SUR LA STATUE EQUESTRE
DU ROI.
AINST trois Monarques chéris ,
Ont illuftré l'Airain, & décoré Paris ;
La gloire qui les environne,
Comme un Soleil dans fon azur ,
Répand fon éclat toujours pur ,
Sur l'Héritier de leur Couronne ,
De leurs Vertus , de leurs Exploits.
Son Image , l'éffor d'une divine flâme ,
Nous offre ici , tout à la fois ,
A iij
6 MERCURE
DE FRANCE :
Son efprit , fon coeur , & ſon âme
Dans les traits , quelle vérité !
Que de grandeur , de majeſté !
A nos j uftes defirs il n'eft donc plus d'obſtacle
Jouiffons d'un fi doux ſpectacle ,
Et contemplons dans tout fon jour ,
LI MONUMENT DU ZELE ET DE L'AMOUR,
Noble Courfier , tu nous rappelles
Ceux que pour répandre l'effroi ,
Ont monté le Vainqueur d'Arbelles ,
Et le Héros de Fontenoi.
Qu'infpiré par les Grâces mêmes ,
Le Talent fe fignale , enrichi de leur Don ;
VERTUS , vos attributs fuprêmes ,
Nous peindront mieux LOUIS que ne fait
Bouchardon.
Toi , dont la Parque ennemie ,
Trop-tôt , hélas ! a terminé la vie ;
De ton cifeau , fiprécieux pour nous,
Un Artifte fameux auroit été jaloux .
Mais parmi les Héros , la Grèce entiere eût- elle
Offert à Phidias, un fi parfait modèle
Rien de mortel n'eft en ce lieu.
Tel cet Apollon ** qu'on renomme ,
* Le voile levé , qui couvroit la Statue .
** L'Apollon du Varican . L'Auteur a oui dire
plufieurs fois à un de fes amis , Recteur de l'AcaAOUST.
1763.
Eft moins la figure d'un homme
Que la reffemblance d'un Dieu.
Siécles futurs, qui luirez fur la France ,
Quels Deftins nous vous annonçons !
Vous aurez part à la douce influence
De l'Aftre dont nous jouiffons.
De fon Peuple qui le contemple ,
LOUIS reçoit les tendres voeux .
Quel Modèle pour nos Neveux !
Pour leurs Souverains , quel Exemple !
Defcends du célefte Lambris ,
Defcends , Déeffe * bienfaiſante ,
Viens couronner de ta main triomphante ,
Le plus cher de tes Favoris ;
Dans le fein des combats , c'eſt à toi qu'il afpire ,
Il t'a voué fon coeur , ton regne eſt ſon Empire ;
Les Arts , long-tems captifs fous un Dieu deſtructeur
,
Béniffent leur Libérateur ;
Et pour le célébrer par d'infignes merveilles ,
démie Royale de Peinture , qui avoit été longtems
à Rome , que cette Statue étoit d'une fi grande
beauté qu'elle fembloit avoir quelque chofe de
divin , & il ajoutoit dans une forte d'enthoufiame ,
qu'elle rendoit en quelque façon excufable l'aveuglement
des Payens dans leur culte à fon égard.
D'où l'on peut conclure , en paffant , que l'habileté
des anciens Statuaires n'a pas peu
perpétuer l'Idolâtrie.
La Paix.
contribué à
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
Prodiguent à l'envi , leur génie & leursveilles.
Phébus , fixant fur lui , fes regards pleins de feur ,
En deviendra plus lumineux ;
La Nuit , en déployant fes voiles ,
Ceindra fon front de mille étoiles ,
Tandis que Diane , à fon tour,
Succédant au Char de fon frère ,
Pour voir plus à loiſir , l'objet de ſon amour ,
Parcourera lentement l'Hémiſphère
Dans ce calme reſpectueux ,
Qu'accroîtra du Héros l'aſpect majeſtueux.
Ainfi le Ciel nous fert d'exemple ,
It adopte ce Monument ,
Ainfi, Grand Roi , le Firmament
Sera la voûte de ton Temple ,
De ce Temple où naîtront les plus faintes ardeurs
Et dont les Autels font nos coeurs.
A l'immortalité, quel droit plus légitime ,
Que de ces mêmes coeurs le fuffrage unanime !
Et quel gage plus sûr , qu'un encens précieux ,
Qui fortant de nos mains , s'éleve jufqu'aux Cieux .
Du Couchant à l'Aurore on verra d'âge en âge ,
On verra du Midi , juſques à l'Aquilon ,
Les Peuples accourir , fur le bruit de ton nom ,
Pour te connoître au moins , dans ton auguſte
Image.
A O UST. 1763. 9
Que du plus fameuxdes Romains ,
Qu'Amour foumit à fon Empire ,
La tendre , l'élégante Lyre
N'a - t- elle paffé dans mes mains !
J'aurois avec cette énergie
Dont il célébra l'éffigie
D'un Empereur , qui toutefois ,.
Flétrit les roles de la vie
Du fidèle Amant de Julie ,
J'aurois d'une éclatante voix ,
091
& Deod
Chanté l' Augufte des François ;
F'aurois ....mais fur la double cime ,
(Hé! pourquoi le diffimuler ) :
Malgré le zèle qui m'anime ,
Hélas ! je ne puis plus volers
Je n'aurois voulu de fa flâme ,
Qu'une étincelle feulement ,.
Pour exprimer en ce moment ,
Ce que je reflens dans mon âme:
Vain elpoir , inutile effort ! o
hig
Ce n'eft qu'aux Nourriçons des Filles de Mémoire ,
Ce n'est qu'à leur jeune transport , U
Source de talens & deglaire b
Qu'il appartient de chanter dignement , i
DU ZELE ET DE L'AMOUR , L'ÉTERNEL MÓNU 贊
MENTɑ to
Fe l'ai fenti , j'ai trop écouté mon courage ,
Mon empreffement & ma foi
molub angiol),cien mit n
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Mais j'efpérois encor , plein d'ardeur pour mon
Roi,
Voir fondre la glace de l'âge.
TANEY OT,