Résultats : 11900 texte(s)
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8151
p. 134
« La Cuisiniere Bourgeoise suivie de l'office, à l'usage de tous ceux qui se mêlent [...] »
Début :
La Cuisiniere Bourgeoise suivie de l'office, à l'usage de tous ceux qui se mêlent [...]
Mots clefs :
Cuisinière
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texteReconnaissance textuelle : « La Cuisiniere Bourgeoise suivie de l'office, à l'usage de tous ceux qui se mêlent [...] »
La Cuisiniere Bourgeoise suivie de
l'office, à l'usage de tous ceux qui se mêlent
des dépenses de maisons, contenant
la maniere de dissequer, connoître & ser-
vir toutes sortes de viandes: Tom. 2. A
Paris, chez Guillyn, Quai des Augustins
du côté du Pont Saint Michel, au lys
d'or, 1752.
Le premier volume de cet Ouvrage a
réussi: le fecond est d'un usage encore
plus général. Je me suis attaché, dit l'au-
teur, à simplifier les methodes, & à ré-
duire en quelque sorte an niveau des cui-
sines bourgeoises, des apprêts qui ne sem-
bloient devoir être réservés qu'aux Cu-
sines opulentes. Si le coup d'oeil & le goûc
y perdent quelque chose, sa santé y ga-
gnera, & le Boutgeois aura le plaisit de
jouir de la diversité des mets a peu de
frais.
l'office, à l'usage de tous ceux qui se mêlent
des dépenses de maisons, contenant
la maniere de dissequer, connoître & ser-
vir toutes sortes de viandes: Tom. 2. A
Paris, chez Guillyn, Quai des Augustins
du côté du Pont Saint Michel, au lys
d'or, 1752.
Le premier volume de cet Ouvrage a
réussi: le fecond est d'un usage encore
plus général. Je me suis attaché, dit l'au-
teur, à simplifier les methodes, & à ré-
duire en quelque sorte an niveau des cui-
sines bourgeoises, des apprêts qui ne sem-
bloient devoir être réservés qu'aux Cu-
sines opulentes. Si le coup d'oeil & le goûc
y perdent quelque chose, sa santé y ga-
gnera, & le Boutgeois aura le plaisit de
jouir de la diversité des mets a peu de
frais.
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8152
p. 134-136
« RECUEIL de Poësies sur la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, [...] »
Début :
RECUEIL de Poësies sur la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, [...]
Mots clefs :
Naissance du duc de Bourgogne, Compagnie de Jésus, Avignon, Épître, Recueil, Naissance, Collège, Chansons, Intermède, Jésuites
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « RECUEIL de Poësies sur la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, [...] »
RECUEIL de Poësies sur la naissance
de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
par les Peres de la Compagnie de Jesus du
College d'Avignon. A Avignon, chez
Jacques Garrignan, 1751.
Uigsired v.20O
MARS. 1752.
137
Les Jesuites sont en possession de célé-
brer tous les événemens qui intéressent le
bonheur ou la gloire de la Nation, avec
une vivacité & un éclat qui sont des preu-
ves certaines de leur zéle & de leur ma-
gnificence. Nous avons rendu compte des
Fêtes tout à fait brillantes & bien enten-
dues qu'ils ont données à Paris & à Mar-
feille. Celles du College d'Avignon ont
été plus simples, & ne sont pas moins
touchantes: elles ont produit un volume
de vers où les sentimens que doit inspirer
la Naissance de Monseigneur le Duc. de
Bourgogne à des cœurs bien faits, sont
exprimés avec goût & avec elprit. L'im-
possibilité où nous nous trouvons de rien
transcrire du recueil que nous annon-
çons, ne doit pas nous empêcher de nom-
mer les Auteurs qui ne se sont pas nommés
dans l'Imprimé. L'Epitre dédicatoireà M. le
Vice-legat, le Conseil des Dieux, & une
Elégie latine sont duPere Feraud: laPasto-
rale & le Compliment à Monseigneur le
Duc de Bourgogne, du Pere Bernard : les
Chansons du premier intermede de la Pas-
torale, les Stances à la Reine, & un
Rondeau qui est à la fin, du Pere Borelly:
les Chansons du second intermede, du
Pere Joubert: la Cantate du troisième in-
termede, l'Ode à Monseigneur le Dau-
136 MERCUREDEFRANCE.
phin, une autre Ode Françoise, les
triomphes de la Religion, & l'Epître à
Monseigneur le Dauphin, du Pere Besson.
l'Epître au Roi, l'Ode à Madame la Dau-
phine, & une autre Ode Françoise, du
Pere Ronbaud: une Ode & une Eglogue
latine, du Pere Veillet.
de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
par les Peres de la Compagnie de Jesus du
College d'Avignon. A Avignon, chez
Jacques Garrignan, 1751.
Uigsired v.20O
MARS. 1752.
137
Les Jesuites sont en possession de célé-
brer tous les événemens qui intéressent le
bonheur ou la gloire de la Nation, avec
une vivacité & un éclat qui sont des preu-
ves certaines de leur zéle & de leur ma-
gnificence. Nous avons rendu compte des
Fêtes tout à fait brillantes & bien enten-
dues qu'ils ont données à Paris & à Mar-
feille. Celles du College d'Avignon ont
été plus simples, & ne sont pas moins
touchantes: elles ont produit un volume
de vers où les sentimens que doit inspirer
la Naissance de Monseigneur le Duc. de
Bourgogne à des cœurs bien faits, sont
exprimés avec goût & avec elprit. L'im-
possibilité où nous nous trouvons de rien
transcrire du recueil que nous annon-
çons, ne doit pas nous empêcher de nom-
mer les Auteurs qui ne se sont pas nommés
dans l'Imprimé. L'Epitre dédicatoireà M. le
Vice-legat, le Conseil des Dieux, & une
Elégie latine sont duPere Feraud: laPasto-
rale & le Compliment à Monseigneur le
Duc de Bourgogne, du Pere Bernard : les
Chansons du premier intermede de la Pas-
torale, les Stances à la Reine, & un
Rondeau qui est à la fin, du Pere Borelly:
les Chansons du second intermede, du
Pere Joubert: la Cantate du troisième in-
termede, l'Ode à Monseigneur le Dau-
136 MERCUREDEFRANCE.
phin, une autre Ode Françoise, les
triomphes de la Religion, & l'Epître à
Monseigneur le Dauphin, du Pere Besson.
l'Epître au Roi, l'Ode à Madame la Dau-
phine, & une autre Ode Françoise, du
Pere Ronbaud: une Ode & une Eglogue
latine, du Pere Veillet.
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8153
p. 136
« JUBILÉ Universel de l'année sainte, avec le Mandement de Monseigneur l'Evêque [...] »
Début :
JUBILÉ Universel de l'année sainte, avec le Mandement de Monseigneur l'Evêque [...]
Mots clefs :
Évêque de Nantes, Jubilé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « JUBILÉ Universel de l'année sainte, avec le Mandement de Monseigneur l'Evêque [...] »
JUBILÉ Universel de l'année sainte,
avec le Mandement de Monseigneur l'Evêque
de Nantes, l'ordre du Jubilé, &
ce que chacun sera obligé de faire pour
le gagner: les retraites des honimes & des
femmes pendant ledit temps, & les prieres
pour les Stations. ANantes, chez Josephl'a-
tar, Imprimeur duRoi, & de Monseigneur
l'Evêque, haute grand-rue, au coin de la
rue de Beau-Soleil, 1751.
On trouve chez le même Libruire, les
Instructions dogmatiques, historiques &
morales, sut. leAIndulgenees & sur le Ju-
bilé, imprimées par l'ordre de Monsei-
gneur l'Evêque de Nantes.
avec le Mandement de Monseigneur l'Evêque
de Nantes, l'ordre du Jubilé, &
ce que chacun sera obligé de faire pour
le gagner: les retraites des honimes & des
femmes pendant ledit temps, & les prieres
pour les Stations. ANantes, chez Josephl'a-
tar, Imprimeur duRoi, & de Monseigneur
l'Evêque, haute grand-rue, au coin de la
rue de Beau-Soleil, 1751.
On trouve chez le même Libruire, les
Instructions dogmatiques, historiques &
morales, sut. leAIndulgenees & sur le Ju-
bilé, imprimées par l'ordre de Monsei-
gneur l'Evêque de Nantes.
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8154
p. 136-137
« ELEMENS de Musique théorique & pratique, suivant les principes de M. Rameau. [...] »
Début :
ELEMENS de Musique théorique & pratique, suivant les principes de M. Rameau. [...]
Mots clefs :
Musique théorique, Musique pratique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ELEMENS de Musique théorique & pratique, suivant les principes de M. Rameau. [...] »
ELEMENS de Musique théorique &
pratique, suivant les principes de M. Rameau.
A Paris, chez David l'aîné, le Bre-
tan & Durand.
Cet Ouvrage, dont M. d'Alembert est
l'Auteur, & que le Public attendoit,
MARS. 1752.
13.7
nous a paru très-clair, très méthodique,
& renferme dans un petit volume un as-
sez grand nombre de choses. Nous en par-
lerons plus au long, mais nous croyons
devoir nous hâter de l'annoncer; il est à
la portée de ceux-mêmes qui n'ont aucu-
ne teinture de musique. Le prix est de
3 livres.
pratique, suivant les principes de M. Rameau.
A Paris, chez David l'aîné, le Bre-
tan & Durand.
Cet Ouvrage, dont M. d'Alembert est
l'Auteur, & que le Public attendoit,
MARS. 1752.
13.7
nous a paru très-clair, très méthodique,
& renferme dans un petit volume un as-
sez grand nombre de choses. Nous en par-
lerons plus au long, mais nous croyons
devoir nous hâter de l'annoncer; il est à
la portée de ceux-mêmes qui n'ont aucu-
ne teinture de musique. Le prix est de
3 livres.
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8155
p. 137-138
« ALMANACH historique & Chronologique de Languedoc, & des Provinces [...] »
Début :
ALMANACH historique & Chronologique de Languedoc, & des Provinces [...]
Mots clefs :
Provinces, Almanach, Languedoc, Ressort, Commerce
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ALMANACH historique & Chronologique de Languedoc, & des Provinces [...] »
ALMANACH historique & Chronologique
de Languedoc, & des Provinces
du ressort du Parlement de Toulouse,
contenant tout ce qui concerne le Clergé,
l'Etat civil & littéraire, & le commerce
de ces Provinces, 1752. Se vend à Tou-
louse, chez Jean François Crozat, volu-
me in-8° de 312 pages.
L'Ouvrage que nous annonçons n'est pas
aussi frivole que son titre pourroit le fai-
re soupçonner. C'est une Histoire très sui-
vie & assez détaillée de ce qui est ar-
rivé d'important dans une des plus con-
sidétables, & la plus agréable Province
du Royaume. La Religion, le Gouver-
nement, les Sciences, le Commerce
nont point essuyé de révolutions dans
les Pays qui sont du ressort du Parle-
ment de Toulou se, dont on ne trouve l'é-
poque, quelquefois même l'origine & ses
suites dans le livre dont nous parlons. On
3oo
138 MERCUREDE FRANCE.
y. traite superficiellement les choses peu
importantes, & on appuye davantage sur
les plus considérables: on n insist e pas au-
tant sur les siécles passés que sur celui-ci,
Il n'est point d'Etranger qui, en lisant cet
Almanach, ne parvienne â connoître le
Languedoc comme s'il y étoit né, ou s'il
y avoit fait un long séjour. Nous croyons
que les autres Provinces devroient se pro-
curer, & procurer au Royaume en tier
un pareil secours. L'Auteur judicieux &
laborieux dont nous annonçons le travail
peut servir de modele.
de Languedoc, & des Provinces
du ressort du Parlement de Toulouse,
contenant tout ce qui concerne le Clergé,
l'Etat civil & littéraire, & le commerce
de ces Provinces, 1752. Se vend à Tou-
louse, chez Jean François Crozat, volu-
me in-8° de 312 pages.
L'Ouvrage que nous annonçons n'est pas
aussi frivole que son titre pourroit le fai-
re soupçonner. C'est une Histoire très sui-
vie & assez détaillée de ce qui est ar-
rivé d'important dans une des plus con-
sidétables, & la plus agréable Province
du Royaume. La Religion, le Gouver-
nement, les Sciences, le Commerce
nont point essuyé de révolutions dans
les Pays qui sont du ressort du Parle-
ment de Toulou se, dont on ne trouve l'é-
poque, quelquefois même l'origine & ses
suites dans le livre dont nous parlons. On
3oo
138 MERCUREDE FRANCE.
y. traite superficiellement les choses peu
importantes, & on appuye davantage sur
les plus considérables: on n insist e pas au-
tant sur les siécles passés que sur celui-ci,
Il n'est point d'Etranger qui, en lisant cet
Almanach, ne parvienne â connoître le
Languedoc comme s'il y étoit né, ou s'il
y avoit fait un long séjour. Nous croyons
que les autres Provinces devroient se pro-
curer, & procurer au Royaume en tier
un pareil secours. L'Auteur judicieux &
laborieux dont nous annonçons le travail
peut servir de modele.
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8156
p. 138-139
SUJETS proposés par l'Académie Royale des Sciences & Beaux-Arts, établie à Pau, pour deux prix qui seront distribués le premier Jeudy du mois de Fevrier, 1753.
Début :
L'Académie ayant jugé à propos de réserver le prix de la Prose de 1752, en [...]
Mots clefs :
Académie royale des sciences et beaux-arts de Pau, Académie, Prose, Poésie, Calomnie, Éducation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUJETS proposés par l'Académie Royale des Sciences & Beaux-Arts, établie à Pau, pour deux prix qui seront distribués le premier Jeudy du mois de Fevrier, 1753.
SUJETS proposés par l'Académie
Royale des Sciences & Beaux-Arts, établie
à Pau, pour deux prix qui seront
distribués le premier Jeudy du mois de
Fevrier, 1753.
L'Académie ayant jugé à propos de réserver
le prix de la Prose de 1752, en
donnera deux en 175.3: l'un, à un Ouvra-
ge en Prose dont le sujet sera, la calomnis
donne plus d'éclat à la vertu que la flatierie.
Et l'autre, à un Ouvrage de Poësie, qui
aura pour sujet, les avantages de l'éduca-
tion. Les Ouvrages ne pourront excéder
une demie heure de lecture, ils seront
adressés à M. l'Abbé de Sorberio, Secretai-
re de l'Académie; on n'en recevra aucun
MARS.
1752.
139
après le mois de Novembre, & s'ils ne
sont affranchis du port.
Chaque Auteur mettra à la fin de son
Onvrage, la sentence qu'il voudra. Il la
repetera au-dessus d'un billet cacheté,
dans lequel il écrira son nom. M. Mail-
hol est l'Auteur du Poëme qui a remporté
le prix de la Poësie en 1752.
Royale des Sciences & Beaux-Arts, établie
à Pau, pour deux prix qui seront
distribués le premier Jeudy du mois de
Fevrier, 1753.
L'Académie ayant jugé à propos de réserver
le prix de la Prose de 1752, en
donnera deux en 175.3: l'un, à un Ouvra-
ge en Prose dont le sujet sera, la calomnis
donne plus d'éclat à la vertu que la flatierie.
Et l'autre, à un Ouvrage de Poësie, qui
aura pour sujet, les avantages de l'éduca-
tion. Les Ouvrages ne pourront excéder
une demie heure de lecture, ils seront
adressés à M. l'Abbé de Sorberio, Secretai-
re de l'Académie; on n'en recevra aucun
MARS.
1752.
139
après le mois de Novembre, & s'ils ne
sont affranchis du port.
Chaque Auteur mettra à la fin de son
Onvrage, la sentence qu'il voudra. Il la
repetera au-dessus d'un billet cacheté,
dans lequel il écrira son nom. M. Mail-
hol est l'Auteur du Poëme qui a remporté
le prix de la Poësie en 1752.
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8157
p. 139
« LETTRE de M. Grimm sur Omphale, Tragédie lyrique reprise pat l'Académie [...] »
Début :
LETTRE de M. Grimm sur Omphale, Tragédie lyrique reprise pat l'Académie [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Lettre, Friedrich Melchior Grimm, Omphale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRE de M. Grimm sur Omphale, Tragédie lyrique reprise pat l'Académie [...] »
LETTRE de M. Grimm sur Omphale,
Tragédie lyrique reprise pat l'Académie
Royale de Musique, le 14 Janvier 1752.
Brochure de 52 pages.
Tous ceux qui connoissoient l'Auteur de
cotte lettre, sçavoient qu'il avoit l'esprit
étendu, des connoissances fort variées,
& un goût sûr. Le Public sçait maintenant
que c'est un homme qui entend supérieu-
rement la Musique, & qu'il en parle très-
agréablement: sa brochure est pleine de
discussions fines, de réflexions neuves, de
traits forts & hardis. Quoique l'examen
du récitatif d'Omphale soit son principal
objet, ses vues s'etendent à d'autres cho-
ses, & singuliérement au génie de M.
Rameau. Tout le monde na pas adopté
les opinions de M. Grimm, mais nous ne
croyons pas que perfonne ait refuséde l'es-
time à son Ouvrage: nous invitons ceux
qui ne l'ont pas lu à le lire, & ceux qui
l'ont lu à le relire.
Tragédie lyrique reprise pat l'Académie
Royale de Musique, le 14 Janvier 1752.
Brochure de 52 pages.
Tous ceux qui connoissoient l'Auteur de
cotte lettre, sçavoient qu'il avoit l'esprit
étendu, des connoissances fort variées,
& un goût sûr. Le Public sçait maintenant
que c'est un homme qui entend supérieu-
rement la Musique, & qu'il en parle très-
agréablement: sa brochure est pleine de
discussions fines, de réflexions neuves, de
traits forts & hardis. Quoique l'examen
du récitatif d'Omphale soit son principal
objet, ses vues s'etendent à d'autres cho-
ses, & singuliérement au génie de M.
Rameau. Tout le monde na pas adopté
les opinions de M. Grimm, mais nous ne
croyons pas que perfonne ait refuséde l'es-
time à son Ouvrage: nous invitons ceux
qui ne l'ont pas lu à le lire, & ceux qui
l'ont lu à le relire.
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8158
p. 140-141
« MANIERE d'enseigner l'Ortographe & la Langue Françoise par principes, utile [...] »
Début :
MANIERE d'enseigner l'Ortographe & la Langue Françoise par principes, utile [...]
Mots clefs :
Langue française, Enseigner, Orthographe, Livres, Méthode, Principes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « MANIERE d'enseigner l'Ortographe & la Langue Françoise par principes, utile [...] »
MANIERE d'enseigner l'Ortographe
& la Langue Françoise par principes, utile
aux Maîtres & aux peres de Famille
qui voudront instruire leurs enfans, par
M. Jacquier. On la vend à Paris, chez le
Gras, grande Salle du Palais; Prault
quai de Gêvre; la veuve Pissot, à la dé-
cente du Pont-neuf, & Pissot, quai des
Augustins, au coin de la rue Git-le-
cœur.
Les Libraires de Paris, de Province &
des Pays Ettangers qui auront besoin des
Ouvrages de M. Jacquier, & qui les
voudront de la premiere main, s'adresse.
ront aux susdits Libraires: ils y trou-
veront,
1. Sa methode pour apprendre l'orto-
graphe & la langue françoise par princi-
pes. Ellè est très-utile à ceux qui ont un
Dictionnaire François, parce que l'Orto-
graphe de chaque mot y est prouvée par
regles Prix trois livres, brochée, & de
six livres, reliée, avec la maniere d'en-
seigner.
2. La maniere d'enseigner l'Ortographe
& la Langue Françoise par principes, uti-
le aux Maîtres & aux peres de Famille
qui voudront instruire leurs enfans: vo-
lume in-S°, prix 3. livres, broché, & de
6 livres relié, avec la methode.
MARS. 1752.
141
3. Le coup d'œeil de Dictionnaires Fran-
çois, où l'Ortographe de chaque mot est
prouvée par régles. On y voit aussi com-
ment toûs les mots de la Langue se for-
ment les uns des autres: prix trois li-
vres relié.
4. La table des Matieres contenues
dans la cinquième Edition de sa methode
& de la maniere d'enseigner, servant de
seconde clef pour tous ceux qui ont un
Dictionnaire François ou une Grammat-
re. Brochure in S° de trente-huit pages :
prix, six sols.
& la Langue Françoise par principes, utile
aux Maîtres & aux peres de Famille
qui voudront instruire leurs enfans, par
M. Jacquier. On la vend à Paris, chez le
Gras, grande Salle du Palais; Prault
quai de Gêvre; la veuve Pissot, à la dé-
cente du Pont-neuf, & Pissot, quai des
Augustins, au coin de la rue Git-le-
cœur.
Les Libraires de Paris, de Province &
des Pays Ettangers qui auront besoin des
Ouvrages de M. Jacquier, & qui les
voudront de la premiere main, s'adresse.
ront aux susdits Libraires: ils y trou-
veront,
1. Sa methode pour apprendre l'orto-
graphe & la langue françoise par princi-
pes. Ellè est très-utile à ceux qui ont un
Dictionnaire François, parce que l'Orto-
graphe de chaque mot y est prouvée par
regles Prix trois livres, brochée, & de
six livres, reliée, avec la maniere d'en-
seigner.
2. La maniere d'enseigner l'Ortographe
& la Langue Françoise par principes, uti-
le aux Maîtres & aux peres de Famille
qui voudront instruire leurs enfans: vo-
lume in-S°, prix 3. livres, broché, & de
6 livres relié, avec la methode.
MARS. 1752.
141
3. Le coup d'œeil de Dictionnaires Fran-
çois, où l'Ortographe de chaque mot est
prouvée par régles. On y voit aussi com-
ment toûs les mots de la Langue se for-
ment les uns des autres: prix trois li-
vres relié.
4. La table des Matieres contenues
dans la cinquième Edition de sa methode
& de la maniere d'enseigner, servant de
seconde clef pour tous ceux qui ont un
Dictionnaire François ou une Grammat-
re. Brochure in S° de trente-huit pages :
prix, six sols.
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8159
p. 141-142
« La nouvelle Edition de la preuve par témoins, de Danty, in-4o., qui se vendra [...] »
Début :
La nouvelle Edition de la preuve par témoins, de Danty, in-4o., qui se vendra [...]
Mots clefs :
Preuve, Témoins, Vie civile, Règne de Louis XIV
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texteReconnaissance textuelle : « La nouvelle Edition de la preuve par témoins, de Danty, in-4o., qui se vendra [...] »
La nouvelle Edition de la preuve
par témoins, de Danty, in-4o., qui se vendra
à Paris chez Messieurs de Nully, Li-
braire au Palais; Despilly pere & fils, Li-
braires rue Saint Jacques, à la vieille pos-
te; Vincent, Libraire, rue Saint Severin;
& à Rennes, chez Vatard fils, Libtaire
rue Dauphine à la Science.
LES préceptes de la vie civile, mis
en distiques latins, attribués à Caton, &
traduits en vers François avec quelques
Poësies sacrées, dédiés à Mesdames de
France, par M. l'Abbé S***: à Paris,
chez Nyon fils, & Guillyn, quai des Au-
gustins.
O
142 MERCURE DE FRANCE.
L'HISTOIRE Littéraire du Regne de
Louis XIV. par M. l'Abbé Lambert, se
trouve à Paris, chez Prault fils, Quillan
fils & Guiltyn. Elle se vend 241. brochée,
& 30 livres reliée.
par témoins, de Danty, in-4o., qui se vendra
à Paris chez Messieurs de Nully, Li-
braire au Palais; Despilly pere & fils, Li-
braires rue Saint Jacques, à la vieille pos-
te; Vincent, Libraire, rue Saint Severin;
& à Rennes, chez Vatard fils, Libtaire
rue Dauphine à la Science.
LES préceptes de la vie civile, mis
en distiques latins, attribués à Caton, &
traduits en vers François avec quelques
Poësies sacrées, dédiés à Mesdames de
France, par M. l'Abbé S***: à Paris,
chez Nyon fils, & Guillyn, quai des Au-
gustins.
O
142 MERCURE DE FRANCE.
L'HISTOIRE Littéraire du Regne de
Louis XIV. par M. l'Abbé Lambert, se
trouve à Paris, chez Prault fils, Quillan
fils & Guiltyn. Elle se vend 241. brochée,
& 30 livres reliée.
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8160
p. 142-144
« BIBLIOTHEQUE Loraine, ou Histoire des Hommes illustres qui ont fleuri en Lorraine, [...] »
Début :
BIBLIOTHEQUE Loraine, ou Histoire des Hommes illustres qui ont fleuri en Lorraine, [...]
Mots clefs :
Lorraine, Hommes, Histoire, Public, Édition
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « BIBLIOTHEQUE Loraine, ou Histoire des Hommes illustres qui ont fleuri en Lorraine, [...] »
BIBLIOTHEQUE Loraine, ou Histoire des
Hommes illustres qui ont fleuri en Lorraine,
dans les trois Evêchés, dans l'Arche-
vêché de Tréves, dans le Duché de Lu-
xembourg, & c. En un volume in folio.
Ce nouvel Ouvrage du R. P. D. Calmet,
Abbé de Senones, est attendu depuis long
tems. Il manquoit à la Littérature; à ceux
qui ont la premiere Edition de l'Histoire
de Lorraine; on le devoit aux Souscrip-
teurs de la seconde Edition. Il ne pouvoit
paroître dans des circonstances plus heu-
reuses, que celles où S. M. Polonoise, par le
magnisique établissement d'une Bibliothé-
que publique, & d'une Société Littéraire
dans la Capitale de ses Etats, y fait renaî-
tre les Lettres, excite les génies, les Sça-
vans & les Artistes de tous les ordres, à
mériter les couronnes qui leur sont prépa-
rées.
L'Ouvrage que l'on annonce au Public,
est précédé d'une sçavante préface de 28
pages. L'Auteur, dans ce Livre, ne s'est
point assujetti à l'ordre des tems, mais à
MARS. 1752.
143
telui de l'Alphabet, suivant lequel sont
rangés un grand nombre d'Hommes illus-
tres dans les Sciences, dans sesLettres & dans
les Arts, qui ont fleuri dans ces contrées.
Outre des Anecdotes intéressantes sur leur
naissance, leurs caracteres & leurs Ouvrages,
soit imprimés, soit manuscrits, on y trou-
vera quantité de points de critique discutés
& éclaircis, & beaucoup de choses jusqu a-
lors inconnuës, ou laissées dans le secret &
l'obscurité des Bibliothéques qui les rece-
loient. On y parle, non seulement, des
Scavans nés dans la Lorraine & le Barrois,
les trois Evêchés, le Trévirois & le Lu-
xembourg; mais encore des François & des
Ecrangers, qui s'y sont distingués par leurs
Ouvrages. Celui- ci est tout-à-fait propre
à justifier ce qui a été avancé depuis peu,
dans un discours public: Qu'il n est aucu-
ne science, aucun art, dont on ne trouve
des modéles dans cette Province. En effet,
près de quatre cens hommes, nés dans la
Lorraine & le Barrois, se sont illustrés
dans les Sciences & dans les Arts. La plu-
part de ces Hommes célèbres étoient déja
connus en France; mais on ignoroit beau-
coup de choses sur leurs personnes & sur
leurs Ouvrages, que le R. Pere Dom Cal-
met a insérees dans la Bibliotheque Lorrai-
no; d'autres, en assez grand nombre, &
*
144 MERCURE DEFRANCE.
sur-tout des Artistes distingués, étoient ou
trop peu connus, ou entiérement ignorés.
Comme les ans ont respecté un grand
nombre de leurs Ouvrages qui existent en-
core à Rome, en France & en Lorraine,
le Public qui en jouit, sera bien aise d'en
connoître les Auteurs. Ainsi on est persua-
dé que cet Ouvrage recevra un accuëil fa-
vorable. On le trouve à Nancy, chez A.
Leseure, Imprimeur ordinaire du Roi,
près la Paroisse S. Sébastien, & chez Ni-
colas Marchand, proche la Place, Ville-
Neuve.
Le prix, pour ceux qui n'ont pas souscrit à
la nouvelle edition de l'Histoire de Lorraine,
est de quatorze livres de France, broché.
Hommes illustres qui ont fleuri en Lorraine,
dans les trois Evêchés, dans l'Arche-
vêché de Tréves, dans le Duché de Lu-
xembourg, & c. En un volume in folio.
Ce nouvel Ouvrage du R. P. D. Calmet,
Abbé de Senones, est attendu depuis long
tems. Il manquoit à la Littérature; à ceux
qui ont la premiere Edition de l'Histoire
de Lorraine; on le devoit aux Souscrip-
teurs de la seconde Edition. Il ne pouvoit
paroître dans des circonstances plus heu-
reuses, que celles où S. M. Polonoise, par le
magnisique établissement d'une Bibliothé-
que publique, & d'une Société Littéraire
dans la Capitale de ses Etats, y fait renaî-
tre les Lettres, excite les génies, les Sça-
vans & les Artistes de tous les ordres, à
mériter les couronnes qui leur sont prépa-
rées.
L'Ouvrage que l'on annonce au Public,
est précédé d'une sçavante préface de 28
pages. L'Auteur, dans ce Livre, ne s'est
point assujetti à l'ordre des tems, mais à
MARS. 1752.
143
telui de l'Alphabet, suivant lequel sont
rangés un grand nombre d'Hommes illus-
tres dans les Sciences, dans sesLettres & dans
les Arts, qui ont fleuri dans ces contrées.
Outre des Anecdotes intéressantes sur leur
naissance, leurs caracteres & leurs Ouvrages,
soit imprimés, soit manuscrits, on y trou-
vera quantité de points de critique discutés
& éclaircis, & beaucoup de choses jusqu a-
lors inconnuës, ou laissées dans le secret &
l'obscurité des Bibliothéques qui les rece-
loient. On y parle, non seulement, des
Scavans nés dans la Lorraine & le Barrois,
les trois Evêchés, le Trévirois & le Lu-
xembourg; mais encore des François & des
Ecrangers, qui s'y sont distingués par leurs
Ouvrages. Celui- ci est tout-à-fait propre
à justifier ce qui a été avancé depuis peu,
dans un discours public: Qu'il n est aucu-
ne science, aucun art, dont on ne trouve
des modéles dans cette Province. En effet,
près de quatre cens hommes, nés dans la
Lorraine & le Barrois, se sont illustrés
dans les Sciences & dans les Arts. La plu-
part de ces Hommes célèbres étoient déja
connus en France; mais on ignoroit beau-
coup de choses sur leurs personnes & sur
leurs Ouvrages, que le R. Pere Dom Cal-
met a insérees dans la Bibliotheque Lorrai-
no; d'autres, en assez grand nombre, &
*
144 MERCURE DEFRANCE.
sur-tout des Artistes distingués, étoient ou
trop peu connus, ou entiérement ignorés.
Comme les ans ont respecté un grand
nombre de leurs Ouvrages qui existent en-
core à Rome, en France & en Lorraine,
le Public qui en jouit, sera bien aise d'en
connoître les Auteurs. Ainsi on est persua-
dé que cet Ouvrage recevra un accuëil fa-
vorable. On le trouve à Nancy, chez A.
Leseure, Imprimeur ordinaire du Roi,
près la Paroisse S. Sébastien, & chez Ni-
colas Marchand, proche la Place, Ville-
Neuve.
Le prix, pour ceux qui n'ont pas souscrit à
la nouvelle edition de l'Histoire de Lorraine,
est de quatorze livres de France, broché.
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8161
p. 145-163
Discussion Sommaire de la construction d'une premiere partie de la Carte d'Asie, par M. D'ANVILLE.
Début :
Ayant mis au jour des Cartes très amples de l'Amérique Septentrionale, [...]
Mots clefs :
Carte, Asie, Lieu, Géographie, Détail, Cartes, Mer, Sujet, Étendue, Feuilles, Position, Distance, Projection, Constantinople, Carte d'Asie, Discussion, Espace, Anciens
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texteReconnaissance textuelle : Discussion Sommaire de la construction d'une premiere partie de la Carte d'Asie, par M. D'ANVILLE.
Discussion Sommaire de la construction d'une
premiere partie de la Carte d'Asie, par
M. D'ANVILLE.
Ayant mis au jour des Cartes très amples
de l'Amérique Septentrionale,
de la Méridionale, & de l'Afrique, qui
se sont succédées les unes aux autres, je
me suis déterminé à composer celle de l'A-
sie; nonobstant que la difficulté de traiter
convenablement ce morceau de Géogra-
phie, aussi intéressant qu'il est vaste, ine
fût connue. Il ne me convenoit pas de
macquitter de ce travail plus legérement
que des Cartes précédentes , d'autant
moins que celle de l'Asie pouvoit tirer de
beaucoup de choses nouvelles dans le dé-
tail, un avantage aussi évident que de la
disposition des parties en général. Ce sujet
ne devoit donc pas être ressérré dans des
bornes, qui ne pussent admettre ce qu'un
assemblable considérable de marériaux, &
une longue étude lui avoient acquis. En
donnant à la Carte de l'Asie, l'étendue &
la richesse qui étoient nécessaires, pour
la rendre plus utile & plus satisfaisante,
146 MERCURE DE FRANCE.
c'étoit procurer à la Géographie tout le
prosit qu'elle peut retirer des bienfaits,
par lesquels Monseigneur le Duc d'Orleans
veut bien faciliter les ouvrages, que ce
grand Prince a daigné me proposer de
faire.
Par ces considérations, en entrepre-
nant la Carte de l'Asie, il m'a paru qu'il
ne lui falloit pas moins de six feuilles;
en se tenant même un peu au-dessous de
l'étendue d'échelle, sur laquelle j'ai dressé
les Cartes de l'Amérique. J'ai commen-
cé de traiter mon sujet, comme ne de-
vant composer qu'un seul morceau, par
l'union des fix feuilles; l'assujettissant à
une projection en concave, qui par la
pression & l'enfoncement même qu'elle
fait de la surface convexe d'une partie
quelconque du Globe, en resserre le mi
lieu, & dilate les extrémités; & l'effet
doit en être fort sensible dans une Carte
de l'Asie, vû la grande étendue qu'elle
prend sur le Globe. Le mérite de cette
projection consiste, à faire que les méri-
diens coupent par tout les parallelles per-
pendiculairement, comme sut la surface
sphérique: mais elle a un inconvénient
considérable, par l'inégalité que produit
ce contraste de ressetrement & de dilata-
tion, qui est de ne point admettre une
Digisitues vo 300
MARS. 1792.
741
mesure égale pour les distances: de ma-
niere que dans le cas, où l'on veuille se
servir d'une échelle, on soit obligé de
s'en faire une particuliere en chaque en-
droit de la Carte, rélativemend à la gra-
duation qui lui est propre, ou à ce qui se
rencontre d'intervalle entre les paralleles.
Outre cet inconvénient, je n'ai pum en
dissimuler un autre, qui est l'étendue de
six feuilles, pour former une seule Car-
te, ce qui peut paroître incommode dans
l'usige. On renfermera dans le porte-
feuille, ou dans un Atlas, une Carte de
deux feuilles, mais non pas une Carte
de six feuilles assemblées.
Quoique j'eusse employé près de six
mois à travailler sur le plan que je viens
d'exposer, le désir d'en écarter les incon-
véniens que j'y fais observer, m'a déter-
miné à abandonner ce travail, pour re-
commencer sur un plan disférent, &
mieux conçu à ce qui m'a paru. J'ai re-
marqué que mon sujet se pouvoit diviser
en trois parties assez distinctes, à chacune
desquelles je trouvois convenable de don-
ner deux feuilles. Cette division, rédui-
sant à une bien moindre portion de la
surface du globe chaque partie du sujet,
qui par conséquent souffre beaucoup
moins de l'applatissement inévitable sur
G ij
148 MERCURE DEFRANCE.
le papier, j'ai été en état d'user d'une
projection qui maintient l'égalité de me-
sure dans toute l'étendue de la Carte.
Cette projection est exécutée dans l'esprit
de celui des deux modes de projection
décrits par Ptolemée dans les prélimi-
naires de sa Géographie, lequel plus dif-
ficile à pratiquer, prend avantage sur l'au-
tre, par la justesse de proportion que l'in-
tervalle des Méridiens doit avoir avec la
distance des paralleles à différentes hau-
teurs. Il est vrai que l'intersection des
Méridiens & des paralleles, ne se fait
pas par tout aussi regulierement que dans
la projection en concave. Mais ce que
produit cet inconvénient en chacune des
trois parties ausquelles j'ai divisé l'Asie,
n est pas, à mon avis, comparable à celui
d'une diversité d'échelle répandue en dif-
férens endroits d'une même Carte.
Voici maintenant quelle est la division
que j'ai faite de l'Asie en trois Cartes:
dans la premiere je me suis étendu de-
puis l'Archipel jusqu'aux bouches du Gan-
ge; & j'y renferme par conséquent la
Turquie, l'Arabie, la Perse, l'Inde en
deçà du Gange, & m'étant élevé jusques
aux Palus-Maeotis inclusivement, cette
hauteur fait entrer dans la Carte la partie
de la Tartarie qui se joint à la Perse & à
MARS. 1752.
149
l'Inde: dans la seconde, en reprenant les
bouches du Gange, l'Inde au delà de ce
fleuve est jointe à la Chine, & à celle-ci
le Tibet, & la partie de la Tartarie qu'on
peut appeller Chinoise. Le Japon se ren-
contre à la hauteut du Nord de la Chi-
ne; & on juge bien que les Isses de l'Asie,
Sumatra, Java, Borneo, les Moluques,
& les Philippines, sont comprises dans le
même carré de Carte. Enfin la troisième
Carte representera tout le Nord de l'Asie,
depuis la frontiere de l'Europe, jusqu'à
la mer Orientale, entre la mer Caspienne
d'une part, & la mer Glaciale de l'autre.
A l'égard des deux premières parties, les
deux fcuilles dont chacune est composée,
sont nécessairement l'une au-dessus de
l'autre; la troisième partie ayant son éten-
due d'Occident en Orient, les feuilles s'y
rangent l'une à côté de l'autre. On doit
sentir que c'est la forme & la convenance
des Continens qui décide souverainement
de cette disposition des feuilles; & j'ose
dire, qu'on ne peut la vouloir autrement
sans absurdité.
Mais, dira-t-on peut-être, on voudroit
avoir l'Asie rassemblée en une Carte, pour
saisir aisément & d'un coup d'oil le rap-
port des différentes contrées qu'elle ren-
ferme. A cela je réponds, que me propo-
G uij
450 MERCURE DEFRANCE.
sant de dresser incessamment deux gtands
hémispheres, on y verra l'Asie aussi éten-
due que dans une feuille, ce qui tiendra
bien licu d'une Carte générale de cette
partie du Monde: & ce que je dis actuel-
sement de l'Asie, conviendra de même à
l'Amérique & à l'Afrique, vû la maniere
également ample & étendue, dont je les
ai représentées dans les Cartes qui ont
précédé celle de l'Asie. Mais au lieu de
chercher à reprendre sur la forme, que
l'on considere le grand fond de Géogra-
phie que renfermera la nouvelle Carte
d'Asie; & qui est tel, que si on excepte
quelques endroits particuliers, où en
certains cas on désireroit les Cartes les
plus circonstanciées, & même quelque
fois des plans plutôt que des Cartes, il.
fournit de quoi satisfaire amplement au
besoin, &, rend superflu un grand nom-
bre d'autres morceaux Géographiques
qui n'y suppléeroient même pas également
par tout, sans parler du plus ou moins
de justesse dans la manière de traiter les
mêmes choses.
Des trois parties de la Carte d'Asie,
la premiere est fortie des mains du Gra-
veur, & rendue publique: la seconde
s'exécute actuellement au burin, & je
suis occupé à dresser la troisième. S'il
MARS. 1752.
151
étoit question d'analyser fort en dérail
tous les moyens employés à la composi-
tion de ces divers morceaux, & sur tout
de la premiere partie, il en résulteroit un
gros volume. Ce n est donc pas mon ob-
jet actuel, quelque persuadé que je sois
de l'utilité d'une semblable discussion pour
le fond de la Géographie, & pour faire
connoître en même tems ce qu'il falloit
de recherches & d'étude pour mettre cet
Ouvrage dans l'état où on le produit.
Mais il semble que le coup d'œil de la
Carte, & quelque comparaison avec cel-
les qu'on avoit auparavant, préviendront
sur ce suiet; & je me contenterai ici d'une
exposition succinte des principales cir-
constances, & de ce qui domine plus gé-
néralement dans la Carte, & influe da-
vantage dans sa composition.
IIny a point de morceau de Géographie
que j'aye autant travaillé, & dont je sois
plus flaté, s'il m est permis de le dire, que
ce qui est compris dans la Carte d'Asie
depuis la Propontide ou Mer de Marmara
jusqu'à Ormus. Je n'exagererai point en
disant, que j ai employé plusieurs an nées
à étudier à plusieurs reprises, & à repeter
divers essais de composition sur les diffé-
rentes parties renfermées dans cet espace.
Rien en effet de plus interessant dans la
G iiij.
152 MERCURE DE FRANCE.
Géographie, par la liaison de l'ancienne
avec la moderne, par les évenemens his-
toriques qui ont rapport à ces contrées
par les routes des Voyageurs qui les ont
traversées. En m'expliquant sur ce sujet,
comme d'un Ouvrage dont je suis flaté,
ce n'est pas que je croye y avoir mis le
dégré de perfection qui seroit à désirer.
Il est bien constant que la Carte d'Euro-
pe aura plus de précision; que dans
l'Asie même, la partie de la Chine que
l'ont doit aux RR. PP. Jesuites, est plus
décidée dans les circonstances locales. Mais
il faut considérer l'état auquel j'ai trouvé
les choses, & le point duquel je suis par-
ti. Pour peu que l'on confronte à la nou-
velle Carte d'Asie, ce qui existoit an-
térieurement sur les Pays contenus dans
l'espace dont il est question, on ne dis-
conviendra pas que la Géographie de ces
Pays nait bien changé de face; ensorte
que l'expression du détail, indépendam-
ment de ce qui concerne la disposition gé-
nérale, ait tout le mérite de la nou-
veauté.
Les diverses parties qui composent ce
grand espace, ayant fait le sujet de plu-
sieurs morceaux que j'ai traités en parti-
culier, & plus en grand qu'ils ne pa-
toissent dans la Carte d'Asie; lorsqu'il
MARS. 1752. 153
a été question de les y faire entrer,
& de les réduire, j'ai voulu ne perdre
que le moins de circonstances qu'il étoit
possible, par un sentiment quin est point
à blâmer, & qui tourne au profit du Pu-
blic. De-là vient que cette partie de la
Carte est extrêmement chargée: & si on
m'en faisoit reptoche, bien loin d'en être
touché, je dirois volontiers que c'est bien
malgré moi, & par faute de connoissan-
ce, qu'en d'autres parties la Carte ne se
soutient pas sur le même ton. Il ne con-
venoit pas aussi de prendre le parti de
faire la Carte plus grande, par la consi-
dération d'un Canton en particulier,
lorsque l'étendue de cette Carto est suffi-
sante à ce qu'elle contient d'ailleurs, &
que dans la combinaison qui a servi à
déterminer la grandeur du point de la-
Carte d'Asie en sa totalité, il falloit avoir
plus d'égard à l'universalité du sujet, qu'à
quelques-unes de ses parties.
Cette richesse de détail, sur ce qu'il est
plus essentiel de connoître en Asie, est le
fruit d'une recherche qui auroit voulu tout
épuiser. Pour donner la forme & les cou-
leurs aux objets réprésentés, toute l'An-
riquité, y compris même les principaux
Auteurs Byzantins, & non-seulement ceux-
des Orientaux qui ont traité spécialement
G.V
154 MERCURE DE FRANCE.
de la Géographie, mars aussi plusieurs de
leurs Historiens, avec ce que les récits
plus on moins bien circonstanciés des
Voyageurs y peuvent ajoûter, ont été mis
en œeuvre. J'ai véritablement pris le plus
vif intérêt à cette partie du Continent de
l'Asie. Car dès l'an 1727 & 28, j'en avois
dressé une Carte, qui quoique avec quel-
que amélioration, me déplairoit aujour-
d'hui, si dès-lors je l'avois publiée. Entre
les Géographies Orientales, outre celles
de l'Edrisi & d'Abulfeda, une Géogra-
phie Turque, intitulée Gehan-numa, ou
le miroir du Monde, compilée par Kia-
tib-Shelebi, m'a instruit de beaucoup de
circonstances particulieres à l'égard de di-
verses contrées, mais sur tout en ce qui
regarde l'Asie-Mineure. L'Ambassadeur
Turc qui est venu en France en dernier
lieu, mavoit fait connoître cette Geo-
graphie par plusieurs morceaux, qu'il
avoit eu la complaisance de m'expliquer:
mais elle a été traduite par M. Armain,
à la sollicitation de M. Melot, Confrere
de M. l'Abbé Sallier, dans la place de
Garde de la Bibliotheque du Roi. Au res-
te, je souhaiterois que cette Géographie
fût connue; on sentiroit ce qu'il falloit
employer d'étude & de cririque, & com-
bien d'autres instructions devoient con-
MARS. 1752.
courir, pour donner un état de solidité
& de justesse à la réprésentation Géogra-
phique. Je suis obligé de m'expliquer sut
ce sujet pat rapport à ceux qui croyent
sans aucun examen, que l'espéce de cer-
tains matériaux suffit pour faire tout le
mérite d'un Ouvrage, & qui ne font au-
cune attention au sçavoir, & j'ose dire à
l'intelligence, nécessaires pour en faire
usage & s'en bien servir.
Je vais maintenant entrer dans quelque
détail de ce que contient la premiere par-
tie de la Carte d'Asie. En partant de la-
position de Constantinople, déterminée
en longitude comme en latitude, si l'on
commence par s'avancer le long des bords
de la Mer noire, on ne peut micux se
gouverner pour la distance des lieux, que
par les indications que les aneiens Périples
de cette Mer nous en donnent dans un
fort grand détail, tant en mesure de sta-
des qu'en milles; & la comparaison de
ces différentes mesures sert même à véri-
fier chaque distance particuliere. D'ail-
leurs, on ne se méprend point sur le rap-
port des noms anciens & des modernes
qui presque tous conservent entt'eux sur
le bord Méridional du Pont-Euxin une
analogie évidente. Comme je me propose
d'être fott abrégé dans cette analyse, je
G vj
156 MERCURE DEFRANCE.
ne ferai point d'énumération des lieux
qui se retrouvent de cette maniere. Lors-
que je publierai les Cartes du Monde Ro-
main, il sera aisé d'en faire la remarque,
en conférant la réprésentation de l'ancien-
ne Géographie avec la moderne. Ce qui
m'a soutenu en latituce dans cette course
d'Occident en Orient, le long du rivage
de la Mer Noire; c'est de sçavoir qu'à Si-
nub ou Sinope elle est à peu près la mê-
me que celle de Constantinople. Il me pa-
roît incontestable, qu'au de-là de Sino-
pe, la Mer Noire forme un Golfe pro-
fond, tanti recessus, dit Pline, que l'Asie
en devient peninsule: & ce qui me per-
suade que le fond de ce Golfe est à peu
près bien établi dans ma Carte, c'est
d'avoir recueilli des Anciens la mesure
d'espace qui convient entre ce Golphe &
le rivage de la Méditerranée aux environs.
de Tarse & d'Issus, dont la latitude ne
sçauroit être fort incertaine, vû le rap-
port immédiat de ces points & leur pro-
ximité avec celui d'Alexandrette, détermi-
né par observation. Instruits même par les
Anciens, que la longitude du Sinus Ami-
senus qui est celui dont je parle, répond
à celle du Golfe d'Issus, il est remarqua-
ble que la détermination quon a d'A-
lexandrette en longitude, soit propre à
157
MARS. 1752.
justifier celle où le Golfe en question se
range en effet dans la composition de la
Carte.
J'ai dit que les anciens Périples du
Pont-Euxin nous fixoient de lieu en lieu
par des distances le long de cette Mer: ils
en font même le circuit entier, pour ré-
pondre au titre de Périple: mais le dé-
tail qu'ils donnent se signale surtout jus-
qu'à Trébisonde, & jusqu'à l'extrémité
de la Colchide. Nous sommes fixés en la-
ticude à Trébisonde par les observations
du Pere Beze, Jésuite; & selon qu'At-
rien l'a remarqué, la côte de cette Mer
jusqu'à l'embouchure de l'Apsarus, qui
est sous le Château de Goné, court gé-
néralement parlant vers l'Est; & depuis la
bouche du Phase, elle commence à s'in-
cliner du Nord vers le Couchant, ce der-
nset point étant confirmé parl'orientement
d'une Carte particuliere de la Mingrelie,
publiée par Thevenot.
De l'extrémité de la Colchide à Dios-
curias ou Isgaur, on se replie vers le Bos-
phore Cimmérien. La position de ce Bos-
phore dépend d'ailleurs de son rapport au-
point d'Azof, en corrigeant quelques
Cartes récentes sur la longueur du Palus
Moeotis, où il est constamment trop rac-
courci, puisqu'il y a des mesures tant an-
158 MERCUREDE FRANCE.
cieunes que modernes qui le déterminent
plus allongé. La position d'Azof est con-
clue d'une correspondance établie avec
celle de Moskou, par le moyen du cours
du Don, levé dans le plus grand détail,
par le Vice-Amiral Cruys, sous le regne
de Pierre I. Car le rapport de position
entre Moskou & Woronez, où commen-
ce la grande Carte du Don, ne paroît pas
fusceptible de quelque erreur considéra-
ble, si on le tire de la Carte de l'Empire
de Russie, publiée par l'Académie de Pe-
tersbourg, dont ces positions font en
quelque manière le centre. Je ne dirai
rien ici du reste de la Mer Noire, patce
que cette partie interesse plus l'Europe que
l'Asie. Cen est pas qu'elle ne soit autant
travaillée qu'il m'a été possible, & qu'el-
le ne paroisse avec des circonstances qui
mériteroient d'être observées.
Reprenons le point de Constantinople.
La Mer de Marmara & le détroit des
Dardanelles sont l'extrait d'une grande
Carte particuliere que j'en ai dressée aveè
beaucoup d'étude, & qui est accompa-
gnée dans mes papiers d'une discussion
par écrit des positions, distances, &c.
de sorte que j'ai lieu de regarder cette
partie comme une des plus solides de la
Carte. J'en dirai presqu'autant de la côte
***
MARS. 1732.
159
qui succede sur la Mer Egée ou l'Archi-
pel, & des Isses voisines de cette côte
jusqu'à Rhodes inclusivement. On peut
s'appuyer sur une détermination de lon-
gitude à Smyrne, qui influe directement
fur la position de l'ancien Ephese, au-
jourd'hui Aio-zoluk. L'Isse de Rhodes qui
termine certe partie, est décidée dans sa
latitnde par observation.
De Rhodes, en rangeant la côte Mé-
ridionale de l'Asic-Mineure, j'ai cherche
à m'assurer de la distance & de la hauteur
du Cap Kelidom, point important. en ce
que la pointe Occidentale de Cypre s'y
lie par ia combinaison de diverses distan-
ces: & je me tiens presque assuré du jus-
te éloignement où se trouve le point
d'Antalia ou de Satalie, parce qu'indé-
pendamment de la position que donne la
fuite de la côte, j'ai eu lieu d'en vérifier
la distance par la travorse des terres, de-
puis Smyrne. L'Antiquité nous fournit
des mesures très-convenables de l'éten-
due de l'Isse de Cypre d'une pointe à
l'autre, & de l'intervale entre la poin-
re Orientale & l'embouchure du fleuve
Piramus ou Gihon, près de l'ancien Is-
sus. La latitude de certe Isse est assurée
par celle d'Arnako ou Lerneca, observée
par M. de Chazelles. Elle influe même
760 MERCURE DEFRANCE.
fur celle de la côte du Continent opposé,
parce que hous trouvons dans Strabon
une indication de la distance entre le Pro-
montoire Crommyon ou Cap Cormakiti
de Cypre, & la pointe d'Anemur. De
cette pointe située en position intermé-
diaire d'Antalia & de la bouche du Py-
rame, la côte s'élevant insensiblement
vers le Nord, forme un enfoncement de
Mer, au sommet duquel Tarse se rencon-
tre. C'est par cet enfoncement, repon-
dant à celui du Golfe d'Amisus dont j'ai
parlé, que l'Asie se trouve resserrée dans
un espace qui ne vaut sur la Carte que
trois dégrés de la graduation de latitu-
de; ce qu'il seroit aisé de justifier, en
fixant même la hauteur qui convient à
Césarée de (appadoce dans cet intervale,
si je pouvois me permettre toute cette
discussion dans un écrit aussi abregé que
celui ci: & il faut convenir que la con-
noissance de ces régions interessoit assez
les Anciens, & leur étoit assez familiere,
pour qu'ils méritent d'en être crus.
Diverses routes tirées ou des Itinérai-
res Romains, ou décrites par des voya-
geurs modernes, se sont jointes au détail
de la Géographie Turque, pour fixer un
grand nombre de points dans l'intérieur
de l'Asie mineure. Je compte que la posi-
MARS.
1752.
161
tion de Bursa, rapportée à Constantinople,
est établie avec quelque précision. J'ai ap-
porté une attention particuliere à recon-
noître celle d'Angora, celle de Konié; &
je les juge surtout convenables, par rap-
port à leur distance de divers points qui
sont en liaison immédiate avec la position
de Constantinople. Ces points d'Angora
& de Konié importent d'autant à cet égard,
que de l'un comme de l'autre, par d'autres
distances assez bien déterminées, on est
conduit jusqu'au fameux passage des Pylae
Ciliciæ, dans le voisinage de Tarse; d'où
il reste peu d'intervalle jusqu'à l'entrée de
la Syrie, & au terme que prend la Médi-
terranée près d'Alexandrette. Strabon nous
donne la traversée de l'Asie mineure en-
tiére, depuis Ephèse jusqu'à un lieu situé
sur l'Euphrate, vis à-vis de Melitene ou
Malatia. Et ce lieu qu'il nomme Tomisos,
je l'ai retrouvé subsistant encore sous le
nom actuel de Tzemish, qui ne differe de
l'ancien que par une altération du T. en
Tz. dont je pourrois apporter grand nom-
bre d'exemples.
Je passerois beaucoup trop les bornes
que je me suis prescrites ici, si je me li-
vrois à la discussion d'un plus grand détail,
où le goût & l'intérêt même de la chose
m'entraîneroient assez. Si outre les posi-
162 MERCURE DE FRANCE.
tions de lieu, on examine le cours des ri-
vieres, l'enchaînement & la disposition
des montagnes, & quelques autres cir-
constances, on ne pourra disconvenir que
cette partie de l'Asie n'ait aequis un détail
de connoissance, qu'on ignoroit, ou dont
on étoit mal instruit. La division des con-
trées qui partagent actuellement ce pays,
est dans le cas dont je viens de parler. On
lui donne communément le nom de Nato-
lie en général. Mais, on verra que le nom
d'Ana loli ne convient spécialement qu'à
une de ses parties. Karaman, ou la Cara-
manie, en fait une autre trés-distincte, &
séparée précisément par les limites que
montre la Carte. Ces deux parties ne se
confondent point avec une troisieme, qui
prend quelquefois le nom du licu domi-
nant, de Siwas; mais qui étant propre à
une ville en particulier, est moins conve-
nable pour une région que celui de Roum,
qui lui est donné. Et quand on se rappelle,
que le pays qui étoit resté aux Empereurs
Grecs de Constantinople du tems de l'Em-
pire Mahométan sous les Khalifes, étoit
appellé Roum en général, on n est point
surpris que ce qui faisoit la frontiere de
ce pays, ait conservé cette dénomination,
ce qui mérite bien qu'une carte en instrui-
se. Ces parties ont encore leur subdi vision
MARS. 1752.
163
en Jurisdictions de Sangiaks, qu'on ap-
pelle Liva. Mais, quant à ce détail, pour
lequel l'étendue de la Carte d'Añe ne suffit
pas, un point d'Echelle beaucoup plus
grand dans la Carte d'Europe, qui admet
l'Asie mineure dans son quarré, me pro-
curera la satisfaction de donner une repré-
sentation plus ample de ce même pays. Et
en général, tout ce que la Carte d'Europe
me donnera lieu de répéter de l'Asie plus
en détail, je ne le croirai pas hors de pro-
pos, ni que le Public m'en sçache mauvais
gré.
A l'Asie Mineure je fais succéder la Sy-
rie, &c.
La suite dans le Mercure prochain.
premiere partie de la Carte d'Asie, par
M. D'ANVILLE.
Ayant mis au jour des Cartes très amples
de l'Amérique Septentrionale,
de la Méridionale, & de l'Afrique, qui
se sont succédées les unes aux autres, je
me suis déterminé à composer celle de l'A-
sie; nonobstant que la difficulté de traiter
convenablement ce morceau de Géogra-
phie, aussi intéressant qu'il est vaste, ine
fût connue. Il ne me convenoit pas de
macquitter de ce travail plus legérement
que des Cartes précédentes , d'autant
moins que celle de l'Asie pouvoit tirer de
beaucoup de choses nouvelles dans le dé-
tail, un avantage aussi évident que de la
disposition des parties en général. Ce sujet
ne devoit donc pas être ressérré dans des
bornes, qui ne pussent admettre ce qu'un
assemblable considérable de marériaux, &
une longue étude lui avoient acquis. En
donnant à la Carte de l'Asie, l'étendue &
la richesse qui étoient nécessaires, pour
la rendre plus utile & plus satisfaisante,
146 MERCURE DE FRANCE.
c'étoit procurer à la Géographie tout le
prosit qu'elle peut retirer des bienfaits,
par lesquels Monseigneur le Duc d'Orleans
veut bien faciliter les ouvrages, que ce
grand Prince a daigné me proposer de
faire.
Par ces considérations, en entrepre-
nant la Carte de l'Asie, il m'a paru qu'il
ne lui falloit pas moins de six feuilles;
en se tenant même un peu au-dessous de
l'étendue d'échelle, sur laquelle j'ai dressé
les Cartes de l'Amérique. J'ai commen-
cé de traiter mon sujet, comme ne de-
vant composer qu'un seul morceau, par
l'union des fix feuilles; l'assujettissant à
une projection en concave, qui par la
pression & l'enfoncement même qu'elle
fait de la surface convexe d'une partie
quelconque du Globe, en resserre le mi
lieu, & dilate les extrémités; & l'effet
doit en être fort sensible dans une Carte
de l'Asie, vû la grande étendue qu'elle
prend sur le Globe. Le mérite de cette
projection consiste, à faire que les méri-
diens coupent par tout les parallelles per-
pendiculairement, comme sut la surface
sphérique: mais elle a un inconvénient
considérable, par l'inégalité que produit
ce contraste de ressetrement & de dilata-
tion, qui est de ne point admettre une
Digisitues vo 300
MARS. 1792.
741
mesure égale pour les distances: de ma-
niere que dans le cas, où l'on veuille se
servir d'une échelle, on soit obligé de
s'en faire une particuliere en chaque en-
droit de la Carte, rélativemend à la gra-
duation qui lui est propre, ou à ce qui se
rencontre d'intervalle entre les paralleles.
Outre cet inconvénient, je n'ai pum en
dissimuler un autre, qui est l'étendue de
six feuilles, pour former une seule Car-
te, ce qui peut paroître incommode dans
l'usige. On renfermera dans le porte-
feuille, ou dans un Atlas, une Carte de
deux feuilles, mais non pas une Carte
de six feuilles assemblées.
Quoique j'eusse employé près de six
mois à travailler sur le plan que je viens
d'exposer, le désir d'en écarter les incon-
véniens que j'y fais observer, m'a déter-
miné à abandonner ce travail, pour re-
commencer sur un plan disférent, &
mieux conçu à ce qui m'a paru. J'ai re-
marqué que mon sujet se pouvoit diviser
en trois parties assez distinctes, à chacune
desquelles je trouvois convenable de don-
ner deux feuilles. Cette division, rédui-
sant à une bien moindre portion de la
surface du globe chaque partie du sujet,
qui par conséquent souffre beaucoup
moins de l'applatissement inévitable sur
G ij
148 MERCURE DEFRANCE.
le papier, j'ai été en état d'user d'une
projection qui maintient l'égalité de me-
sure dans toute l'étendue de la Carte.
