Provenance du texte (39)
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Détail
Liste
1
p. 20-22
« Quoy que le Sonnet en Bouts-rimez qui suit ces deux-cy, / Alexandre & César ont acquis moins de gloire [...] »
Début :
Quoy que le Sonnet en Bouts-rimez qui suit ces deux-cy, / Alexandre & César ont acquis moins de gloire [...]
Mots clefs :
Alexandre le Grand, César, Exploits, Roi, Victoire, Histoire, Mémoire, Héros, Vertus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Quoy que le Sonnet en Bouts-rimez qui suit ces deux-cy, / Alexandre & César ont acquis moins de gloire [...] »
Quoy que le Sonnet en
Bouts-rimez qui ſuit ces deuxcy
, ne parle qu'en genéral
de ce que le Roy a fait de
grand , il mérite bien d'avoir
place icy, par le tour heureux
que luy a donné Mª Blanchard
, Curé de Fiffé aux Environs
de Dijon..
César
ALexandre& Cefar ont acquis gloire
Parleurs Exploitsfameux, que nostre
augusteRoy;
Sa maniere de vaincre, &de donner
la Loy,
Fuſque chez les Vaincusfaitaimerſa
Victoire.
GALANT. 21
Se
Sès grandes Actions effacent leur
Hiftoire;
Uneseule Campagne enpourroitfaire
foy.
Son Nom porte partout ou l'amour ou
l'effroy,
Etpeutfeul occuperles Filles de Mèmoire.
Rome ne vit jamais Héros plus
achevé;
Son eſprit est en tout égal , vaste,
élevé,
Sa Fortune répond àson coeur intrépide.
25
L'ondoitàses vertus des honneurs
immortels;
22 MERCURE
L'Hydre aux abois faitvoir qu'il est
plus grandqu' Alcide,
Etcent Temples détruits luy valent
cent Autels .
Bouts-rimez qui ſuit ces deuxcy
, ne parle qu'en genéral
de ce que le Roy a fait de
grand , il mérite bien d'avoir
place icy, par le tour heureux
que luy a donné Mª Blanchard
, Curé de Fiffé aux Environs
de Dijon..
César
ALexandre& Cefar ont acquis gloire
Parleurs Exploitsfameux, que nostre
augusteRoy;
Sa maniere de vaincre, &de donner
la Loy,
Fuſque chez les Vaincusfaitaimerſa
Victoire.
GALANT. 21
Se
Sès grandes Actions effacent leur
Hiftoire;
Uneseule Campagne enpourroitfaire
foy.
Son Nom porte partout ou l'amour ou
l'effroy,
Etpeutfeul occuperles Filles de Mèmoire.
Rome ne vit jamais Héros plus
achevé;
Son eſprit est en tout égal , vaste,
élevé,
Sa Fortune répond àson coeur intrépide.
25
L'ondoitàses vertus des honneurs
immortels;
22 MERCURE
L'Hydre aux abois faitvoir qu'il est
plus grandqu' Alcide,
Etcent Temples détruits luy valent
cent Autels .
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Résumé : « Quoy que le Sonnet en Bouts-rimez qui suit ces deux-cy, / Alexandre & César ont acquis moins de gloire [...] »
Le sonnet de César, dédié à Louis XIV, compare ses exploits à ceux de César et Alexandre. Le roi inspire amour ou peur, et ses actions surpassent celles des autres héros. Son esprit vaste et courage intrépide méritent des honneurs immortels, comparables à ceux d'Hercule.
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2
p. 945-946
LOGOGRYPHE.
Début :
Ma premiere partie égale en étenduë, [...]
Mots clefs :
Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
Ma première partie égale en étenduë , A
De ce grand Univers les plus vaftes climats ,
Mais mes deux autres tiers font dans les feuls
Etats ,
Où la Loi Chrétienne eft connuë.
Si je cache le tiers qui tient lieu de moitié ,
C'eft qu'à montrer ce tiers n'eft pas honnête ;
Si cependant vous mettiez à ſa tête ,
1
Du dernier tiers le dernier pié ,
Vous en feriez chofe à tous très- utile,
A prefent très-rare pourtant.
De ces deux tiers l'ufage eft important ,
Puifqu'on y trouve encor une Ruë , une Ville
Mais maintenant je veux penetrer avec vous
Les ufages divers de mon autre partie ;,
De ces tiers la finale après elle afforties
Compoſe un nom aimable & doux ,
Un
946 MERCURE DE FRANCE.
Un nom que la Nature a rendu refpectable ."
En place de leur chef ôté ,
Celui de mon tout ajoûté ,
D'un arbre celebre en la Fable ,
Nous produira le Fruit vanté :
Et de ce fruit enfin retranchez la finale ,
Par une vertu fans égale ,
Il fçaura conferver les Villes , les Etats
Des plus grands Potentats.
R. de R. de Dijon .
Ma première partie égale en étenduë , A
De ce grand Univers les plus vaftes climats ,
Mais mes deux autres tiers font dans les feuls
Etats ,
Où la Loi Chrétienne eft connuë.
Si je cache le tiers qui tient lieu de moitié ,
C'eft qu'à montrer ce tiers n'eft pas honnête ;
Si cependant vous mettiez à ſa tête ,
1
Du dernier tiers le dernier pié ,
Vous en feriez chofe à tous très- utile,
A prefent très-rare pourtant.
De ces deux tiers l'ufage eft important ,
Puifqu'on y trouve encor une Ruë , une Ville
Mais maintenant je veux penetrer avec vous
Les ufages divers de mon autre partie ;,
De ces tiers la finale après elle afforties
Compoſe un nom aimable & doux ,
Un
946 MERCURE DE FRANCE.
Un nom que la Nature a rendu refpectable ."
En place de leur chef ôté ,
Celui de mon tout ajoûté ,
D'un arbre celebre en la Fable ,
Nous produira le Fruit vanté :
Et de ce fruit enfin retranchez la finale ,
Par une vertu fans égale ,
Il fçaura conferver les Villes , les Etats
Des plus grands Potentats.
R. de R. de Dijon .
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3
p. [1263]-1267
LA BEAUTÉ ODE.
Début :
Quel spectacle s'offre à ma vûë ? [...]
Mots clefs :
Beauté, Attraits, Dieux, Traits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA BEAUTÉ ODE.
LA BEAUTE
O DE.
Uel fpectacle s'offre à ma vie ?
Quel objet vient flatter mes fens !
Mon ame paroît toute émuë ;
D'où naît le trouble que je fens ?
Mon efprit étonné s'égare ;
Un charme inconnu s'en empare ,
Confus , inquiet , agité ,
II. Vol.
A ij Quelle
1264 MERCURE DE FRANCE
Quelle Divinité puiſſante
Me frappe , me ravit , m'enchante ?
Eft-ce toi , charmante Beauté ? ´
Mais qui pourroit te méconnoître.
Qui peut fe méprendre à ces traits ?
Déeffe , tu n'as qu'à paroître ,
Tout cede à tes divins attraits ;
Oui , l'Univers te rend hommage ;
On admire en toi i'affemblage
Des plus rares préfens des Dieux ,
Tout eft fous leur obéiffance ;
Mais tout l'éclat de leur puiffance
Cede à celui de deux beaux yeux,
Autrefois épris de tes charmes
On vit ces Maîtres des mortels
Te rendant à l'envi les armes
Venir encenſer tes Autels.-
›
En Satyre pour Antiope , *
En Taureau pour la belle Europe
On vit Jupiter fe changer ;
Bacchus d'un Raifin prend la forme ,
Neptune en Dauphin fe transforme
,
Le beau Phoebus devient Berger.
* Métamorphofe
d'Ovide . Liv. 7.
Mais II. Vol
JUIN. 1730 .
1265
Mais c'eft pea , du plus infenfible
Tu peux diffiper la froideur ;
De l'ennemi le plus terrible
Tu fçais défarmer la fureur ;
En calme tu changes l'orage ;
·Tu domptes le plus fier courage ;
Tu changes la haine en amour ;
Tu furmontes tous les obftacles;
Et pour enfanter des miracles ,
Tu n'as qu'à te montrer au jour.
L'Amour , ce fier Tyran qui brave
Le pouvoir des Dieux & des Rois ,
Devient lui-même ton Eſclave ;
Pfiché l'a foumis à tes Loix; '
Si tu ne lui prêtois des charmes
Ses traits feroient de vaines armes
Ils ne pourroient rien enflamer
Il faut du moins ton apparence
Pour faire pancher la balance
Vers l'objet dont il veut charmer.
De même qu'une fleur nouvelle
Qu'un Printems voit naître & mourir ,
On apperçoit dans la plus belle
Ton brillant éclat ſe flétrir .
Le tems qui n'épargne perfonne
II. Vol. A iij De
1266 MERCURE DE FRANCE
De fa cruelle faux moiffonne
Sans égard , tes Roſes , tes Lys ;
Mais fon inexorable rage
En penfant te faire un outrage
De tes dons augmente le prix.
Les Ris , les Graces , la Jeuneffe
Accompagnent par tout tes pas ;
Les plaifirs te fuivent ſans ceffe ,
Il n'en eft point où tu n'es pas ;
De fes Héros , Déeffe aimable ,
Tout l'Univers t'eft redevable ,
Il te doit leurs faits glorieux ;
Hercule eut Jupiter pour pere ;
Mais fans les attraits de fa mere
Auroit- il merité les Cieux ?
Grands Dieux ! quels cris fe font entendre !
Qu'apperçois -je de toutes parts !
Une Ville réduite en cendre
Vient de s'offrir à mes regards ;
Je frémis ! qui le pourroit croire
Décffe , on l'immole à ta gloire ,
C'est pour poffeder tes appas :
Oui l'on voit la fuperbe Troye
A la fureur des Grecs en proye
Pour l'Epoufe de Menelas.
I I. Vol.
Mais
JUIN. 1730. 1267
Mais infenfe , qu'ofai - je faire ?
Quel vain eſpoir peut me flater ?
Beauté , quelle ardeur temeraire
M'engage à vouloir te chanter ?
Ta vûë en dit plus que ma Lyre ,
Et malgré le feu qui m'infpire
Je peins mal tes divins attraits.
Heureux , pour prix d'un foible hommage ,
Si tu daignois fur mòn Ouvrage
Répandre quelqu'un de tes traits.
ParM. Richa rd de Ruffey , de Dijon.
O DE.
Uel fpectacle s'offre à ma vie ?
Quel objet vient flatter mes fens !
Mon ame paroît toute émuë ;
D'où naît le trouble que je fens ?
Mon efprit étonné s'égare ;
Un charme inconnu s'en empare ,
Confus , inquiet , agité ,
II. Vol.
A ij Quelle
1264 MERCURE DE FRANCE
Quelle Divinité puiſſante
Me frappe , me ravit , m'enchante ?
Eft-ce toi , charmante Beauté ? ´
Mais qui pourroit te méconnoître.
Qui peut fe méprendre à ces traits ?
Déeffe , tu n'as qu'à paroître ,
Tout cede à tes divins attraits ;
Oui , l'Univers te rend hommage ;
On admire en toi i'affemblage
Des plus rares préfens des Dieux ,
Tout eft fous leur obéiffance ;
Mais tout l'éclat de leur puiffance
Cede à celui de deux beaux yeux,
Autrefois épris de tes charmes
On vit ces Maîtres des mortels
Te rendant à l'envi les armes
Venir encenſer tes Autels.-
›
En Satyre pour Antiope , *
En Taureau pour la belle Europe
On vit Jupiter fe changer ;
Bacchus d'un Raifin prend la forme ,
Neptune en Dauphin fe transforme
,
Le beau Phoebus devient Berger.
* Métamorphofe
d'Ovide . Liv. 7.
Mais II. Vol
JUIN. 1730 .
1265
Mais c'eft pea , du plus infenfible
Tu peux diffiper la froideur ;
De l'ennemi le plus terrible
Tu fçais défarmer la fureur ;
En calme tu changes l'orage ;
·Tu domptes le plus fier courage ;
Tu changes la haine en amour ;
Tu furmontes tous les obftacles;
Et pour enfanter des miracles ,
Tu n'as qu'à te montrer au jour.
L'Amour , ce fier Tyran qui brave
Le pouvoir des Dieux & des Rois ,
Devient lui-même ton Eſclave ;
Pfiché l'a foumis à tes Loix; '
Si tu ne lui prêtois des charmes
Ses traits feroient de vaines armes
Ils ne pourroient rien enflamer
Il faut du moins ton apparence
Pour faire pancher la balance
Vers l'objet dont il veut charmer.
De même qu'une fleur nouvelle
Qu'un Printems voit naître & mourir ,
On apperçoit dans la plus belle
Ton brillant éclat ſe flétrir .
Le tems qui n'épargne perfonne
II. Vol. A iij De
1266 MERCURE DE FRANCE
De fa cruelle faux moiffonne
Sans égard , tes Roſes , tes Lys ;
Mais fon inexorable rage
En penfant te faire un outrage
De tes dons augmente le prix.
Les Ris , les Graces , la Jeuneffe
Accompagnent par tout tes pas ;
Les plaifirs te fuivent ſans ceffe ,
Il n'en eft point où tu n'es pas ;
De fes Héros , Déeffe aimable ,
Tout l'Univers t'eft redevable ,
Il te doit leurs faits glorieux ;
Hercule eut Jupiter pour pere ;
Mais fans les attraits de fa mere
Auroit- il merité les Cieux ?
Grands Dieux ! quels cris fe font entendre !
Qu'apperçois -je de toutes parts !
Une Ville réduite en cendre
Vient de s'offrir à mes regards ;
Je frémis ! qui le pourroit croire
Décffe , on l'immole à ta gloire ,
C'est pour poffeder tes appas :
Oui l'on voit la fuperbe Troye
A la fureur des Grecs en proye
Pour l'Epoufe de Menelas.
I I. Vol.
Mais
JUIN. 1730. 1267
Mais infenfe , qu'ofai - je faire ?
Quel vain eſpoir peut me flater ?
Beauté , quelle ardeur temeraire
M'engage à vouloir te chanter ?
Ta vûë en dit plus que ma Lyre ,
Et malgré le feu qui m'infpire
Je peins mal tes divins attraits.
Heureux , pour prix d'un foible hommage ,
Si tu daignois fur mòn Ouvrage
Répandre quelqu'un de tes traits.
ParM. Richa rd de Ruffey , de Dijon.
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Résumé : LA BEAUTÉ ODE.
Le poème 'La Beauté', publié dans le Mercure de France en juin 1730, exalte la beauté, personnifiée et divinisée par l'auteur. La beauté est décrite comme une puissance capable de charmer et de dominer tous les êtres, y compris les dieux. Jupiter, Bacchus, Neptune et Apollon se transforment pour séduire des mortels, illustrant ainsi son pouvoir irrésistible. La beauté peut apaiser la colère, transformer la haine en amour et surmonter tous les obstacles. Cependant, elle est éphémère, comparable à une fleur printanière. Malgré sa fugacité, elle est associée à des rires, des grâces et à la jeunesse, et inspire des plaisirs constants. L'auteur mentionne la destruction de Troie pour Hélène, soulignant que même les villes peuvent être sacrifiées pour la beauté. Il conclut en exprimant son admiration et son désir de chanter la beauté, tout en reconnaissant l'impuissance de ses mots à capturer pleinement ses charmes divins.
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4
p. 1042-1044
STANCES SUR LA FIEVRE.
Début :
Monstre produit par les Enfers, [...]
Mots clefs :
Fléau, Fièvre, Corps, Brûlantes veines, Poison, Hiver, Froidure, Poumons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : STANCES SUR LA FIEVRE.
STANCE S.
SUR LA FIEVRE.
Monstre produit par les Enfers ,
Triste fruit des amours d'une horrible Furie ,
Noir fleau , dont la barbarie ,
Se plaît à desoler tout ce vaste Univers ,
Contre toi je brûle d'écrire ,
( Muses , Phébus , je ne veux rien de vous , )
Le feu que sa rage m'inspire ,
Mieux que le Dieu des Vers , peut servir mon
conrroux,
Jusques à quand , Fievre maudite ,
Eprouverai -je encor tes brulantes fureurs ?
Je cede enfin à tes horreurs ,
N'est-il pas temps , helas ! que ton ardeur nie
quitte ?
Depuis qu'à mon débile corps ,
Tu fais sentir une guerre cruelle ;
Déja sur ces aimables bords ,
La saison du Printemps deux fois se renouvelle,
Sous mille divers changemens ;
A me persecuter toujours ingenieuse ;
Je
M A Y 1043
17318
Je vois ta malice odieuse ,
Se plaire à mépriser les plus cruels tourmens :
Tantôt, de même qu'en nos Plaines ,
Se précipite un Torrent furieux ,
Tuviens dans mes brulantes veines ,
Répandre ton poison en cent bouillons de feux .
Je te vois changeant de nature ,
Du plus affreux hyver emprunter les glaçons ;
Je ressens tes mortels frissons ,
Porter jusqu'en mon coeur une ardente froidure,
Au milieu même de l'Eté ,
Mon sang glacé , se fige dans ma veine
L'Air par mon soufle est infecté ,
;
Mes poumons oppressez le respirent à peine.
粥
Tantôt appaisant ses rigueurs ,
Tu caches dans mon sein le venin qui me tuë ,
Jusqu'en mon coeur il s'insinuë ,
J'y sens bien-tôt couler de mortelles langueurs ;
La pâleur , l'affreuse tristesse ,
Le noir chagrin , l'ennui , suivent tes pas ,
Enfin une prompte foiblesse ,
Me conduit à pas lents aux portes du trépas?
Ma foible raison offensée ,
Ciij Par
1044 MERCURE DE FRANCE
Par le poison brulant de tes noires fureurs ,
1
S'égare enfin dans les horreurs ,
Dont la sombre vapeur la tient embarassée ,
Je vois des Monstres odieux ,
Mille dangers, mille erreurs passageres ,
Souvent des transports furieux ,
Sont les tristes effets de tes noires chimeres.
$2
A qui pourrois-je avoir recours ?
J'implore en vain le fils du Dieu qui nous
éclaire ;
Ses herbes , son Art salutaire ;
Rien ne peut arrêter ton redoutable
cours
Si quelquefois
ta barbarie
,
Pour un moment semble se ralentir ,
Bien- tôt avec plus de furie ,
Ta renaissante ardeur vient se faire sentir.
Le mortel poison qui m'enflâme
Envenime pour moi les jeux et les plaisirs ;
Le dégout suit tous mes desirs ,
L'Amour même , l'Amour ne peut rien sur mon
ame
Ah ! c'est trop vivre sous ta Loi ;
Bien - tôt la mort doit être mon partage ,
Cruelle , je l'attends de toi ,
Mais je meurs trop content de voir périr ta rage,
*
Esculape.
R. D. R. de Dijon.
SUR LA FIEVRE.
Monstre produit par les Enfers ,
Triste fruit des amours d'une horrible Furie ,
Noir fleau , dont la barbarie ,
Se plaît à desoler tout ce vaste Univers ,
Contre toi je brûle d'écrire ,
( Muses , Phébus , je ne veux rien de vous , )
Le feu que sa rage m'inspire ,
Mieux que le Dieu des Vers , peut servir mon
conrroux,
Jusques à quand , Fievre maudite ,
Eprouverai -je encor tes brulantes fureurs ?
Je cede enfin à tes horreurs ,
N'est-il pas temps , helas ! que ton ardeur nie
quitte ?
Depuis qu'à mon débile corps ,
Tu fais sentir une guerre cruelle ;
Déja sur ces aimables bords ,
La saison du Printemps deux fois se renouvelle,
Sous mille divers changemens ;
A me persecuter toujours ingenieuse ;
Je
M A Y 1043
17318
Je vois ta malice odieuse ,
Se plaire à mépriser les plus cruels tourmens :
Tantôt, de même qu'en nos Plaines ,
Se précipite un Torrent furieux ,
Tuviens dans mes brulantes veines ,
Répandre ton poison en cent bouillons de feux .
Je te vois changeant de nature ,
Du plus affreux hyver emprunter les glaçons ;
Je ressens tes mortels frissons ,
Porter jusqu'en mon coeur une ardente froidure,
Au milieu même de l'Eté ,
Mon sang glacé , se fige dans ma veine
L'Air par mon soufle est infecté ,
;
Mes poumons oppressez le respirent à peine.
粥
Tantôt appaisant ses rigueurs ,
Tu caches dans mon sein le venin qui me tuë ,
Jusqu'en mon coeur il s'insinuë ,
J'y sens bien-tôt couler de mortelles langueurs ;
La pâleur , l'affreuse tristesse ,
Le noir chagrin , l'ennui , suivent tes pas ,
Enfin une prompte foiblesse ,
Me conduit à pas lents aux portes du trépas?
Ma foible raison offensée ,
Ciij Par
1044 MERCURE DE FRANCE
Par le poison brulant de tes noires fureurs ,
1
S'égare enfin dans les horreurs ,
Dont la sombre vapeur la tient embarassée ,
Je vois des Monstres odieux ,
Mille dangers, mille erreurs passageres ,
Souvent des transports furieux ,
Sont les tristes effets de tes noires chimeres.
$2
A qui pourrois-je avoir recours ?
J'implore en vain le fils du Dieu qui nous
éclaire ;
Ses herbes , son Art salutaire ;
Rien ne peut arrêter ton redoutable
cours
Si quelquefois
ta barbarie
,
Pour un moment semble se ralentir ,
Bien- tôt avec plus de furie ,
Ta renaissante ardeur vient se faire sentir.
Le mortel poison qui m'enflâme
Envenime pour moi les jeux et les plaisirs ;
Le dégout suit tous mes desirs ,
L'Amour même , l'Amour ne peut rien sur mon
ame
Ah ! c'est trop vivre sous ta Loi ;
Bien - tôt la mort doit être mon partage ,
Cruelle , je l'attends de toi ,
Mais je meurs trop content de voir périr ta rage,
*
Esculape.
