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1
p. 182-186
LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
Début :
Je m'empresse, Monsieur, à vous faire part d'un nouveau phénomène, [...]
Mots clefs :
Prodige, Michelot, Ponsard, Évanouissement, Arrêt de l'alimentation, Perte de parole, Perte de mobilité, Mystère, Remèdes inefficaces, Prières, Survie
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
E m'empreffe , Monfieur , à vous faire part
d'un nouveau phénoméne, afin que les Sçavans
en étant inftruits , veuillent bien nous en donner
l'explication.
Plufieurs perfonnes du voisinage , des étrangers
même , & furtout les Médecins du pays , à qui la
confidération en appartient plus particuliérement ,
ont vu ce phénoméne ; ils en ont été étonnés ,
comme les plus ignorans , mais ils n'ont pas voulu
, ou plutôt ils n'ont pu nous en donner aucune
raifon , & nous ont laiffé dans l'étonnement
fans pouvoir nous en tirer .
Voici , Monfieur , quel eft ce phénoméne , on
fi vous voulez , ce prodige . C'eft une fille qui a
vécu plus de trois ans fans manger , près de ſix
mois fans boire , & qui vit encore.
Entrons dans le détail . Pour une plus grande
intelligence , il faut en faire l'hiftoire , & vous
en marquer le commencement , le progrès & la
fin ; en un mot toutes les circonftances qui ont
précédé & accompagné la maladie de cette fille ,
qui n'eft pas entièrement rétablie , puifquelle ne
peut encore marcher qu'avec des potences .
Une nommée Michelot , âgée d'onze ans , néc
JANVIER. 1756. 185
en 1742 à Ponfard , village fitué à une demilieue
de Beaune , au Diocèle d'Autun , fille d'un
Vigneron dudit lieu , fut furprife en 1751 , quelque
tems après la vendange , à laquelle elle avoit
travaillé à couper quelques raifins , autant que
fon âge le permettoit , fut furprife , dis-je , environ
vers la Touffaint , d'un évanouiffement
confidérable , qui dura long-tems . Pour la faire
revenir , quelques-uns du village s'érigeant en
médecins , & donnant leur avis à tout hazard ,
dirent qu'il falloit écorcher un mouton , & envelopper
l'enfant dans fa peau : on le fit , elle revint
de fon évanouiffement ; mais il lui prit des
tremblemens par tout le corps , ' qui lui durerent
près d'un mois , & fi violens , qu'il falloit la tenir
ou l'attacher.
Depuis fa chute jufqu'au commencement du
Carême de 1755 , cette fille n'a rien mangé exactement
, n'a pas même pu prendre du bouillon .
Tout ce qu'on vouloit lui faire avaler par force ,
elle le rejettoit . Dans les fix premiers mois de fa
maladie , elle n'a bu ni eau ni vin ; elle trempoit
feulement de fois à autre fon doigt dans de
Peau , & le fuçoit . La plupart de ceux qui la
voyoient , & fes parens même , crurent que c'étoit
un fort qu'on avoit jetté ſur cet enfant.
Comme ce font des gens de la campagne , il n'eft
pas étonnant qu'ils ayent donné dans cette idée ,
qui eft aflez ordinaire aux villageois , quand ils
ne connoiffent point une maladie , & qu'elle a
quelque chofe de fingulier dans fon principe &
dans les effets. Au bout de fix mois elle a commencé
à boire de l'eau , mais en petite quantité ;
elle a toujours uriné , mais elle n'alloit pas à la
felle.
Elle devint très-maigre, fon ventre étoit appla
184 MERCURE DE FRANCE.
ti , & même enfoncé comme celui d'un levrier ,
cela eft tout fimple ; mais elle avoit toutefois le
vifage affez plein , un beau teint , avec toutes les
couleurs de la jeuneffe : ce qui eft furprenant.