Cette projection est exécutée dans l'esprit
de celui des deux modes de projection
décrits par Ptolemée dans les prélimi-
naires de sa Géographie, lequel plus dif-
ficile à pratiquer, prend avantage sur l'au-
tre, par la justesse de proportion que l'in-
tervalle des Méridiens doit avoir avec la
distance des paralleles à différentes hau-
teurs. Il est vrai que l'intersection des
Méridiens & des paralleles, ne se fait
pas par tout aussi regulierement que dans
la projection en concave. Mais ce que
produit cet inconvénient en chacune des
trois parties ausquelles j'ai divisé l'Asie,
n est pas, à mon avis, comparable à celui
d'une diversité d'échelle répandue en dif-
férens endroits d'une même Carte.
Voici maintenant quelle est la division
que j'ai faite de l'Asie en trois Cartes:
dans la premiere je me suis étendu de-
puis l'Archipel jusqu'aux bouches du Gan-
ge; & j'y renferme par conséquent la
Turquie, l'Arabie, la Perse, l'Inde en
deçà du Gange, & m'étant élevé jusques
aux Palus-Maeotis inclusivement, cette
hauteur fait entrer dans la Carte la partie
de la Tartarie qui se joint à la Perse & à
MARS. 1752.
149
l'Inde: dans la seconde, en reprenant les
bouches du Gange, l'Inde au delà de ce
fleuve est jointe à la Chine, & à celle-ci
le Tibet, & la partie de la Tartarie qu'on
peut appeller Chinoise. Le Japon se ren-
contre à la hauteut du Nord de la Chi-
ne; & on juge bien que les Isses de l'Asie,
Sumatra, Java, Borneo, les Moluques,
& les Philippines, sont comprises dans le
même carré de Carte. Enfin la troisième
Carte representera tout le Nord de l'Asie,
depuis la frontiere de l'Europe, jusqu'à
la mer Orientale, entre la mer Caspienne
d'une part, & la mer Glaciale de l'autre.
A l'égard des deux premières parties, les
deux fcuilles dont chacune est composée,
sont nécessairement l'une au-dessus de
l'autre; la troisième partie ayant son éten-
due d'Occident en Orient, les feuilles s'y
rangent l'une à côté de l'autre. On doit
sentir que c'est la forme & la convenance
des Continens qui décide souverainement
de cette disposition des feuilles; & j'ose
dire, qu'on ne peut la vouloir autrement
sans absurdité.
Mais, dira-t-on peut-être, on voudroit
avoir l'Asie rassemblée en une Carte, pour
saisir aisément & d'un coup d'oil le rap-
port des différentes contrées qu'elle ren-
ferme. A cela je réponds, que me propo-
G uij
450 MERCURE DEFRANCE.
sant de dresser incessamment deux gtands
hémispheres, on y verra l'Asie aussi éten-
due que dans une feuille, ce qui tiendra
bien licu d'une Carte générale de cette
partie du Monde: & ce que je dis actuel-
sement de l'Asie, conviendra de même à
l'Amérique & à l'Afrique, vû la maniere
également ample & étendue, dont je les
ai représentées dans les Cartes qui ont
précédé celle de l'Asie. Mais au lieu de
chercher à reprendre sur la forme, que
l'on considere le grand fond de Géogra-
phie que renfermera la nouvelle Carte
d'Asie; & qui est tel, que si on excepte
quelques endroits particuliers, où en
certains cas on désireroit les Cartes les
plus circonstanciées, & même quelque
fois des plans plutôt que des Cartes, il.
fournit de quoi satisfaire amplement au
besoin, &, rend superflu un grand nom-
bre d'autres morceaux Géographiques
qui n'y suppléeroient même pas également
par tout, sans parler du plus ou moins
de justesse dans la manière de traiter les
mêmes choses.
Des trois parties de la Carte d'Asie,
la premiere est fortie des mains du Gra-
veur, & rendue publique: la seconde
s'exécute actuellement au burin, & je
suis occupé à dresser la troisième. S'il
MARS. 1752.
151
étoit question d'analyser fort en dérail
tous les moyens employés à la composi-
tion de ces divers morceaux, & sur tout
de la premiere partie, il en résulteroit un
gros volume. Ce n est donc pas mon ob-
jet actuel, quelque persuadé que je sois
de l'utilité d'une semblable discussion pour
le fond de la Géographie, & pour faire
connoître en même tems ce qu'il falloit
de recherches & d'étude pour mettre cet
Ouvrage dans l'état où on le produit.
Mais il semble que le coup d'œil de la
Carte, & quelque comparaison avec cel-
les qu'on avoit auparavant, préviendront
sur ce suiet; & je me contenterai ici d'une
exposition succinte des principales cir-
constances, & de ce qui domine plus gé-
néralement dans la Carte, & influe da-
vantage dans sa composition.
IIny a point de morceau de Géographie
que j'aye autant travaillé, & dont je sois
plus flaté, s'il m est permis de le dire, que
ce qui est compris dans la Carte d'Asie
depuis la Propontide ou Mer de Marmara
jusqu'à Ormus. Je n'exagererai point en
disant, que j ai employé plusieurs an nées
à étudier à plusieurs reprises, & à repeter
divers essais de composition sur les diffé-
rentes parties renfermées dans cet espace.
Rien en effet de plus interessant dans la
G iiij.
152 MERCURE DE FRANCE.
Géographie, par la liaison de l'ancienne
avec la moderne, par les évenemens his-
toriques qui ont rapport à ces contrées
par les routes des Voyageurs qui les ont
traversées. En m'expliquant sur ce sujet,
comme d'un Ouvrage dont je suis flaté,
ce n'est pas que je croye y avoir mis le
dégré de perfection qui seroit à désirer.
Il est bien constant que la Carte d'Euro-
pe aura plus de précision; que dans
l'Asie même, la partie de la Chine que
l'ont doit aux RR. PP. Jesuites, est plus
décidée dans les circonstances locales. Mais
il faut considérer l'état auquel j'ai trouvé
les choses, & le point duquel je suis par-
ti. Pour peu que l'on confronte à la nou-
velle Carte d'Asie, ce qui existoit an-
térieurement sur les Pays contenus dans
l'espace dont il est question, on ne dis-
conviendra pas que la Géographie de ces
Pays nait bien changé de face; ensorte
que l'expression du détail, indépendam-
ment de ce qui concerne la disposition gé-
nérale, ait tout le mérite de la nou-
veauté.
Les diverses parties qui composent ce
grand espace, ayant fait le sujet de plu-
sieurs morceaux que j'ai traités en parti-
culier, & plus en grand qu'ils ne pa-
toissent dans la Carte d'Asie; lorsqu'il
MARS. 1752. 153
a été question de les y faire entrer,
& de les réduire, j'ai voulu ne perdre
que le moins de circonstances qu'il étoit
possible, par un sentiment quin est point
à blâmer, & qui tourne au profit du Pu-
blic. De-là vient que cette partie de la
Carte est extrêmement chargée: & si on
m'en faisoit reptoche, bien loin d'en être
touché, je dirois volontiers que c'est bien
malgré moi, & par faute de connoissan-
ce, qu'en d'autres parties la Carte ne se
soutient pas sur le même ton. Il ne con-
venoit pas aussi de prendre le parti de
faire la Carte plus grande, par la consi-
dération d'un Canton en particulier,
lorsque l'étendue de cette Carto est suffi-
sante à ce qu'elle contient d'ailleurs, &
que dans la combinaison qui a servi à
déterminer la grandeur du point de la-
Carte d'Asie en sa totalité, il falloit avoir
plus d'égard à l'universalité du sujet, qu'à
quelques-unes de ses parties.
Cette richesse de détail, sur ce qu'il est
plus essentiel de connoître en Asie, est le
fruit d'une recherche qui auroit voulu tout
épuiser. Pour donner la forme & les cou-
leurs aux objets réprésentés, toute l'An-
riquité, y compris même les principaux
Auteurs Byzantins, & non-seulement ceux-
des Orientaux qui ont traité spécialement
G.V
154 MERCURE DE FRANCE.
de la Géographie, mars aussi plusieurs de
leurs Historiens, avec ce que les récits
plus on moins bien circonstanciés des
Voyageurs y peuvent ajoûter, ont été mis
en œeuvre. J'ai véritablement pris le plus
vif intérêt à cette partie du Continent de
l'Asie. Car dès l'an 1727 & 28, j'en avois
dressé une Carte, qui quoique avec quel-
que amélioration, me déplairoit aujour-
d'hui, si dès-lors je l'avois publiée. Entre
les Géographies Orientales, outre celles
de l'Edrisi & d'Abulfeda, une Géogra-
phie Turque, intitulée Gehan-numa, ou
le miroir du Monde, compilée par Kia-
tib-Shelebi, m'a instruit de beaucoup de
circonstances particulieres à l'égard de di-
verses contrées, mais sur tout en ce qui
regarde l'Asie-Mineure. L'Ambassadeur
Turc qui est venu en France en dernier
lieu, mavoit fait connoître cette Geo-
graphie par plusieurs morceaux, qu'il
avoit eu la complaisance de m'expliquer:
mais elle a été traduite par M. Armain,
à la sollicitation de M. Melot, Confrere
de M. l'Abbé Sallier, dans la place de
Garde de la Bibliotheque du Roi. Au res-
te, je souhaiterois que cette Géographie
fût connue; on sentiroit ce qu'il falloit
employer d'étude & de cririque, & com-
bien d'autres instructions devoient con-
MARS. 1752.
courir, pour donner un état de solidité
& de justesse à la réprésentation Géogra-
phique. Je suis obligé de m'expliquer sut
ce sujet pat rapport à ceux qui croyent
sans aucun examen, que l'espéce de cer-
tains matériaux suffit pour faire tout le
mérite d'un Ouvrage, & qui ne font au-
cune attention au sçavoir, & j'ose dire à
l'intelligence, nécessaires pour en faire
usage & s'en bien servir.
Je vais maintenant entrer dans quelque
détail de ce que contient la premiere par-
tie de la Carte d'Asie. En partant de la-
position de Constantinople, déterminée
en longitude comme en latitude, si l'on
commence par s'avancer le long des bords
de la Mer noire, on ne peut micux se
gouverner pour la distance des lieux, que
par les indications que les aneiens Périples
de cette Mer nous en donnent dans un
fort grand détail, tant en mesure de sta-
des qu'en milles; & la comparaison de
ces différentes mesures sert même à véri-
fier chaque distance particuliere. D'ail-
leurs, on ne se méprend point sur le rap-
port des noms anciens & des modernes
qui presque tous conservent entt'eux sur
le bord Méridional du Pont-Euxin une
analogie évidente. Comme je me propose
d'être fott abrégé dans cette analyse, je
G vj
156 MERCURE DEFRANCE.
ne ferai point d'énumération des lieux
qui se retrouvent de cette maniere. Lors-
que je publierai les Cartes du Monde Ro-
main, il sera aisé d'en faire la remarque,
en conférant la réprésentation de l'ancien-
ne Géographie avec la moderne. Ce qui
m'a soutenu en latituce dans cette course
d'Occident en Orient, le long du rivage
de la Mer Noire; c'est de sçavoir qu'à Si-
nub ou Sinope elle est à peu près la mê-
me que celle de Constantinople. Il me pa-
roît incontestable, qu'au de-là de Sino-
pe, la Mer Noire forme un Golfe pro-
fond, tanti recessus, dit Pline, que l'Asie
en devient peninsule: & ce qui me per-
suade que le fond de ce Golfe est à peu
près bien établi dans ma Carte, c'est
d'avoir recueilli des Anciens la mesure
d'espace qui convient entre ce Golphe &
le rivage de la Méditerranée aux environs.
de Tarse & d'Issus, dont la latitude ne
sçauroit être fort incertaine, vû le rap-
port immédiat de ces points & leur pro-
ximité avec celui d'Alexandrette, détermi-
né par observation. Instruits même par les
Anciens, que la longitude du Sinus Ami-
senus qui est celui dont je parle, répond
à celle du Golfe d'Issus, il est remarqua-
ble que la détermination quon a d'A-
lexandrette en longitude, soit propre à
157
MARS. 1752.
justifier celle où le Golfe en question se
range en effet dans la composition de la
Carte.
J'ai dit que les anciens Périples du
Pont-Euxin nous fixoient de lieu en lieu
par des distances le long de cette Mer: ils
en font même le circuit entier, pour ré-
pondre au titre de Périple: mais le dé-
tail qu'ils donnent se signale surtout jus-
qu'à Trébisonde, & jusqu'à l'extrémité
de la Colchide. Nous sommes fixés en la-
ticude à Trébisonde par les observations
du Pere Beze, Jésuite; & selon qu'At-
rien l'a remarqué, la côte de cette Mer
jusqu'à l'embouchure de l'Apsarus, qui
est sous le Château de Goné, court gé-
néralement parlant vers l'Est; & depuis la
bouche du Phase, elle commence à s'in-
cliner du Nord vers le Couchant, ce der-
nset point étant confirmé parl'orientement
d'une Carte particuliere de la Mingrelie,
publiée par Thevenot.
De l'extrémité de la Colchide à Dios-
curias ou Isgaur, on se replie vers le Bos-
phore Cimmérien. La position de ce Bos-
phore dépend d'ailleurs de son rapport au-
point d'Azof, en corrigeant quelques
Cartes récentes sur la longueur du Palus
Moeotis, où il est constamment trop rac-
courci, puisqu'il y a des mesures tant an-
158 MERCUREDE FRANCE.
cieunes que modernes qui le déterminent
plus allongé. La position d'Azof est con-
clue d'une correspondance établie avec
celle de Moskou, par le moyen du cours
du Don, levé dans le plus grand détail,
par le Vice-Amiral Cruys, sous le regne
de Pierre I. Car le rapport de position
entre Moskou & Woronez, où commen-
ce la grande Carte du Don, ne paroît pas
fusceptible de quelque erreur considéra-
ble, si on le tire de la Carte de l'Empire
de Russie, publiée par l'Académie de Pe-
tersbourg, dont ces positions font en
quelque manière le centre. Je ne dirai
rien ici du reste de la Mer Noire, patce
que cette partie interesse plus l'Europe que
l'Asie. Cen est pas qu'elle ne soit autant
travaillée qu'il m'a été possible, & qu'el-
le ne paroisse avec des circonstances qui
mériteroient d'être observées.
Reprenons le point de Constantinople.
La Mer de Marmara & le détroit des
Dardanelles sont l'extrait d'une grande
Carte particuliere que j'en ai dressée aveè
beaucoup d'étude, & qui est accompa-
gnée dans mes papiers d'une discussion
par écrit des positions, distances, &c.
de sorte que j'ai lieu de regarder cette
partie comme une des plus solides de la
Carte. J'en dirai presqu'autant de la côte
***
MARS. 1732.
159
qui succede sur la Mer Egée ou l'Archi-
pel, & des Isses voisines de cette côte
jusqu'à Rhodes inclusivement. On peut
s'appuyer sur une détermination de lon-
gitude à Smyrne, qui influe directement
fur la position de l'ancien Ephese, au-
jourd'hui Aio-zoluk. L'Isse de Rhodes qui
termine certe partie, est décidée dans sa
latitnde par observation.
De Rhodes, en rangeant la côte Mé-
ridionale de l'Asic-Mineure, j'ai cherche
à m'assurer de la distance & de la hauteur
du Cap Kelidom, point important. en ce
que la pointe Occidentale de Cypre s'y
lie par ia combinaison de diverses distan-
ces: & je me tiens presque assuré du jus-
te éloignement où se trouve le point
d'Antalia ou de Satalie, parce qu'indé-
pendamment de la position que donne la
fuite de la côte, j'ai eu lieu d'en vérifier
la distance par la travorse des terres, de-
puis Smyrne. L'Antiquité nous fournit
des mesures très-convenables de l'éten-
due de l'Isse de Cypre d'une pointe à
l'autre, & de l'intervale entre la poin-
re Orientale & l'embouchure du fleuve
Piramus ou Gihon, près de l'ancien Is-
sus. La latitude de certe Isse est assurée
par celle d'Arnako ou Lerneca, observée
par M. de Chazelles. Elle influe même
760 MERCURE DEFRANCE.
fur celle de la côte du Continent opposé,
parce que hous trouvons dans Strabon
une indication de la distance entre le Pro-
montoire Crommyon ou Cap Cormakiti
de Cypre, & la pointe d'Anemur. De
cette pointe située en position intermé-
diaire d'Antalia & de la bouche du Py-
rame, la côte s'élevant insensiblement
vers le Nord, forme un enfoncement de
Mer, au sommet duquel Tarse se rencon-
tre. C'est par cet enfoncement, repon-
dant à celui du Golfe d'Amisus dont j'ai
parlé, que l'Asie se trouve resserrée dans
un espace qui ne vaut sur la Carte que
trois dégrés de la graduation de latitu-
de; ce qu'il seroit aisé de justifier, en
fixant même la hauteur qui convient à
Césarée de (appadoce dans cet intervale,
si je pouvois me permettre toute cette
discussion dans un écrit aussi abregé que
celui ci: & il faut convenir que la con-
noissance de ces régions interessoit assez
les Anciens, & leur étoit assez familiere,
pour qu'ils méritent d'en être crus.
Diverses routes tirées ou des Itinérai-
res Romains, ou décrites par des voya-
geurs modernes, se sont jointes au détail
de la Géographie Turque, pour fixer un
grand nombre de points dans l'intérieur
de l'Asie mineure. Je compte que la posi-
MARS.
1752.
161
tion de Bursa, rapportée à Constantinople,
est établie avec quelque précision. J'ai ap-
porté une attention particuliere à recon-
noître celle d'Angora, celle de Konié; &
je les juge surtout convenables, par rap-
port à leur distance de divers points qui
sont en liaison immédiate avec la position
de Constantinople. Ces points d'Angora
& de Konié importent d'autant à cet égard,
que de l'un comme de l'autre, par d'autres
distances assez bien déterminées, on est
conduit jusqu'au fameux passage des Pylae
Ciliciæ, dans le voisinage de Tarse; d'où
il reste peu d'intervalle jusqu'à l'entrée de
la Syrie, & au terme que prend la Médi-
terranée près d'Alexandrette. Strabon nous
donne la traversée de l'Asie mineure en-
tiére, depuis Ephèse jusqu'à un lieu situé
sur l'Euphrate, vis à-vis de Melitene ou
Malatia. Et ce lieu qu'il nomme Tomisos,
je l'ai retrouvé subsistant encore sous le
nom actuel de Tzemish, qui ne differe de
l'ancien que par une altération du T. en
Tz. dont je pourrois apporter grand nom-
bre d'exemples.
Je passerois beaucoup trop les bornes
que je me suis prescrites ici, si je me li-
vrois à la discussion d'un plus grand détail,
où le goût & l'intérêt même de la chose
m'entraîneroient assez. Si outre les posi-
162 MERCURE DE FRANCE.
tions de lieu, on examine le cours des ri-
vieres, l'enchaînement & la disposition
des montagnes, & quelques autres cir-
constances, on ne pourra disconvenir que
cette partie de l'Asie n'ait aequis un détail
de connoissance, qu'on ignoroit, ou dont
on étoit mal instruit. La division des con-
trées qui partagent actuellement ce pays,
est dans le cas dont je viens de parler. On
lui donne communément le nom de Nato-
lie en général. Mais, on verra que le nom
d'Ana loli ne convient spécialement qu'à
une de ses parties. Karaman, ou la Cara-
manie, en fait une autre trés-distincte, &
séparée précisément par les limites que
montre la Carte. Ces deux parties ne se
confondent point avec une troisieme, qui
prend quelquefois le nom du licu domi-
nant, de Siwas; mais qui étant propre à
une ville en particulier, est moins conve-
nable pour une région que celui de Roum,
qui lui est donné. Et quand on se rappelle,
que le pays qui étoit resté aux Empereurs
Grecs de Constantinople du tems de l'Em-
pire Mahométan sous les Khalifes, étoit
appellé Roum en général, on n est point
surpris que ce qui faisoit la frontiere de
ce pays, ait conservé cette dénomination,
ce qui mérite bien qu'une carte en instrui-
se. Ces parties ont encore leur subdi vision
MARS. 1752.
163
en Jurisdictions de Sangiaks, qu'on ap-
pelle Liva. Mais, quant à ce détail, pour
lequel l'étendue de la Carte d'Añe ne suffit
pas, un point d'Echelle beaucoup plus
grand dans la Carte d'Europe, qui admet
l'Asie mineure dans son quarré, me pro-
curera la satisfaction de donner une repré-
sentation plus ample de ce même pays. Et
en général, tout ce que la Carte d'Europe
me donnera lieu de répéter de l'Asie plus
en détail, je ne le croirai pas hors de pro-
pos, ni que le Public m'en sçache mauvais
gré.
A l'Asie Mineure je fais succéder la Sy-
rie, &c.
La suite dans le Mercure prochain.
Fermer
8162
p. 164-167
RÉPONSE Du Sieur Lepaute, Horloger du Roi au Luxembourg, à une Lettre du Sieur le Roi, fils aîné, inserée dans le premier Mercure de Janvier. 1752.
Début :
Plus je réflechis, Monsieur, sur le motif qui a pu vous porter à faire inserer dans le premier [...]
Mots clefs :
Pendule, Lettre, Projet, Invention , Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE Du Sieur Lepaute, Horloger du Roi au Luxembourg, à une Lettre du Sieur le Roi, fils aîné, inserée dans le premier Mercure de Janvier. 1752.
RÉPONSE
Du Sieur Lepaute, Horloger du Roi au
Luxembourg, à une Lettre du Sieur le Roi,
fils aînè, inserée dans le premier Mercure
de Janvier. 1752.
Plus je réflechis, Monsieur, sur le motif qui a
pu vous porter à faire inserer dans le premier
Mercure de Janvier, la Lettre que j'y ai lie au
sujet de notre Pendule, moins je découvre quel
est en cela votre intérêt.
Comme vous avez eu soin de la qualifier la
vôtre dans certe Lettre, vous ne de vez donc pas
trouver mauvais que je l'appelle la nôtre à l'ave-
nir, ainsi que j'ai crû avoir droit de le faire jus-
qu'ici.
Je connois à la vérité votre répugnance à ce
que le public sçache, comme vous, la part que
j'y ai; mais entre vous & moi seulement, Mon-
sieur, & sans que ce public, à qui vous paroissez,
ce me semble, résolu de déguiser le vrai, soit in-
formé de quelques aveus que je me propose de
tirer de vous; refuserez-vous de m'accorder que
vous m'ayez l'obligation de l'état actuel de cette
Pendule ? Avec une aussi bonne mémoire que
vous l'avez, vous n'aurez pû oublier, que lors-
que vous vintes m'en communiquer le projet, il
y a un an, ce ne fut point avec le secours d'au-
cune description, ni d'aucun dessein, & que ce
que vous avez fait mettre daus le Mercure, a été
copié, comme je l'ai dit ailleurs, d'après les chan-
gemens que j'avois faits, ayant passé deus
ed by
OC
MARS.
1752.
165
mois entiers à tirer vos idées du cahos, & à chan-
ger toute la disposition de votre projet, qui,
vous en conviendrez, étoit avant cela imprati-
quable.
Si vous vous en fussiez tenu à l'exposition de ce
projet originaire, vous vous seriez épargné le dé-
plaisir que, malgré moi, je vous renouvelle ici;
& certainement vous ne m'auriez point pour
rival: mais comme ce sont mes opérations, & le
fruit de mes veilles & de mes dépenses, que vous
vous appropriez avec si peu d'égards, permettez-
moi, Monsieur, de les réclamer; vous m'y for-
cez.
Je conviens, que quand j'eus poussé l'entre-
prise au point de voir, à peu près à quoi nous en
tenir, je voulus bien, par l'Acte que nous fimes,
consentir à vous laisser la gloire de l'invention.
Mais vous ne pouvez pas non plus me nier, que
la premiere ébauche qui parut nous flatter, &
qu'accompagné de vous, j'eus l'honneur de pré-
senter à Sa Majesté, à Bellevue, n'ayant pas
réussi, je fus obligé de faire, sans aucun secours
de votre part, de nouvelles épreuves qui me coû-
terent beaucoup de recherches & de frais, pour
amener les choses au point de perfection où elles
sont aujourd'hui. Ce fut alors que je commençai
à sentit quelque peine de vous abandonner toute
l'invention: car enfin, Monsieur, que restoit- il
de votre projet? très-pen de chose, vous ne l'i-
gnorez pas, l'idée générale seulement, & c'est
tout.
J'ai dit que je produisis la Pendule à Bellevde.
Qui pourra s'imaginer que ce fut moi qui pré-
sentai cette piéce à Sa Majesté, aptès ce qui se
trouve dans le Mercure, & peut-être ailleurs en-
core? Mais entre nous, Monsicur, oseriez-vous
AuaduO
166 MERCUREDEFRANCE.
soutenit ce que vous avancez en public à ce sujet
Je ne le pense pas.
Pour ce qui regarde l'invention de la Pendule,
je vous ai déja fait observer qu'il fut un tems
où je souffrois avec répugnance de vous voir vous
décorer seul d'un honneur qui nous étoit tout au
moins commun. J'ajouterai ici, à votre louan-
ge, que vous vous en apperçûtes, & que vous
tûtes assez judieux pour m'accorder un nouvel ar-
rangement.
Suivant notre Acte, il vous étoit permis de
faire graver votre nom, avec le titre d'lnventeur
en tête de la Pendule: & moi, je pouvois simple-
ment m'annoncer l'Exécuteur de vos découvertes;
mais non pas sous vos yeux, comme vous affectez
de le publier, ainsi que je l'ai déja démontré évi-
demment dans la Lettre que j'ai fait imprimer le
17 de ce mois.
Si ce premier état étoit bien flatteur pour vous
il étoit par contre-coup bien humiliant pour moi;
aussi le théatre de votre gloire s'étant malheureu-
sement écroulé, je m'empressai d'autant plus
volontiers à chercher les moyens de le rétablir
que je compris que je pouvois par-là me réhabi-
liter dans mes droits. Le succès favorisa mes tra-
vaux. Alors nos avantages devinrent égaux, &
notre condition la même: vous souscrivites à la
loi qui me plaçoit à l'avenir sur une même ligne
avec vous, sans aucune attribution à l'un ni à
l'autre de l'invention. Telle est la Pendule que
nous avons livrée pour Constantinople.
Dans la suite vous trouvâtes plus convenable
de ne faire graver aucun nom d'une maniere ap-
parente, mais seulement en abregé sur la console
& toujours dans la même ligne; j'y consentis à
mon tout. Telles sont les Pendules du Roi, de
MARS. 1752.
167
Madame la Marquise de Pompadour, celle que
vous avez envoyée à Turin, & plusieurs autres.
Voilà où nous en étions, lorsque vous avez
jugé à propos de tenter de, me chagriner, & de
me ravit même un ouvrage qui m'a couté plus de
mille écus, pour lequel vous n'avez pas déboursé
un sol, & dont au contraire vous avez tiré quel-
que fruit. Je suis, &c.
Lepaute.
Paris, 19 Janvier 1752.
Du Sieur Lepaute, Horloger du Roi au
Luxembourg, à une Lettre du Sieur le Roi,
fils aînè, inserée dans le premier Mercure
de Janvier. 1752.
Plus je réflechis, Monsieur, sur le motif qui a
pu vous porter à faire inserer dans le premier
Mercure de Janvier, la Lettre que j'y ai lie au
sujet de notre Pendule, moins je découvre quel
est en cela votre intérêt.
Comme vous avez eu soin de la qualifier la
vôtre dans certe Lettre, vous ne de vez donc pas
trouver mauvais que je l'appelle la nôtre à l'ave-
nir, ainsi que j'ai crû avoir droit de le faire jus-
qu'ici.
Je connois à la vérité votre répugnance à ce
que le public sçache, comme vous, la part que
j'y ai; mais entre vous & moi seulement, Mon-
sieur, & sans que ce public, à qui vous paroissez,
ce me semble, résolu de déguiser le vrai, soit in-
formé de quelques aveus que je me propose de
tirer de vous; refuserez-vous de m'accorder que
vous m'ayez l'obligation de l'état actuel de cette
Pendule ? Avec une aussi bonne mémoire que
vous l'avez, vous n'aurez pû oublier, que lors-
que vous vintes m'en communiquer le projet, il
y a un an, ce ne fut point avec le secours d'au-
cune description, ni d'aucun dessein, & que ce
que vous avez fait mettre daus le Mercure, a été
copié, comme je l'ai dit ailleurs, d'après les chan-
gemens que j'avois faits, ayant passé deus
ed by
OC
MARS.
1752.
165
mois entiers à tirer vos idées du cahos, & à chan-
ger toute la disposition de votre projet, qui,
vous en conviendrez, étoit avant cela imprati-
quable.
Si vous vous en fussiez tenu à l'exposition de ce
projet originaire, vous vous seriez épargné le dé-
plaisir que, malgré moi, je vous renouvelle ici;
& certainement vous ne m'auriez point pour
rival: mais comme ce sont mes opérations, & le
fruit de mes veilles & de mes dépenses, que vous
vous appropriez avec si peu d'égards, permettez-
moi, Monsieur, de les réclamer; vous m'y for-
cez.
Je conviens, que quand j'eus poussé l'entre-
prise au point de voir, à peu près à quoi nous en
tenir, je voulus bien, par l'Acte que nous fimes,
consentir à vous laisser la gloire de l'invention.
Mais vous ne pouvez pas non plus me nier, que
la premiere ébauche qui parut nous flatter, &
qu'accompagné de vous, j'eus l'honneur de pré-
senter à Sa Majesté, à Bellevue, n'ayant pas
réussi, je fus obligé de faire, sans aucun secours
de votre part, de nouvelles épreuves qui me coû-
terent beaucoup de recherches & de frais, pour
amener les choses au point de perfection où elles
sont aujourd'hui. Ce fut alors que je commençai
à sentit quelque peine de vous abandonner toute
l'invention: car enfin, Monsieur, que restoit- il
de votre projet? très-pen de chose, vous ne l'i-
gnorez pas, l'idée générale seulement, & c'est
tout.
J'ai dit que je produisis la Pendule à Bellevde.
Qui pourra s'imaginer que ce fut moi qui pré-
sentai cette piéce à Sa Majesté, aptès ce qui se
trouve dans le Mercure, & peut-être ailleurs en-
core? Mais entre nous, Monsicur, oseriez-vous
AuaduO
166 MERCUREDEFRANCE.
soutenit ce que vous avancez en public à ce sujet
Je ne le pense pas.
Pour ce qui regarde l'invention de la Pendule,
je vous ai déja fait observer qu'il fut un tems
où je souffrois avec répugnance de vous voir vous
décorer seul d'un honneur qui nous étoit tout au
moins commun. J'ajouterai ici, à votre louan-
ge, que vous vous en apperçûtes, & que vous
tûtes assez judieux pour m'accorder un nouvel ar-
rangement.
Suivant notre Acte, il vous étoit permis de
faire graver votre nom, avec le titre d'lnventeur
en tête de la Pendule: & moi, je pouvois simple-
ment m'annoncer l'Exécuteur de vos découvertes;
mais non pas sous vos yeux, comme vous affectez
de le publier, ainsi que je l'ai déja démontré évi-
demment dans la Lettre que j'ai fait imprimer le
17 de ce mois.
Si ce premier état étoit bien flatteur pour vous
il étoit par contre-coup bien humiliant pour moi;
aussi le théatre de votre gloire s'étant malheureu-
sement écroulé, je m'empressai d'autant plus
volontiers à chercher les moyens de le rétablir
que je compris que je pouvois par-là me réhabi-
liter dans mes droits. Le succès favorisa mes tra-
vaux. Alors nos avantages devinrent égaux, &
notre condition la même: vous souscrivites à la
loi qui me plaçoit à l'avenir sur une même ligne
avec vous, sans aucune attribution à l'un ni à
l'autre de l'invention. Telle est la Pendule que
nous avons livrée pour Constantinople.
Dans la suite vous trouvâtes plus convenable
de ne faire graver aucun nom d'une maniere ap-
parente, mais seulement en abregé sur la console
& toujours dans la même ligne; j'y consentis à
mon tout. Telles sont les Pendules du Roi, de
MARS. 1752.
167
Madame la Marquise de Pompadour, celle que
vous avez envoyée à Turin, & plusieurs autres.
Voilà où nous en étions, lorsque vous avez
jugé à propos de tenter de, me chagriner, & de
me ravit même un ouvrage qui m'a couté plus de
mille écus, pour lequel vous n'avez pas déboursé
un sol, & dont au contraire vous avez tiré quel-
que fruit. Je suis, &c.
Lepaute.
Paris, 19 Janvier 1752.
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8163
p. 171
« La mort de Madame Henriette a fait interrompre tous les Spectacles depuis le 10 [...] »
Début :
La mort de Madame Henriette a fait interrompre tous les Spectacles depuis le 10 [...]
Mots clefs :
Anne-Henriette de France, Madame Henriette
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La mort de Madame Henriette a fait interrompre tous les Spectacles depuis le 10 [...] »
La mort de Madame Henriette a fait interrompre
tous les Spectacles depuis le 10
jusqu'au 23.
tous les Spectacles depuis le 10
jusqu'au 23.
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8164
p. 189-190
« Les Comédiens François ont donné le 3 Février la premiere représentation d'une Comédie nouvelle, [...] »
Début :
Les Comédiens François ont donné le 3 Février la premiere représentation d'une Comédie nouvelle, [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Opéra-Comique, Foire Saint-Germain
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François ont donné le 3 Février la premiere représentation d'une Comédie nouvelle, [...] »
Les Comédiens François ont donné le 3 Février
la premiere représentation d'une Comédie nouvelle,
en cinq actes, & en vers, intitulée : Les ef-
fets du caractere. Le premier acte de cette pièce qui
n'a été jouée que trois fois, a été trouvé bien écrit
& rempli de détails agréables,
L'Opera Comique que nous ne comptions plus
au nombre de nos Spectacles depuis sept ou huit
ans, a reparu le 3 Fevrier à la Foire S. Germain.
Il a donné pour son ouverture, le Retour favorable,
dont les Auteurs nous sont inconnus; les Amoura
190 MERCURE DEFRANCE.
de Nanterre de MM. Autreau, Le Sage & d'Orne-
val; & la Servante justifiée de MM. Fagan & Fa-
vart. Mlle Rosaline, & MM. de Lecluse & Des-
champs, sont les Acteurs qui ont été le plus ap-
plaudis dans ces différentes piéces. M. Monnet
dont on connoît la vivacité, le zèle & l'intelli-
gence a fait, pour bien montet son Théatre, des
efforts plus heureux qu'on ne devoit naturellement
l'esperer du peu de tems qu'il a eu pour s'y prépa-
rer. Il sent mieux que personne ce qui manque à
ce Spectacle, & certe connoissance produira sure-
ment quelque chose.
la premiere représentation d'une Comédie nouvelle,
en cinq actes, & en vers, intitulée : Les ef-
fets du caractere. Le premier acte de cette pièce qui
n'a été jouée que trois fois, a été trouvé bien écrit
& rempli de détails agréables,
L'Opera Comique que nous ne comptions plus
au nombre de nos Spectacles depuis sept ou huit
ans, a reparu le 3 Fevrier à la Foire S. Germain.
Il a donné pour son ouverture, le Retour favorable,
dont les Auteurs nous sont inconnus; les Amoura
190 MERCURE DEFRANCE.
de Nanterre de MM. Autreau, Le Sage & d'Orne-
val; & la Servante justifiée de MM. Fagan & Fa-
vart. Mlle Rosaline, & MM. de Lecluse & Des-
champs, sont les Acteurs qui ont été le plus ap-
plaudis dans ces différentes piéces. M. Monnet
dont on connoît la vivacité, le zèle & l'intelli-
gence a fait, pour bien montet son Théatre, des
efforts plus heureux qu'on ne devoit naturellement
l'esperer du peu de tems qu'il a eu pour s'y prépa-
rer. Il sent mieux que personne ce qui manque à
ce Spectacle, & certe connoissance produira sure-
ment quelque chose.
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8165
p. 190
CONCERT SPIRITUEL, Du jour de la Purification.
Début :
Après une symphonie fort agréable, on executa Super flumina Babylonis, Motet nouveau à grand [...]
Mots clefs :
Motet, Choeur, Dominus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL, Du jour de la Purification.
CONCERT SPIRITUEL,
Du jour de la Purification.
Après une symphonie fort agréable, on executa
Super flumina Babylonis, Motet nouveau à grand
choeur, de M. Giraud; le premier récit & le pre-
mier choeur furent trouvés d'une grande beauté &
d'une très-belle expression. Le reste du motet ne
fut pas jugé de la force des deux morceaux dont
nous venons de parler. Mlle Bourgeois chanta
avec un très-bel organe le Benedictus Dominus, pe-
tit Motet de M. Mouret. M. Gavinies joua seul &
très-bien. Le petit Motet de M. Mattin Latentur
coeli, si vif, si varié, si gai, si bien coupé, fut
chanté divinement par Mlle Fel. Le Concet finit
par le Nisi Dominus de M. Mondonville, qu'il est
inutile de louer.
Du jour de la Purification.
Après une symphonie fort agréable, on executa
Super flumina Babylonis, Motet nouveau à grand
choeur, de M. Giraud; le premier récit & le pre-
mier choeur furent trouvés d'une grande beauté &
d'une très-belle expression. Le reste du motet ne
fut pas jugé de la force des deux morceaux dont
nous venons de parler. Mlle Bourgeois chanta
avec un très-bel organe le Benedictus Dominus, pe-
tit Motet de M. Mouret. M. Gavinies joua seul &
très-bien. Le petit Motet de M. Mattin Latentur
coeli, si vif, si varié, si gai, si bien coupé, fut
chanté divinement par Mlle Fel. Le Concet finit
par le Nisi Dominus de M. Mondonville, qu'il est
inutile de louer.
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8166
p. *191-191
DE STOKHOLM, le 14 Janvier.
Début :
La charge de Président de la Chancellerie étant sur le point de vacquer par les instances [...]
Mots clefs :
Stockholm, États, Majesté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE STOKHOLM, le 14 Janvier.
DE STOKHOLM, le 14 Janvier.
La charge de Président de la Chancellerie
étant sur le point de vacquer par les instances
que le Comte de Tessin a faites pour qu'on
lui permit de donner sa démission, quelques Dé-
putés des Etats vouloient qu'on proposât à Sa
Majesté trois Sujets, afin qu'elle en choisit un
pour remplir cette importante place. Après de
longs debats, la Diette a décidé à la pluralité de
quatre cens six voix contre deux cens vingt-
deux, qu'on n'en présenteroit qu'un, ainsi que
cela s'est pratiqué pendant le dernier regne. Cet-
te assemblée a résolu d'accorder au Roi une som-
me extraordinaire pour le voyage que Sa Majesté
doit faire l'Eté prochain pour aller voir ses Trou-
pes dans ses Provinces. Il a été aussi réglé qu'à com-
mencer de cette année, on suivroit en Suede le
Calendrier Grégorien. Depuis quelques jours, les
Etats ont suspendu leurs délibérations.
La charge de Président de la Chancellerie
étant sur le point de vacquer par les instances
que le Comte de Tessin a faites pour qu'on
lui permit de donner sa démission, quelques Dé-
putés des Etats vouloient qu'on proposât à Sa
Majesté trois Sujets, afin qu'elle en choisit un
pour remplir cette importante place. Après de
longs debats, la Diette a décidé à la pluralité de
quatre cens six voix contre deux cens vingt-
deux, qu'on n'en présenteroit qu'un, ainsi que
cela s'est pratiqué pendant le dernier regne. Cet-
te assemblée a résolu d'accorder au Roi une som-
me extraordinaire pour le voyage que Sa Majesté
doit faire l'Eté prochain pour aller voir ses Trou-
pes dans ses Provinces. Il a été aussi réglé qu'à com-
mencer de cette année, on suivroit en Suede le
Calendrier Grégorien. Depuis quelques jours, les
Etats ont suspendu leurs délibérations.
Fermer
8167
p. 191-192
DE VIENNE, le 9 Janvier.
Début :
Il y aura cette année un camp considérable dans le Royaume de Bohême. Les ordres sont [...]
Mots clefs :
Camp, Régiments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE VIENNE, le 9 Janvier.
DE VIENNE, le 9 Janvier.
Il y aura cette année un camp considérable
dans le Royaume de Bohême. Les ordres sont
donnés de rendre complets tous les Régimens,
692 MERCURE DE FRANCE.
qui doivent s'y assembler. L'Impératiice Reine a
resolu de former deux Compagnies de Cadets
composées chacune de quat re-vingt jeunes gens.
Pour être reçu dans la premiere, il faudra faire
preuve d'ancienne Noblesse. Pour entrer daus
la seconde, cette condition ne sera pas nécessai-
re, si l'on est fils d'un Officier qui ait vingt ans
de service.
Il y aura cette année un camp considérable
dans le Royaume de Bohême. Les ordres sont
donnés de rendre complets tous les Régimens,
692 MERCURE DE FRANCE.
qui doivent s'y assembler. L'Impératiice Reine a
resolu de former deux Compagnies de Cadets
composées chacune de quat re-vingt jeunes gens.
Pour être reçu dans la premiere, il faudra faire
preuve d'ancienne Noblesse. Pour entrer daus
la seconde, cette condition ne sera pas nécessai-
re, si l'on est fils d'un Officier qui ait vingt ans
de service.
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8168
p. 192-193
DE BERLIN, le 18 Janvier.
Début :
Selon les lettres de Dresde, les Princes Xavier & Charles, fils du Roi de Pologne Electeur de [...]
Mots clefs :
Saxe-Gotha, Lettres, Vienne, Roi, Princesse, Comte, Trésorier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE BERLIN, le 18 Janvier.
DE BERLIN, le 18 Janvier.
Selon les lettres de Dresde, les Princes Xavier
& Charles, fils du Roi de Pologne Electeur de
Saxe, se disposent à faire un voyage à Vienne,
d'où ils se rendront en Italie.
On a reçu avis de Dantzica, que les Com-
munautés Protestantes de la Prusse Polonoise &
du Grand Duché de Lithuanie avoient envoyé des
députations au Roi de Suede, pour le prier de
les protéger à l'exemple de ses Prédécesseurs, &
d'employer ses bous offices, lorsque les occa-
sions s'en présenteront, pour les faire rétablir
dans la jouissance des privileges qui leur ont été
accordés par le Traité d'Oliva.
On apptend de Leipsick, que le Prince Jean
Auguste de Saxe-Gotha, Chevalier de l'Ordre
de l'Aigle-noir, Géneral de Cavalerie au service
de l'Impératrice, Reine de Bohême & de Hon-
grie, & Colonel d'un Régiment de Dragons des
troupes de cette Princesse, a épousé à Roda la
Princesse, veuve du Duc Christian-Guillaume de
Saxe-Gotha.
Selon les Lettres de Vienne, le Comte Frede-
deric Melchior de Schonborn Buexeim, Graod-
Trésorier de l'Eglise Métropolitaine de Mayence
&Prevôt du Chapitre de Saint-Alban, & le
Comta
MARS.
1752.
193
Comte Adam-Frederic-Joseph de Seinskeim.
Grand-Trésorier de l'Eglise Cathédrale de Bam-
berg, ont obtenu des places de Conseillers Inti-
mes de l'Empereur.
Selon les lettres de Dresde, les Princes Xavier
& Charles, fils du Roi de Pologne Electeur de
Saxe, se disposent à faire un voyage à Vienne,
d'où ils se rendront en Italie.
On a reçu avis de Dantzica, que les Com-
munautés Protestantes de la Prusse Polonoise &
du Grand Duché de Lithuanie avoient envoyé des
députations au Roi de Suede, pour le prier de
les protéger à l'exemple de ses Prédécesseurs, &
d'employer ses bous offices, lorsque les occa-
sions s'en présenteront, pour les faire rétablir
dans la jouissance des privileges qui leur ont été
accordés par le Traité d'Oliva.
On apptend de Leipsick, que le Prince Jean
Auguste de Saxe-Gotha, Chevalier de l'Ordre
de l'Aigle-noir, Géneral de Cavalerie au service
de l'Impératrice, Reine de Bohême & de Hon-
grie, & Colonel d'un Régiment de Dragons des
troupes de cette Princesse, a épousé à Roda la
Princesse, veuve du Duc Christian-Guillaume de
Saxe-Gotha.
Selon les Lettres de Vienne, le Comte Frede-
deric Melchior de Schonborn Buexeim, Graod-
Trésorier de l'Eglise Métropolitaine de Mayence
&Prevôt du Chapitre de Saint-Alban, & le
Comta
MARS.
1752.
193
Comte Adam-Frederic-Joseph de Seinskeim.
Grand-Trésorier de l'Eglise Cathédrale de Bam-
berg, ont obtenu des places de Conseillers Inti-
mes de l'Empereur.
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8169
p. 193-194
DE RATISBONNE, le 30 Janvier.
Début :
Ces jours derniers, le Prince de la Tour Taxis, premier Commissaire de l'Empereur à la [...]
Mots clefs :
Empire, Corps, Empereur, États protestants, Augsbourg, Affaire, Constitutions, Résolution, Diète
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE RATISBONNE, le 30 Janvier.
DE RATISBONNE, le 30 Janvier.
Ces jours derniers, le Prince de la Tour Taxis,
premier Commissaire de l'Empereur à la
Diette del'Empire, remit à cette Assemblée un dé-
cret de commission Impériale, portant, » Que
„l'annéé derniere les Etats Protestans de la Con-
o fession d'Ausbourg ont écrit à l'Empereur une
lettre, dans laquelle, sous prétexte de justi-
»»fier les voies d'exécution employées à l'occa-
sion de l'affaire de Hohenloë, ils ont avancé
plusieurs propositions nouvelles, contraires aux
» Constitutions de l'Empire, à la Paix de Reli-
gion, au Traité de Westphalie, ainsi qu'aux
vOtdonnances pour accelerer les exécutions, &
„ tendantes à troubler le repos du Corps Germa-
nique; que non seulement ils ont paru vouloit
soutenit la validité de leurs allégations, mais
qu'ils se sont arrogé le pouvoir de se faire droit
„ eux-mêmes, sans avoir égard ni aux loix de l'Em-
„ pire, ni aux prérogatives attachées à la dignité de
2 S. M. Impériale, ni à la ferme résolution qu'elle
2 a toujours montrée de rendre justice à chacun
„ sans partialité & sans acception des personnes ni
des Religions; que comme il ne seroit pas
n juste que les Etats de la Confession d'Ausbourg
ufissent un Corps séßaré, contre la teneur des
„ Constitutions de l'Empire, & empiétassent sur
„ l'autorité de celui qui en est le Chef, l'Em-
pereur desaprouve hautement une telle condui-
te; qu'il annulle la résolution prise le 30 du
194 MERCUREDEFRANCE.
v mois d'Octobre dernier par le Corps Evangélt.
„que; que Sa Majeste Impériale déclare com-
„me non avenue tout ce qui a été entrepris en
„conséquence, & qu'elle recommande à la
»Diette, de donner la plus grande attention à
„ cette affaire, afin de prévenir les inconvéniens
»qui pourroient en résulter.
Ces jours derniers, le Prince de la Tour Taxis,
premier Commissaire de l'Empereur à la
Diette del'Empire, remit à cette Assemblée un dé-
cret de commission Impériale, portant, » Que
„l'annéé derniere les Etats Protestans de la Con-
o fession d'Ausbourg ont écrit à l'Empereur une
lettre, dans laquelle, sous prétexte de justi-
»»fier les voies d'exécution employées à l'occa-
sion de l'affaire de Hohenloë, ils ont avancé
plusieurs propositions nouvelles, contraires aux
» Constitutions de l'Empire, à la Paix de Reli-
gion, au Traité de Westphalie, ainsi qu'aux
vOtdonnances pour accelerer les exécutions, &
„ tendantes à troubler le repos du Corps Germa-
nique; que non seulement ils ont paru vouloit
soutenit la validité de leurs allégations, mais
qu'ils se sont arrogé le pouvoir de se faire droit
„ eux-mêmes, sans avoir égard ni aux loix de l'Em-
„ pire, ni aux prérogatives attachées à la dignité de
2 S. M. Impériale, ni à la ferme résolution qu'elle
2 a toujours montrée de rendre justice à chacun
„ sans partialité & sans acception des personnes ni
des Religions; que comme il ne seroit pas
n juste que les Etats de la Confession d'Ausbourg
ufissent un Corps séßaré, contre la teneur des
„ Constitutions de l'Empire, & empiétassent sur
„ l'autorité de celui qui en est le Chef, l'Em-
pereur desaprouve hautement une telle condui-
te; qu'il annulle la résolution prise le 30 du
194 MERCUREDEFRANCE.
v mois d'Octobre dernier par le Corps Evangélt.
„que; que Sa Majeste Impériale déclare com-
„me non avenue tout ce qui a été entrepris en
„conséquence, & qu'elle recommande à la
»Diette, de donner la plus grande attention à
„ cette affaire, afin de prévenir les inconvéniens
»qui pourroient en résulter.
Fermer
8170
p. 194-195
DE MADRID, le 25 Janvier.
Début :
Par des Lettres Patentes du 10 de ce mois, le Roi s'est déclaré Protecteur de l'Académie Littéraire [...]
Mots clefs :
Académie littéraire de Barcelone, Roi, Médecine, Médecin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE MADRID, le 25 Janvier.
DE MADRID, le 25 Janvier.
Par des Lettres Patentes du 10 de ce mois,
le Roi s'est déclaré Protecteur de l'Académie Littéraire
de Barcelone. L'Académie de Médecine,
établie dans cette Capitale sous la protection de
l'Infant Cardinal, a distribué les deux prix qu'el
le a coutume de donner tous les ans. Le premier
prix a été remporté par le Docteur Jean-Mathieu
Vanberxman, Médecin de Culembourg dans le
Duché de Gueldres, & le second pat Don Ray-
mond Brunet de la Selva Prêtre, exerçant la
Médecine à Saint Vincent dans l'Estremadoure.
Cette Académie avoit proposé l'année derniere
d'examiner Pourquoi les femmos enceintos prennent
souvent de Paversion pour certains olimens, qui au-
paravant leur paroissoient agréablos, & du goiet
pour quelques autres, qui jusqu a leur grossesse
leur avoient été indifferens; particuliorement d'où
peut venir lo goût quo plusiour d'entr'elles montrent
pour le platre, la chaux, le charbon, &c. elle de-
mande cette année, Qu'on explique la nature &
la vraie causa de la Paralysio, & qu'on cherchs
pour la guorison de cetto maladie, deo remedes plus
efficaces que ceux qui sont communement en usago-
Les Aspirano aux Prix sont avostis de faire re-
pitized by Goog
MARS. 1752.
195
mettre leurs Mémoires, avant le premier Octo-
bre, à Don Pedre Bedoya de Paredes, Medecin
du Roi, & Secretaire de l'Académie.
Par des Lettres Patentes du 10 de ce mois,
le Roi s'est déclaré Protecteur de l'Académie Littéraire
de Barcelone. L'Académie de Médecine,
établie dans cette Capitale sous la protection de
l'Infant Cardinal, a distribué les deux prix qu'el
le a coutume de donner tous les ans. Le premier
prix a été remporté par le Docteur Jean-Mathieu
Vanberxman, Médecin de Culembourg dans le
Duché de Gueldres, & le second pat Don Ray-
mond Brunet de la Selva Prêtre, exerçant la
Médecine à Saint Vincent dans l'Estremadoure.
Cette Académie avoit proposé l'année derniere
d'examiner Pourquoi les femmos enceintos prennent
souvent de Paversion pour certains olimens, qui au-
paravant leur paroissoient agréablos, & du goiet
pour quelques autres, qui jusqu a leur grossesse
leur avoient été indifferens; particuliorement d'où
peut venir lo goût quo plusiour d'entr'elles montrent
pour le platre, la chaux, le charbon, &c. elle de-
mande cette année, Qu'on explique la nature &
la vraie causa de la Paralysio, & qu'on cherchs
pour la guorison de cetto maladie, deo remedes plus
efficaces que ceux qui sont communement en usago-
Les Aspirano aux Prix sont avostis de faire re-
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MARS. 1752.
195
mettre leurs Mémoires, avant le premier Octo-
bre, à Don Pedre Bedoya de Paredes, Medecin
du Roi, & Secretaire de l'Académie.
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8171
p. 195-196
DE CADIX, le 18 Janvier.
Début :
Personne ne se souvient ici d'avoir vû un ouragan semblable à celui qu'on vient d'essuyer [...]
Mots clefs :
Ouragan, Navires, Nuit
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texteReconnaissance textuelle : DE CADIX, le 18 Janvier.
DE CADIX, le 18 Janvier.
Personne ne se souvient ici d'avoir vû un ouragan
semblable à celui qu'on vient d'essuyer
dans cette Baye. Il commença le 15. de ce mois
à neuf heures du soir par un vent d'Est-Sud-Est;
si impétueux que tous les navires chassoient sur
leurs anchros, & heurtoient les uns contre les
uutres. Tous tiroient du canon pour demander
un secours que l'obscurité ne permetioit pas de
leur fournir. Le 16, le jour ne parut que
pour éclairer les desastres arrivés pendant la nuit.
De toutes parts, on n'apperçut que des Na-
vires brisés sur la plage, où d'autres prêts à
erre engloutis par les flots. L'horreur de ce spec-
racle étoit augmenté par les cris d'une insinité
de malheureux, qui tâchoient de gagner à la
nage les murs de la Ville, & qui jettés avec vio-
lence par les vagues de la mer contre ces mê-
mes murs, y trouvoient la mort qu'ils vouloient
éviter. Chaque instant de cette affreuse journée
fut marque par quelque nouveau malheut. Un
Vaisseau de Marseille, richement chargé, avoit
résisté pendant 18 heures à la tempête. Le Capi-
taine Caudiere qui le commandoit; fut obligé de
l'abandonner, & de se sauver avec son équipa-
ge, dans sa chaloupe, qui ne put arriver au
Port qu'après trois heures d'un travail inexprima-
ble. La nuit de 16 au 17 ne fut pas moins terri-
ble que la précédente. Hier à la pointe du jour,
le vent se calma, & pour dernier spectacle, le
rivage n'offrit plus que des debris de Navires
Iij
196 MERCUREDE FRANCE.
& des cadavres. De tous les hommes qui étoient
restés la veille en danger, on n'en trouva au-
cun en vie. Le, vaifseau du Capitaine Caudiere
avoit coulé à fond. Cinquante Navires, tant
grands que petits, & un nombre prodigieux de
barques, de bateaux & de chaloupes, ont pé-
ri dans la Baye. Plusieurs autres bâtimens, qui
ont essayé de prendre le large, les uns sans
mats, les autres sans gouvernail, ont sans doute
eu le même sort. Il n'est point de couleurs pro-
pres à bien peindre tous les objets effrayans
qu'a présentés cette horrible tempête, & la plu-
me ne peut rendre fidelement tout ce que les yeur
ont vû.
Personne ne se souvient ici d'avoir vû un ouragan
semblable à celui qu'on vient d'essuyer
dans cette Baye. Il commença le 15. de ce mois
à neuf heures du soir par un vent d'Est-Sud-Est;
si impétueux que tous les navires chassoient sur
leurs anchros, & heurtoient les uns contre les
uutres. Tous tiroient du canon pour demander
un secours que l'obscurité ne permetioit pas de
leur fournir. Le 16, le jour ne parut que
pour éclairer les desastres arrivés pendant la nuit.
De toutes parts, on n'apperçut que des Na-
vires brisés sur la plage, où d'autres prêts à
erre engloutis par les flots. L'horreur de ce spec-
racle étoit augmenté par les cris d'une insinité
de malheureux, qui tâchoient de gagner à la
nage les murs de la Ville, & qui jettés avec vio-
lence par les vagues de la mer contre ces mê-
mes murs, y trouvoient la mort qu'ils vouloient
éviter. Chaque instant de cette affreuse journée
fut marque par quelque nouveau malheut. Un
Vaisseau de Marseille, richement chargé, avoit
résisté pendant 18 heures à la tempête. Le Capi-
taine Caudiere qui le commandoit; fut obligé de
l'abandonner, & de se sauver avec son équipa-
ge, dans sa chaloupe, qui ne put arriver au
Port qu'après trois heures d'un travail inexprima-
ble. La nuit de 16 au 17 ne fut pas moins terri-
ble que la précédente. Hier à la pointe du jour,
le vent se calma, & pour dernier spectacle, le
rivage n'offrit plus que des debris de Navires
Iij
196 MERCUREDE FRANCE.
& des cadavres. De tous les hommes qui étoient
restés la veille en danger, on n'en trouva au-
cun en vie. Le, vaifseau du Capitaine Caudiere
avoit coulé à fond. Cinquante Navires, tant
grands que petits, & un nombre prodigieux de
barques, de bateaux & de chaloupes, ont pé-
ri dans la Baye. Plusieurs autres bâtimens, qui
ont essayé de prendre le large, les uns sans
mats, les autres sans gouvernail, ont sans doute
eu le même sort. Il n'est point de couleurs pro-
pres à bien peindre tous les objets effrayans
qu'a présentés cette horrible tempête, & la plu-
me ne peut rendre fidelement tout ce que les yeur
ont vû.
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8172
p. 196-197
DE MESSINE, le 24 Décembre.
Début :
Un monstre marin s'étoit montré plusieurs fois dans une plage voisine de Trapani, & même [...]
Mots clefs :
Monstre marin, Monstre, Messine, Trapani
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texteReconnaissance textuelle : DE MESSINE, le 24 Décembre.
DE MESSINE, le 24 Décembre.
Un monstre marin s'étoit montré plusieurs
fois dans une plage voisine de Trapani, & même
il avoit dévoré un Pêcheur, qui avoit eu le
malheur de tomber dans la mer. On avoit tenté
divers moyens de se délivrer d'un ennemi si
dangereux, mais aucun n'avoit réussi. Les Pê-
cheurs, sans se rebuter par l'inutilité de leurs pre-
miers efforts, préparerent il y aquelques jours un
noud coulant, au milieu duquel étoit un appas.
Le monstre fut pris par cette ruse. Il avoit vingt
palmes de long, & quatorze de circonférence. Sa
gueule étoit d'une largeur excessive, avec trois
rangs de dents à la mâchoire supérieure. Il pe-
soit près de quatre cens livres. En l'ouvrant on
lui a trouvé dans le corps deux jambes, une par-
tie de l'épine du dos, & le crâne d'un homme,
qu'on a jugé être les restes du malheureux Ps-
MARS. 1752.
19
cheur qui, peu de tems auparavant avoit été la
proye de cette bête carnassiere.
Un monstre marin s'étoit montré plusieurs
fois dans une plage voisine de Trapani, & même
il avoit dévoré un Pêcheur, qui avoit eu le
malheur de tomber dans la mer. On avoit tenté
divers moyens de se délivrer d'un ennemi si
dangereux, mais aucun n'avoit réussi. Les Pê-
cheurs, sans se rebuter par l'inutilité de leurs pre-
miers efforts, préparerent il y aquelques jours un
noud coulant, au milieu duquel étoit un appas.
Le monstre fut pris par cette ruse. Il avoit vingt
palmes de long, & quatorze de circonférence. Sa
gueule étoit d'une largeur excessive, avec trois
rangs de dents à la mâchoire supérieure. Il pe-
soit près de quatre cens livres. En l'ouvrant on
lui a trouvé dans le corps deux jambes, une par-
tie de l'épine du dos, & le crâne d'un homme,
qu'on a jugé être les restes du malheureux Ps-
MARS. 1752.