R. D. R. de Dijon.
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Résumé : STANCES SUR LA FIEVRE.
Le texte décrit la fièvre comme un monstre issu des Enfers, source de souffrance continue. Le narrateur souffre d'alternances de chaleur intense et de froid glacial, accompagnées de douleurs et de faiblesse extrême. La fièvre perturbe également son esprit, provoquant des visions terrifiantes et des erreurs passagères. Malgré les soins des médecins, dont Esculape, la fièvre persiste et empoisonne les plaisirs et les désirs du narrateur. Ce dernier attend la mort comme une délivrance pour échapper à la rage de la fièvre.
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5
p. 1198-1199
VERS Envoyez à M. le Président Bouhier, de l'Académie Françoise, le jour de sa Fête.
Début :
Illustre Favori de Thémis et des Muses, [...]
Mots clefs :
Fête, Favori, Talents, Vertus, Accueil, Médecine, Vers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS Envoyez à M. le Président Bouhier, de l'Académie Françoise, le jour de sa Fête.
VERS
Envoyez à M. le Président Bouhier ,
de l'Académie Françoise ,
Le jour de sa Fête.
Illustre Favori de Thémis et des Muses ,
Cher Bouhier , reçois mes excuses.
En ce jour solemnel , où chacun à l'envi ,
S'empresse à t'aller rendre hommage ,
Purgon , qui sous ses loix tient mon corps asservi ,
Me prive de cet avantage.
Encor si dans ces Vers , pour bien peindre à tes
yeux ,
Les.
MAY. 1731. 1199
Les divers sentimens qu'ont fait naftre en mon
ame ,
Tes talens , tes vertus , ton accueil gracieux ,
Apollon m'inspiroit sa poëtique flâme !
Mais par un sort fatal en lui ,
Au lieu du Dieu des Vers, qui souvent me domine,
Je ne puis trouver aujourd'hui ,
Que le Dieu de la Medecine. (A)
Je croyois du moins qu'à mon gré ,
Je pourrois recourir aux richesses de Flore ;
Mais ce matin Zéphire ayant peu soupiré ,
Et l'Aurore encor moins pleuré ,
Ils n'ont dans nos Jardins presque rien fait éclore;
Et l'on n'a pupar-tout cueillir que quelques Acurs,
Peu dignes d'être entrelacées ,
Parmi celles que les neuf Soeurs ,
Sur ta tête Sçavante avec art ont placées.
(a) Apollon est le Dieu des Vers et le Dieu
de la Medecine; c'est ce qu'il dit lui-même
dans Ovide , Liv. 1. de ses Métam.
Per me concordant carmina nervis . . ....
Inventum Medicina meum est , opiferque per
orbem ,
Dicor , et herbarum est subjecta potentia nobis.
Par M. Cocquard , Avocat au Parlement
de Dijon .
Envoyez à M. le Président Bouhier ,
de l'Académie Françoise ,
Le jour de sa Fête.
Illustre Favori de Thémis et des Muses ,
Cher Bouhier , reçois mes excuses.
En ce jour solemnel , où chacun à l'envi ,
S'empresse à t'aller rendre hommage ,
Purgon , qui sous ses loix tient mon corps asservi ,
Me prive de cet avantage.
Encor si dans ces Vers , pour bien peindre à tes
yeux ,
Les.
MAY. 1731. 1199
Les divers sentimens qu'ont fait naftre en mon
ame ,
Tes talens , tes vertus , ton accueil gracieux ,
Apollon m'inspiroit sa poëtique flâme !
Mais par un sort fatal en lui ,
Au lieu du Dieu des Vers, qui souvent me domine,
Je ne puis trouver aujourd'hui ,
Que le Dieu de la Medecine. (A)
Je croyois du moins qu'à mon gré ,
Je pourrois recourir aux richesses de Flore ;
Mais ce matin Zéphire ayant peu soupiré ,
Et l'Aurore encor moins pleuré ,
Ils n'ont dans nos Jardins presque rien fait éclore;
Et l'on n'a pupar-tout cueillir que quelques Acurs,
Peu dignes d'être entrelacées ,
Parmi celles que les neuf Soeurs ,
Sur ta tête Sçavante avec art ont placées.
(a) Apollon est le Dieu des Vers et le Dieu
de la Medecine; c'est ce qu'il dit lui-même
dans Ovide , Liv. 1. de ses Métam.
Per me concordant carmina nervis . . ....
Inventum Medicina meum est , opiferque per
orbem ,
Dicor , et herbarum est subjecta potentia nobis.
Par M. Cocquard , Avocat au Parlement
de Dijon .
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Résumé : VERS Envoyez à M. le Président Bouhier, de l'Académie Françoise, le jour de sa Fête.
Monsieur Cocquard, avocat au Parlement de Dijon, adresse une lettre à Monsieur le Président Bouhier, membre de l'Académie Française, pour sa fête. Il s'excuse de ne pouvoir lui rendre hommage en personne en raison de son médecin, Purgon, qui le retient. Cocquard souhaite néanmoins célébrer les talents, les vertus et l'accueil gracieux de Bouhier. Il regrette de ne pas être inspiré par Apollon, le dieu des vers, mais plutôt par le dieu de la médecine. Il mentionne l'impossibilité de cueillir des fleurs pour orner son hommage, ne trouvant que quelques acorus indignes. Selon Ovide, Apollon est à la fois le dieu des vers et de la médecine.
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6
p. 2179-2183
LETTRE écrite de Dijon, à M. de T... sur le Cabinet de Médailles des RR. PP. Jesuites de Tournon.
Début :
MONSIEUR, Vou[s] auriez pû vous mieux adresser pour avoir l'analyse [...]
Mots clefs :
Médailles, Jésuites, Cabinet, Tournon, Revers, Bronze, Médaillon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Dijon, à M. de T... sur le Cabinet de Médailles des RR. PP. Jesuites de Tournon.
LETTRE écrite de Dijon , à M. de
T... sur le Cabinet de Médailles des
RR. PP. Jesuites de Tournon.
MONSIEUR,
Vou auriez pû vous mieux adresser
pour avoir l'analyse des singularitez du
Médailler des P P. Jesuites de Tournon
dont on a depuis peu fait imprimer le
Catalogue à Avignon . Je n'ai eu ce Livre
que bien peu de temps
à ma disposition
, M. R. D. L. qui l'avoit apporté
de Paris , n'ayant fait ici qu'un
très petit séjour. Il auroit fallu n'être
pas si pressé pour examiner toutes les
karetez de ce Cabinet. Ce fut beaucoup
pour moi d'en remarquer une partie et
d'en faire à la hâte un Memoire. Ressouvenez-
vous- en bien , je vous prie , pour
que vous m'épargniez les justes reproches
que vous faites à ces demi - Sçavans
qui ont voulu vous faire connoître ce Médailler.
Vous ne trouverez pas du moins
dans mon Extrait ces grandes phrases
qui ne signifient rien , et qui laissent le
Lecteur aussipeu instruit qu'il l'étoit aųparavant.
Dans
2180 MERCURE DE FRANCE
Dans le Cabinet des Jesuites de Tournon
, il y a differentes suites de Médail
les ; 1 ° . de Rois , 2 ° . de Peuples et dé
Villes ; 3 ° . de Familles Romaines' ; 4º . de
l'As et de ses divisions ; 5. des Empereurs
Romains en or ; 6 ° . en argent ; 7 .
en grand ; 8 ° . moyen ; 9. et petit bronze
; 10° . de Medailles et de Monnoyes
modernes ; 11 ° . de Médailles contrefaites;
12 ° . de Pierres gravées , des Statuës , des
Urnes , &c. Il paroît qu'on ne s'est atë
taché à enrichir que les suites Imperiales
de bronze ; les autres , excepté celle
qui est en argent , sont peu nombreuses.
Dans le petit nombre on remarque cependant
des Médailles peu communes ;
il
y en a même qui n'ont pas été connues
jusques ici par les Antiquaires , et
qu'on peut avec eux appeller uniques.
Mon Mémoire me fournit une partie de
celles qui me parurent de ce genre dans
ce Cabinet. Peut-être vous feront- elles
naître le dessein de l'acheter ; on dit que
les Jésuites de Tournon veulent le vendre
pour rétablir leur Bibliotheque.
Une Chevre d'Afrique au Revers
ΠΤΟΛΕΜΑΙΟΥ ΒΑΣΙΛΕΩΣ , Une Aigle
tenant la foudre dans ses serres Æ. III.
La tête de Diane. ( BAZIAEQE DINTIAZ.
Un Sanglier. A II .
A
La
OCTOBRE . 1733. 2181 .
La tête d'Anthiochus , ornée d'un Diademe,
Ο ΒΑΣΙΛΕΩΣ ΑΝΤΙΟΚΟΥ ΕΠΙ-
ΦΑΝΟΥΣ ΦΙΛΟΠΑΤΟΡΟΣ ΚΑΛΛΙΝΙΚΟΣ.
Une Victoire . Æ. 111.
Deux Médailles d'Homere.
La tête de Rome. ROMA RESTITVTA. X
Jupiter assis , la Foud e à la main : jv-
PITER LIBERATOR . Arg.
·
Parmi les Médailles Imperiales de
grand Bronze , une Contorniate d'Auguste
au revers de C. GALLVS
IIIVIRAA AFF ; dans le Champ, S. C.
Un Tibere , deux Vitellius , deux Antinous
, un Médaillon d'Aelius Caesar ,
au revers de la Concorde assise Con-
CORD . TR. POT. cos. 11. Un Antonin Pie,
qui a pour revers le Sphinx et l't poque
L. B. Un autre : EПI APXONTOC KA
ΕΝΤΙΛΙΟΥ ΧΥΖΙ ΝΕΩΚΟΡΩΝ , avec un
Temple. Pertinax , les deux Gordiens
Afriquains , un Médaillon de Gordien
Pie : L'Empereur avec Tranquilline , se
donnent la main , avec la Legende de
ΓΑΡ ΟΥ ΜΗΤΡΟΠΟΛΕΩΣ ΑΜΚ ΙΒ .
Trajan Dece au revers , LIBERTAS AVG La
ête de Q. Herennius : EPENN . ETPOYC .
MEC . AEKIOC KTINTOC KECAP ; au
vers , celle d'Hostilien ... OCTIAIAOC
KYINTOC KECAP . Deux Æmiliens.
Gallien au revers de AEQUITAS AVGG.
Un
2182 MERCURE DE FRANCE
Un autre : COL. TYRO . MET. Une Aigle
avec une Enseigne Militaire , dens laquelle
on lit ces mots : LEG. III. GAL.
Un Médaillon du même Prince : CONCORDIA
EXERCIT. La Déesse debout ,
avec une Patere à la main.
Dans le moyen Bronze , j'ai remarqué
un Othon , avec le revers d'une Tête
casquée , et l'Inscription POMH Vitellius
: IMP. VITEL. dans une contremarque
sans autre Legende 5 au revers : TPI-
ΠΟΛΕΙΤΩΝ. Les têtes accolées de Castor
et de Pollux . Hadrien : EITI COCOENOYC
APX. T. TIBEPIOHOA. Jupiter tenant
une Patere. M. Aurele : CONG. AVG. III,
TR.P. XX . IMP. 111. COS. 111. La Liberalité
debout ; elle tient une Tablette.
Un autre : MARTI VICTORI IM P. XI.
cos. 111. Le Dieu Mars , avec une Haste
et un Bouclier, Severe Alexandre : COL.
AVR. PIA. METR. SIO. au milieu d'une
Couronne, Gallien au revers de Salonine
et de Salonin. Diocletien avec cette Legende
: D. N. DIOCLETIANO AETER.
AVG. Val. Maximien : CONCORDIA FELIX
D D. N N. Val. Constantius : FORTVNAE
REDVCI AVGG NN. Deux autres Maximiens
: IMP. MAXIMIANVS JVN. AVG.
Maxence : SALVIS AVGG. Et Caess. FEL.
KART. Constantin : CONCORDIA PERPET.
DD.
NO
OCTOB
R E. 1733. 2183
Ci
DD. NN. Un autre : GENIO CAESARIS ,
un autre : TEMPORVM FELICITAS.
,
Dispensez moi , Monsieur , de m'étendre
davantage sur ces Médailles du
bas Empire. Les suites de moyen et de
petit Bronze de ces temps- là , sont trèsriches
par les têtes des Princes et par les
revers qu'elles contiennent . La plupart
sont rapportées dans le Numm sæculi
Constantiniani du P. Hardoüin , et par
le P. Bandury avec l'Etiquette , E.
Schedis D. Roman de Rives. Cet Abbé ,
à ce que m'a dit un de ses amis , a
vú plus d'une fois avec admiration ce
Cabinet. Sur l'avis qu'on en trouvoit le
Catalogue chez Bousquet , Libraire à
Geneve , j'ai pris des mesures pour en
faire venir deux Exemplaires ; il y en
aura un pour vous . La lecture que Vous
en ferez , sera plus agréable pour vous
que celle de ma Lettre. Je suis , & c.
T... sur le Cabinet de Médailles des
RR. PP. Jesuites de Tournon.
MONSIEUR,
Vou auriez pû vous mieux adresser
pour avoir l'analyse des singularitez du
Médailler des P P. Jesuites de Tournon
dont on a depuis peu fait imprimer le
Catalogue à Avignon . Je n'ai eu ce Livre
que bien peu de temps
à ma disposition
, M. R. D. L. qui l'avoit apporté
de Paris , n'ayant fait ici qu'un
très petit séjour. Il auroit fallu n'être
pas si pressé pour examiner toutes les
karetez de ce Cabinet. Ce fut beaucoup
pour moi d'en remarquer une partie et
d'en faire à la hâte un Memoire. Ressouvenez-
vous- en bien , je vous prie , pour
que vous m'épargniez les justes reproches
que vous faites à ces demi - Sçavans
qui ont voulu vous faire connoître ce Médailler.
Vous ne trouverez pas du moins
dans mon Extrait ces grandes phrases
qui ne signifient rien , et qui laissent le
Lecteur aussipeu instruit qu'il l'étoit aųparavant.
Dans
2180 MERCURE DE FRANCE
Dans le Cabinet des Jesuites de Tournon
, il y a differentes suites de Médail
les ; 1 ° . de Rois , 2 ° . de Peuples et dé
Villes ; 3 ° . de Familles Romaines' ; 4º . de
l'As et de ses divisions ; 5. des Empereurs
Romains en or ; 6 ° . en argent ; 7 .
en grand ; 8 ° . moyen ; 9. et petit bronze
; 10° . de Medailles et de Monnoyes
modernes ; 11 ° . de Médailles contrefaites;
12 ° . de Pierres gravées , des Statuës , des
Urnes , &c. Il paroît qu'on ne s'est atë
taché à enrichir que les suites Imperiales
de bronze ; les autres , excepté celle
qui est en argent , sont peu nombreuses.
Dans le petit nombre on remarque cependant
des Médailles peu communes ;
il
y en a même qui n'ont pas été connues
jusques ici par les Antiquaires , et
qu'on peut avec eux appeller uniques.
Mon Mémoire me fournit une partie de
celles qui me parurent de ce genre dans
ce Cabinet. Peut-être vous feront- elles
naître le dessein de l'acheter ; on dit que
les Jésuites de Tournon veulent le vendre
pour rétablir leur Bibliotheque.
Une Chevre d'Afrique au Revers
ΠΤΟΛΕΜΑΙΟΥ ΒΑΣΙΛΕΩΣ , Une Aigle
tenant la foudre dans ses serres Æ. III.
La tête de Diane. ( BAZIAEQE DINTIAZ.
Un Sanglier. A II .
A
La
OCTOBRE . 1733. 2181 .
La tête d'Anthiochus , ornée d'un Diademe,
Ο ΒΑΣΙΛΕΩΣ ΑΝΤΙΟΚΟΥ ΕΠΙ-
ΦΑΝΟΥΣ ΦΙΛΟΠΑΤΟΡΟΣ ΚΑΛΛΙΝΙΚΟΣ.
Une Victoire . Æ. 111.
Deux Médailles d'Homere.
La tête de Rome. ROMA RESTITVTA. X
Jupiter assis , la Foud e à la main : jv-
PITER LIBERATOR . Arg.
·
Parmi les Médailles Imperiales de
grand Bronze , une Contorniate d'Auguste
au revers de C. GALLVS
IIIVIRAA AFF ; dans le Champ, S. C.
Un Tibere , deux Vitellius , deux Antinous
, un Médaillon d'Aelius Caesar ,
au revers de la Concorde assise Con-
CORD . TR. POT. cos. 11. Un Antonin Pie,
qui a pour revers le Sphinx et l't poque
L. B. Un autre : EПI APXONTOC KA
ΕΝΤΙΛΙΟΥ ΧΥΖΙ ΝΕΩΚΟΡΩΝ , avec un
Temple. Pertinax , les deux Gordiens
Afriquains , un Médaillon de Gordien
Pie : L'Empereur avec Tranquilline , se
donnent la main , avec la Legende de
ΓΑΡ ΟΥ ΜΗΤΡΟΠΟΛΕΩΣ ΑΜΚ ΙΒ .
Trajan Dece au revers , LIBERTAS AVG La
ête de Q. Herennius : EPENN . ETPOYC .
MEC . AEKIOC KTINTOC KECAP ; au
vers , celle d'Hostilien ... OCTIAIAOC
KYINTOC KECAP . Deux Æmiliens.
Gallien au revers de AEQUITAS AVGG.
Un
2182 MERCURE DE FRANCE
Un autre : COL. TYRO . MET. Une Aigle
avec une Enseigne Militaire , dens laquelle
on lit ces mots : LEG. III. GAL.
Un Médaillon du même Prince : CONCORDIA
EXERCIT. La Déesse debout ,
avec une Patere à la main.
Dans le moyen Bronze , j'ai remarqué
un Othon , avec le revers d'une Tête
casquée , et l'Inscription POMH Vitellius
: IMP. VITEL. dans une contremarque
sans autre Legende 5 au revers : TPI-
ΠΟΛΕΙΤΩΝ. Les têtes accolées de Castor
et de Pollux . Hadrien : EITI COCOENOYC
APX. T. TIBEPIOHOA. Jupiter tenant
une Patere. M. Aurele : CONG. AVG. III,
TR.P. XX . IMP. 111. COS. 111. La Liberalité
debout ; elle tient une Tablette.
Un autre : MARTI VICTORI IM P. XI.
cos. 111. Le Dieu Mars , avec une Haste
et un Bouclier, Severe Alexandre : COL.
AVR. PIA. METR. SIO. au milieu d'une
Couronne, Gallien au revers de Salonine
et de Salonin. Diocletien avec cette Legende
: D. N. DIOCLETIANO AETER.
AVG. Val. Maximien : CONCORDIA FELIX
D D. N N. Val. Constantius : FORTVNAE
REDVCI AVGG NN. Deux autres Maximiens
: IMP. MAXIMIANVS JVN. AVG.
Maxence : SALVIS AVGG. Et Caess. FEL.
KART. Constantin : CONCORDIA PERPET.
DD.
NO
OCTOB
R E. 1733. 2183
Ci
DD. NN. Un autre : GENIO CAESARIS ,
un autre : TEMPORVM FELICITAS.
,
Dispensez moi , Monsieur , de m'étendre
davantage sur ces Médailles du
bas Empire. Les suites de moyen et de
petit Bronze de ces temps- là , sont trèsriches
par les têtes des Princes et par les
revers qu'elles contiennent . La plupart
sont rapportées dans le Numm sæculi
Constantiniani du P. Hardoüin , et par
le P. Bandury avec l'Etiquette , E.
Schedis D. Roman de Rives. Cet Abbé ,
à ce que m'a dit un de ses amis , a
vú plus d'une fois avec admiration ce
Cabinet. Sur l'avis qu'on en trouvoit le
Catalogue chez Bousquet , Libraire à
Geneve , j'ai pris des mesures pour en
faire venir deux Exemplaires ; il y en
aura un pour vous . La lecture que Vous
en ferez , sera plus agréable pour vous
que celle de ma Lettre. Je suis , & c.
Fermer
Résumé : LETTRE écrite de Dijon, à M. de T... sur le Cabinet de Médailles des RR. PP. Jesuites de Tournon.
La lettre, rédigée à Dijon, s'adresse à M. de T... et présente une analyse du Cabinet de Médailles des Jésuites de Tournon. L'auteur exprime son regret de n'avoir eu que peu de temps pour examiner le catalogue, récemment imprimé à Avignon. Il décrit diverses collections de médailles présentes dans le cabinet, incluant des séries de rois, de peuples et de villes, de familles romaines, de l'as et de ses divisions, ainsi que des médailles d'empereurs romains en or, argent et bronze. Le cabinet comprend également des médailles modernes et contrefaites. Certaines pièces sont particulièrement rares et uniques, jamais décrites par les antiquaires. L'auteur mentionne la présence de pierres gravées, statues et urnes. Parmi les médailles spécifiques notées figurent celles de Ptolémée, Antiochus, Homère, et plusieurs empereurs romains. Le cabinet possède aussi des médailles impériales de grand bronze, incluant des contorniates d'Auguste et des pièces de Tibère, Vitellius, Antonin le Pieux, et d'autres empereurs. L'auteur suggère que les Jésuites de Tournon envisagent de vendre le cabinet pour rétablir leur bibliothèque. Il conclut en précisant qu'il a commandé des exemplaires du catalogue pour M. de T... et pour lui-même.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
7
p. 1936-1948
LA SUPERIORITÉ des Dames sur les Hommes. Extrait d'un Discours de M. La Coste, le Cadet.
Début :
Si les Hommes paroissent quelquefois injustes dans leurs décisions, c'est, surtout, [...]
Mots clefs :
Dames, Hommes, Esprit, Homme, Sexe, Femme, Femmes, Nature, Raison, Supériorité, Monde, Tous les jours, Éducation, Art, Conversation, Défendre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA SUPERIORITÉ des Dames sur les Hommes. Extrait d'un Discours de M. La Coste, le Cadet.