Elle perdit en même tems avec l'appétit & le
befoin de manger , la parole & l'ufage de fes
jambes. Du commencement , pour aller d'un endroit
de la chambre à l'autre , elle fe traînoit fur
fon ventre , à l'aide de fes mains , enfuite fur le
derriere ; & long- tems après elle a marché fur
fes genoux , & enfin avec des potences ; actucllement
même elle ne marche pas autrement.
Ses parens n'oublierent rien pour lui donner.
tous les fecours imaginables , autant que le permettoit
leur petite faculté . On envoya chercher
les Médecins , les Chirurgiens , toute la Pharmacie
fut appellée , mais en vain . Voyant que les
remedes naturels étoient inutiles , & que les Maîtres
de l'Art n'y connoiffoient rien , & l'avoient
abandonnée dix -huit mois après ils,eurent recoursaux
prieres & aux 'remedes furnaturels ; ils implorerent
le fecours du médecin des Médecins,
celui qui d'une feule parole guérit tous les maux.
Touchés du triste état où étoit leur fille , la piété
& la tendreffe paternelle leur fuggéra la penſée
de s'adreffer au Seigneur par l'interceffion de la
Sainte Vierge ; ils la menerent à cet effet en dévotion
à fept ou huit lieues delà , à une Notre-
Dame , qu'on appelle N. D. d'Etang , à deux
lieues de Dijon , où il y a un couvent de Minimes.
Il y firent leurs prieres , & y firent célébrer
une Meffe pour la guérifon de leur fille . Au retour
de leur pélérinage , & pendant le chemin , la
malade recouvra la parole ; & voici comment ..
Les gens qui la conduifoient fur une petite voitre
, comme il faifoit chaud , s'arrêterent fur le
JANVIER. 1756. 183
bord d'un ruiffeau pour étancher leur foif ; quand
le premier eut bu , la fille demanda à boire à fon
pere , qui pleura de joie d'entendre que fa fille
avoit recouvré la parole , & en rendit graces au
Seigneur. Dès ce moment elle a toujours parlé ;
mais toutes les pfieres & les remedes qu'on a
pu faire , n'ont pu lui rendre l'appétit , ni la
faculté de marcher.
Pendant tout le cours de fa maladie , elle n'a
pas eu de fievre. Il y apparence que les jambes
étoient attaquées de paralyfie ; car on les avoit
piquées , fans qu'elle en eût rien fenti : enfin ,
aprés avoir vécu plus de trois ans en cet état ,
elle a commencé à manger au mois de Février
1755-
Quoique bien des perfonnes foient allées voir
cette fille par curiofité , comme j'ai déja eu l'honneur
de vous le dire , perfonne n'a encore pu
jufqu'ici nous expliquer ni la caufe , ni les effets
d'une maladie auffi extraordinaire . Perfonne n'a
pu rendre raison de ce qu'elle a pu vivre filongtems
fans manger , & près de fix mois fans boire.
Il ne paroît pas d'abord à l'efprit que cela puiffe
fe faire fans miracle ; on ne peut cependant pas
dire qu'il y en ait eu , fi ce n'eft peut- être dans
le recouvrement de la parole , car il ne faut pas
multiplier les miracles fans néceffité . Comme la
maladie de cette fille probablement eft venue
naturellement , & non par un fort , comme le
croyoient ces bonnes gens , il y a toutes les apparences
du monde que la guérifon s'eft faite de
même . Mais comment a-t- elle pu fubfifter naturellement
pendant près de quarante mois fans.
Labor eft manger : Hoc opus , lic labor eft
Ce prodige , tout fingulier qu'il eft , n'eft pas
unique en France . La même chofe eft arrivée à
186 MERCURE DE FRANCE.
ne ,
pea-près à une femme de Moify , village de Beauil
y a déja quelques années. La maladie , &
furtout la guérilon de cette femme fit beaucoup
plus de bruit , que celle de notre fille de Pommard.
Là on crioit au miracle , ici perfonne ne dit mot .
On m'a pourtant affuré que M.Piloye , un des plus
accrédités Médecins de Beaune , en avoit écrit à
la Faculté de Médecine de Paris , pour fçavoir làdeffus
fon fentiment ; mais je ne fçais ce qu'elle
a répondu , ni même fielle a répondu.