19
cheur qui, peu de tems auparavant avoit été la
proye de cette bête carnassiere.
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8173
p. 197
DE NAPLES, le 31 Décembre.
Début :
Le Mont-Vesuve jetta le 13 & le 14 de ce mois beaucoup de cendres, qu'un vent impétueux de [...]
Mots clefs :
Vésuve, Montagne, Lave, Sommet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE NAPLES, le 31 Décembre.
DE NAPLES, le 31 Décembre.
Le Mont-Vesuve jetta le 13 & le 14 de ce mois
beaucoup de cendres, qu'un vent impétueux de
Nord-Est emporta jusqu'au pied de la montagne.
Le 15, la matiere bitumineuse couloit avec le
même dégré de vîtesse que de l'eau, qui a six li-
gnes de pente dans un espace de cent toises. Une
des branches de la Lava s'arrêta le 16, & l'on
entendit des bruits souterrains. Le 17 au soir
quoiqu'il fût tombé pendant la journée une gran-
de abondance de pluie, le sommet & le flanc
Oriental de la Montagne parurent de nouveau
en feu. On vit le 18, le sommet couvert d'une
neige épaisse. Depuis il n'est arrivé rien de re-
marquable. L'éruption continue toujours, & la
Lava dirige son cours, comme auparavant,à
travers les bois d'Ottaiano.
Le Mont-Vesuve jetta le 13 & le 14 de ce mois
beaucoup de cendres, qu'un vent impétueux de
Nord-Est emporta jusqu'au pied de la montagne.
Le 15, la matiere bitumineuse couloit avec le
même dégré de vîtesse que de l'eau, qui a six li-
gnes de pente dans un espace de cent toises. Une
des branches de la Lava s'arrêta le 16, & l'on
entendit des bruits souterrains. Le 17 au soir
quoiqu'il fût tombé pendant la journée une gran-
de abondance de pluie, le sommet & le flanc
Oriental de la Montagne parurent de nouveau
en feu. On vit le 18, le sommet couvert d'une
neige épaisse. Depuis il n'est arrivé rien de re-
marquable. L'éruption continue toujours, & la
Lava dirige son cours, comme auparavant,à
travers les bois d'Ottaiano.
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8174
p. 197
DE ROME, le 4 Janvier.
Début :
Quelques difficultés ont obligé de suspendre les travaux commencés pour le rétablissement du [...]
Mots clefs :
Anzio, Port
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE ROME, le 4 Janvier.
DE ROME, le 4 Janvier.
Quelques difficultés ont obligé de suspendre
les travaux commencés pour le rétablissement du
Port d'Anzio. La Ville de Ferrare ayant repré-
senté qu'on ne pouvoit, sans lui causer un pré-
judice considérable, procurer l'écoulement des
caux du Bolonois par la vallée de Comachio, le
plan proposé à ce sujet a été rejetté. Sa Sainteté
a donné ordre au Pere Boscowitz, Mathémati-
cien célebre, de continuer ses Observations pour
la mesure du Méridien.
Quelques difficultés ont obligé de suspendre
les travaux commencés pour le rétablissement du
Port d'Anzio. La Ville de Ferrare ayant repré-
senté qu'on ne pouvoit, sans lui causer un pré-
judice considérable, procurer l'écoulement des
caux du Bolonois par la vallée de Comachio, le
plan proposé à ce sujet a été rejetté. Sa Sainteté
a donné ordre au Pere Boscowitz, Mathémati-
cien célebre, de continuer ses Observations pour
la mesure du Méridien.
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8175
p. *198-198
DE LIVOURNE, le 8 Février.
Début :
Une Tartane Françoise, venue d'Afrique en quatre jours, a rencontré le jour de son départ de [...]
Mots clefs :
Tartane, Corsaire, Porto Farina, Ghar El Melh
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texteReconnaissance textuelle : DE LIVOURNE, le 8 Février.
DE LIVOURNE, le 8 Février.
Une Tartane Françoise, venve d'Afrique en
quatre jours, a rencontré le jour de son départ de
Porto-Farina un Corsaire, qui y conduisoit 3 Na-
vires Catalans dont il s'étoit emparé. On a été ins-
ruit par la même Tartane, qu'il y avoit actuelle-
ment en deça du Détroit de Gibraltar 18 autres Vais-
seaux Africains, & qu'ils avoient formé trois Es-
cadres, afin d'être plus en état de se défendre con-
tre les Espagnols. Dans l'intervalle de huit jours,
il est arrivé ici neuf Bâtimens Anglois, deux Sué-
doig & un Danois.
Une Tartane Françoise, venve d'Afrique en
quatre jours, a rencontré le jour de son départ de
Porto-Farina un Corsaire, qui y conduisoit 3 Na-
vires Catalans dont il s'étoit emparé. On a été ins-
ruit par la même Tartane, qu'il y avoit actuelle-
ment en deça du Détroit de Gibraltar 18 autres Vais-
seaux Africains, & qu'ils avoient formé trois Es-
cadres, afin d'être plus en état de se défendre con-
tre les Espagnols. Dans l'intervalle de huit jours,
il est arrivé ici neuf Bâtimens Anglois, deux Sué-
doig & un Danois.
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8176
p. *198-198
DE MILAN, le 5 Janvier.
Début :
Des grains, destinés pour quelques-unes des Troupes de l'Impératrice Reine, qui sont en quartiers [...]
Mots clefs :
Grains, Droits de péage, Convention, Impératrice Reine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE MILAN, le 5 Janvier.
DE MILAN, le 5 Janvier.
Des grains, destinés pour quelques-unes des
Troupes de l'Impératrice Reine, qui sont en quartiers
dans la Lombardie, ont été arrêtés à Ferrare.
sur le refus que les Conducteurs ont fait de payer
les Droits de Péage. Ces Conducteurs, pour justi-
fier leur refus, alléguent une convention, faite en
1736, & par laquelle il a été stipulé que tant pen-
dant la paix que pendant la guerre, les grains, qui-
descendront ou remonteront le Pô pour les Trou-
pes de l'Impératrice Reine, auront une navigation
libre & franche de tous Droits.
Des grains, destinés pour quelques-unes des
Troupes de l'Impératrice Reine, qui sont en quartiers
dans la Lombardie, ont été arrêtés à Ferrare.
sur le refus que les Conducteurs ont fait de payer
les Droits de Péage. Ces Conducteurs, pour justi-
fier leur refus, alléguent une convention, faite en
1736, & par laquelle il a été stipulé que tant pen-
dant la paix que pendant la guerre, les grains, qui-
descendront ou remonteront le Pô pour les Trou-
pes de l'Impératrice Reine, auront une navigation
libre & franche de tous Droits.
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8177
p. 198-199
DE LONDRES, le 20 Janvier.
Début :
On vient de recevoir la nouvelle, que le sieur Keppel, Commandant l'Escadre du Roi dans la [...]
Mots clefs :
Pêche, Capitaine, Virginie, Députés, Enfants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE LONDRES, le 20 Janvier.
DE LONDRES, le 20 Janvier.
On vient de recevoir la nouvelle, que le sieur
Keppel, Commandant l'Escadre du Roi dans la
Méditerranée, a. conclu. au, nom de Sa Majesté-
1752.
MARS.
199
deux Traités de paix & de navigation, l'un avec la
Régence de Tripoli, l'autre avec celle de Tunis.
Le premier de ces Tiairés a été signé le 30 Sep-
tembre de l'année dernière, & le second le 30 du
mois fuivant.
Un Navire Espagnol de deux eens tonneaux
chargé de vin de Madere, de bois de teinture, &
de quelques autres Marchandises, a échoué le 5
près de la pointe de Cornouaille, & tout l'Equi-
page a été noyé. Afin d'eviter de semblables acci-
dens, on s'est déterminé à poser en cet endroit un
Fanal, au modele duquel on travaille actuellement.
Le Capitaine d'un Bâtiment, arrivé de la Virginie,
a rapporté qu'une Nation de Sauvages, voisine de
cette Colonie, avoit envoyé des Députés, pour
offrit d'en retenir avec les habitans une liaison de
commerce, & que la Colonie, dans le dessein de
s'acquérit l'amitié de ces Députés, leur avoit fait
divers présens. Ce Capitaine a ajouté que le Gou-
verneur de la Virginie, après leur avoit exposé
d'une maniere pathétique la perfection du Chris-
tianisme, les avoit exhortés d'envoyer leurs enfans
au Séminaire de la Colonie, pour y être instruits
des vérités de la Religion. On frete dans divers
Ports d'Angleterre un grand nombre de Navires,
qu'on destine à la Pêche de la Baleine.
La Compagnie de la Pêche du Hareng se pro-
pose d'engager à son service les Enfans Trouvés,
qui voudront & pourront lui être utiles. Pendant
PHyver, elle les fera travailler à des filets, & elle
les employera à la Pêche pendant l'Eté. Sur l'avis-
qu'on a eu que plusiturs Ouvriers des Manufac-
tures de laine se disposoient à passer dans les pays
Etrangers, on leur a défendu, sous des peines ti-
goureuses, d'exécuter leur projet.
On vient de recevoir la nouvelle, que le sieur
Keppel, Commandant l'Escadre du Roi dans la
Méditerranée, a. conclu. au, nom de Sa Majesté-
1752.
MARS.
199
deux Traités de paix & de navigation, l'un avec la
Régence de Tripoli, l'autre avec celle de Tunis.
Le premier de ces Tiairés a été signé le 30 Sep-
tembre de l'année dernière, & le second le 30 du
mois fuivant.
Un Navire Espagnol de deux eens tonneaux
chargé de vin de Madere, de bois de teinture, &
de quelques autres Marchandises, a échoué le 5
près de la pointe de Cornouaille, & tout l'Equi-
page a été noyé. Afin d'eviter de semblables acci-
dens, on s'est déterminé à poser en cet endroit un
Fanal, au modele duquel on travaille actuellement.
Le Capitaine d'un Bâtiment, arrivé de la Virginie,
a rapporté qu'une Nation de Sauvages, voisine de
cette Colonie, avoit envoyé des Députés, pour
offrit d'en retenir avec les habitans une liaison de
commerce, & que la Colonie, dans le dessein de
s'acquérit l'amitié de ces Députés, leur avoit fait
divers présens. Ce Capitaine a ajouté que le Gou-
verneur de la Virginie, après leur avoit exposé
d'une maniere pathétique la perfection du Chris-
tianisme, les avoit exhortés d'envoyer leurs enfans
au Séminaire de la Colonie, pour y être instruits
des vérités de la Religion. On frete dans divers
Ports d'Angleterre un grand nombre de Navires,
qu'on destine à la Pêche de la Baleine.
La Compagnie de la Pêche du Hareng se pro-
pose d'engager à son service les Enfans Trouvés,
qui voudront & pourront lui être utiles. Pendant
PHyver, elle les fera travailler à des filets, & elle
les employera à la Pêche pendant l'Eté. Sur l'avis-
qu'on a eu que plusiturs Ouvriers des Manufac-
tures de laine se disposoient à passer dans les pays
Etrangers, on leur a défendu, sous des peines ti-
goureuses, d'exécuter leur projet.
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8178
p. 200-207
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le 8 Janvier, le Roi partit pour le Châ[t]eau de Choisy, d'où Sa Majesté revint le 12 [...]
Mots clefs :
Roi, Prince, Majesté, Compagnie, Dauphin, Anne-Henriette de France, Madame Henriette, Billets, Évêque, Chapelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Le 8 Janvier, le Roi partit pour le Châ[t]eau
de Choisy, d'où Sa Majesté revint le 12
avec Mesdames de France qui s'y étoient ren-
dues le 11.
Le 11, Monseigneur le Dauphin alla y diner
avec le Roi.
Jusqu'au 29 Février dernier, inclusivement,
les porteurs de Billets signés pour la Compagnie
des Indes par M. Pechevin, ont été reçus à les
faire convertir en reconnoissance d'un nouvel
emprunt, où en promesse de passer contrat, qui
porteront intérêt du jour de l'échéance desdits
Billets. Après ce terme, la Compagnie des In-
des remboursera ces mêmes Billets à leur
échéance.
On a ouvert le 10 Janvier, à la caisse de la
Compagnie des Assurances, établie dans cette
Capitale, le payement des dividendes à cinq pour
cent, qui sont dus pour l'année derniere aux
Porteurs de reconoissances d'intétét de ceite
Compagnie.
Le 7, on commença le quatrième Tirage de la
seconde Loterie Royale. Le principal lot de ce
tirage est échu au numero2416; le second lot au
Numero 33176, & la premiere Prime au Nu-
mero 27829.
Le 13, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens trente-lept, les Billets
de la premier Lotterie Royale à sept cens vingt-
MARS. 1752.
201
lix, & ceux de la seconde, à six cens soixan-
te-six.
Le 13, le Roi alla à Trianon. Sa Majesté re-
vint à Versailles l'après midi, & fit une prome-
nade en traîneaux au tour du Parc. Le Roi étoit
dans le premier avec Madame Henriette. Dans
le second étoit Monseigneur le Dauphin avec
Madame Adelaide: Madame Sophie, & Mada-
me Louise étoient dans le troisième. Il y avoit
un grand nombre d'autres traîneaux pour les Sei-
gneurs & les Dames de la Cour.
Sa Majesté partit le 15 pour le Château de
Bellevue, d'où elle revint le 19.
Le 18 , M. de Reventlau, Envoyé Extraordi-
naire du Roi de Dannemarx, eut en long man-
teau de deuil, une audience particuliere du Roi,
dans laquelle il donna part à Sa Majesté de la
mort de la Reine de Dannemarx Il fut conduit
à cette audience, ainsi qu'à celle de la Reine
par le Marquis de Verneuil, Introducteur des
Ambassa deurs.
Le Roi retourna le même jour au Château de
Bellevue.
Le même jour au matin, la Reine se trouva
un peu incommodée, & elle entendit la messe
dans son appartement. Heureusement l'indisposi-
tion de Sa Majesté n'a point eu de suite.
Madame Victoite a été attaquée d'un rhume
& d'un mal de gorge, mais cette Princesse, dès
le 19, a commencé à se mieux potter.
Le 21, le Roi prit le deuil pour trois semaines
à l'occasion de la mort de la Reine de Dan-
nemark.
Le vaisseau l'Auguste, appartenant à la Com-
pagnie des Indes, & qui étoit parti de l'Orient
le 15 Avril 1750, y est de retour depuis le 5 de
IV
202 MERCURE DE FRANCE.
ce mois. Ce Bâtiment étoit attendu beaucoup plu-
tôt, mais les mauvais tems qu'il a efsuié dans la-
route, l'ont obligé de relâcher à l'Isse de Fran-
ce, & ensuite à la Baye de tous les Saints, d'ou
il n'a pu temettre à la voile que le 20 du mois de
Septembre dernier.
Le Navire le Saint-Thomas, qui revient du-
Canada, & qui est entré dans le port de la Ro-
chelle, a eu son grand mâts emporté par un coup-
de vent.
L'Académie Royale des Sciences a élu en
qualité d'Adjoint Anatomiste, M. Lieuteaud,
Médecin de la Charité à Versailles, & ci-devant
Professeur d'Anatomie à Aix en Provence.
Le 20, les Actions de la Compagnie des Ind-
des étoient à dix huit cens trente-cinq livres; les
Billets de la premiere Loterie Royale à sept cens
quarante-cinq, & ceux de la seconde, à six censs
quarante cinque
Le 21, le Roi revint de Bellevue, à Versailles.
Sa Majesté se rendit le 24 au Château de Choi-
sy d'où elle revint le 26 au soir.
La santé de Madame Victoire est parfaite-
ment rétablie.
Leurs Majestés signerent le 24. le Contrat de
Mariage du Duc de Montmorency, & de Louise
Françoise Pauline de Montmorency-Luxembourg,
fille du Prince de Tingry.
M. de Massiac, & le Comte du Guay, Chefs-
d'Escadres des armées navales du Roi, ont été
nommés par Sa Majesté, à la place de feu M.
d'Orves, & de feu M. le Chevalier d'Epinay,
pour commander la marine, le premier à Tou-
lon, & le second à Brest.
L'Evêque de Riéz fut sacré le 23, dans la Cha--
pelle de l'Archevêché par l'Archevêque de Pa-
MARS.
1752.
203
tis, assisté des Evêques de Troyes & de Rhodez,
La Compagnie des Assurances, qui a chez M.
se Verrier, Notaire, le fond de six millions dé-
posés pour sureté des engagemens qu'elle prend
avec le Public, a maintenant vingt-six chambres
dans les différens Ports de France. Le grand
nombre d'affaires, qu'elle a faites depuis son inse
titution, pouve l'ntililité d'un établissement, qui
s'attire de plus en plus la confiance générale, &
qui a acquis une telle solidité, que la Compa-
gnie se trouve en état d'assurer en tems de guerre
comme en tems de paix-
Cette Compagnie a reçu avis que le Navire
le Lion, venant de l'Isse Royale, avoit eu le
malheur de périr le premier de ce mois, à la
pointe de Guibron, sur la cônte de Bretagne.
L'Académie Royale des Sciences ayant charge
des Commissaires, d'examiner une methode pro-
posée par M. Gaillard, pour fixer d'une maniere
invariable la situation, la sigure & l'étendue de
chaque corps d'héritages, ces Commissaires ont-
jugé que ladite methode, qui consiste principale-
ment à lever géometriquement les plans de cha-
que Seigneurie, & à les orienter suivant la ligne
Méridienne, seroit très- utile, si elle pouvoit être-
exécutée par tout avec la précision nécessaire.
Le 29, les Actions de la Compagnie des Indes
ctoient à dix- huit cens trente livres; les Billeus
de la premiere Loterie Royale à sept cens quinze
& ceux de la seconde, à six cens trente-huit.
Le Roi, qui étoit depuis le 29 à Trianon, en
rovint le 31.
L'Evêque de Glandeves fut sacré le 30 Janvier
dernier dans la Chapelle du Séminaire de Saint
Sulpioe par l'Eveque de Beauvais, assisté des Evô-
quos de Rhoduz & de Riez.
Ivi
204 MERCUREDEFRANCE.
Le 31, le Duc de Rohan-Rohan, Prince de
Soubize, fut recu au Parlement en qualité de Pair
de Franco. Il donna le même jour un repas
splendide, auquel tous les Ducs & Pairs, ainsi
que la Grande Chambre, furent invités, & qui
fut servi sur deux tables, chacune de cinquan-
te couverts. Le soir, l'intérieur de l'Hôtel de Sou-
bize fut illuminé avec autant de goût que de
magnificence.
Le preinier Février, le Roi accompagné par
le Chevaliers, Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint-Esprit, assista dans la Chapelle
du Château au service, qui fut célebré pour le
repos des ames des Chevaliers morts pendaut
de cours de l'année derniere L'Archevêque de
Rouen, Prélat, Commandeur de l'Ordre, y
officia pontificalement.
Le même jour, la Reine communia par les
mains de M. l'Abbé Gouyon-Launay Comats
son Aumônier en quartier. Madame la Dauphi-
ne communia par celles de l'Evêque de Bayeux,
son premier Aumônier.
Le 2, Fête de la Purification de la Sainte
Vierge, les Chevaliers Comiandeurs & Officiers
de l'Ordre du Saint Esprit, s'étant assemblés vers
les onze heures du matin dans le Cabinet du
Roi, Sa Majestè tint un Chapitre, & nomma Che-
valier, le Comte de Brionne, Grand-Ecuyer de
France. L'information des vie & moeurs, & la
profession de soi du Prince de Condé, qui avoit
été proposé le premier du mois derniet pour être
Chevalier, ayant été admises dans le même Cha-
pitre, ce Prince fut introduit dans le Cabinet du
Roi, & recu Chevalier de l'Ordre de Saint Mi-
chel. Le Roi sortit ensuite de son appartement,
pour aller à la Chapelle. Sa Majesté, devant la-
201
MARS. 1752.
quelle les deux Huissiers de la Chambre portoient
leurs masses, étoit en manteau, le colier de l'Or-
dre par dessus, ainsi que celui de l'Ordre de la
Toison d'ot. Elle étoit précédée de Monseigneur
le Dauphin, du Comte de Chaiolois, du Comte
de Clermont, du Prince de Conty, du Comte
de la Marche, du Prince de Dombes, du Comte
d'Eu, du Duc de Penthievre & des Chevaliers
Commandeurs & Officiers de l'Ordre. Le Prince
de Condé en habit de Novice, marchoit entre
les Chevaliers & les Officiers. Le Roi assista à la
bénédiction des cierges, & à la procession qui se
fit autour de la Chapelle. Après la Grande-Mes-
se, célebrée par l'Archevêque de Rouen, Sa
Majesté monta à son trône, & le Prince de Condé
fut recu Chevalier, ayant pour Parains Monsei-
gneur le Dauphin & le Comte de Clermont,
Prince du Sang. Cette cérémonie étant finie, le
Roi fut reconduit à son appartement en la manie-
re accoutumée.
L'après-midi, le Roi & la Reine, accompa-
gnés de Monseigneur le Dauphin, de Madame
la Dauphine; & de Mesdames de France, en-
tendirent le Sermon du Pere Dumas, de la Com-
pagnie de Jesus. Ensuite Leurs Majestés assiste-
rent aux Vêpres & au Salut, chantés par la Musi-
que, ausquels l'Abbé Gergois, Chapelain ordi-
naire de la Chapelle de musique, officia.
Plusicurs Gazettes Etrangeres ont publié sans
fondement, que le Prince d'Anhalt-Zerbst étoit
mort en Allemagne. Ce Prince est encore actuel-
lement à Paris, où il jouit d'une parfaite santé.
Le 3, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens trente deux livres; les
Billets de la premiere Loterie Royale à sept cens
quinze, & ceux de la seconde, à six cens quaran,
te- cinq.
rO6 MERCURE DEFRANCE.
Le même jour Madame Henriette, étant allée
avec Monseigneur le Dauphin & Mesdames Ade
delaide, Victoire, Sophie & Louise, voir le Roi
à Triinon, s'y trouva indisposée. Cette Princesse
eut la nuit une fiévre violente, qui se soutint avec
la même force pendant trente six heures. Le 5 à
sept heures du matin, les ardeurs de la fiévre se
calmerent, & Madame Henriette dormit jusqu'à
dix heures & demie. Un redoublement, qui sur-
vint, & qui fut accompagné d'une fréquente
toux, détermina les Médecins à faire saigner
cette Princesse. La fiévre & la toux ne diminuant
point, Madame Henriette fut faignée à minuir
pour la seconde fois, & le 7 au matin pour la
troisième. Pendant la nuit du 7 au 8, Madame
Henriette fut plus tranquille. Elle eut le 8 à deux
heures après-midi un redoublement, & comme
il ne dura que jusqu'à quatre heures du soir, on
conçut quelqu'espérance; la joie qu'avoit causée
ce changement savorable, n'a pas été de longue
durée. La fievre redoubla tellement la nuit du 8
au 9, que le 9, à onze heures du matin, les Mé-
decins ordonnerent une saignée du pied: Mada-
me Henriette, dont l'état de moment en mo-
ment devenoit plus dangereux, demanda le Viai
tique, & il lui fut administré par l'Evêque de
Meaux, premier Aumônier de cette Princesse &
de Madame Adelaide. Le Roi qui étoit revenu le
4. de Trianon, assista, ainsi que la Reine, Mon-
seigneur le Dauphin & Mesdames Adelaide, Vic-
toire & Louise, à cette triste cerémonie. La nuit
du 9 au 10 a été plus fâcheuse encore que les pré-
dentes. Le 10 au matin Madame Henriette a peri-
du toute connoissance, & elle est mortę le mêmè
jour vers une heure: & demie après midi. Cette
Mincesse qui se nommoit Anne-Heurietie, étois
1752.
MARS.
207
Agée de vingt quatre ans, cinq mois & vingt-
sept jours, étant née le 14 Août 1719, Son extrê-
me affabilité, son humeur bienfaisante, & les au-
tres vertus qui formoient son caractere, lui atti-
roient l'affection & le respect de toutes les per-
sonnes qui avoient l'honneur de l'approcheri-
Leurs Majestés & la Eamille Royale sont dans la-
plus grande affliction, & la Cour & la Ville par-
tagent leur plus juste douleur.
Le 8 Janvier, le Roi partit pour le Châ[t]eau
de Choisy, d'où Sa Majesté revint le 12
avec Mesdames de France qui s'y étoient ren-
dues le 11.
Le 11, Monseigneur le Dauphin alla y diner
avec le Roi.
Jusqu'au 29 Février dernier, inclusivement,
les porteurs de Billets signés pour la Compagnie
des Indes par M. Pechevin, ont été reçus à les
faire convertir en reconnoissance d'un nouvel
emprunt, où en promesse de passer contrat, qui
porteront intérêt du jour de l'échéance desdits
Billets. Après ce terme, la Compagnie des In-
des remboursera ces mêmes Billets à leur
échéance.
On a ouvert le 10 Janvier, à la caisse de la
Compagnie des Assurances, établie dans cette
Capitale, le payement des dividendes à cinq pour
cent, qui sont dus pour l'année derniere aux
Porteurs de reconoissances d'intétét de ceite
Compagnie.
Le 7, on commença le quatrième Tirage de la
seconde Loterie Royale. Le principal lot de ce
tirage est échu au numero2416; le second lot au
Numero 33176, & la premiere Prime au Nu-
mero 27829.
Le 13, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens trente-lept, les Billets
de la premier Lotterie Royale à sept cens vingt-
MARS. 1752.
201
lix, & ceux de la seconde, à six cens soixan-
te-six.
Le 13, le Roi alla à Trianon. Sa Majesté re-
vint à Versailles l'après midi, & fit une prome-
nade en traîneaux au tour du Parc. Le Roi étoit
dans le premier avec Madame Henriette. Dans
le second étoit Monseigneur le Dauphin avec
Madame Adelaide: Madame Sophie, & Mada-
me Louise étoient dans le troisième. Il y avoit
un grand nombre d'autres traîneaux pour les Sei-
gneurs & les Dames de la Cour.
Sa Majesté partit le 15 pour le Château de
Bellevue, d'où elle revint le 19.
Le 18 , M. de Reventlau, Envoyé Extraordi-
naire du Roi de Dannemarx, eut en long man-
teau de deuil, une audience particuliere du Roi,
dans laquelle il donna part à Sa Majesté de la
mort de la Reine de Dannemarx Il fut conduit
à cette audience, ainsi qu'à celle de la Reine
par le Marquis de Verneuil, Introducteur des
Ambassa deurs.
Le Roi retourna le même jour au Château de
Bellevue.
Le même jour au matin, la Reine se trouva
un peu incommodée, & elle entendit la messe
dans son appartement. Heureusement l'indisposi-
tion de Sa Majesté n'a point eu de suite.
Madame Victoite a été attaquée d'un rhume
& d'un mal de gorge, mais cette Princesse, dès
le 19, a commencé à se mieux potter.
Le 21, le Roi prit le deuil pour trois semaines
à l'occasion de la mort de la Reine de Dan-
nemark.
Le vaisseau l'Auguste, appartenant à la Com-
pagnie des Indes, & qui étoit parti de l'Orient
le 15 Avril 1750, y est de retour depuis le 5 de
IV
202 MERCURE DE FRANCE.
ce mois. Ce Bâtiment étoit attendu beaucoup plu-
tôt, mais les mauvais tems qu'il a efsuié dans la-
route, l'ont obligé de relâcher à l'Isse de Fran-
ce, & ensuite à la Baye de tous les Saints, d'ou
il n'a pu temettre à la voile que le 20 du mois de
Septembre dernier.
Le Navire le Saint-Thomas, qui revient du-
Canada, & qui est entré dans le port de la Ro-
chelle, a eu son grand mâts emporté par un coup-
de vent.
L'Académie Royale des Sciences a élu en
qualité d'Adjoint Anatomiste, M. Lieuteaud,
Médecin de la Charité à Versailles, & ci-devant
Professeur d'Anatomie à Aix en Provence.
Le 20, les Actions de la Compagnie des Ind-
des étoient à dix huit cens trente-cinq livres; les
Billets de la premiere Loterie Royale à sept cens
quarante-cinq, & ceux de la seconde, à six censs
quarante cinque
Le 21, le Roi revint de Bellevue, à Versailles.
Sa Majesté se rendit le 24 au Château de Choi-
sy d'où elle revint le 26 au soir.
La santé de Madame Victoire est parfaite-
ment rétablie.
Leurs Majestés signerent le 24. le Contrat de
Mariage du Duc de Montmorency, & de Louise
Françoise Pauline de Montmorency-Luxembourg,
fille du Prince de Tingry.
M. de Massiac, & le Comte du Guay, Chefs-
d'Escadres des armées navales du Roi, ont été
nommés par Sa Majesté, à la place de feu M.
d'Orves, & de feu M. le Chevalier d'Epinay,
pour commander la marine, le premier à Tou-
lon, & le second à Brest.
L'Evêque de Riéz fut sacré le 23, dans la Cha--
pelle de l'Archevêché par l'Archevêque de Pa-
MARS.
1752.
203
tis, assisté des Evêques de Troyes & de Rhodez,
La Compagnie des Assurances, qui a chez M.
se Verrier, Notaire, le fond de six millions dé-
posés pour sureté des engagemens qu'elle prend
avec le Public, a maintenant vingt-six chambres
dans les différens Ports de France. Le grand
nombre d'affaires, qu'elle a faites depuis son inse
titution, pouve l'ntililité d'un établissement, qui
s'attire de plus en plus la confiance générale, &
qui a acquis une telle solidité, que la Compa-
gnie se trouve en état d'assurer en tems de guerre
comme en tems de paix-
Cette Compagnie a reçu avis que le Navire
le Lion, venant de l'Isse Royale, avoit eu le
malheur de périr le premier de ce mois, à la
pointe de Guibron, sur la cônte de Bretagne.
L'Académie Royale des Sciences ayant charge
des Commissaires, d'examiner une methode pro-
posée par M. Gaillard, pour fixer d'une maniere
invariable la situation, la sigure & l'étendue de
chaque corps d'héritages, ces Commissaires ont-
jugé que ladite methode, qui consiste principale-
ment à lever géometriquement les plans de cha-
que Seigneurie, & à les orienter suivant la ligne
Méridienne, seroit très- utile, si elle pouvoit être-
exécutée par tout avec la précision nécessaire.
Le 29, les Actions de la Compagnie des Indes
ctoient à dix- huit cens trente livres; les Billeus
de la premiere Loterie Royale à sept cens quinze
& ceux de la seconde, à six cens trente-huit.
Le Roi, qui étoit depuis le 29 à Trianon, en
rovint le 31.
L'Evêque de Glandeves fut sacré le 30 Janvier
dernier dans la Chapelle du Séminaire de Saint
Sulpioe par l'Eveque de Beauvais, assisté des Evô-
quos de Rhoduz & de Riez.
Ivi
204 MERCUREDEFRANCE.
Le 31, le Duc de Rohan-Rohan, Prince de
Soubize, fut recu au Parlement en qualité de Pair
de Franco. Il donna le même jour un repas
splendide, auquel tous les Ducs & Pairs, ainsi
que la Grande Chambre, furent invités, & qui
fut servi sur deux tables, chacune de cinquan-
te couverts. Le soir, l'intérieur de l'Hôtel de Sou-
bize fut illuminé avec autant de goût que de
magnificence.
Le preinier Février, le Roi accompagné par
le Chevaliers, Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint-Esprit, assista dans la Chapelle
du Château au service, qui fut célebré pour le
repos des ames des Chevaliers morts pendaut
de cours de l'année derniere L'Archevêque de
Rouen, Prélat, Commandeur de l'Ordre, y
officia pontificalement.
Le même jour, la Reine communia par les
mains de M. l'Abbé Gouyon-Launay Comats
son Aumônier en quartier. Madame la Dauphi-
ne communia par celles de l'Evêque de Bayeux,
son premier Aumônier.
Le 2, Fête de la Purification de la Sainte
Vierge, les Chevaliers Comiandeurs & Officiers
de l'Ordre du Saint Esprit, s'étant assemblés vers
les onze heures du matin dans le Cabinet du
Roi, Sa Majestè tint un Chapitre, & nomma Che-
valier, le Comte de Brionne, Grand-Ecuyer de
France. L'information des vie & moeurs, & la
profession de soi du Prince de Condé, qui avoit
été proposé le premier du mois derniet pour être
Chevalier, ayant été admises dans le même Cha-
pitre, ce Prince fut introduit dans le Cabinet du
Roi, & recu Chevalier de l'Ordre de Saint Mi-
chel. Le Roi sortit ensuite de son appartement,
pour aller à la Chapelle. Sa Majesté, devant la-
201
MARS. 1752.
quelle les deux Huissiers de la Chambre portoient
leurs masses, étoit en manteau, le colier de l'Or-
dre par dessus, ainsi que celui de l'Ordre de la
Toison d'ot. Elle étoit précédée de Monseigneur
le Dauphin, du Comte de Chaiolois, du Comte
de Clermont, du Prince de Conty, du Comte
de la Marche, du Prince de Dombes, du Comte
d'Eu, du Duc de Penthievre & des Chevaliers
Commandeurs & Officiers de l'Ordre. Le Prince
de Condé en habit de Novice, marchoit entre
les Chevaliers & les Officiers. Le Roi assista à la
bénédiction des cierges, & à la procession qui se
fit autour de la Chapelle. Après la Grande-Mes-
se, célebrée par l'Archevêque de Rouen, Sa
Majesté monta à son trône, & le Prince de Condé
fut recu Chevalier, ayant pour Parains Monsei-
gneur le Dauphin & le Comte de Clermont,
Prince du Sang. Cette cérémonie étant finie, le
Roi fut reconduit à son appartement en la manie-
re accoutumée.
L'après-midi, le Roi & la Reine, accompa-
gnés de Monseigneur le Dauphin, de Madame
la Dauphine; & de Mesdames de France, en-
tendirent le Sermon du Pere Dumas, de la Com-
pagnie de Jesus. Ensuite Leurs Majestés assiste-
rent aux Vêpres & au Salut, chantés par la Musi-
que, ausquels l'Abbé Gergois, Chapelain ordi-
naire de la Chapelle de musique, officia.
Plusicurs Gazettes Etrangeres ont publié sans
fondement, que le Prince d'Anhalt-Zerbst étoit
mort en Allemagne. Ce Prince est encore actuel-
lement à Paris, où il jouit d'une parfaite santé.
Le 3, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens trente deux livres; les
Billets de la premiere Loterie Royale à sept cens
quinze, & ceux de la seconde, à six cens quaran,
te- cinq.
rO6 MERCURE DEFRANCE.
Le même jour Madame Henriette, étant allée
avec Monseigneur le Dauphin & Mesdames Ade
delaide, Victoire, Sophie & Louise, voir le Roi
à Triinon, s'y trouva indisposée. Cette Princesse
eut la nuit une fiévre violente, qui se soutint avec
la même force pendant trente six heures. Le 5 à
sept heures du matin, les ardeurs de la fiévre se
calmerent, & Madame Henriette dormit jusqu'à
dix heures & demie. Un redoublement, qui sur-
vint, & qui fut accompagné d'une fréquente
toux, détermina les Médecins à faire saigner
cette Princesse. La fiévre & la toux ne diminuant
point, Madame Henriette fut faignée à minuir
pour la seconde fois, & le 7 au matin pour la
troisième. Pendant la nuit du 7 au 8, Madame
Henriette fut plus tranquille. Elle eut le 8 à deux
heures après-midi un redoublement, & comme
il ne dura que jusqu'à quatre heures du soir, on
conçut quelqu'espérance; la joie qu'avoit causée
ce changement savorable, n'a pas été de longue
durée. La fievre redoubla tellement la nuit du 8
au 9, que le 9, à onze heures du matin, les Mé-
decins ordonnerent une saignée du pied: Mada-
me Henriette, dont l'état de moment en mo-
ment devenoit plus dangereux, demanda le Viai
tique, & il lui fut administré par l'Evêque de
Meaux, premier Aumônier de cette Princesse &
de Madame Adelaide. Le Roi qui étoit revenu le
4. de Trianon, assista, ainsi que la Reine, Mon-
seigneur le Dauphin & Mesdames Adelaide, Vic-
toire & Louise, à cette triste cerémonie. La nuit
du 9 au 10 a été plus fâcheuse encore que les pré-
dentes. Le 10 au matin Madame Henriette a peri-
du toute connoissance, & elle est mortę le mêmè
jour vers une heure: & demie après midi. Cette
Mincesse qui se nommoit Anne-Heurietie, étois
1752.
MARS.
207
Agée de vingt quatre ans, cinq mois & vingt-
sept jours, étant née le 14 Août 1719, Son extrê-
me affabilité, son humeur bienfaisante, & les au-
tres vertus qui formoient son caractere, lui atti-
roient l'affection & le respect de toutes les per-
sonnes qui avoient l'honneur de l'approcheri-
Leurs Majestés & la Eamille Royale sont dans la-
plus grande affliction, & la Cour & la Ville par-
tagent leur plus juste douleur.
Fermer
8179
p. 207-215
DESCRIPTION Des Fêtes données à Versailles par ordre du Roi le 19 & le 30 Décembre 1751. à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Début :
La Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne ayant comblé les voeux de la France, [...]
Mots clefs :
Fêtes, Versailles, Corps, Feu, Architecture, Arc, Fleurs, Colonnes, Lapis, Guirlandes, Naissance du duc de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION Des Fêtes données à Versailles par ordre du Roi le 19 & le 30 Décembre 1751. à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
DESCRIPTION
Des Fêtes données à Versailles par ordre du
Roi le 19 & le 30 Décembre 1751. à
l'occasion de la Naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
La Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne
ayant comblé les voeux de la France,
le Roi voulut qu'elle fut celebrée à Versa illes par
des Fêtes dignes d'un évenement aussi cher à la
Nation.
M. le Duc deGesvres PremierGentilhomme de la
Chambre du Roi, en exercice, donna des ordres
en consequence. Ces Fêtes furent conduites par
Monsieur de Curys, Intendant & Contrôleur Gé-
néral de l'Argenterie, Menus Plaisirs, & Affaires
de la Chambre de Sa Majesté.
On n'eut que sixsemaines, environ, pour les pré-
paratifs, & tout fut prêt au terups marqué, mah-
gré les incommodités d'une saison contraire & ri-
gourense.
Musfines beO
208 MERCURE DE FRANCE.
En face de la grande Gallerie, on avoit formé ui,
vaste plancher qui s'étendoit depuis l'allée de Sa-
turne jusqu'à celle qui conduit au Bassin du Dra-
gon: ce plancher construit sur un terrain inégal
commençoit au bout du parterre d'eau à quatre
pieds de hauteur & s'avançoit de 30 toises jusqu'au
Bassin de Latone, au dessus duquel il avoit 36
pieds d'élévation.
Là sur un plancher circulaire de 142 toises re-
gnoient trois grands corps d'Architecture dont le
principal étoit un Arc de Triomphe isolé consacté
à la Félicité.
Cet édifice étoit d'ordre Corinthien; on y
montoit par 9 dégrés de maibre blanc, la porte
triomphale avoit 40 pieds d'élévation, elle étoit
accompagnée de deux autres qui terminoient leur
forme quarrée au dessous de l'Imposte à 28 pieds.
Au devant des massiss qui les divisoient étoient
accouplées des Colonnes de lapis canelées & eu-
tourées de Guirlandes de roses.
Leurs Pied-d'estaux de marbre breche violette
encadroient des Paneaux de lapis, sur lesquels
éclatoient des Festons en or.
Les Basses & les Chapiteaux étoient de bronze
doré, la Corniche de marbre breche violette, l'lm-
poste & les Archivoltes de marbre blanc veiné
ainsi que le Corps d'Architecture.
La Frise étoit festonnée de Guirlandes de lau-
rier en or sur un fond de lapis, & à l'endroit ou
l'entablement faisoit ressaut sur chaqne Grouppe
de Colonnes elle étoit enrichie de Palmes sur mon-
tées d'une Fleur de Lis.
Deux Bas reliess en or de 14 pieds de longueur
sur 8 de hauteur, décoroient le dessus des Portes
laterales.
Dans l'un paroissoit Apollon distribuant aux Mu-
MARS.
1752.
209
ses les différents attributs des Sciences & des
Beaux Arts.
On voyoit dans l'autre, Cérés sur son Char,
répandant l'abondance, elle étoit suivie de la Con-
corde & des Graces, & dans le fond du Tableau;
on découvroit un Soleil naissant.
Un Socle de marbre verd s'affermissoit sur la
Corniche, & portoit à l'endroit des Colonnes
les Statues de la Justice, de la Prudence, de la
Modération & de la Magnanimité.
Entre ces figures s'élevoit sur cinq dégrez de mar-
bre jaune antique, un pied d'estal de forme circu-
laire orné de canelures avec des ornemens en or,
& ceint par le haut d'un tors de feuilles de Chêne
en bronze doré.
Sur ce pied-d'estal on voyoit le Globe des Ar-
mes de France, soutenu par la force & par diffé-
tens Génies, la Victoire & la Paix le présentoient
à la Félicité; cette derniere figure dominoit le
Grouppe, elle tenoit un Caducée, simbole de l'u-
nion, & selon les Egyptiens le Hyerogliphe de la
naissance des Grands Hommes. D'une Corne d'a-
bondance qui étoit à ses pieds, sortoient des fruits
mêlés de fleurs. De l'autre côté la Renommée
prenoit son vol pour aller annoncer à l'Univers la
Naissance du Prince & ses heureux destins.
Toutes les Figures étoient de bronze doré, le Glo-
be étoit de lapis, & ses Fleurs de lys d'or, de mê,
me que sa Couronne qui terminoit l'arc de triom-
phe pat amortissement à 97 pieds d'élévation.
Les deux autres corps d'architecture étoient
d'un ordre composé, ils formoient des deux côtés
de l'Arc de triomphe une continuité d'arcades en
niches ornées de Paneaux & de Coquilles, ces ni-
ches étoiant séparées par des pilastres revêtus de
Trophées en bronze doré qui se détachoient sur
Hiues vOO
LIO MERCURE DEFRANCE.
un fond verd d'émeraude incrusté dans un marbre
blanc veiné.
Au-lessus des Trophées étoient des Camayeux
en azur en forine de médaillons, réprésentans
tous les Arts qui contribuent au bonheur & tous
les Etats qui y participent.
Des Guirlandes de fleurs de toute espêce leut
fervoient de bordures & se réunissoient en festons
au dessus des Ceintres & des Pilastres.
Des avant corps terminoient les ailes, ils étoient
ornés de Statues de différentes Divinités en bronze
doré, on y remarquoit d'un côté Jupiter, Junon,
Mercure & Minerve, & de l'autre, Apollon, Dia
ne, Mars & Venus.
Les Ballustres d'or bordoient les galleries ou
plates-formes qui regnoient généralement sut les
édifices des parties laterales, ils étoient interrom-
pus sur les avant cotps seulement par des Frontons
on s'appuyoient des Faunes & des Tritons de
bronze doré, tenant des tors de feuilles de chêne
entremélés de coquillages & supportans des vases
de lapis surchargés de Girandoles.
On avoit aussi distribué des Girandoles sur tous
les couronnemens, plusieurs lustres pendoient du
sein des archivoltes, & toutes les niches étoient
garnies d'Otangers dans des vases d'or, autour
desquels jouoient des guirlandes de fleurs naturel-
les.
Trois grands escaliers de sept degrez se presen-
toienr au-devant de toute la décoration.
Le principal occupoit 20 toises de face; les deux
autres qui répondoient aux avant-corps avoient
chacun 12 toises d'ouverture, des balustres s'éten-
doient entre ces escaliers d'un aîle à l'autre & for-
moient carrément, & par des angles coupés des
retours en saillies pour accompagner les Corpo-
avancés.
MARS. 1752.
211
Ces balustrades étoient divisées par seize
Pied- d'estaux portans des girandoles sur des for-
mes d'ornemens en lapis, rehaussées d'or &
entourées de guirlandes de fleurs.
A travers les portes de l'arc triomphal
& par les espaces qui divisoient les trois grands
corps d'architecture, on découvroit dans l'é-
loignement le Temple de la Félicité sur une
vaste terrasse, audevant de laquelle étoit une
fontaine ornée de Pilastres rustiques & de
Statues.
On montoit à cette terrasse par deux grands
escaliers: des colonnades d'Ordre Dorique
conduisoient aux dégrés du Temple.
Ce Temple étoit une rotonde d'Ordre Com-
posite, dont le corps étoit de Porphire, les
Colonnes & les Frises d'émeraudes, & les Cha-
pitaux, Bazes, Architraves, & Corniches
d'or, de même que les courbes & les festons
qui enrichissoient la Coupole.
On entroit dans ce Temple par huit Porti-
ques: au milieu du Sanctuaire étoit un riche
baldaquin, dont les rideaux retroussés, lais-
soient voir sur un Pied-d'estal de marbre verd
antique, la Statue en or de la Félicité. Des
balustres entouroient l'estrade: au de vant étoit
un Autel de Sacrifice, où brûloient des par-
fums en actions de graces.
Ou appercevoit au de-là du Temple & des
colonnades, une partie des jardins de la Fé-
licité, où s'élevoient des Palmiers, des Lau-
riers, des Myrthes, des Oliviers & autres Ar-
bres chargés de fleurs & de fruits.
Le Roi ordonna que cette décoration seroit
illuminée le 17, & qu'elle serviroit le 30 ;
pour un feu d'artifice. Sa Majesté devant tenir
212 MERCURÉDE FRANCE.
ces mêmes jours grand appartement, on décora
l'intérieur du Château avec autant de soin
que les jardins.
Trois rangées de lustres étoient attachées au
platfond de la galletie par des gazes bouillon-
nées, où s'entrelaçoient des festons de rozes.
Ces gazos, & ces festons étoient disposés de
manière qu'ils laissoient voir tout l'éclat des
Peintures, & toute la richesse des lambris.
Une multitude de girandoles s'elevoient à
la hauteur des lustres de chaque côté de la gal-
lerie, sur une longue file de gueridons dorés,
& de torcheres d'argent d'une compesition ga-
lante.
Des Amours assis sur ces torcheres, entre
des palmes & des mirthes, jouoient avec des
guirlandes de fleurs en cristaux, sous des ber-
ceaux d'étoiles.
Les Sallons de la Guerre & de la Paix ter-
minoient aux deux extrémités cette brillante
perspective; les autres appartemens étoient
décorés à proportion.
Le 19, sur les six heures du soir, le Roi &
toute la Conr s'étant rendus dans la gallerie,
la décoration qui faisoit face au Château, pa-
rut tout à coup illuminée, & malgré la con-
trariété du vent, on sentit l'effet que devoient
produire les différentes espéces d'illumination,
que l'on n'avoit point encore hazardé d'em-
ployer sous un même point de vue.
Leurs Majestés, après avoir joui quelques
momens de la beauté de ce spectacle, conti-
nuerent de tenir appartement jusqu'à dix heu-
res. Il y eut ensuite grand couvert, pendant
sequel tout le monde eut la liberté d'entrer
dans les appartemens.
213
MARS. 1752.
Le 30 du même mois, jour indiqué pour le
feu d'artifice, la décoration de l'arc de triom-
phe & des ailes parut toute différente. Des
Mosaiques dorées & découpées, remplissoient
les Piedestaux, les Frises, les Bas-reliefs, les
Pilastres, les Médaillons.
Les Colonnes étoient cannelées à jour, &
ceintes de bandeaux. Leurs Bazes & leurs Cha-
piteaux étoient découpés.
Des Piramides spirales remplaçoient les
orangers qui avoient décoré les niches.
Aux lustres & aux girandoles en succederent
d'autres composés d'artisice.
En face des corps d'Architecture étoient
plusieurs grandes Cascades d'artifice en am-
phithéâtre de quarante & cinquante pieds de
hauteur.
Au-devant de l'enceinte, on avoit placé
tout le long de la balustrade & vis-à vis les
escaliers de grandes Piéces figurées en com-
partimens.
Sur les côtés on voyoit des treillages en
berceaux qui s'étendoient jusqu'aux dégres de
la terrasse du Château.
L'arangement de toutes ces différentes pié-
ces composoit une décoration légere & ga-
lante, qui constrastoit avec celle que l'on avoit
vû les jours précédens,
Sur les cinq heures du soir, la gallerie fut
éclairée comme elle l'avoit été le 19.
Au moment que Leurs Majestés s'y rendi-
rent avec toute la Cour, on donna le signal
pour tirer le feu d'artifice, qui devoit être
exécuté selon les dispositions suivantes.
Des fusées d'honneurs & des fusés de table
drées de l'arc de triomphe & des ailes, au
Vigires vOO
214 MERCURE DE FRANCE.
bruit d'une infinité de boetes distribuées odans
plusieurs endroits du Parc, devoient servit
de prélude, & annoncer la premiere décora-
tion d'artifice, composées de Pièces figurées
formant en feu brillant différentes Mosaiques
successivement variées.
Après ce tableau, des gerbes, des Ifs, &
des napes de feu devoient occuper toute l'é-
tendue comprise entre les édifices, en même
tems que les grandes Cascades paroîtroient,
& donneroient naissance à douze grands jets
portans leur feu à quarante pieds d'élévation.
On devoit voir ensuite tous les contours de
l'Architecture dessinés par des feux de lance,
ainsi que les lustres, les girandoles & les pira-
mides tournantes, pendant que les Colonnes,
les Bas-reliefs, les Pilastres & les Médaillons
seroient pronnoncés par des feux mouvants
jouant derriere leurs découpures & leurs Mo-
saiques.
Au tiers de la durée des lances, devoient
paroître les treillages en berceaux qui bornoient
la terrasse, les Gloires qui couronnoient les
entablemens, & les Soleils fixes, dont le prin-
cipal fo moit un globe de seu de soixante pieds
de diametre.
Sur les trois corps d'Architecture étoient dis-
posés des vases lumineux, jettans continuelle-
ment des étoiles & des serpentaux, pour ser-
vir de cadre à cette brillante decoration.
Des bombes, des pluyes d'or, des grenades
à étoiles, de très grosses fusées de chevalet,
des pots-à-feu, des pots-à-égrettes & des
feux de caisses de toute e spéce, etoient desti-
nés à garnir les airs pendant toute la durée du
feu, qui devoit finir par une guirlande coma
MARS.
1752.
215
posée d'une multiiude infinie de fusées cou-
romhées de bombes brillantes, s'élevant tou-
tes à la fois de l'arc de triomphe & des ailes.
Après le feu d'artifice, il y eut apparte-
ment jusqu'à dix heures, & cette journée se
termina, comme la premiere, par un grand
couvert.
Ces Fêtes furent exécutées sur les plans &
desseins des Sieurs Slodtz, Dessinateur du Ca-
binet du Roi, Peintre & Sculpteur de ses me-
nus plaisirs.
Les Sieurs Dumas, Girault & Plenet furent
chargés de la construction des charpentes, &
le Sieur Vedy, de la partie concernant la ser-
rurerie.
Le Sieur l'Evêque, Garde-Magazin des me-
nus, & toutes les personnes employées dans
cette partie, se distinguerent par leur exactitu-
de à exécuter les ordres dont on les avoit
chargés.
Des Fêtes données à Versailles par ordre du
Roi le 19 & le 30 Décembre 1751. à
l'occasion de la Naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
La Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne
ayant comblé les voeux de la France,
le Roi voulut qu'elle fut celebrée à Versa illes par
des Fêtes dignes d'un évenement aussi cher à la
Nation.
M. le Duc deGesvres PremierGentilhomme de la
Chambre du Roi, en exercice, donna des ordres
en consequence. Ces Fêtes furent conduites par
Monsieur de Curys, Intendant & Contrôleur Gé-
néral de l'Argenterie, Menus Plaisirs, & Affaires
de la Chambre de Sa Majesté.
On n'eut que sixsemaines, environ, pour les pré-
paratifs, & tout fut prêt au terups marqué, mah-
gré les incommodités d'une saison contraire & ri-
gourense.
Musfines beO
208 MERCURE DE FRANCE.
En face de la grande Gallerie, on avoit formé ui,
vaste plancher qui s'étendoit depuis l'allée de Sa-
turne jusqu'à celle qui conduit au Bassin du Dra-
gon: ce plancher construit sur un terrain inégal
commençoit au bout du parterre d'eau à quatre
pieds de hauteur & s'avançoit de 30 toises jusqu'au
Bassin de Latone, au dessus duquel il avoit 36
pieds d'élévation.
Là sur un plancher circulaire de 142 toises re-
gnoient trois grands corps d'Architecture dont le
principal étoit un Arc de Triomphe isolé consacté
à la Félicité.
Cet édifice étoit d'ordre Corinthien; on y
montoit par 9 dégrés de maibre blanc, la porte
triomphale avoit 40 pieds d'élévation, elle étoit
accompagnée de deux autres qui terminoient leur
forme quarrée au dessous de l'Imposte à 28 pieds.
Au devant des massiss qui les divisoient étoient
accouplées des Colonnes de lapis canelées & eu-
tourées de Guirlandes de roses.
Leurs Pied-d'estaux de marbre breche violette
encadroient des Paneaux de lapis, sur lesquels
éclatoient des Festons en or.
Les Basses & les Chapiteaux étoient de bronze
doré, la Corniche de marbre breche violette, l'lm-
poste & les Archivoltes de marbre blanc veiné
ainsi que le Corps d'Architecture.
La Frise étoit festonnée de Guirlandes de lau-
rier en or sur un fond de lapis, & à l'endroit ou
l'entablement faisoit ressaut sur chaqne Grouppe
de Colonnes elle étoit enrichie de Palmes sur mon-
tées d'une Fleur de Lis.
Deux Bas reliess en or de 14 pieds de longueur
sur 8 de hauteur, décoroient le dessus des Portes
laterales.
Dans l'un paroissoit Apollon distribuant aux Mu-
MARS.
1752.
209
ses les différents attributs des Sciences & des
Beaux Arts.
On voyoit dans l'autre, Cérés sur son Char,
répandant l'abondance, elle étoit suivie de la Con-
corde & des Graces, & dans le fond du Tableau;
on découvroit un Soleil naissant.
Un Socle de marbre verd s'affermissoit sur la
Corniche, & portoit à l'endroit des Colonnes
les Statues de la Justice, de la Prudence, de la
Modération & de la Magnanimité.
Entre ces figures s'élevoit sur cinq dégrez de mar-
bre jaune antique, un pied d'estal de forme circu-
laire orné de canelures avec des ornemens en or,
& ceint par le haut d'un tors de feuilles de Chêne
en bronze doré.
Sur ce pied-d'estal on voyoit le Globe des Ar-
mes de France, soutenu par la force & par diffé-
tens Génies, la Victoire & la Paix le présentoient
à la Félicité; cette derniere figure dominoit le
Grouppe, elle tenoit un Caducée, simbole de l'u-
nion, & selon les Egyptiens le Hyerogliphe de la
naissance des Grands Hommes. D'une Corne d'a-
bondance qui étoit à ses pieds, sortoient des fruits
mêlés de fleurs. De l'autre côté la Renommée
prenoit son vol pour aller annoncer à l'Univers la
Naissance du Prince & ses heureux destins.
Toutes les Figures étoient de bronze doré, le Glo-
be étoit de lapis, & ses Fleurs de lys d'or, de mê,
me que sa Couronne qui terminoit l'arc de triom-
phe pat amortissement à 97 pieds d'élévation.
Les deux autres corps d'architecture étoient
d'un ordre composé, ils formoient des deux côtés
de l'Arc de triomphe une continuité d'arcades en
niches ornées de Paneaux & de Coquilles, ces ni-
ches étoiant séparées par des pilastres revêtus de
Trophées en bronze doré qui se détachoient sur
Hiues vOO
LIO MERCURE DEFRANCE.
un fond verd d'émeraude incrusté dans un marbre
blanc veiné.
Au-lessus des Trophées étoient des Camayeux
en azur en forine de médaillons, réprésentans
tous les Arts qui contribuent au bonheur & tous
les Etats qui y participent.
Des Guirlandes de fleurs de toute espêce leut
fervoient de bordures & se réunissoient en festons
au dessus des Ceintres & des Pilastres.
Des avant corps terminoient les ailes, ils étoient
ornés de Statues de différentes Divinités en bronze
doré, on y remarquoit d'un côté Jupiter, Junon,
Mercure & Minerve, & de l'autre, Apollon, Dia
ne, Mars & Venus.
Les Ballustres d'or bordoient les galleries ou
plates-formes qui regnoient généralement sut les
édifices des parties laterales, ils étoient interrom-
pus sur les avant cotps seulement par des Frontons
on s'appuyoient des Faunes & des Tritons de
bronze doré, tenant des tors de feuilles de chêne
entremélés de coquillages & supportans des vases
de lapis surchargés de Girandoles.
On avoit aussi distribué des Girandoles sur tous
les couronnemens, plusieurs lustres pendoient du
sein des archivoltes, & toutes les niches étoient
garnies d'Otangers dans des vases d'or, autour
desquels jouoient des guirlandes de fleurs naturel-
les.
Trois grands escaliers de sept degrez se presen-
toienr au-devant de toute la décoration.
Le principal occupoit 20 toises de face; les deux
autres qui répondoient aux avant-corps avoient
chacun 12 toises d'ouverture, des balustres s'éten-
doient entre ces escaliers d'un aîle à l'autre & for-
moient carrément, & par des angles coupés des
retours en saillies pour accompagner les Corpo-
avancés.
MARS. 1752.
211
Ces balustrades étoient divisées par seize
Pied- d'estaux portans des girandoles sur des for-
mes d'ornemens en lapis, rehaussées d'or &
entourées de guirlandes de fleurs.
A travers les portes de l'arc triomphal
& par les espaces qui divisoient les trois grands
corps d'architecture, on découvroit dans l'é-
loignement le Temple de la Félicité sur une
vaste terrasse, audevant de laquelle étoit une
fontaine ornée de Pilastres rustiques & de
Statues.
On montoit à cette terrasse par deux grands
escaliers: des colonnades d'Ordre Dorique
conduisoient aux dégrés du Temple.
Ce Temple étoit une rotonde d'Ordre Com-
posite, dont le corps étoit de Porphire, les
Colonnes & les Frises d'émeraudes, & les Cha-
pitaux, Bazes, Architraves, & Corniches
d'or, de même que les courbes & les festons
qui enrichissoient la Coupole.
On entroit dans ce Temple par huit Porti-
ques: au milieu du Sanctuaire étoit un riche
baldaquin, dont les rideaux retroussés, lais-
soient voir sur un Pied-d'estal de marbre verd
antique, la Statue en or de la Félicité. Des
balustres entouroient l'estrade: au de vant étoit
un Autel de Sacrifice, où brûloient des par-
fums en actions de graces.
Ou appercevoit au de-là du Temple & des
colonnades, une partie des jardins de la Fé-
licité, où s'élevoient des Palmiers, des Lau-
riers, des Myrthes, des Oliviers & autres Ar-
bres chargés de fleurs & de fruits.
Le Roi ordonna que cette décoration seroit
illuminée le 17, & qu'elle serviroit le 30 ;
pour un feu d'artifice. Sa Majesté devant tenir
212 MERCURÉDE FRANCE.
ces mêmes jours grand appartement, on décora
l'intérieur du Château avec autant de soin
que les jardins.
Trois rangées de lustres étoient attachées au
platfond de la galletie par des gazes bouillon-
nées, où s'entrelaçoient des festons de rozes.
Ces gazos, & ces festons étoient disposés de
manière qu'ils laissoient voir tout l'éclat des
Peintures, & toute la richesse des lambris.
Une multitude de girandoles s'elevoient à
la hauteur des lustres de chaque côté de la gal-
lerie, sur une longue file de gueridons dorés,
& de torcheres d'argent d'une compesition ga-
lante.
Des Amours assis sur ces torcheres, entre
des palmes & des mirthes, jouoient avec des
guirlandes de fleurs en cristaux, sous des ber-
ceaux d'étoiles.