LA SUPERIORITE' des Dames fur
les Hommes. Extrait d'un Difcours de
M. La Cofte , le Cadet.
Hommes paroiffent quelquefois
Sinjuftes dans leurs décifions , c'eft , furtout
, à l'égard des Dames. La Nature ayant
donné aux premiers un corps plus robufte ,
ils ont crû que la raifon du plus fort étoit
la meilleure : convaincus de la Superiorité
d'un Sexe qu'ils eftimoiert hier , qu'ils mépriſent
aujourd'hui , & qu'ils adorent tous
les jours , ils ont voulu , pour autorifer
leurs caprices , obtenir de la force , ce que
le mérite leur refufoit. Fiers du Defpotifme
qu'ils ont ufurpé , ils s'imaginent que les
Dames doivent foufcrire à des Loix , où jamais
elles n'ont eu de
•
part.
,
Quoique le préjugé & la mode me foyent
favorables , la vérité m'excite à prendre la
défenſe d'un Sexe , qui fe feroit déja juſtifié
, fi nous n'avions eû foin d'écarter de fon
éducation l'Art d'écrire. Il falloit en venir
là. En effet , il auroit bien - tôt recouvré la
place qui lui avoit été marquée par la Sageffe
, mais dont nous l'avons chaffé , fi on
lui avoit enfeigné l'Art de fe défendre
com-
1
SEPTEMBRE . 1744 . 1937
comme on nous a inftruit dans la maniere
de l'attaquer.
Nous ne pouvons afpirer à la Superiorité
fur les Dames , que par l'Efprit & par le
Coeur. La force eft étrangere au mérite ,
parce qu'elle ne dépend pas de nous . D'ailleurs
, la Beauté étant le partage des Dames ,
& l'écueil où vient échouer tous les jours
l'orgueil de l'Homme , nous n'avons jufqu'ici
aucun reproche à leur faire. Au contraire
, fi moins robuftes que nous , elles ont
pris un afcendant fur notre fexe , cela caracteriſe
allés notre foibleffe .
Je vais donc tâcher d'établir que les Da
mes ont beaucoup plus d'Efprit , & les fentimens
plus nobles que les Hommes. Ces
deux Propofitions feront l'economie de ce
Difcours. Je ne me fervirai que du Raiſonnement
, laiffant la pitié à l'écart ; le coupable
l'employe comme le jufte , & ce feroit
deshonorer l'innocent que de le juftifier
par des moyens qui lui feroient communs
avec le criminel . D'ailleurs , l'Homme eſt
trop endurci fur ce point , pour ſe laiffer
fléchir ; heureux fi la Raifon peut encore ſe
faire entendre , & fi on ne l'étouffe pas ,
avant qu'elle prenne la parole !
- PREMIERE PARTIE.
Une Perfonne qui a l'imagination vive ,
A v les
1938 MERCURE DE FRANCE.
les penfées fines , les expreffions naturelles ,
polies & délicates , peut paffer pour avoir
de l'Efprit. La Science , l'Erudition , la Litterature
s'acquierent avec le tems . Il ne faut
pas beaucoup de génie , pour être Jurifconfulte
, encore moins , pour fçavoir l'Hiſtoire
, & peut- être point du tout , pour devenir
grand Géométre . L'Etude eft la Mere
des Connoiffances. On pourroit même penfer
de quelques Sçavans, ce que difoit Scarron
des Sots , qu'ils mourront fans rendre
l'efprit .
Qu'est- ce qu'Efprit ? Raiſon aſſaiſonnée.
Efprit fans fel eft fade nourriture ;
Sel fans Raifon eft folide pâture ;
De tous les deux fe forme Eſprit parfait ,
De l'un fans l'autre un Monftre contrefait.
Or , 1. il n'eft pas douteux que les Dames
n'ayent beaucoup plus de fel & de prudence
que les Hommes. Ayant les fibres plus
déliées , elles doivent avoir les faillies plus
agréables que nous . Auffi voit- on tous les
jours que les Hommes ne fçavent ce qu'on
appelle bien vivre , que lorfque les Dames
s'en font mêlées. Le Monde eft une Ecole
où l'on apprend à faire ufage de ce que l'on
a vû dans les Livres ; cependant , fans les
Dames,où en feroient la plupart de nos Sçavans
,
SEPTEMBRE. 1744. 1939
" vans , renfermés dans leur mifantropie
n'ayant pour régle que leurs caprices ? On
les verroit comme les anciens Humains
Errants au gré de la Nature ,
Avec les Ours difputer la pâture .
Leur génie qui , felon S. Evremond , eſt
ennuyeux & péfant , connoîtroit-il ce que
c'eft que l'Amitié , la Douceur , la Politeffe ?
L'Homme , né pour la Société , l'éviteroit
comme fa perte , fi fes bizarreries n'étoient
temperées par les manieres gracieufes d'un
objet qu'il croit inférieur à lui . 11 ne frequenteroit
point fes pareils , ou bien - tôt le
flambeau de la Difcorde romproit une union ,
qui ne peut être bien cimentée que par le
Commerce des Dames..
A peine un jeune Homme a-t'il du monde
, qu'il s'imagine s'acquerir l'eftime du
Public , en déchirant un Sexe qui l'a formé.
D'autres accufent les Dames d'être comme
imbecilles , parce qu'elles ne font ni impies
, ni dépourvûës de fens commun ; ces
traits partent des prétendus efprits forts.
Les Dames , accoûtumées à parler d'un air
poli , ingénieufes à relever leurs penfées par
des expreffions vives , s'abftiennent avec
foin de ces termes équivoques , de ces paroles
groffieres , dont fe fervent nos jeunes
Libertins. La modeftie des Dames , loin de
A vj
les
1940 MERCURE DE FRANCE.
les juftifier , paroît un crime. Elles font açcufées
de n'avoir point d'efprit par ceux ,
qui n'en ayant pas
affés pour
voir qu'ils en
manquent , ne font pas Juges compétens en
pareille matiere.
Si l'Esprit doit briller quelque part , c'eſt
fans doute dans la converfation . Les entretiens
familiers , quoiqu'ils ne doivent pas
occuper toute notre vie , fervent beaucoup
à maintenir la Société. En effet , la converfation
, comme le remarque Balzac , a du
rapport au Gouvernement Populaire ; chacun
y a droit de fuffrages ; tous y jouiffent
de la liberté. On peut dire avec S. Evremont
, que fi l'Etude augmente les talens de
la Nature , c'eſt la converfation qui les met
en oeuvre & qui les perfectionne.
Combien d'avantages les Dames n'ontelles
pas fur nous dans ce lien de la Société ?
Avec quelle énergie leurs Efprits fe communiquent-
ils leurs penfées ? Avec quelles graces
leurs coeurs expriment- ils leurs mouvemens
? Les Doctes n'avancent rien qui ne
foit étudié ; les Ignorans difent tout au hazard
; l'Efprit & la Nature parlent avec les
Dames .
C'eſt peu d'être agréable & charmant dans un Livre;
Il faut fçavoir encor & converfer & vivre.
Auffi , pour fuivre le Précepte de Boileau,
Legifte ,
SEPTEMBRE. 1744. 1941
Legifte , Cadet , Moufquetaire , Robin , tout
vient à l'Ecole des Dames. Ciceron avouë
que , quoiqu'il eût étudié l'Eloquence fous
Molon , la Poëfie fous Archias , la Jurifprudence
fous Scævola , que quoiqu'il eut
eû pour Maîtres de Philofophie Phédre ,
Philon & Diodore le Stoicien , il eft en partie
redevable de fon fuccès dans l'Art oratoire
au Commerce qu'il a eû avec la Mere
de Gracchus , la fille de Caïus , l'Epoufe de
Craffus , & les deux Licinies.
N'est- ce pas manquer de prudence , que
de faire profeffion de ne point eftimer les
Dames , quand on fent qu'on peut les aimer?
Auffi arrive-t'il fouvent qu'on eft puni de
fon imprudence. Les Dames font ignorantes
pour la plûpart ; je l'avouë ; mais , injuftes
que nous fommes , n'avons- nous pas
eû foin d'éloigner de leur éducation les
Maîtres , qui auroient pû leur donner les
lumieres que nous avons acquifes ? Nous
avons borné leur Science à être belles ; l'Etude
nous les rendroit infupportables .
>
Il s'eft cependant trouvé des Dames , qui
ont percé l'obscurité des ténébres dont
nous avions eû foin de les envelopper.
Quelle Erudition dans une Chriftine ! Quelle
délicateffe dans les Poëfies d'une Deshoulieres
& d'une Villedieu ! Quelle legereté dans
la plume d'une la Suze , d'une Scudery !
1
20%
1942 MERCURE DE FRANCE.
2º. Une des preuves les plus convaincantes
de l'Eſprit des Dames ,
c'est que dépourvûës
de la force & de la Science , avec
ces Braffelets , ces Coëffures , ces Coliers ,
ces foibles armes que nous méprifons , elles
enchaînent les plus redoutables Guerriers ,
ces Hommes dont le bras étoit invaincu
& dont le coeur eut été invincible , s'il n'y
eut point eû de femmes. Le Philofophe s'at
tendrit ; la Raifon s'égare , elle autorife fouvent
une Paffion qu'elle condamnoit , avant
que de la connoître .
Si nous aimons les Femmes avec leurs dé
fauts , fi la Coquetterie même n'eſt pas un
antitode fouverain contre nos foibleffes
ou il y a dans le Sexe quelque chofe de fupérieur
, qui nous attire , ou les plus honteufes
Paffions nous dominent . De quelque
côté que l'Homme fe tourne , il trouvera
dans ce Dilemme une preuve de fon infériorité.
D'ailleurs , il eft sûr que les Dames ont
naturellement plus de retenuë que les Hommes
; fi donc nous rampons devant celles
qui ont perdu ce caractere pour mener une
vie licentieufe , à plus forte raiſon devonsnous
fléchir le genou devant celles , qui joignent
aux dons de la Nature une Vertu à
toute épreuve. Le contraire , dit- on , arrive
jourSEPTEMBRE.
1744. 1943
journellement ; je l'avoue , & c'eft en cela
que nous faifons paroître moins d'Efprit &
de Raifon que le beau Sexe . Les Hommes
préférent les Concubines à des femmes reſpectables
; les Dames préférent les Hommes
vertueux aux débauchés , quelle difference
de goût !
Une troifiéme preuve de l'Efprit des Dames
, c'eft que , plus foibles que nous , elles
viennent plûtôt à bout de leurs entrepriſes.
Sçais- tu bien ce que peut une femme en fureur è
S'écrie l'expérience avec Corneille ; auffi
lorfque la Confidente de Medée lui dit :
Votre Pays vous hait ; votre Epoux eft fans foi
Dans ce revers fatal que vous refte- t'il ?
Medée répond :
Moi.
Quel reffort , quelle adreffe dans une
Femme qui aime !
Thefée eut été immolé aux Manes d'Andragée,
fans le fecours d'Ariane , & s'il fortit
du Labyrinthe , c'eft que cette Princeſſe
lui confeilla d'attacher un fil dès l'entrée ,
qui le conduifit dans tous les détours & le
reconduifit ,
Un
1944 MERCURE DE FRANCE .
Un jeune Homme , magnifique au dehors,
petit en lui-même , extravagant par tout ,
refufera dans fes fottes décifions la Superiorité
aux Dames pour l'Efprit , mais s'il eft
encore capable de refléxions , il embraffera
le fentiment contraire ; ce n'eft pas à dire
qu'il n'en eft point qui n'en foient dépourvues
, mais en général les Dames ont plus
de faillies , & en même-tems plus de retenuë
, plus de prudence que les Hommes.
Parce que dans une Ville il fe trouvera peutêtre
vingt Femmes , qui n'auront jamais
penfé délicatement , il ne faut pas que l'affront
rejailliffe fur tout le Sexe.
SECONDE PARTIE.
Doit- on refufer le Courage aux Dames ?
Non fans doute. Sémiramis ajoûta aux Conquêtes
de Ninus la Lybie , la Perfe , l'Egypte
; elle recula les Frontieres de fon Empire
jufqu'à l'Inde. Babylone lui dût fes Jardins
admirables & en quelque façon fufpendus ,
la triple enceinte de fes Murs , ces fameufes
Tours , qui l'emportoient fur celle de Ninive
, & les so Portes d'Airain maffif. La fier-
50
témodefte de Syfigambis rendit refpectueux
le redoutable vainqueur de Darius. Avec
quel courage Polixéne brava- t'elle la fureur
du
SEPTEMBRE. 1744. 1945
du fils d'Achille , qui l'immola aux Mânes
de fon Pere ! L'intrépide Judith , en abattant
la tête coupable d'Holopherne , délivra
Béthulie , que le Général Affyrien , envoyé
par Nabuchodonofor , tenoit affiégée . Le
corps enfanglanté de Lucrece chaffa les Tarquins
de Rome , & cette Dame violée , en
fe donnant la mort , affranchit fa Patrie de
l'esclavage où l'avoient tenu ſept Rois confécutifs
. Coriolan , ayant battu plufieurs fois
les Romains , alloit réduire leur Capitale
en cendres , fi fa Mere n'eût parlé. Elle
adoucit l'humeur de fon fils ; le vainqueur
admire fon courage ; Rome eft délivrée , &
les Volfques fe retirent. Paroiffez Illuftre
Matrone , qui dans une pareille conjoncture,
fauvâtes votre Patrie, en parlant en Mere
courroucée à votre fils rebelle . Dans peu
fe feroit emparé de Babylone , fi Balthazar
eût hérité de la grandeur d'Ame de Nitocris
?
il
J'avoue que les Dames n'étant pas dans
l'ufage d'aller à la guerre , leurs exploits
font plus rares , mais fi les Hommes font
chargés du foin de défendre les Etats , ce
font eux qui les ont troublés. L'ambition
de vaincre fes pareils , eft le partage des Héros.
Les femmes s'attachent à donner de l'éducation
à leurs enfans , à entretenir la paix
dans
1946 MERCURE DE FRANCE.
dans leur famille , voilà où fe borne leur
ambition. Le tumulte des affaires , l'horreur
que les armes entraînent après elles , ne troublent
point leur vie paifible, mais auffi lorfqu'elles
font forcées à fe défendre , quelle
intrépidité ! Sans aller chercher dans l'Hiftoire
ces Illuftres Héroïnes , qui de leurs
cheveux firent des cordes pour les Machines
de guerre , confultons l'expérience . Repréfentons-
nous ces Meres furieufes , arrachant
leurs filles tremblantes des mains effrenées
d'un Soldat qui s'eft emparé d'une
Ville , & c.
La véritable grandeur d'Ame confifte à
vaincre fes Paflions , à triompher du vice ,
à remplir les devoirs de l'Amitié , à pratiquer
les Vertus Morales ; on accorde auffi
aux Dames , avec l'Eglife , la Dévotion .
Rien n'eft d'ailleurs plus héroïque que la
fidélité dont fe pique une Dame de 15 à
20 ans , envers un Mari plus que fexagenaire.
La choſe arrive cependant tous les jours.
L'intérêt eft ordinairement l'origine & la
baze de la fidélité dans les Hommes. Maffiniffa
, vaincu par les charmes de l'Epouſe
de Syphax , auroit peut-être toujours aimé
Sophoniſbe , fi l'intérêt n'eût agi fur lui .
Allié des Romains , il leur immola le foir
de fes nôces cette Princeffe Africaine.
Les
SEPTEMBRE. 1744. 1947
Les femmes ont naturellement le coeur
plus tendre que nous. Nul objet férieux ne
les attache , auffi rempliffent- elles , mieux que
les hommes , les devoirs de l'Amitié . Ce
fuperbe Monument , qu'érigea Artemife en
l'honneur de fon cher Maufole , ne fubfifte
plus , quoiqu'il fût une des fept Merveilles
du Monde , mais la tendreffe de cette Reine
de Carie a bravé les injures du tems , & nous
a mieux fait connoître le Roi , fon Epoux
que l'Eloquence d'Ifocrate & de Théopompe.
Toutes les Dames font bien aifes de plaire,
mais c'eſt un effet de l'amour propre, auquel
les hommes font moins fujets , parce
qu'ils ont plus d'occupations.
On n'a peut-être jamais vû de femme qui
fe foit glorifiée du titre d'Athée ou de Déifte
, tandis qu'on voit de jeunes Gens , encore
couverts de la pouffiere des Bancs , qui
donnent dans ces abominables Principes.
་
Les Dames ont ordinairement plus de
foin de l'honneur de leurs Maris , que les
Hommes n'en ont de celui de leurs Epouſes.
Elles s'efforcent de fe cacher à elles- mêmes
leurs défauts , qu'elles dérobent aux yeux
du Public. Un Jaloux inftruit tout le monde
de fes foupçons mal fondés ; il s'expofe
par- là à la rifée publique; fa femme , dit- on,
en eft la caufe ; fuppofons un inftant qu'elle
1948 MERCURE DE FRANCE.
sûr ,
le fût coquette ; l'Homme , à coup
manque plus fouvent à fes engagemens que
la Femme , Quelle Loi lui accorde ce Privilége
?
Enfin il s'écoula fept cent ans , fans qu'au
cune Femme de l'Ile de Chio eût donné le
moindre foupçon fur fa vertu . Les Matrônes
Grecques poufferent fi loin la fageffe & la
chafteté , que Pétrone , n'en trouvant aucune
à qui il pût reprocher quelque incontinence
, fut forcé d'inventer l'Hiftoire de
la Matrône d'Ephéfe . Je ferois infini , fi
j'entreprenois de rapporter ici tout ce qui
peut entrer dans la défenſe des Dames , que
je crois , en général , fupérieures aux Hommes.
A Dijon le 6 Juin 1744.
les Hommes. Extrait d'un Difcours de
M. La Cofte , le Cadet.
Hommes paroiffent quelquefois
Sinjuftes dans leurs décifions , c'eft , furtout
, à l'égard des Dames. La Nature ayant
donné aux premiers un corps plus robufte ,
ils ont crû que la raifon du plus fort étoit
la meilleure : convaincus de la Superiorité
d'un Sexe qu'ils eftimoiert hier , qu'ils mépriſent
aujourd'hui , & qu'ils adorent tous
les jours , ils ont voulu , pour autorifer
leurs caprices , obtenir de la force , ce que
le mérite leur refufoit. Fiers du Defpotifme
qu'ils ont ufurpé , ils s'imaginent que les
Dames doivent foufcrire à des Loix , où jamais
elles n'ont eu de
•
part.
,
Quoique le préjugé & la mode me foyent
favorables , la vérité m'excite à prendre la
défenſe d'un Sexe , qui fe feroit déja juſtifié
, fi nous n'avions eû foin d'écarter de fon
éducation l'Art d'écrire. Il falloit en venir
là. En effet , il auroit bien - tôt recouvré la
place qui lui avoit été marquée par la Sageffe
, mais dont nous l'avons chaffé , fi on
lui avoit enfeigné l'Art de fe défendre
com-
1
SEPTEMBRE . 1744 . 1937
comme on nous a inftruit dans la maniere
de l'attaquer.
Nous ne pouvons afpirer à la Superiorité
fur les Dames , que par l'Efprit & par le
Coeur. La force eft étrangere au mérite ,
parce qu'elle ne dépend pas de nous . D'ailleurs
, la Beauté étant le partage des Dames ,
& l'écueil où vient échouer tous les jours
l'orgueil de l'Homme , nous n'avons jufqu'ici
aucun reproche à leur faire. Au contraire
, fi moins robuftes que nous , elles ont
pris un afcendant fur notre fexe , cela caracteriſe
allés notre foibleffe .
Je vais donc tâcher d'établir que les Da
mes ont beaucoup plus d'Efprit , & les fentimens
plus nobles que les Hommes. Ces
deux Propofitions feront l'economie de ce
Difcours. Je ne me fervirai que du Raiſonnement
, laiffant la pitié à l'écart ; le coupable
l'employe comme le jufte , & ce feroit
deshonorer l'innocent que de le juftifier
par des moyens qui lui feroient communs
avec le criminel . D'ailleurs , l'Homme eſt
trop endurci fur ce point , pour ſe laiffer
fléchir ; heureux fi la Raifon peut encore ſe
faire entendre , & fi on ne l'étouffe pas ,
avant qu'elle prenne la parole !
- PREMIERE PARTIE.
Une Perfonne qui a l'imagination vive ,
A v les
1938 MERCURE DE FRANCE.
les penfées fines , les expreffions naturelles ,
polies & délicates , peut paffer pour avoir
de l'Efprit. La Science , l'Erudition , la Litterature
s'acquierent avec le tems . Il ne faut
pas beaucoup de génie , pour être Jurifconfulte
, encore moins , pour fçavoir l'Hiſtoire
, & peut- être point du tout , pour devenir
grand Géométre . L'Etude eft la Mere
des Connoiffances. On pourroit même penfer
de quelques Sçavans, ce que difoit Scarron
des Sots , qu'ils mourront fans rendre
l'efprit .
Qu'est- ce qu'Efprit ? Raiſon aſſaiſonnée.
Efprit fans fel eft fade nourriture ;
Sel fans Raifon eft folide pâture ;
De tous les deux fe forme Eſprit parfait ,
De l'un fans l'autre un Monftre contrefait.
Or , 1. il n'eft pas douteux que les Dames
n'ayent beaucoup plus de fel & de prudence
que les Hommes. Ayant les fibres plus
déliées , elles doivent avoir les faillies plus
agréables que nous . Auffi voit- on tous les
jours que les Hommes ne fçavent ce qu'on
appelle bien vivre , que lorfque les Dames
s'en font mêlées. Le Monde eft une Ecole
où l'on apprend à faire ufage de ce que l'on
a vû dans les Livres ; cependant , fans les
Dames,où en feroient la plupart de nos Sçavans
,
SEPTEMBRE. 1744. 1939
" vans , renfermés dans leur mifantropie
n'ayant pour régle que leurs caprices ? On
les verroit comme les anciens Humains
Errants au gré de la Nature ,
Avec les Ours difputer la pâture .