J'ai l'honneur d'être , & c.
F ..... D ....
A Beaune , ce 24 Juillet 1755.
E m'empreffe , Monfieur , à vous faire part
d'un nouveau phénoméne, afin que les Sçavans
en étant inftruits , veuillent bien nous en donner
l'explication.
Plufieurs perfonnes du voisinage , des étrangers
même , & furtout les Médecins du pays , à qui la
confidération en appartient plus particuliérement ,
ont vu ce phénoméne ; ils en ont été étonnés ,
comme les plus ignorans , mais ils n'ont pas voulu
, ou plutôt ils n'ont pu nous en donner aucune
raifon , & nous ont laiffé dans l'étonnement
fans pouvoir nous en tirer .
Voici , Monfieur , quel eft ce phénoméne , on
fi vous voulez , ce prodige . C'eft une fille qui a
vécu plus de trois ans fans manger , près de ſix
mois fans boire , & qui vit encore.
Entrons dans le détail . Pour une plus grande
intelligence , il faut en faire l'hiftoire , & vous
en marquer le commencement , le progrès & la
fin ; en un mot toutes les circonftances qui ont
précédé & accompagné la maladie de cette fille ,
qui n'eft pas entièrement rétablie , puifquelle ne
peut encore marcher qu'avec des potences .
Une nommée Michelot , âgée d'onze ans , néc
JANVIER. 1756. 185
en 1742 à Ponfard , village fitué à une demilieue
de Beaune , au Diocèle d'Autun , fille d'un
Vigneron dudit lieu , fut furprife en 1751 , quelque
tems après la vendange , à laquelle elle avoit
travaillé à couper quelques raifins , autant que
fon âge le permettoit , fut furprife , dis-je , environ
vers la Touffaint , d'un évanouiffement
confidérable , qui dura long-tems . Pour la faire
revenir , quelques-uns du village s'érigeant en
médecins , & donnant leur avis à tout hazard ,
dirent qu'il falloit écorcher un mouton , & envelopper
l'enfant dans fa peau : on le fit , elle revint
de fon évanouiffement ; mais il lui prit des
tremblemens par tout le corps , ' qui lui durerent
près d'un mois , & fi violens , qu'il falloit la tenir
ou l'attacher.
Depuis fa chute jufqu'au commencement du
Carême de 1755 , cette fille n'a rien mangé exactement
, n'a pas même pu prendre du bouillon .
Tout ce qu'on vouloit lui faire avaler par force ,
elle le rejettoit . Dans les fix premiers mois de fa
maladie , elle n'a bu ni eau ni vin ; elle trempoit
feulement de fois à autre fon doigt dans de
Peau , & le fuçoit . La plupart de ceux qui la
voyoient , & fes parens même , crurent que c'étoit
un fort qu'on avoit jetté ſur cet enfant.
Comme ce font des gens de la campagne , il n'eft
pas étonnant qu'ils ayent donné dans cette idée ,
qui eft aflez ordinaire aux villageois , quand ils
ne connoiffent point une maladie , & qu'elle a
quelque chofe de fingulier dans fon principe &
dans les effets. Au bout de fix mois elle a commencé
à boire de l'eau , mais en petite quantité ;
elle a toujours uriné , mais elle n'alloit pas à la
felle.
Elle devint très-maigre, fon ventre étoit appla
184 MERCURE DE FRANCE.
ti , & même enfoncé comme celui d'un levrier ,
cela eft tout fimple ; mais elle avoit toutefois le
vifage affez plein , un beau teint , avec toutes les
couleurs de la jeuneffe : ce qui eft furprenant.
Elle perdit en même tems avec l'appétit & le
befoin de manger , la parole & l'ufage de fes
jambes. Du commencement , pour aller d'un endroit
de la chambre à l'autre , elle fe traînoit fur
fon ventre , à l'aide de fes mains , enfuite fur le
derriere ; & long- tems après elle a marché fur
fes genoux , & enfin avec des potences ; actucllement
même elle ne marche pas autrement.
