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1
p. 173-185
EXTRAIT de ce qui s'est passé à l'ouverture de l'Academie des Sciences, le 16. Novembre 1712.
Début :
L'Académie Royale des Sciences fit l'ouverture de ses [...]
Mots clefs :
Académie royale des sciences, Assemblée publique, Fontenelles, Cassini, Éloges, Mémoires, Machine, Réaumur, Abeilles, Crabes, Écrevisses
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de ce qui s'est passé à l'ouverture de l'Academie des Sciences, le 16. Novembre 1712.
AIT
de ce qui s'est pallé à
lowjcrture de l'Academie des Sciences, le
16. Novembre 1712.
L Académie Royale des
Sciences fie l'ouverture de
ses Exercices par une assem-
blée publique qui se tint le
Mercredy iG. de Novembre. Monsieur de Fonrenelles y
fit l'éloge de deux
Académiciens morts pendant le cours de l'année.
L'un estoit Monsieur Berger Medecin, & Eleve de
Monsieur Rombery, pour
la Chymie
;
l'autre estoit
Monsieur Cassini celebre
par ses découvertes astronomiques. Jamais Panegyjfiite n'avoit peuc-estre eu
un si beau cha-rr,p, & peutestre jamais aussi Panegyriste n'a-t'il mieux rempli
l'attente du public. On fou,
haitteroit pouvoir donner
au public l'extrait del'éloge queMonsieur de Foncenelles fit de cegrand homme ; mais ce font de ces
choses qui perdent trop de
leurs graces dans unExtrait.
D'ailleurs on espere que les
amis de Monsieur Cassini
engagerent Monsieur de
Fontenelles à prévenirl'empressement du public sur cela
,
& à laisser imprimer cet
Eloge avant les Memoires
de l'Académie qui ne pa4*
roistront pas de quelqaeé
a
nées d'icy.
Monsieurde la Hire l'aisné lut enfuire la description
d'une machine par le moyen de laquelle un homme
dans (on carrosse peut détacher les chevaux qui tirent le carrosse loriqu'ils
prennent le mors aux dents,
& cela très promptemenc
& sans embarras.
Apres luy Monsieur Maraldi lut un Memoire contenant des observationstrés
curieuses sur les Abeilles.
Il les divise en trois classes,
les masles, les femelles ôc
les fieslons. Il raconta la
maniere dontelles s'y prennent pour construire leurs
cellules avec la cire, comment les femelles escortées
chacune de cinq ou six autres abeilles vont pondre
un œuf dans chaque cellule, comment celles qui les
accompagnent fermentla
cellule avec de la cire dans
un certain temps & la r'ouvrent ensuite pour en laisser
sortir la nouvelle mouche
qui vient d'éclorre
; comment au bout de quelque
temps elles chassent ou
tuent tous lesfreslons; comment elles chargent leurs
cuisses de cire qu'elles recueillent sur lesfleurs,avec
quel artificecelles qui sont
dans la ruche déchargent
celles qui viennent chargées, comment ellesremplissent de miel leurs magasins pour l'hyver, & plusieurs autres pareilles obfervations.
La (canee finit par la lecture d'un Memoire deMonsieur de Reaumur
,
sur la
reproduction des pattes des
Ecrevisses & des Crables. Il
fit voir que les Sçavants,
tout sçavants qu'ils sont,
font sujets à de faux préjugez de mesme que le vulgaire ignorant. Les paysans
qui ont coustume de pescher desEcrevisses,remarquent qu'ils en trouvent
tres-souvent dont les pattes
ou l'une des serres de devant sont plus courtes &
plus petites l'une que l'aurre. La premiere idée qui
leur vientsurcela, est que
c'estune jeune patte qui repouffe à la place d'une autre qu'elles ont perduë, &
cela leur avoit paru d'autant plus vray semblable
que la crouste ou espece
d'écaille qui couvre cette
jeune patte, est beaucoup
plus tendre que la crouste
du reste du corps. Un Sçavant vient qui prétend convaincre mon paysan par un
argument ex absurdo.Cela
n'est pas,luy dit-il,carcela ne se peut pas; la patte
de l'Ecrevisse est composée
demuscles, d'arteres, de
veines, de nerfs, tous rangez & disposez d'une certaine maniere, pour pou-
voir accomplir les mouvements de cette partie. Or
toute cettestructure organique ne peut estre l'effet
que d'un developpement,&
non point l'effet d'une reproduction. Ce n'est point
l'effet d'une reproduction
,
car il faudroit il) pposerune
infinité de chacune des parties propres à former les
differents organes de l'Ecrevisse, & renferméestoutes dans l'Ecrevisse,
ce qui
est absurde.Ce ne peut donc
estre que l'effet d'un developpement. Mais ce deve-
loppement ne se peurfaire
qu'une fois à la sortie de
l'œuf qui renferme l'Ecrevisse en raccourci, & par
consequent lapatteunefois
coupée ne se reproduit
plus. Le paysan ne sceut
que respondre à cet argument dans lequel il se
perd ,& il est tout prest de
croire quil a tort. Monsieur
de Reaumur termine la diC.
pute par l'experiencequi eflr
le juste Juge dans cette affaire comme dans beaucoup d'autres qui se trouvent vrayes sans estre vray-
semblables. Il enferme des
Ecrevisses après leur avoir
coupé les serres ou les pattes, & au bout de six sermaines on en voit reparoistre de nouvelles, qui dans
l'espace de quelques mois
acquierent la grosseur & la
perfeaion des premieres.
Voila le Sçavant confondu
avec tout son raisonnement. Monsieur de Reaumur cherche à le sauver par
quelque conjecture; mais
toutes ces conjectures font
fort foibles, & il faut convenir que sur la formation
j<
des corps organisez nous
sommes encore tres
-
ignorans. Il seroit feulement à
souhaitter que tant de braves gens qui ont perdu dans
ces dernieres guerres leurs
bras & leursjambes pussent
les voir renaistre de la mesme maniere.
A la fin de chaque le£tu-'
re Monsieur l'Abbé Bignon
Président de rAssemble'e,
donna des loüanges tresobligeantes à l'autheur de
chaque Memoire, & fit sentir au public avec beaucoup
de netteté & d'élegance
tout
tout ce qu'il y
avoir de beau
& d'utile dans ce qu'on venoit de lire.
On donnera separement dans
les kltrcures suivants les Extraits des Discours les plus curieux ~& les plus solides entre
ceux qu'on a prononcez dans
cette djemblée.
de ce qui s'est pallé à
lowjcrture de l'Academie des Sciences, le
16. Novembre 1712.
L Académie Royale des
Sciences fie l'ouverture de
ses Exercices par une assem-
blée publique qui se tint le
Mercredy iG. de Novembre. Monsieur de Fonrenelles y
fit l'éloge de deux
Académiciens morts pendant le cours de l'année.
L'un estoit Monsieur Berger Medecin, & Eleve de
Monsieur Rombery, pour
la Chymie
;
l'autre estoit
Monsieur Cassini celebre
par ses découvertes astronomiques. Jamais Panegyjfiite n'avoit peuc-estre eu
un si beau cha-rr,p, & peutestre jamais aussi Panegyriste n'a-t'il mieux rempli
l'attente du public. On fou,
haitteroit pouvoir donner
au public l'extrait del'éloge queMonsieur de Foncenelles fit de cegrand homme ; mais ce font de ces
choses qui perdent trop de
leurs graces dans unExtrait.
D'ailleurs on espere que les
amis de Monsieur Cassini
engagerent Monsieur de
Fontenelles à prévenirl'empressement du public sur cela
,
& à laisser imprimer cet
Eloge avant les Memoires
de l'Académie qui ne pa4*
roistront pas de quelqaeé
a
nées d'icy.
Monsieurde la Hire l'aisné lut enfuire la description
d'une machine par le moyen de laquelle un homme
dans (on carrosse peut détacher les chevaux qui tirent le carrosse loriqu'ils
prennent le mors aux dents,
& cela très promptemenc
& sans embarras.
Apres luy Monsieur Maraldi lut un Memoire contenant des observationstrés
curieuses sur les Abeilles.
Il les divise en trois classes,
les masles, les femelles ôc
les fieslons. Il raconta la
maniere dontelles s'y prennent pour construire leurs
cellules avec la cire, comment les femelles escortées
chacune de cinq ou six autres abeilles vont pondre
un œuf dans chaque cellule, comment celles qui les
accompagnent fermentla
cellule avec de la cire dans
un certain temps & la r'ouvrent ensuite pour en laisser
sortir la nouvelle mouche
qui vient d'éclorre
; comment au bout de quelque
temps elles chassent ou
tuent tous lesfreslons; comment elles chargent leurs
cuisses de cire qu'elles recueillent sur lesfleurs,avec
quel artificecelles qui sont
dans la ruche déchargent
celles qui viennent chargées, comment ellesremplissent de miel leurs magasins pour l'hyver, & plusieurs autres pareilles obfervations.
La (canee finit par la lecture d'un Memoire deMonsieur de Reaumur
,
sur la
reproduction des pattes des
Ecrevisses & des Crables. Il
fit voir que les Sçavants,
tout sçavants qu'ils sont,
font sujets à de faux préjugez de mesme que le vulgaire ignorant. Les paysans
qui ont coustume de pescher desEcrevisses,remarquent qu'ils en trouvent
tres-souvent dont les pattes
ou l'une des serres de devant sont plus courtes &
plus petites l'une que l'aurre. La premiere idée qui
leur vientsurcela, est que
c'estune jeune patte qui repouffe à la place d'une autre qu'elles ont perduë, &
cela leur avoit paru d'autant plus vray semblable
que la crouste ou espece
d'écaille qui couvre cette
jeune patte, est beaucoup
plus tendre que la crouste
du reste du corps. Un Sçavant vient qui prétend convaincre mon paysan par un
argument ex absurdo.Cela
n'est pas,luy dit-il,carcela ne se peut pas; la patte
de l'Ecrevisse est composée
demuscles, d'arteres, de
veines, de nerfs, tous rangez & disposez d'une certaine maniere, pour pou-
voir accomplir les mouvements de cette partie. Or
toute cettestructure organique ne peut estre l'effet
que d'un developpement,&
non point l'effet d'une reproduction. Ce n'est point
l'effet d'une reproduction
,
car il faudroit il) pposerune
infinité de chacune des parties propres à former les
differents organes de l'Ecrevisse, & renferméestoutes dans l'Ecrevisse,
ce qui
est absurde.Ce ne peut donc
estre que l'effet d'un developpement. Mais ce deve-
loppement ne se peurfaire
qu'une fois à la sortie de
l'œuf qui renferme l'Ecrevisse en raccourci, & par
consequent lapatteunefois
coupée ne se reproduit
plus. Le paysan ne sceut
que respondre à cet argument dans lequel il se
perd ,& il est tout prest de
croire quil a tort. Monsieur
de Reaumur termine la diC.
pute par l'experiencequi eflr
le juste Juge dans cette affaire comme dans beaucoup d'autres qui se trouvent vrayes sans estre vray-
semblables. Il enferme des
Ecrevisses après leur avoir
coupé les serres ou les pattes, & au bout de six sermaines on en voit reparoistre de nouvelles, qui dans
l'espace de quelques mois
acquierent la grosseur & la
perfeaion des premieres.