Leur génie qui , felon S. Evremond , eſt
ennuyeux & péfant , connoîtroit-il ce que
c'eft que l'Amitié , la Douceur , la Politeffe ?
L'Homme , né pour la Société , l'éviteroit
comme fa perte , fi fes bizarreries n'étoient
temperées par les manieres gracieufes d'un
objet qu'il croit inférieur à lui . 11 ne frequenteroit
point fes pareils , ou bien - tôt le
flambeau de la Difcorde romproit une union ,
qui ne peut être bien cimentée que par le
Commerce des Dames..
A peine un jeune Homme a-t'il du monde
, qu'il s'imagine s'acquerir l'eftime du
Public , en déchirant un Sexe qui l'a formé.
D'autres accufent les Dames d'être comme
imbecilles , parce qu'elles ne font ni impies
, ni dépourvûës de fens commun ; ces
traits partent des prétendus efprits forts.
Les Dames , accoûtumées à parler d'un air
poli , ingénieufes à relever leurs penfées par
des expreffions vives , s'abftiennent avec
foin de ces termes équivoques , de ces paroles
groffieres , dont fe fervent nos jeunes
Libertins. La modeftie des Dames , loin de
A vj
les
1940 MERCURE DE FRANCE.
les juftifier , paroît un crime. Elles font açcufées
de n'avoir point d'efprit par ceux ,
qui n'en ayant pas
affés pour
voir qu'ils en
manquent , ne font pas Juges compétens en
pareille matiere.
Si l'Esprit doit briller quelque part , c'eſt
fans doute dans la converfation . Les entretiens
familiers , quoiqu'ils ne doivent pas
occuper toute notre vie , fervent beaucoup
à maintenir la Société. En effet , la converfation
, comme le remarque Balzac , a du
rapport au Gouvernement Populaire ; chacun
y a droit de fuffrages ; tous y jouiffent
de la liberté. On peut dire avec S. Evremont
, que fi l'Etude augmente les talens de
la Nature , c'eſt la converfation qui les met
en oeuvre & qui les perfectionne.
Combien d'avantages les Dames n'ontelles
pas fur nous dans ce lien de la Société ?
Avec quelle énergie leurs Efprits fe communiquent-
ils leurs penfées ? Avec quelles graces
leurs coeurs expriment- ils leurs mouvemens
? Les Doctes n'avancent rien qui ne
foit étudié ; les Ignorans difent tout au hazard
; l'Efprit & la Nature parlent avec les
Dames .
C'eſt peu d'être agréable & charmant dans un Livre;
Il faut fçavoir encor & converfer & vivre.
Auffi , pour fuivre le Précepte de Boileau,
Legifte ,
SEPTEMBRE. 1744. 1941
Legifte , Cadet , Moufquetaire , Robin , tout
vient à l'Ecole des Dames. Ciceron avouë
que , quoiqu'il eût étudié l'Eloquence fous
Molon , la Poëfie fous Archias , la Jurifprudence
fous Scævola , que quoiqu'il eut
eû pour Maîtres de Philofophie Phédre ,
Philon & Diodore le Stoicien , il eft en partie
redevable de fon fuccès dans l'Art oratoire
au Commerce qu'il a eû avec la Mere
de Gracchus , la fille de Caïus , l'Epoufe de
Craffus , & les deux Licinies.
N'est- ce pas manquer de prudence , que
de faire profeffion de ne point eftimer les
Dames , quand on fent qu'on peut les aimer?
Auffi arrive-t'il fouvent qu'on eft puni de
fon imprudence. Les Dames font ignorantes
pour la plûpart ; je l'avouë ; mais , injuftes
que nous fommes , n'avons- nous pas
eû foin d'éloigner de leur éducation les
Maîtres , qui auroient pû leur donner les
lumieres que nous avons acquifes ? Nous
avons borné leur Science à être belles ; l'Etude
nous les rendroit infupportables .
>
Il s'eft cependant trouvé des Dames , qui
ont percé l'obscurité des ténébres dont
nous avions eû foin de les envelopper.
Quelle Erudition dans une Chriftine ! Quelle
délicateffe dans les Poëfies d'une Deshoulieres
& d'une Villedieu ! Quelle legereté dans
la plume d'une la Suze , d'une Scudery !
1
20%
1942 MERCURE DE FRANCE.
2º. Une des preuves les plus convaincantes
de l'Eſprit des Dames ,
c'est que dépourvûës
de la force & de la Science , avec
ces Braffelets , ces Coëffures , ces Coliers ,
ces foibles armes que nous méprifons , elles
enchaînent les plus redoutables Guerriers ,
ces Hommes dont le bras étoit invaincu
& dont le coeur eut été invincible , s'il n'y
eut point eû de femmes. Le Philofophe s'at
tendrit ; la Raifon s'égare , elle autorife fouvent
une Paffion qu'elle condamnoit , avant
que de la connoître .
Si nous aimons les Femmes avec leurs dé
fauts , fi la Coquetterie même n'eſt pas un
antitode fouverain contre nos foibleffes
ou il y a dans le Sexe quelque chofe de fupérieur
, qui nous attire , ou les plus honteufes
Paffions nous dominent . De quelque
côté que l'Homme fe tourne , il trouvera
dans ce Dilemme une preuve de fon infériorité.
D'ailleurs , il eft sûr que les Dames ont
naturellement plus de retenuë que les Hommes
; fi donc nous rampons devant celles
qui ont perdu ce caractere pour mener une
vie licentieufe , à plus forte raiſon devonsnous
fléchir le genou devant celles , qui joignent
aux dons de la Nature une Vertu à
toute épreuve. Le contraire , dit- on , arrive
jourSEPTEMBRE.
1744. 1943
journellement ; je l'avoue , & c'eft en cela
que nous faifons paroître moins d'Efprit &
de Raifon que le beau Sexe . Les Hommes
préférent les Concubines à des femmes reſpectables
; les Dames préférent les Hommes
vertueux aux débauchés , quelle difference
de goût !
Une troifiéme preuve de l'Efprit des Dames
, c'eft que , plus foibles que nous , elles
viennent plûtôt à bout de leurs entrepriſes.
Sçais- tu bien ce que peut une femme en fureur è
S'écrie l'expérience avec Corneille ; auffi
lorfque la Confidente de Medée lui dit :
Votre Pays vous hait ; votre Epoux eft fans foi
Dans ce revers fatal que vous refte- t'il ?
Medée répond :
Moi.
Quel reffort , quelle adreffe dans une
Femme qui aime !
Thefée eut été immolé aux Manes d'Andragée,
fans le fecours d'Ariane , & s'il fortit
du Labyrinthe , c'eft que cette Princeſſe
lui confeilla d'attacher un fil dès l'entrée ,
qui le conduifit dans tous les détours & le
reconduifit ,
Un
1944 MERCURE DE FRANCE .
Un jeune Homme , magnifique au dehors,
petit en lui-même , extravagant par tout ,
refufera dans fes fottes décifions la Superiorité
aux Dames pour l'Efprit , mais s'il eft
encore capable de refléxions , il embraffera
le fentiment contraire ; ce n'eft pas à dire
qu'il n'en eft point qui n'en foient dépourvues
, mais en général les Dames ont plus
de faillies , & en même-tems plus de retenuë
, plus de prudence que les Hommes.
Parce que dans une Ville il fe trouvera peutêtre
vingt Femmes , qui n'auront jamais
penfé délicatement , il ne faut pas que l'affront
rejailliffe fur tout le Sexe.
SECONDE PARTIE.
Doit- on refufer le Courage aux Dames ?
Non fans doute. Sémiramis ajoûta aux Conquêtes
de Ninus la Lybie , la Perfe , l'Egypte
; elle recula les Frontieres de fon Empire
jufqu'à l'Inde. Babylone lui dût fes Jardins
admirables & en quelque façon fufpendus ,
la triple enceinte de fes Murs , ces fameufes
Tours , qui l'emportoient fur celle de Ninive
, & les so Portes d'Airain maffif. La fier-
50
témodefte de Syfigambis rendit refpectueux
le redoutable vainqueur de Darius. Avec
quel courage Polixéne brava- t'elle la fureur
du
SEPTEMBRE. 1744. 1945
du fils d'Achille , qui l'immola aux Mânes
de fon Pere ! L'intrépide Judith , en abattant
la tête coupable d'Holopherne , délivra
Béthulie , que le Général Affyrien , envoyé
par Nabuchodonofor , tenoit affiégée . Le
corps enfanglanté de Lucrece chaffa les Tarquins
de Rome , & cette Dame violée , en
fe donnant la mort , affranchit fa Patrie de
l'esclavage où l'avoient tenu ſept Rois confécutifs
. Coriolan , ayant battu plufieurs fois
les Romains , alloit réduire leur Capitale
en cendres , fi fa Mere n'eût parlé. Elle
adoucit l'humeur de fon fils ; le vainqueur
admire fon courage ; Rome eft délivrée , &
les Volfques fe retirent. Paroiffez Illuftre
Matrone , qui dans une pareille conjoncture,
fauvâtes votre Patrie, en parlant en Mere
courroucée à votre fils rebelle . Dans peu
fe feroit emparé de Babylone , fi Balthazar
eût hérité de la grandeur d'Ame de Nitocris
?
il
J'avoue que les Dames n'étant pas dans
l'ufage d'aller à la guerre , leurs exploits
font plus rares , mais fi les Hommes font
chargés du foin de défendre les Etats , ce
font eux qui les ont troublés. L'ambition
de vaincre fes pareils , eft le partage des Héros.
Les femmes s'attachent à donner de l'éducation
à leurs enfans , à entretenir la paix
dans
1946 MERCURE DE FRANCE.
dans leur famille , voilà où fe borne leur
ambition. Le tumulte des affaires , l'horreur
que les armes entraînent après elles , ne troublent
point leur vie paifible, mais auffi lorfqu'elles
font forcées à fe défendre , quelle
intrépidité ! Sans aller chercher dans l'Hiftoire
ces Illuftres Héroïnes , qui de leurs
cheveux firent des cordes pour les Machines
de guerre , confultons l'expérience . Repréfentons-
nous ces Meres furieufes , arrachant
leurs filles tremblantes des mains effrenées
d'un Soldat qui s'eft emparé d'une
Ville , & c.
La véritable grandeur d'Ame confifte à
vaincre fes Paflions , à triompher du vice ,
à remplir les devoirs de l'Amitié , à pratiquer
les Vertus Morales ; on accorde auffi
aux Dames , avec l'Eglife , la Dévotion .
Rien n'eft d'ailleurs plus héroïque que la
fidélité dont fe pique une Dame de 15 à
20 ans , envers un Mari plus que fexagenaire.
La choſe arrive cependant tous les jours.
L'intérêt eft ordinairement l'origine & la
baze de la fidélité dans les Hommes. Maffiniffa
, vaincu par les charmes de l'Epouſe
de Syphax , auroit peut-être toujours aimé
Sophoniſbe , fi l'intérêt n'eût agi fur lui .
Allié des Romains , il leur immola le foir
de fes nôces cette Princeffe Africaine.
Les
SEPTEMBRE. 1744. 1947
Les femmes ont naturellement le coeur
plus tendre que nous. Nul objet férieux ne
les attache , auffi rempliffent- elles , mieux que
les hommes , les devoirs de l'Amitié . Ce
fuperbe Monument , qu'érigea Artemife en
l'honneur de fon cher Maufole , ne fubfifte
plus , quoiqu'il fût une des fept Merveilles
du Monde , mais la tendreffe de cette Reine
de Carie a bravé les injures du tems , & nous
a mieux fait connoître le Roi , fon Epoux
que l'Eloquence d'Ifocrate & de Théopompe.
Toutes les Dames font bien aifes de plaire,
mais c'eſt un effet de l'amour propre, auquel
les hommes font moins fujets , parce
qu'ils ont plus d'occupations.
On n'a peut-être jamais vû de femme qui
fe foit glorifiée du titre d'Athée ou de Déifte
, tandis qu'on voit de jeunes Gens , encore
couverts de la pouffiere des Bancs , qui
donnent dans ces abominables Principes.
་
Les Dames ont ordinairement plus de
foin de l'honneur de leurs Maris , que les
Hommes n'en ont de celui de leurs Epouſes.
Elles s'efforcent de fe cacher à elles- mêmes
leurs défauts , qu'elles dérobent aux yeux
du Public. Un Jaloux inftruit tout le monde
de fes foupçons mal fondés ; il s'expofe
par- là à la rifée publique; fa femme , dit- on,
en eft la caufe ; fuppofons un inftant qu'elle
1948 MERCURE DE FRANCE.
sûr ,
le fût coquette ; l'Homme , à coup
manque plus fouvent à fes engagemens que
la Femme , Quelle Loi lui accorde ce Privilége
?
Enfin il s'écoula fept cent ans , fans qu'au
cune Femme de l'Ile de Chio eût donné le
moindre foupçon fur fa vertu . Les Matrônes
Grecques poufferent fi loin la fageffe & la
chafteté , que Pétrone , n'en trouvant aucune
à qui il pût reprocher quelque incontinence
, fut forcé d'inventer l'Hiftoire de
la Matrône d'Ephéfe . Je ferois infini , fi
j'entreprenois de rapporter ici tout ce qui
peut entrer dans la défenſe des Dames , que
je crois , en général , fupérieures aux Hommes.
A Dijon le 6 Juin 1744.
Fermer
Résumé : LA SUPERIORITÉ des Dames sur les Hommes. Extrait d'un Discours de M. La Coste, le Cadet.
Dans son discours 'La Supériorité des Dames sur les Hommes' de septembre 1744, M. La Cofte critique les hommes pour leur injustice envers les femmes, affirmant que ces dernières possèdent plus d'esprit et de sentiments nobles. Le texte se structure autour de deux propositions principales : la supériorité intellectuelle et émotionnelle des femmes. L'auteur définit l'esprit comme une raison assaisonnée et souligne que les femmes, grâce à leur imagination vive et leurs expressions naturelles, possèdent davantage de sel et de prudence. Il critique les hommes pour leur manque de savoir-vivre et leur incapacité à apprécier la société sans l'influence des femmes. Les femmes sont décrites comme modérées et polies, évitant les termes équivoques et grossiers utilisés par certains hommes. Dans la conversation, elles brillent par leur capacité à communiquer leurs pensées avec énergie et grâce. Le texte discute de la valeur et de l'esprit des femmes à travers divers exemples historiques et littéraires. Il souligne que les interactions avec les femmes sont essentielles pour le succès, comme le montre Cicéron, qui attribue une part de son talent oratoire à ses relations avec des femmes influentes. Le texte critique la société pour avoir limité l'éducation des femmes, les rendant ainsi ignorantes, mais reconnaît que certaines femmes ont acquis une grande érudition et délicatesse, comme Christine de Suède, Madame Deshoulières, et Madame Villedieu. Les femmes, bien que dépourvues de force physique et de science, parviennent à charmer et à dominer les hommes grâce à leur esprit et leur coquetterie. Elles montrent souvent plus de retenue et de vertu que les hommes, qui préfèrent souvent les concubines aux femmes respectables. Le texte cite des exemples littéraires et historiques, comme Médée et Ariane, pour illustrer la détermination et l'adresse des femmes. Il aborde également le courage des femmes, citant des figures historiques telles que Sémiramis, Syphax, Polixène, Judith, Lucrèce, et la mère de Coriolan. Les femmes sont perçues comme ayant un cœur plus tendre et remplissant mieux les devoirs de l'amitié. Leur amour-propre les pousse à vouloir plaire, bien que cela soit moins marqué chez les hommes en raison de leurs nombreuses occupations. En conclusion, le texte défend l'idée que les femmes sont généralement supérieures aux hommes en termes de vertus et de comportements moraux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
8
p. 39-50
DISCOURS sur l'utilité des fluides.
Début :
LES Atomes d'Epicure, les parties rameuses, angulaires, ou les globules des Cartésiens [...]
Mots clefs :
Eau, Air, Corps, Fluide, Fluidité, Parties, Mouvement, Fluides, Ballons, Animaux, Poids, Terre, Force, Action, Pores
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS sur l'utilité des fluides.
DISCOURS fur l'utilité des fluides. "
L
EsAtomes d'Epicure , fes parties rameuſes
, angulaires , ou les globules des Cartéfiens
ne fuffifent pas pour nous donner
une idée nette & préciſe des fluides. L'expérience
nous apprend que les parcelles qui
entrent dans la compoſition de ces forresde
corps ſont défunies , qu'elles ont une certaine
activité , au moyen de laquelle elles ſe
preffent mutuellement , en tout ſens & avec
égale force. Il feroit bien difficile qu'un amas
de parties crochuës , entortillées les unes
dans les autres , put nous donner cette admirable
élafticité , cette preſſion en tout
fens , cette diviſibilité qu'on admire dans les
fluides.
Mallebranche a démontré qu'il étoit impoſſible
d'expliquer l'équilibre des liqueurs ,
àmoins que d'en concevoir les parties comme
autant de tourbillons qui exercent les
uns contre les autres une action mutuelle
qui tire ſon origine de la tendance qu'ils
ont à s'éloigner d'un centre commun autour
duquel ils roulent.
M. de Molieres dans ſes Leçons de Phyfique
appuya le ſentiment de Mallebranche
40 MERCURE DE FRANCE.
de démonstrations Mathématiques , de raiſonnements
fondés ſur l'expérience. Il têcha
méme de découvrir l'origine des fluides;
il crut avoir réuſſi en nous les repréſentant
comme un afſemblage de petits ballons ,
ayant une force centrale commune , & uns
autre particuliere , qui toutes deux croiffent
en raiſon réciproque du quarré des diſtances.
Cette double action des fluides qui eft
propre à quelques - uns comme à l'air , à
l'eau , &c. & empruntée dans d'autres , com
me dans les métaux que le feu liquefie , nous
fournit d'heureuſes explications dont ſe trouvent
dépourvus ceux qui ne font entrer dans
la compoſition des liquides que des parties
rondes fans aucun mouvement autour de leur
centre. En effet , un tas de pareils globes
n'auroit aucun reſſort , n'exerceroit aucune
action contre ceux qui l'environnent , puifque
les parties qui le compoſent n'ont aucunmouvement
particulier ; d'où il fuit , contre
le ſentiment de Borelli , que la fluidité
ne dépend pas ſeulement de la configura.
tion des parties , & que des parties rondes
miſes en mouvement conſervant entr'elles
leur union , peuvent bien n'avoir aucune
fluidité autrement on devroit donner le
nom de liquide à une livre de Cendrée renfermée
dans une boëte , & que l'on feroit
mouvoir dans une fronde ,
د
DECEMBRE. 1744. 4
Après avoir expoſé l'idée qu'on doit fe
former d'un corps liquide , nous allons en
trer dans un détail abregé , autant qu'il fera
poſſible,des principaux avantages que l'homme
retire de la fluidité. Le plus grand fans
doute eſt celui de vivre , primum vivere ,
deinde philofophari. Or après Dieu , c'eſt au
fluide qui nous environne que nous devons
le jour , puiſque c'eſt lui qui nous procure la
reſpiration.
Les poumons d'un foetus font affaiſſfés
d'où l'on conclud qu'il ne reſpire pas dans
la matrice. Il vit cependant, mais ce n'eſt qu'à
la circulation du ſang de celle qui le porte
en ſes entrailles , qu'il eſt alors redevable de
la vie.
A peine l'enfant eſt dégagé de ſes enve
loppes , que les ballons d'air qui font preffés
de tout côté entrent par les ouvertures dunés
qua data porta ruunt , le mouvement irrite
la membrane pituitaire (de là les enfants
éternuent en naiffant) , l'air qui trouve un
paſſage libre , deſcend par la trachée-artère
dans le poumon, qui eſt compoſé de véſi
cules qui ſe dilatent ; voilà le myſtere de
l'inspiration. La poitrine qui s'étoit ouverte ,
preſſée par le reffort du poumon , chaffe
l'air quiy étoit contenu ; c'eſt ce qu'on nomme
expiration. Tant que ce mouvement al
ternatif dure , le ſang circule ; s'il ceffe , l'a
42 MERCURE DE FRANCE .
nimal meurt. De- là , felon M. Arbuthnot
l'état flafque & la peſanteur des poumons
des animaux morts dans la machine du vuide,
démontrent que le ſang s'eſt arrêté dans les
vaiſſeaux poulmonaires;aucun animal ne peut
vivre ſans reſpiration ; quelques uns croyent
que ce ſont les ouïes qui la procurent aux
aquatiques.
L'élaſticité des liquides ne provient que
de leur fluidité , ainſi les parties fulphureuſes
qui diminuent la fluidité de l'air en le
furchargeant , lui otent une partie de ſa vertu
élaſtique , deforte qu'etant corrompu ,
il n'a pas aſſez de force pour faire agir les
poumons. De-là vient la ſuffocation des animaux
dans les mines; dans ce principe on
trouve auffi la raiſon de l'expérience de M.
Hales , qui prouve que 74 pouces cubes
d'air ſuffiſent à peine à l'homme pour refpirer
pendant une minute. Notre haleine pro.
pre infecte & corrompt l'air , deſorte que fi
on renfermoit un homme dans une chambre
où nos petits ballons ne trouvaſſent point
d'entrée , il tomberoit dans d'affreuſes convulfions
, & expireroit en peu de tems ,
ainſi les habits de laine font utiles à la ſanté ,
parce qu'ils abſorbent les exhalaiſons & les
mauvaiſes humeurs .
Non ſeulement la fluidité de l'air ſert au
mouvement alternatif des poumons & à no
DECEMBRE. 1744. 43
tre ſanguification , mais encore, ſelon l'expérience
du Docteur Walternecdham , faite à
Oxford , elle peut faire revivre des animaux.