Ses parens n'oublierent rien pour lui donner.
tous les fecours imaginables , autant que le permettoit
leur petite faculté . On envoya chercher
les Médecins , les Chirurgiens , toute la Pharmacie
fut appellée , mais en vain . Voyant que les
remedes naturels étoient inutiles , & que les Maîtres
de l'Art n'y connoiffoient rien , & l'avoient
abandonnée dix -huit mois après ils,eurent recoursaux
prieres & aux 'remedes furnaturels ; ils implorerent
le fecours du médecin des Médecins,
celui qui d'une feule parole guérit tous les maux.
Touchés du triste état où étoit leur fille , la piété
& la tendreffe paternelle leur fuggéra la penſée
de s'adreffer au Seigneur par l'interceffion de la
Sainte Vierge ; ils la menerent à cet effet en dévotion
à fept ou huit lieues delà , à une Notre-
Dame , qu'on appelle N. D. d'Etang , à deux
lieues de Dijon , où il y a un couvent de Minimes.
Il y firent leurs prieres , & y firent célébrer
une Meffe pour la guérifon de leur fille . Au retour
de leur pélérinage , & pendant le chemin , la
malade recouvra la parole ; & voici comment ..
Les gens qui la conduifoient fur une petite voitre
, comme il faifoit chaud , s'arrêterent fur le
JANVIER. 1756. 183
bord d'un ruiffeau pour étancher leur foif ; quand
le premier eut bu , la fille demanda à boire à fon
pere , qui pleura de joie d'entendre que fa fille
avoit recouvré la parole , & en rendit graces au
Seigneur. Dès ce moment elle a toujours parlé ;
mais toutes les pfieres & les remedes qu'on a
pu faire , n'ont pu lui rendre l'appétit , ni la
faculté de marcher.
Pendant tout le cours de fa maladie , elle n'a
pas eu de fievre. Il y apparence que les jambes
étoient attaquées de paralyfie ; car on les avoit
piquées , fans qu'elle en eût rien fenti : enfin ,
aprés avoir vécu plus de trois ans en cet état ,
elle a commencé à manger au mois de Février
1755-
Quoique bien des perfonnes foient allées voir
cette fille par curiofité , comme j'ai déja eu l'honneur
de vous le dire , perfonne n'a encore pu
jufqu'ici nous expliquer ni la caufe , ni les effets
d'une maladie auffi extraordinaire . Perfonne n'a
pu rendre raison de ce qu'elle a pu vivre filongtems
fans manger , & près de fix mois fans boire.
Il ne paroît pas d'abord à l'efprit que cela puiffe
fe faire fans miracle ; on ne peut cependant pas
dire qu'il y en ait eu , fi ce n'eft peut- être dans
le recouvrement de la parole , car il ne faut pas
multiplier les miracles fans néceffité . Comme la
maladie de cette fille probablement eft venue
naturellement , & non par un fort , comme le
croyoient ces bonnes gens , il y a toutes les apparences
du monde que la guérifon s'eft faite de
même . Mais comment a-t- elle pu fubfifter naturellement
pendant près de quarante mois fans.
Labor eft manger : Hoc opus , lic labor eft
Ce prodige , tout fingulier qu'il eft , n'eft pas
unique en France . La même chofe eft arrivée à
186 MERCURE DE FRANCE.
ne ,
pea-près à une femme de Moify , village de Beauil
y a déja quelques années. La maladie , &
furtout la guérilon de cette femme fit beaucoup
plus de bruit , que celle de notre fille de Pommard.
Là on crioit au miracle , ici perfonne ne dit mot .
On m'a pourtant affuré que M.Piloye , un des plus
accrédités Médecins de Beaune , en avoit écrit à
la Faculté de Médecine de Paris , pour fçavoir làdeffus
fon fentiment ; mais je ne fçais ce qu'elle
a répondu , ni même fielle a répondu.