Voila le Sçavant confondu
avec tout son raisonnement. Monsieur de Reaumur cherche à le sauver par
quelque conjecture; mais
toutes ces conjectures font
fort foibles, & il faut convenir que sur la formation
j<
des corps organisez nous
sommes encore tres
-
ignorans. Il seroit feulement à
souhaitter que tant de braves gens qui ont perdu dans
ces dernieres guerres leurs
bras & leursjambes pussent
les voir renaistre de la mesme maniere.
A la fin de chaque le£tu-'
re Monsieur l'Abbé Bignon
Président de rAssemble'e,
donna des loüanges tresobligeantes à l'autheur de
chaque Memoire, & fit sentir au public avec beaucoup
de netteté & d'élegance
tout
tout ce qu'il y
avoir de beau
& d'utile dans ce qu'on venoit de lire.
On donnera separement dans
les kltrcures suivants les Extraits des Discours les plus curieux ~& les plus solides entre
ceux qu'on a prononcez dans
cette djemblée.
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Résumé : EXTRAIT de ce qui s'est passé à l'ouverture de l'Academie des Sciences, le 16. Novembre 1712.
Le 16 novembre 1712, l'Académie Royale des Sciences inaugura ses exercices par une assemblée publique. Monsieur de Fontenelle prononça l'éloge de deux académiciens décédés : Monsieur Berger, médecin et chimiste, et Monsieur Cassini, renommé pour ses découvertes astronomiques. L'éloge de Cassini fut particulièrement apprécié mais ne fut pas publié pour en préserver l'intégralité. Monsieur de la Hire présenta une machine permettant à un homme dans son carrosse de détacher rapidement les chevaux qui prennent le mors aux dents. Monsieur Maraldi exposa un mémoire sur les abeilles, les classant en mâles, femelles et faussaires. Il décrivit leur mode de construction des cellules, la ponte des œufs, la fermeture et l'ouverture des cellules, l'élimination des faussaires, et le stockage de miel pour l'hiver. Monsieur de Reaumur lut un mémoire sur la reproduction des pattes des écrevisses et des crabes. Il démontra que les savants, comme le vulgaire, peuvent avoir des préjugés. Les paysans observaient souvent des écrevisses avec des pattes plus courtes, pensant qu'elles repoussaient. Un savant contesta cette idée, affirmant que la structure des pattes ne permettait pas leur reproduction. Reaumur prouva par expérience que les pattes coupées repoussaient effectivement, confondant ainsi le savant et son raisonnement. L'abbé Bignon, président de l'assemblée, conclut en louant les auteurs des mémoires et en soulignant la beauté et l'utilité des discours présentés. Les extraits des discours les plus curieux et solides seront publiés séparément dans les lettres suivantes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 738-740
Assemblée publique de la Societé Royale de Montpelier, [titre d'après la table]
Début :
On a imprimé à Montpellier un Extrait de ce qui [...]
Mots clefs :
Société royale des sciences, Assemblée publique, Montpellier, Hydrophobie, Ville romaine, Mémoire historique, Académiciens, Opium
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texteReconnaissance textuelle : Assemblée publique de la Societé Royale de Montpelier, [titre d'après la table]
On a imprimé à Montpellier un Extrait
de ce qui s'est passé à l'Assemblée
publique de la Societé Royale des Sciences
, tenuë le 7. Décembre 1730. dans lá
grande Salle de l'Hôtel de Ville , MM . les
Consuls y assistant en Chaperon. Nous
allons donner un précis de ce qui s'y
passa.
La Seance fut ouverte par M. l'Evêque
AVRIL. 1731. 739
que qui y presidoit. M. Riviere parla le
premier , et fit part à la Compagnie des
Observations qu'il a faite sur l'Opium , et
donna une idée de celles qu'il doit faire
dans la suite sur le même suc , sur la Plante
qui le produit , et sur celles qu'on peur
appeller Analogues , comme le Papaver
Rheas , le Papaver Corniculatum , et les
differentes especes de Jusquiame. Il finit
en avertissant qu'il se propose de donner
une nouvelle préparation du Laudanum,
encore plus effective que celles dont on
s'est servi jusqu'ici .
M. Haguenot lut ensuite un Memoire
sur l'Hydrophobie , ou l'horreur des Liquides
, qui arrive ordinairement après la
morsure d'un animal enragé , à l'occasion
d'un Malade attaqué de ce mal , vvûũ pat
M. Haguenot.
*
M. de Plantade lut après lui un Memoire
détaché du grand Ouvrage Historique
, auquel il travaille , dans lequel
Memoire il établit la veritable position
d'une Ville Romaine dont on ne connoissoit
que le nom. Cette Ville est le Forum
Domitii , marquée dans l'Itineraire d'Antonin
, sur laquelle plusieurs Sçavans ont
fait jusqu'ici des recherches inutiles. M.de
Plantade place cette Ville à un quart de
lieuë à l'Orient de Fabregues , où il a dé-
Couvert en effet les ruines d'une ancienng
740 MERCURE DE FRANCE
ne Ville dans un lieu inculte et sauvage ;
c'est ce que l'habile Académicien prouve
fort au long d'une maniere qui fera plaisir
à tous les amateurs de l'Antiquité.
A la fin de l'Extrait imprimé à Montpellier
, on lit que ces Memoires , fort
interessans chacun dans leur espece , furent
très- goutez par l'Assemblée . M. le
Président , en les récapitulant , en fit
l'éloge , il fit aussi celui des Académiciens
qui les avoient lûs.
de ce qui s'est passé à l'Assemblée
publique de la Societé Royale des Sciences
, tenuë le 7. Décembre 1730. dans lá
grande Salle de l'Hôtel de Ville , MM . les
Consuls y assistant en Chaperon. Nous
allons donner un précis de ce qui s'y
passa.
La Seance fut ouverte par M. l'Evêque
AVRIL. 1731. 739
que qui y presidoit. M. Riviere parla le
premier , et fit part à la Compagnie des
Observations qu'il a faite sur l'Opium , et
donna une idée de celles qu'il doit faire
dans la suite sur le même suc , sur la Plante
qui le produit , et sur celles qu'on peur
appeller Analogues , comme le Papaver
Rheas , le Papaver Corniculatum , et les
differentes especes de Jusquiame. Il finit
en avertissant qu'il se propose de donner
une nouvelle préparation du Laudanum,
encore plus effective que celles dont on
s'est servi jusqu'ici .
M. Haguenot lut ensuite un Memoire
sur l'Hydrophobie , ou l'horreur des Liquides
, qui arrive ordinairement après la
morsure d'un animal enragé , à l'occasion
d'un Malade attaqué de ce mal , vvûũ pat
M. Haguenot.
*
M. de Plantade lut après lui un Memoire
détaché du grand Ouvrage Historique
, auquel il travaille , dans lequel
Memoire il établit la veritable position
d'une Ville Romaine dont on ne connoissoit
que le nom. Cette Ville est le Forum
Domitii , marquée dans l'Itineraire d'Antonin
, sur laquelle plusieurs Sçavans ont
fait jusqu'ici des recherches inutiles. M.de
Plantade place cette Ville à un quart de
lieuë à l'Orient de Fabregues , où il a dé-
Couvert en effet les ruines d'une ancienng
740 MERCURE DE FRANCE
ne Ville dans un lieu inculte et sauvage ;
c'est ce que l'habile Académicien prouve
fort au long d'une maniere qui fera plaisir
à tous les amateurs de l'Antiquité.
A la fin de l'Extrait imprimé à Montpellier
, on lit que ces Memoires , fort
interessans chacun dans leur espece , furent
très- goutez par l'Assemblée . M. le
Président , en les récapitulant , en fit
l'éloge , il fit aussi celui des Académiciens
qui les avoient lûs.
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Résumé : Assemblée publique de la Societé Royale de Montpelier, [titre d'après la table]
Le 7 décembre 1730, la Société Royale des Sciences de Montpellier a organisé une assemblée publique à l'Hôtel de Ville, en présence des consuls. La séance, dirigée par M. l'Évêque Avril, a débuté par une intervention de M. Rivière. Il a présenté ses observations sur l'opium et annoncé des recherches futures sur cette substance, la plante qui la produit, ainsi que sur des plantes analogues comme le Papaver Rheas, le Papaver Corniculatum et diverses espèces de jusquiame. Il a également mentionné une nouvelle préparation du laudanum plus efficace que celles existantes. M. Haguenot a ensuite lu un mémoire sur l'hydrophobie, illustré par un cas clinique. M. de Plantade a présenté un mémoire extrait de son ouvrage historique, identifiant la position du Forum Domitii, une ville romaine mentionnée dans l'Itinéraire d'Antonin. Il a situé cette ville à un quart de lieue à l'est de Fabregues, où il a découvert des ruines d'une ancienne ville dans un lieu sauvage. Les mémoires présentés ont été très appréciés par l'assemblée, et M. le Président les a récapitulés en les louant ainsi que les académiciens qui les avaient lus.
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3
p. 1579-1587
Assemblée publique de la Société Royale de Montpelier, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le 17 Février dernier, la Société Royale des Sciences de Montpellier [...]
Mots clefs :
Société royale des sciences de Montpellier, Assemblée publique, Académie, Mémoires, Lire, Plantes, Etamines, Huiles, Carnosité
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texteReconnaissance textuelle : Assemblée publique de la Société Royale de Montpelier, &c. [titre d'après la table]
Le 17 Février dernier , la Societé Roya
le des Sciences de Montpellier , tint son
Assemblée publique dans la grande Sale
de l'Hôtel de Vilie , en présence des trois
Etats de la Province de Languedoc , qui
occupoient leurs places ordinaires ; l'Académie étoit dans le Parterre , autour
d'une grande Table , au haut de laquelle
étoient placez les Académiciens Honoraires. M. de Bernage de S. Maurice , Intendant de Languedoc , comme Président cette année , occupoit la place du
milieu. Il avoit à sa droite l'Archevêque
de Narbonne , Président né des Etats , et
P'Archevêque d'Albi , Académicien Honoraire ; et à sa gauche M. de Montferrier le fils , Directeur de la Compagnie.
Les Académiciens étoient placez sur des
bancs , aux côtez de la Table , et les Adjoints occupoient le bas bout sur des
chaises. Le reste de la Sale étoit rempli
d'un grand nombre de personnes, attirées
par la curiosité d'entendre lire les Mémoires , et par la majesté de l'Assemblée ,
qui étoit très-auguste , &c. M. le Président ne manqua pas de remarquer cette
derniere circonstance dans le petit Discours qu'il fir , en parlant des occupations
de la Societé Royale , et en annonçant les
Mémoires qu'on alloit lire.
Celui
580 MERCURE DE FRANCE
Celui de M. Danyzy avoit pour sujet
la Poussée des Voutes. Il examina avec
quelle force , et dans quelle direction les
Voussoirs agissent contre les Pieds droits
pour les renverser. Les connoissances
qu'il a acquises lui ont fourni le moyen
de déterminer l'épaisseur qu'il faut don
ner aux Pieds droits , afin que par leur
propre pesanteur ils soyent en équilibre
avec les efforts , & c.
Comme nous ne pouvons donner ici
qu'une idée succinte de ce qui s'est passé
dans cette Assemblée , nous n'entrerons
pas dans un trop grand détail , ne connoissant les Mémoires lús , que par les
Extraits qu'on en a imprimés à Montpellier , dans une petite Brochure in 4. de
40 pages. Mais nous sommes priez de rétablir une lacune faite dans le même imprimé , ou à la page 7. après la dix- neuviéme ligne , il faut lire ce qui suit.