Ce Docteur pend un chien , qu'il laiſſe
dans cet état jufqu'à ce que le mouvement
du coeur entiérement ceffat enfuite il
ouvre l'animal , lui ſouffle dans le canal du
pecquet , le ſang ſe remet en mouvement ,
le coeur bat , le chien reſpire.
M. D. F. dans ſa Lettre 442 ſur les Ecrits
des Modernes , rapporte la façon dont M.
Arbuthnot prouve la propoſition d'Hypocrate
, qui prétend que les tailles des hommes
dépendent des différentes conftitutions
de l'air. Voici ſes termes : La taille des
animaux eſt modifiée par l'air ; les fibres
d'un animal qui croît s'y étendant comme
dans un fluide , qui par une douce pref
fion réſiſte au mouvement du coeur dans
• la dilatation& l'allongement de ces mêmes
fibres ; l'atmosphere réſiſtant par ſa
>> preffion comme un doux moule où le
>> corps eft formé durant ſon accroiſſement.
Outre cettepreffion extérieure, l'air fe mêec
30 lant avec les fluides animaux , détermine
→ leur être quant à la raréfaction , la conden-
→ſantion , la viſcofité , la ténuité , &c .
La fluidité de l'air eſt donc néceſſaire à
thomme pour vivre ; nous allons démontrer
que la ſeule fluidité de l'eau ſuffit pour la
végétation.
44 MERCURE DE FRANCE.
Où l'expérience décide , le raiſonnement
doit ſe taire , furtout en matière de Phyfique.
On a obſervé par le moyen du Titlfimale
, que dans la végétation il ſe fait une
circulation du ſuc de la terre , comme il s'en
fait une du ſang dans le corps des animaux ,
mais la terre y contribue-t-elle de telle forte
, qu'elle perde de ſa ſubſtance ? c'eſt ce
que nous allons examiner.
Si on met une branche de baume dans
un vaſe rempli d'eau ſeulement , elle pouffs
des racines , des branches , acquiert méme
juſqu'à des feuilles; l'eau peut donc fuffire à
la végétation , & contribue principalement à
l'accroiſſement des plantes ; voyons ſi la
terrey opére quelque choſe.
Onprend de la terre ſéche que l'on péfe
, on l'enferme dans une terrine , on a foin
qu'il ne s'en perde aucune parcelle , on y
met un arbriſſeau dont on connoît le poids ,
après l'avoir arrofé , toutes les fois qu'il en
a beſoin , & lorſque la plante a pouffé , on
laiſſe ſécher la terre , on la péſede nouveau ,
elle a toujours fon même poids , cependant
l'arbre a cru , il ajetté des racines , des feuilles
, des branches; où a- t-il pris de la matiére
pour croître ? Ce n'est pas de la terre ,
puiſqu'elle est toujours aufi péſante . M.
Harris fait là-deſſus pluſieurs obſervations ;
il rapporte des expériences faites en Angle
DECEMBRE. 1744 . 45
terre, qui toutes favoriſent ce ſentiment. Ce
qui paroît difficile à comprendre , c'eſt que
l'eau en montant dans les plantes , n'entraîne
pas avec elle quelques parcelles de terre ;
du moins il réſulte du fait , qu'elle n'en enleve
pas une quantité conſidérable.
Ce n'eſt pas affez d'avoir prouvé que l'eau
contribue preſque ſeule à la végétation ; il
me reſte à démontrer que c'eſt à ſa fluidité
que les plantes font redevables de leur accroiſſement.
Il eſt à remarquer que l'eau ne marche
pas ſans huile dans le ſyſteme de M. de Moliere
, ou felon l'opinion la plus commune ,
fans un air beaucoup plus ſubtil que celui
que nous reſpirons ; elle doit même une partie
de ſa fluidité à cette matiére ſubtiliſée .
Les plantes ont des tuyaux vuides que Malpighi
a découverts à l'aide de fes microſcopes .
L'eau par ſa fluidité monte dans ces foupiraux
comme dans des tubes capillaires , où
elle ne trouve aucune réſiſtance . Le Printems
vient-il ? la chaleur augmente le mouvement
de l'eau , deſſére la matière contenue
dans ſes pores. L'eau agitée porte dans
laplante les ſels dont elle a beſoin , & que
cet Elément renferme toujours lui-même ,
comme M. de Woodwars l'a démontré dans
fon Traité de la Végétation .
Plus l'eau eft pure , plus elle eſt ſaine
46 MERCURE DE FRANCE.
par conféquent plus elle est fluide , plus elle
s'accommode avec notre eſtomac ; de-la vient
que le pain de Goneſſe eſt ſi eſtimé , parce
que les eaux y font toujours bonnes. En
effet, l'eau eſtd'autant meilleure , qu'elle est
plus légere. Or l'eau eft d'autant plus légere,
qu'elle eſt plus fluide , parce qu'alors elle
eſt moins furchargée ; c'eſt peut- être par
cette raiſon que M. Lemeri ne donne la préférence
à l'eau de riviére , que pourvû quơn
la laiſſe repoſer avant que d'en boire , &
qu'on laprenne au deſſus des grandes Villes ,
où il eſt à préſumer qu'elle contiendra moins
d'immondices . D'ailleurs on juge de la légereté
des eaux , non par leur différente péfanteur,
mais par leur fubtilité à deſcendre
dans l'eſtomac ; or plus l'eau eft fluide , plus
elle eft fubtile.
En un mot , il n'eſt point de corps grave
qui ne doive ſon exiſtence au fluide qui l'environne;
s'il eſt quelque différence entre les
corps ſolides la variété des fluides qui entrent
dans leur compofition , leurs diverſes forces
centrifuges en ſont les ſeules & véritables
cauſes. L'or par exemple eſt le plus lourd
de tous les métaux , parce qu'il eſt le moins
poreux , d'où je concluds que ſous un pareil
volume , il renferme plus de parties ſolides ,
ſes pores ſont ſi étroits , qu'ils ne peuvent
tre remplis que de la matière éthérée qui
DECEMBRE. 1744. 47
eſt répandue dans l'air ; voilà pourquoi le
feu liquefie les métaux , car les ballons renfermés
dans leurs pores ſont ſi fluides , que
l'action de la chaleur les dilate; étant plus
ferrés , parce qu'ils font les plus petits , leur
débandement eſt plus fort , & ne ſe peut
faire ſans qu'il oblige les parties métalliques
de tourner autour d'un même centre . Des
ſels plus ou moins purs dominent dans les
pierres plus ou moins précieuſes; voilà la
cauſe de leur fragilité ; voilà pourquoi le feu
les calcine. Si le marbre eſt plus léger que
le plomb , c'est qu'il renferme dans ſes pores
plus de petits tourbillons qui font en équilibre
avec l'air extérieur , le fluide par conſéquent
exerce moins ſa force centrale ſur
lapierre que ſur le métail.
•Dans la décompoſition des corps où l'air ,
la lumière , le feu , le ſel élémentaire trouvent
un libre paffage , la Chymie découvre
leurs principes; tous les ſolides renferment
de la boue & du ſable : l'or cependant eſt
excepté , un grain d'or eſt toujours le même ,
il peut ſe diviſer en parties métalliques ,
mais ce ſera toujours de l'or. La cauſe de
cette différence eſt bien ſenſible dans la plupart
des corps ; il eſt des pores plus ou moins
larges qui laiſſent au fluide un libre paſſage
dès que les premiers ont été détruits par
La collifion. Alors nos ballons s'infinuent
1
8 MERCURE DE FRANCE.
de telle forte , qu'ils changent la configura,
tion des parties internes , & felon leur différente
preffion ils laiffent des corps plus ou
moins lourds. L'Or au contraire ne renfermant
dans fes pores que les ballons les plus
ſubtils , ce dérangement n'a pas lieu.
C'eſt la fluidité de l'eau qui empéche que
les créatures qui vivent dans ces Eléments
ne foient accablées du poids énorme de
ces ballons. Comme leur action eſt égale
en tout ſens , il y a une certaine preffion
de bas en haut qui ſoutient les animaux qui
y vivent , les empêche d'enfoncer , & leur
facilite le libre exercice de leurs fonctions .
Telle eft la nature des fluides,qu'un corps
plus lourd qu'un pareil volume de liquide
va au fond , parce qu'il preſſe plus le fluide
qu'il n'en eſt preffé. Si le corps eſt plus léger,
il ſurnage la preſſion du fluide qui eft
de bas en haut , étant plus forte que la gravité
du ſolide. Enfin ſi le corps hétérogéne
eſt d'égale peſanteur qu'un pareil volume
de fluide , l'action de l'un & de l'autre eſt
égale ; le ſolide doit donc alors garder la
place qu'on lui donne dans le liquide , d'où
il fuit qu'un corps plongé dans un fluide
doit perdre autant de ſon poids que péſe
un pareil volume de liquide ; de-là , deux
corps de différents poids perdront d'autant
plus de leur force dans l'eau , que leur vo
lume
DECEMBRE. 1744. 49
lume eſt plus grand. Ainſi au moyen de l'Hydrométre
, on découvre les faux Louis d'avec
ceux qui font de poids ; voyez M. Rivard
dans fon Abregé d'Algébre, Traité des Equations
, Probl. 8. où connoiſſant le poids d'un
corps composé de deux Métaux d'Or & d'Argent
, il apprend à trouver la quantité de
Por, & celle de l'Argent mélés dans le corps..
Voyez auffi M. Trabau dans ſes principes
ſur le mouvement & l'équilibre , Liv. 5 .
De-là l'on explique le vol des Oiseaux ;
comment des maſſes métalliques peuvent
flotter ſur l'eau ; pourquoi tels Vaiſſeaux enfoncent
dans les Riviéres qui ſurnageoient
fur les Ondes de la Mer , qui étant chargées
de ſels , leur oppoſoient plus de réſiſtance.
De-là vient que nous ne ſommes point accablés
du Cilindre ou Colomne d'air qui eſt
au deſſus de notre tête ,& qui ſelon le calcul
de M. Pluche , péſe au moins 20000 liv.
De - là auſſi cette admirabie propriété de
l'eau de ſe mêler avec une infinité de choſes
auſquelles elle s'unit ſi étroitement , qu'elle
enprend la couleur , la force , & la vertu.
L'admirable propagation de la lumiére
qui ſe fait dans un inftant Phyſique ; l'extréme
activité du feu , le ſon dont l'air eſt le
véhicule , font autant d'avantages , dont la
fluidité eſt la cauſe. Je ſerois infini fij'entrois
dans le détail de toutes les utilités de
C
,
50 MERCURE DE FRANCE.
leau ſeulement. On peut conſulter là-deſſus
la Théologie de l'eau par M. Fabricius , Je
ne puis cependant taire que le fluide qui
nous environne eſt la cauſe de notre odorat.
Les cavités du nés font remplies de lames
offeuſes , couvertes d'une membrane femée
d'un grand nombre de nerfs. Plus les animaux
ont de ces fortes de lames , plus la
membrane eſt étendue. Cette membrane eft
l'organe de l'odorat; l'air par le mouvement
commun à tous les liquides , détaché des
particules des corps , il entre par les ouvertures
du nés pour aider la reſpiration.
Chargé des corpufcules des corps odorants
, il frappe cette membrane , qui felon
qu'elle eſt plus ou moins étendue , reffent
plus ou moins l'impreſſion que fait le fluide
en allant à la trachée-artère. Voilà pourquoi
les Chiens de Chaffe ont l'odorat plus
fin , c'eſt aufli pourquoi ceux qui ne refpirent
que par la bouche en font dépourvus.
Cette invention des petits ballons n'eft
pas récente; il eſt honorable à M. de Moliéres
de l'avoir perfectionnée , mais on voit
dans Lucrece , Liv. 2 de la Nature des choſes
, que les Anciens en avoient quelque idée.
Illa equidem debent ex laribus atque rotundis
Eſſe magis fluido que corpore liquida conftant
Nec retinentur enim inter se glomeramina quæque
Et procurſu item in proclive volubilis extat.
LACOSTEle Cadet , à Dijon.
L
EsAtomes d'Epicure , fes parties rameuſes
, angulaires , ou les globules des Cartéfiens
ne fuffifent pas pour nous donner
une idée nette & préciſe des fluides. L'expérience
nous apprend que les parcelles qui
entrent dans la compoſition de ces forresde
corps ſont défunies , qu'elles ont une certaine
activité , au moyen de laquelle elles ſe
preffent mutuellement , en tout ſens & avec
égale force. Il feroit bien difficile qu'un amas
de parties crochuës , entortillées les unes
dans les autres , put nous donner cette admirable
élafticité , cette preſſion en tout
fens , cette diviſibilité qu'on admire dans les
fluides.
Mallebranche a démontré qu'il étoit impoſſible
d'expliquer l'équilibre des liqueurs ,
àmoins que d'en concevoir les parties comme
autant de tourbillons qui exercent les
uns contre les autres une action mutuelle
qui tire ſon origine de la tendance qu'ils
ont à s'éloigner d'un centre commun autour
duquel ils roulent.
M. de Molieres dans ſes Leçons de Phyfique
appuya le ſentiment de Mallebranche
40 MERCURE DE FRANCE.
de démonstrations Mathématiques , de raiſonnements
fondés ſur l'expérience. Il têcha
méme de découvrir l'origine des fluides;
il crut avoir réuſſi en nous les repréſentant
comme un afſemblage de petits ballons ,
ayant une force centrale commune , & uns
autre particuliere , qui toutes deux croiffent
en raiſon réciproque du quarré des diſtances.
Cette double action des fluides qui eft
propre à quelques - uns comme à l'air , à
l'eau , &c. & empruntée dans d'autres , com
me dans les métaux que le feu liquefie , nous
fournit d'heureuſes explications dont ſe trouvent
dépourvus ceux qui ne font entrer dans
la compoſition des liquides que des parties
rondes fans aucun mouvement autour de leur
centre. En effet , un tas de pareils globes
n'auroit aucun reſſort , n'exerceroit aucune
action contre ceux qui l'environnent , puifque
les parties qui le compoſent n'ont aucunmouvement
particulier ; d'où il fuit , contre
le ſentiment de Borelli , que la fluidité
ne dépend pas ſeulement de la configura.
tion des parties , & que des parties rondes
miſes en mouvement conſervant entr'elles
leur union , peuvent bien n'avoir aucune
fluidité autrement on devroit donner le
nom de liquide à une livre de Cendrée renfermée
dans une boëte , & que l'on feroit
mouvoir dans une fronde ,
د
DECEMBRE. 1744. 4
Après avoir expoſé l'idée qu'on doit fe
former d'un corps liquide , nous allons en
trer dans un détail abregé , autant qu'il fera
poſſible,des principaux avantages que l'homme
retire de la fluidité. Le plus grand fans
doute eſt celui de vivre , primum vivere ,
deinde philofophari. Or après Dieu , c'eſt au
fluide qui nous environne que nous devons
le jour , puiſque c'eſt lui qui nous procure la
reſpiration.
Les poumons d'un foetus font affaiſſfés
d'où l'on conclud qu'il ne reſpire pas dans
la matrice. Il vit cependant, mais ce n'eſt qu'à
la circulation du ſang de celle qui le porte
en ſes entrailles , qu'il eſt alors redevable de
la vie.
A peine l'enfant eſt dégagé de ſes enve
loppes , que les ballons d'air qui font preffés
de tout côté entrent par les ouvertures dunés
qua data porta ruunt , le mouvement irrite
la membrane pituitaire (de là les enfants
éternuent en naiffant) , l'air qui trouve un
paſſage libre , deſcend par la trachée-artère
dans le poumon, qui eſt compoſé de véſi
cules qui ſe dilatent ; voilà le myſtere de
l'inspiration. La poitrine qui s'étoit ouverte ,
preſſée par le reffort du poumon , chaffe
l'air quiy étoit contenu ; c'eſt ce qu'on nomme
expiration. Tant que ce mouvement al
ternatif dure , le ſang circule ; s'il ceffe , l'a
42 MERCURE DE FRANCE .
nimal meurt. De- là , felon M. Arbuthnot
l'état flafque & la peſanteur des poumons
des animaux morts dans la machine du vuide,
démontrent que le ſang s'eſt arrêté dans les
vaiſſeaux poulmonaires;aucun animal ne peut
vivre ſans reſpiration ; quelques uns croyent
que ce ſont les ouïes qui la procurent aux
aquatiques.
L'élaſticité des liquides ne provient que
de leur fluidité , ainſi les parties fulphureuſes
qui diminuent la fluidité de l'air en le
furchargeant , lui otent une partie de ſa vertu
élaſtique , deforte qu'etant corrompu ,
il n'a pas aſſez de force pour faire agir les
poumons. De-là vient la ſuffocation des animaux
dans les mines; dans ce principe on
trouve auffi la raiſon de l'expérience de M.
Hales , qui prouve que 74 pouces cubes
d'air ſuffiſent à peine à l'homme pour refpirer
pendant une minute. Notre haleine pro.
pre infecte & corrompt l'air , deſorte que fi
on renfermoit un homme dans une chambre
où nos petits ballons ne trouvaſſent point
d'entrée , il tomberoit dans d'affreuſes convulfions
, & expireroit en peu de tems ,
ainſi les habits de laine font utiles à la ſanté ,
parce qu'ils abſorbent les exhalaiſons & les
mauvaiſes humeurs .
Non ſeulement la fluidité de l'air ſert au
mouvement alternatif des poumons & à no
DECEMBRE. 1744. 43
tre ſanguification , mais encore, ſelon l'expérience
du Docteur Walternecdham , faite à
Oxford , elle peut faire revivre des animaux.
Ce Docteur pend un chien , qu'il laiſſe
dans cet état jufqu'à ce que le mouvement
du coeur entiérement ceffat enfuite il
ouvre l'animal , lui ſouffle dans le canal du
pecquet , le ſang ſe remet en mouvement ,
le coeur bat , le chien reſpire.
M. D. F. dans ſa Lettre 442 ſur les Ecrits
des Modernes , rapporte la façon dont M.
Arbuthnot prouve la propoſition d'Hypocrate
, qui prétend que les tailles des hommes
dépendent des différentes conftitutions
de l'air. Voici ſes termes : La taille des
animaux eſt modifiée par l'air ; les fibres
d'un animal qui croît s'y étendant comme
dans un fluide , qui par une douce pref
fion réſiſte au mouvement du coeur dans
• la dilatation& l'allongement de ces mêmes
fibres ; l'atmosphere réſiſtant par ſa
>> preffion comme un doux moule où le
>> corps eft formé durant ſon accroiſſement.
Outre cettepreffion extérieure, l'air fe mêec
30 lant avec les fluides animaux , détermine
→ leur être quant à la raréfaction , la conden-
→ſantion , la viſcofité , la ténuité , &c .
La fluidité de l'air eſt donc néceſſaire à
thomme pour vivre ; nous allons démontrer
que la ſeule fluidité de l'eau ſuffit pour la
végétation.
44 MERCURE DE FRANCE.
Où l'expérience décide , le raiſonnement
doit ſe taire , furtout en matière de Phyfique.
On a obſervé par le moyen du Titlfimale
, que dans la végétation il ſe fait une
circulation du ſuc de la terre , comme il s'en
fait une du ſang dans le corps des animaux ,
mais la terre y contribue-t-elle de telle forte
, qu'elle perde de ſa ſubſtance ? c'eſt ce
que nous allons examiner.
Si on met une branche de baume dans
un vaſe rempli d'eau ſeulement , elle pouffs
des racines , des branches , acquiert méme
juſqu'à des feuilles; l'eau peut donc fuffire à
la végétation , & contribue principalement à
l'accroiſſement des plantes ; voyons ſi la
terrey opére quelque choſe.
Onprend de la terre ſéche que l'on péfe
, on l'enferme dans une terrine , on a foin
qu'il ne s'en perde aucune parcelle , on y
met un arbriſſeau dont on connoît le poids ,
après l'avoir arrofé , toutes les fois qu'il en
a beſoin , & lorſque la plante a pouffé , on
laiſſe ſécher la terre , on la péſede nouveau ,
elle a toujours fon même poids , cependant
l'arbre a cru , il ajetté des racines , des feuilles
, des branches; où a- t-il pris de la matiére
pour croître ? Ce n'est pas de la terre ,
puiſqu'elle est toujours aufi péſante . M.
Harris fait là-deſſus pluſieurs obſervations ;
il rapporte des expériences faites en Angle
DECEMBRE. 1744 . 45
terre, qui toutes favoriſent ce ſentiment. Ce
qui paroît difficile à comprendre , c'eſt que
l'eau en montant dans les plantes , n'entraîne
pas avec elle quelques parcelles de terre ;
du moins il réſulte du fait , qu'elle n'en enleve
pas une quantité conſidérable.
Ce n'eſt pas affez d'avoir prouvé que l'eau
contribue preſque ſeule à la végétation ; il
me reſte à démontrer que c'eſt à ſa fluidité
que les plantes font redevables de leur accroiſſement.
Il eſt à remarquer que l'eau ne marche
pas ſans huile dans le ſyſteme de M. de Moliere
, ou felon l'opinion la plus commune ,
fans un air beaucoup plus ſubtil que celui
que nous reſpirons ; elle doit même une partie
de ſa fluidité à cette matiére ſubtiliſée .
Les plantes ont des tuyaux vuides que Malpighi
a découverts à l'aide de fes microſcopes .
L'eau par ſa fluidité monte dans ces foupiraux
comme dans des tubes capillaires , où
elle ne trouve aucune réſiſtance . Le Printems
vient-il ? la chaleur augmente le mouvement
de l'eau , deſſére la matière contenue
dans ſes pores. L'eau agitée porte dans
laplante les ſels dont elle a beſoin , & que
cet Elément renferme toujours lui-même ,
comme M. de Woodwars l'a démontré dans
fon Traité de la Végétation .
