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Résultats : 6 texte(s)
1
p. 277-291
Suspension d'Armes entre la France & l'Angleterre.
Début :
Comme il y a lieu d'esperer un heureux succés [...]
Mots clefs :
Suspension d'armes, France, Angleterre, Conférences d'Utrecht, Négociations de paix internationales, Guerre anglo-française, Armes, Traité de paix, Grande-Bretagne, Reine de Grande-Bretagne, Troupes, Espagne, Garnisons, Ratifications
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texteReconnaissance textuelle : Suspension d'Armes entre la France & l'Angleterre.
jpension d*Armes
entrelaFrance &
>
l'Angleterre. cOmme il y a
lieu d'esperer un heureux succés des Conférences établies
à Ucrecht par les foins de
leurs Majestez Très-Chrétienne & Britannique, pour
le rétablissement de la Paix
generale
,
& qu'elles ont
jugé necessaire de prévenir
tous les évenemens de guerre
,
capables de troubler
l'étatoù la négociation se
trouve presentement;leursdites Majestez, attentives
au bon heur de la Chrétienté, sont convenuës d'une
suspension d'armes, comme
du moyen le plus sur pour
parvenir au bien général
qu'Elles fc proposent. Et
quoy que jusqu'à present
Sa Majesté Britannique
,
nait pû persuader ses Alliez
d'entrer dans ces mêmes
sentimens
,
le refus qu'ils
font de les suivre n'estanc
pas une raisonsuffisante
pour empescher Sa Majesté
Très
-
Chrétienne de mar-
quer par des preuves cffectives, le desitqu'Elle a
de
rétablir au plutôt une parfaire amitié, & une sincere
correspondance entre Elle
& la Reine de la GrandeBretagne, les Royaumes,
Etats & Sujets de L L. MM.
Saditc Majesté Trés-Chrétienne après avoir confié
aux troupes Angloises la
garde des Ville, Citadelle,
!& Forts de Dunkerque,,
pour marque de sa bonne
foy, consent & promet,
comme la Reine de la Grande-Bretagne promet aussi
de sa part.
I
Qu'il y aura suspension
générale de routes entreprises & faits d'armes, & generalement de tous Actes
d'hostilitez entre les Armées,
Troupes, Flotes
,
Escadres
& Navires de leurs Majestez
Très-Chrétienne & Britannique, pendant le terme
de quatre mois, à commencer du vingt-deuxième du
present mois d'Aoust, jusqu'au vingt
-
deuxième du
mois de Décembre pro- -chain..)
II.
<
*
*
La même
V
suspension fera
établie entre les garnisons,
& gens de guerre, que leurs
Majestez tiennent pour la
deffense & garde de leurs
Places, dans tous les lieux
où leurs armes agissent, ou
peuventagir, tant par Terre
que par Mcr,o-U autres eaux:
en forte que s'il arrivoit quc pendant le temps de la suspension, on y contrevint
de part ou d'autre
,
par
la prise d'une ou plusieurs
Places, soit par attaque
,
surprise
,
ou intelligence se.
crette
,
en quelque endroit
du monde que ce fut,qu'on
fit des prisonniers ou quelques autres actes d'hostilité,
par quelque accident imprévû30 de. la nature de ceux
quon ne peut prévenir,
contraires àla presente cessation d'Armes;cette conavention se réparera de
part & d'autre, de bonne
soy, sans delay, ni difficulté,
restituant sans aucune diminution, ce qui aura esté pris,
& mettant les prisonniers
en liberté, sans demander
aucune chose pour leur ran
çon, ni pour leur dépense.
III.
Pour prévenir pareillement
tous sujets de plaintes, &
contestations quipourroient
naistre à l'occasion des Vaisseaux
,
Marchandises
,
ou
autres effets qui seroient pris
J. par Mer,pendant le temps
de la suspension, on est
convenu réciproquement
»
que lesdits Vaisseaux
,
Marl, chandifes & effets qui seroient pris dans laManche,
& dans les Mers du Nord,
après l'espace de douze
jours, à compter depuis la
signarure dela susditeSuspension
,
feront de part &
d'autres restituez réciproquement.
Que le terme fera de six
semaines pour les prises faites depuis la Manche, les
Mers Britanniques & les
Mers du Nord, jusqu'au
Cap Saint Vincent.
-
Et pareillement de six
semaines, depuis &au-delà
de ce Cap jusqu'à la Ligne,
fpiidana-,j}'Ocean) foit dans
la Mer Méditerranée.
Enfin de six mois au- delà de la Ligne, & dans tous
les autres endroits du mon
de, sans aucune exception
ny autre diflinâtoti plus
particulière de temps & de
lieu.
¿
IV.
Comme la même Suspension fera observée entre les
Royaumes déjà GrandeBretagne & d'Espagne
;
Sa
Majesté Britannique promet
qn'aucun de ses Navires de
guerre ou Marchands,Bar-
,
ques ou autres Bastiments
,
appartenans à Sa Majesté
Britannique ou à ses Sujets,
ne seront désormais employez à transporter, ou
convoyer en Portugal, en
Catalogne, ny dans aucun
des lieux où la guerre sesait
presentement,des Troupes,
Chevaux, Armes,Habits,
& en general toutes munitions de Guerre & de bouche.
V.
Toutesfois il fera libre à
Sa Majesté Britannique, de
faire transporter des Troupes,
des munitions de guerre & de bouche, & autres
provisions dans les Placesde
Gilbraltar, & de Port- Mahon,actuellement occupées
par ses Armes, & dont la
possession luy doit demeurer
par le Traité de Paix qui
interviendra, comme aussi
de retirer d'Espagne le?
troupes Angloises & generalement tous les effets qui
luy appartiennent dans ce
Royaume, soit pour les
faire passer dans l'Isle de
Minorque, soit pour lescon-
duire dans la Grande Bretagne
,
sans que lesdits transports soient fenfez contrairesà la su spension.
VI.
:
1
La Reine de la GrandeBretagne pourra pareillement sans y
contrevenir
prester ses Vaisseaux, pour
transporter en Portugalles
Troupes de cette Nation,
qui sont actuellement en
Catalogne
,
& pour transporter en Italie les Troupes j
Allemandes qui. sont aussi
dans
dans la même Province.
VII.
Immédiatement aprèsque
le present Traité de Suspension aura esté declaré en
Espagne, le Roy se fait sort
que le blocus de Gibraltar
fera levée, & que la garnison
Angloisesaussi bien que les
Marchands qui se trouveront dans cette Place, pourront en toute liberté vivre,
traiter & négocier avec les
Espagnols.
vm.
Les ratifications du prenne Traité se ront échangées de parer d'autre dans
je terme de quinze jours,
ou plustost si faire se peut.
ENFOYde quoy,&en
vertu de ces Ordres & pou.
voirs queNous soussignez
avons reçu du Roy TrèsChrétien & de la Reinede
la Grande-Bretagne
,
ryx
Maistre & Maistresse, avons
signé les presentes & y
avonsfait apposer les Sceaux
de nos Armes. Fait à Paris
le dixneuvième Aoust mil
;
sep cent douze.
(L. S.) COLBERT DETORCY.
! (L. S. ) BOLINGBROkE.
entrelaFrance &
>
l'Angleterre. cOmme il y a
lieu d'esperer un heureux succés des Conférences établies
à Ucrecht par les foins de
leurs Majestez Très-Chrétienne & Britannique, pour
le rétablissement de la Paix
generale
,
& qu'elles ont
jugé necessaire de prévenir
tous les évenemens de guerre
,
capables de troubler
l'étatoù la négociation se
trouve presentement;leursdites Majestez, attentives
au bon heur de la Chrétienté, sont convenuës d'une
suspension d'armes, comme
du moyen le plus sur pour
parvenir au bien général
qu'Elles fc proposent. Et
quoy que jusqu'à present
Sa Majesté Britannique
,
nait pû persuader ses Alliez
d'entrer dans ces mêmes
sentimens
,
le refus qu'ils
font de les suivre n'estanc
pas une raisonsuffisante
pour empescher Sa Majesté
Très
-
Chrétienne de mar-
quer par des preuves cffectives, le desitqu'Elle a
de
rétablir au plutôt une parfaire amitié, & une sincere
correspondance entre Elle
& la Reine de la GrandeBretagne, les Royaumes,
Etats & Sujets de L L. MM.
Saditc Majesté Trés-Chrétienne après avoir confié
aux troupes Angloises la
garde des Ville, Citadelle,
!& Forts de Dunkerque,,
pour marque de sa bonne
foy, consent & promet,
comme la Reine de la Grande-Bretagne promet aussi
de sa part.
I
Qu'il y aura suspension
générale de routes entreprises & faits d'armes, & generalement de tous Actes
d'hostilitez entre les Armées,
Troupes, Flotes
,
Escadres
& Navires de leurs Majestez
Très-Chrétienne & Britannique, pendant le terme
de quatre mois, à commencer du vingt-deuxième du
present mois d'Aoust, jusqu'au vingt
-
deuxième du
mois de Décembre pro- -chain..)
II.
<
*
*
La même
V
suspension fera
établie entre les garnisons,
& gens de guerre, que leurs
Majestez tiennent pour la
deffense & garde de leurs
Places, dans tous les lieux
où leurs armes agissent, ou
peuventagir, tant par Terre
que par Mcr,o-U autres eaux:
en forte que s'il arrivoit quc pendant le temps de la suspension, on y contrevint
de part ou d'autre
,
par
la prise d'une ou plusieurs
Places, soit par attaque
,
surprise
,
ou intelligence se.
crette
,
en quelque endroit
du monde que ce fut,qu'on
fit des prisonniers ou quelques autres actes d'hostilité,
par quelque accident imprévû30 de. la nature de ceux
quon ne peut prévenir,
contraires àla presente cessation d'Armes;cette conavention se réparera de
part & d'autre, de bonne
soy, sans delay, ni difficulté,
restituant sans aucune diminution, ce qui aura esté pris,
& mettant les prisonniers
en liberté, sans demander
aucune chose pour leur ran
çon, ni pour leur dépense.
III.
Pour prévenir pareillement
tous sujets de plaintes, &
contestations quipourroient
naistre à l'occasion des Vaisseaux
,
Marchandises
,
ou
autres effets qui seroient pris
J. par Mer,pendant le temps
de la suspension, on est
convenu réciproquement
»
que lesdits Vaisseaux
,
Marl, chandifes & effets qui seroient pris dans laManche,
& dans les Mers du Nord,
après l'espace de douze
jours, à compter depuis la
signarure dela susditeSuspension
,
feront de part &
d'autres restituez réciproquement.
Que le terme fera de six
semaines pour les prises faites depuis la Manche, les
Mers Britanniques & les
Mers du Nord, jusqu'au
Cap Saint Vincent.
-
Et pareillement de six
semaines, depuis &au-delà
de ce Cap jusqu'à la Ligne,
fpiidana-,j}'Ocean) foit dans
la Mer Méditerranée.
Enfin de six mois au- delà de la Ligne, & dans tous
les autres endroits du mon
de, sans aucune exception
ny autre diflinâtoti plus
particulière de temps & de
lieu.
¿
IV.
Comme la même Suspension fera observée entre les
Royaumes déjà GrandeBretagne & d'Espagne
;
Sa
Majesté Britannique promet
qn'aucun de ses Navires de
guerre ou Marchands,Bar-
,
ques ou autres Bastiments
,
appartenans à Sa Majesté
Britannique ou à ses Sujets,
ne seront désormais employez à transporter, ou
convoyer en Portugal, en
Catalogne, ny dans aucun
des lieux où la guerre sesait
presentement,des Troupes,
Chevaux, Armes,Habits,
& en general toutes munitions de Guerre & de bouche.
V.
Toutesfois il fera libre à
Sa Majesté Britannique, de
faire transporter des Troupes,
des munitions de guerre & de bouche, & autres
provisions dans les Placesde
Gilbraltar, & de Port- Mahon,actuellement occupées
par ses Armes, & dont la
possession luy doit demeurer
par le Traité de Paix qui
interviendra, comme aussi
de retirer d'Espagne le?
troupes Angloises & generalement tous les effets qui
luy appartiennent dans ce
Royaume, soit pour les
faire passer dans l'Isle de
Minorque, soit pour lescon-
duire dans la Grande Bretagne
,
sans que lesdits transports soient fenfez contrairesà la su spension.
VI.
:
1
La Reine de la GrandeBretagne pourra pareillement sans y
contrevenir
prester ses Vaisseaux, pour
transporter en Portugalles
Troupes de cette Nation,
qui sont actuellement en
Catalogne
,
& pour transporter en Italie les Troupes j
Allemandes qui. sont aussi
dans
dans la même Province.
VII.
Immédiatement aprèsque
le present Traité de Suspension aura esté declaré en
Espagne, le Roy se fait sort
que le blocus de Gibraltar
fera levée, & que la garnison
Angloisesaussi bien que les
Marchands qui se trouveront dans cette Place, pourront en toute liberté vivre,
traiter & négocier avec les
Espagnols.
vm.
Les ratifications du prenne Traité se ront échangées de parer d'autre dans
je terme de quinze jours,
ou plustost si faire se peut.
ENFOYde quoy,&en
vertu de ces Ordres & pou.
voirs queNous soussignez
avons reçu du Roy TrèsChrétien & de la Reinede
la Grande-Bretagne
,
ryx
Maistre & Maistresse, avons
signé les presentes & y
avonsfait apposer les Sceaux
de nos Armes. Fait à Paris
le dixneuvième Aoust mil
;
sep cent douze.
(L. S.) COLBERT DETORCY.
! (L. S. ) BOLINGBROkE.
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Résumé : Suspension d'Armes entre la France & l'Angleterre.
Le document est une convention de suspension d'armes entre la France et l'Angleterre, motivée par l'espoir d'un succès des conférences de paix à Utrecht et par le désir de prévenir les événements de guerre qui pourraient perturber les négociations. Les deux majestés, attentives au bien de la chrétienté, ont convenu de cette suspension comme moyen de parvenir à la paix générale. La suspension d'armes est effective pendant quatre mois, du 22 août au 22 décembre. Elle concerne toutes les hostilités entre les armées, troupes, flottes et navires des deux nations. En cas de violation, les parties doivent restituer ce qui a été pris et libérer les prisonniers sans rançon. Pour les prises en mer, les vaisseaux, marchandises et autres effets doivent être restitués réciproquement après des délais spécifiques selon les zones géographiques. La suspension est également observée entre la Grande-Bretagne et l'Espagne. La Grande-Bretagne s'engage à ne pas transporter des troupes ou des munitions de guerre vers les lieux où la guerre sévit actuellement, sauf pour Gibraltar, Minorque et Port-Mahon. Les ratifications du traité doivent être échangées dans un délai de quinze jours. Le document est signé à Paris le 19 août 1712 par Colbert de Torcy pour la France et Bolingbroke pour l'Angleterre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 251-265
Traité de Suspension d'Armes entre la France & l'Angleterre.
Début :
Comme il y a lieu d'esperere un heureux succes [...]
Mots clefs :
Traite, Suspension d'armes, Actes d'hostilité, Garnisons, Gens de guerre, Vaisseaux, Marchandises, Reine de la grande Bretagne, Ratifications
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texteReconnaissance textuelle : Traité de Suspension d'Armes entre la France & l'Angleterre.
Traite de Suspensionà'Armes
entre i. France (p* l'Aiu
gleterre*
Ommc il ya
lieu d'er.
perere un heureux
succes des Conférences établies à Urechr par les soins
de leurs M. T.Chrétienne
& Britannique pour lerérablissement de la Paix generale
,
& quelles ont jugé
necessaire de prévenir tous
les évenemens de Guerre,capables de troubler l'état ou.
la Négociation le trouve
prefentemenc ;
- leurdités
Majestez,atrentives au bonheur de la Chrétienté, font
convenues d'une Suspension
d'armes, comme du moyen
le plus sûrpourparvenir au
bien général qu'Elles se pro..
posent. Et quoique jusqua
present Sa Majesté Britannique, n'ait pu persuader
ses Alliez d'entier dans ces
mêmes sentimens, le refus
qu'ils font de les suivre n'étant pas uneraisonsuffisante pour empêcher Sa Maje«
(té Trés-Chrétienne de mar-
quer par des preuves effecti-
,
ves, le désir qu'Elle a
de rétablir au plutôt une parfaite
amitié, & une sincere correspondance entre Elle &la
Reine de la Grande Bretagne, les Royaumes, Etats
&Sujetsdeleurs Majeftez.
Sadite-Majesté Trçs Chrétienne après avoir confié aux
Troupes Angloises la garde
des Ville,Citadelle&Forts
de Dunkerque
,
pour marque de sa bonne foy, consent & promet, comme la
Reine de la Grande BretaI
gne promet aussi de sa parc.
I.
Qu'il y aura uneSuspension generale de
- toutes eiv
treprises & faits d'Armes,
& generalement de tous
a£tes d'hostlitez entre les ,-
Armées, Troupes, FJotcs,
Escadres& Navires de leurs
Majestez Très-Chrétienne
& Britannique, pendant le
terme de quatre mois, à
commencer du vingt deuxième du present mois
d'Aoust, jusqu'au vingtdeuxiéme du mois de Decembre prochain.
IL
LamêmeSuspension fera
établie entre les garnisons&
Gens de Guerre,que leursM.
tiennent pour la défense &
garde de leurs Places, dans
tousles Lieux où leurs Armes agissent, ou peuvent
agir, tant par Terre que par
Mer, ou autres Eaux, en
forte que s'il arrivoit que
pendant le tems de la Suspension,on y
contrevint de
part ou d'autre, par la prise
d'une ou de plusieurs Places,
soit par attaque, surprise,
ou intelligence iccreie, en.
quelque endroit du monde
que ce fust, qu'on fist des
Prisonniers, ou quelques
autres Actesd'hostilité,par
quelque accident imprévû
dé la nature de ceuxqu'on
ne peut prévenir
,
contraires à la presenteCessation
d'armes, cette contravention se reparera de part &
d'autre, de bonne foy, sans
délay ni difficulté, icftituant sans aucune diminution, ce qui aura été pris, &
mettant les Prisonniers en
liberté,
liberté, sans demander aucune chose pour leur rançon, ni pourleur dépense.
III,
Pour prévenir pareillement tous sujets de plaintes
& contractionsqui pourroient naîstre à l'occasion
des' Vaisseaux, Marchandises,puautreseffets qui se-
,
, , stoient pris parMer, T pendant le tems de laSuspension voiv est convenu reciptoquehrerrr qtiè;: lefdite
"yài-ffcauxV Marchandises &£
effets qui seroient pris dans
la Manche, & dans les Mers
du Nord, après l'espace de
douze jours, a compter depuis la signature de la susdite Suspension,seront de part
& d'autre restituez réciproquement.