Pour donner le loisir d'éxaminer la ma
niere dont les Voussoirs agissent , tl´avoit
fait tous les pieds droits H, h , foibles , er
pour les soutenir'yy avoit ajoûté des contreforts K, k, qui étant reculez tout doucement,
ne laissoient écarter les pieds droits que d'une certaine quantité qui n'étoit pas suffisante
pour faire crouler l'arceau , mais qui lefai- soit
JUILLET. 17327 1581
soit voir dans le tems qu'il étoit prêt à
crouler.
On vitpour lors là voute à plein cintre ;
dont le nombre des voussoirs étoit impair ,
s'écraser et s'ouvrir aux deux joints de la
clef, en dedans et en- dehors , en plusieurs
endroits vers les reins. Voyez la seconde
Figure.
M. Chicoyneau le fils , reçû en survivance aux Charges de Chancelier de l'Ecole de Médecine , et de Professeur d'Anatomie et de Botanique , fit part à la
Compagnie des Observations qu'il a faites sur les Plantes sensitives , et sur la
Mécanique d'où dépend cette espéce de
sensibilité qu'on leur attribuë.
pas
Il observa d'abord que les Plantes sensitives proprement dites , n'étoient
les seules dans lesquelles on remarque ces
mouvemens automatiques , puisque les
Etamines de l'Opuntia et de l'Heliantemum n'en sont pas exemples.
Les Etamines de l'Opuntia se raprochent du pistile , dit il , dès qu'on les
touche ou qu'on secoue un peu la plante , et les Etamines de l'Heliantemum ,
s'éloignent de leur pistile , dès qu'on les
met en jeu par quelque mouvement semblable ; mais ces imouvemens , quoique
differens , ne changent rien à la MécaniF que
82 MERCURE DE FRANCE
$que , par laquelle M. Chicoyneau les
explique ; et il a fait voir que par le seul
changement de situation des tuyaux des
Plantes et de ceux des Etamines , il est
aisé de rendre raison d'un Phénomene
qui a éxercé de tout tems les Botanistes et
les Physiciens.
Pour cet effet , il commence par établir trois propositions , qu'on peut regarder comme des principes qui n'ont pas
besoin de preuve , et qui ne peuvent pas
par conséquent lui être contestez.
Le premier principe est , que les fibres des Plantes sont élastiques.
Le second , que les sucs nourriciers cou
lent dans la cavité de ces fibres comme
dans autant de tuyaux.
Le troisième , que les sucs étendent
les parois de ces tuyaux , et tiraillent les fibres dont ils sont composez.
Par le premier et par le second principe , il est clair que quand par quelque
cause exterieure, comme par quelque attouchement , ou par quelque secousse ,
de ressort des fibres sera mis en jeu , elles
dévront chasser le suc qui est contenu
dans leur cavité , et qu'alors la Plante fera un mouvement particulier , qui la fera
changer de figure ; et il est evident par le
troisième principe que la force du ressort
s'étant
JUILLET. 1732. 1583
s'etant affoiblie , le suc de la Plante rentrera peu à peu dans les cavitez de ses fibres , et que la Plante se remettra dans son état ordinaire.
Mais cela supposé , dit M. Chicoyneau , que dans l'état naturel , le ressort et le suc des Plantes sensitives
sont dans une espece d'équilibre ; car si
le suc étoit en trop grande abondance ,
comme il arrive en temps de pluye , avant
le lever ou après le coucher du Soleil ,
ou quand ces Plantes ont été trop arrosées , il est clair qu'alors Lur ressort ne
pouvant pas surmonter la résistance des
fibres trop tendues par l'abondance des
liqueurs dont elles sont remplies , les sen- sitives ne feront aucun mouvement ,
quoiqu'on les touche ou qu'on les secouë,
et elles ne deviendroient sensibles que
pendant le temps sec , et long- temp
après le lever du Soleil ; c'est- là ce qu
l'experience confirme , et c'est aussi la
raison naturelle et generale du mouvement Automatique des Plantes sensitives ;
mais comme ces mouvemens ne sont pas
les mêmes dans toutes les sensitives , et
qu'il y a de ces Plantes dont les branches s'abatent totalement, et d'autres dont
les feuilles ne font que se replier et s'approcher les unes des autres , M. ChicoyFij nean
MERCURE DE FRANCE
1
neau en supposant toujours l'Elasticité
des tuyaux de ces Plantes , ne fait que
les placer par paquets au colet et en dehors des branches ; dans les sensitives
dont toutes les branches sabattent et en
dedans des Pedicules des feuilles , dans
celles dont les feuilles se replient et s'approchent les unes des autres. Il explique
par la même Mécanique , les mouvemens des Etamines de l'Opuntia , et de plusieurs especes d'Héliantemum
qu'il a observées ; et cette explication
très simple et par là très conforme aux
Loix de la Nature , porte avec soi un
caractere de verité auquel on ne peut pas
refuser son consentement , &c.
C Ce sont ces Etamines chargées en Petale , dit M. Chicoineau en finissant , qui
produisent ces agreables Monstres , qu'on
appelle fleurs doubles , et qui étant simples à la campagne , d'où elles ont été
sirées , ont acquis par la culture , ce degré de beauté qui les fait admirer dans
des Jardins.
Untroisiéme Mémoire fut lû par M. de
Plantade , sur quelques nouvelles experiences du Barometre et la pesanteur de
l'Air , faites pour la plupart sur les Pyrenées.
Le quatrième Memoire de M. Lamorier,
JUILLET. 1732 1985
rier, contient ses Observations sur l'usa
ge de l'eau commune dans la Chirurgie.
Il est surprenant, dit l'Auteur duMémoire , que l'eau commune ne soit pas
d'un plus grand usage pour les playes.
Peut-être le reméde est trop commun *;
le Public fait peu de cas de ce que la Nature lui donne avec profusion : il estime
un reméde rare , qui vient de loin , qu'il
achete chérement , et qui même lui paroît inconnu. Plusieurs aussi pensent ,
qu'un reméde aussi simple que l'eau , ne
peut avoir aucune efficacité. Pour ôter
ces préventions il a fait plusieurs expériences trois entr'autres , au mois de
Janvier de l'année derniere sur trois horames , dont l'un avoit un vieux ulcère
-sur la cheville exterieure du pied , de la
grandeur de la paume dela main. Le deuxiéme , Soldar du Régiment de Médoc ,
avoit reçû un coup de sabre sur le dos de
la main , qui lui avoit coupé les tendons
extenseurs du poignet et des doigts , et
avoit séparé les deux os du métacarpe qui
soutiennent le petit doigt et l'annulaire.
Cette playe fut suivie de fluxions et d'abcès , qui inonderent presque tout l'a- vant bras. La fiévre et le desséchement
de tout le corps , faisoient beaucoup
Fiij
,
crain .
1586 MERCURE DE FRANCE
craindre pour sa vie . Le troisiéme , autre
Soldat du même Régiment , avoit reçû
un coup d'épée à travers l'avant bras , et
avoit ouvert l'artère qui est entre les deux.
s. Il y eut bien du sang épanché dans
les muscles , et de très grandes supurations : ce blessé fut en très-mauvais état.
On fit construire une botte de cuir , dans
laquelle on mettoit de l'eau commune
chaude , pour y faire tremper la jambe
ulcerée. Le malade restoit une heure par
jour dans ce bain. Peu de jours après les
duretez des bords se fondirent , la cicatrice s'avançoit sensiblement d'un jour à
l'autre , et il fut parfaitement guéri.
On fit faire deux machines de fer blanc,
dans lesquelles les deux Soldats pûssent
tremper commodément le bras , depuis
la main jusqu'au dessus du coude. A mesure qu'on trempoit leurs playes dans
l'eau , les suppurations se vuidoient beaucoup mieux , ils remuoient plus facilement les doigts , la douleur et la fièvre
diminuoient tous les jours ; en un mot ,
ils furent entierement guéris.
Dans les personnes atteintes de carnositez , difficultez et retentions d'urine ,
Occasionnées par le séjour des glaires ,
épaisses et abondantes , on a accoûtumé
d'injecter l'huile d'amende douce ou de
lait.
JUILLET. 173201587 lait . Les huiles en général échauffent , et
se mêlent avec peine avec les glaires , les
parties butireuses du lait s'épaississent
dans l'hurétre par la chaleur des parties ,
et bouchent le passage ; ce qui a fait imaginer à M. Lamorier d'injecter l'eau com
mune tiéde , qui relâché les carnositez
et se mêlant avec les glaires , les détrempe , et les malades sont soulagezi
le des Sciences de Montpellier , tint son
Assemblée publique dans la grande Sale
de l'Hôtel de Vilie , en présence des trois
Etats de la Province de Languedoc , qui
occupoient leurs places ordinaires ; l'Académie étoit dans le Parterre , autour
d'une grande Table , au haut de laquelle
étoient placez les Académiciens Honoraires. M. de Bernage de S. Maurice , Intendant de Languedoc , comme Président cette année , occupoit la place du
milieu. Il avoit à sa droite l'Archevêque
de Narbonne , Président né des Etats , et
P'Archevêque d'Albi , Académicien Honoraire ; et à sa gauche M. de Montferrier le fils , Directeur de la Compagnie.
Les Académiciens étoient placez sur des
bancs , aux côtez de la Table , et les Adjoints occupoient le bas bout sur des
chaises. Le reste de la Sale étoit rempli
d'un grand nombre de personnes, attirées
par la curiosité d'entendre lire les Mémoires , et par la majesté de l'Assemblée ,
qui étoit très-auguste , &c. M. le Président ne manqua pas de remarquer cette
derniere circonstance dans le petit Discours qu'il fir , en parlant des occupations
de la Societé Royale , et en annonçant les
Mémoires qu'on alloit lire.
Celui
580 MERCURE DE FRANCE
Celui de M. Danyzy avoit pour sujet
la Poussée des Voutes. Il examina avec
quelle force , et dans quelle direction les
Voussoirs agissent contre les Pieds droits
pour les renverser. Les connoissances
qu'il a acquises lui ont fourni le moyen
de déterminer l'épaisseur qu'il faut don
ner aux Pieds droits , afin que par leur
propre pesanteur ils soyent en équilibre
avec les efforts , & c.
Comme nous ne pouvons donner ici
qu'une idée succinte de ce qui s'est passé
dans cette Assemblée , nous n'entrerons
pas dans un trop grand détail , ne connoissant les Mémoires lús , que par les
Extraits qu'on en a imprimés à Montpellier , dans une petite Brochure in 4. de
40 pages. Mais nous sommes priez de rétablir une lacune faite dans le même imprimé , ou à la page 7. après la dix- neuviéme ligne , il faut lire ce qui suit.
Pour donner le loisir d'éxaminer la ma
niere dont les Voussoirs agissent , tl´avoit
fait tous les pieds droits H, h , foibles , er
pour les soutenir'yy avoit ajoûté des contreforts K, k, qui étant reculez tout doucement,
ne laissoient écarter les pieds droits que d'une certaine quantité qui n'étoit pas suffisante
pour faire crouler l'arceau , mais qui lefai- soit
JUILLET. 17327 1581
soit voir dans le tems qu'il étoit prêt à
crouler.
On vitpour lors là voute à plein cintre ;
dont le nombre des voussoirs étoit impair ,
s'écraser et s'ouvrir aux deux joints de la
clef, en dedans et en- dehors , en plusieurs
endroits vers les reins. Voyez la seconde
Figure.