Plus l'eau eft pure , plus elle eſt ſaine
46 MERCURE DE FRANCE.
par conféquent plus elle est fluide , plus elle
s'accommode avec notre eſtomac ; de-la vient
que le pain de Goneſſe eſt ſi eſtimé , parce
que les eaux y font toujours bonnes. En
effet, l'eau eſtd'autant meilleure , qu'elle est
plus légere. Or l'eau eft d'autant plus légere,
qu'elle eſt plus fluide , parce qu'alors elle
eſt moins furchargée ; c'eſt peut- être par
cette raiſon que M. Lemeri ne donne la préférence
à l'eau de riviére , que pourvû quơn
la laiſſe repoſer avant que d'en boire , &
qu'on laprenne au deſſus des grandes Villes ,
où il eſt à préſumer qu'elle contiendra moins
d'immondices . D'ailleurs on juge de la légereté
des eaux , non par leur différente péfanteur,
mais par leur fubtilité à deſcendre
dans l'eſtomac ; or plus l'eau eft fluide , plus
elle eft fubtile.
En un mot , il n'eſt point de corps grave
qui ne doive ſon exiſtence au fluide qui l'environne;
s'il eſt quelque différence entre les
corps ſolides la variété des fluides qui entrent
dans leur compofition , leurs diverſes forces
centrifuges en ſont les ſeules & véritables
cauſes. L'or par exemple eſt le plus lourd
de tous les métaux , parce qu'il eſt le moins
poreux , d'où je concluds que ſous un pareil
volume , il renferme plus de parties ſolides ,
ſes pores ſont ſi étroits , qu'ils ne peuvent
tre remplis que de la matière éthérée qui
DECEMBRE. 1744. 47
eſt répandue dans l'air ; voilà pourquoi le
feu liquefie les métaux , car les ballons renfermés
dans leurs pores ſont ſi fluides , que
l'action de la chaleur les dilate; étant plus
ferrés , parce qu'ils font les plus petits , leur
débandement eſt plus fort , & ne ſe peut
faire ſans qu'il oblige les parties métalliques
de tourner autour d'un même centre . Des
ſels plus ou moins purs dominent dans les
pierres plus ou moins précieuſes; voilà la
cauſe de leur fragilité ; voilà pourquoi le feu
les calcine. Si le marbre eſt plus léger que
le plomb , c'est qu'il renferme dans ſes pores
plus de petits tourbillons qui font en équilibre
avec l'air extérieur , le fluide par conſéquent
exerce moins ſa force centrale ſur
lapierre que ſur le métail.
•Dans la décompoſition des corps où l'air ,
la lumière , le feu , le ſel élémentaire trouvent
un libre paffage , la Chymie découvre
leurs principes; tous les ſolides renferment
de la boue & du ſable : l'or cependant eſt
excepté , un grain d'or eſt toujours le même ,
il peut ſe diviſer en parties métalliques ,
mais ce ſera toujours de l'or. La cauſe de
cette différence eſt bien ſenſible dans la plupart
des corps ; il eſt des pores plus ou moins
larges qui laiſſent au fluide un libre paſſage
dès que les premiers ont été détruits par
La collifion. Alors nos ballons s'infinuent
1
8 MERCURE DE FRANCE.
de telle forte , qu'ils changent la configura,
tion des parties internes , & felon leur différente
preffion ils laiffent des corps plus ou
moins lourds. L'Or au contraire ne renfermant
dans fes pores que les ballons les plus
ſubtils , ce dérangement n'a pas lieu.
C'eſt la fluidité de l'eau qui empéche que
les créatures qui vivent dans ces Eléments
ne foient accablées du poids énorme de
ces ballons. Comme leur action eſt égale
en tout ſens , il y a une certaine preffion
de bas en haut qui ſoutient les animaux qui
y vivent , les empêche d'enfoncer , & leur
facilite le libre exercice de leurs fonctions .
Telle eft la nature des fluides,qu'un corps
plus lourd qu'un pareil volume de liquide
va au fond , parce qu'il preſſe plus le fluide
qu'il n'en eſt preffé. Si le corps eſt plus léger,
il ſurnage la preſſion du fluide qui eft
de bas en haut , étant plus forte que la gravité
du ſolide. Enfin ſi le corps hétérogéne
eſt d'égale peſanteur qu'un pareil volume
de fluide , l'action de l'un & de l'autre eſt
égale ; le ſolide doit donc alors garder la
place qu'on lui donne dans le liquide , d'où
il fuit qu'un corps plongé dans un fluide
doit perdre autant de ſon poids que péſe
un pareil volume de liquide ; de-là , deux
corps de différents poids perdront d'autant
plus de leur force dans l'eau , que leur vo
lume
DECEMBRE. 1744. 49
lume eſt plus grand. Ainſi au moyen de l'Hydrométre
, on découvre les faux Louis d'avec
ceux qui font de poids ; voyez M. Rivard
dans fon Abregé d'Algébre, Traité des Equations
, Probl. 8. où connoiſſant le poids d'un
corps composé de deux Métaux d'Or & d'Argent
, il apprend à trouver la quantité de
Por, & celle de l'Argent mélés dans le corps..
Voyez auffi M. Trabau dans ſes principes
ſur le mouvement & l'équilibre , Liv. 5 .
De-là l'on explique le vol des Oiseaux ;
comment des maſſes métalliques peuvent
flotter ſur l'eau ; pourquoi tels Vaiſſeaux enfoncent
dans les Riviéres qui ſurnageoient
fur les Ondes de la Mer , qui étant chargées
de ſels , leur oppoſoient plus de réſiſtance.
De-là vient que nous ne ſommes point accablés
du Cilindre ou Colomne d'air qui eſt
au deſſus de notre tête ,& qui ſelon le calcul
de M. Pluche , péſe au moins 20000 liv.
De - là auſſi cette admirabie propriété de
l'eau de ſe mêler avec une infinité de choſes
auſquelles elle s'unit ſi étroitement , qu'elle
enprend la couleur , la force , & la vertu.
L'admirable propagation de la lumiére
qui ſe fait dans un inftant Phyſique ; l'extréme
activité du feu , le ſon dont l'air eſt le
véhicule , font autant d'avantages , dont la
fluidité eſt la cauſe. Je ſerois infini fij'entrois
dans le détail de toutes les utilités de
C
,
50 MERCURE DE FRANCE.
leau ſeulement. On peut conſulter là-deſſus
la Théologie de l'eau par M. Fabricius , Je
ne puis cependant taire que le fluide qui
nous environne eſt la cauſe de notre odorat.
Les cavités du nés font remplies de lames
offeuſes , couvertes d'une membrane femée
d'un grand nombre de nerfs. Plus les animaux
ont de ces fortes de lames , plus la
membrane eſt étendue. Cette membrane eft
l'organe de l'odorat; l'air par le mouvement
commun à tous les liquides , détaché des
particules des corps , il entre par les ouvertures
du nés pour aider la reſpiration.
Chargé des corpufcules des corps odorants
, il frappe cette membrane , qui felon
qu'elle eſt plus ou moins étendue , reffent
plus ou moins l'impreſſion que fait le fluide
en allant à la trachée-artère. Voilà pourquoi
les Chiens de Chaffe ont l'odorat plus
fin , c'eſt aufli pourquoi ceux qui ne refpirent
que par la bouche en font dépourvus.
Cette invention des petits ballons n'eft
pas récente; il eſt honorable à M. de Moliéres
de l'avoir perfectionnée , mais on voit
dans Lucrece , Liv. 2 de la Nature des choſes
, que les Anciens en avoient quelque idée.
Illa equidem debent ex laribus atque rotundis
Eſſe magis fluido que corpore liquida conftant
Nec retinentur enim inter se glomeramina quæque
Et procurſu item in proclive volubilis extat.
LACOSTEle Cadet , à Dijon.
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Résumé : DISCOURS sur l'utilité des fluides.
Le texte 'Discours sur l'utilité des fluides' explore les propriétés des fluides et leur importance pour la vie humaine. Les auteurs rejettent les théories atomiques d'Épicure et de Descartes, privilégiant une vision des fluides comme des tourbillons ou des assemblages de petits ballons avec des forces centrales. Cette conception permet de mieux expliquer l'élasticité, la pression et la divisibilité des fluides. La respiration est cruciale pour la survie et dépend de la fluidité de l'air. Les poumons se dilatent et se contractent pour permettre l'inspiration et l'expiration, assurant ainsi la circulation sanguine. L'air corrompu ou confiné peut entraîner la suffocation, tandis que l'air pur est vital. Des expériences montrent l'impact des fluides sur la respiration et la réanimation. Le texte examine également les rôles de l'air et de l'eau dans la croissance des organismes. L'atmosphère influence le mouvement du cœur et la circulation des fluides dans le corps humain. Pour les plantes, la fluidité de l'eau est essentielle à leur croissance. Des expériences démontrent que l'eau suffit à la végétation, et que la matière nécessaire à la croissance provient principalement de l'eau. Les propriétés des fluides dans les corps solides sont aussi discutées. La densité et la fragilité des matériaux dépendent de la structure de leurs pores et de la présence de fluides. L'or est exceptionnel car il conserve ses propriétés même lorsqu'il est divisé. Les fluides influencent la flottabilité des objets en fonction de leur densité relative. L'hydrométrie utilise cette propriété pour détecter les faux Louis d'or. Le texte mentionne diverses applications de la fluidité, comme le vol des oiseaux et la flottabilité des vaisseaux. Enfin, il explique que l'air transporte les particules odorantes vers les membranes nasales.
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10
p. 150
LOGOGRYPHE.
Début :
Si jamais tu te vois sur l'inconstant Neptune, [...]
Mots clefs :
Rocher
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
S1 te
I jamais tu te vois ſur l'inconftant Neptune ,
Fui-mois par moi l'on perd la vie ou la fortune.
De mes pieds fi tu veux retrancher le dernier ,
Sous un nom feminin , je fuis encor moi- même.
Si le fecond précède le premier ,
Les autres à l'écart , par mon pouvoir fuprême ,
Je tiens lieu de beauté , d'efprit , de vertu même.
Je renferme encor dans mon fein
Une note , un inftrument rauque ,
Une terre jaunâtre : un Saint
Que pour un fléau l'on invoque :
Cette amante , qui d'une tour
Se lança dans la plaine humide ,
Appercevant le corps livide ·
De fon amant privé du jour :
Une Nymphe , dont le coeur tendre
Ne fut payé d'aucun retour ,
Et qui gémit fouvent d'un malheureux amour ,
Comme en la confultant on peut encor l'entendre .
Enfin pour peu , Lecteur , que tu fois attentif ,
Tu peux dans un , deux , trois , voir mon diminutif.
Brunet , de Dijon.
S1 te
I jamais tu te vois ſur l'inconftant Neptune ,
Fui-mois par moi l'on perd la vie ou la fortune.
De mes pieds fi tu veux retrancher le dernier ,
Sous un nom feminin , je fuis encor moi- même.
Si le fecond précède le premier ,
Les autres à l'écart , par mon pouvoir fuprême ,
Je tiens lieu de beauté , d'efprit , de vertu même.
Je renferme encor dans mon fein
Une note , un inftrument rauque ,
Une terre jaunâtre : un Saint
Que pour un fléau l'on invoque :
Cette amante , qui d'une tour
Se lança dans la plaine humide ,
Appercevant le corps livide ·
De fon amant privé du jour :
Une Nymphe , dont le coeur tendre
Ne fut payé d'aucun retour ,
Et qui gémit fouvent d'un malheureux amour ,
Comme en la confultant on peut encor l'entendre .
Enfin pour peu , Lecteur , que tu fois attentif ,
Tu peux dans un , deux , trois , voir mon diminutif.
Brunet , de Dijon.
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11
p. 151
AUTRE.
Début :
Masse brute & sans agrément, [...]
Mots clefs :
Marbre
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE
M. Affe bruté & fans agrénient ;
J
Au fortir du fein de ma mere ,f
Sous les efforts de l'art j'éprouve d'ordinaire
Le plus fuperbe changement.
Même fans m'exalter plus qu'il n'eft néceffaire ,
Je puis dire , Lecteur , qu'aux yeux de l'Univers
J'offre encor tous les jours cent chefs-d'oeuvre
divers.
La veille de certaine Fête ,
Je péris par le feu , fi tu tranches ma tête .
Prends trois de mes pieds ; fur flots mes
L'on eft en grad danger pendant une tempêtes.
Combinant autrement , tu peux des matelots
Trouver en moi le commun aftencile :
Une fubftance : un inftrument utile
Au fupplice d'un ſcélerat :
I
Ce qu'un guerrier doit porter au combat :
Choſe auffi peu commune aux champs que dans
la Ville :
Un endroit où l'eau ne vaut rien :
Enfin certain fujet d'un Monarque Indien.
Par le même.
M. Affe bruté & fans agrénient ;
J
Au fortir du fein de ma mere ,f
Sous les efforts de l'art j'éprouve d'ordinaire
Le plus fuperbe changement.
Même fans m'exalter plus qu'il n'eft néceffaire ,
Je puis dire , Lecteur , qu'aux yeux de l'Univers
J'offre encor tous les jours cent chefs-d'oeuvre
divers.
La veille de certaine Fête ,
Je péris par le feu , fi tu tranches ma tête .
Prends trois de mes pieds ; fur flots mes
L'on eft en grad danger pendant une tempêtes.
Combinant autrement , tu peux des matelots
Trouver en moi le commun aftencile :
Une fubftance : un inftrument utile
Au fupplice d'un ſcélerat :
I
Ce qu'un guerrier doit porter au combat :
Choſe auffi peu commune aux champs que dans
la Ville :
Un endroit où l'eau ne vaut rien :
Enfin certain fujet d'un Monarque Indien.
Par le même.
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12
p. 137-138
LOGOGRYPHE.
Début :
Mon nom se prend en deux sens differens. [...]
Mots clefs :
Comète
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
Mon nom fe prend en deux fens differens.
Je fuis dans l'un , au gré de bien des gens ,
D'un fâcheux préfage à la vue ,
Leur ame , en me voyant , eft triftement émue
Et dans l'autre je fuis de ces amuſemens
Qui fervent à paffer le tems.
Je renferme en fix pieds, qui forment ma fubftance,
Un titre , dont plus d'un Seigneur
Se décore & fe fait honneur ,
En Angleterre , ainfi qu'en France ;
Une Cité du Duché de Milan ,
Ou fi tu veux le nom d'un Saint, & d'un brigand ;
Le fynonime de volume ;
Ce que dans fon chaudron la harangere allume
138 MERCURE DE FRANCE.
Pour oppofer aux traits d'un froid plein de rigueat;
Et ce qu'au premier homme ôta le Créateur.
Brunet , de Dijon.
Mon nom fe prend en deux fens differens.
Je fuis dans l'un , au gré de bien des gens ,
D'un fâcheux préfage à la vue ,
Leur ame , en me voyant , eft triftement émue
Et dans l'autre je fuis de ces amuſemens
Qui fervent à paffer le tems.
Je renferme en fix pieds, qui forment ma fubftance,
Un titre , dont plus d'un Seigneur
Se décore & fe fait honneur ,
En Angleterre , ainfi qu'en France ;
Une Cité du Duché de Milan ,
Ou fi tu veux le nom d'un Saint, & d'un brigand ;
Le fynonime de volume ;
Ce que dans fon chaudron la harangere allume
138 MERCURE DE FRANCE.
Pour oppofer aux traits d'un froid plein de rigueat;
Et ce qu'au premier homme ôta le Créateur.
Brunet , de Dijon.
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13
p. 138
AUTRE.
Début :
Le caprice & l'occasion [...]
Mots clefs :
Impromptu
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
LE caprice & l'occafion
Ont tous deux part à ma naiffance ,
Un feul inftant me donne l'exiſtence ,
Et je péris par la refléxion .
Neuf pieds compoſent ma ſubſtance.
Ufant de tranfpofition ,
Mes deux extrémités font deux tons de mufique ;
Par une autre opération
J'offre à tes yeux métal , Ville , vafe aquatique ;
Souverain ; Nymphe ; adverbe ; incivile action ;
Mot commun dáns la vénerie ;
Synonime de vif; grand fleuve d'Italie ;
Pour maint Convent commode invention ;
Terme où du Nautonnier tend la direction ;
D'un bâtiment une partie ;
L'affreufe Déité , qui fans diftinction ,
Sans égard , fans exception ,
Tient tôt ou tard les humains fous fa griffe ;
Je fuis à cet afpect , & plein d'émotion ,
J'abandonne le Logogryphe.
Par le même.
LE caprice & l'occafion
Ont tous deux part à ma naiffance ,
Un feul inftant me donne l'exiſtence ,
Et je péris par la refléxion .
Neuf pieds compoſent ma ſubſtance.
Ufant de tranfpofition ,
Mes deux extrémités font deux tons de mufique ;
Par une autre opération
J'offre à tes yeux métal , Ville , vafe aquatique ;
Souverain ; Nymphe ; adverbe ; incivile action ;
Mot commun dáns la vénerie ;
Synonime de vif; grand fleuve d'Italie ;
Pour maint Convent commode invention ;
Terme où du Nautonnier tend la direction ;
D'un bâtiment une partie ;
L'affreufe Déité , qui fans diftinction ,
Sans égard , fans exception ,
Tient tôt ou tard les humains fous fa griffe ;
Je fuis à cet afpect , & plein d'émotion ,
J'abandonne le Logogryphe.
Par le même.
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14
p. 139
AUTRE.
Début :
Lorsqu'une docte main me soutient & m'anime, [...]
Mots clefs :
Lyre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Orfqu'une docte main me foutient & m'anime
,
Je puis charmer , Lecteur , les hommes & les
Dieux.
Jadis mon pouvoir merveilleux
Pénétra jufqu'au noir abîme.
fort peu de case
L'on doit me mettre un frein , quand j'ai la tête bas
Mes pieds offrent aux yeux un ton de la mufique ;
Un, deux, quatre, de moi l'on fait f
Enfin par anagramme en moi tu trouveras i
Ce qu'il faut faire à plus d'un frénétique
Ce trait t'eft ſuffiſant pour fortir d'embarras.
Par le même.
Orfqu'une docte main me foutient & m'anime
,
Je puis charmer , Lecteur , les hommes & les
Dieux.
Jadis mon pouvoir merveilleux
Pénétra jufqu'au noir abîme.
fort peu de case
L'on doit me mettre un frein , quand j'ai la tête bas
Mes pieds offrent aux yeux un ton de la mufique ;
Un, deux, quatre, de moi l'on fait f
Enfin par anagramme en moi tu trouveras i
Ce qu'il faut faire à plus d'un frénétique
Ce trait t'eft ſuffiſant pour fortir d'embarras.
Par le même.
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15
p. 139
AUTRE.
Début :
Souvent tout l'orgueil d'une belle [...]
Mots clefs :
Oeil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Souvent tout l'orgueil d'une belle
A mon aſpect s'eft éclipſé ;
Le Héros à fon tour quelquefois renversé ,
Vainement à mes loix voudroit être rebelle ;
Du Digefte en mon tout j'enferine le plus beau ;
Décapité , je fuis chofe peu recherchée ;
Mon dernier pied fouftrait, ie deviens un oileau ;
Une Nymphe en mon fein eft encore cachée,
Par le même,
Souvent tout l'orgueil d'une belle
A mon aſpect s'eft éclipſé ;
Le Héros à fon tour quelquefois renversé ,
Vainement à mes loix voudroit être rebelle ;
Du Digefte en mon tout j'enferine le plus beau ;
Décapité , je fuis chofe peu recherchée ;
Mon dernier pied fouftrait, ie deviens un oileau ;
Une Nymphe en mon fein eft encore cachée,
Par le même,
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16
p. 115-116
AUTRE. A Mad....... sur son nom de Baptême la veille de sa fête.
Début :
Dans un mot dont huit pieds composent la substance, [...]
Mots clefs :
Germaine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE. A Mad....... sur son nom de Baptême la veille de sa fête.
AUTRE.
A Mad. · .....
D
Jur fon nom de Baptême
la veille de fa fête.
Ans un mot dont huit pieds compofent la
ſubſtance ,
Lequel eft fûrement de votre connoiffance. "
6,4,5 1 & 2 à > vos yeux vont offrir
Ce qui de vous toujours s'offre à mon ſouvenir,
4, 5 , 3 , 6 , vous expofent un titre
Que de mon coeur fuprême arbitre
Seule vous auriez pû me réfoudre à porter.
Mais de quoi m'a fervi que vous puiffiez le faire?
Toujours foucieux de vous plaire ,
Hélas ! j'eus beau jadis mille fois vous chanter ,
Vous dépeindre & vous exalter
Les plaifirs féducteurs de l'amoureux myſtere
Tout faire pour vous exciter
A vivre fous les loix de l'enfant de Cythere ;
Vous dire qu'en attraits vous furpaffiez ſa mere
Je ne fus pas affez heureux ,
Pour toucher, ébranler votre cinq, quatre & deux,
Ni ma voix , ni mes vers , ni mon ardeur fincére ,
1 & 8 , n'y purent parvenir .
Ni mon s ›
O mortelle douleur ! . O cruel fouvenir !
Je n'eus pas même l'avantage
De tenir votre 4 , 5 , 6 , 7 , feulement ,
16 MRCURE DE FRANCE.
Alors plein de reffentiment
De vous voir infenfible au plus fincére hommage,
Ne pouvant prendre de répit ;
J'injuriai l'amour & pleurai de dépit ;
Mais je vis , hélas ! que les larmes
Aux amans malheureux prêtoient de foibles armes,
Brunet , de Dijon.
A Mad. · .....
D
Jur fon nom de Baptême
la veille de fa fête.
Ans un mot dont huit pieds compofent la
ſubſtance ,
Lequel eft fûrement de votre connoiffance. "
6,4,5 1 & 2 à > vos yeux vont offrir
Ce qui de vous toujours s'offre à mon ſouvenir,
4, 5 , 3 , 6 , vous expofent un titre
Que de mon coeur fuprême arbitre
Seule vous auriez pû me réfoudre à porter.