J'ai l'honneur d'être , & c.
F ..... D ....
A Beaune , ce 24 Juillet 1755.
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Résumé : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
La lettre décrit un phénomène médical exceptionnel survenu dans le village de Pommard, près de Beaune, en France. Une fille nommée Michelot, âgée de onze ans, a cessé de s'alimenter et de boire pendant plusieurs années. En 1751, après un évanouissement, elle a développé des tremblements violents et a perdu l'appétit, la parole et l'usage de ses jambes. Malgré les interventions des médecins et les remèdes naturels, son état n'a pas montré d'amélioration. Ses parents ont alors eu recours à des prières et à un pèlerinage à Notre-Dame d'Étang, où elle a recouvré la parole. Cependant, elle n'a pas retrouvé l'appétit ni la capacité de marcher. La maladie, bien que mystérieuse, semble naturelle et non due à un sort. Un cas similaire a été observé chez une femme de Mosly, mais sans le même retentissement. Le médecin Piloye de Beaune a consulté la Faculté de Médecine de Paris, mais la réponse n'est pas connue.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 258-260
EFFET miraculeux, opéré par le Baume de vie de M. Le Lievre, Distillateur ordinaire du Roi, à Paris. Relation curieuse & véritable de Jeanne Pierrette, fille légitime d'Anatoile Michel, originaire de Mignovillard en Montagne, Recteur d'Ecole à Domblans ; & de Marie-Therese Guillaume, son épouse, Diocèse de Besançon, Baillage de Lons-le-Saunier.
Début :
Ladire Jeanne-Pierrette Michel, âgée pour lors de quinze ans, qu'elle passa [...]
Mots clefs :
Tristesse, Mutisme, Arrêt de l'alimentation, Bouillon, Maladie, Odeur, Hôpital, Médecins, Opération, Baume de vie, Guérison, Santé, Cure, Certificats
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EFFET miraculeux, opéré par le Baume de vie de M. Le Lievre, Distillateur ordinaire du Roi, à Paris. Relation curieuse & véritable de Jeanne Pierrette, fille légitime d'Anatoile Michel, originaire de Mignovillard en Montagne, Recteur d'Ecole à Domblans ; & de Marie-Therese Guillaume, son épouse, Diocèse de Besançon, Baillage de Lons-le-Saunier.
EFFET miraculeux , opéré par le Baume de vie de
M. LE LIEVRE , Diſtillateur ordinaire du Roi ,
à Paris.
Relation curieufe & véritable de Jeanne Pierrette ,
fille légitime d'Anatoile Michel , originaire de
Mignovillard en Montagne , Recteur d'Ecole à
Domblans ; & de Marie- Therefe Guillaume ,
fon épouse , Diocèse de Besançon , Bailliage de
Lons-le- Saunier.
Ladire Jeanne- Pierrette Michel , âgée pour lors
de quinze ans , qu'elle paffa avec fa grand- mere
maternelle . Cette derniere vint à mourir ; elle fut
fi affligée de la mort de cette grand- mere , qu'elle
fut pendant fix mois à pleurer jours & nuits : pendant
tout ce tems- là , elle ne prit aucune nourri
ture que celle que l'on auroit fait prendre à un
enfant d'un an. On la ramena chez fon pere , à
quelques lieues de là ; elle fut toujours auffi affligée
qu'auparavant ; elle perdit dès ce moment
l'ufage de la parole : elle refta dans cet état
cinq ans & demi fans prendre aucune nourriture,
toutes les fonctions du corps humain étant interdites
; l'on faifoit cependant ce que l'on pouvoit
pour lui faite avaler par force quelques gouttes de
bouillon tous les deux ou trois jours , quelquefois
quinze & même plus : & l'on s'accoutuma fi
fort à la voir dans cet état- la , que l'on n'y faifoit
prèfque plus d'attention ; le pere & la mere s'éAVRIL
1760. 259
tant ruinés pour tâcher de la tirer d'affaire , mais
inutilement. Elle étoit continuellement dans une
grande fueur , exhalant une odeur qui infectoit ,
les yeux chaffieux , & écumant par la bouche :
voilà l'état de fa maladie, pendant lefdits cinq ans
& demi.