M. Chicoyneau le fils , reçû en survivance aux Charges de Chancelier de l'Ecole de Médecine , et de Professeur d'Anatomie et de Botanique , fit part à la
Compagnie des Observations qu'il a faites sur les Plantes sensitives , et sur la
Mécanique d'où dépend cette espéce de
sensibilité qu'on leur attribuë.
pas
Il observa d'abord que les Plantes sensitives proprement dites , n'étoient
les seules dans lesquelles on remarque ces
mouvemens automatiques , puisque les
Etamines de l'Opuntia et de l'Heliantemum n'en sont pas exemples.
Les Etamines de l'Opuntia se raprochent du pistile , dit il , dès qu'on les
touche ou qu'on secoue un peu la plante , et les Etamines de l'Heliantemum ,
s'éloignent de leur pistile , dès qu'on les
met en jeu par quelque mouvement semblable ; mais ces imouvemens , quoique
differens , ne changent rien à la MécaniF que
82 MERCURE DE FRANCE
$que , par laquelle M. Chicoyneau les
explique ; et il a fait voir que par le seul
changement de situation des tuyaux des
Plantes et de ceux des Etamines , il est
aisé de rendre raison d'un Phénomene
qui a éxercé de tout tems les Botanistes et
les Physiciens.
Pour cet effet , il commence par établir trois propositions , qu'on peut regarder comme des principes qui n'ont pas
besoin de preuve , et qui ne peuvent pas
par conséquent lui être contestez.
Le premier principe est , que les fibres des Plantes sont élastiques.
Le second , que les sucs nourriciers cou
lent dans la cavité de ces fibres comme
dans autant de tuyaux.
Le troisième , que les sucs étendent
les parois de ces tuyaux , et tiraillent les fibres dont ils sont composez.
Par le premier et par le second principe , il est clair que quand par quelque
cause exterieure, comme par quelque attouchement , ou par quelque secousse ,
de ressort des fibres sera mis en jeu , elles
dévront chasser le suc qui est contenu
dans leur cavité , et qu'alors la Plante fera un mouvement particulier , qui la fera
changer de figure ; et il est evident par le
troisième principe que la force du ressort
s'étant
JUILLET. 1732. 1583
s'etant affoiblie , le suc de la Plante rentrera peu à peu dans les cavitez de ses fibres , et que la Plante se remettra dans son état ordinaire.
Mais cela supposé , dit M. Chicoyneau , que dans l'état naturel , le ressort et le suc des Plantes sensitives
sont dans une espece d'équilibre ; car si
le suc étoit en trop grande abondance ,
comme il arrive en temps de pluye , avant
le lever ou après le coucher du Soleil ,
ou quand ces Plantes ont été trop arrosées , il est clair qu'alors Lur ressort ne
pouvant pas surmonter la résistance des
fibres trop tendues par l'abondance des
liqueurs dont elles sont remplies , les sen- sitives ne feront aucun mouvement ,
quoiqu'on les touche ou qu'on les secouë,
et elles ne deviendroient sensibles que
pendant le temps sec , et long- temp
après le lever du Soleil ; c'est- là ce qu
l'experience confirme , et c'est aussi la
raison naturelle et generale du mouvement Automatique des Plantes sensitives ;
mais comme ces mouvemens ne sont pas
les mêmes dans toutes les sensitives , et
qu'il y a de ces Plantes dont les branches s'abatent totalement, et d'autres dont
les feuilles ne font que se replier et s'approcher les unes des autres , M. ChicoyFij nean
MERCURE DE FRANCE
1
neau en supposant toujours l'Elasticité
des tuyaux de ces Plantes , ne fait que
les placer par paquets au colet et en dehors des branches ; dans les sensitives
dont toutes les branches sabattent et en
dedans des Pedicules des feuilles , dans
celles dont les feuilles se replient et s'approchent les unes des autres. Il explique
par la même Mécanique , les mouvemens des Etamines de l'Opuntia , et de plusieurs especes d'Héliantemum
qu'il a observées ; et cette explication
très simple et par là très conforme aux
Loix de la Nature , porte avec soi un
caractere de verité auquel on ne peut pas
refuser son consentement , &c.
C Ce sont ces Etamines chargées en Petale , dit M. Chicoineau en finissant , qui
produisent ces agreables Monstres , qu'on
appelle fleurs doubles , et qui étant simples à la campagne , d'où elles ont été
sirées , ont acquis par la culture , ce degré de beauté qui les fait admirer dans
des Jardins.
Untroisiéme Mémoire fut lû par M. de
Plantade , sur quelques nouvelles experiences du Barometre et la pesanteur de
l'Air , faites pour la plupart sur les Pyrenées.
Le quatrième Memoire de M. Lamorier,
JUILLET. 1732 1985
rier, contient ses Observations sur l'usa
ge de l'eau commune dans la Chirurgie.
Il est surprenant, dit l'Auteur duMémoire , que l'eau commune ne soit pas
d'un plus grand usage pour les playes.
Peut-être le reméde est trop commun *;
le Public fait peu de cas de ce que la Nature lui donne avec profusion : il estime
un reméde rare , qui vient de loin , qu'il
achete chérement , et qui même lui paroît inconnu. Plusieurs aussi pensent ,
qu'un reméde aussi simple que l'eau , ne
peut avoir aucune efficacité. Pour ôter
ces préventions il a fait plusieurs expériences trois entr'autres , au mois de
Janvier de l'année derniere sur trois horames , dont l'un avoit un vieux ulcère
-sur la cheville exterieure du pied , de la
grandeur de la paume dela main. Le deuxiéme , Soldar du Régiment de Médoc ,
avoit reçû un coup de sabre sur le dos de
la main , qui lui avoit coupé les tendons
extenseurs du poignet et des doigts , et
avoit séparé les deux os du métacarpe qui
soutiennent le petit doigt et l'annulaire.
Cette playe fut suivie de fluxions et d'abcès , qui inonderent presque tout l'a- vant bras. La fiévre et le desséchement
de tout le corps , faisoient beaucoup
Fiij
,
crain .
1586 MERCURE DE FRANCE
craindre pour sa vie . Le troisiéme , autre
Soldat du même Régiment , avoit reçû
un coup d'épée à travers l'avant bras , et
avoit ouvert l'artère qui est entre les deux.
s. Il y eut bien du sang épanché dans
les muscles , et de très grandes supurations : ce blessé fut en très-mauvais état.
On fit construire une botte de cuir , dans
laquelle on mettoit de l'eau commune
chaude , pour y faire tremper la jambe
ulcerée. Le malade restoit une heure par
jour dans ce bain. Peu de jours après les
duretez des bords se fondirent , la cicatrice s'avançoit sensiblement d'un jour à
l'autre , et il fut parfaitement guéri.
On fit faire deux machines de fer blanc,
dans lesquelles les deux Soldats pûssent
tremper commodément le bras , depuis
la main jusqu'au dessus du coude. A mesure qu'on trempoit leurs playes dans
l'eau , les suppurations se vuidoient beaucoup mieux , ils remuoient plus facilement les doigts , la douleur et la fièvre
diminuoient tous les jours ; en un mot ,
ils furent entierement guéris.
Dans les personnes atteintes de carnositez , difficultez et retentions d'urine ,
Occasionnées par le séjour des glaires ,
épaisses et abondantes , on a accoûtumé
d'injecter l'huile d'amende douce ou de
lait.
JUILLET. 173201587 lait . Les huiles en général échauffent , et
se mêlent avec peine avec les glaires , les
parties butireuses du lait s'épaississent
dans l'hurétre par la chaleur des parties ,
et bouchent le passage ; ce qui a fait imaginer à M. Lamorier d'injecter l'eau com
mune tiéde , qui relâché les carnositez
et se mêlant avec les glaires , les détrempe , et les malades sont soulagezi
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Résumé : Assemblée publique de la Société Royale de Montpelier, &c. [titre d'après la table]
Le 17 février, la Société Royale des Sciences de Montpellier a organisé son Assemblée publique dans la grande salle de l'Hôtel de Ville, en présence des trois États de la Province de Languedoc. L'Académie était présidée par M. de Bernage de Saint-Maurice, Intendant de Languedoc. À sa droite se trouvaient l'Archevêque de Narbonne et l'Archevêque d'Albi, et à sa gauche, M. de Montferrier le fils, Directeur de la Compagnie. Les académiciens étaient assis sur des bancs, et les adjoints sur des chaises. La salle était comble de personnes venues écouter les mémoires présentés. M. Danyzy a présenté un mémoire sur la poussée des voûtes, analysant la force et la direction avec lesquelles les voussoirs agissent contre les pieds droits pour les renverser. Il a déterminé l'épaisseur nécessaire des pieds droits pour qu'ils soient en équilibre avec les efforts exercés. M. Chicoyneau le fils, nouvellement nommé Chancelier de l'École de Médecine et Professeur d'Anatomie et de Botanique, a partagé ses observations sur les plantes sensitives et la mécanique de leur sensibilité. Il a expliqué que les mouvements automatiques des plantes sensitives sont dus à l'élasticité des fibres et à la circulation des sucs nourriciers. Il a également observé des mouvements similaires chez les étamines de l'Opuntia et de l'Hélianthemum. M. de Plantade a lu un mémoire sur de nouvelles expériences avec le baromètre et la pesanteur de l'air, réalisées principalement dans les Pyrénées. M. Lamorier a présenté un mémoire sur l'usage de l'eau commune en chirurgie. Il a rapporté des expériences réussies où l'eau chaude a guéri des ulcères et des blessures graves chez des soldats. Il a également recommandé l'injection d'eau commune tiède pour traiter les carnossités et les difficultés urinaires, en remplacement des huiles et du lait.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 1592-1608
PREMIRE ASSEMBLÉE PUBLIQUE de l'Académie de Chirurgie.
Début :
LE 11. du mois dernier, premier Mardy d'après la [...]
Mots clefs :
Académie royale de chirurgie, Assemblée publique, Compagnie, Carcinôme, Sang, Observations, Collique bilieuse, Rectum, Sphincter, Tumeur, Opération, Intestins, Prostate, Fistule anale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PREMIRE ASSEMBLÉE PUBLIQUE de l'Académie de Chirurgie.
PREMIRE ASSEMBLE'E PUBLIQUE
de l'Académie de Chirurgie.
Lay
E II. du mois dernier , premier Mard'après la Trinité , l'Académie.
Royale de Chirurgie , conformément à
ses Reglemens , tint une Assemblée publique dans la grande Sale de S. Côme.
Mr Maréchal et de la Peyronie , Premiers
Chirurgiens du Roy , et en cette qualité Présidens de l'Académie , n'ayant pû
s'y trouver , M. Petit le pere , présida
en qualité de Directeur.
M. Morand , Secretaire de l'Académie
fit l'ouverture de la Scénce par l'Histoire
de l'établissement de cette Societé. Il en
exposa le plan,, etet fit fit voir que le principal
objet de cette Compagnie é oit de perfectionner la Chirurgie par l'experience
et l'observation , en rassemblant tous les
faits de pratique qui seront communiquez par les Chirurgiens , tant du Koyaume que des Pays Etrangers.
..
11
JUILLET. 1732. r593 Il fit sentir ensuite que si pour éviter
la confusion , inséparable des nombreu
ses Assemblees , on avoit été obligé de
fixer le nombre des Académiciens ordi-.
naires à 70. cela n'empêchoit point
que tous les Mes. Chirurgiens de Paris
ne fussent veritablement du Corps de
P'Académie , puisqu'ils avoient tous le.
droit d'y prendre séance , lorsqu'ils auroient des Mémoires à lire , et que leurs
noms et leurs Ouvrages seroient imprimez sans distinction dans les Recueils
qu'on donneroit au Public.