Mais de quoi m'a fervi que vous puiffiez le faire?
Toujours foucieux de vous plaire ,
Hélas ! j'eus beau jadis mille fois vous chanter ,
Vous dépeindre & vous exalter
Les plaifirs féducteurs de l'amoureux myſtere
Tout faire pour vous exciter
A vivre fous les loix de l'enfant de Cythere ;
Vous dire qu'en attraits vous furpaffiez ſa mere
Je ne fus pas affez heureux ,
Pour toucher, ébranler votre cinq, quatre & deux,
Ni ma voix , ni mes vers , ni mon ardeur fincére ,
1 & 8 , n'y purent parvenir .
Ni mon s ›
O mortelle douleur ! . O cruel fouvenir !
Je n'eus pas même l'avantage
De tenir votre 4 , 5 , 6 , 7 , feulement ,
16 MRCURE DE FRANCE.
Alors plein de reffentiment
De vous voir infenfible au plus fincére hommage,
Ne pouvant prendre de répit ;
J'injuriai l'amour & pleurai de dépit ;
Mais je vis , hélas ! que les larmes
Aux amans malheureux prêtoient de foibles armes,
Brunet , de Dijon.
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17
p. 116-117
AUTRE.
Début :
Mon empire s'étend sur tout ce qui respire ; [...]
Mots clefs :
Sommeil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
On empire s'étend fur tout ce qui refpire ;
Sexe , Prélats , Héros , combattus , harcelés ,
Succombent tour à tour fous mes coups redoublés.
Si ces traits , cher Lecteur , ne te peuvent fuffire ,
Pourfuis , au jour je vais produire
Quelques mots qu'en mon fein l'on trouve raffemblés
;
Un poiffon : un oiſeau : de l'an une partie ;
Ce qu'au Chef des Hébreux dicta le Créateur :
Des gens âgés la pâture choiſie
Un outil de Serrurerie :
;
L'ouvrage d'un infecte : un grand Légiſlateur :
L'antidote de la fadeur :
Deux Rivieres en Picardie :
Un nombre : le dépôt de certaine liqueur :
Trois notes : une Nymphe : un Saint : le récep-
· t tacle
"
DECEMBRE , 1749. 117
De tous les objets d'un ſpectacle ;
Le ſymbole de la douceur :
Enfin un fils du Patriarche ,
Qui par l'ordre de Dieu fe retira dans l'Arche
Par le même,
On empire s'étend fur tout ce qui refpire ;
Sexe , Prélats , Héros , combattus , harcelés ,
Succombent tour à tour fous mes coups redoublés.
Si ces traits , cher Lecteur , ne te peuvent fuffire ,
Pourfuis , au jour je vais produire
Quelques mots qu'en mon fein l'on trouve raffemblés
;
Un poiffon : un oiſeau : de l'an une partie ;
Ce qu'au Chef des Hébreux dicta le Créateur :
Des gens âgés la pâture choiſie
Un outil de Serrurerie :
;
L'ouvrage d'un infecte : un grand Légiſlateur :
L'antidote de la fadeur :
Deux Rivieres en Picardie :
Un nombre : le dépôt de certaine liqueur :
Trois notes : une Nymphe : un Saint : le récep-
· t tacle
"
DECEMBRE , 1749. 117
De tous les objets d'un ſpectacle ;
Le ſymbole de la douceur :
Enfin un fils du Patriarche ,
Qui par l'ordre de Dieu fe retira dans l'Arche
Par le même,
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18
p. 117
AUTRE.
Début :
Je suis un être imaginaire, [...]
Mots clefs :
Satyre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
JE fuis un être imaginaire ,
Qu'on dit être l'effroi d'une jeune bergère ;
Dans un fens different je me plais à piquer ,
A réformer , à critiquer .
En veux-tu fçavoir davantage ?
Mes fix pieds vont t'offrir un déchec : certain
mal :
Ce qu'on cherche en hyver : un petit animal
Ce que le vrai Sçavant doit avoir en partage ;
Des lambris affûrés un brillant ornement ;
Coûtume de l'Eglife : Ifle : note : élement ;
Terme de jeu : poiffon , titre dont on décore
La majefté du Souverain :
Un péché capital : une espéce de grain :
Une conjonction en moi ſe trouve encore.
Par le même.
JE fuis un être imaginaire ,
Qu'on dit être l'effroi d'une jeune bergère ;
Dans un fens different je me plais à piquer ,
A réformer , à critiquer .
En veux-tu fçavoir davantage ?
Mes fix pieds vont t'offrir un déchec : certain
mal :
Ce qu'on cherche en hyver : un petit animal
Ce que le vrai Sçavant doit avoir en partage ;
Des lambris affûrés un brillant ornement ;
Coûtume de l'Eglife : Ifle : note : élement ;
Terme de jeu : poiffon , titre dont on décore
La majefté du Souverain :
Un péché capital : une espéce de grain :
Une conjonction en moi ſe trouve encore.
Par le même.
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19
p. 167-169
AUTRE.
Début :
D'un mortel qui se livre aux faveurs de Morphée, [...]
Mots clefs :
Camouflet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
'Un mortel qui fe livre aux faveurs de Morphée
,
Je fuis propre , Lecteur , à troubler le repos ,
Et c'eft le plus fouvent affez mal à propos
168 MERCURE DE FRANCE.
Que je lui fais fentir ma vapeur échauffée . '
Neuflettres font mon tout en le décomposant
L'on peut voir un Poëte : une Ville lointaine :
Deux poiffons : un humain que fouvent on enchaîne
;
Tout l'oppofé du bien : certain acier tranchant :
Deux élemens : un rat : trois notes de muſique :
Une machine en méchanique :
Une efpéce d'étoffe : un Prince d'Ifrael ,
Lequel dans un banquet eut un foit très- cruel :
Le nom commun de certaine boutique :
Un corpufcule : un châtiment :
L'effence deſtinée à fe voir bienheureuſe :
Une chauffure : une pierre poreufe :
Un mets trois Saints : un inftrument
Du vêtement une partie :
Ouvrage de ferrurerie :
Hommage qui n'eft dû qu'à la Divinité :
L'endroit où l'on lui facrifie :
De quelques animaux forte de maladie :
Ecrit commun dans la focieté :
Terme de jeu titre honorable en France : :
Le mortel qui de tout garde mieux le filence :
Au chef humain ce qui fert de pivot ;
Une pièce d'argent : une bête de charge :
Ce qu'on fouhaite en mer , lorfqu'on gagne le
large :
Chofe funefte à plus d'un matelot :
E
Epithete
MARS. 1750 169
. Epithéte piquante , & propre au petit - maître :
Le doux produit d'un heureux numero :
Un animal auffi gourmand que traître :
Une pipe fauvage , & certain amas d'eau ;
En voilà bien affez , Lecteur › pour me connoître.
Brunet , de Dijon.
'Un mortel qui fe livre aux faveurs de Morphée
,
Je fuis propre , Lecteur , à troubler le repos ,
Et c'eft le plus fouvent affez mal à propos
168 MERCURE DE FRANCE.
Que je lui fais fentir ma vapeur échauffée . '
Neuflettres font mon tout en le décomposant
L'on peut voir un Poëte : une Ville lointaine :
Deux poiffons : un humain que fouvent on enchaîne
;
Tout l'oppofé du bien : certain acier tranchant :
Deux élemens : un rat : trois notes de muſique :
Une machine en méchanique :
Une efpéce d'étoffe : un Prince d'Ifrael ,
Lequel dans un banquet eut un foit très- cruel :
Le nom commun de certaine boutique :
Un corpufcule : un châtiment :
L'effence deſtinée à fe voir bienheureuſe :
Une chauffure : une pierre poreufe :
Un mets trois Saints : un inftrument
Du vêtement une partie :
Ouvrage de ferrurerie :
Hommage qui n'eft dû qu'à la Divinité :
L'endroit où l'on lui facrifie :
De quelques animaux forte de maladie :
Ecrit commun dans la focieté :
Terme de jeu titre honorable en France : :
Le mortel qui de tout garde mieux le filence :
Au chef humain ce qui fert de pivot ;
Une pièce d'argent : une bête de charge :
Ce qu'on fouhaite en mer , lorfqu'on gagne le
large :
Chofe funefte à plus d'un matelot :
E
Epithete
MARS. 1750 169
. Epithéte piquante , & propre au petit - maître :
Le doux produit d'un heureux numero :
Un animal auffi gourmand que traître :
Une pipe fauvage , & certain amas d'eau ;
En voilà bien affez , Lecteur › pour me connoître.
Brunet , de Dijon.
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20
p. 169
AUTRE.
Début :
Aux voyageurs, aux mariniers, [...]
Mots clefs :
Nuage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Aux voyageurs , aux mariniers ;
Je fuis d'un finiftre préfage.
Je fais bien du chemin avec fort peu de
pieds.
Le dernier , joint aux deux premiers ,
De moi te donne encor une nouvelle image :
Par une autre combinaiſon
Je puis produire à tes yeux une Ville
Le pere de chaque faifon :
Un être bienheureux : un animal docile :
L'art propre à la macreufe , au canard , au poiffon
:
Ce qui fuit fans retour ; un vaiffeau fort utile
Au travail de maint artiſan :
Enfin une mefure : un nombre : un élement;
Par le même.
Aux voyageurs , aux mariniers ;
Je fuis d'un finiftre préfage.
Je fais bien du chemin avec fort peu de
pieds.
Le dernier , joint aux deux premiers ,
De moi te donne encor une nouvelle image :
Par une autre combinaiſon
Je puis produire à tes yeux une Ville
Le pere de chaque faifon :
Un être bienheureux : un animal docile :
L'art propre à la macreufe , au canard , au poiffon
:
Ce qui fuit fans retour ; un vaiffeau fort utile
Au travail de maint artiſan :
Enfin une mefure : un nombre : un élement;
Par le même.
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21
p. 170
AUTRE.
Début :
Lecteur, je porte dans mon sein [...]
Mots clefs :
Framboise
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
LEêteur , je porte dans mon fein
L'air , la mer , la ſoif & la faim ;
Rome , Siam , Riom , Reims , orme
Sem , Remi , Méri , Mars , os , forme ,
Emir , Jo , More , ombre , Omer,
Ia , mari , braiſe , or , amer ,
Marie , ofier , Maire , ambre , foie ,
Brâme , fraife , if, ame , rime , oïe ,
Rofe , frimats , Roi , fabre , ami ,
Rame , ambre , mors , fi , ré , fa , mi.
Par le même.
LEêteur , je porte dans mon fein
L'air , la mer , la ſoif & la faim ;
Rome , Siam , Riom , Reims , orme
Sem , Remi , Méri , Mars , os , forme ,
Emir , Jo , More , ombre , Omer,
Ia , mari , braiſe , or , amer ,
Marie , ofier , Maire , ambre , foie ,
Brâme , fraife , if, ame , rime , oïe ,
Rofe , frimats , Roi , fabre , ami ,
Rame , ambre , mors , fi , ré , fa , mi.
Par le même.
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22
p. 90-92
DESAVEU De l'Académie de Dijon, au sujet de la Réfutation attribuée faussement à l'un de ses Membres.
Début :
L'Académie de Dijon a vû avec surprise dans une Lettre imprimée de M. Rousseau, [...]
Mots clefs :
Académie des sciences et belles-lettres de Dijon, Jean-Jacques Rousseau, Discours, Réfutation, Académicien, Désaveu, Pseudonyme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DESAVEU De l'Académie de Dijon, au sujet de la Réfutation attribuée faussement à l'un de ses Membres.
DESAVE U
De l'Académie de Dijon , au sujet de la Ré
futation attribuée fauffement à l'un
de fes Membres.
' Académie de Dijon a vû avec ſurpriſe
L'dansuneLetreimprimée de ff.
feau , qu'il paroiffoit une brochure intitu
lée : Difcours qui a remporté le prix de l'Académie
de Dijon en 1750, accompagné d'une
réfutation de ce difcours par un Académicien
de Dijon qui lui a refufe fon fuffrage.
L'Académie fçait parfaitement que fes
décifions , ainfi que celles des autres Académies
du Royaume reffortiffent au Tribunal
du Public , elle, n'auroit pas relevé
la réfutation qu'elle défavoue , fi fon Auteur
, plus occupé du plaifir de critiquer
que du foin de faire une bonne critique ,
n'avoit crû , en fe déguifant fous une dé
nomination qui ne lui eft pas duë , interreffer
le Public dans une querelle qui n'a
que trop duré , ou tout au moins lui laiſſer
entrevoir quelque femence de divifion
dans cette fociété , tandis que ceux qui l'a
compofent , uniquement occupés à la reAOUST
. 1752. 91
cherche du vrai , le difcutent fans aigreur
& fans fe livrer à ces haines de parti qui
font ordinairement le réſultat des difputes -
littéraires .
Ils fçavent tous le reſpect qui eft dû aux
chofes jugées , la force qu'elles doivent
avoir parmi eux , & combien il feroit indécent
que dans une affemblée de gens de
Lettres un particulier s'avifât de réfuter
par écrit une décision qui auroit paffé conrre
fon avis.
Il paroit par la lettre de M. Rouſſeau
que ce prétendu Académicien de Dijon
n'a pas les premieres notions du local d'une
Académie où il prétend qu'il occupe une
place , lorfqu'il parle de fa Terre & de fes
Fermiers de Picardie , puifque en fait il eft
faux qu'aucun Académicien de Dijon poſfede
un pouce de terre dans cette Provin
ce. L'Académie défavoue donc formellement
l'Auteur Pfeudonyme , & fa réfutation
attribuée à l'un de fes membres par une
fauffeté indigne d'un homme qui fait profeffion
des Lettres , & que rien n'obligeoit
à fe maſquer .
Mais de quelque plume que parte cet
ouvrage , & quelqu'ait pû être le deffein de
celui qui l'a compofé , il fera toujours honneur
au Difcours de M. Rouſſeau , qui
ufant de la liberté des problêmes ( la feule
92 MERCURE DE FRANCE.
voye propre à éclaircir la vérité ) a eu affez
de courage pour en foutenir le parti , & à
l'Académie qui a eu affez de bonne - foi
pour la couronner.
PETIT , Secretaire
A Dijon le zz de l'Académie des Scien
Juin 1752. ces de Dijon.
De l'Académie de Dijon , au sujet de la Ré
futation attribuée fauffement à l'un
de fes Membres.
' Académie de Dijon a vû avec ſurpriſe
L'dansuneLetreimprimée de ff.
feau , qu'il paroiffoit une brochure intitu
lée : Difcours qui a remporté le prix de l'Académie
de Dijon en 1750, accompagné d'une
réfutation de ce difcours par un Académicien
de Dijon qui lui a refufe fon fuffrage.
L'Académie fçait parfaitement que fes
décifions , ainfi que celles des autres Académies
du Royaume reffortiffent au Tribunal
du Public , elle, n'auroit pas relevé
la réfutation qu'elle défavoue , fi fon Auteur
, plus occupé du plaifir de critiquer
que du foin de faire une bonne critique ,
n'avoit crû , en fe déguifant fous une dé
nomination qui ne lui eft pas duë , interreffer
le Public dans une querelle qui n'a
que trop duré , ou tout au moins lui laiſſer
entrevoir quelque femence de divifion
dans cette fociété , tandis que ceux qui l'a
compofent , uniquement occupés à la reAOUST
. 1752. 91
cherche du vrai , le difcutent fans aigreur
& fans fe livrer à ces haines de parti qui
font ordinairement le réſultat des difputes -
littéraires .
Ils fçavent tous le reſpect qui eft dû aux
chofes jugées , la force qu'elles doivent
avoir parmi eux , & combien il feroit indécent
que dans une affemblée de gens de
Lettres un particulier s'avifât de réfuter
par écrit une décision qui auroit paffé conrre
fon avis.
Il paroit par la lettre de M. Rouſſeau
que ce prétendu Académicien de Dijon
n'a pas les premieres notions du local d'une
Académie où il prétend qu'il occupe une
place , lorfqu'il parle de fa Terre & de fes
Fermiers de Picardie , puifque en fait il eft
faux qu'aucun Académicien de Dijon poſfede
un pouce de terre dans cette Provin
ce. L'Académie défavoue donc formellement
l'Auteur Pfeudonyme , & fa réfutation
attribuée à l'un de fes membres par une
fauffeté indigne d'un homme qui fait profeffion
des Lettres , & que rien n'obligeoit
à fe maſquer .
Mais de quelque plume que parte cet
ouvrage , & quelqu'ait pû être le deffein de
celui qui l'a compofé , il fera toujours honneur
au Difcours de M. Rouſſeau , qui
ufant de la liberté des problêmes ( la feule
92 MERCURE DE FRANCE.
voye propre à éclaircir la vérité ) a eu affez
de courage pour en foutenir le parti , & à
l'Académie qui a eu affez de bonne - foi
pour la couronner.
PETIT , Secretaire
A Dijon le zz de l'Académie des Scien
Juin 1752. ces de Dijon.
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Résumé : DESAVEU De l'Académie de Dijon, au sujet de la Réfutation attribuée faussement à l'un de ses Membres.
L'Académie de Dijon réagit à une lettre publiée dans le Mercure de France, annonçant une brochure intitulée 'Discours qui a remporté le prix de l'Académie de Dijon en 1750' ainsi qu'une réfutation attribuée à un académicien. L'Académie souligne que ses décisions sont soumises au jugement du public et déplore la critique destructrice de l'auteur anonyme, qui cherche à semer la division. Elle rappelle le respect dû aux décisions académiques et l'indécence de les contester publiement. L'auteur anonyme montre une méconnaissance de la composition de l'Académie, notamment en mentionnant des éléments inexacts concernant la Picardie. L'Académie désavoue formellement cet auteur et sa réfutation, qualifiant son action de tromperie indigne. Cependant, elle reconnaît la valeur du discours de Jean-Jacques Rousseau et salue la bonne foi de l'Académie qui l'a couronné.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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24
p. 52
ÉPIGRAMMES. A PHILIS.
Début :
NE demandez pas davantage, [...]
Mots clefs :
Fou, Sage, Aimer
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉPIGRAMMES. A PHILIS.
ÉPIGRA M ME S.
A PHIL I S.
Na demandez pas davantage , B
Si de fou que j'étois , je fuis devenu fage:
Aimer fans être aimé , c'eft être fou , dit.on.
Vous êtes la feule que j'aime ;
Hé , qui peut donc mieux que vous-même ,
Sçavoir fi je fuis lage ou non ?
Par M. *** de Dijon.
A PHIL I S.
Na demandez pas davantage , B
Si de fou que j'étois , je fuis devenu fage:
Aimer fans être aimé , c'eft être fou , dit.on.
Vous êtes la feule que j'aime ;
Hé , qui peut donc mieux que vous-même ,
Sçavoir fi je fuis lage ou non ?
Par M. *** de Dijon.
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25
p. 52
A LA MESME.
Début :
QUAND l'amour à vous voir m'engage, [...]
Mots clefs :
Amour, Temps, Pas
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A LA MESME.
ALA MESME.
QUAND l'amour à vous voir m'engage ,
Je perds & mon temps , & mes pas ;
Mais je perds encor davantage ,
Philis , quand je ne vous vois pas,
Par le même;
QUAND l'amour à vous voir m'engage ,
Je perds & mon temps , & mes pas ;
Mais je perds encor davantage ,
Philis , quand je ne vous vois pas,
Par le même;
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26
p. 53
SUR UNE CRUELLE.
Début :
THÉMIRE n'a pour moi que de l'indifférence. [...]
Mots clefs :
Indifférence, Amour, Différence, Feu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR UNE CRUELLE.
SUR UNE CRUELLE.
THEMIRE n'a pour moi que de l'indifférence .
Amour ! de nos deux coeurs tu vois la différence ;
J'aime trop , elle aime trop peu .
Mais hélas ! quelle eſt ma diſgrace !
Mon feu ne peut fondre ſa glace ,
Ni fa glace éteindre mon feu.
Par le même.
THEMIRE n'a pour moi que de l'indifférence .
Amour ! de nos deux coeurs tu vois la différence ;
J'aime trop , elle aime trop peu .
Mais hélas ! quelle eſt ma diſgrace !
Mon feu ne peut fondre ſa glace ,
Ni fa glace éteindre mon feu.
Par le même.
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27
p. 53
ÉPITAPHE D'UN PÉDANT.
Début :
CI gît, qui parloit autrefois [...]
Mots clefs :
Langue, Pédant, Sot
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉPITAPHE D'UN PÉDANT.
EPITAPHE D'UN PÉDANT.
Cr git , qui parloit autrefois
I
La langue de la vieille Rome ,
En Grec , en Hébreu fçavant homme ,
Mais un grand Sot en bon françois.
Par le même.
Cr git , qui parloit autrefois
I
La langue de la vieille Rome ,
En Grec , en Hébreu fçavant homme ,
Mais un grand Sot en bon françois.
Par le même.
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28
p. 11
ÉPIGRAMMES. Sur la Torche funèbre & le Flambeau Nuptial.
Début :
DE même que l'Hymen la Mort a son flambeau : [...]
Mots clefs :
Torche funèbre, Flambeau nuptial, Hymen, Esclavage, Guerres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉPIGRAMMES. Sur la Torche funèbre & le Flambeau Nuptial.
É PIGRAM ME S.
Sur la Torche funèbre & le Flambeau
De
même
Nuptial.
E même que l'Hymen la Mort a fon flambeau
:
Chacun des deux a fon uſage ;
L'un nous conduit à l'esclavage ,
L'autre nous conduit au tombeau.
Mais , ô l'étrange différence !
Le flambeau de l'Hymen , heureux en apparence ,
Nous conduit bien fouvent à des guerres fans fin
Le flambeau de la Mort , par un effet contraire ,
Affreux d'abord quand il éclaire
Au repos affuré nous ouvre le chemin.
