant
des Circe & des Médée. Cependant , en
réfléchiffant fur l'intrigue de ce poëme ,
il eft facile de fentir que , fi l'Auteur eût
voulu répandre fur fa magie des nuances
plus gaies , il eût manqué tout l'effet de
fes deux fcènes. La teinte qu'il a prife
étoit abfolument néceffaire au fil de fon
action qu'il a développée avec un art infini.
La richeffe d'invention qui brille dans cet
acte eft demeurée en pure perte pour lui
faute d'avoir mieux concilié l'intérêt des
fpectateurs avec celui de fes perfonnages.
Le fujet de la confultation d'Octave eft trop
peu grave pour une fi grande profufion
de couleurs fombres. D'ailleurs , le mêlange
de férieux , de comique & de tragique
déplaît toujours partout où il fe
Trouve. Les plaifanteries de Zerbin devant
une Magicienne de l'afpect le plus redou
table n'ont point été goûtées. On ne s'eft.
point prêté à la néceffité de ces difparates
pour le jeu de l'action. Ce qui prouve que
JUIN 1768 . 185
1
ce n'eft pas toujours par les effets du génie
que l'on réuffit à plaire.
Le ballet de cet acte , qui eft de la compofition
de M. Laval , & dans lequel il
danfe lui-même avec une force & une
vivacité qui le laiffent fans rivaux dans ce
genre , eft très-bien exécuté.
ACTE I I I.
Le théâtre repréfente un fallon préparé
pour un bal. Léonore feule commence
l'acte par cet air , dont les paroles charmantes
ne font pas exprimées par la mufique
avec des grâces moins piquantes.
Quand je revois l'objet de mes amours ,
Le temps s'enfuit d'une viteffe extrême ;
Mais , hélas il fufpend fon cours ,
Quand je ne vois plus ce que j'aime,
O temps fervez mieux nos defirs ;
Réparez de l'amour les rigueurs inhumaines
Arrêtez-vous pour fixer les plaifirs ,
Volez pour abréger les peines.
Octave revient encore lui parler d'a
mour.
L'amour feul ( lui dit- il ) peut nous fatisfaire
Le plus doux plaifir eft d'aimer ,
Et le plus fenfible eft de plaire.
186 MERCURE DE FRANCE.
-
Ifabelle , mafquée & déguifée en Vénitien
, paroît avec une troupe de mafques.
Léonore , qui reconnoît en elle l'objet dont
elle eft préoccupée , ne cherche plus qu'à
éloigner Octave . Elle le charge d'aller
avertir Ifabelle que les jeux font prêts.
OCTAVE.
Eh ! pourquoi voulez - vous qu'elle foit de ces jeux?
LÉONORE.
Allez , vous dis - je , je le veux ;
Et ne revenez pas fans elle .
OCTAVE , à part.
Quels foupçons viennent m'agiter !
Demeurons , & fachons s'il s'y faut arrêter.
Ifabelle , en s'amufant de la méprife de
Léonore , continue de lui faire la cour.
Son déguiſement donne lieu aux équivoques
les plus ingénieufes. Léonore l'engage
a fe démafquer , & les refus d'Ifabelle ont
l'air de partir d'une modeftie outrée. Léonore
en prend occafion de l'accufer de ne
vouloir que fe divertir à fes dépens , ce
qu'elle lui fait entendre par ce vers :
Vos refus ne font voir qu'une ardeur bien légère.
JUIN 1768. 187
ISABELLE.
Mon coeur brûle de mille feux ,
La conftance & l'amour y triomphent enſemble.
Non , dans tout l'empire amoureux ,
Vous ne trouverez point d'amant qui me reffemble.
Elle ajoute qu'elle craint qu'Octave ne
la féchiffe , ce qui foutient toujours le
ton d'équivoque dont Léonore eft la dupe .
Elle répond à Iſabelle :
N'êtes-vous pas le feul de qui l'ardeur m'enchante
?
Je voudrois être encor mille fois plus charmante;
Mais je voudrois ne l'être qu'a vos yeux.
Cette scène est terminée par un trèsjoli
duo où elles fe jurent une ardeur
éternelle. Octave , furieux . fe montre dans
le moment & fait à Léonore tous les reproches
que la colère peut dicter.