Les Sallons de la Guerre & de la Paix ter-
minoient aux deux extrémités cette brillante
perspective; les autres appartemens étoient
décorés à proportion.
Le 19, sur les six heures du soir, le Roi &
toute la Conr s'étant rendus dans la gallerie,
la décoration qui faisoit face au Château, pa-
rut tout à coup illuminée, & malgré la con-
trariété du vent, on sentit l'effet que devoient
produire les différentes espéces d'illumination,
que l'on n'avoit point encore hazardé d'em-
ployer sous un même point de vue.
Leurs Majestés, après avoir joui quelques
momens de la beauté de ce spectacle, conti-
nuerent de tenir appartement jusqu'à dix heu-
res. Il y eut ensuite grand couvert, pendant
sequel tout le monde eut la liberté d'entrer
dans les appartemens.
213
MARS. 1752.
Le 30 du même mois, jour indiqué pour le
feu d'artifice, la décoration de l'arc de triom-
phe & des ailes parut toute différente. Des
Mosaiques dorées & découpées, remplissoient
les Piedestaux, les Frises, les Bas-reliefs, les
Pilastres, les Médaillons.
Les Colonnes étoient cannelées à jour, &
ceintes de bandeaux. Leurs Bazes & leurs Cha-
piteaux étoient découpés.
Des Piramides spirales remplaçoient les
orangers qui avoient décoré les niches.
Aux lustres & aux girandoles en succederent
d'autres composés d'artisice.
En face des corps d'Architecture étoient
plusieurs grandes Cascades d'artifice en am-
phithéâtre de quarante & cinquante pieds de
hauteur.
Au-devant de l'enceinte, on avoit placé
tout le long de la balustrade & vis-à vis les
escaliers de grandes Piéces figurées en com-
partimens.
Sur les côtés on voyoit des treillages en
berceaux qui s'étendoient jusqu'aux dégres de
la terrasse du Château.
L'arangement de toutes ces différentes pié-
ces composoit une décoration légere & ga-
lante, qui constrastoit avec celle que l'on avoit
vû les jours précédens,
Sur les cinq heures du soir, la gallerie fut
éclairée comme elle l'avoit été le 19.
Au moment que Leurs Majestés s'y rendi-
rent avec toute la Cour, on donna le signal
pour tirer le feu d'artifice, qui devoit être
exécuté selon les dispositions suivantes.
Des fusées d'honneurs & des fusés de table
drées de l'arc de triomphe & des ailes, au
Vigires vOO
214 MERCURE DE FRANCE.
bruit d'une infinité de boetes distribuées odans
plusieurs endroits du Parc, devoient servit
de prélude, & annoncer la premiere décora-
tion d'artifice, composées de Pièces figurées
formant en feu brillant différentes Mosaiques
successivement variées.
Après ce tableau, des gerbes, des Ifs, &
des napes de feu devoient occuper toute l'é-
tendue comprise entre les édifices, en même
tems que les grandes Cascades paroîtroient,
& donneroient naissance à douze grands jets
portans leur feu à quarante pieds d'élévation.
On devoit voir ensuite tous les contours de
l'Architecture dessinés par des feux de lance,
ainsi que les lustres, les girandoles & les pira-
mides tournantes, pendant que les Colonnes,
les Bas-reliefs, les Pilastres & les Médaillons
seroient pronnoncés par des feux mouvants
jouant derriere leurs découpures & leurs Mo-
saiques.
Au tiers de la durée des lances, devoient
paroître les treillages en berceaux qui bornoient
la terrasse, les Gloires qui couronnoient les
entablemens, & les Soleils fixes, dont le prin-
cipal fo moit un globe de seu de soixante pieds
de diametre.
Sur les trois corps d'Architecture étoient dis-
posés des vases lumineux, jettans continuelle-
ment des étoiles & des serpentaux, pour ser-
vir de cadre à cette brillante decoration.
Des bombes, des pluyes d'or, des grenades
à étoiles, de très grosses fusées de chevalet,
des pots-à-feu, des pots-à-égrettes & des
feux de caisses de toute e spéce, etoient desti-
nés à garnir les airs pendant toute la durée du
feu, qui devoit finir par une guirlande coma
MARS.
1752.
215
posée d'une multiiude infinie de fusées cou-
romhées de bombes brillantes, s'élevant tou-
tes à la fois de l'arc de triomphe & des ailes.
Après le feu d'artifice, il y eut apparte-
ment jusqu'à dix heures, & cette journée se
termina, comme la premiere, par un grand
couvert.
Ces Fêtes furent exécutées sur les plans &
desseins des Sieurs Slodtz, Dessinateur du Ca-
binet du Roi, Peintre & Sculpteur de ses me-
nus plaisirs.
Les Sieurs Dumas, Girault & Plenet furent
chargés de la construction des charpentes, &
le Sieur Vedy, de la partie concernant la ser-
rurerie.
Le Sieur l'Evêque, Garde-Magazin des me-
nus, & toutes les personnes employées dans
cette partie, se distinguerent par leur exactitu-
de à exécuter les ordres dont on les avoit
chargés.
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8180
p. 215
APPROBATION.
Début :
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure de France, du présent mois, [...]
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texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancelier,
le Mercure de France, du présent mois,
A Paris, le 7 Mars 1752.
LAVIROTTE.
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancelier,
le Mercure de France, du présent mois,
A Paris, le 7 Mars 1752.
LAVIROTTE.
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8181
p. 216
TABLE.
Début :
PIECES FUGITIVES en Vers & en Prose. Epître à Monsieur le Marquis de Crillon, 3 [...]
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texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE.
PIECES FUGITIVES en Vers & en Prose.
Epître à Monsieur le Marquis de Crillon, 3
Lettre à Monsieur Pirrhon,
11
Eloge de la Poësie. Epstre à M. F***.
Lettre de M. de la Sauvagere à l'Auteur du Mer-
cure
26
Epitre de M. Desforges Maillard à sa femme
Réflexions sur l'exil écrites en François, par My-
30
lord Bolingbroxe.
La mort de Louise Reine de Dannemarcx. Ode
52
au Roi
Lettre écrite à l'Auteur du Mercure,
57
64
Imitation de l'Italien,
Lettre de M. le Chevalier de Mouhy à l'Auteur
65
du Mercurel,
Discours prononcé par M. l'Abbé de Pomponne
à la réception de M. le Prince de Condé, nommé
71
par Sa Majesté Chevalier de ses Ordres,
Epitie de M. Angliviel de la Beaumelle, à M. le
Colonel de Schmetow
73
84
Les Alpes
Mots des Enigmes & des Logogriphes du Mercure
109
de Févtier,
110
Enigme & Logogriphes,
118
Nouvelles Littéraires
145
Beaux-Arts,
Spectacles.
190
Nouvelles Etrangeres
200
France, nouvelles de la Cour, de Paris,
Description des Fêtes de Versailles.
207
PIECES FUGITIVES en Vers & en Prose.
Epître à Monsieur le Marquis de Crillon, 3
Lettre à Monsieur Pirrhon,
11
Eloge de la Poësie. Epstre à M. F***.
Lettre de M. de la Sauvagere à l'Auteur du Mer-
cure
26
Epitre de M. Desforges Maillard à sa femme
Réflexions sur l'exil écrites en François, par My-
30
lord Bolingbroxe.
La mort de Louise Reine de Dannemarcx. Ode
52
au Roi
Lettre écrite à l'Auteur du Mercure,
57
64
Imitation de l'Italien,
Lettre de M. le Chevalier de Mouhy à l'Auteur
65
du Mercurel,
Discours prononcé par M. l'Abbé de Pomponne
à la réception de M. le Prince de Condé, nommé
71
par Sa Majesté Chevalier de ses Ordres,
Epitie de M. Angliviel de la Beaumelle, à M. le
Colonel de Schmetow
73
84
Les Alpes
Mots des Enigmes & des Logogriphes du Mercure
109
de Févtier,
110
Enigme & Logogriphes,
118
Nouvelles Littéraires
145
Beaux-Arts,
Spectacles.
190
Nouvelles Etrangeres
200
France, nouvelles de la Cour, de Paris,
Description des Fêtes de Versailles.
207
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8182
p. 216
« La Chanson notée doit regarder la page 168 [...] »
Début :
La Chanson notée doit regarder la page 168 [...]
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texteReconnaissance textuelle : « La Chanson notée doit regarder la page 168 [...] »
La Chanson notée doit regarder la page 168
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8183
p. 216
« De l'Imprimerie de J. BULLOT. [...] »
Début :
De l'Imprimerie de J. BULLOT. [...]
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De l'Imprimerie de J. BULLOT.
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8184
s. p.
LISTE DES LIBRAIRES qui debitent le Mercure dans les Provinces du Royaume.
Début :
A Bordeaux, chés Raimond Labottiere, & chés Chappuis l'aîné, Libraires, Place du Palais, à [...]
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texteReconnaissance textuelle : LISTE DES LIBRAIRES qui debitent le Mercure dans les Provinces du Royaume.
LISTE DES LIBRAIRES
qui debitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume.
A Bordeaux, chés Raimond Labottiere, & chés
Chappuis l'aîné, Libraires, Place du Palais, à
côté de la Bourse.
Nantes, chés Joseph Vatar.
Rennes, chés Vatar, pere, & Vatar le fils.
Jouanet Vatard, & Julien Vatard.
Blois, chés Masson.
Tours, chés Lambert
& Billaut.
Rouen, chés François-Eustache Herault, & chés
Cailloiié.
Châlons-sur-Marne, chés Seneuze.
Amiens, chés la veuve François, & Godart.
Arras, chés la veuve Duchamp, & Laureau,
Abbeville, chés Levoyez, Libraire.
Angers, à la Poste, & chás Jahyer.
Dijon, à la Poste, & chés Mailly.
Versailles, ches Fournier.
Besançon, chés Briffaut
Saint Germain, chés Charepeyre.
Lyon, à la Poste, & chés Plaignard.
Marseille, chés Sibié, Mosty, & Virlaud, Li-
braires.
Beauvais, chés Dessaint.
& Bouillerot, Libraires,
Troyes, chés Michelin
Charleville, chés Pierre Thesin.
Moulins, chés Eaure.
Auxerre, chés Eournier.
Nancy, chés Nicolas.
Toulouse; ches Jean-François Robert.
Aire, chés Corbeville.
Poitiers, chés Faulcon.
Caën, chés Mamoury,
PRIX XXX. SOLS.
qui debitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume.
A Bordeaux, chés Raimond Labottiere, & chés
Chappuis l'aîné, Libraires, Place du Palais, à
côté de la Bourse.
Nantes, chés Joseph Vatar.
Rennes, chés Vatar, pere, & Vatar le fils.
Jouanet Vatard, & Julien Vatard.
Blois, chés Masson.
Tours, chés Lambert
& Billaut.
Rouen, chés François-Eustache Herault, & chés
Cailloiié.
Châlons-sur-Marne, chés Seneuze.
Amiens, chés la veuve François, & Godart.
Arras, chés la veuve Duchamp, & Laureau,
Abbeville, chés Levoyez, Libraire.
Angers, à la Poste, & chás Jahyer.
Dijon, à la Poste, & chés Mailly.
Versailles, ches Fournier.
Besançon, chés Briffaut
Saint Germain, chés Charepeyre.
Lyon, à la Poste, & chés Plaignard.
Marseille, chés Sibié, Mosty, & Virlaud, Li-
braires.
Beauvais, chés Dessaint.
& Bouillerot, Libraires,
Troyes, chés Michelin
Charleville, chés Pierre Thesin.
Moulins, chés Eaure.
Auxerre, chés Eournier.
Nancy, chés Nicolas.
Toulouse; ches Jean-François Robert.
Aire, chés Corbeville.
Poitiers, chés Faulcon.
Caën, chés Mamoury,
PRIX XXX. SOLS.
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8185
p. 13-33
Suite des Réflexions sur l'exil, par Milord Bolinbroke.
Début :
Un changement de place peut donc être supporté par tout homme ; il [...]
Mots clefs :
Homme, Esprit, Exil, Nature, Maux, Hommes, Rang, Pauvreté, Pays, Vie, Fortune, Perte, Pouvoir, Mérite, Vérité, Avantages, Monde, Grands, Zénon, Malheurs
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texteReconnaissance textuelle : Suite des Réflexions sur l'exil, par Milord Bolinbroke.
Suite des Réflexions sur l'exil, par Milord
Bolinbroke.
UN changement de place peut donc
être supporté par tout homme ; il
fait même le plaisir de plufieurs; mais qui
peut soutenir les maux qui accompagnent
l'exil? Vous-mêmes qui en faites la ques-
tion, pouvez les soutenir. Tous ceux qui
les considerent tels qu'ils sont en eux mê-
mes; au lieu de les regarder au travers du
voise que le prejugé met devant nos yeux.
Car quoi. Vous avez perdu votre bien
réduisez vos désirs, & vous vous trouverez
aussi riche que jamais, avec cet avantage
que vos soins seront diminués. Les besoins
réels de la Nature sont renfermés en d'étroi-
res bornes, mais ceuxque l'éducation & l'ha-
bitude ont créés, n en ontaucunes. La vérité
a un circuit fixé & petit; mais l'erreur n'en
a point. C'est pourquoi si vous laissez écha-
per vos désirs au-delà de ce circuit, ils er-
reront éternellement. Nous devenons né-
cessiteux au milieu de l'abondance, &
notre pauvreté augmente avec nos riches-
fes. Réduisez vos défirs, pout être capable
de dire avec l'Oracle de la grace auquel
Erasme étoit prêt d'adresser ses prieres:
14 MERCURE DE FRANCE.
quàm mul is ipse non egeo? Banissez de vo-
tre exil tous les besoins imaginaires, &
vous n'en souffrirez aucuns réels, le pe-
rit filet d'eau qui vous est laissé, suffira
pour étancher la soif de la Nature, & si
elle ne peut être étanchée, ce n'est pas
une soif, mais une maladie formée par les
habitudes vicieuses de votre esprit & non-
la suite de l'exil. Combien de gens sou-
tiennent la même pauvreté gayment, par-
ce qu'ils y ont été élevés, & y sont ac-
coutumés: ne ferons-nous pas capables
d'acquerir par la raison & par la réflexion
ce que le moindre artisan possede par ha-
bitude; ceux qui ont tant d'avantages au-
dessus de lui, seront-ils les esclaves des
besoins & des nécessités qu'il ignore. Les
riches dont les apetits délicats ne peuvent
être satisfaits, ni par les productions de
tout un pays, ni même par celles d'une
partie du Monde, pour lesquels le Globe
entier est pillé, pour lesquels les Carava-
nes du Levant sont continuellement en
marche, & les Mers les plus reculés cou-
vertes de vaisseaux: ces hommes volup-
tueux rassasiés par la superfluité, sont
fouvent bien aise d'habiter dans une hum-
ble demeure, & de faire un repas simple.
Insensés qu'ils sont, ils vivent toujours
dans la crainte de de qu'ils souhaitent
AVRIL.
1752.
1§.
quesquefois, & fuyent une vie qu'ils imi-
tent par luxe.
Jettons nos yeux en arriere sur ces
grands hommes qui vivorent dans les sié-
cles de vertu, de simplicité & de frugali-
té, & rougissons de penser que nous jouis-
sons dans le banissement de plus de biens
qu'ils n'en avoient au milieu de leur gloi-
re & dans l'éclat de leur fortune. Imagi-
nons-nous que nous voyons un grand Dic-
tateur donnant audience aux Ambassadeurs
Samnites, & préparant sur le foyer son-
médiocre repas de la même main de la-
quelle il avoit si souvent subjugué les en-
nemis de la République, & porté le lau-
rier triomphal au Capitole. Souvenons-
nous que Platon n avoit que trois valets,
& que Zenon n'en avoit point: Socrate,
le Réformateur de son pays, fut nourri,
& Menenius Agripa, l'arbitre du sien, fut,
enseveli aux dépens de la République.
Pendant qu Attilius Regulus battoit les
Carthaginois en Afrique, la fuire de fon
valet de charue réduisit chez lui sa famil-
le à la mendicité, & le labourage de sa
petite ferme, devint l'objet des soins pu-
blics. Scipion mourut sans laisser de
quor marier ses filles, & leur dot fut
payée du trésor de l'Etat. Car il étoit
bien juste que le Peuple de Rome, payât
16 MERCURE DEFRANCE.
une fois tribut à celui qui avoit établi un
tribut perpétuel sur Carthage. Après de
rels exemples, pourrons-nous être effrayés
de la pauvreté, & dédaignerons nous d'ê-
tre adoptés dans une famille qui a tant
d'illustres Ancêtres: nous plaindrons-nous
du banissement, parce qu'il nous ôte ce
dont les plus grands Philosophes, & les
plus grands Héros de l'Antiquité n'ont
jamais joui.
Vous trouverez peut-être mauvais, &
regarderez comme un artifice que je consi-
dere séparément des malheurs qui tom-
bent tous ensemble sur un homme exilé,
& l'accablent sous leurs poids réuni. Vous
supporteriez, direz- vous, le change-
ment de place, s'il n'étoit pas accompa-
gné de la pauvreté, ou la pauvreté si elle
n'étoit pas accompagnée de la séparation
de votre famille & de vos amis, de la
perte de votre rang, de votre considé-
ration & de votre pouvoir, du mépris &
de l'ignominie.
Quiconque raisonne de cette maniere,
qu'il se fasse la reponse suivante. La plus
petite de ces circonstances en particulier
est suffisante pour rendre misérable l'hom-
me qui ny est pas préparé, qui ne s'est
pas dépouillé de cette passion, sur laquel-
ie elle est propre à agir, mais celui qui
AVRIL. 1752.
17
est venu à bont de maîtriser toutes ses
passions; celui qui a prévu tous ces ac-
cidens, & qui a préparé son esprit à les
endurer, nous sera supérieur à tous, & à
tous à la fois, aussi-bien qu'à chacun en
particulier. Il ne supportera pas la perte
de son rang, parce qu'il pourra sup-
porter la perte de son bien, mais il sup-
portera l'un & l'autre, parce qu'il est pré-
paré à l'un & à l'autre, & parce qu'il est
libre d'ambition, aussi-bien que d'avarice.
Vous êtes séparé de votre famille & de
vos amis, faites-en la liste, considérez-la:
combien peu en trouverez-vous dans vo-
tre famille qui méritent le nom d'amis, &
combien peu parmi ceux-ci qui soient réel-
lement tels. Effacez le nom de ceux qui ne
doivent pas rester dans ce rôle, & le gros
catalogue sera bientôt réduit à un bien pe-
tit volume. Regrettez, si vous voulez,
votre séparation de ce petit reste: car,
Dieu ne plaise, que je veuille bannir le
sentiment d'une amitié vertueufe, quand
je déclame contre une honteuse & vicieu-
se foiblesse de l'esprit. Regrettez votre
féparation de vos amis, regrettez-la com-
me un homme qui mérite d'être le leur:
ceci est force & non foiblesse d'esprit:
c est vertu & non vice; mais la moindre
inquiétude pour la perte du rang que
18 MERCURE DE FRANCE.
nous tenions est ignominieuse. Il nya
point de rang estimable parmi les hom-
mes que celui que donne le mérite réel.
Les Princes peuvent donner des noms, &
instituer des cérémonies & en exiger l'ob-
servation. Ils peuvent revêtir des fous &
des fripons avec des robes d'honneur, &
avec des emblêmes de sagesse & de vertu.
Mais nul homme ne peut être véritable-
ment supérieur à un autre sans un mérite
supérieur, & ce rang ne sçauroit non
plus nous être ôté, que le mérite qui l'é-
rablit.
L'autorité suprême donne une valeur
imaginaire & arbitraire aux espéces d'or
& d'argent: c'est pourquoi elles nont
pas le même cours en tout tems & en tous
lieux; mais la valeur réelle reste invaria-
ble, & l'homme prévoyant se défait aus-
si-tôt qu'il peut de ses pieces légeres, &
amasse le bon argent. Ainsi le mérite ne
peut procurer la même considération uni-
versellement, mais le titre à cette consi-
dération est le même, & sera reconnu le
même en chaque circonstance par ceux
qui sont sages & vertueux; s'il n'est pas
reconnu par ceux qui ne sont ni sages ni
vertueux, rien cependant ne nous est ôté.
Nous navons pas raison de nous plain-
dre: ces derniers nous considéroient pour
AVRIL. 1752.
19.
un ratig que nous avions pour notre ti-
tre, non pour notre valeur intrinseque.
Nous n'avons plus ce rang, ce titre; ils
ne nous considerent plus: ils admiroient
en nous ce que nous nadmirions pas
nous mêmes: s'ils apprennent à nous né-
gliger, apprenons à avoir pitié d'eux;
ieur assiduité étoit importune: ne nous-
plaignons pas du repos que leur change-
ment nous procure; appréhendons plutôt
le retour de ce rang & de ce pouvoir, le-
quel semblable à un jour de Soleil, pour-
roit ramener ces insectes, & les faire four-
miller autout de nous. L'inclination à
faire autant de bien qu'il est possible est
inséparable d'une ame vertueuse; mais
l'homme sage se contente lui-même,
quand il en fait autant que sa situation lui
permet d'en faire, & il n'y a point de si-
tuation dans laquelle nous n'en puissions
faire beaucoup; il se console d'être privé.
d'un plus grand pouvoir, de faire le
bien, parce qu'il évite les tentations de
faire le mal.
Les inconvéniens dont nous avons par-
lé, n'entraînent donc avec eux rien de
difficile à soutenir par un homme sage &
vertueux, & ceux dont il nous reste à
parler. Le mépris & l'ignominie ne peu-
vent jamais tomber dans son lot. Il est im-
10. MERCUREDE FRANCE.
possible que celui qui se respecte lui-men-
me, puisse être méprisé par les autres, &
comment l'ignominie peut elle intéresser
un homme qui rassemble toutes ses forces
en lui-même, qui appelle du jugement de
la multitude à un autre tribunal, & vit
indépendant du genre humain & des ac-
cidens de la vie.
Caton manqua d'être élu Préteur &
Consul. Y a-t-il personne assez aveugle
pour imaginer que ces refus ayent desho-
noré un si grand homme. La dignité de
ces deux Magistratures auroit été augmen-
tée, s'il en eut été révêtu: elles en souf
frirent, non Caton.
Vous avez remplis les devoirs d'un bon
citoyen; vous vous êtes fidelement acqui-
tez de ce qui vous avoit été confié; vous
avez suivi les intérets de votre pays, sans
regarder aux ennemis que vous vous fai-
fiez, & aux dangers qui vous entour-
roient: votre pays recueille le bénéfice
de ces services, & vous souffrez pout les
avoir rendus: les personnes malgrez les-
quelles vous serviez ou même sauviez le
Public, conspirent & achevent votre rui-
ne particuliere; ils sont vos accusateurs,
& la foule inconstante & ingrate est vo-
tre juge, votre nom est suspendu dans les
tables de proscription, & l'artifice joint
AVRIL.
1752.
21
à la malice entreptend de faire passer vos
meilleurs actions pour des crimes & de
ternir votre réputation: pour cet effet,
la sacrée voix du Sénat est obligée de pro-
noncer un mensonge, & ces Registres
qui doivent être l'éternel monument de
la vérité, deviennent les témoins de l'im-
posture & de la calomnie.
Vous croyez que de telles circonstances
sont intollérables, & vous préféreriez la
mort à un exil si ignominieux: ne vous y
trompez pas, l'ignominie reste sur ceux qui
persécutent injustement, & non sur celui
qui souffre une injuste persécution.
Supposé que dans l'acte qui vous ban-
nit, il fut déclaré que vous avez quelque
maladie contagieuse, ou que vous êtes
bossu ou défiguré; ceci rendroit les Légis-
lateurs ridicules, l'autre les rend infâmes.
Mais nul des deux ne peut intéresser un
homme, qui dans un corps sain & bien
proportionné, jouit d'une conscience net-
te de toutes les fautes qu'on lui attribue.
Mettons ceci dans un plus grand jour,
en supposant quelques cas encore plus
particuliers. Vous êtes banni & poursuivi
avec acharnement, parce que vous sépa-
riez les intérêts de votre pays de l'intérêt
des Factieux qui le troublent, & de ses
voisins: ceux que vous empêchi:z de
itredy0O
22 MERCURE DEFRANCE.
triompher plus long tems à ses dépens, se
rangent aux vôtres. Voudriez-vous re-
tourner chez vous, à condition de ne
donner que la troisième place aux intérêts
de votre Patrie, de prostituer son pouvoir
à l'ambition des autres Puissances, sous
prétexte de la sauver des dangers imaginai-
res, & à condition de faire passer les ri-
chesses entre les mains des plus vils & des
plus méprisables de ses concitoyens, sous
l'apparence de payer les dettes réelles. Si
vous pouvez vous soumettre à une aussi
infâme composition, vousn'êtes pas l'hom-
me auquel j adresse mon discours, mais si
vous avez assez de vertu pour la mépriser
pourquoi vous repentiriez-vous de l'autre
alternative; être banni d'un tel pays &
avec de tels circonstances, c'est être dé-
livré de prison. Diogene fut chassé de
Royaume du Pont pour avoit contrefait
la monoye du Prince; Stratonicus crut
qu'il lui étoit permis d'être faussaire, pour
pouvoir obtenir d'être banni de Seriphos.
Mais vous, vous avez obtenu votre li-
berté pour faire votre devoir. De toutes
les ignominies, une mort ignominieuse
est censée la plus grande; & néanmoins
quel est le blasphémateur qui osera diffa-
mer la mort de Socrate. Ce grand homme
entra dans la prison avec la même ferme-
AVRIL. 1752.
23
té avec laquelle il réduisit les trente Ty-
rans, & il rendit ce lieu respectable: car
comment eût-il été une infâme prison,
quand Socrate y étoit.
Le banissement avec toute la suite de
meaux qui l'accompagnent, loin d'être la
cause du mépris rend respectable celui
qui le supporte avec un esprit ferme. Pen-
dant que tant d'autres en sont abattus
celui- ci érige sur ces mêmes malheurs un
trophée à la réputation; car tel est la dis-
position de notre esprit que rien ne le frap-
pe avec plus d'admiration qu'un homme
intrepi de au milieu de l'infortune. Lors-
qu'Aristide fut mené au supplice tous ceux
qui rencontroient cette triste marche bais-
soient les yeux, & le cœeur serré pleuroient,
non l'homme innocent, mais la Justice
elle-même qui étoit condamnée en lui:
néanmoins il se trouva là un misérable,
car les monstres sont quelquefois produits
contre les regles de la nature, qui lui
cracha au visage, Aristide essuya sa joue,
sourit & se tournant vers le Magistrat:
admonestés, lui dit-il, cet homme pour
qu'il ne soit pas si sale à l'avenir.
L'ignominie ne peut donc prendre
sur la vertu; car la vertu est en chaque
condition la même, & exige le même res-
pect; nous applaudissons le monde quand
24 MERCUREDE FRANCE.
elle prospere, & quand elle tomnbe dans
l'adversité nous l'applaudissons elle- même:
semblable aux temples des Dieux elle est
vénérable même dans ses ruines.
Ceci posé, n'est-ce pas un dégré de folie
de différer un moment à acquerir les seu-
les armes capables de nous défendre con-
tre les attaques ausquelles nous sommes à
chaque moment exposés. Lebonheur de no-
tre vieillessedépend de la manieredont nous
avons passé notre jeunesse, & nous som-
mes heureux ou malheureux quand nous
tombons dans l'infortune, selon que nous
avons joui de notre prospérité. Si nous
nous sommes appliqués de bonne heure
à l'étude de la sagesse & à la pratique de
la vertu, ces maux deviendront indiffé-
rens: si nous avons négligé de le faire ils
deviendront pesans: dans ce premier cas
ils ne sont pas des maux, & dans le se-
cond, ils sont des remedes à de plus
grands maux.
Zénon se rejouissoit de ce qu'un naufrage
l'avoit jetté sur les côtes d'Athenes: il
dut à la perte de sa fortune l'acquisition de
la vertu de la sagesse & de l'immortalité. Il
y a de bons & de mauvais airs pour l'esprit
aussi-bien que pour le corps: souvent la
prospérité irrite nos maladies habituelles,
& nous laisse sans esperance de trouver de
spécifique
AVRIL.
1752.
25
spécisique que dans l'adversité: dans ce
cas le bannissement est semblable à un
changement d'air, & les maux que nous
y souffrons, semb ables à autant de médeci-
nes appliquées à des maladies invétérées.
Ce qu'Anacharsis disoit de la vigne,
peut être dit de la prospérité: elle porte
les trois grapes, de plaisir, d'yvresse & de
chagrin. Heureux est celui que la derniere
peut guérir du mas qu'ont opéré les deux
autres; mais si l'affliction manque d'avoir
ce salutaire effet, le cas est desespêré: cat
le dernier remede dont l'indulgente Pro-
vidence use envers nous, s'il manque,
nous languirons & mourrons dans la mi-
sere & dans le mépris.
Hommes vains que nous sommes! Com-
bien rarement Içavons-nous que souhai-
ter ou que demander: quand nous prions
pour éloigner de nous ces malheurs, &
quand nous les craignons le plus, nous en
avons le plus de besoin. C'étoit par cette
raison que Pythagore défendit à ses Dis-
ciples de demander à Dieu aucune chose
en particulier, la meilleure & la plus cour-
te priere que nous puissions adresser a ce-
Jui qui connoît nos besoins & notre igno-
rance dans nos demandes est celle- ci: ta
volonté soit faite.
Ciceron dit en quelque endroit de ses
26 MERCURE DEFRANCE.
Ouvrages que, comme le bonheur est l'ob-
jet de toute Philosophie, les disputes par-
mi les Philosophes proviennent de leurs
différentes idées du souverain bien. Ré-
conciliez-les en ce point, vous les récon-
cilirez dans le reste. L'Ecole de Zénon
plaçoit le souverain bien dans la vertu
nue. Il poussa ce principe au-delà du plus
haut point de la Nature & de la vérité.
Un esprit d'opposition à une autre doc-
trine qui devint en grande vogue, pen-
dant que Zénon étoit à la mode, pou-
voit être l'ocasion de cet excès.
Epicure plaçoit le souverain bien daus
la volupté; ces termes volontairement, ou
par hazard mal entendus par ses Secta-
teurs pouvoient aider à pervertir sa Doc-
trine; mais ce fut la rivalité qui aigrit la
dispute; car en vérité il n'y a pas si grande
différence qu'on se l'imagine entre le
Sroicisme réduit à des termes raisonnables
& intelligibles, & le vrai & ortodoxe
Epicurisme. Le felicis animi immota tran-
quillitas du premier; & le voluptas de
l'autre sont proches alliés, & je doute si
le plus ferme Héros du Portique auroit
supporté un accès de pierre sur les princi-
pes de Zénon, avec plus de magnanimité
& de patience que fit Epicure sur ceux de
sa propre Philosophie. Cependant Aristo-
AVRIL.
1752.
27
te prit un milieu, on s'expliqua mieux, il
plaça le bonheur dans ces avantages joints
ensemble, ceux de l'esprit ceux du corps
& ceux de la fortune, ils sont raisonna-
blement joints; mais il est certain qu'ils
ne doivent pas être placés sur un pied
égal. Nous pouvons beaucoup mieux sup-
porter la privation des dernieres que celle
des autres, & la pauvreté même de laquel-
le le genre humain est si effrayé, est sute-
ment moins fâcheuse que la folie ou la
pierre, quoiqu en pensât Chrisipe, qui di-
soit quil étoit meilleur de vivre fou que
de ne pas vivre.
Si le bannissement donc, en nous ôtant
les avantages de la fortune, ne peut nous
oter des avantages plus précieux, qui sont
ceux de l'esprit & du corps, & si cet
accident est capable quand nous les possé-
dons, de nous les rendre quand nous les
avons perdus: le bannissement est un
léger malheur pour ceux qui sont déja
sous la domination de la raison, & un
très-grand bien pour ceux qui sont encore
plongés dans des vices capables de ruiner
la santé du corps & de l'esprit. L'exil doit
être souhaité comme une faveur par ceux-
ci, & ne doit être craint par personne, si
nous sommes dans ce cas, secondons les
desleins de la Providence en notre fa-
B ij
28 MERCUREDE FRANCE.
veur: réparons la perte despremieres occa-
sions, en ne laissant pas échapper la der-
niere.
Nous pouvons racourcir la durée des
maux que nous aurions pu prevenir, & à
mesure que nous prendrons le dessus sur
nos passions desordonnées, & sur nos vi-
cieuses habitudes, nous sentirons nos pei-
nes diminuer à proportion. Chaque pas
qu'on fait dans le chemin de la vertu est
consolant. Avec combien de joie l'hom-
me qui prosite de ses malheurs en cette
maniere découvrira-t. il que ces maux qu'il
attribue à son exil, n'avoient leur source
que dans la vanité & la folie, & disparois-
sent avec elles.
Il verra que dans sa premiere disposi-
tion d'esprit, il ressembloit à ce Prince ef-
féminé qui ne vouloit nulle autrę eau que
celle de la riviere de Choaspes, ou à cette
sotte Reine, qui dans une des Tragédies
d'Euripide, se plaint amérement qu'elle
n'avoit pas allumé la torche nuptiale, &
que la riviere Ismeus n'avoit pas fourni
de l'eau aux nôces de son fils.
La vûe d'un état si humiliant lui en fera
souhaiter un autre; lorsqu'il y sera atrivé,
il sera convaincu par sa propre expérien-
ce, la plus forte de toutes les preuves,
qu il étoit malheureux, parce qu'il étoit vi-
AVRIL. 1752.
29
cieux & non parcequ'il étoit banni. Si je ne
traignois qu on ne dit que c'est trop rafi-
ner, je me garderois de parler ici de quel-
ques avantages de la fortune, qui nous
sont donnés pour balancer ceux que l'exil
nous ôte. Ily en a un qui a été négligé par
de grands hommes, & même par des Sages.
Démetrius Phalérius banni d'Athenes,
devint premier Ministre du Roi d'Agyp-
te, & Thémistoeles fut si bien reçu a la
Cour de Perse, qu'il disoit que sa fortu-
ne auroit été perdue, s'il n'avoit pas été
ruiné, mais Démétrius s'exposa par sa fa-
veur, sous le premier Ptolomée, à une
nouvelle disgrace; & sous le second
Thémistocles qui avoit été le Capitaine
d'un Peuple libre, devint le vassal du
Prince qu'il avoit lui-même batu. Ne vaut-
il' pas mieux jouir de l'avantage qui est
propre à l'exil, & vivre pour nous-mê-
mes, quand nous ne sommes plus obliges
de vivre pour autrui,
Si vous êtes sage, votre loisir sera uti-
lement employé, & votre retraite ajou-
tera un nouveau lustre à votre caractere.
Imitez Thucidide en Thrace, ou Xé-
nophon dans fa petite ferme à Sillus; dans
une telle retraite, vous pourrez vous éta-
blit comme un habitant d'Elis qui voyoit
les jeux Olympiques, sans y prendre aucune
Biij
30 MERCURE DEFRANCE.
part: loin de l'embaras du monde & pres-
qu'indifférent Spectateur, ayant payé dans
une viè publique, ce que vous deviez au
fiécle présent payes dans une vie privée
te que vous deviez à la postérité.
Eorivez comme vous vivez, sans pas-
tion, & établisses votte réputation, com-
me vous établissen cotre bonheur sur les
fondemens de la vérité: s'il vous manque
les talens, l'inclination ou les matériaun
nécessaires pour de tels Ouvrages; ne
tombez pas pourtant dans l'oisiveté, tâ-
chea de eopier l'exemple de Scipion à l'In-
ternum, & d'être capable de vous dire à
vous-même innocuus amo delicias, doctam-
que quietem 3 j'aime les plaisirs innocens;
& le sçavant repos.
Les amusemens rustiques & les médita-
tions Philosophiques feront couler douce-
ment vos heures; & si la bonté du Ciel
vous à donné un ami semblable à Lelius,
rien ne manquera à votre parfait bonheur.
Ce sont. là quelques unes des réflexions
qui peuvent servir à fortifier l'esprit con-
tre l'exil & contre les autres malheurs de la
vie ausquels chaque homme a intérêt de se
préparer, parce qu'ils sont communs à tous
les hommes: je dis qu'ils sont communs
à tous les hommes, car ceux qui les évitent
y sont également exposés. Les dards de la
AVRIL. 1732.
3
mauvaise fortune sont toujourspointés con-
tre nos tentes: quesques uns nous attrapent:
quelques autres glissent sur nous, & s'en-
volent pour blesser nos voisins; c'est pour-
quoi tenons notre esprit dans une égale
disposition, & payons sans murmurer le
tribut que nous devons à l'humanité: l'hy-
ver apporte le froid, & nous sommes
glacés: l'Eté ramene la chaleur, & nous
brulons: l'intempérance de l'air dérange
notre santé: ici nous sommes exposés aux
bêtes sauvages, & là à des hommes plus
sauvages que les bêtes, & si nous écha-
pons aux dangers de l'air & de la terre,
il y a des dangers d'eau & de feu: il
n est pas en notre pouvoit de changer cet
ordre des choses qui est établi; mais il est
en notre pouvoir de nous approprier une
élévation dans l'ame convenable à des
liommes sages & vertueux qui nous rende
capable de combattre avec fermeté les ac-
cidens de la vie, & de nous conformer
aux ordres de la Nature: or la Nature
gouverne son grand Royaume, le monde
par de continuelles mutations, les nuées
se dispersent, & le firmament devient clair.
Le calme succede à l'orage, & l'orage au
calme: les vents soufflent à leur tour de
chaque côté: les jours suivent les nuits,
& les nuits suivent les jours: les planet-
B iiij
32 MERCUREDE FRANCE.
tes se levent & se couchent selon leurs
différens cours; & ainsi l'éternité est con-
nue par une perpétuelle révolution de
contraires. Ceci est l'ordre auquel nous
de vons conformer nos esprits; suivons-
le, soumettons-nous y, pensons que tout
ce qui arrive doit arriver, & ne soyons
jamais assez fous pour nous plaindre de la
Nature: la meilleure résolution que nous
puissions pendre, est de fouffrir ce que
nous ne pouvons changer, & de suivre
fans murmurer la route que la Providence
qui dirige chaque chose, nous a marquée;
car ce n'est pas assez de la suivre, & ce-
lui-là, est un mauvais soldat qui soupire
& marche avec répugnance: nous devons
recevoir nos ordres avec courage & gaye-
té, & ne pas chercher à échaper du poste
qui nous est assigné dans ce bel ordre, &
cette belle disposition des choses dont nos
fouffrances mêmes font une partie néces-
saire: adressons-nous à Dieu qui gouver-
ne tout, comme Cléante fit dans ces ad-
mirables vers, qui vont perdre une partie
de leur grace & de leur énergie dans ma
Traduction.
Pere de la Nature, maître du monde,
tu vois mes pas se tourner avec une joyeu-
se résignation par tout où ta providence
les conduit.
AVRIL. 1752.
33
La Destinée mêne ceux qui marchent
volontairement, & entraîne ceux qui ré-
sistent.
Pourquoi pleurerois je quand malgré
mes pleurs il faut souffrir.
Ou pourquoi recevrai-je sans mérite co
qu'il ne dépend que de moi de recevoir
en méritant.
Parlons & agissons ainsi, la résignation
à la Providence est la véritable magnani-
mité, mais la marque d'un esprit bas &
pusillanisme est de cenfurer les ordres de
Dieu, & au lieu de rectifier notre propre
conduite, de nous élever contre celle de
notre Créateur.
Bolinbroke.
UN changement de place peut donc
être supporté par tout homme ; il
fait même le plaisir de plufieurs; mais qui
peut soutenir les maux qui accompagnent
l'exil? Vous-mêmes qui en faites la ques-
tion, pouvez les soutenir. Tous ceux qui
les considerent tels qu'ils sont en eux mê-
mes; au lieu de les regarder au travers du
voise que le prejugé met devant nos yeux.
Car quoi. Vous avez perdu votre bien
réduisez vos désirs, & vous vous trouverez
aussi riche que jamais, avec cet avantage
que vos soins seront diminués. Les besoins
réels de la Nature sont renfermés en d'étroi-
res bornes, mais ceuxque l'éducation & l'ha-
bitude ont créés, n en ontaucunes. La vérité
a un circuit fixé & petit; mais l'erreur n'en
a point. C'est pourquoi si vous laissez écha-
per vos désirs au-delà de ce circuit, ils er-
reront éternellement. Nous devenons né-
cessiteux au milieu de l'abondance, &
notre pauvreté augmente avec nos riches-
fes. Réduisez vos défirs, pout être capable
de dire avec l'Oracle de la grace auquel
Erasme étoit prêt d'adresser ses prieres:
14 MERCURE DE FRANCE.
quàm mul is ipse non egeo? Banissez de vo-
tre exil tous les besoins imaginaires, &
vous n'en souffrirez aucuns réels, le pe-
rit filet d'eau qui vous est laissé, suffira
pour étancher la soif de la Nature, & si
elle ne peut être étanchée, ce n'est pas
une soif, mais une maladie formée par les
habitudes vicieuses de votre esprit & non-
la suite de l'exil. Combien de gens sou-
tiennent la même pauvreté gayment, par-
ce qu'ils y ont été élevés, & y sont ac-
coutumés: ne ferons-nous pas capables
d'acquerir par la raison & par la réflexion
ce que le moindre artisan possede par ha-
bitude; ceux qui ont tant d'avantages au-
dessus de lui, seront-ils les esclaves des
besoins & des nécessités qu'il ignore. Les
riches dont les apetits délicats ne peuvent
être satisfaits, ni par les productions de
tout un pays, ni même par celles d'une
partie du Monde, pour lesquels le Globe
entier est pillé, pour lesquels les Carava-
nes du Levant sont continuellement en
marche, & les Mers les plus reculés cou-
vertes de vaisseaux: ces hommes volup-
tueux rassasiés par la superfluité, sont
fouvent bien aise d'habiter dans une hum-
ble demeure, & de faire un repas simple.
Insensés qu'ils sont, ils vivent toujours
dans la crainte de de qu'ils souhaitent
AVRIL.
1752.
1§.
quesquefois, & fuyent une vie qu'ils imi-
tent par luxe.
Jettons nos yeux en arriere sur ces
grands hommes qui vivorent dans les sié-
cles de vertu, de simplicité & de frugali-
té, & rougissons de penser que nous jouis-
sons dans le banissement de plus de biens
qu'ils n'en avoient au milieu de leur gloi-
re & dans l'éclat de leur fortune. Imagi-
nons-nous que nous voyons un grand Dic-
tateur donnant audience aux Ambassadeurs
Samnites, & préparant sur le foyer son-
médiocre repas de la même main de la-
quelle il avoit si souvent subjugué les en-
nemis de la République, & porté le lau-
rier triomphal au Capitole. Souvenons-
nous que Platon n avoit que trois valets,
& que Zenon n'en avoit point: Socrate,
le Réformateur de son pays, fut nourri,
& Menenius Agripa, l'arbitre du sien, fut,
enseveli aux dépens de la République.
Pendant qu Attilius Regulus battoit les
Carthaginois en Afrique, la fuire de fon
valet de charue réduisit chez lui sa famil-
le à la mendicité, & le labourage de sa
petite ferme, devint l'objet des soins pu-
blics. Scipion mourut sans laisser de
quor marier ses filles, & leur dot fut
payée du trésor de l'Etat. Car il étoit
bien juste que le Peuple de Rome, payât
16 MERCURE DEFRANCE.
une fois tribut à celui qui avoit établi un
tribut perpétuel sur Carthage. Après de
rels exemples, pourrons-nous être effrayés
de la pauvreté, & dédaignerons nous d'ê-
tre adoptés dans une famille qui a tant
d'illustres Ancêtres: nous plaindrons-nous
du banissement, parce qu'il nous ôte ce
dont les plus grands Philosophes, & les
plus grands Héros de l'Antiquité n'ont
jamais joui.
Vous trouverez peut-être mauvais, &
regarderez comme un artifice que je consi-
dere séparément des malheurs qui tom-
bent tous ensemble sur un homme exilé,
& l'accablent sous leurs poids réuni. Vous
supporteriez, direz- vous, le change-
ment de place, s'il n'étoit pas accompa-
gné de la pauvreté, ou la pauvreté si elle
n'étoit pas accompagnée de la séparation
de votre famille & de vos amis, de la
perte de votre rang, de votre considé-
ration & de votre pouvoir, du mépris &
de l'ignominie.
Quiconque raisonne de cette maniere,
qu'il se fasse la reponse suivante. La plus
petite de ces circonstances en particulier
est suffisante pour rendre misérable l'hom-
me qui ny est pas préparé, qui ne s'est
pas dépouillé de cette passion, sur laquel-
ie elle est propre à agir, mais celui qui
AVRIL. 1752.
17
est venu à bont de maîtriser toutes ses
passions; celui qui a prévu tous ces ac-
cidens, & qui a préparé son esprit à les
endurer, nous sera supérieur à tous, & à
tous à la fois, aussi-bien qu'à chacun en
particulier. Il ne supportera pas la perte
de son rang, parce qu'il pourra sup-
porter la perte de son bien, mais il sup-
portera l'un & l'autre, parce qu'il est pré-
paré à l'un & à l'autre, & parce qu'il est
libre d'ambition, aussi-bien que d'avarice.
Vous êtes séparé de votre famille & de
vos amis, faites-en la liste, considérez-la:
combien peu en trouverez-vous dans vo-
tre famille qui méritent le nom d'amis, &
combien peu parmi ceux-ci qui soient réel-
lement tels. Effacez le nom de ceux qui ne
doivent pas rester dans ce rôle, & le gros
catalogue sera bientôt réduit à un bien pe-
tit volume. Regrettez, si vous voulez,
votre séparation de ce petit reste: car,
Dieu ne plaise, que je veuille bannir le
sentiment d'une amitié vertueufe, quand
je déclame contre une honteuse & vicieu-
se foiblesse de l'esprit. Regrettez votre
féparation de vos amis, regrettez-la com-
me un homme qui mérite d'être le leur:
ceci est force & non foiblesse d'esprit:
c est vertu & non vice; mais la moindre
inquiétude pour la perte du rang que
18 MERCURE DE FRANCE.
nous tenions est ignominieuse. Il nya
point de rang estimable parmi les hom-
mes que celui que donne le mérite réel.
Les Princes peuvent donner des noms, &
instituer des cérémonies & en exiger l'ob-
servation. Ils peuvent revêtir des fous &
des fripons avec des robes d'honneur, &
avec des emblêmes de sagesse & de vertu.
Mais nul homme ne peut être véritable-
ment supérieur à un autre sans un mérite
supérieur, & ce rang ne sçauroit non
plus nous être ôté, que le mérite qui l'é-
rablit.
L'autorité suprême donne une valeur
imaginaire & arbitraire aux espéces d'or
& d'argent: c'est pourquoi elles nont
pas le même cours en tout tems & en tous
lieux; mais la valeur réelle reste invaria-
ble, & l'homme prévoyant se défait aus-
si-tôt qu'il peut de ses pieces légeres, &
amasse le bon argent. Ainsi le mérite ne
peut procurer la même considération uni-
versellement, mais le titre à cette consi-
dération est le même, & sera reconnu le
même en chaque circonstance par ceux
qui sont sages & vertueux; s'il n'est pas
reconnu par ceux qui ne sont ni sages ni
vertueux, rien cependant ne nous est ôté.
Nous navons pas raison de nous plain-
dre: ces derniers nous considéroient pour
AVRIL. 1752.
19.
un ratig que nous avions pour notre ti-
tre, non pour notre valeur intrinseque.
Nous n'avons plus ce rang, ce titre; ils
ne nous considerent plus: ils admiroient
en nous ce que nous nadmirions pas
nous mêmes: s'ils apprennent à nous né-
gliger, apprenons à avoir pitié d'eux;
ieur assiduité étoit importune: ne nous-
plaignons pas du repos que leur change-
ment nous procure; appréhendons plutôt
le retour de ce rang & de ce pouvoir, le-
quel semblable à un jour de Soleil, pour-
roit ramener ces insectes, & les faire four-
miller autout de nous. L'inclination à
faire autant de bien qu'il est possible est
inséparable d'une ame vertueuse; mais
l'homme sage se contente lui-même,
quand il en fait autant que sa situation lui
permet d'en faire, & il n'y a point de si-
tuation dans laquelle nous n'en puissions
faire beaucoup; il se console d'être privé.
d'un plus grand pouvoir, de faire le
bien, parce qu'il évite les tentations de
faire le mal.
Les inconvéniens dont nous avons par-
lé, n'entraînent donc avec eux rien de
difficile à soutenir par un homme sage &
vertueux, & ceux dont il nous reste à
parler. Le mépris & l'ignominie ne peu-
vent jamais tomber dans son lot. Il est im-
10. MERCUREDE FRANCE.
possible que celui qui se respecte lui-men-
me, puisse être méprisé par les autres, &
comment l'ignominie peut elle intéresser
un homme qui rassemble toutes ses forces
en lui-même, qui appelle du jugement de
la multitude à un autre tribunal, & vit
indépendant du genre humain & des ac-
cidens de la vie.
Caton manqua d'être élu Préteur &
Consul. Y a-t-il personne assez aveugle
pour imaginer que ces refus ayent desho-
noré un si grand homme. La dignité de
ces deux Magistratures auroit été augmen-
tée, s'il en eut été révêtu: elles en souf
frirent, non Caton.
Vous avez remplis les devoirs d'un bon
citoyen; vous vous êtes fidelement acqui-
tez de ce qui vous avoit été confié; vous
avez suivi les intérets de votre pays, sans
regarder aux ennemis que vous vous fai-
fiez, & aux dangers qui vous entour-
roient: votre pays recueille le bénéfice
de ces services, & vous souffrez pout les
avoir rendus: les personnes malgrez les-
quelles vous serviez ou même sauviez le
Public, conspirent & achevent votre rui-
ne particuliere; ils sont vos accusateurs,
& la foule inconstante & ingrate est vo-
tre juge, votre nom est suspendu dans les
tables de proscription, & l'artifice joint
AVRIL.
1752.
21
à la malice entreptend de faire passer vos
meilleurs actions pour des crimes & de
ternir votre réputation: pour cet effet,
la sacrée voix du Sénat est obligée de pro-
noncer un mensonge, & ces Registres
qui doivent être l'éternel monument de
la vérité, deviennent les témoins de l'im-
posture & de la calomnie.
Vous croyez que de telles circonstances
sont intollérables, & vous préféreriez la
mort à un exil si ignominieux: ne vous y
trompez pas, l'ignominie reste sur ceux qui
persécutent injustement, & non sur celui
qui souffre une injuste persécution.
Supposé que dans l'acte qui vous ban-
nit, il fut déclaré que vous avez quelque
maladie contagieuse, ou que vous êtes
bossu ou défiguré; ceci rendroit les Légis-
lateurs ridicules, l'autre les rend infâmes.
Mais nul des deux ne peut intéresser un
homme, qui dans un corps sain & bien
proportionné, jouit d'une conscience net-
te de toutes les fautes qu'on lui attribue.
Mettons ceci dans un plus grand jour,
en supposant quelques cas encore plus
particuliers. Vous êtes banni & poursuivi
avec acharnement, parce que vous sépa-
riez les intérêts de votre pays de l'intérêt
des Factieux qui le troublent, & de ses
voisins: ceux que vous empêchi:z de
itredy0O
22 MERCURE DEFRANCE.
triompher plus long tems à ses dépens, se
rangent aux vôtres. Voudriez-vous re-
tourner chez vous, à condition de ne
donner que la troisième place aux intérêts
de votre Patrie, de prostituer son pouvoir
à l'ambition des autres Puissances, sous
prétexte de la sauver des dangers imaginai-
res, & à condition de faire passer les ri-
chesses entre les mains des plus vils & des
plus méprisables de ses concitoyens, sous
l'apparence de payer les dettes réelles. Si
vous pouvez vous soumettre à une aussi
infâme composition, vousn'êtes pas l'hom-
me auquel j adresse mon discours, mais si
vous avez assez de vertu pour la mépriser
pourquoi vous repentiriez-vous de l'autre
alternative; être banni d'un tel pays &
avec de tels circonstances, c'est être dé-
livré de prison. Diogene fut chassé de
Royaume du Pont pour avoit contrefait
la monoye du Prince; Stratonicus crut
qu'il lui étoit permis d'être faussaire, pour
pouvoir obtenir d'être banni de Seriphos.
Mais vous, vous avez obtenu votre li-
berté pour faire votre devoir. De toutes
les ignominies, une mort ignominieuse
est censée la plus grande; & néanmoins
quel est le blasphémateur qui osera diffa-
mer la mort de Socrate. Ce grand homme
entra dans la prison avec la même ferme-
AVRIL. 1752.
23
té avec laquelle il réduisit les trente Ty-
rans, & il rendit ce lieu respectable: car
comment eût-il été une infâme prison,
quand Socrate y étoit.
Le banissement avec toute la suite de
meaux qui l'accompagnent, loin d'être la
cause du mépris rend respectable celui
qui le supporte avec un esprit ferme. Pen-
dant que tant d'autres en sont abattus
celui- ci érige sur ces mêmes malheurs un
trophée à la réputation; car tel est la dis-
position de notre esprit que rien ne le frap-
pe avec plus d'admiration qu'un homme
intrepi de au milieu de l'infortune. Lors-
qu'Aristide fut mené au supplice tous ceux
qui rencontroient cette triste marche bais-
soient les yeux, & le cœeur serré pleuroient,
non l'homme innocent, mais la Justice
elle-même qui étoit condamnée en lui:
néanmoins il se trouva là un misérable,
car les monstres sont quelquefois produits
contre les regles de la nature, qui lui
cracha au visage, Aristide essuya sa joue,
sourit & se tournant vers le Magistrat:
admonestés, lui dit-il, cet homme pour
qu'il ne soit pas si sale à l'avenir.
L'ignominie ne peut donc prendre
sur la vertu; car la vertu est en chaque
condition la même, & exige le même res-
pect; nous applaudissons le monde quand
24 MERCUREDE FRANCE.
elle prospere, & quand elle tomnbe dans
l'adversité nous l'applaudissons elle- même:
semblable aux temples des Dieux elle est
vénérable même dans ses ruines.
Ceci posé, n'est-ce pas un dégré de folie
de différer un moment à acquerir les seu-
les armes capables de nous défendre con-
tre les attaques ausquelles nous sommes à
chaque moment exposés. Lebonheur de no-
tre vieillessedépend de la manieredont nous
avons passé notre jeunesse, & nous som-
mes heureux ou malheureux quand nous
tombons dans l'infortune, selon que nous
avons joui de notre prospérité. Si nous
nous sommes appliqués de bonne heure
à l'étude de la sagesse & à la pratique de
la vertu, ces maux deviendront indiffé-
rens: si nous avons négligé de le faire ils
deviendront pesans: dans ce premier cas
ils ne sont pas des maux, & dans le se-
cond, ils sont des remedes à de plus
grands maux.
Zénon se rejouissoit de ce qu'un naufrage
l'avoit jetté sur les côtes d'Athenes: il
dut à la perte de sa fortune l'acquisition de
la vertu de la sagesse & de l'immortalité. Il
y a de bons & de mauvais airs pour l'esprit
aussi-bien que pour le corps: souvent la
prospérité irrite nos maladies habituelles,
& nous laisse sans esperance de trouver de
spécifique
AVRIL.
1752.
25
spécisique que dans l'adversité: dans ce
cas le bannissement est semblable à un
changement d'air, & les maux que nous
y souffrons, semb ables à autant de médeci-
nes appliquées à des maladies invétérées.
Ce qu'Anacharsis disoit de la vigne,
peut être dit de la prospérité: elle porte
les trois grapes, de plaisir, d'yvresse & de
chagrin. Heureux est celui que la derniere
peut guérir du mas qu'ont opéré les deux
autres; mais si l'affliction manque d'avoir
ce salutaire effet, le cas est desespêré: cat
le dernier remede dont l'indulgente Pro-
vidence use envers nous, s'il manque,
nous languirons & mourrons dans la mi-
sere & dans le mépris.
Hommes vains que nous sommes! Com-
bien rarement Içavons-nous que souhai-
ter ou que demander: quand nous prions
pour éloigner de nous ces malheurs, &
quand nous les craignons le plus, nous en
avons le plus de besoin. C'étoit par cette
raison que Pythagore défendit à ses Dis-
ciples de demander à Dieu aucune chose
en particulier, la meilleure & la plus cour-
te priere que nous puissions adresser a ce-
Jui qui connoît nos besoins & notre igno-
rance dans nos demandes est celle- ci: ta
volonté soit faite.
Ciceron dit en quelque endroit de ses
26 MERCURE DEFRANCE.
Ouvrages que, comme le bonheur est l'ob-
jet de toute Philosophie, les disputes par-
mi les Philosophes proviennent de leurs
différentes idées du souverain bien. Ré-
conciliez-les en ce point, vous les récon-
cilirez dans le reste. L'Ecole de Zénon
plaçoit le souverain bien dans la vertu
nue. Il poussa ce principe au-delà du plus
haut point de la Nature & de la vérité.
Un esprit d'opposition à une autre doc-
trine qui devint en grande vogue, pen-
dant que Zénon étoit à la mode, pou-
voit être l'ocasion de cet excès.
Epicure plaçoit le souverain bien daus
la volupté; ces termes volontairement, ou
par hazard mal entendus par ses Secta-
teurs pouvoient aider à pervertir sa Doc-
trine; mais ce fut la rivalité qui aigrit la
dispute; car en vérité il n'y a pas si grande
différence qu'on se l'imagine entre le
Sroicisme réduit à des termes raisonnables
& intelligibles, & le vrai & ortodoxe
Epicurisme. Le felicis animi immota tran-
quillitas du premier; & le voluptas de
l'autre sont proches alliés, & je doute si
le plus ferme Héros du Portique auroit
supporté un accès de pierre sur les princi-
pes de Zénon, avec plus de magnanimité
& de patience que fit Epicure sur ceux de
sa propre Philosophie. Cependant Aristo-
AVRIL.
1752.
27
te prit un milieu, on s'expliqua mieux, il
plaça le bonheur dans ces avantages joints
ensemble, ceux de l'esprit ceux du corps
& ceux de la fortune, ils sont raisonna-
blement joints; mais il est certain qu'ils
ne doivent pas être placés sur un pied
égal. Nous pouvons beaucoup mieux sup-
porter la privation des dernieres que celle
des autres, & la pauvreté même de laquel-
le le genre humain est si effrayé, est sute-
ment moins fâcheuse que la folie ou la
pierre, quoiqu en pensât Chrisipe, qui di-
soit quil étoit meilleur de vivre fou que
de ne pas vivre.
Si le bannissement donc, en nous ôtant
les avantages de la fortune, ne peut nous
oter des avantages plus précieux, qui sont
ceux de l'esprit & du corps, & si cet
accident est capable quand nous les possé-
dons, de nous les rendre quand nous les
avons perdus: le bannissement est un
léger malheur pour ceux qui sont déja
sous la domination de la raison, & un
très-grand bien pour ceux qui sont encore
plongés dans des vices capables de ruiner
la santé du corps & de l'esprit. L'exil doit
être souhaité comme une faveur par ceux-
ci, & ne doit être craint par personne, si
nous sommes dans ce cas, secondons les
desleins de la Providence en notre fa-
B ij
28 MERCUREDE FRANCE.
veur: réparons la perte despremieres occa-
sions, en ne laissant pas échapper la der-
niere.
Nous pouvons racourcir la durée des
maux que nous aurions pu prevenir, & à
mesure que nous prendrons le dessus sur
nos passions desordonnées, & sur nos vi-
cieuses habitudes, nous sentirons nos pei-
nes diminuer à proportion. Chaque pas
qu'on fait dans le chemin de la vertu est
consolant. Avec combien de joie l'hom-
me qui prosite de ses malheurs en cette
maniere découvrira-t. il que ces maux qu'il
attribue à son exil, n'avoient leur source
que dans la vanité & la folie, & disparois-
sent avec elles.