Il ajoûta à l'occasion de certaines Critiques , qu'il suffisoit à cette nouvelle Acàdémie d'être protegée par le Roy et par
ses Ministres. Que d'ailleurs l'estime de
M.le Premier Medecin , le zele de Mies
Premiers Chirurgiens , l'Approbation de
ceux qui aiment le bien public , et lès .
Eloges de plusieurs Journalistes éclairez ,
la dédommageroient amplément de tous
les traits que l'ignorance ou l'envie роцvoient faire lancer contre elle.
M. Morand finit par une Réponse à
l'Auteur d'une These soutenue aux Ecoles de Medecine le 18. Mars dernier , dans
laquelle on avoit critiqué le Programe
publié par l'Académie sur une question
importante de Chirurgie.
C
1594 MERCURE DE FRANCE
Ce Discours , que le Public reçut favorablement , fut suivi de la lecture de
neuf Memoires ou Observations Chirurgicales. Les Chefs de l'Académie se sont
fait un devoir de témoigner leur zele.en
fournissant eux-mêmes une partie de ces
Memoires.
M. Maréchal envoya une Observation
des plus singulieres et dont voici le sujet.
Une Dame étoit sujette depuis plus de
quinze ans à des attaques de Collique
Bilieuse , et depuis dix ans , à de trèsgrandes difficultez d'aller à la selle.
Les douleurs étoient si insuportables ·
dans les derniers temps , que la Malade
ne pouvant garder aucune situation , se
roulant sur son plancher, &c. M. Maré
chal 'eut occasion de la voir dans cet état
déplorable ; et soupçonnant un ulcere
carcinomateux dans le Rectum , il mit le
doigt dans le fondement , et l'ayant
porté aussi , haut qu'il lui fut possible , il
sentit un corps étranger solide. C'étoit
une pierre d'un volume si considerable ,
qu'il fallut pour en faire l'extraction
non-seulement dilater l'Anus , mais encore l'inciser en plusieurs endroits. Il ne
falloit pas une main moins habile que
celle de M. Maréchal ,. pour réussir dans
une operation qui demandoit tant de
ména -
JUILLET. 1732. 1595
ménagement et de dexterité. Un mois
après la Malade fut parfaitement guérie.
On fit après la lecture d'un Memoire
envoyé par M. de la Peyronie. La Cure
dont ce Memoire contient le détail , prouve qu'un courage éclairé peut souvent trouver dans l'Art des ressources pour les'
maladies les plus desesperées.
Un homme âgé de 63. ans , étoit attaqué depuis près de trente , d'une Hernie
qu'il avoit jusqu'alors contenue avec succès , au moyen d'un Bandage ; mais ayant
négligé de s'en servir depuis deux ans ,
il tomba dans l'accident de l'étranglement. Il n'eut recours à M. de la Peyronie que le huitième jour de l'accident,
et quoiqu'alors l'augmentation considerable de la tumeur , sa tension et celle
de tout le ventre , la violence des dou
leurs , le hoquet , le poux concentré , la
lividité et pourriture , qui déja avoient
paru à l'extremité de la tumeur , et qui
permettoient la sortie des matieres fœcales ; quoique tous ces desordres annonÇassent une mort prochaine, M.de la Pey.
ronie espera assez du secours de la Chirurgie pour entreprendre l'Operation.
Ayant ouvert le sac hernaire dans toute
son étendue , il trouva six ou sept pou--
ces des Intestins grêles , entierement gangrencz
1595 MERCURE DE FRANCE
grenez et criblez de trous qui laissoient ·
sortir les mitieres focales. Il dilata l'anneau ; et après avoir tiré un peu les Intestins pour s'assurer du progrès de la
gangrene , il emporta toute la portion du
canal qui parut être gangrennée au point
de ne pouvoir être ranimée. Il fit ensuite
au Mezentere un pli ; de façon à boucher les deux bouts flotants de l'Intestin,
et par un point d'ég ille fait à ce pli ,
il assujettit les deux bouches du canal
intestinal. Il fit enfin avec les extrémi
tez du fil une anse qui resta au dehors
et servit à retenir vers le haut de la playe
l'ouverture de l'intestin ; précaution sans
laquelle cet intestin qui n'avoit contracté
aucune adherince aux environs de l'anneau, eût pû faire dans la cavité du ventre
un épanchement des matieres fœcales qui,
ût été mortel. On eut grand soin dans
les pansemens de leur laisser une issue libre.
Le 25 jour de l'Operation , le lien du Me,
zentere se sépara , et au bout de six se,
maines les excremens ne sortirent plus
avec la même abondance , le Malide en
ren lant une partie par les voyes ordi
naires. La playe n'a cependant êté entie,
rement cicatrisée qu'au bout de quatre
mois, et après que le Malade se fut ré.
duit à une nourriture très-legere et prise
en temps éloignez .
3
JUILLET. 1732. 1597
Cette maladie , toute fâcheuse qu'on
vient de la représenter , étoit encore compliquée d'un gonflement très- ancien et
très- considerable au Testicule , qu'on fut
obligé d'emporter , malgré la grosseur
du cordon spermatique qui avoit près
de deux pouces de diametre et dont l'engorgement se continuoit fort avant dans
le ventre. M. de la Peyronie lia le cordon
à la hauteur des anneaux , et il le coupa
un pouce au dessous. Cette premiere ligature,quoiqu'extrêmement serrée, s'étant
lâchée , et un champignon fort gros
et qui parossoit carcinomateux , s'étant
élevé de l'extremité du cordon coupé ,
il fit au bout de quelques jours une nou
-velle ligature, et emporta ce champignon.
Le 18mejour cette derniere ligature tomba et le cordon se dégorgea entierement
par la suppuration. M. de la Peyronie
fait observer que ce gonflement étoit la
suite d'une cause externe.
Les bornes d'un Extrait ne nous permettent point de faire mention du reste du
Memoire ni des excellentes Reflexions qui
le terminent. Nous avertirons seulement
qu'à l'égard de la gangrene de l'Intestin ,
M.de la Peyronie a plus d'une fois mis heureusement en pratique la Méthode qu'il expose. Il est même fait mention dans l'Histoire
1598 MERCURE DE FRANCE
toire de l'Académie Royale des Sciences ,
année 1723. des suites heureuses d'une
semblable Operation qu'il fit en 1712
M. Petit lût ensuite l'histoire d'une Fiştule au Périné , pour laquelle on avoit
fait deux fois , sans succès , l'opération
dans la Province , et qu'il a cependant
guérie radicalement , ayant reconnu ce qui
avoit empêché de réussir dans les deux
premieres opérations. La Fistule au Périné dont il s'agit , étoit la suite de l'ouverture d'un dépôt gangréneux , formé
en conséquence d'une retention d'urine.
M. Petit , en examinant le malade , observa que la partie antérieure de l'Anus
étoit aussi dure que les environs de la Fistule , et que la prostate étoit le centre
de la dureté, qui s'étendoir si avant, qu'a
vec le doigt mis dans le fondement, on ne
pouvoit en sentir les bornes. Il reconnut
par des sign's certains que cette dureté
avoit une cause vénérienne. Il reconnut
encore que le trou interne de la Fistule
étoit au delà du Sphincter , parce que le
malade , sans être averti du besoin d'u
riner , et sans faire aucun effort , rendoit
continuellement la plus grande partie de
ses urines par le trou de la Fistule , et
sans en rendre par la Verge , ou du moins
s'il urinoit par la Verge, c'étoit toujours
Yo-
JUILLET. 1732. 15999
*
volontairement, et lorsqu'il y étoit excité
par le résidu des urines 3 par cet examen
M. Petit comprit qu'il ne guériroit jamais cette Fistule , si avant que de faire
l'opération , il ne commençoit par dé--
truire le Virus Vénérien , et si en second
lieu , dans l'opération ( dont il décrit le
manuel ) il n'incisoit la Prostate , pour
comprendre dans l'incision , le trou interne de la Fistule. Il a agi en conséquence , et le malade a été parfaitement
guéri.
Ce Mémoire parut d'autant plus utile ,
que pour l'ordinaire dans le traitement
de la maladie , qui en fait le sujet , et qui
est fort commune , on ne fait point assezd'attention aux circonstances que M. Petit expose dans son observation , et qui
dans des cas semblables , déterminent la
seule voïe possible de guérison.
La quatriéme Observation est de M
Malaval , Vice - Directeur de l'Académie.
Un homme, âgé de 25 ans , fut, après de
vives douleurs , attaqué d'une Exortose
tres considérable, à la tête du Peroné. Cette
Exortose ayant paru dès son commencement tenir du Carcinome ; M. Malaval
sentit la nécessité d'amputer la Cuisse ;
cependantcommeil y avoit de justes soup
çons de Vérole , il fit , avant l'opération ;
passer
1600 MERCURE DE FRANCE
passer le malade par le grand remede , ce
qui calma beaucoup ses douleurs , et lui
fendit le sommeil qu'il avoit entierement
perdu. M. Malaval fit ensuite l'opération ; mais peu de jours après les élancemens , qui se firent sentir dans la plaïe
et la mauvaise qualité des suppurations ,
qui étoient de couleur verdâtre , confirmerent les craintes qu'il avoit d'abord
conçû au sujet du Levain Cancereux ; cependant après avoir donné des remedes
propres à corriger et à adoucir la Limphe , l'exfoliation de l'os se fit, et fut avec
assez de difficulté suivie de la Cicatrice:
Après 18 mois d'une assez bonne santé, le
malade fut attaqué d'une toux séche et
fréquente. Deux mois après , la fièvre
survint , avec un crachement de sang. Oir
employa , sans succès , les remedes qui
paroissoient les mieux indiquez. La fiés
vre, d'aiguë qu'elle étoit , devint lente ; l'enflure clemateuse ; et de suite tous
les signes de l'hydropisie de poitrine parurent. M. Malaval fit la ponction avec
le Troiscart, & tira environ trois pintes
d'une sérosité sanguinolente. La poitrine.
s'étant de nouveau remplie , il l'ouvrit
cette fois avec le Bistouri , et il évacua
deux pintes d'une sérosité . semblable à
la premiere , et à des Laveures de chair .
mal-
.
JUILLET. 1732. 1601
malgré tous ces secours , le malade mourut peu de jours après , et on trouva par
Fouverture du Cadavre que le Poulmon
éroit presque totalement osseux et carcinomateux.
: Cette observation donne lieu à M. Malaval de faire des réfléxions: 1 °. Sur ceque
le Levain carcinomateux attaque indifferemment toutes les parties : 20. Sur ce
qu'il est tres - difficile , pour ne pas dire
impossible , de détruire ce Levain , parvenu à un certain dégré: 3°. Sur ce que
la salivation que quelques Auteurs ont
vantée pour la guérison des Cancers, n'est
d'aucune ressource contre ce mal. Enfin
surce que dansles soupçons légitimes d'épanchement d'eau dans la poitrine , la
ponction qu'on n'entreprend que rarement , pourroit être plus fréquemment
employée.