On la mena au Saint Suaire à Besançon , auquel
on l'avoit vouée ; l'on le lui fit toucher , &
elle fe frotta les yeux avec la main gauche : voilà
uniquement le feul figne de vie qu'elle ait donné
pendant toute fa maladie.
On la tranfporta à l'Hôpital dudit Besançon ,
où elle refta quatre mois , ne prenant toujours
que quelques gouttes de bouillon.
Meffieurs les Médecins & Chirurgiens de la
Ville de Befançon & des environs , s'affemblerent
& la vifiterent , fans qu'ils puffent lui apporter le
moindre foulagement ; ce qui les détermina à
faire plufieurs épreuves pour fçavoir fi elle avoit
encore de la fenfibilité ; & pour cela , ils lui percerent
la main avec une épingle d'argent , d'outre
en outre , fans qu'ils fe foient apperçus d'aucune
émotion on fit la même opération dans une
veine du côté gauche , fans qu'il en fortît ni fang
ni aucune humidité de quelque efpéce que ce
fût, On lui fondit de la cire d'Espagne fur le
front & fur le menton ; on lui brûlà la joue avec
de la chandelle allumée , & les pieds avec des charbons
ardens,fans qu'elle parût fenfible à tout cela .
Son pere, voyant l'inutilité de la laiffer davantage à
Befançon , alla la rechercher & la ramena chez lui
à Domblans , où elle reſta dans cette fituation
encore quatre mois ; après lequel tems Madame
la révérende Dame Abbeffe de la Royale Abbaye
de Château Châlons , qui l'avoit été voir plufieurs
fois avec fes Dames , dit un jour ; j'ai bien envie
de lui envoyer une bouteille de Baume de vie
260 MERCURE DE FRANCE.
(
"
fait par M. le Lievre , à Paris ; ce qu'elle exécuta
le lendemain avec la façon de s'en fervir. On
lui en donna pour la premiere fois quelques
gouttes dans une cueillerée de bouillon ; peu après
elle fit un mouvement de la tête & des bras 5
elle rendit avec abondance une matière jaune
par la bouche , comme de la bile : l'on continua
à lui faire prendre de ce Baume de M. le Lievre
jufqu'à trois fois , un peu plus amplement. A la
feconde fois , elle s'affit fur fon lit , & à la troifiéme
fois , elle fe leva & marcha par la chambres
& regardant , d'un air fort étonné , elle commença
à fe plaindre & à parler . Sa mere lui
ayant demandé ce qu'elle regardoit , elle lui répondit
qu'elle n'en fçavoit rien , mais que l'on
lui fit venir M. Mourrau , pour lors Vicaire à
Domblans , pour ſe confeffer à lui ; ce qui s'exécuta
: & de jours en jours elle prenoit plus de
nourriture & par conféquent plus de force , au
point qu'elle partit trois heures avant le jour de
chez fon pere le lendemain de Noël dernier
iucognitò , pour aller à quatre lieues de là , dans
la maison où étoit morte fa grand - mere ; où elle
vit & travaille actuellement comme une autre .
Nota , qu'elle ne le fouvient nullement de tout
ce qui lui eft arrivé pendant tout le cours de fa
maladie , & qu'elle n'a pas ufé à beaucoup près ,
toute la bouteille de Baume de vie de M. le
Lievre , qui n'étoit pas bien grande.
du
La préfente cure eft conftatée par les certificats
pere de la malade , des Echevins & habitans
de Domblans , fignés Michel pere , le Mouillard ,
Vicaire à Domblans , Guillermet , Claude- François
Duard , & Hugues Rougnon , Echevins ;
Beaupoil , Notaire & Procureur d'Office , J.J.
Gallion , M. Pujet , J. Duard , P. Duard , C. P.