Il verra que dans sa premiere disposi-
tion d'esprit, il ressembloit à ce Prince ef-
féminé qui ne vouloit nulle autrę eau que
celle de la riviere de Choaspes, ou à cette
sotte Reine, qui dans une des Tragédies
d'Euripide, se plaint amérement qu'elle
n'avoit pas allumé la torche nuptiale, &
que la riviere Ismeus n'avoit pas fourni
de l'eau aux nôces de son fils.
La vûe d'un état si humiliant lui en fera
souhaiter un autre; lorsqu'il y sera atrivé,
il sera convaincu par sa propre expérien-
ce, la plus forte de toutes les preuves,
qu il étoit malheureux, parce qu'il étoit vi-
AVRIL. 1752.
29
cieux & non parcequ'il étoit banni. Si je ne
traignois qu on ne dit que c'est trop rafi-
ner, je me garderois de parler ici de quel-
ques avantages de la fortune, qui nous
sont donnés pour balancer ceux que l'exil
nous ôte. Ily en a un qui a été négligé par
de grands hommes, & même par des Sages.
Démetrius Phalérius banni d'Athenes,
devint premier Ministre du Roi d'Agyp-
te, & Thémistoeles fut si bien reçu a la
Cour de Perse, qu'il disoit que sa fortu-
ne auroit été perdue, s'il n'avoit pas été
ruiné, mais Démétrius s'exposa par sa fa-
veur, sous le premier Ptolomée, à une
nouvelle disgrace; & sous le second
Thémistocles qui avoit été le Capitaine
d'un Peuple libre, devint le vassal du
Prince qu'il avoit lui-même batu. Ne vaut-
il' pas mieux jouir de l'avantage qui est
propre à l'exil, & vivre pour nous-mê-
mes, quand nous ne sommes plus obliges
de vivre pour autrui,
Si vous êtes sage, votre loisir sera uti-
lement employé, & votre retraite ajou-
tera un nouveau lustre à votre caractere.
Imitez Thucidide en Thrace, ou Xé-
nophon dans fa petite ferme à Sillus; dans
une telle retraite, vous pourrez vous éta-
blit comme un habitant d'Elis qui voyoit
les jeux Olympiques, sans y prendre aucune
Biij
30 MERCURE DEFRANCE.
part: loin de l'embaras du monde & pres-
qu'indifférent Spectateur, ayant payé dans
une viè publique, ce que vous deviez au
fiécle présent payes dans une vie privée
te que vous deviez à la postérité.
Eorivez comme vous vivez, sans pas-
tion, & établisses votte réputation, com-
me vous établissen cotre bonheur sur les
fondemens de la vérité: s'il vous manque
les talens, l'inclination ou les matériaun
nécessaires pour de tels Ouvrages; ne
tombez pas pourtant dans l'oisiveté, tâ-
chea de eopier l'exemple de Scipion à l'In-
ternum, & d'être capable de vous dire à
vous-même innocuus amo delicias, doctam-
que quietem 3 j'aime les plaisirs innocens;
& le sçavant repos.
Les amusemens rustiques & les médita-
tions Philosophiques feront couler douce-
ment vos heures; & si la bonté du Ciel
vous à donné un ami semblable à Lelius,
rien ne manquera à votre parfait bonheur.
Ce sont. là quelques unes des réflexions
qui peuvent servir à fortifier l'esprit con-
tre l'exil & contre les autres malheurs de la
vie ausquels chaque homme a intérêt de se
préparer, parce qu'ils sont communs à tous
les hommes: je dis qu'ils sont communs
à tous les hommes, car ceux qui les évitent
y sont également exposés. Les dards de la
AVRIL. 1732.
3
mauvaise fortune sont toujourspointés con-
tre nos tentes: quesques uns nous attrapent:
quelques autres glissent sur nous, & s'en-
volent pour blesser nos voisins; c'est pour-
quoi tenons notre esprit dans une égale
disposition, & payons sans murmurer le
tribut que nous devons à l'humanité: l'hy-
ver apporte le froid, & nous sommes
glacés: l'Eté ramene la chaleur, & nous
brulons: l'intempérance de l'air dérange
notre santé: ici nous sommes exposés aux
bêtes sauvages, & là à des hommes plus
sauvages que les bêtes, & si nous écha-
pons aux dangers de l'air & de la terre,
il y a des dangers d'eau & de feu: il
n est pas en notre pouvoit de changer cet
ordre des choses qui est établi; mais il est
en notre pouvoir de nous approprier une
élévation dans l'ame convenable à des
liommes sages & vertueux qui nous rende
capable de combattre avec fermeté les ac-
cidens de la vie, & de nous conformer
aux ordres de la Nature: or la Nature
gouverne son grand Royaume, le monde
par de continuelles mutations, les nuées
se dispersent, & le firmament devient clair.
Le calme succede à l'orage, & l'orage au
calme: les vents soufflent à leur tour de
chaque côté: les jours suivent les nuits,
& les nuits suivent les jours: les planet-
B iiij
32 MERCUREDE FRANCE.
tes se levent & se couchent selon leurs
différens cours; & ainsi l'éternité est con-
nue par une perpétuelle révolution de
contraires. Ceci est l'ordre auquel nous
de vons conformer nos esprits; suivons-
le, soumettons-nous y, pensons que tout
ce qui arrive doit arriver, & ne soyons
jamais assez fous pour nous plaindre de la
Nature: la meilleure résolution que nous
puissions pendre, est de fouffrir ce que
nous ne pouvons changer, & de suivre
fans murmurer la route que la Providence
qui dirige chaque chose, nous a marquée;
car ce n'est pas assez de la suivre, & ce-
lui-là, est un mauvais soldat qui soupire
& marche avec répugnance: nous devons
recevoir nos ordres avec courage & gaye-
té, & ne pas chercher à échaper du poste
qui nous est assigné dans ce bel ordre, &
cette belle disposition des choses dont nos
fouffrances mêmes font une partie néces-
saire: adressons-nous à Dieu qui gouver-
ne tout, comme Cléante fit dans ces ad-
mirables vers, qui vont perdre une partie
de leur grace & de leur énergie dans ma
Traduction.
Pere de la Nature, maître du monde,
tu vois mes pas se tourner avec une joyeu-
se résignation par tout où ta providence
les conduit.
AVRIL. 1752.
33
La Destinée mêne ceux qui marchent
volontairement, & entraîne ceux qui ré-
sistent.
Pourquoi pleurerois je quand malgré
mes pleurs il faut souffrir.
Ou pourquoi recevrai-je sans mérite co
qu'il ne dépend que de moi de recevoir
en méritant.
Parlons & agissons ainsi, la résignation
à la Providence est la véritable magnani-
mité, mais la marque d'un esprit bas &
pusillanisme est de cenfurer les ordres de
Dieu, & au lieu de rectifier notre propre
conduite, de nous élever contre celle de
notre Créateur.
Fermer
8186
p. 37-58
LA GLOIRE DU ROI Dans la derniere Guerre & dans la Paix. DISCOURS. Par A. M. Lot.
Début :
LA Guerre a ses conquérans, comme la Paix a ses sages. La valeur fait les premiers ; [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA GLOIRE DU ROI Dans la derniere Guerre & dans la Paix. DISCOURS. Par A. M. Lot.
LA GLOIRE DU ROI
Dans la derniere Guerre & dans la
Paix.
DISCOURS.
Par A. M. Lot.
LA Guerre a ses conquérans, comme la
Paix a ses sages. La valeur fait les premiers ;
& la politique les feconds; mais la-
gloire est également l'objet & la récom-
pense des uns & des autres. Au Temple de
Mémoire les Princes amis de la Paix fe
trouvent auprès des Princes favoris de Bel-
lone, l'Immortalité les consacre sous le
même sceau: quoiqu'il y ait sans doute eu-
u eux une différence essentielle de vertus,
zed by Goc
38 MERCUREDEFRANCE.
qui, surtout aux yeux des Nations intéref-
sées, met les uns beaucoup au dessus des
autres.
Mais si l'éclat des vertus guerrieres, ou la
solidité des vertus pacisiques, fixe sur les-
Rois qui se sont distingués par les unes ou-
par les autres les regards étonnés de la
postérité, & leur assure le juste tribut, ou
de l'admiration, ou de la reconnoissance
publique: quels éloges, & quels applau-
dissemens ne sont point dus au Prince en-
qui la valeur & la sagesse font voir en mê-
me temps ce qu'il y a de plus brillant dans
les succès militaires, & ce qu'il y a de
plus flatteur dans l'usage de la Paix.
A ces trais la France reconnoît son augus-
te Monarque, devenu par la multitude de
ses bienfaits, l'objet de sa tendresse, & par
ses qualités éminentes l'appuy de son bon-
heur. Louis. ... A ce nom, quelle joye se
répand dans mon ame! Quelles nobles
idées se présentent à mon esprit!
Les Alexandres offrent-ils rien de plus
admirable dans la rapidité de leurs con-
quentes! Les Augustes ont-ils porté plus
loin la sagesse de leur politique.
Que l'envie éleve donc sa voix, si elle
veut, contre une glorre qu'elle ne peut
ternir; que la flatterie de son côté s'ef-
force d'ajoûter à l'éclat de ce Heros par
AVRIL.
1752.
39
des éloges empruntés, la vérité fera taire
Lune & l'autre, & montrant dans Louis.
grand dans la Guerre &
un Monarque,
grand dans la Paix, elle apprendra aux.
Mastres du monde quelle est la vraye gran-
deur des Rois.
PREMIERE PARTIE.
La gloire du Roy dans la dernitre Guerre.
Armet cent mille bras, inonder de
combattans des Provinces entieres, for-
met des Sièges, livrer des Batailles, c'est
ce que peuvent faire tous les Conquérans
& tous les Rois, il ne faut que des soldats,,
il n'est besoin que de sujets. Mais n'entre-
prendre la guerre que pur justice, la soute-
nir pur sa valeur, en accolerer la fin par sae
mod eration; ce sont là les traits distinctifs
des Princes faits pour le bonheur du
monde.
I. Loin d'ici ces Rois, qui oubliant que
le glaive leur est consié pour se deffendre,
& non pour attaquer, se font un jeu des
Hazards cruels des armes, allument de
sens froid le feu de la Guerre, pour le souf-
fliet enfuite de toutes parts, mettent eux-
memes entre les mains de leurs sujets les
foudtes dont ils veulent écraser leurs en-
neiis, fuaisant de ceux là moins des sol-
Digsienas uO
40 MERCUREDE FRANCE.
dats, que de vils ministres de leurs ven-
geances, payés pour immoler des victimes
sans nombre à leur ambition, ou à leur
haine personnelle, & les sacrifiant eux-
mêmes sans pitié à l'incertitude des événe-
mens.
Aux yeux de Louis, la Guerre n'a que
des horreurs qui allarment sa bonté, qui-
affligent sa grande ame sensible aux mal-
heurs des hommes; soit qu'il l'envisage en
elle-même, il sçait que quelque juste
qu'elle puisse être, elle entraîne toujours
un torrent d'injustices; que la valeur heu-
reuse sortant des bornes d'une défense lé-
gitime & indispensable dégénére souvent
en cruauté; soit qu'il l'envisage dans sa
fin & ses récompenses, il sçait que quel-
que flatteuse, quelque brillante que soit
la victoire, sa main qui couronne le vain-
queur est elle-même teinte de sang, ainsi
que les fleurs dont elle orne sa tête; que
ses lauriers si désirés sont sujets eux-mêmes
à la foudre, & qu'enfin le beau titre de
Conquérant n'est que le nom déguisé de
destructeur des hommes. Aussi brave, &
non moins intrépide qu'Alexandre & Ce-
sar, il ne fait point, comme eux servir la
valeur aux projets insensés d'une ambition
furieuse qui se cherche volontairement
des ennemis pour les vaincre, qui seme
AVRIL.
1752. 41
thez les peuples voisins des jalousies pour
se former des prétextes spécieux à ses ar-
mes, il fait au contraire céder les plaintes
les plus légitimes à l'amour de la paix. Le
commerce maritime de la France troublé
au mépris du droit des gens & des paroles
les plus folemnelles. Des hostilités qui se
multiplient sur terre & sur l'onde, enfin
nos provir ces inondéesd'armées étrangères,
voilà ce qui arme enfin Louis. Cen est pas
sa propre injure qu'il prétend venger,
c est la Majesté de sa couronne qu'il ne
peut trahir, c'est la sûreté de ses sujets
qu'il doit deffendre: ce sont les droits de
ses alliés qu'il a promis de conserver. Pres-
sé par de si justes motifs, il ne parle plus
que de voler au secours de ses peuples, &
de partager avec eux les fatigues & les
dangers: rien n'est capable de balancer
son généreux dessein. Sa famille éplorée
voudroit s'opposer par ses regrets & ses
larmes à son ardeur belliqueuse, il est sen-
sible à la douleur, mais il entend son peu-
ple qui l'appelle, il quitte en Heros sa fa-
mille qu'il aime en pere.
Louis part. ... Puissances ennemies pré-
venez votre vainqueur. C'est la justice qui
arme son bras, c'est la valeur qui va le
soutenit, & qui le fera triompher de voa
estoris.
Digtzes bOO
42 MERCURE DE FRANCE.
II. Je t'en atteste, Flandre, théatre
éternel de combats & de victoires. As tu-
jamais vum d'une part des ennemis plus en-
treprenans & plus braves, & de l'autre un
Conquérant plus habile à les déconcerter,
plus courageux pour les vaincre.
MENIN malgré sa deffense est obligé
d'ouvrir ses portes. Tpres prévient sa ruine
par une capitulation: rien n'arrête Louis,
à qui son courage fait oublier son repos,
sa santé, sa vie même. Si dans la Flandre,
où tout retentit du bruit de ses victoires,
le nom de L'Alsace anvestie de troupes en-
nemies vient frapper ses oreilles, aussi-tôt
Ioin de s'endormir a l'ombre de ses lau-
riers, il laisse ces campagnes pleines de
son nom & de sa gloire, & il part pour-
PAlsace, où de nouveaux travaux l'atten-
dent. François, vous frémissés encore au
souvenir de ce que ce voyage pensa vous-
coûter. De quelle douleur en effet ne fûtes-
vous point frappés, lorsque ce Prince si
digne de vos respects & de votre amour,
que la Victoire avoit couvert de ses aîles,
& sauvé de tous les hazards de la guerre,
livré aux attaques violentes d'une cruelle
maladie, mit en si grand danger vos espé-
rances, votre bonheur & votre gloire!
Seul intrépide au milieu de l'allarme &
de la consternation universelle, il voyoit:
AVRIL 1752.
43
la mort d'un oeil ferme; & il n'échappa
d'un si grand péril que pour en chercher
de nouveaux. Sa prétieuse santé n'est pas
encore affermie, qu'il l'expose aux fatigues
d'un Siège; il vole à Fribourg: là vain-
queur de tous les obstacles que l'art & la
nature, le ciel & la terre lui opposent; il
force enfin la ville à se rendre.
Cette premiere campagne, en soumer-
tant à Louis toutes les villes qu'il faisoit
assiéger, n'étoit que le prélude heureux de
conquentes encore plus glorieuses, & de
ces journées à jamais mémorables, où nos
ennemis soutenus. par les armées les plus
nombreuses, animés par les motifs les plus
pnissans, conduits par les Généraux les
plus expérimentés, ont cependant suc-
combé à la valeur de Louis.
AFONTENOI, sur un menme champ
de bataille, je vois s'avancer non une seule
Nation, mais les forces entieres de plu-
sieurs. Le courage, une haine violente,,
de vaines espérances poussent avec fureur
contre les François une colonne redouta-
ble, qui paroît devoir porter la terreur &
la mort. On la vit en effet pendant, quel-
que tems tenir la victoire incertaine, mais,
l'intrépidité que les regards du Monarque
inspirent à son, invincible Maison, fit
bien-tônt avorter les redoutables efforts de-
ces braves ennemis.
44 MERCURE DE FRANCE
TOURNAI gémit de la foiblesse de
ses deffenseurs, & na plus d'autres res-
fource que dans la clémence du Roi, dont
il avoit cru pouvoir impunément btaver
les forces & les ménaces.
Enfin LAUFELT inconnu jusqu'alors
devient également fameux & par la gloire
de Louis, & par la défaite de ses ad vert
faires.
Après de si brillans succès, qu'attendre
de Louis? Jeune & heureux Conquérant,
ira.t. il par un tranquile repos terminer des
campagnes qui s'embellissent sous ses pas?
Alexandre n avoit pas encore achevé de
suumettre les contrées dont il avoit médité.
la conquête, qu'il se plaignoit déjà de n'a-
voir pas un fecond monde à conquérir.
Que les pensées de Louis sont différentes!
S'il se plaint, cen est que de ses victoires,
parce qu'elles coûtent tant de sang à ses
ennemis, tant de travaux à ses sujets: peu
jaloux de regner sur l'univers, s'il lui faur
acheter par les armes le droit de lui com-
mander: se vaincre soi-même lui paroît
au dessus de toutes les victoires. Si l'Em-
pire du monde étoit offert à ses exploits,
il le refuseroit, content d'être comme il
est, l'amour d'une partie, & l'admiration
de toutes les aûtres.
Ainsi loin d'entretenir la guerre qui ne
AVRIL.
1752.
45
lui promet que des triomphes, il ne balan-
ce pas à en accélérer la fin par sa modéra-
tion.
III. Dans tout ce qu'il fait, c'est l'amour
de la Paix qui le guide. S'il livre des Ba-
tailles, s'il asfiège des villes, son unique
objet est de rappeller la Paix. Tout cet ap-
pareil de guerre n'est pour lui qu'un prélu-
de pour la Paix; sur ces drapeaux, qui en
se déployant en l'air, retracent aux yeux ou
les effets cruels, ou les symboles effrayans
des fureurs de la Guerre, il croit lire le
doux nom de Paix, & toutes ses démar-
ches tendent- elles à un autre but?
Dans le combat il ne cherche point à ré-
pandre le sang; il ne veut que forcer les
ennemis à rendre les armes. S'il voit couler
leur sang, il gémit de leur cruelle opiniâ-
treté, qui force la victoire à être sanglante,
Et lorsque le champ de bataille demeure
à la supériorité de ses armes & de son cou-
rage, quel usage fait-il de la victoire?
C'est pour rendre aux morts les devoirs de
la nature, s'acquitter envers les blesses ou
les mourans des droits de l'humanité, &
donner à ceux que la mort a épargné,
mais que la victoirę lui soumet, des preu-
ves de sa générosité. C'est alors qu'il se
plaît à déposer le titre de Vainqueur. Le
sang répandu, il ne peut plus le rendre,
46 MERCURE DEFRANCE.
mais il empêche de se répandre d'avania-
ge; il change même, pour ainsi dire, la
nature de celui qui reste dans les veines de
ses ennemis: il neût coulé que pour la
vengeance, par les soins de Louis, bien-
tôt, il ne coulera plus que pour la recon-
noissance. Les ennemis blesses sont con-
fondus avec les soldats blessés du Vain-
queur: ils partagent avec eux les mêmes
soins, & déjà ils ne forment plus qu'une
même famille. La France qui les a cou-
vert de blessures devient seur mere; Louis
qui les a vaincu leur sert de pere: il adou-
cit leurs playes em les visitant, il console
leurs pemes de sa propre voix: les enne-
mis baisent la main qui les a terrasses, &
l'Hôpital, séjour ordinaire de murmures
& de blasphêmes, devient un Temple
d'actions de graces & de bénédictions.
Enfin lorsque les frimats rappellent
Louis dans le sein de ses villes, de quelles
traces est marqué le retour de ses campa-
gnes victorieuses? Voit-on le char qni le
ramene en triomphe suivi ou précédé d'une
foule gémissante de Heros vaincus & cons-
ternés ? il ne veut d'autre appareil que ce-
lui d'un Vainqueur modeste & pacisique.
Les louanges qu'on lui décerne sur ses vic-
toires, les éloges qu'on lui fait de ses con-
quêtes, n'excitent que ses regrets, quand
AVRIL. 1752.
47
il se rappelle ce qu'elles ont coûté aux en-
nemis; il frémit encore au simple souvenit,
mais il sourit au titre de bien-aimé, &
d'amateur de la parx.
Que tardes-tu donc, aimable paix, de
dissiper le sousle fatal de la division, pour
faire sentir tes divines influences.
Enfin les tems sont arrivés: les ennemi-
de Louis convaincus de son équité, terras-
ses par sa fotce, confondus par sa dou-
ceur, rendent les armes. Louis pose son
tonnerre, & se hâte de distribuer les ra-
meaux de l'olive, aulli grand en bornant
ses conquêtes, qu'il l'étoit en travaillant à
les étendre.
SECONDE PARTIE.
La gloire du Roi dans la Paix.
Vaincre & pardonner, c'est le trait des
grandes ames, des Alexandres des Darius,
des Césars & des Pompées; mais vaincre,
& vaincre à schaque combat, unir triom-
phe à triomphe, compter ses victoires par
ses batailles, & terminer une longue suite
de brillans succès par accorder à son enne-
mi, une paix qui le met presqu au niveau
du Vainqueur; voilà le comble de l'he-
roisme. Et c'est ce que fait Louis en don-
es VOO
48 MERCURE DE FRANCE.
nant la paix à l'Europe, paix glorieuse,
en ce qu'elle est tout ensemble de la part
de ce Monarque une preuve de générosité
envers ses ennemis, à qui il accorde ce qu'ils
n avoient pas droit de prétendre ni même
d'espérer: un gage de fidelité envers ses alliés,
dont il affermit les droits pour le présent
& les rassure pour l'avenit; enfin un témoi-
gnage d'amour envers ses sujeis, dont il veut
cimenter à jamais le repos & le bonheur.
1. Quelles vûes avoit notre Roi en fai-
sant la guerre? Cherchoit-il à reculer ses
frontieres par ses conquêtes? c est le plus
puissant Roi de l'Europe. Se proposoit-il
d'augmenter le nombre de ses sujets, ceux
que le ciel lui a donnés, par leur fidélité
& seur amour lui tiennent lieu de tout
l'Univers. Aspiroit-il à la gloire? Il nen
connoît point d'autre que celle de rendre
ses peuples heureux. Ne soyons donc point
furpris, si de tous les droits que lui donne
la victoire, il ne se réserve que celui de
donner la Paix aux peuples, que la Guerre
rendoit malheureux parce qu'ils vouloient
l'être.
Mais vous, François, qui avez suivi votre
Prince avec tant de zéle & de valeur dans les
combats, n'avez- vous pas été trompé dans
vos espérances: ne murmurez- vous pas se-
cretement de la générosité d'un Vainqueur
si
AVRIL. 1752.
29
si clément& si désintéressé ? Ne regrettez-
vous pas ce qu'il rend à ses ennemis? Et
en effet de tant de places conquises, au
péril de votre vie, de tant de villes for-
cées par vos travaux, de tant d'ennemis
vaincus par vos bras, que vous reste t il ?
le seul honneur d'avoir triomphé de tout ?
Vous ne pourez donc plus nous dire, en
nous conduisant dans les plaines, théâtre
de votre gloire: Ici nous avons battu l'en-
nemi: là nous l'avons fait prisonnier: ici
Louis risqua sa vie; là nous l'arrachâmes à
la mort. Eh! Que peut dire la Renommée
en voyant toutes vos conquêtes entre les
mains de leurs anciens possesseurs? Vous-
mêmes ne pouvez-vous pas les regarder
comme un beau songe? & l'Envie n'aura-
t. elle pas un jour le droit de vous les con-
tester? Ah ! vous n'avez garde de le crain-
dte; les éloges de vos ennemis mêmes
vous assurent des monumens plus brillans
que l'or, plus durables que le bronze, où
tous vos faits héroiques sont gravés &
consacrés à l'immortalité. Et qui mieux
qu'eux, peut estimer la valeur de leurs
pertes, & l'importance de la restitution?
Oui, diront-ils, ces villes que nous habi-
tons, ces forteresses que nous occupons,
nous ne les avons pas conservées par notre
courage; mais elle nous ont été rendues
50 MERCUREDEFRANCE.
par nos vainqueurs, par les François à qui
la Victoire les avoit données.
Quelle valeur dans ces François: ni les
tems, (1) ni les lieux, (2) ni les saisons,
(3) ni les deffenses, (4) rien n'arrête
leur bravoure. Soit sous les yeux de leur
Roi, (5) soit sous la conduite de leurs
Généraux, (6) soit qu'ils combattent
pour eux, (7) soit qu'ils secourent leurs
Alliés, (8) leur courage est le même:
quelques ennemis qu'ils ayent à combattre,
(9) leur intrépidité ne se dément pas. Plus
(1) Bataille de Laufeld au fort de l'été. Prise de
Bruxelles au fort de l'hyver, Siège de Fribourg
au milieu des vents & des pluyes.
(2) En Flandre, en Alsace, en Italie & en
Provence.
(3) Il n'y a point de mois dans l'année où l'on
n'ait fait quelques opérations militaires d'impor-
tance.
(4) Témoins les Sièges d'Ostende, de Bruxel-
les, de Bergopsom & de Mastreicht.
(5) Aux Sièges de Menin, Ypres, Fribourg
Ville & Citadelle de Tournai, & aux batailles de
Fontenoi & de Laufeld.
(6) Les Princes de Conti & de Clermont.
MM. les Maréchaux de Saxe, de Lowendal
d'Harcourt, de Maillebois, de Belle-Isse. MM.
de Boufflers, du Chaila, de Souvré, la Vieuville
Clermont-Gallerande, de Lautrec & de la Fare
(7) En Flandre & en Alsace.
(8.) En Italie & en Provence pour l'Espagne, la
République de Genes, & le Roi de Prusse, &c.
(9) Allemands, Hollandois, Anglois, Hongrois, &c.
AVRIL.
1752.
51
de quarante places emportées, (1) qua-
tre batailles (2) gagnées sont le fruit de
quatre campagnes: (5) quels terribles
ennemis! mais quels généreux vainqueurs!
Tout ce que leur valeur nous a enlevé
leur générosité nous l'a rendu. En un seul
jour nous avons reçu d'eux ce que quatre
années de deffense ne nous avoient pu con-
server. Les Dieux triompherent des Ti-
tans en les écrasant, mais les François ne
sçavent se vanger qu'en rendant les vain-
cus aussi heureux, que s'ils eussent été vain-
queurs. Tant que vous vivrez, diront-ils à
leurs enfans, que les François ne sortent
point de votre cœeur. Redoutez-les; justes
& braves, leurs armes conquirent votre
pays; aimez-les; nobles & généreux ils
vous le rendirent. Vos demeures, vos for-
tunes, votre repos, votre vie, c'est à
(1) Villes de prises. Nice, Ville-franche,
Furnes, Tournai, Gand, Bruges, Oudenarde
D'endermonde, Tottonne, Ostende, Nieu-
port, Plaisance, Parme, Pavie, Ath, Alexandrie
Valence, Bruxelles, Anvers, Mons, Namur; Ber-
gop-zoom, Mastreicht. Villes qui se sont rendues.
Courtrai, Menin, Ypres, Fribourg. Citadelles de
Tournai, Plaisance, Parme Forts de la Kenoque
Demon; Fribourg. Forteresses de Montalban, Châ-
teau-Dauphin. Places de Saint Guilain, Charles-
le-Roi. Chateaux de Gand, Tortonne, Namur
(2) A Fontenoi, au Tanaro, à Rocoux, à Laufeld.
(3)1744, 1745, 1746, & 1747.
Cij
52 MERCUREDEFRANC E.
eux que vous le devez: l'air même que
vous respirez est un de leur bienfaits.
François, entendez-vous ce langage ?
la gloire en a-t-elle de plus flatteur ? Si
vous aviez conservé toutes ces places, vous
n'auriez autour de vous que des murmura-
teurs qui vous envieroient à chaque ins-
tant leurs anciens domaines: en les leur
laissant vous avez des admirateurs, des
panégyristes éternels de votre courage &
de votre générosité.
Vivez donc comme nos amis, peuples,
qui nous avez forcé de vous traiter comme
ennemis: jouissez à jamais de la générosité
du plus modéré des Conquérans.
II. Mais la bonté de Louis vainqueur en-
vers ses ennemis, n'a rien fait perdre à ses
augustes Alliés de ce qu'ils attendoient de
ses promesses & de ses engagemens solem-
nels. Louis désintéressé pour lui même en
donnant la paix aux vaincus, a sçu con-
server les droits de ceux pour qui il faisoit
la guetre: leut repos & leur affermisse-
ment à été la premiere & l'unique loi im-
posée aux ennemis jaloux des Puissances
alliées d'un deffenscur si généreux & si
fidele.
O vous PRINCE fortuné, que le Ciel
a fait le fils & le gendre des deux plus puif-
sans Rois de l'Europe, commencez à jouir
AVRIL.
1752.
53
du fruit de vos travaux. La Guerre vous
trouva digne de commander, la Paix vous
donne des sujets dignes de vous obéir. La
France & l'Espagne vous sont attachées,
moins par le sang, que par l'estime que
vous ont mérité vos hautes vertus. Aujour-
d'hui, loin du tumulte des armes, vous
pouvez vous livrer aux douceurs de votre
glorieux hymen. De quelle auguste épouse
vous possedez l'amour! Elle fit les délices
de tout le peuple François, elle fait seule
toutes les votres. Que de votre union il-
puisse naître une postérité de Princes hé-
ritiers des sentimens comme de la noblesse
de tous leurs ayeux: que seut nom & leur
vertu remplissent un jour l'Univers.
Braves PRUSSIENS, qui n'avez ces-
sé de vaincre que lorsque vous avez cessé
de combattre, essuyez enfin la sueur qui
baigne vos fronds guerriers. Sous la con-
duite de votre Monarque, que pouviez-
vous attendre que la victoire dans la guer-
re? que la tranquillité dans la paix ? Fre-
deric vous aime, vous anime, & pour
comble de félicité, Louis est son ami &
son allié.
GENES, superbe République, qui as
vu ta liberté renaître de ses propres cen-
dres, goûtes en les doux fruits. Quelle
doit te patoître douce, après que tu l'as
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
achetée si cher, au prix de ton sang
Quelle t'est glorieuse, puisque la valeur &
la justice te l'ont seules fait recouvrer.
L'Espagne & la France ont unis leurs ar-
mes à ton bon droit; pourrois-tu douter de
notre bienveillance? Boufflers le brave &
malheureux Boufflers, dans la poussiere
où tu le conserves en est l'ôtage, Riche-
lieu, dans la Guerre te l'a confirmée par sa
valeur, & dans la Paix Chauvelin ne ces-
se de la ratifier pat sa sagesse.
III. Mais encore, seroit-ce aux dépens
de ses peuples que Louis seroit généreux
envers ses ennemis, & fidele à ses alliés?
Non: & son principal objet dans la Paix
étoit de rendre à ses sujets la joye la tran-
quillité & l'abondance, que la guerre tenoit
comme suspendues, mais qui sont les
fruits heureux de son regne pacisique.
Le seul nom de paix essuye les pleurs, que
les plus belles victoires séchoient à peine,
le jour qu'on en apporte la nouvelle est un
jour d'allégresse & de fête. Tout est en ha-
leine: l'on croiroit que c'est le bruit de
quelque nouvelle victoire; non: c'est la
certitude de pouvoir se passer de ses fa-
veurs meurtrieres.
Quand on l'annonce au peuple impatient,
la joye se renouvelle & prend mille for-
mes differentes. Ici elle s exhale ingenieu-
AVRIL.
1752.
sement en l'air dans mille desseins enflam-
més: là elle s'exprime en chants & en dan-
ses: les élémens semblent la partager avec
nous. Le jour l'annonce à la nuit par mille
préparatifs pompeux: la nuit l'annonce au
jour par l'exécution des fêtes les plus bril-
lantes: elle devient elle-même un nouveau
jour par l'éclat, qui par tout dissipe ses
ombres. Nos Temples, qui nous ont vû si
souvent, les genoux en terre, demander
au Ciel avec larmes la conservation de
notre Roi, la fin de la Guerre, le retour
de la Paix, ne retentissent plus aujourd'hui
que de cantiques de joye: leurs voûtes sa-
crées ne sont plus chargées de drapeaux
déchirés & sanglans, illustres garants de
notre valeur, il est vrai, mais témoins im-
portuns, qui rappellent toujours le sang
& le carnage à la face des Autels du Dieu
de la Paix.
Ala joye se joint la tranquillité. Et qui pou-
roit la troubler aujourd'hui? Notre Monar-
que n est plus dans les champs de Mars: il
na plus de villes à subjuguer, d'ennemis à
vaincre de fleuves à traverser, de marches
à soutenir, de combats à livrer, de sièges
à former, de dangers à braver: la Paix
nous rend Louis à lui-même, à sa famille,
à ses sujets: Qui peut mieux assurer notre
repos?
Ciiij
MdO
56 MERCURE DE FRANCE.
Le soldat que la valeur naturelle a fait
surmonter toutes les rigueurs de la Guer-
re, peut à présent à l'ombre de ses lauriers,
faire le récit de ses travaux, & apprécier
son repos par ses fatigues passées.
Familles désolées, vous revoyez vos
parens que la Guerre avoit attachés aux
pas de Louis. Meres vous revoyez vos fils,
ces chers fils dont l'absence vous fut si sen-
sible; vous ne verserez plus sur eux que des
larmes de tendresse, au récit des dangers
qui les ont épargnés.
Les provinces que la situation éloigne du
centre de l'Etat, sans leur faire perdre au-
cun droit sur. son amour, nont plus à
craindre l'invasion des troupes ennemies,
la paix les garantit de tous dangers; elle
leur apporte même l'abondance qu'elle ré-
pand déjà par tout.
Déja la mer qui cesse d'être infestée par
des courtes ennemies, permet au commer-
ce de renouer ses liens relâchés. Déjà les
Nations lointaines se hâtent d'échanger
leurs trésors contre nos riches superfluitens.
Tous les peuples nen font plus qu'un;
l'Univers n est plus qu'une même famille
à qui l'abondance ouvre differentes voies
pour s'enrichir.
Artisans que la triste nécessité avoit arra-
chés à vous-mêmes, la Paix vous renvoye
Digsiras vO
AVRIL. 1752.
à vos foyers: profitez pour votre propre
intérêt d'un tems que vous donnâtes au
bien public, teprenez avec plus d'ardeur
vos occupations, & servez l'Etat en en-
tretenant cette sage oeconomie, qui fait
que vous ne pouvez vous passer de ceux
que la fortune a placé au dessus de vous,
& que ceux ci ne peuvent se passer de
votre industrie.
Négocians rouvrez vos banques, & vos
comptoirs: tout est libre, tout est tran-
quille; la Paix favorise vos entreprises,
elle ne demande qu'à vous enrichir.
AU ROY.
GRAND ROI, de quelle gloire ne
vous couvrez-vous pas! Juste dans vos
projets, ferme dans l'exécution, modeste
après le succès, il ne vous manquoit que de
terminer une guerre si glorieuse par une
paix qui fut tout ensemble une source
d'admiration pour vos ennemis, de re-
connoissance pour vos alliés, de bonheur
pour votte peuple. Vous l'avez donnée enfin
cette paix, si long-tems l'objet de nos
désirs, dignes fruits des fentimens géné-
reux de votre grande ame, & qui ne nous
laisse plus rien à souhaiter que d'en jouir
toujours.
CV
58 MERCUREDE FRANCE.
Qu en vous l'Univers admire un Souve-
rain digne de lui commander, que les
Mouarques trouvent un Roi, les Conqué-
rans un Héros, les Généraux un Chef ini-
mitable: que vos ennemis redoutent un
bras invincible, que vos alliés respectent
un coeur fidéle, mais pour vos sujets qu'ils
ne puissent aimer en vous qu'un Roi paci-
fique; que votre regne soit celui de la
Paix, & qu'ils soient l'une & l'autre éter-
nels.
Dans la derniere Guerre & dans la
Paix.
DISCOURS.
Par A. M. Lot.
LA Guerre a ses conquérans, comme la
Paix a ses sages. La valeur fait les premiers ;
& la politique les feconds; mais la-
gloire est également l'objet & la récom-
pense des uns & des autres. Au Temple de
Mémoire les Princes amis de la Paix fe
trouvent auprès des Princes favoris de Bel-
lone, l'Immortalité les consacre sous le
même sceau: quoiqu'il y ait sans doute eu-
u eux une différence essentielle de vertus,
zed by Goc
38 MERCUREDEFRANCE.
qui, surtout aux yeux des Nations intéref-
sées, met les uns beaucoup au dessus des
autres.
Mais si l'éclat des vertus guerrieres, ou la
solidité des vertus pacisiques, fixe sur les-
Rois qui se sont distingués par les unes ou-
par les autres les regards étonnés de la
postérité, & leur assure le juste tribut, ou
de l'admiration, ou de la reconnoissance
publique: quels éloges, & quels applau-
dissemens ne sont point dus au Prince en-
qui la valeur & la sagesse font voir en mê-
me temps ce qu'il y a de plus brillant dans
les succès militaires, & ce qu'il y a de
plus flatteur dans l'usage de la Paix.
A ces trais la France reconnoît son augus-
te Monarque, devenu par la multitude de
ses bienfaits, l'objet de sa tendresse, & par
ses qualités éminentes l'appuy de son bon-
heur. Louis. ... A ce nom, quelle joye se
répand dans mon ame! Quelles nobles
idées se présentent à mon esprit!
Les Alexandres offrent-ils rien de plus
admirable dans la rapidité de leurs con-
quentes! Les Augustes ont-ils porté plus
loin la sagesse de leur politique.
Que l'envie éleve donc sa voix, si elle
veut, contre une glorre qu'elle ne peut
ternir; que la flatterie de son côté s'ef-
force d'ajoûter à l'éclat de ce Heros par
AVRIL.
1752.
39
des éloges empruntés, la vérité fera taire
Lune & l'autre, & montrant dans Louis.
grand dans la Guerre &
un Monarque,
grand dans la Paix, elle apprendra aux.
Mastres du monde quelle est la vraye gran-
deur des Rois.
PREMIERE PARTIE.
La gloire du Roy dans la dernitre Guerre.
Armet cent mille bras, inonder de
combattans des Provinces entieres, for-
met des Sièges, livrer des Batailles, c'est
ce que peuvent faire tous les Conquérans
& tous les Rois, il ne faut que des soldats,,
il n'est besoin que de sujets. Mais n'entre-
prendre la guerre que pur justice, la soute-
nir pur sa valeur, en accolerer la fin par sae
mod eration; ce sont là les traits distinctifs
des Princes faits pour le bonheur du
monde.
I. Loin d'ici ces Rois, qui oubliant que
le glaive leur est consié pour se deffendre,
& non pour attaquer, se font un jeu des
Hazards cruels des armes, allument de
sens froid le feu de la Guerre, pour le souf-
fliet enfuite de toutes parts, mettent eux-
memes entre les mains de leurs sujets les
foudtes dont ils veulent écraser leurs en-
neiis, fuaisant de ceux là moins des sol-
Digsienas uO
40 MERCUREDE FRANCE.
dats, que de vils ministres de leurs ven-
geances, payés pour immoler des victimes
sans nombre à leur ambition, ou à leur
haine personnelle, & les sacrifiant eux-
mêmes sans pitié à l'incertitude des événe-
mens.
Aux yeux de Louis, la Guerre n'a que
des horreurs qui allarment sa bonté, qui-
affligent sa grande ame sensible aux mal-
heurs des hommes; soit qu'il l'envisage en
elle-même, il sçait que quelque juste
qu'elle puisse être, elle entraîne toujours
un torrent d'injustices; que la valeur heu-
reuse sortant des bornes d'une défense lé-
gitime & indispensable dégénére souvent
en cruauté; soit qu'il l'envisage dans sa
fin & ses récompenses, il sçait que quel-
que flatteuse, quelque brillante que soit
la victoire, sa main qui couronne le vain-
queur est elle-même teinte de sang, ainsi
que les fleurs dont elle orne sa tête; que
ses lauriers si désirés sont sujets eux-mêmes
à la foudre, & qu'enfin le beau titre de
Conquérant n'est que le nom déguisé de
destructeur des hommes. Aussi brave, &
non moins intrépide qu'Alexandre & Ce-
sar, il ne fait point, comme eux servir la
valeur aux projets insensés d'une ambition
furieuse qui se cherche volontairement
des ennemis pour les vaincre, qui seme
AVRIL.
1752. 41
thez les peuples voisins des jalousies pour
se former des prétextes spécieux à ses ar-
mes, il fait au contraire céder les plaintes
les plus légitimes à l'amour de la paix. Le
commerce maritime de la France troublé
au mépris du droit des gens & des paroles
les plus folemnelles. Des hostilités qui se
multiplient sur terre & sur l'onde, enfin
nos provir ces inondéesd'armées étrangères,
voilà ce qui arme enfin Louis. Cen est pas
sa propre injure qu'il prétend venger,
c est la Majesté de sa couronne qu'il ne
peut trahir, c'est la sûreté de ses sujets
qu'il doit deffendre: ce sont les droits de
ses alliés qu'il a promis de conserver. Pres-
sé par de si justes motifs, il ne parle plus
que de voler au secours de ses peuples, &
de partager avec eux les fatigues & les
dangers: rien n'est capable de balancer
son généreux dessein. Sa famille éplorée
voudroit s'opposer par ses regrets & ses
larmes à son ardeur belliqueuse, il est sen-
sible à la douleur, mais il entend son peu-
ple qui l'appelle, il quitte en Heros sa fa-
mille qu'il aime en pere.
Louis part. ... Puissances ennemies pré-
venez votre vainqueur. C'est la justice qui
arme son bras, c'est la valeur qui va le
soutenit, & qui le fera triompher de voa
estoris.
Digtzes bOO
42 MERCURE DE FRANCE.
II. Je t'en atteste, Flandre, théatre
éternel de combats & de victoires. As tu-
jamais vum d'une part des ennemis plus en-
treprenans & plus braves, & de l'autre un
Conquérant plus habile à les déconcerter,
plus courageux pour les vaincre.
MENIN malgré sa deffense est obligé
d'ouvrir ses portes. Tpres prévient sa ruine
par une capitulation: rien n'arrête Louis,
à qui son courage fait oublier son repos,
sa santé, sa vie même. Si dans la Flandre,
où tout retentit du bruit de ses victoires,
le nom de L'Alsace anvestie de troupes en-
nemies vient frapper ses oreilles, aussi-tôt
Ioin de s'endormir a l'ombre de ses lau-
riers, il laisse ces campagnes pleines de
son nom & de sa gloire, & il part pour-
PAlsace, où de nouveaux travaux l'atten-
dent. François, vous frémissés encore au
souvenir de ce que ce voyage pensa vous-
coûter. De quelle douleur en effet ne fûtes-
vous point frappés, lorsque ce Prince si
digne de vos respects & de votre amour,
que la Victoire avoit couvert de ses aîles,
& sauvé de tous les hazards de la guerre,
livré aux attaques violentes d'une cruelle
maladie, mit en si grand danger vos espé-
rances, votre bonheur & votre gloire!
Seul intrépide au milieu de l'allarme &
de la consternation universelle, il voyoit:
AVRIL 1752.
43
la mort d'un oeil ferme; & il n'échappa
d'un si grand péril que pour en chercher
de nouveaux. Sa prétieuse santé n'est pas
encore affermie, qu'il l'expose aux fatigues
d'un Siège; il vole à Fribourg: là vain-
queur de tous les obstacles que l'art & la
nature, le ciel & la terre lui opposent; il
force enfin la ville à se rendre.
Cette premiere campagne, en soumer-
tant à Louis toutes les villes qu'il faisoit
assiéger, n'étoit que le prélude heureux de
conquentes encore plus glorieuses, & de
ces journées à jamais mémorables, où nos
ennemis soutenus. par les armées les plus
nombreuses, animés par les motifs les plus
pnissans, conduits par les Généraux les
plus expérimentés, ont cependant suc-
combé à la valeur de Louis.
AFONTENOI, sur un menme champ
de bataille, je vois s'avancer non une seule
Nation, mais les forces entieres de plu-
sieurs. Le courage, une haine violente,,
de vaines espérances poussent avec fureur
contre les François une colonne redouta-
ble, qui paroît devoir porter la terreur &
la mort. On la vit en effet pendant, quel-
que tems tenir la victoire incertaine, mais,
l'intrépidité que les regards du Monarque
inspirent à son, invincible Maison, fit
bien-tônt avorter les redoutables efforts de-
ces braves ennemis.
44 MERCURE DE FRANCE
TOURNAI gémit de la foiblesse de
ses deffenseurs, & na plus d'autres res-
fource que dans la clémence du Roi, dont
il avoit cru pouvoir impunément btaver
les forces & les ménaces.
Enfin LAUFELT inconnu jusqu'alors
devient également fameux & par la gloire
de Louis, & par la défaite de ses ad vert
faires.
Après de si brillans succès, qu'attendre
de Louis? Jeune & heureux Conquérant,
ira.t. il par un tranquile repos terminer des
campagnes qui s'embellissent sous ses pas?
Alexandre n avoit pas encore achevé de
suumettre les contrées dont il avoit médité.
la conquête, qu'il se plaignoit déjà de n'a-
voir pas un fecond monde à conquérir.
Que les pensées de Louis sont différentes!
S'il se plaint, cen est que de ses victoires,
parce qu'elles coûtent tant de sang à ses
ennemis, tant de travaux à ses sujets: peu
jaloux de regner sur l'univers, s'il lui faur
acheter par les armes le droit de lui com-
mander: se vaincre soi-même lui paroît
au dessus de toutes les victoires. Si l'Em-
pire du monde étoit offert à ses exploits,
il le refuseroit, content d'être comme il
est, l'amour d'une partie, & l'admiration
de toutes les aûtres.
Ainsi loin d'entretenir la guerre qui ne
AVRIL.
1752.
45
lui promet que des triomphes, il ne balan-
ce pas à en accélérer la fin par sa modéra-
tion.
III. Dans tout ce qu'il fait, c'est l'amour
de la Paix qui le guide. S'il livre des Ba-
tailles, s'il asfiège des villes, son unique
objet est de rappeller la Paix. Tout cet ap-
pareil de guerre n'est pour lui qu'un prélu-
de pour la Paix; sur ces drapeaux, qui en
se déployant en l'air, retracent aux yeux ou
les effets cruels, ou les symboles effrayans
des fureurs de la Guerre, il croit lire le
doux nom de Paix, & toutes ses démar-
ches tendent- elles à un autre but?
Dans le combat il ne cherche point à ré-
pandre le sang; il ne veut que forcer les
ennemis à rendre les armes. S'il voit couler
leur sang, il gémit de leur cruelle opiniâ-
treté, qui force la victoire à être sanglante,
Et lorsque le champ de bataille demeure
à la supériorité de ses armes & de son cou-
rage, quel usage fait-il de la victoire?
C'est pour rendre aux morts les devoirs de
la nature, s'acquitter envers les blesses ou
les mourans des droits de l'humanité, &
donner à ceux que la mort a épargné,
mais que la victoirę lui soumet, des preu-
ves de sa générosité. C'est alors qu'il se
plaît à déposer le titre de Vainqueur. Le
sang répandu, il ne peut plus le rendre,
46 MERCURE DEFRANCE.
mais il empêche de se répandre d'avania-
ge; il change même, pour ainsi dire, la
nature de celui qui reste dans les veines de
ses ennemis: il neût coulé que pour la
vengeance, par les soins de Louis, bien-
tôt, il ne coulera plus que pour la recon-
noissance. Les ennemis blesses sont con-
fondus avec les soldats blessés du Vain-
queur: ils partagent avec eux les mêmes
soins, & déjà ils ne forment plus qu'une
même famille. La France qui les a cou-
vert de blessures devient seur mere; Louis
qui les a vaincu leur sert de pere: il adou-
cit leurs playes em les visitant, il console
leurs pemes de sa propre voix: les enne-
mis baisent la main qui les a terrasses, &
l'Hôpital, séjour ordinaire de murmures
& de blasphêmes, devient un Temple
d'actions de graces & de bénédictions.
Enfin lorsque les frimats rappellent
Louis dans le sein de ses villes, de quelles
traces est marqué le retour de ses campa-
gnes victorieuses? Voit-on le char qni le
ramene en triomphe suivi ou précédé d'une
foule gémissante de Heros vaincus & cons-
ternés ? il ne veut d'autre appareil que ce-
lui d'un Vainqueur modeste & pacisique.
Les louanges qu'on lui décerne sur ses vic-
toires, les éloges qu'on lui fait de ses con-
quêtes, n'excitent que ses regrets, quand
AVRIL. 1752.
47
il se rappelle ce qu'elles ont coûté aux en-
nemis; il frémit encore au simple souvenit,
mais il sourit au titre de bien-aimé, &
d'amateur de la parx.
Que tardes-tu donc, aimable paix, de
dissiper le sousle fatal de la division, pour
faire sentir tes divines influences.
Enfin les tems sont arrivés: les ennemi-
de Louis convaincus de son équité, terras-
ses par sa fotce, confondus par sa dou-
ceur, rendent les armes. Louis pose son
tonnerre, & se hâte de distribuer les ra-
meaux de l'olive, aulli grand en bornant
ses conquêtes, qu'il l'étoit en travaillant à
les étendre.
SECONDE PARTIE.
La gloire du Roi dans la Paix.
Vaincre & pardonner, c'est le trait des
grandes ames, des Alexandres des Darius,
des Césars & des Pompées; mais vaincre,
& vaincre à schaque combat, unir triom-
phe à triomphe, compter ses victoires par
ses batailles, & terminer une longue suite
de brillans succès par accorder à son enne-
mi, une paix qui le met presqu au niveau
du Vainqueur; voilà le comble de l'he-
roisme. Et c'est ce que fait Louis en don-
es VOO
48 MERCURE DE FRANCE.
nant la paix à l'Europe, paix glorieuse,
en ce qu'elle est tout ensemble de la part
de ce Monarque une preuve de générosité
envers ses ennemis, à qui il accorde ce qu'ils
n avoient pas droit de prétendre ni même
d'espérer: un gage de fidelité envers ses alliés,
dont il affermit les droits pour le présent
& les rassure pour l'avenit; enfin un témoi-
gnage d'amour envers ses sujeis, dont il veut
cimenter à jamais le repos & le bonheur.
1. Quelles vûes avoit notre Roi en fai-
sant la guerre? Cherchoit-il à reculer ses
frontieres par ses conquêtes? c est le plus
puissant Roi de l'Europe. Se proposoit-il
d'augmenter le nombre de ses sujets, ceux
que le ciel lui a donnés, par leur fidélité
& seur amour lui tiennent lieu de tout
l'Univers. Aspiroit-il à la gloire? Il nen
connoît point d'autre que celle de rendre
ses peuples heureux. Ne soyons donc point
furpris, si de tous les droits que lui donne
la victoire, il ne se réserve que celui de
donner la Paix aux peuples, que la Guerre
rendoit malheureux parce qu'ils vouloient
l'être.
Mais vous, François, qui avez suivi votre
Prince avec tant de zéle & de valeur dans les
combats, n'avez- vous pas été trompé dans
vos espérances: ne murmurez- vous pas se-
cretement de la générosité d'un Vainqueur
si
AVRIL. 1752.
29
si clément& si désintéressé ? Ne regrettez-
vous pas ce qu'il rend à ses ennemis? Et
en effet de tant de places conquises, au
péril de votre vie, de tant de villes for-
cées par vos travaux, de tant d'ennemis
vaincus par vos bras, que vous reste t il ?
le seul honneur d'avoir triomphé de tout ?
Vous ne pourez donc plus nous dire, en
nous conduisant dans les plaines, théâtre
de votre gloire: Ici nous avons battu l'en-
nemi: là nous l'avons fait prisonnier: ici
Louis risqua sa vie; là nous l'arrachâmes à
la mort. Eh! Que peut dire la Renommée
en voyant toutes vos conquêtes entre les
mains de leurs anciens possesseurs? Vous-
mêmes ne pouvez-vous pas les regarder
comme un beau songe? & l'Envie n'aura-
t. elle pas un jour le droit de vous les con-
tester? Ah ! vous n'avez garde de le crain-
dte; les éloges de vos ennemis mêmes
vous assurent des monumens plus brillans
que l'or, plus durables que le bronze, où
tous vos faits héroiques sont gravés &
consacrés à l'immortalité. Et qui mieux
qu'eux, peut estimer la valeur de leurs
pertes, & l'importance de la restitution?
Oui, diront-ils, ces villes que nous habi-
tons, ces forteresses que nous occupons,
nous ne les avons pas conservées par notre
courage; mais elle nous ont été rendues
50 MERCUREDEFRANCE.
par nos vainqueurs, par les François à qui
la Victoire les avoit données.
Quelle valeur dans ces François: ni les
tems, (1) ni les lieux, (2) ni les saisons,
(3) ni les deffenses, (4) rien n'arrête
leur bravoure. Soit sous les yeux de leur
Roi, (5) soit sous la conduite de leurs
Généraux, (6) soit qu'ils combattent
pour eux, (7) soit qu'ils secourent leurs
Alliés, (8) leur courage est le même:
quelques ennemis qu'ils ayent à combattre,
(9) leur intrépidité ne se dément pas. Plus
(1) Bataille de Laufeld au fort de l'été. Prise de
Bruxelles au fort de l'hyver, Siège de Fribourg
au milieu des vents & des pluyes.
(2) En Flandre, en Alsace, en Italie & en
Provence.
(3) Il n'y a point de mois dans l'année où l'on
n'ait fait quelques opérations militaires d'impor-
tance.
(4) Témoins les Sièges d'Ostende, de Bruxel-
les, de Bergopsom & de Mastreicht.
(5) Aux Sièges de Menin, Ypres, Fribourg
Ville & Citadelle de Tournai, & aux batailles de
Fontenoi & de Laufeld.
(6) Les Princes de Conti & de Clermont.
MM. les Maréchaux de Saxe, de Lowendal
d'Harcourt, de Maillebois, de Belle-Isse. MM.
de Boufflers, du Chaila, de Souvré, la Vieuville
Clermont-Gallerande, de Lautrec & de la Fare
(7) En Flandre & en Alsace.
(8.) En Italie & en Provence pour l'Espagne, la
République de Genes, & le Roi de Prusse, &c.
(9) Allemands, Hollandois, Anglois, Hongrois, &c.
AVRIL.
1752.
51
de quarante places emportées, (1) qua-
tre batailles (2) gagnées sont le fruit de
quatre campagnes: (5) quels terribles
ennemis! mais quels généreux vainqueurs!
Tout ce que leur valeur nous a enlevé
leur générosité nous l'a rendu. En un seul
jour nous avons reçu d'eux ce que quatre
années de deffense ne nous avoient pu con-
server. Les Dieux triompherent des Ti-
tans en les écrasant, mais les François ne
sçavent se vanger qu'en rendant les vain-
cus aussi heureux, que s'ils eussent été vain-
queurs. Tant que vous vivrez, diront-ils à
leurs enfans, que les François ne sortent
point de votre cœeur. Redoutez-les; justes
& braves, leurs armes conquirent votre
pays; aimez-les; nobles & généreux ils
vous le rendirent. Vos demeures, vos for-
tunes, votre repos, votre vie, c'est à
(1) Villes de prises. Nice, Ville-franche,
Furnes, Tournai, Gand, Bruges, Oudenarde
D'endermonde, Tottonne, Ostende, Nieu-
port, Plaisance, Parme, Pavie, Ath, Alexandrie
Valence, Bruxelles, Anvers, Mons, Namur; Ber-
gop-zoom, Mastreicht. Villes qui se sont rendues.
Courtrai, Menin, Ypres, Fribourg. Citadelles de
Tournai, Plaisance, Parme Forts de la Kenoque
Demon; Fribourg. Forteresses de Montalban, Châ-
teau-Dauphin. Places de Saint Guilain, Charles-
le-Roi. Chateaux de Gand, Tortonne, Namur
(2) A Fontenoi, au Tanaro, à Rocoux, à Laufeld.
(3)1744, 1745, 1746, & 1747.
Cij
52 MERCUREDEFRANC E.
eux que vous le devez: l'air même que
vous respirez est un de leur bienfaits.
François, entendez-vous ce langage ?
la gloire en a-t-elle de plus flatteur ? Si
vous aviez conservé toutes ces places, vous
n'auriez autour de vous que des murmura-
teurs qui vous envieroient à chaque ins-
tant leurs anciens domaines: en les leur
laissant vous avez des admirateurs, des
panégyristes éternels de votre courage &
de votre générosité.
Vivez donc comme nos amis, peuples,
qui nous avez forcé de vous traiter comme
ennemis: jouissez à jamais de la générosité
du plus modéré des Conquérans.
II. Mais la bonté de Louis vainqueur en-
vers ses ennemis, n'a rien fait perdre à ses
augustes Alliés de ce qu'ils attendoient de
ses promesses & de ses engagemens solem-
nels. Louis désintéressé pour lui même en
donnant la paix aux vaincus, a sçu con-
server les droits de ceux pour qui il faisoit
la guetre: leut repos & leur affermisse-
ment à été la premiere & l'unique loi im-
posée aux ennemis jaloux des Puissances
alliées d'un deffenscur si généreux & si
fidele.
O vous PRINCE fortuné, que le Ciel
a fait le fils & le gendre des deux plus puif-
sans Rois de l'Europe, commencez à jouir
AVRIL.
1752.
53
du fruit de vos travaux. La Guerre vous
trouva digne de commander, la Paix vous
donne des sujets dignes de vous obéir. La
France & l'Espagne vous sont attachées,
moins par le sang, que par l'estime que
vous ont mérité vos hautes vertus. Aujour-
d'hui, loin du tumulte des armes, vous
pouvez vous livrer aux douceurs de votre
glorieux hymen. De quelle auguste épouse
vous possedez l'amour! Elle fit les délices
de tout le peuple François, elle fait seule
toutes les votres. Que de votre union il-
puisse naître une postérité de Princes hé-
ritiers des sentimens comme de la noblesse
de tous leurs ayeux: que seut nom & leur
vertu remplissent un jour l'Univers.
Braves PRUSSIENS, qui n'avez ces-
sé de vaincre que lorsque vous avez cessé
de combattre, essuyez enfin la sueur qui
baigne vos fronds guerriers. Sous la con-
duite de votre Monarque, que pouviez-
vous attendre que la victoire dans la guer-
re? que la tranquillité dans la paix ? Fre-
deric vous aime, vous anime, & pour
comble de félicité, Louis est son ami &
son allié.
GENES, superbe République, qui as
vu ta liberté renaître de ses propres cen-
dres, goûtes en les doux fruits. Quelle
doit te patoître douce, après que tu l'as
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
achetée si cher, au prix de ton sang
Quelle t'est glorieuse, puisque la valeur &
la justice te l'ont seules fait recouvrer.
L'Espagne & la France ont unis leurs ar-
mes à ton bon droit; pourrois-tu douter de
notre bienveillance? Boufflers le brave &
malheureux Boufflers, dans la poussiere
où tu le conserves en est l'ôtage, Riche-
lieu, dans la Guerre te l'a confirmée par sa
valeur, & dans la Paix Chauvelin ne ces-
se de la ratifier pat sa sagesse.
III. Mais encore, seroit-ce aux dépens
de ses peuples que Louis seroit généreux
envers ses ennemis, & fidele à ses alliés?
Non: & son principal objet dans la Paix
étoit de rendre à ses sujets la joye la tran-
quillité & l'abondance, que la guerre tenoit
comme suspendues, mais qui sont les
fruits heureux de son regne pacisique.
Le seul nom de paix essuye les pleurs, que
les plus belles victoires séchoient à peine,
le jour qu'on en apporte la nouvelle est un
jour d'allégresse & de fête. Tout est en ha-
leine: l'on croiroit que c'est le bruit de
quelque nouvelle victoire; non: c'est la
certitude de pouvoir se passer de ses fa-
veurs meurtrieres.