Que le terme fera desix
semaines pour les prisesfaites depuis la Manche, les
Mers Britanniques, & les
Mers du Nord, jusqu'au
CapSaint Vincent.
Et pareillement de six lèmaines,depuis & au- delà de
~c Capjusqu'àlaLigne
>
foie
dans l'Ocean, soit dans la
Mer Méditerranée.
Enfin, de six mois au<
delà de la Ligne, & dans
tous les auttes endroits du
monde, sansaucuneexception ni autre distinction
plus particulière de temps
& delieu.
IV.
Comme lamêmeSuspension fera observée entre
les Royaumes de la Grande
Bretagne & d'Espagne; Sa
MajestéBritanniquepromet
qu'aucun de ses Navires de
Guerre ou Marchands, Barques ou autres Bastimens appartenais à Sa Majesté Britannique ou àses Sujets, ne
feront desormais employez
à transporterou envoyer en
Portugal, en Catalogne, ni
dans aucun des lieux où la
Guerre se fait presentement
des Troupes, Chevaux, Armes, Habits, lX en general
routes munitions de guerre
:&de bouche.
.< V.
: ',',Toutefois il sera libre à
Sa Majesté Britannique, de
faire transporter des Troupes, des munitions de guerre & de bouche, & autres
provisions dans les Places de
Gibraltar, & dePort-Mahon, actuellement occupées par ses Armes,&donc
la possessionluidoitdemeurer par le Traitéde Paix qui
interviendra, comme aussi
de retirer d'Espagne les
Troupes Angloises
,
& gçneralement tous les
e
ffets
qui luy appartiennent dans
ce Royaume, soit pour les
faire passer dans ilflcde Mi-
norque, soit pour les conduire dans la Grande Bretagne, sans que lefdicsTransports soient censez contraires à la Suspension.
Vl.
La Reine de la Grande
Bretagne pourra pareillement sans y
contrevenir,
prêcer ses Vaisseaux pour
transporrer en Portugal les
Troupes de cette Nation
qui font actuellement en
Catalogne, & pour [rane.
porter en Italie les Troupes
Allemandes qui sont aussi
dansla même Province.
VIL
Immédiatement après que
le present Traire de Suspension aura été déclaré en
Espagne, le Roy se fait
fort que le blocus de Gibraltar fera levé, & que la Garnison Angloise aussi- bien
que les Marchandsqui Ce
trouveront dans cette Place,
pourront en toute liberté
vivre, traiter & négocier
fLYcc les Espagnols.
,
VIII.
Les Ratifications du present. Traité seront échangées de part& d'autre dans
le terme de quinze jours,
pq plûtôt si fairese peut.
Enfoydequoy, &en
vertu des Ordres & pouvoirs
que Nous soussignez avons reçûduRoyTrés-Ghréticn,
& delàl^èine delaGrande
Bretagne, nos1 Maître&
Presentes, Maîtresse, apposeslesavons &'Sc^aux^ yavons ligné détiefcles Armes,
stïc
Armes. Fait à Paris le dixneuviéme Aoust mil sept
cens douze.
(L.S.)COLBERT DE TORCY.
(L.S.) BOLINGBROKE
entre i. France (p* l'Aiu
gleterre*
Ommc il ya
lieu d'er.
perere un heureux
succes des Conférences établies à Urechr par les soins
de leurs M. T.Chrétienne
& Britannique pour lerérablissement de la Paix generale
,
& quelles ont jugé
necessaire de prévenir tous
les évenemens de Guerre,capables de troubler l'état ou.
la Négociation le trouve
prefentemenc ;
- leurdités
Majestez,atrentives au bonheur de la Chrétienté, font
convenues d'une Suspension
d'armes, comme du moyen
le plus sûrpourparvenir au
bien général qu'Elles se pro..
posent. Et quoique jusqua
present Sa Majesté Britannique, n'ait pu persuader
ses Alliez d'entier dans ces
mêmes sentimens, le refus
qu'ils font de les suivre n'étant pas uneraisonsuffisante pour empêcher Sa Maje«
(té Trés-Chrétienne de mar-
quer par des preuves effecti-
,
ves, le désir qu'Elle a
de rétablir au plutôt une parfaite
amitié, & une sincere correspondance entre Elle &la
Reine de la Grande Bretagne, les Royaumes, Etats
&Sujetsdeleurs Majeftez.
Sadite-Majesté Trçs Chrétienne après avoir confié aux
Troupes Angloises la garde
des Ville,Citadelle&Forts
de Dunkerque
,
pour marque de sa bonne foy, consent & promet, comme la
Reine de la Grande BretaI
gne promet aussi de sa parc.
I.
Qu'il y aura uneSuspension generale de
- toutes eiv
treprises & faits d'Armes,
& generalement de tous
a£tes d'hostlitez entre les ,-
Armées, Troupes, FJotcs,
Escadres& Navires de leurs
Majestez Très-Chrétienne
& Britannique, pendant le
terme de quatre mois, à
commencer du vingt deuxième du present mois
d'Aoust, jusqu'au vingtdeuxiéme du mois de Decembre prochain.
IL
LamêmeSuspension fera
établie entre les garnisons&
Gens de Guerre,que leursM.
tiennent pour la défense &
garde de leurs Places, dans
tousles Lieux où leurs Armes agissent, ou peuvent
agir, tant par Terre que par
Mer, ou autres Eaux, en
forte que s'il arrivoit que
pendant le tems de la Suspension,on y
contrevint de
part ou d'autre, par la prise
d'une ou de plusieurs Places,
soit par attaque, surprise,
ou intelligence iccreie, en.
quelque endroit du monde
que ce fust, qu'on fist des
Prisonniers, ou quelques
autres Actesd'hostilité,par
quelque accident imprévû
dé la nature de ceuxqu'on
ne peut prévenir
,
contraires à la presenteCessation
d'armes, cette contravention se reparera de part &
d'autre, de bonne foy, sans
délay ni difficulté, icftituant sans aucune diminution, ce qui aura été pris, &
mettant les Prisonniers en
liberté,
liberté, sans demander aucune chose pour leur rançon, ni pourleur dépense.
III,
Pour prévenir pareillement tous sujets de plaintes
& contractionsqui pourroient naîstre à l'occasion
des' Vaisseaux, Marchandises,puautreseffets qui se-
,
, , stoient pris parMer, T pendant le tems de laSuspension voiv est convenu reciptoquehrerrr qtiè;: lefdite
"yài-ffcauxV Marchandises &£
effets qui seroient pris dans
la Manche, & dans les Mers
du Nord, après l'espace de
douze jours, a compter depuis la signature de la susdite Suspension,seront de part
& d'autre restituez réciproquement.
Que le terme fera desix
semaines pour les prisesfaites depuis la Manche, les
Mers Britanniques, & les
Mers du Nord, jusqu'au
CapSaint Vincent.
Et pareillement de six lèmaines,depuis & au- delà de
~c Capjusqu'àlaLigne
>
foie
dans l'Ocean, soit dans la
Mer Méditerranée.
Enfin, de six mois au<
delà de la Ligne, & dans
tous les auttes endroits du
monde, sansaucuneexception ni autre distinction
plus particulière de temps
& delieu.
IV.
Comme lamêmeSuspension fera observée entre
les Royaumes de la Grande
Bretagne & d'Espagne; Sa
MajestéBritanniquepromet
qu'aucun de ses Navires de
Guerre ou Marchands, Barques ou autres Bastimens appartenais à Sa Majesté Britannique ou àses Sujets, ne
feront desormais employez
à transporterou envoyer en
Portugal, en Catalogne, ni
dans aucun des lieux où la
Guerre se fait presentement
des Troupes, Chevaux, Armes, Habits, lX en general
routes munitions de guerre
:&de bouche.
.< V.
: ',',Toutefois il sera libre à
Sa Majesté Britannique, de
faire transporter des Troupes, des munitions de guerre & de bouche, & autres
provisions dans les Places de
Gibraltar, & dePort-Mahon, actuellement occupées par ses Armes,&donc
la possessionluidoitdemeurer par le Traitéde Paix qui
interviendra, comme aussi
de retirer d'Espagne les
Troupes Angloises
,
& gçneralement tous les
e
ffets
qui luy appartiennent dans
ce Royaume, soit pour les
faire passer dans ilflcde Mi-
norque, soit pour les conduire dans la Grande Bretagne, sans que lefdicsTransports soient censez contraires à la Suspension.
Vl.
La Reine de la Grande
Bretagne pourra pareillement sans y
contrevenir,
prêcer ses Vaisseaux pour
transporrer en Portugal les
Troupes de cette Nation
qui font actuellement en
Catalogne, & pour [rane.
porter en Italie les Troupes
Allemandes qui sont aussi
dansla même Province.
VIL
Immédiatement après que
le present Traire de Suspension aura été déclaré en
Espagne, le Roy se fait
fort que le blocus de Gibraltar fera levé, & que la Garnison Angloise aussi- bien
que les Marchandsqui Ce
trouveront dans cette Place,
pourront en toute liberté
vivre, traiter & négocier
fLYcc les Espagnols.
,
VIII.
Les Ratifications du present. Traité seront échangées de part& d'autre dans
le terme de quinze jours,
pq plûtôt si fairese peut.
Enfoydequoy, &en
vertu des Ordres & pouvoirs
que Nous soussignez avons reçûduRoyTrés-Ghréticn,
& delàl^èine delaGrande
Bretagne, nos1 Maître&
Presentes, Maîtresse, apposeslesavons &'Sc^aux^ yavons ligné détiefcles Armes,
stïc
Armes. Fait à Paris le dixneuviéme Aoust mil sept
cens douze.
(L.S.)COLBERT DE TORCY.
(L.S.) BOLINGBROKE
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Résumé : Traité de Suspension d'Armes entre la France & l'Angleterre.
Le traité de suspension d'armes entre la France et la Grande-Bretagne, signé à Paris le 19 août 1712, a pour objectif de rétablir la paix générale après les conférences de Utrecht. Les monarques des deux nations, la Majesté Très-Chrétienne et la Reine de Grande-Bretagne, ont convenu de suspendre les hostilités pour faciliter les négociations en cours. Cette suspension d'armes est en vigueur du 22 août au 22 décembre 1712 et s'applique à toutes les actions militaires entre les armées, troupes, forts, escadres et navires des deux pays. En cas de violation de cet accord, les parties s'engagent à réparer les dommages de bonne foi, sans délai ni difficulté. Le traité stipule également la restitution des vaisseaux, marchandises et effets capturés en mer, avec des délais de restitution variant de douze jours à six mois, selon la localisation. De plus, la suspension d'armes est également observée entre la Grande-Bretagne et l'Espagne, avec des clauses spécifiques concernant le transport de troupes et de munitions. Les ratifications du traité doivent être échangées dans un délai de quinze jours. Le document est signé par Colbert de Torcy pour la France et Bolingbroke pour la Grande-Bretagne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 269-272
ARTICLE Ajoûté au Traité de Suspension d'Armes entre la France & l'Angleterre.
Début :
Comme il est porté par l'Article III. du Traité [...]
Mots clefs :
Article, Traite, Suspension d'armes, Mer
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texteReconnaissance textuelle : ARTICLE Ajoûté au Traité de Suspension d'Armes entre la France & l'Angleterre.
ARTICLE
Ajoûté ¿/. A..*au T:.raité de-, s, Sufpen- si.
sion d'Armes entre la France O* l'Angleterre.
Comme il estporté
par l'ArticleIII. du
Traité de Suspension d'Armes, que les Vaisseaux,Marchandises, ou autres effets
qui feroient pris de part &
d'autre par Mer au-delà de
la Ligne, & dans tous les
autres endroits du monde,
&c.suivant la derniere clause
dudit Article, a
prés l'expiration de six mois, seront
reciproquement restituez.
Pour prévenir tout équivoque & tout embarras qui
pourroient naistre, & toutes les difficultez qu'on pourroit former sur le fondement que la Suspensionn'étant que de quatre mois,
les Prises qui seront faites
dans lesdits endroits au bout
de sixmois, feront bonnes:
Il a
été convenu quesi malheureusement, ce qu'à Dieu
,
ne plaise, la Guerre rccoramençoit encore entre leurs
Majestez Tres
-
Chrétienne
& Britannique
,
la même
Suspension de quatre mois
fera observée au-delà de la
Ligne,&danslesautres
en- ',Ligne
,
& dans les autres cndroits marquez en gcneral
par la derniere claufc de
rArticle111. en forte que
ladite Suspensioncommencera dans ces mêmes endroits le vingt deux Février
1713. pour estre observée
jusques au vingt-deux Juin
de la même année 1713.
quoiqu'il arrive en Europe,
& les Ratifications de ce pre-l
sent Article seront échan-J
gées de part & d'autre dans:
le terme de quinze jours
ou ptûtôt s'il ca pofliblc.!
Fait à
-
Fontainebleau le
vingt quatre Aoust milfcpt
cens douze.
( L. S.)COLBERT DE
TORCY.
(L.S.) BOLINGBROKE
Ajoûté ¿/. A..*au T:.raité de-, s, Sufpen- si.
sion d'Armes entre la France O* l'Angleterre.
Comme il estporté
par l'ArticleIII. du
Traité de Suspension d'Armes, que les Vaisseaux,Marchandises, ou autres effets
qui feroient pris de part &
d'autre par Mer au-delà de
la Ligne, & dans tous les
autres endroits du monde,
&c.suivant la derniere clause
dudit Article, a
prés l'expiration de six mois, seront
reciproquement restituez.
Pour prévenir tout équivoque & tout embarras qui
pourroient naistre, & toutes les difficultez qu'on pourroit former sur le fondement que la Suspensionn'étant que de quatre mois,
les Prises qui seront faites
dans lesdits endroits au bout
de sixmois, feront bonnes:
Il a
été convenu quesi malheureusement, ce qu'à Dieu
,
ne plaise, la Guerre rccoramençoit encore entre leurs
Majestez Tres
-
Chrétienne
& Britannique
,
la même
Suspension de quatre mois
fera observée au-delà de la
Ligne,&danslesautres
en- ',Ligne
,
& dans les autres cndroits marquez en gcneral
par la derniere claufc de
rArticle111. en forte que
ladite Suspensioncommencera dans ces mêmes endroits le vingt deux Février
1713. pour estre observée
jusques au vingt-deux Juin
de la même année 1713.
quoiqu'il arrive en Europe,
& les Ratifications de ce pre-l
sent Article seront échan-J
gées de part & d'autre dans:
le terme de quinze jours
ou ptûtôt s'il ca pofliblc.!
Fait à
-
Fontainebleau le
vingt quatre Aoust milfcpt
cens douze.
( L. S.)COLBERT DE
TORCY.
(L.S.) BOLINGBROKE
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Résumé : ARTICLE Ajoûté au Traité de Suspension d'Armes entre la France & l'Angleterre.
Le document décrit un article ajouté au Traité de Suspension d'Armes entre la France et l'Angleterre. Selon l'Article III, les vaisseaux, marchandises ou autres effets capturés en mer au-delà de la Ligne et dans d'autres endroits du monde doivent être restitués réciproquement après six mois. Pour éviter toute confusion, il est convenu que si la guerre reprenait, une suspension de quatre mois serait observée dans ces mêmes endroits, commençant le 22 février 1713 et se terminant le 22 juin 1713. Les ratifications de cet article doivent être échangées dans un délai de quinze jours ou plus tôt si possible. Le document est signé à Fontainebleau le 24 août 1712 par Colbert de Torcy et Bolingbroke.
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4
p. 273-277
PROROGATION De la Suspension d'Armes entre la France & l'Angleterre.
Début :
Comme un Traité de Suspension d'Armes tant par Terre [...]
Mots clefs :
Prorogation, Traite, Suspension d'armes, Terre, Mer
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texteReconnaissance textuelle : PROROGATION De la Suspension d'Armes entre la France & l'Angleterre.
PROROGATION
1 Il
De la Suspension d'Armes en.
tre la France & l*Angle-*
terre. c Omme un Traité Je
Suspension d'Armes
tant par Terre que par Mer»
ou autres Eaux a
été fait
entre leurs Majestez TresChrétienne & Britannique
1
& signé à Paris le dix-neuf
d'Aoust 1712 pour leter-
me de quatre mois, à commencer le vingt- deuxiéme
dudic mois d'Aoust: Et
comme ladite Suspension
expirera le vingt-déuxiéme
jour de ce present mois de
Decembre, nouveau Rylet
leursMajestez le Roy TresChrétien, & la Reine de la
Grande Bretagne, étant du
même sentiment qu'elles
étoient alors, & ayant les
mêmes vûës pour le bonheur de la Chrétienté, ont
,jugé necessaire de prévenir
tous les évenemens de la
Guerre, capables de trou-
bler les mesures qui ont été
prises pour parvenir au bien
général qu'Elles se proposent: Et pour ces raisons&
autres, ontag
réerconfen- autres) ont agree &. conlcn..
ti, comme elles agréent&
confcntent par ces Presentes, de prolonger&continuer ladite surpension d'Armes pour le terme de quatre
mois, à commencer dudic
vingt- deuxieme de ce present mois de Dccembrenouveaustyle,& à durerjusqu'au
vingt-deuxième dumoisd' Avril de l'an 1713. nouveau
style
,
en forte que ledit
Traité de Suspension d'Armesconclu à Paris le jour
susdit, fera continué&prolongéen toutes manieres;
sans aucune interruption ou
obstruction pour le terme
fus mentionne, comme s'il
étoitrenouvellé & inseré ici
de mot à mot.
En foy de quoi Nous
avons figné les Presentes,
& y avons apposé les sceaux
de nos Armes. Fait à Verfailles le quatorziémeDécembre, & à Londresle2 6. -
Novembre 7 Décembre
mil sept cens douze.
(L.S.) COLBERT DE
TORCY.
(L.S.)BOLINGBROKE
1 Il
De la Suspension d'Armes en.
tre la France & l*Angle-*
terre. c Omme un Traité Je
Suspension d'Armes
tant par Terre que par Mer»
ou autres Eaux a
été fait
entre leurs Majestez TresChrétienne & Britannique
1
& signé à Paris le dix-neuf
d'Aoust 1712 pour leter-
me de quatre mois, à commencer le vingt- deuxiéme
dudic mois d'Aoust: Et
comme ladite Suspension
expirera le vingt-déuxiéme
jour de ce present mois de
Decembre, nouveau Rylet
leursMajestez le Roy TresChrétien, & la Reine de la
Grande Bretagne, étant du
même sentiment qu'elles
étoient alors, & ayant les
mêmes vûës pour le bonheur de la Chrétienté, ont
,jugé necessaire de prévenir
tous les évenemens de la
Guerre, capables de trou-
bler les mesures qui ont été
prises pour parvenir au bien
général qu'Elles se proposent: Et pour ces raisons&
autres, ontag
réerconfen- autres) ont agree &. conlcn..
ti, comme elles agréent&
confcntent par ces Presentes, de prolonger&continuer ladite surpension d'Armes pour le terme de quatre
mois, à commencer dudic
vingt- deuxieme de ce present mois de Dccembrenouveaustyle,& à durerjusqu'au
vingt-deuxième dumoisd' Avril de l'an 1713. nouveau
style
,
en forte que ledit
Traité de Suspension d'Armesconclu à Paris le jour
susdit, fera continué&prolongéen toutes manieres;
sans aucune interruption ou
obstruction pour le terme
fus mentionne, comme s'il
étoitrenouvellé & inseré ici
de mot à mot.