Pernet , J. Pujet , H. Ardet , J. M. Defgrès , &c.
M. LE LIEVRE , Diſtillateur ordinaire du Roi ,
à Paris.
Relation curieufe & véritable de Jeanne Pierrette ,
fille légitime d'Anatoile Michel , originaire de
Mignovillard en Montagne , Recteur d'Ecole à
Domblans ; & de Marie- Therefe Guillaume ,
fon épouse , Diocèse de Besançon , Bailliage de
Lons-le- Saunier.
Ladire Jeanne- Pierrette Michel , âgée pour lors
de quinze ans , qu'elle paffa avec fa grand- mere
maternelle . Cette derniere vint à mourir ; elle fut
fi affligée de la mort de cette grand- mere , qu'elle
fut pendant fix mois à pleurer jours & nuits : pendant
tout ce tems- là , elle ne prit aucune nourri
ture que celle que l'on auroit fait prendre à un
enfant d'un an. On la ramena chez fon pere , à
quelques lieues de là ; elle fut toujours auffi affligée
qu'auparavant ; elle perdit dès ce moment
l'ufage de la parole : elle refta dans cet état
cinq ans & demi fans prendre aucune nourriture,
toutes les fonctions du corps humain étant interdites
; l'on faifoit cependant ce que l'on pouvoit
pour lui faite avaler par force quelques gouttes de
bouillon tous les deux ou trois jours , quelquefois
quinze & même plus : & l'on s'accoutuma fi
fort à la voir dans cet état- la , que l'on n'y faifoit
prèfque plus d'attention ; le pere & la mere s'éAVRIL
1760. 259
tant ruinés pour tâcher de la tirer d'affaire , mais
inutilement. Elle étoit continuellement dans une
grande fueur , exhalant une odeur qui infectoit ,
les yeux chaffieux , & écumant par la bouche :
voilà l'état de fa maladie, pendant lefdits cinq ans
& demi.
On la mena au Saint Suaire à Besançon , auquel
on l'avoit vouée ; l'on le lui fit toucher , &
elle fe frotta les yeux avec la main gauche : voilà
uniquement le feul figne de vie qu'elle ait donné
pendant toute fa maladie.
On la tranfporta à l'Hôpital dudit Besançon ,
où elle refta quatre mois , ne prenant toujours
que quelques gouttes de bouillon.
Meffieurs les Médecins & Chirurgiens de la
Ville de Befançon & des environs , s'affemblerent
& la vifiterent , fans qu'ils puffent lui apporter le
moindre foulagement ; ce qui les détermina à
faire plufieurs épreuves pour fçavoir fi elle avoit
encore de la fenfibilité ; & pour cela , ils lui percerent
la main avec une épingle d'argent , d'outre
en outre , fans qu'ils fe foient apperçus d'aucune
émotion on fit la même opération dans une
veine du côté gauche , fans qu'il en fortît ni fang
ni aucune humidité de quelque efpéce que ce
fût, On lui fondit de la cire d'Espagne fur le
front & fur le menton ; on lui brûlà la joue avec
de la chandelle allumée , & les pieds avec des charbons
ardens,fans qu'elle parût fenfible à tout cela .