ISABELL B.
Calmez le tranſport qui vous guide.
Peut-être qu'Isabelle eſt cachée en ces lieux :
Ne rougirez - vous point de montrer à les yeux
Ce défefpoir perfide ?
Octave , outré de fe voir plaifanter par
188 MERCURE DE FRANCE.
un rival , menace de le tuer. Léonore ;
effrayée , veut l'appaifer. Sa colère n'en
devient que plus forte , ce qui oblige Ifabelle
de fe faire reconnoître. En ôtant fon
mafque d'une main , & de l'autre tirant
fon poignard , elle lui dit :
Connois- moi donc , perfide , & frappè , fi tu
l'ofes.
LÉONORE & OCTAVE,
Que vois-je ?
LÉONORE.
Amour ! à quels maux tu m'expoſes !
Elle fort. Ifabelle , reftée feule avec
Octave , ne met plus de bornes à fon dépit.
L'habit qu'elle porte lui infpire un courage
héroïque. De l'air le plus impétueux
& le plus décidé , ollo adreffe ce difcours
à Octave :
Qui te retient , ingrat ? fui ton reffentiment.
Sois mon vainqueur ou ma victime ;
Que l'un de nous périffe en ce moment .
Perfide ! vien combler ton crime ,
Ou recevoir ton châtiment.
Octave ne fait que répondre à ce défi .
Elle prend enfuite un ton plus doux &
JUIN 1768. 189
l'invite à reprendre fes premiers noeuds.
Touché de tant d'amour , il ne peut réfifter
à la flamme qu'il fent renaître pour
elle dans fon coeur. Ils fe réconcilient , &
le bal commence . Ifabelle , Octave & Zerbin
chantent chacun une ariette pendant la
fête , dans laquelle danfent M. Gardel ,
Miles Guimard , & Affelin , avec tous
les applaudiffemens qu'ils font dans
l'habitude de recueillir. MM. Lani &
Dauberval , & Miles Allard & Peflin y
exécutent auffi , en pas de quatre , une
pantomime de Tirrolois . La célébrité des
talens de ces quatre fujets nous difpenfe
d'en faire l'éloge . Le divertiffement eft
terminé par une contredanfe à laquelle fe
joint le pas de quatre ci -deffus.
On peut juger par cet extrait que le
dénouement de ce poëme n'étoit point
affez heureux pour exciter de grands applaudiffemens.
Léonore eft une jeune perfonne
aimable , douce & tendre , dont le
coeur ne fent rien pour Octave , mais s'eſt
laiffé prévenir en faveur d'un objet qui ,
quoique fous le mafque , n'en a pas moins
eu le fecret de lui plaire . N'étant ni fourbe ,
ni coquette , ni fière , ni envieuſe , elle ne
mérite point d'être la victime de la ſupercherie
d'Ifabelle. On ne fauroit non plus
pardonner à celle- ci le tour qu'elle joue à
190 MERCURE DE FRANCE.
"
fon amie. Cette méchanceté détruit tout
l'intérêt que l'on pourroit prendre à l'injure
que lui fait fon amant , & empêche
que l'on ne partage fon bonheur lorfqu'elle
l'a ramené dans fes fers. Octave , de fon
côté , revient à elle dans une circonſtance
très- défavorable. On ne peut lui favoir
gré de l'oubli fubit qu'il fait de Léonore
il femble qu'il ait encore peur du poignard
dont Habelle l'a menacé.
La prompte fuite de Léonore` , en reconnoiffant
Ifabelle , toute naturelle qu'elle
étoit , excitoit toujours des rumeurs. On
a cru devoir remédier à ce défaut en changeant
ainfi le dénouement. On fait refter
Léonore après qu'elle a dit :
Amour à quels maux tu m'expoſes !
Et c'est devant elle qu'Ifabelle dit à
Odave :
Qui te retient , ingrat , &c.
A recevoir ton châtiment,
LÉONORE à ISABELLE.
Qu'un fentiment plus doux déformais vous anime.
Sous ce déguisement vous furprîtes mon coeur;
Pour m'en venger je veux votre bonheur.