En foy de quoi Nous
avons figné les Presentes,
& y avons apposé les sceaux
de nos Armes. Fait à Verfailles le quatorziémeDécembre, & à Londresle2 6. -
Novembre 7 Décembre
mil sept cens douze.
(L.S.) COLBERT DE
TORCY.
(L.S.)BOLINGBROKE
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Résumé : PROROGATION De la Suspension d'Armes entre la France & l'Angleterre.
Le document annonce la prorogation d'un traité de suspension d'armes entre la France et la Grande-Bretagne. Ce traité, signé à Paris le 19 août 1712, prévoyait une suspension des hostilités par terre et par mer pour quatre mois, à partir du 22 août 1712. À l'approche de l'expiration de cette trêve le 22 décembre 1712, les monarques des deux nations ont décidé de la prolonger pour une nouvelle période de quatre mois, débutant le 22 décembre 1712 et se terminant le 22 avril 1713. Cette prolongation vise à prévenir les troubles potentiels et à favoriser les mesures prises pour le bien général de la chrétienté. Le document est signé à Versailles le 14 décembre 1712 et à Londres le 26 novembre/7 décembre 1712 par Colbert de Torcy et Bolingbroke.
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5
p. 30-51
REFLEXIONS Sur l'exil écrites en François par Mylord Bolingbroke, mort en Angleterre le 26 Décembre 1751.
Début :
La dissipation de l'esprit & la longueur du temps sont les remedes ausquels [...]
Mots clefs :
Exil, Homme, Vertu, Pays, Hommes, Heureux, Fortune, Place, Monde, Mal, Brutus , Mort, Esprit, Perte, Marcellus
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texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS Sur l'exil écrites en François par Mylord Bolingbroke, mort en Angleterre le 26 Décembre 1751.
REFLEXIONS
Sur l'exil écrites en François par Mylord
Bolingbroke, mort en Angleterre le 26
Décembre 1751.
La dissipation de l'esprit & la longueur
du temps sont les remedes ausquels
la plupart des hommes ont recours dans
leurs afflictions; mais le premier n'ope-
re que pour un temps, le second a un ef-
set tardif: l'un & l'autre sont indignes
d'un homme sage.
Nous fuirons-nous nous-mêmes pour
fuit nos infortunes, & nous imagine-
rons-nous follement que le mal est gué-
ri, parce que nous trouvons quelques
momens de relâche dans nos peines?
Nous lamenterons-nous jusquau dernier
soupir, & pleurerons-nous, jusqu'à ce
que nos yeux ne puissent plus fournir des
larmes? Attendrons-nous du temps une
délivrance languissante & incertaine?
différerons-nous à être heureux jusqu'à
ce que nous ayons oublié que nous som-
mes misérables, & donnerons-nous à la
foiblesse de nos facultés une tranquilité
qui doit être l'effet de leurs forces? Met-
MARS. 1752.
31
tons au contraire toutes nos afflictions
passées & présentes à la fois devant
nos yeux.
Résolvons-nous de les surmonter plu-
tôt que de les fuir, & au lieu d'en user
le sentiment par une longue & ignomi-
nieuse patience, cherchons le fond de la
playe, & opérons une cure immédiate
& radicale.
Laissons les soupirs, les pleurs, les foi-
blesses & l'accablement sous les moindres
coups de la mauvaise fortune, à ces mal-
heureux, dont les esprits tendres & déli-
cats ont été énervés par un long cours
de prospérités; que ceux qui ont passé
des années de calamité surmontent le
poids des plus rudes coups avec une
immuable & noble constance.
Les malheurs non interrompus pro-
duisent ce salutaire effet: ils endurcis-
sent. Vous me demanderez si je prétends
être arrivé à la perfection, de la vertu
Stoîque: je vous répondrai que non.
Foible & connoissant ma foiblesse,
je ne présume pas de ma force; ję suis
l'avis que l'Oracle donna à Zenon, &
soumis à la conduite de la Philosophie,
j'en emprunte la force dont j'ai besoin,
& j'y trouve un port assuré contre les
orages de la fortune.
Biiij
Itized by Goog
32 MERCUREDE FRANCE.
Il est vrai que la Philosophie a ses
fanfarons aussi bien que la guerre, &
c'est une raisonnable précaution, que de
prendre garde que, pendant que nous
visons à nous élever audessus de l'hom-
me, nous ne tombions au dessous.
Mais fi évitant avec soin le merveil-
leux & toutes les extravagances du Por-
tique, nous adhérons aux seules doc-
trines ausquelles notre raison exempte
de préjugés se soumet avec plaisir; nous
nous mettrons dans une heureuse indépen-
dance, & deviendrons supérieurs aux
infortunes de la vie.
Pour parvenir à cette grande fin, il
est nécessaire que nous soyons attentifs
à découvrir les secrettes ruses, & les at-
taques ouvertes de la fortune, avant
qu'elles nous atteignent: lorsqu'elles
tombent sans être attendues, il est diffi-
cile de leur résister; mais ceux qui les
attendent les repousseront aisément.
L'invasion soudaine d'un ennemi ren-
verse ceux qui ne sont pas fur leurs gar-
des, mais quiconque prévoit la guerre &
s'y prépare, soutiendra sans difficulté
la plus rude attaque. J'ai appris depuis
long. tems cette importante leçon, & ne
me suis jamais fié à la fortune, quand
même elle sembloit être en paix avec
0
MARS. 1752.
33
moi. J'ai placé les richesses, les hon-
neurs, la réputation & tous les avanta-
ges que la perfide indulgence versoit
sur moi, de façon qu'elle pût les re-
prendre sans me causer de trouble. J'ai
mis un intervale entr'eux & moi;
elle les a pris, mais elle n'a pu me les
arracher.
Nul homme ne souffre par la mau-
vaise fortune que celui qui a été dé-
çu par la bonne: si nous nous passion-
nons pour ses dons; si nous nous imagi-
nons qu'ils nous appartienent, & qu'ils
doivent nous rester perpetuellement;
si nous nous appuyons sur eux, & que
nous fondions en eux notre considéra-
tion, nous nous abimerons dans tou-
te l'amertume du chagrin, aussi-tôt que
nous aurons perdu ces biens faux & pas-
sagers, & notre vain & puérile esprit
vuide de solides plaisirs se trouvera des-
titué de ceux mêmes qui sont imaginai-
res; mais si nous ne nous laissons point
emporter à la prospérité, l'adversité ne
pourra nous abbattre. Notre ame sera à
l'épreuve des dangers de l'une & de l'au-
tre. Ayant sondé nos forces, nous en
serons surs, & nous aurons appris au
milieu de la félicité à soutenir l'infor-
tune.
BV
3o
34 MERCURE DE FRANCE.
Il est beaucoup plus difficile d'exa-
miner & de juger par soi-même que de
former ses opinions sur la parole d'autrui;
c'est pourquoi la plupart des hommes
empruntent des autres celles qu'ils ont
sur toutes les affaires de la vie & de la
mort: de-là vient qu'ils sont si unani-
mement ardens à la poursuite des cho-
ses qui n ont qu'un spécieux & trom-
peur éclat. De-là vient aussi que dans
les choses qui font appellées des mal-
heurs, il n'y a rien qui soit aussi dur &
aussi terrible que le cri général nous le
fait entendre. Le mot d'exil, par exem-
ple, patoîit rude, parce que la multi-
tude en a ainsi ordonné; mais ce juge-
ment sera abrogé aux yeux du Sage qui
ne juge pas des choses par les apparen-
ces, mais par ce qu'elles sont: c est un
point que nous allons discuter.
Quest-ce que l'exil? C'est un change-
mentde place, & pour que vous ne disiez
pas que je diminue le mal, j'ajoûterai
que ce changement de place est fréquem-
ment accompagné de beaucoup d'autres
inconvéniens, de la perte des biens
dont vous jouissiez, du rang que vous
teniez, du pouvoir que vous exerciez,
de la séparation de votre famille & de
vos amis, du mépris dans lequel vous
MARS.
=35
1752.
pouvez tomber, de l'ignominie dont
ceux qui vous ont chassé, efsayeront de
noircir votre innocence. Je parlerai dans
la suite en détail de toutes ces choses.
Présentement considérons quel mal-
heur il y a dans un changement de place
solitairement pris & en lui-même.
Vivre éloigné de sa Patrie est un in-
convénient qui vous paroit intolérable;
mais si cela est ainsi, comment arrive-
t-il à un nombre infini de gens de passer
leur vie par choix hors de leur pro-
pre Pays.
Considérez combien les rues de Lon-
dres & de Paris sont remplies; appel-
lez ces millions d'hommes par leur nom,
& leur demandez de quel Pays ils
sont: combien en trouverez-vous de dif-
férentes parties de la tetre qui sont ve-
nus habiter ces grandes Villes, lesquelles
fournissent la plus grande dissipation &
les plus grands encouragemens de vertu
& de vices. Quelques-uns y font attirés
par l'ambition, & quelques autres
sont conduits par le devoir. Plusieurs se
rendent là pour perfectionner leur ef-
prit, & plusieurs pour augmenter leur
fortune. Les uns apportent leur beauté
& les autres leur éloquence au marché.
Allez plus loin, & examinez les zones
Bvj
36 MERCUREDEFRANCE.
brûlantes & glacées, les extrêmités les
plus reculées de l'Orient & du Couchant:
visitez les Nations sauvages de l'Afrique,
ou les plus barbares régions du Nord,
vous ne trouverez point de climat si
mauvais, ni de Pays si sauvage, où
il ny ait quelques gens qui viennent
l'habiter par choix.
Parmi les innombrables extravagances
qui passent par l'esprit des hommes,
nous pouvons justement compter l'idée
d'une sécrerte affection indépendante &
supérieure à notre raison, que nous sup-
posons avoir pour notre pays, comme
s'il y avoit quelque vertu physique en
chaque canton de terre qui produisît su-
rement cet effet en ceux qui y naissent.
L'amour de la Patrie est plus puissant que
la raison, & comme si le Heimrey étoit
une maladie universelle inséparable d'un
corps humain & non particuliere aux Suis-
ses qui semblent n avoir été faits que pour
leurs montagnes, comme leurs montagnes
pour eux.
Cette notion peut avoir contribué à
la sureté & à la grandeur des Etats, &
pour cet effet elle a été habilement cul-
tivée & appuyée des préjugés de l'édu-
cacation. Il est atrivé aux hommes sur
ce sujet ce qui leur arrive sur plusieurs
MARS.
1752.
37
autres; à force d'entendre dire qu'une cho-
se doit être, ils parviennent à persua-
der aux autres & à croire eux mêmes
qu elle est.
Nous aimons le pays dans lequel
nous sommes nés à cause des biens par-
ticuliers que nous en recevons, & que
nous pourrions aussi-bien recevoir d'un
autre. Un homme sage se regarde
comme citoyen du monde, & quand
vous lui demandez où est son Pays, ain-
si qu'Anaxagoras, il vous montre le
Ciel.
Il y a encore d'autres personnes qui
ont imaginé que comme tout l'Univers
souffre une continuelle rotation, & que
la Nature semble se délecter ou se con-
server par cette révolution perpétuelle,
de inême il y a dans les esprits des hom-
mes une naturelle inquiétude laquelle les
porte à changer de place & d'habitation.
Cette opinion a au moins une apparen-
ce de vérité dont les autres manquent,
& est autant favorisée par l'expérience,
que l'autre en est contredite.
Mais quelques soient les raisons qui
ont du varier infiniment en un nom-
bre infini d'occasions & en un espace de
tems immense; c est un fait vrai que les
familles & les Nations du monde ont été
38 MERCURE DEFRANCE.
dans une continuelle agitation autour de
la face du globe, chassant & étant chas-
sées tour à tour. Quel nombre de Colo-
nies l'Asie a-t-elle envoyé à l'Europe;
les Phéniciens ont planté les côtes de
la mer méditerrannée, & poussé leurs éta-
blissemens même dans l'Océan. Les Etru-
riens étoient Asiatiques d'extraction, &
sans aller plus loin, les Romains, ces
Maîtres du Monde, reconnoistoient un
Troyen exilé pour Fondateur de leur
Empire.
Combien de transmigrations ont été
en retour de celle ci d'Europe en Afie
elles ne pourroient être nombrées. Car
outre l'Eolique, l'lonique & d'au-
tres à peu près d'égale renommée, les
Grecs, durant plusieurs fiècles firent de
continuelles expéditions, & bâtirent des
Villes en plusieurs parties de l'Asie: les
Gaulois y pénétrerent aussi, & y éta-
blirent un Royaume. Les Scythes Euro-
péens passerent dans ces vastes Provin-
ces, & porterent leurs armes jusqu'aux
confins de l'Egypte. Alexandre subjugua
tout depuis l'Hélespont jusqu'à l'Inde, ba-
tit des villes, & établit des Colonies pour
assurer ces conquêtes & éterniser son nom.
L'Afrique a reçu de l'une & de l'autre de
ces parties du Monde des Habitans &
MARS. 1752.
39
des Maîtres. Comme elle en a reçu,
elle en a donné: les Tyriens bâtirent
la Ville, & fonderent la République de
Carthage, & le grec a été le langage
d'Egypte.
Dans l'Antiquité la plus reculée nous
entendons parler de Belus en Caldée, &
de Sésostris, établissant ces Colonies ba-
za nées dans Colchos. L'Espagne n'a-t-
elle pas été dans ces derniers siécles
sous la domination des Maures.
Si nous venons à l'Histoire Runic,
nous trouverons nos Peres les Gots con-
duits par Woden & par Thors premie-
ment leur Héros & ensuite leurs Divi-
nités, de la Tartarie Asiatique en Eu-
rope; & qui peut nous assurer que c'é-
toit leur premiere transmigration? ils re-
vinrent peut-être en Asie par l'Est du
continent auquel leur fils ont depuis na-
vigé de l'Europe par le Woust; & ainsi
dans la progression de trois ou quatre
mille ans la même race d'homme a
poussé ses conquêtes & ses habitations
autour du globe.
Le monde est un grand désert où tous
les hommes ont erré & joûté l'un con-
tre l'autre depuis la création. Quelques-
uns ont changé de place par nécessité, &
quelques autres par choix. Une nation
40 MERCUREDEFRANCE.
a désiré de se faisir de ce qu'une autre
étoit lasse de posséder, & il seroit dif-
ficile de marquer quel Pays est aujour-
d'hui entre les mains de ses premiers
Habitans.
Ainsi le Destin a ordonné que rien
ne peut être long-temps dans le même
état; & que sont toutes ces transplan-
tations de Peuples, sinon autant d'exils:
Varon le plus sçavant des Romains di-
soit que, puisque la Nature est la même
par tout, il ne devoit y avoir rien de
fâcheux dans un changement de place
pris en lui-même, & dépouillé des au-
tres inconvéniens qui suivent l'exil. Mar-
cus Brutus ajoûtoit, que puisqu'on ne
peut empêcher ceux qui vont dans un
banissement de porter leur vertu par-
tout, on ne peut les rendre malheu-
reux. Que si quelqu'un croit que chacu-
ne de ces consolations prise séparément
ne suffit pas, il doit avouer au moins
que l'une & l'autre jointes ensemble
sont un grand acheminement à dissiper les
terreurs de l'exil. Car ne devons-nous pas
regarder comme des bagatelles tout ce
que nous laissons derriere nous, en com-
paraison des deux plus précieuses choses
dont les hommes puissent jouir, & que
nous sommes assurés qu'ils nous sui-
41
MARS.
1752.
vront par tout où nous tournerons nos
pas, la même nature & notre propre
vertu ? Croyez-moi; la Providence a eta-
bli un tel ordre dans le monde que,
de tout ce qui nous appartient, la moins
estimable part peut scule tomber sous la
volonté des autres, la meilleure est hors
de la portée du pouvoir humain.
Ainsi marchant intrépidement la tête
haute par tout où nous serons menés par
le cours des accidens humains, en quel-
que licu qu'ils nous conduisent, sur
quelque côte que nous soyons jettés
nous ne nous trouverons pas absolument
étrangers; nous rencontrerons des hom-
mes, créatures de la même espéce,
doués des mêmes facultés, & nés sous
les mêmes loix de nature: nous ver-
rons les mêmes vertus & les mêmes vi-
ces partir des mêmes principes géné-
raux, mais variés en mille façons diffé-
rentes & contraires, selon cette infinité
de loix & de coutumes qui sont établies
pour la même fin universelle, c'est-
a-dire pour la conservation de la So-
ciété. Nous ressentirons la même révolu-
tion de faisons, le même Soleil, la mê-
me lune; cette même voûte azurée &
parsemée d'étoiles, sera par tout éten-
due sur notre tête. Il ny a point de
42 MERCURE DE FRANCE.
partie du Monde, d'où nous ne puis-
sions admirer, ces planettes qui roulent
comme la nôtre en différens orbites au-
tout du même Soleil, & tandis que je
suis ravi par de telles contemplations,
tandis que mon ame est ainsi élevée au
ciel, que m'importe quelle terre je fou-
le à mes pieds. Brutus rapportoit dans
le livre qu'il a écrit sur la vertu, qu'il
avoit vu Marcellus en exil à Mitilene
vivant dans tout le bonheur dont la na-
ture humaine est capable, & cultivant
avec autant d'assiduité que jamais, toutes
sortes de louables connoissances; il ajoû-
toit que ce spectacle lui fit croire que,
s'en retournant sans Marcellus, c'étoit
lui même, & non ce dernier qui étoit
banni.
O Marcellus beaucoup plus heureux
quand Brutus approuva ton exil, que
quand la Répubiique approuva ton Con-
sulat! Quelle plus forte preuve du mé-
rite de ce grand homme, que de voir
que ceux qui le laissoient en exil, se re-
gardoient eux-mêmes comme bannis, &
qu'il s'attiroit l'admiration de celui qui
paroissoit un objet d'admiration à son
Caton même!
Brutus rapportoit encore que Cesat
passa sans s'arrêter à Mitilene, parce
MARS.
1752.
43
qu'il ne pouvoit soutenir la vue de Mar-
cellus dans un état si indigne de lui.