Le Mémoirè suivant est de M. Houstet; il renferme plusieurs expérience qui
prouvent qu'il se trouve dans la Vessie des
Pierres situées de façon à ne pouvoir être
tirées, et qu'il est par conséquent plus avan- tageux d'abandonner que de s'opiniâtrer
à en faire l'extraction. Dans la premiere
de ces observations , M. Houstet rapporte qu'un homme , âgé de 76 ans , qui
Souffroit des douleurs très- vives au Périné
601 MERCURE DE FRANCE
riné , en conséquence de Pierre dans la
Vessie , le pressa de le tailler. Il fit l'opération au grand appareil , et elle fut treslaborieuse , tant à cause d'un gonflement
et d'une dureté extraordinaire à la Prostate , qu'à cause de deux Champignons et
de trois Pierres , dont il fallut faire l'extraction à differentes reprises. Quoi qu'il
sentit encore des Pierres ; il fit remettre
le malade au lit , dans la crainte de le
trop fatiguer ; mais malgré ce ménagement , le malade mourut le cinquiéme
jour de l'opération. A l'ouverture du Cadavre on observa entr'autres choses , que
le fond de la Vessie étoit parsemé dans
toute sa circonference de plusieurs embouchures , qui conduisoient dans des cavitez ou célules , dont le fond étoit beaucoup plus large que l'entrée. Plusieurs de
ces Célules ou Loges consenoient des Pierres parmi lesquelles on en distinguoit
trois , d'un volume médiocre , lisses et
polies , ayant quatre ou cinq facettes et
pareilles à celles qu'on avoit tirées dans l'opération.Ces Pierres étoient retenuës chacune dans leur cavité particuliere ; l'entrée de ces Célules étant fort étroite , et
les Pierres ne présentant qu'un de leurs
angles , ou une de leurs facettes , sans saillies ; il étoit , dit M. Houstot , impossible
JUILLET. 1732. 1603
ble de les charger, quoiqu'on put les toucher avec le bout des Tenettes.
Il rassemble à la suite de cette observation un grand nombre de faits , dont il a
eu connoissance , et qui tous se rapportent à l'impossibilité qu'il y a dans certains
cas , de charger et de tirer la Pierre ; soit
parce qu'elle se trouve engagée dans des
Loges ou prolongemens du Corps de la
Vessie , soit parce qu'elle est retenue par
des replis ou des brides de la membrane
interne.
Al'égard des Pierres Enkistées , du genre de celles dont il est question dans la
premiere observation , il pense que la Célule s'est formée d'abord , et qu'ensuite
quelque petit Gravier qui s'y est insinué,
y grossit et que la cavité de la Celule augmente à mesure ; ayant observé que ces
Célules ne succedent guéres qu'aux retentions d'urines , il les regarde comme des
especes de Hernies de la membrane interne de la Vessie , qui dans la dilatation ,
a forcé l'intervale des Fibres charnuës.
Il prétend que ces Vessies à célules , à
poches et à brides ne sont point si rares
qu'on l'avoit cru jusqu'à present. Il fonde
son sentiment sur ce qu'il a observé đans
T'ouverture d'un grand nombre de personnes mortes de maladie de Vessie; et il
conclud
1604 MERCURE DE FRANCE
conclud de ces observations que généralement dans toutes les opérations de la taille,
la prudence exige qu'avant que d'essayer
de charger et d'extraire la Pierre , on reconnoisse autant qu'il est possible, avec le
doigt , l'état de la Vessie. Si l'on trouve la
Pierre engagée dans quelque Kiste ou Célule , on doit tâcher de la déchatoner, s'il
est possible , avec le doigt ; mais si le
doigt ne peut y atteindre, ou si l'on trouve des obstacles insurmontables , le Chirurgien , sans fatiguer inutilement le malade , ou plutôt sans faire des tentatives
périlleuses, doit alors abandonner la Pierre, qui quelquefois se détache d'elle- même ,dans la suite des pansemens , tant
par la suppuration que par les injections
Long-temps continuces.
Ces observations ne sont point seulement curieuses , elles paroissent pouvoir
être d'une grande utilité , par les conséquences que l'Auteur en tire pour la
tique,
praLe sixième Mémoire est de M. Caumont. C'est une observation sur un écra
sement des doigts du milieu et annulaire
de la main , dont les deux dernieres phalanges étoient fracturées en plusieurs piéces , avec déplacement , les articulations
découvertes , dix lignes de l'extrêmité des
tendons
JUILLET. 1732 1605
tendons extenseurs déchirées et entierement emportées , enfin la peau détruite
depuis le milieu de la seconde Phalange ,
jusqu'à la racine de l'ongle.
M. Caumont n'espera pas d'abord
pouvoir conserver l'extrêmité de ces
doigts , ou du moins la mobilité de leurs
Phalanges. L' Anchilose étoit à craindre ,
et d'ailleurs une portion considérable des
tendons extenseurs ayant été emportée ,
et les bouts restans n'ayant pû être raprochez que jusqu'au bord des articulations,
il ne voyoit point à quoi ces bouts de tendons coupez pourroient s'attacher. Il pansa cependant si artistement cette playe ,
qu'il vit au bout de quelques jours s'élever sur la surface des os , une chair loüable et grenuë, qui couvroit les articulations. Les os fracturez se sont aussi consolidez , les articulations se sont raffermies
sans Anchiloses , la peau s'est cicatrisée
et ce qui paroît le plus remarquable à M.
Caumont, l'union de toutes ces parties
entr'elles , a fourni un point d'attache à
chaque tendon' ; de sorte que les mouvemens de fléxion et d'extension , s'exécutent aujourd'hui dans toutes ces Phalangés , presque avec la même liberté
qu'avant l'accident.
La septiéme observation roule sur une
G playe
150 MERCURE DE FRANCE
playe contuse au ply du bras , laquelle fut
accompagnée d'accidens très funestes . M.
Gravier , qui rapporte ce fait , fut obligé
de couper le tendon du Biceps à la fin du
corps charnu de ce muscle , et assés près
de son insertion au Radius. Ce tendon
avoit tellement souffert , qu'en l'emportant ainsi presque tout entier , on ne fit
guére que prévenir la séparation qui s'en
seroit faite naturellement par la mortification , s'il eut été permis de l'attendre. La
cure a été si heureuse , que malgré la perte du tendon du Biceps , le malade porte
l'avant bras dans le dernier dégré de fléxion et est capable des plus grands efforts.
Sur cela M.Gravier s'étonne que dans des
rapports faits en justice sur la piquure du
tendon , ou de l'Aponeurose du Biceps , à
P'occasion de la saignée on air quelquefois
décidé de l'invalidité du bras , sur la símple apparence des accidens qu'il rapporte.
Un Emphiseme de cause interne , fait le
sujet de la huitiéme observation , donnée
par M. Lombard. Une fille , âgée de six
ans et demi, fut attaquée d'une fluxion
de poitrine , qui fut suivie de la petite
Vérole ; mais quoique bien guérie , en
apparence, elle commença environ un an
après à devenir languissante, et à se plaindre de la poitrine , et au bout de quatre
mois
JUILLET. 17320 1607
mois il lui survint subitement une enAure considérable à la poitrine.
M. Lombard fut appellé , il trouva le
poux extrêmement foible , la respiration
lente et difficile, et l'enflure extrêmement
douloureuse ; il reconnut que cette enflute qui s'étoit étendue sur tout le bas-ventre , étoit un Emphiséme. Il conçut dèslors que la Plevre et lePoumon ayant contracté quelque adhérence , il s'y étoit pû
faire une suppuration , dont la suite avoit
été la destruction de la Plévre des muscles
intercostaux de la membrane interne du
Poumon , et l'ouverture de quelques Vé
sicules,ou de quelques Rameaux des Bronches , de sorte que l'air contenu dans le
Poumon, avoit pû s'infiltrer en partie danş
les Célules graisseuses , dans le tissu célulaire des muscles de l'extérieur de la poitrine,et delà dans toutes les Célules voisines
Dans cette idée , il se préparoit à faire
l'opération de l'Empiéme , en consultant
les signes qui pouvoient désigner l'endroit le plus convenable pour ouvrir la
poitrine ; mais l'oppression de la malade
augmenta si fort,qu'elle la suffoqua avant
qu'oncur pûemployer ce secours. Les conjectures de M. Lombard se trouverent en- tierement confirmées par l'ouverture du
Cadavre.c
V Gij Le
1608 MERCURE DE FRANCE
< و
Le neuvième et dernier Mémoire , est
une observation donnée par M.Chauvin,
sur une fracture du Crâne , suivie d'épanchement sur la dure-mere , et d'une fusée
purulente , pour laquelle il fut obligé de
faire une contre - ouverture ou trépan
éloigné de ceux qu'il avoit d'abord appliqué à l'endroit fracturé. M. Chauvin
sauva par cette manoeuvre l'application
d'un grand nombre de trepans. Les matieres épanchées ayant de la pente et l'issue libre , la dure- mere se recolla trespromptement à toute la portion de l'os ,
ou se trouvoit entre le premier et le second trépan , et il n'y cut d'autres exfoliations que celles qui arrivent ordinai
rement à la circonférence des trépans.
On nous pardonnera , sans doute , d'avoir donné un si long Extrait de ces observations. Rien de ce qui peut contribuer
à la conservation de la vie des hommes ,
ne nous paroît indifferent; du reste , c'est
au public à juger , par les Extraits que
nous venons de donner, si l'application
des Chirurgiens à enrichir leur Art de
semblables observations , n'est pas la réponse la plus solide qu'ils puissent faire
aux critiques qui ont parû contr'eux
de l'Académie de Chirurgie.
Lay
E II. du mois dernier , premier Mard'après la Trinité , l'Académie.
Royale de Chirurgie , conformément à
ses Reglemens , tint une Assemblée publique dans la grande Sale de S. Côme.
Mr Maréchal et de la Peyronie , Premiers
Chirurgiens du Roy , et en cette qualité Présidens de l'Académie , n'ayant pû
s'y trouver , M. Petit le pere , présida
en qualité de Directeur.
M. Morand , Secretaire de l'Académie
fit l'ouverture de la Scénce par l'Histoire
de l'établissement de cette Societé. Il en
exposa le plan,, etet fit fit voir que le principal
objet de cette Compagnie é oit de perfectionner la Chirurgie par l'experience
et l'observation , en rassemblant tous les
faits de pratique qui seront communiquez par les Chirurgiens , tant du Koyaume que des Pays Etrangers.
..
11
JUILLET. 1732. r593 Il fit sentir ensuite que si pour éviter
la confusion , inséparable des nombreu
ses Assemblees , on avoit été obligé de
fixer le nombre des Académiciens ordi-.
naires à 70. cela n'empêchoit point
que tous les Mes. Chirurgiens de Paris
ne fussent veritablement du Corps de
P'Académie , puisqu'ils avoient tous le.
droit d'y prendre séance , lorsqu'ils auroient des Mémoires à lire , et que leurs
noms et leurs Ouvrages seroient imprimez sans distinction dans les Recueils
qu'on donneroit au Public.
Il ajoûta à l'occasion de certaines Critiques , qu'il suffisoit à cette nouvelle Acàdémie d'être protegée par le Roy et par
ses Ministres. Que d'ailleurs l'estime de
M.le Premier Medecin , le zele de Mies
Premiers Chirurgiens , l'Approbation de
ceux qui aiment le bien public , et lès .
Eloges de plusieurs Journalistes éclairez ,
la dédommageroient amplément de tous
les traits que l'ignorance ou l'envie роцvoient faire lancer contre elle.
M. Morand finit par une Réponse à
l'Auteur d'une These soutenue aux Ecoles de Medecine le 18. Mars dernier , dans
laquelle on avoit critiqué le Programe
publié par l'Académie sur une question
importante de Chirurgie.
C
1594 MERCURE DE FRANCE
Ce Discours , que le Public reçut favorablement , fut suivi de la lecture de
neuf Memoires ou Observations Chirurgicales. Les Chefs de l'Académie se sont
fait un devoir de témoigner leur zele.en
fournissant eux-mêmes une partie de ces
Memoires.