( Montrant Octave. )
Rendez-lui votre amour , & mon âme eſt contente.
1
JUIN 1768. 191
OCTAVE À ISABELLE.
Ah ! fuis-je digne encor de vous offrir des voeux ?
ISABELLE.
Je devrois te punir d'avoir trahi més feux ;
Mais je fens malgré moi ma colère mourante,
Rens le calme à mon coeur , reprens tes premiers
noeuds.
Ne vois en moi qu'une fidèle amante ;
N'y vois plus de rival heureux.
OCTAVE.
Tant d'amour pénétre mon âme.
Plus charmé que jamais je tombe à vos genoux ;
Accordez le pardon d'une infidèle flâme ,
A celle dont mon coeur brûle à jamais pour vous.
ISABELLE.
Ah ! je fuis trop heureuſe !
Остаув .
Adorable Ifabelle !
LÉONORE.
Vous m'enchantez par des tranfports fi doux !
Les Interlocuteurs reprennent en trio le
joli duo qu'Isabelle & Léonore ont chanté
192 MERCURE DE FRANCE.
dans la fcène III de cet acte , & que nous
tranfcritons ici.
LÉONORE.
Suivez l'amour qui vous appelle .
ISABELLE à OCTAVE.
Il enchaîne nos coeurs de fes noeuds les plus beaux;
LEONORE.
Que votre ardeur foit éternelle.
ISABELLE & OCTAV E.
Que notre ardeur foit éternelle ,
Et nos plaifirs toujours nouveaux .
Il n'eft pas étonnant que les détails charmans
dont cet ouvrage eft rempli aient féduit
M. Dauvergne à la lecture , & il eſt
très -excufable de s'être aveuglé fur fes défauts
; mais il y a tout lieu d'efpérer que
les beautés de la mufique , plus admirée
de jour en jour , répareront fuffisamment
les torts du Poëte."
Depuis qu'on joue cet opéra , Mile Rofalie
a quitté le rôle de Spinette qu'elle a
chanté avec autant d'agrément & de lége
reté , qu'elle a mis de fineffe & de vérité
dans celui de Léonore , où elle a remplacé
Mlle Beauménil qui a été forcée de quitter
par
JUIN 1768 . 123
་
par une indifpofition qui l'empêche encore
de reparoître.
Mile Ritter a remplacé Mlle Rofaliedans
le rôle de Spinette , & n'a point démenti
le fuccès qu'elle a eu lors de fon
début .
Mlle Dubois , à la feconde repréfentation
, a été remplacée par Mlle Duplan
dans le rôle d'Ifménide ; & M. Larrivée
par MM . Durand & Caffagnade dans celuž
de Zerbin.
Mlle Duranci chante maintenant , avec
beaucoup de fuccès , le rôle d'Iſabelle que
Mde l'Arrivée a quitté pour s'occuper de
celui d'Alcimadure , dont on répéte l'opéra ,
traduit en françois par M. de Mondonville ,
auteur de la mufique , & que
l'on compte
donner mardi7 de ce mois , pour la première
fois.
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Résumé : OPÉRA.