Son rétablissement fut enfin obtenu pat
la publique intercession du Senat entier,
qui étoit tellement affligé, que tous les
Senateurs paroissoient avoir les mêmes
sentimens que Brutus, & au lieu de les
supplier pour Marcellus, supplier pour
eux mêmes, ils regardoient comme un exil
de vivre plus long tems sans Marcellus; il
s'en retournoit dans son pays avec hon-
neur, mais surement il demeuroit en exil
avec un plus grand honneur encore,
lorsque Brutus ne pouvoit le résondre à
le quitter, ni Cesar à le voir. L'un &
l'autre portoient témoignage à son méri-
te: Brutus affligé, & Cesar rougissant
d'aller à Rome sans lui.
Métellus Numidicus avoir éprouvé la
même destinée quelques années aupara-
vant. Pendant que le peuple qui est tou-
jours le plus sûr instrument de sa propre
servitude étoit occupé à passer sous la con-
duite de Marius, les fondemens de cette
tyrannie qui fut achevée par Cesar
Métellus seul, au milieu d'un Senat ti-
mide & d'une insolente populace, refu-
sa de confirmer les pernicieuses Loix du
Tribun Saturninus; fa constance devint
ion crime, & l'exil sa punition, une Fac-
Digsinad vo 009
44 MERCURE DE FRANCE.
tion effrenée prévalant contre lui. Les
meilleurs Citoyens armés pour sa défen-
se, étoient prêts à donner leur vie pour
conserver tant de vertu à leur Républi-
que; mais ayant manqué de la persua-
der, il ne trouva pas juste de la con-
traindre: il jugea dans cette phrénésie
de la République Romaine, comme le
divin Platon jugea dans la décadence de
celle d'Athenes. Métellus sçavoit que
si ses Citoyens se corrigeoient, il seroit
rappellé, & s'ils ne se corrigeoient pas
qu'il ne pouvoit être nulle part plus mal
qu'à Rome: il alla volontairement en
exil, & par tout où il passoit, il por-
toit avec lui les symptômes d'un Gouver-
nement malade, & le prognostic d'une
République expirante. L'esprit qui l'ani-
ma pendant son exil paroitra mieux pat
un fragment d'une de ses Lettres, qu'Au-
lugelle, pour l'amour du mot Amilcar
nous a conservé dans une pédantes-
que compilation de phrases usitées par
l'Analiste Claudius, illi verò omni jure
atque honestate interdicti, ego neque aquâ
neque igne careo & summâ gloriâ tru-
niscor.
Heureux Métellus, heureux en ta
propre vertu, heureux en ton pieux fils,
& en cet ami qui te ressembloit en mé-
MARS.
1752.
45
rite & en fortune. Rutillius avoit défen-
fendu l'Asie contre les exactions des Pu-
blicains, conformément à l'étroite justi-
ce dont il faisoit profession. Cette pro-
bité l'avoit rendu odieux à la faction de
Marius; cette haine fit jurer sa perte.
L'homme le plus intègre fut accusé de
corruption, le plus vertueux fut pour-
suivi par le méprisable Apicius, nom
dévoué à l'infamie. Ceux qui avoient
suscité la fausse accusation étoient les Ju-
ges, & prononcerent l'injuste sentence
contre lui: à peine daigna-t-il défendre
sa cause, mais il se retira dans l'Orient,
où la vertu Romaine, que Rome ne
pouvoit plus soutenir, fut reçue avec
honneur: or Rutillius sera-t il réputé
avoir été malheureux? quand ceux qui
le condamnerent, ont été par cette ac-
tion transmis comme des criminels au tri-
bunal de la postérité; quand il fut plus
facile de l'obliger à quitter son Pays
que de l'obliger à souffrir que son exil
finit; quand lui scul osa refuser le Dic-
tateur Silla, & étant rappellé chez lui
non-seulement refusa d'y aller, mais s'en
éloigna encore davantage. Vous me di-
rez, que vous proposez- vous par ces exem-
ples dont une multitude peut être re-
cueillie dans l'Histoire des siécles passés:
46 MERCUREDEFRANCE.
Je me propose de montrer que com-
me le changement de place considéré en
lui-même ne peut cendre nul homme
malheureux: ainsi les autres maux qui
sont généralement reprochés à l'exil ne
peuvent arriver aux hommes sages &
vertueux, où s'ils leur arrivent, ne peu-
vent les rendre misérables. L'effet de ces
maux dépend non de leur propre natu-
re, mais du caractere de celui auquel
ils tombent en partage.
Les pierres sont dures, les glaçons
sont froids, & tous ceux qui les tou-
chent les sentent de même; mais les
bons ou les mauvais évenemens de la for,
tune se font sentir par rapport aux qua-
lités qui sont en nous: ils sont en eux-
mêmes indifférens, & ne sont que des
accidens communs. Ils n acquierent des
forces que par notre vice ou par notre
foiblesse, la fortune ne speut dispenser ni
félicités ni malheurs, à moins que nous
ne coopérions avec esse.
L'homme qui est malheureux par la
perte de son bien, ne seroit pas heureux
en le possédant.
Ceux qui méritent de jouir des avanta-
ges qu'ôte l'exil, ne seront point mal-
heureux quand ils en seront privés. Je
suis fâché de faire une exception à cette
MARS. 1752.
47
régle: mais Ciceron en est un exemple
si remarquable, qu'il ne peut être ni ca-
ché ni passé sous silence. Ce grand hom-
me qui avoit sauvé sa Patrie, qui
n'avoit craint en soutenant cette cause,
ni les insultes d'un parti furieux, ni les
poignards des Assassins, quand il vint à
soufftir pour cette même cause, succom-
ba sous le poids, il deshonora ce ba-
nissement que l'indulgente Providence
destinoit comme un moyen de rendre
sa gloire complette: incertain où il iroit
& ce qu'il feroit; craintif comme une
femme, ou chagrin comme un enfant,
il lamentoit la perte de son rang, de ses
richesses, de sa considération: son élo-
quence ne servoit qu'à peindre son igno-
minie avec de plus vives couleurs, il
pleuroit sur les ruines de sa belle maison
que Clodius avoit démolie: & sa sépa-
ration de Térentia qu'il répudia peu de
temps après, étoit peut-être une afflic-
tion pour lui dans ce moment.
Tout devient insoutenable à l'homme
qui est une fois subjugué par la dou-
leut; il regrette ce dont il jouissoit sans
plaisir, & surchargé déja, il succombe
sous le poids le plus léger: enfin cette
conduite de Ciceron fut telle que ses
amis, aussi-bien que ses ennemis, crurent
48 MERCURE DE FRANCE.
crurent qu'il avoit perdu le sens. Cesar
voyoit avec une sécrette satisfaction
l'homme qui avoit refusé d'être son Lieu-
tenant pleurer sous la verge de Clodius:
Pompée esperoit de trouver quelque ex-
cuse à son, ingratitude, dans le mépris
auquel s'exposoit l'ami qu'il avoit aban-
donné: Atticus même le trouva trop
misérablement attaché à sa premiere for-
tune, & le lui reprocha: Atticus de qui
les plus grands talens étoient l'usure &
l'art de se ménager entre les deux par-
tis; qui plaçoit son principal mérite à
être riche, & qui auroit été noté d'in-
famie à Athenes pour garder des mesures
avec les deux partis. Atticus même rougis-
soit pour Ciceron, & l'homme le moins
sincere qui vêcunt prit le style de Caton,
J'ai insisté sur cet exemple qui auto-
rise la vérité que nous venons d'établir
& qui nous en enseigne une autre de
grande importance.
Les hommes sages sont certainement
supérieurs à tous les maux de l'exil,
mais dans un étroit & stoique sens. Ce-
lui qui a laissé dans son ame une seule
passion sans être subjuguée, ne peut mé-
riter ce nom. Ce n'est pas assez que nous
ayons étudié tous les devoirs de la vie
publique & privée, que nous les ayons
parfaitement
MARS. 1752.
49
parfaitement connus, & qu'aux yeux
du monde nous vivions conformément
à ces devoirs. Une passion qui n est
qu'assoupie dans le coeur, & qui a échap-
pé à notre examen, ou que nous avons
regardée avec indulgence comme pardon-
nable, ou même que nous avons peut-
etre encouragée comme un principe pro-
pre à exciter notre vertu, peut dans un
tems ou daus l'autre détrusre, notre tran-
quilité, & gâter notre caractere entier.
Quand la vertu a encuirassé l'ame de tous
côntés, s'il m'est permis de me servir de
cetre expression, nous sommes de tous
contés in vulnerables, mais Achille fut bles-
sé au talon.
La moindre partie qui ne sera pas
apperçue ou qui sera négligée, peut nous
exposer à une blessure mortelle. La rai-
son ne peut obtenir l'absolue domina-
tion de nos ames par une seule victoire.
Le vice a plusieurs corps de réserve
qu'il faut battre, plusieurs forteresses
qu'il faut emporter. Nous pouvons résis-
ter aux plus rudes attaques de la fortu-
ne, & céder aux plus foibles. Nous pou-
vons avoir gagné le dessus de l'avarice,
la plus générale maladie de l'esprit, &
néanmoins être esclave de l'ambition.
Nous pouvons avoir délivré notre ame
C
50 MERCUREDEFRANCE.
de la peur de la mort, & néammoine
quesqu'autre peur pourra se cacher en
elle. C'étoit le cas de Ciceron: la vanité
étoit son vice capital. Cette vanité avoit
échauffé son zéle, animé son habileté;
encouragé l'amout de son Pays, & sou-
tenu sa constance contre Catilina; mais
elle donna à Clodius une entiere victoi-
re sur lui, il n'etoit pas effrayé de per-
dre la vie, & de quitter biens, hon-
neurs & toutes les choses dont il pleu-
toit la perte, mais il étoit efftayé de
vivre & d'en être privé: il auroit pro-
bablement vû la mort dans certe occasion
avec la même fermeté avec laquelle il
dit à Nopilius Lenas, son Client & son
meurtrier: Approche véteran, & si au
moins tu peux faire ceci, coupe-moi la
tête; mais il ne pouvoit soutenit de se
voir lui même & diêtre vû par d'autres,
dépouillé de ces ornemens dont il avoit
accoutumé d'etre entouté: ce qui le fit
se répandre ainsi en plusieurs honteuses
expressions.
Possum oblivisci qui fuerim; non sentire
qui sim; quo caream honore, quâ gloriâ.
Et parlant à son frere, citavi ne vide-
rem, ne aut illius luctum squalloremque aspi-
cerem, aut me perditum illi afflictumque
efferrem. Il avoit pensé à la mort, il y
MARS. 1752.
avoit préparé son esprit; il y avoit eu
même des occasions, où sa vanité auroit
été flattée par cette mort. La même va-
nité l'avoit empêché dans la prospérité
de supposer qu'un pareil revers put lui
arriver, celui-ci arrivant, le surprit &
le frappa d'étonnement. Il étoit encore
entêté de la pompe & du tracas de Ro-
me, fumum & opes strepitumque Romae. Il
étoit encorę attaché à toutes ces choses
que l'habitude rend nécessaites, & que
la nature a laissées indifférentes: nous
en avons fait l'énumération ci-dessus
il est tems de descendre à un examen
plus particulier.
La suite dans le prochain Mercure,
Sur l'exil écrites en François par Mylord
Bolingbroke, mort en Angleterre le 26
Décembre 1751.
La dissipation de l'esprit & la longueur
du temps sont les remedes ausquels
la plupart des hommes ont recours dans
leurs afflictions; mais le premier n'ope-
re que pour un temps, le second a un ef-
set tardif: l'un & l'autre sont indignes
d'un homme sage.
Nous fuirons-nous nous-mêmes pour
fuit nos infortunes, & nous imagine-
rons-nous follement que le mal est gué-
ri, parce que nous trouvons quelques
momens de relâche dans nos peines?
Nous lamenterons-nous jusquau dernier
soupir, & pleurerons-nous, jusqu'à ce
que nos yeux ne puissent plus fournir des
larmes? Attendrons-nous du temps une
délivrance languissante & incertaine?
différerons-nous à être heureux jusqu'à
ce que nous ayons oublié que nous som-
mes misérables, & donnerons-nous à la
foiblesse de nos facultés une tranquilité
qui doit être l'effet de leurs forces? Met-
MARS. 1752.
31
tons au contraire toutes nos afflictions
passées & présentes à la fois devant
nos yeux.
Résolvons-nous de les surmonter plu-
tôt que de les fuir, & au lieu d'en user
le sentiment par une longue & ignomi-
nieuse patience, cherchons le fond de la
playe, & opérons une cure immédiate
& radicale.
Laissons les soupirs, les pleurs, les foi-
blesses & l'accablement sous les moindres
coups de la mauvaise fortune, à ces mal-
heureux, dont les esprits tendres & déli-
cats ont été énervés par un long cours
de prospérités; que ceux qui ont passé
des années de calamité surmontent le
poids des plus rudes coups avec une
immuable & noble constance.
Les malheurs non interrompus pro-
duisent ce salutaire effet: ils endurcis-
sent. Vous me demanderez si je prétends
être arrivé à la perfection, de la vertu
Stoîque: je vous répondrai que non.
Foible & connoissant ma foiblesse,
je ne présume pas de ma force; ję suis
l'avis que l'Oracle donna à Zenon, &
soumis à la conduite de la Philosophie,
j'en emprunte la force dont j'ai besoin,
& j'y trouve un port assuré contre les
orages de la fortune.
Biiij
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32 MERCUREDE FRANCE.
Il est vrai que la Philosophie a ses
fanfarons aussi bien que la guerre, &
c'est une raisonnable précaution, que de
prendre garde que, pendant que nous
visons à nous élever audessus de l'hom-
me, nous ne tombions au dessous.
Mais fi évitant avec soin le merveil-
leux & toutes les extravagances du Por-
tique, nous adhérons aux seules doc-
trines ausquelles notre raison exempte
de préjugés se soumet avec plaisir; nous
nous mettrons dans une heureuse indépen-
dance, & deviendrons supérieurs aux
infortunes de la vie.
Pour parvenir à cette grande fin, il
est nécessaire que nous soyons attentifs
à découvrir les secrettes ruses, & les at-
taques ouvertes de la fortune, avant
qu'elles nous atteignent: lorsqu'elles
tombent sans être attendues, il est diffi-
cile de leur résister; mais ceux qui les
attendent les repousseront aisément.
L'invasion soudaine d'un ennemi ren-
verse ceux qui ne sont pas fur leurs gar-
des, mais quiconque prévoit la guerre &
s'y prépare, soutiendra sans difficulté
la plus rude attaque. J'ai appris depuis
long. tems cette importante leçon, & ne
me suis jamais fié à la fortune, quand
même elle sembloit être en paix avec
0
MARS. 1752.
33
moi. J'ai placé les richesses, les hon-
neurs, la réputation & tous les avanta-
ges que la perfide indulgence versoit
sur moi, de façon qu'elle pût les re-
prendre sans me causer de trouble. J'ai
mis un intervale entr'eux & moi;
elle les a pris, mais elle n'a pu me les
arracher.
Nul homme ne souffre par la mau-
vaise fortune que celui qui a été dé-
çu par la bonne: si nous nous passion-
nons pour ses dons; si nous nous imagi-
nons qu'ils nous appartienent, & qu'ils
doivent nous rester perpetuellement;
si nous nous appuyons sur eux, & que
nous fondions en eux notre considéra-
tion, nous nous abimerons dans tou-
te l'amertume du chagrin, aussi-tôt que
nous aurons perdu ces biens faux & pas-
sagers, & notre vain & puérile esprit
vuide de solides plaisirs se trouvera des-
titué de ceux mêmes qui sont imaginai-
res; mais si nous ne nous laissons point
emporter à la prospérité, l'adversité ne
pourra nous abbattre. Notre ame sera à
l'épreuve des dangers de l'une & de l'au-
tre. Ayant sondé nos forces, nous en
serons surs, & nous aurons appris au
milieu de la félicité à soutenir l'infor-
tune.
BV
3o
34 MERCURE DE FRANCE.
Il est beaucoup plus difficile d'exa-
miner & de juger par soi-même que de
former ses opinions sur la parole d'autrui;
c'est pourquoi la plupart des hommes
empruntent des autres celles qu'ils ont
sur toutes les affaires de la vie & de la
mort: de-là vient qu'ils sont si unani-
mement ardens à la poursuite des cho-
ses qui n ont qu'un spécieux & trom-
peur éclat. De-là vient aussi que dans
les choses qui font appellées des mal-
heurs, il n'y a rien qui soit aussi dur &
aussi terrible que le cri général nous le
fait entendre. Le mot d'exil, par exem-
ple, patoîit rude, parce que la multi-
tude en a ainsi ordonné; mais ce juge-
ment sera abrogé aux yeux du Sage qui
ne juge pas des choses par les apparen-
ces, mais par ce qu'elles sont: c est un
point que nous allons discuter.
Quest-ce que l'exil? C'est un change-
mentde place, & pour que vous ne disiez
pas que je diminue le mal, j'ajoûterai
que ce changement de place est fréquem-
ment accompagné de beaucoup d'autres
inconvéniens, de la perte des biens
dont vous jouissiez, du rang que vous
teniez, du pouvoir que vous exerciez,
de la séparation de votre famille & de
vos amis, du mépris dans lequel vous
MARS.
=35
1752.
pouvez tomber, de l'ignominie dont
ceux qui vous ont chassé, efsayeront de
noircir votre innocence. Je parlerai dans
la suite en détail de toutes ces choses.
Présentement considérons quel mal-
heur il y a dans un changement de place
solitairement pris & en lui-même.
Vivre éloigné de sa Patrie est un in-
convénient qui vous paroit intolérable;
mais si cela est ainsi, comment arrive-
t-il à un nombre infini de gens de passer
leur vie par choix hors de leur pro-
pre Pays.
Considérez combien les rues de Lon-
dres & de Paris sont remplies; appel-
lez ces millions d'hommes par leur nom,
& leur demandez de quel Pays ils
sont: combien en trouverez-vous de dif-
férentes parties de la tetre qui sont ve-
nus habiter ces grandes Villes, lesquelles
fournissent la plus grande dissipation &
les plus grands encouragemens de vertu
& de vices. Quelques-uns y font attirés
par l'ambition, & quelques autres
sont conduits par le devoir. Plusieurs se
rendent là pour perfectionner leur ef-
prit, & plusieurs pour augmenter leur
fortune. Les uns apportent leur beauté
& les autres leur éloquence au marché.
Allez plus loin, & examinez les zones
Bvj
36 MERCUREDEFRANCE.
brûlantes & glacées, les extrêmités les
plus reculées de l'Orient & du Couchant:
visitez les Nations sauvages de l'Afrique,
ou les plus barbares régions du Nord,
vous ne trouverez point de climat si
mauvais, ni de Pays si sauvage, où
il ny ait quelques gens qui viennent
l'habiter par choix.