Son pere, voyant l'inutilité de la laiffer davantage à
Befançon , alla la rechercher & la ramena chez lui
à Domblans , où elle reſta dans cette fituation
encore quatre mois ; après lequel tems Madame
la révérende Dame Abbeffe de la Royale Abbaye
de Château Châlons , qui l'avoit été voir plufieurs
fois avec fes Dames , dit un jour ; j'ai bien envie
de lui envoyer une bouteille de Baume de vie
260 MERCURE DE FRANCE.
(
"
fait par M. le Lievre , à Paris ; ce qu'elle exécuta
le lendemain avec la façon de s'en fervir. On
lui en donna pour la premiere fois quelques
gouttes dans une cueillerée de bouillon ; peu après
elle fit un mouvement de la tête & des bras 5
elle rendit avec abondance une matière jaune
par la bouche , comme de la bile : l'on continua
à lui faire prendre de ce Baume de M. le Lievre
jufqu'à trois fois , un peu plus amplement. A la
feconde fois , elle s'affit fur fon lit , & à la troifiéme
fois , elle fe leva & marcha par la chambres
& regardant , d'un air fort étonné , elle commença
à fe plaindre & à parler . Sa mere lui
ayant demandé ce qu'elle regardoit , elle lui répondit
qu'elle n'en fçavoit rien , mais que l'on
lui fit venir M. Mourrau , pour lors Vicaire à
Domblans , pour ſe confeffer à lui ; ce qui s'exécuta
: & de jours en jours elle prenoit plus de
nourriture & par conféquent plus de force , au
point qu'elle partit trois heures avant le jour de
chez fon pere le lendemain de Noël dernier
iucognitò , pour aller à quatre lieues de là , dans
la maison où étoit morte fa grand - mere ; où elle
vit & travaille actuellement comme une autre .
Nota , qu'elle ne le fouvient nullement de tout
ce qui lui eft arrivé pendant tout le cours de fa
maladie , & qu'elle n'a pas ufé à beaucoup près ,
toute la bouteille de Baume de vie de M. le
Lievre , qui n'étoit pas bien grande.
du
La préfente cure eft conftatée par les certificats
pere de la malade , des Echevins & habitans
de Domblans , fignés Michel pere , le Mouillard ,
Vicaire à Domblans , Guillermet , Claude- François
Duard , & Hugues Rougnon , Echevins ;
Beaupoil , Notaire & Procureur d'Office , J.J.
Gallion , M. Pujet , J. Duard , P. Duard , C. P.
Pernet , J. Pujet , H. Ardet , J. M. Defgrès , &c.
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Résumé : EFFET miraculeux, opéré par le Baume de vie de M. Le Lievre, Distillateur ordinaire du Roi, à Paris. Relation curieuse & véritable de Jeanne Pierrette, fille légitime d'Anatoile Michel, originaire de Mignovillard en Montagne, Recteur d'Ecole à Domblans ; & de Marie-Therese Guillaume, son épouse, Diocèse de Besançon, Baillage de Lons-le-Saunier.
Le texte raconte l'histoire de Jeanne Pierrette Michel, une jeune fille de quinze ans originaire de Mignovillard en Montagne. Après le décès de sa grand-mère maternelle, Jeanne fut profondément affectée et cessa de parler et de s'alimenter normalement. Pendant cinq ans et demi, elle ne consomma aucune nourriture, à l'exception de quelques gouttes de bouillon forcées. Elle était continuellement fiévreuse, exhalait une odeur infecte, et présentait des yeux chassieux ainsi qu'une écume à la bouche. Jeanne fut transportée à l'Hôpital de Besançon, où elle resta quatre mois sans montrer d'amélioration. Les médecins et chirurgiens tentèrent diverses épreuves pour vérifier sa sensibilité, mais sans succès. Son père la ramena alors à Domblans. Madame la révérende Dame Abbesse de la Royale Abbaye de Château Châlons décida de lui envoyer une bouteille de Baume de vie fabriqué par M. le Lievre, distillateur du Roi à Paris. Après avoir pris ce baume, Jeanne montra des signes de récupération : elle rendit une matière jaune, se leva, marcha et recommença à parler. Elle reprit des forces et retourna travailler. La guérison de Jeanne est attestée par plusieurs certificats, incluant ceux de son père, des échevins et habitants de Domblans, ainsi que du vicaire et d'autres notables.
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EFFET miraculeux, opéré par le Baume de vie de M. Le Lievre, Distillateur ordinaire du Roi, à Paris. Relation curieuse & véritable de Jeanne Pierrette, fille légitime d'Anatoile Michel, originaire de Mignovillard en Montagne, Recteur d'Ecole à Domblans ; & de Marie-Therese Guillaume, son épouse, Diocèse de Besançon, Baillage de Lons-le-Saunier.