Le 6 mai, la première représentation de 'La Vénitienne', comédie-ballet en trois actes, a eu lieu. Le poème original de La Motte a été réorchestré par M. d'Auvergne. Initialement, le succès de l'opéra était incertain, mais le public a progressivement apprécié les talents du compositeur. L'opéra, joué pour la première fois en 1705, n'avait pas été repris depuis. Malgré des paroles imparfaites, le fond de l'œuvre a contribué à équilibrer les avis. Le texte met en garde contre le respect excessif des anciennes productions et l'indulgence excessive envers les nouvelles. L'opéra raconte l'histoire d'Isabelle, Léonore, Octave et leurs serviteurs. Léonore regrette d'avoir tardé à céder à l'amour. Isabelle accuse Léonore d'infidélité, mais Léonore explique aimer un inconnu rencontré lors de jeux. Isabelle, déguisée, a séduit cet inconnu, qui est Octave. Spinette, la suivante d'Isabelle, observe Octave et Léonore. Léonore repousse Octave, qui consulte alors la devineresse Isménide. Spinette informe Isabelle des intentions d'Octave. Dans le second acte, Octave et Zerbin, déguisés, se rendent chez Isménide. Zerbin, ivre, tremble face à l'antre de la magicienne. Zerbin s'endort et rêve de spectres et de monstres. Isabelle tente de se suicider mais reconnaît Zerbin avant d'agir. Zerbin révèle qu'Octave consulte Isménide. Isabelle écoute leur conversation. Isménide prononce un oracle prédisant la mort d'Octave s'il ne revient pas à Isabelle. Terrifiés, ils fuient. Isabelle reste seule, espérant que l'amour lui rendra son amant. Dans la pièce, Léonore tente d'éloigner Isabelle d'Octave. Isabelle joue avec les sentiments de Léonore. Octave, jaloux, menace le prétendu rival. Ils se réconcilient et le bal commence avec des danses et des chants. En juin 1768, une pièce montre Octave et Isabelle se réconcilier. Léonore se réjouit de leur réconciliation. Plusieurs changements de distribution sont mentionnés, notamment Mlle Rosalie remplaçant Mlle Ritter dans le rôle de Léonore.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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592
p. 206-207
CONCERT SPIRITUEL. Du jeudi, 12 mai, fête de l'Ascension.
Début :
Il commença par une simphonie de la composition de M. Moulinghem. On exécuta [...]
Mots clefs :
Concert
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texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL. Du jeudi, 12 mai, fête de l'Ascension.
CONCERT SPIRITUEL.
Dujeudi , 12 mai, fête de l'Afcenfion.
I
I commença par une fimphonie de la
compofition de M. Moulinghem. On exécuta
enfuiteDominus regnavit , &c. motet à
grand choeur de Lalande , dans lequel Mde
PArrivée , que l'on fut charmé de revoir
à ce fpectacle , chanta avec beaucoup d'ap
plaudiffemens le beau récit adorate , &c.
Mlle le Chantre , dont les talens font connus
, exécuta un concerto d'orgues . M. Durand
, de l'Académie royale de mufique ,
JUIN 1768. 207
chanta , avec beaucoup de goût & de fuc,
cès , inclina Domine, & c.motet à voix feule
de M. Martin. M. Frantzl, de la muſique
de S. A. S. Monfeigneur l'Electeur Palatin
, exécuta , à la grande fatisfaction de
l'auditoire , un nouveau concerto de violon ,
de fa compofition. Mile Fel chanta ( &
c'est tout dire , quand on la nomme ) un
motet à voix feule. Le Concert fut terminé
par Noli amulari , &c . motet à grand
choeur , déja connu & applaudi , de M.
l'Abbé Buée , Maître de mufique de l'Eglife
de Coutances.
Dujeudi , 12 mai, fête de l'Afcenfion.
I
I commença par une fimphonie de la
compofition de M. Moulinghem. On exécuta
enfuiteDominus regnavit , &c. motet à
grand choeur de Lalande , dans lequel Mde
PArrivée , que l'on fut charmé de revoir
à ce fpectacle , chanta avec beaucoup d'ap
plaudiffemens le beau récit adorate , &c.
Mlle le Chantre , dont les talens font connus
, exécuta un concerto d'orgues . M. Durand
, de l'Académie royale de mufique ,
JUIN 1768. 207
chanta , avec beaucoup de goût & de fuc,
cès , inclina Domine, & c.motet à voix feule
de M. Martin. M. Frantzl, de la muſique
de S. A. S. Monfeigneur l'Electeur Palatin
, exécuta , à la grande fatisfaction de
l'auditoire , un nouveau concerto de violon ,
de fa compofition. Mile Fel chanta ( &
c'est tout dire , quand on la nomme ) un
motet à voix feule. Le Concert fut terminé
par Noli amulari , &c . motet à grand
choeur , déja connu & applaudi , de M.
l'Abbé Buée , Maître de mufique de l'Eglife
de Coutances.
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Résumé : CONCERT SPIRITUEL. Du jeudi, 12 mai, fête de l'Ascension.