M. Maréchal envoya une Observation
des plus singulieres et dont voici le sujet.
Une Dame étoit sujette depuis plus de
quinze ans à des attaques de Collique
Bilieuse , et depuis dix ans , à de trèsgrandes difficultez d'aller à la selle.
Les douleurs étoient si insuportables ·
dans les derniers temps , que la Malade
ne pouvant garder aucune situation , se
roulant sur son plancher, &c. M. Maré
chal 'eut occasion de la voir dans cet état
déplorable ; et soupçonnant un ulcere
carcinomateux dans le Rectum , il mit le
doigt dans le fondement , et l'ayant
porté aussi , haut qu'il lui fut possible , il
sentit un corps étranger solide. C'étoit
une pierre d'un volume si considerable ,
qu'il fallut pour en faire l'extraction
non-seulement dilater l'Anus , mais encore l'inciser en plusieurs endroits. Il ne
falloit pas une main moins habile que
celle de M. Maréchal ,. pour réussir dans
une operation qui demandoit tant de
ména -
JUILLET. 1732. 1595
ménagement et de dexterité. Un mois
après la Malade fut parfaitement guérie.
On fit après la lecture d'un Memoire
envoyé par M. de la Peyronie. La Cure
dont ce Memoire contient le détail , prouve qu'un courage éclairé peut souvent trouver dans l'Art des ressources pour les'
maladies les plus desesperées.
Un homme âgé de 63. ans , étoit attaqué depuis près de trente , d'une Hernie
qu'il avoit jusqu'alors contenue avec succès , au moyen d'un Bandage ; mais ayant
négligé de s'en servir depuis deux ans ,
il tomba dans l'accident de l'étranglement. Il n'eut recours à M. de la Peyronie que le huitième jour de l'accident,
et quoiqu'alors l'augmentation considerable de la tumeur , sa tension et celle
de tout le ventre , la violence des dou
leurs , le hoquet , le poux concentré , la
lividité et pourriture , qui déja avoient
paru à l'extremité de la tumeur , et qui
permettoient la sortie des matieres fœcales ; quoique tous ces desordres annonÇassent une mort prochaine, M.de la Pey.
ronie espera assez du secours de la Chirurgie pour entreprendre l'Operation.
Ayant ouvert le sac hernaire dans toute
son étendue , il trouva six ou sept pou--
ces des Intestins grêles , entierement gangrencz
1595 MERCURE DE FRANCE
grenez et criblez de trous qui laissoient ·
sortir les mitieres focales. Il dilata l'anneau ; et après avoir tiré un peu les Intestins pour s'assurer du progrès de la
gangrene , il emporta toute la portion du
canal qui parut être gangrennée au point
de ne pouvoir être ranimée. Il fit ensuite
au Mezentere un pli ; de façon à boucher les deux bouts flotants de l'Intestin,
et par un point d'ég ille fait à ce pli ,
il assujettit les deux bouches du canal
intestinal. Il fit enfin avec les extrémi
tez du fil une anse qui resta au dehors
et servit à retenir vers le haut de la playe
l'ouverture de l'intestin ; précaution sans
laquelle cet intestin qui n'avoit contracté
aucune adherince aux environs de l'anneau, eût pû faire dans la cavité du ventre
un épanchement des matieres fœcales qui,
ût été mortel. On eut grand soin dans
les pansemens de leur laisser une issue libre.
Le 25 jour de l'Operation , le lien du Me,
zentere se sépara , et au bout de six se,
maines les excremens ne sortirent plus
avec la même abondance , le Malide en
ren lant une partie par les voyes ordi
naires. La playe n'a cependant êté entie,
rement cicatrisée qu'au bout de quatre
mois, et après que le Malade se fut ré.
duit à une nourriture très-legere et prise
en temps éloignez .
3
JUILLET. 1732. 1597
Cette maladie , toute fâcheuse qu'on
vient de la représenter , étoit encore compliquée d'un gonflement très- ancien et
très- considerable au Testicule , qu'on fut
obligé d'emporter , malgré la grosseur
du cordon spermatique qui avoit près
de deux pouces de diametre et dont l'engorgement se continuoit fort avant dans
le ventre. M. de la Peyronie lia le cordon
à la hauteur des anneaux , et il le coupa
un pouce au dessous. Cette premiere ligature,quoiqu'extrêmement serrée, s'étant
lâchée , et un champignon fort gros
et qui parossoit carcinomateux , s'étant
élevé de l'extremité du cordon coupé ,
il fit au bout de quelques jours une nou
-velle ligature, et emporta ce champignon.
Le 18mejour cette derniere ligature tomba et le cordon se dégorgea entierement
par la suppuration. M. de la Peyronie
fait observer que ce gonflement étoit la
suite d'une cause externe.
Les bornes d'un Extrait ne nous permettent point de faire mention du reste du
Memoire ni des excellentes Reflexions qui
le terminent. Nous avertirons seulement
qu'à l'égard de la gangrene de l'Intestin ,
M.de la Peyronie a plus d'une fois mis heureusement en pratique la Méthode qu'il expose. Il est même fait mention dans l'Histoire
1598 MERCURE DE FRANCE
toire de l'Académie Royale des Sciences ,
année 1723. des suites heureuses d'une
semblable Operation qu'il fit en 1712
M. Petit lût ensuite l'histoire d'une Fiştule au Périné , pour laquelle on avoit
fait deux fois , sans succès , l'opération
dans la Province , et qu'il a cependant
guérie radicalement , ayant reconnu ce qui
avoit empêché de réussir dans les deux
premieres opérations. La Fistule au Périné dont il s'agit , étoit la suite de l'ouverture d'un dépôt gangréneux , formé
en conséquence d'une retention d'urine.
M. Petit , en examinant le malade , observa que la partie antérieure de l'Anus
étoit aussi dure que les environs de la Fistule , et que la prostate étoit le centre
de la dureté, qui s'étendoir si avant, qu'a
vec le doigt mis dans le fondement, on ne
pouvoit en sentir les bornes. Il reconnut
par des sign's certains que cette dureté
avoit une cause vénérienne. Il reconnut
encore que le trou interne de la Fistule
étoit au delà du Sphincter , parce que le
malade , sans être averti du besoin d'u
riner , et sans faire aucun effort , rendoit
continuellement la plus grande partie de
ses urines par le trou de la Fistule , et
sans en rendre par la Verge , ou du moins
s'il urinoit par la Verge, c'étoit toujours
Yo-
JUILLET. 1732. 15999
*
volontairement, et lorsqu'il y étoit excité
par le résidu des urines 3 par cet examen
M. Petit comprit qu'il ne guériroit jamais cette Fistule , si avant que de faire
l'opération , il ne commençoit par dé--
truire le Virus Vénérien , et si en second
lieu , dans l'opération ( dont il décrit le
manuel ) il n'incisoit la Prostate , pour
comprendre dans l'incision , le trou interne de la Fistule. Il a agi en conséquence , et le malade a été parfaitement
guéri.
Ce Mémoire parut d'autant plus utile ,
que pour l'ordinaire dans le traitement
de la maladie , qui en fait le sujet , et qui
est fort commune , on ne fait point assezd'attention aux circonstances que M. Petit expose dans son observation , et qui
dans des cas semblables , déterminent la
seule voïe possible de guérison.
La quatriéme Observation est de M
Malaval , Vice - Directeur de l'Académie.
Un homme, âgé de 25 ans , fut, après de
vives douleurs , attaqué d'une Exortose
tres considérable, à la tête du Peroné. Cette
Exortose ayant paru dès son commencement tenir du Carcinome ; M. Malaval
sentit la nécessité d'amputer la Cuisse ;
cependantcommeil y avoit de justes soup
çons de Vérole , il fit , avant l'opération ;
passer
1600 MERCURE DE FRANCE
passer le malade par le grand remede , ce
qui calma beaucoup ses douleurs , et lui
fendit le sommeil qu'il avoit entierement
perdu. M. Malaval fit ensuite l'opération ; mais peu de jours après les élancemens , qui se firent sentir dans la plaïe
et la mauvaise qualité des suppurations ,
qui étoient de couleur verdâtre , confirmerent les craintes qu'il avoit d'abord
conçû au sujet du Levain Cancereux ; cependant après avoir donné des remedes
propres à corriger et à adoucir la Limphe , l'exfoliation de l'os se fit, et fut avec
assez de difficulté suivie de la Cicatrice:
Après 18 mois d'une assez bonne santé, le
malade fut attaqué d'une toux séche et
fréquente. Deux mois après , la fièvre
survint , avec un crachement de sang. Oir
employa , sans succès , les remedes qui
paroissoient les mieux indiquez. La fiés
vre, d'aiguë qu'elle étoit , devint lente ; l'enflure clemateuse ; et de suite tous
les signes de l'hydropisie de poitrine parurent. M. Malaval fit la ponction avec
le Troiscart, & tira environ trois pintes
d'une sérosité sanguinolente. La poitrine.
s'étant de nouveau remplie , il l'ouvrit
cette fois avec le Bistouri , et il évacua
deux pintes d'une sérosité . semblable à
la premiere , et à des Laveures de chair .
mal-
.
JUILLET. 1732. 1601
malgré tous ces secours , le malade mourut peu de jours après , et on trouva par
Fouverture du Cadavre que le Poulmon
éroit presque totalement osseux et carcinomateux.
: Cette observation donne lieu à M. Malaval de faire des réfléxions: 1 °. Sur ceque
le Levain carcinomateux attaque indifferemment toutes les parties : 20. Sur ce
qu'il est tres - difficile , pour ne pas dire
impossible , de détruire ce Levain , parvenu à un certain dégré: 3°. Sur ce que
la salivation que quelques Auteurs ont
vantée pour la guérison des Cancers, n'est
d'aucune ressource contre ce mal. Enfin
surce que dansles soupçons légitimes d'épanchement d'eau dans la poitrine , la
ponction qu'on n'entreprend que rarement , pourroit être plus fréquemment
employée.
Le Mémoirè suivant est de M. Houstet; il renferme plusieurs expérience qui
prouvent qu'il se trouve dans la Vessie des
Pierres situées de façon à ne pouvoir être
tirées, et qu'il est par conséquent plus avan- tageux d'abandonner que de s'opiniâtrer
à en faire l'extraction. Dans la premiere
de ces observations , M. Houstet rapporte qu'un homme , âgé de 76 ans , qui
Souffroit des douleurs très- vives au Périné
601 MERCURE DE FRANCE
riné , en conséquence de Pierre dans la
Vessie , le pressa de le tailler. Il fit l'opération au grand appareil , et elle fut treslaborieuse , tant à cause d'un gonflement
et d'une dureté extraordinaire à la Prostate , qu'à cause de deux Champignons et
de trois Pierres , dont il fallut faire l'extraction à differentes reprises. Quoi qu'il
sentit encore des Pierres ; il fit remettre
le malade au lit , dans la crainte de le
trop fatiguer ; mais malgré ce ménagement , le malade mourut le cinquiéme
jour de l'opération. A l'ouverture du Cadavre on observa entr'autres choses , que
le fond de la Vessie étoit parsemé dans
toute sa circonference de plusieurs embouchures , qui conduisoient dans des cavitez ou célules , dont le fond étoit beaucoup plus large que l'entrée. Plusieurs de
ces Célules ou Loges consenoient des Pierres parmi lesquelles on en distinguoit
trois , d'un volume médiocre , lisses et
polies , ayant quatre ou cinq facettes et
pareilles à celles qu'on avoit tirées dans l'opération.Ces Pierres étoient retenuës chacune dans leur cavité particuliere ; l'entrée de ces Célules étant fort étroite , et
les Pierres ne présentant qu'un de leurs
angles , ou une de leurs facettes , sans saillies ; il étoit , dit M. Houstot , impossible
JUILLET. 1732. 1603
ble de les charger, quoiqu'on put les toucher avec le bout des Tenettes.