Quand on l'annonce au peuple impatient,
la joye se renouvelle & prend mille for-
mes differentes. Ici elle s exhale ingenieu-
AVRIL.
1752.
sement en l'air dans mille desseins enflam-
més: là elle s'exprime en chants & en dan-
ses: les élémens semblent la partager avec
nous. Le jour l'annonce à la nuit par mille
préparatifs pompeux: la nuit l'annonce au
jour par l'exécution des fêtes les plus bril-
lantes: elle devient elle-même un nouveau
jour par l'éclat, qui par tout dissipe ses
ombres. Nos Temples, qui nous ont vû si
souvent, les genoux en terre, demander
au Ciel avec larmes la conservation de
notre Roi, la fin de la Guerre, le retour
de la Paix, ne retentissent plus aujourd'hui
que de cantiques de joye: leurs voûtes sa-
crées ne sont plus chargées de drapeaux
déchirés & sanglans, illustres garants de
notre valeur, il est vrai, mais témoins im-
portuns, qui rappellent toujours le sang
& le carnage à la face des Autels du Dieu
de la Paix.
Ala joye se joint la tranquillité. Et qui pou-
roit la troubler aujourd'hui? Notre Monar-
que n est plus dans les champs de Mars: il
na plus de villes à subjuguer, d'ennemis à
vaincre de fleuves à traverser, de marches
à soutenir, de combats à livrer, de sièges
à former, de dangers à braver: la Paix
nous rend Louis à lui-même, à sa famille,
à ses sujets: Qui peut mieux assurer notre
repos?
Ciiij
MdO
56 MERCURE DE FRANCE.
Le soldat que la valeur naturelle a fait
surmonter toutes les rigueurs de la Guer-
re, peut à présent à l'ombre de ses lauriers,
faire le récit de ses travaux, & apprécier
son repos par ses fatigues passées.
Familles désolées, vous revoyez vos
parens que la Guerre avoit attachés aux
pas de Louis. Meres vous revoyez vos fils,
ces chers fils dont l'absence vous fut si sen-
sible; vous ne verserez plus sur eux que des
larmes de tendresse, au récit des dangers
qui les ont épargnés.
Les provinces que la situation éloigne du
centre de l'Etat, sans leur faire perdre au-
cun droit sur. son amour, nont plus à
craindre l'invasion des troupes ennemies,
la paix les garantit de tous dangers; elle
leur apporte même l'abondance qu'elle ré-
pand déjà par tout.
Déja la mer qui cesse d'être infestée par
des courtes ennemies, permet au commer-
ce de renouer ses liens relâchés. Déjà les
Nations lointaines se hâtent d'échanger
leurs trésors contre nos riches superfluitens.
Tous les peuples nen font plus qu'un;
l'Univers n est plus qu'une même famille
à qui l'abondance ouvre differentes voies
pour s'enrichir.
Artisans que la triste nécessité avoit arra-
chés à vous-mêmes, la Paix vous renvoye
Digsiras vO
AVRIL. 1752.
à vos foyers: profitez pour votre propre
intérêt d'un tems que vous donnâtes au
bien public, teprenez avec plus d'ardeur
vos occupations, & servez l'Etat en en-
tretenant cette sage oeconomie, qui fait
que vous ne pouvez vous passer de ceux
que la fortune a placé au dessus de vous,
& que ceux ci ne peuvent se passer de
votre industrie.
Négocians rouvrez vos banques, & vos
comptoirs: tout est libre, tout est tran-
quille; la Paix favorise vos entreprises,
elle ne demande qu'à vous enrichir.
AU ROY.
GRAND ROI, de quelle gloire ne
vous couvrez-vous pas! Juste dans vos
projets, ferme dans l'exécution, modeste
après le succès, il ne vous manquoit que de
terminer une guerre si glorieuse par une
paix qui fut tout ensemble une source
d'admiration pour vos ennemis, de re-
connoissance pour vos alliés, de bonheur
pour votte peuple. Vous l'avez donnée enfin
cette paix, si long-tems l'objet de nos
désirs, dignes fruits des fentimens géné-
reux de votre grande ame, & qui ne nous
laisse plus rien à souhaiter que d'en jouir
toujours.
CV
58 MERCUREDE FRANCE.
Qu en vous l'Univers admire un Souve-
rain digne de lui commander, que les
Mouarques trouvent un Roi, les Conqué-
rans un Héros, les Généraux un Chef ini-
mitable: que vos ennemis redoutent un
bras invincible, que vos alliés respectent
un coeur fidéle, mais pour vos sujets qu'ils
ne puissent aimer en vous qu'un Roi paci-
fique; que votre regne soit celui de la
Paix, & qu'ils soient l'une & l'autre éter-
nels.
Fermer
8187
p. 63-70
LETTRE A M. de Vaucanson sur son nouveau tour à filer la soie.
Début :
JE ne suis pas le premier, & je ne serai pas le dernier, Monsieur, de qui vous [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A M. de Vaucanson sur son nouveau tour à filer la soie.
LETTRE
A M. de Vaucanson sur son nouveau
tour à filer la soie.
JE ne suis pas le premier, & je ne serai
pas le dernier, Monsieur, de qui vous
rece vrez des éloges au sujet de votre nou-
veau moulin à organciner les soyes. Je crois
cependant que vous devea être plus sensi-
ble à ceux qui vous vienneut de la part
des gens du métier. Nous avions senti
bien souvent, mes Confreres & moi, une
partie des inconvéniens que vous relevez
dans nos moulins actuels. Réflexions inu-
tiles, qui fante d'être femées sur un bon
fond, ne pouvorent porter aucun fruit. Il
vous étoit réservé, Monsieur, d'en apro-
fondir la totalité, & d'y appliquer un re-
mede aussi utile que bren entendu. Il est à
présumer qu'il ne s'en construira plus sur
s'ancienne methode: mais j'ai de la peine
à croire qu'on détruise aujourd'hui ceux
qui subsistent en bon état. La dépense se-
roit trop forte pour certaines fabriques.
On les usera, & pendant cet intervale, le
vôtre aura le tems de s'établir en plusieurs
64 MERCUREDEFRANCE.
endroits, & de devenit plus facile à cons-
truire par les modeles quon en aura sous
les yeux. C'est un Ouvrage parfait, dont
le Public doit vous conserver une éter-
nelle réconnoissance.
A cette obligation de votre part, Mon-
sieur, votre zéle vient d'en ajoûter une
seconde, par la description détaillée de
votre nouveau tout a filer la soye. Rien
de plus judicieux, de plus vrai & de plus
pratique que tout ce que vous dites sur
les différentes qualités de soye, sur la
triaille des cocons, les négligences des ti-
reuses, & sur le profit immense que lae
France pourroit faire au sujet des Organ-
cins, si ammés par vos exhortations &
par notre propre intérêt, nous parvenions
enfin à filer avec le même succès que les
Piémontois nos voisins. Je trefaillissois de
joye à la lecture de tant de bons avis que
nous fuivons si peu, & qu'il seroit plus fa-
cile de suivre qu'on ne pense. J'espere
que vous donnerez le ton, & que les cho-
ses prendront une autre face.
Après cet aveu aussi sincere que recon-
noissant, me permettrez vous, Monsieur,
de vous demander quelques éclaircifse-
mens, au fujet du nouveau tour à filer.
J'at vieilli dans la pratique, & cetre cir-
constance pourroit rendre excusable la li-
berté que je prends aujourd'hui.
AVRIL. 1752. 65
Je vous sçais bon gré, Mosieur, de
travailler plutôt à corriger le tour à-corde
sans fin, que d'infister sur l'usage de celui
du Piémont, dont la composition s'écarte
trop de la belle simplicité. Toute la Pro-
vence, le Languedoc & le Dauphiné ne
font usage que du premier, & l'on par-
viendra plus aisément à corriger ces mê-
mes tours, qu'à les remplacer par d'autres.
On a déja commencé d'en corriger plu-
sieurs sur une methode qui a bien du rap-
port à la vôtre, & nous sommes dans
le cas depuis trois ans. Mais comme les
choses ne se perfectionnent que par dé-
gré, je ne doute point qu'il n'y ait à pro-
fiter dans le vôtre, même pour ceux qui
ont subi la correction dont j'ai l'honneur
de vous parler.
Votre invention pour constater & régler
le nombre de la croifure, est marquée au
vrai coin de vos productions ordinaires.
Je la conçois aussi distinctement que si je la
voyois: mais j'ai de la peine à croire que
cette torsion à sens & contre sens ne soit
nuisible pour les parties internes de la
soye, qui pourroient être énervées par
cette double froissure. L'écart surnumérai-
re que les deux fils subissent dans votre
cercle, contribue encore à ce froissement,
la résistance ne peut qu'être plus forte,
66 MERCUREDEFRANCE.
& je ne sçais pas si une croisure du même
fens, & en même nombre que la 7otre,
ne seroit pas préférable. L'expérience, &
plus encore vos lumieres, serviront à
éclaircit ce point.
L'invention de rendre mobile la traver-
se qui porte la poulie des guides, est d'un
usage admirable pour la commodité &
l'exactitude du travail. Je puis en parlet
avec connoissance de cause, puisque nos
tours corrigés sont dans le même goût.
L'Auteur doit être bien flaté de cette con-
venance d'idées avec un Artiste aussi dis-
tingué que vous. Son poids est plus fort
que le vôtre. Nous le mettons à sept li-
vres, poids de marc, & l'effet en est
bon.
A l'égard de la proportion que vous éta-
blissez, Monsieur, entre la poulie de l'ar-
bre & la poulie du guide, elle me paroît
trop bornée, & je soupçonne fort qu'il
ny ait quelque faute d'impression. J'ai
d'autant plus raison de le penset ainsi,
que vous expliquez à merveille la néces-
sité qu'il y a de faire changer le fil conti-
nuellement de place afin que la soye puisse
secher plus facilement sur le devidoir. Or
sa proportion de 22- à 35, qui se trouve
dans votre description, ne répond pas as-
AVRIL. 1752.
67
sez à l'idée que vous donnez de la belle
distribution du fil dans la formation de
l'écheveau. J'ai calculé cette proportion
sur les principes que je trouve dans une
feuille publiée en 1749 parl'Auteur de cet-
te correction & je trouve que le fil ne pose
qu'en quatorze endroits différens pour re-
commencer à poser sur les mêmes. La Pro-
portion qui regne dans nos tours corrigés,
est de 23 à 37, & suivant le calcul &
l'expérience, le fil pose trente-sept fois
avant que de revenir sut le premier posé.
La différence de 14 à 37 paroît considé-
rable, & puisque vous aviez à choisir, je
me persuade que vous aurez porté vos
vues encore plus loin, & que celle de
22 à 35 aura été altérée sous la presse.
Il me paroîr aussi, Monsieur, que dans
votre nouveau tour, vous n'annnoncez
aucune précaution contre le défaut qu'on
appelle vitrage, défaut qui est le fleau de
toutes les filatures à corde sans fin, &
qui a seul déterminé les Piémontois à
mettre en place quatre pièces d'engréna-
ge. Aparemment que vous y faites usage de
quelque moyen dont vous avez oublié
de parler dans votre Description.
Je trouve dans la même feuille dont
j'ai parlé plus haut, que le vitrage se par-
tage en douze branches différentes, de-
68 MERCUREDEFRANCE.
puis deux jusqu'à treize positions du fil;
qu'elles ne proviennent les unes & les au-
tres que d'un tapport vicieux entre l'arbre
& la roulette, comme s'exprime l'Auteur.
Il y est encore dit que ces mêmes vitrages
sont très-voisins les uns des autres, &
qu'on a bien de la peine à se délivrer d'une
espéce, sans tomber dans une autre. Avant
que nos tours fussent corrigés, il y en
avoit plufieurs chaque jour qui vitroient
dans notre filature, les uns d'une façon,
& les autres d'une autte: quelques uns
changeoient plufieurs fois dans le même
jour de bien en mal & de mal en bien.
Nos soyes nous faisoient alors un déchec
considérable au dévidage, qui ne subsiste
plus depuis que nos tours sont corrigés.
Vous ne serez peut-être pas fâché,
Monsieur, que je place ici quelques mots
de cette correction pour pouvoit la com-
parer avec celle qui se trouve sans doute
dans votre nouveau tour. La roulette &
l'arbre, sont comme j'ai eu l'honneur de
vous le dire, dans la proportion de 37 à
23. L'un & l'autre sont ferrés, afin que
la corde ne s'enfonce pas dans le bois, ce
qui changeroit le calibre, & feroit dispa-
roître le bon effet de la correction. Par le
moyen de cette Proportion, l'Auteur dé-
montre dans son Imprimé, que de douze
AVRIL. 1752.
69
branches du vitrage, dix sont écartées ra-
dicalement & pour toujours, y compris
les plus nuisibles, comme 2, 3, 4, 5, 6,
7, & à l'égard du 8 & du 13 qui sont
extrêmement voisines de la susdite pro-
portion, & qu'il n est pas possible de dé-
truire radicalement, à cause que le tems
humide & le tems sec produisent de le-
gers changemens sur le bois : à l'égard,
dis-je, de ces deux espéces, l'Auteur se
sert de deux petites chevilles de fer,
qu'on place (une ou deux suivant le be-
soin) dans deux trous destinés pour cet
usage, & dont l'effet est surprenant. On
ne touche jamais à l'une ou l'autre de ces
deux chevilles, sans faire changer totale-
ment de face à l'échevau. Cela vient de
ce que cette cheville augmente ou dimi-
nue le calibre de la roulette d'environ un
cent cinquantième de partie, & rompt
par-là la proportion vicieuse du vitrage
qui disparoît dans l'instant, pour revenir
peut-être dans une autre occasion, & où
le même remede opérera le même effet.
Je suis également persuadé, Monsieur,
que vos deux poulies doivent être ferrées,
quoique vous nen disiez rien dans votre
description, sans quoi il seroit à craindre
que le calibre de ces deux piéces étant
OO
70 MERCUREDEFRANCE.
attiré par la pression continuelle de la cor-
de, votre tour ne tombât dans quelque es-
péce de vitrage. Car en supposant, par
exemple, que la proportion de 22 - à 35
fut véritablement celle que vous trouvez
la meilleure, vous auriez à craindre le vi-
trage du 3, qui ne differe de cette propor-
tion que de , de partie, & celui du 11,
qui en est encore plus voisin, n'y ayant
que — de difference; ainsi 23 - vitre-
roient à 3, & 22 7 vitreroient à 11 &c.
Vous vous êtes acquis le droit à juste
titre, Monsieur, de fixer les regards de
tout le Royaume sur vos productions en
fait de méchanique. Je ne crois pas vous
déplaire par la demande de ces petits éclair-
cissemens qui donneront à votre tour un
nouveau dégré de confiance. J'ose me fla-
ter que vous ne me refuserez pas une gra-
ce qui sera également profitable pout tou-
tes les personnes de ma profession.
J'ai l'honneur d'être,
N. C. O.
A Pertuis en Provence.
A M. de Vaucanson sur son nouveau
tour à filer la soie.
JE ne suis pas le premier, & je ne serai
pas le dernier, Monsieur, de qui vous
rece vrez des éloges au sujet de votre nou-
veau moulin à organciner les soyes. Je crois
cependant que vous devea être plus sensi-
ble à ceux qui vous vienneut de la part
des gens du métier. Nous avions senti
bien souvent, mes Confreres & moi, une
partie des inconvéniens que vous relevez
dans nos moulins actuels. Réflexions inu-
tiles, qui fante d'être femées sur un bon
fond, ne pouvorent porter aucun fruit. Il
vous étoit réservé, Monsieur, d'en apro-
fondir la totalité, & d'y appliquer un re-
mede aussi utile que bren entendu. Il est à
présumer qu'il ne s'en construira plus sur
s'ancienne methode: mais j'ai de la peine
à croire qu'on détruise aujourd'hui ceux
qui subsistent en bon état. La dépense se-
roit trop forte pour certaines fabriques.
On les usera, & pendant cet intervale, le
vôtre aura le tems de s'établir en plusieurs
64 MERCUREDEFRANCE.
endroits, & de devenit plus facile à cons-
truire par les modeles quon en aura sous
les yeux. C'est un Ouvrage parfait, dont
le Public doit vous conserver une éter-
nelle réconnoissance.
A cette obligation de votre part, Mon-
sieur, votre zéle vient d'en ajoûter une
seconde, par la description détaillée de
votre nouveau tout a filer la soye. Rien
de plus judicieux, de plus vrai & de plus
pratique que tout ce que vous dites sur
les différentes qualités de soye, sur la
triaille des cocons, les négligences des ti-
reuses, & sur le profit immense que lae
France pourroit faire au sujet des Organ-
cins, si ammés par vos exhortations &
par notre propre intérêt, nous parvenions
enfin à filer avec le même succès que les
Piémontois nos voisins. Je trefaillissois de
joye à la lecture de tant de bons avis que
nous fuivons si peu, & qu'il seroit plus fa-
cile de suivre qu'on ne pense. J'espere
que vous donnerez le ton, & que les cho-
ses prendront une autre face.
Après cet aveu aussi sincere que recon-
noissant, me permettrez vous, Monsieur,
de vous demander quelques éclaircifse-
mens, au fujet du nouveau tour à filer.
J'at vieilli dans la pratique, & cetre cir-
constance pourroit rendre excusable la li-
berté que je prends aujourd'hui.
AVRIL. 1752. 65
Je vous sçais bon gré, Mosieur, de
travailler plutôt à corriger le tour à-corde
sans fin, que d'infister sur l'usage de celui
du Piémont, dont la composition s'écarte
trop de la belle simplicité. Toute la Pro-
vence, le Languedoc & le Dauphiné ne
font usage que du premier, & l'on par-
viendra plus aisément à corriger ces mê-
mes tours, qu'à les remplacer par d'autres.
On a déja commencé d'en corriger plu-
sieurs sur une methode qui a bien du rap-
port à la vôtre, & nous sommes dans
le cas depuis trois ans. Mais comme les
choses ne se perfectionnent que par dé-
gré, je ne doute point qu'il n'y ait à pro-
fiter dans le vôtre, même pour ceux qui
ont subi la correction dont j'ai l'honneur
de vous parler.
Votre invention pour constater & régler
le nombre de la croifure, est marquée au
vrai coin de vos productions ordinaires.
Je la conçois aussi distinctement que si je la
voyois: mais j'ai de la peine à croire que
cette torsion à sens & contre sens ne soit
nuisible pour les parties internes de la
soye, qui pourroient être énervées par
cette double froissure. L'écart surnumérai-
re que les deux fils subissent dans votre
cercle, contribue encore à ce froissement,
la résistance ne peut qu'être plus forte,
66 MERCUREDEFRANCE.
& je ne sçais pas si une croisure du même
fens, & en même nombre que la 7otre,
ne seroit pas préférable. L'expérience, &
plus encore vos lumieres, serviront à
éclaircit ce point.
L'invention de rendre mobile la traver-
se qui porte la poulie des guides, est d'un
usage admirable pour la commodité &
l'exactitude du travail. Je puis en parlet
avec connoissance de cause, puisque nos
tours corrigés sont dans le même goût.
L'Auteur doit être bien flaté de cette con-
venance d'idées avec un Artiste aussi dis-
tingué que vous. Son poids est plus fort
que le vôtre. Nous le mettons à sept li-
vres, poids de marc, & l'effet en est
bon.
A l'égard de la proportion que vous éta-
blissez, Monsieur, entre la poulie de l'ar-
bre & la poulie du guide, elle me paroît
trop bornée, & je soupçonne fort qu'il
ny ait quelque faute d'impression. J'ai
d'autant plus raison de le penset ainsi,
que vous expliquez à merveille la néces-
sité qu'il y a de faire changer le fil conti-
nuellement de place afin que la soye puisse
secher plus facilement sur le devidoir. Or
sa proportion de 22- à 35, qui se trouve
dans votre description, ne répond pas as-
AVRIL. 1752.
67
sez à l'idée que vous donnez de la belle
distribution du fil dans la formation de
l'écheveau. J'ai calculé cette proportion
sur les principes que je trouve dans une
feuille publiée en 1749 parl'Auteur de cet-
te correction & je trouve que le fil ne pose
qu'en quatorze endroits différens pour re-
commencer à poser sur les mêmes. La Pro-
portion qui regne dans nos tours corrigés,
est de 23 à 37, & suivant le calcul &
l'expérience, le fil pose trente-sept fois
avant que de revenir sut le premier posé.
La différence de 14 à 37 paroît considé-
rable, & puisque vous aviez à choisir, je
me persuade que vous aurez porté vos
vues encore plus loin, & que celle de
22 à 35 aura été altérée sous la presse.
Il me paroîr aussi, Monsieur, que dans
votre nouveau tour, vous n'annnoncez
aucune précaution contre le défaut qu'on
appelle vitrage, défaut qui est le fleau de
toutes les filatures à corde sans fin, &
qui a seul déterminé les Piémontois à
mettre en place quatre pièces d'engréna-
ge. Aparemment que vous y faites usage de
quelque moyen dont vous avez oublié
de parler dans votre Description.
Je trouve dans la même feuille dont
j'ai parlé plus haut, que le vitrage se par-
tage en douze branches différentes, de-
68 MERCUREDEFRANCE.
puis deux jusqu'à treize positions du fil;
qu'elles ne proviennent les unes & les au-
tres que d'un tapport vicieux entre l'arbre
& la roulette, comme s'exprime l'Auteur.
Il y est encore dit que ces mêmes vitrages
sont très-voisins les uns des autres, &
qu'on a bien de la peine à se délivrer d'une
espéce, sans tomber dans une autre. Avant
que nos tours fussent corrigés, il y en
avoit plufieurs chaque jour qui vitroient
dans notre filature, les uns d'une façon,
& les autres d'une autte: quelques uns
changeoient plufieurs fois dans le même
jour de bien en mal & de mal en bien.
Nos soyes nous faisoient alors un déchec
considérable au dévidage, qui ne subsiste
plus depuis que nos tours sont corrigés.
Vous ne serez peut-être pas fâché,
Monsieur, que je place ici quelques mots
de cette correction pour pouvoit la com-
parer avec celle qui se trouve sans doute
dans votre nouveau tour. La roulette &
l'arbre, sont comme j'ai eu l'honneur de
vous le dire, dans la proportion de 37 à
23. L'un & l'autre sont ferrés, afin que
la corde ne s'enfonce pas dans le bois, ce
qui changeroit le calibre, & feroit dispa-
roître le bon effet de la correction. Par le
moyen de cette Proportion, l'Auteur dé-
montre dans son Imprimé, que de douze
AVRIL. 1752.
69
branches du vitrage, dix sont écartées ra-
dicalement & pour toujours, y compris
les plus nuisibles, comme 2, 3, 4, 5, 6,
7, & à l'égard du 8 & du 13 qui sont
extrêmement voisines de la susdite pro-
portion, & qu'il n est pas possible de dé-
truire radicalement, à cause que le tems
humide & le tems sec produisent de le-
gers changemens sur le bois : à l'égard,
dis-je, de ces deux espéces, l'Auteur se
sert de deux petites chevilles de fer,
qu'on place (une ou deux suivant le be-
soin) dans deux trous destinés pour cet
usage, & dont l'effet est surprenant. On
ne touche jamais à l'une ou l'autre de ces
deux chevilles, sans faire changer totale-
ment de face à l'échevau. Cela vient de
ce que cette cheville augmente ou dimi-
nue le calibre de la roulette d'environ un
cent cinquantième de partie, & rompt
par-là la proportion vicieuse du vitrage
qui disparoît dans l'instant, pour revenir
peut-être dans une autre occasion, & où
le même remede opérera le même effet.
Je suis également persuadé, Monsieur,
que vos deux poulies doivent être ferrées,
quoique vous nen disiez rien dans votre
description, sans quoi il seroit à craindre
que le calibre de ces deux piéces étant
OO
70 MERCUREDEFRANCE.
attiré par la pression continuelle de la cor-
de, votre tour ne tombât dans quelque es-
péce de vitrage. Car en supposant, par
exemple, que la proportion de 22 - à 35
fut véritablement celle que vous trouvez
la meilleure, vous auriez à craindre le vi-
trage du 3, qui ne differe de cette propor-
tion que de , de partie, & celui du 11,
qui en est encore plus voisin, n'y ayant
que — de difference; ainsi 23 - vitre-
roient à 3, & 22 7 vitreroient à 11 &c.
Vous vous êtes acquis le droit à juste
titre, Monsieur, de fixer les regards de
tout le Royaume sur vos productions en
fait de méchanique. Je ne crois pas vous
déplaire par la demande de ces petits éclair-
cissemens qui donneront à votre tour un
nouveau dégré de confiance. J'ose me fla-
ter que vous ne me refuserez pas une gra-
ce qui sera également profitable pout tou-
tes les personnes de ma profession.
J'ai l'honneur d'être,
N. C. O.
A Pertuis en Provence.
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8188
p. 71-78
Réponse de Monsieur de Vaucanson.
Début :
Après l'utilité publique, je ne connois point, Monsieur, de prix plus [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réponse de Monsieur de Vaucanson.
Réponse de Monsieur de Vaucanson.
Après l'utilité publique, je ne connois
point, Monsieur, de prix plus
flateur pour mes Découvertes que le suf-
frage des Connoisseurs: ce dernierm inté-
resse d'autant plus qu'il mest garant du
premier. Vos profondes réflexions me
prouvent que vous êtes un de ces juges,
dont j'ambitionne l'approbation, & le ton
obligeant de votre Lettre, fait voir que
vous ne vous connoissez pas moins en pro-
cédés qu'en machines. Je vous répondrai
donc, Monsieur, avec l'estime & la sin-
cérité qui vous sont dues.
Vous craignez que la double croisure,
que vous regardez , dans mon nouveau
tour comme une torsion à sens & contre sens
n'enerve les parties internes de la soye.
La croisure ou double ou simple ne don-
ne aucun tord à la soye, il nen résulte
qu'un frottement plus ou moins considé-
rable, suivant que les deux fils de soye
sont croisés un plus grand ou un plus pe-
tit nombre de fois, & surtout suivant la
Digsines v. 200
72 MERCUREDEFRANCE.
grandeur des angles qu'ils forment en se
croisant, mais ce frotement ne se fait ja-
mais a sens & contresens. Il faudroit pour
cela que la direction des fils fut opposée
dans les deux croisures: or les fils ayant
toujours la même direction, puisqu'ils
vont toujours de la bassine sur le dévi-
doir, les parties externes de la soye sont
toujours couchées dans le même sens :
comment les parties internes seroient- elles
énervées par cette double froissure?
Après avoir fait l'éloge de la traverse
mobile qui porte la poulie des guides,
vous semblez, Monsieur, me reprocher
de m'être trop bien rencontré avec un-
Auteur qui publia la même idée en 1749.
quel que soit cet Auteur, je ne dispute à
personne ses découvertes, mais je ne puis
dissimuler qu'en 1746, j'envoyai à M. le
Nain, Intendant du Languedoc, un tour
qui n'avoit encore pour toute correction,
que.cette traverse, rendue mobile pour
tenir toujours la corde sans fin dans la mê-
me tension à la faveur d'un poids. Je trou-
vai ceite même traverse exactement gra-
vée dans un Imprimé qui ne parut qu'en
1749, & que je crois être celui que vous
me citez. Ce qui m'étonna le plus, ce fut
la haute réputation que cette Invention
avoit
AVRIL. 1752.
73
nvoit acquise sous le nom de son nouvel
Auteur, après avoir été desaprouvée, dans
l'essai qu'en avoit fait faire M. le Nain
trois années auparavant, comme il paroît
par le Procès verbal de l'inspecteur des
Manufactures, qui me fut remis dans le
tems, & que je puis produire encore.
Au reste, ni cet essai qui fut vraisem-
blablement mal fait, ni une infinité d'au-
tres qui ont réussi sous mes yeux, n'ont
été un mystere pour les Connoisseurs, ni
pour le Public. Je ne mettois pas assez
d'importance à cette Découverte, quel-
qu'utile qu'elle fût, pour vouloir la tenir
cachée, & comme en pareil cas, c'est plu-
tôt le bien général que je cherche, que
ma gloire particuliere, je négligeai de la
révendiquer, lorsqu'un autre s'en decla-
roit l'Auteur. Je ne le ferois pas même
encore, si vous nen présentiez l'occasion
à la sincérité que je vous ai promise. Je
ne prétends point cependant accuser d'u-
surpation, celui qui se l'est attribué, j'ai
trouvé tant de mérite dans ses autres re-
cherches, que je suis bien éloigné de re-
garder celle-ci comme au dessus de sa ca-
pacité.
Revenons à vous, Monsieur: il fal-
loit quelqu'un aussi instruit dans cette ma-
tiere, & qui en connût la Théorie aussi
HuesOO
74 MERCUREDEFRANCE.
parfaitement, pour relever la faute d'im-
pression qui se trouve dans mon Mémoire
inséré dans le Mercure d'Août, 1751. On
y lit que la proportion entre la poulie de
l'arbre du dévidoir, & la poulie des gui-
des doit être de vingt-deux & demie à
trente-cinque, au lieu de vingt-deux & de-
mi à trente-sept. L'Imprimeur ou le Co-
piste s'est trompé à la ressemblance du chi-
fre manuscrit 5, avec le chifre 7, que
plusieurs personnes figurent à peu près de
la même maniere. J'avois préféré dans
mon calcul la proportion de vingt-deux &
demi trente-sept, à celle de vingt-trois
à trente-sept que vous avez choisie, parce
que ces deux premiers nombres sont plus
tardifs à rentrer; les nombres 23 & 37
rentrent à la trente-septième révolution,
& les nombres vingt-deux & demi tren-
te-sept ne rentrent qu'à la soixante-
quatorzième; il est vrai que les approxi-
mations se trouvent néceslairement plus
grandes dans ma proportion que dans la
votre, & que cette compensation entre
ces deux rapports, pourroit bien en ba-
lancer les avantages. Je rends donc justi-
ce, Monsieur, & de tout mon cœeur à la
justesse de vos réflexions, & à la sagacité
de celui dont vous suivez les principes.
La faute que vous m'avez fait apperce-
VRIL. 1752.
75
voir dans l'impression de ce Mémoire,
m'a rendu suspecte l'impression de mon
ptemier Mémoire, sur les moulins à or-
ganciner les soyes, inséré dans le Mercu-
re de Juin de la même année, je l'ai relu
avec plus d'attention, & j'y ai trouvé
une faute de même espéce, dont je suis
bien aise de vous prévenit, ainsi que le
Public. Il y est dit que les guindes du mou-
lin de second appret, donnent aux éche-
vaux une circonférence de vingt-six pou-
ces, au lieu qu'elle est de quarante pou-
ces environ, ce que je n'ai pu concevoir
autrement, puisque la diagonale du quat-
ré que forment les lames du guindre, a
quatorze pouces justes de longueur.
Quant à nos proportions, nous ne de-
vons pas nous flater, Monsieur, que les
Quvriers qui font les poulies des tours à
soye, travaillent avec assez de précision,
pour les y observer exactement; pour ob-
vier à ce défaut d'exactitude, & aux va-
riations quelconques, l'Auteur que vous
citez a imaginé des chevilles de fer qui
augmentent ou diminuent, dites-vous, le
calibre de la rouletie ou poulie des guides.
& rompent par-là la proportion vicieuse du
vitrage.
Ces chevilles, Monsieur, ne sont
qu'un palliatif au lieu d'un remede. Ayez
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
la bonté d'observer qu'elles ne changent,
point le diamétre de sa roulette ou pou-
lie, ni par conséquent le rapport de ses
révolutions: elles n ont d'autre effet que
de donner plus ou moins d'espace à par-
courir aux guides, & par là plus ou moins
de largeur à l'échevau, suivant que la che-
ville est plus ou moins éloignée du centre
de la poulie. A la vérité, ce changement
de cheville fait disparoître le vitrage ac-
tuel; mais il en succede bien vîte un nou-
veau, qui ne differe du premier que par
se plus ou le moins de grandeur des lozan-
ges, le vice de proportion demeurant tou-
jours le mê:e.
Pour détruire radicalement ce vice, je
suis surpris que vous ne fassiez pas usage
des trois cannelures que l'Auteur dont
vous me parlez, place sur la poulie des
guides, & que j'ai mieux aimé placet sur
l'arbre du dévidoir, afin qu on put remet-
tre la corde dans une autre cannelure,
sans interrompre le travail du tour, &
pour ne pas apesantir par trop d'épaisseur
la poulie des guides qui ne sçauroit être
trop légere.
Au lieu des chevilles, je me sers d'une
petite piéce de bois, dont une extrémité
est attachée sur la poulie des guides par
ne vis en bois, de maniere que l'autre
77
AVRIL.
1752.
extrémité qui tient à la tringle des gui-
des, puisse se raprocher ou s'éloigner à
volonté, du centre de la poulie, mais je
n'y touche que pour déterminer une pre-
miere fois la largeur de l'échevau que je
ne crois pas devoir varier depuis le com-
mencement de sa formation jusqu'à la fin.
Les canelures de mes poulies ne sont
point ferrées, je trouve que la corde en
est plutôt usée, je me contente de leur
donner la forme d'un angle aigu parfaite-
ment égal dans ses deux poulies, afin que
sa corde s'y enfonce également, & qu'el-
le ne puisse pas glisser, quoique médio-
crement tendue, & je ne crains point que
le frottement de la corde, dérange assez iné-
galement le calibre des deux poulies, pour
qu'il en puisse résulter une variation sen-
sible dans leur proportion.
Je ne suis point entré dans le détail de
plusieurs autres petites corrections que j'ai-
faites à ce tour; il y en a même d'essen-
tielles que je ne donnerai au Public, qu'a-
près m'être assuré de leur solidité, par
Pexpérience de quelques années, sur un
tirage un peu considérable.
Je me flatte cependant, Monsieur, que
les éclaircissemens que je viens de vous
donnet, suffiront pour lever vos difficul-
tés, & pour vous prouver tout le cas que
Diij
78 MERCUREDEFRANCE.
je fais de vos remarques. Le progrès des
Arts seroit bien rapide, si l'on trouvoit
toujours dans les Praticiens autant de jus-
resse & de pénétration que vous en faites
voit, & si les Inventeurs étoient tous aus-
si disposés que je le, suis, à se détacher de
leurs propres idées, pour adopter le mieux
& le plus utile.
J'ai l'honneur d'être, &c.
Après l'utilité publique, je ne connois
point, Monsieur, de prix plus
flateur pour mes Découvertes que le suf-
frage des Connoisseurs: ce dernierm inté-
resse d'autant plus qu'il mest garant du
premier. Vos profondes réflexions me
prouvent que vous êtes un de ces juges,
dont j'ambitionne l'approbation, & le ton
obligeant de votre Lettre, fait voir que
vous ne vous connoissez pas moins en pro-
cédés qu'en machines. Je vous répondrai
donc, Monsieur, avec l'estime & la sin-
cérité qui vous sont dues.
Vous craignez que la double croisure,
que vous regardez , dans mon nouveau
tour comme une torsion à sens & contre sens
n'enerve les parties internes de la soye.
La croisure ou double ou simple ne don-
ne aucun tord à la soye, il nen résulte
qu'un frottement plus ou moins considé-
rable, suivant que les deux fils de soye
sont croisés un plus grand ou un plus pe-
tit nombre de fois, & surtout suivant la
Digsines v. 200
72 MERCUREDEFRANCE.
grandeur des angles qu'ils forment en se
croisant, mais ce frotement ne se fait ja-
mais a sens & contresens. Il faudroit pour
cela que la direction des fils fut opposée
dans les deux croisures: or les fils ayant
toujours la même direction, puisqu'ils
vont toujours de la bassine sur le dévi-
doir, les parties externes de la soye sont
toujours couchées dans le même sens :
comment les parties internes seroient- elles
énervées par cette double froissure?
Après avoir fait l'éloge de la traverse
mobile qui porte la poulie des guides,
vous semblez, Monsieur, me reprocher
de m'être trop bien rencontré avec un-
Auteur qui publia la même idée en 1749.
quel que soit cet Auteur, je ne dispute à
personne ses découvertes, mais je ne puis
dissimuler qu'en 1746, j'envoyai à M. le
Nain, Intendant du Languedoc, un tour
qui n'avoit encore pour toute correction,
que.cette traverse, rendue mobile pour
tenir toujours la corde sans fin dans la mê-
me tension à la faveur d'un poids. Je trou-
vai ceite même traverse exactement gra-
vée dans un Imprimé qui ne parut qu'en
1749, & que je crois être celui que vous
me citez. Ce qui m'étonna le plus, ce fut
la haute réputation que cette Invention
avoit
AVRIL. 1752.
73
nvoit acquise sous le nom de son nouvel
Auteur, après avoir été desaprouvée, dans
l'essai qu'en avoit fait faire M. le Nain
trois années auparavant, comme il paroît
par le Procès verbal de l'inspecteur des
Manufactures, qui me fut remis dans le
tems, & que je puis produire encore.
Au reste, ni cet essai qui fut vraisem-
blablement mal fait, ni une infinité d'au-
tres qui ont réussi sous mes yeux, n'ont
été un mystere pour les Connoisseurs, ni
pour le Public. Je ne mettois pas assez
d'importance à cette Découverte, quel-
qu'utile qu'elle fût, pour vouloir la tenir
cachée, & comme en pareil cas, c'est plu-
tôt le bien général que je cherche, que
ma gloire particuliere, je négligeai de la
révendiquer, lorsqu'un autre s'en decla-
roit l'Auteur. Je ne le ferois pas même
encore, si vous nen présentiez l'occasion
à la sincérité que je vous ai promise. Je
ne prétends point cependant accuser d'u-
surpation, celui qui se l'est attribué, j'ai
trouvé tant de mérite dans ses autres re-
cherches, que je suis bien éloigné de re-
garder celle-ci comme au dessus de sa ca-
pacité.
Revenons à vous, Monsieur: il fal-
loit quelqu'un aussi instruit dans cette ma-
tiere, & qui en connût la Théorie aussi
HuesOO
74 MERCUREDEFRANCE.
parfaitement, pour relever la faute d'im-
pression qui se trouve dans mon Mémoire
inséré dans le Mercure d'Août, 1751. On
y lit que la proportion entre la poulie de
l'arbre du dévidoir, & la poulie des gui-
des doit être de vingt-deux & demie à
trente-cinque, au lieu de vingt-deux & de-
mi à trente-sept. L'Imprimeur ou le Co-
piste s'est trompé à la ressemblance du chi-
fre manuscrit 5, avec le chifre 7, que
plusieurs personnes figurent à peu près de
la même maniere. J'avois préféré dans
mon calcul la proportion de vingt-deux &
demi trente-sept, à celle de vingt-trois
à trente-sept que vous avez choisie, parce
que ces deux premiers nombres sont plus
tardifs à rentrer; les nombres 23 & 37
rentrent à la trente-septième révolution,
& les nombres vingt-deux & demi tren-
te-sept ne rentrent qu'à la soixante-
quatorzième; il est vrai que les approxi-
mations se trouvent néceslairement plus
grandes dans ma proportion que dans la
votre, & que cette compensation entre
ces deux rapports, pourroit bien en ba-
lancer les avantages. Je rends donc justi-
ce, Monsieur, & de tout mon cœeur à la
justesse de vos réflexions, & à la sagacité
de celui dont vous suivez les principes.
La faute que vous m'avez fait apperce-
VRIL. 1752.
75
voir dans l'impression de ce Mémoire,
m'a rendu suspecte l'impression de mon
ptemier Mémoire, sur les moulins à or-
ganciner les soyes, inséré dans le Mercu-
re de Juin de la même année, je l'ai relu
avec plus d'attention, & j'y ai trouvé
une faute de même espéce, dont je suis
bien aise de vous prévenit, ainsi que le
Public. Il y est dit que les guindes du mou-
lin de second appret, donnent aux éche-
vaux une circonférence de vingt-six pou-
ces, au lieu qu'elle est de quarante pou-
ces environ, ce que je n'ai pu concevoir
autrement, puisque la diagonale du quat-
ré que forment les lames du guindre, a
quatorze pouces justes de longueur.
Quant à nos proportions, nous ne de-
vons pas nous flater, Monsieur, que les
Quvriers qui font les poulies des tours à
soye, travaillent avec assez de précision,
pour les y observer exactement; pour ob-
vier à ce défaut d'exactitude, & aux va-
riations quelconques, l'Auteur que vous
citez a imaginé des chevilles de fer qui
augmentent ou diminuent, dites-vous, le
calibre de la rouletie ou poulie des guides.
& rompent par-là la proportion vicieuse du
vitrage.
Ces chevilles, Monsieur, ne sont
qu'un palliatif au lieu d'un remede. Ayez
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
la bonté d'observer qu'elles ne changent,
point le diamétre de sa roulette ou pou-
lie, ni par conséquent le rapport de ses
révolutions: elles n ont d'autre effet que
de donner plus ou moins d'espace à par-
courir aux guides, & par là plus ou moins
de largeur à l'échevau, suivant que la che-
ville est plus ou moins éloignée du centre
de la poulie. A la vérité, ce changement
de cheville fait disparoître le vitrage ac-
tuel; mais il en succede bien vîte un nou-
veau, qui ne differe du premier que par
se plus ou le moins de grandeur des lozan-
ges, le vice de proportion demeurant tou-
jours le mê:e.
Pour détruire radicalement ce vice, je
suis surpris que vous ne fassiez pas usage
des trois cannelures que l'Auteur dont
vous me parlez, place sur la poulie des
guides, & que j'ai mieux aimé placet sur
l'arbre du dévidoir, afin qu on put remet-
tre la corde dans une autre cannelure,
sans interrompre le travail du tour, &
pour ne pas apesantir par trop d'épaisseur
la poulie des guides qui ne sçauroit être
trop légere.
Au lieu des chevilles, je me sers d'une
petite piéce de bois, dont une extrémité
est attachée sur la poulie des guides par
ne vis en bois, de maniere que l'autre
77
AVRIL.
1752.
extrémité qui tient à la tringle des gui-
des, puisse se raprocher ou s'éloigner à
volonté, du centre de la poulie, mais je
n'y touche que pour déterminer une pre-
miere fois la largeur de l'échevau que je
ne crois pas devoir varier depuis le com-
mencement de sa formation jusqu'à la fin.
Les canelures de mes poulies ne sont
point ferrées, je trouve que la corde en
est plutôt usée, je me contente de leur
donner la forme d'un angle aigu parfaite-
ment égal dans ses deux poulies, afin que
sa corde s'y enfonce également, & qu'el-
le ne puisse pas glisser, quoique médio-
crement tendue, & je ne crains point que
le frottement de la corde, dérange assez iné-
galement le calibre des deux poulies, pour
qu'il en puisse résulter une variation sen-
sible dans leur proportion.
Je ne suis point entré dans le détail de
plusieurs autres petites corrections que j'ai-
faites à ce tour; il y en a même d'essen-
tielles que je ne donnerai au Public, qu'a-
près m'être assuré de leur solidité, par
Pexpérience de quelques années, sur un
tirage un peu considérable.
Je me flatte cependant, Monsieur, que
les éclaircissemens que je viens de vous
donnet, suffiront pour lever vos difficul-
tés, & pour vous prouver tout le cas que
Diij
78 MERCUREDEFRANCE.
je fais de vos remarques. Le progrès des
Arts seroit bien rapide, si l'on trouvoit
toujours dans les Praticiens autant de jus-
resse & de pénétration que vous en faites
voit, & si les Inventeurs étoient tous aus-
si disposés que je le, suis, à se détacher de
leurs propres idées, pour adopter le mieux
& le plus utile.
J'ai l'honneur d'être, &c.
Fermer
8189
p. 83-94
OBSERVATIONS Faites par M. de Saint-Auban, Lieutenant Général de l'Artillerie, sur le Mémoire de la théorie de l'Artillerie qui a été lu à l'assemblée publique de l'Académie des Sciences, le 13 Novembre 1751, & qui a été inseré dans la seconde Partie du Mercure du mois de Décembre de la même année.
Début :
On voit par les expériences qu'a faites M. le Chevalier Darcy, citées [...]
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texteReconnaissance textuelle : OBSERVATIONS Faites par M. de Saint-Auban, Lieutenant Général de l'Artillerie, sur le Mémoire de la théorie de l'Artillerie qui a été lu à l'assemblée publique de l'Académie des Sciences, le 13 Novembre 1751, & qui a été inseré dans la seconde Partie du Mercure du mois de Décembre de la même année.
OBSERVATIONS
Faites par M. de Saint-Auban, Lieutenant
Général de l'Artillerie, sur le Mémoire
de la théorie de l'Artillerie qui a été lu
à l'assemblée publique de l'Académie des
Sciences, le 13 Novembre 1751, &
qui a été inseré dans la seconde Partie du
Mercure du mois de Décembre de la même
année.
On voit par les expériences qu'a faites
M. le Chevalier Darcy, citées
dans son Mémoire, que cet Académicien
doit proposer des changemens dans les
bouches à feu, qui les rendront d'un usa-
ge & d'un effet beaucoup plus utiles que
celles dont on se sert à présent en France
& ailleurs: selon lui, les anciens Offi-
ciers d'Artillerie n'ont rien donné sur cet-
te matiere, dont il ait pu tirer quelques
principes. Les Modernes verront avec plai-
sit & recevront avec une reconnoissance
proportionnée à la découverte, des ins-
tructions dont les succès les mettront à
portée de mieux servit l'Etat, par la ma-
niere d'employer les armes à la guerre,
soit en établissant des batteries, soit pour
le transport de l'Artillerie qui deviendra
D vij
84 MERCURE DE FRANCE.
plus facile, en changeant les dimensions
des piéces qui sont aujourd'hui en usage;
desorte que par les principes qui vont
nous être donnés, & par les expérien-
ces qu'a faites M. le Chevalier Darcy,
conséquentes d'une théorie bien réfléchie
& bien raisonnée, n admettant pour vé-
rités que les faits que cet Académicien a
constatés par lui-même, nous agirons avec
beaucoup plus de certitude & de préci-
sion dans la pratique. Les effets de la
poudre que l'on avoit cru jusqu'ici varia-
bles, ne pourront être que constans, en
suivant exactement ce qui sera prescrit,
& les progrès de l'Art en général ne se-
ront plus retardés.
M. le Chevalier Darcy juge qu'il y a
beaucoup d'erreurs, dans les résultats des
expériences faites sur la portée des bou-
lets. On convient que la même piéce
chargée avec la même quantité de poudre,
exactement pésée, donne à chaque coup
quelque différence dans les portées, quel-
que attention & précision qu'on observe:
plusieurs accidens que la pratique la plus
exacte ne peut prévoir, en sont la causc.
L'air entre pour beaucoup dans la diffé-
rence des portées, elles sont plus longues
le soir & le matin, & dans un terus bas
& pluvieux qu'à l'ardeur du Soleil vers
le milieu du jour.
AVRIL.
1752.
85:
Elles ne sont point assez sensibles, lors-
que les attentions sur la charge des pié-
ces sont bien observées pour ne servir de
régle au service de l'Artillerie, peut-être
même avec moins d'incertitude que ne
le suppose M. le Chevalier Darcy.
C'est d'après ces expériences faites &
repetées avec la plus grande attention,
que l'on a jugé la charge de la piéce de
vingt quatre, devoir être de huit à neut
livres de poudre.
Les expériences qu'a faites M. le Che-
valier Darcy, sur la loi que doit suivre
l'inflammation de la poudte peuvent dif-
férer de celles d'habiles Philiciens, qui
n'ont donné les leurs que sur des à peu
près, d'une maniere conjecturale & non
décisive.
Celles qu'a fait le même Auteur pour
prouver la vîtesse de l'inflammation, &
la promptitude des effets de la poudre ren-
fermée, n'auront certainement pas trouvé
de contradiction, l'usage commun des
fusils & carabines pour les troupes, les
boëtes tirées pour les réjouissances, les
perards, les mines, &c. en sont des preu-
ves à la portée de tout le monde.
Les objets qui paroissent le plus inté-
resser & mériter l'attention de cet Acadé-
micien, sont en premier lieu la longucur.
Digizes bOOg
86 MERCURE DE FRANCE.
des piéces qu'il veut proportionner à la
quantité de poudre, dont elles doivent
être chargées pour faire le plus grand
effet.
2°. Le point de la charge, où doit
être porté le fen, pour que l'inflamma-
tion soit la plus prompte, il conclut d'a-
près toutes les recherches les plus exactes
qu'il a pu faire, & ses propres expérien-
ces repetées pendant neuf mois avec M. le
Roi, son Confrere, que la charge la plus
avantageuse du canon, se trouve toujours
entre le tiers & la moitié de sa longueur,
en partant de la culasse.
Il décide aussi qu'une Piéce de vingt-
quatre seroit de la longueur la plus avan-
tageuse, si elle avoit trois cens quaran-
te pieds, étant chargée a huit livres
de poudre: ce sont ses propres termes.
Cette charge n est pas, felon lui, la
plus convenable, c'est au moins celle de
trente-deux livres, poids de la poudre
contenue dans le tiers de la longueur de
l'ame; en comptant de la culasse, qui est
de trois pieds deux ponces, & qui fert de
hauteur au cilindre de poudre, qui a
pour diametre de sa base, celui du calibre
de l'ame de la Piéce, qui est de cinq pou-
ces sept lignes.
M. le Chevalier Darcy, ne prononce
AVRIL. 1752.
87
pas décisivement sur la charge au tiers
ou à la moitié de la longueur de la Pièce, il
l'annonce comme ne pouvant être au des-
sous du tiers, & ne devant pas excéder la
moitié, dont la charge feroit de quarante-
cinque livres onze onces, près de quaran-
te-six livres, poids du cilindre de poudre
contenue dans quatre pieds neuf pouces
en partant de la culasse, moitié de la lon-
gueur de l'ame d'une Piéce de vingt-
quatre.
La longueur de ces Piéces chargées à
huit livres de poudre, étant determinée, se-
lon l'Auteur, à trois cens quarante pieds,
on demandera à M. le Chevalier Darcy,
quelle sera celle qu'il faudra ajoûter, en
chargeant les Piéces convenablement, de-
puis trente-deux livres jusqu'à quarante-
six, qui sont les deux termes du tiers &
de la moitié de la longueur des Piéces sur
lesquelles on doit se régler. La Piéce de
vingt. quatre, n'ayant que neuf pieds six
pouces pour la longueur de son ame, &
devant avoit pour la proportion la plus
avantageuse, suivant l'Auteur, trois cens
quarante pieds, érant chargée à huit li-
vres de poudre; on lui demande quelle
sera la diminution de la charge la plus
convenable à sa longueur existante de neuf
pieds six pouces?
88 MERCUREDEFRANCE.
M. le Chevalier Darcy, en proposant
d'augmenter la longueur des Pieces, don-
nera sans doute les moyens pour les faire
résister aux effets de la poudre, sans en
augmenter le métail, ce qui les rendroit
d'un trop grand poids, & d'un service
plus embarassant; il applanira sans doute
les difficultés, & le danger qu'éprouve-
roient ceux qui les exécuteroient, soit en
les conduisant dans les tranchées selon l'u-
sage, soit dans les batteries, pour les re-
charger, lorsqu'elles font sorties de leurs
embrasures. On voit aisement que des Pié-
ces d'une longueur beauconp plus considé-
rable demanderoient des batteries plus
spacieuses, des plus grands épaulemens &
des crochets plus repetés que Pon n'a cou-
tume de faire.
On ne peut s'empêcher de convenir que
plus longue sera l'ame d'une Piéce, plus
il s'y enflammera de poudre, & si l'on ar-
rive au point que toute la poudre soit en-
flammée, lorsque le boulet est à l'extré-
mité de la bouche, il aura reçu alors la
plus grande impulsion.
Des expériences sans nombre & l'usago
journalier nous font voir que les portées
d'une Piéce de vingt-quatre, chargée au-
dessus de huit à neuf livres de poudre, ne
sont pas plus étendues, & que celles d'une
89.
AVRIL. 1752.
charge au-dessous, sont plus courtes, pro-
portionément à la diminution de la char-
ge, au lieu que M. le Chevalier Darcy
juge qu'il faut les charger au tiers ou à la
moitie de la longueur de la Piéce, c'est-
à dire depuis trente-deux jusqu'à quaran-
te-six livres de poudre.
Les Officiers d'Artillerie les plus ap-
pliqués à leur métier, & dont M. le Che-
valier Darcyna peut-être pas lu tout ce-
qui nous en est resté, ont recherché avec le
plus d'attention des moyens par lesquels
en racourcissant les Piéces, & diminuant
leurs poids, elles fissent le mème effet.
Ils ont fait faire dans le fond de l'ame
des Piéces, des chambres de différentes
figures, comme sphériques, d'autres en
spheres un peu applaties, afin que la poudre
étant plus rassemblée, & réfléchissant sur
elle même, s'enflamma avec beaucoup plus
de vivacité, & procura les mêmes effets
que les Piéces plus longues. Des défauts
qu'il seroit trop long de détailler ici, &
que l'on a éprouvé dans la Pratique, les
ont fait rebuter, & on sen est tenu à la
chambre cylindrique, continuée depuis
la bouche jusqu'au fond de l'ame. Les Pié-
ces trop courtes ont leurs défauts, comme
l'ont aussi celles qui seroient trop longuea,
dans les premieres toute la poudre nayant
Digitires vOO
90 MERCURE DE FRANCE.
pas le tems de s'enflammer, celle qui se-
roit intermédiaire entre le boulet & la
poudre enflammée, en diminueroit sensi-
blement l'effet, la raison en est trop faci-
le à appercevoir pour croire devoir l'ex-
pliquer.
Malgré le jugement de M. le Chevalier
Darcy qui donne une longueur immense à
la Piéce de vingt: quatre, voulant qu'elle
ait trois cens quarante pieds, pour être
proportionnée à la charge de huit livres,
on pense avec quelque certitude, qu'à
des Piéces fort longues, la poudre ayant
eu plus de tems qu'il ne lui en falloit pour
s'effammer en totalité, le boulet sortira
avec moins de vitesse, que s'il avoit reçu
toute l'impulsion de la poudre enflammée
à l'extrémité de la bouche, ce qu'il n'aura
pu faire, si la Piéce est trop longue.
En général, les Piéces d'une longueur
que les gens du métier ne trouvent pas
proportionnée, comme la coulevrine de
Nancy, qui a vingt. cinque pieds de long,
ne peuvent être employées que dans des.
endroits où elles soient toujours fixées
comme dans des Châteaux avançés sur la
mer pour découvrir au loin.
Selon M. le Chevalier Darcy, l'air doit
entrer pour peu de chose, dans les effers
de la poudre à canon. Il en est au contraire
AVRIL.
1752.
91
la principale causę, & lui offre toujours
une résistance proportionnée à ses effets.
Les corps ne résistent que proportioné-
ment aux forces ou ressorts qui leur sont
opposés, de sorte que si un côté ne résis-
toit pas, il n'y auroit aucune sensiblité de
l'autre; plus il y a de poudre enflammée,
plus il y a de parties d'air entre les grains
qui sont mises en mouvement, & plus
est forte l'extention des ressors qu'elles
forment, ils s'appuyent de tous côtés
& si les Piéces n avoient une épaisseur pro-
portionnées, eslos créveroient. Les deux
forces poussent également des deux côtés,
& par cet effet la Piéce est chassée en ar-
riere, & le boulet poussé en avant. La
même force cause ces effets différens, &
si la Piéce pouvoit se mouvoir en arriere
avec la même facilité, & qu'elle n'eût ni
plus de poids, ni plus de volume, son re-
cul seroit d'un espace aussi grand que ce-
lui que parcourt le boulet. Le peu de re-
cul des Piéces vient de la résistance que
l'air oppose à une machine d'un volume
aussi grand que celui de la Piéce montée
sur son affut, de son poids & du fro-
tement qu'il occasionne sut la plate-
forme.
L'ait frappé avec beaucoup de vîtesse
tient lieu d'un appui très solide, le vol
Digstues vOO.
92 MERCURE DE FRANCE.
des oyseaux de toute espéce, en est une
preuve, ils proportionnent la vitesse du
mouvement de leurs aîles, à la quanti-
té d'air qu'ils doivent choquer pour y être
foutenus.
Il n'est pas douteux que l'extrême vi-
tesse imprimée au canon & à son affut,
par l'explosion de la poudre, ne contri-
bue beaucoup, étant jointe au frotement
sur la plate-forme à en racourcir lè recul
lequel seroit beaucoup plus considérable,
si la Piéce, au lieu d'être montée sur son
affut étoit suspendue en l'air, comme le
prouve l'expérience.
L'air, malgré le sentiment opposé, sera
toujours le principal Agent des effets de
la poudre, si le Canonier qui met le feu-
à une Piéce de canon, pose l'extrémité de
son boute-feu, sur le petit orifice de la
lumiere, au lieu de le mettre sur la trai-
née de poudre qui y communique, conti-
nuée en avant ou en arriere de cette lu-
miere, le boute-feu lui saute des mains
avec beaucoup de violence, causée par la
vivacité avec laquelle F'air de l'intérieur
de l'ame de la Piece, mis en ressorts très-
violens par l'explosion de la poudre ,
cherche à s'échaper en trouvant une peti-
te issue par la lumiere.
Plusieurs expériences, dont le détail se-
AVRIL. 1752.
93
roint ici trop long, prouvent que l'air a
beaucoup plus de part au recul des Pié-
ces, que ne lui en attribue cet Acadé-
micien.
On croit sans peine que dans le canon
de deux pieds de long qu'il a fait percer
à différens endroits, qu'il a trouvé la
plus prompte explosion, en mettant le
feu vers le milieu de la charge. Il ne don-
ne aucune conclusion pour prouver, par-
ce qu'il croit découverte, quel doit être
l'effet du boulet dans une Piece, dont l'a-
me seroit cilindrique, & le feu porté au
milieu de la charge. M. le Chevalier Dar-
cy ne borne point ses vues à ce qu'il pres-
crit sur la longueur des Pièces de canon
& sur la charge qui leur est la plus con-
venable pour le plus grand effet, il com-
prend aussi les corrections & changemens
de dimensions, aux armes à l'usage des
troupes, si elles sont proportionnées à ce
qu'il fixe pour le service de l'Atrillerie:
nous avouons de bonne foi que nos con-
noissances sont trop bornées pour apper-
cevoit aucun des moyens qu'il pourra don-
ner pour applanir, dans l'exécution de
ce sdifférentes bouches à feu, les difficultés
dont on vient de faire mention, l'avantage
quen doit retirer le service du Roi, l'en-
gagera à ne s'en pas tenir-là, à rendre
94 MERCURE DE FRANCE.
publiques ses découvertes, & à proposer
de mettre en pratique ce qu'il n'a fait
qu'exposer.
Faites par M. de Saint-Auban, Lieutenant
Général de l'Artillerie, sur le Mémoire
de la théorie de l'Artillerie qui a été lu
à l'assemblée publique de l'Académie des
Sciences, le 13 Novembre 1751, &
qui a été inseré dans la seconde Partie du
Mercure du mois de Décembre de la même
année.
On voit par les expériences qu'a faites
M. le Chevalier Darcy, citées
dans son Mémoire, que cet Académicien
doit proposer des changemens dans les
bouches à feu, qui les rendront d'un usa-
ge & d'un effet beaucoup plus utiles que
celles dont on se sert à présent en France
& ailleurs: selon lui, les anciens Offi-
ciers d'Artillerie n'ont rien donné sur cet-
te matiere, dont il ait pu tirer quelques
principes. Les Modernes verront avec plai-
sit & recevront avec une reconnoissance
proportionnée à la découverte, des ins-
tructions dont les succès les mettront à
portée de mieux servit l'Etat, par la ma-
niere d'employer les armes à la guerre,
soit en établissant des batteries, soit pour
le transport de l'Artillerie qui deviendra
D vij
84 MERCURE DE FRANCE.
plus facile, en changeant les dimensions
des piéces qui sont aujourd'hui en usage;
desorte que par les principes qui vont
nous être donnés, & par les expérien-
ces qu'a faites M. le Chevalier Darcy,
conséquentes d'une théorie bien réfléchie
& bien raisonnée, n admettant pour vé-
rités que les faits que cet Académicien a
constatés par lui-même, nous agirons avec
beaucoup plus de certitude & de préci-
sion dans la pratique. Les effets de la
poudre que l'on avoit cru jusqu'ici varia-
bles, ne pourront être que constans, en
suivant exactement ce qui sera prescrit,
& les progrès de l'Art en général ne se-
ront plus retardés.