Le concert spirituel du 12 mai 1768, jour de l'Ascension, débuta avec une symphonie de M. Moulinghem. Madame d'Arrivée interpréta le récit 'adorate' du motet 'Dominus regnavit' de Lalande. Mademoiselle le Chantre joua un concerto d'orgue et M. Durand exécuta le motet 'inclina Domine' de M. Martin. M. Frantzl présenta un concerto de violon. Mademoiselle Fel chanta un motet solo. Le concert se termina par le motet 'Noli amulari' de l'Abbé Buée.
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594
p. 52-54
AUTRE.
Début :
Quoique sans yeux, sans bouche & sans visage, [...]
Mots clefs :
Notes de musique
596
p. 205-208
I.
Début :
Méthode de musique sur un nouveau plan, par M. Jacob, de l'académie royale de [...]
Mots clefs :
Auteur, Musique, Modes, Notes, Portée, Clef, Clefs, Article, Lignes, Mode
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texteReconnaissance textuelle : I.
I.
Méthode de mufique fur un nouveau plan ;
par M. Jacob , de l'académie royale de
Mufique ; le prix eft de 36 fols. A Paris
chez l'auteur rue des Moineaux-
Butte-Saint- Roch , chez un tapiffier ;
Madame la veuve Leclerc rue St Honoré
à Sainte Cécile ; la Chevardiere , rue
du Roule ; & aux adreffes ordinaires
de mufique..
L'USAGE de faire connoître fuccceffivement
toutes les clefs , n'ayant d'autre ré206
MERCURE DE FRANCE.
fultat
que de faire
rencontrer
chacune
des fept
notes
fur toutes
les lignes
&
tous les espaces
de la portée
; l'auteur
, en
partant
de ce résultat
, propofe
de folfier
par toutes
les notes
prifes
alternativement
pour
premiers
degrés
de l'un
& l'autre
mode
, fans
le fecours
d'aucune
clef.
L'ordre
entre
les notes
étant
connu
, &
les lignes
ou les efpaces
de la portée
fe
trouvant
toujours
à la même
diſtance
les
uns des autres
, il eſt viſible
que la nomination
des notes
eft très- indépendante
des
clefs
, puifqu'en
fuppofant
telle
notte
donnée
fur une
des lignes
ou fur
l'un
des efpaces
, toutes
les autres
nottes
font
connues
.
L'ufage que l'auteur fait des clefs eft
relatif au diapafon des voix , en forte
que chacun doit choifir la clef qui convient
au genre de fa voix ; car felon la
définition donnée par M. Rouffeau dans
fon- dictionnaire de mufique & rapportée
par l'auteur , la clef fe met au commencement
de la Portée pour déterminer le degré
d'élévation de cette Portée dans le clavier
général. L'auteur traite enfuite des tons ,
pour les différentes gammes pour les modes
majeurs & mineurs ; de la manierede
connoître le mode & le ton à l'infpec
FEVRIER . 1769. 207
tion de la clef & des premieres meſures
d'un chant. On verra avec plaifir l'origi
ne des diézes ou des bémols qui doivent
entrer dans certains modes , & celle de
ces modes mêmes.
Dans l'article IX , l'auteur traite des
mefures ; cet article eft fuivi d'une obfervation
fur la maniere de battre la mefure
, & fur l'ufage où eft le célèbre Tartini
de faire marquer les portions de
temps à fes élèves , d'où l'auteur tire une
méthode propre à donner la précifion de
la mefure à ceux qui en feront ufage en
obfervant ce qu'il prefcrit à cet égard &
c'eft ce qui fait la matiere de l'article X.
L'onzième roule fur la diftinction des
temps & des portions de temps en fort
& en foible. Enfin , dans le douzième
article , qui eft le dernier de l'ouvrage
l'auteur traite de la modulation , de fes
regles , de la relation des modes & de la
maniere dont ces modes font entrelacés
dans une pièce de mufique ; objets dont
la connoiffance , dit l'auteur , eſt trèsimportant
dans la mufique vocale
puifque c'eft par cette connoiffance que
le chanteur peut fe prévenir & , pour
ainfi dire , fe préparer à l'intonation des
diézes , bémols ou béquarres , que les
P
108 MERCURE DE FRANCE.
divers relatifs d'un mode donné doivent
amener néceffairement dans un chant.