Par M. *** de Dijon.
Sur la Torche funèbre & le Flambeau
De
même
Nuptial.
E même que l'Hymen la Mort a fon flambeau
:
Chacun des deux a fon uſage ;
L'un nous conduit à l'esclavage ,
L'autre nous conduit au tombeau.
Mais , ô l'étrange différence !
Le flambeau de l'Hymen , heureux en apparence ,
Nous conduit bien fouvent à des guerres fans fin
Le flambeau de la Mort , par un effet contraire ,
Affreux d'abord quand il éclaire
Au repos affuré nous ouvre le chemin.
Par M. *** de Dijon.
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29
p. 12
AUTRE. SUR une Vieille amoureuse.
Début :
MALGRÉ vos cheveux blancs, Hilas vous fait la cour. [...]
Mots clefs :
Cheveux blancs, Inconstance, Feux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE. SUR une Vieille amoureuse.
AUTRE.
SUR une Vieille amoureufe.
MALGRÉ vos cheveux blancs , Hilas vous fait la
cour.
Vous l'épouferiez dès ce jour ,
Si vous n'appréhendiez ſon inconſtance extrême ?
Mais non , ne craignez rien , les feux feront
conftans :
Ce fera bien plutôt vous -même
Qui ne l'aimerez pas longtemps .
Par le même.
SUR une Vieille amoureufe.
MALGRÉ vos cheveux blancs , Hilas vous fait la
cour.
Vous l'épouferiez dès ce jour ,
Si vous n'appréhendiez ſon inconſtance extrême ?
Mais non , ne craignez rien , les feux feront
conftans :
Ce fera bien plutôt vous -même
Qui ne l'aimerez pas longtemps .
Par le même.
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30
p. 12
A IRIS, que les pluyes continuelles retiennent à la campagne.
Début :
EN vain j'attends votre retour, [...]
Mots clefs :
Pluies, Retour, Martyre, Campagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A IRIS, que les pluyes continuelles retiennent à la campagne.
A IRIS , que les pluyes continuelles
retiennent à la campagne
.
ENN vain j'attends votre retour ,
Belle Iris , il pleut nuit & jour.
Jugez par là de mon martyre !
Il eft bien vrai qu'affez fouvent
Petite pluye abbat grand vent .
Mais comment pourrois- je le dire ?
Plus il pleut & plus je foupire.
Par le mêmes
retiennent à la campagne
.
ENN vain j'attends votre retour ,
Belle Iris , il pleut nuit & jour.
Jugez par là de mon martyre !
Il eft bien vrai qu'affez fouvent
Petite pluye abbat grand vent .
Mais comment pourrois- je le dire ?
Plus il pleut & plus je foupire.
Par le mêmes
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31
p. 39-44
A M. DE LA PLACE, en lui envoyant une lettre de feu M. RAMEAU.
Début :
MONSIEUR, DEPUIS que le célébre M. Rameau mon compatriote a [...]
Mots clefs :
Musique, Auteur, Gloire, Lyrique, Académie de Dijon, Sciences, M. Rousseau, Patrie, Ouvrage, Homme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. DE LA PLACE, en lui envoyant une lettre de feu M. RAMEAU.
A M. DE LA PLACE , en lui envoyant
une lettre de feu M. RAMEAU.
ONSIEUR ,
DEPUIS que le célébre M. Rameau mon
compatriote a tracé les principes d'un art
dont il eſt comme le créateur , & mis en
pratique ces mêmes règles , en enrichiffant
notre lyrique des chefs-d'oeuvres qui feront
à jamais la gloire & les délices de
la nation ; on a porté la mufique françoiſe
à un fi haut degré de perfection
que de tous les paradoxes du fameux M.
Rouffeau , le plus fingulier fans doute eft
l'ouvrage où il foutient que notre langue
n'eft pas lyrique & que nous n'avons
aucune mufique.
Ce fyftême étagé par la force de l'éloquence
, & orné de toutes les grâces du
ftyle , a fait tant de bruit & a été fi mal
réfuté , que l'Auteur a peut-être fini par
foutenir férieufement ce qu'il n'avoit apparemment
enfanté que comme un jeu d'efprit.
On eft d'autant plus porté à le croire ,
dans ce même temps & de la même que
40 MERCURE
DE
FRANCE
.
plume dont il avoit tâché de détruire
l'existence de cette mufique , on a vu
éclore le Devin du Village , ouvrage charmant
qui prouve d'une part que notre langue
eft très-lyrique , & d'une autre , que
nous avons une mufique qui nous eſt particulière
& propre , & qui eft dans le genre
excellent.
C'est peut-être d'après cet événement
que le fameux M. Rouffeau a pris du goût
pour les paradoxes ; la fortune qu'avoit
fait fon premier badinage , l'aura fans
doute engagé à foutenir dans la fuite , que
les arts & les fciences ont été nuifibles aux
maurs. Hafarderois- je beaucoup en avançant
, que ce n'eft encore que par un jeu
d'efprit qu'il a foutenu cette opinion , &
feulement parce qu'il avoit plû à notre
Académie de Dijon de la mettre en queftion
, & d'en faire un problême ? Auffi la
fcience dans nos Auteurs , l'étendue de
leurs talens , & la pureté de leurs moeurs ,
détruifent mieux ce nouveau fyftême que
toutes les longues & ennuyeufes differtations
qui ont paru fur ce fujet. C'eſt de
ce difcours couronné que je vois découler
les autres ouvrages de J. J. fur l'inégalité
des conditions , fur l'éducation , le
contrat focial , &c. Mais quelque fingu .
lières que foient les opinions répandues
OCTOBRE 1765 : 41
dans ces ouvrages , ils n'en font pas moins
refpectables par l'humanité qu'ils refpirent,
& ce feu dévorant de l'amour pour fes
femblables , qui doit l'emporter fur toutes
les autres vertus .
Si d'autres motifs ont éloigné M.
Rouffeau du chemin de la vérité, je reconnois
à ce trait l'humaine foibleffe : les génies
les plus fublimes ne peuvent entièrement
dépouiller le viel homme ; on fe
croiroit humilié de retourner fur fes pas
& on continue à fuivre des routes égarées
pour n'avoir pas à rougir de s'être écarté
du droit chemin : quand on à une fois
endoffé le manteau philofophique , on le
préfére à tout , & Diogène dans fon tonneau
ne fe donneroit pas pour Alexandre.
Mais quittons cet homme refpectable à
tant d'égards, pour revenir au célèbre Artifte-
Auteur , qui me procure l'avantage
de vous écrire.
J'ai vu dans vos Journaux avec la plus
grande fatisfaction , que notre nation commence
à imiter les Anglois dans les hom
mages que ce peuple éclairé rend aux Savans
& aux Artiſtes .
L'ancienne apothéofe des Héros ferviroit
à former des demi -Dieux en fourniffant
des exemples d'héroïfme au deffus
42 MERCURE DE FRANCE.
de l'humanité. Les honneurs rendus au
grand Newton , ont peut être mérité aux
glois , la palme philofophique ; les monumens
élevés en l'honneur de feu M. de
Crébillon, notre compatriote , ont peut-être
donné naiffance à la belle production du
Siége de Calais , fi utile à fon Auteur , &
propre à encourager fi les nouvelles tentatives.
La funébre faite
pompe
M. Rapour
meau le 16 Décembre
1764 , fait encore
plus d'honneur
au goût de la nation qu'à
celui qui en étoit l'objet ; & la préfence
de notre augufte Gouverneur
qui y affiftoit
enperfonne , élève le fucceffeur
du GRAND
CONDÉ même au deffus du Prince fi cela
eft poffible. La patrie de M. Rameau auroit
dû fuivre cet exemple , & lui confacrer un
maufolée qui auroit appris aux fiècles à
venir que ce génie étoit forti de fon fein ,
après avoir déja enfanté les Boffuet , les
La Monnoie , l'Auteur de Rhadamiſte , ce ·
lui de Guftave , & c. & c. & c. & c. & c.
comme elle pourra fe glorifier un jour .
d'avoir élevé dans fon fein le Pline moderne
qui rendra fa patrie & même fon fiècle
illuftre. « O Patrie ! prends part à la
gloire de tes enfans ; encourage & pro-
» tége les fciences , les arts & les talens
fi tu veux que ton nom foit célébre à
و و
OCTOBRE 1765. 43
99
jamais. Souviens -toi que cinq villes fe
» font vivement difputé la gloire d'avoir
» donné le jour à Homère , & épargne- toi
» la honte de voir des temples élevés &
» des autels dreffés à l'Appollon François,
» fans en avoir un feul dans ton en-
>> ceinte "".
Comme on doit être curieux de toutes
les productions d'un génie tel que feu
M. Rameau , je vois avec plaifir que votre
Journal raffemble des pièces fugitives ,
qui fans votre utile collection ne verroient
peut- être jamais le jour. Je fuis l'exemple
de M. Mongeot, en vous adreffant une lettre
de M. Rameau. Il feroit trop long de donner
l'hiſtoire de la difpute qui étoit entré
M. Rameau & moi au fujet des effets de la
Mufique des anciens , & fur fon ouvrage
intitulé l'origine des fciences . Le goût de
la littérature ancienne , n'eſt pas le
dominant ; d'ailleurs les occupations de
mon état & le refpect que j'ai pour le Public
, ne me permettent pas de vous envoyer
une differtation informe qui a occafionné
les deux lettres que M. Rameau
m'a écrites fur cette matière. Celle
dont je vous envoie copie eft d'autant
plus intéreffante qu'elle rend raiſon du
fyftême mufical de cet homme fameux :
c'en eft pour ainfi dire la clef.
44 MERCURE DE FRANCE.
Quelques correfpondances agréables
que j'ai eues , me mettroient à même
de vous fournir des anecdotes femblables ,
fi je ne craignois de vous importuner.
J'attends à ce fujet votre réponſe , &
fuis , & c .
A Dijon, le 31 Août 1765.
BEGUILLET , Avocat au Parlement ,
premier Notaire de la Province de Bourgogne
, place Saint Etienne , à Dijon.
une lettre de feu M. RAMEAU.
ONSIEUR ,
DEPUIS que le célébre M. Rameau mon
compatriote a tracé les principes d'un art
dont il eſt comme le créateur , & mis en
pratique ces mêmes règles , en enrichiffant
notre lyrique des chefs-d'oeuvres qui feront
à jamais la gloire & les délices de
la nation ; on a porté la mufique françoiſe
à un fi haut degré de perfection
que de tous les paradoxes du fameux M.
Rouffeau , le plus fingulier fans doute eft
l'ouvrage où il foutient que notre langue
n'eft pas lyrique & que nous n'avons
aucune mufique.
Ce fyftême étagé par la force de l'éloquence
, & orné de toutes les grâces du
ftyle , a fait tant de bruit & a été fi mal
réfuté , que l'Auteur a peut-être fini par
foutenir férieufement ce qu'il n'avoit apparemment
enfanté que comme un jeu d'efprit.
On eft d'autant plus porté à le croire ,
dans ce même temps & de la même que
40 MERCURE
DE
FRANCE
.
plume dont il avoit tâché de détruire
l'existence de cette mufique , on a vu
éclore le Devin du Village , ouvrage charmant
qui prouve d'une part que notre langue
eft très-lyrique , & d'une autre , que
nous avons une mufique qui nous eſt particulière
& propre , & qui eft dans le genre
excellent.
C'est peut-être d'après cet événement
que le fameux M. Rouffeau a pris du goût
pour les paradoxes ; la fortune qu'avoit
fait fon premier badinage , l'aura fans
doute engagé à foutenir dans la fuite , que
les arts & les fciences ont été nuifibles aux
maurs. Hafarderois- je beaucoup en avançant
, que ce n'eft encore que par un jeu
d'efprit qu'il a foutenu cette opinion , &
feulement parce qu'il avoit plû à notre
Académie de Dijon de la mettre en queftion
, & d'en faire un problême ? Auffi la
fcience dans nos Auteurs , l'étendue de
leurs talens , & la pureté de leurs moeurs ,
détruifent mieux ce nouveau fyftême que
toutes les longues & ennuyeufes differtations
qui ont paru fur ce fujet. C'eſt de
ce difcours couronné que je vois découler
les autres ouvrages de J. J. fur l'inégalité
des conditions , fur l'éducation , le
contrat focial , &c. Mais quelque fingu .
lières que foient les opinions répandues
OCTOBRE 1765 : 41
dans ces ouvrages , ils n'en font pas moins
refpectables par l'humanité qu'ils refpirent,
& ce feu dévorant de l'amour pour fes
femblables , qui doit l'emporter fur toutes
les autres vertus .
Si d'autres motifs ont éloigné M.
Rouffeau du chemin de la vérité, je reconnois
à ce trait l'humaine foibleffe : les génies
les plus fublimes ne peuvent entièrement
dépouiller le viel homme ; on fe
croiroit humilié de retourner fur fes pas
& on continue à fuivre des routes égarées
pour n'avoir pas à rougir de s'être écarté
du droit chemin : quand on à une fois
endoffé le manteau philofophique , on le
préfére à tout , & Diogène dans fon tonneau
ne fe donneroit pas pour Alexandre.
Mais quittons cet homme refpectable à
tant d'égards, pour revenir au célèbre Artifte-
Auteur , qui me procure l'avantage
de vous écrire.
J'ai vu dans vos Journaux avec la plus
grande fatisfaction , que notre nation commence
à imiter les Anglois dans les hom
mages que ce peuple éclairé rend aux Savans
& aux Artiſtes .
L'ancienne apothéofe des Héros ferviroit
à former des demi -Dieux en fourniffant
des exemples d'héroïfme au deffus
42 MERCURE DE FRANCE.
de l'humanité. Les honneurs rendus au
grand Newton , ont peut être mérité aux
glois , la palme philofophique ; les monumens
élevés en l'honneur de feu M. de
Crébillon, notre compatriote , ont peut-être
donné naiffance à la belle production du
Siége de Calais , fi utile à fon Auteur , &
propre à encourager fi les nouvelles tentatives.
La funébre faite
pompe
M. Rapour
meau le 16 Décembre
1764 , fait encore
plus d'honneur
au goût de la nation qu'à
celui qui en étoit l'objet ; & la préfence
de notre augufte Gouverneur
qui y affiftoit
enperfonne , élève le fucceffeur
du GRAND
CONDÉ même au deffus du Prince fi cela
eft poffible. La patrie de M. Rameau auroit
dû fuivre cet exemple , & lui confacrer un
maufolée qui auroit appris aux fiècles à
venir que ce génie étoit forti de fon fein ,
après avoir déja enfanté les Boffuet , les
La Monnoie , l'Auteur de Rhadamiſte , ce ·
lui de Guftave , & c. & c. & c. & c. & c.
comme elle pourra fe glorifier un jour .
d'avoir élevé dans fon fein le Pline moderne
qui rendra fa patrie & même fon fiècle
illuftre. « O Patrie ! prends part à la
gloire de tes enfans ; encourage & pro-
» tége les fciences , les arts & les talens
fi tu veux que ton nom foit célébre à
و و
OCTOBRE 1765. 43
99
jamais. Souviens -toi que cinq villes fe
» font vivement difputé la gloire d'avoir
» donné le jour à Homère , & épargne- toi
» la honte de voir des temples élevés &
» des autels dreffés à l'Appollon François,
» fans en avoir un feul dans ton en-
>> ceinte "".
Comme on doit être curieux de toutes
les productions d'un génie tel que feu
M. Rameau , je vois avec plaifir que votre
Journal raffemble des pièces fugitives ,
qui fans votre utile collection ne verroient
peut- être jamais le jour. Je fuis l'exemple
de M. Mongeot, en vous adreffant une lettre
de M. Rameau. Il feroit trop long de donner
l'hiſtoire de la difpute qui étoit entré
M. Rameau & moi au fujet des effets de la
Mufique des anciens , & fur fon ouvrage
intitulé l'origine des fciences . Le goût de
la littérature ancienne , n'eſt pas le
dominant ; d'ailleurs les occupations de
mon état & le refpect que j'ai pour le Public
, ne me permettent pas de vous envoyer
une differtation informe qui a occafionné
les deux lettres que M. Rameau
m'a écrites fur cette matière. Celle
dont je vous envoie copie eft d'autant
plus intéreffante qu'elle rend raiſon du
fyftême mufical de cet homme fameux :
c'en eft pour ainfi dire la clef.
44 MERCURE DE FRANCE.
Quelques correfpondances agréables
que j'ai eues , me mettroient à même
de vous fournir des anecdotes femblables ,
fi je ne craignois de vous importuner.
J'attends à ce fujet votre réponſe , &
fuis , & c .
A Dijon, le 31 Août 1765.
BEGUILLET , Avocat au Parlement ,
premier Notaire de la Province de Bourgogne
, place Saint Etienne , à Dijon.
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Résumé : A M. DE LA PLACE, en lui envoyant une lettre de feu M. RAMEAU.
La lettre, datée du 31 août 1765, est adressée à M. de La Place par un avocat nommé Beguillet. Elle aborde principalement la musique française et la réputation de Jean-Jacques Rousseau. Beguillet conteste les affirmations de Rousseau selon lesquelles la langue française ne serait pas lyrique et que la France manquerait de musique. Il cite la pièce 'Le Devin du Village' de Rousseau comme contre-exemple. Beguillet suggère que Rousseau pourrait avoir adopté ses propres paradoxes après leur succès initial. La lettre reconnaît également les contributions de Rousseau sur l'inégalité des conditions, l'éducation et le contrat social, tout en soulignant son humanité et son amour pour ses semblables. L'auteur exprime sa satisfaction de voir la France honorer les savants et les artistes, tels que Newton, Crébillon et Rameau. Il regrette que la patrie de Rameau n'ait pas érigé de mausolée en son honneur et encourage la promotion des sciences, des arts et des talents. Beguillet partage également une lettre de Rameau sur les effets de la musique des anciens et son système musical. Il mentionne avoir reçu des correspondances agréables mais craint d'importuner le destinataire. Il attend une réponse concernant ce sujet et se présente comme avocat au Parlement et premier notaire de la province de Bourgogne, résidant place Saint-Étienne à Dijon.
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32
p. 92
ÉNIGME.
Début :
Nous sommes trois ; un trait mince & ténu, [...]
Mots clefs :
Accents aigu, grave et circonflexe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉNIGME.
ÉNIGM E.
ous fommes trois ; un trait mince & ténu,
A bientôt deffiné notre figure érique.
L'un de nous marche avec le dos rompú ;
Tandis que , s'appuyant ſur un pied fort pointu ,
Deux fe plaifent à prendre une figure oblique.
Certain muet , fi - tôt que nous le couronnons ,
Parle ; & fa voix eft tantôt étendue ,
Tantôt baffe , tantôt aigue ,
Enfin à vos propos fouvent nous nous mêlons.
De nos honneurs , jadis , deux lettres revêtues
Venoient de deux de nous exercer les emplois ;
Mais par-tout , dans ce fiècle , elles font mal
venues ,
Si ce n'eft chez les vieux bourgeois.
Par M. DE PRACIT , de Dijon.
ous fommes trois ; un trait mince & ténu,
A bientôt deffiné notre figure érique.
L'un de nous marche avec le dos rompú ;
Tandis que , s'appuyant ſur un pied fort pointu ,
Deux fe plaifent à prendre une figure oblique.
Certain muet , fi - tôt que nous le couronnons ,
Parle ; & fa voix eft tantôt étendue ,
Tantôt baffe , tantôt aigue ,
Enfin à vos propos fouvent nous nous mêlons.
De nos honneurs , jadis , deux lettres revêtues
Venoient de deux de nous exercer les emplois ;
Mais par-tout , dans ce fiècle , elles font mal
venues ,
Si ce n'eft chez les vieux bourgeois.
Par M. DE PRACIT , de Dijon.
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33
p. 92-93
AUTRE.
Début :
Je ne suis qu'un & je fais trois, [...]
Mots clefs :
Monosyllabe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
ne fuis qu'un & je fais trois ,
Et tout , & rien. Je fuis , par fois ,
Par oui , par non , d'un très-grand poids.
En un mot chez toi , chez le Roi ,
1
JUIN 1768. 93
Je fais le chaud , je fais le froid.
Me tiens-tu ? Non. Lis donc , prends- moi ,
Dans ton oeil , au bout de tes doigts .
Mais quoi dans ces vers tu me vois ,
Vingt-fix, vingt- neuf & dix-ſept fois,
Par le même.
ne fuis qu'un & je fais trois ,
Et tout , & rien. Je fuis , par fois ,
Par oui , par non , d'un très-grand poids.
En un mot chez toi , chez le Roi ,
1
JUIN 1768. 93
Je fais le chaud , je fais le froid.
Me tiens-tu ? Non. Lis donc , prends- moi ,
Dans ton oeil , au bout de tes doigts .
Mais quoi dans ces vers tu me vois ,
Vingt-fix, vingt- neuf & dix-ſept fois,
Par le même.
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34
p. 66-67
AUTRE.
Début :
Modestes Plébéïens, mais courageux soldats, [...]
Mots clefs :
Pions des échecs
36
p. 64
ÉNIGME
Début :
Quand c'est aux doctes mains que je dois ma noirceur, [...]
Mots clefs :
Papier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉNIGME
ÉNIGME
Quand c'eſt aux doctes mains que je dois ma
noirceur ,
Alors on me recherche , on m'eſtime , on m'admire
;
Mais quand les ignorans m'ont ravi ma blancheur
,
C'eſt alors quej'apprête à rire.
Par M. D. D. D. à Dijon,
Quand c'eſt aux doctes mains que je dois ma
noirceur ,
Alors on me recherche , on m'eſtime , on m'admire
;
Mais quand les ignorans m'ont ravi ma blancheur
,
C'eſt alors quej'apprête à rire.
Par M. D. D. D. à Dijon,
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