M. le Chevalier Darcy juge qu'il y a
beaucoup d'erreurs, dans les résultats des
expériences faites sur la portée des bou-
lets. On convient que la même piéce
chargée avec la même quantité de poudre,
exactement pésée, donne à chaque coup
quelque différence dans les portées, quel-
que attention & précision qu'on observe:
plusieurs accidens que la pratique la plus
exacte ne peut prévoir, en sont la causc.
L'air entre pour beaucoup dans la diffé-
rence des portées, elles sont plus longues
le soir & le matin, & dans un terus bas
& pluvieux qu'à l'ardeur du Soleil vers
le milieu du jour.
AVRIL.
1752.
85:
Elles ne sont point assez sensibles, lors-
que les attentions sur la charge des pié-
ces sont bien observées pour ne servir de
régle au service de l'Artillerie, peut-être
même avec moins d'incertitude que ne
le suppose M. le Chevalier Darcy.
C'est d'après ces expériences faites &
repetées avec la plus grande attention,
que l'on a jugé la charge de la piéce de
vingt quatre, devoir être de huit à neut
livres de poudre.
Les expériences qu'a faites M. le Che-
valier Darcy, sur la loi que doit suivre
l'inflammation de la poudte peuvent dif-
férer de celles d'habiles Philiciens, qui
n'ont donné les leurs que sur des à peu
près, d'une maniere conjecturale & non
décisive.
Celles qu'a fait le même Auteur pour
prouver la vîtesse de l'inflammation, &
la promptitude des effets de la poudre ren-
fermée, n'auront certainement pas trouvé
de contradiction, l'usage commun des
fusils & carabines pour les troupes, les
boëtes tirées pour les réjouissances, les
perards, les mines, &c. en sont des preu-
ves à la portée de tout le monde.
Les objets qui paroissent le plus inté-
resser & mériter l'attention de cet Acadé-
micien, sont en premier lieu la longucur.
Digizes bOOg
86 MERCURE DE FRANCE.
des piéces qu'il veut proportionner à la
quantité de poudre, dont elles doivent
être chargées pour faire le plus grand
effet.
2°. Le point de la charge, où doit
être porté le fen, pour que l'inflamma-
tion soit la plus prompte, il conclut d'a-
près toutes les recherches les plus exactes
qu'il a pu faire, & ses propres expérien-
ces repetées pendant neuf mois avec M. le
Roi, son Confrere, que la charge la plus
avantageuse du canon, se trouve toujours
entre le tiers & la moitié de sa longueur,
en partant de la culasse.
Il décide aussi qu'une Piéce de vingt-
quatre seroit de la longueur la plus avan-
tageuse, si elle avoit trois cens quaran-
te pieds, étant chargée a huit livres
de poudre: ce sont ses propres termes.
Cette charge n est pas, felon lui, la
plus convenable, c'est au moins celle de
trente-deux livres, poids de la poudre
contenue dans le tiers de la longueur de
l'ame; en comptant de la culasse, qui est
de trois pieds deux ponces, & qui fert de
hauteur au cilindre de poudre, qui a
pour diametre de sa base, celui du calibre
de l'ame de la Piéce, qui est de cinq pou-
ces sept lignes.
M. le Chevalier Darcy, ne prononce
AVRIL. 1752.
87
pas décisivement sur la charge au tiers
ou à la moitié de la longueur de la Pièce, il
l'annonce comme ne pouvant être au des-
sous du tiers, & ne devant pas excéder la
moitié, dont la charge feroit de quarante-
cinque livres onze onces, près de quaran-
te-six livres, poids du cilindre de poudre
contenue dans quatre pieds neuf pouces
en partant de la culasse, moitié de la lon-
gueur de l'ame d'une Piéce de vingt-
quatre.
La longueur de ces Piéces chargées à
huit livres de poudre, étant determinée, se-
lon l'Auteur, à trois cens quarante pieds,
on demandera à M. le Chevalier Darcy,
quelle sera celle qu'il faudra ajoûter, en
chargeant les Piéces convenablement, de-
puis trente-deux livres jusqu'à quarante-
six, qui sont les deux termes du tiers &
de la moitié de la longueur des Piéces sur
lesquelles on doit se régler. La Piéce de
vingt. quatre, n'ayant que neuf pieds six
pouces pour la longueur de son ame, &
devant avoit pour la proportion la plus
avantageuse, suivant l'Auteur, trois cens
quarante pieds, érant chargée à huit li-
vres de poudre; on lui demande quelle
sera la diminution de la charge la plus
convenable à sa longueur existante de neuf
pieds six pouces?
88 MERCUREDEFRANCE.
M. le Chevalier Darcy, en proposant
d'augmenter la longueur des Pieces, don-
nera sans doute les moyens pour les faire
résister aux effets de la poudre, sans en
augmenter le métail, ce qui les rendroit
d'un trop grand poids, & d'un service
plus embarassant; il applanira sans doute
les difficultés, & le danger qu'éprouve-
roient ceux qui les exécuteroient, soit en
les conduisant dans les tranchées selon l'u-
sage, soit dans les batteries, pour les re-
charger, lorsqu'elles font sorties de leurs
embrasures. On voit aisement que des Pié-
ces d'une longueur beauconp plus considé-
rable demanderoient des batteries plus
spacieuses, des plus grands épaulemens &
des crochets plus repetés que Pon n'a cou-
tume de faire.
On ne peut s'empêcher de convenir que
plus longue sera l'ame d'une Piéce, plus
il s'y enflammera de poudre, & si l'on ar-
rive au point que toute la poudre soit en-
flammée, lorsque le boulet est à l'extré-
mité de la bouche, il aura reçu alors la
plus grande impulsion.
Des expériences sans nombre & l'usago
journalier nous font voir que les portées
d'une Piéce de vingt-quatre, chargée au-
dessus de huit à neuf livres de poudre, ne
sont pas plus étendues, & que celles d'une
89.
AVRIL. 1752.
charge au-dessous, sont plus courtes, pro-
portionément à la diminution de la char-
ge, au lieu que M. le Chevalier Darcy
juge qu'il faut les charger au tiers ou à la
moitie de la longueur de la Piéce, c'est-
à dire depuis trente-deux jusqu'à quaran-
te-six livres de poudre.
Les Officiers d'Artillerie les plus ap-
pliqués à leur métier, & dont M. le Che-
valier Darcyna peut-être pas lu tout ce-
qui nous en est resté, ont recherché avec le
plus d'attention des moyens par lesquels
en racourcissant les Piéces, & diminuant
leurs poids, elles fissent le mème effet.
Ils ont fait faire dans le fond de l'ame
des Piéces, des chambres de différentes
figures, comme sphériques, d'autres en
spheres un peu applaties, afin que la poudre
étant plus rassemblée, & réfléchissant sur
elle même, s'enflamma avec beaucoup plus
de vivacité, & procura les mêmes effets
que les Piéces plus longues. Des défauts
qu'il seroit trop long de détailler ici, &
que l'on a éprouvé dans la Pratique, les
ont fait rebuter, & on sen est tenu à la
chambre cylindrique, continuée depuis
la bouche jusqu'au fond de l'ame. Les Pié-
ces trop courtes ont leurs défauts, comme
l'ont aussi celles qui seroient trop longuea,
dans les premieres toute la poudre nayant
Digitires vOO
90 MERCURE DE FRANCE.
pas le tems de s'enflammer, celle qui se-
roit intermédiaire entre le boulet & la
poudre enflammée, en diminueroit sensi-
blement l'effet, la raison en est trop faci-
le à appercevoir pour croire devoir l'ex-
pliquer.
Malgré le jugement de M. le Chevalier
Darcy qui donne une longueur immense à
la Piéce de vingt: quatre, voulant qu'elle
ait trois cens quarante pieds, pour être
proportionnée à la charge de huit livres,
on pense avec quelque certitude, qu'à
des Piéces fort longues, la poudre ayant
eu plus de tems qu'il ne lui en falloit pour
s'effammer en totalité, le boulet sortira
avec moins de vitesse, que s'il avoit reçu
toute l'impulsion de la poudre enflammée
à l'extrémité de la bouche, ce qu'il n'aura
pu faire, si la Piéce est trop longue.
En général, les Piéces d'une longueur
que les gens du métier ne trouvent pas
proportionnée, comme la coulevrine de
Nancy, qui a vingt. cinque pieds de long,
ne peuvent être employées que dans des.
endroits où elles soient toujours fixées
comme dans des Châteaux avançés sur la
mer pour découvrir au loin.
Selon M. le Chevalier Darcy, l'air doit
entrer pour peu de chose, dans les effers
de la poudre à canon. Il en est au contraire
AVRIL.
1752.
91
la principale causę, & lui offre toujours
une résistance proportionnée à ses effets.
Les corps ne résistent que proportioné-
ment aux forces ou ressorts qui leur sont
opposés, de sorte que si un côté ne résis-
toit pas, il n'y auroit aucune sensiblité de
l'autre; plus il y a de poudre enflammée,
plus il y a de parties d'air entre les grains
qui sont mises en mouvement, & plus
est forte l'extention des ressors qu'elles
forment, ils s'appuyent de tous côtés
& si les Piéces n avoient une épaisseur pro-
portionnées, eslos créveroient. Les deux
forces poussent également des deux côtés,
& par cet effet la Piéce est chassée en ar-
riere, & le boulet poussé en avant. La
même force cause ces effets différens, &
si la Piéce pouvoit se mouvoir en arriere
avec la même facilité, & qu'elle n'eût ni
plus de poids, ni plus de volume, son re-
cul seroit d'un espace aussi grand que ce-
lui que parcourt le boulet. Le peu de re-
cul des Piéces vient de la résistance que
l'air oppose à une machine d'un volume
aussi grand que celui de la Piéce montée
sur son affut, de son poids & du fro-
tement qu'il occasionne sut la plate-
forme.
L'ait frappé avec beaucoup de vîtesse
tient lieu d'un appui très solide, le vol
Digstues vOO.
92 MERCURE DE FRANCE.
des oyseaux de toute espéce, en est une
preuve, ils proportionnent la vitesse du
mouvement de leurs aîles, à la quanti-
té d'air qu'ils doivent choquer pour y être
foutenus.
Il n'est pas douteux que l'extrême vi-
tesse imprimée au canon & à son affut,
par l'explosion de la poudre, ne contri-
bue beaucoup, étant jointe au frotement
sur la plate-forme à en racourcir lè recul
lequel seroit beaucoup plus considérable,
si la Piéce, au lieu d'être montée sur son
affut étoit suspendue en l'air, comme le
prouve l'expérience.
L'air, malgré le sentiment opposé, sera
toujours le principal Agent des effets de
la poudre, si le Canonier qui met le feu-
à une Piéce de canon, pose l'extrémité de
son boute-feu, sur le petit orifice de la
lumiere, au lieu de le mettre sur la trai-
née de poudre qui y communique, conti-
nuée en avant ou en arriere de cette lu-
miere, le boute-feu lui saute des mains
avec beaucoup de violence, causée par la
vivacité avec laquelle F'air de l'intérieur
de l'ame de la Piece, mis en ressorts très-
violens par l'explosion de la poudre ,
cherche à s'échaper en trouvant une peti-
te issue par la lumiere.
Plusieurs expériences, dont le détail se-
AVRIL. 1752.
93
roint ici trop long, prouvent que l'air a
beaucoup plus de part au recul des Pié-
ces, que ne lui en attribue cet Acadé-
micien.
On croit sans peine que dans le canon
de deux pieds de long qu'il a fait percer
à différens endroits, qu'il a trouvé la
plus prompte explosion, en mettant le
feu vers le milieu de la charge. Il ne don-
ne aucune conclusion pour prouver, par-
ce qu'il croit découverte, quel doit être
l'effet du boulet dans une Piece, dont l'a-
me seroit cilindrique, & le feu porté au
milieu de la charge. M. le Chevalier Dar-
cy ne borne point ses vues à ce qu'il pres-
crit sur la longueur des Pièces de canon
& sur la charge qui leur est la plus con-
venable pour le plus grand effet, il com-
prend aussi les corrections & changemens
de dimensions, aux armes à l'usage des
troupes, si elles sont proportionnées à ce
qu'il fixe pour le service de l'Atrillerie:
nous avouons de bonne foi que nos con-
noissances sont trop bornées pour apper-
cevoit aucun des moyens qu'il pourra don-
ner pour applanir, dans l'exécution de
ce sdifférentes bouches à feu, les difficultés
dont on vient de faire mention, l'avantage
quen doit retirer le service du Roi, l'en-
gagera à ne s'en pas tenir-là, à rendre
94 MERCURE DE FRANCE.
publiques ses découvertes, & à proposer
de mettre en pratique ce qu'il n'a fait
qu'exposer.
Fermer
8189
8190
p. 94-114
REPONSE. De M. le Chevalier d'Arcy aux observations de M. de Saint-Auban, Lieutenant-Général d'Artillerie, sur le Mémoire de l'Artillerie, &c.
Début :
AYANT déclaré que si je faisois part au Public de mes expériences sur [...]
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texteReconnaissance textuelle : REPONSE. De M. le Chevalier d'Arcy aux observations de M. de Saint-Auban, Lieutenant-Général d'Artillerie, sur le Mémoire de l'Artillerie, &c.
REPONSE.
De M. le Chevalier d'Arcy aux observations
de M. de Saint-Auban, Lieutenant-Général
d'Artillerie, sur le Mémoire de l'Artillerie,
&c.
AYANT déclaré que si je faisois part
au Public de mes expériences sur
l'Artillerie, ce n'étoit que dans l'espéran-
ce de recevoir des conseils de personnes
plus expérimentées què moi sur tout, de
MM. du Corps de l'Artillerie; je n'ai pu
qu'être flatté des observations que M. de
Saint-Auban a faites sur mon Mémoire; il
n'auroit sûrement trouvé personne de plus
docile que moi, & de plus porté à en faire
usage, si je n'avois vu avec regret que je
ne le pouvois, la plûpart de ses observa-
tions ne me paroissans pas concluantes, &
les autres prouvant seulement que je n'ai
pas eu le bonheur d'être entendu de M. de
Saint-Auban.
Je suis peut-être dans l'erreur, mais soit
AVRIL. 1752.
en faveur de mes intentions, soit par le
zéle qu'il a pour la perfection de l'Artille-
rie, je me serois flatté d'un peu plus d'at-
tention de sa part pour saisit mes idées,
j'avois d'autant plus sujet de l'espérer que
la déclaration dont je viens de parler, assû-
roit M. de Saint-Auban de l'empressement
que j'aurois eu de lui donner des éclaircis-
semens sur l'extrait de mon mémoire qui
se trouve dans le Mercure, & de lui com-
muni quer le mémoire même pour peu
qu'il l'eût désiré
Un autre raison qui m empêche de pro-
fiter des observations de M. de Saint-Au-
ban, c'est qu'il se contente de parler de ces
expériences sans nombre qui oni servi à déter-
miner les regles que l'on suit aujourd'hui dant
PArtillerie, soit pour la longueur des pièces
soit pour leurs charges, &c. sans les rappor-
ter, j'aurois eu lieu d'attendre le contraire,
ou au moins qu on faveur de quelqu'un,
qui ne sçait peut-être pas tout ce que MM-
les Officiers d'Artillerie ont fait, il indique-
roit où on pourroit les trouver. L'autorité
de M. de Saint-Auban est sans doute d'un
grand poids, mais il ne peut disconvenit
qu en matiere de faits, on ne prouve qu'au-
tant qu on oppose expériences à experien-
ces.
En attendant qu'il nous fasse part de tou-
96 MERCUREDE FRANCE.
tes ces expériences, j'ai cru que je ne pou-
vois me dispenser de lui communiquer les
remarques que j'ai faites sur ses observa-
tions, & de lui donner en peu de mots
quelques éclaircissemens sur mon mémoi-
re, en rapportant les faits qui servent de
base à ce que j'ai avancé. Je me contente-
rai pour cela de disposer mes remarques se-
lon l'ordre des observations de M. de
Saint-Auban, cette méthode étant ici la
plus courte, par la facilité que l'on a de
recourir à son Mémoire, & me paroissant
après y avoir murement réfléchi, celle qui
convient le mieux à la forme qu'il lui a
donné. Au reste, si je l'imite dans cette dis-
position, je seus qu'il est au dessus de mes
forces de le faire dans le tour délicat qu'il
a sçu donner à ses observations: je tâche-
tai d'y suppléer par la bonté de mes rai-
sons.
Paragraphe premier. » On voit par les
expérienées qu'a faites M. le Chevalier
d'Arcy, &c. M. de Saint-Auban, com-
me je l'ai avancé, prouve qu'il ne m'a
pas entendu dès les premieres lignes de
son Mémoire. Je le prie de me dire dans
quel endroit j'ai proposé des changemens
dans les bouches à feu: je ne les crois
point assez parfaites, pour penser que la
chose soit impossible, mais je nai point
prétendu
AVRIL. 1752.
97
prétendu en indiquer. Loin de cela, dans le
Mémoire que je lus, soit prévoyance ou
pressentiment, je pris toutes les mesures
imaginables pour m'expliquer nettement
sur ce sujet, & pour que personne ne prit
ombrage de mon travail j'établis, com-
me on peut le voir par l'Extrait de M. l'Ab-
bé Raynal » que l'Artillerie pouvoit se di-
»viser en deux parties; l'une qui a pour
n objet la théorie, ou les recherches qui
»peuvent établir les principes physiques,
»d'où résulteroient théoriquement les
„meilleures bouches à feu. L'autre dont
»l'objet est plus vaste & plus important,
nqui embrasse non-seulement ce qui con-
„cerne la maniere d'employer ces armes à
„la guerre, d'établir des batteries, &c
» mais encore toutes ces connoissances que
„ l'expérience donne sur les dimensions
„ des piéces, par rapport à leur service,
„ la facilité de leur transport, &c. Plus
loin M. l'Abbé Raynal s'exprime ainsi sur
le même sujet. » Après cette introduction
„on conçoît facilement quel est le but
„que M. d'Arcy se propose, & que son
„objet est de recherchet au moyen des ex-
„ périences ces principes qui doivent ser-
» vir de base à la théorie de l'Artillerie.
J'ai rapporté tout au long ce qui se trou-
ve dans l'Extrait à ce sujet, parce que je
98 MERCURE DE FRANCE.
serai obligé d'y renvoyer plus d'une fois,
& pour qu'on juge en même tems des pré-
cautions que j'ai prises pour expliquer
clairement le but que je me suis proposé.
Cependant je vois que j'ay eu le malheur
de n'y pas réussir. M. de Saint-Auban a
cru voir dans mon Mémoire des choses
singulieres, étonnantes, dont il rapporte
une partie dans ce premier paragraphe;
ainsi par exemple, on trouve dans l'Ex-
trait, que j'ose me flatter de faire voir bien-
tôt » que lorsque l'on prend les précautions
„ requises, & que l'on employe des métho-
« des moins imparfaites que celles des
„ portées, on peut parvenir à des résultats
„assez constans, pour en déduire des prin-
ncipes surs; & M. de Saint-Auban a cru
que cela vouloit dire » qu'en suivant ce
„ que je prescrirai, les effets de la poudre
»que l'on avoit cru jusqu'ici variables, ne
„pourront être que constans, Penseroit-il
qu'à moins que les effers de la poudre ne
spient constans, on ne peut parvenir à des
résultats assex réguliers, pour en déduire
des principes. Au reste je le prie de
nous faire part de ceux que les anciens
Officiers d'Artillerie ont établis : quant.
à ce qu'il dit des modernes, je suis
comme lui entierement persuadé que leur
zele pour le service de l'Etat leur fait bien
AVRIL.
1752.
99
recevoir tout ce qui peut tendre à la per-
fection de l'Artillerie, de quelque part
qu'il vienne, & loin d'imaginer que M.
de Saint-Auban ne soit pas du même senti-
ment, je suis très-assuré au contraire,
même par ses observations, qu'il verroit
avec plaisit, toutes les tentatives que pour-
roient faire des Militaires ou d'autres per-
sonnes qui ne seroient pas du Corps de
l'Artillerie.
Paragraphe second. M. le Chevalier
d'Arcy juge qu' il y abeaucoup d'erreurs, &c.
Sans entrer dans le détail de ce que j'ai dit
à ce sujet dans mon Mémoire: je rappor-
terai seulement quelques-unes des épreu-
ves qui ont été faites par M. de Valiere
& M. Belidor, pour déterminer la charge
la plus avantageuse d'une piéce devingt-
quatre, elles suffiront je crois, pour faire
voir la vérité de ce que j'ai avancé sur la
méthode des portées.
Par les épreuves de M. de Valiere faites
à Strasbourg le 31 Août, & le 1er Septem-
bre 1740: les portées de deux coups ti-
rés à 24 livres de poudre, furent l'une
de 2200 toises, & l'autre de 2500 toises;
& celles de deux autres coups à 8 livres de
poudre de 2325 & de 2050.
Par les épreuves faites à Metz dans l'été
de 1740 par M. Belidor, on voit que dans
E1j
100 MERCURE DEFRANCE.
18 coups tirés à 9 livres, la plus grande
portée a été de 1010, & la plus petite de
715: dans ces épreuves les différences en-
tre les extrêmes sont de plus d'un quart;
dans celles de M. de Valière, elles sont à
peu près d'un 7me. & vraisemblablement,
s'il avoit répeté les épreuves plus souvent
avec une même charge, elles auroient été
plus considérables.
Ces épreuves, qui surement ont été faites
avec un très-grand soin, font assez voir que
les différences dans les portées sont trop
considérables pour quon en puisse rien
conclure de bien certain, & qu'ainsi M. de
S. Auban n'en dit point assez lorsqu'il se
contente de convenir que la meme Piéee
&c. donue à chaque coup quelque difference.
Quant aux accidens que la pratique, selon
lui, ne peut prévoir, il y en a sans doute,
mais ne doit-on pas chercher à substituer
aux moyens ordinaires des moyens plus
exacts, par lesquels en les diminuant, on
parvienne enfin à des expériences assez
régulieres, pour en tirer des conclusions
certaines. M. de Saint-Auban ajoûte que
l'air entre pour beaucoup dans la differen-
ce des portées; comme je n'ai pu deviner
de quelle façon il l'entend, sçavoir, si
c est, en ce que dans ses différentes tem-
pératures il resiste plus ou moins au mou-
Digtires bOO
AVRIL. 1752.
101
vement du boulet, ou qu'il agit avec plus
ou shoins de force dans les interstices des
grains de poudre, ou enfin qu'il rend l'in-
flammation de la poudre plus ou moins vi-
ve. Je me contenterai de lui dire qu'on
voit par les expériences de M. Robbins.
que dès que la poudre est bien séche, les
effets sont toujours à peu près les mêmes à
quelque heure du jour, & dans quelque
tems que l'on tire. Je sçais à la vérité que
felon plusieurs Auteurs lesportées sont plus
grandes le matin & le soir que dans la
journée, & dans un tems humide, que
dans un tems sec; mais je sçais aussi que
d'autres avancent précisément le contrai-
re : & qu'ainsi c'est une de ces choses, dont
faute de moyens assez exacts, on n'a enco-
re aucune connoissance certaine dans l'Ar-
tillerie.
Paragraphe troisiéme.
Elles ne sont pas
assez, &c. J'ai répondu à ce paragraphe en
répondant au précedent.
Paragraphe quatrième. C'est d'après ces
expériences, &c.
On auroit souhaité que M. de Saint-Au-
ban eut voulu rapporter ces épreuves. On
avoue qu on ne les connoît pas, car dans
tous les Auteurs que l'on a consultés sur
certe matiere, on ne voit rien de positif:
pour s'en assurer, on na qu'à voir les
EIII
102 MERCURE DE FRANCE.
Auteurs cités dans la note.
Nota. Diego Vfano, Traité de l'Artille-
rie pag, 7 & 9. La seconde partie du grand
Art de l'Artillerie de Cazimir, ch. 12 art.
17. D'Avelour, Instruction sur l'Artillerie
de France ch. 9. pag. 34. Du Praissac
Questions militaires, page 124. Maltus
Traité d'Artillerie, ch. S. pag. 89. Aure-
let, Traité des Machines & Feux d'artifice
pour la guerre. Flaurence Rivault, Elemens
d'Artillerie, pag. 125. Mémoires de
Montecuculli, liv. 1. ch. 2. pag. 65. M. le
Chevalier de Saint-fullien, la Forge de
Vulcain, pag. 32 & 33. edit. 1710. Mé-
moires d'Artillerie de Saint-Remi, seconde
édit. 1707, tome 1. pag. 83. idem tome 2.
pag. 246. Coinmentaires de Polybe, de Fo-
lard, tome 2. pag. 629. Lobreau de Four-
ville, Mémoires sur l'Artillerie. Le Mar-
quis de Santa-cruz, Réflexions militaires,
tome 9. pag. 12 & 13. idem pag. 24. Du-
lac, Theorie nouvelle sur le méchanisme
de l'Artillerie, & c.
Paragraphe cinquieme. Les expériences,
Cc.
Mon objet étant de ne rien établir que
sur les faits, il étoit dans l'ordre d'exami-
ner si les conjectures de ces habiles Physi-
ciens étoient conformes à la vérité.
Paragraphe sixième. Celles qu'a fait, &c,
103
AVRIL.
1752.
Il paroîtra singulier que M. de Saint-Au-
ban regarde comme inutiles les expérien-
ces faites pour reconnoître si l'inslamma-
tion de la poudre dans les armes à feu se
fait d'une maniere successive, ou si on peut
la regarder comme instantanée; tandis que
cette question a été agitée depuis long.
tems, & qu'en dernier lieu une des plus
illustres Académies de l'Europe, la fociété
Royale de Londres ne l'a point jugée indi-
gne de son attention, & qu'elle a nommé
un committé ex près pour reconnoître ce
qui en étoit: il est certain de plus que des
différentes vîtesses de l'inflammation, il
résulteroit des conséquences très différen-
tes.
Paragraphe septième. Les objets qui pa-
roissent, &c.
Ce paragraphe & les suivans jusqu'au
ueuvième inclusivement, n'étant qu'une
exposition de ce que j'ai rapporte dans
mon Mémoire, & des conclusions que j'en
aitiré; & M. de Saint-Auban paroissant ne
m'avoir pas bien entendu, je rapposterai ce
que dit à ce sujet M. l'Abbé Raynal, voici
comme il s'exprime en parlant de moi. „ Il
„ajoute que les questions suivantes lui pa-
„ roissent mériter d'être examinées les pre-
nmieres: scavoit, 19. qu'elle est la char-
E iiij
104 MERCURE DEFRANCE.
„ge la plus avantageuse pour un canon
»d'une longueur donnée. 2°. Quel est le
„canon le plus avantageux pour une char-
»ge donnée, & enfin quelle est le point
„où l'on doit porter le feu pour que l'in-
„flammation soit la plus prompte.
Comme il paroît de plus que M. de Saint-
Auban na pas bien conçu la différence qui
se trouve entre les deux premieres ques-
tions; je crois devoir les expliquer ici plus
au long, & ajoûter en même temps deux
mots sut les principes physiques, d'après
lesquels je suis parti: afin de répandre plus
de lumieres sur cette matiere
Il est aujourd'hui prouvé incontestable-
ment par les expériences de MM. Hauks-
bée, Hales, Robbins, &c. que la poudre
contient un fluide élastique & permanent,
qui a toutes les propriétés de l'air; que e'est
ce fluide qui se développant dans l'explo-
sion de la poudre, en fait toute la force;
que son volume dans cet état de dévelop-
pement, est à celui de la poudre qui l'a pro-
duit àpeu près comme 244 à 1. de plus
on sçait que ce fluide échauffé au dégre du
fer prêt à fondre augmente encore de vo-
lume dans le rapport de 5 à 1 l'air dont il a
les propriétés se dilatant par cette chaleur
dans le même rapport. De tout ceci il est
facile de conclure que ce fluide étant aussi
zed by Goog
AVRIL.
105
1752.
violemment échauffé qu'il l'est dans l'ex-
plosion, l'espace qu'il occuperoit dans cet
instant (si rien ne s'opposoit à la dilatation
que l'air) seroit à celui de la poudre qui
l'a produit à peu près comme 1000 à 1.
Ces faits bien connus, la maniere dont
la poudre agit sur le boulet devient facile à
l'effort du fluide qui s'est développé dans
l'explosion; car étant d'autant plus grand
que l'espace qu'il occupe est plus petit,
il s'ensuit que lorsqu'il sera étendu dans
un espace 1000 fois plus grand que le volu-
me de la poudre, il n agira plus sur le bou-
let, étant alors en équilibre avec l'air exté-
rieur. Ainsi, par exemple, une charge de8
livres dans une pièce de 24. produisant un
fluide qui occuperoit 1000 fois l'espace
que cette charge occupoit auparavant, ce
qui feroit plus de 800 pieds, en donnant
à la charge 10 pouces de long, il s'ensuit
que la longueur rhéorique d'une piéce de
24 seroit de 800 pieds, puisque le boulet
recevroit toujours une augmentation de
vitesse jusqu'à ce point.
Mais, si l'on fait attention que dans la
pratique une partie du fluide se perd par la
lumiere, par le vent du boulet, & que la
chaleur de ce fluide va toujours en dimi-
nuant, dès qu'une fois toute la poudre est
enflammée; enfin au frottement que le
Eiiij
106 MERCURE DEFRANCE.
boulet éprouve dans l'ame. On verra qu'il
n est pas étonnant que nous ayons trouvé
qu'une pièce de 24 ne devoit avoir avec
une charge de S livres que 340 pieds de
long, ayant reconnu par nos ex périences
que le fluide produit par 18 grains de pou-
dre dans un canon de six pieds, dont la ca-
pacité étoit de 25 pouces cubiques, don-
noit encore à l'extremité du canon une au-
gmentation de vîtesse au boulet.
Cette théorie des effets de la poudre
dans les armes à feu étant bien entendue,
il est facile de concevoir la différence qui
se trouve entre les deux questions que j'ai
rapportées; car quand je demande quelle est
la charge la plus avantageuse pour un ca-
non d'une longueur donnée, il est clair
que je demande la solution expérimentale
d'un problême qu'on peut regarder com-
me géométrique. Car supposons que le
fluide soit produit dans un instant, ou
que la poudre s'enflamme instantanèment,
la longueur de la charge la plus avanta-
geuse, sera à la longueur du canon comme
1. est à 2. 718. mais les causes dont on
vient de parler plus haut, comme frotte-
mens, & c. devant y apporter des change-
mens, il faut donc avoir recours à l'expé-
rience pour les reconnoître. Cependant
elle nous a montré qu'ils ne sont pas consi-
AVRIL.
1752.
107
derables dans ce cas ci, puisque nous avons
trouvé que la longueur de la charge doit
être entre le tiers & la moitié de la lon-
gueur de la piéce.
Et lorsque je demande le canon le plus
avantageux pour une charge donnée, il
est clair que cela s'entend d'un canon d'une
longueur telle que le fluide produit par
l'explosion dilate dans cette longueur, ne
puisse plus agir sur le boulet.
Paragrapne dixième. M. le Chevalier
d'Arcy ne prononce pas, &c.
Cette question est de la nature de cel-
les que les Géomêtres appellent de maxi-
mis & minimis, ou lorsqu on approche du
terme, les différences deviennent si pe-
tites, qu'elles sont insensibles; c'est pour-
quor l'on na pu déterminer par l'ex-
périence, que les deux termes entre les-
quels ce point est renfermé.
Paragraphe onzième. Longueur de ces
pieces chargées, &c.
Ces deux questions sont faciles à résou-
dre, par ce que l'on a vu dans la réponse
au paragraphe 9. ainsi l'on dira que la lon-
gueur qu il faudroit à une pièce de 24.
pour une charge de 32 ou 46 livres, seroit
à cette charge comme 340 pieds est à 8
livres, & de même que la charge qui com-
muniqueroit tout son effort au boulet dane
E vj
108 MERCURE DEFRANCE.
une piéce de 24 de 9 pieds 6 pouces de
long, se trouveroit en disant comme
340 pieds est à 8 livres; ainsi 9 pieds 6
pouces est à la charge cherchée qui seroit
de 3 onces & demi à peu près.
Paragraphe douzième, M. le Chevalier
d'Arcy, &c.
Si j'avois eu le bonheur d'être entendu
par M. de Saint-Auban, il ne me deman-
deroit pas les moyens de faire résister, &c.
Car la division que j'ai fait de l'Artillerie
& que j'ai rapporté plus haut montre assez
que le but de mon travail n est que de re-
chercher à l'aide de l'expérience, les faits
généraux qui doivent servir de base à la
théorie de l'Artillerie, & non de me char-
ger d'une partie que je sens fort au dessus
de mes forces, & qui ne convient qu'à des
perfonnes aussi experimentées que M. de
Saint-Auban.
Paragraphe treizième. On ne peut &c.
Une longueur tellement proportionnée
par rapport à la charge, que cette charge
seroit toute enflammée, lorsque le boulet
seroit parvenu à la bouche, ne seroit pas
la longueur nécessaire pour employer
toute l'action de la charge, voyez la ré-
ponse au paragraphe 7.
Paragraphe quatorzieme. Des expérience
sans nombre, & c.
AVRIL.
1752.
109
On a déjà répondu à ce paragraphe en
répondant au quatrième.
Paragraphe quinziéme & seiziéme. Les
Officiers d'Artillerie, &c.
Quoique j'aye tâché d'acquérir le plus de
connoissanee que j'ay pu sur l'Artillerie,
M. de Saint-Auban a raison de supposer
que je n'ai pas, lu tout ce que MM. les
Officiers d'Artillerie en ont écrit: cepen-
dant j'en ai assez appris pour lui dire que
ces avantages théoriques qui doivent ré-
sulter de la figure des chambres, ne peu-
vent avoir lieu, ce qui seroit facile à prou-
ver ici. Si pour être court, je ne me con-
tentois de rapporter les expériences faites
par la Société Royale.
Le committé de cette Société, chargé de
vérifier ce fait, fit faire trois chambres de
la même capacité, ajustées dans le mortier
de Hauxsbee. Leur profondeur respective
étoit de trois pouces, d'un pouce & demi,
& de trois quarts de pouces; chacune de
ces chambres remplie de poudre en conte-
noit une once, poids de troy. Le boulet pe-
soit 24. livres 6 onces - averdupoids, ou
336 onces troy: & il touchoit toujours la-
poudre, Le mortier pointé à 45 dégrés,
tiré avec la premiere chambre de 3 pouces
de profondeur, donnna dans les différentes
épreuves les portées suivantes: scavoir,
Digstnas uLO
110 MERCUREDEFRANCE
coups
pieds Anglois.
1
752.
2
685.
737.
4
733.
Dans la seconde de ces épreuves, la
chambre n'ayant pas été poussée jusqu'au
fond avant de tirer le mortier, elle s'en-
gagea par la violence du coup tellement,
qu on eut beaucoup de peine à l'en retiter.
ce qui fut vraisemblablement cause de
l'irrégularité de cette épreuve: la moyen-
ne distance des 3 autres coups est de 741
pieds. On tira ensuite trois coups avec la
chambre de de pouces, tout otant com-
me ci-devant.
coups.
466.
2
463.
463.
La moyenne distance de ces trois épreu-
ves fut de 464 pieds: on ajusta ensuite la
chambre d'un demi pouce, mais comme
elle ne remplissoit pas le mortier aussi bien
que les deux autres: on trouva les portées
sort irrégulieres.
AVRIL. 1792.
111
coups.
686.
2
998.
467.
Ce fut probablement l'humidité qui ren-
dit la troisième portée si petite, le coup
ayant été tité fort avant dans la soirée.
Paragraphe dix-septième. Malgré le
jugement & c. Ce Paragraphe, quoique sous
d'autres termes, signifiant la même chose
que le treizième, y renvoye le Lecteur.
Paragraphe dixhuitième. En général &c.
Comme je n'ai prétendu en aucune fa-
çon fixer la longueur ni l'usage des Piéces
dans la pratique, ainsi qu'on le voit par
la déclaration rapportée au commence-
ment; elle sussit pour répondre à ce para-
graphe.
Paragraphe dix- neuvième. Selon M. le
Chevalier d'Arcy. &c.
Quoique j'aye eu quelque peine à me
former une idée nette des objections con-
tenues depuis ce paragraphe jusqu'au 24eme
inclusivement, je crois cependant etre par-
venu à démêler sur quoi elles roulent, &
qu'elles se reduisent à ceci, que j'ai tort
de dire que l'ait entre pour peu de chose
dans les effets de la poudre, parce que,
suivant l'opinion de M. de Saint-Auban,
VIAMERCURE DE FRANCE.
celui qui est contenu dans les interstices
de ses grains, contribue beaucoup à la
force de son explosion; l'inflammation de
la poudre n'étant qu'un moyen de mettre
en jeu sa force élastique, 2. que l'air a
beaucoup plus de part que je ne le pré-
tends dans la cause du recul des armes à
feu tirées sans boulet, sans relever tout-
ce que dit M. de Saint-Auban sur l'obsta-
ole que la résistance de l'air oppose an recul
du canon. Je me contenterai d'examiner
son opinion, & de rapporter ce qui est
dit au sujet du recul des armes à feu dans
l'extrait du Mercure.
On a déja vu dans la réponse au para-
graphe septième que la plus grande dila-
tation de l'air par une très-grande chaleur
va à lui faire occuper un espace cinque fois
plus grand que celui qu'il occupoit aupa-
ravant. Ainsi supposant que la charge de
huit livres occupa dans une piéce de 24
un espace de dix pouces de long, que
le vuide de ses interstices équivalût à
cinque pouces, c'est à-dire, à la moitié
du volume de la charge, & que la cha-
leur de la poudre enflammée, supposée
égale à celle du fer prêt à fondre, dilate
l'air cinque fois, l'espace qu'il occuperoit
alors pour être en équilibre avec l'air ex-
téricur soroit de vingt- cinque poucos de
AVRIL. 1752. 113
long: par conséquent au-delà de cette
longueur, la poudre n'agitoit plus sur le
boulet, & la piece de vingt-quatre ne
devroit avoir théoriquement, selon l'hypo-
these de M. de Saint-Auban, que vingt-
cinque pouces de long, & dans la pratique
un peu moins: donc & c.
Quant à la seconde objection, je prie
que l'on lise l'extrait du Mercure, dont
je me contenterai de rapporter les pa-
roles suivantes. Au reste M. d'Arcy dé-
elare qu'il est bien éloigné de décider une
question qui comporte tam de difficultès, &
qu'il n'en a parlé que parce qu'il a cru qu'il
étoit à propos de faire faire attention aux Phy-
siciens à cette cause du recul qu'ils paroissent
avoir negligè jusqu'ici.
Paragraphe vingt-cinquième. On croit
sens peine &c. Si les accidens qui me sont
arrivés pendant le cours de mes expérien-
ces, ne m'avoient empêché de décider
d'une manière précise le point d'une char-
ge, où on doit l'enflammer, je croiroi
otre fort en état de déterminer ce point
pour toutes les piéces d'artillerie, quel-
ques figures qu'eussent leurs chambres.
Quant à ce que dit M. de Saint-Auban
des armes de l'Infanterie, il est étonnant
qu'il nait pas comptis mes vues; car la
facilité du service exigeant de racour-
Digsieres bi0O
114 MERCURE DEFRANCE.
cir les armes de l'Infanterie, ne falloit-
il pas scavoir le changement que cela
feroit dans les portées. J'ai montré qu'el-
les diminuoient avec les longueurs: pat
conséquent, que si les Prussiens ont l'a-
vantage de tirer vîte avec leurs fusils
courts, ils ont le desavantage de ne pas
atteindre aussi loin. Au reste une question
qui a mérité l'attention de Messieurs les
Inspecteurs Généraux de l'infanterie, mé-
ritoit bien d'être éclaircie, en tâchant de
reconnoître les principes de fait qui doi-
vent servir de base à sa solution.
De M. le Chevalier d'Arcy aux observations
de M. de Saint-Auban, Lieutenant-Général
d'Artillerie, sur le Mémoire de l'Artillerie,
&c.
AYANT déclaré que si je faisois part
au Public de mes expériences sur
l'Artillerie, ce n'étoit que dans l'espéran-
ce de recevoir des conseils de personnes
plus expérimentées què moi sur tout, de
MM. du Corps de l'Artillerie; je n'ai pu
qu'être flatté des observations que M. de
Saint-Auban a faites sur mon Mémoire; il
n'auroit sûrement trouvé personne de plus
docile que moi, & de plus porté à en faire
usage, si je n'avois vu avec regret que je
ne le pouvois, la plûpart de ses observa-
tions ne me paroissans pas concluantes, &
les autres prouvant seulement que je n'ai
pas eu le bonheur d'être entendu de M. de
Saint-Auban.
Je suis peut-être dans l'erreur, mais soit
AVRIL. 1752.
en faveur de mes intentions, soit par le
zéle qu'il a pour la perfection de l'Artille-
rie, je me serois flatté d'un peu plus d'at-
tention de sa part pour saisit mes idées,
j'avois d'autant plus sujet de l'espérer que
la déclaration dont je viens de parler, assû-
roit M. de Saint-Auban de l'empressement
que j'aurois eu de lui donner des éclaircis-
semens sur l'extrait de mon mémoire qui
se trouve dans le Mercure, & de lui com-
muni quer le mémoire même pour peu
qu'il l'eût désiré
Un autre raison qui m empêche de pro-
fiter des observations de M. de Saint-Au-
ban, c'est qu'il se contente de parler de ces
expériences sans nombre qui oni servi à déter-
miner les regles que l'on suit aujourd'hui dant
PArtillerie, soit pour la longueur des pièces
soit pour leurs charges, &c. sans les rappor-
ter, j'aurois eu lieu d'attendre le contraire,
ou au moins qu on faveur de quelqu'un,
qui ne sçait peut-être pas tout ce que MM-
les Officiers d'Artillerie ont fait, il indique-
roit où on pourroit les trouver. L'autorité
de M. de Saint-Auban est sans doute d'un
grand poids, mais il ne peut disconvenit
qu en matiere de faits, on ne prouve qu'au-
tant qu on oppose expériences à experien-
ces.
En attendant qu'il nous fasse part de tou-
96 MERCUREDE FRANCE.
tes ces expériences, j'ai cru que je ne pou-
vois me dispenser de lui communiquer les
remarques que j'ai faites sur ses observa-
tions, & de lui donner en peu de mots
quelques éclaircissemens sur mon mémoi-
re, en rapportant les faits qui servent de
base à ce que j'ai avancé. Je me contente-
rai pour cela de disposer mes remarques se-
lon l'ordre des observations de M. de
Saint-Auban, cette méthode étant ici la
plus courte, par la facilité que l'on a de
recourir à son Mémoire, & me paroissant
après y avoir murement réfléchi, celle qui
convient le mieux à la forme qu'il lui a
donné. Au reste, si je l'imite dans cette dis-
position, je seus qu'il est au dessus de mes
forces de le faire dans le tour délicat qu'il
a sçu donner à ses observations: je tâche-
tai d'y suppléer par la bonté de mes rai-
sons.
Paragraphe premier. » On voit par les
expérienées qu'a faites M. le Chevalier
d'Arcy, &c. M. de Saint-Auban, com-
me je l'ai avancé, prouve qu'il ne m'a
pas entendu dès les premieres lignes de
son Mémoire. Je le prie de me dire dans
quel endroit j'ai proposé des changemens
dans les bouches à feu: je ne les crois
point assez parfaites, pour penser que la
chose soit impossible, mais je nai point
prétendu
AVRIL. 1752.
97
prétendu en indiquer. Loin de cela, dans le
Mémoire que je lus, soit prévoyance ou
pressentiment, je pris toutes les mesures
imaginables pour m'expliquer nettement
sur ce sujet, & pour que personne ne prit
ombrage de mon travail j'établis, com-
me on peut le voir par l'Extrait de M. l'Ab-
bé Raynal » que l'Artillerie pouvoit se di-
»viser en deux parties; l'une qui a pour
n objet la théorie, ou les recherches qui
»peuvent établir les principes physiques,
»d'où résulteroient théoriquement les
„meilleures bouches à feu. L'autre dont
»l'objet est plus vaste & plus important,
nqui embrasse non-seulement ce qui con-
„cerne la maniere d'employer ces armes à
„la guerre, d'établir des batteries, &c
» mais encore toutes ces connoissances que
„ l'expérience donne sur les dimensions
„ des piéces, par rapport à leur service,
„ la facilité de leur transport, &c. Plus
loin M. l'Abbé Raynal s'exprime ainsi sur
le même sujet. » Après cette introduction
„on conçoît facilement quel est le but
„que M. d'Arcy se propose, & que son
„objet est de recherchet au moyen des ex-
„ périences ces principes qui doivent ser-
» vir de base à la théorie de l'Artillerie.
J'ai rapporté tout au long ce qui se trou-
ve dans l'Extrait à ce sujet, parce que je
98 MERCURE DE FRANCE.
serai obligé d'y renvoyer plus d'une fois,
& pour qu'on juge en même tems des pré-
cautions que j'ai prises pour expliquer
clairement le but que je me suis proposé.
Cependant je vois que j'ay eu le malheur
de n'y pas réussir. M. de Saint-Auban a
cru voir dans mon Mémoire des choses
singulieres, étonnantes, dont il rapporte
une partie dans ce premier paragraphe;
ainsi par exemple, on trouve dans l'Ex-
trait, que j'ose me flatter de faire voir bien-
tôt » que lorsque l'on prend les précautions
„ requises, & que l'on employe des métho-
« des moins imparfaites que celles des
„ portées, on peut parvenir à des résultats
„assez constans, pour en déduire des prin-
ncipes surs; & M. de Saint-Auban a cru
que cela vouloit dire » qu'en suivant ce
„ que je prescrirai, les effets de la poudre
»que l'on avoit cru jusqu'ici variables, ne
„pourront être que constans, Penseroit-il
qu'à moins que les effers de la poudre ne
spient constans, on ne peut parvenir à des
résultats assex réguliers, pour en déduire
des principes. Au reste je le prie de
nous faire part de ceux que les anciens
Officiers d'Artillerie ont établis : quant.
à ce qu'il dit des modernes, je suis
comme lui entierement persuadé que leur
zele pour le service de l'Etat leur fait bien
AVRIL.
1752.
99
recevoir tout ce qui peut tendre à la per-
fection de l'Artillerie, de quelque part
qu'il vienne, & loin d'imaginer que M.
de Saint-Auban ne soit pas du même senti-
ment, je suis très-assuré au contraire,
même par ses observations, qu'il verroit
avec plaisit, toutes les tentatives que pour-
roient faire des Militaires ou d'autres per-
sonnes qui ne seroient pas du Corps de
l'Artillerie.
Paragraphe second. M. le Chevalier
d'Arcy juge qu' il y abeaucoup d'erreurs, &c.
Sans entrer dans le détail de ce que j'ai dit
à ce sujet dans mon Mémoire: je rappor-
terai seulement quelques-unes des épreu-
ves qui ont été faites par M. de Valiere
& M. Belidor, pour déterminer la charge
la plus avantageuse d'une piéce devingt-
quatre, elles suffiront je crois, pour faire
voir la vérité de ce que j'ai avancé sur la
méthode des portées.
Par les épreuves de M. de Valiere faites
à Strasbourg le 31 Août, & le 1er Septem-
bre 1740: les portées de deux coups ti-
rés à 24 livres de poudre, furent l'une
de 2200 toises, & l'autre de 2500 toises;
& celles de deux autres coups à 8 livres de
poudre de 2325 & de 2050.
Par les épreuves faites à Metz dans l'été
de 1740 par M. Belidor, on voit que dans
E1j
100 MERCURE DEFRANCE.
18 coups tirés à 9 livres, la plus grande
portée a été de 1010, & la plus petite de
715: dans ces épreuves les différences en-
tre les extrêmes sont de plus d'un quart;
dans celles de M. de Valière, elles sont à
peu près d'un 7me. & vraisemblablement,
s'il avoit répeté les épreuves plus souvent
avec une même charge, elles auroient été
plus considérables.
Ces épreuves, qui surement ont été faites
avec un très-grand soin, font assez voir que
les différences dans les portées sont trop
considérables pour quon en puisse rien
conclure de bien certain, & qu'ainsi M. de
S. Auban n'en dit point assez lorsqu'il se
contente de convenir que la meme Piéee
&c. donue à chaque coup quelque difference.
Quant aux accidens que la pratique, selon
lui, ne peut prévoir, il y en a sans doute,
mais ne doit-on pas chercher à substituer
aux moyens ordinaires des moyens plus
exacts, par lesquels en les diminuant, on
parvienne enfin à des expériences assez
régulieres, pour en tirer des conclusions
certaines. M. de Saint-Auban ajoûte que
l'air entre pour beaucoup dans la differen-
ce des portées; comme je n'ai pu deviner
de quelle façon il l'entend, sçavoir, si
c est, en ce que dans ses différentes tem-
pératures il resiste plus ou moins au mou-
Digtires bOO
AVRIL. 1752.
101
vement du boulet, ou qu'il agit avec plus
ou shoins de force dans les interstices des
grains de poudre, ou enfin qu'il rend l'in-
flammation de la poudre plus ou moins vi-
ve. Je me contenterai de lui dire qu'on
voit par les expériences de M. Robbins.
que dès que la poudre est bien séche, les
effets sont toujours à peu près les mêmes à
quelque heure du jour, & dans quelque
tems que l'on tire. Je sçais à la vérité que
felon plusieurs Auteurs lesportées sont plus
grandes le matin & le soir que dans la
journée, & dans un tems humide, que
dans un tems sec; mais je sçais aussi que
d'autres avancent précisément le contrai-
re : & qu'ainsi c'est une de ces choses, dont
faute de moyens assez exacts, on n'a enco-
re aucune connoissance certaine dans l'Ar-
tillerie.
Paragraphe troisiéme.
Elles ne sont pas
assez, &c. J'ai répondu à ce paragraphe en
répondant au précedent.
Paragraphe quatrième. C'est d'après ces
expériences, &c.
On auroit souhaité que M. de Saint-Au-
ban eut voulu rapporter ces épreuves. On
avoue qu on ne les connoît pas, car dans
tous les Auteurs que l'on a consultés sur
certe matiere, on ne voit rien de positif:
pour s'en assurer, on na qu'à voir les
EIII
102 MERCURE DE FRANCE.
Auteurs cités dans la note.
Nota. Diego Vfano, Traité de l'Artille-
rie pag, 7 & 9. La seconde partie du grand
Art de l'Artillerie de Cazimir, ch. 12 art.
17. D'Avelour, Instruction sur l'Artillerie
de France ch. 9. pag. 34. Du Praissac
Questions militaires, page 124. Maltus
Traité d'Artillerie, ch. S. pag. 89. Aure-
let, Traité des Machines & Feux d'artifice
pour la guerre. Flaurence Rivault, Elemens
d'Artillerie, pag. 125. Mémoires de
Montecuculli, liv. 1. ch. 2. pag. 65. M. le
Chevalier de Saint-fullien, la Forge de
Vulcain, pag. 32 & 33. edit. 1710. Mé-
moires d'Artillerie de Saint-Remi, seconde
édit. 1707, tome 1. pag. 83. idem tome 2.
pag. 246. Coinmentaires de Polybe, de Fo-
lard, tome 2. pag. 629. Lobreau de Four-
ville, Mémoires sur l'Artillerie. Le Mar-
quis de Santa-cruz, Réflexions militaires,
tome 9. pag. 12 & 13. idem pag. 24. Du-
lac, Theorie nouvelle sur le méchanisme
de l'Artillerie, & c.
Paragraphe cinquieme. Les expériences,
Cc.
Mon objet étant de ne rien établir que
sur les faits, il étoit dans l'ordre d'exami-
ner si les conjectures de ces habiles Physi-
ciens étoient conformes à la vérité.
Paragraphe sixième. Celles qu'a fait, &c,
103
AVRIL.
1752.
Il paroîtra singulier que M. de Saint-Au-
ban regarde comme inutiles les expérien-
ces faites pour reconnoître si l'inslamma-
tion de la poudre dans les armes à feu se
fait d'une maniere successive, ou si on peut
la regarder comme instantanée; tandis que
cette question a été agitée depuis long.
tems, & qu'en dernier lieu une des plus
illustres Académies de l'Europe, la fociété
Royale de Londres ne l'a point jugée indi-
gne de son attention, & qu'elle a nommé
un committé ex près pour reconnoître ce
qui en étoit: il est certain de plus que des
différentes vîtesses de l'inflammation, il
résulteroit des conséquences très différen-
tes.
Paragraphe septième. Les objets qui pa-
roissent, &c.
Ce paragraphe & les suivans jusqu'au
ueuvième inclusivement, n'étant qu'une
exposition de ce que j'ai rapporte dans
mon Mémoire, & des conclusions que j'en
aitiré; & M. de Saint-Auban paroissant ne
m'avoir pas bien entendu, je rapposterai ce
que dit à ce sujet M. l'Abbé Raynal, voici
comme il s'exprime en parlant de moi. „ Il
„ajoute que les questions suivantes lui pa-
„ roissent mériter d'être examinées les pre-
nmieres: scavoit, 19. qu'elle est la char-
E iiij
104 MERCURE DEFRANCE.
„ge la plus avantageuse pour un canon
»d'une longueur donnée. 2°. Quel est le
„canon le plus avantageux pour une char-
»ge donnée, & enfin quelle est le point
„où l'on doit porter le feu pour que l'in-
„flammation soit la plus prompte.
Comme il paroît de plus que M. de Saint-
Auban na pas bien conçu la différence qui
se trouve entre les deux premieres ques-
tions; je crois devoir les expliquer ici plus
au long, & ajoûter en même temps deux
mots sut les principes physiques, d'après
lesquels je suis parti: afin de répandre plus
de lumieres sur cette matiere
Il est aujourd'hui prouvé incontestable-
ment par les expériences de MM. Hauks-
bée, Hales, Robbins, &c. que la poudre
contient un fluide élastique & permanent,
qui a toutes les propriétés de l'air; que e'est
ce fluide qui se développant dans l'explo-
sion de la poudre, en fait toute la force;
que son volume dans cet état de dévelop-
pement, est à celui de la poudre qui l'a pro-
duit àpeu près comme 244 à 1. de plus
on sçait que ce fluide échauffé au dégre du
fer prêt à fondre augmente encore de vo-
lume dans le rapport de 5 à 1 l'air dont il a
les propriétés se dilatant par cette chaleur
dans le même rapport. De tout ceci il est
facile de conclure que ce fluide étant aussi
zed by Goog
AVRIL.
105
1752.
violemment échauffé qu'il l'est dans l'ex-
plosion, l'espace qu'il occuperoit dans cet
instant (si rien ne s'opposoit à la dilatation
que l'air) seroit à celui de la poudre qui
l'a produit à peu près comme 1000 à 1.
Ces faits bien connus, la maniere dont
la poudre agit sur le boulet devient facile à
l'effort du fluide qui s'est développé dans
l'explosion; car étant d'autant plus grand
que l'espace qu'il occupe est plus petit,
il s'ensuit que lorsqu'il sera étendu dans
un espace 1000 fois plus grand que le volu-
me de la poudre, il n agira plus sur le bou-
let, étant alors en équilibre avec l'air exté-
rieur. Ainsi, par exemple, une charge de8
livres dans une pièce de 24. produisant un
fluide qui occuperoit 1000 fois l'espace
que cette charge occupoit auparavant, ce
qui feroit plus de 800 pieds, en donnant
à la charge 10 pouces de long, il s'ensuit
que la longueur rhéorique d'une piéce de
24 seroit de 800 pieds, puisque le boulet
recevroit toujours une augmentation de
vitesse jusqu'à ce point.
Mais, si l'on fait attention que dans la
pratique une partie du fluide se perd par la
lumiere, par le vent du boulet, & que la
chaleur de ce fluide va toujours en dimi-
nuant, dès qu'une fois toute la poudre est
enflammée; enfin au frottement que le
Eiiij
106 MERCURE DEFRANCE.
boulet éprouve dans l'ame. On verra qu'il
n est pas étonnant que nous ayons trouvé
qu'une pièce de 24 ne devoit avoir avec
une charge de S livres que 340 pieds de
long, ayant reconnu par nos ex périences
que le fluide produit par 18 grains de pou-
dre dans un canon de six pieds, dont la ca-
pacité étoit de 25 pouces cubiques, don-
noit encore à l'extremité du canon une au-
gmentation de vîtesse au boulet.
Cette théorie des effets de la poudre
dans les armes à feu étant bien entendue,
il est facile de concevoir la différence qui
se trouve entre les deux questions que j'ai
rapportées; car quand je demande quelle est
la charge la plus avantageuse pour un ca-
non d'une longueur donnée, il est clair
que je demande la solution expérimentale
d'un problême qu'on peut regarder com-
me géométrique. Car supposons que le
fluide soit produit dans un instant, ou
que la poudre s'enflamme instantanèment,
la longueur de la charge la plus avanta-
geuse, sera à la longueur du canon comme
1. est à 2. 718. mais les causes dont on
vient de parler plus haut, comme frotte-
mens, & c. devant y apporter des change-
mens, il faut donc avoir recours à l'expé-
rience pour les reconnoître. Cependant
elle nous a montré qu'ils ne sont pas consi-
AVRIL.
1752.
107
derables dans ce cas ci, puisque nous avons
trouvé que la longueur de la charge doit
être entre le tiers & la moitié de la lon-
gueur de la piéce.
Et lorsque je demande le canon le plus
avantageux pour une charge donnée, il
est clair que cela s'entend d'un canon d'une
longueur telle que le fluide produit par
l'explosion dilate dans cette longueur, ne
puisse plus agir sur le boulet.
Paragrapne dixième. M. le Chevalier
d'Arcy ne prononce pas, &c.
Cette question est de la nature de cel-
les que les Géomêtres appellent de maxi-
mis & minimis, ou lorsqu on approche du
terme, les différences deviennent si pe-
tites, qu'elles sont insensibles; c'est pour-
quor l'on na pu déterminer par l'ex-
périence, que les deux termes entre les-
quels ce point est renfermé.
Paragraphe onzième. Longueur de ces
pieces chargées, &c.
Ces deux questions sont faciles à résou-
dre, par ce que l'on a vu dans la réponse
au paragraphe 9. ainsi l'on dira que la lon-
gueur qu il faudroit à une pièce de 24.
pour une charge de 32 ou 46 livres, seroit
à cette charge comme 340 pieds est à 8
livres, & de même que la charge qui com-
muniqueroit tout son effort au boulet dane
E vj
108 MERCURE DEFRANCE.
une piéce de 24 de 9 pieds 6 pouces de
long, se trouveroit en disant comme
340 pieds est à 8 livres; ainsi 9 pieds 6
pouces est à la charge cherchée qui seroit
de 3 onces & demi à peu près.
Paragraphe douzième, M. le Chevalier
d'Arcy, &c.
Si j'avois eu le bonheur d'être entendu
par M. de Saint-Auban, il ne me deman-
deroit pas les moyens de faire résister, &c.
Car la division que j'ai fait de l'Artillerie
& que j'ai rapporté plus haut montre assez
que le but de mon travail n est que de re-
chercher à l'aide de l'expérience, les faits
généraux qui doivent servir de base à la
théorie de l'Artillerie, & non de me char-
ger d'une partie que je sens fort au dessus
de mes forces, & qui ne convient qu'à des
perfonnes aussi experimentées que M. de
Saint-Auban.