Méthode de mufique fur un nouveau plan ;
par M. Jacob , de l'académie royale de
Mufique ; le prix eft de 36 fols. A Paris
chez l'auteur rue des Moineaux-
Butte-Saint- Roch , chez un tapiffier ;
Madame la veuve Leclerc rue St Honoré
à Sainte Cécile ; la Chevardiere , rue
du Roule ; & aux adreffes ordinaires
de mufique..
L'USAGE de faire connoître fuccceffivement
toutes les clefs , n'ayant d'autre ré206
MERCURE DE FRANCE.
fultat
que de faire
rencontrer
chacune
des fept
notes
fur toutes
les lignes
&
tous les espaces
de la portée
; l'auteur
, en
partant
de ce résultat
, propofe
de folfier
par toutes
les notes
prifes
alternativement
pour
premiers
degrés
de l'un
& l'autre
mode
, fans
le fecours
d'aucune
clef.
L'ordre
entre
les notes
étant
connu
, &
les lignes
ou les efpaces
de la portée
fe
trouvant
toujours
à la même
diſtance
les
uns des autres
, il eſt viſible
que la nomination
des notes
eft très- indépendante
des
clefs
, puifqu'en
fuppofant
telle
notte
donnée
fur une
des lignes
ou fur
l'un
des efpaces
, toutes
les autres
nottes
font
connues
.
L'ufage que l'auteur fait des clefs eft
relatif au diapafon des voix , en forte
que chacun doit choifir la clef qui convient
au genre de fa voix ; car felon la
définition donnée par M. Rouffeau dans
fon- dictionnaire de mufique & rapportée
par l'auteur , la clef fe met au commencement
de la Portée pour déterminer le degré
d'élévation de cette Portée dans le clavier
général. L'auteur traite enfuite des tons ,
pour les différentes gammes pour les modes
majeurs & mineurs ; de la manierede
connoître le mode & le ton à l'infpec
FEVRIER . 1769. 207
tion de la clef & des premieres meſures
d'un chant. On verra avec plaifir l'origi
ne des diézes ou des bémols qui doivent
entrer dans certains modes , & celle de
ces modes mêmes.
Dans l'article IX , l'auteur traite des
mefures ; cet article eft fuivi d'une obfervation
fur la maniere de battre la mefure
, & fur l'ufage où eft le célèbre Tartini
de faire marquer les portions de
temps à fes élèves , d'où l'auteur tire une
méthode propre à donner la précifion de
la mefure à ceux qui en feront ufage en
obfervant ce qu'il prefcrit à cet égard &
c'eft ce qui fait la matiere de l'article X.
L'onzième roule fur la diftinction des
temps & des portions de temps en fort
& en foible. Enfin , dans le douzième
article , qui eft le dernier de l'ouvrage
l'auteur traite de la modulation , de fes
regles , de la relation des modes & de la
maniere dont ces modes font entrelacés
dans une pièce de mufique ; objets dont
la connoiffance , dit l'auteur , eſt trèsimportant
dans la mufique vocale
puifque c'eft par cette connoiffance que
le chanteur peut fe prévenir & , pour
ainfi dire , fe préparer à l'intonation des
diézes , bémols ou béquarres , que les
P
108 MERCURE DE FRANCE.
divers relatifs d'un mode donné doivent
amener néceffairement dans un chant.
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Résumé : I.
Le texte expose une méthode musicale proposée par M. Jacob, membre de l'Académie royale de Musique, visant à enseigner les notes sans utiliser de clefs traditionnelles. Cette méthode utilise les notes comme premiers degrés des modes majeur et mineur. L'ouvrage aborde l'utilisation des clefs en fonction du diapason des voix, permettant à chaque chanteur de choisir la clef appropriée. Il traite également des tons et des gammes pour les modes majeurs et mineurs, ainsi que de la détermination du mode et du ton à partir de la clef et des premières mesures d'un chant. Le texte mentionne l'origine des dièses et des bémols dans certains modes. L'article IX discute des mesures et des pratiques de battement, incluant celles de Tartini. L'article X précise la méthode pour déterminer la mesure, tandis que l'article XI distingue les temps forts et faibles. Enfin, l'article XII traite de la modulation, des règles des modes et de leur enchaînement dans une pièce musicale, soulignant l'importance de cette connaissance pour les chanteurs afin de se préparer aux intonations nécessaires.