Parmi les innombrables extravagances
qui passent par l'esprit des hommes,
nous pouvons justement compter l'idée
d'une sécrerte affection indépendante &
supérieure à notre raison, que nous sup-
posons avoir pour notre pays, comme
s'il y avoit quelque vertu physique en
chaque canton de terre qui produisît su-
rement cet effet en ceux qui y naissent.
L'amour de la Patrie est plus puissant que
la raison, & comme si le Heimrey étoit
une maladie universelle inséparable d'un
corps humain & non particuliere aux Suis-
ses qui semblent n avoir été faits que pour
leurs montagnes, comme leurs montagnes
pour eux.
Cette notion peut avoir contribué à
la sureté & à la grandeur des Etats, &
pour cet effet elle a été habilement cul-
tivée & appuyée des préjugés de l'édu-
cacation. Il est atrivé aux hommes sur
ce sujet ce qui leur arrive sur plusieurs
MARS.
1752.
37
autres; à force d'entendre dire qu'une cho-
se doit être, ils parviennent à persua-
der aux autres & à croire eux mêmes
qu elle est.
Nous aimons le pays dans lequel
nous sommes nés à cause des biens par-
ticuliers que nous en recevons, & que
nous pourrions aussi-bien recevoir d'un
autre. Un homme sage se regarde
comme citoyen du monde, & quand
vous lui demandez où est son Pays, ain-
si qu'Anaxagoras, il vous montre le
Ciel.
Il y a encore d'autres personnes qui
ont imaginé que comme tout l'Univers
souffre une continuelle rotation, & que
la Nature semble se délecter ou se con-
server par cette révolution perpétuelle,
de inême il y a dans les esprits des hom-
mes une naturelle inquiétude laquelle les
porte à changer de place & d'habitation.
Cette opinion a au moins une apparen-
ce de vérité dont les autres manquent,
& est autant favorisée par l'expérience,
que l'autre en est contredite.
Mais quelques soient les raisons qui
ont du varier infiniment en un nom-
bre infini d'occasions & en un espace de
tems immense; c est un fait vrai que les
familles & les Nations du monde ont été
38 MERCURE DEFRANCE.
dans une continuelle agitation autour de
la face du globe, chassant & étant chas-
sées tour à tour. Quel nombre de Colo-
nies l'Asie a-t-elle envoyé à l'Europe;
les Phéniciens ont planté les côtes de
la mer méditerrannée, & poussé leurs éta-
blissemens même dans l'Océan. Les Etru-
riens étoient Asiatiques d'extraction, &
sans aller plus loin, les Romains, ces
Maîtres du Monde, reconnoistoient un
Troyen exilé pour Fondateur de leur
Empire.
Combien de transmigrations ont été
en retour de celle ci d'Europe en Afie
elles ne pourroient être nombrées. Car
outre l'Eolique, l'lonique & d'au-
tres à peu près d'égale renommée, les
Grecs, durant plusieurs fiècles firent de
continuelles expéditions, & bâtirent des
Villes en plusieurs parties de l'Asie: les
Gaulois y pénétrerent aussi, & y éta-
blirent un Royaume. Les Scythes Euro-
péens passerent dans ces vastes Provin-
ces, & porterent leurs armes jusqu'aux
confins de l'Egypte. Alexandre subjugua
tout depuis l'Hélespont jusqu'à l'Inde, ba-
tit des villes, & établit des Colonies pour
assurer ces conquêtes & éterniser son nom.
L'Afrique a reçu de l'une & de l'autre de
ces parties du Monde des Habitans &
MARS. 1752.
39
des Maîtres. Comme elle en a reçu,
elle en a donné: les Tyriens bâtirent
la Ville, & fonderent la République de
Carthage, & le grec a été le langage
d'Egypte.
Dans l'Antiquité la plus reculée nous
entendons parler de Belus en Caldée, &
de Sésostris, établissant ces Colonies ba-
za nées dans Colchos. L'Espagne n'a-t-
elle pas été dans ces derniers siécles
sous la domination des Maures.
Si nous venons à l'Histoire Runic,
nous trouverons nos Peres les Gots con-
duits par Woden & par Thors premie-
ment leur Héros & ensuite leurs Divi-
nités, de la Tartarie Asiatique en Eu-
rope; & qui peut nous assurer que c'é-
toit leur premiere transmigration? ils re-
vinrent peut-être en Asie par l'Est du
continent auquel leur fils ont depuis na-
vigé de l'Europe par le Woust; & ainsi
dans la progression de trois ou quatre
mille ans la même race d'homme a
poussé ses conquêtes & ses habitations
autour du globe.
Le monde est un grand désert où tous
les hommes ont erré & joûté l'un con-
tre l'autre depuis la création. Quelques-
uns ont changé de place par nécessité, &
quelques autres par choix. Une nation
40 MERCUREDEFRANCE.
a désiré de se faisir de ce qu'une autre
étoit lasse de posséder, & il seroit dif-
ficile de marquer quel Pays est aujour-
d'hui entre les mains de ses premiers
Habitans.
Ainsi le Destin a ordonné que rien
ne peut être long-temps dans le même
état; & que sont toutes ces transplan-
tations de Peuples, sinon autant d'exils:
Varon le plus sçavant des Romains di-
soit que, puisque la Nature est la même
par tout, il ne devoit y avoir rien de
fâcheux dans un changement de place
pris en lui-même, & dépouillé des au-
tres inconvéniens qui suivent l'exil. Mar-
cus Brutus ajoûtoit, que puisqu'on ne
peut empêcher ceux qui vont dans un
banissement de porter leur vertu par-
tout, on ne peut les rendre malheu-
reux. Que si quelqu'un croit que chacu-
ne de ces consolations prise séparément
ne suffit pas, il doit avouer au moins
que l'une & l'autre jointes ensemble
sont un grand acheminement à dissiper les
terreurs de l'exil. Car ne devons-nous pas
regarder comme des bagatelles tout ce
que nous laissons derriere nous, en com-
paraison des deux plus précieuses choses
dont les hommes puissent jouir, & que
nous sommes assurés qu'ils nous sui-
41
MARS.
1752.
vront par tout où nous tournerons nos
pas, la même nature & notre propre
vertu ? Croyez-moi; la Providence a eta-
bli un tel ordre dans le monde que,
de tout ce qui nous appartient, la moins
estimable part peut scule tomber sous la
volonté des autres, la meilleure est hors
de la portée du pouvoir humain.
Ainsi marchant intrépidement la tête
haute par tout où nous serons menés par
le cours des accidens humains, en quel-
que licu qu'ils nous conduisent, sur
quelque côte que nous soyons jettés
nous ne nous trouverons pas absolument
étrangers; nous rencontrerons des hom-
mes, créatures de la même espéce,
doués des mêmes facultés, & nés sous
les mêmes loix de nature: nous ver-
rons les mêmes vertus & les mêmes vi-
ces partir des mêmes principes géné-
raux, mais variés en mille façons diffé-
rentes & contraires, selon cette infinité
de loix & de coutumes qui sont établies
pour la même fin universelle, c'est-
a-dire pour la conservation de la So-
ciété. Nous ressentirons la même révolu-
tion de faisons, le même Soleil, la mê-
me lune; cette même voûte azurée &
parsemée d'étoiles, sera par tout éten-
due sur notre tête. Il ny a point de
42 MERCURE DE FRANCE.
partie du Monde, d'où nous ne puis-
sions admirer, ces planettes qui roulent
comme la nôtre en différens orbites au-
tout du même Soleil, & tandis que je
suis ravi par de telles contemplations,
tandis que mon ame est ainsi élevée au
ciel, que m'importe quelle terre je fou-
le à mes pieds. Brutus rapportoit dans
le livre qu'il a écrit sur la vertu, qu'il
avoit vu Marcellus en exil à Mitilene
vivant dans tout le bonheur dont la na-
ture humaine est capable, & cultivant
avec autant d'assiduité que jamais, toutes
sortes de louables connoissances; il ajoû-
toit que ce spectacle lui fit croire que,
s'en retournant sans Marcellus, c'étoit
lui même, & non ce dernier qui étoit
banni.
O Marcellus beaucoup plus heureux
quand Brutus approuva ton exil, que
quand la Répubiique approuva ton Con-
sulat! Quelle plus forte preuve du mé-
rite de ce grand homme, que de voir
que ceux qui le laissoient en exil, se re-
gardoient eux-mêmes comme bannis, &
qu'il s'attiroit l'admiration de celui qui
paroissoit un objet d'admiration à son
Caton même!
Brutus rapportoit encore que Cesat
passa sans s'arrêter à Mitilene, parce
MARS.
1752.
43
qu'il ne pouvoit soutenir la vue de Mar-
cellus dans un état si indigne de lui.
Son rétablissement fut enfin obtenu pat
la publique intercession du Senat entier,
qui étoit tellement affligé, que tous les
Senateurs paroissoient avoir les mêmes
sentimens que Brutus, & au lieu de les
supplier pour Marcellus, supplier pour
eux mêmes, ils regardoient comme un exil
de vivre plus long tems sans Marcellus; il
s'en retournoit dans son pays avec hon-
neur, mais surement il demeuroit en exil
avec un plus grand honneur encore,
lorsque Brutus ne pouvoit le résondre à
le quitter, ni Cesar à le voir. L'un &
l'autre portoient témoignage à son méri-
te: Brutus affligé, & Cesar rougissant
d'aller à Rome sans lui.
Métellus Numidicus avoir éprouvé la
même destinée quelques années aupara-
vant. Pendant que le peuple qui est tou-
jours le plus sûr instrument de sa propre
servitude étoit occupé à passer sous la con-
duite de Marius, les fondemens de cette
tyrannie qui fut achevée par Cesar
Métellus seul, au milieu d'un Senat ti-
mide & d'une insolente populace, refu-
sa de confirmer les pernicieuses Loix du
Tribun Saturninus; fa constance devint
ion crime, & l'exil sa punition, une Fac-
Digsinad vo 009
44 MERCURE DE FRANCE.
tion effrenée prévalant contre lui. Les
meilleurs Citoyens armés pour sa défen-
se, étoient prêts à donner leur vie pour
conserver tant de vertu à leur Républi-
que; mais ayant manqué de la persua-
der, il ne trouva pas juste de la con-
traindre: il jugea dans cette phrénésie
de la République Romaine, comme le
divin Platon jugea dans la décadence de
celle d'Athenes. Métellus sçavoit que
si ses Citoyens se corrigeoient, il seroit
rappellé, & s'ils ne se corrigeoient pas
qu'il ne pouvoit être nulle part plus mal
qu'à Rome: il alla volontairement en
exil, & par tout où il passoit, il por-
toit avec lui les symptômes d'un Gouver-
nement malade, & le prognostic d'une
République expirante. L'esprit qui l'ani-
ma pendant son exil paroitra mieux pat
un fragment d'une de ses Lettres, qu'Au-
lugelle, pour l'amour du mot Amilcar
nous a conservé dans une pédantes-
que compilation de phrases usitées par
l'Analiste Claudius, illi verò omni jure
atque honestate interdicti, ego neque aquâ
neque igne careo & summâ gloriâ tru-
niscor.
Heureux Métellus, heureux en ta
propre vertu, heureux en ton pieux fils,
& en cet ami qui te ressembloit en mé-
MARS.
1752.
45
rite & en fortune. Rutillius avoit défen-
fendu l'Asie contre les exactions des Pu-
blicains, conformément à l'étroite justi-
ce dont il faisoit profession. Cette pro-
bité l'avoit rendu odieux à la faction de
Marius; cette haine fit jurer sa perte.
L'homme le plus intègre fut accusé de
corruption, le plus vertueux fut pour-
suivi par le méprisable Apicius, nom
dévoué à l'infamie. Ceux qui avoient
suscité la fausse accusation étoient les Ju-
ges, & prononcerent l'injuste sentence
contre lui: à peine daigna-t-il défendre
sa cause, mais il se retira dans l'Orient,
où la vertu Romaine, que Rome ne
pouvoit plus soutenir, fut reçue avec
honneur: or Rutillius sera-t il réputé
avoir été malheureux? quand ceux qui
le condamnerent, ont été par cette ac-
tion transmis comme des criminels au tri-
bunal de la postérité; quand il fut plus
facile de l'obliger à quitter son Pays
que de l'obliger à souffrir que son exil
finit; quand lui scul osa refuser le Dic-
tateur Silla, & étant rappellé chez lui
non-seulement refusa d'y aller, mais s'en
éloigna encore davantage. Vous me di-
rez, que vous proposez- vous par ces exem-
ples dont une multitude peut être re-
cueillie dans l'Histoire des siécles passés:
46 MERCUREDEFRANCE.
Je me propose de montrer que com-
me le changement de place considéré en
lui-même ne peut cendre nul homme
malheureux: ainsi les autres maux qui
sont généralement reprochés à l'exil ne
peuvent arriver aux hommes sages &
vertueux, où s'ils leur arrivent, ne peu-
vent les rendre misérables. L'effet de ces
maux dépend non de leur propre natu-
re, mais du caractere de celui auquel
ils tombent en partage.
Les pierres sont dures, les glaçons
sont froids, & tous ceux qui les tou-
chent les sentent de même; mais les
bons ou les mauvais évenemens de la for,
tune se font sentir par rapport aux qua-
lités qui sont en nous: ils sont en eux-
mêmes indifférens, & ne sont que des
accidens communs. Ils n acquierent des
forces que par notre vice ou par notre
foiblesse, la fortune ne speut dispenser ni
félicités ni malheurs, à moins que nous
ne coopérions avec esse.
L'homme qui est malheureux par la
perte de son bien, ne seroit pas heureux
en le possédant.
Ceux qui méritent de jouir des avanta-
ges qu'ôte l'exil, ne seront point mal-
heureux quand ils en seront privés. Je
suis fâché de faire une exception à cette
MARS. 1752.
47
régle: mais Ciceron en est un exemple
si remarquable, qu'il ne peut être ni ca-
ché ni passé sous silence. Ce grand hom-
me qui avoit sauvé sa Patrie, qui
n'avoit craint en soutenant cette cause,
ni les insultes d'un parti furieux, ni les
poignards des Assassins, quand il vint à
soufftir pour cette même cause, succom-
ba sous le poids, il deshonora ce ba-
nissement que l'indulgente Providence
destinoit comme un moyen de rendre
sa gloire complette: incertain où il iroit
& ce qu'il feroit; craintif comme une
femme, ou chagrin comme un enfant,
il lamentoit la perte de son rang, de ses
richesses, de sa considération: son élo-
quence ne servoit qu'à peindre son igno-
minie avec de plus vives couleurs, il
pleuroit sur les ruines de sa belle maison
que Clodius avoit démolie: & sa sépa-
ration de Térentia qu'il répudia peu de
temps après, étoit peut-être une afflic-
tion pour lui dans ce moment.
Tout devient insoutenable à l'homme
qui est une fois subjugué par la dou-
leut; il regrette ce dont il jouissoit sans
plaisir, & surchargé déja, il succombe
sous le poids le plus léger: enfin cette
conduite de Ciceron fut telle que ses
amis, aussi-bien que ses ennemis, crurent
48 MERCURE DE FRANCE.
crurent qu'il avoit perdu le sens. Cesar
voyoit avec une sécrette satisfaction
l'homme qui avoit refusé d'être son Lieu-
tenant pleurer sous la verge de Clodius:
Pompée esperoit de trouver quelque ex-
cuse à son, ingratitude, dans le mépris
auquel s'exposoit l'ami qu'il avoit aban-
donné: Atticus même le trouva trop
misérablement attaché à sa premiere for-
tune, & le lui reprocha: Atticus de qui
les plus grands talens étoient l'usure &
l'art de se ménager entre les deux par-
tis; qui plaçoit son principal mérite à
être riche, & qui auroit été noté d'in-
famie à Athenes pour garder des mesures
avec les deux partis. Atticus même rougis-
soit pour Ciceron, & l'homme le moins
sincere qui vêcunt prit le style de Caton,
J'ai insisté sur cet exemple qui auto-
rise la vérité que nous venons d'établir
& qui nous en enseigne une autre de
grande importance.
Les hommes sages sont certainement
supérieurs à tous les maux de l'exil,
mais dans un étroit & stoique sens. Ce-
lui qui a laissé dans son ame une seule
passion sans être subjuguée, ne peut mé-
riter ce nom. Ce n'est pas assez que nous
ayons étudié tous les devoirs de la vie
publique & privée, que nous les ayons
parfaitement
MARS. 1752.
49
parfaitement connus, & qu'aux yeux
du monde nous vivions conformément
à ces devoirs. Une passion qui n est
qu'assoupie dans le coeur, & qui a échap-
pé à notre examen, ou que nous avons
regardée avec indulgence comme pardon-
nable, ou même que nous avons peut-
etre encouragée comme un principe pro-
pre à exciter notre vertu, peut dans un
tems ou daus l'autre détrusre, notre tran-
quilité, & gâter notre caractere entier.
Quand la vertu a encuirassé l'ame de tous
côntés, s'il m'est permis de me servir de
cetre expression, nous sommes de tous
contés in vulnerables, mais Achille fut bles-
sé au talon.
La moindre partie qui ne sera pas
apperçue ou qui sera négligée, peut nous
exposer à une blessure mortelle. La rai-
son ne peut obtenir l'absolue domina-
tion de nos ames par une seule victoire.
Le vice a plusieurs corps de réserve
qu'il faut battre, plusieurs forteresses
qu'il faut emporter. Nous pouvons résis-
ter aux plus rudes attaques de la fortu-
ne, & céder aux plus foibles. Nous pou-
vons avoir gagné le dessus de l'avarice,
la plus générale maladie de l'esprit, &
néanmoins être esclave de l'ambition.
Nous pouvons avoir délivré notre ame
C
50 MERCUREDEFRANCE.
de la peur de la mort, & néammoine
quesqu'autre peur pourra se cacher en
elle. C'étoit le cas de Ciceron: la vanité
étoit son vice capital. Cette vanité avoit
échauffé son zéle, animé son habileté;
encouragé l'amout de son Pays, & sou-
tenu sa constance contre Catilina; mais
elle donna à Clodius une entiere victoi-
re sur lui, il n'etoit pas effrayé de per-
dre la vie, & de quitter biens, hon-
neurs & toutes les choses dont il pleu-
toit la perte, mais il étoit efftayé de
vivre & d'en être privé: il auroit pro-
bablement vû la mort dans certe occasion
avec la même fermeté avec laquelle il
dit à Nopilius Lenas, son Client & son
meurtrier: Approche véteran, & si au
moins tu peux faire ceci, coupe-moi la
tête; mais il ne pouvoit soutenit de se
voir lui même & diêtre vû par d'autres,
dépouillé de ces ornemens dont il avoit
accoutumé d'etre entouté: ce qui le fit
se répandre ainsi en plusieurs honteuses
expressions.
Possum oblivisci qui fuerim; non sentire
qui sim; quo caream honore, quâ gloriâ.