Paragraphe treizième. On ne peut &c.
Une longueur tellement proportionnée
par rapport à la charge, que cette charge
seroit toute enflammée, lorsque le boulet
seroit parvenu à la bouche, ne seroit pas
la longueur nécessaire pour employer
toute l'action de la charge, voyez la ré-
ponse au paragraphe 7.
Paragraphe quatorzieme. Des expérience
sans nombre, & c.
AVRIL.
1752.
109
On a déjà répondu à ce paragraphe en
répondant au quatrième.
Paragraphe quinziéme & seiziéme. Les
Officiers d'Artillerie, &c.
Quoique j'aye tâché d'acquérir le plus de
connoissanee que j'ay pu sur l'Artillerie,
M. de Saint-Auban a raison de supposer
que je n'ai pas, lu tout ce que MM. les
Officiers d'Artillerie en ont écrit: cepen-
dant j'en ai assez appris pour lui dire que
ces avantages théoriques qui doivent ré-
sulter de la figure des chambres, ne peu-
vent avoir lieu, ce qui seroit facile à prou-
ver ici. Si pour être court, je ne me con-
tentois de rapporter les expériences faites
par la Société Royale.
Le committé de cette Société, chargé de
vérifier ce fait, fit faire trois chambres de
la même capacité, ajustées dans le mortier
de Hauxsbee. Leur profondeur respective
étoit de trois pouces, d'un pouce & demi,
& de trois quarts de pouces; chacune de
ces chambres remplie de poudre en conte-
noit une once, poids de troy. Le boulet pe-
soit 24. livres 6 onces - averdupoids, ou
336 onces troy: & il touchoit toujours la-
poudre, Le mortier pointé à 45 dégrés,
tiré avec la premiere chambre de 3 pouces
de profondeur, donnna dans les différentes
épreuves les portées suivantes: scavoir,
Digstnas uLO
110 MERCUREDEFRANCE
coups
pieds Anglois.
1
752.
2
685.
737.
4
733.
Dans la seconde de ces épreuves, la
chambre n'ayant pas été poussée jusqu'au
fond avant de tirer le mortier, elle s'en-
gagea par la violence du coup tellement,
qu on eut beaucoup de peine à l'en retiter.
ce qui fut vraisemblablement cause de
l'irrégularité de cette épreuve: la moyen-
ne distance des 3 autres coups est de 741
pieds. On tira ensuite trois coups avec la
chambre de de pouces, tout otant com-
me ci-devant.
coups.
466.
2
463.
463.
La moyenne distance de ces trois épreu-
ves fut de 464 pieds: on ajusta ensuite la
chambre d'un demi pouce, mais comme
elle ne remplissoit pas le mortier aussi bien
que les deux autres: on trouva les portées
sort irrégulieres.
AVRIL. 1792.
111
coups.
686.
2
998.
467.
Ce fut probablement l'humidité qui ren-
dit la troisième portée si petite, le coup
ayant été tité fort avant dans la soirée.
Paragraphe dix-septième. Malgré le
jugement & c. Ce Paragraphe, quoique sous
d'autres termes, signifiant la même chose
que le treizième, y renvoye le Lecteur.
Paragraphe dixhuitième. En général &c.
Comme je n'ai prétendu en aucune fa-
çon fixer la longueur ni l'usage des Piéces
dans la pratique, ainsi qu'on le voit par
la déclaration rapportée au commence-
ment; elle sussit pour répondre à ce para-
graphe.
Paragraphe dix- neuvième. Selon M. le
Chevalier d'Arcy. &c.
Quoique j'aye eu quelque peine à me
former une idée nette des objections con-
tenues depuis ce paragraphe jusqu'au 24eme
inclusivement, je crois cependant etre par-
venu à démêler sur quoi elles roulent, &
qu'elles se reduisent à ceci, que j'ai tort
de dire que l'ait entre pour peu de chose
dans les effets de la poudre, parce que,
suivant l'opinion de M. de Saint-Auban,
VIAMERCURE DE FRANCE.
celui qui est contenu dans les interstices
de ses grains, contribue beaucoup à la
force de son explosion; l'inflammation de
la poudre n'étant qu'un moyen de mettre
en jeu sa force élastique, 2. que l'air a
beaucoup plus de part que je ne le pré-
tends dans la cause du recul des armes à
feu tirées sans boulet, sans relever tout-
ce que dit M. de Saint-Auban sur l'obsta-
ole que la résistance de l'air oppose an recul
du canon. Je me contenterai d'examiner
son opinion, & de rapporter ce qui est
dit au sujet du recul des armes à feu dans
l'extrait du Mercure.
On a déja vu dans la réponse au para-
graphe septième que la plus grande dila-
tation de l'air par une très-grande chaleur
va à lui faire occuper un espace cinque fois
plus grand que celui qu'il occupoit aupa-
ravant. Ainsi supposant que la charge de
huit livres occupa dans une piéce de 24
un espace de dix pouces de long, que
le vuide de ses interstices équivalût à
cinque pouces, c'est à-dire, à la moitié
du volume de la charge, & que la cha-
leur de la poudre enflammée, supposée
égale à celle du fer prêt à fondre, dilate
l'air cinque fois, l'espace qu'il occuperoit
alors pour être en équilibre avec l'air ex-
téricur soroit de vingt- cinque poucos de
AVRIL. 1752. 113
long: par conséquent au-delà de cette
longueur, la poudre n'agitoit plus sur le
boulet, & la piece de vingt-quatre ne
devroit avoir théoriquement, selon l'hypo-
these de M. de Saint-Auban, que vingt-
cinque pouces de long, & dans la pratique
un peu moins: donc & c.
Quant à la seconde objection, je prie
que l'on lise l'extrait du Mercure, dont
je me contenterai de rapporter les pa-
roles suivantes. Au reste M. d'Arcy dé-
elare qu'il est bien éloigné de décider une
question qui comporte tam de difficultès, &
qu'il n'en a parlé que parce qu'il a cru qu'il
étoit à propos de faire faire attention aux Phy-
siciens à cette cause du recul qu'ils paroissent
avoir negligè jusqu'ici.
Paragraphe vingt-cinquième. On croit
sens peine &c. Si les accidens qui me sont
arrivés pendant le cours de mes expérien-
ces, ne m'avoient empêché de décider
d'une manière précise le point d'une char-
ge, où on doit l'enflammer, je croiroi
otre fort en état de déterminer ce point
pour toutes les piéces d'artillerie, quel-
ques figures qu'eussent leurs chambres.
Quant à ce que dit M. de Saint-Auban
des armes de l'Infanterie, il est étonnant
qu'il nait pas comptis mes vues; car la
facilité du service exigeant de racour-
Digsieres bi0O
114 MERCURE DEFRANCE.
cir les armes de l'Infanterie, ne falloit-
il pas scavoir le changement que cela
feroit dans les portées. J'ai montré qu'el-
les diminuoient avec les longueurs: pat
conséquent, que si les Prussiens ont l'a-
vantage de tirer vîte avec leurs fusils
courts, ils ont le desavantage de ne pas
atteindre aussi loin. Au reste une question
qui a mérité l'attention de Messieurs les
Inspecteurs Généraux de l'infanterie, mé-
ritoit bien d'être éclaircie, en tâchant de
reconnoître les principes de fait qui doi-
vent servir de base à sa solution.
Fermer
8191
p. 122
Mots des Enigmes & des Logogriphes du Mercure de Mars, [titre d'après la table]
Début :
Le mot de l'Enigme du Mercure de Mars, est la Puce. Celui du premier Logogryphe [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mots des Enigmes & des Logogriphes du Mercure de Mars, [titre d'après la table]
Le mot de l'Enigme du Mercure de
Mars, est la Puce. Celui du premier Logogryphe
est Chevalier; dans lequel on
trouve Cheval, air, Chevre, haire, rave
chair, reveil, riche, Vache, Elie ire, ache,
ail, Eve, livre, rive, re, la, vairs, lac,
vie lie, aile, levre, chair & Ciel. Celui du
second Logogryphe est Escarpolette, dans
lequel on trouve polette, pelle, Carpe,
Lotte, peste, pot, pelotte, capes, Porc, lot,
plat, lettres & port. Celui du troisiéme est
Bouclier, dans lequel on trouve boule
rove, louer, écu, Bouc, cou, re, bleu, boue,
voler, reclu, couler, Roi, clon, bouli, bou-
cle & cœur,
Mars, est la Puce. Celui du premier Logogryphe
est Chevalier; dans lequel on
trouve Cheval, air, Chevre, haire, rave
chair, reveil, riche, Vache, Elie ire, ache,
ail, Eve, livre, rive, re, la, vairs, lac,
vie lie, aile, levre, chair & Ciel. Celui du
second Logogryphe est Escarpolette, dans
lequel on trouve polette, pelle, Carpe,
Lotte, peste, pot, pelotte, capes, Porc, lot,
plat, lettres & port. Celui du troisiéme est
Bouclier, dans lequel on trouve boule
rove, louer, écu, Bouc, cou, re, bleu, boue,
voler, reclu, couler, Roi, clon, bouli, bou-
cle & cœur,
Fermer
8192
p. 128-137
« REFLEXIONS critiques sur les différentes Ecoles de Peinture par M. le Marquis [...] »
Début :
REFLEXIONS critiques sur les différentes Ecoles de Peinture par M. le Marquis [...]
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texteReconnaissance textuelle : « REFLEXIONS critiques sur les différentes Ecoles de Peinture par M. le Marquis [...] »
REFLEXIONS critiques sur les différentes
Ecoles de Peinture par M. le Marquis
d'Argens. AParis, chez Rollin, Gran-
gé, Bauche, fils 1752, un volume in-12.
L'Ouvrage que nous annonçons est
écrit facilement, & rempli de connois-
sances fort étendues sur la matière qui y
est traitée. On y voit nos Peintres mis en
parallele avec les Peintres réunis de toutes
les Ecoles, & l'emporter souvent sur
eux. Il se peut que l'amour de la Patrie
ait quelquefois séduit l'Auteur; mais on
est sur qu'il ne met point de politique
dans ses jugemens: il a toujours un air de
candeur, auquel on ne peut refuser sa
confiance. Les Artistes comparés sont, Ra-
phaël & le Sueur: Michel - Ange & le
Brun: Leonard de Vinci & Jean Cousin:
Jules-Romain& Fresninet : André-del-
.Sarto & Santerre: Michel Ange-des-Batai-
les & le Bourguignon : Pierre de Crotone
& Bon Boulogne: Carle-Marate & Louis
Boulogne : le Guaspre & Claude Lorrain:
Titien & Blanchard: Tintoret & Vanloo
le pere : Paul Veronese & la Fosse : Paluie
le vieux & Rigaud: Palme le jeune & Lar-
AVRIL.
1752.
129
giliere: le Corege & Mignard : le Parme-
san & Noel Coypel: Annibal Carache &
Parmesan: le Dominicain & Jouvenet:
Michel-Ange de Caravage & le Valen-
tin: Guide René & le Poussin; Lanfranc
& Vouet : Lalbane & Antoine Coy-
pel : Benedette & Desportes : Rubens
& le Moine : Krayer & le Puget : Rim-
brant & de Troye le pere: Tenieres &
Wateau.
Pour mettre nos Lecteurs à portée de
juger du style & de la sagacité de l'Auteur
des Réflexions, nous allons copier le pa-
rallele qu'il fait de Michel-Ange & de
le Brun: on trouvera la même précision,
le même goût, les mêmès nuances, les me-
mes contrastes dans les autres.
Michel-Ange montra dès sa tendre jeu-
nesse un grand amour pour le dessein, &
par les progrès rapides qu'il y fit, il don-
na des marques certaines des grandes cho-
ses qu'il exécuteroit un jour.
Le Brun fit paroître le même amoun
& la même disposition pour le desseini
dès ses premières années. Il fit, à l'âge de-
quinze ans, deux Ouvrages qui surpri-
rent tous les Peintres: l'un représentoit.
Flercule assommant les chevaux de Diome-
de, & l'autre étoit le portrait de son grandi
pere.
Ev
2009
130 MERCUREDE FRANCE.
Michel-Ange ayant acquis une grande
réputation se servit de l'amour que Lau-
rent de Médicis avoit pour les Arts, &
établit à Florence une Académie de Pein-
ture & de Sculpture, dans laquelle se for-
merent ensuite plusieurs habiles Peintres.
Le Brun employa le credit qu'il avoit
auprès de M. Colbert, & profita de l'en-
couragement que ce Ministre donnoit aux
Arts, non-seulement pour fonder l'Aca-
démie de Peinture & de Sculpture, d'où
sont sortis. tous les grands P'eintres que
la France a eu depuis, mais il établit une
seconde Académie à Rome.
Michel-Ange fut toujours brouillé avec
Raphael: ces deux grands hommes conçu-
rent l'un pour l'autre une jalousie éton-
nante.
Le Brun & le Sueur ne furent pas moins
opposés l'un à l'autre, que l'avoient été
ces deux illustres Italiens.
Michel Ange fut aimé non- seulement
de plusieurs grands Seigneurs, mais de
plusieurs Souverains, & de plusieurs Pa-
pes. Louis XIV. donna beaucoup de mar-
ques non-seulement de sa protection,
mais même de son amitié à le Brun.
Le Brun mourut dans un âge fort avan-
cé, estimé & honoré de tous ses Compa-
triotes. Michel-Ange finit sa carriere aussi
AVRIL. 1752.
131
glorieusement qu'il l'avoit commencée. Sa
gloire se conserva pure jusqu'à l'âge de
quatre-vingt-dix ans: il mourut à Rome,
où on lui fit des obseques superbes: le
Duc Côme de Médicis, enviant à cette
Ville les restes d'un aussi grand homme
que Michel-Ange, il le fit deterrer en se-
cret pendant la nuit, & le fit transporter
à Florence, où il fut enterré avec tous
les honneurs possibles, dans l'Eglise de
Sainte-Croix.
Michel-Ange avoit un génie vaste, ca-
pable d'exécuter les plus grandes compo-
sitions; c'est ce qu'on voit dans son Ou-
vrage du Jugement Universel, & dans ses
autres Tableaux qui sont dans la Chapelle-
du Pape.
La gallerie de Versailles, les batailles
d'Alexandre, les grands Tableaux dont
nos Eglises de Paris sont remplies, & qui
sont tous composés d'une maniere subli-
me, montrent assez qu'il n'y a jamais eu-
de Peintre qui l'ait emporté sur le Brun,
pour la grandeur du génie.
Michel-Ange est un des premiers Pein-
rres qui ait banni de l'Italie la petite ma-
niere ou les restes du gothique, dont
Raphael au commencement n'étoit pas
exempt. Le Brun changea la maniere de
son Maître Vouet, il sorvit beaucoup à
Fvj.
132 MERCURE DE FRANCE.
faire abandonner les teintes sanvages &
souvent frivoles, dont ce Peintre se set-
voit pour expedier promptement ses Ou-
vrages.
Michel-Ange a dessiné très-correcte-
ment, & de la plus grande maniere, ce-
pendant, au jugement même deM. dePile.
Il n'a pu joindre à ce grand goût la pureté &
l'elegance des contours, parce qu ayant re-
garde le corps humain dans sa plus grande
force, ou ayant peut- etre pousse trop loin son
imagination la-dessus, il a fait les membres
de ses Figures trop puissans, & chargè
comme on dit, son dessein: c'est ce qui a fait
dire à bien des Connoisseurs, que Michel-
* *
Ange étoit Sauvage.
Que ique la façon de dessiner de le Brun-
soit d'une grande maniere, ainsi que cel-
le de Michel-Ange, il est moins chargé ,
plus égal, plus gracieux que lui, cepen-
dant plus correct. Il seroit cependant à-
souhaiter que le Brun eut rendu quelque-
fois ses figures plus suelles.
Michel-Ange excelloit dans l'Anato-
mie; il entendoit parfaitement l'emboi-
ture des os, l'emmanchement des mem-
bres, les fonctions des muscles, & les dif-
férens mouvemens qu'ils font selon les
diverses attitudes, mais il marquoit si
fort toures les parties da corps, qu'il sem-
zed by Goog
AVRIL.
1752.
133
ble souvent n'avoir peint que des Ecor-
chés, ce qui devient desagreable à la vue.
Le Brun a connu parfaitement l'Anato-
mie, mais il a sagement senti que, de mê-
me que la Nature a mis sur les muscles
une peau qui les adoucit en les couvrant,
la Peintre doit de même ne les mar-
quer que jusqu'à un certain point, &
avoir surtout beaucoup d'égard à l'âge, à la
condition & au Sexe des figures qu'il peint.
Michel-Ange a entierement négligé la
couleur, & l'on peut dire hardiment qu'il
a ignoré tout ce qui dépend du coloris;
ses carnations dans les clairs sont couleur
de brique, & dans les ombres sont noi-
res, & si l'on dit que ce défaut doit être
attribué au tems & non pas à Michel-An-
ge, je reponds uniquement que c'est à Mi-
chel-Ange qu'il doit être imputé puisqu'il
n'en est pas de même des Ouvrages que
Frasebasti-del-Diombo a fait d'après les-
desseins de Michel-Ange, la couleur en
étant beaucoup meilleure, & tenant du
goût Vénitien; cependant ses tableaux
sont peints dans le même tems que ceux
de Michel-Ange, il n'ya rien à répondre à
cela que de mauvaises raisons: & de mau-
vaises raisons ne valent pas la peine d'être
re futées.
Le Brun a infiniment micux colore que
134 MERCUREDEFRANCE.
Michel-Ange, on peut dire qu'il y a peu
de Peintres de l'Ecole Romaine qui ayent
poussé la connoissance du coloris aussi loin
que lui. On voit deux tableaux de lui parmi
ceux qui sont exposés au Luxembourg,
dont la couleur est très-suave. Il y a une
sainte Famille, qui se soutiendroit auprès
de l'Ouvrage du Titien. Ceux donc, qui
très médiocres Connoisseurs en Peintu-
res, ont décidé hardiment que le Brun
avoit coloré d'une maniere grise, au-
roient du voir ses meilleurs Ouvrages, ou-
consulter des gens plus éclairés qu'eux,
qui les auroient instruit jusqu'à quel
point ils devroient blâmer le coloris de
le Brun. Car il faut convenir que dans
plusieurs de ses Ouvrages, il n est point
exempt de blâmeà plusieurs égards, ses
couleurs locales sont quelquefois trivia-
les, & il na point fait assez d'attention à
donner par cette partie le véritable carac-
tere à chaque objet. Il auroit été à sou-
haiter que le Brun, en revenant de Ro-
me, eût vu l'Ecole Vénitienne, ou la Fla-
mande: mais enfin, quoique son coloris
n'ait ni la vérité ni le brillant de celui
des grands Peintres de ces Ecoles, on ne
doit pas croire que dans les tableaux, où
il a voulu montrer la connoissance qu'il
on avoit, il n'y ait de trés-belles choses
AVRIL. 1752. 139
Il ne faut, pour s'en convaincre, que
jetter les yeux sur le magnifique tableau
du massacre des Innocens, que M. le Duc
d'Orseans conserve dans son Cabinet.
Les airs de tête de Michel-Ange sont
fiers & variés; ceux de le Brun sont no-
bles, expriment ce qu'il a voulu represen-
ter, & dépeignent bien les passions de
F'ame, mais ils sont moins variés que ceux
de Michel Ange. M. de Pile a judicieuse-
ment remarqué cette trop grande uni-
formité dans la maniere de peindreles pas-
sions de l'ame. Cette générale expression, dit
cet habile Critique, des passions de l'ame,
peut avoir lieu pour le dessein tant des Figu-
res que des airs de tênte que le Brun a repré-
sentés; car ils sont presque toujours les men-
mes, quoique d'un tres-beaux choix, ce qui
vient sans doute, ou d'avoir reduit la natu-
re a l'habitude qu'il avoit contractée, ou de
n'y avoir pas assez. considerè les diversitès
dont elle est susceptible, & dont les produc-
tions singulieres ne sont pas moins l'objet du
Peintre que les générales.
Si les expressions de le Brun sont trop
uniformes, & se ressentent de ce qu'on
appelle habitude & maniere: celles de
Michel-Ange sont souvent peu naturel-
les, & tiennent de cette maniere sauvage
qui regne par tout dans le dessein de ce
oogle
136 MERCUREDE FRANCE.
Peintre; elles sont cependant d'une gran-
de force.
Les Draperies de le Brun sont bien jet-
tées, flatans & marquans le noeud avec
délicatesse; elles péchent seulement en ce
qu'elles nont point l'agréable variété des
étoffes particulieres: celles de Michel-An-
ge ont non-seulement ce derniet défaut,
mais elles sont trop adhérentes.
Les tableaux de le Brun manquent quel-
quefois par le clair obscur, cependant il
en a connu l'absolue nécessité, & la mê-
me pratiquée dans ses plus grands Quvra-
ges, comme on le peut voir dans ses Ba-
tailles d'Alexandre & dans la famille de
Darius. Michel-Ange na pas eu une meil-
leure idée du clair obscur que du coloris,
& nous avons vu combien pen il a été ha-
bile dans cette partie.
Le génie élevé de Michel-Ange tom-
boit quelque fois dans des imaginations
outrées, bizares & même extravagantes;
c'est ce qu'on peut voir dans son Juge-
gement dernier, où il a mêlé la fable avec
les vérités de l'Evangile. Il est vrai qu'il
faut convenir que de quelque nature que
soient ses pensées, soit qu'elles soient sa-
ges, soit qu'elles soient outrées & biza-
res, elles ont toujours du grand.
Le Brun a. montré dans ses plus gran-
AVRIL. 1752.
137
des compositions, ainsi que dans ses plus
petites, un esprit élevé, mais solide, qui
n agit qu'avec réflexion; il n'a jamais rien
fait entrer dans les sujets qu'il a traités
que ce qu'il convenoit d'y mettre. Il n est
point de Peintre qui ait observé avee
plus de soin non-seulement le coustumé,
mais encore tout ce qui peut servir à faire
connoître le caractere, l'état, les fonc-
tions, & le Pays des gens qu'il réprésen-
toit; c'est ce qu'on voit avec un plaisir
toujours nouveau, dans la famille de Da-
rius, qu on doit regarder comme un des
plus beaux tableaux du monde, foit par
la composition qui en est sublime, soit
par la disposition qui en est excellente,
foit par le dessein qui est très-correct,
soit par les expressions qui sont ravissan-
tes, soit pat le clair-obscur qui y est très-
fagement en usage, soit même par la cou-
leur, qui quoiqu elle soit dans ce tableau la
derniere partie, & celle qui a le moin-
dre métite, doit cependant être admirée
dans plusieurs têtes & surtout dans celle
de la mere de Darius, & de la femme de
ce Prince; soit par le pinceau qui est lé-
ger & coulant; remarquons ici que ce-
lui de Michel Ange étoit dur & sec, & se
sentoit de la main du Sculpteur.
Ecoles de Peinture par M. le Marquis
d'Argens. AParis, chez Rollin, Gran-
gé, Bauche, fils 1752, un volume in-12.
L'Ouvrage que nous annonçons est
écrit facilement, & rempli de connois-
sances fort étendues sur la matière qui y
est traitée. On y voit nos Peintres mis en
parallele avec les Peintres réunis de toutes
les Ecoles, & l'emporter souvent sur
eux. Il se peut que l'amour de la Patrie
ait quelquefois séduit l'Auteur; mais on
est sur qu'il ne met point de politique
dans ses jugemens: il a toujours un air de
candeur, auquel on ne peut refuser sa
confiance. Les Artistes comparés sont, Ra-
phaël & le Sueur: Michel - Ange & le
Brun: Leonard de Vinci & Jean Cousin:
Jules-Romain& Fresninet : André-del-
.Sarto & Santerre: Michel Ange-des-Batai-
les & le Bourguignon : Pierre de Crotone
& Bon Boulogne: Carle-Marate & Louis
Boulogne : le Guaspre & Claude Lorrain:
Titien & Blanchard: Tintoret & Vanloo
le pere : Paul Veronese & la Fosse : Paluie
le vieux & Rigaud: Palme le jeune & Lar-
AVRIL.
1752.
129
giliere: le Corege & Mignard : le Parme-
san & Noel Coypel: Annibal Carache &
Parmesan: le Dominicain & Jouvenet:
Michel-Ange de Caravage & le Valen-
tin: Guide René & le Poussin; Lanfranc
& Vouet : Lalbane & Antoine Coy-
pel : Benedette & Desportes : Rubens
& le Moine : Krayer & le Puget : Rim-
brant & de Troye le pere: Tenieres &
Wateau.
Pour mettre nos Lecteurs à portée de
juger du style & de la sagacité de l'Auteur
des Réflexions, nous allons copier le pa-
rallele qu'il fait de Michel-Ange & de
le Brun: on trouvera la même précision,
le même goût, les mêmès nuances, les me-
mes contrastes dans les autres.
Michel-Ange montra dès sa tendre jeu-
nesse un grand amour pour le dessein, &
par les progrès rapides qu'il y fit, il don-
na des marques certaines des grandes cho-
ses qu'il exécuteroit un jour.
Le Brun fit paroître le même amoun
& la même disposition pour le desseini
dès ses premières années. Il fit, à l'âge de-
quinze ans, deux Ouvrages qui surpri-
rent tous les Peintres: l'un représentoit.
Flercule assommant les chevaux de Diome-
de, & l'autre étoit le portrait de son grandi
pere.
Ev
2009
130 MERCUREDE FRANCE.
Michel-Ange ayant acquis une grande
réputation se servit de l'amour que Lau-
rent de Médicis avoit pour les Arts, &
établit à Florence une Académie de Pein-
ture & de Sculpture, dans laquelle se for-
merent ensuite plusieurs habiles Peintres.
Le Brun employa le credit qu'il avoit
auprès de M. Colbert, & profita de l'en-
couragement que ce Ministre donnoit aux
Arts, non-seulement pour fonder l'Aca-
démie de Peinture & de Sculpture, d'où
sont sortis. tous les grands P'eintres que
la France a eu depuis, mais il établit une
seconde Académie à Rome.
Michel-Ange fut toujours brouillé avec
Raphael: ces deux grands hommes conçu-
rent l'un pour l'autre une jalousie éton-
nante.
Le Brun & le Sueur ne furent pas moins
opposés l'un à l'autre, que l'avoient été
ces deux illustres Italiens.
Michel Ange fut aimé non- seulement
de plusieurs grands Seigneurs, mais de
plusieurs Souverains, & de plusieurs Pa-
pes. Louis XIV. donna beaucoup de mar-
ques non-seulement de sa protection,
mais même de son amitié à le Brun.
Le Brun mourut dans un âge fort avan-
cé, estimé & honoré de tous ses Compa-
triotes. Michel-Ange finit sa carriere aussi
AVRIL. 1752.
131
glorieusement qu'il l'avoit commencée. Sa
gloire se conserva pure jusqu'à l'âge de
quatre-vingt-dix ans: il mourut à Rome,
où on lui fit des obseques superbes: le
Duc Côme de Médicis, enviant à cette
Ville les restes d'un aussi grand homme
que Michel-Ange, il le fit deterrer en se-
cret pendant la nuit, & le fit transporter
à Florence, où il fut enterré avec tous
les honneurs possibles, dans l'Eglise de
Sainte-Croix.
Michel-Ange avoit un génie vaste, ca-
pable d'exécuter les plus grandes compo-
sitions; c'est ce qu'on voit dans son Ou-
vrage du Jugement Universel, & dans ses
autres Tableaux qui sont dans la Chapelle-
du Pape.
La gallerie de Versailles, les batailles
d'Alexandre, les grands Tableaux dont
nos Eglises de Paris sont remplies, & qui
sont tous composés d'une maniere subli-
me, montrent assez qu'il n'y a jamais eu-
de Peintre qui l'ait emporté sur le Brun,
pour la grandeur du génie.
Michel-Ange est un des premiers Pein-
rres qui ait banni de l'Italie la petite ma-
niere ou les restes du gothique, dont
Raphael au commencement n'étoit pas
exempt. Le Brun changea la maniere de
son Maître Vouet, il sorvit beaucoup à
Fvj.
132 MERCURE DE FRANCE.
faire abandonner les teintes sanvages &
souvent frivoles, dont ce Peintre se set-
voit pour expedier promptement ses Ou-
vrages.
Michel-Ange a dessiné très-correcte-
ment, & de la plus grande maniere, ce-
pendant, au jugement même deM. dePile.
Il n'a pu joindre à ce grand goût la pureté &
l'elegance des contours, parce qu ayant re-
garde le corps humain dans sa plus grande
force, ou ayant peut- etre pousse trop loin son
imagination la-dessus, il a fait les membres
de ses Figures trop puissans, & chargè
comme on dit, son dessein: c'est ce qui a fait
dire à bien des Connoisseurs, que Michel-
* *
Ange étoit Sauvage.
Que ique la façon de dessiner de le Brun-
soit d'une grande maniere, ainsi que cel-
le de Michel-Ange, il est moins chargé ,
plus égal, plus gracieux que lui, cepen-
dant plus correct. Il seroit cependant à-
souhaiter que le Brun eut rendu quelque-
fois ses figures plus suelles.
Michel-Ange excelloit dans l'Anato-
mie; il entendoit parfaitement l'emboi-
ture des os, l'emmanchement des mem-
bres, les fonctions des muscles, & les dif-
férens mouvemens qu'ils font selon les
diverses attitudes, mais il marquoit si
fort toures les parties da corps, qu'il sem-
zed by Goog
AVRIL.
1752.
133
ble souvent n'avoir peint que des Ecor-
chés, ce qui devient desagreable à la vue.
Le Brun a connu parfaitement l'Anato-
mie, mais il a sagement senti que, de mê-
me que la Nature a mis sur les muscles
une peau qui les adoucit en les couvrant,
la Peintre doit de même ne les mar-
quer que jusqu'à un certain point, &
avoir surtout beaucoup d'égard à l'âge, à la
condition & au Sexe des figures qu'il peint.
Michel-Ange a entierement négligé la
couleur, & l'on peut dire hardiment qu'il
a ignoré tout ce qui dépend du coloris;
ses carnations dans les clairs sont couleur
de brique, & dans les ombres sont noi-
res, & si l'on dit que ce défaut doit être
attribué au tems & non pas à Michel-An-
ge, je reponds uniquement que c'est à Mi-
chel-Ange qu'il doit être imputé puisqu'il
n'en est pas de même des Ouvrages que
Frasebasti-del-Diombo a fait d'après les-
desseins de Michel-Ange, la couleur en
étant beaucoup meilleure, & tenant du
goût Vénitien; cependant ses tableaux
sont peints dans le même tems que ceux
de Michel-Ange, il n'ya rien à répondre à
cela que de mauvaises raisons: & de mau-
vaises raisons ne valent pas la peine d'être
re futées.
Le Brun a infiniment micux colore que
134 MERCUREDEFRANCE.
Michel-Ange, on peut dire qu'il y a peu
de Peintres de l'Ecole Romaine qui ayent
poussé la connoissance du coloris aussi loin
que lui. On voit deux tableaux de lui parmi
ceux qui sont exposés au Luxembourg,
dont la couleur est très-suave. Il y a une
sainte Famille, qui se soutiendroit auprès
de l'Ouvrage du Titien. Ceux donc, qui
très médiocres Connoisseurs en Peintu-
res, ont décidé hardiment que le Brun
avoit coloré d'une maniere grise, au-
roient du voir ses meilleurs Ouvrages, ou-
consulter des gens plus éclairés qu'eux,
qui les auroient instruit jusqu'à quel
point ils devroient blâmer le coloris de
le Brun. Car il faut convenir que dans
plusieurs de ses Ouvrages, il n est point
exempt de blâmeà plusieurs égards, ses
couleurs locales sont quelquefois trivia-
les, & il na point fait assez d'attention à
donner par cette partie le véritable carac-
tere à chaque objet. Il auroit été à sou-
haiter que le Brun, en revenant de Ro-
me, eût vu l'Ecole Vénitienne, ou la Fla-
mande: mais enfin, quoique son coloris
n'ait ni la vérité ni le brillant de celui
des grands Peintres de ces Ecoles, on ne
doit pas croire que dans les tableaux, où
il a voulu montrer la connoissance qu'il
on avoit, il n'y ait de trés-belles choses
AVRIL. 1752. 139
Il ne faut, pour s'en convaincre, que
jetter les yeux sur le magnifique tableau
du massacre des Innocens, que M. le Duc
d'Orseans conserve dans son Cabinet.
Les airs de tête de Michel-Ange sont
fiers & variés; ceux de le Brun sont no-
bles, expriment ce qu'il a voulu represen-
ter, & dépeignent bien les passions de
F'ame, mais ils sont moins variés que ceux
de Michel Ange. M. de Pile a judicieuse-
ment remarqué cette trop grande uni-
formité dans la maniere de peindreles pas-
sions de l'ame. Cette générale expression, dit
cet habile Critique, des passions de l'ame,
peut avoir lieu pour le dessein tant des Figu-
res que des airs de tênte que le Brun a repré-
sentés; car ils sont presque toujours les men-
mes, quoique d'un tres-beaux choix, ce qui
vient sans doute, ou d'avoir reduit la natu-
re a l'habitude qu'il avoit contractée, ou de
n'y avoir pas assez. considerè les diversitès
dont elle est susceptible, & dont les produc-
tions singulieres ne sont pas moins l'objet du
Peintre que les générales.
Si les expressions de le Brun sont trop
uniformes, & se ressentent de ce qu'on
appelle habitude & maniere: celles de
Michel-Ange sont souvent peu naturel-
les, & tiennent de cette maniere sauvage
qui regne par tout dans le dessein de ce
oogle
136 MERCUREDE FRANCE.
Peintre; elles sont cependant d'une gran-
de force.
Les Draperies de le Brun sont bien jet-
tées, flatans & marquans le noeud avec
délicatesse; elles péchent seulement en ce
qu'elles nont point l'agréable variété des
étoffes particulieres: celles de Michel-An-
ge ont non-seulement ce derniet défaut,
mais elles sont trop adhérentes.
Les tableaux de le Brun manquent quel-
quefois par le clair obscur, cependant il
en a connu l'absolue nécessité, & la mê-
me pratiquée dans ses plus grands Quvra-
ges, comme on le peut voir dans ses Ba-
tailles d'Alexandre & dans la famille de
Darius. Michel-Ange na pas eu une meil-
leure idée du clair obscur que du coloris,
& nous avons vu combien pen il a été ha-
bile dans cette partie.
Le génie élevé de Michel-Ange tom-
boit quelque fois dans des imaginations
outrées, bizares & même extravagantes;
c'est ce qu'on peut voir dans son Juge-
gement dernier, où il a mêlé la fable avec
les vérités de l'Evangile. Il est vrai qu'il
faut convenir que de quelque nature que
soient ses pensées, soit qu'elles soient sa-
ges, soit qu'elles soient outrées & biza-
res, elles ont toujours du grand.
Le Brun a. montré dans ses plus gran-
AVRIL. 1752.
137
des compositions, ainsi que dans ses plus
petites, un esprit élevé, mais solide, qui
n agit qu'avec réflexion; il n'a jamais rien
fait entrer dans les sujets qu'il a traités
que ce qu'il convenoit d'y mettre. Il n est
point de Peintre qui ait observé avee
plus de soin non-seulement le coustumé,
mais encore tout ce qui peut servir à faire
connoître le caractere, l'état, les fonc-
tions, & le Pays des gens qu'il réprésen-
toit; c'est ce qu'on voit avec un plaisir
toujours nouveau, dans la famille de Da-
rius, qu on doit regarder comme un des
plus beaux tableaux du monde, foit par
la composition qui en est sublime, soit
par la disposition qui en est excellente,
foit par le dessein qui est très-correct,
soit par les expressions qui sont ravissan-
tes, soit pat le clair-obscur qui y est très-
fagement en usage, soit même par la cou-
leur, qui quoiqu elle soit dans ce tableau la
derniere partie, & celle qui a le moin-
dre métite, doit cependant être admirée
dans plusieurs têtes & surtout dans celle
de la mere de Darius, & de la femme de
ce Prince; soit par le pinceau qui est lé-
ger & coulant; remarquons ici que ce-
lui de Michel Ange étoit dur & sec, & se
sentoit de la main du Sculpteur.
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8193
p. 138
« LETTRES amoureuses du Chevalier de ***, à Londres, & se trouvent à Paris, [...] »
Début :
LETTRES amoureuses du Chevalier de ***, à Londres, & se trouvent à Paris, [...]
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texteReconnaissance textuelle : « LETTRES amoureuses du Chevalier de ***, à Londres, & se trouvent à Paris, [...] »
LETTRES amoureuses du Chevalier
de ***,
à Londres, & se trouvent à Paris,
chez le Loup, 1752, quatre volu-
mes in- 12.
L'Auteur de ces Lettres s'est mis dans
toutes les situations, où un Amant puis-
se se trouver, & il a développé les senti-
mens qu'il a imaginé qu'on y éprouvoit.
C'est l'Ouvrage d'un homme d'esprit qui
manque de chaleur.
de ***,
à Londres, & se trouvent à Paris,
chez le Loup, 1752, quatre volu-
mes in- 12.
L'Auteur de ces Lettres s'est mis dans
toutes les situations, où un Amant puis-
se se trouver, & il a développé les senti-
mens qu'il a imaginé qu'on y éprouvoit.
C'est l'Ouvrage d'un homme d'esprit qui
manque de chaleur.
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8194
p. 138
« OBSERVATIONS sur la Lettre de M. Rousseau de Geneve, à M. Grimm, par [...] »
Début :
OBSERVATIONS sur la Lettre de M. Rousseau de Geneve, à M. Grimm, par [...]
Mots clefs :
Observations, Jean-Jacques Rousseau, Friedrich Melchior Grimm
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texteReconnaissance textuelle : « OBSERVATIONS sur la Lettre de M. Rousseau de Geneve, à M. Grimm, par [...] »
OBSERVATIONS fur la Lettre de
M. Rouffeau de Geneve , à M.Grimm , par
M. Gautier , Chanoine Régulier. A Naney
, chez Piere Antoine , Imprimeur ordinaire
du Roi , 1792. Brochure in- 12 de
quarante- huit pages.
M. Rouffeau de Geneve , à M.Grimm , par
M. Gautier , Chanoine Régulier. A Naney
, chez Piere Antoine , Imprimeur ordinaire
du Roi , 1792. Brochure in- 12 de
quarante- huit pages.
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8195
p. 138-139
« L'HISTOIRE du Languedoc par le P. Vaissette, Bénédictin, est sans aucune comparaison [...] »
Début :
L'HISTOIRE du Languedoc par le P. Vaissette, Bénédictin, est sans aucune comparaison [...]
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texteReconnaissance textuelle : « L'HISTOIRE du Languedoc par le P. Vaissette, Bénédictin, est sans aucune comparaison [...] »
L'HISTOIRE du Languedoc par le P.
Vaissette, Bénédictin, est sans aucune comparaison
la meilleure Histoire de Province
qui ait été faite. Vincent qui l'a imprimée,
& bien imprimée, se propose d'en réim-
primer quelques volumes qui lui man-
quent. Voici les conditions tout à fait
avantageuses qu'il propose pour les Sous-
cripteurs.
Les Souscriptions sont ouvertes depuis
le premier Mars 1752, & l'on ne sera ad-
mis à souscrire que jusqu au premier Juil-
AVRIL. 1752.
139
let suivant: en souscrivant, on recevra les
deux premiers volumes, & l'on payera
trente livres: en recevant les Tomes trois,
quatre & cinque au premier Juillet, on don-
nera trente livres.
Les Souscripteurs sont priés de retirer
les trois derniers volumes dans le courant
de l'année, & ils sont avertis que faute
bar eux de n'avoir retiré la totalité de
l'Ouvrage dans le cours de l'année qui sui-
vra la livraison des trois derniers volu-
mes: ils ne seront plus admis a repeter
les avances qu'il auront faites: c est une
clause ex présse des conditions proposées.
Après le premier Juillet, l'Ouvrage se
vendra le même prix qu'il se vendort pré-
cedemment, c'est-à-dire, cent dix livres
en feuilles, & les volumes ne fe dépareil-
leront plus. Les personnes qui ont déja
les deux premiers volumes de cet Ouvra-
ge sont avertis que, pendant tout le cours
de cette année, on leur donnera séparé-
ment de tous les autres, sçavoir, des trois
quatre & cinq Tomes pour chacun des-
quels elles payeront douze livres en feuil-
les. On pourra même fournir quelques
exemplaires du Tome second à ceux à qui
il pourroit manquer.
Vaissette, Bénédictin, est sans aucune comparaison
la meilleure Histoire de Province
qui ait été faite. Vincent qui l'a imprimée,
& bien imprimée, se propose d'en réim-
primer quelques volumes qui lui man-
quent. Voici les conditions tout à fait
avantageuses qu'il propose pour les Sous-
cripteurs.
Les Souscriptions sont ouvertes depuis
le premier Mars 1752, & l'on ne sera ad-
mis à souscrire que jusqu au premier Juil-
AVRIL. 1752.
139
let suivant: en souscrivant, on recevra les
deux premiers volumes, & l'on payera
trente livres: en recevant les Tomes trois,
quatre & cinque au premier Juillet, on don-
nera trente livres.
Les Souscripteurs sont priés de retirer
les trois derniers volumes dans le courant
de l'année, & ils sont avertis que faute
bar eux de n'avoir retiré la totalité de
l'Ouvrage dans le cours de l'année qui sui-
vra la livraison des trois derniers volu-
mes: ils ne seront plus admis a repeter
les avances qu'il auront faites: c est une
clause ex présse des conditions proposées.
Après le premier Juillet, l'Ouvrage se
vendra le même prix qu'il se vendort pré-
cedemment, c'est-à-dire, cent dix livres
en feuilles, & les volumes ne fe dépareil-
leront plus. Les personnes qui ont déja
les deux premiers volumes de cet Ouvra-
ge sont avertis que, pendant tout le cours
de cette année, on leur donnera séparé-
ment de tous les autres, sçavoir, des trois
quatre & cinq Tomes pour chacun des-
quels elles payeront douze livres en feuil-
les. On pourra même fournir quelques
exemplaires du Tome second à ceux à qui
il pourroit manquer.
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8196
p. 139-140
« LES Délices de la Solitude, ou Réflexions sur les matieres les plus importantes [...] »
Début :
LES Délices de la Solitude, ou Réflexions sur les matieres les plus importantes [...]
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texteReconnaissance textuelle : « LES Délices de la Solitude, ou Réflexions sur les matieres les plus importantes [...] »
LES Délices de la Solitude, ou Réflexions
sur les matieres les plus importantes
Dipiras iO
140 MERCUREDE FRANCE.
tantes au vrai bonheur de l'homme, par M.
le Chevalier de Cramezel, ancien Offi-
cier des vaisseaux du Roi. A Paris, chez
Pecquet 1752, un vol. in-12.
On trouvera dans cet Ouvrage des ré-
flexions détachées sur le bonheur de l'hom-
me, sur la maniere dont il se doit com-
porter à l'égard des autres hommes pour
entretenir avec eux un commerce de dou-
ceur & d'équité, sur le détachement de
cœeur de tous les biens de cette vie; des
soliloques avec Dieu; une espece de Traité
de l'imortalité de l'ame, & de la soumis-
sion due à l'autorité de l'Eglise. Nous ex-
hortons le vertueux Auteur à continuer de
faire un bon usage de son loisir: le public
qui a fait acceuil au premier voluine de
son ouvrage, en verra la suite avec plaisir.
sur les matieres les plus importantes
Dipiras iO
140 MERCUREDE FRANCE.
tantes au vrai bonheur de l'homme, par M.
le Chevalier de Cramezel, ancien Offi-
cier des vaisseaux du Roi. A Paris, chez
Pecquet 1752, un vol. in-12.
On trouvera dans cet Ouvrage des ré-
flexions détachées sur le bonheur de l'hom-
me, sur la maniere dont il se doit com-
porter à l'égard des autres hommes pour
entretenir avec eux un commerce de dou-
ceur & d'équité, sur le détachement de
cœeur de tous les biens de cette vie; des
soliloques avec Dieu; une espece de Traité
de l'imortalité de l'ame, & de la soumis-
sion due à l'autorité de l'Eglise. Nous ex-
hortons le vertueux Auteur à continuer de
faire un bon usage de son loisir: le public
qui a fait acceuil au premier voluine de
son ouvrage, en verra la suite avec plaisir.
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8197
p. 140
« LE Mexique conquis, à Paris, chez Desaint & Saillant, Durand, le Prieur ; [...] »
Début :
LE Mexique conquis, à Paris, chez Desaint & Saillant, Durand, le Prieur ; [...]
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texteReconnaissance textuelle : « LE Mexique conquis, à Paris, chez Desaint & Saillant, Durand, le Prieur ; [...] »
LE Mexique conquis, à Paris, chez
Desaint & Saillant, Durand, le Prieur ;
& à Rouen, chez Lallemant, 1752, deux
vol. in-12.
C'est une espéce de Poëme-Epique en
Prose dans lequel Cortès nous a paru in fi-
niment moins grand qu'il ne l'est dans
l'admirable Histoire de Solis.
Desaint & Saillant, Durand, le Prieur ;
& à Rouen, chez Lallemant, 1752, deux
vol. in-12.
C'est une espéce de Poëme-Epique en
Prose dans lequel Cortès nous a paru in fi-
niment moins grand qu'il ne l'est dans
l'admirable Histoire de Solis.
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8198
p. 140-141
« ANECDOCTES [sic] Orientales : Ouvrage dédié aux Dames : à Berlin, & se trouve [...] »
Début :
ANECDOCTES [sic] Orientales : Ouvrage dédié aux Dames : à Berlin, & se trouve [...]
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texteReconnaissance textuelle : « ANECDOCTES [sic] Orientales : Ouvrage dédié aux Dames : à Berlin, & se trouve [...] »
ANECDOCTES [sic] Orientales : Ouvrage
dédié aux Dames : à Berlin, & se trouve
AVRIL.
1752.
141
ve à Paris, chez forry: deux brochures
in-12.
La premiere anecdocte est intitulée Osi-
ris vangée: c'est une avanture tragique
bien imaginée, & assez fortement écrite.
La seconde est intitulée le Temple de l'A-
mour, ou Zelitis & Zophire: & la troi-
siéme le triomphe de l'Amour, ou Ariane
& Sophie: ces deux derniers morceaux
sont remplis d'images, il y a des choses
bien senties, rendues avec élégance, &
facilement, mais foiblement.
dédié aux Dames : à Berlin, & se trouve
AVRIL.
1752.
141
ve à Paris, chez forry: deux brochures
in-12.
La premiere anecdocte est intitulée Osi-
ris vangée: c'est une avanture tragique
bien imaginée, & assez fortement écrite.
La seconde est intitulée le Temple de l'A-
mour, ou Zelitis & Zophire: & la troi-
siéme le triomphe de l'Amour, ou Ariane
& Sophie: ces deux derniers morceaux
sont remplis d'images, il y a des choses
bien senties, rendues avec élégance, &
facilement, mais foiblement.
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8199
p. 141
« LE mot & la chose, 1752 : un volume in-12. [...] »
Début :
LE mot & la chose, 1752 : un volume in-12. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « LE mot & la chose, 1752 : un volume in-12. [...] »
LE mot & la chose, 1752 : un volume
in-12.
C'est le tableau de deux Sociétés, dont
l'une passe pour être bonne Compagnie
sans l'être, & l'autre l'est sans qu'on s'en
doute. Il y a plus de vérité & d'amour
de la vertu dans cette Ouvrage que de fi-
nesse & de légereté.
in-12.
C'est le tableau de deux Sociétés, dont
l'une passe pour être bonne Compagnie
sans l'être, & l'autre l'est sans qu'on s'en
doute. Il y a plus de vérité & d'amour
de la vertu dans cette Ouvrage que de fi-
nesse & de légereté.
Fermer
8200
p. 141-146
« ELEMENS de Musique théorique, & pratique, suivant le principes [sic] de M. Rameau. [...] »
Début :
ELEMENS de Musique théorique, & pratique, suivant le principes [sic] de M. Rameau. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « ELEMENS de Musique théorique, & pratique, suivant le principes [sic] de M. Rameau. [...] »
ELEMENS de Musique théorique, &
pratique, suivant le principes [sic] de M. Rameau.
Chez David, le Breton & Durand,
L'utilité de cet Ouvrage, & l'acceuil que
lui fait le Public, nous engagent à rem-
plir la promesse que nous avons faite d'en
parler plus au long, pour le faire con-
noître aux Etrangers & aux Provinces
Disteres veOO
142 MERCUREDE FRANCE.
on y trouvera expliqués avec beaucoup de
clarté les principes de M. Rameau, qui
dans les Livres de cet illustre Artiste, ne
sont qu'à la portée d'un petit nombre de
personnes versées tout à la fois dans la
musique & dans le calcul. M. d'Alembert,
après avoir déclaré que l'ordre est la seu-
le chose qui lui apartienne dans ces Elé-
mens, expose dans un court avertissement
le plan qu'il a suivi. La premiere partie
de l'Ouvrage, destinée à expliquer d'après
M. Rameau la théorie de l'harmonie, ne
demande absolument dans ceux qui la li-
sent aucune autre connoissance de musi-
que que celle des syllables ut, re, mi, fa
sol, la, si, ut. Quelques calculs arithmé-
tiques très-simples, qu'exige la théorie de
l'harmonie, pour comparer entr'eux cer-
tains sons, sont rejettés dans des notes
qu'on pourra, si l'on veut ne pas lire,
quoiqu'il n y ait personne qui ne soit ca-
pable de les entendre avec une attention
fort légere. Dans cette premiere partie on
fait voir comment une expérience simple
& fondamentale sur la résonnance des
corps sonores, donne l'origine des deux
modes, du chant le plus naturel & de la
plus parfaite harmonie, les loix que doit
observer la suite des quintes, d'où résul-
te cette basse fondamentale, dont la con-
AVRIL.
1752.
143
noissance est due à M. Rameau, dont
tant de gens parlent, & que si peu de per-
sonnes connoissent; les loix générales
du mode, la formation de la gamme des
Grecs, & de la nôtre qui en est différen-
re, & qui est moins simple: la comparai-
son de ces deux gammes, d'où résultent
des remarques curieuses, la nécessité du
tempérament dans les instrumens à touche
& sans touche, nécessité que l'on fait ici
toucher au doigt d'une maniere très-sensi-
ble, les loix & les bizareries du mode
mineur, l'usage de la dissonance & ses ré-
gles, enfin les différens genres de musi-
que, diatonique; chromatique & enhar-
monique, & leurs différens caracteres
ious puisés dans la différence des basses
fondamentales, plus naturelles dans le
diatonique, moins dans le chromatique,
& moins encore dans l'enharmonique.
La seconde Partie est purement pra-
tique, & destinée à expliquer & à rendre
sensibles par des exemples, les régles fon-
damentales de la composition. Quoique
cette Seconde Partie soit appuyée sur les
principes exposés dans la Premiere, ce-
pendant elle est faite de manière que ceux
qui voudront se borner à la pratique,
pourront se contenter de la lire & l'en-
tendront sans peine. L'Auteur y explique
144 MERCURE DEFRANCE.
avec beaucoup de clarté les régles de la
basse fondamentale, qu'il réduit à cinque
principales, & qu'il est fort aisé de rete-
nir, parce que l'énoncé en est simple, &
qu'elles sont accompagnées d'exemples. Il
donne ensuite les régles que doit observer
le dessus par rapport à la B. F. régles qui
sont en fort petit nombre, & qui se re-
duisent pesque a ce qu on appelle préparet
& sauver les dissonances. La basse fonda-
mentale une fois bien connue, on trou-
ve que la basse appellée continue, n'est
autre chose qu'une basse fondamentale
renversée pour être plus chantante; ce
que l'Auteur détaille assez au long. Il ex-
plique les différens renversemens des ac-
cords, à la maniere de les chiffrer, quand
ils sont ainsi renversés, & ce qui doit
être très-utile aux Commençans, la façon
de retrouver la basse fondamentale, quand
la basse continue est chiffrée: par ce
moyen on peut très-facilement étudier la
basse fondamentale dans les Ouvrages de
M. Rameau. Enfin l'Auteur donne des ré-
gles très-simples pour trouver la basse fon-
damentales d'un chant donné, & pour
exemple de ces régles, le fameux mono-
logue d'Armide, enfin il est en ma puissan-
ce avec la B.F. & la basse continue. L'exem-
ple est d'autant mieux choisi, que la mo-
dulation
AVRIL. 1752.
145
dulation de ce monologue est très-belle,
très simple & sans aucune licence.
Telles sont les principales matieres trai-
tées dans cet Ouvrage, nous ne pouvons
que les indiquer aux Amateurs. On doit
sçavoir gré à M. d'Alembert, occupé
poui l'honneur de la Nation & le progrès
des Sciences à des Ouvrages considérables
de différente espêce, d'avoir bien voulu
consacrer quelques momens pour donner
sur les principes de la musique un livre
classique, à la portée de tout le monde,
& qui manquoit à toutes les Nations. L'u-
tilité générale dont on lui a persuadé que
ces élémens pourroient être, est, à ce qu'il
nous assure dans son Avertissement, le
seul motif qui l'ait engagé à publier un
Ouvrage, dont je n'hésiterois pas, dit-
il, à me faire honneur, si le fond m'en ap-
partenoit. Nous croyons que les Connois-
seurs, & même tout le Public, souscri-
ront à l'approbation de M. l'Abbé de
Condillac, juge très-éclairé dans cette ma-
tiere, & dans plusieurs autres.
„ Les systêmes, dit-il, dont l'expé-
„rience donne ou confirme les principes,
„peuvent seuls contribuer aux progrès
»des Arts & des Sciences. Celui ci me
„ paroît un modele en ce genre; l'ordre,
„ la clarté & la précision en font le ca-
146 MERCUREDE FRANCE.
»ractere. M. Rameau doit être flaté de
»voir à la portée de tout Lecteur intelli-
»gent, un systême dont il a découvert les
„principes, & qui, ce me semble pour
„etre approuvé, n'a besoin que d'être
„connu.
pratique, suivant le principes [sic] de M. Rameau.
Chez David, le Breton & Durand,
L'utilité de cet Ouvrage, & l'acceuil que
lui fait le Public, nous engagent à rem-
plir la promesse que nous avons faite d'en
parler plus au long, pour le faire con-
noître aux Etrangers & aux Provinces
Disteres veOO
142 MERCUREDE FRANCE.
on y trouvera expliqués avec beaucoup de
clarté les principes de M. Rameau, qui
dans les Livres de cet illustre Artiste, ne
sont qu'à la portée d'un petit nombre de
personnes versées tout à la fois dans la
musique & dans le calcul. M. d'Alembert,
après avoir déclaré que l'ordre est la seu-
le chose qui lui apartienne dans ces Elé-
mens, expose dans un court avertissement
le plan qu'il a suivi. La premiere partie
de l'Ouvrage, destinée à expliquer d'après
M. Rameau la théorie de l'harmonie, ne
demande absolument dans ceux qui la li-
sent aucune autre connoissance de musi-
que que celle des syllables ut, re, mi, fa
sol, la, si, ut. Quelques calculs arithmé-
tiques très-simples, qu'exige la théorie de
l'harmonie, pour comparer entr'eux cer-
tains sons, sont rejettés dans des notes
qu'on pourra, si l'on veut ne pas lire,
quoiqu'il n y ait personne qui ne soit ca-
pable de les entendre avec une attention
fort légere. Dans cette premiere partie on
fait voir comment une expérience simple
& fondamentale sur la résonnance des
corps sonores, donne l'origine des deux
modes, du chant le plus naturel & de la
plus parfaite harmonie, les loix que doit
observer la suite des quintes, d'où résul-
te cette basse fondamentale, dont la con-
AVRIL.
1752.
143
noissance est due à M. Rameau, dont
tant de gens parlent, & que si peu de per-
sonnes connoissent; les loix générales
du mode, la formation de la gamme des
Grecs, & de la nôtre qui en est différen-
re, & qui est moins simple: la comparai-
son de ces deux gammes, d'où résultent
des remarques curieuses, la nécessité du
tempérament dans les instrumens à touche
& sans touche, nécessité que l'on fait ici
toucher au doigt d'une maniere très-sensi-
ble, les loix & les bizareries du mode
mineur, l'usage de la dissonance & ses ré-
gles, enfin les différens genres de musi-
que, diatonique; chromatique & enhar-
monique, & leurs différens caracteres
ious puisés dans la différence des basses
fondamentales, plus naturelles dans le
diatonique, moins dans le chromatique,
& moins encore dans l'enharmonique.
La seconde Partie est purement pra-
tique, & destinée à expliquer & à rendre
sensibles par des exemples, les régles fon-
damentales de la composition. Quoique
cette Seconde Partie soit appuyée sur les
principes exposés dans la Premiere, ce-
pendant elle est faite de manière que ceux
qui voudront se borner à la pratique,
pourront se contenter de la lire & l'en-
tendront sans peine. L'Auteur y explique
144 MERCURE DEFRANCE.
avec beaucoup de clarté les régles de la
basse fondamentale, qu'il réduit à cinque
principales, & qu'il est fort aisé de rete-
nir, parce que l'énoncé en est simple, &
qu'elles sont accompagnées d'exemples. Il
donne ensuite les régles que doit observer
le dessus par rapport à la B. F. régles qui
sont en fort petit nombre, & qui se re-
duisent pesque a ce qu on appelle préparet
& sauver les dissonances. La basse fonda-
mentale une fois bien connue, on trou-
ve que la basse appellée continue, n'est
autre chose qu'une basse fondamentale
renversée pour être plus chantante; ce
que l'Auteur détaille assez au long. Il ex-
plique les différens renversemens des ac-
cords, à la maniere de les chiffrer, quand
ils sont ainsi renversés, & ce qui doit
être très-utile aux Commençans, la façon
de retrouver la basse fondamentale, quand
la basse continue est chiffrée: par ce
moyen on peut très-facilement étudier la
basse fondamentale dans les Ouvrages de
M. Rameau. Enfin l'Auteur donne des ré-
gles très-simples pour trouver la basse fon-
damentales d'un chant donné, & pour
exemple de ces régles, le fameux mono-
logue d'Armide, enfin il est en ma puissan-
ce avec la B.F. & la basse continue. L'exem-
ple est d'autant mieux choisi, que la mo-
dulation
AVRIL. 1752.
145
dulation de ce monologue est très-belle,
très simple & sans aucune licence.
Telles sont les principales matieres trai-
tées dans cet Ouvrage, nous ne pouvons
que les indiquer aux Amateurs. On doit
sçavoir gré à M. d'Alembert, occupé
poui l'honneur de la Nation & le progrès
des Sciences à des Ouvrages considérables
de différente espêce, d'avoir bien voulu
consacrer quelques momens pour donner
sur les principes de la musique un livre
classique, à la portée de tout le monde,
& qui manquoit à toutes les Nations. L'u-
tilité générale dont on lui a persuadé que
ces élémens pourroient être, est, à ce qu'il
nous assure dans son Avertissement, le
seul motif qui l'ait engagé à publier un
Ouvrage, dont je n'hésiterois pas, dit-
il, à me faire honneur, si le fond m'en ap-
partenoit. Nous croyons que les Connois-
seurs, & même tout le Public, souscri-
ront à l'approbation de M. l'Abbé de
Condillac, juge très-éclairé dans cette ma-
tiere, & dans plusieurs autres.
„ Les systêmes, dit-il, dont l'expé-
„rience donne ou confirme les principes,
„peuvent seuls contribuer aux progrès
»des Arts & des Sciences. Celui ci me
„ paroît un modele en ce genre; l'ordre,
„ la clarté & la précision en font le ca-
146 MERCUREDE FRANCE.
»ractere. M. Rameau doit être flaté de
»voir à la portée de tout Lecteur intelli-
»gent, un systême dont il a découvert les
„principes, & qui, ce me semble pour
„etre approuvé, n'a besoin que d'être
„connu.
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