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597
p. 208
II.
Début :
Quatre concerts pour le clavecin ou pour l'orgue avec accompagnement de [...]
Mots clefs :
Concerts, Clavecin, Orgue, Violon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : II.
IL
Quatre concerts pour le clavecin ou
pour l'orgue avec accompagnement de
deux violons , alto - baffe , contre - baffe
& deux cors ad libitum , dédiés à for
Alteffe Monfeigneur le Duc d'U **
Compofés par J. P. van den Bofch , au
vre troiliéme , prix 12 liv. A Paris chez
M. le Menu , Auteur , Editeur & Mar
chand de mufique de feue Madame la
Dauphine , rue du Roule , à la Clef d'or.
Quatre concerts pour le clavecin ou
pour l'orgue avec accompagnement de
deux violons , alto - baffe , contre - baffe
& deux cors ad libitum , dédiés à for
Alteffe Monfeigneur le Duc d'U **
Compofés par J. P. van den Bofch , au
vre troiliéme , prix 12 liv. A Paris chez
M. le Menu , Auteur , Editeur & Mar
chand de mufique de feue Madame la
Dauphine , rue du Roule , à la Clef d'or.
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598
p. 208
III.
Début :
Sei sonate di cembalo e violino, dedicate a Madama Brillon de Jouy, da [...]
Mots clefs :
Clavecin, Violon, Anne-Louise Brillon de Jouy, Luigi Boccherini
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : III.
III.
Sei fonate di cembalo e violino , dedicate
à Madama Brillon de Jouy , da
Luigi Boccherini di Lucca . Gravées par
Madame la veuve Leclair . Opera quinta
Hovamente ftampata à fpefe di G. B
Venier. Prix 9 liv. Plufieurs de ces piéces
peuvent s'exécuter fur la harpe. A
Paris chez M. Venier , Editeur de plufieur
ouvrages de mufique , à l'entrée de
la rue St Thomas - du - Louvre , vis - à - vis
le Château d'Eau , & à Lyon chez M.
Caftaud , Place de la Comédie , avec pri
vilége du Roi .
On trouve à la même adreffe les quatuor
& les derniers trios du même auteur.
Sei fonate di cembalo e violino , dedicate
à Madama Brillon de Jouy , da
Luigi Boccherini di Lucca . Gravées par
Madame la veuve Leclair . Opera quinta
Hovamente ftampata à fpefe di G. B
Venier. Prix 9 liv. Plufieurs de ces piéces
peuvent s'exécuter fur la harpe. A
Paris chez M. Venier , Editeur de plufieur
ouvrages de mufique , à l'entrée de
la rue St Thomas - du - Louvre , vis - à - vis
le Château d'Eau , & à Lyon chez M.
Caftaud , Place de la Comédie , avec pri
vilége du Roi .
On trouve à la même adreffe les quatuor
& les derniers trios du même auteur.
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Résumé : III.
Le document décrit l'œuvre 'Sei fonate di cembalo e violino' de Luigi Boccherini, dédiée à Madame Brillon de Jouy. Gravée par Madame la veuve Leclair et publiée sous le titre 'Opera quinta', elle est imprimée par G. B. Venier et vendue 9 livres. Certaines pièces sont jouables à la harpe. L'œuvre est disponible à Paris chez M. Venier et à Lyon chez M. Castaud. Les quatuors et derniers trios de Boccherini sont aussi disponibles à ces adresses.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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599
p. 209
IV.
Début :
Les Soirées de Paris, dix-huitiéme livre de Guitarre, contenant des airs d'Opéra [...]
Mots clefs :
Guitare, Opéra-Comique, Soirées de Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IV.
I V.
Les Soirées de Paris , dix - huitiéme li
vre de Guitarre , contenant des airs d'O
péra Comique avec des accompagnemens
d'un nouveau goût , des préludes & des
ritournelles , par M. Merchi. , oeuvre
vingt- deuxième , prix 9 livres . A Paris ,
chez l'auteur , rue St Thomas- du - Louvre,
en entrant du côté du Château d'Eau
à côté de M. Grodin & aux adreffes ordinaires
de mufique ; à Lyon , chez M.