Et parlant à son frere, citavi ne vide-
rem, ne aut illius luctum squalloremque aspi-
cerem, aut me perditum illi afflictumque
efferrem. Il avoit pensé à la mort, il y
MARS. 1752.
avoit préparé son esprit; il y avoit eu
même des occasions, où sa vanité auroit
été flattée par cette mort. La même va-
nité l'avoit empêché dans la prospérité
de supposer qu'un pareil revers put lui
arriver, celui-ci arrivant, le surprit &
le frappa d'étonnement. Il étoit encore
entêté de la pompe & du tracas de Ro-
me, fumum & opes strepitumque Romae. Il
étoit encorę attaché à toutes ces choses
que l'habitude rend nécessaites, & que
la nature a laissées indifférentes: nous
en avons fait l'énumération ci-dessus
il est tems de descendre à un examen
plus particulier.
La suite dans le prochain Mercure,
Fermer
6
p. 13-33
Suite des Réflexions sur l'exil, par Milord Bolinbroke.
Début :
Un changement de place peut donc être supporté par tout homme ; il [...]
Mots clefs :
Homme, Esprit, Exil, Nature, Maux, Hommes, Rang, Pauvreté, Pays, Vie, Fortune, Perte, Pouvoir, Mérite, Vérité, Avantages, Monde, Grands, Zénon, Malheurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des Réflexions sur l'exil, par Milord Bolinbroke.
Suite des Réflexions sur l'exil, par Milord
Bolinbroke.
UN changement de place peut donc
être supporté par tout homme ; il
fait même le plaisir de plufieurs; mais qui
peut soutenir les maux qui accompagnent
l'exil? Vous-mêmes qui en faites la ques-
tion, pouvez les soutenir. Tous ceux qui
les considerent tels qu'ils sont en eux mê-
mes; au lieu de les regarder au travers du
voise que le prejugé met devant nos yeux.
Car quoi. Vous avez perdu votre bien
réduisez vos désirs, & vous vous trouverez
aussi riche que jamais, avec cet avantage
que vos soins seront diminués. Les besoins
réels de la Nature sont renfermés en d'étroi-
res bornes, mais ceuxque l'éducation & l'ha-
bitude ont créés, n en ontaucunes. La vérité
a un circuit fixé & petit; mais l'erreur n'en
a point. C'est pourquoi si vous laissez écha-
per vos désirs au-delà de ce circuit, ils er-
reront éternellement. Nous devenons né-
cessiteux au milieu de l'abondance, &
notre pauvreté augmente avec nos riches-
fes. Réduisez vos défirs, pout être capable
de dire avec l'Oracle de la grace auquel
Erasme étoit prêt d'adresser ses prieres:
14 MERCURE DE FRANCE.
quàm mul is ipse non egeo? Banissez de vo-
tre exil tous les besoins imaginaires, &
vous n'en souffrirez aucuns réels, le pe-
rit filet d'eau qui vous est laissé, suffira
pour étancher la soif de la Nature, & si
elle ne peut être étanchée, ce n'est pas
une soif, mais une maladie formée par les
habitudes vicieuses de votre esprit & non-
la suite de l'exil. Combien de gens sou-
tiennent la même pauvreté gayment, par-
ce qu'ils y ont été élevés, & y sont ac-
coutumés: ne ferons-nous pas capables
d'acquerir par la raison & par la réflexion
ce que le moindre artisan possede par ha-
bitude; ceux qui ont tant d'avantages au-
dessus de lui, seront-ils les esclaves des
besoins & des nécessités qu'il ignore. Les
riches dont les apetits délicats ne peuvent
être satisfaits, ni par les productions de
tout un pays, ni même par celles d'une
partie du Monde, pour lesquels le Globe
entier est pillé, pour lesquels les Carava-
nes du Levant sont continuellement en
marche, & les Mers les plus reculés cou-
vertes de vaisseaux: ces hommes volup-
tueux rassasiés par la superfluité, sont
fouvent bien aise d'habiter dans une hum-
ble demeure, & de faire un repas simple.
Insensés qu'ils sont, ils vivent toujours
dans la crainte de de qu'ils souhaitent
AVRIL.
1752.
1§.
quesquefois, & fuyent une vie qu'ils imi-
tent par luxe.
Jettons nos yeux en arriere sur ces
grands hommes qui vivorent dans les sié-
cles de vertu, de simplicité & de frugali-
té, & rougissons de penser que nous jouis-
sons dans le banissement de plus de biens
qu'ils n'en avoient au milieu de leur gloi-
re & dans l'éclat de leur fortune. Imagi-
nons-nous que nous voyons un grand Dic-
tateur donnant audience aux Ambassadeurs
Samnites, & préparant sur le foyer son-
médiocre repas de la même main de la-
quelle il avoit si souvent subjugué les en-
nemis de la République, & porté le lau-
rier triomphal au Capitole. Souvenons-
nous que Platon n avoit que trois valets,
& que Zenon n'en avoit point: Socrate,
le Réformateur de son pays, fut nourri,
& Menenius Agripa, l'arbitre du sien, fut,
enseveli aux dépens de la République.
Pendant qu Attilius Regulus battoit les
Carthaginois en Afrique, la fuire de fon
valet de charue réduisit chez lui sa famil-
le à la mendicité, & le labourage de sa
petite ferme, devint l'objet des soins pu-
blics. Scipion mourut sans laisser de
quor marier ses filles, & leur dot fut
payée du trésor de l'Etat. Car il étoit
bien juste que le Peuple de Rome, payât
16 MERCURE DEFRANCE.
une fois tribut à celui qui avoit établi un
tribut perpétuel sur Carthage. Après de
rels exemples, pourrons-nous être effrayés
de la pauvreté, & dédaignerons nous d'ê-
tre adoptés dans une famille qui a tant
d'illustres Ancêtres: nous plaindrons-nous
du banissement, parce qu'il nous ôte ce
dont les plus grands Philosophes, & les
plus grands Héros de l'Antiquité n'ont
jamais joui.
Vous trouverez peut-être mauvais, &
regarderez comme un artifice que je consi-
dere séparément des malheurs qui tom-
bent tous ensemble sur un homme exilé,
& l'accablent sous leurs poids réuni. Vous
supporteriez, direz- vous, le change-
ment de place, s'il n'étoit pas accompa-
gné de la pauvreté, ou la pauvreté si elle
n'étoit pas accompagnée de la séparation
de votre famille & de vos amis, de la
perte de votre rang, de votre considé-
ration & de votre pouvoir, du mépris &
de l'ignominie.
Quiconque raisonne de cette maniere,
qu'il se fasse la reponse suivante. La plus
petite de ces circonstances en particulier
est suffisante pour rendre misérable l'hom-
me qui ny est pas préparé, qui ne s'est
pas dépouillé de cette passion, sur laquel-
ie elle est propre à agir, mais celui qui
AVRIL. 1752.
17
est venu à bont de maîtriser toutes ses
passions; celui qui a prévu tous ces ac-
cidens, & qui a préparé son esprit à les
endurer, nous sera supérieur à tous, & à
tous à la fois, aussi-bien qu'à chacun en
particulier. Il ne supportera pas la perte
de son rang, parce qu'il pourra sup-
porter la perte de son bien, mais il sup-
portera l'un & l'autre, parce qu'il est pré-
paré à l'un & à l'autre, & parce qu'il est
libre d'ambition, aussi-bien que d'avarice.
Vous êtes séparé de votre famille & de
vos amis, faites-en la liste, considérez-la:
combien peu en trouverez-vous dans vo-
tre famille qui méritent le nom d'amis, &
combien peu parmi ceux-ci qui soient réel-
lement tels. Effacez le nom de ceux qui ne
doivent pas rester dans ce rôle, & le gros
catalogue sera bientôt réduit à un bien pe-
tit volume. Regrettez, si vous voulez,
votre séparation de ce petit reste: car,
Dieu ne plaise, que je veuille bannir le
sentiment d'une amitié vertueufe, quand
je déclame contre une honteuse & vicieu-
se foiblesse de l'esprit. Regrettez votre
féparation de vos amis, regrettez-la com-
me un homme qui mérite d'être le leur:
ceci est force & non foiblesse d'esprit:
c est vertu & non vice; mais la moindre
inquiétude pour la perte du rang que
18 MERCURE DE FRANCE.
nous tenions est ignominieuse. Il nya
point de rang estimable parmi les hom-
mes que celui que donne le mérite réel.
Les Princes peuvent donner des noms, &
instituer des cérémonies & en exiger l'ob-
servation. Ils peuvent revêtir des fous &
des fripons avec des robes d'honneur, &
avec des emblêmes de sagesse & de vertu.
Mais nul homme ne peut être véritable-
ment supérieur à un autre sans un mérite
supérieur, & ce rang ne sçauroit non
plus nous être ôté, que le mérite qui l'é-
rablit.
L'autorité suprême donne une valeur
imaginaire & arbitraire aux espéces d'or
& d'argent: c'est pourquoi elles nont
pas le même cours en tout tems & en tous
lieux; mais la valeur réelle reste invaria-
ble, & l'homme prévoyant se défait aus-
si-tôt qu'il peut de ses pieces légeres, &
amasse le bon argent. Ainsi le mérite ne
peut procurer la même considération uni-
versellement, mais le titre à cette consi-
dération est le même, & sera reconnu le
même en chaque circonstance par ceux
qui sont sages & vertueux; s'il n'est pas
reconnu par ceux qui ne sont ni sages ni
vertueux, rien cependant ne nous est ôté.
Nous navons pas raison de nous plain-
dre: ces derniers nous considéroient pour
AVRIL. 1752.
19.
un ratig que nous avions pour notre ti-
tre, non pour notre valeur intrinseque.
Nous n'avons plus ce rang, ce titre; ils
ne nous considerent plus: ils admiroient
en nous ce que nous nadmirions pas
nous mêmes: s'ils apprennent à nous né-
gliger, apprenons à avoir pitié d'eux;
ieur assiduité étoit importune: ne nous-
plaignons pas du repos que leur change-
ment nous procure; appréhendons plutôt
le retour de ce rang & de ce pouvoir, le-
quel semblable à un jour de Soleil, pour-
roit ramener ces insectes, & les faire four-
miller autout de nous. L'inclination à
faire autant de bien qu'il est possible est
inséparable d'une ame vertueuse; mais
l'homme sage se contente lui-même,
quand il en fait autant que sa situation lui
permet d'en faire, & il n'y a point de si-
tuation dans laquelle nous n'en puissions
faire beaucoup; il se console d'être privé.
d'un plus grand pouvoir, de faire le
bien, parce qu'il évite les tentations de
faire le mal.
Les inconvéniens dont nous avons par-
lé, n'entraînent donc avec eux rien de
difficile à soutenir par un homme sage &
vertueux, & ceux dont il nous reste à
parler. Le mépris & l'ignominie ne peu-
vent jamais tomber dans son lot. Il est im-
10. MERCUREDE FRANCE.
possible que celui qui se respecte lui-men-
me, puisse être méprisé par les autres, &
comment l'ignominie peut elle intéresser
un homme qui rassemble toutes ses forces
en lui-même, qui appelle du jugement de
la multitude à un autre tribunal, & vit
indépendant du genre humain & des ac-
cidens de la vie.
Caton manqua d'être élu Préteur &
Consul. Y a-t-il personne assez aveugle
pour imaginer que ces refus ayent desho-
noré un si grand homme. La dignité de
ces deux Magistratures auroit été augmen-
tée, s'il en eut été révêtu: elles en souf
frirent, non Caton.
Vous avez remplis les devoirs d'un bon
citoyen; vous vous êtes fidelement acqui-
tez de ce qui vous avoit été confié; vous
avez suivi les intérets de votre pays, sans
regarder aux ennemis que vous vous fai-
fiez, & aux dangers qui vous entour-
roient: votre pays recueille le bénéfice
de ces services, & vous souffrez pout les
avoir rendus: les personnes malgrez les-
quelles vous serviez ou même sauviez le
Public, conspirent & achevent votre rui-
ne particuliere; ils sont vos accusateurs,
& la foule inconstante & ingrate est vo-
tre juge, votre nom est suspendu dans les
tables de proscription, & l'artifice joint
AVRIL.
1752.
21
à la malice entreptend de faire passer vos
meilleurs actions pour des crimes & de
ternir votre réputation: pour cet effet,
la sacrée voix du Sénat est obligée de pro-
noncer un mensonge, & ces Registres
qui doivent être l'éternel monument de
la vérité, deviennent les témoins de l'im-
posture & de la calomnie.
Vous croyez que de telles circonstances
sont intollérables, & vous préféreriez la
mort à un exil si ignominieux: ne vous y
trompez pas, l'ignominie reste sur ceux qui
persécutent injustement, & non sur celui
qui souffre une injuste persécution.
Supposé que dans l'acte qui vous ban-
nit, il fut déclaré que vous avez quelque
maladie contagieuse, ou que vous êtes
bossu ou défiguré; ceci rendroit les Légis-
lateurs ridicules, l'autre les rend infâmes.
Mais nul des deux ne peut intéresser un
homme, qui dans un corps sain & bien
proportionné, jouit d'une conscience net-
te de toutes les fautes qu'on lui attribue.
Mettons ceci dans un plus grand jour,
en supposant quelques cas encore plus
particuliers. Vous êtes banni & poursuivi
avec acharnement, parce que vous sépa-
riez les intérêts de votre pays de l'intérêt
des Factieux qui le troublent, & de ses
voisins: ceux que vous empêchi:z de
itredy0O
22 MERCURE DEFRANCE.
triompher plus long tems à ses dépens, se
rangent aux vôtres. Voudriez-vous re-
tourner chez vous, à condition de ne
donner que la troisième place aux intérêts
de votre Patrie, de prostituer son pouvoir
à l'ambition des autres Puissances, sous
prétexte de la sauver des dangers imaginai-
res, & à condition de faire passer les ri-
chesses entre les mains des plus vils & des
plus méprisables de ses concitoyens, sous
l'apparence de payer les dettes réelles. Si
vous pouvez vous soumettre à une aussi
infâme composition, vousn'êtes pas l'hom-
me auquel j adresse mon discours, mais si
vous avez assez de vertu pour la mépriser
pourquoi vous repentiriez-vous de l'autre
alternative; être banni d'un tel pays &
avec de tels circonstances, c'est être dé-
livré de prison. Diogene fut chassé de
Royaume du Pont pour avoit contrefait
la monoye du Prince; Stratonicus crut
qu'il lui étoit permis d'être faussaire, pour
pouvoir obtenir d'être banni de Seriphos.
Mais vous, vous avez obtenu votre li-
berté pour faire votre devoir. De toutes
les ignominies, une mort ignominieuse
est censée la plus grande; & néanmoins
quel est le blasphémateur qui osera diffa-
mer la mort de Socrate. Ce grand homme
entra dans la prison avec la même ferme-
AVRIL. 1752.
23
té avec laquelle il réduisit les trente Ty-
rans, & il rendit ce lieu respectable: car
comment eût-il été une infâme prison,
quand Socrate y étoit.
Le banissement avec toute la suite de
meaux qui l'accompagnent, loin d'être la
cause du mépris rend respectable celui
qui le supporte avec un esprit ferme. Pen-
dant que tant d'autres en sont abattus
celui- ci érige sur ces mêmes malheurs un
trophée à la réputation; car tel est la dis-
position de notre esprit que rien ne le frap-
pe avec plus d'admiration qu'un homme
intrepi de au milieu de l'infortune. Lors-
qu'Aristide fut mené au supplice tous ceux
qui rencontroient cette triste marche bais-
soient les yeux, & le cœeur serré pleuroient,
non l'homme innocent, mais la Justice
elle-même qui étoit condamnée en lui:
néanmoins il se trouva là un misérable,
car les monstres sont quelquefois produits
contre les regles de la nature, qui lui
cracha au visage, Aristide essuya sa joue,
sourit & se tournant vers le Magistrat:
admonestés, lui dit-il, cet homme pour
qu'il ne soit pas si sale à l'avenir.
L'ignominie ne peut donc prendre
sur la vertu; car la vertu est en chaque
condition la même, & exige le même res-
pect; nous applaudissons le monde quand
24 MERCUREDE FRANCE.
elle prospere, & quand elle tomnbe dans
l'adversité nous l'applaudissons elle- même:
semblable aux temples des Dieux elle est
vénérable même dans ses ruines.
Ceci posé, n'est-ce pas un dégré de folie
de différer un moment à acquerir les seu-
les armes capables de nous défendre con-
tre les attaques ausquelles nous sommes à
chaque moment exposés. Lebonheur de no-
tre vieillessedépend de la manieredont nous
avons passé notre jeunesse, & nous som-
mes heureux ou malheureux quand nous
tombons dans l'infortune, selon que nous
avons joui de notre prospérité. Si nous
nous sommes appliqués de bonne heure
à l'étude de la sagesse & à la pratique de
la vertu, ces maux deviendront indiffé-
rens: si nous avons négligé de le faire ils
deviendront pesans: dans ce premier cas
ils ne sont pas des maux, & dans le se-
cond, ils sont des remedes à de plus
grands maux.
Zénon se rejouissoit de ce qu'un naufrage
l'avoit jetté sur les côtes d'Athenes: il
dut à la perte de sa fortune l'acquisition de
la vertu de la sagesse & de l'immortalité. Il
y a de bons & de mauvais airs pour l'esprit
aussi-bien que pour le corps: souvent la
prospérité irrite nos maladies habituelles,
& nous laisse sans esperance de trouver de
spécifique
AVRIL.
1752.
25
spécisique que dans l'adversité: dans ce
cas le bannissement est semblable à un
changement d'air, & les maux que nous
y souffrons, semb ables à autant de médeci-
nes appliquées à des maladies invétérées.
Ce qu'Anacharsis disoit de la vigne,
peut être dit de la prospérité: elle porte
les trois grapes, de plaisir, d'yvresse & de
chagrin. Heureux est celui que la derniere
peut guérir du mas qu'ont opéré les deux
autres; mais si l'affliction manque d'avoir
ce salutaire effet, le cas est desespêré: cat
le dernier remede dont l'indulgente Pro-
vidence use envers nous, s'il manque,
nous languirons & mourrons dans la mi-
sere & dans le mépris.
Hommes vains que nous sommes! Com-
bien rarement Içavons-nous que souhai-
ter ou que demander: quand nous prions
pour éloigner de nous ces malheurs, &
quand nous les craignons le plus, nous en
avons le plus de besoin. C'étoit par cette
raison que Pythagore défendit à ses Dis-
ciples de demander à Dieu aucune chose
en particulier, la meilleure & la plus cour-
te priere que nous puissions adresser a ce-
Jui qui connoît nos besoins & notre igno-
rance dans nos demandes est celle- ci: ta
volonté soit faite.