Il rassemble à la suite de cette observation un grand nombre de faits , dont il a
eu connoissance , et qui tous se rapportent à l'impossibilité qu'il y a dans certains
cas , de charger et de tirer la Pierre ; soit
parce qu'elle se trouve engagée dans des
Loges ou prolongemens du Corps de la
Vessie , soit parce qu'elle est retenue par
des replis ou des brides de la membrane
interne.
Al'égard des Pierres Enkistées , du genre de celles dont il est question dans la
premiere observation , il pense que la Célule s'est formée d'abord , et qu'ensuite
quelque petit Gravier qui s'y est insinué,
y grossit et que la cavité de la Celule augmente à mesure ; ayant observé que ces
Célules ne succedent guéres qu'aux retentions d'urines , il les regarde comme des
especes de Hernies de la membrane interne de la Vessie , qui dans la dilatation ,
a forcé l'intervale des Fibres charnuës.
Il prétend que ces Vessies à célules , à
poches et à brides ne sont point si rares
qu'on l'avoit cru jusqu'à present. Il fonde
son sentiment sur ce qu'il a observé đans
T'ouverture d'un grand nombre de personnes mortes de maladie de Vessie; et il
conclud
1604 MERCURE DE FRANCE
conclud de ces observations que généralement dans toutes les opérations de la taille,
la prudence exige qu'avant que d'essayer
de charger et d'extraire la Pierre , on reconnoisse autant qu'il est possible, avec le
doigt , l'état de la Vessie. Si l'on trouve la
Pierre engagée dans quelque Kiste ou Célule , on doit tâcher de la déchatoner, s'il
est possible , avec le doigt ; mais si le
doigt ne peut y atteindre, ou si l'on trouve des obstacles insurmontables , le Chirurgien , sans fatiguer inutilement le malade , ou plutôt sans faire des tentatives
périlleuses, doit alors abandonner la Pierre, qui quelquefois se détache d'elle- même ,dans la suite des pansemens , tant
par la suppuration que par les injections
Long-temps continuces.
Ces observations ne sont point seulement curieuses , elles paroissent pouvoir
être d'une grande utilité , par les conséquences que l'Auteur en tire pour la
tique,
praLe sixième Mémoire est de M. Caumont. C'est une observation sur un écra
sement des doigts du milieu et annulaire
de la main , dont les deux dernieres phalanges étoient fracturées en plusieurs piéces , avec déplacement , les articulations
découvertes , dix lignes de l'extrêmité des
tendons
JUILLET. 1732 1605
tendons extenseurs déchirées et entierement emportées , enfin la peau détruite
depuis le milieu de la seconde Phalange ,
jusqu'à la racine de l'ongle.
M. Caumont n'espera pas d'abord
pouvoir conserver l'extrêmité de ces
doigts , ou du moins la mobilité de leurs
Phalanges. L' Anchilose étoit à craindre ,
et d'ailleurs une portion considérable des
tendons extenseurs ayant été emportée ,
et les bouts restans n'ayant pû être raprochez que jusqu'au bord des articulations,
il ne voyoit point à quoi ces bouts de tendons coupez pourroient s'attacher. Il pansa cependant si artistement cette playe ,
qu'il vit au bout de quelques jours s'élever sur la surface des os , une chair loüable et grenuë, qui couvroit les articulations. Les os fracturez se sont aussi consolidez , les articulations se sont raffermies
sans Anchiloses , la peau s'est cicatrisée
et ce qui paroît le plus remarquable à M.
Caumont, l'union de toutes ces parties
entr'elles , a fourni un point d'attache à
chaque tendon' ; de sorte que les mouvemens de fléxion et d'extension , s'exécutent aujourd'hui dans toutes ces Phalangés , presque avec la même liberté
qu'avant l'accident.
La septiéme observation roule sur une
G playe
150 MERCURE DE FRANCE
playe contuse au ply du bras , laquelle fut
accompagnée d'accidens très funestes . M.
Gravier , qui rapporte ce fait , fut obligé
de couper le tendon du Biceps à la fin du
corps charnu de ce muscle , et assés près
de son insertion au Radius. Ce tendon
avoit tellement souffert , qu'en l'emportant ainsi presque tout entier , on ne fit
guére que prévenir la séparation qui s'en
seroit faite naturellement par la mortification , s'il eut été permis de l'attendre. La
cure a été si heureuse , que malgré la perte du tendon du Biceps , le malade porte
l'avant bras dans le dernier dégré de fléxion et est capable des plus grands efforts.
Sur cela M.Gravier s'étonne que dans des
rapports faits en justice sur la piquure du
tendon , ou de l'Aponeurose du Biceps , à
P'occasion de la saignée on air quelquefois
décidé de l'invalidité du bras , sur la símple apparence des accidens qu'il rapporte.
Un Emphiseme de cause interne , fait le
sujet de la huitiéme observation , donnée
par M. Lombard. Une fille , âgée de six
ans et demi, fut attaquée d'une fluxion
de poitrine , qui fut suivie de la petite
Vérole ; mais quoique bien guérie , en
apparence, elle commença environ un an
après à devenir languissante, et à se plaindre de la poitrine , et au bout de quatre
mois
JUILLET. 17320 1607
mois il lui survint subitement une enAure considérable à la poitrine.
M. Lombard fut appellé , il trouva le
poux extrêmement foible , la respiration
lente et difficile, et l'enflure extrêmement
douloureuse ; il reconnut que cette enflute qui s'étoit étendue sur tout le bas-ventre , étoit un Emphiséme. Il conçut dèslors que la Plevre et lePoumon ayant contracté quelque adhérence , il s'y étoit pû
faire une suppuration , dont la suite avoit
été la destruction de la Plévre des muscles
intercostaux de la membrane interne du
Poumon , et l'ouverture de quelques Vé
sicules,ou de quelques Rameaux des Bronches , de sorte que l'air contenu dans le
Poumon, avoit pû s'infiltrer en partie danş
les Célules graisseuses , dans le tissu célulaire des muscles de l'extérieur de la poitrine,et delà dans toutes les Célules voisines
Dans cette idée , il se préparoit à faire
l'opération de l'Empiéme , en consultant
les signes qui pouvoient désigner l'endroit le plus convenable pour ouvrir la
poitrine ; mais l'oppression de la malade
augmenta si fort,qu'elle la suffoqua avant
qu'oncur pûemployer ce secours. Les conjectures de M. Lombard se trouverent en- tierement confirmées par l'ouverture du
Cadavre.c
V Gij Le
1608 MERCURE DE FRANCE
< و
Le neuvième et dernier Mémoire , est
une observation donnée par M.Chauvin,
sur une fracture du Crâne , suivie d'épanchement sur la dure-mere , et d'une fusée
purulente , pour laquelle il fut obligé de
faire une contre - ouverture ou trépan
éloigné de ceux qu'il avoit d'abord appliqué à l'endroit fracturé. M. Chauvin
sauva par cette manoeuvre l'application
d'un grand nombre de trepans. Les matieres épanchées ayant de la pente et l'issue libre , la dure- mere se recolla trespromptement à toute la portion de l'os ,
ou se trouvoit entre le premier et le second trépan , et il n'y cut d'autres exfoliations que celles qui arrivent ordinai
rement à la circonférence des trépans.
On nous pardonnera , sans doute , d'avoir donné un si long Extrait de ces observations. Rien de ce qui peut contribuer
à la conservation de la vie des hommes ,
ne nous paroît indifferent; du reste , c'est
au public à juger , par les Extraits que
nous venons de donner, si l'application
des Chirurgiens à enrichir leur Art de
semblables observations , n'est pas la réponse la plus solide qu'ils puissent faire
aux critiques qui ont parû contr'eux
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Résumé : PREMIRE ASSEMBLÉE PUBLIQUE de l'Académie de Chirurgie.
Le 2 juillet 1732, l'Académie Royale de Chirurgie organisa une assemblée publique dans la grande salle de Saint-Côme. En l'absence des Premiers Chirurgiens du Roy, M. Petit le père présida en tant que Directeur. M. Morand, secrétaire de l'Académie, ouvrit la séance en retraçant l'histoire de la société, dont l'objectif principal est de perfectionner la chirurgie par l'expérience et l'observation. Il souligna que, bien que le nombre d'académiciens ordinaires soit limité à 70 pour éviter la confusion, tous les chirurgiens de Paris peuvent participer aux assemblées et voir leurs mémoires publiés. M. Morand répondit également à des critiques en affirmant que l'Académie est protégée par le Roy et ses ministres, et qu'elle bénéficie de l'estime de personnalités influentes. Il conclut par une réponse à une thèse critique publiée aux Écoles de Médecine. La séance fut suivie de la lecture de neuf mémoires ou observations chirurgicales. M. Maréchal présenta une observation sur l'extraction d'une pierre volumineuse du rectum d'une dame souffrant de coliques bilieuses et de difficultés à déféquer. L'opération, réussie grâce à l'habileté de M. Maréchal, permit à la patiente de guérir en un mois. M. de la Peyronie lut ensuite un mémoire sur la cure d'une hernie étranglée chez un homme de 63 ans. Malgré des complications graves, l'opération fut un succès, et le patient se rétablit après plusieurs mois. M. Petit lut l'histoire d'une fistule au périnée, guérie après deux tentatives infructueuses. Il identifia une cause vénérienne et effectua une opération réussie en détruisant le virus vénérien et en incisant la prostate. M. Malaval, Vice-Directeur, présenta une observation sur l'amputation de la cuisse d'un homme de 25 ans souffrant d'une exostose cancéreuse. Après une opération et des traitements, le patient mourut d'une hydropisie de poitrine. M. Houstet rapporta des expériences sur des pierres dans la vessie, soulignant qu'il est parfois préférable de ne pas tenter leur extraction. Il décrivit une opération complexe sur un homme de 76 ans, qui décéda malgré les efforts pour le soigner. M. Houstot décrivit des pierres retenues dans des cavités étroites de la vessie, rendant leur extraction difficile. Il observa que ces cellules se forment souvent après des rétentions d'urine et les compara à des hernies de la membrane interne de la vessie. Il recommanda de reconnaître l'état de la vessie avant toute opération et d'abandonner l'extraction de la pierre si des obstacles insurmontables sont rencontrés. M. Caumont rapporta une observation sur un écrasement des doigts, avec fractures multiples et tendons déchirés. Malgré les pronostics initiaux défavorables, les doigts guérirent, retrouvant leur mobilité grâce à une cicatrisation remarquable. M. Gravier décrivit une plaie contuse au bras, nécessitant la coupe du tendon du biceps. Le patient récupéra une bonne mobilité de l'avant-bras malgré la perte du tendon. M. Lombard présenta un cas d'emphysème chez une fille de six ans et demi, décédée avant qu'une opération puisse être réalisée. L'autopsie confirma ses conjectures sur la cause de l'emphysème. Enfin, M. Chauvin relata une fracture du crâne avec épanchement purulent, traité par une contre-ouverture éloignée du premier trépan, permettant une guérison rapide.
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