Caftaud , Place de la Comédie
privilége du Roi.
Les Soirées de Paris , dix - huitiéme li
vre de Guitarre , contenant des airs d'O
péra Comique avec des accompagnemens
d'un nouveau goût , des préludes & des
ritournelles , par M. Merchi. , oeuvre
vingt- deuxième , prix 9 livres . A Paris ,
chez l'auteur , rue St Thomas- du - Louvre,
en entrant du côté du Château d'Eau
à côté de M. Grodin & aux adreffes ordinaires
de mufique ; à Lyon , chez M.
Caftaud , Place de la Comédie
privilége du Roi.
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600
p. 63-64
AUTRE.
Début :
Je suis percé dans chaque bout, [...]
Mots clefs :
Trompette
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE..
Jz fuis percé dans chaque bout,
On me trouve , on m'entend par- tout ,
Dans les villes , pompes, & fêtes ,
Aux champs de Mars , au milieu des mufetes ,
Dans les convois . Virgile m'a chanté
En la quatrième énéidee ;
64 MERCURE DE FRANCE.
Plus d'un artiſte m'a placé
Au plus haut de fa pyramide ;
Dans le fait , je ne fuis pourtant
Qu'un morceau de leton , de fer , d'étain , d'argent
,
Même de bois : au refte on trouve en mes huit
lettres
Le plus commun , le plus noble des êtres.
On trouve auffi dans ma diflection
Certaine jurifdiction ;
Ce métal brillant & ductile ;
Uninftrument de chaffe ; une allure ; un afyle ;
Un arbre ; un fleuve ; une note ; un vaiſſeau ;
La cour d'un empereur fans trône & fans caveau ;
Un paffage ; une veine ; un mot ; une partie ;
Une espéce de voûte , une clef fort hardie ;
Un élément ; un Africain ;
Un membre creux qui fert de main ;
Le chef- lieu de la prélature ;
Une loi jufte , & qui vous ſemble dure ;
Ces amis précieux , qu'on doit fi fort chérir ,
Refpecter , honorer , contenter , fecourir ;
Ces deux ventofités , dont la race ftoïque
Se foulageoit par-tout , même fous le portique ;
Une perte , un dommage ; un écart , un travers ;
Le bout d'une durée & la fin de ces vers.
Par M. de Buffanelle , Meftre de camp , Capi
taine au régiment du Commiſſaire- Général.
Jz fuis percé dans chaque bout,
On me trouve , on m'entend par- tout ,
Dans les villes , pompes, & fêtes ,
Aux champs de Mars , au milieu des mufetes ,
Dans les convois . Virgile m'a chanté
En la quatrième énéidee ;
64 MERCURE DE FRANCE.
Plus d'un artiſte m'a placé
Au plus haut de fa pyramide ;
Dans le fait , je ne fuis pourtant
Qu'un morceau de leton , de fer , d'étain , d'argent
,
Même de bois : au refte on trouve en mes huit
lettres
Le plus commun , le plus noble des êtres.
On trouve auffi dans ma diflection
Certaine jurifdiction ;
Ce métal brillant & ductile ;
Uninftrument de chaffe ; une allure ; un afyle ;
Un arbre ; un fleuve ; une note ; un vaiſſeau ;
La cour d'un empereur fans trône & fans caveau ;
Un paffage ; une veine ; un mot ; une partie ;
Une espéce de voûte , une clef fort hardie ;
Un élément ; un Africain ;
Un membre creux qui fert de main ;
Le chef- lieu de la prélature ;
Une loi jufte , & qui vous ſemble dure ;
Ces amis précieux , qu'on doit fi fort chérir ,
Refpecter , honorer , contenter , fecourir ;
Ces deux ventofités , dont la race ftoïque
Se foulageoit par-tout , même fous le portique ;
Une perte , un dommage ; un écart , un travers ;
Le bout d'une durée & la fin de ces vers.
Par M. de Buffanelle , Meftre de camp , Capi
taine au régiment du Commiſſaire- Général.
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