Ciceron dit en quelque endroit de ses
26 MERCURE DEFRANCE.
Ouvrages que, comme le bonheur est l'ob-
jet de toute Philosophie, les disputes par-
mi les Philosophes proviennent de leurs
différentes idées du souverain bien. Ré-
conciliez-les en ce point, vous les récon-
cilirez dans le reste. L'Ecole de Zénon
plaçoit le souverain bien dans la vertu
nue. Il poussa ce principe au-delà du plus
haut point de la Nature & de la vérité.
Un esprit d'opposition à une autre doc-
trine qui devint en grande vogue, pen-
dant que Zénon étoit à la mode, pou-
voit être l'ocasion de cet excès.
Epicure plaçoit le souverain bien daus
la volupté; ces termes volontairement, ou
par hazard mal entendus par ses Secta-
teurs pouvoient aider à pervertir sa Doc-
trine; mais ce fut la rivalité qui aigrit la
dispute; car en vérité il n'y a pas si grande
différence qu'on se l'imagine entre le
Sroicisme réduit à des termes raisonnables
& intelligibles, & le vrai & ortodoxe
Epicurisme. Le felicis animi immota tran-
quillitas du premier; & le voluptas de
l'autre sont proches alliés, & je doute si
le plus ferme Héros du Portique auroit
supporté un accès de pierre sur les princi-
pes de Zénon, avec plus de magnanimité
& de patience que fit Epicure sur ceux de
sa propre Philosophie. Cependant Aristo-
AVRIL.
1752.
27
te prit un milieu, on s'expliqua mieux, il
plaça le bonheur dans ces avantages joints
ensemble, ceux de l'esprit ceux du corps
& ceux de la fortune, ils sont raisonna-
blement joints; mais il est certain qu'ils
ne doivent pas être placés sur un pied
égal. Nous pouvons beaucoup mieux sup-
porter la privation des dernieres que celle
des autres, & la pauvreté même de laquel-
le le genre humain est si effrayé, est sute-
ment moins fâcheuse que la folie ou la
pierre, quoiqu en pensât Chrisipe, qui di-
soit quil étoit meilleur de vivre fou que
de ne pas vivre.
Si le bannissement donc, en nous ôtant
les avantages de la fortune, ne peut nous
oter des avantages plus précieux, qui sont
ceux de l'esprit & du corps, & si cet
accident est capable quand nous les possé-
dons, de nous les rendre quand nous les
avons perdus: le bannissement est un
léger malheur pour ceux qui sont déja
sous la domination de la raison, & un
très-grand bien pour ceux qui sont encore
plongés dans des vices capables de ruiner
la santé du corps & de l'esprit. L'exil doit
être souhaité comme une faveur par ceux-
ci, & ne doit être craint par personne, si
nous sommes dans ce cas, secondons les
desleins de la Providence en notre fa-
B ij
28 MERCUREDE FRANCE.
veur: réparons la perte despremieres occa-
sions, en ne laissant pas échapper la der-
niere.
Nous pouvons racourcir la durée des
maux que nous aurions pu prevenir, & à
mesure que nous prendrons le dessus sur
nos passions desordonnées, & sur nos vi-
cieuses habitudes, nous sentirons nos pei-
nes diminuer à proportion. Chaque pas
qu'on fait dans le chemin de la vertu est
consolant. Avec combien de joie l'hom-
me qui prosite de ses malheurs en cette
maniere découvrira-t. il que ces maux qu'il
attribue à son exil, n'avoient leur source
que dans la vanité & la folie, & disparois-
sent avec elles.
Il verra que dans sa premiere disposi-
tion d'esprit, il ressembloit à ce Prince ef-
féminé qui ne vouloit nulle autrę eau que
celle de la riviere de Choaspes, ou à cette
sotte Reine, qui dans une des Tragédies
d'Euripide, se plaint amérement qu'elle
n'avoit pas allumé la torche nuptiale, &
que la riviere Ismeus n'avoit pas fourni
de l'eau aux nôces de son fils.
La vûe d'un état si humiliant lui en fera
souhaiter un autre; lorsqu'il y sera atrivé,
il sera convaincu par sa propre expérien-
ce, la plus forte de toutes les preuves,
qu il étoit malheureux, parce qu'il étoit vi-
AVRIL. 1752.
29
cieux & non parcequ'il étoit banni. Si je ne
traignois qu on ne dit que c'est trop rafi-
ner, je me garderois de parler ici de quel-
ques avantages de la fortune, qui nous
sont donnés pour balancer ceux que l'exil
nous ôte. Ily en a un qui a été négligé par
de grands hommes, & même par des Sages.
Démetrius Phalérius banni d'Athenes,
devint premier Ministre du Roi d'Agyp-
te, & Thémistoeles fut si bien reçu a la
Cour de Perse, qu'il disoit que sa fortu-
ne auroit été perdue, s'il n'avoit pas été
ruiné, mais Démétrius s'exposa par sa fa-
veur, sous le premier Ptolomée, à une
nouvelle disgrace; & sous le second
Thémistocles qui avoit été le Capitaine
d'un Peuple libre, devint le vassal du
Prince qu'il avoit lui-même batu. Ne vaut-
il' pas mieux jouir de l'avantage qui est
propre à l'exil, & vivre pour nous-mê-
mes, quand nous ne sommes plus obliges
de vivre pour autrui,
Si vous êtes sage, votre loisir sera uti-
lement employé, & votre retraite ajou-
tera un nouveau lustre à votre caractere.
Imitez Thucidide en Thrace, ou Xé-
nophon dans fa petite ferme à Sillus; dans
une telle retraite, vous pourrez vous éta-
blit comme un habitant d'Elis qui voyoit
les jeux Olympiques, sans y prendre aucune
Biij
30 MERCURE DEFRANCE.
part: loin de l'embaras du monde & pres-
qu'indifférent Spectateur, ayant payé dans
une viè publique, ce que vous deviez au
fiécle présent payes dans une vie privée
te que vous deviez à la postérité.
Eorivez comme vous vivez, sans pas-
tion, & établisses votte réputation, com-
me vous établissen cotre bonheur sur les
fondemens de la vérité: s'il vous manque
les talens, l'inclination ou les matériaun
nécessaires pour de tels Ouvrages; ne
tombez pas pourtant dans l'oisiveté, tâ-
chea de eopier l'exemple de Scipion à l'In-
ternum, & d'être capable de vous dire à
vous-même innocuus amo delicias, doctam-
que quietem 3 j'aime les plaisirs innocens;
& le sçavant repos.
Les amusemens rustiques & les médita-
tions Philosophiques feront couler douce-
ment vos heures; & si la bonté du Ciel
vous à donné un ami semblable à Lelius,
rien ne manquera à votre parfait bonheur.
Ce sont. là quelques unes des réflexions
qui peuvent servir à fortifier l'esprit con-
tre l'exil & contre les autres malheurs de la
vie ausquels chaque homme a intérêt de se
préparer, parce qu'ils sont communs à tous
les hommes: je dis qu'ils sont communs
à tous les hommes, car ceux qui les évitent
y sont également exposés. Les dards de la
AVRIL. 1732.
3
mauvaise fortune sont toujourspointés con-
tre nos tentes: quesques uns nous attrapent:
quelques autres glissent sur nous, & s'en-
volent pour blesser nos voisins; c'est pour-
quoi tenons notre esprit dans une égale
disposition, & payons sans murmurer le
tribut que nous devons à l'humanité: l'hy-
ver apporte le froid, & nous sommes
glacés: l'Eté ramene la chaleur, & nous
brulons: l'intempérance de l'air dérange
notre santé: ici nous sommes exposés aux
bêtes sauvages, & là à des hommes plus
sauvages que les bêtes, & si nous écha-
pons aux dangers de l'air & de la terre,
il y a des dangers d'eau & de feu: il
n est pas en notre pouvoit de changer cet
ordre des choses qui est établi; mais il est
en notre pouvoir de nous approprier une
élévation dans l'ame convenable à des
liommes sages & vertueux qui nous rende
capable de combattre avec fermeté les ac-
cidens de la vie, & de nous conformer
aux ordres de la Nature: or la Nature
gouverne son grand Royaume, le monde
par de continuelles mutations, les nuées
se dispersent, & le firmament devient clair.
Le calme succede à l'orage, & l'orage au
calme: les vents soufflent à leur tour de
chaque côté: les jours suivent les nuits,
& les nuits suivent les jours: les planet-
B iiij
32 MERCUREDE FRANCE.
tes se levent & se couchent selon leurs
différens cours; & ainsi l'éternité est con-
nue par une perpétuelle révolution de
contraires. Ceci est l'ordre auquel nous
de vons conformer nos esprits; suivons-
le, soumettons-nous y, pensons que tout
ce qui arrive doit arriver, & ne soyons
jamais assez fous pour nous plaindre de la
Nature: la meilleure résolution que nous
puissions pendre, est de fouffrir ce que
nous ne pouvons changer, & de suivre
fans murmurer la route que la Providence
qui dirige chaque chose, nous a marquée;
car ce n'est pas assez de la suivre, & ce-
lui-là, est un mauvais soldat qui soupire
& marche avec répugnance: nous devons
recevoir nos ordres avec courage & gaye-
té, & ne pas chercher à échaper du poste
qui nous est assigné dans ce bel ordre, &
cette belle disposition des choses dont nos
fouffrances mêmes font une partie néces-
saire: adressons-nous à Dieu qui gouver-
ne tout, comme Cléante fit dans ces ad-
mirables vers, qui vont perdre une partie
de leur grace & de leur énergie dans ma
Traduction.
Pere de la Nature, maître du monde,
tu vois mes pas se tourner avec une joyeu-
se résignation par tout où ta providence
les conduit.
AVRIL. 1752.
33
La Destinée mêne ceux qui marchent
volontairement, & entraîne ceux qui ré-
sistent.
Pourquoi pleurerois je quand malgré
mes pleurs il faut souffrir.
Ou pourquoi recevrai-je sans mérite co
qu'il ne dépend que de moi de recevoir
en méritant.
Parlons & agissons ainsi, la résignation
à la Providence est la véritable magnani-
mité, mais la marque d'un esprit bas &
pusillanisme est de cenfurer les ordres de
Dieu, & au lieu de rectifier notre propre
conduite, de nous élever contre celle de
notre Créateur.
Bolinbroke.
UN changement de place peut donc
être supporté par tout homme ; il
fait même le plaisir de plufieurs; mais qui
peut soutenir les maux qui accompagnent
l'exil? Vous-mêmes qui en faites la ques-
tion, pouvez les soutenir. Tous ceux qui
les considerent tels qu'ils sont en eux mê-
mes; au lieu de les regarder au travers du
voise que le prejugé met devant nos yeux.
Car quoi. Vous avez perdu votre bien
réduisez vos désirs, & vous vous trouverez
aussi riche que jamais, avec cet avantage
que vos soins seront diminués. Les besoins
réels de la Nature sont renfermés en d'étroi-
res bornes, mais ceuxque l'éducation & l'ha-
bitude ont créés, n en ontaucunes. La vérité
a un circuit fixé & petit; mais l'erreur n'en
a point. C'est pourquoi si vous laissez écha-
per vos désirs au-delà de ce circuit, ils er-
reront éternellement. Nous devenons né-
cessiteux au milieu de l'abondance, &
notre pauvreté augmente avec nos riches-
fes. Réduisez vos défirs, pout être capable
de dire avec l'Oracle de la grace auquel
Erasme étoit prêt d'adresser ses prieres:
14 MERCURE DE FRANCE.
quàm mul is ipse non egeo? Banissez de vo-
tre exil tous les besoins imaginaires, &
vous n'en souffrirez aucuns réels, le pe-
rit filet d'eau qui vous est laissé, suffira
pour étancher la soif de la Nature, & si
elle ne peut être étanchée, ce n'est pas
une soif, mais une maladie formée par les
habitudes vicieuses de votre esprit & non-
la suite de l'exil. Combien de gens sou-
tiennent la même pauvreté gayment, par-
ce qu'ils y ont été élevés, & y sont ac-
coutumés: ne ferons-nous pas capables
d'acquerir par la raison & par la réflexion
ce que le moindre artisan possede par ha-
bitude; ceux qui ont tant d'avantages au-
dessus de lui, seront-ils les esclaves des
besoins & des nécessités qu'il ignore. Les
riches dont les apetits délicats ne peuvent
être satisfaits, ni par les productions de
tout un pays, ni même par celles d'une
partie du Monde, pour lesquels le Globe
entier est pillé, pour lesquels les Carava-
nes du Levant sont continuellement en
marche, & les Mers les plus reculés cou-
vertes de vaisseaux: ces hommes volup-
tueux rassasiés par la superfluité, sont
fouvent bien aise d'habiter dans une hum-
ble demeure, & de faire un repas simple.
Insensés qu'ils sont, ils vivent toujours
dans la crainte de de qu'ils souhaitent
AVRIL.
1752.
1§.
quesquefois, & fuyent une vie qu'ils imi-
tent par luxe.
Jettons nos yeux en arriere sur ces
grands hommes qui vivorent dans les sié-
cles de vertu, de simplicité & de frugali-
té, & rougissons de penser que nous jouis-
sons dans le banissement de plus de biens
qu'ils n'en avoient au milieu de leur gloi-
re & dans l'éclat de leur fortune. Imagi-
nons-nous que nous voyons un grand Dic-
tateur donnant audience aux Ambassadeurs
Samnites, & préparant sur le foyer son-
médiocre repas de la même main de la-
quelle il avoit si souvent subjugué les en-
nemis de la République, & porté le lau-
rier triomphal au Capitole. Souvenons-
nous que Platon n avoit que trois valets,
& que Zenon n'en avoit point: Socrate,
le Réformateur de son pays, fut nourri,
& Menenius Agripa, l'arbitre du sien, fut,
enseveli aux dépens de la République.
Pendant qu Attilius Regulus battoit les
Carthaginois en Afrique, la fuire de fon
valet de charue réduisit chez lui sa famil-
le à la mendicité, & le labourage de sa
petite ferme, devint l'objet des soins pu-
blics. Scipion mourut sans laisser de
quor marier ses filles, & leur dot fut
payée du trésor de l'Etat. Car il étoit
bien juste que le Peuple de Rome, payât
16 MERCURE DEFRANCE.
une fois tribut à celui qui avoit établi un
tribut perpétuel sur Carthage. Après de
rels exemples, pourrons-nous être effrayés
de la pauvreté, & dédaignerons nous d'ê-
tre adoptés dans une famille qui a tant
d'illustres Ancêtres: nous plaindrons-nous
du banissement, parce qu'il nous ôte ce
dont les plus grands Philosophes, & les
plus grands Héros de l'Antiquité n'ont
jamais joui.
Vous trouverez peut-être mauvais, &
regarderez comme un artifice que je consi-
dere séparément des malheurs qui tom-
bent tous ensemble sur un homme exilé,
& l'accablent sous leurs poids réuni. Vous
supporteriez, direz- vous, le change-
ment de place, s'il n'étoit pas accompa-
gné de la pauvreté, ou la pauvreté si elle
n'étoit pas accompagnée de la séparation
de votre famille & de vos amis, de la
perte de votre rang, de votre considé-
ration & de votre pouvoir, du mépris &
de l'ignominie.
Quiconque raisonne de cette maniere,
qu'il se fasse la reponse suivante. La plus
petite de ces circonstances en particulier
est suffisante pour rendre misérable l'hom-
me qui ny est pas préparé, qui ne s'est
pas dépouillé de cette passion, sur laquel-
ie elle est propre à agir, mais celui qui
AVRIL. 1752.
17
est venu à bont de maîtriser toutes ses
passions; celui qui a prévu tous ces ac-
cidens, & qui a préparé son esprit à les
endurer, nous sera supérieur à tous, & à
tous à la fois, aussi-bien qu'à chacun en
particulier. Il ne supportera pas la perte
de son rang, parce qu'il pourra sup-
porter la perte de son bien, mais il sup-
portera l'un & l'autre, parce qu'il est pré-
paré à l'un & à l'autre, & parce qu'il est
libre d'ambition, aussi-bien que d'avarice.
Vous êtes séparé de votre famille & de
vos amis, faites-en la liste, considérez-la:
combien peu en trouverez-vous dans vo-
tre famille qui méritent le nom d'amis, &
combien peu parmi ceux-ci qui soient réel-
lement tels. Effacez le nom de ceux qui ne
doivent pas rester dans ce rôle, & le gros
catalogue sera bientôt réduit à un bien pe-
tit volume. Regrettez, si vous voulez,
votre séparation de ce petit reste: car,
Dieu ne plaise, que je veuille bannir le
sentiment d'une amitié vertueufe, quand
je déclame contre une honteuse & vicieu-
se foiblesse de l'esprit. Regrettez votre
féparation de vos amis, regrettez-la com-
me un homme qui mérite d'être le leur:
ceci est force & non foiblesse d'esprit:
c est vertu & non vice; mais la moindre
inquiétude pour la perte du rang que
18 MERCURE DE FRANCE.
nous tenions est ignominieuse. Il nya
point de rang estimable parmi les hom-
mes que celui que donne le mérite réel.
Les Princes peuvent donner des noms, &
instituer des cérémonies & en exiger l'ob-
servation. Ils peuvent revêtir des fous &
des fripons avec des robes d'honneur, &
avec des emblêmes de sagesse & de vertu.
Mais nul homme ne peut être véritable-
ment supérieur à un autre sans un mérite
supérieur, & ce rang ne sçauroit non
plus nous être ôté, que le mérite qui l'é-
rablit.
L'autorité suprême donne une valeur
imaginaire & arbitraire aux espéces d'or
& d'argent: c'est pourquoi elles nont
pas le même cours en tout tems & en tous
lieux; mais la valeur réelle reste invaria-
ble, & l'homme prévoyant se défait aus-
si-tôt qu'il peut de ses pieces légeres, &
amasse le bon argent. Ainsi le mérite ne
peut procurer la même considération uni-
versellement, mais le titre à cette consi-
dération est le même, & sera reconnu le
même en chaque circonstance par ceux
qui sont sages & vertueux; s'il n'est pas
reconnu par ceux qui ne sont ni sages ni
vertueux, rien cependant ne nous est ôté.
Nous navons pas raison de nous plain-
dre: ces derniers nous considéroient pour
AVRIL. 1752.
19.
un ratig que nous avions pour notre ti-
tre, non pour notre valeur intrinseque.
Nous n'avons plus ce rang, ce titre; ils
ne nous considerent plus: ils admiroient
en nous ce que nous nadmirions pas
nous mêmes: s'ils apprennent à nous né-
gliger, apprenons à avoir pitié d'eux;
ieur assiduité étoit importune: ne nous-
plaignons pas du repos que leur change-
ment nous procure; appréhendons plutôt
le retour de ce rang & de ce pouvoir, le-
quel semblable à un jour de Soleil, pour-
roit ramener ces insectes, & les faire four-
miller autout de nous. L'inclination à
faire autant de bien qu'il est possible est
inséparable d'une ame vertueuse; mais
l'homme sage se contente lui-même,
quand il en fait autant que sa situation lui
permet d'en faire, & il n'y a point de si-
tuation dans laquelle nous n'en puissions
faire beaucoup; il se console d'être privé.
d'un plus grand pouvoir, de faire le
bien, parce qu'il évite les tentations de
faire le mal.
Les inconvéniens dont nous avons par-
lé, n'entraînent donc avec eux rien de
difficile à soutenir par un homme sage &
vertueux, & ceux dont il nous reste à
parler. Le mépris & l'ignominie ne peu-
vent jamais tomber dans son lot. Il est im-
10. MERCUREDE FRANCE.
possible que celui qui se respecte lui-men-
me, puisse être méprisé par les autres, &
comment l'ignominie peut elle intéresser
un homme qui rassemble toutes ses forces
en lui-même, qui appelle du jugement de
la multitude à un autre tribunal, & vit
indépendant du genre humain & des ac-
cidens de la vie.
Caton manqua d'être élu Préteur &
Consul. Y a-t-il personne assez aveugle
pour imaginer que ces refus ayent desho-
noré un si grand homme. La dignité de
ces deux Magistratures auroit été augmen-
tée, s'il en eut été révêtu: elles en souf
frirent, non Caton.
Vous avez remplis les devoirs d'un bon
citoyen; vous vous êtes fidelement acqui-
tez de ce qui vous avoit été confié; vous
avez suivi les intérets de votre pays, sans
regarder aux ennemis que vous vous fai-
fiez, & aux dangers qui vous entour-
roient: votre pays recueille le bénéfice
de ces services, & vous souffrez pout les
avoir rendus: les personnes malgrez les-
quelles vous serviez ou même sauviez le
Public, conspirent & achevent votre rui-
ne particuliere; ils sont vos accusateurs,
& la foule inconstante & ingrate est vo-
tre juge, votre nom est suspendu dans les
tables de proscription, & l'artifice joint
AVRIL.
1752.
21
à la malice entreptend de faire passer vos
meilleurs actions pour des crimes & de
ternir votre réputation: pour cet effet,
la sacrée voix du Sénat est obligée de pro-
noncer un mensonge, & ces Registres
qui doivent être l'éternel monument de
la vérité, deviennent les témoins de l'im-
posture & de la calomnie.
Vous croyez que de telles circonstances
sont intollérables, & vous préféreriez la
mort à un exil si ignominieux: ne vous y
trompez pas, l'ignominie reste sur ceux qui
persécutent injustement, & non sur celui
qui souffre une injuste persécution.
Supposé que dans l'acte qui vous ban-
nit, il fut déclaré que vous avez quelque
maladie contagieuse, ou que vous êtes
bossu ou défiguré; ceci rendroit les Légis-
lateurs ridicules, l'autre les rend infâmes.
Mais nul des deux ne peut intéresser un
homme, qui dans un corps sain & bien
proportionné, jouit d'une conscience net-
te de toutes les fautes qu'on lui attribue.
Mettons ceci dans un plus grand jour,
en supposant quelques cas encore plus
particuliers. Vous êtes banni & poursuivi
avec acharnement, parce que vous sépa-
riez les intérêts de votre pays de l'intérêt
des Factieux qui le troublent, & de ses
voisins: ceux que vous empêchi:z de
itredy0O
22 MERCURE DEFRANCE.
triompher plus long tems à ses dépens, se
rangent aux vôtres. Voudriez-vous re-
tourner chez vous, à condition de ne
donner que la troisième place aux intérêts
de votre Patrie, de prostituer son pouvoir
à l'ambition des autres Puissances, sous
prétexte de la sauver des dangers imaginai-
res, & à condition de faire passer les ri-
chesses entre les mains des plus vils & des
plus méprisables de ses concitoyens, sous
l'apparence de payer les dettes réelles. Si
vous pouvez vous soumettre à une aussi
infâme composition, vousn'êtes pas l'hom-
me auquel j adresse mon discours, mais si
vous avez assez de vertu pour la mépriser
pourquoi vous repentiriez-vous de l'autre
alternative; être banni d'un tel pays &
avec de tels circonstances, c'est être dé-
livré de prison. Diogene fut chassé de
Royaume du Pont pour avoit contrefait
la monoye du Prince; Stratonicus crut
qu'il lui étoit permis d'être faussaire, pour
pouvoir obtenir d'être banni de Seriphos.
Mais vous, vous avez obtenu votre li-
berté pour faire votre devoir. De toutes
les ignominies, une mort ignominieuse
est censée la plus grande; & néanmoins
quel est le blasphémateur qui osera diffa-
mer la mort de Socrate. Ce grand homme
entra dans la prison avec la même ferme-
AVRIL. 1752.
23
té avec laquelle il réduisit les trente Ty-
rans, & il rendit ce lieu respectable: car
comment eût-il été une infâme prison,
quand Socrate y étoit.
Le banissement avec toute la suite de
meaux qui l'accompagnent, loin d'être la
cause du mépris rend respectable celui
qui le supporte avec un esprit ferme. Pen-
dant que tant d'autres en sont abattus
celui- ci érige sur ces mêmes malheurs un
trophée à la réputation; car tel est la dis-
position de notre esprit que rien ne le frap-
pe avec plus d'admiration qu'un homme
intrepi de au milieu de l'infortune. Lors-
qu'Aristide fut mené au supplice tous ceux
qui rencontroient cette triste marche bais-
soient les yeux, & le cœeur serré pleuroient,
non l'homme innocent, mais la Justice
elle-même qui étoit condamnée en lui:
néanmoins il se trouva là un misérable,
car les monstres sont quelquefois produits
contre les regles de la nature, qui lui
cracha au visage, Aristide essuya sa joue,
sourit & se tournant vers le Magistrat:
admonestés, lui dit-il, cet homme pour
qu'il ne soit pas si sale à l'avenir.
L'ignominie ne peut donc prendre
sur la vertu; car la vertu est en chaque
condition la même, & exige le même res-
pect; nous applaudissons le monde quand
24 MERCUREDE FRANCE.
elle prospere, & quand elle tomnbe dans
l'adversité nous l'applaudissons elle- même:
semblable aux temples des Dieux elle est
vénérable même dans ses ruines.
Ceci posé, n'est-ce pas un dégré de folie
de différer un moment à acquerir les seu-
les armes capables de nous défendre con-
tre les attaques ausquelles nous sommes à
chaque moment exposés. Lebonheur de no-
tre vieillessedépend de la manieredont nous
avons passé notre jeunesse, & nous som-
mes heureux ou malheureux quand nous
tombons dans l'infortune, selon que nous
avons joui de notre prospérité. Si nous
nous sommes appliqués de bonne heure
à l'étude de la sagesse & à la pratique de
la vertu, ces maux deviendront indiffé-
rens: si nous avons négligé de le faire ils
deviendront pesans: dans ce premier cas
ils ne sont pas des maux, & dans le se-
cond, ils sont des remedes à de plus
grands maux.
Zénon se rejouissoit de ce qu'un naufrage
l'avoit jetté sur les côtes d'Athenes: il
dut à la perte de sa fortune l'acquisition de
la vertu de la sagesse & de l'immortalité. Il
y a de bons & de mauvais airs pour l'esprit
aussi-bien que pour le corps: souvent la
prospérité irrite nos maladies habituelles,
& nous laisse sans esperance de trouver de
spécifique
AVRIL.
1752.
25
spécisique que dans l'adversité: dans ce
cas le bannissement est semblable à un
changement d'air, & les maux que nous
y souffrons, semb ables à autant de médeci-
nes appliquées à des maladies invétérées.
Ce qu'Anacharsis disoit de la vigne,
peut être dit de la prospérité: elle porte
les trois grapes, de plaisir, d'yvresse & de
chagrin. Heureux est celui que la derniere
peut guérir du mas qu'ont opéré les deux
autres; mais si l'affliction manque d'avoir
ce salutaire effet, le cas est desespêré: cat
le dernier remede dont l'indulgente Pro-
vidence use envers nous, s'il manque,
nous languirons & mourrons dans la mi-
sere & dans le mépris.
Hommes vains que nous sommes! Com-
bien rarement Içavons-nous que souhai-
ter ou que demander: quand nous prions
pour éloigner de nous ces malheurs, &
quand nous les craignons le plus, nous en
avons le plus de besoin. C'étoit par cette
raison que Pythagore défendit à ses Dis-
ciples de demander à Dieu aucune chose
en particulier, la meilleure & la plus cour-
te priere que nous puissions adresser a ce-
Jui qui connoît nos besoins & notre igno-
rance dans nos demandes est celle- ci: ta
volonté soit faite.
Ciceron dit en quelque endroit de ses
26 MERCURE DEFRANCE.
Ouvrages que, comme le bonheur est l'ob-
jet de toute Philosophie, les disputes par-
mi les Philosophes proviennent de leurs
différentes idées du souverain bien. Ré-
conciliez-les en ce point, vous les récon-
cilirez dans le reste. L'Ecole de Zénon
plaçoit le souverain bien dans la vertu
nue. Il poussa ce principe au-delà du plus
haut point de la Nature & de la vérité.
Un esprit d'opposition à une autre doc-
trine qui devint en grande vogue, pen-
dant que Zénon étoit à la mode, pou-
voit être l'ocasion de cet excès.
Epicure plaçoit le souverain bien daus
la volupté; ces termes volontairement, ou
par hazard mal entendus par ses Secta-
teurs pouvoient aider à pervertir sa Doc-
trine; mais ce fut la rivalité qui aigrit la
dispute; car en vérité il n'y a pas si grande
différence qu'on se l'imagine entre le
Sroicisme réduit à des termes raisonnables
& intelligibles, & le vrai & ortodoxe
Epicurisme. Le felicis animi immota tran-
quillitas du premier; & le voluptas de
l'autre sont proches alliés, & je doute si
le plus ferme Héros du Portique auroit
supporté un accès de pierre sur les princi-
pes de Zénon, avec plus de magnanimité
& de patience que fit Epicure sur ceux de
sa propre Philosophie. Cependant Aristo-
AVRIL.
1752.
27
te prit un milieu, on s'expliqua mieux, il
plaça le bonheur dans ces avantages joints
ensemble, ceux de l'esprit ceux du corps
& ceux de la fortune, ils sont raisonna-
blement joints; mais il est certain qu'ils
ne doivent pas être placés sur un pied
égal. Nous pouvons beaucoup mieux sup-
porter la privation des dernieres que celle
des autres, & la pauvreté même de laquel-
le le genre humain est si effrayé, est sute-
ment moins fâcheuse que la folie ou la
pierre, quoiqu en pensât Chrisipe, qui di-
soit quil étoit meilleur de vivre fou que
de ne pas vivre.
Si le bannissement donc, en nous ôtant
les avantages de la fortune, ne peut nous
oter des avantages plus précieux, qui sont
ceux de l'esprit & du corps, & si cet
accident est capable quand nous les possé-
dons, de nous les rendre quand nous les
avons perdus: le bannissement est un
léger malheur pour ceux qui sont déja
sous la domination de la raison, & un
très-grand bien pour ceux qui sont encore
plongés dans des vices capables de ruiner
la santé du corps & de l'esprit. L'exil doit
être souhaité comme une faveur par ceux-
ci, & ne doit être craint par personne, si
nous sommes dans ce cas, secondons les
desleins de la Providence en notre fa-
B ij
28 MERCUREDE FRANCE.
veur: réparons la perte despremieres occa-
sions, en ne laissant pas échapper la der-
niere.
Nous pouvons racourcir la durée des
maux que nous aurions pu prevenir, & à
mesure que nous prendrons le dessus sur
nos passions desordonnées, & sur nos vi-
cieuses habitudes, nous sentirons nos pei-
nes diminuer à proportion. Chaque pas
qu'on fait dans le chemin de la vertu est
consolant. Avec combien de joie l'hom-
me qui prosite de ses malheurs en cette
maniere découvrira-t. il que ces maux qu'il
attribue à son exil, n'avoient leur source
que dans la vanité & la folie, & disparois-
sent avec elles.
Il verra que dans sa premiere disposi-
tion d'esprit, il ressembloit à ce Prince ef-
féminé qui ne vouloit nulle autrę eau que
celle de la riviere de Choaspes, ou à cette
sotte Reine, qui dans une des Tragédies
d'Euripide, se plaint amérement qu'elle
n'avoit pas allumé la torche nuptiale, &
que la riviere Ismeus n'avoit pas fourni
de l'eau aux nôces de son fils.
La vûe d'un état si humiliant lui en fera
souhaiter un autre; lorsqu'il y sera atrivé,
il sera convaincu par sa propre expérien-
ce, la plus forte de toutes les preuves,
qu il étoit malheureux, parce qu'il étoit vi-
AVRIL. 1752.
29
cieux & non parcequ'il étoit banni. Si je ne
traignois qu on ne dit que c'est trop rafi-
ner, je me garderois de parler ici de quel-
ques avantages de la fortune, qui nous
sont donnés pour balancer ceux que l'exil
nous ôte. Ily en a un qui a été négligé par
de grands hommes, & même par des Sages.
Démetrius Phalérius banni d'Athenes,
devint premier Ministre du Roi d'Agyp-
te, & Thémistoeles fut si bien reçu a la
Cour de Perse, qu'il disoit que sa fortu-
ne auroit été perdue, s'il n'avoit pas été
ruiné, mais Démétrius s'exposa par sa fa-
veur, sous le premier Ptolomée, à une
nouvelle disgrace; & sous le second
Thémistocles qui avoit été le Capitaine
d'un Peuple libre, devint le vassal du
Prince qu'il avoit lui-même batu. Ne vaut-
il' pas mieux jouir de l'avantage qui est
propre à l'exil, & vivre pour nous-mê-
mes, quand nous ne sommes plus obliges
de vivre pour autrui,
Si vous êtes sage, votre loisir sera uti-
lement employé, & votre retraite ajou-
tera un nouveau lustre à votre caractere.
Imitez Thucidide en Thrace, ou Xé-
nophon dans fa petite ferme à Sillus; dans
une telle retraite, vous pourrez vous éta-
blit comme un habitant d'Elis qui voyoit
les jeux Olympiques, sans y prendre aucune
Biij
30 MERCURE DEFRANCE.
part: loin de l'embaras du monde & pres-
qu'indifférent Spectateur, ayant payé dans
une viè publique, ce que vous deviez au
fiécle présent payes dans une vie privée
te que vous deviez à la postérité.
Eorivez comme vous vivez, sans pas-
tion, & établisses votte réputation, com-
me vous établissen cotre bonheur sur les
fondemens de la vérité: s'il vous manque
les talens, l'inclination ou les matériaun
nécessaires pour de tels Ouvrages; ne
tombez pas pourtant dans l'oisiveté, tâ-
chea de eopier l'exemple de Scipion à l'In-
ternum, & d'être capable de vous dire à
vous-même innocuus amo delicias, doctam-
que quietem 3 j'aime les plaisirs innocens;
& le sçavant repos.
Les amusemens rustiques & les médita-
tions Philosophiques feront couler douce-
ment vos heures; & si la bonté du Ciel
vous à donné un ami semblable à Lelius,
rien ne manquera à votre parfait bonheur.
Ce sont. là quelques unes des réflexions
qui peuvent servir à fortifier l'esprit con-
tre l'exil & contre les autres malheurs de la
vie ausquels chaque homme a intérêt de se
préparer, parce qu'ils sont communs à tous
les hommes: je dis qu'ils sont communs
à tous les hommes, car ceux qui les évitent
y sont également exposés. Les dards de la
AVRIL. 1732.
3
mauvaise fortune sont toujourspointés con-
tre nos tentes: quesques uns nous attrapent:
quelques autres glissent sur nous, & s'en-
volent pour blesser nos voisins; c'est pour-
quoi tenons notre esprit dans une égale
disposition, & payons sans murmurer le
tribut que nous devons à l'humanité: l'hy-
ver apporte le froid, & nous sommes
glacés: l'Eté ramene la chaleur, & nous
brulons: l'intempérance de l'air dérange
notre santé: ici nous sommes exposés aux
bêtes sauvages, & là à des hommes plus
sauvages que les bêtes, & si nous écha-
pons aux dangers de l'air & de la terre,
il y a des dangers d'eau & de feu: il
n est pas en notre pouvoit de changer cet
ordre des choses qui est établi; mais il est
en notre pouvoir de nous approprier une
élévation dans l'ame convenable à des
liommes sages & vertueux qui nous rende
capable de combattre avec fermeté les ac-
cidens de la vie, & de nous conformer
aux ordres de la Nature: or la Nature
gouverne son grand Royaume, le monde
par de continuelles mutations, les nuées
se dispersent, & le firmament devient clair.
Le calme succede à l'orage, & l'orage au
calme: les vents soufflent à leur tour de
chaque côté: les jours suivent les nuits,
& les nuits suivent les jours: les planet-
B iiij
32 MERCUREDE FRANCE.
tes se levent & se couchent selon leurs
différens cours; & ainsi l'éternité est con-
nue par une perpétuelle révolution de
contraires. Ceci est l'ordre auquel nous
de vons conformer nos esprits; suivons-
le, soumettons-nous y, pensons que tout
ce qui arrive doit arriver, & ne soyons
jamais assez fous pour nous plaindre de la
Nature: la meilleure résolution que nous
puissions pendre, est de fouffrir ce que
nous ne pouvons changer, & de suivre
fans murmurer la route que la Providence
qui dirige chaque chose, nous a marquée;
car ce n'est pas assez de la suivre, & ce-
lui-là, est un mauvais soldat qui soupire
& marche avec répugnance: nous devons
recevoir nos ordres avec courage & gaye-
té, & ne pas chercher à échaper du poste
qui nous est assigné dans ce bel ordre, &
cette belle disposition des choses dont nos
fouffrances mêmes font une partie néces-
saire: adressons-nous à Dieu qui gouver-
ne tout, comme Cléante fit dans ces ad-
mirables vers, qui vont perdre une partie
de leur grace & de leur énergie dans ma
Traduction.
Pere de la Nature, maître du monde,
tu vois mes pas se tourner avec une joyeu-
se résignation par tout où ta providence
les conduit.
AVRIL. 1752.
33
La Destinée mêne ceux qui marchent
volontairement, & entraîne ceux qui ré-
sistent.
Pourquoi pleurerois je quand malgré
mes pleurs il faut souffrir.
Ou pourquoi recevrai-je sans mérite co
qu'il ne dépend que de moi de recevoir
en méritant.
Parlons & agissons ainsi, la résignation
à la Providence est la véritable magnani-
mité, mais la marque d'un esprit bas &
pusillanisme est de cenfurer les ordres de
Dieu, & au lieu de rectifier notre propre
conduite, de nous élever contre celle de
notre Créateur.
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